--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Adio
CAUDEO a
Ahne
fai Aroun --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 ---
NO - U VEAU
VO Y AGE
AUX ISLES
DE L'AMERIQUE,
CONTE NA N T
L'HISTOIRENATURELLE DE CES PAYS,
l'Origine > les Meeurs, la Religion & le Gouvernement des Habitans anciens & modernes,
Les Guerres &cles Evenemens fingaliersquiyfont
arrivez pendantle féjour que l'Auteur y a fait.
Par le R. P. L A B A T 9 de lOrdre
des Frères Prêcheurs.
Nouvelle Edition augmentée confidérablement, & cnrichie dc Figures en Tailles-douces,
TOME TROISIEME
o3
SLAA
A PARIS,RUESJACQUES,
Chez GUILLAU: M E CAVELIER Pere,
Libraire - > au Lys d'or.
M, DCC XLIL
Avec Approbation 6 Privilege du Rey. --- Page 8 ---
-
a --- Page 9 ---
MHN
TA BLE ASTEE
HONIA
DES CHAPITRES
de la troifiéme Partie.
CnAp. I. D Es Mouches a mield de
leur cire ; des Guefpess
remede à leur pigrlre a : des Mouches
Inifantes, des groffes mouches corRwès,
des Tatous, des Agontis, 6 des CO=
chons marons.
I
CHAD. II. DH Cotion, de Parbre
le
porte, de fes duferenserefpeces 3 des
mioulins pour Teplucher.
CHAP. III. Defcription da grand e dse
perit Cal-de-fac de la Guadelompe.de la
Riviere S. Charles, de la Riviere Salée,
dn Fort Lonis, 6 ce que cef
Boucan de Tortue.
a
gu'u 48
CHAP. IV. Defcription de la Cabefterve,
dn Margmifar de ainte Marie. Provet
d'une maifon forte pour Monfieur
Hotiel. Dx Gingembre, de fa cultate
Tome III.
a --- Page 10 ---
TABLE des Bois marbyez
ede
alager, de la Canelle bararde. 85
o
des
elre
CHAP. V. Deferption du quartier totit le
trois Rivieres. Du Rednit de
de la Bafeaterre.1s Pointe ds
Peljagehatana
de la
CHAP. Vl. Deftriptrion detonte la Côte jw/gw'2
wvieux Fort, 6
de la riviere des
la riviere de S.Loilitsa
Parc e de
Gallsons; du lien appelléle des Habitans.
la Cotejufquala riviere
de PAmteur de la
CHAP. VII. Voyage
DefcriGuadelompe à la Martinigue.
prion des IRes des Saintes. des IRes. La
CHAP: VIII. Dn Pommier les canots, de la
maniere de faire ds moilon, 6 des
chanx, du fables
pierres de EAntenr taille.
ef éli PTOcHTeHY
CHAP. IX.
de la Martinigne.
Sindic de la Milfion
dans les
Des diferens bois quion empleye les maiBàtimens. Maniere de de Cannes coNUrir 0# de Rofons avecdes tétes
CHAP. feanx. X. Des Habitations xowvelles. des
Comment on obtient les Conce/fons
Terres,er comment on Chrifti. lerdéfriche, Du :
CHAP. XI. Du Palma de Benf. Des
reffolier. Dx COEMT
FDR
eresde Canelle. Dx bois Immortel.
de la Milfion
dans les
Des diferens bois quion empleye les maiBàtimens. Maniere de de Cannes coNUrir 0# de Rofons avecdes tétes
CHAP. feanx. X. Des Habitations xowvelles. des
Comment on obtient les Conce/fons
Terres,er comment on Chrifti. lerdéfriche, Du :
CHAP. XI. Du Palma de Benf. Des
reffolier. Dx COEMT
FDR
eresde Canelle. Dx bois Immortel. --- Page 11 ---
DES CHAPITRES.
Medicinier,
CHAP. XII. Des Bananiers. Des Figaiers
6 des Balifers,
CHAP. XIII. Du Sucre , e de tout ce gui
regarde fa fabrigue, erfes diferentes
e/peces, >
Des Cannes de Sncre,
Des Monlins à Sncre, >
Fin de la Table des Chapitres
de la troifiéme Partie. --- Page 12 ---
MEMOIRES --- Page 13 ---
M E M - OIRES
DES
NOUVEAUX VOYAGES
FAIT S
AUX ISLES FRANCOISES
DE L'AMERIQUE,
TROISIEME PARTIE,
Continuation de la defcription de la
Guadeloupe.
CHAPITRE PREMIER.
Des Mouches à miel, 6 de leur cires
Des Guefpes; remede 2 lewrpiguire.
Des Mouches lwifantes. Des groffes
Mouches cornues. Des Tatows. Des
Agoutis, 6 des Cochons marons.
A nécellitéoije me trouvois
fouvent de faire abbattre des 1696.
arbres qui fc rencontroient
dans la trace du canal auquel
je failois travailler, m'a donné occalion
Tome III.
A --- Page 14 ---
aux Ifes
Nowveanx Vayages
1696. de voir plufieurs scholesqueje ne fçavois
fur le
d'autrui. Javois enAbeilles que
miel & de la cire de la
de la tendu parler
ACPICO
Guade. Guadeloupe, fans en rien fçavoir de
doupe. particuliers car il n'y 2e
a point d'abeilles
& d'ailleurs je n'étois
à la Martinique, affezagueri avec les (arpens
pas encore examinerles bois commeje faifois
pour àla Guadeloupe où il n'y a point de ces
fortes d'animaux dangereux. Voici ce
remarqué des abeilles, de leur
quejai 'miel & de leur cire. Elles font de moid'Europe; elles
tié pluspetites quecellesd rondes; ;ilne
font
noires & plus daiguillon, ou ChR
roît E qu'elles ayent
foit fi foible
elles en ont, il force faut qu'il de percer la peau;
qu'il n'ait pasla dire
ne
on
ainfi
peur
qu'elles
piquene à
point, & que quand on chatotillement les prend
pleines mains, le leger
du mouque lon fent, , vient plurôt de leurs aivement de leurs pieds
des arbres
fe retirent
ue
guilions. Elles
rleursruches
creux où ellesaccommodentl du trou
& rempliflent la capacité
qu'elles
ont choifi ; ou fil'efpace eft
de grand cire
une
de
Sbeera
elles font
efpece d'une poire, dans le deT: duquel figure elles fe logent & font leur
micl & leurs petirs. Leur cire cft noire
, , vient plurôt de leurs aivement de leurs pieds
des arbres
fe retirent
ue
guilions. Elles
rleursruches
creux où ellesaccommodentl du trou
& rempliflent la capacité
qu'elles
ont choifi ; ou fil'efpace eft
de grand cire
une
de
Sbeera
elles font
efpece d'une poire, dans le deT: duquel figure elles fe logent & font leur
micl & leurs petirs. Leur cire cft noire --- Page 15 ---
Françoifes de PAmerique.
ou tout au moins d'un violet foncé: elle
ne blanchit & ne jaunit jamais s
1696.
peine qu'on fe foit donné pour quelque lui faire eft La noire cire
changer de conleur, & pour la rendre & ne
à faire des chandelles. Ces abeil- pointa blanchie
ne
de
ETE
fontpoint rayons comme celles
d'Europe. Elles renferment leur miel
dans de petites vellies de cire, de la
figure & de lag groffeur des ceufs de piplus pointues, à peu près comme
carpe.
TEE
affez aifément
Quoiqu'onl les puiffe
elles
féparer les unesdes autres,
font cependancfi bien rangées
ne paroît aucun vuide entr'elles. Lap qu'il plus
de grande partie de ces veflies eft remplie
miel; on trouve dans quelques autres
une certaine matierej jaune, grenée comme des ceufs de
gluante & adherente quand on F touche, & qui n'a
point d'autre odeur que_ celle du micl.
LesNégres difent que ce font les excremens des mouches, j'aip peineà lecroire;
Leur miel eft toûjours liquide, & ne le
fige jamais 5 il eft de couleur
& de la confiftance delhuile d'olive. d'ambre, Il
eft extrèmement doux & agréable. Nos
Créolles enimbibent de la caffave fraiche & la mangent avec plaifir. LesChirurgiens &c Aporicaires s'en fervent
çomme de celui d'Europe; ils difent
A ij --- Page 16 ---
Nowveaus Vroyages aux IRas
anodin,
dc1696. quilett meilleur, > le plus laifle au
il fe
on
EuRe
terfif. Quand
de
d'un
Qualitez fait deffusune croute l'épailfeur
du micl.
d'une blancheur extraordinaitre, &
écu
comme du fucre 2 dont elle a le
grenée
plus de douceur. J'en
goûr & beaucoup fait voirà des gens qui la
ai quelquefois du fucre royal, & quine
prenoient pour
connue s'ils n'en
Fauroient jamais
On
avoient mis fur la langue. confidérable pourroit de ce
faire une quantiré retiroit les abeilles dans des
miel, fi on
fait en
mais
ruches comme on dans Europe; ces pais - la de
on eft fort éloigné foins. Je n'aiconnu
fc donner de pareils nommé Louis Alegre
qu'un feul habitant: irquelquesellainsdanee des pots
quienavoire raffinerie percez en bas & bien coude
abeilles travailloient &
verts, où ces beaucoup. Il faut que le Pere
profitoient
fe
de n'en avoir jadu Tertre qai plaint ait eu bien du malheur
anais pû élever,
ou qu'il n'ait
dans fon entreprife, de délivrer fes ER
trouvé le fecret
felon les apparences
des fourmis, qui
& obligées de fe
inurosinonmodtess
retirer.
de la cire elle eft toujours
A molle l'égard
en faite des chandelles,
xrop
n'ai jamais entendu dire
du moins Ee
de n'en avoir jadu Tertre qai plaint ait eu bien du malheur
anais pû élever,
ou qu'il n'ait
dans fon entreprife, de délivrer fes ER
trouvé le fecret
felon les apparences
des fourmis, qui
& obligées de fe
inurosinonmodtess
retirer.
de la cire elle eft toujours
A molle l'égard
en faite des chandelles,
xrop
n'ai jamais entendu dire
du moins Ee --- Page 17 ---
Frangoifes de PAmerique.
l'employat à cet ufage. On nes'en 1696.
2ecal dans le pais qu'à faire des bouchons Ufage de
de boureilles apresqu'elle a été bien pu- la ciic,
rifiée. Cequ'onf fait en la mettant fur le
feu dans un chaudron, & en ôtant toute
lécume qu'elle jette à mefure qu'elle
fent la chaleur:
On s'en fert encore fort utilement
pour amolir les cOrS des pieds, & les
verruès qui viennent aux mâins & au
vifage. On en fait une petite emplârre ufage Autte
fur duc cuir mince, quelon applique far pour le
le cors; en moins de deux ou trois jours, COIS.
elleattire une perice dureté ronde qui cft
au milieu & commel'ail du corS, &
qui caufoit la douleur, & fi onalapatience de laiffer l'emplâtre & de la renouveller de tems en tems; clle amoli:
tellement les racines du cors, & les détache fi bien de la chair, qu'il eft facile
d'achever de les déraciner & de lestirer
dehors, en gratant doucement avecl'ongle. Jen ai faitl l'expérience far moi &
fur pluficurs perfonnes aux Ifles & en
Europe, & ce remede a toujours parfaitement bien réuffi.
Ily a beaucoup de guelpes à la Gua- Des
deloupe. Elles font plus grofles que cel- Guefpes
les que j'ai vûés en France & bien plus
méchantes, fur tout quand le foleil cft
A iij --- Page 18 ---
ANX Ifes
Nowveanx Poyages incommos696. haut, & qu'elles fe trouvent font des
dées de fa chaleur. Elles
rayons
comme les abeilles en font en Europe ,
où on ne trouve autre chofe que d'une - leurs
petits. Ces rayons font compolez fi aigre & fi
elpece de cire blanchâtre,
au lieu
fragile, qu'elle fe met en piece 2 dans la
de s'unir 2 quand on la prelfe
main.
fait un mal horrible 5
Leur piquûre
& une enfluTER des
caufe une démangeaifon
& re extraordinaire.
En reeft de
anede.
Le remede qu'on y apporte,
prendre auffi-rot qu'on eltpiqué,
de trois
Caater
ques feiilles d'herbes
ètre,
tes efpeces, telles qu'elles differentes, puillent les
qu'elles foient de la main, &
dansle creux
fur la
le
LE
pliquer le mare & jus
Javeis
qu'il n'y eût
eut
-
ce remede, &
TeEr
ftition
Rons
à m'en fervir, mais ayant été une de
peine fois environné de guelpes & piqué la doutout àla fois,
trois ou quatre reffentis fut fi vive, qu'après
leur queje renoncé à tout ce qu'il pouvoir
avoir
dans ce remede, *
avoir de mauvais tant de fuccès, que la
m'en fervis avec dans le moment, 8cl'endouleur s'apaila confidérable difparut
Bure qui étoit déja
ftition
Rons
à m'en fervir, mais ayant été une de
peine fois environné de guelpes & piqué la doutout àla fois,
trois ou quatre reffentis fut fi vive, qu'après
leur queje renoncé à tout ce qu'il pouvoir
avoir
dans ce remede, *
avoir de mauvais tant de fuccès, que la
m'en fervis avec dans le moment, 8cl'endouleur s'apaila confidérable difparut
Bure qui étoit déja --- Page 19 ---
RPJCB --- Page 20 ---
m: 3-pes 7.
Mouche Luirante
TAV
I -
f
-
Soldat
mid --- Page 21 ---
Françoifes de PAmerique:
en moins de deux heures ; mais fur tou-1696.
tes chofes il ne faut pas oublier deretirer fur! le champl'aiguillon qu'elleslaif.
fent dansla chair, parcequilef accompagné d'un certain venin qui caufe la
douleur & l'enflure, de forte quei fion
néglige deleretirer promptement, l'enAure le cache, la douleur augmente, &
le mal devient quelquefois dangereux.
Pendant que je fuis en train de parler Mouche
de mouches, il ne fera pas hors de pro-1 luifanpos de dire
y. a dans toutes les Illes tes.
une efpece 14 petires mouches luifantes
appelle des mouches à feu. Elles
Ziera de Ia groffeur des mouches ordinaires & un peu plus longues. La
tie
de leurs
LEICE
poltericure
corps depuis
aîles, eft d'un verd tranfparant qui conferve la lumiere qu'il a reçûe pendant le
jour, ou plurôt le mouvement violent
la chaleur du foleil a excité dans
Cerp parties. Dès qu'il eft nuit on les voit
voler de tous côtez, fur tout dans les
buiffons & dans les allées d'arbres & autreslieux fombres, où il femble qucce
foient autant d'étincelles de feu. Cc
manége dure deux ou trois heures,après
quoi leur clarté ceffe, foit que leurlumiere fe foit diflipée, foit qu'elles fe
foient retirées pour fe repofer. J'en ai
Aiv --- Page 22 ---
Nowveanx Poyages Aux Ifles
K696. mis dans des fioles pour obferver le matin en les mettant dans un lieu oblcur,
fi elles rendroienr encore de la clarté,
&je n'y en ai point remarqué.
Ce que j'ai và de plus particulier en
Grofles ce
àla Guadeloupe, fontdes smoumouches genre
comme
à feu, ches à feu groffes
deshannetons.
J'en ai même trouvées qui étoient prefque aufli grolles que le pouce, & d'un
pouce & demi de longueur. Elles ontles
yeux fort
& forcplats; ils éclairent
dans RELET & rendent une lumiere
fort vive, tirant un peu fur le verd.
Outre leursyeux - clles ont toute la partie
poftericure de leur corps tellement diaphane & lumineufe, qu'elles femblent
des charbons ardens qui étincellent de
rous côrez; & foit quelles fe tiennent
foit
volent, dans
en repos,
qu'elles
quelque fituation qu'on lesregarde,elles
répandenttoljouts unel lumiere fort vive
& fort étendué. J'en ai fouvent pris
divettiffement. Une feule
CRRRITIE
clairer pour lire des caraéteres fort meauffi bien qu'une channus, prefque
delle. J'en aiconfervé pendant plufieurs
jours dans de gros Aacons, où je les
nourr.flois avec du pain, des feitilles,
des fruits & des morceaux de bois pour- lieu
zi. Je les expofois le matin dans un
enttoljouts unel lumiere fort vive
& fort étendué. J'en ai fouvent pris
divettiffement. Une feule
CRRRITIE
clairer pour lire des caraéteres fort meauffi bien qu'une channus, prefque
delle. J'en aiconfervé pendant plufieurs
jours dans de gros Aacons, où je les
nourr.flois avec du pain, des feitilles,
des fruits & des morceaux de bois pour- lieu
zi. Je les expofois le matin dans un --- Page 23 ---
Frangoifes de PAmbrigne.
obfcur ; elles rendoient encore de la lumiere,plus parles yeux que
1696.
mais c'etoit une lumiere foible, parlecorps, &
n'avoit pas à beaucoup près la vivacité qui
de celle du foir. Je les expofois enfuite
au foleil ou fous des arbres, où elles
étoient au grand jour, fans pouvoirètre
incommodées de fatrop grande chaleur;
&je foirs remarquai pendant trois ou quatre:
qu'elles jettoient la même lumiere
le premier jour que: les avois
2ur Mais au bout de TE jours leur pri- lus
& miere commença à n'être plus fi vive
le diminanaproportione queles forces &c
mouvement de l'animal s'affoiblif
foients de la peut-être que c'étoit une fuite
perte de leur libettésrou: i que la
nourriture que je lenr donnois
étoit pas.convenabler Ces
ne'leug
un mouvement, extrémement mouches,ont, vif danst
la partie poftericute de leur
der
forte, que quand on les
corps,
lcs tenir aflez
prend, J il fauti
pécher de
preffées,fi On veut les cis'échaper.
Cirano de Bergerac avoir
fondement de dire, qu'on fe fertde quelquei
luifans au lieul de chandelless dahs versy loi
Royaume dela Lune.,
jaurois bien pà faire Sansallefifideins ld-mème chofe TLA
a la Guadeloupe, & ne me fervir
Ay I --- Page 24 ---
1O
Nowveanx Yroyages anx Ifles
1696. que de ces grolles mouches.
Ilyadanslas mème Ifle une autre forte de mouches fort extraordinaires
&
leur
STos
Erreur leur groffeur
par
figure.
du G:ut Confrere le Pere du Tertre fe mocque
de chetott Ro avec raifon du fieur de Rochefort qui
&au Ca- les
phalanges. Le Capitaine
piraine
appelle
Ies
des
Wainpier Dampier Anglois
prend
araignées dans la Relation de Esvie Voyages tome 3. page 275. ces deux Auteurs fe
me permettront de leur dire qu'ils
trompent. Il eft vrai qu'il y a de trèsgrolles araignées dansles Illes; peut.être
même ( quoique je ne l'aye pas và)
en pourroit trouver del la grolleur
Imr mais elles n'ontjamais eu de
cornes 5 pour du venin, il eft certain
qu'elles n'en ont point: une infinité
dexpériences confirment cette verité,
Nous nous gardons bien de les tuer,
qu'elles mangent certains animaux
parce de la groffeur & prefque de la figure des
hannetons, un peu plas plats & livres, tenles
AT
dres, qui rongent les hardes, spapiers, & qui gâtent
les tableaux, ordures &c leur mauvaife odeur
parleurs les endroits où ils fe nichent. On
tous
Ravets. Comme ils volent
les appelle
ils
Ravets.
tout, & pluts la nuit que le jour,
par
dans les toilcs de cesgrolles
fe prennenr
de la figure des
hannetons, un peu plas plats & livres, tenles
AT
dres, qui rongent les hardes, spapiers, & qui gâtent
les tableaux, ordures &c leur mauvaife odeur
parleurs les endroits où ils fe nichent. On
tous
Ravets. Comme ils volent
les appelle
ils
Ravets.
tout, & pluts la nuit que le jour,
par
dans les toilcs de cesgrolles
fe prennenr --- Page 25 ---
APICE --- Page 26 ---
Tom 3 pgon.
Grosse araignee
Mouche Cotajie
Crabe --- Page 27 ---
Frangoifes de PAmbrique:
II 1696.
araignées & y demeurent arrètez, ou L'araibien silsfontarrètez en quelque endroit, gnéc
ou
dorment, laraignéc qui eft en prendles ravets &
Esth ne les a pas plutôr apperçis 2 lcs fuce
qu'elle fond far eux avec une viteffe furprenante, les prend, leslie, pour ainfi
dire, avec feslonguesj jambes & lesfuce
de telle maniere , que quand elle les
quitte,ilne refte plus rien que leur peat
& leurs ailes bien entieres > mais fcches comme du parchemin.
Les groffes mouches dont il faut par- Mouchs
ler à prefent, ont pour Pordinaite deux cornuès leur def- D
pouces & demi de long depuis le col criptiona
jufqu'a la queué, fans compter le col,
la tète & les cornes. Leur
eft ovale,
foit qu'on le regarde dans eOrte longueur
depuis le col jufqu'à la queué, foit qu'on
le
dans fa groffeur qui peut avoir
iretd & demi de circonference
dans betentu milieu. Tout le dos depuis le
col eft couvert de deux ailes
ont la
confiftance, lépaifleur & la Barcer d'un
bon parchemin; elles font brunes avet
quelques petites lignes & points noirs';
clles font liffes, unies & comme verniffées. Quoiqu'elles paroiffent tout
d'unes piece & convexescomme le corps
qu'elles couvrent , elles ne laiffent
les étendre & de les tenir affez
aroie
de
A vj --- Page 28 ---
12'
Nowveaux Voyages AnX Hfes
1696. tes quand elles volent. Cette pai:e d'atles en couvre une autre pairc, tant foit
plus courtes que les premicres. Cel- fiEl font moius brunes, > bien plus
nes, plus déliées & plus
les
de forte qu'elles
HE Aretie
premieres, la mouche ne s'en fert point; &
quand
elles débordent de beancoupquandelles
voler. Cette
font en mouvement pour
feconde paire fert encore de couverture
à une troifiéme paire qui eft blanchâtre,
& fi fines qu'elles n'ont pas plus de confiftance qu'une veflie de carpe. Ellesfont
pliffées, & environ de la grandeur des
fecondes. Avec toutes ces ailes, ces
mouches n'en volent pas mieux: elles
fe foutiennenr à la verité en l'air, mais
foit
l'air ou le
elles avancent peu, ailes, que foit
vent maitrife trop ces
les qu'elles faire
n'ayent pas aflez de force pour
agir, il femble qu'elles ne font que piroiierter. Elles paroiffent comme an
vailleau qui a toutes fes voiles dehors, avoir
& qui en eft trop chargé. Après trouve
developpé toutes ces ailes, on
enfin le corps ou le dos de la mouche c;
ileft couvert d'un duvet jaunâtre tirant
farle roux, fin & doux comme de la
foyes le ventre eft couvert d'un femblable duvet, un peu plus court, dont
, il femble qu'elles ne font que piroiierter. Elles paroiffent comme an
vailleau qui a toutes fes voiles dehors, avoir
& qui en eft trop chargé. Après trouve
developpé toutes ces ailes, on
enfin le corps ou le dos de la mouche c;
ileft couvert d'un duvet jaunâtre tirant
farle roux, fin & doux comme de la
foyes le ventre eft couvert d'un femblable duvet, un peu plus court, dont --- Page 29 ---
Françoifes de Amerique.
affurément elles pourroient fc palfer, 1696.
car leur peau eft affez épaiffe, dure &
feche. Élles ont trois jambes de chaque
côté, longues d'environ trois pouces,
divifées en trois parties
forment des
cuifles, des
&
pieds, dont
jambes
les extrémitez font divifées en quatre
efpeces de doigts ou de petites griffes
avec lefquelles elles s'attachent fortetement à ce qu'elles rencontrent, & fur
lefquelles elles s'appuyent & marchent
fort bien & affez vite. La naiflance de
leurs jambes eft au milieu du ventre y
comme celles des écreviffes aufquelles
elles reffemblent affez par la partic la
plus voifine du ventre 2 que Jappelle
cuiffe, quieft plate & quisapplique fort
jufte à la convexité du veatre; ; lap partic
fuperieure de la cuiffe eft plus convexc ;
lap partic qui eft jointe à la cuifle, &
comme la
eft
rdes
je regarde
jambe
moins platte. De ces trois paires dejambes, les deux paires les plus groffes font
attachées fous le ventre ; la premiere à
près d'un
de la queué, ceft-à-dire,
du bout CETERE l'animal ; ;la feconde un
au deffous de la naiffance des ailes,
ET
troifiéme qui eft la plus petite au col de
la mouche, un peu au deffous de fa cornc infericure. Lat tête &le colfontd'unç --- Page 30 ---
Nowveanx Voyages AHX Ifles
fcule 14 picee. La fabltance qui les com1656.
eit dure comme de la corne > noire
pole & luifante comme du jayet. Le
polic col &c la tête n'ont point d'autre mouvecelui qu'elles reçoivent tparle
ment que
les joignent
moyen des carnillages qui enfemble refaul corps. Ces deux pieces
auroit
femblent aflez à un cafque, couvrir qui une
un collet affez long
cette partie
des
Routc
partie ronde, épaules. elle eft comme taillée
n'eft pas dontles angles font fortémoufà
fupericure fort une COIEE Delapartic d'environ trois
ne courbe , creufe, de même matiere Ede de
ces de longueur, le refte de la tète,
même couleur que excroiflancest pointués
quia deux petités de fa longueur; 5 le
au tiers ou environ eft rond,le dellouseft
deffus de la corne
& eft tout garni
un peu creufé en canal,
roufatres,
jufqu'an bout d'un doux petitduver comme du velours,
courts épais deux &
une petite ligne qui
en
par dela corne. Son
EE milieu du dellous deux
extrémité eft partagée en
n'ap petites point
poinres. Cette corne fupérieure diftingué de
de mouvement particulier
eft
celui de la tète. La comneinferieure la
plus courte d'un tiers que fupérieures 2 &
elle fort de la machoire fupéricure,
roufatres,
jufqu'an bout d'un doux petitduver comme du velours,
courts épais deux &
une petite ligne qui
en
par dela corne. Son
EE milieu du dellous deux
extrémité eft partagée en
n'ap petites point
poinres. Cette corne fupérieure diftingué de
de mouvement particulier
eft
celui de la tète. La comneinferieure la
plus courte d'un tiers que fupérieures 2 &
elle fort de la machoire fupéricure, --- Page 31 ---
Françoifes de PAmerique.
reçoit d'elle tout le mouvement dontelle 1696.
abeloin pours'aprocher rous'éloigner de
la corne fupérieure. Elle eft courbe,
plus plate que la fupérieure; eile a quelques excroiflances affez pointués; elle
n'eft point garnie de duvet, elle a fon
extrémité partagée en deux pointes. On
remarque aifementl'endroit oi elle touche la corne fupéricure, en ce quel le
duvet eft coupé en ce lieu-la. Quelques
obfervations
j'aye pli faire, je n'ai
jamais ReEi rà quoi fervoient ces.
deux cornes 2 qui ne me paroiffent avoir
d'autre ufage
la défenfe de l'animal, comme ntrea cornes desbaufs &
des autres animaux cornus. Les yeux
font à côté de la naiflance de la corne
inférieure; ils font durs, tranfparens, 3
gris, immobiles, & ne fortent point
de leurs orbites commc ceux des écreviffes. La bouche eft au deffous de la
corne inférieure; elle efts garnic de quelques petites excroiffances ou pointes qui
tiennent lieu de dents ; avec quelques
poils rudes, durs & longs de trois à quatre lignes, qui font placez au deffous sde
deux petites mouftaches, proprement
applaries fur la partie qu'on
regarder comme la levre
s
Ces mouches naiffent & fe nourriffeng --- Page 32 ---
16 Nouveaux Voyages Aux Ifles
1696. dans la fubltance & le coeur des arbres ,
Bois de Soye. C'eft en effet
Arbres qu'onappellel endroit-là
les trouve,
mar dans ce feul
qu'on
elles fe
les mou- oû felon toutes les apparences accident
ches, & produifent, quand par quelque
eft
lemoyen d'eu cet arbre fc pourtit far pied ou qu'il
avoir. abbatu.
avois befoin pour enLorfque j'en
abbatre
voyer en France, arbres. Jenvoyois S'ils fe trouquelques uns de ces
endroit, comvoient pourris en quelque
j'étois fic
me cela arrive fort fouvent, les faifant
d'y trouver des mouches, en
fendre, & quand ils ne létoient de Fie
faifois donner quelques fait coups à la Mar-
"L commej'ai idirqwiont
avoir des vers de Palmites,
tiniquepour affuré d'y trouver des mouches
& jétois
mois.
cornuès dans trois ou relfemble quarre aflez au
Lc bois de Soye elt
de près
charme. Son écorce
épaille élt blanche &
d'un demi- pouce 5 clle seft
ilale fil
toute hachée. Le bois gris,
long,t tendre &c plein de fevesilekallez bien
Arbres branchu, de belle apparence , fort de
appellez Bois de fournide-fetilles quilappsochencd elles lont tendress
Soyc. celles du charmes
d'un
douces, fines & couvertes
petip
fin comme de la foye;
duvet doux &
nom de
c'eft ce gni lui a fait donnerle
ce 5 clle seft
ilale fil
toute hachée. Le bois gris,
long,t tendre &c plein de fevesilekallez bien
Arbres branchu, de belle apparence , fort de
appellez Bois de fournide-fetilles quilappsochencd elles lont tendress
Soyc. celles du charmes
d'un
douces, fines & couvertes
petip
fin comme de la foye;
duvet doux &
nom de
c'eft ce gni lui a fait donnerle --- Page 33 ---
Francoifes de PAmbrique.
Bois de Soye. Cet arbre n'eft bon qu'à 1696.
fairedes douves pouries bariques,encore
durent-elles peu. Il fe pourrit aifément.
J'ai trouvé dans des gommiers pourris unc autre efpece de mouches fort Aurres
particulieres. Elles étoient de la lon- moucher
gueur & de la groffeur du pouce, fans dinaires: extraorcompter le col & la tètc. Elles avoient
trois jambes de chaque côté & deux petits mordans comme les crabes, avec
deux paires d'ailes de la même matiere
& forme que celles des mouches cornuès; leur peau étoit dure & feche, $
couverte d'un duvet noir, court, doux
& épais comme du velours. Leur tète
étoit longue de neuflignes, elle étoit
jointe au corps par un col qui avoit un
bon pouce de longueur, & qui avoit
tous les mouvemens neceffaires pour la
hauffer, la baiffer & la tournerà droit
& à gauche. Juftement au deffus des
yeux, ily avoit deux cornes toutes droites d'environ un pouce de longueur,
noires comme du jayer, dures, fortes
& pointuès; 9 & au milieu du front une
autre corne de près de deux pouces de
longucur, de même matiere & force
que les précédentes, & qui étoit paralelle àla longueur du corps. J'en ait trouvé guigs-anagsiaavoiee que deux --- Page 34 ---
-18
Nouveaux Tayages Anx Iles
1696. cornes, & d'autres qua n'en avoient
qu'une, 2 mais qui avoit près de trois
pouces de longueur. Je remarquai qu'-
ayant agité queiques - unes de ces trois
dernieres elpeces, pour les obliger à
voler dans ma chambre, elles le faifoient avec tant de force, qu'elles fe
piquoient dans la cloifon qui étoit de
bois, à la verité alfez tendre, & y demeuroient attachées fans s'en pouvoir
tirer. Pour conferver ces mouches & emManiere pêcher quela tête ne fe fepare du
de conenfoncer un
bâton
nediIis
ilfaur leur
petit
ferver les
la tète,
mouches le fondement qui palle jufqu'a
& enfuite les mettre à la fumée
c'eft la
EAE
les faire fecher;
prarique
naire. Ayant cependant remarqué
la couleur de leurs
der
la fumée gâtoit fis fecher dans l'étuve.
& du duvet,Jen
étoient bien
Je vis avec plaifir qu'elles les couleurs
mieux confervées. & que
n'étoient point du tout changées.
les
Je croi avoir déja rentarqué que
premiers Européens qui aborderent aux
iles de l'Amerique, du moins aux petites Ifles, n'y trouverent point d'autres
animauxi quatre pieds, que des lezards,
des agourils, des tatous, des manitous
& des piloris.
dans l'étuve.
& du duvet,Jen
étoient bien
Je vis avec plaifir qu'elles les couleurs
mieux confervées. & que
n'étoient point du tout changées.
les
Je croi avoir déja rentarqué que
premiers Européens qui aborderent aux
iles de l'Amerique, du moins aux petites Ifles, n'y trouverent point d'autres
animauxi quatre pieds, que des lezards,
des agourils, des tatous, des manitous
& des piloris. --- Page 35 ---
EPJCE --- Page 36 ---
Tom - 3 pag 19
Tatou ou armadille.
Tatou en
a
boule.
a E S
a
-
Cspece
Lievre.
toran
Janglier ou
Cochon maron --- Page 37 ---
Frangoifes de PAmbriant.
J'ai dit dans ma premiere Partie 19
ee que jefçavois du lezard & de la tout ma- 1696.
nicre de le prendre & de T'apprèter. Il
y en a affez ce me femble pour contenter les curieux.
J'avois entendu dire à plafieurs
fonnes que les tatous étoient RRICLSETE
particuliers al'Hle dela Grenade,
ne pouvoient vivre dans aucune des qu'ils atltres Ines,&c que quelque foin qu'on
pour les conferver, ils mouroient prit dès
qu'ils paffoient l'Ile de Saint
qui eft environ à moitié chemin Vincent, de la
Grenade à la Martinique. Le Pere du
Tertre l'a crû & l'a écrit, & s'eft trompé; carj j'en ai vû un bien vivant & bien
mangeant au Fort Saint Pierre de la
dont Martinique en 1704. & c'eft de celui-là
je vais faire la defcription.
Ilétoir de la groffeur dun cochon de
lait de vingt cinga trente jours. Sat
Deferig.
étoir petite & longue, fa
tête tion du
armée de dents; ilavoitles guenle bien Tatouou Armaaufli bien
les oreilles, PE petits dille,
& Ane poil, couverte de queud
mE d'écailles.
perits
tites & groffes; il Sesjambes avoit
étoient €
pechaque pied, alfez
quarre griffes à
tout le
longues & fortes;
corps depuis le col jufqu'à la
queué Eétoit couvert & environnéde plu-
ête tion du
armée de dents; ilavoitles guenle bien Tatouou Armaaufli bien
les oreilles, PE petits dille,
& Ane poil, couverte de queud
mE d'écailles.
perits
tites & groffes; il Sesjambes avoit
étoient €
pechaque pied, alfez
quarre griffes à
tout le
longues & fortes;
corps depuis le col jufqu'à la
queué Eétoit couvert & environnéde plu- --- Page 38 ---
20 Nonveaux Yroyageraux Ifes
fieurs rangs d'écailless le
& le
1696. dernier rang, c'eft-àcelui qui
RErOELS
couvroit les épaules, & celui qui couvroit les cuilles, étoient beaucoup le refte plus
larges que ceux qui couvroient
du corps. II mc femble qu'il y enavoit
en tout douze rangs, quivemboctoient
& fe mouvoient Ics uns far les autres,
commeles cuiffars & les braffars des gens
moyen d'une peau ou maarmez, de parle cartillage qui uniffoit tous ces
niere d'écailles. Elies font d'une couleur
rangs de gris fale, avec quelques peritcs marques blanches. Elle avoient Cet l'épailleur animal
d'une piece de quinze fols.
& fe
elt fort fenfible 5 il fe plaignoit
mettoit en bouic, dès queje prellois un
fes écailles. Je remarquai que tous
peu ces rangs, outre le mouvement les
les uns
ae
avoient pour avoient s'emboëter encore un autre tout
autres, de en
du dos, parle moyen
le long T'épine,
& s'élargifloient
duquel ils s'étendoient
de l'apour donner la liberté aux pieds
de
nimal de fe montrer , de s'alonger, ,
fc monvoir. La
quila fous le ven-
& paroir allez
tre eft
poil
délicate. grife, Dès quil a
1 il retire fa
tère fous fon éu aille, ECUE ne lailfe paroibout du groiin. Ilploye
tre quele petit --- Page 39 ---
Françoifes de PAmbrique.
enfaite fes pieds fous fon ventre & fa 1696.
queué par deffus; fes écailles fe referment & les cachent entierement , & les
deux extrémitez de l'animal fc raprochant,i il devient comme une boule
far fes deux poles. On
erifte
platic qu'il n'eft pas difficile de le prendre
quand il eft dans cette fituation. On dit
qu'ilelt: aflez malaifé de la lui faire +
echanger, parce que la
lui fait refferrer
toutes fes écailles T mefure, a qu'il fent
qu'on fait effort pour les ouvrir; 5 mais
ilobéit & fe montre dès qu'on
che allez du feu
en faire
TEEE
tir la chaleur. te vit de feiilles, de
fruits & de racines qu'il découvre avec
fes grifles, & qu'ilcoupe avec fes dents.
Il n'eft
d'une taille leagrimper fur les
arbres R à courir bien vite. Je croi
p'uror qu'ilfe cache en terre,ou dans sdes
fouches ou troncs d'arbres. Je n'ai point
mangé de fa chair àla Martinique, mais
étantà la Grenade en 17e0.j'en al mangé plofieurs fuisse clle eft blanche, graffe
& délicate : elle ne peur gueresètte autrement, vû la nourriture qu'il prend:
elle a pourtant befoin d'ètre aflaifonnée
avec des épiceries, parce qu'elleelt un
peu fade.
.3 Les Elpagnols appellent cet animal
es ou troncs d'arbres. Je n'ai point
mangé de fa chair àla Martinique, mais
étantà la Grenade en 17e0.j'en al mangé plofieurs fuisse clle eft blanche, graffe
& délicate : elle ne peur gueresètte autrement, vû la nourriture qu'il prend:
elle a pourtant befoin d'ètre aflaifonnée
avec des épiceries, parce qu'elleelt un
peu fade.
.3 Les Elpagnols appellent cet animal --- Page 40 ---
Nowveaux
Aux Ifles
Armadillo, 22
à caufe Iant l'efpece d'armu1696.
couvert. Ilyen a quantiré
re dontileft ferme. Le Aeur de Rochedans la Terre
du Pere du Terfort
eft le copifte Tabago ou Tabac,
tre, qu'ily enaà
aux HollanIile appatenante cy-devant Georges Mardois. Ces deux Auteurs,
XiMonard, Pifon, François
grave, menes & autres, , qui felon les apparences fe font copiezles uns les autres > attribuent de grandes vertus aux OS & aux
écailles déftct animal. Ils difent quela
desosdu Vertus
de fes écailles seft excellente pour
Tatou. poudre
celle du premier
guérir la vérole; c'cit-à-dire que
de celui
OS de la queue,
étant se
cft le plus proche du corps, dans l'oreille - >
avec un peu de cotton cclle de la queué
guérit la furdité 5 que uriner; & que
prife dans du vin faifoit
&c
celle de fon armure mife en pâte oi
du
1;
pliquée fur les parties
corps les atiroit
a quelques
enfoncées de belles > chofes, il
dehors. riares bien
clles font
de fçavoir f
ne s'agit que
faires avec foin
vraies. Des expéricices découvrir ce qu'on
& réiterées s.peuvent
en
croire. de Tatou que cet animal
ECn nom
Caraib"
le mot
EE
te chez nous, eft fervent
le defigner.
2os Indicns fc
pour --- Page 41 ---
Frangoifes de LAmbrique.
L'Agouti eit une cfpece de liévre 23tient beaucoup du cochon. Je croi qui 1696.
s'en trouve dans toutes les Ifles: ileft qu'il
vrâi quej je n'en ai point vû à la Martinique 5 les ferpens en font peut-être caufe, mais en échange il y en a quantité
àla Guadeloupe, la
Dominique, 3 Saint
Chriftophle, dans les grandes Ifles &
dansla de denx Terre-ferme, ou on en trouve
le
cfpeces : l'une qui conferve
nom d'Agouti ou Acouti, & l'autre
que l'on appelle Agouchi. La differen- elpece
ce n'eft pourtant pas bien grande. Le licyre,
nom eft Caraibe.
Le plus grand que j'aivà, étoit del la
longucur & groffeur d'un cochon de
deux mois. On en. 2 voit de
& de plus petits.
plus grands
Le corps &c la tête reffemblent entierement au cochon,
un peu plus peintue. excepté Ses oreilles qu'elle eft
courtes, minces & rondes; il les dreffe font
comme le lievre. Sa
eft
elle eft couverte d'un peau
blanche;
en petite quanrité, poil roux, rude &c
& pelée. Ses pieds font Saqueué tout eltcourte, à fait femblables à ceux des
Vant ont
lievres; ceux de deriere fix. quatre Il ongles, & ceux de derquand ilcf court parfaitement bien
en_rafe campagnc, ou dans
Ses oreilles qu'elle eft
courtes, minces & rondes; il les dreffe font
comme le lievre. Sa
eft
elle eft couverte d'un peau
blanche;
en petite quanrité, poil roux, rude &c
& pelée. Ses pieds font Saqueué tout eltcourte, à fait femblables à ceux des
Vant ont
lievres; ceux de deriere fix. quatre Il ongles, & ceux de derquand ilcf court parfaitement bien
en_rafe campagnc, ou dans --- Page 42 ---
24 Nowveaux Voyages aux IRes
1696. une favanne où P'herbe eft courte: mais
quand il ale malheur dc fe trouver dans
des cannes coupécs, il fe lafe bien-tôt,
&c on le prend, ou on le tuc facilement,
enfonce à chaque faut qu'il
parce fair ti les pailles qui fout fouvent de
plus d'un pied d'épailleur, & d'oà ila
bien de la
à te urer, àcaufe que
fes jambes ront affez courtes, & fur
tout celles de devant. C'eft par cette
mème raifon que les defcentes un peu
roides ne lui font pas favorables, parce
qu'il Iroule ou fait la culbute en séforçant de courir. Il a l'ouye fubuile; il
eft extrémement craintif; il s'arrète &
écoute comme lel lievre quandonle fiflc, & c'eft le tems qu'on prend pour
le tirer.
nommé PierNous avions un Négre
chafle fans
rot Tabot qui alloità cette
Chaffe autres armes qu'un bâron, avec un pedc l'A- tit chien
quéter. Quand il en
gouti, avoit LENeEr un, > il couroit après,
tandis
fon chien qui étoit fait à ce
badinage, que faifoit un grand cercle du
côté que fon maitre lui montroir, &
toûjouts en jappant, non feulement
redreffer i'animal & l'empècher
Ep gagner des coftieres & autres lieux
diflicues, mais encore pour le poulfer
dans --- Page 43 ---
Frangoifes de PAmerique.
25 -
dans des cannes coupées ou de jeunes 1696,
cannes où il étoit bientôt pris. Lorfque
cetanimal fe fauve dans des arbres creux
ou dans des fouches d'arbres abbarus où
il repaire ordinairementy on' allume
despailles & des brouffailles à la bouche
du trou, la famée l'oblige de déloger
& on le tue en fortant. Il vit de
fruits, de feiilles', de patates & de
manioc.
Onl l'échaude comme un cochon de
lait. Sa peau eft blanche, auffi bien
Maniera
fa chair, ,
eft que de
tendre
pit
&
Quandon le
rô
me
tir à la
Ere
broche, on a foin de le remplir
d'une farce qu'on fait dela freffare, avec
des jaunes d'aufs, des herbes fines &
des épiceries, J'en ai mangé pluficurs
fois de cette maniere & en d'autres fa-
& je l'ai toujours trouvé trèsDonrs & de facile digeltion.
Ce font les E/pagnols qui ont
toutes les Ifles de chevaux,
peuplé de
boeufs & de cochons dans les d'ânes, comencemens de leurs découvertes. Ils mettoient un nombre de ces animaux. dans
dest.l lfles où ilsrabordoient, afin qu'ils
multiplialfent, & qu'ils en puffent trouver dans la fuite quand ils en auroient
befoin, & fur tour pour le rafraichif.
Tome I1.
B
rs & de facile digeltion.
Ce font les E/pagnols qui ont
toutes les Ifles de chevaux,
peuplé de
boeufs & de cochons dans les d'ânes, comencemens de leurs découvertes. Ils mettoient un nombre de ces animaux. dans
dest.l lfles où ilsrabordoient, afin qu'ils
multiplialfent, & qu'ils en puffent trouver dans la fuite quand ils en auroient
befoin, & fur tour pour le rafraichif.
Tome I1.
B --- Page 44 ---
.26
Nowveanx
aux IRes
1696. fement de leurs
lorfqu'elles
rALe
motnlleroient à quelques - unes de ces
Ifles. On ne fçauroit s'imaginer combien ces animaux ont multiplé, &c quel- dans
leprodigieule quantité il yen avoit
zoutes les grandes & petitertiles, quand
les François & les Anglois font venus
établir; mais les uns & les autres
sy
leur indifcréont trouvéle mayen, par
8c
tion, w:
d'en bien diminuer le nombre,
far tout dans les petires Ifles, où on ne
de fangliers; ou fi
trouve prefque plus c'eft dans sles lieux les
on en rencontre, du
difficile accès.
plus reculez & deschevaux, plus
des baufs
On ne trouve
dans lesgran-
& des ânes fauvages que
n'ont-ils
des Ifles, Aufli les E(pagnols Porttic,
mis de ces trois elpeces Couve qu'à & la JamaiSaint Domingue, Terre-ferme. Lenom-
& dansla
dimiEea de ces animaux eft beaucoup diminuë
nué dans- les grandes Hles, l'indifcrétion &
encore tous les jours par
des Boucaniers qui mentindiliresment les mâles. Pour ce
les femelles comme marons, on en trouqui eft des cochons allez bonne quantité daris
ve encore une
dans des enles grandes Ifles, quoique 8cplus difficidroits bien plus éloignez
lcs qu'autrefois --- Page 45 ---
Franpoifes de PAmérigne.
Les cochons marons qu'on trouve
dans les Ifles sfont de deux fortes, &il 1696.
eft facile de les diftinguer. Ceux qui peces Dcux ef- de
viennent de race Elpagnole, c'eft-à-di- cochons
re, de ces premiers que les Elpagnols marons.
y mirent dans les commencemens de
leurs découvertes, font courts &
ramaffez ; ils ont la tête grofle & le
groiin court. Leurs defenlcs font fort
longues 5 ils ont les jambes de devant
plus courtes prefque d'un tiers, que celles de derriere. Leur poil eft long, rude & tout noir. Ils courent bien mieux
dans les plaines & en montant qu'en
defcendant; il leur arrive fouvent de
culbuter, quand ils font contraints de
defcendre quelque endroit un peu roide en fuyant, s & cela à caufe de l'inégalité de leurs jambes. Ils fe défendent
vigoureufement & avec fureur contre
les chaffeurs & les chiens, & ils fone
extrémement dangereux, quand lils font
bleflez,
Avant que j'euffe été en
ne fçavois d'oi étoit venué Efpagne la race de je
ces cochons ; mais j'ai reconnu étant à
Cadix & aux environs, que les premiers
qu'on avoit portez en Amerique avoient viennens D'od
été pris en ce pays-la, parce que tous les coceux qu'on y voit encore aujourd'hui chons maronsa
Bij
ils fone
extrémement dangereux, quand lils font
bleflez,
Avant que j'euffe été en
ne fçavois d'oi étoit venué Efpagne la race de je
ces cochons ; mais j'ai reconnu étant à
Cadix & aux environs, que les premiers
qu'on avoit portez en Amerique avoient viennens D'od
été pris en ce pays-la, parce que tous les coceux qu'on y voit encore aujourd'hui chons maronsa
Bij --- Page 46 ---
Nowieanx Yoyages anx Ifles
1696. leur reffemblent entierement. vient des cochons
La fecondeefpece fc font échapez des
domeltiques les qui nourriffoit. Ils ne diffeparcs od"on rien de ceux ide France, d'oà
rent en
été
& il
leurs ancètres ont
apportez, deux
fe
les
elpeces
ne paroir
e féroit une chofe allez
foient rtiter
deux races de coparticuliere que confervé ces entr'elles l'antichons cuffent eftentre les deux nations qui
pathie qui
aux Ifles. (aoiquil
les ont apportées
nom de
en foit, on leur donneatousle à-dire fauvages,
Cochons marons, c'eft
fe
comme onle donne aux Négres qui
fauvent de la maifon de leurs maitres,
vivre en liberté dans les-bois. toupour Les vaiffeaux François .qui de ont Siam &c
ché aux Ifles en revenant une autre
de la Chine, y ont apporté ont les' jambes
efpece de cochons, qui de poil 8 le venfort courtes, très-peu de maniere que celui des
tre très-gros 5
elles font
truyes traîne à terre, de ces quand cochons a tant
Cochons pleines. La taille à celle des Chinois,
de Siam de reffemblenee
donnée dans
ou de la
le Perele Comte enousa
me
Chine.a a defcription de la Chine, quil
les devroit plutôr appeller
femble qu'on
que cochons de
cochons de la Chine, --- Page 47 ---
Françoifes de PAmtriqne.
Siam, comme on fait aux Ifles. Aur refte 1696.
ces cochons ont la tète & le groiin fort
courts, lcur queiie toute droite tombe
vers la terre perpendicalairemen, & a
un
duled'un ccecneit horloge. Comme ils ont
coup plus de graiffe que de chair, ils
font meilleurs aulait que lorfqu'ils font
plus vieux. Leur chair eft délicare & fort
blanche. Ils multiplient extrêmement.
Une chofe qui eft à remarquer dansles
cochons . qui font aux INles, c'eft quel'on
n'en a jamais vû manger des ordures,
comme ils font dans les autres parties du
monde. C'eft un proverbe en Amerique,
& l'expérience le confirme rouslesjours,
le cochon de lait, la volaille d'In3:5 & le pigeonneau, font meilleurs
aux Ifles qu' l'en aucun lieu du monde. Je
ne fuis pas allez habile connoiffeur
décider là. deffus. J'aurai occafion pour de
parler des Piloris ou Rats mufquez dans
un autre endroit. Alégard des Manitous ou Opaffitm, je n'enaijamais và:
ainfi le Lecteur mer permettra de h'en
rien écrire far le rapport d'autrai, à
moins que je n'en aye une évidence.à
n'en pouvoir douter.
B iij
les qu' l'en aucun lieu du monde. Je
ne fuis pas allez habile connoiffeur
décider là. deffus. J'aurai occafion pour de
parler des Piloris ou Rats mufquez dans
un autre endroit. Alégard des Manitous ou Opaffitm, je n'enaijamais và:
ainfi le Lecteur mer permettra de h'en
rien écrire far le rapport d'autrai, à
moins que je n'en aye une évidence.à
n'en pouvoir douter.
B iij --- Page 48 ---
30 Nowveanx Yoyages AMX Ifles
1696.
CHAPITRE II.
Du Cotton. De Parbre qui ile porte. De
fes diferentes efpeces, 6 des monlins
pONT Péplucher.
E trafic le plus confidérable qui fe
L fafle depuis la riviere du Baillif
jufqu'au gros morne,, eft celui du Cotle
ne dczon. L'arbriffeau qui porte
-
vient jamais bien gros ni bien grand 5
qu'on a' foin de le couper tous les
Eec ou trois ans pour le renouveller.
davantage, &
On prétend qu'il porte
eft plus
le cotton qu'il produit
Besa
Onle coupe ordinairement au ras de
terre, & on choifit pour cet effet foit un
tems de pluye, afin que la racine
humeétée, &c plus en état de produire
Elle en poulle
de nouveaux rejettons. du fruit
fept ou huit qui portent
ET
ou huit mois au. plà-tard L'écorce après de que cet
tronc a été coupé.
le bois
arbriffeau eft mince & grife,
Vasy
eft blanc, tendre & fpongicux. char- Ses
branches viennent affez droites &
de beaucoup de feiilles, qui font
gées --- Page 49 ---
Bm3.ma:so.
Rameau de Cottonier.
O
Gousvé de Colton
ouverte --- Page 50 ---
RPJCB --- Page 51 ---
Frangoifes de PAmerigne.
3I
partagées en trois partics comme celles 1696.
de la vigne, mais quifont bien plus pctires, plus minces, plus tendres. Eiles
font d'un verd gai > quand elles font Defcripnouvelles, & que l'arbriffeau eft jeune : tion du
leur couleur fe change à mefure que l'ar- Cotton- nier.
bre vieillit. Il Aleurit & porte deux fois
l'an. La fleur eft compofée de cinq fetiilles qui font comme une mlippe avorrée,
le calice eft foutenu par autant de petites foiiilles vertes, dures &
La fleur
pointés.
eft jaune, rayée par dedans de
filets couleur de pourpre avec un piftil
qui fe change en un bouton ovale un
peu pointu, de la grofleur d'un ceufde
pigeon ou d'un petit ceuf de poule 3
qui s'ouvre &c fe partage en trois,
quand le cotton eft mûr. Çe bouton
L
eft verd au commencement, il devient
brun & prefque noir, fec & caflant:
quand le cotton échauffé pat l'ardeur
du foleil & ayant toute fa maturité,
s'enfle, & fait ouvrit la coque
le
renfermoit avec un peu de
il
tomberoit
TELRER
pour lors a terre, fe
roit &c fep perdroit, fion n'avoit pas gâte- foin
de le recueillir, & c'eft ce qu'on ne
manque pas de faire. Les Négres
y font employez ne cueillent point 9e
gouffes, que quand ils les voyent, ou
B iv
& ayant toute fa maturité,
s'enfle, & fait ouvrit la coque
le
renfermoit avec un peu de
il
tomberoit
TELRER
pour lors a terre, fe
roit &c fep perdroit, fion n'avoit pas gâte- foin
de le recueillir, & c'eft ce qu'on ne
manque pas de faire. Les Négres
y font employez ne cueillent point 9e
gouffes, que quand ils les voyent, ou
B iv --- Page 52 ---
- 32 Nowveaux Toyages anx Ifes
1696. tout-à-fait ouvertes, ou qui commencentàs'ouvrir.
Les Cottonniers ne demandent pas
"Terre une terre gralle, ils ne veulent quun
propre pour les terrain leger & fec, & n'ont befoin
Cotton
quelques jours
niers. de pluye que pendant été
8c
après qu'ils ont
coupez,
après ccla
que le fruit a été cieilli. Après beau
un tems fec rend le cotton plus
& plus abondant. celui des Ifles
ileft vrai que
en
Qualirez
celui du Levant
STut
du Corde beaucoup
en
Chaton des cheur, en finefle &
longucur.
Iles.
gouffe ou coque contient cinq, les
comme
fr ou
graines groffes 8 rabopois ig.Eae mais plares
eft
teufes, ce qui fait que le cotton y
adherent. deux fortes de graines, &c
Sagraine Il y a de
du cotton dc deux efeft verre par conféquent
vertes ou noiou noire. peces. Ces graines font le cotton quia
res. On prétend que davanrage,&
la graine noire, facile produit à éplucher; c'eftquil eft plus
aifément
idires qu'on le fepare plus
de fcs graines, parce qu'érant adherentes. plus
liffes, elles font auffi moins
à
le cotton graiMais on convient
&
long; &
nes vertes eft plus Ars plus
C
la difficulré qu'ily a à Téplucher
que --- Page 53 ---
Françoifes de LAmerique.
eft bien recompenfée par fa beauté. On 1696.
les mèle ordinairement enfemble; car
outre qne tout le monden'eft pas capable
de connoître cette difference, Tun fait
palferl'autre, & leplus beau aide celui
qui l'eft moins.
Lorfque le cotton n'eft pas épluché,
c'eft-à-dire, lorfqu'il n'eft
feparé de Cotron
fes graines, onl'appelle Coiton past en
en pierre. On ne le vend jamais de cette RRER
te, &c il eft prefque inoûi qu'on s'en
charge, , parce que lan diminution eft
très grande, & toujours certaine.
La machine pour l'éplucher eft affez Monlin
fimple, C'eft un chaflis quarré
Pour ecompofé de quatre montans d'environ longs? i: ucher Cotquatre pieds de haut, qui font joints ton.
enfemble par huit entretoiles, quatre
en haut & quatre en bas.us Ileft traverfé par deux fufeaux ou qnenotilies
qui ont des tayères dans .toute leur
longueur, qui fe meuventiloppofire
l'une de l'autre par des manivelles
font deffous, &à côté du chaflis, anf. qui
quelles ily a des cordes qui épondent
à des marches fur; lefquelles cclui qui
travaille met les pieds, qu'il haufle
& quil baiffe fucceflivement l'un après
l'autre, afin d'imprimer le mouvement aux fufeaux; il eft pour cet effet
B V
ayères dans .toute leur
longueur, qui fe meuventiloppofire
l'une de l'autre par des manivelles
font deffous, &à côté du chaflis, anf. qui
quelles ily a des cordes qui épondent
à des marches fur; lefquelles cclui qui
travaille met les pieds, qu'il haufle
& quil baiffe fucceflivement l'un après
l'autre, afin d'imprimer le mouvement aux fufeaux; il eft pour cet effet
B V --- Page 54 ---
Nowveanx Yoyages anx IRes
34 aflis devant le chaflis, & il a devant lui
1696.
de
à huit pouune petite planche
fept
le
ces de large, & aufli longue de que deux
chaflis eft large;l c'eft-à-dire
pieds & demi ou environ. Elle eft attachée mobilement aux montans du
chaflis, vis-à- vis & tout proche des
deux quenoitilles. Ceftfir cette planche
quelouvrier met le cotton. Ille prend
elans un panier qui eft à fa gauchic, &
l'étend & le poulffe avec la droite tout
le long des quenotilles, qui font éloignées Fune de l'autre fuffifamment
laiffer paffer le cotton qu'elles
pour attirent parleur mouvement 5 mais trop
proches & trop ferrées. pour forcées laiffer de
paller les graines qui étant
fe détacher du cotton qui les enveloppoir, & auquel elles étoient attachées
les inégalitez de lears fuperficies S,
par rombent à terre entre les jambes de
louvrier 2 pendant
le cotton
dece les
s'eft trouvé engagé
LU
les, palle de Fautre côté, & tombe
dans un fac qui eft ouvert, &c attaché à
patalelle
à une autre petite planche
la premiere, mais polée un peu en
du cotton
Dems
te
diriger la chûte
le Feur
On s'eft quelquefois fervi de que- --- Page 55 ---
Frangoifes de l. Amerique.
nouilles d'acier. Elles duroient bien 35
1696.
pluz long-tems que celles de bois,
changer & renouveller affez
vent.
2nd
Cependant on a quitté entierement celles d'acier, parceque l'humidité du païs les faifant roitiller, elles
gâtoient le cotton. Celles dont on fe
fert font de bois rouge ou autre bois
roide ; elles n'ont pas le défaut de fe
roiiller, ni de gâter le cotton. Onappelle cette machine un moulin à cotton.
Un bon ouvrier peut éplucher cinquante-cinq à foixante livres de cotton par
jour.
Voici la maniere de l'embaler. On
fait un fac bien coufu auquel on Cm-d'embar Maniere
trois aunes & demie de groffe eler le
de
Cotton,
EULa
vitré, qui a une aune & trois
pouces de large. Après que le fac eft
trempé dans l'eau & bien imbibé, on
le fufpend en l'air en l'attachant
fes bords à des traverfes cloiiées à 825
poteaux
en terre de fept à huit
pieds de
On moitille le
Rianeto
fac afin
que le cotton s'y attache de 3 fans cette
précaution il ne feroit
gliffer, & il
feroit impoflible de A1 fouler. Celui
qui doit faire la balle entre dans le fac
qui a fix pieds neuf pouces ou environ de profondeur, & foule le cotton
B vj
fes bords à des traverfes cloiiées à 825
poteaux
en terre de fept à huit
pieds de
On moitille le
Rianeto
fac afin
que le cotton s'y attache de 3 fans cette
précaution il ne feroit
gliffer, & il
feroit impoflible de A1 fouler. Celui
qui doit faire la balle entre dans le fac
qui a fix pieds neuf pouces ou environ de profondeur, & foule le cotton
B vj --- Page 56 ---
36 Nowveanx V'oyages anx Ifles
1696. qu'on lui donne avec les pieds & les
poings: il rafraichit la toile de tems
en obfervant de fouler bien
en tems,
tout , & ne mettant dans
également le fac que par peu de cotton à la fois; ce
qu'il continné de faire julqu'àce qu'elle
foit pleine : pour lors on la détache
& on coud Touverture. Le tems le
pour emballer le cotron eft
plus propre
un remps humide ou pluvieux, pout- Une
vû qu'on travaille à couvert. faite doit
balle de cette façon bien
contenir trois cens à trois cens vingt
livres de cotton.
la fin de 1702.
Differens Depuis 1698.jufqu'à
- cinq
prix du on le vendoit aux iiles quarante
Couon
neuf fols la
livresle cent, c'ett-à-dire,
livre, ce qui étoit un très-bon prix.
En 1705-il valoit encore trenteà trentecinq livres. Ceux qui l'envoyent en
France pour leur compte payenr le pour en
lc fret, ceft-à- dire, pour
En
deux fols
Eer
rems de paix, cela fe par iégle felon le
tems de des guerre vaiffeaux qui font S en chatnombre
ge. Depuis la paix de Rifvick jufqu'en
on a vendu le cotton à Nantes,
Bordeaux, 1703.
la Rochelle, jufques a cent
livres le cent; far 9 oi il faut
quinze --- Page 57 ---
Françoifas de LAmtrique.
déduire le fret, les droits d'entrées, les 1696.
avaries, la commiflion, l'embalage, &
la *tarre. On ôte ordinairement trois
pour cent pour la tarre, c'eft-à-dire
pour la pefanteur de la toile qui fait la
bale.
Les gens qui pallent des Illesen France, &c qui ne portent avec eux qu'une
médiocre quantité de cotton, comme
mille ou douze cens livres,u lieu de
le mettre en bales, en font faire des
matelats; & quand ils font arrivez, ils Les males font defcendre à terre fous le nom t:lats ne
de differens Pallagers on Matelots. Ils payent
évitent Par ce moyen les droits
aeleEE
trécs.
trées , parce que les Doiianniers ne
demandent rien pour deux . matelats
pour chaque perfonne. C'eft à ceux qui.
font ce ménage de voir s'ils peuvent
en confcience frauder les droits du
Prince: oufle prix de la toile quilfauc
faire les matelats, n'excede pasles
Rrotr d'entrées.
Lesbales ou matelats de cotton fontt Ufagedes bales de
fort utiles dans un vaifleau, quand on cotton
eft obligé de fe battre. On les met vaiffeau, dans un
dans des rets autour des gaillards. Ils
fervent d'un très-bon garde-corps, que
les coups de moufquet ne (çauroient
les droits du
Prince: oufle prix de la toile quilfauc
faire les matelats, n'excede pasles
Rrotr d'entrées.
Lesbales ou matelats de cotton fontt Ufagedes bales de
fort utiles dans un vaifleau, quand on cotton
eft obligé de fe battre. On les met vaiffeau, dans un
dans des rets autour des gaillards. Ils
fervent d'un très-bon garde-corps, que
les coups de moufquet ne (çauroient --- Page 58 ---
;8 Nowveanx Foyages aux Ifles
1696. percer, & qui iamortillent beaucoup les
coups de canon.
Onpour- Les graines du cotton contiennent
roit faire fous une peau noire ou verte > une
delhuile avccles fubftance blanche, oleagineufe comme
graines, les amendes, & qui n'a ni mauvais
goût ni mauvaife odeur. On en pourroit faire de Phuile. D'autres gens
accoûtumez au climat
GeC
des François
dolent des Iles, ne négligeroient pas
cet Ilya, avantage. aux Ifles une autre cfpece de
Cottonniers, dont les graines ont été
apportées de Siam s que lon appelle
I Colton par cette raifon, Cotton de Siam. Il ade Siam. naturellement la couleur de caffé clair.
Ce cotton eft d'une fineffe extraordinaire, il eft long & plus doux que la
foye. On en fait des bas qui font d'une
fineffe admirable & d'une beauté qui
fait honte aux plus beaux bas de foye.
Mais comme cet ouvrage confomme
beaucoup de tems, on fait peu de ces
bas, & ils font fort chers. J'en ai vû
qui ont été vendus dix, douze & quinze écus la paire.
Cotton Nous avons encore une autre efpece
de Fro- de cotton, qu'on appelle, Cotton de
mager. Fromager. L'arbre qui le
devient
fort
& fort
on n'a pas
Erun
gros
grand. --- Page 59 ---
Frangoifes de
foin de létèter, il poufle 1Amirigue. fon
haut fans aucunes branches
jet fort 1696.
il a vinge-cinq ou trente pieds que de quand
& fouvent davantage. Son écorce haut
verte quand l'arbre eft jeune, & eft de
l'épaiffeur devient de fix à fept lignes ; elle
grife & plus épaifle à mefare
que l'arbre vieillit. Sa fetille eft
& paroît étroite 2 parce qu'elle longue eft
découpée en trois parties dans
fa longueur. Elle eft tendre
toute
d'un verd clair, quand elle , peu eft épaiffe,
un peu plus
jeune, 2
vieille & fur le oblcure, 5 quand elle eft
elles tombent point de tomber ; car
tous les ans au
cement de la faifon pluvicufe, commen- d'une
maniere qui ne laiffe point l'arbre déplace poiillé, parce qu'elles ne quittent la
celles qu'elles qui leur occupoient doivent
que quand
pouffent dehors en
fucceder les
ces. Trois ou quatre jours prenant fuffifent leurs plarenouveller l'arbre entierement.
veut le
MEonE
qu'à qu'on
faire grollir, il n'y a
découper fon écorce
laire afin de donner le
perpendicude fe dilater. L'écorce moyen elt att bois
chargée de
toujours
tes & rondes, groffes épines, droites, for- -
de
d'un
ou environ
hauteur, dont la ouergu qui en a pref-
. Trois ou quatre jours prenant fuffifent leurs plarenouveller l'arbre entierement.
veut le
MEonE
qu'à qu'on
faire grollir, il n'y a
découper fon écorce
laire afin de donner le
perpendicude fe dilater. L'écorce moyen elt att bois
chargée de
toujours
tes & rondes, groffes épines, droites, for- -
de
d'un
ou environ
hauteur, dont la ouergu qui en a pref- --- Page 60 ---
40 Nowveaux Voyages aux Ifles
1696. que autant, fait avec la pointe une
maniere de piramide. Elles: ne font
point du tout adherentes au corps de
l'arbre, c'eft l'écorce feule qui iles foutient, ençore eft ce fi foiblement qu'il
fuffit de les toucher un peu avec un
bâton pour les faire tomber. Eiles ne
laiffent qu'un veftige blanc fur la
t,
ros
à l'endroir qu'elles occupoient
qu'on remarque aucun autre ni dans veftige le
dans lépaiffeur de lécorce
T
bois. Le bois de cet arbre eft blanc &
tendre, mais il eft filaffeux, ce
le
rend dificile à couper, fur tout
m
ileft un peu vieux ; il leftp ployant & fouple, & vient fort vite. Je ne fçai s'il
étoit plus tendre du temps du Pere du
Tertre, ou fi les haches dont on fe fervoit alors, étoient d'une autre trempe :
s'en faut
mais je fçai très - bien, qu'il les arbres le
beaucoup qu'il foit de tous
plus facile à couper.
devant
On le plante ordinairement fraicheur
les maifons pour joiir de la
de fon ombie, & on le choifit plurôt
qu'un autre, parce qu'en très-peu d'aunées il devient très gros &c fort garni
de branches & de feuilles, aufquelles
on fait prendre telle fituation que l'op
veut. --- Page 61 ---
Françoifes de PAmerique.
Peu de jours après qu'ila changé de 1656.
feuilles, il pouffe fes Aeurs par gros
bouquets; elles font petites, délicates,
blanches, & tombent en moins de huit
ou dix jours; des goufles oucoffes vertes fuccedent aux tiges qui étoient
chargées de Aeurs. Elles font de la groffeur & de la figure d'un ceuf de
mais un
pointuès par les Lorique Te cotton qu'elles renferment
eft au point de fa maturité, il fe dilate
tout d'un coup > & fait éclater la gouffe
avecbruit, &le cotton quien fort auflitôt feroitemporté par le vent, fion nele
recueilloit promptement. Ce cotton eft
de couleur de gris de perle, extrémement fin, fort doux & naturellement
luftré. Ileft plus court que le cotton
blanc ordinaire. On nelaiffe pas cependant de le filer. J'en ai vû des bas qui
étoient d'une grande beauté.
Les goulfes renferment encore des
graines qui font la femence de l'arbre,
elles font brunes, plates comme des
haricots & allez tendres. On nes'amufe
gueres à les femer, parce que l'arbre
vient parfaitement bien de bouture, &
plas vite.
On dit que ce côtton eft de contrebande en France, parce qu'il nuiroit
On nelaiffe pas cependant de le filer. J'en ai vû des bas qui
étoient d'une grande beauté.
Les goulfes renferment encore des
graines qui font la femence de l'arbre,
elles font brunes, plates comme des
haricots & allez tendres. On nes'amufe
gueres à les femer, parce que l'arbre
vient parfaitement bien de bouture, &
plas vite.
On dit que ce côtton eft de contrebande en France, parce qu'il nuiroit --- Page 62 ---
Nouveaux
anx Ifles
1696. aux poils de caftor,
loutres & d'auetri
tres animaux, dont on fe fert pour la
fabrique des chapeaux fins.
Nous nous en fervons aux Ifles pour
faire des oreillers, des traverfins & mème des coûettes, au lieu deplumes. On
prérend qu'il eft plus fain, & qu'il tire
davantage Thumidité du corps. Ilexcite
par fa chaleur le mouvement des efprits,
& la chaleur dans les parties engourdies.
On Fapplique far les eflomacs affoiblis
ou defituez de chaleur, & fur les membres paralitiques, avec de très-bons fuccès. Cequilya de fort commode, c'eft
qu'on n'eft point obligé de le remuer,
quand on s'en eft fervi; il fuffit del'expofer un moment au foleil pourle voir
fc relever de foi-mème, & remplir entierement la toile qui le renferme.
EottonIl y a encore un arbre qui porte du
nier de cotton qu'on appelle Cotton de Mahot.
Mahot,
ci-devant du mahot qui vient
ou grand Jai parlé
des falaifes,
Cotton- fur le bord des rivieres &
nicr blane. que je prends pour une elpece de mangle, qui ne porte point de fruit quoifeuriffe. Celui dont il eft ici quefqu'il
tion & qu'on appelle à Saint Domingue,
Cottennier blanc, eft un arbre fort
grand & fort gros! J'en ai vû de
de diametre. Sa
eiz
de quatre pieds --- Page 63 ---
Frangoifes det-Amerigue.
eft dentelée, ronde, avec une
pointe, d'un verd obfcur. Son écorce petite 1696.
eftg grife, épaiffe d'un bon pouce & fort
adherente au bois, > qui cit gris,
gieux, tendre & mêlé, fans
fponmarque
qu'on reprefque aucune difference cntre l'aubier & le cceur. Il feurit
la faifon des pluyes; fes fleurs font dans
nes &c affez grandes. Il
des colles jauovales remplies d'un ditam fin, doux &
court > que le vent porte par
&c
couvre tout l'arbre & les environs, tout, dès
quela coffe quile renferme vienrds'ou.
vrir. Les perfonnes
fe donnent la
peine de l'amaffer, 2 fervent à faire
des oreillers au défaut de celui de fromager quieft infiniment meilleur.
Ilya de ces arbresà Saint Domingue
qui font d'une groffeur extraordinaire.
Ons'en fert
faire de très - grandes
il
Eopomeit ileft tendre &
FTE facile à travailler &
leger,
capable de
porter ungrand poids, mais auffiil dure peu, fefend aiféments l'eau le
rit affez vite, & les verss'y mettent, pour- à
moins qu'on n'ait foin de le foutenir
pir dedansavec descourbes, de lel bien
guudronner de tous côtez & de le tenir
toujours hors de l'eau fur des
& à couvert du foleil, quandon rouleaux,
fert pas.
nes'en
TE facile à travailler &
leger,
capable de
porter ungrand poids, mais auffiil dure peu, fefend aiféments l'eau le
rit affez vite, & les verss'y mettent, pour- à
moins qu'on n'ait foin de le foutenir
pir dedansavec descourbes, de lel bien
guudronner de tous côtez & de le tenir
toujours hors de l'eau fur des
& à couvert du foleil, quandon rouleaux,
fert pas.
nes'en --- Page 64 ---
Notiveanx Yroyages AHX Ifles
44 Onluia donné le nom de Cotronniet
1696. blanc à Saint Domingue 8 fur les côtes
de la Terre-ferme, pour le diftinguer
d'un autre qu'on nomme Pommier Cottonnier à la
rouge, que nous appellons Ifles du Vent. J'en
Guadeloupe & autres
parlerai dans un autre endroit.
feuilL'arbreappellé Mahotà grandes
les ou Bois de flot, ou improprement
Liege, eft encore une efpece de cottonnier. Il. croît fort vite, & il eft d'une
médiocre, c'eft-à-dire, entre
grandeur celui que j'ai mis au
des mangles,
& cclui dont je viens EangL parler. Son &
écorce eft mince, fe leve aifément, de
Mahot ons'en fertà faire des cordes comme
à
celle du petit mahot. Le bois eft blanc, foudes Feta.
fendant. On s'en fert pour
les. leit 2 les folles & autres filets qu'on met
oûl'on feroit obligé éde metà la mer >
les empêcher de coutre du liege pour
ler bas.
Mahor à grandes feiilOn T'appelle effeckivement fes feuilles, parce que
Elles approchent
les font fort grandes.
maune.Elles
pourla figure de cellesdela deffus, & beaufont d'un beau verd par deflous; elles
coup plus blanches cottonnées par & femées d'un
font molles,
duvet prefque imperclpecc de pctit --- Page 65 ---
Frangoifes de LAmerigne,
ceptible, quit tire fur le roux ou la cou- 1696.
leur d'or. Les nervures qui les entretiennent font fort apparentes, elles font
dures & accompagnées de certaines fibres fortes &t épailles qui fe diftinguent
aifément du refte de la feuille,
La Aeur de cet arbre eft belle & grande; elle peut avoir cinqà fix poucés de
longueur fur quatre de largeur. On fc
la
repréfenter comme un calice s
iaremt d'une membrane ferme & épaif.
fe, de couleur de chair 3 qui renferme
cinq feiilles qui font blafiches d'abord,
& qui devicanent enfuite d'un jaune
foncé; ces cinq feiilles en s'épanoiiffant fe renverfent en dchors & font les
bords du calice. C'eft du fond de ce Calice que fort un piftil de la grofleur du
doigr, fait en colonne avec un chapiteau tourné en volute > chargé de petits
grains dorez. Le fruit qui fuccedeà cette fleut eft un cilindre de huit à neuf
pouces de longueur, furunp
& demi on environ de
dans fa
Eare
longueur par dix canelurés, ETE
corce eft verte au commencement &
cottonnée, elle devient enfuite un
roufle, & enfin tout-à-fait jaune, ianied
le fruit eft mûr. Cette gouffe eftremplie
d'un cotton extrémement fin, gris de
orez. Le fruit qui fuccedeà cette fleut eft un cilindre de huit à neuf
pouces de longueur, furunp
& demi on environ de
dans fa
Eare
longueur par dix canelurés, ETE
corce eft verte au commencement &
cottonnée, elle devient enfuite un
roufle, & enfin tout-à-fait jaune, ianied
le fruit eft mûr. Cette gouffe eftremplie
d'un cotton extrémement fin, gris de --- Page 66 ---
Nowveaux Vreyages aux Ifles
1696. perle, qu'on peut regarder comme une
cfpece dhoiate dont on fe fertaux Iles
faire des orcillers, & pour garnir
Dente robes de chambre. Les graines renfermées dans la gouffe font comme
dep petites feves, dont la fuperficie eft
unie, liffe & blanchâtre.
Voici du duvet d'une elpece un peu
moins commode que les précedentes.
L'arbriffeau qui le porte, s ne vient jamais ni affez grand ni alfez fort pour fe
foûtenir de lu-même. Ils'appuye &s'attache aux arbres qu'il rencontre comme
le lierre & les liannes. Son bois eft gris,
Pois à affez fouple & plein de feve. Son écorce
gratter. eft grife & fort mince. Sa feuille eft
large de trois pouces par le bas & n'en
agueres davantage de hauteur; ; clle fe
termine en pointe & eft partagée en
deux parties inégales par fa principale
neryure. Ilporte de petites Aeurs bleuâtres., aufquelles fuccedent des filiques
de fix à huit pouces de longueur, dont
l'écorce eft garnic par delfus d'un duvet
brun, fin, court & épais, qui fe fépare aifément de la filique, quand elle eft
mûre. Le dedans contient de petits pois
noirs, plats & durs qui ne font d'aucua
ufage,
multiplier l'efpece de
matiate, Pouts le duvet caufe unc --- Page 67 ---
RPJCH --- Page 68 ---
Tmapag : 46.
Pors a Gratter
S
oiligue ouverte --- Page 69 ---
Frangoifes de PAmérigne. 47
démangeaifon extrème, cuifante 8rdou- 1696,
loureule en touslesendroits où ilt touche.
C'eft
cela qu'on appelle ces fruits
des tomr à gratter. Il fuffic que le vent
en porte fur quelques parties du
ou qu'en ayanc fur feshabits O11 y corps porte 9
la main, pour fentir aufli-tôt une démangeaifon & un feu qui vous defefpere,
& qui augmente à melure que vous vous
grattez. ôn en met quelquefois dans des
tuyaux de plumes
les fouffler, ou
bien on en répand Sonri les lits ou les ha.
macs de ceux qu'on veut attraper, > & on
peut s'affurer qu'ils feront bonne garde
.toute la nuit.
Le remede
penrapportericette
démangeaifon RLE s'abftenir de gratter, Remede
parce que cela ne fait qu'irriterle mal & Poisa pour les
en répandre la caufe en plus d'un en-grater,
droit, & fe frotter au plus vite avec de
l'huile, & à fon défaut avec de l'eau
tiede. Ces deux liqueurs émouffent la
pointe de ce duvet & le détachent de la
fuperficie de la
> où fa petite pointe très-aigue le acott attaché.
Mesamis m'en ont fouvent demandé,
&cyai été contrait de ceder à leurs importunitez & de leur en envoyer, en
leur marquanten mème-temslercmede.
Le Mercredi Saint dix-huit Avriljal-
de
l'huile, & à fon défaut avec de l'eau
tiede. Ces deux liqueurs émouffent la
pointe de ce duvet & le détachent de la
fuperficie de la
> où fa petite pointe très-aigue le acott attaché.
Mesamis m'en ont fouvent demandé,
&cyai été contrait de ceder à leurs importunitez & de leur en envoyer, en
leur marquanten mème-temslercmede.
Le Mercredi Saint dix-huit Avriljal- --- Page 70 ---
48 Nowveahx
anx Ifles
lai voir Monfieur PELE Gouverneur, &
1696. fçavoir s'il feroit le voyage dont ilm'avoit parlé; il me le promit, & me pria
del'attendre a l'Ance Ferila feconderete de Pâques, & de porter avec moi les
inftrumens neccllaires pour lever des
plans.
CHAPITRE III.
Defeription du grand e du
cul-dede la
la riviere
iaget
fac Charle. Guadelompe. Dela riviere Salée. Du
Saint
BowFort Lonis, er ce que cef qui'un
can de Tortmè.
Avril le
E Jeudi - Saint dix-neuf
L fieur Lietard me vint chercher avec
fon canot, mais comme il étoit trop
chez lui, nous
tard pour pouvoirarriver
Nous
le lendemain.
ne partimes arrètâmes que à Goyaves pour voir
nous Confrere & diner chez lni. Le
mon vent fut caufe que nous arrivâmes
gros un
tard à Feri.
ECS Samedi je me rendis un peu avant
lejour à la Chapelle, j'y trouvai déja
bien du monde Je confellai long-tems;
je fis les fondtions du jour, & jel baptilai
onze --- Page 71 ---
Françoifes de
onze
Négres adultes LAmerique. 49
bien inftruits.
que je trouvai très- 1696.
Je confeffai encore une
lai partie de l'après-midi, après quoi j'al- Crabier,
me promener. Un des enfans du cipece.de
fieur Lierard
avoit fon fufil me don- heron.
na occafion gt tuer quelques tourterelles &c un crabier. C'eft une efpece de
heron qui vit de petites crabes, de
tourlouroux & d'écreviffes qu'il
fur le bord des rivieres. Sa chair prend eft
graffe & de bon goût Onle met ordinairement en foupe, ou en daube.
Le vingr-deux,jour de Pâques fis
le fervice, & je confelfailap plus je
partie des habitans de ce quartier, grande &c
quelques - uns du grand cul-de-fac; je,
prèchai, je fis le Catéchifine après la
Melle, & j'cus la confolation de trouver les enfans & les Négres aufli-bien
inftruits pour le moins que dans les Pa- 4
roifles où ilya ad des Curez réfidens & des
Maîtres d'Ecole. Je fis encore le Caté
chifme après Vépres, 8c je diftribuaila
plus grande partie des Chapelets & autres chofes de dévotion, que j'avois réfolu de donner dans tout mon
tantj'étois content de ce quartier-1a. voyage 3
Je reçûs aflez tard un billet de Monfieur Auger qui me marquoir fon arrivée à Goyaves, & me prioir de l'attenTom e II,
C
ens & des
Maîtres d'Ecole. Je fis encore le Caté
chifme après Vépres, 8c je diftribuaila
plus grande partie des Chapelets & autres chofes de dévotion, que j'avois réfolu de donner dans tout mon
tantj'étois content de ce quartier-1a. voyage 3
Je reçûs aflez tard un billet de Monfieur Auger qui me marquoir fon arrivée à Goyaves, & me prioir de l'attenTom e II,
C --- Page 72 ---
NowUCAN Voyages ANX IRes
dre 5o le lendemain pour la Melle, à la1696.
il fe rendroit de bonne heure. Le
Rcr la Pompe Capitaine reçût ordre
même mellager, detenir fon monE prèt à paffer en revûé.
arriva fur
Monfieur le Gonverneur
les neuf heures ; il fut reçà avec une
décharge de moufqueterie. J'atriple achevé de confeffer & de commuvois nier dèsle matin ceux qui n'avoient fait pas le
encore faicleurs Pâques. J'avois exhortation,
Caréchifme & une petite la Meffe à dire
de fotte que je n'eus que
Je l'allai requand il entra dans lEglife. complimentai.
cevoir à laporte, & jele
mais le
Sa modeftie en fouffitit nn peu, fon Goupeuple étoit dans la joye que
verneur reçûr dans ce lieu écarté, ce qu'il des
n'avoit pas voulu recevoir confidérables. dans
lieux quifed croyoient Melle il plus ht la revûc de la
Après la du fieur la Pompe. Elle
Compagnie
hommes, enfe trouva de quatre-vingr
Mulâtres
trelefquels il avoit quelques) étoient
Compalibres. Tous
gnie de & quelques
NpE
Milice très-bien armez, peu d'épéesà la verité,
du fieur
de bons fufils boula Pom- mais tous avoient
le
pe.
caniers, de bonnes bayonnettes, de cein- gargoullier, & la plapart tle piftolet ce font
ture. Quand aux habits, comme --- Page 73 ---
Françoifes de
des habirans, chacun LAmbrique. étoit vêtu à tom
avantage 0 & felon fcs facultez.
1696,
Les fulils dont on fe fert aux Ifles
font appeilez boucaniers, parce
Defcrip. tion der
font les Boucaniers & les chaffeurs que cC fufils
l'Ie Saint Domingue
de niers, Boucaquiles ont anis en
Les meilleurs fc faifoient autreà
ou
ReTD
fait à Dicppe
à la Rochelle. On en
pretent à Nantes, à Bordeaux &
autres Ports de mer du Royaume
font très bons. Ils ont quatre pieds Scde- qui
mi de canon ; ils portent une balle de
feize à la livre, c'eft-à-dire, d'une
La platine eft plate, fans relief, oncet & la
détente longue & forte. Le
eft un étui de cuir long de gargouffier hut à dix
pouces de large & cinq à fix pouces de
hauteur. On l'artache autour des reins
avec une couroye. Il fert à renfermer
les gargouffes.ou charges de
&
de balles qu'on met dans le fufil. poudre
On fe fert pour les gargouffes d'un
cilindre de bois un peu moindre que le de Maniete faire
diametre du fufil pour fervir de moule. des
Onl'environne
dont
plet
le bout, afin qu'ii depapier
on replic
état
demeure aa même
après qu'on a retiré le moule. On
mefure enfuite la quantiré de
le fufil peur
poudre que
maniere. porter, > ce quife fait en cette
On met la balle fur lapaulme
C ij
d'un
cilindre de bois un peu moindre que le de Maniete faire
diametre du fufil pour fervir de moule. des
Onl'environne
dont
plet
le bout, afin qu'ii depapier
on replic
état
demeure aa même
après qu'on a retiré le moule. On
mefure enfuite la quantiré de
le fufil peur
poudre que
maniere. porter, > ce quife fait en cette
On met la balle fur lapaulme
C ij --- Page 74 ---
Nowveaux Vojages aux Ifles
$2 de la main bien étendué Ou fur une ta1696. ble, & on verfe doucement de la pou- dedre fur la balle jufqu'à ce qu'elle en met la
meure couverte 5 pour lors on
balle dans le fond du cilindre de papier
exactement, & on
qu'elle doit remplir furla balle fans autre chomet la poudre 8c on tortille le refte du
fe entre deux, elt ailé de mettre la mème
papier. Il
dans les autres cide poudre
quantité
a mefuréle premicr, e
lindres
voit qu'on la hauteur de la charge
On met enfuite ELNF celui qu'on a fait.
dans T'étontes cescharges on
elles fe confertui ou
REmE
fans gargoulier, Te rompre & fans fe ployer.
vent
de charC'eft une maniere fiexpeditive qu'on y foit
ger un fuGil, que pour peu fans
fix
açcoltumé, on tirera
peine charcontre deux qu'on tirera en
coups
maniere ordinaire ; car il fuffic
geancalar
à la Boucaniere, de tirer
Mahiere pour charger du
& d'en déde char- la gargontle
gargoullier
le bout
f avec chirer dans le mème moment répandre
EUE avec les dents, pour pouvoir de
oud la dans le baflinet ce quril faut
poudre
Boucaencôre cela n'eft-il neniere. pour amorcer 2
le fufil eft neuf, &
ceffaire que quand fa lumiere eft ençore
que par conféquent l'arme eft un peu
peate; car quand --- Page 75 ---
Frangoifes de PAmerigue.
vicille, 2 & que la lumicre eft gtande, 3 1696.
il tombe toujours affez de poudre du
canon pour amorcer. On répand auffitôtle refte de la poudre dans le canon,
& ony laiffe glitfer le cartouche de
pier. La pelanteur de la balle qui Ett
dedans, fuffit pourle faire defcendre &
le rejoindre à la poudre; on donne enfuite un
de culaffe contre terre >
cela acheve. cete bourer; on met en joué
& on tire. Il elt certain qu'on a plutôr
chargé & tiré, qu'on n'a là la maniere
de le faire, comme je viens de lexpliquer. Le prix des fufils Boucaniers Prix des
aux Iles, foit qu'on les prenne chez les fufl:
Marchands ou aux magalins du Roi, eft niersaux Boucade trente & une livre dix fols; fçavoir Mfles.
trente livres pour le prix du fulil, &c
trente fols pour le Garde - magazin.
Chaque vaiffeau eft obligé
fix fulils, & deles
d'apporter
configner au Gardemagazin quilui en paye ou fait payer le
prix & lui en donne une décharge;
ce moyen les Ifles en font toujours bfer
fournies, & on a remedié à l'avaricedes
Marchands quiles auroient portez à un
prix exceflif. On les éprouve trois foisà
double & à fimple charge avant de les
recevoir. Quand après avoir tiré plufieurs coups on s'apperçoire tque le dedans
C' iij
les
d'apporter
configner au Gardemagazin quilui en paye ou fait payer le
prix & lui en donne une décharge;
ce moyen les Ifles en font toujours bfer
fournies, & on a remedié à l'avaricedes
Marchands quiles auroient portez à un
prix exceflif. On les éprouve trois foisà
double & à fimple charge avant de les
recevoir. Quand après avoir tiré plufieurs coups on s'apperçoire tque le dedans
C' iij --- Page 76 ---
$4 Nowveaux Voyages AHX Ifles
a696.du fulils'engraiffe,6 que par conféquent de
la gargoulle ne coule plus avec tant
facilité, on fe fert alors de la baguette fi
on eft obligé de continuer le feu fans
avoirle tems de nettoyerl le fufil.
Nous partimes de l'Ance Feri après
diné pour aller coucher atl grand culde-fac. Nous vîmes en paflant l'habitarion du fieur la Pompe quieft à côté d'un
ie
Morne,
gros cap, appelle gros
la
de
E
leparelapartic T'ifleappellée
terre de celle qu'on nomme le grand
cul-de fac. Cette habitation eft dans un
Gros bel endroit, arrofé d'une fortjolie rimiorne viere. Il y a à côté une autre habitation
quiter- sninele plus confidérable qui appartient à un
quartier Gentilhomme nommé le Roi de la PodelaBar. fe-terre. terie; qui fe dit parent d un de nos premiers Miniftres, & qui n'en eft pas Foer
celaplus à fon aife. Les fréquentes
centes des Anglois dans ce quartier-là,
oà ils ont pillédeux ou trois fois fes Né-
& fes meubles,. l'ontobligé de l'agres bandonner 8c de fererirer au Bourg de
Je vis fa maifon, fa fala Baffe-terre.
étoient encore
crerie & fon moulin qui de bois travailfar pied, mais les leurs poux forcesà les mettre
loient de toutes
depar terre. Ily, a un bon moiillage
vant cette habitation, qui eft à couvert --- Page 77 ---
Frangoifes de PAmerique.
-
des vents de la bande du Nord M 1696.
gros morne,de ceux dela bande dETE PEA
par les hantes montagnes qui partagent
lile, de ceux du Sud parles mornes
de Feri. Après que nous eûmes doubléle
gros morne, > nous trouvâmes de trèsbelles terres, valtes, unies & bien arrofées. Il paroiffoit à la vûé que depuis
lebord de la mer jufqu'aux
il
y avoir trois à montagnes, lieuès >
de
terrain en
reusit
pente SRErTS dont la
bonté fe faifoit aflez connoître par les
beaux arbres qu'il portoit en abondance.
Leshabitans qui s'éroient trouvez à Fcri
accompagnerent leur Gouverneur, de
forte que nous faifions une petite armée
navale de canots bien armez.
Nousarrivâmes furle foir chezle fieur
Van-Defpigue. C'étoit le Capitaine de Van def.
ce quarrier-là; ilétoit Flamand ou Hol- pigueCa- pitaine
landois. Après que les Portugais les deMilice du grand
eurent chaffez du Brefil, il fe retira à la cul deGuadeloupe avec plufieurs autres de fa fac,
Nation quiy furent reçis par M. Houel.
C'eft d'eux qu'on a appris la culture des
cannes, & la fabrique du fucre dans nos
Ifles. Le fieur Van Defpigue étoit Catholique quand il vint du Brefil, c'étoit
un très-honnète homme. Ilvint recevoir
le Gouverneur au bord dela meràlatète
C iv
affez du Brefil, il fe retira à la cul deGuadeloupe avec plufieurs autres de fa fac,
Nation quiy furent reçis par M. Houel.
C'eft d'eux qu'on a appris la culture des
cannes, & la fabrique du fucre dans nos
Ifles. Le fieur Van Defpigue étoit Catholique quand il vint du Brefil, c'étoit
un très-honnète homme. Ilvint recevoir
le Gouverneur au bord dela meràlatète
C iv --- Page 78 ---
Nowveaux Toyages aux Ifles
1696. de fa
qui n'étoit que de
trente SERTOEL - fept trente - huit hommes, y
compris mème quelques Négres armez.
Jc m'étonnai qu'un fi beau pays fut fi
dépeuplé, &j'en demandai la raifon au
fieur Van Delpigue qui m'en donna
trois au liea d'unc. La premiere, parce
étoit
la Balle terre
Trois qu'il
éloignéde
les lieux
zaifons & dupetit eof de-fac, qui font
Etde commerce & du moiillage des vaifgrand feaux.
cul-de- fac eft
Lafeconde, que tout ce quartier dedefert, puis le gros morne jufqu'à la riviere
ialée, qui fepare la Guadeloupe de la
Grande-terre, 2 fe trouvoit prelque tout
entier dans les réferves
les Seigneurs
Propriétaires s'étoient Aner en vendant
lile à la feconde Compagnie en 1694.
de forte que bien que ces deux endroits
fufent éloignezTun de l'autre d'environ
cinq lienès, à peine fe trouvoit-il une
lieuéde pays qui ne fur'aux heritiers des
Scigneurs ou leurs réprefentants S, qui
étendoient leurs prétentions d'une maniere fi vafte, quilnyavoit du terrain
perfonne, à moins d'en acheter
Searge ou dele prendre à titre de rente
Scigneuriale avec des lots & ventes, des
hommages 8c autres droits femblables,
inconnus dans le pays, & point du tout --- Page 79 ---
Francoifes de PAmeriqne.
du goûr des habitans, qui ne veulent 16966
reconnoître d'autre Seigneur quele Roi,
qui donne les terres fans aucune condition de foy, > hommage, vente, lots
& ventes, en un mot, fans aucuns droits I
Seigneuriaux, comme ces Meflieurs en
prétendoient éxiger.
La troifiéme enfin, que ce quartier
fetrouvant entre Monfarat &
qui font des Ifles Angloifes, Antigues, & étant a
couvert par plufieurs Ifles où lesennemis
fe peuvent tenir à l'abri, & épier l'occafion de venir piller les habitations &
enlever les Négres & les meubles des
maifons, peu de
vouloient fe rifquer d'y venir dedcartre Il en pouvoit
parler commel le fachant bien, puifqu'il
n'y avoir pas plus d'un an que les Anglois
ayant furpris au point du jour les deux
hommes qui éroient demeuiez au
Corps de Garde, avoient enlevé une
-
partie de fes Négres, après avoir tué fon
Commandeur, & lui avoir caffé à luimême le brasdroit d'un coup de mouf
queron.
Cette relation obligea Monfieur le
Gouverneur à fe tenir fur fes gardes. Il
n'auroir pas été de la bienféance qu'il fe
fit laiffé fiurprendre, & qu'il eût fait un
voyageà Antigues accompagné d'autres
C V
Corps de Garde, avoient enlevé une
-
partie de fes Négres, après avoir tué fon
Commandeur, & lui avoir caffé à luimême le brasdroit d'un coup de mouf
queron.
Cette relation obligea Monfieur le
Gouverneur à fe tenir fur fes gardes. Il
n'auroir pas été de la bienféance qu'il fe
fit laiffé fiurprendre, & qu'il eût fait un
voyageà Antigues accompagné d'autres
C V --- Page 80 ---
58 Nowveaux Voyages Aux IRes
3696. troupes que des fiennes. Ilordonna deux
Corps de Garde avec une patroitille de
quelques Cavaliers. Cette précaution
nous auroit fait dormir en repos, fi les
mouftiques & les maringoins nousl'euf
fent voulu
Le Vnroes vingt - quatre Avril j'employai toute la matinée à confeffer ceux
qui n'étoient pas venus à Feri. Il étoit
prèc de midi quand je commençai la
Meffe. Cela ne m'empècha pas de prècher & de faire le Catéchifme.
