--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Azud
DATDEO
Thon
5 et Brcun --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 ---
AAe --- Page 7 ---
NOUVEAU
VO YAGE
AUX ISLE S -
DE LAMERIQUE
CONTENA NT
L'HISTOIRENATURELLE DE CESPAYS,
T'Origine, les Mceurs, la Religion &le Gouvernement des Habitans anciens & modernes.
LesGuerres & les Evenemens finguliers quiy font
arrivez pendant le féjour quelAuteur y a fait.
Par le R. P. L A B A T s de rOrdre
des Freres Précheurs.
Nouvelle Edition augmentée confidérablement, & cut
richic de Figures en Tailles-douces.
TOME SIXIE'M E.
oiende
L
APARIS; RUESJACQUES,
Chez GUILL AUME CAVELIER Pere 3
Libraire > au Lys d'or.
M. DCC. XLIL
Avec Approbation 6 Privilege dis . Rey. --- Page 8 ---
a - --- Page 9 ---
AY eo elo ale cle ee Ve ele ofo
STONN
TAI BLE
DES CHAPITRES
Contenus dans la fixiéme Partie.
HAP.I. Plan du Convent que I Auteus
fit bâtir * la Martinique. Mort du Superieur général de leurs MilTons, pag.I.
CHAP. IL. Ce que cef > qu un Boucan de
Cochon,
CHAP. III. Maladie dont l Auteur ef attaqué. Son remede. Diférentesefpeces d'ipecacuana,
CHAP. IV. Afafinat commis 2 la Martinique. Punition G mort rrès-Chrétieme de
Tafafin,
CHAP. V. Nombre extraordinaire de Fols &
la Martinique. Mortde plufieurs Religieus
CHAP. V. De la Famille de Melfieurs de la
Guanigne,
CHAP. VI. L'Auteur s'embarque Pour la
Guadelowpe. Il féjourne à la Dominique.
Deftription de cette 1le,
CHAP. VII Diverfes Coitumes des Sauwages. Préjugezfarlenr origine. Leuys difes
vens Langages, 6 leur maniere de fe batSTE,
--- Page 10 ---
DES CHAPITRES
CHAP VIII. Leurs maniere
De la plante appellée CATAtAS. defairé du Tex.
rens afages. Adrefe des Caraibes Ses dife
nager, 6 fc battre contre les
pour
De FEIpadon, 6 de la Balcine, poifons.
CHAP.IX. Del'Epian maladie ordinaire 139
Caraibes. Remedes qu'ils
des
leur Religion, 6 de
1, apportent. De
Calitumes,
quelqu' autres de leur
CHAP: X. L'Autenr arrive à la
M. le Chevalier Reynean e M. Guadslonpe. dela Boalaye vifitent les 1fes PAY ordre de la Cour.
Prejet Pour forsifierla
CHAP. XI. Voiage del Auteur Gnadeloupe àla Grenade. 3
1ipafe à la Barbade 3 a S. Vincent, 6 à
SAinte Aloufie. Defeription delaBarbade,
CHAP, XII. L'Anteur Part de la
18r
6 arrive 2 le Grenade.
Barbades de
cette Ife,
Defeription
CHAP. XIII. I'Auteur PAYt del lA
des 1fles de Pegwia,5.Fincent, Grenade, 6 Sainte
Aloufic,
CHAP.XIV. L'AMtENT retoume à la GHA- 236
deloupe. Procesintentés leur Mifion
LAblé du Lion,
Par
CHAP. XV. Du Tabac,
CHAP. XVI. Du Café,
CHAP, XVII. Du CAc4O, defa culture,de 337
fes proprietez., des diferentes manieres
d'en compofer le Chocolat, de s'en fervir,
MEMOIRÉS
5.Fincent, Grenade, 6 Sainte
Aloufic,
CHAP.XIV. L'AMtENT retoume à la GHA- 236
deloupe. Procesintentés leur Mifion
LAblé du Lion,
Par
CHAP. XV. Du Tabac,
CHAP. XVI. Du Café,
CHAP, XVII. Du CAc4O, defa culture,de 337
fes proprietez., des diferentes manieres
d'en compofer le Chocolat, de s'en fervir,
MEMOIRÉS --- Page 11 ---
RPJCL --- Page 12 ---
PLAN Ja Conpent der
Clevation du Cenrent lec durolueemowiigwe dle lar
trdmem momllsoede
Marnngque.
lr Martuegne.
IIT
T
NITITTIT PNA KXXKM
KYXT IXIXI RF BOXI - R - KyxoM MXOAX
C
a
TI
Cihelle de 8 Totree --- Page 13 ---
M E MOIRES
DES
NOUVEAUX VOYAGES
FAIT S
AUX ISLES FRANCOISES
DE L'AMERIQUE.
SIXIEME PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.
Plan du Convent que PAuteurfait bâtir
à la Martinigue. Mort du Superieur
Général de lenrs Milfions.
PRE'sceq que je viens de dire
des Erablilfemens des Fran- 1698,
çoisaux Iles Antilles,je crois
avoir fatisfait amplement la
curiofité des Leéteurs, & les avoir mis
au fait de tout ce qui regarde ce Pais.
Tome VI
A --- Page 14 ---
Nouveanx Foyages Aux Ifles
6918.I1 faut à préfent reprendre le fil
mon Journal.
de
Le Plan que j'avois fait pour le
veau Bâtiment que nous voulions nouau Moiillage, ayant été agréé & faire
prouvé du Supéricur Général, de apla Communauté, & des perfonnes toute inlc telligentes à qui on le fir voir, , je fus
tracer, & en faire creufer les
mens fur la fin du mois de Juillet, fondeIl confiftoit dans un grand corps de
logis, dont la face regardoit ia mer. Il
avoit vinge toifes, ou cent
de longueur, & quarante pieds
pieds
avec
AE
deux aîles en retour du côté large, de la
montagne, quideroisaravoirdici
de long fur cinq de large.
toifes
de L'étage du rez de chauffée étoir élevé
étoit quatre pieds au-deffus du tetrain, il
rante-fix partagé par une grande fallede
pieds de long fur vinge-deux
>
3E
large qui donnoir entrée dans deux
la appartemens, un à chaque bout,
verité ne confiftoient
quid
chambres, chacune de quinze qu'en pieds deux de
large fur vinge-deux pieds de
Les portes de ces chambres étoient longueur. cn
enfilade, & la piéce du milien
de faile commune à ces deux fervoit
mens, Cetétagedevoir avoir trcize apparte- picds
pieds de long fur vinge-deux
>
3E
large qui donnoir entrée dans deux
la appartemens, un à chaque bout,
verité ne confiftoient
quid
chambres, chacune de quinze qu'en pieds deux de
large fur vinge-deux pieds de
Les portes de ces chambres étoient longueur. cn
enfilade, & la piéce du milien
de faile commune à ces deux fervoit
mens, Cetétagedevoir avoir trcize apparte- picds --- Page 15 ---
Françoifes de PAmtrigne.
3 -
de hauteur , & celui de dellus douze. 1698.
La falle étoit éclairée
quatre fenetres, deux de chaque Eoee de la
chambre avoit deux
EmEr
Chaque toutes regardoient la mer. Vis-à-vis
2' la
d'entrée, la falle étoit percée atoess autre porte
laquelle on entroit dans une
de quinze pieds
de large, &c
longue que tout le BâchamHRE
timent, dans laquelle les quatre
bres qui étoient à côté de la falle avoient
des portes de dégagement.
La gallerie avoit une porte à chaque
bout, & une dans fon milieu vis à-vis
celle dela falle. Les portes des bouts de
la gallerie fervoient, une pour entrer
dans la bafle - cour où éroient, ou du
moins où devoient être les cuifines, les
offices & les magazins , & l'autre dans
lej jardin
Elle étoit éclairée
Eatr qui regardoient fur F:
quatre cour qui étoit entre les ailes 8c le grand
enclos.
Outre ces troisportes, , la galletie étoit
encore percée de deux arcades qui donnoient éntrée dans les ailes ou devoient
être les efcaliers, un dans chaque aile.
Le rez de chauffée d'une des ailes devoit fervir de falle à manger ou de 1éfectoir , & l'autre partagé en deux
Aij --- Page 16 ---
1698.chambres 4
Nowveaux Fayages Anx Hles
lades.
étoit deftiné pour les maL'étage au-deffus de la falle & des
quatre chambres étoir
chambres de quinze pieds Fartagé de en
vingr-deux
large E
pieds de
porres répondoient dans longueur, > dont les
reille à celle du rez de chauflée, uneg gallerie paavoient chacune deux croifées, Elles
celle du milicu qui n'en avoit excepté
qui (e trouvoit au-deffus de la qu'une 3
la falle. Cette fenètre devoir porte de
verre jufqu'en bas,
être oudans un balcon
pour donner entrée
de l'ordre
porté par la corniche
noit la principale dorique en pilaftres qui ornètres éroient
porte. Toutes les fefoutenu
des bandées, & T'appui étoit
par
moulures. Une
corniche devoit régner tout autour grande du
Bâtiment pour porter une baluftrade
pierre de taille avec des vafes & des de
bes far les pieds-deftaux,
glod'amoriflement.
pour fervir
Iln'y devoit point avoir de
mais une terrafle bien carrelée comble, & cimentée, où l'on pûr aller fe
le foir, prendre le frais. promener
Quoique les murs principaux de ce
Bâtiment ne duffent avoir que trois
picds d'épailleur, je donnai fix picds de
Bâtiment pour porter une baluftrade
pierre de taille avec des vafes & des de
bes far les pieds-deftaux,
glod'amoriflement.
pour fervir
Iln'y devoit point avoir de
mais une terrafle bien carrelée comble, & cimentée, où l'on pûr aller fe
le foir, prendre le frais. promener
Quoique les murs principaux de ce
Bâtiment ne duffent avoir que trois
picds d'épailleur, je donnai fix picds de --- Page 17 ---
Françoifes de PAmérique.
large au fondement, & je le fis avec 1698.
tout le foin imaginable, foit pour le
choix des pierres > foit pour le mortier
& la liaifon, afin que l'empâtement fup- Empàre. népléâr au peu de profondeur que je pou- ment ceffaire
vois leur donner, qui ne pût être que de pourfupfix à fept pieds de profondeur, parceque pléer Fonde- aux
dans tous ces endroits-li, comme je l'ai mens
déja remarqué, plus on creufe &c moins p:u tonds. proon trouve de folidité : jufques-li mème
qu'ily y en a où ceux qui veulent bâtir
avec quelque apparence de folidité font
obligésde mettreles premieres aflifes fixr
le gazon, à moins de vouloir faire un
grillage qui conteroit plus
le Bâti1 que
ment qu'on feroit deflus.
L'on voit affez par ce que je viens de
dire , que j'avois difpoté ce Bâtiment
d'une maniere à pouvoir laiffer tout Pétage du rez de chauflée à quelques Officiers de confidération comme un ViceAmiral de France 2 ou un Lieutenant
Général qui voudroient prendre leur logement à terre pendant leur féjour à la
Martinique, fans
cela nous incommodât le moins ec monde. Ainfi on
pouvoir coniiderer le rez de chauffée
comme une Maifon féculiere, & le deffus comme un Convent. Le deffits du
réfcétoir & de l'infirmerie devoit être
Aij --- Page 18 ---
6 Nonveaus
1698. partagé en deux Yarager ou trois Aux Ifes
compoler un
chambres pour
aîle.
appartement dans chaque
J'étois occupé à cet
on me fit fgavoir
onvrage le
quand
notre Habitation
Moulin de
fe
pris la
L.Er
rompre douze O1l quinze peine de
que je ne fouhairois Je m'en jours plutôt
pourtant, & je devois être confolai
de mon année, ou comme on parle content auxlfles de
lors malevéc, puifque j'avois fauejufqu'ade Sucre cent-quatre-vingr brat,
dix mille livres
livres de Sucre plus de quarante mille
mille livres de blanc, Sucre & environ douze
fervit abondamment de firop, Cela me
quejavois achetez à payer les Négres
autres
j'avois en dernier lieu, huit
les
achetez
SeRE.a dont favois cu auparavant 3
une partie des
befoin, &
fe trouvoir encore detresdont notre Maifon
Supé. Mort du Le Pere la Frefche chargée.
ticurGé pericur Général
notre nouvean Sunéral, depuis
quin'étoit aux Ifes
quatre mois ou
que
venu demeurer au Fonds environ, Saint
étoit
Eur éviter le mal de Siam, Jacques
allumé au Fort Saint
qui étoit
il ne laifla pas d'en être
Pierre. Mais
cinq du mois d'Aoft. Le attaquéle vingten cimes, fa bonne
foin que nous
complexion, & plus
refche chargée.
ticurGé pericur Général
notre nouvean Sunéral, depuis
quin'étoit aux Ifes
quatre mois ou
que
venu demeurer au Fonds environ, Saint
étoit
Eur éviter le mal de Siam, Jacques
allumé au Fort Saint
qui étoit
il ne laifla pas d'en être
Pierre. Mais
cinq du mois d'Aoft. Le attaquéle vingten cimes, fa bonne
foin que nous
complexion, & plus --- Page 19 ---
Françoifes de LAmérique.
7que toute autre chofe le moment de fa1698.
mort, qui n'étoit pas encore arrivé, firent qu'il réfifta au maljufqu'au huitiéme de Septembre qu'il expira 2 après
avoir combattu contre le mal autant
le pouvoit attendre d'un homme
t quarante-deux ans , qui n'avoit point
du tout envie de mourir fi-tôt. Ilavoit
été attaqué (i vivement qu'en moins de
deux heures il eut un tranfport au cerveau, f violent & fi continuel, qu'il
n'eur
fix heures d'intervalle & de
bon Ems pendant les quatorze jours
que dura fa maladie. Nous nous fervimes de ces momens pour lni adminif
trer les Sacremens > qu'il reçût avec
beaucoup de pieté.
Nous reconnûmes encore une fois le
Pere Cabalfon pour notre Superieur Général, en attendant que le Général de
l'Ordrey eût pourvà. J'eus foin d'engager nos Peres à écrire en fa faveur; ce'
étant joint à ce que P'Archevèque
1': Saint Domingue avoit écritdelui, il
reçût les Patentes de la Charge de Superieur Général & del Préfet Apoftolique
de nos Miflions au mois de Mars fuivant, comme je le dirai ci-après.
Huit ou dix jours après la mort de
notre Superieur Général, un des ReliA iv --- Page 20 ---
Nowveaux Troyager anx IRes
1698. gicux qui étoit venu avec lui de France
& qui deflervoir la Paroiffe de la Trini- 3
té, fur aufli artaqué du mal de Siam.
Reli Un aueJe-me trouvai obligé de fervir fa Pagirux at- roiffe qui eft trèsgrande, & d'avoir les
du mêmes foins de lui
E de
que j'avois eu du SuSia.n
Général, maisavec plus de bonguérit.
puifque nil les
ERT
remédes, ni les Médecins, ni le mal même ne furent
capable de le tuer, & que fa bonne com- pas
plexion le tira d'affaires en fept ou huit
jours. Dès que je le vis en état d'être
tranfporté, je le fis porter au Fonds
S. Jacques pour le rétablir plus facilemenr, & je priai le Religieux qui demeuroit avec moi d'aller fervir la
roife de la Trinité, parcequeles affaires Pade notre Habitation ne me
toient pas de m'en abfenter plus permettems. Quelques-uns de nos Peres longvinrent voir notre convalefcent m'en- qui
gagerent à leur donner un cochon boucanné dans le bois. Je le fis avec
& pour augmenter la Compagnie joye, -
invitai quelques- uns de nos amis, jy &
tous ceux de nos Peres qui étoient à
portée de s'y trouver,
fervir la
roife de la Trinité, parcequeles affaires Pade notre Habitation ne me
toient pas de m'en abfenter plus permettems. Quelques-uns de nos Peres longvinrent voir notre convalefcent m'en- qui
gagerent à leur donner un cochon boucanné dans le bois. Je le fis avec
& pour augmenter la Compagnie joye, -
invitai quelques- uns de nos amis, jy &
tous ceux de nos Peres qui étoient à
portée de s'y trouver, --- Page 21 ---
Françoifes de PAmerique.
169S.
CHAPITRE I I.
Ce que c'ef gn'un Boucan de Cochon.
fait la defcription d'un Boucan de Boucan Co.
J4 Tortue dans la feconde Partie de chon.
ces Mémoires : voici celle d'un boucan
de cochon. Celui de tortué fe doit faire
aul bord de la mer, & celui de cochon
dans le bois, àl'imitation des Boucaniers oul Chaffeurs s qui accommodent
le leur à
près comme je vais dire, 3
lorfqu'ils Aseulent fe délaffer deleur exercice ordinaire & fc divertir. La difference de celui des Boucaniers au nôtre, étoit qu'ils font le leur avecun fanglier ou cochon maron; , au lieu que le
nôtre n'étoit que d'un cochon domeftique j'avois eu foin de faire tuer 3
Tnmare , & vuider la veille. J'avois
aufli envoyé nettoyer une place dans le
bois, au bord de notre riviere, environ à quinze cens pas de la Maifon, où
j'avois fait faire un grand ajoupa, c'eftà-dire, une grande cafe bâtie àla legere & couverte de feuilles de balifier &
de cachibou, pour s'y retirer en cas de
pluye.
Av --- Page 22 ---
IO Nouveaux
1698. Lej jour étant arrive, Voyages S aux Iles
point du jour à
jenvoyai dès le
les autres chofes Tajoupa,le cochon &
pour le repas, & que fur J'avois fait
le faire rafraichir toutle vin, MMET de
que tous les conviez dans la riviere, Lorf
nous partimes
furent alfemb'ez,
oi fc devoir aRCIE le nous rendre au lieu
rivâmes furlesn neufheures. boucan. Nousy arbord que tout le monde Il fallur d'availler.. Les plus
fe mit à tragez du foin de parelleux faire
furent charpour chaque Boucanier. deux brochettes
cela du bois de la
Onprend
l'on dépotille de groffeur fa
du a
Ros blanchit bien
peau > &
Brochet.
proprement. Une
tes
brochettes doit
des
Terdur pointus, l'autre n'a avoir deux fourchons
chettes de four. autres conviez
qu'une pointe. Les
boucan. C'eft une s'occuperent a former le
Dilpo6i fur
efpece de
tion du
lequelle.cochon' tout entier grilde bois
Boucan cuire. On coupe
fe doit
fourches de la grolfeur pour du cet effet quat: e
viron quatre pieds de
bras, & d'enplante en terre de maniere longueur, on les
un quarré, long d'environ qu'elles font
fur trois pieds de large. On cingpieds 3
verfes fur les
pofe les trafar les traverfes fourches, les
& on arrange
grillage. Tout cela gaulettes eft bien qui font le
amarré avec
Boucan cuire. On coupe
fe doit
fourches de la grolfeur pour du cet effet quat: e
viron quatre pieds de
bras, & d'enplante en terre de maniere longueur, on les
un quarré, long d'environ qu'elles font
fur trois pieds de large. On cingpieds 3
verfes fur les
pofe les trafar les traverfes fourches, les
& on arrange
grillage. Tout cela gaulettes eft bien qui font le
amarré avec --- Page 23 ---
Frangoiles de Ambrigne.
II
des liannes. C'elt fur ce lit,ou fiur ce 1698.
qu'on couche le cochon far le-dos,
E ventre ouvert, écarté autant qu'il eft
pollible, , & retenu en cette fituation
des bâtons, de
ne fe
ReeiNE
lorfqu'il vient meat a
la chaleur du feu
qu'on met deflous.
Pendant qu'on accommodoit toutes
ces chofes, les)
quiavoient coupé
tne bonne EMIETS de bois lejour précedent, mirent le feu
le réduire
en tiAers & quand il Tore en état, on
Fapporta fousle cochon avec des écorces
d'arbres quifervent de pelles, parcequil
eft expreffément défendu de fe fervir
d'ancun inftrumentde métal comme pelles,
afliertes, cuiliers,
EUReENTul PLRE & même de nappes, ferviettes, ou femblables uftenciles
qui défigureroieht trop la maniere de
vie boucaniere, qu'il femble qu'on veut
imiter dans ces repas. J'oubliois de direz
que le ventre du cochon avoit été rempli
de jus de citron avec force fel , piment
écrafé & poivré: parceque la chair du
cochon quoique très-bonne & très-délicare, &
en Amerique qu'en aucurs
autre liea dur monde eft toujours douce s
& a befoin de cC fecours pour être ICS
levé,
Avj --- Page 24 ---
1698. I2 Nowveanx
Pendant quele Poyages cochon anx Hfles
veulent déjeliner le
cuit, ceux qui
boire un
peuvent
&
>
coup
faire,
un coûti, & que pourvà la
que ce foit dans
mélangée, c'eft à liqueur ne foit point
le vin tour
dire, qu'il fant boire
pur, , & l'eau toute
parceque ces fortes de
pure 3
d-fait temperamens d'eau & de mélanges, vin font & ces
oppolez à la
toutreille vie. On permit fimplicité fans d'une pagu'on pûr manger à ce premier conféquence
ETE la wandesqu'on avoit
repas
maifon; mais dès
apportées
au cochon, il n'eft
qu'on a touché
cher à autre chofe. plus permis de touil n'ya point de régle Cependant fi
comme
ne Puifle fouffrir quelque générale, qui
permita quelques
exception, on
pagnie de mettre de perlonnes l'eau
de la Comparce qu'érant encore dans leur vin,
1Ordre Boucanier,
Novices dans
diferétion à les obliger ily auroir eu de l'inla rigueur de la
d'abord à toute
marquera en paffant régle. Sur quoi on rede juflice &c de bon combien fens
ily a
dre, que dans les
dans cet Be
que les Novices foient autres où lon veut
plus parfaits & plus tour en entrant
anciens.
réguliers que les
Après le déjcûiné chacun
pric fon
,
1Ordre Boucanier,
Novices dans
diferétion à les obliger ily auroir eu de l'inla rigueur de la
d'abord à toute
marquera en paffant régle. Sur quoi on rede juflice &c de bon combien fens
ily a
dre, que dans les
dans cet Be
que les Novices foient autres où lon veut
plus parfaits & plus tour en entrant
anciens.
réguliers que les
Après le déjcûiné chacun
pric fon --- Page 25 ---
Frangoifes de PAmerique.
parti. Les uns allerent à la chaffe, 5 les 1698.
autres amafferent des feiilles de balifier, de cachibou, & des fougeies, pour
faire des nappes & des ferviettes ; les
autres eurent foin que le cochon fe cuisit
lentement, & que fa chair fût bien pénetrée de la faulce dont le corps étoit de Maniere cuire
rempli, ce
fait en la piquant avec la vianla pointe ar la fourchette 2 mais fansde.
percer la peau, de peur que la faulce
qu'on a interèt de conferver ne pafsir au
travers, & ne tombât dans le feu.
Quand on jugea que le boucan étoit
cuit, on appellales Challeurs avec deux
coupsd'armes,q qu'on tira coup fur coup.
C'elt la régle : car les cloches ne font
point d'ufage dans les Communautez
Boucanieres : à mefure qu'ils arrivoient
on plumoir legibier quils avoient ap-
& (elon fon elpece on le jettoit
Te le ventre du cochon, qui fervoit
de marmitte, ou bien on le palfoit dans
une brochette qu'on plantoit devant le
feu, où ilfe cuifoit fans avoir befoin
d'être tourné plus de quatre Oul cinq
tours. Les Chaffeurs qui n'apportoient
rien n'en étoient pas quittes pour dire
qu'ils n'avoient. rien trouvé 5 on leur
répondoit qu'il falloit chercher , trouver, & apporter fur peine de la vie. Si --- Page 26 ---
1698. 14 Norveanx
c'étoit de vieux Psynges AH? Hes
toir fur le
Boucaniers on les mets
faifant boire champ en pénitence, s en leur
meilleur Chaffeur autant avoit de coups
le
Susition ces de gibier, & cela apporté 2r piédes mau- feule grace
tout de fuire. La
vais
eft bien gu'on peur faire,
Char.
perluadé,
quand on
kurs, malheur , & point
n'y a que du
tout
1.l
gence dans le fait, eft de laiffer de néglipable le choix de la
au cOuboire. Alégard de ceux liqueur qu'il veut
Novices, 3 cef ainfi
qui font encore
qui afliftent pour la qu'on appelle ceux
feftin s leurs
premiere fois à ce
la volonté du maitre pénitences du dépendent de
la leur impofe avec toute boncan.quil la
iles
fagelle que demande la diferérion &
Sujets qui ont péché.
foibleffe des
à une Aprèsle tabie Boxedicite f ferme 3 nous nous mimes
Stunisne des
& fi
conponvoir branler à
folide, qu'elle
viez à ne
moins que la terre
table, me uembilnnaione couverte de
c'éroitla terre mê
balifier & de fougeres, de feiilles de
côté de foi, fes cachabou, deux
Chacun mit a
coûteau, 3 fon coiti
fourchettes, for
feuille de cachibou, pour boire, avec une
coins attachezavec de dont les quatre
donnenr la figure d'une petires liannes lui
ki-dedans que chacun mer rourtiere, fa
C'eft
faulce, s'il
naione couverte de
c'éroitla terre mê
balifier & de fougeres, de feiilles de
côté de foi, fes cachabou, deux
Chacun mit a
coûteau, 3 fon coiti
fourchettes, for
feuille de cachibou, pour boire, avec une
coins attachezavec de dont les quatre
donnenr la figure d'une petires liannes lui
ki-dedans que chacun mer rourtiere, fa
C'eft
faulce, s'il --- Page 27 ---
Frangoifes de PAmerique. I5 -
la veut faire en particulier plus douce,1698.
ou plus piquante. Je fis mettre des ferviettes & du pain fur la table; quoique
ce fûr un abus : car les veritables Boucaniers ne connoiffentpointl les ferviettes; ne fe fervent que de bananes pour
accompagner leur viande, & encore
rarement , leur ordinaire eft que le gras
& le maigre du cochon tiennent lieu de
pain & de viande.
C'eft au maitre du boucan - 7 comme
chef de la proupe, & pere de famille de
couper le premier morceau à toute la
Compagnic. Ils'approche pour cela du
boucan tenant fa grande fourchette de la
main ganche, & le grand coûteau à la
droite, & le cochon demeurant toujours
fur fon lit de repos, avec un petit feu
deffous, il coupe de grandes tranches de
la chair fans endommager la peau, &
les met fur des feuilles de balitier,
les ferviteurs
à ceux
Ot
portent
qui
aflis. On met au milieu de la table un
grand coii plein de la faulce qui étoit
dans le ventre du cochon, & un autre
plein dejus de citron avec du poivre, du
fel, & du piment. dont chacun compole
fa faulce comme ille jugeà propos.Apres
ce premier fervice les plus anciens fclevent tour à tour pour couper & fervir 3 --- Page 28 ---
Nowveaux
anx
1698. & enfin les novices Vrayager qui doivent IRes avoir
appris le métier en le voyant pratiquer
feleventles derniers, coupent & fervent
les autres.
Je croi qu'il n'eft pas néceffaire d'avertir le Leéteur qu'un point effentiel
eft de boire fouvent. La régle le veut
& la faulce y invite, en forte
de gens font des faures fur ce point. que E
pendant comme T'homme eft fragile, &
qu'il tomberoit fouvent s'il n'avoit
fonne pour le faire fouvenir de fon
à
PSC
voir, ou
le corriger ; c'cft au maitre du etani à veiller far fa troupe, &c
quand il en trouve d'indolens , ou de
ERE les qui oublient leur devoir, il
reprendre publiquement , &
Pour pénitence les faire boire dans le
grand' coûti. Ce qui D'eft pas une
tite punition, car il faur qu'il foit tout peplein.
Ce fut dans ces plaifirs innocens
nous pafsâmes la journée avec toute 3
joye pollible. Le bon vin qui eft l'ame
du repas,n'y manquoit point.J'enavois
fait porter de France, de Florence,de
Madere & de Canarie, qui fe trouverent fi frais au fortir de la riviere où on
les avoit mis rafraichir qu'on eût dit
qu'ils étoient à la glacc,
tite punition, car il faur qu'il foit tout peplein.
Ce fut dans ces plaifirs innocens
nous pafsâmes la journée avec toute 3
joye pollible. Le bon vin qui eft l'ame
du repas,n'y manquoit point.J'enavois
fait porter de France, de Florence,de
Madere & de Canarie, qui fe trouverent fi frais au fortir de la riviere où on
les avoit mis rafraichir qu'on eût dit
qu'ils étoient à la glacc, --- Page 29 ---
Françoifes de LAmérigue.
Nous nous trouvâmes vingr perfonnes 1698.
àce feftin boucanier 2 & plus de vingt
Négres
nous avions amenez pour
nous ferdit Le cochon qu'on avoit préétoir gros > & il fembloit qu'il
EE fuffire pour un bien plus grand
nombre de gens que nous n'étions 5 cependant malgré le déjeûné quiavoit été
affez bon, on mangea le boucan avec
tant d'appétit que nos Négres n'auroient
pas eu de quoi dinerfans les autres viandes qu'on avoirapportées. Lorfque nous
fûmes retournez à la maifon,je fis fervir une petite collation, pluror pour la
forme que pour le befoin 5 après laquelle nous nous féparâmes fort contens des plaifirs innocens de cette journée.
Il eft certain que le Cochon maron eft L.es Comeilleur que le domeftique, & que fa crons marons
bonté augmente felon les fruits ou les four ragraines dontil fe nourrit; mais ces ani- res 1fes. aux
maux font rares aux Ifles du Vent, &
fur tout à la Martinique, où leur chafle
devient tous les jours plus difficile, parcequ'ils fe retirent dans les montagnes
les plus efcarpées, & dans les ravinesles
plus profondes, où la peine eft trèsgrande quand il faut lesyaller chercher,
fans compter le danger d'ètre mordu des
ferpens. --- Page 30 ---
18 Nonveanx
2698, Tous les Cochons
aux Mes
1ls ne
TETA
fauvages, foit
TAmérique, > foie
mangent
domeftiques, ne
d'ordu- poinr pointd'ordurese comme
mangent
tes les
fonrceux det toures,
de fruits, parties du monde : ils ne vivent
gec
de graines, de racines
cannes & autres chofes
s
C'eft à cela qu'on doit attribuer femblab'es.
licateffe & la bonté de leur chair. la déCHAPITRE IIL.
Maladie dont LAnteur ef
reméde. Difientes
magui.faa
cuanha.
efpéces tipdia
L E troifiéme jour de Novembre
fas artaqué d'une maladie
je
longue & dangereufe. Elle
qui fut
par une fiévre double
commença
diffenterie violente, Au tierce, bout de avec une
huit jours ma fiévre appella
fepe OUE
fecours des redoub emens encore à fon
huit à dix heures,
qui duroient
failliblement
, qui m'auroient inemporré, file
ne manquoir jamais de venir fommeil qui
n'avoit moderé leur violence. avec eux
me faifoir plus de peine étoient Ce qui
médes dont les Chirurgiens
les reme fiurcharger, & les importunitez vouloient
con-
, bout de avec une
huit jours ma fiévre appella
fepe OUE
fecours des redoub emens encore à fon
huit à dix heures,
qui duroient
failliblement
, qui m'auroient inemporré, file
ne manquoir jamais de venir fommeil qui
n'avoit moderé leur violence. avec eux
me faifoir plus de peine étoient Ce qui
médes dont les Chirurgiens
les reme fiurcharger, & les importunitez vouloient
con- --- Page 31 ---
Frangoifes de PAmerigne.
rinuelles de nos Peres s pour m'obliger 1698.
à les prendre. Malgré la rérugnance invincible que) j'ai toujours cne pour toutes les drogues, il fallut en prendre
aufli-tôt,
quelquesunes, que jerendois
parceque mon eftomach ne les pouvoit
fouffrir.
Ma fiévre diminua beaucoup au commencement de Décembre, & me quitta
entierement peadamgeikgumpatnit
mereprit enfuire d'une maniere plusfapportaole & fans redoublemens ; mais la
diffenterie augmenta confidérablement,
& je comiençaià devenir hydropique. Peres de
Cela m'obligea de prier nos
charger quelque autre. Religieux du foir
de nos affaires. Ils s'aflemblerent , je
rendis mes comptes, & on élàt un Syndic en ma place.
du MaJe. me fis
au Quartier
fieur
couba le iteery Janvier 1699.le
Sigaloni dont j'ai parlé au commencement de ces Mémoires 1e > croyoit avoir
trouvéla clef de mon mal, & fe Aatoit
de me guérir, fijétois à porrée de chez
lui. Quoique je le connulle pour un habile homme,jen'y. comptois
trop,
&
ma maladie
mais
tlitee
je croyois le bon air de ce
j'efperois que
quarisr- Palà,8 la compagnic de mes anciens --- Page 32 ---
20 Nowveanx
1699. roifliens,
Yayages anx Ifes
lager. En effet, pourroient peut être me fou:
du prefque
l'appétit quej'avois perfiévre me quitta entierement, me revint, la
lesremédes
encore une fois, mais
ne pûrent venir à bout de la
diffenterie, ni de l'enflûre
toir touslesjours.
qui augmenà ce qui pourroit Après avoir bien penfé
rifon,je
contribuer à ma gué.
la teinture mavifaidenvoyer de
chercher de
dans l'érat
fcamonée, &c quoique
dre de la violence onyétois,jeulfe de
toutd crainpris fans confulter
ce reméde; je le
pour joier à
perfonne, s & comme
Efer Ce reméde
ou à double.
merveil.
un effet
Ritse
leux de rendis une quantité d'eau merveillex.je fi
lasinu.qu'en moins de
prodigieufe
re de fare
quarre heures mon enScamo.
diparur, & il fembloit
née,
la peau du ventre attachée à que j'eulfe
dos, Contre toute
lépine du
vai Gi fort après une apparence je me troude,
évacuation Gi
que je me promenai affez
granfans reffentir la moindre foibleffe. long-tems
ce qu'il y eut de meilleur & dep plus Mais furdans T'opération de ce reméde
rendis
Hrouee
du queje
deux vers de la groffeur
de pouce, > dont l'un avoit feize pouces
Ils avoient longueur, la & l'autre un peu moins.
tête plate, & en
comme les ferpens : ils avoient treffle, tour le
Gi
que je me promenai affez
granfans reffentir la moindre foibleffe. long-tems
ce qu'il y eut de meilleur & dep plus Mais furdans T'opération de ce reméde
rendis
Hrouee
du queje
deux vers de la groffeur
de pouce, > dont l'un avoit feize pouces
Ils avoient longueur, la & l'autre un peu moins.
tête plate, & en
comme les ferpens : ils avoient treffle, tour le --- Page 33 ---
Françoifes de PAmbrigne.
corps couvert de poil rouffatre 3 & ils1699.
étoient fi vifs quils rampoient encoie
dans la chambre fix heures après
je
les eûs rendus. Depuis la fortie dec ces
infeckes,je me trouvai très bien, > fans
fiévre, fans diffenterie, ,& avec un trèsgrand appérit.
J'ai toujours crû que ces deux vers
exrraordinaires étoientl'effer tded quelque
poifon, foit qu'on me l'eût donné pour
me faire périr, foit quejel'eulfe pris en
mangeant des fruits ou en goûtant des
racines dans les bois.
Je m'apperçis sdeux jours après
rendois du fang, dont la quantité yEE
s'augmentoit de jour en jour > faifoit
croitre mon appétit. Cela fut caufe que
je mangeai deux ou trois fois avec peu
de difcrétion, que ma diffenterie revint. Majs comme à la réferve du fang
qui me faifoit quelque peine, elle ne
m'empèchoit plus d'agir, > parce qu'elle
n'étoit plus accompagnée de fiévre, je
me vis en état d'aller à la Baffe-terre le
27 Avril, pour ètre préfent à la leéture
des Patentes que nous avions reçués de
Rome, pour reconnoitre le Pere Caballon en qualité de Vicaire Général de
notre Congrégation, & de Préfet ApoRolique de nos Miffions. --- Page 34 ---
22 Nowveawx
E699. Jc demeurai dans Froyages AHX IRes
Motillage julqu'au mois notre de Convent du
je fus obligé de retourner Septembre,
35 Jacques, pour deflervir au Fonds
de Sainte Matic, qui
la Paroille
Je m'occupai
imanguoindeCuns
duire notre Bâtiment. pendant ce tems-là à conla mort de deux de Ma maladie, &
çois, avoient été caufe nos Maçons Franfort lentement. Je le qu'il étoit allé
moins autant
preffai alors, du
mon mal le
permettre : car AF
pouvoir
& il étoit caufé felon continuoir les
toujours D
un ulcere que ces vers apparences par
dans lesintellins,
mavoient fait
fermer. On
qu'il In'étoir pas ailéde
me contraignit m'obliges , ou plurôr on
pluficurs remédes, par force de prendre
étoient de mauvais aufli inutiles, qu'ils
aucun foulagement. goût, fans recevoir
Le fieur de la
entretenu par le Martinicre, Roi, arriva Médecin
en ce tems- la, &
de France
d'Ipecacuanha qu'il vouloir apporta une partie
cher, les
que ceux qui le firenc vendre audi
vouloit premiers en Europe. Notre connoicre Superieur
méde, & abfolument ne me dounoit que je prille ce reli-delfus > j'étois enfin point de repos
loufquej-ppeis que la prèr de ceder >
proprieté de ce
par le Martinicre, Roi, arriva Médecin
en ce tems- la, &
de France
d'Ipecacuanha qu'il vouloir apporta une partie
cher, les
que ceux qui le firenc vendre audi
vouloit premiers en Europe. Notre connoicre Superieur
méde, & abfolument ne me dounoit que je prille ce reli-delfus > j'étois enfin point de repos
loufquej-ppeis que la prèr de ceder >
proprieté de ce --- Page 35 ---
Frangoifes delAmérigue.
fimple étoit de faire vomir : je vis bien 1699.
alors qu'il ne me convenoit point du
tout, de forte que je refufai ablolument
de le prendre; réfolu de garder mon
mal, tant quil plairoit à Dieu, avec
d'autant moins de peine quejeyeffentois
peu de douleur, & que cela ne m'empêchoit pas de vacquer à mes affaires.
Cependant ayant appris qu'une certaine femme de notre Paroifle guériffoit
infailliblement le flux de fang, je la fus
trouver, & la priai de me donner fon
reméde, Elle me fit faigner & purger, ,&
puis commeuçai à le
Je ne
EE plus de ma cTREE dès que je
vis que mon eftomach ne le rejettoit
point. Cependantjeley pris neufjours de
fuite, fans qu'il produisit l'effet qu'il
avoit coûtame de produire le deux ou
troifiéme jour à tous ceux qui s'en
étoient fervis. Ma Médecine en
éronnée, & ne fçavoit à quoi
AE
ce manquement de vertu 5 mais je la
raffurai en lui difant que je me fentois
beaucoup mieux, & qu'il ne falloit
s'allarmer, parceque mon mal étant me
veteré, il ne falloit pas s'étonner fi le
reméde ne produifoit
fon effet aufli
promptement qu'il Cardet accoûcmé.
Jc continuai donc à le piendic, Le --- Page 36 ---
24 Nowveaux
Anx Mles
1699. lendemain qui étoir A1
à
disienejour,je
commençai reffentir l'effer de fa bonté,
puifque je ne fus point obligé de me lever pendant la nuit comme je faifois ordinairemen: cinq ou fix fois, & fouvent
bien davantage, Jefus enfin entierement
guéri le douziéme jour. Pour plus
-de sireré, je continnai à le prendre, gran- &c
à garder le même régime encore fix
jours,e qui me guérit G parfaitement,
qu'un mois après j'étois méconnoiffable, tant j'étois engraiffé.
Reméde Ce reméde confiftoit en des raclures
ble edmira- d'une plante qu'on appelle mahot-coula afpur fn
la difinguer de
autres
rhée &
plufieurs
leflux.de
qui portent le nom de coulin.
Errer
fang. Celle-ci approche beaucoup pour la figure de la fetille à celle du mahot Ordinaire dont j'ai parlé dans ma premiere
Partie, excepté qu'elles font beaucoup
plus
le bois de cette plante eft
fouple, liant, foible &
EBA
Defcriincapable de fc foûtenir lui-mème pref
ption du de:
eft
mahotqu'il
parvenu à deux ou trois
coufin, pieds de hauteur, il jette beaucoup de
branches qui s'entrelaffent dansleshalliers où il croit ordinairement, fonécorce eft verte, , mince, & affez adherente
au bois quieft gris, Cette plante produit
de petites fleurs jaunes compofées de
cinq
eft
fouple, liant, foible &
EBA
Defcriincapable de fc foûtenir lui-mème pref
ption du de:
eft
mahotqu'il
parvenu à deux ou trois
coufin, pieds de hauteur, il jette beaucoup de
branches qui s'entrelaffent dansleshalliers où il croit ordinairement, fonécorce eft verte, , mince, & affez adherente
au bois quieft gris, Cette plante produit
de petites fleurs jaunes compofées de
cinq --- Page 37 ---
Françoifes de PAmérique. 25
cinq feuilles, au milieu defquelles nail- 1699.
fent de petits boutons de la groffeur
d'un pois hériffez de petits piquants crochus qui s'attachent aux habits fi facilement, que quand ils font mûrs ils fe détachent dc leurs branches au moindre
fouffle de vent , ou pour peu qu'on les
touche, & s'attachent par tout.
Les racines de cette plante font en affez grande quantité, clles font longues,
à peu près comme les cercifis, & de la
confiltence de celles de perfil : elles paroiffent grifeslorfqu'on lestire de terre,
mais dès qa'elles font lavées & nettoyées
elles font fort blanches. Quandellesfont
en cet état, on les gratte ou racle dou- Compocement avec un couteau . 5 jufqu'à ce Gtion du
-qu'on foit arrivé vers le centre qui eft reméde.
rude & dur, comme celui d'une racine
de perfil. On le jette comme inutile.
On prend une bonne poignée de ces raclures que l'on fait botillir dans une
chopine de lait, s à un feu lent, & en
les remuant fans celle; elles fc diffolvent 5 & font à la fin une cfpéce de
boiillie. On y met G on veut un
de
Sucre & de Canelle, quin'y EnvCIO de
rien, mais aufli qui n'y peuvent nuire;
& on prend ce botillon après
a
été coulé à travers un linge fin. de0t raZome VI.
B --- Page 38 ---
26 Nonveaux Foyages anx
1699. clures ne changent point la couleur Ifles
lait, & ne luidonnent d'autre
du
cclui que lui donneroit un
goûr de
de
indie
froment. Le Sucre & t
quand on y en veut mettre 3 ne Canelle 3
qu'a le rendre plus agréable. Je croi fervent
pendant qu'il Vaur mieux s'en
ceparceque le Sucre & la Canelle, paffer,
qu'en petite quantité > ne laiffent quoidéchanfer, fur
& c'eft ce qu'il faut
toutes chofes
eutet
ladies.
dans ces fortes de maOn prend ce reméde trois fois
jour. Jcle prenois de grand matin par
que j'avois dit la Mefle. Je
après
trois heures après l'avoir pris, mangeois mais
lement des viandes rôties ou
fcur
fans
ni falade, ni
grillées :
fruits,
fromage, ni
Qu
AMaREA
piry avoir ragoûts, des
autre chofe oi il
épiceries. Trois heures
lon. aprèsce: repas prenois - le fecond boiilAu bout r trois ou
je foupois comme j'avois quatre diné, heures &
lit. prenois le troifiéme en me mettant au je
Ce reméde très-fimple, comme on
voit, aifé à prendre & fort
m'a fi bien guéri, que depuis nourrifant, ce
je n'ai reffenti aucune attaque de tems-là difenterie, ni de flux de fang.
Ilya une autre cfpécc de coulin dont
. aprèsce: repas prenois - le fecond boiilAu bout r trois ou
je foupois comme j'avois quatre diné, heures &
lit. prenois le troifiéme en me mettant au je
Ce reméde très-fimple, comme on
voit, aifé à prendre & fort
m'a fi bien guéri, que depuis nourrifant, ce
je n'ai reffenti aucune attaque de tems-là difenterie, ni de flux de fang.
Ilya une autre cfpécc de coulin dont --- Page 39 ---
Frangoifes de PAmerique.
toutes les hayes des Bafles-terres des Ifles 1699.
font remplies, qui ales feiiilles en ma- Seconde
niere d'écuffons de
d'une piéce € coulin, péce de
de trente fols. Sa tige
plus forte
raT
celle dontje viens de parler, elle ralse
jufquà trois ou quatre pieds de hauteur
après
elle a abfolument befoin
d'ètre Tentel > aufli s'entrelaffe-t-elle
dans tous les arbres qui font à fa portée. Son bouton efttrès-petit, tout couvert de perites épines par le moyen
defquelles il s'attache i tout ce qui le
touche.
On dit que ces feiilles féchées & ré- de Feiilles coufia
duites en poudre prifes dans du bouil- féches
lon, ou autre liquear le poids d'un a.ffente- pour la
écu, & même de deux écus, file mal rie,
eft opiniâtre, guérillent la diffenterie.
Je n'ai poinc fair l'expérience de ce reméde.
Ilya une troifiéme efpéce de coufin Troifiéme efpé.
plus grande que la précédente, on en ce de
trouve de fepto ou huit pieds de haut. Son coufin,
écorce eft grife, unie, fouple, peu adhérente. Elle fe leve auffi facilement
que celle du mahot, & on
aux mêmes ufages, c'eft-à-dire,
BRCTEZE
des cordes. Le bois qu'elle couvre eft
blanc, leger, aifé à fc iécher, il eft caffant & de nul ufage que pour allumer
Bij --- Page 40 ---
28 Nonveanx
anx
1699. du feu, fa feitille Fayages eft
Ifes
à fix pouces, fur trois à longue de cinq
de large, dentelée par les' Quatre pouces
& preique auffi
bords, velug
elle finit en
piquante que les ortics,
couleur
pointe > & elle eft d'une
verte > brune par-deffus 2 &c
beaucoup moins par-deflous. Ses
ne viennent jamais
fleurs
fieurs jointes enfemble feules, nais
comme un elac
les, quet,clles font compofées de cinq fetiillongucur qui étant ouvertes de toute leur
le milicu forment eft
une clpéce d'étoile ?
érainines,d'un rempli beau de petits filets ou
tile fc change enfin jaune en
doré. Lepic
tout rond, garni de
un perit bouton
longues & crochnés, perites épines affez
s'attache aux habits & aux par cheveux leiquelles il
paffans,& fur tout aux poils des bètes des
2g bouton font quelquefois toutes couvertes,
ovales,
fenferme de petires
de l'autre, unjes, plus plattés d'un EeRS que
iées deux à deux, toujours de couplées couleur & accolaffez dures.
grisicre &
feau On eft prérend bon que le fuc de cet arbrif
certain
pour la diffenterie, il eft
qu'il eit ftiptique.
L'écorce broyéc & appliquée en forme decaraplafimic fur les ulceres qui fuj-
font quelquefois toutes couvertes,
ovales,
fenferme de petires
de l'autre, unjes, plus plattés d'un EeRS que
iées deux à deux, toujours de couplées couleur & accolaffez dures.
grisicre &
feau On eft prérend bon que le fuc de cet arbrif
certain
pour la diffenterie, il eft
qu'il eit ftiptique.
L'écorce broyéc & appliquée en forme decaraplafimic fur les ulceres qui fuj- --- Page 41 ---
Françoifes de PAmeriguie.
vent ordinaitementlépian 1, les deffeche 1699:
& les guérit en aflez
de tems.
La quarriéme eptc de coufin dont Quatrié
jai.connoillance a les feiilles de la figure me ef- do
de celles du perfil 3 mais beaucoup plus toncade
grandes, la P ante a peu de force, & ne
séleve guéres à plus d'un pied & demi
de hauteur, lesfruits de cetté cfpece font
longs comme des fers d'aiguillettes s
velus, & dont l'extrémité eft garnie de
petites épincs crochués, qui s'attachent
à tout ce qui les touche.
Les feiniles infufses dans l'eau chaude
font une teinture dur même goût & odeur
que le Thé, & peut - être de même
vertu.
L'Tpecacuanha eft de trois fortes 1
blanc, gris & noir. Nous avons dans
toutes nos favannes des deux premieres
elpeces en uleplancianoigemepion
prétend être la meilleure, nous manque, peut-êrre parce qu'on ne la connoît pas: car des s'imaginer qu'elle nc fc
trouve que far les mines d'or qui font
aux environs de Rio Jeneiro, ou riviere de Janvier, ancienne Habitation
des François aul Brefil fous - le Tropique
du Cancer, & qu'un homme n'en peut
rectieillirqu'une douzaine de livres par
an, c'eft une fable ou un prétexte pour
B jij --- Page 42 ---
1699. E vendre Nowveaux plus Foager AHY IRles
leure que les deux cher. Qu'elle foit meilà-dire, que fon opération autres clpéces, c'eftE & fon effet plus dangereux, fotplarprene
quoi je ne dois pas
c'eft
ce n'eft
mon
entrer, puilque
quife ealand del'employer métier, & que ceux
Que l'ipecacuanha blanc ou conviennent
doux, &
les femmes, les gris seft plus
ceux qui Rut d'une
enfans, &
doivent s'en fervir complexion foible,
noir,
préferablement au
forte, dontl'opération & plus
eft plus vive, plus
dangereufe.
cuanha Ipeca. de Monfieur la
Reynau Ingenieur Géneral
gris, blanc & I701. avec Marine M. étant de la venu aux Ifles eiz
l'étar du pais, & tracer Boulaye, les Fortifications pour voir
quiy feroient néceflaires, fit
cette planted M. Auger
connoître
la
Gouverneur de
feiille Gaadeloupe eft ronde, qui me la montra. Sa
brun, tachetée de dentelée, d'un verd
elle eft rude,
petites pointes rouges,
d'un petit duvet parce qu'eile eft couverte
prefque
branches piquant à peu près comme imperceptible, lcs orties. Ses
fans s'élever, courent leur & rempent fur la terre
mince eft d'un
écorce qui eft allez
gris ou blanc, (pongieux, rouge obfcur, le bois eft
xible, en aflez grande quantité, molaffe, Ac-
& garni
etée de dentelée, d'un verd
elle eft rude,
petites pointes rouges,
d'un petit duvet parce qu'eile eft couverte
prefque
branches piquant à peu près comme imperceptible, lcs orties. Ses
fans s'élever, courent leur & rempent fur la terre
mince eft d'un
écorce qui eft allez
gris ou blanc, (pongieux, rouge obfcur, le bois eft
xible, en aflez grande quantité, molaffe, Ac-
& garni --- Page 43 ---
--- Page 44 ---
Tom 6-pr30.. :
peacuana --- Page 45 ---
Françoifes de LAmérique.
de beaucoup de feiilles. Les Heurs font 1699.
blanches s compofées de cinq feuilles
avec un perit bouton, qui produit des
bayes brues, qui renferment de petites
femences en forme de lentilles de couleur jaunirre s dures & ameres.
La racine eftlongue, menue, notieufe,& de la couleur de fon efpece, c'eftà-dire, blanche ou grife.
L'effet qu'elle produit eft de faire vomir une bile acre , dont l'acide corrompt
lesalimens, & excorie lesinteftins, après
quoiilrellerre par une opération
lui
eit particuliere. Ce font ces deux
tatiet
uniquement allpecacuanha qui
EEN font regarder comme le reméde le
plus fpécifique qu'on ait encore trouvé
pour la diffenrerie & le flux de fang, &c
qui durera felon les apparences julqu'a
ce qu'on mette quelque nouveau fimple
à la mode qui éclipfe celui ci, comme il
eft arrivé à tant d'anres, dont à-peine
on connoit à préfent le nom > quoique
dans le tems de leur vogue on ne parlir
par tout que deleurs vertus, & des effets
miraculeux qu'ils produifoient.
Je n'ai point été dans le
qui
duit feul, à ce qu'on dit >
P iEie
Ipecacuanha, ainfi ce que j'en vais dire,
eft fur la foi d'autrui.
Biv --- Page 46 ---
32 Nonveaux
1699. LTpecacuanha Voager brun anx Ifles
on le Sadisaprelienate ou noir comme
femblables à celles de la fetillesatlez
pointués aux deux extrémitcz parieraire >
gées par une nervure, d'ou
> partafieurs rameaux, ellesfont d'un fortent
par-deffus, plus
Preaicit
nués, molles, & pâles par deflous, charduver rudc. Les fleurs couvertes qui
d'un perit
du pédicule qui foutient les forrentd fetilles côté
par bouquets de dix,
font
enlemble, elles font douze, ou quinze
Petites fetilles blanches, compofées &
de cinq
tamines de mème couleur d'autant d'éfuccedent des bayes d'un 5 aufquelles
qui font remplies d'une rouge brun,
qui renferme de perites pulpe blanche
mences dares, de couleur graines ou fela figure des lentilles.
jaunâtre, de
tion Prépara- de
La racine étant tirée de
laracine. être féchée dl'ombre,8
terre doit
leil. Lorlqu'elle eft nouvelle non pas au So.
comme je viens de dire, elle & eft fechée trèsamere, & elle picotte
amertume; c'eft ce qui lalangue par fon
chaude & féche au fccond faitqu'on la croit
Elle produit les mêmes effets degré.
deux autres efpéces, mais avec
les
force & de promptitude,
pits de
quent plus de danger,
& par confé-
féchée dl'ombre,8
terre doit
leil. Lorlqu'elle eft nouvelle non pas au So.
comme je viens de dire, elle & eft fechée trèsamere, & elle picotte
amertume; c'eft ce qui lalangue par fon
chaude & féche au fccond faitqu'on la croit
Elle produit les mêmes effets degré.
deux autres efpéces, mais avec
les
force & de promptitude,
pits de
quent plus de danger,
& par confé- --- Page 47 ---
Frangoifes de PAmerigue.
On prend une dragme ou deux de 1699.
cette racine, on la pile, & on la met
en infufion pendant une nuit, dans du
vin mèlé d'égale quantité d'eau. On la
pafle par un linge après l'avoir un
fait boiillir fur le feu, & on la Mduhee
ainfi au malade.
Il eft certain que cette racine & quantité d'autres limples qui viennent delAmérique produiroient toujours les mèmes effets, comme ils les produifoient
lorfqu'on a commencé à s'en fervir, fi
on les avoit aufli bons & aufli récens
qu'on les avoit pour lors, & que ceux
qui les ordonnent, ou quilesptéparent
n'y vonluffent mettre rien de leur invention, &s'en tenir à la premiere recette ;
mais à force de changer la maniere de
les accommoder, & a force d'être gatdez dans les Boutiques fans être renouvellez, ils perdent tout lear fuc & leur
vertu, comme il eft aifé de voit, en les
gottant; 3 & les differentes manieres de
les préparer,achevent de les gâter,
Cette plante aime les lieux humides,
& ne veut point être cultivée. Onaremarqué que celles qu'on a cultivées dans
des jardins, n'avoient prefque aucune
vertu.
Jean de Laét, dans le quinziéme Livre
B v --- Page 48 ---
34 Nowveaux
1699. de fa
Yoyages C aux Ifes
les Defeription des Indes Occidentad'une Chapitre dis-huitiéme fait mention
plante qu'il appelle :
Pigaia qui guérit la diffenterie. Igpecaja, OlL
que fon ruyau eft haut d'une
Il dir, 3
dée, & fa racine de même demie coudit , qu'elle ne produit longueur, il
cinq feilles de
que quatre ou
fa racine étant foremauvalfe odeur.Que
dans l'eau au ferain, pilée & laiflée une nuit
par un tamis, &
& Paffée enfuite
le purge d'une donnée à un malade,
en même-tems maniere le flux de , qu'elle arrête
ventre,
Qaoique cette
vicnne pas rout-a-fair Defcription à
ne conjaime mieux croire
Ppeecuanha 1,
chofe,
que c'eft la même
malexpliquée, & malnommée.
CHAPITRE LV.
Afmfinat commis a la
nition 6 mort mès-chréienne Martinique. PHde Lalrafin.
que je demeuroisau Moiiilpour rétablir ma
Per
travailler au Bâtiment de fanté, & faire
vent, il arriva que le Jeudi notre Conétant forti de la Maifon
25 Juin
un peu avant le
croire
Ppeecuanha 1,
chofe,
que c'eft la même
malexpliquée, & malnommée.
CHAPITRE LV.
Afmfinat commis a la
nition 6 mort mès-chréienne Martinique. PHde Lalrafin.
que je demeuroisau Moiiilpour rétablir ma
Per
travailler au Bâtiment de fanté, & faire
vent, il arriva que le Jeudi notre Conétant forti de la Maifon
25 Juin
un peu avant le --- Page 49 ---
Françoifes de PAmérique.
jour, pour mettre mes Ouvriers en be- 1699.
fogne,Jentendis du bruit dans une maifon qui étoit vis-à-vis de notre Eglife.
La curiofité m'en fit approcher de plus
près pour voir ce que cétoit, & comme
je connoiffois le Maitre de la maifon s
je ne fis point difficulté d'y entrer ayant
trouvé la porte de la Boutique ouverte.
Je fus furpris d'entendre qu'il tomboit
quelque liqueur du plancher > dont
quelques gouttes tomberent fur mon
habir. Je fortis
voir ce que c'étoit,
& je fus bien Eonte quand je vis que
c'étoit du fang, qui continuoit de tomber à travers le plancher. J'appellai le
Maitre de la maifon, & un jeune homme qui logeoit avec lui depuis quelque
tems, à quijavois donné les derniers
Sacremens depuis douze à quinze jours 3
parce qu'il avoit été attaqué de la maladie de Siam. Mais voyant que perfonne ne me répondoit t, quoique J'entendiffe du remuement dans la chambre s
je ne doutai point qu'il ne fût arrivé
quelque meurtre. C'eft pourquoi j'appellai de nos Négres pour venir avec
moi. La premiere penfée qui me vint s
fut
Maitre déla maifon, qui étoit
fort REN & fort fujet au vin,avoit
tué le jeune homme qui logeoit chez
Bvj --- Page 50 ---
36 Nowveane
1699. lai. Cet homme Troyager aux Mles
Il étoit de Paris, s'appelloit fils à
Croifiant,
d'un Chandelier
ce qu'on difoit,
S. Denis aux trois demeurant à la Porte
Je montai
Croiffans.
& l'ayant trouvé doucement à la chambre - s
lus entrer; mais je entr'ouverte, fus
2 je voudement par ce jeune repoulfé allez rula porte fur lui au homme, quiferma
demandé d'oi venoir veroiil, & lui ayant
boit du plancher, il ce fang qui tomn'étoit rien. Je connus me alors répondit que ce
tois
que je m'étrompé , & que c'étoit Croiffant
qui avoir été affafliné. Comme
tendois encore
je lenje defcendis, feremuer, & feplaindre
ayant fait
j'appellai du monde , &
fis enfoncer
une pince de fer, je
porte, afin de
afren
bleffé feroit ericore
voir-fi le
quelque afliftance en érat de recevoir
relle. Nous trouvâmes (pirituelle oil
à demi vèru,
le jeune oMEeE
faifoit femblant couché dans fon lit, qui
d'avoir
ne fuflions venus
lc peur que nous
on avoit tué
pour tuer > comme
foit. Nous le Croilfant, à ce qu'il diverfé fous des découvrimes matelas,
enfin rendes tables
des chaifes &
meurtri & > qui expiroit , tellement
horreur,
dengure" , que cela faifoit
a
Nous trouvâmes (pirituelle oil
à demi vèru,
le jeune oMEeE
faifoit femblant couché dans fon lit, qui
d'avoir
ne fuflions venus
lc peur que nous
on avoit tué
pour tuer > comme
foit. Nous le Croilfant, à ce qu'il diverfé fous des découvrimes matelas,
enfin rendes tables
des chaifes &
meurtri & > qui expiroit , tellement
horreur,
dengure" , que cela faifoit
a --- Page 51 ---
Françoifes de LAmérigue.
On faifit lejeune homme. On remar- 1699.
qua qu'il avoit la naiffance dcs ongles
toute pleine de fang,ce qui iayant donné
licu de le faire déchauffer, on vit que fes
pieds > fes jambes, 2 & fes genoux en
étoient tous remplis; & comme il lui
manquoit beaucoup de cheveux d'un
côté, on s'apperçir
Croiffant les
tenoit dans fa main. der affaflinat dont
il étoit facile de connoitre l'auteur nous
furprit tous : car ce Croiflant étoit un
homme extrémement robufte & vigoureux, qui auroit mis en piéces dix
fonnes comme ce jeune homme,
E
n'avoit
dix-neuf ans, d'une compléxion 1bc délicate, & qui ne faifoit
que de relever du mal de Siam, quil'avoit réduit à l'extrémité. On trouva
dans un coin de la chambre le marteau
dont ils'étoit fervi pour commettre CC
meurtre s il étoit tout rouge de fang s
ce qui ayant donné lieu de chercher
l'épée ou le poignard,dont il paroiffoit
pluficurs coups dans le corps du mort
on trouva enfin un coutcau enfanglanté
dans la paillafle du lit où ce jeune homme couchoit, qui fat reconnu par un
des allittans,
être celui-là même
ce jeune Hommnet luiavoit emprunté
gecc jours auparavant 2 & qu'on lui --- Page 52 ---
38 Noxvcaux
1699. avoirvasiguiler la
AHY Ifes
de
avec
1CE
foin.
beaucoup
Le cadavre ayant été vifité par les
Chirurgiens fut trouvé bleffé de
trois coups de marteau & de
vingt-
& le jeune homme ayant été couteau $
prifon, on lui fit fon
conduit en
yoya prier de l'aller procès. Il m'enconta tout le détail de voir, fa jy fus;il me
tion, & me dir,
mauvaife acJuge, & qu'il éroit > qu'il réfolu l'avoit niée aui
feller jamais. Jc lui
de ne la conétoit de droit naturel, dis, que la défenfe
me étoit fi clair,
mais que fon cripas qu'il y cût qu'il ne me paroiffoit
l mort en le aucun moyen déchaper
obligé delavolier, niant, & qu'ainfi il étoit
pos la confcience > des pour mettre en refaire connoitre
Juges, & pour
lé,niaidé de qu'il n'avoit été confeilce meurtre. RRRert le pour commettre
état, il fat jugé le lendemain procès étoit en
fuite condait au Confeil,
& enmeut fat
où fon jugeFort S. Pierre confirmé, &c lui renvoyé au
puis étranglé devant pour être
vif, &
avoir
la reaten où il
commis le crime.
Je l'avois difpofé pendant
ftruifoit fon procès à faire une confeflion qu'on ingénérale, & jc me fervis des deux
jours
RRRert le pour commettre
état, il fat jugé le lendemain procès étoit en
fuite condait au Confeil,
& enmeut fat
où fon jugeFort S. Pierre confirmé, &c lui renvoyé au
puis étranglé devant pour être
vif, &
avoir
la reaten où il
commis le crime.
Je l'avois difpofé pendant
ftruifoit fon procès à faire une confeflion qu'on ingénérale, & jc me fervis des deux
jours --- Page 53 ---
Françoifes de PAmérique.
qu'il demeura en prifon
fon juge- 1699.
ment , pour la lui faire
Il
ame
envoya
cherchér le Juge & le Greffier; & leur
dit >
quoiqu'il n'eût jamais avotié
don Tauteur du meurtre de CroifEre il l'avoiioit à préfenr, & leur confeffoir qu'il l'avoit commis feul, fans
l'afliftance, ni le confeil de qui que ce
fut; qu'il y avoit été porté
la crainte
que Croiffant ne fit Rendferl à vil prix
quelques marchandifes qu'ilavoit, comme ill'en avoit menacé,
fe payer
de cC qu'il luidevoit pour Fanne nourriture
depuis qu'il étoit chez lui, qu'il avoit
attendu que Croiffant fut bien endormi,
après s'ètre retiré fort tard 8 fort yvre ;
qu'il l'avoit frappéd'abord d'un coup de
marteau dans la tempe > & d'un autre
coup fur le front; que Croiffant tl'avoit
par les cheveux, mais que comme
Fa étoit étourdi de ces deux coups > il
avoit eu letems de le frapper d'un coup
de couteau dans la gorge, &c de tous les
autres coups dont on l'avoit trouvé
bleffé. Le Greffier écrivit cette confeffion far fon Regiftre, & la fit figner au
coupable.
Je me rendis de grand matin à la
prifon le jour qu'il devoit être executé,
pour paffer laj journée avec lui. Le Géo- --- Page 54 ---
1699. lier 40 Nonveaux
aux Hles
pria de ayant quelque
en Ville me
PaRtL
lui, & de fermerla Ia lui ouvrir porte de la prifon
droit. Les autres
quand il
-
feape
fermez dansles prifonniers étoient renje me trouvai feul chambress avéc
de forte
allis fur un banc dans la ce jeune Gontne
qu'il ilavoit les fers
cour, il eft vrai
en penfée de le faire aux pieds. Il me vint
trouvois l'occafion fauver, pailqueren
dis - en
fifavorable. Je le lui
n'yavoir méme-tems, & je l'avertis
s'il
point de tems à perdre,& quil
vouloit s'aider, je lui donnerois que le
moyen de fe cacher chez de mes amis
jalquaice Je lui
qu'on pur le faire embarquer.
pour fe montrai le marteau & le cileau
la porte. déferrer, Il fe mit à & la clefqui étoit à
qu'il étoit combattu réver, &c je voyois
propofois, & ce qu'il entre fe fentoit ce que je lui
de faire. A la finje m'imparientai infpiré
qu'il ne prenoit point de
voyant
lui dis quel les momens étoient réfolation, je
& qu'en pareille
précieux,
tant à déliberer. oecalleniln'yavoit Mais
prir encore
faréponfeme TEe
fait. Mon plas que fon crime n'avoit
mercie de votre Pere, me dit-i il, je vous renoifez
bonté, vous ne me connaturellement pas commej je me connoissje fais
méchant;j j'ai commis un
qu'il ne prenoit point de
voyant
lui dis quel les momens étoient réfolation, je
& qu'en pareille
précieux,
tant à déliberer. oecalleniln'yavoit Mais
prir encore
faréponfeme TEe
fait. Mon plas que fon crime n'avoit
mercie de votre Pere, me dit-i il, je vous renoifez
bonté, vous ne me connaturellement pas commej je me connoissje fais
méchant;j j'ai commis un --- Page 55 ---
Franço fes de PAmerique.
41 J -
grand crime, & quoique ce foit le pre- 1699.
mier, Dieu qui permet que la Juftice
m'en châtie, me fait comprendre dans
ce moment qu'il vaut mieux quej je fouf
fre la mort pour l'éfacer, en ayant autant
de
qu'il m'en infpire à préfent,
que E me mettre en danger de n'avoir
pas ce même regret quand j'en aurai
commis un autre peut-être plus grand, 2
auquel mes mauvaifes inclinations me
portent. J'admirai la force de la grace
dans ce jeune homme, & je palfai avec
lui le refte de la journée à parler de
Dieu.
L'heure du (upplice étant arrivée, je
ly accompagnai. 11 fe mit à genoux devant notre Églife fans qu'il y, fat obligé
par fa Sentence, ni que je le lui culle
infpiré, & après avoir demandé pardon
à Dieu de fon crime, il le fupplia de
vouloir recevoirlapeine quilalloit fouffrir
les pechez de celni qu'il avoit chiéten. Mort
tué. trte me pria enfuite de demander par- ne de
don pour lui àt tous les afliftans du mau- l'aflafin.
vais exemple qu'illeur avoit donné, les
avertir de fe rendre fagesà fes dépens, &
leur demander quelque part dans leurs
prieres. Il monta après cela fur l'échafaut, fe mit à genoux > fe réconcilia
encore une fois,& après que je lui eus --- Page 56 ---
42 Nowveaus
3698. donné la derniere Yayager Aux Mles
poitilla, s'étendit far ab/olution la
il fe de
les coups avec tant de croix, & reçût
ne dit jamais autre chofe conftance, qu'il
de tourment que deux ou trois pendant fois
ce
Jefus dune voix fort
le nom
levaile mouchoir
moderée, Je
fur le vilage lorfque que le je lui avois jetté
poir; & layant exhorté Bourreau à
le frapnier acte de
formert un der.
enl lai miféricorde contrition, de
& de confiance
le Bourreau defcendoit Dieu, pendant tque
pour Tétrangler, il leva les fous l'échafaut
il fentit les
yeux au ciel
Im la corde, & les premieres érreintes
moi d'une manicre tournant enfuire fur
il expira comme pleine de douceur,
avoier ici
un prédeftiné. Je dois
fa mort ne qu'après laiffa un fi grand crime s
fenfiblement touslesa pas de toucher trèsroient, le Juge même, afliftans, & le tous pleuJuftice fe retirerent
refte de la.
teur commençie à le avant que l'Exécun'ayant le courage de voir fraper, perfonne
trition, tant de
tant de confermeté dans un réfignation, age fi
& tant de
lus m'acquitter de ce tendre. Je VOu-
& le recommander que je lui avois
ECUEA afliftans, mais les
aux prieres
tôt étouffé le difcours larmes ayanrbienquejavois com-
ice fe retirerent
refte de la.
teur commençie à le avant que l'Exécun'ayant le courage de voir fraper, perfonne
trition, tant de
tant de confermeté dans un réfignation, age fi
& tant de
lus m'acquitter de ce tendre. Je VOu-
& le recommander que je lui avois
ECUEA afliftans, mais les
aux prieres
tôt étouffé le difcours larmes ayanrbienquejavois com- --- Page 57 ---
Francoifes de PAmerique.
mencé, je fuivis tout le peuple qui en- 1699.
tra dans l'Eglife pour prier Dicu pour
lui.
Jc l'enterrai att commencement de la
nuit dans notre Cimetiereà côtéde celui
qu'il avoit tué , & j'aurois eu de quoi
garnir de linceuls tout un Hopital fi
Javois voulu recevoir tous ceux qu'on
m'apporta pour l'enfevelir.
Il s'appelloit Loitis *** Il étoit fils
d'un Marchand de l'Evèché de Nantes,
où ilavoit des pârens riches & aflez - confidérables.
CHAPITRE V.
Nombre extraordinaire de fols alaMartinique. Mort dep plafiewrs Religienx.
ne fçai quelle Etoile avoit palfée
Jut -
la Martinique cette année; mais
on n'y avoit jamais vû un tel défordre,
& un fi grand nombre de fols. Beaucoup
de gens fans fiévre, & fans aucun autre
mal apparent eurent des tranfports au
cerveau, > perdirent le jugement, - & fe
mirent à courir les rues ou ils faifoient
mille extravagances.
Und'eux étant venu fonner à laporte --- Page 58 ---
44 Nomveaux
1699 de notre
Tayager Anx Mes
Hiftoire notre
Convent, le Perc Cabaffor
d'un fol,
Superieur qui fe trouva
& d'un falle, alla lui ouvrit. Ce
dans la
de nos connoiffoit
fol qu'on ne
Reli. manda s'il pas encore pour tel, lui degieux,
n'éroir pas le
ayant Içû qu'il ill'étoit, il lui Superieur , &
que vous êtes allezhomme dir: je eroi
delirer d'être
de bien pour
aime,je fuis Saint, & comme Je vous
tuer 3 afin de venu exprès ici pour vous
difant ces
vous faire martyr, & en
teau de fa paroles, il tira un grand coupoche; Le Pere Cabaflon
n'alpiroit toit de
pas fi haut, , & quife conten- qui
mourir
lui
au
nez Confelleur, ferma la
DeRr Merlet, 2 qu'il baricada par derfut fort fcandalifé c'étoit le nom de ce fol,
en fe
de ce procedé, & dit,
dans retirant, fa
&c remertant fon couteau
trompé. poche Je
2 cet homme m'a bien
d'être Saint, croyois qu'il avoir envie
il mais puifqu'il ei a perdu
Toccafion, ne me trouvera
jours dl'humeur à lui
pas touneur du martyre il procurer l'honmele denanderavant ,
viendra dix fois
Le même fol étant quejele fafle,
dans la Sacriftie
venu le lendemain
lois après avoir lorfque dit la je me deshabilqu'il avoir un avis à Meffe, me dit,
me donner,
toit, que fije ne difois pas la Melle qui
'il avoir envie
il mais puifqu'il ei a perdu
Toccafion, ne me trouvera
jours dl'humeur à lui
pas touneur du martyre il procurer l'honmele denanderavant ,
viendra dix fois
Le même fol étant quejele fafle,
dans la Sacriftie
venu le lendemain
lois après avoir lorfque dit la je me deshabilqu'il avoir un avis à Meffe, me dit,
me donner,
toit, que fije ne difois pas la Melle qui --- Page 59 ---
Françoifes de PAmerique.
plus vite 2 il m'apprendroir à lire. Ce1699.
compliment ne me plut point du tout: :
il éroit armé d'un
bâron, > j'étois
feul avec lui, & Fa en auroit mangé
quarre comme moi. Je crus qu'il falloit
joiier d'adrelfe pour me tirer de ce mauvaispas Ah! Monfieur Merlet,lui dis-je,
il y a long tems que je cherche l'occafion de vous donner à déjeûner, je vous
ai ob'igation, il ne faut pas que vous
m'échapicz aujeurd'hui P & fans lui
4 donner le tems de me répondre 2 je le
pris parla main comme pourle conduire
au Convent; mais en paffant
l'attelier où étoient nos Tailleurs lere pierre, >
je lui fis donner un déjeûné de coups de
régle, dont ile eut fujet de fe fouvenir
pendant quelque tems. Je fis enfuite mes
plainres a la Jultice > qui fit enfermer
iept ou huit de ces fols, qui auroient
enfin caufé du défordre.
Il y en avoit déja eu quelques-uns
qui s'étoient noyez, d'autres s'étoient
brifez en tombant du haut des arbres 8E
des falaifes, où ilsétoient montez pour
s'exercerà voler en l'air. La prifon & le
bâton en rendirent quelques-uns un peu
plus fages, & entr'autres Merlet, qui
depuis ce tems là ne vouloit plus venir
chez nous, > & lorfqu'il me rencontroit --- Page 60 ---
46 Nowveaux Poyages anx
1699. dans les ruës, il rebroulfoit IRes
ou bien il entroic dans quelque chemin, maifon
pour m'éviter.
Il y eut le Chirurgien d'un Vaifleau
ne fut pas fi heureux. Son
f" voulut faire mettre aux fers Capitaine
rêter le.cours des
pour arfoit à tous momens cmmavagancerigeilfal 5 1
mains de ceux qui letenoient, s'échapa & des
à la mer; mais ileut le malheur de fauta
ber auprès d'un puiffant Requien tomreçûrun peu plus
quile
la Baleine ne reçir dhifcourtoifemens, autrefoisle
que
Jonas: : car il lui emportala tête, Prophéte &
roit entraîné lerefte du corps, fi
autelors qui étoient dans une
desMal'en cullent
Chaloupe ne
La petite La
empèché,
verolle
petite verolle fucceda à la
&le matelle s'attacha aux
folie; $
de Siam porta un
Négres, dont elle ememportrès-grand nombre,
té: beau- elle avoit emporté l'année
comme
coup monde. de quantité de femmes blanches, précédente
La maladie de Siam
ravages
fortement recommença fes
encore ERLE Entre un
qu'elle n'avoit
degens qu'elle
très-grand nombre
les moins
emporta, ceux quifurene
de Commis, regrettez, furent une troupe
nommé la 3 qui étoient venus avec un
Bruneliere,
en fur jamais dans le habilehommewil métier de Zachéc.
'année
comme
coup monde. de quantité de femmes blanches, précédente
La maladie de Siam
ravages
fortement recommença fes
encore ERLE Entre un
qu'elle n'avoit
degens qu'elle
très-grand nombre
les moins
emporta, ceux quifurene
de Commis, regrettez, furent une troupe
nommé la 3 qui étoient venus avec un
Bruneliere,
en fur jamais dans le habilehommewil métier de Zachéc. --- Page 61 ---
Françoifes de LAmérique.
Ils avoient amené une perite Frégate 1699.
pour courir autour des 1les, & empècher que perfonne ne pàr faire le Commerceavec les Etrangers, quoique felon
le bruit commun, ils n'euffent pas de
fcrupule là-deffus, quandils ponvoient
le faire pour leur compre. Comme cela
n'accommodoit ni les François 2 > ni les
Etrangers, , deux Bârimens Anglois ou
fe difant tels, la rencontrerent fous la
Dominique, lui firent une querelle d'Allemand, , & la maltraiterent beaucoup.
Cela joint au mal de Siam débaraffa les
Ifles de prefque tous fes Commis, quoique trop rard: : car ils avoient déja fait
plus de mal, qu'on ne pourra peur-èure
jamais en réparer,
Les Ordres Religienx qui ont des
Miflions aux Ifles ne furent pas exempts
des funeftes influences de cette année.
Outres pluficurs Jéfuites qui moururent
du mal de Siam, àla Martinique 8 à la Morts de
Guadeloupe, le Superieur de leur Mif DeresJé plufieurs
fion à Cayenne fat étouffé dans une faites.
piéce de Cannes,ouie feuséroitmispar
accident. Son zèle pour le bien de fa
Compagniel, l'emporta fil loin, que quand
il voulut fe retirer, il ne fut plus tems.
La fumée l'étouffa. Onl le trouva même
un peu grillé, tenant encorefon Crucifix --- Page 62 ---
48 Nonveans
1699. entre fesbras. C'étoit Fropager aux Ies
très grande
un homme d'une
meilleur fort picté, & qui méritoit un
toutes fortes 5 de mais on va au ciel par
Dieu nous trouve voyes , pourvà que
appelle.
prèrs quand il nous
J'ai oublié de
qu'on avoit pris polleflion marquer en fon lieu
Françoife de Saint
de la Partie
Fêtes de Noël de Chriftophe vers les
Mort Carmes
l'année
d'ur PeChauffez de la précedenre.Les
ze Gar- raine y avoient une Province de Toume,
eux qu'ileurs
Habitation tant à
Créanciers,
ruinécc commelesa
qui avoit été
autres
tems quel les Anglois en pendantlelong- avoient
tres. Les Carmes établis à la
été maiy envoyerent un de leurs Religicux Guadeloupe
prendre polleffion de leurs
pour
conferver leurs droits
Terres, &c
ayant trouvé
3 mais celui-ci
cuifine entierement l'Eglife, le Convent & la
tant de
ruinez, en conçie
l'ayant douleur, que le mal de Siam
attaqué dans le
il
cedad tant de maux,& meme-tens,
peu de momens.
mourut en trèseilaffiué, Capucin défaftre Les Capucins eurent leur part de ce
Peresalifle commun. Ilsavoient un de leurs
bon petit homme, Saint Martin, qui étoit un
qu'on le pouvoit être. autant Il fc de mes amis
brotillaavec
un
la
tant de
ruinez, en conçie
l'ayant douleur, que le mal de Siam
attaqué dans le
il
cedad tant de maux,& meme-tens,
peu de momens.
mourut en trèseilaffiué, Capucin défaftre Les Capucins eurent leur part de ce
Peresalifle commun. Ilsavoient un de leurs
bon petit homme, Saint Martin, qui étoit un
qu'on le pouvoit être. autant Il fc de mes amis
brotillaavec
un --- Page 63 ---
Francoifes de LAmérique.
un Caraibe libre nommé Loiiis , qui le 1699,
fervoit
amitié depuis isallezlong-tems,
&les ietetra de leurs broûtilleries furent fi
terribles, que le Caraibe lui coupa la
gorge. Les Habitans étant venus le matin pour entendre la Meffe, furent fort
furpris de ne voir nil le Capucin, ni fon
Caraibe. La curiolité en ayant porté
quelques-uns à regarder au travers des
rofeaux qui palifladoient la maifon, ils
apperçirent le Capucin étendu par terre;on enfonça la porte, & on trouva
que ce pauvre Religieux avoit réellement la gorge coupéc, & plufieurs autres bleffures. Comme il étoit évident
que c'étoit le Caraibe qui avoit fait le
coup, on le chercha avec tout le foin
potlible, 3 mais inutilement. Ce ne fut
qu'euviron un an après, qu'un Chaffeur
trouva les reftes de fon cadavre au pied,
d'un arbre où il paroiffoit qu'il s'étoit
pendu; du moins y, avoit-il encore un
bout de corde attachée à une branche
au-deflus ducadavre. On trouva dansle
centre des branches un fulil, & quelques autres chofes qu'il avoit volées au
Capucin.
Le Pere Cafimir Jurelure , Vicaire
Provincial des Religieux de la Charité,
i'en alla en l'autre monde d'une maniere
Tome VI.
C --- Page 64 ---
so Nowveanx
4699. aufli funefte quela Fayages anx Ies
toute differente. Il précedene, faifoit
quoique
friché dans les terres
faire un dé.
Reli- ne-Rouge de la
qu'ils ont au Morla gieux de planter des Cacoyers. Martinique Ileut 3 atin d'y
téécraié, Elarfesec qu'un très gros arbre envie devoir
toit, feroit en tombant. Les qu'on abbary. travailloient, & un autre Négres qui
plus experimenté quelui,lui Religieux
des fois de changer de
dirent bien
procher du
place, & de s'api
jours moins pieddehanbie.ehu de danger
ily a touautre lieu: : il ne jugea que à dans tout
fiivre leurs confeils, & pas propos de
étoit, l'arbre tomba
demeura où il
fur fatisfaire, maisil enfin, fa curiofité
velles en l'autre monde, en porra les noutout le poids. Une des car il en fentit
de ceta arbre ayant
groffes branches
Jui derriere
attrapé en paffant cepofté, le renverfa lequel ce curieux s'éroit
en tombant le
par terre , & l'arbre
fi bien qu'on fut renverfaaufi, plus de deux & l'enterra
chercher ; & quand on l'efit heuresà le
& retiré de
découvert
tellement brifé deflous cet arbre, il étoit
l'eût pilé dans un 2 mortier. qu'il fembloit qu'on
derniers Pour nous qui étions demeurez les
ànous reffentir de ces
nous Le fûmes pas pour cela les malheurs, plus mal
terre , & l'arbre
fi bien qu'on fut renverfaaufi, plus de deux & l'enterra
chercher ; & quand on l'efit heuresà le
& retiré de
découvert
tellement brifé deflous cet arbre, il étoit
l'eût pilé dans un 2 mortier. qu'il fembloit qu'on
derniers Pour nous qui étions demeurez les
ànous reffentir de ces
nous Le fûmes pas pour cela les malheurs, plus mal --- Page 65 ---
Françoifes de LAmbrigne.
Le Pere Eftret qui m'avoit 1699.
Em dans la Charge de ProcureurSyndic de notre Miflion de la Martinique fc bleffa griévement en tombant de
cheval, & comme c'étoit auprès de la
riviere, & qu'il faifoit un orage
dic Le Syns de
ventable de pluye, la riviere en
dé- Jacohins
PaL
bordant l'entraina à la mer 2 quile re- R noyé
porta fur le rivage, où on le trouva le
lendemain matin. Ce malheur arriva le
Jeudi au foir 26 Novembre.
Ilyavoir environ trois femaines que
j'avois quitté la Paroiffe deSainte-Marie
pour venir deffervir celle de la GrandeAnce, en attendant que le Religieux
qui en étoit nommé Curé fût arrivé de
la Guadeloupe, où je devois aller prendre le foin & l'adminiftration de notre'
temporcl. Le Pere Eftret étoit venu
chez moi chercher trois cens écus que
j'avois reçû pour le compte de notre
Maifon d'un Marchand de t Balleterre.
Pendant que nous dinions le tems fe
mit à la pluye, qui augmenta de telle
forte,
n'y avoit aucune apparence
qu'il : s'en retourner au Fonds Saint
Jacques. Je fis tout ce que je pûs, pour
le retenir à coucher, & n'en pouvant
venir à bout, jelc fis accompagner par
Cij --- Page 66 ---
1699. un 52 Nowveau Toyages aux Iles
les rivieres. grand Négre, pour l'aider à paffer
Iis'eniervit
les deux premieres, c'eft-àedire, feulement la pour
viere da Lorrain & la riviere
riaprès quoi il me le renvoya. Il Macé,
au Bourg duMarigor
trouva
de
quelques Habitans
empéchoit Sainte-Matie d'aller que le mauvais tems
ferent très-fort de plus s'arrêter loin, quile prefmais il n'y eut pas moyen : avec il voulut eux 2
ordinaire, continuer fon il voyage > & contre fon
fi
faifoit marcher fon cheval
doucement > malgré la groffe
qui tomboir; qu'un de cesHabirans
gu'il fembloit
fa
un Officier qu'il alloit à la mort; à
LE affirément réponditivous ilfe
avez raiquelque riviere, & fi noyera nous en palfant
main de bonne heure,
Partons defon cerps au bord de la mer. nous trouverons Ce fut
veritable
une
prophétic : car cet.Officier
nomméMonfieur pitaine d'une
de Survilliée alors Caqui étoit fon Compagnic ami
de la Marine,
avoit fait tous fes eiforts particulier, & qui
cher decontinuer fon malheureux pour l'empege, érant parti le lendemain matin voya- du.
Marigor Sainte Marie pour s'en retourner chez lui à
, trouva les
notre Habitation
Négres de
2 qui enlevoiçnt le
veritable
une
prophétic : car cet.Officier
nomméMonfieur pitaine d'une
de Survilliée alors Caqui étoit fon Compagnic ami
de la Marine,
avoit fait tous fes eiforts particulier, & qui
cher decontinuer fon malheureux pour l'empege, érant parti le lendemain matin voya- du.
Marigor Sainte Marie pour s'en retourner chez lui à
, trouva les
notre Habitation
Négres de
2 qui enlevoiçnt le --- Page 67 ---
Frangoifes de PAmerigme. S--
torps
la mer avoit rejetté fur le 1699.
bord aT l'Ance, & il eut la bonté de
m'en donner avis.
Comme le Pere Eftret n'avoit perfonne avec lui, on n'a pû fçavoir au vrai
comment la chofe sétoit paflée. Son
cheval qu'on trouva tout fellé dans la
favanne fait croire que le Pere en étoit
tombé en defcendant le Morne par un
endroit fort rapide, où ilavoitcoûrume
de paffer pour abreger un
fon chemin, & que le
qu'il Irauts à la tête
l'ayant érourdi, -GTEc il
demeuré dansle
ruiffeau, duque! on remarqua la gliflade
du cheval, & qu'il y avoit été fuffoqué, ce ruiffeau s'étant débordé l'avoit
entrainé dans la riviere. : qui n'en étoit
qu'à huir ou dix pas, & la riviere dafts
la mer. Cette mort met toucha beaucoup:
car c'étoit un fort bon Religieux 1 > &
quoiqu'il n'eût pas tout-à-fait les talens
nécelfaires pour l'emploi dont on l'avoit
chargé, il y avoit lieu d'efpérer qu'illes
acquereroit avec le tems. Nos Peres me
prefferent beaucoup de rompre les engagemens
j'avois pris à la Guadeloupe, & dm me charger encore une fois
du foin de notre temporel à la Martinique. Je ne crus pas le devoir faire 5 aul
contraire,)écrivis pour prelfer le départ
Cil --- Page 68 ---
Nouveaux
AHX IRes
1699. du Religieux qui Togun me
relever, de
crainte que la complaifance pour mes
amis > ne m'engagear de nouveau dans
les embarras da Fouds Saint Jacques,
On trouva le fac où éloient les trois
cens écus dans des brouffailles au bord
de la riviere, ce quicontribua à confoler un peu notre Superieur de la; perte de
fon Syndic.
CHAPITRE
V.
De la Famille de Meffiewrs de la
Guarigue.
M Onfieur de Survilliée dont j'ai
parlé dans le Chapitre
eft Créolle de Saint Chriftophe. précedenc Son
nom de famille cft la Guarigue, Il eft
fils du fieur
- de la Guarigue
premier Capitaine-Colonel de toutesles
Milices de Saint Chriftophe.
M. de la Guarigue étoit Parifien, d'une famille confiderable par fon ancienneté, fa nobleffe & fcs alliances. Ses
parens lui firent prendre le parti des armes étant encore fort jeune, comme le
partageo ordinaire des Cadets. Il fervit en
cette qualité dans le Régiment des Gare
nom de famille cft la Guarigue, Il eft
fils du fieur
- de la Guarigue
premier Capitaine-Colonel de toutesles
Milices de Saint Chriftophe.
M. de la Guarigue étoit Parifien, d'une famille confiderable par fon ancienneté, fa nobleffe & fcs alliances. Ses
parens lui firent prendre le parti des armes étant encore fort jeune, comme le
partageo ordinaire des Cadets. Il fervit en
cette qualité dans le Régiment des Gare --- Page 69 ---
Fyançoifes de PAmbrigne.
5,5
des,qui étoit en ce tems-là l'école de la 1699.
jeune Nobleffe. Ily fut pendant fix à
ans, & fe trouva aux Batailles de
At
de Mariandal, de Nortlingue,
ETEN fous Maréchal de Turenne, &à quelques Sieges qui fe firent en Flandres &
en Ailemagne, depuis l'année 1642.j juf
qu'en 1648.
la Paix conclué à
Munfter entre Rar France, l'Allemagne,
la Suede > & les autres Puiflances du
Nord, lui donnant peu d'cfpérance d'etre avancé >
qu'on fit alors une
grande RORARET il revint chez lui
Ic remettre de fix Campagnes
CoatteNt
ves qu'il avoit faites, dans lefquelles il
avoit eule mlheurdaureblefi@nrois: fois
très- dangereufement. Son Oncle s le
Commandeur de Raucourt quil'aimoit,
crut que l'Amérique lui feroit plus favorable; ill'équipa, & l'envoya à fonami
intime le Bailly de Poincy Lieutenant
Géneraldes) Ifles) Françoifes, & Seigneur
particulier de celles de Saint Chriftophe, Sainte Croix, 3 Saint Martin, &
Saint Barthelemy, > à qui ille recommanda comme un jeune homme de
grande clpérance 2 & fon neveu.
Le mérite perfonnel du fieur de la
Guarigue placor que cette recommen-,
dation, lui acquit bien-tôt l'eftime du
Civ --- Page 70 ---
S6 Nonrveane
1699. Bailly de Poiney: :ille Voyager AHY Mles
& voulur fe charger du prit en affecion,
tune. Peu de mois
foin de fa foril lui donna une après qu'il fut arrivé
n'y ayant point Compagnie alors
de Milice,
dans les Ifles. Il
dutres Troupes
les expéditions Temploya dans routes
glois pour les chaffer qu'on de fit contre les Antuc dont ilséroient l'Ifle de la Torles
emparez, & contre
Sainte Elpagnols Croix 5 far lelquels on reprit
Hollandois, & qu'ils avoient enlevée aux
prifes qu'on fit en fur diverfesautres entreInes, qu'en Terre eux , tant dans les
de 1660. Ileacquir ferme jufqu'a la Paix
& de réputation dans beaucoup de gloire
fions, dont il feroit toutes ces occater le dérail,
trop long de rapori
létablir. M.de Poincy voulut enfin le
Il lui ft
fixer &
du fieur de Roflignol époufer une des filles
confidérables, & des plus Officier des plus
dont une autre fille
riches de l'ifle,
de Poincy neveu du époufa enfaite le fieur
Er pour
Bailly de ce nom,
un
donner au fieur de la
rang atz deflas de tous les Guarigue
ficiers, les
& le mettre à la tête autres de Of
mandem Troupes, & lui en donner le Com- toutes
pagnic Colo ent, il donna le titre de Comnelle dcelle que le fieur de
confidérables, & des plus Officier des plus
dont une autre fille
riches de l'ifle,
de Poincy neveu du époufa enfaite le fieur
Er pour
Bailly de ce nom,
un
donner au fieur de la
rang atz deflas de tous les Guarigue
ficiers, les
& le mettre à la tête autres de Of
mandem Troupes, & lui en donner le Com- toutes
pagnic Colo ent, il donna le titre de Comnelle dcelle que le fieur de --- Page 71 ---
Françoifes de PAmbrigue. 5.7
Ta Guarigue commandoit depuis quci- 169).
années, qui étoit une des quarre
E Quartier de la Balfeterre, & fi nombreufe, qu'elle feule pouvoit palfer
un Régiment
a
HEIRCUE
? puifqu'on y
compté plus de neufcenshommes, coinme il eft aifé de le juftifier par les Rôles
de ce tems-là. Ce fut ainfi que le Bailly
de Poincy donna le Commandement de
toutes les Troupes de fon Gouvernement au fieur dela Guarigue qui n'avoit
au- deffus de lui, quele tieur de Poincy
neveu du Seigneur de l'Ifle, qui étoit
Gouverneur particulier : car on ne connoiffoit point encore alors dans les Ifles
les Lieutenans de Roi.
Le Bailly de Poincy étant mort vers
la fin de 1660. le Chevalier de Sales qui
lui fucceda, eut les mèmes égards
le fieur de la Guarigue; & comme Eris le
connoiffoit
un homme également
prudent & ours &c qui d'ailleurs étoit
le premier Officier de fon Gouvernement, il lui donna toute fa confiance',
& ne faifoit rien fansle confulter.
Tout le monde convient que ce fut
le fieur de la Guarigue qui empècha
les Anglois ne furpriflent le
Chenlier
de Sales > à la faveur des Concordars
d'une parfaite neutralité qu'ils avoieitt
Cv --- Page 72 ---
58 Nouveaux Voyages AuX Ifles
1699.fignez tout recemment. Il connoifloie
leur genie à fond, & fçavoit qu'ils ne
voyoient qu'avec. une extrème jaloufie
létat foriflant de la Colonie Françoife
de Saint Chriftophe > & qu'ils mettroient tout en ulage pour la détruire,
lorfqu'ils croiroient lej pouvoir faire. IL
avertit le Chevalier de Sales de ne fe
point fier à leurs bellcs paroles, & ayant
içà par les intelligences qu'il entietenoit chez eux, les mefures qu'ils prenoient, il engagea M. de Sales de fe
mettre en état, non-fculement de n'ètre pas furpris, mais de les attaquer, dès
qu'on s'appercevroit qu'ils voudroient
commencer la guerre.
Pour bien entendre ce queje vais dire
de cette Guerre cù lc fieur de la Guarigue s'eft acquis trop de gloire,
ne
rendre la juftice qui lui Epda dûe,
FE il
fe fouvenir de ce que jai dit dans
la Préface de ma premicre Partie, de la
fituation de l'lfle de Saint Chriftophe ,
& de la maniere dont elle elt partagée
entre les François & les Anglois. Je le
répeterai ici en deux mots pour la commodité du Leéteur.
L'ifle cft divifée en quatre quartiers.
La pointe de T'Ef, & celle del l'Oueft
forment les deux Quartiers François.
qui lui Epda dûe,
FE il
fe fouvenir de ce que jai dit dans
la Préface de ma premicre Partie, de la
fituation de l'lfle de Saint Chriftophe ,
& de la maniere dont elle elt partagée
entre les François & les Anglois. Je le
répeterai ici en deux mots pour la commodité du Leéteur.
L'ifle cft divifée en quatre quartiers.
La pointe de T'Ef, & celle del l'Oueft
forment les deux Quartiers François. --- Page 73 ---
PJCT --- Page 74 ---
SiS
Tome
LE GRAND
6.se 58.
e
OCEAN
Rongamye
OU
I
MER DE NORT
CARTE DE LISLE
+
erd iny) ay Rles
DE SAINT
QUARTIER DES
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del
Aed esouece
Est
Eihelle de deurliuer.
pne
DEtADTO
Avec ponkeye durg.
--- Page 75 ---
Françoifes de PAmbrigne. 49
Les côtes de lile qui regardent le Nord 1699.
& le Sud font les deux Quartiers Anglois. La petite riviere de la Pentecôte
au Sud-Sud-Oieft fépare le Quartier de
la Balleterre Françoile, de la Baffeterre
Angloile. C'eft le Quartier principal &
le plus comfidérable des François, la réfidence du Général, le Siege du Confeil,
l'endroit du plus grand Commerce : il
y, avoit une petite Ville, 8c un Fort qui
n'a jamais valu grand chofe, & qui a
toujours été fort negligé, la bravoure de
nos Infulaires leur ayant toujours tenu
lieu de murailles & de forterefles. La
riviere de Cayonne à lEft-Nord - Eft
fépare la même partie Françoile d'avec
la partie Angloile, qui eft au Nord,8
qu'on appelle la Cabefterre Angloile.
Ceft dans cette partie Angloife qu'on
trouve la ravine de Nicleton ou à Cabrittes, & le Quartier appellé les cinq
Combles, elle peut avoir trois lieuës ou
environ de longueur, & fc terminc eà un
Cap & une Ravine, auprès de laquelle
les François ont une elpéce de Fortin
appellé le Fort Loiiis. Ceft à cet endroit
que commence la Cabefterre Françoife, >
regarde le Nord , d'environ trois
ES & demie de tour, & qui finit à
un autre petit Fort fitué à la pointe de
Cvj
tes, & le Quartier appellé les cinq
Combles, elle peut avoir trois lieuës ou
environ de longueur, & fc terminc eà un
Cap & une Ravine, auprès de laquelle
les François ont une elpéce de Fortin
appellé le Fort Loiiis. Ceft à cet endroit
que commence la Cabefterre Françoife, >
regarde le Nord , d'environ trois
ES & demie de tour, & qui finit à
un autre petit Fort fitué à la pointe de
Cvj --- Page 76 ---
60 Nowveaux
1699. Sable al'Oueft où Toyager Anx TRes
terre Angloife. Les commence la Baffe-:
petic Fort en cet endroit, Anglois ont aulli un
mais leur Forou
eft à
soulelapiecntemnee
environ dela pointe deSable unelieuë
appellé la grande Rade. On la au lien
le Fort Charles. Les deux nomme
befterre Anglois, c'eft-à-dire, celui de Quartiers la Ca-
& de la Bafleterre fe
quent par un chemin qu'ils sont communiau travers des bois &c des
pratiqué,
qui font au centre de IIlle; montagnies mais les 3
Quartiers
communicatiou François ne peuvent avoir de
dinaires qui font que par les chemins orqui font communs prèsle bord de la mer,.
qui ceffent delètre aux dès deux Nations, &
Guerre, auffi bien
celui qu'elles font en
des montagnes
9c
des bois&c
exadtement, & que fans Anglois gardent
dans ces tems-là.
beaucoup de peine
Cette connoiffance
, que le Roi fuppofée il faue
Scmts aux
ayant déclaré la
Ifles qui n'avoient Anglois en 1666. ceux des
d'une parfaite
ligné les Concordats
dormir les
Neutralité que pour enplus
Frangois, & les furprendre
de facilement, firent venin des TrouNieves, Antigues,
E de Saint Eultache,
Monfarrati, ,
pour grollir les --- Page 77 ---
Françoifes de LAmerique.
leurs 3 & attaquer les François avec 1699
plus d'avantage, , & les détruire entierement.
En effet on vit le Dimanche 20 Avrit
1666. nombre de Barques & de Chalouppes chargées de Troupes & de Milices qui venoient de Niéves, & quidébarquerent à la grande Rade; & on (çûr
que le Colonel Morgan Gouverneur de
Saint Euftache étoit venu joindre le Colonel Wafts, Gouverneur de la partic
Angloife de Saint Chriftophe avec toutes les Troupes & les Milices qu'il avoit
pû - tirer de fon Gouvernement. , entre
lefquellesily avoit 360 Boucaniers, fur
lefquels il comptoit beaucoup.
Ces renforts ayant beaucoup augmenté les' Troupes Angloifes de Saint Chrifrophe * déja fupericurs aux François de
la même Ile 1 7 le Colonel Wafts ne
manqua pas dès le lendemain de faire
marcher un Corps confiderable vers la
petiteriviere de la Pentecôte 2 Frontiere
des François & des Anglois à la Baffeterre.
Le Chevalier de Sales en ayant avis,
s'y polta aufli avec les quatre Compagnies de la Ballerene.dont la Colonelle
commandée par le fieur de la Guarigues
en étoir une. Quoique ces Compagnics
fupericurs aux François de
la même Ile 1 7 le Colonel Wafts ne
manqua pas dès le lendemain de faire
marcher un Corps confiderable vers la
petiteriviere de la Pentecôte 2 Frontiere
des François & des Anglois à la Baffeterre.