Après diné j'accompagnai Monfieur
le Gouverneur Al'lflera) Fanjou 8c autres
Ifles qu'il vouloit vifiter. Nous avions
trois canots bien armez, , & un petit où
iln'y, 2 avoit que cinq hommes qu'on envoyoit à la découverte, s afin de n'ètre
ne
donner daus
- pas furpris & de
pas
quelque embufcade.
Le fieur Van-Defpigue avoit fait un
plan de tout ce grand cul-de-fac, où il
avoit marqué les fondes ; mais comme
il nous parut que les Iflets & quelques
n'étoient pas tout - à- fait bien
LE je me chargeai d'y travailler le
lendemain avec ma planchette.
Deferip- du
charmé de la beauté de ce
tion grand
J'étois ileft couvert de huit ou neuf
cul. de- quartier,
avec trois
fac.
Illets de differentes grandeurs --- Page 81 ---
Frascoifas de
fonds bu quatre rangs de cayes PAmeriaue. & de hauts. $9
fix lieués qui forment un baffin de cinq à 1696.
du gros Morne delongueur > depuis la pointe
dans la grande julqu'à cclle d'Antigue
moins d'une lieue terre. Ce baflin n'a
dans fa moindre E
& près de trois dans fa plus
S2UTI Les vaiffeaux de
grangrandeurs
toutes fortes de
y entrent y peuvent deux être en fireré, Ils
par
pafles, & les barles ques défendre par deux autres. Il feroit facile de
ou par un Fort par fixr une la batterie fermée s
Fanjou où eft la
pointe de PIflet à
une redoute fur un principale Iflet paffe, avec
toute proche, qui ferviroit petit
qui en eft
fendre une des paffes des encore à débarques;
pofé qu'on ne prit pasle parti dela com- fiutpbler, timent en enfonçant quelque vieux bâdans fon fond
CALEtCOO
avec des
& arrêté
pieux pour le
ce
la mer y cût apporté foutenir, des jufqu'a
& a fable, ce qui ne
pierres
d'arriver bien vite.
manqueroit pas
titéde Nous fimes couper une bonne quanbranches de Paletaviers chargées
dhuitres, fieur
& nous revinmes au logis du
pour-verifier Van-Delpigue, en fondant Par tout
guécs,
lcs fondes qu'il avoir marCvj
COO
avec des
& arrêté
pieux pour le
ce
la mer y cût apporté foutenir, des jufqu'a
& a fable, ce qui ne
pierres
d'arriver bien vite.
manqueroit pas
titéde Nous fimes couper une bonne quanbranches de Paletaviers chargées
dhuitres, fieur
& nous revinmes au logis du
pour-verifier Van-Delpigue, en fondant Par tout
guécs,
lcs fondes qu'il avoir marCvj --- Page 82 ---
60 Nowveaux Voyages aux Ifles
Nous y trouvâmes Monfieur Houel
A696, de Varennes qui ayant appris en allant
àune habitation qu'il failoit faire à la
pointe d'Anrigues, dansla Grande-terre
de la Guadeloupe e, que M. Auger étoit
dans le quartier, étoit venu pour le voir,
Monfieur Houel de Varennes eft fils de
feu Monfieur Houel ci- devant Propriétaire & Marquis de la Guadeloupe.
ila un frere ainé Capitaine aux Gardes
Françoifes, un autre qui eft Abbé 8cquelfceus, dont lune a époufé le Marques
Jel'aquis de Saint Vichour-Senetetre.
vois déja vû à la Baffe-terre; & comme
nonobftant un grand procès que nous avions eu avec fon pere,, ilne laiffoit pas
d'avoir beaucoup de bonté pour nos
Miflions, j'avois réfolu de l'aller voir
chez lui, & de lui offrir mes fervices
pour uin bâtiment de conféquence qu'il
vouloit faire, &c
lequel il m'avoit
demandé un ARLIRE llavoit avec luifes
deux grandes
> avec plus de
trente hommes NYSEAS & noirs qui
étoient tous bien armez. Ce renfortnous
faifoit fouhaiter qu'il prit quelque demangeaifon aux Anglois de vifiter notre
hôte; nous étions en ératde les recevoir
d'une maniere àleur faire oublier le chemin de leurs maifons. --- Page 83 ---
Frangoifes de PAmérique.
LeMercredi je fis mefurer une diftan- 1696.
ce de trois cens toifes, ou fix cens pas
de la Guadeloupe, 3 dont les extrémitez
me devoient fervir pour pofer ma planchette. Pendant que j'étois occupé à ce
travail, j'envoyai un canot pour mettre
des balifes avec des bannieres aux bouts
desIflets, dontje voulois avoir la pofition, & à toutes les pointes que Pon
pouvoit découvrir &
éroientà portée de mon opération.
travaillai tou-
*
te la matinée, & je corrigeai une bonne
partie de la Carte du feur Van - Defpigue. J'allai après diné avec Monfieur
Auger & Monfieur Houel voir la grande riviere à Goyaves, autrement la riviere Saint Charles, qui féparoit autrefois la portion de Monfieur Houel d'avec celle de Meflieurs de Boifferet fes
neveux. Nous la remontâmes environ
deux mille cinq cens pas, fondant defon embouchure jufqu'àla hauteur
Set mille toifes ou environ, qu'elle n'a
plus affez de profondeur
porter un
vaiffeau, , bien que les CLRer > chaloupes & canots puilfent monter beaucoup
plus haut. Cette découverte fuffifoit au
deffcin du Gouverneur. Nous vilitâmes
eh defcendant le teit rain de deux côtez
avec allez de peine, lorfqu'il s'agilloit
inq cens pas, fondant defon embouchure jufqu'àla hauteur
Set mille toifes ou environ, qu'elle n'a
plus affez de profondeur
porter un
vaiffeau, , bien que les CLRer > chaloupes & canots puilfent monter beaucoup
plus haut. Cette découverte fuffifoit au
deffcin du Gouverneur. Nous vilitâmes
eh defcendant le teit rain de deux côtez
avec allez de peine, lorfqu'il s'agilloit --- Page 84 ---
62 Nonveans Froyages aux IRes deux
1696. dc mettre à terre, parce
les
bords font couverts de
Mange
dans TE
avancent neseconfidtrablemenr eft
d'enriviere. Son embouchure
toifes;
a dans
cent
AEr
viron
cinquante huit brafles d'eaus elle difon milieu
allant vers les bords,
minue peu à peu en le côté oriental,
vers
prinarslenet dont le terrain eft bas; mais le côté occidental eft une terre élevée furface d'environ de
toiles au deflus de la
d'une roche affez dure, au pied
fEr
d'eau
de laquelle il y a fept à huit dix pieds
la
de balile marée, & plus de
quand
mer eft haute. Nous vifitâmes exac- ètre
femble
tement cet endroit, qui Ville; car
fait à deffein d'y bâtir une
Projet c'eft une
- forme naturelle', prefdune
de plus de trois cens toifes
Villeala siviere,à
fur une
à
près
etre
Goyaves 2 longueur,,
largeur
à
cotéla
ERAEES
&lafaci- égale, quiadun
grande
fité de
& del'autre une petite riviere
l'entre- Goyaves, excellente. On pourroit faire
prife. d'un eau
à propos de la
paffer ce qu'on dans jugeroit la petite, 8c ifoler
grande rivicre le terrain. Les deux côtez du
ainfi tout regardent la mer &la granpoligone qui font fortifiez naturellement,
de riviere,
befoin que d'un parapet
& n'auroient
le canon qui
avec des embrazires pour --- Page 85 ---
Frangoifes de PAmérique.
6;
défendroit la rade &cl'entrée de la rivic- 1696.
rc. Les autres côtez pourroient être baftionnez à l'ordinaire & à peu de frais,
puifque la pierre de taille, le moilon,.
la terre pour faire la brique, le bois
la cuire, 2 le fable, la chaux &c l'eau ont
fur le lieu. On pourroit faire de l'autre
côté dela riviere unel batterie fermée en
forme de redoute , qui battroit à Aeur
d'eau & mettroit en fareté les vaiffeaux
qui feroient dans la riviere ou à fon embouchure, en cas que le Fort de l'Iflet a
Fanjou & lai redoute du petitlfler euffent
été forcez; ce qui ne feroit pas une entreprife facile à exécuter.
Entre pluficurs utilitez qui revien- Avasta.
droient de cet établiflement, qui feroit ESTR de cet
en peu de tems le plus confidérable de ment,
tous ceux que les François ont à PAmerique, on peut affurer gu'il feroit la
ruine des Colonies Angloiles de Monfarat, Nieves, Antigues & la Barboude,. parce
nos Corfaires fe tenant
derriere le Pocr de l'Iflet à Fanjou, feroient en état quand ils le jugeroient à
propos, de courir fir tout ce qui entre.
roit ou fortiroit des rades de ces Ifles,
& d'y faire des defcentes continuelles
pour enlever leurs efclaves & piller leurs
mmaifons; ayant toujours vent larguc
affurer gu'il feroit la
ruine des Colonies Angloiles de Monfarat, Nieves, Antigues & la Barboude,. parce
nos Corfaires fe tenant
derriere le Pocr de l'Iflet à Fanjou, feroient en état quand ils le jugeroient à
propos, de courir fir tout ce qui entre.
roit ou fortiroit des rades de ces Ifles,
& d'y faire des defcentes continuelles
pour enlever leurs efclaves & piller leurs
mmaifons; ayant toujours vent larguc --- Page 86 ---
64 Nouveaux Voyages Aux Iles
1696. pour aller &
revenir, &c étant furs
dc trouver un Reon moiillage & une retraite aflurée derriere le Fort de l'Iflet.
J'achevai le Jeudi matin la reconnoiffance de toutes les pointes & des
Iflets. Je fus après diné avec ces deux
Meffieurs vifiter les cayes & les hautsfonds du côré de l'Oieft. Nous y trouvâmes deux vaiffeaux & une barque qui
s'y étoient perdus en allant à Antigues.
Comme on en pouvoit encore tirerbien
des chofes, Monfieur Auger ordonna
d'avertir les haau fieur Van-Defpigue
donnoit à
bitans de la permilfion qu'il
tout le monde d'en tirer ce qu'ils pourroient. Je croi bien quils n'avoient pas
attendu cette permillion pour! les piller
dès queles Anglois fe furent fanvez avec
leurs chaloupes 5 mais comme les Fermiers du Domaine ne s'endorment
occafions, les habitans R
en pareilles
les
rent ravis de cette permilion qui
mettoit à couvert de toutes pourluites.
Monfieur Houel ayant étéaverti que
fes pècheurs avoient pris deux Tortués,
dont l'une pefoit bien trois cens livres,
& l'autre un peu moins > propola de
fairel le lendemain un boucan de tortu
à 1Iet Saint Chriftophle, qui étoit à
le milieu des lieux ou nous depeuprès --- Page 87 ---
Frangoifes de LAmeriqhe.
vions aller travailler; Monfieur Auger 1696.
y confentir, & cependant on donna ordre de mettre les folles à la mer, & de
chercher rd'autre poiffon.
Le Vendredi matin nous allâmes vifiter les cayes de TEf, fonder les
fes, les mefier & en lever les
ME
Cet ouvrage fat long; il étoit plisd'ane heure après midi quand fachevai,
Nous arrivâmes fur les deux heures à
l'Iflet Saint Chriftophle qui eft prefque
vis-à-vis de la riviere Saléc. Monfieur
Houel 1 étoit dès le matin, & s'étoit
donné & peine de faire préparer une cabane de branchages, & leboucan dont
il vouloit régaler le Gouverneur.
Les pècheuts avoient encore pris deux
autres Tortuès, avec quantité d'autres
poiffons.
Voici ce qu'on appelle un boucan de
tortue, & comment Onl le prépare.
Onavoit choifila plus groffe des
tre Tortués
avoit
&
ComTSas
qu'on
prifes,
ment on
lui couper ni lespieds nila tère, on Fa-fa un
voit ouverte par un côté pour en tirer boucan de Tortous les dedans. Onavoitlevéle plaftron tue.
d'une autre, & après en avoir ôté toute
la chair & la graiffe, on avoit haché
tout cela avec ce qu'on avoit tiré de la
premicre, desjaunes d'ceufs durcis, des
Tortués
avoit
&
ComTSas
qu'on
prifes,
ment on
lui couper ni lespieds nila tère, on Fa-fa un
voit ouverte par un côté pour en tirer boucan de Tortous les dedans. Onavoitlevéle plaftron tue.
d'une autre, & après en avoir ôté toute
la chair & la graiffe, on avoit haché
tout cela avec ce qu'on avoit tiré de la
premicre, desjaunes d'ceufs durcis, des --- Page 88 ---
66 Nowveaux Voyages aux Ifles duj jus de
1696. herbes fines, des épiceries, force
& on
citron, du fel & hachis dans piment, le
de
avoit mis tout ce
enfuite corps dequoi
celle qui étoit entiere,
8c couverT'ouvetture avoit érérecoufué
te d'un morceau de terre grafle. étoient OCPendant que les viens cuifiniers de dire, on avoit
ce queje dans sle fable de quatte à cinq
trou
de fix
de
ETatS
pieds de profondeur, 2 &
ce pieds trou de
diametre. On avoit rempli laiffé confumer
bois, que lon avoit
afin de
jufqu'a ce qu'il Ac en charbon, de ce
bien échauffer toute la concavité
trou. On avoit enfuire retiré le charbon, far le dos
& la tortué avoit été couchée
dans le fondcouverte de trois ou quatre &c
de fable chaud des environs,
pouces du charbon que l'on avoit retiré fut 2
puis
de fable
deffus. Ce
avec un peu
naturel par demeura dans
ainfi que ce pâré
l'efpace d'environ
cette elpece de four,
fe cuilir beauquatre heures, 8 n'auroit qu'il fait dans un
coup ordinaire. mieux qu'il Voila ce qu'on appelle
four
un Boucan de Tortuë. vit
on
Dès qu'on nous
approcher fus
à déterrer le paré. J'y
commença
le voir fortir du four.
allez à tems &c tète de la tortue fervirent
Les
Arde
pieds --- Page 89 ---
Françoifes de PAmbrique.
pour
les liannes dont on fc fervit 1696.
pour EEL faire gliffer fur les bords qu'on
avoitabbatus en talus, & le tirer fur une
civiere faite de deux
leviers garnis
de liannes traverfées 5
quatie
ftiest
puiffans Négres le porterent au milieu
de la cabanne où il devoit être mangé.
Je ne croi
que les plus grands Monarques de fncdlr & da nouveau mondeayentj jamais eu furleur table un pâté
d'environ cing cens livres pefant comme
étoit le nôtre, dont le dedans fut
délicat & la croute plus ferme &
#t:
naturelle.
La table far laquelle on pofa cC pâté pudt de
merveilleux étoit aufli extraordinaire la table
lui. Quatre fourches de bonne tail- oû boucan le
enfoncées en terre, en faifoient les fut pofé:
quarre coinsselleavoiente deux pieds &
demi hors de terre. Elles foutenoient
deux bonnes traverfes quiy étoient fortement liées avec des cipeces d'entretoifes, afin quelequarré-long qu'elles formoient demeurâr toujours égal & immobile. Le dedans étoit garni de liannes traverfantes & nattées, mais
tenduès, couvertes de feitilles & PSt
Aleurs, fur lefquelles on mit la tortue
dans la mème fituation où elle avoit repofé dans le four: Les bouts des traverfes
ux bonnes traverfes quiy étoient fortement liées avec des cipeces d'entretoifes, afin quelequarré-long qu'elles formoient demeurâr toujours égal & immobile. Le dedans étoit garni de liannes traverfantes & nattées, mais
tenduès, couvertes de feitilles & PSt
Aleurs, fur lefquelles on mit la tortue
dans la mème fituation où elle avoit repofé dans le four: Les bouts des traverfes --- Page 90 ---
68 Nowveaux Voyages aux Ifles de
furent garnis petices
1696. quidébordoient droites & couvertes de felilles
gaulettes & de Aeurs, fur lefquelles on étendit des
qui faifoient le tour du parallelogramme, nappes
&c fur ces nappes on pola les
alliettes & les autres choles neceilairesà
une J'oubliois table. de dire qu'on avoit nettoyé
avec foin la croute du pâté, afin quiln'y
reftât ni fable, ni cendre, ni charbon, 2
ni autre chole qui cût pû gâter le couviè.
vert, Latortué ouchoquerla étant en cet état, & tous les
conviez affis fur des bancs de même fabriquie que la table 5 on cerna tout autour le plaftron de la tortué afin del'ouvrir; &à peine l'eut-on levé qu'il en
fortit une odeur mille fois meilleure que
jenele epuis dire ; en un mot jamaisodéur déde pâté ne chatotilla Fodorat plus de
licatement que celle qui fe répandit Outre la
tous côtez à cette ouverture. de diverfes
tortué ily avoir du poiffon
ne daigna
fortes en abondance qu'on
feulement regarder. On ne fongea
pas pâté. On en mangea beaucoup &
TEe grand appetit; & iléroit fi délicat &
fi bien alfaifonné qu'il fembloit exciter II étoit
la faim, au lieu de Tappaifer.
tard quandnous nous mimesatable, on --- Page 91 ---
Françoifes de LAmerigue.
y fut long-iems 5 il étoit tard par con- 1696.
féquent quand nous en fortimes. On fit
referver le plaftron & deux autres plats
du plus beau poiffon pour ceux qui voudroientfouper, & on abandonna le refte
à ceux qui n'avoient pas mangé avec
nous, aux domeltiques & auxNégres,
& nous paffames le refte du jour a nous
promener fur cet Iflet, & à raifonner
furl lesétabliffemens qu'on pourroit faire
dans ces endroits.
Nous nous rembarquâmes après le
éoucher du foleil, &c nous arrivâmes
aflez tard à nôtre gite ordinaire. Comme je n'avois pas befoin de fouper, &
que j'étois fatigué, j'allai achever mon
Breviaire, &je me couchai.
Le Samedi je paffai toute la matinée à
mettre au net toutes les corrections
j'avois faites au plan de Monfieur 54NE
Defpigue, pendant que Monfieur Auger
retourna dla grande riviere de Goyaves
pour voir ies terres qu'on pourroit conceder, &c de quelle maniere les habitations chafferoient pour avoirla.commodité de la riviere, & une hauteur convenable fans préjudicier aux terres déja
concedées.
Nous partimes après diné pour nous
rendre à la nouvélle habitation que
mettre au net toutes les corrections
j'avois faites au plan de Monfieur 54NE
Defpigue, pendant que Monfieur Auger
retourna dla grande riviere de Goyaves
pour voir ies terres qu'on pourroit conceder, &c de quelle maniere les habitations chafferoient pour avoirla.commodité de la riviere, & une hauteur convenable fans préjudicier aux terres déja
concedées.
Nous partimes après diné pour nous
rendre à la nouvélle habitation que --- Page 92 ---
Nowveaux Voyages 9 aux
Monfiear Houel faifoit faire T la poin.
E696.
Monfieur Van-Delpigue
tc d'Antigues.
On fonda tout le
nous L accompagna. la côtedepuis sla riviere falée,cc
long qui fit que nous arrivâmes affez tard.
Nous foupâmes d'abord que nous cûmes
mis piedà terre, ayant porté avec nous
de tortué & du poiffon rôti.
un plafiron
de dormir. Il
Mais il nous futimpofible les atômes de l'air fe
fembloit que tous
en mafuffent convertis en mouftiques,
ringoins, & en une autre elpece de biQusunégaille qu'on appelle des Vareurs 5 ce font
prodi- des coufins de'la grande cfpece qui ont
gieufe Moufti- de un aiguillon fi fort & fi long quils perques &de centles hamacs caraibes les mieux
Marin-
& caufent
Fieas
goins, & les plus forts,
par
piquires autant de douleur qu'an coup de
de lancette qui vous perce la chair;
forte que nous fàmes contraints d'abandonner la maifon, & de nous retirer
dans nos canots remplis de feuilles, &
bien couverts de leurs voiles où nous
allâmes pallerla nuit à cinq ou fix cens
pas au large, ayant nos armes auprès de
nous, & deux canots armez pour nous
garder. Cette importune foule de coufins 2 nous accompagna une centaine de
pasdla mer, après quoi ils s'en retournerentà terre,d nous laifferent en rep os. --- Page 93 ---
Frangoifes de PAmerique.
Le Dimanche 29. Avril je dislaMelle
de bon matin. On avoir eu foin
1696.
porter les ornemens de la Chapelle
Monfieur Van- Defpigue, & pendant
que Monfieur Houel expédioit les
affaires pour lefquelles il étoit venu,
fus me promener avec Monfieur Auger je
le long de la côte. Ce pais nous parut
très-beau, & quoique la terre fut blanchâtre, legere & fablonneufe, elle ne
laifle pas d'ètre bonne, du moins autant
qu'on en peut juger par la hauteur & la
grolfeur des cannes à fucre, des arbres
& des maniocs.
Une chofe me fiurprit dans tout ce
quartier.là. C'étoit dy voir les cannes
plantées jufques au bord de la mer. Je
goûtai de celles-ci çomme j'avois gouté
decelles de Monfieur Van-Delpigue, &
jeles trouvai toutes un
fommaches,
c'eft-à-dire- un peu mAst d'oi il étoit
aifé de conclure que le fucre brut
en feroit, pourroit être beau, comme qu'on
ill'étoit en effet dans tout le quartier du
grand cul-de-fac, mais qu'il feroit difnicile de réuflir en fucre blanc, comme il
eft arrivé. Il eft àc cfperer
cc défaut
ceflera quandles terres Erdher plus ufées,
& que le nitre dont elles abondent à
prefent, fera diflipé,Les habitans de CCS'
étoit
aifé de conclure que le fucre brut
en feroit, pourroit être beau, comme qu'on
ill'étoit en effet dans tout le quartier du
grand cul-de-fac, mais qu'il feroit difnicile de réuflir en fucre blanc, comme il
eft arrivé. Il eft àc cfperer
cc défaut
ceflera quandles terres Erdher plus ufées,
& que le nitre dont elles abondent à
prefent, fera diflipé,Les habitans de CCS' --- Page 94 ---
72 Nowveanx Voyages aux IRes du
1696. quartiers prétendent que le terrain
bord de la mer eft meilleur que celui
en eft
parce
eft
E
plus éloigné,
&c moins
Je
perfuadé
dlmr
gras fe trompent, pierreux. &c les experiences
qu'ils faites depuis ce tems-là, & dont
quejai je ferai part au Ledteur quandje parlerai
de la fabrique du fucre, m'ontconvaincu que javois raifon de penfer comme
je pen(ois. Je n'avois jamais tant vû de crabes
quejen vis dans ce quartier-là Les cannes, les favannes, les maniocs, les
bois & les chemins en étoient pleins.
Elles étoient blanches, 8c avoient de
fiprodigieux mordans squeje paffois mon
pied au travers, quand elles les prefentoient pour fc défendre. C'eft un grand hafecours pour les Négres, & pourles font
bitans. La chaffe & la pèche y
abondantes, : de forte que la vie coûte
ce qui invite bien du monde à
ERIOL des conceflions pour y faire
des établiffemens. Mais à mon avis ces
avantages font furicufement balancez
le défaut d'eau douce dont cette Ifle,
La de gran- terre par c'eft-à-dire la grande - terre, eft abfolumanque
la Guad'eau. ment dépourvue, fournir pendant
Ifles
en a
PLtoeiteg
deloupe
pour
voifincs. On ne trouveàla grande-terre
que --- Page 95 ---
Françoifes de PAmérique.
que quelques marese d'eau croupie & ga- 1696,
tée Par les crabes, &c quelques mauvais
muits d'eau à demi falée, quiencorel le
fouvent fe trouve infeétée par
crabes
tombent
Et
qui y
& qui y
riffent. De forte qu'on eft réduita Rear
de citerne; mais comme tout le monde
n'a pas la commodité ou le moyend'en
faire , la plipart n'ont que de l'eau
qui tombe des toits qu'ils confervent
dans des bariques, dans desjarres ou de
grand canaris. C'eft à ce défaut de bonne cau, qu'on doit attribuer la couleur
livide de beaucoup d'habitans, qui fou- Effets de
vent font attaquez de maux d'eftomac manque,
qui dégenerent en hydropilie, ouI de d'eaus
hévres violentes, qui bien qu'elles ne
foient pas ordinairement mortelles,font
longues & difficiles guerir.
Ce défaur d'eau vient de deux caufes;
la premiere, que la
grande partie de Raifone
de la grande terre eft Elte &c plate; & la difette cette
feconde que le fond de cette terre n'eft d'eau, J
compofé que de roches poreufes & legeres, ou de pierre à chaux, ce qui fait
que les eaux de pluye s'imbibent aufftôt dans la terre & difparoiffent fans
s'affembler & couler vers les lieux bas;
comme font toutes les caux
filtrent
au travers des pores de la terre, qui fc réuTome Ill,
D
la grande terre eft Elte &c plate; & la difette cette
feconde que le fond de cette terre n'eft d'eau, J
compofé que de roches poreufes & legeres, ou de pierre à chaux, ce qui fait
que les eaux de pluye s'imbibent aufftôt dans la terre & difparoiffent fans
s'affembler & couler vers les lieux bas;
comme font toutes les caux
filtrent
au travers des pores de la terre, qui fc réuTome Ill,
D --- Page 96 ---
Nowveaux
aux Tfles
ruiffeaux & les
niffent & compofent
AMgL
1696. rivieres, Oil bien loriqu'il fe rencontre
quelque fond ou le terrain eft d'argile
& deterre gralle, l'eau qui s'y amalle
s'y gâte & s'y corrompt en peu de
tems,
quellen'apas même de pente tems pour la
SEL ce qui eften de l'air, &. de
caufe de la corruptien
bien des maladies.
d'AoriNous partimes de la pointe Nons
que nous eimes diné.
paflimes gues après tout lelong de la riviere falée
qui partage la Guadeloupe en deux par- le
ties, dont celle qui eft àl l'E porte
nom de Grande-Terre, parce qu'effecti- l'autre
vement elle eft plus grande que
qui conferve le nom de Guadelowpe
comme ayant été découverte & habitée
On
la Guadela premiere.
der tour, 8c les
a
Aatetice
loupe trente-cinq enfemble environ quatredeux Ifles
vingedix. Lariviere falée n'eft qu'un canald'eau
Riviere
entre ces deux Ifles.
faléc. de la mer qui pafle
toifes de
Elle a environ cinquante
du côtédu
HSE
àon embouchure
enfuite, grand
de-fac. Sa largeur diminué
n'a
Z
a des endroits, où elle
pas n'eft plus
quinze toifes. Sa profondeur trouvà- pas
plaségale quefalargeur, Nous --- Page 97 ---
Frangoifes de PAmerique.
-mes des endroirs,ot elle pouvoir
un vaifleau de cinq cens tonneaux, porter & 1696.
d'autres, où une barque de cinquante auroit de lapeinei paffer de baffe marée;
mais comme fa largeur eft fortrétrécie
parles mangles ou paletuniers, quifont
fur les bords, & qui en couvrent une
bonne partie, il fe peur faire qu'on trouveroit plus d'eau, & un cheval plus
fond que celui du milieu, fi ces terres proétoient défrichées, & les bords de la
riviere délivrez des mangles quiles OCcupent. Mais il n'eft pas expédient de
fongera cet ouvrage, avant que le
cul-de-fac foit peuplé, & qu'il y grand ait un
fort à lIlera Fanjou pour défendre tous
ces quartiers des courfes & des
des Angloisquin'y viennent encore pillages
trop fouvent, &c quiy viendroient sier
davantage, s'ils pouvoient
dans
cette riviere avec des Ealuler plus
confidérables.
C'eft un charme de naviger fur cette
riviere. L'eau y eft claire, tranquille &
unie comme une glace. Elle eft bordée
de paletuniers fort hauts qui font un
ombrage & une fraîcheur raviffante.
Elle a plus de deux lieties delong, depuis
fonembouchure dans legrand -
icul-de-fac
jufqu'a.celle du petit, Tout ce vafte terDij
dans
cette riviere avec des Ealuler plus
confidérables.
C'eft un charme de naviger fur cette
riviere. L'eau y eft claire, tranquille &
unie comme une glace. Elle eft bordée
de paletuniers fort hauts qui font un
ombrage & une fraîcheur raviffante.
Elle a plus de deux lieties delong, depuis
fonembouchure dans legrand -
icul-de-fac
jufqu'a.celle du petit, Tout ce vafte terDij --- Page 98 ---
-76 Nowveaux Voyages aux Ifles
1696. rain depuiscette: rivierejufqu'a lag grande
rivicreà Goyaves, appartientà Monfieur
Houel Capitaine aux Gardes, frere ainé de Monfieur de Varennes avec qui
nous étions. On avoit toujours appellé
Mat- cette terre faint Germain jufqu'en 1707. faquifat queleRoil l'a érigé en Marquilat en
dHouel- veur de Monfieur Houel fous Je nom
bourg. d'Houelbourg, quoiqu'iln'y ait ni Bourg
ni Village. Ce terrain eft arrofé de deux
petits ruifleaux qui fe jettent dans la riviere, prefque au milieu de la riviere
faléc, ou il fait une petite chûte d'eau
douce. L'embouchure d'un de ces ruiffeaux fait qu'onl'entend d'allez loin. On
a pratiqué un pallage au travers des
mangles pour aller prendre de l'eau.
On voit à côté deux gros arbres, où ily
a bien desnoms marquez fur leurs écorces. Nous ne voulâmes pas contrevenir fur les
àla coutume. Nous débarquâmes
de
arcades des mangles, chacun puifa
l'eau &c en but, 8 ceux qui içavoient fur les
écrire graverent leurs marques
de
arbres. Cette commodité de trouver
Peau douce dans un lieu comme celui-là,
Ruifeau aluia faitdonner le nom de Belle Hôteffe.
appelléla
immemoriale de faire
Belle Hôtelle. C'eft une liberalité coutume à ceux qui vous conquelque duilent, la premiere fois qu'on palfe en --- Page 99 ---
Françoifes de PAmeriqne. 77
cet endroit, comme on fait pour éviter 1696.
leb baptème aux Tropiques Sc à la Ligne.
Monfieur le Gouverneur fatisfit à ce devoir avec beaucoup de générolité, Autant
nous le plimes voir, le terrain
de schc Germain eft beau, mais iteft
tout en bois de bout, excepté une favanne de quatre à cing cens pas du côté
du petir cul-de-fac quis'étend depuis la
riviere du coin,julqu'àla pointe deGrigne au vent.
Après que nous eûmes paffé la riviere
faléc, nous entrâmes dans le golphe qui
eftentre les deux Illes de la Guadeloupe,
appelle le petit cul-de-fac. Monde Varennes nous
Rrea
quitta & s'en alla
chez lui, & nous allâmes débarquer au
Fort Louis de la grande terre, où Monfieur le Gouverneur farreçà au bruit du
canon & de la moufqueterie,
Monfieur de Maifoncelle, CEORLEEN d'une
Compagnie détachée dela Marine 3 qui
compofoit la garnifon de ce Fort.
Ceft un méchant parallelograme de
cinquante toifes de long far dix à douze
toifes de large, compofé d'un double
rang de paliflades, cloignez l'un de l'autre de fix pieds pour foutenir les terres Fore
& les fafcines dont cette cfpece de para lag I ouis grande de
per eft compofe. Il y a quelque angles Terre.
D iij
'une
Compagnie détachée dela Marine 3 qui
compofoit la garnifon de ce Fort.
Ceft un méchant parallelograme de
cinquante toifes de long far dix à douze
toifes de large, compofé d'un double
rang de paliflades, cloignez l'un de l'autre de fix pieds pour foutenir les terres Fore
& les fafcines dont cette cfpece de para lag I ouis grande de
per eft compofe. Il y a quelque angles Terre.
D iij --- Page 100 ---
78 Nowveaux Voyages anx Ifles des
1696. faillans fur lefquels on a élevé
platesformes de bois pour mettre le canon,,
comme iln'y a point de foflé,
parce que
n'a que fept à huit
8 que de ce
on y avoit coupé des
pieds
été
LERITRE
embrazures pour le canon, çauroit
autant de portes ouvertes deffauts pour entrer il eft
dans le Fort. Outre ces butte qui en cft
commandé d'une petite
àla portée du pifoletda haut delaquelle dansle
les hommes quifont
on découvre la rête jufqu'aux pieds. Il n'y
Fortdepuis
les jambages del la
a de maçonnerie magafin quel à poudre
eft
porte > un petit cuifine, un ou deux
EuS
à côré, une
La maifon du Capitaine
& une cirerne. fonétions de Commandant 3
qui faicles
tout
eit de fourches en terte, planchée elle conautour & couverte d'elfentes chambres 5 de plein
tenoit quatre petites des Soldats & tous
pied. Les baraques étoieut paliffadez de
ies autres bârimens de paille. Comme ce
rofeaux 8c couverts
deffendre les
Fort eft trop élevé moiillent pour au pied de la
vaiffeaux qui
on afairent basune
hauteur roù ileftbâti, de maçonnerie en forbatteric fermée où il y. a fix canons qui
me de redoute, dans la rade. Elle feroit aifément
battent fion faifoit unedefcente, paremportée --- Page 101 ---
- Françoifes de Amerigne.
ce qu'eile elt tout-à-fait commandée & 1696.
vèe de revers.
Je ne fçai quelle idée on a eu en faifant ce Fort, qui n'eft bon à rien. Tout
ce qu'ila de bon, c'eft qu'il eft en trèsbonair, & qu'il a une vie desplusbelles
& des plus étenduès. On découvre la
plus grande partic de la Cabefterre & du
grand cul-de-fac de la Guadeloupe un
nombre confidérable d'Iflets
tit cul-de - fac eft rempli. On
derore
Saintes, & quand le tems eft ferein >
les montagnes de la Dominique.
Le Lundi matin Monfieur Auger fit
larevàe de la Garnifon du Fort, &d'une
Compagnic de Milice du quarrier lc plus
proche, qu'on appelle le Gofier, dontla
Paroifle étoit deffervie par un Ecclefiaftique appelle Monfieur Biez; au deffauc
des Capucins à qui les trois Paroiffes de
la grande terre appartiennent, mais qui
n'avoient pas alors de Religieux pour la
remplir.
Je m'occupai itoutela matinée à dreffer
les mémoiresde cerc quej'avois remarqué,
& les projets que Monfieur Auger vouloit envoyer en Cour. Je les achevai à
mon retour au Baillif, aveclesplans
étoient neceffaires
leur parfaire
gat
pour
telligence. Ils furent envoyez, & àce
Div
oiffes de
la grande terre appartiennent, mais qui
n'avoient pas alors de Religieux pour la
remplir.
Je m'occupai itoutela matinée à dreffer
les mémoiresde cerc quej'avois remarqué,
& les projets que Monfieur Auger vouloit envoyer en Cour. Je les achevai à
mon retour au Baillif, aveclesplans
étoient neceffaires
leur parfaire
gat
pour
telligence. Ils furent envoyez, & àce
Div --- Page 102 ---
So
Nouveaux Yoyages Aux Ifles
1696. qu'on dit, approuvez: cependant jufqu'à mon depart des Ifles ils étoient
demeurez fans exécution > malgré tous
les mouvemense squele Gouverneurs'éroit
donnez, Putilité & la néceflité évidenre
qu'ily avoit, &les facilitez tout-à-fait
grandes qu'on faifoit trouver pour les
exécuter,lans qu'il en coûtât preiquerien
au Roi.
diné
Nous nous embarquâmes
Abimes.
aller voir les abimes.
font de
oû
2Ea
dieux pour
fait
les vaif grands enfoncemens quela mner
dans
feaux moûil- les terres, ou les vaiffeaux peuvent fe relent dans tirer pendant la faifon des ouragans, ou
ls vais mau- dans un befoin pour ne pas ètre infultez
tems,
les ennemis. Ce font affutément de
beaux par endroits, l'eauy eft profonde,
& les bâtimensy (ont tous couverts des
branches des paletuniers entrel lefquels sils
fe mettent & s'y amarrent; car il feroit
inutile d'y jetter l'ancre, à moins de la
vouloir laiffer dans les racines,.ou emen le levant la moitié d'une forêt.
porter
pourroit faire un
Il nous parut qu'on
excellent tde cet endroir-l., pourvà
port les terres des environs foient défrique chées, & qu'on éleve quelque redoute
batterie
le deffendre. Nous alou
pour
lâmes voir un Iflet qui couvre parfaitement bien la rade; ilme femble qu'on
ter l'ancre, à moins de la
vouloir laiffer dans les racines,.ou emen le levant la moitié d'une forêt.
porter
pourroit faire un
Il nous parut qu'on
excellent tde cet endroir-l., pourvà
port les terres des environs foient défrique chées, & qu'on éleve quelque redoute
batterie
le deffendre. Nous alou
pour
lâmes voir un Iflet qui couvre parfaitement bien la rade; ilme femble qu'on --- Page 103 ---
Francoifès de PAmerigue.
SI V
le nommoit l'lflet à Cochons. Il paroît 1696.
ques s'ily: avoit deffus un bonne redoute, Projet
ou qu'on y tranfportât le Fort Louis, 2 ild'wa àl'Ilet Fort
mettroit tout ce quartier hors d'infulte.à.coMonlieur le Chevalier Renau Ingenicur chons,
Général de la Marine, étant venu en
1700. vifiter les places de l'Amerique,
projetta d'y faire un fortin. Je lai vif fur
le; papier, &j'en ai eu un deffein.
Le Mardi premier jour de Mai,je dis
la Mefle de fort bonne heure. Monfieur
Augeracheva ce qu'il lavoit à faire. Nous
déjeunâmes,8 nous nous cmbarquâmes
pour repaffer à la Guadeloupe. Nous Eftacade
allâmes encore jufques à l'embouchure de & corps garde
de la riviere falée pour chercher un en- fur pilo.
droit commode, pour faire un corps de tis riviere à la
garde fur pilotis, avec une chaine ou faléc.
eftacade pour fermer la riviere, & empècher les promenades des Anglois dans
Ge quartier inhabité. On chercha & on
marqua ce lieu dont je fis le deffein
fur exécuté avec diligence,
et
parce que
habitans fc chargerent d'en faire la dépenfe, qui ne fut pas confidérable. Nous
rangeâmes enfuite toutela terre de Saint
Germain depuis la pointe de Grigne au
venrjufqu'à la riviere du Coin qui la fepared' une autre terre appellée Arnou- tionaves Habitaville, app artenante aux heritiers du fieur titre de
D V --- Page 104 ---
8z Nowveanx Yoyages aux Ifles
1696. Baudouin, ci-devant Commis principal
de la Compagnic de 1664. à la GuadeFief, %
s en faveur duquel ils prérendent
EtAL atil a été érigée en Fief par le Roi, à
la recommandation de la Compagnie.
Lav veuve du fieur Baudouin reçut Monfieur Auger avec beaucoup de civilité.
Les chevaux que Monfieur Houelavoit
envoyez pourle fervice du Gouverneur,
y étoient dès le jour précédent. Après
que nous nous fimes rafraichis, nous
montâmes à cheval, pour aller voir une
terre à côté d'Arnouville que Monfieur
Auger vouloit acheter conjointement
avec le Sieur Biez, qui étoit aufli de la
Compagnie. Le Sieur Fillacier Officier
de Milice de la Cabeltere, à qui elle
appartenoit, s'y trouva. Nous vifitâmes
le terrain qui me parut bon; après
nous
chez la veuve
ut
retournâmes compagnie qui étoit
douin, parce quela
avec le Gouverneur étoit trop groffe
pour pouvoir loger chezle P. Capucin,
Curé de la Paroifle du petir cul-de-fac.
En atrendantlheure du fouper,) je fus
me promener dans la terre d'Arnouville du
queje trouvai parfairement belle, ou
moins très-proprea dla devenir. C'eft une
étendue de près de deux mille pas de larfur cinqà fix mille de hauteur. Le
ge
douin, parce quela
avec le Gouverneur étoit trop groffe
pour pouvoir loger chezle P. Capucin,
Curé de la Paroifle du petir cul-de-fac.
En atrendantlheure du fouper,) je fus
me promener dans la terre d'Arnouville du
queje trouvai parfairement belle, ou
moins très-proprea dla devenir. C'eft une
étendue de près de deux mille pas de larfur cinqà fix mille de hauteur. Le
ge --- Page 105 ---
Fraxcoifes de Ambrigne.
terrain eft à la verité un peu rouge & 1696.
comme cendreux en quelques endroits;
cependant les cannes y étoient trèsbelles, & les beftiaux en bon état, ce
infaillible de la bonquiett une marque deux
ruiffeaux
té dela terre. Il'y a
petits
dans
dontlun fejette
quilauaverifent, la riviere du Coin, & l'autre dans celle
de Saint Paul quipafle dans T'habitation
du Sieur Fillacier, que Monfieur Auger
a achetée depuis, & qu'il a nommée
Trianon. A ia réferve des mouftiques
qui nous importunerent un peu, nous
fimes parfaitemenet bien -
traitez 8clogez,
cette maifon eût été pillée dequoique
pois dix-huit mois parles Anglois,
de
qui
AE
ayant fiurpris le corps
garde rendus maiau bord de la mer > séroient
entres de la maifon, dont ils avoient d'eflevé les meubles & un bon nombre fauclaves, donto quelques uns s'étoient
vez d Antigues, & étoient revenus chez faileur maitreffe. Depuis ce malheur on
foit la garde plus exactements 8c nous
la doublâmes, afin de dormir plus en repos. Nous parrimes le Mercredi matin
aller à la Paroiffe du petir cul-deEer LePere Capucin qui en étoit Curé,
d'haranguer Monfieur
ne manqua pas
Dvj --- Page 106 ---
84 Nowveaux
anx Ifles
1696. Anger en lui
de l'eau benite
fit
uferd
à la porte de l'Eglife. La revûé fe
après la Meffe. Cette Compagnic étoit
de foixante-huit hommes bien armez.
Nous dînâmes chez le Pere Capucin, ou
ileftà croire queles Officiers du quartier
avoient fait porter ce qui étoit neceffaire
pour le repas. Après que Monfieur Auger eut donné fes ordres, nous partimes
aller coucher chez le Pere Capucin,
Curé pour de la Paroiffe de Goyaves. Le Gouverneur choifit la maifon du Religieux
plurôt qu'une autre, à caufe de certains
differensqui étoient entre les principaux
du quartier, qu'il vouloit entendre &
accommoder dans un lieu neutre. Il ne
faut pas confondre ce quartier ravec celui bafle
de liller à Goyaves 3 qui eft à la
terre, ni avecla grande riviere à Goyacul-de-fac. Ce font trois
ves du grand
endroits differens à qui il'abondancedes
arbres de cette elpece qu'ony a trouvezs
a fait donnerle mème nom.
-
ensqui étoient entre les principaux
du quartier, qu'il vouloit entendre &
accommoder dans un lieu neutre. Il ne
faut pas confondre ce quartier ravec celui bafle
de liller à Goyaves 3 qui eft à la
terre, ni avecla grande riviere à Goyacul-de-fac. Ce font trois
ves du grand
endroits differens à qui il'abondancedes
arbres de cette elpece qu'ony a trouvezs
a fait donnerle mème nom.
- --- Page 107 ---
Françoifes de PAmérique.
8;
1696.
CHAPITRE IV.
Defcription de la Cabeferre ; du Marquifar de Sainte Marie. Projet d'une
maifon forte pour Monfewr Howel.
Dx Gingembre, de fa culture G de
fes ufagess ; desbois marbrex éviolers;
de la Canelle bàtarde.
E Jeudi troifiéme Mai, Monfieur
L Auger fit de grand matin la revie
de la Compagnic de cette Paroiffe. Elle
étoit d'environ cinquante hommes. Elle
avoit été bien plus nombreufe, car ce
quartier eft fort peuplé, fans le grand
nombre d'habitans qui
pique contre
les Officiers MIRESRERET s'étoient mis
dans la Compagnie de Cavalerie. Monfieur Auger parla à ceux qui étoient en
differens & leur donnaj jour pour fe trouver au Fort de la bafle terre, où il devoit les accommoder.
Nous partimes fur les dix heures pour
aller coucher chez Monfieur Honel.Les
deux quartiers depuis Arnouville jufqu'àla ravine de la Briqueterie, où icommence le Marquifat de fainte Marie,
font bien peuplez & bien cultivez. Et --- Page 108 ---
86 Nonveanx
1696. quoique la teire y
anx Ihes
laiffe
, elle
PetP
d'être bonne. Il rouge
ne
RecEet mais le
y a quelques
ces habitans étoit principal negoce de
auffi quantiré de legingembre. Ils font
de tabac & autres manioc, de légumes,
un très-grand
denrées, & ils élevent
volailles. Ilne nombre de beftiaux & de
ces quartiers ; je manque comptai pasd'cau huit en tous
prelqu'autant de ravines
rivieres &
l'eau depuis la riviere du qui donnent de
celle de Briquererie,
Coin, > jufqu'à
d'environ
qui eft un elpace
quatre lieties.
de Lhabitation Boifferer, particuliere de Mellieurs
taires sparindivis Confeigneurs dela
& proprieMonfieur Houel, fut Guadeloupe, avec
quifar en I6 fous le érigée en Marfat Marqui- de Marie. Il a environ une lieie nom de fainte
Marie, fainte long de la mer, & toute la delarge le
apparte. y a depuis le bord de la mer diftance qu'il
nant à grandes montagnes qui
jufqu'aux
Nnrz-belterre de Boif.
de la Baffe
feparent la Caferet, de trois lieties OlI environ. terre, qui peut être
Meffieurs
Lorfque ces
entr'eux qu'en partagerentl'Ifle, il fut ftipulé .
quelque lot que le Marquifactombâr, il refteroira fes
maitres, avec tous fes droits premiers
riaux, fans aucune
Seigneudans le
dépendance de celui
partage duquel il fe trouveroir.
aux
Nnrz-belterre de Boif.
de la Baffe
feparent la Caferet, de trois lieties OlI environ. terre, qui peut être
Meffieurs
Lorfque ces
entr'eux qu'en partagerentl'Ifle, il fut ftipulé .
quelque lot que le Marquifactombâr, il refteroira fes
maitres, avec tous fes droits premiers
riaux, fans aucune
Seigneudans le
dépendance de celui
partage duquel il fe trouveroir. --- Page 109 ---
Françoifes de PAmérique.
Ainfi en ont joill * Meflieurs de Boifferet, 1696.
quoique leur Marquifat fe foit trouvé
dans le partage de Monfieur Houel.
On y voit encore les ruines d'une efpece de maifon Seigneuriale ou du château > qui felon les apparences n'a jamais
été achevé. Ce qui marque la grandeur
& la magnificence du maître qui le poffedoit , ce font de grandes allées de
riers. traverfent cette terre, non
tetc
qui
lement le long du grand chemin, mais
encore qui partagent en plufieurs grands
quarrez toutes les terres qui étoient employées en cannes, en maniocs, en tabac
&cen favannes, autour defquelles on pouvoit fe promener en caroffe à couvert du
foleil. ily avoit un moulin à eau & une
fucrerie dont on voit encore les murailles, &
retabliroit à peu de frais fi
les Aeatiang de Monfieur de Boifleret
s'accordoient à vendre cette Seigneurie
à un feul; mais comme ils veulent être
tous Marquis, ils déchirent chacun un
petit morceau du titre pour s'én parer,
pendant que l'effentiel demeure en friche, Ily a un étang dont la chauffée &
les envitons font couverts de Poiriers.
La quantité de ces arbres plantez à la
ligne, & qui étoient entretenus avec
beaucoup de foin, dansle tems que les --- Page 110 ---
88 Nowveaux
1696. Seigneurs y
aux IRles
faic
le
ECREOA
gaire appelle cette terre les que vultôt que le Marquifat de Sainte Poiriers, pluArbres Les arbres
Marie.
Poitiers, appellez portent aucun qu'onappelle fruit. On
Poiriers ne
"nom,parce que leurs feiilles leur a donné ce
beaucoup de celles des poiriers approchent
pour la figure, excepré
dEurope
les les
feulement qu'el-
& épaiffear. furpaffent en longueur,
Les fleurs
largeur
tous les ans, font d'un violer qu'ils portent
fiar la couleur de chair; elles clair tirant
pofées de cinq feuilles étroites font comquisélargilfent Ss
parlebas,
ine de calice; elles font s'épanotifent minces en forde durée. L'écorce du
& de
che & fortrailladée. poirier eft sEca
liant, franc & aifé à Le bois eft gris,
Ons'en fert à faire des mettre en ceuvre,
Quand on le met en jantes de roiies.
fort bien,le poli. Il eft planches, très-bon > il prend
fculpture doux.
>
qu'il eft
pour & fort la
Cet KoRE devient
fort
grand &
Eacia
brancbu, & commeileft
réfifte auix coups de vent fouple, il
mieux
bien d'autres arbres beaucomp
gros &
qui font
de
e
Port
Ily a un paroiffent plus forts que lui,
Sainte
bon moiillage
Marie. fures du Château jufqu'au de-là depuislee de mabouchure de lar rivicre, Deux
P'emgrands ro-
ft
pour & fort la
Cet KoRE devient
fort
grand &
Eacia
brancbu, & commeileft
réfifte auix coups de vent fouple, il
mieux
bien d'autres arbres beaucomp
gros &
qui font
de
e
Port
Ily a un paroiffent plus forts que lui,
Sainte
bon moiillage
Marie. fures du Château jufqu'au de-là depuislee de mabouchure de lar rivicre, Deux
P'emgrands ro- --- Page 111 ---
Frangoifes de PAmérique.
chers à Aeur d'eau qui en font éloignez 1696."
d'un demiquart de lieusapellcattiomme & la Femme , rompent la violence
de la mer, & font que les vaiffeaux peuvent être en fûreté dans cet endroit-là, $
qu'il feroit très-aifé de fortifier - s & d'en
faire un Port excellent
toute la Cabefterre, & cela même E peu de frais,
parce quela chaux eft en abondance dans
ces quartiers , aufli - bien que la terre
pour faire des briques, & que la Balleterre peut fournir du ciment rouge tant
qu'on en poutroit avoir befoin, &c all
de-là. J'ai découvert depuis que ce ciment rouge étoit la veritable Pouffolane
telle qu'onlat trouve au Royaume de Na- Deflein le
ples & en beaucoup d'endroits d'Iralie. Emiser.
Je fus avec Monfieur Auger vifiter &
mefurer ces rochers & les bafles qui les
environnént, & les paffes qui font entr'eux & la terre. Nous remarquâmes
fur tous les deux un endroit plus élevé
que le refte, & qui n'eft fous leau que
dans les grandes marées des Equinoxes,
à ce
nous dirent des habitans de ces
NESRT aflez (pacieux pour y bâtir
fur chacun une tour de fept à huit toifes
de diametre, capables de contenir affez
de canon & de monde pour défendre le
Port. --- Page 112 ---
90 Nonveau
aux Ifles
1696.
En attendant que Pare fe
Monfieur
ordonna
exécuter,
une
EG
batteric de Lhnsuir piéces qui étoit réparer derriere
le Château; & que queiques habirans la
plâpart Mulâtres ou Negres libres
failoient valoir quelques
qui
terre du Marquifat, fe joindroient morceaux de
domeftiques & aux Négres du
aux
de
Marquis
Boilteret, un des Scigneurs de cette
terre, qui les y avoit retirez depuis la
déroute del'lfle de Màric galante,
compofer un corps de garde capable pour de
mettre cet endroichorsdinfutte,
la nuit.
pendant
Avant de m'éloigner davantage de la
Grande terre, je croi qu'il eft bon de
dire un mot de quelques boisdont on me
ft prefent, & que nous n'avons pasà la
Guadeloupe. arbres
Jc ne puis
parler des
dont ils avoient ROT pris,
que je ne les ai pas vâs.
parce
Le premier eft le bois marbré. Il eft
à croire que cet arbre ne vient jamais
fort gros, puifque les plus groffes billes
quejai pà en avoir, , tant dans ce voyage qu'en d'autres occafions, ne font
mais arrivées à un pied de diametre. Ce jabois eft dur, pefant &
5 fon
marbré. Bois grain eft petit, & fes fibres compact; font fincs.
ilef plus beau étant tourné qu'étant de-
.
parce
Le premier eft le bois marbré. Il eft
à croire que cet arbre ne vient jamais
fort gros, puifque les plus groffes billes
quejai pà en avoir, , tant dans ce voyage qu'en d'autres occafions, ne font
mais arrivées à un pied de diametre. Ce jabois eft dur, pefant &
5 fon
marbré. Bois grain eft petit, & fes fibres compact; font fincs.
ilef plus beau étant tourné qu'étant de- --- Page 113 ---
Frangaifes de PAmérigne.
91 -
bitéenp planches. L'aubier eft d'un blanc 1696.
fle, le cceur eft gris ou prefque brun
avcc des ondes de differentes teintes,
depuis le gris clair jufqu'au brun obfcur,
qui fc terminent en ceil de perdrix 5 ou
en centre de volute. Pour faire paroitre
toute la beauté de ce bois, il faut le
mettre de biais fur le tour, afin quel'aubier paroiffe en quelques endroits,parceque fa blancheur dérache davantage,
& donne du reliefaux autres partics. On
en fait desguéridons, des picds de chaifes, des tables, 9 des cabinets & autres
ouvrages. Il eft poli & luftré prelque
naturellement. J'en ai fair débiter en
planches quej j'ai fait icier en fuivantle
fild du bois comme on fait ordinairement,
& d'autres de biais, afin de joindre les
nuances & compofer un tout qui
naturel, & jai fait faire de
SESE
ouvrages de cette façon. Il eft vrai que
cebois eft dur à la fcie, & très-difficile
quand il le faut fcier de biais, mais il
*
n'eft pas fujet à fe fendre nias'éclater. Bois
Le fecond eft le bois violet, qu'il ne violets
faur pas confondre avec le bois de violette dont je parlerai dans la fuite, que
l'on appelle ainfi, parce que quand il
eft échauffé il al'odear de cette fleur.
Celui-cin'a aucune odeur, mais ilala --- Page 114 ---
Nowveanx Yoyages anx IRes
1696. couleur vielette, 3 fort vive, avec des
ondes &'des volutes compofées de differentes teintes de cette couleur. J'en ai
eu des planches de huit à dix pouces de
large dontjai fait faire des delfus de table fur un chaflis de bois marbré, ce
quifaifoit un très-bel effet.
Le dernier dont Japportai feulement
quelques morceaux de branches, fans
avoir vû l'arbre ni la feuille, s'appelle
Canelle Canelle bârarde. L'écorce étoit brune 3
bâtarde épaiffe prefque comme deux écus blancs,
ou nelle Ca- gé- fort hachée, ayant à la verité l'odeur
rofléc. de la canelle, mais plus forte & comme
mèlée de cloud de gerofles lorfqu'on la
met fur la langue, elle a un goût fi fort
& fipiquant, qu'il femble que ce foit un
compole de poivre,. de girofe & de canelle. Commej jene fcavois
alors
la veritable canelle fine
la
RRET esiz
écorce, ou la peau quieft fous la
miere écorce des branches & non
Fas
pas
tronc du canelier; je n'ai pas éprouvé
comme je l'aurois pû faire pluficeurs fois,
fila peau OU feconde écorce de cette efpece de canelle n'étoit pas moins piquante
la premiere.
Italie d'une
8: fe fert beaucoup en
canelle femblable à celle que viens de
décrire; les Portugais
du
MASIEr
écorce, ou la peau quieft fous la
miere écorce des branches & non
Fas
pas
tronc du canelier; je n'ai pas éprouvé
comme je l'aurois pû faire pluficeurs fois,
fila peau OU feconde écorce de cette efpece de canelle n'étoit pas moins piquante
la premiere.
Italie d'une
8: fe fert beaucoup en
canelle femblable à celle que viens de
décrire; les Portugais
du
MASIEr --- Page 115 ---
PICE --- Page 116 ---
Tom3 pag-93Ginsembre
Patales
--- Page 117 ---
- Françoifes de l Amerique.
Brefil dans des paniers de rofeaux refen- 1696.
dus & à jour ; on l'appelle Canelle géroflée, Canella garofanata. On la met
en poudre avec un peu de gérofle, de
veritable canelle, de poivre & de graines tout-à fait femblables à celle de nos
bois d'Indes desIfles, & on en fait un
debit affez confidérable.
On faifoit déja beaucoup de fucre à
la Grande-terre, &c bien des gens travailloient à établif des fucreries. Je vis Défaut
de leur fucre
mne parut très-beau & ctes des dela fubien "grené, 2 tout lorfqu'il eft nou- Grandevellement fait, mais on m'affira qu'il terre,
devenoit cendreux oul molalle, & qu'il
fedtonufotoquundiléeoirs gardéquelques
mois. C'eft un défaut commun à tous les
fucres des Ifles Angloifes. Les habitans
prétendent quecela vient de ce queleue
terrain eft encore neuf & trop gras. Pour
moi je fuis perfuadé que c'eft ie fel&le
nitre dontleur terre eft remplie quicaufe
cette mauvaife-qualisé,
fe corrigera
lorfqu'elles feront EEE un long
ufage. J'ai fçu depuis que je Ras en France que cela eft arrivé.
Le Gingembreeftl la racine d'une plan-Ie Ginte qui vientalfez touffié, dont ia felille gembre,
longue, étroite, affez douce aul toucher,
eft femblable à celle des rofeaux, ex- --- Page 118 ---
94: Nouveaux Troyages aux Ifles
1696. cepté < qu'elle eit bien plus petite en toutes façons. Lat tige ne croit jamais à plus
de deux pieds de haur; fes feuilles viennent couplées des deux côtez de la
verd
elles
te
Elles fontd'un
gai, quand
jeunes; elles jauniffent en mûriflant, &
fc fechent entierement, lorfque la racine
a toute la maturité qui lui eft neceflaire.
Ces racines viennent plates, larges &
Ses raciou
Communément
nes
de differentes figures.
&
pates. elles reffemblent à des pates d'oyes,
c'elt pour cela qu'on les appelle des pates plutôt que des racines degingembre; d'excrefelles font notieufes, chargées
font
cenfes & de petits bourons. Elles
très-peu avant en terre, fouvent mème
elles font prefque dehors & tout à découvert. Onen trouve del larges comme
la paulme de la main, & épaiffes d'un
bon pouce. Leur peau eft mince, de
couleur de chait, lorfqu'elles font vertes,
& grifes, quand elles font feches. La
fubltance eft blanche & ferme, de la
confiftance du navet; elle eft allez compaéte & pefante. Elle eft traverfée par
des nervures qni partent de l'endroit par
où elle tenoit à la rige, & quife répandent dans toute fa largeur & longueur - ,
comme les mufcles &c lesveines dans les
membres du corps. Ces nervures font
'elles font vertes,
& grifes, quand elles font feches. La
fubltance eft blanche & ferme, de la
confiftance du navet; elle eft allez compaéte & pefante. Elle eft traverfée par
des nervures qni partent de l'endroit par
où elle tenoit à la rige, & quife répandent dans toute fa largeur & longueur - ,
comme les mufcles &c lesveines dans les
membres du corps. Ces nervures font --- Page 119 ---
Frangoifes de PAmerique.
remplics d'un fuc plus piquant & plus 1696.
fort que le refte de la chair, qui eft
d'autant plus douce, qu'elle eft éloignée
de ces nervures ou qu'elle eft moins
mûre.
Cette plante demande une bonne terie, mais un peu legere, c'eft pour celads Culture Ginqu'elle vient à merveille dans cette par- gembre.
tie de PIe > qui eft depuis le grand culde-facjufqualas riviere de la Cabefterre,
où le terrain eft de cette efpece.
On plante le Gingembre fur la fin de
la faifon des pluyes, c'eft-à-dire 3 en
Octobre & Novembre. Après que la
terre a été labourée à la houë, on met
de pied en pied un petit morceau dela
mème plante qu'on a confervé de la
dérniere récolte, 2 & fur tout de ceux
quiont plus de chevelure, & on le couvre de trois à quatre doigts de terre. Il
pouffe au bout de fept ou huit jours, à
près comme font les ciboules ; il fc
à
Ses feuilles
Ternater
peu peu.
telles que
je les ai décrites,sétendent & couvrent
leur terre > que l'on cft obligé jufqu'à
ce tems-là de tenir bien nette. Il jette
cependant fes racines ou
> plus
ou moins grandes , & a.RArER quantité
proportionnée à labonté du terrain
cette plante dégraiffe & mange io.quc --- Page 120 ---
96 Nowveaux
aux Ifles
On connoît
eft mûr i fes
1696.coup.
feuilles qui jauniflent, qui fe fanent,
& qui féchent à la fin; pour lors on arrache la plante avec fes pates, & quand
on voit qu'ils'en eft feparé quelqu'une, on la cherche avec la houé. On
fépare la tige des pates en la coupant ou
Com- la rompant > & on les étend fur des
ment on clayes que l'on expole à l'air & au vent,
le fecher. fait mais jamais au foleil, & encore moins
atl four, comme le dit le fieur l'Emery
dans fon Traité des Alimens,& le fieur
Pomet dans fon Hiftoire Générale des
Partie
61.Ces
Drogues 2 premiere
pege
deux Auteurs d'ailleurs fi recommandables par leur exaétitude &
leur
ont eu fur cet article
& fur
f'
travail,
quelques autres de mauvais mémoires 5
ils font fi honnètes gens, que jefpere
qu'ils ne trouveront pas mauvais que
l'occalion
:
les en avertifle, quand
fad'eux la même
préfentera raifon :. efpérant
on ne s'eft
veur. La
pourquoi
jamais avifé de faire fécher le Gingembre au four ou au foleil cft, parce que
la fubftance de ce fruit étant délicate *
elle feroit bien-tôt entierement confumée, de maniere qu'ilne refteroit prefplus que la peau avec très-peu de
SSFN fi féche & fi aride, qu'clle
ne
ifle, quand
fad'eux la même
préfentera raifon :. efpérant
on ne s'eft
veur. La
pourquoi
jamais avifé de faire fécher le Gingembre au four ou au foleil cft, parce que
la fubftance de ce fruit étant délicate *
elle feroit bien-tôt entierement confumée, de maniere qu'ilne refteroit prefplus que la peau avec très-peu de
SSFN fi féche & fi aride, qu'clle
ne --- Page 121 ---
Françoifes de LAmerique.
ne feroit plus en état de fervir.
1696.
Le Gingembre ainfi féché, après avoir été cueilli dans fa parfaite maturité,fe conierve tant que l'on veut. Il
eft cependant vrai quele tems diminue
toujours fa bonté & fa fubftance 9 &
qu'autant qu'on le peut, il fautufer du
plus récent, ce qui eft aifé à connoître;
car plus il vieillit &
fon
di-
-
minué. Il faur qu'il erte bien long poids tems
dansl'eau douce ou faléc, avant de s'y
corrompre, mais ilfe gâte facilement
s'il a été cueilli trop tôt, ou qu'il ait
été enfutaillé Ou ferré dans le magazin
avant d'être parfaitement fec. C'elt
pourtant ce que l'avarice & la mauvaife
foi font faire quelquefois aux habitans,
& ce quel l'ignorance des Marchands, ou
deleurs commis ne connoît pas.
Le fret de cette marchandife ne doit
jamais être fort cher, parce qu'elle fe
met en grenier, c'eft-à-dire, qu'on en
remplit des foures, ou qu'on s'en ferta
les vuides des bariques & autres
qui font dans un
Et
far quoi les Proprieraires ou vaiffeau, les Capitaines des bâciments trouvent toujours
lear compre, parce quic la rendant felon
le poids,ileftffir qucthumiditequ'elle
2 contractée pendant le
Tome II.
worg. Taug- --- Page 122 ---
Nowveaux
Ifles
- 98
contdmablemert.com Y'oyagesaue
1669. mente toujours
Hollandois
me il arrive aux vaiffeaux
Trompe-. chargez de cloud de gérofe , quoique
rie qu'on les matelots ou autres en vendent ou en
faitfur le Gin- dérobent une aflez bonne quantité 5 ils
gembre remedient au poids & au volume qui
& far le
arrofant d'eau de mer
Gérofle. manqueroit, en
cette marchance qui refte, parce feche, que elle s'imbibe aidife étant fort
lui donne, &
fément de l'eau qu'on 8c fon volume.
augmente ainfifon poids
Depnis la paix de Rifvick en 1698.
Prix du jufquà la guerre de 1702.le Gingembre
6ing:m
dix juf
brc.
a valu à la Guadeloupe livres le depuis cent. C'eft un
qu'à confidérable, quatorze
fion regarde la facilité prix qu'il a à faire cette marchandife,
Aut très bon débit & d'un grand
quieito ulage, fur tout dans les pays froids où
chaudes & leches la font
fes qualitez eftimer,& où par conféquent
Feaatr il s'en
une grande confommation. avec
Les Epiciers inelent le gingembre & de cale poivre, un
de géroile &
nelle, &caprès T avoir pilcz pallez fous
aul tamis, ils vendent ce compole & le vendent
le nom d'épicerie douce,
certaiil
même allez cher, quoiquillois eft à fort bon
que le Gingembre faile qui les trois quarts &
marché, en
plys.
,& où par conféquent
Feaatr il s'en
une grande confommation. avec
Les Epiciers inelent le gingembre & de cale poivre, un
de géroile &
nelle, &caprès T avoir pilcz pallez fous
aul tamis, ils vendent ce compole & le vendent
le nom d'épicerie douce,
certaiil
même allez cher, quoiquillois eft à fort bon
que le Gingembre faile qui les trois quarts &
marché, en
plys. --- Page 123 ---
Françoifes de LAmerique.
Quoique ie climat des Iles foit fort
chaud, on ne laiffe pas d'y confommer 1696.
unc quancité confiderable de Gingent.
bre. On dit que c'eft
réfifterala
trop grande humidité Rore pays. Onle
mange crud, quand-il eft verd, & il n'eft
pas mauvais, ou bicn on le fait confire
& il eft bien meilleur.
Lorfqu'on le veut confire d'une maniere à pouvoir ètre prefenté à d'hon- Maniere
nêtes
onle cucille long-tems avant de confire, le
&
Eour
quil
mûr,
lorfqu'il eft encore
fitendre, que fes fibres ne fc difinguent
pas du relte de la chair, ni par
dureté ni
leur
ECE
par
couleur, qui eft
toujours plus forte que celle du refte,
on le gratte avec foin pour enlever toutela peau > & on le coupe par tranches,
fans approcherle moins quileft poflible
des groffes nervures, ce qu'on fent aifément au couper. On le fait
trois ou quatre jours dansl'eau tremper de mer,
quel'on enfuite change deux fois par jour, &
pendant fept ou huit jours dans
l'eau douce > quel'on change aufli deux
fois en vingt-quatre heures.
cela
on le fait botillir à grande cau Après
une bonne heure, & onle remet pendant dans
l'eau fraiche pendant un jour. Après
qu'il en eft tiré &c égoûté, on le mec
E ij --- Page 124 ---
10O Nowveaux Yayages aux bien Ifes clarifié
1696. dans un firop foible 3 mais
ly faire
& tout chaud, fans cependant
boiillir, oùon le laiffe pendant bout
retire au
Lotnde
quatre heures. On l'en
& on
ce tems-là; on le laiffe égouter, fort
le met dans un autre firop trois plus
que de
lc
ce qu'on fait
jours
fuite. premiers On jette tous ces firops comme
inutiles
qu'ils ont contracté
le refte > parce de lâcreté, & dugoit trop
tout
du fruit: enfin on le met dans
piquant confiftance bien clarifié, où
un firop de fi on veutle conferver liquion le laifle d'oà on le tire quand on veut le
de, &c
l'ai
mettre y fec, comme je
expliqué des
dans un autre endroit, en parlant
citrons & autres fruits du pays.
conIleft conftant que le Gingembre
fit de cette manicre perd fon goltâcre de con-
& mordicant, & ne laiffe pas bonnes
ferver fa chaleur & fes autres
qualitez.
le matin, il acheve 26
Si on en mange des alimens qu'on
de faire la digelion font
encore
Proprie- a Pris le foir, qui ne
pas ies
tez du, bien digerez. II confomme
Aegmes
Gingeai
il neroye les
bte con- qui font dans l'eftomac;
Gt.
conduits; it excite lapperics il provoque
douce & debonlurine &c rendlhalcine
ne odeur.
qualitez.
le matin, il acheve 26
Si on en mange des alimens qu'on
de faire la digelion font
encore
Proprie- a Pris le foir, qui ne
pas ies
tez du, bien digerez. II confomme
Aegmes
Gingeai
il neroye les
bte con- qui font dans l'eftomac;
Gt.
conduits; it excite lapperics il provoque
douce & debonlurine &c rendlhalcine
ne odeur. --- Page 125 ---
Françoifes de TAmbrigne. TOI
Sionle mange après lerepas, il laide 1626.
à la digeltion & chafle les vents; mais
comme il faut ufer de routesles chofes
quelque bonnes qu'elles foient avec modération, il faut ufer de celle-ci avec
beaucoup de difcretion & de fagelle 3
parce qu'elle eft extrémement chaude,
& que quelque foin qu'on fans > rien on
ne
lai orerque (on
OrORE
EEREL defa chaleur.
On connoit qu'il eft bien fait, & tel
viens de dire, quand on le voit
EF couleur d'ambre, fort clair &
prefque tranfparent, qu'il eft tendre
fousla dent fans erte mol, & que fon firopeft bien clair.
font
Celui que les Confituriers
pour fon
vendre, ou le menu peuple,
&le
eft brun 5 le firop
alines
ulage, fruit fi fort, fi âpre & G mordicant >
qu'il eft prefque impollible de le tenir
fur lal langue, à moins d'y êrre accoûtumé comme ces fortes de gens, qui mangent le piment, comme on mange une
poire ou une pomme.
fur mer ne
Les gens qui voyagent s'en
& Le Gin.
manquent jamais de
pourvoir,
gembre elt (peciplus ies voyages font longs, plusileit fique
necelfaire d'en faire provifion, parce contrels fcorbut,
qu'on eft plusexpofe aux maux qui proE iij --- Page 126 ---
ss IO2 Nowveanxl Vuyages anx Iles
viennent des mauvais alimens & des
1696. eaux garées, dont on eft fouvent obligé de fe fervir, qui caufent pour Pordinaire le fcorbut, contrelequel le Gingembreeftt un puitlant antidote.
Nous parrimes de Sainte Marie auflitôt que Monfieur le Gouverneur eut
achevéce quily yavoit àf faire. Nous trouvâmes les chemins très - beaux jofqu'à
une ravine gni termine ce Marquifar 2
que nous marchâmes toujours dans
Rurgn grandes allées de poiriers, où cinq
carolles peuvent paffer de front. Après
cela noits eûmes mille à douze cens pas
detrès manvais chemin, non que le terrain foit manvais par lui-mème, mais
parce que les habirans on: négligéd'entretenir les chemins. Le Gouverneur ent
ft desreproches aux Officiers de Milice
qui étoient venus au devant de lui, &c
leur ordonna de commander les Négres
des habitans pour le Lundi fuivant, &
de ne point quitterle travail, que tous
les chemius ne fuffent accommodez,
afin qu'en cas de befoin on pir aller la
nuit comme le jour dans les lieux où il
feroit necelfaire > pour s'oppofer aux
entreprifes des ennemis.
Gtande Nous pallâmes deux ou trois ravines
riviere ou petites rivieres, avant d'arriver rà une
de la Cabellerre.
c
leur ordonna de commander les Négres
des habitans pour le Lundi fuivant, &
de ne point quitterle travail, que tous
les chemius ne fuffent accommodez,
afin qu'en cas de befoin on pir aller la
nuit comme le jour dans les lieux où il
feroit necelfaire > pour s'oppofer aux
entreprifes des ennemis.
Gtande Nous pallâmes deux ou trois ravines
riviere ou petites rivieres, avant d'arriver rà une
de la Cabellerre. --- Page 127 ---
Frangoifes de PAmériqua: 105
la Grande Riviere, parce 169 6.
qu'on
eft eliechivementlat plus grance
la
ÉHe a plus
cae
de de toute
Cabefterre. dans l'endroit
de trente toiles de large chevaux avoient
oi on la pafle. Nos
qu'elle
I'cau prelque aux fangles, quoi
les
débordée ni cnflée par
ne furalorsni Son eau eftbelle & claire, mais
fonlit pluyes. eft gâté par une infinité de groffes roches qui en rendent le pallage lorf- difficile & tour-à-fait impraticables
qu'elle eft plus grolle qu'à Yordinaite.
Nous nous arrètânes pour nous ra- Chera- Le fieur
fraichir chez le fieur Chevalier , Con- lierConfeiller au Confeil Supérieur, & Capi- feillerau Confzil,
taine de Milice. On voit par ces deux &
ces Meffieurs font au poil raine e
qualitez &i la plume. que C'étoit un fort honnète Milice.
homme, Créole. Il me pria de ne point
partir du quartier, fans lui indiquer uu
endroit, oû il pûr couper unc petite riviere qui palle fur fon habitation, afin
de faire un moulin à eau. Je le lui
mis, & je l'exécutai le
ZERER
matin, pendant que Monfieur Auger
régloit les affaires du quartier, après
avoir fait la revûé de la Compagnic de
Cavalerie de la Cabefterre qui étoit de
près de quatre-vinge Maitres bien montez & bien armez.
Eiv --- Page 128 ---
104 Nowveau Vayages aux Ifes
1696. Nous palfames par le Bourg du Marigot. Il ne confiftoit alors qu'en vingeou trente maifons ou magafins 2
Se met les fucres & les autres marchandifes, en attendant que les barques
les viennent prendre. Il yavoit trois ou
quatre Marchands 3 quelques ouvriers, font
& des cabarers, qui dans ccs payslà
la partic effentielle des Bourgs.
L'Egiife Paroiffiale eft cloignée du
Bourg d'environ trois cens pas. Le Pere
Romanet Religicux de mon Ordre qui
ladelfervoit, étoit venu faluer Monfieur
le Gouverneur à Sainte Marie, qui eftle
commencement de fa Paroifle de cc
côré-1i. Ill'attendit enfuite à la porte de
fon Eglife, oi il lui préfenta de l'eau
benite 8c lui fit compliment.
Monfieur Auger eut fait fa priere,
ACRE
la revûé dela Compagnie de Milice du
fieur Chevalier , qui fc trouva d'envifon foixante hommes. Je voulus demeurer avec mon, Confrere, mais MonfieurHouel qui étoit venu joindre Monfieur le Gouverneur nele voulut jamais
& m'emmena chez lui. Sa
permettre, maifon étoit > à une petite demie lieue de
l'Eglife. On
croire, fans
Je dile >
fon peut habitation, car
ainfi qu'on
XAEE
que
ice du
fieur Chevalier , qui fc trouva d'envifon foixante hommes. Je voulus demeurer avec mon, Confrere, mais MonfieurHouel qui étoit venu joindre Monfieur le Gouverneur nele voulut jamais
& m'emmena chez lui. Sa
permettre, maifon étoit > à une petite demie lieue de
l'Eglife. On
croire, fans
Je dile >
fon peut habitation, car
ainfi qu'on
XAEE
que --- Page 129 ---
Frangoifes de LAmerique.
appelle aux ifles les
1656.
de fucreries
établilfemens, 1o4
ou d'aurres
Habitaon peur donc croire que manufachiress, cette
tion de
tion étoit très belle & très-grande, habira- Monfieur Houel
qu'elle.avoit été faite par feu Monlieur paif de VaHouel, dansl le tems qu'il étoit encore renncs.
Seigneur & Proprietaire de l'ile; elle
s'appelloit Saint Martin. La maifon cependant étoit peu de chofe, elle n'étoit
que de bois, mais grande & aflez logeable. Le moulin deau, la fucrerie, la
l'étuve, les atteliers de fes
ouvriers, s
Set.
dances d'une
& les autres dépengrande habitation
en très-bon étar; & ce qui me éroient
meilleur, étoit un troupean de près paruc de
quatre cens Négres grands ou
les plus beaux qui fullent dans le petits s
avec des beftiaux de toute
pays,
très-grande quantité & en très elpece bon en
Cc Seigneur éroit fort civil, fort état.
reux & tour-d-fait bien-faifant. Il géné- avoit
l'abordun peu froid, & ne fe communià beaucoup de perfonnes ni
;
Rent
uhes mais quand il connoilfoit du
mérite dans queiqu'uns, il lui donnoit
volontiers fon amitié, &c
voit dit une
qirand ill'afar lui comme fois, far on pouvoir compter
étoit fervi
une ami fincerc. Il
en gtand Scigneur, & fc
E v --- Page 130 ---
106 Nowveanx
ANX Ifles
1696. failoit honneur de
bien.
gntue
Le Vendredi je dis la Melle dans fa
Chapelle domeftique d'affez bon matin,
après quoi nous montâmes acheval pour
aller voir un terrain où il vouloit bâtir
la maifon dont il m'avoit parlé. Cet endroit étoit à fepe ou huit cens pas du
bord de la mer. Comme tout ce pays
eft uni & en pente douce depuis le bord
dela falaife, au pied de laquelle la mer
batj cjufqu'à trois ou quatre mille pas vers
les montagnes ; ce lieu étoit le plus propre qu'on pût trouver pour fon deflein,
puilque c'étoit un terrain plus élevé que
tourlerefte de vingt huit à trente pieds,
ce qui auroit donné à la maifon que l'on
auroitbâtie, la vûe & fupériorité fur
ya tous les environs. On voyoit en face
lifle de Marie-galante, à une diftance
d'environ fix lieués. Les Iles des Saints
paroifloient fur la droite, & dans léd
loignement on voyoit les montagnes de
laDominique. La vué del la gauche s'érendoit far le Marquifar de Sainte Maric, le petit cul-de- fac & la Grandeterre. Je fis mefarer ce terrain, que je
trouvai fiffifant
la maifon qu'on
d'y EErj Je lui confeillai de
propofoit d'un
qui feroit un
f'envelopper dont Tiatae angles feroient
quarré long,
la droite, & dans léd
loignement on voyoit les montagnes de
laDominique. La vué del la gauche s'érendoit far le Marquifar de Sainte Maric, le petit cul-de- fac & la Grandeterre. Je fis mefarer ce terrain, que je
trouvai fiffifant
la maifon qu'on
d'y EErj Je lui confeillai de
propofoit d'un
qui feroit un
f'envelopper dont Tiatae angles feroient
quarré long, --- Page 131 ---
Françoifes de LAmerigne. 107
couverts d'un baltion, & les faces an- 1696.
térieurs, cefà.dire, celle quiregarde d'une Projet
la montagne, , & celle qui feroit d'un maifon
côté de lamer, pourroientêtre couvertes forte,
d'une demie lune au de là du folié, dans
l'efcarpe duquel on feroit les ouvertures
des offices & des magazins
feroient
fous le bâtiment; & dans Et befoin on
pourroit faire un chemin couvert qui
occuperoit toutle refte de cette hauteur.
De cette maniere on feroit une maifon
non feulement très-belle, mais encore
très-forte, qui mettroit en fureté tous
les environs.
avoit
Je lui fis voir la facilité qu'ily beandansl'exécution de ce deffein fans
de dépenfe & fans déranger les
coup travaux de fon habitation. Javois rela
de tailmarqué en paffant que pierre
faire
le n'étoit pas rare 2 qu'on pouvoit ce
de la brique aux environs, 8 pour avoit
qui étoit des bois necelfaires, il en
à Saint Martin & à la pointe d'Antigues
en quantité. nous fàmes retournez au
Apres que
logis, je me mis à travaileriqnuelques
delleins particuliers, furle
général
viens de dire. J'en
trois
RISE
que jc
fervirent d'entretien pendant
qai nous
nous fames fortis
le diné, &caprès que
Evj --- Page 132 ---
108 Nowveaux Voyages Aux IRes
de table, nous ffmes fur le foir nous
1696.
danslestoutes del'habitation,
promener & le long de la petite riviere des Peres 2
le terrain de Monfieur Houel
quifepare de celui qui appartient à notre Miflion I 2
chercher un endroit commode
pour la
& la faire paffer dans le
pour canal du Armoeies à cau > afinde pouvoir
tranfporter la fucrerie à côté dela maifon qu'on projetroit, dont les foflez auroient pit iervir de réfervoir pour cette
eau. Cétoit - l'idée deMonficur Houel,
maindienemacomodeie point dutout, -
parcé qu'en la fuivant jaurois abfolunos Religieux de la commodité ment privé de fe fervir de cette eau pour
faire un moulin,sil leur prenoit envie
de rétablir la fucrerie que nous avions
fur notre terrain, & qu'an de nos Supérieurs génératux a tranfporté aul Baillif
avec tout cc qui en dépendoit, pour des
raifons qui ne font pas de ces Mémoires. les
Cette raifon m'empêcha de trouver fi
facilitez que jy aurois rencontré,
l'intèret denotre Maifon n'y avoit point
été mélé. En échange je lui donnai un
prendre de l'eau à une
expédient pour
prefque
autre riviere plus confidérable,
&
auffi proche > aufli commodément
fans dommage de perfonne.
if
avec tout cc qui en dépendoit, pour des
raifons qui ne font pas de ces Mémoires. les
Cette raifon m'empêcha de trouver fi
facilitez que jy aurois rencontré,
l'intèret denotre Maifon n'y avoit point
été mélé. En échange je lui donnai un
prendre de l'eau à une
expédient pour
prefque
autre riviere plus confidérable,
&
auffi proche > aufli commodément
fans dommage de perfonne. --- Page 133 ---
Frangoifes de PAmerique. IC9
Le Samedije fus avec ces Meflieurs à 1696.
notre Eglife, jy dis la Meffe, aprèslaMonfieur le Gouverneur fit
iEeiera au Pere Curé de lui rendre
vifite. Nous le menâmes diner avec
nous.
Cette Eglife bien que Paroifliale ap- Eglife
partient à notre Ordre; elle eft de ma- Paroif fiale de
çonneric. Elle a environ cent vingt la Cabepieds del longueur, far trente delarge, ferreap- parteavec deux Chapelles quien font la croi- nante
fée. Celle de la droite appartient à M. aux cobins, JaHouel; le tout eft couvert d'ardoifes.
Le Pere Romanet Curé avoit fait bâtir
depuis
uue efpece de tour quarrée
pour RtCIE de clocher, qui auroit fait
un bon effet, fi elleavoit été mieux
La maifon du Curé qui
Rose
portionnée.1
autrefois le Couvent que nous avions à
la Cabefterre, eft (éparée de l'Eglife par
à
une allée de poiriers de trente-cinq
quarante toifes de longueur. Il elt à
croire que dans le tems que nous y
avions plufieurs Religieux, > la maifon
étoit plus confidérable qu'elle n'eft à
prefent, puifqu'elle ne contient qu'une.
falle àvec deux chambres & un galetas
au deffus. La cuifine,la dépenfe &c autres petits logemens néceffaires font feparez du bâtiment. Tout cela cft de ma- --- Page 134 ---
IIO NunseausPoyagere SAuS
bas, mal entendu,
perm
1696. çonnerie,
Le
cé, fans goût & fans commodité.
jardin étoit affez grand & mal entretenu ; ce
me plàr davantage étoit
une allée 2 poiriers, de troisà quatre
cent pas de long, qui eft derriere la
maifon, qui fournifloit une promenade
des plus agréables.
la fuCétoit dans ce terrain qu'éroit
crerie que nous avons tranfportée au
Baillif; les murs de tous les bârimens
étoient encore fr pied, & auroient
être remis en état a
de frais,
#
place en avoit vallu Ee pcine, mais elle
eft trop petite pour faire un érabliflement un peu confidérable. Elle n'a
ou environ de
RE
trois cens pas
large
mille
de hauteur, avec une autre
place Liana les hauteurs dontje ne fçai
pasl'étendue bien au jufte.
Ily avoit chez Monfieur Houel un de
fes amis arrivé de France depuis quelmois, qui fe faifoit appeller Mongecr de Rochefort, mais fort connu à
Paris fous le nom del'Abbé Vrais, qui
étoit fon véritable nom. C'éroit un
homme de beaucoup d'efprit, de belles
Lettres & très-poli. Il avoit été obligé
de fe retirer aux 11 es pour quelquies
mauvaifes affaires 9 ue fes ennemis lui
Ily avoit chez Monfieur Houel un de
fes amis arrivé de France depuis quelmois, qui fe faifoit appeller Mongecr de Rochefort, mais fort connu à
Paris fous le nom del'Abbé Vrais, qui
étoit fon véritable nom. C'éroit un
homme de beaucoup d'efprit, de belles
Lettres & très-poli. Il avoit été obligé
de fe retirer aux 11 es pour quelquies
mauvaifes affaires 9 ue fes ennemis lui --- Page 135 ---
Françoifes de P Amévigue. IIIavoient fulcitées.. Ilépoufaquclque tems 1696.
après la veuve du fieur Baudouin, dont Le Ro- fieur
il augmenta confidérablement le bien de ;hefort
en peu d'années. Nous fimes connoif- aucre- ment
fance, & nous liâmes enfemble une l'Abbé
amitié qui a duré jufques à fa mort, Vraisarrivée en 1704.
CHAPITRE
V.
Defcription di quartier des trois Rivieres. Du rédnit s d de tont le pais
jufquian Fort de la Bafe-terre.
partimes de chez Monfieur
Nam le Dimanche 6. Mai
venir coueher au
Ines
quartier appellé
Trois Rivieres, éloigné d'environ trois
lieuès du lieu d'ou nous partions. Plufieurs. Officiers &c habitans
gnerent Monfieur le Gouverneur.
aRoEes
pallàmes une affez groffe riviere qui
termine l'habitation de M. Houel, *
elle fe nomme la riviere du grand Carbet. A une demie lieué plus loin, nous
en, trouvâmes une autre appellée des
Grands Bananiers >
termine le
quartie:
Cabefterre > qu'on appelle
qui eft alfurément le plus beau des --- Page 136 ---
112 Nonveaux Yoyages aux Ies
1696.Illes; car depuis cette riviere julques
au gros morne, où commence le grand
cul-de-fac en le prenant du côté de
lOueft & de la Baffe-terre ; c'eft un
pais allez uni de près de vinge licuès
Beauré d'étendué en fuivant le côté de la mer, 9
& commodité qui monte d'une maniere douce
de la Cades
ien
M
befterre. qu'au pied
montagnes,qui
à
éloignées depuis une licue jufques
quacre. Ce pais eft arrofé d'un trèsgrand nombre de rivieres. J'ai dit cidevant que j'en avois compté huit, &c
prefque autant de ravines , depuis la
riviere du Coin, jufqu'à celle de la
Briqueterie. J'en ai compté encore
autant jufqu'à celle des grands Bananiers 3 de forte
fi on faifoit des
fur ces RetetLE & -qu'on acponts commodâcles palfages des ravines, on
pourroit faire rouler le carrolle dans
toute cette étenduë de pais.
Quatre ou cinq cens pas après des
la riviere
baec
nous eûmes palTé entrâmes dans des cheniers 3 nous à mi-côte dans les monmins coupez foutiennent le
de la
ragnes qui
pied en bien
Ces montagnes
2 Souphricre, des endroits tombent prelque à plomb
à la mer, de forte que cet endroit
qui a une bonne demic licue de long,
le carrolle dans
toute cette étenduë de pais.
Quatre ou cinq cens pas après des
la riviere
baec
nous eûmes palTé entrâmes dans des cheniers 3 nous à mi-côte dans les monmins coupez foutiennent le
de la
ragnes qui
pied en bien
Ces montagnes
2 Souphricre, des endroits tombent prelque à plomb
à la mer, de forte que cet endroit
qui a une bonne demic licue de long, --- Page 137 ---
Frangoifes de TAmérigue. II3
eft abfolument impraticable du côté 1696.
de la mer , excepté en trois endroits
où il y a de petits enfoncemens s par
lefquels des ravines d'une eau fale &
bleuâtre fe déchargent dans la mer 51 Les trois.
o1l les appelle les trois Trous. Le pre-1rou.
mier que nous trouvâmes eft le Troumadame; le fecond le Trou-au-chien ;
& le dernier le Trou-air-chat. A côté
de ce dernier, & fur la hauteur du
morne, > on trouve un plar pais de cinq
enfuite dans
à fix cens pas, qui s'étend
quelques
de montagnes jufques
all pied ETS la Souphriere. La terre y
eft noire & graffe s mais aufli entremlée de roches & d'éclats de pierres
qu'un attelier où l'on auroit travaillé
vingt ans. La bonté du terrain
a
habitans
fe
attiré quelques
qui
vent de ces pierres pour faire des murailles féches qui renfetment les différentes piéces de leur terrain,- comme
leurs cours 3 leurs jardins, > leurs parcs, >
&c. Cet endroit étant fort élevé &c
couvert du côté de l'Oueft par de
grandes montagnes 7 eft fort frais.
L'herbe des favannes eft touffuc, déliée & toujours verte. Elle engraiffe
très bien tous les beftiaux qu'on y éléve.
Nous y vîmes quelques rocoiiyeres & --- Page 138 ---
114 Nowveaux Foyeges AHX IRes
1696. quantité de mil & de manioc.
Un habitant de (aint Chriftophle
ridicule Projet nommé d'Orhemar, s'étoit venu
d'un nommé en cet endroit en 1702. &
E
d'Othe- faire une fucrerie malgré la difficulriar. % de tranfporter fon facre au bord de
la mer, quil difoit qu'il furmonteroit
en ouvrant un chemin nouveau au travers de ces précipices. Monfieur Auger
me pria alors d'ailer vifiter le deff-in
de cet homme - 2 pour voir s'il ne fe1oit point préjudiciable à la Colonie.
Je m'acquittai de ma commiflion n, &
à mon retour je confeillai au Gouverneur de lui deffendre de penfer à cet
érabliffement par deux raifons. La premiere, pour empècher la ruine de cet
homme & de fa famille, que fon fcul
entètement précipitoit dans cette entreprife, fans aucune apparence d'y réuffir,
parce
cet endroit eft trop froid &
trop de la pluyepour que les cannes
y puiffe jamais bien morir; comme
T'experience le faifoit voir par celles
que fes voilins avoient plantées pour
nourrir leurs cochons, qui étoient toujours vertes, quoique d'ailleurs longues
& groffes, mais inutiles pour faire du
fucre.
La feconde, que la confervation de
it dans cette entreprife, fans aucune apparence d'y réuffir,
parce
cet endroit eft trop froid &
trop de la pluyepour que les cannes
y puiffe jamais bien morir; comme
T'experience le faifoit voir par celles
que fes voilins avoient plantées pour
nourrir leurs cochons, qui étoient toujours vertes, quoique d'ailleurs longues
& groffes, mais inutiles pour faire du
fucre.
La feconde, que la confervation de --- Page 139 ---
Frangoifes de PAmerigie. 115
PIlle dépendoit de la facilité qu'il y 1696.
wicahbatada.drp dans
ces endroits qui féparent la B:fe- terre
de la Cabefterre, où en cas que les ennemis fe fuffent rendus maitres d'une
on pouvoit avec peu de monde
EA arrèter & les empêcher de pénérer
dansl'aurre; ce qui ne feroit plus poflible dès qu'ils trouveroient des lieux
commodes pour faire des débarquemens.
A quoi j'ajoitai que l'embarquement
que cet homme vouloir faire chez lui,
expoferoir fes voifins à èrre pillez par
les ennemis. Monfieur Augergotita mes
raifons, & lui deffendit de faire aucuue
trace ni fentier, ni autre chemin
l'ordinaire, luilaifant
cependantla SE
berté de faire du fucre, & de fe ruiner
comme il le jugeroit à propos, mais
fans que fon entè:ement plr porter préjudice à d'autre qu'à lui.
Je reviens à prefent à mon fujet,
Monfieur le Gouvernear ajufta
differens
entre les
mt
quiétoient
fio.aure & leur confeilla de planter du
Cacao, à quoi il paroiffoit que leur
terre étoit propre quoiquela fuperficie
fut couverte de pierres > puifqu'ils difoient qu'on an'en trouvoit prefque point,
quand on avoit fouillé environ deux --- Page 140 ---
II6 Nawveane
Aux Inles
1696. pieds. On en a
quelques arbres
RUST
quej'ai vûs en 1703. fortbeaux & bien
chargez.
Après que nous eâmes pallé ce plat
pays, nous rentrâmes dansles détroits
des montagnes, 'toujours à mi- côte,
jufqu'à ce
nous fumes arrivez au
plus haut ce ce chemin, où la vûc eft
fort belle & fort étendué, & l'air extrèmement frais. Mais ce lieu parojt
fi defert 8 fi fauvage, qu'il n'y auroit
aucune fatisfaction a s'y arrèter pour ce
feul avantage.
cheNousdelcendimes enfuite par un
min très-long & très - roide, au pied
duquel coule une des trois rivieres qui
donne le nomàce quartier. Celle-ci ieft
petite, étroite, relferrée par des rochers; quoiqu'elle n'ait pas plus de deux
pieds d'eau, elle ne laiffe pas d'ètre
difficile à pafferà caufe des rochers dont
fon lit eft femé.
des trois rivieres a environ
Quartier des-trois quatre Lequartier mille pas de large. C'eft une
Rivicrer. plaine partagée en deux par la pente
d'un gros morne, , dans les enfoncemens
duqnel il y a plulicurs beaux établiflemens. La terre eft bonne, & produit de
très-belles cannes, dontle fucre brut eft
parfaitement beau. Il eft vrai quil
à caufe des rochers dont
fon lit eft femé.
des trois rivieres a environ
Quartier des-trois quatre Lequartier mille pas de large. C'eft une
Rivicrer. plaine partagée en deux par la pente
d'un gros morne, , dans les enfoncemens
duqnel il y a plulicurs beaux établiflemens. La terre eft bonne, & produit de
très-belles cannes, dontle fucre brut eft
parfaitement beau. Il eft vrai quil --- Page 141 ---
Françoifes de PAmbrigne. II7
blanchit difficilement à moins d'ètre 1696.
rafiné,e qui ne tourne pas au profit de
Thabitant, aqui ileft plus avantageux
de faire du fucre terté ou du fucre brur,
que de raffiner celui qur'il a fait. Onen
verra les raifons & l'explication de ces
differens fucres cy-après. Ilyavoit cependant tout lieu d'efperer que ce défaur qui ne venoit que de ce quela terre
éroirencore trop gralle, fe corrigeroir à
mefure qu'clle fe dégraifferoit en fervant. Il y. avoit fept ou huit fucreries
dansce quartier-la. Monfieur de la Malmaifon, > Lieutenant de Roi, commençoit d'en établir une , où j'ai depuis
tracé & nivellé un canal pour faire un
moulin à eau, ayant pris pour cet effet
celle de la premiere riviere que nous
avions palléc.
Nons allâmes defcendre chez le fieur
Rigolet, Lieutenant de Milice du quartier. Lc Pere Imbert Jefuite qui deffervoit cette Paroiffe, ne manqua
de venir aufli-tôt faluer Monfieur
P
Gouverneur. Il m'offrit fa maifon fort
obligeamment, > & jel'aurois acceptée,
qu'il me fembloit que nous étions
Copa fortal'étroit chez le fieur Rigoler,
mais ori ne. voulut jamais me le permeitre. La maifon de cet Officier étoit --- Page 142 ---
I1S Nowveanx Voyages aux
plantée fur une petite efplanade
Prnpe
1696. à mi - côte dans ce gros morne. Son
moulin à eau & fa fucrerie éroient un
Bc peu plus bas, & à côté de la maifon >
aufli-bien que les cafesde fes Négres, &c
d'une habitales autres appartenances
tion ; de forte que tous ces bâtimens
étoient comme en cafcades les uns fur
les autres. Il étoit tard quand nous arrivâmes, &c nous étions fatiguez, ce
qui nous obligea de fonper aufli-torpour
nous aller repofer.