Le Chevalier de Sales en ayant avis,
s'y polta aufli avec les quatre Compagnies de la Ballerene.dont la Colonelle
commandée par le fieur de la Guarigues
en étoir une. Quoique ces Compagnics --- Page 78 ---
62 Noveaux
1699.ne fulfent pas alors Foyages anx Ifes
breufes qu'elles étoient tout-à-fair Gi nomeft
quelques années
certain qu'elles faiplus sde emonde
SERNETAL
que mon Confrere le Pere quencle du mardansle quatriéme7 Tome de fon Tertre
génerale des Antifles : il s'eft Hiftoire
beaucoup de chofes, & il trompé en
écrit fur" des Mémoires paroit qu'ila
envoyés par des
qui lui ont été
linterêt conduifoient gens que la pafion &
de faire connoitre la verité plator que le defir
Jaidemeuré
adapofterité.
pour n'être trop long-tems far les lieux
pas informé
que lui, de tout ce qui s'eft plusexackemene
cette Guerre, puifque J'ai
dans
de
quantité
tramtu
gens d'honneur & de
y étoient préfens, & dont probité, en cas de et
foin,je pourrois rapporterles
ges, qui m'ont rapportéavec témoignafans pallion, & fans interèt, fincerité,
les chofes fe font paflées, ainfi comment
vais dire,
que je le
avoit Les Anglois voyant que M. de Sales
riviere pofté de la fes Troupes le long de la
Pentecôre 3 crarent
demeureroir ten cet
qu'il
aflez
endroit,quilui éroie
avantageux pour y foutenir leurs
efforts, ou que ce feroit par-là qu'il dés
boucheroit,s1l prenoic le parti de les --- Page 79 ---
Frangoifes de PAmerigne.
attaquer. Mais ce n'étoit nullement fon 1695
dellein. 1l ne demeura dans ce pofte que
julqu'à la nuit; & aufli-tôt qu'elle fut
aflez noire pour couvrir fes mouvemens,
il fit matcher toutes fes Troupes vers
Cayonne, à la réferve d'un petit Corps
qu'il laiffa fur cette Frontiere, avec tous
les Tambours des Compagnies, leur
ordonnant de faire grand biuit, beaucoup de feux, & quand il feroit jour, >
bien des marches, & des contre marches, afin de perfiader aux Anglois que
toutes fes Troupes étoient toujours campées dans le mème endroit. 11 arrivad
Cayonne vers la minuit, & s'y joignit
aux deux Compagnics de ce Quartierlà , qui eft la Frontiere des François
& des Anglois du côté de TEf-NordEft.
Le Mardi 22 Avril il attaqua les
Anglois dèsla poinre du jour. Il - les trouva avantageulement poltez de l'aurre
côté de la petite rivieie ou ravine de
Cayonne. I1 prit la gauche afin d'avoir
affaire àl ladroite des Ennemis, oit ilfçavoit que le Commandant des Anglois
étoit avec fcs Volontaires, 2 & afin de
voir plus aifément ce qui fe pafferoir
dans l'action, parceque le lieu cè il fe
trouvoit étoit plus élevé que cclui de la
antageulement poltez de l'aurre
côté de la petite rivieie ou ravine de
Cayonne. I1 prit la gauche afin d'avoir
affaire àl ladroite des Ennemis, oit ilfçavoit que le Commandant des Anglois
étoit avec fcs Volontaires, 2 & afin de
voir plus aifément ce qui fe pafferoir
dans l'action, parceque le lieu cè il fe
trouvoit étoit plus élevé que cclui de la --- Page 80 ---
64 Nonvetie
2699. droite de fes
T'oynges anx Mes
le fieur de la Troupes commandées
Compagnie Guarigue à la tête de M
Colonelle.
Je ne fçai où le Pere du Tertre
que M. de Sales avoit nommé
a pris
fuccefleur en cas de mort le
pour fon
Saint Laurent. Il n'y penfa Chevalierde
quand dil en auroir eu la penfée, jamais, &
pas en fon pouvoir de le faire. iln'éroit Les Ifles
n'appartenoient il
plus à la Religion de
Malther la
y avoit quatre mois &c plus
Rech Compagnie & il étoit en avoit pris poilef
prendre une chofe trop de fage pour entredans les circonflances cette nature, qui
avoir des fuites ficheules. préfentes pouvoit
noiffoit trop bien les Officiers Puifqu'il coneroire capables de fouffrir
pour les
d'autant plus que le Chèvalier cep paffe-droits de
Laurent, ,le Chevalier de
Saint
quelques autres
Grimault, &
gion de Malthe dépendans de la Reliractere dans n'avoient plus aucun caen cette aétion l'Ile, & ne Te trouvoient,
que comme fimples Volontaires, qui n'étoient
le pais que pour achever demeurez dans
res
quelques affaileur particulieres, Religion. ou pour eux, ou pour
E Ce point d'hiftoire eft
jai crû être obligé de important, &
corriger l'erreur --- Page 81 ---
Francoifes de PAmerigue.
"de mon Confrere, après avoir fait tou- 1699.
tes les diligences néceflaires
me
bien informer de la verité.
verra
Boet
dans la fuite, comment le Chevalier de
Saint Laurent a eu le Gouvernement de
Saint Chriftophe, & à quiil en fut ICdevable. Je reviens à mon fujet.
La gauche des Troupes Françoifes,
oû étoit M. de Sales, fit plier après une
longue réfiftance la droite des Anglois >
& palfa la ravine; mais la droite ayant
trouvé devant elle un terrain de très-difficile accès, qui favorifoit extrémement
les Ennemis, fut repoullée jufqu'à deux
fois 5 de forte que les Officiers & les
Volentaires quiétoient encore àcheval,
furent obligez de mettre pied à terre
pour mieux foûtenir leuts gens ; & le
fieur de la Guarigue ayant fait ceffer le
feu, & mettre l'épée àla main, ils
le revers de la ravine, &
eite
perent terent enfin les Anglois dontils firent un
étrange carnage. Ceux-ci fe voyant battus des deux côtez, > fe débanderent, &
chercherent leur falut dans la fuite ?
pourfuivis vivement par les François
jufquesauprès de la ravine de Nicleton,
éloignée de près d'une lieué de la riviere de Cayonne.
Cc faten.cet endroit que le Chevalier
ée àla main, ils
le revers de la ravine, &
eite
perent terent enfin les Anglois dontils firent un
étrange carnage. Ceux-ci fe voyant battus des deux côtez, > fe débanderent, &
chercherent leur falut dans la fuite ?
pourfuivis vivement par les François
jufquesauprès de la ravine de Nicleton,
éloignée de près d'une lieué de la riviere de Cayonne.
Cc faten.cet endroit que le Chevalier --- Page 82 ---
66 Nowveawx
2699. de Sales arrèra fes Yoyages anx Ies
de peine, afin de leur gens faire avec beaucoup
Jeine, & les remettre prendre hadourantbien que les
en ordre, fe
arrêtez 5 comme dans fuyardss'y un lieu feroient
geux.
avanrade En la défaite effet, ceux qui éroient échapez
de
un Corps de Troupes Cayonney y ayant trouvé
fecous, borderent qui venoir à leur
rent
cette ravine, jettedeshalliers Moermeen-Oeaf ou ils
dans
fant paroitre éioisnecaches,te fai-
& là, comme que quelques Cavaliers ga
mens des François. pour oblerver les mouvedétacha Un Officier nommé Saint Amour fe
avec ces
faire le coup de piltolet
mais
Emaicat
loppé dans le
ayant été enves'en apperçût moment, M. de Sales qui
fuivi de pouffà vers lui pour le dé.
FEL donnoit les ordres quelques Oficiers à
attaque, Tous fe mélerent de cette Real
nemis qui plicrent
avec les Engens fe trouvant fous jufqu'à le feu d'un ce que de nos
pelottons
ces
decharge, d'Infanterie, dont deux en reçirent une
dans lc corps de M. de coups Sales, porterent- &
dirent roide-mort.
l'étenCompagnic furent Quelquesuns de fa
blelilce, & entr'au- --- Page 83 ---
Françoifes de PAmérigue.
67 -
xres le fieur de la Guarigue y reçût un 1699*
coup de fufil chargé de trois balles dans
les reins, de fi près, que les trois balles ne firent qu'une feule ouverture.
Cette bleffure - toute grande qu'elle
étoit, , ne l'empècha pas de courir à
M. de Sales , quil ne croyoit que bleffé; mais l'ayant trouvé mort, ille fit
couvrir d'un manteau , pour dérober la
vàede cette perte à nos gens, qui voiant
l'affaire engagée poufferent les Anglois
avec tant de bravoure, qu'ils leur firent
abandonner ce pallage.
Cependant le fieur de la Guarigue fe
retira un peu à l'écart, & ayant fait une
efpéce de bouchon ou de tente de fon
mouchoir , il le fit enfoncer dans fa
playc, pour arrêter le fang, & fc fitlier
fortement avec fon écharpe
fon valet
à qui il défendit de rien EREO Ayant
aufli tôt regagné la tète des Troupes
s'étoient arrèrées, après avoir poulfe
E
Ennemis, il fut falué par tous les, Oficiers comme lenr Chef, & prié de donner fes ordres,
achever de défaire
les Ennemis, aleas voyoit fe rallier, &
prèts à s'unir à un autre Corps de leurs
Troupes qu'on fçavoit être campées aut
lien nommé les cinq Combles, qui étoit
leur quartier d'aflemblée de taute la Ca
belterre.
arrèrées, après avoir poulfe
E
Ennemis, il fut falué par tous les, Oficiers comme lenr Chef, & prié de donner fes ordres,
achever de défaire
les Ennemis, aleas voyoit fe rallier, &
prèts à s'unir à un autre Corps de leurs
Troupes qu'on fçavoit être campées aut
lien nommé les cinq Combles, qui étoit
leur quartier d'aflemblée de taute la Ca
belterre. --- Page 84 ---
68 Nowveanx
AHx
1699. Le fieur de la Yayager fans Mles
de fal bleflure, de Guarigue crainte de
rien dire
faire
courage aux Habitans déja
perdre
la mort de leur Gouverneur, ébranlez par
de la bonne opinion qu'ils lesremercia aveient
lui, & leur dit s que quoique le
de
mandement lui appartine de droit comme leur Colonel, il les
de le comferer au Chevalier de Saint prioit
dé.
qui avoir toutes les qualitez nécellaires Laurent s
pour achever ce qui étoit fi
ment commencé, &
les heureufe- belles
tions qu'il venoit de faire, que méritoient acqu'on lui fit cet honnear. Le
de Saint Laurent qui étoit
Chevalier
cufa de prendre le
préfent, s'exdit, que n'étant commandement, &
qu'Etranger &
taire,il n'étoit pas jufte qu'il Volonpofte
prit un
quiappartenoir au fieur de la Guarigue par toutes fortes d'endroits.
Le fieur dela Guarigue étoit fon ami
particulier depuislong-tems. Ilss'étoient
connis en France, & avoient
armes enfemble fous le Maréchal porté de Tu- les
renne, de forte qu'il étoit bien aife
cette occafion fep préfenrat de
que
à fop avancement. Mais
contribuer
fe rendoit point, & les voyant momens qu'ilte
dit, précieux, ille prit en particulier, & érant lui
qu'il étoit bleffé d'une telle manic: --- Page 85 ---
Françoifes de Amérique.
re, qu'il ne (gavoit s'il porteroir encore 1699loin la blelfure, & qu'il jugear lui-mème
sil pouvoir fe charger du commande-.
ment dans l'état oû ilfe trouvoit. Cette
déclaration détermina le Chevalier de
Saint Laurent à fe mettre à la rête des
Troupes, du moins jufqu'à ce qu'on ent
joint M. de Poincy , qui étoit alap pointe
de Sable où il commandoit, quoiquil
ne fàr plus Gouverneur en titre, depuis
la Compagnic étoit en poffetion
T: Ifles.
Le Chevalier de Saint Laurent
donc le
occupé le
TELEit
qu'avoir
lier de RE & le fieur de la Guangue
prit ia droite, comme il l'avoit eu jufqu'alors > & on marcha aux Ennemis,
On les trouva aux cinq Combles. Le
Corps de Troupes quiy étoit affembié,
grotli parles fuyards des deux premieres
défaites, attendit nos gens avec beauçoup de fermeté. Le combat fut long
& la victoire bien difputée 5 mais Te
François les ayant à la fin percez > les
défirent enticrement. On ft peu depiifonniers, parce qu'il ne fut
pollible
de moderer la fureur des
irriASCTES
tez
la mauvaife foi des Anglois s, &
par t mort de leur Gouverneur. Ceux
qui échaperent gagnerent les bois & lcs
éfaites, attendit nos gens avec beauçoup de fermeté. Le combat fut long
& la victoire bien difputée 5 mais Te
François les ayant à la fin percez > les
défirent enticrement. On ft peu depiifonniers, parce qu'il ne fut
pollible
de moderer la fureur des
irriASCTES
tez
la mauvaife foi des Anglois s, &
par t mort de leur Gouverneur. Ceux
qui échaperent gagnerent les bois & lcs --- Page 86 ---
70 Nonveanx
E699.
Wayages anx
montagnes ; quelques-uns les Hfes
rent pour aller annoncerleur traverfea
gros de leurs Troupes
malheur au
Quartier de la Balleterre qui étoient au
Rade.
à la grande
Après cette troifiéme action les
çois sne trouverent plus
Franbattre à la Cabefterre sdennemnisicomque le Colonel Reins Angloife, parces
doit leur Frontiere, Anglois, qui garfieurs le Sanois & du ayant attaqué les
campez far les limites Poyer du
qui éroient
çois aulliappelléla
Quartier Franencierement défait, Cabelerre,avoit &
été
fauver dans les
contraint de fe
ainfi fans trouver montagnes. On arriva
Louver
d'obitacles à
> les Troupes étant
l'Ance
jufgu'àl'excès d'unen marche de fatiguées
& det trois combars
fix licuès,
dus. Ce fut la oà le qu'elles avoient rende Sales fut enterré; corps du Chevaliet
Guarigue ne
& où le fieur de la
douleur de f pouvant plus fupporrer la
déclarer, & d'y bleffure, faire 5 fut obligé de la
par le premier
mettre un appareil
contra en cet endroit. Chirurgien Mais qui fe renapprit que M. de Poincy étoit comme on y
avec les Anglois qui
aux mains
avec toutes leurs
lavoient attaqué
Sable, qui ef la forces à la pointe de
Frontiere des Françoig --- Page 87 ---
Fyancoifes de PAmérique. 71
& des Anglois du Quartier de la Bafle- 1699*
terre, > preique dans le même-tems que
nous les at:aquions aux cinq Combles,
tous ceux qui avoient des chevaux. - out
qui en pirent trouver s ou qui eurent
allez de force, pour faire ce voyage, ne
fe firent pas prier pour y courir.
Cependant quelq.e diligence que le
Chevalier de Saint Laurent, le fieur de
la Guarigne 8c les autres Officiers pûf
fent faire , ils n'arriverent àla pointe de
Sable que far le foir, On trouva nos
François viétorieux. Le Colonel Wafts
Gouverneur de la partie Angloife de
S. Chriftophe avoit été tué avec plus de
cinq cens de fes plus braves. H n'étoit
refté que dix-fept Boucaniers des 360.
que le ColonelMorgan avoit amenez de
S. Euftache, lui-mème avoir été bieffé
& mourut fept jours après de fes bleffares. Le champ de bataille étoit couvert
de bleffez, les Anglois avoient abandonnez leur petit Fort ; de forte que nous
étions maitres de tout leur ( Juartier juf
Fort Charles de la grande Rade,
2car lequel ils s'étoient raffemblez aut
nombre de près de quatre mille hommes, effrayez à la verité, confternez &
fans Chef, mais qui pouvoient encore
fe faire craindre. e
ieffé
& mourut fept jours après de fes bleffares. Le champ de bataille étoit couvert
de bleffez, les Anglois avoient abandonnez leur petit Fort ; de forte que nous
étions maitres de tout leur ( Juartier juf
Fort Charles de la grande Rade,
2car lequel ils s'étoient raffemblez aut
nombre de près de quatre mille hommes, effrayez à la verité, confternez &
fans Chef, mais qui pouvoient encore
fe faire craindre. e --- Page 88 ---
72 Nonveane Yoyages aux
1.699.
Cette derniere victoire IRes
beaucoup coûté 5, outre pluficurs nous avoit Officiers, Volontaires & Habitans
rent tuez > nous y eûmes
qui fubleffez, & entre les autres beaucoup M. de
de
cut la cuiffe callée d'une fi
Poincy
niere qu'il en mourut au bout étrange de majours. Cette bleffure ne lui
trente
pas dagir, M. de Saint Laurent permettant fut
prié derechef par lefieur de la
& les autres Officiers de continuer Guarigue
les commander.
de
dant la nuit du Illaccepra, Mardi
& fit penAvril toutes les difpofitions au Mercredi 23
pour aller attaquer les
nécelfaires
de Rade.
Anglois ala granOn étoit prêt à marcher quand les
Députez des Anglois parurent. On les
entenditen du
préfence de M, de
fieur de la
& on Poincy,&c
de la capitulation Guarigue,
convint :
fuivant
qu'on leur accorda,
laquelle ils rendirent fur le
champ le Fort Charles, leurs
leurs manitions,
armes &
ferment de fidclité s'engagerent à prèter.
loient demeurer au Roi, s'ils vouconditions
dans IIlle, 3 & autres
Cette
qui ine font pas de mon fajet.
capitulation fut
la
33 au 24 Avril parle
de nuit du
le Chevalier de Sains
Poincy,
Lautent, 2 le fieur
de --- Page 89 ---
Françoifes de PAmérique.
de la Guarigae 3 & les principaus Offi- 1699.
ciers, & execurée à peu près comme le
le Pere du Fertre.
-ERE fut donc aul choix que le fieur de
la Guarigue fit du Chevalier de Saint
Laurent pour Commandant en fa place
après la mort de M. de Sales 1 & aux
relations avantageules quillicde fal bonne gondaite, de (a prudence, & de fa
valeur, tant à la Cour, qu'an fieur de
Chambré Intendant généialdela Comque ce Chevalier fut.redevable
Et Commifion de Gouverneur qu'il
reçut vers la fin de Janvier de l'année
fuivante 1667. dont il a toujours témoigné tant de reconnoiflance au fieur
de la Guarigue c, que M. Colbert lui
ayant écrit quelques annéesaprès, que
l'intention du Roi étoit de lui donner
deux Licutenans
le foulager dans
l'exerciee de fa rcfeans & que Sa Majeité agrécroit & nommeroit ceux qu'il
auroit choifis pour ces emplois, il jetta
auffi-tôt les yeux fur le fieur del li Guarigue, & le preffa de confentir à la nomination quil vouloit faire de fa per:
fonne au Miniftre. Mais celui ci voyant
que tout l'avantage qu'avoient ces nouveaux Officiers fcroit l'entrée & la voix
déliberative au Confeil de l'Ile, > fans
Tome VI.
D
que Sa Majeité agrécroit & nommeroit ceux qu'il
auroit choifis pour ces emplois, il jetta
auffi-tôt les yeux fur le fieur del li Guarigue, & le preffa de confentir à la nomination quil vouloit faire de fa per:
fonne au Miniftre. Mais celui ci voyant
que tout l'avantage qu'avoient ces nouveaux Officiers fcroit l'entrée & la voix
déliberative au Confeil de l'Ile, > fans
Tome VI.
D --- Page 90 ---
74 Nonveany
1699. aucune autre utilité, Fayages il anx Hes
mandement de toutes préfera les
le Comemploi, qui ne lui auroit donné Milices à cet
& pas, ayant déja depuis
le
voix
long-rems
délibérative : au
Rnit
de l'Ille. Ainfi il
Confeil aperieur
eft demeuré Chef remercia des
fon ami, &
Chriftophe, ,
Milices de Saint
nous en challerent jafqu'à ce que les Anglois
La bleffure
en 1690,
avoit
quele fieur de la
Nicleron reçue au combat de la ravine Guarigue
les
fe trouva fi
de
mouvemens qu'il s'était confidérable donnez > &
puis quillavoit reçhé,
dement augmentée,
l'avoient telletems de fa vie. On qu'on ne défefpera long.
deux balles
pâr retirer
trouvée, Elle coula 3 la troifiéme ne pt auc
les reins julqu'au dellous dansles chairs depuis
la touchoit trente-fix
du jaret oti on
il auroit été facile de ans la après, & d'oi
été alors dans unage d tirer,ail avoit
une pareille opération. ipouvoirfopporter Mais
lai causàr fouvent de grandes quoiqu'elle
cclanel lajamais
douleurs, 2
ou ils'agitfoit du empéchéd'ene fervice de
par tout
& du bien des Colonies.
fon Prince,
le A peine éroit-il guéri, qu'il fe
2 Février 1667. à
trouva
prile dc l'Ife de Monfarrat l'attaque fur & à la
les An- --- Page 91 ---
Françoifes de LAmérigne. 75
glois. Il commandoit fous M. de Saint 1699,
Laurent un Bataillon de cinq cens hommes des Milices de Saint Chrittophe 3
qui ne contribuerent pas speual la prompte réduéion de cette Ifle, &c de celle
d'Antiguc.
Les nouvelles des pertes que les Ant
gloisaveienciaues en Amérique,obligerent le Roi d'Angleterre & la Compagnie Angloife d'envoyer de puiffans
fecours d'Hommes & de Vaiffeaux pour
conferver ce qui leur reftoit aux ifles.
Ils ic crurent même en état d'entreprendre fur les François, & d'avoir à leur
tour un avantage fur eux qu'ils n'avoient
encore jamais eu. Après que leurs Vaiffeaux eurent long - tems bloqué Saint
Chriftophe, & que par des marches &
contre-marches als crurent avoir allcz
farigué les François; ils firent enfin leur
delcente le 18 Mai 1667. entrela pointe
des Palmiftes & la ravine Pelan, avec
beaucoupd'ordrc, & fe mirent en mouvement pour gagner le deffus de la Falaife par un chemin allez étroit qui y
conduifoit.
Le Chevalier de Saint Laurent qui
avoit difpofé fes Milices, &c les Troupes réglécs qui lui étoientwenuéadepuis
peu le long de la côte, & fur tout aux
Dij
cente le 18 Mai 1667. entrela pointe
des Palmiftes & la ravine Pelan, avec
beaucoupd'ordrc, & fe mirent en mouvement pour gagner le deffus de la Falaife par un chemin allez étroit qui y
conduifoit.
Le Chevalier de Saint Laurent qui
avoit difpofé fes Milices, &c les Troupes réglécs qui lui étoientwenuéadepuis
peu le long de la côte, & fur tout aux
Dij --- Page 92 ---
76 Nowveanx
1699. endroirs qui lui Fayuger anx IRes
rables aux Anglois, paroiffoient plas favorèterent, voyant
celuionis s'arcet
eudirat
endroir.y courut avec débarquoiene le
en
valiers quife trouverent
peu de Cadu Tertre dit
tavec lui.Le Pere
dix,
3 gu'il n'y en avoit
fans &il en nomme neuf, Il
que
craindre de fe
pouvoit
le fieur de la Guarigue tromper, 3 nommer
certainement felon le qui y étoit trèstous ceux que j'ai vûs > témoignage de
témoins oculaires de quiavoient été
ceux qui s'y trouverent cette agtion, où
coup de gloire; mais où acquirent le fils du beaude l'Elperance n'eut aucune
fieur
que le Pere du Tertre ly fafle part, quoibre ayant oublié qu'il l'avoit mis au trouver,
de ceux qui avoient été tuez l'année nomSable. précédente au combat de la pointe de
M, de Saint Laurent & fes dix
valiers ayant mis piedaterre, foûtinrent Capendant des
un quart d'heure tous les efforts
vrir let Ennemis, qui s'efforçoient de s'ouTroupes palfage, réglées & donnerentle tems aux
étoient les plus > &c aux Milices qui
Alors le fieur de proches, la
de les joindre.
tête des
Guarigue fe mit ila
Treupes qui étoient fous fon
commandement, & on réfifta non-feu- --- Page 93 ---
Françoifes dé PAmerigue.
lement aux tentatives réiterées que les 1699.
Anglois firent pour pénétrer dans le
pais, mais on les alla attaquer jufques
fur le bord de la mer.
Comme le ficur de la Guarigue connoiffoir parfaitement bienle pais, ce fut
Jui qui polta les Troupes aux endroits
qui devoientètre gardezp plus foigneufement, & qui parla fage prévoyance qu'il
eut de garnir de monde, certains paffages, dont les Ennemis tenterent plufieurs
fois de s'emparer s affura . fes Compatriotes une viétoire des plus fignalée, &c
des plus complerte. En effet, outre huit
Drapeanx, &p plufieurs' Tambours qu'on
leur enleva 3 on leur tua far la place
plus de fepr cens hommes; on fit prefque autant de prifonniers, & on prit
quelques Chaloupes & Batteaux plats
dont ils s'étoient fervis pour mettre
à terre. On n'a jamais fçà au jufte le
nombre de ceux qui furcnt tuez ou bleffez dansles Chaloupes, Ou qui fenoyerent en voulant fe fauver à la nage à
bord de leurs Bâtimens.
On apprit aux Ifles le 15 Oétobre
fuivant, que la Paix avoit été conclue a
Breda le 31 Juiller précédent. Elle fut
publice à Saint Chriftophe le 20 Décembre > & à la Martinique le 6JanDiij
. On n'a jamais fçà au jufte le
nombre de ceux qui furcnt tuez ou bleffez dansles Chaloupes, Ou qui fenoyerent en voulant fe fauver à la nage à
bord de leurs Bâtimens.
On apprit aux Ifles le 15 Oétobre
fuivant, que la Paix avoit été conclue a
Breda le 31 Juiller précédent. Elle fut
publice à Saint Chriftophe le 20 Décembre > & à la Martinique le 6JanDiij --- Page 94 ---
78 Nowveaux
1699. vier 1668. & la Tonager AHX Ifes
Chriftophe rendué partie à Angloile de Saint
fes anciens
prietaires au mois de Juin de
Proannée.
la mênie
Depnis ce tems la
de Saint Chriftophe jufqu'en 1688.11Me
de Paix avec les
joiir d'une profonre s'étant allumée Anglois. Mais la Guerde l'invafion du en Europe cal'occafion
Prince
Angleterre, le Comte de d'Orange Blenac
en
verneur Général des Ifles
Gouqui les avoir retirées de la pour le Roi
depuis quelques années, Compagnie
allurer le repos de
crut que pour
de Saint
laColonie Françoife
Chriftophe, il falloit chaffer
lesAnglois de la partie
Il vinr donc à Saint qu'ils soccupoient.
commencement de 1689. Chriltophe au
pur ramaffer de
avec ce gu'il
d'Habirans de la Troupes de la Marine, >
Guadeloupe, & de Martinique, & de la
Flibuftiers
gnit aux Milices de cette Ifle. qu'il Les joiglois furent
Anpoulfez
attaquez avec vigueur, &
jufgu'au Fort Charles
alliegé & pris par
qui fat
s'ètre long-tems compofition, après
défendu, & les
tran(portez à la
ai
Anglois
& autres Ifles de Jamaique, leur
la Barbade,
de la Guarigue & fes enfans Domaine. Le fieur
rent dans toutes ces occafions. fe ditingue- --- Page 95 ---
Frangoifes de PAmerigue. 79
Mals les Françoisi ne joiiirent paslong- 1699.
tems de leur conquère. Cette Colonie
bien loin de s'augmenter pendant une
aufli longue Paix, étoit extrémement
diminuée aufli-bien que toutes celles des
autres ifles, parceque la culture du tabac ayant tour-à-fait ceflé depuis qu'il
avoit été mis en parti, ceux qui cultivoient cette plante avoient été obligez de
vendre leurs terrains aux Habitans
s'étoient trouvez en état de faire des
creries, aufquelles il faut beaucoup de
terre & d'Elclaves, & prefque point de
domeftiques Blancs 5 & tous ces petits
Habitans qui ont toujours fait le plus
grand nombre, & la force des Colonies,
séroient retirez à Saint Domingue ou
autres endroits, de forte qu'il ne fe trouvoit pasia dixiéme partic des gens portantles armes qui y étoient lorique nous
remportions de figlorieux avantages 0 fur
nos voilins
ont toujours été nos Ennemis : de
que les Anglois ayant
Poter
reçà de puiffans fecours d'Europe, avec
une Flotte nombreule, & levétoutesles
Milices de leurs Ifles , ils attaquerent
Saint Chriftophe au mois d'Août 1690.
ils mirent à terre à la pointe des Salines
fans y. trouver d'obftacle, parceque cet
endroit étantt très-éloigné, & d'une trop
Div
0 fur
nos voilins
ont toujours été nos Ennemis : de
que les Anglois ayant
Poter
reçà de puiffans fecours d'Europe, avec
une Flotte nombreule, & levétoutesles
Milices de leurs Ifles , ils attaquerent
Saint Chriftophe au mois d'Août 1690.
ils mirent à terre à la pointe des Salines
fans y. trouver d'obftacle, parceque cet
endroit étantt très-éloigné, & d'une trop
Div --- Page 96 ---
8o Nouveanx Yoyages
1699. grande étendué, le
anx Tles
quiavoit faccedéau Chevalier de Guitaut
Ient, ne s'éroir
Chevalier deS.Lau.
mertre le
pas trouvé en état d'y
mondequistnott été
pour en difpurerl
néceffaire
mis, & a il avoit été Tapproche aux Ennedans lesrettanchemen obligé de fe retirer
petire
qui étoient à
Ballererre. Saline, 2 & auprès du Bourg de la la
Les Angloissy
gré leur grand préfenterent, & mal
bord repouflez nombre, ils furent d'aperte confiderable; vivement, & avec une
Guarigue ayant été mis mais le fieur de la
par une baltonade,
hors de combat
lindre de plomb de c'eft-a-dire, un ciJongueur, & du diamérre 12 à 15 lignes de
fufil, qui lai
du calibre du'
part, les Habitans, perça le pied de part en'
trême confiance en lui, qui avoient une ex-"
rage, s'ébranlerent & perdirent cou-i
enfin le
abandonnerent
le Chevalier retranchement, de
de maniere
Guarigue fe
Gaitaut & le fieur de is
donze ou quinze trouverent feulement avec'
te la fureur des Officiers expoleza touraifon qu'on n'aj jamais Anglois, qui par une
meurerent comme
pà pénétter, denerent letems aux immobiles, Efclaves
& don..
la Guariguc
du fieur de
d'emporter leur Maitre, & --- Page 97 ---
Françoifes de PAmérigue. 81
au Chevalier de Guitaut de fe retirer 1699.
avec les braves qui étoient demeurez
dansleretnanchenent, fans être inquictez dansl leur recraite; 5 après laquelle les
Anglois ne trouvant plus de réfiftance
s'étendirent de tous côtez > & fe failirent de tous les poftes les plus avantales François fe retigeux , pendant que
rerent au Fort Charles & aux environs.
Ils ne manquerent
d'être bien-tôt
alliegez par les ReSSnd ils fc défendirent très bien, s non-feulement dans la
Fortereffe, mais encore dans les Quartiers qui font du côté de la pointe de
Sable,ou les Ennemis ne pirent jamais
pénétter, & ils les auroient peur-être
obligez de fe retirer > s'ils n'avoient
trouvé le moyen de dreffer une batterie
à la Souphriere, qui voyant tout le Fort
de revers, & y tuant beancoup de monde, outre la tranchée qu'ils avoient ouverte , obligea enfin les François à capituler, & à ceder à leurs Ennemis le
Fort & l'Ifle.
Ce fut ainfi que cette Colonie autrefois fi confidérable, fi Horiffante, fi iriche
& fi nombreufe,qui avoit toujours été
la terreur des Anglois, fut entierement
détruite, les Habitans difperfez de tous
D V
voyant tout le Fort
de revers, & y tuant beancoup de monde, outre la tranchée qu'ils avoient ouverte , obligea enfin les François à capituler, & à ceder à leurs Ennemis le
Fort & l'Ifle.
Ce fut ainfi que cette Colonie autrefois fi confidérable, fi Horiffante, fi iriche
& fi nombreufe,qui avoit toujours été
la terreur des Anglois, fut entierement
détruite, les Habitans difperfez de tous
D V --- Page 98 ---
82 Nouveaux
1699. côtez, dépoiillez Foyagei de
aux Tes
réduits à une mifere onslcunsbem,ee
Le fieur de la excrême.
comme il étoit, après Guarigue tout bleffé
bien qui étoit des plus avoir perdu fon
TAmétique, fut porté confiderables à la
de
avec faf femme &ctreize
Martinique
çons & fept filles. Ilyeft enfans, fix garcouvert de bleffures & mort de en 1702.
refpecté de tout le monde; gloire, &
famille qui n'a point
; laiflant une
vertus & de fa
dégénerée de fes
fidelité & de fon valeur, zèle & fur tour de fa
du Roi.
pour le fervice
de J'aurai la
occafion de parler de Mellieurs
de
Guarigue dans
ces Mémoires, plufieurs endroits
juftice qui leur eft dûé; pour leur rendre la
Lcéteur me permertra bien je croi que le
tout de fuire ce quiles
de mettre ici
ne pas interrompre la regarde, fuite afin de
Journal.
de mon
De la
L'ainé des
Guacienfans de M. de la
gue.
rigue appellé Jean de la
Guatant encore
Guarigue n'éde Saint qu'Enfeigne dela Colonelle
Chevalier Chriftophe de Saint - > fut choifi par le
mander un dérachement Laurent pour comde Saint
de la Jeuneffe
le Comte Chriftophe d'Eltrés, qui alla fervir fous
depuis Maréchal de --- Page 99 ---
Frangoifes de PAmerigue.
France, à l'atraque, & à la prife de 1699.
lIle de Tabac fur les Hollandois en
1677. le fieur de la Guarigue s'y diftind'une maniere fi particuliere , que
gua
le Comre
lur le rapport avantageux que
d'Eftrées en fit au Chevalier de S. Laurent, il lui donna la Licutenance de la
Colonelle.
Il vint en France en 1687. & fut reçi
Garde de la Marine au Département de
toutes les
Rochefort 2 quoique
fullent alors remplies. Il fut
CELORE
née fuivante
fervir en qualiré de
Lieutenant firc Corvette la Folle commandée par le fieur de Seiche que la
Cour envoyoit à Cayenne, pour fervir
fous les ordres du Gouverneur de cette
Ifle. Le fieur de Seiche étant mort, le
Bâtiment demeura fous le commandement du fieur de la Guarigue jufqu'à
l'expédition peu heureufe, que M. du
Cafle fit far Surinam & Barbiche > où
il fe trouva par ordre de la Cour. Il fit
la Campagne de 1690. partic fur le Vaiffeau du Roi le Parfait, partic en qualité
de Lieutenant fur la Fregate la Petillante, & enfin comme Major de P'Efcadre de M.Forant. Il eut l'année fuivante
le commandement d'un Vaiffeau du Roi
nommél'Efpion, aveclequel ilfe diftinDvj
peu heureufe, que M. du
Cafle fit far Surinam & Barbiche > où
il fe trouva par ordre de la Cour. Il fit
la Campagne de 1690. partic fur le Vaiffeau du Roi le Parfait, partic en qualité
de Lieutenant fur la Fregate la Petillante, & enfin comme Major de P'Efcadre de M.Forant. Il eut l'année fuivante
le commandement d'un Vaiffeau du Roi
nommél'Efpion, aveclequel ilfe diftinDvj --- Page 100 ---
1699. S4 Nenveatie
anx
gua en Irlande, Frajuiger & dans le Iles
Troupes & des Munitions tranfport des
voyoit de France en ce
enIl fat nommé
pais Tinlen
premierJanvierr Enfeigne de Vaiffeaule
Compagnic détachée 1692. &cCapitaine de la
d'une
aller fervir aux ifles.
Marine pour
mais voyant
lly palla en.cifer, >
TAmérique dans quily le y avoit peu à faire à
parconléquentp
pofte coailéot.d
ICr, il aima mieux peu adarancenensepe
fort. En 1694.il fut retourner à Rochedans l'Efcadre du Comte nommé de pour fervir
qui alloit aux grandes Indes, Serquigny
dire, aux Indes Orientalas. Il cefdvint qu'en 1697. Le Vaiffean le n'en recommandé parle ficur de Gros Faucon
lequel il éroit embarqué,
Boisavec
gros Vaiffean E(pagnol rencontra tn
chargé, qui fut
tres-richement
bat, dans
pris après un rude coms'étant
lequelle fieur dela Guarigue
trer-diflingue 5 on lui donna le
commandemenr fe, qu'il eur l'adrefle & laconduite de la
mener en France
& le bonheur d'a- prigers, & des Flottes au travers de mille danlandoife, qui couroient Angloile & Holeut enfuite le
nos Côtes. Il
mie Galere qu'on commandemcnrdune depourc
arma au Port Loitis
cchaferlesbileayene qui troubloient --- Page 101 ---
Fyangoifes de Amérigue. - 8;
le Commerce iur les côtes de Poitou & 1699.
de Bretagne. Il fr un voyage aux Iles
fur le Vailleau le Prince de Frife en
1698. & un autre à Iligny fur la côte
de Guinée en 1701. Ennn, il fut faic
Lieutenant de Vaifeau en 1703. & envoyé aux llesavec une Compagnie de
foixanre hommesdetachezde la Marine,
qu'il commande encore aétuellement au
Fort de la Trinité de la Martinique. Les
differentes occafions oû il a été employé
font voir combien la Cour étoit contente de fes fervices ; aufli doit-on dire
de lui,
eft un très-bon Officier,
fage, LInte appliqué à fcs devoirs,
& eftimé généralement de tout le
monde.
Son cadet Jacques-Antoine dela Guarigue fieur de la Tournerie , après avoir
fervi dans la Milice, & aux expéditions
qui fe firent de fon tems aux Ifles, vint
en France avec lui en 1687. Il fervit en
qualité de Garde de la Marine avecbeaucoup d'application & de bravoure dans
les Campagnes de la Manche,du Large,
d'Irlande & du Détroit. Il fut fait Brigadier des Gardes de la Marine en 1692.
& deux ans après envoyé aux Ifles avec
une Compagnic détachée de la Marine,
que je lui ai vû commander en 1703:
aux expéditions
qui fe firent de fon tems aux Ifles, vint
en France avec lui en 1687. Il fervit en
qualité de Garde de la Marine avecbeaucoup d'application & de bravoure dans
les Campagnes de la Manche,du Large,
d'Irlande & du Détroit. Il fut fait Brigadier des Gardes de la Marine en 1692.
& deux ans après envoyé aux Ifles avec
une Compagnic détachée de la Marine,
que je lui ai vû commander en 1703: --- Page 102 ---
86 : Nowveanx
1699. lorfqu'on
Voyages ans Hles
envoya des Troupes del
tinique au fecours de la
laMartaquée par les Anglois. Guadeloupe atavec beaucoup de valcur, Ilsy de comporta
& de fermeté; il fit voir qu'il prudence,
lement bon Officier & bon étoit égaRoi ayant mis les Milices des Soldar. Le
Régimens, & voulant
Ifles en
te desOfliciers
mettre à leur tè
de ces
d'expérience, donna un
en
Régimens au fieur de la Tournerie
1707.
Michel de la Guarigue fienr de Savigny, eftle troifiéme des enfans
fieur de la Guarigue.
du feu
Garde de la Marine, il Après fac fait avoir été
nant d'une Compagnic détachée LieuteMarine en 1692. &
de la
ils'eft beaucoup
Capiraine en 1701.
glois attaquerent ditingnelorfguelesan la
1693.
Martinique en
il fut fait Major de la
I7IO. en la place du fieur Martinique en
avoit été nommé à la Coullet,
Roi de la
Lieutenance De
avec fermeté Guadeloupe. les
Il a maintenu
ordre & la
Troupes dans le bon
devable à fon difcipline dont on étoit redes relations prédecelfeur. Le Roi eur
éticude, de fa favantageufes de fon exaqu'il avoir vigilance, & des fervices
rendus, & qu'il continuoir --- Page 103 ---
Françoifes de PAmerigue.
de rendre, quille fit Chevalier de Saint 1699.
Louis en 1713.& lui donna en 1717. des
Lettres Patentes pour avoir féançe &
voix délibérative auConfeil fuperieur rde
la Martinique 5 qui eft une diftinétion
f particuliere > qu'avant lui aucun Major n'a joiti dans lesiflesd'une femblable
prérogative. Enfin le fieur Coullet ayant
été ponrvà de la Lieutenance de Roi de
PINe de Ré, avec une Penfion confiderable, & d'autres faveurs par M. le Régent qui l'a retenu en France, fa Lieutenance de Roi à la Guadeloupe a été
donnée au fieur de Savigny > qui s'eft
acquis en très-peu de tems Teftime, &
l'affeétion des Peuples de cette Ifle par
des manieres honnètes, polies & obligeantes qui lui font naturelles.
Claude de la Guarigue fieur de Survillile,afoccafion duquelfai commencé cerarticle, avoit fervi dans la Compagnie Coionelle de Saint Chriftophe
dès fes plus rendres années. Ilavoit fuccedé à les freres dans les Charges d'Enfeigne, & de Lieutenant de la même
Compagnic. Il eut en 1638.le commandement de cent jeunes Volontaires des
plus qualifiez del la Colonie, qui accompagnerent le Comte de Blenac Gouverneur géneral des Mles, à la conquête de
ile,afoccafion duquelfai commencé cerarticle, avoit fervi dans la Compagnie Coionelle de Saint Chriftophe
dès fes plus rendres années. Ilavoit fuccedé à les freres dans les Charges d'Enfeigne, & de Lieutenant de la même
Compagnic. Il eut en 1638.le commandement de cent jeunes Volontaires des
plus qualifiez del la Colonie, qui accompagnerent le Comte de Blenac Gouverneur géneral des Mles, à la conquête de --- Page 104 ---
88 Nonveaus
1699. 110e de Saint Euftache, Fovager Aux Ifes
aux Hollandois. Cette Ifle, qui appartenoie
tite, étoit pourvié d'une bonne quoique
fon,elle avoir une
PRECAE
ble; fes Habitans étoient Fortereffe confidérabraves, &c bien réfolus de bien fe armez 3
ce qui leur éroir d'autant défendre,
eft prefque
plus facile,
2raa difficile.
par tout d'un accès
Le fieur de Survilliée & fa
te à celle des fieurs de,la troupe joinCalling, eurent pour leur Touche &
du côté de la Cabellerre, parrl'atraque
fans
plus difficile
que celle comparaifon, de la
& plus hazardeufe
l'Ance des
Baffeterre que l'on fit à
pendant tout Interloppes, Ils forcerent cece que l'art 8c'la
oppofoient. à leur defcente, & à nature
fagc.ih renverferent ceux leurpal
doientle retranchement
qui détenchemin étroit &
qui couvroit le
foit da bord de la efearpé, mer fur qui condui-
& furent à la vûe de la le plat pais,
plutôr que ceux qui étoient Fortereffe bien
la Balle-terre.
defcendus à
Cette action d'une valeur
naire
extraordi-
& comme éronnalesHabitanse elle fat
& la Garnifon,
coup d'autres de même foutenué par beancilita infiniment la
nature, elle faconquète de cette --- Page 105 ---
Fvançoifes de PAmerique.
Ifle. Le fieur de Survilliée reçût de 1699grandes lotianges du Comte de Blenac $
ce qui lui fut d'autant plus gloricux s
qu'on fçavoit que ce Géneral étoit fort
réfervé fur cet article.
a On atraqua l'année fuivante les Anpofledoient une partic de lIfle
gets L ( huiftophe. Le Fort Charles
fur alliegé & pris malgré la vigoureufe
réfiftance de ceux quile défendoienr.qui
donnerent en cette occafion des preuves
éclarantes de'eur bravoure. Le fieur de
Survilliée faifoit fes fonétionsde Lieutenant de K Coloneile avec tant de valeur & de conduite, quele fieur de Salenave Lieurenantde Roiayant été tué >
& le fieur de Beaumanoir Major ayant
éténommé par le Comte de Blenac pour
remplacer le défunt 5 ce même Géneral
fe fouvenoit de CC qu'il avoit vû
Rac au fieurde Survilliéelannée précédepic à la prife de Saint Euftache, lui
donna la Majorité del l'Ie fous le bon
plailir de la Cour , ce qui n'auroit
delui iètre confirmé, files
RRA
manqué
çois foffent demeurez plus long - tems
mairres du pais; mais en ayant été chaffez l'année fuivante 1690. comme je l'ai
dit ci-devant,le fieur de Survilliée fat
tranfporté à la Martinique avec le refte
de fa famille.
à la prife de Saint Euftache, lui
donna la Majorité del l'Ie fous le bon
plailir de la Cour , ce qui n'auroit
delui iètre confirmé, files
RRA
manqué
çois foffent demeurez plus long - tems
mairres du pais; mais en ayant été chaffez l'année fuivante 1690. comme je l'ai
dit ci-devant,le fieur de Survilliée fat
tranfporté à la Martinique avec le refte
de fa famille. --- Page 106 ---
1699. 90 Nouveanr Foyages aux Mfes
Les Anglois s'étant alors trouvez les
plus forts
de Marie dhnalAmeniquers Galante
prirent l'Ife
1691. On vit bien au qu'ils commencement fe
de
par cette conquère dlatraque dilpoloient del la Guadeloupe qui en cft voifine, qui étant
d'une grande étendué, & peu
donnoit un très-jufte fujct de peuplée, craindre
qa'elle ne fût emportée. Le fieur de Survilliée demanda
de Ragni
avoit permiffion faccedé au Marquis
de Blenac a le
au Comte
ral des Ifles,
Gouvernement
> de paffer à la
pe avec un de
ORLEE
leurs fervices fes freres, pour offrir
au fieur Hincelin Gonverneur de cette Ille. Ill'obrint aifément
&c agréablement; & quoiqu'ily eur un
danger extrême d'aborder cette Ifle
étoit étroitement
qui
bloquée par la Flotte
Angloife, 3 il eut le bonheur dy arriver
aflez à tems pour fetrouver à la defcente
que les Anglois y firent.
Comme fa qualité de Volontaire ne
l'attachoit à aucun pofte en particulier,
ileurle moyen de fet tronverà toutes les
occalions ou ily avoit des
& de
la gloire à gagner. Il n'en coups
une, fc diftingua en toutes manqua d'une pas
particuliere > & eut cependant le façon bonheur de n'être point blefle,quoique fon --- Page 107 ---
Françoifes de PAmérique.
gargouflier cûr été emporté le jour de la 1699.
delcente, l'affur de fon fufil brifé dans
une autre occafion > & qu'il eût fes habits & fon chapeau percez de balles en
plaficurs endroits.
Les Anglois après avoir batiu pendant
vinge deux jours le Fort de la Baffeterre,
furent enfin forcez delever le Siege, &
de fc rembarquer > ce qu'ils firent avec
tant deprécipitation, qu'ils abandonnerent leurs Canons, avec un Mortier 2
quantité de Bombes & de Munitiens 2
de Bagages, > d'Armes & d'Attirails de
leur Armée, & même plulieurs bleffez
qu'ils laifferent à la difcrétion des François.
rien à faire
les
N'y ayant plus
feur
Volontaires
cette retraire,
Mer
après
de Survilliée rerourna à la Martinique
dans la réfolution de palfer en France: s
pour fervir dans la Marine. Il en demandala permitlionauMarquise de Ragni
qui ayant appris
les Lettres du fieur
Hincelin, , & par Ne rapport de quantité
de perfonnes, la valeur & la conduite
qu'il avoit fait paroitre dans toute l'affaire de la Guadeloupe, n'eut garde de
la lui accorder. Il lui dit qu'il vouloit
l'arrèter aux Iles, & l'y employer, &
qu'il alloit écrire en Cour les railons qui
s
pour fervir dans la Marine. Il en demandala permitlionauMarquise de Ragni
qui ayant appris
les Lettres du fieur
Hincelin, , & par Ne rapport de quantité
de perfonnes, la valeur & la conduite
qu'il avoit fait paroitre dans toute l'affaire de la Guadeloupe, n'eut garde de
la lui accorder. Il lui dit qu'il vouloit
l'arrèter aux Iles, & l'y employer, &
qu'il alloit écrire en Cour les railons qui --- Page 108 ---
1699. l'obligeoient Aoemmeetpare de lui refufer AHx MRes
afin que le Miniftrey y eûr fon congé,
loccalion s'en préfeureroit. égard quand
Ce Géneral étant mort far ces
faires,1 le Commandeur de
entretenant au Gouvernement Guitaut Lieula minure de la Lettre Géneral trouva
de Ragni avoit écrite que le Marquis
du fieur de Survilliée, en Cour en faveur
connoiffoit & l'eftimoit & comme il le
tems, il fut bien aife de depuis longfion
trouver l'occaavoit d'execurer ce que le Géneral
eu dellein de faire; ; de forte défant
Lieurenance d'une
qu'une
de la Marine, étant Compagnie détachée
il la lui donna fous le venuc bon à vacquer 3
Cour en 1691. LeMiniftre plailit de la
en faveur du fieur de Survilliée déja prévenu
Lettres du feu Marquis de
par les
firma ce choix, & lui en Ragni, convet en 1693.a avec ordre a envoyale Brelui faire payer tous
lIntendant de
puis
lesappointemens deIl Rrt fait rempliffoir cette Charge.
de la
Capitaine en 1696. Major
pour Martinique cela fa
en 1701. fans perdre
une grace, & Compagnie, une difinction ce qui étoit
ticuliere, & enfin Colonel toute
de la Cabefterre de la
des Nnfete
170g.
Martinique en --- Page 109 ---
Francoifes de PAmerique. 93
On voit allez par cette fuite d'em- 1699.
plois & de gra-ercombienta Cour étoit
farisfai e du fieur de Survilliée. Ce que
j'ai dit de lnidans la Préface de ma premiere Partie, > au fujer des mouvemens
qu'ily a cualaMarrinique au commencement de 1717. doiclavoir fait connoître pour in Officier d'une fidelité à
toute épreuve, d'une valeur peu commune, & d'une prudence dont on a và les
heureufes fuires dans cette affaire, auffi
délicate qu'elle étoit dangereufe, & d'une confequence infinie. Je dois feulement ajoûter ici, qu'il eft également
honnète homme & bon Chrétien, qu'il
fe fait honneur de fon bien fans oftentation 5 qu'il eft charirable > bon ami, >
toujours prêt à rendre fervice, & i fotttenir les interêts de ceux qui s'adreffent
à lui, & que fa famille & fes domeftiques,en un mot toute fa maifon eft une
des mieux réglées de toutesles Iiles.
Le fieur de Survilliée avoit encore
deux cadets. L'ainé des deux quil'avoit
accompagné au fecours de la Guadeloupe 2 oùi il s'étoit acquis de la réputation, eft mort à Rochefort en 1692.
étant fur le point de repatler aux Ifles en
qualité de Lieutenant d'une Compagnie
dérachéc de la Marine, Il avoit iervi
un mot toute fa maifon eft une
des mieux réglées de toutesles Iiles.
Le fieur de Survilliée avoit encore
deux cadets. L'ainé des deux quil'avoit
accompagné au fecours de la Guadeloupe 2 oùi il s'étoit acquis de la réputation, eft mort à Rochefort en 1692.
étant fur le point de repatler aux Ifles en
qualité de Lieutenant d'une Compagnie
dérachéc de la Marine, Il avoit iervi --- Page 110 ---
94 Nouueaux Toyages Aur IRes
1699 quelque tems dans les Gardes de la Marine, & s'y étoit fort diftingué. C'étoit
un jeune homme de grande cfpérance,
parfairement bien fait,agréable, fpirituel, honnète, poli, fage, brave, &
d'une phifionomie la plus heureufe,
la plus revenanre qu'on pûr fouhairer.
Le plusjeune de ces fix freres nommé
Philippe de la Guarigue fieur de Raucourt, après avoir paillé par les degrez
d'Enfeigne & de Licutenantd'une Comdétachée de la Marine, a été
Capitaine en
EPE
1716. il eft actuellement au Fort Royal de la Martinique.
Jel'ai vû en 1703. lorfqu'il vint avecle
fieur de la Tournerie fon frere, dont il
éroit Licutenant au fecours de la Guadeloupe attaquée par les Anglois. Il
donna dans toutes les occafions qui fe
préfenterent des marques d'une valeur
qui eft héreditaire dans fa famille,ce
qui fit que le Licutenant Géneral, le
Gouverneur de l'Ile, & tous les autres
Officiers de confidération lui rendirent
Ce témoignage > qu'il n'y avoit
d'Oflicier de fon rang & de fon âge point qui
méritât autant que lui d'ètre avancé. --- Page 111 ---
Francoifès de PAmérique.
1700.
CHAPITRE VI.
L'Aureur S'embarque pour la Guadelompe. Iffourne à la Dominique. Def:
cription de cette Ife.
du Moitillage de la MartiJet le 7 Janvier 1700. dans une
Barque, qui devoit toucher à la Dominique, pour y charger des bois de charpente. Qnoique je prévilfe que cela allongeroit mon voyage, & me cauferoit
de la dépenfe,je n'en fus point trop faché, parceque j'étois bien aife de voir
le dedans de cette Ifle,& de pratiquer
les Caraibesqui Phabitent. Nous fames
obligez de relâcher au Prefcheur, quand
nous fàmes à moitié Canal, parceque
nous y trouvâmes une mer fi groffe, > &c
un vent fi furieux qu'il nous fuc impoflible de tenir davantage fans nous expofer
à fombrer, ou à a'ler à la dérive.
Nous remimes à la voile le 9. à la
pointe du jour, & moiillâmes à la Dominique devant le Carbet de Madame
Guvernard le même jour fur les deux
heures après midi.
Cette femme fauvage étoit alors com a
mes à moitié Canal, parceque
nous y trouvâmes une mer fi groffe, > &c
un vent fi furieux qu'il nous fuc impoflible de tenir davantage fans nous expofer
à fombrer, ou à a'ler à la dérive.
Nous remimes à la voile le 9. à la
pointe du jour, & moiillâmes à la Dominique devant le Carbet de Madame
Guvernard le même jour fur les deux
heures après midi.
Cette femme fauvage étoit alors com a --- Page 112 ---
96 Nosrean
AHY
1700. me je croi une des Foyager plus vieilles IRes
du monde. On dit qu'elle avoit créattres
belle, ily, avoit un peu
de été très-
& que ce fut à caufe de plus cela cent ans,
glois Gouverneur de Saint qu'un Anfavoit
Chrilophe
cntretenuépendant un
tems', & en avoit enl nombre allszlong
& entr'autres un certain Ouvernard d'enfans,
parle le Pere du Tertre dans fon dont
re. Ce demi Caraibe éroit
Hiftoitems avant que je vinfle aux mort Ifles, longavoit toujours continné
On
mere Madame Oivernard, d'appeller fa
les Anglois lavoient
depuis
renvoyée à la 3ac
minique, après la mort da Gouverneur
quil'entretenoiz. Sa vicillefle
B la qualiré de maitreffe d'un plutôt que
Anglois, lui avoir acquis Gouverneur
crédit parmi les Caraibes. beaucoup Elle
de
beaucoup d'enfans outre cet
avoit cu
de forte
fon Carber, Ouvernards
grand, dot
qui étoit fort
longue fitite de peuplé fils,de à merveille d'une
riere petits fils.
petit-fils, ,& d'arNous ne manquâmes
de
faluer dès que nous eûmes pas mis l'aller
terre. Je portai la
pied a
croire
parole 3 & on doit
reçi, puilqu'ilétoit que mon compliment fut bien
bouteilles d'Eau-de-vic accompagné de
édedeux
Cannes.qui
eft --- Page 113 ---
Francoifes de PAmerigue. 97
eftce qu'on préiente de plusagréable aux 1700.
Sanvages. Elle me demanda quand viendroit le Pere Raymond. C'étoitun de
nos Religieux qui avoit demeuré bien
des années parmi eux à travailler inutilement à leur converfion, mais qui étoit
mort depuis près de trente ans. Je lui
dis qu'il viendroit bien-tôt. Ma réponfe
fit plaifir à cette bonne femme. Car de
lui dire qu'il étoit mort, c'eft CC qu'elle
& tous les autres Caraibes n'auroient
pû croire, parce qu'ilsfont entètez qu'une perfonne qu'ils ont connue, eft toujours en vie,jufqu'à ce qu'ilsl'ayent vàe
dans la folfe. C'éft fc rompre la tête inutilement, que de vouloir leur faire croire le contraire.
Cette bonne femme étoit toute nu€, Portraic
& tellement nuc , qu'elle n'avoit pas dame de Madeux douzaines de cheveux fur la tête, Ouverfa peau fembloit un vieux parchemin nard.
retiré & féché à la fumée. Elle étoit
tellement courbée, quej je ne pus voir la
figure de fon vifage
quand elle fe
fur aflife pour boire. Tre avoit
dant encore beaucoup de dents, aies &
yeux affez vifs. Elle mc demanda Gi je
voulois demeurer dans fon Carbet, &c
lui ayant répondu quejy demeurerois
pendant que'la Barque feroit en rade 2
Tome /I.
E
é & féché à la fumée. Elle étoit
tellement courbée, quej je ne pus voir la
figure de fon vifage
quand elle fe
fur aflife pour boire. Tre avoit
dant encore beaucoup de dents, aies &
yeux affez vifs. Elle mc demanda Gi je
voulois demeurer dans fon Carbet, &c
lui ayant répondu quejy demeurerois
pendant que'la Barque feroit en rade 2
Tome /I.
E --- Page 114 ---
98 Nowveanx
Aux
1700. elle me fit apporter Foyages un
Hes
merciai, car je n'avois hamacge la rerocoiier comme
pas envie de me
choifis
un Caraibe ;mais
un quartier de fon Carbet je
je fis tendre le mien,
> où
fonnes qui palfoient aufli Cing à ou la fix perloupe prirent le même
Guadeque nous nous établimes parti 5 de forte
dame Ouvernard,
tous chez Male loifir d'obferver ou nous eûmes tout
de faire connoiffance leurs coitumes, &
nous y. demeurâmes avec eux , puilque
Voyage
le
dix-fepr jours.
de LAu- bes Jengageai à
lendemain deux Caraiteur àla
me conduire à la
CabeC. trois autres à
Cabelterre, &
terre de vifions
porter mon lit & les
la Domi
dont je jugeois
pronigue,- befoin. Cing de nos
pouvoir avoir
avec moi & trois Négres. Paflagers vinrent
fufliens avec nos amis, nous Quoique nous
mes pas de porter nos
ne fous laifsatexte de chaffer en chemin; armes, mais pré
fet, pour être en état de ne
en ef
un afiront, fans pouvoir le pas recevoir
Nous traversâmes toute la repouffer. de
lINe, depuis le Carbet de Madame largeur Ouvernardjufqu'a la Cabefterre, fans
ver autre chole que desbois, & trois trouquatre petits défrichez pleins de bana- ou
niers, En échange nous vimes les
beaux arbres du monde de toutes les riz --- Page 115 ---
Françoifes de Amerique.
péces dont jai déja parlé , & dont
(700.
parlerai ci-après. La longueur > & E
difficulté du chemin que nous fimes
obligez de faire à pied, & le tems
à chercher des
faitis
je perdis
plantes,
caufe que nous couchâmes dans lesbois
fous un ajoupa que nous elmes bientôt
fait, & couvert avec des feuilles de balifier. Nousavions du bifcuit - 2 du vin
de Madere, & de l'Eau-de-vie > &
nous avions tué chemin faifant plus de
ramiers, de perdrix , d'ortolans, que
ving: hommes affamez n'en auroient pû
manger : de maniere
nous foupames très-bien, & HOTEUAELIO de méme,
avec cette précaution pourtant de veiller les uns après les autres, pour ne pas
donner lieu à nos cenduéteurs de tomber dans quelque tentation.
Nous arrivâmes le lendemain à un
Carbet, où nousfûmes reçàs à l'ordinaire, c'eft-à-dire > (ans cérémonic, parcequ'elles ne font point d'ufage en ce paislà. Je fis préfent d'une bouteille d'Eamde-vie au maître du Carbet avec lequel
nous dinâmes. Il nous donna des crabes
& de très-bon poiffon, dont nous nous
accommodâmes très-bien, quoiqu'il ne
fût pasallaifonnéà notre maniere. C'eftlà le pais des anguilles. J'en vis fourEij
, c'eft-à-dire > (ans cérémonic, parcequ'elles ne font point d'ufage en ce paislà. Je fis préfent d'une bouteille d'Eamde-vie au maître du Carbet avec lequel
nous dinâmes. Il nous donna des crabes
& de très-bon poiffon, dont nous nous
accommodâmes très-bien, quoiqu'il ne
fût pasallaifonnéà notre maniere. C'eftlà le pais des anguilles. J'en vis fourEij --- Page 116 ---
IOO Nonveanx
aux
1700. miller dans les tivicres, Yroyages les
IRes
Anguil- les plus groffes,
plus sbelles, &
lcs en dansles ifles. Ilne quej'euffe encore vûés
quantité les
faur pass'en
ila DoCaraibes les laiffent
étonner;
mini- parce qu'ils n'en
vivre en
que.
gageai
mangent point, fe:
prendre. quelques Je les jeunes gens de nous en
avois mis de bonne
meur avec un verre d'Eau-de-vies ils hufurent aufi-tôt, & fans autres
y
mens que leurs mains ils m'en inftrurent cn moins d'une heure neuf apporte- ou dix
des plus belles du monde, Nous
LesCa- mnes rôtir &
en miribesne
boitillir; mais il fallut
fe fervét nos faulcesavec de l'eau de la
faler
fel. Foint de nos Hôtes ne fe fervent point de mer : car
nous avions oublié d'en
fel, &
nous.
apporter avec
Tous les vieux Caraibes
je vis,
Ils (a- fçavoient encore faire le Rgei de la
vojent Croix, & les Prieres chrétiennes en
eucore langue, &
leur
le; Prie çois. C'étoit quelques-uns même en Franrescaié
tout ce qui leur étoit refté
Lienucs. deintiicdionsque les Peres Raymond
Bseton, & Philippe de Beaumont, Religieux de mon Ordre & de ma Province,leuraveient
féjour
donncepondianticiong
qu'ils avoient fait avec eux.
me demandoient des nouvelles de Ils
deux Religieux avectoutl'empr femen: ces
A l'affection dont ils font capables, Ils --- Page 117 ---
Frangoifes de PAmérique.
loil-e
les attendent toujours, & leurs enfans,1 1700.
& petits enfans lesattendront de mème,
fans fonger qu'il y a long-tems qu'ils
doivent être morts. Nous avions pris
avec nous un François qui s'étoit retiré
parmi eux
quelque faure qu'il avoit
commifes Tiax Martinique, qui nous fcryoit d'interpréte >
fgavoit leur langue, & qui s'étoit 2 à leurs manieres
comme s'il fûr né Caraibe. Je fis ce
le retirer de cette vie
IRE-RE
Je pus pour
ne fans en pouvoir venir à bout. On auroitbien pul'enlever, mais les Sauvages
qui l'aimoient, ne l'auroient pas fouffert
fans s'en venger > & on ne veut point
chercher de guerre avec eux.
Nous vifitames pendant fx jours touté
la Cabefterre > depais la pointe qui regarde le Macouba de la Martinique - 2
jofqu'à cellequiregarde Marie-Galante;
& nous fàmes bien reçûs dans tous les
Carbets ou nous allâmes. Comment n'y
aurions-nois pas été bien reçus ? Nous
avions de l'eau-de-vie, & en donnions
à nos comperes G liberalement que dès
le fecond jour de notre arrivée, , je vis
bien qu'il en faudroit envoyer chercher.
Jy envoyai deux de nos Négres avec un
Caraibe. Ils firent le voyage en quinze
heures, & m'apporterent trente pots
E 1j
ûs dans tous les
Carbets ou nous allâmes. Comment n'y
aurions-nois pas été bien reçus ? Nous
avions de l'eau-de-vie, & en donnions
à nos comperes G liberalement que dès
le fecond jour de notre arrivée, , je vis
bien qu'il en faudroit envoyer chercher.
Jy envoyai deux de nos Négres avec un
Caraibe. Ils firent le voyage en quinze
heures, & m'apporterent trente pots
E 1j --- Page 118 ---
IO2 Nouveaux Yroyages Aux
1700. d'cau-de-vic de Cannes que TEn maitre
de la Barque me prèta, & que je lui rendisila Guadeloupe. J'acherai un hamac
de mariage, & quantité de bagatelles,
le tout payable en toile, que les Vendeurs devoient venir chercher à la Barque. Cela les obligea à nous venir reconduire, mais je ne voulus pasrevenip
parlemème chemin, non
en trouver un meilleur, quej'efperaffe mais
parcourir davantage le pais & lei recon- pour
Bonté de noître, Ce
dire
la terre c'eft
quej'en puis
en général
& des
quela terre y eft très-bonne, & à
fruits. peu prèsde même nature à la Cabefterre
& à la Bafle-terre > qu'elle eft aux Cabefterres & Baflererresdel lal Martinique,
& de la Guadeloupe. Le manioc y vient
très-bien. Le manioc d'ofier eft celui
qu'ils cultivent davantage, peut-êrre,
parcequ'il vientplus vite,ou parcequ'ils
le trouvent meilleur. Je mangeai fans
peine de leur caffave, & je la préferois
à notre bifcuit, lorfqu'elle étoit chaude.
La viande & le poillon boucannez nous
parurent de meilleur goût, & de plus
facile digeftion, que quand ils font accommodez à la Françoife. Un Chirurgien de notre Compagnie qui étoitl'Ef
culape & prefquele Gouverneur de l'Ifle
de Saint Martin nous le prouva par une --- Page 119 ---
Françoifes de PAmériqne. 103
démonftrarion, à laquelle il n'y avoit 1700.
point de réplique, c'eft à dire, en mangeant beaucoup & très-fonvent, fans être
incommodé, & fans fc raffafier. Je vis
dans quelques cantons desbananes & des
figues plus belles
dans nos Ifles, ils
les laiffent mûrir Rue le pied, à moins
que ce ne foit pour manger avec de la
viande : car pour lors ils les cueillent un
peu avant leur maturité. Ils ont des belur
tates& designames enabondance, Ils laiffent Volailles
coup de mil, & de cotton.
des Caleurs volailles en liberté autour de leurs raibesen
Carbets;elles pondent & couventquand liberté,
il leur plait, & amenent leurs poullius
à la maifon pour chercher à vivre: : il eft
certain que leur chaireft excellente, cela
viendroit-il dela liberté dont ellesjoutffent? Ils nourriffent quelques cochons s
& on en trouve beaucoup de marons de
deux efpéces, c'eft-à dire, de ceux qui
viennent de race E(pagnolle, &c de ceux
qui fe font échapez des parcs, & dont
les premiers avoient été apportez de
France, il eft. aifé de diftinguer les
uns des autres > comme je lai déja
dit, ce me femble, dans un autre endroit.
Nous retournâmes au Carbet de Madame Ouvernard le huitiéme jour après
E iv
trouve beaucoup de marons de
deux efpéces, c'eft-à dire, de ceux qui
viennent de race E(pagnolle, &c de ceux
qui fe font échapez des parcs, & dont
les premiers avoient été apportez de
France, il eft. aifé de diftinguer les
uns des autres > comme je lai déja
dit, ce me femble, dans un autre endroit.
Nous retournâmes au Carbet de Madame Ouvernard le huitiéme jour après
E iv --- Page 120 ---
I04 Nouveanx
aux Ifes
1700. notre
Yoager
départ, bien fatiguez, la verité,
Gran- mais bien contens de notre
deur de n'ai pas fait
voyage. Je
laDonuentierement le tour de la
nique, Dominique s mais autant que j'en puis
juger par l'étendue de la Balfetérre & de
la Cabefterre que j'ai parcouruës, elle
peut avoir trente à trente-cinq lieués de
circuit, Elle eft arrofée de quantité de
rivieres particulierementlac Cabefterre.
Les eaux font excellenteslepoition. d'eau
doucey y eft en grand nombre & très bom
Ily a une Souphriere comme à la Guadeloupe, maisje n'y ai point été, parcequic je ne Pusj jamais engager perfonne >
ni à m'y conduire, > ni à m'y accompagner. Elle n'eft pas fi haute à beaucoup
près que celle de la Guadeloupe. La terre de prefque toute l'Ife eft haute, &c
fort hachée. Je ne croi pas gu'en toute
Ja Cabefterre il y ait trois lieués de plat
pais 2 en mettant bout à bour tout ce
qu'on y en trouve. Mais les fonds font
beaux, & les pentes ou revers
à tout ce qu'on y voudroit planter. propres
Mine Javoisentendup
d'une
d'or de
parler
mined'or,
laDomi- qu'on prétend être auprès de la Sounique, phriere. Je m'en informai avec tourle
foin polible, tant des Caraibes, quede
ce François refugié, & des autres qui
travailloient à faire des bois de char- --- Page 121 ---
Françoifes de PAmérique. IOS
pente & des canots 5 fans en pouvoir 1700.
fien apprendre : foit que les Caraibes
ne me jugeallent pasales de leurs amis
pour me confier un tel fecret; ; foirqu'ane pareille recherche m'eût rendu fuf
pect à ces Sauvages, qui fçavent trèsbien,qu'iln'eft pas de lear interèt d'enfeigner ce trefor aux Européens, tels
quils puiffent être, parce qu'ils voudroient aufli-tôts'en rendre maîtres, &
les chaffer de leur pais. La chofe n'eft
fort difficile : car à la réferve de Petir
pas deux ou trois Carbets qui font vers la des nombre Ca
pointe fous la Souphriere > j'ai vû toutraibes.
ce qu'il y a de gens dans cette Ife, &
je ne croi
que le nombre excede
beaucoup Lius de deux mille ames 5
dont les deux tiers font femmes & enfans. Quoiqu'il en foit, j'ai và un morceau de cet or entre les mains du Pere
Cabaffon, Superieur de notre Miflion
de la Martinique s qu'il difoit venir
d'un certain M. Dubois qu'on prétendoit être Gentilhomme > quoique fai maniere de vie obfcure ne le fit pas trop
croire. Son Habitation qui étoit à la
Martinique, au Morne S. Martin, entre la pointe du Prefcheur & le Potiche,
lui donnoit la commodité de faire d'affez fréquens voyages à la Dominiquc,
Ev
cet or entre les mains du Pere
Cabaffon, Superieur de notre Miflion
de la Martinique s qu'il difoit venir
d'un certain M. Dubois qu'on prétendoit être Gentilhomme > quoique fai maniere de vie obfcure ne le fit pas trop
croire. Son Habitation qui étoit à la
Martinique, au Morne S. Martin, entre la pointe du Prefcheur & le Potiche,
lui donnoit la commodité de faire d'affez fréquens voyages à la Dominiquc,
Ev --- Page 122 ---
106 Nowsean
1700, ou il avoir
Payages anx Mes
Caraibes, de beaucoup qui felon de liaifon avec les
avoir eu cet or, &
les apparences il
lieu d'oi ilslavoient peut-être le fecret du
point encore purifié, tiré, Un Cerorn'éroit
bile quele fieur Dubois fe autre plus haavantageufement
ferviroit plus
gu'il ne fait de
découverte; ; peut-être a-t-il des cette
pour en ufer comme il fait, le raifons
pourra découvrir
tems en
La Balfeterre dela davanrage.
core plus hachée
Dominique la
eft enn'y a
deux ou que trois Cabelterre, Il
pais atr foient un
endroits de plat
plus confidérable peu raifonnables. Le
vanne, , qui fait environ s'appelle le la grande SaBafleterre,
milieu de la
eft contena c'eft-a-dire, de
le Prefcheur entre la pointe
qui
& celle qui eft qui
Le
Saintes,
vis-a-vis des
Mlc Perite Ily: a APEA & Oueft de
nes a.vannel : ou
la grande Sades Oi Ifle qu'on cinquante lieuès fousle ventune
feaux. ou des Oifeaux appelle la petite Ifle d'Anes
autre plus grande pour de même la diftinguer d'une
au vent de Coroffol, où nom, quieft
navale du Comte d'Eftrées périt l'Armée
fais cette
en 1678. Je
d'ceuvre à remarque, la verité, quieft un peu hors
gens croyent
parceque bien des
quc c'elt une Ifle imagi- --- Page 123 ---
RPJCE --- Page 124 ---
Tmbpag.so6
Fregatte.
Paille en cul.
£ --- Page 125 ---
Françoifes de LAmbrigue. 107
naire. Cependant j'ai và beaucoup de 1700.
ont été deffus: : &moinos mème Corfairesqui je l'ai vûe y ayant été dans un auCe
dire, eft
tre voyage.
que j'en
&
cette Ile eft fort
prefque
GUETE
que toute de fable avec quelques buiffons, s
& peu d'autres arbres. Onla peut nommer à bon droit l'Ie des Oifeaux : car
il y en a une quantité fi prodigieufe s
les peut tuer à coups de bâton.
doit s'entendre des oifeaux pourtant de mer. On y trouve aufli quantité de tortuès, far tout dans le tems
qu'elles pondent. Cependant comme
Ife
abfolument d'eau
cette
manque
de
douce,elle n'eft fréquentée
perfonne, que de ceux que le hazard y conduit. L'Ancrage eft bon par toute la côte
de la Dominique, mais il
a aucun
Port, ni Cul-de-fac pour 2 retirer ,
& on ne trouve par tout que des rades
foraines. Ilyailavente quelques pointes derriere lefquelles on peut fe mettre
à couvert de certains vents, c'eft là tout
lavantage que l'on en peut tirer.
les
Ouoique cela foit peu de chole 9
Anglois n'ont pas laiflé de faire bien des
établir, fondez far
tentatives pour s'y
slesFrancertaines prétentions aufquelles
E vj
, ni Cul-de-fac pour 2 retirer ,
& on ne trouve par tout que des rades
foraines. Ilyailavente quelques pointes derriere lefquelles on peut fe mettre
à couvert de certains vents, c'eft là tout
lavantage que l'on en peut tirer.
les
Ouoique cela foit peu de chole 9
Anglois n'ont pas laiflé de faire bien des
établir, fondez far
tentatives pour s'y
slesFrancertaines prétentions aufquelles
E vj --- Page 126 ---
108 Nowveaux Faynges anx
1700. çois fe font toujours oppofez, 1BEr
lement parce qu'ellesn'ont aucun fondeEtablic. ment tant foit
fement
peu raifonnable, mais
des An encore parceque G cette Ifle éroit entre
g'oisa'a Domini. leurs mains > ils s'en ferviroient
RE 11.- couper la communication entre la Kcar
les Fran. par tinique & la Guideloupe dans un tems
guis,
de guerre, &l les réduiroient bientôt aux
dernieres extrémirez.
Ils fe fervirent de la Paix de Rifvick,
& d'un accommodement particulier
qu'ils firent avec les Sauvages de la Dominique, poury venir faire du bois de
charpente. Ils firent enfuite un ajoupa
au bord de la mer pour mettre ce bois à
couvert > en attendant les Barques
le devoient tranfporter. Cet ajoupa T
changea en une maifon > autour de laquelle ils firent une paliffade, où ils
mirent quelques petirespiéces de Canon
fous prétexte de faluer les fantez de leurs
comperes les Caraibes, quand ils les faifoient boire.
Dès quele Gouverneur Général de nos
Ifles en eût avis, il envoya un Officier
pour s'en plaindre au Général des Anglois, & dans le mème-tems il envoya
deux Bâtimens à la
Dominique > qui
obligerent les Anglois à rembarquer
leurs Canons > & leur bagage > après --- Page 127 ---
Frangoifes de PAmérigne. 109
quoi on mit le feu à la naifon & aux 1700.
palillades. Je fus voir l'endroit où avoit
trouvai la fituaété cette maifon. J'en
tion fort commode, & fort avantageufe, & telle qu'on la pouvoir fouhaiter
pour y faire un Fort dont iln'auroit
de
f on
SEUE
été facile
les dénicher,
avoit donné le loifir de s'y fortifier davantage. On trouvera pent-èrre cette
maniere d'agir un peu brufque > mais
outre qu'elle eft plus expéditive, elle eft
encore plus proportionnée au génic de
ceux avec qui on avoit à faire.
CHAPITRE VII.
Diverfes Colitumes des Sauvages. Prés
jugez fer leur origine. Leurs diferens
langages, 6 lewr maniere defe battre.
E (éjour queje fis dans le Carbet de
L Madame Ouvernard, & de quelques
autres Caraibes m'a donné lieu de voir
de près, & d'examiner à loifir leurs
mceurs & leurs manieres d'agir. J'en vais
faire
à ceux qui liront ces Mémoires, Bes m'affijettir à garder d'ordre ,
mais comme je les trouve écrites dans
mon Journal.
leur origine. Leurs diferens
langages, 6 lewr maniere defe battre.
E (éjour queje fis dans le Carbet de
L Madame Ouvernard, & de quelques
autres Caraibes m'a donné lieu de voir
de près, & d'examiner à loifir leurs
mceurs & leurs manieres d'agir. J'en vais
faire
à ceux qui liront ces Mémoires, Bes m'affijettir à garder d'ordre ,
mais comme je les trouve écrites dans
mon Journal. --- Page 128 ---
IlO Nonveanx
1700.
Ils fe levent tous
anx
Letems
grand
M
de leur c'elt-à-dire, un
avant
Paos
Soleil, &
peu
le lever du
lever, leur; pro- & pour leurs fortent aufli-ror du Carbet
precé, mais auprès néceflitez: de leurs : ils ne les font jaquelque lieu un
maifons, mais dans
un trou qu'ils peu éloigné,oi ils font
de la terre. Ils vont recouvrent enfnite avec
à la mer, quand
auffi-tôr fe baigner
à leur commodité liln'y a point de riviere
> car
trouve 9 ils ne vont
lorfqu'il s'en
Lorfqu'ils font de
point à la mer.
au milieu du Carbet retour , ils s'alloyent
de bois tout d'une far une petite felle
comme une piéce s faire à
Ea là
picrre à chocolat, ":
chentsaprès quelair & le vent les féou
quoi une de leurs femmes,
coii quelquauire 5 vient avec un
rempli de rocou
petit
Phuile de
détrempé dans
afin de les carapar rocotier. Ou palma Chrifti 3
Elle commence
E leurs peigner, ou au moins par déméfrottez d'un cheveux, & après les avoir
le les lie avec peu d'huile de carapat, elen fait une touffe un cordon de cotton 3 &
puis tenant le coui au-deffus de la rète;
Maniere la main
avec la peinture de
de fero- un
gauche, & un
colier,
perit balet de
pincean, comme
elle le barboiille plumes, de la droite
par tout le corps en --- Page 129 ---
Frangeifes de PAmerigue. III
cemmençant par le vifage. Quand tout 1700.
le haut du corps eft peint, le Caraibe
fe leve afin qu'on lui peigne les cuiffes
& les jambes; & lorfque cela eft achevé, il fe remer fur fon fiége, & fe barboiille lui-mème les parties aufquelles
la pedeur n'a pas permis à fa femme de
toucher.
Selon fa fantaifie il fe fait lier les cheveux derriere la tète 9 ou les laiffe pendre, & felon le tems & l'occalion, il
fe fair faire quelques mouftaches , ou
autres marques noires au vifage & fur
le corps, avec du jus de genipa.
Lorfqu'en fc peignant ou fe gratant Ils manils trouvent des poux, ils les croquent leurs gent
fous leurs dents pour leur rendre la pa- poux.
reille, & fe venger de leurs morfaures.
Iln'ya que les Caraibes & les Négres
qui ayent droit d'avoir des poux dans
les Ifles : ces animaux meurent pour
tous les autres, dès qu'on a paffé le tropique. J'ai fouvent entendu raifonner
la-deffus 5 mais comme je n'ai rien entendu qui m'ait contenté, je nele rapporterai Pendant pas. qu'une partie des femmes Leur de
eft
àrocoiier les hommes, 3 l'au- jetiner.
- tre occupée partie fait la callave pour le déjeûner, car ils la mangent toute chaude,
'avoir des poux dans
les Ifles : ces animaux meurent pour
tous les autres, dès qu'on a paffé le tropique. J'ai fouvent entendu raifonner
la-deffus 5 mais comme je n'ai rien entendu qui m'ait contenté, je nele rapporterai Pendant pas. qu'une partie des femmes Leur de
eft
àrocoiier les hommes, 3 l'au- jetiner.
- tre occupée partie fait la callave pour le déjeûner, car ils la mangent toute chaude, --- Page 130 ---
IIZ Nomseaue
1700, S'ils ont été la nuit la aux Mles
crabes
M
du
, ou gu'il y ait pèche, our aux
jour
quelque chofe
faire cuire précédent, on fc
de
te dès
ce qu'il y a, & dépèche on
que le Maitre du
ne. Ils
Carber
tous
Reee
tocoliez, mangent fans fe rien dès qu'ils font
autres, fans faire
dire les uns aux
lité ou
aucun acte de civideReligion : les
comme les perfonnes jeunes garçons
font fans difinction. qui font agées,
mangé, 3 les femmes Après qu'ils ont
re 5 & puis les uns apportent à boiLeurs leur
fe remettent dans
Occupa
hamac, les autres fe
tions, tour du feu accroupis fir leurs mettent aucomme des finges, les
talons >
far les paulmes de leurs jouès appuyées
meurent les heures
mains, > & de.
ture & en filence, entieres en cette
dans une
s comme s'ils ciRoRE
ils fifflent profonde médiration, ou bien
ce de flâte avec la bouche, ou une
Oul de
elpejours fur le même chalumeau, & toude plus
ton : rien à mon avis:
délagréable & de plus
que cette mufique. Il s'en
ennuiant
tres qui fe mettent à travailler trouve d'au-
& ques paniers, > ou à faire des à queldes arcs > des
Héches,
chofe de cette
bontons, ou autregénie particulier, nature, chacun felon fon
& fans que perfon- --- Page 131 ---
Frangoifes de LAmériqne. 113
ne fe donne la liberté de commander 1700.
rien à un autre. C'eft ainfi qu'ils travaillent, toujours pour le beloin préfent, & toujours d'une maniere négligente & indifférente , fans S'attacher
le moins du monde à ce qu'ils font, &
le quirtant aufli-rôr quils commencent
à s'en fariguer.
Leur converfation, quand ils en ont, Leurs
eft fort modefte & fort paifible: il n'y conver. fations.
en a qu'un qui parle : tous les auti es
Fécoutent avec une grande attention 1, >
du moins en apparence > fans l'interrompre, le contredire, ni lui
dre
par une efpéce de -
M
que
ment quils font fans ouvrir labouche, 3
qui eft la marque d'approbation qu'ils
doanent au difcours qu on fait devant
eux. Quand celui-là a achevé, fi un
autre prend la parole, foit qu'il parle
en conformité de ce que le premier a
dir, foit qu'il dife tout le contraire > il
eft affuré d'être régalé du même bourdonnement d'approbation. Je croib bien
qu'ils n'en ufent ainfi que dans les choics indifférentes, & qu'ils en ufent d'une autre maniere dans ce quiles touche
de plus
car ils fçavent parfaitement REATE leurs intérèts > & vont à
leurs fins par des voyes quine fontpoint
, foit qu'il parle
en conformité de ce que le premier a
dir, foit qu'il dife tout le contraire > il
eft affuré d'être régalé du même bourdonnement d'approbation. Je croib bien
qu'ils n'en ufent ainfi que dans les choics indifférentes, & qu'ils en ufent d'une autre maniere dans ce quiles touche
de plus
car ils fçavent parfaitement REATE leurs intérèts > & vont à
leurs fins par des voyes quine fontpoint --- Page 132 ---
1i4 Nowveanx
aux
1700. du tout
Voyager
Iles
vû
fauvages Jamais je ne les ai
difputer , ni fe quereller: j'admirois cette retenué, Mais ce qui eft bien
plus admirable,cef que fans difcours
& fans querelles ils fe tuent & fe maffacrent fort fouvenr. C'eft
ment dans les Alfemblées qu'ils principalelent Vins, que cela arrive.
appelVins Fteurs
Ces Affemblées n'ont aucun
ou
tems
Feftins. reglé pour fe tenir: cela dépend du Caprice de celui qui en veut faire la dépenfe. Perfonne n'eft obligéde s'y trouver, quoiqu'on y. foir invité, que ceux
quiont envie de boire &
ou
de faire
des'enyvrer,
quelque mauvaife aétion.
Elles fe font quelquefois
dre un voyage de traite, c'eft-à-dire, pour réfoude négoce, ou de vifice, ou de guerre.
Celui qui la fait a foin quelques jours
de faire avertir tous les
quelquefois toute la Nation 2 >
ME
desy trouver. Y vient qui veut : tout
le monde y eft bien venu, > & s'en retourne quand il lui plait. Cependant
celui qui ainvité fair provifion de
tité d'otlicon, de
quanbananes, figues & patates de caffave. s ignames s
les gens de fon Carber, & même Lui fes 8c
voifins,, s'ils le jugent à propos, vont
a la pêche & à la chafle > & boucan- --- Page 133 ---
Frangoifes de PAmfrique.
IIS
nent tout ce qu'ils prennent. Ileft ra- 1700,
re qu'ils mangent rien qui foit bouilli,
excepté les crabes. Ils mangent peu del's mangent pell
viande, quoiqu'ils en paffent manger dc viantant qu'il leur plairoit, car ils éléventdes.
allez de volailles & decochons : ils ne
manquent ni de cochons marons > ni
d'agouftins, & autres animaux, & ils
ont abondance de ramiers, de
> de grives , & autres
REROS
quets qu'ils tuent avec leurs Aléches auffi habilement que nous avec nos fulils, &
fans tant de bruit. Mais ils gardent leurs
volailles, leurs cochons, & leurs alltres animaux qu'ils prennent à la chaffe.pour les porter aux Ifles Françoifes, & les troquer
avoir les chofes dont ils ont tabint de forte qu'on
peut dire que les crabes & le poiffon
font leur nourriture la plus ordinaire 2
excepté dans le tems de leurs Vins >
où ils n'épargnent rien pour régaler
ceux qu'ils ont invitez.
Comme je ne me fis point trouvé
dans ces fortes d'Affemblées > je ne
puis en parler que fur le rapport d'autrui. Ceux dont j'en ai appris plus de
circonftances s font premierement un
Caraibe qui s'étoit retiré à la Martinique > après en avoir tué un autre à la
font leur nourriture la plus ordinaire 2
excepté dans le tems de leurs Vins >
où ils n'épargnent rien pour régaler
ceux qu'ils ont invitez.
Comme je ne me fis point trouvé
dans ces fortes d'Affemblées > je ne
puis en parler que fur le rapport d'autrui. Ceux dont j'en ai appris plus de
circonftances s font premierement un
Caraibe qui s'étoit retiré à la Martinique > après en avoir tué un autre à la --- Page 134 ---
YI6 Nowveanx Yoyages Hiix Mes
1700. Dominique ; & ce François réfugié d
la Dominique pour un femblable
qui me fervit
iujet, s
d'interpréte tout le tems
que je demeurai à la Dominique,
Après que toute la compagnie eft
affembléc > & qu'on a bien
&.
bû du oiicou à ourrance, & mangé du taffia,
quand ils en
avoir, le mairre
du Carbet hlrtugner la propofition
quelle il les a invitcz. Telle pour lapuiffe être, 5 elle ne manque qu'elle jamais
dètre bien reçué & approuvée à la
maniere ordinaire. Si c'eit une partie
deguerre qu'on propofe, quelque vieille femme ne manque
de fe
re & de haranguer les
produiles
tedtit
exciter à la vengeance. Elle
fait
un
Eour
long détail des torts & des
res qu'ils ont réçûs de leurs ennemis, injutelle y joint le dénombrement de leurs
parens & amis qui ont été tuez ; &
quand elle voit que toute la compagnie
déja fort échauffée parla boiffon, commence à donner des fignes de fureur,
& qu'ils ne refpirent plus
le
>
& la mort de leurs ennemis, que elle fang
au milieu de l'Affemblée
jette
membres boucannez de ceux quelques
tuez à la guerre, far lefquels qu'ils ils fon- ont
dent aufli-tôr comme des furieux, lcs --- Page 135 ---
Frangoifes de LAmerigue.
égratignenr , les coupent en picces 2 1700.
les mordent & les mâchent avec toute
la rage dont font capables des gens làches, vindicatifs & ivres. Ils approuvent le projet avec de grands cris , &
tous promettent de fe rendre au jour
nommé , pour partir enfemble, & aller exterminer tous leurs ennemis.
Les autres projets fc réfolvent d'une teffe Délica- des
maniere plus tranquille : mais quant à Caraibes
elle dépend abfolument fur leur
T'exécution ,
de Thumeur oj ils fc iberté,
du caprice, ou
faut
trouvent dans le moment qu'il
mettre la main à I'aenvres çar ils font
entierement libres & indépendans, &
perfonne n'a droit de commander aux
autres : leur délicatefle fur ce point-là
eft inconcevable.
Ceft une erreur de croire que les Les CaSauvages de nos Iles foient antropo-raibes: font ne
phages, & qu'ils aillent à la guerre eX- poinran.
faire des prifonniers, afin detopoprès s'en pour taffafier, on que les ayant
s thages,
avoir cette intention, ils fe
dteat
fans
de l'occafion qu'ils 90t en les tenant
entre leu:s mains pour les dévorer. J'ai
des preuv.s da contraire plus claires que
le jour.
dire à
Indiens
Ileft vrai que j'aientendu
plu- biavcs.
fieuts de nos Flibuftiers que vers Vifth-
oinran.
faire des prifonniers, afin detopoprès s'en pour taffafier, on que les ayant
s thages,
avoir cette intention, ils fe
dteat
fans
de l'occafion qu'ils 90t en les tenant
entre leu:s mains pour les dévorer. J'ai
des preuv.s da contraire plus claires que
le jour.
dire à
Indiens
Ileft vrai que j'aientendu
plu- biavcs.
fieuts de nos Flibuftiers que vers Vifth- --- Page 136 ---
I18 Nogveanx
1700. me de Darien Voynger anx Ifles
d'or,&
S Bocca del Toro, lIfle
côte, il y quelques a des autres endroits de la
les Eipagnol.-sppellen nations crrantes > que
qui n'ontjamais voulu avoir Indiens braves,
avec perfonne, qui
commerce
ricorde tous ceux mangent qui
fans mifé
leurs mains. Cela
rombent entre
être aufli
peut être vrai &
faux; car s'ils n'ont
Peut
commerce avec
point de
le peut-on fçavoir? perfonne > comment
vrai > qu'elt-ce Erquand cela feroit
par rapport à nos que cela prouveroit
ii éloignez de
Caraibes des Ifles
tance des lieux, ceux-là, &
& par la din
de vivre.
par leur maniere
ils
Pourquoi fer
plutôr en ce point reffembleroiene
tres :
que dans les auture Avan- du
Je fçai que le
Marquis non dAngennes Marquis de Maintetenon deMain. Frégate du Roi li Sorciere qui commandoit la
d'Aa. perdit fa
en 16
gennes, vinge hommes Chaloupe avec dix-huit ou
farent enlevez qui éroient dedans, qui
lant prendre de par l'eau ces Indiens, en vou-
& en peut conjedturer dans une riviere ;
comme ils firent, les qu'enlevant 5
& les vivans, c'étoit hommes morts
de leur chair,
pour fe raffafier
de la côte
comme certains Négres
d'Afrique qui en tiennent --- Page 137 ---
Françoifes de Amérique. I19
boucherie ouverte, , du moins à ce que 1700.
difent quelques Hiftoriens.
Je fçai encore, & il cf très-vrai que
dans les commencemens que les François & les
s'établirent aux Iiles
il Y. cut AEE perfonnes des deux
Nations qui furent tuées, boucannées
& mangées par les Caraibes 5 mais
c'étoit une action toute extraordinaire chez ces Peuples : c'étoit la rage
qui leur faifoit commettre cet excès,
parce qu'ils ne pouvoient fe venger
pleinemient de linjuftice que les Euroleur faifoient de les chaffer de
tm terres 2 qu'en les faifant perir >
quand ils les prenoient, avec des cruautez qui ne leur font pas ordinaires ni
naturelles ; car fi cela étoit dans ce
tems-là,il le feroit encore aujourd'hui;
& c'eft pourtant ce qu'on ne voit pas
qu'ils prariquent.nifaries. Anglois avec
lelquels ils font prefque toujours en
guerre, nir même avec leurs plus grands
ennemis les Alloiiages qui font des
Indiens de Terre ferme du côté de la riviere d'Orenoque s avec lefquels ils
font continuellement en guerre.
Il eft vrai que quand ils tuent quel- Comqu'un,i ils font boucanner fes membres, ment Caraibes les
& rempliffent des calebafles de fa graif 1 traitent
it pas
qu'ils prariquent.nifaries. Anglois avec
lelquels ils font prefque toujours en
guerre, nir même avec leurs plus grands
ennemis les Alloiiages qui font des
Indiens de Terre ferme du côté de la riviere d'Orenoque s avec lefquels ils
font continuellement en guerre.
Il eft vrai que quand ils tuent quel- Comqu'un,i ils font boucanner fes membres, ment Caraibes les
& rempliffent des calebafles de fa graif 1 traitent --- Page 138 ---
120 Noreeame
1700. fe, qu'ils
Tayager anx Mles
leurs c'eft comme emportent un
chez eux; ; mais
pr-fn- de leur
trophée & une
miers,
victoire & de leur valeur, marque
près de même que les
à
nada
Sauvages de E
emportènt les chevelures de
ennemis quand ils les ont
leurs
leurs prifonniers,
ruez,& de
fait mourir avec des après gu'ils les ont
Nos Sauvages font cruautez inoilics.
quand ils prennent dcs plus humains :
quelque couleur ou Nation femmes s de
puillent être, bien loin de
qu'elles
du mal, il eft certain
leur faire
avec douceur, &
fi qu'ils elles sles traitent
ils les époufent & que les
veulent 3
fi elles étoient de leur regatdent comme
ce font des enfans, ils les nation, Quand
mi eux fans fongerà les élévent parqui leur peut arriver, c'eft tuer, & l€ pis
dus aux Européens.
d'être venmes faits
Al'égard des homqu'ils ont trouvez &
armes à la main, 3 il eft
pris les
les tuent dans la chaleur certain du
qu'ils
fans s'embaraffer de les faire combat, 3
niers, comme font les
prifonles facrifier ehfuite à loifir Iroquois, à
pour
& à leur cruauté, Je le
leur rage
core une fois, , s'ils boucannent répéte donc enques membres de ceux
quelce n'eft que
qu'ils ont tuez,
pour conferver plus longtems --- Page 139 ---
Fyançoifes de PAmerique. I2I
tems la mémoire de leurs combars & 1700.
de leurs victoires, &s s'animer à la vengeance > & à la deftruélion de leurs
ennemis 3 & jamais pour s'en raffafier.
Ileft rare qu'il fe paffe aucun de ces Maniere
Vins, fans qu'il s'y commette quelque fe dour défont ils
homicide: cela fe fait fans beaucoup de de leurs
cérémonie. Il fuffit qu'un des conviez, cnnemis
échauffé par laboiffon fe fouvienne
qu'un des afliftans a tué un de fes
rens, ou qu'il lui a donné quelque de
de chagrin s pour le porter à la venil n'en faut
davantage. Il
ER leve fans façon, fr s'approche par
derriere de fon ennemi, lui fend la tète d'un coup de bouton, oul le poignarde à coups de couteau, fans que pas un
de ceux qui font préfens fe mette en
devoir de l'empècher, ou de l'arrêrer
après qu'il a fait le coup.
Si
hazard celui qui vient d'être
atindt. a des enfans, > des freres > ou
des neveux dans l"Affemblée s ils fe jettenc quelquefois fur l'affaflin, & le
tuent; mais il eft rarc que cela arrive,
car celui qui veut faire un coup de cette nature, obferve foigneufement qu'il
ait perfonne en état de lui rendre
t pareille. Il attend qu'ils foient ivres,
Tome V. I.
F
ès qu'il a fait le coup.
Si
hazard celui qui vient d'être
atindt. a des enfans, > des freres > ou
des neveux dans l"Affemblée s ils fe jettenc quelquefois fur l'affaflin, & le
tuent; mais il eft rarc que cela arrive,
car celui qui veut faire un coup de cette nature, obferve foigneufement qu'il
ait perfonne en état de lui rendre
t pareille. Il attend qu'ils foient ivres,
Tome V. I.
F --- Page 140 ---
122 Noniveans
Toyages aux
endormis, ou abfens. Si ceux Ipes
intérêt au défunt font
qui ont
craignent
l'aflaflin préfens, & qu'ils
&
ne foir
y dur trop de
foutenu,
de L venger far le
rifque pour cux,
lent leur
champ, ils diffimurellenriment, &
une autre occafion à rendre remettent a
au meurtrier, à moins
la parcille
de pais : heureux
qu'il ne change
quirte pour cela ; car encore, on s'il en eft
ani eux ce que c'eft
ne fait parcommodement 5 & que fouvent pardon, ou acne peuvent fe venger fur
quand ils
ils le font fur quelqu'un la perfonne >
tient. Voilà ce qui rend qui lui appar-
& leurs divifions
leurs querelles
que leur pais n'eft éternelles, & qui fait
me partie autant qu'il pas le peuplé la dixié.
vû la quantité de femmes devroit être ,
Ia propricté
qu'ils ont, &
beaucoup.
qu'ils ont de multiplier
Telle eft la fin ordinaire de
Vins ou Feftins, dont ils ne fe retirent leurs
que quand il n'y a plus rien à
ou à boire chez celui
les manger
Après cela chacun s'en qui
a invitez,
foi. Lorfque le Vin eft retourne fait
chez
voyage de guerre > ceux
ont pour un
fenti, & qui ont paru les quiy plus
conIentreprendre - > ne s'en fouviennens ardens à --- Page 141 ---
Françoifes de LAmérique.
plus, & ne penfent nullement à fe :a 1700.
dre au jour qu'on a
pour s'embarquer, à moins
fi caprice ne leur
fafle faire dans : moment ; car qu'ils
le faffent, ou nele fallent pas, il n'y a
perfonne quiy puiffe trouver à redire.
ils font toys égaux 5 & quoiqu'on foit
Capitaine, on n'en eft pas plus refpecté, ni mieux obéi.
Il n'y a que les femmes qui foient deshom- Empire
obligées à l'obéiffance 2 & dont les mes fur
hommes foient abfolument les maitres. les femIls portent cette fuperioriré jufqu'à l'ex- mcs,
cès, & les tuent pour des fujets trèslégers. Un foupgon d'infidelité bien ou
mal fondé fufhr fans autre formalité
les mettre en droit de leur calfer
a tète. Ccla eft un peu fauvage à la
verité; mais c'eft un frein bien
pour retenir les femmes dans leur trogre
voir. Ce font pour l'ordinaire les vicilles qui font caule de tous les défordres
qui arrivent dans les ménages : pour
peu qu'elles
de chagrin conrre
une jeune ERON elles trouvent bientôt moyen de la décrier dans l'efprit
de fon mari, & de lui faire naitre une
infinité de foupçons; 5 & quand elles
n'ont rien de plus pofitif à dire contre
- lcs jeunes, elles les accufent d'ètre SorFij
voir. Ce font pour l'ordinaire les vicilles qui font caule de tous les défordres
qui arrivent dans les ménages : pour
peu qu'elles
de chagrin conrre
une jeune ERON elles trouvent bientôt moyen de la décrier dans l'efprit
de fon mari, & de lui faire naitre une
infinité de foupçons; 5 & quand elles
n'ont rien de plus pofitif à dire contre
- lcs jeunes, elles les accufent d'ètre SorFij --- Page 142 ---
124 Nowveaux
aux
1700. cieres,& d'avoir Yoyages fair mourir IRes
il n'en faur pas
quelqu'un:
examen eft fxperflu davantage, 3 tout autre
- Faccufée
pour convaincue , on lui caffe la palle
& on n'en parle
tête, 2
Titres
Les vieilles
honoraELaE
s'appellent
bles des c'eft-à-dire, grande mere ,"Ou Bibi,
vieilles de tout le monde
la mere
gens, de même les vieux par excellence : tout
ment
hommes fe nomexcellence. Baba, c'eft-à-dire 5 le pere
La rieilieffe eft le fcul en- par
droit quiles rend, ou qui les
dre un peur refpectables,
peut ren-.
Ikn'o.
héillent Lor/qu'ils commencent à fentir les
ne, àperion- approches de la faim, les
la
uns.vont a
font tous chaffe, & les autres à la
égaux. cun felon fon génie. Il pèche,cha- eft
inoii qu'un
dife à fon prefque dès
a
qu'il feize Fai dix-huir
fb,
chaffe ou à la pèche, ou ans, d'ailerala le
d'ur Carber s'avile de dire que à Maitre
demeurent avec loi,d d'y
ceux qai
ly accompagner, il pourroit aller, ou de
à un refus bien fec. S'il a envie s'artendre d'aller
à la pêche ou à la chaffe, ou que la néceflicé l'y contraigne, ildit
comme faint Pierre : je vais fimplement &
ceux qui ont envie d'y aller, pécher; lui
dent aufli
réponlaconiquement que les
tres : nous y allons avec vous, & lc Apô- fuivent. --- Page 143 ---
Francoifes de PAmérigue. 125
Il n'y a point de Peuple au monde 1700.
qui foit plus jaloux de fal liberté, & qui
reffente plus vivement & plus impatiemment les moindres artaques qu'on
y voudroit donner. Aufli fe moquent ils
de nous autres > quand ils voyent que
nous portons relpect & que nous
obeiflons à nos Superieurs. Ils difent
faut que nous foyons les efclaves
T" ceux à qui nous obéiffons > puifqu'ils fe donnentla liberté de nous commander, & que nous fommes allez lâ.
ches pour executer leurs ordres.
Iln'y: a que les femmesà quion com- fincees Olérf.
mande dans ce pais là; ; & quoique ce femmes.
foit d'une maniere douce & honnére,
qu'elles foient accoûrumées d'obéir dès
leur plus tendre jeuneffe,n ne lailfe
de remarquer qu'elles fentent tout
L" poids de ce joug. Cependant elles
obéillent fans réplique, ou plutôt elles
fçavent f bien leur devoir, & le font
avec tant-d'exiditude, de filence, de
douceur > & de refpeét, qu'il cft rare
que leurs maris foient obligez de les en
faire fouvenir. Grand exemple pour les
femmes chrétiennes ? qu'on leur prèche inutilement depuis la mort de Sara
femme d'Abraham > & qu'on leur prechera felon les apparences jufqu' la fin
Fii)
ent fans réplique, ou plutôt elles
fçavent f bien leur devoir, & le font
avec tant-d'exiditude, de filence, de
douceur > & de refpeét, qu'il cft rare
que leurs maris foient obligez de les en
faire fouvenir. Grand exemple pour les
femmes chrétiennes ? qu'on leur prèche inutilement depuis la mort de Sara
femme d'Abraham > & qu'on leur prechera felon les apparences jufqu' la fin
Fii) --- Page 144 ---
-126 Norveaue
1700, du monde avec aufi Yoyager aux Mles
prèche
peu de fruit
l'Evangile aux
qu'on
Je dois rendre
Caraibes.
vres femmes
cette juftice à ces pautout le tems Sauvages,
pendant
dans
que j'ai été 2: Dominiditferens
T jamais vàés oilives Carbes, je ne les
Elles travailloient
un feul moment.
avec tant de paix & fans de celle , & cela
quoiqu'elles ne foient douceur 2 que
gue les autres créatures pas de plus leur muettes
l'on voit dans les
elpéce,
due monde
autres parties
feule parole 3 de on n'entendoit pas une
que
colere entr'elles, bien
tre-tems très-fouvent elles euffent des conrudes
ficheux, & des travaux trèsfant compter &ctrès-difficiles à fupporter : car il
Occupz- tout ce
que ce font clles
tion des
quily a à faire
qui font
femmes. hors le Carbet. Les
dedans & detre chofe qu'abbattre hommes ne font aules
ily a un défriché à
arbres, quand
rarement. Ils
faire, ce qui arrive
chaffe & à la s'occupent encore à la
tits
pèche, & aux autres
ouvrages dont j'ai
pe-
& voilà tour, S'ils reviennent parlé ci-devant s
fe, ils
dei la chafdu Carbet jettent fanss ce qu'ils ont prisà l'entrée
s'en embaraffer
geic'eft aux femmesile
davantaTaccommoder. S'ils
ramaffer, & à
ont été à la pèche, 9 --- Page 145 ---
Françoifes de LAmbrique. i27
ils laiffent le poiflon dant le canot, & 1700.
viennent fe coucher fans dire une feule
parolc. Les femmes doivent courir au
canot, en apporter le poilfon & le faire
cuire : car elles doivent fuppofer que le
Pècheur a faim. On
dire en un
mot, qu'ellesfont de Pefiahear fervantes
qui font demeurées dans l'état pour lequel elles ont été créées, fans ss'en être
écartées julqu'à préfent : graces à la fperiorité
leurs maris ont toujours
confervée dur elles.
Les Caraibes ont trois fortes de lan- riibes Les Cagages. Le premier, ,le plus ordinaire, & ontirois
celui que tout le monde parle, eft com- langa- fertes de
me affeété aux hommes:
ges.
Le fecond eft tellement propre aux
femmes, que bien
les hommesl'entendent, ils fe Mendent deshonorezs'ils
l'avoient parlé, 8c s'ils avoient répondu
à leurs femmes en cas qu'elles euffent la
témerité de leur parler ca ce langage.
Elles
la langue de leurs maris s
& Ret s'en fervir quand elles leur
parlent; mais elles ne s'en ferventj jamais
quand elles parlent entr'elles, & n'employent d'autre idioine que le leur particulier, qui eft totalement different de
celui des hommes.
Il) y a un troifiéme langage qui n'ef
F iv
, 8c s'ils avoient répondu
à leurs femmes en cas qu'elles euffent la
témerité de leur parler ca ce langage.
Elles
la langue de leurs maris s
& Ret s'en fervir quand elles leur
parlent; mais elles ne s'en ferventj jamais
quand elles parlent entr'elles, & n'employent d'autre idioine que le leur particulier, qui eft totalement different de
celui des hommes.
Il) y a un troifiéme langage qui n'ef
F iv --- Page 146 ---
128 Nowveanx
1700. connu que des hommes Poynges Anx Ifes
guerre, particulierement quiont été à Ia
lards, C'eft
des vieilinventé qu une plarôr langue. un
qu'ils ont
guand ils
s'en
PRM
font quelque Aflemblée fervent
eenfequence, dont ils veulent
de
r-folutions fecrétes. Les
tenir les
jeines gensn'y entendent femmes & les
Conjee. D: ces deux
rien.
Torg.n: ture Gu tire u'cc
premiers langages on
de nos Sauvages conf@quence que Chrif allez jufte, que les
Caraibes va dans ies
flophe Colomb trouappellé Antifles, perites ifcs de l'ER, ql'on a
ven: des grandes parce qu'clies font au
d
ifles, & qu'en
Europe on les trouve les
venant
n'étoient il
point les naturels du premicres,
y a une différence infinie pais. Car
ferme des perires Ines, & ceux de entre la ceux
font la plus proche, avec
Terre
toujours en guerre, & lefquels ils
que les Elpagnols ont
avec ceux
des] Ifles, foit pour la trouvez aux granles mceurs & les coûtumes. langue, 2 foit pour
origine, Les Auteurs qui ont parlé de leur
Floride, croyent qu'ils viennent de
les a > & que c'eft ou le hazard la
portez aux petites
qui
trouvant trop prelfez dans Inles, leur ou que fc
trop vivement pourfnivis
pais, Oir
nemis, ils ont été obligez deg par leurs enquitter leur --- Page 147 ---
Frangeifes de PAmérigie. 129
pais natal, & d'aller chercher de nou-1700.
velles terres pour s'établir. Cette penfée
eft fondéc far ce que certains Indiens de
la Floride parlent à peu de chofe près le
même langage quenos Caraibes, & ont
les mèmes coûtumes, ce qu'on ne trouve
point dans aucuns des Indiens des
des Ifles, & de
endroits
la
et
quelques
Terre ferme, dont le langage
che en aucune
de celui denos
LRTEE
façon
raibes, quoiqu'il 2 approche beaucoup de
celui que parient les femmes.
La maniere de vivre de nos Caraibes
eft encore une preuve qu'ils (ont étrangers dans les Ifles, puifqu'elle eft toute
oppolée s & tout-à-fait differente de
celle ds anciens Indiens qui les habitoient. Car ces derniers auffi-bien que
ceux des grandes Ifles étoient des gens
fimples, doux, ferviables, affectionnez
aux étrangets, qui feroient toujours demeurez dans cet état, fi les cruautez
inoûles, & l'avarice infatiable des EC
pagnols ne les avoient enfin obligez de
fe foulever contre eux; 3 pour fe délivrer
du joug infuportable de leur tyrannic.
Au lieu que nos Caraibes ont toujours
été des gens belliqueux, à leur maniere,
des gens fers & indomptables, qui préférent la mnort à la fervitude 2 que ks
Fv
qui feroient toujours demeurez dans cet état, fi les cruautez
inoûles, & l'avarice infatiable des EC
pagnols ne les avoient enfin obligez de
fe foulever contre eux; 3 pour fe délivrer
du joug infuportable de leur tyrannic.
Au lieu que nos Caraibes ont toujours
été des gens belliqueux, à leur maniere,
des gens fers & indomptables, qui préférent la mnort à la fervitude 2 que ks
Fv --- Page 148 ---
I3o Nonveans
1700. Européens depuis Fagrager ceux anr IRes
couverts , jufgu'à ceux qui les ont défent,n'ontp pi humanifer qui y fonta prévoir demeurer enfemble affez pour
endroit; j &
dans un mnome
décruire, ou 3R chaffer, ont été obligez de
cogner commeils fontà > & de les rendeux Ifles qu'ils
préfent dans les
Dominique & occupent Saint
> qui font la
pouvoir vivre avec
Vincent > pour
reté dansles autres Ifles, quelque forte de fiquoique fort adouci
Leur naturel,
climat, approche
par la douceur du
des Sauvages de la encore trop de celui
du
Floride, & même
viennent Canada.pours del la Floride ne pas convenir qu'ils
&
& des
ne
paflez dans les
environs,
fut
il
RECeTE
des
pas difficile, à eux petiresifles, qui iétoient
Habitans, guerriers, de fe défaire des anciens
mezalag qui n'étoient point accoûtufc défier guerre, d'eux. & qui les reçûrent fans
tuerent tous les mâles, Il y a apparence qu'ils
rent les
& qu'ils réferve
confervarion femmes. de leur pour le befoin de la
ne foient pas dansce efpéce. Quoiqu'ils
ils ne laitlent
beloin aujourd'hui,
toutes les femmes pas encore de conferver
guerre, & après quils qu'ils les Prennent à la
chez cux, ils les
ont conduites
regardent comme les --- Page 149 ---
Françoifes de PAmbrique. 13E
naturelles du pais, & les époufent.
1700.
Le nom quils fe donnent entr'eux, Ceque
& qu'ils donnent aux Européens, doit - finifie le nom
encore fortifier ma penfée. Ils fe nomn-de Bament en général, & les Européensqu'ils' naré,
veulent honorer, Banaré, qui veut dire
homme de mer, ou homme qui eft venu
par C'eft mer. une difficulté fort aifée à réfoudre comment ils ont pà venir de la Floride, ou du fond du Golphe du Mexique jufqu'aux Mles du Vent. Il n'y a
pour cela qu'à fe fouvenir que Chriftophe Colomb les trouva qui alloient
d'une Ileà une autre avéc leurs canots: >
qui leur fuffifoient pour faire des trajets
ailez confidérables 2 comme des Ifles
Lucayes à celles de Saint Domingue >
Port-Ric & Couve. D'où il eft aifé de
conclure qu'en côroyant la côte depuis
le fond du Golphe du Mexique julqu'à
la pointe de la Floride, 3 ils ont pû palfer
le Détroit de Bahama, & côtoyant les
grandes Ifles de Couve, Saint Domingue & Port Ric > arriver aux perites
illes, ou ils ont trouvé moins de facilité de s'établir que dans les grandes
qui étoient trop peuplées pour pouvoir
en chafler, ou décruire les Habitans, &
s'y établirenleur place. C'eft ainfiqu'on
F vj
du Golphe du Mexique julqu'à
la pointe de la Floride, 3 ils ont pû palfer
le Détroit de Bahama, & côtoyant les
grandes Ifles de Couve, Saint Domingue & Port Ric > arriver aux perites
illes, ou ils ont trouvé moins de facilité de s'établir que dans les grandes
qui étoient trop peuplées pour pouvoir
en chafler, ou décruire les Habitans, &
s'y établirenleur place. C'eft ainfiqu'on
F vj --- Page 150 ---
132 Nowveaur
1700, peur raifonnablemenr Yoyages ANx Hes
fe font établis dans les conjechurer qu'ils
doit donc pas
Antifles. On ne
rant de ces nouvelles s'éronner, fi en s'empatruifant tous les Habitans Terres, & en déont confervéleur
mâles > ils
leurs coltumes, qu'ils langue natarelle &
leur pofterité qui iles ont tranfmifes à
aujourd'hui; & Gi les confervent encore
ont trouvées ont confervé femmes qu'ils y
gue, & leurs manieres aufli leur lances, qui font comme le fimples & douIndiens d'entre les
caraétere des
des Langue Ca. Au refte leur langue Tropiques.
ratbes, cile qu'elle paroit être n'eft pas fi diffiprononcer. Elle n'eft quand lonl'ensend
conjugaifons, ni de point chargée de
des adverbes allez déclinailons ellea
que défaut eft d'être fignificatifs: fon unidoit on pas être
fterile. Mais n'en
fuffi: pour ceux qui content s'en , puifqu'elle
n'ayant ni Etude ni
fervent , qui
pas befoin de tant de Çommerce, n'ont
Celle des femmes m'a termes.
& plus hactiedapprendhe paru plus douce
Pourcclie des
Kaprononcen
ce
dont ils suandh.ccniotiter fc fervent
CIEST je n'en
dans leurs
très-peu de Puis rien dire 5 je croi
R0est
gens en ont connoif --- Page 151 ---
Francoifes de Ambrigue. 133
Mon Confrere le Pere Raymond Bre- 1700
ton, 2 fait une Grammaire & un DiBionnaire Caraibe. Il a aufli traduit
en cette Langue le Caréchifine & les
Prieres ordinaires du matin & du foir.
Ceux qui voudront avoir quelque connoiffance de cette Langue pourront confulter ces livies, & ils verront la verité
de ce que je dis.
s'exercent à Les enLes enfans des Caraibes
fans des
tirer de l'arc dès leur plus tendre jeu- CaraYbes font haneffe, &ilss'y rendent pluss adroirsqu'on biles à fe
Cet exercice & fervir de
ne
fe l'imaginer. font les feules chofes larc.
Rorac de la pèchc
qu'ils apprennent de leurs parens. Je les
faifois quelquefois tirer à des fols marquez, que je mettois au bout d'un rofeau
planté en terre 2 fur lequel je les faifois
tenir avec de la cire noire. Cela faifoit
plaifir à ces enfans : car ils connoiffent
ces elpéces, &c1 fçavent bien qu'avec.cette
monnoye ils ont de l'eau de-vie, des
coûteaux, 1 & tout ce dont ils ontbefoin
quand ils viennent aux Ifles Françoifes. J'étois furpris que des enfans
de huit à dix ans les abbattoient de
cinquante pas > & plus, (ans prefque
mirer , & fans manquer jamais. On
peur juger par-là de Fadrefle de leurs
peres, quand il s'agit d'abactre quel-
qu'avec.cette
monnoye ils ont de l'eau de-vie, des
coûteaux, 1 & tout ce dont ils ontbefoin
quand ils viennent aux Ifles Françoifes. J'étois furpris que des enfans
de huit à dix ans les abbattoient de
cinquante pas > & plus, (ans prefque
mirer , & fans manquer jamais. On
peur juger par-là de Fadrefle de leurs
peres, quand il s'agit d'abactre quel- --- Page 152 ---
1700. 134 Nowveaue Froyager ant
8Ur chofe, ou de donner Hes dans
Leurmaun
fe niere fervir de Ils mettent la fléche far l'arc
delarc. levantenl l'air, & ils
en l'é
ou rayon vifutel le dirigenr tleur miro
qu'au bur, & en
de la fléche juf
cochent la
Farc ils
RCREE
font à la féche quand ils jugent déhaureur
qu'ils
la fléche y donne convenable pour que
force, Ils font tellement directement & avec
eet exercice;
accoûrumez à
leur coup, qu'ils ne manquene jamais
quoiqu'ils
pour ainfi dire, fans tirentiresvire.de mirer.
và abbarre de petits oifeaux Je les ai
fir desl branches d'arbre fi qui étoient
peine je les pouvois
éloignez, qu'a
lois quelquefois tirer diftinguer. Je vou-
&
au but avec
commeje ne réufiffois
eux, s
& difoient
pasilerioient,
raibe.
que je n'étois pas bon Caveulent Ils ne Le nom de Caraibe &x de
point chez eux un titre
Banaré eft
etre ap-fachent fort
honorable; mais ils fc
pel'lez
quand on les traite de SauSauya- vages. Je ne
eu
ges,
de leur en Igaiquia T'indifcrétion
mais
enfeigner la
je Içai très-bien fignification 3
dent pas comme amis ceux qu'ils ne regarnent ce nom, Il faur
qui leur doncomperes, fion veut ronjoursiesappellee conferver
fon avec eux.
dela liai --- Page 153 ---
Françoifes de PAmerique.
Ils affeétent de prendre le nom des 1700s
gens de confidération qu'ils ont vès, &
fur tout de ceux quiles ont régalez, &
qu'on leur a fait connoître comme Gouverneurs dupais, ou Capitaines de Vaif
feaux de Guerre. Car pour les Mar- Ils prev
ordinaires , nent les
chands ou autres perfonnes
nomsdes
riches, ils ne fe foucient
gens de'
diftincleur nom
te
S prendre
2 parce qu'ils
tion.
regardent comme les ferviteurs & les
Eiclaves des Gouverneurs & des autres
qui ont du Commandement, de forte
qu'ils fe croiroient deshonorezs'ils portoient de femblables noms. Tous les
vieux Caraibes delal Dominique portent
les noms des anciens Gouverneurs, our
Seigneurs des Ifles. On y trouve encore
à préfent Monfieur du Parquer, Monfieur Hotiel, Monfieur de Clodoré >
Monfieur de Baas, &c. & ceux d'un
moyen âge portent les noms de Gouverneurs plus récens. Quand ils font
ainfi revètus de quelque grand nom, ils
ne manquent jamais de le dire à ceux
qui les vont voir, & de boire à la fanté
de leurs comperes.
On conferve"f foigneufement la paix
avec eux, non pas qu'on les craigne s
nos Colonies font trop fortes , & eux
trop foibles pour nous faire du mal, du
fieur de Baas, &c. & ceux d'un
moyen âge portent les noms de Gouverneurs plus récens. Quand ils font
ainfi revètus de quelque grand nom, ils
ne manquent jamais de le dire à ceux
qui les vont voir, & de boire à la fanté
de leurs comperes.
On conferve"f foigneufement la paix
avec eux, non pas qu'on les craigne s
nos Colonies font trop fortes , & eux
trop foibles pour nous faire du mal, du --- Page 154 ---
136 Nowveaux
1700. moins
Foyager Anx Hes
les Habitans conifadcnablemenr: mais afin que
fans crainte puiffent d'être vivre en repos, &c
Leurma- dans
brâlez &
niere de
leurs maifons parles
égorgez 0
faite la deftentes qu'ils font
furprifes & les
guerre, leurs ennemis,
dans les terres de
obfeures
pendant les nuits les
s & les plus
plus
C'eftl l'unique chofeg
mauvais tems.
d'eux : car de s'attendre qu'on doit craindre
ouverte , c'eft à quoi il ne à une guerre
fer. On n'a que faire de craindre faut pas
fiége, ni de baraille
uRrdc de
ce furprifes, & force rangée; mais forleur maniere de faire emburcades:cef la
font découverts
guerre. Dès
à
l'affaire eft
ne
finie,
Taui
grand nombre qu'ils
fe trouvent en trèsfonnes 5 encore contre deux ou trois
ne fois avant de regarderont-ils les
plus S
ne les atiqueront attaquer, & même
bien armez, & dans pas, un lieu s'ils les voyent
où ils ne puiffent
les
découvert
les environner à ETA faveur approcher, ou
des halliers.
des arbres &
Ils oncl'induftie de fe
tites branches & de feiilles couvrir
têre jufqu'aux pieds, & de depuis
Aert
malque avec une feiille de fe faire un
qu'ils percent à l'endroit des balifier,
cet état ils fe mettentà côté yeux. En
d'un arbre, --- Page 155 ---
Francoifes de PAmerigue. 137
ou d'une touffe de halliers fur le boid 1700.
du chemin, & y artendent leurs ennemis au pallage, afin de leur fendre la
tête d'nn coup de bouron, ou leur tirer une Aéche quand ils font paffez >
fans qu'on fgache d'oi elle vient, ou
peut venir > ni qu'on puille déconvrir: à
quatre pas qui a fait le
parceque
dès qu'ils l'ont fair, ils i jettent par
terre 3 & fc blotiffent comme des liévres dans les halliers.
Loriqu'ils attaquent une maifon cou- de Maniere mnerverte de feitilles de Cannes ou de Pal- tr lefeu
mifles, ils mettent le feu à la couvern- aixmaire en tirant deffus des Aléches où ils ont fons.
attaché une poignée de coton, qu'ils allument dans le moment qu'ils la décochent. Et comme leurs artaques ne fe
font guéres que de nuit, ils fe tiennent
cachezaux environs derriere des.arbres,
ou des buiffons en attendant que le feu
oblige ceux qui font dans la maifon d'en
fortir. La lumiere les leur fait alors découvrir, & leur donne la facilité de les
percer à coups de Aéches, fans que ceux
font anfi bleffez puiflent fc venger
1. ceux qui les percent, parce qu'ils ne
les découvrir. Non-fealement
ERISEL tirent très jufte, mais ils tirent fi vite
qu'ils décocheront dix ou douze Aéches
des.arbres,
ou des buiffons en attendant que le feu
oblige ceux qui font dans la maifon d'en
fortir. La lumiere les leur fait alors découvrir, & leur donne la facilité de les
percer à coups de Aéches, fans que ceux
font anfi bleffez puiflent fc venger
1. ceux qui les percent, parce qu'ils ne
les découvrir. Non-fealement
ERISEL tirent très jufte, mais ils tirent fi vite
qu'ils décocheront dix ou douze Aéches --- Page 156 ---
138 Nomieanx
anx
#700. pendant qu'on Voyager
Mles
chargera un fulil.
une erreur de croire qu'ilsen tirent C'eft
Ils ne ou trois à la fois. Ce
a
deux
Beuvent
qui donné lieu à
tirer
quelques gens de F'avancer, c'eft
qu'une les ont vûen tenir trois entre
qu'ils
lafois. Aéche à far la corde de Farc. Ils leursdoigrs
ne font cela
être que pour être prèts à tirer plus vite fans
obligez de prendre les Aéches à
côté. Il n'y a qu'à confiderer l'aétion leur'
qu'il faut faire pour tirer une fléche,
pour fe convaincre qu'iln'ef
>.
ble d'en tirer plus d'uneà la
pofliPrécauiodier
ti6
S'il arrive qu'on fe batre
faut 9"il faur avoir foin de brifer contr'eux s'
avoir en mefitre
les féches à
fe barrâ:
qu'elles tombent à terre de
contre crainte, > qu'érant obligé de
;
cux,
ne foit une
reculer, ce
car leurs magafins nouvelleprovifion font
pour eux :
de tems, 7 après quoiil épuifez en peur
tirent, ou bien on en a faurquils bon marché. fe re-
* --- Page 157 ---
Françoifes de PAmérique. 139
1700,
CHAPITRE VIII.
Leur maniere de faire du feu. De Ia
plante appellie Caratas , fes duférens
wfages. Adreffe des Caraibes pour naGfe battre contre les poilfons.
S PElpadon G de la Baleine.
Es Caraibes ont une maniere de faiI re du feu qui eft tout-à-fait commode. LesEuropéens qui font en Amél'ont apprife d'eux, & s'en ferrique
n'ont point de fafil.
vent lorfqu'ils deux morceaux de boislun Maniere
On dur prend l'autre. On fait une pointe de faite fous
plus
de du
au plus Rter. & un commencement
trou au plus mol. On met celui-ci ientre
les genoux, & on le prefle pourle tenir
ferme, & prenant Taitre,, qui doit ètre
comme un bâron de fept à huit pouces
de long, entre Ies paulmes des deux
mains > on met fa pointe dans le perit le
trou de l'autre, & on le fait tourner
plus vite quilett pollible, comme quand
on fait du Chocolar. Ce mouvement
échauffe le deux morceaux de bois, &
fur tout celui qui eft le plus tendre, parceque fes partics étant plus éloignées
ferme, & prenant Taitre,, qui doit ètre
comme un bâron de fept à huit pouces
de long, entre Ies paulmes des deux
mains > on met fa pointe dans le perit le
trou de l'autre, & on le fait tourner
plus vite quilett pollible, comme quand
on fait du Chocolar. Ce mouvement
échauffe le deux morceaux de bois, &
fur tout celui qui eft le plus tendre, parceque fes partics étant plus éloignées --- Page 158 ---
140 Nowveaux
Aux Ies
1700, les unes des autres Foager
ébranler,
5 font plus faciles a
3 & font par conféquent plus
fufcepribles dechaleur, & le mouvement
continuant > elles en reçoivent à la fin
affez pour s'enflâmer. On fent d'abord
une légere odeur de brûlé, on voit enfuite une petite fumée s'élever du bois
mol, & puis ona apperçoit des étincelles.
J'ai fait alfez fouvent du feu de cette
maniere, il faut tourner fans difconrinuer, de peur de donner le loifir aux
parcies ébranlées de fe repofer; & Gi on
fe fent farigué, il faur qu'une autre
oi Situatio l'on fon: 11 e conrinne. à faire 2 agir lebois per-
'doit (e fans aucune inrerruption. Il faut Pointr
mertre obferver de fe metrre à
encore
pour fa - on
l'ombre, ou G
re duf feu,
n'en a pas la com nodité, 3 il faut au
moins tourner le dos au Soleil, en forte
qu'il ne donne point fur le bois
veut allumer : car il eft certain qu'on
feroit infiniment plus long-tems qu'on à allumer du feu. Mellicurs les
en
Phyficiens
chercheront, s'il leur plait, 2 la raifon 2 auffi-1 bien que celle pourquoi
q:and on bat un fa6il au Soleil > on
confieme pourl l'ordinaire plus de pierre
que de méche.
pellétul. Boicap- On fe fert ordinairement d'un bois
iadefcii. molappellétol, au lieu de
poou :: excellent
méche, il eft
fon ufa.
pour CC feul ufage, & inutile
ge.
ficiens
chercheront, s'il leur plait, 2 la raifon 2 auffi-1 bien que celle pourquoi
q:and on bat un fa6il au Soleil > on
confieme pourl l'ordinaire plus de pierre
que de méche.
pellétul. Boicap- On fe fert ordinairement d'un bois
iadefcii. molappellétol, au lieu de
poou :: excellent
méche, il eft
fon ufa.
pour CC feul ufage, & inutile
ge. --- Page 159 ---
Tm.6-para4s.
Aloa ore Copece
de caratas
Jon Jet
ti
hie
eReny
onfinicle Tol. --- Page 160 ---
EPJCB --- Page 161 ---
Frangoifes de Amerique. 141
pour tout autre ; il vient d'une plante 1700.
appellée Caratas, , que l'on trouve nonfculement par toute l'Amérique, mais
qui vient encore parfairement bien en
Efpagne & en Italie, à laquelle on don-Caratas, elpéce
ne tres-mal-d propos le nom d'aloès. Sa d'aloes.
racine eft unc bulbe ronde, Glalleufe,
dela confiftence & couleur d'un oignon
de lis. Elle produit auteur d'elle des
feiilles de deux à trois pieds de longueur, largesdansleur naillance de quatre à cinq pouces, creufées en canal,
& fe terminant en une pointe triangulaire. Leur épailleur , qui eft de plus
d'un pouce dans le bas, diminué à proportion qu'elle sapproche de la pointe.
Elles font compolécs d'un affemblage
de filets longs, forts & fouples, remplis, ou plutor environnez d'une matiere verdâtre, épaille & gluanre ; &
le tout couvert d'une
mince &
verte, dont les bords toat garnis de
pointes comme des épines, rondes s
pointuès & allez fortes.
Lorfque cette plante eft dans fa ma- Fleurs d
turité, ce qui lui arrive felon les climats Caratas,
chauds ou temperez oà elle eft plantéc
de fon
à deux oul trois ans,elle poulfe
centre un jet de quinze à vingt pieds de
hauteur, de quatre à cinq poucés de dia- --- Page 162 ---
A 142 Notveauz Voyages anx
#700. métre dans fa naiffance, > qui fc Hes termine
en
s à trois ou quatre pieds aude
il
SRONE
laquelle croit des
de petits boutons remplis d'un bouquets
blanc, doux & fin comme
coton
Cotton
de la foye.
deCara- Cembouronsfoumanr,) le coton fe chintas.
ge en fleurs blanchâtres compofées de
cinq feiiilles qui forment une maniere
d'éroile, avec quelques étamines dans
le milieu. Leur pied s'alonge alors, ,s'éloigne de la tige, , & forme de petits
branchages foibles, 3 & qui fe féchent
aifément: ces petites branchesavecleurs
fleurs font un panache fort agréable
dure quinze à dix-huitj a
qui
elles léchent &
jours. > après quoi
tombent, > & lej jer"
les a portées en fait autant dès qu'il qui eft
tout-à-fait fec.
La matiere de ce jet eft de même nature que celle des feiilles, c'eft-à-dire,
de longs filets, remplis & entourez de
la même matiere queles
feiilles, avec
une peau verte & mince
fe léve aifément dès que le jet eft 2e Il devient
pour lors extrémement léger, & auffi
fufceptible du feu, que la méche ordinaire dont on fe fert dans les fufils.
Les hommes blancs, bruns, noirs &
ronges qui habitent l'Amérique, 3 &
font accoûtumez à fumer ne
qui
manquent
longs filets, remplis & entourez de
la même matiere queles
feiilles, avec
une peau verte & mince
fe léve aifément dès que le jet eft 2e Il devient
pour lors extrémement léger, & auffi
fufceptible du feu, que la méche ordinaire dont on fe fert dans les fufils.
Les hommes blancs, bruns, noirs &
ronges qui habitent l'Amérique, 3 &
font accoûtumez à fumer ne
qui
manquent --- Page 163 ---
Frangoifes de PAmerigue.
jamais d'avoir fur eux leur provifion de 1700,
tol.
Pour ce qui eft des feiiilles du Cara- destexr. Ufage:
tas, que les Elpagnols appellent Cara- les de
guata, &c les Indiens Maguey, s on en Catatas.
tire du fil comme de la
& du balifier, ainfi
jel l'ai
dans ma prelapram
que
miere Partie.
que les feitilles font coupées ,
idte en deux ou trois parties dans
toute leur longueur, & qu'elles ont été
amorties au feu ou au foleil, onl les
à moitié dans le noeud coulant
"Tule
corde, dont le bout eft attaché à un
arbre, oua quelqu'autre corps folide.
On tire enfuite un des bouts afez fortement, pour faire paffer l'autre partie
au travers du noud; ce qui dépotille
tous les filets de la matiere dont ils
étoient environnez. Onremet enfuite la
même feiiille dans le nceud coulant, &
entortillant les filets déja dépoitillez au
tour de la main, on fait paffer l'autré
partie par le même neeud, pour la dépoiiller comme la premiere, & on a de
cette maniere un fil naturel, très beau
& très-fort. Les Caraibes le tordent, &
en font de petites cordes
rabaner
leurs hamacs, qui durent Crenra davantage que celles de coton. Ils en font aulli --- Page 164 ---
144 Nowveaux
aux
1700.
Yroyages
Ies
pourleurs arcs. Ces cordes ne font point
fujettes comme celles de chanvre ou de
lin, aux differens changemens que l'humidité ou la féchereffe caufent dans ces
fortes de cordes. On en fait aufli de la
toile & des bas ; j'en ai vû qui étoient
d'une tres-grande beauté, & fort frais,
& d'un très-bon ufé,
Lesfeitil- Onprétend que la racine & les feliillesd-C--les de Cararas
ratas
broyées & jettées dans
broyées, une riviere enyvrent le poiffon d'une
le enyvient poic telle maniere. qu'il Alotte far l'eau, &
fon.
fe laiffe prendre à la main.
On dic encore que la décoction de
fes feiilles, avec un peu de chilé ou
poivre d'Inde, c'eft-à-dire de piment,
eft un. purgatif également bon & benin,
étant donné aux femmes acdepuis
de
Eiti
peu
jours, les rédu Vertus tablit promptement en fanté, & leur
tas, cat-redonne leurs forces. Les feuilles étant
cuites au feu, on en exprime une liqueur comme une cfpéce de vin qu'on
regarde comme un reméde (pécifique
pour les Aftmatiques. Et ces mêmes
felilles étant pilées & appliquées en
maniere de cataplalme fur des membres froiffez, > ou qui ont des débilitez de nerfs qui les privent de leurs
foactions en tout ou en partic, les remettent
promptement en fanté, & leur
tas, cat-redonne leurs forces. Les feuilles étant
cuites au feu, on en exprime une liqueur comme une cfpéce de vin qu'on
regarde comme un reméde (pécifique
pour les Aftmatiques. Et ces mêmes
felilles étant pilées & appliquées en
maniere de cataplalme fur des membres froiffez, > ou qui ont des débilitez de nerfs qui les privent de leurs
foactions en tout ou en partic, les remettent --- Page 165 ---
Françoifes de TAmbrigste. 145--
mettent infailliblement dans leur pre- 1700.
mier érat.
Ilyap plalieurs efpéces de cette plante
qui ne different entr'elles que par la
grandeur de leurs feiilles: on s'en fert
de toutes
les mèmes
avec
les
font
cette
ERRE
REE que
petires, plus aulli le Rrg qu'on en tire eft
beau, fin & délié, & les ouvrages qu'on
en fait plus recherchez.
Les Médecins difent que cette plante
eft féche & froide, & que fon fuc pris
intéricurement ou appliqué fur la poitrine, guérit les fiévres. Je n'ai point vû
cette opération, ainfi je n'en dirai rien.
Lortiqueles Caraibes ont des armes à
feu ils ss'en fervent aufi iadroitement que
de leurs arcs, & on peut dire qu'il y a
peu de gens qui tirent aufi jufte.
Outre cette qualité, il faut avoiier
quece font d'excellens nageurs. S'ils furles autres hommes dans les
Cfor & dans les Arts, comme ils les
furpaffent dans ce point, ils feroient des
Il femblequ'ils foient nez dans
EE leau pour l'eau. Ils nagent comme des ratbes Les Capoillonsent fortant du ventre de leurs me- iont exres. Les femmes s'en acquittent comme collens nageurs.
leshommes: ; & lorfqu'une pirogue tourne,ce qui arrive aflez fouvent, parce
Tome YI.
G --- Page 166 ---
146 Nowveanx Voyages aux
1700, qu'ils forcent roujoursde voile,u 1
Ifcs
que partant des
parce
tourner
HesPrangolifes pour Iechezeux,ils fonto
tous yvres, ils ne
tordinarement
leur
perdent pas un fetu de
bagage, tant leurs
font bien attachez
petits meubles
prelque jamais entendu > & fans qu'on ait
foit noyé guelqu'un.
dire, qu'il s'en
occafions les enfans On voit C ans ces
leurs meres comme de nager autour de
& les meres font allez pecits poiflons;
fe fourenir fur l'eau
habiles pour
qu'elles ont à la mamelle avec des enfans
les hommes font
pendant que
le Batiment, &c à vaider occupez à redreller
eft rempli.
l'eau dont il
Ilarriva pendant que j'e 'étois à la Martinique en 1699. qu une Barque
tenanteaux Religicux dela
bra entre Sainte
codta
W.C-afe, Tous ceux Aloufie & la Martiniraihe
qui étoient dedans
meure renta la réferve d'un
60 her- être
Caraibe, qui
res far
rol
aidéd'aucune planche, ou autre
l'eau, qui le pûr (onlager, fe foûrine furl'eau bois
pendant foixante heures,
faim & la foif, & la violence fupporta la
tempère gui avoit fait périr la de la
& aborda enfin au Cul de Sac Barque,
oii il apporta les nouvelles du Matin,
qui étoit arrivé,
naufrage
ure renta la réferve d'un
60 her- être
Caraibe, qui
res far
rol
aidéd'aucune planche, ou autre
l'eau, qui le pûr (onlager, fe foûrine furl'eau bois
pendant foixante heures,
faim & la foif, & la violence fupporta la
tempère gui avoit fait périr la de la
& aborda enfin au Cul de Sac Barque,
oii il apporta les nouvelles du Matin,
qui étoit arrivé,
naufrage --- Page 167 ---
Fvangoifes de LAmérigue. 147
Des perlonnes de confidération & 1700.
trèsdignes de foi m'ont rapporté qu'en
1676. un Pantouflier ou Zigene ayant Un Caemporté la cufle d'un enfant qui fcriberug un Pan.
baignoit à laRade du Bourg del la Balle- toufflier,
terre de Saint Chnftophe , un Caraibe
s'offrit d'aller tuer ce poiffon.
Pour connoitre la grandeur de l'entreprife, & le danger ou s'expofoir ce
Sauvage, il faur içavoir que la Zigene
nos
Amériquains appellent Panque touflier, eft un des plus voraces poilfons
qui foitdans) la mer, des plus forts 8 dcs
plus dangereux. Je n'en ai vû qu'un Deferipqu'on difoir être un demi Pantouflier, tion Zizene de
ilavoit pourtant plus de douze pieds de' O.:
& éroit environ aufli
long,
gros qu'un RACE
cheval. Son corps
le col julqu'à
la queiie approche Et de celui du Requien, mais fa tête eft bien plus groffe,
& pluslarge, de forte qu'elle retlemble
en quelque maniere à un marteau. Ses
font placez aux deux extrémitez s
Iaio font ronds & gros, & leur mouvement a quelque chole d'effrayant. Ila
une gucule large, armée de plufieurs
rangs de dents, 8c difpolez de maniere,
qu'elle n'eft point embarraffée parlalongueur de fon mufeau, comme eft celle
du Requien. il eft avec cela très-vif &
Gij --- Page 168 ---
148 Nonveanx
anx
1700. très-fort, &
Tropager
Iles
dre.
parconféquent fortà crainLe
de l'enfant quiavoit
fut EESAE de trouver la foible érétué,
folation de faire mourir le monftre conavoit ôréla vie à fon fils. C'eft
qui
il promit une bonne récompenfeauCa pourquoi
raibe,sil faction. pouvoir luie donner cette fatisCombat Le
dun CaSauvage s'arma de deux
raibeco. nettesbonnes & bien
bayontre un s'ètre
le
aiguifées, & après
Pintoufappuyé
ceur de deux verres
Aier. d'ean-de-vie, il fc jetta à la mer. Le
ger Pantoufflier de la chair, qui étoit erf goûr de manfant qu'il avoit depuis la cuiffe de l'ende venir à crouftillée, lui dès
le ne manqua
Fends Le
qu'il vit dans
Sauvagelelaillas approcher
3 ce qu'il jugeât qu'il étoit à portée juf
pouvoir s'élancer fur lui; & dans le
moment que le poiffon fit ce mouvement, il plongea fous le poiffon, & lui
planta en pa(lant fes deux couteaux
le ventre. On en virles effets aufli-tôt dans
par le fang qui rougir la mer aux environs du lieu oulep poiffon fe trouvoit. Ils
recommencerent ce manege fept oul huit
fois; car le poiflon retournoit
le Caraibe autant de fois qu'il chercher le
quoit 5 & à chaque tois le Caraibe manne
fit ce mouvement, il plongea fous le poiffon, & lui
planta en pa(lant fes deux couteaux
le ventre. On en virles effets aufli-tôt dans
par le fang qui rougir la mer aux environs du lieu oulep poiffon fe trouvoit. Ils
recommencerent ce manege fept oul huit
fois; car le poiflon retournoit
le Caraibe autant de fois qu'il chercher le
quoit 5 & à chaque tois le Caraibe manne --- Page 169 ---
Frangoifes de LAmerique. 149
manquoit de plonger, & de le frapper 1700.
à coups de couteau par tout où il le pouvoit attraper. Enfin, an bout d'une demicheurele poiffona ayant perdu fonfang
& fes forces, fet tourna le ventre en haut
& expira. Le Caraibe étant revenu à
terre, on envoya un canotavec des gens
qui attacherent une corde à la queué de
ce monftre & le rirerentà terre.Ila avoit
de vinge pieds de long, & il étoit
gLn la grofieur d'un cheval. On trouva
dans fon ventre la cuiffe del'enfant toute entiere.
Il eft bon de fçavoir , que plus ces
poilfonscarnafiers' font geands, & moins
les Sauvages ont de peine à les tuer ;
parce quils fe remuent alors bien plus
difficilement, & qu'en achevant la carriere que le mouvement qu'ils fe font
imprimé, les oblige de courir, ils donnent le tems à P'homme de revenir far
l'eau prendre haleine, & fe difpofer de
nouveau à les attaquer. Car quoiqu'ils
foient dans leur élément, la maffe de
leur corpsles empèche de fe remuer avec
autant de vitelle qu'un autre poiffonplus
petit, & même qu'an homme.
Le Requien, dont jai fait la defcription dans ina premicre Partie, eft un foible ennemi pour nos Sauvages > ils le
Giij --- Page 170 ---
Iga Nouveans
1700. taent aifement, Vorager ANT Mes
fa gueule, & la parceque la lituarion de
il elt obligé de fe pofture contrainre oi
les favorifent
mettre pour mordre,
nent le tems ingaument de le
& leur donloriqu'il femer farl lecôté. frapper oirils veulent
qu'ils vinflent fi
Maisje doute
d'une Bécune ou heureufement d'un
à bout
vû ce quec'eft qu'ane Efpadon. On a
trait quej'en ai fait Becune par lep
de ces Mémoires. au commencement pormots de "Eipadlon. Il faur dire ici deax
Les Iraliens
c'eft à dire
appellent Pefce-Spada,
poillon à
> ce que nous
Pefce.
Eipadon,
eft tine
Spada oi
-
Eipadou, &
dont on fe fervoit eipéce
feH
qu'on tenoit avec les deux autrefois,
y a encore des Allemans
mains. Il
guis'en fervenr. On
& des Suiffes
ces poiffons dans le Fare prend de quantité de
Pécheurs ont un homme eMelline. Les
fentinelle au mâtde leur en vigie our
découvrir le poiffon au fond Felouque
& y faire aller le Bâciment. de car
eft deffus
Lorlqu'on
fon pour onjettequelque l'attirer à la
appirau poif
darde ou harponne furface, & on le
Pêche portée du maitre aufli-rôt qu'il eft à
du
Pècheur. C'eft
fon Spat très-bon poiffon,la chair en eft
un
da,
graffe, & délicate. La
blanche,
corne qu'il a fir
que
& y faire aller le Bâciment. de car
eft deffus
Lorlqu'on
fon pour onjettequelque l'attirer à la
appirau poif
darde ou harponne furface, & on le
Pêche portée du maitre aufli-rôt qu'il eft à
du
Pècheur. C'eft
fon Spat très-bon poiffon,la chair en eft
un
da,
graffe, & délicate. La
blanche,
corne qu'il a fir --- Page 171 ---
Toml 6.
Ease 150. --- Page 172 ---
PJCB --- Page 173 ---
PIC --- Page 174 ---
Tm. 6.pas 250.
Poisvon arme
Me
tV E NV
xf
A
t V --- Page 175 ---
Frangoifes de Amenigut. ISI
f'extrémité da mafeaun'a point de dents, 1700.
comme celles des Elpadons dont je vais
parler, qui font ceux que nous avons en
Amérique. L'Efpadon que quelques uns
fort raifonnablement poilfon à
appellent fcie, approche beaucoup du Marfoiin, 2
foit pour la figure du corps, foit
la maniere de s'élancet hors de
ESst
le falle avec bicn plus de
EME & de vigueur que le Marfoilin.
eft
l'orIl a un avint-bec, qui
pour de la
dinaire de la quarrieme partie
longueur du relte du corps, placé au
bout de fon muleau > compolé d'une
corne très- forte & très - dure, couvert d'une peau rude & grisitre. Il a
dans fa naiffance environ trois pouces
de large , diminuant peu à peu jufqu'a
fon extrémité, où il n'a plus qu'environ un demi pouce émouilé, comme
ces épées à la Suiffe , qu'on nomme
efpadons. L'épaiffeur de cet avant beceft
d'environ un pouce & demi à fa naiffance, & de cinq à fix lignes à fon extrémiré. Ses deux côtez font armez de
pointes droites de même matiere > en
façon de dents plares s fortes 8c tranchantes de quinze à dix-huit lignes de
longueur auprès du mufeau, diminuant
peu à peu jufqu'à l'extrémité où elles
G V
efpadons. L'épaiffeur de cet avant beceft
d'environ un pouce & demi à fa naiffance, & de cinq à fix lignes à fon extrémiré. Ses deux côtez font armez de
pointes droites de même matiere > en
façon de dents plares s fortes 8c tranchantes de quinze à dix-huit lignes de
longueur auprès du mufeau, diminuant
peu à peu jufqu'à l'extrémité où elles
G V --- Page 176 ---
-
152 Nomveans
1700. n'ont pas plus de
dix anx IRes
les
FTAMES
unes des autres de lignes, la moitié éloide
F
longueur.
du Tertre, la chair Quoiqu'en de
dife le Pere
point mauvaife
ce poiflon n'eft
jeunes. Je n'en ai > fur tout celle des
le rapport de
jamais goûté, mais far
je puis dire quantiré de nos Flibuftiers
qu'clle eft
ce qui fuffic
blanche & grafles
bonne & tendre, pour conclure qu'elle eft
de Combat PEI- Ce poiffon eft
padon & leine, iila
Tennemijuré del la bade la Ba- ve sj'ai cu pourfuit par tout oi il la trouleine, ce combar. très-fouvent La
le plaifir de voir
pour toute défenfe; baleine n'a que fa quené
per fon ennemi, & il elle eft tâche d'en fracomp fuffiroit pour l'écrafer, sûr qu'un feul
parc ailément,
mais il le
plus facilement parcequ'il fe remue bien
en l'air il retombe gu'elle far > & bondiflant
de la percer avec fona elle, & tâche non
la
avant-bec,
couper Ot de 2 la fcier avec mais.de
dont il eft garni.
les dents
pas fon
Lorfqu'il ne
coup, on voit la mer manque du
fang, qui fort des bleffiares rougir
leine a reçiiés8e on voit la
la baentre
où elle
sfandure
parles coups de
ne fur T'eau, quifont queiie qu'elle donbruit qu'un coup de canon. prefqu'autant de
Les balcines qu'on, voit aux Ifles font --- Page 177 ---
Françoifes de PAmerigue. 153
petites en comparaifon de celles qui fc 1700.
trouvent dans le Nord-J'en ai vû plu-Rencon.
fieurs. La plus
étoit fous la Do- tre Balcine, d'une
minique. TRrpS lors dans une barquc qui avoit iCeag quarante pieds de
quille 5 cependant cette baleine, qu'on
difoirs n'ètre qu'une demie baleine - nous
dépafloit de plus de dix piedsàl l'avant &
àl'ariere. Quoiquelle ne nous fit
de mal,elle ne laiffa
de nous
EOIE
pas
de l'inquiérudescar elle demeura borda
bord de nous pendant plus d'uneheure,
femblant réglerfa marche far notre fillage; ; elle fe mit enfuite fous notre quille,
failant toujoursla mème route
nous.
Nousamenâmes nos voiles eCicd 0 laifTer
paffer devant nous, elle s'arrèta en même
tems; nousles éventâmes pour courir de
Yavant 3 elle commença audli - tôt à
marcher, 3 & fat ainfi près de quatre
heures à nous honorer de fa compagnie;
àla fin elles'enfonça dans l'eau, & nous
la perdimes de vuc.
; elle fe mit enfuite fous notre quille,
failant toujoursla mème route
nous.
Nousamenâmes nos voiles eCicd 0 laifTer
paffer devant nous, elle s'arrèta en même
tems; nousles éventâmes pour courir de
Yavant 3 elle commença audli - tôt à
marcher, 3 & fat ainfi près de quatre
heures à nous honorer de fa compagnie;
àla fin elles'enfonça dans l'eau, & nous
la perdimes de vuc. --- Page 178 ---
154 Nonveaux
1700.
Yoyager anx Ites
CHAPITRE IX.
De LEpiax 3 maladie ordinaire des
aages. Remédes gu'ils
Sanleur Relgion, 6 de J apportent. De
leurs Coitwmel.
guelguerantres de
L: Es Caraibes font fort fujets à l'Epian. On doitavolter
ladic eft particuliere
que cette mayeft naturelle ; rous alAmeriques ceux
elle
Négres ou
qui y naiffent
quils foient, Caraibes, > de queique fexe
en font
venant au monde 9 attaquez prefqu'en
leurs meres & leurs quoique leurs peres,
nourrices foient
très-fains, tels.
ou du moins qu'ils paroiffent
e'eft Ce que L'Epian eft récllement ce
les
fit.a"g çois appellent le mal dé que Franles Iraliens nomment le Naples, mal
& que
Tour le monde le connoit
François.
de mal
fous le nom
Venerien, & on
ficelappellerle mal devoitavecje
qu'elle eft née dans Ameriguain.p ce
puifceft de-là que les
pais-la, & que
conquerans de ce nouveau. Elpagnols premiers
apportée en Europe.
Monde, l'ont
Il eft conftant
qu'on ne la connoiffoit --- Page 179 ---
Françoifes de PAmerigne. 155
point en France avant le voyage quc17c0.
Loiis XII. fit en Italie pour la conque- du Ongine mal
te du Milanois, & du Royaume de Na- Vénerien
ples. Ce fut à la fin ce qui refta aux en Fran
François de toutes leurs conquêtes. Ils cc,
lapporterent en France, & elle sy eft fi
bien confervée & étendué, qu'on ne voit
point de maladie qui donne plus d'exercice aux Médecins & aux Chirurgiens,
que celle-là.
bien
commune
Elle eft encore
plus
chez lesElpagnols que chez nous, & cela eft jufte, puifque c'eft à eux qu'on en
eft redevable. Ils nes'en cachent point 5
les perfonnesdel la plus haute diftinétion
mieux pourvis
en iont ordinairement & comme ils
que les gens du commun,
n'en
ne voyent perfonne parmi eux qui
foit attaqué, ils s'imaginent que toutes
les autres Nations n'en font pas plus
exemptes qu'eux.
des
Je laifle à préfent aut jugement
perfonnes fages à déterminer fi les Italiens ont raifon de l'appeller mal François; ce feroit à peu près comme fi on
vouloit inferer que les Italiens d'à pré-.
fent font les premiers hommes du monde
habitent un pais, dont
, parce quils Habitans méritoientce titre.
les anciens
cette maladie vient
On prétend que
Gvj
autres Nations n'en font pas plus
exemptes qu'eux.
des
Je laifle à préfent aut jugement
perfonnes fages à déterminer fi les Italiens ont raifon de l'appeller mal François; ce feroit à peu près comme fi on
vouloit inferer que les Italiens d'à pré-.
fent font les premiers hommes du monde
habitent un pais, dont
, parce quils Habitans méritoientce titre.
les anciens
cette maladie vient
On prétend que
Gvj --- Page 180 ---
.1700. d21 Nonveanx
aux IRes
la.corruption CTRE de
&
aufli-bien que du commerce desalimens, immoderé
qui fe
depefte
wintrancineened
communique aifément, qui fait
d'étranges ravages, 3 & dont il eft
rare que ceux quien font atteints, bien
riffent jamais parfaitement. Quand gué- les
Amériquains n'auroient fait autre chofe
du que de communiquer ce mal &
tabac à leurs impitoyables Iufage
rans, il me femble qu'ils fe font conquement vengez de linjufte fervitude pleine- dans
laquelle on les a réduits.
Ce n'eft pas mon métier de décider
quelle eft la caufe la plus naturelle de
eette maladie, f c'eft le commerce des
femmes, laiffe
ou la corruption de l'air: :
cela aux Médecins. Je croi
je
ne oul'antre de ces deux chofes que l'utribuent, & que quand elles fonr y unies condans le même fujet, le mal eft plus
grand,
&6
à
plusdangereux, plus difficile:
guérir, ou plutôr à pallier.
Ilya desendroirs dans la Terre ferme
de TAmérique, comme Surinam & Barbiche, oà on la prenoit autrefois
qu'en méttant pied à terre, & fans
voir,
ainfi
ed
femmes pour
dire, s qu'il y eût des
dans le pais. C'étoit allûrément
dans ce cas làla corruption de l'air qui --- Page 181 ---
Frangoifes de PAmérigue. 157
h produitoit. On dit que depuis que les 17001
Hollandois qui font maitres de
Quartier
ont defleché les
&
Ees
Marécages,
delaterIC fetmc
cours aux eaux croupillantese qui garoient fort fius
Tair,on n'eft plus ii fujer à cette mala- jetàl'Edie. Les Caraibess'en mettent moinsen pian,.
peine quenous: ne faifonsen France dela
fort facilepetire verole : ilsfeguérillent
ment, du moins antant qu'il cft poflible
d'en guerir 5 maisils font un miftere de
leurs remédes , qu'il n'eft pas facile de
pénérer. Ambroife Paré, dans fon Traité de taportée Hiftoie"
de fon tems par Am.
Chirurgie > hommes rapporte Paris ayant fait broi.e Paré,
deux
alir
jeunes en Italie, entre pluficurs cuun voyage
chez eux, fe
riofitez qu'ils rapporterent
de cet-:
chargerente d'une bonne provifion
nommoit alors la
te maladie, qu'on
faifoit tomberles
a
lade, parcequ'elle
veux de ceux
en étoient attaquez.
C'eft à elle T quil'on doitlinvention des Origine:" perdes Perruques, qui étoient d'abord fi ruques.
ne confiftoient qu'en
fimples , qu'elles
coufoit
quelques cheveux quel'on
grof
fierement autour d'une calotte de cuir ot
delaine, dont ceux qui avoient eu la pelade fe couvroient la tère, en attendant
leurs cheveux la puffent couvrir. Si
les que gens de ce tems là revenoient à pré:
.
C'eft à elle T quil'on doitlinvention des Origine:" perdes Perruques, qui étoient d'abord fi ruques.
ne confiftoient qu'en
fimples , qu'elles
coufoit
quelques cheveux quel'on
grof
fierement autour d'une calotte de cuir ot
delaine, dont ceux qui avoient eu la pelade fe couvroient la tère, en attendant
leurs cheveux la puffent couvrir. Si
les que gens de ce tems là revenoient à pré: --- Page 182 ---
158 Nonveaux
E700. fent, n'auroient-ils Yoyages AuR MRes
tour le monde acu la paslieud adeciroireque
ne verroient prefque pelade > puifquils
n'eût la tête
plus perfonne qui
envelopeée d'une
éroit Quoiqu'il en foit 9 cette Perruque. maladie
bien
lors fi nouvelle en France
lome d'en venir,
>
aucun Médecin ni Chirargien quilnesy trouva
lit, ou qui pûr -
la qui voude ces deux jeunes entreprendre guérifon
leurs parens farent gens; de forte que
cours à l'Ambaffadeur obligez de
d'avoir redrid, pour obtenir du Roi France à Mapermiffion de faire paffer fur d'Efpagne la
ces deux malades à Saint fes Gallions
afin de les mettre entreles mains Domingue,
diens pour les faire
des InReméde Ils
traiter.
des Iny furent én effer, &E le
diens qui ils éroient
Préfident à
Pourl'Epuilfamment
Pian, dez, 3 les mit chez une vieille recommanpour les guérir. Cet Auteur Indienne
qu'elle ne leur
rapporte 2
que de la tifanne donnajamais autre chofe
& de fquine. compolée Elle
du bois de
Fane du gayac,
ne prenoit pas
fent, mais le cosur comme des on faita préqu'elle mettoit en petites jeunes arbres
faifoit bottillir aflez piéces, s &
de l'eau
Trelt
avec
long-tems
cette décoction
la fquine. C'éroit
qu'elleleur faifoit boire --- Page 183 ---
Françoifes de TAmbhique. 159 elle 1700,
dès qu'ils étoient levez, après quoi de
les menoit au bois, ou à fon champ
mahis, où elle les faifoit travailler jufleur exciter la fueur la plus copieuqu'à ie
l'on pût artendre. Lorfqu'elle les
voyoit que dans cet état, elle les faifoit re-
& leur donnoit à manpoier au Solcil, féches, c'eft à.dire,roger des viandes
&
d'antre
ties & boucannées,
point de
Ils
boiffon
de la rifanne
gayac. ,à
nendi les journées à travailler,
palloient iuer, 8cà boire de la tifanne; elleleuren
failoit encoreboire amplement avanede
fe coucher, & les tenoit très - chaude- de
la nuit. Elle les guérit
ment pendant maniere en affez peu de tems, &
cette
aufli contens d'elle, qu'elle
les renvoya caufe des babiolles qu'ils
le fot d'eux,à
lui donnerent, après cependant
lui
fe fut beaucoup offenfée de ce
a20I
avoient offert de l'or & del'argent pour
fon payement. obfervent encore aujour
NosCaraibes
la même méthode
d'hui , à peu près ont cette maladie.
pour traiter ceux qui & boire quantité de
ils les font fuer,
mettent
cettc tifanne. On dit qu'ils y
veuquelques autres fimples, quils ne
Ient
découvrir, & les frottent avec
pas
une cipéce d'onguent, quifansleuresci
avoient offert de l'or & del'argent pour
fon payement. obfervent encore aujour
NosCaraibes
la même méthode
d'hui , à peu près ont cette maladie.
pour traiter ceux qui & boire quantité de
ils les font fuer,
mettent
cettc tifanne. On dit qu'ils y
veuquelques autres fimples, quils ne
Ient
découvrir, & les frottent avec
pas
une cipéce d'onguent, quifansleuresci --- Page 184 ---
160 Nomveanx
anx
F700. ter le flux de bouche, Vroyages
Iles
cure, fait - le même
comme le Mercffet, &c fans tant de
rifques ni de peines. Je ne fçai pas la
compolition de cet onguent 2 peutêtre
l'aurois-je appris, f Javois demeuré
pluslong-tensavece eux; car
rien
dont on ne vienne à bout chez iln'ya eux avec
la patience, 2 l'argent & l'eau-de
Les
Il me femble
vie.
Créolles
avoir dit que les enfans
font fu Négres qui naiflent dans
jecs à font fi fujersa
TAmérique,
Prpian.
TEpian, qu'on peut dire
que ce mal leur vient aufli communément que la perire vétole en. France,
Loffquils en font atteints dans-leur enfance, onlesguéritanfi facilement
fi c'étoit la galle 5 mais quand ils
dans
dne
à
un age plus avancé, c'eft-à-dire >
quinze ou feize ans, le danger a eft plus
grand, fur tout lorfqu'ils n'ont pas été
lages du côté des Négrelfes, & alors O1r
eft obligé del lesfaire paffer parlesrèmé
des dont on fe fert en Europe.
Je ne Igai fid cela vient dela néceffité
croit avoir des remédes, ou de
iferoient
Eaetat
Chirurgiens.qui
fort fâchez qu'on ne fe fervit
ni
de leurs drogues, mais il me d'eux, femble
qu'on les pourroit traiter de la mâme
maniere que nos Caraibes fe traitent >
qui coûte peu, & guérit aufli infailli- --- Page 185 ---
Frangoifes de LAmérigue. I6I
blement qu'on peuten guérir. D'ailleurs 1700.
quand ces malades feroient obligez de
paller quelque tems avec les Caraibes,
ou d'aller a la pêche de la Tortuc, ces
remédesqui font plus doux, moins chers
& plus alfirez , ne devroient - ils pas
être préférez à ceux de nos Chirurgiens
d'Europea
de
nommé le Remé. des
Un Officier
Mifliflipi,
de
fieur de Mangeiille, Créollede Canada, deMilic Sauvages
m'a affuré que les Sauvages des environs fipi,
de cette grande riviere, font fort habirent fujetsà
l'Epian, endroits parce aflez qu'outre mal qu'ils fains, ils font
des
très- libertins & fort adonnez aux femmes.Le reméde dont ils fe fervent pourfe
guérir, eft tout-à-fait extraordinaire, &c
feroit crever à coup sûr tout autre que
des Sauvages. Après qu'ils fe font purdeux out trois fois,
jls gezt tes-violemment fc couchent tout nuds far le fable,
dans un lieu où rien ne leur puille donner de l'ombre, & demeurent ainfi expofez au Soleil, depuis quilfe leve juf
quice qu'il fe conche, afin que fa chaleur attire toutle venin, & confitmerouteslesmauvaifesi humeurs qu'ilsont dans
le corps. Ils prétendent après cela être
guéris. Je le veux croire. Je fouhaitecurieux fit
rois pourtant que quelque
ls gezt tes-violemment fc couchent tout nuds far le fable,
dans un lieu où rien ne leur puille donner de l'ombre, & demeurent ainfi expofez au Soleil, depuis quilfe leve juf
quice qu'il fe conche, afin que fa chaleur attire toutle venin, & confitmerouteslesmauvaifesi humeurs qu'ilsont dans
le corps. Ils prétendent après cela être
guéris. Je le veux croire. Je fouhaitecurieux fit
rois pourtant que quelque --- Page 186 ---
162 Nonveanx Voyages anx
1700 l'expérience de ce reméde, afin Mles
le public de fa bonté ou de fon inurilité, d'affuret
Le voilà comme on me
vrai qu'il faur être patient T'aenfeigné.lleft
ter une telle opération,
fiuppordans un
aticar
pais comme celai-la,oà les
& ies-Maringoins feuls font Mouftiques
Fermeté faire mourir un ho
capables de
kparié.
nme: mais il faut dice des reàleur lotiange, qu'ils font d'une
Sauvages voure & d'une fermeré à
bradeM.fif ils
tonte épreuve:
fipi,
'ouffrentlest tourmens les plus cruels,
& bravent la mortlaplusaieufc,
une intrépidité quin'a point fa
avec
& ils font G entêtez, qu'ils
parcille;
qualitez bien plus excellemmento poilidenr ces
tes les autres Nations, qu'ils les que toudent
regarLoiange
imtmeniborits
d'eux; de forte quelaplus sgrande lotianEn ge qu'ils donnentàun
auxétri on védans les occafions Eutopéen, qu'ils
gers.
d'une valeur
faire desactions
finguitere, eft de lui
Va, tu es nn bomme comme moi, dire:
La petite Avanto queles
verolle blis dans
Européens fe fuffent éraincon
les Ifles , on n'y
nue au- pointla petire
connoiffoit
trefois en
verolle:ilsl'y ontapporiée
chez les
échange de l'Epian
ont
Caraibes vé. Cette maladie fair qu'ils y
trougrands
quelquefois de
ravageschez nos Caraibes. Comme ils ne la connoiffent pas, ils n'ont
pasderemédes pour la guérir. Un Chi- --- Page 187 ---
Frawrofs de tAmérigne. 163
rergien Euroréen far allez Icelerat pour 1700.
en taire nourir un très-grand nombre, Mal'ce
à leur donna.ducsipar un mauvais confeil qu'il
Ces Sauvages érant venus lui denunder"pn
comment il falloit trairef cette maladie,
illear dit, que dès qu'elle paroiffoit dehors, il falloit faie baigner le malade
dans une riviere bien froide, & qu'ils
verroient que la verolle difparoitroit
aufli-tôt. Ces pauvres gensle frenr, &
il en mourut un grand nombre. Ce fut
un vrai bonheur qu'ils ne s'apperçlrent
de la malice de cec confeil; car il eft
pas certain qu'il n'en falloit pas davantage
pour leur faire prendre les armes, &
recommencer une guerre dont les Colonies n'ont point du tou: befoin.
J'ai expliquédans un autre lieu comment on enrerre les morts. Jappi: pendant mon féjour à la Dominique, que
quand le Mai:re d'un Carbet v.ent à
monrir, onnel'enterre pas dans un coin
du Carbet comme les sutres, mais tout
au milieu 2 après quoi tout le monde
abandonne le Carbet, & on en va faire
un autre dans un autre lieu, fans que perfonne penfe jamaisà revenirloger ous'é
tablir dans cet endroit. J'ai recherché
avec foin la raifon d'une cérémorie (
extraordinaire, fans avoir pû découvris
la Dominique, que
quand le Mai:re d'un Carbet v.ent à
monrir, onnel'enterre pas dans un coin
du Carbet comme les sutres, mais tout
au milieu 2 après quoi tout le monde
abandonne le Carbet, & on en va faire
un autre dans un autre lieu, fans que perfonne penfe jamaisà revenirloger ous'é
tablir dans cet endroit. J'ai recherché
avec foin la raifon d'une cérémorie (
extraordinaire, fans avoir pû découvris --- Page 188 ---
164 Nowveaux Vayages AuX Ies
1700. autre chofe, 3 finon que c'étoit une
tume immémoriale chez cux.
col
J'aurois bien foubaité voir les
Cérémo- monies
font à la
cérénies des
qu'ils
naiffance de leurs
Caraibes enfans, dont la principale eft une retraiPourleur te & un jeûne très-auftere de
premier
trente ou
enfant, quarante jours qu'on fair obferver au
pere de l'enfant. Mais n'en déplaife a
ceux qui ont écrit cette
cette cérémonie ne fe
particularité s
le
pratique que pour
a premier né; autrementles
maris qui ont cinq ou fix femmes pauvres
roient s'attendre à jeûner plus de Carè- pourmes que les Capucins. Les Caraibes &
les François qui font parmi eux, m'ont
alfiré que ces cérémonies ne regardent
que le premier né, s'il left male. On
pourra les lire fort au long dans PHif
toire du Pere du Tertre.
On prétend qu'ils fçavent faire venir
le Diable par la force de leurs invocations, & qu'ils lobligent de répondre à
leurs demandes. Tant de gens lont dit,
&l le difent encore à préfent, que je croi
qu'on ne doit pas en douter, , pour moi
je ne l'ai pas vu. Ce que je Içai trèsbien, c'eft qu'ils n'ont aucune
ni aucun culte fixe; ils femblent Religion, ne connoître d'autres êtres que les materiels,
ils n'ont pas même dans leur langue aule --- Page 189 ---
Frangoifes de PAmérique.
cun terme pour exprimerDicu ou un EL1700.
prit. Ils reconnoiffent du moins confuiément deux principes ,lun bon, & l'au- Religion des CaIls
le fecond Ma-raibes.
tre mauvais. appelient eft la caufe de
nitou, & croyent qu'il
tout le mal qui leur arrive. C'eft
2 le
mais fansrégle,
Tous
cela qu'ils prient,
détermination de tems ni de lieu, fans
chercher à le connoitre, fans en avoir
aucune idée un peu diftinate, fans l'aimer en aucune maniere 2 feulement pour
l'empècher deleur faire du mal, pendant
un raifonnement des
fanvaque difent
le premier ces deux
fend
que
bien-faifant de
EEE
principes étant bon &
foi-méme,ile eftinutile dele prier, ou de
leremercier, puifqu'il donne fans ceffe,
& fans qu'onlui demande, > tout ce qu'on
a befoin. conftant
font fouvent Ils font
Il eft
qu'ils
batt"s
maltraitez parle Diable. Celan'eft point par le
arrivé pendant quej'étois dans leurs Car- Diable.
bers, & c'eft une chofe averée, que la
préfence d'un Chrétien les délivre des
perfécutions de l'efprit malin. Ils ont encore un reméde affuré contre fes violences. Quand un Chrétien ne peut pas demeurer avec eux dans leur Carbet, c'eft
de le prier de faire une Croix de bois, 3
& de lap placer en quelque endroit de la
'eft point par le
arrivé pendant quej'étois dans leurs Car- Diable.
bers, & c'eft une chofe averée, que la
préfence d'un Chrétien les délivre des
perfécutions de l'efprit malin. Ils ont encore un reméde affuré contre fes violences. Quand un Chrétien ne peut pas demeurer avec eux dans leur Carbet, c'eft
de le prier de faire une Croix de bois, 3
& de lap placer en quelque endroit de la --- Page 190 ---
466 Nonrveaux
1700, maifon. Ils font Yoyager anx Mles
La Croix une
suts, , & l'ont
les déliinfinitéde fois, que
éprouvé
Vre u ligne facré de noire falut pendant que ce
Démon. eux, le Diable n'ofe
demeure chez
ni leur faire le moindre pas en approcher,
ment; mais comme ils font mauvais fort traiteftirieux, s'il arrive
fuperrien à la chaffe ou à qu'ils la
ne prennent
ginenr auili-tôr que c'eftle pèche s issimacft caufe, & quieft en
Diable qui cn
à caufe de la Croix colere concre cux,
dans leur Carber, & qu'ils fans ont fait
té ils prennent la
autre RASE
la mettent cn piéces, Croix > la brulent, ou
mander une autre, file faufa eux d'en deles tourmenter une
Diable revient
cela ne manque
autre fois, comme
ICom
On
jamais d'artiver.
ment on
m'a fouvent
empéche fans & adulres, camenediesNiegres cnledemen
qu'on difoit
de tour. tourmentez du Diable.
obledes &
menter jugeois pas à
Lorique je ne
ceux qui le
prepos de les
ne
batifer
font
champ (car le Baène les
far
pas en. folument de toutes
délivre abcore ba.
les attaques du
tifez, mon) je béniflois une
Débois oud de métal,
petite Croix de
col,& Jéroissur que je leuratrachoiss au
prochoit
que le Diable ne
plus. C'eft la
lesapte de tous les Mitlionnaires, pratique conftanpas une petite preuve de la verité qui n'eft
tre Religion ; mais pour
de nol'incuiquer aux --- Page 191 ---
Frangoifes de Amérigne. 167
Caraibes, il fant des forces plus qu'hu- 1700,
maines, Des Miflionnaires de toutes
les elpéces ont épnité tout cc qu'on a
qui pourroicles rendre capables
Chr.fhanilimne, fans avoir jafaire
LE
mais pû le leur
piariquer > qu'autrant de tems qu'ils font demeurez hors
de leur pais, & éloignez de leurs compartiorek Ceux qu'on avoit batifés après
inelongneépreuvé font retournez aleur
vomiffement aufli-tôt qu'ils ont remis le
pied chez eux, & on a remarqué qu'ils
font devenus beaucoup plus mauvais que
lcs autres.
A les voir aflifter aux Prieres & aux
Inftruct.ons , on diroit qu'ils font entierement convertis. Il font comme desSinges, ils font tout ce qu'ils voyent
faire aux auires 5 je l'éprouvois rous les
jours pendanr que J'ai demeuré avec eux
à la Dominique, ils fe mettoient à genoux quandjef cfailois ia Priere avec ceux
étoient avec moi, faifoient le ligne
% la Croix, & ne fçachai.t pas ce que
nous difions ils marmot oiententrel leurs
dents, comme viscufcanyenitablenens
prié Diea , mais quelque foin qu'on fe
donne,ils fontioures ces actions comme
des bètes, fans réfexion, & fans vouloir entrer dans les raifons pour lef-
ique, ils fe mettoient à genoux quandjef cfailois ia Priere avec ceux
étoient avec moi, faifoient le ligne
% la Croix, & ne fçachai.t pas ce que
nous difions ils marmot oiententrel leurs
dents, comme viscufcanyenitablenens
prié Diea , mais quelque foin qu'on fe
donne,ils fontioures ces actions comme
des bètes, fans réfexion, & fans vouloir entrer dans les raifons pour lef- --- Page 192 ---
168 Nonvexne
2700. quelles on les leur
aux IRes
Dans
faire.
APRE
les commencemens
vailloit à leur converfion, les qu'on tranaires y ont fouvent été
Miflionvoyant bien inftrnirs,
trompez. Les
res & aux Catéchifmes, aflidus aux Prieles pouvoir batifer avec ils croyoient
le faire avec plus de sireté; &
infpirer des fentimens pompe 3 & Rear
notre
plus relevez de
Ifles Religion, on les conduifoit aux
les Françoifes, 3 oi les Gouvernents &
principaux Habitans,fe faifoient
plaifir d'être leurs Parains ; & dans un
occafions on leur faifoit des
ces
on les régaloit bien. Cela les préfens, &
beaucoup 3 mais au bout de contentoit
'jours ils demandoient d'être quelques
barifez, afin de recevoir de
encore
préfens; & dès qu'ils étoient nouveaux
chez cux, 9 ils fe mettoient audi retournez
peine de leur Barème, que s'ils ne peu en
fent jamais reçà. Toujours
leufcevoir, > autant de fois
prèts à le revoulu donner un
qu'on leur auroit
fans que toutes les inftructions verre d'eau.-de.vie,
fionnaires ayent pû leur
des Mifde fixe & de ftable en matiere inculquer de rien
gion.
ReliIl faudroit pour en faire des Chrétiens
perféverans les dépailer
pour roujours.
Ils --- Page 193 ---
Françoifes de PAmerigne. 169
11 vivroient alors en Chrétiens, & mè- 1700
me en bons Chrétiens : car ils font d'un
naturel alfez facile, & fuivent aifément
les exemples
ont devantles yeux.
Mais il faut TCRaE que le premier
jour quilsreverroient leur pais, & leurs
compatriotes, feroit le dernier jour de
leur Chriftianifme. Ces raifons, dont
la vericé eft foutenue d'une longue fuite
d'expériences, - ont enfin forcé tous les
Millionnaites d'abandonner une entreprife 3 où ils fe confumoient inutile1
ment; de forte quiln'y a plus de Religieux à la Dominique
La pieté du Roi entretient deux Pe- (uitesone Les Jé:
res Jeluites à S. Vincent. Ils y ont perdu une Mifquelques Religieux, qui ont été mafla-fion Vit. às, ceats
ils
à
crez par cesSanvages,i fongeoient
porter ailleursleur Miflion en 1705. parcequeles Caraibes avoient encore rélolu
de fe défaire des deux quiy étoient, &
qui ne fe fauverent
par une cfpéce
de miracle. Tout le Rat qu'ils y ont pafaire a été de batifer quelques enfans qui
étoient à l'article de la mort, fans avoir
pà convertir veritablement un feul
adulte.
Enfin le Jeudi 28 Janvier notre Barque étant chargée , & commençant à
nous ennuyer du lo:g S féjour que nous
Tome VI,
H
ient encore rélolu
de fe défaire des deux quiy étoient, &
qui ne fe fauverent
par une cfpéce
de miracle. Tout le Rat qu'ils y ont pafaire a été de batifer quelques enfans qui
étoient à l'article de la mort, fans avoir
pà convertir veritablement un feul
adulte.
Enfin le Jeudi 28 Janvier notre Barque étant chargée , & commençant à
nous ennuyer du lo:g S féjour que nous
Tome VI,
H --- Page 194 ---
170 Nowveanx
#700. avions fait chez Madame Foyagen AuX Ifles
aux environs, nous fimes nos Ouvernardse
partimes far le foir. Cette adieux,8c
me donna un panier de bonne femme
caflave, des crabes, & bananes, de la
de cette nature pour le d'autres vivres
connus fa génerofité
voyage. Je rebafles
quelques caled'Ean-de-vie, s Rer
aiguilles, des
épingles, des
xelles dont elle couteanx & fa famille 9 & autres baga-
-contentes.
furent trèsJ'avois faitunebonne
-de Aeches, de boutons, provifion de
d'arcs,
autres uftenciles de
paniers, &
acheté un hamac de ménage ; & j'avois
grès-beau. Qpoique deux mariage, qui étoit
couchent jamais dans le même perlonnes ne
ceux que les meres donnent à leurs hamac,
enl les mariant font
tilles
larges, & un tiers prefque plus une fois
:ordinaires. Ils
longs que
Pies
ides
ont avec cela de
franges fur les bords
grancompofées de raffade de différentes > qui font
leurs, & ils font peints avec plus de couA propos de mariage, il eft bon foin. de
fortesded remarquer ici qu'ilss'allient dans toutes
Les coulines degrez, exceptédansle premier,
droit à deurs Semainecnappancinenre coufins
de
lemande
germains; on ne leur
pas. fculement leur confentç- --- Page 195 ---
Frangoifes del eTAmbriqne. 171
ment. Un même homme
ordinai- 1007.
trois ou quatte
tout à la
Eat
rement
être fes femnes. Et lorfque
fois pour eft fi jeune, qu'elle ne peut
quelqu'ane
le mariage,
etre encore
pourl comme fa
ne laiffe pas
regarder
F
ICTERE
femme, & de s'en (ervir pour fe faire
rocolier autant que la foiblelle d'un enl'accoûtufant le
permettte, 3 pour fervice
mer de ROLEe heure au
qu'elle
doit luirendre toute fa vie. les Ifles des Pietres
On trouve par toutes
al'il,
pierresqu'on appelle pierresilteil.par
cequ'on s'en fert pour faire fortir les ordures qui font cntrées dansles yeux. On
que celles de la Dominique font
meilleures 5 j'en fis provilion. On les
la mer.
E
trouve dans le fable au bord de
Elles font del la figure d'unelentil'e, ,mais
bien plus petites, extrémement polies,
de couleur grife ou
anies 2 licées,
chant. Lorfqu'on a
deux de ces
EREECAE
les yeux, on coule une ou
peritesl lentilles sfouslapaupiere, le mouvement del'ceil les fait tourner tout autour de l'orbite où rencontrant & l'ordure, la font
elles la pouffent devant elles, d'ellesfortir, après quoi elles tombent
mèmes. Onn'et pas redevable de ce fecouisà aucune vertu particulierequi foit
Hi)
grife ou
anies 2 licées,
chant. Lorfqu'on a
deux de ces
EREECAE
les yeux, on coule une ou
peritesl lentilles sfouslapaupiere, le mouvement del'ceil les fait tourner tout autour de l'orbite où rencontrant & l'ordure, la font
elles la pouffent devant elles, d'ellesfortir, après quoi elles tombent
mèmes. Onn'et pas redevable de ce fecouisà aucune vertu particulierequi foit
Hi) --- Page 196 ---
172 Noveanx
370p. dans ces
Voynger AHN IRes
figure qui pierres, eft très-p mais feulement a leur
mouvement de l'ail, propre & challerles pour faivre le
étrangers chemin. qu'elles rencontrent dans rtee
J'emportai auffi avec moi
facines pour les dents. Elles quelques
tites, un peu
étoient
fus, & brunes noiiesles.grifes parle det
par. le
nes de fuc
dedans, affez pleitirécs de terre loriqu'elles font récemment
, d'une odeur
à
peu près comme la
agréable
Racines goût
de violette, 3 & d'un
pour les mais approchant celoi de la
eeats.
plus aftringent. Il eft certain réglifle,
les appaifent ptefque fur le
qu'eldonienr, en les appliquant fur champ la
la
ou les dents qui caufent de la douleur dent,
après les a voir broyées d'une
s
que le fuc qu'elles renferment forte maniere
lement, & fe répande far la
facila gencive, Il faut
dent, & fur
autre elpéce
celles qu'elles foient d'une
Tertre a décrites que dans fa que le Pere du
car
feconde
celles cine.caufent point Partie;
diffement qu'on doiveregarder d'engourdangereux. Je n'ai point và la comme plante
entiere, parceque je ne me fouvins d'en
envoyer chercher que dans le moment
qu'il
6illoirsenbangacte &on ne m'apporra fimplement quel les racines, --- Page 197 ---
Françoifes de Amerigne.
170d,
CHAPITRE X.
L'Auteur arrinie à la Guadelonpe. Monfeur le Chevalier Reyman 6 Monfent
de la Boulaye vifitent les Ifles parordre
de la Coxr. Projet pomr fortifier las
Gxadelompe.
arrivâmes le Vendredi 29
Ne Janvier à la Rade du Baillif fur
les dix heures du matin. Le Pere François Imbert qui étoit depuis fix ou fept
femaines Superieur de cette Miflion, >
vint me recevoir au bord de la mer
Après les complimens ordinaires > il
pria à diner ceux qui étoient venus avec
moi, & après diné nous allâmes enfemble à la Balfeterre faluer M. Auger Gouverneur de PIlle, M. de la Malmaifon,
Lieutenant de Roi 5 les quatre Communautez Religieufes 3 c'eft - à- dire, les
Carmes, les Jéluites, , les Capucins S 3 &
les Religieux de la Charité, &c quelques
autres Je commençai perfonnes. dès le lendemain à
prendre connoillance des affaires de notre Maifon, du moins autant que la délicarefle de ce nouveau Superieurlep pou
Hiij
de PIlle, M. de la Malmaifon,
Lieutenant de Roi 5 les quatre Communautez Religieufes 3 c'eft - à- dire, les
Carmes, les Jéluites, , les Capucins S 3 &
les Religieux de la Charité, &c quelques
autres Je commençai perfonnes. dès le lendemain à
prendre connoillance des affaires de notre Maifon, du moins autant que la délicarefle de ce nouveau Superieurlep pou
Hiij --- Page 198 ---
1700. 174 Nowveaux
aux
voit
Mes
permettre : car
un homme
PAstLa
extraordinaire, > & toujours en garde,
pourempéeherqion: ne
atteinte a fon autorité, donnirquelque Je vis
nous nous brotillerions,
bien
rions
Tarnbine.ae
enfemble, c'eft pourquoi je lui
propofai de faire valoir en même-rems
nos deux
mauvaife Habitarions,à par une trèsconduite, on ne faifoit du
cre que l'un
Suaprèsl'autre, ce qui ruinoit
abfolument nos affaires. Je lui fis un
qu'il agréa. Nous partageâmes
EPER Efclaves & les
chargeai du foin de PHabitation beftiaux, & je me
Sucrerie
& de la
bord de la que nous avions à tne liene du
le
mer, dans un endroit appellé
Marigot, &c luife chargea de cclle
éroit au bord de la mer.Je pris auffi qui les
Livres toit à > parce qu'érant comprable c'émoi à les tenir; de cette maniere
nous vècumes avec beaucoup de paix &
d'anion, & nos biens
revenu bien plus confidérable produifirent un
voient jamais fair.
qu'ils n'ade Arrivéc Mef. Monfieur le Chevalier Reynau
fieurs nieur géneral de la
& Mon- IngeReynau fieur de la
Marine,
& de la à la
Boulaye lafpedeunarriverent
Boulaye. le Guadeloupe dans le Vailleau du Roi
Cheval Marin, 3 vers la fin du mois de
Mars. Ils avoient déja vilité Cayenne
--- Page 199 ---
Frangoifes de PAmerique. 175
l-Grenade, & la Martinique. Ils dc- 170071
voient. aulli voir Saint Chriftophe, &
les divers Quarriers où les François font
établis à Saint Domingue.
Monfieur Reynau vifita les poltesque
Moniieur Auger avoitréfolu defortifiery
quand je fis le tour de lle avec lui en
1696. il examina les Mémoires & les
Plans que j'avois fait pour tous ces Ou-
& les approuva. Commeilavoit
tnfea dela Cour de fairel'enceinte d'une
Ville, il traça les Fortifications qui de- d'ane Projes
voient renfermer une partie du Bourg le D forteàl Ville la
de la Baffeterre pour là joindre avec GuadeFort, laiffant le Bourg Saint François loupe.
tout ouvert comme un Faubourg. Jefus
toujours avec lui à la vifice du terrain >
& quand on planta les piquets de l'enceinte projettée. La difficulré quife trouvoit en cette entreprife, & qui n'étoit
petite, étoit d'avoir les fonds nécefEaree pour cette dépenfe. Je propofai à
ces Metlieurs un expédient quils goûrerent fort, & qui devoit être du golt de
la Cour, , pailqu'il donnoit le moyen de
faire tous ces Ouvrages fans squilencodtât rien au Roi; & pour épargner la dépenfe d'un Ingénicur , je leurpromis de
me charger, fans aucun intérèt, de l'éxecution du projet. Ces Meflieurs ne
Hiv
nécefEaree pour cette dépenfe. Je propofai à
ces Metlieurs un expédient quils goûrerent fort, & qui devoit être du golt de
la Cour, , pailqu'il donnoit le moyen de
faire tous ces Ouvrages fans squilencodtât rien au Roi; & pour épargner la dépenfe d'un Ingénicur , je leurpromis de
me charger, fans aucun intérèt, de l'éxecution du projet. Ces Meflieurs ne
Hiv --- Page 200 ---
176 NONUCANN
Anx
1700. doutoient point que Tyugu la Cour nel Mes
vâr 5 mais on a eu d'autres fapproit
ont fait oubliercelle-ci.
affaires qui
Projet Jene
Voilàle projet.
de l'Au.
demandois au Roi qu'une
sour, ce de cinq cens Négres, que la Colonie avans'obligeroit le
de lui payer dans fix ans fur
dus pied qu'ils auroient coûté au Roi renaux Ifles.
Je fuppofois de perdre un tiers de ces
Négres Par les maladies
font fujets, foit à caufe du anfquelles ils
de climat, foit à caufe des changemene travaux auf.
quels ils ne font point accoûtumez. Je
comptois d'en loier un tiers aux Habitans, & il eft sûr qu'on auroit trouvé
plus d'Habitans quien. auroient demandé.quiln'y. auroit eu de
& le loiiage de ces Négres Negresaloiier, auroit
à la rourriture & entretien de fervi
tiers, qui auroit été occupé : aux l'autre
de la Fortification.
travaux
Outre cela on auroit obligé tous les
Vaiffeaux & Barques qui auroient chardeux géàla Guadeloupe, de fournir une ou
bois barquées de roches à chaux avecle
néceffaire pour la cuire.
Enfin pour le payement des
& autres Ouvriers
Maçons
levé en argent fur néceflaires, les Habitans on auroit
valant des corvées qu'ils auroient l'équi- été. --- Page 201 ---
Françoifes de PAmerigne.
obligez de faire pour ce travail; ou une 1700,
fomme par tête de Négre fans exemption
de perfonne.
Lelt aifé de répondre aux objedtions"
l'on
faire fur ce projet 5 j'y
que
pourroir
content
avois répondu, & onavoit paru
de mes réponfes. le travail auroit été achevé,
Lorfque
feroient
on auroit vendu les Négres qui
il
reftez, & il eft certain ,
quand
n'en feroit refté
la
le prix
aetE
qu'on en auroit raRese auroit excedé ce que
l'on auroit eu à payer au Roi pour lavance qu'il auroit faite.
m'être
Ces Mellieurs témoignerent
obligez de cette ouverture, & m'affirérent que la Cour recevroit agréablement faifois.
la propolition & l'offre que je
fuIls vinrent déjeuner chez nous 2 &
rent fort contens d'un préfent de moutons & de volailles
nous leur envoyâmes quand ils Arers à la voile.
M. Reynau ufoit beaucoup d'eau
chaude,8 à fon exemple plufieurs perfonnes de la Guadeloupe commencetent
d'en prendre. On me prella tant qu'ala
fin je voulus voir l'effet qu'elle produiroit fur moi. J'en pris donc,mais comme
je ne fuis pas accoiruméde manger feul, le
& encorc moins de boire, fobligeois
Hy
moutons & de volailles
nous leur envoyâmes quand ils Arers à la voile.
M. Reynau ufoit beaucoup d'eau
chaude,8 à fon exemple plufieurs perfonnes de la Guadeloupe commencetent
d'en prendre. On me prella tant qu'ala
fin je voulus voir l'effet qu'elle produiroit fur moi. J'en pris donc,mais comme
je ne fuis pas accoiruméde manger feul, le
& encorc moins de boire, fobligeois
Hy --- Page 202 ---
178 Nowveanx
Anx
1700. jeune
Toyages
IRes
Négre qui me lervoir de
avec moi. ille fit par
boire
amitié fi on veut, ou complaifance.par
jufte, par crainte, deux pour ou-trois parler
mais à la
iedis
fin, il prit la liberté de
dire que - M. Reynan étoit un fol, me
moi auffi, & que je me ferois
&
en bûvant ainfi de l'eau chaude mourir le
tin, & du vin & de l'eau fraiche marefte de la journée;
le
trouvoit
que pour lui ils'en
mal, &c qu'il aimoit
avoir le foiiet que de' continner mieux
moins que je ne lui donnaffe
, à
Verres d'Eau-de-vie -
autant de
d'eau chaude.
, que de verres
chofe, je vis Après avoir examiné la
lieu d'eau
qu'il avoit raifon, & au'
chaude, je recommençai à
prendre du chocolat comme
coûrumé; & mon
j'avois ac
toujours fa
fut Négre qui en avoit
n'eimes plus part, de bruit content, & nous'
enfemble.
Le Pere Cabaffon
Géné
ral de nos Miflions vint Superieur faire fa vilite à la Guadeloupe au
du mois d'Août. Le Peie commencement Imbert l'accompagna à fon retour à la MarciniJe fus établi Superieur en fon abRnel & le Superieur Général déclara
qu'en cas qu'il leur arritôr quelque aceident, il m'établiffoic Vicaire Géné- --- Page 203 ---
Françoifes de Amérigue. 179
ral, & Préfet ApoRtolique de toutes nos 1700.
Miflions. Ce fut dans ce tems-là que nous eûmes
avis de la mort de M. Hincelin de Morache frere du défunt Chevalier HinceIin Gouverneur del la Guadeloupe: Nous
apprimes en même-temsque M. de Morache avoit donné
fon Teftament
tous les biens qu'il lour héritez du feu
Gouverneur fon frere, fituez aux Ifles,
de
aux cinq Communautez Religieufes
la Guadeloupe fans aucune charge. Les
Religieux de la Charité en devoient
avoir la moitié , & le choix des lots,
quand le partage feroit fait. Les Carmes, les Jefuites, lesCapucins &c Nous 3
devions partagerl'autre moitié par égales portions. Cette fucceflion pouvoit
valoir deux cens mille francs.
du Telatcurseppolevent à
TSNASE
des legs. On plaida, & puis on s'accommoda. Je ne fus point du tout content
que cette fucceflion nous fàr venuc; & fi
on m'avoit voulu croire, > nous y. aurions
renoncé > parce que le bien de notre
Maifon, quoique peu confidérable, nous
fafcitoit déja beaucoup d'eavicux, dont
cet héritage ne pouvoit manquer d'augmenter le nombre;t bien qu'il nous fac
arrivé fans l'avoir recherché en aucune
Hvj
on s'accommoda. Je ne fus point du tout content
que cette fucceflion nous fàr venuc; & fi
on m'avoit voulu croire, > nous y. aurions
renoncé > parce que le bien de notre
Maifon, quoique peu confidérable, nous
fafcitoit déja beaucoup d'eavicux, dont
cet héritage ne pouvoit manquer d'augmenter le nombre;t bien qu'il nous fac
arrivé fans l'avoir recherché en aucune
Hvj --- Page 204 ---
180 Nowveans
1700. maniere, &
Poyages AuY IRes
nût, ou eûr jamais fansque écrir pas un de nous COIau Teftateur.
CHAPITRE XI.
TaE de LAntewr à la Gremade.
Barbade, à Saint
lipafe
Sainte Alonfie,
Vincent, 3 6 R
bade.
Defeription de la BarI A
Peine le Pere Imbert fut-il
tour de la
dere
fus obligéd'y aller, Martinique notre
que je
néral m'y ayant appellé Superieur Géde
pour des affaires
conféqienee. qui
Mifions,
regardoient nos
fans quele lanssexpliquer Pere
davantage, &
quoi il s'agifloir Imbert, qui I fgavoit de
aucun éclairciflement 2 vonlat me donner
te, commeje l'ai Içû depuis, la-deflas, de crainportaffe quelque difficulté quej jen'apqu'on vouloit me faire
au voyage
Je partisde la
entreprendre.
furle foir, &cjarrivaile Goadeloupe le 29 Août
midi au Motillage de lendemain avant
Pere Superieur
laMarrinique. Le
det, &le Pere Général, Paris
le Pere Girauavec lui, & qui étoient qui fort demeuroient
aflectcrent pendantledinéde mes amis,
ne me rien --- Page 205 ---
IPJCE --- Page 206 ---
AFineeinte de la wille. PLAN DE L'ISLE DE IA
Tomn.
Printe de
6pa18s.
LEer.
Ran-Xhong dedimons
BARBADE
:. Batterie de 6. Canone 7. mularemee dae mte. Bslterie Trunelie ep
ze,
Barbelte devaneun mowillage. Antrekrtina doss.Camme
pecen a
M.wwillane rrer tne dBiugmu
B. Batterie de4. Canunr a d.Ratterie Semanbunefemuree
Autre RCRAEA Batterie
3-piecer. Batteric de
4-Batterie merlons.
Barberte dezs. Cwionea S-Mattarie denoprnins 17. Bateric de
dego.canona a
drimbontaante. Iitertone. ilo3. mrerer. 2 2
d.pieces
merlons.
9.Butterte a merlon.de 6.
Perlne.
$ Batteris de 6.Canons a cwuno avee zere Cupr.de 4.Batterte Barbette de
Barbette.
oarder
b.cuume.
Jdu Goavernen. dJeuneienainn t5 Autre Batterie de 22
Cannr.
Rade despika
p
-
lg
-
P
LLLL
le
Awode
e CCU Beure
-
Jpiibeore
AJean ou
S omt.
5 orue
Terre
-
Basse
a
Y
/ -
à
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calsaen
La
€
*
Cchelle de ie e. er
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Cchelle de ie e. er
- --- Page 207 ---
Frangoifes de PAmériqne. 181 1700.
dire du fujet
lequel on m avoit fait
fe divertilloient
venir. MTLRES quils
de Pimparience où j'étois de le (çavoir 5
enfin quand on fut hors de table,le Superieur Géneral me dit,qu'il avoit toufar moi, quand il sétoit
jours
fervice confidéraagi de sent quelque
ble àla Miflion ; qu'on avoit préfente- de
ment befoin de moi, mais qu'avant lui
me dire en quoi,il vouloit que je rédiffe naturellement fi je pouvois me
foudre à quitter la Guadeloupe pour Uix V
tems : & entreprendre un voyage qui
étoit important à nos intérêts. Lc mot
de voyage me fit plaifir, je m'imaginai &
d'abord que c'étoit celui d'Europe,
je lui dis
j'étois prét à partir. Il me
remercia 21 la difpofition ouj jétois, &
me dit, que le voyage quil me vouloit
propofer ne feroit pas Gi long > & qu'il
d'aller àla Grenade, oi
ne s'agiffoit que
nous avions un terrain confiderable,qui Comte
nous avoit été donné par M. le
de Cerillac, ci-devant proprictaire de
cette Ifle 5 qu'il avoit appris
pluEomnbmedonveptufred lie notre
fond, & en demandoientla conceflion, >
ce qu'il étoità propos d'empècher. Nous
primes les mefures les plus convenables
notre deffein, & on me donna une
pour --- Page 208 ---
182 Nonveaux
1700. ample
Froyages An? IRes
procuration pour m'autorifer
I'Auteur tout ce que je devois faire.
dans
partdela Je partis de la
le
Martini- me jour de
Martinique deuxiéque.
appellée la Septembre dans une Barque
& très bonne Trompeufe, belle, grande,
cher à la Barbade voiliere, > qui devoit toudes Antifles
la plus confidérable
/ la plus riche Angloifes, & la
& fanscontredit
Pitons nous
mieux
Le
de
Sainte
vimes les Pitons de Sainte peuplée.
3.
Aloufic. Ce fonr deux groffes
Aloufic,
des & pointuès affez montagnes rontre , qui rendent
près l'une de l'aunoiffable,
cette Ifle fort reconNous nous élevâmes en louvoyant, & le 4. fur les
heures
matin nous moiillâmes dans fept la
du
Carlille, vis-à-vis la Ville du Baye de
eft la Capitale de la Barbade. Pont, Nos
ne
2t
graphes
font guéres d'accord fur la
Pofition polition EC
de cette Ile : les uns la mettent
de la
& Oiieft de Sainte Aloulie, d'auBarbade. treslapprochente del
tres la
lMartinique,d'anSaint placent entre Sainte Aloufie &
les Vincenr; mais les Cartes marines
de plus exactes la mettent Eft & Oiieft
cette derniere Ifle environ à
lieuès au Vent, c'eft-à-dire à T'EC, vinge &c
Par conféquent par les 13 degrez &
1S minutes de latitude Nord.
a la
Quant
longitude,je n'en dirai rien, je ne
, d'auBarbade. treslapprochente del
tres la
lMartinique,d'anSaint placent entre Sainte Aloufie &
les Vincenr; mais les Cartes marines
de plus exactes la mettent Eft & Oiieft
cette derniere Ifle environ à
lieuès au Vent, c'eft-à-dire à T'EC, vinge &c
Par conféquent par les 13 degrez &
1S minutes de latitude Nord.
a la
Quant
longitude,je n'en dirai rien, je ne --- Page 209 ---
Françoifes de PAmérique. 181
Fai
mefurée, ily a troploin de-là aut 1700.
premier pas méridien, & il y a tant de différence 8 tant d'erreur dans les mefures
de nos Aftronomes, que le plus sûr eft
d'avoir de bons yeux s & de s'en bien
fervit quand on approche des Illes, afin
de enepas fe rompre le col en fuivant les
opinions de Meflieurs les Arpenteurs de
Planetes, gui font d'agdinaire aufli sûrs
de ce qu'ils avancent, que les faifeurs
d'Almanacs & d'Horofcopes.
Qpoiqu'il en foit, la vue de la Barbade me fervità corriger Pidée queje m'en
étois formée, far ce
j'en avois entendu dire. Je me
nigurée comme
Redhare
ane terre plate & unie,
élevée auldeffus de la fuperficie de he mer; je vis
au contraire qu'elle étoit montagneufe
& entrecoupée de falaifes, fur tout dans
fon milieu, beaucoup plus quela grande
terre de la Guadeloupe & que MaricGalante, mais aufli beaucoup moins que"
la Martinique & autres Inles, en comparaifon defquelles les montagnes de la
Barbade ne font que des mornes médiocres ou des collines qui laiffent entr'elles
des fonds de grande érendué, & des revers Otl côtieres très-praticables & bien
cultivez.
La grande Baye du Pont d'une pointe --- Page 210 ---
1700. 184 a lautre Nowveanx Yroyages Aux IRes
de
peut avoir une lieué & demie
de largeur, & environ une bonne licué
protondeur. Le molillageye eft ban,
fix depuis trente-fix braffes julqu'a huir ou
de TEL qu'on trouve dans le fond. La pointe
qui eft la plus avancée eft prefque entierement
à Beur d'eau.
enveloppée d'un récif
batterie à
Ily a fur cette pointe une
d'une
merlons fermée en maniere
grande Redoute, ou je
trente piéces de Canon,q qui ifclonlesap- 1
comptai
parences font degros calibre, afin de
l'Oiieft pouvoir défendre la Baye, La pointe de
eft beaucoup moins
mer que la
avancée en
verte de premiere > mais elle eft courochers: sà plufieurs fleur
rangs de cayes & de
d'eflacade affez d'eau, quifont une elpéce
Il
avancée &
y a far cette pointe une dangereufe. batterie à
barbette toute ouverte du côté de
avec huirgros Canons qui
terre,
la Rade.
battent dans
Outre la batterie de trente Canons
donr je viens de parler,
en a une
autre de fix piéces à barbette ily
pointe & lajettée quiforme le Port entre la
eft devant, & joignant la Ville. Cette qui
jertée qui eft du côré de PE( eft défendue par une Redoute octogone
huit ou dix embrazures, & quien qui a
pour-
avec huirgros Canons qui
terre,
la Rade.
battent dans
Outre la batterie de trente Canons
donr je viens de parler,
en a une
autre de fix piéces à barbette ily
pointe & lajettée quiforme le Port entre la
eft devant, & joignant la Ville. Cette qui
jertée qui eft du côré de PE( eft défendue par une Redoute octogone
huit ou dix embrazures, & quien qui a
pour- --- Page 211 ---
Francoifes de Amérique. 18;
roit avoir davanragee Celle de l'Oiett 17001
eft anfli défendué par une Redoure, où
il y a douze piéces de Canon, qui battent la Rade & l'entrée du Port.