Le Lundi de grand matin j'accomMonfieur le Gouverneur à l'Epagnai
ghie,oài il fut reçà & complimenté par
le Curé, je dis la Meffe. Pendant
faifoit la revûe, je
e
Monfieur Auger
rendre vifite au Révérend Pere Imbert ;
ilétoit dans une vénération extraordinaire dans.tout le pais, & c'étoit à bon
titre, car d'étoit un très-digne Religieux,
d'une vie dure &c auftere, forrappliqué
à (es devoirs, très zeié pourl le falut de
fon peuple, fi détaché de toutes choles,
je n'en ai jamais vû un fi dénué de
que tout. Le Seigneur a voulu faire éclater
fon mérite & favertu, en lui donnant
l'occafion de pratiquer la vertu de patience d'une maniere la plushéroiquc.1l
mourut quelques mois après, com me
igne Religieux,
d'une vie dure &c auftere, forrappliqué
à (es devoirs, très zeié pourl le falut de
fon peuple, fi détaché de toutes choles,
je n'en ai jamais vû un fi dénué de
que tout. Le Seigneur a voulu faire éclater
fon mérite & favertu, en lui donnant
l'occafion de pratiquer la vertu de patience d'une maniere la plushéroiquc.1l
mourut quelques mois après, com me --- Page 143 ---
Françoifes de PAmérigne. II9
il avoit vécu, c'eft-à-dire toime un'1696.
faint. Son Eglifc moitié de bois & moitic de maçonnerie, étoit très-propre &
très-ornée. Pour fa maifon, lapropreté
ysenoir lieu de toutes chofes.
Nous retournâmés chez notre hôre
après la revûé, & nousdejenâmes comme desgens quine devoient manger que
le foir; nous montâmes à cheval pour
aller vifiter la grande & la pétire ance,
Ce font deux enfoncemens que la mer
fait dans la terre, depuis la premiere
riviere que nous avions trouvée à la
defcente du morne du Trou au chat,
julques aux grandes montagnes qui f6parent cC quartier de celui du vieux
fort. La grande ance eft féparée de la
petite, par une cuidle de morne fur laquelle il eft aifé de fe poiter
empécher que ceux qui font
ient
roritmyet
pénétrer dans l'autre.
Comme cette côtc eft très -
pour inviter les ennemis à y. PaRoRS Impor.
defcentes, étant allez unie, le moiil- tance quartier du
lage bon, & la mer fouvenctrès-calme des trois
& très-belle; Monfieur le Gouverneur Rivieress
voulut reconnoitre exaétement tout ce
terrain, y faire faire les retranchemens
nécellaires,8 rétablir lesanciens;p parce
que files ennemis attaquoientlifle, & --- Page 144 ---
120 Nowveawx Voyages Anx Erade
1696. qu'ils commençallent
de
Str
maîtres
ce quartier,
couperoient
lacommunication- dela Bafle-terre avec
la Cabefterre - , d'onsenfuivroit prefque
infailliblement la perte de Pifle: car
quoiquil foit facile de les renfermer
dans ce quartier-li, il feroit toujours
impofible d'aller fecourir la partie de
ride qu'ils attaqueroient, fur tout s'ils
étoient une fois les maitres des hauteurs
& desdéfilez où nous venions de palfer,
la
-
alleral
ou de ceux que l'on paffe pour
Baffe-terre.
toute la journée à viBatteric Nous terrain, palflâmes à tracer des retranche-
& autres fiter ce
&
eravaux mens nouveaux, à corriger augmenpar tracez PAU-ter les anciens. Nous changeâmes une
teur aux ri- baterie de trois canons qui nous
trois vieres. inutile oû elle étoit, & nous la
ST
mes far le haut de la cuiffedu morne
fépare les deux ances, afin qu'elle
les deux. Au lieu
E
fervir pour toutes embrafures étoient
gabions dont fes
compolées, je la fis faire abarbette;
cette maniere cit plus expéditive, &c
donne plus d'avanrages pour pointer où
l'on veut. Je fçai bien que ceux qui fervent ces batteries font plus expolez;
mais les coups sne font
pour les malheureux, & tout le
nel'eft
LaLIC
r
edu morne
fépare les deux ances, afin qu'elle
les deux. Au lieu
E
fervir pour toutes embrafures étoient
gabions dont fes
compolées, je la fis faire abarbette;
cette maniere cit plus expéditive, &c
donne plus d'avanrages pour pointer où
l'on veut. Je fçai bien que ceux qui fervent ces batteries font plus expolez;
mais les coups sne font
pour les malheureux, & tout le
nel'eft
LaLIC
r --- Page 145 ---
Francoifes de PAmerique. 121
Jet traçai deux bons retranchemens
foutenir la batterie avec des retirades pour 1696.
pour couvrir les habitans, en cas qu'ils
fuffent forcez au bord de la mer. Je faifoistoifer tous les ouvrages à mefuure
je traçois. Ils devoient être de pierre que
feche; excepté la barbette dela batterie,
devoit être de maçonnerie. L'épaif
de tous ces
ouvrages devoit être de
huit pieds parlebas, de cinq parl le haut,
& de fepepieds & demie de hauteur,
avec une banqueite. Quoiqu'on dût.confommer beaucoup de pierres dans ces
travaux > je n'avois pas peur d'en manparce que tous ces quartiers en
2eerA abondamment
pourvis. Nous employâmes encore le Mardi tout entier à
ces travaux. Lorfque nous fûmes retournez le foir chez notre hôte, 3 Monficur Auger fe fit apporter le rôle des
Négres travaillans de la
Paroiffe, > fur lequel nous fimes la répartition de ces ouvragesi tant de pieds par tête de
Il ordonna au fieur des Meurs, Capitaine Négre.
du quartier, de commander les
des habitans pour le Lundi fuivant, Négres fclon la répartition qu'on lui mit entre les
mains > l'avertiflant de veiller foigneufement à ce
travaux fuffent
exécutez comme
étoient
tracez, a 8c
Trecs
Tome III.
F --- Page 146 ---
122 Nowveaus Yoyages aux IRles
étoient
toifes qui
1696. comme
& queiques fervir de noésoientachevées s'en pour prend oit à lui,
dele, parce qu'il
mal- façon ou
s'il fe trouvoit quelque
quelque nég.igence. A
le Mercredi fur les
Nous partimes ietourner à la Ballefept heures pour
terre. En fortant des trois rivieres on rentre
dans les détours des montagnes qui Ce font font
partie de celle de la Souphriere. 8 des mondes ravinages perperuels. font
avec des
tées & defcentes qui
&
où
hommes
tAmaLoense
défilez vingt défordre une armée. Nous
mettroient en
endroits des patrouvâmes en quelques
de fafcines & de terre quelon
rapets réfolut de changer, parce qu'ils éroient
mal placez; mais le Gouverneur remit
ce travail à une autre fois, parce quil
n'étoit pas fi prelle que celui iquilvenoit
d'ordonner aux trois rivieres. Après
avoir monté une côte très-difficile par
chemin taillé dans le rocher,
un
allez étroit & fort
L
grande arrivâmes partic enfin à une efpece de
nous
appellé le Dos-d'A(ne, quia
plat-pais réduit ou lon avoit retité les
fervide
vieillards, & cC
femmes,1 les enfans > les
dans
comme
-
qu'on avoit de meilleur,
d'ordonner aux trois rivieres. Après
avoir monté une côte très-difficile par
chemin taillé dans le rocher,
un
allez étroit & fort
L
grande arrivâmes partic enfin à une efpece de
nous
appellé le Dos-d'A(ne, quia
plat-pais réduit ou lon avoit retité les
fervide
vieillards, & cC
femmes,1 les enfans > les
dans
comme
-
qu'on avoit de meilleur, --- Page 147 ---
Frangoifes de Amerigue. 12;
un lieu fort & hors d'infulte, pendant
que les Anglois attaquoient le Fort de la 1696,
Baffe-terre en 1691.
Les Carmes y ont une petite Cha- Réduie
pelle fi dégarnie de portes & de fenêtres, appellé
que les beftiaux de deux ou trois ha- le d'Alne. Dos
birans woifinesl'avoient remplie deleurs
ordures. Nous trouvâmes aux environs
les poteaux de plufieurs cafes qu'on avoit
bâcies dans cette occafion, s nous en vimes encore beaucoup aux lizieres du
bois. Cet endroit eft élevé & très-fain,
quoique environné de bois, 5 & autant
qu'on en peut juger,ileft: D
impénétrable
du côré des trois rivieres,
qu'il foit défendu. Ces ratear peu
vent avoir trois à quatre cens pas peu- de
long, fur differentes largeurs. Dès
en eft forti on trouve une montée qu'on aflez
douce, après quoi on cottoye une montagne dans le côté de laquelle on a fait
un chemin de dix à douze pieds de large, dont le côté oppofé à la
eft couvert par un tegrain marécageux, montagne
oi dans la faifon des pluyes les eaux de
toutes les montagnes voilines fe raffemblent, &c font un étang dont le fond
mol & fangeux, eft couvert de
fix pieds dean, & dans la faifon cinqà feche
ily en a toujours affez pour embourber
F 1j --- Page 148 ---
Nowveanx
anx IRles
124 armée. Ce marais Voyages nous parut fuf
1696.unc
couvrir le chemin du réduit
fifant du côré pour de la mer > dont il eft éloigné
de
mille pas; mais il Talde près quatre s'il étoit aufi-bien gardé du
loit côté fçavoir de la montagne, c'eft cC que Monfieur Auger remit à une autre fais. En
fortant de ce chemin nous trouvâmes
deux pans de muraille qui le traverfoient, & qui laiffoienr une barreaux ouverture de
fermée d'une Porte à gros
dans une
bois. Nous entrâmes par-là
héripetite favanne appartehante trouvâmes aux
tiers de Jean Smite, ou nous
encore un grand magafin ruisé en partie, oû l'on avoit renfermé des munitions de guerre, pour lcs diftribuer borfacilement aux habirans qui
plus doient la riviere des Gallions, lors de
F'attaque de Anglois en 1691. du A fieur côté
de cette fayanne maifon, eitlhabitation la facrerie &le
Favre, dontla
moulin font fur deux hauteurs quicommandent tout le terrain des environs.
tiref un boyau à mi-côre
On pourroir
faire face àla
de Fun à Yautre, pour hors d'infulte,
plaine, & mettre ce polte
fur tout
tranfportoit quelques étoient cabe
tites piéces ct canon, qui
où ellçs
le chemin du Dos d'Alne,
maifon, eitlhabitation la facrerie &le
Favre, dontla
moulin font fur deux hauteurs quicommandent tout le terrain des environs.
tiref un boyau à mi-côre
On pourroir
faire face àla
de Fun à Yautre, pour hors d'infulte,
plaine, & mettre ce polte
fur tout
tranfportoit quelques étoient cabe
tites piéces ct canon, qui
où ellçs
le chemin du Dos d'Alne, --- Page 149 ---
Frangoifes de LAmbrique. 125
éteientabfolumenr inutiles. Le chemin
pour defcendre dans la plaine qui eft au 1696,
delfousde cette hauteur, 3 eft forli croupe du morne ; la pente en eft affez douce. Les deux côtez de ce chemin font
éroir cfcarpez & couverts de grandsarbres. Y1
coupé en
endroits
des
traverfes de
On
RcERET Tedeier
jugead propos d'y faire quelques flancs
ou quelques angles, lorfqu'on y feroit
travailler. C'eft-là que commencent les
terres de feu Monfieur le Chevalier
Hinfelin, prédéceffeur de Monficur
Auger, dans le Gouvernement de la
Guadeloupe. Nous vîmes fes deux fucreries & fes moulins à eaul. Nous entrâmes dans celle d'en bas, où l'on
foit du fucre blanc qui étoit
faiment beau. Ces terres font tres-bonnes, parfaitequoiqu'elles foient pierreufes. A cent
cinquante pas de cette derniere fucreriè,
ilya une petite riviere appellée la riviere de Sence, qui coule au fond d'une
falaife affez profonde & fort
Elle fépare les terres de Monfieur cfcarpée
felin de celles de Monfieur
Hinappelle Bifdari, où il y Houel, a une qu'on
tagne ronde, forc haute, &
monde loin comme ifolée, nommée qui paroie
mont, où feu Monfieur Houel Houel- avoit --- Page 150 ---
126 Nouveaux Voyages. anx Ifes
1696. fait faire quelques retranchemensgarnis
de canon, avec des fours & des citernes
pour fervir de réduit dans un befoin.
Environ huit cens pasplus bas que certe
fucrerie, > nous trouvâmes Phabitation
des enfans du feu fieur Miler, Confeiller
& Capitaine de Milice. Nous remarquâmes étant au bas de la favanne que
la riviere des Gallions & celle de Sence,
sapprochoient beaucoup 2 & ne laiffoient entr'elles qu'nn clpace d'environ
des deux cocent cinquante
efcarpé
& imtez
des
profondes
MEalGtES
praticables. par
Cetendroit forme une hauteur en plate-forme, capable d'un bon
retranchement: aifé à deffendre,qui commande abfolument le Fort, dent il voit
Hauteur qui com- de revers tous les ouvrages. Après l'amande voir bien examiné, il fat réfolu de les
leFort. fortifier, & d'y faire des embrafures
pour y. mettre du canon, qui ferviroit
à empècher aux ennemis les approches
du Fort, s'ils venoientl l'artaquer du cotez du cavalier , ou les en déloger ,
s'ilss'en étoient emparez. Tous ces oulvrages ne furent exécutez qu'en 1702.
parcequils'en trouva d'autres plus prer
fez, & que la paix s'étant faite à Rifvick en 1697. on ne
à propos d'obliger les habitans à are des ouvrages
qui ferviroit
à empècher aux ennemis les approches
du Fort, s'ils venoientl l'artaquer du cotez du cavalier , ou les en déloger ,
s'ilss'en étoient emparez. Tous ces oulvrages ne furent exécutez qu'en 1702.
parcequils'en trouva d'autres plus prer
fez, & que la paix s'étant faite à Rifvick en 1697. on ne
à propos d'obliger les habitans à are des ouvrages --- Page 151 ---
Frangoifes de LAmbrique. 127
qui ne paroiffent pas devoir être fi-tôt 1696.
dulage.
De cette plate - forme à la falaife
eft farle bord de la mer , ily y a
qui ou
fix cens pas. Nous trouvâmes cinq
avoit creufé un boyau faifant face qu'on à K
mer, avec deux angles faillans 3 far l'un
defquels il y avoit trois canons ort batteric à barbette. On defcend à la
des Gallions
riviere
la
par un chemin taillé dans
du morne; il elt roide & raOn
la
beRcaue
paffe riviere'à
eft aflez confidérable.
gué; elle
fois un pont de bois Ily avoir autrequi-a ayant été
en cet endroit,
emporté par un grand débordement, n'ap point encore été rétabli,
quoiqu'il foit très-neceffaire,
ceftfunique
2 parce
pallage pour aller dela ANE
fe-terre à la Cabelferres & l'on eft
vent obligé desarrèter,
fouviere eft débordée.
quand cette riOn l'appelle la riviere des Gallions, RiviereGallions parce que c'étoit en cet endroit que les 'des lions, Galchir &c faire d'Efpagne venoient fe rafraice chemin deleau.quand ils prenoient
pour aller à la terre
avant que les François fe fuffent ferme, rendus
maîtres desIfles. Ce lieu leur étoit commode, parce que c'eft une
où lancrage eft exccllent, & grande où il ance
y a
F iv --- Page 152 ---
128 Nowveaux Voyages AuX IRles
1696. del'eau douce en abondance. Ilsauroient
cependant beaucoup mieux fait de defcendre plus bas, > & de faire leur eau à
la riviere S. Louis & à celle du Baillif
oà l'ancrageeft lemème, & oàles caux
font infiniment meilleures 5 car celles de
la riviere des Gallions font fulphurées
& vimiolées, & ne manquent jamais de
caufer des fux de ventre & des diffenteries à ceux qui ne font pas accoûtumez
d'en ufer; ce qui eft fi vrai qu'on deffend aux foldats du Fort de s'en fervir.
Au fortir de la riviere on trouve un chemin dans la côte beaucoup plus haute &
plus efcarpée que la précedente, qui
conduit fur l'eiplanade du Fort. Il étoit
près de deux heures après midi quand
nous y arrivâmes. Monfieur Auger m'y
retint à diner. Sur le foirje me retirai
à notre Couvent du Baillif.
accoûtumez
d'en ufer; ce qui eft fi vrai qu'on deffend aux foldats du Fort de s'en fervir.
Au fortir de la riviere on trouve un chemin dans la côte beaucoup plus haute &
plus efcarpée que la précedente, qui
conduit fur l'eiplanade du Fort. Il étoit
près de deux heures après midi quand
nous y arrivâmes. Monfieur Auger m'y
retint à diner. Sur le foirje me retirai
à notre Couvent du Baillif. --- Page 153 ---
Frangoifes de
LAmérique. 129
4 - I A SARC
1696.
CHAPITRE VI.
Deftription de la Pointe du vienx
e de toute la côte jn/qui'a la Fort,
S. Louis. De la riviere des riviere
du lien appelléle Parc, e de Gallions; la côte
jnfgriala riviere des Habitans,
E trouvai en arrivant chez nous des
Lettres de la Martinique,
lef.
quelles on me marquoit quele Fec Af
maifon trucq que j'avois laiffé
garder ma
& ma Paroilfe, Rnte été
d'aller deffervir celle de la Trinité obligé a
caufe du départ du Pere Martelli,
avoit été obligé d'envoyer à Saint qu'on Domingue. On m'avertifloit aufli
Pere Rofié n'avoit point voulu fc que char- le
ger de ma Paroifle, à moins que le Supéricurne lui promit del'y lailler ablolument, & de trouver moyen de retirer
la parole qu'on m'avoit donnée, &
me contenter comme on pourroit.
de
firent Ces nouvelles me chagrinerent & me
réfoudre à achever
ce qui reftoit à niveler & à promptemenst tracer
un Canal-&eequefavel promis à Monfieur
Auger, afin de m'en retourner
prompF V --- Page 154 ---
I30 Nowveaux Voyages aux IRes
1696. tement à la Marrinique. J'achevai mon
ouvrage du canal en deux jours. J'en
employai fept ou huit à mettre au necles
plans & les mémoires du grand & du
petir cul-de-fac, 8jel les
au Gou
verneur s à
je fis
deffein
1ad
qui
part
de
la Martinique
edit
Javois repaflerà
fe
premicre occalion qui préfenteroit,
& desraifons
m'y obligeoient. Ili me à
être 2at fenfible, & vouloit
parut route force y
me retenir à la Guadeloupe,
en m'offrant un parti qui auroit dû me
tenter. Mais jétois tellement piqué de le
ce inanquemen: de parole > que je
priai de ne pas s'oppofer à mon départ,
l'affurant que, quandy'anrois faitce que
favois réfolu de faire à la Martinique 2
je ferois toujours difpofé à lui venir rendreles fervices dont j'étois capable, , &
qu'en attendant mon départ il pouvoit rien à
difpoler de moi, n'ayant plus
faire au canal pour lequel jetois venu.
Il accepta mon offre, & m'en témoigna
beaucoup de reconnoiffance. Mai il m'envoya un
Le Lundi 21.
d'aller diner chez
cheval, & me fit prier
trois rivieres
lai, pour aller enfuite aux
Nous pafcomme nous étions convenus. endroits
fàmes par les mêmes
que
j'ai marquez ci- deflus, remarquant
difpoler de moi, n'ayant plus
faire au canal pour lequel jetois venu.
Il accepta mon offre, & m'en témoigna
beaucoup de reconnoiffance. Mai il m'envoya un
Le Lundi 21.
d'aller diner chez
cheval, & me fit prier
trois rivieres
lai, pour aller enfuite aux
Nous pafcomme nous étions convenus. endroits
fàmes par les mêmes
que
j'ai marquez ci- deflus, remarquant --- Page 155 ---
Françoifès de PAmérigne. 131
exadtement tous les poftes & tous les 1696.
avantages qu'on pourroit tirer de la fituation des lieux pour s'en fervir dans
l'occafion. Nous n'arrivâmes que la nuit
aux trois rivieres, > parce que nous étions
venus fort doucement 3 &
nous
nous étions arrêtéz plofieurs roee Ileft
certain qu'un même objet vû de differens
côtez ne paroit
toujours le même 2
& qu'on a tetdind de cette précaution
dans les endroits que nous vifitions,
afin de ne pas faire des travaux inutiles,
ou de manquer à faire ce qui feroit neceffaire. Nous logeâmes encore chez le
fieur Rigolet.
Le Mardi nous nous rendîmes de
grand matin au bord de la mer. Monficur le Gouverneur fut fort content de
la diligence qu'on avoit apportée à
l'exécution de fcs ordres. Les retranchemens nouveaux que j'avois tracez 2
étoient fort avancez, aufli-bien que les
réparations des anciens. Nous demeurâmes toute la journée, & tniner fous
desarbres. Monfieur le Gouverneur fic
diner avec lui les Officiers de Milice
qui commandoient les travailleurs.
Nous tetournâmes fouper & coucher à
notre gite ordinaire.
Le Mecredi après avoir demeuré une
Fvj --- Page 156 ---
123 Nowveaux Voyagss aux Hfes s'avan1696. couple d'heures aux travaux qui
çoient à vûé d'eil, & dont quelquesuns étoient perfectionnez; nous nous
embarquâmes dans un grand canot pour
retourner à la Baffe terre en paffant par
le vieux Fort.
la côte auffi
Nous rangeâmes
de le faire fans
anis
qu'il Ifutp pofible
& nous nous convainquimes de Pae
étoit abfolument impollible
fe dézucune defcente dans ce pais qui
fendoit de lui-mème depuis le morne
termine la petite ance des trois riqui
la
du vieux Fort;
vieres, jufqu'à même pointe on fe feroit em-
& que quand ance, il étoiti impofliparé dela petite
du côté du vieux
ble de pénéteer parli
qu'on ne trouFort ou du réduit, parce
&
ve par tout qu'une falaife efcarpée des
coupée par des précipices, que &c ol gens dix
armez ne
furmonter, déferoient
hommes EEIEnL les hauteursen
feulement en faifant rouler
dix mille >
font là en bonfur eux des picrres qui
ne quantiré. du vieux Fort eft balle,
La pointe
Pointe affez
d'environ deux cens pas de
du vieux
unie,
de hauteur, avec
Fert. large fur un peup plus dans les
quelques enfoncemens
Il femble que ce
EE
des montagnes.
ix
armez ne
furmonter, déferoient
hommes EEIEnL les hauteursen
feulement en faifant rouler
dix mille >
font là en bonfur eux des picrres qui
ne quantiré. du vieux Fort eft balle,
La pointe
Pointe affez
d'environ deux cens pas de
du vieux
unie,
de hauteur, avec
Fert. large fur un peup plus dans les
quelques enfoncemens
Il femble que ce
EE
des montagnes. --- Page 157 ---
Frangoifes de LAmerigue. 133
de
les pluyes ont 1696.
un amas
que voifine, qui
détachées de Firto montagne
fuccellion de tems fe font couvertes
de terre. Elle regarde le Sudpeu
ERTA
oiieft. Ily a2 au pied une perite Chapelle dont
qu'on dit avoir titre de Paroiffe, & tirent
les Carmes font en poffefion les
les revenus. Je ne fçai fi cela
oblige admià y tenir un Curé réfident pour habitans
niftrer les Sacremensàq quelques
demeurent, & qui font là comme
TelA du refte du monde, mais il eft
certain qu'ils fe contentent d'y envoyer mois
un de leurs Religieux une fois par
dire la Meffe; faufà ceux qui en
poury ont befoin dans d'autres tems de fe pourvoir, comme ils le jugent à propos. Ily
a dans ces enfoncemens des montagnes ou >
& fur les croupes des mornes, fait du fept cotton,
huit habitations onl'on
des
du manioc, du mil,& où lonéleve fur la
volailles en quantité. On a mis fervent
pointe deux canons de fer, qui Baffe-terre
pour donner avis sauForrdelal Ce
de ce qu'on voit en mer. fa ftuation, quartier
nous parut horsd'infulte par trouveroient
par le peu de profit qu'y
&
les ennemis en le venant piller, par
fon inutilité pour exécuter deplus
eft impolhible péE
delfeins, pufquil --- Page 158 ---
134 Nomveawis
1696. nétrer par-li, ni
aux Ifles
trois
AE
leréduit, nianz
pofé rivieres, que de tout ce pais n'étant comprécipices, bois, dans de montagnes & de
bre d'habitans lefquels le petit nomfaire tête à une quily armée. a eft falifanrpour
e Nous nous
geant toujours rembarquâmes la côte de fort en rantrouver aucun endroit où l'on près fans
tre à terre, qu'environ à
pûc metdemie du vieux Fort,
une lieué &
la Ance de I'Ance de la
dans unlieu appellé
Croix, foncement de Croix. C'eft un petit ende
vingt-cinq à trente toifes
qui large, tombent outre deux pointes de mornes
enfoncementy à plomb dansla mer. Cet
fes de
peut avoir neuf à dix toiprofondeur, depuis le bord de la
mer,jufqu'a d'environ une falaife qui Jui fait face,
eft droite trente pieds de hauteur, qui
petit ruiflean comme d'eau une muraille, Un
le milieu de
fort claire coule dans
cet
une
enfoncement; & fait
foit nappe en tombant; mais foit qu'il
trop foible, ou que le rocher foit
trop dur, il n'a pi
ereufer un canal. L'habitant jufqu'a prefent
ché dans ce trou de
quis'eft IZ
commencé à creufer un montagne, chemin avoit
de P'Ance pour defcendre
à côté
faciliré au bord de la
avec plus de
mer & pour re-
le dans
cet
une
enfoncement; & fait
foit nappe en tombant; mais foit qu'il
trop foible, ou que le rocher foit
trop dur, il n'a pi
ereufer un canal. L'habitant jufqu'a prefent
ché dans ce trou de
quis'eft IZ
commencé à creufer un montagne, chemin avoit
de P'Ance pour defcendre
à côté
faciliré au bord de la
avec plus de
mer & pour re- --- Page 159 ---
Françoifes de TAmbrigue. 135
une échelle dont il1696.
monter, qu'avec fervi. Nous nous fersétoit toujours de f'échelle
y, aller & pour
vimes
Nous pour trouvâmes ce petit
en endroit revenir. fort joli & debonne terre, avec
des enfoncemens dans les montagnes
qui étoient plus confidérables qu'ils ne
paroilfoient. & nous découvrimes un
fentier aflez commode, qui en fuivant
les contours des Mornes, conduifoit Houeldans les terres du Bifdarri & de
doit
mont, qui font des endroits qu'on
conferver avec tout le foin imaginable les
fi le Fort étoit attaqué, parce que
ennemis s'en rendant maîtres, derriere pourroient prendre en fanc & par
des
les troupes qui borderoient YAnce &
Gallions & les bords de la riviere,
s'emparer du réduit, ce qui leur feroit
aifé sils fe rendoient maîtres pendant fifla nuit de cette petite Ance, & qu'ils le
fent filer un bon corps de treupes par Ceft
fentier que nous avions remarqué. defcendus,
quand nous fimes habitans
EE Auger ordonnad ces
inceffamment le travail qu'il
de rompre
ce lieu comme
avoit fait, & d'efcarper il réfolut même de
il étoit auparavant.
fcches
faire faire un paraper de pierres deux
fur le bord de ceite falaile, avec --- Page 160 ---
136 Nonveaux Vroyages AuX Mfes
1696. petits Aancs qui joigniflent les deux
Mornes, & dy tenir quinze oli vings
hommes dans un tems d'attaque.
Depuisl'Ance de la Croixl la côte eft
fort elcarpéc, & ne laiffe entre la falaiic, & 1 lai mer que fix à huit pieds d'efpace fort embarallez de roches, & oû la
mer donne très-fort quand €
elle eft haute > Oll pour peu qu'elle foit agitéc. Il
enfoncey a àla verité quelques petits
mens, mais l'entrée eft encore plus élevée que celle de l'Ance de la Croix.
Cette côte a une petite demie-lieuë de
long, & finità un morne qui faitle com
mencement dc l'Ance des Gallions. On
Tap:elle le Morne de Raby, du nom
d'un habitant quiyalon habitation.
Ance deb L'Ance des Gallions a cinqà fix cens
Gallions, pas de large, depuis le Morne de Raby
jufqu'à la riviere de Sence, qui fe décharge dans la mer au pied d'un autre
petit morne, dont la pointe qui donne
iur la mer eft couverte d'un angle faillant, compofé de pietres feches mélécs
avec de la terre. Cette Ance depuis le
bord de Ia mer jufqu'àla montagne
&
à
la
.
Ance deb L'Ance des Gallions a cinqà fix cens
Gallions, pas de large, depuis le Morne de Raby
jufqu'à la riviere de Sence, qui fe décharge dans la mer au pied d'un autre
petit morne, dont la pointe qui donne
iur la mer eft couverte d'un angle faillant, compofé de pietres feches mélécs
avec de la terre. Cette Ance depuis le
bord de Ia mer jufqu'àla montagne
&
à
la y fait face, quifait peu près deux
Retran- gure de l'Ance, n'a pas plus de
chemens delAn- cens cinquante à trois cens pas de
ce des
bords de la mer dans la
Fie
eallions,Pays. Les --- Page 161 ---
Erangoifes de PAmérigue. 137
geur de cinquante. à foixante pas, font 1696.
tous couverts degros cailloux, qui caufent une fatigue extrème à ceux qui font
obligez de marcher par cet endroit. Le
prédécelleur de Monficur Auger prohtant de ce grand nombre de pierres, 2
avoit fait faire quelques angles faillans
pour couvrir ceux qui défendroient cette Ance en cas que les ennemis y vouluffent defcendre. Monfieur Auger réfolut de les - joindreles uns aux autres par
des courtines, & d'en faire de nouveaux,
où ceux qui étoient faits fe trouvoient
trop éloignez pour fe bien flanquer , &
en faifant cela s'approcher le
qu'on
pourroit des arbres & des
taim
épailles, pleines de ronces & de crocsde
chien,
font tout le long de cette
Ance, Trtr l'endroit où fmiffent ces
amas de rochers, jufqu'à un étang qui
en occupe prefque toute la longueur.
Cet Erang eft formé de plufieurs fources
quife rencontrent fur le lieu, & d'une
partic de l'eau de la riviere de Sence,
qu'on y a conduit par une rigolle, 8c
encore d'une autre petite ravine qui coule au pied du morne de Raby > qu'on
appelle la ravine Salée.
Le morne qui forme & qui borne le
fond de cette Ance eft défriché depuis --- Page 162 ---
138 Nowveaux
aux Hes
1696. le pied, jufqu'àl la Voyages moitié ou environ de
fa hauteur qui eft confidérable. Lei refte
eft couvert d'arbres qui y font crus depuis que ce terrain a ceffé d'ètre cultivé
comme il l'étoit dans le tems qu'il
partenoit à Monfieur Aubert, un L
premicrs Scigneurs Propriétaires de PIf
ic. On avoit profité des perites avances
ou fail'ies que faitle terrain du Morne,
àla hauteur où commencent lesarbres,
& on en avoit fait deux poftes capables
de loger quarante ou cinquante hommes. On réfolut de les augmenter, &
d'y placer deux petites pieces de canonà
chacun, & d'en faire un troifiéme pour
défendre T'entrée de la riviere de Sence.
Il fat audi réfolu d'élargir le boyau
quicft creufé dans le haut de la falaife,
depuis la riviere de Sence jufqu'à ladef
cente de celle des Gallions, & de
fiter d'une perite pointe de terre qu'on proavoitnégligée
faire un angle faillant, qui nctentes le pied dela falaife, & qui battroit tout le long du
boyau.
Nous paflâmes à pied tout le long de
la falaile en fuivant le bord de la mer,
depuisle chemin qui monte dela riviere
des G-llionsil'efplanade du Fort. Nous
trouvâmes de gros pans de murs qui
qu'à ladef
cente de celle des Gallions, & de
fiter d'une perite pointe de terre qu'on proavoitnégligée
faire un angle faillant, qui nctentes le pied dela falaife, & qui battroit tout le long du
boyau.
Nous paflâmes à pied tout le long de
la falaile en fuivant le bord de la mer,
depuisle chemin qui monte dela riviere
des G-llionsil'efplanade du Fort. Nous
trouvâmes de gros pans de murs qui --- Page 163 ---
Frangoifes de LAmérique. 139
avoient fervi autrefoisà une batteric qui 1696.
étoit en cet endroit, adoffée felon les*
apparences: à la falaife ; mais la mer.dans
quelque ouragan l'en a détachée &la
ruinée. Cette falaife eft extrèmement
élevée & coupée prefque à plonb, &
continue ainfi depuis la montée de l'efplanade du Fort, jufqu à la ditance
d'environ quatre cens pas en allant vers
la riviere aux Herbes. Un peu avant
d'arriver à la batterie
eft devant le
Couvent des Carmes, E falaife bailfe
beaucoup, c'eft
ya fairde
gros murs de
maçonnerie, avec
trmi
un angle qui ferme en partie la place
d'armes de ce côté-là. Ona a pratiqué
quelques embrafures dans ce mur avec
une ouverture pour aller à la mer, qui
eft fermée par un grillage de fer.
La barterie des Carmes eft de maçonneric, les angles des embrafures font
de pierres de taille. Ily avoit onze canons de fer > de dix-huit, de douze &
de huit livres de balle : les plates-formes
étoient de bois. Après
nous eûmes
bien confideré tous ces teeOe raifonné
deffus, & fait beaucoup de projets, qui
ne s'exécuterent qu'en 1702. & qui ne
fervirent à rien, je ptis congé du Gouverneur, à quije promis de revenir le --- Page 164 ---
1696. 140 Nowveaux
lendemain matin, Fayeges Aux IRes
wdans la vifite qu'il pour Tascoimnpagner
del la riviere des vouloir faire le long
Gallions.
Defcrip- Jene
la tion tiviere de Fort de grand manquai matin. pas de me trouver auz
des Gal- dîmes d'abord far
Nous nous renlions, au bas de Thabitation cettep petireelplanade,
nous remarquimes
du fieur Miler; ;
ment que lapremiere encore plus exactede ce polte,& Monfieur foislaconfiquence
ma dansla réfolution Auger feconfirle fortifier pour s'en qu'il fervir avoir prife de
Nous remontâmes enfuire au beloin.
Gallions en marchant la riviere des
bord de la falaife, fans toujours fiar le
fàr acceflible en aucun trouver qu'e'le
troupes,
endroit pour des
quoiqu'il ne fûrp
impollible à des
pasablolument
craindre, &
gens qui n'ont rien à
d'armes ni qui ne font embaraflez ni
s'aidant des d'habits, de la monter en.
prenant aux pieds liannes & des mains, & en fe
arbres. C'eft cC
& aux racines des
dre d'un corps de gu'on ne doit pas crainaifément renverfer troupes, le
dont on peut
tant de diftance en diftance delfein, en pofcinq hommes, pour avertir quatre ou
deg garde les plus voifins, & les
ner la peine de tirer,
fans fe CE
pierres far
faire rouler des
remaguirepotricatiee
.
prenant aux pieds liannes & des mains, & en fe
arbres. C'eft cC
& aux racines des
dre d'un corps de gu'on ne doit pas crainaifément renverfer troupes, le
dont on peut
tant de diftance en diftance delfein, en pofcinq hommes, pour avertir quatre ou
deg garde les plus voifins, & les
ner la peine de tirer,
fans fe CE
pierres far
faire rouler des
remaguirepotricatiee --- Page 165 ---
Prançoifes de FAmerigae. 141
ter une pareille entreprife.
1696.
Autcoimmencement de l'habitation de
la veuve Cherot, quieft à huit ou neuf
cens pas plus haut que la maifon du fieur
Milet, nous trouvâmes un petir fentier
qui defcend à lariviere, que les Négres
de cette habitation ont pratiqué pour
allerdl'eau, & encore un autre à cinq
cens pas plus haut; mais comme il eft
facile de rompre ces petits chemins &c
de les rendre inaccellibles, Monfieur
Auger laiffa à ceux qui les avoient fait
la liberté de s'en fervir, avec défenfes
d'en faire d'autres, 8c à condition
fitôt qu'ily auroit une allarme générale, que
ils ne manquafent pas de les rompre &
de les détruire, fous peine d'en être
privez
roujours dans la fuite.
ierioee cet endroit jufqu'au
de la mème riviere, appeilé le' ratss Grand
paflage, ou le paffage de Madame; il paflage de la riyaenviron neuf cens
Onl'appelle Gallions; viere des
ainfi,
que ce Ro Madame du
Lion t le fit faire; elle étoit veuve
d'un Gouverneur de FIfle, prédéceffeur
de Monfieur le Chevalierl Hinfelin ; elle
avoit une fucrerie & une habitation de
l'autre côté de la riviere, qu'on
loit MEfpérance. Ce paflage du côre appel. de
l'Efef coupé en zizag dans le Morne 2 --- Page 166 ---
142 Nowveaux Yoyages aux Ifles
à droit& à gau-"
1696. avec quelques parapets d'armes à mi-côte
che, 8c une place
qui eft couverte de grands arbres
l'ombre & de la
t
peuvent donnerde feroient
mais
cheurà ceux quiy
nullement poftez, des
qui ne les couvriroient
feroit
coups de moufquets qu'on
pleuvoir fur eux del'autre côréde la riviere,
dont la falaife eft plus élevée & plus
commode, avec un beau chemin pour
defcendre à la riviere 5 de maniereque
ce chemin & la plate - forme & fes retranchemens 1 1 font abfolument commandez par la falaife oppofée. Cela
nous obligea de remonter iur nos pas,
chercher unendroit qui commanEScte le pofte oppofé; il ne nous fut
un; Monfieur
TR
difficile d'en trouver
gerle marqua fur fes tablettes.
Après cela nous continuâmes notre
chemin, en remontant toujouts la riviere jufqu'au deffus d'une grande favanne
eft del'autre côté de la riviere, appellée qui la (avanne de Suère. Nous trouvâmes à la verité quelques endroits où
le pallage ne feroit pas abfolument im-.
poilible; mais comme
arriver il
faut venir toutà abentend 1 long d'une grande favanne, & être expofe au
fcu de toutela hauteur fur laquelle nous
continuâmes notre
chemin, en remontant toujouts la riviere jufqu'au deffus d'une grande favanne
eft del'autre côté de la riviere, appellée qui la (avanne de Suère. Nous trouvâmes à la verité quelques endroits où
le pallage ne feroit pas abfolument im-.
poilible; mais comme
arriver il
faut venir toutà abentend 1 long d'une grande favanne, & être expofe au
fcu de toutela hauteur fur laquelle nous --- Page 167 ---
Francoifes de LAmbrigue. 143
étions; ; nous jugeâmes qu'il n'y avoit 1696.
pas grand chofe acraindre de ce côré.là,
& qu'il feroit toujours facile de prévenir
lesennemis, & leur empècher le paffage.
Depuis cet endroit jufqu'au pied des
grandes montagnes, la riviere coule entre des-falaifes efcarpées quien rendent
laproche & le pallage impoflible.
Nous retournâmes far nos pas
palferla riviere au Grand paffage. Nous pour
vifitâmes l'habitation de IEiperance,
quieft féparée de celle du fieur du Querf appellée l'Iler, par une ravineaf.
profonde & clcarpée. Le terrain de
l'Ifer eft commandé par celui de P'EC
pérance, dont la mailon, > la fucrerie &
lemoulin qui font de maçonnerie, contribuent à défendre ce pofte, > & à empècher de pénétrer dans! la favanne de
Suére, & des s'approcher du Grand paf
fage.
Tour le terrain depuis la riviere des
Gallions jufqu'à celle de Saint Louis,
eft très- beau, de bonne terre & toutà fait
pour! le facre blanc, aufli
ilsy EORIr en
une quantité confidérable.
C'eft le quartier de l'Ifle où il y a
de fucretiess ile eft vrai qu'elles font plus
tites & qu'elles manquent isotenter
debois à brûler ; mais comme les tere --- Page 168 ---
A 144 Nowveanx Voyagesaux IRes
1696. res font vieilles, celta-dire, qu'elles
fervent depuis long - tems, & que la
féchereffe y eft plus ordinaire que la
pluye, les pailles des cannes & les batiennent lieu de bois & fuffifent.
gaces
en deux
La riviere aux Herbes fépare
parties prefque égales tout ce terrain,
qui a environ une lieuë de large, &à
Monta- quion a donné differens noms. Onapgne de pelle montagne de Beau-foleil, la
Belle- vie & tie
eft entre la riviere aux
iater
qui
du Beau- & celle des Gallions. Audeffus de Phàfoleil. bitation de l'Efpérance, font celles de
Suére & des Gomiers, & à côté eft celle
de l'Iflet. La partic qui eft renfermée
entre la riviere aux Herbes & celle de
Saint Louis, fe nomme la montagnede
Belle-voé. Au deffus eft Phabitation du
fieur Abbé Guefton, appellée
& une autre quielt aux Jefuites qu'ils
Saint Claude. Elle confine à
appellent
feu Monfieur
une des terresrelervées par dont elle eft
Houel, appellée le Parc,
falaifes de très-difficile
féparée pardes &
une riviere qui vient des
accès,
par
montagnes de la Souphriere , qu'on
de Saint
Claude
pelle la riviere
qui
jette dans celle de Saint Louis.
La riviere aux Herbes eft compolée
de deux branches qui renferment un
triangla
Saint Claude. Elle confine à
appellent
feu Monfieur
une des terresrelervées par dont elle eft
Houel, appellée le Parc,
falaifes de très-difficile
féparée pardes &
une riviere qui vient des
accès,
par
montagnes de la Souphriere , qu'on
de Saint
Claude
pelle la riviere
qui
jette dans celle de Saint Louis.
La riviere aux Herbes eft compolée
de deux branches qui renferment un
triangla --- Page 169 ---
Frangoifes de LAmérique. 145- we
triangle qu'on appelle l'Iflet. C'étoit
aufli une des rélerves de M. Houel, 1696.
que fes héritiers ont venduc au fieur du
Query. Nous vifitâmes la plus grande
partic de tous les endroits qui font entrel la riviere aux Herbes > & le Fort oi
je fus dîner avec Monfieur Auger. Après
dînénous montâmesi cheval pour voir
toutle terrain le long de la gauche de
la riviere aux Herbes, depuis le bord
de la mer jufqu'à l'Iflet. Nous traverfâmes enfiite les habitations
bas de celle de Saint Claude jufqu'au voir
en defcendant la dioite de la tiviere pour de
Saint Louis, qui dans ces hauteurs-là,
coule entre deux falaifes extrémement
profondes & cfcarpées. Depuis la riviere
Saint Claude
fe jette dans celle de
Saint Louis à E de trois mille pas du Riviere
bord de la mer, > julques un peu au def-c S. Louis
fus de l'éclufe du moulin des Jacobins, commu- nément
éloigné du bord de la mer de
à huit lar des riviere Peres
cens
fept
pas, & depnis l'éclufe jufqu'a la blancs,
mer, on la peut paffer par tout à gué,
quoiqu'elle foit groffe > large, fort
remplie de grofles roches, qu'elle ait
de grands ballins, &qu'elle foit fort fujette à fe déborder, & à croître confidérablement d'un moment à
mais depuis l'éclufe jufqu'à la Tautre; riviere
Tome III,
G --- Page 170 ---
146 Nowveaux
aux
1696. Saint Claude, fon Trayages
Res
Paflage cable qu'en deux pallage n'eft pratide la s'appelle le
endroits, Le plus bas
Coylifle.
paffage dela
ce qu'un habitanc s'étoit Coulifle, avifé
parun moulin au pied de la falaife, de faire
té de la riviere, où l'on
&cà côcannes, en les faifant conduifoit les
couliffe de planches, gliffer dans une
tréteaux enfoncez en terrele appuyée fur des
d'un morne très-long &
dela roiIl
EctE
E
eft.vrai qu'il n'eut pas le fuccès
qu'ilefperoit de cette invention,
que la rapidité del la coulife,
parce
les
de cannes en fortoient faifantque fort
avec
EaicgRt
tuer ceux qui fe danger de bleffer ou de
chute, ou quand rencontroient elles
fous leur
elles étoient toutes froiflées arrivoient en bas,
échauffées que fi elles euffent 3 été & audi
doit pées depuis
jours, ce qui les cou- renprefque oratfe à faire du
fur tout du fucre blanc. La defcente facre,
ce morne quoique longue &
de
laiffe pas de fervir aux
roide, ne
cheval, & feroit un fort gens bon qui font à
palffer la rivicre, & s'emparer.des endroit
ECuroe de Belle-vûé, fi elle n'étoit
tout-à-fair découverte &c commandée pas
dc par deux hauteurs gui font àla droite
la riviere, qui femblent avoir été
renprefque oratfe à faire du
fur tout du fucre blanc. La defcente facre,
ce morne quoique longue &
de
laiffe pas de fervir aux
roide, ne
cheval, & feroit un fort gens bon qui font à
palffer la rivicre, & s'emparer.des endroit
ECuroe de Belle-vûé, fi elle n'étoit
tout-à-fair découverte &c commandée pas
dc par deux hauteurs gui font àla droite
la riviere, qui femblent avoir été --- Page 171 ---
Frangoifes de LAmbrique.
faites &c placées là, exprès pour rendre 147
ce chemin inutile aux ennemis qui
1696.
voudroient paffer. Monfieur Auger ne y
manqua pas de remarquer ces deux en- à
droits pour y faire travailler, quand il
feroit beloin.
Le fecond
éft à neufcens
plus haut que nfotret La defceate rae
la droite eft belle & facile; clle a été
faite
les habitans voifins pour aller
fRase mais celle de la gauche eft fi efcarpéc & Gi roide, qu'elle fait
aufi n'y a t'il gueres que des Négres s
s'en
Ermi
puilfent fervir. Jyaip paffe deux fois
pendant que les Anglois nous attaquoient en 1703. Je ne croi pas avoir
jamais couru de plus grand danger en ce
genre.
Depuis l'éclufe des Jacobins
leur moulin, qui eft éloigné d'environ julqu'
cens pas, le terrain de la droite
Tm la riviere eft élevé & efcarpé, &
commande abfolument celui de la gauche. Depuis cet endroit jufqu'au bord
de la mer, les deux rivesfont à peu près
égales; ou s'ily a quelque avantage, il
cit du côté dela droite. Il fut réfolu de
faire un retranchement de
avec des raquetes pardevant pierres feches,
clufe jufqu'ila
depuis l'Emer, quel'on continuc:
Gij --- Page 172 ---
14S Nowveanx Voyages aux IRles des
roit le long de la mer par le morne
1696. Irois & le morne doré,jufqu'al la ravine
Billau qui couvre l'entrée du Bourg S.
François. Nous décoavrimesyehemin faillans de
faifant quelques petits angles
pierres feches qu'on avoit fait en quelendroits de la côte; mais outre
ques étoient prefque éboulez & tout
qu'ils de brouffailles, ilsl laiffoient de
couverts grands vuides entre eux, & ils
COLET trop éloignez les uns des autres
fe pouvoir défendre. On réfolut
Eet réparer ceux qui étoient éboulez,
d'en faire d'autres ohil feroit befoin, &
de les joindre
des courtines qui feroient face à Rar mer, comme aufli de
creufer un boyau autour de la pointe du
morne des Irois, & d'un autre qui en elt
éloigné d'environ cént pas > avec une à -
muraille feche pour les joindre l'un
l'autre, & de continuer ces retranchelar ravine Billau. Il y avoit
mens batterie jufqu'à à la gauche de cette. ravine
une
la batterie de Carcavi,
qu'on appelloit à
de tranfporter
l'on jugea côté
cette ravine, & de
l'autre
FC
larenfermaerd dans P'enceinte du Bourg.
Nous trouvâmes au Bourg Saint François un nommé le Blanc, Maitre d'une
barque qui venoit d'arriver de la Mar-
& de continuer ces retranchelar ravine Billau. Il y avoit
mens batterie jufqu'à à la gauche de cette. ravine
une
la batterie de Carcavi,
qu'on appelloit à
de tranfporter
l'on jugea côté
cette ravine, & de
l'autre
FC
larenfermaerd dans P'enceinte du Bourg.
Nous trouvâmes au Bourg Saint François un nommé le Blanc, Maitre d'une
barque qui venoit d'arriver de la Mar- --- Page 173 ---
Françoifes de PAmbrigue. 149
tinique. Il rendit quelques paquets à 1696.
Monfieur le Gouverneur s & nous dit
qu'il étoit freté pour le retour par nos
Religieux, pour lefquels il devoit prendre chez nous fa charge de pots & de
formes pour notre habitation du fond
Saint Jacques. Il me rendit aufli quelqueslettres,une entr'autres de notre Supericur, qui fembloit fuppofer que
m'arrèterois à la Guadeloupe
Pate
travailler au canal ; il me prioit pour de donner mes foins afin que la barque fàc
deb promprement bonne
chargée, > & qu'on y mit
porerie, & le plus
roit. Je réfolus de me fervir jcom cette pour- OCcafion pour retourner à la Martinique,
quoiqu'elle ne fut pastrop fire. Je le dis
Monfieur Auger quieurp peine à y confentir, & qui me confeilloit d'attendre
quelqu'un de nos Corfaires où je ferois
plus en fmteré; mais comme je n'avois
rien à perdre,
inftrumens
parce que je laiffojs mes
au Gouverneur qui me
mettoit de me les envoyer
probonne
par quelque
de
occafionsje me mis
en peine
ce qui pouvoir arriver; Fe pis étoit,
d'ètre
par les Anglois, dont j'étois
bien IP de ne pas recevoir de mauvais
traitemens 5 au contraire, j'aurois eu le
plaifir de voir quelques - unes de leurs
Gij --- Page 174 ---
-I5o Nowveaux Voyages aux INes
1696. Mfes, &c d'en remarquer les défenfes &
leslieuxlesplus propresal les allervifiter;
de forte que je me fixaià me fervir de
cette barque.
me
: Je pris
du Gouverneur qui
chargea de TRL les mémoires de ce que
&c réfolu dans nonous avions remarqué
viendroit
tre tournée. Il me ditqu'il Ime
prendre le Samedi fuivant de bon matin
poura aller vifiter le quartier des habitans.
Je travaillai tout le Vendredi à ces
mémoires, & à quelques remarques
feul
quejavois faites en m'en retournant
le même chemin du bord de la mer.
par Car l'expérience m'avoit apptis qu'on
un
ne connoiffoit jamais parfaitement fois, & d'un
terrain en le voyant une
fens, & que le confiderant d'un autre
point de veé, on eft fouvent obligé de
changer ou de corriger fes premieres
idées.
Pere Vidal
du
Je dis au
Supérieur ferCouvent, que j'érois réfolu de me
vir de la barque où il devoit charger la
poterie pour retourner à la Martinique, état de
parce que je ne le
pas en
faire travailler aut
quelque
eRe
d'honnèteté, Are confentit à
réfiftance
mon départ.
Mai, MonLe Samedi vinge-fixiéme
obligé de
changer ou de corriger fes premieres
idées.
Pere Vidal
du
Je dis au
Supérieur ferCouvent, que j'érois réfolu de me
vir de la barque où il devoit charger la
poterie pour retourner à la Martinique, état de
parce que je ne le
pas en
faire travailler aut
quelque
eRe
d'honnèteté, Are confentit à
réfiftance
mon départ.
Mai, MonLe Samedi vinge-fixiéme --- Page 175 ---
Françoifes de LAmerigue.
fieur Auger me vint prendre de 151
matin ; ilm'avoit falt amener un 5221 fes 1696.
chevaux.
Toute l'Ance qui eft devant notre habitation étoit bien retranchée ;
un
ilyavoit
paraper de fept pieds de haut & fixde
large s compofé d'un double rang de paliflades de tendre à caillou, > remplis de
terre & de falcines avec une banquerte,
Ce parapet avoit des angles faillans de
diftance en diftance; ilétoit couvert de
douze ou quinze rangs de raquettes, qui
faifoient une largeur de cinq à fix toifes;
le tout bien entier & bien entretenu depuis l'embouchure de notre riviere s
c'eft-à-dire, de la riviere de Saint Louis
jufqu'auprès du Bourg du Baillif, où
toutes les paliffades avoient été emportées, ou par le débordement de lariviere dont j'ai parlé ci-devant, ou
lesNégres quilesavoient dérobées par
les briler. Monfieur Ie Gouverneur pour
donna ordre aux Officiers de
étoient prefens, de faire Milicequi ces
breches avec des - murs de pierres réparer feches,
en attendantqu'on pûr avoir des paliffades de tendre à caillou, pour les remettre comme elles étoient auparavant.
Nousv vifitâmes le Château dela Magdelaine, labatterie quieft à côté, P'AnGiv --- Page 176 ---
1696. 14 du Nowveanx
AuX Ihes
de la gros François,
IMT
riviere du Pleflis l'embouchure
tâmes fur la droite
que nous remonmille
jufqua près de deux
cinq cens pas. Là elle
un fond fort uni, au milieu coule dans
Vanne qui eft dans Thabitation d'une faRadelin. Elle eft fort aifée à
du fieur
ce lieu-l., auffi ce fut
paffer dans
qu'une partie des Anglois par cet endroit
lorique nos gens eurent abandonné paffa en 1691.
poltes, par T'infigne méchanceté leurs de
quelques
l'ai dit ci-devant, mal-intentionner, comme je
endroit eft difficile à Ileft certain que cet
comme il eft commandé garder, cependant
tites buttes dont la montée par eft affez deux pedes, il fut réfolu deles fortifier
roifant un boyau fur leur hauteur, en creumoyen duquel on
3 par le
auroient plus aneteroitlesennemi de
R à découvert dans quatre la
cens pasà
de pouvoir arriver au pied favanne de la avant
miere butte, où étant
ils
roiont battus
arrivez, PYEC
en
fe
Aancpar l'autre; ous'ils
deux, mensientendevoireder ils auroient à
paffer entre les
feux, & trouveroient ellyer les deux
vine allez
en face une raquelle
profonde, au de-là de laily a des bois & des brouflailles
épailtes, & un morne fort roide, où
de pouvoir arriver au pied favanne de la avant
miere butte, où étant
ils
roiont battus
arrivez, PYEC
en
fe
Aancpar l'autre; ous'ils
deux, mensientendevoireder ils auroient à
paffer entre les
feux, & trouveroient ellyer les deux
vine allez
en face une raquelle
profonde, au de-là de laily a des bois & des brouflailles
épailtes, & un morne fort roide, où --- Page 177 ---
Françoifes de LAmerique. 153 -
il feroit encore très-facile de les arrêter.
Nous paflames la riviere du Pleflis en 1696
cet endroit, &c la cottoyâmes en defcendant par fa gauche, jufqu'au Grandpaflage ; obfervant & remarquant tous
les avantages que les ennemis ou nous
pouvions tirer des maifons, des arbres
& des murs de pierres feches, qui font
en grand nombre dans cet endroit- la,
afin de faire abattre ou de conferver ce
qu'onjugeroit à propos felon le befoin.
Nous continuâmes notre chemin juf
qu'au bord de la mer, que nous cottoyâmes fur le bord de la falaife jufqu'a
l'Ance Vadelorge, dont nous fimesl le
tour. Ilfutréfolu de faire deux
de paliffades & de fafcines, & RTERE
planter fept ou huit rangs de raquettes
dans tout fon contour, avec des CrOcs
de chien fur le devant pour donner de
l'occupation aux ennemis qui voudroient pénétrer par-là, & avoir le
tems de les tirer comme au blanc quand
ils feroient une fois embaraffez dans ces
épines. Jexpliquerai dans une autre OCcalion ce
c'eft que les raquettes &
les Crocs 2a chien.
De l'Ance Vadelorge jafqu'à la defcente de là plainc des habitans, la falaife eft cfcarpéc. Elle eft de différentes
G V --- Page 178 ---
154 Nowveanx Yoyages anx Ifles
à
1696. hauteurs, depuis quatre jufqu'a fept
huit toifes de hanreur, de forte queroute cette côte fe eendift-ddlcimbee fenIly avoit feulement quelques petits
tiers que les habirans avoient faits pour
leur commodité pour aller à la mer ;
Monfieur Auger leur ordonna de les
rompre inceflamment, leur remontrant
qu'ilsne devoient pas préferer une petite
commodité aux rifques où ils fc mettoient d'ètre enlevez la nuit avec leurs
Negresparlese sennemis, quiremarquant
le jour ces fentiers en rangeant la côre, 2
& les voyant éloignez des corps de garde
venir pendant
ne manqueroient defcendre pas d'y & de les piller.
la nuit, d'y
enfuire toute la
Nous cottoyâmes
leftla
hauteur du morne, au pied duquel de
plaine des habitans. Toute la crête
cette côte feroit très-propre à être retranchée &c feroit un pofte avantageux, mais il
qu'il feroit difficile de forcer;
d'une
étendue : 3
nous parur
trop grande
un enpuifque du bord dela merjufqu'à
droit où la côte devient pretque toute
droite &c efcarpée comme une falaife,
ilyaprès de quinze cens
2 ce qui fe-
& qui deroir un trop grand
omcfrs
manderoit trop de monde pour lc faire
& pour le garder. Une autre raifon en
te avantageux, mais il
qu'il feroit difficile de forcer;
d'une
étendue : 3
nous parur
trop grande
un enpuifque du bord dela merjufqu'à
droit où la côte devient pretque toute
droite &c efcarpée comme une falaife,
ilyaprès de quinze cens
2 ce qui fe-
& qui deroir un trop grand
omcfrs
manderoit trop de monde pour lc faire
& pour le garder. Une autre raifon en --- Page 179 ---
Frangoifes de
core qui nous empècha FAmerighe. d'y
que tout ce
penfer, 9 terrain eft leger & de peu de 1696.
confilfance, de forte qu'il auroit été impoflible de creufer un boyau
été
qu'il n'eût
rempli avant d'être
On auroit donc été réduit a perfectionné. faire
rerranchement de
tout ce
paliffades & de faf
cines, ce quiauroir été fortà charge aux
habitans : d'ailleurs les ennemis
leur defcente
près du Fort faifant
travail auroit Rere
tout ce
contentâmes de perdu; ainfi nous nous
fes de retranchemens tracer environ cent toiLes deux
au bord de lai mer.
quarrier-la Capiraines de Milice de ce
Tomafeau qui étoient prefens nommez
& Boucachar, fe
de les faire
chargerent
bons Officiers exéeuter; comme ils éroient
& fort
bien
>
commun, Monfieur le zélezpourle Gouverneur
repofa fur eux.
s'en
Nous allâmes'chez le bon Pere Romain Capucin, Curé de la Paroiffe où
Monfieur Auger avoit
à dîner. Ce bon Religieux envoyé préparer
de caeur, fut un
fâché qui étoit tout
caution que le Gouverneur peu.
de la pré-
& lui en fit deperits
avoit prife,
obligeans. Il avoit convié reproches tout à fait
piraines de Milice afin d'avoir les deux Catems de les inftruire de ce qu iis avoient plus de --- Page 180 ---
156 Nowveanx Yoyages anx Ifles
àfaire, Les habitans du quartier avoient
1696.
une vénération toute finguliere pour
leur Pere Curé; ils avoient rebâti tout
de nouveau fa maifon qui étoit de charpente,, grande & fort
avec un
fort belenclos & un EtSie bien entretenu. Les Anglois avoient épargné PEglife dans l'incendie qu'ils firent de toutes celles où ils purent pénétrer en 1691.
elle étoit vieille & toute de bois, mais
, bien entretenué & bien ornée.
propre Nous montâmes à cheval fur les quatre heures après midi, & nous cottoyàmes la riviere depuis environ trois cens
pas au-deflus delEglife jufqu'à fon embouchure. Il eft certain que dans une
arrêter les enoccafion on pourroit y
nemis; mais in'y avoit aucune apparence d'y faire des travaux > tant pour
les raifons quejai dites ci-devant, en
parlant de la crête du morne, que pardébordemens en emce queles fréquens
n'en pourroit
porteroient
qu'on nous vimes queles raachever.
tm
venoient parfaitement bien au
Seeade de la mer, M. Augero ordonna aux
Capitaines d'en faire planter le
tout lclong de
Fater
quils pourroient fur le bord de la faNous paffâmes
afin de
laile en nous en retournant,
dites ci-devant, en
parlant de la crête du morne, que pardébordemens en emce queles fréquens
n'en pourroit
porteroient
qu'on nous vimes queles raachever.
tm
venoient parfaitement bien au
Seeade de la mer, M. Augero ordonna aux
Capitaines d'en faire planter le
tout lclong de
Fater
quils pourroient fur le bord de la faNous paffâmes
afin de
laile en nous en retournant, --- Page 181 ---
Frangoifes de LAmbrigue.
mieux obferver ce que nous-avions 157
le matin. M. le
vû 169G.
chez nous en
Gouverneur me laifa
mais
palfant , & ne voulut jaquejallaile le conduire chez lui.
Jetravaillai tout le Dimanche & une
partie du Lundi aux mémoires des réparations &c augmentations
avoit
a faire depuis la riviere Saint qu'ily Louis
qu'i celle des habitans.
jufLe Mardij'allai avec Monfieur
à notre habitation du
Auger
au Parc. La defcente Marigot, de la riviere & de-là
Louis eft longue, roide & fort difficile: Saint
ilne faut pas penfer d'y aller à cheval. Je
impollible remarquai cependant qu'il ne feroit pas
d'y faire un chemin. Les Négres que nous avions avec nous, nous
porterent de l'autre côté de la riviere.
Nous trouvâmes la montée du Parc bien
plus facile que la defcente. On avoit fait
un pecit retranchement far le haut,
tirez lorique quelques habitans s'y étoient reils avec leurs familles en 1691. mais
y avoient fait fi mauvaife garde, &
s'éroient fi mal défendus quand un parti
laifferent Anglois les y, alla vifiter" : , qu'ils les y
pénétrer, & perdirent la plus
tiré. grande partie de ce quils y avoient reOn appelle cet endroir le Parc,
Parce qu'il cft renfermé de tous côtez --- Page 182 ---
158 Nowveaux Voyages AnX Ifles
1696-par des rivicres profondes & prefque
impraticables, & qu'il eft adoflé aux
montagnes qui portent la Souphriere.
Nous en fimes une bonne partic du tour
depuis l'endroit où nous étions entrez 2
en gagnant fa pointe du côté de la mer,
& retournant par le côté oppofe, ou
nous trouvâmes toute fa largeur qui nous
parut être dans cet endroit-la de dix-huit
cent à deux mille pas.
fort bon
Quoique ce pofte paroiffe
pour faire un réduit, Monfieur Auger mème
rélolut de ne s'en point fervir, &
de défendre aux habitans d'y retirer
leurs familles 8cl leurs effets,fous peine
d'ècre abandonnez, & de n'avoir autcune protection, ni aucune juftice des
qui pourroient leur être faits
par
qui dans ces occafions
les
FENEE
iont fouvent autant à craindre que
ennemis. Les raifons qu'avoit le Gouverneur: > étoient qu'il eft abfolument dans
necelfaire que lc peuple foit réuni
un même endroit, afin que ceux qui
portent les armes foient également intéreflez à fa confervation. 2°, Qu'il faut
que ce lieu ait communication avec la
partie de P'ille qui u'eft point attaquée.
3°. Qu'on puille retirer dans un mème
lieules bleffez & les maladcs, 2 Thôpital
raifons qu'avoit le Gouverneur: > étoient qu'il eft abfolument dans
necelfaire que lc peuple foit réuni
un même endroit, afin que ceux qui
portent les armes foient également intéreflez à fa confervation. 2°, Qu'il faut
que ce lieu ait communication avec la
partie de P'ille qui u'eft point attaquée.
3°. Qu'on puille retirer dans un mème
lieules bleffez & les maladcs, 2 Thôpital --- Page 183 ---
Frangoifes de PAmbrique.
& les Chirurgiens, les
vivres & des munitions magazins des s1696.
être derriere le
à qui doivent
conduits
camp, , portéc d'y être
facilement & avec l'ordre &
l'economie neceffaire ; & enfin
éviter que les habitans fous
pour
d'aller Voir leurs familles, n'abandon- préfexte
nent le camp, & n'y retournent plus.
Cesinconveniens: ne font point à çraindre.lorfque les réduiteft derrierele
Il eft bien plus en fureré, on en tire camp.
aifément ce qu'on a befoin, les malades plas
& les bleffez font mieux fervis, les mu-
-nitionsplusàla main & mieux
& l'Officier
ménagées,
laiffe
qui y commande, & quine
du entrer perfonne fans voir le congé
Gouverneur, & pour combien de
tems il eft accordé, a foin de
au camp ceux qui oublient d'y renvoyer retourner.
Nous retournâmes par le même chemin que nous étions venus en vifitant
toutes ces hauteurs , afin d'en bien connoire la firuation & les avantages
en pourroit tirer fi, les ennemis y qu'on faifoient des courfes. Nous defcendimes
par le chemin de la coulifle, & nous
allâmes jufqu'au Fort toujours par les
haureurs des étages, dont il étoit important au Gouverneur de connoitre --- Page 184 ---
160 Nowveaux Voyages aux
1696. les fentiers, les ravines, les
Btrans
&c généralement toutes les difpolitions
du terrain.
Mémoires fe fouCeux quiliront ces
viendront, silleur plait, du plan que
je viens de faire de tout le tour de la
Guadeloupe, & fir tout du quartier des
trois Rivieres > 8 du terrain qui eft
depuis le vieux Fort jufqu'à la riviere
des Habitans, Otl du moins d'en remarquer l'endroit & la page, pour entendre plus aifément ce quej je dirai dans
les années 1701. 1702. & 1703. au fujer
des fortifications qu'on y fit faire, dont
j'eus la conduite & la direétion; & encore touchant l'attaque & le fiege auz
les Anglois formerent devantleFort
la Bafle-terre en 1703.
diner chez
Le Jeudi 31. Mai, j'allai
Monfieur de la Malmaifon Lieutenant
de Roi. Lejour fuivantj jel fis mes adieux,
le Samedi,
&je me préparai 2 partir
feroit
parce qu'on oettegl quelat barque
prête ce jour-lid de bonne heure,comme le
elle le fut en effet; mais Monfieur
Gouverneur ordonna au maitre de ne
partir que le lendemain après midi. Il
vint me voir le Dimanche matin, &
m'emmena diner chez lui. Il envoya
dire au maitre de la barque de mettre
de Roi. Lejour fuivantj jel fis mes adieux,
le Samedi,
&je me préparai 2 partir
feroit
parce qu'on oettegl quelat barque
prête ce jour-lid de bonne heure,comme le
elle le fut en effet; mais Monfieur
Gouverneur ordonna au maitre de ne
partir que le lendemain après midi. Il
vint me voir le Dimanche matin, &
m'emmena diner chez lui. Il envoya
dire au maitre de la barque de mettre --- Page 185 ---
Frangoifes de PAmeriqne. I6I
en panne devant le Fort, & de m'y at- 1696.
tendre. Je pris congé de nos Peres, &
fuivis le Gouverneur.
CHAPITRE VII.
Foyage de l'Auteur de la Guadelonpe à.
la Martinique. Defcription des IRes
des Saintes.
E m'embarquai le Dimanche troifiéme Juin fur les cinq heures du
foir. Nous moiillâmes aux Saintes
avant minuit. J'ai déja dit qu'on devroit
plurotlesappeller) les Saints que les Saintes, car leur nom Efpagnol eft Los Santos, parce que les Elpagnols les découvrirent le jour de la Touffaint; & c'eft
du jour de la découverte que la plipart
des noms ont été pris, comme la Floride à caufe qu'eile fut découverte le
jour de Pâque- Fleuri, la Dominique,
fainte Croix, les Vierges & autres lieux
de l'Amérique. Je m'apperçûis dans ce
petit trajet que notre barque étoit pefante & mauvaife voiliere, 3 mais il étoit
trop tard. Le maitreavoit quelques bales de cotton à prendre aux Saintes,
avec des volailles, des pois & du mil, --- Page 186 ---
162 Nowveanix Voyages anx IRes
1696.ce qui nous obligea de nous y arrêter
tout le Lundi, & la plus grande partic
du Mardi. Monfieur Auger avoit eu la
bonté de faire mettre dans la barque des
provifions pour mon voyage quine me
furent
inutiles. Je me fis mettre à
J'allai faluer le
terre lrg qu'ilfut jour.
Pere Lucien Carme, qui étoit Curé de
ces deux Ifles. L'Eglife & la maifon du
Curé font dans lIle qui eft fous le vent,
qu'on appelle à caufe de cela, la Terre
debas, comme celle qui eft au vent fe
Terre de nomme la Terre de haut. Ce Religieux
bas, des ,1 Iles une me reçut fort civilement, & me pria
des Sain- d'accepter fa maifon pendant que ma
tes.
barque feroit motillée. Je fus dire la
Meffe. L'Eglife eft toutede bois , petite
& allez prepre. La maifon du Curé ne
confiftoit qu'en deux petites chambres,
une cuifne & un autre petit bâtiment.
Le terrain qui étoit aux environs fuffifoit pour faire un aflez beau jardin;
mais foit que ce Religieux n'aimât raifons, pas
le jardinige, foit
d'autres
illelaifloit en RLEE ce quilui attiroit
uneinfinité de mouftiques & de maringouins. Je le
en déjeunant de me
faire voir les caaer de fon Ifle. Nous
employâmes une bonne partie du jour
à cette promenade, & nous fimes le
bâtiment.
Le terrain qui étoit aux environs fuffifoit pour faire un aflez beau jardin;
mais foit que ce Religieux n'aimât raifons, pas
le jardinige, foit
d'autres
illelaifloit en RLEE ce quilui attiroit
uneinfinité de mouftiques & de maringouins. Je le
en déjeunant de me
faire voir les caaer de fon Ifle. Nous
employâmes une bonne partie du jour
à cette promenade, & nous fimes le --- Page 187 ---
Françoifes de PAmerique. 163
tour del'Ifle autant qu'ilfe pouvoit faire, 1696.
car on ne peut pas lc faire exaétement ;
elle peut avoir autant quelon
trois lieués de tour. La terre
Ret Elc
ger
L'Ilet
me
parut plus grande.
quieltentre les deux eft petit & inhabité. Il fert à
former le port quid eft bon, grand, aflez
fir &c profond. ily a dans ces deux Ifles
de bonne terre dansles revers des mornes & dansles fonds. Les fommets des
ne laiffent
mornes, quoique pierreux,
d'ètre aflez couverts de bois. Le manioc, pas les patates, les pois, le cotton, Commo- ditez de
le tabac & les volailles y viennent en ces Iiles.
perfection. Ily a beaucoup de chevres
oud cabrites, particulierement fur l'Ilet.
Il nourriffent auffi bon nombre de COchons. Tant que durent les graines fauvages ils font furs de ne pas manquer de
ramiers, de perroquets & de perriques.
Dans les autres tems ils ont des tourterelles, les grives & les oifeaux de mer
enabondance. La pêche y eft très-bonne, &l'on trouve dans les rochers beaude
d'écreviffes de
coup
coquillages, de
& de
mer, de homars,
poupars
congres. Ils. ont aufli quelques bêtes â
cornes quoiqu'en petit nombre, parce
qu'ils n'ont
aflez deterrain pour les
nourrir. Tiey Y eft bon & affez frais, --- Page 188 ---
164 Nouveaux
aux Ifles
1696. parce que ces petites AEOS étant au milicu
de la mer, on y, joitit toujours du vent
de quelque côté qu'il vienne, ce qui
fufirdanstoutes nos Ifles pour n'être jamais fortincommodé dela chaleur. Outre le
qui eft entre les trois Ifles,
ilya a Fe à
terre de bas deux ances fort
jolies, dont le fond eft de fable, oùl'on
peut moitiller & débarquer fortcommodement. On lesappelle l'ance du grand
& du petir figuier.
Nous fames voir le Capitaine de Milice de ces Ifles; ily eft comme délégué
du Gouverneur dela Guadeleupe, de
ces Ifles dépendent auffi - bicn que. ot
Grande-terre & la Delirade. Il nous ieçûr fort bien, & m'offrit tout cequi dépendoit de lui. Jc le priai de faire enforte que notre barque fut expédiée
le plus promptement qu'il feroit pollible, afin de pouvoir être à la Martinique lejour del la Pentecôte.
Forces& Le Curéle pria à fouper avec le mairicheffes tre de la barque. Ce Capitaine nous dit
dupais. qu'il pouvoit compter far quatre vingtdix hommes, vieux, jeunes, blancs,
bruns & noirs, bien armez, & en état
defairele coup de fufil, & de défendre
PIe & les barques qui y viennent
moiiller, Il nous dit auli que les ha-
, afin de pouvoir être à la Martinique lejour del la Pentecôte.
Forces& Le Curéle pria à fouper avec le mairicheffes tre de la barque. Ce Capitaine nous dit
dupais. qu'il pouvoit compter far quatre vingtdix hommes, vieux, jeunes, blancs,
bruns & noirs, bien armez, & en état
defairele coup de fufil, & de défendre
PIe & les barques qui y viennent
moiiller, Il nous dit auli que les ha- --- Page 189 ---
Frangoifes de P. Ambvique.
bitans n'étoient Pas riches, mais 165
vivoient commodement, &
qu'ils 1696.
leur perit commerce de cotton, qu'avec de légumes, de tabac & de volailles, ils
amaffoient de l'argent dont lIfe
affez bien pourvàc. Je couchai chez étoit le
Pere Curé, Le lendemain après la
je fus voir l'endroit ou l'équipage Meffe,
vaiffeau François qui s'étoit brûlé d'un
le havre de peur de tomber
dans
mains des
entre les
Anglois, avoit foutenu un
fiege feaux contre les équipages de trois vaif
à Monfieur Anglois, & avoit donné le tems
du Lion, pour lors Gouverneur de la Guadeloupe, de le venir
délivrer, & de prendre
quiles alliégeoient. Le ptifonniers Pere du ceux
raportele fait dansle quatriéme Tertre
fon Hiftoire.
tome de
Ce pofte eft naturellement
pour
fortifié, &
peuqu'on de
y travaillâr, il feroit impoflible le foicer, pourvà
qui y feroient euffent des munitions que ceux
guerre & de bouche. Il n'y a
de
fe défagréable dans ces Illes, qu'une c'eftl le chofaut d'eau douce. Les habitans
déverité deux ou trois
ont à la
leur donnent de l'eau petites fources qui
boire 3 mais elle tariffent fuffifamment pour
la fechereffe foit plus grande pour T1 8e --- Page 190 ---
166 Noxveaux
aux Ifes
& ils font nsun à conferver
1696.dinaire, l'eau de pluye dans des tonneaux, des des
jarres & autres vaiffeaux, & dans
trous faits en terre où elle fe corrompt
aifément. Je m'étonnai de leur négli-.
à faire des citernes, vû qu'ils ont
gence la chaux, le fable & les pierres à difcrétion, & je ne fus point fatisfait l'eau de la
raifon qu'ils m'en donnerent, que
renfermée dans les citemes,codtadoit chaux. Car
l'odeur & le goût de la
quand cela arriveroit au commencement
qu'elles font faites; il eft certain que
cette mauvaife qualité fe difliperoit peu
à peu, & que le limon que Feau Fana
toujours avec elle tapilleroit fond &
8c feroit une croute
nfoe
dire,
fur les côtez de la citerne, qui empècheroit l'eau de contraéter aucun touche- maulvais goût, parce qu'elle Jel ne leur les dis mon
roit immédiarement.
fenriment pas - 2 & je leur fis voir qu'il y
avoit plus d'entétement & denégligence
de veritable raifon; Paic
dans cela que
l'eau contracteroit
que quand mème
du moins elle
mauvais goût,
les
E bonne pour la cuifine, pour
beftiaux, & pour! laver lelinge, &cleur laver
épargoeroit la peine de le venir
tiès - fouvent aux trois rivieres avec
roit immédiarement.
fenriment pas - 2 & je leur fis voir qu'il y
avoit plus d'entétement & denégligence
de veritable raifon; Paic
dans cela que
l'eau contracteroit
que quand mème
du moins elle
mauvais goût,
les
E bonne pour la cuifine, pour
beftiaux, & pour! laver lelinge, &cleur laver
épargoeroit la peine de le venir
tiès - fouvent aux trois rivieres avec --- Page 191 ---
Framçoifes de LAmérique. 167
beaucoup derilques & de danger.
1696.
Jedonnaià dinerau Curé &au Commandant des Saintes dans la barque; ; &
après.qu'on les eltreporté à terre, nous
levâmes l'ancre fur les quatre heures des Départ Sainaprès midi. Je me fachai quand je vis tcs.
que le maitre de la barque vouloir pafier au vent de la Dominique pour
gnerle moiillage de fainte Marie, e
eft proche de notre habitation, où il
devoit décharger fa poteric. Je fis tout
ce queje pis pour lui faire changer de
dellein, parce qu'ayant reconnu combien fa barque étoit dure & pefante, il
paroiffoit impoffible que nous pullions
jamais arriver à ce point-li; mais je
ne pûs rien gagner. Ilprérendoit queles
vents de terre nous porteroient cette me.
me nuit bien loin au vent de Marie-galante, & que confervant pendant le
jour notre avantage, ou même l'augmentant en faifant des bordées, nous
nous éleverions en deux nuits jufqu'à la
hauteur de'la Caravelle, d'oà il nous
feroit facile de nous rendreau moiillage
de fainte Marie, vent arriere. Ce projet étoit beaut, & auroit pû réuffir Gi la
barque n'avoit pas été une vraye charette ; ilfalluc pourtant en pafler par-là,
&c moitié content, moitié fâché 3 nous --- Page 192 ---
Aux Ifles
- 168 Nowveanx Yoyages me mis entre deux
1696. foupâmes, s & puisj Je
dans mon
balles de cotton, enveloppé
dela
dormis une partie
manteau, ouj je
K
nuit.
réveilenviron deux heuJevisàinon le
que nous étions par
res avant
jour,
à
près
le travers de Marie galante, peu
alamoitié de fa longueur, & a une pe.
tite licué de terre. Nous continuâmes lever du
allez bien notre routejufqu'au les vents de terre
foleil, parce que Nord-oteft nous T
étoient Nord &c
fe mirent à
vorifoients mais dès qu'ils
notre
perdre
l'Ef, nous commencimesà
de faire
avantage. Je confeillai au maitre
fur la terre de Marie-galanune bordée
nous le pourtc, &c de moiiller quand
fans
rions faire pour paller la journée, &
perdre ce quenous avions
voile, aE
le foir nous remettrions
Te
profiterionsd des vents de terre, qui felon allez
nous éleveroient
Mauvai- les apparences
la Trinité ;
fe convent largue fur
duite du
porter rien faire, car entre aumaitre
voulut
de
la
celle
Rroct
de
bonnes
il avoit
barquc. tres
qualitez, lui confeilloit,
ne faire jamais ce qu'on fàr. Ilcontinua donc
quelque bon qu'il
& de dériver à
de porter au plus près, fe mit à faire des borvûë d'aeils puisil
de forte qu'il
dées, & ce fut encorepis,
eur
Trinité ;
fe convent largue fur
duite du
porter rien faire, car entre aumaitre
voulut
de
la
celle
Rroct
de
bonnes
il avoit
barquc. tres
qualitez, lui confeilloit,
ne faire jamais ce qu'on fàr. Ilcontinua donc
quelque bon qu'il
& de dériver à
de porter au plus près, fe mit à faire des borvûë d'aeils puisil
de forte qu'il
dées, & ce fut encorepis,
eur --- Page 193 ---
Frangoifes de PAmerigue. 169
eut le chagrin de voir qu'à deux heures
après midi nous avions tellement perdu, 1696.
que nous n'étions plus qu'à deux licuès
au vent du Trou-au-chat de la Cabeftere
de la Guadeloupe. Il fallut donc reporter fur les Saintes que nous cûmes bien
de la peine à gagner. Le ventde terre
étant venu avec lai nuit, ilvoulut tenter
de l'autre côté, & porter au vent de la
Dominique; mais dès que nous fûmes
au vent de la terre de haut, les courans
fe trouverent plus forts
le vent, &
nous entraînerent dans TE canal entre les
Saintes &cla Dominique. Nous pallâmes
toute la nuit à louvoyer bord far bord,
fans gagnerautre choie quede nous trouver le matin à deux lieuès au vent des
Saintes.
Nous employâmes tout le Jeudi a
faire la mème manceuvre, fans avoir
gagné un
de licuë; encore étionsnous heuctatra de n'avoir rien perdu.
Nous eûmes la nuit un vent de Nord
fort frais qui nous mit à près de fix
lieuésau vent de la Dominique, & ipeu
près par fon milieu. Nous commencions
à bicn elperer de notre
le Vendredi à l'aube du voyage, quand
couvrimes deux voiles jour nous déqui portoient fur
nous. Nous nous crûmes pris, & nous
Tome II.
H --- Page 194 ---
Nowveanx Voyages aux IRes
effet, fi cllesavoient été An3696. Tétions en Mais dans ce moment le vent
Rencon. gloifes.
à LEf, nous portâmes fur
tre de sétantrourné & 9 entrâmes dans le
deux
les Saintes,
&
Corfaiune corvette
neU:
res Fran ayant en alloient queiie en courfe, qui ayantregois, que qui
bâtiment bien avant que
connu notre euflions reconnus, n'avoient
nous les forcer de voiles, afin de nous
pas voulu le chemin libre, & que nous n'allaiffer
échoiier. Elles entrerent
laflions pas nous
oû elles alloient
dans le port des Saintes fe
prendre deslégumes, &c mocquerent & de fa nabien fort de notre maître >
vigation. remîmes à la voile à foleil couNous mais bien que nous fuflions enchant, aidez du vent de Nord, les deux
core
nous avions à faire au vent
lieuès que
& les.couplus que les jours précédens, entrainoient tavec
rans du canal qui de force nous que nous en étions
daurant plus furent caufe que nous ne
plus proches, élever
une lieiie.
pancs nous
qu'environ : car notre
au vent de la Dominique
fa
pilote ne voulut plus reprendre fut Hecitse
miere route, qpoiquelle
que celle quilf fuivoit. le Samedi tout entier
Nous pallames nuit du Dimanche à faire la
& toute 1a
que les jours précédens, entrainoient tavec
rans du canal qui de force nous que nous en étions
daurant plus furent caufe que nous ne
plus proches, élever
une lieiie.
pancs nous
qu'environ : car notre
au vent de la Dominique
fa
pilote ne voulut plus reprendre fut Hecitse
miere route, qpoiquelle
que celle quilf fuivoit. le Samedi tout entier
Nous pallames nuit du Dimanche à faire la
& toute 1a --- Page 195 ---
Françoifes de PAmérigne. I7I
même manceuvre fans pouvoir nous 1696.
élever plus de trois lieués. Enfin lej jour
de la Pentecôrele maître réfolut de
ter fur la Bafle-terre de la
& de
NBEDeS
moiiller s'il pouvoit au Prècheur
pour prendre del'eau, 8c attendre un
vent favorable pour remonter à fainte
Marie en rangeant la côre.
Le Lundi onziéme Juin, fur les dix
heures du matin,nous; nous trouvâmesà
la pointe du Prècheur. Je me fis mettre
à terre à l'habitation de Madame la veuve Chapelle, où je dis la Meffe, 2 & où
je dinai. Elle me donna un canot avec
trois Négres, & un Caraibe pour gouverner, pour me porter jufqu'au Potiche
chez Monfieur Michel. Ma navigation
avoit étéj jufques-là fort ennuyeufe, la
fin fut des plus perilleufes que j'eulfe
elfuyécs jufqu'alors.
A peine eûmes nous doubléle morne
S. Martin,
nous fûmes pris d'un ou Danger fe
coupde vent RE furieux, accompagné der.ucur, trouve
pluye, d'éclairs & de tonnerres 3 quc
deux barques qui étoient devant nous
furent contraintes d'amener tout plar,
& de
à mats & à cordes. J'aurois
bien
terre > mais
EOURCT
prendre
cela
étoit impraticable, parce que c'eft une
côte de fer; où les lamcs haures comme
H 4j --- Page 196 ---
Nowveanx Voyages aux Ifles
-172
fe rompoient contre la
1696. des montagnes bruit
Je dis
falaife avec un
effroyable. mais il fe contenall Caraibe de virer ,
Comperé
ta de me dire en fon baragouin; tourné toi tenir
na pas tenir
, f canot
cOeur fort. ROeS Négres qui éroit
lui me dirent qu'il
Eim
mieux que
& qu'il falloit fe répoflible de virer, continuer le voyage.
Londreaperir.ouae A tout hazard je me
Je pris patience. laiffant fur moi que mon
dépotillai ne
En cet état je
caleçon & mon chapeau.
javois
m'aflis aul fond du canot, duquel
foin de vuider leau de toutes mes forces,
& j'avois affez d'affairess car comme le
leslames font courtes près de terre ,
empêcher qu'il
Caraibe ne pouvoit pas
notre avant,
n'en entrât quelqu'une Négres par & lui traCependant les trois
les
vailloient comme des defefperez., les
Négres à nager, le Caraibe à les parer exhorlames. On peut croire queje arrivâmes entois de mon mieux. Nous
ou nous
du Poriche,
fin àl'embarcadere échouâmes bien plus heureufement
nous
n'ofions elperer. Je pris du
nous habit fec dans mon panier 7
Srer & un
le refte de ma dépoiille
& je fis laver
que tout étoit
dans la riviere > parce Je montai chez
moiillé d'eau de mer.
, le Caraibe à les parer exhorlames. On peut croire queje arrivâmes entois de mon mieux. Nous
ou nous
du Poriche,
fin àl'embarcadere échouâmes bien plus heureufement
nous
n'ofions elperer. Je pris du
nous habit fec dans mon panier 7
Srer & un
le refte de ma dépoiille
& je fis laver
que tout étoit
dans la riviere > parce Je montai chez
moiillé d'eau de mer. --- Page 197 ---
Françoifes de LAmbrigne. 173
Monfieur Michel, où je fus reçû àlor- 1696.
dinaire. On donna à boire & à manger
à ceux qui m'avoient conduit, & je lcs
recompenfaj largement de leurs peines.
J'appris quele Pere Rofié mon Confrere
ne comptoit pas de me rendre ma Paroiffe, & quil s'en étoit expliqué ainfi
a plufieurs perfonnes. Les voifins de
Monfieur Michel ayant fçà que j'étois
arrivé, me vinrent voir, & m'offrirent
de faire figner une Requète à toute la
Paroiffe, pour demander à IIntendant
& au Gouverneur général que je fuffe
réinregré dans mon pofte. Je ne crus
pas devoir accepter leurs offres, je les
remerciai de leur bonne volonté, étant
réfola de ne m'adrefler qu'auxSupérieurs
de la Religion, perfuadé qu'ils me rendroient juftice, Je foupai & couchai
chez Monfieur Michel,
Le Mardi 12. Juin il me donna un
cheval & un Négre pour porter mon
panier, & vint avec moi au Macouba. arrive
Les habitans qui demeuroient fur leita Pachemin, m'acompagnerent, & nous roifle Macou. du
vinmes tous mettre pied à terre au Pref- ba,
bytere. Le Curé parut étonné de me voir
arriveri fb bien accompagné ; il m'aavoûié
depuis qu'il avoit crû d'abord queje venois prendre poffeflion de ma maifon de
H lij --- Page 198 ---
174 Nowveanx Voyages Anx IRes
haute lutte, & le mettre dehors. Après
1696.
ordinaires il me tira à
les complimens
n'avoit
part, & me dit qu'on
penfe n'eût
duffe revenir fi-tôt, RE
que je fa Paroifle,sil eàt crà ne depas voir quitté demeurer plns long tems dans
celle pas où il fe trouvoit, quil ne la
fans un ordre
du
St
voit ceder
exprès fort
péricur > & que comme il trouvoit
jufte que je travaillaffe pour y rentrer 2
d'agréer
râchât de s'y
il me prioit
quil
conferver, puifqu'on lui avoit promis
pofitivement del'ylailler,8 & de me contenter d'une autre façon en cas que je
revinffe de la Guadeloupe. Je ne crûs
pas me devoir beaucoup expliquer avec
lui. Je lui dis feulement
jérois venu
le voir, dire la
& continuer
NEEL
pour
me
de rcfterà diner,
mon voyage.ll
pria Je fus dire la Mefmais je le remerciai. la
de mes
fe, ala fin delaquelle plapart
Paroiffiens me vinrent faluer, & me dirent en fa prefence, que je n'avois ils qu'a
parler, & que dès le même jour dépureroient vers le Gouverneur général
& l'Intendant pour me faire rendre ma
Paroiffe. Je les priai de n'en rien faire, 3
& comme je vis que ces offres mortifioient mon Confrere, &c qu'on
de
&
tha
soimpencénerechanftere part
de mes
fe, ala fin delaquelle plapart
Paroiffiens me vinrent faluer, & me dirent en fa prefence, que je n'avois ils qu'a
parler, & que dès le même jour dépureroient vers le Gouverneur général
& l'Intendant pour me faire rendre ma
Paroiffe. Je les priai de n'en rien faire, 3
& comme je vis que ces offres mortifioient mon Confrere, &c qu'on
de
&
tha
soimpencénerechanftere part --- Page 199 ---
Frangoifes de PAmerique. 175 1696.
montai à cheval & je partis. Jc
tre, je
le Perc Breton & le Pere
vis en paffant
au fond Saint JacImbert, &c j'artivai
quesalheose de diner.
Le Pere Cabaffon nbtre Supérieur
de me voir, il me
beattts
rut furpris
de la Guadeloupe, 8c feides nouvelles
reçû la lettre
gnit de n'avoir pas
parla- auquelle je lui mandois que ne voyant
de faire travailler au cacune apparence m'en retournerois auffi-tôt que
nal, je
Monfieur Auger
jaurois achevé ce que
dit
ne
fouhaitoit de moi 5 il me
que
m'attendant pas fi-tôt, ilavoit tétéobligé
de donner ma Paroifle au Pere Rolié,
mais qu'il trouveroit le moyen de me
contenter. Je lui répondis
fansmetde
e dépenfes
tre en ligne
compte faites pour
qu'il fçavoit que j'avois
meubler la maifon Curiale, fefperois
quril fe fouviendroit de la parole qu'it
m'avoit donnéc, fur laquelle je croyois
très-ffrement. Le diner
devoir compter fans
de cette affaire.
fe paffa
plus fames parler fortis detable, il
Dès que nous luile Pere Chavagnac. Je
emmena avec alioit confulter fur ce qu'il
vis bien
Je
avoit à PaLer pour fe tirer d'embarras.
me retirai dans une chambre pour dire
mon Bréviaire & me repofer. Nous ne
H iv --- Page 200 ---
176 Nowveaux
anx IRes
point Tane.e en foupant 3
1696. parlâmes
le
fc fut retité
mais comme
Supérieur fortantde table, le
dans fa chambre en
Pere Chavagnac qui étoit mon ami particulier, me
par la main & me
conduifit dans Rc jardin pour prendrele
frais; il faifoit un beau clair de lune, &
il fçût fi bien me tourner que je confentis: d demeurer aveclui au fond S. Jacà ce
les bâtimens qu'on
EeR obligé de Tamte pour la fabrique
du facre blanc, fuffentachevez, ou du
moins en état d'être continuez fans mon
affiftance; & que cela étant fait, jelerois maître de retourner à ma Paroiffe,
&
le Supérieur en donneroit avis
dès lendemain au Pere Rofié, afin
qu'il prit là-deffus fes mefures comme
il le jugeroit à propos. Nous rentrâmes donné
dansla maifon aufli-tôt que j'eus
ma parole au Pere Chavagnac, qui
à
du Pere
2 > &
VENCE
pa la
Supérieur
fit part eris la réuflite de fa commi(ion.
Celui-ci fortit avec empreflement 3
m'embralla, me renouvella les promelles
qu'on venoit de me faire de fa part, &c
m'affura que dans toutes les occafions,
il feroit pour moi ce que je faifois aufli pour du
lui dans celle-ci. Je me chargeai
foin de la Paroiffe du Marigot, parce
ac, qui
à
du Pere
2 > &
VENCE
pa la
Supérieur
fit part eris la réuflite de fa commi(ion.
Celui-ci fortit avec empreflement 3
m'embralla, me renouvella les promelles
qu'on venoit de me faire de fa part, &c
m'affura que dans toutes les occafions,
il feroit pour moi ce que je faifois aufli pour du
lui dans celle-ci. Je me chargeai
foin de la Paroiffe du Marigot, parce --- Page 201 ---
Frangoifas de P Ambrigue.
nous n'avions perfonne pour lai rem- 177
Pi & qu'étant fort perite ellenem'em- 1696.
Lc pécheroit pas de vaquer à mes bâtimens.
plus confidérable étoit une
c'efta-dire une longue gallerie
l'on
les
PSPRIE
Sucrerie porte
formes de fucre au fortir de la
de lui
lesy travailler. Jeréfolus
e
cent
iatcatl
gueur fur trente de vinge pieds de lonpentis d'un côté, de largeur, avec desapge,& de mettre
pieds de larau bout des
TReaRE
appentis.
CHAPITRE VIIL
Du Pommier des Iles. La maniere de
faire les Carots, Dela Chanx,da Sable, , du Moëlon 6 des Pierres de
taille.
E
L Mercrediry. Juin 3 je pris quelles
de Négresavec moi, & je fus dans
notre
odlioz
habitation
arbres qui feroient neceflaires chercherles
la charpente du bâtiment
pour faire
canot pour aller chercher projetté, la chaux. , & un
mauvais état de notre
Le
obligeoit à mettre tout temporel, en ceuvre nous
épargner afin de pouvoir fatisfaire pour
nos
Hv --- Page 202 ---
-178 Nowveanx Voyages anx Ifles d'arbre
1696. créanciers. Je ne trouvai point dont
plusà la main pour faire le canot
javoisbefoin, qu'un pommier. Onl'ap- &
pelle Cotonnier rongeaS.Domingael
à la nouvei le Efpagne. Je ne vois pasl la ni
raifon de ce nom, car il ne porte
cotton ni duvet, & n'a rien qui approche des arbres qui portent du cotton de
quelque elpece quil arbre foit. eft toute femLa felille de cet
ou Pomiet Cot- blable à celle du pommier d'Europe pour elle
tonnier la figure & pour la couleur , mais
rouge eft deux fois plus grande & plus épaille.
Son écorce eft rougcâtre , épaille elle
d'un bon
toute tailladécs facilement,
eft peu afeemnes &c fe leve
parce que l'arbre eft rempli del beaucoup de chair
de feve. Il paroit de couleur
lorfqu'on le coupc, mais il fe décharge féche.
8c devient gris ài mefure qu'il fe
le
Ileft doux, il a les fibres longues,
grain fin, il eft leger, fe coupe & fe
travaille aifément, mais il ne dure
Le foleille fait fendre &c fe:
long-tems.
& le percent, à
vers sy engendrent n'ait foin de le tenir bien
moins qu'on 8c à couvert quand on ne
gaudronné,
s'en fert point.
Je loiiai deux Mulârres charpentiers d'un hade canois qui étoient efclaves
le
Ileft doux, il a les fibres longues,
grain fin, il eft leger, fe coupe & fe
travaille aifément, mais il ne dure
Le foleille fait fendre &c fe:
long-tems.
& le percent, à
vers sy engendrent n'ait foin de le tenir bien
moins qu'on 8c à couvert quand on ne
gaudronné,
s'en fert point.
Je loiiai deux Mulârres charpentiers d'un hade canois qui étoient efclaves --- Page 203 ---
Françoifes de TAmbrique. 179
bitant de la riviere Capot, nommé à 1696.