Ce Port n'eft pas fort confiderable
par fon étendue, je n'y vis que des Brigantins, des Barques, & autres petits
Bârimens. Comme nousn'y motillâmes
pas : je ne puis pas dire de quelle pro- PE
fondeur il cit:i ilsy jette du côté de
parler rn'eft
un ruiffeau quid
marais
que lécoulement
eaux d'un
reeett
quiett à côté de la Ville, quife
les
les ont fait
dimte
gent quand devenir pluyes
hautes que la
allez pour
plus
bâti
mer. C'eft fur cet endroit qu'on a
donné le nom à la Ville,
un Pont, quia
quileporte encore aujourd'hui,
tout ce
a
faire pourlai en
emAE
qu'on pû
porter Nous un moûillâmes autre.
à cent pas ou environ du Fortin del'Oiieft fur huit braffes d'eau. 11 y avoit pour lors dans la
Baye quarante-fept Vailfeauxgros &
de
& de
UE
tits, & quantité
Barques
ches. A peine avions-nous falué la terre
dercinq coups de Canon, que le Lieutenant du Port vint à notre bord. Il vit
nos Palle ports, s'informa du fujet de
notre voyage, & npus offrit tout ce dont --- Page 212 ---
186 Nonveane
1700, nousavions befoin,
au* IRes
eroir avec un Mi
PTLS
niftre,qui iavoit été prifonnier à la Martinique pendant la derniere
qui nous avions rendu
guerre, & à
connut,
fervice: il me rerelles. Le m'embrafla, & me fit mille caMarchand
Hous failions le
Anglois pour qui
au Lieutenant voyage, de Port & parur, & parla
& après qu'onles cût fairbien au Miniftre, s
peu
boire, &
Maitre manger, de S ils allerent à terre avec le
de
la Barque, & me
venir me chercher,
promirent
la Ville. On les falua pour de me faire voir
Canon.
cinq coups de
Le Miniftre & le Marchand
rent à bord fur les
revinmidi.
quatre heures après
Jem'éroishabillé . de
fans me mafquer tout-à fair, maniere, que
roiflois pas enticrement
je ne pa=
moins par nécellité,
ce que jérois;
tre fiuvi
les
que pour éviter d'èpar
enfans & la canaille s
qui ne voyent pas foavent des oifeaux de
mon plumage, Ces Meflieurs me conduifirent chezle
ne trouvâmes Gouverneur, le
que nous
reçût fort
pas; Major qui nous
j'avois
honnètement, me demanda G
FIle,
S-agueomrpiadirndss
& m'offrit fort obligeamment fon
erédit, & celui du Gouverneur. Je lui
dis quej je m'en allois à la Grenade, mais
aille s
qui ne voyent pas foavent des oifeaux de
mon plumage, Ces Meflieurs me conduifirent chezle
ne trouvâmes Gouverneur, le
que nous
reçût fort
pas; Major qui nous
j'avois
honnètement, me demanda G
FIle,
S-agueomrpiadirndss
& m'offrit fort obligeamment fon
erédit, & celui du Gouverneur. Je lui
dis quej je m'en allois à la Grenade, mais --- Page 213 ---
Françoifes de Ambrigne.
j'avois été ravi de trouver cette OC- 1700,
que cafion pour voir unelle comme la Barbade, dont les Habirans étoient eftimez
par tout, & que j'étois perfuadé par la
maniere dont il me recevoit, quece que
j'avois entendu dire étoit bien au delfous
de ce qui étoit en effet. Là dellus on
de la Bierre, des Pipes, & des
apporta
Je
Vins de différentes efpéces.
m'apperçûs aifément que lc Major ne fe fervoit
d'un Interpréte en me parlant que
ou
& qu'il
fE
grandeur par cérémonie,
tendoit parfitement bien le François,
cela m'obligea de me tenir fur mes gardes, & c'eft unavertifemente queje croi
être obligé de donner à tous mes compatriores quand ils font chez les étrangers,alin que leur vivacité & Ieur indifcrétion ne leur faffe pas commettre
des fautes qui ont fouvent des fuites fàcheufes. Je pris la Pipe qu'on me
fenta, quoique je n'aye jamais
ete
feroit une impoliteffe de la refufer; &
jela portois de tems en remsàlal bouche.
Le Miniftre raconta à la compagnie ce
que nous avions fait pour lui, > lorfqu'il des
étoit prifonnier: cela m'attira bien
complimens : àla fin, il me pria d'aller
paller quelques jours chez lui à Spiketonn ouétoit faréfidence & fon ménages --- Page 214 ---
- 188 Nowveaux
#700,
Nous fortimes Poyages allez Aux Ifes
tard d'avec le
Major. Notre Marchand nous conduifit chez lui où nous foupàmes, & où il
m'obligea de prendre une chambre
dant que je ferois dans l'Ille. Je
meurai
PSC
prelque tout le lendemain,
étoit un Dimanche, , à la maifon : la qui cutriofité de votr un Moine blanc y
bien du monde, &j'eus la
attira
ce de me faire voir dans mon complaifan- habit
dinaire tout entier >
ormes habits noirs & blancs. c'eftà-dire, Sur le avec foir
nous allâmes à la promenade.
Le Lundi 6 Onl me donna un Officier
pour me conduire, & me faire voir la
Ville, car notre Marchand étoit
à fairé décharger la Barque; & occupé
y travaillà: beaucoup le
quoi2.21 bien plus
jour; 3 on
fans faire
d'ouvrage la nuic: Gar
tort aux Elpagnols s les Anglois entendent aufli-bien que gens
y ait au monde le métier de la
qu'il
bande, & c'étoit pourl la faire plus contre- commodément que notre Marchand avoit
fait moitiller la Barque dans la Rade,
& non dans le Port.
Vifle du La Ville eft belle &c
Pont, ruès font droires,
affez grande, fes
bien
5 larges > propres, &
percées. Les maifons font bien bâties dansle goit de celles d'Angleterre,
is entendent aufli-bien que gens
y ait au monde le métier de la
qu'il
bande, & c'étoit pourl la faire plus contre- commodément que notre Marchand avoit
fait moitiller la Barque dans la Rade,
& non dans le Port.
Vifle du La Ville eft belle &c
Pont, ruès font droires,
affez grande, fes
bien
5 larges > propres, &
percées. Les maifons font bien bâties dansle goit de celles d'Angleterre, --- Page 215 ---
Frangoifts de PAmerique. 189
avec beaucopp de fenècres vitiées, elles 1700.
font meublecs magnifiquement ; en un
mot > tout y. a un air de propreié : 2 de
politelle & d'opulence, qu'on ne trouve V
point dans lesa autres Ifles, & qu'il feroit
dificile de rencontrer ailleurs. La Maifon de Ville eft très-belle & très-bien
ornée. Les Boutiques & les Magalins
des Marchands font remplis de tout cC
qu'on peur fonhaiter de toutes les
ties du
On voit
POE
monde.
quantiré
févres, de Jouiailliers 2 d'Horlogeurs P
& autres Ouvriers qui travaillent beau-
&
paroiffent fortà leur aife,
cot: s'y 2LE un Commerce des plus
confiderables de l"'Amérique. On
tend
l'air de la Ville n'eft pas & que que lel Marais quie en eft proche, rend
le lieu fort mal fain 5 c'eit pourtant cC
je n'ai point remarqué dans le teint
ec Habitans, qui elt beau, & fur tout
celui des femmes, tout y fourmille d'enfans : car tout le monde cft marié, &
les femmes font fort fécondes. Ileft vrai
que le mal de Siam enlevel bien desgens,
mais celaleur eft commun avec les Frangois, Hollandois, Portugais & autres
Européens qui habitentl'Amérique. Je
fus bien-tôr en pais de connoilfance,
les) lettres dont
putre ccuxiquijerendisl --- Page 216 ---
1700. 190 Nowveaue Toyages Aux
on m'avoir cha géa) la
Hes
trouvai des réi ugiez
Magrinique, je
gocians,
Frangolt & des Néqui avoient été
nous pendanrla derniere prifonniers chez
firen: mille honnètetez, guerre, , qui me
rent de fort bonne
& qui m'offri-
& lenrs
grace leurs bourfes.
quelques marchandifes,.en fervices
échange de
leur avions rendus, que nos Peres & moi
bienfait n'eft
tanti ilef vrai qu'un
reciieille dans le jamais perdu, 3 & qu'on
moins ce
tems qu'on penfe le
qu'on a femé, >
en
pour
dire,
ZitE
dans faifant le beloin. plaifir à ceux qu'on a trouvez
Le Mardi 7 Septembre nous
tâmes à cheval far les dix heures, monMajor, le Marchand
le
m'avoit
, l'Officier qui
Vifite de nous allâmes accompagné faluer la veille & moi, &c
l'Auteur
le
au Gou- étoit en famaifon de Gouverneur, qui
verneur petites lieués de
campagne, à deux
de la fort
la Ville, 1 me
Baibade.
honnètement, & m'arrèta à reçût
avec le Major; les deux autres s'en diner
tournerent. J'ai oublié fon nom. On reT'appelloit dire
Milord, je croi quecela veut
cices Monfeigneur. à
Il avoit fait fes exerParis, parloir François fort corredtement, il étoit extrémement
quoiqu'il fàt affez réfervé, & qu'il poli, foûtint avec haureur fon caractere. Il étoir
onnètement, & m'arrèta à reçût
avec le Major; les deux autres s'en diner
tournerent. J'ai oublié fon nom. On reT'appelloit dire
Milord, je croi quecela veut
cices Monfeigneur. à
Il avoit fait fes exerParis, parloir François fort corredtement, il étoit extrémement
quoiqu'il fàt affez réfervé, & qu'il poli, foûtint avec haureur fon caractere. Il étoir --- Page 217 ---
Frangoifes de Amérique. I91
fervi comme un Prince, nouse érionshuit 1700.
à table, on me donna pour me fervir un
qui parloit François > & outre
Ratra il y avoit un Interpréte debout à
côté de moi. Le diner fut fort long,
mais on cut labonté de ne me point
fer
boire. On parla beaucoup
la
St
pour
guerre précédenre. de nos Colonies, &
de nos Manuf.ctures. M. Stapleton étoit
de cC repas, ila a depuis été Gouverneur
de Nieves, & y a été tué pardes
gnes - > je fis connoiffance avec
il
S
parloit fort bien François, & il avoit eu
le tems d'apprendre la Langue, ayant
été cinq ou fix ans prifonnier à la Bafsille, il s'étoit fervi de ce tems là pour
étudier les Marhématiques, & il y avoit
fait des progrès confidérables. Je paffai
la journée fort agréablement, le Major
me ramena le foir à la Ville. La maifon du Gouverneur eft environ à trois
cens pas du bord de la mer, elle eft
magnifique, & très bien meublée 2 d
y a un Cabinet de Livres fur toutes
fortes de matieres, fort bien choifis >
& en bon ordre. L'Embarcadere qui
eft vis-à-vis eft défendué par une batterie à merlons de fix piéces de Canon
avec un Corps de-garde, un retra
chement, --- Page 218 ---
192 Nonveanx Voyages Anx
*700. Je trouvai chez noue Marchand Iles
Miniftre de
Il
le
J
Spiketonn.
chez lui le lendemain
m'emmena
chand, & un autre de avec leurs notre Marm'avoit fait amener un.cheval. amis. Il
partimes fur les huir heures, après avoir Nous
chez pris du chocolat au lair, nous dinâmes
un Marchand à Jameftonn.
un beau Bourg, devanrl lequel
C'eft
Baye affez profonde avec un bon il y a une
quict défendu
deux batreries, moiilde l'EG
LSE
qui eft M barbette eft de
vinge-fix piéces de
Canon, &
de l'Oliet eft de
celle
A
geord
chemin de la maifon piéces. du
moitié
il
Gouverneur à
Jameftonn, chement
y a un fort long retranfitr le bord de la mer, il eft de
droit, maçonnerie, & très-néceffaire en cet enles cayes font couvertes
pour
des
Aatifcote
& autres Bâcimens plats, porter dont Chaloupes
roir fe fervir pour faire une defcente. on pourOn trouve encore une Ance ouI petite
Baye environ à moitié chemin de
meftonn à Spiketonn, dontle moiilla- Jage qui eft allez commode pour les Bardu ques & autres petits Bâtimens, ,eft défen.
par une batterie à merlons de
Piéces, 2 avecun retranchement de trois
gôté. On compte deux licuès & chaque demie
de
Bâcimens plats, porter dont Chaloupes
roir fe fervir pour faire une defcente. on pourOn trouve encore une Ance ouI petite
Baye environ à moitié chemin de
meftonn à Spiketonn, dontle moiilla- Jage qui eft allez commode pour les Bardu ques & autres petits Bâtimens, ,eft défen.
par une batterie à merlons de
Piéces, 2 avecun retranchement de trois
gôté. On compte deux licuès & chaque demie
de --- Page 219 ---
Françoifes de t Amérigne. 193
de Jancilomispikeronne Celt une fort 1700
jolie perite Ville, dont les maifons font
bien bâries, les ruès droites &clarges,
oû il y a beaucoup de Magazins & de
Cabarets. La Baye me parut large d'une
bonne demie lieué, & del beaucoup davantage de profondeur. Les Vailleaux
moiiller fur 12. 1o. 8. & 6.
y bralles, peuvent & font affezàcouvert des vents,
excepré deceux qui viennent del la bande
del'Oielt. Les deux pointes qui la forment (ont défendués par des barteries à
barbette, celle de TÉC eft de 16 Canons, & celle de lOieft de 12.
Nous fimes parfaitement bien reçlis
deMadame la Miniftre & de fa famille,
quiconfiftoir en trois enfans, deux garçons & une fille, l'ainé avoit douze à
treize ans, &c la fille qui étoitla plus jeune en avoit neuf. Tous ces entans
loient François, leur mere eft
Nomtue
de, & leur pere eft fils d'un François.
Nous demeurâmes tout le Jeudi à
Le Vendredi nous allâmes
*
ketonn.
ner à un Bourg 3 qui en eft éloigné de
trois licuéschez un refngicfrangots.qui
mereçûr parfaitemench bien.Il me femble
qu'on Tappelloit Saint Jean, il y a une
petite Baye formée par des récifs qui
avancent beaucoup en mer, les Barques
Tome VI.
I --- Page 220 ---
194 Nonveaux
1700. & les autres petits Fonager Batimens aux Mles
moiiller fur deux & trois y peuvent
une batterie à merlons de bralles. huit lly a
Je remarquai en revenant fur le Canons. foir
Spikeronn une
à
viron à moitiéchemin, embarcadere, qui eften.
par une batterie à merlons quieldefendue de
ces. Le Bourg Saint Jean eft à trois piémité de la Balleterre.
l'extré.
aife de faire le tour de J'aurois été bienvenir au Pont parla
lINe, & de rechofe ne fur pas pofible: Cabelterre, mais la
faut
faire
d'ailleurs, il ne
dans tes endroits paroîrre tant de curiofité
fin devenir
où l'on pourroit à la
tems de guerre fulped, des
fe fervir dans un
auroit faites pendant remarques la Paix, que l'on
Je voulois m'en retourner
Samedi avec notre
au Pont le
tit bien avantle Marchand, qui
le
jour,] pouraller
chargement de
aitver
notre Hôre me pria notre fi Barque ; mais
demeurer jufqu'an Dimanche inftamment de
di,
je ne pus
après mije lET tout le Samedi pasteluirefufers ainfi
Spikeronn à faire des aux environs de
promener avec le Miniftre. vifites, & à me
la Le Dimanche 12, il fut
matinée à fon Eglife, &
toute
eûr diné, il fe
qu'on
C
trouva qu'il étoit trop
re Hôre me pria notre fi Barque ; mais
demeurer jufqu'an Dimanche inftamment de
di,
je ne pus
après mije lET tout le Samedi pasteluirefufers ainfi
Spikeronn à faire des aux environs de
promener avec le Miniftre. vifites, & à me
la Le Dimanche 12, il fut
matinée à fon Eglife, &
toute
eûr diné, il fe
qu'on
C
trouva qu'il étoit trop --- Page 221 ---
Frangoifes de PAmerique. 195
tard pour partir. Ce retardement ne me 1700.
fit
grand peine, outre que jétois en
EeE compagnie.l'eusler Plaifir de voir
T'après-midi la revûë de laCavaierie &
Infanrerie de la contrée, c'eft à-dire, Gi
je ne me trompe, du Quartier : car toute lIe eft divifée en contrées, mais je
ne fçai ni leurs limites, ni leur étendué. Il y avoit quatre Compagnies de
Cavalerie de cent à fix vingrs Maitres
chacune, tous bien montez & bien armez, avec des Timballes & des Trompettes. Les Officiers étoient en habits
rouges, uniformes, avec de gtands
lons d'or, & des plumers blancs.
teR
fanterie étoit aufli en quatre Compagnies, qui faifoient en tout un peu plus
de deux cens hommes aflez bien armez,
mais qui ne paroiffoient que comme les
Domeftiques des Cavaliers 5 aufli n'étoient - eiles compofées que de Commandeurs, d'Ouvriers, & de petits Habirans : car tous les riches, qui font en
grand nombre, femettent dans la Cavalerie. On voit affez fans que je le dife,
que ces Troupes nc font
des Milices. Eiles font toutes SEdaan La
qualité des Officiers précéde toujours
leur nom;ainfi on dit,Monfient le Colonel tel, Monfieur le Major tel, &c.
Iij --- Page 222 ---
196 Nomveans
1700. On me dir qu'il Foysger y avoit AHY dans Ihes
Régimens de Cavalerie,
l'Ie fix
près de trois mille hommes; qui failoient
fanteric, qui faifoient
& dix d'Inmes ou environ. Je fis cinq mille homcroire : car javois lieu d'en femblant de le
fort, à moins qu'ils ne miffent douter trésarmes leurs engagez, qui font fous les
nombre, mais fur leiquels Isilne en faudroit grand
Ens beaucoup compter dans une occavde pauvres parcequela irlandois plangrande parcie fone
ou par furprife,
enlevez par force
dure fervitude de quigémilfenr dans une
pour le moins
fept ans ou de
5 qu'on leur fait
cinq
mencer quand eile eft finic, recomprétextes dont les Maîtres 3 fous des
une provifion toute prère, ont bien toujours
tels qu'ils puiffenr èrre, que les sirs,
n'y trouveront rien à redire. De Juges
que f cette Ile étoir
forte
tres n'auroient
attaquée, les Maique leurs engagez pas pen-d'athires, puif
blement contr'eux sumeroienrinfailie les armes
auroient misala main, &
qu'ils leur
à ceux qui viendroient de Isjoindroient
ce ne feroir que pour recouvrer dehors, leur quand lià berté, craindre fans parler de ce qu'ils auroienr
de leurs Négres,
Lc nombre dçs Elclaves Négres
qui
forte
tres n'auroient
attaquée, les Maique leurs engagez pas pen-d'athires, puif
blement contr'eux sumeroienrinfailie les armes
auroient misala main, &
qu'ils leur
à ceux qui viendroient de Isjoindroient
ce ne feroir que pour recouvrer dehors, leur quand lià berté, craindre fans parler de ce qu'ils auroienr
de leurs Négres,
Lc nombre dçs Elclaves Négres
qui --- Page 223 ---
Françoifes de PAmerigue. 197
font dans cette Ife, eft tesconfidera-1700.
ble. On me difoit qu'il y en avoit plus Nombre
de foixante mille. j'en doute encore dans la 5 desEfc dcependant fuivant ce quejaix ivà
ves,
Balleterre depuis le Pont jufqu'à Saint
Jean, & fuppofant qu'ily y en ait autant
à proportionà la Cabelterre où je n'ai
point été, je crci qu'il peut bien y eri
avoit quarante mille Ou environ, cc qui
exorbitant
une ife
eft un nombre
pour
comme la Barbade, quin'a tout licuès au plus de
que vingt-cing à vinge-huit
circuit.
très-peu leurs
Les Anglois ménagent nourriffent très-mal, la
Négres ; ilsles
plupart leur donnent le Samedi
leur
afin
a.Ret
travailler tous leurs compte, beloins eux 8c leurs
tretenir Fapeat
familles. Leurs Commandeurs les pouffent au travailà toute outrance, lesbattent fans miféricorde pour la moindre
faute, & femblent fefoucier moins dela
vie d'un Négre, que de celle d'un-cheval. Il eft viai,quils les ont à très-bon
marché: car outre les Compagnies Angloiles qui ont des Comptoirs far les
Côres d'Afrique qui en enlevent tous
les ans un nombre prodigieux les qu'ils Martranfportent en Amérique >
chands interloppes en apportent encore
Iij --- Page 224 ---
198 Nowveanx
1700.
Foyager Aux
beaucoup ,
donnent à
marché que
L
Taear
niftres nel
Compagnies, Les Mifent
lesinfraifent, & ne les batipoint; on les
comme des bètes à regarde C
à peu près
pourvû qu'ils
qui tout eft permis
ment de leur devoir. s'acquitrent On fouffre très-cxaéteayent plufieurs femmes, & qu'ils qu'ils les
qaittent quand il leur plair;
gu'ils faffent bien des enfans, pourvû
vaillent
qu'ils trapoint malades, be-ucoup > &
ne foient
tens, &
leurs
font conNutan
On
n'en demandent pas
punit très rigoureufement davantage, les
dres
moinrévoltes, défobéiffances, & encore plus les
ce qui
en arrive
n'empèche pas
très fouvent 2
quiln'y
malheureux fe
> parceque ces
plus fouvent voyant poullez à bout
par leurs Commandeurs
yvrognes, déraifonnables & barbares,
que par leurs Maîtres, perdent à la fin
parience, s'affemblent,
quilesont maltraitez, les fejettentfar ceux
les mettent en
déchirent, &
foient affirez d'en piéces être 5 & quoiqu'ils
niere
punis d'une matrès-cruelle, ils croyent avoir beaucoup leurs fait quand ils fe font vengez de
les impitoyables boureaux. C'eit alors
que
Anglois courent aux
en font de grands maffacres, armes, &
ccux qui
ent à la fin
parience, s'affemblent,
quilesont maltraitez, les fejettentfar ceux
les mettent en
déchirent, &
foient affirez d'en piéces être 5 & quoiqu'ils
niere
punis d'une matrès-cruelle, ils croyent avoir beaucoup leurs fait quand ils fe font vengez de
les impitoyables boureaux. C'eit alors
que
Anglois courent aux
en font de grands maffacres, armes, &
ccux qui --- Page 225 ---
Frangoifes de LAmérique: 199 1700.
font pris & conduits en prifon font bràlez condamncz à ètre pallez au moulin,
de
tout vifs ou expofez dans des cages
fer qui les ferrent, de maniere qu'ils ne
faire aucun mouvement, & en
peuvent
d'arcet ErtsmMimAtmns de faim & de
bre ou on leslaille périr
homme
rage. Ona appelle cela mettre un
au fec.
font cruels;
J'avoué que ces fapplices avant de conmais silfaut prendre garde des Ifles de
damner les Habitans
quelque fouvent
Nation qu'ils foient, qu'ils (ont
contraints de palfer les bornes de la modération dans la panition de leurs E(claves, pour les intimider, leur imprimer
de la crainte & du refpeét, & s'empè- de la
cher cux-mèmes d'ètre les victimes
fureur de ces fortes de gens , qui étant font
ordinairement dix contré un blanc,
roujours prètsà fe révoltet,à tout entreprendre, & à commettre les crimes les
plus horribles, pour fe mettre en liberté. fe
tuoique ces fanglantes exécutions ne
fafient pas fi fouvent chez les François
que chez les Anglois > parceque nos
Éfclaves ne font pas en fi grand nombre, les éléque la Religion dans laquelle on
ve leur infpire des fentimens plus hu-ly
mains, & qu'on! les traite d'ailleurs avec
liv --- Page 226 ---
200 Nonleaux
Aux Iles
1700. plus dedonceur S2XLE & de
quel les Arglois, iln'y a pas long-tems qu'on fut
obligé à la Martinique d'en faire de terribles exécutions à caule d'une révolte
prefque de
générale, qu'on ne prévint que
quelques momens : tant il eft vrai,
que le defir de la liberté & de la vengeance eft toujours le mèmechez tousles
hommes, , & les rend capables de tout
entreprendre pour fe fatisfaire.
On prétend que les Anglois ont découvert la Barbade, & qu'ils
font
établis dès l'année
s'y
Etablif- de leurs
1627. que ce fat un
fement fil où felon Vailleaux, quirevenant du Bredes Anles apparences. , il étoit allé
glois à la faire la courfe, fut
.
Barbade, fur la côte de
pouffé par la tempète
cette Ifle > qui
fait
rapport à fes Maitres de fa découverte, ayant
on y envoya auffi tôt une Colonie
y a fait lérabliflement que l'on voit qui encore aujourd hui; maisj'ai peined croire
qu'il foit fi ancien. Car il eft conftant
que celui des François & des
à
Saint Chriftophe eft fans contredit Anglois le
que ces deux Nations ont eu
le Golphe de
REPtrO
dant il n'a été fait Mexique, & cepenqu'en 1627. quelle
apparence y a-t-il que les Anglois
fait ces deux érabliffemens en même- ayant
tems 2 f éloignés l'un de lautre, &
qui encore aujourd hui; maisj'ai peined croire
qu'il foit fi ancien. Car il eft conftant
que celui des François & des
à
Saint Chriftophe eft fans contredit Anglois le
que ces deux Nations ont eu
le Golphe de
REPtrO
dant il n'a été fait Mexique, & cepenqu'en 1627. quelle
apparence y a-t-il que les Anglois
fait ces deux érabliffemens en même- ayant
tems 2 f éloignés l'un de lautre, & --- Page 227 ---
Françoifes de PAmbrigne. leur dif IOI 1700.
qu'avant alors toutcs les Iles à
ils ayent choifi, & fe foient
dans celles qui étoient les plus
de
E
perires, qui manquoiehe ablolument
Ports pour retirer leurs Vailleaux, pendant que les François fe font poltez
long-rems après eux dans les plus grandes, les meilleures, les micux fournies
de bonnes eaux, & où ils ont des Ports
naturels 2 excellens, & très-sûrs pour
mettre leurs Navires en fureté dans les
plus grandes tempètes. foit du tems de PétaQuoiquil en
à la Barbade, il
bliffement des Anglois
eft certain que leur Colonic eft trèsriche & très-floriflante, que toute PIfle
eft découverte, défrichée & cultivée 1 s
les Forêts
& qu'ik) y a long-tems que font abbatués
dont elle étoit couverte fait autrefois
& confommées. On y a
cultivé
beaucoup det tabac. Ona enfuite
le gingembre 8cl l'indigo. On faitencore mais le
du coton en quelques endroits, choSucre eft à prefent prefquelianique Leterrain, du
fealaquelle on s'attache.
vû
moins celui de la Baffeterre que - jai
d'un bourà l'autre eft extrémement maigre, fec &ufé; on eft obligé de les
au moins tous
iae
ter les Cannes
ans, fouvent mème à chaque coupe,
I V --- Page 228 ---
202 Nowveaux
aux
1700.
Voyages
IRes
malgré ce travail elles auroient de la
peine à venir dans beaucoup d'endroits
fi on ne fumoir pas la terre : de forte
qu'ily.anombre de pecits
ne font d'autre négoce que celui du
mier. Ils font
TEE
ramaffer par leurs Efclaves des pailles, de mauvaifes herbes,
du groymon > & autres ordures, & les
mertent pourir dans destrous
avec les immondices des parcs faitsexpres de leurs
cochons, de leurs bères à cornes & de
leurs chevaux, & vendent très-bien cette
marchandifc,
Sucre
Le Sucre qu'on fait à la Barbade
de la fortbeau. Ils
eft
Baibade.
pourroient le terrer comme
nous faifons chez nous, & réifiroient
très-bien, cependant ils ne le font
ou du moins très-rarement, il faut point qu'ils
ayent dés raifons, ou des défenfes
les en empèchent. Ils nemettent
qui
bord leurs Sucres bruts
pas d'aou Molcouades
en Barrique comme on fait aux Ifles
Françoifes, ils les mettent dans des formes de bois ou de terre, > & loriqu'il eft
bien purgé, ils coupent les deux bouts
du pain, c'eft-à-dire, la pointe qui eft
toujours la moins purgée,
& la plus remplie de
laplus noire,
bout où eft la fontaine firop-, & le
graffe, IeEres
paffent ces deux morceaux dans leurs
pas d'aou Molcouades
en Barrique comme on fait aux Ifles
Françoifes, ils les mettent dans des formes de bois ou de terre, > & loriqu'il eft
bien purgé, ils coupent les deux bouts
du pain, c'eft-à-dire, la pointe qui eft
toujours la moins purgée,
& la plus remplie de
laplus noire,
bout où eft la fontaine firop-, & le
graffe, IeEres
paffent ces deux morceaux dans leurs --- Page 229 ---
Frangoifes de PAmerigne.
chaudieres, & pour lec corps de la forme 1700.
du
ils le font fécher au (oleil
ou
pain,
avant del le piler pour en rempliclesCaif Ces
fes & les Barriques où ils le mettent.
rendentleur Sucrel brut fort
préparations ailé à être rafiné, avec tout cela ils me
permettront de leur dire, que nous en
faifons à la Marrinique, la Guadeloupe
& Saint Domingue d'aufli beau, fans 2 y
faire tant de façons; & que notre Sucre
pallé, lorfqu'il eft fait comme il doit
lètre, eft infiniment plus beau & meilleur , quoique nous le mettions d'abord
fans
la peine de
en Barriques,
prendre de le faire Técher &
le mettre en forme,
piler. Il eft vrai que je n'ai pas remarqué qu'ils palflent leur velou au drap
comme nous faifons. à vent & à cheIls ont des Moulins
de ces mavaux. J'ai parlé amplement Partie. Pour La Bafi
chines dans ma troifiéme
bade
des Moulins à eau iln'en faut
parler manque
il
a
E rivieres d'cau.
à la Barbade, n'y point
pourles fairetourner, acl'eauyett quelquefois
rare & plus chere que la
bierre & tes vin. Jaivà allez fouvent à
la Guadeloupe des Barques Angloifes
d'Antigues & d'autres endroits qui venoient fe charger d'eau à notre riviere,
pour desparticulicrs qui en manquoicnt
Ivj --- Page 230 ---
204 Nonveanx
Anx
1700. ou pour des Vaiffeaux Froyages
Rles
tourner en Enrope. Ce qui défaut devoient re
commun à toutes lesIfes
d'eau eft
cepté Saint
Angloifes exde grandes Chriftophe, & leur caufe
incommoditez far tout à la
Barbade,h ils font rédui sà
les eaux de pluye dans des mares conferver
étangs,dont quelques-uns font
ou
& les autres artificiels, mais de narurels,
elpéce qu'ils puiffent être
quelque
bie: 1-tôt corrompué
la > l'eau y eft
fo eil,
les crabes par
chaleur du
les SLatari
qui s'y noyent,
ge qu'on
y abreuve. par le EA
y
& par les
Rer
ne manquent jamais des'y aller Négres qui
autant defoisquilsl le
baigner
que ceux qui font contraints peuvent de : boire deforte
ces fortes d'eau font affûrez de fe
de
dans le corps ce qui a fervi à mettre
d'autres ufages, & qui eft déja quantité de
moitié corrompu. C'eft de-la, plus à
avis,que viennent quantité de maladies, mon
qui font de grands
Negres, far tout le ravages fcorbut parmi & la leurs
verolle. Pour
que
petite
de bien, ils TOCe faire lesHabitans des
ayent
eux ou l'eau fe conferve citernes affez chez
les pourvà qu'onait foin que les crabes, bien, & 3
quand rats cela n'y puiffent pas tomber : car
arrive, la corruption des
rompu. C'eft de-la, plus à
avis,que viennent quantité de maladies, mon
qui font de grands
Negres, far tout le ravages fcorbut parmi & la leurs
verolle. Pour
que
petite
de bien, ils TOCe faire lesHabitans des
ayent
eux ou l'eau fe conferve citernes affez chez
les pourvà qu'onait foin que les crabes, bien, & 3
quand rats cela n'y puiffent pas tomber : car
arrive, la corruption des --- Page 231 ---
Frangoifes de PAmbrique. abfolument 205 1700.
corps de ces animaux gâte
conles citernes. Il y en a d'autres dans qui des fufervent des eaux de pluye de terre du
tailles, de grands canaris viennent d'Eupais, ou des jaires qui
rope:car on netto: iten ufage pouravoir
del'eau & la conferver. Ceft dommage &
qu'une Ifle fi belle & fi bien peuplée
cultivée, 2it ceteincommodité Plantations, comLesHabitationse ou
me ils les appellent, 2 font beaucoup le
ne
Pet
à proportion qu'elles & il ne faut
ECF les ifles Françoifes;
s'en étonner : life n'eft pas grande,
pas
d'Habitans 5 il faut
& elle a beaucoup tout le monde, voilà ce
du terrain pour
&
trèsquifait qu'on en a peu, font qu'ileft far les Hacher. Les maifons qui
bâties
bitations font encore mieux
cdfes
celles des Villes:elles esfonrgrendes, daftribution
toutes vitrées, la
percées s
eft commode 8 bien
entendué. des appartemens Elles font prefque toutes accompagnées de belles allées de ramarine,
ou de ces gros orangers que nous dans aprel- un
lons chadecq, dont jai parlé
autre endroi ou d'autres aibres qui
donnent du folised & rendent les maifons
toutes riantes. On remarque V'opulence dans leurs
& le bon goiir des Habitans --- Page 232 ---
206 Nonveaux
ABX
1700. meubles qui font Payages
Ies
leur argenterie dont magnifiques, & dans
quantitez
ils ont tous des
confidérables: de forte
on prenoit cette Ifle, cetarticle que @
droit bien la prife des Gallions fculvau- &
que chofe de plus 2 & cette
queln'eft pas fi diticile qu'on fe entreprife
il ne faudroit
l'imagine 5
cinq mille de nos que Créolles raffembler quatre à
& de nos Flibuftiers, avec une douzaine de
de Guerre,
Vaifleaux
donner de la pour appuyer la defcente s
jaloufic aux Anglois S, ou
s'oppofer aux fecours quileur;
venir de dehors, pour rendre pourroient bon
pte de cettel Ifle. Maisilne faudroit comde Troupes
point
celles du d'Europe qui ife mélaffent à
pais, on Içair qu'elles ne
vent s'accommoder
peuCréolles leur
enfemble s & nos
plus propres à piller, reprochent qu'elles font
ces pais chands: ils qu'àfe battre dans
qui s'eft paffé aux prifes prétendent de
que ce
de Saint Eultache
Cartagene, 3
Nieves & d'autres 3 de Coroffol, de
preuves de ce qu'ils endroits, font des
point entrer dans cette difentsje difcuflion, ne veux
que je ne dois pas prendre parti: : parceque nos Créolles & nos Flibuftiers je font (çai
braves, fe battent bien, font faits au
pais, accoûtumeza à fmpporter fans peinç
paffé aux prifes prétendent de
que ce
de Saint Eultache
Cartagene, 3
Nieves & d'autres 3 de Coroffol, de
preuves de ce qu'ils endroits, font des
point entrer dans cette difentsje difcuflion, ne veux
que je ne dois pas prendre parti: : parceque nos Créolles & nos Flibuftiers je font (çai
braves, fe battent bien, font faits au
pais, accoûtumeza à fmpporter fans peinç --- Page 233 ---
Françoifes de PAmbrigne. 207
la chaleur & les autres farigues 5 je fga117000
aufli quel les' Troupes qui pourroient venir d'Europe (çavent en perfection l'art
de faire des Sieges ; mais c'elt dont OII
n'a pas befoin Xia Barbade , ouiln'y a
ni Ville fortifiée, ni Ciradelle.
Sans un malheureux Vaifleau qui relâcha à la Martinique dans le tems
de
étoit
de
M.
Châteaurenault
prèt
partir avec fon Efcadre & nos Flibultiers
& Créolles en 1702. pour aller à la
Barbade, il eft certain que cette Ifle
auroit changé de Maitre, le coup étojt
sir, & les mefures qu'on avoit prifes
étoient immanquables; mais il crut qu'il.
devoit aller chercher les Gallions: cependant il me perinettra de dire quil
auroit bien mieux fait de prendre la Barbade, que d'aller conduire les Gallions à
Vigo, oû ils devinrent la proye de nos
ennemis; mais patience,ce quieft differé
n'eft peut-être pas perdu.
l'ordinaire
Les Anglois ne. font
qu'un repas par jour, Tn moins qu'ils
n'ayent des étrangers chez eux 5 ils ne
fongent
feulement à fouper, & cela
pour LEerd raifons : la premiere > parce
qu'ils font dans une habitude toute contraire : & la feconde, parce qu'ils commencent leur diné fort tard,celt-a-dire, --- Page 234 ---
208 Nonveane
1700, vers les deux heures Troyager AnX Mhes
qu'ils foient en
, & que pour peu
toujours
compagnie, bien
ce repas dure
de forte jufques
avant dansla nuit :
& de
qu'il n'eft pas polible de boire
cicc manger après qu'ona fait cet exerfizite. pendant quatre ou cinq heures de
Ils
mangent beaticoup de viandes
peu de pain, 3 leurs tables font très bien &
fervies, ils ont d'affez bons
de très beau linge,
cuiliniers s
de Maniere de
beaucoup d'ordre &
vivre propreté.
de
des An- font venir des Lesperfounes diftinétion
glois, en vie, & les confervent perdrix d'Europe toutes
res, comme nous faifons dans dans des volieà l'égard des tourrerelles;
nos Ifles
que fur cet
on peut dire, s
qui faflent articleil n'y a point de gens
une plus grofle dépenfe, ni
qui pouffent plus loin le foin & l'attention pour avoir ce qu'ily: a de
& de plus rare dans les pais meilleur
même lesplus éloignez, On trouve étrangers,
jours chez eux des vins & des
toude toutes les fortes, & ils fe liqueurs font
plaifir que'ceux à qui ils ont donné un à
manger ne puiffent pas retrouver
ment le chemin de leurs maifons. aiféprévenir) lesaccideasq qui
C'eft
Lerp arriver, files chemins pourroient
vais, qu'ils ont un foin tout éroient mauparticulier
de plus rare dans les pais meilleur
même lesplus éloignez, On trouve étrangers,
jours chez eux des vins & des
toude toutes les fortes, & ils fe liqueurs font
plaifir que'ceux à qui ils ont donné un à
manger ne puiffent pas retrouver
ment le chemin de leurs maifons. aiféprévenir) lesaccideasq qui
C'eft
Lerp arriver, files chemins pourroient
vais, qu'ils ont un foin tout éroient mauparticulier --- Page 235 ---
Françoifes de Ambrigue. 209
deles bien entretenir. Ceux de Léogane 1700.
dans la partie de l'Oiieft de Saint Dofont très-beaux,
-
mingue, quialffurémenr de ceux de la Barbade.
n'approchient Leurs Sucreries pas font grandes, bien
leurs
percées, & extrémement propres;le de Sucreries
Purgeries au contraire ont très-peu
& Purfenètres, &
conféquent très-pend'air ils geries a Bac- de
& de jour. fer ne fçai quelles raifons bade,
a vû dans mon Traité
ont
cela;on
du Teat combien il eft néceflaire que
ces fortes de lieux foient clairs & aèrez, ôté la
afin que le Sucre duquel on a dans
terre, féche le plus qu'il eft pollible
fes formes avant d'ètre mis alétuve, Qu
expofe aul Soleil. les cafes de leurs NéIls ontfoin que
& uniformes,
gres foient bien alignées
cela ne coûte rien, & fait un très-bon des
effer, qui étant joint à la beauté
maifons. & au grand nombre quilyen éraa depuis le bord ide la mer jufqu'aux
les plus voifins du centre de l'Ifle 3
dont le coup d'ceil
E une perlpedive
une
eft enchanté-quand on eft en merà
diftance raifonnable pour diftinguer
commodément les objets.
les AnCen'eft pasla coftume parmi Do- Coûtuglois de faire des libéralirez aux
me des
meftiques des maifons où l'on a logé 5 Anglois, --- Page 236 ---
210 Nonveaux
aux
1700, les Maitress'en offenferoient; Poyages
IRes
une efpéce de loi érablie & mais c'eft
ment oblervée chez eux religieufecomme
3 de laiffer
par mégardequelque
d'or
ou d'argent dans le lit onlon piéce a couché.
zard Les Domeftiques qui fçavent que le han'a point de part
les
la-dedansne vous
entr'eux. rapportent Ce feroit point > &c les partagent
ufer
une impo'iteffe d'en
nieres, autrements & ileft de chaque pais a fes mas'y conformer.
Thonnète homme de
Ily a des Habirans à la Barbade qui
Hamacs occupent'curs &
Efclaves à filer du coton,
de la
àfaire des hamacs. Ces lits font
Barbade, de quatre lez Our de cinq, fi on les faits demande de cette maniere, La toile eft
parfaitement bien croifée, unie,
& belle : celle que l'on fait à la Marri- forte,
hamacs nique n'en approche pas. Cependant les
Caraibes font plus commodes
que ceux-là, parce
d
qu'étant tout d'une
piéce, s la toile dont ils font compofez
prète également 0
par tout, > au licu
ceux qui font de plafieurs lez ne le que
vent pas faire, à caufe que les coutures peufont toujours plus
* la toilesj'en acherai roides quele refte de
alfez bon marché, fi deux, que j'eus à
j'avois été Marchandjauroispilfaire un profit confidé-
odes
que ceux-là, parce
d
qu'étant tout d'une
piéce, s la toile dont ils font compofez
prète également 0
par tout, > au licu
ceux qui font de plafieurs lez ne le que
vent pas faire, à caufe que les coutures peufont toujours plus
* la toilesj'en acherai roides quele refte de
alfez bon marché, fi deux, que j'eus à
j'avois été Marchandjauroispilfaire un profit confidé- --- Page 237 ---
Françoifes de PAmerique. 21I
rable en achetant nombie de ces ha- 1700,
macs qui font recherchez, & fort chers
dans nos Ifles. J'achetai encore une
partic d'épiccrics, celt-à-dire, de Canelle,de cloud, depoivre & de mufcade , pour l'ufage de nos maifons : elles
ne pouvoient erre meilleures, 2 plus récentes & à meilleur marché.
de
Le Lundi 13 Septembre je partis
Spiketonn avecle Miniftre fort content
de ma promenade, & comblé d'honnètetez de fa famille & de fes amis, qui
vinrent me fouhaiter un bon voyage.
Nous dinanesàjamellonn comme nous
avions fait en venant, & nous arrivâmes
fort tard au Pont, parceque nous demeurâmes long tems à table , & que
nous allions fort ducement, afin que je
puffe econfidererp usà oifir ce beau pais,
quejavoist regret de quitter.
Je fçûs en arrivant qu'on efperoir
achever le chargement de notre Barque
pendant la nuit, oulel lendemain matin,
& que nous pourrions mettre à la voile
le foir, ou lejour faivant de bonneheuchercher
Livres
re. J'envoyai
à bord quelques de la BarFrançois que j'avois
à Milord Gouque, que je préfenrai
de lui.
verneur en allant prendre congé
Ce petir préfent lui fit plaific, il m'en --- Page 238 ---
212 Noniveaux
Anx
1700. remercia en des termes Poyages fort Hes
polis & fort
honnètes, & me firbeancoup d'offres de
fervices. J'allai enfuite voir le
quelques Officiers quim'avoienraccom! Major 3
pagné, ?
& les Marchands à
été addreffé. J'acherai
qui j'avois
piéces d'afcor & de camelot encore quelques
desindiennes pour faire des bianc, &
eouvertures de lit. Je trouvai tours & des
gré l'abondance
que malBarbade
d'argent quironle à la
2 toutes les marchandifes
étoient à bien
y
hos Ifles. Enfin meillenrmarchéque ayant fini
dans
faires, & remercié
toutes nosafnos amis, je m'embarquai le Jeudi 115 Septembre firr les
huit heures du matin. Je trouvai
Milord Gouverneuri m'avoit
que
Pipe de vin de
envoyé une
caiffe de
Canarie, avec une perite
très-excellent chocolar
roffol. Nos Marchands & le Miniftre deCom'avoient aufi fait despréfens de volailles en vie avec deux pâtez & deux
bons cuits 5 des confitures, des jamdu vin. de Madere, de la bierre fruits, & du
cidre en quantiré, Nous faluâmes
amis, quinous vinrent conduire à DOS
de cinq coups de canon, & la bord, Ville
d'antant > guand nous mîmes à la
fur les trois heures
voile
peur croire
après midi: : car on
fans
que nous ne nous quittâmes
pas
boire.
ailles en vie avec deux pâtez & deux
bons cuits 5 des confitures, des jamdu vin. de Madere, de la bierre fruits, & du
cidre en quantiré, Nous faluâmes
amis, quinous vinrent conduire à DOS
de cinq coups de canon, & la bord, Ville
d'antant > guand nous mîmes à la
fur les trois heures
voile
peur croire
après midi: : car on
fans
que nous ne nous quittâmes
pas
boire. --- Page 239 ---
Frangoifs de CAmerigne.
Je remarquai encore deux moiillages forme la 1700,
derriere la pointe de T'ER qui
Baye de Carlille, qui font defendus
des batteries. Celle qui eft le plus à Vee
eft de fix canonsabarbere, & celle
& feulement
c
la fuit eft à merlons,
quarre canons.
delui dire de
Le Public me difpenfera le Pian de la Barquelie maniere loi donne. jaieu Il eft certain que
bade celui que qui me je le montra,n'avoit point du
rout envie
jen prille une copic le foir 5
maisje RESE qu'il melelaiffa
la
en feretirant, & je le copiai pendant
nuit. J'ai vû exsékement toute la Baffeterre, depuis la pointe de Carlille juf
Bourg SaintJohn, & je puis afgierd qu'en 1700. aumois de Septembre
les choles étoient dans l'état que jelesai
marquées. Il pent y avoir eu des changemens depuis ce teins-là,1 les Anglois
leurs batteries, F
vent avoir augmenté dans les lieux les
fait des retranchemens
& c'eft
plus foibles, 8c les plus n'ai expofez, vû la Cace que lignore. Jc
pas rien dire,
belterre, ainfi je n'en puis --- Page 240 ---
214 Nonveane Voyages Anx Ifes
1700,
CHAPITRE XIL
L'Antewr part de la Barbade e arrive
à la Grenade. Defcription de cette
IRe.
de la Grenade avoir éré plaà P'ER comme M. de
SUP
Lifle de
l'Académie des Sciences, & premier
Géographe du Roi, le marque dans la
Carte des Antifles qu'il a donné au Public au mois de Juillet1717. notre voyage n'auroit pas été long. On ne compte
qu'environ quarante-cinq lienès de la
pointe de l'ER de la Barbade àla pointe
du Nord-Eft de la Grenade; mais
malhcur M. de Lifle a travaillé far par de
mauvais mémoires, & a placé à lER ce
qui eftà l'Oueft, & au Nord ce qui eft
au Sud. Pour mettre fur fa Carte le
Plan de la Grenade comme il doit être,
il faudroit lui faire faire un demi tour à
droite, & avec quelques autres corrections qui ne fonr pas de moindre importance, , on pourroit en faire un qui
approcheroit plus de cette Ifle que celui
qu'il a fait graver. Il eft pourtant excufable, on ne peut pas être par tout : il --- Page 241 ---
-
-
H
Renvey.
L
L 9
+ -
L 12 7
2 2
12 13 Z 4 7 L
>
C >
9 E
Les L - iffres 4": sont
+
t
enare Terre cela
- lncpendece Reper 17 quentgue des Tieds rorleprefondeur
1t 17 17
deleau,
Lnt
curyuiuontonored legr:cs perctuces mars
D gwrideDoufes
7 E 13 13
PLAN
---
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GRENADE
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1! --- Page 242 ---
RPJCU --- Page 243 ---
RPJCE --- Page 244 ---
PLAN DU FORT
de Ilole de la Grenade
à
Tom. 6 pag
2 Enbrie
a
2 Corpe
Ofticiers.
MT
: a0eor des sotlate.
5 Lines ponctuces marquent
Lanceenne enceinte. -
+
CLLE
C
-
A
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M
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a tB OACEIT ETI
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A A M
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Trs
24 o
--- Page 245 ---
Fvangoifes de Ambriqne. 215
travaillé fur de méchans originaux > il 1700,
n'eft psveeraondinsined qu'il feloit trompé. Ceft en verité bien dommage, car
ily 2
de Géographes plus exadts,
plus ifonere & plas reconnoiffans que
lui: on voitla verité de ce que javance
dans le grand nombre de beaux ouvrages qu'il a mis au jour, & fa ieconnoiflance paroit en ce quil a donné la qualité dingénieur du Roi à M. Petit , qui
lui a fourni fes Mémoires, lui
n'a
été
Juré de % Marjamais
qu'Arpenreur
tinique. Il eft vrai que tout Ingénieur
eft Arpenteursn mais ils'en fautbien
foit
M.
heuE
tout Arpenteur 2
Coniciller Ingénieur. au Confeil
ett préfentemene de laMartinique; 5 mais quoiSuperieur la Grenade foit de ion Refforr pour
2i Jurifdidtion , elle ne l'eft point du
rout pour fa polition & pour lui avoient fa figure, été
jufqu'à préfent ne
qui conteltées de perfonne 0 > & qui feront
tonjours les Ile mèmes, eft fituée
les douze deCette
de par laritude Nord,
grez & un voifine quart du continent de la
C'elt la plus
celles
nous
terre-ferme de toutes
que
policdons; ; elle n'en eft éloiguée foixante que
d'environ trente lieués, & de
& dix de la Martinique. Sa longueur
jufqu'à préfent ne
qui conteltées de perfonne 0 > & qui feront
tonjours les Ile mèmes, eft fituée
les douze deCette
de par laritude Nord,
grez & un voifine quart du continent de la
C'elt la plus
celles
nous
terre-ferme de toutes
que
policdons; ; elle n'en eft éloiguée foixante que
d'environ trente lieués, & de
& dix de la Martinique. Sa longueur --- Page 246 ---
216 Nowveaux
anx
1700. Nord & Sud eft de
Iles
fa
lieués, &
Desit
plus grande largeur d'environ cinq
licuès, Ceux quien ont fait le tour lui
donnent vinge à vinge-deux liencs de
circonférence. Sa grande Baye ou fon
Ifles, grand Cul-de-Sac, comme on parle aux
qui renferme fon Port & fon Carenage, eft à la bande de l'Oieft; & la
profondeur de cette Baye formée
deuxg grandes pointes quiavancent beau- par
coup en mer, donnént à cette Ifle la
forme.diun
ctoifantirregualier, dont la
pointe du côté du Nord eft bien plus
épaiffe que celle du Sud. La veritable
entrée du Port eft à TOlief-Sud-Olicit
Le Plan quej'en donne icia a étélevé
de très-H habiles gens, & les fondes ont par
été redtifiées en 1706. par M. de Cailus
Ingénicur Géneral des Ies& Terre-ferme de PAmérique, lorfqu'il fur tracer,
& qu'il fit élever le nouveau Fort dont
je donne aufli le deffein. Quantité de
Vaiffeaux du Roiont moiilic & carené
dans ce Port, & les Pilotes le font toujours beaucoup loiié de fa bonac tenue
& de fa fareté,
Cette Ifle avoit toujours été habirée
par les Caraibes feuls, que fa fertilité &
fabondance de lac chaffe & de la pèchey
artiroient en biçn plus grand nombre
que --- Page 247 ---
Françoifes de PAmerique. 217
que dans les autres liles, julqu'en l'an 1700.
1650. que M. du Parquet Scigneur Pro- Erablife
prictaire de la Martinique, l'acheta des desFran- fement
Sauvages, & y établit une Colonic de çois iia
deux cens hommes, compofée des plus Grenade,
braves Habitans de fon Ifle,aufquels il
donna
Gouverneur ou Commandant, AEeee fieur le Comte fon coufin. On
s'établit d'abord entrel l'Erang & le Port
aux environsd'une maifon forte de charpente que M. du Parquet avoit fait
en
de la Martinique s porter avoit aSt envelopper d'une bonne
qu'il
palillade à une diftance raifonnableavec
des embrafures pour quelques piéces de
canon que l'on
plaça. Cette petite
Fortereile amteile pour tenir en refpedt
les Caraibes, & dans un befoin elle auroit pû empècher les Etrangers & les
Scigneurs des autres Ifles Françoifes 9
de venir troubler le nouvel établiffement. Quoique M. du Parquet eût payé
exactement aux Sauvages ce dont on
étoit convenu avec cux pour le prix de
Tille,enleslaifant encore en pollefion
de leurs Carbets & de leurs défrichez 5 Les Ca:
ils fe repentirent bien-tôt de ce qu'ils raibes
avoient fait; mais n'ofant attaquer les acraquét les FianFrançois à force ouverte, ils réfolurent gois,
Tome /I.
K
le nouvel établiffement. Quoique M. du Parquet eût payé
exactement aux Sauvages ce dont on
étoit convenu avec cux pour le prix de
Tille,enleslaifant encore en pollefion
de leurs Carbets & de leurs défrichez 5 Les Ca:
ils fe repentirent bien-tôt de ce qu'ils raibes
avoient fait; mais n'ofant attaquer les acraquét les FianFrançois à force ouverte, ils réfolurent gois,
Tome /I.
K --- Page 248 ---
218 Nowveaux
aux
E700. de maffacrer fans Foyager bruit
Ifes
trouveroient à la chafle tous dans ceux les qu'ils
ou éloignez de la Fortereffe. De bois,
maniere ils en tuerent plufieurs,e cette
obligea les sautresàne plus s'écarter, qui
à travailler en
&
mez.
troupe, > & toujours atCependant le fieur le Comte ayant
donné avis à M. du Parquer de la
fidie des Sanvages, celui-ci lui
perun fccours de trois cens hommes, envoya
ordre depouflera bout les
avec
les détruire ou
Sauvages, de
,
de les chaffer encierement de PIfle.
On eut de la peine à y réuffir, ils fe
retiroient dès qu'ils fe voyoient
trop vivement, fur une croupe de pouffez morne
elcarpée de tous côtez, & environnée de
précipices affreux, fiur laquelle on ne
& pouvoir monter que par un fentier étroit
diflicile , dont ils avoient un foin
extrême de cacher l'entrée. Les
l'ayant enfin découvert, les François
Les Ca-on fe battit
furprirent;
raibes
vigoureufement, & les Saudéfuuts vages 6 ayant été défaits
par ies qui refterent au nombre entierement,ceux de
Frangois aimerent mieux fe précipiter du quarante haut de 2
cette roche que deferendre. Ce fut ainfi
que les François demeurerent maitres de
tout le Quartier de la Balletetre,celt-d.
dire, de la moitié de IIAlc, --- Page 249 ---
Frangoifes de PAmérigue.
qui demeuroient à la 1700.
Les Sauvages
Cabefterre fc tinrent en repos pendant
& femblant ne pointsinquelque-tems,
s'étoit
à la
rereller dans ce qui
pallé
Baffeterre, ils donnerent licuànos gens,
trop crédules > de fe fatter
toujours
pas commencer une
qu'ils ne voudroient avoit été f funefte à leurs
guerre qui Ils connurent peude tems
compatriores. combien ils s'étoient trompez. Les
après
réfolurent dans une de leurs
Sauvages allemblées génerales de mallacrer tous
faire avec moins
les François: s.pourle
de rifques, ils fe
les par bois, pelot- 8
rodoient
IENL
rons, qui
& tuoient tous ceux des
fur les ances, trouvoient à leur avantage,
nôtres qu'ils écartez du Fort. Cette nouvel-
& un
obligea le feur le Comte de
le
: il fe mit à la tête
raRmr
reprendre les armes de fes Habitans, s'en
de cent cinquante furprit au point du
alla à la Cabefterre, où ils étoient en
jour le Quarcier
tout en
fis
grand nombre, tailla
piéces & fit la
diftinction d'âge ni de fexe, refte de la
même execution dans routle
Cabefterre, fans qu'il s'en pûr prefque
qu'ayant trouvé
fauver aucun , parce
& s'en
leurs canots & leurs pirogues, avoient
étant rendu maitre 2 ceux qui
Kij
point du
alla à la Cabefterre, où ils étoient en
jour le Quarcier
tout en
fis
grand nombre, tailla
piéces & fit la
diftinction d'âge ni de fexe, refte de la
même execution dans routle
Cabefterre, fans qu'il s'en pûr prefque
qu'ayant trouvé
fauver aucun , parce
& s'en
leurs canots & leurs pirogues, avoient
étant rendu maitre 2 ceux qui
Kij --- Page 250 ---
- A
220 Nonveanx
1700. fui dans les bois ne Fayager aux Ifes
les autres Ifles, & tomberent purent fe fauver dans
fes mains. Cette derniere
ainfi entre
de punir la perfidje des vicoire acheva
aflura la poflefion de Sauvages,e toute
nous
vrai que la joye de
file. Il eft
troublée par la mort du cette fieur conquète le
fut
qui fat noyé en revenant de Comte,
dition,
çette cxpé
la M. du Parquet ayant été informé
mort du fieur le
de
lui fucederLoilis 1
de Comre nomma pour
fieur de Valmeniere, Cacqueray, Ecuyer
valerie à la
Capitaine de Cacommencemens Martinique. Il cut dans les
être reçà & connu beaucoup de peine a
par l'oppofition -
qu'y pour firent Gouverneur 9
ficiers
présendoiene quelques Of
étoit * ils
que ce polte leur
Colonic fc divifa prirent les armes, & la
celui des Rebelles en deux partis; mais
Chefs furent pris & ayant été défair, , les
Le principal Auteur condamnez de
a mort.
nomme lefort, quiétoit ce foulevement
Majer de l'Ifle,
s'empoifonna.p main du
ne pas mourir par la
M. du
atutoer
contenta de bannir lesautres, Parquet fans fe
filquer leurs biens.
conAprès cela le fieur de
yerna cette Colonic naiflanteayee Valnenicregot
beau- --- Page 251 ---
Franpoifes de PAmerigue. 21f
de
de prudence & dc bon- 1700.
coup
fagelle,
heur. Elle s'augmenta beaucoup,
la fertilité du
&
PrRec
qu'outre
pais,
dance de la chaffe & delap pêche ,le tabac qui y croiffoit étoit fi parfait, qu'on
le vendoit roujoursle double & le triple
decequ'on vendoit celui des autres Iies;
de forte qu'on avoit lieu d'efperer que
cette Colonie feroit devenue la plus riche & la plas Horiffante des Ifles,fi elle
n'eût point changé de maitre , oul qu'elle
eût toujours été gouvernée par des
fonnes du caraétere du feur de
Roule
niere.
vendu la
Mais M. du Parquet ayant
Grenade au Comte de Cerillac en 1657.
pourlafonme de quatre-vinge-dix mille
livres, ce nouveau Seigneur y envoya
un certain Oflicier pour en piendre pof
feffion en fon nom, &c pour y commander en fon abfence. Le caraétere de cct
homme étant tout oppoléà celui idu fieur
de Valmeniere qui avoit gouverné ces
Peuples avec ttne douceur & une prudence admitrable, firqu'ilye eut un grand
nombre d'Habitans qui abandonnerent
Tille, & fe retirerent à la Martinique 3
ce qui au lieu de le faire rentrer en luimême, ayant augmenté fa mauvaife humeur, il devint tellement infupportable
Kiij
pour y commander en fon abfence. Le caraétere de cct
homme étant tout oppoléà celui idu fieur
de Valmeniere qui avoit gouverné ces
Peuples avec ttne douceur & une prudence admitrable, firqu'ilye eut un grand
nombre d'Habitans qui abandonnerent
Tille, & fe retirerent à la Martinique 3
ce qui au lieu de le faire rentrer en luimême, ayant augmenté fa mauvaife humeur, il devint tellement infupportable
Kiij --- Page 252 ---
222 Nouveaur
aux
170e. à ces Peuples Fryager fa
TRes
lences & fa par
tirannic, fes viode lui, lui firent brutaliré, 3 qu'ils fe faifirent
damnerentàétre fon procès, & le conpendu. Ce;
verneur leur ayant reprefenté pauvre GouGentilhomme ils
qu'il étoit
,
vonlurent
à
couper lecol; mais le Bourrcau lui faire
pas aflez d'adreffe pour
n'ayant
pareille exécution, ils le entreprendre une
armes, On doit croire paffcrent
les
quiln'y geg
lemenu peuple, & pour ainfi dire la que Canaille del'lfle
trempa dans ce
déja les plus dCLE & les plus honnètes crime;
genss'étoient retirez à la
ce qui reftoit d'Officiers Marinique, s'étoit
&
& caché à la Balfeterre ;
fauvé,
de toute la Cour de Juftice tellement que
procès à cetinfortuné
qui fir le
n'y avoit quele nommé Gouverneur, il -
fçût écrire. Celui qui fit Archangeli les informa- qui
tions, & qui inftruifit le procès,
un Maréchalferrant, dont on voit étoit
core la marque dansle Regiftre du Gref- enfe, qui eft un fer à cheval, autour duquelle Greflier Archangeli a écrit: Marque de Monfienr la Brie Confeiller
porteur.
RapLa Cour ayant été informée de cet
attentat, envoya un Vaiffeau de
avec un Commiffaire : > pour connoître guerre --- Page 253 ---
-Françoifes de PAmerigne. 223
de cette affaire, & quelques Troupes 1700,
faire executer ce qui feroit ordonE & punir lcs coupables. Cet Oflicier
fit des informations, & ayant reconnu
que CC n'étoient que des miférables
eu
&
s'étoient
aut
yavoient part,
qui
vez pour la plàpart, on ne poulfa pas
plus loin les recherches 5 de forte que
perfonne ne fur puni,
le Greffier Archangeli, que
voix publique
te
faifoit l'auteur de ce tumulte 5 il fut
feulement chaflé de Ille: il fe retira à
Maric-Galante, où il demeura jufqu'en
1692. que les Anglois y ayant fait une
irruption, ce miférable fe rendit à eux s
& pour gagner leurs bonnes graces, il
leur déclara le lieu ou M. Auger Gouverneur de l'Ile s'étoit retiré avec les
meilleurs Habitans. Le Major Holm
qui commandoit en l'abfence de M. de
Codrington General des Anglois s ne
laiffa pas de le faire pendre avec fes deux
enfans à la porte de l'Eglife , contre le
droit des gens à la verité, mais
un
fecret jugement de Dieu qui soidier le
du crime qu'il avoit commisà la
Catae
Le Comte de Cerillac fut obligé de
vendre fon Ifle àla Compagnie de1664:
& la Compagnic de la rendre au Roi
Kiv
'abfence de M. de
Codrington General des Anglois s ne
laiffa pas de le faire pendre avec fes deux
enfans à la porte de l'Eglife , contre le
droit des gens à la verité, mais
un
fecret jugement de Dieu qui soidier le
du crime qu'il avoit commisà la
Catae
Le Comte de Cerillac fut obligé de
vendre fon Ifle àla Compagnie de1664:
& la Compagnic de la rendre au Roi
Kiv --- Page 254 ---
#700. 224 Nonveaux Poyages Anx
en 1674. .ces differens
Ifles
changemens n'ont
apporté que du trouble & du défordre
dans cette Colonie, qui bien loin de
s'augmenter comme elle devoit faire na-
>
turellemenr étoir encore fort peu de
chofe en 1705-] Je fouhaire qu'elle ait ei
plus de bonheur depnis ce tems-là.
Nous aimâmes-mieux courir le
de la Cabefterre
de
long
des Grenadins que paffer au travers
Cul de-Sac de la pour Grenade. a'ler chercher le
La Côte eft
faine, & la terre dont nous étions à une
diftance taifonnable me parut belleyentrecoupée d'un grand nombre de rivieres, & unie en beaucoup d'endroits. Si
on juge de la bonté du terrain
les
arbres qu'il produit, celui-là
être
des
adhere
meilleurs.
Le Dimanche 18
moiillâmes dans le
Septembre nous
de
Baflin, ou au fond
l'Acul, fous la Fortereffe fur les fix
heures du matin. Dèsque j'eus mis
àt terresj'allai faluer le
pied
Hifloire toit le fieur de
Gouverneurs c'édu fieur
Bellair Capitaine de
de Bel. Vaiffeau, homme de fortune,
lair Gou-d'une famille
néal Blaye
verneur
obfcure, vif,
&
de la entreprenant beaucoup plus prompt
Grenade ne le fontles Peuples de la encore que
c'eft beaucoup dire. Il étoit Garonne,
fçai comment
entré,je ne
3 au fervice du Prince --- Page 255 ---
Francoifes de Ambrigue. 225 &
d'Orange depuis Roi d'Angleterre, de 1700.
avoit fibien gagné lesl bonnes graces
Tavoit fait Commance Prince , quil
de Bergopfoom s
dant ou Gouverneur
de
dont il s'étoit emparé en reprélailles dont le Roi
la Principauté dOrange, 2
guersétoit mis en poffellion pendantla le fieur
re de 1688.Sclont les apparences Traide Bellairétoit entré dans quelque
téavec nos Generaux ou nos Miniftres,
avoir d'execution 5 ce qni
qui ne put de s'enfuir, & de fe fanver en
l'obligea odil fut fait d'un plein faut CaFrance, de Vaiffeau. Il fervit en cette
pitaine dans l'armée Navale qui prit la
qualité Flotte de Smirne au mois de Juin 1693.
commadée par
il étoit rdel'Avantgarde
ce
le fieur de Gabaret; & voyant que l'éCheffailoit une contre-matche
au lieu de
fer
loignoit des ennemis
an
fur
oORc
procher, il porta
cux, prit étoit trèsfeau de quarante canons > qui
fa
riche, & n'oublia pas de prendre
le
en
PRTE
du butin, fans attendre en qu'on ufa bien avec
partage. Il eft vrai qu'il
eut
fes Officiers, & que fon Equipage mais la Cour
fujet d'èrre content de lui,
la
ne le fut point du tout: On approuva n'eur
prife du Vaiffeau, mais on
garde
le pillage; de forte qu'il
d'approuver
Kv
quarante canons > qui
fa
riche, & n'oublia pas de prendre
le
en
PRTE
du butin, fans attendre en qu'on ufa bien avec
partage. Il eft vrai qu'il
eut
fes Officiers, & que fon Equipage mais la Cour
fujet d'èrre content de lui,
la
ne le fut point du tout: On approuva n'eur
prife du Vaiffeau, mais on
garde
le pillage; de forte qu'il
d'approuver
Kv --- Page 256 ---
AHX
1700, fur interdit, Mansnerigyeger & demeura
IRes
dans cet état; à la fin ilfut pendant rétabli, un an
fervit encore quelques années, Ildeman- &
da le Gouvernement de la Grenade,
étoit vacquant par la mort du ficur qui
&c l'obtint. Il me reçut fort
bien, & s'informa beancoup du
de
mon voyage, je lui en dis allez peu, fujet &
feulement ce que je jugeai à
:
après un entretien de près d'une propos
il m'offrit fa table & fa maifon heure,
dant que je ferois dans PIle, & s m'o- penbligea failoit. d'accepter l'honnèteré qu'il me
Je fus fur les huit heures voir le
Pere Capucin qui deffervoit la
il étoit fcul alois, il me fit beancoup Paroifle, de
civilitez, mais il étoit fort
de
ma venué:i il crut quej'avois intrigué des ordres
de la Cour,
reprendre notre ancienne Emmabten fpirituelle, il me dit
fader fa
féc, & me témoigna que cela lui
de
plaifir;) je ne fçai s'ille difoit tout
ben, ou s'il prétendoit s'éclaircir de
mes deffeins par cette confidence affectéc,jele payai del la même monnoye, &
après bicn des complimens je le laiflai
auffi fçavant comme il étoit avant
fulfe entré chez lui. Je dis la Melle que je
aprèsquoije retournai chez le Gouver- s
neur ou je dinai, Je paflaile refte du --- Page 257 ---
Frangoifes de PAmérigne. 227
à m'entrerenir avec lui, & à me 1709.
jour
aux environs de la Forterelle
promener
& du Bourg.
ce tems-là trèsCe petit Forrétoiten ili n'avoit de confidérable
peu de chofe,
éroit en bon ait, 3
que fa fituation, , quil
foit
belle, & allez bonne, quoiquelle eft
commandée par une hauteur quien cens
éloignée d'environ trois à
fonds
eft
netere
pas, & quien féparée par Le front
ou ravines allez confidérables.
Eft,
de la Fortereffe eft du côté duNord
il peur y avoir environ quarante-cinq des deux
toifes d'une pointe à l'antre
avec un Defcriga
demis Baftions
compofent fans chemin cou- tion FOSC dw
méchant perit
EE
palillades sni glacis; le refte del'envert,P étoit des angles rentrans &c failceinte
de demi Baftion du
lans, avec une elpece où il avoit une
côté du motrillage 2
y très-mal
batterie de fix canons, le tout
de
entretenu. Il y avoit une garnifon
trente-cinq à quarante Soldats, détachée repré- de la
fentans une Compagnic dans des kutMarine. Ils étoient logez
du
la plàpart aux murailles
tes appuyées Officiers 8 même le GouFort, leurs
2 & fort
verneur éroientallez hauteur petirement, fur laquelle ce
mal logez. La
de tous côtez,
Fort eft bâti eft efcarpéc
Kvj
entretenu. Il y avoit une garnifon
trente-cinq à quarante Soldats, détachée repré- de la
fentans une Compagnic dans des kutMarine. Ils étoient logez
du
la plàpart aux murailles
tes appuyées Officiers 8 même le GouFort, leurs
2 & fort
verneur éroientallez hauteur petirement, fur laquelle ce
mal logez. La
de tous côtez,
Fort eft bâti eft efcarpéc
Kvj --- Page 258 ---
228 Nomeaux
1700. excepté de celui Yoyages du
Aut Hes
a une affez bonne Nord-Eft, où ily
mine à un
explanade, quife terune hauteur ravinage où cit au delà duquel eft
maifon du Curé, placée T'Eglile & la
commençoir à barir près de laguelle on
maifons de l'ancien ou à tran(porter les
entre un Etang d'eau Bourg, faumatre qui étoit
le mache, comme on dit dans le ou faucarenage, Il feroit facile pais, &
cet Etang à la mer
de joindre
plus bas que la mer par un follé, , il eft
en forte
> &
où les que ce feroit un Ballin tres-profond, naturel
Vailleaux feroient dans
re stireré. Tous les environs une entiedu Cul-de-Sac font fort
du Port &
vrai que les mornes
hachez, il eft
hauts, mais en
ne font pas fort
près les uns des récompenfe il font fort
entr'cux
de autres, & ne laiffent
Pais ne AME très-petits valons. Ce
fait delindigo.dat pas d'ètte cultivé, On y
y éleve desbeftiaux rabac, du roucou, on
recticille
& des volailles; on
de forte quantité de mil & de
ransde la qu'on peut dire que les Habi- pois 3
Grenade fontdes
auffi en ont-ils routesles pailansaifez,
quil ait d'apparence manieres, fans
gent * tôt : c'eft un malheur qu'ils les chanque les Habitans de Saint pour eux
Chriltophe --- Page 259 ---
Françoifes de PAmbrique. 229
ne fe foient pas retirez chez cux après 170G.
leur déroute, ils les auroient décraflez,
& leur auroient fait prendre des airs
civils & polis, en leur apprenant à cultiver leurs terres, & à en tirer beaucoup
plus qu'ils n'en tirent. C'eft peut- ètre
une des raifons
laquelle on fait
tranfporter le Lton auprès du Fort ;
on a crâi que le voilinage du Gouverneur & de l'Etat Major les civiliferoit :
car il n'eft
pollible qu'on ait eu en
vûë de NLIERE peu de Commerce qui
fe fait en cette Ie infiniment plus difticile qu'il n'étoit lorfque le Bourg étoit
dans fa premiere fituation. Ou a-t-on
voulu dégoliterles Marchands
roient s'y aller établir, &
cermSarDE
tains Officiers, dont les maifons étoient
des Boutiques afforties de ce qui étoit
néceflaire aux Habitans, où il falloit fe
pourvoir fion vouloit vivre en paix. Car
de dire quel les maifonsdes Habitans, &
les Barques moiiillées dans le carenage
être plus facilementi infaltées &
peuvent pillées parles ennemisque dans l'endroit
oir on commence le nouveaut Bourg, 8c
dans le fond de P'Acul, oit les Barques
vont à préfent moiiller, c'eft vouloir
éviter uninconvenient rare &cincertain,
par un autre qui arrive tous les jours-
pourvoir fion vouloit vivre en paix. Car
de dire quel les maifonsdes Habitans, &
les Barques moiiillées dans le carenage
être plus facilementi infaltées &
peuvent pillées parles ennemisque dans l'endroit
oir on commence le nouveaut Bourg, 8c
dans le fond de P'Acul, oit les Barques
vont à préfent moiiller, c'eft vouloir
éviter uninconvenient rare &cincertain,
par un autre qui arrive tous les jours- --- Page 260 ---
2j0 Nowoeans)
1700, D'ailleurs rien n'eft Pajager Anx IRes
mettre le
& plus facile que de
té,iln n'y carenage a qu'i faire -
le Bourg en siireme en forme de Redoute une batterie far la ferla plus avancéc, qui ferme le
pointe
ou même far les hauts fonds carenage, les
voifins de Chenal,
plus
n'a gueres plus de foixante qui en cet endroit,
geur, elle en défendra l'entrée toiles de larmieux que le Fort. J'ai
millefois fur
Plan que je donne du Port, marqué le lieu le
m'a femblé le plus
doute :
propre pour cette
a
n'y ait je m'éronne que M. de Cailus
ler au pas penfé quand ila fait travailici le Plan. nouveau Si la Fort, dont on trouvera
auffi sûr, aufli Barbade avoit un Port
& aufli aifé à grand, aufli commode,
que ce feroit une fortificr, on pourroit dire
Anglois
Mleincomparable; les
profiter de fçavent leurs bien mieux
nous
nade leur
avantages, & * Greappartenoit, il y a long-tems
fcroit qu'elle auroit changé de face, &
une Colonie riche &
qu'elle
au lieu que nous n'avonsjulqu'a puillanre ;
profité d'aucun des
préfent
peut tirer, & que depuis avantages tant qu'on en
le pais eft encure délert, mal d'années
fans commodirez, fans
peuplé >
vre, les maifons, ou plutôcles commerce, cabannes pau- --- Page 261 ---
Frangoifes de LAmérigne. 231--
mal bâties, encore plus mal meublées, 1700.
en un mor, prefque comme il étoit lorfque M. du Parquet l'acheta des Sauvages. On voit aflez par la peinture que
jen fais, que fortant de la Barbade, je
n'avois garde de me plaire dans un lieu
fi trifte : je commençai en effet à m'y
ennuyer, avant d'avoir mis pied à terre; ;
le
de forte qu'il ne fut pasi nécellaire
de la
me
terte
maitre
Barque
prellât
miner les affaires pour lefquelles j'étois
venu. M. de Bellair me prèta un cheval le
Lundi matin 19. & me donna un Soldat
pour m'accomppagner à I'Habitation que
leComted de Cerillac a donnécanosMic
fions, qui étant une réferve qu'il I s'étoit
faite pat fon Contrat de vente, ne pouvoit pas être fujete à la loi génerale des
réunions au Domaine du Roi des terres
qui étant obtenués par les voyes ordinaires n'ont pas été défrichées dans le
tems marqué par la conceflion.
Fond
On lappelle le Fond du Grand Pau- du Lc grand
vre. Je ne me fais pas mis en peine de Pauvie.
trouver l'érimologie de ce nom. Ce terrain eftàl la bande de TOueft, environ
à quatre lieués du Fort, en allant aut
Nord. Ila plus de mille pas de large, &c
fa longucur depuis le bord de la mer
obtenués par les voyes ordinaires n'ont pas été défrichées dans le
tems marqué par la conceflion.
Fond
On lappelle le Fond du Grand Pau- du Lc grand
vre. Je ne me fais pas mis en peine de Pauvie.
trouver l'érimologie de ce nom. Ce terrain eftàl la bande de TOueft, environ
à quatre lieués du Fort, en allant aut
Nord. Ila plus de mille pas de large, &c
fa longucur depuis le bord de la mer --- Page 262 ---
i700. n'eltbornée igi Nonveanx Yoyages AHN Mes
que parle fominer desmort:
Cabefterre tagnes, qui iéparent la Balleterre de la
$ & comme cet
ou Oueft eft un des plus
endroit de
Eft
notre Habitation eft d'une larges
lille,
confiderable. Je trouvai un Carbet grandeur de
Caraibes
s'y étoient venus
& je fçis - y en avoit nicher,
d'aurres qu'on fouffroit à la beancoup
pour quelque petit
Cabelterre, la
lonie en retire: il me
que Coque cette
pourtant
aetcaol
politique eft
car qui empèchera ces gens-là très-mauvaile: de fe
volter contre les François, & de
rémencer leurs anciens matfacres recomvoudralesf faire décamper des lieux quand on
occupent. Ils font plus en état de qu'ils
tenir tête qu'ils ne l'étoient
nous
notre Colonie eft plus foible, autrefois >
vent recevoir de" puillans fecours &cils Ros
Négres les
fugitifs quife font établis avec
Sauvages de l'Ile Saint Vincent
qui multipliant beaucoup feront un jour y
obligez de chercher de nouvelles terres
pour fublifter.
Outre ce Carber , je trouvai
autres maifons de François, qui avoient trois
défriché quelques morceaux de notre
terrain. Ils m'offirent de fe retirer dès
que nous voudrions nous y placer coni- --- Page 263 ---
Frangoifes de Ambrigne. 133 1
me ils croyoient que nous allions fatre.1700. fis
Jc n'eus garde de les détromper, falloit je fairé
au contraire tout cC quil vifitai le terpour le leur perfuader; je
bâtir la
rain, marquai l'endroit pour
EE & y faire un Moulin à eau 5
je parlai à des Ouvriers, pour me préparer) les bois; en un mot, je pris toutes
les mefures nécellaires pour conferver
notie terre dans fon entier, empècher
qu'on n'empiétit fur nous, & engager à
doucement ceux quis'y étoicnt logez
chercher une autre demeure, ce qui n'é
toit pas difficile dans un pais auffi vafte,
& aufli mal peuplé que celui-là. Je couchai chez un de cesHabitans, qui me fit
bonne chere en gibier, & en poiffon I s
calfave fraiche, ouicou & cau-de-vie $
bien entendu que c'étoit de celle
avec
Ma
j'avois fait apporter
quelques
teilles de vin de Madere. La riviere qui
palle prefque au milieu de notre terrain
porte) le mème nom; elle eft affez grande
& fort poillonneule : elle abonde fur
tout en anguilles, en mulets & en écrevifles. Je chaflai le Mardi toute la matinée en me promenant, & en examinant
notre terrain. Les perdrix,1 les ramiers,
les ortolans, les grives, les
& les
y font en
m
periques
quelques
teilles de vin de Madere. La riviere qui
palle prefque au milieu de notre terrain
porte) le mème nom; elle eft affez grande
& fort poillonneule : elle abonde fur
tout en anguilles, en mulets & en écrevifles. Je chaflai le Mardi toute la matinée en me promenant, & en examinant
notre terrain. Les perdrix,1 les ramiers,
les ortolans, les grives, les
& les
y font en
m
periques --- Page 264 ---
234 Nowveaux Yojages anx
1700. marque ceitaine
Ifles
monde dans le quil n'y a pas grand
profcai del'occafion. pais. En attendant je
Tatous ou
Nous ruâmesdeux
Armadilles,&c un
une forife que j'avois entendu Agouti.C'eft débiter
plus d'une foisquelesécailles desTarous
réfiflent lc
au plomb dont on fe fert
ramicr, Je fuis convaincu du contrai- pour
rc : carj'en tirai un d'allez loin,
ne
Iaiffai pas delui brifer une épaule. &je
rois sbien voulu voiruns manitou
Jaufom, qui eft un animal allez extraordi- ouopac
naire, double par une efpece de poche, ou de
ventre, otil porte fesp
nous n'en trouvâmes point. Je petits,mais
en dire ici ce quej'en ai appris pourrois des Habitans de la Grenade, ou ce que j'en ai
la,mais je n'aime pasàcopierles autres,
Je parris du Fond du Grand Pauvre fur
lcs quatre heures du foir, & j'arrivai au
Fort fur les fept heures. Il eft certain,
que ce pais eft très-bon, & produiroit
beauroup s'il étoit peuplé, & cultivé;
la terre eft bonne, arrofée de
de rivicres; ; on la trouve plus beaucoup unie, &
plus belle à mefure qu'on s'éloigne du
Fort. Les chemins étoient paffables, &
feroient très- bons & très - commodes
toutes fortes de voitures dès
Lar en état d'y travailler
qu'on
un peu. On --- Page 265 ---
Frangoifes de PAmirique.
trouvera encore moinsdet
tost.ills
dit être un
àla Cabefterre > qu'on commode. Je n'y e
plus uni & plus
point été.
21. je ne fortis de la
Le Mereredi
al'er dire la Meffe
Forterelle, que jérois pour farigué des deux
à la Paroille,
de
jouts précedens. Je me cxàéte difpenferai de cette
faire une defcription dire, c'eft qu'elle
Eglifesce quej'en puis ni belle, ni bien bân'éroit ni grande, voili fon portait en ratic, ni ptopre,
courci.
Je fus le Jeudi voir une petite l'ancien place
nous avons au-deffus 'de
Bourg, que
Onen a donnéla jotiffance à un
Habirant qui me reçàt très-bien, me
donna des avis pour l'établiffement
croyoit que nous allions faire au
qu'on Fond du Grand Pauvre 2 & m'affàra
ne tiendroit qu'i nous d'avoir la
qu'il
Capucins deffervoient.I1
Paroille queles les Habitans 8c le Gouverme dit n'en que étoient pas contens , 8i que
neur
que nous vouluflions nous repuur peu rousles Habitanssumiroient) pour
muer, demander notre rappel. Jele remerciai
de fes bons avis, & je le priai de nous
ménager desamis, & je lui offris tout ce
qui dépendroit de notre Miflion.
d'avoir la
qu'il
Capucins deffervoient.I1
Paroille queles les Habitans 8c le Gouverme dit n'en que étoient pas contens , 8i que
neur
que nous vouluflions nous repuur peu rousles Habitanssumiroient) pour
muer, demander notre rappel. Jele remerciai
de fes bons avis, & je le priai de nous
ménager desamis, & je lui offris tout ce
qui dépendroit de notre Miflion. --- Page 266 ---
236 Nowveanx Toyager AMX
1700.
Le Maître de la
ifes
avertir le foir qu'il étoit Barque me vint
à la voile. Il avoit chargé prèt de de méttre
du tabac, du coton, & des lindigo,
âvoit déchargé ce qu'il avoir légumes, &
Gouverneur, & quelques
pour le
Le Gouverneur qui n'avoit particuliers.
fes dépêches l'arrêra, & fut canfe pas achevé
couchai encore à terre:
queje
CHAPITRE XIIL
LAaicur part de la
des
de Begusia, Saint Grovale,
Mfles
Alonfies
Vincent, G Sainie
E Vendredi 23
L barquai fur les Septembreje m'emtin, & auffi-tôr
fept heures du maJéroiscontent nous mimes àla voile.
d'avoir affezbien
ma commiflion, 8 encore plus de executé m'en
retourner. Ilfait pourtant avoûer
Grenade feroit un
la
Fiévtcs étoit
féjotr agréable, elle
de la
Re
Grenade défaut peuplée & cultivée : c'efà CC feul
fiévres qu'on doit attribuer certaines
font qui . portentle nom
&
delile.qui
opinitres. qui dégenerenr
quefois en hydropifie : car les eaux quel font
excellentes, la viande très-bonno, les --- Page 267 ---
Frangoifes de PAmerigue. 237
tendres, & délicates, 1709,
volailles galles,
les lalegibier en quantité, > les tortuès, toutes les efmantins, & géneralement S'imaginer
peces de poillons qu'on & peur
manfont en abondance; ; lorfqu'il
y
chofe dans l'ife, elle eft
que quelque de quantité d Iles, quifont
environnée autant de réfervoirs, ou en tout
comme tems on eft sûr de trouver tout ce qu'on délicherche ; en un mor,la yic y eft
cieufe.
bonne
de ces
Nous vimes une
Grenadins; partie nous
Ifles, qu'on appelleles d'affez près, mais nousn'y
lesrangeames moiillanues point, & ne minies point
nous n'y avions que
à
parceque appelle Cariacou, a
faire. eelr qu'on
dit,
un Port excellent à ce qu'on donne
à
on
EE
grand de tous qui
le plus au
lieuës de ciconference,et voifin de Saint VinNord, & le plus
On l'appelle Bequia,
cent, on le nomme Bequia.
à caufe 3 tite ou ia Mar- pe.
aufli la petite Martinique 2 il nourrit tinique.
qu'anfi-bien que cette ifle,
- On
quantiré de viperes très dangereux. lapetite
auroit dû le nommer également lui reflemble
Sainte Aloufie, puifqril inauvais endroit, Car
aufli par le même dans toures les Anpous ne connoiffons trois endroits oi ily alt
tilles que CCS
,
cent, on le nomme Bequia.
à caufe 3 tite ou ia Mar- pe.
aufli la petite Martinique 2 il nourrit tinique.
qu'anfi-bien que cette ifle,
- On
quantiré de viperes très dangereux. lapetite
auroit dû le nommer également lui reflemble
Sainte Aloufie, puifqril inauvais endroit, Car
aufli par le même dans toures les Anpous ne connoiffons trois endroits oi ily alt
tilles que CCS --- Page 268 ---
238 Nowveaux Froyages aux
E700. de ces méchans animaux. On Hles voit des
couleuvres, qu'on appelle covrelfes dans
le pais, mais elles ne font point venimeufes; elles font même très utiles, en
ce qu'elles font la guerre aux rats, & en
détraifent bien plus que les chats, aufli
fc garde-r'on bien de leur faire du mal.
Il y a àla Dominique des (erpens trèsgros qu'onappelle têtes de chien,
qu'ils ont la tète
parceronde; ils n'ont grofle de > courte , &
la
point
venin, ils font
guerre aux rats & aux poules. Leur
graille eft excellente pour les douleurs
des jointures de quelques caufes qu'elles
puiflent venir; on s'en fert auffi pour la
goutte > dont elie appaife les douleurs.
J'en ai parlé dans un autre endroit,
Nous motillâmes à Saint Vincent le
Samedi 24 Septembre far le midi. Cette Ille paroit avoir 18 à 20 lieués de
tour , elle eft par les 13 degrez de latitude Nord. Son afpedt n'a rien que de
fauvage & de défagréable. Elle eft fort
hachée , pleine de hautes
couvertes de bois. On voitil montagnes, la veritéde
petits valons ou il y a des défrichez de
JAe des peu d'étenduë au tour des rivieres qui
Sauvages font en bon nombre. C'eft-là le centre y
Saine appellée de la République Caraibe : c'eft l'enVincenr, droit où les Sauvages font en plus grand --- Page 269 ---
Françoifes de PAmbrigne. 239 1700
nombre, la Dominique n'en approche ife eit
Outre les Sauvages, cette
pas.
d'un ties-grand nombre
encore peuplée
pour la plâpart del la
de Négres fugirifs, étant au Vent de Saint
Barbade , qui
tourela com
Vincent donne aux fuyards desHabitamodité
de fe fauver
tions rta leurs maitres dans des canots de fe
ou far des piperis ou radeaux, Caraibes &
retirer parmi les Sauvages,1 à leurs les maitres
les ramenoient autrefois avec cux, ou
lorfqu'ils étoient en paix
ou
bien ils les portoient aux François,
ils les vendoient.
aux Elpogncl.. qui raifonils ont chan- Négras
Je ne Içai par quelle
les fugmufs retirez à
géder méchode, & ce quilesaporezill à les
Saint
recevoir parmi eux, &c
regarder Vincents
comme ne faifant tqu'un même très-fort, peuple.1ls &
s'en repentent à préfent le nombre des
très-inurilement : car
Négress'elt tellement accru, ou par ceux
quiles font venus joindre de la Barbade,
ou qui font nez dans le pais, qu'il furde beaucoup celui des Caraibes, s
palfte de forte qu'ils les ont contraints de
l'Ife avec eux, & de leur ceder lris
tager Cabefterre. Mais ce n'eft pas encore cela
qui chagrine le plus les Sauvages, temmes c'eft
lenlevement fréquent de leurs
?
& de leurs filles, dont les Négres fe faie
'elt tellement accru, ou par ceux
quiles font venus joindre de la Barbade,
ou qui font nez dans le pais, qu'il furde beaucoup celui des Caraibes, s
palfte de forte qu'ils les ont contraints de
l'Ife avec eux, & de leur ceder lris
tager Cabefterre. Mais ce n'eft pas encore cela
qui chagrine le plus les Sauvages, temmes c'eft
lenlevement fréquent de leurs
?
& de leurs filles, dont les Négres fe faie --- Page 270 ---
240 Nowveanx
1700, fiflent quand ils en Froyager ont anx Ifes
n'eft pas poflible de retirer befoin, & qu'il
mains, parce qu'étant plus braves, de leurs
grand nombre, ils fe
& en
9 les
mocquent des
C
geront peut être maltrajtent, un jour
& les obliun autre lfle, fi tant eft d'allerchercher
bien leur laiffer la liberté, qu'ils veulent
re pas travailler
,& ne les faiefclaves,ce
pour eux comme leurs
il femble quils qui le pourreit bien arriver 5
en ont peur. Ils
prévoyent, & qu'ils
les ourrages des omentinpsiendent
hautement de leur Négres s ils fe plaignene
citent fouvent les ingraricude, & folliglois de les délivrer François de
& les Ances Hôtes dangereux > mais ils n'ont ofé
fent
les armes, & fe jufqu'à joindic pré-
,
ayant autant
aux
Ep
qu'eux, de t cet afile de d'intérèt leurs
claves fugitifs les auroient
cf.
aidez à fc délivrer de ces mauvais puilfamment
fins.
voiJ'ai fouvent entendu
affaire 5 on a fouvent fait parler des de cette
d'armemens. pouraller enlever ces projers
gres, & les porter vendre aux
Né
pour leurs mines : car il ne feroir E/pagnols
propos desen fervir aux Ifles du pas à
on filqueroit de les perdre bien-tôr Vent,
par
une --- Page 271 ---
Evangoifes de LAmbrigne. 241 1700.
nouvelle fuite, & de les voir déune baucher ceux dont on fe fert actuelleêtre à
ment, & qui ne penfent
trouver
de
EaRte
fe fauver, faute
ROLET
une retraite. l'année derniere 1719. les CaEnfin
renouvellél leurs plaintes, &c
raibes ayant de fe joindre aux François, M.
promjs Ic Chevalier de Feuquieres General des
Ifles propofa l'affaire dans un Confeil,
oiflon dit qu'elle fut agréée plirôt par
refpedt pour celui qui la propoloit heureux
d'un
Rtc
aucune fieurs efpérance Poulain de Guerville MaEet Les
& du Buc Lieujor de la Martinique, des Milices de la Catenant Colonel
delever des gens
befterre, fe chargerent qu'ils devoient com- des Attaque Né,
de bonne volonté,
Ils cruMamander pour cette hommes expédition. fuffiroient,tams, gres de
rent que cinq cens
Barques rem- Saint Vincex'.
& partirent dans plufieurs comptoient
plis d'efperance, parce diverhion qu'ils
les Saufur une paillante faire, & qui que étoit abfovages devoient nécelfaire 5 mais ceux-ci fc tinlument
jeu tranrent en arepos,iiss fans regarderentlej s'en mèler, & quoique
quillement fàt autant
leur avantage que
ce le nôtre pour avoit fait cette enpour treprile, ils ne Ei donnerent pas le moine
Tome VI.
L
plufieurs comptoient
plis d'efperance, parce diverhion qu'ils
les Saufur une paillante faire, & qui que étoit abfovages devoient nécelfaire 5 mais ceux-ci fc tinlument
jeu tranrent en arepos,iiss fans regarderentlej s'en mèler, & quoique
quillement fàt autant
leur avantage que
ce le nôtre pour avoit fait cette enpour treprile, ils ne Ei donnerent pas le moine
Tome VI.
L --- Page 272 ---
1700. 242 Nomrveanx Voyages anx Ifes
-Nous mimes
échotia,
NLCEEIESESAL
gres fe retirerent TrOS' gens'à terre, les Nédans les'endroitsl dansles monmagnes,e
ils ne fortoient les plus difficiles, d'oi
tre en embulcade, quela nuit, , pour fc met-
&
gens. Cette' maniere farprendre nos
re la guerre leur réuflit impertinente de faipas un d'euxnefir pris, ils parfaigemnent, nous
bien 'du monde, & entr'sutres tuerent
Poulain, de forte qu'on vit bien le ficur
falloit bien plus de gens
qu'il
toit d'abord imagine qu'on nc feléde cette entreprile. Ori pour venir à bout
Martinique
écrivit donc à la
Manvais comme
pour avoir du
&c
fiuccès
fecours,
de
perfonne ne fe
l'entre- qu'on devoit forcer préfenta, on crut
piiie, quifont dans l'Ifle en aflez les Négres bon libres,
d'aller à cette
nombre,
fuferent
expédition, mais ils le reen état ou abfolumenr, en
& on ne fe crut pas
dre;
pouvoir de lesy contraincepenidant le flux de fang fe
parmi nos géns, & obligea le fieur L
mit
Buc de faire
du
& de's'en revenir, rembarquer fon monde,
Heureux
cette entreprife mal concertée encore a
pas une gucrre avec cesNégres n'attire
& cruelle, & gui peur être
longue,
cieufe à la Colonic de' la Grenade, trèsperniFncore plus à celle quel'on
&c
recommen- --- Page 273 ---
Frargoifes de TAmbrigut. 245
d'établir à Sainte Aloulie.
1700.
ce
fi les Sauvages
Il eft certain armes 2 que contre les Negres,
lavoient pris les
fans rellource 5
ceux-ci éroient perdus mélez avec quelparceque les Caraibes les auroient atraquez
ques François auroiententevelest riebat
les montagnes, quiy étoient retirez,8
mes & lesenfans
le centie de
obligé les hommesaquitter hauteurs dont on fe feroit
lide & les
les auroit mis
d'abord emparé, armées, ce qui & oblige de fe
entre les deux de fc faire tous égorger. Ce
rendre, ou
en cette occafion
s'eft palfé
à ne pas faire EFE
# à nos François
fans
mENe
reilles tentatives , fans prendre avoir allez de
leurs mefutres > 8c
desCaraibes.
gens pourfep pouvoir Barque palfer fut moiillée,
A peine norre de Caraibes &c de
qu'elle fut remplie venoient nous voit, & nous
Négres, qui de l'Eau-de vie. Tous ces
demander étoient rocouez, celt-adire,
Meflieurs
une
bande
peints de rouge,avec
petite moinslaplade toile fur leurs parties,du uniforme n'empart. Cet habillement diftingue aifément
pèche Caraibes pas qu'on-ne des Négres, > ces derniers
les les cheveux crelpus & fins comme
ont de la laine, au lieu que les Caraibes les
Lij
nous
Négres, qui de l'Eau-de vie. Tous ces
demander étoient rocouez, celt-adire,
Meflieurs
une
bande
peints de rouge,avec
petite moinslaplade toile fur leurs parties,du uniforme n'empart. Cet habillement diftingue aifément
pèche Caraibes pas qu'on-ne des Négres, > ces derniers
les les cheveux crelpus & fins comme
ont de la laine, au lieu que les Caraibes les
Lij --- Page 274 ---
244 Nowveaux
1700, ont noirs,
Froyager aux ifles
mais
longs 3 droits, & fort
quand cette marque
gros ;
comme il arriveroit s'ils avoient manqueroit
tête rafée, il feroit encore
tous la
les connoitre à leurs airs det très-facile tête,
de
yeux, leurs bouches & leur
à leurs
étant très- differens les uns des corpalence,
tous ces endroits-là.
autres par
lcBreron Lel Pere Je defcendis à tetre
voir
Jéfuite le Breton Jéfuite,
pour
le Pere
Miffionbien
qui y fait la
naire à depuis
des années, &
Miffion
S. Vin. ment. Il étoit feul
bien inutilecent, qu'iln'avoit point de alors, c'eft-a-dire,
car d'ordinaire il y a Religieux un Frere aveclui:
teur. Iln'avoit
CoadjuFrançois, & deux pour jeunes compagnie qu'un
le fervir, toujours à la veille Négres d'ètre
facré par les Caraibes,
Rour
plafieurs autres de fes comme l'ont été
les Sauvagesfont
Confreres, quand
ginent que c'eft la yvres demeurc > ou quilssimalionnaire
d'un Mif
parmi eux quiles rend malades, ou
empêche
heureux # chaile
qu'ils ne foient
ou à la
paffai trois ou quatre heures pèche. Je
on
avec lui;
déchangea pendant ce tems-là
ques provilions que fes Superieurs quel- lni
envoyoient, qu'il faut
foin pour les dérober à qu'il' la cache avec
dcs Sauvages, qui font connoiffance
importuns juf --- Page 275 ---
Françoifes de PAmerigne.
l'excès, pour avoir ce qu'ils t 1700.
qu'à vent être chezleur pere, fur tout quand
c'eft du vin ou de l'eaude.vie. Tout le
les Miflionnaires ont fait
progrès préfent que chez ces Sauvages a été
jufqu'i
enfans,
étoient
de batifer quelques
qui les adulàl l'article de la mort : car
tes on a été
tant
fois
REt
y
trompé
à
ne
BE
ne s'y fie plus, moins quils
&
ptèts à rendre les derniers foupirs,
l'on ait des raifons très-fortes
c'eft avec
LERE
R perfuadé que
Ce bon
qu'ils demandent le Batème.
Pere et bien voulu quejeluielle tenu
compagnie pendant quelques jours: bien car
en verité, fa vie étoit bien trifte,
dure, & plus digne d'admiration 2 que
d'imitation. C'étoit un homme d'elprit,
habile dans les Machemariques 2 extrèmement
& fortzelé pour la gloire de DESTa & le falut de ces pauvres
Barbares. Je m'embarquai fur les fept
heures du foir, il vint me conduire à
bord, où je lui donnai à fouper, nous
mimes à la voile environ à minuit.
On compte dix lieués del'endroit 'où
nous avions moiillé à la Balleterre de
Saint Vincent à la riviere des Rofeaux s
quieft environ au milieu de la Balleterre
del'lfle de Sainte Aloufie.Nousy, moiilL 11j
bares. Je m'embarquai fur les fept
heures du foir, il vint me conduire à
bord, où je lui donnai à fouper, nous
mimes à la voile environ à minuit.
On compte dix lieués del'endroit 'où
nous avions moiillé à la Balleterre de
Saint Vincent à la riviere des Rofeaux s
quieft environ au milieu de la Balleterre
del'lfle de Sainte Aloufie.Nousy, moiilL 11j --- Page 276 ---
246 Nouveaux
Anx
1700. lames fur les cingheuresd Fayages du
Ifer
que cette Ie ne foit
matin. QuoiCaraibes, elle n'a pas l'air habitée par des
pas
moins fauvage. Ellen'avoit alors pour
des gens de la
Habitansque
noient faire des Maitinique, , qui y veplanches
canots, des ma riers &c.
d'acajou, & des bois de charpente. Les Bourgeois ou
de notre Barque y avoient Pioprieraires un Attelier
de quelques Charpentiers & Scieus de.
Iong; c'éroit pour leur porter des
vilionsqienonsy y étions venus, 8c proprendre en même-tems les bois qui pour fe
trouveroient prêts à être embarquez.
Cette Ifle avoit été habitéc par les
François dès l'année
Erabiif. quet
1640. M. du Parfement
Seigneur &c Proprietaire de laMard:sFian. tinique en prit polfeffion
gois à cette année,
vers la fin de
Sainte
comme d'une terre inhaAloufe, birée, qui PRr conféquent étoit au
mier occupant. Lcs Sauvages de Saint preVincent & des autres Ifles n'y venoient
que dansles tems de la
des tortuès,
& n'y avoient ni cinfense 2
11 n'y mit d'abord
défrichez,
mes fous la conduire que du fieur quarante de Rouffe- homlan, Officier de valeur & de conduite,
qui avoit donné fon nom à la riviere 9
paffe au Fort Saint Pierre, à caufe qui
fon Habitation étoit fur cette riviere. que Il --- Page 277 ---
Frangoifes de LAmérique: 247
avoit
une femme Carabe, cequi 1700:
le RS aimer des Sauvages, quile rcgardoient prefque comme un de leurs
compatriores. La bonneinselligence qui
étoit entr'eux & le fieur de Roullelan
n'empècha pas, M. du Parquet de prendre les précautioas nécellaires dètre pour infol- empècher fa nonvelle Colonie
ces Bartée, &
dérruite Bar extrèmcbares, qui REEA dunchumeur
ment changeantes & ne voyant
des
LIRSEER
dépit l'érabiflement
Faangois
leur paiso avoient befoindetre retenus,
dans le refpect, & que leur bonne volonté apparente fit fixée par faire.C'elk quelque
chofe quil lenmptchardemnl une: maifon,
il fc confiruire
Da envitonnée d'une. bonne double.
palillade, avec unfollé; il,la nunir de
canons,
& d'auees armess,
& la mit TIra en
de réfifter non-feule- fanment aux Sauvages s'illeur prenoit mais mètailie delesvouloit inquiérer 3
me aux Européens qail voudroieat sly.
venir Ce établir. fur aux environs de cette maifon
qui étoit fituée auprèsda perit Cul de-.
Sac, & de la tiviere du Carenage qu'on.
commença un grand défriché, & qu'ont
planta des vivres & du tabac qui vint en
Liv
fifter non-feule- fanment aux Sauvages s'illeur prenoit mais mètailie delesvouloit inquiérer 3
me aux Européens qail voudroieat sly.
venir Ce établir. fur aux environs de cette maifon
qui étoit fituée auprèsda perit Cul de-.
Sac, & de la tiviere du Carenage qu'on.
commença un grand défriché, & qu'ont
planta des vivres & du tabac qui vint en
Liv --- Page 278 ---
1700. 248 Nonveaux Froyages AHX Ies
perfection, &c
des autres Ifles. quil'emportoit fur celui
Le fieur de Rouffelan
Colonie jufqu'en
gouverna cette
également regretté 1634. des qu'il mourut,
laimoient, & des François Sauvages, qui
conduits avec beaucoup de qu'il avoit
douceur. M. du
fageffe & de
de la Riviere Parquer lui nomma le ficur
qui étoit riche, pour voulur fucceder. Celui-ci
ration
faire une Habibonne particuliere, volonté
& fe confiant en la
moignoient que les Sanvages lui téil
quand ils le venoient voir,
négligea les précautions qu'il devoit
prendre cier
pour fa sûireté, Illaiffa un Ofiavec les Soldats dans la
&cs'alla érablir dans un lieu affez Fortereffe,
avec les gens qui éroientalui. éloigné
cilita aux Sauvages le
Cela faprendre dans fa maifon, moyen de le farcrer avec dix de fes
& del l'y maffamême année
gens vers la fin de la'
Le fieur 1654.
I
M. du Parquer, Hacquer, proche parent de
par les mêmes quilui fucceda fat tué
fucceffeur Sauvages le fieur le en 1656.11 eut
Eer d'une très-bonne
Breton Paribrave, mais qui étant famille, & fort
Ifles avoit porté les livrées venu engagé de aux
Géneral; cela fit que les Soldats M. de fa. le --- Page 279 ---
Françoifes de Ambrigne. 249
Garnifonl le mépriferent, & lui quiéroit 1700.
d'une humeurh hautaine & fiere,les ayant
maltraitez,ils fc révolterent, prirent les
armes, & l'auroient tué s'il ne fe fût
enfui & caché dans les bois, fans avoir
pi tirer aucun fecours des autres Habitans qui ne l'aimoient pas. Cependant d'une Barles révoltez s'étant emparez fc fauverent chez
quiétoit en Rade lui, il paffa à la
f Eipagnols ; pour
à M.
Martinique, & porta fes étoit plaintcs arrivé. Ce
du Parquet, de ce qui
les
Seigneur vit bien que l'averfion que
Habitans 8cles Soldats avoient pour lui,
venoit de l'état où ils l'avoient và, de
forte que fans rechercher les Auteurs de
ce foulevement , ni cetix qui auroient
pisy oppofer 2 - 2 il envoya pour Commandant un Officier nommé du Coutis,
auquel il donna environ quarante hommes, tant Habitans
Soldats > pour
garder le Fort. Le decr du Coutis fut
rappellé environ deux ans après, & le
fieur d'Aigremont Gentilhomme d'une
naiffance diftinguée, & tout plein de
mérite & de valeur , fut nommé Gouverneur à la fin de 1657.
A peine fut-il arrivé qu'il fut attaqué par 12 Anglois. Ils prétendoient
que cette lile leur appartenoir, parceL v
quel il donna environ quarante hommes, tant Habitans
Soldats > pour
garder le Fort. Le decr du Coutis fut
rappellé environ deux ans après, & le
fieur d'Aigremont Gentilhomme d'une
naiffance diftinguée, & tout plein de
mérite & de valeur , fut nommé Gouverneur à la fin de 1657.
A peine fut-il arrivé qu'il fut attaqué par 12 Anglois. Ils prétendoient
que cette lile leur appartenoir, parceL v --- Page 280 ---
250 Nowveaux Yoyages anx
1700, qu'ils
Ifles
nie difeientyavoir envoyé une Coloen 1637. quiy avoit fublifté pendant
près de dix huit mois, mais qui avoit été
entierement maffacréc par les Sauvages
au commencement de
eux n'annulloit point 1639.cequifelen le droit qu'ils
avoient far cettellle.Cette raifon auroit
été. bonne > fi la fuppofition avoit
été veritable ; mais rien n'étoit
éloigné de la verité. On.auroit pû lerr plus
répondre faire
qu'ils avoient tiop attendu à
valoir leur droit ; & que quand
même ils auroient eu une Colonie dans
cette Ille, ils étoient cenfezlavoir abandonnée tour à-fair, puifqu'ils avoient
negligé du
pendant vingt ans d'y envoyer
monde, ou qu'ayant fçà & vû
M. du Parquer Sy éroit érabli, ils de
voient faitaticune démarche
pofer, ni aucun actc fur les pours'yop- licux ou en
Europe, > pour conferver leur prétenda
droit. Que diroient-ils fi les François
alloient les chaffer à préfent de Madagafcar où ils fe font établis depuis
d'années? N'auroient-ils pas lieu de Aoe
que les François ont renoncé au droit
inconteftable qu'ils ont far cette Ifle,
par l'abandon qu'ils en ont fait depais
fant d'annécs ? Cette raifon ne laiferoit
pas d'avoir quelque apparence, au lieu --- Page 281 ---
Frangeifes de Amerigne, le
251 17001
qu'il ny en a aucune daus semparer prérexte de
guis eurent de vouloir fait dans laplus
Sainte Aloulic. Voicile a
cxacte veriré.
Tannée 1640.
Il eft conftant qu'avenr les Anglois n'avoient
ni lesl Frangoleeni Asetablit à Sainte Alonfie :
pas lcs uns fongé & les autres n'éroient gueres Ies en
état de fonget à s'étendte a
tousaliez hors des de pciqu'ilst habitoient, maintenir, ayant & à fe foutenir conne isy
auraques des Caraibes
tre les fréquentes
faiqui metroient tout en nfage de leur pourles pais. Ils
re perir, librement ou les challer les uns & les autres,
alloient celt-à-dire, les François & les Anglois, Ie
à Sainte Aloulie, comme en une tourner qui
n'avoit point de Maltre,
8c
ic temsde Finpe ponte,
des Torutsdans faire ds Canors, fans que pas
pour deux Nations y eût ni Gouverane
ni Colonie érablic.
neur, ni Forterelle,
Navire AnIl arriva en moiillé 1639. qu'un fous la Dominique
glois Pavillon ayant Frangois - , attira dans fon
avec bord par cette feinte plafieurs Caraibes, frent
qui étant en paix avec nous, &c d'y ne porter
di ficulté d'y entrer,,
accoûtuerte fruits, comme ils avoient trouvoient
mé de faire, quand ils nous Lvj
y eût ni Gouverane
ni Colonie érablic.
neur, ni Forterelle,
Navire AnIl arriva en moiillé 1639. qu'un fous la Dominique
glois Pavillon ayant Frangois - , attira dans fon
avec bord par cette feinte plafieurs Caraibes, frent
qui étant en paix avec nous, &c d'y ne porter
di ficulté d'y entrer,,
accoûtuerte fruits, comme ils avoient trouvoient
mé de faire, quand ils nous Lvj --- Page 282 ---
252 Nonvtanzx
170Q. fur leurs côtes. Mais MEr anx IRes
voulu enlever ceux qui étoient Anglois
Navire; tous
R.fone
fauverent, fejetrerent à la mer, & fc
mirent
excepté deux que ces
aux fers; & qu'ils vendirent Anglois. enfuite comme efclaves; Les-Caraibes
tez de cette perfidie, s'affemblerent irrigrand nombre, fiurprirent & maffacre- en
rentdes Angloisà lal Barbade, a'
où ils commençoient à
Antigues
d'autres
s'établir, & en
endroits; & s'étant
Jeur
féparez: après:
expedition, ceux de Saint Vincent
pafferent à Sainte Aloufie ens'en retournant chez eux, & trouvantquelques Anoccupez à la pêche de la
SC les maffacrerent,
Tortue,.
fait dans les autres endroits, commeils avoient.
même raifon, fans faire le mojndre & pour la:
aux François qui étoient au même tort:
Voilà le fait dans toute fa verité, & lieu:
défie les Anglois derien
on
traire. On laifle à
prouver au condes perfonnes defintereflées préfent au jugement:
les Anglois avoient
àd décider fi
cette Ifle.
quelque droit furCe fur pourtant fous le
le de cette prétendue
prétexte frivorent un armement poffellion qu'ils fiqu'ils vinrent
confiderable , &:
artaquer le fieur
mont. Quoique ce. Gouverneur d'Aigre- qui n'a- --- Page 283 ---
Frangoifes de PAmerigue. 253lieu de craindre cette attaque 1700:
voit pas cût été furpris, il ne fe per- Les An- atinopinée,
cela. Il raffembla au Mluselenu
dit pas pour Habitans & fes Soldats, fe pré- H
vite fes
&
aAlouie
fenta au bord de la mer > la cmpécha defcen- en 16;8.
pendant un tems confiderablel
Enfin forcé parleg grand
te des
fe retira dans fon Fort avec
nombre,
T'auANE
de fon monde, 2 laiffant
une partie
fous la conduite d'un de
tre au dehors
harceler les ennemis.
fes Officiers, dans pour les formes; les enne1 fut afliegé fait mettre du canon à terre >
mis ayant
donnerent plufieurs af-
& fait brèche,
beancoup de monfauts oi ils perdirentt le fieurd'Aigrede, au dernier defquels
avec une exmont elenroiliepeanies fait une fortie, & défaits Ils fone:
trème vigueur, , ayant ceux de fesgensquie lentiereayant éréfecondé par hors de la Forterelle, ment.
étoient demeurez enfemble fur les Anjls romberent tous fi vive,quils) les déd'une maniere
Bemts plate couture, & obligerentceux comme
qui échaperent à fe rembarquer laiffant leurs cails pirent, fans armes, leurs bleffez s
nons, leurs munitions > à la merci des
& quelques prifonniers
François.
tentative que les AnCeft l'anique
sétablirdans cette:
glois oat faite pour
elle, ment.
étoient demeurez enfemble fur les Anjls romberent tous fi vive,quils) les déd'une maniere
Bemts plate couture, & obligerentceux comme
qui échaperent à fe rembarquer laiffant leurs cails pirent, fans armes, leurs bleffez s
nons, leurs munitions > à la merci des
& quelques prifonniers
François.
tentative que les AnCeft l'anique
sétablirdans cette:
glois oat faite pour --- Page 284 ---
154 Nonveaux
anx
1700. Ifle pendant que M.
Ifes
vivant.
Parquet a
Tt
Le fieur
été
na en paix, &c d'Aigremontlag eut le plaifir de gouver- voir
Colonie s'augmenter
fa
mais ilromba à la fin confiderablements dans le même
convenient que
inmit aux Caraibes fesprédecefeurs d'entrer
:
ment, il alloit
chez luil
stce
eux:ils
même à la chaffe avec
prirent ce tems pour
un d'eux lui ayant donné un Yallafliners
couteau dansla poitrine. Ce coup de
riva en 1660. deux ans après malheur la mort ara
M. du Parquer.
de
M. de Vanderoque oncle &
des enfans de M. du Parquer, tuteur
Gouverneur de Sainte Aloufic nomma le
Eeur de la Lande,
étant
maladie
quiy
mort de
arrivé, il cinq ou fix mois après y être
Bonnard frere eut
fuccelfeur le fieur
EEN Madame du
Celui-ci ne permit plus aux
Parquet. de
mertre le pied dans fon Ille, Sauvages &
ainfi les malheurs qui étoient
évita
fes prédeceffeurs. Il
atrivez à
nie julques far la fin gouverna du mois fa Colo:
1664. que les Anglois firent iln corps d'Avril de
quatorze à quinze cens hommes
quels fejoignirent fix
> aufmandés par un nommé censSauvages Ouvernard comlatre, ou Pour parler plus julte, metif mu- --- Page 285 ---
Frangoifes de LAmerigue. 255 1700.
d'un Gouverneur Anglois de Saint Chriftophe, & d'une Indienne de la Dominique, dont j'ai parlé dans un autre endroit, qu'on appelle encore aujourd Thui
Madan.e Ouvernard. Ces troupes ayant
fait leur debarquement fans trouver de
réfiltance , environnerent le Fort, &c
fommerent let fieur Bonnarddefcrendre,
ce qu'il fic aufli-tôt fort lâchement. Les
Anglois retinrent contre la Capitulation
le canon, les armes, le bagage, & les
ornemens de TEgilfeqindesoienes rendre, & renvoyerent le fieur Bonnard &
fes Soldats à la Martinique, où on lui
ft fon procès.
aétion s'eft
en
Comme cette
des
le Gonverneur
ralir
pleine ifles Angloifes paix, défavoiia le Colonel
cette
taet
avoit fair
entreprife, lequel
loin de fe fervir de la prérendue polfeffion ou ils difoient avoir été de cette
Ifle avant 1640. ne fondoit le droit
avoir, que fur l'a8 y quil prétendoit avoit fait de cette Ifle l'année précedente des Sauvages parlentremife d'Onvernard. On voit ailez
cette conduite le peu de droit que
E Anglois ont, oul ont jamais eu fur
cette ifle. Ils en furent chaffez enr
1666. & depuis ce tems-là ils n'ont
prérendue polfeffion ou ils difoient avoir été de cette
Ifle avant 1640. ne fondoit le droit
avoir, que fur l'a8 y quil prétendoit avoit fait de cette Ifle l'année précedente des Sauvages parlentremife d'Onvernard. On voit ailez
cette conduite le peu de droit que
E Anglois ont, oul ont jamais eu fur
cette ifle. Ils en furent chaffez enr
1666. & depuis ce tems-là ils n'ont --- Page 286 ---
256 Nowveanx
anx
1700. fait aucune tentative Foyages
Ifles
pour y rentrer.
LaCompagnic de 1664.
me ainfi pour la diftinguerde qu'on la nomre quia peuplé les Iflesen 1627. premie- &
& gui les vendit enfuite aux
1632.
qui en devinrent les Scigneurs particuliers
raires jufqu'en 1664. qu'ils furent proprietraints de vendre
conderniere Compagnic laundeigneuriesicete
trouvâr dépotillée de cette. ; quoiqu'elle Ifle
fe
le prir poffefion des Seigneuries loriqu'el.
avoit achetées des heritiers de qu'elle M. du
Parquer, elle a toujours nommé des
Gouverneurs à Sainte Aloufie
Chan. en l'an
que
jufques
gemens &
1674.
le
atrivez
femit en poflefion Roilarembourfas des
& les
danscer.
Ifles,
fit
te Co'o. gouvernerp par des Géneraux &cIntendans
wie,
comme elles font encore aujourd'hui.
Maisladécadence des affaires delaCompagnie attira avec elle celle de
de Sainte Aloufie qu'on avoit laColonie
levée depuis l'expulfion des encore reparceque n'étant pas
Anglois & >
faifant aucun commerce fecourue, ne
longues guerres de 1673 & pendant 1688. les'
les Habitans fe retirerent les uns tous
les autres à la Martinique, la Guadelou- après
pe, & autres Ifles plus fortes &
Capables de les mettre à couvert Rlar pillngerdes-ennemis, de forte que quand --- Page 287 ---
Françoifes de PAmérique. 257
TY pafai en 1700. il n'y avoit, comme 1700.
jelaie dit,au commencement de ceChapitre, que des Ouvriers en bois
vefaire E bois
noient de la Martinique y
de charpente & des canots, (ans aucuns
autres Habirans de quelque Nation ou
couleur que l'on puille s'imaginer. Elle
a été depuis ce tems-là le refuge des
Soldats & des Matelots déferteuts : ils
trouvoient abondamment de quoi
y. vivre, > & une streté très-grande pour
ne pas tomber entre les mains de ceux
qu'on avoir envoyez
les prendre, fat
qu'il y a des st naturels
fara croupes de mornes efcarpez, ou dix
hommes en affommeront dix mille, feulement en faifant rouler fur eux des pierres ou des tronçons de bois. On a recomméncé depuis quelques mois à repeupler
cette Ifle, iln'y a point de deute qu'el
le ne devienne une foriffante Colonie,
fi on envoye les fecours neceffaires,
& fi a a foin d'y mettre pour Gouverneurs des perfonnes fages, peu ou point
intereffces,sile eft polble, & quiayent
de la picté, dela douceur. & del laf fermeté autant qu'il eft neceflaire pour établir & maintenir le bon ordre, fans trop
faire fentir la pefanteur du joug à des
gens qui pourlordinaire ne vont dans
ienne une foriffante Colonie,
fi on envoye les fecours neceffaires,
& fi a a foin d'y mettre pour Gouverneurs des perfonnes fages, peu ou point
intereffces,sile eft polble, & quiayent
de la picté, dela douceur. & del laf fermeté autant qu'il eft neceflaire pour établir & maintenir le bon ordre, fans trop
faire fentir la pefanteur du joug à des
gens qui pourlordinaire ne vont dans --- Page 288 ---
138 Newveanx
anx
1700. ces endroirs-là, Tayages
Ifes
le plaifir de la Sitengers goûter un peu
Rien ne me convioit à defcendre à terre; cependant ayant appris
ceux
vinrent à bord,
Par
qui
achever dans la qu'on ne pouvoit
bois
journée de charger
nous
Ti
que
devions
le parti d'aller me prendre.je
chaffer chemin faifant, promener, & M
paiffeur des halicrs dont autant les
que l'émer font
bords de la
couverts, me le
mettre.
pouvoir. -perla Quoique riviere cet endroit, c'eft à-dire 9
aux Rofeaux, devanr
nous étions moiillez, paroiffe laquelle fort hachée, il ne laiffe
d'y avoir des fonds
d'une étenduë
3 dont la
EiL
plapart qui ont déja été défrichez,
font couverts de nouveaux arbres, fc
Par leur hautcur & leur groffear qui
quent la bonté du terrain. J'arrivai matfuivant un petir fentier aux
en,
nos Ouvriers : j'avois tué Ajoupas de
drix &x des periques, & je quelques trouvai
fez
REC
bonnes provilions de cochon maron
boucanné, & de ramnicis, pour ne
forte apprehender de moutir de faim; ; Pas, de
que j'envoyai chercher mon
mac avec du bifcuit, du vin &del'can- hade-vie, réfolu de pafferlanuic avec nos --- Page 289 ---
Frangoifes de Ambrique. 259
Ils travallerenrjafquest sbien avant 1700.
dans gens. la nuit i tranfporter au bord de la
mer des madriers de bois d'Acajou 1, &
antres bois que T'on embarquoit anflitôt avec d'autant plus de' diligence.
étions encore dans la laifon Tes
nous
où routefi craindre. Il eft
ouragans, vrai que notre Barque cit pà fe retirer
dans le Cul de fic 5 mais ce rerardeni aux affaires des
ment ne convenoit
avois
Marchands, ni aux mie.anes, qui
des raifons pretlanres der m'en rerourner.
à la Guadeloupe. A la-fin nous
tous cnfenble.
la Priere
int
mes
Après
cun fe mit dans fon hamac, & on s'endormit les uns après les autres en cau-:
fant. Dès le point du jour On, recommença à porter du bois : je dismon Of
fice. & puis je fus me promener ens
chaffant : nous dinâmes au bord de la,
mer avecle Maitre de laBarque,& fur le:
foir on acheva de charger tout le bois
qui étoit prét. Nous foupâmesi terre,
après quoi
m'embarquai; & après
atea derepos nous mîmes à
quelques la voile environ fur les trois hetres du
Nous cômatin leMardi 27 Septembre.1 des Salitoyâmes l'1le jufquala pointe
de
nes > ou nous trouvâmes des vents
Suft-Ef, qui nous porterent prefque
Maitre de laBarque,& fur le:
foir on acheva de charger tout le bois
qui étoit prét. Nous foupâmesi terre,
après quoi
m'embarquai; & après
atea derepos nous mîmes à
quelques la voile environ fur les trois hetres du
Nous cômatin leMardi 27 Septembre.1 des Salitoyâmes l'1le jufquala pointe
de
nes > ou nous trouvâmes des vents
Suft-Ef, qui nous porterent prefque --- Page 290 ---
260 Nonveaus Poyages aux
1700, vent arriere jufqu'aux Ances d'Arlet Mles
la
de
Martinique 2 que nous dépalsimes
pendant la nuit. Le calme nous
le travers du Fort Royal, & fut prit
nous
REIUE
que
n'arrivâmes que le Mercredi
28. fur les dix heures du foir, le vingtfeptiéme jour de mon départ.
Notre Superieur Géneral fe leva auf
fi-tôt qu'il m'entendit: nos Peres en firent de même, s & tous me témoignerentbeaucoup de la maniere dejoyede mon retour, &
dont je m'étois
de ma commiffion, dont je leur acquirté rendis
compte en foupant, Le
ral me dit le lendemain Superieur qu'ilf falloit Génevailler à mettre notre terrain de la Gre- tranade en valeur : nous en fimés le
& je penfe
fans le voyage
fut
obligé de
en
EETAE
inater
de
Europe, & la guerre
été 1702. qui furvint 2 cela auroit
executé 2 & que j'aurois encore été
chargé de cette corvéc, --- Page 291 ---
Frangeifes de r Amérigue. 261
1700.
CHAPITRE XIV.
L'Antewr retourne àla Guadelompe. PAUbE Procès intenté à lewr Miffion par
du Lion.
de la Martinique le Lundi
TE TLEORA fur les neuf heures du fott
Nous cûmes un vent a fouhait Savanne jufques de la
par le travers de la grande
Dominique qu'il fe mit au Nord-Oueft
tellement forcé, que nous crâmes que
c'étoit le prélude 'd'un ouragan 5 il baif- nous
n'en cûmes pouraneqselag de trois
& nous
en moins
SUEu
fa acheverallez tranquillement ce qui
laiffa reftoit de chemin à faire. Nous
nous
le Mercredi fur les 11 heumoiillâmes J'allai auffi-tôt (aluer M.
res du matin. Gouverneur, qui me retint
notre
me donna un cheval &
PELI à
& puis
aller chez nous.
un Négre
Pere Imbert, Superieur
Je
d'un
RLESTL
de notre Miflion, fort été embarrallé fufcité par un
procès qui lui avoit du Lion.
Precès
Prètre nommél'Abbé
& incommo- de bé l'Ab- du
CerAbbé, notre proche
de voifin, étoit fils dc M. du Lion, ci-Lion,
me retint
notre
me donna un cheval &
PELI à
& puis
aller chez nous.
un Négre
Pere Imbert, Superieur
Je
d'un
RLESTL
de notre Miflion, fort été embarrallé fufcité par un
procès qui lui avoit du Lion.
Precès
Prètre nommél'Abbé
& incommo- de bé l'Ab- du
CerAbbé, notre proche
de voifin, étoit fils dc M. du Lion, ci-Lion, --- Page 292 ---
262 Nouveanx
aux Ifles
1700. devant Gouverneur SOIETE la
On ne peut pas nier qu'il ne Guadeloupe. fàr homme
de'q qualité; ; car j'ai entendu dire à
fieurs perfonnes définterellées,
Maifon du
ET
Lion étoit une famille
derable
Sonit
de Bourgogne. On difoit
fa mere étoit fille d'un Marchand que de
Langres, que M. du Lion avoit
fée par amourette . 3 cela eft très-faux. épouElle étoit de la famille des Tanfouraux
de Dijon, qui eft très-noble: ileft certain gu'elle avoit été très- belle. L'Abbé
dont ileftqueftion, fut envoyéen Normandie pour y étudier, & s'y façonner
aux Us & Coûtumes du Pais, en
il fit des progrès confiderables. Il quoi fut
pourvi d'une bonne Cure en ce paisla; mais s'étant broiiillé éaveclArcheveDoer de Rotien pour des affaires
ne
pas venuès à ma
il
avoit été
RSen3
obligé de fe démettre de fon
Bénéfice, fans pouvoir fe réferver une
penfion, quoiqu'il en eût un alfez grand
befoin, Il fallut après cette perre revenirà la Guadeloupe pour difcurer fes
biens avec les enfans du fecond lit de
fa mere s qui s'étoit remariée avec le
Major del'Ile nommé du Cler, fans fe
fouvenirg qu'elle étoitveuve du Gouverneur. --- Page 293 ---
Françoifes de PAmerigue. 263
Notre Abbe tout en arrivant aux Ifles 1700,
acheré une Habitation à la Cabefavair &
ne l'eirpas payée, il
terre; quoiqail
du
l'avoit échange du confentement
vendeur, avec un de nos voifins nommé Lefevre d'Ambrié C, çui étoit placé
juflement entre nos deux Habinations,
Cette Terre étoit
&c l'Abbé qui
avoit de vaftes
2 l'élargifloit auCET
aux dépens de ceux
tant qu'il pouvoir, à fa portée. Mon
qui fc trouvoient avoit été affez bon pour
predecefleas fouffrir plufieurs chofes de cet homme; 5
& même
paix, ou pour
comrounconferveriag
fes bonnes graces , i lavoit
gagner
une
piece de canme abandonné
grande de PAbbé venoient
nes où les beltiaux
Dès que je fus
paitre tranquillement. vifitéles bornes
en charge, & quejeus les mettre toutes en
de nos terres
de retirer fes befvaleur ,je le ede prier
tiaux de deffus nos terres. Il répondit alloient
que les terres ou fes beftiaux
paitre,1 lui appartenoient. Je préfentai
au
afin de faire atune Requête
titresde chale terrain
Se
penter Le
la répondit, & ordonnal
cun.
Juge Juré de fe tranfporter dans
P'Arpenteur trois jours fur les lieux pour reconnoitre
les anciennes bornes, & mettre les pat-
aleur ,je le ede prier
tiaux de deffus nos terres. Il répondit alloient
que les terres ou fes beftiaux
paitre,1 lui appartenoient. Je préfentai
au
afin de faire atune Requête
titresde chale terrain
Se
penter Le
la répondit, & ordonnal
cun.
Juge Juré de fe tranfporter dans
P'Arpenteur trois jours fur les lieux pour reconnoitre
les anciennes bornes, & mettre les pat- --- Page 294 ---
264 Nowveaux Poyages aux Iles
1700. ties en polleflion de ce qui leur
tenoit, ce que je ne manquai pas de Rae
figner ralAbbé, qui croyant a
avoir trouvé une belle occafion de montrer ce
avoit appris en Normandic, me
fignifier une
2ne
proteftation de nullité
de tout ce qui pourroit être fait au
judice de fcs droits, > jufqu'a CC
pré
recouvré
qu'ileie
tous les titres de la Terre
avoit achetée. Je vis que ce commence- qu'il
ment de chicanne nous meneroit loin;
c'eft pourquoi je m'adreffai à l'Intendant. Je joignis à ma Requête une COpie collationnée du Contrat d'achat de
la Terre que poffedoit l'Abbé du Lion,
avec les derniers
de nos
terres & de celles de CESLE nos
L'Intendant ordonnaq que trois jours après la
fignification de fon Ordonnance, l'ArJuré fe tranfporteroit fir les
feecre prosederoit à la reconnoiffance
des bornes, tant en préfence, qu'abfence, & que le Juge Royal qui y. feroit
préfent comme. delegué, mettroit chacune des Parties en poffefion de ce
leur appartenoir. Cela fut executé, t
cha beaucoup l'Abbé contre moi. Je fis
planter aufli-tôt du manioc & du mil
dans notre terrain qui étoit voifin du
fien,8j'allaile pricr de faire garder fes
beftiaux. --- Page 295 ---
Frangoifes de PAmerigue.
à -
de le faire : fes
1708.
i22
befiaux. Il négligea
firent du domriaux revinrent & nous deux &c trois
: je les fis prendre honnêtement:
EATE & les lui renvoyai
maisala quatriéme jeles fis fequeftrer s
& il fallut pour les ravoir m'envoyer de fucre unt
billet à railon de cent livres frais de la
chaque bète, outre les
pour prile & du fequeftre. Malgré tout cela
fes beftiaux revenant toujours, nombre parce
qu'ils étoient en trop chez grand leur Maitre,
fublifter
pour pris parti de les faire éclaircir,8c
je
ReptE
de les
fuivant T'Ordonnance,
défend FICt tuer les gros beftiaux
e
trouve en dommage; ce que je faifois Seifans bourfe délier,avec les billersdu
Abbé. A la fin il fe laffa: : il fit
gneur fes beftiaux, dont le petit nomBarder bre rendoit la garde plus facile,8 il ne
tint pas à moi que nous ne fuflions
bons amis; car nousnous vîmes pluficurs
fois, & fans trois ou quatre incidens
qui troublerent notre bonne intelligen- vecu
ce,je croi que nous aurions bien
enfemble.
CharPar malheur nos deux Négres
rons s'en allerent Marons > & je fçàs
qu'ils fe retiroient chez notre Abbé, oûs
oublier leur métier ,ils faipour ne pas
M
Tomme FI.
il ne
tint pas à moi que nous ne fuflions
bons amis; car nousnous vîmes pluficurs
fois, & fans trois ou quatre incidens
qui troublerent notre bonne intelligen- vecu
ce,je croi que nous aurions bien
enfemble.
CharPar malheur nos deux Négres
rons s'en allerent Marons > & je fçàs
qu'ils fe retiroient chez notre Abbé, oûs
oublier leur métier ,ils faipour ne pas
M
Tomme FI. --- Page 296 ---
266 Nowveanx V'oyages aux Ifes
1700. foient des roties pour fes cabroiiets ou
charettes. J'obuins un ordre du (ouverneur & main fortepourl les aller prendre,
Quelques Habirans qui étoient dans le
même cas, fejoignirent au Rafineur
Pervoysiasecroficier de Milice, & dc
Habirans commandez pour cette
dition, & on prir dix-fept
REE
rons, du nombre delquels Négres étoient les
deux que je cherchois. Les Habitans &
Boi nous contentâmes d'avoir nosefclaves : mais il s'en.t trouva fept qui
tenoient au fieur Palquier > alors
mnis
ECa
principal, ou Directeur de la Compagnic de Senegal, & à préfent Confeiller au Confeil Superieur de la Guadeloupe, homme terrible en matiere d'intérêt, & qui, quoique né au milieu de
Paris > ville, comme tout le monde
fçait, des plus fimples & des plus commodes, pouvoir prèter le collet au
habile Praticien Normand, celui-ci plus ne
fur past fi complaifant que moi.
ta
IlpréfenRequête au Juge, & fit interroger
fes Negres qui étoient en prifon, & fic
informer coutre l'Abbé du Lion, contre
lequel il demanda que l'Ordonnance du
Roi fà: executée, & qu'outre l'amende
i fit condamné à lui payer une piftole
par jour pour chaque Négre depuis le --- Page 297 ---
Frangoifes de PAmerique. 267
qu'il avoit déclaré leur fuite au 1700.
jour Greffe, jufqu'à celui qu'ils lui feroient
remis. Cette affaire fuftifoit pour ruiner
de fond en comble l'Abbé , s'il avoit
été ruinable, car la prétention feule de
Pafquier alloit i plus de trois mille pic Nétoles, & les autres proprietaires des
chez lui n'auroient pas mangres SE'a demander un pareil dédommaqué
L'Abbé fe défendoit, &c Pafgement. quier lui laiffoit le champ libre, parceque fes Négres qui étoient toujours en &
prifon, éroient aux frais de l'Abbé,
les piftoles par jour couroient d'autorité toujours. s'en
A la fin 'des perfonnes
mèlerent: , & obtinrent après beaucoup
de difficultez que Pafquier reprendroit du
fes Négres fans attendre la décifion
&
l'Abbé du Lion en feprocès roit caution , que jufqu'à ce tems- là. La guerre étant furvenué, , & les Anglois ayant
fait une irruption à la Guadeloupe furent avant
la fin du procès, les procedures
fufpendues, & le Donjon du Fort ayant
été brûlé avec tous les papiers du Greffe
avoit retirez, l'Abbé du Lion
qu'on y
de fe
de ce malauroit eu fujet
réjoitir
de fubir
heur, quile devoit empècher infamante, fi
une Sentence ruineufe &
l'avoit
la prévoyance de Pafquier ne
Mij
une irruption à la Guadeloupe furent avant
la fin du procès, les procedures
fufpendues, & le Donjon du Fort ayant
été brûlé avec tous les papiers du Greffe
avoit retirez, l'Abbé du Lion
qu'on y
de fe
de ce malauroit eu fujet
réjoitir
de fubir
heur, quile devoit empècher infamante, fi
une Sentence ruineufe &
l'avoit
la prévoyance de Pafquier ne
Mij --- Page 298 ---
268 Nonveaux Voyages aux
1700. porté à fe faire expédier des doublesen Ifes
bonne forme de toute la
dont il s'eft fervi dans la procedure fuite, mais s
dont je ne me fuis pas mis en peine de
fçavoir le fuccès, parceque je quittai la
Guadeloupe peu de tems après que les
Anglois fe furent retirez.
On voit affez par cCs differentes affaires, & par celle de la Poterie, qu'il
vouloit érablir, dont j'ai parlé dans un
autre endroit, qu'ilr n'étoit guéres de nos
amis : il crut avoir trouvél'occalion de
fe venger, en nous intentant un
au fujet d'un Te Dewm,que feu procès M. du
Lion fon perc avoit fondé dans notre
Eglife,
perpétuer la mémoire & les
actions Rcte graces de la Viétoirc qu'il
avoit remportée fur les Anglois échotiez
aux Saintesaprès l'ouragan, qui ifit
leur Flotte en 1666,
périr
Cette Fondation dont le fond n'étoit
que de deux mille livres de Sucre, faifant cent livres de Sucre de rente, fut
employée par le PondatcuriTachardun
petit Magafin dans le Bourg S. Loilis;
mais ily avoit bien des années que lariviere avoit emporté ce Magafin avec le
refte du Bourg, de forte quel'obligation
du Te Denm ceffoit de plein droitspuif
que la rente avoit ceffé. Cependant nos --- Page 299 ---
Frangoifes de PAmerigue. 269
Peres ne laiffoient
de le chanter par 17c0,
dévetion, maisils Ea difpenfoient d'yinviter ceux de la famille du Fondateur >
comme ils faifoient auparavant , quoi- fans
que ce tûr
honnèteté, &c
aucune
SELE
L'Abbé crut avoir un beau champ
de nous chagriner > d'autant plus
abfent &
le Pere
mcae
j'étois
, n'étoit que
homme d'afnotre Superieur
pas
Refaire. Il préfenta donc une longue
dans laquelle il fe fervit
convenables à
SENrtS
M d'exprellions peu
Miflion
&àt nous, le Superieur de notre
àqui elle fut fignifiée, - l'envoya aufli-tôt
à un nommé Bouté Procureur, quiavoir
occupé quelquefois pour nous; chercherle 5 jarrivai
far Procureur ces sentrelsites.jenvoyai & la Requête, & au lieu de
répondre au principal, on s'infcrivit en
faux contre les qualitez que l'Abbé du
Lion y prenoit, les voici.
Snpple bumblement Mefire Clande,
Charles, Albomt.Jean-Bapudfr, Cefar >
Antoine, 3 du Lion de Lion, Chevalier >
Prètre, Bachelier en Theolegie, Seignenr
de Poinfon, Poinfounet,6 antres lienx,
6 Abbé du Lion.
Quoique ces qualitez paroiffent un
peu longues, ce n'étoit encore que celles
M iij
'Abbé du
Lion y prenoit, les voici.
Snpple bumblement Mefire Clande,
Charles, Albomt.Jean-Bapudfr, Cefar >
Antoine, 3 du Lion de Lion, Chevalier >
Prètre, Bachelier en Theolegie, Seignenr
de Poinfon, Poinfounet,6 antres lienx,
6 Abbé du Lion.
Quoique ces qualitez paroiffent un
peu longues, ce n'étoit encore que celles
M iij --- Page 300 ---
270 Nowveaux
aux
1700. des jours ouvriers Poyages : car
Hes
Contrat, ou
quand c'éroit ur
quelque autre piéce de confequence, les
on avoit aufli-tôr faic d'écrire
Litanies des Saints que fes noms de
Batèmes: & ceux de fes Terres & Seiplus gncuries imaginaires étoient encore en
fur grand nombre. L'Abbé du Lion
dure,i étrangement il
fiurpris de cette
ne s'y attendoit
procecrut que le meilleur parti nullement; étoit de
il
fes plaintes au Gouverneur, de l'infulte porter
qu'il présendoirqu'on lui faifoit,
ne (gavoir pas qu'on avoit
mais il
&c que le Gouverneur étoit pris lesdevans
morrifier fa Vanité. De forte ravi de voir
Procureur ne laiffa pas d'aller que fon notre
min, & de faire fignifier fes
chefaux, qui étoient 1o, Que dans moyens l'extrait de
Baptiftaire de l'Abbé du Lion il
nommoit fimplement
s
fe
Baptifte , & qu'il
Claude - Jean -
importoit de
contre qui nous avions à faire
içavoir
voiragir contre une perfonne pour
exiftente, & non
Reicrea
billé de tant de contre un fantôme haà être défavotié. noms, fujer par confé.
3.ctt Lion fon
20, Que feu M.
furnom de du pere Lion ne de prenoir point le
même il ne. le
Lion , & que
joiillant point
pas prendre, ne
de
aeaat
privilege
certains --- Page 301 ---
Frangoifes de PAmerique.
171 1700.
Religieux aufquels on pourroir dit apliquer bien des
le
Royal a
ce que Prophète vinfent au monde:
fiécles avant qu'ils vanitate civitates fuas ;
Accipient ix n'écant pas né à Lion. 3°.
& d'ailleurs de Chevalier ne s'accorQue la qualitré chez luiavec celle de Prètre 3
doit point
fût Genilhomme,il
parceque quoiqu'il Chevalier de Malte, &
n'étoit
de la qualité de Chevalier
qu'à
les
TESTA
Seigneurs
Banneret , que prennent lever Bannieres
titrez, &
peuvent il étoit conftant que
fur leurs
sE
4.Qwil
fon pere nelavoirjanalspeier faux quil fût Bacheétoit abfolument
conftoit
lier en Theologic 2 avoit puifquil eu avec les
par le du procès fecond qu'il lit de fa mere, qu'il
enfans fait toutes fes études. à Roten, &
avoit
où tout le monde
non autre part, d'Univerfité qui
a
E
quil n'y point
des
donner ce grade. corkesaluin .
Poinlfonnet &
Seigneuries de Poinflon,
été prifes
autres lieux s n'avoient jamais ce qui
feu M. du Lion fon perc , lui, &c
contre
Erote un grand préjugé abfolument faux qu'il
enfin quil éroit Lion c'eft-à-dire > titufut Abbé du
> qui
CC nom s
laire d'une Abbaye
porte aucune de ce
puilfquil ne s'en trouvoit M iv
des
donner ce grade. corkesaluin .
Poinlfonnet &
Seigneuries de Poinflon,
été prifes
autres lieux s n'avoient jamais ce qui
feu M. du Lion fon perc , lui, &c
contre
Erote un grand préjugé abfolument faux qu'il
enfin quil éroit Lion c'eft-à-dire > titufut Abbé du
> qui
CC nom s
laire d'une Abbaye
porte aucune de ce
puilfquil ne s'en trouvoit M iv --- Page 302 ---
272 Nomveanx
Aux
1700, nom dans toute Voyager la
IRes
le refte du monde France, ni dans tout
Chrétien.
La fignification qu'on lui fit de ces
Moyens de faux le penfa
mais comme l'affaire étoit fans défefperer,
& que notre Procureur
reméde,
faire rayer fes
il prétendoit lui
au Gouverneur qualitez, &
cut recours
der cette affaire. >
le pria d'accommomains aufli tôt. Nous y donnâmes les
fins de fa
L'Abbé fe défifta des
Requète s &
de
nous inquiérer
promit
ne
jamais au fujet du Te
Dewm, fer
& nous confentimes de le laifJoiir paifiblement &
de tous fcs noms, titres & tranguillement
cepté dansles procès squ'il qualitez, exavec nous.
pourroitavoir
CHAPITRE XV.
DU TABAC.
L E Tabac eft une plante originaire
de T'Amérique, & quilui eft
ment
telleait propre, que quelque foin qu'on
pris en la cultivant dans les autres
parties du monde oûl'on a portéfa
ne, on n'a jamaispiy en élever graiqui ap- --- Page 303 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 273
de celui qui croit dans le mon- 1700.
prochât
de nouveau.
les Efpagnols en
Il ne paroit pas que érabli dansles granayent trouvélafage c'efti-dire, à Saint Domin- du Origine Tades Ifles, Coave 8c la Jamaique 2 oà ils bac.
gue, sarrèterent dansles commencemens de
leurs déconvertes. Ce ne fut que vers
l'an 1520. qu'ils trouverent cette de la plante terre
dans le Jucatan, donnerent Province le nom de Taferme. Ilsloi
fait celui de Tabac,
bacco, dont on a
croiffoit à merparceque cette plante cultivoit une trèsveille, & qu'on en environs dela Ville
grande quantiré aux
elle méritoit
de Tabalco: & aflûrément du
où l'on
bien de porter le nom découverte, pais
&
en avoit fait la premiere commencerent à s'en
oû les Efpagnols des Indiens.
fervir à l'imitation dans fa Philofophie,
M. Pourchot, quand il a dit, que les
s'eft trompe,
le Tabac en Eu- Erreut
Portugais ont de apporté Tabaco. Cette Mfle qaito Pour- M.
rope de lIle
éréenleur chot.
eft une des Antiflesn'a jamais été habitée,
pouvoir, & n'avoit jamais
ni cultivée avant l'an 1632.
ou
Rer
Compagnie d'Hollandois qui la nomgois érablit une Colonie, d'un fiécle
ma : nouvelle Ovacre, près Mv
les
s'eft trompe,
le Tabac en Eu- Erreut
Portugais ont de apporté Tabaco. Cette Mfle qaito Pour- M.
rope de lIle
éréenleur chot.
eft une des Antiflesn'a jamais été habitée,
pouvoir, & n'avoit jamais
ni cultivée avant l'an 1632.
ou
Rer
Compagnie d'Hollandois qui la nomgois érablit une Colonie, d'un fiécle
ma : nouvelle Ovacre, près Mv --- Page 304 ---
274 Nonveaux
Anx
1700. après que le Tabac a
connu Ifes
en
Eagre
pe. Cette Colonica été détruite Europar M. le Marèchal
en 1678.
ce tems là lIlle eft demeurée d'Etrées, & depuis
Le Tabac a été en ufage en déferre.
en Portugal bien des années Elpagne, &c
tre apporté en France. Jean Nicot avant d'ètre des Requètes, Ambafladeur de Maiçois II. auprès de Sebaftien Roi de Fran- Portugal lapporta en France en156o. & le
préfenta dla Reine Catherine de Medicis, & au Grand Prieur. Cette Princeffe
& ce Seigneur lui donnerent chacuni leur
nom, pour le mettre en vogue > foit
qu'ils y. euffent reconnu
particuliere, foit qu'ils vouluffent quelque fe vertu
un honneur dans le monde
faire
dei ifant une nouveauté
en y introficla même
> & quoique ce
Par qui
herbe, on ne laiffa
i1 furap. la nommer tantôt l'herbe à la pafla de
porré ei tantôr T'herbe
Reine, &
France.
au Grand Prieur; ce qui
Ses diffe- n'empêcha pas ceux à
rens
Nico: en avoit donnée, quil'Amballadeur
noms, reconnoiffance la Nicotiane. delappellrpar
Le Cardinal de Sainre
avoit été Nonce en
Croix, qui
las Tornaboni
Portugal, & Nicoquil'avoit été en
revenans de leurs Nonciatures France,
rent en Iralie, elle y fut d'abord l'apporte- connue
fousl lenom d'herbe fainte, furnom
que
'empêcha pas ceux à
rens
Nico: en avoit donnée, quil'Amballadeur
noms, reconnoiffance la Nicotiane. delappellrpar
Le Cardinal de Sainre
avoit été Nonce en
Croix, qui
las Tornaboni
Portugal, & Nicoquil'avoit été en
revenans de leurs Nonciatures France,
rent en Iralie, elle y fut d'abord l'apporte- connue
fousl lenom d'herbe fainte, furnom
que --- Page 305 ---
Frangoifes de PAmérigne. donné à caule 275 1700.
les Efpagnols lui avoient
Par
cxtraordinaires qu'ils
il a E
des vertus
remarquées. Je letens introduit
blioient y avoir
à croire que les Ef-enlialice
pourtant allez porté
bien avant ce
pagnols qui poilledoient de Naples l'avoient
tems-là le Royaume Iralie avant ces deux
fait connoitre en
le mal AméPrélats ; mais comme après
& dont
riquain qu'ils avoient infecté apporté, bien des pais : , mal C'eltle de
ils avoient déja
Nagles.
tout ce qu'ils apporioienc
on craignoit monde, exceptélor & l'ardu nouveau
fallu moins que le
gent; il n'avoit deux pas Prélats, , pour étapouvoir de ces chofe auffi nouvelle,
blir T'nfage d'une
d'Adverfaires
& qui avoit déja autant
que de ileftbon Partifans. de fçavoir que leTabac
Car
bien reçà de tout
ne fut pas également Cette planté fut comme une
le monde.
alluma une
pomme de difcorde, 2 fçayans. Les
guerre très-vive entre inombrey prirent
ignorane eng grand les fgavans 2 & FiEs
ti, aufli-bien que furent desder.
femmes même qui ne
ou pasé contre une
nieres à fe déclarer pour
pas mieux Les diffachofe qu'elles ne conoilloient
Erent ell
que les affaires férieufes, ellesn'avoient qui fepallbient, ptis que matiete de Relin
en ce rems-là,ol
gioga
trop de part.
Mvj
très-vive entre inombrey prirent
ignorane eng grand les fgavans 2 & FiEs
ti, aufli-bien que furent desder.
femmes même qui ne
ou pasé contre une
nieres à fe déclarer pour
pas mieux Les diffachofe qu'elles ne conoilloient
Erent ell
que les affaires férieufes, ellesn'avoient qui fepallbient, ptis que matiete de Relin
en ce rems-là,ol
gioga
trop de part.
Mvj --- Page 306 ---
276 Nonveaxy
1700. On peut croire Foyages Aux Hes
blierent pasde faire queles valoir Médecins n'oufionle droirg qu'ils fe
en cette occade toutes choles. fontacquis de
jamais và, ni
Quoiquils
BACIER
ils ne laifferent entendu parler de tabac,
nature, fes
pas de difcourir far fa
mes'il eir proprietez été
& fes vertus, comhabitée dès le tems connu de par tourela terre
crate & d'Efculape. Il Calin.dtipos eft vrai,
raifonnans comme ils faifoient, fans que
cipes, ils ne
prinDierens smais. Les
s'accordoient
eatre
les
uns le faifoient prefque jaMede. tres chaud. Ceux-cile
froid, les aucins fitr
temperoient avec
Ès cabac. desdrogues reftigerentess ;
rigeoient fa froideur avec les-autres.cor- des
Mais tous s'accordoient
aromates,
donner force recettes & en ce point de
la maniere de le
ordonnances fur
fclonl l'age, les préparer, > & d'en ufer
des
forces, &le
gens. Ils marquoient exaétement tempérament la
quantité qu'on en devcit
tems. Telle devoit
prendre, & le
avoir craché & mouchéun prendre à jeun après
bre de fois : un autre ne certain s'en
nomfervir qu'après avoir
pouvoie
n'en devoir ufer
mangé. Celui-ci
qu'd midi. On quele foir, cet autre
laccommodoit, on le
diverfifoit en une infiniré de manieres,
chaguejoury produifoit quelque nouvelle --- Page 307 ---
Françoifes de PAmbrigue. 277 fordécouverte, on le mettoit à toutes
1700K
de
& comme aflez fouvent
tes
fauces,
d'autre caufe
les maladics n'ent bletlée, point ileft prefque
qwuncimnaginationt combien les Médecins firent
incroyable
fur ceux qui
de cures furprenantes frapée des vertus
avoient Timaginarion
fut
du rabac. Cela alla fi loin, qu'on le refte
d'abandonner tout
fur le point
ne plus fe fervir
des médicamens, pour & je penfe
que de cette plantes
a
cela feroit arrivé, fi ceux qui fron tout le
caraétere ont droit d'impoler entr'eux.
monde avoient été d'accord
alamLes Chimiftes remplireucleas tira de Thuile, du
bics de tabac- On en
&x mille aufel, de Lean, des elprits,
l'on emtres femblables babiolles que
le
en toutes fortes de maladies,
ploya fouvent aux dépens de ceux: qui
plus
la bonté de fc prèter à-ces fortes
avoient
5 & malgré tout ce que
d'expériences
condire les
quiavoient
pouvoient leur raifon SRea entiere pour ne
fervé
ou contre
fe pas laifer prévenir le pous tems ou le hale tabac avant que connoitre
à fonds
xardl'euffent fait
plus univeron en fit une Medecine preique
felle:
difoit, guérif
Ses cendres.àccqw'on
de fc prèter à-ces fortes
avoient
5 & malgré tout ce que
d'expériences
condire les
quiavoient
pouvoient leur raifon SRea entiere pour ne
fervé
ou contre
fe pas laifer prévenir le pous tems ou le hale tabac avant que connoitre
à fonds
xardl'euffent fait
plus univeron en fit une Medecine preique
felle:
difoit, guérif
Ses cendres.àccqw'on --- Page 308 ---
278 Nomveanx)
1700. foient la galle & le
anx Iles
Vertus
en
Treter
attri- poudre, il guérifloit les Etantpris
bu'es. 20 les Auxions fur les
rhumarifimes, 2
tabac en
yeux, les larmes inPoudie, volontaires, naires,
les douleurs de tête ordiles
paralifie, & migraines, 3 T'hidropifie 2 la
dens qui arrivent géneralement tousles accimeurs, leur
par l'acreré des huleur extravafion trop grande abondance, &
turels. Rien n'étoit hors de leurs canaux naau fang fa fluidité, meilleur pour rendre
ment & fa circulation. régler fon mouvecommed'un
On s'en fervoit
fRemuroireinfalible
rappeller à la vie ceux qu'une
pour
violente, ou une lérargie forméc apoplexie avoient
déja étendu dans le cercuéil. C'étoir
puiffant fecours pour les femmes un
étoient dans les douleurs de
qui
ment. Un reméde alfiré
l'accouchefions hifteriques, les
contre les paf.
quiétudes, la mélancolic vapeurs > les innie. Ceux
en ufoient noire, la maàd craindre 1 l'air le
n'avoient rien
plus
plus mauvais & le
corrompu 5 la pefte, la
pourpre, les maladies
verolle,le
communiquent le plus populaires aifément qui fe
voient garde d'approcher
3 n'atifioit la
d'eux. Il fornation mémoire, 9 il rendoit l'imagitoient féconde, jamais les fçavans n'é
plus en état de s'appliquer à l'é- --- Page 309 ---
Frangoifes de Ambrigue. 279
les
abftraites, & 1700.
tude des chotes
plus quand ils avoient
les plus difficiles, que de tabac.
le nez bien rempli
en machicaCeux qui en prenoient n'étoit pas
toire (car le tabac en poudre difoient
le feul qui fàt en ufage ) Selon en eux il
bien d'autres merveilles.
splus orfuffifoit tout feul aux befoinsles des homdinaires, & les plus preffans ie fentiment de la
ôroit
mes; puifqu'il
la
faim & de la foif , qu'il empéchoit conferdiminution des forces, & quil d'aucuvoit tout feul, & (ans le fecours fanté, & tout
ne aucre chofe, toute la
dans les
T'embonpoint qu'on remarquoir
perfonnes les mieux nourries.
avoir des experiences
On prétendoit infinité de fois dans pref
réiterées une les climats dela terre >
que tous
tabac de
en 24
fe
demic once de
24 fans boire
res,avoir foûtenu des Soldats rudes travaux
ni manger, dans les plus
mais
de la guerre > non pas des journées euffent 2
fans qu'ils
des femainesentieres, atteintes dela faim
fenti les plus legeres fans
leurs for-
& de la foif, diminuées &
que le moins du
ces euffent été
monde. Rien , à les entendre, ,n'étoit plus prola bile, tenir le ventre
pre pour purger
fans boire
res,avoir foûtenu des Soldats rudes travaux
ni manger, dans les plus
mais
de la guerre > non pas des journées euffent 2
fans qu'ils
des femainesentieres, atteintes dela faim
fenti les plus legeres fans
leurs for-
& de la foif, diminuées &
que le moins du
ces euffent été
monde. Rien , à les entendre, ,n'étoit plus prola bile, tenir le ventre
pre pour purger --- Page 310 ---
280 Nowveanx Voyages Au?
1700. libre, décharger le cerveau des Ifes férofitez
qui lui font n
guérir les douleurs nuifibles, des 2 empècher ou
dents, détourner
toutes fortes de Auxions. On n'y trouvoir à redire, que la mauvaife odeur
dont Thaleine de ceux qui en ufoient
étoit infeckée, qu'il n'étoit
de corriger même enfclavantlabouche pas poflible
avec quantiré d'eau-de-vic.
Mais ceux qui en difoient le
de bien, &c qut en confommoient plus
une plus grande quantité éroientles auffi fumeurs.
été On de publioit que cette plante avoit
chez tout tems en fi grande véneration
les
Vetrus & parfum Amériquains > que c'étoit le
préroga.
&l'enceosiepluse sagréable
tives du puffent offrir à-leurs dicux. Leurs qu'ils
fum.e, rabac en tres ne voyoient rien dansl'avenir Prè
qu'au
traversd'uneépailfer fumée de
ils rempliffoient le lieu oà rabac,done ils confultoient leurs Divinitez, & dont ils humoient une figrande quantité , qu'ils en
tomboieat comme yvres aux pieds des
Autels, tain
ou-après avoir demeuré un cerefpace de tems 5 ils fe relevoient
remplis d'un entoufiafme divin, & rendoient
mais desréponfesbonnese our mauvaifes,
toujouts obfcures &c
à
ceux qui les avoient confultez. ambigues Il
nly --- Page 311 ---
Françoifes de PAmbrigae. 281
Médecins, qui ne 1700;
Tht avoit
julqu'anx rien fur le fort de leurs malades, qu'après s'ètre amplement parfumez de tabac.
eût jamais décidé
Il étoit inoiii qu'on
tous les Conaucune affaire d'Erat, que moins à demi
feillers n'euffent été au
coûtume
enyvrez de la fumée du tabac; modernes
(elon quelques voyageurs hui chez les InEee encore anjourd
diens de l'Ifthme de Darien, oûù dès que
les anciens font affemblez. pour quelque
canfe que cepuille ètre, avant de traiter
aucune affaire, un jeune garçon de tabac fc la
bout
E
fente avec dont un fouffle la fumée fur le
bouche,
Fonu
vifage des afliftans les uns aprèsles atltres, qui reçoivent ce parfium avec tant le
de plalir, , que pour n'en ils perdre font al1es leurs
moins quil elt poffible,
mains une elpéce d'entonnoir s pous
conduire cette fumée dans leurs narines.
finirois
vouloisrapJe ne
point, difoit fije à la louange
porter tout ce qu'on
de cette fumée. Elle réjotiffoit lefprir, elle
elle diflipoit le chagrin, & comme far le
agifloit bien plus puillamment le tabac de
corps, que quand on prénoit
quelqlane des autres manieres. que jai
ible,
mains une elpéce d'entonnoir s pous
conduire cette fumée dans leurs narines.
finirois
vouloisrapJe ne
point, difoit fije à la louange
porter tout ce qu'on
de cette fumée. Elle réjotiffoit lefprir, elle
elle diflipoit le chagrin, & comme far le
agifloit bien plus puillamment le tabac de
corps, que quand on prénoit
quelqlane des autres manieres. que jai --- Page 312 ---
282 Nouveane Poyager anx 7 Iles
1700. rapportée ci-devant,on
le' procuroit les mêmes prétendoit qu'el.
plus
avantages bien
Promprement > & bien
sûrement,
plus
On affaroit
l'eau de tabac mife
dans les yeux Sembeet la vàe, la confervoit, la
fortihoit, 3 & qu'elle effaçoir les.rouffeurs & autres taches du vifage,
Qu'étant prife par la bouche, elle
guériffoit la courte haleine,
l phrifie, les fiévres tierces & lafthme,
les rhumatifmes, Thidropifie, quartes, les dou- >
leurs du foye. Qu'elle arrêtoit le
qui s'extravafoit du poulmon, fang
facilitoit l'accouchement.
qu'elle
Qu'érant
pliquée fur l'extrêmité des doigts a
poinillez de leurs ongles, elle les faifoir
promptement revenir.
Sion s'en fervoiren fomentation, elle
douleurs guériffoit la foibleffe des nerfs, & les
des
caufées par des luxations, &
catharres froids.
les L'huile de tabac mife dans les oreille guériffoir la furdité, Appliquée fur
vifage, elle en ôtoir les
les dartres. Si on en oignoit bourjons les
&
affligées de goûte, ou de fciatique, parties elle
appaifoir la douleur, rétolvoit Phumeur
âcre quien eft la caufe, ouvroit les
po- --- Page 313 ---
Françoifes de PAmérigne.
28;
faifoit tranfpirer, fortifioit mer- 1700
res, veilleufement les nerfs. Elle étoit encore
excellente pour les piquûres s & guériffoit toutes fortes de playes promprement, & fans fopuration. En un mot, c'éc'étoit la Médecine univerfelle, &
toit-là juftement ce qui décrioit le tabac chez les gensqui n'étoient point préoccupez. Caron ne pouvoirp pas nier
ne fit bon à bien des
eRLeE
le tabac fit
à tout, c'étoit le
mais qu'il lieu le faire valoir. Pour
dérruire au
tarte
moi, je fnis perfuadé que c'eft un purgatif fexcellent, & très-prompt 2 & ce
qui m'en a convaincu, citlhiltoire que
je vais rapporter. confidérables Habitans
Un des plus
de la
de la Cabefterre de la Martinique,
Paroiffe de la Balle-Pointe, mariant une
de fes filles à un homme de condition,
crut que fon Cuifinier Négre ne
roit
conduire les repas qui
GEEER
pas
un mariage de cette conaccompagner féquence, il fir venir le meilleur Traiteur qui fût au Fort Saint Pierre, qu'il
chargea de l'appareil de tous ces fellins.
Le Négre cuifinier ne pûr fouffrirle tort
(on Maitre lui fai2ae en prétendoir cette detstitare ; & poursen venréfolut de troubler toute la fète.
ger,ilre
,
crut que fon Cuifinier Négre ne
roit
conduire les repas qui
GEEER
pas
un mariage de cette conaccompagner féquence, il fir venir le meilleur Traiteur qui fût au Fort Saint Pierre, qu'il
chargea de l'appareil de tous ces fellins.
Le Négre cuifinier ne pûr fouffrirle tort
(on Maitre lui fai2ae en prétendoir cette detstitare ; & poursen venréfolut de troubler toute la fète.
ger,ilre --- Page 314 ---
284 Nonveanx
ANY
1700, Ilgliffa pour cet effet Toyages deux Ifes
tabac dans deux
morceaux de
Traiteur mettoit Coqs d'Inde, que le
fervis froids à
Gn daube pour être
effet, ils furent déjeiné. On les fefvit en
trouvez excellens,
que tout le monde en voulut gouter, prefmaisilr ne fe palla pas un quart
que le Négre vit lar réiffite de d'heure, fon
jet. Les conviez les uns après les autres procommencerent à fe trouver mal 5 ceux
avoient pris une doze un peu
Satar de cette nouvelle Médecine trop
miffoientj jufqu'au fang,f fans
VO.
qu'ils rendoient par le bas; compter les autres ce
fouffroient de cruelles tranchées,
ce qu'ils fuffent débouchez. Enun jufqu'à
la fete fat troublée, s on crut tout mor, le
monde empoifonné. Le Chirargien de
la maifon envoya chercher en
tous fes Confreres aux environs, diligence faifant l'anatomie des viandes, qui avoient qui
été fervies farlat table, trouverent enfin
les deux bouts de tabac: ce
déconvrit tout le miftere. On fe hara qui d'aider
par des lavemens, ceux qui n'avoient
que des tranchées, & par des
ceux qui faifoient de
cordiaux,
cuations; les moins malades trop grandes furent séva- far
pied au bout de douze ou quinze heuEes, quelques autres en garderent le lir --- Page 315 ---
Françoifes de PAmerigme. 285
pendant deux jours. Après ccla qu'on 1700.
dife qu'ily aau monde un purgatif comme le tabac. Ceux qui voudront faire
des Coqsd'Inde purgacifs en ont ici la d'Inde Cogrecette. Je les prie (culement de fe fou- purgarif.
yenir quil faut ufer avec modération de
ce remede, parceque l'excès qu'on en
feroit
avoir des fuites fà-
, poutroit
cheules. Cependant malgré les avanrages fi
confidérables
prétendoit avoir
trouvez dans LECIET laiffa pasd'e.
tre attaqué par de trèspuillans adverfaites. Ceux quin'aimoienr pas les nouveautez s: ne pouvoient fouffrir
&
comme
RCt
déplacit, qu'onrejetir
les tous les médicamens anciens > pour Ils
ne fc plus fervir que de cette plante. difoit
révoquoient en doute ce qu'on en
de mcilleur, & ils ne manquoient pas de
raifons
perfuader queles guérifons
qu'on KOP attribuoit avoient d'autres
çaufes.
Avec tout cela l'ufage de cette plante
ne laiffa pas de s'établir
promptement
n'auroit ofé l'imaginer.
Pt
qu'on
De l'Amérique il fe répandit julqu'au
fond des Indes Orientales, jufqu'au Japon. Il paffa desMolcovites aux Tarta- l'Afrires Orientaux : il inonda toute
perfuader queles guérifons
qu'on KOP attribuoit avoient d'autres
çaufes.
Avec tout cela l'ufage de cette plante
ne laiffa pas de s'établir
promptement
n'auroit ofé l'imaginer.
Pt
qu'on
De l'Amérique il fe répandit julqu'au
fond des Indes Orientales, jufqu'au Japon. Il paffa desMolcovites aux Tarta- l'Afrires Orientaux : il inonda toute --- Page 316 ---
286 Nowveaux
Aux Hles
1700. que,l'Afie mineure, I2Me Grece, la Honla Pologne > toute
Royaumes du
Esa
Pallenagner
Nord. Jamais
ne furreçtié fi univerfcilement, chefe
qu'elle trouvâr par tour des contra- quoididions, des empêchemens, &
pofitions, qui fembloientlad devoir
fer dans fon
raCdE
berceau. Car il ne faur
croire qu'il n'y eût que des
la combattirent
écrivains a
avec la plume;! les
puiffans Monarques fc déclarerent plus
tr'elle.
conLe Grand Duc de Mofcovie Michel
fes Federovits, voyant que la Capitale de
Etats, avoit été prefque entierement
confommée par le feu deux ou trois fois,
par l'imprudence des fumeurs, qui s'endormoient la pipe à la bouche, & mettoient le feu à des maifons, qui n'étant
quede bois, & fort preffées,
tout fon peuple à une ruine expofoient entiere, il
Plufieurs défendit l'entréc &cl'ufage du
Princes tous fes Erats;
tabacdans
ont dé- du foier
premierement, fous
fendu
peine
, qui eft un châtiment trèsl'ufage cruel en ce
du ta- d'avoir le pais-la; enfuite fous peine
bac,
nez coupé, & enfin de
la vie.
perdre
Amurath IV. Empereur des Turcs
fuivit cet exemple, & défendit le tabac
dans tout fon Empire, fous peine de la --- Page 317 ---
Frangoifes de Amirigue. 287 1700.
vic. Ce zelé Mofulman étoit perfiadé des
devoit être abhorrée
que cette plante Mahomerans autant que le
vetitables
prodaifoit le mème efvin, fet, qui paifqu'eile eit de troubler la raifon.
de
Le Roi de Perle Scac Sophi, fils
Miufa, fit les mèmes défenles, & fous
les mèmes peines. Ces Princesaimoient
mieux fe priver des gros droits qu'ils 'd'en
pouvoient mettre fur le tabac, leurs que Etats.
laiffer érablir l'ufage dans intereflez n'ont
Leurs fucceffeurs plus
pasi fuivi leur exemple,ce qui paroit fe Et
rincroyable confommation qui
de cette plante dans tous ces pais-la. les MonarNous ne voyons point que fi loin,la
ques d' Occident ayent porté ufoient
féverité contre leurs Sujers, qui de le
du tabac. Les uns fe font contentez
charger de droits exorbitans, leur politique a eu de bonnes raifons, pour & en en
permertre l'entrée à ce prix-la, s'eft à la fin
laiffer établir l'ufage, qui
changé en neceflité. crû être obligez de
Les autres ont
des vertus qu'on
défabufer leurs Peuples
fuppofoit dans cette plante, parce qu'ils
n'en étoient point du tout perfuadez.
Jacques Stuart Roi de la GrandeBretagne, Succelfeur de la Reine Elifa-
eu de bonnes raifons, pour & en en
permertre l'entrée à ce prix-la, s'eft à la fin
laiffer établir l'ufage, qui
changé en neceflité. crû être obligez de
Les autres ont
des vertus qu'on
défabufer leurs Peuples
fuppofoit dans cette plante, parce qu'ils
n'en étoient point du tout perfuadez.
Jacques Stuart Roi de la GrandeBretagne, Succelfeur de la Reine Elifa- --- Page 318 ---
288 Nonveaux
1700. beth, publia un
AHx Ifles
Livres avoit
T22r
excellent
publiez il
compofé far - le
qu'il
contte
fit voir l'inutiliré de tabac, dans lequel
l'ufage les accidens
cette plante, > &
durabac. mauvais ufage qui en arrivoient par le
Chriftian IV. qu'on en faifoit.
Roi de Dannemarck
engagea Simen Paulus fon
compofer un
Médecin, de
moderé du Mftsemeinbeniat tabac. 1 le
très
fit, & prouva
du tabac folidement, que ceux qui
en poudre en
prennent
fujets à perdre l'odorat, quantité, font
dans des accidens
> & à tomber
& que celui qu'on encore plus facheux ;
netroit le
prend en fumée
une croute cerveau,le noire fous le garoit, & FTatt
on l'avoit
crâne, comme
de fumeurs remarqué dans plufieurs têtes
Thefes
Et
qu'on avoir ouvertes,
de Ménous avons vû de nos
decine Thefes de Médecine
jours des
conueledont la
imprimées à Paris,
cabac, diée à M, Traduétion Françoife a été déRoi, dans Fagon, Premier Médecin du
&
lefquelles on avoit
loiié, ce qu'ily a de bon & rapporté
dans le rabac; on
d'aflûré
très folides le
combarpar des raifons
en fait, & on trop fréquent ufage qu'on
montre les
qui en arrivent, & les
inconveniens
on s'expole, quand on en dangers ufe, commel aufquels la
plapart font, fans régle & fans
tion,
difcréCette
Fagon, Premier Médecin du
&
lefquelles on avoit
loiié, ce qu'ily a de bon & rapporté
dans le rabac; on
d'aflûré
très folides le
combarpar des raifons
en fait, & on trop fréquent ufage qu'on
montre les
qui en arrivent, & les
inconveniens
on s'expole, quand on en dangers ufe, commel aufquels la
plapart font, fans régle & fans
tion,
difcréCette --- Page 319 ---
Frangeifes de PAmérigue. 289 -
Cette Thele fut (oûtenue le 26 Mars 1700.
1699. dans les Ecoles de Médecine, par
M. Claude Berger, Parifien, Bachelier
devoitavoir pourPréen Médecine,qui La queflion étoit fi
fident M. Fagon. ulage du tabac abregeoit la
le fréquent Tabaci
vite
vie. An ex
ufu freguenti fort
fumma brevior ! Et on conciuoit
demonftrativemente que l'ulage fréquent
de cette plante T'abregeoit Ergo exfre- brevior.
quenti Tabaci wfie vite fumma du TaQue dite après cela, les Fermiers
bacn'avoient-ils pasi craindre une ruine
entiere? Car tout le monde veut vivre, 3
& comment efperer une longue vieaprès
un arreft fi folemnel. Une circonflance
cet acte,refinguliere , qui chez accompagna les preneurs, & chez
mit le calme de tabac. M. Fagon n'ayant
les'vendeurs
un
pû fe tronver à cette Thefe, chargea lui.
autre Medecin d'y préfider pour
Celui-ci fitde fon micux, on ne pouvoit
rien ajoûter à ce qu'il difoit contre le
tabac, ilencheriffoit fur les réponfes du
Soûtenant : jamais on n'avoit entendu
des spreuves fic iconvainquantes delamauvaite qualité du tabac. Mais fon nez
n'étoit pas d'accurd avec fa langue : car
tout le tems
on remarqua, que pendant
fa tabaque l'acte dura,il eut toujours
Tome VI.
N --- Page 320 ---
290 Nonveaux Yoyager aux
1700. tiere à la main, & ne ceffa
Ifes
ment de prendre du tabac. Étoisil pas un moconvaincu de CC qu'il vouloit
bien
aux autres 3 Je le laille à penfer perfunader à
Ledteurs,
mes
Mais
ne
point lap
quand 3c s'eft
prévention,
prit des hommes 2 Elle
edelef
TERurts
fet en favear du tabac, lemporta en efpûr dire & faire maigré tout ce
2Fen à en prendre contre lui. On
de
avec une elpéce
qui ne permit
de
E
guer niles lieux, ni les plus diltinni les fexes, ni les
stems,milesages,
perfonnes. Teln'en tempéramens, avoit
ni lcs
dans deux ou trois jours s'en jamais fit pris qui
bitude f forte, s'y alffervit
une haqu'il fe réveilloit la nuit exprès tellement,
prendre, qu'il en prenoit en
pour en
en converlant, en marchant, mangeant, en cravaillant, en priant. On le regarda
le lien de la focieté, la chofe la plus comme nécellaire qu'ily ciraumonde; que dis-je?
Ons'étonna comment on avoir vivre
tant de fiécles fans tabac, & on pû s'imagina qu'on celferoit de vivre dès
celferoit d'en ufer. On poulfa la qu'on
fi loin > qu'on ne pouvoit
chofe
un moment fans en prendre. plus On être
prenoir jufques dans les Eglifes, fansque en
a
le lien de la focieté, la chofe la plus comme nécellaire qu'ily ciraumonde; que dis-je?
Ons'étonna comment on avoir vivre
tant de fiécles fans tabac, & on pû s'imagina qu'on celferoit de vivre dès
celferoit d'en ufer. On poulfa la qu'on
fi loin > qu'on ne pouvoit
chofe
un moment fans en prendre. plus On être
prenoir jufques dans les Eglifes, fansque en --- Page 321 ---
Frangoifes de LAmerige. 291
de Dieu qu'on y adorc, & le 1700.
la Sacrifice préfence redoutable qu'on lui offie, puffent infpirer le reipect, le Chrétiens recuëillement con-
&c l'attention que des de leur
vaincus de la nacurellement: verité
Religion,de- de forte que
voient tavoir fut obligé
remedier
Urbain VIII.
0 pour la profaà cet abus, qui alloir jufqu'à Bulle,
la- Bu'le de
de publier une
par tous Urbain
mi quelle excommunioit, apolais, tabac dans les conirele VIIL,
ceux qui prendroient du avoient eu le tabac.
Eghiles. Si fes Succeffeurs
on
même zèle, & la même vigilance, extirpé cet
auroit peut.être enticrement
acte dirréligion : mais foit par négligence, foit quils fe fullent apperçis
Ie malétoit devenu plus puillant
E
remédes qu'ils y pouvoient apporter Pape 2
nous ne voyons VIIL. point ait qu'auctin fait aucune dédepuis Urbain
àce torrent d'irmarche pour s'oppoler
Clement XI.
réverence. 11 n'y a eu que
une
qui défendit ces années paffées tabac Abar l'EBulle, de prendre du fous
d'ex- Autre
glife de Saint Pierre,
peine il n'eft Bulle de
communication 7 mais comme ni du Vefti- C'ement XI,
point parlé dans la Bulle,
bule de cetre Eglife, ni des autres Eglifes, on a pris ce filence, & cette d'en exception pour une permillion tacite,
Nij --- Page 322 ---
292 Nouveanx Foyages aux IRes
1700, prendre dans ce lieu-la, & dans les 2tltres Eglifes, & même comme une efpéce de révocation de la Bulle d'Urbain VIII. dont il femble qu'on ref
pHpaigremmuncasiomnib) fcule
fe de S. Pierre.
EgliVoilà une Hiftoire abregée de la découverre & des progrès du tabac, auflibien que de fes proprictez, &
fitions
a
desoppoqu'il eu à foûtenir. Ceux qui
.en voudiont fçavoir davantage ne manqueront pas d'Auteurs, qui leur
dront tout ce dont ils pourront
ter
RRCISTE
d'ètre inftruits, pour & contre cette
plante.
Quoique je fois affez informé de la
maniere dont on culrive le tabac hors de
lAmérique 2 j'ai cru me devoir renfermer dans la defcription de celui-la,
aufli bien tous les autres tabacs ne font
que desplantes avortées,en comparaifon
de celui del'Amériques c'eft donc de lui
uniquement dont je Vais parler.
Ceft une erreur, où quelques Ecrivains fonttombez de diftinguer le tabac
en mâle & en fémelle, & petit tabac.
On reconnoît en Amérique quatre
fortes de tabac, quel'on diltingue
nns des
le,
autres 5 par la Fgure de leur'
feinilies, & point du tout par lcu rS gen
S
que desplantes avortées,en comparaifon
de celui del'Amériques c'eft donc de lui
uniquement dont je Vais parler.
Ceft une erreur, où quelques Ecrivains fonttombez de diftinguer le tabac
en mâle & en fémelle, & petit tabac.
On reconnoît en Amérique quatre
fortes de tabac, quel'on diltingue
nns des
le,
autres 5 par la Fgure de leur'
feinilies, & point du tout par lcu rS gen
S --- Page 323 ---
Francoifes de LAmérigse. 293--
iis Heuriffent & porient 1700.
res prétendus.
pour Qratre
tous del la graine égalemenrbonie elpece fe multi- efpéces detab.o.
fe reproduire. Chaque fans aucune alteraplie d'elle-même, diminution,
celle qui lui
tion ou
que du terrain ou cile
peut arriver de la part
eft femée, ou tran/plantée. eft le tabac onPeLa premiere eipece les Habitans nomment
tun verd, que
Pern.Ileft tainfiap- Perun Ot
fimplementles grand
rabac
pellé à caufe de la grandeur de fes feuil-: verd ou
les, & de la beauté deleur co'oris. Ellesauwe- à ment
ont pour l'ordinaire vingt - quatre &
grand Perun 1
vingt fix pouces delongueur , depuis pemicue
douze jufqu'à quatorze pouces de large. elpece;
Elles font epailies, charnuës, cotonées,
maniables, d'un très-beau verd 5 mais
comme elles font délicates & remplies
de beaucoup de fuc, elles diminuent
conlidersblément en féchant, ou comme on dit dans sle pais,dla pente, c'eftà-dire, lorfqu'étant attachées à des
on les
à
RSAr
ches ou gaulertes,
expofe eft népour les faire fécher aurant qu'il
cellaire, pourles pouvoir mettre en corde,8 enfuite en rouleau tou rolle, comHabirans. Cetre diminume parlentles
cultive
tion ou déchet eft caufe qu'on
moins cette efpece, que cellequ'on nomme tabac à langue.
N iij
dit dans sle pais,dla pente, c'eftà-dire, lorfqu'étant attachées à des
on les
à
RSAr
ches ou gaulertes,
expofe eft népour les faire fécher aurant qu'il
cellaire, pourles pouvoir mettre en corde,8 enfuite en rouleau tou rolle, comHabirans. Cetre diminume parlentles
cultive
tion ou déchet eft caufe qu'on
moins cette efpece, que cellequ'on nomme tabac à langue.
N iij --- Page 324 ---
294 Nonveaux
AH
1700.
Celui ci a les fetnilies Troyager à Hfes
Tabac à même longueur quele
peu près de
langse 2 elles ne
précedent; mais
feconde
pallent pas fepr à huir
de
efpece. largeur-Lerapporte
pouces
langue de bauflui qu'ellesontavee a fait donnerle une
de tabac à langue. Elles font charnués, nom
épaiffes, forres, liantes, graffes &
ces au toucher;a avec cela elles font moins douremplies de fic & d'humidiré quec celles
du grand Petun, ce qui fait qu'elles fe
confervent mieux, & qu'elles nefouf.
frent prefque point de déchet ou de diminution à la penre. C'eft
ment cette cfpece qu'on culrive particuliere- fiur
Pon Ce que aux Ifles du Vent.
tour
enC'eft-à-dire , à la
tend
Martinique, la Guadeloupe, Marie.
les 1l lante, Saint
GadaVens,
Chriftophe, les Saintes,la
& les Parbades la Grenade, la Barboude, AnIfles de tigue, Nieves,
fous le
Monlarrar, la DominiVent, que, Sainte Alonfie > Saint Vincent, >
Sainte Croix & les Vierges, que l'on
appelle auffi les Antifles ou lesifles Caraibes. Au licu que les Ifles de
Saint Domingue, Couve ou Cuba, Portric, la
Jamaique, la Tortue, l'Ifle à Vache,
& autres voilines fontappellées les Ifles 3
de fous le Vent. Les premieres font à
T'ER, & par conféquent au vent des autres, parceque-les vents alifez qui fouf
flent prefque toujours, viennent de la
les Vierges, que l'on
appelle auffi les Antifles ou lesifles Caraibes. Au licu que les Ifles de
Saint Domingue, Couve ou Cuba, Portric, la
Jamaique, la Tortue, l'Ifle à Vache,
& autres voilines fontappellées les Ifles 3
de fous le Vent. Les premieres font à
T'ER, & par conféquent au vent des autres, parceque-les vents alifez qui fouf
flent prefque toujours, viennent de la --- Page 325 ---
Frencoifes de P Amérigne. 295
Bande de TEft, & pallent par ces pre- 1700*
mieres Ifles avant d'aller rafraichir les
autres. La troifiéme efpece eft le tabac d'A- Tabac
mazone, ainfi nommé, parceque fa grai-fAn zone,
été
des environs de la ri-toiéme
ne a
apportée eft fous la Ligne, & efpece,
viere de ce nom,qui
de
qui fépare le Brelil des terres
Cayenne. La feuille de ce tabac eft aufli longue
que celles des deux efpéces précedentes, &
mais elle eft beaucoup pluis large >
ronde à fon extrèmités ce qu'elle a encore de particulier qpi la diftingue des
autres, eft, que les petites nervûres ou
côtes qui foltiennent la feiille tombent perpendiculaitement fur la groffe
côte du milieu, au lieu que dans les
autres efpéces elles fuivent le contous
de la feitille, & vont en biaifant vers
la terRea feiilles de cette efpece fort fort
épaiffes, fort charnuës, bien nourries,
& quoiqu'elles paroiffent remplies de
beaucoup de fuc d , elles ne diminuent
prelque point à la pente. Ce tabac eft
donc d'un très-grand rapport; & afftrément il pourroit palfer pour le meilleur des trois efpeces, fion ponvoit s'en
fervir aufli-tôt qu'il eft fait, comme OIY
fe fert des autres 5 mais il a une odeur @
N iv --- Page 326 ---
296 Nowveanx Yoyages anx
1700. forte & G défagreable,
faut IRes
Mauvai- accoûtumé de
qu'il
y être
fc quali
longue main, pour n'être
té de ce pas étourdi &c provoqué éau
Tab.c quand on s'en fert,
vomiflement
quand ir en
foit en fumée, 2 foit
eft lioupoudre, foit en mâchicatoire, lorfycau, qu'il eft nouveau. Ce défaut fe corrige
pourtant à mefure qu'il vieillit; & ceux
qui en ont gardé, lont trouvéexcellent
au bout de douze ou quinze mois. Mais
comme on cherche par tout, & far tout
aux Ifles, un débit prompt & un profit
préfent, & que pour l'ordinaire les affaires des Habitans font dans une fituation à ne pouvoir Fas attendre fil
tems le revenu de leur travail, ils long- aiment mieux fe paffer du produitconfidérable qu'ils auroient en culrivant ce Taac, que de le laiffer dans leurs
finsle tems néceffaire pour lui faire Magadre cette mauvaife qualité.
peràce Remede di Je fçai pourtan:
experience
faut.
quand on le Catmtreder
que
huit
pendant fept ou
jours après qu'il: a été à la
le
tems ordinaire pour être prèt à penre nettre
en corde, & qu'onl'expofe une feconde
fois à l'air pendant une couple de jours
feulement ,il devient auffi doux & d'une odeur aufli agréable que celui des autres e(peces. C'elt aux Habitansa a voir (
cette augmentation de travail fera fiiffi-
faut.
quand on le Catmtreder
que
huit
pendant fept ou
jours après qu'il: a été à la
le
tems ordinaire pour être prèt à penre nettre
en corde, & qu'onl'expofe une feconde
fois à l'air pendant une couple de jours
feulement ,il devient auffi doux & d'une odeur aufli agréable que celui des autres e(peces. C'elt aux Habitansa a voir (
cette augmentation de travail fera fiiffi- --- Page 327 ---
Françoifes de PAmerigste. 297
famment compenfée par l'angmentation 1700.
du protic qu'ils trouveront en le cuitivant.
Tabac
La quatriéme efpeceef celle qu'on ap- .
d: Veripelle Tabacde Verine. C'ell lenom d'un ne, quapetit Village fitué auprès de la Ville de cip:ce. triéme
Comana dans la Terre ferme, fur le Lac
de Venezuela, d'oi la graine a été apportée. Cet tabac eft le plus petit de tous,
Ses feuilles arrivent rarement à la longueur de dix pouces: elles font étroites;
rudes, ridées, fort pointués ; clles ne
laiffent pas cependant d'ètre aflez bien
nourries & charnuès; mais comme elles
ont beaucoup de fuc, elles décheoiene
ou diminuent beaucoup à la pente, 2 &
font par conféquent d'un très-médiocre
rapport.
Exce'.
Ce que ce Tabac a de particulier, qui lence du
le fait regarder comme le plus excellent Tabacde
qui foit au monde, eft une odeur dou- Verine.
de celle
ce, > aromatique, approchante
condu mufc quila natnrellement, qu'il
ferve, foit qu'on le prenne en poudre >
foit qu'on le fume, & qu'il communiquefifacilenuentauxs antresefpecesqu'on
mèle avec lui, que le tiers ou le quast
de celui-ci fuffic pour faire paffer rout
le refte pour Tabac de Verine. Malgré
cet avantage on en cultive très-peu aux
N y --- Page 328 ---
- 298 Nonveanx Voyages aux IRes
1700. Iiles du Vent; &cen'elt pas la feule faute qu'on peut reprocher à nos Infulaires en matiere de négligence & d'indolence fur les Manufactures de leur
Pais.
Eleurs Les feurs de CCS
du Ta. Tabac font les mêmes quatre efpéces de
bac.
quant àla forme
&àlacouleur. Ellesne different que
lag grandeur qui eft toujours proportion- par
née à la grandeur de la rige qui les a
produites. Elles font porrées far une
queue aflez forte, & fonr compoféesde
cinq fetilles, qui après avoir fait un
tuyau d'environ demi pouce de longueir > s'épanotilfent fans séloigner
Iune de l'autre, & font un calice pentagone qui renferme cingq éramines &
ui piftille qui en s'allongeant fe change
en une perite filique qui contient les
graines ou femences de la planre.
Graine Cesgraines
de Ta- dela
fontnoires, affez fermes,
bac,
grofeur à peu près, de la figure &
de la confiftence de celies du Pavot. A
mefure qu'elles mûriflent la Aeur change, de couleur de chair qu'elle étoit
auparavant, elle devicet feiille morte :
elle fe fanne enfin, fe féche & rombe,
quand lla graine eft arrivée à une parfaite maturité.
Si on n'avoit pas foin d'arrêter la
dela
fontnoires, affez fermes,
bac,
grofeur à peu près, de la figure &
de la confiftence de celies du Pavot. A
mefure qu'elles mûriflent la Aeur change, de couleur de chair qu'elle étoit
auparavant, elle devicet feiille morte :
elle fe fanne enfin, fe féche & rombe,
quand lla graine eft arrivée à une parfaite maturité.
Si on n'avoit pas foin d'arrêter la --- Page 329 ---
Fvangoifes de LAmbrigue. 299
elle croîtroit toujours, & dure- 1700.
plante,
années. On cn a vi de Hauteur Taroit plulieurs de haut, & même da-du bac.
cinq a fix pieds Ifles. Mais on l'arrère
vantage dans nos
eft arrien coupanc la tige, de lorfqu'elle deux pieds ou envée à la hauteur
trois railons.
viron, & ccla pour
fi on la laifLa premiere, elle feroit parceque à la fin trop exfoit croitre,
la rompre,
pofée au vent , qui pourroit
&c mème l'arracher.
le fuc ou la fé- Pour- on
La feconde, parceque daugmenter T'empe- quoi
ve fe portant naturellement
à la che de
la
les feuilles manquero.ent feroient plus ctoitro.
fin : nourriture > elles moins charminces 2 plus petites >
nués.
de
La troifiéme > Rere fac l'empêcher & la force de
grainer > pardeque concourant à la confervation
la plante
qu'ala nourriture des
de lefpece.plasoe ne lui font d'aucune utilifelilles, cela, qui ce feroit autant de dimi.
té
les feillesont
Lre la nourrituredont!
de
befoin pour arriver au point faire perfec- de
tion où elles doivent être pour
bonne marchandife. lailfe croître
les plantes
On ne deftine à fournir fe graine pour
qu'on fuivante. D'ailleurs quelle néces
Jannéc
Nvj --- Page 330 ---
300 Nowveaux Yoyaves aux
1700. fité de laiffer croitre de CCS plantes IRes
doivent être arrachées & replantées
que
a
durer année. llef vraiqu'elles pourroient
long-tems; mais leurs feiilles diminuéroient droient à la fin chaque toue-d-fair jour , &c devieninutiles, &.
occuperoientle terrain fansrapporter de
profit.
Terrain Le Tabac demande une terre
Pour propte le médiocrement forte, profonde, graffe, unic,
Tabac,
ne foit ni
humide
2EE le moins trop
5 ni trop
expolée qu'ileft
aux grands vents, & au trop pollible Soleil. Je ne parle point du
qui lui
feroit
noît encoreplus nuifible. On ne le conle fommer point dans nos Ifles, fi ce n'eft fur
de quelques hautes montafonne gnes,oû aille il n'y a pas apparence que perQualiré
planter du Tabac.
de la.
Cette plante mange furieufement la
glante. térreoi clled croit; & comme elle 1 ne
te rien avec elle quila puiffe amcliorer, porile eftrare quela même terre puille fervir
long-tems à la produire de la qualité
foit qu'cile doiravoir, à moins que ce ne
une terre très-graffe & unie, dontla
pluye ne puiffe pas entraîner la
& bien profonde, > afin qu'elle graille, puiffe
fournir la fubftance nécellaire à entretenir une plante aufli dévorante. C'elkpar
comme elle 1 ne
te rien avec elle quila puiffe amcliorer, porile eftrare quela même terre puille fervir
long-tems à la produire de la qualité
foit qu'cile doiravoir, à moins que ce ne
une terre très-graffe & unie, dontla
pluye ne puiffe pas entraîner la
& bien profonde, > afin qu'elle graille, puiffe
fournir la fubftance nécellaire à entretenir une plante aufli dévorante. C'elkpar --- Page 331 ---
Françoifes de PAmbrigue. 301
cette raifon que les terrcs neuves luifont 1700.
infiniment plus propres que celles qui
ont déja fervi, & que les terrains qui
font en côtieres font bien-tôt épuifez, >
& ne peuvent fournir
Nrois ou quatre levées ou récoltes bon Tabac,
quoi ils ne produifent plus
des
avortées
aus
REOT plantes &
feiilles
fuc, fans fubltance, fans odeur , fans
forcesce qui décrie les Pais d'oi clles
viennent, à caufe de la mauvaife qualité du Tabac qu'ils produifent. terrain tel
Suppolé doncqu'on ait un
que je viens de le demander > on
du Tabac TRE
raifonnablement elperer
ne très-bonne qualité, & en quantité
fuffifante pour faire un profic conlidérable.
dans le mois de Tems
C'eft ordinairement
propre
Novembre , c'efe-i dire > environ fémeniee uns ma- de
mois avantla fin des spluyes,qu'on
femer la
le Tabac. On choilit aurant qu'il eft grainede
pollible un terrain neuf & frais. On le Tabac,
trouve tel àla liziered'un bois plus facilement qu'en aucun autre lieu. Onr mèle
la graine avec fix fois autant de cendre
ou de fible, parceque fi on la femoit
fenle, fa peritetle la feroit lever telles'étoufferoit - , &
ment épaille, qu'elle de la lever de
quil feroit impoflible --- Page 332 ---
302 Nowveaux Froyages AHx Mes
1700. terre pour la tranfplanter, > fans
fer à rompre les plantes, ou endomma- s'expo.
ger tellement lese racines 3 qu'elles ne
pourroient pas reprendre.
Lagrainéleve ordinairement en
tre ou cinqjours. Dès qu'onsapperçoir quaqu'elle fort de terre, on a foin de la
couvrir de branchages
la
des ardeurs du Soleil, pour a moins garantir
n'ait étéf femée dans un lieu affez couvert qu'elle
pour ne rien craindre de ce côré-là.
Prépara. Pendant
tion du
qu'elle croît, on prépare le
terrain terrain ot elle doit être
pour
c'eft une terre
tranfplantée. Si
trant rache
neuve, on brûle &c on arieTabac. planter racines foignenfement les fouches & les
des arbres qu'on a abattus, ,
ceque ces fouches & ces racines par- qui
rerpenrordinsirement fur la terre, rempliroient un e/pace qui doit être occupé
plus utilement par les plantes, & parcequ'elle ferviroit de retraite aux rats & à
une infinité d'infeétes qui broutent &
gâtent le Tabac. On a encore un foin
tout particulier d'arracher toutes les
herbes qui ne manquentjamais de croitre en abondance dans les terres neuves
fur tour le pourpier, la mal-nommée, & s
les balifiers; & pourles empècher de reprendre après qu'on lesa arrachez,on les
tran/porte dans un endroit éloigné du
& parcequ'elle ferviroit de retraite aux rats & à
une infinité d'infeétes qui broutent &
gâtent le Tabac. On a encore un foin
tout particulier d'arracher toutes les
herbes qui ne manquentjamais de croitre en abondance dans les terres neuves
fur tour le pourpier, la mal-nommée, & s
les balifiers; & pourles empècher de reprendre après qu'on lesa arrachez,on les
tran/porte dans un endroit éloigné du --- Page 333 ---
Frangoifes de PAmerigne. 303
deftiné au Tabac fous le vent au- 1700,
champ eft
& peu fréquenté,
tant quril pollible, le vent OLI les pallans ne
de crainte Seise champ, oul, comme
rapportent aux Iles, dans le jardin, lesgraion dit
brins de ces mauvaifes
nes ou quelques fufiroient pour en répanherbes, qui
tout.
dre bien-tôt l'efpece
tant de Maniere
que Eca on prend
d'al
On
juger les terres neuves > il& f"
FRET pour
cel- le partager teten faut prendre bien davantagepour où les mauvaifesuin.
Jes qui ont déja fervi,
car elles font
herbes ont crû & grainé;
touinépuifablesde
des fources d'herbes prefque qu'il faut fans cefle
tes fortes
fi on veut
la
arracher & farcler,
il Reste
plante du Tabac profite comme il faut le
Le terrain, érant nettoyé, detrois pieds
en allées diftantes
fur
partager les unes des autres, & paralelles 2
lefquelles on plante en quinconce de des trois piéloignez les uns des autres
quers Pour cet effet on étend une ligne
pieds. cordeau divifé de trois en trois pieds
ou des naeuds, ou quelques marques
par
comme feroient de petits
apparentes, d'éroffe 2
de couleur , & l'on
morceaux
en terre à chaque nceud
plante un piquet
a achevé de
ou marque. Après
cordeau, on le
les noeuds
I
marquer --- Page 334 ---
1700. 304 Namean-figagora aux Mes
leve, on l'étend trois pieds pius loin;
obfervant que le premier natdou marque ne correfponde pas vis-d-vis d'un
des piquers plantez, mais au milieu de
-
Telpace qui fe trouve entre deux piquets, & on continue ainfi de marquer
tout le terrain avec des piquers, afin de
mettre les plantes au lieu des piquers,
qui de cette maniere fe trouveront plus
en ordre, plus aifées à farcler, & éloignées les unes des autres fafifamment
pour trouver la nourriture qui leur eft
néceffaire. L'expérience fait connoître
qu'il eft plus à propos de planter en
quinconce qu'en quarré 5 &
les
planres ont plus d'elpace
leurs
Riradie
racines, 8c poulfer Emur tiges &
leurs feiilles, que fi elles faifoient des
quarrez parfairs. Ceux qui en voudront
fçavoir la raifon, pourront confalter
M. de la Quintinie dans fon Trairé du
Jardinage.
du Choix
Il faut que la plante ait au moins
rems feiilles
fix
& érat
pour pouvoir être tranfplantée.
de la Il faut encore que le tems foit
plante ou tellement
pluvieux
pourêre
couvert, quel'on re doute
tranf plantée. poincquelapluye de
ne foitprochaine; Cas
tranfplanter en tems fec, c'eft rif
quer de perdre tout fon travail & fes
plantes.
iré du
Jardinage.
du Choix
Il faut que la plante ait au moins
rems feiilles
fix
& érat
pour pouvoir être tranfplantée.
de la Il faut encore que le tems foit
plante ou tellement
pluvieux
pourêre
couvert, quel'on re doute
tranf plantée. poincquelapluye de
ne foitprochaine; Cas
tranfplanter en tems fec, c'eft rif
quer de perdre tout fon travail & fes
plantes. --- Page 335 ---
Françoifes de TAmerique. dou- 305 1700.
On doitleverles plantese de terre
Mmiere,
cement & fansendoinwager les racines. de wetdans des pa-re les
On les couche propremenre
doi-P tes
niers, & on les porte à ceux qui font cil LLITC,
vent les mettre en terre. Ceux C1 de
munis d'un piquet d'un bon pouce
diamettre, > & d'environ quinze poude
dont un bout eft poinces &1 l'autre longueur, arrondi comme une pomtu, me de canne. Ils font avec cette clpéce
de poinçon un trou àla place de chaque
piquer qu'ils levent, & y metie ent une
plantrel bien droite, les racinest bien étenc'eftdués: ils l'enfoncent jufqualeil.
adire,jufala naiflance de fetillesles
plus balles, & preffent mollcment la
terre autour de la racine, afin qu'cile
foûrienne la plante droite fans la comprimer. Les piantes ainli mifes en terre, &
dans un tems de pluye, ne s'arrêtent
point, leurs feuilles ne fouffrent pas la
moindre altération, clles reprennent en
vingt- quatre heures, & profitent à
merveille.
Un champ ou jardin de cent pas enQanrre planquarré doit contenir dix mille plantes àn conla Guadeloupe, où le pas n'cft que detenués dans un
trois pieds; & douze mille cinq censà tecrain
laMartinique, où le paseft de trois piedsue cent --- Page 336 ---
306 Nonveanx Yoyages Aux
1700. & demi. On compte qu'il fant Ifes trois
EUAR & perfonnes pour entretenir dix mille
duit, pro-plantes de Tabac, & qu'elles
rendre environ quatre mille livres peuvent
fant de Tabac, fclon la bonté de la ter- pere, le tems qu'on a planté 2 & le foin
qu'on en a pris, car il ne faut pas ss'imaginer qu'il n'y a plas rien à
lap plante eft une fois en terre. faire, Ilfaut quand
vailler fans ceffe à farcler les mauvaifes traledegdrosommeuenrt la
de partie de fa nourriture. Il faur plus Tarre- granter, la rejettonner, ôrer les feililles
de vers,de chenilles & autres pi- H5 en un
Ratr
yeux &les mains mot > avoir toujours les
foit coupée.
deffisjufqu'àceq qu'elle
fins, Maga- oti Pendant
lesplantes croifent, on
l'on Cafes onprépare les Rrde ou Magalins où l'on
vaile ta-doit le
les mettre après qu'eiles font couTabac, pées. Chaque Habitant en
la grandeura la quantité de proportionne
a mifes en terre. On les conftruir plantes qu'il
l'ordinaire de fourches en terre 2 on pour les
paliffade de rofeaux, oul de pa'miftes refendus, oul bien d'un
de terre graffe mélangée clayonnageconvert avec de la bouZe de vache & blanchieavec dela chaux.
Les fablieresnefontj jamais à plus de
pieds de haut. Ona appuye fur elles ES
pées. Chaque Habitant en
la grandeura la quantité de proportionne
a mifes en terre. On les conftruir plantes qu'il
l'ordinaire de fourches en terre 2 on pour les
paliffade de rofeaux, oul de pa'miftes refendus, oul bien d'un
de terre graffe mélangée clayonnageconvert avec de la bouZe de vache & blanchieavec dela chaux.