Courtois, avec lequel je fis marché
écus
la façon du canot, &
quinze à
des ouvriers de recomun écu
RROmr
penfe à la fin de l'ouvrage, avec abattre leur fe
nourriture. L'arbre que je fis
de
faire un canot
trouva propre pour de longueur fur quatte
vinge-neuf pieds dans fon milieu. Je le
pieds de large
c'eft-à-dire, pointu
fis faire en pirogue,
& relevé par les deux bouts , parce que
comme les mers font fort rudes dans nos
quartiers, j'étois bien aile qu'on pût Ce
s'en fervir fans être obligé de virer.
qui m'étoit arrivé en venant m'avoit de lapoin- fait
te du Prècheur au Potiche
de Ge
fage. Je ne fgaifi on fe fouviendra
quejai dit dans un autre endroit, quele
canot differe de la pirogue en ce
8 relevée
es
celle -ci eft pointué
par
deux bouts, & ne fe gouverne qu'avec
la pagalle; au Jieu que le canot n'a que
l'avant fait en pointe, & fon arriere qui
eft coupé quarrément ou en poupe,a bien
d'ordinaire un gouvernail attaché,
qu'il puilfe être aufli gouverné à la pagalle. Lorfque l'arbre eft à terre & coupé de Maniere faire
lalongueur qu'on veut donner au canot, de les caon choifit le côté le plus plat pour être nots
Hvj --- Page 204 ---
180 Nowveanx Voyages anx
creufé. On tourne l'arbre fur côté;
TRe
1696. pendant qu'on travaille le côté oppofé
qui doit être le fond. On donne à celuici une figure un peu platte dans fon milieu que T'on appelle la femelle, qu'on
arrondit infenfiblementà mefure qu'on
des côtez. Cette figure le
T plus ferme que s'ilétoit tout-à-fait
rond ou coupé comme le deffous d'un
vaiffeau, parce que pour lors il feroit
volage & tourneroit fens deffus deffous,
pour peu qu'il ne fàt pas affez lefté.
Cette partic étant achevée, on le retourne, & on le met fur des chantiers
pour le creufer. Onf fait trois ou quatre
trous de tatrieres dans le fond,
lui doit
Somr
connoître Tépailleur qu'on! tout le long de la
ner, & lalaiffer égale
femelle jufqu'à la naiffance des pointes, c'eftoù onlaille beaucoup plus de bois,
à-dire d'épaiffeur. Lorfque tout le dedans eft creufé, qu'il ne refte plus qu'à
le doler & le polir > on fait entrer par
force desrondins de lagrofleur da bras,
tout le long, de fes côtez en dedans, eft
pourles ouvrir & écarterle plus qu'il
pollible, &onles y laiffe jufqu'à ce que ait
ie bois étant parfaitement fec, iln'y &
plus de danger qu'ils fc refferrent,
qu'ils fe rapprochent. On tourne le ca-
le dedans eft creufé, qu'il ne refte plus qu'à
le doler & le polir > on fait entrer par
force desrondins de lagrofleur da bras,
tout le long, de fes côtez en dedans, eft
pourles ouvrir & écarterle plus qu'il
pollible, &onles y laiffe jufqu'à ce que ait
ie bois étant parfaitement fec, iln'y &
plus de danger qu'ils fc refferrent,
qu'ils fe rapprochent. On tourne le ca- --- Page 205 ---
Frangoifas de PAmbrigut. &c 181 lui 1696.
not fur un côté pour doler l'autre, à
donner Tépaillaur que l'on juge
les
trois Doms
pos, qui eft pour
grands diminuant
à la femelle, en
on ne
ZRRERZ
bords,
ou environ. Onle polit
EEn
fc qu'un T'herminette pouce
&c la tille courbe &
avec creufe. On ajufte les naiffancesdes pointes en ménageant de petites nervàresqui
partent de la femelle, & qui marquent
comme la fin d'une quille, 9 lorfqu'un
le canot
côté eft achevé, > on retourne l'autre. Ona foin
en faire autant à
de
temn ménager dans fa concavité
petites
élevations prifes dans Tépaiffeur dubois,
dans lefquelles on creule des rainures
pour y faire entrer les bouts destottes, bancs fur
c'eft-à-dire, les planches ou
J'en
lefquelivaieyeniceux qui nagent.
fis mettre cinq. Comme je deltinois ce
canot à porter dela chaux & des pierres,
je ne me fouciai pas, qu'il fut leger 3 je
lui fis donner plus d'épailleur qu'on lui ne fis
leur en donne ordinairemenr; jel
le
mettre des courbes par dedans pour
fortifier,avec trois liens de fer à chaque
bout. 1lfut achevé en quinzejours. homme Pour
lorsje fis marché avec un jeune
de
du Bourg Sainte Marie pour pécher d'ula chauxà une petite ance, éloignéc --- Page 206 ---
182 : Nowveaux Troyages aux Ifles
1696. ne demie-lieué ou environ de ce Bourg,
qu'on appelle l'Ance Sazerot.
La chaux dont on fe fert aux Ifles du
Vent, eft une plante qui croît dans la
des Chaux liles mer. Elle vient dans une infinité d'endu Vear.droits , mais on ne la pêche que dans
ceux qui n'ont
plus de trois braffesde
profondeur. ELTE qui vient dans des
lieux plus profonds croît à fon aife,jufqu'à ce que fa hauteur ne lui donnant
plus affez de force pour réfifter à l'impétuolité de la mer agitée, elle fe rompt
&c eft emportée fur la côte, odonlaramaffe. Le pied de cette plante eft rond
ou ovale ; il s'élargit à l'endroit d'oà il
fort du fond comme fi c'étoit un boulet
quienvironnir le pied pour le foutenir
&le fortifier. Quandceite rigea un
ou
elle
me
de hauteur
environ,
sélargir font
fe partage en plufieurs branches qui
comme une main à plufieurs doigissc'eft
ce qui lui a fait donner le nom de patte
de chaux. Ces doigts s'élargiflent end'autres, &c ceux-là
fuite & en poulfent
font
longs
encore d'autres. Tous
plus Ils
larges, & toujours affez plats.
que font tous remplis de petirs trous comme
des rayons de miel. Lorfque cette plante eft jeune & tendre & qu'on la rompt >
& blanche
il en iort une liqueur épaille
doigissc'eft
ce qui lui a fait donner le nom de patte
de chaux. Ces doigts s'élargiflent end'autres, &c ceux-là
fuite & en poulfent
font
longs
encore d'autres. Tous
plus Ils
larges, & toujours affez plats.
que font tous remplis de petirs trous comme
des rayons de miel. Lorfque cette plante eft jeune & tendre & qu'on la rompt >
& blanche
il en iort une liqueur épaille --- Page 207 ---
Tm.3 pag-182
Chaur der
Ioles.
Four a
Chaua. --- Page 208 ---
APJCS --- Page 209 ---
Françoifes de PAmérique. 183 fon 1696.
comme du lait. Il faut que ce foit
fuc ou la feve qui la fait croitre & la
nourrit. Les extrémitez font toujours
facilement quand
tendres, &cs'égrainent
on les preffe dans la main avant qu'el- elles
les foient forties de l'eau 5 mais
durciffent dès qu'elles ont pris lair, &
fi facilement. Cette
ne s'égrainent plus eft blanche comme la
plante ou
Quand on
neige, >
& compaéte. cxamine
TE
en rompt une patte, &c qu'on voit
la conftruction du dedans, on
que
fes pores & fes parties fe refferrent à mefure qu'elles s'approchent du centre, &c
queles fibres des tiges ou pieds font petpendiculaires , & celles des
Cette chaux a une
Fedrut
horifontales.
fort approchante de celle du goëmon s
quand on la tire dela mer, , quelle perd
amelure qu'elle fe feche. On apporte
en France des morceaux de cette plante, blanc.
quele vulgaire appelle du corail
C'eft une deux erreur. manieres de la pécher 5 la Deux
premiere Ilya eft d'entortiller une corde au manieres depècher
pied de la plante, que ceux qui font la chaux,
dansle canot tirent deforce; ils rompent
ainfi le pied & enlevent la plante toute
j
entiere. On.fe fert de cette maniere
quand ily a plus d'une bralle d'cas, --- Page 210 ---
184 Nowveaux) Toyages AHx Ifes
1696. Loriqu'ily en a moins les pècheurs fe
mettent à l'eau, ayant,le canot à côté
d'eux; ils brifent les
ou pieds des
plantes avec des pinces uSe fer, ou avec
de bonnes perches ferrées, &
ce qu'ils ont rompu
le
MET
pour mettre prendte dans le canot, car la chaux ne
flotte pas, fur tout le pied. Il eft vrai
les extrémitez des pattes viennent
Rr l'eau, & Aottenr quand on les rompt
étant encorejeunes & tendres; mais dès
qu'elles fe font imbibées d'eau, qui felon les apparences s'infinue par l'endroit
de la rupture; elles coulent au fond.
cette plante fe reproduife par
Commét Soitque reltent au fond de la mer,
cette les racines qui
plante fe foit que la liqueur blanche qui en coule
Iepro- duit, & quand on la rompt, lui ferve comme de
en com-
& de femence
renaitre &c
bien de germe
il
sems, pouffer de nouveau, iben certain qu'elle
repouffe toujours, & que les lieux où il
yena a eu une fois, ne s'en dégarniffent
jamais. Quoiqu'elle foit dure & compacte,
elle croit alez vite. J'ai expérimenté fait
étant à la Guadeloupe, qu'ayant
rompre ou pècher - 2 comme on dit aux
Ifles, de la chaux à l'ance des fontaines
boiillantes, autrement l'ifletàGoyaves,
entre la terre & un rocher, nommé
ouffe toujours, & que les lieux où il
yena a eu une fois, ne s'en dégarniffent
jamais. Quoiqu'elle foit dure & compacte,
elle croit alez vite. J'ai expérimenté fait
étant à la Guadeloupe, qu'ayant
rompre ou pècher - 2 comme on dit aux
Ifles, de la chaux à l'ance des fontaines
boiillantes, autrement l'ifletàGoyaves,
entre la terre & un rocher, nommé --- Page 211 ---
Françoifes de TAmerigue. 28;
THermitage, qui en eft éloigné d'en- 1696.
viron cent pas, où il n'y a pas, plus de
quatre pieds & demi à cinq piedsd'eau,
&c où les plantes de chaux, étoient prefque à Aleur d'eau, & empèchoient les canots de palfer, quandje les fis rompre;i il
m'arriva vingt- - deux mois après 2 >
la nuit
le mème
Meni.dtr
paffant
le canot où Tadie s'arrèta tout court, .
comme s'il eût échoiié fur un banc de -
fable; je fis amener la voile pour fonder & voir ce qui nous arrètoit, & nous
trouvâmes
nous étions échoiiez fur
les plantes e Chaux, dont j'en rompis
quelques tiges avec la main, de forte
que nous eûmes affez de
à nous
tirer d'affaires en
chemin,
LbA
& nous fûmes obligez de faire letour du
rocher > après avoir effayé le paflage
plufieurs endroits, où nous
EES
par toutla Chaux trop haute & trop forte. Cette plante étoit crué de quatte à
cinq pieds en vingt-deux mois. Je ne
croi
qu'elle fafle tant de progrès aux
lieux foa la mer eft rude, comme font
les Cabefterres. J'ai remarqué équ'elle ne
poulfe jamais au-deffus de la furface de
feau. il faut quand elle eft arrivée à cC
terme, qu'elle groffifle ou qu'elle poufle
des branches de côté & d'autre 5 car il --- Page 212 ---
-186 Nowveaux Toyeger anx Tes
1696. n'eft pas croyable quela nature ceffedoperer & de produire, quand elle a commencéàle faire avec tant dev vivacité,
Le four dont on fc fert pour cuire la
chaux, eft de maçonnerie ordinaire. Il
des Figure fours eft fait comme un enronnoir, dont le
à chaux, bout le plus étroit eft vers la terre. On
adoffe toûjours ces fours contre un terrain élevé, afin de pouvoir aller de plein
pied fur le bord, & les chargerplus aifément ques'il falloity monter avecune
échelle. On choifit autant qu'il eft pof
fible un lieu voifin d'une riviere, ou
dequelqu'autre cau, pour - la commodité
d'éteindre la chaux quand elle eft cuite.
On donne depuis huit jufqu'à dix pieds
de diametre l'ouverture d'enhaut, &
dix à douze pieds de profondeur. On
laiffeen bas une ouverture de deux pieds
& demi en quarré, qui fert pour mettre
le feu quand on commence la cuiffon,
& pour retirer la chaux à mefure qu'elle
tombe en cuifant, lorfqu'on continue
de charger le four de bois & de chaux.
Manicre Lorfqu'on veut charger un four, on
de les emplit de bois fec le fond de l'enton-
&decui- charger noir, fans trop le preffer ni le fouler.
Ie la On met par dellus
buches
chaux, bois dur, qui fe confume quelques difficilement, d'un
comme le raifinier, le bois lezard, le
,
& pour retirer la chaux à mefure qu'elle
tombe en cuifant, lorfqu'on continue
de charger le four de bois & de chaux.
Manicre Lorfqu'on veut charger un four, on
de les emplit de bois fec le fond de l'enton-
&decui- charger noir, fans trop le preffer ni le fouler.
Ie la On met par dellus
buches
chaux, bois dur, qui fe confume quelques difficilement, d'un
comme le raifinier, le bois lezard, le --- Page 213 ---
Françoifes de PAmérique. 187chatanier, f'oranger & autres fembla- 1696.
bles; on les taille comme pour faire un
grillage, & on met
deffus environ
un pied & demide ioue coupé par morceaux , & accommodé uniment. On
met la chaux fur ce bois. Quand elle eft
jeune, on metles pattes toutes entieres >
mais quand elle eft vieille, ou que les
morceaux font trop gros, ou que ce font
des riges qui font toujours plus dures &
plus compactes quele reftc; on les coupe en pieces avec une méchante hache,
afin qu'ils cuifent mieux & plus vite.
On donne àce lit de chaux un bon pied
d'épailleur. On fait enfuite un liz de
bois une fois plus épais que la chaux
qu'on doit mettre deffas, & on continue
ainfi à remplir le four, & même à le
charger trois on quatre pieds au deffus de
fes bords, de differens lits de chaux &
de bois alternativement. Après
cela
eft achevé, on met le feu au bois dec dont
le fond du four eft
fe comaux autres
bois. Au2t
munique
entRia
tant qu'on le
faire, il vaut mieux
sfe fervir de ESERS verd
de bois fec,
outre
le
un feu
premier aae
plus
vif, il que eft certain qu'il dure beaucoup
davantage que celuiquieft fcc.
A mefure que le bois fe confume & --- Page 214 ---
188 Nouveaux
AuX Ies
1696.
la chaux fc cuit, E2rge tombe dans le
Reni du four, d'oùt celui quien a le foin
la rerire avec un fourgon qui eft
par le bout d'une bande de fer en croif- garni
fant, quiluifert auffi à retirer kes cendres.
On charge de bois & de chaux le delus
du four a mefare
ce qui eft deffous
s'affaille, fe cuit det tombe, & on peut
continuer ainfi plufieurs jours jufqu'ace
que les cendresfemultipliant trop, empèchentl'air d'agir par la bouche, & de
faire confumer le bois en cuifant la
chaux.
Qualirez La chaux que l'on retire du four eft
chaux, de la mife à côté dans une place que l'on a
deftinée pour cela. Elle fe fond d'ellemême en peu de tems, & fe réduit en
une poudre blanche comme la neige - 2
déliée, fine & douce comme la farinc
de froment. Sion veut l'éteindre en fortantdu four s on jette un peu d'eau deffus
& aufli-tôt elle fe met en poudre. Elle
ne fe conferve en pierre
elle
n'eft
cuite. Elle Rucdned quand
elle E graffe & fort tenace. beaucoup; De trèshabiles connoiffeurs qui ont été aux,
Ifles, conviennent qu'elle eft beaucoup
meilleure
celle d'Europe 3 qu'elle fe
cuit plus rpeted & qu'elle foifonne
davantage. Onla peut conferver éteinte
on jette un peu d'eau deffus
& aufli-tôt elle fe met en poudre. Elle
ne fe conferve en pierre
elle
n'eft
cuite. Elle Rucdned quand
elle E graffe & fort tenace. beaucoup; De trèshabiles connoiffeurs qui ont été aux,
Ifles, conviennent qu'elle eft beaucoup
meilleure
celle d'Europe 3 qu'elle fe
cuit plus rpeted & qu'elle foifonne
davantage. Onla peut conferver éteinte --- Page 215 ---
Frangoifes de
dans des folles comme LAmtrique, en
il eft mieux de la
Europe, mais 1696.
perd moins de hatder bonté. J'ai poudre, elle
quele morierquejef faifois
éprouvé
la chaux vive fc fechoir
faireavec de
corps bien plus
plurôr, & faifoit
la chaux étoit éreinte promptementd que quand
tems. Cette expérience depuis m'a quelque
me fervir prefque toujours de obligé chaux vi- de
ve, Ileft vrai qu'elle mange un
le
bout des doigts des maçons, mais la peu
revient fans ceffe, & d'ailleurs peau
cux à y prendre garde & à
accoû- c'eft à
tumer,
s'y
La chaux quel l'on trouve par toute la
grande terre de la
on foiille dansla terre Guadeloupe quand
5 eft de mêmecf
il pece eft difficile que celle que l'on pèche àla mer.
il
d'en rendre raifon. Seroitpoffible que toute l'étendue de rerrain Conjec..
fiecles qui compofe cette Ile ne fûàt dans les P'Auteur ture de
paffez,
haut-fond
far la
de plantes de
rempli grande
crû
ayant beau- terre de
ie
coup
& rempli les L qui étoient la Guaentr'elles, fin hauflé le occupez par l'eau, ont en- deloupe,
terrain & obligé l'eau à fe
retirer, & à laiffer à fec toute la
ficie ? Cette
fupernaire
conjecture toute extraordiqu'elle paroiffe d'abord;
tant rien
n'apourd'impoflible > & deviendra --- Page 216 ---
-190 Nowveanx Voyages AMx IRles
1696. mème allez vrai femblable à ceux qui
l'examineront fans prévention. Car enfinen fuivant le commencement de ma
fiuppofition 1 s ces plantes ayant crûi 8c
rempli tout l'efpace que l'eau occupoit,
fe font enfin érouffées l'une l'autre; les
parties fupéricures fe font réduites en
pouffiere & en terte; les oyfeaux y ont
laiffé tomber les graines de quelques
arbres, qui ont germé & produit ceux
que nous y voyons, & la nature y. en a
fait germer d'autres qui inel font pas d'une
efpece commune aux autres endroits S,
comme les bois marbrez & violets. Il
ne feroit pasindigne de la curiofité des
geas qui y demeurent, de faire fouiller
en differens endroits pour connoitre
quel eft le fol,jufqu'à quelle profondeur 4
on trouve cette pierresi chaux, fous en quel- l'éle fituation clle eft répandue
paiffeur de la terre & autres circonftances qui pourroienr ruiner ou fortifier
fait travaillerà
ma conjeôture. Sijavois fait à la Guala grande terre commej/ai manqué de faire
deloupe, je n'auroispas recherches.
quelques unes de ces
Il y a une efpecc de chaux appellée
Chaux Gingembre, parce qu'elle approche en
appeliéc Gingem- quelque maniere du Gingembre pour la
brc.
figure. Elle n'eft pas fi blanche que celle
iffeur de la terre & autres circonftances qui pourroienr ruiner ou fortifier
fait travaillerà
ma conjeôture. Sijavois fait à la Guala grande terre commej/ai manqué de faire
deloupe, je n'auroispas recherches.
quelques unes de ces
Il y a une efpecc de chaux appellée
Chaux Gingembre, parce qu'elle approche en
appeliéc Gingem- quelque maniere du Gingembre pour la
brc.
figure. Elle n'eft pas fi blanche que celle --- Page 217 ---
Frangoifes de
quieft péchée
&
I9I
res
TALeATE
plus longue, & plus grolfe n'eitgue- 1696.
pouce, Ilyades Ances qui en font que le
fes quefois routes couvertes, après de quelmarées. Ce ne font que des
grofde chaux ordinaire
morceaux
& que les flots ont quela arrondis mer a rompus,
lant jufque fur le rivage. en les roueft bonne, maiselle eft
Cette chaux
plus dure à cuire
quel'autre, & c'eft.ce
a de
mun avec celle de la qu'elle
comOn fait encore de grande la chaux terre.
groffes coquilles, qu'on appelle des avec de Chaux
bis, des Cafques, des
Lam- de Coautres. Toutes ces matieres Porcelaines & quillage,
bonnes, mais elles font duresàla font très-
& confaument
cuifon
Nous
beaucoup de bois.
aux Iflçs. n'avons que deux fortes de fable
viere. Cc Celui de mer & celui de ri- riviere, Sable de
dernier fionr
eft fouvent mêlé de
n'y prend garde
&c quand cela arrive, beaucoup il
de terre,
bon mortier 5 quandileft ne fait pas un
bon,
pur il eit très-
&c fairune sincorpore fort
bien avec la
bonne liaifon. chaux,,
Le fible demer eft de trois
y ena de blanc quieft affez
fortes. Il Sable de
bon que pour faire des enduits. fin; il n'eft blanc, mer
trouve d'autre
eft
On en
qui fait du Tecar plus gros, grifâtre, Sable
quand on le remue ; gris, --- Page 218 ---
192 Nowveaux Voyages anx Ifles 2
de
1696. c'eft le meilleur pour toutes fortes
matieres. Le troifiéme eft de couleur d'ardoife
aoir. Sable & fort fin. Je n'en ai jamais voulu employer, parce qu'il m'a paru trop pefant
&c peu propre pour fe bien incorporer
avec la chaux.
le
llfaut avoir foin avant d'employer
fable de mer, de le renfermer dans un
quarré fait avec des planches foutenuès
Précau par des piquers, 5 & de l'arrofer faifon d'eau, des
tionpour tlorfqu'on n'eft pas dans la
defalerle
afin
tout le fel qui
fable depluyes,
d'emporter
cela
mer, yelt attaché. On obferve
que
oà l'on le met ait
de
Erer pente
f'aire
portl'éconlement deseaux, parce quefi
Teau dont on le lave demeuroit, cc fcroit une fatigue Finhie & on le trouveroit aufli falé qu'en fortant de la mer.
Pour du fable de ecaveje n'en aijamais
trouvé, quoique j'aie fait travailler &
endroits & à diverfoiiller en difterens
fesprofondeurs.
d'endroits des
Ontrouve en beaucoup
& de la
baffes terres de la Martinique
Tetre Guadeloupe, en foiillant depuis trois
gtafls. jufqu'à cinq pieds, une certaine terre
grailc de couleur grife , qui elt très-bonOn s'en fert toute
ne pour maçonner. fans chaux
faire des murs
fcule &
pour
de
j'aie fait travailler &
endroits & à diverfoiiller en difterens
fesprofondeurs.
d'endroits des
Ontrouve en beaucoup
& de la
baffes terres de la Martinique
Tetre Guadeloupe, en foiillant depuis trois
gtafls. jufqu'à cinq pieds, une certaine terre
grailc de couleur grife , qui elt très-bonOn s'en fert toute
ne pour maçonner. fans chaux
faire des murs
fcule &
pour
de --- Page 219 ---
Françoifes de PAmbrique. 193
de clôture & autres qui ne foient pas 1696.
fort élevez, & quin'ayent pas un poids
confidérable à porter. Lorfque ces murs
font fecs on leur fait un crépi de chaux
& de fable, de crainte que la pluye ne
les pénetre & ne les dégrade. Ces murs
ne font bons que dans les quarriers où
l'on prendla terre qui compole le mortier, parce
y trouve auffi des pierres qui
avec cC mortier.
Totatenl
Nous nous fervons de cinq ou fix fortes de pierres au lieu de moëlon.
Les premieres font celles qu'on trou- Differen.
ve dans la mer & dansles rivieres, quite efpefont de deux cfpeces. Les unes font liffespiemm. ces de
& unies comme uneg'ace;elles font pref
que toutes rondes ou ovales. Il faut que
le mortier foit parfaitement bon pour
lier ces fortes de pierres les unes avec
les autres, parce que leur dureté & la
liffure de leur fuperficie l'empèche d'y
pouvoir mordre. Onlesfend quand elles
font groffes, & on metle côté fendu en
parement 2 afin que le crépi & l'enduit
s'y puiffent attacher. Les autres fontra- Pierrer
boteules & inégales. Ons'en fert àvec de fer.
plus de fuccès que des premieres; car
bien que le mortier ait de la peine à y
mordre, à caufe de leur dureté, il s'arrète néanmoins dans leurs trous & leurs
Tomse III,
1, --- Page 220 ---
Nowveanx
anx TRes
& compole Yoyagei un tout qui a de
1696. inegalitez,
font
dula tenuc. Ces pierres
pefantes,
d'un
fin de couleur de fer.
res,
grain
Pour réuffir en fe fervantde ces roches,
il faut toujours les mettre en bain de
mortier, & ne les employer que dans
les fondations oule bas'des murs.
Les fecondes font celles qu'on trouve
fouiillant dans les mornes. Elles font
en differentes
felon la qualité
Pierres de
efpeces, trouve. A la Baffegrifes. du terrain oû onles
la riterre de la Martinique, & jufqu'à
&
viere Capot, elles font poreules
alfez legeres; elles fe fendent aifément,
prennent bien le mortier, & font une
bonne liaifon, Elles font grifes.
Celles que l'on trouve dans les mordes Cabefterres font
dures &
nes
plus de même efpluspefantes, & à
près
celles
prend à la mer,
pece que
ASCIT
ou felon les apparences elles ont été enles débordemens des ritrainées par les éboulemens des côies.
vieres, Comme ou elles n'ont pas encore frotéles:
unes contre les autres, leur fuperficie eft
raboteufe, & par conmons unie, plus
à prendre le morféquent plus propre
tier. Les troifiémes font les éclats que l'on
#éclats, Pietres tire. des groffes roches, ou à coups de
la mer,
pece que
ASCIT
ou felon les apparences elles ont été enles débordemens des ritrainées par les éboulemens des côies.
vieres, Comme ou elles n'ont pas encore frotéles:
unes contre les autres, leur fuperficie eft
raboteufe, & par conmons unie, plus
à prendre le morféquent plus propre
tier. Les troifiémes font les éclats que l'on
#éclats, Pietres tire. des groffes roches, ou à coups de --- Page 221 ---
Françgoifes de TAmbrigue. 195
maffe,ou en les faMfant chauffer
les 1696.
éclater. J'avois entendu dire à Ceurd des Remar.
gens que
fendre les rochers & les Tun.at fur
cailloux Espte plus durs, il falloit les ar- re de fai.
rofer de
loriqu'ils étoient bien reéclater ies
échauffez. Lg connu par expérience chers. ro- V
c'étoit une inutilité que d'employer
à cet
vinaigre
ufage. Il lfe peut bien
faire que le premier qui a donné cet
avis, avoit une grande quantiré de vinaigre dont il vouloit fe défaire. J'ai
fait éclater des rochers d'une groffeur
très-confiderable I > fans autre ceremonie que deles arrofer de quatre ou cinq
feaux d'eau, quand ils étoient bien 6chauffez; les éclats qu'on leve de cette
maniere font très-bons; ilsfont pourl'ordinaire
longs que hauts; ils liaifonnent Hlar bien & fontparpain.
Les quatriémes font les roches à ravets, ainfi appellées, parce qu'ellésfont à Rochers
toutes remplies de trous, > comme fi elles ravets,
avoient été rongées par ces infectes
jaidécrits dans un autre endroit. Tdac
feulementleur fisperficie eftt troiiée, mais
on les trouve encore de même quand on
les rompr. Elles approchent beaucoup
pour la confiftance & pour la bonté du
moclon, que l'on tire dans les carrieres
Aux environs de Paris. Elles portent - bien
I 2 ij --- Page 222 ---
196 Nowveaux
AHX Tfles
la
elles ne
pas un
Tge
1696. mortier charge; trop gras ; elles font de couleur
brune & affczlegeres d'en ai trouvé en
d'endroits à la Martinique &c
beaucoup
& fur tout dans les
à la G.adeloupe,
mornes voifins de la mer.
de
Les cinquiémes font les pierres faire
Ponce. Elles fontadmirablespour
Pierre. des voutes; elles font legerei, fc coudeponce.
aifément & prennent le mortier
pent des
On en trouve dans
comme
éponges. des Ifles. J'en ai
toutes les balles-terres au bord de la
trouvé à la Guadeloupe,
le
mer, dans un petit morne Billau, appellé
Morne doré près la ravine
qui
portoientjulquà deux piedsdelongueur,
un pied de large & autant dépailleur. fait réLa facilité de les tailler m'avoit faire des
foudre à les employer pour devois
merlons & autres ouvrages queje cuffaire faire au Fort, fi lesennemis
fent tardé un peu plus long-tems à nous forrendre vifite. Jen ai fait des plates
des batterics. J'en ai employé
mes pour fourneaux, & par toutj'en ai été
à des
content.
des
On trouve en beaucoup d'endroirs &
Tetre terres propres pour faire dela poteric
propre lesdes briques. Cette derniere eft plus compour arques. mune quelautre. Il) Y a àla Martinique
autres ouvrages queje cuffaire faire au Fort, fi lesennemis
fent tardé un peu plus long-tems à nous forrendre vifite. Jen ai fait des plates
des batterics. J'en ai employé
mes pour fourneaux, & par toutj'en ai été
à des
content.
des
On trouve en beaucoup d'endroirs &
Tetre terres propres pour faire dela poteric
propre lesdes briques. Cette derniere eft plus compour arques. mune quelautre. Il) Y a àla Martinique --- Page 223 ---
Framçoifes de LAmerigue.
oà l'on 1696.
& à la Guadeloupe
faire
travail el les
& les
ene
le facre blanc; pots ; mais on n'y
de
ERg
pas
briques,
que le profir ne
droit pas
dépenfe. Le P.Temple
Tia
es
avoit été Procureur de notre maifon de
la Marrinique, fe mit en tête d'établir
chez nous une briqueterie, & en effet,
confidérable de
il fit faire une quantiré
briques 5 mais fon ouvrier s'érant retiré,
nos Négres
parce vouloient quil lni T Si. mérier t.fene
treprife échoiia. J'ay trouvé beaucoup
de ces briques; 5 elles étoient bien faites
& de bonne matiere, mais elles manquoient de cuiffon.
Nous avons depuis bien des annécs
une poreric établie dans notre habitation
de la Guadeloupe, où nous faifons des
&desformes pour blanchirle fucre,
Ret tuiles &c des carreaux quand nous
en avons befoin, avec d'autant plus sd'avantage, que nous avons chez nous une
veine de terre excellente pour tous ces
ouvrages. Je me fouviens qu'étant Sindic de notre Maifon, un Prètre de nos Hiftoire
amis appellélAbbé du Lion, ayant eu de i'Abbé
avis qu'iléroit arrivé dans lifleun potier du Lion,
de terre, foi difant ouvrier en fayence,
s'actommoda avec lui pour érablir une
I 1i) --- Page 224 ---
198 Nowveanx
AuX IRes
1696. fayencerie qui auroit EPOLOE degeneré
en poterie au préjudice de la nôtre. Je
fus furpris de voir faire un four, &c les
autres bâtimens necelfaires à 2 cette manufacture, connoiffant aflez le terrain
de l'Abbé pour fçavoir qu'il n'avoit
point de terre
pour cela; mais je
fus bien plus ECtiTG quand il me vint
faire un long difcours pour me prouver
qu'on étoit obligé d'allifter fon
&
fes
GC.EE,
chain,
particulierement
avec lefquels les fervices réciproques les
confervoient lunion, & referroient
ncuds de l'amitié. Pour commencer, me
dit-il, je vous offre tout ce quich en
mon pouvoir, & je vous aurai une obligation fincere d'en difpofer à votre gré.
Jeler remerciai beaucoup, & lui rendis sle
néanmoins
même compliment; lui ajotrant faifois étoit peu de
quel'offire que je
chofe, pulifque Je ne pouvois dilpofer
de rien fans le confentement de mes
Confteres. Ilr m'apprit dans la fuite de la
converfation Tentreprife qu'il avoit faiil éxagera beaucoup Tutilité & la
ELGE qui en reviendroit à routle
pays; qu'àla verité il lui manquoit une
chofe effentielle qui étoit la terre, mais
qu'il avoit
queje net ferois pas de
difficulté ES de
laiffer prendre de la
que Je ne pouvois dilpofer
de rien fans le confentement de mes
Confteres. Ilr m'apprit dans la fuite de la
converfation Tentreprife qu'il avoit faiil éxagera beaucoup Tutilité & la
ELGE qui en reviendroit à routle
pays; qu'àla verité il lui manquoit une
chofe effentielle qui étoit la terre, mais
qu'il avoit
queje net ferois pas de
difficulté ES de
laiffer prendre de la --- Page 225 ---
Frangoifeis de 1Amerique.
notre ce qu'il en auroit beloin. Je luiré. 199
pondis que toute notre Communauté 1696.
eftimoit la trop fon amitié pour rien faire
pûr jamais altérer : mais qu'en - lui
de la terre
ELLEE
nous ne manquerions pour fa poteric 9
broiiller
jamais de nous
, parce que felon le
un potier porte toujours envie proverbe, à un
tre potier, & que l'envie étantl l'ennemi aucapitale de l'union, il
qu'il abandonnât :
fon
valloir mieux
& nousl le plaifir de lui projet fournir de poteric 2 s
re, que de nous mettre les uns dela &
tertres dans le
de
lesauque je voulois danger rompre une amitié
cimenter
vec de la terre. Ces raifons autrement qu'afoient
me paroiftoient bonnes, mais elles ne conten--
point ce bon Seigneur, qui fe
plaignit par tout de ma dureté, & dela
EO.2 que je lui caufois; comme fi un
voit
d'efprit comme iléroir, ne depas fgavoir qu'on doit fe
terre avant d'entreprendre fournirde
pots.
de"faire des
Jereviens à prefentd mon fujet.
loiai Pendant deux qu'on péchoir la chaux, je
Négres dontl lun étoit demimaçon & demi-tailleur de
l'autre étoit fon apprentif. pierre, &
L
ces deux ouvriers deuxj
Je joignis a
jeunes Negres de
I iv --- Page 226 ---
200 Nouveaux Voyages anx Ifles
1696. notre habitation qui m'avoient fervi, &
remarqué de l'inclination
en qui j'avois métier, & je réfolus de les conpour ce
& de faire mes bâriduire tous quatre ,
du
mens, fans employer les maçons
qui étoient fort chers & fort impays
pertinens.
Je me mis donc avec mes quatre e(peces de maçons à chercher de la pierre de
taille pour les coins, les pieds droits ,
les appuis & les fermetures des portes &
des fenètres.
ordinaiCelles que l'on employe plus fortes.
rement aux Ifles font de deux
Pierres Toutes celles que l'on trouve dans les
detailles baffe-terres tiennent de lanature du tergrifes, rain; elles font griles, poreufes ont le
grain
5 e'les fe taillent aifément,
mais Eres font fujettes à s'egrainer, &
jamais les arrères des moulures ne font
bien vives. On les trouve dansles rivieres & dans les éboulemens de terre 2
lorfqu'il arrive de grandes avalifes ou
des débordemens d'eau. On en trouve
quelquefoise sen creufant, &c c'eft un pur
hazard. Iln'y a point de carrieres comme en Europe.
Cabefterres
Celles que l'on trouve aux
de Pierres taillesou le terrain eft plus rouge, plus gras,
rouged- plus compact, participent aux mêmes
aes.
ures ne font
bien vives. On les trouve dansles rivieres & dans les éboulemens de terre 2
lorfqu'il arrive de grandes avalifes ou
des débordemens d'eau. On en trouve
quelquefoise sen creufant, &c c'eft un pur
hazard. Iln'y a point de carrieres comme en Europe.
Cabefterres
Celles que l'on trouve aux
de Pierres taillesou le terrain eft plus rouge, plus gras,
rouged- plus compact, participent aux mêmes
aes. --- Page 227 ---
Frangoifes de PAmerique. 201
qualitez; elles font d'ordinaire de cou-.1696.
leur claire; le grain elt fin; elles font
pelantes & dures & fort fujettes à avoir
des clouds. Quand onfçait bien les prendrede fl & les travailleravec foin, elles
rendent l'ouvrage beau, & les arrêtes
allez vives. J'en effayai d'en faire polir
quelques morceaux pour faire des carreaux > ils fe polifloient fort bien, mais
je n'ai point éprouvéd'ent faire fcier. J'en Efpece de
ai trouvé qui étoient rayez & tachetez, marbre,
que je croi être une cfpece de marbre;
je ne les ai point fait mettre'en ceuvre. s
parce qu'ils étoient trop duts, & qu'ils
m'auroient confommé
de tems &
trop d'outils. On trouve vele très-groffes
roches dans les rivieres, elles font dures,
&denj juger par leur fuperficic, elles ont
plus l'air de cailloux que de pierres de
taille: je fuis pourtant perfuadé que fi
on fe vouloit donner un peu de
on les tailleroit. Celles dont on fert
TeEt
aux environs de Rome,
appelle
Travertin, font bienplus T0ces & on
ne laiffe pas de s'en fervir.
Je trouvai dans lIlet qui forme le Pierre
moiillage de Sainte: Marie à la Cabef- violette.
terre de la Martinique, trois gros blocs
d'une pierre prefque violette, mèlée de
pointsrouges & blancs, d'un grain finz
Iv --- Page 228 ---
202 Nowveaux Yoyages AHx Ifles
1696. & bien pleines 5 cette découverte me
faifoit efperer que ce feroit le commencement d'une carriere, je fus trompé,
après avoir fait fouiller en p.uficurs endroits je ne trouvai rien davantage. Je
tiraienviron cent foixante quartiers de
cest trois blocs. J'en fis faire les portes de
la
elle étoit allez dure & franche, PERI fe travailloit fort bien.
On trouve dans les Hles du cul-de-fac
François, une forte de pierre blanche
franche & d'un
allez tendre,, pleine,
feu
bon grain. Elle réfifte au
pendant délire.
quelque tems, après quoi elle fc d'autres
Élle eft bonne à toutes fortes
Si
ouvrages, & fe travaille aifément.
j'avois eula commodité d'en avoir je
n'aurois pas manqué de m'en fervir,
mais la dépenfe auroit été trop forte.
Il ya une efpece de Tufjaunâtre
d'abord bon à quelque
LE
femble
& n'eft
Pierre maisi il fe mange aifément, J'en
la
tas
de taille capable de porter charge.
fait
blanche, ployéaul lieu de fable , après l'avoir
fecher au foleil, & lavoir battu comme
Ilfait un bon mortier,
on batle plârre.
qu'il faut mettre en ceuvre promptement
parce qu'il (e feche fort vite. de Tuf où
C'éroit dans un terrain
je
"Tuf jau- Sscreufer les fondemens de la purgerie
c.
maisi il fe mange aifément, J'en
la
tas
de taille capable de porter charge.
fait
blanche, ployéaul lieu de fable , après l'avoir
fecher au foleil, & lavoir battu comme
Ilfait un bon mortier,
on batle plârre.
qu'il faut mettre en ceuvre promptement
parce qu'il (e feche fort vite. de Tuf où
C'éroit dans un terrain
je
"Tuf jau- Sscreufer les fondemens de la purgerie
c. --- Page 229 ---
Fyançoifes de PAmerigue. 203
que je faifois bâcir. Jele trouvai à deux 1696.
pieds & demi & trois pieds de profondeur. C'étoit un avantage pour moi, &
j'aurois pû m'en tenir-là fans créufer davantage, > mais je voulus faire une demiccave fous une partie du bâtiment, c'eftà-dire, qui étoit toute en terre de deux
côtez, & formée par des muts des deux
autres côtez, ou le ter'ain étoit en coftiere. Mon bâtiment fut prèt à la fin
d'Oétobre à recevoir la charpente. Le
P. Supéricur le vint voir & en fut content. Je voulois faire des chambrespour
les Religieux au deffus de l'étage du rez
de chauffée, mais nous ne nous trouvâmes pas en état de faire cette dépenfe. Je
prellois mes charpentiers tant quej jep pouvois, & cependant je fis faire Tétuve.
Vers la fin du mois de Novembre j'écrivis au Pere Supéticur que j'avois rempli mes engagemens. > quela maçonnerie
étoit achevée, & la charpente pofées &
quejele priois d'exécuter fa parole, parce que j'étois bien aife d'aller paller les
Fêtes de Noël avec mes anciens Paroifliens. Il me répondir
j'étois le
maitre dy retourner quand # voudrois,
qu'il avoit ordonné icclni qui l'occupoit d'en fortir dès queje paroitrois S, &
de venir prendrc ma place au fond Saint
Ivj --- Page 230 ---
204 Nowveanx Voyages aux IRes
Jacques. Il me remercioit en termes
1696. fort obligeans des foins quej'avois
& m'affuroit de fa reconnoillance de
Et
celle del lal Miflion. Il me prioit de venir
un jour ou deux chaque femaine au fond
Saint Jacques pour faire achever les ouqui ne fétoient
vE me préparois à Ren retourner anl
Macoubaau commencement de Décembre, lorfque nous apprimes que le Pere
Ratier qui deffervoit la Paroiffe du
étoit mort de la maladie de
Motillage Siam, le a troifiéme jour qu'il en avoit
été attaqué. Comme ily avoit pourlors
un très - grand nombre de malades à la
Bafle-terre, & qu'il étoit impofible que
le Pere Supérieur pûr fubvenir à tout,
puifque par cette mort ilétoit demeuré
icul en un licu oà ily, avoit du travail
pour cinq ou fix Religieux , je dis au P.
Chavagnac que jétois réfolu de l'aller
fecourir. Il ne le voulut jamais permettre. Il: me força
fes raifonsde demeurer en fa place Ea de me charger du foin
de la Maifon, des travaux. & de laParoiffe qu'il deffervoit > jufqu'à ce que
le Pere Superieur y pûr mettre ordre, &
partic dès le lendemain matin. Il trouva
en chemin une lettre du Pere Supérieur
qui nous étoit commune, par laquelle
que jétois réfolu de l'aller
fecourir. Il ne le voulut jamais permettre. Il: me força
fes raifonsde demeurer en fa place Ea de me charger du foin
de la Maifon, des travaux. & de laParoiffe qu'il deffervoit > jufqu'à ce que
le Pere Superieur y pûr mettre ordre, &
partic dès le lendemain matin. Il trouva
en chemin une lettre du Pere Supérieur
qui nous étoit commune, par laquelle --- Page 231 ---
Francoifes de PAmeriqne. 20;
i1 nous donnoit avis de la mort du Pere 1696.
Ratier, & nous conjuroit de nous accommoder enfemble, de maniere qu'un
de nous vint le fecourir.
Ce fut ainfi qu'au lieu de retourner à
ma chere folitude du Macouba 3 j'entrai
dans un labirinte d'affaires & d'emplois,
dont
n'ai pû rompre l'enchaînement
qu'à : fin de 1705. lorfque je fus dépuré par la Miflion pour venir en Europe.
CHAPITRE IX.
LAuteur ef éli Procurewr-Syndic de la
Milfion de la Martinique. Des differens bois qu'on employe dans les batimens. Maniere de couUrir les maifons
avec des têtes de cannes Gn de rofeaux.
EJeudi 20. Decembre 1696.le PeL re Supericur arriva au fond Saint
Jacques, & me dit que le lendemain
après midi tousinos Curez voifins me
viendroient prier d'accepter la Charge
de Procureut-Syndic de notre Miflion.
Il m'en pria, , & me convainquit par de
bonnes raifons queje devois faire ce fagrifice. Le Pere Chavagnac m'en écris --- Page 232 ---
206 Nouveaue Voyages aux Ifles
1696. vit aufi dans les termes les plus forts,
de forte que je cedaiaux pricres de nos
Peres & àla néceflité.
fur la déLe 21. je fus élû Syndic
million du Pere Chavagnac 5 & le Pere
Supérieur me promit que fi- tôt qu'il
nous feroit venu quelque feconrs de
France, je ferois maitre de quitter mon
Syndicat, & de reprendre ma Paroiffe.
L'Intendant
avoit fuccedé depuis
mois : Monfieur du Metz de
quelques Goimpy, (çachant la difette où nous
étions de Religieux, aufli bien que les
Jefuites & les Capucins s, & que j'étois
chargé de deux Paroiffes & de notre
temporel, eut la bonté d'ordonner
les Paroifliens de Sainte Marie & s
Marigor, fc réiiniroient à l'Eglife du
fond faint Jacques quieftcommelecene
tre de ces deux Paroiffes, & qu'elle
ferviroit de Paroiffe communcjufquice de
nous cuffions reçà du fecours
que France. Cela me fut d'an grand foulagement. Cet Intendant éroit Monfieur Robert
fieurRo- Mon- frere du Procureur du Roi au Châteler
bers, In.
très-honnète homme,i integre,
tondant de Paris,
&c
des Ifles. vigilant, affable, fans prévention Ifles
fort expéditif: il a demeuré aux
jufqu'en 1703. qu'il fur rapellé pour OC-
ufquice de
nous cuffions reçà du fecours
que France. Cela me fut d'an grand foulagement. Cet Intendant éroit Monfieur Robert
fieurRo- Mon- frere du Procureur du Roi au Châteler
bers, In.
très-honnète homme,i integre,
tondant de Paris,
&c
des Ifles. vigilant, affable, fans prévention Ifles
fort expéditif: il a demeuré aux
jufqu'en 1703. qu'il fur rapellé pour OC- --- Page 233 ---
Frangoifes de PAmerigue. 207
FIntendance de Breft. On l'efti- 1696.
cuper moit infiniment dans le pais, on l'aimoit de même, on l'a regretté ordinai- quand
il elt parti, ce
n'eft pas fort
A fon éloge.
re > mais qui Ifles uncinfinité de bois pro- BoisproIlya aux la charpente, dont on
Ear
pres pour fervir indifferemment, fntte ne pentc.
roit ie
s'en trouvoit point quelques- - uns qui
difficilesà travailler,
font durs & un peu
rebutent
qu'ils
que nos ouvriers
parce
fonrlap plapart fort fainéans.
Les bois qu'on employe pour les
7 fontle bois
REot,
tres ou fommiers, bois d'Agouti à la Guaqu'on appelle bois Epineux, le Balatas,
deloupe,le
ou le Palmifte
TAcomas , T'Angelin les mêmes bois pour
franc. On employe
entraits, , les
les foles, les fablieres 3 les
poinçons; les pannes, & les fairages. chaPourle refte on fe fert desbois que
cun a chez foi.
eft ainfi Bois Lei
: Le bois Lezard ou d'Agouti
zaid ou
appellé parce que ces deux cfpeces d'Agou,
d'animaux fc retirent dans fon troncti.
il ett creux 2 ce qui arrive bien
mel Il ne faut qu'une de fes branches être rompué par le vent, ou
>
HOAEeE
autre accident pour
itia àl'cau de la pluye des'y introduires --- Page 234 ---
208 Nowveaux Yoyages aux TRes
1696. &c de pénétrer jufqu'au caeur, qu'elle
gâre & pourrit abfolument depuis le
fommerjulqu'au pied, ou elle ne manquepasde faire une ouverture, & néanmoins l'écorce & l'aubier demeurent
tout entiers, comme fi l'arbre étoit parfaitement fain. La feuille de cet arbre eft
>
& d'un verd
petite, 2 longuette mince, & allez minclair. Son écorce eft grife,
ce, fort adherente, quandl'arbre eft fur
pied, mais elle fe dérache facilement s
& s'enroule lorfqu'il eft abbatu. Le bois
eft brun, & plus on approche le coeur 2
plusilfe charge avec des teintes de differentes nuances. L'aubier eft gtis, &
ne differe prefque en rien de la bonté >
de la durceé & dutéc du cceur. Ilales fibres longues, fines & fort ferrées. Il eft
capable de
quelque charge que ce
foit, il ne fergate gâte ni dans leau, ni à
l'air, ni dans la terre. On fe fertde fes
branches, quand elles font trop petites
pour être débitées en cartellage, faire
du bardeau ou effentes, dont on couvre
les maifons : celles qui font faites du
cceur durent près de quarante ans. J'en
aivà de cerage qui étoient encore bonnes. On employe au mème nfage les
carcaffes dont le coeur eft garé. On voit
aflez par CC que je viens de dire que Ce
l'air, ni dans la terre. On fe fertde fes
branches, quand elles font trop petites
pour être débitées en cartellage, faire
du bardeau ou effentes, dont on couvre
les maifons : celles qui font faites du
cceur durent près de quarante ans. J'en
aivà de cerage qui étoient encore bonnes. On employe au mème nfage les
carcaffes dont le coeur eft garé. On voit
aflez par CC que je viens de dire que Ce --- Page 235 ---
Françoifes de PAmerique. 209
bois eft facile à travailler, fur tout àla 1696.
hache &c à la befagué. Ileft plus difficile
à débiter en planches, parce qu'il en
fort une matiere gommeufe qnid
les dents de la
& qui oblige
EIETES
Reic.
fcieursà la limer fonvent, ou S ils (gavent leur métier, à jetter de l'éau dans
la voye que fait la fcie. Cette matiere eft
amere , & c'eft ce qui fait que les vers
& les poux de bois ne f'attaquent gueres
qu'après qilafenvibeanconp. d'années,
&c qu'elle eft entierement diflipée. Les
Ifles éroient autrefois bien pourviés de
ces arbres & de beaucoup d'autres de
parcille bonté & utilité : mais on en
a fait une fi prodigieufe diffipation,
qu'ils font à prefent très-rares, &c que
ceux qui en ont fur leurs terres les gardent avec foin, ol les vendent bien
cher. J'en ai offert d'un foixante & dix
écus, fansle pouvoir avoir; ileft vrai
qu'on me le garantiffoit fain d'un bout
al'autre, & qu'il pouvoit porter quatre
pieds étant équarti, scprès de quarante
fix pieds de tige, avec quancité de trèsgroffes branches.
feiiille
Bois CaLe bois Caraibe a la
prefque ratbe.
ronde,rougeare, &t comme fielleétoit
un peu brulée, dure, caffante; fon
écorce fc leve par longs filets, com- --- Page 236 ---
210 Nowveaux
aux IRes
1696. me des cordes ; elle
point du tout
IORcA
adherente, &c paroitroujours (eche; elle
eft d'ailleurs fort mince. Il eft difficile
de diftinguer l'aubier du refte du bois.
Ses fibres font longucs, fortes & roides:
quand on en fend une bille de cinq ou
fix pieds de long par le milieu, ileftaifé
de tirer des filets de toute cette longueur. Ce bois eft de couleur de chair
quand onl le coupe; mais ild devientblanchâtre à mefure qu'il fe feche. Ce bois
eft fort & n'eft pas fujet à fe gâter, parce
qu'ilapen d humidité. On le trouve ordinairement dans des coftieres, 8c rarement dans des terrains gras & aquatiques.
Il eft roide & capable d'un plus grand
poids; Il faut quil plie beaucoup avant
que de rompre; & i a peu de branches,
quir ne viennent qu'à la tète. J'en ai trouvé qui avoient plus de quarante pieds
Ufages de tige, pre(que toujours fort deoitss
ils ne viennent jamais fort gros 5 les
Et du
n'arrivoient
Bois Ca- plus gros que j'aye trouvés
raïbe, pasi quatorze pouces d'équariffage. Les
petits qui ne portent que cinq. ou fix
pouces de diametre, fervent à faire des
Aéches de charettes.] J'en ai fait faire des
effentes
étoient très - bonnes &c faciles à TEL parce qu'il fe fend aifément
& que quand l'ouvrier fçait prendre fon
fort gros 5 les
Et du
n'arrivoient
Bois Ca- plus gros que j'aye trouvés
raïbe, pasi quatorze pouces d'équariffage. Les
petits qui ne portent que cinq. ou fix
pouces de diametre, fervent à faire des
Aéches de charettes.] J'en ai fait faire des
effentes
étoient très - bonnes &c faciles à TEL parce qu'il fe fend aifément
& que quand l'ouvrier fçait prendre fon --- Page 237 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 21I
à doler. Il eft vrai que. ces 1696.
fil,ilya
far tout dans un eneffentes
sReeatg
droit humide. Ee général ce bois étant
n'eft bon qu'à
employé en charpente, aifément.
couvert
quilséchautfe eft de deux fortes, Bois
Lel AEERA épineux
mâle 8 femelle. La feuille de l'un &cEpineus.
de l'autre eft ovale, découpée fur les
bords, rude, d'un verd palc, & d'une
odeur de verd allez forte, quand on la
broye dans la main. Son écorce eft
adherente, tachetée peELE
affez épaifle, blanches, rayée & comme
rites marques
: elle eft couverte
tailladée legerement plus à fes brande beaucoup d'épines,
ches & fon fommet qu'à fon pied,d'oh
ellestombent à mefure que l'arbre gran- fait
dit. Ce font ces épines qui l'ont d'aubier
nommer Bois Epineux. rien Le
coeur , fa
en
Eore
qu'il a ne differe claire; la femelle eft
couleur eft jaune le mâle, & c'eft là toute la
plus
que
remarque. Ce bois eft
Sztes qu'on
fin & les fibres
compacte; il a Y grain
fortierréesileft liant & peursemployer
fortes
: ileft pelant
en toutes d'être d'ouvrages: fec. Sion le débite en
planches, avant que il fe fcie fort bien, & prend
bien le poli, aufli-bien
quand on le
travaille au tour. Il eft ABoa en ierre 2 --- Page 238 ---
212 Nowveanx Yoyages -
anx Tes
1696. dans l'eau, à couvert & à découvert.
Commeil eft doux, les poux de boiss'y
engendrent aifémentsc'eft le feuldeffaur
qu'on remarque. Ons'en fert fouvent
Thtc des jantes &c des rais deroiie,
Roar le moyeu eft de coubaril lou de favonnette. On s'en fert beaucoup
les ouvrages de menuiferie. lleft fort Roer
jet à être creux; c'eft
quand
on lcsachete fur pied, Neras faut faire fon
marché à condition qu'il fera fain &
entier.
Arbre
Le Balatas eft un très-bel arbre ; il
SZLUE devient fort grand & fort
Son
écorceeft mince & peu ONLETE C'eft
un bois fec, rougcâtre,
a les fibres
longues & prellées, 8c E grain gros.
Il séquarrit plus faciiement qu'il ne
fe fcie Il eft capable de fipporter un
très-grand poids, parce quil eft fort
roide. On en trouve affez fouvent
Groffeur portent jufqu'à trois pieds & demi
prodi- quariffage, & j'en ai fait débiter un à
gicufe
d'un ala Guadeloupe qui avoit plus de cinq
laras. pieds étant équarri, & quarante-denx
pieds de tige. -
La feuille de cet arbre
eft petite > forte & raboteufe. Il croît
pour l'ordinaire dans des côtieres & en
d'autres terres feches & pierreufes. On
s'en fert pour toutes les groiles picces
'à trois pieds & demi
prodi- quariffage, & j'en ai fait débiter un à
gicufe
d'un ala Guadeloupe qui avoit plus de cinq
laras. pieds étant équarri, & quarante-denx
pieds de tige. -
La feuille de cet arbre
eft petite > forte & raboteufe. Il croît
pour l'ordinaire dans des côtieres & en
d'autres terres feches & pierreufes. On
s'en fert pour toutes les groiles picces --- Page 239 ---
Frangoifes de PAmerigue. 213
de charpente, comme les poutres, les 1696.
entraits & autres. On en fait aufli de
l'effente, des rais de roues & des dents
de moulin.
L'Acomas, felon le langage des char- Arbre
pentiets, eft le roi des arbres à bàtir, appellé Acomas
Il eft admirable dans la terre s dans
l'eau, dans l'air > comme à couvert.
On en peut faire les grolles pieces
de charpenteric & les pluis petites de
ménuiferie. Il vient très-grand & trèsSon écorce eft affez épaille &
gros. adhérente; elle eft brune & tailladée.
L'aubier & le coeur ne fc diftinguent
qu'avec peine; ils font l'un & l'autre
de couleur d'écorce d'orange féche 9
mais il fe décharge beaucoap en féchant. Ce bois eft compact & plein 5
ilal le grain fin > auffi-bien que les fibres qui font fort ferrées. ll'eft doux
à travailler ; il fe polit très - bien 5 il
eft fort roide, nes s'éclate point, 8c n'eft
gueres fujet aux vers ni aux poux de
bois. Ceux que l'on trouve dans les
bonnes terres ou auprès des rivieres ?
font plus gros que ceux que l'on rencontre dans les terres féches &
une
fort
tse
reufes. Il pouffe
tige
avant que de fe foarcher i il poulfe
eufuite de très-geandes & de tres-groffes --- Page 240 ---
214 Nowveanx Voyages aux Ies
1696. branches. Sa fetille eft ovale , affez
grande, un peu dentelée versla pointe,
d'un beau verd & fort douce.
Palmifte
Le Palmifte eft mâle & fémelle. Le
de deux mâle fe nomme
elpeces,
Angelin. La fémelle
conferve le nom de Talmifte. La couleur feule fait la différence de l'un &
de l'autre. Il ne faut pas confondre cet
arbre avec le Palmier; il ne lui reflemble en aucune forte. Le mâle eft rougeâtre ; la fémelle eft un peu, plus
blanche. La feuille de cet arbre eft
affez grande ; longue, forte & dure.
L'écorce en eft épailfe d'un demi
ce. Le mâle l'a rougeâtre 5 & la POL
melle l'aplus blanche. L'aubier de l'un
& de l'autre tire beaucoup fur le blanc;
il eft fujer aux VeTS, & n'eft pas trop
bon; mais le coeur dure très long-tems
étant à couvert s ou tout-à-fait dans
l'eau. On s'en fert aux grofles piéces,
à quoi feulement il eft bon, car il ne
fe travaille jamais poliment, parceque
fes fibres fe lévent aifément, & rendent toujours l'ouvrage inégal, & plein
de petites clquilles qui s'attachent aux
mains quand" on les paffe deffus. On
trouve de ces Arbres qui font fort gros
& fort droits.
Les bois dont on fc fert le plus à Ia
couvert s ou tout-à-fait dans
l'eau. On s'en fert aux grofles piéces,
à quoi feulement il eft bon, car il ne
fe travaille jamais poliment, parceque
fes fibres fe lévent aifément, & rendent toujours l'ouvrage inégal, & plein
de petites clquilles qui s'attachent aux
mains quand" on les paffe deffus. On
trouve de ces Arbres qui font fort gros
& fort droits.
Les bois dont on fc fert le plus à Ia --- Page 241 ---
Franpoifes de LAmerique.
Martinique pour le
les 215
tes & les planches, fontles cartelage', bois
lat- 1696,
viere, bois doux ou de
de riamer, 2 bois de rofe, bois montagne, de
bois
de l'acajou que les
cyprès &
cédre. Ce dernicr y E(pagnols eft a
appellent
rare, &
conféquent fort préfent cher. trèsLe Dofate le plus commun eft celui de
riviere 9 qui fe nomme bois- réfolu a tiviere Bois de
la. Guadeloupe, On en trouve par tout lu. ou tefoles excepté fur les bords de la mer & dans
fort terres marécageufes. Cetarbre vient
grand & bicn branchn. Sa
eft de la grandeur de la main feiille
pointue
le bout. Ses nervûres > alfez
fort MEREN ; elle eft d'un beau verd font
par-deffus, & plus pâle
deffous.
corce en eft grife, par
L'é.
rente hors le tems de mince, la
peu adhéelle eft très fortement féve, car alors
qui eft plus rempli d'eau attachée au bois
tre arbre de TAmérique, qu'aucun aucajou. Ses tibres fontl Einsien excepté l'amédiocrement preffées aufi-bien droites,
le grain. Ce bois eft bon à tout que
qui eft hors de terre. On. en fait des ce
planches, du
des fonds de carrelage, 2 des effentes s.
fend bien, barriques. Il fe fcie & fc
& quand ileft travaillé avec
foin, il fe polir bien. Il eft un
peu pe: --- Page 242 ---
216 Nowveaux
aux Iles
1696. fanr, 8quand onle EEI il eft fnjet à fe
fendre, fur toup vers le caur, & quand
les billes font larges. Il faut alors que
les ouvriers ayent foin de donner un
coup de fcie dans le milieu del'épaiffeur
de chaque planche
y faire entrer
une lianne > dont Resr noeuds paroif
fant dehors des deux côtez, entretiennent le bois, > & l'empèchent de s'éclater.
Bois de
Le bois de montagne, qu'on appelle
monta- bois - doux à la Guadeloupe 2 > fe nomgne bois ou me ainfi, parce qu'on le trouve ordidoux. nairement dans les montagnes, & rarement dans les lieux plats ou aquatiques. Sa feuille eft plus petice & plas
étroite que celle du bois réfolu ; elle
eft fort douce, fort pliante & en trèsgrand nombre. Son écorce eft brune,
affez épaiffe, crevallée & peu adhérente. Le bois en eft guis,avec de grandes ondes de différentes teintes, depuis
le gris jufqu'au brun. Il a les fibres
longues & mèlées, ce quile rend filaffeux : par cette raifon il eft plus difficile à icier que le bois de riviere. Il
eft léger. Quand on le blanchit à la
varlope, il faut prendre garde aux différentes couches de fon fil pour les
fuivre, car autrement l'ouvrage feroit
rout
adhérente. Le bois en eft guis,avec de grandes ondes de différentes teintes, depuis
le gris jufqu'au brun. Il a les fibres
longues & mèlées, ce quile rend filaffeux : par cette raifon il eft plus difficile à icier que le bois de riviere. Il
eft léger. Quand on le blanchit à la
varlope, il faut prendre garde aux différentes couches de fon fil pour les
fuivre, car autrement l'ouvrage feroit
rout --- Page 243 ---
Françoifes de LAmerigne. 217
cout filaffeux &c comme égratigné. A 1696.
cela près, c'eft un très-bon bois & de
beaucoup d'ufage. Il s'en trouve de
deux àt trois pieds d'équariflage.
J'ai déja parlé du bois amer: Je par- Remarlerai des bois de rofe, de cyprès & d'a- qie fur
cajou dans une autre occafion. Mais je la des coupe arne dois pas oublier une chofe qni eft de bres.
confequence, non feulement pour P'Amerique, mais pour tous les pais du
monde; C'eft qu'il ne fuffic pas de faire
abattre les arbres dont on veut fe fervir
pour la charpenteric, &
d'autres
ufages qui font de durée, afete le décours
& même dans les derniers jours de la
lune, fi on veut les conferver longtems, & les préferver des vers & de la
pourriture : mais il faut prendre garde
qu'ils ne foient point en feve, parce
que dans ce tems-là le bois eft tout rempli d'humidité, fes pores font ouverts,
& fes parties éloignées l'une de l'autre, s
Separ conféquent tres-fufceptibles derecevoir la femence des vers, ou de les
produire parla corruption de la fevequi
y eft renfermée. Les arbres des Ifles ont
deux feves par an yla premiere qui eftla
plus confidérable, fe remarque au commencement de la faifon des
quand les nouvelles feiiilles fortent playes, cQ
Tome III.
K --- Page 244 ---
218 Nowveanx Yoyages Aux IRes
dehorelesanciennes; cela arrive
1696. pouffant
vers le milieu du mois de Juillet. La feconde qui eft bien moins confidérable,
&
n'eft
ainfi dire, que le refte
de Ei feve, EOTTe fentant la faifon feche >
femble fe prefler de fe répandre par tout
l'arbre. Ons'apperçoit de cette Ieconde
féve vers la fin de Novembre. Les ouvriers ont une pratique allez ridicule,
Superfi. qui eft que le premicr Vendredi de la
tion cule ridi- des nouvelle lune eft aulli bon que le désuvriers. cours pour couper les arbres; c'eft une
fuperftition indigne des gens de bon
fens.
La charpente de la purgeric étant
pofée, 2 & me manquant d'ellentes pour
la couvrir, je pris la réfolution de la
couvrir de tètes de cannes, &pour ccla
je fis faire du fucre pendant une femaine.
On fe fert ordinairement de rofeaux au
lieu de lattes, pour cette forte de couverture. Onl les éloigne l'un de l'autre
de fix pouces, en les attachant far des
tinsechevrons avec du miby. C'eft une petite
eppellée lianne de la groffeur d'un tuyau de pluMiby. medécrire. Élle croît dans tous lesbuiffons. Sa feiille eft ronde avec une perite
échancrure qui la
en deux du
tiers de fa longueur. tereE feiiilles font
toujours couplées. Cette plante porte
éloigne l'un de l'autre
de fix pouces, en les attachant far des
tinsechevrons avec du miby. C'eft une petite
eppellée lianne de la groffeur d'un tuyau de pluMiby. medécrire. Élle croît dans tous lesbuiffons. Sa feiille eft ronde avec une perite
échancrure qui la
en deux du
tiers de fa longueur. tereE feiiilles font
toujours couplées. Cette plante porte --- Page 245 ---
Franpoifes de
tine petite fleur rouge, LAmerique. qui eft 219
d'une filique de la longucur de fuivic 1696.
pouces ou environ, où ily a de deux
grainesnoires, plates & dures, petites
ne fait aucun ulage. L'écorce de dont on
lianne eft fort déliée & fipeu
cette
qu'elle fc leve fans peine aufli-tôr adherente
la touche. La peau qui fe trouve
l'écorce eft verte.
xible, liant,
Le bois eft gris, flefon milieu d'une (pongieux, moëlle rempli dans
lianne attache & lie fortement brusc. Cette
elle eft verte; mais elle
quand
fure qu'elle feche. On ferélicheàme- fe fert de
lianne pour amarer les rofeaux dont cette
palliffade les cafes, &
faire
on
niers à crabes, 2 & ceux EOTA l'on des
rats; mais
les
pendis
& ou il eft befoin pour de ouvrages plus
S
on employc la lianne plus grande Ect:
tiere, quand elle n'eft grife ou toute enou fendue en deux. On pas ne trop grolfe,
rec combien cesfortes de liannes fgauroit croiceffaires à une habitation
font nelesbarrieres & les
pour amarrer
paniers & autres hayes, chofes. pour Elle faire des
qu'aux pieds des grands arbres, ne fur vient
quels elle s'appuye & s'attache
leftant. Sa feiille eft ovale, affez en mond'un verd brun, Son écorce eft épaiffes
grile& f
Kij --- Page 246 ---
220 Nowveaux
aux Ifles
1696. adherente qu'elle ne leve point
T2AE
le bois en eft bien fec. Le
SoE
quand
en eft gris, fort & pliant : ila un peu
de moëlleblanchâtre dans fon centre.
Voici la maniere de couvrir les maiManiere de cou- fons avec des tètes de cannes. Après
vrir les qu'on a rofelé, c'eft-à-dire attaché les
maifons avec des rofeaux tout le long des chevrons à fx
têtes de
les uns des autres, en guile de
cannes ou de ro- pouces lattes, on attache un rofeau au bout de
feaux. la troifiéme latte, en commençant par
le bas, &
arrête fortement avec
une aiguillette ienul. miby, ou même d'une cfpece dejonc quicroit en abondance
dans les lieux marécageux & far le bord
des rivieres. Celui qui doit couvrir fe
tient fur les lattes, & reçoit de-celui qui
le fert, les tètes de cannes ou de rofeaux
deux ou trois à la fois. Il palfe la tète de
la canne entre le rofeau & la latte où il
eft attaché, & la tire jufqu'à ce que la
moitié foit pafléc;
lors il la
fur le roleau, les
des feiilles
bdeare
EZE
meurent deflous, & la tète de la canne
deffus. Il continue ainfi ayant foin de
preffer le plus qu'il peut les cannesles
unes contre les autres, ,& de lier d'efpace
en cfpace le rofeau avec la latte, avec
des aiguillettes de miby ou de jonc,
dont ila un paquet à fa ceinture, afin
itié foit pafléc;
lors il la
fur le roleau, les
des feiilles
bdeare
EZE
meurent deflous, & la tète de la canne
deffus. Il continue ainfi ayant foin de
preffer le plus qu'il peut les cannesles
unes contre les autres, ,& de lier d'efpace
en cfpace le rofeau avec la latte, avec
des aiguillettes de miby ou de jonc,
dont ila un paquet à fa ceinture, afin --- Page 247 ---
Françoifes de PAmérique. 221
que le poids des cannes ne le fafle
1696.
8c qu'il demeute étendu Sfen
STt le long de la latte.
Quand ce premier couvreurcftavancé
de fix ou
pieds à garnir le long du
rofeau - commencé, un autre ouvrier monte au deffus de lui, & attache
le bout d'un rofeau àla latte qui eft deffus celle où le premier a commencé; &c
àn mefure qu'ils avancent, on multiplic
le nombre des couvreurs,afin d'avancer
l'ouvrage. On met pour l'ordinaire un
ferviteur pour deux couvreurs 3 & s'ils
travaillent bien, il a affez de peine à
leur fournir les têtes de cannes > quoiqu'illes ait en paquet à fon côté.
Ces couvertutes étant faites avec foin, Durée
font bonnes & impénétrables à l'eau; de fortes ces de
elles durent
ou moins, felon la fi-couvertuation du clr felon la faifon qu'elles tures,
font faites, & felon la bonté des têtes
de cannes ou de rofeaux. Plusles cannes
font vieilles, & par conféquent leurs
feiilles grandes & forres, plus elles réfifientalhumidité de l'air, dlapluye &
à la chaleur du foleil. Surquoi il faut
obferver de ne les employer jamais
quand elles viennent d'ètre coupées 5
parce qu'alors elles s'échauffent & fc
pouriffent en peu de tems. Il faut les
K iij --- Page 248 ---
222 NowveaNx
1696. laiffer amortir & Yoyages aux Ifes
Précau leilp pendant trois comme fécher au fotions duès
terre
Ou quatre jours, étenqu'ilf faur
par
&i couvert, ou du
prendre, en monceau pendant lanuit,
moins
ne foient point moiillées de afinqu'elles la
oudelarofée quieft toujours très-abon- pluye >
ferver dante en ce pais-là. Il faut encore obdenelespointe
la
employer
pluye 2 à moins d'une extrême pendant néceffite, parce qu'elles s'échauffent &
tent aufli-zôr. Il faut encore
fegàSlecu les couvertures qui font remarquer dans des
humides, comme à côté des rivicres, dans les bois, & en d'autres
oà le foleil & le vent ne donnent lieux
beancoup, durent bien moins que celles pas
qui font dans des lieux élevez, fecs &
expofez aflez la au venr & au foleil. On en voit
raifon,
Lejonc dont on fe fert
lieu de
quelquefois sau
miby > eft appellé,
ceux qui fc mélent
Scripe, par
aux chofes, fans faire dimpofer des noms
rélexion
noms nouveaux ne font
que ces
catifs qie ceux dont on F2 plus fert fignifi- dans le
pais dont les habirans ont ce
-
droit de les impofer
femble plus
Jonc à demeureht
que ceux qui n'y
coftelet.
pas. Onappelle donc
tes ou communément Jonc à
ce jonc
Scripe, croitjufqu'al la hauteur de coftelettes. Il
quatre à cinq
chofes, fans faire dimpofer des noms
rélexion
noms nouveaux ne font
que ces
catifs qie ceux dont on F2 plus fert fignifi- dans le
pais dont les habirans ont ce
-
droit de les impofer
femble plus
Jonc à demeureht
que ceux qui n'y
coftelet.
pas. Onappelle donc
tes ou communément Jonc à
ce jonc
Scripe, croitjufqu'al la hauteur de coftelettes. Il
quatre à cinq --- Page 249 ---
Françoifes de PAmerique. 22;
pieds, fon écorce qui eft fort mince & 1696.
fort adhérente eft verte. Son bois, fi on
peut Tappeller ainfi, eft fouple > liant >
8c comme partagé en cinq côtez quitiennent enfemble & qui renferment une
fubftance legere & poreufe. Ses fibres
font longues, déliées, Aexibles. Cette
plante porte des feiilles de fix à fept pouces de longueur, fur un pouce ou environ de largeur, fort pointués par le
bout , & quiaccollent la
fijulte,
qu'elles renferment l'eau Sct la pluye ou
de la rolée qu'elles ont reçûc. Sa flexibilité ne l'empèche pas de ie tenir droite
jufqu'a la hauteur
j'ai marquée cideflus. Lorfqu'on 995 laiffe croitre davantage, clle fe ploye & tombe enfin à
terre à moins qu'elle ne trouve des halliers ou autres chofes pour s'appuyer.
Elle porte de petites fleurs rougeâtres en
maniere de campane, compofées de cinq
fetilles, qui renferment un petit bouton verd danslequel eft la femencede la
Je croi pourtant qu'on auroit
HoT fait de la provigner del bouture s
de femer fa graine. Comme elle
Rea pas affez d'ufage nide conféquence
pour qu'on fe donne ce foin, on fe contente de celles qu'on rencontre, fanspenfer à muliplier l'e(pece.
H iv --- Page 250 ---
224 Nowveanx Toyages aux IRes
1696.
Nos Ifles font fournies d'une infinité
de liannes differentes. J'ai déja dit
ce font des cfpeces d'oziers qu'on em- que
ploye à bien des ufages où ilf faudroit
mettre des cordes. Jai parlé de quelques-unes, il faut pendant que
fitis
en train, dire un mot de celles qui je font
les plus cominunes.
Lianne Celle qu'on appelle lianne de Perfil,
de Peril.fc trouve prefque par tout. Son écorce
eft grife 9 mince, 3 affez adhérente. Son
bois eft fouple & liant. Elle jette
tité de branches longues, droires & quan- toute
couvertes de feiilles aufi extraordinaires
qu'on s'en puiffe imaginer. Elles font
attachées aux branches par un pédiculed'environ un demi pouce de longucur, , quis'érend de lui-mème, & forme une feiille qui auroit un bon pouce
de largeur, fi elle étoit étendue, mais
la nature l'a pliffée aux deux bouts
des noeuds, dontle premier jette de par
& d'autre deux fetilles longues CdeRNT
ron quatre pouces, fur un pouce &c demi
de large, dentelées comme les dentsd'une fcie, & terminées en pointe. Ce même noeud poufle après cela une feconde
feiiille pliffée comme la premiere, &
arrêtée par un petic noeud oll bouton
qui produit trois autres feuilles fembla-
étoit étendue, mais
la nature l'a pliffée aux deux bouts
des noeuds, dontle premier jette de par
& d'autre deux fetilles longues CdeRNT
ron quatre pouces, fur un pouce &c demi
de large, dentelées comme les dentsd'une fcie, & terminées en pointe. Ce même noeud poufle après cela une feconde
feiiille pliffée comme la premiere, &
arrêtée par un petic noeud oll bouton
qui produit trois autres feuilles fembla- --- Page 251 ---
EPJCD --- Page 252 ---
Tums.pes.aaf
Lianne de Pervil.
aE U
ED
C
y --- Page 253 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 225 du
bles aux deux premieres > dont celle
1696.
milieu eft d'un bon tiers plus longue &
large que les autres. Ces feltilles
Eat d'un beau verd,affez fermes,charnués & bien nourries. Ceux qui ont
donné le nom de Lianne de Perhilacettel lianne, ont crû voir dansla difpofition
de fa feiille, quelque chole d'appro- alfez
chant de celle de perlil. On voit
combien ils fe font trompez, & qu'ils
auroient mieux fait de l'appeller Liannes
à cinq feiilles. Mais comme elle n'eft
connue fous ce nom-là chez nos injulaires, pas
jen'aigarde de le luiimpofer ;
là.
mon autorité ne s'étend pasjufques
Cette plante jette de petits rameaux
quife chargent dep petits boutons blancs
une
qui en s'épanoiliffant produifent
fcur compoféc de cinq feiilles de couleur blanche, avec desf filets 8c des points
rouges, au milieu de laquelle ily a un
bouton verd, accompagné de quelques
étamines blanches. Ce bouton s'allonge
8produit une perire gouffe ronde terminée en pointe comme un coin, d'une
couleur
qui étant mûre s'ouvre en
deux, & ARE une matiere blanche friable, féche, qui environne des graines
rondes comme des
qai avant leur
maturité E rongeârres, &c
parfaite
Kv --- Page 254 ---
226 Nowveanx Voyages Aux IRes
1696. qui à la fin deviennent toutes noires.
Ceux qui in'ontpoint de bois propre a
enyvrer les poiffons commeje l'ai décric
dans ma premicre Partic, fe fervent de
ces pois; ils lespilent &c les mèlent avec
dela farinc de froment, de mahis ou de
manioc, &en font desp pelortes qu'ils jettent dans les rivieres Otl à la mer. Le
poiffony court avec avidité, & dèsqu'il
en a mangé ilsenyvre, vient furl'eau, 2
fel laiffe prendre àla main & meurt. On
ne doirpas oublier de l'ouvrir aufli-tôr,
d'en ôter les entrailles, les ceufs &c autres
parties internes qui ont éréabreuvées de
ce fuc venimeux, qui corromproit le
refte de la chair, sil y faifoit quelque
féjour. On peut croire qu'il produiroic
demauvais effets dansles corpsdes hommes & desanimaux qui en auroient pris.
On prétend que le fuc de fcs feuilles
recentes, eft un baume fouverain pour
toutes fortes de bleflures, foit qu'elles
foient nouvelles, ou qu'elles ayent dégénéré en ulcéres. Ce fac fert à laver
la playe ou l'ulcére pour' la mondifier,
& le marc dont il a éré extrait fert de
caraplâme, Nous avons tant d'autres
plantes vulnéraires aux Ifles, queje ne
me fuis jamais fervi de celle-ci.
Nous avons dans les forêts des Ifles
recentes, eft un baume fouverain pour
toutes fortes de bleflures, foit qu'elles
foient nouvelles, ou qu'elles ayent dégénéré en ulcéres. Ce fac fert à laver
la playe ou l'ulcére pour' la mondifier,
& le marc dont il a éré extrait fert de
caraplâme, Nous avons tant d'autres
plantes vulnéraires aux Ifles, queje ne
me fuis jamais fervi de celle-ci.
Nous avons dans les forêts des Ifles --- Page 255 ---
Fraxgoifes de LAmbrigne. 227--
une. autre forte de lianne aufli extraor- 1696.
dinaire par fa maniere de croître & de Lianne
celle
je viens de à cordes
fe multiplicr, > que
que
ou liandécrire feft par fcs feiilles. Nos
ne jaune
autrement que
MEREP
lappellent point
ne à cordes. Quelques habitans la nomment Lianne jaune. Ils ont tous raifon.
Les premiers > parce quer rien au monde
ne rellemble mieux à une corde que cetteefpece de lianne. Elle eft toute unie, 2
fans nauds, fans branches, fans feiiilles,
forte, flexible, facile à manier. Onsen
fert pour attacher tout ce dont on veut
faire despaquets. Son écorce eft brune,
fort adhérente. Ses fibres font longues,
deliées, fouples; en un mot ce font des
cordes naturelles. On en trouve de toutes fortes degroffeurs depuis celle du
celle de trois
Fac
tit doigt jufqu'à
pouces
diametre. Ces groffes font ordinairement cordonnées Ou torfes deux enfemble comme les tourillons d'un cable de
vaifleau. Quant à la longueur il eft difficile de la déterminer, cn voici la raifon. Cette lianne ne vient jamais que
dansles forêts & au pied desplus sgrands
arbres 5 elle s'appuye fur eux pour monter, mais elle nesy attache pas, & dès
qu'elle a pû gagner une branche, elle
quitte le tronc, fe replic fur cettebranK vj --- Page 256 ---
228 Nowveanx Yoyages aux IRes
1696. che, & defcend cn terre, où étant paryengelereprendtastint puis refortant
à quelques pouces de-là, elle recommence à monter, ens'appuyant de nouveau contre le tronc de l'arbre, jufqu'à
ce qu'elle aitatteint les branchesoi elle
fe replic encore & defcend en terre,en
continuant toujours le même manége.
J'ai vû des arbres de plus de quarante
piedsdetiges, fi couverts de ces liannes
de toutes fortes de groffeurs, qu'ils reffembloientà des mats de navires, avec
toutes leurs manceuvres. On voit par ce
que je viens de dire, que cesliannes doivent être fort longues, & qu'il n'eft
poffible d'en déterminer au jufte la os
gueur.
Lorfqu'il larrive qu'on en coupe quelque morceau 3 on voit aufli-tôt quela
partie
eft demeurée pendante en l'air
pouffe
en
RL
filamens, qui
croiffant afiez vite defcendent en terre > y prennent
racine & rétabliffent bien-tôt la partic
coupéc, comme elleétoit auparavant.
Les fibres de cette lianne font remplies d'un facjaune , qui coule en quantité lorfqu'on la compe; & c'eft ce fuc
quila fait appeller lianne jaune. Ce fuc
eft épais, vilqueux, 7 tenacc; il eftamer
& fiptique. ila une odeur de verd aro-
croiffant afiez vite defcendent en terre > y prennent
racine & rétabliffent bien-tôt la partic
coupéc, comme elleétoit auparavant.
Les fibres de cette lianne font remplies d'un facjaune , qui coule en quantité lorfqu'on la compe; & c'eft ce fuc
quila fait appeller lianne jaune. Ce fuc
eft épais, vilqueux, 7 tenacc; il eftamer
& fiptique. ila une odeur de verd aro- --- Page 257 ---
Françoifes de PAmérigue. 229
matique allez agréable. On l'employe 1696.
avec fuccès à guerir la galle qui vient aux
enfans, & même la reigne. On l'applique feul dans les commencemens,
& lorfque le mal eft nettoyé, on le fait
diffoudre dans de l'eau-de-vic, & on
l'applique ainfi fur la tète, il acheve en
de tems de guérir, de mondifier &
EC faire revenir la peau &les cheveux.
J'ai parlé dans ma premiere Partie,
delalianne qui entre danslacompofirion
du remede qu'on applique far les morfares de ferpent, fans en faire la defcription. La voici, elle eft trop utile ierpens, Lianne a
pour ne la pas connoître, peutêtre mème quc Gi on en apportoit en Europe,
elle pourroit être uti'e
la guérifon
de ces accidens. Bien
toujours
hremndit
les Crocs du ferpent n'ayent pas perder quelque artere confidérable, car
quand cela fe trouve, iln'y a ni lianne
ni theriaque, ni aucune autre drogue
quece foit, qui puille empêcher que le
venin ne foit
au coeur, à moins
d'être Rarte fecouru dans le moment qu'on a été mordu.
Cette lianne vient en quantité &c fans
culture dans toutes les hayes lifieres &
halliers de nos Ifles, & fur tout de la
Martinique, Sa feuille eft attachée aux --- Page 258 ---
1696. branches 230 Nowveanx Vroyages ANX Hes
par une queuc longue & dé
liée; clle reffemble tellement à la tête
d'un ferpent, qu'il eft difficile de s'y
méprendre. Jai déja dit
la tête du
ferpent eft un triangle, dom les angles
font émouffez, attachez au corps
un
col alfez petit; cette difpofition tlite
le ferpent ouvrant la gueule 3 prefente que
une ouverture beaucoup plus grande
qu'elle ne devroir être fclon fa
& fa grandeur, & quil peut groffeur ainfi engloutir un membre béaucoup plus
J'ai vû en cffet un Négre qui avoit Erea
mordu au genou, , que les CrOCS du ferpent avoient percé des deux côtez,ce
qui ne pouvoit être arrivé fans que le
ferpentluiet cûrenglouti le genou tout entier, & cependant ce ferpent n'étoit pas
plus gros quelebras,
Les Aeurs de cette lianne ne paroiffent qu'à l'extrémité de fes branches,
comme de petites grappes chargées de
petirs grains ronds, qui fouvent produifentun bouton jaune environné de quatre petites feiiilles de la même couleur, 2
décompées, feparéesl'une de l'autre, &
dont les extrémitez font recourbées en
dehors. Cebouton fe change enfin en un
fruit de la groffeur d'un pois ovale, plus
grosd un bout qu'à l'autre, & applati
qu'à l'extrémité de fes branches,
comme de petites grappes chargées de
petirs grains ronds, qui fouvent produifentun bouton jaune environné de quatre petites feiiilles de la même couleur, 2
décompées, feparéesl'une de l'autre, &
dont les extrémitez font recourbées en
dehors. Cebouton fe change enfin en un
fruit de la groffeur d'un pois ovale, plus
grosd un bout qu'à l'autre, & applati --- Page 259 ---
Françoifes de I Amérique. 231
par les deux côtez. Ce fruit eft verd au 1696.
commencement, il jaunit dans la fuite s
& devient rouge quandileft mûr. Ileft
couvert d'une petire peau mince &cotonnée. Sa chair eft rouge, molle &c
pleine d'une liqueur aigre, aufli-bien
que fon bois, fcs feitilles &c fes racines.
Cette lianne exhale une odeur forte qui
forprend d'abord l'odorat, & qui
mente
on froiffe ou
E
quand
qu'on pile
racine, le bois, les feiiilles & le fruit.
Le bois eft gris-blanc, tirant un peu
fur le jaune, marqueté de
points
blancs & argentez, s
plein
nr
de fuc, affez pefant quandileft verd,
& très-leger lorfquil eft fec, CC quiarrive alfez facilement.
On pile la racine & le bois de cette
lianne, & on cn fait une tifanne avec
deux tiers d'eau-de-vie, que l'on fait
prendre à celui'quia été mordu d'un ferpent, & on applique le marc fur la bleffure. Le marc attire le venindchors, &
la tifanne ala vertu d'empècher qu'il ne
gagne & qu'il ne corrompe les parties
nobles.
Onprétend
la tifanne faite avec
la racine fcule &2 de l'eau commune, eft
admirable
la gravelle, & même
pourla RELErS --- Page 260 ---
232 Nowveanx Voyages AuX TRes
1606.
Voici encore un autre remede pour Ia
Lianiel morfare des
C'eft une lianne
laiteufe,
ferpens.
qu'on appelle Laiteule, &
ne faut
pas confondre avec le bois zaed dont
j'ai parlé ci-devant.
Cette plante eft fi foible qu'elle ramperoir toujours à terre, fi elle ne trouvoit pas des arbres pour s'élever & fe
foutenir. Dès qu'elle en rencontre elle
s'y attache & monte jufqu'à leur fommet; elle s'étend beaucoup, &. lorftrouve une bonne terre elle proà merveille. Son écorce eft
Reie
grife,
tailladée, life & même un peu luftrée.
On pourroit dire qu'elle eft revêtué de
deux écorces. La premiere quieft la fuperficie de ces découpures ou hachures,
eft féche & grofliere, , &c celle qai eft au
deffous eft fine &c douce; le bois eft poreux, rempli d'un fac épais, vifqueux
& blanc comme du lait ; en quelque endroit qu'on le rompe, il répand cel lait
enabondance. Ses fetilles qui font alfez
épailfes, d'un verd gai, deux fois & demi plus longues
larges & pointués,
en font toute itmptietge Hl fuffic pour
l'en faire fortir, 2 de les détacher de la
plante, del les rompre, € ou feulementde
les égratigner.
On voit dans la faifon des petits bou-
& blanc comme du lait ; en quelque endroit qu'on le rompe, il répand cel lait
enabondance. Ses fetilles qui font alfez
épailfes, d'un verd gai, deux fois & demi plus longues
larges & pointués,
en font toute itmptietge Hl fuffic pour
l'en faire fortir, 2 de les détacher de la
plante, del les rompre, € ou feulementde
les égratigner.
On voit dans la faifon des petits bou- --- Page 261 ---
APICB --- Page 262 ---
Tom3-pag.a34
Nou de Jerpent.
Nov
ALU
de son
a
i
SA 2
Vpere, --- Page 263 ---
Françoifes de PAmerigue.
quets de Aeurs qui fortent d'entre les 1696.
fetilles. Ces feurs font compofées de
cinq feuilles, dont le deffus & le deffous
eft rouge avec des points de plufieurs
couleurs, qui répandent une odeur aromatique, fort douce & fort agréable.
Ces Heurs produifent à la fin un petit
fruit ovale, dont l'écorce ou enveloppe
eft rouge & (eche, qui s'ouvre de luimème quandi ild eft mûr, &c quirenferme
petites graines oblongues afiez
SRS d'ung gris luftré, & revètués d'un
perit duvet blanc-argenté.
Ceux
ont été mordus d'un ferpent
fuccent 2 lait de cette plante, bois &c
feuilles tout eft bon, &caprès avoir un
ratiffé la premiere écorce, ils màchent peu la feconde avec le bois
marc en maniere de
EondE
pliquerles
me fur la morfule qu'il faut avoir foin
de fcarifier légérement. Ce marc attire
le venin que Ton voit comme une matiere verdâtre & virulente fur le cataplafme, quand on le leve pour en mettre un autre, ce qu'il faut faire de fix
en fix heures; obfervant que ce foit le
bleffé qui mâche 1
l'écorce &le bois dont
il eft compofé, On fait encore avec le
même bois légérement pilé, une tifanne
dont on lui donne aboire -
à difcrétion. --- Page 264 ---
234 Nonveanx Yoyages ANX
1696. J'ai
Ipes
remarqué que tous les remedes
qu'on applique far les morfures des ferpens, peuvent être employez pour
rir les ulcéres de quelque nature qu'ils guefoient. On prétend que le fuc de cette
lianne eft fouverain pour ces fortes de
maux.
Les deux
je viens
de décrire ontleurs demnicresliannesque partifans.
uns préferent la feconde à la
& ne maneuent
de
e
tenir leur
pas
raifons pour foubattent opinion, que les autres compuiffamment. Comme je n'ai
point acheté aux Ecoles de Medecine le
droit de juger bien ou mal de toutes
chofes, je me garderai bien de rien décider fur cette dilpure; & en attendant
quilsas'accordent. bre
je vais décrireun ardont le fruit guérit parfaitement les
morfures des ferpens las plus dangereux;
& dont la vertu n'eft conteftée de
Noix de fonne. J'en
comme témoin perferpenr. oculaire, sCt étant parler fervi
un Negre de notre habiration pour de la guerir Martinique, qui avoit été mordu à la jambe
par un ferpent très-gros. L'arbre
ces
fruits vient de l'Ifthme de Da- qui
benr On trouve dans cet endroit-là des
ferpens extrémement venimeux, qu'on
appelle ferpens à fonnette, parce qu'ils
de
Noix de fonne. J'en
comme témoin perferpenr. oculaire, sCt étant parler fervi
un Negre de notre habiration pour de la guerir Martinique, qui avoit été mordu à la jambe
par un ferpent très-gros. L'arbre
ces
fruits vient de l'Ifthme de Da- qui
benr On trouve dans cet endroit-là des
ferpens extrémement venimeux, qu'on
appelle ferpens à fonnette, parce qu'ils --- Page 265 ---
Françoifes de PAmerigne. 235
ont au bas de la queuë un peau roulée, 1696.
féche comme un parchemin, qui fait du
bruit
qu'ils fc remuent, ce qui
fert Par EStd découvrir. Nonobftant
cet avertiffement, plulieurs Flibuftiers.
qui traverfoient cet Ifthme
gagner
la mer du Sud où ils Ancicard faire la
courfe, furent mordus par ces ferpens,
& feroient péris infailliblement, fi les
Indiens
les: accompagnoient ne leur
euffent a connoitre le remede unique
apporter aux morfures de ces
2ront REte ferpens, dont le venin eft fi
puiffant & fiv vif, qu'il tué en moins de
trois ou quatre heures ceux qui en font
infeétez.
Je ne fçai pas comraent lcs Indiens
appellent cet arbre, nif file Pere Plumier
ou quelque autre Botanifte l'a baptifé &
enrôlé dans quelque regiment d'arbres
fupolez de mème cfpece. Pour nous alltresqui ne cherchons pas tant de façons,
fans nous embaraffer du nom de T'arbre nous nous contentons d'appeller
fon fruit noix de ferpent. On feroit
peut-être bien mieux de les appeller
amandes de ferpent. On verra par la
fuite de mon difcours fijai raifon ou
non. Jc n'aivàal la Martinique que deux --- Page 266 ---
236 Nouveaux Voyages aux Tes
1696. ou troisarbres de cette clpece, dont les
graines avoient été apportées par nos
Flibuftiers. Ils étoient à
près de la
grandeur de nos cionpradies de France.
L'écorce eft grile, alfez unie. Le bois,
du moins ce que jen ai pû voir en couune branche médiocre, m'a
Rels lar même couleur, affez tendre & PAZI
diocrement humide; il eft fort branchu,
&c fort chargé de feiilles. Elles font
comme des ovales, allongez avec une
pointe &c plufieurs hachures ou
à l'extrémité. Ces
Ectr
feiilles font
alfez épaifles, charnuès, fouples, d'un
verdgai; ellesrendentun Deu de
onétuenfe, quand on les froiffe, lgsat
odeur aromatique, mais pénétrante. Cet
arbre dans les faifons pouffe de petits
fcions, qui fc chargent de Aeurs rougeâtres, compofées de cinq petites feiilles veloutées avec quelques étamines
autour d'un petit bouton verd, qui fc
change en une amande à peu près de la
groffeur de nos plus belles amandes de
Provence. Cette écorce renferme une
noix ovale pointue & mince par les
deux bouts, environnée d'une ligne enfoncée, qui femble la vouloir
en deux dans fa longueur ou ETAE fon
grand diametre, & d'une autre quicou-
eurs rougeâtres, compofées de cinq petites feiilles veloutées avec quelques étamines
autour d'un petit bouton verd, qui fc
change en une amande à peu près de la
groffeur de nos plus belles amandes de
Provence. Cette écorce renferme une
noix ovale pointue & mince par les
deux bouts, environnée d'une ligne enfoncée, qui femble la vouloir
en deux dans fa longueur ou ETAE fon
grand diametre, & d'une autre quicou- --- Page 267 ---
Françeifes de LAmérigue. 337 1696.
pedangles droits cette premiere, &cparen deux parties égales la longueur
tage de toute la coque. Cette coque qui eft
dure, d'une médiocre épailleur, grife,
liffe & fort vive, renferme une amande
de la même
couverte d'une
licule
dedans eft très
RLEEE
grife.
"TIA
& de la confiftence des amandes ordinaires. 4
fe fent mordu, il faut cafDès qu'on
en tirer l'amande, la
ferla coque pour
le marcfur) les trous
mâcher dents & appliquer du ferpent ont faits, & s'ils
quel les
e en mâcher deux &c les
font éloignez, far les trous, après en avoir
appliquer legerement fcarifié les environs. On enveloppe enfuite la partic bleffée, &c au
bout de deux heures, on level'appareil
8c on met un fecond cataplafme mâché Ce
& accommodé comme le premict.
marc fait élever de petites veflies qui
font remplies du venin comme une eau
claire & rouffatre. Onles perce pour l'en
faire fortir; & on applique ce même cataplafime jufqu'à ce quil cefle de faire
élever des veflies. Pour T'ordinaireiln'eft
beloin d'un troifiéme apparcil. On
pas met fur les fcarifications un emplâtre
d'onguent rofat ou divin
refermer
lespetitesblellares, & on Reurd trouve pat- --- Page 268 ---
238 Nowveaux
1696. faitement guéri. J'ai
awr-lfes
ce
FrSt
queje viens d'éctire, l'expérience & elle m'a été de
confirmée
tant de
qu'il Tnunirenes un Pirrhonien rémoinsoculairesy
pour en douter.
déclaré
J'ai dit dans ma premiere Partic
falloit empécher de dormir ceux gu'il
été piquez ou motdus des
quiont
remede que je donne ici
ferpens. Le
foin, car cette amande mâchée exempre de cC
bleffé lui excite un fi grand
par le
dans la bouche, avec une fi picottement abondante
falivation, à
n'a pas le tems de fonyeux. Le
TeRLEN
Et traiter avec cette amande, Négre que je
de travailler au bout de trois far en érat
goûré de cette amande, fa jours, J'ai
che & ferme, mais je doute chaireltblanrien au monde de plus amer & qu'ilyait de
cuifant.
plus
Voici un fruit qui n'eft
Lianne à gréable au goûr
pas fi défabre, concom- de décrire, mais que aufi celui que je viens
fi grande utilité, La quin'eft
d'une
duit eft une
plante
le
CAET
lianne qu'on
a Coacombre.
appelle Liteoe
Ily a peu de plante de cette
qui s'étende autant que celle-ci. clpece
couvre en peu de tems par une
Elle
de branchages tous les environs infinité du licu
eft
Lianne à gréable au goûr
pas fi défabre, concom- de décrire, mais que aufi celui que je viens
fi grande utilité, La quin'eft
d'une
duit eft une
plante
le
CAET
lianne qu'on
a Coacombre.
appelle Liteoe
Ily a peu de plante de cette
qui s'étende autant que celle-ci. clpece
couvre en peu de tems par une
Elle
de branchages tous les environs infinité du licu --- Page 269 ---
Prançoifes de LAmerigue. 239
oii elle a pris racine. Sa feiille qui eft
rude, eft foutenue par une queué velud 1696.
& prefque partagée en deux,. dont chapartic Sévalant jufqu'envitonle miRlec de fa longueur > qui peut être de
troisà quatre pouces, fc refferre enfuite
& finiten
Sa fleur eft compofée
de cinq c.lierane arrondies& courbéspar
leur ektrémité, qui forment un calice
rempli de petites étamines, dont l'extrémité cft ronde &crouges les feuilles
font jaunes, s marquerées de points & de
lignes orangécs. Ces fleurs ont
fuport un bouton quieft le fruitdel Ebep plante à laquelle il eft attaché par une queué
d'environ un pouce de longueur. A mefure que le fruit croît, la Acur fe fletrit
& tombe. Ce fruit eft i peu près de la
groffeur d'un ceufde pigeon & del la mème figure. Il eft couvert d'une peau ou
écorce fine & comme verniffée,
eft
verte au commencement 2 9 &
MLet
lorfqu'il eft mûr. Le dedans quieft partagé en trois parties par une e[pece de
zeite,eft remplid'une matiere tirant fur
le verd, dela,confiftence dud dedans d'un
concombre, & de même odeur & faveur. C'eft ce quia fait donner à cette
plantele nom de Lianned Concombre.
Ontrouve pluficurs graines ou femences --- Page 270 ---
240 Nowveanx Voyages AMX Ifes
1696. enveloppées dans cette matiere. Elles
font blanches, tendres & de même
goût qu'elle.
Onfc fert dans le befoin de ces fruits
pour mettre dans la foupe. On les confit aufli avecl le vinaigre & le fel comme
les cornichons; ils ont le même goûr,
& font fort délicats.
Nous avons dans toutes les Iles un
plante
pour les arbriffeau qui eft admirable pour les
ycux. maux desy yeux; comme fontlesrougeurs,
les foiblefles, les larmes, 5 les tayes,les
bleffures & autres accidens.
Cet arbriffeau n'eft jamais gueres de
plus de quatre pieds de hauteur, & d'un
pouce ou environ de diametre; il eft
couvertd'une écorce mince ou verte 5 il
eft (pongieux & caffant dès qu'il eft fec.
Il pouffe quantité de petites branches,
toutes chargées de fetilles d'environ
trois pouces de longueur, iur unl pouce
B demi dans leur plus grande largeur, 9
terminées en pointe comme lef fer d'une
pique. Elies font vertes par deffus, &c
blanchâtres par deffous. Elles font molaffes,cotonnées, allezépaiffes & pleines
de fuc. Les quenés qui les attachent aux
branches, font longues, bien nourris &
de couleur rouge.
L'extrémité des branches cft chargéc
de
viron
trois pouces de longueur, iur unl pouce
B demi dans leur plus grande largeur, 9
terminées en pointe comme lef fer d'une
pique. Elies font vertes par deffus, &c
blanchâtres par deffous. Elles font molaffes,cotonnées, allezépaiffes & pleines
de fuc. Les quenés qui les attachent aux
branches, font longues, bien nourris &
de couleur rouge.
L'extrémité des branches cft chargéc
de --- Page 271 ---
Erançoifes detAmeriqut. 241
boutons, 1696.
de egrappes compoléesde
feuilqui ens'ouvrant
quarre
eabIee
les blanches, accompagnécs de petites
étamines de mème couleur , qui envichange enfin en
ronnent uppitil,qnife
un fruit rond, de la groffeur dunegrofeille. La
qui le couvre eft mince.
tendre, Alneug & rouge, qui renferme une fubftance aqueulc, de même
couleur que la peau, au milieu de laquelle on trouve une petite graine noire
& féche, de figure ronde, quicontient
une amande blanche & farineufe.
Les Aeurs & les fruits ne ferventa rien.
C'eft dans les feiilles qu'eft toute la vertu de cette plante. On les pile pour en
exprimer le fuc, dont on introduit une
partic dans les yeux malades, & après
avoir bien
le deffus & les enen
baigné
virons, on! les couvre avec unc compref-. l'on
fe imbibée du même fuc, ce que
réitere le foir & le matin, & en trèsde tems on a vû des tayes & d'antres
peu confidérables parfaitement guéris.
maux Je ne croi pas devoir renvoyer plus
doin la defcription de quelques arbres
fruitiersde crainte de les oublier.
Le ptemier eftle Cahimitier. Il vient -
Cahirat- atdela grofleur & de la hauteur des plas stet ftuigrands Pommiers de Normandic, Rien ticr,
Tomse III.
L --- Page 272 ---
242 Nowveaux Voyages AuX Ifles
1696. n'eit plus beau que cetarbre. lleftp pour
l'ordinaire fort bien fait; fcs branches
bien partagées; fon écorce unie, liffe &
point crevaflée, brune & bien adhérente au bois qui eft brun, franc & remplide beaucoup de feve. Ses feiilleslongues de trois à quatre pouces, 2 & d'environ deux
delarge dansl leurplus
grande Ead finifent en pointe
Ies deux bouts, font épaifles &
bies
nourries. Elles rendent un peu de lait,
quand 011 les rompt. Le delfus eft d'un
verd vif, & comme luftré ou verniffé,
& le deffous peint de plufieurs couleurs,
où lejaune doré, le telille-morte, l'aurore & le citron, font mèlez avec quelquespetites tachesde couleur de feu, ce
qui fait le plus bel effet du monde. Ses
fieurs viennent par bouquets entre les
queuès, les feiilles & le bois. Elles font
compofées dej plufieursb boutons attachez
à de petites queuès aurores. Chaque
bouton quictt le fruit de l'arbre, 2 poulle
à fon fommet une fleur double, chacune
defquelles eft compofée de cinq feuilles;
les extérieures font rouges avec des
points dorés, &c les cinq qu'elles renferment font orangées & forment une
éfpece de calice plein de petiteséramines
dorées, Le bouton en grofliffant forme
ufieursb boutons attachez
à de petites queuès aurores. Chaque
bouton quictt le fruit de l'arbre, 2 poulle
à fon fommet une fleur double, chacune
defquelles eft compofée de cinq feuilles;
les extérieures font rouges avec des
points dorés, &c les cinq qu'elles renferment font orangées & forment une
éfpece de calice plein de petiteséramines
dorées, Le bouton en grofliffant forme --- Page 273 ---
lc fruit, Frangoifes &
de T Amerique.
cette double fleur
meure attachée lui fert de
qui y de- 1696.
fruiceft rond,de trois
couronne, Le
de diamerre. Son écorce pouces ou environ
& liffe, d'un très-beau ou peau eftunie
taches ronges & aurores. verd, mêlé de
blanche, molle,
Sa chair eft
d'un fuc doux & miellé, fpongieufe, pleine
d'abord aux Européens, guineplairy pas
trouvent excellent dès
mais quils
accoûrumez. En effer, rien qu'ils s'y font
agréable & plus rafraichiffant. n'eft plus
donne fans crainte aux malades, On en
que quantité qu'on en
& quelinoiii qu'il ait jamais fait mange, de mal. il eft
trouve dans ce fruit quelques
On
plates & allezgroffes, dont la graines feche, grife, unie &l luftréc, renferme coque
amande blanche & ferme
eft
une
& qu'on peut employer qui amere,
amandes ameres d'Europe. comme les
On a donné le nom de
bre qui porte les fruits Prunier al l'ar- Prunier
Icaques. Quelques Auteurs qu'on appelle d'lcaque,
pas dele nommer Pommier, ne laifent
fa feiille approche un
parce
du Pommicr
du
peu plus de -aic
fon
que Prunier; mais
fruit, 3 on le doit plutôt
pour
comme une Prune,
regarder
Pommc. Ainfi contre que comme une
mon ordinairej:
Li ij --- Page 274 ---
Nowveaux Voyages aux Ifes
prendrai 244
parti dans cette querelle, je
1696.
Prunier d'Icaque.
Fagpelen Cet arbre vient ordinairement farles
bords de la mer, & fur les falaifes qui
font voifines. Il eft rare de le trouver
dansles en
hauteursou dans les favannes. Il
n'ef pas bien fait ni fort gtos. Je n'en
aij jamais trouvé dont le tronc eut plus
de fix pouces de diametre : il ne laifle
de jetter quantité de branchages
pas
Son écorce eft
et
Sétendent beaucoup. adhérente. Le bois
ne > peu unie les & peu Abres
& mèlées.
eft gris ; il a
groffes
brûler.
On ne fe fert de ce bois que pour
dic
Ily en a de plufieurs elpeces, qu'on du fruit,
tinguc feulement par la couleur
viodont les unsfonttouges, les autres
lets, les autres blancs, mais tous de mèmème chair, mème goût,
me forme,
même feiiille vertul. de cet arbre eft prefque
La
&
conféaufli large que longue, elleeft 7
par épaifle &c
prelque ronde 5
aflez luifanRLmmtr > d'un verdjaunatre,
ce
fes bords fontriffolez 8c grillez >
te; : eft ordinaire à tous les arbres
qui
de la mer, où
Rt
viennent au bord
3 &
marin 1 2 le fel que le vent emporte
qu'il répand fur eux comme une petite
bruine, & l'ardeur du foleil nc man-
longue, elleeft 7
par épaifle &c
prelque ronde 5
aflez luifanRLmmtr > d'un verdjaunatre,
ce
fes bords fontriffolez 8c grillez >
te; : eft ordinaire à tous les arbres
qui
de la mer, où
Rt
viennent au bord
3 &
marin 1 2 le fel que le vent emporte
qu'il répand fur eux comme une petite
bruine, & l'ardeur du foleil nc man- --- Page 275 ---
Frangoifes de LAmerigue.
quent jamais de prodnire cet effet.
1696.
Sa Aeur ne paroit d'abord que comme
un petit bouton verd, qui en s'épanoitiffant produir de perites fetilles blanches,
minces & fans odeur, qui font accompagnées de petites étamines jaunes.
Le froit paroît à la chute de cette
fleur; il eft rond, applati fur fes deux
poles, & fa circonférence partagée en
cinq ou fix côtes. L'écorce efta allez unie
& fine, de couleur rouge, oul violette
ou blanche, felon l'efpece du fruit, -
avec de petites taches de differentes couleurs qui font un très-bel effer.
La chair de ce fruit eft blanche,affez
ferme, & fi adhérente au noyau qui eft
au centre, qu'il n'eft
preique pollible de l'en détacher MEE fuçant. Elle
eft peu agréable au goût,furtour dansles
commencemens qu'on en ufe. Onn'y
trouve qu'un goûr fade, avec une
te d'aigreur qui prend à la gorge ; poin- aufli
n'ufe ton de ce fruit que comme d'un
remede pour le cours de ventre &
le Aux de fang, > parce qu'il . eft extréme- pour
ment ftiptique & aftringent. Son amande
& réduite en lait avec un
de
& d'eau de
plec
Aeur MISAnEEs
faituncli liqueur agréable, ,& qui produit
lc même effet. Ceux qui font accoûL i1j --- Page 276 ---
246 Nonveau
1696. tumez d'en
Foyager lc
AAN Ifes
le mangent manger trouvent bon, &2
âcreté,
avec plaifir malgré fon.
CHAPITRE X.
Des Habitations nonvelles. Comment
abtient les concefions des terres 6 018
comment 07 les défriche.
Eux quin'ont point de terre &
ne peuvent ou. ne veulent pas qui. en:
acheter, demandent la conceffion d'un
rerrain qui n'a point encore de maître
& qui par
2.
Ils s'adreffent conf@quentappardients au Roi..
Général & à
cela au Gouverneur
fentent
à qui ils
Tifentste
un Placer, dans lequel
prédemande laconceflion
celuiqui
lenombre de fes enfans expole & de fa fes qualité,
ves; & fes autres facultez.
efclaterrain qu'il demande, Ilindique le
de la hauteur & de la largeur. avec lesbornes
un Certificat du Capitaine du Ily joint
& de l'Arpenteur
quartier
la vérité du
Royal, 2 qui affurent
contenu dans le
far tout que ce terrain n'eft Placet, &
concedé à perfonne. Sur cet occupé ni
Meflieurs font expédier la expolé ces.
Cenceflion
,
ves; & fes autres facultez.
efclaterrain qu'il demande, Ilindique le
de la hauteur & de la largeur. avec lesbornes
un Certificat du Capitaine du Ily joint
& de l'Arpenteur
quartier
la vérité du
Royal, 2 qui affurent
contenu dans le
far tout que ce terrain n'eft Placet, &
concedé à perfonne. Sur cet occupé ni
Meflieurs font expédier la expolé ces.
Cenceflion --- Page 277 ---
EPJCB --- Page 278 ---
Tome IIL, Page 247.
Regime de Cocor --- Page 279 ---
du terrain Françoifes demandé, sdelAmerique. 247
dont ils réglentla-1696.
à proportion du befoin & des
de celui
le
CondiRrent
ces claufes, qui demande, & avec tions
que l'expofant fera
fous lef
trer fa conceflion au Greffe; qu'il enregif fera on quelles don.
fommer les
proches voifins du ter- ne concef- les
rain qu'ila a
d'ètrer prefens à fa fions,
EtT
prife de polleflion, & de déclarer
écrit qu'ils n'y ont aucune
par
& enfin que dans l'efpacede trois prétention, années 3
il déftichera & habituera du moins la
troifiéme partie du terrain concedé, à
peine d'en ètre dépoffedé & la Conceflionannulée. Ces claufes fontfort judicieufes; & fi elles étoient oblervées
avec autant d'exactitude qu'elles le devroient être, les Ifles feroient bien
mieux peuplées & habitées
ne
le font, parce que ceux qui qu'elles viennent
pour s'établir trouveroient du terrain,
au lieu que les terres font très-fouvent
concédées à des gens à
il
fible d'en défricher le tiers qui cftimpolIly a même des habitans en cent ans.
Conceflions en differens endroits qui ont des
même Ifle, où
d'une
nombre d'années, depuis ils un très- grand
défriché de cent
n'ont fait qu'un
ou cent
en quarré, feulement
cinquante pas
pollellion, fans fe mettre pour marquerlenr
en peine de
Liv
très-fouvent
concédées à des gens à
il
fible d'en défricher le tiers qui cftimpolIly a même des habitans en cent ans.
Conceflions en differens endroits qui ont des
même Ifle, où
d'une
nombre d'années, depuis ils un très- grand
défriché de cent
n'ont fait qu'un
ou cent
en quarré, feulement
cinquante pas
pollellion, fans fe mettre pour marquerlenr
en peine de
Liv --- Page 280 ---
248 Nowveanx Toyager anx Iles
1696. continuer Ie travail, comme ilsy font
obligez.
Ileft vrai que les Gouverneurs Généraux & les Intendans font quelquefois
réiinir au Domaine du Roi ces terres
concedées & négligées 5 mais ce n'eft le
plus fouvent qu'ine cérémonie, oul une
peine qui ne tombe que fur quelque
pauvre malheureux qui n'a pas allez de
crédit pour s'exempter d'être la viétime
de la Loispuifqu'on voit que ces mêmes
terres font données. à d'autres qui n'en
font pas un meilleur ufage, ou qui les
vendent & en font comme un commerce.continucl, malgré lesdéfenfes qu'il
y a contre ce trafic odicux, & quin'eft
pourtant que trop commun. Il ne feroit
pas difficile de prouver ce que je disici
par beaucoup d'exemples.
thoix
La Conceilion étant accordée, 9 enrequ'on giftrée, les voilins
&
doitf fairela
dûementappellez
dans un
poffeffion prife, on choifit un endroit
nouvel un
élevé
bâtir la
dtablifie-,
poury
maifon-du
ment,
afin d'avoir
d'air
m
belle vûe, fi on eft en plus lieu d'en > une plus
pouvoir
avoir, ou du moins pour voir plus aifément le travail qui fc fait fur Phabitztion. Sily a une riviere ou quelque ravine qui donne de l'eau toujours, ou une
Source, on s'en dloigne le moins qu'd --- Page 281 ---
Frangoifes
eft pollible, à caufe deT-Amcrigue. de la
commodité
quilyadavoir. de l'eau pour les
1696.
de la
befoins
les beftiaux, maifon, pour les Négres, pour
cendies
2 & pour rémédier aux inqui peuvent arriver.
On commence d'abord par faire
ques cafes de menu bois,
quelvre avec des feiiilles de 2 quel'on coutanier ou de rofeaux, palmiftes, de labat les arbres,
> après quoi on abcher
en commençant à défri-.
par l'endroit où l'on veut faire le
principal érabliffement.
vaife La plapart des habitans ont la mau- Mauvai.
uns fur coûtume les
d'abbatre les arbres les fe coitu.
autres, comme font les Carai- me des
bes, & d'y mettre le feu quand ils font babitans dans
fecs, des bois fans fe mettre en peine fi ce font l'abbatis des bois.
tems eft propresi bâtir ou non, ou file
conferver; propre pour les abbattre & les
fens & de mais ceux qui ont du bon
l'économie, aiment mieux
nallerpas fi ivite, & conferver tous
arbres qui font bons à faire des
les
du cartelage, des
planches,
de
poutres & autres bois
charpente, ce qui eft un profit trèsconfidérable, fur tout à
bois à bâtir deviennent prefent que les
par conféquent très-chers. très-rares, Il faut donc &
attendrele déclin dela lune
les arbres qui font bons à pour abbatre
quelque choL Y
bon
l'économie, aiment mieux
nallerpas fi ivite, & conferver tous
arbres qui font bons à faire des
les
du cartelage, des
planches,
de
poutres & autres bois
charpente, ce qui eft un profit trèsconfidérable, fur tout à
bois à bâtir deviennent prefent que les
par conféquent très-chers. très-rares, Il faut donc &
attendrele déclin dela lune
les arbres qui font bons à pour abbatre
quelque choL Y --- Page 282 ---
1696. 2go fe; les Nonveawe Fayager AHX Ifes
couper par tronfes de la lonles gucur
juge à propos, les
uns TErt les autres
ranger
toit pour les défendre > & de y faire un petit
qu'ace qu'on ait le loifir la de pluye, les
jufler. Après cela on amaffe
travailmonceaux
en plufieurs
tiles
lesbranchages & les boisi inufaut obferver que l'on veut braler : fur quoi il
fous le
d'y mettre toujours le feu
vent, c'eft-à-dire 2 du côté
pofé au vent, après avoir
opou chemin bien net
faitune trace
rain que l'on vent
de féparer le ter-.
veut
celui
.dcer
Maniere
conferver, 3 & cela
qu'on
d'ebit ûler fons. La
pour deux railes bois maitre premiere, afin d'ètre
abbatus.
du feu, &
toujours
le juge à. propos, qu'il empécher.quand. n'aille
on.
ce qu'on ne pourroit
faire trop loin 27
chalfoitla Aamme devant pas
file vent
la pourroit chafleravec foi, de parce
ce, & embrafer les
trop
EEO
conferver. La feconde, endroits qu'on veut.
ne paffant pasavec tant parce de que le feu
comme en courant fiar les endroits rapidité, &
l'on veur brûler, il a plus de tems queconfamerlesbois ches. Le
abbatus, & leurs Fout
terrain étant
les cafes ou maifons dont nettoyé les on bâtit.
mettent trois à
poreaux fe
avec une faufle quatre fole.. pieds en terre
Le bout des. --- Page 283 ---
Frangoifes de PAmerigue. 251 - =
& des petits poteaux eft échancré pour 1696.
recevoir le faitage & les fablieres. On
paliffade ou environne les cafes avec des
rofeaux ou des palmiftes refendus, & on
les couvre avec des feiilles de palmiftes
ou de rofeaux.
du mil ;
On feme auffi-tôt despois,
mahis ou bled de Turquie (ces trois termes font fynonimes & fignifient la mème chofe ) dans le refte du défriché, &
s'ileft un
confidérable, on y plante
du Iohentr des patates, des ignames
Ileft incroyable
& quelques herbages.
abondance
avec quelle facilité & quelle
tout ce
ces terres vierges produifent feme.
qu'on y plante ou qu'on y. de faire des
On ne manque jamais
d'orangers & de
tmcaonr
pinieres Les habitans habiles préferent les oranges de la Chine aux autres > parce &
Négres outre que les enfans, les
paflants,s'en fervent pour fe défalterer,
leschevaux & tous les autres animaux en
mangent & s'en engraiffent, à quoi il
faut ajolter que les arbres qui Jes
font bien meilleurs
faire Faes
tent
font pour armez d'éclôuures, parce qu'ils
fortes
pines bien plus longues & plus
qui
Sentrelallent de maniere que les hayes
ou clôture qui en font faites, deviennent
L vj
re que les enfans, les
paflants,s'en fervent pour fe défalterer,
leschevaux & tous les autres animaux en
mangent & s'en engraiffent, à quoi il
faut ajolter que les arbres qui Jes
font bien meilleurs
faire Faes
tent
font pour armez d'éclôuures, parce qu'ils
fortes
pines bien plus longues & plus
qui
Sentrelallent de maniere que les hayes
ou clôture qui en font faites, deviennent
L vj --- Page 284 ---
252 Nowveaux
1696. impénétrables Poyager aux Hes
maux.
aux hommes & aux ani
Maniere Quand les
de les faire lizie- de huit à dix pouces pepins de ont produit unjet
IES..
de terre
les
haut; on lesleve
lieux
tranfplanter dans lcs
veut faire
cosioatre
choifit
cela
les lizieres. On
kaboure pour la terre de un tems de pluye, on
d'une hoie àcôté du deuxfois la largeur
étendu, afindep
cordeau - qu'on a
on éloigne les planter en ligne droite :
quatre. à
jets qué l'on plante de
&
cing.poncesles uns desautres, >
pour l'ordinaire on fait deux
éloignezlun de l'autre de deux rangs
environ. Les arbres ainfi
pieds ou
fent en croiffant, &
plantez groflifcontre les autres;. il-arrive fe.preffent les uns
dinairement
même orterlesuns que-le vent les faifant frotcontre les autres, leurs écorces
sscorchant, niflent ainfi fe prennent enfuite, &s'us'ils.ne faifoient pluficeurs enfemble s comme
uni prefque
qu'un feul corps plat &
Les
comme une muraille.
des MRerTO font Orangers & les Citronniers ne
Jangers, Ce font point les originaires de T'Amerique.
les
Elpagnols & les
qui
y ont apportez. Les Portugais
viennent d'Alie, & la Chine Orangers eft l'endroit qui produir les plus excellens.
abien.des ficcles qu'on avoir des orans. Ily --- Page 285 ---
Frangoifes de PAmérique: 253
en Egypte, en Paleftine, > dans PA- 1626
Ee: mineure, dans la Sicile, dans le
Royaume de Naples, & fur prefque
toutes les côtes delal Méditerranée, mais
il eft affez difficile de fçavoir de quelle
elpece ils étoient. Celles qu'on appella
oranges de Portugal, y font plus nouvelles que les autres, aul moins fclon
toutes les apparences. Elles font les me4
mes
celles
les Portugais appellent oranges que
de Tc Chine; quil - eft trèsconftantqu'ils entapponéenlemecehiens ilsont
de la Chine er Earope, & dont
répandu l'efpece dans rous-les-endroits
de. leur domination en Afrique &cen
Amerique, d'oû les autres Nations les
ont tranfportées dans les lieux de leurs
dépendances.
du moins
Le climat de l'Amerique.,
&0 e
ce qui eft entre les deu*-Tropiques
aux environs, s'eft trouvé fi-propre
pourles orangers,qu'ilss s'y font naturalifez,t tant ilsy viennent bien & facilement. Nous avons aux Ifles quatre fortes Qnatre"
d'oranges. Les aigres, les douces, les Smat
oranges de la Chine ou de Portugal, & g:s.
celles de la Barbade qu'on appelle aufi
Chadec.
ou.comme on dit
Les oranges aigres,
&0 e
ce qui eft entre les deu*-Tropiques
aux environs, s'eft trouvé fi-propre
pourles orangers,qu'ilss s'y font naturalifez,t tant ilsy viennent bien & facilement. Nous avons aux Ifles quatre fortes Qnatre"
d'oranges. Les aigres, les douces, les Smat
oranges de la Chine ou de Portugal, & g:s.
celles de la Barbade qu'on appelle aufi
Chadec.
ou.comme on dit
Les oranges aigres, --- Page 286 ---
254 Nowveanx Trojages AHX Mes
*696. aux Ifles, les oranges fures, font les
Oranges plus communes & les moins eftimées.
fitres, aigres ott On ne s'en fert que
les faulces,
& pour mettre far la Sonde & le
fon. Elles different des bigarades Rolt
il me (emble qu'elles peuvent être une
elpece par. le gout, la groffeur & la peau.
Carordinairemente elles font fort grolles;
leur peau qui eft alfez épaiffe eft toute
unie, & leur goût, , quoique fur ou aigre, n'approche point de celui des bigarades.
On employe le fuc des oranges aigres avec un faccès merveilleux & infaillible à guerir les nlcéres, quelque
vieux &c opiniâtres qu'ils puillent être,
& de quelque caufe qu'ils puiffent
venir, même de l'épian (c'eft ainfiqu'on proappelle le mal de Naples ou la groffe
verolle aux Ifles ).
On coupe une orange en deux, &
après en avoir ôté les pepins, on en frotte Pulcére jufqu'à ce
ait ôté les
chairs bavenfes qui y aoe après quoi
on lave la playe avec ce même fsc, &c
on met deffusun plumaffeau & descom
preffes bien imbibées de ce même fuc;
on réitere ce remede trois ou quatre
fois en vingt-quatre heures, & on eft
fir par mille expériences que des ulcéres --- Page 287 ---
Franoifet dé PAmbrigue.
ga'on jugeoit tincurables, ont
ries en très-peu de jours. Plus été gue- 1696s
fouvent T'application de ce fuc, on réitere
tôr on eft guéri. Il eft.vrai
&c
la douleur, mais la
qu'il
de
ER
fanté ne mérite-telle
pasun peude peine 2:
de Onie fert encore de ces
celles de la Chine pour faire
&:
dra..
TESTLAE
cuillier Quelques-uns d'acier, la ratiffent avec une.
& reçoivent dans fuperficie la cuillier del'oranE: de l'orange,
une fiole
qu'ils mettent OL
ce qu'elle longue; foit
on l'y laiffe jafqu'a:
déchargée de fes
groilieres, fiole,
3 qui s'amaffent au fond parties dé lac(prits pendant que les plus fubtiles & les
on verfe montent & demeurent en hautsritueufe dans par inclination cette huile
de petites bouteilles fpilon bouche bien exaétement à.
qu'elle
LE
s'évapore facilement.
Ily ena d'autres qui coupent
ment toute la fuperficic de
legerepetits zefts, dont ils expriment l'orange en: :
dans une fiole en comprimant l'efprit le zeft..
Cette maniere eft
mais
trouve aui fond de la plaslonguo, fiole bien moins de on
parties groflieres.
On fe fert du cedra pour parfumer le
tabac, &.mille autres chofes à qui on
'elle
LE
s'évapore facilement.
Ily ena d'autres qui coupent
ment toute la fuperficic de
legerepetits zefts, dont ils expriment l'orange en: :
dans une fiole en comprimant l'efprit le zeft..
Cette maniere eft
mais
trouve aui fond de la plaslonguo, fiole bien moins de on
parties groflieres.
On fe fert du cedra pour parfumer le
tabac, &.mille autres chofes à qui on --- Page 288 ---
256 Nomieaux Voyages AnX Ifes
1696. veut donner de l'odeur. On en metauffi
dans quelques remedes. Si on juge de
fa bonté par fa cherté, il doit être trèsbon.
douces. Oranges Les oranges douces reffemblent affez
àcelles dontje viensdeparler, excepté
queJeurfuc ceft affez doux, on en mange & on les trouve bonnes quand on
n'en a point d'autres; mais dès qu'on a
mangé de celles de la Chine, on ne les
peut plus fouffrir.
a Cellesde la Chine oude
font
Oranges
Portugal
de la dedeux fortes. Ily en a dont l'écorce eft
Chine épailfe & à
&
eu de
gros grains,
d'autres dont
Portu- l'écorce eft extrémement fine & unie.
gal.
Les unes & les autres font remplies d'un
fac doux, futcré, agréable au de-là de
tout ce qu'on peut s'imaginer. J'en ai
mangé de cette efpece en bien des endroits; en Europe, comme en Efpagne,
en Sicile, dans le Royaume de Naples,
&. far la côte de.Genes, mais jy ai
totjours trouvé autant de difference
qu'on en trouve-aux Iiles entre les oranges douces & les veritables oranges de
la Chine. Cequi me fait dire que le terroir & le climat des Ifles leur eft aufli
propre que celui d'où elles ontététranfportées.
a
Les oranges de la Barbade font la --- Page 289 ---
Frangoifes de LAmbriqne. 257 1698.
quatriéme cfpece de celles
nous
Iiles
dhie lesap- Oranges
avons aux
Françoifes.
que de Barbade,- la
oranges de la Barbade, parce de fon ori
lap premieres nous ont été apportées à ginc,
cette Ile Angloife, qui eft environ de la
trente lieiies à PEt ou au vent foient
Martinique. Quoiqu'elles il nous eft certain
venuès de la Barbade,
elles
qu'elles n'en font pas originaires, uns diviennent de plus.loin: : quelques sde la Verfentqu'elles ont été apportées les trenmude, autre Ille
2 Nord; par d'aute-trois degrez de
et
viennent de Matres prétendent qu'elles
les trentedere, Ifle Portugaile, par latitude, & je
deux degrez de la mème
me range de ce derniér fentiment foit,
en
FFee
plafieursraifons. Quoiquil
bre qui les
eft bien moinsgarni
ceux dontje
d'épines ou Bege pointes que n'ai
fait
viens de parler, & dont je
pas qu'il
une defcription particuliere > parce c'eft
n'y a perfonne qui ne fçache ce que
qu'un oranger. de la Barbade, qu'on nom- Defcrige
L'oranger
du nom de celui qui tion de
me aufli Chadecq,
croit plus TOran-, de la
l'a apporté à la Martinique,
fruit
ESH
vite &c porte du
beaucoup plutôe été &de fon
que les autres. On en a vû qui ayant
fruit.-
fcmez de graine, ont rapporté à trois ans
particuliere > parce c'eft
n'y a perfonne qui ne fçache ce que
qu'un oranger. de la Barbade, qu'on nom- Defcrige
L'oranger
du nom de celui qui tion de
me aufli Chadecq,
croit plus TOran-, de la
l'a apporté à la Martinique,
fruit
ESH
vite &c porte du
beaucoup plutôe été &de fon
que les autres. On en a vû qui ayant
fruit.-
fcmez de graine, ont rapporté à trois ans --- Page 290 ---
2g8 Nowveaax Yoyager aHx Hfes
3696. & demi. Il eft vrai qu'ils étoient plantez feuls & non en lizieres, > ce qui fait
une difference forrconfidenble.comme
je le dirai ci-après.
La feiiille decer oranger eft beaucoup
plus grande que celle dest trois autres elpeces. J'en ai trouvé quiavoient plus de
lix pouces de longueur, 5 fur trois bons
pouces de largeur, fans
tie échancrée & coupée compterlapar- en forme de
coeur qui la fourient &. l'attache à la
branche. Elle eft ferme, épaiffe, bien
nourrie, d'un. verd foncé par delfus,
plus pâle & tirant fur lejaune; par deffous.
Iln'eft pas neceffàire de dire que fa fleur
eft plus grande &
grofle que celle:
des oranges AtEETE c'eft une conféquence qui fe prefente d'elle-mème, J'ai
vi de Ces Aleurs prefque aufli groffes
lc pouce, qui exhaloient une odeur der
plus agréables, quoique forte &
portionnée à la fleur d'oi elle Tomcdre
Le fruit quifaccedcàces Aeurs eft trèsgros. Rien au monde n'eft plus beau en
Ge genre. J'en ai vû de près de vingequatre pouces de circonference; La plàpart reffemblent alfez à des poires de
bon-chrétien. Leur écorce qui eft femée
de plufieurs boutons & autres inégaliSGZ, eft de douze jufques à feize lignes --- Page 291 ---
Françoifes de LAmérigne. 259
La chair en eft blanche, 1696,
ipongicufe & pleine
Le deLSeETE
d'un fac a & peu agréable.
dans eft divifé en plufieurs cellules pleiuns conne de grumeauzatiez preffezles le centre du:
tre les autres s: exceptévers' ordinairement un
fruit, où lon trouve
eft mèvuide. Le goûr de ces grumeaux choléd'une douceur fade avec quelque faut bien
fe d'aigre 3 de forte qu'il s'en
*
que la bonté de CCS oranges réponde de celle
leurl beauté, ni qu'ellc approche aufli ne les.
des oranges de la Chine; confiture.
employe-t'on jamais qu'en
Lesgens quisen veulent donnerla peine: de la
les font confire toutes entieres >
même maniere qu'on confit les limes:
J'en parlerai dans un autre endroit,
autfi bien que des citronniers.
feuls,
Lorlque les
font plantez
ils portent du AEE pour Fordinaire au:
bout de cinq ou fix ans 5 mais quand huit ila- à
font plantez en lizieres 2 ils font
dix ans avant d'en rapporter. La raifon.
en eft aifée à trouveridansle premior de cas, la
ils profitent de toute la fubitance
terre, leurs racines s'étendent comme
ilsveulent, au lieu que dans le fecondi
ils fe trouvent prellez, & il faut
beaucoup
leurs zacines travaillent
ent du AEE pour Fordinaire au:
bout de cinq ou fix ans 5 mais quand huit ila- à
font plantez en lizieres 2 ils font
dix ans avant d'en rapporter. La raifon.
en eft aifée à trouveridansle premior de cas, la
ils profitent de toute la fubitance
terre, leurs racines s'étendent comme
ilsveulent, au lieu que dans le fecondi
ils fe trouvent prellez, & il faut
beaucoup
leurs zacines travaillent --- Page 292 ---
160 Nowveaux
1696. terre & à côré Vroyages Aux Ies
riture &c dela pour y trouver de la nour
fubftance
pour les faire croître & leur faflifamment faire
duire des fruits.
proCalcbaf- Un arbre dont on ne
fier, Ar- dans une
peut fe paffet
bre, Sa Les
habitation, eft un calebaffier.
deferip- tion.
Elpagnois l'appellent,
Son écorce eft blanchâtre & Higuero.
fon bois eft plus coriace raboreule: dur,
vient mieux de bouture
que de
s il
&
bien plurôt; il que fe
graine,
tranfplante
J'en ai vû
Sudcom
de très-grands &
gros qu'on avoit changé de
ou trois fois fans
place deux
la moindre
qu'ils en cuffent reçà
font
incommodité. Ses branches
longues &6 toutes unies, c'eft-à-dire
qu'elles ne font point garnies de menus
branchages. Ses fetilles qui font en
quantiré, ont
à cinq pouces de
longueur, cordterra par le bout qui les
joint àla branche, plus
arrondies
& comme une (patule au larges, bout
aflez épaifles &. d'un beau verd. oppolé,
font attachées le long des branchesles Elles
unesa après les autres, à
près en dif
tance égale. Ses Aleurs EStE de couleur
bleuâtre, qui approchent aflez pour la
figure, desrofcs fauvages à moitié éclofes; elles croiffent fur le tronc comme
fur les branches, aulli - bien- que le --- Page 293 ---
Tm3-pag.26.
Calebarse dartre
Feiiiller de
Calebarrier.
Colebasrier --- Page 294 ---
PJCB --- Page 295 ---
Frangoifes de PAmerigue.
fruit qui aflez fouvent touche à 261
Onen trouve de differentes
teire. 1696.
groffeurs. L'écorce eft mince & figures ne
&
pas l'épaifleur d'une piece de trente paffe
cela ne l'empèche pas d'être
fols,
elle eft fort liffe, & fe polit très-forte,
ment bien en dehors &c en dedans. admirable- Cet
arbre qui vient grand & fort. -
porte des fieurs & des fruits branchu, deux fois
Fannéc, ou
parler plus jufte il a
toujours des dcusd & des fruits, On
noît que les calebafles font mtires conla queiie qui les attache à l'arbre quand fe
trit & fe noircit,
lors on les déta- Aeche de l'arbre. goon on s'en veut fervir
pour mettre del'eau ou d'autres
on fait un trou d'une
liqueurs,
nable auprès de la queite, grandeur convefait entrer del l'eau chaude par lequelon
pour macerer
promptement la moëlle ou
Sin la calebaffe eft
pulpe
qu'elle eft bien macerée remplie. Après
un petit bâton
la on y fait entrer
ment, & la apOrEe fortir, rompre entierey met encore de l'eau chaude après quoi lon
gros fable que l'on remué fortement avec de Ulage
pour achevér de détacher ce
- des Cale.
&c polir le dedans, & quand qui elles refte 9 baffes,
ainfi nettoyées & féches, le vin & font les
auttes liqueurs qu'on y met s'y confer-
eft bien macerée remplie. Après
un petit bâton
la on y fait entrer
ment, & la apOrEe fortir, rompre entierey met encore de l'eau chaude après quoi lon
gros fable que l'on remué fortement avec de Ulage
pour achevér de détacher ce
- des Cale.
&c polir le dedans, & quand qui elles refte 9 baffes,
ainfi nettoyées & féches, le vin & font les
auttes liqueurs qu'on y met s'y confer- --- Page 296 ---
262 Nowweaux Fsyager Aux Tflss
vent patiaitenento & ne contraétent
E696. point de mauvaisgoûit.
Lorfqu'on veut feparer une calebaffe
en deux parties pour en faire deux coûis
qui font des clpeces de febiles propresà
une infinité dufages: ; on l'environne foravec une petite corde que l'on ferre
tement à l'endroit ohl'on la veut couper, & à mefure qu'on la ferre, on
frappe deffus pour la faire entrer. C'eft
ainfi qu'on la fepare en deux, mais il
faut pour cela que la calebafle ne foit
pas féche, & qu'on ne vienne que dela
détacher de l'arbre. Etant ouverte on
la vuide facilement, & on grarte le dedans avec une coquille de moucle pour
le Les polir. Indiens definent & gravent fur
la convexité des compartimens & des
grotefques à leur maniere; ils remplifIent les hachûres de differentes couleurs
quifonts un fort bon effet, & quoiqu'ils
ne fc fervent ni de régle ni de compas,
CCS deffeins ne laiffent pas d'être fort
juftes & fort agréables. Ces coiis fervent à une infinité d'ufages dans un méquoiqu'ils ne foient que de bois,
nage; on ne laiffe pas de les mettre fur le feu,
& d'y faire chauffer de l'eau. Lorfquils
fontrompus, leurs piecesferventà taire --- Page 297 ---
des cuilliers. Erangoifesde PAmbrique. 26; -
On en fait des
& des paffoirs en les perçant écumoires 1696.
petir fer rouge. C'eft la vaillelle avec un
naire & la batterie de cuifine ordiNégres, des Caraibes, & de la de nos
des petits habitans. On
plâpart
lebaffes, Calebaffes
appelle ces cadiftinguer de celles dont d'Arbres, pour les
je vais
qu'on nomme
parler,
il faut
Calebalfesd'Hierbe. Mais
tez de ces auparavant fruits, tapporter les propriémaladies ou accidens. > pour guérir quelques
Onfe fert de la pulpe des calebaffes
pour cela guerir les brîlures, > il Ine faut pour La
que l'étendre fans la faire cuire nibafles des tte
chauferfurla partie brûlée ou
un reme- cft
avec une compreffe par dellus, échaudée, &
(peci.
foin de changercetre
avoir fique
me, de fixen fix heures. elpece de camplaffidtt la
lai brûlure
Non feulement
ne croît point, mais elle eft
bien-torguerie.
On s'en fert encore
maux de tête caufez
guerir lespour lee
leil.
par
dorto
On en couvre tout le coups de fopmt de
tête jufqu'aux oreilles,
devant de la
deux en deux heures & on change ede
froid extrême de
ce cataplafme. Le
ardeurs
le cette pulpe appaife les
cerveau. que Bien foleil 2 caufées dans le
un
des gens en ont reffenti
prompt foulagement, & en très-
fert encore
maux de tête caufez
guerir lespour lee
leil.
par
dorto
On en couvre tout le coups de fopmt de
tête jufqu'aux oreilles,
devant de la
deux en deux heures & on change ede
froid extrême de
ce cataplafme. Le
ardeurs
le cette pulpe appaife les
cerveau. que Bien foleil 2 caufées dans le
un
des gens en ont reffenti
prompt foulagement, & en très- --- Page 298 ---
264 Nowveaux Froyager anx Ifles
2696. peu de tems une parfaite guerifon:
Pour la Rien n'eft plus fpecifique
la COcolique. lique de queique elpece ERTE puiffe
être, que les lavemens compofez du fac
de
de ces calebaffes, après qu'elles ont
cuites, ou au moins macérées
carat
dans:les cendres chaudes.
Elles font encore un remede affuré &c
confirmé par une infinité d'expériences,
pour empècher les accidens qui arrivent
aux perfonnes qui ont fait des chûtes
Pour les confidérables. On choifit pour cet effet
des accidens chû- une calebaffe quine foit pas encore touttes.
à-fait mûres O1l la fait cuire toute entiere dans les cendres chaudes, après
on l'ouvre, on exprime le fuc de
dans un vale, & onl
2rpl
pulpe
le fait boire
au malade. Rien au monde n'eft fi fouverain
empècher lhémoragic, fi
quelque TONtENP étoit rompu, ou; pour
prevenir les abfcès, ou réfoudre les contufions, ou enfin difliper les caufes qui.
pourroient produire des fincopes, des
défaillances & autres accidens.
Calebaf- Les calebaffes d'herbe fe fement toufes d'her- tes les années, ou même fans aucun
be.
égard dala faifon, autant de fois qu'on en
abefoin, 3 comme on fait les melons &
les concombres; on feme ou plante les
uns & les autres en plcine rerre, l'ufage
des --- Page 299 ---
Frangoifes de PAmerigue.
couchesefti inconnu aux Ifles, & il edt 1696.
tout à-fait inutile. Ces fortes de calebaffes font très-grofles & aflez longues;
ordinairement ellesf font plus larges que
hautes. Elles font de la même cfpece
que celles d'Europe, 3 d'où felon les apon en a apporté la graine. Leur
Eumeet eft beaucoup plos épaiffe quecelles descalebaffes d'arbres, avec tout cela
elles durent beaucoup moins, parce
qu'elle eft plus (pongicufe 8c plus molle;
ce qui fait encore qu'elles contraétent
aifément un mauvais goûr, & qu'elles
gâtent ce qu'on y met.
Nous avons encore des calebaffes
douces, dont I'nfage eft fi commun en fes Calebar douItalie, en Provence, en E(pagne, farses.
J
toutes les côtes de la Méditerranée, &
dans tous les pais chauds. Elles viennent
de graine comme les melons & les concombres, ordinairement elles font fort
longues & peu groffes, leur écorce eft
blanchâtre, quand elles font mûres s
mince, facile à couper. Elles font admirables dans la foupe, où elles font le
même effet que les concombres, c'eft-àdire, qu'outre la faveur qu'elles donnent
auboiillon, elles font fort rafraîchiffantes. Elles viennent fi vite 8c fi parfaitetement aux Ifles, qu'il femble que ce
Tame III,
M
font fort
longues & peu groffes, leur écorce eft
blanchâtre, quand elles font mûres s
mince, facile à couper. Elles font admirables dans la foupe, où elles font le
même effet que les concombres, c'eft-àdire, qu'outre la faveur qu'elles donnent
auboiillon, elles font fort rafraîchiffantes. Elles viennent fi vite 8c fi parfaitetement aux Ifles, qu'il femble que ce
Tame III,
M --- Page 300 ---
266 Nouveaux
aux
1690. foit leur pais natal, Troyager & bien des Hes
affirent qu'elles y font meilleures gens
Europe.
quen
Le calebaflier n'eft pas le feul
qu'on a foin de planter dans les nouvel- arbre
leshabirations. Èn voici d'autres
font pas moins utiles, & que les quiny bons
habitans ne négligent jamais.
L'arbre
Du Co- - cotier ou
appelle aux Ifles Cocotier, ,ou
eft le même
doaa
Coeos, nomme Palmier dans les grandes qu'on
Les gens qui ne font pas accoûtumez Indes.
pais, confondent aifément le
au
avec le cacoyer, & le cocos avec cocotier le cacao, que l'on prononce fimplement Caco, quoiqu'il y ait une difference
finie entre ces deux arbres, &
infruits n'ayent aucun rapport queleurs
On tireroit les mêmes avantages entr'eux.
COS aux Ifles qu'on en tire aux ducoon vouloit s'en donner la
Indes, fi
planter un
grand nombre; peine > & en
n'en plante tr plus fouvenr
mais on
riofité, & pour en avoir le
par dont Cul'eau eft
TE
agréable, la chair délicate, &
l'écorcep propre à faire des taffes & autres
uftenciles.
On plante la noix toute entiere, c'eftà-dire avec fon enveloppe. Elle eft
ou fix moisà pouffer &à fortir de terre, cirq --- Page 301 ---
SPICB --- Page 302 ---
Toms-pag- 266.
de
Nou de Cocos
deporullee
Jon Cnvelope. --- Page 303 ---
Tom-g P99.266,
Feuille
Cocolier
entiere.
ou
9ros Cocos.
L
Tronc et raciner. --- Page 304 ---
IPICI --- Page 305 ---
RPICE --- Page 306 ---
Tm3.pisép
Cocotier.
Cocotier
efeur
/ Racine de
Branche
Coconier.
de Coconier.
Cocoaer Jeune.
Toms-pag- 266.
de
Nou de Cocos
deporullee
Jon Cnvelope. --- Page 303 ---
Tom-g P99.266,
Feuille
Cocolier
entiere.
ou
9ros Cocos.
L
Tronc et raciner. --- Page 304 ---
IPICI --- Page 305 ---
RPICE --- Page 306 ---
Tm3.pisép
Cocotier.
Cocotier
efeur
/ Racine de
Branche
Coconier.
de Coconier.
Cocoaer Jeune. --- Page 307 ---
Frangoifes de PAmerique. 267
que l'arbre eft aurant d'an- 1696.
On prérend
du fruit, qu'il a été de
néesà rapporter
de
fon germois en terre,avant avoir du
ou du moins
me. Il peut y
L
dans cette obfervation, pour moi je n'en
ai point fait Texpérienee. cet arbre comme
On faifceau peut regarder de fetilles & de branches,
un
fe développent à
liées enfemble , qui
fon centre 8
mefure mpuillesponte fommet. Celles par qui font exté- tion
par fon c'elba-dire, celles qui font les Rueng Cocos,
rieures,
de la circonférence, fer réplus proches en dehors comme des panaches
pandent fe détachent du troncles uns après
qui les autres, en même tems que le l'arbre centre
en pouffe de nouvelles, & laiffent que fur le
croit. Celles qui tombent
veltige
tronc qui s'eft formé fousellesle éroient attachées 5
de l'endroit ou elles
tout couvert
cela fait que V'arbre paroit
cclles
de hachûres à peu près comme
qui
reftent fur la peau d'une carpe, Les branches après
qu'on a enlevé les écailles. de long, elles font
ont neufà dix pieds & d'autre tout le long de
garnies de
de fetilles droites, lonleur ERE
fortes, liantes
gues de plus d'un pied,
& d'un allez beau verd. fort droit & fort haut,
Cetarbre vient
Mij --- Page 308 ---
268 Nowveanx Yayager ANX Ies
1696. il croît toujours. Il'eit moins gros dans
fon milieu qu'à fes extrémitez. Il pouffe
peu avant en terre fa principale racine, 3
mais elle eft environnée d'une très-grande quantité d'autres plus petites , entrelaffées les unes dans les autres qui font
comme une motte autour d'elle pour la
fortifier, & foûtenir l'arbre. J'en ai vû
que les pluyes & lesavalaffes savoient tellement dégradées, qu'elles étoient toutes hors de terre. C'eft ce qui fait que
l'arbre a peine à réfifter aux coups de
vent, fa tête chargée de quantité de
brancheslongues & garnies de feilles,
donne plus de prife au vent que fa racine
n'a de force pour y réfifter.
Quand on prévoit ces coups de vent
extraordinaires & furieux qu'on appelle
ouragans, on fait monter quelque Négre
adroitau fommet de l'arbre pour en couper les branches les plus vieilles, & n'y
laiffer que la gerbe du milieu, afin que
l'arbre ne donnant pas tant de prife au
vent, foit plus en état de foûrenir fon
impétuofité. C'eft de cette forte qu'on
les conferve.
Le fommet ou la tête ducocotier eft
fitendre qu'on le mange comme on fait
le choux palmifte, quil furpalle en bonte& en délicatelle; effeétivement il left
pour en couper les branches les plus vieilles, & n'y
laiffer que la gerbe du milieu, afin que
l'arbre ne donnant pas tant de prife au
vent, foit plus en état de foûrenir fon
impétuofité. C'eft de cette forte qu'on
les conferve.
Le fommet ou la tête ducocotier eft
fitendre qu'on le mange comme on fait
le choux palmifte, quil furpalle en bonte& en délicatelle; effeétivement il left --- Page 309 ---
JCB --- Page 310 ---
7om.2-p90.368
Cocotier dela
veconde lapece
Cocouer quivorede terre.
Jeune,
Coconer --- Page 311 ---
Fyangoifes de PAmérigne. 269
plus tendre, & il a un certain goûr de 1696.
noifette ou d'amande que le palmifte n'a
pas. Letronc du cocotier ne laiffe pas d'etre très-dur & très-difficile à couper, out
du moins à entamer , quoiquil n'ait
gueres qu'un bon pouce dépailfeur, le
refte jufqu'au ceur n'eft qu'in amas de
fibres longues & prellées, qui peuvent
fe tirer d'un bout àl'autre, quand l'arbre
eft partagé ou fendu en deux , elles font
abreuvées d'unel liqueur aflez claire & aigrette. On ne fait aucun ufage de ce bois,
parce que fa rareté faitqu'on le conferve
& qu'on ne l'abatjamais fans une néceffitédes plus preflantes. les choux OlL les têtes de
J'ai mangé
quelques-uns quiavoient étéabbatus
un
&
les
P
le vent dans
ouragan,
je
trouvez bien meilleurs que ceux des palmiftes ordinaires; carje croi
tous ces
arbres font du même genre, Rra qu'ils ne
different
l'efpece.
Ti3r Ln marquer ici que quand
les branches fortent du coeur del'arbre, >
ellesfont enveloppées de tiffa croifé ou
de grolle toile, 3 comme de la ferpiliere
grile, qui fuit le fort des branches
qu'elle avoit enveloppées, & qui tombe avec elles. J'en al trouvé des morM iij --- Page 312 ---
270 Nonveaux Vayages aux Mes
1696, ceaux de près de deux pieds en quarré.
Le cocos Le cocotier Aeurit tous les mois, de
fl:r rit forte qu'il paroit
zous les Aeurs &
toujours couvert de
mois,
de fruits qui mûriflent les uns
après les autres pendant toure l'année.
Ses Aleurs font blanches, attachées
peloitons à un rameau qui fort du cen- par
tre de l'arbre de la longueur de deux à
trois pieds. Il paroit tour blanc quand
il eft chargé de Aleurs, mais la
tombent
plapare
à terre, aufli font-elles en trop
grand nombre pour pouvoir apporter du
fruir. A celles qui reftent fuccédent les
fruits qui ifont attachez de part & d'autre du rameau, à peu près comme on
voit les grains de raifins aux vignes fauvages. Le rameau qui les fourient eft
d'un bois extrèmement fouple & liant,
auffi-bien
les queties oi le fruit eft s
attaché. ohc s'en fert quelquefois
châtier les enfans. In'ya point de pour verges ou de foiiet qui fc fafle micux fentir.
Jen n'ai pas remarqué exachemenr.combien der tems le fruit demeure far l'arbre
depuis qu'il a fuccedé aux fleurs jufqu'à
fa parfaite maturité; parce qu'il eft allez
rare qu'on attende jufqu'a ce tems-là
pour le cueillir; mais autant quej'en
puis juger, il ne lui faur gueres moins
dune année pour mûrir.
de foiiet qui fc fafle micux fentir.
Jen n'ai pas remarqué exachemenr.combien der tems le fruit demeure far l'arbre
depuis qu'il a fuccedé aux fleurs jufqu'à
fa parfaite maturité; parce qu'il eft allez
rare qu'on attende jufqu'a ce tems-là
pour le cueillir; mais autant quej'en
puis juger, il ne lui faur gueres moins
dune année pour mûrir. --- Page 313 ---
Tem-3 ran.aye
Jde Cocos oRewr.
Guairner
&
d
a --- Page 314 ---
CEPO --- Page 315 ---
Françoifes de PAmerigue. 271
Lorfque le fruit eft mûr i a fix à fept 1696.
de diametre dans fon milieu, &
pouces neuf à dix pouces de haureur. Il n'eft Deferipexacement rond, mais plutor trian- tion du
pas
Ilya deux chofes à confidérer fruit.
gulaire.
; fon
& fa
dans ce fruit;
enveloppe,
la
noix. L'enveloppe
environne filaffe fort
eft
groffe
noix, compolée
d'une
adhérenre à la noix s couverte verd
mince, liffe & dure, d'un
peau d'autant plus pâle
le fruit approche
defa maturité. On 2r fert de cette filaffe
dans les grandes Indespour faire des COrdages. On la bat pour en ôterla pouffiere & rendre les fibres plus fouples, >
quoion! latille, & on la fle à peu
piès après comme le chanvre. On prétend
ces cordes font moins fujettes à fe
pourtir que
dans l'eau, que celles de chanvre.
La noix étant dépotillée de fon enveloppe , a encore
â cinq pouces de
de diametre, & TUIr â fept pouces
hauteur, elle eft épaiffe de trois Aquatre
lignes dans fon milieu, & de cinq à fix
dans fes extrémitez. Elle eft fort dure,
d'une couleur brune; avec quelques filets d'un gris fale, mèlez dc petits
blancs. Le bout
lequel le
eft
PRGREA
attaché àla EEE a trois ouvertures
rondes de deux à trois lignes de diameM iv
cinq pouces de
de diametre, & TUIr â fept pouces
hauteur, elle eft épaiffe de trois Aquatre
lignes dans fon milieu, & de cinq à fix
dans fes extrémitez. Elle eft fort dure,
d'une couleur brune; avec quelques filets d'un gris fale, mèlez dc petits
blancs. Le bout
lequel le
eft
PRGREA
attaché àla EEE a trois ouvertures
rondes de deux à trois lignes de diameM iv --- Page 316 ---
272 Nouveaux Troyages aux IRes
1696. tre s qui font fermées & remplies d'une
matiere grifitre, ipongicule comme du
par lefquelles felon les apparences
le
tire fa nourriture de
iyar
l'atbré.
Quand on perce la noix en débouchant Ces troiS ouvertures s il en fort
une liqueur blanchâtre comme du petit
lait, qui eft fucrée, avec une petite
d'aigreur fort agréable. Lorfque
noix eftj
c'eft-a-dire,
Erter
tjeune,
long-tems
avant fa maturité, elle eft toute pleine
de cette eau ; mais àmefure qu'elle mûrit, la quantité de cette cau diminué.
Lanoix étant fciéeou caflée, 2 on latrouve revètué par dedansd'une matiere trèsblanche, 2 qui avant la parfaite maturité
du fruit, n'a pas plus de confiftance que
du lait caillé, & environ deux lignes
d'épaifleur. Pour lors on la prend avec
une cueillier, on la met far une afliette
avec un peu d'eau de Acur d'orange &
de fucre. C'eft un manger délicat qui
rafraichit beaucoup. Mais quandle fruit
eft mûr, cette matiere prend laconfiftance d'un maron cuit; on la trouve
pour lors épaiffe de quatre à cinq
blanche comme la neige. Son
eft
comme
a
un compofé de la noifette & du
cul d'artichaut, auffi la mange-t'on avec
du fel & du poivre. Elle eft compacte, --- Page 317 ---
Françoiles de PAmbrique. 273
froide,8 d'allez difficile digeltion. On 1696.
prétend qu'elle
l'urine, jen'en
puis rien dire FETBRTI pofirif, > n'y ayant pas
La noix
fait une attention particuliere.
il
dans cet état renfermetrès-peu d'eau;
faut que cette liqueur fe foit congelée
8 quelle ait fervi de nourpeuà riture STe la chair blanche dont la noix eft
revèrué On fc par fert dedans. des noix pour faire des Ufage de
tafles, des cueilliers & autres meubles. la deCocos, nuix
On polit le dehors en le paffant fur la
meule, & on le luftre en le frottant
d'huile de Palma Chrifti,avee un morceau de peaur de requien ou de chien de
mer, & enfuite eavec du linge. Le dedans
fe polit avec un morceau de verre.
Les Elpagnols en font des taffes pour
prendre le chocolat. J'en ai vû de trèsbelles, bien travaillées, cizelécs, enrichies d'argent fur un pied d'argent, &
d'autres fur un pied fait d'un autie motceau de COCOS bien cizelé.
Il y a une autre cfpece de cocotier
qui porte des fruits de même forme que
ceux que je viens de décrire - , mais qui
les noix orne font gueres plus
que difference
dinaires d'Europe. R y a une
tres-confidérable entre les derniers COCO- Cocos
tiers, 8c ceux quejai décritsey-devant. épiucux,
M V
un pied d'argent, &
d'autres fur un pied fait d'un autie motceau de COCOS bien cizelé.
Il y a une autre cfpece de cocotier
qui porte des fruits de même forme que
ceux que je viens de décrire - , mais qui
les noix orne font gueres plus
que difference
dinaires d'Europe. R y a une
tres-confidérable entre les derniers COCO- Cocos
tiers, 8c ceux quejai décritsey-devant. épiucux,
M V --- Page 318 ---
- 274 Nowveaux Vojager anx Ifles
1696. Letionc de ceux-ci paroit comme une
colonne renflée extraordinairement, &c
plantée fur fa tête ou à la renverfe : car
lepied eft affez petit 2 le milieu trois fois
plus
qu'il ne devroit être; & le haut
une ES & demie plus gros que le
Ileft avec cela tout couvert d'épines pied. ou
de pointes affez longues & fortes, qui
l'environnentd depawlebasjufquen
en maniere de volutes très-régulieres. haut,
J'ai fouvent admiré cet ouvrage de la
nature. Les branches & les feutilles de
cet arbre font plus courtes de la moitié
que celles du vrai COCOS 2 mais elles font
plus larges & toutes heriffées
La coque du fruit eft mince d'épines.
& pleine d'une fubftance blanche, 2 peu dure, molle
& qui a un affez mauvais goût d'huile.
Cela n'empèche pas que les enfansà
tout eft bon, n'en mangent avec avidité, qui
Mais-la difliculté d'en avoir eft
car il faut des échelles, & même grande, fort
longues
aller cueillir ces fruits, les
épines Rnurf l'arbre eft heriflé, ne
mettant pas d'y monter.
perPetits
On tiouve affez fouvent au bord de la
cocos mer des COCOS de lagrofleur d'un cufde
daire propresd des poule ou environ. Comme on n'en voit
tabatic qu'après
a eu des vents de la bankes,
de du Sud, 7ii lieu de croire qu'ilsvien-
même grande, fort
longues
aller cueillir ces fruits, les
épines Rnurf l'arbre eft heriflé, ne
mettant pas d'y monter.
perPetits
On tiouve affez fouvent au bord de la
cocos mer des COCOS de lagrofleur d'un cufde
daire propresd des poule ou environ. Comme on n'en voit
tabatic qu'après
a eu des vents de la bankes,
de du Sud, 7ii lieu de croire qu'ilsvien- --- Page 319 ---
RPJOB --- Page 320 ---
Tm 3. p39.275 Palmiorpanc ou
damier avec un
regime de Son
Friie. --- Page 321 ---
Frangoifes de PAmsrigne. 275.
nent de la côte de Terre-ferme. Je n'ai 1696.
jamais
trouver dans aucune de nos
Ifles, Sbar arbres qui en portaffent de
femblables, & quelque diligence que
j'aye faire, je n'ai pà en être éclairci.
On 2 fert de ces COCOS pour faire des
tabatieres, avec une garniture d'argent.
Ils reçoivent aifement un très-beau poli,
& quoi qu'ils foient affez minces, ils ne'
laiffent pas d'ètre forts par cux-mèmes - 5
à quoi je dois ajoûter, que leur figure
fpherique n'y contribué
peu.
Nous avons des anters aux Ifles,
mais en petit nombre, & cela par la négligence des habirans, qui fc privent
d'un des meilleurs fruits qui foient au
monde. Cet arbre que l'on nomme auffi Palmier
Palmier dans le Levant & en Barbarie,
vient à
près comme le Cocotier. nigr: ou
poulle EC branches comme une gerbe Dattier. tes,
qui fe répandent comme un parafol en
penchant vers la terre,d mefure que le
elles font
centre en pouffe denouvelles;
allez femblables à celles du cocotier,
mais'elles font'chargées de pointes ou
d'épines fortes, & affez longues; 5 elles
font auffi plus adhérentes au tronc, de
forte que f on neles coupoit pas,tarbre
auroit vinge - deux pieds de haureur, balles
avant que fes premieres &c plus
Mvj
chant vers la terre,d mefure que le
elles font
centre en pouffe denouvelles;
allez femblables à celles du cocotier,
mais'elles font'chargées de pointes ou
d'épines fortes, & affez longues; 5 elles
font auffi plus adhérentes au tronc, de
forte que f on neles coupoit pas,tarbre
auroit vinge - deux pieds de haureur, balles
avant que fes premieres &c plus
Mvj --- Page 322 ---
a - 276 Nouveaux Voyages aux TRes
1696. fetilles fe fullent féparées du tronc.
des Sentimét Na- On prétend que cet arbre eft mâle. &
turaliftes femelle.
le mâle fleurit fans
fur les porter de Pnaie & qu'il laiffe ce
dattieis,
Hoatfa
la femelle : mais qu'elle ne rapporteroic
point fi elle n'avoit le mâle auprès d'elle,
ou du moins dans une diftance fuffifante
pour que lei mâle la pût voir, c'eft-à-dire,
qu'ils foient en vue l'un de l'autre. Je
fuis fâché de ne pouvoir pas foufcrire au
fencimentdes Naturaliftes, mais j'en fuis
empèché par une expérience
j'ai
très-fOire, oppoféc ditredtement 3 leur
fentimenr, > qui dément abfolument ce
que je viens de rapporter fur leur bonne foi; car nous avions un dattier à côté
de notre Couvent du Moiillage à la
Martinique, qui rapportoir du fruit,
quoiqu'il fut tout fcul. Qu'il fut mâle
Ou femelle, je. n'en fçai rien, mais cC
fçai très certainement, c'eft que
terrain où eft le Fort
E-E
Saint Pierre
& le Moitillage, 8cà plus dec deux licuès
à la ronde, ilny avoit & n'y avoit jamais eu de dagtier: d'où il me femble
qu'on doit conclure que la prefence du
mâle n'eft pas fi néccffairca cet arbre
pour le rendre fecond, que les Naturaliftes le prétendent. A moins qu'on ne
veiille dire que cet arbre fait comme les --- Page 323 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 177'-
animaux qui font en Afrique, qui fe 1696.
joignent enfemble fans beancoup confulter s'ils font de même efpece, quand
la néceflité lesyoblige, & qu'ils ne trouleurs femblables. En effet,
vent point
cocotiersaffez près
nous avions quelques
de notre dattier, qui auroient apparemment tenu la
du dattier mâle, > &
rendu notre ECIET feconde.
Les noyaux des dattes qui ont crû aux Les
Ifles étant plantez, ne levent poinr, & RrTA datde rejetton 5 de forte tes des
ne pouffent
avoir des dattiers, Ifles levent ne
ceux qui
raae
Qoer obligez de planter des dattes de point.
Barbarie, qui ont le germe neceffaire
produire. C'eft ainfi que nous
voyons pour que les 1 poules font des ceufs fans
le fecours du coq s mais ces ceufs n'éclo- de
fent point, & ne produifent point le
poulets , parce qu'ils n'ont point germe néceflaire qui leur eft communiqué
le cocq. 11 faut donc a Meflieurs de
I Naturaliftes prennent
peine
corriger ce qu'ils ont dit de la néceffité
du Palmier mâle pour rendre la femelle
feconde; ou quils fc retranchent à dire
comme moi, que la préfence du mâle
fert feulement Aperfectionnerle germe
du fruit, & à le rendre propre à produire un arbre femblable.
qu'ils n'ont point germe néceflaire qui leur eft communiqué
le cocq. 11 faut donc a Meflieurs de
I Naturaliftes prennent
peine
corriger ce qu'ils ont dit de la néceffité
du Palmier mâle pour rendre la femelle
feconde; ou quils fc retranchent à dire
comme moi, que la préfence du mâle
fert feulement Aperfectionnerle germe
du fruit, & à le rendre propre à produire un arbre femblable. --- Page 324 ---
278 Nouveanx
Aux Ifles
1696. Les dartiers des
fleuriffent une
CAGEL
fois l'année. Ils pouffent pour lors de
leur centre, un 3 deux, & mème jufqu'à
trois rameaux de la groffeur d'un pouce,
& de deux à trois pieds de long qui fe
chargent dans toute leur longueur & de
tous côtez de petites fleurs blanches,
mais dont la plus grande partie tombe
à terre ; les fruits fuccédent à celles qui
reftent. On compte pour l'ordinaire
cent quatre-vingt à deux cens dattes fur
chaque rameau ou grappe, ou pour parler lel langage des Mes, fur chaque regime. Comme ce fruit n'a rien de
ticulier aux Ifles,
ne croi
me
Pac
je
pas
voir arrêter à en faire une plus ample
defcription. Ce que jy ai remarqué &c
dont je n'ai pû connoître la caufe,ceft
qu'il ne mûrit jamais ( parfaitement à
la Martinique & à la Guadeloupe, qu'il
faiten. Afrique, en Afie & même à Saint
Domingue; car quoique nos dattes deviennent tendres &c comme mielées S 3
qu'ellesjauniflent, en un mot qu'elles
femblent parfaitement mûres;ileft conUfage ftant qu'elles confervent toujours. une
qu'on certaine âpreté qui fait connoitre qu'il
fait dattes des leur manque encore quelque degré de
aux Ifles marurité. Seroient-clles dela nature des
du Yent. nefles qui ne mûriflent jamais bien fur --- Page 325 ---
Frangoifes de PAmérique. 279
Tarbre, & qui ont befoin d'ètre quel- 1696.
que-tems fur la paille pour avoir toute
la bonté quel'on y peut defirer. Ce défaut eft caufe qu'on ne les
point
on les employe en
teutat
cruès;
qui Ee
eft excellente pourla poitrine,
confume les cruditez
la digeltion, mais qui dont il fautufer avec
del'eftomac,
échauffebeaumodération, parce qu'elle
coup. L'ouragan qui arriva au mois d'Octobre 1695. déracina le dattier qui étoit Chou de
à côté de notre Couvent du Motillages d'attier.
on n'avoit pas en foin de faire couper
les branches.quand on commença à fentir limpéruofité du vent. Comme on vit
quele mal étoit fans remede, parce que
larbre étoit trop grand & trop gros,
pouvoir être redreffé & remis en
pour terre 5 on lui coupa la tète pour en tirer
le caeur ou le chou. J'en mangeai & des je
le trouvai bien plus délicat que ceux
palmiftes communs & épineux, & mème des: cocotiers. Il étoit un peu
jaune., d'une groffeur
Scri
& d'un goûr qui avoit quelque chofe de
pariculier.
K
larbre étoit trop grand & trop gros,
pouvoir être redreffé & remis en
pour terre 5 on lui coupa la tète pour en tirer
le caeur ou le chou. J'en mangeai & des je
le trouvai bien plus délicat que ceux
palmiftes communs & épineux, & mème des: cocotiers. Il étoit un peu
jaune., d'une groffeur
Scri
& d'un goûr qui avoit quelque chofe de
pariculier.
K --- Page 326 ---
280 Nowveaux Vayages Aux IRes
1696.
CHAPITRE XI.
Du Palma Chrifi. Du Coroffolier. Du
Caeur de Banf. Du Bois immortel,
e da Medicinier.
L EPalma Chrifti
les Caraibes &
lcs habitans de Guadeloupe &
autres Ilesappellent Carapat, eftun arbriffeau fi utile,
n'oublic jamais
d'en cultiver un Reert nombre dans les
habitations. Son tronc ne vient jamais
plus gros que le bas de la jambe. Son
bois eft leger, noueux, > prefque vuide,
ouPalma Carapat n'ayant qu'un
de moëlle blanche
Chrfti, comme le Voncte dont la
diarbrif minué à mefure
l'arbre quantité
fcau,
que
vieillit. Son
écorce eft grife, mince & polie. Ses
feiiilles approchent un peu de celles de
la vigne, quoi qu'elles foient beaucoup
plus petires, plus minces &c plus rudes.
Ilp porte deux fois l'année des bouquers
comme des gouffes de chataignes , plus
petitesàla verité & fans piquans. Quand
quelque goiffe d'un
Fruit du ce à s'ouvrir d'elle- bouquet commenPalma
mème, c'eft une
fes Chrifti ufa- > marque que tout le bouquet eft mûr,
ges.
&quileft tems de le cucillir. Lesgouf, --- Page 327 ---
Toms:pag.a8e
Palma Chrisai ou Ricinus.
Nora de
Palma
Christ. --- Page 328 ---
RPSCS --- Page 329 ---
Franpoifes de Ambrigue. 281
font
ouvertes. s'ouvrent 1696.
fes qui ne
pas les
entre les
facilemeut en
preffant amande comme
doigrs; ilen fort une
une feve ordinaire, un peu plus plate
d'un côté que de T'autre, couleur extrémement brune,
liffe, polie, luifante,de filets & points
avec de petites lignes,
de
comme une efpece
qui compofent
argenté. Qnand l'afeuillage qui paroit outre ces
armande eft nouvelle >
lignes
gentées, on y remarque quelques
à
& noirs : qui
POAI
points jaunes l'amande vieillit. Le dedans
mefure que amande eft blanc, d'une conde cette alez ferme &c huileufe, & d'un
fiftence
goûr Onsen un peu fert amer. à faire de Phuile en cette Huile Palma de
maniere. On pile dans un mortier de Cheifti ou de Cae
bois de goyac ou autre matierc, les grai- Ieurs rapat.
de
nes ou amandes dépotillées les fait boiillir
goulfes,après quoi on
bouildans de l'eau, & àmefure qu'elles cuillier Phuile
lent, on enleve avec une n'en rendent
(urnage. Lorfqu'elles
8c
on verle l'eau par inclination,
dans une
LE
on preffe le matc d'achever enveloppé de tirer ce
grolle toile, afin
qui Cette y reftoit. huile eft douce, fans mauvais
goûr ni mauvaife odeur, aufli tranfpa-.
après quoi on
bouildans de l'eau, & àmefure qu'elles cuillier Phuile
lent, on enleve avec une n'en rendent
(urnage. Lorfqu'elles
8c
on verle l'eau par inclination,
dans une
LE
on preffe le matc d'achever enveloppé de tirer ce
grolle toile, afin
qui Cette y reftoit. huile eft douce, fans mauvais
goûr ni mauvaife odeur, aufli tranfpa-. --- Page 330 ---
282 Nowveanx Voyages Aux Ifes
1696. rente que lhuile dolives elle éclaire
pour le moins auffi-bien & ne fait point
de fumée.
Elle eft admirable pour oindre les
Elle eft membres qui font
des
bonne douleurs
engourdis par
pour
froides. en la mélant avec de 4
p'ufieurs l'efprit de vin, & ayant
maux.
préparé la partie
de fortes friétions avec des linges
Peuts & chauds.
Elle foulage aufli très-promptement
& guérit les meurtriffures & les contufions, en mettant far les endroits meurHitdoyonpefinimbienrden cette huilel la plus chaude qu'on la puilfe
ter
fipporavec de l'eau-de vie,
n'y faut
mélerque quandl'huile eft Tau de deffus le fcu.
Elle eft encore (pecifique pour toutes
fortes de coliques. Onen fait prendre aui €
malade une cui'lerée & demie dans
ou
huit cuillerées de bouillon. Elle fept excite à un vomiffemegt qui emporte infailliblement le mal, outre qu'elle purge parfaitement bien.
Ceux qui veulent avoir cette huile
plus parfaite, > fans danger qu'elle rancifle jamais ou qu'elle contraéte de mautvaife odcur, & la rendre aufli agréable
au goit & à la vûe quelhuile d'amandes
douces, la doivent faire par expreilion --- Page 331 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 283 1696.
fars cau chaude ni feu; Oll
fimplement de bien piler les amandes,
fe contente
ce marc dans
après quoi on enveloppe met lous la prelle pour
une roile qu'on Thaile.Je croi
qui
en exprimer faite de cette maniere
mejlleure
eft
Ff
quelaure pour les médicamens.
Je fuis faché de n'avoir pas expéri- illes, fi
menté pendanr que j'étois bonne aux à mancette huile ne feroit pas
ger en la tirant dune manieré
proil me lemble qu'elle
Hep
prej.car être. Peutêtre que quelquun
foi
roit
lira ces Mémoires en Veralesperience,
& rendra ce fervice au pub plic.
Ceux qui bràlent de Chuile préferent
celle cial Thuile - depoiflon, celle-ci & avecjuf dutice 5 car il eft certain que
re plus long tems, fait une lumiereplus la mauvaife
vive, fans fumée & fms
Je
odeur
eft inféparable de l'autre.
m'en de toûjours fervi pour lesl slampes
fucreries & autres lieux de ferde nos où l'on eft obligé d'entretenir de
vice, la lumiere, quand j'ai eu le foin des
biens de nos Miflions, m'érant convain- déque je
Ctl parplaficurs expériences, moins qu'en me ferpenfois beaucoup
femvant d'huile de poiffon 2 quoiqu'il
blât d'abord le contraire. Iln'y a qu'à
m'en de toûjours fervi pour lesl slampes
fucreries & autres lieux de ferde nos où l'on eft obligé d'entretenir de
vice, la lumiere, quand j'ai eu le foin des
biens de nos Miflions, m'érant convain- déque je
Ctl parplaficurs expériences, moins qu'en me ferpenfois beaucoup
femvant d'huile de poiffon 2 quoiqu'il
blât d'abord le contraire. Iln'y a qu'à --- Page 332 ---
284 Nonveanx Voyages aux Ifles
1696. comparer le poids de ces deux huiles
& le tems qu'elles durent, pour fe convaincre de la verité de mes expériences,
Le pot melure de Paris contenant deux
pintes d'huile de Palma Chrifti, fe vendoit quand je fuis parti des Iflcs en 1705.
trente folsa la Martinique, & vingt fols
àla Guadeloupe. Mais quand on a un
peu foin de fes affaires, on n'eft point
obligéd'ena acheter. Iln'y a qu'à
de ces arbriffeaux dans les lizieres planter & à
côté des grands chemins & autres endroits peu occupez, on eft alluré de recueillir de Phuile beaucoup plus
n'en faut pour entretenir toute une 2
bitation, fans que ce travail détourne
perfonne; rien n'eft plus aifé,
cueillent &
IEL
épluchentles graines, & quelque vieille Négrefle infirme ou citropiée fait l'huile fans beaufe fariguer.
couf eft étonnant
que depuis plus de
quatre-vingranse qu'on a commencéàs'6.
tablir aux ifles, on ait négligé d'y
ter des oliviers; ile eft certain qu'ils plan- y feroient très - bien venus, & qu'ils feroient le fond d'un commerce d'autant
Le ter- plus confidérable
feroit
roir & le
les
qu'il
plus affuré,
climat puifque
arbres ne feroient point exdes ifcs polez à être gelez comme il arrive allez --- Page 333 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 285--
fouvent en Europe, & que fe naturali- 1696.
fant au pays, > 2 ils pourroient imiter ceux fruit, très-proquiy ont pris naiflance & porrerdu
pre SCtE
deux fois par an comme eux. D'ailleursis ils viers,
en les plantant dans'les favannes, bonne à
n'occuperoient point une place nuiroient
quelqu'aurre chofe, ils ne
point à Pherbe, ardonnetoienrdelom
bre aux beftiaux. avancé fans fondement
Je n'ai pas
aux
qu'ils viendroientp rparfainemencbien
Illes, puifqu'on (çait très-certainement
qu'an ancien habitant dela Martinique T'habinommé le fieur Dorange, dont Couvent du
tation étoit à côté de notre
-
Moiillage , en avoit planté un très-beau pied
dans fon jardin qui étoit venu l'abbaen peu d'années. Ses & on Négres le trouva tout
tirent par de méprife, fruits. Cet exemple faffit cC
chargé
me femble pour. prouver ce fcule que chofe jai
avancé, mais ce n'eft pas la
de conféquence que les habitans néglileur
nes Sartachant qu'àce qui peut!
fongerace a qui
ERTUS profit prefent,fansf confidérable,
en produiroit un bien plus
& de travail. Je
avec un peu de parience endroit le détail des
ferai dans un autre
établir
manufaétures qu'on pourroit
dans nos Iles.
é
me femble pour. prouver ce fcule que chofe jai
avancé, mais ce n'eft pas la
de conféquence que les habitans néglileur
nes Sartachant qu'àce qui peut!
fongerace a qui
ERTUS profit prefent,fansf confidérable,
en produiroit un bien plus
& de travail. Je
avec un peu de parience endroit le détail des
ferai dans un autre
établir
manufaétures qu'on pourroit
dans nos Iles. --- Page 334 ---
286 Nowveaux Yayages Anx IAes
I 56.
L'on trouve dans touslest bois, & fir
O'iviers tout dans les lieux fccs & élevez,
foricom- fauvages arbres dontla feiiille & le bois font des
muns. aux
prefIlles.
que entierement femblables aux verirables oliviers; aufli les appelle t'on Oliviers fauvages. Leurs fruits font de la
grolleur der nos plus belles olives, de la
même figure, de la même couleur
mais le noyau eft beancoup trop gros à >
proportion de la chair qui le couvre,
quieft très-mince & très-amere.
Effer
Les perroquets, les grives &les ramiers en mangent
EE les
beaucoup dans la'faiolives fon & s'en engraiffent ; mais lear chair
fauvages fur les contraéte auffi l'amertume du fruit. Il
oifeaux eftvraique cette amertume ne
quis'en
ferépand
nourrif- pas par toutle corps, & qu'elle ne fc
fear,
trouve que dans les inteftins & dans le
croupion; de forte
fi les chaffeurs
n'ont pas foin de Re.Oie ces oifeaux dès
qu'ils les ont tuez, & de leur couper le
croupion, l'amertume fe communique
par tout le corps, & il eft impofible
d'en manger.
Je me louviens qu'érant Procureur de
notre Miffion de la Martinique en 1698.
je voulus régaler deux de nos Peres nouHiftoire vellement arrivez dc France.
fur ce iLJ'envoyai
jet.l
pour cet effet à la chaffe, bien fir que
mon chaleur ne retourneroit pas les --- Page 335 ---
Framgoifes de PAmerigne.
287--
mains vuides, car c'étoit dans un tems 1696.
où lesramiers donnoient très fort ; mais
malheur c'étoit aufli dans la faifon
par des olives. En effet, mon chaffeur fit
heureux, il revint chargé de perdrix &
de ramiers; ce qu'ily eut de ficheux,
fut quil oublia d'arracher les croupions
& les inteftins de fon gibier. Nous reconnûmesle mal, quand iln'yavoit plus
de remede. Je fis laver le gibier avec
du vinaigre 5 on mit des oignons dans
chacun, 2 on fit en un mot tout ce quife
pouvoit faire pour les rendre moins
amers; tout fur inutile, il ne fut pas
poflible d'en goûrer, & nos Peres allroient fait un fort maigre repas, fijen'avois paseu la précaution de faire fervir
dequoi
à notre chaffe gârée.
Les ACRLT ne peuvent pas faire
des lizieres ou
d'orangers, parce
tar
que leurs terres font trop expofées au
vent, en font de corroffolier, de bois
immortel ou de medicinier; ; & quand
on apprehende
le vent n'empèche
ces arbres de Recdoe > on les couvre avec
trois ou quatre rangs del bananiers ou de
figuicrs.
L'arbre que les François appellent
Coroflolier & fon fruit coroffol, fenomme Guanabo chez les E(paguols, Ca-
ou
d'orangers, parce
tar
que leurs terres font trop expofées au
vent, en font de corroffolier, de bois
immortel ou de medicinier; ; & quand
on apprehende
le vent n'empèche
ces arbres de Recdoe > on les couvre avec
trois ou quatre rangs del bananiers ou de
figuicrs.
L'arbre que les François appellent
Coroflolier & fon fruit coroffol, fenomme Guanabo chez les E(paguols, Ca- --- Page 336 ---
288 Nowveaux Toyages Aux IRes
1696. chiman ou Monin chez quelques autres
Européens qui habitent lAmerique 5
pour moi je croi que le Coroffolier eft
Coroffo- une des trois cfpeces de Cachiman que
lier, > at- l'on trouve aux Ifles. Les François
ure. Sa en trouverent beaucoup de
qui
defcripcette efpece
zion.
en une Ifle Hollandoife près de la côte
de Carac, appelléc Curacao ou Curaffo,
ou Coroffol par corruption, & quien
rapporterent l'efpece aux Iles Françoiles, lui ont donné le nom de cette
Ille au lieu du fien propre, 5 foit qu'ils ne
lefguffentpoint, foit pour quelqu'antre
raifon qui n'eft point venué à ma connoiffance.
Lorfqu'il eft planté feulil vient de la
grandeur & de la grofleur d'un poirier
médiocre. Son bois eft blanchâtre, fon
écorce grifc, mince, unie. Ses branches
qui font en grand nombre, droites,
fouples &c ployantes, > font garnies de
quantité de petits fcions couverts de
feiilles quiy font attachées deux à deux
par des queuès affez courtes. Les feuilles ont environ quatre pouces de longueur, fur un pouce & demi à deux
pouces de large en maniere d'ovale
allongée, avec une petite pointe dlextrémité. Elles font d'un verd un peu
brun,alfez fortes, roides & caffantes, &
d'ane --- Page 337 ---
RPJCE --- Page 338 ---
Tomspag. 288.
Coeur
de
nocuf
Cororvotcr. --- Page 339 ---
Frangoifes de LAmbrique. 289
d'une bonne épaiffeur. Cet arbre fleurit 1696.
&
du fruit deux fois l'année. Ses
RLENTE font de petits boutons qui en s'épanoilifant deviennent un peu rouges.
Le fruit qui leur fuccéde étant dans fa
parfaire maturité, a depuis quatre juc
qu'a fix pouces de diamerre, & huit a
neuf
de haureur; on en trouve
qui
fept à huit livres. Sa figure
celle d'un
un
eaa
approche
de
cceur
peumal TeeEme Ileft couvert d'uncécorce épaiffe comme une piéce de trente
fols, d'un beau verd gai, marquée &
partagée comme en écailles, garnies de
petites élevations en forme de pointes
émouflées & trop tendres pour faire du
mal. On connoit que le fruit eft mur,
quand ces petites pointes commencent à
noircir, & que la queué qui l'artache à
l'arbre quia a pour l'ordinaire trois à
& de la
Tan
tre poucesde long
groffeur
tuyau deplume décrire, change decouleur & ic Alétrit; pour lors f on ne le
cueille pas il tombe à terre, & lesbeftiaux qui en font fort avides, ne manquent pas de le manger. La fubftance
renfermée dans cette écorce eft toute
blanche, de la confiftence à peu près
d'un melon bien mûr, foutenué par
quantité de fibres longues & délicates 2
Tome III.
N
de long
groffeur
tuyau deplume décrire, change decouleur & ic Alétrit; pour lors f on ne le
cueille pas il tombe à terre, & lesbeftiaux qui en font fort avides, ne manquent pas de le manger. La fubftance
renfermée dans cette écorce eft toute
blanche, de la confiftence à peu près
d'un melon bien mûr, foutenué par
quantité de fibres longues & délicates 2
Tome III.
N --- Page 340 ---
290 Nowveaux
aux Ifles
1626. elleeft remplie d'un OEEL agréable, fucré
Proprié- avec une perite pointe d'aigreur qui ratez du fraichit & qui réjouit le coeur. ône en
ftuit.
laiffe manger quelques tranches aux malades, parce qu'on prétend
tempere les ardeurs de la fiévre. T'a eft certain que c'eft un remede (pecifique pour
guérir la diarée, lorfqu'elle eft cauléc par
la chaleur.
La fubftance de ce fruit renferme
quantité de graines noires comme de
petites feves, fi dures, qu'elles ne fc digerent jamais ; c'eft ce
fait que les
chevaux & les bacufs a en mangent
beaucoup deviennent malades, & fouvent en meurent. Onen a ouvert quelques-uns dont on at trouvéles inteftins &
mème la veffie remplis dc ces perites
graines. A cela près, c'eft un très-bon
fruit, des plus agréables & des plus rafraichiffans.
Onle cueille fouvent avant qu'il foit
tout-à-fait mûr; on le pele, on le couDifferens
par tranches, & après en avoir ôté
ulages l graines,on le frit avec Phuile ou le
Etmbnseis oule feing-doux que les
xuit.
gnols appellent Manteca, qui Rete
Beurre. Quand on fait fignificr àce mot
dufting-donx, onajoîrede puerce:Manteca de pucrco, > & on le mange avec --- Page 341 ---
Françolfes de PAmérigue. 291
d'orange. Quelquefois après qu'il 1696.
un jus
tranches bien minces 2 on.
eft coupé FiEAL une pâte claire, & on le fait
Hiee comme des bignets aux pommes ,
& on le mange avec le fucre & lejus
d'orange. Si on exprime le fuc de ce fruit, on
en fait une liqueur sour-d-faitrafizichif Vin de
fante & agréable, en y, mettant un
coroftol.
la
de FE
de fucre
corriger pointe
acides. Stoai lalaille fermenter pendant
trente à quarante heures, elle perd toute
fon acidité, & devient comme un petit
vin gaillard & des plus agréables, mais
donne furieufement ala tète. Ce vin
qui demeure dans fa bonté pendant un jour
& demi ou deux jours, après quoi il
s'aigrit infenfiblement, & en cinq ou fix
jours il devient un vinaigre des plus
forts.
vient
mieux
Le coroffolier
beaucoup
de graine que de bouture. Qnand on en
veut faire des lizieres, on plante les
graines en pépiniére, & lorlque les jets
ont quatorze ou
pouces de hauteur , on les leve
un tems de pluye,
Te
& on les plante au cordeau comme j'ai
dit cy-devant en parlant des orangers.
Ces fortes de lizieres viennent fort vite;
elles fonttrès-bonnes, couvrentl bienles
Nij
ier
beaucoup
de graine que de bouture. Qnand on en
veut faire des lizieres, on plante les
graines en pépiniére, & lorlque les jets
ont quatorze ou
pouces de hauteur , on les leve
un tems de pluye,
Te
& on les plante au cordeau comme j'ai
dit cy-devant en parlant des orangers.
Ces fortes de lizieres viennent fort vite;
elles fonttrès-bonnes, couvrentl bienles
Nij --- Page 342 ---
292 Nowveanx Yroyages Aux Iles
1696. lieux qu'elles doivent garder. Leurs
feiiilles quifont fortes & en grand nombre, reliftent facilement à l'impétuofité
du vent , & leur bois qui eft fort fouple
& ployant, eft moins lujet à fe rompre
que des arbres plus roides &c plus forts.
Quand on veut donnerà ceslizieres une
force extraordinaire, on entrelaffe les
premieres branches des pieds qui font
voifins les uns des autres, & on les attache enfemble julqu'à ce qu'elles ayent
pris cette fituation ; après quoi on les
laiffe monter environ deux pieds, &c on
recommence de nouveau à les entrelalfer, ce qu'on continue de faire jufqu'àced qu'ils foient arrivezàla hauteur
qu'on veut donner, pour lors on les-arrète en les étêtant, afin quel - le pied 1& les
branches fe fortifient & jettent une plus
grande quantité de branches & de fetilles. Après les orangers rien n'eft meilleur pour couvrir les cacoyeres & autres
lieux qu'on veut défendre du vent, fur
tout fion fait les lizieres doubles. Cet
arbre porte du fruità trois ans, lorfqu'il
eft feul, mais quand il eft en liziere, il
lni en faut fix ou fept. C'eft une régle
générale que les arbres qu'on plante en
liziere font le double du tems, avant de
rapporter du fruit, --- Page 343 ---
Françoifes de LAmérique. 293
Le Cceur de Boeufeft affez femblable 1696.
corotfolier
à la feiiille & à la Cceur de
au
quant
Bauf,
fleur; auffi le regarde-t'on comme une leconde
f.conde efpece de Cachiman; il eft vraicfecede cachique la feliille eft un peu plus grande & man.
moins pointué. Les E/pagnols T'appellent Guanabo Pintado. Le nom de Ceur
de Bauflui a été donné
les Frangois,à caufe de la figure & Re la couleur
del'écorce de fon fruir; ces deux chofes
le faifant aflez reflembler à un coeur de
bauf. L'écorce de cet arbre eft brune,
rude &
unic ; le bois eft brun, fes
fibres Yotei longues & d'un alfez gros
grain. Il vient fort branchu & chargé
de feiiilles. Il fait
conféquent un fort
bel ombrage, GAERer plus que fes branches fontallez ramaflées. Le fruit qu'il
porte n'eft jamais fi
que lec corolfol;
je n'en aipoint vû RSmd pallàr
pouces de diamétre. Son écorce
verte all
OrACE
commencement: ; elle devientd'unrouge
foncé quand il eft mûr. En cet état elie
a trois lignes ou environ d'épaidleur 5
elle-eft forte & liante. La fubftance Qualitez
qu'elle renferme eft blanche, tirant tant du fiuit.
foit peu fur le jaune, de la confiftence
d'une crème bien épailfe; elle eft douce
& un peu fade; on corrige ce défaut
avec un peu de fucre & d'eau de fleur
Niij
; elle devientd'unrouge
foncé quand il eft mûr. En cet état elie
a trois lignes ou environ d'épaidleur 5
elle-eft forte & liante. La fubftance Qualitez
qu'elle renferme eft blanche, tirant tant du fiuit.
foit peu fur le jaune, de la confiftence
d'une crème bien épailfe; elle eft douce
& un peu fade; on corrige ce défaut
avec un peu de fucre & d'eau de fleur
Niij --- Page 344 ---
294 Nowveaux Yoyages anx TRes
1696. d'orange. Elle eft fort nourriflante, aftringente 8c d'affez facile digeftion; elle provoque l'urine, mais il en faut manger avec modération ; car le fruit eft
chaud & fec, & pourroit enflammerle
fang & lesparties nobles, ce qu'on connoitroit bien-tôt par des rougeurs qui
viendroient: au vifage, quiy ( cauferoient
une démangeaifon violente & très-importune. Il eft vrai que le remede eft facile, & quel'ufage du coroffolier a bientôr racommodé par fa froideur,ce que
lc caeur de bauf a gàté par fa grande
chaleur.
Ons'en fert avec fuccès pour arrêter
les fuxde ventre.
Précau- Il faut prendre garde.quand on coupe
tionqu'ilcer arbre, de ne
faire
faur
pas
réjaillirle fac
prendre- ou l'eau qui fe trouve dans fon écorce &
en cou. dans fon bois, dans les yeux, On courcarbre, Pant cerp roit rifque de perdre la vuc. Le remede
à cet accident eft de fe laver les yeux
avec du jus de limon. Cela caufe un
de douleur, maisc'eft un remede CNREGL 1
lible , &c peut-ètre le feul.
Lotfque cc fruit eft tour-d-fait mur;
on le tire de fon écorce avec une cuillier;
on le met fur une alliete, & après en
avoir ôté les graines qui reffemblent
affez à celles du coroffolicr, on répand --- Page 345 ---
Frangoifes de LAmerigue.
d'eau de feur d'orange, 1696.
deffus un fucre peu & de la poudré de canelle.
avec du marmelade bien-tôr faite &
C'eft une Cn en fait aufli dcs pâtes
très-bonne. très-délicares. Quand on le cueille avant
qu'il foit mûr, onle coupe par tranches, Lorf-
& Onl le fait comme le coroffol. tranqu'étant bien mûr on le coupe par
ches, & qu'on le fait fécher au four ou de
au foleil, après avoir été faupoudré de canclle,
fucre & d'on peu de poudre &c devient
il fe conferve long-tems >
comme une pâre natuelle: > trèsbonne
la
, qui aide àla digeftion,
pour
doucement ceux qui ont
& qui
EEAT
libre. Les Elpagnols le
le ventre trop Pabricot de Saint Dominmèlent avec
dont ils remguc.dans la compofition
cy-depliffent les oranges dontjai parié
vant. troifiéme
de Cachiman eftpommier
La
de elpece canelle. Il ne croit ja- de nelle, canle Pommier allez
être mis au rang des ar-troifieme
mais
arbriffean très-peu efpece de
bres, ce Ret qu'un
le bois, cachi- man.
different des deux premiers
n'ex-
&c la Aleur. Son
qui
RERIOe
la feuille
d'un cufd'oye,
céde gueresla groffeur
de
reffemble tout à-fait à une pomme d'une.
Pin. La peau qui eft de Tépailfteur
piéce de trente fols, eft toute partagée
N iv
eme
mais
arbriffean très-peu efpece de
bres, ce Ret qu'un
le bois, cachi- man.
different des deux premiers
n'ex-
&c la Aleur. Son
qui
RERIOe
la feuille
d'un cufd'oye,
céde gueresla groffeur
de
reffemble tout à-fait à une pomme d'une.
Pin. La peau qui eft de Tépailfteur
piéce de trente fols, eft toute partagée
N iv --- Page 346 ---
296 Nowveanx Yoyages aux Ies
1696. ou parfemée de petites écailles siendres,
médiocrement élevées, d'un aflez beau
verd au commencement, mais qui fe
Alétrit à mefure que le
de
fa maturité.
Fiuitapproche
Qualitez
Le dedans du fruit eft prefdu iruit. que entierement femblable aul Caeur de
Baeuf; ce qu'il a de particulier, eft une
odeur de canelle > avec une petite pointe de gérofle dont il remplit la bouche.
Ce fruit eft chaud. Ileft: ami dela poitrine. On en fait des pâres, des marmelades, & une elpece de cotignac auquelil ne faur ajoûter qu'un peu d'ellence d'ambre, pour lui donner une odeur
charmante, & en faire un manger délicieux. On prétend
les graines de
ce fruit concaffées & TEINUELS pendant
vinge-quatre heures dans du vin
lui donnent une vertu merveilleufe blanc,
pour
foulager ceux qui font travaillez de la
pierre Oul de la gravelle.