Les fablieresnefontj jamais à plus de
pieds de haut. Ona appuye fur elles ES --- Page 337 ---
Francoifes de PAmerigue.
traverfes auli longues que la Cafe eft 1700.
large, éloignées de huit pieds les unes
des aucres, & aflez fortes
porter
les ganlettes ou les plantes ideran attachées
lesfaire fécher. Quoiqu'on fe ferve
pour du rerme de fécher, ilsen faut pourtant
beauconp qu'onles falfe (écherallezpour
les mettre en poudre. On fe contente de
leur laiffer évaporer leur plus grande humidité, & les faire amortir > Oll mortifier fuffitamment pour pouvoir être torfes, ou comme on dit aux Ifles, torquées
& fil.es, à peu près comme on file le
chanvre, & enfuite mifes en rôle ou
rouleau. Lorfque les plantes font arrivées à la"Culeure de la
hanteur de deux pieds & demi, ou envi- planie,
ron. & avant qu'elles Aeuriffent, on les
arrête, celtadire, qu'on coupele fommet de chaque rige, pour T'empecher de
croitre & de Arurir 2 j'en ai dit les raifons ci-devant 5 & en même tems on
arracheles feiillesles plus sb.ffes, -
comme
plus difpofées à toucher la rerre, & à fe
remplir d'ordures. On ôte acfi toutes
ccllcs qui lont viciées, piquées de vers, s
ou qui ont quelque difpofition àla pourritare, & on fc contente de laiffer huit,
dix ou douze feiilles tout all plus fur
chaque tige, parceque ce perit nombre --- Page 338 ---
308 Nowveanx) 2
aux
1700. bien nourri & T'ayages bien
IBes
entretenu rend
beaucoup lité
plus de Tabac & d'une quafoit infiniment croitre
me lleure, 2 que G on laif
toutes celles que la
pourroit produire. On a encore un plante foin
tout particulier d'ôter tous les
ou rejettons que la force de la bourjons féve fait
pouffer entre les feiilles & la
car
outre que ces rejettons ou feiiilles tige; avortées, ne viendroient jamais bien, elles
artireroient une partie de la
des véritables fetilles
nourriture
jamais trop avoir.
quin'en peuvent
c'eft Ce que Depuis que les plantes font
que jufqua leur
arrivées
roje ton.
parfaite maturiré, il
ner,
cing à fix femaines, felon
la faut
eft chaude
que faifon
> que le terrain eft
qu'il eft fec ou humide. On vifité expofé s
danr ce tems-la, au moins deux
la
femaine les
oiris
C'eft ainfi plantes pour les rejettonner.
fait
qu'on appelle l'action
en arrachane tous les rejettons, qu'on
fes tiges ou feiilles qui naiffent tant faul
la tige,qua fon extièmité,
far
des fetilles.
> ou auprès
Le Tabac eft ordinairement
dlietr mois ou environ en terre
quatre
turité de en état d'être
> avant dère
coupé, On connoit qa'il
ipsnnapproche de far maturité, quand fes
Ics commencent. à changer de couleur,é fcuil-
en arrachane tous les rejettons, qu'on
fes tiges ou feiilles qui naiffent tant faul
la tige,qua fon extièmité,
far
des fetilles.
> ou auprès
Le Tabac eft ordinairement
dlietr mois ou environ en terre
quatre
turité de en état d'être
> avant dère
coupé, On connoit qa'il
ipsnnapproche de far maturité, quand fes
Ics commencent. à changer de couleur,é fcuil- --- Page 339 ---
Francoifes de Ambrigue. 309
leur verdeur vive & agréable de- 1700.
que
à
obicure: elles panvient peu alors peu vers plus la terre 2 comme fi la
chent
les attache à la tige, avoit
queiie qui
le
du fuc & dela
peine à foûtenir elles poids font remplies : l'cfubftance dont
avoient ic fortifie,
deur douce qu'elles
au loin.
s'angmente, & fe répand plus
fetilEnhn quand onsapperçoir queles les
facilement loriqu'on
les callent plus
certain que la
ploye > c'cit un figne
dont elle a
plante a toute la maturité
befoin, & qu'il eft tems de la couper. foit Tems
On attend pour cela que la rofée
propre,
tombée & que le Soleil ait deffeché tou- furniere 3 ma- de
avoit répandué
te Thumidité qu'elle
les
les feililles: alors on coupe
plantes fafia planparle pied. Quelques-uns les coupent en-ie.
tre deux terres, c'eft-à-dire, un pouce de
au-deffous dela fuperficie
ou environ les autres à un pouce ou deux
la terre;
derniere maniere eft la
au-deffus : certe Onlaiffeles plantes ainfi couplus ufitée. de leurs fouches le refte du
pécs auprès & on a foin de les retourner trois
jour,
fois, afin que le Soleil les
oul échauffe quatre également de tousles côtez,qu'il
corfomme une partie de leur humidité,& qu'il commence à exciter une
fermentation qui eft nécellaire pour --- Page 340 ---
310 Nouveanx
AuX Ies
1700. mettre
Foyages
leurs parties & leurs fuc en mouvement.
Avant quele Soleil fe couche, on les
tranfporte dans la Cafe qu'on a préparée
les recevoir, (ansjamais laiffer
Et la nuit à découvert aux plantes pafpées, parcequelarofequie ielttrèr-abon- coudante dans ces climats chauds,
roit leurs pores ouverts par la rempli- chaleur
du jour précedent, & en arrêtant le
mouvement de la fermentation
commencée s elle difpoferoit la déja
à la corraption & à la
plante
On fait C'eft pour
Fourriture.
seffiuer & tation
augmenter cette fermenfermen.
que les plantes
&c
ter
Jes tées dans la Cafe font coupécs étenduds les apporplantes, fur les autres & couverres de feuilles unes de
balifier amorties, ou de quelques méchantes toiles, couvertures, > ou nattes
avec des planches par deflus & des
res pour les tenir en fajertion : c'eft pier- ainfi
qu'on les laiffe trois ou
pendant lefquels elles
quatre jours, 3
fermentent, ou
pour parler comme aux Miles, elles reffuent, après quoi on les fait fécher.
J'ai dit ci-devant qu'on avoit
fé des traverfes au-deffas des fablicres difpopour recevoir les extrèmitez des gaulertes ou rofeaux où l'on attache les
es. On fe fert pour cela d'aiguillettes plan-
ir en fajertion : c'eft pier- ainfi
qu'on les laiffe trois ou
pendant lefquels elles
quatre jours, 3
fermentent, ou
pour parler comme aux Miles, elles reffuent, après quoi on les fait fécher.
J'ai dit ci-devant qu'on avoit
fé des traverfes au-deffas des fablicres difpopour recevoir les extrèmitez des gaulertes ou rofeaux où l'on attache les
es. On fe fert pour cela d'aiguillettes plan- --- Page 341 ---
Frangoifes de LAmerigue. 31I -
ceft la feconde écorce d'un 1700,
de mahot 5
dont j'ai parlé en Maniere
bois tendre & leger,, fe tille ailément, de fécher faire
un autre endroit, fait des
de toutes grof les planon
9E
& dont
aufli bonnes que cellesde tes.
feurs, prefque On attache les plantes entiechanvre.
la pointe en bas,affez
res aux ganlertes les unes des autres pour ne fe
éloignées
onchucules,
pas roucher :
enfemble qu'étant & fc gâtcelles fe
casere
roient. Comme toutes les plantes n'ont DZ
été mifes en terre en fucceflivement même-tems, 5 8z
fi meuriflenr-elles
conféquento on ne peutles côuper que 2
par
les autres. Elles demeurent
les unes après
& fafpenduès dans la
ainfi renfermées
quelquefois
Cafe douze ou quinzej jours,
quelquetois moins, mais toujours
plus,
qu'elles
jufqui ce qu'on sapperçoive
2e $
font devenués tout-a-fait maniables bru- -
raifineufes, d'une couleur
gralfes,
flétries & amorties d'une
ne ou tannéc,
être torfes ou tormaniere à pouvoir
fe rompent,
quées fans danger dérache qu'elles des ganlettes;
Pour lors on les
les feuilles des ti-
& après savoir féparé les unes fur les autres
on les érend
chacune
Ea des établis ou tableslongues maisavant
à peu près felon fa grandcur, --- Page 342 ---
312 Nowveaux Voyages anx TRes
1700. cela on les éjambe, celt-à-dire, qu'on
On é. ôte la groffe côre qui eft au milieu de
jamtele Tabac, chaque feilille. C'éft le travail à quoi
travail on s'occupe le foiraprès foupé,cequ'on
PNa Ve:l- appe'le la veillée, travail long & en-
:léc.
nuyeux, car les Maîtres ou leurs Commandeurs ne donnent pas moins d'une
douzaine de gaulettes chargéesde
tes à éjamber à chaque ferviteur ou EE
clave s qui quelque habile qu'il puilfe
être,ne fçauroit avoir fini fa tâche que
long-tems après minuit 5 de maniere
quil ne leur refte jamais qu'environ
cing heures Four repofer, fuppofé même qu'ils ne foient pas obligez de fc dérober une partie de CC tems pour aller
chercher descrabes, des grenoiilles, ou
autres chofes pour augmenter le peu de
nourriture qu'on leur donne. Mais ce
n'eft pas ici le lieu de reprocher aux
Habitans de l'Amérique leur dureté à
l'égard de leurs ferviteurs, c'eft à. dire,
de leurs engagez & de leurs efclaves,
On ne fe fert d'aucun outil pour ce
travail, les ongles & les dents doivent faire l'office de coureaux & de cifeaux.
Après queles feiilles fontéjambées &
placées fur les établis, on les torque >
c'eft-à-dire, on les file à peu près commc
de reprocher aux
Habitans de l'Amérique leur dureté à
l'égard de leurs ferviteurs, c'eft à. dire,
de leurs engagez & de leurs efclaves,
On ne fe fert d'aucun outil pour ce
travail, les ongles & les dents doivent faire l'office de coureaux & de cifeaux.
Après queles feiilles fontéjambées &
placées fur les établis, on les torque >
c'eft-à-dire, on les file à peu près commc --- Page 343 ---
RPJCE --- Page 344 ---
gui ciambe le abas.
En porgue met le mabac.
ala
cn rolle.
Tim 6.
pente .
FE
P20-31a.
I a E
I
I
- - --- Page 345 ---
Françoifes de PAmbrigue.. 313
une corde. C'eft le métier d'un Ou- 1700,
me vrier, qu'on appelle Torqueur , dont de Maniere totThabileté confifte à faire fa corde bien quer le
égale, manier fon rouet, de maniere Tabac.
qu'elle ne calle point, & ala bien monter, ou mettre en rouleau Out rôle. On
employe les plus grandes feuilles à faire
T'exterieur, > Venvelope, ou commel'on à
dit, la robe de la corde,& les petires font
la remplir; c'eft pour cela qu'eiles
mifes chacuned part felon leur grandeur
fur un établi à la droite du Torqueur il >
avec un vafe plein d'eau de mer,où
trempe fes mains de teis en tems, &
dont il arrofe légerement les feuilies
les rendre
qu'il employe > pour
la Falie
fouples,8 pour empècher par
de l'eau la corruption , qui pourroir gales fettilles
ter la corde, fuppofé que
qui
la compolent y euffent quelque dilpofition. Dès que le Toiqueur a filé une
quantité de corde fufilante pour faire
un rôle ;il la met en ceuvre : car il ne
faut pas lai donner le tems de fe fécher,
elle deviendroit roide & caffante, & ne
s'arrangeroit) plus, ni fi bien, ni fi facilement fur le tour.
Au licu d'eau de mer toute fimple, on
employe quelquefois une liqueur comqui donne plus de force au tapole.
O
Tome VI.
ofition. Dès que le Toiqueur a filé une
quantité de corde fufilante pour faire
un rôle ;il la met en ceuvre : car il ne
faut pas lai donner le tems de fe fécher,
elle deviendroit roide & caffante, & ne
s'arrangeroit) plus, ni fi bien, ni fi facilement fur le tour.
Au licu d'eau de mer toute fimple, on
employe quelquefois une liqueur comqui donne plus de force au tapole.
O
Tome VI. --- Page 346 ---
314 Nouveaux Poyages aux Iles
1700. bac, & quilai communique en mêmetems une odeur des plusagréables On
prend pour cet effer toutes les côtes
l'on a tirées des feitilles en leséjamRurto les feiiilles de rebut, & lest
on
les
riges,
pile dans un mortier, & après en
Eau ou avoir exprimé tout le fuc par le moyen
fitop dôt d'une preffe ou autre infrument
on huéquimedeles valent, on le met fur le feu avec de
Écuilles. l'ean de mer, des feuilles & des graines
de bois d'Inde, des écorces de canelle
bârarde, un peu de gomme blanche ou
autre
odoriférente & de gros
firop
Sucre 5 & on fait
Scsure
boiillir &c
cuire tour ce mèlange jufqu'à ce
foit en confiftence de firop. Les Tor- qu'il
queurs en afpergent les felilesà mefire
qu'ils les mettent en ceuvre > & s'en
frottent les mains de tems en tems. Ileft
certain que cette compofition donne une
très-bonne odeur au tabac, qu'elle
mente fa force, & le conferve parfai- augtement contre tout ce qui pourroit le
gâter, Cette maniere eft fiailée, & coûte fi peu de foin & de dépenfe, que les
Habitans ne devroient surement pas la
négliger,
L'aiflieu ou l'ame de chaque rôle eft
un bâton d'un bois dur, rond & pelant,
antour duquel les feiilles mifes en corde --- Page 347 ---
Francaifes de T Amérigue.
fort roulées & arrètées. La longueur 212 1700.
ce bâton elt arbirraite. Elle ett ordinairement de trois pieds pour les rôles de
cent à deux cens livres. Il ne doit avoir Maniere de iaire
qu'un pouce de diamétre à chaque bour, les rôles
on lui en donne davantage dans fon mi- detabac.
lieu,ce qui le fait reffembler à un fufeau. On' le pole horizontalement fur
deux pieces de bois plantées en terre 2
dont lesexrrèmitez échancrécs en demi
cercle le foûtiennent, & donnent la facilité au Torqueur de le tourner à mefure qu'il roule la corde autour. On
garnir les deux xbouts del'aifieu de deux
morceaux de lartes qui fe croifent, &
quiy y font cloiiez, qui fervent à entretenir les tours de la corde, &c les empècher de fe (éparer. C'eft en cela que
paroit T'adreffe du Torqueur, qui doit
rouler fa corde fi proptenent, & fi ferrement, que tous les tours ne fe débordent point 1 qu'ils ne fe relachencpoint,
lorfqu' rils viennent à fécher, & quils ne
fe dérollent point, lorfqu'oa a ôté les
ailettes quiy étoient à chaque bout. ie
travail languiroit fi on n'avoit qu'r n
homme pour faire la corde, & enfuite
pour monter les rôles. On en
deux, dont l'un ne
ETRE
ordinairement
l'autre file.
que monter à mefure que
Oij
1 qu'ils ne fe relachencpoint,
lorfqu' rils viennent à fécher, & quils ne
fe dérollent point, lorfqu'oa a ôté les
ailettes quiy étoient à chaque bout. ie
travail languiroit fi on n'avoit qu'r n
homme pour faire la corde, & enfuite
pour monter les rôles. On en
deux, dont l'un ne
ETRE
ordinairement
l'autre file.
que monter à mefure que
Oij --- Page 348 ---
316 Nouveanx Yoyages anx IRes
3700.
Ce métier eft forc lucrarif, & fi les
Torqueurs étoient employez toute l'annéc, il eft certain , quils gagneroient
confider.blement: 3 mais commeleurtravail ne dure qu'autant que la récolte,
ou comme on parle dansle pais autant
que la levée, 3 ils ne font
Métier trois ou quatre mois, & employez que
de Torils ont ainfi
de tems
plus
queur L
qu'il ne leur en faur, pour conEratif, mais fommer ce qu'ils ont gagné: de forte
preiique
eft très-rare d'en voir qui foient à
inutile . aife. D'ailleurs la
des
prélent. bitans qui cultivent le plapart tabac
Haont été
Torqueurs avant d'avoir une Habiration ; ainfi ils torquent cux-mèmes leur
tabac, ou bien ils enfeignent le métier à
quelques-uns deleurs Elclaves dès qu'ils
en ont > qui ravis d'apprendre quelque
chofe qui les diftingue de leurs Compagnons, &
leur procure quelque
gratification a leur Maître, s'y
avec
appliquent
foin, & y rétifliflent à merveille. Ily a donc à préfent fort peu de
perfonnes, fur tout ceux des liles du
Vent, qui ne falfent autre chofe que le
métier de Torqueur, d'aurant plus que
depuis que leTabac a été mis en
s
on en a prefque entierement
la
actNy
culture, 3 pour s'attacher à faire des
marchandifes, dontleCommerce étans --- Page 349 ---
Fvancoifes de LAmbrique. 317 17004
libre, étoit auili plus agréable & plus
lucrauf.
differentes groffeurs, DiftOn hleletabacde
de rentes
Le plus
n'excede pas un
jamais grofléars durabac.
3x le
ETE
plus
taHmE
de
ce petit
det
moins cinq! lignes. dont on faifoit autbac appellé briquet, fi confidérable à
trefois un Commerce étoit la baze du ComDieppe, ce-qui les
& autres Normerce que faifoient Diépois dans le Nord. On fait
mands
&c
les rôles de differentes grandeurs,
de differens poids, c'eft a-dire, qu'on lien fait depuis dix jufqu'à deux du cens Brefil
vres. Les rôles qui viennent d'un cuir
font pour l'ordinaire couverts
verd, c'elta-dire, d'une peau quin'a
point été apprèré. Cette précaution
les conferver eft très-bonne ; O11
pour s'eneft fervi quelquefoisi Saint Domin
mais elle n'a jamais été pratiquée
gue, aux Illes du Vent, ou les peaux ont toujoursété trop rares, pour ètre employées
à cet ufage.
A mefure que les rôles font achevez, 3
on les porte au magazin : on les y. couvre de feiilles de Balilier amorties au
feu ou au foleil,& on évite qu'ils acheve prennent l'air. C'elt-là que le tabac
de fe perfectionner, fes fucs fe cuifent
Oij
n'a jamais été pratiquée
gue, aux Illes du Vent, ou les peaux ont toujoursété trop rares, pour ètre employées
à cet ufage.
A mefure que les rôles font achevez, 3
on les porte au magazin : on les y. couvre de feiilles de Balilier amorties au
feu ou au foleil,& on évite qu'ils acheve prennent l'air. C'elt-là que le tabac
de fe perfectionner, fes fucs fe cuifent
Oij --- Page 350 ---
318 Nowveaux
aux
1700. par la fermentation Troyages que la chaleur IRes
mouvement du tour & du rolict & Ie
excitée dans fcs parties, ild devient ont
luifant, compacte, de bonne odeur, gras, &
également Propre à être employé en
poudre ou en fumée.
bac Quoique la plus grande partie du taqui fort de l'Amérique, foit en roles, on nelailfe pas d'employerles
lcs de troisautres manieres;
feuilfgavoir,en
andotilles, en torquettes > & en
quers.
paLesandotilles font de diferentesgrof.
feurs, & de differens
que les
poids aufli : bien
torquettes. Pour
anes & les autres ne
l'ordinaire, 3 les
livres, & ne font guéres palfent moins jamais de dix
On les appelle andoiilles,
cinq.
Re foient pas d'uneégale quoiqu'elles
are leur)
groffeur dans
lengueur, comme ies andoiil.
les ordinaires font. Celles de tabac font
pius groflfes dans le milien qu'aux extrèmitez, de maniere qu'elles reffemblent
affez à un fufeau tronqué
les deux
bouts. Voici comme on Rre fait. On
étend far une table des feilleséjambées,
prètes à torquer, les plus grandes & les
plus faincs, oa en met de plus perites
par deffus, & comme c'eft dans le milieu
qu'elles fe eroifent - l'une far l'autre, cela --- Page 351 ---
Françoifes de PAmerigue. dans 319 1700.
fait que l'andoiille eft plus groffe On Tabac
extremitez.
en Ancet endroit-li qu'aux feitilles
fervent de doiilles.
roule enfuite ces
qui étend,8
moule ou d'ame à cellesqu'on ce que
qu'on roule par-deffus jufqu'à lui veut
J'andoitille ait la groffeur qu'on d'un mordonner. Alors on la imbibée couvre d'eau de
ceau de grolfe toile dont j'ai parlé cimer, oul de la liqueur
corde
devant, & onlalicavecs une fortement, petite
&
d'un boatal lautre, le plus
de
le plus ferrement quil eft pollible, de la corde
maniere
tous les la tours laiffe en cet état
fe nstis & on
feiilles
jufqu'i ce qu'on liées ME unes queles avec les aufont tellement font
plus qu'an
tres, qu'e les ne
prefque le rout eit fuffifammème fec. corps, Pour & lors que on ôte la corde & la
ment
un
les deux bouts,
toile & on coupe la peu du tabac. On
pour faire voir qualiré maniere à Saint:
en taitheaucoup de cette
Lorfque
Domi ingue, qui eft excellent. faires, & qu'elles andosilles-onebien bien reffué, elles fe confervent
les ont
être tranlportécs
très-bien, & peuvent
par tout fans danger de fe gâter. dela Tabas
Les totquetres fc font à
près On en Tot
même maniere
les
quetrts
caigeimtae
oblerve feulement que de les faire plus lonO iv
é maniere à Saint:
en taitheaucoup de cette
Lorfque
Domi ingue, qui eft excellent. faires, & qu'elles andosilles-onebien bien reffué, elles fe confervent
les ont
être tranlportécs
très-bien, & peuvent
par tout fans danger de fe gâter. dela Tabas
Les totquetres fc font à
près On en Tot
même maniere
les
quetrts
caigeimtae
oblerve feulement que de les faire plus lonO iv --- Page 352 ---
320 Nowveaux
aux
1700. gues; & comme il Porager eft facile de Hes les
ter par le dedans, on y met
vifimoins de petires feiilles.
beancoup
étendu les unes far les autres. Lorfqu'on la
a
de feiilles
quantiré
donton veut compoferla torquerte, on les roule felon toute leurlongueur > puis On ployc ce rouleau
le
milieu en tortillant les deux moitiez par
l'une deux avec l'autre, & on cordonne ces
bouts, , pour les tenir en
On met les torquettes dans des fajettion. Barriles ques vuides de vin, &c fionne fonce
Barriques, on les couvre bien pas
des feitilles ou autres chofes. Elles avec ref.
fuent, &ena achevant de fermenter, elles
acquierent une belle couleur, une odeur
douce, & une force quifair plaifir à ceux
qui aiment le tabac. Il eft rare qu'on
tranfporte les torquettes hors du
elles tiendroient trop de place dans pais, un
Vaiffeau, & ne peferoient
aflez, &
comme les feitilles qui
pas
font pas preffées, elles lescompofencr ne
lement Thumidité,
prendroient facicontracteroient
que mauvaife odeur, & fe gareroient. quelOnles employe ordinairement
re lerabac en poudre, ou pour lesi pour bouts faique l'on fume.
On ne fe fert guéres de pipes à P'Amérique, les Elpagnols, les Portugais, --- Page 353 ---
Frangoifes de PAmbrigme. 321 -
de François & d'Anglois, 1700.
beaucoup tous nos Négres, & tous nos
prefque Caraibes fument en bouts, ou comme
ditent les Elpagnols en cigales.
Bouts ou
Cigule Oll bout de rabac eft un perit & Cigales de talac
cilindre de fix à fept pouces de long, tiennent
de cinqà fix lignes de diamétre, > compo- lieu de
fé de feuilles de tabac coupées de cette pipes.
longueur, enveloppées dans un morceau
la robe tourné
de teiille qu'on appelle de celles qui compoproprement autour dont on arrêre le bout
ient le milieu,
qu'on tient
avec un fil. C'eft cette partie l'autre eft alluà la bouche pendant que voit une
namée. C'eft comme on ellele tabac, pipe &c
turelle, qui iporte avec fumer.
l'inftrument pour le
&
On prétend qu'il eft plus naturel,
de fumer en cette maniere
plus propre pluficurs raifons. La premiere >
pour
la fumée ne contracte point
ECEUL odeuren pallant parle canal
d'une pipe de terre, qui ne manque jamais de fentir mauvais aufli tôt qu'elle lieu,
a fervi cinq ou fix fois. En fecend des élevion ne rifque point de arrive fouvent
res aux lévres comme
TrSmt
on fe fert de pipes où d'autres
quand
ont fumé. Enfin, parce qu'on
perfonnes
fumée du tabac bien plus
attire à foila
OY
pour
la fumée ne contracte point
ECEUL odeuren pallant parle canal
d'une pipe de terre, qui ne manque jamais de fentir mauvais aufli tôt qu'elle lieu,
a fervi cinq ou fix fois. En fecend des élevion ne rifque point de arrive fouvent
res aux lévres comme
TrSmt
on fe fert de pipes où d'autres
quand
ont fumé. Enfin, parce qu'on
perfonnes
fumée du tabac bien plus
attire à foila
OY --- Page 354 ---
322 Nowveaux
aux
1700, pure, &
Voyages de
Ifles
remplie
tous les fels, & de
tous les efprits dont elle s'eft impregnée
en paffant le long de la
ilefti rare de trouver un cigale. Efpagnol fans
fa provifion dec cigales. Ils la portent ordinairement dans de perites
à peu près comme des porre-lettres, gibecieres, de
cuir de fenteur; & ils ne manquent jamais de préfenter de leurs cigales à la
Compagnie où ils fe troavent, far tout
après le repas , elles font
ment accommodées, & d'an très-propre- tabac ou on
n'a rien épargné pour lui donner toute
la bonté, > la foree, & la bonne odeur
qu'ony peut fouhaiter.
On ne fait point commerce de tabac
en poudre hors de nos Ifles, tout celui
y prépare de cette façons'y conC'eft aufli
Rcer
en
pour en
que les torquettes
faire,
car
Tetute
dellinées:
comme il faur dérouler le tabac, 5 & en
étendre les feuilles pour les faire
Maniere afin de les pouvoir
fécher,
demettre tamis; il
piler, & paffer au
le tabac
eft bien plus aifé d'étendre
en pou- feiilles d'une
les
aire,
torquette, que celles
ont été torquées & filées au roiiet. qui
Ceux qui fepiquent d'avoir du tabac
excelient, ne fe contentent pas qu'on ait
ôré la groffe côte de chaque feiille en
léjambant, ils ôtent encore toutes les --- Page 355 ---
Frangoifes de PAmerigne. foiriennent 323 le 1700
côtes ou nervires, qui
que
corps de la feiille, & n'empioyent aini que la chair
le corps, & pour qui parles il femble queles côtes
dela feuille,4 tiennent lieu d uS.
groifes & petites feiilles font (éches, on
Après dansun queles mortier bien plopre, &
les pile
tres-fine : que
on les réduit en poudre
quoi
Ton palfe au tamis de foye, après une ou
onlalavedans del'eau commune eft feche on la
deux fois, & loriqu'elle
fin.
palle encore au tamis de foye le pius
Tabae
Letabac préparéde cette maniere ou FEC la d'Eipa.
tabac dEipagne, foin de lui gne
fur tout > fon a
ne l'ait
cas
IELEE
en donner la couleur en
qu'il
poinrdelaimene ce quetè-facile, la derniere
puilfquil n'y a qu'à colorer
dans
le laveavecunt peu
eau,
laquelleonl ou de roucou tiré fans
de cochenille, de
de raquettes.
fcu,ou de jus pommes le tabac dans des
On doit enfermer fi on veut le conferboëtes de plomb,
ver, & T'empêcher de donner s'éventer. une odeut
Ceux quilui veulent
des plus douces, & des plus agréables,
mettre dans les boètes queln'ont qu'à
Mais il n'eft
ques Heurs de franchipans. fairecelaautabac qu'on
amaispennide
tabac d'Elpagne :
veur faire paller pour
O vj
u,ou de jus pommes le tabac dans des
On doit enfermer fi on veut le conferboëtes de plomb,
ver, & T'empêcher de donner s'éventer. une odeut
Ceux quilui veulent
des plus douces, & des plus agréables,
mettre dans les boètes queln'ont qu'à
Mais il n'eft
ques Heurs de franchipans. fairecelaautabac qu'on
amaispennide
tabac d'Elpagne :
veur faire paller pour
O vj --- Page 356 ---
324 Nowveaux
anx
1700, car la bonté de Yoyages
Mles
voir
Ce rabac confifte à n'aeft naturelle, Point d'odeur, que celle qui lui
& on doir avoir un trèsgrand foin qu'il n'en contraéte
autre.
aucune
gtené, Tabac Rien n'eft plus aifé
de faire du
tabac grené,
réduires
Après que f feiilles font
en poudre, & bien
fait fécher la
lavées, on
tamis de
poudre, & on la palle au
la met dans loyele plus fin : après quoi on
vaiffeau,
une balline Oll autre grand
où on l'arrofe doucement, &
a
comacepa/pegearane del'eau (imple, ou de fleur
d'orange, en
tems on la remûe fortement mêmemains. Cer
avec les
font
mouvement & cette humidité
qtte les partics prefque
de la poudre esuniffent, & onl leur infenfibles donne
tel volume que l'on veut en les moiillant, les remuant, & les faifant
differens ramisoi le grain fe
Scr telle
ttie
groffeur qu'on le fouhaire. Ce
l'eau qu'il faut obferver, eft de ne donner de
forber qu'antant quela poudre en peut abfec. fansavoir befoin d'être remife au
Il eft encore aufi rare qu'on
te hors des Ifles des fetilles de tranfpor- tabac
paquers : & cela pour les mêmes raifons cn
que je viens de marquer en parlant des --- Page 357 ---
Frarcoifes de Amérigne. 325
torquettes. Cela arrive pourtant quel-1700.
quehois. Onn'employe à cet ufage que
la
de
le tabac de Verine, , que peritelle celle Feiilles
fes feiiilles y rend plus propre que
de rabac
des autres cfpéces, qui font trop gran-en pades, & qui leroient embaraffantes. On quets,
n'éjambe point les feuilles qu'on veut
mettre en paquets. On fc contente
après qu'ellés ont été à la pente à lordinaire de les détacher de la tige, &
de les mettre les unes fur les autres bien
étendués far des feiilles de balifier
amorties. On les couvie d'autres feiilles de même elpece avec quelques planches, 85 des pierres par-delhs, , pour
les tenir érendues, & leur faire prendre cette fituation en reffuant & féchant
doucement. Après quoi on en fait des
de vinge-cinq feiilles chacun 1. >
paquets l'on lie par les queties qu'on a eu
que foin de lailler, avec une aiguillette
de mahot. On les conferve dans un
lieu, qui ne foit, ni trop fec, ni trop
humide a
ce qu'on les veiille
s jufqu'à
mettre en ufage.
de cette manieLe tabac accommodé
n'eft
d'aucune fraude: on
re
(ufceptible & on eft sur qu'il
le voit de tous côrez, de feiilles de rebut,
n'eft point mélange eft aifé de diftinni de rejettons, qu'il
de mahot. On les conferve dans un
lieu, qui ne foit, ni trop fec, ni trop
humide a
ce qu'on les veiille
s jufqu'à
mettre en ufage.
de cette manieLe tabac accommodé
n'eft
d'aucune fraude: on
re
(ufceptible & on eft sur qu'il
le voit de tous côrez, de feiilles de rebut,
n'eft point mélange eft aifé de diftinni de rejettons, qu'il --- Page 358 ---
326 Noxveaux
AnX Illes
1700. guer de celles que Fayager la plante a produites
dabord.
J'ai remarqué ci-devant qu'oa
les plantes à un pouce ou deux de coupe
Tabac de & qu'on ne les arrache
terre,
fejetton en
det tems pouifedenouvelles pas. La plante
&c fct nouvelles feiiilles
l'on tiges,
que
coupe
loriqu'elles ont atteint leur maturiré;
c'eft ce qu'on
tabgc de
Mais cemme Trte plante s'étoir rejetton,
épuiféedanslat production des premieres preique
feuilles, ces fecondes fc reffentent de fa
foiblefles elles ne fontjamais nifig
des, ni fi charnuès, ni fi fortes granTrom. premieres; 5 leur fuc &
que les
perie qui
leur fubitence
fe fait n'ont prefque aucune
avec le des feitilles, mais ce vigueur, Ce font
tabac de
n'eff plus du tabac,
rejet:on. Cependant les Habitans ne lailfent
de les mêler avec les
économic leur
premieres 9 Some
tirer d'une
perfinadant qu'ils; peuvent
plante tour ce qu'elle
produire, & que tout eftbon,
trouve le
quand
four
moyen de le faire
cn a même qui vont jufqu'à paller. cet excès lly
d'avarice > d'employer les troifiémes
feiilles quela plante produit
a coupé les
aprèsqu'on
rejertons, > fe mettant
en
peinc que leur marchandife foit riERct
pourvii qu'ils en ayent une plus grande
quantité, --- Page 359 ---
Françoifes Ze PAmeriqne.
Ceft cette économie mal entendue, 1700,
& cc mélange des feconds & troifiémes
rejettons qui ont décrié les tabacs des
Ifles, qui avoient tonjours été de pair Ce dicrié quia le
avec les meilleurs rabacs du Brefil, pen- rabac des
dant qu'on les faifoit avec foin & fidéli- 1iles.
tés mais qui font déchûs infiniment
quand on en a voulu augmenterla de quan- rebut
tité par cC mélange de Feiilles
& de rejerton.
du BreJe croi bien quelesPortugais Ifles, &
fl, les Elpagnols des grandes
de la côte de Terre-forme, les Anglois
de la Virginie, & mème nos François
de Saintiomingue ne négligent pas les
feiilles de rejeiton , & quils les employent avec les premieres; mais ils me
permettront de leur dire, qu'ils feroient
beancoup micuxde nes'en point fervir,
& que leur tabac en feroit infiniment
meilleur. Il eft vrai
le terrain où Raifons
ils le cultivent étant
gras, plas uni, pour
plus profond, &
plus neufq que P ouver ne
E
ne Teft pour l'ordinaire celui des Iflesqu'on fe doit
du Vent, les plantes reçoivent plus de pointfer- vir des
nourriture, & font par conféquent plus feililles
en état de fournir la fubftance nécellaire de rejete
à la produétion des nouvelles feitilles, ton.
mais on ne me pourra jamais nier, que
ces fecondes & troifiémesp producionsne
uni, pour
plus profond, &
plus neufq que P ouver ne
E
ne Teft pour l'ordinaire celui des Iflesqu'on fe doit
du Vent, les plantes reçoivent plus de pointfer- vir des
nourriture, & font par conféquent plus feililles
en état de fournir la fubftance nécellaire de rejete
à la produétion des nouvelles feitilles, ton.
mais on ne me pourra jamais nier, que
ces fecondes & troifiémesp producionsne --- Page 360 ---
328 Nouveaux
aux
1700. foient toujours beaucoup Troyder
premiere. Or
la
mreass
fi cela eft vrai dans des
terres fortes, & d'une aufli grande ref
fource que le font celles dont je vicnsde
cela ne le fera-t-il pas encore
ERCtE des terres
plus
affez
légeres, peu profondes,
maigres pour l'ordinaire, dont une
grande partie écant en corieres, font facilement dévore dégraiffées par la plante , qui
qui
beaucoup > & pàr les pluyes >
leur, emportent telles
ce qu'elles ont de meildes Ifes du que Vent. fontla plapart des terres
Quand cette économie auroit pû être
tolerable dans les commencemens
les Mles ont été habitées, &
que
commencé à y cultiver le
qu'on a
que c'étoit pour lors des terres tabac, 3 parcequi avoient toute leur
il vierges, eft certain qu'elle eft
force;
Senti- fur tout fi on veut pernicieufe fe
à préfent >
ment de qui font
fervir des terres
FAureur fur le on veut fe depuislong tems en valeur. Si
Com- bac, & lui remettre à la culture du tamerce du avoit
redonner la réputation
Tabac,
aurrefois, 9 il faut le cultiver qu'il
des terrains neufs
dans
très-grande
, qui font encore en
quantité dans nos Ifles, fans
comprer ferme, ce que nous polledons en Terre
& défendre ablolument le
de
tabac
rejetton, 2 & pour cela, ordonner --- Page 361 ---
Françoifes de PAmbrigue. 329
les plauites feront arrachees au licu 1700.
que d'être coupées à deux pouces de terre >
Pour
comme on a fait jufqu'a préfent.
lors on aura du tabac , qui ira de pair
avec celui du Brefil, & de la Nouvelle"
Efpagne, & qui furpaflera de beaucoup
celui de la Virginie, & de la nouvelle
Angleterre ; & on rétablira un Comfera la richefle de la Franmerce, qui
Colonies de l'Américe, & de nos
que. Il eft conftant quc nos terres de
Cayenne & deSaint Domingue font auffi
bonnes, & aufli propres pour le tabac,
guelesmeillearcoqnel l'on connoifledans
les deux Amériques; & nous avons encore des terrains tout neufs, & trèsconfidérables dans les Ifles dela Guadeloupe, de la Grande-Terre de la même
Ifle, dans celles de la Defirade, Marie-Galante, la Grenade, Saint Martin, Saint Barthelemy, Sainte Croix,
& dans quelques quartiers de la Martinique, aulli propres qu'on en puifle fouhaiter pour la culture du rabac,qiifont
à préfent incultes, & qui demeureront
bien des fiécles fans Habitans, fi on ne
remet pas fur pied cette marchandife. les
Car il ne faut passimaginer qu'on
puille mettre en valeur autrement que
Ifle, dans celles de la Defirade, Marie-Galante, la Grenade, Saint Martin, Saint Barthelemy, Sainte Croix,
& dans quelques quartiers de la Martinique, aulli propres qu'on en puifle fouhaiter pour la culture du rabac,qiifont
à préfent incultes, & qui demeureront
bien des fiécles fans Habitans, fi on ne
remet pas fur pied cette marchandife. les
Car il ne faut passimaginer qu'on
puille mettre en valeur autrement que --- Page 362 ---
330 Nouveawx Yoyages aux
Y700, par la culture du tabac. Tout Ifes le
n'eft pas en état de
monde
bliffement
la commencer un étacrerie : on Par a pû conftruétion voir
d'une Sudit du Sucre
par ce que j'ai
2 qu'il en coûte infiniment, pour faire de pareils érabliflemens, & que quand il fe trouveroir
gens affez riches
des
dépenfe, il faudroit pour fournir à cette
bre confidérable d'années toujours un nomfer le terrain qu'ils auroient pour dégraif
& le rendre propre à
défriché s'
nes, dont on pur tirer produire de bon des canfur tout du Sucre blanc. Diaille Sucre,&
nombre des Sucreries eft déja fi IS, le
que le Royaume n'eft
grand,
confommer la moirié du pas en élat de
fait à préfent dans nos
Sucre qui fe
C'eft donc à la calture Colonics, du tabac
faur penier far toutes chofes, & fc
venir
c'eft
RI
que
à la culture de cette
plante qu'on eft redevable
ment deros Colonies, C'étoit del'érabliffe le
merce libre du rabac qui attiroir Commu'titude de Vaiffeaux de toutes cette
de Nations, & un fi
fortes
bre
prodigieux nomd'Habians, qu'on
dix mille hommes
compcoir plus de
armes dans la feule capables de porter les
PIfle de Saint
partie Françoife de
Chriftophe, au lieu quc --- Page 363 ---
Frangoifes de PAmbrigne. 331
depuis que ce Commerce a été détruit, 1700
parceque le tabac a été mis en parti, on
a été obligé de s'attacher prefque uniquement ala Fabrique du Sucre,ce
le nonbre des
e
a tellement diminue
jaffembler
bitans , qu'on n'a jamais pû hommes
depuis ce tems-là deux mille
dans cette même Mle. La Martinique,
la Guadeloupe, & les autres Colonies
Françoifes font dans le mème cas ; &
ecux qui les ont connuès il y a quarante fans
ou cinquante ans, ne
voir dégémit.Tétar où elles CEeipee à préfent,
peuplées d'Hiabirans blancs, & peuplées
feulement de Négres, que leir grand
nombre met en érat de laire des ioulevemens , & des révokres, aulqueltes on
n'a réfifté jufqu'a prélenr. que
une
de miracle. C'eft le
des
SEEE
efpéce Habitans blancs qui eft l'ame, & qui
fait lai force des Colonies,la mulitude
des Efclaves eft utile pour le travail,
mais très-inutile pourladifenfe dupaiss
elle lui eft même pernicieufe, lorfqu'il
Mais la multitude des Haeft attaqué.
de
bitans ne
èrre compofte que
petits TAES & ces petirs Habitans ne
fubfifter que
la culture, &
peuvent
libre du tabat
le cammerce
n'étoit
Je viens de dire 2 qu'il
pas
i force des Colonies,la mulitude
des Efclaves eft utile pour le travail,
mais très-inutile pourladifenfe dupaiss
elle lui eft même pernicieufe, lorfqu'il
Mais la multitude des Haeft attaqué.
de
bitans ne
èrre compofte que
petits TAES & ces petirs Habitans ne
fubfifter que
la culture, &
peuvent
libre du tabat
le cammerce
n'étoit
Je viens de dire 2 qu'il
pas --- Page 364 ---
332 Nonveaux
1700. Pollible de
Voyager AHX Mhes
par la conftruction commencer un érablifemene
puis dire la même chofe d'ane Sucrerie: je
terie, & d'une Cacoyere. d'une Indigoou (x années de travail Il faur cinq
avant que les arbres foient & davances,
donner un
en état de
Les fraisqu'on commencement ett
de profir.
metcre une
obligé de faire;
Indigorerie fur
toujours au- - deilas
pied
tour
moyens des Habitans des forces & des
à s'établir, comme
qui commencent
fuite de ces
on le verra dans la
la cultare du Memoires:i tabac
il n'yaque dans
niens ne fe
que ces inconvé.
comment. rencontrent pas, & voici
Deux ou trois hommes
OLI comme on dit aux
salfbocient,
tent : ils obcicanent ia Iles,s'amarelot.
terre de deux ou trois concelion d'une
fur cinq cens
de cens pas de large
vaillent de
pas
haureur; ils trabres,
concert > abattent des ardéfichene, &
& des vivres,
plantent du tabac
& des
c'eft-a-dire, du manioc
née, ilstont légumes, & dans le cours de l'anunelevéeour
ou quatre milliers de tabac, récolredetrois
produifente faff.ammene
qui leur
trerenir, payer les avances de
s'enfaites,d fc mettre
lçur a
cetee
bien-tôt en étar d'a- --- Page 365 ---
Frangoifes de FAmerigue. 333
cheter des ferviteurs efclaves, ou enga- leur 1790,
gez,. pour pouiler plus vivement
travail, & faire des érabliffemens les liles plus fe
confidérables. C'eft ainfi que nombre de
font érablies. C'eft le grand
planteurs de rabac qui les ont défrichées,
& les ont défendués contre les Caraibes,
les Elpagnols & autres Européens, Nation,
notre
E
jaloux des progrès de
à
ont fouvent artaquées : mais toujours tandis
leur honte & à leur confufion,
qu'clies ont été remplies de ce grand cultunombre de petits Habitans, libre du quela rabac y attire & le commerce endroits du Royaume,
roient de tousles
Cétoit ce
& même des autres pais. qui rendoit
grand nombre confidérable d'Habitans par la conlc commerce
faitoit des marchanfommation des qu'il denrées d'Europe dont on
avoir difes, befoin &
; au lieu que ce commerce le
entierement tombé quand
eft tabac preique ayant été mis en parti, 3 & ceffé
matchandifelibre, cc grand nomd'ètre
de tabac, s'eft
bre d'Habitans planteurs fe font établies
difperfe,8c les Sucreries
en leur place. le Commerce & la MaJ'avoiie e Sucres eft tres-confidéranufacture mais il faut aulli avoucr, que c'eft
ble,
difes, befoin &
; au lieu que ce commerce le
entierement tombé quand
eft tabac preique ayant été mis en parti, 3 & ceffé
matchandifelibre, cc grand nomd'ètre
de tabac, s'eft
bre d'Habitans planteurs fe font établies
difperfe,8c les Sucreries
en leur place. le Commerce & la MaJ'avoiie e Sucres eft tres-confidéranufacture mais il faut aulli avoucr, que c'eft
ble, --- Page 366 ---
334 Nosveaux Poyager AuX Mes
1700. ce quia dépeuplé nos Ifles, & les a af.
foiblies au point où nous les voyons atljourd'hui, parceque le terrain néceffaire pour une Sucrerie s far laquelle il
n'y a que quatre ou cinq
&
fouvent bien moins, étoit Blanes,
occupé
cinquante ou foixante Habitans par
tant les armes > par
poren
confaquent
état de défendre le pais, & qui plus faifoient une confommation de denrées
& de marchandifes d'Europe infini- 3
ment plus confidérable que ne le
vent faire les Maitres & les
d'une
Ehces
Sucrerie en telr nombre qu'on les
veiille fappofer.
Tout le monde fçait que quatre ou
cinq aunes de groffe toile avec un
de bauffallé fuflir pourl'entretien & peu la
nourriture d'ua Efclave, on ne lui donne ni bas, ni fouliers, ni chapeau, ni
chemife, étoffes, cravates, > perruques,
gands, & mille autres chofes dont les
fe Blancs ont befoin pour s'habiller 3 &
mettre felonles modes d'Europe. Les
efclaves ne confomment ni vin, ni cauMe-vic, ni liqueurs 3 ni fruits fecs, ni
huile, ni farine de froment, ni
ries, ni emmeublemens
épicedraps,dentelles, étoffesd'or > argenterie, & de
armes, munitions, & une infinité foye, d'au- --- Page 367 ---
Frangoifes de PAmerigne. Habitans blancs 335 170R
tres choles , dont les d'ètre toujours trèsfe font une necelliré
Or ce font ces
abondlamment pourvis.
qui font le
denrées & ces marchandifes immenfe, que la
fond d'un Commerce avec les Colonies >
France
avoir
le débouchement
qui en Earg procurant terrain & fon indufrie
de ce que ion lui donnent des moyens
proluiear ,
de s'entichir, en faisûrs & infaillibles
en emfant rouler fesitamnfadane. d'Ouvriers
ployant une infinité
eft dans pat
croupiflent à Pheure qu'il faute d'eccufiveré, 8z de Matelots d'aller qui
fervir nos
pation font obligez
voilins, & feuvent nos ennemis.
La qualiré de marchandife libre, doit
le tabac, ne
H
je demande pour
des sievenus
effaroucher ceux quionrfoun
du Roi. Bien loin de les diminuer, confidé- je
prétens qued celales
allarer,iln'y a
tablement; & pour
rtree
fupputer ecqui peut fe confommer & le
T: tabac tous les ans en France,
charger d'un droit deméeratonnable, au
& on verra que cC droit produira la Ferme
Roi beaucoup plus que ce que
lui donne, & que ce revenu angmentera de la
tous les jours par Taugmentation fcra: car ile eft
coafommation quisen
les diminuer, confidé- je
prétens qued celales
allarer,iln'y a
tablement; & pour
rtree
fupputer ecqui peut fe confommer & le
T: tabac tous les ans en France,
charger d'un droit deméeratonnable, au
& on verra que cC droit produira la Ferme
Roi beaucoup plus que ce que
lui donne, & que ce revenu angmentera de la
tous les jours par Taugmentation fcra: car ile eft
coafommation quisen --- Page 368 ---
336 Noveaux
aux IRes
1700. sûr qu'on pourra al'avoir Frojager à bien meilleut
marché qu'au Bureau, & chez les Regratiers, & qu'il fera infiniment meilléur. Les Habicans des Colonies
veront leur compte à le donner fur trou- les
lieux à un prix
leur
nsilecnenalenorer
pour
compre en France, ) comme ils
envoyent leurs autres marchandifes. Les
Marchands de France, outre
de pouvoir choiir, trouveront l'avantage ie
le donner à un prix raifonnable, leur,à
d'en faire un plus grand débit; & 3 afin
qui en ufent feront invitez parle ceux bon
marché, & la facilité de trouverà contenter leur goûr, à en faire une plus
grande confommation, ce qui doit néceflairement produire uneaugmentation
très-confidérable Roi.
pour les revenus du
Je laiffe une infinité d'antres raifons
qui prouvent invinciblement, que l'unique moyen de rétablir nos Colonies
affoiblies, les érendre : > les fortifier
tenir nos voifins de
dans 9
le relpect, diminuer les l'Amérique
forces,lcCommerce, & les richeffes de ceux d'Europe > remettre fur pied notre
tion, & faire fleurir le négoce Naviga- de la
France avec les Colonies S > & tout le
refte du monde > eft la culture & le
commerce libre du t abaç,
On --- Page 369 ---
Frangoifes de Amerique. 337
On a prélenté fur cela des Mémoires 1700.
tres-amples au Roi &c à (on Confeil,
aufquels je renvaye le Ledteur.
CHAPITRE XVI
DU CAFFE.
Caffé, dont l'ufage eft à préfent
dans une grande partic du
dans les
Lhs
monde 3 a beaucoup louffert érablidlement
commencemens de fon
chez les Turcs & enfuite chez les Chrétiens. Les Doéteurs de la Loi Mahometane
troubloit la raifon,
ont prétendu endroit qu'il l'ont mis en para-
& par cet le
n'eft deffendu
lelle avec
vin, qui
que par cette feule raifon chez eux.
Quelques Médecins Arabes & Turcs
fe font figurés qu'il étoit froid & fec,
conféquent il nuifoit à la
ETD &
D'autres par plus éclairés ont foutenu
qu'il étoit chaud &c fec, &
une auétoit nt.din &
tre conféquence, Ces , qu'il derniers ont été les
très-faluraire. mieux reçûs & les mieux fuivis 5 &
malgré toutes les oppolitions qu'il a
elluyées, ila trouvé un fi grand nomTome VI
P
ins Arabes & Turcs
fe font figurés qu'il étoit froid & fec,
conféquent il nuifoit à la
ETD &
D'autres par plus éclairés ont foutenu
qu'il étoit chaud &c fec, &
une auétoit nt.din &
tre conféquence, Ces , qu'il derniers ont été les
très-faluraire. mieux reçûs & les mieux fuivis 5 &
malgré toutes les oppolitions qu'il a
elluyées, ila trouvé un fi grand nomTome VI
P --- Page 370 ---
338 Nouveaux Payages aux Ifes
1700. bre de proteéteurs
l'on s'étonne
qu'il n'a pas été Piair en vogue, &
qu'on ait pû vivre julqu'à prélent
vé de fon ufage. Quel parti
prientre
prendre
deux opinions fi oppofees ? Le
plus sir > felon moi, eft de n'en
dre aucun > & de laiffer les
dans
NeRNSeE
la liberté de penfer comme il leur
plaira.
L'ufage du Caffé eft établi. Ceux
en prennent s'en trouvent bien, qui
quoi les traverfer ? Ceux qui en pour- vendent s'en trouvent encore mieux,p pourquoi s'oppofer à leur fortune ?
Je n'ai point de caraétere qui me
donne droit de juger des qualitez de ce
fruit. Cela eft réfervé aux Médecins
fe font attribuez le droit de
à tort qui
& à travers de toutes chofes, PRLE eft dangereux de mettre la faucille dans leurs
moiffons. On ne le fait jamais impunément, & tôt ou tard ils ne manquent
jamais de faire repentir les téméraires.
Ainfi, 3 que le Caffé foit froid ou
chaud, fec ou humide - > tout le monde en prend, fans excepter les' Médecins ; on croit s'en ttouver bien,
nons-en auffi, & puifque la bonté pre- du
Roi nous met tous en état d'en prendre
à bon marché, faivonsle torrent, pre- --- Page 371 ---
Frangoifes de PAmérigne. 339
Comme nous prenons du Ta- 1700,
nons en.
Chocolat, & autres
bac, du nouvelles, Thé,du fielles ne nous font
drogues de bien, elles en font à ceux qui
Te vendent. c'eft le hazard qui l'a fait
On dit que
des chevres d'un
connoitre au gardien d'Icman, dans
Monaftere du Royaume
l'Arabie heureufe.
Cet homme groflier remarqua
fes chevres
as
quand il menoit endroit paitre oû il y avoit des arun briffeaux certain dont on ne failoit aucun ufage a
dans le pais 5 ces animaux broutoient arbres, &c
Técorce de ces
avec avidité de perits fruits qui naifmangeoient foient le long des branches, & qu'après la
en avoir mangé ils palfoient dans toute le parc
nuit à fauter & gambader
ou l'érable où illes renfermoit. avertit le
Ccla l'étonna, il en
homme Superieur du Monaftere > qui en relation 5
fage examina avec foin cette les fruits;
il vit lesarbriffeaux, il goûta rien de
à l'amertume près, iln'y trouva fe
mauvais, il vit que fes chevres
portoient bien , qu'elles engraillsient s
avoient un grand appétit 1 3 &
qu'elles étoient aufli fécondes qu'à lorqu'elles
Il crut
dinaire - > & mème davantage. Pij
en
homme Superieur du Monaftere > qui en relation 5
fage examina avec foin cette les fruits;
il vit lesarbriffeaux, il goûta rien de
à l'amertume près, iln'y trouva fe
mauvais, il vit que fes chevres
portoient bien , qu'elles engraillsient s
avoient un grand appétit 1 3 &
qu'elles étoient aufli fécondes qu'à lorqu'elles
Il crut
dinaire - > & mème davantage. Pij --- Page 372 ---
340 Nowveaux
AuX
1700.
les hommes Faysger
de ces pouvoient fe
utiEemiat
Eapr
fruits, &
prendre à fes Moines
gu'en failant
dormis pendant les Offices pareifeux de &enil les tiendroit aufli éveillés
la nuit,
vres, & fans nuire à leur fanté, que fes cheil leur On ne (çait pas de quelle
en fit prendre, ni
maniere
l'accommoda ; mais il leur comment en
il
dre avec un ficcès merveilleux fit prenMoines pafferent les nuits dans : les
exercices (piritucls, fans
leurs
être incommodez fe moins dormir & fans
Ils avoient la tête
du monde.
guais, mangeoient nette > ils étoient
foient d'anc fanté avec appétit, jouifCette découverté parfaire,
renfermée dans
ne fat long-tems
On en
l'enclos
EN
fit part aux amis. Les Monaftere.
effayerent & s'en trouverent Sçavans bien. en
avonoient qu'ils
Ils
plus aifément n'avoienrjamais étudié
plus épineufes s que les gueftions les
ne, & qu'ils saplanidoient fans peinuits fans
palloient les jours & les
s'appercevoir du travail.
L'ufage du Cafiéseft
côtez avec une rapidité répanda de tous
malgré tour ce que les forprenante 3
faire pour l'empécher. Muphris pûrent
De l'Arabie il palla en Perle & en --- Page 373 ---
Frangoifes de PAmirique. 34!
de-là il pénétra dansl'Alie mi- 1700.
Egypte; & vint à Conflantinople. AI la
neure , Médecins & les Muphtis en prifin les
& il s'établit un nombre prodirent, de lieux publics ou on alloit en
gieux
une
de la jourprendre & paller
partie aux Echecs
néc à converfer & font à joiier. à la mode chez
& autres jeux qui
étoit affuré de
les Turcs,
qu'on
dans ces
trouver tctae compagnic
lieux. Marchands Chrétiens y alloient
Les
ils
comme les Turcs;
y palloient & en TiR
blement quelques heures, de leur négoce,
du Caffé, ils parloient
& faifoient leur commerce. étant accofitumez
Ces Marchands s'y chez eux. On vir
Tufage
en porterent de Caffé dans toutes les
des maifons
maritime de FranVilles de commerce de Hollande 1e , fur
ce , dAngleterre, Ports de la mer Baltique, & à
tous les
l'intérieur de tous ces pais.
la fin dans
ardens à imiLes François toujours furent
les derter leurs Voifins, ne Il vint LM Marfeille
niers à en prendre. diverfes fortunes. A la
à Paris, ily eut établi,
bien des
fin il lsy eft fi bien
le débit
leur fortune
Rin
igens ont fait
de cette boiffon.
P 11)
e , fur
ce , dAngleterre, Ports de la mer Baltique, & à
tous les
l'intérieur de tous ces pais.
la fin dans
ardens à imiLes François toujours furent
les derter leurs Voifins, ne Il vint LM Marfeille
niers à en prendre. diverfes fortunes. A la
à Paris, ily eut établi,
bien des
fin il lsy eft fi bien
le débit
leur fortune
Rin
igens ont fait
de cette boiffon.
P 11) --- Page 374 ---
342 Nonveaux Vayagesa AHx Ies
1700.
Dans les premiers tems il n'y avoit
que des Arméniens qui faifoient
commerce. Les François s'en font ce
lez avec fuccès
medans
s & on voit à préfent
cette grande Ville une infiniré de
Caffez trèsnuit, & très-bien propres s bien éclairez la
des
de
ornez, où fc rendent
fer, gens &
toute qualiré pour converpour joiier à quelques jeux innocens, comme les Echecs &c les
en prenant du caffé, 2 Il fert de Dames s
on le prend au lait, avec tn déjeûner - s
fait
petit pain
exprès pour cet ufage. Onl le
en fortant de diner, on en prend le prend foir
pour pouvoir attendre plus aifément le
fouper. Un diner paroitroit
a
s'il n'écoir
eftropié 3
accompagné du caffé.
Ceux s ne vculent ou qui ne
vent pas aller aux
en
venir
Calfcrpablicse
chez
Foar
eux ou en font dans leurs
maifons. Les Prètres, s les Moines, les
Religieufes ne pouvoient plus ss'en
fer, cette boillon étoit devenué ablo- pac
lument néceffaire, on s'expofoit à de
grandes maladies quand on manquoit
d'en prendre.
Tout le caffé venoit à Paris
la
voye de Provence, &c dans ces commen- par
cemens il étoit extrêmement cher. On
l'a vendu à Paris jufqu'à quarante écus --- Page 375 ---
Françoifes de PAmerique. 343
la livre. 11 eft vrai que pcu de gens vrai en 1700.
ont acheté à ce prix, mais il eft
qu'on en a achetés je tiens d'une per- vais
fonne de probiré T'hiftoire que je
HEOTE homme étoit dans la boutique
fameux
de la rue
d'un desplus
Epiciers Dame de
des Lombards > loriquune Caroffe devant
qualité fit arrèter fon
lui
cette boutique c & demanda qu'on en
montrât du caffé. Le Marchandlui l'exaaufli-tôt une boère. Elle
porta
contente, & demanda
mina, en Lc parut Marchand lui dit qu'il va-'
le prix,
francs la livre.
loit quatre-vinge Dame lui C rendant la boëte lui dir
poliment La
: Monfieur , quand nous nous
connoitrons mieux, vous (çaurez que
je ne fais pas femme à prendre de tel
caffé, il me faur autre chofe. Le Marchand lui répondit qu'il avoit de quoi
la farisfaire,
le prix en faifoit la
difference. ar cela ne vous inquiéte
feului dit la Dame, donnez-moi
Eet ce que vous avez de plus beau.
Le Marchand paffa dans fon arriere
& mettant le mème caffé
boutique dans une > autre boëte, ill le porra à la
Dame, qui comme s'y connoiflant en
perfedtion, ne l'eàt pas plûrôr envifagé
P iv
it qu'il avoit de quoi
la farisfaire,
le prix en faifoit la
difference. ar cela ne vous inquiéte
feului dit la Dame, donnez-moi
Eet ce que vous avez de plus beau.
Le Marchand paffa dans fon arriere
& mettant le mème caffé
boutique dans une > autre boëte, ill le porra à la
Dame, qui comme s'y connoiflant en
perfedtion, ne l'eàt pas plûrôr envifagé
P iv --- Page 376 ---
344 Nowveaux
1700. qu'elle lui dit:
AHX Ifes
me
ROARL
voyez
je m'y connois un plait,vous
2aF Le Marchand lui peu, comvalloit quarante écus, Pefez la dirquil
répliqua la Dame, jel la
boete, 2
On la pefa, & la Dame prendrai toute.
pas s'y connoitre?
paya: n'eft-ce
Ce prix exorbitant n'a pas
l'a eu a bien meilleur
duré, on
marché, & fi la
parée Compagnic de
des Indes ne fe fût pas emce commerce
tout autre, & que le caffé privativement eût été
à
chandife libre, 2 en payant au Roi mardroits d'entrées, il y a
les
feroit à un prix raifonnable, longitems qu'il
confommation auroit été bien & que la
grande.
plus
Les Malouins ont été les
de nos François qui ayent premiers
caffé à Moka, & quil'ayent trafiqué du
droiture en France.
apporté en
Deux de leurs Vaiffeaux armez
prirent ce voyage en 1709. Ils entre- firent
quelques prifes confidérables fur leur
route, & conclurent un Traitéde
merce avec le Gouverneur de ComIls rapporterent une quantité Moka.
rable de caffé, avec toutes les confidétions néceffaires pour fe bien fervir inftruc-"
ce fimple.
de --- Page 377 ---
Françoifes dePAmérigue. 345
On peut dire qu'on leur a l'obliga- 1700.
tion toute entiere de l'introdudtion de
ce breuvage, s fur lequel les Médecins
ont tant écrit & tant parlé pour & contre. Je ne prétends pas les approuver être le
ni les blâmer. L'ufage doit en
meilleur juge, & les différentes conftitutions des perfonnes doivent décider
far ce qui convient aux uns & nuit aux
autres. Ce qu'il y a de certain, c'eft que le
caffé fait le fond d'un commerce trèsconfidérable, qui s'augmentera à
s'introduira
dutar
portion que l'ufage
tage. Mais ceux qui en retirent un profit
plus sûr &
grand font les Arabes de
Moka qui fe vendent cher, &t chez qui
on leva chercher l'argent à la main, ou
avec des marchandifes précicnfes & de
leur goûr. Hollandois
font d'habiles
Les
qui.
Commerçans, fongerent à la fin à cultiver l'arbre qui produit le caffé chez
eux à Batavia. Ils en firent venir quelques jeunes pieds de Moka, les cultiverent à Batavia, & ils y réuffirent affez bien; ; mais le caffé qu'ils produifirent étoit bien éloigné de la bonté de
celui de Moka, foit que lc terrain n'y
P V
leur goûr. Hollandois
font d'habiles
Les
qui.
Commerçans, fongerent à la fin à cultiver l'arbre qui produit le caffé chez
eux à Batavia. Ils en firent venir quelques jeunes pieds de Moka, les cultiverent à Batavia, & ils y réuffirent affez bien; ; mais le caffé qu'ils produifirent étoit bien éloigné de la bonté de
celui de Moka, foit que lc terrain n'y
P V --- Page 378 ---
346 Nowveanx Voyages AHX
L7oo. fut
Ifer
pas propre s foit qu'ils n'entendif
fent pas la culture de T'arbre, oul la préparation du fruit, leur caffé n'approcha
jamais de la bonté de celui d'Arabic.
Ce fut des Caffez de Batavia dont on
porta quelques pieds à Surinam & à
Barbiche, Colonies Hollandoifes fur la
côte de la Terre ferme de l'Amérique
Méridionale, & c'eft des Caffez de Surinam que les François de la Colonie
de Cayenne ont eu ceux qu'ils ont cultivez dans leurs terres depuis 1722.
On en al'obligation à M.de la Motte
Aigron > Lieutenant de Roi de cette
Iflc. Cet Officier ayant été envoyé à
Surinam, Colonie Hollandoife à
tre vinge lieues de Cayenne
quaclure un- Traité avec le Gouverneur , pour conHollandois pour les Soldats déferteurs
des deux Naiions; ily vit les arbres
portent le caffé, Il s'informa de la ma- qui
niere qu'on le cultivoit , il
mais il fçàr en même-tems qu'il F'appric; étoit
deffendu fous peine de la vie d'en vendre ou d'en donner un feul grain aux
Errangers, avant qu'il eût été paffe au
four, afin d'ên faire mourir le
& empècher par-là qu'il fûr germe à s
produire un arbre.
propre
Cette précaution eft tour-à fait inu- --- Page 379 ---
Erangoifas de LAmtrigut. 347
tile. Les Arabes ne s'en font jamais fer- 1700.
vis. Ils (cavent, & tout le monde le
fçait comme eux, que dès que le caffé
cit feché & durci au foleil,fon germe
eft fecc, &
conféquent qu'il n'eft foit
plus propre ptoduire ; foit qu'il
réellement mort , foit que la mariere
foit devenué tellement
Eisie quilnait plus la force dela percer
& de fc faire un palfage pour poulfer mème
hors de féve. L'on remarque la
chofe dans le Cacao.
Hollandois
Il eft furprenant que les
ayent donné dans cette erreur. Ils ont
vû comme les Arabes préparent leur
caffé. Ils fçavent que ces peuples ont autant ou plus d'interèt que tout le refte
du monde, d'empècher que cet arbre
dans les autres pais, &
ne fc provigne
fonge à le
qu'ils n'ont pourtant jamais
au four. Ils font. trop fages
Ils iont LSRT
Euour dans cette ineptie.
(offit
les
du caffé
rez qu'il
que foleil graines être hors
foient féchées au
pour
d'état de germers 5 ainfi ilsn'ont eu garde
de prendre cette
inutile. D'ou
vient donc ce
de politique
CEate
dans les Hollandois de Surinam : Ne
dire qu'il eft ridicule, ou
peut-on fans Ep
ilsont . voulu faire
que
prariquet,
P vj
LSRT
Euour dans cette ineptie.
(offit
les
du caffé
rez qu'il
que foleil graines être hors
foient féchées au
pour
d'état de germers 5 ainfi ilsn'ont eu garde
de prendre cette
inutile. D'ou
vient donc ce
de politique
CEate
dans les Hollandois de Surinam : Ne
dire qu'il eft ridicule, ou
peut-on fans Ep
ilsont . voulu faire
que
prariquet,
P vj --- Page 380 ---
1700, illufion 348 Nowveaux à
Yoyages anx Iles
cher de leurs voifins pour les empè.
fonger à cultiver le même arbre; ; mais fuppofons qu'ils ayent
qu'ils foient alfez fimples
été,ou
fer leurs caffez par le
faire pafchercher
doivent-ils
FRIval
d'autres caufes
leurs
caffez font décriez" & pourquoi
monde ? La raifon méprifcz dans le
On ne cherche
en faute aux yeux.
pas dans le caffé une
poufliere féche & infipide, telle
feroit celle de cette féve f elle avoir
paffée au
E
four, & enfuite riffolée
une cafferole fur le feuqui en auroit dans
un charbon; il faur quily refte
fait
chofe de fa fmbftance,
ne huile amere
quelque peu
> en
ET
bonté, Sicette féve quoi confifte fa
fes principes,
a étédépotillée de
leur du font, & premierement enfuire
parla chacore plus vif dans la cafferole, par un feu enreftera-t-il, qu'une fubftance que lui
aride & dépoiillée de tous les brilée,
pes dont on prétend tirer des princimens dans bien des maladies. foulage- Des
communs ou des féves riffolées dans pois
cafferole produiront le même
une
bien diahcres légumes.
effer s &
Il faur que le caffé conferve fes
cipes pour être bon à ce
printend tirer. Ce qu'il faur qu'on en préempêcher > --- Page 381 ---
Frangoifes de PAmerigne. c'ett-à-dire 349 fon 1700.
delt que ces principes,
en
huile, ne foit ou ne demeure
quantité fuffifante pour le gârer
quil
ce
mis en
ar
eft ciieilli julqu'à
qu'il fe fait infailliceuvre; & c'eit ce le qui fait fécher modéblement quand foleil on les Arabes n'en font
rement au
& ; c'eft tout ce
doipas davantage,
cultivent T caffé
vent faire ceux qui
dans lAmérique.
feroit revenu
M. de la Motte Aigron du caffé en
à Cayenne fans y apporter ctieilli 3 s'il n'eût
coffe nouvellement
nommé Mourrencontré un François Habitant de Cayenne,
gues, s'étoit ci-devant retiré chez les Hollandois
qui
raifons. Il lui parla >
lexhorta pour quelques à revenir parmi fes Compatriotes, &
l'y engager il lui pro-.
mit TLLEOA de fon Habitarion,avec
des appointemens confidérables,
une
Fiore
vû qu'il lui fitavoir feulement
été
de caffé en coffes qui n'euffent pas
au four.
avoit pour
Malgré le rifque qu'il y
le
Mourgues, s'il avoit été découvert,
plaifir de revenir parmi fes Compatriores, & l'établiffement qu'on lui propo- M. de
foit, le firent réfoudreà contenter d'ala Motte Aigron. Il trouva moyen
avec
des appointemens confidérables,
une
Fiore
vû qu'il lui fitavoir feulement
été
de caffé en coffes qui n'euffent pas
au four.
avoit pour
Malgré le rifque qu'il y
le
Mourgues, s'il avoit été découvert,
plaifir de revenir parmi fes Compatriores, & l'établiffement qu'on lui propo- M. de
foit, le firent réfoudreà contenter d'ala Motte Aigron. Il trouva moyen --- Page 382 ---
350 Nonveaux
AMX
1700. voir une livre de
Ifles
en coffes
PaE
frais cucilli., & ils partirent fans tout
leurs coffres cuffent été vifitez, On que
devoir cêtte politeffe à un Officier crut
venoit de faire un Traité
qui
aux deux Nations.
avantageux
M. de la Motte Aigron fit femer
mille ou douze cens féves de ce
dans fon Habitation, &
caffé
de Mourgues, ils vinrent fouslaconduitre
& en moins de trois ans en ils perfection,
rent de très-beau fruit. Il en rapporteà d'autres Habitans
donna auffi
avec un fuccès égal. Dc qui les cultiverent
a préfentement un
forte
yen
dans cette Colonie. très-grand
RA
de Je ne crois pas qu'ils fe foient
faire fécher leurs caffez
avifez
s'ils ont été affez mal avilez au four, ou
faire, 9 ils ne doivent point pour le
d'autre caufe du décri où ils font, chercher
parlerons plus bas de la
Nous
fe fervent les
maniere donc
leurs caffez, qui gens n'eft fages pour préparer
les Arabes
autre que celle
Rer tout le monde mettent en ulage , &
Les
eft content.
Habitans de la
cultivé les caffez
Martinique n'ont
après ceux de
que quelques années
bligation à M. Cayenne. Ils en ont l'o.
Delclieux, Licutenant --- Page 383 ---
Frangoifes de LAmerigne. 351
de Roi de cette Ie, homme d'efprit, de 1700.
valeur & de conduite , qui s'étant s
trouvé à Paris quelques années après
envoyé au
R
les Hollandois eurent
deffunt deux arbres decaflé de Moka,
en obtint deux jeunes pieds du Directeur du Jardin Royal. Il les apporta à
la Martinique avec un très-grand foin, >
les mit en terre dans fon Habitation 2
les cultiva avec attention, & quand ils
produifirent des fruits, il en ft femcr
dans (es terres,il en donnalibéralement là
à tous ceux qui en voulurent, & par
il répara les pertes que les Habitans
avoient foufferts parla mort des Cacaotiers, qui iavoient ruiné plus de la moitié desHabitans de cette Ifle.
On peurdire que fans ce fecoursinel
peré la Martinique étoit abfolument
perdué, car tout le monde n'eft
en
des Sucreries. Il
des
Rate
état de faire
foient à
terrains vaftes, 9 il faut qu'ils il faut des
portée des embarquemenss
les
dépenfes très- confidérables pour
mettre far pied. Tel Habitant fubfiftoit à fon aile avec une Cacaotiere s
que la mort de ces arbres réduifit en
moins de rien à la mendicité.
il fat
Ce maiheur arriva en 1727.
précedé par un horrible tremblement
. Il
des
Rate
état de faire
foient à
terrains vaftes, 9 il faut qu'ils il faut des
portée des embarquemenss
les
dépenfes très- confidérables pour
mettre far pied. Tel Habitant fubfiftoit à fon aile avec une Cacaotiere s
que la mort de ces arbres réduifit en
moins de rien à la mendicité.
il fat
Ce maiheur arriva en 1727.
précedé par un horrible tremblement --- Page 384 ---
352 Nowveanx
1700 de terre qui dura Voyages Anx Mes
eut
plufieurs
des fecouffes G
jours, &
montagnes
violenres, que leurs
furent ébranlées jufques dans
folides fondemens; ; les bârimens les
furent ou renveriez
plus
ouverts > & les Cacaotiers 5 ou entrerent en peu de tems 9 fans qu'il mouru- ait été
poflible faire naître d'y
reméde, ouf d'en
de terres
même dans - le
1tcat
l'INe.
vierges qu'il y a encore Coes
Ce tremblement de terre
le diverfes 7. Novembre 1727. & fe commença fit fentir à
confidérable. reprifes pendant un tems trèsLa culture des caffez a
tie la
des
réparé ci
eft eteten
Cacaoriers; car le EURe
Médecins tellementàl la mode,
les
même fe font laiffez
ner au
aMrig
torrent, ils l'ont
l'ont confirmé
approuvé > ils
s'agit plus
par de leur exemple. Il ne
que
(gavoir lequel eft le
meilleur, ou de celui de Moka
celui de la
ou de
de l'Ife
Martinique; car pour celui
la
Bourbon, quoique puiffe faire
connoiffeurs. Compagnie, il n'eft pas du goût des
Celui de
pas eftimé, Il ne refte donc Cayenne n'eft
la Martinique, dont
que celuide
ves à Paris
O1l a fait des
en préfence des perfonnes épreu- --- Page 385 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 353
d'un rang tres-diftingné , & des plus 1700.
habiles connoiffeurs, qui n'y ont troudifférence d'avec celui de
vé aucune
Moka.
le caffé
Quand nous fappoferions que
luide la Martinique n'auroit pas par
même à préfent toute la de perfection Moka,
qu'on fuppofe dans celui
foit parceque les arbres font encore n'ont jeunes, foit parceque les Habitans
été aflez inftruits dans les commenpas
de la maniere dont ils le decemens voient préparer ; il eft certain
ces
défauts Ie font corrigez, & qu'ils e cortous les jours. Les arbres fe fortiHEEE en vieilliffant, & portent de
les
ate
beau fruit. On remarque
font mieux nourries, & E remplies
de cette huile, ou pour mieux parler s
de ce baume qui en fait toute la bonté. fur
Cela eft fi vrai quion le voit nager
les taffes après qu'on yay verfé dans la NPOR le
ce qu'on ne remarque point
de Moka apporté en Europe lc 2 parce- tems
trop vieux, &
long
quileft été ciieilli, T'a dra deffécher enqurila a
tierement.
n'eft
à crainCet inconvénient
point On le
dre dans celui de la Martinique. fois l'anpeut avoir tout frais plufieurs
bonté. fur
Cela eft fi vrai quion le voit nager
les taffes après qu'on yay verfé dans la NPOR le
ce qu'on ne remarque point
de Moka apporté en Europe lc 2 parce- tems
trop vieux, &
long
quileft été ciieilli, T'a dra deffécher enqurila a
tierement.
n'eft
à crainCet inconvénient
point On le
dre dans celui de la Martinique. fois l'anpeut avoir tout frais plufieurs --- Page 386 ---
354 Nonveanxt
Aux
1700. néc, & comme on :F21 en
deux Ifles récoltes
réglées toutes les années 2 on
avoir toujours de frais; car c'eff peut en
reur de croire que Te caffé doit une ervieux pour être bon. Dès qu'on être
viendra que fa bonté confifte dans con- fon
huile, il faudra convenir
huile s'y trouvera
que plus cette
plus il fera bon, il abondamient, fera excellent &
il eft certain
5 or
un caffé récent qu'il y a plus d'huile dans
vieux & fec;
que dans un qui eft
la
5 par conféquent le caffé de
Martinique que l'on
avoir
ou trois mois
peut
deux
de l'arbre eft après
a été détaché
leur.
>
fans
le meil2dap
Il eft vrai qu'il eft plus amer
une marque
fes principes font , c'eft
alterez, c'eft AE
moins
bon. D'ailleurs, plaindre qu'il eft trop
cile à corriger. cette amertume eft facuire un
Iny a qu'à le faire
d'un
peu davantage, ou le charger
peu plus de fucre. Mais il y a des
gens, qui à l'exemple
veulent point de
desTures, n'y
perfonne, l'amertume fucres on ne force
ils font maîtres de leur leur fait plaifir,
en voit-on qui fe font goût. Combien
mâcher de la rhubarbe accoûrumez à
tumceltinfnimenty
s dont l'amercelle du caffé:
plus défagréable que --- Page 387 ---
Frangoifes de PAmerigne. d'amer- 355 1700.
Le caffé de Moka n'a pas tant
cela
tume que celui de la Martinique 5
eit vrai, & cela ne peut pas ètre autremenc,il a roujours au moins deux ans
quand il arrive dans les Ports de France,& il en a trois & fouvent davanquand on l'achete dans les bureaux :
aet la Compagnie, il eft alors très-fec 2
fes principes, fon huile font dellechez,
perdus, évaporez. Que refte-t'il, le qu'u- feu
ne matiere féche & aride, que
n'a
acheve de mettre en charbon, qui
par conféquent plus d'amertume, &
ne demande plus ou prefque point
fucre. Les Turcs > à qui ion ne peut refufer
fans injuftice la qualité de bons connoiffeurs en fait de caffé, quoique leur accoûtumés à celui de Moka , qui
vient par lEgypte, & enfuite par mer, cclui
juiqui Conftantinople > achetent
de la Martinique a que les Négocians dans
de Provence leur portent par mer &
toutés les Echelles de Commerce, 3
s'en trouvent bien. C'eft un fait, &c'elt
inconteftable
en méme-temsune preuve car ils font aufli
de la bonté de ce caffé,
connoiffent
délicats que nous, & ilss'y davantage
mieux que nous. En faut-il où l'on cft
détruire la prévention
pour
> achetent
de la Martinique a que les Négocians dans
de Provence leur portent par mer &
toutés les Echelles de Commerce, 3
s'en trouvent bien. C'eft un fait, &c'elt
inconteftable
en méme-temsune preuve car ils font aufli
de la bonté de ce caffé,
connoiffent
délicats que nous, & ilss'y davantage
mieux que nous. En faut-il où l'on cft
détruire la prévention
pour --- Page 388 ---
-356 Nowveaue
AHX
1700. Paris que le caffé
Moka Iles
ment
eft
9K1
au-deffus de celui de la
infinique, far tout à préfent
le Martinila Martinique elt par la que
caffé de
une marchandife
bonté du Roi
que deux fols libre,q livre qui ne paye
trée, & que par
de droit
a
ipa
lon
tous les Marchands à communément 28 fols la
chez
que l'on pourra avoir dans
livre, &
quand on aura fait connoître peu à moins,
tans de la Martinique
aux Habicontenter de le vendre qu'ils doivent fe
prix raifonnable,
far les lieux à un
peu, & qu'ils font puifqu'il en état leur coûte G
quantité
d'en faire une
du caffé prodigieufe; car il n'en eft
du
comme du fucre, de
pas
roucou, &c des autres
lindigo,
l'on
marchandifes
fabrique aux Ifles. Il faut des
qui coûtent
Eimil
que tout le monde n'eft beaucoup, &
mettre fur
pas en état de
plus aifé pied, de au lieu que rien n'eft
L'arbre que
cultiver le caffé.
licat comme quile le produit n'eft point déle plus aifément Cacaotier, il fe cultive
du monde. Les
maigres rien
& ufées, dont on ne
terres
tirer lui font bonnes, peur plus
merveille, & fait un très bela ily vient à
Les graines que lon veut arbre.
doivent point avoir été féchées femer ne
au fo- --- Page 389 ---
Frangoifes de Amerigue. 357
moins au four,lun & lau- 1700.
leil, feroient encore mourir le germe. Lorftre
font
tout récemment détaquels ne
pas & même avant leur
chés de l'arbre 3 onles doit faire tremparfaite marurité,
vingt- quatte
per dans l'eau de pendant les mettre en terre.
heures, avant
fert à les amollir,
Cette préparation
de rompre plus
à donner lieu au
aifément la féve ELT de poulfer.
féme ordinaitement dans une
Oriles
caifle remplie de bonne terre,celt-d & le
dire, dont on a tiré les pierres fur leur
fable. On les couche
plat,
gros & on les couvre de terre légerement de
à s
afin que le
ait moins l'ombre peine fous
les stient à
la
SaT
percer. arbres qui empèchent la trop
quelques
ardeur du foleil, 2 fans empêcher
grande
la rofée.
les féves les unes des auOn éloigne trois
& on a foin
tres d'environ
pouces, les
, mais de
de les arrofer tous découvrir. jours, Il faut
maniere à ne les
avant que le
attendre fepr ou Ra jours
la féve
paroifle: alors il rompt
germe renfermoit 3 & poulfe une tige
quile dont l'extrémité eft couverte
délicare, de la féve rompuë. Ilne
des
érat
comme un
Er
roit rius cet
que
on a foin
tres d'environ
pouces, les
, mais de
de les arrofer tous découvrir. jours, Il faut
maniere à ne les
avant que le
attendre fepr ou Ra jours
la féve
paroifle: alors il rompt
germe renfermoit 3 & poulfe une tige
quile dont l'extrémité eft couverte
délicare, de la féve rompuë. Ilne
des
érat
comme un
Er
roit rius cet
que --- Page 390 ---
358 Nonveanx Foyages aux
1700. dent la tête en fe
IRes fe
en
deux feiilles. dévcloppant "La
chanS croitre
tige continuant
de fon
, pouffe deux autres feiilles
centre 5 à melure
le nombre des feiiilles croit qu'elle croit, ,
font roujours couplées.
auffi, , elles
hauteur Quand ces tiges font arrivées à la
les
de fept ou
&
ont
huirpouces, qu'el
huit ou dix feiilles, on
un tems depluye, ou d'une rofée
dante > & on
ttond
les tranfplante
terrain qu'on leur a
dans le
lant bien
préparé en le fouiltoyé de toutes profondément, les racines. & bien netune diftance de
à huit On obferve
chaque tige que Reta met en pieds, terre entre
les place en
, on
eft
quinconge 3 & autant qu'il
foient poflible 5 onl prend garde qu'ils ne
Cet point expolez all vent du Nord.
arbre croit affez vite
qu'on ait foin qu'il ne foit point pourvà fuffopar les herbes que la terre produit
&
dans ces pais chauds
FEFEEET
humides.
Il vient natarellement fort rond. Ses
branches ou fes rameaux croiflent avec
beaucoup fort
de régularité, & font un effet
mois agréable. le
A quinze ou dix- huit
tronc a plus de deux pouces de
diamétre, & il aalors plus de huir
.
pieds --- Page 391 ---
Frangoifes de Ambrigne. 359
de hauteur, compris celle de la ptin- 1700.
: commence alors à doncipale tige;
à la vener du fruit en petite font quantité
afin
rité, les gens (ages le
tomber,
que l'arbre fc fortifie davantage. fruits
On ne peut mieux comparer adherente ces à la
qu'à une cerife , fort
branche où elle eft attachée, & d'un
allez beau rouge. Il change de couleur
de fa maturité;
à mefure qu'il approche du moins fort tanil devient noir, > ou
eft tems de le
né,e'elt la marque qu'il
ciieillir.
ou prefque noiCette renferme peau rougeitre deux féves jumelles accore, lées l'une à l'autre , qui font encore un
molles & glaantes; c'eft là le veripeu
& de les fetable tems de les prendre
mer, il n'eft point alors befoin de les
faire tremper, > le germe perce alors facilement fon enveloppe.
A mefure que cette peau fe féche,
elle devient comme un parchemin
ce
det
tombe de lui-mème, & après
potillement les deux féves jumelles
roiflent jointes enfemble 3 &
nigutts
feulement
une pellicule mince &
délicate Ne.be d'elle-mème, & qui
laiffe Retia les deux féves.
C'eft de cette pellicule que l'on com-
in de les
faire tremper, > le germe perce alors facilement fon enveloppe.
A mefure que cette peau fe féche,
elle devient comme un parchemin
ce
det
tombe de lui-mème, & après
potillement les deux féves jumelles
roiflent jointes enfemble 3 &
nigutts
feulement
une pellicule mince &
délicate Ne.be d'elle-mème, & qui
laiffe Retia les deux féves.
C'eft de cette pellicule que l'on com- --- Page 392 ---
360 Nowveaax
aux
1700, pofe en Arabie le
la Sultane Ifles
: ce
ORTO
breuvage G précieux, fi
&
qu'on trouveroit fans peine recherché, àla Martinique > où l'on cultive une G grande
quantité de caffez. Il eft vrai
le
ficile tranfport en Europe en paroir adira dif.
3 & peut-être mème
Mais que ne fait-on point impollible.
git de faire voir dans un quand ils'aune chofe rare, & de gagner pais de éloigné Targent? car il eft hors de doute
pellicules feroient venducs - bien
CCS
le poids de
&
que
leng
a de plus l'or,
que tout ce quil y
fi
précieux au monde? Qui fçaic
guelque habile homme n'y
roit point quelque reméde découvripour quelque maladie contre pécifique la
Médecine a échoué
laquelle
eft vrai
jufqu'a prefent. Il
cins feroit que difficile Tapprobation des Médene s'cloignent
à obtenir s car ils
battués parmi pas aifément des routes
cux, mais on trouveroit
peut-Étrcaveccuxe des
& comme ils font pleins saccommodemens, de
leur laiffant la direction & raifons, en
tion du reméde, on viendroit lapplica- a
de le mettre en ufage. Quelles bout
diétions n'ont pas eu le Tabac, contracacuana, & autres grands remédes T'Hipé &
(pécitiques excellens, la patience a tout
furmonté, --- Page 393 ---
Francoifes de TAmbrique. 361
&
que les femmes 1700.
furmonté >
pourvit le fuccès eft affàré. En
s'en melent ,
lesHafant-il davanrage pour
faire voir à
bitans de la Martinique
ETBIL
Paris une chofe G rare ?
être
Les féves étant ciieillies doivent
miles en tas > couvertes d'une natte 2
&c chargées de quelques planches avec
des pietres dellas > pour les tenir en
fujetion dans un lieu à l'abri de la
pluse, du vent, de P'humidité & du
folcil. Cette préparation leur eft néceffaire pour confommer lentement une
partie de Thuile qu'elles renferment 7
qui a une âpreté & une odeur de verd
défagréable
il y en a trop.
Au bout Te fept ou huit jours les
Arabes les mettent à l'air, & font pafrouleau
de bois Oll
fer un gros
pefant les féves de la
de pierre, pour dégager &
ils les
peau qui les renferme, 2
puis & les
expolcnt au foleil, les remuent
les
& les
vanent pour féparer
féves, &c des reftes
nettoyer de la pellicule
être
de l'enveloppe qui pourroient y
adhérens. crois
les Habitans de la MarJe fuivent que à
près la mème métinique
rhode, ou eapair équivalente
mais tous ne font pas attachez fi fcruTome VI.
Q
peau qui les renferme, 2
puis & les
expolcnt au foleil, les remuent
les
& les
vanent pour féparer
féves, &c des reftes
nettoyer de la pellicule
être
de l'enveloppe qui pourroient y
adhérens. crois
les Habitans de la MarJe fuivent que à
près la mème métinique
rhode, ou eapair équivalente
mais tous ne font pas attachez fi fcruTome VI.
Q --- Page 394 ---
- 362 Nowveaux Vojages aux Ifes
1700. puleufement à fuivre ces régles, & c'eft
d'eux que font venus à Paris des caffez
imparfaits, , de mauvais goit, qui ont
porté un grand préjudice à ceux qui
étoient bons, & qui avoient toutes les
qualitez néceflaires pour aller de pair
avec celui de Moka, venus parla voye
de Marfeille, que l'on regarde comme
lc meilleur > peut être uniquement
ce qu'il eft plas récent que celui MET la
Compagnie 5 qui a été bien plus
tems
longen mer, Quand les Habitans de la
Martinique voudront avoir l'attention
nécefaire pour perfedtionner leurs caffez, il eft certain qu'ils y réuliront à
merveille, & qu'ils détruiront la mauvaife opinion que l'on en a.
Revenons à préfent à la culture & à
la defcription du caffé.
*
Cet arbre Acurit deux fois
les Heurs qui précédent les fruirs Tannée; reffemblent f fort à celles de nos
qu'il eft ailé de s'y méprendre. pêchers s
Les fruits fuivent les fleurs, & font
attachez au pied de l'arbre & à fes branches par un pédicule fort court.
On en fair deux récoltes chaque année. Celle d'hiver dans les pais fituez au
Nord de la Ligne, fe fait au mois de
Mai; & celle d'cflé au mois de Novembre. --- Page 395 ---
Françoifes de LAmérigue. 363
Onavà des Caffez à Cayenne, qui 1700.
à lage de cinq ans avoien: dix - huit
pieds de hauteur, & qui donnoient récolte. juc
fept livres de fruit par
8mr prérend avec raifon que ces productions font excellives, & qu'elles mourir. épuifent bien-tôt l'arbre & le font
faiOn
y remédier aifément en
fant omters une partic des flcurs, celles
refteront prodiuirone de plus beaux
qui fruits fans énerver l'arbre. Cing livres
à chaque récolte doivent contenter un
Habitant raifonnable > &
il ne
les vendroit
dix fols
livre, il
tTR
femble
arbre
coûte fi peu
me qui
à entretenir, & qui donne cent fols EE
an à fon maitre, , paye abondamment
terrain oû il eft planté, &c la peine qu'il fes
y a à l'enttetenir & à façonner
fruits. Au refte, cet entretien eft très-peu
confidérable , dès que Y'arbre couvre
fa terre, les mauvaifes herbes n'y peuvent
croitre. C'eft la feule peine
qu'il Sema 5 car je ne compte habile pout doit
rien le foin de qu'un faire HAbitant bècher la terre une
fe donner
du
enou deux fois par an autour
pied, afin
viron quatre pieds en quarté,
les
&
pénétrent
p
pluyes lesroféeslap
aifément.
Qij
très-peu
confidérable , dès que Y'arbre couvre
fa terre, les mauvaifes herbes n'y peuvent
croitre. C'eft la feule peine
qu'il Sema 5 car je ne compte habile pout doit
rien le foin de qu'un faire HAbitant bècher la terre une
fe donner
du
enou deux fois par an autour
pied, afin
viron quatre pieds en quarté,
les
&
pénétrent
p
pluyes lesroféeslap
aifément.
Qij --- Page 396 ---
364 Nomveanx Voyages ANx Tes
*700.
On peur planter despatates entre tous
les arbres ; elles empècheront les mauvaifes herbes de poulfer, & donneront
une racine dont on ne peut guéres (e
palfer dans le pais, , puifqu'elle fert de
pain dans bien des endroits, qu'elle eft
très-agréable au gotr, & d'une digef
tion aifce, quoique fort nourriffante :
j'en ai parlé amplement en un autre endroit.
Les caffez de la Martinique
tent
l'emporfans contredit fur tous les autres,
vont de pair avec ceux de Moka, au
jugement des gens habiles & qui ne font
pas prévenus.
M. de la Guarigue Survilliée 3 ancien Capiraine d'une Compagnie détachée de la Marine, & Colonel des Milices de la Cabefterre de lal Martinique,
a été un des premiers à qui M. Defçlieux a fait part de fon cafféqu'ilavoit
apporté du Jardin Royal de Paris. Il
en eut un foin tout particulier, & il y
ar réufli à merveille; ; iln'en avoit encore
qu'un perir nombre de pieds qui
toient-du fruit,lotfque M.Blondel Fat
tendant des Iiles fe trouva chez lui, &
vit ces arbres. Ilen fut fi content qu'il
fit dreffer un aéte en bonne forme de
Pétar de cçs arbres. J'en vajs donner la --- Page 397 ---
Prançoifes de FAmtrigne. 365 -
telle que M. de Sur- 1700,
copie au Public,
avec un dellein
villiée me l'a envoyée,
d'un rameau d'un de ces arbres.
-
Intendant de Juftice ,
M. Blondel, Finances & Marine des Iiles dui
Police, s'étant trouvé aujourd'hui att
Vent, Quarrier de Sainte Marie à la Cabefde la
chez M. de Surterre
Martinique. Colonel des Milices de
villiée, la même ancien Ifle, a và dans fon jardin plufieurs pieds de caffé, & entr'autres neuf
arbres qui font hors de terre depuis dudit
vingt mois, > fuivant le rapport examiné atfieur de Survilliées & ayant arbres,
tentivement un de ces neuf
d'une qui
font à
près d'une grandeur tige & fort
force EF il a trouvé d'une
terre
droite, dort le diamétre à Reurde dieft d'un pouce & demi, roujours la cime en de
minuant également jufqu'à
F'arbre, haut de fix pieds; la premiere
branche eft élevée de' neufà dix pou- La
feulement an-dellus du terrain.
ces
an-deffus de
feconde eft à
troifiéme pouces a trois poula
Pancl
premiere. deffus de la feconde, & ainfi de
ces aul
fuite en diminuant proportionnelle- toucime. Les branches
ment jufqu'ala
jours de deux en deux, diamétralement difoppofées, & fortant de la tige par
Q iij
la premiere
branche eft élevée de' neufà dix pou- La
feulement an-dellus du terrain.
ces
an-deffus de
feconde eft à
troifiéme pouces a trois poula
Pancl
premiere. deffus de la feconde, & ainfi de
ces aul
fuite en diminuant proportionnelle- toucime. Les branches
ment jufqu'ala
jours de deux en deux, diamétralement difoppofées, & fortant de la tige par
Q iij --- Page 398 ---
366 Nowveaux Voyages anx Iles
1700. férens rumbs de vent au nombre de cirquante-huir, ce qui forme un arbre des
plus agréables à la vGë, bien garni,
d'une figure ronde depuis le bas jufqu'au haut, 2 & finiflant cn-pain de
fucre.
La moyenne branche a vingr-neuf,
& les nacuds mnoyens proportionels
de vingt fruits nouez.
plus
La même branche en fournit encore
d'autres petits à mefure que l'arbre
croît.
Lcs feitilles font à peu près comme
celles de nos cerifiers, 2 dans la forme
& dans la couleur, mais un
épaiffes - 2 plus liffes & plus
plus
aux
ESies
extrêmitez. Elles font
& fortent de chaque noeud tombantes, des branches de deux en deux, ainfi quatre branches fortent de la tige.
Les fleurs font d'une odeur douce &c
très agréable 5 & reffemblent à celles
du Jafmin commun , ou plàrôt à celles
du Pêcher. Elles fortent de chaque nacud
des branches; ces noeuds font f
les
uns des autres, que lorfque l'arbre près eft
en fleur, > la branche paroit faire une
guirlande fort garnie.
Les fruits font de la figure des Jujubes, d'abord d'une couleur verte, qui --- Page 399 ---
Frangoifes de Amerigne. 367
& cnfuite brune, lorf- 1700.
devient rouge,
de fa marurité.
qu'il approche fruit contient deux graines; ;
Chaque l'aibre du fruit verd, & du
a far
, & chaque
tn mûr en même-tems
fruit notié vient en maturité. arbre feront
Les productions de cet
ne fc
extrêmement abondantes, ce qui les
pourra fçavoir au jufte que quand arbre
fruits feront cieillis, parceque cct d'aupourroir bien reflembleràq quantiré de fletrs.
fouvent font chaigez
tres, même qui de fruits noiiez, dont quel-
&
féchent & ne viennent point
ques-uns
C'eft ce qui fera examiné
à maturité,
en rendans la fuite attentivement pour
dre compte.
dans la Martinique
Il y a à préfent
plus de deux cens de ces arbres
&
2 SOE
tent fleurs & fruits 5
plus
d'aumille moins avanccz, & quantité hors
tres dont les graines 8.
foncfeulement
de terre; de iorte que l'on peur efperer
que ce fera une culture favorable aux
Habitans des Iles du Vent. Fait à Sainte
Marie de la Martinique chez M. de Survilliée 2 le 22. Février 1726. Signé >
Blondel Jouvencourt.
Fin dee Certificat.
Qiv
&
2 SOE
tent fleurs & fruits 5
plus
d'aumille moins avanccz, & quantité hors
tres dont les graines 8.
foncfeulement
de terre; de iorte que l'on peur efperer
que ce fera une culture favorable aux
Habitans des Iles du Vent. Fait à Sainte
Marie de la Martinique chez M. de Survilliée 2 le 22. Février 1726. Signé >
Blondel Jouvencourt.
Fin dee Certificat.
Qiv --- Page 400 ---
368 Nonueane
aux
1700.
Le même M. de Poyager Survilliée m'a Mhes
dé en
manles neuf m'envoyant arbres dont ce il Certificat 2 que
eft parlé ci-def.
fus, ont produit dans une année
rante-une livres & demie de caffé
outre
Rcr
feché,
plus de deux mille
qu'il a donné à fes amis
graines
& fans compter celles
planter s
lées.
ere ont été voIl m'affira encore qu'il en eût
ciieilli quatre fois autant fans les TCmis & les
fourber.les Aeurs puchons, & les fruirs. qui ont fair tomOn pcut juger de là quelle
la produétion de cet arbre, & peut être
il doit êtrc utile aux
combien
récompenfer
Habitans, &c les
avantageufement
te de leurs Cacaotiers.
delaper
M. de Survilliée en avoit en 1726.
plus de trente mille pieds qui commençoient à porter, & plas de vingt mille
qui devoient porter inceffamment.
Comme il n'eft pas le feul qui a
planté des caffez dans cette Ifle, &
tous les Habitans font laborieux & f
telligens, & que d'ailleurs le terrain
& le climat y font
doit efperer
font tresproptes s on
état d'en fournir qu'ils
a préfent en
mêmc plys
toute la France s &
que toute l'Europe n'en --- Page 401 ---
Francoifes de PAmerigne.
confommer 2 &
1700.
quil aentime
pourra
dra à un prix fi moderé que tout le
monde s'en fera une habitude, & mème une néceflité 3 ce qui augmentera infiniment la confommation du
facre.
On prépare le caffé de tant de manieres, qu'il ie paroit inutile de dire
ici comment on le prépare dans les
pais où il croît. Il faut laiffer la liberté à tout le monde, & fe fouvenir'
feulement
pour prendre de bon
caffé il ne Be point épargner la doze, & ne le faire brûler que modérément.
--- Page 402 ---
370 Nowveaux
aux
1700.
Vroyages
IRes
CHAPITRE XVII
Du Cacao, 5 de fa calbure, de fes propriétez., des diftrentes manieres d'en
compofer le Chocolat s 6 de s'en
fervir.
de Cailus Ingénieur Gédes Ifles
MOT
re-ferme de
Françoifes & Terblicr
T'Amérique, viens de
un Traité fi compler du Cacao pufous le titre d'Hiftoire naturelle dur
Cacao, qu'il femble que j'aurois dû
me difpenfer de donner au Public les
remarques tiere.
que j'ai fait fur cette ma1
En effet, il eft difficile d'entrer dans
un détail plus curieux, plus exact &
mieux circonftancié que le ficn, écrir
avec plus de purcré, 3 &c dans des termes de Botanique & de Pharmacie aufi
bien choifis. il a parlé en Maitre, &
femble avoir épuilé la matiere. Ilademeuré pluficurs années aux Ifles,
eft fait une Habitation où ila a cultivé ils'y le
Cacao, & il s'étoit pofté au centre de
la Martinique dans un cndroit très-pro
plus exact &
mieux circonftancié que le ficn, écrir
avec plus de purcré, 3 &c dans des termes de Botanique & de Pharmacie aufi
bien choifis. il a parlé en Maitre, &
femble avoir épuilé la matiere. Ilademeuré pluficurs années aux Ifles,
eft fait une Habitation où ila a cultivé ils'y le
Cacao, & il s'étoit pofté au centre de
la Martinique dans un cndroit très-pro --- Page 403 ---
Françoifes de LAmbviqne. 371
à la culrure des arbres qui portent fes 1700.
pre fruit
a fuivi dans toutes
cc
9 qu'il
une exaétitude mercirconftances avec
"veilleufe. J'avois vû fes Remarques avant qu'il
& il avoit eu les mienles fitimprimer,
un allcz
nes entre les mains pendant Traité
long-tems, aufli-bien que mon
auroient été imprimées
du Sucre > qui les fiennes, fi mes inbien auparavant m'en avoient
emcommodités ne
point Public
pèché. Cela ne gâtera rien ,le Il trouaura deux Traitez au lieu d'un.
l'auvera dans l'un ce qui aura bien échapéà des années
tre ; car j'ai demeuré
de nos
aux Ifes 7 j'ai eu la conduite & combiens pendant plus de dix ans écrit 5 far bien
me il paroit par ce que j'ai
des matieres, , qu'on ne peur rguitesavoir
été plus laborieux & plus curieux
m'informer de tout ce
l'ai
a
été, pour
qu'on trouveregarde les Hles.j'efpere même chofe dans ce que
ra encore la
je vais dire du Cacao. d'un arbre
Le Cacao eftle fruit
dit Caco appellé &
Cacoyer ou Cacaotier. dit On Cacao & CaCacoyer aux Iles. On
caotier par tour ailleurs. Les François
fonrlesderniers érablisitAmésique
qui doivent
ce me femble, jouir du
ne
pas,
Qvj --- Page 404 ---
372 Nowveaux
aux
1700 privilege d'impofer
IRes
dû
noms; 5 ccla eft
Crtr
couvert aux le
& 2 puifqu'ils ont dépuifqu'ils difent
ERERA
cao,j je le dirai comme cux.