Bois im- Le bois immortel eft encore excellent
mortel, fa def- pour faire des lizieres. On luia donné
cription. ce nom, parce qu'il dure très-long-tems,
qu'il réprend aifément quand on l'a
planté de bouture, &c qu'en quelque
endroir quc ce foirqu'onle mette, il'eft
rare qu'ilr n'y I
profite pasà merveille. Il
des feiilles en quantiré ; elles
&
Tener
petites délicates, de la figure à --- Page 347 ---
Frangoifes de PAmerigue. 297
de celles de la
vierge, & 1696.
Aeurit deux
verd un
poret EC Acls font longuettes
foisl'année. & rondes, d'un rouge fort éclatant;elen
chofe au cheles reffemblent quelque fuccédentaux
vrefeiil. Les fliques quif
celles des
Aeurs, font à peup près comme à la vériharicots de France, plus plates
dc
té, aufli ne font-clles remplies aflez que tenfeves noires, plates,
Ere & fort ameres. je ne fçache
aucun
fait
ufage. E
qu'on en aitjamais
d'antres
oifeaux mème qui mangent
graines fort ameres, ne touchent point
acelles-là. On ne les feme point pour
mulriplierl'efpece del'arbre, parce qu'il
vient beaucoup mieux de bouture que il
de graine. Quand il eft planté feul, ai vâ de
vient allez grand & gros. J'en de
plus d'un piedde diamétre, &
quin- cela
ze à dix-huit pieds de tronc 3 mais blanc
eft rare. Le dedans du bois eft
>
fes fibres font longues & mèlées 5 & fi
déliées, elles font fortes &
quoique
très-.
fouples, qu'elles ne rompent que imbidifhcilement; elles font toujours
bées de beaucoup de feve, & c'eft ce
qui lui donne tant de facilité à prendre
racine où l'on le tranfplante. Ceft un
bois fort coriacc, & par conféquent
N V
tronc 3 mais blanc
eft rare. Le dedans du bois eft
>
fes fibres font longues & mèlées 5 & fi
déliées, elles font fortes &
quoique
très-.
fouples, qu'elles ne rompent que imbidifhcilement; elles font toujours
bées de beaucoup de feve, & c'eft ce
qui lui donne tant de facilité à prendre
racine où l'on le tranfplante. Ceft un
bois fort coriacc, & par conféquent
N V --- Page 348 ---
298 Nowveaux Voyages aux Ifles
1696. très-difficile à couper. Son écorce eft
mince, aflez adhérente, & d'un verd
très-pâle. Elle eft toute coupée du haut
en bas par de petires lignes un
enfoncées, quipar la réflexion la voce paroître de loin comme grife. Le tronc
& les branches font chargez de beaucoup depetites épines,
Lorfqu'on veut faire des lizieres de
ce bois, on ouvre la terre
un perit
fofle ou rigole de fepe à AaPap pouces de
large, & de deux picds de profondeur.
On étète les branches qu'on veut
ter,
plan-
&onles réduit à une hauteura a peu
près égale, après quoi on fait deux ou
trois entailles versle bout qu'on met en
terre, pour déterminer plus aifément
la féve à pouffer des racines par CCS endroits. On les met en terre à quatre ou
cinq pouces les uns des autres. On doit
Methode obferverdentreintler les branches
à obler. fes avec les
grofver pour
petites, afin qu'elles fe foup'an er tiennent micux, & on doit
le bois de enles
im.nor
plantant, de ne point
Saergte
tci.
leur peau ou écorce, & dene point trop
fouler la terre dont on remplit la rigole,
mais la combler feulement, & l'affermir
avec le pied, & fir tout de choifir un
tems de pluye
travailler à cet ouvrage, Quand iete bois eft repris & qu'il --- Page 349 ---
RPICE --- Page 350 ---
Timypa 299
Medicinier ou Pignons dJnde.
A --- Page 351 ---
Frangoifes de PAmerigne. 299
des
affez grands &c aflez 1696.
a poulfé
jets les entrelaffer & les lier
forts, on peut leur faire prendre cette
enfemble
fortific extrémement une
fituation Sri
liziere, ou les étèter afin quilspoullent
plus de branches, & qu'ils deviennent
plus forts. Medicinier eft fort commun aux
Ifles. Le Ons'en fert allez fouvent pour faire des lizieres. de trois
La plus
Ily en a
efpeccs. tout, &
commune que l'on trouve par
eft
dont on (c fert plus ordinairement,
celle que je vais décrire. bouture bien plus MediciCet arbre vient de
nier de
vite &-mieux que de graine. Sa gran- tro:s efdeur ordinaire eft de douze à quinze peces,
& d'environ cinq à fix pouces
pieds, de diamétre. Je n'en ai point và qui
excédât ces mefures. Le bois cft blanc,
&alfez tendre quand il eft
fpongieux, il devient dur à mefure
jeurc;
fa moëlle
vais décrire. bouture bien plus MediciCet arbre vient de
nier de
vite &-mieux que de graine. Sa gran- tro:s efdeur ordinaire eft de douze à quinze peces,
& d'environ cinq à fix pouces
pieds, de diamétre. Je n'en ai point và qui
excédât ces mefures. Le bois cft blanc,
&alfez tendre quand il eft
fpongieux, il devient dur à mefure
jeurc;
fa moëlle groflic en vieilliffant, vuide dans fon céntre. Son
& laiffe un
étoit tenécorce qui adhérente all commencement & d'un verd paleade- Deferip de
drc,unic,
tion
vient blanchâtre, raboteufe & crevailée. z: la C- ef11 fort de Pécorce & du bois lorfqu'on feiilles pece,
le coupe 2 aulli-bien que fuc des de mauguand on les arrache, un
N vj --- Page 352 ---
300 Nowveanx Voyages ane Ifes
1696. vaife odeur, blanchâtre & épais comme du lait,
fait une tache fort vilaine fur le E & far les étoffes où il
tombe, qu'il eft impoflible d'effacer.
La feiille de cet arbre eft grande, elle
s'élargit par en-bas des deux côtez de fa
principale nervàre, après
elle fe
retreflit en faifant comme Reet angles
émouffez, & finit en pointe. Elle eft
affez épaille, gralfe,charnue, dunverd
gai & luifant; elle eft attachée aux
branches par une queiie affez forte, de
trois à quatre pouces de longueur. Cet
arbre dans fa médiocre groffeur, nelaiffepas de poulfer quantité dc branches,
quis'entrelaffent facilement & aufquelles
ileft facile de faire prendre tel pli
l'on veut, ce qui convient pour faire 3:;
lizieres, capables d'empècher les beftiaux
d'entrer dans les lieux qu'on veut conferver, & diminuer limpétuofité des
vents.
Sa feur n'a rien de beau. Elle ne vient
Fleur & jamais feule, mais en bouquets comreild fruit #P-pofez de plufieurs flcurons d'un blanc
Norx de faletirant furle verd. Chaque fleuron eft
ne, I.cacci- ou compofé de cinq feuilics en maniere
Pignon d'étoile, qui font comme un,culdclampurgacif pe arrondi avec un col plus refferré &
terminé par l'extrémité des fetilles qui
vents.
Sa feur n'a rien de beau. Elle ne vient
Fleur & jamais feule, mais en bouquets comreild fruit #P-pofez de plufieurs flcurons d'un blanc
Norx de faletirant furle verd. Chaque fleuron eft
ne, I.cacci- ou compofé de cinq feuilics en maniere
Pignon d'étoile, qui font comme un,culdclampurgacif pe arrondi avec un col plus refferré &
terminé par l'extrémité des fetilles qui --- Page 353 ---
Frangoifes de I Amérique. fond. 3ot du 1696.
fc renverfent en dehors. Le renfermé
fleuron eft garni feiilles. 8 comme C'eft du cenentre cinq
lon voit fortir le
tre de ces
que
Ean
ordinairement il eft de la groffruit, d'unenoix commune d'Europe. Son
feur écorce eft verte & luifante avant qu'il foit
elle devient jaune, uaie & momûr;
lalle quand il eft mûr;8c brune,1 il eft fec. legere, Elle
ridée & caffante quand
trianrenferme trois chacune capfules delquelles prefque il y a
gulaires, dans
de trois
une noix ou pignon, enveloppé La premiere eft
differentes enveloppes.
de
une peau aflez mince & frangible,
coulcurg grife. La feconde eft plus Latroi- épaille
& plus dure, de conleur brune. blanche,
fiéme eft une
dla pellicule chair de la noix
tendre &
re
eft blanche, compaôte,
oul pignon
des amandes. On lai
à
goit
peu près nom de Noix de Medecine
a donnéle
à caufe de la
ou de Pignon purgarif,
faculté qu'elle a de purger. elle fe
Loriqu'elle eft recente,
par- ennarurellement en deux partics >
tage
on trouve une petire pellitrcl lefquelles attribué une
de
on
qualicé
cule à qui violemment qu'a tout le
Eti delanoix. plus
Cette noix peut avoir --- Page 354 ---
a 302 Nowueaux Voyages AuX Ifles
1696. fix à huit lignes de hauteur, fur trois a
quatre de diamétre. Elle - elt plus ronde
d'un côté que de l'autre.
Effetsdes Quatre i cinq de ces noix felon l'age
Noix de & le temperament
Medecidespetfonnesquisen
RG,
veulent fervir, fuflifent pour
très-bien. Mais quand on en prend purger une
grands quantité 3 on s'expole à des
cruels, & à des évacuations
RRELET
trop grandes. Ceux qui arrivent aux
Ilesylont fouvent trompez, on parla
démangeaifon qu'ils ont de goûrer de
tous les fruirs qu'ils voyent, ou par la
malice de ceux qui connoifent le
I
pais,
qui leur en préfentent fans les aveitir de
fa vertu purgative. Une régle générale
qu'il faut obferver à légard des fruits
qu'on ne connoit point, eft den'y point
roucher, à moins qu'on ne voye qu'ils
ont été bequetez par les oifeaux. Ces
animaux font plus habilesque les hommes, qui avec toute leur raifon, font
trompcz plus fouvent 8c plus facilement
qu'eux.
Ilfaut avoiier que ces noix font excellentes pour ceux qui - ont une trop grande répugnance à prendre des medecines,
ce que je n'ofe blâmer, de crainte de me
condamner moi-mème ; mais il faut
qu'ils fc fervent de ce fruit avec modé-
qu'ils
ont été bequetez par les oifeaux. Ces
animaux font plus habilesque les hommes, qui avec toute leur raifon, font
trompcz plus fouvent 8c plus facilement
qu'eux.
Ilfaut avoiier que ces noix font excellentes pour ceux qui - ont une trop grande répugnance à prendre des medecines,
ce que je n'ofe blâmer, de crainte de me
condamner moi-mème ; mais il faut
qu'ils fc fervent de ce fruit avec modé- --- Page 355 ---
Françoifes de PAmerique. 303
ration, &E autant feulement que leurs 16y6.
forces & leur tempérament le peuvent
petmettre > n'en mangeant d'abord que
trois ou quatre, &c augmentant le nom- font
bre, Gi on voit queles premicres ne
pas allez d'effet. -
Chafleurs ou Bou- Maniere
Les E(pagnols,nos & autres
de
caniers, nos Flibuftiers
fc gensatte purqui ontla prarique du pais, facile, pungente & lans ger.
d'une maniere encore plus
font
courirle moindrerifque. Ils ne
que
prendre une orange de la Chine, oud
fon défaut une orange douce, ilsla.cou- de fel
par le milieu, & couvrent
ES les deux moitiez qu'ils remettent
Fune fnrlautre,d les laiffent ainfi pendant douze ou quinze heures , après
quoi ils les mangentà jeun, & ils font
& d'une
affurez d'erretrès-bien purgez,
maniere douce & fans dégoût.
MediciLe Medicinier de la Icconde efpece
de
eft un arbriffeau de fept à huit pieds defri feconhauteur T & de la groffeur du bras.de elpe.
Ses feiilles font larges, déchiquerées OuL. des
taillées en plufieurs partics. Iljette
bouqrets compolez de plufieurs Aleurs à 4
près comme celles du Medicinier de
Erp premicre efpece, excepté qu'eles font
petites, d'une couleur de feu trèsplus vive, & que les queiies qui les attachent --- Page 356 ---
304 Nowveanx Poyages Aux Ifes
1696. aux branches font moins groffes, moin
longues, & de plufieurs coulcurs. Le
fruir qui fuccéde à cesfleurs eltplus
& plus délicat quele premier, &c peti
dant il nc laiffe pas de purger aufli cepen violemment, lorfqu'on en prend une doze
un peu trop forte.
Salade
Ilya desgens qui mangent les feiilve. purgati- les de cette feconde cfpece en falade
avec d'autres herbes, & quiprétendent
qu'elles leur font faire autant de felles
qu'ils ont mangéde feitilles. Ma curiofité ne m'a
porté à en faire
rience. AniR je laiffe à la liberté l'expé- du
leéteur d'en croire ce qu'il lai plaira, ou
d'en faire l'expérience, s'il eft en lieu de
la pouvoir faire.
Medici- - Le Medicinier de la troifiéme
nier de eft encore
efpece
la troiplus petir
celui dela fcfiéme ef. conde. Ce n'eft
arbriffeau de
pece,
eotr
trois à quatre pieds de hauteur, gros à
proportion; fes feiiilles font gralles 3
huileufes & molles; elles font colorées
de verd, de jaune & de rouge: elles
font plus entieres & bien moins refendués que celles de la feconde cfpece,
& tous leurs bords font femez de petits
points jaunes.
La Aeur eft comme une petite rofe
à cinq feiiilles, toute ronde 2 de couleur
arbriffeau de
pece,
eotr
trois à quatre pieds de hauteur, gros à
proportion; fes feiiilles font gralles 3
huileufes & molles; elles font colorées
de verd, de jaune & de rouge: elles
font plus entieres & bien moins refendués que celles de la feconde cfpece,
& tous leurs bords font femez de petits
points jaunes.
La Aeur eft comme une petite rofe
à cinq feiiilles, toute ronde 2 de couleur --- Page 357 ---
PJCE --- Page 358 ---
Tom. 3.2 305.
Bananier
Figuier
A --- Page 359 ---
Frangoifts de LAmerigue. eft
305 de 1696.
de poncean, dont le centre couvertes garni
quelques petites étamines, dorée.
d'une elpece de poufliere
qu'ane
Le fruit n'elt pas plus gros
&
noifette dont le dehors eft découpé
comme partagé en fix parties fenferment égales, qui
compolent trois capfulcs qui délicates
trois petites amandes bien plus
celles des deux premietes efpeces, 2
que
plus doucement & avec
qui
moins Ete rifques.
à'croire que les
Je fuis prelque porté derniere
font
feiilles de certe
efpece
meilleures en falade purgative leur quecelles beauté
de la feconde. Du curieux moins à en faire
femble inviter les
lexpérience.
CHAPITRE XI.
Des Bananiers, Figniers er
Balifiers.
N peut dire que de tousles font fruits d'un nier, Bana- fa
delAmerique, font ceux la qui Banane & la deferip- tion 3 &
plus grand ufage, derniere eft une efpece de celle de
Figue. Cette
plus sfon fruits
Banane. Lesarbres, ou pour parler (ont fi
julte, les plantes quiles portent --- Page 360 ---
306 1 Nowveaux a Troyages aux TRes
1696. femblables, qu'àmoins d'avoir une trésgrande connoiffance du pais, il eft
prefque impoflible de les difinguer les
uns des autressquand on ne voit pasleur
fruit.
La Banane que les Efpagnols appellent Plantain, a ordinairement un
ou environ de diamétre, & diwiiomt
pouces de long. Elle n'eft pas ronde, s
mais plurôr comme un exagone dont les
angles feroient émouffez 8c les côtez un
peir convexes. Les bouts fe terminent
en pointe exagone un peu courbe. La
peau qui eft litfe &c verte avant quele
fruit ait atteint toute fap perfeétion & fa
maturiré, jaunit lorfqu'il eft mir. Elle
a environ deux lignes d'épaifleur - , elle
eft forte & fouple comme une peau de
chamois. Elle renferme une fubftance
jaunacre, de la confiftance d'un fromage bien gras, fansaucune graine, mais
feulement quelques fibres affez groffes,
qui femblent repréfenter une efpece de
Seni. crucifix mal foriné, > quand le fruit eft
ment des coupé par fon travers. Les
Efpa- du moins ceux à
Efpagnols,
gnols fur
quijai parlé, prétence fruit. dent que c'eft- lile fruit deffendu, &
que le premier homme vit en le mangeant le myftere de fa réparation
la
croix. Il n'y a rien d'impotlible ha de-
res affez groffes,
qui femblent repréfenter une efpece de
Seni. crucifix mal foriné, > quand le fruit eft
ment des coupé par fon travers. Les
Efpa- du moins ceux à
Efpagnols,
gnols fur
quijai parlé, prétence fruit. dent que c'eft- lile fruit deffendu, &
que le premier homme vit en le mangeant le myftere de fa réparation
la
croix. Il n'y a rien d'impotlible ha de- --- Page 361 ---
dans Adam Frangoifes de LAmeriqne. 307 a à
;
pouvoit avoir meilleure
vàe que nous. 3 oul la croix de ces bana- 1696.
nes éroit mieux formée: quoiqu'il en
foirileft certain
ce fruit ne fe trouve
pas feulement dlus l'Amerique, mais
encore dans l'Afrique, 9 dans fAfic, &
fur tout aux environs de l'Eufrate où on
dit qu'éroit le Paradis terreftre. Quand
la Banane paffe un peu au de-là de fa
jufc maturité, fa peau devient noire,
&le dedans rellemble à du beure, On
diroit pour lors que c'eft un fauciflon du
moins par dehors. Je ne fçaurois micux
comparer le goûr de la banane mûre
qu'a'celui du coing & de lap poire de bonchrérien joints enfemble, mais qui font
trop murs, & qui commencent à
rir. Ce goût n'a pourtant rien de pour- défagréable, ons'y fait aifément, & on en
mange avec plaifir. C'elt une très bonne
nourrirure, qui n'a d'autre deffaur
d'être un peu venteufesquand on la man- que
ge crâe.
L'arbre OL1 la plante
produit ce
fruit ne fc plante poinr. " ne porre jamais qu'une feule fois, après quoi, foit
quonle coupe ou non, il décline
à peu, fe flétrit, fe feche &
peu
mais fa racine quieft une groffe tombe; bulbe
ronde, mallive, d'un blanc tirant fur la --- Page 362 ---
308 Nowvean Voyages Aux IRes
1696. couleur de chair, a bien: tôt
d'autres rejettons qui dans douze pouffé à
torze mois portent du fruit, meurent quaenfuite, & leurs racines ont foin d'en
produire d'autres fans qu'il foit befoin
den replanter. Lorfque le rejerton
de terrc, il ne paroit d'abord
deux fort
feiilles roulées enfemble
que
roulant
> qui en fe dés'élargiflent & font place à deux
autres qui fortent du même centre roulées comme les deux premieres, quis'élargiffent ou Sépanouiffent comme les
autres, & quife fuccédant ainfi les unes
aux autres en fortant toujours du même
centre, font croître l'aibre en l'enveloppant de plulieurs feiiilles.les unes-fur
les autres.
Je dis tantôt arbre &tantôr
car je ne fçai dans quelle elpece plante je dois s
ranger le Bananier; il eft
tendre
paffer
un arbre, g n'a ni
nil
-
Eunt
Tbofomna maisauffi ile eft bien
& bien grand pour être réduir àl'elpece gros
desplantes. Je vais continuer fa
tion, en attendant que ceux qui defcrip- y
nent plus d'intérèr que moi, s'accordent prenfur fon fort. Je ne puis mieuxle repréfenter que comme un gros rouleau de
plufieurs les
feiilles qui fe couvrent les unes
autres, dont les extérieures fervent
'a ni
nil
-
Eunt
Tbofomna maisauffi ile eft bien
& bien grand pour être réduir àl'elpece gros
desplantes. Je vais continuer fa
tion, en attendant que ceux qui defcrip- y
nent plus d'intérèr que moi, s'accordent prenfur fon fort. Je ne puis mieuxle repréfenter que comme un gros rouleau de
plufieurs les
feiilles qui fe couvrent les unes
autres, dont les extérieures fervent --- Page 363 ---
Frargoifes de LAmbrique.
d'écorce ou d'enveloppesa
renferment.
cellesqu'elles 1696.
haureor Quand cet arbre ou plante a atteint fa
naturelle,
eft
dinaire aux Iflesde T à
l'orles
Botcer
feiilles qu'il poulfe changent picds, de
figures elles ellesne fervent plus
fortent abfolument hors dlegrollir, du
auquel elles ne tiennent plus
centre,
d'un pouce de
que par une
Tents coré,8
diamétre, 2 ronde
petir tcreux ou platte canal dans de l'autre, le
avec un
te queiie a plus d'un pied de milicu. Cetfert de nervûre à toute la feiille long: elle
fepr à huit pieds de
quia
a dix-huit
longueur, &
pouces de large. Les-fibres quinze
qui foutiennent le refte de la feuille,
Eeraa toutes de cette nervûre, & n'en
plus dilinguées fortes, & tant que foit parce qu'elles font
laf felille en elle-même elt peu plus grolles;
un bon parchemin, le dedans épaiffe comme eft
beau verd, le dehors eft plus
d'un
paroit comme argenté, La
pâle &
de ces feiilles & leur grandeur délicateffe font
fequele des
vent les coupe aifément le Caufibres, ce qui fait qu'elles paroiffent long
ordinairement des
comme des lanieres ou
dunebranche. éguillerres vertes, attachées le long --- Page 364 ---
310 Nowveaux Voyages anx Ifes
1696. Le Bananier 2 toute fa grandçur à l'a
ge de neuf mois. Ila pourlors neufà di
pouces de diamérre. Cette groffeur ne l
rend pas plus difficile à couper ni plus
dur. On voit affez par ce que j'ai dit ci
devant, qu'il doit être fort aqueux &
fort tendre, > aufli demande-t'il un ter
roir humide, gras & profond; car il
luifaur beaucoup'de nourriture, &c pour
peu que cela luimanque il ne profire pas
& ne fait que des fruits avortez.
J'ai vû des Bananiers à S.
Les Ba-bien
Domingue
nanes
plus
& grands qu'aux ifles du
font plus vent, & PuETeiE fruits étoient aufli
groffes à
plus
la Terre. gros, plus grands > mieux nourris, &
ferme & avoient plus de faveur. Des
à S. Do-de foi qui ont fréquenté la gens terre dignes ferme
mderAmmiquer qu'aux
m'ont affuré
Hilcs du encore. toure autre chofe
que c'étoit
vent,
dans ces
tiers - là. Il faut que la terre de ces quar- endroits foit plus profonde, plusgraffe &c
plus humide.
Environ à neuf mois il pouffe de fon
centre un jeton tige d'un pouce & demi
de diamétre, & de trois à quatre pieds
de long, qui ifecouvre prelque tout de
petits boutons d'un jaune tirant fur le
verd. Lebout de cette tiges'élargir, &
forme un gros bouton comme une efpece de cccur, de fix à fept pouces de
la terre de ces quar- endroits foit plus profonde, plusgraffe &c
plus humide.
Environ à neuf mois il pouffe de fon
centre un jeton tige d'un pouce & demi
de diamétre, & de trois à quatre pieds
de long, qui ifecouvre prelque tout de
petits boutons d'un jaune tirant fur le
verd. Lebout de cette tiges'élargir, &
forme un gros bouton comme une efpece de cccur, de fix à fept pouces de --- Page 365 ---
: --- Page 366 ---
pm3.pas: 310.
de Bananer ou plancain.
Regime
Fleurr de bananer --- Page 367 ---
Frangoifas de LAmingne.
longueur, fur trois pouces de
dans lon
dfantre
plus gros. Il eft compofé de 1696.
pluficurs pelliculesles unes furles
comme un oignon dont la derniere autres, eft
rouge; ileft outre cela couvert d'une
enveloppe de gris-de-lin affez forte &
épaille, qui s'ouvre & (c partage en
q'atre Les pour laiffer paroitre le bouron.
fruirs qui fuccédent aux
boutons dont la tige efgarnie, la petits font
cher versla terre par leur pelanteur. pan- On
appelle cette tige chargée de fon
un regime de bananes. Il n'eft entiere- fruit
ment mûr que quatre mois après
la
tige s'eft couverte de boutons, Un que réa
gime contient ordinairement
trente julqu'a cinquante bananes depuis
lal bonté der
fclon
homme. rerrain. C'eft à la charge d'un
boutons Ils'en faut bien que tous les
be, fans portent du fruit, la pliipart tomquoi la tige ne les pourroit
E. Impporter, ni la plante leur fournir
tachées nourriture neceflaire, Elles font atautour de la,tige quatre ou
enfemble; & comme ellestiennentà à cinq une
elpece de noeud ou d'excroiflance
s'cft faite far la tige par l'union de qui
fieurs boutons, elle
plas
les
repréfente une main,
26 bananiers, Négres ont appellée une pattc. --- Page 368 ---
313 Nowveanx Poyager aux IRes
1696.
Ileft rare qu'on laiffe mûrir le fruic
Dans far le pied qui l'a porté, On prétend
quel
qu'il contracteroit un
tems on Je
goût trop âcre.
cueille
Aaus
pourtant fûr du contraire
les Bana- pluficurs expériences, mais
par
nes,
coutûme dans le pais qu'il n'eft c'eft pasaifé une
de déraciner. Ainfion les cueille, c'elt-àdire gu'on coupe le regime tout entier,
loriqu'on juge que lestruirs font arrivez
à la grandeur & à la groffeur qu'ils doivent avoir, ce qui fc fait en coupant
l'arbre par le pied, & cela eft fort facile;
car, comme on voit par ce quej'ai dit
ci-devant, il doit être fort tendre, n'étant qu'un compofé de feuilles les unes
fur les autres, aufli très tendres & remplies de beaucoup d'humidité; de forte
qu'un coup de ferpe donné adroitement
fuffit pour le mectre par terre.
On fufpend le
dans la maifon
à Tair, & on fe TEra du fruira mefure
qu'il mûrit, ce qu'on connoit à la couleurj jaune que prend dfapeau, > au lieude
la verte qu'elle avoit fur l'arbre, quel.
perites marques noires quiy paroic
2Er & parce qu'il devient plus mol au
toucher.
L'arbre avant d'ètre coupé produit
huit ou dix rejettons à fon pied, & fouvent avant que fon fruit foit mûr, ily
en
à Tair, & on fe TEra du fruira mefure
qu'il mûrit, ce qu'on connoit à la couleurj jaune que prend dfapeau, > au lieude
la verte qu'elle avoit fur l'arbre, quel.
perites marques noires quiy paroic
2Er & parce qu'il devient plus mol au
toucher.
L'arbre avant d'ètre coupé produit
huit ou dix rejettons à fon pied, & fouvent avant que fon fruit foit mûr, ily
en --- Page 369 ---
Françoifes de
en a quifont prètsa PAmbrigue. fleurir.
les rejettons dansle lieu où ils Sion font laiffe 1696.
ils portent du fruit dans douze à nez 3
mois : mais fi on les arrache
treize
rant un peu la racine
les en déchi8cqu'onles
qui
a prodaits
droit, leur fruit tranfplante eft
dans un autre enquatre mois.
retardé de trois ou
La banane eft bonne de
niere qu'on la
Avant quelque mamûre,
mange.
Diftrens
3 on la fait cuire comme qu'cile les foit ufages
& les carottes avec la viande, navets r2e des
tué, & elle eft très-noutrifante. oulator- Banasest
challeurs, > les Boucaniers, les
Les
& autres
qui
Pécheurs
les Ifles,
fréquentent lesbois &
de
S
elle leur tient mangent lieu de cette maniere;
fave.
pain & de cafcrué, Lorfqu'elle elle
eft mire, on la
n'a point d'autre
mange
d'être un
venteufe.
deffaur que
On la Aee rôtir furle
on leve fa peau, & on la gril, aprèsquoi
fucre & lejas d'orange. mange avecle
On la fait cuire fous la
les poires avec du vin, du cloche comme
canelle & un peu de
fucre, de la
vient pour lors d'un beau geroffle. Elle degoir, d'une odeur, & d'une rouge,d'un
admirable; très-bonne
délicatelfe
Tome II,
pour la poitrine
O
On la Aee rôtir furle
on leve fa peau, & on la gril, aprèsquoi
fucre & lejas d'orange. mange avecle
On la fait cuire fous la
les poires avec du vin, du cloche comme
canelle & un peu de
fucre, de la
vient pour lors d'un beau geroffle. Elle degoir, d'une odeur, & d'une rouge,d'un
admirable; très-bonne
délicatelfe
Tome II,
pour la poitrine
O --- Page 370 ---
314 Nowveaux
aux-lfes
1696. sctiès-nourrifante. E861 fend en deux
felon fa longueur.
Quelquefois on lac coupe par tranches
minces, & apres l'avoir paliée dans une
pâte claire, onla frir, &c on en fait des
bignets.
Lor(qu'on la veut conferver comme
les figues, les raifins & autres fruits
qu'on fait fécher, on la laiffe bien mûTir dans la maifon, après quoi on leve
la peau, qui dans cet état ie leve trèsfacilements on la fend en quatre dans
toute fa longueur, & on lafair fecher
fur une claye au fo'eil, ou au four,
après qu'on en a tiréle pain; ; elle fe couvre d'une petite pouflicre blanche & fucrée qui provient de fon fuc. Onlapeur
conferver les années entieres.
J'ai dit dans un autre endroit, que
les Indiens en font une pâre qu'ils
tent avec eux dans leurs voyages, 2
leur
Te
fert de nourriture & de boiffon.
Ceux qui veulent faire cette pâre avec
plusde foin, font d'abord fécher les Bananes aul four ou au foleil, puisils les
gragent, ils y mêlent enfuite du fucre
pilé, avec un peu de poudre de canelle,
de géroffle & de gingembre 2 tant foit
de farine, & un blanc d'auf Four
toutes ces chofes
E
enfemble, après
--- Page 371 ---
Frangoifes de LAmérique.
ont été paitries avec un 315
Telt de fleur
1696.
tablettes
d'orange. On en fait bes
foleil, qui qu'on font fait fécher au four ou au
riffantes.
trèsbonnes & très-nourTous les animaux de quelque elpece
qu'ilspuiffent être, jufqu'aux chats
mes, > font friands de ce fruit.
ml
n'eft pas une petite
de fabonté, Ce qui
Ilyau une autre Fibuettcs de Bananes
appelle Bananes mufquées. Elles qu'on font Bananes
beaucoup les
plus courtes, plus déliées
mur
Bananes ordinaires; elles ne
que quées. 1
gueres fix à fept pouces de
paffent
lur huit à dix lignes de diamérre longueur,
peau eft aufli plus mince & leur
: leur
eft incomparablement
chairqui
une petite odeur de
délicate, > a
La
Tte
banane figue de l'Amerique trèsagréable. differe de la
lité, bien en grandeur, en goût, en qua- Figue de
le mème, que l'arbre qui la porte foit PAmas que.
eft tres-facile , oudfipen de chole près
difference
de s'y tromper, tant qu'il la
bananier eft qu'il ya entre le figuier & le
n'aj
peu confidérable. La figue
ces jamaisgucres de
plus de fix à fept
longueur, fur douze à poulignes de diamétre. Elle-eft
quinze
que la banane; & comme elle plus ronde
petite, fon regime çn contient eft plus
un bien
Oij
que.
eft tres-facile , oudfipen de chole près
difference
de s'y tromper, tant qu'il la
bananier eft qu'il ya entre le figuier & le
n'aj
peu confidérable. La figue
ces jamaisgucres de
plus de fix à fept
longueur, fur douze à poulignes de diamétre. Elle-eft
quinze
que la banane; & comme elle plus ronde
petite, fon regime çn contient eft plus
un bien
Oij --- Page 372 ---
316 Nowveaux
Aux Iles
1696. plus grand nombre, IE fouvent jufqu'a
quatre-vingt & quatre-vinge dix. Sa
chair eft plus blanchâtre & plas délicate,
Ufage de maiselle eft pâteufe & a moins de faveur,
la Figue. Quand elle eft mûre & rotie fur le
elle fond dans la bouche comme une gril,
lée. Elle n'eft point du tout venteule, ge- 0
quand même on lar mangeroit crûc. Etant
cuite elle eft amie de la poitrine, & d'une digeftion très-aifée. Elle fert auffibien que la banane à faire des tartes,
en y mettant avec le facre & la poudre
de canelle un peu d'écorce de citron ou
d'orange; mais comme fa chair n'a pas
abeaucoup près tant de confiftance
la banane, , on nc peurp pasl'accommoder que
en autant de differentes manieres.
Les E(pagnols appellent Banane ce
que les François appellent Figue, &
Plantain ce que les Françojs nomment
Banane. Je ne Içai qui a plus de raifon ;
car pour 4 le droit de nommer on ne peut
raifonnablement le leur contelter;
f ont découvert l'Amerique les premiers, ils ont par conféquent acquis.le
droit d'impofer aux fruits du pais les
noms qu'ils ont jugé leur convenir.
Il croît dans toute l'Amerique une
plante qui a tant de rapport au bananier
& au figuier, qu'il In'ct pas poflible de --- Page 373 ---
RPJCE --- Page 374 ---
Tm3-p49.317
sleur de Balurier. --- Page 375 ---
de PAmérique. 317
C'eft le Balifier. Son tronc, 1696.
les
fa racine, fes rejettons, fa
fes
de
font les mèmes. Il
LefTsE
maniere
poulfer d'ètre
il croît de
n'a pas beloin
planté, dans rousles
lui-mème & défriche. narurellement Sa feuille eft bien Balifier,
lieux qu'on celle du bananier, & ré- e'pecede
plus fite forte bien mieux que au vent. Il ne porte aut- Bananier fterile.
fruit
foit de
utilité
cun
qui
Il
connuc, du moinsjulqu'à
ameta
dans Leste
duit trois ou quatre feurs > qui
commencement font vertes avec un enfin peu
de jaune furles bords, quichange
en un rouge fort vif. Ellenerellemblent fur des
pas mal àces Aammes qu'on met fur des
vafes
fervir d'amortiflemens
frontons pour ou fur des colonnes - s (ur tout
Elles font
dans des appareils de cinq lugubres. ou fix valcs en macompofées
attachez des
niere de cornets évafez, s'emboétent
deux côtez de la
leur qui hauteur lun
un tiers
LE
d'environ
&
terminent cn une
dans l'autre, quife
Cette
pointe partagée en trois langues. d'an
de
Acur toute entiere a près dans pied fa
hauteur, fix à
& Pz
largeur,. FE Lenge pouces
grande
On trouve dans le fond
mi dépaiffeur.
prefque
des cornets de petites graines avec une
rondes, d'un trés-beau rouge,
O 11j
ux côtez de la
leur qui hauteur lun
un tiers
LE
d'environ
&
terminent cn une
dans l'autre, quife
Cette
pointe partagée en trois langues. d'an
de
Acur toute entiere a près dans pied fa
hauteur, fix à
& Pz
largeur,. FE Lenge pouces
grande
On trouve dans le fond
mi dépaiffeur.
prefque
des cornets de petites graines avec une
rondes, d'un trés-beau rouge,
O 11j --- Page 376 ---
318 Nomveanx
AMX Ifles
2696. perite tache noire TRaRS une des extrémitez, S
qui font comme attachées par de petirs
filamens. Les côtez des cornets ont quatred.cinql lignes -
d'épaiffeur dansle fond,
& environ deux dans le haut. Jc me fais
fervi de ces Aeurs pour orner les Aurels,
& les portes des Eglifes les jours de Fêtes.
Elles font de loin un fort bon effer,fur
tout quand elles font accompagnées de
fleurs &c de feiilles d'orangers. Elles durent plus de quinze jours avant de fe
flétrir.
Qnoique le balifier ne porte point de
Ufages fruit, il ne laifle pas d'ètre d'une trèsZirde des grande utilité pour les
& fur
feûiiles
habitans,
de Bali- tout pourles chaffeurs. Sa feiille érant
fier.
amortie far le feu devient fouple, & ne
fc caffe poinr. Elle fert à envelopperle
roucou, les fromages, & une infinité
de denrées, on il faudroit employer du
papier ou de la toile. Deux ou trois de
ces feiilles fuffifent pour faire un parof
fol pour garder une perfonne du foleil &
de lapluye, & lorfqu'on eft fiurpris de la
nuit dans les bois, il n'y a qu'a couper
une vingraine de ces fetilles, quel'on
étend fur trois ou quatre gauletres où on
les attache par une hoche qu'on fait à
leur queiie, & on fe trouve logé & à
couvert de la rofée & de la pluye. --- Page 377 ---
Françoifes de LAmbrigue. 319 -
challeurs font affurez de trouver 1696.
Les l'eau dans tous les lieux ou ils troude des balifiers. 11 fuffit de les percer I1 donne
vent
de couteau, & préfenter fon de l'cau,
d'un coup
recevoir deux
chapeau, ou un coiy pour très - bonne,
ou trois pintes d'une eau très- fraiche,
très - claire, & toujours fafles ce qui n'eft
quelque chaleur qu'il
ceux qui fe
pas un petir fecours pour
des fontrouvent dans les bois éloignez
intaines & des rivieres, qui périroient
failliblement de foif fans cette plante,
l'on trouve prefque toujours par
que
tour.
un fuccès merveillenx I guérie
On fe fertavec
les éré-les érch.
du cceur du balifier pour guérir le
on
bs.piu.
fipelles. Pour cet effet
coupe 11
fes
lifier par tronçons, > on dépotille M
feuilles les unes après les autres;
quandon eftarrivé aul cceur, o1 trouve
très-tendres,
des feullesmerblanchecr, humeêtées d'une eau
très-fines, toutes
on lesétend furla
claire & fort fraiche,
malade, où on les laiffe pendant
partie troison quatre heures, après quoi on en
met de nouvelles; & en très- peu de
les éréfipelles les plus intems on guerit
veterées. Les Indiens font de la toile avec les
filets ou fibres qu'ils tirent du balifier,
O iv
o1 trouve
très-tendres,
des feullesmerblanchecr, humeêtées d'une eau
très-fines, toutes
on lesétend furla
claire & fort fraiche,
malade, où on les laiffe pendant
partie troison quatre heures, après quoi on en
met de nouvelles; & en très- peu de
les éréfipelles les plus intems on guerit
veterées. Les Indiens font de la toile avec les
filets ou fibres qu'ils tirent du balifier,
O iv --- Page 378 ---
320 Nowveaux Yoyages AuX Ifes
1696, du figuier & du bananier. Voici com me
ils sy
Ils coupent le tronc de
lal EESReN qu'ils veulent donner à leur
toile, puis ils le fendent par quartiers,
qu'ils font macerer & amortir au foleil
ou fur le feu; après cela ils attachent
une corde à un arbre, & lient avec un
nceud coulant le morceau de bafilier
le milieu, & le tirent de touteleur Tote
par un des bouts, afin qu'en faifant pafier l'autre par le nacud coulant, fes
fibres fe trouvent dépoiillées de toute la matiere dont elles étoient revêtués.
Ils attachent une feconde fois le même
morceau au noeud coulant, & tirant à
eux la partie déja dépoiillée, ils font
paffer lautredans le nceud & la dépoiillent aufli de fa matiere ; de forte gu'il
leur refte dans les mains une poignée de
filets allez fins, forts & fouples, 5 qu'i's
employent à
près comme nos Tiflerans. J'ai Lgcu un morceau de quatre à
cinq pieds de long, fur trois pieds ou
environ de large, qui étoitbien croifé,
uni, fort, & qui paroiffoit devoir être
de bonne durée. Ileft certain que cette
toile eft fraiche, tout ce qu'elle a d'incommode c'eft qu'elle eft un peu ferme.
Je croi pourtant qu'on pourroit remedier à ce défaut. --- Page 379 ---
RPJCI --- Page 380 ---
Tomspag.3a.
Parte dune
Canne a Jucre.
I
Feualle de
Canne. --- Page 381 ---
Françoifes de PAmeriqse. 321 1696.
CHAPITRE XII
Du Sncre e de tout ce gMi rogarde fa
fabrigue e fes diferentes efpeces.
E fucre dont on fait une fi grande
L confommation dans toutes les parties du monde, eft le fuc d'une canne blanétant purifié, cuit,
ou rofeau, qui
tout > &c
chi & feché, fe traniporte par
le
fe conferve auffi long - tems qu'on
de Thumidité ou de l'eau quile
preferve fait diffoudre. Son extrème douccuf
le faire appeller un fel doux.
pourroir Les rofeaux fucrez ou cannes à fucre
àce qu'on dit, des Infont originaires,
des Orientales.. Je croi qu'on parleroit de dire
plus jufte fi on fe naturellement contentoit & fans
qu'ellesyy viennent les rofeaux fecs vienculture, comme
C'eft de-là Faufe
nent dans les autres pais.
& les ongine des canqu'on prétend que les Elpagnols les premieres nes de
Portugais en apporterent
à les fucte.
plantes, & quils commencetent de Madere & de
cultiver dans "les Ifles
tlefCanarie; d'oà ils en tranfplanterenr
& au Brefil,
pece à la nouvelle Elpagne faitla découverte &
après qu'ils curent
Ov
ulture, comme
C'eft de-là Faufe
nent dans les autres pais.
& les ongine des canqu'on prétend que les Elpagnols les premieres nes de
Portugais en apporterent
à les fucte.
plantes, & quils commencetent de Madere & de
cultiver dans "les Ifles
tlefCanarie; d'oà ils en tranfplanterenr
& au Brefil,
pece à la nouvelle Elpagne faitla découverte &
après qu'ils curent
Ov --- Page 382 ---
312 Nowveanx Voyages Anx Hles
1696. la conquète du Nouvean-monde. C'eft
le fentiment de quantité d'Auteurs qui
ont écrit del'Amerique; mais peur-êire
aufli n'eft-ce que le fentiment de celui
éctitle premier que les autres ont
&c
fans
R
copié,
s'inquiéter fice qu'il
avoit écrit étoit bien ou mal fondé.
L'Auteur de IHifoire naturelle du
Cacao & du Sucre, > reproche à ceux qui
ont écrit fur la nature du Cacao, quils
n'ont fait que fe copierles unsl les autres,
fans examiner fi le fentiment qu'ils fuivoient, devoit être fuivi ou rejetté >
& ileft tombé dans le même défaut en
parlant des cannes de fucre. Il les fait
originaires des Indes Orientales, & cite
pour garands de ce qu'il avance, Rauvolf & Jerôme Benfon; ilal la difcretion
de nel leur pas faire faire le voyage desIndes Orientales aux Occidentales tout d'un
coup > ce long trajerles sauroit fatiguées;
il fc contente avec les Auteurs qu'il a fidelement futivis, de les planter & de les
cultiver d'abord aux lfles de Madere &
de' Canarie, d'oà il les tire enfin pour
des tranfplanter en Amerique. Voila Ce
que difent trois Aureurs; je pourroisles
fuivre, & far tout le dernier, lije n'awois appris de lui-mème, ce qu'il n'a
pourtant pas pratiqué; qu'il faut bien --- Page 383 ---
Françoifes de TAmbrique. 323 1696.
examiner les chofes dont on veut inftruire le public, avant
de donner
certain ce
ne T paroit être,
pour
a 2 donné pour
que -
qu'il
ont fuivi TLECR
Ecrivains, > qui
les
fans
SE
quia écrit le premier, fe prendre bien aflarer
mefures. necellaires pour
de la verité du fait qu'ils veulenr publier. J'aireconnu en effet
je ferois tombé dans une erreur
fij'aantENee
vois dit que les cannes à (ucre qui font
àl'Amerique, viennent originairement de-là
desIndes Orientales, & quec'ef Ifles de
qu'elles ont été apportées enfuite aux. alAMadere & de Canarie, & rien dire de ce
merique. Je ne prétends Iles de Madere
qui peut être arrivé aux
cela ne regarde point
& aux Canaries,
eft de TAmon fujets mais pour ce qui & elles me
merique,jais trop de raifons,
douter
paroillent trop évidentes, pour à fucre ne
un moment que les' cannes Ifles 8c à la
foient aufli naturelles aux
Terre - ferme de l'Amerique, Orientales, qu'elles
le peuvent être aux Indes qui a fait le
Thomas Gage Anglois
Voyage de la nouvelle Efpagne en 1625.
dit qu'étant à la rade de la Guadeloupe 2
les Sauvages leur apporterent O pluficurs
vi
de raifons,
douter
paroillent trop évidentes, pour à fucre ne
un moment que les' cannes Ifles 8c à la
foient aufli naturelles aux
Terre - ferme de l'Amerique, Orientales, qu'elles
le peuvent être aux Indes qui a fait le
Thomas Gage Anglois
Voyage de la nouvelle Efpagne en 1625.
dit qu'étant à la rade de la Guadeloupe 2
les Sauvages leur apporterent O pluficurs
vi --- Page 384 ---
324 Nowveaux Y'oyages AHX Ifles
1695. fortes de fruits, & entr'autres des cariLes can- nes à fucre. Ori ileft certain
nesà fu-les
que jamais
cre fent
Efpagnols n'ont cultivéun pouce de
natuiel. terre dans lespetites
l'on
le aux le Antifles,
Ilesque
appelIs &
parce qu'on les trouve en
Terre venant d'Europe 5 d'Afie &
ferme de ayant celles de Port
d'Afrique,
PAmeri
vic, de Saint Doquc.
mingue, de Couve & de la Jamaique,
qu'on appelle les grandes Ifles. Il eft
vrai qu'ils mirent des cochons dans toutes les petites lfles, lorfqu'ils les découvrirent au fecond voyage de Chriftophle
Colomb, afin que leurs Aottes s'arretant à ces Ifles-là pour fe rafraichir, y
trouvaffent de la viande fraiche ; mais
qu'ils y ayent planté des cannes à ficre,
c'eft ce qui n'entrera jamais dans la tête
d'une perfonne de bon fens; car planter
des cannes dans un endroit, & y mettre
des cochons, c'eft édifier d'une main,
& détruire de l'autre, puifqu'il n'y a
point d'animal dont il faille préferver les
cannes avecplus de foin que desc cochons.
D'ailleurs il faut un tems. confidérable
pour défricher la terre, > peur la netoyer
planter les cannes, pour les farSerzt les entretenir jafqu'a ce qu'elles
foient en état de fe paller de culture,
comme on verra dans la fuite de ce
Traité; & c'eft cè qu'on foûtient que --- Page 385 ---
Trangoifas de T Amerigue. 325 - - -
n'ont jamais fait, puifque 1696.
les E(pagnols convient qu'ils n'ontjatout le monde dans ces Ifles, qu'autant
mais féjourné faut
faire l'eau &
de tems qu'il en
pour bâtimens avoient
le bois, dont leurs
beloin.
quelle raifon les EfpaDe plus, pour planté des cannes dans
gnols auroient-ils
eu deffein de
des lieux oû ils n'ontjamaise moins d'y établir
s'établir, & encore dire
ce font les
des fucreries. De cultivées que après le déIndiens quiles ont c'eft connoitre bien
part des Elpagnols, des Caraibes, qui font bien
malle génic de fc donner la moindre peine
éloignez
qu'ils ne conpour cultiver une plante ont peine à fe
noifloient point; 5 eux qui
momens à
réfoudre à donner quelques
la culture de celles dont ils ne fçauroient
fc palfer.
plus exprès, &
Voici un rémoignage
can-
> queles
quip Inceuoimei font naturelles à l'Ameriques
nes à fucre
Ximenes dans fon
c'eft celui de François & des vertus des
Traité de la nature
à
Plantes de l'Amerique les > cannes imprimé à fuMexique : il affure que
& fans culd'elles-mèmes
cre viennent environs de la riviere de la
ture aux
& qu'clles y croiffent
Plata ou d'argent,
, &
Voici un rémoignage
can-
> queles
quip Inceuoimei font naturelles à l'Ameriques
nes à fucre
Ximenes dans fon
c'eft celui de François & des vertus des
Traité de la nature
à
Plantes de l'Amerique les > cannes imprimé à fuMexique : il affure que
& fans culd'elles-mèmes
cre viennent environs de la riviere de la
ture aux
& qu'clles y croiffent
Plata ou d'argent, --- Page 386 ---
: 326 Nowveanx Fayages Anx Ifles
1696. fi confidérablement 9 qu'elles reffentblent par leur grolfeur & leur hauteur à
des arbres dont la chaleur du foleil fait
fortir le fucre par des crevaffes qui fe
font en certain tems del l'année eàl'écorce
dela canne, comme nous voyons fortir la gomme de differens arbres quis'en
déchargent dans des faifons où la chaleur du foleil eft plus violente que dans
d'autres.
Jean de Lery Miniftre Calvinifte,
alla en 1556.joindre le Commandeur qui de
Villegagnon au Fort de Coligny, qu'il
avoir bâci fur une Ifle de la riviere de
Janvier ou Janciro au Brefil, par les
vinge-trois degrez & demi de latitude
meridionale; affure qu'ils trouvoient par
tout aux environs de cette riviere une
grande abondance de cannes à fucre. Or
il eft conftant qu'elles n'y avoient pas
été plantées par les Portugais , puifqu'ils
n'étoient pas encore établis dece côré-li,
& qu'ils n'y vinrent qu'après le départ
des François : il faut donc conclure
qu'ellesy étoient venuès naturellement
& fans culture.
Le Pere Hennepin Recolet & autres
Voyageurs, qui nous ontdonné des Relations du Millilipi, rapportent qu'ils
ont trouvé des cannes à fucre très-belles --- Page 387 ---
Françoifes de T Amerigut. 317
abondance dans les terres balles 1696.
& en
environs des embouchures
font aux
1 cette riviere.
Jean de Laët, Gvre premier, page
trente trois de fon Hiftoire de IAmeriditque les cannes à fucre viennent
nanurellement que,
à PIle Saint Vincent,
les
e
cft une des Antifles habitées par! de laritude
raibes, par les treize degrez
du Nord.
François qui fe font étaLes premiers
à la Martiniblis à Saint Chriltophle,
trouvé
que & à la Guadeloupe, y ont endroitss
des cannes de fucre en differens
crués
& c'eft de ces cannes naturellement
& nées dans le pays, qu'on en a cultive provigné au-
& multiplié l'elpece que l'on le fucre. Je
jourd hui, & dont on fait
deffie qu'on puilfe me
Ceille qu'elles feont
de
EATE
éréappotées d'en tirer le fucre dont nous fomcret redevables aux Portugais & aux Ef
mes
& cux aux habitans des Indes
ils l'avoient appris dans ces
les InGORAS
pays-l; ils avoient vû comme comme
diens tiroient le fac des cannes, & le réils le purifioient, le cuifoient
chez
duifoient en fucre. Ils l'ont porté
eux, & l'ont mis en pratique > premicaux Iiles de Madere & de Canarement
d'en tirer le fucre dont nous fomcret redevables aux Portugais & aux Ef
mes
& cux aux habitans des Indes
ils l'avoient appris dans ces
les InGORAS
pays-l; ils avoient vû comme comme
diens tiroient le fac des cannes, & le réils le purifioient, le cuifoient
chez
duifoient en fucre. Ils l'ont porté
eux, & l'ont mis en pratique > premicaux Iiles de Madere & de Canarement --- Page 388 ---
328 Nouveaux Yoyages Aux Ies
1696, ries, & enfiite dansles endroits de PAmerique où ils éteient établis avec affez
de fareté, pour poyvoir penter à cette
manufacture qu'on a perfectionnée en
un tel point, qu'ilya long-tems que les
fucres fabriquez en Amerique furpaffent
infiniment en beauté & en bonté ceux
des Indes Orienrales.
Que diroit-on d'une perfonne qui al
fareroit que les vignes qu'il y a le
du Mififipi, de la riviere longue & long de
celle des Ilinoisnef font point naturelles
au pays, &c qu'ciles y ont été apportées
de quelqu'une des trois autres parties du
monde. Il feroit aifé de lui montrer le
ridicule de fon opinion, en lui demandant de quelle Partic du monde il
tend qu'elles ont été tranfportées; pré- à
moins de remonter au tems des Carthaginois, que l'on prétend avoir connu
TAmerique, & d'y avoir cu commerce,
il eft impoffible de s'imaginer que les
Afriquains y ayent tranfporté la
& ly ayent cultivée; mais comme vigne, cC
commerce & cette connoiffance desCarthaginois eft un problème fort
fort difficile à réfoudre, & fort obfcur, fujet à
caution; on fera obligé de fe retrancher
aux deux autres parties du monde, l'Europe & l'Afie. Je conviens pour le bien --- Page 389 ---
Françoifes de Amerique. 329
& fans entrer dans la verité a696.
de la
foient joindu
quel fiappoféquelles le Nord, on a
camee
pà
tes à l'Amerique endroits par
mais quelle apyaller par cet chemin ait été affez
parence que ce
ces plantes alirs
tiqué
y
eft T'ennemi capital;
&
le
Fauree
MELOT
ceux
les y
mais feroit-il poflible que 2
euf-
>
c
auroient portées & cultivées habitans du
aux
fent pas enfeignélulage demeurant eux-r mèmes,
pays, ou quy oublié às'en fervir, & n'eufils cullent tranfmis à leur poferité la confent
d'une chofe fi neceflaire aux
EOERLUS
qui auroit pû ferhommes ? D'ailleurs
& le rendre impraticamer ce chemin,
2 la terre
ble comme ill'eft anjourd'hui ? les glaces
a-t'elle changé de fituarion
n'éfe font-elles multipliées plas
de
? Il eft
Trte
toient antrefois
plus
cela
ENs
pofer des difficultez fur conclure que que les
réfoudres d'où il faut dans tous ces vafvignes font naturelles fi elles ont degeneré &
tes pays; & que fauvages, c'eft le défaut de
font devenués
&
arriveculture qui en eft caufe, qu'il
viroit la mème chofe aux meilleures fi
de Champagne & de Bourgogne, de
gnes
quelques années
on ceffoit pendant
Difons
les tailler & de les cultiver.
pofer des difficultez fur conclure que que les
réfoudres d'où il faut dans tous ces vafvignes font naturelles fi elles ont degeneré &
tes pays; & que fauvages, c'eft le défaut de
font devenués
&
arriveculture qui en eft caufe, qu'il
viroit la mème chofe aux meilleures fi
de Champagne & de Bourgogne, de
gnes
quelques années
on ceffoit pendant
Difons
les tailler & de les cultiver. --- Page 390 ---
donc 330 Nowveaux Yoyages aux IRes
1696.
qu'il ny a pas plus dinconve.
nient à reconnoitre que les cannes à
fucre font naturelles al'Amerique,
les vignes i la Loilifiane, &
que
ce qu'on doit aux habitans que des tout Indes Orientales, c'eft le fecret d'en tirer
le fuc, & d'en faire du fixcre.
du LesElpagnols facre à la &cles Porrugais on fait
Brefil,
nouvelle Elpagne & au
des Epoque
long-tems avant que les autres
Su- Européens fe fuffent
crerics On
fans
érablisaux Antifles.
Epa
peut
fe tromper
gnoles, mettre Tépoque des Sucreries beancoup,
les &
E(pagno.
Portugaifes, vers la fin de
car avant ce tems ils n'avoient fongé 1580.
qu'iconquerir lc pays, à découvrir les
mines d'or & dargent t, à faire
les perles, & à travailler au tabac; pècher la
culture des cannesà facre fuivit celle du
tabac; & comme cette derniere plante
mange beaucouple terrain, il fallut défricher de nouvelles terres pour la
ter,
a
& on employa à la culture des plan- Cannes à fucre, celles qui devenoient de
jour en jour trop maigres, pourproduire
du tabac.
Les François & les Anglois ne fe font
établis entre les deux tropiques
l'année 1625. il s'eft paffe bien du qu'en tems
avant qu'ils ayent :
été en état de penfer --- Page 391 ---
Frangoifes de LAmerigue. 331 1696.
du fucre, ils ne Sappliquoient
à faire
enfuite alindigo & au cot- des Epoque Su.
qu'au tabac,
furent les premiers creries
ton. Les Anglois
Fiangoienétat de faire du facreas.Challophler fes & oiles-hiftoires de leurs colonies marquent de la Ang ies,
ce fut en 1643. Les Frangois fans
que mème Iile ne furent
long-tems
imiter. On n'en 3Ra à la Guadeloupe
les
(ous la dircétion des Holqu'en 1648.
après leur
landois S Sysefngierent Brefil. On en fir ila Mardéroure
tard qu'a la Guadetinique un
Barbade pius environlenéme
loupe, & TE
tems qu'à S. Chriltophle. (ucreries s'angmente
Le nombre dansles des
Ifles, & la fabritous les jours fe
de plus en
des fucres perfectionne écrire ce qu'un
d Je vais donc en
m'a donné de
travailallidu de dix années
connoiffance fur cette matiere.
Brefil. On en fir ila Mardéroure
tard qu'a la Guadetinique un
Barbade pius environlenéme
loupe, & TE
tems qu'à S. Chriltophle. (ucreries s'angmente
Le nombre dansles des
Ifles, & la fabritous les jours fe
de plus en
des fucres perfectionne écrire ce qu'un
d Je vais donc en
m'a donné de
travailallidu de dix années
connoiffance fur cette matiere. --- Page 392 ---
-332 Nonveaux Proyages aux IRes
1696.
DES CANNES
DE SUCRE.
L Erofeau ou carine de fucre ne diffeDifferenredes rofeaux
ce des ve fur les bords ordinairesqu'on troucanucs & lieux
des érangs & en d'autres
desro- fcaux,
maréengeux,
ce
la
ou l'écorce de ces 1.cmuet da dure peau &
feche, & leur pulpe fans fuc; au lieu
que la peau des cannes de fucre n'a
mais beaucoup de dureré, & que la ina- jatiere (pongieufe qu'ellesrenferment, eft
de beaticoup de jus ou de fitc,
8cl'abondance
SELRLE
portionnéesàl labonté du terrain où
font
EsTies
plantées, à fon expofirion au loleil,
à la faifon où on les coupe &à leur
Qutalitez Ces quatre circonftances font
age.
qu'elles & les
les caufes
doivent
principes de leur hauteur, de leur
ayoir. groffeur, deleur bonté, & de la facilité
ou difficulté que l'on trouve à
&c à cuire leur fuc, &àle réduire purifier cn fucre: de forte que fuivant la qualité du
terrain, les cannes font grofles ou menues,longues ou courtes ; felon
font
qu'elles
expolées au foleil, elles font plus --- Page 393 ---
Françoifes de PAmbrigue. 333
moins fucrées. La faifon oà on les 1696.
eil
remplit de plus oude moins de
coupelest fuc; & leur age les rend plus ou moins
à produire de bon fucre.
propres La feiille de la canne eft longue & D-feripétroite; elle n'a qu'une nervire fa qui lon- lationde cannes à
partage par le milien dans toute
fucre,
Cette nervàre eft allez caffante,
gueur. la feuille eft feche, mais quand
quand
amortie, , elle
cllceft verte OLI fculement deux côtez de la feiileft fort liante. Lcs
armez de
le font tranchans & comme
petites dents de fcie prefque impercep- on
tibles, qui coupent la
rebours. quand Les
palle la main par deflus fit
ordinairement
feiilles ne viennent
la canne 5 celles qui
Tectea
la tête differens de noeuds où la canne s'eft araux
torlbent aufli - tôt
rêtée en croiflant, montée
haut, C'eft
que la canne eft
plus ef mauvaife,
une marque que la canne faut
ou du moins qu'il s'en
beaucoup
qu'elle foit mûre, quand lon en voitles
ncuds garnis de feuilles. Celles qui font
bonnes, n'ont qu'un bouquet de feprou
huit feilles à leur fommet. unie dans touLa canne n'eft
toute
des
tc falongucur 5 ate eft partagée par la
nccuds qui font T'origine & comme font
naiflance des fetilles. Ces naeuds
,
une marque que la canne faut
ou du moins qu'il s'en
beaucoup
qu'elle foit mûre, quand lon en voitles
ncuds garnis de feuilles. Celles qui font
bonnes, n'ont qu'un bouquet de feprou
huit feilles à leur fommet. unie dans touLa canne n'eft
toute
des
tc falongucur 5 ate eft partagée par la
nccuds qui font T'origine & comme font
naiflance des fetilles. Ces naeuds --- Page 394 ---
334 Nonveanx
aux Hfes
1696. durs & ont très-peu PT fubftance. Les
deux parties de la canne qui fontf feparées
par un naud, ont communication par
un vuide qui eft au milieu du neud,qui
eft rempli de la même mariere (pongieule que le refte de la canne, mais
elle eft plus preffée 2 > plus dure, plus COlorée; & quand on la mâche elle a
de faveur
le refte, & femble
mûre
ft
& er cuite. Iln'y a aucune ré
gle pour la diftance que ces nauds gardent entr'eux 5 plus le terrain eft bon,
plus ils font éloignez - les uns des autres,
& plus parconféquent lac canne contient
de fuc, parce que les naeudsen contiennent moins que le refte: de forte que
plus leur nombre eft grand, & moins il
le trouve de place pour le fic,
Ona vû des cannes
avoient vingequatre pieds de long, tête étant coupée, & qui pefoient vinge-quatrel livres,
inais cela eit extraordinaire. Ce n'eft
pasune marque de la bonté du fic quela
canne renferme; c'eft plutor une preuve
que le terrain eft gras & aquatique, &
qu'il produit abondamment un faccrud,
très-peu fucré, plein d'eau, & qui
conféquent confume beaucoup de Lous
& de tems, fans rendre jamais bcaucoup
de fucre, ni fort bon. --- Page 395 ---
Françoifes de PAmbrigue. 335--
Lorfque lcs cannes ont depuis
1696.
dix pieds de longueur 5
Qualitez
aidia
julqurà
dix
quinze lignes de d'une canne
ont depuis
jufqu'à font bienj jaunes; que parfaités
diamétic; qu'elles feche & caffante;
leur
eft life,
leur moëlle
EE fontp pefantes; que brune; que
eft grife, & mème un peu & comme un
leur fuceft doux > gluant, dire
font dans
cuit; on peut
qu'elles affurer.
EeTE & on
fu-.
fans
Tgrer
en tirera
beaucoup
paer
cre très-beau & en
EattEged
La terrelaplus propre pour porter des eft Terrain
cannes, telles que JC viens de dire,
propre les
celle qui cilegere, ponceufe & pro- pour cannes,
fonde, qui eft allez en pente pour que
l'eau de pluye ne s'y arrète
fe & leve qui
au foleil depuis
en
eftexpolée
foit
de fe coucher.
julqua ce qu'il
prèt
Les terres graffes & fortes produifent mais
des cannes grandes & fort grolles,
elles font prelque toujours vertes, fucré. plei- Leur
nes d'un fuc aqueux & peu à
&c à
jus eft gras; il eft difficie purifier eft
cuire; & le fucre qui en provient à
toujours molaffe,
grené. & fujet
fe décuire & à iERLE en marmelade
ou en cendre.
de fond, &
Les terres quin'ont la canne pas trouvent bienou les racinesde
nes grandes & fort grolles,
elles font prelque toujours vertes, fucré. plei- Leur
nes d'un fuc aqueux & peu à
&c à
jus eft gras; il eft difficie purifier eft
cuire; & le fucre qui en provient à
toujours molaffe,
grené. & fujet
fe décuire & à iERLE en marmelade
ou en cendre.
de fond, &
Les terres quin'ont la canne pas trouvent bienou les racinesde --- Page 396 ---
336 Nowveaux Yrejages Aux Ifles
1696. tôrle tufou le roc, comme
part des terres
fonclapléde la
ufées, des balles terres
Martinique & del la
ne produifent que de petites Guadeloupe cannes 3
çomme des rottins, pleines de nceuds 5 >
fc elles feche durent
parce que leur racine
& Ecal brile. Cependant
ces terres ont dela pluye dansles lorique
miers mois que les cannes font
& de tems en tems
rienfes
jufqu'a leur parfaite
maturité; elles ne laiffent pas de fc remplir d'un très-bon fic, extrémement
doux & gluant, mais il faut être habile
pour en fabriquer de bon fucre, parce
qu'étant prefque cuit avant que d'êrre
de exprimé le dela canne, onn'a pasle tems
& de le clarificr, qu'il a
déja teite cuiffon quilui eftneceilaire;
daforte qu'on eft obligé de mettre de
l'cau dans les chaudieres, afin
fa cuiffon, & de donner le loifir d'éloigner a la
leflive de diffoudre les immondices qui
fontattachées au fuc, & de les
en écumedla fuperficic,
pouffer
Il faut faire cette manceuvre dès la
premiere chaudiere, & obferver de ne
mettre jamais d'eau froide dans le
a boiilli, Parce quela froideur jus de
1e fait conglutiner lcs ordures avecle
grain qui eonmencilciome,Rr rend
ainfi --- Page 397 ---
Frangoifes de PAmérique.
ainfi le fucre gras, & abfolument hors 1696.
d'état de pouvoir être blanchi.
Les terres bafles, marécageufes, &
quifont comme de niveau avec le bord
de la mer , comme font cellesde la grande terre., &c des culs-de fac de la Guadeloupe, quelques endroits de la Martinique, & prefque toutes les Ifles Angloiles & Hollandoifes, excepté Saint
Chriftophle, la Jamaique & quelques
autres lieux 5 toutes ccs terres, dis-je 7
produifent de belles cannes, longues >
groffes & pefantes ; mais comme ces
terres ne manquent jamais d'ètre falécs
& nitreules, elles communiquent leur
défaut aux cannes qu'elles portent, dont
le fucre ne peur jamais devenir bien
blanc. Son
, qui dans les premiers
jours qu'il Tfate fait, eft gros, clair & tranfparant, s'amolit peu à peu, fe décuit &c
devient cendreux, ou comme en boûillic, & diminue beaucoup, 3 quand on
vient àle fondre pour le raffiner.
Les terres rouges &c fortes, comme
font celles qu'on trouve à la Cabefterre
de la Martinique, depuis la riviere Roujufqu'à celle du cul-de-fac Robert 3 8c
SSR Guadeloupe depuis la grande riviere
de la Cabefterre, jufqu'à la riviere du
Lezard, portent de belles cannes, lon:
Tome III.
R
comme en boûillic, & diminue beaucoup, 3 quand on
vient àle fondre pour le raffiner.
Les terres rouges &c fortes, comme
font celles qu'on trouve à la Cabefterre
de la Martinique, depuis la riviere Roujufqu'à celle du cul-de-fac Robert 3 8c
SSR Guadeloupe depuis la grande riviere
de la Cabefterre, jufqu'à la riviere du
Lezard, portent de belles cannes, lon:
Tome III.
R --- Page 398 ---
338 Nowveaux V'oyages aux Iles
1696. gues, grofles & pleines d'un fuc allez
lucré, quand lon les coupe dans la bonne faifon, c'eft- à-dire, depuis le commencement de Janvier, jufqu'à la fin de
Juillet. Il eft vrai qu'elles font dures
cuire; & fion néglige de les tenir bien
nettes, Oul qu'on iles coupe hors de leur
maturité, leur fuc eft verd & crud, &
par conféquent difficile à dégraiffer. Ce
qu'elles ont de commode, c'eft qu'elles
peuvent durer vingt à trente ans fans
avoir befoin d'ètre replantées a leurs rejettons étant aufi bons au bout de CC
tems-là que la premicre fois qu'on les
a coupées, Quand on employe ces cannes en fucre brut, elles rendent un fucre
grené, capable de fapporter la mer &
leraffinage, & quibien que gris, rend'
du fucre très- blanc, & en quantiré, Je
fçai par une longue experience que deux
livres &c un
de fucre brut, fait
ànotre Rttadena duF Fond Saint Jacques,
rendent une livre de fucre raffiné, fans
compter les firops ; ced quieft une preuve évidente de la bonté de ces fucres,
du grand profit quelesraffincurs en peuvent tirer.
Les terres qui font environnées de
bois, ou qui font dansles hauteurs des
montagnes, font fort fujertes aux pluyes, --- Page 399 ---
Fvangoi fes de PAmérique. 339
rolées, aux fraicheurs de la 1696.
suxgrandes nuit; 8 comme elles ne font gueres
échauffées des rayons du foleil, ellesne
produifent que de grolfes cannes fort
acqueufes, vertes & fucrées; leur fuc
eft
& crud, difficile à cuire&c àdégras & confume beaucoup de tems
grailler, & de bois. A ccla près le fucre qui en
provient a du corps; fon grain eft gros,
dur, conferve fa cuiffon, & fipporte
très-bien le tranfport &c le rafinage.
Toutes les terres en uif mot qui font
neuves, c'eft t-à- dire qui n'ontjamais
été plantées ni femées, dans lefquelles
on met des cannes aufli-tôr qu'on a abbatu lesarbres quiles couvroient 2 portent des cannes très-groffes & en quantité, remplies de beaucoup de fuc, mais
crud, peu fucré, très-difficile à
cuire gras, & à purifier. Je me fuis trouvé
quelquefois dans ces circonftances, &
particulierement à la Guadeloupe, oucequ'on faiayant fait défricher une terre neuve, ador re des
plus d'une lieué du bord de la mer, &cinnes plantées
layant plantée en cannes, c'étoit quel- dans une
chole de furprenant de voir le nom-tere
Bre.te grolleur &c la hauteur de ces can-newe,
n'avoient encore que
nes, lorfqu'elles
les fis couper à
fix mois ; cependant je
retiré ce
cet age, & après que j'eus
P ij
aiayant fait défricher une terre neuve, ador re des
plus d'une lieué du bord de la mer, &cinnes plantées
layant plantée en cannes, c'étoit quel- dans une
chole de furprenant de voir le nom-tere
Bre.te grolleur &c la hauteur de ces can-newe,
n'avoient encore que
nes, lorfqu'elles
les fis couper à
fix mois ; cependant je
retiré ce
cet age, & après que j'eus
P ij --- Page 400 ---
340 Nouveaux
Aux
V'oyages
IRes
1696. dont j'avois befoin pour planter, je fis
faire de l'eau-de-vie du refte, & je fis
mettre le feu au terrain pour confumer
les pailies, dont la pourriture n'auroit
fervi quiaugmenterlag graiffedelaterre.
Quatorze mois après cette coupe, je fis
employer en fucre blancles rejettons
étoient crûs, dont la bonté
à
e3
parfaitement la beauté qui ne pouveit
ètre plus grande. J'ai compré jufqu'a
foixanse-leptrejetions fur une feule fouche; leur longucur étoit depuis dixjuf
dix-fepr pieds, & leur diamétre
pouce
Tay
jufqu'a vingt ligues: de maniere
je les faifois charger tout entiers adne les charettes ou cabrotets, fans
les amarer,comme fic'eàt été desperches.
Elles produifirent en abondance) lc plus
beau fncre qui eut encore paru dans le
quartier, quoiqu'il foiten réputation de
faire leplus beau quife fabrique dans les
Ifles. J'ai fait la même chofe à la Martinique, & je m'en fuis toujours bien
trouvé; ainfi que ceux à quije Taiconfeillé. Il eft vrai qu'on avoit d'abord un
peu de répugnance à fuivre mon confeil,
parce qu'on regardoit comme une perte
évidentela coupe de CCS cannes. Mais
quandon confidére la chofe de plus près,
jlet sifé de yoir que lc profir) y elt trèse --- Page 401 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 341
clair & très-confidérable; premicrement, 1696.
parce que les cannes plantées dans une
terte neuve, ne peuvent être mûres qu'à
dix - huit ou vinge mois. Or les ayant
coupées à fix mois, & les recoupant
quaiorze ou quinze mois après, cer ne
iont tout au plus que deux mois de difference ou de rerardement , quine doivent pas entrer en paralelle avéc a le profit que l'on trouve à faire de bon fucre
& en quantité, au lieu du mauvais que
Ton auroir fait avec bien de la peine, &
en confumant une infinité de bois.
En fecond lieu, les cannes que lon
coupe à fix mois ne font
entierement
perduès; ons'en fert à TEAe del'eau-devie, qui eftune tptsbenncmarchanbifc,
& à replanter d'autres terrains, d'autres à quoi
elles font bien plus propres que & de
cannes, à caufe de leur grofleur,
la force de leur fuc qui eft en plus grande
quantité. Et en troiliéme lieu, on dégraifle la
terre, &c on la rend dès cette premiere
produire de bonnes cancoupe, propeedp ne feroit
en
nes, ce qu'on
peut-êrre pas les
cinqou fix autres coupes, > parce quel
feiilles dont les cannes fe dépotillent
àmefure qu'elles croiffent, fe pourriflent
avant qu'on les coupc, & engraiffint de
P 11]
en plus grande
quantité. Et en troiliéme lieu, on dégraifle la
terre, &c on la rend dès cette premiere
produire de bonnes cancoupe, propeedp ne feroit
en
nes, ce qu'on
peut-êrre pas les
cinqou fix autres coupes, > parce quel
feiilles dont les cannes fe dépotillent
àmefure qu'elles croiffent, fe pourriflent
avant qu'on les coupc, & engraiffint de
P 11] --- Page 402 ---
342 Nowveanx Yoyages aux IRes
1696. nouveau une terre que l'on a intérèt de
dégraifer.
Prépara- tion de. Avant que de planter les cannes, il
la terie faut foigneufement nettoyer la terre oi
pour l'on veut les mettre. Il ne fuffit pas de
les planter can- couper les liannes gue l'on y trouve 3 il
ncs,
fautles arracher entierement. > parce que
ces mauvaifes plawcapululembenscosp,
s'attachent aux cannes, les couvrent &
les abbattent. A l'égard des fouches des
arbres, iln'eft pas neceffaire de prendre
cette peine, à moins que ce ne foit des
bois mols, dont les fouches pouffent
des rejettons; il faut arracher celles-ci,
ou les brûler d'une maniere à fecher
entierement toute Phumidité qu'elles
renferment, qui ferviroit à les faire
ponffer.
H faut
La terre étant bien nette, fi elle eft
le pairager terrain nnie ou en pente très-douce, s le meileur
que l'on parti qu'on puiffe prendre eft de la
veut
tager en quarré, de cent pas
plan'er
quarrez
EREC
en can- cun, & laiffer entre les quarrez un chenes,
min de dix-huit pieds del large, pour le
paffage des cabroiiets ou charertes, qui
vont chercher les cannes,àmefure qu'on
les coupe pour les porter au moulin.
Premiere
Plulieurs raifons m'ont porté à
railon. ger ainfi mon terrain, toutes les fois partajel'aip pà faire. La premiere, que ces E --- Page 403 ---
Fvangoifes de T Amérique. 343 1696.
pararions du terrain en plufieurs feroit piéces, allumé
empêchent que le feu qui
aux
dans un quarré, ne fe communique de
autres,
que ne trouvant le point moyen
matieres Fdae ces chemins. Lq quarré voidefquelles il forcé puilfe de joindre s'arrèrer 5 & quand
fin, il eft
on auroit
mème le vent l'y porteroit: n'en faut
toujours plus de rems qu'il
poury La remedier. feconde raifon eft pour empècher de Seconde raifon.
les cabrotie:s d'entrer dansl les pieces
cannes, comme ils font pour moulin. y charger Rien
les cannes qu'ils
& au ne détruit tant
n'eft plus
2 des baufs & les
ARESTE
lescannes que les pieds
fur les
roues des chatetres, qui paflent 'de couper les
fouches, dont on vient il
& lorfrejettons, fur tout quand On pleur voit
exque la terre eft molle. de
par des
perience qu'on eft obligé
planrer
cannes dansles routes que les cabrotets venant
ont faites, & que Ces cannes ne qui poufpas aufli vite que les rejettons fes racines, elles
fent d'une fouche quia celles qui font
fetrouvent fiuffoquées croiffant par
plus vite,
auprès d'elles,
& les font mourir 5
leur dérobent
tons, fur tout quand On pleur voit
exque la terre eft molle. de
par des
perience qu'on eft obligé
planrer
cannes dansles routes que les cabrotets venant
ont faites, & que Ces cannes ne qui poufpas aufli vite que les rejettons fes racines, elles
fent d'une fouche quia celles qui font
fetrouvent fiuffoquées croiffant par
plus vite,
auprès d'elles,
& les font mourir 5
leur dérobent d'oà il arrive que les pieces de cannes à fait fe
dégarnillent & déperiffent tont
par
p iv --- Page 404 ---
344 Nowveaux
aux Ifles
1696. ces chemins que l'on otne tout au travers,
fans difererion 8c fans jugement; au lieu
que la piéce n'ayant que cent pas en
quarré, ilef aifé de poiter les
de cannes au bord du
paquets
du milicu dela
chemin, puilque
piece jufqu'au chemin,il
n'eit ne peut y avoir que cinquante pas, ce qui
pas une fatigue confidérable, eu
égard' à l'avantage que l'on trouve d'avoir toujours fes cannes en bon état,&
n'être pas obligé de les replanter fans
ceffe.
TroifiéLa troifiéme raifon
me taj- tre
elt, que le maifon,
peur plus facilement vifiter - le travail
de fesg gens, & voir fi les Commandeurs
& les Négres ne le trompent point,
comme ilsne manquent gueres de faire,
quandils en trouvenrloccation. fe comtentant de farcler & de rechauffer les
cannes qui font fur les bords des chemins, pendant que lei milieu où la vue
ne
pénétrer, & où l'on ne peut
SRBeNdE demeure
de liannes
négligé, plein
hEs
& de vuides, ce
atrire
avec le tems , le dépériflement qui total des
cannes.
Quatrié- Une quatriéme raifon eft, l'embelli(-
merai. fement d'une
fon,
habitation, où tout homme de bon fensne doit pas négliger d'y
procurer le plaifir, quand il peut être --- Page 405 ---
Françoifes de TAmerigue. 345
joint avec Putile 5 car on peur planter le 1696.
long des chemins dcs pois d'Angole Oul
des pois de fept ans, qui font des atbrifleaux fort agréables & fort utiles,
qui forment desallées & des promena- de Rodes. L'habitation de Monfieur
de la Guadechefort au petit cul-de-fac de cette maloupe, étoit toute partagée dans tous les enniere. Jc l'ai pratiqué
droits où ile terrain me l'a permis. inutile
Lorfqu'on ne veut pas chemins, laiffer on fe
toute lalargeur de ces
de chacontentedel elaiffer un petitfentier
vifiter le travail
que côté, cucillir pour pouvoir les
& on plan-
& pour
pois; ou en
te tout le refte en manioc de Fun patates ou des
felon le befoin que l'on a
obfervant feulement de ne planautres ; du manioc blanc. ou du manioc
ter
afin qu'il foit mûr > 8 en état
RERErO >
vienne càcoud'ètre arraché, avant qu'on
per les cannes.
foient
Quoique les cannes
plantées de
fur des mornes , ou dans des revers
coftieres, trop droites pour s'y aller promener, il ne faut pas négliger raifons ce partapour les trois premieres
que
ge,
ci-dellus. Il faut feulement
jait obferver marquées de faire ces chemins dans les
commodes
lecha:
endroits les plus
pour
: P V.
roi,
ienne càcoud'ètre arraché, avant qu'on
per les cannes.
foient
Quoique les cannes
plantées de
fur des mornes , ou dans des revers
coftieres, trop droites pour s'y aller promener, il ne faut pas négliger raifons ce partapour les trois premieres
que
ge,
ci-dellus. Il faut feulement
jait obferver marquées de faire ces chemins dans les
commodes
lecha:
endroits les plus
pour
: P V.
roi, --- Page 406 ---
346 Nowveanx Voyages anx Ifles
1696.
Le terrain étantainfi partagé, il faur
Ileft bon l'aligner, c'eft à-dire
faur étendre
de plan.une corde de
qu'il
ter les
toute la longueur du tercanncsau rain ; & marquer avec lap pointe d'un
cordeau, quer fur la terre, le trait de la corde, piafin de planter les cannes en droite lignc; felon la bonté de la terrc on fait
les rangs plus ou moins éloignezles uns
des autres. Quand elle eft tout-à-fait
bonne, on peut laiffer trois pieds &
demi de diftance d'un rang à l'autre en
tous fens. Mais quand la terre eft maigre
& ufée, & qu'on eft obligé de replanter
tousles deux ans, ilfuffit de laiffer deux
pieds en tous fens, entre chaque rang.
Cette maniere de difpofer la terre
confomme un peu plus de tems que
quand on faitles rangs &les foffesàl'avanture & fans regle; mais clle a cela
de commode,que les cannes étant
tées à la ligne, font plus faciles Phz à
cler, > parce qu'en difpofant les Négres
entre les rangs, ils voyent mieux les herbes & les liannes, il'leur eft plus facile
de découvrir les ferpens qui ne font que
trop commuus à la Martinique, & de
s'en garantir. Le Maitre ou fon Commandeur, voit d'un bour à l'autre d'une
piéce de cannes ce qu'ily aà faire, comment les Négres travaillent, & s'ils ne --- Page 407 ---
Frangoifes de LAmeriqse. dormir; 347 1696.
quittent point le travail pour
les
n'eft pas aifé à obferver, quandl
ce touffes qui de cannes font pèle mèle s parce &
qu'elles fe cachentles unes défauts les autres, du tracachent en mème temsles D'ailleurs quand les
vail & des ouvriers.
à cette
font une fois accolrumcz auffi aifément
NSEHEO ils la pratiquent l'autre. Jelai
& auffi promptement routoljai que fait travailfait pratiquer m'en par fuis toujours bien trouvé.
ler, & je
le terrain eft aligné, on Maniero
Après que
ou une Négrefle vis- ter
un Négre
whter
difpole
On marque fur le cannes.
à-vis de chaque ligne. hotie, la diftance qu'ils
manche de leur
folfe qu'ils
doivent laiffer entre chaque
le tradoivent faire, & on doit commence être de quinze
vail. Chaque folle
de la
de
à
pouces de long, Tordinaire largeur de
la SP qui eft pour
quatre à cinq pouces 5 & la profondeur A
n'excede jamais fept à huit font pouces. les folles
mefure que les Négres qui
avancent chacun far fa ligne, quelques font
jeunes Négres ou autres qui travail, ne les R
capables d'un plus grand
fofle deux
vent &c jettent dans de chaque à dix hvit
morceaux de canne
quinze
me
delong. Ces (emeurs, pour
pouces
(ont fuivis d'aufervir de ce terme,
P vj
profondeur A
n'excede jamais fept à huit font pouces. les folles
mefure que les Négres qui
avancent chacun far fa ligne, quelques font
jeunes Négres ou autres qui travail, ne les R
capables d'un plus grand
fofle deux
vent &c jettent dans de chaque à dix hvit
morceaux de canne
quinze
me
delong. Ces (emeurs, pour
pouces
(ont fuivis d'aufervir de ce terme,
P vj --- Page 408 ---
348 Nowveaux? Voyages Aux IRes
1696. tres Négres avec des hoties qui ajuftene
les deux morceaux de canne lun à côté
de l'autre, de forte que lebout qui vient
du côté de la tête de la canne, fuit hors
dela terredetrois pouces, & quele bout
de l'autre morceau falle le même effet à
l'extrèmité oppolée : aprèsg quoi ils empliffent la folle de la terre qui en a été
tirée.
Les morceaux de canne
l'on met
en terre, fe mettent ordinairement que
àla
zète de la canne, , un peu au deffous de
la naiffance des felilles ; on leur donne
quinze à dix-huir pouces de long. Plus
ils ont de nceuds ou de bourgeons, ou
comme on parle aux Illes, plus ils ont
dyeux, &
on peur" elperer qu'ils
poufferont
rejettons &
8."
prendront
plus promptement racine.
CondiLes voilins ne fe refufent jamais les
lions
uns aux autres des cannes
fous lef Mais comme il faut du tems pour planter.
1.s quelles voi. per les bouts des cannes, & pour cou- les
fins le amarrer en
2 celui
pour
doanent
paquets
qui en a bedes Can- foin, envoye les Negres chez le voilin
nes Pour quiles lui
afin
aident
glanter,
donne,
qu'ils
aux
fiensà couper les cannes pourle moulin,
& à accommoder les têtes pour planter,
Je n'ai jamais voulu avoir cette obligationd perfonne, quoiqueje ne refufalle --- Page 409 ---
Frangoifes de PAmbrigne. 349 le 1696.
de rendre ce fervice à ceux qui me bepas demandoient; mais quand javois
foin de plan, je faifois couper une pié- les
ce de cannes > étant perfuadé que
ne produifent
têtes de cannes planécs,
tronjamais d'aufli belles cannes queles de la
çons que l'on coupe dansle fuc corps & de féve,
plusde
cannc, quiayant plus de force, pour
ont par des conféquent racines & desrejettons gros
poufer
& vigoureux.
planter cft Ia Tems
Le tems propre pour fon commence- propre pour
faifon des pluyes, deux depuis tiers. La raifon en planter.
ment jufgrafes
n'a pas befoin de
eft fi évidente, qu'elle
lors la terre
démonftration; car pour
les racines
étant molle & imbibée d'eau,) entrent
& les germes queler plan poulfe, les fait croitre,
facilement, & Thumiditél nourriture dont
&leur fournit toute la
ils ont befoin; all lieu que fi on eft plante aride
dans un tems fec,la terre qui & confume
& çomme brûlée, dans attire le
qui en
tout le fuc qui eft
auffi plan, fec
fi on
peu de tems devient four.
à ces
un
cRr
Favoit mis dans
ne fçatidifferences de (aifons qu'on & de qui déroit aflez prendre & garde, les mauvais fucres
pendeat les bons
des cannes,
foin; all lieu que fi on eft plante aride
dans un tems fec,la terre qui & confume
& çomme brûlée, dans attire le
qui en
tout le fuc qui eft
auffi plan, fec
fi on
peu de tems devient four.
à ces
un
cRr
Favoit mis dans
ne fçatidifferences de (aifons qu'on & de qui déroit aflez prendre & garde, les mauvais fucres
pendeat les bons
des cannes, --- Page 410 ---
350 Nowveaux Troyages anx HRes
1696.
Au bout de cinq ou fx jours que le
plan eft en terre, on le voit lever &
pouffer; & fuivant la bonté
du
terrain &
duplan,
dela faifon, onle voit produireà vie d'ail des feiilles & des rejettons. C'eft alors qu'il ne faut pas négliger de farcler les herbes & les
liannes, s
qui ne manquent jamais de venir en
abondance dans des terres nouvelles,
ou dans celles qui font nettes & humides. C'eft en cela principalement
confifte la culture des cannes. Si .le
font feules à profiter du fuc de la terre, 2
ellescroiffent &g groffiffent enperfecion;
mais fi elles font accompagnées d'herbes
ou de liannes, elles viennent petites &
comme avortées > parce que les mauvaifesherbes ont confumé tourelagraif
fe de la terre. Sur toutes chofes il ne faut
jamais laiffer grener les herbesparce que
dès que les graines peuvent être
tées parle vent, elles fc répandent emportout > &c gâtent toute une terre.
par
Il faur avoir un extrème foin des cannes jufqu'à ce qu'elles couvrent toute la
terre aux environs d'elles, & qu'elles
étouffent les herbes qui pourroient naitre. Les liannes font encore plus à craindre, parce qu'elles s'attachent aux cannes, s'élevent par deffus & lcs fuffo- --- Page 411 ---
Frangoifes de PAmerigue. 351 de 169G.
quent; ; de maniere qu'il ne fuffit pas
les couper avec la hote, 2 il faut en arra- hors
cher les racines, & les cmporter enlaifde la piece, car pour peu qu'on
fci terre, elles teprennent & pullulent
extraocdinairement. ont été farclées
Lorfque les fois çannes felon le befoin dans
deux Oll trois
on; été planles commencemens qu'elles
on les laifle en repos
tées ou coupées, de cinq ou fix mois. Pour
jufqu'à l'age donne ia derniere façon en
lors onleur les Négres dans les rangs
faifant paffer
&
les herbes
pour en arracher emporter être cries,
&clesliannes qui pourroient s'étoit donnez
malgré les foins qu'on
on ne
pour les empècher : après quoi leur
touche plus aux cannes jufqu'à
patfaite maturité.
avoir de régle fixe, Tems otr
Ce terme ne peur
des habi- âge gue
& c'eft en cela que la plâpart
que doivent avoir les
tans fe trompent. Ils s'imaginent mois Cannes
quand ily a quarorze ou quinze clle pour coupées, êtrer
qu'une piece de cannes a été coupéc, fois;
eft en érat de Pêtre encore une autre & il en
fur ce fondement ils la coupent, mûres,
arrive que ces cannes n'étant pas verd 8c
ne donnent qu'un fuc gras, Cerincondifficile à purifier & à cuire. chez mes
venient que j'avois remarqué
doivent avoir les
tans fe trompent. Ils s'imaginent mois Cannes
quand ily a quarorze ou quinze clle pour coupées, êtrer
qu'une piece de cannes a été coupéc, fois;
eft en érat de Pêtre encore une autre & il en
fur ce fondement ils la coupent, mûres,
arrive que ces cannes n'étant pas verd 8c
ne donnent qu'un fuc gras, Cerincondifficile à purifier & à cuire. chez mes
venient que j'avois remarqué --- Page 412 ---
351 Nowveaux
aux
1696. voifins avant
Vroyager
Hes
de nos biens, que d'étre chargé du foin
flexions.
me fit faire différentes ré
J'avois và une année
piéce de cannes avoit fait le
qu'une
fuere qu'on pouvoir fouhaiter, plus beau
marquai l'annéc fiivante
& je recannes faites
les
que les mèmes
produifirent par
mêmes ouvriers ne
J'en
que du fucre très-médiocre.
dirent parlai à quelques rafineurs qui me
que les cannes étoient comme Içs
autres splantes, , & commelesarbres dont
lesfruits bonté, ne font pas toujours de lan même
Cette réponfe ne me contentant
pas,je caufe de cherchai quelle pourroit être la
ce changement, & il ne me
parut point qu'il pât y en avoir
tre que le défaut de maturité. d'auje fis en état de reétifier mon fentiment Quand
par Texperience,ly travaillai avec
Je fis couper & cuire le fuc de
foin.
fortes de cannes de
plufieurs
me confirmai dans diftrensages, mon
&je
les divers effais
fis. fentinent par
étoit plus amts de Je faire remarquai de bon
avec
eoL
éncore arrivées des cannes à
qui ne font pas
leur maturité qu'avec
cellesquil'ontp paffée de
ce qu'i celles-ci il y a un beaucoup, remede , parconvient point aux premicres,
qui ne
ne pas employer la vicille
quieft de
canne, c'eft- --- Page 413 ---
Frangoifes de Ambrigne. Aeché 353 8c 1690.
à-dire, celle qui : après avoir où ellc
Acuri s'eft renverféc par terre, ,
s'eft attachée par des flamens comme R
autant de racines; mais d'employer de
lement les rejettons qu'elle a pouffez ne fe
tous fes neeuds. Cette précaution la fadoit pourtant
que pour fucte
du fuere
; car
EES
brique
cannes y
égaleFot
brut, les vieilles
bon
, 8c
ment bonnes & font un
grain avant
cela faffit: Mais les cannes bonnes priles à rien, ellcs
leur maturité ne font
femblable
n'ont qu'an facre crû & gras, quine peut
à un mauvais chileindigelte, ni être parifié.
fe changer en grain,
avant que de
Il faut donc obferver eft 7 leur degréde
couper les cannes 5 quel
que
perfection & de maturité 2 platôr ont
leur âge, parce que les cannes euà qui effuyer
éré coupées en Janvier, ont l'aridité de la
toute la chaleur & toute
bien avant
fifon féche qui dure jufques
aarredans le mois de Juillet, ce quiles detout
tées pendantlat plus grande d'humidité partie elles
où faute
ce tems-la,
de foibles rejetn'ont
produire donc que
compter leur
tons. F ne faut
pas commencé à
âge du tems qu'elles ont
& qu'elles
ponffer vigouireufement,
Ileft
n'ont plus été arrètées ou tetardées.
aleur & toute
bien avant
fifon féche qui dure jufques
aarredans le mois de Juillet, ce quiles detout
tées pendantlat plus grande d'humidité partie elles
où faute
ce tems-la,
de foibles rejetn'ont
produire donc que
compter leur
tons. F ne faut
pas commencé à
âge du tems qu'elles ont
& qu'elles
ponffer vigouireufement,
Ileft
n'ont plus été arrètées ou tetardées. --- Page 414 ---
6 354 Noteveanx Voyager anx Mfes
1696, vrai que dès qu'elles fonte
pouffent des
coupées, 3 elles
mais
bourgeons & desr rejettons :
on doit regarder ces foibles produétions comme e refte du fuc ou de la
féve quiétoit en mouvement pour nourrir & pour augmenter toute la canne
quand elle étoit entiere, qu'il continué
loriqu'elle a été coupée, & qu'il continueroit auflivivement & auflirégaulierement, G la terre qui enferme la racine
& qui la nourrit, fe tronvoit défendue
des ardeurs du foleil, & humeétée
les pluyes,u par les rofées abondantes; par
au lieu que n'étant plus couverte par les
feiilles, la chaleur la pénérée, a deffeché fon humidiré,
s & lui a ô:éle
moyen d'entrerenir 01 de pouler fesrejectons. Je (çai que les pailles, c'eft àdire les fetilles qu'on laifle far le lieu,
après que les cannes font coupées. fervent à deffendre la fouche des ardeurs du
foleil; mais il faut avouer
ce fecours
eft bien foible & de peu 2.a durée : fappofé même qu'on n'enleve pasces
pour les bràler fous les chaudieres, pailles
comme il fe pratique. en une infiniré de
fucreries, en moins de deux ou trois
jours elles font feches & retirées d'une
maniere à ne pouvoir pas empècher le
moindre rayon du foleil; & tout le fer- --- Page 415 ---
Franpoifes de TAmbrigue. 355 16y6.
a été d'emvice qu'on a dû en attendre, deux ou trois jours,
pécher pendant n'ait ces agi direôtement fur
que la chaleur
venoit d'ètre
lendroit de la canne confiamer qui
ablolucoupé, qui auroit pûi &ctoure l'humidité
ment routela moelle
rettoit, d'où (erorinfsiliblement
2 qui la perte de toute la fouche.
fur
Mais les cannes qui font coupées dire,, dans
la fin dela fecheretle, c'eft-à
les mois de Juin & de Juillet, humeckent reçoivent la
le fecours des playes
prefque
teire & qui la
RTAET
en ont befoin,qui donanfi-ror qu'elles fouche le moyen de fournir
nent à la féve & tout le fac neceffaires
toute la
nourrir les rejetpour pouffer & pour dans les mois de
tons. De là vient d'Octobre que on voit les can
Septembre &
& Juiller auffi grannes coupées en Juin
celles qui ont
des &c aulli fournies que & Février. Or
été coupées en Janvier erreur en voyant
comme ce feroit une
ont été
de dire qu'elles
ces cannes, même tems, c'en feroit
coupées en un de dire
les premicres
aulli une autre état 2 Pêtre une autre
coupées font en
auroit qnatorze ou
fois, parce qu'il X l'auroient été, ou
quinze mois qu'elles dernieres coupées, font
de dire que les
c aulli fournies que & Février. Or
été coupées en Janvier erreur en voyant
comme ce feroit une
ont été
de dire qu'elles
ces cannes, même tems, c'en feroit
coupées en un de dire
les premicres
aulli une autre état 2 Pêtre une autre
coupées font en
auroit qnatorze ou
fois, parce qu'il X l'auroient été, ou
quinze mois qu'elles dernieres coupées, font
de dire que les --- Page 416 ---
1 356 Nowueaue Pijages aux Hes
1696.dans leur
font aufli hautes perfection & aufli , parce qu'elles
premiercs, quoiqu'elles grandes
les
moins. Il
ayent fix
tiit
cit donc du devoir d'un Suçrier ou d'un Rafineur, de
les cannes qu'après les avoir n'employer
& après les avoir exactement goirées, vifitées,
Je ne dis pas feulement fur les bords de
la picce, où le foleil donnant fans obftacle, a pû les faire mûrir
mais
dans le centre & en differens plurot;
où l'ombrage qu'elles fe font endroits les
aux aurres, empèche le foleil unes
auffi vivement que fur les bords. d'agir
après ces recherehes & ces examens, Quand il
refte fairé encore quelque doute, on doit
feroit une petite dans épreuve , quand ce ne
que
un chaudron, , afin de ne
pas entamer une piece de cannes, &
ne pas être enfitite obligé d'en
pour
une autre 3 ce qui ne fe peut faire entamer
un notable préjudice de
fans
parce
dès qu'une piéce Thabiration, de cannes eft
les rats
Eorder
lontiers qu'a celles y viennent plus vodont n'ayant
qui font entieres 2
fi
goûité ils ne fc portent
pas nciente ales
qu'elles ne foient couchées entamer, à moins
comme il arrive quand les par de terre 5
les renverfent, ou quand couips la
vent
négligenice --- Page 417 ---
Frangoifes de PAmbrique. 357
à les
les a laiffées environner 1696.
d'herbes erea &
liannes quiles ont fuffoquées, & quiles ont fait pancher peu à
peu, & qui enfin les ont renverfées par
terre. Car dans cette îituation, les rats
les attaquent plus facilement > parce
qu'ils fc mettent deffus, &c tenant la canne avec leurs pattes, ils rongent de la
rondeur
LeE
commodémentia
elle eft droite, à caufe
ficie, V quand alors obligez de fc dreffer fur
qu'ils leurs pieds de derriere, > & de ronger de
côté. Il faut donc conclure que le tems
de couperles cannes ne doit pasfe compter de celui de leur coupe, > mais de celui de leur maturité, fans s'arrèter à autre Entre chofe. les foins que l'on doit prendreon empé. doit
des cannes, celui d'avoir un preneur ou cher les
chaffeur de rats, ne doit pas être né- Négres
un
On donne ordinairement cet em- de ger man4 les 1
gligé. ploi à quelque Négre fdéle & diligent 3 rats,
maisqui n'elt pascapable d'un plus grand
travail. On l'oblige d'apporter tous lcs
matins les rats qu'il a trouvez dans fes lui
attrapes, & afin de l'encourager on
donne quelque petite recompenfe. habiration deux Je
donnois Acclui denotre
douzaine:
fols fix deniers de chaque
mais je voulois avoir lçs rats tout çnz
gligé. ploi à quelque Négre fdéle & diligent 3 rats,
maisqui n'elt pascapable d'un plus grand
travail. On l'oblige d'apporter tous lcs
matins les rats qu'il a trouvez dans fes lui
attrapes, & afin de l'encourager on
donne quelque petite recompenfe. habiration deux Je
donnois Acclui denotre
douzaine:
fols fix deniers de chaque
mais je voulois avoir lçs rats tout çnz --- Page 418 ---
358 Nowveanx Yayager anx IRes
1696 tiers, parce que je Içavois
le chaf.
feur les vendoir aux Négres dr l'habiration aufquels je ne voulois Paspermettre d'ufer de cette viande, (çachant
On doit faitement
l'ufage
paravoir un rats,
que & des
fréquent des
preneur
desferpens
fubrilife
de
CLIES
rats tellement le fang qu'il fait à la fin tomdanscha-ber que haen phrifie, lly a des
contenrent
habitans.quife
bitation.
que le preneur de rats leur
en apporte les queiics ou les têtes. C'eft
une mauvaife methode, parce que les
preneurs voifins s'accordent enfemble,
& portent les queiies d'un côté 8c les tèl
tes de l'autre, afin de profiter de la recompenfe que les maîtres donnent, fans
fe mettre beaucoup en peine de teudre
les' attrapes. Pour éviter cet inconvenient, ileftbon
les voifins s'accordent, & qu'ils 25 fallent apporter les
rats tout entiers, s & les faffent enterrer
fur le champ dans un lieu où il ne foit
pas facile au preneur 9 ou aux autres Négres de les aller dérober, ou pour les
manger, ou pour lès vendre: : par ce
moyep ils éviteront d'ètre trompez
leurs chaffeurs, ils empècheront Tt
Négres & ceux de leurs voifins de fei fervit de cette mauvaife nourriture,. & ils
tiendront leurs chaffeurs allertes & diligens, ou par l'efperance dela recoms --- Page 419 ---
Frangoifes de PAmerique. 359
penfe, ou par la crainte du châtiment : 1695.
quoiquelep premier motif m'ait tolijours
femblé le meilleur &le plus convenable, de faire
ayant toujours eu la pour douceur maxime & par une
faire plurôr par
petite recompenle, ce que jaurois
la
&
R
faire exécuter par
rigueur
par
châciment. L'inftrument dont on fe fert pour Panier
prendce les rats, eft fort fimple. Ce de pour prendre
n'eft qu'un petir panier fait en conc, les Latsa
feptà huit pouces de long, fur trois poude diamétre à fon ouces ou environ on le fait de mibi ou de perites
verture: liannes grifes refendués. Ily aà fapoinou
affez roide qui
te une verge baguette de deux pieds & deyeltentée, 2 longue bout de la
mi ià trois piedss au
ficelle de baguette ou
eft attachée une perice bien
de
de
bien filée &
L
moindrelongueur mahot,
qu'elle : on palle l'extrèmité de cette ficelle, ajuftéc een noud
coulant, entre le fecond & le troifiéme
tour dela lianne qui compofe le panier, deux
& on l'y fait tenir bien tendue avec de chifre,
perits bâtons coupez en quatre
On met dans le fond du panier quelque
morceau de manioc ou de crabe roti, 2
dont cl'odeur ferépandant au loin, attire
les rats, qui entrant dans le panier ne
on palle l'extrèmité de cette ficelle, ajuftéc een noud
coulant, entre le fecond & le troifiéme
tour dela lianne qui compofe le panier, deux
& on l'y fait tenir bien tendue avec de chifre,
perits bâtons coupez en quatre
On met dans le fond du panier quelque
morceau de manioc ou de crabe roti, 2
dont cl'odeur ferépandant au loin, attire
les rats, qui entrant dans le panier ne --- Page 420 ---
560 Nouveaux Voyages 0 aux IRes
2696. peuvent manquer de faire remuer les
petits bâtons qui tiennent la ficelle tendué, qui fe débande anfli-tôr par le reffort que fait la baguette, & le rat fe
trouve pris dans le noud coulant, &
étouffé contre le panier.
Selon-la grandeur de Thabitation ou
la quantité des rats, on employe un ou
deux Négres à cette chafle. Ils ont foin
de tendre leurs attrapes far le foir, & de
les mettre en differens endrois, non
feulement au bord, mais aulli dans le
milieu des cannes; ; 8c pour reconnoitre
les licux où ils en ont mis, ils font un
noeud ala tige de la canne, au pied de
laquelle ils ont mis le panier, I eft du
devoir du Commandeur de voir fi les
nceuds qui.font aux cannes font garnies
d'attrapes, fi les paniers font en bon
état & fournis d'amorce 5 & d'avertir
les chalfeurs des endroits ou il a remarqué que les rats font du dommage, fur
tout aux lizieres des bois, aux endroits
qui font proche des cafesdes Négres ou
des ravines, & à côté des piéces de cannes que l'on a brûlées dans Thabitarion,
ou chezles voilins. Comme ces chaffeurs
font exempts de tout autre travail, on
les oblige de fc pourvoir de crabes
amorcer leurs attrapes 2 & de tubour
pour --- Page 421 ---
Frangoifes de PAmerigue.
36t
entretenir leurs paniers, & pour 1696.
pour accomoder les barrieres, conjointement
avecl les cabrouettiers, quand ils en ont.
le tems. Surquoi il ne faur pas toujours
les en croire à leur parole, mais veiller
foigneulement farl leurt travail il&cfurl'emploiqu'ils font de leur tems.
Le nombre des paniers fe régle felon
la quantité des rats dont on eft incommodé, non feulement dans les cannes >
mais encore dansle manioc > dans le mil,
dansles cacoyeres & en d'autres endioits,
oà il ne faut pas négliger de mettre des
attrapes, parce que ces animaux multiplient infiniment 5 &cils ont cela d'incommodeàlal Martinique, qu'ils attirent
les ferpens dans les lieux où ils s'affemferpens s'en nourblent, parce &
mème leur cri pour
riffent,
Teis
les faire venir : mais cela n'eft pas fer- capable de les détruire,
le
ne
ce
Rdr
digerant
efie
penc ia
&
la
RLETE
l'animal cortuption mème, P eft aflez long-tems
fans avoir befoin de nourriture > quand
iladeux ou trois rats dans le corps.
Les chats
On s'étonnera peut-èrre pourquoi on ne v.lent
n'entrerient pas des chats pour détuire" lien auxz
les rats: furquoi il faut fçavoir que les Llea,
Négres font autant ennemis des chats
Tome III.
&
digerant
efie
penc ia
&
la
RLETE
l'animal cortuption mème, P eft aflez long-tems
fans avoir befoin de nourriture > quand
iladeux ou trois rats dans le corps.
Les chats
On s'étonnera peut-èrre pourquoi on ne v.lent
n'entrerient pas des chats pour détuire" lien auxz
les rats: furquoi il faut fçavoir que les Llea,
Négres font autant ennemis des chats
Tome III.
& --- Page 422 ---
36: Nowveaux
Aux IAes
1696. queles chars le font R2AELA rats. In'y arien
qu'ils ne faffent pour les attraper & pour
les manger. D'ailleurs il femble que les
chats fe ientent de la douceur du climat,
porte à l'indolence & à la faincancomme ils trouvent alfez
Er
d'anolis
pour fc nourrir d pour fe divertir à leur
chaffe, ils s'en contentent & ne touchent point aux rats. On éleve en leur
place des chiens qui font merveille à
pourfuivre Sàprendre les rats. Aa refte
les cannes rarées, c'eft-à dire celles qui
ont été entamées par les rats, s'aigriffent
prelque aufli-tôt 5 le dedans devient
noirâcre; elles font abfolument inutiles
a faire du fucre, & ne peuvent fervir
tout au plus qu'à faire de l'eau-de-vie.
On voit par ce que jeviens de dire cidevant, l'attention qu'on doit avoir
pour la culture des cannes, & combien
importe de les garantir des rats ; mais il
faur encore avoir un très- grand foin
qu'elles ne foient point ravagécs par les
chevaux, les beeufs, les moutons, les
cabrittes & par les cochons, & même
les Négres
y font fouvent de
Etrde degats, e
eux, foit
donner à leurs Cocfonr quand on neur
permet d'en nourrir.
Aproposdes Négres & des cochons --- Page 423 ---
Françoifes de PAmerique. 363,
fouviens de deux avantures, 3 qui 1696.
je me
l'une à la Martinique, &
m'arriverent, l'autre à la Guadeloupe, où les cannes
habitations étoient en proye dede nos
années aux Négres & aux
puis plufieuis
fi iconfidécochons, avec un dommage fouvent des piéces
rable, qu'on trouvoit ruinées.
de cannes abfolument
voifine Hiftoide
Nous avions une trop proche nourriffoit de la
au fond Saint Jacques, qui
Elle veuve Pome- la
quantité de cochons à nos dépens.
rayca
contentoit
d'un canton de canne fe
pas abandonné
nes qu'on lui avoit
des têtes
riarta LOIAE
honnèretés-&
qu'on
faifoit
prendre à diferetion, quand malice on de faire
du fucre: elle avoit la
où ils
fortir la nuit fes cochons du
dans
d'oû ils nlsene
étoient enfermez,, étoient à la liziere de fa
nos cannes qui
toute lanuit, &
favanne ; ils y paffoient chez elle au fon
le matin ils revenoient
on
d'un cors ou d'un lambis avec quoi avoient
les rappelloit. Mes prédecelfeurs
cetfait tout leur pollible pour reprimer bout.
tel licence, fans en pouvoir venira même choJene manquai pas de fairela l'obliger
fe dès
fus Syndic, pour la
du
cochons. Je
preffai
à
ceESE
coséde fa confcience, & voyant que fcrs
la ne produifoit aucun effet,je me
Qij
matin ils revenoient
on
d'un cors ou d'un lambis avec quoi avoient
les rappelloit. Mes prédecelfeurs
cetfait tout leur pollible pour reprimer bout.
tel licence, fans en pouvoir venira même choJene manquai pas de fairela l'obliger
fe dès
fus Syndic, pour la
du
cochons. Je
preffai
à
ceESE
coséde fa confcience, & voyant que fcrs
la ne produifoit aucun effet,je me
Qij --- Page 424 ---
364 Nowveaux Payages AnX Ifes
5966. VIS du droit commun qu'ont tous les ha.
bitans de faire tuer les cochons de leurs
voifins qu'ils trouvent dansleurs
& prennent pour eux la tête pour terres, le
de la poudre & du plomb que l'on a prix employé à les tuer. Le remede fit fon effet
pendant quelques jours 5 elle retint fes
cochons; mais voyant qu'ils maigrif
foient dans fon parc, 1 parce
ces animaux aiment fort à courir, auc recommença à les laiffer aller dans nos cannes,
Jer recommençai à faire tuer, & fur tout
les truyes , afin de me délivrer au
de ces fâcheux voifins. Ce manége
un
Piast
an 5 à la finj je me mis en colere, & je
réfolus d'employer un remede plus violent. Je défiftai de faire tuer les cochons;
mais je fis faire un chemin dans une de
nos pieces de cannes qui étoit à côté de
la cacaotiere de cette bonne voifine : &
quand on m'avertiffoit qu'il y avoit des
cochons dans les cannes, je les faifois
çompter, & aufli tôt j'envoyois autant
de baeufs par le chemin quej'avois fait
faire dans fa cacaotiere. On peur aifément s'imaginer le dommage
faifoient. Notre voiline ne manquoit qu'ilsy
pas de venir s'en plaindre, & le faifoit
quelquefois avec beaucoup
ment,
d'emporteJe ne manquois pas aufi de lui --- Page 425 ---
Frangoifes de LAmerique. 365--
faire des excules dela négligence de mes 1696,
gens, & la payant de mèmes paroles lui
dont elle m'avoit fouvent payé, je
difois qu'entte voifins il ne falloit EE
regarder de fiprès, & quilfalloit
frir
chofe les uns des autres.
A la ESE clle comprit que mes boeufs fc
trouvanttoujours en nombre
à celui
ce n'étoit
hazard
S
de (es cochons,
cela duroit,
&
Re
quil les conduifoit, bien-tôt que ruinée. Elle
fa cacaotiere fcroit demander la
& me
vint enfin me
paix, & moi
promit de retenir fes cochons,
je laffurai que nos boeufs n'entreroient chemins
jamais chez elle que par les
Ce
fes cochons leur ouvriroient.
Rir. ainfi queje me délivrai de CCS vifites
ruineufes. L'autre avanture m'arriva à Ia Gua- Autre
deloupe. Je remarquai dès que je fus shiftoite fur le
chargé du foin de nos biens,
les même
nous avions auprès ire che- fujet,
cannes min que où les Négres alloient à la monpar des diables, étoient entierement
tagne ruinées par le paffage de ces chafleurs,
qui ne manquoient pas d'emporter & avec d'en
eux leur provifion de cannes,
manger à difcretion à leur retour. Jeles
avertis de ne plus toucher aux cannes,
ou que je leur interdirois le chemin
Qiij
chargé du foin de nos biens,
les même
nous avions auprès ire che- fujet,
cannes min que où les Négres alloient à la monpar des diables, étoient entierement
tagne ruinées par le paffage de ces chafleurs,
qui ne manquoient pas d'emporter & avec d'en
eux leur provifion de cannes,
manger à difcretion à leur retour. Jeles
avertis de ne plus toucher aux cannes,
ou que je leur interdirois le chemin
Qiij --- Page 426 ---
366 Nowveaux
aux IRes
1696. Mais comme je
que ç'auroit été
un
oadre
procès
eu peinc à gagner,
parce que
chafle étant libre à tout
Tritets
monde, le chemin pour y aller doit l'e le
tre aufli; je penfai à un autre expédient.
Je fis épier quand il feroit palfé un bon
nombre de chaffeurs, &c je mis en embufcade une trentaine de nos Négres le
long du bois dans un pallage elcarpé,
qu'on appelle le détroit, & je me
au commencement des cannes, à l'heure poltai
que les chaffeurs devoient revenir de la
montagne. J'avois donné ordre aux Négres embulqués de ne fe point découvrir
que quand ils entendroient le fignal
que je leur en donnerois par un coup de 2.
fitiler, & de fortir alors & de
les chaffeurs qu'ils trouveroient prendre devant
eux, en prenant fur tout bien garde
n'en écha pât aucun. Les premiers qu'il
fortirent du bois ne s'épouvanterent qui
me voyant tout fenl. J'enappellai abe
qui vinrentà moi, defquels ayant apris
ler nombre deschaffeurs, & qu'ils fc fuivoient tous à la fle,je fiflai, & auffitôr mes gens embufqués parurent, &
en prirent dix-huit. Je les interrogeai
en particulier lesunsa après les autres ; ils
feconvainquirent tous les uns les autres,
dl'avoir dérobé des cannes pluficursfois, --- Page 427 ---
Françoifes de LAmbrique, 367 1696.
& d'ètre entrez dans le milieu des pieces,
afin que leur larcin fut plus fis caché, diftribuer pour rà
réparation de quoi F leur foixante coups de
chacun cinquante confifcation des diables pour
fouiet, avec
Cetre exécntion fit
les frais de la juftice.
Les maitres
grand bruit dans le quartier. je voulois
des Négres fe plaignirent challe des
empèla
RSLE
empécher
aller à la
chant ainfi le palfage
la reftituIls
SEEEEL
monragne. tion des diables confifquez, paifque &c j'avois fait fotietter leurs Négres,
que
à l'avantage
je ne m'oppofalfe plus chaffe. Le Fodac
l'on retiroit de cette
leur
verneur à qui ils avoient porté desinplainte, & qui étoit du nombre fes
tereflez, parce que deux de
Négres m'en
avoient été de celui des fultigez, faire croire
parla d'une maniere à me les demandes
qu'il trouvoit fort juftes de fe fouvenir
des plaignans. Jele
avois faites pludes
je
ft
plaintes que
de ceschafieurs :
fieurs fois desdefordres
& comme je vis qu'il infiftoit beaucoup fembloit
fur la liberté de la chaffe qu'il
que je voulois ôter, Je lui répondis deffein; que
cen'éoir point du tout mon
& fs
le pallage feroit toujours ouvert, ceux qui
fouets toujours préparcz pour Q iv
trouvoit fort juftes de fe fouvenir
des plaignans. Jele
avois faites pludes
je
ft
plaintes que
de ceschafieurs :
fieurs fois desdefordres
& comme je vis qu'il infiftoit beaucoup fembloit
fur la liberté de la chaffe qu'il
que je voulois ôter, Je lui répondis deffein; que
cen'éoir point du tout mon
& fs
le pallage feroit toujours ouvert, ceux qui
fouets toujours préparcz pour Q iv --- Page 428 ---
568 Nowveanx Payages Aux Ifes
a696. endommageroient les cannes;
gard de la reftitution des diables, &qu'il6. je
croyois n'y
être
qu'ily avoit fette chofes obligé, dans le 5 parce
la coulpe & la peine, aufquelles peché, l'avois
remedié par la confifcation &c
les
coups de foiiet. L'affaire fe paffa Rn en
railleric > & les Négres chercherent un
autre chemin pour aller àl la chaffe aux
diables : ainfi ils conferverent nos Cannes, & m'épargnerent la peine de les
faire foiieter. Je reviens à mon fujer
il Qrand faur
Lorfque les cannes font bien entrerepla.ter tenuès, elles durent fans avoir befoin
les can- d'être replantées, felon
aes.
bon & profond. Celles quele font terrain dans eft
qui
des
terres maigres, 3 ufées & de
de
fondeur - > veulent être replantées peu
prola feconde coupe ; car d'attendre à
troifiéme,
TE
on n'y, trouveroit pas for
compte, ce ne feroit que de petits tejettons grillez, pleins de neeuds, & prefque
fans fuc.
Les terres neuves, graffes & fortes,
fourniffent abondamment de la nourriture aux fouches, &c les entretiennent
pendant quinze & vingt ans & plus, fans
qu'on s'apperçoive d'aucune diminution,
ni dans labondance, ni dans la bonté,
ni dans la grandeur, ni dans la groffeur --- Page 429 ---
Frangoifes de PAmerigue. 369
des rejettons : au contraire plus les fou- 1696.
ches vieilliffent, plus elles s'étendent,
leurs rejettonsiune
& conduifent tplatoc pourvii qu'on ait
parfaite maturité,
fouches, quand
foin de rechauflerles
d'avoir
à force d'ètre coupécs, &
pro- de
duit, elles fe trouvent beatcouphors arvalalle d'eau,
terre, oulorfque quelque accident les a dégraou quelque autre
dées.
rechauffer, mettre dela Ce que
On appelle au tour des fouches quicct
terre
E
rapportée découvertes, après en avoir (ers
fe trouvent endroits que l'on voit fe gàrer,
coupéles
de crainte que la pourri-
& fe pourrir,
au refte de la
ture ne ie communique
fouche. J'ai dit ci-devant qu'on étoit obligé des
palfage
summindieninrtrd fait
les Cannes, 8c
Cabrotiets a la difficulté mourir
y a à rej'ai fait voir
qu'il
peupler ces endroits. Le remede quejai
apporté à cela, aéréde faire arracherdes entieres
touffes, & des fouches & toutes de les faire enaux bords dans des les
où il en manquoit
terrer
Fieae
dans cesfortes de chemins; ileft certain, 8c
ces fouches reprennent plus vite, ,
que regarniffent les endroits qui étoient
oà
R
tCZ, & que Pon mettoit du plant
Q
ces endroits. Le remede quejai
apporté à cela, aéréde faire arracherdes entieres
touffes, & des fouches & toutes de les faire enaux bords dans des les
où il en manquoit
terrer
Fieae
dans cesfortes de chemins; ileft certain, 8c
ces fouches reprennent plus vite, ,
que regarniffent les endroits qui étoient
oà
R
tCZ, & que Pon mettoit du plant
Q --- Page 430 ---
2696. avoit 370 Nowveaux Yoyages anx MRes
arrachéles fouches, bien fûr qu'il
reprendroit aifément 2 parce qu'il ne
pouvoir pas être étouffé par les Cannes
qui ne l'entonroient pas de tous côtez.
En quel Toutesles Cannes
tems les de onze ou
qui ferrouventâgées
cannes
douze mois, lorfque la faifl:urif- fon des pluyes arrive, ne
fent, jamais de pouffer leur fommet manquent un jet
d'environ trois pieds de
Les rofeaux font la même chofe; long. mais comme
leur matiere eft plus dure gue celle des
cannes, leurs jets font aufli plus durs, &
plus forts. C'eft de ces jets-ci, dont les
Sauvages fontleurs Fleches. On
aufli fleches les jets que poulfent appelle les cannes, & on dit qu'elles font en fleche,
ou qu'elles ont Reché, quand elles ont
actuellement leur jet, ou quand cC jet
eft tombé de lui - même après avoir
fleuri.
Cette fleur n'eft autre chofe qu'un
nache de perits filets, dont les extrèmi- pades Fleurs can- tez font garnies d'un petit duver
mes,
blanchâtre, , qui s'épanotifient, & gris8c font
comme une houpe renverfée. Depuis
que la Aeur a commencé à fortir de la
canne jufqu'à ce qu'elletombe, il fe
dix-huit à vingr jours; dans les derniers paffe
delquelsle bout de la canne qui a produit
da flcche,(c feche, & la flechene recevant
ades Fleurs can- tez font garnies d'un petit duver
mes,
blanchâtre, , qui s'épanotifient, & gris8c font
comme une houpe renverfée. Depuis
que la Aeur a commencé à fortir de la
canne jufqu'à ce qu'elletombe, il fe
dix-huit à vingr jours; dans les derniers paffe
delquelsle bout de la canne qui a produit
da flcche,(c feche, & la flechene recevant --- Page 431 ---
Tom-3-pag 370
* e
dune Canne gue a
Cetrorité sonJee et aflery
poune --- Page 432 ---
RPJCS --- Page 433 ---
Françoifes de PAmérigue. 371 1696.
de nourriture, fe détache & tombe
plus
& la canne ceffe de croitre & a
à terre, Jamais une même canne ne
de Aeurit grollir. deux fois. Sion ne la coupe
deux
a
s
PRERES
un mois ou
à aprèsqu'elle & enfin fe couelle s'abaiffe peu peu, des filets qui
che par terre 2 où jettant
racine, elle poulle une grande
prennent de rejetrons. Avant que la canquantité fa Reche, & environ un mois
ne pouffe
elle a
de
qu'elle a Aéché,
très-peu touE fon milieu eft creux 3 parce que
te la fubftance qui gonfloit fes Aibres, la
étant montée en haut
produire
Aeche
fleur, > les
fc
tberd
&la unes des autres , & ont
PCrtae
chéès les
occupoient lorfvuide la place qu'elles de fuc. Les canqu'elles étoient pleines valent rien & on ne
nes en cet état ne
1, ni
faidoit pas fonger à les
, du Plant, pour ni
du iSucre, ni
ACPEREA
re
pour
même pour faire de T'Eau-de-vie, elles n'ont parce
qu'étant alors prefque feches,
du Sunile fac neceffaire pour produire
ni
cre, ni pour pouller des PEau rejettons, la douceur
pour communiquer force
la faffe à fermenter pour
& la
qui
compofe TEau-deproduire TE(pric qui
Vie. Lorfque les çannes font mûres, &cn
Qv)
pour ni
du iSucre, ni
ACPEREA
re
pour
même pour faire de T'Eau-de-vie, elles n'ont parce
qu'étant alors prefque feches,
du Sunile fac neceffaire pour produire
ni
cre, ni pour pouller des PEau rejettons, la douceur
pour communiquer force
la faffe à fermenter pour
& la
qui
compofe TEau-deproduire TE(pric qui
Vie. Lorfque les çannes font mûres, &cn
Qv) --- Page 434 ---
372 Nowveau
AHX
1696. état d'être
Vayages
Ifles
Côment gres & les coupées, on dilpole les Né
on doit que l'on veut Négrelles le long de la piéce
couper
entamer, afinde la
les can- également, fans
couper
ncs,
piéce, les uns plus qu'ils entrent dans la
clies n'ont
queles autres. Quand
que fept ou huit pieds de
hauteur, têtes des on commence par abatre les
les
rejettons de toute une
uns après les
fouche,
de ferpe, & cela à trois autres a avec un coup
au delfous de la naiffance ou la
la
RIEL
plus baffe.
Rbntei
lent
Ily a des Habirans qui veuprofiter de tout, & qui croyant
beaucomp gagner, > ont peine à
cette perte apparente; mais ce n'eft fouffrir
en cela feul qu'ils fe
& pas
en être convaincu, il trompent; In'ya qu'à faire pour réflexion, que le hatt de la canne pouffe
toujours jufqu'a ce qu'elle ait fleché, &
qu'ainfi ce haut eft toujours verd, &
remplidun fac crud, oupour ainfi
d'un chile indigefte, & quin'eft deftiné dire,
qu'à langmentation de la canne. Orà
quoi peut fervir cette matiere, finon à
augmenter croirre fa la quantité du jus., fans acd'un bon bonté, & à faire un mélange
la chaleur fuc, du cuir, & perfectionné par
nature n'a deftiné foleil, avecun autre. que la
la Plante ? Je n'ai qu'à l'accroiflemenr de
jamais pûr donner dans
'un chile indigefte, & quin'eft deftiné dire,
qu'à langmentation de la canne. Orà
quoi peut fervir cette matiere, finon à
augmenter croirre fa la quantité du jus., fans acd'un bon bonté, & à faire un mélange
la chaleur fuc, du cuir, & perfectionné par
nature n'a deftiné foleil, avecun autre. que la
la Plante ? Je n'ai qu'à l'accroiflemenr de
jamais pûr donner dans --- Page 435 ---
Frangoifes de PAmerique. & 373 jai 1696.
économie mal entendué,
cette
voulu que les Négres coupallent
toujours
oi il nc psoiforplas
la tereàlendroit
de verd.
a
Après que la touffe eft qu'un
il
d'érèter,
eMgT
commencé
lepied. Sur quoi il
coupe les cannes par à faire, qui eft, de les
y a une remarque fans taillader la fouche 5 parce
couper,
hachîres la gârent, & ne
toutes ces donner enttée à la chaleur
Faneae qu'à
faire confumer plurôr
du foleil, &à la féve qui eft dans la fouThumidité &
allurémentàl lui
che, ce qui n'aide pas
Il faut que le Officedu
faire poufler des rejettons. c'elt-à dire, PHomme comms
Commandeur, foin de commander, deur.
blanc ou noir, quia les
au travail, de
& de conduire Négres aéions, de les faire
veiller fur leurs
& exécuter les oraflifter raux Priéres, du Maitre. Il faut disdres quila Commandeur reçus
en inftruife les
je, quele Négres, & quilprenne garde
nouveaux
cette
que les anciens ne négligent d'exercice pas les
précaution. Un peu de
M
accodrume, &c un peu
vigilance de l'oublier.
Commandeur les empèche de la canne, le NéSelon la longueur de fa fouche, la coupe
grequil'a coupée trois
après avoir
en deux, ou en
parties, --- Page 436 ---
374 Nowveane
aux Ifles
1696. palle la ferpetout 2EUS long pour en ôter
les barbes qui pourroient y être attachées. On ne laiffe gueresles cannes plus
longues de quatre pieds, & on ne leur
en donne jamais moins ded deux &
à moins que ce ne foit des Roitins demi,
duits dans des terres maigres &
ne
REes
qui
font pas plus longs ordinairement.
Quatre ou cinq Négres qui font voifins, jettent toutes les cannesqu'ils coupent, en un monceau derriere eux, afin
que ceux qui les amarrent, les trouvent
allemblécs, 2 & qu'il ne s'en perde point
fouslesfetilles, & les têtes quel'on continué de couper, & dont la terre eft
bien-tôt entierement couverte.
Côment On met ordinairement
il faut
de jeunes Néamarrer gres ou Négreffes, ou autres, qui ne
les Can- vent faire un
peuacs,
rerles
plus grand rravail, à amarcannes > & à en faire des
quel'on charge dans les cabroiiets.
fc
fert
ECDOTe
pour l'amarrage, des extrêmitez des
têtes de cannes, qu'on appelle l'ceil de
la canne. On le tire du refte avec trois
ou quatre feiilles, & il vient affez facilement. On amarre premierement les
feiiilles de deux yeux enfemble,
faire le lien plus long, puis felon la font
gueur des cannes > on étend deux liensa
, à amarcannes > & à en faire des
quel'on charge dans les cabroiiets.
fc
fert
ECDOTe
pour l'amarrage, des extrêmitez des
têtes de cannes, qu'on appelle l'ceil de
la canne. On le tire du refte avec trois
ou quatre feiilles, & il vient affez facilement. On amarre premierement les
feiiilles de deux yeux enfemble,
faire le lien plus long, puis felon la font
gueur des cannes > on étend deux liensa --- Page 437 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 375
environ à deux piedstun de l'au- 1696,
terre, tre, & on couche les cannes deffus en
travers, au nombre de dix ou douze,
felon leur groffeur : on ferre enfuite ces
cannes avec les deux liens, en les tortillant, & paflant Fun des bouts entre
les cannes & le lien; comme on voit liez
que les Fagots &c les Cotterets font à
à Paris. Quand le Commandeur juge & fait
propos, il fait quirter la coupe >
de
porter au bord du chemin les paquets
cannes, afin que les cabroiiets arrivans 7
les cabroiiettiers les chargent promptement, & les portent au Moulin.
de
Au refte, il ne faut jamais couper
en
cannes que ce qu'on juge pouvoir de
confommer dans un e(pace
vingequatre heures. C'eft une faute très-con- Quelle
fiderable d'en couper pour deux ol trois quantité
dans cet efpace de tems de Canjours, parce que fe fermentent, s'ai- nes doit on cowr
elles séchauffent ,
griffent, & deviennent parconféquent du per,
inutiles
faire du Sucre, fur tout
Sucre MECAE Quand on eft fûr que le
de cannes, il
Moulin ne manquera
Négres à quelmieux
E
vaut
occuper dont un habile
ques autres travaux: >
Commandeur ne manque jamais, que
de leur faire couper des cannes del pour les
deux ou trois jours, fous prétexte --- Page 438 ---
376 Nonveanx
AHr
1696. employer durant Yoyages
Hes
ce tems à d'autres Ou
vrages.
On a coûitume de
Samedy,
couperles cannes lc
ner leMoulin pour commeneer à faire tour
leLundi à minuit.
on ne fait que du Sucre
Quand
prendre cette avance, brut, on peut
nes au Moulin, fans oublier deporter de les lescancouvrir avec des fetilles, de
bien
les ne s'échanfent
peur qu'elMais
trop.
il quand on travaille en Sucre
blanc, vaut mieux retarder le travail
de.quelques de heures, que de l'avancer au
rifque fées.
le gâter par des cannes échaufEn quel Ileft donc
à
tems il les
plus propos de ne
les faut
cannes quele Lundy de
couper
souper, & employer tous les
grand à
matin,
gc afin de
Négres cet ouvrada feu fous l'avancer, les chaudieres & cependant faire
d'eau pour les échauffer, à afin demipleines
ferirera des
que le jus
cannes, trouve les chodi(pofées pour une
ce
eft très-imporrant prompte cuiffon ;
fa
le
Rater
commeje dirai fente fon
Voilà,
Ret
dire fur la à monavis, culture
tout ce quife peut
prefent
des cannes, Il faur à
parler des
fe fert
les écrafer, inftruments.donte &
on
lejus, Rcte fuc, le vin, oule pour en tirer
vefou, qui
irera des
que le jus
cannes, trouve les chodi(pofées pour une
ce
eft très-imporrant prompte cuiffon ;
fa
le
Rater
commeje dirai fente fon
Voilà,
Ret
dire fur la à monavis, culture
tout ce quife peut
prefent
des cannes, Il faur à
parler des
fe fert
les écrafer, inftruments.donte &
on
lejus, Rcte fuc, le vin, oule pour en tirer
vefou, qui --- Page 439 ---
EPSC --- Page 440 ---
Tome 3.
CHASSIS D'Ux
P4J-377.
AArbre du Moulin
MOULIN A SUCRE.
B.OrundRode C.. Petits
ou grand Tambour
F..Sole du Chasis
Tambaurs
G..Les
D... Table du Moulin
liens
H.Mortises des
E..Poteaux du Chassis
LSabliores
embasses
M.Dents du moulin
HOURININDNMNWIA 1A CEMTIOMRILT I BIHIH MIHE i
M
B
RFAIRHVUINI
nstaRtasran HI --- Page 441 ---
Frangoifts de LAmérique. 377 1696.
finonimes ufitez en diffont des termes mais qui tous fignifient
ferens lieux, chofe. Nouslesappelroujoursla Moulins mème à Sucte, les E(palons des
Ingenios d'Azucar.
gnols les appellent
A SUCRE.
DES MOULINS
a trois fortes de Moulins, dont on Differen- tes efpeIy fert
moudre, & pour brifer les ces de
fc
pour d'en
le fac. Les Moulins,
cannes, afin
exprimer de l'eau,! les
uns tournent par le des moyen Boufs ou par des
autres fonttirezpar & les troifiémes font mûs par
Chevaux, du vent. Ces derniers font rale moyen n'en ai vûi que deux, quoiqu'on
res. Je
dans
faire tres-commodément
en puiffe
onl'on eft affûré
toutes les Cabefterres, de Terre & de mer fc facque les vents
& où les
cedent immanqablement auffi rares que les
calmes (ont preique L'un de ceux
jai
Ecliples du Soleil:
dani la
vis, étoit à Saint Chriftophle, du grand Fort.
Angloife, auprès
partie n'entrai point dans ce Monlin, 2 &je
Je
del'examiner par dehors, s
me contentai
pouvantl le faire très-facilement, L'aurre parce
que la cage étoit tout à jour. du quartier du
appartenoit à un Habitant
Fort Royal de la Martinique.
(ont preique L'un de ceux
jai
Ecliples du Soleil:
dani la
vis, étoit à Saint Chriftophle, du grand Fort.
Angloife, auprès
partie n'entrai point dans ce Monlin, 2 &je
Je
del'examiner par dehors, s
me contentai
pouvantl le faire très-facilement, L'aurre parce
que la cage étoit tout à jour. du quartier du
appartenoit à un Habitant
Fort Royal de la Martinique. --- Page 442 ---
378 Nowveaux Voyages aux Ies
1696.
On m'a affuré que depuis la prife de
Moulins l'Ifle de Saint Chriltophle les
en
à vent .ont fait faire à la maniere des Anglois
ordinai- Bled de
Moulinsà
xes.
Porrugal, fur les deffeins quele
Comre de Gennes en avoit donnez au
Colonel Codringron Général des lfles
Angloifes fous le vent.
Les deux Moulins à vent quejai viis,
ne differoient prefque en rien de ceux
quel'on voit en Europe, &i l'entour de
Faris, pour mondre le Bled, excepté
qu'ily avoit un Tambour revêtu de
au
lieu de la Meule. Ily en a d'une autre fer,
maniere à la Barbade : comme je ne les
ai point vlis, je n'en peux rien dire.
Moulins Les Moulins que l'on faiti la maniere
à vent à de ceux dont on fe fert en
la Portu- moudre le Grain, ont les ailes Portugal
gaile,
Rodzonr
tales, au lieu que les autres Moulins les
ontverticales ou perpendiculaires. L'EC
fieu oul'Arbre, comme on voudral'appeller, à l'extrêmité duquel la Meule
ou le Tambour eft enchallé, eft pofe
perpendiculairement fur un Pivor
tourne
far fa Platine. Ileft retenu dans qui
cette fituation par deux demi-Collets de
Bronze, enchaffez dans deux traverfes
debois.qifer meuvent dansles couifles
du chaflis pour ferrer l'Arbre, &
le tenir droit, 8c pour le laiffer Paber --- Page 443 ---
Tom 3- pas378
B
lal Pormsaise
a
enta
Moulin
B
M
Ailerons
du moulin
de la Charpente
B.B. Avsemblage
S N AUNUG WNW/RRE LAE
NAEE
Rorentunto
c.arbreguparte
ctles alerons
DETS
LTTTIAD R H14 NAN
CIETD xmmn
ITITTDEOE Chastl que r efecme
les cambours
a
ou planchon 1
Bplagforme
A (
pas378
B
lal Pormsaise
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enta
Moulin
B
M
Ailerons
du moulin
de la Charpente
B.B. Avsemblage
S N AUNUG WNW/RRE LAE
NAEE
Rorentunto
c.arbreguparte
ctles alerons
DETS
LTTTIAD R H14 NAN
CIETD xmmn
ITITTDEOE Chastl que r efecme
les cambours
a
ou planchon 1
Bplagforme
A ( --- Page 444 ---
RPJC --- Page 445 ---
Frangoifes de LAmerigne. ay1696. 379
quand il y a quelques eft affez reparations long pour forfaire. Cet arbre
qui fert
tir au-delfius de la plateforme: Cette
de couverture à toute la Machine. neuf pieds;
partie eft longue de d'environ huit mortoifes par
elle eft percéc
bas, dans lefquelles
haut, & autant atr traverfes, qui exceon fait l'Arbre paller oul'Efieu de quatre à cinq
dent de chaque côté, & qui forment cloué
pieds ainfi huit bras, fur iefquels on icomdes planches minces & legeres, Moulin. qui Elles
pofent les huit aîles de cc huit pieds de
ont, comme on voit, pieds de large.
haut, fur quatre refte à cinq de la longueur de
L'Eflieu, ou lc
des aîles,
PArbre qui excéde la hauteur , &. reduit
eft diminué dans fa grolfeur de diametre,
à trois ou quatre pouces facilement dans
pour être emboèté plus
dans
une ouverture ronde, pratiquée fe croifent, &c
Tune des traverfes qui les poteaux arcqui font foutenués par
afin de fouboutez farla plate-forme le tenir : droit. Mais
tenir l'Arbre & pour
vent frappant
comme ilarriveroit de quele deux ailes, tendroit
dans l'entre-deux immobile, & qu'il left necefle Moulin le faire tourner > que le vent
faire, pour les ailes de côté, on l'a déterminé
frappe --- Page 446 ---
380 Nonveane
Anx
1696. à produire cet effer, Payager en faifant de Ifes
cloifons de
petires
planches au devant de f'onverture,
forme chaque entre-deux
d'aîles, ire foient paralelles à la
me aile qui précede
dont troifiévre
celle,
O1 COIIl'ouverture : & comme ily a huit
ailes, & huit ouvertures, ce font anfli
huit clcifons qu'ily a à faire, qui font
éloignées de trois ou quatre pouces de
lacirconférenee du
décrivent
cercle 2 que les ailes
en tournant. Ces cloifons font
aufli hautes queles ailes, & leurlargeur
égale la diftance qu'il y a d'une aile à
une autre. Elles empèchent le vent de
fraper à plomb entre deux ailes, & le
dérerminent à fuivre le biais qu'elles lui
prefentent, &c à frapper avec violence
l'aile qui luieft oppofée, & à la faire
tourner, & imprimer le même mouvement fucceflivement à toutes les
à mefure qu'en tournant elles fe autres,
tent devant la même ouverture. prefen- Or
ayant huit ouvertures, ileft aifé de com- y
prendre que de quelque Rhumb qu'il
foufle, ili trouve toujours une entrée
pour fraper que'qu'une des huit
&
faire agir le Moulin.
ailes,
Esa difliculté d'arrèter le
du Moulin, quand la néceffité mouvement le
quiert, ou quand on n'a plus befoin re-
mefure qu'en tournant elles fe autres,
tent devant la même ouverture. prefen- Or
ayant huit ouvertures, ileft aifé de com- y
prendre que de quelque Rhumb qu'il
foufle, ili trouve toujours une entrée
pour fraper que'qu'une des huit
&
faire agir le Moulin.
ailes,
Esa difliculté d'arrèter le
du Moulin, quand la néceffité mouvement le
quiert, ou quand on n'a plus befoin re- --- Page 447 ---
Frangoifts de LAmbrigne. ;8t 1696.
qu'ilt tourne, eft plus confidérable eft : très- car Maniere
la violence de fon mouvement
d'arrêret
&cil ne faut efperer de la pourle mougrande,
avec quelque chevillevemens
voir furmonter
arrèt,
de ces
de fer, ou avec un autre
parce bri- Moulins,
qu'on fe mettroit en danger de voir
fer les aîles, de forte quil faudroit attendre, ou que le vent ceflât, ol qu'il
changeât de Rhumb, mais on a trouvé
de
en maniere de couune elpece de la
de la cloifon, & un
liffe,
raeer
pluslarge qu'il ne faut, pour fermer
peu l'ouverture. Onl la pouffe devant
toute celle où le vent fouffle, & le vent ne
fur les aîles, il eft faSTS TLlE refte du mouvement
quily avoitimprimé.
Là maniere de
qui me plairoit
davantage, feroit FeOR qui feroit attachée à chaque cloifon avec des gonds &
s'ouvriroit en dedes
qui
contre la cloihors crarer qui fep plaqueroir
qu'on n'auroit qu'a pouffer
fon, parce
empècher le paffage du
la porte pour arrèter ainfi le mouveyent, & pour
ment des ailes.
Moulin de cette
On voit affez qu'un
n'eft
façon doit aller très-vite, & qu'il
d'une
ni pour
pas
dépenfeconfdéabye Le refte
la fabrique, ni pourlenuretien. --- Page 448 ---
332 Nomveaux Voyages aux IRles
1696. de la conftruction de ces Moulins eft
femblable à ceux que je vais décrire :
ainfi jy renvoye le Leéteur.
Les Moulins que l'on fait tourner par
Moulins le moyen des Bocufs & des Chevaux, S
qui font font très-fimples, & bien plus communs
meuspat lesBceufs que ceux dont je viens de parler.
ou Che- Ifsconfiftent dans un Chaflis de douvaux. ze pieds de longneur, fur quatre pieds
de largeur.compef de quatre poteanx de
huit ou dix pouces en quarré, - s fur dix à
douze pieds de long, quand on met en
terre une partie de ces poteaux, & feulement de fept pieds, quand on ne les
yenfonce pas. De quelque maniere que
ce foit, les bouts des
font emmortoifez dans une Eicar de la même
groffeur des poteaux. Les foles des longs
côtez font unies enfemble par des entretoifess 8 quand on met en terre tout
cet affemblage , on a foin de bien fouler
la terre, afin que le tout ait la plus
defermeté
lui donner.
Enc
qu'on puifle
qu'il n'elt pas dans la terre, les foles &c
les entretoifes debordent les poreaux
d'environ trois pieds, afin de recevoir
le tenon d'un lien, dont l'autre extrèmité eft emmortoifée dans le
à qui il fert de contre-boutant, Racon contre-fiche, ou de jambe de foice: de
blage , on a foin de bien fouler
la terre, afin que le tout ait la plus
defermeté
lui donner.
Enc
qu'on puifle
qu'il n'elt pas dans la terre, les foles &c
les entretoifes debordent les poreaux
d'environ trois pieds, afin de recevoir
le tenon d'un lien, dont l'autre extrèmité eft emmortoifée dans le
à qui il fert de contre-boutant, Racon contre-fiche, ou de jambe de foice: de --- Page 449 ---
page 382
DE MOU LIN
Tome 3.
COMBLE
G.Les Gyaur
avec les Tambours
LEnrayaure
Achassir
LLe Poingon
n.Potour
M.La Damoiselle
C.Sabliore
de moulin
NBras
tirent le moulin -
n.trferes
O.chevesrgsuit
ELEntrait
F.Les Chevrons
I
F
à -
a
A
AWNUNWNHNEE Hr T NU
RANRRUNAR
a
Wk 1ERAI NeVc
AsPTAa
MRCEL
TALSTEUPA
--- Page 450 --- --- Page 451 ---
RPJCE --- Page 452 ---
Tome 3.
Pag3ga.
-
e
a
C
N
: N
<
A
-
-
Plan
Ceomeiral din
Moulin rond. V
-
& --- Page 453 ---
Frangoifes de PAmérigue. 383
mnaniere
chaque potcau eft appuyé 1696.
deux
Outre les deux petites
bar
Ticet
Entretoifes de la fole; ilyen a une autre
bont du Chaflis, qui eft ema chaque dans les poteaux environ à
orroilée de terre. Ces deux entre-toiHeux pieds foutenir la table du Moulin.
Kes ferventà
de bois, plus
Cette table eft une piece le Challis,
Hongue de deux. pieds dix-huit que
>
Képailfe de quinze à
ètre moindre pouces de
dont la largeur ne
de fes côtez eft
Le CASRES
vinge-pouces.
d'une mortoife de
percé de part en
fur huit pouces de
fix
de
eft
RETE
EEE &c le delfus de latable percé rédans fon milieu d'une ouverture mortoife, qui On
pond au milieu de cette
une
enchaffe dans cette ouverture d'environ piéce
de fonte, appellée collet, eft percée
trois pouces de hauteur, qui
ronde
dans fon milieu d'une ouverture
lade quatre pouces de diamétre, >
dans
de
Ea
palle le Pivot fer, qui collet
quelle du
Tambour 5 ce
le centre
grand
de s'écarter.
fert à le tenir, & l'empèche d'une ouverLe bout du Pivotelt dix percé far
à feize
de
quinze
ture barlongue
on fait entrer la
lignes, dans laquelle de fer,
comme
queuédun morceau
m fait à peu
la moitié d'un cufd'Oye,
tre, >
dans
de
Ea
palle le Pivot fer, qui collet
quelle du
Tambour 5 ce
le centre
grand
de s'écarter.
fert à le tenir, & l'empèche d'une ouverLe bout du Pivotelt dix percé far
à feize
de
quinze
ture barlongue
on fait entrer la
lignes, dans laquelle de fer,
comme
queuédun morceau
m fait à peu
la moitié d'un cufd'Oye, --- Page 454 ---
384 Nowveaux Vayages Atx Ies
1696. près de la même façon, dont la pointe
Oenfs 8 qui eft acerée, pofc fur une platine de
platines feraceré, longue de fix
de Mou- de trois, fur le
& large
line
milieu Rcmme laquelle on a
pratiqué deux ou trois petits enfoncemens pour déterminer la pointe de l'aeuf
à sy arrêter 3 fans varier de côté, ni
d'autre en roulant; la longue mortoife
toute la largeur de la table,
TTLiR paffer cette platine de fer, à la
pofer, à la changer de place, quand la
pointe del'aufaufeun dese enfoncemens.
Elle fert même à changer l'oeuf après
qu'on a levé avec des
le grand
Tambour, pour donner Ftesa à la
de fortir de la mortoife, où elle eft queué engagée. Le deffus de la tabie eft ouvert
dc Tables Mou- par deux échancrûres, l'une & l'autre
lin OI- également cloignées
oi
dinaires. patfe le pivor du tambour del'ouverture, du milicu,
qu'on appelle le grand Tambour. Cet 2
éloignement fe mefure par le demi diamétre du grand Tambour,& parle demi
diamétre de celui quieft à côté : la valeur de ces deux demi diamétres, eft la
diftance qui doit être du milieu de la
table, au commencement de chacune
des deux échancràûres. Mais comme il
faut donner un peu de jeu aux pivots des
tamboursqui ifontà côté du grand, on les
commence --- Page 455 ---
Françoifes de PAmbrique. 385
1696.
commence à quatre pouces
près
ne devroient être
grand
f
qu'elles tambour: on leur donne la mème hauteur qu'à la morroife du milieu, leur à
largeur eft ordinairement de dix-huit
vinge pouces ; mais la partie échancrée
toute la largeur de la table,
qui coupe
le refte eft coun'en a queneufà dix,&
péen maniere de mortoife, qui eft couverte par le bois mème de la table,Aqui deux
on laiffe une épaiffeur d'environ
Cette épailleur fert à maintenir
pouces. debois
de huit à dix pouune piéce
large
la morces, & d'autant d'epailleur que
toife a de hauteur, mais de façon
entrer, 8c en fortir
el
pouvoir Elle deborde la largeur de la table de
quatre ou cinq
de chaqué & de côrés fon
dans le milieu Emi fa longueur
épaileur, 3 on taille une mortoife, dans
laquelle on enchaffe une piéce de fonte,
fur fix
de trois
d'épailleur,
de
>
Hone
ces itets & douze longueur
les extrémitez font coupées en demi-cercle: le bout qui eft dans la mortoife,
fert quand l'autte eft tufé, en la changeant Tertà
bout
bout: ce demi-cercle
EEEE le bout du pivot de chaque
tambour, au-deffusde l'auf, , qui
petit tourne far une platine de fer aceré coms
Tome III.
R
e,
fur fix
de trois
d'épailleur,
de
>
Hone
ces itets & douze longueur
les extrémitez font coupées en demi-cercle: le bout qui eft dans la mortoife,
fert quand l'autte eft tufé, en la changeant Tertà
bout
bout: ce demi-cercle
EEEE le bout du pivot de chaque
tambour, au-deffusde l'auf, , qui
petit tourne far une platine de fer aceré coms
Tome III.
R --- Page 456 ---
386 Nowveanx Yoyager anx IRes
1696. me le
tambour.
Onappelle cette
Emballe piéce bois, garnie de ce
CETE
de la ta. de
une
demi-coller
bic,
fonte,
Embaile ; mais commele
mouvement violent du grand tambour
ou Rouleau, ou Rolle, qui ( elt la caufe
du mouvement des deux autres, pourroir la faire mouvoir, & alier & vehir
de côté & d'autre, & que quand on a
beloin d'éloigner ou d'aprocher les
tambours de celui du milieu, cela feroit petits
impoflible, flEmbaffe rempliffoir exactement toute la largeur del la mortoife
ou de l'échancrire de la table. Onar remedié au premier de ces inconveniens 2
en faifant un trou à chaque bour de
l'Embaffe qui idéborde la table, danslequel on fait paffer une cheville de fer
qui accolle la table, & qui empèche
l'Embaffe de fc remuér; & au fecond,
eni ne faifant pasl'Embaffe auflilarge que
l'échancrire ou la mortoife, où elle eft
pofée, & on acheve de remplir le vuide
qu'clle laiffe avec des coins, dont on
augmente ou diminué le nombre, felon
le befoin que l'on a de prelfer, ou d'élargir, c'eft-à-dire, d'approcher, ou
d'éloigner les petirs tambours de celui
du milicu.
Le bas de la table, c'eft-à-dire, 3 la
partic qui portc fur les entre-toifes, eft --- Page 457 ---
Frangoifes de PAmerigue, 367
garniede chaque côté de deux allettesou 1696.
d'un pouce d'épaiffeur, qui Allettes
planches font bien jointes &l bien calfarées, & a de ble la & taleur largeur rempliffent exaétement leur ufaE vuide qui eit entre la table & les po- gc.
teaux du chaflis. Ces allettes font inclinées versla table, & panchent en mèmeSucrerie,
tems verslebout quiregardela être conduit.
où le jus des cannes doit
Le bout dela table, qui déborde la longueur du chaflis 2 fait comme une efpece des
de Gargouille, 2 avec les extrémitez où le
deux allettes qui s'y joignent, par
jus des cannes tombe dansu sune Gouttiere
de; planches, dont le deffus eft deniveau
avec le Sol du Moulin, & fur lequel
marchent les Boeufs ou Chevaux qui le
font tourner. On doit avoir foin
cette Gouttiere foit bien clofe, afin
i
entre aucune ordure. On fe fert des
n'y meilleurs bois pour faire lestables, comme le Balatas, l'Acomas, l'Angelin, ou
le bois-Lezard. deffus dela table eft chargéde trois
Le
droite felon
tarabours, pofez ils font en de RLE fondu de l'é- Tam2 de
falongueur 5
bouis
pailleur de deux pouces ou environ 3 Moulin,
leur hauteur n'eft jamais moindre de
feize pouces, & n'excéde point dedans vingtdeux pouces. Leur diamétre par
R ij
comme le Balatas, l'Acomas, l'Angelin, ou
le bois-Lezard. deffus dela table eft chargéde trois
Le
droite felon
tarabours, pofez ils font en de RLE fondu de l'é- Tam2 de
falongueur 5
bouis
pailleur de deux pouces ou environ 3 Moulin,
leur hauteur n'eft jamais moindre de
feize pouces, & n'excéde point dedans vingtdeux pouces. Leur diamétre par
R ij --- Page 458 ---
F388 Nowveanx Yoyages aux TRes
1696. eft depuis quinze jufqu'a dix-huir
ces.
Leur vuide eft rempli d'un Rouleau pou:
dc bois de Balatas, d'Acomas, ou d'autre bon bois dur, plein, liant, & qui
ne foit pas fujer à fc gârer, après qu'il eft
tourné & poli, & réduit à une giofleur
quilaiffe entre lui & le tembour un demi
de vuide tout an tour, on Ty
à
& on
dets
pole
plomb,
garnir le vuide avec des lerres de fer d'efpace enefpace, afin que le tambour tienne bien
au rouleau, fans pouvoir en fortir, &c
fans pancher de côté nid d'autre.
On.appelle Serres, des Lames de fer
c'elt Ce que ou de bois, longues d'environ un
que
pied,
des fer. larges d'un-pouce & demi, épailles de
ufage, ges, leur quarre à cinq lignes à un bout, & fort
mincesd l'autre, Après que le tambour
eft ainfi arrêté d'un côté autour de fon
rouleau, on le tourne bout pour bour,
en forte. que la partie qui doit être du
côté de la table, foit en haur
avoir
la liberté de travaillerà fon ErA & ainfi
ongarnitavec des ferres de bois, tout le
vuide qui eft entre la circonférence du
rouleau & le dedans du tambour , obfervant delaiffer déborder le rouleau
d'un bon pouce hors du tambour; après
quoi on fait entrer des ferres de bois
autant qu'on cn peut mettre, &c tout l"'
C
en forte. que la partie qui doit être du
côté de la table, foit en haur
avoir
la liberté de travaillerà fon ErA & ainfi
ongarnitavec des ferres de bois, tout le
vuide qui eft entre la circonférence du
rouleau & le dedans du tambour , obfervant delaiffer déborder le rouleau
d'un bon pouce hors du tambour; après
quoi on fait entrer des ferres de bois
autant qu'on cn peut mettre, &c tout l"'
C --- Page 459 ---
Françoifes de TAmbrigue. 389
vuide étant exactement, rempli, on
1696.
à
de malle, des
TeeL
poulfe coups
impoflible aul
fer ; de maniere quileft
ni
tambour de monter ou dedelcendre, de
de remuer. Après cela on le change
fituation, on le remet à plomb fur l'aul'a
de fertre-bout, & après qu'on garni
res de bois autant qu'ily en peur entrers bout,
ony met à force, comme àl'autre feulement
des ferres de fer, obfervant
deux
de laiffer deux onvertnres, comme
abbreuvoits, par lefquelles on acheve de
de remplir rout ce qui pourroir refter
vuide entre le tambour & le rouleau
avec du bray boiillant, dont on couvre
tout le refte du bout du rouleau, l'hu- tant
deffus que deffous, afin que l'eau,
midité, & le jus des Cannes ne pénétrent point dans le bois, parce qu'elles
le pourriroient infailliblement. ainfi alfurez au
Les Tambours étant
Pivors
tour de leurs rouleaux, on fait une mor- de fer
toile quarrée dans le centre des deux pe- E enen
toute la lon-1 dans
tits rouleaux 2 qui perce les
de fer. les Tarngueur, >
y placer
pivots rouleaux ou bours.
Quand Monp parle de petits
Q_el'e
tambours, on entend fimplement ceux d ft: renfont à côréde celui qui'elt au milieu, enre ce ily les a
qui appelle le grand tambour Ott le Tamqu'on Roile. On les appelle petits, parce bouss.
grand
R iij --- Page 460 ---
390 Nouveaux Yroyages aux
1696. que les premiers Moulins, qui
été faits aux
Prant
du milieu Mles, avoient lc Tambour
deux autres. beatcomp On
plus gros que les
bonnes raifons
prétendoit avoir de
fa
pour cela, & on ditoit
que groffeur donnant moyen
cer une fois plus de dents qu'aux d'y Dlc
autres, les deux petits failoient deux
tous pendant qu'ii n'en failoir qu'an 5
cC quié étoit une acccleration de mouvement très-confidérables mais comme on
a reconnu depuis que certe groifeur caufoitplus d'incommedicé qu'eiie
toit dep piont, on facd prefent n'appor- les trois
tambours égaux, & d'une gro.leur raifonnable: cependant ceux des côtez ont
toujours confervé le nom de petits tambours.
On détermine la longueur des rotleaux par la hauteur du chaflis, c'eft-àdire, quele rouleau a antant de longueur
qu'il y a de diftance, depuis le niveau
du deffus de la table,j jafqu'an niveau idu
deffous des entre-toifes ,
les poteaux par le haur. Cette qui joignent diftance
eft ordinairement de trois pieds ou environ. La largeur dela mortoife qui eft
dans le rouleau, eft de quatre pouces en
quarré 3 elle égale celle du
doit la remplir: il eft de fer, pivor fes deux qui
antant de longueur
qu'il y a de diftance, depuis le niveau
du deffus de la table,j jafqu'an niveau idu
deffous des entre-toifes ,
les poteaux par le haur. Cette qui joignent diftance
eft ordinairement de trois pieds ou environ. La largeur dela mortoife qui eft
dans le rouleau, eft de quatre pouces en
quarré 3 elle égale celle du
doit la remplir: il eft de fer, pivor fes deux qui --- Page 461 ---
Frangoifes de LAmerigue. rondeur 391 1696.
estrémitez fonti rondes, & cette diamétre à
eft d'environ trois pouces d'en-bas de eft
chaque bout. Celui
l'ai dit LISE
dans sfon centre, comme je
refus, d'une mortoife barlongue, Celui d'en-haut pour
cevoirla queué del'auf.
feroit
eft plein. Le meilleur cependant femblablea celle
quil cât une mortoife
s'en fervir I7
d'en-bas, afin de pouvoir ufée à force de ferquand l'autre feroit arrive aflez fouvent.
vir, comme cela dans le rouleau avec
On affure le pivot deffus 8c deffous, & on
des ferres de fer
dans
en enfonce même quelques-unes haut & bas y
lépaiffeur du rouleau, fortement attapour tenir le pivot Mais plus comme le bois
ché au rouleau.
on le
pourroit éclater parle) bour,
larde fer de deux
CEUE
d'un cercle
pouces
de neufà dix lignes d'épailleur,
ge,8 fait entrer dans le bois, de maquellon
ne déborde point : il (ert à
l'entretenir, niere qu'il & à empêcher qu'il ne fende
l'effort des ferres que l'on y fait
entrer par pour affermir le pivor.
La longueur du rouleau qui remplit
le grand tambour, furpalle beaucoup l'encelle des autres 5 elle arrive jufqu'à eft orrayire du comble du moulin, qui
au
dinairement douze ou quinze pieds
R iv --- Page 462 ---
392 Nowveanx Poyages aux IRes
3696. deffus du chaflis. C'eft pour cette raifon
A:bie de qu'on l'appelle l'arbre du
Moulin grand rolle.
moulin ou du
oup grand
Mais comme ilferoitimKolle, poffible & inutile de mettre dans fon
milieu un pivot de fer de toute cette
longueur; ja après queletambour cltaffuré
autour du Rouleau, on fe contente de
creufer une mortoife dans fon centre, 9
dans laquelle on enchaffe fortement un
pivor de fer, dec quinze à dix-huit
ces de longmeur, dont la
poudu bas, a
eft peicé dans fon milieu partie ronde d'une
ouverture barlongue - > pour recevoir la
queuc de l'eeuf.
Le refte de la longueur de l'arbre depuis le deffus du
eft tailléà huit chufisjuqpafenraytire,
pans,tant pour décharger
un peu de bois, que pour y faire
facilement les mortoifes, dont nous plus allons parler. Son extrêmité eft coupée &
arrondie de maniere > qu'elle eft réduire
à quatre pouces de diamétre, pour former comme un pivor, qui s'emboéte
dans une des piéces de l'enrayûre 2 ou
dans une piéce de bois quiyeft jointe &
attachéeavec des chevilles de
Demo-appelle une
fer.quon
felle,fon
Demoifelle ; ce qui fert à
tenirl'arbre droit, fans
ufage. ni venir, ni
qu'il puiffe aller
pancher de côté ou d'autre
en tournant.
ft réduire
à quatre pouces de diamétre, pour former comme un pivor, qui s'emboéte
dans une des piéces de l'enrayûre 2 ou
dans une piéce de bois quiyeft jointe &
attachéeavec des chevilles de
Demo-appelle une
fer.quon
felle,fon
Demoifelle ; ce qui fert à
tenirl'arbre droit, fans
ufage. ni venir, ni
qu'il puiffe aller
pancher de côté ou d'autre
en tournant. --- Page 463 ---
Franco'fer de FAmerigue. 393 1696.
A un pied au dellous de'ce pivot, faces on
fait
mortoifes dans quatre
quatre de l'arbre; On les creufe en
oppoides
recevoir les quenés
aboutiflant, pour
de
coupées en tenon de quatre piéces aflez
bois, de trois pouces de diantétres deux pieds
longues pour arriver faifant jufqu'à un angle de
à
près de terre; avecl'abre. Celt au tata de
55.
de bois qu'on
les bras, Bras de
ces odl'on appelle attele les Moulis 3
qubn attache la volée,
Mais leur ufar
chevanx, qui font crournerlArbre. n'auroit
ge.
comme ce fimple tenon
pas
allez de force,
réfifter aux efforts
font les LE en rirant le brasoit
que
on fait deux mortoifes
ils fonrattachez,
au-deflus
dans Pautre 3 environ un pied
deux
du chaflis, dans lefquelles on palle cni
traverfes de trois à quatre pouces
donelalonghear arrive jufen'aux
on les joint enfen-ble
destrin:
ce
St
des chevilles de Er
qui
gles affermit avec les bras, fans qu'ils courent attdèrre emportez parle moucun rifqure
Mais comme il ne
vement des chevaux.
l'arbre & le
ferviroit de faire fi-ceux tourner des côtez degrand "tambour, immobiles, On les garnir tous
metroient
les unes
trois de dents, quisengrenant les
tant
dans les autres, font que
petits R V. --- Page 464 ---
394 Nowveaux Froyages AMX
1696. bours fc meuvent dès
le Ifler eft
Dents de en mouvement. Ces
grand
Moulin
s'enchaffent
Slet
fur la
Jeur ne. des circonference des rouleaux, dans
cellité,
mortoifes de trois
leur
fir deux pouces de
pouces de haur >
nombre,
large, dont le comleur ma- mencement de l'ouverture eft à
sieres & pouces au-deffus
trois
Jeur wfade
des tambours. Avant
ge.
que
marquer où les dents doivent
ètre placées, on partagetoute la circonférence en partics égales, de deux en
deux pouces, afin qu'il y ait autant de
de plein ciedire de vuide, c'eft-à-dire, autant
que d'efpaces vuides entr'elles,
La hauteur & la largeur des mortoifes
font les dimenfions des dents, dont la
firuation dans la mortoife doit être telle,
que la ligne qui les
en deux,
furle centre
EREELEE
du rouleau. La profondeur des mortoifes doit être de cinq
& la longueur entiere de la tencde de neuf, de
maniere qu'clles fortent hors du rouleau
de quatre pouces. Ce qui fuffit afin
qu'ciles s'engrenent fuffifamment les
unes dans les autres, fans
toucher à la cipgendioeredereulnams cependant
parce que les deux tambours ayant chacun deux pouces
c'eft
ment
dépaiffeur,
la longueur que l'on donne jufte- aux
dents hors du rouleau j afin de faciliser
iere de la tencde de neuf, de
maniere qu'clles fortent hors du rouleau
de quatre pouces. Ce qui fuffit afin
qu'ciles s'engrenent fuffifamment les
unes dans les autres, fans
toucher à la cipgendioeredereulnams cependant
parce que les deux tambours ayant chacun deux pouces
c'eft
ment
dépaiffeur,
la longueur que l'on donne jufte- aux
dents hors du rouleau j afin de faciliser --- Page 465 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 395 1696.
leur mouvement & leur rencontre, on
leurs vives arrètes, & onlesarcoupe
felon leur hauteur, de
rondit un leur peis bout faitcomme un demiforte que
fituation
cercle; & commeleur
au centre du rouleau,
EGE
diculaire
laiffent entr'elles a
Fouverture- qu'elles
leurs extrémitez, eft bien plus grande
celle qui eft entr'elles fur la circonférence que
du touleau, cela fait qu'elles ne
fc touchent guéres que dans le milieu de
leur faillie; ce quifulfic pour imprimer
tout le mouvement necellaire au motlin. On fe fert de Balatas, de Courbary,
de Bois-rouge, ou de Bois d'Inde, les pour difaire les dents, 5 8 on a foin que
vifions des mortoifes foient bien égales
dans les trois rouleaux 5 & silfetrouvoir moins dans
quelque chofe de plus ou de ou'repartir Railons
quelquun d'eux, on régale excès fir de
exactement ce défant, ou cet
licé doit E
toutesles autres partics pleines & vuides, entre los
afin qu'il y ait entre toutes les dentsle denrs,s
plus d'égalité qu'il eft pofible,
devy
y a un
efpace
LE
ques'il
plas grand
fera fradent àl lautre, la plus éloignce fi elle avoit
plus violemment que adhérente à celle
EE toujours
celle-ci fait
qui la pouffe. ERE Feffort que
contrc celle quiéft plus éloignée, ne peus
kvj --- Page 466 ---
396 Nowveanx Foyager aux IRes
1696. manquer d'ètre plus grand, parce
vient de plus loin, &.par conféquent qu'il de
comprimer davantage fes parties ; &c
comme elle reçoit fuccellivement la me
me augmentation d'effort de toutes les
autres dents qui la touchent, il faut
qu'elle céde enfin à la violence, fon
bois s' éclate; & elle fc rompt en
Celle qui la fuit, a encore plus à piéces. fouffrir, >
que l'effort que les autres
dents Eonce contr'elle, eft augmenté
la diftance où elle fe trouve, de TERRE
qu'elle eft bien pluiôt trompuë I : & lion
n'arreroit
Promptement le mouvevement du IPEEITT on auroit le chagrin de voir fauter toutes les dents, les
unes après les autres. La même chofe
arrive quand quelqu'an des rouleaux
n'eft
à plomb, parce que pour lors
les detieid fe frapent de biais, & ne
Vant plus être toutes d'égale force, pou- il
faut que la plus foible cede & fei
ce qui entraîne necellairement rompe; la
de toutes les autres. Il faut dans ces perte OCcalions arrêter promptement le moulin :
cela eft aifé aux moulins qui font tournez par des Baeufs, >ou par des Chevaux:
maisiln'en eftpasde mème des moulins
dcau, oui le mouvement de la grande
zoue ne celfe pas d'abord qu'on a dé-
, pou- il
faut que la plus foible cede & fei
ce qui entraîne necellairement rompe; la
de toutes les autres. Il faut dans ces perte OCcalions arrêter promptement le moulin :
cela eft aifé aux moulins qui font tournez par des Baeufs, >ou par des Chevaux:
maisiln'en eftpasde mème des moulins
dcau, oui le mouvement de la grande
zoue ne celfe pas d'abord qu'on a dé- --- Page 467 ---
Françoifes de TAmbrigte. donc 397 la 1696.
tonrnél'eau qui la fait mouvoir ,
continuation de mouvement 2 pour
dure, eft capable de rompre
peu qu'il
tout un moulin.
& d'édenter
embaras que de
Cen'eft pas un perit far tout quand elles
remettre ces dents, du rouleau. J'ai iété
font rompuès aul ras de les faire hacher à Maniers
quelquetois oblige & de les retirer pardneme les
coups de cizeau, D'autres fois on'les retire enyata dents,
efquilles.
Tirefond dans l'anenfonçant un gros une corde pour fufneau duquel on palle en l'air, & pour faipendre le tambour
du tamre lâcher la dent parla pelanteur fe fervir de ce
bour : mais on ne peur Tambours.8 non
remede qu'aux perirs caufe du trop grand empas au grand,a à le defcendre On eft
barras qu'il y à a les tirer par morceaux
donc reduit
ou à faire une efpece de
avec le cifeau,
le
Renard, comme les Charpentiers chevilles qui
prariquent pour retirer les
font trop enfoncéesindifAu refte c'eit une précantion d'avoir
dans une habitation,
à
penlable
trentaine de dents prêtes
toujours une
afin de les employer
mettre en place,
que quelquune
dès qu'on sapperçoit
commence à fe gâter.
fois le joux
On a foin trois ou quattc --- Page 468 ---
auRi
de
Nuacenurrayngra
frotter les dents avec de la IRes
Piécau- tant pour les faire couler plus
graiffe,
rionpour l'une contre l'autre,
facilement
cher empè cher de
, que pour lesempèles denrs que J'ai dir s'échauffer ci-devant par excès.
nes'é. les
de quelle maniere
ehaufpetits tambours étoient
fens,
côté du grand par le
des affermis à
OII crapaudines de moyen
collets
chaflées dans les Embafles. fonte, qui font enarrêté de la même maniere Le haut eft
collet ou crapaudine enchaffée par dans un autre
Embaffe, que l'on fait paffer dans une une
grande mortoife taillée dans la fabliere,
qui joint le hant des poreaux dans leur
long pan. On fait cette mortoife beaueoup plus longue qu'il n'eft neceffaire,
pour le pallage & pour le mouvement de
FEmbaife, afin de pouvoir abaiffer le
tambour, quand on le
neceffaire
en reculant feulement FEmbaffe juge
fans 5
l'ôrer tour-à-fait de fa place. Lehaut 2 du
chaflis n'a point d'entre-toifes par les
bouts; outre qu'elles feroient inuriles,
puifque les deax entre-toiles qui foutiennenr la table, le lient alfez, elles
feroient embarraffantes, quand il faut
abaillerle granir rolle pour reparer quelque chole au tambour > Parce qu'on eft
obligé de le coucher fur larable
en
avoir ôré les petits:ce qui feroit après impof.
. Lehaut 2 du
chaflis n'a point d'entre-toifes par les
bouts; outre qu'elles feroient inuriles,
puifque les deax entre-toiles qui foutiennenr la table, le lient alfez, elles
feroient embarraffantes, quand il faut
abaillerle granir rolle pour reparer quelque chole au tambour > Parce qu'on eft
obligé de le coucher fur larable
en
avoir ôré les petits:ce qui feroit après impof. --- Page 469 ---
Frangoifes de PAmbrigae. 399 fer- 1696
Sible, files bouts du chaflis étoient
des fablieres otl entre - toifes,
mez Mais par afin de ne rien négliger de tout ce
contribueral la folidité du moupeut on taille de telle forteles entre-toihaut
E
fes qui portent les crapandines laiffe du àane
des petits tambours, qu'on
de
de leurs extrémitez une épailleur bois, & on
deux pouces de leur même d'une chearrète l'autre par le traverfe, moyen & qui l'acville de fer, quila
fait l'effet d'ucolledetelle forte, qu'elle
le refte du
ne entre toile. On remiplit des coins,
vuide de la mortoife avec
on
ou
diminuglenombre
dont augmente
veut tenir le rolle
à proportion quel'on qu'il foit bien à
ferré ou lâché; pourva
à
plomb: car fans cela on sexpoferoit & à faire
voir fauter toutes les dents, for lef
gâter les ceufs &c les plarines,
quelles ils roulent. bout dn Chaflis & au-de- Tables
A chaque
on cloie desrrianglesselats ouétablis
dansdes de poteaux, deux
d'épailleur , fur qui acde bois
pouces
dont un compatroisà quatre
de large, 2
ef
du la
la table, & P'autre E
bouts
Firie
des
pole
le niveau Mouline
élevéde deux pouces fervent que à porter
ELt lamème table. Élles
toute
des tables ou érablis,qui moulin couvrent coms
la fuperficic de celle du
>y --- Page 470 ---
400 Nouoean
aux
1696. pris mémelépaiffeur
fes
poreaux & daP1r
vantage. deux
Ces tables ou érablis font des
côtez des tambours, elles fc
nent & s'attachent enfemble avec
crochers
PE
plats de fer. Ce quis'en trouve
au-devant des
eft échancré
felon leur circonférence tambours,
la pointe
ou leurtour; &
que forment les deux échancrures 3 pénétre entre lestamboursauffi
avant qu'elle le peut faire. La
ces établis doit être telle, largeur les Né- de
gres Ou Négrefles
que
c'eft-à-dire
qui ferventle moulin,
, qui prefentent les cannes
entre les rouleaux,
les
mêmes cannes déja ouquirepallent le
mier & le fecond prelléesenire premier & le
rouleau, entre le precher
troifiéme, ne puiffent
rouavec les doigrs, à Ptenanstres où les
tambours fc rouchent, à caufe des accidens funeftes, & du danger prefque fans
remede, écrafez qu'il y a de paller, & d'être
bours. comme les cannes entre les tamCes accidens font plus
& plus à craindre aux moulins fréquens, à
gu'aux moulinsà chevaux,
eau,
eft plus maitre d'arrèter.le parce qr'on
de ces derniers, que desatrres, mouvement dont
roué ne laiffe pas de faire encore
la
ques tours après qu'on.a détourné f
quila lauloisagir, Parce que le mouve.
z qu'il y a de paller, & d'être
bours. comme les cannes entre les tamCes accidens font plus
& plus à craindre aux moulins fréquens, à
gu'aux moulinsà chevaux,
eau,
eft plus maitre d'arrèter.le parce qr'on
de ces derniers, que desatrres, mouvement dont
roué ne laiffe pas de faire encore
la
ques tours après qu'on.a détourné f
quila lauloisagir, Parce que le mouve. --- Page 471 ---
de P Amérigue. 401
Frangoifes dont elle étoit agirée, con- 1696.
ment violent, après que fon principe a
rinuë encore,
cellé d'agir.
établi un bloc de
On met far chaque & demi en quarbois d'environ un pied côrez eft coupé en
ré; dont Tun des
de maniere qu'il
pointe, 2 & échancré rambours autant qu'il
pénétre les deux du point de leur joncpeut s'approcher qui entre dans les tamtion. La poinre haute que le refte du bloc. Maniere
bours, eftplus
dellius, & it fert à les de fervif, de
On pofe les cannes conduire entre les tam- oll donnerd
diriger, ouà les
celles qui fer rom- manger Moubours, & empêche que deffous.
au lin.
pent, ne tombent tourne de gauche à
Lorfque le moulin
entre le
droit, on mer les cannes
le
EEE
mier rambour & fecond,c'eft du grand s
celuiqui eft à la droite
entre
le fecond, de qu-lque
qui elt toujours
compter.
côté que l'on commenceà Tambour T, c'eftà
Comme le grand milieu, eft le principe du
dire,celui du deux autres, fon moumouvement des
à droite, fes
vement allant de gauche dans celle du roudents qui s'engrenent à fa droite, le font tourner
leau qui eft
8 par une fiite néde droite à gauche, celui qui eft à fa
celfaire font tourner
de forte que
gauche, de gauche à dtoitc; --- Page 472 ---
1696. lesdeux 402 Nowreawx Fagager AHX Hfes
l'une avec aperficiesvoilnes, l'autre à attirer
concourent
& fans efperancede leur faire puifamment,
fece quellesont une fois
lâcher price qr'il ait rour-a-fair morda,j jalqu'a
L'action que l'on fait en paffé entr'elles.
cannes entre les
préfenrant des
ner a
rumbousasampalles au moulin, Il
donnéceffaire tiege pouffer
n'eft pas
ner entre les rouleaux beaucoup les canpaffer. Quoiqu'ils foient pour les y faire
une glace, & Gi preffez l'un polis comme
tre, 3 qu'on n'y peur faire contre l'aufans Tapplarir; dès
paffer un écui
neeft aur point de leur quele bour de la canrouleaux le
jonétion,1 les deux
comprimant ferrent, d'une & l'attirent en le
font fortirtour le fuc, maniere, &
qu'ils en
fe
avec une vitef
proportionnée au
grand rolle, Les cannes mouvemenr du
preffées en pallant entre ayant les été ainfi
miers rolles, font
deux preelles font reçiès de l'autre appellées côté Bagaces ;
Négrelle, quiles
par une
Ce que
plic en deux felon leur
c'eft
longueur, tre
&c les préfente fur le
les ar le premier & lei
blocenges.
eiles palfenc, & achevent troifiéme de rolle, où
le refleda fuc
rendre tout
Le jus, Ou r pourroitencorey ou vin,
y être.
Tappelle en quelques endroits, comme on
tombe le
preelles font reçiès de l'autre appellées côté Bagaces ;
Négrelle, quiles
par une
Ce que
plic en deux felon leur
c'eft
longueur, tre
&c les préfente fur le
les ar le premier & lei
blocenges.
eiles palfenc, & achevent troifiéme de rolle, où
le refleda fuc
rendre tout
Le jus, Ou r pourroitencorey ou vin,
y être.
Tappelle en quelques endroits, comme on
tombe le --- Page 473 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 403 de 1696.
Rong des tambours fur les deux échanerires allettes qui
la table, & de-là fur) les
le conduit
font à côté, dont la
porte à la Suqui
eee
dans la goutiere,
crerie.
Négreffes pour le fer- Comi
On met monlin, quatre & quelqjietois cinguen il
vice d'un
c'eft un moulin à eau, qui fait enspour de
fur tout quand de cannes, , ou quand fervit un
munge beaucoup où lon Terre les Bagaces, après mnoulin, & leur
les cafes
au moulin, font un peu employ.
qu'elles ont palfé
éloignées.
eft occupée à
Une de ces Negrelles de cannes du lieu où
prendic les paquets
qui doit
les cabroticerslese ont déchargez, quilfer peut
èrre toujours le
proche
& arrandu
&
approcher
f
moulin, fur les autesd lag gauche de
ger les uns donne à manger au moulin.
Celle-ci celle qui les prend les uns après les aules délie , Ou
tres, les pofc farlérabli, fait, quand Onl eft un
pour avoir plutôr elle coupe d'un coup de ferpeu. les preffé, deux amarres > & poufle tambours- les canpe
des
nes dans T'entre-deux les moulins à eau elle ne
Souvent dans
de délier les
fc donne pas la peine tout entiers 5 Et
quets, elle les met doit
pourtantce qu'on ne
pas quantité permettre, de
parce que cette trop grande --- Page 474 ---
404 Nowveanx
AHx
1696. cannes fair faire Tayager de
Mles
au moulin, oblige les trop tambours grands effort
loiguer, & preffe moins les
de s'é
faur que les rambours foient cannes, Il
& ne pas atrendre roujours
S y font foient entierement que celles
pour y en fubftiruer de
pallées
comme elles ne font nouvelles; mais
longueur, dès
les pas toures d'égale
paffees, il faut que
pius courtes font
d'autres.
templir leur place par
La troifiéme Négreffe
de
côré des tambours les reçoit l'autre
palfé; elle les ploie en deax carnes qui ont
repalfer entre le
, & les fait
tambour
premier & le troifiéme
jours
, oblervant qu'ils foient toutres EIL fournis de bagaces, de
comme les aulegrandrolle demeure cannes: parc ce moyen
laire; il preffe
bien perpendicucannes
également, & f.it que les
reftent fans jus > 2 &
ces fortenr
les DagaLa
prefque toutes dotdes
quiéme, quarriéme ,où
Négreffe & la cinbagaces à mefure ily en a cinq, , preunent les
tambours, & fe qu'elles fortent des
elles en font des répandent far l'établi;
tent dans de grandes paquers, cafes, , quellspor
Hangarts, où on lcs met en comme des
les conferver & pour s'en fervirafaire pile, pour
jus > 2 &
ces fortenr
les DagaLa
prefque toutes dotdes
quiéme, quarriéme ,où
Négreffe & la cinbagaces à mefure ily en a cinq, , preunent les
tambours, & fe qu'elles fortent des
elles en font des répandent far l'établi;
tent dans de grandes paquers, cafes, , quellspor
Hangarts, où on lcs met en comme des
les conferver & pour s'en fervirafaire pile, pour --- Page 475 ---
Frangoifas de LAmbrique. chaudieres, 405 1696.
du feu fous les
Cellesquifetrouellesfont
ERSORL
quand brifées & réduites en trop petits
venc
être liées en paquet, font
morceaux pour dans de grands panniers de
emportées jettées un peu à côté du mouliannes,8c les reftes des liens, oà les chelin avec beufs, 8ciles cochons ne manvaux ,les deles venir manger.
quent voit pas ainfi, queles bagaces ne font Ulage
On
même quand des
pas inutiles: quelquetois
fait
tira
eft
de chaufage, *
on ne
que bagaccs,
on étendre prelfé au Soleil en fortant du moules
heures fuffifent, &
lin,trois même ou quatie il n'en faut pas tant, pour
fouvent
à briler. Ily a des enles rendre propres bafles-terres de laMardroits,comme aux
prefque
rinique, & de la Guadeloupe,
dans toute PIfle de Saint Chriltophle,de où l'on
la Barbade, 2 de Niéres & chofe autres, chaufne fc fertpoint d'autre chandieres, pour
les
fer les deux dernieres feulement avecles pailpremieres Pétant de Cannes; Mais aux Cales ou feiilles des ifles, & en d'autres endroits,
befteres
font
neuves &
où les terres
font plus plus dures & ft
fortes 2 les cannes
on ne manaqueufes, & bois ordinairement dans ces endroits là, on
pasde
guéres les pailles, on
% employc --- Page 476 ---
406 Nosveaux
aux
1696. fe fert feulement Payager des
Mles
deux
bagaces fous les
premieres chandieres. On chauffe
latroiliémeavec du menu bois, comme
font les branchages que l'on met en fagots, & les deux dernieres en
afin de faire un feu plus violent grosbois, &
continuel, comme i eft
plus
achever - la cuiffon du Sucre. neccifaire pour
La facilité que les tambours ont de
mordre les cannes, dès qu'elies
ches du point de leur jondtion, fonrpro- &
les attirer entr'eux, fait voir
de
il eft € important d'empècher combien
greffes qui donnenta à
queles Né-
-ou qui repaffent les manger au moulin,
font ordinaitementles bagaces : ( car cç
femmes qu'on employe i ce travail,) ne puiflent toucher
avec le bout des doiges, à l'endroir où
Accidensles funeftes
tambours le touchent; ce
qui arri- roit arriver, > fil la largeur des qui pourvent a les en
établis ne
ceux qui
empèchoit s principalement la
fervent nuit, quand accablées du
les mou. journée & du
travail de la
fins,
fommeil, elles s'endorment en pouffant les cannes, & fe
chant furl létabli elles fniventinvolontai- penrement les cannes qu'elles tiennent en
leurs mains 3 elles fe trouvent prifes &
écralées avant qu'on puiffe les
fur tout quand c'eft un moulin fecourir, à
dont le mouvement eftfi rapide qui ileft cau,
s principalement la
fervent nuit, quand accablées du
les mou. journée & du
travail de la
fins,
fommeil, elles s'endorment en pouffant les cannes, & fe
chant furl létabli elles fniventinvolontai- penrement les cannes qu'elles tiennent en
leurs mains 3 elles fe trouvent prifes &
écralées avant qu'on puiffe les
fur tout quand c'eft un moulin fecourir, à
dont le mouvement eftfi rapide qui ileft cau, --- Page 477 ---
Frangoifes de LAmérique. allez- 407
impollible d'arrèter
1696.
phifiquemenc fauver la vie à celle dont les
tôt doigts pour fe trouvent pris. En parcilles Occa
fions le plus court remede eft de couper
clebras d'un coup de ferpes
promptemenci cela on doit toujours tenir fur le
& pour
fans bec, bien
bout de la table une ferpe
Il eft
s'en fervit au befoin.
affilée à 9 pour de couper un bras, que de
plus propos
au travers des
voir paffer une perfonne
rouleaux d'un moulin. Cette précaution Fond S.
n'a
été inutile chez nous au s'étoit
SeRtE où une de nos Négrefles
laiflée prendre au moulin, heurculement venoit de
pour elle dans le tems qu'on
tenoit
détourner l'eau. Un Négre qui
de fer
lever un des rolles,
ine
moulin feratre tout-à-fait arrèté,
les dents, arrèta le moulin
LE
la mit entre
donner le loifir -de
alfez de tems moitié pour de la main qui étoit
couper la
fauva le refte du corps.
prife, ce qui
aux JefuiUne Négrefle appartenant elle voulut
tes, ne fut pas fi chofe heureule, à celle qui étoit
donner queique côté des tambours ; le bout de
de Fautre manche fe
entre les dents, &) y
fa
fut fuivi du refte
entraina le
qui
LEnt
du corps dans un inftant, fans qu'on pûat la
lui donner aucun fecours. Iin'ya quel --- Page 478 ---
408 Nowveaux Voyages aux Mes
1696 tête qui ne paffe pas, elle fe
du coi, & tombe du côté que le fépare
commencé d'entrer.
corpsa
Ce qui,arriva à la Guadeloupe dans
l'année 1699. eft encore plus funefte.
Accident Une Négrelle du fieur Grellier Habitant
artivé à du quartier des trois
la Gua- prife ail moulin, & Rivieres, s'étant
deloupe.
criant de toutes fes
forces, lc Rafineur courut à fon fecours;
il prit & tiroit fortement les deux brasde
cette femme, qui avoient été pris fucceffivemenr, parce que fe fentant une main
prife, elle y avoit porté l'autre pour fe
foulager. Un Négre qui ivouloit mettre
une pince de fer dansles dents pour arrèterle mouvement pendante qu'on détournoit l'eau, fc prella trop, & mit la pince
trop bas, de forte qu'une dent fe rompit, & la pince gliffa entre les tambours,
quila repoufferent fi violemment contre
celui qui la tenoir, qu'un des bouts lui
creva l'eftomach, & l'autre lui fracaffa
la tète: cependantla: roué sétantchargee
d'eau, fon mouvement redoubla, & le
Rafineur fc trouva pris avec la Négreffe
avoit voulu fecourir, & palla entre
& fut fracaflé avec
ERSEEE
elle.
Qzoique de pareils accidensn'arrivent
pas rous les jours; comme ils peuvent
arriver, on ne doitrien négliger pourles
F (venir,
Jc
eftomach, & l'autre lui fracaffa
la tète: cependantla: roué sétantchargee
d'eau, fon mouvement redoubla, & le
Rafineur fc trouva pris avec la Négreffe
avoit voulu fecourir, & palla entre
& fut fracaflé avec
ERSEEE
elle.
Qzoique de pareils accidensn'arrivent
pas rous les jours; comme ils peuvent
arriver, on ne doitrien négliger pourles
F (venir,
Jc --- Page 479 ---
Frangoifes de PAmerique. 409 1697.
Jene dois pas remettre à une autre à
occalion un avis important que j'ai bon- Avis il
donner, qui elt que quand on a le
quand arnve
heur d'arrèter un moulin où quelque depareils
membre eft pris, il faut bien fc garder accidense
de faire rétrograder les tambours pour
retirer la partie quiy engagéc, parce à
c'eft une nouvelle comprellion,
que laquelle on Texpole, qui acheve de concaller, de biifer les OS, & de déchirer
dela
mais il faut déles snerfs
perfonne; & retirer doucement
ferrer les rouleanx;
la partic Les Anglois offenfée. fe fervent de cagourment Les Anpunir les Négres qui ont commis glois ferveat fe
pour
crime confidérable, ou les In- de ce
qui viennent faire des defcentes toutmét pour faices forLm
fur leurs terres. Jen'ai point vû
re moumais je les ai apprifes rir les
tes d'exécutions; & dignes de foi. Ils racatbes & leurs
de témoinsoculaires les
de celui qu'ils Négrei.
lient enfemble
pieds &
lui avoir
veulent faire mourir , après
lié les mains à une corde palléc dans une
attachée au challis du moulin 1,
rat éleventle corps 2 & mettent la pointe
despieds entre les tambours, après quoi
ils font marcher les quatte couples de
chevaux: artachezaux quatrebras, laiffent
filer la corde qui attache les mains, à
mefure quelespiods & le refte du corp9
Tomse III.
S
lient enfemble
pieds &
lui avoir
veulent faire mourir , après
lié les mains à une corde palléc dans une
attachée au challis du moulin 1,
rat éleventle corps 2 & mettent la pointe
despieds entre les tambours, après quoi
ils font marcher les quatte couples de
chevaux: artachezaux quatrebras, laiffent
filer la corde qui attache les mains, à
mefure quelespiods & le refte du corp9
Tomse III.
S --- Page 480 ---
410 Nowveaux
Aux
1696. paffent entre les Proyages
Ifes
tambours.Je ne
on peut inventer un fupplice plus fçai af- G
freux.Jereviensà mon fujer.
Outre la largeur des établis, on doit
défendre aux Négreffes qui fervent le
moulin, de monter fur des
ou fir
autre chofe pour s'élever pierres
pour fervir plus aifément, davantage, &
ment en repallant les bagaces. particuliere- Et comme
le fommeil eft fouvent le
des
Précau- accidens qui leur arrivent, principe on doir
tionpcur
de
les
les empè- obliger
fumer, ou dechanter; & le
cher de Rafineur qui eft de
à
s'ender- doit
quart la Sucrerie,
mir,
prendre garde que ni les Négrelfes
du moulin, > niles Négres qui ont foin
d'entretenir le feu aux
ni
ceux
fourneaux,
quiécument leschaudieres, ne s'endorment pas, non-feulementà caufe
le travail feroit retardé Ou malfait; mais que
encore parce que les Négres en écumant
peuvent fe lailler tomber dans la chaudiere qui eft devant cux, & s'y braler,
ouy être fuffoquez, comme cela eft arrive plus d'une fois.
Travail Qu'on dife tout ce
d'une Su- travaux des
qu'on voudra des
crerie eXForges de fer, des Verreries,
tiême- & autres; il eit conftant
ment ru- point de plus
qu'il n'y en a
gc.
rudeque celui d'une Sucrerie, puifque les piemiers n'ont tour au
plusque douzcheures de travail, au lieu --- Page 481 ---
Frangoifes de LAmerigue. 41I -
ceux qui travaillent à une Sucrerie, 1696,
que
dix huit
& que fur les
en ont
par) ont jour, en deux fois pour
fix heures quils
tems
dormir, ilfaur qu'ils en ôtentles d'aller
de leur foupé, & fouvent celui
chercher des crabes pour fe nourrir : car
-
dhabitans qui fecontenil y a beaucoup donner feulement de la farine de
tent de
maniocà leurs efclaves.
tems dans
Voici comme on fait partagele lever les
une Sucrerie. On
Négres deallifter à la Priere environ une
pour mie heure avant le jour, c'eft-à-dire, du Partage tems
fur les cinq heures du matin; ilfe pafle dans une
prefque une heure avant qu'ils foientaf- Sucrerica
femblez., & que la Priere foit faite, 3
que dans a les maifons bien réglées
parce
Cathéchifme
les
on fait un petir
difpofc pour au Bapnouveaux Negres qu'on
tème, ou aux autres Sacremens, Maitres quand leur
ils font baptifez. Quelques
donnent à boire un peu d'eau-de-vie, c'eft ainfi
avant que d'aller all Jardin;
de canqu'on appelle le terrain planté
nes ou d'autres chofes, ou l'on va travailler. Ceux qui doivent entrer au fervice de
la Sucterie desfourneaux, & du moulin,
entrent, & y demeurent fans en fortir
y julquà fix heures du foir. Ilss'accommoS ij
, Maitres quand leur
ils font baptifez. Quelques
donnent à boire un peu d'eau-de-vie, c'eft ainfi
avant que d'aller all Jardin;
de canqu'on appelle le terrain planté
nes ou d'autres chofes, ou l'on va travailler. Ceux qui doivent entrer au fervice de
la Sucterie desfourneaux, & du moulin,
entrent, & y demeurent fans en fortir
y julquà fix heures du foir. Ilss'accommoS ij --- Page 482 ---
412 Noreveaux Voyages Aux IRes
1696. dentenfemble pour trouver un moment
telle pour déjeiner, & pour dîner, mais de
maniere, & fi promptement, que le
travailn'en foit ni fnfpendu.ni
Ma coûtume a toujours été négligé.
Ce qle à l'heure du dînéaux Négres & d'envoyer aux
P'Aueur greffes de ces trois
Ne
quoic prati- plat de farine de manioc, eadroits un grand
Pour du boiillon, avec
trempée avec
nourrir de
un morceau devianfes Néfalée, des Patares & des
le
gres
tour accompagné d'un
Ignames,
grands & pecits, vie, & cela fans aucune coup diminurion d'eau-dela ration ordinaire qu'on leur donne de le
Dimanche au foir, ou le Lundy matin,
pour toute la femaine. Par ce
lest tenois contens, & aflez bien moyen nourris je
pour fupporter la farigue du
je ne voulois point du tour voir travail,que languilfant, niles Négres foibles & chancelans,
faured'un petit fecours.