CaD'ailleurs il me paroit
& écrivant Cacao &
qu'en difant
pêche de confondre Cacaotier, deux fruits on emarbres très-differens
& deux
feiilles & en fruits en grandeur 5 en
tiers & les
qui font les CocoCacaotiers, dont les premicrs
produifent les groffes noix, > appellées
Cocos, & les auttes. les Cacaos, dont
on fait le Chocolat.
Le: Cacao eft auffi
à
rique . , que le Caffé left propre à l'Arabie l'Amé
& le Thé à la Chine & autres
s
voifins.
pais
Les Amériquains s'en fervoient avant
quc les Elpagnols entraffent dans. leur
pais; ils. en faifoient leurs délices,
étoient tellement accoûitumez,
&y
gardoient comme la demiere de qu'ils rc+
les miferes de manquer de Chocolat, toutes
eft le breuvage compoféde ce fruit, qui
d'eux dont les
C'eft
E(pagnols en ont
Fufage & la
appris
fuite
préparation qu'ils OlTt enperfectionnéen y. mélant plufieurs
ingrédiens qui le rendent
au goût & dl'odorat,
plus n'étoit agréable
dont les Indiens fe fervoient; que
celui
nous eXa-
+
les miferes de manquer de Chocolat, toutes
eft le breuvage compoféde ce fruit, qui
d'eux dont les
C'eft
E(pagnols en ont
Fufage & la
appris
fuite
préparation qu'ils OlTt enperfectionnéen y. mélant plufieurs
ingrédiens qui le rendent
au goût & dl'odorat,
plus n'étoit agréable
dont les Indiens fe fervoient; que
celui
nous eXa- --- Page 405 ---
RPJCB --- Page 406 ---
Tom. 6.pag.
A
Cacaotier
ou
Cacqyer.
R --- Page 407 ---
Françoifes de PAmérigne. 373
minerons ci-après s'ils ont bien ou mal 1700.
fait.
le Cacao croifLesarbres qui portent & fans culture dans
fent naturellement
qui
une infinité de lieux de l'Amérique, On en
font entre les deux Tropiques.
trouve des Forèts entieres aux environs la côte
de la Riviere des Amazones,far dansl'Ichde Caraque & de Cartagene, le
les
me de Darien , dans
Jucatan,
Hondures,les Provinces de Guatimala,
Nicaragna, CoftaChiaps-Soconaico. bien d'autres endroits qu'il fericca &
Les Hles de
roit trop
de rapporter.
la
Couve ER ou
Saint Domingue,
Jamaique & Port-Ric en ont quantité
regardelapréfenr commefauvagess
qu'on
quel'on cultive, quoiparr reppotericeus dans la verité les fruits des uns &
que
foient également bons 5 &
des autres
à
s'il y avoit quelque alfarément préférence aux
TEEl , je la donnerois fuis
feul de ce
fauvages, & je ne
pas
fentiment: Antilles
lon appelle petites
Les
que:
aux
quatre grandcsdont
Ilesparrapport:
sde
je viens sde parleryn'ontp pasétéptivées la Grece fruit, fur tout la Martinique, & comme on
nade & la Dominique; trois Ifles, il peus
en a trouvé dans ces --- Page 408 ---
374 Nowveanx Voyages AHx IRes
1700. y en avoir dans les autres qui font habitées par les Anglois & par les Sauvages.
Il eft vrai que je n'en ai point trouvé
dans la Guadeloupe, quoique j'aie allez
couru les bois de cette Ille; ; mais cela
ne prouve pas qu'il n'y en ait point. Ce
qu'il y a de certain, c'eft que les arbres
de cette efpece que l'on y cultive > y
viennent en perfection, & rapportent
de très-beaux fruits.
Il faut pourtant avoiier que la Martinique eft celle de nos Antifles où les
Cacaotiers viennent le plus aifément.
On en a trouvé crûs naturellement &
fans culture dans les bois, dans des
endroits 2 qui affurément n'ont jamais
été défrichez, ni
habitez, qui - ne le font
pas encore, & qui, felon
ne
lesapparences,
le feront de long-tems. On en a vû
dans les Terres d'un Gentilhomme de
la Paroiffe de Sainte Marie
Les Ca M. de Merville,
, appellé
caotiers
qui
leur hauteur, >
font na leur groffeur & la
de leurs fruits
tureis
Beber
la Mar- à donnoient des marques d'une extrême
tinique, vieilleffe. Un nommé Drindacierfameux
chaffeur, & plafieurs autres perfonnes,
qui ont été fouvental la chaffe des Cochons-Marons, dans les lieux les plus
éloignez du bord de la mer, & comme
au centre de l'lile, m'ont afluré d'en
appellé
caotiers
qui
leur hauteur, >
font na leur groffeur & la
de leurs fruits
tureis
Beber
la Mar- à donnoient des marques d'une extrême
tinique, vieilleffe. Un nommé Drindacierfameux
chaffeur, & plafieurs autres perfonnes,
qui ont été fouvental la chaffe des Cochons-Marons, dans les lieux les plus
éloignez du bord de la mer, & comme
au centre de l'lile, m'ont afluré d'en --- Page 409 ---
Frangoifes de PAmérigue. 375- -
avoir trouvé dans pluficurs endroits 5 1700.
& il eft probable que ces arbres (e (ans feroient multipliez bien davantage, fruits
leur extrème délicatelle,8 fileurs été détombant à terre n'avoient pas découvertes
vorez par les animaux. Ces
foffitent,à monavis, pour prouver que
croiffent aulli naturellement
ces arbres
dans
& aulli-bien à la Martinique que de T'Atout le refte de la Terre-ferme
mérique.
les François
Malgré ces avantages
vers
n'ont commencé à les cultiver que
l'année 1660. Un Juif nommé Benjamin Dacofta fut le premier qui planta
dire, un plan out
une Cacotiere,cefa arbres mais les Ifles
verger de ces
ayant pallé des mains des Seigneurs
en celles
E
ticuliers & propriétaires les Juifs furent
Compagnic de 1664.
étoit enfin
challez, & cette Cacaoriere
tombée au fieur Guillaume Bruneau >
Juge Royal de PIle en 1694. n'étoit
Cependant comme le Cacao
Marchandife d'un bon débit en
pas une
le Chocolat n'y étoit
France, parceque &
étoit chatpas fort en nlage, d'entrée, qu'il
les hade tiès-gros droits
Sucre, au
Ea ne sattachoient qu'au
CotTabac,a l'Indigo, au Rocou, au --- Page 410 ---
376 Nowveanx Voyages aux IRes
1700. ton,& autres femblables marchandifes,
dont le débit étoit facile & avantageux
par la grande confommation qui s'en
faifoit en Europe,
Le Chocolat étant enfin venu à la
mode, & le Cacao trouvant des débouchemens detous côtez, on fongea férieufement à cultiver les arbres qui produifent le Cacao vers l'année 1684. c'eft
à peu près l'age des
ont
fuivi de plus près celle Cacaotieres, de Benjamint qui
Dacofta, & dont le nombre s'augmenteroit tous les jours, fi On vouloit faire
un peu d'attention far ce que je dirai
dans la fuite.
Le Cacaotier fauvage, c'eft-à-dire",
celui qui n'eft point cultivé, vient fort
grand, fort gros &c fort branchu; on
arrête celui quel'on cultive de maniere
qu'il n'excede pas douzed quinze pieds
de hauteur, non-feulement 2fin d'avoir
plus de facilité à cuéillir le fruit, mais
encore afin qu'il foit moins expofé aut
vent & au trop grand air 3 car c'eft
un arbre d'une délicatefle farprenante:
Son écorce eft brune, vive, mince &
affez adhérante au. bois qui eft blanchâtre,1 leger & poreux; ila fes fibres longues., droites > point mêlées 2 affez
groffes, &.ne laiffe pas d'ètre fouple.
facilité à cuéillir le fruit, mais
encore afin qu'il foit moins expofé aut
vent & au trop grand air 3 car c'eft
un arbre d'une délicatefle farprenante:
Son écorce eft brune, vive, mince &
affez adhérante au. bois qui eft blanchâtre,1 leger & poreux; ila fes fibres longues., droites > point mêlées 2 affez
groffes, &.ne laiffe pas d'ètre fouple. --- Page 411 ---
Françoifes de LAmerique. 377
En quelque faifon qu'on le coupe 5 on 1700.
beaucoup d'humidité & de
y remarque
venir aufli-bien de fa
iéve: ce qui terrain où il veut être
nature que
ERL
planté, qui doit être de bon fond, frais
& humide. Dès qu'en taillant une brariche on n'y remarque pas une abonl'arbre
dante feve, on peut comprer que
n'a
long-tems à vivre.
1ETE feiille eft pour l'ordinaire de huit
à neuf pouces de longueur 5 clle en a
gquelqpueioasdseanuger rarement moins,
i1 cen'eft à des arbres avortez ou plantez dans un méchant fond. Elle a dans
fa plus grande largeur un peu plus da
tiers de fa longueur. Elle eft pointué
les deux bouts, & attachée aux branpar ches
une quené forte & bien nourrie, I deux a trois pouces de longueur.
Sa couleur par.dellus eft d'un verd vif,
&
chargép par-deffous. Le contour
de Ret feuille, à commencer à fon plus
grand diamétre jufqu'à fa pointe s eft
d'une très-belle couleur de chair; & cette
partie eft fi tendre & fi délicate, que le
moindre vent, ou les rayons du foleil
la gri'lent très facilement. Les fibres ou
nervures qui foutiennent la feiille
de celles de la
Esaile
prochent beaucoup leur nombre
de la
du Cerifier 3
dépend
grandeur de la feuille. --- Page 412 ---
378 Nonveanx
Aux
1700.
On ne voit Toyages
Ifes
jamais cet arbre entierement dépoiillé de fes feililles, celles
tombent font remplacées aulli-tôr qui
celles qui font prètesa paroitre,
par
F'eurs
Il Acurit &
du Caporte du fruit deux fois
caotier, arbres chaque année, comme prefque tous les
de P'Amérique. Onp
méme alfirer qu'il produit pourroit
pendant toute
Tannée, pailqu'on ne le trouve
fans fleur ou fans froit. Cependant jamais les
récolresies plas abondantes ie font vers
les & la Solfltices, Saint
c'eft-à-dire > vers Nodl
Jean 5 avec cette différence
pourtant que celle de Noël eft
la meilieure,
toujours
Si On confidere le fruit du Cacaotiet
a lieu de s'étonner qu'un fi
vienne
gros
#
croi
d'une Gi petite fleur. Je
que c'eft une des plas petites
y ait au monde. Le bouton
la qu'il
ferme n'a pas deux lignes de qui ren-
&c trois de hauteur. On diamétre,
pourtant dix feilleslorfquilent y remarque
qui forment une petite
ouvert,
au centre duquel eft coupe ou calice,
un petit bonton
allongé, cantonné ou environnéde
filets & de cinq éramines. Les feitilles cinq
font de couleur de chair pâle avec des
[aches & des pointes rouges. Les filets
font d'un rouge de pourpre, & les éta-
'a pas deux lignes de qui ren-
&c trois de hauteur. On diamétre,
pourtant dix feilleslorfquilent y remarque
qui forment une petite
ouvert,
au centre duquel eft coupe ou calice,
un petit bonton
allongé, cantonné ou environnéde
filets & de cinq éramines. Les feitilles cinq
font de couleur de chair pâle avec des
[aches & des pointes rouges. Les filets
font d'un rouge de pourpre, & les éta- --- Page 413 ---
Frangoifes de P Ambrigne. & 379 le 1700.
mines font d'ub blanc argenté s : c'eft
bouron eft d'un blanc plus le matre fruit. Ces
ce bouton qui produit odeurielles ne vienAeurs n'ont aucune feules, mais toujours par
nent jamais dont la plipart tombent à
bouquets, aulli-bien Tarbre ne pourroir ni
terre, les fraits, fi toutes les Aleurs
foutenir ni leur donner la nourriture
notioient,
nécetlaire. voit
ces Aeurs aul bout
On ne
point aux arbres d'Eudes branches fortent comme depuis le pied de
rope - , clles
tiers ou environ des
Tarbre, jufqu'au branches. On remarque
cinq grolles nailfent aux endroits oà il y
quelles
l'arbre étoit
avoit eu des fetilleslorique fi ces endroits - 2
encore jeune 5 comme la marque de la
ou l'on voit encore étoient plus tendres
queué de la feiille,
ou à s'ouvrir
& plus faciles à pénétrer,
que le refté. fruits
fuccedent à ces Aeurs de Fru'ts ÇaLes
à qui des Concombres pointus cao.
reflemblent
dans toute leur
par un bout, partagez les Melons à côtes,
longueur comme boutons & autres SEDE
femez de perits
(elon fa
litez. L'écorce de ce fruit
groffeur & l'âge de l'arbre quil'ap porté,
trois
cinq
ig
avoir depuis
jufqua --- Page 414 ---
1700. d'épaifleur, & le
entier anx Ifles
depuis
Arttrns
julqu'a dix ponces de
fep fur
trois à quatre pouces de longueur diamétre. >
La groffeur de ce fruit fait fentir la
raifon pourquoi la nature T'a
tronc de l'arbre & au gros - des placé au
ches principales qui fortent de cinq la tère bran- de
l'arbre; car s'ilvenoir au bout des
ches, , il feroit impolible à l'arbre bran- de
fourenir un fardeau G pefant, les
ches
branromproient 5 & le fruit feroit
perdu,
On remarque des Cacaos
leurs Cou- couleurs ; les uns
de trois
des, tirant
font d'un blanc
Cofles,
un peu far le verd; les autres pale,
d'un rouge foncé $ les troifiémes fonz font
rouges & jaunes. Ceia fe doit entendre
de lécorecs car le dedans & les amandes qui y font renfermées, font roures
de la mèine couleur, même
même
fubltance,
couleuts goûr 3 ce qui fait que ces trois
ne fonr pas trois elpeces de
caos. In'y en a qu'une fcule dans Ca- les
Iles comme dans la Terre-ferme, n'en
déplaife à François Ximenés &c autres
Ecrivains qui l'ont copié, qui en font
arbres quatre cfpéces, de
parce qu'ils ont vû des
fans faire réflexion quatre grandeurs differentes >
de
que cette difference
grandeur & de grofleur peut venir de
uts goûr 3 ce qui fait que ces trois
ne fonr pas trois elpeces de
caos. In'y en a qu'une fcule dans Ca- les
Iles comme dans la Terre-ferme, n'en
déplaife à François Ximenés &c autres
Ecrivains qui l'ont copié, qui en font
arbres quatre cfpéces, de
parce qu'ils ont vû des
fans faire réflexion quatre grandeurs differentes >
de
que cette difference
grandeur & de grofleur peut venir de --- Page 415 ---
CE --- Page 416 ---
Tm.6.peg. 380.
Cosse
de Cacao
demiron
le tierr de
ragrandeur
ordinaire.
111 1
Corse
par le CXc --- Page 417 ---
Françoifes de Amtrigue. 381
du terrain ou il elt 1709
1age de laibre,
au foleil, ou
planné, de (on expofirion
a eu dans
au vent, 8x des accidens qu'il
G croiffance.
la bévué de cet EcriC'elt peutêtre
Sr PomerMarchand
yain quia engagéle de dhitinguerle Cacao
Epicier Drogulte Caracque, gros 8c petit
en gros & petit
entendn parler
des 1fles. Je n'ai jamais
-
ni en Amérique 3
de cette diftinction, Italie. conviens
ni en Eipagne, ni amandes en
de Je Cacao plus
qu'on trouve des
les autres, comme
grolles les unes que mème Pommier des
on trouve fur un
grolleurs 5 mais
pommes de differentes encore avifé de
comme on ne s'ett pas elpéces de pommes,
faire des differentes feule circonftance >
à caufe de cette de bon fens ne doivent
aulli les gens
fortes de Cacaos 2 à
pas faire quatre
des amandes de
caufe quils trouvent Je leur enfeignerai
grolleurs differentes. à connoitre le Cacao de
dans la fuire
celui des Iles Antifles
Caracque d'avec
Couve,
& celui de Saint Domingue,
& la nouyelle Efpagne, on dit aux Ifles,
Les Colles, comme
plus correcou les Gouffes, pour couleur parler de chair
tement, font d'une
une
Rte
dedans. Elles renferment
par --- Page 418 ---
382 Nowveanx Voyages anx
1700, ftance, pulpe ou mucilage de
Aman- de
RLas
chair pâc, affez legere, & très-dé
dis de licare,imbibée d'une
Cacao..
liqueur
à peu-près du goit des pepins EE Gre
nade.
C'eft cette pulpe qui environne les
amandes que nous appellons Cacao 5
elles y font attachées par de petits filamens extrémement délicats, qui
tent
du gros bout de l'amande qui par- y
portent la nourriture, & la fait croitre.
On trouveprefque fansy jamais manquer vingr-cinq amandes dans chaqué
Coffe. Ileft très-rare d'entrouverr moins,
ficen'eft dans des Coffes avortées, ni
d'en trouver un plus grand nombre.
Les arbres
font puillans, bien nourris, & de " à douze ans, n'en portent
pas plus que les jeunes, mais elles font
plus groffes; & c'eft toute la différence
quejai remarqué danslesCacaoriers (
des
Ifles du Vent & de Saint Domingue.
Comme je n'ai point vû ceux de la
Côte de Caracque & de la nouvelle
Efpagne,je n'en puis pas parler pofitivement. Je croi pourtant s & avec une
probabilité alfez bien fondéc, que c'eft
la même chofe qu'aux Ifles > & que la
groffeur des amandes fupplée au nombre qui feroit néceffaire pour remplir
la différence
quejai remarqué danslesCacaoriers (
des
Ifles du Vent & de Saint Domingue.
Comme je n'ai point vû ceux de la
Côte de Caracque & de la nouvelle
Efpagne,je n'en puis pas parler pofitivement. Je croi pourtant s & avec une
probabilité alfez bien fondéc, que c'eft
la même chofe qu'aux Ifles > & que la
groffeur des amandes fupplée au nombre qui feroit néceffaire pour remplir --- Page 419 ---
Françoifes de PAmbrique. 38;
des Cofles, , qui font affuré- 1700.
la capacité
ment plus groiles. Graines ou Cacaos
Les Amandes, >
neufjuiqu'à
des Ifes font longues elles font depuis plus ovales que
douze lignes; parles deux bouts, mais
rondes, pointués
inégalement, y. ayant un bout plus
elles ont
cing
R
que lautre ,
de diamétre. depuis La chair
qaà fepr lignes tirant tant foit peu fur
en cft blanche, de chair. Elle eft compacte,
la couleur
fon volume ; lorfallez pelante la tire SC la Cofle, elle cft huiqu'on leufe & amere, fort douce au toucher
& couverte d'une pellicule de même
couleur, , fort unic.
Loriqu'on tire de terre desgraines qui &c
ont lcjourné deux ou trois jours,
y qui fe difpofent à rompre leur enveloppe, on voit que la fabitance feiiilles de l'amande
n'eft autre chofe que deux l'autre d'une pliffées & engagées Pune dans
d'un
maniere admirable, qui d'environ partent une
petit piftille rond & bout long de l'amande,
ligney pofé au gros del'arbre, & qui pouffe
qui eft le germe
ile foutient & qui
en terre la racine qui
le nourrit. Cacao des Ifles du Vent eft le
Le
Celui de Saint Domingue >
plus petit. --- Page 420 ---
384 Nonveanx Foyages anx IRes
1700. de Couve & de Port-Kic eft de même
figure, c'eft à-dire, comme je viens de
le décrire > mais toujours plus gros >
mieux nourri, & plus pefant. Celui de
laCôte de Caracque eft plusplar & plus
grand , & reffemble beaucoup à nos
groffes féves de marais: voilà toute la
difference que l'on remarque entre tous
les Cacaos.
Lorfqu'ils font fecs, ils font tous
d'un rouge brun. Je ne fçai où le Capitaine Dampiere a
quily: avoit des
Cacaos blancs. Je Ce par une infinité
de perfonnes qui ont trafiqué au Mexique, aux Cêtes de Guatimala, de Cartagene & de Caracque, > qu'ils n'ont
mais entendu parler de cette efpéce a:
Cacao; mais ce n'eft pas'la plus groffe
bévué de cer auteur.
Ce que je viens de dire fuffit
donner une idée affez diftinéte du Four
caotier & de fon fruit, dont je décrirai 2e la nature, l'ufage & les proprietez a
après que j'aurai donné la maniere de
planter & de cultiver l'arbre quile porte, celle d'en accommoderle fruit pour
le tranfporter dans toutes les parties du
monde, & d'en connoître la bonté
ou les défauts.
En parlant de la maniere dont on
fait
dire fuffit
donner une idée affez diftinéte du Four
caotier & de fon fruit, dont je décrirai 2e la nature, l'ufage & les proprietez a
après que j'aurai donné la maniere de
planter & de cultiver l'arbre quile porte, celle d'en accommoderle fruit pour
le tranfporter dans toutes les parties du
monde, & d'en connoître la bonté
ou les défauts.
En parlant de la maniere dont on
fait --- Page 421 ---
Frangoifes de PAmérigne.
fait les nouveaux défrichez, ou les nou- 1700.
velles Habitations,jax dit que ceux qui Choix
deltinoient leur terrain pour faire une du rainpour terCacaotiere, devoient avoir un foin tout une Caparticulier de laiffer de fortes lizieres de caoticie.
grands arbres qui environnent cet en- fur
droir,ou du moins qui le couvrent
tout du côré qui eft expolé aux vents dans
réglez qui fouflent ordinairement il peut arriver de
le pais. Mais comme la chie de ces argrands accidens
bres, lorfqu'ils bec renverfez par quelouragan, il eft plus sir de faire des
Ritcer doubles ou triples d'orangers 3
de coroffoliers s, ou de bois immortel,
parceque ces arbres par leur fouplelfe
réfiftent puilffamment au vent, & qu'au
pis aller leur châte ne peut être d'une
extrème conféquence 2 c'eft-à- dire 3
qu'ils ne peuvent pas brifer en tombant,
les Cacaotiers qui feroientà côté d'eux,
comme des arbres plus gros &
ne
de
ne
branchus
manqueroient
dois encore
à cet
qu'il
pader
Je très-bon de ajoûiter couvrir ces liziéres de
eft
de bananiers &c de fiquelques du rangs pais. Ce quejai dit de ces
guiers dans ma premiere Partie, &c la
plantes defcription
J'en ai faite > montre
qu'elles coeuted fort vite,qu'elles gatTome VI.
R --- Page 422 ---
386 Nowvedux Voyages anx Ifles
1700. niffent beaucoup, &c font un très-bon
abri, outre lutilité qu'on trouve dans
leur fruit.
Ce n'eft pas aflez qu'une terre foit
bien à couvert des vents, il faut qu'elle
foit vierge, quand on la veut mettre
en Cacaotiere; c'eft-à-dire, qu'elle n'ait
jamais fervi. Les Cacaotiers demandent
toutle'fuc & toute la graiffe de la terre.
L'expérience a fair connoîtteà pluficurs
habirans qu'il eft inutile de les planter
dans des terres qui ont fervi,quoiqu'on
les ait laillé repofer pendant pluficurs
années ; &
quelque foin qu'on fe
donne, , ou Rt ne viennent point ; ou
s'ils viennent > ils durent très- peu, &
ne rapportent jamais de beau fruit, ni
en abondance. La raifon de cela eft
le Cacaotier eft un arbre extrêmement que
délicat dans toutes fes parties 5 il ne
poufle qu'une feule racine, s aflez petite
& tendre, qui ne pénétre dans la terre
qu'à proportion de la facilité. qu'elle
trouve ày entrer s & à s'y nourrir. Il
eft vrai que cette racine principale
eft comme le pivor del'arbreseft accom- qui
pagnée de.quelques autres plus petites >
mais qu'on ne peut regarder que comme de la chevelure qui s'étend autour
du pied de l'arbre fans entrer dans later-
il ne
poufle qu'une feule racine, s aflez petite
& tendre, qui ne pénétre dans la terre
qu'à proportion de la facilité. qu'elle
trouve ày entrer s & à s'y nourrir. Il
eft vrai que cette racine principale
eft comme le pivor del'arbreseft accom- qui
pagnée de.quelques autres plus petites >
mais qu'on ne peut regarder que comme de la chevelure qui s'étend autour
du pied de l'arbre fans entrer dans later- --- Page 423 ---
Françoifes de PAmbrigue. 387
de deux ou trois peuces ; de 1700.
re forte plus fi la terre eft dure, féche &
ufée, que comme font toutes les terres des
qu'elles ayent fervi, la
Illes pour peu
n'a pas affez de force
racine principale & la
& elle
pour la percer
pénétret, fur elleeft contrainte de fe recourber
mème 5 d'oi il arrive, , que ne trouvant lui efb
la fraicheur & la graille qui
pas
elle fec féche bien-tôt, &c
nécellaire, , foutenoit ale même fort;
l'arbre qu'elle
elle rencontre une
au lieu que quand
été
terre neuve, qui n'a point
foulée, elle la
toute fa force,
& qui - a encore elles'y érend,s'y forpénétre aifément, trouvant la fraicheut & le
tifie 5 & y
elle
un bel
fuc en abondance,
produit
arbre, &c des fruits en quantité.
Il faut encore avant de fe déterminer
à mettre un terrain en Cacaotiere, le
fonder en plufieurs endroits 5 car rien
n'eft fi ordinaire que de trouver des
& belles, chargées de
terres gralles
n'ont
beaux arbres, & qui cependant dans
de profondeur. Jai remarqué
pas un autre endroit quelesa sarbresdel'Amé- la
rique ont peu de racines en terre 3
nature les foutient par des cuiffeslarges
beaucoup de terrain, 2 ou
qui occupent
courent tout autour
par des racines qui
Rij --- Page 424 ---
;88 Nowveaux Voyages anx Ies
1700. de leur pied 2 , n'entrant prefjue point
dans la terre. Le climat toujours chaud
& humide leur donnele moyen de croitre & de pouffer continuellement & fans
interruption, fans que leur racine travaille fous terre, comme il arrive dans
les pais froids, ou du moins dans ceux
où Thyver fe fait fentir, dans lefquels
la racine croit & fe fortifie dans la terre,
pendant que le refte del l'arbre demeure
dans l'inaétion. Le Cacaotier eft prefle feul des arbres de l'Amérique
ec.' la racine pouffe en terre fans interruption,& fans que l'arbre cefle de
croître, & de produire des feurs & des
fruits 5 c'eft pour cela qu'il a befoin
d'une terre profonde ; de forte que f à
quatre 2 cing, ou fix pieds au-deffous
de la furfacé de la terre il fe trouve
des bancs de rocher, ou des amas de
pierres , > it eft certain que dès que la
racine y eft arrivée,ellele recourbe fur
elle-mème, elle ceffe de prof:er, &
l'arbre qu'elle entretenoit t, déperit à
vué d'aeil.
Iln'en eft pas de mème des terrains
où l'on trouve du fable à une diftance
raifonnable au-deffous de la fuperficie,
ou bien uné terre graffe, ou, > comme on
dit, unc terre à : potier 2 ou un gerrain
certain que dès que la
racine y eft arrivée,ellele recourbe fur
elle-mème, elle ceffe de prof:er, &
l'arbre qu'elle entretenoit t, déperit à
vué d'aeil.
Iln'en eft pas de mème des terrains
où l'on trouve du fable à une diftance
raifonnable au-deffous de la fuperficie,
ou bien uné terre graffe, ou, > comme on
dit, unc terre à : potier 2 ou un gerrain --- Page 425 ---
Frangoifes de Amerigue. 389 s'en1700.
La racine du Cacaotier
gravelenx. quoiqu'elle les
avec
accommodes
& sy Eot ; &
peire, elle y.pénetre autant de fac que
fi elle n'en tire pas franche , du moins
d'une bonne terre de fe recourbet,
elle n'elt
obligée infailliblement.
ce qui ila Et fécher
du
J'ajotite encore une autre qualiré une Caterrain que l'on deltine à faire les lieux
caotiere. Il faut qu'il foit frais ;
couvoifins d'une riviere >
bas, unis 2
perits ruiffeaux font
pée
quelques eet ufage. Il ne faut
tERar pour
foient d'une trop
pas non érendue, plus qu'ils ni anffi trop relletrezs
grande feroient érouflez dans ce derles arbres
atl grand air,
nier cas, & trop expofez dans le premier.
à la chaleur & au de vent deux cens pas en des Erendue CaUne Cacaotiere denifecchidie. de caotjequarté.melure
eft d'une bonne rcs,
cent toifes ou environ, mieux
en
grandeur. Il vaut
féparer fon
plulieurs
de cette grandeur bonnes haies,
terrain & Aiearene couvrir de
dont
que de l'expoler aux inconvéniens faifant un plan
je viens de parler , en
étendué.
d'arbres d'une plus des coftieres, grande ou les terLes revers
de pente > quelrains qui ont beaucoup qu'ils Puillent avoir
que bonne qualité
Riij --- Page 426 ---
390 Nowveaux
aux IRles
1700. dailleurs, ne font
bons à faire
une
LTTARTE
Cacoyere: outre qu'ils fonttoujours
plus expofez aux vents & plus difficiles
à couvrir, il eft certain qu'ils durent
très-peu, que les racines des arbres font
bien-tôt deffechées. La raifon en eft
évidente, on ne doit fouffrir aucunes
herbes fous les Cacaoyeres; il eft donc
facile aux eaux qui tombent d'emporter la terre, & d'expofer en trèspeu
de tems les petites racines rempantes
& enfuite la racine principale à paroi- >
tre à déconvert 8c à manquer de fraicheur, de fac & de nourriture.
Suppofé donc
la terre foit telle
que je viens de Rtcit les arbres qui la
couvroient, abbatus & brûlezavec leurs
fouches, lcs liziercs plantées & en érat
Maniere de Parer le vent, auili bien
les
de plan naniers
les
que
bater, les
qui
doivent couvrir , on
arbres. doit labourér tout le terrain à la houë
le plus profondément qu'il eft poflible.
Jeiçai que bien des gens négligent cette
préparation, mais clle m'a toujours
ru nécellaire, & elle l'eft en effct. pa- Un
terrain labouré eft plus en état de recevoir également dans toute fon étendué
la pluye & les rofées; on arrache en
labourant des racines & de petites fouches d'arbriffeaux ou des plantes qui ne
. doit labourér tout le terrain à la houë
le plus profondément qu'il eft poflible.
Jeiçai que bien des gens négligent cette
préparation, mais clle m'a toujours
ru nécellaire, & elle l'eft en effct. pa- Un
terrain labouré eft plus en état de recevoir également dans toute fon étendué
la pluye & les rofées; on arrache en
labourant des racines & de petites fouches d'arbriffeaux ou des plantes qui ne --- Page 427 ---
Frangoifes de PAmérigue. croitre 391 1700.
paroillent point, & qui venantà
donneroient bien del'exer-
& à grener. , feroient chargez du foin
cice à ceux qui
D'ailleurs un terrain
de la Cacaotiere.
uni , &c par
labouré elt toujours aifé à plus divifer, & à traconféquent plus
cer. C'eft à quoi on ne manque jamais eft
de travailler aulli-tôr que cela le terrain d'un coren état. On fe (ert
tout le terrain,
de la
Faerd
deau
longueur des nceuds ou par des mardivifé Lie huit en huit pieds, & on
ques,
un
à chaque
TE
te en terre
piquer elt achevé, on leve le
Loriqu'un rang & on l'érend à huit pieds de
cordeau 2
obfervant
diftance despremiers piquets, & que les
qu'il foit bien paralelleimenr, J'en ai
piquets foient en quinconche, Traité du Tabac.
dit la raifon dans mon
davanCeux qui en vondront fçavoir leurplait,
tage, prendrontla. M. de peinc,eill la Quintinic dans
de confulter Traité du Jardinage & de
fon excellent des arbres; & c'eft ainfi qu'on
laiculture
terrain que l'on
trace & qu'on partageles
qui fait
veut planter terrain en Cacaotieres:ce de cent toifes > ou
voir qu'un
conde deux cens pas en quarré peut
tenir cinq mille fix cens vingecingpieds
d'arbres.
Riv --- Page 428 ---
392 Nowveaux Yroyages anx Ies
1700. Ilya des Habitans qui plantent leurs
arbres à fix pieds les uns des autres s
& ils'en trouve d'autres quiles mettent
de cinq en cinq pieds. Les premiers
piérendent que cette diftance eft fuffifante > & que le voilinage des arbres
fait quele terrain étant piurôt couvert,
les mauvaifes herbes y peuvent moins
venir, & la Cacaotiere ètre entrerenué
dans la propreré qu'elle doit avoir avec
bien moins de travail. Ces raifons feroient bonnes, fla trop grande proximité de ces arbres ne les empêchoit
decroitre, & de trouver fuffifamment Pie
la nourriture pour porter de beau fruit:
car, comme je l'ai dit ci-devant, ces arbres veulent une terre de beaucoup de
fuc, & produifant comme ils font deux
fois chaque année, des fruits très-gros,
il eft certain qu'il leur faut un terrain
confidérable 2 foit pour étendre leur
branches, foit Pouryt trouverdelanourriture.
Ceux qui les plantent de cinq en cinq
pieds, ont pour enx la raifon que je
viens de rapporter des premiers; en cffet
les arbres étant proches les uns des aultres, s couvrent bien-tôt leur terre, &
empèchent les herbes d'y croitre ; &
quand on leur objedte que les arbres
eft certain qu'il leur faut un terrain
confidérable 2 foit pour étendre leur
branches, foit Pouryt trouverdelanourriture.
Ceux qui les plantent de cinq en cinq
pieds, ont pour enx la raifon que je
viens de rapporter des premiers; en cffet
les arbres étant proches les uns des aultres, s couvrent bien-tôt leur terre, &
empèchent les herbes d'y croitre ; &
quand on leur objedte que les arbres --- Page 429 ---
Fyarcoifes delAmerigue. 393* leur 1700.
font trop voifins, > ils difent moitié que dès
intention eft d'en couper la
qu'ils commencequils à sappercevrone fe nuire les uns aux autres > &
ront de laiffer ainfi dix pieds de diftance en- le
tre les rangs, comme rien les à Elpagnols dire à cela s
prariquent. Iln'y a mais il paroit bien
fi o1l T'exécuroit 5
la moitié
dur à un habitant de couper elle rapporte, >
de fa
quand de la moitié de fon
ou de fe priver
les
Remet
on aime mieux laiffer tous
profit; arbres fur pied,en fe Aattant qu'ils trou- & à
veront aflez de quoi s'entretenir, de fa folle
la fin on fe trouve la duppe les arbres
cfpérance, & on voit tous fans être
perir les uns après les autres, reméde.
du
à tems d'y apporter m'ont convaincu
Bien desexpetiences
qu'on
que la
jufte proportion étoit de Reaie
voit tAar aux arbres,
autres aux
pieds de diftance des uns aux Ifles & à la
Antifles; car aux grandes font
Terre-ferme où les terres
plus
on doiry
astier
fondes & plus graffes,
afin
dix & douze pieds 2
jufqu'a
font
S
les arbres
pour
tout le
plus grands T plus gros,ayent
terrain
leur eft nécellaire. allées les plus
On at les plans ou
R Y --- Page 430 ---
394 Nouveaux Poyages AnX Ifles
1300. droitgs qu'ileft poflible, non-feulement
pour l'agrément > mais encore afin de
voir avec plus de' facilité le travail des
efclaves qui peuvent moins fe dérober
de la vue du maître 2 ou du commandeur dans une Cacaotiere bien alignéc,.
que fi les arbres étoient plantez au hazard & en confufion. Outre que dans
les récoltes on eft moins expofé à laiffer du fruit aux arbres,
qu'on les
ciieille en fuivantles allées Eltere unes après
les autres.
Le terrain étant ainfi difpofé, on attend le dernier quartier de la lune, &
que le tems foit pluvicux,ou du moinsfombre & difpolé à donner de lapluye.
On prend des coffes de Cacao > qui.
font en état d'être ciieillies, on les ouvre, 2 on en tire les amandes; & fur le
champ on les met en terre. Il eft certain que fi on differoit un peu à les
planter après qu'elles font tirées de la
coffe, l'air qui agiroit deffus, les fécheroit allez pour les empècher de lever.
On met ordinairement trois amandes
ou trois graines > pour parler comme
on fait aux Ifles, autour de chaque piquet, éloignées d'environ trois pouces
les unes des autres.. Si le terrain a été
labouré tout récemment, on fe contente:
on les met en terre. Il eft certain que fi on differoit un peu à les
planter après qu'elles font tirées de la
coffe, l'air qui agiroit deffus, les fécheroit allez pour les empècher de lever.
On met ordinairement trois amandes
ou trois graines > pour parler comme
on fait aux Ifles, autour de chaque piquet, éloignées d'environ trois pouces
les unes des autres.. Si le terrain a été
labouré tout récemment, on fe contente: --- Page 431 ---
Frangoifes de tAmprique, 395
de faire un trou avec un piquet de trois 1700.
à quatre
de profondeur. & B
couler fEELe enforte qu'elle y
droite, le gros bout en bas, & on la
légérement de terre. Sile terrain
couvae
on remué la terre
n'a point érélabouré,
inftruautour des piquets avec un petit houletre,
ment fait comme le fer d'une introduit
on y fait un trou , &c on y
lamande. La raifon qui oblige de mettre trois
amandes à chaque piquer 2 elt afin
d'avoir de quoi remplacer celles qui
viennent à manquer, comme il arrive
allez ordinairement. Quand cela ne fe
trouve pas, &c queles arbres ont un pied
& demi, ou deux pieds de hanteur, on
choilit celui qui elt de plus belle appale laifler en place. s & on
rence, pour
s'en fervir à
leve les deux autres , pour
ou
remplir les lieux qui en manquent endroits. >
pour les planter en d'autres fait des
C'eft aufli à ce deffein qu'on
pépinieres. J'ai demandé à des habitans habiles
ils ne plantoient pas les toutes lemEL amandes en pépiniere
demeure
& les
fite
ver enfuire >
planter avoient defliné
dans les terres qu'ils
cela. lls m'ont affuré que l'expépour
R vj --- Page 432 ---
396 Nowveaux Poyages aux Res
1700. rience leur avoit appris, que les arbres
plantez de cette maniere ne réufiffoient
pas bien, parceque leur principale racine
étant très délicate, , il étoit impollible,
quelque foin qu'on fe donnât de la rirer
de terre fansl l'endommager, > ou en ellemême, ou dans la petite chevelure dont
elle eft garnic, & de la placer dans un
autre endroit, fans changer un peu la
fituation ou la direétion de quelquesunes de fes parties, ce qui fuffioit pour
l'empècher de repreadre, & de produire un bel aibre.
J'ai eu occafion plus d'une fois de
me convaincre par ma propre expé.
rience de cette verité, & de voir que
desarbres ainfi tranfplantez, 3 mouroient
malgré toutes les précautions quej'avois
prifes, > pour mectre la racine en terre
fans la comprimer ni la forcer le moins
du monde. J'en ai fait déchauffer pluficurs, & j'ai roujours trouvé que la
racine étoit recourbée aulieu d'ètre perpendiculaire comme elle doit être; de
maniere que le feul expédient qu'il y a
à prendre pour remplir les vuides d'une
Cicaotiere, eft de planter des amandes
au lieu où les arbres ont manqué, foit
que les amandes n'ayent pas levé 3 foit
que la tige ait été rompué ou mangée
par desinfcétes.
icurs, & j'ai roujours trouvé que la
racine étoit recourbée aulieu d'ètre perpendiculaire comme elle doit être; de
maniere que le feul expédient qu'il y a
à prendre pour remplir les vuides d'une
Cicaotiere, eft de planter des amandes
au lieu où les arbres ont manqué, foit
que les amandes n'ayent pas levé 3 foit
que la tige ait été rompué ou mangée
par desinfcétes. --- Page 433 ---
Frangoifes de PAmfrigue. 397
extraordinaire duCacao- 1700.
La délicatelle
tier oblige de prendre de grandes précantions, afin qu'il ne foit
brulé Nt
le foleil. Les liziéres dont
parlé
a
du
devant ne le penvent garantir que
vent, le foleil lui eft aufli penideus, c'eft
far tout dans le commencement 5
de
pourquoi on ne manque jamais planter dit Manioc en mème - tems qu'on dans
met les amandes en terre. On a vûà
la premiere partie ce
c'eft que cet
Arbrillean, il clt Raie de le répéter
ici. On fait deux rangées de foffes de Maniese
manioc dans sronreslesallées,. de maniere de coufont éloignées des piquets d'en- vrir les
qu'eiles
jeunes
viron un pied & demi, outtelavantage les jeunes Cacao- tiers.
qu'on en retire en
ardeur du foarbres de la trop
tRpereal
le terrain
leil, on employeuilemenrl
ne fes
un arbrifleau fi nécelliire qu'on
jamais palfer, ni en avoir jamais
peut
les mauvaifes hertrop, & on empêche de
la Cacaotiere;
bes de croitre & gàrer
infinie
car il faut être d'une exaétitude
rien
à farcler & à la tenir propre d'arbres s
n'étant fi contraire à ces fortes
les mauvaifes herbes, qui ine manque jamais de croitre dans les terres
quent
confomment tout le fuc
neuves, qui en
une in-
& lagraille, & quiy produifent --- Page 434 ---
398 Nowveanx Voyages aux IRes
1700. finité de
vers, de loches, de millepicds,
criquers & autres
Eras
infectes,
qui s'attachent d'abord au Cacaotier. ,
mangent fes feiilles, coupent le bourjeon, & lc font mourir en très-peu de
jours.
On eft obligé de farcler fans ceffe,
jafqu'à ce que le Manioc étant devenu
grand, couvre entierement la terre,&
empèche ainfi les mauvaifes herbes de
poulfer.
On arrache le Manioc au bout de
douze ou quinze mois; c'eft à peu près
le tems qu'il lui faut pour avoir fa
grofeur & fa maturité felon fon elpéce;
à fur le champ on en plante d'autres,
mais en moindre quantité, c'eft-à-diie,
qu'on ne met qu'un rang de fofles au
milieu des allées; & pour avoir moins
de peincà tenir la terre nette, on plante
entre le Manioc & les Cacaotiers, des
Melons d'eau,ou des Melons ordinaires, des Concombres, des Giraumons,
des Ignames ou des Patates, parceque
les feuilies de ces plantes couvrant la
terre, l'empèchent de produire de mauvailes herbes > la tiennent fraiche fans
nuire au Cacaotier, & fourniflent des
choles très-utiles à une Habitation.
Ily a des Habitans qui plantent lc
nette, on plante
entre le Manioc & les Cacaotiers, des
Melons d'eau,ou des Melons ordinaires, des Concombres, des Giraumons,
des Ignames ou des Patates, parceque
les feuilies de ces plantes couvrant la
terre, l'empèchent de produire de mauvailes herbes > la tiennent fraiche fans
nuire au Cacaotier, & fourniflent des
choles très-utiles à une Habitation.
Ily a des Habitans qui plantent lc --- Page 435 ---
Frangoifes de LAmérique. 399 le' 1700.
Manioc un mois avant de planter
Cacao. Je les ai imité > quand j'ai eu
occafion del le faire, & je m'en fuis bien
trouvé, parceque ce mois d'avance que
le Manioc avoit fur le Cacao, lui donnoit lieu d'être en état de le couvrir 2
& de le défendre
fon ombre des
fortoit de
ardeurs du foleil,
qu'il
S
terre, & à moi le tems de farcler les
premicres herbes que la terre produifoit,ce qui n'étoit pas un petit avantage.
L'Amande eft pourlordinsire feptou
huit jours en terre: s avant de pouffer afdehors. Plufieurs expériences m'ont
furé qu'elle poulfe en mème-tems par
les deux bous 3 celui qui elt le plus
la
dont l'amande
gtos 1ompt
pellicule
eft couverte, & le perit piftille poulle l'au- Producen terre, & fait la groffe racine ;
tion de
tre bout fait l'arbre, 8z fort de terrePAman- de,
couvert decette: même pellicule, comme
acheve
un bouton qui en sépanotilfant tomber. Quand.
de la
& la fait
voit
ce LUCTat eft tout-à fait éclos, on
qu'il ne renfermoit
deux fetilles
Teme dans l'autre
plullées & engagées
couleur
d'une manierea cadmirable,d'une
de chair vive, tendres & délicates au
deli de Timagination. --- Page 436 ---
400 NanweanxToyages AHX IRes
1700,
Quinze ou vingt jours après qu'il eft -
forti de terre, il a cinq à fix
de
hauteur, & quatre oul fix caierat elles
viennent toujours couplées > & s'étendent fort également autour de leur
centre commuit > qui eft toujours un
bouton, au-deffous duquel elles fortent
à melure que le tronc s'éleve. A dix
ou douze mois, l'arbre a près de deux
pieds de hauteur, & douze, quatorze 3
jufqu'i feize feiiilles. A vingt ou
quatre mois > il arrive à la hauteur uE
trois pieds & demi, & fouvent de quatre, &c pour lors ce bouton qui avoit
toujours paru au centre des deux dernieres feuilles, s'ouvre & fe partage
en cinq branches, rarement en Gx, &
jamais en fept. On coupe la fixiéme &
la feptiéme branche, parce qu'elles gâreroient la divifion ordinaire des branches
de cet arbre, qui fait une partie de fa
beauté. Pour lors les feiiilles celfent de
venir farle tronc, elles croiffent far les
branches maitreffes, qui en s'élevant &
grofliffant 2 en produifent d'autres plus
petites, pendant que le tronc croît &
groflit à proportion de la fraicheur &
du fac que le terrain lui fournit.
Il commence à fleurir à deux ans &
demi. Les perfonnes intelligentes font
ient la divifion ordinaire des branches
de cet arbre, qui fait une partie de fa
beauté. Pour lors les feiiilles celfent de
venir farle tronc, elles croiffent far les
branches maitreffes, qui en s'élevant &
grofliffant 2 en produifent d'autres plus
petites, pendant que le tronc croît &
groflit à proportion de la fraicheur &
du fac que le terrain lui fournit.
Il commence à fleurir à deux ans &
demi. Les perfonnes intelligentes font --- Page 437 ---
Frangoifes de PAmérigue. "401
Heurs, afin que 1700,
tomber CCS preanieres davantage ; atrois ans
larbte (e fortifie
&
on en laiffe quelqucs unes :
lorfqu'il
ans on n'y touche plos, parce
a quil quarre cft allez fort pour porter du fruit, &
fans que cela Tempèche de croitre, croiffant
de fe sortiher 5 il augmente & en la beanté
le nombre de fes Aeurs, ,
plus
de fon fruit qui devient plus gros, à merempli, & de meilleure qualite.
en vieillifant, ou qu'il
fure quil grollit meilleur fond, une nourtrouve un
riture plunabondante d'accidens aux
S'il n'arrivoit il eft point certain qu'à fix ans
Cacaoriers feroient 2 dans leur force, & rapporils
des fruits très-beaux & en quanteroient mais ils font fujets à tant de diftité;
regarde comme une efpéce
qu'on loriquils arrivent à cerage,
ES miracle,
de ficheux.
fans avoir rien éprouvé ordinaires qui
Les accidens les la plus chôte des arbres
leur arrivent font
de laiffer trop
qu'on a eu limprudence
proche d'eux d , qui par leur arbres pelanteur déles branches de ces
rompent licais, &c fouvent les écrafent entiere- & les *
ment. En fecond lieu les tempètes
de vent furieux qu'on appelle
coups
leur font encore plus funcites.
ouragans --- Page 438 ---
Nowveaux
Aux IRes
1700. & files lizieres ICEL font couverts
viennent à être arrachées ou brifées
Par la violence des vents, les Cacaotiers font bien-tôt dépouillez de leurs
feiilles, brifez, 2 renverfez, déracinez,
ou entierement arrachcz. J'aiétérémoin
plusd'une foisdefemblables défolations,
rien n'eft plus trifte, ni plus affreux.
Si les arbres font
arrachez 9 & que la
maitrefe racine foit rout à fait hors de
terre, il eft inutile de penfer à les replanter, c'eft un travail perdu, ils ne
reprennent jamais : mais s'ils font renverfez de maniere que la groffe racine
foit encore en terre, , du moins la meilleure partie, il faut bien fe garder de
les vouloir
tedrefer,lexpéneace a fait
connoître qu'on achevoit de les faire
mourir par cette manceuvre, parce qu'on
ébranle de nouveau ce qui a déja fouffert, &c qu'on ne peur jamais le remettre dans fa premiere fituation. Ce qu'il
y a à faire dans certe occafion efto de couvrir promptement & fans perdre de
tems, le pied de l'arbre & tout CC qui
paroit de fes racines, avec de bonne
terre, & de faire foûtenir avec de
tites fourches plantées en terre,le tronc pe-
& les principales branches s afin que
le poids des felilles lorfqu'elles aront
qui a déja fouffert, &c qu'on ne peur jamais le remettre dans fa premiere fituation. Ce qu'il
y a à faire dans certe occafion efto de couvrir promptement & fans perdre de
tems, le pied de l'arbre & tout CC qui
paroit de fes racines, avec de bonne
terre, & de faire foûtenir avec de
tites fourches plantées en terre,le tronc pe-
& les principales branches s afin que
le poids des felilles lorfqu'elles aront --- Page 439 ---
Frangoifes de PAmirique. 403
poulfe, & des fruits, ne le fallent fur Pt 1700.
pancher davantage 2 & ramper de
terre. Cesarbres ne laiffent
au bout
te
& la nature,
ATE
duire,
un jet droit que lon
tems, 2 produit foin
devenirle etronc
conferveavec
portera du fruit ;
T'arbre,
trge
de
quand
celui
étoit
car pour lors on coupe fc trouve ainfi qui tout
panché, & l'arbre
renouvellé. l'accident le plus funefte qui
Mais
& aupuilfe arriver à une Cacaotiere, c'eft
de reméde,
quand
quellnyapoint racines trouvent un tufou,
les maitrelles
car pour lors elles
un banc de inutilement pierres; far la pierre, &
s'étendent
de nourriture 5 elles
hy trouvant pas ferecourber fur elles
font contrzintesde fuffit
les faire femèmes, ce qui
foûchet, & enfuite les Esserd qu'elles
renoient. Ceft pour cette raifon quejai
dit ci-devant qu'il étoit de la derniere
de bien fonder le terrain
importance
une Cacaotiere, fi on
avant d'y planter travailler en vain, out tout
ne veut pas
nombre d'années;
au plus pour un perit manquer de tourner
ce qui ne pourroit
de ceux
à la confulion & au dommage
entreprendroient un établiffement
qui
fans ccttc précaution. --- Page 440 ---
404 Nowveaux
anx Iles
1760.
Cependant comme ragrS eft prefque inpollible, far tout dans les petites Ifles s
detrouver un terrain, quelque bon qu'on
fe le figure , qui foit fans pierres, on
doir être conrent pourvii que
diverfes fondes on aitreconnu que h terre a
fix pieds de profondeur > & que les
pierres qui font deffous ne font pas un
banc.
la chûte des Aeurs jufqu'à la
maturité du fruir il ne fe
natiretl
paffe
qu'environ quafre mois; on réconnoit
qu'il eft mûr, lorfque quelqu'ane des
trois couleurs marquées ci-devant. qu'il
puiffe être lorfque l'entre-deux des côres
qui partagent les colles commence à
té Maturi du changer de couleur & à devenir jaune :
Gacao pour lors on le ciieille. On
les
& ma- Négres
deftine à cet difpofe
niere de
qu'on
ouvrage, un
le cuc-d chaque rangée d'aibres, chaque Nélit.. gre a fon panier 5 & fuivant la file
qu'on lui a marquée, il citeille tous les
fruits qui font mûrs > fans toucher à
ceux qui ont encore befoin de quelque
tems pour le devenir. On n'emplo;e
aucun inftrument pour cela, & on ne
fecoué point l'arbre, on rompt la queué
qui attache le fruit, en la tordant un peu
avec une petite fourchette de bois, ou
en l'arrachant ; & lorfque les Négres
ier 5 & fuivant la file
qu'on lui a marquée, il citeille tous les
fruits qui font mûrs > fans toucher à
ceux qui ont encore befoin de quelque
tems pour le devenir. On n'emplo;e
aucun inftrument pour cela, & on ne
fecoué point l'arbre, on rompt la queué
qui attache le fruit, en la tordant un peu
avec une petite fourchette de bois, ou
en l'arrachant ; & lorfque les Négres --- Page 441 ---
Frangoifes de LAmérique. 405
leurs
remplis, ils les
1790r
ont
paniers de la Cacaoriere & Eont
tent à un bout amas de tout ce qu'ils
unç pile ou un
ont ciieilli. a ciieilli tout ce qui étoit
Lorlqu'on &
felon la grandeur de la
mir, Cacaotiere, que ou la quantiré du fruit, on
on tire
en fait une ou pluficurs cofles. piles, Pour cet effet
les amandes des avec un coûteau les
les Nég.es coupent le milieu de leur longueur s
coffes par
dellius avec
ou les brifent en frappant de bois. On
une pierre, ou un morceau environnées de la
trouve les amandes
ciou mucillage dont jai parlé de
EE on ne prend pas beaucoup ôte
peine à les en féparet, on n'en dans des que
le plus gros, & on les met
paniers pour les porter à la maifon. de yuider les
Il n'eft pas nécellaire font ctieillies,
coffes aufli-tot qu'elles
dans la Caon peur les laiffer en pile fans crainçaotiere deux ou trois jours, le feul danger
dre qu'elles fe gâtents 5
être déquil y a,et qu'elles du peuvent doit être
robées 5 mais qui a d'ailleurs bien, il faur
expoié à en perdre
dit,
donner lieu au proverbe vive, qui larrons 28
faut que rout le monde
de
autres. On ne s'avile gueres
porter --- Page 442 ---
406 Nomveanx Vayages aux Ifes
1700. les coffes à la maifon pour lesy ouvrir;
outre que ce tranfport feroit pénible
pour les Négres, il engageroit encore à
un autre ttavail qui fcroit de tranfporter autre part les coffes vuides, qu'on
a regardé julqu'à préfent aufli inutiles
les marons d'Inde. On les laifle
bec pourir dans la Cacaotiere où elles
peuvent fervir de fumier pour engraifIer la terre.
On mer lesamandes aufli-tôt qu'elles
font à la maifon dans des canaux ou
Maniere grandesanges de bois, ou dans un quarré
delefai. de
un
élevé de terre,
re ferplanches
peu
On
menter les couvre de fetilles de balizier, & de
ou fuer, ref- quelques nattes, & on met deffus des
planches & des pierres pour les tenir
bien ferrées, & bien prefiées.
On les laiffe en cet état quatre ou
cinq jours 2 pendant lefquels on a foin
de les remuer & retourner tous les matins. Elles fermentent pendant ce temslà, elles perdent la couleur blanchâtre
qu'elles avoient en fortant de la coffe,
& deviennent d'un rouge obfcur.
.On prétend
fans cette fermentation clles ne Rer conferveroient
s
qu'elles moifiroient 1e s ou que fi Eila
étoient dans un lieu humide,elles
roient germer. On doit regarder ce EaetE
2 pendant lefquels on a foin
de les remuer & retourner tous les matins. Elles fermentent pendant ce temslà, elles perdent la couleur blanchâtre
qu'elles avoient en fortant de la coffe,
& deviennent d'un rouge obfcur.
.On prétend
fans cette fermentation clles ne Rer conferveroient
s
qu'elles moifiroient 1e s ou que fi Eila
étoient dans un lieu humide,elles
roient germer. On doit regarder ce EaetE --- Page 443 ---
Frangoifes de PAmérigne. 407
nier cas commeimpollible. puifque pour 1700.
qu'on tarde à les mettre en terre
peu en forrant de la colle, elles ne germent jamais 5 comment du germeroiene fuc & de la
elles feules & privées
fraicheur de la terre : Ceque cette fermentation opere eft de les décharger
dcthumidtefmpeniuss Edont elles étoient
imbibées; de maniere qu'il ne leur refte
T'huile
les conferve , &c
que
confifte
on
penfer que
alir
Mm laquelle
la meilleure partie de leur bonté.
C'eft encore une erreur grofliere de
quelques voyageurs qui ont débité férieulement qu'on les met dans une leflive, dont la compofition eft un miltere,
oà après avoir trempé quelque-tems fans on
les fair fécher à T'ombre, & que
cette préparation on ne pourroit pas les
tranfporter fans qu'elles fe corrompiffent. Tout cela eft aufli vrai comme ce
qu'ont écrit des gens mal-informez, fai- de
la leflive où ils prétendoient qu'on la muffoit bouillir le clou de gérofle, de les
cade, le poivre & le caffé avant
tranfporter en Europe, de crainte qu'on
ne les femât ou plantâr en Europe, &
qu'on ne privât ceux quiles tranfpord'Afie du
font fur ces
tent
profit qu'ils
marchandifes. --- Page 444 ---
408 Nowveanx Poyager aux Ifles
Lorfqu'on a retiré les amandes Oll
graines de Cacao, > du lieu où elles ont
fermenté , ou pour parler comme aux
Com- Ifles, où elles ont reffué,n les étend
ment on fur des claies, ou dans des caiffes platles fécher. faic tes dont le fond eft à jour, & on les
expofe au foleil pour les faire fécher.
Ona foin deles remuer & detes retourner de tems en tems > & de les mettre à couvert pendant la nuit, & lorfque le tems eft humide,ou qu'il pleat 5
parceque l'eau ou l'humidité les gâteroitinfailliblement. Trois jours de foleil
& de vent fuffifent pour les fécher entierement s après quoi on les met dans
des furailles, dans des facs, ou en
nier, > jufqu'àce qu'on trouvel
CTecoftoen
dc - s'en défaire. Elles (e confervent tant
qu'on veut fans fe gârer, > pourvà
le lieu oà elles font gardées foit ae
& qu'on les expofe au foleil deux ou
trois fois P'année. Il eft vrai que leur
bonté n'augmente pas à melure qu'elles
vieilliflent, parceque leur buile fe confomme peu à
5 & que venant ainfi
à fc fécher, > EGer perdent la fubftance
& la vertu qu'elles ayoient auparavant.
J'ai remarqué ci-devant que les coffes renferment, fans y manquer > pref
que
ées foit ae
& qu'on les expofe au foleil deux ou
trois fois P'année. Il eft vrai que leur
bonté n'augmente pas à melure qu'elles
vieilliflent, parceque leur buile fe confomme peu à
5 & que venant ainfi
à fc fécher, > EGer perdent la fubftance
& la vertu qu'elles ayoient auparavant.
J'ai remarqué ci-devant que les coffes renferment, fans y manquer > pref
que --- Page 445 ---
Fyangoifes de PAmerigne. 409
vingt-cinq amandes, & j'ai 1700quej jamais plufieurs fois qu'il faut environ
éprouvé
amandes féches
faire
quatre cens d'une livre. Cela Eag doit enle rendre poids du Cacao des Ifles, qui" eft le
5 il en faut moins à Saint
plus
&c à Couve ou Cuba, où
>
faut
RE
il eft plus gros ; & il n'en
pas
trois cens pour le Cacao de Caracque,
qui elt tle plus
de tout : de forte livre
feize RaxErr produifent une
d'amandes que
féches; mais comme la
aul moins
Pac
fanteur du Cacao diminue huit coffes donla moitié en féchant,
nent une livre d'amandes vertes. de deux
J'ai vûi des arbres chargez
colles, & en parcens cinquante-deux aiadmiréde cette forte au
ticulier j'en du pain de fucre de la Martiquartier Il eft vrai que c'étoient des arnique. bres de vingt ans , grands > forts, en
bonne terre > & bien làcouvert du fembla- vent >
mais il eft rare d'en trouver de
leurs
bles. Les Habitans ne comptent d'une livre ou
récoltes que fur le pied
d'arbre à
une livre &c demie par & pied d'une livre à
la récolte de Noël,
leurs arcelle de la S. Jean, lorfque
bres ont depuis cinq ans jufqu'à d'accidens huit;
après celas'il n'arrive point
Tome FI
S --- Page 446 ---
410 Nonveaux Voyages anx Ifes
arbres, quilsfoient bien entretenus,
1700.aux qu'ils trouvent une terre fraiche s profonde & bien-gralle, ils en récolte
fur tout à
fReIE
elperer davantage, eft toujours meilleure que
de Noël qui
La raifon de cette
celle de la S. Jean. de la différence des
difference vient
deux faifons que l'on trouve aux de Mfles; celle
c'elt-à dire,dela faifon féche, ,8
des pluyes; cette derniere commence
ordinairement dans le mois de Juillet,
& finit enNovembre, ou au commen- dit
cement de Décembre. Ce que j'ai
ci-deffus fuflit
faire comprendre
les pluies Ker très-néceflaires aux
Cacaoticrs, que
au lieu que la fécherefle
l'ordinaire depuis Noël
qui regne laS.J pour Jean leur eft contraire.
jalqua
les CacaoIleft certain que quand
-tiers ont trois ans 8 demi ou
branches, toujours fort reRuE
ans,leurs de feiilles S, couvrent tout l'efpace
-gécs eft entre eux 5 & que les femilles
-qui
de la
qu'ils quittent au commencement
daifon des pluyes, & qu'ils reprennent
:en: 2 mème-tems > & à mefure qu'elles
rombent.f@nsenalil.s grande quantiré,
occuper & couvrir toute la terre
-pour environs , & empècher
conféaux
mmte Cepen-
-quent) tla production
feiilles S, couvrent tout l'efpace
-gécs eft entre eux 5 & que les femilles
-qui
de la
qu'ils quittent au commencement
daifon des pluyes, & qu'ils reprennent
:en: 2 mème-tems > & à mefure qu'elles
rombent.f@nsenalil.s grande quantiré,
occuper & couvrir toute la terre
-pour environs , & empècher
conféaux
mmte Cepen-
-quent) tla production --- Page 447 ---
- Francoifes de TAmerigue. 41T
dantccla ne inthicpase entierement, parce 1700.
la forçe de la terre,la chaleur &
que Fhumidité du climat t en produifent
malgré l'ombre & les feiilles
toujours
moindre
qui la couvrent, , en beaucoup
allez
qmantigésie T'avouë, mais roujours denuire à la fin aux arbres, qui
pour
& qui
mandent unc,extrème proprerés
.veulent occuper fculs tout leur terrain.
De forte quil faut le repaffer & le nettoyer de tems en tems. foin de réchauffer
il faut encore avoir
les pluyes
les pieds desarbrcs.parceque &c
la
dégradent fans celle, emportent
terre, far tout dans les lieux qui font en
& découvrent ainfi les petites
pente 2
jai dit quine faifoient que
uracines , quej
de T'arbre à deux ou
ferpenter autour en terre. Or ces racines ne
trois
être expolées à lair fans fe
en mème-tems
EEIE
fécher, & fans priver
l'arbre du fuc qu'elles lai portoient,
& caufer par conféquent fruit. une C'eft diminu- donc
tion confidérable du
de bonne
une néceflité de les couvrir labouré tout au
terre, après faciliter avoir bien à la pluic &c à la
tour, le pour
de
la terre &
rolée moyen
pénétrer
de les humecter.
de tailler les
On ne doit pas négliger
Sij --- Page 448 ---
412 Nowveaux Voyager anx Ios
1700. bouts desbranches, foitqu'ils foient fecs,
foit pour les renouveller. Cela fe doit
faire après la récolte de la S.Jean,
un
avant le commencement des
Ratr Ceux
entendent la culture
des arbres
fçavent affezalacontAtEL
fequence de cette précaution I , & combien la négligence fur ce point-là eft
préjudiciable. Les E(pagnols, quoique
fort indolens & fort pareffeux n'y manqnent jamais 5 aufli voit-on que leurs
Cacaotiers > toutes chofes proportionnées, font bien plus beaux que les nôtres, & qu'ils rapportent de plus beau
fruit, & en plus grande quantité. J'ai
vû à la Martinique de fort belles Cacaotieres perir
à peu > & mane
quer cnfin tout Tma fait faute de CCS précautions.
On voit
tout ce
je viens de
dire que le EPAr d'une Rubudes n'eft
pas fip petit qu'on poutroir fel'imaginer,
dans Ja verité il foit bien auIAr de'celui d'une Sucrerie; & de
la dépenfe que cette Manufaéture cxige.
On en fera convaincu par la leéture de
mon Traité du Sucre. Ainfi je confeille
à tous ceux qui ont des terres
aux Cacaotiers : de les y.
Hcters
employer
penfer às'élever aul rang des fucriers, &
'une Rubudes n'eft
pas fip petit qu'on poutroir fel'imaginer,
dans Ja verité il foit bien auIAr de'celui d'une Sucrerie; & de
la dépenfe que cette Manufaéture cxige.
On en fera convaincu par la leéture de
mon Traité du Sucre. Ainfi je confeille
à tous ceux qui ont des terres
aux Cacaotiers : de les y.
Hcters
employer
penfer às'élever aul rang des fucriers, & --- Page 449 ---
Frangoifes de TAmerigul. touveront 413 1700.
jepuis les allurer qu'ils
obligez à
>
Redrt
mieux leur compte
& fe délivrebien moins de dépenic. d'embarras & de
ront d'une infinité
d'une Suchagrins qui font infeparables
creric.
expériences m'ont affiaré
Plufieurs
entretenir &
que vingt Négres peuvent mille pieds de Cacultiver cinquante & faire encore du manioc, des Revenu
caotiers, du mil ; des pois > des patates au > de- d'une Cacaoignames & autres vivres beaucoup leur entretien. tiere.
1a de cec quilen arbres fauit pour bien entretenus >
Or ces joooo. au moins , les uns portant les
donneront bon ou mal an 1 cent mille livres
autres,
étant vendués à fept fols
Qamandes deniers livre , qui eft un prix
fix médiocre, & le plus bas anquel le
fort
érevendu, produifene
Cacao ait jamais
cens francs, qui
trente-i fept mille d'autant cinq plus sconfidérable
eft une (omme
route entiere
qu'elle bourfe revient du prefque maitre, à caufe du
dansla
faut faire
FHcLIE
de dépenfe qu'il
pour tles arbres,
tien des efclaves quicoltivenel la feule & unique déqui eft cependant foit oblige.
penfe à quoil'on
d'une SucreIl a n'en eft pas de même la même fomriespour qu'elle produife Siij --- Page 450 ---
414 Nowveaux
aux
1700. me cn fucre blanc ou
il T trois
fois
Tguet
autant d'eiclaves, des moulins, des
charetres, des baeufs, des chevaux, une
quantiré d'ouvriers de toutes fortes, &
par-deffus tout des Raffineurs chers &c
infolens au dernier point. Qu'on compare la dépenfe d'une Sucrerie & celle
d'une Cacaotiere, qui auroient donné
le même revenu 2 & l'on verra par
la différence qui fe trouvera entre l'une
&c l'autre > qu'une Cacaotiere eft une
riche mine d'or, pendant-qu'une Sucrerie ne fera qu'une mine de fer; fur rout
à préfent que le chocolat commence
d'ètre plus en vogue qu'il n'a été cidevant, non-feulement
qu'on reconnoit tous les jours Eater bonnes quate
lités, mais encore par le bon marché
auquel il doit èrre, depuis que le Roi
a cula bonté de réduire à deux fols
livre les droits d'entrées du Cacao par
François par fon Edit du mois d'Avril
1717.
Nature
Il faut à préfent
de la
du Ca- du Cacao.
parler
nature
Cao,
J'avouë que ce n'eft pas une
petite affaire pour moi; je relpecte les
Anciens qui en ont écrit, & jai
M. de Cailus > qui en a écrit le DeRE
nier, > une eftime toute particuliere. Je
voudrois les accorder, mais la chofe ne
d'entrées du Cacao par
François par fon Edit du mois d'Avril
1717.
Nature
Il faut à préfent
de la
du Ca- du Cacao.
parler
nature
Cao,
J'avouë que ce n'eft pas une
petite affaire pour moi; je relpecte les
Anciens qui en ont écrit, & jai
M. de Cailus > qui en a écrit le DeRE
nier, > une eftime toute particuliere. Je
voudrois les accorder, mais la chofe ne --- Page 451 ---
Françoifes de PAmerique. 415 & 1700.
praticable. Colmenero
me
Médecins8 aules ETAEE Eipagnols, le Cacao eft froid
tres, difent tous que de Cailus,avec quel-
& fec. Monfieur nouveaux, dit quil eft
ques Médecins de tous ces Aureurs a raitemperé; qui
fur ce que je vais
fon ? On en jugera difconvenir que le
dire. On ne
pas huileux & amer 5 Or
ne
Esr
Cacao
eft huileux &c amer, eft
tout ce qui
chaud qu'il eft
chaud, & d'aurant plus Selon M. de
plus huileux & plus amer. de fruit dont Hift. .na- du
Cailus , il n'y a point d'huile que du CaEeNT
on puilfe tirer plas
amer- pag. ibidene 5Jcao, ni qui foit d'une Monficur plus grande de Cailus ,pag I1.
tume 5 donc, felon
ifoit
chaud;
iln'y apoint de fruit qui
temperé ?
donc le feractfes
comment mélant du fucre, dela cafera-ce en y
de
& d'elfence
nelle, un peu
gérofle ces drogues font
d'ambres mais toutes
ne doivent
très-chandes, & quoiqu'elles du Chocolat
entrer dans la compolition n'eft-il pas vifiqu'en petite
renferment,
ble que la
qu'elles
RCan
moderée du Caétant jointe à la chaleur
très-chaud.
cao, doit faire un compofé Monfieur de
Je croi qu'un autre la que à fe tirer de
Cailus auroit de
peine il a de l'efcet embarras; mais comme Siv --- Page 452 ---
416 Nouveaux Froyages aux IRes
1700, prit infiniment, il ne manquera
de
nous développer dans faréponfe Lam raifons qu'il a eu de prendre cC parti 5
& ce fera un éclairciflement nouveaur
que j'aurai procuré au Public, & dont
il m'aura telle obligation qu'il jugera
à propos.
Les Elpagnols juftifient aifément la
pratique univerfelle qu'ils ont de mèler
avecle Cacao quantiré d'ingrédiens fort
chauds;ilsle croientt très-froid, ,& quelques unsd'eux ont pouffé la chofe filoin,
qu'ils ont dir que c'étoit une clpéce de
poifon fi froid, qu'ilfaifoir tomber co
ptifie ceux qui en prenoientavec excès;
fur ce principe ils ont raifon de mêler
avec le Cacao une quantiré confidérable de canelle, > de fucre, de chilé ou
piment, > ou de graines de bois d'Inde,
declousdegérotle. d'ambre de mufque,
& fur tout de vanille, ingrédiens trèschauds, comme tout le monde en convient : car de prendre une chofe trèsfroide fans ces puiffans correétifs, ce
feroits'expoferd àde geandsinconvéniens
& peut être à une mort prématurée. Les
Auteurs Elpagnols
nous ont donné
le plus exactement 1: compofition du
Chocolat, affurent que le Cacao étant
melé avec ces drogues, 2 compofe un
& fur tout de vanille, ingrédiens trèschauds, comme tout le monde en convient : car de prendre une chofe trèsfroide fans ces puiffans correétifs, ce
feroits'expoferd àde geandsinconvéniens
& peut être à une mort prématurée. Les
Auteurs Elpagnols
nous ont donné
le plus exactement 1: compofition du
Chocolat, affurent que le Cacao étant
melé avec ces drogues, 2 compofe un --- Page 453 ---
Françoifts de PAmérigse. Leur 417 rai- 1700.
temperé.
tout extrèmement
bon 5 & fuivant
fonnement me paroit il eft bien fuivi a , &c
leur principe >
très-vrai.
Naturelle du Page 72s
L'Auteur de T'Hiftoire
Cacao prouve la bonté du Chocolat P
qui
la contormation prodigieule foit chez les
fait dans toute T'Amérique, & les sIndiens;
Epagnols, les Portugais, les Anglois &c
foit chez les François, érablis dans ces
les autres Européens ajoûter, fans crainpais là. Il pourroit
cette confomdre de fe tromper, que dansl'Efpagne,
mation anctpasmoindred 1
en ufe
le Poruagal,& l'Italie , qu'on & dans
encore beaucoup en Angleterre fans le prix extout le Nord; & que
en
ceffif où il a été jufqu'à fcroit préfent établi aufli
France, Pufage s'y, celui en du Tabac ; & il
fortement enfuite que
de tous ces pauples
allure
que ent ufent (ans difinétion
fi différens,
& très-fouvent fans
d'âge s de
régle & (ans modération > pas un ne la
s'eit encore plaint d'en avoir reçà
ont
moindre incommodieipal, éranche la LYERE
vé au contraire > qu'il qu'il engraille , qu'il
qu'il rafraichit
les forces
dans un
Ee
répare abbatués
le travail, a
ducs ou
pat
S v --- Page 454 ---
418 Nowveaux Vayages AHX IRes
1700. fortifie , qu'il procure un doux fommeil, qu'il aide à la digeftion , qu'il
adoucit, & qu'il purifie le fang; en un
mot, qu'il conferve la fanté , & qu'il
prolonge la vie. Je conviens de tout
cela avec lui, rien n'eft plus vrai: mais
il faur aufli qu'il convienne avec moi,
que tous ces peuples, à l'exception des
François des Ifles, prennent le Chocolat
accommodé à la maniere Elpagnole. Si
donc le Cacao accommodé àla maniere
Epagnole, c'eft. a-dire, mélé avec tant
d'ingrédiens G chauds, eft encore temperé ( car il faut qu'il le foit pour
duire tous ces bons efers) ne vaniton
pas conclure,
de lui-mème il n'eft
pas temperé > emutie froid, puifqu'il a
beloin de tant de chaleur étrangere pour
être rendu remperé, ou que malgré tant
de chofes chaudes aufquelles on le
joint 5 il eft encore temperé.
Le Public portera là-deffus fon jugement, voilà l'affaire inftruite > on me
difpenfera de dire ce que j'en penfe; car
ily a de part & d'autre des raifons qui
m'empèchent de me déterminer pour
lun ou Tautre parti, & d'ailleurs je
relpeéte trop Monfieur de Cailus pour
conclure contre lui.
Bien des gens prétendent que le Ca-
aufquelles on le
joint 5 il eft encore temperé.
Le Public portera là-deffus fon jugement, voilà l'affaire inftruite > on me
difpenfera de dire ce que j'en penfe; car
ily a de part & d'autre des raifons qui
m'empèchent de me déterminer pour
lun ou Tautre parti, & d'ailleurs je
relpeéte trop Monfieur de Cailus pour
conclure contre lui.
Bien des gens prétendent que le Ca- --- Page 455 ---
Frangoifas de Ambrigune. 419
cao de Caraque , oul pour parler plus 1700.
juite, tout celuidel lanouvelle Efpagne, Carta-
& tout celui qui vient depuis meilleur
jufqu'à Comana eft
que de
ESta des 1fles. La prévention a plus
part dans cette opinion que la verité. font les
On croit avec fondement que ce
Hollandois quil'ont fait naitre 2 parcecommerçant beaucoup far cette.
que côte , dont ils enlevent prefque tout la
le Cacao, ils ont interêt d'en vanter
bonté, afin dele vendre pluror,8c plus
cher.
que les E(paIl n'eft
furprenant
tout
gnols Peh.peni le mème langages naturelle
le monde fçait que leur vanité
leur
d'eftimer quoi que
ne
permer pas
; & d'ailce foit
n'eft pas eftimer E(pagnol & louier le Caleurs
cSRa
cao deslfles qu'ils connoiffent affez fur
ainfi à celui qui
eerei
& préjudicier
leurs terres. conviens
le Cacao de Caraque
croiffant Je
dans s terres balles 2 humides, plas gralles &
profondes le portent que
& les
qui
CRE
les notres,
& mieux
étant plus vieux, plus gros,
il doit
nourris
ceux de nos Ifles, les arbres en
être adrpu plus gros > &
Je conporter une plus grandequantite. S vj --- Page 456 ---
420 Nowveanx
Aux IRes
1700. viens encore
ardiers amandes contiendront
ca.lie 3 cela eft très-naturel,
elles Otetr
plus grolfes 5 peut-être même
qu'elles conferveront leur huile plus
s parceque leur volume les
plus
la
EE
aifémentcontrel fécheseffe. C'eft accorder beancoup, & convenir peut-être de trop de chofes; mais
je ne conviendrai jamais qu'il y ait
de fubftance nourrillante, plus
de vertu
atRer
plus
dans une livre de Cacao
de Caraque, que dans une livre de Cacao des Ifles, > quand on les
tous deux dans le même degréde fappofera fraicheur Ou de féchereffe.
D'ailleurs, que nous importe
nozre Cacao conferve fon huile moins que de
tems que celui de Caraque;
nous
lc pouvons avoir tous les puifque
frais, & pour ainfi dire,, à la fortie jours de s
Farbre, au lieu que celui de Caraque
a fouvent traîné plufieurs années dans
lesn magazins d'Hollande & de Cadis,oi
aflurément on-y y a eu du tems de refte
pour le fécher > & laiffer évaporer for
huile,qui eft la principale partie de f
bonté.
Cc que je viens de dire eft fi vrai,
que les Elpagnols même achetent indifeecmment lun& l'autre felon qu'ils.
la fortie jours de s
Farbre, au lieu que celui de Caraque
a fouvent traîné plufieurs années dans
lesn magazins d'Hollande & de Cadis,oi
aflurément on-y y a eu du tems de refte
pour le fécher > & laiffer évaporer for
huile,qui eft la principale partie de f
bonté.
Cc que je viens de dire eft fi vrai,
que les Elpagnols même achetent indifeecmment lun& l'autre felon qu'ils. --- Page 457 ---
Frangoifes de Amérigue. 421 1700.
trouvent leur compte, en préférant
y
le nouveau au vieux. J'er
toujours
comme témoin oculaire s'
puis parler m'étant trouvé à Cadis à la fin
puifque de 1705. dans un Vailleau de Marfeille à
nommé le Saint Paul , appartenant
Monfieur Maurellet; & commandé Tac
le Sieur Ganteaulme, en compagnie venoient aufli
deux autres vailfeaux qui
&
bien que nous de la Martinique confidérable > de
qui avoient une partie
on les
Cacao des Ifles àc de Caraque > 8 comvendirégalement aux Elpagnolss notre
me je m'éronnoise cher qwilsachetoienr celui de Caraque s
Cacao-aufli faire de difference que
dans le prix',
fans y dirent qu'ils ne remarquoiene
ils me difference intrinfeque de l'un à
aucune
le nôtre étoit récent; &
Fautre, quand
de cela
l'ache1
c'étoit à caufe
qu'ils
que
le'mèler avec le leur qui
toient pour
fec &
étoit vieux, & E conféquent fat de ces' mèmes
moins huileux.
j'ai
japprisce
de sehie
ci
quela
CaLatir
CE
ne fervoit
conErm
qwaluifsire
de Caraque fon huile plus long-tems; aul liez
ferver
du nôtre donnoit lieu à
que la perirelle évaporation. Ils
une pluis prompte felon la qualité E
prirent encore que --- Page 458 ---
422 Nowveaux Foyages Aux IRes
1700. Cacaos, c'eft-à-dire > felon qu'ils font
vieux our récens, & par conféquent fecss
ou pleins d'huile , ils proportionnoient la quantiré des uns & des autres
pour faire un mélange qui les
faire
confommer tous deux fans attin la
bonté du Chocolat.
Je vis la verité de ce que je viens de
rapporter quelques jours après ; car
m étant trouvé chez le Marquis de la
Rofa, Vice-Amiral des Gallions , qui a
époufé une de nos Créolles de la Martinique, où l'on faifoit une quantiré confidérable de Chocolat : je remarquai
qu'on y employa moitié par moitié
le Cacao des Iles, & celui de Cara-
: & la raifon qu'on m'en donna,
que leur Cacao
Rur
de Caraque étoit
vieux &c prefque fec, au lieu que celui
de la-) Martinique étant frais, &cencore
tout plein de fon huile, il bonifioit &
ranimoit > pour ainfi dire 3 celui de
Caraque. Il me femble que ces témoifuffifent pour prouver la bonté
EL Cacao des Ifles.
En quelque
qu'il.croiffe, pourvâ quil foit ftan préparé, 3 ile eft conftant qu'il a une infinité de bonnes
litez 5 il eft nourriflant, & en mème- quatems d'unc très-facile digeftion : chofe
plein de fon huile, il bonifioit &
ranimoit > pour ainfi dire 3 celui de
Caraque. Il me femble que ces témoifuffifent pour prouver la bonté
EL Cacao des Ifles.
En quelque
qu'il.croiffe, pourvâ quil foit ftan préparé, 3 ile eft conftant qu'il a une infinité de bonnes
litez 5 il eft nourriflant, & en mème- quatems d'unc très-facile digeftion : chofe --- Page 459 ---
Françoifes de LAmérigue. 423qui ne fe rencontre alimens. jamais dans Il aide aucune1700. à la
cipece des autres fans exciter dans le
un
>
digeftion
fang
mouvement plus violent quefordiniaite.
Bien-loin de cela rien n'eft
hu-dr, Qualités Cho-
& à maintenir
Rt
colat.
EPEC
à l'adoucir,
la canfe de
meurs cet équilibre, fuffire quieit tout feul a"la
la fanté : il peut
de quelque
nourriture des perfonnes
dit du Sr
age qu'elles foient. Ce que Partie j'ai en eft
Monel dans ma premiere
une preuve 3 mais
ne convainqueroit pas fi elle étoit
pourrois
tte
; depeur d'ennuyer
tapporericenrsinen
de T'allule Leéteur , je me contenterai cultivent
rer que les
habitans des qui montagnes
le Cacao
lesgorges
MEE
du quartier de TOuelt -
de Saint Domin- d'autre
gue, , ne nourriffent donnent lears enfans le matin du
chofe. Ils tavecdu leur mahis, & c'eft leur diné
chocolat leur
tout enfemble, fans qu'ils
&
befoin foupé d'autre chofe le refte de la
ayent On reconnoit la bonté de cet
journée. T'embonpoint, la vigueur &c
aliment par
Ce
je vais
la force de ces enfans.
que
eft fpécifique
dire fera une preuve qu'il
j'étois au
pour la pthifice. Depuis rage t trente ans
monde, & jufqu'à
toujours
que jallai aux Iiles > J'avois --- Page 460 ---
424 Nouveanx Voyages aux Ies
#700. été d'une maigreur efiroiable ; j'avois
une faim canme qui me dévoroit, &
plus je mangeois, plus je devenois maigre & feci de maniere
les Médecins affuroient que erdtErd étique dans
toutes les formes, &
j'avois peu de
tems à vivre. SUelTI leur arrèt j'allai
auxIfles, j'eus la maladie de Siam prefque en arrivant, & aufli-tôt que je commençai d'ufer de chocolat, j'engraiffai à
vûé d'aeil ; & quoique je travaillaffe
beaucoup,je commençai à joiir d'une
fanté que je n'avois jamais goûré auparavant.
J'ai encore remarqué qu'il eft apéritif, qu'il tient le ventre libre, & qu'il
provoque une fueur douce après qu'on
la pris,qui aide beaucoup dla tranfpiration.
Il eft certain qu'il épure les efprits"
bien mieux que le caffé dont le mouvement violent 2 & l'agitation qu'il
caufe dansle fang Sc dansles humeurs,
ne peuvent manquer à la fin d'être trèspréjudiciables à la fanté.
Mais il faut pour cela que le chocolat
foit bien fait, c'eft-à-dire, que le Cacao
dont il eft compofé foit bon, fain &
frais, qu'on ne mette dans fa compofition quela quantité de fucre & d'épice
les efprits"
bien mieux que le caffé dont le mouvement violent 2 & l'agitation qu'il
caufe dansle fang Sc dansles humeurs,
ne peuvent manquer à la fin d'être trèspréjudiciables à la fanté.
Mais il faut pour cela que le chocolat
foit bien fait, c'eft-à-dire, que le Cacao
dont il eft compofé foit bon, fain &
frais, qu'on ne mette dans fa compofition quela quantité de fucre & d'épice --- Page 461 ---
Frangaifes de FAmérigue. 425
ries abfolument nécelfaires pour corriger 1700.
fa froideur, G on le fappole froid, ou
pour ne le pas rendre exceflivement : car
chaud, fi on le fappole temperé
à quoi fervent ces drogues G chaudes, mèle fans
& fi odorifé-entes q'on y
difcrétion ? Elles le rendent, jellavolie,
agréable au goûr & à l'odorat >
plus mais ce ne peut être qu'en corrompant fes bonnes
fa nature, & en détmnifant
qualitez. différentes manieres dont on
Voici
dansl'Amérique, &c
prépare! le chocolat
comme
en Europe,j je les rapporterai & jy ferai en
vii
LE
les ai
pratiquer,
fant quelques remarques.
du PrépaOn fait brûler ou rorirlesamandes on fait ration
Cacao, dans une poële , comme
du colat, Chobrâler le caffié. Cette premiere abfolument prépara- nétion eft univerfelle &c
le Cacellaire ; elle fert pour dépotiller féche
le
cao de la pellicule dure &
qui
&
exciterdans fes parties,
couvre, pour
9 un mouvequi font très.compackes véritable befoin,
ment dont elles ont un l'huile dont elles
donner idue à
Eonr: remplies.
felon
Onles fait brûler plus ou moins ferle gour diférent de ceux qui s'en imitavent. Les Elpagnols 2 & à leur --- Page 462 ---
416 Nowveaux Toyages anx Ifles
1700. tion les François qui demeurent en Eur
rope, les Italiens s & les' Peuples dui
Nord le font brûler jufqu'à ce que les
amandes foient toutes noires. Les Indiens & les François qui demeurent ch
Amérique le bralent beaucoup moins.
Lespremiers prétendent
la pâte en
devient plus fine, & que Ret fucre s'y incorpore 1 plus facilement. IL eft vrai
les amandes qui font rôties jufqu'à ie
cès qu'ils les rorillent, fe pilene
aifément, & fe pailent plus Restiiat
fur la pierre : elles ne font prefque plus
alors que du charbon; mais ne voit-on
pas que leur fubftance eft alors entiérement changée, Fhuile exhalée & diffipéc, & qu'à peine elles confervent
aflez d'amertume pour faire connoitre
ce qu'elles ont écé. Quant à la couleur
noire qu'elles acquiérenr, que fait cela
à la bonté de chocolat : A-t-on plus de
plaifir à boire une taffe d'encre, qu'une
liqueur grife ou tout au plus un peu
brunc?
Les Indiens & les François de P'Amerique font , felon moi, les plus fages.
Ilsnel brilentlesamandesg qu'aurantqu'il
eft néceffaire pour ôter avec faciliré la
pellicule qui les couvre, & pour exciter dans leurs parties le mouvement qui
qu'elles acquiérenr, que fait cela
à la bonté de chocolat : A-t-on plus de
plaifir à boire une taffe d'encre, qu'une
liqueur grife ou tout au plus un peu
brunc?
Les Indiens & les François de P'Amerique font , felon moi, les plus fages.
Ilsnel brilentlesamandesg qu'aurantqu'il
eft néceffaire pour ôter avec faciliré la
pellicule qui les couvre, & pour exciter dans leurs parties le mouvement qui --- Page 463 ---
Frangoifes de LAmbrique. 427
nécellaire, mais fans endommager 1700.
yel la fubftance, & fans la priver de lon
fuc, & de cette huile fparituenfe, de fa bonté. qui
fait la plus grande partie le chocolar fait
Auili voions-nous nourriffant, que
plus huiaux Ifles eft plus abforber fon amerleux ; &
eune plus grandequan.
tume,il
ELEX
tité de fucre. amandes (ont rôties, &
mondées Lorfque de les leur
on les pile dans
mortier de
ou de marbre.
un
teat
On fe fert dans l'Amerique d'un très-dur mortier de gayac, qui eft un bois
eft du 3
& prelque (ans poress le pilon réduit les
même bois. Celt ainfi qu'on elle feamandes en pâte; mais comme on la
roit encore groliere & inégale, rouleau de
broie far une pierre avec un
fer poli, afin d'achever d'écrafer & la lespar- renriesqui ont échapé au pilon, unic, & lap plus
dre ia plus fine,la plus
déliée qu'elle puille être. fe fert doivent Pietres a
Les pierres dont on
Chocoêtre fermes, clles doivent ètre un
lat.
afin que le feu qu'on
REEEz
poreufes,
factements mais
fous les échauffe plus ètre fujettes à
elles ne doivent point & leur
s'éclater, ni à fe calciner,
grain
doitétreallez dur pour ne point s'egrai- --- Page 464 ---
428 Nowveanx
aux Ifles
F700. ner, parce qu'il aertt la pâte, elles
doivent encore ècre poliesavec foin, &
nettoyces, lavées & bien effuiées auflitôt qu'on a ceffé de s'en fervir. On leur
donne ordinairement quinze à dix-huit
pouces de large, fur deux pieds & demi
de longueur. Elles font creufées dans
toute leur longucur, 5 de forte qu'elles
font concaves; on leur laiffe trois à quatre pouces d'épaiffeur. On ménage aux
quatre extrémitez quatre pieds d'environ quatre pouces en quarré, & de fix
pouces de hauteur 2 pour foutenir la
pierre, & la tenir affezélevée de terre,
pour pouvoir mettre du feu deffous.
Le rouleau dont on fc fert eft ordinairement de fer bien poli : on en fait
aufli de marbre, j'en ai vû de bois de
gayac, & de pain d'épice. Ceux de fer
ont environ deux pouces de diametre;
leur longueur eft égale à la largeur de
la pierre, & outre cela une poignée à
chaque bout d'un pouce de
&
diametre,
de fix à fept pouces de longueur; on
donne à ceux de marbre ou de bois la
même longueur s mais beaucoup plus de
diametre, afin que leur groffeur fupplée
au manque de leur pelanteur.
Dansles pais auffi chauds que les Ifles
iln'eft pas nécellaire de mettre du feu
etre;
leur longueur eft égale à la largeur de
la pierre, & outre cela une poignée à
chaque bout d'un pouce de
&
diametre,
de fix à fept pouces de longueur; on
donne à ceux de marbre ou de bois la
même longueur s mais beaucoup plus de
diametre, afin que leur groffeur fupplée
au manque de leur pelanteur.
Dansles pais auffi chauds que les Ifles
iln'eft pas nécellaire de mettre du feu --- Page 465 ---
Frangoifes de Ambrigues 429
la chaleur du climat fuf- 1700,
fous la
>
travaille au foleil.
fit,
eft à
de- Maniere
TLETSE
Celui qui travaille
genoux à
de trala
f elle eft pofée terre > vailler
vant débout pierre, fi elle eft fur quelque table,la pàre.
ou
avec plus de force. On met
afin d'agir toiles autour de la pierre pour
quelques recueillir les fragmens de la pâte qui
rombent. Aux Ifles on fe fertde feililles
de Balifier 5 rien n'eft plus
& à
marché. On met merde pâte
meilleur
on Et broie en
àla fois fur la pierre, fortement avec
l'érendant & la preffant
les Pâtifle rouleau,à pei-poibscommel veulent renfiers étendent la pâte qu'ils
dre fine & feiilletée. On la ramaffeà
mefure qu'elle s'étend fur la
le remettre
ERLE
avec un couteau pour ce qu'à I'ceil & au
le rouleau jufquà la
de la plus grande fitoucher on
arriver : car c'eft dans
nelle onelle
LE
confifte la bonne façon
a ce travail que dontil faut que les parties
du chocolat,
dansl'eanol
fedilffolventit parfaitement ne refte rien
on le fait botillir, qu'il ou des tafan fond de la chocolatiere,
la mafaire connoitre
fes, qui poille
tiere qu'on a emploié. conferver long-tems
Loriqu'on veut l'envoier dans des pais
le chocolat, ou --- Page 466 ---
430 Nowveaux Foyager AHX Mes
1700. éloignez, s il eft plus à propos de ne
mèler dans la pâte ni fucre, ni épiceries, on fe doit contenter de la bien
travailler fur la pierre 5 & après
l'a-laiffé rafleoir, refroidir, & fécher qu'on à
moitié à l'ombre, on en fait des pains
comme dep perites briques, ou des cilindres du poids qu'on juge à propos, qu'on
laifle achever de fécher à T'ombre, &
qu'on enveloppe enfuite dans du
cette
De
maniere il fe conferve papier. longtems, & n'eft point fujet à fe moifir 3
comme il arrive prefque toujours quand
ily 2 du fucre 2 qui étant très-fiufceptible de Thumidie,y produit
conféquent la moififfutre. La pâre EC Cacao
feul devient dure > & conferve mieux
dans cet état fon huile.
fition Compo.
Maislorfqu'on le veut préparer entiedu Cho- rement, voici commejelai vû pratiquer
colat à en Elpagne & en Italie. Pour faire cent
P'E(pa- gnole & livres de chocolat du plus fin & du meila IIta- leur, on prend quarantelivres de
de
lienne. Cacao bien travaillée furla
pâte
mèle foixante livres de fucre pierre, bicn blanc, on y
bien fec, bien pilé,deux livresde canelle,
quatre onces de gérofe 3 & dix - huit
onces de vanille pilées enfemble avec la
quantité-de mufque & d'effence d'ambre
que l'on juge à propos, & pour em-
& du meila IIta- leur, on prend quarantelivres de
de
lienne. Cacao bien travaillée furla
pâte
mèle foixante livres de fucre pierre, bicn blanc, on y
bien fec, bien pilé,deux livresde canelle,
quatre onces de gérofe 3 & dix - huit
onces de vanille pilées enfemble avec la
quantité-de mufque & d'effence d'ambre
que l'on juge à propos, & pour em- --- Page 467 ---
Frangoifes de Ambrigme. 431
le fucre ne fc fonde en le
pècher que
& la travaillant fur 1700.
mélant avec la pâte,
la pierre, on y joint quelques poignées tamis de
de farine de féves palléc au
foie 5 & lorfque toutes ces chofes font
bien incorporées enfemiblesenforte
la blancheur du facre ne fe fait
a
remarquer , on laifle un peu rettoidit dans des
la mafle, après quoi on la met
moules de fer blanc, ou bien on en fait
des tablettes, qu'on laiffe achever de
refroidir fur une table bien propre, &
qu'on enveloppe enfuite dans dup papier.
llya des gens-qui mettent le Cacao
& le fucre par égales
5 mais
toujours
le
n'eft pas
rolieis
jlarrive
ablorber que l'amertume du
fuffifant pour
donner du goit à la
Cacao s & pour
on le fait diffonliqueur dans laquelle eft obligé d'ajouter
dre, de forte qu'on faifant.dilloudre, on évite
du fucre enle
cet embarras en le faifant, comme je
viens de l'expliquer. veut fe fervir de ce choLoriqu'on
chocolatiere autant
colat, on metdansla l'on veut faire de
de raffes d'eau que
cette eau
talles de chocolat; & lorfque
a bouilii quelques momens,on y jette de
autant d'onces de chocolat qu'il y a
talles d'eau. On remuc fortement avec --- Page 468 ---
Nowveaux Voyages anx TAes
432 le mouliner
difloudre la matiere,
1700. & on remet Rrcato chocolatiere au feu pour
lui faire prendre quelques botillons 5
on remue de nouveau avec le moulinet,
afin de faire élever le chocolat en mouffe, on en emplit ainfi peu à peu les
taffes. Onne peut pas dire que le chocolat
compolé de cette maniere ne Aatte extrêmement le goûr & l'odorat 5 mais
aufli on ne peut pas nier que toutes ces
drogues étant excellivement chaudes ne
faflent un compofé d'une chaleur exceffive, quand même nous fiuppofe- feroitrions quele Cacao fat froid 5 que D'ou
ce fir nous le fuppofions temperé? de chocoje conclus que cette efpéce
lat, bien-loin d'ètre utile à la fanté,
comme narurellementi ille devroit ètre,
devient un aliment qui lui eft entierement contraire, & dont les fuites ne
peuvent être àla fin que très facheufes.
Nous le préparons aux Ifles d'une
maniere bien plus limple, àla vérité,
mais qui ne le prive d'aucune de fes
bonnes qualitez, & quile rend très-fain
Maniere&c très-nourriffant.
dont on : On ne brilele Cacao, comme je l'ai
compofe le Cho- dit ci-devant, - qu'autant qu'il eft nécefcolat aux faire
le dépoiller facilement de
Mes.
pour
fa
être àla fin que très facheufes.
Nous le préparons aux Ifles d'une
maniere bien plus limple, àla vérité,
mais qui ne le prive d'aucune de fes
bonnes qualitez, & quile rend très-fain
Maniere&c très-nourriffant.
dont on : On ne brilele Cacao, comme je l'ai
compofe le Cho- dit ci-devant, - qu'autant qu'il eft nécefcolat aux faire
le dépoiller facilement de
Mes.
pour
fa --- Page 469 ---
Françoifes de
fa peau; cela eft fuffifant LAmerigue. 433
fes parties en mouvement, pour fans mettre 1700,
de faire exhaler la meilleure danger
fon huile, comme il ne
partie de
d'arriver quand il eft trop manque brûlé. jamais
remarquons - nous qu'il demande Aulli
plus de fucre que celuiqui ieft
bien
marque infaillible que fon trop huile brûlé;
dans pas confommée, & que fa fubltance n'eft
fon entier.
eft
& Onletravaille fur la pierre avec
on ne néglige rien
rendre foin, la
pâte très-fine &
Soit
Ensuatilane
dans le qu'on le faffe pour le confommer
pais, ou pour l'envoyer en
rope, on n'y met jamais ni
Eu- ni
épiceries. Le
fucre,
vanille en font mulque , l'ambre &c la
doit croire
toujours bannis. On
que ce n'eft ni le
Ccs drogues, ni leur cherté défaut de
qui en empèche T'afage; car on fçait
a peu de
au monde qui affez fe
plus
de
2Z
leur
Honioemt
fulaires; mais
bien que nos Inl'expétience
ces drogues changent entierement quilsont la
ture du
du2
meilleures chocolat chofes s & que d'une des
font une des
du monde, elles en
dangereufes, ter forte mauvaifes & des plus
tent de joindre au fucre qu'ils fe contenTome VI.
quilsy mettent,
T --- Page 470 ---
Nowveanx Yayages aux IRes
434 en le diffolvant dans leau chaude, tant
1100. foit peu de canelle en poudre, avec une
très-petite pointe de gérofe - 2 comme
je Texpliquerai les ci-après.
à l'incitaOn dit que
Elpagnols
tion des Indiens mettent de l'achiotte,
autrement du rocou dans leur chocolat,
lui donner une couleur rouge. Je
pour doute que cela foit, à moins quils ne
mèlent cette couleur a mefure qu'ils
veulent s'en fervir : carj jai vû bien des
fois du chocolat dela nouvelle E(pagne,
qui très-affarément n'étoit point rouge,
mais bien noir. J'en ai và compoler vû
étant à Cadis, & je n'y ai point cela
mettre cette drogue 5 peut-être que & de
fe faifoit du tems de Colmenero,
Thomas Gage, ou les gens étoient enaffez
donner dans
core
fimples, iliecants S mais comtouteslesidcesdes
me on fe fait fage à fes dépens, il
à
été fouvent
t
qu'on a les Indiens trompé, & les Elpagnols
croire que enfin de leurs préjugez en
font faveur revenus des Médecins, & qu'ils sont abandonné une pratique qui tout au moins
étoit très-inutile, pour ne
dire quelchofe de pis. "On a Ja par ce que
jai que écrit du rocou dans ma premicre
Partie., que de quelque maniere qu'on
cesdes
me on fe fait fage à fes dépens, il
à
été fouvent
t
qu'on a les Indiens trompé, & les Elpagnols
croire que enfin de leurs préjugez en
font faveur revenus des Médecins, & qu'ils sont abandonné une pratique qui tout au moins
étoit très-inutile, pour ne
dire quelchofe de pis. "On a Ja par ce que
jai que écrit du rocou dans ma premicre
Partie., que de quelque maniere qu'on --- Page 471 ---
Frangoifes de
le falle, il nc peut jamais LAmerigne. avoir
odeur fort défagréable,de quantàla qu'une 1700.
leur qu'il donneroir au chocolat, il cou- cft
certain qu'il en faudioit mettre confidérablement, la noirceur audeust qu'il T'emportât fur
le
brilléau point
brûlent, puifque tout le monde qu'ils convienr que le noir abforbe toutes les
leurs.
couOn avance quelque chofe de plus raifonnable, quand on dit qu'ils mêlent
l'atolle avec leur chocolat. L'atolle eft
une clpece de lait, fait avec les
de mahisou bled d'Inde,
grains font
encore fi tendres qu'ilsfe lorfqu'ils
fondenten lait
pour
qu'on les preffe. Cette comne peut être
Foatet
fante ; & silel vrai que le très-nourrif- mahis
rafraichiffant,
que
foit
je ne puis
cette maniere, fur tout
defaprouver les
leur gnols, dont la façon
& la E(pa- coude
aeteer,
leur peau, marquent
un extrême befoin d'être rafraichis. qu'ils ont
Il me femble qu'il ( eft auffi difficile de
trouver l'étimologie du nom de choco-.
lar, qu'il eft inutile de la
que les Auteurs en difent fait fçavoir ; ce
eft conftamment vrai
les pitié. Il
en ont trouvé le nom, que & lufage
chezlesIndiens, &
EFTIE
qu'ils n'ont fait auTij --- Page 472 ---
436 Nowveanx Yoyages anx
tre chofe
d'en
la
Tetmait
1700.
que
répandre
fance &c lufage dans les autres parties
uplusagréadu monde, apesllavoirtendat qu'il n'étoit auble au goit & àlodorat
paravant. Le vaifleau dont on fe fert pour faire
Choeolacomrieres & le chocolat sappelle chocolatiere,
leurs
caffetiere celui dont on
mouli- me on appelle le caffé. Il eft
connu
nets. fe fert pour m'arrète à en faire trop la defpour que je en fait
de cuivre
eription 5 on fer blanc, d'argent, & de terre. Ces
étamé, de
derniers ne valent rien 5 parce 2 que ils
quand ils font une fois échauffez boiil- s
fans celfe la liqueur en
pouffent la
dchors 2 , fans
lons, qui
répandent de faire
le moudonner le tems
agir ceux d'arlinet pour la faire mouffer;
être
gent ou de cuivre étamé peuvent y
qu'ils n'ayent
plus propres > pourvà comme ils ont ordipas un gros ventre, quidonner ttop d'étendué
nairement,ce & fait
la plus
àla matiere 3
du perdre moulinet. dats en
de partie de l'adtion
icoitent
fait de fer blanc battu, qui
&
TADONE
qui fe nettoyent aifément, eft qui en cone
allez long-tems, leur figure
tronqué; on en fait de plufieurs
contiennent huit Fate
deurs, ceux qui
ci-après de
talles, commnefenleignetai
, quidonner ttop d'étendué
nairement,ce & fait
la plus
àla matiere 3
du perdre moulinet. dats en
de partie de l'adtion
icoitent
fait de fer blanc battu, qui
&
TADONE
qui fe nettoyent aifément, eft qui en cone
allez long-tems, leur figure
tronqué; on en fait de plufieurs
contiennent huit Fate
deurs, ceux qui
ci-après de
talles, commnefenleignetai --- Page 473 ---
Frangoifes de Ambrigne. 437
le faire, ont environ huit pouces de hau- 1700.
trois
de diamétré par le
teur,
pouces
haut & quatre par le bas. d'un bois dur;
Le moulinet doit être
on fe fert de boiiis en France, nous font en
avons aux Ifles une infinité qui y
5 on lui donne trois ou
propres:
le diamétre du
ATASCE
lignes moins que
trois
dela chocolatiere, 8c environ
ces de hauteur 5 on lui fait
mUE
hachûres allez profondes
le font
afin
à une
pin,
1r
reffembler
divifer davances inégalitez
fimia
que la matiere & la réduire en mouffe,
tage & on met au-deffus de la
une
ronde de même timgs qui fert
plaque à tirer la mouffeà mefure qu'on emplit
les tafles. La pomme eft jointe à un manche, comme une hampe de treize à à
> & de
2i
torze pouces de longueur mème
lignes de diamétre, de
bois;
fTS doit être rond & bien uni, afin de
bleffer les paulmes des mains ,
ne pas
le remué 2 & qu'on le fait
loriqu'on
tourner dans la chocolatiere.
Quand on manque d'ouvriers pour
faire un moulinet au tour, iln'y a qu'a
choifir un morceau de bois rond de la
longueur & de la groffeur que je viens
de dire, & appliquer à un bont deux
Tij --- Page 474 ---
438 Nowveaux
ANX Ifes
1700. petites planchettes ETAT minces
fe
croifent en entrant dans les deux ELE
que l'on a fait au bout du bâton, avec
une petite plaque rondepar deffus; c'eft
un mouliner bien-tôt fait & fans dépenfe.
Cet inftrument eft abfolument néceffaire pout féparer les parties de la pâte
qui auroient peine à fe diffoudte dans
la liqueur. Onle remué fortement dans
la chocolatiere, en le tournant entre les
paulmes des deux. mains quc l'on tient
étendués. Ce mouvement acheve nonfeulement de faire diffoudre les parties
de la pâte; mais ce qui eft plus confidérable, il réduit la liqueur en mouffe
plus ou moins épaiffe fclon la bonté du
chocolat: car ileft conftant que plus
la pâre eft graffe, huileufe & fraiche,
& qu'elle a été bien travaillée fur la
plus elle produit de mouffe 3
l'extrème délicatelle la
RSIS
&c legereté
font la plus grande partic de la bonté
du chocolat.
Ily a des gens qui négligent de faire
moufferle chocolat, & quis'imaginent
fuffit que la pâte foit bien délaiée
Tear la liqueur, & qu'elle l'ait rendue
épaiffe. Je ne fçaurois mieux comparer
ces fortes de gens qu'a ceux qui ne
illée fur la
plus elle produit de mouffe 3
l'extrème délicatelle la
RSIS
&c legereté
font la plus grande partic de la bonté
du chocolat.
Ily a des gens qui négligent de faire
moufferle chocolat, & quis'imaginent
fuffit que la pâte foit bien délaiée
Tear la liqueur, & qu'elle l'ait rendue
épaiffe. Je ne fçaurois mieux comparer
ces fortes de gens qu'a ceux qui ne --- Page 475 ---
Frangoifes de Amérigue. 439 1700.
de diftérence entre un
mettent léget point & bien levé, & un autre graspain
& mal-fait. Ce fera pourcuit, pélant mème farine, en même quantiré,
tantla
deux ouvricrs diffémais travaillée par
l'autre
rens, lun habile & diligent, le même
ignoranr & pareffeux; ce fera
lun qui donnera de lappétit >
pain,
avec plaifir & fanscrainte
l'autre qui charE PEaSCIE être
l'eftomach, & qui caufera une ingera
dangereulc. La délicateffe de
digettion
du tout que
la moulle n'empêche point
fa
le chocolat ne foit tresnourillant,
ne diminuë point fa fubftance;
légereté
connoilfent, & qui en
les gens ordinairement, qui s'y
fe mettent peu en
ufent
la liqueur foit épaille & folide peine prefque que comme une boitillic;
trouvent de la
EEIE
và qu'ils y 8c du bon goût, ils font
de la légereté
le
2 le
sûrs de prendre
nourriffant agréable de
mieux farfant, & le
i
tous les alimens, & laiffent fans leur peine choaux gourmands & auxignoransl
à
colat épais & pelant, plus produite propre un
charger l'eftomach, qu'ày
bon fuc, & une nourriture agréable
de facile digeftion. ordinaire &claplus
La liqueur la plus
Tiv --- Page 476 ---
440 Nowveaux Yoyages aux Ifes
3700. naturelle pour diffoudre le chocolat eft
l'eau.
dubon Qualités Ily a desgens qui mettent du lait au
Choco. lieu d'eau. Lorfque le lait eft feul 2 a il
lac,
rend le chocolat trop
,
riffant & d'une plus difficile épais, trop nourJ'en ai pris quelquefois de digeftion. cette
niere, &cj'ai toujours
maéprouvé qu'il me
chargeoit l'eftomach. il n'en eft pas de
mâme, lorfqu'on le fait avec un tiers
de lait & deux tiers ou trois quarts
d'eau;ce peudelait: taideàle faire mouf
fer & à lei rendre d'une très-grande dé.
licareffe.
Les Anglois des Ifles le font fouvent
avec du vin de Madere : j'en ai
une fois de cette façon par pure curio- goûté
fité, &j'en ai été
vie ne m'eft
ficontent. 2 que l'enjamais revenuc d'en faire
une feconde épreuve,
En parlant des boiffons des Anglois
dans ma premiere Partie,j'en ai oublié
Bo'ffon une qui eft affez finguliere: ils remplif.
Angloife appellée fentr moitié une jatte de vin de Madere
saliboli, dans lequel ils mettent du fucre, de la
canelle, & du gérofle en poudre s &c
ils achevent de remplir le vaiffeau en
tirant deffus du lait d'une vache. Ce
lait fait mouffer toute l'autre liqueur
comme de la crême foiiettée ; ils la
lié
Bo'ffon une qui eft affez finguliere: ils remplif.
Angloife appellée fentr moitié une jatte de vin de Madere
saliboli, dans lequel ils mettent du fucre, de la
canelle, & du gérofle en poudre s &c
ils achevent de remplir le vaiffeau en
tirant deffus du lait d'une vache. Ce
lait fait mouffer toute l'autre liqueur
comme de la crême foiiettée ; ils la --- Page 477 ---
Frangoifts de PAmérigut. 441boivent toute chande, & à les entendre 1700.
rien n'eft plus
plus fain, plus
En 2t lépreuve
voume fuffit d'en avoir
la
Tonnt
Eoait il
recepte. Je n'ai connu dans les Ifles Françoifes
qu'une feule perfonne qui ufàr journellement de chocolat au vin de Madere; ***
le Pere
c'étoit un Capucin appellé
qui étoit Caréà le Martinique au quartier des Ances-Darlet. Tout le monde
s'étonna pendantlong-tenus qu'il ne faifoit qu'un repas
jour 3 & cela le choeofoir, & mème Tanbat tard, n'ayant pris lat à la
en toute laj journée qu'une tafle de cho- Capucicolat; mais l'étonnement ceffa , quand ne,
on fçur à la fin que cette talfe étoit une
écuelle de bonnes grandeur, danslaquelle
il prenoit quarre onces de chocolat >
avec fix onces de fucre, & trois ceufs
diffous dans une bonne chopine de vin
de Madere. Je fuis sûr que tout autre
qwunCapucin anroitpd deneurer vinge
heures fans rien prendre , après
quatre
taffe de chocolar.
ane Voici pareille une autre maniere de préparer
le chocolat, dont je ne confeille à per- n'ait
fonne de fe fetvir, à moins qu'on
des raifonstrès-fortes de déloger
de ce monde. Elle fut
en
merts
rement
T V --- Page 478 ---
442 Nowveanx
anx Ifes
1700. pratique à Rome TMLAR en
1706.
lat Choco- à la un homme vénérable
fon age, s ter
Romai- vertus, fon fçavoir & hes charges
nc,
avoit exercé; il fe plaignit à fon Re
decin d'unegrande foibleffe d'eftomach,
& d'une froideur qui l'empèchoit de
digérer, ce qui ne devoir pas paroitre
fort extraordinaire en un homme de
foixante & quatorze ans > d'ailleurs
callé par l'étude & beaucoup d'autres
travaux. Ce charlaran lui ordonna de
prendre fon chocolat à l'eau-de-vie : 9
l'affirant que rien ne feroit plus propre à rétablir la chaleur naturelle
n
lui manquoit > & à aider la digeftion qui
des alimens. L'ignorance avoit peurètre
de part dans cette ordonnance
que
plur
malice; peut-être aufli étoit-ce
quelque expérience qu'il vouloit faire,
dont ce vénérable vieillard fat bien-tôt
la duppe, puifque ce chocolat lui caufa
en peu dejoursune inflammationde poitrine accompagnée d'une fiévre terrible
qui l'emporterent en un lieu où il
n'y a ni Médecins > ni expériences à
craindre.
J'ai pourtant appris d'une perfonne
également recommandable par fa pieré
AR fon fçavoir, qu'un certain Gouverneur de * avoit vécu un bon
que expérience qu'il vouloit faire,
dont ce vénérable vieillard fat bien-tôt
la duppe, puifque ce chocolat lui caufa
en peu dejoursune inflammationde poitrine accompagnée d'une fiévre terrible
qui l'emporterent en un lieu où il
n'y a ni Médecins > ni expériences à
craindre.
J'ai pourtant appris d'une perfonne
également recommandable par fa pieré
AR fon fçavoir, qu'un certain Gouverneur de * avoit vécu un bon --- Page 479 ---
Françoifes de PAmerigne. 443
nombre d'années cn prenant fon choco- 1700,
lat avec de la meilleure eau-de-vie de
Cognac, fans que cela lui caufàcla moindre incommodité 5 peut-ête qu'il s'y
étoiraccoûtumé debonne heure,on que
fa complexion étoit allez forte
chaleur
Tene
réfifter à tant de
5 peut- Médecins
aufli étoit-il du fentiment des
E(pagnols, &c qu'il croyoit que le Cacao étoit un poifon fi froid, qu'il falloit le mèler avec tout ce qu'on pouvoit trouver de plus chaud pour le corriger.
curieufes veulent
Si des perfonnes réiterées de cette
faire des expériences
j'aurecepte, & me les communiquer, leut
rai foin d'en avertir le Public qui
en aura obligation 1, anfli-bien que les
Marchands d'eau-de-vic. n'eft
allez de dire
Mais comme ce
pas fans donner les
du bien d'une chole,
voici
moyens de la mettre en le pratique: chocolat aux
comment nous faifons
Ifles, & comment il feroit à fouhaiter
qu'on le fit par tout le monde.
On fe fouviendra que J'ai dit
IManiere de faire
de fucre >
chocus
nous ne mettons point de Cacao, ce le colat en
d'épiceries dans la pâre
perfecfait que cette
devient très-dure, tion,
2" forte qu'on a obligé de la rapper
Tvj --- Page 480 ---
#44 Nouveaux Yoyaget Aux He
1700. ou avecune rappe ordinaire de fer blanc
ou avec un coûteau. Il eft plus expé.
dient de n'en rapper que la quantité
qu'on en veut employerà chaque fois,
parce qu'il fe conferve mieux en pain >
& fc féche bien moins que quand il
eft en poudre.
Suppofé donc qu'on veiiille faire huit
taffes de chocolat d'une grandeur raifonnable, on met une chopine d'eau fur
le feu dans un vaiffeau tel
puiffe
être, afin de la faire LSAPT &c on
met dans la chocolatiere deux onces de
pâte de Cacao rappé en poudre, 3 avec
trois onces de fucre, & jufqu'à quatre
onces lorfque la pâre eft récente & par
conféquent plus huileufe &c plus amere;
on y joint un ceuf frais blanc & jaune,
& tant foit peu d'eau froide ou chaude,
cela eft indifiérent; on y met de la canelle en poudre pafféeau tamis de foie
autant quil en peut tenir fur un liard,
&c fi l'on veut que la canelle ait un
goûr
piquant & plus relevé, on
pile Eti clouds de gérofle dans deux
onces de canelle s pour compoler la
poudre dont je viens de parler. On dédaie autant qu'il eft pollible la pâte, le
fucre & la canelle avecl'ceuf & le
d'eau qu'on y a joint; & lorfque REu
re pafféeau tamis de foie
autant quil en peut tenir fur un liard,
&c fi l'on veut que la canelle ait un
goûr
piquant & plus relevé, on
pile Eti clouds de gérofle dans deux
onces de canelle s pour compoler la
poudre dont je viens de parler. On dédaie autant qu'il eft pollible la pâte, le
fucre & la canelle avecl'ceuf & le
d'eau qu'on y a joint; & lorfque REu --- Page 481 ---
Frangoifes de TAmbrigne. 445
eft botillante on la verfe peu à
1700.
& on agite
tores
dans la chocolatiete, ,
nonment la matiere avec le moulinet,
feulement pour bien féparer & difloudre les parries du Cacao & du fucre 5
pour la faire bien
mais principalement toute l'eau eft dans la
moufler; lorfque &
a bien fait agir
chocolatiere, qu'on
où on
le moulinet, on la met au feu,
la
la laiffe jufqu'à ce que l'écume deffus. ou
moufle foit prète à paffer par
On la retire pour lors, & on fait marcher fortement le monlinet, afin
eft la
la
R
partie
cette mouffe qui fe
bien par
huileufe du Cacao, répande
toute la liqueut & la rende également
bonne à la fin comme au commencement. On remet la chocolatiere au feu,
& on a foin de faire agir le moulinet veut
la matiere venantabotilir,
quand
la chocolatiere; 5 on
s'élever par-deffus quelques boiillons >
la laifle prendre
cuiflon raifonafin de lui donner une
lors
nable, & on la retire dn feu;
le moulinet 5 &c à
Temetore
on fait agir s'amaffe en haut, on la fait
que lécume doucement dans les talfes à l'aitomber
ronde qui eft aude de la petite plaque On agite ainfi la
deflus de la pomme.
réduire toute en mouffes
matiere pourla: --- Page 482 ---
446 Nouveaux
aux Ies
1700. du moins autant Rerte eft polmible, &
enfaite on partage dans toutes les taffes
le peu. de liqueur qui refte dans la cho.
colatiere.
Marques
Plus-le chocolat eft frais & bien prédu Cho- paré, &
il produit de moufle
colat
plus
bon & clle doit être grife, épaiffe & à petits
bienfait. yeux, & fi légere qu'une talle contenant plus d'un demi feptier ne doit pas
pefer trois onces.
Quand on veut mettre un tiers ou.
un quart de lait avec l'eau, il n'eft
nécellaire d'y mettre d'aeuf, ni de ebe
bouillir l'eau & le lait avant de les mettre dans la chocolatiere - > il fuffit que
l'eaurfoit bien chaude 5 on fait le refte
comme je viens de le marquer,
Ily a des gens qui au lieu de mertre
la chocolatiere far le feu, la mettent
au Bain - Marie 3 prétendant que cela
rend le chocolat plus délicat,j'en ai pris
plufieurs fois de cette naanicre fans y
avoir trouvé de différence fenfible d'avec celui qui avoit été fait fimplement
fur le feu. Tout ce qu'il faut éviter,eft
qu'il fente la fuméc, & pour cela il eft
plus à propos de le faire far un feu de
charbon ou de braife s dans un
fourneau, ou fur un réchaux, que
Eont
la cheminée & à un feu de bois.
prétendant que cela
rend le chocolat plus délicat,j'en ai pris
plufieurs fois de cette naanicre fans y
avoir trouvé de différence fenfible d'avec celui qui avoit été fait fimplement
fur le feu. Tout ce qu'il faut éviter,eft
qu'il fente la fuméc, & pour cela il eft
plus à propos de le faire far un feu de
charbon ou de braife s dans un
fourneau, ou fur un réchaux, que
Eont
la cheminée & à un feu de bois. --- Page 483 ---
Frangoifes de TAmbrique.
C'eftune verité conftante, &
le monde peut s'alfurer
les donttour 1700.
lar Ves
en peut faire, que par le
de cette
aa
doeate
catelle & d'une maniere eft d'une déliginarion. Ilet bonté qui paffe l'imail folrient dans léger le & tres-nourrillant,
prend à jeun ; & fi travail on le loriqu'on le
le repas, il aide à la
En après
mot, c'eft un
un
aetet
aliment tellement
toutes fortes de
propreà
ceux qui en ufent tempéramens, avec
tous
trouvent
s'en
uereiden
bien, & leur eftomach
accoûtume rellement
s'y
peine à s'en
3 qu'il a de la
palfer, & qu'il femble
alimens. préférer celui-la feul à tons les autres
Au rcfte il ne faut pas s'imaginer
T'ufage journalier du chocolat foit que
dépenfe fort confidérable; il m'eft une
aifé au contraire de montrer
fort
une véritable
que c'eft
de la préfente année épargne 3 je ne parle pas
de route efpéce
1710. où les chofes
fontit un
exceilif;
car elle ne doit pas faire RES
parle desannées ordinairesles régle 5 je
tant les autres > où l'on peut unes avoir por- la
pâre de Cacao à vingt-cing fols la
& même à
moins
livre,
le Roiaréduit beaucoup les droits d'entrée > puifque du Ca- --- Page 484 ---
448 Nowveaux
AHX Ifes
1700. cao à deux fols par Mere & quel la livre
de bon fucre en pain ne doit valoir
14 ou
fols. Cela fuppofé il ne au
pour htAL tafles de chocolat que deux
onces de pâre, qui reviendront à trois
fols, & trois onces de fucre à deux fols
fix deniers,il ne faut pas pour fix deniers de canelle, & pour un ceufon un
poiffon de lait on peut mettre encore
fix deniers 5 ce qui fait en tout fix fols
fix deniers ou fept fols 5 de forte que
quand on mettroit encore un fol pour
le feu, il s'enfuivroit que la taffe de
chocolat ne reviendroit qu'a un fol, &
quand un homme occupé à quelque
ce
Qeear
que
puiffe ètre, icroit obligé
de prendre deux taffes de chocolat le
matin, il ne dépenferoir que deux fols,
& foûtiendroit bien mieux le travail,
s'il avoit pris du pain & du vin qui
REc auroient cuûré bien davantage.
Cette dépenfe feroit encore moindre
fi on achetoit le Cacao, & qu'on le fic
bràler & travailler chez fois &
de
qu'au
lieu
fucre en pain, > qui eft toujours
plus cher, on fe contentât de prendre
de bonne caffonnade qui feroit le même
effet, & feroit à bien meilleur marché.
J'avoué que le chocolat préparé de la
maniere que je viens de dire > eft un
REc auroient cuûré bien davantage.
Cette dépenfe feroit encore moindre
fi on achetoit le Cacao, & qu'on le fic
bràler & travailler chez fois &
de
qu'au
lieu
fucre en pain, > qui eft toujours
plus cher, on fe contentât de prendre
de bonne caffonnade qui feroit le même
effet, & feroit à bien meilleur marché.
J'avoué que le chocolat préparé de la
maniere que je viens de dire > eft un --- Page 485 ---
Frangoifes de LAmérigue. 449
long & plus difficile à faire, 1700.
peu
demande un
plus de fujet-
&
eft bien-tôt
r
tion : mais outre
y
NE
accoûrumé, peut-on nier que cette petite farigue ne foit bien récompenfée Yon par
la délicatelle, & la bonté que
a
RtI
trouve. Il n'y qu'à comparer ordicelui
fait à la maniere
avec
qu'on èrre bien-tôt perfuadé de la
naire pour
verité que javance. nombre d'Auteurs
Il y a un grand Cacao, & du chocolat
qui parlent du
Beaucoup n'ont fait
qui en eft compofé.
d'autres en ont
quefleurer la matiere, d'autrui ; & après
parlé fur le rapport
les
avoir été trompez, ils ont trompé
& d'autres enfin en ont parlé
autres; les aveugles - nez parlent des
comme couleurs. Je veux bien par honnèteré
dans cette derniere clalfe le fieur
mettre Gemelli Careri, Auteur Italien s d'un
autour du monde, dont on vient
voyage donner la Traduction Françoife
de nous à Paris en fix volumes in-12.Dekcrip. du
imprimée chez Etienne Ganeau en 1719. La def-e Cacao
cet Auteur fait du Cacaoparlesr. Careti.
cription finguliere que
pour ne la pas mettre
eft trop
ici tout au long.
fieur
doit
Le Cacao, dit le
Careri,
tenir le premier rang entre les plantes --- Page 486 ---
450 Nowveaux Yrayages anx Ies
1700. des Indes, tant pour Putilité qu'il
porte à fes maîtres 3 que pour être "E
venu l'ingrédient d'une boiflon, dont
prefque tout le monde fe fert, & qui
eft fortagréable, fur tout aux Efpagnols.
On feme le Cacao dans une terre chaude
& humide ifon ceilen haut, & bien couvert de terre : il paroit au bout de
jours,&eft deux ans à croître de la Rag
teur de trois palmes; alors on le tranf.
plante en l'arrachant avec toute la terre
qui icouvre fes racines; On le met enfuite
en alignement à 18 palmes loin l'un de
l'autre, & une efpece d'échalas à chacun pour le fupporter, & des plantanes
ou autres arbres fruitiers autour, parce
qu'il croît parfaitement bien fous leur
ombre : il faut outre cela retrancher le
pied des rejettons qui l'empècheroient
des s'élever, bien nettoyer la place des
mauvaifes herbes, prendre garde
la
plante ne fouffre du froid, du trop
& de
Pacit
certains vers qui ont coutume d'y
venir; au bout de cing ans elle devient
épaille comme le poing, haute de fept
palmes, & rapporte du fruit. Ses feuilles
font femblables à celles du chataignier 3
mais un plus étroites; ; la Aeur croit
tout fur le tronc & fur.les branehes com- parue aux jaffemins, mais à peine en refte-
ne fouffre du froid, du trop
& de
Pacit
certains vers qui ont coutume d'y
venir; au bout de cing ans elle devient
épaille comme le poing, haute de fept
palmes, & rapporte du fruit. Ses feuilles
font femblables à celles du chataignier 3
mais un plus étroites; ; la Aeur croit
tout fur le tronc & fur.les branehes com- parue aux jaffemins, mais à peine en refte- --- Page 487 ---
Françoifes de PAmbrigue. 451
partie;i il fort del la Acur 1700.
t-illa quattiene comme celui du bled des
un
épi,
verdâtre
de couleur
quandiln'eft
couleur
mE
mûr; & lorfqu'il Teft, de
te chataigne, 8C quelquefois jaune s
blanc & bleu. C'eft-là dedans que Y'on
trouve les grains du Cacao avec beaude duvet deffus, au nombre de IO
coup
On faitla récolte de cesépis un
ou de I 5.
lune.on les ouvre
peu avant la nouvelle
le fruit
avec un coûteau, &c Oil retire
quel'on met fécher pendant trois jours
trois autres
al'ombre, 2 enfuite pendant cela encore al'omjours au foleil, après
CC
bre, & puis au foleil, jufqu'à
qu'il
foit bien fec. Cesarbrilleaux: ne rendent
paslair bien fain. Ainfi finitla defcription du Cacao 8c du Cacaotier du Sieur
Careri; elle eft courte 2 mais ellerenferme bien des fortifes; il femble que cet de
Auteur ait voulu fe rendre ridicule
gaieté de coeur, & donner avis à tout
foi
le monde qu'on ne doit point ajoiter
à fa relation toute entiere, paifqu'il a
été capable de nous décrire d'une maniere fi éloignée de la vérité, un arbre
plufieurs milliers de perfonnes conque
quileRimpof
noiflentfi parfaitement, Ceft mème
fible qu'on s'y trompe. cela qu'on a eu foin dc
paremment pour --- Page 488 ---
452 Nowveaux Voyages anx IRes
1700. mettre àla tête de fa defcription la planche que l'on a copiée far celle de PHiC
toire naturelle du Cacao de M. de Cailus où cette prétendue plante & fes
épis font reprélentés auffi naturellement
qu'ils font éloignés de la defcription
qu'en fait le Sieur Careri.
Les talles ou gobelets dont on fe fert
pour prendre le chocolat, font de différentes matieres & de différentes figures.
Les plus ordinaires font de fayènce fine
ou deporcelaine 5 quelques-unes ont des
foucoupes de la même matiere où cllcs
s'emboétent; d'autres ont des foucoupes
ordinaires, & fc ferventi fiir des cabarets
de vernis de la Chine. On met quelquefois le gobelet plein dans un autre femblable qui eft vuide, pour éviter de fe
brilerenle tenant àla main. On fait des
gobelets d'or, d'argent & de vermeil;
maisils onto cette incommodité deconferver troplongtems la chaleur du chocolat
dont on les a remplis; de maniere qu'il
faut attendre qu'il foit prefque froid
avant de pouvoir
le vale à la bouche; ce qui eft un TRTevENeRE confidérable, parce que le chocolat veut être
pris lep - plus chaud qu'il eft pollible, & à
plufieurs reprifes. Les taffes ou gobelets
de fayence finc, ou de porcelaine un peu
onto cette incommodité deconferver troplongtems la chaleur du chocolat
dont on les a remplis; de maniere qu'il
faut attendre qu'il foit prefque froid
avant de pouvoir
le vale à la bouche; ce qui eft un TRTevENeRE confidérable, parce que le chocolat veut être
pris lep - plus chaud qu'il eft pollible, & à
plufieurs reprifes. Les taffes ou gobelets
de fayence finc, ou de porcelaine un peu --- Page 489 ---
Françoifes de LAmerigue. 453
épaille me paroilfent les plus com-1700.
modes.
du moins ceux del'Amérique,
fervent beaucoup de noix
au
Inurreh
horifontalement
de cocoS coupées moitié de leur hauteur : ils
tiers ou àla bord, deux ances & un pied
y font un cela eft
& répond affez
d'argent;
propre la taffe quile
bien au chocolat, punfque
contient croit dansle mémeendroit que
le Cacao dont il eft compofé. de certaines caLesIndiens fe fervent
trois
lebaffesd'arbre quin'ont plusde
de
; ils les couà
Acmner
quatre pouces les cocos, dont je viens de
pent comme & leur font un pied de la même
parler, matiere. J'ai vû de ces taffes, ou pour
le
de l'Amérique, de ces
parler langage étoient très-propres; le decoilis qui
&cles shahors étoit taillé à TArabefque, couleurs
chures remplies de différentes
qui faifoient un fort bon effet.
d'un
Ilya certaines taffes ou gobelets d'uboistrès-léger, doublé & recouvert
aflez mince, qui me
ne feuille très-commodes; d'argent
le chocolat y
paroiffent conferve fa chaleur aufli longtems quil
ètre pris comme il
eft nécellaire pour
chaleur
ne faur, 8cleboise sempechequeliae violemment al'arfe communique trop --- Page 490 ---
454 Nowveanx Voyages aux IRes
1700. gent. On fait de ces gobelets à Paris &
à Rome.
Je me fais toûjours fervi du terme de
prendre le chocolat, quand j'ai parlé de
l'action que l'on fait en s'en nourriffant;
parce quileit le plus propre &c le
lignificatif pour exprimer cette
atiet
car on ne peut pas dire boire de l'eau ou
du vin; on ne peut
dire auffi manger
du chocolat, Loapon eft diffous dans
quelque liqueur. Il eft
épais pour
être bû, & trop clair pour LUCEET mangé;
tout de même qu'on ne dit pas boire un
bouillon, ou une médecine. Ces raifons
me paroiffent fuffifantes pour authorifer
l'ufage de dire, prendre & non pasboire
le chocolat.
Au refte je ne fais cette remarque que
pour inftruire, & pour décrafferun peu,
s'il eft poflible, les petits habitans de S.
Domingue & des lies du Vent, furtout
ceux du quartier de la grande Ance de
la Martinique, qui difent communémentboire. la chicolade,aul lieu de
drele chocolat. Ils font un ufage Retndt
naire du chocolat, del'eau-de-vie & du
tabac, que ces trois chofes leut fervent
d'horloges & de mefures itinéraires; de
forte que fi on leur demande à quelle
heure ils font partis d'un endroit, &
de S.
Domingue & des lies du Vent, furtout
ceux du quartier de la grande Ance de
la Martinique, qui difent communémentboire. la chicolade,aul lieu de
drele chocolat. Ils font un ufage Retndt
naire du chocolat, del'eau-de-vie & du
tabac, que ces trois chofes leut fervent
d'horloges & de mefures itinéraires; de
forte que fi on leur demande à quelle
heure ils font partis d'un endroit, & --- Page 491 ---
Frangoifes de I Amévique.
ils font arrivés, ils
Slrpe parti au coup d'cau-de-vic, répondent &
je 1700,
arrivé à la chicolade, c'ef-à-dire, jeluis
font partisau point du jour,&
gu'ils
arrivés firr les huit heures du matin, qu'ilsfont
ce qu'ils prennent de l'eau-de-vie par- immanquablement du
tousles matins au
jour, & le chocolat fur les huit
&
oeur
res; diftance lorlqu'on veut fçavoir d'eax la
d'un
a deux bouts
aleuaate.ataiter.
%
de rabae, ou trois bouts
tabac, c'eft- à-dire, qu'on
tems de fumer deux ou trois bouts employele de
bac, en allant de cc lieu-là à l'autre, taCe que leur coutume étant de fumer tou- patjours en marchant, ils ont
combien ils ont fumé de bouts remarqué de tabac
en faifantce chemin.
Les Elpagnols, & à leur imitation
beaucoup d'aurres Nations, font des
moiillettes : ou de petites rranches de
pain commun rôti, ou du bifcuit faitex-.
près, quilstrempent dans leur
& qu'ils mangent avant de le chocolat,
Cette méthode ne (çauroit être prendre, mauvaife, fuarrout,s'il eft vrai, comme ils le
ptétendent, tés & les
que les flegmes 3 les condiautres impuretés qui font dans
PalBomach,s'anachient. à ce pain, &
lechocolatlesy y trouvant alfemblées, ges --- Page 492 ---
456 Nowveanx Voyages aux IRes
1700. y confomme, ou les précipite plas facilement, ce qui n'eft pas une petite vertu
dans le chocolat.
Il eft bon de fe tenir en
pendant
quelques momens après PATEI la pris,
parce qu'il excite une petite fueur, ou
une moiteur qui ouvre les pores, & qui
fait tranfpirer les humeurs mauvaifes ou
inutiles.
Ilarrive encore prefque toujours qu'on
a envie d'uriner quelques momens après
qu'on a pris le chocolat: : c'eft une marque certaine qu'ileft diurétique, à quoi
je dois ajoûter, qu'il eft rare que les perfonnes qui en ufent foient reflerrées, ou
qu'elles foient attaquées de maux de
tète, de vertiges & d'obftructions 5 &
pour faire voir la différence des effets
qu'il
étant fimplement compofé
de Aed de fucre & d'un peu de canelle, ou de toutes ces drogues chaudes
que les Efpagnols y. mettent en quantité
& fans difcrétion, il ne faurqu'obferver
ceux qui ufent de ce dernier chocofur deviennent à la fin maigres & defféchés; au lieu que ceux quife ferventdu
premier font prefque toujours gras, d'une chair ferme & lans ècre jamais fujers
aux infirmités qui viennent d'une trop
grande chaleur d'entrailles.
Les
canelle, ou de toutes ces drogues chaudes
que les Efpagnols y. mettent en quantité
& fans difcrétion, il ne faurqu'obferver
ceux qui ufent de ce dernier chocofur deviennent à la fin maigres & defféchés; au lieu que ceux quife ferventdu
premier font prefque toujours gras, d'une chair ferme & lans ècre jamais fujers
aux infirmités qui viennent d'une trop
grande chaleur d'entrailles.
Les --- Page 493 ---
Françoifes de PAmérigne. 457
Les Médecins Italiens ont prétendu ré- 1700.
médier à cesinconvéniens en ordonnant
àceux qui trainent une vie languiffante
fous leur efclavage, de boire un grand
verre d'cau fraicheavant de prendre leur
chocolat; & de préférer celle de Nocera
à touteslesautres. Ily aapparence qu'ils
ont interêt à faire débiter cette eau 3
& qu'ils ordonneroient celle du Tibre
toute bourbeufe qu'elle elt,silsy trouvoient le même avantage. Mais fans
entrer dans ce détail, il me femble
qu'il leur fcroit plus facile de corrila compofition de leur chocolat 9
ger
n'y entrât tant de
en empèchant quil
de noyer lefdrogues f chaudes, que
tomach d'une-perlonne > pour éteindre
un feu qu'on pouvoit fe difpenfer d'y
allumer. On fe fert du chocolat
faire de
perites tablettes, des cinsent des paftilles qu'on appelle diablorins, & une
efpéce de marmelade fut laquelle on
met des pignons confits. Il feroit à fouhaiter que Tufage de cet excellent ali- Avanta.
ment s'établit en France comme il TeREar
en Efpagne & part toutel'Amériques oll-du colat Chotre
que ceux qui en uleroient pcur proen
il eft certain qu'il en duire au
Roi,
TmEr
reviendroit un très-confidérable à tout
Tome /I
V --- Page 494 ---
458 Nowveanx Voyages aux Ifes
1700. le Royaume en géneral 2 aux Ifles qui
le produifent en particulier & fur tout
au Roi
les droits d'entrée qu'il en:
mpeaira qui, quelques modiques qu'on
les fuppole, produiroient toujours de
très-groffes fommes > qui pourroient
s'augmenter felon les befoins de I'Etat, fans crainte qu'on ceffa d'en prendre dès qu'on sy feroit une fois accoûtumé. Il n'y a qu'à confiderer que
les droits fur le Tabac > quelques
grands qu'ils foient a préfent, ou qu'ils
puiffent être dans la fuite 2 n'en diminueront jamais la vente ni la confommation, 2 à caufe de l'habitude &
de la néceflité où l'ons'eft réduit d'en
prendre. Il femble mème qu'on en
confomme davantage à mefure
devient
cher; 3 & il en eft de
accoûtumé. Il n'y a qu'à confiderer que
les droits fur le Tabac > quelques
grands qu'ils foient a préfent, ou qu'ils
puiffent être dans la fuite 2 n'en diminueront jamais la vente ni la confommation, 2 à caufe de l'habitude &
de la néceflité où l'ons'eft réduit d'en
prendre. Il femble mème qu'on en
confomme davantage à mefure
devient
cher; 3 & il en eft de plus
de toutes les chofes qui fc confomment
par la bouche.
les droits
Ne voyons-nous pas que
d'entrée du Stcre blanc qui n'avoient
été que de huit livres par cent > jufqu'en 1698. ayant été augmentez jufqu'à quinze livres, n'ont aucunement
diminué la vente & la confommation
de cette marchandife. On doit donc
elpérer avec raifon , qu'il en fera de
mème du chocolat > quand le bon --- Page 495 ---
Frangoifes de
marché aura donné TAmérique. lieu au
s'y accolrumer, & qu'il fe peuple fera de 1700.
vaincu par une expérience de conques années de fes bonnes
quel-
& des
qualitez 3
il faudroit avantages cela qu'on en retire ; mais
nes à
donner des borextrême
tot.icar
le vendent tout
de ceux
fez, qui
préparé dans les dt
raffe de exigent huit ou dix fols d'une
revenir chocolat, à deux fols, qui ne leur peut pas
quelques
qu'ils y mettent,
drogues
faire, Ily a encore une autre réflexion à
chocolat qui eft que la confommation du
elle
attire néceflairement
une plus grande
après
de ficre 2 qui augmentera confommation
fuite néceflaire les
par une
par les droits d'entréc revenus du Roi
rera, & les profits des qu'il en retide Guinée & de Sénégal Compagnics la
d'un plus grand nombre Ser vente
dont les Habitans des Illes Négres 2
foin pour accroître leurs auront be-
& leurs Manufactures de Habitations
Cacao; ce qui retournera Sucre & de
profit du Roi par
encore au
droits de
l'augmentation des
Capiration > fans
cette augmentation de Commerce compter
lieu aux
Er.cours
Marchands d'entrereVij --- Page 496 ---
450 Nowveaux
aux IRles
1700. nir un plus
de Vaiffeaux
Fartcue
grand
& de Matelors, & de faire des envois
plus confidérables des denrées & des
marchandifes de France, ce qui nc peut
pas manquer d'apporteràt tout le Royaume des richeffes qui en rendront tous
les peuples heureux.
1 ne faut pas oublier que l'on tire
du Cacao une efpéce d'huile ou de
Beurre beurre qu'on peut employer à différens
deCa:ao.
ufages.
L'Auteur de IHiftoire du Cacao a
donné une maniere de tirer cette huile
qui ne réiiflit pas toujours dans les pais
froids comme la France > où l'on ne
peut pas avoir le Cacao aufli frais &
aufli huileux que dans les pais où il
croît. Voici deux autres manieres de tirer cette huile.
Faites griller 3 monder & piller le
Cacao comme pour faire du Chocolat,
&c faites-le fur ic champ boiiillr à grandeeau pendant une demie heure, mettez-le tout chaud dans une toile, coulez-le, & preffez le mare 5 & lorfque
l'eau commencera à fe refroidir, vous
reciieillerez facilement l'huile qui nagera deffus. Si elle ne vous paroit
il
a
la
ts
allez nette, n'y qu'à
palfer
pluficurs caux chaudes, & la recueillir
du Chocolat,
&c faites-le fur ic champ boiiillr à grandeeau pendant une demie heure, mettez-le tout chaud dans une toile, coulez-le, & preffez le mare 5 & lorfque
l'eau commencera à fe refroidir, vous
reciieillerez facilement l'huile qui nagera deffus. Si elle ne vous paroit
il
a
la
ts
allez nette, n'y qu'à
palfer
pluficurs caux chaudes, & la recueillir --- Page 497 ---
Frangoifes de
far la furface quand PAmérigne. l'eau fera froide. 461
Cette huile fe congéle
1700.
Vient en confiftance de aifément, & deaffez blanche,
fromage gras >
5 fans odeur , d'un bon
goûr; elle ne rancit jamais, & fe conferve tant quel'on veut.
Voici l'autre maniere, mais qui n'eft
Cacao. praticable qu'aux endroits où croit le
de Après lc
que le Cacao a reffué, & avant
faire fécher au foleil on le
dans un mortier, comme fi on le vou- pile
loit réduire enpâre, ce
eft
fait. On le fait botillira qui
bien-tôt
& on recieille l'huile
grande eau ,
lorfqu'elle cefle de
qui furnage, &
& le mare
venir, 3 on palfe l'eau
fortement par une toille, & on le preffe
, l'arrofant roujours d'eau
T'huile boillante pour achever d'en tirer toute
qui eft aufli bonne que Thuile
mêmes d'alives, & quel'on peut employer aux
ufages. On prétend qu'elle eft
excellente faut
les hémorroides. Il ne
qu'en fmsrsier un pcu de cotton Reméle
& T'appliquer fur le mal, la douleur s hémor- pour les
ceffe prefque dans le moment. Si ceux roides,
font fujets à cette incommodité
2 de fe fervir de ce reméde deux ont
trois fois
mois
OuI
ne
2 non-feulement ils
ces
ifentenr
plus
douleurs mais
V.ij --- Page 498 ---
462 Nowveanx Yoyages AuX Ifler
1700. cette huile attendrit tellement les vaiffeaux hémoroidaux qu'ils fe purgent
fans la moindre peine du fang qui les
gonfloit, dont la plénirude & la rétention caufent ces douleurs f fenfibles >
&c fouvent fi dangereufes.
Lorfqu'on ouvie les coffes de Cacaoaufli-tôr qu'clles font cicillies, &
Fon en tire la pulpe ou le 1S.OeE
qui environne les amandes, on en fait
une efpéce de crême épaiffe d'un blanc
tirant fur la couleur de chair - s d'un
goût extrèmement agréable 2 & qui
eft tres-rafinichiffante. Il ne faut pour
cela que la battre à peu près comme
on bat le lait dont on veut faire du
beurre, mais il faur moins de tems
8c moins de travail. Si on s'enpoudre
cette crême d'un peu de fucre, & qu'on
y répande quelques goûires d'eau de
fleur d'oranges, on en fait un tresdélicieux manger. On peur s'en fervir
aufli-bien que de Phuile pour nettoyer
le telnt : en ôter les rougeurs, lesélevures > les dartres courantes & farineules, & généralement tout ce qui
gâte la peau. On l'applique en maniere de pommade > avec un papier
broiillard par-deffus. On prétend avoir
des expériences très-sûres de la bonté
fleur d'oranges, on en fait un tresdélicieux manger. On peur s'en fervir
aufli-bien que de Phuile pour nettoyer
le telnt : en ôter les rougeurs, lesélevures > les dartres courantes & farineules, & généralement tout ce qui
gâte la peau. On l'applique en maniere de pommade > avec un papier
broiillard par-deffus. On prétend avoir
des expériences très-sûres de la bonté --- Page 499 ---
dece reméde Frangoifes de LAmérigne. 463
fur la foi d'autrui ; comme je n'en parle que 170Q
rendre
> je n'ai garde de me
affirer garand du fuccèssce que je puis
, c'eft qu'il eft très-rafraichif
fant, & que s'il fait autant de bien,
fait étant appliqué fur la peau > qu'il en
quand on l'a mangé, on peut s'en
fervir en toute sireté, & s'en trouver
bien.
J'ai parlé dans ma premiere Partie des
amandes de Cacao confites, j'ai enfeigné la maniere de les faire, je
les curieux à cet endroit-là.
renvoye
Sion veut confire le Cacao tout entier, c'eft-à dire, la coffe & les amandes tout enfemble, il faut les ciieillir
quand elles font encore fort jeunes, &
fealement dela longueur d'environ trois
pouces; on les fait botillir à grande eau
trois pendant une heure 3 après
on fait
de ou quatre petites me2eet le
leurs côtes , & on les met
long
dans l'eau douce &c fraîche tremper l'on
change foir & matin pendant
on les
dujo
larde enfuite d'écorce
jours;
confites, de citron, d'un d'oranges de
gembre & de canellel, & peu
gincomme les amandes dans >
on les mee
différens firops pendant fix jours 3 à la fin defquels on les met dans un firop de confif
Viv --- Page 500 ---
464 Nawseaus-Tayages anx Ifles
1700. tance. Cetre confirure eft bonne & dé
licate; & quand elle eft tirée au fec s
elle fait un fort bel effet pour terminer
une piramide d'antres fruits fecs, ou
pour cantonner un ananas, ou quelque
autre gros fruit.
Il me femble qu'il ne feroit
plus
difficile de confire le Cacao tpoug il
approche de fa maturité , & qu'il a
toute la grofleur qu'il
avoir 2 2 que
des limons de cinq & EoP pouces de diamétre, & de ces groffes oranges de la
Barbade qu'on appelle des Chadeqres,
puifque lépaiffeur des écorces de ces
fruits n'empèche pas qu'on ne vienne à
bour de les confire tous entiers.
Choco- J'ai
Chocolat
Jat aux
dansl
il y
noix
avoit
Cacao & moitié
d'acante
sictirdd
d'acajou jou. J'expliquerai ciaprès ce que c'eft
que ce fruit. En attendant je dirai que
cechocolat éroit fort bon, qu'il mouffoit à merveille 2 &c qu'il confervoit
affez le goût de la noix d'Acajou qui eft
très-agréable.
Teinture J'ai goûré d'une teinture de Cacao >
decacar-c'eft-à dire, de Cacao brûlé 3 moulu
& infulé dans P'eau chaude comme le
caffé, elle me fembla d'un affez bon
goût; mais commej je n'en ai pris qu'une
icule fois, je ne puis rien dire des effets
oit à merveille 2 &c qu'il confervoit
affez le goût de la noix d'Acajou qui eft
très-agréable.
Teinture J'ai goûré d'une teinture de Cacao >
decacar-c'eft-à dire, de Cacao brûlé 3 moulu
& infulé dans P'eau chaude comme le
caffé, elle me fembla d'un affez bon
goût; mais commej je n'en ai pris qu'une
icule fois, je ne puis rien dire des effets --- Page 501 ---
Frangoifes de PAmerigne.
bons ou mauvais qu'elle pourroir 455
duire.
pro- 1700,
J'ai iaufli mangé des maffepains com-'Maft.
pofez de Cacao & de noix d'Acajou au pain de
lieu des amandes ordinaires
la
Cacao.
ferve de la couleur qui étoit brune; > à
réétoient d'un très-bon goût.
ils
La noix d'Acajou eft bien meilleure
que les amandes dont on fait lapâre des
malfepains; elle a plus de faveur, plus
delégereré, plus de delicarelfe,
roit faire de ces
Onpour
maffepains en
comme aux
Europe
Miles, 3 parceque les noix
d'Acajoufe peuvent tranfporter
tout
& fe conferver pendant un
par
bre d'années fans fe gâter. grand nomIlme refte à parler de la vanille avant
de finir ce quejai à dire du chocolat -
malgré fa mauvaife
>
ERAe la
entrer dans fa
qualité on
Les Efpagnols
compolition.
Vinello: c'eft le fruit lappellent d'une Banilla Ou Defcripa
femblable
plante affez la tjou de
au lierre. Sa tige
eft de vatrois à quatre lignes de TECIO n'eft nille.
pas tout-a-fait ronde. Elle eft allez.dure,
fans être pour cela moins liante & moins
fouple : l'écorce qui la couvre eft fort
mince, fort adhérente & fort verte ; la
rige eft partagée par dest naeuds
les uns des autres de fix à fept éloignez
pouces,
V v --- Page 502 ---
466 Nomveanx Voyages fortent Aux IRes les fetil1703. Ceft de ces nceuds que elles reffemblent
les toujours couplées; la figure à celles du laubeaucoup mais pour elles font bien plus longues,
rier,
plus épaiffes & plus charplus larges.,
ordinaire eft de cinq
nués ; leur longueur deux & demie de large;
à fix
2 fur
comme un
elles Fencer épailles prefque
Loûis d'or, fortes & ploiantes comme
du cuir, d'un béau verd vif & comme
verniffé par-deffus, & un peu plus pâle
par-deffous. eftincapable de fe foàCette plante
auffi vient-elle
tenir par elle-mème 2
toujours aux pieds des arbres; quelque- &
fois elle tourne autour en alfez montant, droit en
quelquefois elle monte
saccrochant aux inégalitez de l'écorce,
aux neuds, , aux fentes, aux crevalfes- de cerqu'elle rencontre par le moyen fortent d'autains petits flets noirs qui nombre de
tour de fes nceuds au
s'attachent cinq i
ou fix de chaque côté, qui comme de
l'arbre par de petites fibres,
prefque imperceptibles. -
petites griffes accrochent fi fortement qu'on a
qui sy
A mefure
dela peine à les en féparer. & fe divife
qu'elle croît, elle fe fourche
& fe
en plufieurs rameaux qui courent sde l'arrépandent fur toutes les branches
petits flets noirs qui nombre de
tour de fes nceuds au
s'attachent cinq i
ou fix de chaque côté, qui comme de
l'arbre par de petites fibres,
prefque imperceptibles. -
petites griffes accrochent fi fortement qu'on a
qui sy
A mefure
dela peine à les en féparer. & fe divife
qu'elle croît, elle fe fourche
& fe
en plufieurs rameaux qui courent sde l'arrépandent fur toutes les branches --- Page 503 ---
Frangoifes de
bre où leur tige eft LAmbrique, 467
lors la tige femblant tn'avoir appuyée; & pour 1700,
de s'attacher fi fortement à plus befoin
détache peu à peu, & le Farbre,s'en foleil brûle
fes petits pieds; de maniere
refte qu'une cicatrice noire
qu'il ne
noitre l'endroit oi ils
qui fait conont été. Cette
plante aime les lieux ombragez &
c'eft pour cela qu'on ne la trouve frais,
res qu'auprès des rivieres, ou dans gué- des
lieux où la hauteur &
des
bois la met à couvert des l'épailleur vives
ardeurs du foleil.
trop
Les endroits où l'on trouve la Vanille en
grande quantité font
côte de
& de
la
l'ithme
EE
de Darien, & toute Carthagene l'étendué
qui eft depuis cet Ithme & le
de Saint Michel jufqu'à Panama, Golphe le
catan & les Hondures. On en
Juaufli en quelques autres lieux, trouve
elle n'eft ni
ni
s mais
fibonne, en fi grande
quantité.
lly en a quantité & de très-belle dans
la Terre-ferme de Cayenne. C'eft de
eet endroir
j'ai eu celle
viens
de décrire, 2 voici
que je
comment.
Deux de nos Religieux
à Cayenne en 1697. en venant qui à pafferent la Martinique, furent parfaitement bien reçiis
Vvj --- Page 504 ---
468 Nowveaux Voyages aux Ifles
les RR. Peres Jéfuites qui ont
1700. par foin du fpirituel de ce pais.la; ils les
logerent chez eux 2 8c les traiterent
avec toute la politelle & toute la charité poflible pendant tout le tems que
le vaifleau demeura en rade; nos Peres
virent chez les Jefuites quelques
de ces
qu'on avoit
P
remplis
plantes
le
paré pour envoyer en Éurope,
étoit
n'avoit pas
Nouls
vaiffean
parti
prendre Tt :
témoignerent en avoir envie, & aufli tôt ces RR. Peres leur
firent
d'unoù il y en
en
préfent
pot
bien reavoit trois pieds parfaitement
pris: ilsen eurent foin pendant le voyage, & étant arrivez à la Martinique, ils
me le donnerent.
trois
Je fis auffi-tôt mettre ces
plan
tes en terre au pied d'un Cacaotier 3
& j'eus foin de les faire arrofer juf
qu'a ce que je les vifle allez bien re- de
prifes &c allez fortes pour fe très paller bien,
ce fecours. Elles profiterent couvrirent
en moins de huit mois elles
tout l'arbre contre lequel je les avois
; cela m'obligea d'en lever
appuyées
aux pieds
deux pieds 2 que) je tranfplantais où ils
de deux autres arbres
reprirent
-très-bien. dans la fuite de deux OfiJ'appris
qu'a ce que je les vifle allez bien re- de
prifes &c allez fortes pour fe très paller bien,
ce fecours. Elles profiterent couvrirent
en moins de huit mois elles
tout l'arbre contre lequel je les avois
; cela m'obligea d'en lever
appuyées
aux pieds
deux pieds 2 que) je tranfplantais où ils
de deux autres arbres
reprirent
-très-bien. dans la fuite de deux OfiJ'appris --- Page 505 ---
Frangoifes de
ciers de Cayenne qui PAmbriue 469
pallerent à la 1700,
Marrinique, en allant en France ,
je Pouvois provigner ces plantes tant que
que je voudrois , & qu'il n'y avoit
qu'aen couper les tiges ; & après avoir
fendu en quatre le bour
doit être
enterré, les mettre dans 2t bonne terre , & avoir foin de les bien arrofer
jufqu'a ce qu'elles euffent bien
Je provignai de cette façon repris.
qui me fembloient hors plalieurs d'euvie
ReiL les arbres où j'avois planté les
miers pieds, elles repritent
J'artendois
UenEHE
de les voir Aeurir donc & patiemment le tems
car il faur de la rapporter du fruit;
prérend que ces plantes patience font , puifqn'on
avant d'en rapporter 3 j'ai fept ans
de la
ale croire, car cependant
de Eas qui croiffent aufli vite: ily a peu
je n'ai pû avoir cette farisfaction mais
fin parce de qu'une maladie que j'ens fur la >
1698. m'ayant. obligé de
l'office de Procureur Sindic de quitter
Million,le
notre
Religieux qui me fucceda
envoya des Négres nouveaux
cler la Cacaotiere ou étoir la pour farfans les en avertir & fans la leur Vanille faire >
connoitre, ilsla prirent pour unelianne
ordinaire dont on leur avoit commandé --- Page 506 ---
470 Nowveaux Voyages aux
ils
tous les
;
iiea
1700. de bien nettoier
& exéobéirent
ponduellenent, avoit
cuterent EOLES fi
l'ordre qu'onleur
donné, qu'ils couperent & arracherent
entierement toute la Vanille. Le nouétant allé cinq ou fix jours
veau Syndic
voir l'état de la
après cette exécution 8c de la Vanille, fut bien
Cacaotiere de la trouver toute détruite; il
furpris crut la chofe fans reméde, & ne penfa
à faire remettre en terre les planpas arrachées, iln'ofa mème mel le dire,
tes qu'il fçavoir les foins que j'avois
& combien je ferois
Eere cette plante,
fus obligé de me
affligé de fa perte.Je Macouba dans le mois de
faire porter au où ayant recouvré une
Janvier 1699.
fus au Moiillage
partic de ma fanté,je faire travailler au
chercher le refte,&
bâtiment de notre Couvent dont j'avois
donné le plan, & fait jetter les fonde- forte
mens fix mois auparavant 5 de
que je ne retournai aul Fonds Saint Jacques que dans le mois d'Août.
de
Jedemandai d'abord des nouvelles
ma Vanille, &c je fus également furpris avoit
& afflige, quand on me dit quily l'accilong tems qu'elle étoit peric par coudent que je viens de rapporter. & Je contre
rus aufli-tôt à la Cacaonere,
is
donné le plan, & fait jetter les fonde- forte
mens fix mois auparavant 5 de
que je ne retournai aul Fonds Saint Jacques que dans le mois d'Août.
de
Jedemandai d'abord des nouvelles
ma Vanille, &c je fus également furpris avoit
& afflige, quand on me dit quily l'accilong tems qu'elle étoit peric par coudent que je viens de rapporter. & Je contre
rus aufli-tôt à la Cacaonere, --- Page 507 ---
Frangoifes de LAmbrigue, 471
toute elpérance je trouvai qu'un rameau
qu'on avoit laiflé par mégarde far un 1700,
arbre, avoit jetté un long hilet, qui en
bre, rampant tout du long du tronc de l'aréroit enfin arrivé à terre ou ilavoit
pris racine; & quoiqu'il ne fàr pas plus
gros
grolfe corde de luth, il ne
pas de
Emte
la branche
porter de la nourriture à
dont il étoit forti & de l'entretenir, quoiqu'elle eût plus de trois.
lignes de diametre, qu'elle eût pouffé
plufieurs jeunes rameaux, &c fans
y eût aucune diminution ni
qu'il
deur, ni dans la force, ni dhmiglan dans la couleur de fes fetilles.
Cette heureufe découverte me fit
cennoitre que la tige de la Vanille étoit
de même elpéce que certaines
dont
parlé dans un autre lianness
dont fe, pied étant coupé, les endroit,
branches qui fc trouvent far les jets arbres ou
renvoyent des filers vers la terre qui
prennent racine, & leur portentla nour- y
riture dont ils ont befoin pour s'entretenir & pour fe multiplier. Jallai vifiter les autres arbres aux pieds defquels
j'en avois planté, mais ce fut inurilement. Je m'avifai d'aller al'endroit oi
Pon avoit jetté les mauvaifes herbes &
les ordures de la Cacaotierc, aufli-bien --- Page 508 ---
472 Nowveanx Yoyages AHX l'on Ifes avoit
1700.
les pieds de Vanille que
cArt ma joie fut grande quand je
branches qui sy
trouvai que plufieurs avoient
racine
étoient confervées,
pris
les fis re-
& pouflé Econfidérablementsje
fis
planter en differens endroits, &j'en
mettre dans des paniers avec de la terre
pour les porter ala Guadeloupe où mes
Superieuts penfoient à m'envoyer à la
fin de l'année.
de la
La connoiffance
j'avois
feiille & de la tige $ la Vanille, fit
me
dans les bois avec
que
promenant découvris des lianun de nos voifins, je
femblables à
nes qui me parurent affez
morma Vanille; j'en coupai quelques celle
ceaux, & les ayant confronté avec c'étoit
que je cultivois, je trouvai que feiille
lar mèmechofe, àla réferve quela
étoit un peu plus petite & plus mince ;
ce qu'on pouvoit attribuer au terrain fi
qui n'étoit peur-être pas fi gras, d'ou ni la
profond
celui de Cayenne
mienne Ret venuc. Je fis part de cette
découverte à quelques voilins à qui je
donnai des feuilles de la mienne pour
les confronter avec celles qu'ils pout- furoient trouver. Nos recherches ne
rent pas inutiles, nous en découvrimes de la
pluficurs pieds dans les hauteurs
plus mince ;
ce qu'on pouvoit attribuer au terrain fi
qui n'étoit peur-être pas fi gras, d'ou ni la
profond
celui de Cayenne
mienne Ret venuc. Je fis part de cette
découverte à quelques voilins à qui je
donnai des feuilles de la mienne pour
les confronter avec celles qu'ils pout- furoient trouver. Nos recherches ne
rent pas inutiles, nous en découvrimes de la
pluficurs pieds dans les hauteurs --- Page 509 ---
Frangoifes de LAmerique.
Paroiffe de Sainte Marie & de la Tri- 473
nité. C'eft par ce moyen
la 1700:
fleur de la Vanille, & que quej'aivà j'ai ciieilli
diverfes fois de fon fruit, c'eft
de cellequicroit
à-dire,
tinique - ; car pour naturellemenral celle de Cayenne laMarje cultivois avec tant de foin, elle que a
fouffert tant d'accidens,
fuis
des Mfles avant d'avoir queje pi voir ni parti fa
fleur ni fon fruit, comme je le dirai
ci-après.
A l'égard de celle
j'ai tronvé
la
que
a
Mariinique, je n'ai
de
ma découverte fante pû profiter
commoder la ,
de lgavoir acgoulfe qui en provient,
fait quoique jaie employé bien du tems, &
bien des tentatives pour y réuflir.
Je n'ai point remarqué que cette ef
péce de Vanille, fuppofe quil en ait Fleur &
plulieurs, Heuriffe plus d'une A
fuit de
que année. La fleur qu'elle produit cha-1 eftnille, Va.
jaune, , partagée en cinq feiilplus longues
ET
& un
que larges, ondées
peu découpées dans leur milieu; ;
ils'cleve du centre un petit piftille rond
& allez poinru, qui s'allonge & fe
change en fruit. Cette fleur eft à
près dela grandear & de la
de celle
comtiniee
des pois communs , elle dure
tout au plus cinq ou fix jours, aptès --- Page 510 ---
474 Nowveaux
aux Ifes
elle fe fanne,
féche & tomO.
Pare
170 lefquels be, & laiffe le piftille tout nud, qui
devient peud peu une filique de cinq,
fix & fcpt pouces de long s plus plate de
ronde 2 d'environ cinq lignes
& deux
d'épailleur , de la
d'ariE
figure à peu H de nos coffes
cots ; elie eft d'un beau verd quand
elle eft jeune 5 elle jaunit à melure
qu'elle mûrit, &c devient tout-à-fait
brune lorfqu'elle eft féche; le dedans
eft rempli de petites graines ou femen-
&
ces rondes preique impercepribles d'è
impalpables 2" qui font rouges avant elles
tre mûres, & toutes noires quand
ont toute leur maturité; elles n'ont aucune odeur fort fenfible quand elles ne
font pas mûres
celle qui eft commune à toutes es plantes qui eft de
fentir Ie verd'; mais quand elles font
mûres, & qu'on les froifle entre les
mains, elles rendent une perite odeur
aromatique
eft fort agreable.
Si on SE les coffes (ur le pied
le bout
ciet
qu'à leur parfaite marurité,
femences
vre, &c fait voir les petires
font
noires dont elles font remplies, qui
un peu humides & comme miclleufes. font extrèPour lors les oifeaux qui en
achemement friands, fondent deflus,
verd'; mais quand elles font
mûres, & qu'on les froifle entre les
mains, elles rendent une perite odeur
aromatique
eft fort agreable.
Si on SE les coffes (ur le pied
le bout
ciet
qu'à leur parfaite marurité,
femences
vre, &c fait voir les petires
font
noires dont elles font remplies, qui
un peu humides & comme miclleufes. font extrèPour lors les oifeaux qui en
achemement friands, fondent deflus, --- Page 511 ---
Franpoifes de
vent de les ouvrir LAmérique. avec leur
mangent avec avidité toutes bec, &1700,
ces lans roucher à l'écorce de ces la femenJe n'ai pà remarquer quel effer filique, clles
produifent dans les oifeaux, fi elles les
purgent, > où G elles lcs échauffent
croirois plûtôr le dernier
le 5 je
mier; car tout le monde convient que
prela Vanille eft une chofe des
des qu'ily ait au monde,
plus Paldne
Ces découvertes me firent penfer fe
rieufement maniere
à m'inftruire à fond de la
dont les Indiens & les
chandife gnols la préparent : car c'eft une Efpa- mard'un très- bon débit & fort
avantageux. de la
Je priai les Peres Jéfnites
de
Martinique d'écrire à leurs Peres
rent;mais Cayenne la pour le fçavoir > ils le fiarrivée
réponfe n'étoit pas encore.
riva vers quand le je partis des Ifles. Il arritier de milieu de 1699. un Juif héBenjamin d'Acofta, ci-devant
pied Propriétaire du
de la Cacaotiere qui eft au
il étoit reduit; il venoit de Coroffol où
érabli, pour demander des
mes qui étoient dûès à fon
fomComme il fc vantoit d'avoir fort parent.
gé dans les Côres de la
voyade fçavoir à fond comme Terre-ferme,&
modoir la Vanille &. la Cochenille on accomje --- Page 512 ---
476 Nowveanx Foyages anx IRes
1700. le fis prier > & enfuite je le priai moimême de m'apprendre comment les Indiens & les E(pagnols préparoient la
Vanille, en quel tems ils la ciieilloient,
comment ils la faifoient fécher, & généralement tout ce qu'il leur avoit vû
pratiquer touchant cette plante.
Il me dit que les Indiens la ciieilloient dès qu'elle commençoit un pea
Fauffe à jaunir, qu'après l'avoir faite bothillir
prépara quelques momens dans l'eau de-vie, ils
tion ha Va. de la faifoient fécher à l'ombre ; qu'étant
nille, à moitié féche ils Tapplatifoient entre
leurs doigts dans toute fa longueur ; &
qu'enfinapresTavoir frottée avec un peu
d'huile de Palma Chrifti, oul de Coco,
ils l'enveloppoient dans des feitilles de
balifier où elle achevoit de fe fécher :
& que far toutes chofes ils prenoient
garde de ne la laiffer jamais au foleil.
J'obfervai exadtement tout CC que CC
Juif m'avoit dit, je fis diverfes épreuves, & roujours inucilement s d'oà je
conclus que la Vanille qui croifloit à la
Martinique étoit d'une autre elpéce que
celle de Cayenne > & de la nouvelle
Efpagne ; & qu'ainfi il faudroit attendre que celle que je cultivois
du fruit, ou queje piffe découvrir rapporta par :
quelque autre voie le moyen de prépa-
obfervai exadtement tout CC que CC
Juif m'avoit dit, je fis diverfes épreuves, & roujours inucilement s d'oà je
conclus que la Vanille qui croifloit à la
Martinique étoit d'une autre elpéce que
celle de Cayenne > & de la nouvelle
Efpagne ; & qu'ainfi il faudroit attendre que celle que je cultivois
du fruit, ou queje piffe découvrir rapporta par :
quelque autre voie le moyen de prépa- --- Page 513 ---
Frangoifes de
rer celle quc nous avons LAmbique. à la Marci- 477
nique.
1700.
dis Cependantjaif à la fin de fçi depuis, étantCamonie que font 1705. les Indiens que toute la cérémoder leur Vanille étoit de pour la ciieillir accomdès qu'ils s'appercevoient
loit jaunir, & s'ouvrir, qu'ils qu'elle la voutoient reffuer & fermenter
metdit qu'on mettoit le
comme j'ai
deux ou trois jours, & Cacao, qu'enfuite pendant ils
mettoient fécher au
la
étoit i moitié féche, foleil; ils
quand elle Meilleu,
entre leurs doigrs 5 & Lapplatifloient niere re ma- de
frottée d'huile de Palma qu'après l'avoir la préparer VaCoco,ou de Calba, ils Chtifli, ou de nille,
core au foleil pour achever l'expofoient de la faire enfécher, après quoi ilsla frottoient
une feconde fois, & lamerroient d'huile
quets qu'ils couvroient de feiilles en pa- de
balifier ou de cachibou. Cette
eft bien differente de celle du méthode
mais comme je n'ai pas eu la
Juif;
de l'éprouver depuis
jel commodité la
ne puis
alfurer .EE foit la fçai, véri- je
pourtant licu de le
aErane
je l'ai appris de
croire 3
EES foi, & qui me
gens dignes
inftruits. 11 eft naturel paroilfent de
très bien
Juif étoit un
penfer que ce
ignorant ou un
trompeur s --- Page 514 ---
478 Nouveaux Yayages anx Tfes
4700.8 peut-etre tous les deux enfemble -9
cela n'érant pas fort extraordinaire dans
.ces fortes de gens.
Différentes occupations & quelques
voyages allez Jongs que je fus obligé
de faire, m'empécherent de tranfporter
de la Vanille ala Guadeloupe, comme
je me l'étois propofé, qu'au moisde Novembre 17b1. jy en portai pour lors
huit" pieds qui avoient de bons commencemens de racines, je les plancai
en différens endroits de nos habitations;
mais malgré tous mes foins, quelques
uns fécherent, & les autres eurent bien
de la peine à reprendre ; ils poufferent
à la fin, & me donnoient cfpérance de
voir quelque jour leurs fruits > quand
les Anglois ayant fait une irruption à
la Guadeloupe au mois de Mars 1703.
& s'étant rendus maîtres du quartier du
Baillif où font nos habitations, entre
autres défordres qu'ils Y. firent, ils arracherent toute ma Vanille, & felon les
apparences ils l'emporterent chez eux :
car il me futi impollible d'en retrouver
feulement une feuille quand ils fe furent retirez.
Je retournai à la Martinique fur la
fin de la même année 1703. & jc recomménçai tout de nouveau à cultiver
au mois de Mars 1703.
& s'étant rendus maîtres du quartier du
Baillif où font nos habitations, entre
autres défordres qu'ils Y. firent, ils arracherent toute ma Vanille, & felon les
apparences ils l'emporterent chez eux :
car il me futi impollible d'en retrouver
feulement une feuille quand ils fe furent retirez.
Je retournai à la Martinique fur la
fin de la même année 1703. & jc recomménçai tout de nouveau à cultiver --- Page 515 ---
Tmb pa0-479.
Pomme et Novx dacgjm.
Pommier dacgyon
t
Noua dacgyon enliere :
Nou diacgiou
coupee dano
sa longneur. --- Page 516 ---
RPJCB --- Page 517 ---
Frangoifes de T Amériqne. 479
Vanille
avois laiflé, que j'ai 1700,
ma
fort query ; je la
trouvé
hnegligee & la laillai en EE état
beaucoup, fus obligé je
de paller en France
quand les je affaires de nos Millions en 1705pour Jignore depuis ce tems-là ce quiy fera
arrivé.
dit ci-devant de la noix
Ce que j'ai
d'Acajou m'engage - à ne
remettre en de
un autre endroit ce que : dois dire
l'arbre qui l'a produit; on lenomme
on auroir pà
eutster
mier d'Acajou, poirier 5 car ni lui, ni fon
Tappeller fruit n'approchent en aucune façon des
poiriers ou des pommicrs 5 il vaudroit fimmieux, ce me femble > Fappeller
plement Acajou > fans T'enregimenter
avec ces arbres. Le mot Acajou eft arbres Amé- Acajou, bre
riquain; c'eft un des meilleurs
fruiticr.
ftuitiers de l'Amérique & des plus
fes feiilles, fes Aeurs & fes
fingulierss tout eft extraordinaire. On en 4
fruits 1
qui font allez bien
voit faits quelquesuns & de la grandeur de nos abricotiers del Frances mais on en trouve beaudavantage qui font mal faits, dont
coup les branches tont nal difpolées, tortuès,
noieufes &c fans ordre; le bois eft grisâtre, ailez fort, coriace &
5 fon
écorce eft mince, lice,
d'un
ctren
& fes
fingulierss tout eft extraordinaire. On en 4
fruits 1
qui font allez bien
voit faits quelquesuns & de la grandeur de nos abricotiers del Frances mais on en trouve beaudavantage qui font mal faits, dont
coup les branches tont nal difpolées, tortuès,
noieufes &c fans ordre; le bois eft grisâtre, ailez fort, coriace &
5 fon
écorce eft mince, lice,
d'un
ctren --- Page 518 ---
480 Nowveaux Froyages anx IRes
1700. blanc fale, avec
points & lignes brunes; la
eft
ferAnEe
grande,
me, bien nourrie, d'une bonne épailfeur, ronde à fon fommet, & plus pointué vers la queué; ; fon expolition au foleil lui donne différentes couleurs, fes
bords font rouges & aurores, & fon milieu eft diun verd vif & verniflé.
Ses Aeurs font très-peritesyelles viennent par bouquets > elles ne paroiffent
d'abord que comme desboutons pointus
aleur fommet, d'un verd affez pale, qui
en s'ouvrant fe partagent en fix feiilles
qui forment un calice dontla capacité eft
remplic de petites étamines d'an jaune
doré qui enyironnent un piftille de mème couleur, mais plus long; les feiiilles
qui compofent cette Aeur font blanchàtres aut commencement, elles prennent
enfuite une couleur de pourpre mêlé de
blanches, ce qui fait un très-bel
LEC Ces Aeurs durent affez
, on
voit àleur chûite que le piftille
en fruit compofé de deux parties
E
différentes : la premiere eit une noix
en forme de rognon decogqui eft d'abord de couleur verte > de dix à quinze
lignes de long, fur huicà dix lignes dans
fonj plusgrand diamétre ,applanie parles
càrez. Cette noix attire après clle un
fruit --- Page 519 ---
Frangoifes de
fruit d'une nigure PAmbhigue. 43r
couvert d'une peau fine très > arrondi, unie,
1700.
de
ESETA
trois,quatre 8ccing
far vinge à vinge-quatre poucesde longueur,
métre. Le bout
lignes de diaeft plus petit d'une qui l'attache à l'arbre
que celui qui eft attaché cinquiéme à la noix. partie
ce compolé eft verd avant d'ètre Tout
mais il change de couleur
mûr 3
mûr, 3 la peau ou
quand il eft
devient
enveloppe de la noix
de l'épailleur grife & prefque brune, elle eft
d'une demie ligne, dure,
coriace, & point du tout callante; ; lorf
épaille, qu'on la coupe elle rend une huile allez
plus
extrèmement amere & encore
cès cauftique faire 5 on s'en fert avec ficviennent pour
mourir les verués
Huile
aux mains & autres parties de noix
fart
a
corps,& tout
les corS des pieds, d'acajou
après qu'on les a Enadis avec
tite emplâtre de cire noire de la une
ou avec
Cmdcc
loupe,
de l'eau tiéde; on
légetement le deffus avec un
coupe
l'on met dellus un
de rafoir, &
elle confomme le refte peu du cette huile ;
la racine > fans
CoIS jufqu'à
aucun accident danger qu'il en arrive
mais.
> ni qu'il revienne jaJecrois quiln'eftpasn neceffaire 1
d'avertir, quilfaur fc donnerg garde de couZome FI.
X
une
ou avec
Cmdcc
loupe,
de l'eau tiéde; on
légetement le deffus avec un
coupe
l'on met dellus un
de rafoir, &
elle confomme le refte peu du cette huile ;
la racine > fans
CoIS jufqu'à
aucun accident danger qu'il en arrive
mais.
> ni qu'il revienne jaJecrois quiln'eftpasn neceffaire 1
d'avertir, quilfaur fc donnerg garde de couZome FI.
X --- Page 520 ---
482 Nowveaux Yoyager aux Ifes les
lécorce de cette noix avec
1700. per
fe mettoit en rifque
dents, parce qu'on les lévres la langue
d'avoir la bouche,
gâtées & caurerifées. renferme une amanCette enveloppe
couverte
de de la mème figure qu'elle, brune, de
encore d'une autre feuille pellicule de
fa
d'une
papier;
admirable,
'Amande EtEul une blancheur
tinfiniou noix compadte, huileufe & d'un goût
d'acajou ment au deffus de celui des amandes,
des noifettes & des autres fruits de cette
Quand ces amandes font nouefpece.
les met dans l'eau fraiche,
velles on
de leurs
après qu'elles font dépotillées du felcompeaux, , & on les mange avec lorfquelles font
me les cerneaux : mais Técorce & on
féches, on fend un peu leve facileles met dans la braife 5 on
l'écorce quand elles font cuittes,
ment la feconde
& on les mange
&
peau, mais avec plus de
comme de marons,
font infiniment
plaiGir > parce qu'elles s'en fert
faire des
meilleures 5 on
pour &c pour
macarons & des maffepains,
un
donner au roffoli & autres liqueurs faire
très bon goir. Quand on les veut chocolat
entrer dans la compofition du
, &
avec le Cacao, on les fait griller
les
de leurs enveloppes,
on
dépotille --- Page 521 ---
Frangoifes de Ambrigne. 483
après quoi on les pile & on les paffe fur 1700.
la pierre comme le Cacao.
Ces noix fe peuvent tranfporter fer
tout & fe
très-long-tems. de
ai qui font Paris depuis près quinze
Tet
ans &c qui ont encore toute leur huile
& toute leur faveur prefque aufli entiere
comme elles l'avoient en Amérique.
A melure que le fruit mûrit fa couleur fe change , de verte qu'elle étoit
elle devient jaune,
au commencement, de couleur de feu très-belle
& en partie ordinairement le côté qui
& trés-vives
eft expolé aut foleil devient plus rouge
& plus coloré. Ce fruit n'a ni noiaux,
ni pepins, c'eft fa noix qui étant mife
en terre leve en moins de fept ou huit
jours , & produit l'arbre qui le porte.
La peau du fruit n'eft pas plus épaille &
qu'une feiille de papier, rrès-unie, fubftantrès-délicate; clle renferme une
ce molaffe & aqueufe , épailfe comme
delagelée claire qui environne quantité
de petites fibres longues > tendres &c déliées. Le goit de cette fubftance eft âcre
8cagacant quand le fruit n'eft pas bien
mûr 5 mais il s'adoucit & ne conferve
d'aigreur fucrée &
qu'une
Acenirs dans fa parfaito
5 on en
S
maturité, il eit rafraichiflant
Xij
ce molaffe & aqueufe , épailfe comme
delagelée claire qui environne quantité
de petites fibres longues > tendres &c déliées. Le goit de cette fubftance eft âcre
8cagacant quand le fruit n'eft pas bien
mûr 5 mais il s'adoucit & ne conferve
d'aigreur fucrée &
qu'une
Acenirs dans fa parfaito
5 on en
S
maturité, il eit rafraichiflant
Xij --- Page 522 ---
484 Nowveans Yoyages aux Hes
1700. donne aux malades pour les défalterers
& les rafraichir; il femble qu'il nettoie le coeur & la bouche, il ne peut
faire que du bien, à moins qu'on ne le
mange en trop grande quantité, parce
qu'alors le peu d'âcteté qui lui refte ne
laifferoit pas d'être à craindre. Pour ne
pas tomber dans cet inconvénient il eft
plus sûr de le mettre en compolte.
Pour cet effet on fait boiillir le fruit
ou entier ou coupé, en deux ou en
tre, felon fa
> dans de
Rean
longueur
pure > pendant quelques momens s &
eft égouté on le met dans le
Hee Mu l'ordinaire.
L'Acajou a beancoup de nceuds, comme je l'ai remarqué ci-devant, il en
fort, , auffi-bien que des incifions que
l'on fait à fon tronc, à fes branches &
même en arrachant fes feitilles s une
gomme à peu-près de mème efpéce que
lag gomme Arabique, quel'on
employer aux mêmes nfages; elle ERa claire,
tranfparente, tenace > mais un peu plus
difficile à détremper que la gomme d'Arabic. Quoique le fruit & l'arbre dont
je viens de faire la defcription, ne regardentle chocolat qu'autant qu'on peut
faire entrer la noix d'Acajou dans fa
çompolition, j'ai cru qu'il étoit plus à --- Page 523 ---
Eramgoifes de LAmerigne. 48;
Leéteur d'en parler ici que de renvoyer 1700,
en
ETS
dans
chercher la connoiffance
un autre endroit.
Voilà ce que j'ai pà remarquer
moi-mème du Cacao, du
par
la Vanille & des autres Chocolat, de
peuvent entrer dans fa ingrédiens
n'ai rien écrit
compofition.
#
fixr le
-
& c'eft ce qui eft caufe rappott d'autrui s
n'eft pas. auffi étendu que ce difcours
lètre: mais il vaut mieux qu'il écrire auroir pi
être bien affuré de ce quel'on
&c
Il me
Ttogerd
refte un avertiffement à
ner touchant le Chocolat
donufer avec modération,
qui eft d'en
bien conditionné
quelque bon &
ceque les meilleurcs qu'il chofes puiffe être,
mauvaifes
denerdent
excès. Le quand elles font prifes avec
alimens pain qui eft le meilleur des
, expole à de grands
ceux qui en mangent
dangers
fournit plus de fubltance trop, > parce qu'il
que l'eftomach n'en
nourrifante
que la chaleur naturelle peut n'en fupporter, &
gerer. On doit dire la même chofe peut dichocolat, il contient plus de fic
du
riffant qu'aucun autre aliment, d'oi nourfaut conclure qu'on n'en doit
il
faire d'excès; qu'on doit régler la jamais
tité qu'on en prend fur fa aetsaer
Xij
dangers
fournit plus de fubltance trop, > parce qu'il
que l'eftomach n'en
nourrifante
que la chaleur naturelle peut n'en fupporter, &
gerer. On doit dire la même chofe peut dichocolat, il contient plus de fic
du
riffant qu'aucun autre aliment, d'oi nourfaut conclure qu'on n'en doit
il
faire d'excès; qu'on doit régler la jamais
tité qu'on en prend fur fa aetsaer
Xij --- Page 524 ---
486 Nowveaux Toyages, ec.
1700. fon âge, fes befoins, fes forces, fon
travail, 2 & que moins on le rendra
agréable au goût & à l'odorat par des
drogues chaudes, 3 &
des parfums, 3
plus Tufage qu'on en Res fera utile, &
procurera la joiiffance des avantages
qu'il renferme.
Fin du fxiéme Vrolume. --- Page 525 ---
TABLE
DES
MATIERES
contenuès dans la fixième
Partie,
A
A CAJOU, Arbre fruitier. Sa deffes ufages, cription, celle de fon frait, &
Anglois. Ils veulent s'établir à pag. la Do- 479
minique, & font chaflez,
Anglois de la Barbade. Leurs
leur politeffc, La délicateffe richelles,
table, & leurs manieres de
de leur
Anguilles en quantité à la vivre, 207
parceque les Caraibes n'en Dominique, 3
point,
mangent
Archangeli, Habirant de la
puis de Marie-Galante. Grenade,8e
& fa mort,
Son Hiftoire
Xv --- Page 526 ---
488.
TABLI E
Affaffinat commis à la Martinique. Punition & mort très - chrétienne de
l'affaflin,
3+
Atolle. Lait de Mahis. Sa compofition,
& fon ufage,
Avantages
l'ufage & la confommation du Enaufgre peut produire au
Roi &c au Royaume,
L'Auteur s'embarque pour la Guade1 loupe. Ce qu'ilvoit dans for voiage,
Il arrive à la Guadeloupe, & les occupations qu'ily euts
Il eft attaqué dela fiévre, de la diflenterie, & du Aux de fang: accidens de
ces maladies,
B
Aleine vûë par l'Auteur fouslaDo-
>
B
minique,
Barbade, Iile Angloife. Sa vraie pofition. Defcription de fon Port,appellé la Baye de Carlille, & des Forts
quile défendent,
Bellair, Gouverneur de la Grenade. Son
Hiftoire,
Benjamin d'Acofta, 9 Juif. Ila été le
mier quia cultivé le Cacao à la Mar
tinique vers l'année 1664375
ces maladies,
B
Aleine vûë par l'Auteur fouslaDo-
>
B
minique,
Barbade, Iile Angloife. Sa vraie pofition. Defcription de fon Port,appellé la Baye de Carlille, & des Forts
quile défendent,
Bellair, Gouverneur de la Grenade. Son
Hiftoire,
Benjamin d'Acofta, 9 Juif. Ila été le
mier quia cultivé le Cacao à la Mar
tinique vers l'année 1664375 --- Page 527 ---
DES MATIERES.
Beure de Cacao. Sa compolition, 489 fon
ulage & fes propriétés,
Boillon, Angloife appellée falibole. 460 Sa
compofition,
Boucan de Cochon, Feftin
Sa defcription,
champèrre.
C
Abaffon ( le Pere ) eft reconn
pour la feconde fois Superieur des
Millions des] Jacobins,
Cacao ou Cacaorier. Arbre
le Cacaa., 372. Lieux où il qui croit porte
turellement s 373. Defcription na- de
T'arbre, 376. De fes
fes fruits, 379. De fes Heurs, coffes 378. & de De fcs
amandes, des Iles 380. Difference de celui
> & de celui de
384. Terrain propre
Caracque 3
coyere
pour une Caavoir 2 38s. Etendué qu'clle
, 389. Maniere de planter peut les
arbres, 390. Raifon de la diftance
qu'il faur laiffer cntre les arbres,
Maniere de couvrir les jeunes arbres, 391.
392. Produétion de l'amande,
Accidens qui arrivent aux arbres, 399.
401. Maturité du Cacao, > &
ment on le doit ciieillir,
comniere dele faire
404. Mafermenter, ou refXv --- Page 528 ---
TABLE
490 fuer, 406. De le faire fécher, 408,
Produit ordinaire d'un Cacoyer, 409.
Entretien néceflaire aux Cacaoyers;
Revenus d'une Cacaotiere, 413.
410. Cacao. Sa nature & fes proptietez . 3
Si le Cacao de Caracque eft
414: meilleur que celui des Ifles, 419.Les
Elpagnols y mettent peu de différen421
ce,
337.lleft découvert dans
Caffé,arbre, l'Arabic, 339. Sa cherté à Paris dans
hiftoire à ce fules commencemens,
le
jet, 342. Les Hollandois plantent Aià Batavia, 345. M. de la Motte
gron en apporte à Cayenne de Paris : 349. à la
M. Defclieux en
vient très-bien,
> où
trte
Martinique Maniere de planter le Caffé,
351. Certificat de M. Blondel Inten357. dant des Ifles touchant la bonté du
Caffé de la Martinique, des Iles 365 de
Cailus, Ingénicur Général
Nal'Amérique, Auteur de T'Hiftoire
turelle du Cacao,
Capucin > Curé de l'Ie Saint Martin 3
eft affaffiné par un Caraibe qui le fervoit,
de la maladie de Siam 49 à
Carme mort
Saint Chriftophe des Caraibes àla mort de
Cérémonies
el Inten357. dant des Ifles touchant la bonté du
Caffé de la Martinique, des Iles 365 de
Cailus, Ingénicur Général
Nal'Amérique, Auteur de T'Hiftoire
turelle du Cacao,
Capucin > Curé de l'Ie Saint Martin 3
eft affaffiné par un Caraibe qui le fervoit,
de la maladie de Siam 49 à
Carme mort
Saint Chriftophe des Caraibes àla mort de
Cérémonies --- Page 529 ---
DES MATIERES
Sauvage 2 & à la connoif
de leurs enfans.
Rst
fent deux
Ils reconnoif
principes. Ils font fouvent obfedez, & maltraitez par le
diable,
Caraibes de la
-
inftruits
les Dominique 3 autrefois
bins. Ils D'ufent par
Millionnaires Jacopoint de fel, mais
L'heure beaucoup de leur de
s
IOO
Leur maniere
ftetia
fe rocoiier. Leurs
leurs
de
repas,
occupations, 3 leurs feftins ; ils ne font
point antropophages,
Caraibes, ils confervent une très
IIO
autorité fur leurs femmes. Ils grande font
tous libres & égaux. La vieilleffe eft
chez eux le feul titre qui les fait refpeéter. Occupations dcs femmes,
s
Ils ont trois fortes de
jectures de l'Aureur far langages. leur
Conorigine,
Ils font extrêmement adroirs à fe
de l'arc.
Eret
de faire Leur vanité. Leur maniere
la guerre. Précaution
faur prendre en fe battant avec qu'il
eux,
Leur maniere de faire du feu, & 133 la
fituation où il
faurérepoury y réiiflir,
Xvj --- Page 530 ---
TABLE
Ils font excellens nageurs. Hiftoire fut
ce fujet,
Ils font fujets à l'Epian auffi-bien que les
Négres Créolles, Reméde des Sauvages de Miflifipi pour cette maladie,
Caratas. Efpéce d'Aloès. Ses Aleurs, fon
jet. Ufages qu'on fait de fon jet & de
fes fetilles, & fes proprietez,
Cerillac ( le Comte de) achete l'Ifle de
la Grenade. Mort du premier Gouverneur qu'il y établit,
Chocolat. Sa préparation & fes qualitez,
423-440
Chocolat à l'Efpagnole & à lItalienne.
Leur compofition,
Chocolat à la maniere des Ifles Fran3 çoifes, s
Chocolat à la Capucine c,
Chocolat à la Romaine,
Chocolat à l'eau-de-vie de Coignac 9
ibid.
Chocolat d'une très-p petite dépenfe 5
Chocolat fait dans la perfection, 443
Chocolatiere. Vaifleau dont on fe fert
pour faire le Chocolat,
Chocolat aux noix d'Acajou,
Cigalles ou bouts de tabac, > dont on fe
fert pour fumer en Amérique, 524.
3 çoifes, s
Chocolat à la Capucine c,
Chocolat à la Romaine,
Chocolat à l'eau-de-vie de Coignac 9
ibid.
Chocolat d'une très-p petite dépenfe 5
Chocolat fait dans la perfection, 443
Chocolatiere. Vaifleau dont on fe fert
pour faire le Chocolat,
Chocolat aux noix d'Acajou,
Cigalles ou bouts de tabac, > dont on fe
fert pour fumer en Amérique, 524. --- Page 531 ---
DE S MATIERES
Coq d'Inde purgatif, Maniere de 493
préparer, 3
le
Combats des François contre les
28;
en 1666. qui rendent les Anglois
maitres de lille de Saint
François
Chriftophe,
Couller, Ré, Licutenant de Roi de PIfle 61 de
Chevalier de Saint
Croix. Elle délivre les
Loilis, 86.
Caraibes de l'obleflion Negres, du
& les
Diable,
Coufin, Plante.
ulage pour la diflenterie, Sadefcription, , & fon
Coutume des Anglois
chez leurs amis, quand ils logent
D
D E Guitaut (le. Chevalier )eft obligé de rendre l'Ife de Saint Chriftopheaux Anglois,
De Sales (le
80.
Saint
Chevalier) ) Gouverneur de
cond Chriftophe, combat
eft tué dans le feDe Saint Laurent contre les Anglois, 66.
à la tête de la Colonie (leChevalier) ) ) eft mis
ftophe: il acheve de de Saint Chriglois, & eft fait Gouverneur vaincre les AnIlle,
de cette
Defcription du
69.
li Careri, Cacoyer, felon Gemel449. --- Page 532 ---
T ABL E
Defcription de la Ville du Pont en l'Ile
de la Barbade,
Defcription de la côte de la Barbade a
depuis la Ville duPontjufqu'au Bourg
de Jenhtoun,
De l'Ifle, Geographe du Roi. Son erreur
furla pofition & la figure de la Grenade
Dominique. Ifle des Sauvages. Sadefcription, & la prétendué mine d'or, 104
Du Lion (T'Abbé) fon procès avec les
Jacobins de la Guadeloupe. Son Hiftoire 2
E
chaude. Le Chevalier Reinau
en vouloit établir
E"
l'ufage à la Guadeloupe. Hiftoire far ce fujer, 177
Effet dela teinture de Scamonée,
Epian,,ou mal venerien. Son origine.
Maniere dont les Caraibes le traitent,
Expedient de l'Auteur pour fortifier la
Guadeloupe,
Erabliffement des Anglois à la wtif
Nature du Terrain. Manufadtures
qui y font établies. Beauté des Habitations,
Elpadon ou Pelce Spada. Sadefcriprion
& fa Pefche,
15o
à la Guadeloupe. Hiftoire far ce fujer, 177
Effet dela teinture de Scamonée,
Epian,,ou mal venerien. Son origine.
Maniere dont les Caraibes le traitent,
Expedient de l'Auteur pour fortifier la
Guadeloupe,
Erabliffement des Anglois à la wtif
Nature du Terrain. Manufadtures
qui y font établies. Beauté des Habitations,
Elpadon ou Pelce Spada. Sadefcriprion
& fa Pefche,
15o --- Page 533 ---
DES MATIERES.
F
Fur en quantité àl la Martinique en
Fond du grand Pauvre, terrain fitué 43
àla Grenade
bins,
appartenant aux JacoFort de la Grenade, Bourg & Port. 231
Leur defcription,
G
Renade Ifle. Sa defcription,
Etabliffement des François 214. dans
à cette Ifle, & les Guerres quils ont eu
foutenir contre les
1e
Grenadins
Caraibes, 217
3 petites Ifles voifines de la
Grenade, Leur defcription,
H
H Incelin, Seigneur de Morache,
donne fes biens aux Religieux de
la Guadeloupe,
Horloges 3 & mefures itinéraires 179 des
petits Habitans de Saint
& de la Martinique,
Domingue
--- Page 534 ---
TABLE
J
Acobins. Le Pere Eftret leur Procureur eft noyé en pallant leur Riviere,
Jefuites. Le Superieur de leur Miflion
à Cayenne eft étouffé dans une piéce
de Cannes où le feu s'étoit mis,. 47
Ifle de Saint Chriftophe. Sa defcription,
Ifles d'Aves ou des oifeaux,
IOG
Ipecacuana, Plante médecinale de trois
efpéces. Defcription 2 préparation, 3
& vertus,
L
A Bruneliere Directeur du DomaiL
ne du Roi auxIfles,
La Guarigue, famille de diftinétion,
établie à la Martinique, & auparavant à Saint Chriftophe. Charges &
fervices du fieur de la Guarigue Co.
lonel des Milices de Saint Chriftophe,
La Guarigue (Jean de) Lieutenant de
Vaiffeau, & Capitaine d'une Compagnie détachée de la Marine,
8z
La Guarigue (Jacques Antoine) fieur --- Page 535 ---
DES MA TIERE S. 497
"de la Tournerie > Colonel d'un Red'Infanterie à la Martinigiment
que, 5
(Michel de) fieur de SaLa Guarigue Lieutenant de Roi de la Guavigny, Chevalier de Saint Lotiis,
deloupe,
S6
(Claude de) fieur de SurLa Guarigue Colonel d'un Regiment d'Invilliée,
fanterie à la Martinique, de) fieur de
La Cuarigue (Philippe d'une CompaRaucourt, Capitaine
nie détachée del la Marine, 3
Medecin entretenu par
La Martiniere,
le Roi,
de 1 Vice-AmiLa Rofa (le Marquis
ral des Gallions d'Efpagne, Jeluite MiflionLe Breton (le Pere) de' Saint Vinnaire aux Caraibes
cent,
M
Aniere de travailler le Chocolat
M furla pierre, ,
Merville, Gentilhomme de la Paroille
de Sainte Marie à la Martinique 2 > fur
les terres duquel on a trouvé des Canaturels d'une très- grande
caoyers
beauté:
La Martiniere,
le Roi,
de 1 Vice-AmiLa Rofa (le Marquis
ral des Gallions d'Efpagne, Jeluite MiflionLe Breton (le Pere) de' Saint Vinnaire aux Caraibes
cent,
M
Aniere de travailler le Chocolat
M furla pierre, ,
Merville, Gentilhomme de la Paroille
de Sainte Marie à la Martinique 2 > fur
les terres duquel on a trouvé des Canaturels d'une très- grande
caoyers
beauté: --- Page 536 ---
TABLE
Milices de la Barbade. Leurnombre &
qualitez, s
Miniftre de Spiketonn. Son honnêteté,
& celle de fa famille pour L'Auteur,
Mort du Superieur
des Jacobins,
attaqué du mal TETiaLS Siam,
Moulinet à Chocolat,
N.
- T Egres en très-grand nombre à la
Barbade. Manieres dures dont ils
font traitez. Supplices affreux dont on
les punit,
O
- Rd de la Dominique,
Ouvenard (Madame ) vieille femme
Caraibe, fon portrait >
95.
P
ou Zigene, poiffon vorace. Sa
DAwentier
defcription,
Perruques. Elles doivent leur origine à
l'Epian s
Petit, Arpenteur & Confeiller au ConfeilSouverain de la Martinique, 215 --- Page 537 ---
DES MATIERES 499
Pierresàlil. Leur defcription, & leur
ufage 3
leur matiere & fiPierres à Chocolat,
de s'en fervir,
gure, & la maniere
Plan du Couvent que P'Auteur a fait
bâtir pour fon Ordre à la MartiniI
Pomet, que, Marchand Droguifte. Son erreur touchant le Cacao,
381 Son
Poulain, Major de la Martinique. de
entreprife
enlever les Negres
Saint Nister Il y eft tué en 1719.
Préfens que P'Auteur reçut à la Barba212
de,
R.
Acine pour lesdents. Leur figure,
R &c la maniere des'en fervir, Ville 172 du
Reception faiteàl P'Auteur à la
Pont à la Barbade, Charité. Le Pere Cafimir
Religieux dela leur
eft écrafé par
Turelure
Supérieur
la chûte d'un arbre, la diarée, & 49 le
Remede admirable pour
Aux de de fang, lAbbé du Lion contre les
Requère Jacobins de la Guadeloupe,
--- Page 538 ---
Sob
TABLE
Reynau (le Chevalier) Ingenieur
néral de la Marine, & le fieur de f
Boulaye Intendant, svifitent les Ifles,
& font divers projets >
S.
- Ainte Aloufie. Ifle habitée autrefois
a par M.Duparquer. Hiftoire de cette
Colonic,
Saint Vincent. Ifle habitée par les Caraibes & les Negres marons >
T.
plante. Sa découverte & fon
272. Par qui elle fut inTas
troduite en France 274. Differens entre les Medecins fur le Tabac 276.
Vertus qu'on lui attribuoit 278. Tabac en machicatoire, &c en fumée,
Leurs vertus 280. Eau de Tabac 282.
Plufieurs Princes s'oppofent à lufage
du Tabac 186. Theles de Medecine
contre le Tabac 288. Bulles des Papes
contre l'ufage du Tabac dans les Eglifes 29. Quatre elpéces de Tabac 293Defcription de ces quatre elpéces, de
leurs fleurs & graines ibid. Terrain
proprepour le Tabac 300. Culture de
machicatoire, &c en fumée,
Leurs vertus 280. Eau de Tabac 282.
Plufieurs Princes s'oppofent à lufage
du Tabac 186. Theles de Medecine
contre le Tabac 288. Bulles des Papes
contre l'ufage du Tabac dans les Eglifes 29. Quatre elpéces de Tabac 293Defcription de ces quatre elpéces, de
leurs fleurs & graines ibid. Terrain
proprepour le Tabac 300. Culture de --- Page 539 ---
DES MATIERES. joB
des plantes
cette plante gol.Nombre dans un
de
qu'on peut mettre
Calcs elpace à tracent pas en quarré 305- Manufaéture du
vailler leTabac 306. de Tabac 313.
Tabac ;os. Rolle Torqueur Tabac cn AnTabac en
317.
doiilles 318. Tabac en Torquettes
Maniere de mettre le Tabac en
poudre 319. 322. Tabac de rejetton 326.
Sentiment de l'Auteur fur le commerce libre du Tabac,
Leurs 328
Talles
prendre le Chocolat.
matieres, formes & granEuMaIELT
deurs tant à l'Amérique qu'en
rope, du Caratas. Bois mol &l leger
Tol,rige dont on fe fert au lieu de meche,
V.
Plante & fruit de cC nom 2
Vu 465.1 Lieux où elle fe trouve 467.
Culture de cette Plante parl'Auteur,
Vanille naturelle ou fauvage, trouvée
à la Martinique
l'Auteur, 473.
Sa defcription & PRes qualités, de 474. la
Fauffe & veritable préparation
Vanille, --- Page 540 ---
502 TABLE DES MATIERES.
Voiagedel l'Auteur à la Cabefterre de la
Dominique,
Voiage du mème àla Grenade,
Vilite que l'Auteur fait au Gouverneur
de la Barbade,
Le fieur de Valmeinier eft établi Gouverneur de la Grenade,
La petite Verole fait de grands ravages
chez les Caraibes,
Fin de la Table des Matieres de le
fixiéme Partie.
DelImptimcrie de CH. JEAN-BAPT. - DELESPINA
Imp. Lib. ord. du Roy, rue Saint
Jacques, au Palmier 1742. --- Page 541 ---
E7YL
Li4a
V.6 --- Page 542 --- --- Page 543 --- --- Page 544 --- --- Page 545 --- --- Page 546 ---