Je pratiquois encore une autre chofe,
dont je me fuis toujours bien trouvé,
C'étoit de donner à dîner à tousles
tits enfans de Thabiration. Cela RaCE
geoit beaucoup les peres & meres, lcs
délivroit de celoin, , & leur
texte de mançuer à quelques ocoitle heures
leur travail,
crug
fous prérexte d'avoir
foin de CC tems pour fonger àleurs befans. Ils étoient quittes de tout ce foin en- --- Page 483 ---
Frangoifes de LAmbrigue. d'al- 413 1696.
en leur donnantle matin avant de hitecd dans
ler au travail une poignée petit morceau
leur couy avec de
ou des fruits,
de viande ou
2CCO
foir
fans plus s'en mettre en peine enfans quele s'affempour les coucher. Ces avant Pheure
bloient à la maifon fut un befoin peu de fonner
du diné, fansqu'il les appeller. La Négreffe
la cloche
autre, leut
de PEIEE ou quelque
ravoir
faifoitle Catechifme,6 dont aprèsleur ils étoient
fait dire les Prieres,
de fix en fix
capables, clle les de partageoir farine trempée avec
autour d'un plar
leur donnoit à chaduboillonypuise on de viande avec des
cun un petit morceau
Ce repas leur
Parates & des Ignames.
fuffifoit pour le refte de laj journéc,
le
du jour
hRtE
refte
ce
pendant des cannes & d'autres
EdeTE à manger Sucrerie, où ils boifruits, & vont àla c'eft-à-dire, du jus de
vent du Vefou,
quia été écumés
cannes qui a bolilli,8 lequel eft très-nour-
& même clarifié, quand leurs parens
riffant: deforte que du travail, ils n'arevenoient le foir de les ramaffer dans
voientque la peine
des fourle moulin, ou fous.l lesappentis endormis,
neaux, ou ils les trouvoient à leurs cales.
pour les porter coucher S iij
, & vont àla c'eft-à-dire, du jus de
vent du Vefou,
quia été écumés
cannes qui a bolilli,8 lequel eft très-nour-
& même clarifié, quand leurs parens
riffant: deforte que du travail, ils n'arevenoient le foir de les ramaffer dans
voientque la peine
des fourle moulin, ou fous.l lesappentis endormis,
neaux, ou ils les trouvoient à leurs cales.
pour les porter coucher S iij --- Page 484 ---
414 Nowveanx
aux
1696.
Ilya des habitans Vojages
IRes
pasaleurs
qui ne permettent
rie,&d'y
d'entrer dans la Sucredu
NETI
cela fait une Vefou, s'imaginane
Rr récolte. C'eft grande diminurion à
économie mal
une pure lefine, une
dureté de les entenduc, & même une
petite
empècher de jouir de cette
travail. douceur, qui eft le fruit de leur
lierlabouche L'écriture ne défend-elle pas de
bes deb blé : du Baufqui foule lesGerc'eft
Cequ'on doir exiger
qu'ils en demandent la
d'eux,
au Rahineur, ou à celui qui tient permiffion
ce, afin de conferver le bon
fap plala fubordination
ordre, &
habiration.
qui doit être dans une
Les Négres qui travaillent au
Partage portent avec eux ce
Jardin,
du tems gerà
qu'ils veulent manl'habita- dans
a la maifon déjeiner, parce qu'on ne revient
zion.
Maltres qui Ter pour diner. Ily a des
heure
donnent une demie
vail,
déjetiner fur le lieu du traEcagm qui la rabartent fir les
heures qu'on leur donne à dîner. Il deux
femble qu'on peut bien leur laiffer me
deux heures entieres, quileur
ces
ferepofer, & à faire ce
ont fervent
dans leur
qu'ils
befoin
dre du tems menage: du
& pour ne rien perfaire aller un travail, on peut les y
Peu plus matin, & --- Page 485 ---
Prangoifes de PAmerique. tard. 415 1696.
les en rappeller un peu plus maifon
A onze heures on revienta'lan
diner, excepté quand on travaille fort
ECord les bois, ou en d'antres lieux
eloignez, où l'on perdroit une avertit partie
du tems à aller & a venir. On diné avec
alors les Négres de porterleur à des travaux aux
eux, & l'on occupe les Négreffes qui
environs de la maifon,
afin
ont des enfans à la mammelle, d'en avoir
qu'elles foient plus à portée
foin.
revient dinerà la maifon,
Quand on travail à une heure après
on retourne au fur les fix heures du foir,
midy jufques le travail du Jardin, 2 pour
qu'on quitte
commencer celui
revenir à la maifon,& veillée, qui dure enqu'on appelle la
mais auparacore deux oll trois heures;
ceux
vant on fait la Priere : après quoi aux
qui doivent travailler à laSucrerie, refourneaux, & au moulin à minuit, &
levent ceux qui y font aékuellement, huit heudemeurent à leur place jufqu'à
le petit quart.
res 3 ce qu'on mieux appelle ne
faire ce patMais il vaut
coucher point ceux qui ont
tage, & à envoyer la Sucrerie depuis minuit,
travaillé
fx heures àf fe repofer;
afin quils ayent
ceux qui n'ont
& faire entrer àleurplace S iv
travailler à laSucrerie, refourneaux, & au moulin à minuit, &
levent ceux qui y font aékuellement, huit heudemeurent à leur place jufqu'à
le petit quart.
res 3 ce qu'on mieux appelle ne
faire ce patMais il vaut
coucher point ceux qui ont
tage, & à envoyer la Sucrerie depuis minuit,
travaillé
fx heures àf fe repofer;
afin quils ayent
ceux qui n'ont
& faire entrer àleurplace S iv --- Page 486 ---
416 Nonveaux Payages Aux
1696. travaillé au Jardin, ou autre Ifles
depuis fix heures du matin. part > que
autres qui ne font point
Quant aux
trois poftes, ils
occupez à ces
du
paffent leur veillée a
grager
Manioc , ou à d'autres
vaux voifins de la maifon, dont tramanque jamais.
on ne
Le Samedy on quitte le travail fur les
neufà dix heures du foir, & comme
les Ouvriers des deux quarts fe
tous
trent enfemble, on les
renconà la purgerie les formes employe de
à porter
a fairles jours précédens, Sucre, qu'on
vaille en Sucre
quand' on tralorfqu'on
blanc, ou à d'autres,
fait du Sucre brut. On
d'eau les chaudieres, mefitre emplit
vuide du
qu'on les
Sucre, 3 ou du Vefou, dontelles
Ctoient remplies, parce que la chaleur
extrème, dont les foarneaux font
brafez, après smême
emle feu, ne manqueroit qu'on en a tiré tout
fielles étoient vuides. pas de lesbriller,
Sucre brur,
Quand on fait du
on ne remplit d'eau
deux dernieres, & on laiffe les que les
pleines de Vefou, mais on ne
autres
prendre cette avance en faifantda peur Sucre pas
blanc, commejel le dirai dans la fuite.
Le Dimanche matin après la
on porte à la Pargerie les formes Priére
a remplies pendant la
qu'on
nuit, ou bien On --- Page 487 ---
Frangoifes de LAmerigue. brut qui étoit 417 1696.
met en Barrique le Sucre
l'on n'a pas
dans les rafraichilloirs 2 que qu'il étoit
pà y mettre plurôr > parce
trop chaud.
des cannes au moulin
Sion a apporté foir, on ne manque pas
le Samedy au Negresi minuit , afin que
d'éveillerles difcontinnéle moins quil
le travail foit
de
elt poflible, & qu'on puille faire profiter fon Sucre,
la faifon féche, pour
la faifon
fans fe laiffer furprendre par
des pluyes.
dit ci-deffus,
On voit par ce travail quejai d'une Sucrerie,
ce combien que c'eft left difficile quedesNegres
&
T
fouvent mal nourris puilfent le
le plus
fansy fuccomber. L'expédient
fupporter, dès
je fus chargédu foin
je pris, affaires, Rec de partager en deux
: Efcotadeslesl nos
Négres que je trouvai proau travail de la Sucrerie, ou
pres
cat
Asintrnirea ceteffetafin femaine qu'une les dix-huit
de eût pendant une 8c
la femaine
heures de travail,
que mais
fuivante elle en'en eût que fix; à la K
dant ce tems-là elle faifoit travailloit du Sucre blanc,
gerie, quand on
des Négres desou au Bois. Erâlégard
du moulin,
fourneaux, & des fix Négrefles bandes S, dont une
je les divifai en
S V
cat
Asintrnirea ceteffetafin femaine qu'une les dix-huit
de eût pendant une 8c
la femaine
heures de travail,
que mais
fuivante elle en'en eût que fix; à la K
dant ce tems-là elle faifoit travailloit du Sucre blanc,
gerie, quand on
des Négres desou au Bois. Erâlégard
du moulin,
fourneaux, & des fix Négrefles bandes S, dont une
je les divifai en
S V --- Page 488 ---
418 Nonveaux Voyuges aux
3696. entroit
Iles
chaque jour en exercice, de maniere que le travail étant ainfi parragé,
il étoit plus facile à fupporter, & j'étois
en droit d'exiger de mes gens un travail
prompt, affidu &c vigourcux.
Unc des chofes qu'on ne fçauroitaffez
recommander aux Négreffes qui fervent
Soin
le moulin, elt de le tenir
ex- lavant
propre > enle
trême
fouvent. Les rafineuts ou ceux
doit qu'on qui tiennent leur place > doivent être
avoir de exacts jufqu'au fcrupule fur cc
tenir le duquel
point là,
Moulin
dépend toute la beauté de leur
bien pro- Sucrerie, fur tout du Sucre Blanc: : car fi
prc.
le moulin eft fale & gras 2 le jus
fort
des cannes, contracte auffi tôt qui les memes défauts, & devient aigre avant que
d'arriver aux chaudieres, ce qui de tous
lesdéfauts eft le plus à craindre, & ouil
n'y a pointde remede. On lave ordinairement les moulins deux fois par
;
le matin dès qu'il fait jour en prenant jour le
quart, & un peu avant la nuit. Il faut
pour cela arrêterle moulin,leverlesets.
blis, & frotter avec de la cendre les
Embafles; & tous les endroits où lejus
s'eft répandu en tombant des rouleaux :
cariln'y a rien quiengraifle tant, , & qui
porte
d'ordures &
gluantes
le jus
cannes.
dcs
Après
cendre on
H
i:
ve avec de nouvelle eaul la table, les al.
& un peu avant la nuit. Il faut
pour cela arrêterle moulin,leverlesets.
blis, & frotter avec de la cendre les
Embafles; & tous les endroits où lejus
s'eft répandu en tombant des rouleaux :
cariln'y a rien quiengraifle tant, , & qui
porte
d'ordures &
gluantes
le jus
cannes.
dcs
Après
cendre on
H
i:
ve avec de nouvelle eaul la table, les al. --- Page 489 ---
Frangoifes de PAmerigut. 419 1696.
lettes, les établis & la gouttiere qui tout por- cete le jusala Sucreric. Étcomme beaufans confommer
la ne fe peucfaire
que chaque fois
coup dc temps, parce on eft obligs de
lave le moulin, leurs coins, ,& de
e les Emballes &
tète
les remettre. Je me mis en faifant d'abréger des Tab'es
routes ces cérémonies, en folides, & plus commorables plus commodes fansairéterles > plus
moulin des linven- de
quife pullenclaver demi
d'heure tion de
& fans confumer un
quart les mon-isenee
de tems. J'en fis d'abord EaLE dans la fuite
lins de nos habitations. perfonnes qui
j'en ai tracé pour plufieurs Turilité. Lalongueur
en avoleatreconmul étoitla mème que de celles
de ces tables ci-delfus, mais leur larque j'ai décrit celle du chaflis de fix
geur excedoit
avoient quatre RE
ces, de forte qu'elles Comme il n'elt
fa-
& demi de large.
d'avoir des Lon de
cile à tout le monde
on
cette épaiffeur > : & que même de cette quand granen peut avoir, une table eft difficile à remuer
deur & de ce poids,
je la faifois
& à pofer dans un chaflis, felon leur longuenrs
faire de trois piéces
la plus) lar- -
celle du milieu étoit toujours la cantonge, & les deux autres qui
&
achevoient les quatre pieds
noient, en font tou te la largenr, 8clui
demi qui
S vj --- Page 490 ---
420 Nonveaux
aux
1696, fervoient comme Tayages
Ifles
dalaifes: elles étoient
entaillées au droit des poteaux qu'elles
embrafloient & accolloient
ce qui affermiffoit conlidérablemencle très-julle,
chaflis, dont les poreaux ne pouvoient
femouvoir, roit
quand même leur Sole auleur été gâitée, puifqu'en ce cas la table
auroit tenu lieu d'entre-toife, avec
laquelle ils auroient été fortement liez
ou par une longue cheville de fer, ou
par plufieurs chevilles de bois.
La mortoife du milieu perçoit toute
la largeur de la table, & comme cette
grande laigeur auroit cmpechédeplacer
commodément l'auf & la platine du
grand rolle, je lui faifois donner
de haureur & de largeur qu'aux tables plus
ordinaires, & je faifois encaftrer la platine fir une planche pofée en couliffe
dans la morroife,
le moyen de laquelle lap platine fc Det facilement fur
lauf, fans pouvoir varier le moins du
monde.
Aulien deséchancruresquic étoient aux
tables ordinaites,
donner
aux
des petits pour rolles, je
faire
Piecn
FeE
mortoiles parcilles à celles du
milicu; & au milieu de ces trois morkoifes on pratiquoit des ouvertures rondes pour lep pallage des pivots.
pofée en couliffe
dans la morroife,
le moyen de laquelle lap platine fc Det facilement fur
lauf, fans pouvoir varier le moins du
monde.
Aulien deséchancruresquic étoient aux
tables ordinaites,
donner
aux
des petits pour rolles, je
faire
Piecn
FeE
mortoiles parcilles à celles du
milicu; & au milieu de ces trois morkoifes on pratiquoit des ouvertures rondes pour lep pallage des pivots. --- Page 491 ---
Frangoifes de Amérique. 411--
des bords de la table on 1696.
A fix
la procreufoit Kimtcs fon épaifeurjuiaws bout qui eft vers
fondeur d'un poucc, au édelaSucreric,
lerambour le plus éloigné
trois
en
douccmnentjulqu'i
venant pente bout de la table, afin
pouces alautre tombant des rouleaux, coulejus en fur la table, 8c de là dans
Ire facilement
de colr
la gouticres & pour l'empécher où ilauroit été perler fur les Emballes, kaiffer autour des ouverdu, je faifois
en forme
tures des pivots,, un bordage dans toute l'épailde bourler, pratiqué anfi élevé que les burds
feur du bois >
rejetroit le jus fur la
de la table, qui
de palfer par ces
table, & Tempechoir Embalfes des
rolouvertures. Les arrètées à chaque petits côré
les peuvent être des chevilles
de la table > avec
d'une plattes, grande
quoique cela ne foit pas
néceflité. Tutilité
jai remarquée de Urilité
Outre
que dont la pefanteur. 7 de tables. ces
ces fortes de tables, rendentle chaflis
lal largeur, & la coupe
encore deux
immobile, elles procurent
avantages confidérables. eft d'élever le jus des canLe premier
plus haut
nes de plus de quinze fit tombé des
n'en auroit eu,
Arae
qu'il tables ordinaires : CC qui eft un avanta- --- Page 492 ---
422 Nonveaux Foyages aux IRles
1696. ge pour les moulins à eau, dont les Sttcreries & les fourneaux font fouvent enterrez à caufe de la contrainte, 5 où l'on
eft ordinairement pour le canal qui
te l'eau fur la grande rouc.
porLe fecond qui eft lep plus confidérable,
eftla facilité de laver, & de nettoyerla
table, puifqu'on lc
faire fans arrèter le moulin, & lededt dans un moment.
Ilfuffic de lever les établis, & dejetter
fur la table de la cendre & de l'eau, &
de la frotter avec unb balay plat, pendant
qu'ane Négreffe reçoit dans une Baille
au bout de la table, l'eau & la cendre
qui ont fervi à la laver. On doit auffi
jetter de l'eau fur les tambours, & les
frotter avec le balay : car bien qu'ils
foient fort unis, il peat toujours s'y attacher de la graide 2 &c un certain fuc
acide, qui peut gâter le jus, auquel lilfe
communiqueroir : & comme ce jus ne
tombe plus entre les Embalfles,ouilfervoit àrafraichir les ceufs & les platines,
il faut avoir foin de les graifler quand
on graiffe les dents des tambours, de
peur qu'elles ne s'échauffent, & ne fe
détrempent pas la chaleur, qu'clles contraétent en tournant.
Les tables pour être bien propres 3
doivent être couvertes d'une nappe de
, auquel lilfe
communiqueroir : & comme ce jus ne
tombe plus entre les Embalfles,ouilfervoit àrafraichir les ceufs & les platines,
il faut avoir foin de les graifler quand
on graiffe les dents des tambours, de
peur qu'elles ne s'échauffent, & ne fe
détrempent pas la chaleur, qu'clles contraétent en tournant.
Les tables pour être bien propres 3
doivent être couvertes d'une nappe de --- Page 493 ---
Frangoifes de LAmérique. 423 1696.
plomb, qui tombe deux ou trois
ces en dehors de tous côtez, &
exackement toute la
plille
le trait 8c la
EE
exactement
penen fuivant donnée. Cette
a
dépenfcutet
te qu'ony,
oul du moins elle
pas confidérable de 2 beaucoup celle qu'on
n'augmente pas de faire pour lebois, dont
feroit obligé
font
les tabies ordinaires faire celles COTIESI que jai
Puilfqu'on
fortes de bois > même
ventées,
de
ERRLES
des plus communs 2 en les couvrant né
au lieu quel les autres peuvent comme
Eatu faires que de bois très-bons, le Bois d'Infontle Balaras, l'Acomas, le Bois Lezard, qui
de, l'Epineux > ou font aufli fort chers.
étant fort rares, du moulin, avec tout ce
Le challis
comme je viens de le
qu'il renferme,
d'un comble fait
décrite, eft couvert trente-fix
sde
en cône, de trented
eft Comble
La fabliere
de mouEE
diamétre.
quile de douze à treize lins
polée far des poteaux dont le riéts eft enfoncé
pieds de long,
eft emmoroifé
en terre. Chaque de poteau à huit pieds de
dans une Sole
fept
on enlong, aux deux bouts delaquelle s'emmorte deux contre - fiches, celle qui de dedans
toifent dans le poteau: : Aeur de terre;
le moulin ne vient qu'a --- Page 494 ---
424 Nomveanx Voyages aux Res
1696. mais celle de dehors monte à
pieds plus haut: elles fervent à tenir quatre les
poreaux bien droits, & les empèchent
de pencher en dedans ou en dehors. La
fabliére eft emmortoifée & chevillée
dans le bont des poteaux. Les piéces
principales qui portent l'affemblage de
T'enzayure, portent droit far les poteaux,
& lcs autres fur la fabliére.
Ceux quine craignent pas la dépenfe,
font une double enrayàre, pour lier
davantage tout l'affemblage. D'autres fe
contentent d'une feule. Ce qu'il lyad
obferver, eft que l'ouverture qui
le bout de TAtbre, ou eft le tambour ireçoit
du milieu, s ne doit point fe trouver dans
lec centre de la croiiée del l'alfemblage, - ni
à côté; mais
ce centre doit être vuide, afin que S bout de TArbrey palfe
librement, fans faire tort à la charpente,
& il doit être reçû dans une piéce de
bois, appellée Demoifelle, de quinze
à feize pouces de large, fur cinq àfx
pouces dépaiffeur, attachée fur le centre vuide de l'eneayûre avec des chevilles de fer à clavette, afin que dans le befoin d'élever ou d'abaiffer le grand rolle,iln'y ait qu'àdétacher la Demoifelle,
pour être maître de l'Arbre du grand
rolle. Iieftbon d'avoir descrampons de
piéce de
bois, appellée Demoifelle, de quinze
à feize pouces de large, fur cinq àfx
pouces dépaiffeur, attachée fur le centre vuide de l'eneayûre avec des chevilles de fer à clavette, afin que dans le befoin d'élever ou d'abaiffer le grand rolle,iln'y ait qu'àdétacher la Demoifelle,
pour être maître de l'Arbre du grand
rolle. Iieftbon d'avoir descrampons de --- Page 495 ---
Frangoifes de TAmbrigue. 425
attachez aul poinçon 2
y met- le- 1696.
fer,
1 afin de s'en
pourl
RAtNTT
troles palaus > fans être obligé de.les attaverlArbre, chevrons de l'enrayûre qui
cher aux
de force que Tenrayhic,
n'ont pas rant fi
fardeau. On
pour porter un
pefant les crampons,
peut mettre aux chevrons petits rollesqu'on
dont on fe ferrpourlest de leur place, oulesy
veut defcendre fe
comme on
remettre, fans fatiguer, les ronlant fur des
fait cordinairement, en fur la table, aux
piéces de bois appuyées & fouvent d'eftrorifques de la garer, employe à cet oupieilest Négres qu'on
vrage.
artachoit les chevaux aut ObferJaidit
du moulin pour le faire vation far le
bout des
-
irgten
il faut oblerver qued quand mouveagir. Sur quoii confidérable de chevaux ment qu'on
on a un nombre deflinezà ce travail, il vaut imprime
ou de baeufs
deux couples, &lesy au lin mou- par! le
mieux en mettre
de n'en met- moyen
laiffer plus long-tems laidler 2 que moins. La rai- des chetre qu'une. & ly il n'y a qu'une cou- vaux.
fon eft, que quand attachez à un bras, ils
ple de chevaux
PArbre du côté
font toujours pancher : ce qui ne fe
quils font artachez
rolle de ENI à
faire fans ôter le grand
plus
& rendre le mouvement
pl3mb,
grands ou petits, qui
rude. Les Négres, --- Page 496 ---
T
426 Nowveanx Foyages Anx
1696. chaffentles chevanx attachezau
ont coutume
1Eans
de s'alleoir fur la cheville
de fer qui traveife lel brasoù eft attachée
la volée qui tient les traits des chevaux.
C'eft un abus qu'on doit empècher,
ce que c'eft un nouveau poids qui atire parl'Arbre, &
le fait pancher davantage. Mais
il y a deux
de
chevaux, comme ils font attachez couples aux
deux bras oppofez, ils tiennentles deux
bras en équilibre, & pour lors il importe peu quel les Négres prennent
tit foulagement. Pour fortifier PACTIC
tage les bras, on joint celui où les cheVaux font attachez, à celui qui eft derricre, par le moyen d'une perche de
trois à quatre pouces de diamétre,
eft chevillée fur les deux bras. Lesche- qui
Vaux qui font attachezau moulin, n'ont
Harnois d'autres harnois que de fimples coliers
de che- compofez de deux bourlets de
vaux
groffe
font wiroile, 3 remplis de bourre qu'onleur
tourner fe dans le col, &
aux pafle mou- les. L'un des
quis'arrètent
épaulin,
bourlets paffe deflus le col,
&c l'autre tombe en maniere de poitrail:
aux endroits où ces bourlets fej joignent,
ily a deux morceaux de cuir avec un ail
au milieu, où l'on fait paffer le bout du
trait qui y eft retenu par un naeud: &
pour empècher queles traits qui font de
remplis de bourre qu'onleur
tourner fe dans le col, &
aux pafle mou- les. L'un des
quis'arrètent
épaulin,
bourlets paffe deflus le col,
&c l'autre tombe en maniere de poitrail:
aux endroits où ces bourlets fej joignent,
ily a deux morceaux de cuir avec un ail
au milieu, où l'on fait paffer le bout du
trait qui y eft retenu par un naeud: &
pour empècher queles traits qui font de --- Page 497 ---
Frangoifas de TAmbrigue. des 427 che- 1696.
n'écorchent les cuifles
corde, , leur frortement. on les éloigvaux par
poffiblel'un de l'autre,
ne le plus quileit aux bouts de la volée,
en les artachant croifer les traits du milieu.
& en faifant cela un licol affez long,
Ils ont outre artaché au bras qui eft devant
pour erre
rirent droit, & qu'ils ne
enx.afin qu'il de leur route.
s'écartent point moulins, où l'on fc (ert de
Dans les de baufs, on employe ces
chevaux, &
le jour, parce
derniers la nuit plàcôr à que la chaleur que les
quilaretitent moins
leur allare eft
chevanx 5 mais comme d'ouvrage que les
lente, il font moins attelle avec un jonc qui
chevaux. Onles cornes avec des coureft artaché à leurs
eft
Le milieu du
percé
royes.
Dont
le bout d'un ICe bâton,
recevoir extrémité eft garnie d'un crochet
T'autre
au bout du bras.
de fer qui s'attache
couple de
Quand on ne met qu'une de deux en deux
chevaux, on les change met deux couheures; 5 mais quand on en
heures,
ples, on les fait travailler quatre
mon avis il feroit plus expéheures en
T de partager ces quatre
chedeux, afin de ne pas tant fariguerles
vaux. moulins où les tambours font perLes --- Page 498 ---
428 Nowveane
Aux
1696. pendiculaires à la
Tes
moulins
sappellent
Craues
droits, foirqu'ils aillent
le
moyen des chevaux ou de l'eau.
encore
ya
EH
deux autres cfpeces de moulins
qui font mûs par les chevaux.
Moulins
Les premieis dont fe fervoient les
donr on Porrugais au commencement de
fc fert aétabliffement au
leur
Brefil,
Brefil, & dont on dit
qu'ils fe fervent encore en quelques enSNerr-AeMECnT saceux,
dont on fet fert ten Normandie pour briferles pommes à faire le Cidre, & dont
on fe fert aux Pais di ily y a des Oliviers
pour écrafer les Olives, ou poar mettre D
en pouffiere une efpece de Gland
vient du Levant , qu'on appelle Valon- qai
née, dont on fe fert en Italie pour
les Cuirs. Coime il fe
faire Paffer
biendesgensn'onty
peut
que
pasva cette machine,
en voicila defcription en
de mots,
L'Aire du moulin eft
elle eft
faite
ICIET
de pierre de taille, coupée en
te, depuis le centre jufqu'aux bords, penqui font relevez. de quelques
Cette Airea a encore une autre penre pouces. tout
le long dc fon rebord, afin que le fuc
des cannes, des poimes, > ou d'autres
fruits qu'on écrafe, coule vers un endroir, où le bord a une ouverture,
laquelle le fuc tombe dans un
par
bacq, ou
moulin eft
elle eft
faite
ICIET
de pierre de taille, coupée en
te, depuis le centre jufqu'aux bords, penqui font relevez. de quelques
Cette Airea a encore une autre penre pouces. tout
le long dc fon rebord, afin que le fuc
des cannes, des poimes, > ou d'autres
fruits qu'on écrafe, coule vers un endroir, où le bord a une ouverture,
laquelle le fuc tombe dans un
par
bacq, ou --- Page 499 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 429 1696.
dans un autre vaiffeau, qui eft deltiné
à le recevoir. de r'Aire eft percé d'une
Le centre ronde, dont le fond eft garni
ouverture d'une platine de fer acerée, pour recevoir la pointe del'aeufou du
dont
une
de bois fixà fept
EE
cft armée
piéce dont l'autre extrémité
pouces sen quarré, maniere de
dans
taillée en
pivot, palfe dans
une ouverture ronde, 5 pratiquée de bois,
une Demoifelle, ou autre piéce
fortement attachée à la charpente.
A un pied & demi, ou deux pieds viens audelus de laire, l'Arbre, dontje
de parler, eft percé d'une mortoife
dans laquelle on paffe & on arquairée,
de bois de quatre a
rète une autre de piécc diamétre, & de neuf a
cinq dix pieds pouces de long. Une emeule de trois a
pieds de diamétre, d'un pied ou
d'épailfeur, de pierre dure, eft enlui fert
Es
chaflée dans cette traverfe qui
d'axe, autour duquel elle fe
moumais fans s'écarter du Reae où elle
yoir,
y eft arrêtée
elt pofée, parce qu'elle des chevilles
&
REE
des rondelles par
tournant elle
de fer, de maniere qu'en
fous fa
écrafe tout ce qu'on préfente de l'aire,
voye, en dedans du rebord
Les chevaux qui la tournent, font ate --- Page 500 ---
430 Nouveaux Yoyages AMX Mles
1696, tachez à l'autre extrèmiré de l'axe, &
dans le même tems qu'ils font tourner
l'axe aurourdsl'Aibre, la meule tourne
autour de l'axe. On préfente les cannes
ou autres choles qn'on veut écrafer, fur
le
de la meule, & on les y met
en
firuations, >
riaus
jufqu'a ce
ran aitexprimé étout le fuc qui eft deJe croi que cette cfpece de moulin eft
meilleure Pour les Pommes, pour les
Olives, & pour la Valonnée ,
pour
les Cannes, & qu'il n'avance
travail comme ceux
nE
que j'ai décrit ci-devant, ou que je décrirai ci-après.
Les fecondsontla longueur des tambours, parallele à la fuperficie de-la taMoulins ble. On les appelle moulins couchez. Le
couchez. tambour du milicu eft enchaflé dansl'arbre, qui fert en même-tems d'axe àt une
rouë de quinze à dix huit pieds de diamérre, affez large pour contenir un
cheval ou un afne quon y fait entrer, 3
& quila fait touraer par fon poids > &
par fon mouvement. Le tambour du
milieu eft garni de dents à lordinaire,
qui s'engrenent dans celles des autres
tambours, &c qui leur impriment le
mouvemenrimcategue celui idu milicu
fc meut.
-tems d'axe àt une
rouë de quinze à dix huit pieds de diamérre, affez large pour contenir un
cheval ou un afne quon y fait entrer, 3
& quila fait touraer par fon poids > &
par fon mouvement. Le tambour du
milieu eft garni de dents à lordinaire,
qui s'engrenent dans celles des autres
tambours, &c qui leur impriment le
mouvemenrimcategue celui idu milicu
fc meut. --- Page 501 ---
Frangoifts de "Amtrigue. 431
On voit bien que ces deux rambours def- 1696.
doivent ètre, Tun deffus & l'autre
fous cclui du milieu. Ils font retenus
dans cette fituation par des entre toifes,
où les crapandines qui portent entre-toifes leurs pivots, font enchallées. dans Ces les couliffes
deivent fe mouvoir
des montans
pratiquées dans Tépailfeur
du challis, afin qu'on celui puille du approcher milieu,
les petits tambours de
le
autant qu'on le juge à
par
des
dont
garnit.
INTETE
moyen
coins, les cannes entieres enOn fait palfer le
bas & celui du
tre le Tambour plus entre celui du
milieu, & les bagaces
milieu & le plus haut.
à
Ces moulins travaillent proportion à la
du mouvement qui eft dedâns. imprimé Ils
eft
peurouc parlanimalquie à trois inconveniens. Le Utilité&
vent êrre fujets les cannes fe trouvant inconvepremier eft , que
gliffer facile- niens de
horizontalement peuvent 8cs'emba- ces lins, mou- & le
ment le long des rambours, fecond,
remede,
raffer dans les dents. Le
que
monvement eft violent, comquandle
dans ceux, dont la roue
me il arrive
le jus des cannes cireft mûë parl'eau,
& coule le
culc autour des tambours, ou
long des dents & des spivots, -
jaillit
hors dela table. Lc remedequon) npour- --- Page 502 ---
432 Nowveaux Yoyages anx Iles
1696. roit apporter en partie à cet inconvenient , leroitde mettre au bout des tambours de petires allettes de bois mince
ou de fer blanc 2 quirelferreroientle jus
des cannes, & les empécheroient de s'écarter des tambours. Le troifiéme eft,
que les bagaces fortant du même côté,
qu'on préfente les cannes,elles doivent
tomber fur elles, & caufer de la confufion. Ileft vrai, qu'on pent ajufter une
planche vis-a-vis le milicu du grand rolle, qui foit inclinée ea dchors, farlaquelle les bagaces gliffent, fans fc mêler
parmi les cannes; mais cela,ne
empècher que la Négreffe qui ECCLES pas à
manger au moulin, ne foit toujours
couverte debagaces; cc qui n'eft pas une
petite incommodité.
J'ai vè LIn moulin de cette façon à la
grande terre de la Guadeloupe; il
tenoit à un Menuifier, qui ayant apparde quoi acheter quelques Négres, gagné fe mit
en tère de devenir Sucrier: ilavoir conftruit fon moulin, qu'il faifoit tourner
pardes afnes : il étoit propre, 2 bien fort
& biea entendu; & celai quil'avoit fait,
avoit voulu montrer fon habileté, enn'y
employant point de fer: louvrage me
plir beaucoup.
Ily en avoit un autre au Fond de Cananville
il
tenoit à un Menuifier, qui ayant apparde quoi acheter quelques Négres, gagné fe mit
en tère de devenir Sucrier: ilavoir conftruit fon moulin, qu'il faifoit tourner
pardes afnes : il étoit propre, 2 bien fort
& biea entendu; & celai quil'avoit fait,
avoit voulu montrer fon habileté, enn'y
employant point de fer: louvrage me
plir beaucoup.
Ily en avoit un autre au Fond de Cananville --- Page 503 ---
Françoifes de PAmerique. 433
le Fort Saint Pierre de la 1696.
nanville près
à un HaMartinique , qui Pierie appattenoir Roi : il létoit auili
bitant nommé
fut
toutné
des Afnes, un defquels
canfe leng procès affez fingulier.
C'eftla colrume des Négres de donanimaux
leurs Maitres achener aux
que de ceux dont on les a
tent, les Ce noms Pierre Roiavoit acheté un
achetez. Afne d'un Sergent exploitant > nommé arrivé Procès à
Durnd,aquiles Négres ne manquerent la Martide donner le nom de Durand. Ce nique au
pas Durand Afne étant un jonr attaché au- d'un fujet Afprès du moulin, en attendant que fonne d'un & Ser-.
heure d'entrer dans la roué fut venuc, gent.
fe détacha & s'enfuit dans la Savanne :
& comme cela lui arrivoit fouvent, parétoit fort malin, foit de fa nace qu'il foit
avoir été élevé par un
ture,
le pour Maitre
le vit fuir, réSergent, folur de le faire "aS d'une maniere
qui lui fit perdre cette mauvaife habitude. Il cria aux Négres qui étoient aux
fourneaux, de courir à Durand, de lamarrer, & de lui donner cent coups de
bâton. Il arriva dans le moment que le
Maitre donnoit çet ordre, que Durand à
Sergenréroir dans la Savanne, venant
la maifon de Pierre Roi pour y faire
quelque fignification 2e > qui sentendant
Tome III. -
T --- Page 504 ---
434 Nouveaux Yroyages aux Mes
1696. nommer, crût que ce commandement
le regardoit, & n'en douta plus du tout,
quand il vit que trois ou quatre Négres
fedétachoient armez de bâtons, & couroient verslui, parce que Durand PAC
ne étoit aufli de ce côré-la; il craignit
tout de bon
n'en voulàt à fa peau,
& fe mit à Telrare detoutes fesjambes. Durand l'Afne en fit autant, & les Négres
quicrioient & couroient après luia toutes jambes, les épouventerent tellement
tous deux, que Durand Sergent courut
prèsd'une demie lieuë, fans oler regarder derriere lui, Il trouva enfin une maifon, dans laquelle il fe jetta tout hors
d'haleine. Il ne manqua
de prendre
à témoins de fa fuite bge gens qu'il
trouva, & de leur dire, que Pierre Raf
avoit fait courir fes Négres après lui
pomrr-lfommericoups, de bâron, comme ilavoit entendu qu'il leur en donnoît ordre. Il fr fon procès verbalde rebellion, qu'il fit ligner à fes témoins, &
fe fit faigner dès qu'il fut arrivé chezlui,
de crainte que la courfe qu'il avoit faite,
& la peur qu'ilavoit eûe, nelui caufaffent queique maladie. Il préfenta Rc9 èe auJuze, ily y joignit fon procès
verbal de rebellion, & fc Aattoit par
avance que cette affaire lui vaudroirquel-
en donnoît ordre. Il fr fon procès verbalde rebellion, qu'il fit ligner à fes témoins, &
fe fit faigner dès qu'il fut arrivé chezlui,
de crainte que la courfe qu'il avoit faite,
& la peur qu'ilavoit eûe, nelui caufaffent queique maladie. Il préfenta Rc9 èe auJuze, ily y joignit fon procès
verbal de rebellion, & fc Aattoit par
avance que cette affaire lui vaudroirquel- --- Page 505 ---
Frangoifes de LAmérigne. 435--
centaine d'Ecus. Le Jugei informa, 1696.
S apreslaudition des témoins,il décercontre
na un Roi. adjournement Celui-ci perfonnel ayant. comparu 2
Pierre
à
ordonné
& étant interrogé quilavoir de bâton, il réde donner cent c'étoit at un de fes Afnes;
pondit s'éronnoit que qu'on le fit venir en Jufqu'il
celas
avoit crûi jufqu'à
tice pour
lui T permis de faire
prefent châtier qu'il fes Négres & fes Afnes, quand
ils manquoient, fans en demander permiflion. Le
lui dit, qu'il ne sagilc
foit pas d'un AELI mais d'un Officier
de Juftice qui étoit allé chez lui; qu'il
avoit ordonné à fes Négres de le prendre, de l'amarrer, & de lui donner cent
de bâton. L'autre niâ le fait, &
coups
cet Offidemanda qu'on luirepréfentat Surquoi
cier de Juftice qui fe plaignoit. & lui ayant
Durand Sergent ayant étoit veritable,
foûtenu
fon
OnEaE
& qu'il Raecies nommé, en ordonnantà
fcs Négres de le prendre, de l'amarrer,
& de lui donner cent coups de bâton,
& voyant un des Nég es de Pierre Roi,
qu'il reconnut être un de ceux qu'ilfappoloit avoir couru après lui, il lindiau Juge, qui l'ayant fait approcher fur le
2 Tribunal, & l'ayant interrogé
T 1j --- Page 506 ---
436 Nowveaux Voyager aux IRes
fait, reconnur clairement
les coups
1696. de bâton n'avoient pas SE ordonnez
Durand le Sergent, mais pour Dupour rand P'Afne. Il fit une reprimande au
Sergent, & renvoya Pierre Roi déchargé de l'action intentée contre lui, avec
permiflion de faire donner à Durand
'Ane tant de coups de bâton quiljugeroit à propos; & Durand Sergent condamné aux dépens. eau font de deux fortes;
Moulins Les moulinsà
& de couchez.
à cau, ily en - ade droits, different de celui
Les derniers ne
ronë que
je viens de décrire, qu'en ce
Godets
le fait
eft faite avec
Tre
qui reçoivent agir, l'eau, quipar fon poids,
qui &
fon mouvement imprime celui
SETe doit avoir
tourner. Le diamétre des roués irar depuis dix huit jufvingt-deux pieds. L'Arbre ou le
qu'à grand tambour eft enchaffé, & qui fert
dixd'ellieu à la rouc, pourferdinaitre il eft taillé à
huit pouces de diamétre,
un dehuir
depuis les dents jufqu'à deux
Siar près de fon extrèmité. Ses
extrèmitez font percées d'une mortoife
quarrée de quatre pouces de face, fur
dix-huit pouces de profondeur, qui fervent à recevoir les pivots de fer, fur
Jefquels la rouc tourne; les deux bouts
qui fert
dixd'ellieu à la rouc, pourferdinaitre il eft taillé à
huit pouces de diamétre,
un dehuir
depuis les dents jufqu'à deux
Siar près de fon extrèmité. Ses
extrèmitez font percées d'une mortoife
quarrée de quatre pouces de face, fur
dix-huit pouces de profondeur, qui fervent à recevoir les pivots de fer, fur
Jefquels la rouc tourne; les deux bouts --- Page 507 ---
lom 3 p99436-
-
Moudin a Cau couhe
A.choni du vorede monhio. mayeu a laRoie
B.Arbre que
Thambowr.
cegui porte aumbowrs. aorand
D
D-Ronie C. Podis agoden : rewbanis
L.Gendire guiperte
A
B --- Page 508 --- --- Page 509 ---
Tom.3 pag: 436
Mouline a Cau
Achawnis regferme
les EASO :
droit
B.Grunde Moeagodee
conduit
C Gouliere Ilau sur 1 Roue :
D.Rouct ou Roiie de
rencontre.
B
halancterE
a
CIE
- -N
a
MALIE A --- Page 510 ---
Co --- Page 511 ---
Françoifes de P Ambrique. 437
de T'arbre font environnez de deux cer- 1696.
cles de fer d'une largeur, & d'une de de fenfeur fuffifante pour Fempécher force les
dre, quand on fait entrer par
ferres de fer qui affermiffent les pivots
dans leurs mortoifes, & les y rendent
immobiles. Pour faire ces arbres on doit prendre
du meilleur bois qu'ily ait, & afin de le Trécauconferver davantage, on doit luidonner tionpous
de
couleur à huile,
une couche quelque tombe fans celle PArbre
de crainte
Feau qai Ceft une mau- de fe gâne
tcr.
e
deffus,
pourrifle. de le
au lieu
vaife méthode
gaudronner échauffe - le
de lc peindre. Le Gaudron
la
bois & gâte fa foperficies &c quand
croute qu'il fait, viént à s'éclatter, com- l'eau
d'arriver,
me il ne manque jamais
le bois 8c
entre par les fentes, couleurs pénétre à huile n'ont
le
Les
. pourrit. elles ne font point de
ORe
ce défaut, far celle du bois; 3 elles
ficie épaille
& les
E
nétrent (es pores
rempliffent, fait couler
graiffe qu'elles donnerle y répandent, loifir de féjourTeau, fans lui
introduire.
ner far le bois, ou de s'y furdes craLes deux pivots font enchaffées polez dans de
paudines de fonte, entre-toifes de bon
bonnes traverfes ou
d'un côté
bois, atrètées immobilement
T iij
far celle du bois; 3 elles
ficie épaille
& les
E
nétrent (es pores
rempliffent, fait couler
graiffe qu'elles donnerle y répandent, loifir de féjourTeau, fans lui
introduire.
ner far le bois, ou de s'y furdes craLes deux pivots font enchaffées polez dans de
paudines de fonte, entre-toifes de bon
bonnes traverfes ou
d'un côté
bois, atrètées immobilement
T iij --- Page 512 ---
438 Nowveaux Vorager aux Iles
4696. dans le chaflis du moulin, & de l'autre
dans le mur qui foûtient la
A deux pieds ou environ charpente. de l'extrè.
mité de l'Aibre, > on
deux mortoifes, qui fe croifenta ECRELSE droits, & à
deux pieds & demi plus loin O1l en
deux autres paralleles aux deux
perce
res. On leur donne trois
premie.
fens, & quatre fur
pouces fur un
à paffer
l'aurre, 3 elles fervent
Conftru- lies, & dune quatre piéces de bois bien poéion de
groffeur à remplir
lagrande ment les mortoifes : leur
exacte.
gouc, égale au diamétre qu'on doit longueur donnerala eft
roué , dont elles font les bras ; elles
fervent à foûtenir, & à embraffer les
courbes qui font la circonférence dela
Ioué, & qui foutiennent lesgodets, où
l'eau tombant imprime par fon poids,
dcpar fa violence le mouvement necef
faire. Mais comme ces quatre bras ne
fufliroient pas pour contenir & embraf.
fer une fi grar.de circonférence, on les
foulageen sugmentanrlournombre parle
moyen de quatre pieces de bois de même
longueur & grofleur queles précédentes,
quel l'on croife en les entaillant l'une fur
Tautre, de maniere qu'elles renferment
l'Arbre dans leur milieu, duquel on les
empêche de s'éloigner par des
de bois de deux pouces en quarré, tringles
que --- Page 513 ---
Frangoifes de PAmerigue. d'elles. 439 On 1696.
l'on clouë far Tarbreà côté les deux côrez
fait la mème chofe pour
donne aux godets
de la largeur, qu'on
compofent
fermez entre les courbes qui licu de quatre
larouè, de forte
la roué de chabras
auroient
etimay
coré, qui ils'en trouve douze; ces huit
arriEmtens font un peu courbez pour
que les autres qui
ver au mème mais point cette courbure n'elt
font droits;
fenfible à un pied ou quinze pouccs enpas de leur extremité. On les joint
près femble deuxà deux avec de petires entretoifes. On fait les bras 8 leurs entre-toi- le
fes d'un bois fort & liant, comme fait
bois épineux ou femblables, foit on meilleur en
anfliles courbes; quoiquil
eft
de les faire d'Acajou, à caufe qu'il
leger. Elles ont ordinairement
plus
de large, & trois pouces
quinze
On les affemble à queué
recouvertes > & on les cheFad
d'hirondes
avec
ville lune fur l'autre, de fer à quelquefois tète plate, & à
des chevilles
des chevilles de bois
goujons, ou avec
garnis de coins croifez. enchallées dans des
Les courbes font
bouts des bras,
entailles pratiquées aux fituation
des
& retenués dans cette
par vont
chevilles de fer à tête ronde, qui
T 1V
affemble à queué
recouvertes > & on les cheFad
d'hirondes
avec
ville lune fur l'autre, de fer à quelquefois tète plate, & à
des chevilles
des chevilles de bois
goujons, ou avec
garnis de coins croifez. enchallées dans des
Les courbes font
bouts des bras,
entailles pratiquées aux fituation
des
& retenués dans cette
par vont
chevilles de fer à tête ronde, qui
T 1V --- Page 514 ---
440 Nowveaux Yroyages aux Ifes
1696. d'un brasalautre. Les trous par ot elles
paffent, doivent être garnis d'une plaque de fer, qui tapiffe toute
du bois, & quile recouvre par l'épaiffeur dehors,
afin que la tète de la cheville nela confomme pas, l'autre bout de la cheville
quieft percé, fe ferre contre une femblable plaque, qui couvre le bois avec
des rondelles & des goupilles. On met
des chevilles à tous les bras, la tète &
la pointe alternativement de part &
d'autre. Le fond intérieur ou la partie
des courbes qui regarde l'axe, , eft garnie
de planches d'un pouce d'épaiffeur, de
fix pouces de large, & d'une longueur
fuffifante, pour fermer tout le vuide
quiefe entr'el'es. C'eft cequ'on
le fond de la rouc. Le peu de appelle
deces planches, fait qu'elles ne largeur gatent
point la rondeur de la circonférence, &
comme il doit être étanché pour retenir
l'ean qui tombe dans lesgoders, dontil
faitle fond, on calfate tousles joints,8
ony paffe du bray deffus & deffous. Le
vuidequi refte entre les deux courbes &
de Goleuleur la
fond, eft partagé en parties égales
grande par des planches d'un
roué, que l'on coule dans des pouce rainûres d'épaifleur,
pratifendenfipilflarimtimur des courbes, tracées de maniere qu'elles font un --- Page 515 ---
Frangoifes de PAmerigue. 441 le 1696.
de
degrez avec
angle
quarante-cing elles font retenués far le bord
fond où
courbes,
des tringles
extérieur des font
: elles font
bois
acuter
de
qui TUze de l'autre de dix-huit
éloignées
les godets
pouces; 5 c'eft cequ'on roué fert pour
de la ronc. Cette façon
rt
foient droits
tous les moulins s foitqu'ils leau tombe fur le
ou couchez, 2 foirque ou feulement vers
plus haut de la rouè,
fon axe ou fon arbre. Ifles n'ai point vû
Dans toutes nos
M aucun qui fûr Iln'ya de
de moulins à pallettes, bord des rivieres pour poin: rotès à
fabriqué fur le
palentes
profiter du courant del'eau; quoiqu'on auxni des ouen pit faire de cette efpéce en ditterenstins Mfles.
lieux, & même avec moins de dépenfe
ceux dont on fe fert, pour lefquels
que
de reau de la rion détourne une partic avec une chaufléé
viere , que l'on endroit coupe oi l'on eft affuré de
en quelque allez de
la conduire
trouver
pente act faire le mouau lieu où l'on propofe
la faire
lin, & affez d'élevation pour
tomber fur la rouc. Or fi on fuppofe
de
a
pieds
RtSe
la roué vinge-deux
au-def-
& que fon arbre foit quatre
canal
terre 2 ils'enfuit
Fe
fus de
que doit être 3
palle au deffus de la rouè, avoir deux
vé de dix-fept pieds, pour TY
trouver
pente act faire le mouau lieu où l'on propofe
la faire
lin, & affez d'élevation pour
tomber fur la rouc. Or fi on fuppofe
de
a
pieds
RtSe
la roué vinge-deux
au-def-
& que fon arbre foit quatre
canal
terre 2 ils'enfuit
Fe
fus de
que doit être 3
palle au deffus de la rouè, avoir deux
vé de dix-fept pieds, pour TY --- Page 516 ---
442 Nouveanx Yoyager aux Ifes
1696. pieds de chûte au-deflus de la roué; mais
Hauteur comme l'ouverture de la
n'eft
avoir que doit pas direétement fur le plus gourtiere haut de la
pourfai- l'eau rouc, mais un peu plus Join, il fuffit
zeagirla que la gouttiere foit élevée de feize
grande pieds, c'eft à-dire, un
rout, que lec diamétre de la
pied & plus haut
rouè, on
ra encore compter que l'eau ne Radena
pas d'avoir deux picds de chiite. La
gouttiere qui porte leau, doit être
étroire de moitié que la roué , en rBod
que Gi la roué a deux pieds de largeur, la
gouttiere n'en doitavoir qu'un,du moins
à l'endroit où eft l'ouverture, par où
l'eau tombe far la roué. Cette ouverture pour être bien faite, doit être taillée
en portion de cercle, afin que l'eau ne
fe répande pas en nappes, ce qui diminue confidérablement fa force; au lieu
qu'elle fc ramaffe davantage, & fon
poids joint à la violence de fon mouvement & de fa chûte, imprime plus de
force au mouvement de la roué, à mefure que les godets fc rempliffent. La
hauteur de l'eau dans! la goutiere ne peut
pas être toujours la même : car bien
l'Eclufe
eft à la tête du canal, To
toujours
il
même, n'y paffe pas toujonrs la même quantiré d'ean, quoiqu'elie paroife toujours égalementremplic, --- Page 517 ---
Franceifes de LAmérigue. dHidrauli- 443 1696.
Ceux qui fçavent affez un Ao verité de ce Remarque, connoilent
ceux
fir
que je dis; & pour en convaincre fe donner la pei- 1 tsan
qui ne voudroient chercher la pas raifon, je leur dirai necellai- re à un
ne d'en
la fuperficie de la rivie- moulin,
que fuppofé toujours que ila hauteur del'enre demeure
palTera > fera
trée de T'Eclufe,l'eau
& en
toujours en égale
la
ReselO
; mais
teSt
degré de vitelle
dèsque! quelque
de la riviere augmentera par
aufi,
crûë, fon mouvement: fe angmentera trouveront pref-
& les parties del'eau
à l'entrée
fées, & comme comprimées rompre l'obfde l'Eclufe, & ne ponvant elles seleveront
tacle qu'elles niveau trouvent, de la fiuperficie du refte
jufqu'au de la riviere, & pour lors leur haureur mouveaufi-bien que leur
augmentanr ment, clles péfent davantage furles de TE
ties quife trouvent à Pouverture & lesobliclufe, elles les compriment, ainfi dire, les
gentde fe refferrer, pour
unes contre les autres pour paller : ce Ne
vite, & en plus grande car quanticé fi la
paroit évidemment :
gobttiere &
eft égale à l'ouverture de TEclafe,
quelle fiit entierement remplie 2 l'eau quand fe
Fouverture léroit, on voitique illya quele
répand de.touscôtez , quand T vj
trouvent à Pouverture & lesobliclufe, elles les compriment, ainfi dire, les
gentde fe refferrer, pour
unes contre les autres pour paller : ce Ne
vite, & en plus grande car quanticé fi la
paroit évidemment :
gobttiere &
eft égale à l'ouverture de TEclafe,
quelle fiit entierement remplie 2 l'eau quand fe
Fouverture léroit, on voitique illya quele
répand de.touscôtez , quand T vj --- Page 518 ---
444 Nowveanx
aux Ifes
1696. que crûë à la CRTOATE & G lag
a fes bords plus hauts que l'ouverture gouttiere de
l'Eclufe, l'eau augmente fon volume,
& montej jufqu'à ce qu'elle foit de niveau
avec celle de la riviere qui eft al'entrée
de l'Eclufe : ce qui ne peut arriver fans
une augmentation conliderable au Volume d'eau
va par la gouttiere, 3 & à
la rapidité 27 fon mouvement. On
fe convaincre de cette vérité > par peut une
expérience fort aifée à faire. Percez un
tonneau rempli de quelque liqueur, fix
pouces au-deilus, & fix
de la barre, > avecle
foret, quoiles
fpmet
que
ouvertures foient égales, celle
d'en-bas donnera le double, & même
plus de liqueur que celle d'en-hant; de
forte que f dans trois minutes on
une boureille par l'ouverture d'en-haut, emplit
on en remplira deux, & même davantageil'ouverture d'en-bas danslemème
de tems; ce qui ne peut venir
caufe
de ce
Sfaed
la
que
que les parties de
liqueur contenué dans le tonncau, fe
trouvant plus comprimées par le
& parla quant té en basqu'en haut, poids elles
font forcées de fe comprimer, & de fe
preffer les unes contreles autres, pour
fortir avec plus de vieffe que celles
d'en-haut qui font moins chargées, --- Page 519 ---
Franpoifes de PAmerique. 445 1696.
moins comprimées.
& par conféquent larrive une crûë confidérable
Lorlquil d'onl'on tire l'eau pour un
à la riviere,
fir eft de fermer
moulin 2. le plus Y'ouverture de PEcluune afin partie de la roué ayant toujours à
fe,
1 même quantité d'eau, ait
peu près
plus uniforme. J'ai
auffi un mouvement
dans un canal
fouvent expérimenté Ta fuffit qu'il y ait
d'un pied de large, hauteur d'eau
faire
huit pouces de
uniment, iRger d'une
tourner un à rendre moulin tout le fervice qu'on
maniere fouhaiter. Cependant quand il
en peut
cube d'eau, il eft
peut tyavoir le un moulin pied n'en va que mieux,
certain que eft en état de faire plus d'ou-
& quil
vrage.
falle foutenirles sgouIleft rare qu'on
Peau au
tieres, oà le canal qui porte ou fur des coutiemoulin, fur des arcades,
cela
murs de maçonnetie, quoique qu'on REF fent
roit beaucoup mieux, parce qui Re7 canal,
pourroit adoller des appentis,
viroient de purgerie ou de boutiques doit
les differens ouvriers qu'on
pour avoir dans les habitations : j'avois réfolu de
d'en ufer ainfi dans notre habitation les
la Guadeloupe 5 mais lirruption que
Anglois Y firent en 1703. m'obligerent
des coutiemoulin, fur des arcades,
cela
murs de maçonnetie, quoique qu'on REF fent
roit beaucoup mieux, parce qui Re7 canal,
pourroit adoller des appentis,
viroient de purgerie ou de boutiques doit
les differens ouvriers qu'on
pour avoir dans les habitations : j'avois réfolu de
d'en ufer ainfi dans notre habitation les
la Guadeloupe 5 mais lirruption que
Anglois Y firent en 1703. m'obligerent --- Page 520 ---
446 Nowveaux Payages anx
1696. a remettre cette entreprife à TRes un attre
tems pour penfer à des chofes
fées. Pour
plus prefl'ordinaire on foutient les
gouttieres avec des doubles
plantez en terre, aflemblez poteaux s
trois entre-toifes, dontla par deux ou
née feulement d'un pied du derniere bout des éloigteaux, fert à porter les gouttieres; elles po-
's'emboëtent les unes dans les autres à
joints recouverts 3 quand on ne les fait
pas d'une feule piece creufée comme on
fait les canots, on fe fert de
dont celui qui compofe le fond, madriers, doit
des avoir trois pouces d'épailleur, & ceux
côtez un pouce & demi à deux
ces : al'égard del leur -
pouleur donner jufqu'à dix longueur -
, on peut
leur en donne
pieds; quandon
que de les voir davantage, fe courber on court rif-
& fe
au milicu. Iln'eft pas neceflaire de ployer leur
donner beaucoup de pente 5 un
fuffit fur quinze ou vingt toifes 5 faut
referver
Traur
toute la pente pour la
où eitl'ouverture qui laiffe tomber gourtiere, l'eau
fur la roué, ileft bon de donnerà celleci autant de pente qu'on peut > afin
d'augmenter la force de l'eau & del'obliger ife précipiter, pour ainfi dire,
avec plusd'impéruofité fur la roué. L'ouverture de la gouttiere fe ferme avec une --- Page 521 ---
Frangoifes de LAmérigue. à lex- 447 1696.
attachéc à des couplers
planche temité, quicit fous le cours de l'eau,
elle doit s'encaftrer en tombant, dans
entaille
dans Tépailleur
une delfous de pratiquée la gouttiere : fur cette
du
attache unbloc de plomb afplanche on
lui faire furmonter la
iez pefant de
par fa pefanteur, quand
force
EOSE
lâchela corde qui la tient! tlevée; car
on
fermant cette ouverture qu'on Com?
c'eft en
du moulin, en em-ment OIE at*
arrète le mouvement de tomber dellus; maisiat. le
pêchant l'eau a toujours des Godets pleins mouve- ment de
comme ily
leur poids font encoreia grande
d'eau, 3 rouë, par le mouvement violentrose.
tourner avoit été imprimé, ne celle
quilai
la caufe qui l'a
a
aufli-tôt
reEES
cellé adre & ne laifleroit pas d'écra- être
ferceux qui auroient le malheurd'y l'ouverture eft
même après que
moulins
Eur J'ai fait fairedq quelques
femblable à la précéune ouverture mais à quelques pieds avant elle;
dente;
failoit tomber l'eau fur
qui iens'ouvrant côté de la roué & rompoit fon
l'autre
ce qui donnoit le moyen
mouvement, , de
les membres ende retirer ou tambours, couper & d'empécher
entre les
ERET du refte du corps.
je viens
far roué & les goutieres que
même après que
moulins
Eur J'ai fait fairedq quelques
femblable à la précéune ouverture mais à quelques pieds avant elle;
dente;
failoit tomber l'eau fur
qui iens'ouvrant côté de la roué & rompoit fon
l'autre
ce qui donnoit le moyen
mouvement, , de
les membres ende retirer ou tambours, couper & d'empécher
entre les
ERET du refte du corps.
je viens
far roué & les goutieres que --- Page 522 ---
448 Nowveaux
anx
1696. de décrire, font les
IRes
Moulins moulins
tous les
Paoue
droits.
à eau, droits ou
il
faur à
hottez
lins prefent marquer ce que les moudroits ont de particulier.
Le bout de l'arbre qui fert d'axe à la
grande rouë, ne porte point de tambour, mais une autre rouè > qu'on
le rouét ou lanterne
appel3 qui fert à communiquerle mouvement delar rouéaugrand
tambour : cette extrèmité eft foutenue
fur un chaflis planté en terre à un
de diftance du bout de celui qui pied
lat table & les tambours, faifant une porte ligne droite avec eux. Cechaflis eft compofé de deux monrans & de deux entretoifes, dont celle d'en-haut porte la
crapaudine, dans laquelle le pivot de
l'arbre tourne; elle eft mobile & fe
hauffer & baiffer parle moyen des coins peut
que l'on met dans la raynire quieft
tiquée en dedans des deux montans: pra- environ à deux pieds du pivor l'arbre eft
percé de deux mortoifes de quatre fur
Rout de cinq pouces, pour recevoir deux
rencon- de bois de mêmes
tre, au- la
dimenfions, qui
Seo
trement croifée, & qui fervent à foutenir les
Roier ou ceintres ou courbes 3
Lanterne rouë de
qui compofent tune
quatred cinq pieds de diamétre,
qui fert de roue de rencontre 2 qu'on
appelle rouét, quand elle cft fimplc, & --- Page 523 ---
Frangoifes de LAmerigne. 449 A
elle eft double, le dia- 1696.
lanterne quand roué dépend de la hanmétre de cette donner au chaffis qui
teur qu'on veut tambours. Outre ces quatré
renfermeles bras, elle eft fortifiée, comprincipaux rouè, d'une double croime la grande
courbes qui font attaféequi Tourientles chevillées fur fes douze bras
chées & chevilles de fer, les courbes
avec des
d'épailfeur 5 & comme
ont trois pouces on ne les coupe point
laroué eft petite, dedans; on fc concirculairement en
& on les
tente de les ceintrer en dehors, la moitié de
joint enfemble en coupant de
Tépailleur de l'une &
Tautre, RERSEE
les affembler fortementlune ceintrées du côté
On ajoûite des piéces les vuides qu'ils
des bras,
remplir fortifier les courbes 5
laiffent, pour
SEpe
leur épailleur, à trois
en augmentant du bord extérieur, on perce
pouces près
où doivent entrer les
les mortoifes, dontleroliet doit être
queuès des dents,
vingtgarni, on y en metordinairement eft de douze à
quatre, leur longueur leur donne trois
quinze
5 on
RoRe
de
& on les arrondit
ces
avoir
fmic
doivent
toute la longueur qu'elles qui eft de cinq pouces
hors des courbes,
de deux
tout le refte eft coupé en quarré
pouces près
où doivent entrer les
les mortoifes, dontleroliet doit être
queuès des dents,
vingtgarni, on y en metordinairement eft de douze à
quatre, leur longueur leur donne trois
quinze
5 on
RoRe
de
& on les arrondit
ces
avoir
fmic
doivent
toute la longueur qu'elles qui eft de cinq pouces
hors des courbes,
de deux
tout le refte eft coupé en quarré --- Page 524 ---
450 Nowveaux Voyages AMX Iles
1696. pouces en tousfens, pour remplir exactement la mortoife qu'on a faite dans
les deux ceintres, qui étant épais de fix
pouces 2 laiflent encore déborder la
queué de la dent de trois à quatre
ces , le refte eft percé d'une petite mor- poutoife
barlongue > pour porter uneclefde
bois, que l'on enfonce autant qu'il eft
neceffaire pour bien ferrer les dentscontre les courbes & pour les affermir.
Lorfqu'au lieu d'un rouét on fait une
lanrerne, qui n'eft autre chofe
rouét à deux
qu'un
l'autre de douce paremens, éloignélun de
de
pouces, on fe contente
quatre bras de chaque côté, fansles
fortifier par des cioifées. On ne met
point aufli de faux ceintres pour remplir
les vuides des bras, parce que les courbes feules font fuffifanres pour
dents. On fait les mortoifes porterles dans les
paremens, 3 où on les enchafle
des
queués quarrées, unei chaque
le
refte
ster.t
entreles paremens demeurantrond
& de trois
de diamétre, on les
appelle Hotunecs : ils s'engrenent auflibien que les dents du rouér, danscelle
du balancier qui eft au-deffus du grand
tambour, &c'eft parleur moyen que le
mouvement de la roué fe
aug grand 1 rolle, & par luiaux communique deux petits. --- Page 525 ---
Frangoifas de Ambrigue. 451 1696.
toujours plus eftimé les rouets que R:ifon
J'ai
non pasque ces dernieres
les lanternes, fortes; mais à caufe de la f
foient moins
à remettre les dents du font prefacilité qu'il y ilen a manque, ce qui in'eft ferables aux lanroiet, quand dans les lanternes , quilfant ternes,
pas Gi facile entierement pour remettreles
démonter
qu'elles font enclavées
fufeaux 2. parce
Pour le fervice,
entrelesdeux durée paremens. & la
c'eft à
la force, la
dépenfe,
mème chofe.
à peu prèsla du grand rolle eft percé de Rotie ap*
L'arbre
un pied ou environ pelléeba* ianciete
deux morroifes, du chaflis pour porter deux
an-delfus de quatre fur trois pouces qui le
traverfes l'une dans l'autre au centre de
croifent
cela la mortoife de deffus 1
l'arbre;
plus haute que celle de defeft une
Eserp
fous, afin de donner pallage entaillé à la tra- fe
verfe, dont le dellous étant eft deffusla
renferme dans l'entaille
On
ait
traverfe de deflous. bras de la quelquefois rouë, mais
lamme chofe aux Le refte de la hauteur
cela les affoiblit. eft termé avec un coin,
de la mortoife deux traverfes l'une fur
qui affujertic les deux traverfes font quatre
F'autre. Ces l'on fortifie encore par deux
bras, que croifées, taillées de maniere
doubles
pour
leurs extrèmitez penchencalflez
que
'entaille
On
ait
traverfe de deflous. bras de la quelquefois rouë, mais
lamme chofe aux Le refte de la hauteur
cela les affoiblit. eft termé avec un coin,
de la mortoife deux traverfes l'une fur
qui affujertic les deux traverfes font quatre
F'autre. Ces l'on fortifie encore par deux
bras, que croifées, taillées de maniere
doubles
pour
leurs extrèmitez penchencalflez
que --- Page 526 ---
1696. 452 fet
Nowveaux Toyages AHX Tes
trouver de niveau avec les bouts des
bras. La longueur de ces bras eft déterminée par la diftance qu'il y a depuis le
grand rollejulqu'au milieu des dents du
roiiet ou de lalanternc. Cela peut aller
depuis
jufqu'a huit pieds, de forte
que le
entier du
EL
balancier,
dont ces bras fontles rayons, peut être
de feize à dix-fept pieds. Ceft fur ces
bras qu'on artache les courbes qui compofeat le balancier. On leur donne
tre pouces de haut, far cinq pouces qua- de
large ; elles font affemblées à queué
d'hironde, recouvertes, bien chevillées. On les attache au bout des douze
bras par des chevilles de fer, dontlarère
plare eft dans la partic inféricure, &l le
bout eft percé pour recevoir une goupille fous une ou plufieurs rondelles,
pour les ferrer, & pour les faire bien
accoller les bras: elles font percées fur
leur largeur de mortoifes de deux
ces en quarré, tracées en diftances
les à celle du roiiet ou lanterne
>
E
lefquelleson enchaffe desdentsde même
grandeur, de mémegroffeur, demème
nigure, &c attachées de la même façon
que celledurotiet; mais dont le nombre
eft quatre fois plus grand, ou peus'en
faur, c'cft-à-dire, que quand le roiiet a --- Page 527 ---
Frangoifes de FAmerigue. 453 en a 1696.
dents, le balancier
vingt- quatre feize, ce qui fait que la Nombre dents
quarre-vingt roué J fait quatre tours, pendant Cet des rolice
grande
rolle n'en fait q.lan.
& dubaque le grand laiffe
d'e-lancier.
mouvement ne
pas cependant fa Calcul
On pourroir augmenter du mou.
tre très-vif. faifant le balancier plus petit, yements
viteffe, en diamétre que le rouct, il ne
&de même cela que tournerl le chaflis
faudroit
fon
long côté
du RE & mettre de Pie roné; pour
vis-à-vis le diamétre rolle feroit autant dc tours
lors le grand mais il faudroit auffi une
que la roué; quantité d'eau,
qu'il
plus grande
la force du CLENEIO
faut augmenter qu'on yeut augmenter fa
à proportion
vitelle.
prendre
que
Onne fçauroitt faffent AESRETS jufte RR repafti- Obferva:
les ouvriers
&
tion fur
de toutes ces dents,
quelleszen
tion
fe touchent dans leur milieu. les dents;
grenent 8c
oblerver qu'elles foient
il faut encore même bois, & avoir foin de
toutes de
non feulement
lesgrailfer tous lesjours, facilements
pour les faire couler nourrir plus le bois, &
mais encore pour de s'échauffer.
pour lempécher de remarquer que l'arbre
Joubliois rolle n'eft pas li long dans les
du grand
dansles autres. Onne
moulinsa cau que
tion
fe touchent dans leur milieu. les dents;
grenent 8c
oblerver qu'elles foient
il faut encore même bois, & avoir foin de
toutes de
non feulement
lesgrailfer tous lesjours, facilements
pour les faire couler nourrir plus le bois, &
mais encore pour de s'échauffer.
pour lempécher de remarquer que l'arbre
Joubliois rolle n'eft pas li long dans les
du grand
dansles autres. Onne
moulinsa cau que --- Page 528 ---
454 Nowveaux
Anx Ifes
1696. lui donne que fix ou
piedsau-delfus
du chaflis,
ETA
Son extrèmité arrondie, ou
un pivor de fer, paffe dansune
qut eft foûrenué & attachée
ELSELNTE
avec quatre chevilles de fer, des rondelles & des goupilles, fur les denx traverfes d'un grand chaflis de douze a
quinze pieds de haut, compofé de
tre poteaux d'un pied en quarré, Aeatear
cez en terre de fept à huit pieds, bien
appuyez fur une folle aufli en terre,
liez enfemble par de fortes entre-toifes.
Voilà les differens moulins, dont on
fe fervoit dans l'Amerique dans le tems
que jy ai demeuré.
J'avois commencé d'en faire un d'une
autre maniere, > à
près comme font
ceux, dont on fe TERE en beaucoup de
lieux de France, d'Italie, & entre autres
à Teulon, pour moudre le grain; mais
avec des changemens
les auroient
rendus plus vifs & plus 2air : ce qui eft
d'autant plus necellaire, qu'il y a une
grande difference entre moudre du bled,
qui eft toujours à
près d'une même
groffeur, & d'une ECEBC dureté, & qui
tombe toujours fur la meule en même
quantité ; & brifer des cannes, dontla
groffeur & la dureté font fort differentes, & que les Négreffes qui donnent à --- Page 529 ---
Frangoifes de LAmerigue. 455--
au moulin, ne mettent pas tou- 1696.
manger
les prefentant, Projet de
jours en égale quantiré, raifonnable, Paureur
une quantité
pour une
qelqudoitens & fouvent en y. metrant les paqnetstons de jus à la.fpece nouvelle de
entiers, quand on a befoin veulent avoir moulins,
Sucrerie, ou lorfqu'elles de
enfuite fe
de lavance, afin pouvoir
repofer. La defcente des Anglois à la Guadeloupe, où je le conftrailois, m'empêcha dedele finir, & jen'ai pà le reprendre été empêché
puis ce rems-là, > en ayant fe font fucpar plafieurs occupations qui
mon recedéesles unes aux autres jufqu'à fi quelqu'un
tour en France. Cependant , en voict
en vouloit faire une épreuve
en peu de mots la conitruétion. tambour,
L'arbre qui porte le grand du chaflis 5 fon
ne s'éleve
au-deffus
d'un
extrèmité Irendiee ou garnic
pivot
de fer, eft arrètée àla hauteur des entretoifes du chaflis
une Demoifelle entre le
un collet PEtO fonte, ou
porte
furle chaflis avec
E
vot, quieft de artaché fer mobiles. Le rambour eft
chevilles
afin d'ètre micux
enchaftltontnateaes le fait
fur une croix
affermi, on
dans tend centre de l'arbre,
de fer qui pafTe ne à la circonference du
&c qui fc term Enfuite on diminuc le diatambour.
du chaflis
une Demoifelle entre le
un collet PEtO fonte, ou
porte
furle chaflis avec
E
vot, quieft de artaché fer mobiles. Le rambour eft
chevilles
afin d'ètre micux
enchaftltontnateaes le fait
fur une croix
affermi, on
dans tend centre de l'arbre,
de fer qui pafTe ne à la circonference du
&c qui fc term Enfuite on diminuc le diatambour. --- Page 530 ---
456 Nouveanx Yoyages Anx
de l'arbre, & on le
mifrie
1696. métre huit
afin qu'il puifle
ou
LE
plus LETa par une ouverture pratiquée au milieu de la table, qui doit être
de deux piéces, & de la façon que
décrite ci-devant. Le refte de l'arbre
fei
eft encore de huità neuf pieds, ett redans une folle deffousla table, où paf.
e leau qui doit le faire agir : ileft porté
fur un ceuf enchaffé dans le pivot, qui
eft à fon extrèmité, qui tourne fur une
platine aceréc, bien encaftrée dans un
petit chaflis qui eft aul fond de la fofle,
ou canal, &c pourle tenir bien à plomb,
eft accollé de deux crace même enchaflées pivot
dans des embafles
paudines
d'entre-toifes à ce
mobiles, quifervent
petir chalis, Environ à un pied dup pivot
on fait quatre mortoifes, & trois
plus haut on en fait quatre autres
fercaRet
vent à palfer les bras; fçavoir , fur quatre lefpar le haut, & autant par le bas,
&
quelles on cloue des planches minces
legeres, > qui compofent huit ailerons; être
mais ces planches ne doivent pas far les
pofées à plomb, > c'eft-à-dire,
lun
bras qui font mais perpendielaisenent fi on attache le haur de
fur l'autre; planche au haut du premier
la bras, premiere il faudra attacher le bas del la mème --- Page 531 ---
Frangoifes de PAmerigue. 457
au bas du fecond bras, &
me planche fucceflivement l'eau eft conduite
ainfi
impépar une gouttiere, quila le milicu
ailccontre
MEME
tueufement & qui leur imprimant un grand
rons,
fait tournerle moulinavec
mouvement,
une vitelle extraordinaire. tirer de ces
Les avantages confidérables. qu'on peut
1°, Ils
moulins beaucoup font
moins que. ceux que
courent
2: Ils vo.tbeaujai décrits ci-devant.
le
lrolle,
coup plus vite, puifque grand font aurant
& par confequenr les ailerons. les petirs : Il eft plus
de tours que
l'eau fur la farface de la
aifé de conduire de la faire monter à feize out
terre, que de haut, commé ileft nédie-fepepieds ceflaire dans les autres moulins. 4°.1ls
s'arrètent
facilement, puifqu'on
tout d'un coupl'ouverture
peut
RECLnL
du conduit, ou rejetter l'eau fur l'autre
côté de la roué. Ces avantages doivent les
faire préferer ces moulins à tous
autres.
Fin de la troifiéme Partie.
Tomme III.
V.
terre, que de haut, commé ileft nédie-fepepieds ceflaire dans les autres moulins. 4°.1ls
s'arrètent
facilement, puifqu'on
tout d'un coupl'ouverture
peut
RECLnL
du conduit, ou rejetter l'eau fur l'autre
côté de la roué. Ces avantages doivent les
faire préferer ces moulins à tous
autres.
Fin de la troifiéme Partie.
Tomme III.
V. --- Page 532 ---
TABLE
-
-
3 2
L
a
5 A
clo elo eYo ele ele aY dlo elo clo
A 2A va
7a
VTVSVSVS VT SVFVEVS ra vyerevst
TABLE
DES MATIERES
contenuès dans la troifiéme
Partie.
A
Beilles de la Guadeloupe. QuaA
litez de leur miel, & de leur
cire,
I
Abimes où les vaiffeaux moiillent en
fûreté au petit cul-de-fac de la Guadeloupe,
Accidensqui peuvent arriver aux Négres
qui fervent les moulins à fucre, 406
Agouti, efpece de liévre. Sa defcription, fa chafle, & la maniere del'ap23
Atetr ou Ailettes des tables de moulins à fucre,
An.ed:la Croix,
--- Page 533 ---
DES MATIERE S.
Ance des Gallions. Les retranchemens
que
fic faire,
Anglois. ReTL font paffer au moulin les
Négres & Caraibes qu'ils veulent faire mourir,
Rolle 409
Arbre de moulin à facre, grand
ou Rouleau. Sa defcription & fes
proportions,
Armadille ou Tatou. Sa defcription,
fa chafle, & maniere de l'apprèter,
Arnouville. Fiefdu ficur Baudouin à 12
Guadeloupe,
8z
L'Auteur part de la Guadeloupe pour
retourner à la Martinique. Avantures
de fon
167 de
L'Auteur RR eft
Procureur Syndic
leur maifon de la Martinique, 205
B
Agaces. Cannes qui ont paffé att
B moulin. Leur ulage.
Balancier de moulin. Sa matiere, fa forme , fa grandeur &c fon ufage, 45E
Balifier, elpece de Bananier fterile. Sa
Aeur , fon nfage, fon utilité,
Bananier ou Plantin. Defcription de
cette plante & de fon fruit, 305. Sentiment des Efpagnols fur ce fruit, 306
Bananier 2 ou Plantain de Saint Domin:
Vij
B
Agaces. Cannes qui ont paffé att
B moulin. Leur ulage.
Balancier de moulin. Sa matiere, fa forme , fa grandeur &c fon ufage, 45E
Balifier, elpece de Bananier fterile. Sa
Aeur , fon nfage, fon utilité,
Bananier ou Plantin. Defcription de
cette plante & de fon fruit, 305. Sentiment des Efpagnols fur ce fruit, 306
Bananier 2 ou Plantain de Saint Domin:
Vij --- Page 534 ---
T ABLE
gue, 510. Differens ufages qu'on en
fair,
Batteries, & autres travaux que l'Auteur
fit faire à la Guadeloupe,
Bois de foye, arbre. Sa deicription, 16
Bois marbré. Sa defcription. Maniere
de le mettre en ceuvre,
Bois violet,
Bois, 5 ou arbrds abbatus. Maniere de les
* brûler pour netroyer lc terrain parfaitement , & fans danger, >
Bois d'Acomas, arbre de ce nom > fon
utilité, & fes ufages. Bois de Balatas,
Bois Caraibe. Sa defcription,
Bois ou arbres Epineux dec deux cfpeces.
Leur defcription, ufage & bonté, 21I
Bois de Palmifte, ou Angelin de deux
efpeces,
Bois de riviere, ou refolu,
Bois de montagne > ou Boix doux, 216
Bois immortei. Sa defcription, fa culture & fon ufage,
Bois lezard, ou Bois d'Agouti,
Boucan de Tortuc. Ce que c'eft, &
comment on le fait,
Bras de Moulin. Leur nombre, leur
matiere, forme & ufage,
--- Page 535 ---
DES MATIERES
C
Ahimitier, arbre fruitier. Sa defC cription & ufage de tqn fruit, 241
les CaleCalebatlier, > arbre qui porte fon unlité, &c
baffes. Sa delcription,
ies ufages, d'herbes. Leur difference
Caleballes
d'arbre,
d'avec les Caleballes
Calebaffes douces. Leur ufige,
ArCanelier, 5 ou Pommier de Canelle. de Cabre fruitier, troifiéme efpecc
chiman,
Canelle 295
Canelle bâtarde s autrement
Cannes géroflée, à fucre. Réfutation du fentiment touchant leur origine préten32X
Cannes duë, à fucre au bord de la mer s' 71
Cannes à Sucre. Elles viennent naturelIement aux iflesdelAmerique, 324.
Aux environs de la Riviere d'argent, de >
ou de la Plata, 326. Sur la Riviere de
Janeiro, 8 aux embouchâres
Miflillipi, à fucre. Leur difference d'avec
Cannes les Rofeaux fecs, 332. Les qualitez defqu'elles doivent avoir, 8c leur leur cft
cription, 333. Terrain qui
V iij
' 71
Cannes à Sucre. Elles viennent naturelIement aux iflesdelAmerique, 324.
Aux environs de la Riviere d'argent, de >
ou de la Plata, 326. Sur la Riviere de
Janeiro, 8 aux embouchâres
Miflillipi, à fucre. Leur difference d'avec
Cannes les Rofeaux fecs, 332. Les qualitez defqu'elles doivent avoir, 8c leur leur cft
cription, 333. Terrain qui
V iij --- Page 536 ---
TABLE
propre, 335. Remarque fur la premiere coupe des Cannes, 339. Préparation & diftribution du terrain,
342. Manicre de les planter, 347.
Tems propre pour les planter , 349.
Tems ou age pour les couper,
Cannes. Quand elles doivent être replantées ou rechauflées, 369. En quel
tems elles Aeuriffent, & comment, 3
370. Comment on les coupe > 372.
Comment on les met en paquet, 374.
Quelle quantité on doit couper > & en
quelle faifon, 2
Carapat, ou Palma Chrifi. Arbrideau
porte des amandes dont on fait
2 lhuile. Maniere de tirer l'huile,
8 fes propriétés,
Cedra. Liqueur odoriferente. Maniere
de la faire,
Chaux des Ifles. Plante marine. Sa defcriprion, comment elle croit, & comme On la pèche, J
Chaux de la grande-Terre de la Guadeloupe,
Chaux appellée Gingembre,
Chaflis de moulin. Sa grandeur, fa Roc
me,fan matiere, fa conftruéton, 381
Chats Ils ne valent rien aux Ifles. Onfe
fert de chiens à leur place, pour prendre les rats,
--- Page 537 ---
DES M ATIER E S. 463
Confeiller,8 Capitaine dc
Chevalier, Milice de la Guadeloupe e,
Choix qu'on doit faire pour un nouvel
érablilfement, fa bonté,
Chou de Cocotier,
Chou de dattier excellent,
Châte d'eau appelléel ela belle Hotelffe,76 des
Citernes nécellaires aux habitans
Saintes $
C, bonne
Cire noire de la Guadeloupe
pour les cors des pieds,
de deuk
Cochons marons ou Sangliers
efpeces, d'où ils viennent 5
Cochons de Siam. Remarques fur toutes 28
les efpeces de Cochons,
ennemis
Cochons & Négres, dangereux Hiftoires fur ce
des Cannes. Deux
fujer,
Cocos, ou Palmier. Arbre
Cocorier,ou
& fa culture.
fruitier. Sa defcription, de fon bois, & de
Ufage de fon fruit,
fes feuilles, Defcription de l'arbre,
Cocos Epineux.
8 du fruir qu'il
Ferme >
Petit Cocos de
,
eUete
Coenr de Bauf. Efpece de Cachiman, Gnanabo
appellé par les Elpagnols fruitier. Sa defcriPintado, Arbre
ption, & fes ufages,
Remedeacemal, 8c aux coups
Colique.
V iv
ier. Sa defcription, de fon bois, & de
Ufage de fon fruit,
fes feuilles, Defcription de l'arbre,
Cocos Epineux.
8 du fruir qu'il
Ferme >
Petit Cocos de
,
eUete
Coenr de Bauf. Efpece de Cachiman, Gnanabo
appellé par les Elpagnols fruitier. Sa defcriPintado, Arbre
ption, & fes ufages,
Remedeacemal, 8c aux coups
Colique.
V iv --- Page 538 ---
TABLE
du foleil,
Comble des"Moulins ronds. Leur figure, grandeur, &c matiere,
Conditions. Suivant lefquelles on obtient les Conceflions des Terres vacantes s très judicieufes, & très mal
obfervées,
Conceflions des Terres vacantes, comment on les obtient,
Coroffolier, Cachiman, ou Guanabo,
ou Momin, arbre fruirier. Sa defcription, & ufage qu'on fait de fon
fruic,
Cotonnier, arbriffeau. Ses diferentes
efpec.s. Defcriprion de l'Arbre & du
fruit, 31. Ce que c'eft que Cotton en
pierre, 33. Moulin pour éplucher le
Corton. Maniere del'embaler, 35.
Son prix, & ufage qu'on en fait dans
les vaiffeux,
Coton de Siam,
Coron de Fromager,
Coton de Mahor,
Cotonnier rouge ou Pommier,
Coiis. Efpece de Sebille, faite d'une
moitié de Calebaffe,
Coutume mauvaife des Habitans dans
l'abattis des arbres,
Crabier, e(pece de Heron,
Cul-de-fac de la Guadeloupe, grand & --- Page 539 ---
DES M (ATIERES. 465
petit. Leur defcription 5
D
Anger extrème que P'Auteur court
D en arrivant à la Martinique, 171 fert
Damoifelle. Piece de bois plattesqui des Mouà retenir le bout de l'arbre
linsà Sucre,
392. Dattier. Efpece de Palmier, qui porte
des dattes. Sa defcription,. & ufage
qu'on fait de fon fruit aux Iiles, 275
Dents de Moulin, leur nombre, gran- &la
deur, 3 matiere, figure & ufage, elles
maniere d'y rémedier quand
viennent à fe rompre,
D'Othemar, habitant dest trois Rivieres,
Du Lion (T'Abbé) ) Prètre. Son hiftoire,
Durand, Sergent exploitant. Son procès Afne
avec un Habitant 2 au fujet d'un
qui portoit fon nom,
E
Glife & Couvent des Jacobins à la
E Cabefterre de la Guadeloupe, 109
Embafles. Piéces de bois plattes, qui
renferment un collet de fonte,
les Rolles d'un
Nasin
contretenir
--- Page 540 ---
TABLE
Epoque OuI tems auquel les Efpagnols,
les Portugais, 2 les François, 8c antres
Européens ont commencé à faire du
Sucre en Amerique,
F
F Igues des Ifles, que les E(pagnols
appellent Bananes. Defcription de la
Plante qui les porte > & des fruits, 2
avec les differens ufages, aufquels on
les employe,
Fort Louis de la Grande Terre de la
Guadeloupe,
Fours à chaux. Leur figure, & la maniere
de lescharger, 3
186"
Fromager, arbre qui porte du Coton,
ufage dece Cct:on,
Fufiis Boucaniers. Leur defcription, &c
maniere de les charger, a
SE
G
G 2
étuy
conferver
gargouffes.
les porte > & des fruits, 2
avec les differens ufages, aufquels on
les employe,
Fort Louis de la Grande Terre de la
Guadeloupe,
Fours à chaux. Leur figure, & la maniere
de lescharger, 3
186"
Fromager, arbre qui porte du Coton,
ufage dece Cct:on,
Fufiis Boucaniers. Leur defcription, &c
maniere de les charger, a
SE
G
G 2
étuy
conferver
gargouffes. de les faire
Aomaeia Nalee
& de s'en fervir, &c leur commodité,
SI
Gingembre, plante & racine. Sa deffa culrure, maniere de les
s fes proprictés,
SotdTe
--- Page 541 ---
DES MA TIERE S. 467
Gingembre, efpece de chaux,
compolent le canal qui
Gontieres qui l'eau fur la Roué des Mouconduit lins. Leur forme & matiere,
Grande Terre de la Guadeloupe manque fur
de F'Auteur
d'eau. Conjedtare
72 - 189
cette Morne Ile, de la Guadeloupe ,
Gros
Remede à leur piquûre,
Guefpes. H
Abitation de Monfieur Houel de
H Varennes à la pointe d'Anrigues. Prodigieufe quantité de Mouftiques
& de Coufins s
Habitations nouvelles,
font tourner
Harnois des Chevanx, qui & leur forle Moulin. Leur matiere,
me,
& chûte de l'eau
Hauteur, quantiré, 2 faire agir la grande
nécellaire > pour
Roué d'un Monlin, de Varennes, 60 - 105
Monfieur Houel Saint Germain, MarHouel, Bourg ou
quifar, érigé en 1707. I
efpece de Pommes. DefcriI Caquts, de l'arbre & du fruit,
Ietà ption Fanjou à la Guadcloupe,
--- Page 542 ---
T A BL - E
Imbert (le Pere) - Jefrite, Curé des trois
Rivieres à la Guadeloupe,
Jonc à coftelettes, ou Scripe. Sa defcription & fon ufage,
L
Anterne de Moulin. Voyez Rotiet
L O1l Rouë de rencontre 9
La Pompe c, Capitaine de Milice,
Lianne appelléc Mibi. Sa defcription,
& ufage qu'on en fait,
Lianne de Perfil,
Lianneà cordes, ou Lianne d'arbre, 227
Lianne à Serpent >
Lianne Laiteufe,
Lianne à concombre,
Lizieres ou Hayes. Arbres ou Arbriffeauix quiy y font les a
plus ptopres, &la
maniere deles faire, & deles entretenir,
M
M Ahot 2 ou grand Cotonnier
blanc. Ufage qu'on en fait à Saint
Domingue s
Mahot à grandes feiilles, Oll bois dc
flor.
Perfil,
Lianneà cordes, ou Lianne d'arbre, 227
Lianne à Serpent >
Lianne Laiteufe,
Lianne à concombre,
Lizieres ou Hayes. Arbres ou Arbriffeauix quiy y font les a
plus ptopres, &la
maniere deles faire, & deles entretenir,
M
M Ahot 2 ou grand Cotonnier
blanc. Ufage qu'on en fait à Saint
Domingue s
Mahot à grandes feiilles, Oll bois dc
flor. Defcription de fa Aeur & de fon
fruit,
Maniere de faire les canots 3
Maniere de couvrir les maifons avec des --- Page 543 ---
DES MATIERES.
tètes de Cannesou de Rofeaux, fans frais 220
Maniere aifée de fe
&
ni fecours
de donnerà man- 393
ou
CARLEL
Maniere de fervir,
ger au moulin, d'arrèter le mouvement des
Maniere
Moulinsà eatt ,
Matclats de Cotton. Ils ne payent point
de droits d'entrée,
Defcription 37
Medecinier dc troisefpeces. & des feiilles, 299
&ufages du fruit,
Son ufaLianne ainfi appellée.
Mibi,
/
Montagne ge,
de Belle vûe & de Beau foleil
àla Guadeloupe, Ratier, Jacobin, Curé édu
Mort. du Pere
Motillage à la Martinique,
Moulin à éplucherle Cotton,
Moulinsà Sucre,
Moulins à vent ordinaires, & calaPor378
tugaife,
ronds &
Moulins droits ordinaires,
des Chevaux,
teutnez Sucre par dont on fe fert en quelMoulinsà endroits du Brefil,
Moulins ques couchez. Leur conftruétion,
Hiftoire fur
ntilité, & incommodité.
ce fujet,
droits, & couchez, 436
Mculinsà eau
l'Auteur,
Mculin projetté parl
le Cotton,
Moulinsà Sucre,
Moulins à vent ordinaires, & calaPor378
tugaife,
ronds &
Moulins droits ordinaires,
des Chevaux,
teutnez Sucre par dont on fe fert en quelMoulinsà endroits du Brefil,
Moulins ques couchez. Leur conftruétion,
Hiftoire fur
ntilité, & incommodité.
ce fujet,
droits, & couchez, 436
Mculinsà eau
l'Auteur,
Mculin projetté parl --- Page 544 ---
#70
TAB 2 L E
Mouches à miel de la Guadeloupe. Leur
cire & leur miel,
I
Mouchesluifantes communes, & groffes
mouches à feu. Expérience de. l'Aule teur fur ces mouches. Erreur des
fieurs de Rochefort & Dampier, 7
Mouches cornucs. Leur defcription &c
leur produétion s
Mouches cornucs d'une autre clpece.
Maniere de les conferver,
N
Oix de Serpent. Defcription de
N l'arbre qui les porte, & la maniere de s'en fervir,
Noyaux des dattes venuès aux Ifles, nc
levent, & ne pouffent
Nombre des Négrelles
pour
ctitens
fervir un Moulin à Sucre,
O
Bfervation fur le mouvement des
Moulius à Sucre,
Oeufs8 Platines de Moulin,
Olives des Ifles, appellées Olives fauvages. Hiftoire far ce fujer 3
Oliviers. Ils viendroient en perfedtion
aux Ifles,
Orangesaigres ou fures,
--- Page 545 ---
DES MATIERES. 471
Oranges douccs,
Oranges de la Chine ou de Portugal,
ibidem.
Oranges de la Barbade, ou Chadec257
oigae des Orangers,
P
Alma Chrifi. Voyez Carapat, 2-8
P Paniers à prendre les Rats, Leur figure 9 leur matiere > & la maniere de
s'en fervir,
Partage du tems dans une Sucrerie, 411
Partage du tems dans une Habitation 1,
Le Parc, terrain ainfi appellé àla Bafleterre de la Cundedlonpe-Son ntilité. 157
Plante pour les yeux. Sa defcription, &c
fon
Oeufs 2
de Moulin. Leur figuPlatines
E0
re s matiere, & ufage, Tambours de Mou- 384
Pivots de fer, des
;89
Pierres lin, ou Moilons de differente efpece, 3
Pointe du vieux Fort de la Guadeloupe,
Poiriers, Arbres. Leur defcription, &
leur ufage 2 --- Page 546 ---
TABLE
Pois à gratter, efpece de lianne. Sa defcription. Remede à la douleur que
caufe fon duvet,
Pommier des Ifles, ou Cotonier rouge.
Sa defcription & fon ufage,
Précaution qu'il faur prendre. pour fe
fervir du fable de mer,
Précautions pour empècher les arbres
des Moulins de fe gater,
Preneur ou Chaffeur de Rats très-néceffaires dans une Habitation. Précaution qu'ilfautp prendre far cela, 357
Projer d'une Ifle àla pointe dela grande
Riviere à Goyavesàla Guadeloupe, 62
Projet d'une maifon forte, faire par
l'Auteur pour Monfieur Houel, 107
Q
Uartier des trois Rivieres, IIG
R
Aifons pour lefquelles le grand
R Cul-de-fac de la Guadeloupe eft fi
mal peuplé,
Ravets, infeétes qui gâtent tout ce
touchent,
IO
de la Guadcloupe, appe'lé le
AT
dos d'Afne,
Renconure
Goyavesàla Guadeloupe, 62
Projet d'une maifon forte, faire par
l'Auteur pour Monfieur Houel, 107
Q
Uartier des trois Rivieres, IIG
R
Aifons pour lefquelles le grand
R Cul-de-fac de la Guadeloupe eft fi
mal peuplé,
Ravets, infeétes qui gâtent tout ce
touchent,
IO
de la Guadcloupe, appe'lé le
AT
dos d'Afne,
Renconure --- Page 547 ---
DES MATIERES. 473
Rencontre de deux Corfaites François,
échoiierl la Barque où étoit
qui penfent
TAureur, fur la coupe des arbres, 217
Remarque far la quantité d'eau nécelfaiRemarque
reà un Moulin 1 2
Rivicte falée, qui fépare la Guadeloupe
de la Grande-Terre,
Riviere des Gallions, >
Riviere aux Herbes,
144 206
Robert Intendant des Hles,
Grande Roué des Moulins à caul, 4,8
Rouès à Palettes, ne font point en ufage aux Ifles,
Sa
oul Roiiet.
ta
Roies de rencontre
me 2 faconftruétion, , fon ufage, 448
Balancier. Son ulage, &
Roué appellée
fa conftruétion,
S
Able de differentes efpeces,
Mles 19I
S Saints ou les Saintes, petites
voifines de la Guadeloupe 2
Sainte Marie, Marquifat,
Chamàl Meflieurs de Boifferet,
ArOLE
pigny. Sa defcriprion, Son nfage, 222
Scripe. Efpece de Jonc.
fur les DatSentiment des Naturaliftes
tiers refuté, 2
X
Tome III. --- Page 548 ---
474.
TABLE
Serres de bois & de fer, pour affermit
les pivots des Tambours, & des arbres
des Moulins à Sucre 3
Soin extrême qu'il faut avoir, de tenir
les Moulins & les Sucreries bien propres,
Superftition des Ouvriers des IflesTur la
coupe des arbres,
T
Able de Moulin à Sucre. Sa defcription, fa matiere, & fes proportions >
Tables volantes ou Etablis, qui accompagnent la Table du Moulin, 399
Table de Moulin, de l'invention de
l'Auteur 3
Tambours des Moulins. Leur nombre,
forme - , grandeur matiere, ufage, ,8c
maniere de les monter 5
Tatou. Voyez Armadille,
Terre à Pottier,
Terre graffe pour faire du mortier, 192
Travail d'une Sucrerie, rude, difficile,
& qui demande beaucoup de vigilance,
Travaux que P'Auteur fit faire aux tiois
Rivieres de la Guadeloupe,
Tuf des Ifles,
--- Page 549 ---
DES MATIERES. 475
V
échouez fur les
Aiffeaux Anglois, Cul-de-fac de la
V Cayes du grand
Guadeloupe, Capitaine de Milice, 56
Vandefpigue, & écailles du Tatou, 22
Verrus desos ou de Cachiman, , 291
Vin de Coroffol
Fin de la Table des Matieres de la
troifiéme Partie.
de CHJEAN-BAPT. DELESPINE
Dc TImprimetie Imp. Lib. ord. du Roy, rue Saint
Jacquce, aw Palmicr, 2 1741 --- Page 550 ---
35892-3 --- Page 551 ---
E792 --- Page 552 --- --- Page 553 ---
LUHn
V3 --- Page 554 --- --- Page 555 --- --- Page 556 ---
: