--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Alad
BAUDEO
Srim Cavlbs Brun
a --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 ---
--- Page 7 ---
NOUVE. AU
VOYAGE
AUX
ISLES
'DE
L'AMERIQUE
CONTENANT
L'HISTOIRE NATURELLE DE CES PAYS,
POrigine, les Mceurs, la Re eligion & le Gouvernement des Habitans anciens & modernes.
LesGuerres & les Evenemens finguliers quiy font
arrivez pendantle féjour que l'Auteur y a fait.
Par le R. P. L. A B A T, de l'Ordre
des Freres Précheurs.
Nouvelle Edition augmenté confidérablement ; & cns
richie de Figures çn Tailles-douccs.
TOME SECOND.
-
APARIS, RUESJACQUES,
Chez GUILLAUN: E CAVELIER Pere,
Libraire , au Lys d'or.
M. DCC
XLIL
Avec Approbation 6 Privilege du Rey. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
BROWN.
T TABLE"
DES CHAPITRES
de la feconde Partie.
CHAP.
Auteure efattagué du malde
I
L Siam. Comment il en guerit.
Maniere de porter les orangers en Europe, 6 de les conferver,
page I
CHAP. II. Maladies des Négres e des
Créolles. Etablifement d'une Paroife an
Cut-de-fac Robert. Defcription de la
Becune > des Galeres, 6 de lArbre de
Mancenilier ,
II
CHAP. III. Hifloire de quelgnes Négres
Sorciers,
CHAP. IV. Le Supérieur Général 2
Miffions des Freres Précheurs meurt 2
Saint Thomas, Son Enterrement. Les
Mifionnaires de la Martinigue en
élifent un autre enfaplace.
E CHAP. V. Des Samvages appellez, CaraiTome II.
a --- Page 10 ---
TABLE
bes, de leurs okremens, armes, waif
feanx G coitumes,
CHAP. V1. LAuewr va At Cnl.de-fac 71
François, Defcription d'un Carbet de
Caraibes.
CHAP, VII. Deftription du Cxl-de-fac 145
Francois.
CHAP. VIII. Deftription de la Ville cde
rEglif du Fort Royal. Mort extrdordinaire de guelgues perfomnes nowvellement arrivées de France. Comfeil fouverain de la Martinigne.
- 3 I70
CHAP. IX. Des Mulôrres. Maniere de
les connoitre. Hiffoire di *** G de
guelgués des
babitans blancs gui ont éponfe
Negrofer
a
CHAP. x. Des Paletuviers O7
de leurs diferentes elpeces, du Mangles, Aainguina 6 des Hmifires.
CHAP. XI. Des diferentes efpeces de 194 Peroguets des
I
IRes. Pafnge des Gallions
dEipagne.
2II
CHAP. XII. DeTunrlowrans, des Crabes, des Ciriques, d'une maladie appellée
mald'ofomach,
CHAP.XIII L'Auteur Va faire faire les
Palques anx babitans des Culide-fac,
3 Robert 6 François. Defeription d'um
Poifon appellé Lamantin O1 Manate
13s a V. TA 243
II omoT
de 194 Peroguets des
I
IRes. Pafnge des Gallions
dEipagne.
2II
CHAP. XII. DeTunrlowrans, des Crabes, des Ciriques, d'une maladie appellée
mald'ofomach,
CHAP.XIII L'Auteur Va faire faire les
Palques anx babitans des Culide-fac,
3 Robert 6 François. Defeription d'um
Poifon appellé Lamantin O1 Manate
13s a V. TA 243
II omoT --- Page 11 ---
DES CHAPITRES
CHAP. XIV. Du Goyavier 3 du Cerifier
6 d'un pesit poiffom appelle Titiri of
Pifquet.
26;
CHAP. XV. Defcription d'un Ouragan.
Maniere de mariner les Ramiers. 278
CHAP. XVI. Arrivée d'un Supérienr Général des Miffions des Jacobins. On
tran/porte à Saint Domingue la Colonie
Frangoife de lIle Sainte Croix. 291
CHAP. XVII. L'Auteur; part pour la Guadelompe. Defcription des Bargues, Bri
gantins, 6 Corvettes dont on Jafert aux
IRes.
CHAP, XVIII. Defcription du Bourg de Is
balfe-serres du Fort, des Eghifes 6 des
Convents, 6 du quartier appellé le
Baillif.
CHAP. XIX. Defcription des quartiers dss
Marigot,de S. Robert, > dela Magdeleine, des Habitans, e la Defcente des
Anglois en 1691.
CHAP. XX. Defcription du quartier de
LIRet à Goyaves, des Fontaines boiiillantei, de PAnce à Ferri, de larbre
6 du baume de Copaii 6 du bois
Laiteux.
CHAP. XXI. Du bois appellé Tendre a
caillou, Des Fourmis blanches O3 Poux
de bois. Ds bois amer 6 de fes efets.
Des ignames 6 des Patates.
$84 --- Page 12 ---
TABLE DES CHAPITRES,
CHAP. XXII. Des oifeaux appelles
Diables. De leur chafe. Defeription de
la Somphriere.
Fin de la Table des Chapitres
de la feconde Partic.
MEMOIRES --- Page 13 ---
O
M E M OIRES
DES
NOUVEAUX VOYAGES
FAITS
AUX ISLES FRANCOISES
DE L'AMERIQUE
SECONDE PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.
L'Auteur eff attaqué ds mal de Siam.
Comment il en guerit. Mamere de porter
les orangers en Ewrope, 6 de les conferver.
EJeudi 17. Juin jour de l'Oc- L'Au:
tave du S. Sacrement 2 je fisteur eft
la Proceffion comme le JeadirEs mal
precedent avec les mêmes cé-de Siam.
rémonies. Ala fin del la Melfeje me fenTome II.
A
IE.
CHAPITRE PREMIER.
L'Auteur eff attaqué ds mal de Siam.
Comment il en guerit. Mamere de porter
les orangers en Ewrope, 6 de les conferver.
EJeudi 17. Juin jour de l'Oc- L'Au:
tave du S. Sacrement 2 je fisteur eft
la Proceffion comme le JeadirEs mal
precedent avec les mêmes cé-de Siam.
rémonies. Ala fin del la Melfeje me fenTome II.
A --- Page 14 ---
Nonveauz
1694. tis tout d'un
Froyager AHX IRes
violent mal de coup tête attaqué d'un aufi
un coup de marteau que fjy eulle reçu
reftoit de la Melfe avec ; bien Fachevai ce qui
en me
dc la peine;
de douleur deshabillantil de reins me prit une li granme porter à la maifon, 2 qu'on fat oblige de
habiller. Ces deux
& de me desmaux s'étant trouvez
accompagnez d'une fiévre
étoient les fimptomes les plus hortible, qui
du mal de Siam, on
ordinaires
champ les remedes
y apporta fur le
le premier fut de me convenables, dont
pour empécher le
faigner au pied,
Meflieurs Michel, tranfport du
au cerveau,
autres, eurent un foin Roy > Dauville &c
moi. Meldemoifelles tout particulier de
ne fortirent
Michel &1 Dauville
je fus en danger point de ma maifon tant
; elles avoientleurs
vantes avec
2uE
Prince,
clles, j'étois fervi comme un
Après Dieu je leur dois
au fieur Sigaloni,
la vie,
pagnic de Milice du Enfeigne de la Comquartier; il avoit
exercéautrefois devenu
ka
mais étant
riche il ne Chirurgie, la
pour fes amis. Le platiquoir plus que
pointe nommé la Serre Chirurgien de la Balle
un moment pendant > ne me quirta pas
nous avions
cinq jours. Celui
Slent rendu
aur Macouba m'auroit
les mèmes fervices, mais je --- Page 15 ---
Frangoifes delAmerique:
lavois enterré depuis quelques jours; il .1694
étoit mort d'une morfure de ferpent au
talon, quil avoit negligée, Comme la prenant il
pour une piquire d'épines.
étoit avare à l'excèsil alloit nuds pieds, >
il portoir fes fouliers fur fon épaulc, &c
ne s'en fervoit que le Dimanche pour
aller à T'Eglife, ou quand il étoit obligé
de faire quelques vilites de confequences du
Le Vendredi matin je fus faigné
bras ,. on m'appliqua des pigeons Cela aux
plantes des.
& far le coeur.
dime ft du. EEE mais ma fiévre ne
minua point. Je commençai le foir à
rendre beaucoup de fang par la bouche.
Le Samedi on commença à remarquer des marques noires, rouges & vertes fur ma
Quoique tous les fignes
aucun lieu de craindre
ne
mEn.
pour moi, & que mes deux Chirurgiens
affuraffent que ma maladie cn'auroitpoint d'ende fuites facheufes, je ne laiffai pas
chercherle Pere Breton, & de me
confelfers voyer
je demandai la Communion,
mais mon vomiffement étoit trop. continuel, & quand même il l'auroit été
moins, les Chirurgiens nejugeoient pas
à
de mela faire donner.
Rabie Dimanche fur le foirjeus une crife
qui décida de mon fort, elle dura près
Aij
que ma maladie cn'auroitpoint d'ende fuites facheufes, je ne laiffai pas
chercherle Pere Breton, & de me
confelfers voyer
je demandai la Communion,
mais mon vomiffement étoit trop. continuel, & quand même il l'auroit été
moins, les Chirurgiens nejugeoient pas
à
de mela faire donner.
Rabie Dimanche fur le foirjeus une crife
qui décida de mon fort, elle dura près
Aij --- Page 16 ---
1694. defix 4
Nowveanx Poyages Aux HRes
mal de heures; tète, elle emporta avec elle mon
partic de ma fiévre, mon mal de reins & une
tellement
mais elle m'abbatie
que je ne pouvois ouvrir ni
yeux ni la bouche. On m'avoit
les
faigné du pied le matin.
encore
Le Lundi la fiévre me quitta
fait, & je commençai à
tout-àfit prendre fur lefoirune dormir. On me
& fudorifique qui acheva potion de cordiale
rendre lerelte du venin
des me faire
durerent
par
fueurso qui
donnerent prefque toute la nuir, &
bien de l'exercice à ceux qui
avoient foin de moi,. il me refta qui
pendant une envie de vomir
ceavec un peu d'émetique
qu'on aida
prendre le Mardi matin, qu'on fit me fit
merveilleux
qui
un effet
quoiqu'il m'abbatit beaucoup, mais il me laifla un
: Le Jeudijour de S.
grand apperit.
Patron, je me levai contre Jean-Baptifte le
mon
de mes Chirurgiens,
disla fentiment
il eft vrai
&je
Melle;
quand elle fut que je me trouvai fi foible
de
achevée,
fut
me reporter chez moi. qu'on
obligé
tont-à-faitlesd deux
Je me remis
jours
me reftôt de ma maladie fuivansfans qu'il
marques du venin, & une que foiblefle lesgrandes
étoir extrême.
qui
Lc Dimanche 27. après la Melle, --- Page 17 ---
Francoifes delAmerigues
Monfieur Michel me fit porter chezlui 1694*
dans un hamac afin de me faire changer
d'air, & me fortifier. J'y demeurai jucSamedi fuivant. Pendant tout ce
qu'au
il
rien de tout ce qui
tems - là n'oublia
divertir. Nous
pouvoit conmribuer à me
Le
eûmes compagnic tous les jours.
de nos
Pere Caumels Superieur general
Miflions, & le Pere Caballon Supericur
de notre Miflion de la Martinique, bon- me
charmezdest
vinrent voicsilsfarent
avoit
moi:i ils couchetent
tez qu'on
pour Michel: ils avoient vû
chez Monfieur
dont
en palfant ma maifon & monjardin
ils me parurent très-contents. retournai chez
Le Samedi 3.Juillet , je trouvai fi bien remoi après diner 5 je me
la Mellelelendemain
mis, que jechantai Tous mes Paroifliens
& que je préchai. feliciter fur le rétablillement
me vinrent
retins les
à
de ma fanté : je
principaux
diner. Le lendemain & les jours fuivans je
fus remercier tous ceux qui m'avoient
vifité pendant ma maladic, c'eft-à-dire
je fis tout le tour de ma Paroiffe, &c
RE grande partie de celle de la Baflepointe, jc vis entr'autres Monfieur Sigaloni qui avoit eu foin de moi, & m'avoit fourni les remedes. Jelui prefentai -
A 11)
retins les
à
de ma fanté : je
principaux
diner. Le lendemain & les jours fuivans je
fus remercier tous ceux qui m'avoient
vifité pendant ma maladic, c'eft-à-dire
je fis tout le tour de ma Paroiffe, &c
RE grande partie de celle de la Baflepointe, jc vis entr'autres Monfieur Sigaloni qui avoit eu foin de moi, & m'avoit fourni les remedes. Jelui prefentai -
A 11) --- Page 18 ---
Nomeane
1694. une bourle, & le Tayages aux Hfles
qu'il voudroit, mais preifai il
de prendre ce
delui faire accepter la moindre me farimpollible
pour
chole, ni
Chirurgien fespeines, > ni pour fes remedes. Le
honnèteté.J adtianafe-peinte J'ai dit
eut la même
ne pratiquoit la que Monficur Sigaloni
amis, il étoit très. Chirurgie habile; il que pour fes
fon métier fous un de fes oncles avoit appris
Operateur, aveclequel il
fameux
te TEurope; il avoit de lavoit roulé toufe fervoit
beaux fecrets, il
beaucoup de
&
preferoit aux antres
fimples,
les
Le Lundi 12. Juillet médicamens. fus
terre dire adien à Monfieur je
à la Baflenierequisen retournoit
de la Herontémoigna fouhaiter
en France, Ilme
rangers des plus
quelques pieds d'onotre Superieur gros. J'en demandai à
prendre tant qui me laiffa maître d'en
daian Monficur que de je la voudrois, Jele manManiere de
en choifir une
Héronniere qui vint
porterles tranf. ily en avoit quatre douzaine, entre lefquels
orangers Tous ces
d'oranges de la
des
ifles
arbres" 'étoient
Chine.
en Fran- moindre avoir fix
fort gros, le
cc.
Jedourois
pouces de diamettre.
utilité
qu'ils puffent lui être
en France, mais il m'affura d'ancune
Jardinier du Roi avoit un
qu'un
les remettre en leur premier fecret Pour
Peu qu'ils cuffent encore de érat, vie pour
quand
aine, entre lefquels
orangers Tous ces
d'oranges de la
des
ifles
arbres" 'étoient
Chine.
en Fran- moindre avoir fix
fort gros, le
cc.
Jedourois
pouces de diamettre.
utilité
qu'ils puffent lui être
en France, mais il m'affura d'ancune
Jardinier du Roi avoit un
qu'un
les remettre en leur premier fecret Pour
Peu qu'ils cuffent encore de érat, vie pour
quand --- Page 19 ---
Fyanpoifes de PAmeriqne.
lui remettoit entre les mains. Il 1694on les
il falloit les arraluiavoit dit comment
les tranfcher & les empaqueter pour On fcia
porter. Voici comme on s'y prit. & demi du
toutes les branches à un pied étoient fciées
tronc, & anfli-tôt qu'elles
de
le bout avec un paquet
on couvroit
l'on couvroit de cire jauterre graffe que
dans un morne > que l'on enveloppoit
On
ceau de toile cirée oul gaudronnée.
déchauffa enfuite l'arbre tout autour,
bien foin de ne rompre & den'enayant
racines. Quand il fut
dommager aucunes toute la chevelure,
hors de terre on coupa toutes les moyen-
& on replia doucement de la
- 5 on
nes racines autour
plus grolle de
enferma enfuite toutes ces racinesdans
la terre même où l'arbre avoit été planté l'eau
l'on avoit humeétée avec de
que
en faire du mortier, on
comme pour mafle avec de laterre gralle,
couvrit cette
le tout dans de la toile
& on enveloppa
de les tenir à l'air
gutionnee.cbfemsante & far tout la nuit, &
pendantle
la chaleur du foleil qui
de les
ACTEL
garantir les fecher. Ce fut encerétat que
auroit pà
les fit
Monfieur de la Heronniere
porter
à bord, dont ilnous remercia beaucoup.
Il partit le Jeudi fur le foir, après avoir
diné chez nous avec le fieur Kercoue qui
A iv --- Page 20 ---
Nonzeawwy
1694. retournoit en France Foyages anx Ifes
courfe & de commerce avec des projets de
avec quelques perfonnes qu'il avoit faits
tinique.
de la MarLe Vendredi 16. Juillet
deg grand matin à ma Paroiffe, je rétournai
pentiers fe trouverent
Mes Charen état de monter
Tagrandifemente de ma
Defcrip trouva ainfi de trente-deux maifon qui fe
tion de fur feize pieds de
pieds de long
lamaifon trouvoit en
large. La falle
l'on
de Curiale P'Au. quarré, Les entrant deux avoit feize rdear en
scur, pondoientacelle de portes la
oppofées rémilieu der
cour &cal'alléc du
de la falle monjardin. dans
La porte
entroit
ma chambre
gauche, > elle
main
Er
que la falle, avoit mais la même grandeur
tranchement de
jy. avois fait un retoute la longueur cinq pieds de large fur
mes Provifions, Javois qui me fervoita ferrer
mème c/pace l'efcalier ménagé dans ce
galletas qui étoit affez commode pour monter au
placer pluficurs
pour y
bre de mon Penlionnaire, hamacs, céroitlacham.
tirois auffi
oi je me requandje donnois la mienne à
étranger. Je fis faire un
pierre de
THEe
taille avec trois
perron
vant la porte dela falle, le refte marches dealloit en pente douce
du terrain
aux caux de s'écouler. pour donner lieu
agé dans ce
galletas qui étoit affez commode pour monter au
placer pluficurs
pour y
bre de mon Penlionnaire, hamacs, céroitlacham.
tirois auffi
oi je me requandje donnois la mienne à
étranger. Je fis faire un
pierre de
THEe
taille avec trois
perron
vant la porte dela falle, le refte marches dealloit en pente douce
du terrain
aux caux de s'écouler. pour donner lieu --- Page 21 ---
Frangoifes de LAmerigne.
25. Juillet le Pere Mar- 1694.
Le Dimanche coucher chez moi. Le lende- Fête de
telli vint
fainte Anne, Pâtronne de Sainte
main jour de
Imbert, Patrone Anne >
mon Eglife, les Peres Breton, rendirent. de PEChavagnac & Romanet, s'y
du
le Pere Breton, comme le plus M2..
Je priai d'officier. Le Pere Martelli fit ba.
ancien,
delaSainte; ; Et quoique
le Panegyrique
à confeller,
nous fullions tous occupez à contenter
nous eûmes aflez de peine
des
tout le monde, tant ilen étoit venu
Paroiffes voifines, & même du Fort S.
Pierre. Monfieur Dauville comme Marguillier de la Paroiffe, invita les principaux à diner, de forte que nous nous chez
trouvâmes près de trente perfonnes folemnel
lui. Le Mardij je fis le Service
les défunts de la Paroifle. Monfieur
pour
du quartier
Michel comme Capitaine
donna à manger à toute la compagnie;
comme une regle dans la Pacat c'étoit
le
roiffe, du moins en ce tems-là, que
Marguillier traitoit le jour de la Fète,
& le Capiraine lc leneemain. conduire
Le Mercredi après diner jet fus
sà la Balle-pointe; ils
nos Peres jufques l'Affemblée
me dirent que dans
quis'6toit tenue au fond S. Jacquesle 2g.ou bâ- je
n'avois pûl aflifter à caufe de mon
timent, > on avoit voulu m'élire Syndic,
A v --- Page 22 ---
IO
Nomveans)
1694. mais que le Superieur Trayagesa Aux Hfles
oppole, avoit dirqu'il General s'y étoit
pour être Superieur de la m'avoit deftiné
fon retour de Saint
Guadeloupe à
Le Jeudi 5. Aouft, Domingue. je fus
ler à la Bafle- terre dire adieu obligé 2 d'alSupérieur qui partoit pour S.
notre
nJembarqual le Samedi dans Domingue.
de S. Thomas qui devoit une Barque
Guadeloupe. Je fus le
toucher àla
Je partis
conduire à bord.
Monfieur Taprès-diner Michel.
dans le Canor de
orageufe furent caufe Le gros tems &clamer
mes fi tard chez lui
que nous arrivâcoucher.
que je fus obligé d'y
matin Le Dimanche à
8. je me rendis de
ma Paroiffe. Jc fis
grand
un Menuifier de la grande marché avec
Dubuiffon,
Ance, nommé
tion de mai maifon, pour palillader l'augmentaclôre de planches c'efba-dire, pour la
chiesd'un côtéà la embouverées 3 blanfar les pieces de varloppe, & clotiées
foient le corps du charpente bâtiments qui compofaire aufli les
il devoit
vents avec portes s fenêtres & contreCéroitun creolle quelques tables & armoires.
fi glorieux & fi allez bon ouvrier, mais
pas moyen de le fantalque contenter. qu'iln'y avoit
chez moi un mois, &cce mois Ilc demeura
ahe année,
me parut
la
chiesd'un côtéà la embouverées 3 blanfar les pieces de varloppe, & clotiées
foient le corps du charpente bâtiments qui compofaire aufli les
il devoit
vents avec portes s fenêtres & contreCéroitun creolle quelques tables & armoires.
fi glorieux & fi allez bon ouvrier, mais
pas moyen de le fantalque contenter. qu'iln'y avoit
chez moi un mois, &cce mois Ilc demeura
ahe année,
me parut --- Page 23 ---
Frangoifes de PAmerigue.
II
encore de vittes 1694
Onne fe fervoit point fe contentoit de ferdans nos fenètres Ifles, on avec des contre - vents
mer les
avec des
& des baluftres > ou claire. quelquefois Les Anglois de
chaflis de toile
Ifles de
la Barbade - > Anrigue & leurs autres maifons svileur dépendance, ont meilleur effet.
trées, & tela fait un
CHAPITRE E I I.
Maladies des Negres e des Creolles. cul de
Erablifement d'une Paroife au
Robert. Defeription de la Becune,
fac des Galeres 6 de Parbre de Manchenilier.
avoit quelques mois que MonIEzs Michel m'avoit fait prefent d'un
Negre- minc, c'eftà-dire, origipetir
de la Mine; far la
naire du Royaume d'Afrique, âgé de
côte méridionale ans. Il eft vrai quil étoit
douze à treize
le
maisle
malade quand il me
donna, l'avoit
foin que j'en avois fanté. fait prendre, L'autre Negre
rétabli en parfaite
un jour que ce
qui me fervoitsappergàe mangeoit de la terre 5 il
petit m'en avertit, garçon je fis tout ce queje pus pour
A vI --- Page 24 ---
Noteanx
1694 l'en
Trojages aux Ies
empécher, mais ce fur en
Excès oi continua d'en
vain; if
fe por fans
manger, devint
tent les
qu'on put y remedier, hidropique
Negres ne pouvoit pas en ôterl
parce qu'on
faire pour fe une mélancolie noire lacaule, qui étoit
mourir excès,
quile portoit à cet
& laz rai-. Les
dé
cioyent fongu'ils font fort Negres
la côte de la Mine
en avoir,
fujets; ils fc
pendent, fe coupent la deletperent, fans
pour des fujets fort gorge
façon
fouvent
mediocres, le
maitres pour faire de la peine à
> étant
At:
mort ils retournent prévenus gu'après leur
font tellement
dansleur pais; & ils
imagination
frappez de cette folle
ôter de la tête. qu'il leftimpoflible de laleur
Je ne Içûs le chagrin du mien
quand il ne fut plus tems
que
il avoit un frere
d'y remedier,
de mes voilins 3 qui appartenoir à un
pas qulils fuffent comme on ne fçavoit
n'en difoient
freres, parce qu'ils
deviner
rien, on ne pouvoit
n'être que leur chagrin venoit "
enfemble
ce qui Parater été fort chezlememen facile maitre,
qu'ils prirent la réfolution 5 de forte
mourir afin de retourner
de fe faire
chez leurs parens. C'étoit dansleur pays &
de ce beau projet que ces pourléxecution deux freres
mirent à manger de la terre. Le mien fe
fuffent comme on ne fçavoit
n'en difoient
freres, parce qu'ils
deviner
rien, on ne pouvoit
n'être que leur chagrin venoit "
enfemble
ce qui Parater été fort chezlememen facile maitre,
qu'ils prirent la réfolution 5 de forte
mourir afin de retourner
de fe faire
chez leurs parens. C'étoit dansleur pays &
de ce beau projet que ces pourléxecution deux freres
mirent à manger de la terre. Le mien fe --- Page 25 ---
Françoifes de LAmerigue:
fon frere le fank 1694mourut le premier,
reprenois
peu de jours après. faifoit Quandjeler ainfi mourir, ilfe
de ce qu'il fe
mettoit à pleurer: il difoitqu'il: lm'aimoit, chez fon
mais qu'il vouloit retourner
mais
je l'avois inftruit & baptifé,
perc. jene pûis lui ôter cette fantaifie.
faint Hiftoire
Un Anglois habitant de lIfe
dun An. de
Chriftophle , appellé le Major Crips, glois S. Chrifur plus heureux
moi pour étoient conferver Mi- flophle fur ce fx
fes
plupart
jet,
Bmtrr
Negres,
leur étoit fort
nes. Comme cet homme
rude, ainfi que le font generalement de fes EC
tous les Anglois, le nombre
ils fe
claves diminuoit tous les jours ; Il fut
pendoient les uns après les autres.
enfin averti par un de fes engagez
tous fes
avoient réfolu
CERCEE
Negres fuivant dans le bois, & de s'y
le jour
retourner
pendre tous de compagnie pour Il vit bien
tous enfemble en leur pays. châtimens ne feque les paroles & les
roient que differer de quelques jours
T'execution de leur réfolution, & quil
falloit un remede qui eut du.
inf- à
de leur imagination.
frt
la maladie
blancs de ce qu'ils
truifit fes domeltiques leur ordonna de charavoient à faire,&
fucre
ger fur des charettes des chaudieresà attirails
& à eau de vie, avec les autres --- Page 26 ---
14 Nowveaux
1694. d'une fucrerie, & Poyager de leluivre. AHX Ies
dans le bois,
ils'en alla
difpofoient leurs ily trouva fes Negres qui
il s'approcha d'eux cordes pour fe pendre: -
la main, leur dit de tenant une corde à
qu'il lavoit fçu la réfolution ne rien craindre,
prife de retourner en leur qu'ils avoient
vouloit les y accompagner, pays, &
avoit acheré une
parce
a
# vouloit établir grande habitation oit
roient bien plus une fucrerie, 3 où ils fequi n'avoient propres que des Negres
cre; mais qu'illes pas encore travaillé au fuplus
qu'ils avertiffoit que n'ayant
roir
pulfents'enfuir, 5 il les fejour & nuit
ESriata
ner ni.le Samedi ni le fans leur donl'Econome
avoit Dimanche ; que
mandé
envoyé lui avoir
fait
L
qui ESEN pendus les reprendre ceux
qu'en attendant fes ordres, premiers ils les s &
travailler les fers aux pieds. Là deffus faifoit les
charettes chargécs ayant
ne douterent plus de la paru,1 les Negres
réfolution de
maitre, 2 d'autant plus qu'il les
leur
fe pendre, feignant qu'il n'attendoit preffoit de
cela pour fependreauili & aller
que
il avoit même choil fon arbre & avec eux:
fa corde. Les Negres
attaché
à parler
commencerent alors
curs
entr'eux, > la mifere où étoient
compagnons les intimida aufli-bien
cs ayant
ne douterent plus de la paru,1 les Negres
réfolution de
maitre, 2 d'autant plus qu'il les
leur
fe pendre, feignant qu'il n'attendoit preffoit de
cela pour fependreauili & aller
que
il avoit même choil fon arbre & avec eux:
fa corde. Les Negres
attaché
à parler
commencerent alors
curs
entr'eux, > la mifere où étoient
compagnons les intimida aufli-bien --- Page 27 ---
Frangoifes de PAmerique.
15 ils 1694la réfolation de leur maître :
que vinrent fe jetter 1 à fes pieds, lui promirent de ne
penfer à retourner en
&
de faire releur
Her fupplierent
pays, leurs camarades. Il fit le difficile
venit
temps , mais enfin fes
pendant quelque blancs & Ies engagez s'étant
domefliques
lui demander la
aufli mis à génoux
fe fit,
mème grace,
TLELLAe
acondition quesil s'en trouvoit un feul
qui fe pendir, tous lesautres feroient pen- à
aller travailler
dus le lendemain fucrerie pour de Guinée. Ils le lui des Maniere Nela nouvelle
ferment. Ce ferment fe gres
promirent avec
de terre qu'ils
ils
en
un
Eedi
fait
prenant
peu
avoirlevé
mettent farl leur langue,
RASEL
& les mains aul
& frapéleur
dle
les yeux
cette cerepoitrine. Ils Dieu prétendent de les liaic en
monie prier la
ont fur la
ETAC
fiere comme terre qu'ils
gue, s'ils n'executent pas ce qu'ils
ou
ne difent
Rnctre
mettent,
s'ils revint chez pasla lui avec fes
Le Major Crips
del la reuflite de fon
Negres fort content
lui tinrent parole
ftraragème. Les Negres
je ne fçai ficetre
& ne fependirent plus; rendu plus moavanture ne l'aura pas
deré.
habitant de la même Ifle fe
Un autre
invention avec un
fervit d'une autre --- Page 28 ---
Nonvezwe
1694. auffi heureux fuccès.
aux Ifes
Autre per la
fur de faire
Crp
hiftoire
tête &c les mains à ceux de fcs cou- Nefur le gres qui s'étoient pendus,
même mer dans une
&cdeles enferfujet, à un arbre qui cagede éroir dans ferqu'il Acfu(pendre
pinion des Negres eft fa cour; carl'oenterrez, 3 ils viennent que la quand ils font
leurs corps & les
nuit prendre
leur pays. Cet habitants emportent avec eux dans
leur difoirqu'ils
nommé Bouriau,
qu'ils voudroient, pouvoient fependre tant
plaifir de les rendre mais qu'il auroit le
jours; , puifqu'ils fc miferables
toû-
& fans mains dans leur trouveroient Fout tète
capables de voir,
pays, & ainfi inde manger & de travailler. d'entendre, de parler,
fe mocquoient de Ces difcours Les Negres
mencement, & difoient
ail comtoient morts
que ceux quiénuit reprendre fçauroient leurs têtes bien venir la
mais quand ils virent
&cleurs mains ;
mains demeuroient que ces têtes & ces
endroir, ils fe
toujours au même
leur maître étoit perfuaderent plus
enfin que
voient crû, & cefferent. puiflant de fc qu'ils n'apour ne
s'expofer au
pendre
ne .mstang
malheur où ils
ne fuffent que leurs compagnons
Ces remedes font bizares, mais
Portionnez à la portée del'eiprit adaRe
virent
&cleurs mains ;
mains demeuroient que ces têtes & ces
endroir, ils fe
toujours au même
leur maître étoit perfuaderent plus
enfin que
voient crû, & cefferent. puiflant de fc qu'ils n'apour ne
s'expofer au
pendre
ne .mstang
malheur où ils
ne fuffent que leurs compagnons
Ces remedes font bizares, mais
Portionnez à la portée del'eiprit adaRe --- Page 29 ---
Frangoifes de PAmerigne.
gres 5 & à la prévention dont ils font 1694.
frapez: Cette mélancolie noire qui
les
de la terre, des
renMaites
Negresà manger
de la chaux & autres chofes de cette nature, eft ordinaire aux Sauvages; je dirai dans un autre endroit mes conjec- raibes Les Ca- &
tures fur cela. Elle eft encore très-com- fur tout
mune parmi nos Creoles, &c fur tout aux. les Creoles filles
filles qui ont du penchant pour le dernier de mangent la ter.
Sacrement. Dans cet état clles mangent re, &c.
mille ordures. J'en ai connu qui auroient
mangé plus de papier & de cire d'Efpagne
qu'on n'en auroit employé dansle Bureau
d'un Secretaire d'Etat; d'autres mangent
des pipes, des charbons, de la toile, &
fur tout certains petits cailloux blancs
qu'on- trouve dans les rivieres; elles les
font cuire dans le feu comme les roches
à chaux, & les mangent comme la meilleure chofe du monde, à peu près comme les femmes Elpagnoles mangent
ces vafes de terre rouge, s legere & de
bonne odeur qu'on apporte du Mexique,
& qu'on appelle, quoique improprement
de terre pgillée. J'ai été quelquefois
obligé de refufer les Sacremens à de
grandes filles qui avoient ce goûr dépravé, après
je m'étois fatigué inutilement les adus entiers à les perfuader --- Page 30 ---
Nouveanx Yoyages
1694. du tort qu'elles fe failoient. auxffes
chofe qui fair pitié
de les C'eft uine
cet état, elles deviennent) que
voir dans
letonr desyenx tout noir, jaunes, livides,
grines, indolentes,
maigres, chaautres & a
infapportables aux
abfolument elles-mèmes: : elles perdent
bonne
T'appetit pour toute forte de
nourriture, & tombent
une hydropifie incurable.
enfin dans
remede qu'on
Le meilleur
y eft peut apporter dès qu'on
Senapperçoir,
de les marier.
L'Auteur Je reçisle Dimanche marin
eft en- Aouft une lettre de Monfieur vinge-neuf
voyé quime
IIntendant
étie
prioit d'aller au cul de-fac
Emtr une avec lc P. Martelli &
Robert
Paroiffe nouvelle Capiraine de
Monfieur Joyeux,
an
Cavalerie,
cul de un licu commode
pour chercher
bert, fac Ro- & un
pour bâtir une Eglife
Bourg dans Prefbytere, ce
& pour placer un
baffon notre quartier-l. Le Pere Cale même
Superieur &c
m'écrivit aufli fur
de fa part fujer, le Pere me marqua de charger
Paroiffe
Breton du foin de ma
J'allai donc pendant que je ferois abfent.
telli à la Trinité, coucher chez le Pere Marlendemain une
Nous en partimesle
laiffames nos chevaux heureavant le jour. Nous
Joyeux, dont Thabitation chez Monfieur
la riviere des Galions;
elt à côré de
dans fon canot au cul-de-fac ; ilnous conduifie
Robert, ou
de fa part fujer, le Pere me marqua de charger
Paroiffe
Breton du foin de ma
J'allai donc pendant que je ferois abfent.
telli à la Trinité, coucher chez le Pere Marlendemain une
Nous en partimesle
laiffames nos chevaux heureavant le jour. Nous
Joyeux, dont Thabitation chez Monfieur
la riviere des Galions;
elt à côré de
dans fon canot au cul-de-fac ; ilnous conduifie
Robert, ou --- Page 31 ---
Françoifes de PAmerique.
hous dîmesl la Meffe dans une petite Cha- 1694pelle dédiée à fainte Rofe.
Le grand enfoncement ou baye qu'on Deferip- tion du
appelle le cul-de-fac Robert, a près deculd defac
deux lieués de profondeur : il eft formé Robert,
par deux pointes ou caps, dont celle
eft à PEf
la Pointe à la
Rctt
s'appelle
&c celle de l'Oueft la pointe des Galions.
Son ouverture eft couverte par un Mlet
d'environ une lieuë de tour s qui
tient à notre Miflion, à qui ila été
aPion
né par les heritiers de feu Monfieur le
General du Parquet , cy- devant Proprietaire de la Martinique : & comme
cet Iflet faifoit une partie des referves
de ce Seigneur, on Pa toûijours appellé
l'Ietde Monfieur. Ily a un autre Iilerun
peu plus avancé en mer que celui dont je
viens de parler qui couvre fa pointe
orientale > ne laiffant entr'eux qu'un canal, de maniere que ces deux Illes couvrent toute l'ouverture du cul-de-fac,
brifent l'impéruofité de la mer, &c rendent
ce grand enfoncement un Port également
fir & tranquille 2 dans lequel on ne peut
entrer que par trois paffes Oul ouvertures,
lune entre les deux iflets qui eft large de
cinquante à foixante toifes, profonde
&c fans aucuns dangers 5 les deux autres
entre les extrémitcz des Iflets & lespoin- --- Page 32 ---
2o Nowveane
1694.tes de la terre ferme Foyager de Aux Mfes
ilne peut palfer que des P'ille, mais ou
très-petits vailecaux.
barques ou de
plus Cè beaux cul-de-fac eft un Port naturel des
capable de retirer qu'on fe puiffe imaginer,
quelque nombreufe une armée navale,
fic
qu'elle puiffe être 3
feaux commedementad que les plus gros vaifdroits peuvent affez
moiiller en bien des enune planche. près Nous de terre
y mettre
énvirons de ce
tous les
eUEISeN
le plus propre cul-de-fac pour fixerlelicu
Paroiffe & d'un pour Tétablifement dela
queroit pas de s'y Bourg, former. qui ne manOn peur croire qu'il ne
d'y avoir besucoup de
manqua pas
tous les habirans
conteftations :
une Eglife & un Curé fouhairoient d'avoir
voifinage d'un Bourg les relident, mais le
& ils avoient raifon, car il épouventoit, en
joursbeaucoup, à ceux donrlesl coute toûfont à portée d'un Bourg & shabitations de
Sy affemblent.
ceux qui
notre Malgré fentiment tout ce qu'on nous pût dire,
le Prefbytere fur fut de placer FEglife &
l'Oueft, qui avançoir une pointe du côté de
pour découvrir tout le aflez dans la mer
avoir une petite riviere à cul-de-fac côté, let : ily
terrain
avoient raifon, car il épouventoit, en
joursbeaucoup, à ceux donrlesl coute toûfont à portée d'un Bourg & shabitations de
Sy affemblent.
ceux qui
notre Malgré fentiment tout ce qu'on nous pût dire,
le Prefbytere fur fut de placer FEglife &
l'Oueft, qui avançoir une pointe du côté de
pour découvrir tout le aflez dans la mer
avoir une petite riviere à cul-de-fac côté, let : ily
terrain --- Page 33 ---
Frangoifes de PAmerique.
étoit déconvert, expolé au vent 2 & par 1694
conféquent plasfain quele refte; d'ailleurs
il éroit exempt des Mouftiques & des
Maringoins qui font en très-grand nombre & fort incommodes dans tous ces endroits-là. Cette pointe faifoit partie de
Thabitation de Monfieur Fevrier, > alors
Greffier en Chef du Confeil Souverain.
Comme il étoit ami intime de notre
fâché de le charger d'un
Miflion, embaras, 2 j'étois & il Pétoit encore plus
pareil moi. Je fis en forte qu'on remit la
que
&
déliberation au lendemain,
pendant
ce delai il nous conduifit dans un endroit
plus fpacieux que fa pointe > & où l'on
pouvoit placer un Bourg-plus aifément,
mais quidla verité étoit moins commode
le Curé. Nous y fixâmes le nouvel
pour érabliffement; cet endroit étoit à lextrémité de la favanne de Monfieur Monel, Confeiller honoraire au Confeil. nel, M. Mq- fon
Monfieur Monel étoit Picard, &cilavoit les origine & la for.
confervé religieufement F'accent &
tune,
manieres de fon pays, quoiqu'il en fût
abfent depuis un grand nombre d'années;
il étoit frere d'un Pere Monel Religieux Ordre. Il
de la Mercy, fameux dans fon
Iles;
étoit Chirurgien quand il vint aux
fa fortune avoit commencé par l'achat
qu'il fit de dix ou douze Negrelles ma- --- Page 34 ---
22 Nowveaux
1694. ladesi qu'nn vaiffeau Poyager Aux IRes
prefque
Negrice lui laifa
pas qu'elles pour culfent rien, parce qu'on ne croyoit
cependant il eut
jours à vivre:
RE d'habileré
bonheur pour les guérir, & el es fet ou de
verent fi fecondes, qu'elles lui
trouduit une infinité d'enfans, de forte ont proles trois fucreries qu'il avoit &
que
autres
quelques
de
habitations, 3 étoient toutes garnics
Negres Creoles les
de
lIle. Ilavoit pluficursenfans plusbeaux toute
avoit fait fes études à Paris étoit : l'ainé qui
deiller au Confeil, & fans contredit Condes plus habiles. Il n'eft
un
combien le pere &le fils firent pas croyable
relforts
joiier de
de la nouvelle pourempécherquel lérabliffement -
Eglife ne fe fit fur leur
terrain; ce fut pourtant inutilement, le
Gouverneur General & lIntendant
approuverent ordre
notre choix, & donnerent
bâtimens qu'on travaillât inceflamment aux
del'Eglife & du
élit Monfieur Monel le Prefbytere, On
mier Marguillier de cette pere pour pre-
& onlui fir G bien entendre nouvelleEglife,
qu'il étoit fort
& fort raifon, outre
oublia bien tôt MTE chagrin pieux, qu'il
eu de ce choix. Il entreprit le qu'il avoir
de l'Eglife & du
bâtiment
tionna tellement Prefbytere, & s'affecaux Religieux qui ont
flamment aux
del'Eglife & du
élit Monfieur Monel le Prefbytere, On
mier Marguillier de cette pere pour pre-
& onlui fir G bien entendre nouvelleEglife,
qu'il étoit fort
& fort raifon, outre
oublia bien tôt MTE chagrin pieux, qu'il
eu de ce choix. Il entreprit le qu'il avoir
de l'Eglife & du
bâtiment
tionna tellement Prefbytere, & s'affecaux Religieux qui ont --- Page 35 ---
Frangoifes de PAmerique.
deflervi cette Paroiffe > qu'on pouvoit 1694,
dire qu'il en étoit le pere. Il avoit foixante & douze ans dans ce tems-là.c'eftàdire, en 1694-jc - l'ai laiffé encorep plein
de vie & de fanté en 1705.fi fort & fi
difpos,quil montoit à chevalfansétriers,
quoiquiln ne véquit prefque que de chocolat avec du bifcuit : quelquefois un peu
de
& de vin, 2 fans viande ni autre
EE Cet exemple eft une preuve de la
bonté du chocolat quand il eft pur, &
qu'iln'eftpoint mélangéavecdese épiceries
& des odeurs quile gatent en le rendant
plus agréable au goûr & à l'odorat, J'en
parlerai plus âmplement dans un autre
endroit,
Le Mercredi après midi nous allâmes
vifiter notre Iflet. Un habitant du culde-fac de la Trinité y, vouloit mettre des
cabrittes & des cochons 3 dont nous
partagerions le profit, Nous y avions
eu autrefois des Negres pour y cultiver
du manioc & du mil, & y élever du
menu bétail & des volailles; mais on
avoit éréobligédeles retirer, parce qu'étant trop cloignez de lhabitation, ils
negligeoient le travail & qu'ils auroient
pheteenlevez, foit par les Anglois avec Mlet de
qui on étoit en guerre, foit parl les For- ficur, Monbans. J'en fis le rour, mais jc n'olai pas --- Page 36 ---
Nonveanx
1694, entrer bien avant Porger dans Aux IRes
qu'il eft tout rempli de les terres, parce
me parut bonne, & ferpens. La terre
qu'on y voudroit
à tout ce
alt ni
atitrote
ruiffeaux ni
quoiquiln'y
qu'on peut remedier fontaines; à
il cft vrai
par des citernes & par des cet fofles inconvenient
ferver les eaux de pluye
les pour conpeur-être même qu'on pour beftiaux,
des puits avec fuccès. y pourroit creufer
Les cochons ne craignent
Les 60-8c ferpens, au contraire ils les point les
chons ne les mangent fans en
pourfativene
crai- mage. Le
recevoir de domgnent
venin du
point les en font mordus, ne leur ferpent fait quand ils
ferpens, point de mal, parce qu'il s'arrète prefque
meure dans leur lard
&c depouvoir s'étendre plus loin ou grrille ni
> fans
chofe que de corrompre les faire autre
la morfure qui
environs de
efcare qui tombe. pourillent, C'eft
& font une
dans plufieurs cochons ce que j'ai và
vages qu'on avoit tuez dans marons les ou faumème dans des cochons
bois, &
nature toute feule les guérit domeftiques. de
La
bien d'autres maladies fans le cela & de
Medecins : en cela mille
fecours des
que les hommes , qui avec foisplus toute leur heureux
fon s'imaginent ne pouvoir s'en
raiNous partimes du cul-de-fac paffer.
Robert
le
illent, C'eft
& font une
dans plufieurs cochons ce que j'ai và
vages qu'on avoit tuez dans marons les ou faumème dans des cochons
bois, &
nature toute feule les guérit domeftiques. de
La
bien d'autres maladies fans le cela & de
Medecins : en cela mille
fecours des
que les hommes , qui avec foisplus toute leur heureux
fon s'imaginent ne pouvoir s'en
raiNous partimes du cul-de-fac paffer.
Robert
le --- Page 37 ---
Françoifes de LAmerigne.
le Jeudy deuxiéme Septembre après midi: 169y.
nous allâmes coucher chez Monfieur
Joyeux qui nous traitta avec beaucoup
de generofité, & nous accompagna le
lendemain au cul-de facdela Trinité.
Nous avions paffé la riviere des Gal- Riviere
lions dans un canot quand nous étions ve- dcs Gal.
nus, & nos chevaux defellez l'avoientliom.
pafléc à la nage, mais all retour Monfieur
Joyeux nous la fit paffer à gué, en faifant un affez grand demi cercle dans
la mer, en fuivant un banc de fable qui
ettafonembouchure oû les chevauxn'ont
pas de l'eau jufqu'aux genoux quand la
mer eft baffe, mais jufqu'a la felle &
fouvent Par deffus quand elle eft haure,
ou qu'on fe trouve dans les nouvelles ou
pleines Lunes, ou dans les Equinoxes : :
car c'eft une erreur de croire qu'il Inya
ni flux nireflux entreles deux Tropiques
& dans la mer Mediterranée, ou du
moins quilyeft prefque infenfiblé. J'ai
été allez crédule pour le foutenir & l'enfeigner quand j'étois Profelleur de Philolophie : mais j'ai connu par une experience de plus de douze années quej'ai
demeuré & voiagé en differens endroits
del' Amerique entre les deux Tropiques,
qu'il y a Aux & reflux reglez comme en
Éurope , qui fuivent les differentes fiTome II,
B --- Page 38 ---
Nonveaux
1694. tuations del claLune,& Foyages anx Ifes
qu'ils vont à plus de trois tellement fenfibles
Sizigies, & paffent
pieds dans 2 les
demi dans les Quadratures. toûjours un pied &
mèmes
J'ai fait les
ouj'ai Emrnicpmmaimemns demeuré plus de fix ans
retour des IAes. Mais ce n'elt après mon
erreur dont on fe charge lelprit pasl'unique mal dfentimens propos quand on fuit aveuglément les
de certainsécrivains.
Nous avons vê dans le huitiéme
cle que Vigilius Evèque de
fieayant avancé qu'ily avoir des Salzbourg,
toute LAllemagne s'éleva contre Antipodes,
fur déferé au Pape Zacharie
lui: il
Heretique
comme un
fes raifons il dangercux fat declaré , & malgré toutes
tel par l'Archevèque-Electeur de Mayence, & enfuite
parla Cour de Rome. Nous
core aujourdihui que des Ecoles voyons celebres enfouriennent fort lerieufement
Zonc. Torride eft inhabitable à caufe que des la
chaleurs continnelles &
La Zone regnent. Cela
exceflives
Tortide
éroit pardonnable quiy
n'eft pas voiages de Chriltophe
avantlcs
habita- ric
Colomb, d'Ameble.
Vefpuce, Sebaftien Cano,
Refuta- Drac, & une infinité
François
tion de demeuré
d'autres qui ont
ce fen.
dans a Zone
timent, ont fait le tour du monde: Torride, mais & de
dire encore
#
à prefent, il me fembie qu'il
regnent. Cela
exceflives
Tortide
éroit pardonnable quiy
n'eft pas voiages de Chriltophe
avantlcs
habita- ric
Colomb, d'Ameble.
Vefpuce, Sebaftien Cano,
Refuta- Drac, & une infinité
François
tion de demeuré
d'autres qui ont
ce fen.
dans a Zone
timent, ont fait le tour du monde: Torride, mais & de
dire encore
#
à prefent, il me fembie qu'il --- Page 39 ---
Françoifes'de PAmerique.
y a de l'entètement & du ridicile.
1694.
Je fçai que les deffenfeurs de cette
opinion difent, que la Zone Torride eft
abfolument inhabitable par elle-mème,
exfe, quoique par accident elle puiffe
devenir habirable, c'eft-d-dire, par le
fecours des-vents qui s'y font fentir, , qui
larafraichiffent & temperent fa chaleur
infuportable. Mais cette réponfe n'efteile pas pitoyable, car G . les vents alifez
regnent dans la Zone Torride n'y
que
accident > ils'enfaivroit
ELLE
par
quils n'y feroient pas toujours, comme cn
cferily a fouvent detres-longsealmes, &
qu'ainfi leur abfence ou leur défaut rendroit le paysinlobinblependant ce temslà, &c qu'il faudroit que les hommes
Phabitent mouruffent ou allaffent 2
meurer dans les Zones temperées, en
attendant le retour de ces vents rafraichiflans: esib@ntmymsiordemt.
Premicrement > Ces vents ne font point
dans la Zone Torride par accident; En
fecond lieu, quand ilsy manqueroient,
elle ne laifferoit pas d'être très-habitable.
Je dis en premier lieu que les vents Caufes
alifez ne font point dans la Zone Torride des vents
par accident > parce que lacaufe qui les regnent alifezqui
produit eft très-necellaire, très - fire & entre les
frès continuclle, puifqu'ils viennent ou Tropi. qucs,
Bij --- Page 40 ---
28. Nouveaux
aux
1694. du mouvement de Fayager la terre IRes
leil, ou du mouvemeng du aurouridu.Sode la terre. Que lun On Soleil-ausohur l'autre de
deux grands corps fe meuvenr, il
ues:
jours conllant que lachaleur duSoleil eftion- fair:
rarefiererés- confiderablement la
de.l'air qui sy trouve oppolée, & partic
T'impreflion ou l'action de cette
que
venant à diminuer par
chaleuri
la caufe qui la
léloignement dei
retourne à fa produifoit, ce mème air
retourne à la
2 comme un reffort
quand on celle
EtA
comprimer, Or cette
de le
refaction de l'air eft compreflion la caufe du & raceltle vent
vent,
roit : être
mème dont la caufe ne IçauPlus regke, plus plus neceilaire. narurelle; plus certaine, 3
les vents alifez qui & font par dans confé la
Zane Torride n'y font
ce n'eft donc
par accident
pas par Febtr qu'ils las
rafraschiflent, habitable,
ni par accident quelle eft
D'ailleurs quand ces vents n'y feroient
pas, T'égalité continuelle des jours & des
habirable nuits fuffiroit pour prouver qu'elle elt
: cette égalité faifant que la
terre, quelque chaleur qu'elle air contractée pendant
le Solcil étoit fur
Thorifon, a allez de tems pour fe rafraichir pendant les 12. heures que cetaitre
accident
pas par Febtr qu'ils las
rafraschiflent, habitable,
ni par accident quelle eft
D'ailleurs quand ces vents n'y feroient
pas, T'égalité continuelle des jours & des
habirable nuits fuffiroit pour prouver qu'elle elt
: cette égalité faifant que la
terre, quelque chaleur qu'elle air contractée pendant
le Solcil étoit fur
Thorifon, a allez de tems pour fe rafraichir pendant les 12. heures que cetaitre --- Page 41 ---
: Franpoifes delAmerique le monde doit
ne léchauffe rlus; car tout confifté dans le 1694convenir que la chaleur & la froideut
mouvement des parties, c'eft àla prefence du
dans leur repos, 2 &
&c le
folcil qu'on doit le mouvement ,
abience : Or ces deux tenis
égauix, n'eft-il pas vifible quelat teren
LE
tant de chaleur
re ne contracte jamais eft expofée au foleil,
douze heures qu'elic
qu'elle ne s'en décharge en douze autres
heutes qu'elle lui eft oppolée.
ces
C'elt cette vicifitude qui produit
rofées journalieres & abondantes qui
Thumectents la rafraichiflent & la rendent fi feconde. C'eftde-là que vient un
vent de terre que l'on ne manque jamais fur
de fentir la nuit fi froid & fi piquant,
tout deux ou trois heures avant le retour
du foleil,
eft obligé de fe couvrir
fous peine T contracter de violens maux
de poitrine : & c'eft encore à caufe de cela
qu'on fent toûjours du frais dès qu'on eft
foit expofé"
al'ombre, ou pour peu qu'on
au vent. Tous ces avantages me paroiffent la
plus quer faffifans pour prouver que
Zone Torride eft habitable parelle-mème
à quoi je dois ajouter qu'elle eft encore
plusagréable &c plus feconde que les autres
partics du monde. Il eft plus aifé de fe
garantir du chaud quand il ne faut pour
Bi 11) --- Page 42 ---
Nowveanx Yoyages ANx
2694. cela que fe mettre al'ombre 0
Ifles
de fe préferver du froid à & force au vent,
Suc > de maifons bien clofes
d'haJe fçai qu'on
& de feu.
objections fur pourroit me faire quelques
mais il eft fi facile ce que je viens de dire,
d'y
ne croi pas devoir
répondre, que je
cela quant à prefent, quirter il fe mon fujetpour
d'occalions de le faire dans trouvera la fite affez
Journal.
de ce
La riviere des Gallions de
maniere qu'onla pafle, eft toûjours quelque trèsdangereufe. Elle eft large de
trente - cinq toifes. Sa
trente à
La rivie- confiderable
profondenr eft
re des eft à
depuis le banc de fable
Gallions,
fon
qui
Son pat- tiers de lieue emboichureg jufqu'à un bon
fage eft
dans les terres, où elle didange- minue &devient enfin un
zeux. les autres rivieres
torrent comme
qui ont
de
pente, , & par conléquent beaucoup
excepté dans les baflins ou creux peu deau,
trouve affez fouvent dans leur cours. qu'on Ce
quirend fon paffage dangereux outre fa
profondeur & le refoulement des eaux de
la mer pendant le flux, ce font les Requiens & les Becunes qui s'y trouvent
Hres-fréquemment. J'ai parlé cy-devant
du Requien.
Pour la Becune, c'eft une efpece de
brochet de mer, vif, gourmand, vorace,
beaucoup
excepté dans les baflins ou creux peu deau,
trouve affez fouvent dans leur cours. qu'on Ce
quirend fon paffage dangereux outre fa
profondeur & le refoulement des eaux de
la mer pendant le flux, ce font les Requiens & les Becunes qui s'y trouvent
Hres-fréquemment. J'ai parlé cy-devant
du Requien.
Pour la Becune, c'eft une efpece de
brochet de mer, vif, gourmand, vorace, --- Page 43 ---
EPJCB --- Page 44 ---
Tom Il pag. 31.
Bonite:
Becune. --- Page 45 ---
Frangoifes de PAmerique.
hardi au del là de Tinagination. LesEf- 1694.
pagnols Fappellent Paricotas : je crois que Defcrip- tion du
les Anglois 'lui donnent le mème nom. Poiffon
On en a vû dans cette riviere de dix-huitappatlé
de
& de la grof.sme
à
pieds longueur, Quand la Becune eit
feur EI cheval.
de dents
de cette taille, elle a deux rangs & comlongues, fortes & tranchantes,
n'eft
obligée de fe tourner
me elle
point
fur le coté comme le Requien. infinimerit quand
elle veut mordre, 2 clle eft
plus dangerenfe. Nos Sauvages qui
attaquent & qui ruent à coups de couteaut
les Requiens & les Pantoufliers, n'ofent
paffant
fe jouer aux Becunes, parce que elles
avec une viteffe extraordinaite,
emportent un bras, une jambe ou uné
tète, comme s'ils étoient çoupez d'un
de fabre. Ileft artivé plnfieurs fois
coup dés chevaux & autres animaux pafSum à la nage ont eu des jambes conpécs,
ou le ventre à moitié emporté. de Becunes à la
On prend beaucoup.
des
fenne &à la ligne, mais ce font
petites, c'eft-a-dire, depnis un pied 1&
demi jufqu'à trois pieds de longueur.
C'eft un très - bon poiffon : fa chair eft
blanche, ferme, adez gralfe, &c de mème golr à peu près que le Brochet, mais
il n'en fautpas manger fans précaution, >
B 1v
,
ou le ventre à moitié emporté. de Becunes à la
On prend beaucoup.
des
fenne &à la ligne, mais ce font
petites, c'eft-a-dire, depnis un pied 1&
demi jufqu'à trois pieds de longueur.
C'eft un très - bon poiffon : fa chair eft
blanche, ferme, adez gralfe, &c de mème golr à peu près que le Brochet, mais
il n'en fautpas manger fans précaution, >
B 1v --- Page 46 ---
Nonueaus)
1694. car il eft fujet à Toyages AMX IRes
Qnalitez poifonner ceux s'empoifonner ile
& a endela Be eft en cet
qui mangent
il
cune &:
état. Comme
quand
lcs pré- vorace. il
ileft extrèmement
qu'ilfout caurions qui fe rencontre mange dedans goulument tout ce
prenilre Kcilarrive
& deffus l'eau,
d'en avant des Galeres très-fouvenr qu'ilsly rencontre
manger. cenilier
ou des Pommes de Manquifont des
&
poifons très-violens
trés-cauliques La Becune n'en meurt
E contracte quoiqu'elle en mange, mais fa
le venin & fait
ceux quila mangent,
mourir
mangé de ces méchantes commesisavoiene
ces Galeres,
Pommes ou de
Le moyen de connoitre fi on
manger de ce poiffou fans
peut
de vifiter fes
danger, eft
noires, c'eft dents, car G elles font
efte empoifonné. une marque infaillible qu'il
comme il arrive Siceligne efté éguivoque
tout à fait noires, quand ni elles ne font
blanches, il faur
aufli tout à E
on le trouve tant goûrer foit
le foye, & fi
jerter le poiffon
peu amer, il faur
ily a d'autrespoiffons comme empoifonné,
défaur, Scaquilfaur qui ont le même
précautions
apporter lesmèmes
parlerai quand avant d'en manger. J'en
Voici une l'occalionsen prefentera.
ne
remarque qu'il eft bon de
pas renvoyer plus loin. On eft affuré --- Page 47 ---
Frangoifes de PAmerique.
33 1694plufieurs experiences que les poiffons
parp
comme le Requien 2 le Pan- Remarvoraces
fur
touflier ou Zigene & la Becune,
poif- carun chien ou un cheval qu'un
nalliers.
LCE
plutôr
blanç :
me, & plutôt un Negre qu'un
danslerenveti@mentd d'une barque
quand ou d'un canot ils trouvent ces differentes
efpeces d'animaux à la mer. Je laiffe aux
curieux d'en chercher la raifon : il fuffit
que le fait que je rapporte foit veritable
& approuvé par tous ceux qui ont une
veritable connoillance de l'Amerique c,
& des autres endroits où l'on trouve de
carnafliers. Mon fentiment
ces poitfons
des chiens & des cheeft que les corps
fravaux exhalent des corpufcules qui
ces poilfons plus vivement > les atpant
Comme nous voyons
tirent davantage.
les corbeaux & mème
que les loups 7
une charogne
les chiens viennent plutôrà
commence à fe corOll à un corps qui
eft recemrompre, qu'a un corps qui
avis
ment privé de la vie, ce qui à mon
ne peut venir que des corpufcules qui
s'exhalant pour lors en plus grande quantité, sérendent aufli plus loin & frapent
plus fortement les organes de ces
animaux. Mais une chofe allez furprenante, &
quieitcependant de notorieté publique,
B V
charogne
les chiens viennent plutôrà
commence à fe corOll à un corps qui
eft recemrompre, qu'a un corps qui
avis
ment privé de la vie, ce qui à mon
ne peut venir que des corpufcules qui
s'exhalant pour lors en plus grande quantité, sérendent aufli plus loin & frapent
plus fortement les organes de ces
animaux. Mais une chofe allez furprenante, &
quieitcependant de notorieté publique,
B V --- Page 48 ---
1694. eft 34 que Nowveaux les mèmes V'oyages AHx Iles
La Becu- tôt un
poillons attaquent plune & lei ils les trouvent Anglois qu'un François quand
Requien preiinent roit-ce
enfemble à la mer. Seplu-Szun Anglois ouverts quel'Anglois que le
sauroirlesporery plus
quin fuite neceflaire François, il
& que
une
Frangois. corpufcules
exhaleroit Aur de
de ces
propres à fraper les organes
poiffons, & àles attirer : Mais
auroit-il pourquoi les auroit-il plus ouverts ? Y
quelque difference
tre les corpufcules du
notable ençois & d'un
corps d'un Fran.
fonner bien des Anglois ? Jai entendu raifoit arrivé à m'en gens farce fair fans qu'on
démonftrative &
donner une raifon
y avoir bien penfé, convsinquante. il m'a femblé Après
cela pouvoit venir de la nourriture
& de -
de
Anglois
leur
certain qu'ils
temperamment. Ileft
viande,
mangent beancoup de
pain;
eft cuite, & prefque point de
venu
asou
verbe, du moins une elpece de proque le pain eft la parmi nourritare les Irlandois: :
ceflité. Or ileft certain
de la nerure Conjec- de de viande produit dans ceux que la quantiré
l'Auteur fomment une
quila confitr ce en
certaine odeur que ceux
dujet,
mangent moins fentent aifément, qui
quoiqu'elle ne foirpas fenfiblea ceux
menent la même vie : & c'eftce quel qui
perience nous fait remarquer dans l'ex- les --- Page 49 ---
Frangoifes de FAmerigne.
35 1694
Bouchers,, je dis dans ceux mèmes ils font qui
font les Flus propres; de la comme viande, & que
toûjours au milieu
allez
d'ordinaire ils en confument
leur
l'odorat les
ntie
aifément nourriture, fans qu'on les connoiffe enavec qui ils fe
tre plufieurs perfonnes Pourquor ne pourra-t-on
rencontrent: la mère chofe des Anglois ?
1 pas dire
&c. D'ailleursi ils font d'un temperamiment
délicat & gras, la plapart d'un poil
dénore une chair
roux ou blond, qui
molle, poreufe & comme fpongieufe,
d'où il fuit quils ont les pores plus
ouverts, &
une feconde confequen- de COIce, ils RLtES une exhalation
pafcules dont Todeur eft plus penetran- davante, ferépand plus loin, &cfrappe
tage les organes de ces animaux. Caraibes
ilr n'ya a pas julques à nos de la cAaut
ont, comme l'on içait, goûté font venus les
de tous les Européens qui n'avoient que
chaffer deleur pays,
délicate &
la chair des
plus
E
Anglois
plus apetiflante que celle des François
& des Elpagnols, & quine diftinguent
mieux à l'odorat les veftiges ou traces
où un Anglois ou un Negre ont c'eft palfé und
que pas une autre Nation : car
Bvj
julques à nos de la cAaut
ont, comme l'on içait, goûté font venus les
de tous les Européens qui n'avoient que
chaffer deleur pays,
délicate &
la chair des
plus
E
Anglois
plus apetiflante que celle des François
& des Elpagnols, & quine diftinguent
mieux à l'odorat les veftiges ou traces
où un Anglois ou un Negre ont c'eft palfé und
que pas une autre Nation : car
Bvj --- Page 50 ---
Nonveaus
*694. chofe merveilleufe
anx Iles
voir avec
MEPLS
jufteffe & quelle certitude ils
quelle
dans un bois les routes
démèlent
a tenu, le fuivent pas à qu'un homme
la terre, & difinguent pas en Aairant
ou un
fic'eft un Blanc
glois. Sur Negre , un François ou un Ance principe qui eft très-certain, les Pourquoi ne pourra-r-on pas croire
gue
poiffons ont l'odorat alfez fin
pour connoître ce qui leur convient
davantage, plus
& pour le chercher avec
d'empreflement. Je ne
tant ceci qué comme une donne pourm'eft venué dans l'efprit, conjecture qui
le monde la liberté d'en laiflant à tout
le trouvera à
juger comme il
à
propos, & me foumettant
cortiger le mien dès - qu'on m'aura
voir quelque chofe qui
fait
vantage de la verité.
approchera daJ'ai dit cy- - devant que la Becune
s'empoifonnoit il eft
en avalant des
julte de dire ce que c'eft galeres:
poilfon.
que ce
La Galere ne paroit fur la furface
la mer que comme un amas d'écume de
Defcrip- tranfparente remplie de vent
tion de une veflie
de
comme
la Gale- où le
peinte
pluficurs
rc.
bleu, le rouge, & le violer couleurs, dominent. C'eft pourtant un Poillon
de
vic, dont le corps compofe de plein cartila- --- Page 51 ---
Françoifes de PAmerique.
ges & d'une
très-mince, fe rem- 1694plic d'air qui ferte foûtient fur l'eau &le
fait flotter au gré du vent & des lames qui le jertent fouvent fur le rivage oû il demeure échoiié fans fe
pouvoir remucr, jufqu'à ce qu'une autre
lame, onde ou vague comme on voudra l'appeller, 3 le reporte dans l'eau. Il
a huit cfpeces de jambes comme des
lanieres ou couroyes, d'une partie defquelles il fe fert pour nager, & de l'autre qu'il éleve en Taitepour prendre le
vent & fe foûtenir mieux fur l'eau. Il
s'attache à ce qu'il rencontre par le
moyen de fes jaibes qui font comme
gluantes. Je n'en ai jamais pû remarquer le mouvement quand jen ai trouvé fur le rivage, quoique
fiffe tout
mon
à
pollible pour obliger I poiffon
fe remuer,
feulementqu'il. embraffoit RELEIF les morceaux de bois
ou les pierres fur lefquels je le polois
en le prenant avec un bâton, & je trouvois de la réfiftance quand je le voulois détacher, foit qu'elle vint de P'effort qu'il faifoit pour ne pas abandonner ce qu'il tenoit, foit que ce fit l'effet
de Phumeur gluante dont fes jambes paroiffent être couvertes.
Le poifon de cet animal eft fi caufti-
ffoit RELEIF les morceaux de bois
ou les pierres fur lefquels je le polois
en le prenant avec un bâton, & je trouvois de la réfiftance quand je le voulois détacher, foit qu'elle vint de P'effort qu'il faifoit pour ne pas abandonner ce qu'il tenoit, foit que ce fit l'effet
de Phumeur gluante dont fes jambes paroiffent être couvertes.
Le poifon de cet animal eft fi caufti- --- Page 52 ---
38 Noxveanx
1694. que, (
G violent & Voyages f
aux Ifles
Efers du che la chair de quelque fubtil, que s'il toudela poifon foir, ily caufe une
animal
ce
lerc, Ga- naire avec une
chaleur LtErAt
leur auffi
inflammation & une doutie avoit été penetrante arrofée que fi cette
Ce que ce
d'huile
poifon a de
sominte
que la douleur
particulier, c'eft
chement croît à que caufe fon attoumonte far Thorifon mefare que le foleil
xive àf fonapogée, & jufqu'a ce qu'il armefure qu'elle
qu'elle diminue à
ceffe tout-à fait dekeend: en forte qu'elle
qu'il eft couché, peu On de momens après
de gens aux Ifles
ne manque
remedes contre
qui indiquent R
comme aucun de cette douleur : mais
fervis ne m'a affuré ceux d'en qui s'en font
Promp: fonlagement, avoir reçû un
ceux que
je confeille a
Remede curiofité lignorance, le hazard ou la
dcemal leres
Porreront à toucher des
2 de ne point
Garemede que celui de appliquer la
d'autre
fieurs
patience. Plu-
& le remede perionnes ont expetimenté le mal
je les ai crû aecir je de propofe : & comme
voir me difpenler d'en foi, Jai crit pouce fur moi-mème.
faire Texperien.
gens qui alfurent Il y a pourtant des
Partie qui a touché que la fi on met far la
galere, de l'ef-
Porreront à toucher des
2 de ne point
Garemede que celui de appliquer la
d'autre
fieurs
patience. Plu-
& le remede perionnes ont expetimenté le mal
je les ai crû aecir je de propofe : & comme
voir me difpenler d'en foi, Jai crit pouce fur moi-mème.
faire Texperien.
gens qui alfurent Il y a pourtant des
Partie qui a touché que la fi on met far la
galere, de l'ef- --- Page 53 ---
PICE --- Page 54 ---
Tom 2. rgo.3o.
Pomne de Mancenille. --- Page 55 ---
Frangoifes de PAmévigue.
prit de vin ou de l'eau-de-vie la. plus 1694.
forte, avec de l'huile qui fort de la code la noix d'Acajou lors qu'on la met
la dougerie le feu; cette mixtion appaife
leur dans le moment. Il me femble que
c'eft éteindre le feu en y jettant quanfiré chaleur
d'huile. Peut-être aufli que la
l'attouchement de la galere caufe
e dune efpece toute autre que celle
de ces.deux liqueurs, & qu'un contraire
un autre. Or ile fimple aten guerit
eft capable
rouchement de ce poiffon
de caufer tant de mal, que ne
le
de ce
FaETe
pas juger
qu'il produit l'a avalé 5 ce
corps d'un animal qui c'eft qu'il corquril y a de
la chair de ces
rompt &
On trouRmEa
poiffons fans les faire mourir. les côtes des
ve des galeres dans toutes les
de
Illes 2 3 & fur tout marées. après J'en coups ai vû
vent & les groffes endroits du golfe du
dans tous les
Mexique où j'ai été.
ou de ManLa pomme de Mancenille, fait femblable à la
cenilier eft tout - àDapis pour la couleur, la grofEur & l'odeur. Pour le goût je n'en Defcrip- tion du
dirai rien, ma curiofité n'a
été juf- nilier Mance- &c
qu'à en faire l'experience. E qu'il y de fon
certain c'eft
ce fruit eft un fruit.
a de
que --- Page 56 ---
40 Nouveanx
1694. cauftique des Poyager aux
ne peur apporter plus paitlans,
On
dhan
de faire avaler
d'autre remede que
en
promptement de Thuile
quantité aux animaux
mangé pour leur faire
qui en ont
& oindic les vifceres vomir le fruit,
cauftique y ait operé, avant que le fuc
te ces dangereufes
L'arbre qui porfi fort au Poirier, pommes reflemble
y feroient
que les plus habiles
même auffi. trompez. bien
Sa feuille eft la
n'a d'autre difference que fon écorce, qui
épaille & remplie d'un que lait d'être plus
vifqueux & corrofif. Son bois blanchatre
bier
fous l'autites ciigrifare, ondes de
mèlé de grandes &
difierentes
gé d'yeux de
teintes, Cute
beaux & micux perdrix, infiniment plus
le noyer, le caeur nuancez & les que tout ce que
peuvent produire.
racines d'olivier
Sa qualité cauftique &
n'eft pas feulement
venimeufe
Efets du fe trouve
dans fon fruit, elle
nilier, Mance. le bois, dans encore le lait dans les feitilles, > dans
ce quand on fait qui fort de fon écorfon ombre même y
une incifion, dans
de s'y endormir. lorlqu'on a le malheur
Cet arbre qui pour
for: grand, croît
l'ordinaire vient
mer ou des rivieres. toûjours au bord de la
Il eft rare d'en
n'eft pas feulement
venimeufe
Efets du fe trouve
dans fon fruit, elle
nilier, Mance. le bois, dans encore le lait dans les feitilles, > dans
ce quand on fait qui fort de fon écorfon ombre même y
une incifion, dans
de s'y endormir. lorlqu'on a le malheur
Cet arbre qui pour
for: grand, croît
l'ordinaire vient
mer ou des rivieres. toûjours au bord de la
Il eft rare d'en --- Page 57 ---
Françoifes de PAmérigue.
41--
ttotver dans des terres éloignées de 1694*
l'eau. Lorfqu'il pieut & qu'on paffe fous
cet arbre, il faur prendre garde de recevoir fur fes mains Oll autre partic
du corps, l'eau quia coulé fur fes feuildes veflies fur la chair
les, car elle caule
bouillante
comme fi c'étoit de Phuile
qui y fut tombée, & elle y excite une
demangeaifon très-douloureufe, & qui
dure longtems. Elle eft même capable
de faire perdre la vûë fielle tombe dans
les yeux, ou fi par mégarde on fc les
frotte avec la main moiillée de cette
eau, clle caufe d'abord une enflure
confiderable, qui de rouge qu'elle étoit
devient livide &
au commencement,
pleine de pus.
arbre n'eft
moins PrécauLe bois de cet
pas
tions
dangereux à travailler, à moins qu'il ne qu'on
foit entierement fec, & en cet état me.a re pour
me fa poulliere eft un poifon dont il fautiervr de
bien fc garder. C'eft un miftere quandsr bre. aril faut Pabattre. On amaffe auparavant
d'y toucher du bois fec autour de
e picd, on y met le feu, & on s'en
éloigne à caufe des accidens que la
fumée pourroit caufer. Loriqu'on juge
que le feu a confumé fon humidité €, on
d'avoir le viy met la hache > obfervant
lage & les mains couvertes d'un linge,de
fc garder. C'eft un miftere quandsr bre. aril faut Pabattre. On amaffe auparavant
d'y toucher du bois fec autour de
e picd, on y met le feu, & on s'en
éloigne à caufe des accidens que la
fumée pourroit caufer. Loriqu'on juge
que le feu a confumé fon humidité €, on
d'avoir le viy met la hache > obfervant
lage & les mains couvertes d'un linge,de --- Page 58 ---
42 Nonveanx Yoyages AHX
1694: crainte que la poulliere
Mles
lait ou Thumidité
qui en fort, le
ne rejailliffe far %
y être reftée,
bouche, dans
dans la
ape
Ceux qui le fcient les yeux ufent ou fur les mains.
cautions, aufli-bien
des mèmes pré-
& les Tourneurs
que les Menniliers
fa beauté le fait qui rechercher Temployent s car
des cabinets, des tables, des pour faire
& autres fortes de meub'es. gueridons,
Les Sau- arbre Nos Caraibes fe fervent du lait de cet
s'ea vages fet- il font pour empoifonner cela
leurs Réches;
vent
pour
une fente dans
pour em- ce, & y mettent le bout des l'écorpoifon- qui s'imbibent
fléches
ner leurs
eft
de la liqueur
fort
Aéchss, qui
blanche comme du quien lait,
plus épaiffe & plus gluante. Ils laifent mais
fecher les fléches
font
ainfimbibéos,6 lorfune playe elles
en même tems.
l'empoiZater
On n'a point trouvé jufqu'a
Defcrip- d'autre remede
prefent
Plante tion dela par les Aéches contre les playes faites
Toulou. fac d'une certaine empoifonnées,
le
l,"ique remede
p'ante qui a 2 encontre feignée Les
aux François par un
les flsCaraibes T'appe'lent Touloh, Sauvage.
ches em- François, Herbe aux fléches.
&clcs
poifon- fez
El'e eft af
nées.
femblab'e au Balifier,
fa hauteur ne paffe gueres excepté
Sa Aeur eft blanche
quatre
Pede
renfermée dans une --- Page 59 ---
Frangoifas de FAmérique:
&
, qui en 1694.
Beau verte 2 longue pointué
s'ouvrant en trois montre une pellicule mitendre,, unie, velué & creufe, au
licu de laquelle il a un petit fuccede jet en à
maniere de volute. L fruit qui
cette fleur eft une efpéce de prifme à
trois côtes, d'un rougepale & très-lifle, raboqui renferme une petite graine
teufe. La racine de cette plante eft une fubftance bulbeufe > blanche 2 aqueufe, &
néanmoins affez ferme, garnie de quantité de Gilets longs & fecs. Elle eft toute
couverte de membranes filamenteufes,
attachées les unes far les autres comme
plufieurs enve'oppes quicachentuner peau de
à la réferve
polic & un peu lnifante, fortent. Sa
quelques filets qui en
figure
dt ronde & prelque conique. verd clair attaché au
Sa feiille eft d'an
une
& canelée 5
tronc par
queué le bas, longue c'eft-à dire à fa
elle eft ronde par
environ
fois ou
plus
naiffance > quatre large; elle fe termine en
longue
près comme le fer d'une
pointe T peu
pique. Elle eft forte & ferme prefque d'ellecomme du parchemin, & fe roule
même aufli-tôt qu'elle eft cucillie.
On pile laracine & on la fait infufer
fait
pour en faire une ptifanne qu'on
tronc par
queué le bas, longue c'eft-à dire à fa
elle eft ronde par
environ
fois ou
plus
naiffance > quatre large; elle fe termine en
longue
près comme le fer d'une
pointe T peu
pique. Elle eft forte & ferme prefque d'ellecomme du parchemin, & fe roule
même aufli-tôt qu'elle eft cucillie.
On pile laracine & on la fait infufer
fait
pour en faire une ptifanne qu'on --- Page 60 ---
1694- 44 Nonveanx Froyager Aux Mles
iléches prendre à ceux qui ont été bleffés de
chaffer empoifonnées. le
Ellc a la vertu de
venin 2 & de
de
gagner les parties nobles; l'empècher &
on applique la même racine cependant
broyée en maniere de
pilée &
playe dont elle attire le caraplafme far la
faur que ce reméde foit venin ; mais il
tement : car pour
appliqué promptravaille peu qu'on tarde , ce
environs
avec vicelle, , il
de
corrompt
fetoans
s'eft
la bleffire 5 &
une
quand il
foiscommunique dans des
vaiffeaux, la bleffiue
grands
L'ombre L'ombre du
devient mortelle.
du cenilier Man. moins dangercufe Mancenilier n'eft gueres
dange- dorment
pour ceux qui
enreule,
2 que fon lair & fon fruir. s'y Ils
fontaffurez de fe trouveraleur réveil
flez
engraine extraordinairement, très
, avec une midangereufe. violente, &c une fiévre trèss
& de cordiaux C'eft à force de jus dec citron
s'étoit infinué dans qu'on chafle le venin qui
cet arbre eft aufli le corps, En un mot
beau; & en matiere de dangereux bois
qu'il eft
pas trouver qui en approche. on n'en Peut
té, Avant d'arriver au Bourg de la Trininous aliâmes à Thabitation de
fieur du
Montelli avoir Buc/Etang, à
à quile Pere Marà
; & comme il étoit
Peu près
de diner
fedier
3 On nous
inué dans qu'on chafle le venin qui
cet arbre eft aufli le corps, En un mot
beau; & en matiere de dangereux bois
qu'il eft
pas trouver qui en approche. on n'en Peut
té, Avant d'arriver au Bourg de la Trininous aliâmes à Thabitation de
fieur du
Montelli avoir Buc/Etang, à
à quile Pere Marà
; & comme il étoit
Peu près
de diner
fedier
3 On nous --- Page 61 ---
Françoifes de Amérigne.
convia, & nous l'acceptâmes. La mai-1694.
y ion du fieur du Buc elt ftiée fur le mor- Pointe
le cul-de-fac dedelac ravelle Cane ou.coline qui celui fépare du Gallion, dans & de la
la Trinité-davec
l'endroit oû commence une longue poin-7rarast
avance dans la mer près de déux
te qui
la pointe de la
licués, qu'on appelle
branche
Caravelle, qui jerte une. autre
vers, LEA qu'on nomme la Tartannel;
cette, branche avec. une morne qui for- eft
à TER de la riviere des Gallions > eft
ment le cul-de-fac du Gallion 2
fait
en deux
une pointe
M
partage & le par cul de-fac Gallion.
le, grand charmé Set la fitiation de cette
J'écois maifon dont la vûé s'étend fur ces deux
culs de facs, fur le Bourg, le Port & le
Fort de la Trinité, & fur une partie de
la Cabefterre. Monfieur du Buç-l'Etang
avoit un frere nommé Baltazardda Buc,
marié à une des filles de Monfieur Monel. Ils font enfans de Monfieur Pierre
du Buch, dontlhabitation étoitau-delfus des
du Bourg de la Trinité. C'étoit un Il
ptemiers habitans de la Martinique.
étoit d'une bonne famille de Normandie. Dès l'âge de quatoize ans fes parens du
le firent fervir dans le Régiment
Famille
Grand-Maitre. Erant revenu en fon pais de Monquslqses.campagnes ? il eut a quc- ficur
après
ans de Monfieur Pierre
du Buch, dontlhabitation étoitau-delfus des
du Bourg de la Trinité. C'étoit un Il
ptemiers habitans de la Martinique.
étoit d'une bonne famille de Normandie. Dès l'âge de quatoize ans fes parens du
le firent fervir dans le Régiment
Famille
Grand-Maitre. Erant revenu en fon pais de Monquslqses.campagnes ? il eut a quc- ficur
après --- Page 62 ---
46 Nonveaux
anx
1694. relle avec un homme Poyager de
IRes
Pierie le Chevalier de
qualité
Dubuc. rent, & le
Piancourt ; ils fe
Son hit.
Og
soire, fur la place, Chevalier le fieur du étant demeuré mort
pas encore dix-huit
Buc qui n'avoit
le fauver. Il
ans, fur obligé de
rade de
trouva heureulement à la
à la.voile Dieppe un Vailleau qui mettoit
fut porté à pour S. les Iles ; ilsyjetta, &
l'y fit bien-tôr Chriltophle. Sa bravoure'
choifi
connoître, > aufli fur-il
par Monfieur d'Efnambuc
verneur & Fondateur de la Colonie > GouS.
de
fieur Chriftophle, du
pour accompagner MonParquer fon neveu loriqu'il l'envoya gouverner lai nouvelle Colonie
venoit d'établir à la Martinique. Il qu'il
de CCS braves qui chaflerent les fat un
de la Cabefterre de cette
Sauvages
rude combat
Ile,après un
Nations à la cafe qu'il du y eut entre les deux
pelle aujourd'hui le Fort Borgne, Sainte qu'on apd'ou après qu'on les eut
Marie ;
aux culs-de-fac les plus reculez pouflés du jufques
de l'Eft,le fieur du Buc s'établic
côté
de fac de la Trinité, dont
au cula été le premier habitant, on peut dire
2u2 la premicre Sucrerie,
quily a
lui que ce quartier
& que c'eft à
confidérable de
3 à préfent le plus
la culture du lIle > cit redevable de
Cacao,dont ayapt trouvé
Marie ;
aux culs-de-fac les plus reculez pouflés du jufques
de l'Eft,le fieur du Buc s'établic
côté
de fac de la Trinité, dont
au cula été le premier habitant, on peut dire
2u2 la premicre Sucrerie,
quily a
lui que ce quartier
& que c'eft à
confidérable de
3 à préfent le plus
la culture du lIle > cit redevable de
Cacao,dont ayapt trouvé --- Page 63 ---
Frangoifes de PAmérique.
arbres dans les bois, - 2 il en a1694
quelques
& enfeigné à fes commultipliél'efpéce. la culture d'un arbre fi utile,
parriores en lui faifant part de fes obfervations &
des découvertes qu'il avoit faites fur ce
fruit. Le foin de fon bien ne l'a jamais
empêché de fe trouver
tout où il poude la
& donner des
voit acquerir
ecter
de fon zèle & de fon courage,
preuves
combats de S. ChriftoOn la vû aux
de Niéves S,
phle,a la prife d'Antigues,
de Monfatrat, de Tabac, de S. Euftache de Coroffol, il s'étoit diftingué
dans > toutes ces occalions, & il avoit repluficurs bleflures. Il aida encore à
çà challer les Anglois de la Guadeloupe en
&àles
de devant lcFort
1691.
repouller
avoient
S. Pierre de la Martinique qu'ils
attaqué en 1692. & on étoit fi perfuadé
à la Cour de fa prudence & de la valeur,
Monfieur le Chevalier de S. Laurent
que Lientenant Géneral des Ifes 2 & Monfieur Begon, Intendant, eurent ordre de
le mener avec eux lorfqu'ils allerent de
2 afin
E4
ordre du Roi, à S.I Domingue,
fervir de fes confeils.
Son fils ainé Jean du Buc, que l'onappelloit du Buc- l'Etang pour le diftinguer fcs
de fon pere, a marché fidélement fur
Iraces. Après avoir (ervi quelques an- --- Page 64 ---
48 Nowvean Yroyager Anx Iles
1694. nées fur les Vailfeaux du Roi,
retiré & marié à la Martinique, il s'étant s'eft
diltingué dans les Charges de Major, de
Capitaine de Grenadiers, & de
nant Colonel des Milices de la Licute- Cabef.
terre. Quoique jeune il avoit toujoursaccompagné fon
dans les entreprifes
que l'on avoit idlend far ies ennemis,
avoit acquis une jufte réputation. ll &cy fut
bleffé à la defcente que les
fi.
rent à la Martinique. 11 fervit Anglois avec beaucoup de diftinétion à la Guadeloupe en
1703. à la tête d'une Compagnic de cent
habitans de fon quartier > & il ne contribua pas peu à forcer les Anglois de fe
retirer comme je le diraien écrivant l'attaque de a Guadeloupe. Il acquir beaucoup de gloire à l'attaque de S. Chriftofous le Comte de
&
le fieur
Ele
Chavagnac,
Caffar, à la prife de Mon-.
farrat: ce fut lui qui fe rendit maitre du
reduit de cette Ifle avec la troupe qu'il
commandoir. Il voulut faire une ieconde
enrreprife fur cette même Ileen 17,
lly ht defcente à la têre de cinq cens
quatre-vingt hommes, pouffa les ennemis, & fe rendit maitre de plus de la
moitié de Tifles mais les gens s'étant débandez pour piller avant qu'il eut entierement achevé fa conquète qui paroilfoit
infaillible,
it maitre du
reduit de cette Ifle avec la troupe qu'il
commandoir. Il voulut faire une ieconde
enrreprife fur cette même Ileen 17,
lly ht defcente à la têre de cinq cens
quatre-vingt hommes, pouffa les ennemis, & fe rendit maitre de plus de la
moitié de Tifles mais les gens s'étant débandez pour piller avant qu'il eut entierement achevé fa conquète qui paroilfoit
infaillible, --- Page 65 ---
Fage 48.
GRAND
OCEAN ou MrR
Vle au
DU
Pnne
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Zme.
IopoMtarin
& dianagoa
ISLE DE LA
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GUADELOUPE
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1.Fort de la
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Grande Ance
Pos Chateans uT des
sud ougt
ouete de vicur Pore
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N
Tarue de TRe
de Martgalauna --- Page 66 ---
SPJOE --- Page 67 ---
Françoifes de TAmerique.
infaillible, les Anglois fe rallierent, &1694fondirent far lui de toutes parts, , & troudes
chargez de butin, ou OCvant à en gens amafler, il eft certain qu'ils
cupez auroient eu bon marché fans la pruen dence & la valeur du chef, qui avec une
poignée de gens qu'il raffembla, fit tête
& fe retirant en bon ordre
aux ennemis,
il donna lieu
& toujours en combattant, fans
à fes gens de s'embarquer
avoient précipitation, & avecle butin qu'ils
fait. Il battit dans la mème campagne unr
vaiffeau de guerre Anglois de cinquantecanons, quoique celui quil monquatre
On luieft
toit n'en eût que vingehuit.
redevable de la confervation de quantité
de bâtimens François qui feroient tombez entrelesmains des Anglois, fifabonne condaite, fa valeur & (on experience,
fuppléant ail peu de forces quil avoit 2
n'avoient obligé les Corfaires ennemis à
s'éloigner des côtes & des croifieres de
nos Iiles. Enfin je lui dois cette juftice
qu'on lui eft redevable de la confervation de la Colonie de la Martinique,
de toutes celles
&c vraifemblablement dans le tumuldes autres Iles, puilque
te qui arriva aul mois de Mai 1717: ayant
été élà malgré lui chef de la Colonie, >
il agit avec tant de prudence & deferTome II.
C
les Corfaires ennemis à
s'éloigner des côtes & des croifieres de
nos Iiles. Enfin je lui dois cette juftice
qu'on lui eft redevable de la confervation de la Colonie de la Martinique,
de toutes celles
&c vraifemblablement dans le tumuldes autres Iles, puilque
te qui arriva aul mois de Mai 1717: ayant
été élà malgré lui chef de la Colonie, >
il agit avec tant de prudence & deferTome II.
C --- Page 68 ---
50 Nowveaux Froyages aux IRles
1694. meté, qu'il conferva Tille au Roi, fans
que dans unefi horrible confufion il
arrivé aucun defordre ni aucun
foit
Cette affaire eft trop de
meurtre.
fait
conféquence, &
tropd'honneur au fieur du Buc
n'en parler qu'en paffant comme pour
ici, Jela
je fais
rapporterai tout aulong
autre endroit.
dansun
Son cadet Baltazard du Buc a totiours
fervicomme Officier dans la Milice de la
Martinique, valeur de
& n'a point dégeneré de la
fon pere & de fon aîné,
que fon peu de fanté l'eût empèché de quoi.
trouver dans les occalions où les
fe
ont été hors de la Martinique.
autres
Le Roi pour reconnoitre les
de cette famille, accorda des Lettres fervices de
Noblelle à Monfieur Pierre du Buc en
1701,
Ileft mort en
âgéde foixantehuitans, fe voyant alors pere ou grandperc de quarante deux enfans ,
n'y eût encore que fes deux quoiqu'il ainez les
fieurs Jean & Baltazard du Buc qui euffentété mariez.
à Je parlerai des autres familles des Iflos
melure que l'occalion s'en
& je tâcherai de rendre à un prefentera, chacun la
juftice qui lui eft dûc. J'ai demeuré aflez
long-tems dans le pais pour être bien in- --- Page 69 ---
Françoifes de PAmérique.
ST
formé de tout, &c pour nej pas ajoûter foi 1694trop legerement aux memoires qu'on
pourroit m'envoyer.
Nous defcendimes au Bourg de la Trinité après que nous eûmes diné. Nous
fûmes voir Monfieur de Mareuil Lieutenant de Roi de PIfle, Commandant à
la Cabefterre, à qui nous dîmes ce que
nous avions réfolu. Ilapprouval beaucoup
le choix que nous avions fait. Il connoiffoit le terrain, & par.conféquent la
commodité qu'il y. auroit d'établir un
Bourg auprès de la nouvelle Eglife 5
ce qui n'auroit pas été G facile à la pointe
du fieur Fevrier , quoique le lieu eût été
bien plus commode pour rle Curé. Il nous
loua d'avoir preferé l'utilité publique à
celle de nos Confreres.
Monfieur de Mareuil étoit d'Amiens, 3
fon nom eft le Correur. Il avoit un frere
ainé qui étoit établi à S. Chriftophle
long-tems avant que le cadet vint aux
Ifles. Celui - ci fut d'abord employé à
conduire les travaux qu'on faifoit en
cette Ifle-là; il monta de cet emploi à
celui de Capitaine d'un détachement de
la Marine, & devint enfin Lieutenant de
Roi de la Martinique. Ilavoit amaflé du
bien, & ne négligeoit rien
l'augmenter. Ila avoitépoufé une Iea filles du
Cij
long-tems avant que le cadet vint aux
Ifles. Celui - ci fut d'abord employé à
conduire les travaux qu'on faifoit en
cette Ifle-là; il monta de cet emploi à
celui de Capitaine d'un détachement de
la Marine, & devint enfin Lieutenant de
Roi de la Martinique. Ilavoit amaflé du
bien, & ne négligeoit rien
l'augmenter. Ila avoitépoufé une Iea filles du
Cij --- Page 70 ---
fieur 52
Nonveaux Voyages Anx
1694.
Piquer de la Calle,
IRes
Hiftoire cipal & comme Intendant Commis
de du fieur pagnic de
de la
MaHpiac
reuil, pretendoir être 1664. Monfieur de Mareuil
Lieute- fon
Gentilhomme, &
nant de
grand-pere avoir été
que
Roi à la Henry IV, pour les fervices annobli par
Martini- rendus à la
qu'il avoit
que,
reprife d'Amiens.
le Je fus coucher au fond S.J
lendemain marin
Jacques, &.
moi. Ce
je me rendis chez
outre les connoilfanccs vayage m'avoit fait plaifir,
lieux où je n'avois
que j'acquis des
m'avoir épargné le pas encore été, il
fottifes & les
chagrin de voir les
nuifier, qui pendant impertinences de mon Mepenfé défoler mon mon abfence avoit
Negre
j'avois Pentionnaire, laifléa la
& le
venoir Tulatal fon
maifon. Il
Pourquoi j'envoyai chercher ouvrage le 5 c'eft
guillier pour le payer, & m'en débaralfer. MarCelui-ai qui avoit autant fouffert
moi & mes gens de fa mauvaife
que
au lieu de lui donnerd dellargente humeur,
le paya avec : un de fes billets qu'il comptant, avoit
traliques, outils hors de pendant que je fis mettre fes
delespotterlermene ma cour, lui lailfantle foin
Reum que le Marguillier commeil nelai pourroit voulue
fervice, perfonne pour lui rendre cei --- Page 71 ---
Françoifes de TAmerique. ainfi achevée, 53 1694Ma maifon fe trouvant le plaifir du repos.
je commençaiig goûter quelque tems le
Mon jardin m'occupoir
à mettre
foir & le matin. Je miappliquat
en ordre les leçons de Mathématiques en
enfeignées à Nancy
vifite
Cela avec
tov
Ee un cours abregé.
des malades, mes exercices fpirituels, Penmon étude, l'inftruétion famille, de mon & un
fionnaire & de ma perite
de promenade le foir, partageoient
peu mon
& me le faifoient pafler
tout
tems,
du monde.
le plusagréablement
CHAPITRE III
Hifoires de qmelques Negres Sorciers.
E fut environ ce tems-là qu'un Neefclave d'un de mes Paroiffiens
me
Ci
appellé le fieur Philippes Mignac,
vint prier de lui rendre un certain petic
fac que je lui avois ôté avant de le maitre baptifer. J'avois été averti par fon il faifoit
qu'il fe méloit d'èrre Sorcier,
forcier. Negre
retrouver les choles perdués; il devinoit;
il prédifoit l'arrivée des vaiffeaux, &c
autres chofes à venir, du moins autant
le diable le pouvoit connoître, & le
quc
Ciij
rier de lui rendre un certain petic
fac que je lui avois ôté avant de le maitre baptifer. J'avois été averti par fon il faifoit
qu'il fe méloit d'èrre Sorcier,
forcier. Negre
retrouver les choles perdués; il devinoit;
il prédifoit l'arrivée des vaiffeaux, &c
autres chofes à venir, du moins autant
le diable le pouvoit connoître, & le
quc
Ciij --- Page 72 ---
1694. M réveloit. Nowveanx Vayages aux HRes
ajoûté
Mais comme je n'ai jamais
beaucoup de foi à ces fortes de
chofes, je crus que ce
étoit
charlatan qui en faifoit accroire Negre
un
attraper leur
aux fimexaminé avec
Cependant
EE
en
,
REAE
partic la verité de ce qu'on je reconnus
dit; & cela m'obliga de differer m'avoitbaptifer jufqu'à la
de le
j'culle réfolu de le faire Penrecbre, à
quoique
trouvé bien inftruit, & Pâques, l'ayant
mandoit le Baprème
voyant qu'il deextraordinaire. A la avec une ferveur
finje m'étois laiffé
gagner > &cje l'avois
fait renoncer à tous fes baptifé aprèsl'avoir
& explicites qu'il
pactes implicites
le diable. Je chargeai pouvoir avoir faitavec
aufi fon parain, de veiller fon maitre qui étoit
fir fa conduite. Pendant foigneufement
mois j'en fus fort
plus de trois
point de plus exac content; 5 iln'y en avoit
au
que lui à la Meffe &
Catéchifme: il me preffoit de le faire
communier, fer m'alfurant & je commençois à y
le
pentierement retclic de fon Baprème avoit enfon ancien mêtier:
cfpric les idées de
matin je le trouvaia quand un Dimanche
volaillesà la main. ma porte avec deux
loit vendre, & lui en Je crus qu'illes vouil me répondit
c'étoit demandaile prix ;
que
un prefent --- Page 73 ---
Frangoifes de T Amerique.
qu'il me vouloit faire, , je le remerciai 1694.
& refufai de les recevoir à moins qu'il
n'en prit le payemeht. Après quelques vouloit
cérémonies il me dit quil n'en
mais
f je lui voulois
point rendre d'argent; fon
fac,j En lui ferois un fort
Cette demande me fit de
grand
vouloit reTRLES
la peine, & je connus qu'il
tourner à lon vomiffement. Cependant avoit
afin de connoitre mieux ce quil
dans le cceur, je feignis de n'avoir pas
grande difficulté à lui accorder ce qu'il
demandoit. Jel l'interrogeai fur Tame. fage qu'il faifoit des différentes pieces qui
étoient dans ce fac : il m'en apprit tout
voulois
& m'avoia
ce que j'en
(gavoir, éroit défait,
à la fin que depuis quilsen miferable, au
il étoit devenu gueux il étoit & fort à fon aife,
lieu qu'amparavant venoient confulter
parce que ceux qui le Il'm'en dit plus
lepayoient graflement.
quiln'en failoit pour me faire connoire
que fon cceur étoit perverti. Je avoir changeai fait
pour lors de ton, & après lui
le menaçai
une reprimande terrible, les je mains dela
de le faire mettre entre
de le faire
Juftice
ne manqueroir pas
braler: 2 pour lui faire voir quilnauroit
jamais fon fac, je dis à mon Negre de
l'aller chercher, & de le faire brûler fur
Civ
lepayoient graflement.
quiln'en failoit pour me faire connoire
que fon cceur étoit perverti. Je avoir changeai fait
pour lors de ton, & après lui
le menaçai
une reprimande terrible, les je mains dela
de le faire mettre entre
de le faire
Juftice
ne manqueroir pas
braler: 2 pour lui faire voir quilnauroit
jamais fon fac, je dis à mon Negre de
l'aller chercher, & de le faire brûler fur
Civ --- Page 74 ---
Nosveanx
1694. le champ. Onmel Poyages aux Ifles
mon petit Negre T'apporta: s'eroit
mais comme
babioles il en manquoit diverti de ces
entre autres un marmoufer queiques. de
- uns, 3
qui éroit l'idole que ce Negre terre cuire, 3
& qu'il alfaroit lui rendre confultoit,
quellions qu'il lui faifoit. On réponfe la
aux
tant qu'onla trouva; elle étoit chercha
puc, Jachevai de la brifer à déja rommarteau, aufli bien qu'une
coups de
quirenfermoir un peloton petite de fil calebaffe
voit à retrouver les chofes
qui ferquantité de femblables bagatelles. perdnes, &
tout jetter au feu devant lui, &c Je fis
chez fon maitre à qui
lerenN venoit d'atriver, afin jécrivis ce
plus foigneufement far fon qu'il veillât
qu'il le châtiât feverements'il Negre, &
voit de la moindre chofe. Cet
qui étoit un homme
LMTOE
Dieu, aima miéux fe lage & craignant
gre quelque utilité priver de fon Neque de garder chez qu'il lui en pàr retirer 2
illevendit bien-tôr un pareil ouvrier;
Ille, & me débarafla après dans une autre
gu'ilm'anroit donné, ainfi de la peine
Je fçai qu'il y a bien des gens
regardent comme de pures
qui
& comme des contes ridicules imaginations 5,
fauffetez tour ce qu'on
ou des
rapportc des Sor- --- Page 75 ---
Frangoifes de PAmerique. le diable. 57 1694.
siers, & de leurs paétes avec dans ces
J'ai été moi-mème long-tems
fentimens. Je fgaidailleurse qu'on exagere
fouvent dans ce qu'on en dit : mais je
croi qu'il faut convenir que tout ce qu'on
dit n'eft pas entierement fanx, quoiqu'il vrai.
ne foit peut - être pas entierement dcs faits
Je fuis aufli perfnadé qu'il y a
voici
d'une verité très - conftante ; en
oculaires
imiarssene eu toute la certitude
& d'autres dontjai
s'affurer de la
qu'on peut delirer pour
verité d'un fait.
de la Province Un jeune
Un de nos Religienx le Pere Fraiffe, fait Negre tomde Toulouze , appellé
de Juda en ber de la
avoit amené du Royaume
pluye.
Guinée, àla Martinique, un petir Negre
de neuf à dix ans. Quelques mois après
que cet enfant fut arrivéil entendit nos
Peres qui fe plaignoient de la fecherefTe fouqui gatoit tout leur jardin, & enfant qui
haitoient de la pluyei Cet
leur
aet
commençoit à parler François,
manda s'ils vouloient une groffe ou une
petite pluye, les affurant qu'il la feroit
venir fur le champ. Cette propofition
étonna étrangement nos Peres, ils confulterent entr'eux 5 & enfin la curiofité
l'emportant far la raifon, ,ils confentirent
que l'enfant qui n'éteit pas encore bapC V
& enfant qui
haitoient de la pluyei Cet
leur
aet
commençoit à parler François,
manda s'ils vouloient une groffe ou une
petite pluye, les affurant qu'il la feroit
venir fur le champ. Cette propofition
étonna étrangement nos Peres, ils confulterent entr'eux 5 & enfin la curiofité
l'emportant far la raifon, ,ils confentirent
que l'enfant qui n'éteit pas encore bapC V --- Page 76 ---
Nowvean
anx
1694. tifé, fit venir une Foyager
IRes
jardin.
petire pluye far leûr
Cet enfant alla aufli-tôt cueillir trois
gnées oranges les qu'il pola à terre un peu éloidevant unes des autres, il fe profterna
une attention chaque orange avec un refpeét &
il prit enfuite quiéronnoitnos trois petites branches Religienx:
ranger, &
ss'ètre
de d'oveau illes C fur les profterné trois
noucommença pour la troifiéme fois oranges. fes
Il
ternations en difanrquelques
profbeaucoup d'attention & de parolesavec
puis s'étant levé avec une de ces refpec,
branches à la main, il
petites
les côtez de Thorifon regarda de tous
perçut un très perit nuage jufqu'a qui ce étoit qu'ilap- fort
la éloigné main & fort cair; pour lors il étendit
avec la branche du côté du
douce qui produfit dansl'inftant une pluye nuage allez
qui dura près d'une heure. Il
cependant les oranges & les branches prir
les enterra.
&
On peut juger de léronnement de
Peres quand ils virent ce
nos
remarquerent après que prodige, la
&
2ros ceffée quil n'en éroir
tombé pluye
goute hors l'enceinte du pas jardin
une
trouva parfaitement bien arrofé. qui fe
demanda à l'enfant qui lui avoit
On
apris ce --- Page 77 ---
Françoifes de PAmeriqne.
fecret, il dit que c'étoit des Negres % 1694fon pais quile luiavoient enfeignédans la
traverfée, c'eft-à-dire , pendant le
fait enfemble de
COARSE
qu'ils avoient
Ce
fut nomjufqu'àla Martinique.
Negre il m'a fervi
mé Amable au Baptème,
vis beauquelque tems : & comme jelui
coupd'efprit & de difpofition pour aprendre un métier, je lui fis apprendre celui
de Tailleur de pierre &c de Maçon : ilsy
rendit irtrès-habile, & a fait debons éleves.
Je lui avois donné quelque commenmettoit en
cement d'Architeéture quil
pratique fort proprement. 11 m'a'avoié
plufieurs fois cette hiftoire, , mais il avoit
oublié une partie des paroles qu'il falloit
dire en failant les profternations, parce
qu'on n'avoit pas manqué de lui défendre
de fe fervir jamais de ce fecret. Les Peres
Bournot & Fraiffe, ReTemple 3 Rofié,
ligieux de notre Ordre, étoient prefens
quand cette pluye tomba, & avoient vû
toutes les cérémonies quej je viens d'éctire.
Les deux premiers font encore vivans en
cette année 1718. Le Pere Temple demeure au Couvent de Nimes, & le Pere
Rolié à la Martinique, auffi bien que le
Negre. En 1698. jai été témoin oculaire du
fait que je vais rapporter. J'étois pour
Cvj
ligieux de notre Ordre, étoient prefens
quand cette pluye tomba, & avoient vû
toutes les cérémonies quej je viens d'éctire.
Les deux premiers font encore vivans en
cette année 1718. Le Pere Temple demeure au Couvent de Nimes, & le Pere
Rolié à la Martinique, auffi bien que le
Negre. En 1698. jai été témoin oculaire du
fait que je vais rapporter. J'étois pour
Cvj --- Page 78 ---
Nowveaux Voyagesa anx IRes du fond
de notre habitation
1694- lors Syndic àla Martinique.
qui
S.Jacques Il avoit une de nos Negrefles d'une
étoit y attaquée depuis long-tems ne conUne Ne maladie que nos Chirurgiens
étoit
frte con- noifloient point, ou parce qu'elle étoient
fulter le
, ou parce qu'ils chez
diable extraordinaire
avoit été portée
maladie. fur fa des ignorans. Elle
fe emeloienrde
rousles Negres du pais qui en recevoir
traiter cesfortes de maux.fans Je croi que cc font
aucun foulagement. lents dont ils fcavent! la com- A la
des poifons
le remede.
pofition,, 8c quelquefois
& des
fin je me laffai de tous cela ces voyages, me cauloir. Je
dépenies inutiles que
&je luidéla hs rapporter à Thabiration, médicament des
fendis de prendre feulement aucun du Chirurgien
Negres, mais
je la remis en lui rede la maifon à d'én qi avoir un foin tout
commandant
parriculier.
nuit
dans
Je fus averti une fc qwilyawoit méloit de Mefa cale un Negre qui dans le dellein de
decine. Jy fus anfi-tôr &c de le chaffer. Mais
le faire châtier, de la porte je m'arrétai pour
étant proche des fentes & des palmilies
voir au travers éroit
- 2 ce qu'on y
dont la cafe
palifladée érendué à terre
faifoit. Je vis la malade marioufet de
fur une natie. Un perit --- Page 79 ---
Françoifes de PAmerique.
femblable à celui quej j'a- 1694terre à
près
étoit fur un petit
vois CeltEt au Macouba,
& le
fiege au milieu de la cafe,
devant Negre
prétendu Medecin étoità fembloit genoux avec
le marmoufet, &
prier
il
beaucoup d'attention. Un peu moitié après de
prit un coty, c'eft-à-dire du feu, une il mit de
caleballe ou il y avoit
Enfin
la gomme deflus, & encenfalidole.
après plufieurs encenfemens & demanda prolternations, ils'en approcha & lui
fi la Negrefle gueriroit ou non. J'entendis la demande, mais je n'entendis pas
la réponfe. La Negretle qui étoit la partie
la plusinrerreilée. & quelquesNegres qui
étoient plus voifins que mol,Tentenditene & à crier.
& fe mirent aulli-tor à pleurer
&c
J'enfonçai la porte dans ce moment,
jentrai, & comme javois avec moile
Raffineur de la maifon, le Commandeur
Negre, & cinq ou fix autres qui avoient viens
vû & entendu comme moi ce que je
de dire, je fis faifirle forcier, & quelques-uns des (pectateurs qui n'étoient pas
marmoulet,
de notre habiration.Je prisles
l'encenfoir, le fac & tout Fartirail, 8cje elle
demandai à la Negreffe pourquor le diable
pleuroit : elle me répondit que dans quatre
avoit dit qu'elle mourroit entendu la voix
jours, & qu'elle avoit
autres qui avoient viens
vû & entendu comme moi ce que je
de dire, je fis faifirle forcier, & quelques-uns des (pectateurs qui n'étoient pas
marmoulet,
de notre habiration.Je prisles
l'encenfoir, le fac & tout Fartirail, 8cje elle
demandai à la Negreffe pourquor le diable
pleuroit : elle me répondit que dans quatre
avoit dit qu'elle mourroit entendu la voix
jours, & qu'elle avoit --- Page 80 ---
Nouveaux Vayages aux
1694. qui étoit fortie de la perite IRes
autres Negres affirmoient la
Les
Je leur dis
chofe.
caa
pour lesdéfabufer quec'étoir le
Negre qui avoit parlé en contrefaifant fa
voix, & qui fi le diable eûc été là
pour lui
préfent
iepondre.illaron aufli averti
quejérois àla porte pour le prendre. Cependantje fis attacher le
his diftribuer environ trois forcier,dejelai cens
foiiet qui l'écorcherent
coups de
depuis les
jufques aux genoux. Ilcrioit comme épaules
delefperé, & nos] Negres me demandoient un
les grâcc
lui, mais je leur difois
siodemna ne fentoient point de mal, que
que fes cris étoient pour fe
de &
moi. Je fisapporter un fiege, mocquer mis le
marmoufer devant lui, & loi dis jy de
le diable de le délivrer de mes
prier
d'emporter la figure; & comme mains, il ou
faifoit ni lun ni ilautreje le faifois toûr- ne
jours foiietter à bon compte. Nos
quis'étoient tous affemblez
Negres
& me difoient que le diable trembloient, me feroit
mourir, &ils étoient tellement
de cette folle imagination, prévenus
pouvois les en faire revenir, que je ne
chofe queje piffe leur dire. Ala fin quelque
leur faire voir que je ne
pour le
diable ni les forciers, je craignoisni crachai far la
figure & larompisacoups de pied, quoi- --- Page 81 ---
Frangoifes de PAmerigne.
jeuffe fort envie de la garder, je 1694que brifai lencenfoir & rout le refte del'équipage; & ayant fait
du feu,
je fis brûler toutes EAEI du forcier; fis
je fis piler les morceaux dela ftatué, dans & la
jetter les cendres & la poulliere
riviere. Il me parut
cela raffura un
nos
Jc dem mettre le forcier
peu fers Negres. lavoir fait laver avec une
aux
après c'eft- à- dire avec de la faupimentade, mure dans laquelle on aécrafé du piment
& des petits citrons. Cela caufe une douleur horribleàceux quele foiiet a écorché,
mais c'eft un remede affurécontre la gande venir
grenne qui ne fisaulli manqueroit étriller pas tous ceux
aux playes. Je
dans l'affemblée
qui s'étoient trouvez
fi curieux
pourleurapprendse: àn'ère pas
une autre fois 5 & quand il fut jour, je
fis conduire le Negre forcier à fon maitre
àquijécrivis ce quis'éroitp palfe, le priant
en mème tems de lui défendre de venir
dans notre habiration: il me le pronit,
me remercia de la peine que je m'étois
donnée, & fit encore fotetter fon forcier
de la belle maniere. facheux dans cette
Ce qu'il eut de
mourut efavanture, kec que la Negrelfe
feétivement le quatriéme jour, foit que
fon imagination eût été frapéc de la ré-
crivis ce quis'éroitp palfe, le priant
en mème tems de lui défendre de venir
dans notre habiration: il me le pronit,
me remercia de la peine que je m'étois
donnée, & fit encore fotetter fon forcier
de la belle maniere. facheux dans cette
Ce qu'il eut de
mourut efavanture, kec que la Negrelfe
feétivement le quatriéme jour, foit que
fon imagination eût été frapéc de la ré- --- Page 82 ---
Nonveaux Yroyages AHX
1694- ponfe du diable, foit
IRes
il eût connu que fon infirmité que veritsblement
emporter dans ce tems-là, A
la devoit
j'avois eu foin de la faire tout hazard
j'eus la confolation de la voir confeller, &
bonne Chrétienne, & fort
mourir en
la faure qu'elle avoit commife. repentante de
Je tiens le fait que je vais
de
Monfieur Vanbel, Directeur rapporter du
toir de Dannemarc en PIfle faint Compqui eft une des Antilles
Thomas
récit lorfque
> qui m'en fit le
jy paffai au mois de Mars
1701. en venant de S.
Negre Un
Domingue.
forcier de faire Negre convaincu d'être forcier, &
à brilé Saint vif fut condamné parler une perite figure de terre >
Thomas, brûlé vif.
par laJuftice de l'Ile à être
fur fon chemin Monficur Vanbel s'étant trouvé
fupplice, luidit; lorfqu'on le menoit au
Hébien (tel) tu neferas
plas parler ta petite Reure, elle
Le Negre lui
eff rompwè,
répondit; Si vouS vonlez
tenezila Monfenr, jeferas parlerla canne gne VOHS P
main. Cette
tout le monde; Monfieur propofition Vanbel étonna
Juge quiétoit préfent de furceoir pria le
moment l'exécution,
voir pour un
gre viendroit à bout pour de
file Nece
mertoit; & cela lui ayant - été
donna fa canne au
sr
Negre, qui l'ayant
plantée en terre, & fair quelques cé- --- Page 83 ---
Frangoifes de PAmérigne.
65--
rémonies autour , demanda à Monfieur 1694.
Vanbel ce qu'il vouloit fçavoir 5 celui-ci
lui ayant répondu qu'il vouloit fçavoir f
un vaiffeau qu'il attendoit étoit parti,
quand il arriveroit, ceux qui étoicntdedans, & ce qui leur étoit arrivé pendant
le voyage. Le Negre recommença fes cérémonies, après quoi is'étant retiré il dità
Monfieur Vanbel de s'approcher de fa
canne, & qu'il entendroit la réponfe de
ce qu'il vouloit (çavoir. En effet Monfieur .
Vanbel s'étant approché entendit une
petite voix claire & diftinéte qui lui dit:
le vaiffeau que tu attends eft parti d'Elfeneur un tel jour, c'eft un tel qui le
commande, il a tels & tels palfagers avec
lui, tu feras content de fa carguatfon, il
a fouffert un
de vent en paffant le
Tropique qui CE a rompu fon petit
Hunier, & emporté favoile d'Artimon,
il moiillera ici avant trois jours. Le
Negre ne laiffa pas d'ètre exécuté, &
trois jours aprèsle vaiffeau étant arrivé,
on vérifia à la lettre toute la prédiction.
Jene finirois pas fije voulois rapporter
tout ce que je fçai fur cette matiere, il
me femble que ces quatre faits fuffifent
pour prouver qu'ily a veritablement des
gens qui ont commerce avec le diable >
& quifefervent de lui en bien des chofes.
illera ici avant trois jours. Le
Negre ne laiffa pas d'ètre exécuté, &
trois jours aprèsle vaiffeau étant arrivé,
on vérifia à la lettre toute la prédiction.
Jene finirois pas fije voulois rapporter
tout ce que je fçai fur cette matiere, il
me femble que ces quatre faits fuffifent
pour prouver qu'ily a veritablement des
gens qui ont commerce avec le diable >
& quifefervent de lui en bien des chofes. --- Page 84 ---
Nonveanx
1694.
Fayages AnX Ifles
CHAPITRE IV.
Le Superienr General des
Freres Précheurs meurt a Mifions 8.
des
Son Enterrement, Les
Thomas,
la
Mifiammairer de
Martinigue en élifent Hn à fa place.
L
Jeudy 4. Novembre 1694.
au fond
je me
Liet
faint
tous nos Peres fe
Jacques, o
l'exception de celui trouverent auffi, à
Moiillage
qui étoit Curé du
foin de fa Paroiffe. qui y étoitdemeuré pour avoir
Le Pere Cabaffon,
Superieur de notre Miflion dela Mar- 3
tinique, fit
> qui nous avoit
Mort du
part de la mort du convoqué,nous Reverend
Supe- Caumels notre
Pere
rieur Gé-étoit décedé en Superieur General, Il
neral des
lIlE S.
Freres Antilles, où il étoit Thomas, unedes
Pré.
allé chercher une
cheurs, embarquement pour S.
après avoir fait fa vifite & Domingue 3
de notre Miflion de l'Ile de reglélesafaires lainte
voiline de celle de S. Thomas. Croix,
attaqué du mal de Siam qui
Ily fat
cinq jours. Par bonheur
l'emporta en
le Pere Loyer qui le confeffa ilavoit avec lui
nalEatrene-Ondion
& lui donDireéteur de la
Monfieur Vanbel
Compagnic de Danne- --- Page 85 ---
Françoifes de PAmérigne.
chez
il étoit logé, lui rendit 1694.
marc,
qui
attendre Vanbel
tous les fervices qu'on
de Direcdu plus honnète & du
obligeanr teur dela
F
rous les hommes > & je dois cette juftice CAuPAL
habirans de cette
Ifle, qu'ily a
aux
petite
Ed
d'endroits où les étrangers reçoivent; marc.
peu d'honnèteté de quelque pais & de
plus
Religion quils puitlenr être.
quelque Tous les habitans de S. Thomas font
Proteftans, Lutheriens ou Calviniftes.
Le Miniftre Lutherien & le Calvinifte
qui étoit François : , vifiterent notre Superieur pendant fa maladie avec beaucoup
d'afliduité; & quand il fat mort, il eut
entr'eux pour le lieu de & fedifpute Chaque Religion prétendoit
pulture. l'avoir dans fon cimetiere. Le Gouverneur
fut de le
trouva un temperament qui les deux
mettre dans la liziere qui fepare
décimetieres. L'Enterrement: fe fit aux
du public : toutes les perfonnes de
pens diftinétion de PIe) y furent invitées; 9 les
Miniftres accompagnerent le Pere Loyer,
ftl'Oraifon Funebre,
& le Lutherien qui fur la charité des
s'étendit beaucoup traverfent tant de mers
Miflionnaires qui
con8cs'expofent à tant de dangers pour &
duireles ames qui leur font commifes,
en acquerir d'autres à Jefus-Chrift. fur
bnt mit far a folle une grande pierre
fonnes de
pens diftinétion de PIe) y furent invitées; 9 les
Miniftres accompagnerent le Pere Loyer,
ftl'Oraifon Funebre,
& le Lutherien qui fur la charité des
s'étendit beaucoup traverfent tant de mers
Miflionnaires qui
con8cs'expofent à tant de dangers pour &
duireles ames qui leur font commifes,
en acquerir d'autres à Jefus-Chrift. fur
bnt mit far a folle une grande pierre --- Page 86 ---
68 Nowveaux
1694. laquelle on fit Foyages anx Ifles
lEpiraphe du deffant. graver une Croix avec
Comme le Pere Caumels n'avoit
point nommé de fuccelfeur
mort, nos Miflions fe
en cas de
Chef. Naturellement
trouverent fans
dévolué au
cette Charge étoit
Miflion de la Superieur particulier de la
la plus ancienne Guadeloupe. & celle comme étant
toutes les autres 5 mais celui qui a fondé
Superieur de cette Miflion fe qui étoit
fans Patentes & feulement
trouvoit
qui ne fuffifoit
par interim,ce
prétentions.
pas pour autorifer fes
D'ailleurs ils n'étoient
cinq Religieux à la
que
étions douze à la Guadeloupe, &c nous
contredit eftà
Martiniquie, qui fans
de toutes nos Miflions prefentla plus confidérable
; de forte
Les Mif. pefé toutes chofes nous réfolâmesde qu'ayant refionnai- connoitré pour
res
de la Miflions le Pere Supérieur General de nos
Martini- que le Général Cabaffon, en attendant
quenom.
de tout l'Ordre
ment un le droit de le
qui feula
rieur Supe- Gé. Nous donnâmes nommer, y eût pourvà.
néral, avions fait aux Millionselela part de ce que nous
de fainte Croix & de faint Guadeloupe,
afin qu'elless'y conformaflent, Domingue,
firent de bonne
ce qu'elles
nous écrivimes grace. L'Intendant à qui
mnoigna
notre éledtion nous téqu'ilapprouvoit fort notre choix, --- Page 87 ---
Françoifes de LAmérique.
fon affiftance en cas que 169. 4.
& nous promir
quelqu'tin voulàt Adleignerd-tobeitanee mais iln'en fut pas
du nouveau Supcrieur, tems le Général de
befoin. Depuis declaré ce
le Superieur par- Réglel'Ordre a
que de la Martinique, ment Général du
ticulier de la Miflion ancien Religieux de lOr-
& en cas demort le plus
dre.
de cette Million, Teroit reconnu pour &
Vicaire Général de tous les autres,
Vice-prefet Apoftolique en cas quele SuGénéral vint à mourir fans avoir
perieur declaré
un écrit un Supericur Général
à fa 1
Novembre nous Aimes
RLES
Le Vendredi 5.
de l'ame.
un fervice folemnel Le pourles fucceffeur repos que nous
de notre Superieur.
de faire la
lui avions donné nous pria
même chofe dans nos Paroiffes. Je voulois m'en retourner chez moi après diné,
mais on me: retint pour afitteraTaudition redes comptes de notre Syndic, & pour
gler quelques auures affaires.
Nous partimes le Samedi après diné, 2
le Pere Cabalfon vint coucher chez moi,
J'amenai avec moi, ou plirôr je portai
un enfant de neufà dix ans: >
en fils croupe d'un de nos Negres, qui me pria de
cet enfant ne me
le prendre, Quoique
ne laiffai
dàc caufer que de la dépenfe, je
de m'en charger avec l'agrément
pas
ic, & pour
gler quelques auures affaires.
Nous partimes le Samedi après diné, 2
le Pere Cabalfon vint coucher chez moi,
J'amenai avec moi, ou plirôr je portai
un enfant de neufà dix ans: >
en fils croupe d'un de nos Negres, qui me pria de
cet enfant ne me
le prendre, Quoique
ne laiffai
dàc caufer que de la dépenfe, je
de m'en charger avec l'agrément
pas --- Page 88 ---
70 Nowveanx
1694. de notre nouveau Froyager aux Iles
Superieur.
Guillau- Ce fur aulli dans ce
fonier.fa me Mat je trouvai le pauvre Guillaume même voyage que
fortune & fa que j'avois amené de
Mallonier
rc- chelle,
Paris jufqu'a la Roconnoif
malade d'une
fance. étoit cauféc en partie groffe fievre qui lui
avoit de fon état, & par le chagrin qu'il
les chiques lui avoient par des ulceres que
J'obtins denotre
faires aux pieds.
de le faire
chez Supericur la permifion
moi, où jelperois
d'air &le
PALORES
Bcis
foin
prendre, le remettroient quejen
Je ly gardai
fur pied.
fa fanté,
cinq ou fix mois, ilrecouvra
lui donner & nos Peres eurent la bonté de
le refte du tems de fon enlibrejelep gagement à ma priere. Dès que je le vis
du
placaichezmon
>
Roy qui lui donna voilinMonfieur
par an pour commander quatre fes cens francs
apprir à faire du fucre blanc, & Negres. Il
deux ans il entra au fervice d'un aubout de
nommé Marchand,
habitant
ererie de l'autrecôté de qui la avoir une Suonil gagnoit douze
grande rivieres
moitié des
cens francs avec la
ment beni fon caux-de.vic, & Dieu a telleparti des Iflesil travail.que étoit à fon aife. quand je fuis
fortune, Je puis dire
j'ai commencé fa
mais je dot auffi
en a eu toute la
ajoûter qu'il
reconnoilfance poflible - > --- Page 89 ---
RPJCE --- Page 90 ---
Tomapaoin
Caraibe
ou Jauvage des Anicler des
tamerigne.
sleche
Arc
a
a
Caracoli
Se --- Page 91 ---
Françoifes de l Amérique.
qu'étant tombé malade à la fin1694jufques-la de 1698. ilme vint trouver & m'apporta
trois cens écus qui étoientl la moitié de ce
qu'il avoit alors d'argent inftances conptant, de me les
priant avec de grandes
employer à mes befoins, & de difpofer
du refte, ce quil a réiteré plufieurs fois,
& mème depuisqueje fuis revenu en Europe, il m'a écrit & offert ce quilavoit
plus d'une fois. On peut croire que
n'ayant jamais eu befoin de ce fecours, s
jenai pas abufé de fon honnèteté, & que
je n'ai jamais touché à fon argent, mais
je ne lui en ai pas moins d'obligation.
Nous vivons dans un fiécle où l'on voit
d'exemples d'une femblable repeu connoiffance. Jel'airapporté ici pourlui
rendre la juftice que je lui dois, & pour
exciterles autres ilimiter.
CHAPITRE V.
Des Sawvages appellez Caraibes,
de leurs vêtemens, armes,
vaifeaux 6 coiitumes.
avoit dix mois
j'étois à la
I L y
que contenter
Martinique fans avoir
de voir
Caraibes;
E
l'envie quej j'avois
d'une femblable repeu connoiffance. Jel'airapporté ici pourlui
rendre la juftice que je lui dois, & pour
exciterles autres ilimiter.
CHAPITRE V.
Des Sawvages appellez Caraibes,
de leurs vêtemens, armes,
vaifeaux 6 coiitumes.
avoit dix mois
j'étois à la
I L y
que contenter
Martinique fans avoir
de voir
Caraibes;
E
l'envie quej j'avois --- Page 92 ---
72 Nonrveaux
Aux Mes
car
Foyager
1694.
quoiqu'il en vienne aflez fouvent au
Motlillage, contré
3 je ne m'y étois jamais renLundi loriquily en étoit venu, Enfin le
15. Novembre Monfieur Michel
me manda qu'il y en avoit chez lui. J'y
allaiaufli-tor, &j'cus toute lac
de me contenter fur ce fujer. commodité
Caraibes. Ils étoient quarante- fept
Sauvagesdans narurels
les deux batimens qui les perfonnes avoient
des lfles. apportez, hommes, femmes & enfans,
La taille des hommes eft pour l'ordinaire
au deffus de la médiocre. Ils font tous
bien faits & bien proportionnez, les traits
du vifage affez agréables: iln'y a
le
de Figure leur front qui paroit un peu extraordinaire, que
la front rai- & ils parce quileitforzplate &c comme enfoncé.
fon, ils ne naiffent point comme cela, mais
forcent la tête de l'enfant à
cette figure en mettant
prendre
- fant nouveau né
fur le front del'enfortement
une perite planche liée
derriere la tètc, qu'ils laiffent
jufqu'à ce que le front ait pris % confiftance, &
demeure
de maniere que 2ra hauffer la applati tête ils
prefque perpendiculairement au voyent deffus
d'eux. Ils ont tousles yeux noirs & aflez
perits, mais la figure ou la difpolition de
leur front les fait paroitre d'une groffeur
fort raifonnable.
Tous ceux qui étoient dans ces deux
bâtimens
ée
derriere la tètc, qu'ils laiffent
jufqu'à ce que le front ait pris % confiftance, &
demeure
de maniere que 2ra hauffer la applati tête ils
prefque perpendiculairement au voyent deffus
d'eux. Ils ont tousles yeux noirs & aflez
perits, mais la figure ou la difpolition de
leur front les fait paroitre d'une groffeur
fort raifonnable.
Tous ceux qui étoient dans ces deux
bâtimens --- Page 93 ---
Françoifès de PAmérique.
bâtimens jeunes & vieux > avoient les 1694.
dents fort belles, blanches & bien rangées. Ils ont tousles cheveux noirs, plats,
longs & luifans. Al'égard de la couleur
elle eft naturelle ; mais pour le luftre, >
c'eft l'effet de Phuile de carapat ou autre
huile donti ils ne manquent jamais de les
froter tous les matins. Pour leur tein il
eft difficile d'en juger : car ilsfe peignent
tous les jours avec du roucou détrempé
dans de l'huile de carapat ou palma-chrilti peints Ils font de
qui les fait reffembler à des écrevifles rouge &
cuites. Cette couleur leur fert d'habil-qioi, pourlement : outre l'agrement qu'elle leur
donne, du moins felon leur goût,. elle
conferve leur
contre l'ardeur du foleil quila lercpeat crevaffer, & les deffend
des piquûres des mouftiques & des maringoins qui les defoleroient fans cette
précaution, parce que cesinfedtes ont une
extrème antiparhie pour l'odeur de eette
couleur. Loriqu'ils vont à la guerre > en
feftin ou en quelque vifite de confequence, Ils ont
leurs femmes ont foin de leur faire des des rayes
mouftaches & plufieurs rayes noires furfu:l noires levi.
le vifage & fur le corps avec du jus de fage fur le &
pommes de genipa. Ces marques durent corps.
neuf jours après quoi elles s'cfacent, &
il faut recommencer à broder le jufte-aucorps. J'en vis quelques-uns qui étoient
Tomwe II.
D
> en
feftin ou en quelque vifite de confequence, Ils ont
leurs femmes ont foin de leur faire des des rayes
mouftaches & plufieurs rayes noires furfu:l noires levi.
le vifage & fur le corps avec du jus de fage fur le &
pommes de genipa. Ces marques durent corps.
neuf jours après quoi elles s'cfacent, &
il faut recommencer à broder le jufte-aucorps. J'en vis quelques-uns qui étoient
Tomwe II.
D --- Page 94 ---
74 Nouveaux Proyages anx IRes
1694achamarez de cette maniere. Rien à mon
fensn'eft plus delagréable, & rien au leur
n'eft plus galant & mieux entendu. Telle
eft la diverfité des goûits. Tous les hommes. avoient une perite corde autour des
reins quileur fervoit à
un
Ils ont Alamand tout
porter
coûteau.
une peti- çette
nud, quils paffent entre
te corde
corde & leur cuiffe, & à
desr autour une bande de toile de
foutenir
reins, de
cinq à fix pouces
large qui couvre cn partic leur nudité,
& qui pend comme par négligence
terre. Les enfans mâles de dix à jufqu'à
n'avoient fur
douze ans
de fans bande lecorps de
que cette petite COItoile, s deftinée
ment pour foutenir leur coûtean, uniqueont cependant plus fouventalamaine qu'ils
la ceinture audi bien
les
qu'à
Leur phifionomie
que
hommes.
Leur hu- on dit qu'ils font
mélancolique 5
meur.
gens.,, mais
iaer
faur fe garder de les offenters
qu'il
font fort vindicatifs,
parce quils
Taille
&cyvrogaesafexces.
Les femmes font
des femplus petites que les
mes &, hommes, affez bien faites &
leurs a-Elles ont les
& les.
graffes.
jufteyeux
cheveux noirs,
mens, le tour du vilage rond, la bouche
les dents fort blanches, l'air
petite,
plus gai,
plus ouvert&c plus riant queles hommes;
avec tout cela elles font fort refervées &
fort modeltes; elles font rocoiiées ou
peintes de rouge comme les hommes 3
esafexces.
Les femmes font
des femplus petites que les
mes &, hommes, affez bien faites &
leurs a-Elles ont les
& les.
graffes.
jufteyeux
cheveux noirs,
mens, le tour du vilage rond, la bouche
les dents fort blanches, l'air
petite,
plus gai,
plus ouvert&c plus riant queles hommes;
avec tout cela elles font fort refervées &
fort modeltes; elles font rocoiiées ou
peintes de rouge comme les hommes 3 --- Page 95 ---
Eim.apag14
Femme Caraibe des Antioles
de LAmerigue.
A.pweda.D,chiur de Raunde.c.Camiva
D. lspece deBrodequine.
à --- Page 96 ---
on --- Page 97 ---
Françoifes de PAmerique.
mais fimplement & fans mouftaches ni 1694noires. Leurs cheveux fonta attachez
lgae la tète avec-un cordon de coton.
Leur nudité eftcouverte d'un morceau de
toile de cotton ouvragé & brodé avec de
petits grains de raflade de differentes couleurs, garni
le bas d'une frange de
raflade emntont trois pouces de hauteur.
Ce Camifa, c'eft ainfi qu'on appelle cette
couverture, a huità dix pouces de long Camifa, ce qu:
fur
à
de haut non com- c'eft,
pris nee hauteur Acrirve frange. Ily a à chaque bout une petite corde de cotton qui
le tient lié farles reins. La plupart de ces
femmes avoient ati col plofieurs colliers
de raffade de differentes couleurs & groffeurs quileur pendoient fur le fein, & des
braffelets de même cfpece à cinq ou fix
rangs aux poignets & aud deffus descoudes,
avec des pierres bleués ou des raffadesenfilées qui leur fervoient de pendans d'oreilles. Lespetits enfans delun &l'autre
fexe depuis ceux qui étoientà la mamelle
jufqu'a.ceux de huit à dix ans, avoient des
brailelets & une ceinture de groffe raffade autour des reins.
Cequeles femmes ont de particulier, Chauffu-
& ce que les hommes n'ont jamais, eft etcaloee res
une elpece de brodequin de cotton qui dles femleur prend un peu au deffusde lacheville mes.
Dij
ans d'oreilles. Lespetits enfans delun &l'autre
fexe depuis ceux qui étoientà la mamelle
jufqu'a.ceux de huit à dix ans, avoient des
brailelets & une ceinture de groffe raffade autour des reins.
Cequeles femmes ont de particulier, Chauffu-
& ce que les hommes n'ont jamais, eft etcaloee res
une elpece de brodequin de cotton qui dles femleur prend un peu au deffusde lacheville mes.
Dij --- Page 98 ---
76 Nowveanx Vroyages anx
1694. du pied, qui a environ quatre Ifes à
pouces de hauteur. Dés que les filles cinq ont
atteint les
l'âge de douze ans ou environ ( car
Caraibes ne font pas fort exacts dans
la fupputation de leurs années) onleur
donne le camifa au lieu de la ceinture de
raffade qu'elles avoient porré
& leur mere ou quelques - unes jufqu'alors; de leurs
parentes leur fait les brodequins aux jambes,elles ne les ôtentjamais sà moins
ne foient abfolument ufez ou déchirez qu'ils
par quelque accident, & quand elles le
voudroient faire il neleur feroit
fibie, car ils font travaillez fur le pas lieu pof où
ils doivent toljours demeurer : leur
épaiffeur les fait demeurer debout, ils
font fi ferrez qu'ils ne peuvent ni monter ni defcendre: & comme dans cet
les jambes n'ont
encore toute leur âge
groifeur, quand R vient à augmenter
avec les années, ellesfe trouvent fi ferrées
le molet devient beaucoup
2rp plus dur qu'il n'auroit été plus naturel- gros
lement. Les extrémirez de ceb
ont un rebord d'environ un demi-pouce brodequin
delarge
le bas, & du double
le
haut, ECler fort pour fe tenir droit par
lui-mème comme le bord d'une
Cela
atcotat
fait une aflez plailante figure aux
jambes d'une femme. Il faur qu'elles scon- --- Page 99 ---
Frangoifes de PAmbrigue.
fervent cette chauffure toute leur vie, & 1694.
qu'elles l'emportent avec elles en terre.
Lorfque les filles ont ces deux pieces
d'ajuftemens, ceft-a-dire, le camifa
& les brodequins > elles ne vivent plus
avec lesgarçons dans la même familiarité
qu'auparavants elles font retirées avec
leurs meres & nes'en éloignent plus. Il
eft rare
fille demeure jufqu'à cet
age fans Rrere retenuc par quelque garçon dans Degrez lelqui la regarde dès qu'il a declaré fa vo- quels Caraibes les
lonté, comme fa femme future, en atten- fe madantqu'elle foit en âge de la devenir réel- rient.
lement. Parmi eux les parens ont droit
de prendre leurs parentes fans qu'elles
puillent les refufer, très fouvent ils les
retiennent dès làgede quatre à cinq ans.
Leur coûrume n'eft pas qu'un frere époule
fa feur, ni une mere ion enfant; mais
pour tous les autres degrez, & pour la
pluralité des femmes, ils ont une liberté
fig generale & fi étendué, que très-fouvent
le mème homme prendra
femmes
trois Ou
fceurs qui
fes couietbard
quarre
fines germaines ou fes nieces. Ils prétendent qu'ayant été élevées enfemble
elless'aimeront davantage, vivront avec
plus dintelligence, > fe fecoureront plus
volontiers les unes les autres > & ce
lui, elles le
citplusavantageux pour
Diij
ils ont une liberté
fig generale & fi étendué, que très-fouvent
le mème homme prendra
femmes
trois Ou
fceurs qui
fes couietbard
quarre
fines germaines ou fes nieces. Ils prétendent qu'ayant été élevées enfemble
elless'aimeront davantage, vivront avec
plus dintelligence, > fe fecoureront plus
volontiers les unes les autres > & ce
lui, elles le
citplusavantageux pour
Diij --- Page 100 ---
Nouveaux Voyages Anx Ifes
1694. viront micux. Aulli
Enpsre femmes comme leurs regardent-ils leurs
de: Ca- que
fervantes, &
rainesamitié qu'ils ayent pour
quelfur loure va jamais
les
elles, ellene
fenines, qu'elles font juiqu.a difpenfer du fervice
du
obligées de leur rendre, ni
refpeêt qui le doit accompagner. Ileft
inoliqu'uncf femme mangeavecion
ni mème en fa préfence. Qu'on mari,
refte par cet échantillon.
juge du
Lesarmes de ces Meflieurs étoient des
arcs, des fléches, un bouron, & le
teau qu'ils ont à la ceinture, & le coufouvent à la-main. Ils font ravis plus
ils peuvent avoir un falil, mais quand
bon qu'il foit, ils tronvent bien-tôr quelque le
moyen de le rendre inutile, foit en le
failant crever en y mettant
de
dre, foir en perdant les vis ou trop poutre piece;
qu'étant fort quelqu'au- mélancoliques & fotea délceuvrez, ils
les journées entieres couchez
paflent
Indiffe- hamacs à le
dans leurs
rence des
démonter & remonter; ; &
Caraibes, comme il arrive fouvent qu'ils oublient
la fituation des pieces, ou qu'ils en
dent quelqu'une, ils jertent le fulil
s'en
toe
mettre plus en peine nis'en
car ce font lest plus indifferentes chagriners créatures
qui foient forties des mains de Dieu.
Les arcs dont ils fe fervent ont fix
pieds ou environ de longucur, les deux --- Page 101 ---
Frangoifes de PAm érigne.
bouts font ronds de neuf à dix lignes de 1694.
diamettre, avec deux hoches
arrêter des Armes Cala corde. La groffeur
égale- raîbes >
EEL
des deux bours en venant vers le leurs
milieu ment qui eft ovale en dehors & plat en arcs.
du côté où eft la Cordedans c'eft-à-dire S
milieu de V'arc a un
de ; de forte que.le diamertre. Ilsles font
pouce & demi de
d'une
lordinaire de bois verd ou
pour efpece de bois de lettre, dont la couleur
eft brune, mêlée de quelques ondesd'un
rougebrun. Ceboiselty pelant, compacte
& fort roide, ils le travaillent fort proprement, tur tout depuis que le commerce avec les Européens leur a procuré
des inftramens de fer, au lieu de ceux de
pierres ou de cailloux tranchans dont ils
ie fervoient autrefois. La corde eft étendue tout le long de l'arc qai eft droit fans
elle eft artachée aux
aucune hoches courbure, des deux bouts fans être ni trop
roide, ni trop lâche. Elle eft de pitte ou
de caratas de deux à trois lignes de diametre. Leurs Aéches font faites de l'extrémité Leurs
ou tige que les rofeaux pouffent tous les fléches.
ans quand ils veulent Aeurir. Elles ont
environ trois pieds & demi de longueur
avec la pointe qui y eft entée & fortement liée avec du fil de cotton. Cette
Div
une hoches courbure, des deux bouts fans être ni trop
roide, ni trop lâche. Elle eft de pitte ou
de caratas de deux à trois lignes de diametre. Leurs Aéches font faites de l'extrémité Leurs
ou tige que les rofeaux pouffent tous les fléches.
ans quand ils veulent Aeurir. Elles ont
environ trois pieds & demi de longueur
avec la pointe qui y eft entée & fortement liée avec du fil de cotton. Cette
Div --- Page 102 ---
Nonveanx
1694. pointe elt de bois
de anx Iles
ces
saSre
de long, fag groffeur fepra huir poufeaualendroir où elle égale celle du roquoicile
y eft entée, après
bourg qui drwumucinfen@tlemnenrse eft pointu. Elleeftroute jufqu'au
par de perites hoches qui font coupée des
dillons fort
artaillez de maniere proprement travaillez &
point du tout.la fléche qu'ils d'entrer n'empèchent
corps contre lequel elle eft
dans.le
mais qui empèchent
décochée :
fortir qu'en élargiflant qu'elle n'en puifle
Ja playe ou en pouffant confidérablement la Aéche vers la
nouvelle partie oppofée pour la retirer par une
très-dur bleffire. Quoique ce bois foit
par lui-mème, les Caraibes en
augmentent tant dans les encore la dureté en le metfommer peu à cendres chaudes pour conrellée, & refferrer peu lhumidiré quiy feroit
refte du rofeau
ainfi fés pores. Le
uni, il
ou de la fléche eft tout
y a feulement une
au boutafin d'empécher
pecite hoche
ou n'échappede la corde qu'elle ne gliffe
Ils les ornent
quand onlat tire.
mes de
quelquefois avec des plufix
perroquets refendues & collées à
pouces près du bout, mais cela eft trèsrare, & il l'eft prefqu'autant de trouver
leurs fléches fans qu'elles foient
fonnécs. Quoique j'aye dit dans ma empoipre-
y a feulement une
au boutafin d'empécher
pecite hoche
ou n'échappede la corde qu'elle ne gliffe
Ils les ornent
quand onlat tire.
mes de
quelquefois avec des plufix
perroquets refendues & collées à
pouces près du bout, mais cela eft trèsrare, & il l'eft prefqu'autant de trouver
leurs fléches fans qu'elles foient
fonnécs. Quoique j'aye dit dans ma empoipre- --- Page 103 ---
Frangoifes de P. Amérigme.
miere Partie comment ils le font, jevais 1694le repeter ici pour la commodité du Maniere d'emLeéteur. Ils font une fente dans l'écorce
du mancenillier , & y mettent le bour de aripe fléleurs Aéches & les y laiffent jufqu'à ce ches,
qu'elles foient imbibées du lait épais,
vifqueux & empoifonné de ce mauvais
arbre. Après qu'elles font feches ils les
enveloppent dans une feuille de cachibou
ou dans une gaifne de palmifte pour s'en
fervir dans l'occafion.
Lorfqu'on veut ôter le poifon de ces Maniere
fléches on met les pointes dans les cen- de empoi- defdres rouges, & on gratte avec un coûteau fonner fléou & un morceau de verre, la pointe & les ches.
le bois
tous les ardillons jufqu'ace que
foit bien net, après quoi on les pafle encelale
core au feu. On prétend qu'aptes
poifon en eft entierement ôté.Cependant
je ne voudrois
m'y fier.
Les Aléches Ren les Caraibes fe fervent pour la chaffe des gros oifeaux,.
comme font les perroquets, les ramiers,
les perdrix, les mansfenis qui font des
oifcaux de proye, les crabiers & autres,
ontla pointe toute unie, fans ardillons,
Celles
& ne font point empoifonnées
qui fervent
les petits oifeaux ont au de Fléches digibout un Bebeure de cotton comme on en rentes
met au bout des fleurets, quiles tuc fans cipeccs,
Dv --- Page 104 ---
Nowveaux
1694. les percer, & fans Fayager queleur AMY Hes
ded & qu'il puiffe gâter leurs fang fc
plumes. OAt
Tiath les employent pour tirer le poiffon
Ja
rivieres ou dans les endroits
mer où il n'y a que trois à quatre de
d'eau, font de bois toutes d'une pieds
& ont une ardillon affez
piece,
petite corde attachée
long, > avec une
pointe, Cette corde au bour oppofé à la
a à fon extrémité
quieft affez longue
ger. Dès
le un morceau de bois les'enfuit; mais que le bois poiffon fe fent percé il
jours far l'eau, fairconnoitré leger qui vient toueft, & le Caraibe fe
le lieu où il
mettantà la
prend, & faivant la corde il fe nagele rend
maitre du poiffon,
Bouton,
Le bouton eft une efpece de maflue
efvecede maflué, d'environ trois pieds & demi de long,
plate, épaiffe dans toute fa
de deux pouces, excepté à la poignée longueur o ,
fon épailleur eft un peu moindre; elleeft
large de deux pouces à la poignée, & de
quatre à cinq à l'autre extrémité, d'un
bois très-dur, fortpelant & coupé à vives
arrêtes. Ils gravent differens
timens fur les côtez les plus larges, compar- &
rempliffent les hachures de plufieurs
couleurs. Iln'y a point de coup del bouron
qui ne calfe un bras ou une jambe, ou
ne fende la tête en deux parties, car m
; elleeft
large de deux pouces à la poignée, & de
quatre à cinq à l'autre extrémité, d'un
bois très-dur, fortpelant & coupé à vives
arrêtes. Ils gravent differens
timens fur les côtez les plus larges, compar- &
rempliffent les hachures de plufieurs
couleurs. Iln'y a point de coup del bouron
qui ne calfe un bras ou une jambe, ou
ne fende la tête en deux parties, car m --- Page 105 --- --- Page 106 ---
Tom. . >p29-82.
Bouton ou Massue der Caraibes
--- Page 107 ---
Françoifes de LAmerique.
fe fervent de cette arme avec beaucoup 1694.
d'adreffe & de force.
Ilne faut point oublier de dire ici que Malice
quand les Caraibes fe battent avec leurs des Caféches ils ont foin de faire deux taillades quand raibes ils
avec le coûteau à l'endroit où le rofeau feb bateft enté à la pointe 2 afin que quand la tent,
pointe eft entrée dans le corps le refte de
la Aéche s'en fepare & tombe delui-mème
à terre s & qu'ainfi la partie de la Aéche
qui eft empoifonnée demeure plus longtems dans la playe à caufe de la difficulté
qu'il y a à la retirer 2 on à la faire paffer
par le côté oppofé, & fotvent même on
a de la peine à la trouver.
Quoiqu'ils ayent toujours leur coûteau à la main, 3 ileft rare qu'ils s'en frap- Les Capent, à moins qu'ils ne foient yvres. raîbes font forz
Dans ces momens ils font dangereux, vindicacar s'ils fe fouviennent d'avoir reçi quel- tifs.
que injure d'un autre qui fera prefent &c
fera la débauche avec eux 5 un d'eux
levera &
viendragalament
derriere
lui fendre la tête d'an coup ScE bouton, 2
ou lui donnerquelques coups de coûteau.
S'il tue fon ennemi, & que le mort n'ait
point de
pour! le vanger, c'eft une
affaire inatrenul : mais s'il a des parens, ou s'il
n'a étéque bleffé &
gueriffe, celui
qui a fait le coup A changer de doDvj
débauche avec eux 5 un d'eux
levera &
viendragalament
derriere
lui fendre la tête d'an coup ScE bouton, 2
ou lui donnerquelques coups de coûteau.
S'il tue fon ennemi, & que le mort n'ait
point de
pour! le vanger, c'eft une
affaire inatrenul : mais s'il a des parens, ou s'il
n'a étéque bleffé &
gueriffe, celui
qui a fait le coup A changer de doDvj --- Page 108 ---
84 Nowveaux Y'ojages aux
1694. micile s'il veut
IRes
autant à la premiere s'exempter occafion d'en avoir
fçavent ce que c'eft
: car ilsne
de fe
que depardonner ou
reconcilier, & perfonne
ne fonge eds'entremetire
d'entr'eux
Adreffe
Les enfans ont desarcs pour cela.
des.en-
& des boutons
fansati- proportionnezàleur taille &aà leur
rer de ilss'exercent de
force:,
l'arc. ils
bonne heure à tirer, &
leur y réuflifent G parfaitement que dans
plus tendre jeuneffe ils chailent aux
petits oifeaux fans prefque jamais manquer leur coup.
Les colliers, les braffelets, le camifa
& les brodequins font les ajuftemens des
femmes: les hommes ont auffi les
CC font leurs caracolis & leurs plumes, leurs,
Le caracoli eft tout enfemble le
de la chofe & celui du métal dont nom elle
eft compofée.
méral Caracoli & Ce métal vient de la terre
orne- on prétend que c'eft un
ferme,
Carai- ment des de cuivre & d'or. Comme mélange les d'argent,
bes,
ces pays.là ont ces métaux Indiens de
très-purs, le
mélange qui en refulte eft G
la couleur ne s'en ternit jamais parfair que
long tems qu'il demeure dans la quelque mer
dans la rerre. Ma penfée eft
c'eft ou
méral fimple. Ileft
que
un
fant, & ceux quile veulent aigre, graincux & caf
obligez de le
employer font
mélanger avec un peu d'or --- Page 109 ---
Frangoifes de PAmeriqne.
8;-- -
pourle rendre plus doux & plus traitable. 1694Les Orfévres François & Anglois qui
font aux Ifles ont fait quantité d'experiences pour imiter ce métal. On dit que
ceux qui en ont approchél le plus près ont
gardé cette proportion dans leur alliage. All'age
Sur fix parties d'argent ils ont mis trois pour tai
parties de cuivre ronge purifié & une re racoli. ducad'or. On fait des bagues, des boucles,
des poignées de cannes& autres ouvrages
de ce métal qui ont une grande beauté,
quoique felon mon goût elle foit bien au
deffous de celle du caracoli des Indiens
qui paroit comme de l'argent fardoré legerement avec quelque chofe d'éclarant
çomme s'il étoit un peu enflammé.
Les caracolis que les Sauvages portent
font faits comme des croiffans de grandeur differente felonle lieu ou ils doivent
fervir. Ils en portent d'ordinaire un a
chaque oreille, dont la diftance d'une
corne àl'autre eft d'environ deux pouces
& demi, une petite chaîne avec un CrOchetle tient attaché à l'oreille; au deffaut
de chaines ( car tous n'er ont pas) on raibes Lcs Cales attache avec un filde cotton qui elt portent
paflé au centre du croiffant, dont Pé cinq, racolis, Capaiffeur eft comme celle d'une piece de
quinze fols. Ils en portent un autre de la
mème grandeur satachealentre-deux des
'autre eft d'environ deux pouces
& demi, une petite chaîne avec un CrOchetle tient attaché à l'oreille; au deffaut
de chaines ( car tous n'er ont pas) on raibes Lcs Cales attache avec un filde cotton qui elt portent
paflé au centre du croiffant, dont Pé cinq, racolis, Capaiffeur eft comme celle d'une piece de
quinze fols. Ils en portent un autre de la
mème grandeur satachealentre-deux des --- Page 110 ---
S6
Nowveaux
1694. narines
leur bat
Aux Ifles
delfous
la bouche.
Pgrt
21 la levre inferieure
Le
eft
percé; 3 & on y attache un
encore
racoli qui eft un tiers plus quatriéme caprécedens, & qui tombe à moitié grand
les
menton, Enfin
le
Toms
quia fix à
ils en ont un cinquiéme
enchaffé dans fept pouces d'ouvermure, ieft
noir cintrée une petite planche
bois
en
at
fir la
croiffant, qui leur tombe
poirrine, étant
tite corde au col. attachéavec Je laiffe
une pequelle beauté tous ces croiffans à penfer
dla tête d'un
donnent
pas reffembler homme, à
& s'ils nel le font
plaques.
un mulet orné de fes
Lorfqu'ilsne portent pointleurs
carscolis,iise ont foin de
les
ont aux oreilles, remplir trous
Rriur , avec de
5 au nez & à la
pécher de fe boucher: petirs bârons pour les empour lors aux cochons à ils reffemblent
broches pour les
qui on a mis des
terre.
empècher de foitiller la
vertes Quelquefois ils portent des
aux oreilles & à
pierres
ils n'y ont ni pierres lalevre; & quand.
tons, ni caracolis, ils vertes, ni petits bâmes de
y mettent des plubleiies & perroquets ou d'Aras rouges,
taches de dix jaunes à qui leur font des moufchaque côté au douze deffus pouces &
de long de
bouche, fans
au deffous de la
compter ce qu'ils ont aux --- Page 111 ---
Frangoifes de PAmérique.
oreilles; ce qui leur donne la plus plai- 1694
fante figure du monde.
-avoient AjulteJ'ai vû de leurs enfans qui
mens des
quantité de plumes de differentes coll- enfans.
leurs dans leurs cheveux, elles y étoient
attachées d'une maniere qui lesy tenoient
toutes droites; cet ajuftement tout naturel
& tout fimple qu'il étoit, leur donnoit
un bon air.
Ils fçavent prefque tous, particuliere- affez de
ment ceux de la Dominique,
mauvais François pour fc faire entendre, Il
& pour comprendre ce qu'on leur'dit,
avoit un dans cette troupe qui
fert
EE
LE François
correétement.
m'étonna & me donna lieu d'entrer en
converfation avec lui; c'étoit un homme
de plus de cinquante ans > je fçàs
avoit été élevé
Monfieur
ELa
pàr
Dubois, il avoit été baptifé & très-bien
inftruit, il fçavoit lire & écrire. Mais il
avoit quirté la Religion Chrétienne dès Caraibe
qu'on Tavoit ramené à la Dominique qui baptifé & enfuiétoit fon pais s où l'on efperoit qu'il 2i- te apofdéroit aux Miflionnaires que nous yavions cat.
alors à convertir fes compatriotes. Je ne
manquai pas de lui faire des reproches
de fon apoltafic: à quoi il me répondit
que s'il fàr né de parens Chrétiens, ou
quil eût toujours demeuré avec desFran-
Chrétienne dès Caraibe
qu'on Tavoit ramené à la Dominique qui baptifé & enfuiétoit fon pais s où l'on efperoit qu'il 2i- te apofdéroit aux Miflionnaires que nous yavions cat.
alors à convertir fes compatriotes. Je ne
manquai pas de lui faire des reproches
de fon apoltafic: à quoi il me répondit
que s'il fàr né de parens Chrétiens, ou
quil eût toujours demeuré avec desFran- --- Page 112 ---
88 Nowveanx
1694. gois, il auroir continuéde Voyages a Anx Ifes
tien; mais qu'étant
vivre en Chré
iln'avoir pi fe réfoudre retournéen à
fon pais,
comme les autres, & à
ne pas vivre
& les mépris de fes elluyer lesinjures
de l'établir à la
parens. Je lui offris
faire donner de la Martinique, &c de lui
fa famille; à peine écouta-t-il terre pour lui &
Je connus
mes Soficet
que le
que je parlois à un fourd, &
Tindifference liberrinage où il vivoit, joint a
ont pourla Religion, naturelle que les Caraibes
pable de penfera fon l'avoit falut. rendu incaHumeur des Ca- Iln'y a que trois chofes dans
raibes, O1l ne remarque point que les lefquelles
foient indifferens. C'eft dans Caraibes
garde leurs femmes; ils
ce qui requ'ils les tuent far le en font fi jaloux,
Ils font
moindre foupçon.
n'ya vindicatifs, & fur cet article il
& plus gueres actifs de à chercher gens au monde plus vifs
fe venger
les occalions de
fez. En troifiéme dèsquils ont été une fois offenextrême
lieu, ils ont une pallion
liqueurs
l'eau-de-vie & les autres.
: ils
bour
ont pour en avoir, donnent & en tout ce qu'ils
l'excès, Horsces trois
boivent julqu'i
du monde n'eft
points tout le refte
voir.
pas capable de les émouTout ce qu'on a fait jufqu'a prefent --- Page 113 ---
Françoifes delAmbrigue.
les inftruire & leur faire embraffer 1694.
Ee Religion Chrétienne, a été inutile.
Notre Ordre y a entretenu pendant plus qui Les Mifde trente ans des Miflionnaires vivoient fioanai- res fc
avoient étudié leur langue, qui
le font ems
avec eux, qui leur avoient enfeigné
ployez inutileCatéchifme & les Prieres, 8c qui ne né- ment à
gligeoient rien de tout ce qui pouvoit les les vertir. congagner à Dieu, & tout cela fans aucun
fruit. Les Peres Raymond Breton, &
de
Philippes de Beaumont, Religieux
notre Ordre delaProvince de faintLouis,
demeuré
de vingt-cinq ans à la
ont
fans plus avoir pû faire autre chofe
Dominique
enfans qui
de baptifer quelques
Roent à l'article de la mort,&c des malades qu'ils étoient moralement furs devoir
mourir dans quelque momens. Cen'eft
quilsn'entfent pàe en baptiferungrand
Eortuds ; mais comme ils connoiffoient
leur màuvais naturel, leur inconftance &
leur indifference qui leur fait regarder
comme des jeux les aétions les plus ferieufes, ils.ne vouloient point expofer à
certaine le Sacrement
une profanation leur demandoient avec infque plufieurs fachant bien qu'ils ne le demantance, doient qu'en vûc des prefens que les parains qu'onl leur procuroit ne manquoient difjamais de leur faire, mais toujours
grand
Eortuds ; mais comme ils connoiffoient
leur màuvais naturel, leur inconftance &
leur indifference qui leur fait regarder
comme des jeux les aétions les plus ferieufes, ils.ne vouloient point expofer à
certaine le Sacrement
une profanation leur demandoient avec infque plufieurs fachant bien qu'ils ne le demantance, doient qu'en vûc des prefens que les parains qu'onl leur procuroit ne manquoient difjamais de leur faire, mais toujours --- Page 114 ---
Noxveaux
Aux
1694. pofez à retourner Fayages à leur
Ifles
&arecevoir de nouveau le vomillement,
ce Sacrement pouvoit fe Baptême - 2 fi
de foisqu'on leur auroit réiterer autant
d'ean-de-vie.
prefenté un verre
M,
Un homme de qualité & fort riche
teau Ca-appellé DuMonfieur Chatcanbois tra- toit établi à la
Dubois, s'éyaille
Guadeloupe
la con- Atravailler a leur
exprès pour
verfion lierement de ceux converfion, &
des Ca- font
de la
particuraibes,
nos voifins; il en
Dominique qui
chez lui un bon nombre entretenoit toujours
& faifoir inftruire
qu'il inftruifoit
te la charité
avec tout le foin & toumort dans ces pollible ; cependant il eft
pieux exercices fans avoir
eulaconfolatondavoit fait un bon
tien; car quoiqu'il en ait fait
Chré
fieurs gu'il avoir gardez chez baptifer lui nombre plainftruirs, d'annécs, qu'il avoit parfairement bien
& far la foi delquels il fembloit
fe qu'on font
comprer feurement, ils ne
des
tremet
Baptème & de la qualité obligations de
de lear
qu'autant de tems
font Chrétiens
dans fa maifon, & 2nli
demeurez
clpece de
retournez à leur
bertinage dès Religion, ou plurôr à leur lileur Ile.
qu'ils ont remis le pied dans
Un Ecclefiaftique fort
Monficur
pieux nommé
Varinghen, a demcuré plu-
font
comprer feurement, ils ne
des
tremet
Baptème & de la qualité obligations de
de lear
qu'autant de tems
font Chrétiens
dans fa maifon, & 2nli
demeurez
clpece de
retournez à leur
bertinage dès Religion, ou plurôr à leur lileur Ile.
qu'ils ont remis le pied dans
Un Ecclefiaftique fort
Monficur
pieux nommé
Varinghen, a demcuré plu- --- Page 115 ---
Françoifes de PAmérigne.
fieurs années à la Dominique, &c y a tra- 1694.
vaillé anfli inutilement
ceux quil'ont M. VaIla enfin été huer de fer retirerringhen Piêtre.
ala precedé. Martinique oû je l'ai laiffé en 1705.
Aumônier de Madamel la Marquife d'Angennes. Iln'y aplus que les Peres Jefuites qui
Miflion chez les Caraibes de Miffion
ont une Saint Vincent. C'eft la pieré du fuires des Je à
lIe
entretient. Il eft à fouhaittert"ne S.
Roi quilesy
fe donnent foient Vincent.
que les peines qu'ils
mieux recompenfées à l'avenir > qu'elles
l'ont été jufqu'à
Ils ont le fort
ne
prefent. & n'ont baptifé
des autres Miflonnaires, moribonds. On difoit mèque des enfans fuis parti des Ifles, qu'ils
me alloient quand abandonner je
S. Vincent 5
les
avoient voulu
mhadbece
Sauvages
Recig Miflionnaires.
J'ai dit ci-devant que ces quarante-fept deux bàCaraibes étoient venus dans
timens. Je croyois que ce faffent des
pirogues. Je vis érant defcendu au bord
de la mer que je m'étois trompé. L'undes
deux étoit effeéivement une pirogue,
mais l'autre m'étoit tout-à-fait inconnu.
Ils les avoient tirés à terre fans quoi ils
n'auroient
été en fureté contre limpetuofité E lames qui font extraordinaires fur cette côte, & fur tout à l'en-
ens. Je croyois que ce faffent des
pirogues. Je vis érant defcendu au bord
de la mer que je m'étois trompé. L'undes
deux étoit effeéivement une pirogue,
mais l'autre m'étoit tout-à-fait inconnu.
Ils les avoient tirés à terre fans quoi ils
n'auroient
été en fureté contre limpetuofité E lames qui font extraordinaires fur cette côte, & fur tout à l'en- --- Page 116 ---
92 Nowveaux Foyages ANx
1694. droit où il avoient
IRe s
Pirogue deux bâtimens étoir débarqué Un de ces
& Bacac
bien plus
fa leu: T'autre, & fait d'une toute autre grand que
differen J'en demandaile
maniere,
ce& leur
nom, onm'apprit
de'crip- T'appelloit Bacaffa, Je les
qu'on
tion, deux. La Pirogue avoit
melurai tous
de long &
vingt-nenf pieds
dans fon
pieds & demi de
; elle
eatpedt
large
par fes deux bouts qui étoient finiffoit en pointe
que le milieu d'environ
plus élevez
pouces. Elle étoit
quinze à vinge
ches ou bancs qui partagée paroilfoient Par neufplanfendus, dolez, & non pas fciez. avoir été
chaque banc & à environ huit Derriere
diftance, & plus haut
le pouces de
avoit des bârons
que
banc ily
dontles bouts étoient gros comme le bras,
de la
fichez dansl les côtez
Pirogue, s ils fervoient à
côtez du
foûtenir les
dansla bariment, & les tenir
même diftance, &
toujours
les perfonnes qui salleyent encoredapiayer far les
Le haut des bords de la
bancs,
percé de plufieurs trous de pirogue étoit
dec cordes de maho qui
tarieres garnis
gage quiy étoit
attachoient le barefté; ; car la
partie étoit à terre fous
plus grandle
falaife oi ils avoient tendu une voure de la
à des picux
leurs hamacs
contre les plantez en terre &
murs de cette caverne. appuyez
Le Bacaffa avoit quarante deux
pieds
bords de la
bancs,
percé de plufieurs trous de pirogue étoit
dec cordes de maho qui
tarieres garnis
gage quiy étoit
attachoient le barefté; ; car la
partie étoit à terre fous
plus grandle
falaife oi ils avoient tendu une voure de la
à des picux
leurs hamacs
contre les plantez en terre &
murs de cette caverne. appuyez
Le Bacaffa avoit quarante deux
pieds --- Page 117 ---
Dmapqgo
Canota la Vorle
RACACAI
Pagalle
Pirague --- Page 118 ---
(RPJCE --- Page 119 ---
Frangoifes de PAmérigne.
de long, &
de fept pieds de
dans fon S L'avant étoit élevé large & 1694.
pointu à peu près comme'celui d'une pirogue ; mais l'arriere étoit plat &
en
coupé
poupe. Il y avoit une tère de marmoufer en relief très-mal faite, mais en
échange bien barboiillée de blanc, de
noir & de rouge, avec un bras d'homme
boucanné, c'eft-à-dire feché à petit feu Bras
&ila fumée, qui étoit attaché à côté duglois d'un Anmarmoufet. Il me l'offrirent fort civi- dont on
lement en me difant que c'étoit le bras veut re pre- faid'un Anglois qu'ils avoient tué depuis P'Auteur, fent à
peu en une defcente qu'ils avoient faite à
la Barboude, où ils avoient maffacré fix
perfonnes &c enlevé une femme & deux
enfans. Je les remerciai encore plus civilement du prefent quils me vouloient
faire, & je leur offris beancoup d'eau-devie & de traite, c'eft-à-dire de marchandife, s'ils vouloient amener leurs trois
prifonniers; ils me le promirent & l'oublierent aufi-tôr. J'ai Içû depuis
de nos barques paffant à la
qu'une
les avoit rachetez moyennant Dominique barils d'eau-de-vie & un fufil, & quatre les avoit
apportez à la Martinique d'oi on les
avoitreportez chez eux à la Barboude.
Ce. n'eft gueres leur coûtume de faire
du mal à leurs prifonniers quand ils les --- Page 120 ---
Nouveawx
AHX
169+. ont une fois chez Voyages eux, far tout IRles
mes & anx enfans. Ils les traitent aux femdoucement, & les regardent bientôt fort
comme de leur Nation; mais leur
miere fureur eft à craindre.
preLe bacafla avoit des bancs comme la
pirogue. Il étoient tous deux de bois d'acajou, C'eft une efpece de cedre dont
parlerai dans un autre lieu. Il
je
tout d'une piece, travaillez fort é:oient
ment & fort uniment. Les bords du
caffa avoient
RRS
une évuage,
une
c'eft-à-dire
augmentation ou exhauflement
avec des planches dolées de même bois, fait
d'environ quinze pouces de haut, ce qui
augmentoit
de ce bâtiment. LoNrheneninen Ni l'un ni l'autre n'avoient de gouvernail. Le Caraibe
gouverne eft aflisou debout à l'arriere a
bâtiment, & gouverne avec une
qui eft d'un bon tiers plus grande pagalle
celle dont on fe fert
que
ne dit point aux Ifles pour nager; car on
mais fimplement
voguer ou ramer,
del la pagalle,
quand on fe fert
qui raRt bien plus ordinaire
que les avirons.
Lapagalle eft faite comme une
de fours clle eftlonguede cinq àfix pelle
le manche qui eft rond occupe les
tiers ou les
tat:
trois quarts de ceite longueur,
une
qui eft d'un bon tiers plus grande pagalle
celle dont on fe fert
que
ne dit point aux Ifles pour nager; car on
mais fimplement
voguer ou ramer,
del la pagalle,
quand on fe fert
qui raRt bien plus ordinaire
que les avirons.
Lapagalle eft faite comme une
de fours clle eftlonguede cinq àfix pelle
le manche qui eft rond occupe les
tiers ou les
tat:
trois quarts de ceite longueur, --- Page 121 ---
Frangoifes de LAmerique.
& la pellele relte; elle eft larged'environ 95
huit pouces fur un pouce & demi d'é- 1694.
pailleur dans fon milieu, diminuant jufqu'àlix lignes danslesbords.Les Caraibes efpece Pagalle de
embelliffent leurs pagalles de deux rai- rame,
nures ou nervâres qui pattent du manche
dont elles femblent marquer la continuation jufqu'a l'extrêmité de la pelle,
qu'ilséchanerent en maniere de croiffant.
ils mettent aflez fouvent au bout du
manche une petite traverfe de cinq à fix
pouces de long en maniere de bequille,
oi ils appuyent la paume de la main en
nageant,
On ne fe fert pas des pagalles comme
des rames ou des avirons. Ceux - ci font
foûtenus & attachez au bord du bâtiment
dans lequel ceux qui rament regardent
L'arriere ou la poupe : au lieu que dans les
pirogues, canots ou bacaffas, çeux qui :
nagent avec des pagalles étant aflis re- Maniere
gardent l'avant ou la proiie du bâtiment, de fe ferCeux qui font à la droite ou à ftribord vir pagalles. des
le manche de la pagalle environ un pied au delfus de la
SRT
la main
pelle avec
droite, > & mettent la
de
la main gauche fur le bout du paume manche.
En cette fituation ils ployent le corps en
ayant en plongeant la pagalle
& la tirant en arriere en fe dansl'eau, redreffant, --- Page 122 ---
96 Nonveanx Froyages Anx IRes
1694.de maniere qu'ils pouffent Ieau fort
violemment derriere cux, & font ainfi
avancer le bâtimentavec beaucoup de vià telle. la On conçoit aflez que ceux qui font
gauche ou à bas bord du bâtiment
tiennent la pagalle de la main gauche &
appuyent la droire fur l'extrémité du
manche. Pourvû qu'un canot ou
ait trois pieds de large, deux hommes pirogue
peuvent s'alleoir far le même banc, &c
nager, ce qu'ils ne pourroient pas faire
Silsavoient des rames ou des avirons dont
la longucur demande plus de
: Utilité fe mouvoir. Ainfi on peut mettre place un pour
etr des
grand nombre de pagalles
dans un
mt
canot, & faire plus duc
Il eft vrai que cette maniere de diligence. nager eft
plus fatigante ;car fi on confidere la rame
commne un levier, il faut dire en même
temps que fon point fixe ou le centre de
fon mouvement, eft l'endroir du bord du
bâtiment où elle eft attachée
cC qui foulage par confequent ouappuyée, celuig la
fait agir, & au lieu que la pagalle qui n'a
d'antre point fixe ni d'autre centre de
mouvement que la main quila tient auprès de la pelle, & qu'elle reçoit tout fon
mouvement & toute fa force de l'impreflion de la main qui la tient
d'ou il s'enfuit que
ne parlebout;
T'agent
reçoir aucun
âtiment où elle eft attachée
cC qui foulage par confequent ouappuyée, celuig la
fait agir, & au lieu que la pagalle qui n'a
d'antre point fixe ni d'autre centre de
mouvement que la main quila tient auprès de la pelle, & qu'elle reçoit tout fon
mouvement & toute fa force de l'impreflion de la main qui la tient
d'ou il s'enfuit que
ne parlebout;
T'agent
reçoir aucun --- Page 123 ---
Frangoifes de LAmérique.
cun foulagement, & qu'ileft obligé d'employer beaucoup plus de force, & de tra- 1694.
vailler bien davantage en nageant avec
unepagalle
ramant avec un aviron.
Mais il me 2EOAL que cet inconvenient
eft bien balancé par plufieurs raifons; prémierement, parce qu'on peut doubler &
le nombre des rameurs. Seconpar la
aentE
diligence cxtraordinaire
que l'on peut faire. En troifiéme lieu,
parce que ceux qui font dans un canot à
pagalles ne fentent point ce mouvement
importun
fauts & par élancemens
qu'on fent taria il y a des avirons : &c
enfin parce qu'on n'eft point étourdi
le bruit que le frottement des avirons par
fait neceffairement fur le bordage du bâtiment. Ce dernier point eft d'une
grande confequence (
plus
Nos Flibuftiers qui qw'onnefelimaginc. l'ont apris des Caraibes, s'en fervent aufi bien
entrer la nuit dans les
rades, ou
>
Bert
ReEIE
ils
dans d'autres eatratie où
veulent faire des defcentes 3 oi la
réuflite dépend de la frprife
feront
à leurs ennemis dont les fentinelles qu'ils
pouvant voir à caufe de l'obfcurité de ne la
nuit , pourroient entendre le bruit des
avirons G on ramoit, au lieu qu'on les
furprend en nageant avec des
Tome 1I.
E pagalles --- Page 124 ---
Nonveaux
1694. qu'on plonge dans Foyages feau & Anx HRes
aufli fouvent
l'on
qu'on retire
le moindre bruit. que
veut & fans faire
J'ai dit que la pagalle de celui
gouverne étoit d'un tiers
qui
celles dont on fe fert plus grande que
n'aura pas de peined'en pour nager. On
fon G on veut bien fc concevoir la raidit que l'arriere des fouvenir
j'ai
jours bien plus élevé pirogues le Edlire touon confidere que celui que milieu; & fi
vant voir par deffus les tètes qui gouverne de
deduire qui font dans la pirogue afin de tous la ceux
au lieu qu'il s'eft
conavoir fon fiege beaucoup propofe, il doit
autres, & parconféquent plus haut queles
longue pour pouvoir la une pagalle
avant dans l'eau
plonger
Cte
rogue le mouvement pour imprimer à la picela ne fuffit
neceffaire ; mais
que celui
Pas encore, 2 il faur
debour qui gouverne eft plus
&
at
jointe à qu'allis, la hauteur de lap que cette fituation
de une pagalle bien plns pirogue, demanautres. Celui qui
longue
les
galle à côté du bord gouverne tient 27
la pelle paralelle au plongéc côté de dans la fRte
au point où il la veut
cFeNce vrai
travaille
RLET
feroit en qu'il tenant la barre bien plus qu'il ne
dun gouvernail;
ur
debour qui gouverne eft plus
&
at
jointe à qu'allis, la hauteur de lap que cette fituation
de une pagalle bien plns pirogue, demanautres. Celui qui
longue
les
galle à côté du bord gouverne tient 27
la pelle paralelle au plongéc côté de dans la fRte
au point où il la veut
cFeNce vrai
travaille
RLET
feroit en qu'il tenant la barre bien plus qu'il ne
dun gouvernail; --- Page 125 ---
Frangoifes de PAmbrigue.
mais fi fon travail eft plus rude, il faut 99
avouier qu'il a bienplus d'effet, fur tout 1694
quand il faut doubler une pointe far
laquelle le vent & la mer poullent le bàtiment, ou qu'on eft obligé de virer avec
précipitation pour parer quelque roche
qu'on n'avoit pas apperçi, > ou pour quelque autre cas impreva: car il eft certain
qu'avec un gouvernail on ne peur donner
qu'un feul mouvement au batiment, &
qu'on ne peut pas le redoubler fans rompre l'erre ou le cours que le bâtiment
avoit commencéde prendre, au lieuqu'on
peur retirer la pagalle autant de fois
fon veut, la replonger de mème, & ac
primer aimi pluficurs fois de fuite le meme mouvement, 3 ce qui l'augmente fi
confiderablement qi'on peut faire tourner une pirogue autour d'un point avec
àutant de viteffe qu'on fait tourner un
cheval autour d'un Piquet.
Les
des Caraibes ont ordi- Mature
nairement
mats & deux
des
EES
rées. Les bacaffas ont trois mats voilesqrar- &c affez gu:s is PIC bafouvent ils mettent de petits huniers, ce. caflas,
quia fait
quelquefois on a été trompé, & ades a donné l'alarme & fait
prendre elesarmesaux habitans
avoir
vû une trentaine de ces bacailas pour avec leurs
huniers. Le Sieur de S. Aubin Capiraine
Eij --- Page 126 ---
IOO Nowveanx
1694. du quartier de Sainte Vroyager anx Iles
meux
Marie, étoit faS. Aubin point pour du une pareille méprife. Il vit au
Capirai- ne deMi- de
jour une affez grande
lice. Son pirogues & de bacaffas. L'air quantité
hiftoire, & la petitefle de ces bâtimens embrumé
croire qu'ils étoient fort loin, lui firent
fullent prefque à terre : illes prit quoiqu'ils
arméenavale ennemic qui
pour une
da Marrinique, , il envoya venoiratraquer en
donneravisau
diligence en
il fit tirer
Gouverneur, & cependant
Talarme, elle fe
toute lIle, on prit les
répandit par
Compagnie fe rendit à fon armes, lieu chaque
blée, & n'attendoit que les ordres d'affemmarcher, quand le foleil
pour
brume, fit voir une
ayant diflipé la
& de bacaffas
vingtaine de
fonger. .
qui rangeoient la côte
nous, &
PE
tourà faithors
nous faire du mal.
d'état de
Lorfque les Caraibes fe mettent en mer
pour quelques expeditions de
ne conduifent avec eux
guerre, ils
femies
qu'une ou deux
fave, & par bâtiment
faire la cafil font des pour les Tacuter Mais quand
commerce, ils voyages de plaifir ou de
leurs enfans
menent leurs femmes &c
; & outre leurs armes
n'oublient jamais non
leurs qu'ils
ils portent avec cux toutes plus que les
lits,
de leur ménage, qui confiftent uftenciles
en des
fe mettent en mer
pour quelques expeditions de
ne conduifent avec eux
guerre, ils
femies
qu'une ou deux
fave, & par bâtiment
faire la cafil font des pour les Tacuter Mais quand
commerce, ils voyages de plaifir ou de
leurs enfans
menent leurs femmes &c
; & outre leurs armes
n'oublient jamais non
leurs qu'ils
ils portent avec cux toutes plus que les
lits,
de leur ménage, qui confiftent uftenciles
en des --- Page 127 --- --- Page 128 ---
Pa7 201
<
Hamac 02L Lie
Caraibe -
E
AtCO Coutewure.
Prene
le:
amtoen
uu --- Page 129 ---
Frangoifes de PAmerigne.
IOI
grages, des couleuvres, des
des platines, des canaris, des hebichets, coiis
1694:
> des
cauboifoSdescogrebosg J'ai parlé ce
me femble de toutes ces chofes dans ma
premiere Partie, & je viens de décrire
leurs ajuftemens: : il ne me refte à parler
que de leurs lits, leurs matatous, leurs
paniers. > leurs catolis 2 pour achever l'inventaire de leurs meubles.
Leur lit ou hamac, car c'eft le nom
qu'ils lui donnent, eftune piece de grof- Deferip- tion des
ie toile de cotton de fix a
pieds de hamacs
long fur douze à quatorze
de
des ou lits Indont
large,
L
chaque bout eft partagé en cin- diens.
filées quante ou cinquante - cinq parties, endans de petires cordes qu'onappelle
rabans ; elles font de cotton, 3 & plus
communement de pirte, bien filées &
bien torfes, elles ont chacune deux
& demià trois pieds de longueur. Toutes pieds
les petites cordes d'un bour de la piece de
toile s'uniffent enfemble
boucle oul l'on
pour faire une
paffle une corde
qui fert à attacher le hamac par plusgroffe les bouts
àdeux arbresouà àdeux murs, &
la perfonne qui eft dedans. Tous
hamacs font
ETERE
rocoiez, non feulement
parce, que fe mettânt dedans àyant le
tout rouge, ils les peignent de la même corps
couleur, mais encore parce qu'ils ont foin
Eij
toile s'uniffent enfemble
boucle oul l'on
pour faire une
paffle une corde
qui fert à attacher le hamac par plusgroffe les bouts
àdeux arbresouà àdeux murs, &
la perfonne qui eft dedans. Tous
hamacs font
ETERE
rocoiez, non feulement
parce, que fe mettânt dedans àyant le
tout rouge, ils les peignent de la même corps
couleur, mais encore parce qu'ils ont foin
Eij --- Page 130 ---
I02
Nowvean
1694. de - leur donner cette Foyager couleur aux IRles
fervir; ils y deflinent aufli des avant des'en
timens de couleur noire très-jolis compar- & trèsagréables, & compaffez avec autant de
jultelfe que s'ils s'éroient fervis du
& des régles de la
compas
pendant ce font les Geomerrie, & ceUn Caraibe feroit ouvrages des femmes.
avoit filé du
deshonoré à jamais s'il
coron, ous'il avoit tiffa ou
peint un hamac. Ils laiffent ces fortes
d'ouvrages à leurs
ployent un
femmes, qui y. emde
temps confiderable & beaneoil peine à caufe de la largeur dela
qui les oblige à être deux
Maniere pour la travailler. Ils
perfonnes
dont elinduftrie de
n'ont pas eu encore
femmes
faire des méiers, de
des Ca- gue quand elles ont
forte
raibes trame
étendu les fils de la
font les
fur deux gros rondins
hamacs. terre & appuyez contre la fabliere plantez du en
bet, & qu'clles ont ainfi déterminé car- la
longueur & la largeur qu'elles veulent
donner au hamac, elles font obligées de
paffer leur pelotton de fil deffus & delfous
tous les fils de la trame l'un
& debattre deflus avec
après l'autre, 9
teau d'un bois dur & une elpece decoitentrer tous les fils dans pefant leur
faire
rendre le travail
, &
poes
les hamacs faits uni. Il eft certain
de cette façon font dfes
plus forts, plus unis, s'érendent bien
'elles veulent
donner au hamac, elles font obligées de
paffer leur pelotton de fil deffus & delfous
tous les fils de la trame l'un
& debattre deflus avec
après l'autre, 9
teau d'un bois dur & une elpece decoitentrer tous les fils dans pefant leur
faire
rendre le travail
, &
poes
les hamacs faits uni. Il eft certain
de cette façon font dfes
plus forts, plus unis, s'érendent bien --- Page 131 ---
Frangoifes de
mieux , & durent bien LAmbrique. IO3
ceux queles François & les davantage
1694.
fur le métier, qui étant de Anglois anc
ou de quatre lezr n'obéiffent
pieces
parce
les
fibien,
fnure
roides que
coûtures font toujours
que le refte de la toile, ce plus ne
peut manquer de caufer
qui
a celui quiy eft couché. delincommodité
La maniere d'attacher un hamac, ou Maniere
eft pour parler en Ameriquain, de le tendre, cher d'attade l'autre d'éloigner de les deux extrémitez l'une hamac un &
fes cordages telle forte quele hamac avec coucher. de s'y
diftance d'un fafle un demi-cercle dont la
mettre. Onl l'éleve bout à l'autre foit le dias'y pouvoir alleoir de terre de maniered
un
haute.
comme fur une chaife
tdmeh de Quand on s'y met il faut
arriere
mettre une de fes mains en
pour l'ouvrir, > de crainte
eyant delfis quand il eft
que s'afne falle la
tout plillé, on A
fouventà ceux culbure: ce qui arrive allez
àces fortes de lirs, quine font pasa accoûtumez
fément aux
mais qui s'y font aitriffiresaux dépens de quelques meurIl ne faut bras, aux épaules & aux felles.
long en forte pas la sy tête étendre tout de fon
far une ligne que droite
& les pieds foient
du hamac, Cette fituation qui fuivela longueur
mode, éclesreins
feroit incomen fouffiroient. Mais
E iv --- Page 132 ---
1694. ilfaur 104 Nomveanx) Toyages aux IRes
fecoucher
niere que lespieds dlsgonalemenr. foient à
dema-
& la tête au coin
un des coins,
repole
oppofé. Pour lors le
far
prefque aufli uniment
un
fete
matelas.
qu'il
à fon aile,sétendre On peut fer remuer
&1 fe couvrir de la moitié autant du que l'on veut,
qu'on veut fe tourner d'un hamac. côté far Lorftre, il faut commencer
l'au-.
pieds à l'autre coin du par mettre les
tournant le
hamac, & en fe
diagonale, corps on fe trouve fur l'autre
dité Commo. des Lac commodité de ces fortes de lits eft
hamacs. qu'on deux les peut porter par tout avec foi,
de fer taquers fuffifent de bois ou deux crampons
pour les tendre. J'en ai
porté avec moi dans mes
ou tout le monde
voyages d'Italie
hôtelleries font
fçaic que les lits des
pour l'ordinaire fort mal
propres 3 mes crampons étoient à vis
comme destite-fonds.je les faifois
dans les chambranles des
entrer
fenètres, &cj'étois fir d'être portes bien & des
fans crainte des
couché,
ordures dont les puces, lits de punaifes & autres
abondamment
ces pais-là font
commodiré
eft pourvis. Outre cette
eft certain qui
très - confiderable, il
n'a befoin qu'or y dort plus au frais, on
ni de couverture, ni de lincçuls, ni d'oreillers - : ils n'embaralfent
branles des
entrer
fenètres, &cj'étois fir d'être portes bien & des
fans crainte des
couché,
ordures dont les puces, lits de punaifes & autres
abondamment
ces pais-là font
commodiré
eft pourvis. Outre cette
eft certain qui
très - confiderable, il
n'a befoin qu'or y dort plus au frais, on
ni de couverture, ni de lincçuls, ni d'oreillers - : ils n'embaralfent --- Page 133 ---
Françoifes de LAmerique.
Io;
point une chambre, > parce qu'on les
ôrer & les plier dès qu'on n'en a plus Tout 1694.
foin. On eft exempr des puces & des punaifes, & le peu d'efpace qu'ils occupent
en rend le tranfport facile.
Je m'étonne qu'on ne s'en ferve
Onpeur.
dans les armées : ils emnbaraf@roienrbean pas roit fe
coup moins, & feroient plus faciles à fervir tilement uporter; car il ne faudroit que deux grands des haPiquers plantez en terre, & arrêter for- dans macs les
tement avec des cordes aufquelles on at- armées.
tacheroit le hamac par les deux bouts, on
pafferoit far le fommet des deux
une corde ou une gaule qui ferviroit piquers de
faitage, &c entretiendroit les piquets dans
la méme diftance
cirée
: qui porteroir une toile
ou un bon coitis pour former la tente.
Onp porteroit aifément dans une valife le
hamae, la tente & les cordages, & on
feroit affuré d'ètre bien plitôt
&
couché
quand il faut des
logé
des chidac
mulets ou
pour tranfporter ce qui eft
neceffaire pour une tente & un lit.
Le Matatou eft une elpece de corbeille
quarrée fans couvercle, dont la grandeur
eft differente felon le goût de ceux qui la
font. Le fond eft plac & uni, les bords
ont trois à quatre pouces de hanteur: les
coins font portez fur quatre perits bâtons
peints &couvragez àleur maniere qui exE V --- Page 134 ---
106 Nomveanx
1694. cedent detrois à Vroyages anx Ifles
des bords : ils font quatre Pouces la hauteur
en boule, ou coupez proprement à pans. Ces terminez bâtons
fervent de pieds au matatou
l'éMaratou
de
RLe
terre, font enchaffez
de angles,
les
Rom
SEt des
ils leur donnent depuis huit
Caraidouze pouces del
juf
bcs. T fond du
longueur au deffous
mataron, afin de l'élever
terre de cette hauteur. Le fond & de
côtez font travaillez d'une maniere fi fer- les
rée, fans qu'on peut remplir d'eau le matatou
craindre qu'elle s'écoule, >
ne foit fait que de rofeaux ou quoi de qu'il
de lataniers.
queiies
Le matatou eft la table des
qui leur fert en même teis de Caraibes,
dinairement ils en mettent deux plar. devant Orcelui ou ceux qui mangent. L'un fert
pour mettre la caflave qu'ils font tous les
jours, s & fouvent aurant de fois
veulent manger. Ils font voir cn qu'ils cela
qu'ils ont plus d'elpric que les
car elle eft bien meilleuré quand François; elle fort
de deffis la platine que quand elie eft
che & froide. Ils mettent fur l'autre fe- la
viande, le poiffon oul les Crabes, avec an
coiiy plein de pimentade, c'eft-à-dire de
fuc de manioc qu'ils ont fait boiillir, &
dans lequel ils ont écrafé quantité de
ment avec du jus de citron. C'eft leur fau- pi-
elpric que les
car elle eft bien meilleuré quand François; elle fort
de deffis la platine que quand elie eft
che & froide. Ils mettent fur l'autre fe- la
viande, le poiffon oul les Crabes, avec an
coiiy plein de pimentade, c'eft-à-dire de
fuc de manioc qu'ils ont fait boiillir, &
dans lequel ils ont écrafé quantité de
ment avec du jus de citron. C'eft leur fau- pi- --- Page 135 ---
Frangoifes de PAmerique.
Gc favorite &c univerfelle pour toutes fortes de viande & de poiffon : & ils la font 1694.
fi forte
n'y a gueres qu'eux qui s'en
puiffent EIE
Le Catoli ett une efpece de hotte dont Catoli,
les femmes fe fervent pour apporter an'sfbece de
carberle manioc, > les bananes,
hote Carat. des
le poiffon & les autres chofes lespatares, qu'elles bes,
vont chercher dehors. Ilye en a del deux
fortes, les unes font à jour s les autres
font à plein. Telles qu'elles foient elles
n'ont point de doflier; leur fondeft
le refte a la figure d'une piramide de plat,
fieurs côtez; elles font fort legeres, RE
propres, & fort enjolivées. Les rofeaux
ou les
de latanier dont elles font
faites, Camntiais teints de plufieurs couleurs &c
mis en ceuvre en compartimens tout à
jour fort bien entendu, Celles qui font
travaillées à plein font fi ferrées,
les peut remplic d'eau fans
en qu'on forte
une goutte. On lesattache fur qu'il lesépaules
comme en Europe avec deux gallons de
cotton larges de deux pouces & affez
épais. Cet inftrument eft tellement à l'ufage des femmes,
Caraibe
qu'on regarderoit un
comme un infâme sillavoit porté; de forte que fi dans un trèsbefoin un homme eft obligé de porter preffant ce
quieft dedans, il laifferale catoli, & aiE 1 vj --- Page 136 ---
Io8 Nonveaux Foyages Aux
1694: mera micux faire pluficurs
Ifes
porter ce qu'il contenoit, que voyages dele pour
en un feul dans le catoli.
porter
Corbeil.
Les corbeilles dont fe fervent
les ou vages, qu'on
nos SauPanieis
appelle Paniers
Carai- ont la longueur double de leur Caraibes,
bcs,
Ils en font qui ont trois pieds de long largeur. fur
dix-huit à vingt pouces de
& d'antres qui n'ont que huit à large, dix pouces de
long fur une largeur proportionnée. La
hauteur dépend du caprice ou
on
auquel
les deftine. Pour l'ordinaire delulage
elle n'excéde pas neufà dix pouces dans
les plus grands. Le fond eft plat & les côtez tout droits & perpendiculaires au
fond ; le deffus ou couverture du
eft de la même figure que le deffous panier
enchaffe crès-jufte, & fi uniment qu'il
ne peut pas plus. Il a un tiers de hauteur qulon
moins que le deffous. C'eft dans ces
niers grands & petits qu'ils renferment patous leurs petits meubles & leurs ajuftemens, après quoi ils les attachent contre
le bord del la pirogue afin qu'il ne fe
de rien lorfqu'elle vienta à tourner, ce
arrive affez
oui
fouvent.
Ils fc fervent de queiies de latanier ou
derofcaux pour faire leurs paniers, leurs
matatous, s catolis, cou'euvres & autres
meubles. Ce qui eft fait de rofeau eft
niers grands & petits qu'ils renferment patous leurs petits meubles & leurs ajuftemens, après quoi ils les attachent contre
le bord del la pirogue afin qu'il ne fe
de rien lorfqu'elle vienta à tourner, ce
arrive affez
oui
fouvent.
Ils fc fervent de queiies de latanier ou
derofcaux pour faire leurs paniers, leurs
matatous, s catolis, cou'euvres & autres
meubles. Ce qui eft fait de rofeau eft --- Page 137 ---
CAPJCE --- Page 138 ---
Iom rgvsag.
Latanier
L MA
Gros Cocor --- Page 139 ---
Frangoifes de LAmerique.
plus ferme & dure plus long-tems, mais
le latanier fe travaille mieux & plus fa- 1694.
cilement.
- Le Latanier eft une efpece de palmifte;
il vient fort haut & fort droit, & éga- Deferip- tion du
lement gros
tout. Sa tête eft enve- Latanier
loppée dune dignte toile naturelle, rude
& raboteufc, de laquelle fortent quinze,
vingt, & quelquefois jufqu'à quarante
branches toutes droites, vertes, liffes,
fans nceuds & affez fouples, de trois à
picds de longueur, qui portent à
extrêmité une
Ruateu
feitille
nant à sépanoiiir fe
pliflée, > qui'vepartage en plufieurs
pointes qui font comme une éroiled
fieurs rayons. C'eft de ces queiies dont plu- les
Caraibes fe fervent pour faireles meubles
dont je viens de parler 5 pour cet effet ils
partagent la côte ou queiic du latanier en
pluficurs parties dans toute fa
& après avoir gratré le dedans longueur, avec un
coûteau ou une écaille de moucle
en
ôter la mouelle ou pulpe brune quiy pour eft
attachée, ilsr réduifent ceslongueurs felon
lebeloin qu'ils en ont s leur laiffant feulementdeux lignes ou environ de largeur,
& l'épaiffeur d'une picce de cinq fols.
Les rofeaux qu'ils employent font de
même cfpece que ceux que nous avons
en Europe. On les coupe quand ils font --- Page 140 ---
- -IIO Nowveaux Vayages aux Ies
1694. encore verds, & avant qu'ils ayent fleuri,
parce que pour lors ils font plas tendres
& plus lians. Ils les fendent d'abord en
huit parties dans toute leur longueur, ils
grattent enfuite le delfas jufques à ce
ayent entierement effacé les veftiges
Tntia neuds quiy font de diftance en diftance ; après quoi ils grattent auffi le def
fous ott dedans pour en ôter toute la
pe ou moiielle blanche &c affez
puldont ils font remplis, & les réduire ferme, à 3
Tépaiffeurdenviron ils leur
un fol marqué : enfin
donnent la largeur qu'ils veulent
felon l'euvrage qu'ils en venlent faire.
Ceux qu'ils deftinent pour diftinguer les
compartimens ont pour l'ordinaire quatre
lignes de largeur 5 & ceux dont les compartimens font compofez n'ont
deux
a trois lignes. Lorfque les rofeaux que font
polis ils font blancs, ou toutau plus d'un
jaune fort clair. Il eft rare qu'ils leur
laiffent leur couleur naturelle, ils leur en
donnent d'autres, & fçavent fort bien les
teindre en rouge ou jaune, en bleu, ou
en noir qu'ils entremèlent fort
ment pour diverfifier leur ouvrage,& propre- le
rendre plus agréable.
Après qu'ils ont déterminé la
& la largeur qu'ils veulent donner longueur au
panier quils entreprennent, ils treffent
au plus d'un
jaune fort clair. Il eft rare qu'ils leur
laiffent leur couleur naturelle, ils leur en
donnent d'autres, & fçavent fort bien les
teindre en rouge ou jaune, en bleu, ou
en noir qu'ils entremèlent fort
ment pour diverfifier leur ouvrage,& propre- le
rendre plus agréable.
Après qu'ils ont déterminé la
& la largeur qu'ils veulent donner longueur au
panier quils entreprennent, ils treffent --- Page 141 ---
P3CS --- Page 142 ---
Tim. a pag-an.
Helricher ou Tamir
Panier
Caraibe --- Page 143 ---
Frangoifes de PAmériqne.
III
leurs rofeaux > ou quarrément, ou en 1694:
compartiment, d'une maniere fort ferrée: Maniere
& quand il ont fait le deffous du panier de les faire pa-
& fa doublure qui eft de mème matiere niers,
& de même proportion, ils ajuftent entre
deux des fetilles de cachibou ou de balifier amorties au feu ou au foleil, d'une
maniere fi propre, fi unie & fi preflée . 2
l'eau qu'on met dans le panier ne
que
Ils couvrent les bords
peut passécouler. de rofeau ou de latanier
avec un morceau être doublé, &c l'arrètent
affez large pour
avec des filets de
d'efpace en elpace
bien AE
teints en couleur , parfaitemene fe fait de la
& tors. Le deffus du panier
mème maniere quele deffous > qu'il couvre & qu'il emboète fi jufte que rien ne
l'eau
peut pailer entre deux, excepté entier.
quand ony plongele panier tout
Mais quelque pluye quilfaile ou quelque
quantité d'eau quil tombe deffus, on eft*
fàr que ce qui eft dedans ne peut être
moiillé. Cespaniers font les coffres & les
armoires des Indiens, ils n'en connoiffent
point d'autres. Les François & les autres
Européens s'en fervent aufli bien que les
Caraibes parce qu'ils font fort
>
fort
& fort commodes.
on
ENSIOs
legers
va d'un lieu à un autre: s on mct dans un
panier les hardes dont on croit avoir be- --- Page 144 ---
1694. foin II2 Nowveaux Poyages anx TRes
pour changer
Un Négre le porte far têtc eft arrivé.
forte
& n'en eft
EEE
E n'a que charge, le
parce qu'érant fort leger
pas être confiderable. poids des hardes qui ne peut
Ce font les hommes qui font
niers & lesautres
les paIls cll font non feulement ouvragesde cettee elpece.
mais encore
pour leurt rulage,
curer les choles pour dontils vendre & pour fe prome des coûteaux, des ont befoin, comde ia toile & autres chofes, haches,de la raffade,
l'eau.de-vie.
& fur tout de
qui Surquoi eft
il y a une remarque à faire,
fouvent qu'ils dans entreprendront un
une faifon dangereufe, voyage
uniquement pour acheter une
comme feroit un coûteau ou autre bagatelle, chofe
femblable, & qu'ils donneront tout ce
straitte qu'ils ont apporté de marchandife ou de
neroient pour cela, au lieu qu'ils n'en donde ce coûteau pas la moindre partie, fi au lieu
tique entiere on leur prefentoir une boudifes.
d'autres fortes de marchandontils Outre leurs paniers & autres meubles
fe deffont felon les befoins
ont, ils nous apportent des
qu'ils
deslezards, des volailles, des perroquets,
des ananas, des
& cochons,
crabes blanches bananes, & violettes. quantité de
de marchandife ou de
neroient pour cela, au lieu qu'ils n'en donde ce coûteau pas la moindre partie, fi au lieu
tique entiere on leur prefentoir une boudifes.
d'autres fortes de marchandontils Outre leurs paniers & autres meubles
fe deffont felon les befoins
ont, ils nous apportent des
qu'ils
deslezards, des volailles, des perroquets,
des ananas, des
& cochons,
crabes blanches bananes, & violettes. quantité de --- Page 145 ---
Frangoifes de LAmerighe. II3
La maniere dont nos Caraibes pren- 1694.
nent les perroquets eft trop ingenieufe des Artifice Cane
l'écrire ici. Je ne parle pasdes raibes
pourr quils pas prennent dans le nid de > mais pour
Sere grands. ilobfervent furle foir les at- prendre les perbres où il s'en perche le plus grand nom- roquets.
bre, & quandla nuit eft ventié ils portent
aux environs de l'arbre des charbons
allumez, fur lefquels ils mettent de la
gomme avec du piment verd, cela fait
fumée
étourdit de telle
une
épaifle qui
tombent
forte ces pauvres oifeaux qu'ils oud deit terre comme s'ils étoient yvres alors, leurs
mi-morts. Ils les prennent
lient les pieds &c lesailes, & les font revenir en leur jettant de l'eau fur la tête.
Quand les arbresfont trop hauts pour
arriver & faire
TreRe
la fumée y puiffe
des
qu'ils prétendent, ils accommodent
coiis aul bout de quelques grands rofeaux
ou dequelques perches, ils y mettent du
feu, de la gomme & du piment, ils les
approchent le plus qu'ils peuventdes oifecaux, & les eny vrent encore plus facilement. Pour les apprivoifer & les rendre
traitables, ils ne font queles laifferjeuner,
pendant quelque tems: & quand ils jugent Maniere
qu'ils ont bien faim, ils leur prefentent voiferles d'apprià manger; s'ils nordent & qu'ils fe mon- perroils leur foufflent la quets.
trent trop revèches, --- Page 146 ---
II4 Norveaux Yroyages Aux IRes
1694. fumée du tabac au bec, ce qui les
de telle maniere qu'ils oublient étourdit
aufli tôt leur naturel
prefque
tument à voir les hommes, fauvage ; ilss'accodtoucher, & deviennent
às'en laiffer
tout à fait privez, ils leur en peu de tems
même à parler.
apprennent
Ils prennent les lézards de la maniere
quejai marqué dansla
ces Mémoires; ; & commeils premiere partie de
gent point, & qu'ils en ont une n'en averfion manextrème, ils nous les apportent
les
ttafiquer.
pour
Ils nourriffent beaucoup de volailles
& de cochons,
&
fervir
beaucoup moins pours'en
vendre. pour leur nourriture > que pour les
le
Leur viande la plus ordinaire eft
poiffon & les crabes. Je parlerai des
differentes endroit. cfpeces de crabes dans un autre
On peut croire qu'érant
venu d'Europe, &
nouvellement
miere fois tous ces meubles voyant pour la prene manquois pas d'envie d'en Indiens, acheter je
pour moi que pour en envoyer en tant
à mes amissje fouhaitois fartoutes France
un lit Ou hamac Caraibe, & une
chofes
de caracolis.
garniture
Je priai Monfieur Michel d'en faire
marché s'il étoit pollible; maisi il me dir
dans un autre
On peut croire qu'érant
venu d'Europe, &
nouvellement
miere fois tous ces meubles voyant pour la prene manquois pas d'envie d'en Indiens, acheter je
pour moi que pour en envoyer en tant
à mes amissje fouhaitois fartoutes France
un lit Ou hamac Caraibe, & une
chofes
de caracolis.
garniture
Je priai Monfieur Michel d'en faire
marché s'il étoit pollible; maisi il me dir --- Page 147 ---
Françoifes de LAmérigue. IIS
qu'il étoit trop tard pour leur parler de 1694.
vendre leurs lits, que quand la nuit approchoit ils n'étoient pas traitables farce
point-l.,
qu'ils fentoientle befoin
en .lstend avoir pour dormir; au
fer que le matin ils ne faifoient pas tant
de rellexions, , leur prévoyance n'érant pas
f étendué. Nous réfolûmes donc de remettre ce marché au lendemain :
ce
avoir de
dcleas
dant je vis
cjevonlois
meubles, & E disà mon ami.
Je choifis trois beaux perroquets que
nouseûmes pour vingt-deux fols marquez.
connoiffent.
C'eft la fcule monnoye qr'ils
Un loiiis d'or chez eux n'eft pas tant que
s'cmdeux fols marquez, > parce qu'ils
baraffent moins dela matiere que du nombre. Ils n'ont pas encore jugéa propos de
fe remplir l'efprit des differentes valeurs
des monnoyes, ni de leurs réduétions.
Japris encore une circonftance qu'il
faut obferver quand on leur compte de Méthnde
T'argent; c'eft d'étendre les fols marquez qu'ilfaut
qu'on leur donne, & del les ranger les uns en obierver trafiaprès les autres comme on met des foldats vec quant les aen haye, loin à loin, fans jamais doubler Caralles rangs, ni les mettre les uns fur! les autres bes.
en les comptant & les couvrant à moitié, ?
car cela ne fatisfait pasallez leur vûe 2 &
vous ne concluez rien : mais quand ils --- Page 148 ---
116 Nowveanx Voyages aux
1694. voyent une longue file 0 de fols IAes
ils rient& feréjounif@enrcomme desenfans. marquez 9
Une autre chofe qu'il faut obferver eft
d'ôter de leur vàe &c d'enlever aufli-tôt
ce qu'on a acheré; car fi la fantaifie leur
venoit de le reprendre, ils le
droient fans cérémonie & fans vouloir reprenrendre le prix
en auroient reçû. Je
fçai bien qu'on 12 leur feroit bien rendre
par force 5 mais comme on veut vivre en
paix avec eux, & ne pas expofer toute la
Nation à une nouvelle guerre, on évite
autantqu'ileftp poflible toutes fortes de dif
cutionsavec eux, & cela en ferrant
tement Ce qu'on a acheté, & promp- ils
viennent le
quand
demander, ce qiii arrive affez
fouvent, on feint de ne pas fçavoir ce
que c'eft.
J'achetai deux grandsarcs & un
avec deux douzaines de Aléches, dont petir, la
moitié étoient empoifonnées, & l'aurre
moitié étoit pour la chaffe & pour la
pèche. J'eus avec cela deux boutons &
trois paniers caraibes. Cette partie me
coûta quelques fols marquez avec
à
huir pots d'eau-de vie.
fept
On m'acheta deux pierres vertes &
deux camifas qui me coûterent
couteaux Flamands, fix braffes de quatre grolle
toile, une maffe de raffade,8 une grolle
calleballe d'eau-de-vie,
moitié étoit pour la chaffe & pour la
pèche. J'eus avec cela deux boutons &
trois paniers caraibes. Cette partie me
coûta quelques fols marquez avec
à
huir pots d'eau-de vie.
fept
On m'acheta deux pierres vertes &
deux camifas qui me coûterent
couteaux Flamands, fix braffes de quatre grolle
toile, une maffe de raffade,8 une grolle
calleballe d'eau-de-vie, --- Page 149 ---
Frangoifesede LAmérique.
II7
Les pierres vertes viennent de la riviere
des Amazones quieft dans le continent 1694.
del'Amerique meridionale. Comme nos
Sauvages ne les ont qu'avec bien de la
difficulté, & qu'ils en connoiffent les vertus, ilne s'en défont que dans des befoins
extrêmes. J'eus le bonheur de les trouver
dans cet érat; une des voiles du bacaffa
avoit été emportée, 3 & il en falloit faire
une à quelque prix que ce fit. Je priai
Monfieur Michel de me prêèter la toile &
les autres chofes dont tj'avois befoin
ma ttaite, ce qu'il fit très-volontiets pour Il
fallut encore leur laiffer mefurer eux-mèmes la toile, ce qu'ils firent en étendant
lesbras de toute leur force, de forte
ces fix braffes en emporterent plus de :z
aunes > qui quoique groffe, car c'étoirdu
gros vitré, valoit un écu l'aune, Mais
gout cela étoit peu de chofe en comparaifon de la valeur des
vertes,
qui étant veritables étoient FRue de
Si notre marché avoit été en toile Fatte
che, comme celle dont ils fe fervent
paffer dans leur ceinture & couvrir pour leur
nudité, je n'aurois pas manqué de faire
cequ'on pratique ordinairemenravec cux,
qui eft de fendre la toile dans toute fa
longueur, , & de l'éfiler des deux côtez
pour cacher la fupercherie ; & d'ailleurs --- Page 150 ---
I18 Nowveaux
anx
1694. une toile large leur
IRes
parce
ELE
nelaveulent que de huica dix pouces qu'ils de
large, & qu'ils eftiment plus ces bandes
pourvû qu'elles foient bien longues,
qu'une toile de Hollande ou de baptifte
qui auroit troisquarts de large & qui auroit moins de longueur. Celt une commodité pour eux d'en trouver de la largeur quils fouhaitent, & c'en eft encore
une plus grande pour ceux qui traitent
avec eux.
Vertudes La ptincipale vertu des
pierres eft
pierres vertes,
vertes.
d'empècher les vertiges, les ébloiiffemens de quelque principe qu'ils viennent, & les accidens de
Ona
voulu
lenileplic
dire qu'elles gueriffoient radicalement cette maladie 9 mais cela n'eft pas
wveritable: je me fuis convaincu Par
fieurs
pluexperiences qu'elles ne font
fulpendre les accidens ; mais il eft qu'en vrai
aufliqu'elles les empêchent tout autant de
tems qu'on en porte, , à nud fur la
Voici comme je me fuis convaincu peau. de
cette vetité: ileft vrai que ce que je vais
écrire n'eft arrivé que quelques années
après que j'eus acheté ces pierres, mais
je croi que cette tranfpofition ne gâtera
pas beaucoup la fuite de ces Mémoires,
lijel la mets ici,
Etant ala Guadeloupe en 1700. un de
aufliqu'elles les empêchent tout autant de
tems qu'on en porte, , à nud fur la
Voici comme je me fuis convaincu peau. de
cette vetité: ileft vrai que ce que je vais
écrire n'eft arrivé que quelques années
après que j'eus acheté ces pierres, mais
je croi que cette tranfpofition ne gâtera
pas beaucoup la fuite de ces Mémoires,
lijel la mets ici,
Etant ala Guadeloupe en 1700. un de --- Page 151 ---
Françoifes de PAmbrigue.
I19
mes amis acheta d'un habitant une fa- 1694.
mille de Négres patmi lefquels il y avoit
homme de dix neufà vingt ans,
quil un jeune fit marier auffi-tôc avec une de fes
Négreffes. On s'apperçut
de jours
de fréque ce nouveau
OLFNai
aptès quens accidens que les Chirurgiens ju- rience Expe- de
Mon amiauroit pûl l'Auteur
gerentbwedépilcplie. obliger fon vendeur à reprendre fon Né- fur Négre un
gre, & à lui payer la Négrefle avec la- qui boit tom- du
quelle il étoit marié; mais ayant fçû que mal cajavois une pierre verte il m'en demanda duc.
un petit morceau. Je fus bien aife d'avoir
cette occafion de l'obliger & d'éprouver
ma pierre. J'en fis rompre un petit éclat
environ comme la moitié d'une lengros tille, &c le Chirurgien ayant fait une ouverture au bras du Négre entre le coude
& l'épaule s y mit cet éclat, & fit un
point pour réiinir les levres de Ja playe,
deffis
la conavec un petit emplârre
fermée,
folider. La playe fut
totiorie
mais il y refta roujours une petite galle
qui tomboit de tems en tems. Pendant
plus de trois ans qu'il porta ce petir éclat,
il n'eut
la moindre atteinte de fon
mal. A Ea fin il fe fit une cicatrice fur la
playe, elle s'ouvrit, la pierre tomba &
fe perdit, & le Négre retomba auffi-tôt
dans fes premiers accidens. On me le --- Page 152 ---
I20 Nowveanx Foyager Aux Ies
1694. mandaà la Martinique. Jenvoyai auffitôrun autre petit éclat qu'on lui mit dans
l'autre bras avec tant de fuccès
mon départ des Iiles en 1705. TANE n'avoit
point étéa attaqué de fon mal. J'ai donné
de la même pierre à deux ou trois antres
perfonnes fur lefquelles elle a produit le
même effet; ; & cef par-là queje me fuis
convaincu qu'elle étoit veritable & non
contrefaite comme il s'en trouve beau- -
coup plus que de vrayes.
Les Portugais de la riviere des Amazones > &c les Hollandois qui font à Surinam & à Barbiche, (çachantfeftime
les Indiens font de ces pierres, n'ont que
manqué de les contrefaire, & d'en trafi- pas
quer avec eux aveci un profit confiderable.
Les ignorans & tous les Marchands lui
donnent le nom de jade-vert Oriental,
ils fe trompent lourdement, cette
ne fe trouve que dans l'Occident, pierre c'eftà-dire dans l'Amerique que l'on
les Indes
appelle
Occidentales, on ne la rencontre que dans un petit canton dela riviere des Amazones, c'eft un limon ou
clpece de terre glaife que les Indiens vont
prendre en fe plongeant dans cette riviere, à dix ou douze braffes de
deur, ilsl'expofent fur le bord, profon. & fans
le tirer de l'eau ils lui donnent la forme
qu'ils
ident, pierre c'eftà-dire dans l'Amerique que l'on
les Indes
appelle
Occidentales, on ne la rencontre que dans un petit canton dela riviere des Amazones, c'eft un limon ou
clpece de terre glaife que les Indiens vont
prendre en fe plongeant dans cette riviere, à dix ou douze braffes de
deur, ilsl'expofent fur le bord, profon. & fans
le tirer de l'eau ils lui donnent la forme
qu'ils --- Page 153 ---
Frangoifer'de LAmerigne:
12I
qu'ils jiugent à propos. La
eft d'en faire des cilindres plusordinaire de
fix lignes de diametre, & de trois quatre à
fix pouces de
juf
2t des coliers.
longueur 2 dont ils
Pour cet effet ils ont une petite broche
de fer ou de bois, ils mettent le limon'
autour, & l'arrondiffent en le tenant
tre les paumes de leurs mains
enilsle tirent de l'eau, ôtent la , broche aprèscela
le laiflent fecher,ce quieftbien-tôr &
il dure de telle maniere
fait,
prefque auffi dur que le diamant. qu'il devient
Ils en font auffi dese efpeces de
ou de grenouilles mal faites,
crapaux
les peut attendre de ces fortes tellesqu'on de
elles font percées comme les cilindres, gens,
parce qu'elles doivent fervir à faire la
piece du milieu d'un colier qui eft toujours en nombre impair, foit
ait
un crapaux, ou qu'il y en ait point. qu'il y
La couleur de ces pierres eft un vérd
pâle, approchant de la couleur de
les crapaux
l'eau,
cés,
paroiffent un peu plus fonmais elles parce qu'il y a plus de matiere,
aifé de font toutes percées, & il eft
connoître qu'ellesont été
quand on les a faites,
percées la
tiere s'eft un
retirée parce que macn fe fechant, peu
autour du trou
Tome II. ce qui ne feroit pas arrivé
F --- Page 154 ---
122 Nowveanx
Aux
1694. f elles avoienr été Yoyager percées
Ifes
truent, cette marque eft avec un infs
pour diftinguer les vrayes d'avec infaillible les
trefaites, &1 fices marques étoient convoques, leur dureté eft foffifante équilesi faire connoitte, car la meilieure pour lime
nilagache dre, elles la plus fine n'y peuvent morne fe pcuvent fcier
poudre de diamant que les qu'avec la
font obligés d'employer, Lapidaires
mariere eft inutile,
toute autre
Quand la
on en fait des bagues, il faut
que pierre foit enchaflée de maniere
qu'elle qu'elle touche paroiffe des deux côtez, afin
ccla eile ne
la peau à nud, car fans
que fa vertu produiroir feroit
aucun effer,p Parce
J'ai dit ci-devant interrompué.
ferer de petits éclats qu'on en peut in-
&la
& que cela entre m'avoit lépiderme réulli
Em Depuis mon retour en France en
jen ai fair quelques
eu un fuccès
épreuves qui ont
haiter,
telqu'on en pouvoic foumaisagresquelques
a
fa vertu, cela moislapietre
2Rt à ceux qui fc ferviront m'oblige de à conpierte de la porter far leur
cette
quef lavertu ne diminue point peau, du tout, parce
commey'en fuis affuré par plufieurs expétiences, far
routfionlatrache aul col
mon retour en France en
jen ai fair quelques
eu un fuccès
épreuves qui ont
haiter,
telqu'on en pouvoic foumaisagresquelques
a
fa vertu, cela moislapietre
2Rt à ceux qui fc ferviront m'oblige de à conpierte de la porter far leur
cette
quef lavertu ne diminue point peau, du tout, parce
commey'en fuis affuré par plufieurs expétiences, far
routfionlatrache aul col --- Page 155 ---
& far lanucle : Prangoifes -
ou les detAmbrizue nerfs fe
raffemblent
plus qu'en aucun autre lieu du corps.
Un homme de qualiré qu'il n'eft pas
neceilaire de nommer, s étoit attaqué fii
violemment de ce mal, qu'il tomboit
cinq ou fix fois
jour , la medecine
entiere n'avoit lt le foulager 5 il eut la
premiere Edition de celivre,& fit G bien
qu'il eur une de ces pietres, il l'artacha
afon col fans jamais laquitter, &c
plus de dix ans il n'a eu aucune depuis
de cette cruelle maladie. J'en ai donné atraque à
d'autres perfonnes avec le même fuccès.
Prefque tous les Sauvages ou Indiens
de l'Amerique entre les deux Tropiques
font fnjets à ce mal , on ne fçait pas
leur a enfeigné ce remede, c'eft felon qui
les il ne apparencesle faut
hazardsquoiqu'il en foit
pas s'imaginer
de cette pierre gueriffe ce quel'application mal radicales
ment: elle ne fait qu'en fiulpendre les:
attaques, mais elle les fufpend autant
de tems que vousla portez fur la
& n'eft-ce pas à peu près la même chair, chofe
que G elle Bnenif@oirradialement
Ily a desmaladies qui ont prefque lest
mèmes fimptomes
me les maux de quel'Epilepfie, les
com-1
fans, les
mere,
vers aux cnvapeurs des perfonnes
& quelques autres qui produifent plusagées des!
Fij --- Page 156 ---
124 Noxteans Proyages AHX
1694. roidiffemens de
TRes
che, & les mouvemens nerfs,Técume à la boul
vulgaire prend pourdes violens que le
leplic. La pierre verte ne attaques d'Epiefier fur ces maux, c'eft aux produit aucun
dy pourvoir d'une autre
Medecins
a Ce qu'il faut éviter façon.
c'eft de laiffer tomber ces foignenfemene, a
feu, elles' s'y calcinent atlez pierres dansle
perdent toute leur vertu.
vite, &
On pourroit en avoir plus aifément
la quand mauvaife les Sauvages meurent, maisils ont
colitume d'enterrer avec
tout ce qui leur a fervi
le
fete vie, & l'on a protivé
pendant
doient toute leur vettu, qu'elles pervoient été
desqu'elles aavec un cadavre. quelque tems dans la terre
: On a expérimenté à Paris
ces pierres
far une qu'une de
avoit une ELE perte fang, l'avoit femme qui
nué Ona remarqué que la pierre étoit guerie.
facouleur toute blanche, &c qu'elle n'a repris deveme cette naturelle que peud
Comfoisa experience n'a été TAmer
Paris, je nel la donne
qu'une
taine, quoique les femmes pas pour cers'en ferventavec fuccès.
Indiennes
Le fil de léton n'eft
être paffé dans le trou, & pas propre pour
pour attacher
'une de
avoit une ELE perte fang, l'avoit femme qui
nué Ona remarqué que la pierre étoit guerie.
facouleur toute blanche, &c qu'elle n'a repris deveme cette naturelle que peud
Comfoisa experience n'a été TAmer
Paris, je nel la donne
qu'une
taine, quoique les femmes pas pour cers'en ferventavec fuccès.
Indiennes
Le fil de léton n'eft
être paffé dans le trou, & pas propre pour
pour attacher --- Page 157 ---
Frangoifes de PAmérigue.
les rubans qui tiennent la pierre fur ras le
col, parce
s'y forme du verd de 1694
gâre
le
fûr
trdl
pierre; plus
eft de
fervir de fil d'or otl
EARL
fait deux petites boucles d'argent, dont on
atrache les rubans quila tiennent aufquelles fur on la
nucle du col.
Un de mes amis réfidant a Cayenne
qui.m'a envoyé une de ces pierres, m'a
mandé que le hazard avoit découvert
que ces pierres portées ftr les reins guérifloient la rétention d'urine, 3 & m'a
affuré que le Chirurgien Major de cettè
Ifle nommé Moreau, qui étoit fouvent
attaqué de cette cruelle maladie qui le
mettoir à l'extrèmiré 2 après avoir employé tous les remédes de la medecine
inucilement, avoir été guéri en portant
une de ces pierres far les reins, fans la
quitter ni jour ni nuit. Je donne ce reméde far la foi de mon ami, quieft un
homme fage &
en eft aifée. teseclaine.Liexgenence
On trouve affez fouvent dans les rués
des gens qui tombent du mal
ou qui feignent d'en romber
caduc, s'attirer des aumônes. Il eft aifé de pour diftinguer les vrais malades d'avec les faux;
iln'y a qu'à leur appliquer une de ces
pierres fxr la temple fans lui rien dire,
Fiij --- Page 158 ---
126 NeNTPANx Tevaget AMX
1694. dilie maiclt veritable,
IRes
minutes l'acrident celfe dans 4: ou;
au lieu que G ce font des entierements
tes, als id font durer plus maladies feinexciter la chariré des
long tems pour
Voila ce me femble fpectareurs. tout
fouhaiter fur cette pierre cequ'on peut
laiffe aux Medecins à
admirable. Je
de fa vertu, s'ils la
expliquer lacaufe
La raffade dont les peuvent déconvrir. 3
gres, & même les femmes Caraibes, les Nédervent pour faire des braflelets blanches fe
chofes de cette
& autres
d'émail quieft teint nature, de eft une cipece
leurs. Il y. en a qui font differentes en
coupercées dans leur longueur
cilindre,
hlées. C'ef de celles là dont pour être enceintures des enfans mâles on fait les
Indiennes,
& des filles
le camifa. jufqu'a ce qu'elles prennent
grofleurs, Onenfair de toutes fortesde
dife
Cekunerbr.bosner marchan:
pour traiter avec les
en ufent beaucoup à leurs. Caraibes coliers qui
leurs bralfelets, abroder leurs camifas &
xa faire des glands & des
hamacs que les meres donnent franges à aux
filles
elles les marient.
leurs
macs Rerta bien plus
Ces ha
guc les
longs & plus larges
jamais ordinaires, s quoiquils ne fervent
qu'a une feule perfonneà la fois,
fortesde
dife
Cekunerbr.bosner marchan:
pour traiter avec les
en ufent beaucoup à leurs. Caraibes coliers qui
leurs bralfelets, abroder leurs camifas &
xa faire des glands & des
hamacs que les meres donnent franges à aux
filles
elles les marient.
leurs
macs Rerta bien plus
Ces ha
guc les
longs & plus larges
jamais ordinaires, s quoiquils ne fervent
qu'a une feule perfonneà la fois, --- Page 159 ---
n'étant Frangoifes de TMmérique. fiy
puiffent pas dormir poflible que deux perfonnes 1694.
mème hamac. commodément dans le
C'étoit un hamac de
voulois avoir, mais mariage cela que
attendre
pour
il TTUE
bligea de jufgr'aulendemain, demeurer chez
ce qui m'ochel; 5 par fon
Monficur Michez moi un vieux confeilyenvoyai fulil,
chercher
nettoyer &
que je fis bien
remarqué polir le >
que nousavions
tenoir
Eent
le idteudo
dqui apparavoit envie d'un que fafil, je vonlois avoir,
defcendimes le lendemain En effer, > nous
bord de la mer; 5 je faifois au matin ati
pari un Négre qui en
porter le falil
fur des aigrerres, qui tiraqbelques font des coups
d'une blancheur
oifeanx
de rès-belles & extraordinaire, qui ont
queué. Le Caraibequi rrès-longuest vir plumesàla
de ces
romber quell
Raat le
oifeaux, eut envie du
à moins qu'il demandamais n'eûr
on le lui refufa,
cefta-dire, de
beaucoup de traite,
en troque; & marchandife à donner
niere & lui atfecn sexpliquer à fa mafiléroir d'une grande comprendre que ce fus
valloir plus de fols valeur, on lui dit
L ou huit perfonnese marquez, que
fentesn navoientde qui étoient là precheveux à la tète, ce
Fiv --- Page 160 ---
128 Nowveaux
1694- qu'on fait en prenant
aux IRes
la
cheveux avee
TaMr
main, & difant monche, monche
margnez. C'eft leur maniere de sfols s'expliquer quand ils font au bout de leur
arsthmetique, & qu'ils veulent exprimer un très-grand nombre
quelilsn'ont point de
, pour leiçavent
termes, carils ne
quandils compter
jufqu'a dix, &
palfent cei tet2e ils mettent
despoire dans une callebaffe, ou
nceuds à une petite cordelette fontdes
fouvenir 3 ou pour le faire
pour s'en
à un autre. Le Caraibe
comprendre
mon fufil, me
qui vouloit avoir
arc, des Aéches, prefenra un panier, un
gatelles, mais
quelques autresbacommodoir voyant
cela ne m'acfon lit,
pas, il AOEES enfin chercher
fiftance, nous fimes encore quelque ré
& à la fin nous
farle marché je lui donnai troquâmes 3 &
demie livre de plomb & environ une
de poudre, &
une demie livre
T'hamac à
jenvoyai far le
mon Prefbytere.
champ
Monfieur Michel tâchoit Cependant
autre Caraibe à fe défaire d'engager de fes un
colis; ; il en vint à bout avec affez cara- de
fil, peine, > à condition de lui donner un fa-
& qu'on lui rempliroit deux
callebafles d'cau-de-vic de
grolles
sernicr article étoit facile à cannes. Ce
exécuter,
T'hamac à
jenvoyai far le
mon Prefbytere.
champ
Monfieur Michel tâchoit Cependant
autre Caraibe à fe défaire d'engager de fes un
colis; ; il en vint à bout avec affez cara- de
fil, peine, > à condition de lui donner un fa-
& qu'on lui rempliroit deux
callebafles d'cau-de-vic de
grolles
sernicr article étoit facile à cannes. Ce
exécuter, --- Page 161 ---
Frangoifes de PAmerique. 129
mais je n'avois plus qu'un fufil dont je
ne voulois pas me défaire, 2 & ceux
1694.
étoient chez mon ami étoient trop bons qui
pour ces fortes deg gens, à quiiln'eft
permis en bonne confcience Oul en bonne pas
politique de donner de bonnes armes,
Un Négre d'un habitant du voifinage
me tira d'embarras, en m'offrant de me
vendre un vieux falil qu'il avoit, > je le
pris au mot, & pour amufer le Caraibe
afin d'aveir le temps d'envoyer chercher
le fufil & le bien ajufter; nous le menâmes à la maifon de Monfieur Michel,
où on lui donna à manger, & à boire
plus qu'à manger. Cependant le Négre
le fulil
je lui payai quatre
ce
un
Zterlae
qui atets
valoit. On le
peu plus qu'il ne
fourbit, on Thuila, &c
on le mit dans un vieux garde-fufil de
drap rouge que le hazard nous fit trouver,d'on jele fis tirer avec cérémonie
pour le donner au Caraibe. Il en far
charmé, & desqu'ill'eut entreles mains
il fe mit en devoir de le charger fans
s'embaraffer s'ill'étoit ou non 5 on l'avertit gu'illétoit, & on l'empêcha ainfi
de le faire crever dans fcs mains. Il le
tira furnotre parole fans accident ;
quoi il demanda fon eau-de-vie, après
lui mit dans fes callebaffes, comme qu'on
noys
F V --- Page 162 ---
130 Nonveaux Yroyager anx IRes
1694. avions compté les fols
à-dire,
fut
marquez , c'eftqu'on
autant de tems à les
remplir, que les fols
avoient
tenu d'efpace. Le Négre marquez qui avoit foin
de l'eau-de-vie avoit mis un petit morceau de bois dans la champlure du tonneau, pour l'empêcher de couler comme elle devoit faire naturellement, de
forte que ces deux callebaffesq qui
voicnt tenir huit à neuf
d'une
pots >
hent
près
heure fous le robinet. C'eft
une petite tromperie qu'on obferve
pour leur faire croire
les vaiffeaux
qu'on leur remplitfont
grands
ne
plic
penfent. Ils s'applandifient eux-mè- qu'ils
mes, comme nous le remarquâmes fir
le vifage de notre
aidé
de
marchand, qui
eseamardesiquion avoiraufli donnéaboire, la
emporta avec bien de laj
valeur, vrale ou prétenduè, de LES
caracolis.
Nous fimes avertis
après qu'ils fe difpofoient quelque à
tems
quoique la defcente jufqu'au bord partir de la 5
mer fut fort rude, je ne laiffai
aller aulli-tôr
voir
pas d'y
tireroient
comment ils fe
avabner car ilsavoient abordé en un endroit fort difficile, &c la
mer étoit bien plus groffe
quand ils étoient arrivez. cejour-lique Mais il faut
enduè, de LES
caracolis.
Nous fimes avertis
après qu'ils fe difpofoient quelque à
tems
quoique la defcente jufqu'au bord partir de la 5
mer fut fort rude, je ne laiffai
aller aulli-tôr
voir
pas d'y
tireroient
comment ils fe
avabner car ilsavoient abordé en un endroit fort difficile, &c la
mer étoit bien plus groffe
quand ils étoient arrivez. cejour-lique Mais il faut --- Page 163 ---
Erançoifes de TAmbrigue. 137
avoiier que ce font d'excellens hommes
de mer
bravent le peril par une 1694grandeur Pt courage des plus extraordinaires.
Ils mirent tout leur bagage dans les
deux bâtimens, & en attacherent toutes
les pieces avec les cordes qui étoient
pallées dans les trous du bordage. Ils
poufferent enfuite les bâtimens fur des
rochers ou pierres qu'ils avoient arrangées avec allez de pente, jufqu'à l'endroit où la groffe lame vient finir. Les
femmes & les enfans entrerent dans les
bâtimens & s'aflirent dans le milieu du
fond. Les hommes fe rangerent le long
desbords en dehors, chacun vis-à-vis du des Adreffe Cabanc où il devoit être aflis; les
raibes
étoient à côté de chaque place.
cet mettre pour
état ils
PEIES
lames attendirent que les plus groffes en leurs mer
fuffent venués fe brifer à terre, & vaifquand celui qui devoit gouverner le bà- feaux.
il timent fit jugea qu'il étoit tems de partir S
un cri, & auffi-tôt tous ceux
étoient aux côtez du bâtiment le qui
ferent de toutes leurs forces dans pouf-
& fauterent dedans à mefure
f'eau, l'endroit où ils devoient voguer ou que plitôt
nager entroit dans l'eau. Celui
devoit gouverner y fauta le dernier, qui &
tous én même tems fe mirent à nager
F vj --- Page 164 ---
132 Nomveanx
dnx
1694. avec tant de force,
Ifes
en
furmonterent
reE
moins de rien les groffes lames,
roulant aveci impetuolité,
devoir
ekeeat
croi rejetter bien avant farla côte; je
que cela leur feroit arrivé fansl'habileté de celui
gouvernoit. Il étoit
tout droit à ttr & il paroir avec
une adreffe merveilleufe le choc de ces
montagnes d'eau, en les prenant, non
pas tout droit & de face, ou comme on
dit aux Ifles,le bout au
biais
corps > mais de
> enforte que dans le moment
la pirogue s'élançoir far le côté de la mè- que
me lame, elle étoit toute panchée
ce qu'elle cât gagné toute la hanteur, jufqu'a
où elle fe redreffoit &
dilparoiffoir en
s'enfonçant de l'autre côré de la même
lame. Élle refortoit enfuite
voyoir fon avant tout en l'air 2 & l'on
quandelle
commençoit à monter far une autre, de
maniere qu'elle paroiffoit toute droite
jufqu'a ce qu'ayant gagné le dos de la
feconde lame, il fembloit qu'ellen'éroit
foutenve que fur le milien de fa fole,
& qu'eile avoit fes deux extrémitez tout
en fair. Après cela l'avant s'enfonçoit,
& la pirogue en le plongeant failoit voir
fon arriere & un quart de fa fole tout à
découvert. Ce fut en cette maniere qu'ils
franchirent les grolles lamcs, oû tous
ufqu'a ce qu'ayant gagné le dos de la
feconde lame, il fembloit qu'ellen'éroit
foutenve que fur le milien de fa fole,
& qu'eile avoit fes deux extrémitez tout
en fair. Après cela l'avant s'enfonçoit,
& la pirogue en le plongeant failoit voir
fon arriere & un quart de fa fole tout à
découvert. Ce fut en cette maniere qu'ils
franchirent les grolles lamcs, oû tous --- Page 165 ---
Frangoifes de
autres que des Caraibes LAmérigne. auroient été 133
velopez, & qu'ils arriverent ou la cn-1694
ne roule plus avec tant
mer
d'impettofité;
carlesgrollesl lames ne
cent cinquante ou deux commencenrqui cens
côte, Je les avois
pas de la
miration, mêlée de regardé avec adqu'ils avoient été dans crainte, le
pendant
puis dire que je reffentis de la danger; ; je
que je les vis en fûreré.
joyelorf
La mer forme toujours
lames s ondes ou
fept groffes Remar. fur
voudra les appeller, vagues, > comme on RT lames
ferdterre
qui viennent fe bri- ou ondes
avec une violence
de la
ce
fe doit entendre des étonnante, mer.
où T côtes font
cabefterres
hautes, & où le vent pour l'ordinaire fort
tinuellement. Les pouffe la mer confept lames font les trois dernieres de ces
qu'elles font
plus groffes. Après
à terre
paffées en venant fe brifer
, il fe fait un petit calme
appelle un Embeli qui dure
qu'on
tant detems
environ auAve Maria, qu'il en faut pour dire un
commencent, Ter quoi les lames reperuoliré
groffeur & leur imce que la feptiéme s'augmentant fe foit toujours venue jufqu'a
terre.
brifer à
Comme ce mouvement ne fe remarque qu'aux cabefterres des Iles, on
peut --- Page 166 ---
1694. croire Netsaerfaugn que c'eft le
AHX IRes
ou du moins
vent quile produit,
mer. Il
qui aide à la mer à le fortention d'un ne feroit pas indigne de l'atles caufes & habile les homme de chercher
ment, , de voir G periodes de ce mouveil eft le même, & pendant fi les toute l'année
la lune, 2 & les differentes changemens de
foleil y ont quelque
Entre politions du
HwegepieosPeer part.
plufieurs
fijer retournois aux ifles, celle-ci d'oblerver,
roir pas été oubliée.
n'auLe fujer du voyage deces
dans noire quartier, où ils n'ont Meflieurs
coûtumé de venir
pas acque nous le pâmes trafiquer, étoit autant
ne jugerent pas à conjecturer de ( car ils
truire)
propos nous en inf.
pour chercher un de leurs compatriorcs, qui s'étoit fauvé de la Dominique après en avoir tué un autre, Les
parens du mort lui vouloient rendre la
l'euffent pareille, & n'y auroient pas manqué s'ils
trouvé; &
auroit laiffé faire, peut-être qu'on les
voir, pour n'être feignant de nelespas
avec eux pour fi peu pas de obligé chole. de rompre
içu, je ne fçai comment,
Ilsavoient
avoir quitté le Fort faint 5 que le Caraibe
Pierre où fes
s'éroit compatriores reciré vont très-fouvent, &
en notre quartier
gu'il
pour êue
'euffent pareille, & n'y auroient pas manqué s'ils
trouvé; &
auroit laiffé faire, peut-être qu'on les
voir, pour n'être feignant de nelespas
avec eux pour fi peu pas de obligé chole. de rompre
içu, je ne fçai comment,
Ilsavoient
avoir quitté le Fort faint 5 que le Caraibe
Pierre où fes
s'éroit compatriores reciré vont très-fouvent, &
en notre quartier
gu'il
pour êue --- Page 167 ---
Françoifes de PAmerique,
plasen fireré. Desqu'il
avoir des Caraibes au bord furaverti de la qu'ily y 1694
ilne fallut pas le prier de fe cacher. mer,
l'employois quelquefois à
Je
moi dans la riviere
pécher
mer
> ou au bord Sent la
aveclépervier.
rond Onappelle en forme de épervier aux Ifles un filet
les font aflez
cone 3 dont les mailféen maniere petites. Le bas eft retrouf
balles de
de poches, il eft garni de Differen- tes mafaire couler plomb bas tout autour pour le pécher. nieres de
une corde de fepti promptement. huit
Ily a
dontle bout s'attache au piedsafa pointe, Pêche à
du pécheur; elle fert à poigner retirer gauche le
vicr. Péperquand onl'ajetté dans l'eau. La
filet
de le
maniere
filet jetter 3 eft de prendre le bord du
aveci les dents, & de let tenir
en partic avec la main gauche, étendu
qu'on en tient pliffé dans la droite pendant
qu'on en peut tenir.
autant
quelque
Lorfqu'on voit
on juge poillon > ou que fans en voir
qu'il y en peut avoir dans
que endroit, on jette le filet fur ce
la, ou fur le
Ret
de converfion poiffon en faifant un quaft
che ce
dansle moment
lânoient, que lesdeux mains & les
ce
teTconl
rond, & le qui fait fait étendre le filet en
aller
l'eau dans cette même julqu'au fond de
fituation. Le poif- --- Page 168 ---
1694. bre qui Nowveanx eft étonné Voyages dul
ANx Hes
entre dans les
bruit, fe fauve &c
fermé; ; fa
poches oi il demeure énfermer quand propre pefantenr aidant à les
moyen de la corde. on retire le filet par le
fois decette maniere On; pèche quelquemais il faut
au bord de la mer,
que ce foit dans un
calme; car ileft bientare que le grand
vienne dans les lames, à moins poiffon
foit pourfuivi par d'autres
qu'il ne
gros & plus voraces, comme poiffons font plus les
Requins,les Becunes & autresfemblables
f payent aflez fouvent la peine de
la côte. témerité, en demeurant échotiez à
auxflam- Pêche dans ILy a une autre maniere de
beaux,
nos rivieres, on plutôr dans pécher nos
torrens; c'eft la nuit aux Aambeaux. Les
Caraibes y font fort adroits. Nos Né
gres d'aufi l'onr appris d'eux, &il s'en trouve
quoique habiles que leurs maîtres : le mien
de
jeune auroir donné des
cet art, auffi bien que de celui leçons de
pècher à la main, 3 mais je ne lui
muetroiagueres de fortir la nuit,
te qu'ilr Ine fûr
declite
font
mordu de quelque
Ain
plus en mouvemenr en ce ferpent, temsque pendant le jour, & qui fe voyent
beaucoup moins. Je craignois d'ailleurs
que fous prétexte d'aller a la pêche, il
jeune auroir donné des
cet art, auffi bien que de celui leçons de
pècher à la main, 3 mais je ne lui
muetroiagueres de fortir la nuit,
te qu'ilr Ine fûr
declite
font
mordu de quelque
Ain
plus en mouvemenr en ce ferpent, temsque pendant le jour, & qui fe voyent
beaucoup moins. Je craignois d'ailleurs
que fous prétexte d'aller a la pêche, il --- Page 169 ---
Frangoifes de
n'allâr trouver d'autres PAwpriyue 137
lefquels il
Négres, avec
auroit pû - s'adonner au
1694:
alaboiffon, &c peutêtred
jeu ,
liberrinage.
quelque autre
rivieres Ceux qui vont pécher la nuit dans les
ils tiennent y marchent fort doucement ;
leur flambeau de la main
gatiche, les ébloitir. de maniere qu'il les éclaire fans
Ils ont ala main droite
petit filet étendu autour d'un
un
un manche de trois à
cercleavec
long. Dès que le
quatre pieds de
ils'en
poiffon voit la lumiere
l'eau: : & approche le pécheur 5 ils'élance, , iljonè fur
couler fon filet fous prend lui fon tems pour
fans crainte qu'il puifle fauter & l'enlever >
le filet
fait dehors >
Terec
quieft
en maniere
d'environ un
peatd
pied & demi de
profondeur, poiffon de s'élancer. obéit & ne permer pas au
& le filer, le
Outre le flambean
havrefac ou un pécheur porte encore un
douliere où il met coyanbouc le
paffé en banLa pèche à la main poiffon fe fair qu'il de prend.
On entre dans l'eau, on y. marche jour. dou- la Péche main, à
cement; on regarde attentivement
quand on découvre quelque
> &c
fe retire dans des racines poiffon
roches, on le
ou fous
de
on l'a và fe
fuit, on met la main où
retirer, & onle prend d'au-
douliere où il met coyanbouc le
paffé en banLa pèche à la main poiffon fe fair qu'il de prend.
On entre dans l'eau, on y. marche jour. dou- la Péche main, à
cement; on regarde attentivement
quand on découvre quelque
> &c
fe retire dans des racines poiffon
roches, on le
ou fous
de
on l'a và fe
fuit, on met la main où
retirer, & onle prend d'au- --- Page 170 ---
- 138 Nonveanx Woyages ANX
1694. tant plus facilement
Hles
reté quand il eft dans > qu'il fon fe croiren fa
tient en repos. Il eft
trou où il fe
raibes ou les Négres rare que les Caquand ils ont une fois manquentieur vû un
retirer dans
poiffon
Ecoe
quelque endroit.
n'en apperçoivent
Lor/quils
tout le long du bord point de la > ils foilllent
les racines, & autour des roches. riviere, > dans
Je me ferois fervi plus fouvent
Caraibe refugié, & jaurois même dece efLes Ca- fayé de le garder chez moi à des
raibes tions raifonnables,
condifont de voir tirer
fil'avois crû en pou.
très.
du fervices mais c'eft une
mauvais prefque
chofe
fervi- font
impoflible. Ces fortes de
teurs.
indolens & fantafques à l'excès. gens
faur des ménagemens infinis
Il
avec eux;
&.
FcERiTE
quelque faute qu'ils fallent, il
bien fes garder deles
faut
lement de
reprendre, ou feulesregarder de travers, leur
orgucil & delà farce point n'eft pas concevable;
eft venu le
garder de travers un proveibe, Caraibe, que rebattre, & que de le battre, c'eft c'eft le le
ous'expofer à en êtrerué. Ilsne font tuer;
ce qu'ils veulent, 7 quand ils
que 80
commeils veulent, de forte veulenr,
feuvent
qu'ilarrive
que quand on a befoin d'eux;
eeltpourlorquilst ne veulent rien faire, --- Page 171 ---
Frangoifes de
ou que quand on veut LAmérigmi. qu'ils aillent 139 à ia
chaffe, ils veulent aller à la
ilen faut paffer par-là, Le
pèche, > &
de nes'en point
plus court eft
fervir, ou de ne
jamais fur eux , ni leur laiffer rien compter
les mains, car ils font comme des entre
à qui tour fait envic, & ils la enfans
fans beaucoup de
paffent
mangeant ou buvant façon, en prenant, >
fans difcretion.
ce qu'on leur laiffe
éviter Uneautre raifon pour laquelle on doit
fervir des autant qu'ii eft polible de fe
qui font Caraibes, fur tout de ceux
libres, car pour ceux qui font
eiclaves, niere
on les ménage d'une autre ma-
; c'eft l'anripatie
a
& les Négres. Leur quily entr'eux
croire qu'ils font
orgueil leur fait
beaucoup au deffus des
Négres, & les Négres qui en ont du
moins autant qu'eux, les regardent avec
encore plus de méptis, fur tout
ilsne font pas Chrétiens, & neles quand
lent jamais autrement
sappelque les Caraibes ne que Sauvages, ce
peuvent entendre
quavec un extrême dépit, qui les
fouvent à des extrémitez
porre
éviter avec trop de foin. qu'on ne peut
Il arrive quelquefois
qui vont traiter alIle de que la nos barques
& aux bouches de la riviere Marguerite,
d'Orenoque,
encore plus de méptis, fur tout
ilsne font pas Chrétiens, & neles quand
lent jamais autrement
sappelque les Caraibes ne que Sauvages, ce
peuvent entendre
quavec un extrême dépit, qui les
fouvent à des extrémitez
porre
éviter avec trop de foin. qu'on ne peut
Il arrive quelquefois
qui vont traiter alIle de que la nos barques
& aux bouches de la riviere Marguerite,
d'Orenoque, --- Page 172 ---
140 Nowveanx Yoyages AHx
1694- prennent en troc de leurs marchandifes Ies
desIndiens efclaves
tent. Quoiqu'ils foient qweletnourappor bien
& qu'on en puiffe tirer plus meilleurs de
que de ceux denosl Ifles voifines fervice
libres 5 il ne faut
qui font
qu'avec de grandes cependant les acheter
toujours le même précautions; carc'eft
turel, les mêmes génie, le même naqu'on ne lesa achete inclinations. fort
A moins
dire, dès l'âge de
jeunes, c'eft-àeft difficile de les dreffer fept ou huit ans. s il
bons domeftiques.
& d'en faire de
beaucoup
& ils'en faut toujours
quc les Négres. qu'ils réfiftent au travail autant
extraordinaire ils Quand fe
par un bonheur
font affez adroits, mettent au bien, ils
nez à leurs maîtres, aflidus, mais & affectionloufiecontre les autres efclaves plutêt par jaque par une veritable amitié, Negres,
Il a encore une autre
c'eft de les marier
difficulré,
foin le demande. Carileft quand l'âge ou le beCaraibe veuille
très-rare qu'un
& une
époufer une Négrefle,
Négrelle ne fc réfoudra
jamais de prendre un Caraibe; prefque &
trouve fouvent les mêmes
on
les marier enfemble, I
difficultez à
mâle & femelle on quoiqu'en ait obfervé : acherant
fulfent du même
qu'ils
pays, parce qu'il artive --- Page 173 ---
Erangaifes de
fouvent qu'ils sfont voifins, MAmbigui T41
la même langue, qu'ils ayent quils les parlent mêmes 1694.
coûrumes; mais avec tout cela s'ils
en guerre, ou qu'il y ait
font
mitié entr'eux,
quelque iniquoique fortis de leur
paysencore enfans, ilf lfemble
faccé la haine avec le lait, & qu'ilsayene il efti impollible de lesapprivoifer affez
réduire à ce point-là. Il faut donc pour les
former avec, foin de toutes ces s'inavant de les acheter, afin de ne chofes
dans la fuite lec chagrin de lesvoir pas fe avoir defelperer, fe pendre ou
de la
pour fe faire mourir, manger
terre
avoirq quelque fujet de quand ils croyent
fc voyent contrariez déplaifit, dans ou
timens. Jele
leurs Rcula
font de mauvais répete encore une fois, ce
qu'on ne les prenne domeftiques, > à moins
la vertu de parience. pour s'exercer dans
J'ai dit ci-devant que les hamacs
Caraibes étoient bien
des
qui ifont faits par les François meilleursque ceux
Anglois: outre qu'ils font bien on par les
croifez,i il faut conyenir
le fil mieux
compofe eft
tors &
quiles
Ils ne
mieux
dei
fe tfiar point de roiet
filé,
nous : ils filent à la main, leurs comme
font d'un bois le
fufeaux
vent trouver; &c ft atteckent pefant qu'ils peuquand ils
les hamacs
Caraibes étoient bien
des
qui ifont faits par les François meilleursque ceux
Anglois: outre qu'ils font bien on par les
croifez,i il faut conyenir
le fil mieux
compofe eft
tors &
quiles
Ils ne
mieux
dei
fe tfiar point de roiet
filé,
nous : ils filent à la main, leurs comme
font d'un bois le
fufeaux
vent trouver; &c ft atteckent pefant qu'ils peuquand ils --- Page 174 ---
1694 filent 142 de Nonveans fc
Tayager AHX Iles
afin
le mettre dans un lieu élevé,
que fufeau defcendant
le fl foit plus tiré & plus
plus bas,
mème - tems plus tors. L'incommodité allongé, & en
des hamacs Caraibes, eft qu'ils fentent
horriblement Thuile & le roucou, On
m'apprit odeur que pour leur faire perdre cette
dont ils defagréble, font
5 & la couleur rouge
il falloit
peints les > du moins en partie,
deux
après
avoir fait paffer dans
fur ou trois bonnes leflives, > les étendre:
Therbe, les aroucher & les laiffer au
foleil, & au ferein pendant plufieurs
jours, comme on fait en:
blanchir les toiles. On Europe pour
s'en fervir, fans craindre peur de fe après cela
ni degagner l'épian, qui eft en bon rougir, François la groffe verolle,dl laquelle les Caraibes fontfort fujers, & dont ils s'embaraffent moins que les Européens,
ce qu'ils lal guéritlent
& à moins de
plus
EeRLEee
frais, de peines & de
rifques.
raibe ôn peut compter qu'un hamac Cadurera autant, &c peut-êrre
trois hamacs
2eci de celui
François. Je me fl:
que je viens de dire
j'avois acheré, pendant plus de dix que ans.
Jc l'ai porté avec moi dans plufieurs
voyages; je l'ai mis à la lellive une in- --- Page 175 ---
Frangoifer de
finiré de fois, & au bout LAmérique: de ce
ilne me paroiffoit pasplus ufé tems-la, 1694
je l'achetai. Il n'y avoir
que les quand
partimens noirs qui étoient que
comeffacés, & au lieu que dans le entierement
cement il étoit d'un
foncé, commen- il
devenu à la fin d'une rouge couleur
étoit
fort claire.
de chair
Au commencement du mois de Décembre, le Supérieur de notre
me chargea d'aller au cul de fac Miflion
pour voir l'endroit qui feroit François le
Erabliffe:
commode pour bâtir une Eglife & plus mened'u. ne PaPrelbytere. Ce quarcier commençoird un fe cul toifle de- au
peupler: très érendu, & comme ileft très. - beau & fac çois, Franferoit bientôt il y avoit apparence qu'il
gu'ily auroit un rempli Curéréfident. d'habitans, dès
Le fieur de la
taine des Milices Vigne-Granval, dece
Capifoit beanicoup
quartier-li, pref.
qu'on fit cet établif
fement, mais Soae ne fc preffoit point du
tourd'y étoit contribuer, ni d'offrir le terrain
Rar
necelfaire. Un autre Officier
dain riche, appelléles Sieur -
du Bois-Jourlà, & quiavoit une Sucrerieen ce quartier
qui en faifoit faire encore
tre ; & un Provençal nommé une. aupreffoient fans relâche IIntendant Suffren,
notre Supéricur d'établir un Curé, Tous &
fement, mais Soae ne fc preffoit point du
tourd'y étoit contribuer, ni d'offrir le terrain
Rar
necelfaire. Un autre Officier
dain riche, appelléles Sieur -
du Bois-Jourlà, & quiavoit une Sucrerieen ce quartier
qui en faifoit faire encore
tre ; & un Provençal nommé une. aupreffoient fans relâche IIntendant Suffren,
notre Supéricur d'établir un Curé, Tous & --- Page 176 ---
144 Nowveaux Voyages aux
1694. vouloient la Paroiffe dans le TRles
de leurs habitations, mais voilinage
vouloitchez foi. A la fin le Sieur pas un nela
Capitaine de Cavalerie,
Joyeux
parlé, quiavoitune
3 dont jai déja
le milien des terres de très-belfe ces
place dans
offrit de donnerlet terrain troisMellieurs, neceffaire
l'Eglife & le Prelbytere avec leurs pour dépendances, à condition d'avoir
mier banc dansl l'Eglife,& de n'être le
obligé à cottifer
la
eo
bâtimens.
conftruction des
CHenfeed de Mareuil Lieurenantdel aller, Roiala Cabefterre y devoit aufli
& jeus ordre de veillerà à ce
l'Eglife & la maifon curiale
cées dans un endroit fain & fuffent e
& quily eit du terrain fuffifant commode,
cimetiere, le jardin & la favanne pour le
ré. C'étoit naturellement
du Cutelli Curé de la Trinité d'oi au Pere Mardépendoit, à faire ce
ce quartier
étoit brouilléavecle voyage, mais il
Lieutenant de Roi,
Etendonaiteninjpome fujets de chagrin.
de nouveaux
CHAPITRE --- Page 177 ---
Françoifes de PAmerique.
1694.
CHAPITRE VI.
L'Anteur va an cnl-de-Fac Frangois.
Deftription dun Carbet de
Caraibes.
- E partis du Macouba le 12.de DeJe cembre après quej'eus dit la Meffe.
du chargeai foin
mon voilin le Pere Breton
fant à la de ma Paroifle : je dinai en pac
bonne heure grande ance , &jarrivai d'allez'
Monfieur de au Bourg de la Trinité chez
lui coucher chez Maretil, pour aller avec
riviere des Gallions. Monficur Joyeux à la
Nous en partimes le lendemain
Comme Monfieur
matin.
pas au quartier où Joyeux nous allions, ne demeuroit
n'yavoit chez luiqu'un
& qu'il
des Négres, dont les Commandeur &
dinaires ne nous auroient provifions ormodés, il avoir eû foin de faire pas accomdans fon canot les
mettre
dont nous pouvions provifions avoir de bouche
de n'être pas obligé d'aller befoin, chez
afin
de fes voi@ins, avant
aucun
terminée. Précaution que l'affaire fut
vimes l'utilité
fage, dont nous
Tome 11, s quand nous fûmes aux
G
'il
des Négres, dont les Commandeur &
dinaires ne nous auroient provifions ormodés, il avoir eû foin de faire pas accomdans fon canot les
mettre
dont nous pouvions provifions avoir de bouche
de n'être pas obligé d'aller befoin, chez
afin
de fes voi@ins, avant
aucun
terminée. Précaution que l'affaire fut
vimes l'utilité
fage, dont nous
Tome 11, s quand nous fûmes aux
G --- Page 178 ---
Nonveasx Yonages aux IRes
du cul-de-lac Robert ; car
1694 trois quarts
d'un coup de vent
nous fimes fmpris
fi nous n'eufdOueft fi violent, que à la Rofe
fions trouvé la pointe
couvert, je nc fçai.ce
toi
nous mettre de à notre, canot, & de ceux
feroit arrivé
qui étoient dedans. àla Rofe eft un cap
Pointe à Cette pointe
du
a
la Rofc. forme le côté oriental cul-de-fac demeure en a
bert. Un Caraibe qui y
le-fien; je
pris lenom, ou lui a donné des deux. Mais,
bien lequel
ne fçai pas fçai très-bien, c'eft que cette
cc que je nous fut d'un granlfecoemns nous
pointe écholames notre canot ,. & pendant
y
le déchargeoicnt
le
que les Negres
entrâmes SCer le
tirer plus haut, Sieur la nous Rofc. A lapeur près,
Carbet du
faché de cette avanture,
jencfnspast donnoit tropf le moyen devoir les Caqui me dans leurs maifons, après lesavoir
raibcs
vûs dans leurs la
eft Chrétien, auf
Le Cataibe
ERoEa
fa femme, & dix ou douze
Gi-bien que a eu d'elle, & de quelques
enfans quil avoit avant d'èrre baprilé.
autres, qu'il fort civilement, il lavoit un
Il nous reçàc de toile fur un habit d'écarlate
caleçon
pied en cap, c'eit-a-dire,
tout neufde d'etre rocoué, carilniétois
quil venoit --- Page 179 ---
Erangoifes de
gueres plus de neuf PAmtrigue. heures
entrâmes chez lui. Sa femme quand nous 1694
pagne autour desreins qui lui avoit une
julqu'a mi- jambes. Nous defcendoit
de fes filles de
vimes deux
Bawoiearqnelainedtent quinze eà feize ans > qui
tion quand nous
habits de la Nalecamifa, les
partmes, c'eft à dire,
maist nn moment brodequins & les braffelets:
avec des
après elles fe firent voir
de toile dont pagnes. les Pagne femmes eft un morceau Ce
le corps au défaut des
senveloppent e'eft que que
ordinairement deux aitlelles, qui fait Pagne,
bouts qui fe croifent, tours, fe
& dont les
dans pour le tenir ferme, replient &
en del'ordinaire jufqu'an milieu
va
Ily: a des
spagnes
eRar
rement de plus
courtes, > mais raCette
fase
dhabillement eft fort
elpece
& s'ôte facilements les commode, fe met
hommes. & les
la Côte de
dans
Keoiresaibiees
grands
Guinée. La Rofe avoit toute
garçons bien
quatre
bande de toile à la petite rocoiicz, corde, 9 avcc la
desenfans étoient
Lerefte
me ils étoient venus petits, & vêtus comception de leur ceinture au de: monde, al'extrouvâmes une groffe
raflade. Nous
Canbenilys avoit près compagnie de trente dans ce
quis sy étoicnt
Caraibes
rendas, à. l'occafion
Gij.
ofe avoit toute
garçons bien
quatre
bande de toile à la petite rocoiicz, corde, 9 avcc la
desenfans étoient
Lerefte
me ils étoient venus petits, & vêtus comception de leur ceinture au de: monde, al'extrouvâmes une groffe
raflade. Nous
Canbenilys avoit près compagnie de trente dans ce
quis sy étoicnt
Caraibes
rendas, à. l'occafion
Gij. --- Page 180 ---
Nowveasx Poyages aux IRes
tout à Theure.
1694 dont je maifons parlerai des Caraibes sappellent
Cathets, Les
létimologic de
mar'ons Carbets, je ne (çai point
dire
des Ca- ce nom-là. Je n'ai jamais entendu
raibes. qu'ily en eûàt dans toute la Martinique Ce Carbet
d'autre que cclui de la Rofe.
avoit environ foixante pieds de longneur de
à vinge-cinq pieds
far vingr-quatre iléroit fait à peu près comme une
large ;
avoient neuf
halle. Les petits terre, poteaux &1 lesgrands à porpieds horsde
terre
roTerdewontochasas
portion. des deux côtez, leslattes étoient de de felilfeaux, & la couverture defcendoir qui étoit aufli bas
les de Palmifte > Undesbouts du Carbet
quelesc chevrons. fsrmésecedesolea
Coltentieremenrt de feiilles de Palmifte, àla
& couvert
aller à la
réferve d'une ouverture bout étoit pour
tout
cuifine. L'autre A dix
de ce
en
ouvert.
EESETE
avoit un autre Berc la grandeur AtCt à
près
de la moitié du premier ; qui de t
ragé en deux par entrâmes, une palililade la premiere
fcaux. Nous
cuifine; fept ou huit
chambre
à faire
Cemiare
femmes ou filles étoient occupées chambre ferde la calfave. La feconde coucher toutes
voit apparemment les pour enfans qui nc font
ces Dames avec --- Page 181 ---
Francoifes de tAntrighe. 149
pas encore admis dansle grand Carbet; 1694.
iln'y avoit d'autres meubles que des
niers & des hamacs auffi-bien que dansle pagrand Carbet. La Rofe avoit auprès du
fien un coffre,un fufil, un piftoler, un
fabre & ung
gargoufier. 7
Ses quatre grands
garçons éroient aufli armés, & avoient
les parfaitement bien fait leur devoir quand
Anglois avoient attaqué PIle. Quelques Caraibes travailloient à des
celt-là où j'oblervai pour la premiere paniers:
fois la maniere de les faire. Jc vis auffi
deux femmes qui faifoient un hamac
étoit fur un métier, comme je l'ai acat
ci-devant. Les arcs, les fléches, les
boutons, étoient en grand nombre, s
proprement attachez aux chevrons. Le
plancherétoit de terre battue, fort net,
& fort uni, excepté fous les fablieres où
il y avoit un peu de pente. Ily avoit un
affezbon feu versle tiers de la
du Carbet, autour duquel huit longueur ou neuf
Caraibes fait
accroupis , comme quand on
fesneceflitez, 2 fumoient en attendant
quequelques coffres fallent poiffons, qu'on appelle des
avoient
cuits. Ces Meflieuis nous
fair leurs civilitez ordinaires
fanschanger Bon
de pofture 3 en nous difant;
jour compere, toi tenir tafia. Ils
connoiffoient Monfieur Joyeux, & l'aiGiij
de la
du Carbet, autour duquel huit longueur ou neuf
Caraibes fait
accroupis , comme quand on
fesneceflitez, 2 fumoient en attendant
quequelques coffres fallent poiffons, qu'on appelle des
avoient
cuits. Ces Meflieuis nous
fair leurs civilitez ordinaires
fanschanger Bon
de pofture 3 en nous difant;
jour compere, toi tenir tafia. Ils
connoiffoient Monfieur Joyeux, & l'aiGiij --- Page 182 ---
I5o Nowveaux Froyages AHX
1694. moient, parce que quand ils Ifes
fa fucrerie il leur faifoit donner alloient a
pour faire leur ouycou, & ne du firop
jamais de les faire
manquoit
moyen infaillible boire, ce qui eft un
amitié,
pour gagner lear
lesCarai. Comme Les poiffons dont je viens de
bes cui étoient par le travers du feu
parler,
fent leur & les charbons
entre le bois
poifon. d'abord
pèle mèle. Je les
pour quelques reftes de
ne pouvant
am
fine d'une fi m'imaginer qu'on fit la cuiérange façon. Je le dis att
compere la Rofe qui me répondit
c'étoit leur maniere; & que
que
rois goûté de ces poiffons, il étoiralluré quand ljauque je les trouverois bons, &
vouerois que les Caraibes n'éroient que j'amauvais
pas fi
On
culfiniersquej je me
me permertra bien ici dene l'imaginois.
porter précifément fes paroles, pas rapque le lens fuffit, &i il eft exaétement je crois
que je.viens de le dire.
tel
Cependant T'heure de dîner
choit, &l'air dela mer nous: avoit HIECE
del'lappetir. Je dis donc aux Négres de
Monfieur Joyeux d'apporter une
& voyant au coin du Carber une nappe, belle
natte étenduéje crus que
où ces Meflieurs devoient c'éroitl'endroit
zepas, & qu'en attendant prendre leur
qu'ils en euf- --- Page 183 ---
1 Frangoifes de TAmériqme. *yt
fent beloins nous pourrions bien nous T694.
en fervir. J'y fis jetter la
avec
ferviettes; on
ametbenp
quelques
apporta pain,
dufel &c un plat de viande froide. Monfieur de Maretiil & Monfiear Joyeux me
prefferento de prendre place, c'eft-d-dire
de m'afleoir far la natte. Aprèsl les complimens ordinaires je m'aflis, ces Meffieurs en firent autant; 8c nous commencions déja à manger quand nous primés
garde que ces Caraibes nous regardoient
de travers, & parloient à la Rofe avec
forte d'altération. Nous lui en
TSio la raifon, il nous dit qu'il
avoit un Caraibe mort fous la natte ot
y nous étions aflis, & que cela fâchoit
beaucoup fes parens. Nous nouslevâmes
fur le champ, s & fimes ôter tout notre
appareil. Le compere la Rofe fit
une àutre natte
étendit
PEOS
ter
qu'on mîmes, &
un autre endroit, nous nous y
continuâmes notre repas à notre aife, 2
& fimes boire Monfieur de la Rofe &
toute la compagnic, afin de reparer le
fcandale que nous leur avions donné en
nous affeyant far leur mort. De cette
maniere nous tedevinmes amis comme
auparavant. Dans l'entretien que nous eàmes avec
la Rofe pendant que nous mangions,
G'iv
PEOS
ter
qu'on mîmes, &
un autre endroit, nous nous y
continuâmes notre repas à notre aife, 2
& fimes boire Monfieur de la Rofe &
toute la compagnic, afin de reparer le
fcandale que nous leur avions donné en
nous affeyant far leur mort. De cette
maniere nous tedevinmes amis comme
auparavant. Dans l'entretien que nous eàmes avec
la Rofe pendant que nous mangions,
G'iv --- Page 184 ---
152 Nowveanx Yoyages Aux Ifles
$694 toient nous aprimes que tous ces Caraibes s'c.
allemblez chez lui
les obleques d'un Caraibe pour celebrer
la natte où nous nous étions qui étoit fous
& qu'on n'attendoit plus allisd'abord,
uns de lesparenedelliles. que quelquesl'enterrer tout-d-fait. Carileft Vincent neccffaire pour
Codtu- de que tous fesparens voyent qu'il eft mort
me des
mortnarurelle
le
Caraibes niere que s'il s'en pour croire; de malar zouchant mort ne l'eût
vû, tous trouvoit lcs
un feul qui
de leurs. ne lenitnr
autres enfemble
parens.
pas fuffifans pour le lui
fuader; au contraire il croiroit
roient tous contribué à
RiSE
croiroit
fa mort, & il fe
obligé par honneur d'en tuer
quelqu'tn pourla venger, Cette coûtume
&ce point d'honneurs nous parurent fort
incommodes & fort impertinens. Je
crois que notre hôte auroit bien voulu
que ce Caraibe nel lui eût pas fait
neur de choifir fon Carbet
l'honmourir,
parce que cette groffe
pour diminuoit beaucoup fon manioc, compagnie dontiln'avoit
être que la provifion bienj julte
pour PAtt famille.
fi que nous eûmes diné, je decomme ami
aASte
ne pourrions
le voir. du deffunt nous
dit qu'oui, & pas
La Rofe me
toute la
que cela feroit plaifir à
compagnic - > fur tout fi nous
neur de choifir fon Carbet
l'honmourir,
parce que cette groffe
pour diminuoit beaucoup fon manioc, compagnie dontiln'avoit
être que la provifion bienj julte
pour PAtt famille.
fi que nous eûmes diné, je decomme ami
aASte
ne pourrions
le voir. du deffunt nous
dit qu'oui, & pas
La Rofe me
toute la
que cela feroit plaifir à
compagnic - > fur tout fi nous --- Page 185 ---
Frangoifes de LAmérigue,
bûvions & faifions boire à fa fanté; 153 il
fit aufli-tôt lever la natte & les planches 1694.
qui couvroient la fofle. Elle éroit faite
comme un puits, d'environ quatre pieds
de diamettre, & de fix à fepe pieds de
profondeur. dans la
Le corps y étoit à peu près
même pofture que j'ai décrit ceux Comme
qui étoient autour du feu. Ses coudes les Cade portoient fur fes
& les paulmes font raibes enfes mains TFEtuS fes joies : il terrez.
étoitproprement peint der rounge avec des
moultaches & des rayes noires, d'une
autre teinture que les ordinaires qui ne
font que de
Ses cheveux étoient
liez derriere TEe tête, fon arc, fcs fléches,
fon bouton & fon couteau étoient à
côté de lui. Il n'avoit du fable
juf
ques aux genoux, autant felon
qu'il en falloit pour le
la
rohreatr
oà il
Eumired
choit poîture
étoit, car il,ne toupoint aux bords de la folle. Je demandai fi on le pouvoit toucher, & on
m'en laiffa la liberté toute entiere.
lui touchai les mains, le vifage & Je le
dos, tout cela étoit très-fec, 8 ne rendoit aucune mauvaife odeur, quoiqu'on
m'affurar qu'on n'avoit pris aucune autre
précantion que de le rocoiier aufli tôt
gu'il fut expiré, après quoi on l'avoit
misdanslaf fofle comme nouslevoyions.
G Y
fi on le pouvoit toucher, & on
m'en laiffa la liberté toute entiere.
lui touchai les mains, le vifage & Je le
dos, tout cela étoit très-fec, 8 ne rendoit aucune mauvaife odeur, quoiqu'on
m'affurar qu'on n'avoit pris aucune autre
précantion que de le rocoiier aufli tôt
gu'il fut expiré, après quoi on l'avoit
misdanslaf fofle comme nouslevoyions.
G Y --- Page 186 ---
Nowvenks V'oyages aux IRes
1694. -154 Les premiers de fes parens qui vifiter éroient le
venus avoient ôté le fable pour aucune
corps; & comme il ne rendoit avoit point
mauvaife odeur : on n'en
de rorer
remis pour n'avoir pasla peine arriveroit.
à chaque nouveau parent tous qui sl'auroient vûl,
On nous ditquequand la fofle entierement & à
on empliroir
de
demeure. Nous ne manquâmes pas àla
boire & de faite boire la compagnie remitles
fanté du défunt, après quoi la foffe, ion
& la
planches qui fermoient avoit
de cinq
natte par deffus. Il y
près bien voumois qu'il étoit mort. Taurois
lu quil fûit arrivé quelque parent
nous
cuioes
dant que nous étions-la,
mais
été témoins de leurs ceremonics,
il n'en vint aucun.
étoient au
Cepéndant les poilfons qui
feu étant cuits, & ces Meffieurs deux ayant ou
apperit; les femmesapporterente de caflaves fraitrois matatous chargez
deux
Leur ches& encore chaudes, ,avec
grands
maniere
dont Pun étoit plein de taumali
de pren- coûis,
Cela
dre Jeur de crabes, & l'autre de pimentade. de
repas.
d'un grand panier
étoit accompagné boiillies, des coffres qui étoient
erabes
à grandes
au feu, & de quelques poiflonsa
écailles cuits de la même façon.
ne
Quoiquejeulle allez bien diné 2 je
Leur ches& encore chaudes, ,avec
grands
maniere
dont Pun étoit plein de taumali
de pren- coûis,
Cela
dre Jeur de crabes, & l'autre de pimentade. de
repas.
d'un grand panier
étoit accompagné boiillies, des coffres qui étoient
erabes
à grandes
au feu, & de quelques poiflonsa
écailles cuits de la même façon.
ne
Quoiquejeulle allez bien diné 2 je --- Page 187 ---
Frasgoifts de LAmerique.
laiffai pas de m'approcher du matatou 155
afin degolterleur poiflon & learfaulce. 1694
Ce
a de commodeavec ces
la, S queleur table elt ouverte a gensle mondé, on n'a pas befoin d'être tout inhe vité ni d'êrre connu pour s'y mettre : ils
pricnt jamais
n'empéchent 4, perfonne, mais aufliils
avec
qui
ce foit de
eux. NICERE de la Rofe &
quatre
RE
& dirent garçons lc firent lc ligne de la croix
Benedicite, lcs autres s'en
shi/penlerent.p
qu'ils n'étoient
Chrétiens > Enget euffent
Pas
été déja baptiles, & qu'ils fuflent peur-être encore
prèrs de Tètre autant de
donneroir un verre A
d'eau-de-vie. fois qu'on. leur -
mali J'expliquerai quand
ce
c'eft que le tatrleur
je prietir des crabes. Pour
botilliavec pimentade c'eft du fuc de manioc
ils écrafent du jus de citron, dansl lequel
une f grande quantité de
E qu'a
d'en qu'ileft ufer. impofible Jai
a tout autre
toit leur faulce favorite déja & dit quec c'é- Les Ca
Il faut fairé une autre
univerfelle; raibes
qu'ils ne fe fervent jamais remarque, de fel; 3 ce quie n'eft eft n'ufene point de
pasquils en manquent; ilya des falines iel.
nararelles dans toutes lcs Ifles oi ils
pourroienry'enf
de leur
fournir,
mais iln'eft
goit non plus que la viande pas ou
Gvj --- Page 188 ---
156 Nonveaux
aux Ifles
1694. lepoiffon boiilli. (99 fça d'eux-mêmes
qu'excepté les crabes qui font la meilleure partic de leur nourriture,
gentrien quifoir cuit dansl'eau, ilsne manrôti ou boucané. Leur maniere de touteft rôtir
eft d'enfiler la viande
les' oifeaux
ils
morceaux, ou
brochette
Tont petits dans une
cfteat bois,& dela
Maniere de
devant le
planter en terre
cuire,
feu, & quand
les vian- viandeeft cuite d'un
que la
des, undemi
côté,on faitfaire
EERA
tour afin que l'autre côréfecuife:
mais quand c'eft un oifeau un peu
comme un perroquet, un ramier ou gros une
poule, ils ne prennent pas la peine de les
plumer ni de les vuider. Ils les
tout chauffez & tout vêtus dans le jettent
& quand la plume eft rotic, ils feu,
deflus descendres &c des charbons, jettent & les
laiflent en cet état lei tems
neceffaire pour leur cuiflon, quilsjugene
quoi ils les retirent > enlevent
ment la
ifeau un peu
comme un perroquet, un ramier ou gros une
poule, ils ne prennent pas la peine de les
plumer ni de les vuider. Ils les
tout chauffez & tout vêtus dans le jettent
& quand la plume eft rotic, ils feu,
deflus descendres &c des charbons, jettent & les
laiflent en cet état lei tems
neceffaire pour leur cuiflon, quilsjugene
quoi ils les retirent > enlevent
ment la croute que les plumes & la
ont fait farla chair, ôtent les peau
& le jabor, & mangent ainfi l'oifeau. boyaus
J'en ai mangéplufieurs) fois de cette maniere; j'en 21 accommodé moi -1 même
comme je viens de dire, & j'ai
trouvé que la chair toute remplie toujours de fon
finc étoit d'une tendreté &c d'une délicateffe admirable. Ceux qui ne mc --- Page 189 ---
Frangoifes del-Amerique.
croyent pas sen peuvent faire
à peu de frais, & fe convaincre fexpérience de la 1694
verité ou de la fauffeté de ce que je
porte.
rapJe goutai des poiffonsà grandes écailavoit les, qu'on tirez d'un dépotilla comme fi on les
bonne, bien érui. La chair étoit trèset dit
cuite & fi graffe
Il elt vrai qu'on Tavoitremplie de iate
affez
que ce poiffon eft d'ordinaire
gras : mais il faut convenir
quand'il eft cuit, fans
l'cau, le que
re ou l'huile
que
beurfon
ayent changé la bonté de
fuc, en sy mélant, il ne peut être
que beaucoup meilleur.
Le Coffre eft un poiffon ainfi appellé
mince, parce qu'il eft couvert d'une écaille affez Poiffon
feche & très-dure. Del la
jufques à la tête qui eft
queiie URE
fans qu'ily paroiffe
jointe au corps
il eft
aucune diltinction,
figure. triangulaire, & fa tête a la même
glesun de Lorfqu'on ceux
ouvrit par un des anie
quiavoient été fervis far
pâré matatou, chaud on eût dit que c'étoit un
deur étoit qu'on venoit d'ouvrir 3 l'obien cuite; bonne, &c
la chair blanche &
fc
quoique cc poiffon ne
pas pour un des meilleurs,
pac
qu'il a plus d'écaille que de peut-étre
Fie trouvai très-bon & très-fucculent. chair, e
même
glesun de Lorfqu'on ceux
ouvrit par un des anie
quiavoient été fervis far
pâré matatou, chaud on eût dit que c'étoit un
deur étoit qu'on venoit d'ouvrir 3 l'obien cuite; bonne, &c
la chair blanche &
fc
quoique cc poiffon ne
pas pour un des meilleurs,
pac
qu'il a plus d'écaille que de peut-étre
Fie trouvai très-bon & très-fucculent. chair, e --- Page 190 ---
158 Nonveanix
ANX
1694. C'étoit un vrai
de voir Ies
cettè
erac
grande bande de Caraibes
fur leur derriere comme des accroupis
ger avec un
linges, mana un malade, appetir fans qui en auroit donné
& épluchant
dire une feule parole,
vitelfeadmirable avec une adreffe & une
crabes. Ilsfe
les splus petirs pieds des
ceremonie léverent avec auffi peu de
qu'ils en avoient
s'alfeoir de ; ceux qui avoient foif fait pour
fe defaltérer avecd del'ean,
allerent
fe mirent à
quelques-uns
lit, & le refte famer, une partie fc mit au
fation ou
entra dans une converqu'elle étoit je n'entendois rien > parce
en Langue Caraibe.
Les fem- Les femmes vinrent ôter
shes ne & les coitis, les filles
les matatous
jamais mangent a- oi l'onavoit
nettoyerent le lieu
vec leurs avec les
mangé, & toutes enfemble
maris,
petits enfans fe retirerent à la
cuifine, où nousallâmes les voir
enlamème pofture & d'auffi bon manger appetir
queleshommes venoient de faire.
un peu furpris que les femmes n'euffent Jefus
pas mangé avec leurs maris, ou fi c'étoit
une regle chezla Nation,
Mme
la Rofe comme Chrérienne maîtreffe
de la
ETEH
maifon n'en eût pas été
J'en dis ma penfée à fon
exceptée.
répondirque la coûtame ne mari, le
qui me
pas; que jamais les femmes ne permerroit devoient --- Page 191 ---
Frangoifes de LAnbrigue.
manger avec leurs maris; &
même il cât été feul, il Sodur quand 1694.
fes grands
mangé
Elans fes llles, & garçons le refte > &c que fa
cût mangéa la cuifine. Cette desenfans
toute extraordinaire qu'elle
coûtume
bord,n'eft
paroiffe d'atrop (auvage : aprèsqueladctine elle m'a paru remplie de
&
Ser fens, fort
cefexe fuperbe
propre
contenir
& du refpedt
doit
itimnians
Les Caraibes ne qu'il font
aux hommes.
ufent ainfi; ; je rapporterai pasles dans feuls qui en
endroit quelques
un autre
les Européens devroient exemples fur lefquels
éviter bien des chagrins. fe regler pour
Nous demeurâmes au Carbet
Rofe jufques far les trois heures de la
midi. Le vent s'étoit calmé
après
il ne reftoit plus
la
tout-a-fait,
fort grofle ; mais a fils ainé mer de qui la étoit
s'étant offert de venir avec
Rofe
trois autres Caraibes attirez nous, &
rance de l'eau-de-vie,
par l'efpela même avance, nous les nous ayant fait
& quoique nous euflions primes au mot;
gres dans le canot,
déja fept Néce fecours ne. nousferoit nous jugeâmes que
le jeune la Rofe nous pas inutiles que
que le Negre de Monficur piloteroit micux
Joyeux, &
é mer de qui la étoit
s'étant offert de venir avec
Rofe
trois autres Caraibes attirez nous, &
rance de l'eau-de-vie,
par l'efpela même avance, nous les nous ayant fait
& quoique nous euflions primes au mot;
gres dans le canot,
déja fept Néce fecours ne. nousferoit nous jugeâmes que
le jeune la Rofe nous pas inutiles que
que le Negre de Monficur piloteroit micux
Joyeux, & --- Page 192 ---
160 Nowveanx
1694. que le nombre de Voyages aux Iles
menté de
nos nageurs
quatre
cantang.
plus vite & plus fcurement. perfonnes, nous irions
CHAPITRE VII
Defeription du cul.de-fac Frangoit,
N Ouspartimes duc
fur les trois heures, culde-facRobert le fils
Role gouvernoitle
de la
gres & les trois Caraibes canot; nos fept NéFenvi les uns des aurres, :
& nageoient à
pafferen moins de deux heures nous les firent
Cul-de- licués qu'ily a de la
à
quarre
facFran- cul-de-fac
pointe la Rofe au
gois, mer & un grain François, de Malgré la groffe
en paffant lec
vent que nouseûmes
cul-de-fac, ou la plaine aux
rofeaux, nous ne reçûmes aucun
mer, & ne primes pas une feule coupde
d'eau.
goutte
Il étoir environ cinq
nous arrivâmes au cul-de-fac heures, quand
Ils'en faut bien qu'il foit auffi François.
le cul-de-fac Robert, foit
beau
geur, foir
la
pour la Rc
dire pour FDeAEd enfoncement profondeur; c'eft-àres; car pour la profondeur dans de lesterX cna allez pour porter des
l'eau il
vaiffeaux, --- Page 193 ---
fi une barre Françoifes de fable de PAmérigue. I6I
fon entrée ne
mouvant qui eft à 1694.
change de fituacion lesempèchoit. ielon le Cette barre
des marées, ou felon qu'elle changement eft tranfportée çà &c la par la violence
Viere quand elle eft débordée. delari- Il
dans/un quelquesiflets qui forment ce Ie
de taille blanches defquels on trouvedes
fe fert pour faire aflez les tendres,
CBenta
creries, c'eft-à-dire fourneaux des sfibien au feu,
qui refiftent aflez
que les pierres quoique grifes de beancoup la Baffe-terre moins
lesrougeirres
&
du cul-de-fac qu'on de la trouve aux environs
porte le nom du cul-de-fac Trinité, La riviere
trouve: elle
où elle fe
quarante toiles peut de avoir trente - cinq à
profonde. La
large, elle eft trèsfalée jufquesà deux mer quiy monte la rend
de fon embouchire. mille pas ou environ
la
lors devenir La pente de fon lit
me fairpour les autres rivieres de l'Ifle. en torrent comqu'on appelle Paletuviers
Les arbres
qui la bordent des deux ou Mangles,
ciffent beaucoup fon
càrez, rétreun ombrage des
lit: mais ils y font
dent fes bords inacceflibles plus agréables, & renvoudroient faire des aux ennemis
1 forte
defcentes:
qu'on .i garder que les en-
mille pas ou environ
la
lors devenir La pente de fon lit
me fairpour les autres rivieres de l'Ifle. en torrent comqu'on appelle Paletuviers
Les arbres
qui la bordent des deux ou Mangles,
ciffent beaucoup fon
càrez, rétreun ombrage des
lit: mais ils y font
dent fes bords inacceflibles plus agréables, & renvoudroient faire des aux ennemis
1 forte
defcentes:
qu'on .i garder que les en- --- Page 194 ---
162 Nowveanx
aux Ifles
1694- droits, onl'ona fait A2E ouvertures
le paflage des
pout
modiedechargerlest canots, 3 & pour la comtent sufqu'à mille barquesq quiy monvrai qu'on
pas ou environ. Il eft
vice
paye un peu cher ementle ferque ces arbres rendent à ceux
paffent far cette riviere, en les deffen- qui
dant de Tardeur du foleil: car ils entretiennent un fi prodigieux nombre de
mouftiques & de
en eft quelquefois maringoins, que l'air
feétes fe
épailli, d'ou ces inrépandent dans les habitations
voifines en fi grande quantité
feroit impoflible d'y demeurer G qu'il le vent
ne les emportoit, ou fi on ne les chaffoit des maifons avec la fumée, &
le foin qu'on a de fermer les portes par
les fenètres des chambres,ot l'on &
dormir avant le coucher du foleil, & veut de
n'yp point
de lumiere,
fe
retire. PcbONETE riviere eft fort lorfqu'on
neufe, parce que le poiffon y eft poiffon- en freté, fenne à n'y caufe ayant pas moyen dy jetter la
des racines de
fous lefquelles il fe retire; de forte paletuviers
nyF
pêcher qu'à la ligne & avec qu'on des
RMEC"E Ces deux expediens font
& on prendroit affez de poilfon bons, fi les
réquiens & les bécunes qui
fort cette riviere,
fréquentene
> ne rompoient ou --- Page 195 ---
Frangoifes de LAmbrique. 163
n'emportoient les naffes quand ils
voyent du poilfon, ou ne
celui qui pend. à la ligne.
coupoient
L'habitation de Monfieur
un terrain uni de mille
en Joyeux eft tions Habita. des
bornée d'un côté par la pas riviere quarré, 3 fieurs
viens de parler, & feparée de celle dont & ile :
Monfieur
VigueFEREN
feau d'eau Dubois-Jourdain douce
par un ruif Granyal,
viere. Il
qui fe jette dans la rinous étions n'y avoit pas une heure
arrivez, que Monfieur at
Vigne-Granval nous vint prier d'aller
logerchez lui, & nous en preffa Gi fort,
Zure malgréla de n'aller réfolution que nous avions
chez perfonne, nous nous
maifon. embarquâmes Elle avec lui, & allâmes à fa
plas haur
eft à cinq ou fix cens
que l'endroit où la riviere ewI
plus navigable
les
ila creulé un Soala de barques; ; mais
de large
neuf à dix
loupes julqu's qui
les canots & les fate
de fa
fie
avec des rigolles qui porte traverfent fucrerie, fa
ne, , parle moyen defquellesil a deffeché favanfesterresballese inutile
& noyées, & d'un marais
il
qui caufoir un très-méchant
en a fait de très-belles
air,
pourra planter des cannes prairies où il
a quoi il faur ajoûter
dans la fizite 3
donne la facilité
que fon canal lui
d'embarquer fcs mar-
des rigolles qui porte traverfent fucrerie, fa
ne, , parle moyen defquellesil a deffeché favanfesterresballese inutile
& noyées, & d'un marais
il
qui caufoir un très-méchant
en a fait de très-belles
air,
pourra planter des cannes prairies où il
a quoi il faur ajoûter
dans la fizite 3
donne la facilité
que fon canal lui
d'embarquer fcs mar- --- Page 196 ---
164 Nonveaux
anx IRles
1694. chandifes à la porte EMETE fa maifon,
avoir befoin de cabrovets ou charettes fans
pour les tranfporter.
Nous reconnûmes dès qu'il fut nuit
combien nous avions été
fes offres & de venirloger fages chez d'accepter
lui, Puic
que malgré toutes les précautions
avoit piles pour. éloigner de fa qu'il
les mouftiques & les
maifon
avoit encore affez pour maringoins,ily defelperer ceux en
aifé quin'y dé font pas accoûtumez; d'oi il eft
juger ce qui nous feroit arrivé
nous fillions reltez dans les cafes de fi
Monfieur] Joyeux, où il ne demeure
l'ordinaire qu'un Commandeur
Ouvriers &
s
roet
des Négres, qui font accoàcumez, du moins en
à ces
fortes d'incommoditez, partic,
ou qui s'en
exemptent en failant dans leurs cafes
une fumée fiépaiffe qu'elle feroirinfupportable. à tout autre qu'à *eux.
Le Mardy 14 Decembre tous les habitans qui avoient été averris de notre
arrivée, fe trouverent chez Monfieurde
la Vigne. Je dis laMeffe dans une petite
Chapelle qu'il avoit fait bâtir à
de
fa maifon.
côré
divins
Après que j'eus achevé les
Myfteres, je dis à l'Allemblée
que - les Supérieurs ayant reconnu la peceflité ou ils étoient d'avoir un Curé ré- --- Page 197 ---
Frangoifes de PAmérique. 165
fident, étoient réfolus de leur accorder
ce qu'ils demandoient fi inftamment 1694:
d'autant plus quela Paroiffe dela Trinité 3
augmentant tous les jours, il feroit dorénavant tout-a-fait
quila fervoit de les fecourir impoflible dans au Curé
befoins. Je leur fis voir
leurs
qu'il ne falloit
pas beaucomp compter fur celui qui s'6tabliffoit au cul-de-lac Robert qui auroit
aflez d'affaires chez lui pour
tout entier; outre que les chemins l'occuper
terre érant prefque impratiquables,
tout dans
ter
la faifon des pluyes, ils feroient
obligez de l'aller chercher, & de le reconduire dans leurs canots, ce qui ne
pourroit fe faire fans déranger
le travail de leurs habitations. beaucoup Je leur
propofai les offrés de Monfieur
& la juftice de fes prétentions. Joyeux Je les
exhortai ià ne pas differer la conclufion Etablic
d'une affaire pour laquelle Monfieur le fement
Lieutenant de Roi étoit venu exprès far d'une roifle Pa- au
les lieux ; & enfin je les affurai que cha- cul decun
dire fon fentiment avec tou- fac çois. Frante PbneghE de liberté, & que fi
fet trouvoit en état de faire des offres quelqu'un plus
avantageufes que celles de Monfieur
Joyeux, on les écouteroit avec plaifir.
ilye eut quelques legeres conteftations,
mais enfin on convint que Monficur
toit venu exprès far d'une roifle Pa- au
les lieux ; & enfin je les affurai que cha- cul decun
dire fon fentiment avec tou- fac çois. Frante PbneghE de liberté, & que fi
fet trouvoit en état de faire des offres quelqu'un plus
avantageufes que celles de Monfieur
Joyeux, on les écouteroit avec plaifir.
ilye eut quelques legeres conteftations,
mais enfin on convint que Monficur --- Page 198 ---
166 Nowveaux V'oyages AnX IRes
le
Joyeux & fes ayans caufe auroient
1694.
banc dans lEglife, & qu'ils fepremier
des contributions pour le
roit exempts
de T'Eglife &
bâriment ouI réparations
Mondu Prefbytere 5 au moyen dequoi le terrain nefieur Joyeux donna tout de
& du
cellaire pour l'édifice le Cimetiere l'Eglife & le jarPrefbytere du
, pour avecl le droit de mettre deux
din chevaux Curé, du Curéd dans fa favanne. L'Aéte
fut dreffé & figné, après quoi on
cedaà l'éleétion d'un Marguillier
fieur de la
Tous les
E
fut le
Vigne. cux-mèmes pour la
bitans fe cottiferent
dépenfe de ces bâtimens avec beaucoup billets
de generofité, > & donnetentleurs
au nouveau Marguillier. diné vifiter le terNous fames choifis après àcôré du ruifleau dont
rain, jele Je marquai avec des piquets le
jai parlé,
du Cimetiere, de la
lieu de Curiale lEglile, & de fon jardin ; Monmaifon
nous laiffant les maitres de
fieur Joyeux
fon terrain. En attendant qu'on pirbârir ferviroit
l'Eglife, on convint qu'on fe
de Iafalle de la maifon Curiale pons y
dire la Melle, & qu'on commenceroit
le bâtiment incellamment. Cependant dans
on fit une croix de bois pour planter le Cilemilicu de l'endroit delliné pour --- Page 199 ---
Frangoifes de PAntrique.
metieres& on fe preffa de faire une 167
Chapeile de fourches en
petire
de roleaux & couverte de rerre,palliladée 1694.
cas qu'il vint queique
paille, où en
la maifon fut faite,il Religieux, pûr dire > avant
27 fans incommoder
laMefval. Ony travailla dèsce Monfieur de Granlendemain les habitans moment, &l le
prefferent Gi bien
louvrage, vingt-lix que cette Chapelle longue de
achevée le pieds & large de quatorze, fut
Jeudi au foir, & leCimetiere
Ecote immortel. renfermé avec une liziere du
fieur Onsétonnera
-8 être que MonJoyeux ait EOte
la ceflion de fon
recompenfé
fieur Monel ne l'ait rerrain, &c que stoar
où l'Eglife du cul-de-fac point été
celui
bâtic. En
a été
Roteare
voici la raifon. Le terrain
avoit pris dans la favannede MonMonel
ECN
étoir far les
que le Roi fc referve cinquante
en les mefarant,
autour des tabes
bord de la
non pas tout-à-fair du
lherbe
mer, mais de l'endroit où
accorde peut croitre : quoique le Roi
à ceux qui lajollillancede ont le terrain ces cinquante
il fe relerve
qui eft au acpiur
prendre
toujours la faculté de le refoin le demande, quand illui plaît, ou quel le be-
&c c'eft ce qui étoit
oi fc referve cinquante
en les mefarant,
autour des tabes
bord de la
non pas tout-à-fair du
lherbe
mer, mais de l'endroit où
accorde peut croitre : quoique le Roi
à ceux qui lajollillancede ont le terrain ces cinquante
il fe relerve
qui eft au acpiur
prendre
toujours la faculté de le refoin le demande, quand illui plaît, ou quel le be-
&c c'eft ce qui étoit --- Page 200 ---
168 Nowveaus Yoyages aux Ifles con1694 arrivé à Monfieur Monel, quipar le
féquent n'avoit rien à prétendre
& la maifon
Done
terrain où été
au lieu que Monfieur
avoient
Liat
Joyeux n'étoit pas dans ce cas-là. Son
terrain étoit bien éloigné des cinquante étoit le
du Roi, & comme il en
maître pas abfolu, lajuftice voulut qu'on le
récompenfr en quelque forte du prefent
qu'il faifoita l'Eglile & au benis public. la Croix
Le Vendredi benis matin aufli je la Chapelle e
& la.plantsi. Jeb
beaucoup
dis la Meffe & communiai marché avec des
% perfonnes. On fit
Curiale,
Charpentiers devoit pour la donner maifon trente - fix
laquelle de long on far dix-huit pieds de large.
picds Ils la devoient rendre parfaite dans fix de
mois. Je fus fort content des habitans
cette nouvelle Paroifle : il apporterent la
des tapis d'Indienne pour de la tapiffer toile pour
Chapelle, & donnerent
ncfaire des nappes, &les autres linges le
ceffaires à une Eglifc. Ils prierent chez
Marguillier de faire une collecte facrez, & des
eux pour acheter des Vales dont m'éornemens, parce que ceux à Monfieur je de
tois fervi appartenoicnt
la Vigne.
aprés diné. Nous reNous partimes
mimes --- Page 201 ---
Frangoifes de PAmbigne.
mimes à la pointe à la Rofe les 169
Caraibes que nous y. avions
quatre 1694étoient fort contens de leur pris, qui
ils avoient bû de l'eau-de-vie voyage, à difcre- oû
tion, & en emaportoient encore
une callebaffe. Nous arrivâmes chacun
nuit chez Monlieur
avant la
Joyeux où nous
couchâmes, tin
& le Samedi de grand maje m'en retournai à ma Paroiffe. Je
trouvai au fond Saint Jacques le Supéricur de notre Miflion, je lui rendis
compte de ce qui avoit été fait; il me
remercia de la peine que j'avois
& me pria de me trouver au
prife,
le fecond jour de l'année Motillage
afin de
prochaine >
il devoit l'accompagner aller
au Fort-Royal oik
faire les complimens du
nouvel an à Monfieur le Comte de Blenac, & lui parler de l'établiffement de
la nouvelle Paroiffe du cul-de-fac François, afin de la faire mettre farl'érat.
Je paffaile refte du mois dans ma-Paroiffe, oi les Fêtes de Noël me
rent aflez
donnenaire
d'occupation; ; car un Miflionqui veut s'acquiter de fes devoirs
a toujours du travail, & ne
du tems de refte.
trouvejamais
Tome II.
H
à Monfieur le Comte de Blenac, & lui parler de l'établiffement de
la nouvelle Paroiffe du cul-de-fac François, afin de la faire mettre farl'érat.
Je paffaile refte du mois dans ma-Paroiffe, oi les Fêtes de Noël me
rent aflez
donnenaire
d'occupation; ; car un Miflionqui veut s'acquiter de fes devoirs
a toujours du travail, & ne
du tems de refte.
trouvejamais
Tome II.
H --- Page 202 ---
Nowveanx Voyages aux Ifles
1695.
CHAPITRE VIII.
Defcription de la Ville d de TEglife du de
Fort Royal. Mort extraordinaire venuès
qwelgues perfonmes nowvellement Sowverain de la
de France. Confeil
Martinique.
jour de l'année 1695. je
Ep premier
de tous mes
LE les complimens de la plus
Paroifliens, & des prefens
autres
grande partic. On me donna entre on dit
chofes une chevre, ou comme trois
aux Ifles, une cabritte, avec les
petits qu'elle avoit eû de fa derniere
la
belle & la
ERESE
téc. C'étoit plus
Monfieur
bête qu'on pût voir. Je dans priai fa favanne
Michel de la fouffrir
étoute
avecles fiennes. Elle auroit peuplé elle
une Ifle, tant elle étoit féconde: car
faifoit trois portées en treize ou qua-
& rroispetitsà chaque
Che- torze mois,
Les
vreaux
CarEEE
ou cabri- téc, & quelquefoise des Ifles, quatre. chârrez lorfquils
tons châ. ou cabrittons
eftimez ,
trez au font encore au lait, font trèslait.
leur chair eft tendre, gralfe ,délicate, le Di- ,8
de très-facile-d digeftion. Je partis le Moiilmancheaprès lc Service pour --- Page 203 ---
Frangoifes de PAmérigue. 171
lage, où j'arrivai d'allez bonne heure
pourfaire mescomplimens àl
1695.
au Gouverneur, , aux Communautez l'Intendant, Religieufes, &it mes amis particuliers.
dansle Nous partimes notre Supérieur & moi
canot de Louis Galere fur les trois
heures après minuit. Il étoit environ
heures quand nous arrivâmes au Fort- fepe
Royal. Nous allâmes dire la Melle aux
Capucins, & prendre le chocolat chez
Monfieur Houdins8c en attendant
pit voir Monfieur le Général, je m'oc- qu'on
de cupaid confiderer l'Eglife & les maifons
tirées cette nouvelle Ville. Les rues font
au cordean & bordées de
de differentes clpeces,
maifons
plufieurs de
Ily en avoit déja
maçonnerie dont la plâpart
menaçoient rain où la Ville ruine > parce que toutle tereft fituée eft un fable
mouvant, faire les fondemens dans lequel, quand on veut Ville da
creufe, & moins d'un édifice, plus on Roydl, Fort
on trouve de folidité.
Onprérend mêmeaveir expérimenté
pourbâtir avec quelque forte
éque
il falloit mettre le morrier d'alfitrance, & les
mieres affifes fur une certaine
courte en
CAESe
maniere de chiendent dont
terrain eft tout couvert. On n'a
crà ce
devoir fuivre cette obfervation pas
tillantl'Eglife.
en bâOna a fait un grillage qui
H 1j
ifice, plus on Roydl, Fort
on trouve de folidité.
Onprérend mêmeaveir expérimenté
pourbâtir avec quelque forte
éque
il falloit mettre le morrier d'alfitrance, & les
mieres affifes fur une certaine
courte en
CAESe
maniere de chiendent dont
terrain eft tout couvert. On n'a
crà ce
devoir fuivre cette obfervation pas
tillantl'Eglife.
en bâOna a fait un grillage qui
H 1j --- Page 204 ---
172 Nowveaux Voyages aux Iles
3695. a baucoup coûté, & qui n'a pas empe.
ché que les murs n'ayent travaillé beaucoup, & ne foient furplombez & cuverts
en pluficurs endroits. Cetre Eglife a environ cent trente pieds de longueur fur
Paroif- Eglife trente pieds de large, avec deux Chafiale deffont la croifée. Les fenêtres
fervie
qui
par les Esties à peu près le mème efferque le caCapu.
des Capucins
la deffervent,
cins.
puchon
qui
C'eft -à - dire qu'elles font formées
deux arcs de cercle
fontun
Bet
qui
angle
pointu & fort défagreable à la vhe. Le
dedans étoit peu orné & fort
& pour la difgracier encore
rcen
on y a fait un portail de pierre de taille
grile dont lesjoints de plus d'un
font remplis d'un mortier bien
AKomes
qui eft terminé en pointe comme le
comble fans amortiffement & fans Ornemens. Avec tout cela il ne manque
pas de gens qui en ont envie, & qui fe
donnent allez de inouvement pour en
débufquer les Capucins.
Nous allâmes faluer Monfieur le Général fur les neuf heures. Il nous reçût
très-bien, il approuva ce qu'on avoit
fait au cul-de-fac François pour l'établiffement d'une nouvelle Paroiffe, 8
nous promit de concourir avec PIntendant pour la faire mettre fur l'Etat, --- Page 205 ---
Frangoifes de LAmérigue.
même de nous faire donner quelques 1695quartiers avant qu'il y eût un Curé réfident pour acheter les meubles qui lui
feroient neceffaires. Malgré toutes nos
excufes il nous retint à diner. En attendant l'heure nous fûmes rendre vifite à
Monfieur le Begue Lieutenant de Roi,
à quelques autres Officiers, & à deux
Confeillers qui demeuroient dans la
Ville.
Nous partimes un peu après quatre
heures, &a arrivâmes.au? Motillageavant
fept heures, ayant eà une bonne brife
pendant tout le chemin. Je demeurai
tout le Mardi au Fort S. Pierre pour
achever mes vifites, &c recevoir celles
de mes amis. J'en partis le Mercredi de
grand matin, > & fus dîner chez moi.
Le IO. de Janvier un vaifleau de la
Rochelle nommé le Pont d'or arriva aut
ForRoyalislyavoir plus de quatre mois
que les vailleaux qui éroient
avec
lui de France étoient arrivez;, partis
en eût
fansqu'on
pû apprendre aucune nouvelle.
On étolt fir qu'il n'avoit point été pris,
on le croyoir perdus fon artivée fit
à bien du monde, & fur toutà plaifir
Marchands quiavoient été affez quelques hardis
pour alfurer quarante mille écus à foixante & quinze pour cent, quoique felon
H 11j
oir plus de quatre mois
que les vailleaux qui éroient
avec
lui de France étoient arrivez;, partis
en eût
fansqu'on
pû apprendre aucune nouvelle.
On étolt fir qu'il n'avoit point été pris,
on le croyoir perdus fon artivée fit
à bien du monde, & fur toutà plaifir
Marchands quiavoient été affez quelques hardis
pour alfurer quarante mille écus à foixante & quinze pour cent, quoique felon
H 11j --- Page 206 ---
174 Nomveanx Yroyages Aux
1695. toutes les
JRes
être Péri en apparences, mer
ce vaiffeau dût
prefent de dix mille ; auquel écus cas c'étoit un
de faire à ceux quileur qu'ils avoient rifquoiene
prime.
payéla
Il vint dans ce vaiffeau un affez
nombre de paflagers, &
grand
de nos
entr'autres un
Clerc, Religieux, fils ou freie
le Pere le
Confeiller au
EREL
Préfidial d'Orleans. La
Mort voyage, & mille
longueur du
ttès
avoit
incommodirez qu'il
prempte
fouffertesdansla traverlée
d'un de rendu
l'avoient
nos Re- quitté malade,cependant trois
la fiévrel'avoit
Jigicux,
femaines avant qu'il débarquâr, & il avoit joiii d'une allez bonne
fanté depuis qu'il étoirat terre; notre Medecin ne laiffa pas de le faire faigner &
purger au bout de dix ou douze
& férant venu voir fur le foir du jours >
qu'il avoit pris medecine, il le trouvai jour
table prêt à fouper. Il ne
la cérémonie ordinaire
manqua pas à
lui tâta le pouls, donrle desMedecins, il
traordinaire lui ayant fair mouvement connoitre CXce Religieux étoit très-mal,
que
ne fentit pour toute incommodité quoiqu'il
grand appétit & un petit mal de qu'un tête,
qu'il prenoit pour l'effer de la medecine,
illempécha la
de fouper, &c fans lui en dire
raifon, 2 il fit ôter ce qu'on lui avoit --- Page 207 ---
Frangoifes de
fervi, lui fit prendre LAmbrigne. feulement
lon, aveclequel il lui ordonna un de bouil- 1695.
mettre au lit. Il n'y cut rien à
s'aller
àcet arrêt fouverain, il alla fe coucher, repliquer
pendant que le Pere Cabaffon notre Supérieur & un autre) Religienx allerent
conduire le Medecin, qui leur dit revertir ce Religieux de fe
d'amort, parce que fuivant les préparer à la
fon pouls, il ne feroit
indices de
demain à midi.
pas en vie le lenvoyant point d'altération Cependant nos Peresne
ment en lui, trois ou
ni de changeque le Medecin fut quatre heuresa après
forti, ils jugerent
qu'il pouvoit bien s'ètre
qu'un avertilfement de cette trompé, &
voir lui faire une terrible
nature poucomme ce Religieux s'étoit impreflion; &
avoit dit la Melle le
confeffé &
crurent qu'il feroit alez jour précedent, ils
de penfer à la mort le tems de lui dire
en cas qu'il fe trouvât lendemain matin,
Supéricur fe leva
plus mal. Le Pere
demain deux heures eficdivemenrlelene
étant entré dans la chambre avant le jour, &
gieux, ill le trouva
de ce Relifance. Il
prelque fans connoif
appella aufi- tôt fon Comtâchât pagnon de T lavoit confeffe, afin qu'il
prépareroit à réconcilier lui
pendant quil fc
donner l'ExtiémcHiv
qu'il fe trouvât lendemain matin,
Supéricur fe leva
plus mal. Le Pere
demain deux heures eficdivemenrlelene
étant entré dans la chambre avant le jour, &
gieux, ill le trouva
de ce Relifance. Il
prelque fans connoif
appella aufi- tôt fon Comtâchât pagnon de T lavoit confeffe, afin qu'il
prépareroit à réconcilier lui
pendant quil fc
donner l'ExtiémcHiv --- Page 208 ---
176 Nowveanx Foyages AHX Ifes
1695.Onction, car pour le Viatique iln'étoit
plus en état dele recevoir. A
fonétion fur-elle achevée
peine cette
agonie, & mourut fur les qu'il entra en
matin. Dès
fur
neufheures du
grande
qu'il
expiré il rendit une
quantité de fang par tous les conduits, & fon corps devint en un moment
toutnoir & tout livide. C'éroit une marque infaillible qu'il avoit été
mal a de Siam qui ne s'étoit artaqué du
fefté, Le Medecin ne
point maniblier par tout la jufteffe manqua avec pas de puavoir prédit cette
laquelle il
d'autant
mort, qui nous fat
plus fenfible, que ce
étoir un très-bon fujet.
Religieux
Ilne furpasle feal
Unj jeune forte. Unj
qui mourut de cette
homme
jeune homme qui étoit arrivé
meurt du dans le même
mal de Fort
bâtiment, étant couché au
Siamd'uRoyal chez un de fes amis,
ne ma- en furfaut, & fe
s'éveilla
niere ex- chofe éroit
mità crierque quelque
traordi.
tombé fur
naire, lui avoit
fesjambes, & les
rompuès. Ses cris éveillerent
toute la maifon,on furàlui, on alluma
du feu, & on vit que ce n'étoit pas un
fonge, & que réellement fes jambes
étoient toutes noires & fans aucun mouvement ni fentiment. On envoye chercherle Curé& le Medecin, &
on chauffe des linges, on le frotte cependant d'eau
de la Reine de
Hongrie, on lui fait
fesjambes, & les
rompuès. Ses cris éveillerent
toute la maifon,on furàlui, on alluma
du feu, & on vit que ce n'étoit pas un
fonge, & que réellement fes jambes
étoient toutes noires & fans aucun mouvement ni fentiment. On envoye chercherle Curé& le Medecin, &
on chauffe des linges, on le frotte cependant d'eau
de la Reine de
Hongrie, on lui fait --- Page 209 ---
Francoifes de TAmbrigne. 177
avaler de l'élixir de proprieté, & tout
cela inurilement 3 i s'écrie qu'on lui 1695.
rompt les
un moment après il
fc plaint Eeme fentir lcs mêmes douleurs
dans les cuiffes, & à mefure que la noirceur montoit, la partie devenoit infenfible. Le Curé & le Medecin arrivent
dans le tems que le malade perd il'ufage
des bras, & s'écrie qu'on lui brifoit 18
pine du dos, de forte qu'en moinsd'une
demie - heure, 2 il perdit la parole, la
connoiffance & la vie, fans qu'on
lui apporter aucun remede, & fon corps pûr
devint en moins de rien, , comme s'il fhe
mort depuis plufieurs jours.
Qnoique ic vaiffeau le Pont d'or ne Le vaiffut pas attaqué du mal de Siam, il ne feau Pont Ie
fur pas plus sheureux
ceux qu'ilavoit d'ordeapportez aux Ifles, donc plus des deux fagréé échotié, &
tiers moururent, ou des farigues d'un
très-long voyage, ou du mal de Siam.
Comme il avoit beaucoup fouffert dans
trois ou quatre tempètes qu'il avoir effiryées; on
queles réparations qu'il
y faudroit ERC excéderoient fa
de forte qu'il fut condamné à être valeur, dé
fagréé & échotié, Le Procureur desbiens
vacquans s'en empara Pour le
des Affhreurs, & les Proprieraires compte
dirent peu de chofe; mais on murmura perHy --- Page 210 ---
178 Nowveanx Voyages aux IRles Onlata1695. beaucoup contre cette action. foi, &
xoit ouvertement de mauvaife n'avoit d'autre
on difoit que ce vaiffeau
voiage,
malqueceluidavoird fait unlong
& d'avoir trop. de gages à payer alé
quipage qui l'avoit conduit.
J'eus avis dans le même tems qu'on
de Pllle,
aveitjugé au Confeil Supéricur
quisallemble aul Fort Royal, un procès fait.
ouj'avois quelque intérèt, nommé voicile DauMariage Un certain Commandeur
ou
dun
étoit aux Ifles depuis cinq
blanc 8: phiné qui
fervi fort long-tems
d'une clave ef-fix de- ans > après avoir s'étoit amouraché d'une
claré far les Galeres,
fieur du
aul.
Mulitrelfedemon voifinle
ARPELE
ily en avoit des effets. Il prétendoir
mais comme une efclave ne
poufer,
de PE
le marier fans le confentement donnent
maitre, & que les maitres ne à moins
jamais ces fortes de permillions, leurs efclaves, ce
qu'on ne leur paye fort embarallé, il crit
Dauphiné étoit étoit d'enlever la Muque le plus court
quoi il eflâtrelle & de Tépoufer; après feroit obliperoir que Monfieur du Roy
gé de la lui céder, au moins pour
de chofe. Il fit ce qu'il avoit
RELET
Mulâtreffe
8cl'on fut cinq
la
difparur,
étoit
ou fix mois fans (çavoir ce qu'elle Dauphiné
devenuc. Onapprit tenfin que
crit
Dauphiné étoit étoit d'enlever la Muque le plus court
quoi il eflâtrelle & de Tépoufer; après feroit obliperoir que Monfieur du Roy
gé de la lui céder, au moins pour
de chofe. Il fit ce qu'il avoit
RELET
Mulâtreffe
8cl'on fut cinq
la
difparur,
étoit
ou fix mois fans (çavoir ce qu'elle Dauphiné
devenuc. Onapprit tenfin que --- Page 211 ---
Frangoifes de LAmbrique. 179
quiétoit Commandeur chez un desprin- 1695.
cipaux habitans du quartier du Fort
Royall'avoit époufée. Monfieur du Roy
m'en parla, &c me pria d'en écrire à M.
l'Intendant afin que fon efclave lui fat
reftituée; ; le mariage qu'elle avoit contracté étant nul de plein droit, & Dauphiné devant être condamné alui
fes dommages & interêts. Je ne payer mandeat pas d'en écrire, > &c auffi-tôt MonfIntendant eut la bonté d'ordonner
au Procureur Général de pourfuivre cette affaire au Confeil direétement. Dauphiné & fa prétendué femme fiurent emprifonnez,&cle P. Gabriel de Vire
cin, Curé du Fort Royal, fut mis en Capu- caufe. Il: fut dit par l'Arrèt, que le défaurdu
confentement du maître del la Mulâtreffe
& de la publication des bancs, avoit
rendu
&
birmomoMasaaide
qu'ainfi il n'y avoit point eu , & qu'il
n'y avoit point de mariage entr'elles;
que la Mulâtreffe feroit remife à fon
maître aux frais de Dauphiné, lai condamnéal'amende la
& aux dépens; & fans
proreétion qu'il trouva, & le tour
qu'on doana à laffaire, il auroirété CO1damné à payer à Monfieur du Roy une
piltole par jour pour tour le tems que la
Mulacrefle avoit été abfente du fervice
H vj --- Page 212 ---
180 Nowveanx Voyages aux Ifles du
169y.de fon maître, felon FOrdonnance
Roi. Le Pere Gabriel de Vire fur mandé
Confeil &
on lui enau
réprimandé: dansl'adjoignit d'ètre plus circonfpect fous les
miniftration de fa Paroilfe,
peines porrées par les Ordonnances.
Dauphiné prit le parti de ramenerluimème la Mulatrefle àl Monfieur du Roy.
1l fc munit de quelques lettres Monfieur pour moi, du
qui m' obligerent de porter
J'en fisle
Roi ialui vendre la Mulâtrefle.
marché à dix-huit cens francs, fçavoir
trois cens écus pour elle , &c autant pour
lestrois senfans qu'elle avoit, un defquels &
à Dauphine,
on fuppofoit appartenir
Je
les deux autres à d'autres perfonnes.
les fis tous déclarer libres par le contrat, les
après quoi je publiai un banc, Pere & je Gades deux autres. Le
di'pentai briel de Vire firla mème chofe au Fort
Royal
Dauphiné 2 & m'en envoya
je les mariai.
le PILERESO s après quoi
Le Confeil fouverain, ou pour parler
le Confeil fupérieur eft complusjutte, Gouverneur Général, de lInpole du du Gouverneur particulier de
Confeil tendant,
d'un Profouve- Pile, dedouze Confeillers,
rain de
& des Lieutenans de
la Mar- cureur Général, droit de féance & voix
tinique Roi qni y ont
de deux en
deliberative. Il s'allemble
PILERESO s après quoi
Le Confeil fouverain, ou pour parler
le Confeil fupérieur eft complusjutte, Gouverneur Général, de lInpole du du Gouverneur particulier de
Confeil tendant,
d'un Profouve- Pile, dedouze Confeillers,
rain de
& des Lieutenans de
la Mar- cureur Général, droit de féance & voix
tinique Roi qni y ont
de deux en
deliberative. Il s'allemble --- Page 213 ---
Frangoifes de PAmerigue.
deux mois, &c juge cn dernier reffort
toutes les caufes qui y font portées di- 1695.
rectement, & les appels des Sentences
du Juge Royal & de fcs Lieutenans. Le
Gouverneur Généraly prélide, - maisc'eft
Fintendant, & en fon abfence le
ancien Confeiller s qui reciieille Pez
avis, & qui prononce : quand le Gouverneur Gentralny eft pas, l'Intendant
préfide & prononce. Les Confeillers
n'achetent point leurs charges, 7 elles fe
donnent au mérite, s fouvent aux recommandations. C'eft le Secretaire d'Etat ayant le département dc la marine
quileur les
expédie leurs brevets, parce que
Colonies font de fon département.
Ils n'ontpoint de gages, mais feulement
l'exemption du droir deCapitation
douze de leurs Négres, avec quelques pour
émolumens pour lears vacations, cela
eft
confiderables de forte que ces
chigen font plus
à Phonneur qu'au sechesicopstiapur profit. On prétend
qu'elles annobliffent ceux
meurent
dans l'exercice, ou qui LEr des
brevers de Confeiller honoraire, > après
avoir fervi vinge ans. De douze ou
quinze Confeillers quirempliffoient ces
chargesen 1705. iln'y en avoit que deux
qui cuffent érudid en Droit: c'étoient --- Page 214 ---
182 Nouveaux
1695. les fieurs leMerle Voyages & C anx Ifles
étoient des norables Monel, les autres
merçans, chez
habirans ou comla droiture
lefquels il faut croire
& le bon fens tenoient
de
Res
fcience. Le nombre des Graduezs'eft
beaucoup accrû depuis ce tems-là.
CHAPITRE IX.
Des Mulatres. Maniere de les connoitre.
Hifoire du * * * ddeguelquest babitaus
blancs guions éponfedes Negrafes.
N entend par Mulâtres, lesenfans
qui naillent d'une mere noire &
d'un pere blanc, ou d'un pere noir &
d'une mere blanche, Mais ce dernier cas
des Origine Mu- eft très-rare. Quant au premier, il n'eft
lâcres, que
fréquent; &c ce libertinage des
avec les
Rtscon
d'une
Négreffes eft la fource
infinité de crimes. La couleur des
enfans qui naiffent de ce
ticipe du blanc & du noir, mélange & : parune elpece de biftre. Les cheveux produit des
Mulâtres fonr bien moins crépus
ceux des Négres; ils font chatains & mè que
me aflez clairs, cc qu'on ne trouve
aux Négres. J'ai cependant vû un poine
à Cadix qui avoit tlcs cheveux roux, Négre Les
ft la fource
infinité de crimes. La couleur des
enfans qui naiffent de ce
ticipe du blanc & du noir, mélange & : parune elpece de biftre. Les cheveux produit des
Mulâtres fonr bien moins crépus
ceux des Négres; ils font chatains & mè que
me aflez clairs, cc qu'on ne trouve
aux Négres. J'ai cependant vû un poine
à Cadix qui avoit tlcs cheveux roux, Négre Les --- Page 215 ---
Frangoifes de
Mulâtres font pour l'ordinaire tAmerique. 183- -
debonne taille, vigoureux,
bien faits, 1695.
induftrieux,
forts, adroits,
lide limagination; courageux & hardis au devivacité, mais ils font ils ont beaucoup de
plaifirs, volages, fiers, adonnez à leurs
& capables des plus grands cachez, méchans,
Efpagnols qui en font bien micux crimes. Les
nis que tous les autres Européens fourbitent
qui ihaleurs foldats, PAmerique, & n'ont point dc meilde plus méchans
mes.
homLe nombre en feroit bien
dans nos. Ifles, fans les
plus grand
courent ceux qui les font: peines gu'engrefles font d'elles-mèmes car les Né-
& les hommes blancs
très-lalflives,
moins , &
ne P'étant gueres
té à contenter trouvancbeancomp leurs
de facili- Peines
paflions avec
contre
créatures, des
on ne verroit autre chofe quedes cestan peres Mun
grands Mulârres, d'onils'enfuiveoire de très- lâtres,
medié, défordres, fi le Roin'yavoit redeux millelivres en condamnant à une amende de
convaincus d'en être de fucre, ceux quifont
un maitre qui ait débauché peres ; mais fi c'eft
& qui en ait eu un enfant, fon efclave,
mende, laN Négreffe 8c l'enfant outre font l'ae
fifjuez au profit de T'Hopital, fans colte
voir jamais être rachetcz fous
pouqueique --- Page 216 ---
134 Nowveaux
aux
1695. prerexte
ce foit. Pojager On
Mes
louer le at du Roi dans la ne peur allez
de cette Ordonnance; mais dilpolition
aux Mifionnairesde
on permertra
àremedierau
direqu'en cherchant
fcandale que ce crime caufoir, on a ouvert la porte à un crime
bien énorme, qui.confiftedans des savortemens fréquens queles
curent quand elles fe fentenr Négrellestepro- groffes, &
cela fort fouvent, du confentement
parle confeil de ceux qui en ont abufé. ou
Les Religieux de la Chariré
ont
le foin des Hôpiraux, font fort qui alertes
fur ce point > parce que l'interêr des
pauvres & le leur ont trop de liaifon
pourl leur permettre deregarder avecindifference ces amendes, & Ccs Mulatres avec leurs meres. Il y avoit entr'autres un certain Frere ** *
avoit
Hiftoire talent merveilleux
qui
un
du *** Frere
pour faire ces déligieux Re. couvertes, eft vrai
& pour en tirer parti. Il
de la
qu'il étoir aidé fort fouvent
Charité, les maitreffes des Négrelles,
par
vant fouffrir que leurs maris quine entretinf poufent leurs efclaves, lui en donnoient
avis, lui aidoient à les faire
aimant mieux les voir confifquées prendre,
de laifer palfer l'occafion 1
de fe venger. que
Monficur *** riche habitant du Fort
Royal de la Martinique en peut dire des
& pour en tirer parti. Il
de la
qu'il étoir aidé fort fouvent
Charité, les maitreffes des Négrelles,
par
vant fouffrir que leurs maris quine entretinf poufent leurs efclaves, lui en donnoient
avis, lui aidoient à les faire
aimant mieux les voir confifquées prendre,
de laifer palfer l'occafion 1
de fe venger. que
Monficur *** riche habitant du Fort
Royal de la Martinique en peut dire des --- Page 217 ---
Frangoifes de TAmerique.
nouvelles, &c il n'eft pas le feul. 185.
cité plurôr
Je l'ai 1695un
honnète autre 2 parce qu'étant
>
fmean
témoignage fera d'un
homme, fon
Avec tour cela il ne laiffoit plus grand poids.
fouvent de fâcheux
pas d'arriver
*** > car les maîtres contretems au Frere
le cas de la confication quife de voyoient leurs dans
& de leurs Négreffes,
enfans,
leur prometrela liberté, aimoient mieux
efclaves perpetuelles de que de les voir
avoient
FHopital. Ils
foird'inftruire la Négrefle de ce
Trcaiec devoirépondre le
quand lelle feroir
rogée farle Juge, & qu'elle feroit interla liberté leur pere de l'enfant. Le defirde
merveille, &cle faifoit défaut retenir leur leçon à
ne va pas chercher dans de témoins
cafions, joint àl
ces fortes elles foutenoient l'effronterie avec laquelle
leur maitre,
leur caufe & celle de
damner Frere 3 *** faifoit quelquefois conaux dépens.
& Jaiquelquefois une fois entre entendu ces démélés;
habitant d'une de autres, laNégreffe d'un
au *** que c'étoit lui-mème nos Paroifles fourint
le; pere del'enfanr mulâtre dont qui elle étoit
accouchée, Par malheur
étoit
ligieuxil - avoit paffé neuf a pour dix mois ce Reparavant chez le maitre de la Négrelle, 2u- --- Page 218 ---
186 Novveaux Yoyages aux IRes s'en
& avoir couché, Le maitre qui
1695. Secle fouvenu, n'avoit pas manqué d'en
faire fouvenir fa Négrelle, & dela bien
inftruire de tout ce qu'elle avoit à dire;
en forte que ce fut une fcene des plus
plaifantes ( un Prêtre, un Religieux < >
devoit la trouver miferable cette icene)
d'entendre les circonftances qu'elle rapqu'elle n'avoit japortoit pour
homme que lui. Le
mais connu
Emtt
Juge mit tout en ceuvre pour l'obliger elle
de fe couper fansy
réillir; elle
demeura toujours TEeTE & comme
tenoit fon enfant entre fes bras, elle le
préfentoit aul Frere *** en lui difant, toi
papa li, & puis clle le montroit à toute
reffembloit
T'affemblée > prétendant qu'il
*** *
comme deux goutes d'eau au Frere ètre à >
qui, tout accoûrumé qu'il devoit tellement
ces fortes d'avantures,, étoit
décontenancé, que toutle monde pâmoit
à force de rire, fans pouvoir au vrai
diflinguer qui en donnoit plus de fujet,
ou l'effronterie de la Negrelle qui
d'une
a
roiffoit accompagnée
grande
veté, ou l'embarras où fe trouvoit ce
Religieux, homme très-fage, & reconnu
de tout le monde pour incapable d'une chanpareille foibleffe, ou la gravité
fcs
celante du Juge, qui malgré tous
ancé, que toutle monde pâmoit
à force de rire, fans pouvoir au vrai
diflinguer qui en donnoit plus de fujet,
ou l'effronterie de la Negrelle qui
d'une
a
roiffoit accompagnée
grande
veté, ou l'embarras où fe trouvoit ce
Religieux, homme très-fage, & reconnu
de tout le monde pour incapable d'une chanpareille foibleffe, ou la gravité
fcs
celante du Juge, qui malgré tous --- Page 219 ---
efforts Frangoifes de LAmérique.
auroit ficcombé, s'il n'eût 187
cette fcene en renvoyantla
fini 1695.
fon maître jufqu'à plus Négreffe chez
mation, les
réfervez. ample inforde ces
font pas
rOCRArLE
excès, il eft facile aux coupables
de tirer d'affaires leurs amis, Négrelles & leur
clles épargner le chagrin de payer l'amende:
mulâtre n'ont qu'i nommer pour pere du
quielt quelque matelot d'un vaiffeau
ont rencontré parti, ou quelque foldat qu'elles
elles ne
dans le chemin, & dont
elles fçavent pas le nom; 5 & c'eft à
fonrquiresp quoi
ne manquent gueres. Elles en
leur pour fait quelques diftribuer coupsde fotiet
ZE plus fages,
pour les srenLes Religieux de la Charite
bien voulu obliger les Curezàl leur auroient donner avis des enfans mulâtres
tifoient, maisjufqu'a
bappû obtenir. Les Curez prefent Eae ne l'ont
nes raifons
ont eu de bondans ces fortes pour de ne point s'embaraffer
pouvoient queleur être difcullions, qui ne
rendre leur miniftere odieux. délagréables, &0
prefenté ce que j'ai dit
Ilont repenfant remedier à un mal, cidevant, on
que
la porte à un plus grand, qui étoit ouvroit des
avortemens fréquens que les Négreffes --- Page 220 ---
188 Nonveaux Voyages anx
1695. fe procuroient. La 0
Ifles
adroites, & connoiffent plupart y font fort
leur font faire
des limples qui
facilité
cette opération avec une
fiurprenanre,
Les Sages-femmes cachent
ment la qualité de ces fortes ordinaire-. d'enfans
quand elles les
au
ce qui leur eft
Baptême ;
roît
car il ne
IPALE
aucune difference pour la
entre les uns
opfar
d'enfans
& les autres, toute forte
étantblancs ou prefque blancs,
quand ils viennent au monde, ce n'eft
qu'au bour de huit à dix jours
la
leur qui les fait diftinguer que couparoitre.
commence a
Lor/qu'on veut être affuré de
Com- couleur doit être
quelle
ment onle faire
l'enfant, ilr n'y a
connoit
découvrir, car s'il - eft
un en-
&
d'un
R
fant mud'une Négreffe, il a les
lâtre d'atoutes
parties
EECIL
vec un blanc & d'une
noires; & s'il eit d'un
noir, blanches
Négreffe, fes parties font
ou prefque blanches.
veur pas venir à cette
Sion ne
une plus aifée : c'eft preuve, de
en voici
nailfance des ongles,
regarder à la
Tendroitoileronglest c'eft-a- dire, à
fortent dela chair,
carfi cn remarque que cet endroit foit
noir, c'eft une marque infaillible
l'enfant fera noir; mais fi cette place que eft
blanche ou prelque blanche, on
peut
fes parties font
ou prefque blanches.
veur pas venir à cette
Sion ne
une plus aifée : c'eft preuve, de
en voici
nailfance des ongles,
regarder à la
Tendroitoileronglest c'eft-a- dire, à
fortent dela chair,
carfi cn remarque que cet endroit foit
noir, c'eft une marque infaillible
l'enfant fera noir; mais fi cette place que eft
blanche ou prelque blanche, on
peut --- Page 221 ---
Frangoifes de
dire avec certitude que LAmerique. l'enfant eft Mu- 189
lâtre; foit qu'il provienne d'un Blanc & 1695d'une Négrefle, ou d'une Blanche &
d'un Négre.
fent Qu'après cela les Medecins nous difexes tant qu'ils voudront que les deux
lap
ne concourent pas également à
produdtion de l'enfant, & queles femmes font comme les poules qui naturellement ont des ceufs dans lc
&
que l'homme comme le cocq ne
autre chofe
cCEtr
que les détacher &
ner le germe. Car fi cela étoit perfeétion- une Négrefle teroit toujours des enfans noirs,
detelle couleur que pûr être le mâle, ce
quieft tout-à-fait
Rous
conusineleapétience
que
avons, puilque nous voyons
qu'elle fait des noirs savec un noir, & des
Mulâtresavec un blanc. Si on marie des
Mulârres mâlesou femelles savec des
fonnes blanches, les enfans qui en petviendront feront plus blancs, leurs
veux
ER2
ne feront prelque plus crépus. On
ne reconnoîtra la troifiéme generation
que par le blanc des yeux qui paroitra
toljours un peu battu, ce deflaut ceffera
àla quatriéme generation, pourvà qu'on
continue à les unir toûjours avec des
blancs; carfionlcsallioitavec desnoirs,
ils retourneroient dans le même nombre --- Page 222 ---
aux Ifles
190 Nowveaws Voyages
noir2695. de generations, à leur couleur premiere fe fortifie a
ceur: parce qu'une s'unit à une couleur de
mefure qw'elle & diminué à mefure
même cipece,
Les enfans qui nailqu'elle s'en blanc éloigne. & d'une Mulatrelle font
fent d'un Onarterous, & ceux qui vienappellez d'un blanc & d'une Indienne, Menent
sifs.
dans nos Iles du vent
Je 2 n'ai connu
eulfent époufé des
que deux blancs qui
LieNégrefles. Le premier de Milice sappelloit du quartier
Blanes tard, Lieutenant
C'éont de la Pointe noire àla Guadeloupe. un
LE des Né- toit un homme de bien qui par une prin- trèsgrelles, cipe de confcience avoit felon époulé les
belle Négrelle, à qui
apparences
il avoit quelque obligation.
nommé
Le fecond étoit un Provençal
de
Hautier, Marchand au Fort S.Pierre mit tant de
la Martinique. Son Curélai
d'éfcrupules dans l'ame, quillobligea appellée
pouler une Panel, certaine-Négrelle qui auroit eu bien
Jeanneton de maris que la Samaritaine fi tous
plus
elle s'étoit abandonnée l'aceux à qui
voient époufée. Lierardavoit de beatix petits Monfieur mulâtres de fon époufe noire: mais
eut point de la fienne ;
le Provençaln'en
*.
tant de
la Martinique. Son Curélai
d'éfcrupules dans l'ame, quillobligea appellée
pouler une Panel, certaine-Négrelle qui auroit eu bien
Jeanneton de maris que la Samaritaine fi tous
plus
elle s'étoit abandonnée l'aceux à qui
voient époufée. Lierardavoit de beatix petits Monfieur mulâtres de fon époufe noire: mais
eut point de la fienne ;
le Provençaln'en
*. --- Page 223 ---
Frangoifes de LAmerique.
il demcura même alfez peu de tems avec 19I
elle, parce
fes compatriotes lui fi- 1695.
rent tant de Remde d'avoir
créature qu'il la quitta 5 & elle époufé s'en cette mit
peu en peine, aflez contente de.cc qu'elle
profita dansl le tems qu'elle demeura avec
lui, &c du nom de Mademoifelle Ifautierqu'elle Jai
avoiracquis par fon mariage.
dit que les enfans qui
nent d'un blanc & d'une Indienne provienpellent Merifs. Ils font pour
s'ap- Cômene
aufli blancs que les Européens. l'ordinaire La feule noit on con- les
chofe qui les fait connoitre eft le blanc Métifs,
de leurs yeux qui eft toûjours un
jaunâtre, 2 comme il arrive à ceux peu
une longue maladie ont les qui
Si une
yeux
Roome
blanc, les enfans Metif fe marie avec un
fervent rien de leur qui en viennent ne conDansle
premicre origine.
commencement qu'il y. eut des
Négres aux Ifles, 8c quele libertinage y
produifit desMulitres,les Seigneurs
priétaires ordonnerent que les
feroient
snaites
libres quand ils auroient atteint
l'age de vingt - quatre ans accomplis,
pourvû que jufqu'à ce tems-là ils euffent
demeuré dans la maifon du maître de Etat des
leur mere. Ils prétendoient
Mulâtres
ans de fervice qu'ils avoientrendu que ces huiravant 1672.
feize
depuis
jufqu'i vingt - quatre accomplis,
priétaires ordonnerent que les
feroient
snaites
libres quand ils auroient atteint
l'age de vingt - quatre ans accomplis,
pourvû que jufqu'à ce tems-là ils euffent
demeuré dans la maifon du maître de Etat des
leur mere. Ils prétendoient
Mulâtres
ans de fervice qu'ils avoientrendu que ces huiravant 1672.
feize
depuis
jufqu'i vingt - quatre accomplis, --- Page 224 ---
192 Nowveanx Voyages AUX IRes maitres
1695. fuffifoient pour dédommagerles avoient faite pendant
de la LECIN Negrelles qu'ils les avoient élevez, 3
lieu d'un
qui au-
&a de cC qu'au
efclave, NSE n'avoit
roit été toujours
produit qu'un Mulârre. le Roi a réuni les
Mais fon depuis
en 1674. en les raIlles à
PSEL
chetant des Compagnics
les avoient ila fait
polledées fous fon bon EL
fa Déclaration la Loi Rorevivre par
les enfans fuivent
maine, qui veut que les a portez; Parle fort du ventre qui
contus fegmitur wventrem 5 & que par d'une
Leur état féquent les Mulâtres provenans
depuis
efclave foientaufi efclaves. Aj
1674- mere
ne dois pas oublier
E
E Confeil Souverain dela
dans un
EE
Guadeloupe, citant cette Loi
fi un
procès où il s'agifloit de décider de la DéclaMulâtre né
la datte
fut
ration du e mais avant qu'elle
arrivée & publiée aux Hflesétoiclibre ou de
au lieu
non 5 ce (çavant Jurifconfulte dela difficulté
je
s'attacher au point
faire que
Betle la-viens de dire, ne penfoit qu'a en RRC
tinité rade de fon latin qu'il eftropioit
Confeil- d'un
fant ; Patus feguitar ventris. Belle preuler de la ye de (on (gavoir, qui n'empéchoir
Guadefir
honnète
laLtr
loupc. qu'ilne d'ailleurs
&
5 ce (çavant Jurifconfulte dela difficulté
je
s'attacher au point
faire que
Betle la-viens de dire, ne penfoit qu'a en RRC
tinité rade de fon latin qu'il eftropioit
Confeil- d'un
fant ; Patus feguitar ventris. Belle preuler de la ye de (on (gavoir, qui n'empéchoir
Guadefir
honnète
laLtr
loupc. qu'ilne d'ailleurs
& --- Page 225 ---
Frangoifes de LAmbrique.
& qu'il n'eit eû l'occalion
parler latin plus correétement d'aprendre s'il
à 1695.
voulu en profiter, puifqu'il avoit avoit
meuré quelques années au fervice
dePeres, d'ott il étoit monté à l'office denos de
Maître d'Ecole S & de Chantre d'une
nos Paroifles.
de
Il étoit Doyen Ilsappelloit du Confeil M.] D.L.C.
de la Guadeloupe en 1705.
Depuis cette Ordonnance les
font tous efclaves; & leurs maîtres Mulâtres
peuvent être contraints de
ne a
niere que ce foit, de les vendre quelque à maquien fontles peres, finon de
à ceux
Ils: font obligez àf fervir
gréa gré.
efclaves, font
comme les autres
tions: &s'ils fujers aux mêmes correcleurs
s'ablentent de la maifon de
maîtres, & qu'ils aillent
on
les mettre entre les maroner mains de 3
qui les traite
Sedcerg
comme les
noirs c'eft-àdire
efclaves
oreilles la feconde qu'on leur coupe les
prifon
foisqu'on les met en
troifiéme pour fois. maronage, & le jaret la
Ces peines font
par les RéglemensdiRoi, auffi-bien portées
celle qu'encourent ceux quiretirent
eux, ou
des
font travailler les efclaves de
leursvoifins quand ils font marons. Car
pour empécher ce defordre, &
nir la mauvaife foi de ceux
pour
Tome 1I,
quiérant
Eus
I --- Page 226 ---
194 Nowveaux Voyages ARX IRes
1695. des quartiers éloignez, attiroient les
efclaves marons & les faifoient travailler
Peine
retiroient
contre àleur proft, ou qui les
chez
ceux qu eux
leurs maitres de leur
retirent
pour priver
les efcla- travail: le Roi les a condamné à payer
ves ma au
une
rons.
proprictaire del'efclave,
piftole
par chaque jour > depuis celui quils'eft
abfenté > jufqu'à celui qu'on le remet entre les mains de fon maitre,
CHAPITRE X.
Des Paletsviers 0S Mangles. De leurs
diferentes efpeces. Du Qgingmina,
6 des Huitres.
E croi ne devoir pas renvoyer à un
Paletuautre endroit cC
dois écrire
viers ou a
dont queje dit
les
Mangles des Paletuviers,
jai
que
de fortes. trois bords de la riviere du cul-de-fac François étoient garnis. LesEfpagnols & les
autresEuropéensd del'Ameriqueles: appel- a
lent Mangles. A la Guadeloupe même
on leur donne ce nom plutôr que celui
de Paletuvier. Je ne Içai ce qui aoblige
les habitans de la Martinique à fe fervir
dece termc, plutô: que de celuiqui eft
en ulage
tout ailleurs que chez eux.
Dy en a Sois fores.deronges, de blancs
-fac François étoient garnis. LesEfpagnols & les
autresEuropéensd del'Ameriqueles: appel- a
lent Mangles. A la Guadeloupe même
on leur donne ce nom plutôr que celui
de Paletuvier. Je ne Içai ce qui aoblige
les habitans de la Martinique à fe fervir
dece termc, plutô: que de celuiqui eft
en ulage
tout ailleurs que chez eux.
Dy en a Sois fores.deronges, de blancs --- Page 227 ---
Frangoifes de
& de noirs. Le rouge LAmcrigus, eft l'arbre
appellons Raifinier. Le blanc eff que le nous Ma- 1695.
hor. Je parlerai dans un autre lieu du noir Mangle ou
Raifinier & du Mahot. A l'égard du-vier. PaletutMangle bre
noir ou Paletuvier, c'eft un aldes rivieres qui ne vient jamais que fur les bords
fort
ou de la mer. Son écorce eft
brune, > liffe,
eft verte, de
d'une quand elle
quinze
piece de
EREITE
fols. Deflous cette écorce
une Peau plus mince
ily y a
moins brune. Le bois eft > plus à tendre &
la même couleur
peu près de
quel'écorce;i il eft dur,
femble ployant, & fort pefant. Sa feiille reflaurier, aflez pour la figure à celle du
elle clt mince & fi unic
fes
fibres fe difinguent à peine du refte. que Lcs
plus gros arbres quej'ai vû de cette
ne
pas treize à quatorze elpece
de
3 &
à
pouces
eent
de haut, leurs branches vinge vingt-cing pieds
font en grand
nombre, toutes droites & fans
elles laiffent tomber des
neeuds,
jettons qui
elpeces de reprennent racine
ont atteint le fond de la
quand ils
riviere fur le bord de
mer ou de la
laracine
laquelle le pied &
racine principale a pris naiffance; cette
qui va toute droite en terre n'eft
pas feule, elle eft accompagnée d'une
infinité d'autresqui s'élevent un pied &
Ij --- Page 228 ---
196 Nowveaux Voyages aus Ifles
1695.d demi, & quelquefois davantage au delfus
de la fuperficic de l'eau, à quelque hauteur qu'clle puiffe arriver dans les plus
hautes marées. Ces racines après sèrre
élevéesf font des arcades en rerombant en
terre où elles re prennent, qui s'entrelaffent les unes dans les autres, fe foûtiennent & font comme an griliage fur
lequel on peut marcher fans crainte de fe
moiiller tout le long des rivieres & fur
le bord dela mer, & fouvent même trèsavant. J'ai vû de ces mangles occuper
plus de cinq cens pas dans la mer. Il'eft
vrai qu'on ne peut pas marcher fort vite
fur ces arçades, & qu'il 2 faut bien regarder ou l'on met fes pieds & comment
on les pofe 5 mais avec tout cela ils ne
laiffent pas d'être d'une grande utilité &
d'une bonne défenfe contre les defcentes
& les furprifes dcs ennemis. Car quoi
qu'on puiffe marcher fur ces arcades, 9
comme il faut continuellement regarder
à fes pieds & s'aider de fes mains
écarter les branches, & fe tenir FEROaE
cette maniere de marcher eft impofible
à des gens chargez d'armes & de munitions, &c qui viennent pour furprendre,
parce que la diligence & le filence leur
font ablolument neceffaires pour réuflir
dans leurs entreprifes, qui échoiieng
Car quoi
qu'on puiffe marcher fur ces arcades, 9
comme il faut continuellement regarder
à fes pieds & s'aider de fes mains
écarter les branches, & fe tenir FEROaE
cette maniere de marcher eft impofible
à des gens chargez d'armes & de munitions, &c qui viennent pour furprendre,
parce que la diligence & le filence leur
font ablolument neceffaires pour réuflir
dans leurs entreprifes, qui échoiieng --- Page 229 ---
Prancoifes de LAmbrique
& leur deviennent préjudiciables 197 dès
qu'elles font découvertes, ce quine man- 1695.
aurd des jamais d'arriver quand on marche
le
mangles, & far tout la nuit, ot
moindre bruit s'entend de fort
fans compter le danger qu'il y a de loin, s'és
garer en marchant comme à tâtons dans
ces épaiffes forêts, où même dans le
le plus clair il eft difficile de fuivre jour
même route,
une
Outre cet avantage j'en remarque trois
autresqui me paroiffent d'uneaflez
de confidération. Le
grances arbres fournifent premier d'excellent eft que
pour brûler,
bois des. GECL
& qui dure quifair un fcu vif & ardenty Sot
qu'un
beaucoup plus à proportion
autre, Ce bois revient
tement, & autant de fois qu'on promp- le veut
couper, pourvà qu'on ait foin de ne
endominager confidérablement la pas
cipale racine. On peur fe fervir
prinde cet arbre pour les onvrages où dutrone l'on
befoin d'un bois qui réfifte al'eau, a
eft fir que celui-li y eft. prefque incor- On
raprible. Sans fa pelanteur on ponrroit
lemployer à toutes fortes
carileft doux à travailler, ileft d'ouvrages 5
ne s'éclate point, &ileft très-rare compact,
le trouve vicié,
qu'on
Le fecond avantage que l'on en tes
1 1j - --- Page 230 ---
198 Notveanx Yroyages Anx
1695. tire eft que fon écorce eft très Ies - bonne
Ecorces pour tannerles cuirs. On ne fe fert
de Man- d'autre tan aux Ifles, & on
point
gles bon-de réuflir
ne laiffe pas
Iles Pour
parfaitement.
tanner,
Le troifiéme eft que les racines & les
branches qui font dans l'eau, fervent à
recucillir les femences des huitres,
s'y attachent, Sy nourriffent & y
tiplient à du monde, merveille. du moins Dansles autres pais
pû voir oua
autant que jel l'ai
On tres
apprendre, on pêchel les huicueille
enles dérachant des
des hui-au fond de la
rochers
les tres Man- fir dans
mer > on peur
que
ase
celui-cion les cueille
gles
Ces huitres
furles arbies.
noirs,
font petites, s à peine les
grandes arrivent - elles à la grandeur plus de
celles de Cancalle en Bretagne ; mais
elles font délicates, graffes,
tendres & d'un très-bon goûr. blanches, On
croire que pendant que nous fimes peut au
cul- de- fac François nous n'en manquâmes pas. Il faut feulement obferver
de ne manger que celles qui
dans la mer quand on les trempoient a cucillies,
de parce la
celles quife trouvent au deffus
de
foit
cOMac
baiffé dans fon l'eau,
que la mer ait
cines
refux; foit
les raayent crû, ne font pas Riumnes à
beaucoup
l'ordinaire même
elles font EE plus dures,
plus
cul- de- fac François nous n'en manquâmes pas. Il faut feulement obferver
de ne manger que celles qui
dans la mer quand on les trempoient a cucillies,
de parce la
celles quife trouvent au deffus
de
foit
cOMac
baiffé dans fon l'eau,
que la mer ait
cines
refux; foit
les raayent crû, ne font pas Riumnes à
beaucoup
l'ordinaire même
elles font EE plus dures,
plus --- Page 231 ---
Frangoifes de LAmériquo
maigres font
8c plus petites que cclles 199 qui
toujours fous l'ean.
1695Le Mangle ou Paletuvier
nous appellons aux Ifles Raifinier, rouge que
toujours au bord de la mer
vient
res vers leurs embouchîres, &des rivie.
dans l'eau foir douce ou
mais jamais
la mer quand elle eft faléc, quoique Mangle
vieres quand elles font groffe, ou les ri- RE OG
portentaucun préjudice. débordées, Lesr
ne lui nier,
le foûtiennent ne font
racines qui
comme celles du
point en arcades
pleine
précedent, Il vient en
qu'on le terre, 2 & revient autant de fois
les beftiaux coupe de 2 brouter pourvà qu'on empèche
mefure qu'il pouffe, fes bourgeonsa
faitmourir. Cet arbre vient parce que cela le
très-grand, mais très-mal fair. très-gros &6
ches fe renverfent vers la
Sesbranfont tortuès & noueufes, & terre, elles
extrèmementle terrain
embaraffent
J'ai trouvé de ces arbres qwellsoecupent
de deux pieds de
quiavoient près
vinge-cinq pieds de diamette, hauteur, & plus de
titéde branches
avec
duès; mais cela eft très-groffes rare
& entet
lui donne
le tems de 5 parce croître qu'on ne
demeurer ker pied affez
& de
acquerir cette grandeur & long-tems pour
corce eft mince & grife. groffeur. L'6Lorfque l'arbre
I iv --- Page 232 ---
200 Nowveanx
anx TRes
1695. eft jeune, elle eft TETE unie fort adherente: :
mais quand il eft vieux, elle paroit toute
crevaffée, fe détache aifément, & le
foleil la fair enrouler. Il eft vrai qu'il y
a fous cette écorce une peau épaifle comme un bon parchemin, rouge,
& fort adherente à larbre, dont ployante clle
fe détache que quand il eft coupé ne &
fec.
Le bois eft d'un rouge foncé, Ses fibres font longues, ferrées & mélécs,
Ilalegrain fort fin. Sion coupe ele caus
en perirs éclats, & qu'onl le faile boiillir
dans l'eau,il la teint d'un très-beau rouLe Raifi. ge qui communique la même couleur
nier fait aux laines & toiles
une tiès- vrai
quel'on y met. Ilef
belle
que quand on lave ces toiles elles
couleur perdent
Cela vient
rouge.
beaucoup.
de- ce
n'a pris aucune précaurion
la couleur. Cel
Zeeri
bois eft roide, l
compact & pefant. Ilefttrès bon au feu,
ily dure long-tems, fait un feu vif &
ardent &detrès-bon charbon.
J'en ai fait débiter quelques
.
dontjai fait faire du
piéces >
Son bois àt trois
&
cartelage de deux
travaillé
pouces,
desplanches
je fis
efttrès- enfuite réfendre
faire
beau, des stables &
pour
ASEES
autres meubles. On ne
rien voir de plus beau que les ondes peut de
differentes teintes de rouge, les yeux
long-tems, fait un feu vif &
ardent &detrès-bon charbon.
J'en ai fait débiter quelques
.
dontjai fait faire du
piéces >
Son bois àt trois
&
cartelage de deux
travaillé
pouces,
desplanches
je fis
efttrès- enfuite réfendre
faire
beau, des stables &
pour
ASEES
autres meubles. On ne
rien voir de plus beau que les ondes peut de
differentes teintes de rouge, les yeux --- Page 233 ---
&elesvolates Frangoifes de LAmerigue. 20I
étoientfar
qui d'ailleurs poliffoient cesplanches, 1695bien &
parfaitement
& la dureté aifemenrilinlyae de ce bois
la pefanteur
ne
qu'on
l'employe à une infinité empêchent
vrages; car j'ai éprouvé qu'il eft d'oumentbon en terre, en l'air &
égaleSa feiille n'eft
ronde dansl'eau. ni
comme une chtent ainfi
dit grande
Confrere le Pere du
mon
ovale, >
Elle
aEter
fon plus
eft
être de buit à neuf grand diamettre peut
petit de cingà fix. Sa pouces, & le plus
courte & refendne
quetie eft groile s
àl'endroit qui
prefque enticrement
elt le côré du Tattachea la branche qui
forte petir diamettre 5 elle cft
ZRe
2 liffe & unie. Ses nervures
plattes. diftinguent Quand peu du refte & paroiffent Feuliflcse
roitre elles font elles de commencent à pa-fiue Rourses chal
fort douces & délicares couleur de chair & nicr, Raifi.
cette couleur en croiffant, ; elles le quittent
vient d'un verd gai, &1 le deffous deffus de
plus pâle. On fe fert de ces feiilles un peu:
mettre fous le chapeau
pour
au foleil, elles
quand on marche:
incommodé de empéchenr fa
qu'onne fois
lat tête fraiche. IAeurit chaleur, & tiennens
ane fois l'annéc,
& porte duf fruic
poulfe de petits fcions, Avant de feurin il
comme lavignes
I y
d'un verd gai, &1 le deffous deffus de
plus pâle. On fe fert de ces feiilles un peu:
mettre fous le chapeau
pour
au foleil, elles
quand on marche:
incommodé de empéchenr fa
qu'onne fois
lat tête fraiche. IAeurit chaleur, & tiennens
ane fois l'annéc,
& porte duf fruic
poulfe de petits fcions, Avant de feurin il
comme lavignes
I y --- Page 234 ---
1695. quife 202 Nowveawe Foyager ANx Ifles
s'ouvrant chargent de petirs grains , qui icr
fleur blanche, s produifent une très - perite
d'une odeur douce à
ECL comme celle de la vigne. A peu ces
fuccedent des fruits tout ronds:
font d'environ quatre lignes de diamertre
verds avant d'i ètre mûrs, &
qui
viennent violets quand ils ont quidetoute leur maturité, Ils font bons, acquis leur
goûr approche de ces gros raifins qu'on
appelle, chaflelas. Onen fait un
vin affez agréable 5 mais la maniere perit la
Maniere plus ordinaire de les
eit
d'accom- lesavoir lavez
manger,
après
moder le
de les paffer rdansun blanc
fuit, d'eufbatruavee Aleurs
un peu d'eau rofe ou de
dans du d'orange, & enfuire les. rouler
bien
fucre bien blanc, bien fec &c
pilé jufqu'à ce qu'ils en foient bien
couverts. On les fert de cette
ils femblenrdeg grolles dragées. Ilferoient maniere,
bien plus eftimez fi leurs
point moins de place.
noyaux occuLes Caraibes prétendent
il ya une abondance extraordinaire que quand
ce fruit, c'eft un pronoftique alffuréd'an de
ouragan cette année-la.Jai experimenté
plaficurs fois qu'ils fe trompoient.
blanc Mangle ou L'arbre que nous appellons Mahot
Mahot, aux Ifles, & Mangle blanc par tout ailleurs, vient ordinairement lir les bords --- Page 235 ---
des
Frangoifcs de PAmtrigue. 203
fur la rivieres, furface & fes branches s'étendent
vouloienr
de l'eau, comme fi elles 1695trouve affez joiir de fa fraicheur. On en
ne vient pas au fi bord bien, de la mer, mais il
vieres, dmoins qu'il ne qu'auprès des ricoftieres élevées. Son fetronve furdes
de Lépaifcurd'un demi-écu. écorce eft
w
blanc;i sileft affez fouple
Le tatiEe eft
mais il fe feche dès equandileft verd;
vient très leger & tres-calfant. qu'il eft coupé, deeft rempli de moëlle
Lc dedans
quoiqu'en plus petite comme le fureau,
elt prefque ronde de quantiré. à La feuille
ces dec diamettre ; elle trois eft fort quatre
tendre & fort douce.
liffe, Totr
Tannée des
Ilporre deux fois:
fenrapenp près Heursjaunes, comme 3 qui-épanoitifqui font beaucoup destulippes, mais:
poinc remarqué plus grandes. Je n'ai
fuivies d'aucnn
CCS fleurs fullent
fervit à fnstee graine ou femence da Uilhs Mow
2 bouture, & multiplier fe
l'arbre : il vient hor,
parce Qie fes branches multiplie de lui-mème,
foir prennent humide. racine pour Heachanriteney que le terrair
laiffe pas d'être Malgré fort utile E fterilité, il ne
que fon écorce ferra aux faire habitans 3'
Zerde de toute
descorque nos Corlaires efpece, & * qui font fibonnes,
Flibuftiers en ont
I wj
ence da Uilhs Mow
2 bouture, & multiplier fe
l'arbre : il vient hor,
parce Qie fes branches multiplie de lui-mème,
foir prennent humide. racine pour Heachanriteney que le terrair
laiffe pas d'être Malgré fort utile E fterilité, il ne
que fon écorce ferra aux faire habitans 3'
Zerde de toute
descorque nos Corlaires efpece, & * qui font fibonnes,
Flibuftiers en ont
I wj --- Page 236 ---
204 Nonveaux Voyages anx
1695. fouvent agréé entierement leurs Mles
timens. Pius on coupe le mahor, plus bf- il
pouffe de branches. Elles font
aflez droites & fans neuds, mais longnes,
me elles font foibles & en
combre,elles tombent les unes fur grand lesautres, noms'entrelaffent & embaraffent
ment le terrain.
les extrémeon enleve facilement Dèsqu'on a coupées,
couvre 5 parce que la feve l'écorce dont la qui les
che eft remplie, fait que l'écorce bran- eft
pas fort adherente, ce qui ne fe trouve n'y
plus quand on les laille un
Maniere. Lorlqu'on alevé
peu fecher.
deie
cette
vir de ce, on peur encore tirer premiereécor- de
lécorce d'une peau
longs filets
du Ma- Ces
qui eft entre elle &le bois..
hot,
filets font fort doux, fort
fort fouples: on les tord
blancs 2
on en fait de bonne ficelle. facilement, Les
&c
en font des hamacsà
Négres
rezeau. J'en ai vû de jour fort en forme de
Caraibes filentcettefeconde propres. Les
me fic'étoit de la pite.
écorcec comQuantà la grofle & premiere
on la bat entre deux
écorce,
rer la partie qui eft dure pierres &
ment du bois,
CLEe
molle &
d'avec celle qui eft
plus tendre. On en fait
cordes det
di
toutes groffeurs, qui font trèsbonnes, & qui ne pourriffent
facilement dansl'eau.
pas --- Page 237 ---
Frangoifer de
Je n'aijamais vû deces LAnerique. arbres
fent un pied de
qui eaf 1695.
ne leur donne pas diamere,, le tems de parce qu'on
gros. On les coupe
devenir G
2 que leur fouche trop fouvent, ilny
fort groffe, à
ou tête qui deviene
Saules.
pen près comme celle des
eine dans Quand ce bois a pris une fois rale
un endroit, il n'eft pasfacile de
déruire.p parce que fes racines courent Incorfoient, beancoup ellesp > & quelque petites qu'elles des moslité Maa
manicre
poulentinccfammenes : de-hotieress
terrain de que ces fortes lorqu'on veut purger un
pasfe contenter de d'arbres, il ne fant
faur les arracher couper les racines, il
tierements car malgré fcigneufement & entire de ces arbres, & le l'ntilité befoin qu'on rea, on eft obligé de
qu'on çrr
ils fe trouvent proche lesdétruire des
1 quand
far tout à la Martinique, maifons, &
volailles trouvent des niches parce fous que les
racines où elles fe retirent,
fes
leurs ccufs & les
vont pondre
manque jamais d'y couvent, attirer €e quine
d'animaux
trois fortes
lesdérober nuifibles: : des Négres
té,
avec d'autant plus de
que
CEGE
feuilles les lépaiffeur cackent des branches & des
cond lieu, des rats qui facilement font
5 en fedes cufs, & qui dans
fort friands:
l'occalion mare
ous que les
racines où elles fe retirent,
fes
leurs ccufs & les
vont pondre
manque jamais d'y couvent, attirer €e quine
d'animaux
trois fortes
lesdérober nuifibles: : des Négres
té,
avec d'autant plus de
que
CEGE
feuilles les lépaiffeur cackent des branches & des
cond lieu, des rats qui facilement font
5 en fedes cufs, & qui dans
fort friands:
l'occalion mare --- Page 238 ---
1695. gent aufli Moeesntanan des
Anx Ifles
poulets ; & enfin des ferpens qui font une guerre continuelle aux
volailles & aux rats : car c'eft une regle
volailles, generale, que où ily a des rats & des
on y trouve toujours des ferfortes pens. Orcomme levoifinage I
de ces trois
d'animaux n'eft pas
ne tend pas à augmenter le agréable, nombre des &
poules & des poulets, il vaut mieux fe
paffer d'avoir une mahotiere
fa mailon.
proche de
J'ai vû dansles montagnes de la Guadeloupe deux fortes d'arbres
qui ont un
teegrandrapport Le
aux mangles noirs
premier s'appelle,
Palet- montagne.
Paletuvier de
viers de de la
Ilne croit point aux bords
monta
mer, mais feulementdans les
gne, pece de ef. tagnes qui en font éloignées, & far mon- les
Mangle, bords des rivieres ou torrens
ve dans les
de
qu'on trouSa feuille eft coupes
ces montagnes.
blable
prefque entierement lemSon écorce aux mangles du bord de la mer.
eft noirâtre, de
dun écu; elle s'écaille
lépaifieur
forte que l'arbre paroit facilement, de
Sous certe
tout crevaffé,
dun
premiereécorceily, bran
aune pea
la rouge
> bien moins épaiffe que
valfe premicre, qui eft liffée, qui ne fe crepoint 3 lorlquela premiere eft ôtée,
quoiqu'elle ne foir pas fort adherente $
aux mangles du bord de la mer.
eft noirâtre, de
dun écu; elle s'écaille
lépaifieur
forte que l'arbre paroit facilement, de
Sous certe
tout crevaffé,
dun
premiereécorceily, bran
aune pea
la rouge
> bien moins épaiffe que
valfe premicre, qui eft liffée, qui ne fe crepoint 3 lorlquela premiere eft ôtée,
quoiqu'elle ne foir pas fort adherente $ --- Page 239 ---
Frangoifes de
Farbre.Ces deux écorces TAmerigue. font
le bois en eft brun
forramcres,
on let trouve
quand on l'entame, s 1695plus gris à mefare
proche du coeur. Il eft roide, qu'on alffez apfant, dur, parurellement
pebeaucoup de feve. Il ne
fec, & fans:
gros; lc
vientjamais fort
pasa par 1804
jai vi, n'arrivoit
bien
Il n'eft
mntie
telaa
trouvé de Quant à fa hauteur, j'en
LE
M
tiges. Ses vinge- branches cinqà trente pieds de
ne s'érendent
beaucoup 5 elles font allez
pas:
feuilles. Ce qui le fait reflembler garnies de
fait mangle du bord de la mer, & quilui au
donnerle nom, eft que fon tronceft: en:
porté tour en l'air. La
du
gros n'avoit prineipale racine
EAEP à l'endroit pas trois pouces de
au tronc, & à peine où elle fe joignit
Aeur de terre; mais enavoit-elle ellc étoit
un à
quinze ou vingt autres,
aidée de
la circonference du bas , du qui partoient de
tronc, &
fourenoienclarbred de forte
en faifant des arcades, qui
étoit
que d'une racine à celle qui lui
& ainfi oppofée, l'arbre ily avoit fépt à hnirpieds
élevé dexetredenviron étoir porté en. l'air, &
racines. font couvertes trois picds, Ces
râtre par deffus, & d'une peatr noi-.
lecaur de la racine rouge eft
en dedans 3
rouge, elle cft --- Page 240 ---
208 Nowveane
anxs
1694. liante, pleine d'un Vaynges fuc
HRas
tendre.
amer & alfez
Nous nous fervons de ce' bbis
faire des fablieres, des fairages & pour des
traverfes aux cafes de pailles où ort
conferve les bagaces, &d'celles desNé.
gres, parce
eft droit & roide, &
qu'ily apeu travailler
T
Depuis que je fuis revenu pour en l'équarir.
les converfations
Eutope,
Penféede
que j'ai eués avec des
FAuteur voyageurs & des Marchands
fur le qui avoient été aux
de Cadix
Quin- m'ont
Indes Occidentales,
quina,
fait penfer que cet arbre
bien étrecelui qui produitle
pouvoir
J'ai là des Rélations qui m'ont Quinquina, confirmé
dans cette penfée, parce que tous conviennent que-le Quinquina n'eft autre
chofe que lécorce de certains mangles
qui fe trouvent dans les montagnes dur
Perou farles bords des ruifeanx ou des
lacs d'eau-douce quiy font. Comme la
defcription qu'on m'en a faite convient
prefque'en tout à l'arbre que je viens de
décrire, j'ai lieu de croire que fon écorce
premiere ou feconde eft le veritable
Quinquina. La feule difference
a'
entre les mangles du Perou & ceux quily dela
Guadeloupe, eft que les premiers font
des-arbres nains, & les
arbres. Cette difference fecondsdegrands ef
peut-être
'eau-douce quiy font. Comme la
defcription qu'on m'en a faite convient
prefque'en tout à l'arbre que je viens de
décrire, j'ai lieu de croire que fon écorce
premiere ou feconde eft le veritable
Quinquina. La feule difference
a'
entre les mangles du Perou & ceux quily dela
Guadeloupe, eft que les premiers font
des-arbres nains, & les
arbres. Cette difference fecondsdegrands ef
peut-être --- Page 241 ---
Françoifes de TAmbrigue. 209
avantageufe à ceux de la
& leur écorce pourra avoir Guadeloupe, > 1699.
de force & de vertu,
l'arbre d'autant plus
couvroit aura de
que &c
de fubltance du grandeur,
plus
E
écrit à
fond onil eftp planté.Jai
quelques-uns de mes amis à la
Guadeloupe dont
pour avoir de ces,
je ne manquerai pas de faire écorces, l'expérience dès quej'en aurai. Si
ce ne fera pas un petit
clleréulit,
cette Ile, da moins pendant avantage pour
tems, car les meilleures chofes quelque.
nent méprifables & hors
devienqu'on les a facilement & à d'ufage, bon marché, dès
Le fecond arbre n'a point d'autre nom
que celuide fa conleur, 3 & comme ile eft
jaune, on l'appelle Bois jaune; mais aufli
comme il n'eft pasle feulde cette
Mangle
& de ce nom , il me fémble qu'on couleurjamc doit
lappeller Mangle Ou Paletuvier
Sa feuille efti 6 lemblable à celle du jaune.
cedent, que ce n'eft pasla peine de pré- la
décrire de nouveau, elle eft feulement
beaucoup bien
plus grande, & l'arbre eft auffi
de
de grand deux & plus gros. J'en aivû
de
EME
de trente pieds pieds de
diamettre, ; &
tige droits
une fléche. L'écorce qui eft épaiffe comme de
fept à huit lignes, eft d'un jaune fort
pale; le bois & fur tout le caeur, eft d'un
la peine de pré- la
décrire de nouveau, elle eft feulement
beaucoup bien
plus grande, & l'arbre eft auffi
de
de grand deux & plus gros. J'en aivû
de
EME
de trente pieds pieds de
diamettre, ; &
tige droits
une fléche. L'écorce qui eft épaiffe comme de
fept à huit lignes, eft d'un jaune fort
pale; le bois & fur tout le caeur, eft d'un --- Page 242 ---
Z10 Nonveaux Yoyager aux Ifes
1695.jaune fort vif. Ila les fibres
déliées, le grain fin & preffe; longues &
& très-bon a quelque forte ileftroide,
qu'on l'employe, & en
douvrage
qu'on le mette. Cequilerend quelque lieu
au Paletuvier de mer & de femblable
c'eft que. fon tronc eft
montagne 3
pluficurs racines qui le porté en l'air fur
foutiennent &
Fappuyene tiennent comme des arcades, & le
vû
fort élevé hors de terre. J'en ai
qui étoient élevez de plus de huit
pieds, La racine principale tombe à
plomb du centre du tronc : elle eft trèsperire raporrà l'arbre
Si on FRcch les racines qu'ellefoutient.
fort une
ou le tronc, > ilen
les Négres gomme fe
jaune & amere, dont
Remede
fervent après l'avoir fait
pour la chanffsrécdiffoudre
teigne, pour oindre la tète dmnsdefcudevis des petits
ont la gale ou la teignc. Elle enfans les qui
guérit
Eenpenemkion nettoye parfairement
Ce qui m'a donné occafion de
noitre la bonté dece bois & fa durée, con- eft
que faifant faire un chemin
Com- coftiere, où une
dans une
ment
avalafle d'ean avoir emFAurctr porré plus de cent pas de
a décot- geur s avec tous
terre en larvert la
lesarbresq quis'y
bonté de trouvez, il y avoit
étoient
ce brois. ans,je trouvai en foiillantla environ quatorze
terre tous. --- Page 243 ---
Frangoifes de
Ies arbres pourris, LAmbrique. 21D
entierement enfevelis parce fous qu'ils étoient 1695que pour peu qu'il
la elle terre, &
meuroir toute
plir,
en deimbibee; & je ne
que ce feul arbre qui cût réfifté trouvai
tant d'années à Thumidité,
pendant
la pourriture. Ses racines, ou fon plutôr aà
fon écorce & fes branches, bien tronc >
toutes enfevelies dans la terre &
bouë, étoient en
utis
bon état. Je le
per en billes, 3 & enfuite debiter fiscoucartelage, &c partie en
Partie cir
étant poli étoir d'une couleur planches : ce bois
vive.
jaune trèsLagomme de cet arbre ne
que rien de fa couleur en
perd prefdevient
fechant, 3 elle
très-dure, & eft toujours
amerc.
fort
CHAPITRE XI.
Des daferentes efpeces de
des Mles. Palage des Perroquets Gallions
d'E/pagre.
T EPerroquer eft un oifeau
connu pour m'arrèter à en faire def
cription.
ACE
Il y en ade treis
ras, le Perroquet &. la efpeces; P'APerrique. On
bre ne
que rien de fa couleur en
perd prefdevient
fechant, 3 elle
très-dure, & eft toujours
amerc.
fort
CHAPITRE XI.
Des daferentes efpeces de
des Mles. Palage des Perroquets Gallions
d'E/pagre.
T EPerroquer eft un oifeau
connu pour m'arrèter à en faire def
cription.
ACE
Il y en ade treis
ras, le Perroquet &. la efpeces; P'APerrique. On --- Page 244 ---
212 Nowveaux Voyager Aux Tles
1695. trouve ces trois efpeces dans chacune de
nos Ifles, & il eft aifé de remarquer à
leurplamagede queile Ifle ils font. Ceux
de la Guadeloupe font commimément
Eltp Erp que les autres, & lesPerriques
plus petires.
L'Aras
je mets dans la premiere
elpece, eft di plus gros de tous les PerAras, roquets, foit des Ifles 2 foit de terre ferpremisre me. Ilef pourl'ordinaire de la
efpecede d'une pouleà Aeur. Les
groffeur
Perro- du
plumes dela tête,
quets.
col, du dos8c du ventre font de couleur de feu; fes ailes font mêlées del bleu,
de rouge & de jaune; & fa queuë qui eft
longue de quinze à vinge pouces, eft ordinairement toute rouge; ila latète &le
bec fort gros > l'aeil affitré ; il marche
gravement; il parle très- bien quand il
eftinftruit étaht jeune 5 ilala voix forte
& diftinéte : ileft familier &c aimant fort
à être careffé.
Un de nOS Religieux en avoit un qui
s'étoit rendu familier avec fon maitre,
& qui l'aimoit tellement qu'il en. étoit
devenu jaloux ; perfonne ne pouvoit
approcher de ce Religieux,
dêtre mordu. On étoit contraint (anssexpoler del l'enfermer, lorfqu'il alloitdire la Melle, &
quandon oublioit de le faire ou
sas fe pouvoit échaper, il le fuivoit, quel'A- fe
OS Religieux en avoit un qui
s'étoit rendu familier avec fon maitre,
& qui l'aimoit tellement qu'il en. étoit
devenu jaloux ; perfonne ne pouvoit
approcher de ce Religieux,
dêtre mordu. On étoit contraint (anssexpoler del l'enfermer, lorfqu'il alloitdire la Melle, &
quandon oublioit de le faire ou
sas fe pouvoit échaper, il le fuivoit, quel'A- fe --- Page 245 ---
Frargoifes de
mettoit fur le
LAmprigue, 213
ne fouffioit marche-pied de l'autel, &
lui.
pas que le Clerc approchatde 1695.
fcene Cet oifeau nous donna un
des plus plaifantes.
jour une
danrqu'on
llséchapa
de
faifoiclabarbe à
nous, & ayant trouvé
eHtLFOE
le même lieu, il fe
fon maitre dans d'un Hifoire
tume auprès de lui, & plaça demeura felon fa coû- Aras.
jufqu'à ce que fon maitre
en repos
faire rafer, > : il
s'aflit pour fe
fer fes
commença aufli-tôr ta dref
naà plumes: on le careffa, on luidonfrit que manger, le barbier & on fit G bien qu'il foufquand il vit qu'il lavârfon maitres 3 mais
sapprochoit, fes
il fe prenoitlerafoir mit à crier de & qu'il
où forces, ille 8cfe jetta à une de fes toutes
mordit fi furicufement, jambes
fang en couloit en abondance. , que le
nous fullions fachez de la Quoique
barbierpnousnep
difgrace du
d'admirer
pouvions nous empècher
moignoir Temprelfement que l'Aras téfauta d'abord pour fur défendre fon maitre; il
fur fon
fes genoux, & de-là
épaule, d'oi it
ccr tout le monde,
fembloit menale bec, & tenant en criant, ouvrant
riflées. Il fallut du toutes fes plumes hetemsà fon
lapaifer; ;1 ille porta enfin dans maitre
bre, & l'enferma
une rofont
pour donner le tems
ignoir Temprelfement que l'Aras téfauta d'abord pour fur défendre fon maitre; il
fur fon
fes genoux, & de-là
épaule, d'oi it
ccr tout le monde,
fembloit menale bec, & tenant en criant, ouvrant
riflées. Il fallut du toutes fes plumes hetemsà fon
lapaifer; ;1 ille porta enfin dans maitre
bre, & l'enferma
une rofont
pour donner le tems --- Page 246 ---
214 Nonveaux
anx
2695. au barbier de panfer jambe IRes & de
faire la
lui
CIOTETE
d'éconnant barbe. C'étoit quelque chofe
& les efforts d'entendre les cris del'oifeat,
qu'il faifoit en rongeant la
qui porte pour fortir. J'avois un gros
ii careffoir fouvent le maitre de dogue
en devint jaloux au point
l'Aras;
le voyoit, ilcouroit ou voloit que à dèsqu'il lui, fc
jettoit fur fon dos & le mordoit. Je ne
animal croi pas qu'on pûr voir au monde 1112
plus affectionné à fon maitre. Il
parloit fort bien & fort diftindement
lorfqw'on entendoir fa voix fans le
;
il étoit difficile de
voir,
celle d'un oifcau ou diftinguer, d'un homme. fic'étoit
Perro- de On la diftingue les Perroquets des Ies
Rlues ,
Terre-ferme de Guinée par leur
différen- plumage la
qui eft tout différent, ceux de
ces felon Guadeloupe font un
leur pais. que les Aras; ils ont la peu tète, moins le gros
lc ventre de couleur d'ardoife
col &
ques plames vertes & noires; avec le dos queltout verd, les aîles font vertes,
eft
rouges,
> jaunes &
Ceux de la Dominique ont quelques
fous plumes la rouges aux ailes, à la queué &
gorge, tout le refte eft verd.
Ceux de la Martinique ont le même
le plamage deflus que de ces derniers, excepté que
lat tèe, eft de coulcur --- Page 247 ---
Frangoifes de
d'ardoife avec quelque TAmerique. 215
Les Perroquets de peu de rouge. 1695.
fort gros, &
ces trois Ifes font
parler, fur tout apprennent quand ils facilemen à
Des trois
javois fontjeunes.
avoit un de REl
achetez, ily en
tres éroienrdela Guadeloupe, les deux aude celui de la Dominique. La groffeur
croire qu'iléroit Guadeloupe vieux &c
me faifoit
droit jamais. Il ne faifoit duinappren
& comme il avoit la voix que criailler,
forte, il me rompoit les oreilles; cxtrémement
m'obligea de le faire tuer
cela
repentis prefque anili-tor; > mais je m'en
demes Paroifliens étant
quelques-uns
pendant
venus chez moi,
m'alliurerent que mon Négre le plumoit,
fes ctiséroient qu'il étoit tout jeune, &
ce qu'on
que
au langage des Iles, appelle Cancaner
à parler en peu de qu'il auroit appris
paffe les autres, Sa voix tems, étoit &c auroit furComme le mal étoit fans
très-forte.
fis mettre en daube; la remede, jele
très. - bonne; délicate viande en étoit
Quand ces oifeaux font & ficculente.
de la foupe 5 on prétend vieux o1 en fait
perdrix : je m'en
qu'ils vallent les
Jai plus mangé rapporte de
à ce quieneft,
perdrix d'Europe. Lorique perroquers que de
font jeunes onles met à la les perroquers
broche, fur
it fans
très-forte.
fis mettre en daube; la remede, jele
très. - bonne; délicate viande en étoit
Quand ces oifeaux font & ficculente.
de la foupe 5 on prétend vieux o1 en fait
perdrix : je m'en
qu'ils vallent les
Jai plus mangé rapporte de
à ce quieneft,
perdrix d'Europe. Lorique perroquers que de
font jeunes onles met à la les perroquers
broche, fur --- Page 248 ---
216 Nowveaux Foyages Anx Ifles
169s.le gril, ou en compote comme despigeonneaux,& comme ils font ordinairement fort gras, ils font
conféquent
extrémement délicats & EnucON
Je mis les deux autres quime reftoient
en penfion chez une de mes Paroifliennes, c'eft ce que je pouvois faire de mieux
pour leur apprendre à parler. On
que les femmes ont le donde la
fçait
& qu'elles aimentà s'en fervir: : en parole, cffet,
quoique ils étoient mes perroquets fuffent vieux 2
en une fibonne école, qu'ils
apprirent en perfedtion,
car la femelle ne voulut furtoutle mâle,
qu'après la mort de fon mari. jamais parler
fi c'éroit
Je ne fçai
le filence, parrefpedtqu'elle ni quile lai
gardoit ainfi
alfurément ce n'étoit lavoirappris, pas fa maitreffe car
quoiqu'il en foit, 3 la mort du mâle 5
m'ayant défis de donnéun la femelle peu de chagrin, je me
une feconde fois.Je
n'en pas avoir
de
earde
quatre ans, quandle mâle gardez fat écrafé près
le contrevent d'une fenêtre, Ils
Edente fi privez,
toutes leurs ailes, & que quoiqu'ils cuffent
tout jufques dans les quils volaffent par
fiffler pour les faire bois.je revenir. n'avois qu'à
J'avois lieu
d'efperer
cette libertéleur donneroit
lc moyen RCARED des petirs,
cependant
ils --- Page 249 ---
RPJCE --- Page 250 ---
Iome 2.
page 217 Perroguet.
Perigue.
Aras.
T --- Page 251 ---
ëls n'en Trangoifes firent
de PAmérique. 217
hors de leur paysils point. On difoit qu'érant
mais je fuis convaincu nep produifoient plus; 1695.
veritable,p puifque
que cela n'ett pas Petro.
du Gouverneur de. Madame Saint Auger veuvelr quers Parie, nés
étant à Paris en 1707. eut deux Domingue
perroquets qui firent des
de fes
cufs plufieurs fois. Il eft petits vrai & des
petits ne vécurent
que les
cela fffit
pas; 5 mais n'importe,
pour Prouver
produire en toutes fortes qu'ils
qu'ils l'ont fair dans un
puic
LECA
que celui de Paris.
climat auli froid
Les
de la riviere
zones. ERETS plus
des AmaIles. Ils font tous petits verds, que ceux de nos
dont le deffus elt jaune. exceptéla tête,
Ceux de Gninée font
cendre. Ilsont les aîles & gris, la couleur de
que toutes rouges,
queué pref
Terte-ferme Chaque Ifle & chaque contrée de lz
que l'on diftingue produit fcs Perroquets,
ces oifeaux vivent par le plumage. Tous
quoiqu'ils foient
très - long - tems,
fait fouffrir les fujets à un mal, quileur
mal caduc fait mêmes accidens
le
Ils vivent tousde reflentir aux estenite
leur chair contraéte fruits & de graines, &
graine dont ils fe nourriflent. l'odeur du fruit ou
Tome 1.
IlsdevienK
ée de lz
que l'on diftingue produit fcs Perroquets,
ces oifeaux vivent par le plumage. Tous
quoiqu'ils foient
très - long - tems,
fait fouffrir les fujets à un mal, quileur
mal caduc fait mêmes accidens
le
Ils vivent tousde reflentir aux estenite
leur chair contraéte fruits & de graines, &
graine dont ils fe nourriflent. l'odeur du fruit ou
Tome 1.
IlsdevienK --- Page 252 ---
-218 Nonveaux Voyager ARX
1695. nent extrêmement gras dans les Hles (ailons
que les goyaves font mûres, &
une odeur de mufcade & de
ils ont
fait plaifir guand ils
gerofle qui
de bois d'inde. Ils mangent ne
desgraines
que deux ceufs, que le male pondent & la femelle jamais
couvent l'un aprés l'autre. Ces ceufs font
àpen prèsde la groffeur de ceux de
geon : ils font picottez &
pidiferens
marquetez de
drix. Ils points, 3 comme ceux des
arbres
choififent des trous dans F
pour faire leur nid: pour
qu'un trou de pourriture ou de branche peu
rompué tôt
foit commencé, ils l'ont bienfans agrandi avec leur bec; c'eft-la
autre matiere
que
leurs plumes, ils
queiques unes de
les couvent
leurs
SE
& élevent leurs petirs. cufs,
Onappelle Perriques la troifiéme efpece des Perroquets. Elles font toutes
très telle petites , & c'eft en partie leur
qui fait leur beauré,
petiPeriques,
Celles de la
troifiéme Guadeloupe font à peu
de
Pirere de feur d'un merle, toutes près
la grofvertes,
quers. quelques petites plumes
excepté
ont furlatète. Leur bec eft rouges blanc: qu'elles
font forrdouces, careflantes, &
elles
nentfacilemenrap parler. Celles du apprenfont entierement Vertes : leurs Brelil
femblent couvertes d'un pecit plumes duvet --- Page 253 ---
blanc Franpoifes de PAmbigne.
me d'un très-fin, verdargenté quiles fair paroitre com- 219
Elles ont la
1695.
fort-longae, le
3 la tète bien
queue
bec noir &c fort
faite", > l'eil vif,
fort privées, & femblent recourbé: elles font
tretenir avec les
aimer à s'enleur voir garder perfonnes; le
il eft rare de
entendent parler, filence, foit de car qu'elles
nuit, elles fe mettent de la jour ou de
veulent roujours avoir le partie, &c
vont toujours en
delfius. Elles
graines & les fruits troupes, à melure & fuiventles
riffent. C'eftun vrai
qu'ils mûdre quand elles font plaifir far de les entenplumage verd empêche un arbre, leur
diftinguer des feuilles qu'on les
babil fafle connoitre , qubique ris
grand nombre, de forte qu'elles y font en
quin'ef
fait àce
gu'tn chaffeur
PAIendt fà badinage fe defef.
hsu la pouvoir voir proye fi proche de lui
mede à cela eft de m'la tirer. Lc reen pofture detirer, demearer en repos &c
lardes ne peuvent parce
ces babiltems en la'1
adaee
un
même Ale : quand longpeti becqueré une
cllesont
elles volent a un
baye Où un fruit,de Maniere chaf-
& on les tire. 1 Elles autre, on les voit alors fer aux
celles
regardent
Periques,
leurs
a tirées & crient de tomber
commc"
toutes
ata
fi elles vouloient
K 1j
detirer, demearer en repos &c
lardes ne peuvent parce
ces babiltems en la'1
adaee
un
même Ale : quand longpeti becqueré une
cllesont
elles volent a un
baye Où un fruit,de Maniere chaf-
& on les tire. 1 Elles autre, on les voit alors fer aux
celles
regardent
Periques,
leurs
a tirées & crient de tomber
commc"
toutes
ata
fi elles vouloient
K 1j --- Page 254 ---
220 Nonveaux Yoyages ANN IRes
1695. chanter injures au chafleur. Elles font
pour l'ordinaire très-graffes, & ont un
des gottmerveilleux, fur tour dansla faifon
graines del bois d'Inde.
font plumées & ynidées, Apresqu'elles on les enveloppe dans des feuilles de vigne
les faiie rôtir. C'eft un manger des pour
délicars.
plus
Palage lions Le Jeudi vingt-huir Janvier les Galdes Gald'E(pagne pafferent devant le Mad'Efpa. lions couba, environ à une. lieué & demie au
gne de. large. Il étoientau nombre de
vant la avec deux petites fregattes ou pataches. dix-fept
Menni-Dès que.
les apperçut, & avant
qui ils
on
Daigren
étoient, donna
me, &
Riee
les habitans fe rendirent avec
leurs armes au quartier d'affemblée
marcher de-là felon les ordres qui >
E feroient donnez. Mais
reconnut que c'étoient des Gallions quand d'EC on
chacun s'en retourna chez foi,
affuré
ces
TertAL
que
Mellieurs étoient trop
pacifiques pour, rien entreprendre contre
notre repos. Cesvaifleaux nous
fort chargés de monde. Ils avoient parurent la
plapart trois galeries, ce quiles faifoit
paroître fort élevez; ; il y en avoit
ou huit qui paroilfoient avoir ou fept du
moins
pouvoient porter
Ou fotaete canons, Lcs autres cinquante n'en
pa- --- Page 255 ---
Fraugoifes de
roiffoient pas f bien LAmbrignt. pourvis. Par 221
heur pour cux, nous n'avions
bon- 1695.
qa'un vaiffeau de
pourlors
Flibuftiers éroient guerre, dehors. & tous nos
venus un
S'ils étoient
gros
plutor, nous avions
PARÉCL qui en auroienr rendul cinq
compre > & qui leur auroient fait bon
minér leur voyage au Fort
terFort Saint Pierre. Ils
Royal ou au
vent de la
motillerent fousle
l'eau &c du bois. Dominique, où ils firent de
CHAPITRE XII.
Des Tourfonrous, des Crabes, des Cirigmes. D'nne maladie appellée mal
d'efomac.
N Ous cimesdans les
du mois de Mars premiers jours
grains de
quatre ou cinq
nombre pluye, qui nous amenerent un
C'eft prefque infini de
une efpcce de Crabes Tourlouroux. Crabes
à
près comme celles de terre faites rentese(- de diffédieia les mers
que l'on prend Pecps.
petites,
d'Europe, mais bien
puifque les
plus
roux n'ont pas plus f
Tourloudemi ou au
Eo
plus trois
pouces &
Leur écaille eft affez Kcer de largeur.
quoiqu'elle
Kij
nombre pluye, qui nous amenerent un
C'eft prefque infini de
une efpcce de Crabes Tourlouroux. Crabes
à
près comme celles de terre faites rentese(- de diffédieia les mers
que l'on prend Pecps.
petites,
d'Europe, mais bien
puifque les
plus
roux n'ont pas plus f
Tourloudemi ou au
Eo
plus trois
pouces &
Leur écaille eft affez Kcer de largeur.
quoiqu'elle
Kij --- Page 256 ---
222 Nowveaux Yroyages AnX Ifes
1695. foit mince. Elle eft rouge; le milieu du
dos eft d'un rouge brun, qui s'éclaircit
peu à peu, jufque fous le ventre qui . eft
d'un rouge fort clair. Leurs yeux font
noirs, durs comme de la corne , quifortent & qui rentrent dans leurs orbites s
comme ceux des Ecreviffes. Ilont quatre
jambes de chaque côté, compofées chacune de
articles,
quatre d
dont le dernier
eft plat & terminé en pointe; c'eft avec
cela qu'ils marchent & qu'ils raclent la
terre. Outre ces huit pieds, ils ont encore deux mordans bien plus gros
les jambes, dont les extrémitez tates
comme celles des Crabes de mer,
cent bien fort & coupent les racines, pin- les
fruits & les feuilles dont ils fe nourriffent.
Le gauche eft toujours plus petit que le
droit. Quand ils marchent & qu'ils rencontrent quelque chofe quileur
ils frappent leurs mordans l'un fairpeur, contre
l'autre > comme s'ils vouloient à leur
Adreffe tour épouventer leurs ennemis. Sionl les
des Cra
par une jambe ou par un mordant,
bes pour vousla laiflenrala main
Ertedd
l'échaper
& s'enfuyent,
Bpand car ils ont cela de commode,
leurs
font pri jambes fe détachent par picces leurs
fes,
jointures, comme ficlles n'y étoient
colées : & s'ils ont le bonheur de Ioadtr
per, il leur revient une autre jambe ou --- Page 257 ---
Frangeifes de
un autre mordant l'année Timcrigue 223
raifon
fuivante.
fort fouvent quile fait croire, eftqu'on -
trouve 1a1625.
de
des dépoitilles de Crabes
Tourlouroux aufquels il
out 1
que membre, & cependant. manque quella quitté & qui eft dans des l'animald qui
fous des racines auprès defa feuilles ou
21 tous fes membres, fans
vieille peau,
que aucun. Quand les qu'ill lluien maneet état, on les
Crabes font dans
res : leur écaille appelle n'eft Crabes bourfieque du parchemin
plus dure alors
elles font
REIHEL
extrèmement vent fouffrir foibles 5 elles ne
nouvelle Peau l'air, ait acquis jufqu'à ia ce que fe
caille ; le repos, le bain duretéde l'éala mer, &cla nourriture qu'ellesontpris dont
fait provifion ayant de fe
elles ont
leur trou, les engraiffe
retirer dans
Les
extrémement.
fe
Tourlouroux & les Crabes mâles
de diftinguent leur
des femelles Par la figure Differen. ces des
repliffée queué, fous le Les uns & les autres Font mâles des fe- &
de plufieurs ventre. Elleeft compoféemeller.
tanhées fur une rangs membrane de petites écailles atforte comme du parchemin, épaiffe,
marque plufieuts
Poa lon retagent dans fa petits nerfs qui la
faciliter le
largeur, , &c qui PENN
font fur la partie mouvement des écailles qui
exterieure de la menKiv
elles Par la figure Differen. ces des
repliffée queué, fous le Les uns & les autres Font mâles des fe- &
de plufieurs ventre. Elleeft compoféemeller.
tanhées fur une rangs membrane de petites écailles atforte comme du parchemin, épaiffe,
marque plufieuts
Poa lon retagent dans fa petits nerfs qui la
faciliter le
largeur, , &c qui PENN
font fur la partie mouvement des écailles qui
exterieure de la menKiv --- Page 258 ---
224 Nouveaux Foyages ANx Ies
1695- brane: fap partie interieure eft garnie de
plufieurs poils ou barbes longues & raboteufes. Cette quenéaux mâles va toujours en diminuant, depuisl'endroit oiz
elle eft jointe au corps 3 jufqu'à la naif
fance des premieres jambes de derriere
où elle finir en pointe. Celle des femelles
efégalementlarge danstoute
& fe termine en arc de cercle. falongueur Lafemelle
a befoin de cette large queué pour collvrir &c pour conferver fcs aeufs, à mefure qu'elle les met hors de fon ventre:
Iiss'attachenten. fortaneàcespoils, dont
je viens de parler, & la largeur de la
queuéles foutient, les. enveloppe & empèche qu'ils netombent, & que les
res, le fable, les herbes ou autres pier- inégalitez fur lelquelles la.Crabe
ne
Ics puiffe détacher. L'une & l'autre palle, de
ces queuès, c'eft-i.dire, celle du mâle
& celle de la femelle, quand elle n'eft
pas chargée d'aufs, s'emboirent fi jufte
dans une cavité qui eft dans l'écaille du
ventre,qu'elles ne paroiffent prefque
C'eft une regle generale que tous Tie
animaux que je vais nommer,
les Tourlouroux, les Crabes, les fçavoir Ecreviffes, les Serpens, les Lezards & les
Soldats defcendent tous les ans à la mer
pour fe baigner, & changer de pcau ou --- Page 259 ---
Franpoifes de
de coquille. Les Crabes, PAmerique, 225
roux & les
> les Tourlou- 1695.
faire leurs Ciriques y vont encore pour
cufs, ce qui leur eft
car comme ils font déja hors fort de aifé,
corps attachez feulement
leurs
leur
aux poils de
ils ne font que la fecolier
où ils fc
mtee
un
baignent, & ces ccufs,
fc ES fente etire ceux des Carpes,
tombent dans la mer AHe ils retenoient,
s'atrachent auffi-téraux
s'éclofent &
que tems après fortent rochers, &c gueltirent fous les
delcau, fc repremicres herbes
trouvent, & montent enfuite de qu'ils
Pagnie avec leurs meres à la
comLes Crabes & les Tourlouroux: montagne.
baignez 8 aiant fait leurs
sétant
leur vieille écaille. Ils ceufs, quittent
droitement, qu'il eft
en fortent fi2- ture Conjec. de
de voir
comme impoflible PAureur
tant de comment ils ont pû fe tirer de maniere far la
jointures fans en
car on trouve les
rompre aucune, Crabesfe dont les
tieres. J'ai cu
dépotilles toutes en- dépoiildécouvrir: à la beaucoup fin
de peine à lc lene leur 6 de
caille s'ouvroit fousle je trouvai que Pé- cailie,
naiffances desjambes,8 ventre, eutre les
verture ne fe
comme cette Ouun peude violence peutappercevoir fans faire
parties l'une de l'autre, pouréloigner lesdeux
retournoient
je vis qu'elles
comme un reffort dansleur
K V
dépotilles toutes en- dépoiildécouvrir: à la beaucoup fin
de peine à lc lene leur 6 de
caille s'ouvroit fousle je trouvai que Pé- cailie,
naiffances desjambes,8 ventre, eutre les
verture ne fe
comme cette Ouun peude violence peutappercevoir fans faire
parties l'une de l'autre, pouréloigner lesdeux
retournoient
je vis qu'elles
comme un reffort dansleur
K V --- Page 260 ---
226 Nowveawx
AMX Ies
1695. fituation naturelle, atie que je ceffois de
les tenir écartées, d'où je conclusqu'il fe
pafloir la même chofe quand le corps de
l'animal en fortoit. Il paroit plus de difficultez à concevoir comment les jambes
ont pû fortir de leur étui, & fe debaraffer
de tant de jointures, & far tout les mordans qui font beaucoup plus gros à leur
éxtrémité qne dans le milieu. Mais cette
difficulté écclfera dès
prendra garde
que les jointures ne 2iet formées que de
cartillages & de peaux comme du parchemin, qui s'élargiffent, s'étendent
ou fe retreciffent, fclonl lebefoin del'animal. Il peut encore bien arriver que le
bain
ces animaux prennent dans la
mer, e5 attenuéen même tems qu'il les
affoiblit; & qu'en cet état leur chair
étant diminuée de volume, elle ne remplus fiexaétement qu'auparavant fon
ou qu'étant
SERTE
devenué plus molle,
elle a acquis plus de facilité à s'allonger
oud fc comprimer > ce
fuffiroit pour
leur donner le moyen CT fortir aufi facilement qu'ils font.
Lorfqu'ils quittent leurs écailles, il
ne faut pas s'imaginer qu'ils a
rentrent dans
une autre, comme je le dirai ci-après de
certains animaux qu'on appelle Soldatss
c'eft leur peau interieure qui étoit fous --- Page 261 ---
Frangoifes de
l'écaille qui fc durcit LAmbrique, peu à
acquiert enfin la folidité neceffaire peu, &c qui 1695.
conferver leur chair des
pour
& des morfures des
injures de lair,
Les Crabes & les autres animaux.
de quitter leur écaille, Tourlouroux avant
creufer un trou en terre ont foin de fe
fouche
ou dans quelque
des racines, pourrie, ou entre, des pierres ou
pour leur fervir ellesy de apportent des feiilles
qu'elles ont quitté leur nourriture, écaille, & dès
retirent & y demeurent
ellessy
leur peau fc foit changée jufqu'a &
CC que
comme l'écaille
endurcie
repos & la nourriture qu'elles ont quittée. Le
dans ce tems-là, les qu'elles prennent
ment. Si on les prend engraille extrémeve couvertes feulement alors , on lestrourouge, tendre & mince d'une petite peau
chemin moiillé, elles font comine bien du parlicares qu'en tout autre
plus dé
appelle alors Crabesbourfieres. tems : on les
ordinairement près de fix femaines Elles font
puis qu'eiles font defcenduès des
deleurs tagnes pour fe baigner à la mer, mon- faire
cufs, & changer de
qu'elles y remontent avec peau, avant
les ont fait. Quand je dis lespetits qu'elmontent avec leurs petits, il ne qu'elles faut res'imaginer que chaque mere conduife fcs
K vj
qu'en tout autre
plus dé
appelle alors Crabesbourfieres. tems : on les
ordinairement près de fix femaines Elles font
puis qu'eiles font defcenduès des
deleurs tagnes pour fe baigner à la mer, mon- faire
cufs, & changer de
qu'elles y remontent avec peau, avant
les ont fait. Quand je dis lespetits qu'elmontent avec leurs petits, il ne qu'elles faut res'imaginer que chaque mere conduife fcs
K vj --- Page 262 ---
228 Nowveanx
1695. fiens comme une poule Yroyages aux IRes
fins; point du tout: elles conduit neles fesp poult
fent feulement
connoif
pas. J'entends
lonroux par ce terme les petires Crabesou feulement Tourvieux à la nez depuis peu qui fuivent les
montagne..
Leurs
des
ceufscomme ceux desécreviffeste
les poiffons, font fort petits & attachez
uns aux autres. Ils font
lorf
qu'ils font cuits & de fort rouges bon
Lorfqu'ils ne font pas encore fortis golir.
corps & attachez a ces
du
fousla queiie, on les trouvedans barbes-qui le font
comme deux pelottons
corps
l'autre
feparez l'un de
par une petite membrane, &
cantonnez d'une matiere
de
même couleur que les ceufs épaifle font
la
mais qui devient blanche
alors,
cuite. Les
quand elle eft
Taumamâles,outre cette
lin &. che quieft leur
matiereblangraiffe. aneautre
graiffe, ont au lieu d'aufs
des Cramatiere verdâtre
bes. Ma- Taumalin. Ceft la
qu'on appelle
s'en nierc fer. de on les
Pour faulce avec laquelle
vir,
Pécaille mange. du
cet effeton enleve
du ventre dos, où les en lesfeparant de celle
fontattachez:
pieds & les mordans
routlet taumalin on amaffe dans une écuelle
des mâlesaveclag
on y mêle un peu d'eau & de graille, de
tron pour les délayer, 8 on met jus
ciBc. du piment écrafé,
y
du fel
Pendant que les
de on les
Pour faulce avec laquelle
vir,
Pécaille mange. du
cet effeton enleve
du ventre dos, où les en lesfeparant de celle
fontattachez:
pieds & les mordans
routlet taumalin on amaffe dans une écuelle
des mâlesaveclag
on y mêle un peu d'eau & de graille, de
tron pour les délayer, 8 on met jus
ciBc. du piment écrafé,
y
du fel
Pendant que les --- Page 263 ---
Frangoifes de
corps des crabes cuifent LAmerigne dans
.229
fair botillir le taumalin
l'eau, on 1693,
bien, &
en le remuant,
la chair des quand crabes tout eft cuit, on mange Differen. tes mataumalin
en la fançant danslc nicrescemme en :
la
d'acco.
avec la moutarde.
mange
viande lcs moder CraSouvent on ne fait
tant de
bes,
On fe contente de aerd cuire lcs façons.
louroux. & les Crabes
Tourdans l'eau oufirr les
toutes entieres
les a ouvertes, charbons, & après
on tire la
taumalin, on
graille >
EERtE
eft fort reconnoiffable, jette le fiel qui
noir, & on
parce qu'il eff
fel. Cependant manget tout le refte avec du
fiel, iline
quand on mangeroit le
qu'un
pourroit caufer d'autre malUnc peu d'amertume dans la bouche.
autre maniere d'accommoder les
Tourlouroux & les Crabes, eft
qu'ils font cuits dans
après
les ouvrir, en tirer l'eauavecle fel; de
ceufs, la graiffe & le toute larchair, les
donner un tour
taumalin, &c-leur
depoële dans du
roux, avec del'oignon
beurre
& du perfils après quoi hachébienmenu onles
une callerolle avec un
met dans
herbes, du
bouquet de fines
ranges. &
des écorces d'od'aeufs
dans
2p1
lejus d'oranges & de citrons; délayez &
on. eft prétde les fervir,
quand:
on y. rappe ux --- Page 264 ---
230 Nowveanx Toyager aux IRes
K695. peu de: mufcade, c'eft un très-bon manger.
Les Crabes ne different des Tourlouviolst. Crabes roux que par la grandeur. lly en a de
tes.
violettes & de blanches. Les violettes fc
trouvent dans les montagnes, dans les
cannes & autres lieux éloignez du bord
de la mer, excepté dansla faifon qu'elles
viennentfe baigner à la mer, qui eft au
commencement des pluyes dans le mois
de Juillet. Les Crabes blanches ne fe
trouvent que dans des lieux bas, maréCrabes cageux & verslesbords de la mer. Elles
blan- font bien plus grofles
les violettes.
ches, J'enai vàalag grande terre que de la Guadeloupe qui avoient plus de fept
de
large dans leur grand MEICREDRUCEN Elles
ont cinq jambes de chaque côté, & deux
mordans dont les pinces font faites en
maniere de tenaille, d'un fi grand diamertre
peur paffer le
au milieu de Retens circonférence. EOE Tourlouroux & routesles Crabesont le mordant
droit un tiersplus gros
gauche.
De ces trois efpeces, T Tourlouroux
font les plus délicars, & les Crabes blanches font les moins recherchées. On peut
dire que ces animaux font une vraye
manne pour le pais. Les Caraibes ne vivent prefque d'autre chofe. Les Négres
de tenaille, d'un fi grand diamertre
peur paffer le
au milieu de Retens circonférence. EOE Tourlouroux & routesles Crabesont le mordant
droit un tiersplus gros
gauche.
De ces trois efpeces, T Tourlouroux
font les plus délicars, & les Crabes blanches font les moins recherchées. On peut
dire que ces animaux font une vraye
manne pour le pais. Les Caraibes ne vivent prefque d'autre chofe. Les Négres --- Page 265 ---
Françoifes de
s'en noutriffent au lieu LAmerigue. de viande 231
que leurs maitres
fouvent fallée, 1695.
leur
négligent
de
donner, ou parce qu'elle eft
ou parce qu'elle eft chere. Les
rare s
les négligent pas, & on voit
blancs ne
rentes manieres de les
parles difféje viens de
accommoder,
toutes fortes
> qu'on en fert Gu:
LTEIES rables.
On dit communément
les
font une bonne nourriture. que
Crabes
je fais convaincu
Pour moi
cile
qu'elles font de diffidigeftion, & qu'elles caufent beaucoup d'humeurs froides &
ques. J'ai remarqué
hipocondriaquej'en avois
gue toutes les fois
fe fur donné mangé, les quelque foinqu'on
jemer trouvois pour
bien accommoder,
mi lerefte del la affoupi & comme endorplufieurs perfonnes journée. J'ai demandé a
me
fiellesavoienr le méaecident, & toutes m'ont alfaré
qu'elles le refentoiene;
que fi cette nourriture étoit d'oujai bonne conclu
des Caraibes qui font élevez avec pour
& accoutumez à s'en nourrir dès elle, leur
enfance; fi elle eftbonne
gres dont le
pour desN6bufte, le travail temperament eft fort &r roquin'ont
grand & continuel, &c Remar.
ger,fie elleeftbonne très-fouvent autre chofeà man-! Pate de
tres gens de travail: à des ouvriers & au- chair fur la des
c'eft parce que le Ctabes, --- Page 266 ---
r695. travail 232 Nonveaux Vayages anx TRes
continuel leur aide à la
& à dilliper les obftruétions digerer
viande caufe
que cette
ordinairement : fi elle cft
bonne, dis-je, pour ces fortes
je nela croi point du tout bonne degens, pourles
Européens, dont la conftitution n'eft
fi forte,quis ne font point aidés a la di- pas
gerer par un grand travail, en un mot
mèmc quin'y font point accoutumez. Je croi
que la mélancolie & la nonchalance
remarque dansles Caraibes,
eft un
de cette indigefte,
nourriture pefante 8c
qui affoupit les fens en diminuant le mouvement du fang & des efpricsrceq qui eft G vrai, que les Européens
quis'en nourriffent faute d'autre chofe
&c qui n'ont
de vin ou d'cau-de-vie 3
pour corriger " crudité &c fon fegme
épais, tombent dans une maladie qu'on
appelie aux Ifles, mal d'eftomac: : ils deviennent pales, jaunes & bouffis, leurs
pieds & leurs jambessenfent,ilar reffentent une lallirude extraordinaire, avec
une pefanteur de tête qui fait qu'ils ont'
prefque totjours envie de dormir, leur
ventre & leur eftomach s'enflent, & ils
tombent enfin dans une hidropifie cincurable, silsnapporent dès le commencement des remedes convenables qui
fontles potions cordiales & fudorifiques,
omac: : ils deviennent pales, jaunes & bouffis, leurs
pieds & leurs jambessenfent,ilar reffentent une lallirude extraordinaire, avec
une pefanteur de tête qui fait qu'ils ont'
prefque totjours envie de dormir, leur
ventre & leur eftomach s'enflent, & ils
tombent enfin dans une hidropifie cincurable, silsnapporent dès le commencement des remedes convenables qui
fontles potions cordiales & fudorifiques, --- Page 267 ---
Frangoifes de
Ies bains chauds, de LAmtrigne. bonne
de bon vin, de la joye, & nourriture, far
1695.
l'exercice le plus violent
tout de
foutenir afin d'exciter la fueur. qu'on puifle
tend que cette. maladic
On préde coucher au froid ou peut au ferain, encore de venir
grin. & autres caufes femblables.
chaviens que tout cela
y
Je conmème l'augmenter
contribuer, &c
mnais
eft
EnIi
j'ai de bonnes raifons
forméc;
qu'elle vient platôr de la mauvaife pour croire
riture que detoute autre chofe, nourJe viens de direque les
tres gens- : qui travaillent Négres & aureflentoient gueresde
beaucoup ne fe
de cette nourriture clamauvaife qualité
dant beancoup
5 on en voit cepenmaux d'eflomach qui & font attaquez de
tout les Négres des d'hidropific, & fur
font plus fujers
Portugais les
du Brefily
que les mauvais que
aucres, Peur être
çoivent de leurs maitres, traitemens qu'ils reinfinimentles
qui furpaffent
Anglois en ce
peuvent contribuer
point.la, y
quelque caufe
beaucoup; mais de
voici le remede que ce mal leur vienne;
qui réullit fans qu'ils y apportent, &, des Remede. PorIls les abandonnent prefque à manquer jamais. tugais le
laiflent comme en liberté cux-mèmes, & lestur def
droirs où ily a de grands dans des en- tomach.
bocages. de --- Page 268 ---
234 Nonveaux
aux Ifles
1695. pommiers d'Acajou ETRECO leur
cune autre nourriture
donner 2ule
peuvent tirer de ces arbres. que celle La faim qu'ils
oblige de fe remplir de ce fruit, dont les
fuc qui eft acide incife lhumeur
le
& Crguidenwiemp@choiler
épaiffe
des humeurs &c la circulation mouvement du
qui caufoir les
fang,ce
& les autres accidens oblructions, dont ils l'enflure
attaquez; de maniere
affez étoient
tems ils recouvrent une qu'en fanté
peu de
tiens ceci de gens de probité parfaite.Je
meuré long-tems
qui ont depourroit fc fervir au du Brefil.Je même croi qu'on
nos Ilesavec un fuccèsauffi remede dans
Lorfque les Crabes font heureux.
dées en ragoit comme je l'ai accommo- écrit
dellus, , elles font beaucoup
cic'eft-à dire qu'elles font moins mcilleures; mal faifantes; 5 mais elles font toujours trèsindigefles, & toute la diligence
apporter pour les bien
qu'on
Ecut ne
faire autre chofe accommominuer ibente mauvaife
que dichanger entierement. qualité, fans la
Ces trois efpeces d'animaux vivent de
feiilles, de racines, & des fruits
tombent des arbres. Par cette raifon qui
faur prendre garde fi entre les fruits
il
ils ic font nourris il
dont
n'y en a point qui
ifantes; 5 mais elles font toujours trèsindigefles, & toute la diligence
apporter pour les bien
qu'on
Ecut ne
faire autre chofe accommominuer ibente mauvaife
que dichanger entierement. qualité, fans la
Ces trois efpeces d'animaux vivent de
feiilles, de racines, & des fruits
tombent des arbres. Par cette raifon qui
faur prendre garde fi entre les fruits
il
ils ic font nourris il
dont
n'y en a point qui --- Page 269 ---
Frangoifes de PAmérique. 235
ait des qualitez venimeules comme font 1695les pommes de violettes mancenilicr, &c les TourlouLcs Crabes
roux ne font jamais fi dangereux que
vivant
les crabes blanches, s parce que
laplapart du tems dans les montagnes ou
dans les cannes, où il ne fetrouve point
ils ne font
de ces méchans fruits,
pas
fujets às'empoifonner. Onr ne doir crainils defcendre cet accident que quand
dent au bord de la mer où il y, a de ces
fortes d'arbres; mais les Crabest blanches
font fort fujettes à être empoifonnées, elles
parce que vivant au bord de la mer de
trouvent des pommes & des feitilles
fans fc faire
mancenilier quellesmangentf mal: maiselles en font beaubeaucoup de
coupi ceux quiles mangent.
faut PrécauCeft une regle generale les quiln'en trouvefous tion qu'il
point manger quand Les on feiilles de la (en- faut prendre
des manceniliers.
auffi; de forte en man- des
fitive les empoifonnent
faut s'abftenir de cellesqu'on trouve Ectoude
qu'il fous ces fortes d'arbres ou de plantes. Le
fecret
connoître fi elles font faines
pour eft de regarder leur taumalin ;
ou non,
affurée
s'il eft noir , c'elt une marque
qu'elles font empoifonnées.
manieres de prendre
Ily a plufieurs ordinaire eft d'aller
les Crabes. La plus --- Page 270 ---
236 Nowveaux Voyages AuX Iftes
1695. la nuit dans le bois &c autour des cannes
avec un Alambeau de bagaces ou de bois
de chandelle. C'eft dansce tems là
les font en mouvement, elles fortent qu'el- de
leurs trous & vont chercher à manger :
D'fe. lalumiere du Alambeau les
renres il eft facile de les
découvre, &
maniercs dos &
prendre par deffus le
de preales mettre dans le fac
drc les te pour cet effet, ou dans que l'on por- a
Crab:s,
un panier
a
une
qui
couvercle qui s'emb vête comme le
deffas d'un coyanbonc. Ilarrive fouvent
quand on les veut prendre elles fc
far le dos,
SmEN
& prefententleurs
mordans, Ceux qui font habiles à cette
chaile ne.enbarai@nrgiercs de les voir
ainfi en delfenfes, ils les prennent
les pieds de derriere où les mordans par ne
peuvent arriver, & les mettent dans le
fac. Ceux qui ont peur d'être mordus,
les renverfent furle ventre, & les
nent par deffusledos. Il faurètre prenà mettre la main defus dès qu'on prompt les
apperçoit:car comme elles ne s'écartent
gueres de leurs trous, ou qu'elles en
trouvent facilement d'autres, elles
retirent Promptement & marchent fort s'y
vite.
La feconde maniere de les prendre eft
de foiiiller avec une ferpe les trous
Fon voit en
que
terre.pour y trouverla Crabe
renverfent furle ventre, & les
nent par deffusledos. Il faurètre prenà mettre la main defus dès qu'on prompt les
apperçoit:car comme elles ne s'écartent
gueres de leurs trous, ou qu'elles en
trouvent facilement d'autres, elles
retirent Promptement & marchent fort s'y
vite.
La feconde maniere de les prendre eft
de foiiiller avec une ferpe les trous
Fon voit en
que
terre.pour y trouverla Crabe --- Page 271 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 237
quisy eft retirée. On fe fert de cette ma- 1695+
niere lorfqu'on va aux Crabes pendantle
lors il eit très-rare
jour, , les parce trouve que Rour de chez elles: ou
qu'on
dans le tems qu'elles font effeétivement
retirées fans fortit, ce qui dure cinqà fix
femaines: cela arrive ordinairement
après qu'elles (ont de retour deleur voyage au bord de la mer. Il femble qu'elles
ayent befoin dece tems-là pour fe repoler
& repaterl leurs forces : mais comme tout
le monde n'eft pas obligé d'entrer dans
leurs raifons, on ne laifle pas d'aller
troubler leur repos, & de les prendre.
La troifiéme maniere ne fe pratique
les Crabes blanches lorqu'on
que pour
le
va pour les prendre pendant
jour. dit,
Comme elle font, ainfi que jelai
dans des lieux marécageux vers les bords
de la mer, elles fortent fouvent de leurs
trous
prendre Tair, ou pour fc retirer EetEment fec & élevé, quand elles
fentent que le flot les doit couvrir d'eau;
on remarque le trou où la Crabe fe retire,
&on y fiche un bâton quil'empèche de
fortir quand la mer monte 2 & après
qu'elle eft defcenduë on ôre le bâton, &
on trouve la Crabe étouffée au bord du
trou.
de Crabes
Ilya une quatriéme cfpecc --- Page 272 ---
238 Nonveaux Yoyages AHX Ies
1695. que l'on trouve dans les rivieres & fur
Ciriques les rochers au bord dela mer. Elles font
efpecce de
Crabes, beaucoup plus platesque les autres, leur
écaille cft pius épaifle & plus dure, leurs
mordans quoique plus petits, ne pincent
pas moins ; elles ont encore bien moins
de chair & de graiffe que les autres. C'eft
à leur peu de valeur qu'elles font redevables durepos qu'on leur donne. Ilfaut
que les Négres ne trouvent rien quand
ils vont chercher des Ciriques, c'eft ainfi
qu'on les appelle.
Ileft bon pour achever cet article de
dire un mot des flambeaux de bagaces 3
& de bois de chandelle.
Les premiers font compofez de cannes, qui après avoir palfé au
ont
été fechées au foleil. On en moulin,
Matiere trois
prend
ou quatre felon la
des Aam- veut donner
groffeur que l'on
beaux, &
au fambeau, on les lie de
Ia ma- fix en fix pouces avec des
niere de mahor, ou de
aiguilletres de
les faire,
mibis, qui eft une elpece
de petite lianne ou façon d'ozier, dontje
parlerai tout à T'heure, qu'on
en
employe
une infinité de chofes. On ente
fieurs bagaces les unes fur les autres fclon plula longueur qu'on veut donner au flambeau, & on leslie comme les premieres.
D'ordinaire on donne au Aambeau feptl
huit pieds de long. On le porte un peu
aiguilletres de
les faire,
mibis, qui eft une elpece
de petite lianne ou façon d'ozier, dontje
parlerai tout à T'heure, qu'on
en
employe
une infinité de chofes. On ente
fieurs bagaces les unes fur les autres fclon plula longueur qu'on veut donner au flambeau, & on leslie comme les premieres.
D'ordinaire on donne au Aambeau feptl
huit pieds de long. On le porte un peu --- Page 273 ---
Frangeifet de MAmerigne.
panché appuyé fur le bras
le panier d Crabes
gauche, avéc
du même côté,
paffé en bandouliere 1695.
libre.
s afin d'avoir lei bras droit
allumé Quand il faut un flambean de bagaces eft
pour
qu'il faffe un grand vent
très-bien, l'éteindre; car les bagaces brâlent
&c fouvent plus vite
veut, & c'eft pour cette raifon qu'on ne
fait fi longs. Il eft rare de qu'on les
cafes des Négres fans
trouver les
vifion de ces Hlambeaux une bonne
je vais parler.
ou de ceux Scac
Le bois de chandelle eft ainfi
parce que l'ufage le plus ordinaire appellé,
onlemploye On
cltp pour faire des
auquel
ne le trouve qu'au bord de flambeaux. la
n'eft jamais ni bien gros pi bien mer ;il
jen'en cesded ai
vû qui eât plus de fix droit,
CREE Ses feitilles font
poucouplées, graffes, épaiffes, & toujours Arbre
rude, par le bour. Son écorce eft fort arrondies brune, appellé bois de
caffante. crevaffée, Le
peu adherente & fortle. chandel,
& droit, & boiseft brun, le fleftlong
fort aifément. par conféquent il fc fend
fec, il eft cependant Quoiquil paroiffe fort
çonnoir quand il eft allumé. huileux,onle rebien le feu, & l'entretient Ilconferve
long-tems qu'une quantité
bien plus
bois ne pourroit faire,
égale d'autre
CC qui vient de ce --- Page 274 ---
240 Nowveaux Yoyages AHX Hles
2695. qu'il eft huileux, aufli on
jours une certaine humidité remarque onclueufe touproche l'endroit qui brûle,
une odeur d'autant plus forte qui & rend
agréable,que les éclats dontle
elt
font
ad
compolé,
l'arbre. On fend plus près A
du coeur de
déliez
ce bois par éclats aufli
femble qu'il eft poffible, > & on les lie encomme les bagaces, les
les uns dans les autres lelon la
entant
qu'on veut donner au flambeau. longueur Ce
fait une lumiere fort claire & fort vive, bois
On fait encore des Alambeaux avec un
certain bois jaune dont je
la fuite,
parlerai dans
le fend qu'on & on lelie appelle, Bois épineux. On
comme le
màis auparavant il faut faire précedent, fecher les
éclats; ceftce qu'on n'eft pas
de
faire au bois de chandelle qui brile obligé trèsbien dès qu'il eft coupé,
Le mibi dont on fe fert pour lier les
Aambeaux, eft une lianne
à une infinité d'ufages. On qu'on employe
en fait des
paniers, elle fert a licr les rofeaux
Mibi, on fair desnaffes
dont
dianue. les rofeaux
pour la pèche,darrèrer
lattes
ou gaulettes qui fervent de
aux couvertures des cafes, ou de
paliflades. Cette lianne poufle de trèslongs farmens ou elpeces de bianches,
qui s'élevent jufqu'an fommet des plus
grands
à une infinité d'ufages. On qu'on employe
en fait des
paniers, elle fert a licr les rofeaux
Mibi, on fair desnaffes
dont
dianue. les rofeaux
pour la pèche,darrèrer
lattes
ou gaulettes qui fervent de
aux couvertures des cafes, ou de
paliflades. Cette lianne poufle de trèslongs farmens ou elpeces de bianches,
qui s'élevent jufqu'an fommet des plus
grands --- Page 275 ---
Erangoifer de
grands arbres, par le LAmbrigue. moyen des
24t
queiies ou filamens qu'elle
Perites 1695.
tité, & qui is'attachent
jette en
ces & branches qu'eiles aifément aux dratt
écorce eft mince, aflez rencontrent. unie,
Son
vea aifément, elle eft de couleur ellc fe lcdre. Le bois qu'elle
de cenliant, Rexible, fes fibres couvre font eft fouple s
droites, ila legrain fin, Sa feiille: longues &
Reela la Agure dun caur, elle eft a pref
unie, d'un verd
molaffe,
& damafquinée
le pâle
delfis,
avantd'ètre
Hentar Sa fleur
ton
eft
ercite
pantagonc qui eft d'abord comme de unbourouge, 3 qui ens sepanotilifant
couleur
efpece de rofe a cinq feiilles produit une
grandeurs & couleurs differentes. de trois
petireeftrouge, les deux
La
orangées, &c les deux moyennes El
de mème couleur.avec
grandes font
de
Ber filets
pourpre; : les bords deces feuilles couleur
la dentelés, Aeur rudes & frifés, le milieu font de
de couleur renferme trois filets à tête ronde
verdâne
plufieurs étamines jannes. accompagnez de
de couleurs fait un très. bel Cette diverfité
fleur n'a point d'odeur,
effer. Cette
và qu'elle produisit 8cjenai poine
cette lianne len
aucune femence 3
me, elle prend mulsiplie aifement alfez d'elle-méTomie Z1,
Par tout,
L
Aeur rudes & frifés, le milieu font de
de couleur renferme trois filets à tête ronde
verdâne
plufieurs étamines jannes. accompagnez de
de couleurs fait un très. bel Cette diverfité
fleur n'a point d'odeur,
effer. Cette
và qu'elle produisit 8cjenai poine
cette lianne len
aucune femence 3
me, elle prend mulsiplie aifement alfez d'elle-méTomie Z1,
Par tout,
L --- Page 276 ---
Nowveans Voyages aux Hles
fouvent 242
où on ne lademande pas, je veux
1695. dire dans les cannes > les maniocs &-les fin fi
qu'elle accableroit à la
cacoyeres,
foin de la couper ou aron n'avoit pas eft la manierel la plus fire
racher, ce qui
pour s'en débarafler. lianne
le rapport
Ilyau une autre
que a fait nomMibipiqu'elle a avec la précédente
autre mer Mibipi,
qu'elle eft plus granlianne
patce forte; on s'en fert
E porte de, plus grofle & p'us
pois. aufli aux mèmes ufages. Celle-ci & porte de la
despois à peu près de la groffeur
figure de ceux que nous avons en France, à
qui font renfermez dans une fubftance goufle
quatre
> ils font d'une doux au
verdâtre, FRtaaie. fort gluante,
ils
goit. Les oifeauxles mangent de quand certains
peuvent les avoir avant que les ayent dévers quisen nourtiffent, la
qui les
yoré après avoir percé filique
renfermoit. La fenille du mibipicitdun
allez beau verd par deffus, eft mais douce prefque au
blanche par dellous, veloutée, elle ovale, &
toucher & comme
La Aeur
trois à trois à chaque pedicule. de
à
eft foutenué
une queiic
quatre
Ser long, ronde, ferme, >
cinq pouces & velué. Le bouton eft
quoique grèle
ede duovale,couvert d'un poil louelpece
allez
il fc divile en cinq parvet
long; --- Page 277 ---
ties lorfqu'il Frangoifes s'ouvre det-Ambrigue. 243
niere de cloche qui renferme qui font une ma- 1695.
environné dequelques filets
un piftil
on voit dans cette Heurle ou éramines,
&le violeragreablement blanc, le jaune
odeur approche
mélangez. Son
l'aillet.
beaucoup de celle de
CHAPITRE XIIL
L'Anteur va faire faire les
babitans des cali-de-fic Paques Au
6 Frangois.
Robere
Deftription d'an Poifon appellé
Lamanin,os Manate.
L E Dimanche de Quafimodo
cul-de-facde'l Avril, je me rendis fur le foir IO.
frere le Pere la Trinité, chez mon Con- au
de l'aiderà faire Martelli, faire les qui im'avoit
bitans des culs-de-fac
Paquesaux RIE
point Robert & Frangois,
REEE Je
encore de Curez régarnifon trouvaiqu'on qui étoit fur avoit la
changé la
maifon Curiale eft bâtie, pointe ou la
détachée de la Marine LiCompagnie
quelques
quiy étoit
Monlieur jours, 3 étoit commandée depuis
Coullet, Officier rdereépuration Par
Lij
faire les qui im'avoit
bitans des culs-de-fac
Paquesaux RIE
point Robert & Frangois,
REEE Je
encore de Curez régarnifon trouvaiqu'on qui étoit fur avoit la
changé la
maifon Curiale eft bâtie, pointe ou la
détachée de la Marine LiCompagnie
quelques
quiy étoit
Monlieur jours, 3 étoit commandée depuis
Coullet, Officier rdereépuration Par
Lij --- Page 278 ---
Nowveaux
aux IRes
me firun vrai
& mon
PaDRE
1695.
comparriore. croi
mettre icI tout
plaifir. Je
pouvoir dans différens
de fuite ce qui eft répandu touchant cet
endroits de mon journal
Officier. Monfieur Coullet eft Parifien. Il eft
Palais
Son pere qui étoit
né au
Royal. de Monfieur, Frere
attaché à lap perfonne XIV. commandoit un
unique de Louis
de Navarre, &c
Baraillon du Régiment élevé tous les enfans de
fa mere avcit auffi-bien que Madame
Monfieur , qui
trèsont toujours eu une confideration fa famille. Ilétoit
particuliere dans pour le toute Bataillon de fon perc,
Lieutenant
manqué de s'avancer
& il n'auroit pas
outre
bien plus vite
autre, puifque brave
Monfieur, , ilécoit
la
-ve
protedion à fon métier. Cependant
& fort appliqué l'Amerique lui fit quitter
T'envie de voir
entrer dans celui
le fervice de terre pour à la Martinique en
de mer, & Lieutenant palfer d'une Compagnie
qualité détachée de de la Marine. Il y arriva en
A
cut-il mis piedà terre que
1687. peine
Blenac Gouverneur
MonfenrleContedet
S. ChrifGénéral des Ifles, l'envoyad bien
tophle. Hy fut parfaitement
de Saint Laurent
E
de Monfieur
Gouverneur de cettc
de Malte, quiétoit --- Page 279 ---
Frangoifes de LAmprigue.
Ile.quiavoir befoin d'un Officier 245
actif & vigilant tel qu'étoit le fieur habile, 1695lec pour difcipliner les
Coul-
& les Milices de fon Troupes réglées
dans la fituation où étoient Gouvernement, les
en Europe, où tout fembloit fe affaires
à la guerre. En efferille pria de
les
fonctions
EALCE
Coullet d'Ayde Major, ce que le fieur
maniere accepta, & s'en acquitta d'une
verneur, qui iconsentaégalemene) le Gou-
> les Officiers, les
glées &l les Milices.
Troupes réLa guerre s'étant déclarée en
environ fix mois aptès, les Anglois Europe
partagent l'Ile
qui
tis bien avant avecnous, en furent averraifon que les nous. Irlandois Ils craignirentavec
demeuroient dans leursquartiersne Catholineroui
gniffent aux
fejoileur ordonnerent François, > c'eft pourquoi ils
fous de grandes
refles, dapporter leurs armes dans leurs
afin
fmes
fent plus rien qu'érant à craindre défarmez, ils n'eufMais ceux-ci
de leut côté.
abandonné leurs irefuferenrd'obéir, habitations, & ayant
demander azile au Chevalier ils vinrent
Laurent, avec un Officier
de Saint
mander. On les reçût
pourles comGouverneur
avec joye, &le
tout le monde ayant affemblé fon confeil,
jetta les yeux fir le fieur
L iij
in
fmes
fent plus rien qu'érant à craindre défarmez, ils n'eufMais ceux-ci
de leut côté.
abandonné leurs irefuferenrd'obéir, habitations, & ayant
demander azile au Chevalier ils vinrent
Laurent, avec un Officier
de Saint
mander. On les reçût
pourles comGouverneur
avec joye, &le
tout le monde ayant affemblé fon confeil,
jetta les yeux fir le fieur
L iij --- Page 280 ---
246 Nowveanx
anx
8695. Couller pour être OMUA Commandant TRes
Irlandois. Ils étoient environ trois des
hommes; le fieur Coullet fe mit a cens
tête, & quelques François les
leur
ils allerent attaquer les
ayant joint,
tier de Cayonne & enfutite Anglois ala au quarIl eft vrai que les Anglois n'avoient Cabeltere,
de fortereffes dans ces
point
ils avoient
quartiers-là, mais
parfaitement bien retranché
plupart desravines leurs
& les défilez ; & la
maifons
REESE
étoient
autant de petites fortereffes dont' comme il
loit les chaffer les uns après les
falqui demandoit bien du tems autres,ce
dence & de la valeur. C'eft > de la pruquele fieur Coullet exécuta en pourtant moins de cC
huitjours avec fa petite troupe fans avoir
été prefque perdu perfonne s quoiqu'il eût
obligé de rendre autant de combars
qu'il avoirt trouvé de ravines, de
& de maifons fortes.
défilez
fit
Cetteexpédition lui
folument beaucomp d'honneur & lui gagna able caeur de tous les Irlandois
que l'on remit en pofleflion deleurs terles res,& des guiraccomimoderenraafi de celAnglois qui fe trouverent à leur
bien-feance. Dès que cela fur
fieur Coullet
achevéle
s'embarqua avec fa Compagnie Blenac à pour acompagner Monfieur de
l'attaque de S. Euftache, Ifle --- Page 281 ---
Frangoifes de PAmerique. 147
aux Hollandois, éloignée 1695appartenance feulement de trois lieiies de la pointe de
l'Oieft de S. Chriftophle. Les ennemis
furent forcez aux deux endroits où nos
mirent
à terre 5 leur fortereile troupes iétoit bonne, pied bien réguliere &
bien munie, qui
fut attaquée fi vivement
fat obligée de ie rendre; de maqu'elle
acheva cette conquète en fix
niere qu'on Le fieur Coullet fe fignala infinijours. ment à la defcente & à l'attaque du Fort,
&cy fur bleffé à la jambe.
un
Le Comte de Blenac ayant reçi
fecours confidérable de France, voulut
acheverl la conquête de S.Chriftophle où
les Anglois étoient encore maitres du
quartier del la Baffe-terre où eftleur
S
le Fort
Et
cipale Forterelle appellée
baftions
les. Elle eft compolée de cinq
demies-lunes, & un bon
avec quelques bien
Elle auchemin couvert
palifladé. armée
roit arrêté long-tems notre petite
fionn'avoirpast trouvéle moyen de faire
monter du canon fur une éminence qui
la Soufriere.
la commande, qu'onappellel fe deffendirent
Avec tout celal les Anglois
bratrès-bien, & donnerent lieu à nos
ves d'acquerir de la gloire. On remarqua
beaucoup le fieur Coullet, fon emploi
quil'obligeoir d'ètre par tout le fit conL iv
emin couvert
palifladé. armée
roit arrêté long-tems notre petite
fionn'avoirpast trouvéle moyen de faire
monter du canon fur une éminence qui
la Soufriere.
la commande, qu'onappellel fe deffendirent
Avec tout celal les Anglois
bratrès-bien, & donnerent lieu à nos
ves d'acquerir de la gloire. On remarqua
beaucoup le fieur Coullet, fon emploi
quil'obligeoir d'ètre par tout le fit conL iv --- Page 282 ---
248 Nowveanx
1695- noitre trèsPoyager AHY IRes
de
parriculierement: à Monfient
lui Blenac, avoir vû qui fur fi farisfait de ce qu'il
faire, & de la
avoit rétablie dans les difcipline
eal les Milices,
Troupes &
pliment;ce
qu'il lui en fit comà ce
quin'étoit pas fort ordinaire
diftinction Seigneur, > mais qui étoit une grande
Il venoit pour d'ètre le fieur Coullet.
lorfque les Anglois fait Capitaine en 1693.
Martinique. Après s'ètre vinrent attaquer la
mené autour de lIe, & avoir long-rems fait proques defcentes dans des
queloù ilsn'acquirent
quartiers éloignez
ilss'approcherente pas enfin beancoupde gloire,
& mirent près de trois du mille FortS. Pierre,
terre dans un endroit
hommes à
appellé le fond de
Cananville,du Fort S. Pierre, une petite liciie au vent du
Le fieur Coullet
accouru avec fa
y étant
Compagnie &
Milices, 3 retarda leur
quelques
enfitite leur marche, leur debarquenent, dilpura
&
rain pied à pied; &
le teren état de les
quoiqu'il ne fût pas
repouffer, ,
pas avec lui trois cens puifqu'iln'avoit hommes, il
Jaiffa pas de les arrêter fi
ne
donna le loifir au Comte long-tems de Blenac
river avecle
R
refte des troupess& d'empecherlesennemis. de
Lc fieur Coullet eut toujours pénétrerplusavant. le
comman- --- Page 283 ---
Frangoifts de PAmarigut. 249 & 1695dement des poltes les plus avancez , lui
harcela tellement les ennemis, qu'on
doit en partie la retraite honteufe de faire cing que
les Anglois furent obligez
abanjours après leur débarquement, d'armes,de munitions
donnant quantiré
de trois cens
& de bagages, s fieur plus Coullet leur fit AE
fonniers que le
beaucoup de
qu'ils fe rembarquerent , fix cens morts
deferteurs, &c laifié cingà
furlaplace. Le fieur Coullet fut fait Major de la
Martinique en 1698. & Chevalier de
Saint Louis en 1704. saviferent en 1708. de
Les Anglois
avec les Saufaireleur accommodement
vages de VIlle Saint Vincent, apcès quoi &
ils les engagerent à force de prefens
de promelles de cromprel'allianee ou paix
quiétoite entr'eux & nous, depuisun grand de
nombre d'années. Ils leur promirent
puiffans fecours, & toutl le butin qu'on
feroit fur nous dansles expéditions squ'on f bien
feroitfur nos Colonies, & fçûrent Bartourner les clprits inconftans de ces
bares, qu'eux & les Négres fugirifs
de lear ille,
e
occupent la Cabefterre
donnerent jour pour aller tous enfemble
mallacrerles François érablislaGrenade. à la
& venir enfuite faire des defcentes
Lv
Ils leur promirent
puiffans fecours, & toutl le butin qu'on
feroit fur nous dansles expéditions squ'on f bien
feroitfur nos Colonies, & fçûrent Bartourner les clprits inconftans de ces
bares, qu'eux & les Négres fugirifs
de lear ille,
e
occupent la Cabefterre
donnerent jour pour aller tous enfemble
mallacrerles François érablislaGrenade. à la
& venir enfuite faire des defcentes
Lv --- Page 284 ---
Nowveanx Voyages anx IRes
dans les quartiers éloignez ,
1695. Martinique le fer & le feu par tout ou ils
&c porter
Monfieur de Mapourtoient pénetrer. Général des Ifles fut
chaut Gouverneur
dont il étoit plus
averti de ce complor,
d'y
aifé de voir les conféquences necellaites; > que car
apporter les n'ait remedes rien à craindre de cesforquoiqu'on
les Forterelfes & les
tes de gens & autres! pour lieux odil y a beaucoup
Bourgs monde affemblé & des Corps de Garde
des furde > on doit tout apprehender la nuit dans les
prifes qu'ils font pendant
éloignez, & dansleshabitations des
quartiers
diftances les unes
qui font à quelques bien des déliberations, on
autres. Apres
que le Major Coulconvint qpilnyavotre de rompre ces projets,
let qui fut capable les Caraibes 8 les Négres à
& d'obliger
en bonne invivre comme à l'ordinaire Il s'étoit acquis
relligence avec nous.
beauconp d'autorité far eux.ibfaitoien toutes les
& le relpettoient, parce que foit à (on hafois qu'ils alloient le voir, Royal ou at Fort
biration, foit aui Fort
les faifoit bien
S. Pierre, il les donnoit régaloit, toujours quelque
boire, & leur Général lle chargea de cette
prefent. Le
l'Intendant le laifla maicommiffion, &
tout
tre de prendre chez les Marchands --- Page 285 ---
Françoifes de Amérique. 251
à
les bien 1695.
ce qu'il jugeroit faire propos des
2 ,
dans
régaler & leur
Ea qui
ces fortes d'occafions font les plas puiffantes raifons qu'on puiffe
pour faire
les convaincre de ce qu'on
veut
RENE
entendre. Il partit avec une nombreufe
fuite d'Officiers & de domeftiques le 29.
Novembre 1708.delas rade duFort Saint
Pierre, & arriva le lendemain fur le minuit à la Balle-terre de Saint Vincent. La
mer qui étoit fort rude empéchant les
chalouppes de Sapprocherallez pour débarquer commodément, le fieur Coullet
fe jetta dansl'éau, &cs'étant fait connoitre à une troupe de Caraibes qui étoient
accourus fur le rivage ; ils appellerenr
aufli-tôt leurs camarades, en difant, ceff
le compere Cosliet , il fant fauver tosst ce
quiil 4. En effet, ils fc mirentiaufi-ror
ala mer, & apportereur à terre les gens
& les bagages dont les chalouppes droient
chargées..Le compere Couller fut enfuite
conduit dans leur grand Carbet, où tous
les Capitaines & autres s'emprefferent de
le venir voir, & de lui témoigner toute
Famitié qu'on peut attendre de ces fortes
de gens. Il eft vrai qu'on leur faifoit
grand'chere, & qu'on les faifoit boire
Jargement. On envoya par ordre du comperc avertir tous les Capitaines ou Chefs
les bagages dont les chalouppes droient
chargées..Le compere Couller fut enfuite
conduit dans leur grand Carbet, où tous
les Capitaines & autres s'emprefferent de
le venir voir, & de lui témoigner toute
Famitié qu'on peut attendre de ces fortes
de gens. Il eft vrai qu'on leur faifoit
grand'chere, & qu'on les faifoit boire
Jargement. On envoya par ordre du comperc avertir tous les Capitaines ou Chefs --- Page 286 ---
252. Nowveaux Voyages aux TRes
5s
1695- des Carbets, tant Caraibes étoit que arrivé Négres, &c
que le vouloit compere leur Coullet parler. Ils vinrent en
qu'il diligence, & quand ils furent arrivez, 2
le fieur Coullet fic un vin général, c'eftà-dire, une affemblée & teftin extraor- de fa
dinaire , afin de leur dire le fujet
venué, & leur diftribuer les prefensquil
avoit apportez. Ce fut dans cette affembléc que s'étant faitrocouer, c'eft à-dire, il leur
de rouge comme eux ;
peindre
dc
les fit reparlaavec tant force, avoient qu'il fait avec
nonceralialliance qu'ils à mettre le fend
les Anglois : les obligea
Anglois
zous les bois de charpente queles
en
avoient fait dans leur Ifc, & dontily écus fur le
avoit pour plus de dix mille
&
bord de la mer prèt à être embarqué, fareté
qu'il exigea d'eux des donnerent ôtages pour de romde la parole qu'ill llui
les
pre tout commerce avec
Anglois. les
Tout cela s'exécuta, ils donnerent Anotages & maffacrerent les premiets leurs mains,
glois qui ton.berent entre
&
geiguesmadeicamneme
bres capporterent boucanez au Fort Royal, pour faire
voir qu'ils avoient entierement rompu le fieur
avec nos ennemis. Ce futainfique une temCoullet difipa
fon adrelle
dans
pète qui auroit cflact bien du défordre --- Page 287 ---
Frangoifes de PAmerigue. 253
fur tout dans un tems ott 1695*
nos Colonies,
avec nos voifins les
nous étions en guerre
La Cour réAnglois & les Hollandois. avoit rendus
compenfa les fervices qu'il
le faifant
en une infinité d'occafions , en
en
Lieutenant de Roy de la Guadeloupe de
1712. Cette chargelni donna moyen
rendre encore un fervice des plus confidérablesàl'Etat & àla Colonic de cette
Ifle, car les habirans s'étant foulevez à
F'occafion decertaine taxe nouvellequ'on
voulut leur impofer en 1715: & ayant
ptis les armes, > le fieur, Coullet appaifa fes
par fa prudence & par l'autorité que
manieres honnètes, libérales, ouvertes 3
définterellées lai avoient acquifes fur ces
féditieux; pourpeuples, ces mouvemens Gouverneur & des auvàt al la fureté du
& rétablit
.tres Officiers de Sa Majelté,
Cole calme & la tranquillité dans cette
lonie, dont la perte auroit peuc-êre enles autres Iiles, fi on n'atrainé avecelle éteint de bonne heure cet emEELEe voit
Enfin le fieur Coullet étant
fes affaires
venu en France en 1716. pour qui connût
particulieres, M.le Régent
fon mérite, ly arrèta par une penfion Roi de
confidérable, la Lientenance de
de la
PIfle de Ré, &c lexpedtative
miere
qui vaqueroit
iotte
penfion
enles autres Iiles, fi on n'atrainé avecelle éteint de bonne heure cet emEELEe voit
Enfin le fieur Coullet étant
fes affaires
venu en France en 1716. pour qui connût
particulieres, M.le Régent
fon mérite, ly arrèta par une penfion Roi de
confidérable, la Lientenance de
de la
PIfle de Ré, &c lexpedtative
miere
qui vaqueroit
iotte
penfion --- Page 288 ---
1695. de 254 Saint Nonucaux Froyages anx Thes
prefentàt Loitis 5 en attendant qu'il fe
icr fes fervices quelque occafion de récompend'une maniere
tante & quiluiconvint.
plus écladegrand Nous partimes le Lundi onze Avril
pour le cul-de-fac matin le Pere Martelli & moi,
mes a la riviere des Robert. Nous trouvàde Monfieur Monel Gallions un Canor
Il fallur fe mettre à qui nous attendoit.
fions
entendre les Confef.
la Meffe dèsque fur les nous dix fimes arrivez; je dis
pagnon la dit fort tard heures, : à mon Comnous le tems de dîner, quil peine fallut eiimesmettre à confelfer, ce que nous
feremnes de faire tourle Mardi. Le continu.-
le Pere Martelli acheva
Mercredi
d'entendre les
Confelions, reltoient,
& de communier ceux qui
&s'en retourna à la
Canot pendant que je m'embarquai Trinité, dans un
de Monficur de la
pour aller faire les mêmes Vigne-Grahval
cul-de-fac François.
fonétions au
velle J'atrivai d'aflez bonne heure à la nouEglife de ce quartier 3 je confellai
prelque la Melle jafqu'à &
midi, après quoi je dis
roient confeflez, je communiai ceux qui s'6aufli-tôt
Je.retournai à lEglile
inftruire queji'eus un bon diné, pour confeffer &
nombre de Négtes, &c --- Page 289 ---
Frangoifes de PAmérigue. 255
m'en retournai fi tard chez Monfieur 1695.
L la Vigne, que je penfai être mangé
des maringoins & des mouftiques, dans avec le
les Négres qui me conduifoient de confeffer
canot. Le Jeudi jachevai
ceux qui étoient en étatde communier, mais à
remettant les autres
diné;
peine cus-je le tems T manger tn morceau, qu'il fiallarm'embarquer de pour aller de
au cul-de-fac Simon, éloigné près
trois lieiies du lieu onj'étois, ponr confeffer & donner les Sacremens àu un Commandeur d'une nouvelle habitation. J'y
arrivaià tems, mais iln'y en avoit pasde
refte. Ce fut un bonheur pour lui, que
je fulfe dans le quartier , car s'il avoit
fallualler chercherle Curé de la Trinité,
qui eft éloigné de près de dix lieiies, il
cût étéimpollible à ce Religieux d'y arriver allez tôt pour le fecourir. Sa maladie étoit un mal d'eftomac quil'emporta deux heures après que je l'eus quitté
pour retourner à lEglife. On Tapporta
le Vendredi matin; je disla Melle pour
de confefJui&j jel'enterrai, &cjachevai
fer les Négres. Après diné je partis
Robert ERCE
venir coucher au cul-de-fac
de
Monfieur Bouchard, où le canot
Monfieur Joyeux me devoit attendre. tiJy arrivai tout à propos pour voir
omac quil'emporta deux heures après que je l'eus quitté
pour retourner à lEglife. On Tapporta
le Vendredi matin; je disla Melle pour
de confefJui&j jel'enterrai, &cjachevai
fer les Négres. Après diné je partis
Robert ERCE
venir coucher au cul-de-fac
de
Monfieur Bouchard, où le canot
Monfieur Joyeux me devoit attendre. tiJy arrivai tout à propos pour voir --- Page 290 ---
256 Nowveaux
AuX IRles
1695.zer à terre un Lamantin Fayager femelle
fes
Deferip Négres avoient
que
tion d'un du dire
harponné, J'avois entenpoiffon
beancoup de chofes dul Lamantin,
Laman- appellé mais je n'en avois point encore vi,
tin ou qu'il eft devenn alffez rare,
parce
Manati, les bords de la mer font habitez. depuis que Ce
poiffon cherche lesendroits où ilyades
rivieres, l'eau
parce qu'il y, vient boire de
douce une fois out deux
après qu'ila mangé une certaine chaque cherbe jour,
croît au fond de la mer : mais il
qui
dès qu'il entendle moindre
s'éloigne
eft fort craintif, & ilal'oitic bruit, car il
aufli fubtile,
a la vûe manvaife: au contraire 32 la Tortué qui a la vàë
çante & qui eft fourde.
trèsperLes Efpagnols appellent Manate Ou
Manaci, ceft-à-dire, poilfon qui a des
mains s ce que nous.appellons Lamantin.
On pourroit, 3 ce me lemble,
vache marine; fag gueule, fes mammelles, l'appeller
fa maniere de mettre dehors fes petits &
les allaiter ayant beaucoup de
à cet animal terreftre.
rapport
Je mefurai celui qui étoit chez Monfieur Bouchard, il avoit quarorze
neuf pouces de longueur, depuis le
du
Reda
mufle jufqu 'à la naiflance de la
il étoit tout rond jufqu'à cet endroit-là. queué; Sa
tête étoit grolle, fag gueule large avçc de
eller
fa maniere de mettre dehors fes petits &
les allaiter ayant beaucoup de
à cet animal terreftre.
rapport
Je mefurai celui qui étoit chez Monfieur Bouchard, il avoit quarorze
neuf pouces de longueur, depuis le
du
Reda
mufle jufqu 'à la naiflance de la
il étoit tout rond jufqu'à cet endroit-là. queué; Sa
tête étoit grolle, fag gueule large avçc de --- Page 291 ---
Imiapeya56.
Lamantin --- Page 292 ---
RPJCE --- Page 293 ---
Frangoifes de I Amerigue. 257- - -
babines, & quelques poils longs 1695.
grandes
deffus. Ses
étoient très-
& rudes au
à la yeux tète, & fes oreilles
petits par
comme deux petits
ne
que fort
& fort court,
AIEN
trous. Le col eft
gros
lui fait
& fans un petit mouvement
pof
la tète,ilne
pas
erdep
ployer un peu
la tête du refte du
fible de diftinguer
corps. Jene Içai commenton: a pû donner le
nom de pieds ou de mains aux deux du na- col
geoires qu'il a un peu au deffous dont
qui ife replient fous le ventre, fert quelques auteurs prétendent quilfe
pour
fe trainer fur terre. Il faut n'avoirjamais ainfi. Prevà ce poilfon
faut en parler bien
ces
mierement,
abers
de
-
ERE
ou mains
e
tendus pieds
ayent faire mouvoir
ce pour foutenir ou pour
celui de ce
un corps auffi fecond pelant qu'eft me fuis inpoiffon. En
lieu, je
nombre
formé de ce fait d'un très grand Flibufde perfonnes, & fur tout de nos reffource
tiers qui n'ont fouvent d'autre du Lamantin,
pour vivre que la pêche nieux nilesInqui tous m'ont affuré que
font fans
diens del'Ifthme de Darien,qui
contredit les meilleurs pécheurs du monde , n'ont jamais vû de Manate à terre.
Les pieds ou mains du Lamantin ou plu --- Page 294 ---
Nouveanx Yoyager aux Ifles
fes
ne
*
1695nageoires
font ainfi appe'lées
que parce qu'ils'en fert pour
fes
perits, ou
les tenir pendant porter qu'il
leur donne Tnee téter. Ces nageoires ref
femblent allez aux Pates de la Tortué,
comme je les ai dépeintes dans ma
miere Partie; ileft vrai qu'clles font pregroffes & plus longues, & cela eft plus
car l'animal eft bien plus
Sionles julte,
doit appeller pieds ou mains, gros. je le laiffe
auj jngement desieceurssjer ne ferai
relle a perfonne pour ne
embrafler quemes idées. Le Lamantin idmeice a deux
mammelles rondes, celles du Lamantin
que je mefurai avoient fept pouces de
diamettre, fur quatre pouces ou environ
d'élevation : le tetin étoit gros comme
le pouce, & fortoit un bon pouce att
dehors. Ce poiffon qui eft tout rond
depuis la tète jufqu'à la naiffance de la
queucavoit huit pieds deux pouccsde circonference. Sa queué étoit comme une
large palette dedix-neufp pouces I
delong,
depuis fa naillancejulquat fon extrémité;
elle avoit environ quinze pouces dans fa
plus grande largeur: fon épaifleur tout
au bour étoit d'environ trois
Elle
avoit alfez la figure de ces plaques pouces. de fer
dont on fait les focsde charue
fortent de la forge, La peau de lorfquelles cepoiffon
deux pouccsde circonference. Sa queué étoit comme une
large palette dedix-neufp pouces I
delong,
depuis fa naillancejulquat fon extrémité;
elle avoit environ quinze pouces dans fa
plus grande largeur: fon épaifleur tout
au bour étoit d'environ trois
Elle
avoit alfez la figure de ces plaques pouces. de fer
dont on fait les focsde charue
fortent de la forge, La peau de lorfquelles cepoiffon --- Page 295 ---
Francoifes de LAmerigue.
elt épaille farle dos prefque comme deux 1695.
cnirs de baeuf, mais elle eft beaucoup eft de
plus mince fous le ventre. Elle
couleur d'ardoife, 2 brune, d'un gros
grain & rude, avec des poils de même
couleur clair-femez, gros & affez longs.
On comptoit que ceLamantin pefoit huit
cens livres. Je ne l'ai pas pefé; mais à la
vie, je croi qu'on ne s'éloignoit gueres
de la verité.
avoient auffi ptis fon
Les pêcheurs il avoit environ trois pieds de
petir,
à
On
longs nous en mangeâmes broche le fouper. côté de la
avoit fait rotiràla
étoient
quene,1 la tête &lerelte du corps manieres.
accommodez de differentes
Un veau de lait & ce poiflon ne' different blanmême chair, par fa
en rien, c'eftla
goit
cheur, fa tendreté, , fa délicatelfe;le n'avois
& la faveur font les mêmes,8c fije fàr coupé
pas vû ce poiffon avant de qu'il la
à me
& cuit, on auroit eu
de peine la viande.
perfuader ecen'étoit pas
avoit
Je PARLRRCOT comment on
pris
ce poiffon. Un des Négres prefens me Maniere
dit que l'ayant apperçà qui dormoit vers de
T'embouchure de la riviere des Gallions, dte mantin. ReER
il étoit venu en diligence chercher fon
harpon, fa corde & fa maffe,
qu'il
n'avoit avec lui que de petites
EUE --- Page 296 ---
260 Nowveaux Voyages AHX Ifles
1695- Le fer du harpon avoir hnit à neuf
de long ; à deux pouces & demi
Beter la pointe il'y avoit un ardillon. Le
haut delad douille étoit garni d'un anneau
où un bout de la corde étoit attaché; it
y avoit à l'autre bout un bloc de bois
blanc autour duquella.corde étoit roulée.
Cette corde ou ligne étoit de la groffeur
du doigt,
Le Négre étant revenu avec fon équipage, & ayant encore vû le Lamantin
s'en approcha le plus doucement
fut poilible de peur del'éveiller, & qu'il
il fut à portée ille darda de toutes quand fes
forces, la
pendant qu'un autre Négre fila
corde, & jetta àla fin le bloc à la mer.
Le poiffon prit la fuite dès qu'il fe fentit
frapé. Les Négres nageant de toutes leurs
forces le fuivoient dans leur canot, , étant
guidez par le bloc, qui paroiffant toujours
fur Tea, leur indiquoit le'chemin
le poiffon faifoit. Au bout d'une bonne que
heure ils s'aperçûrent que le bois ne fe
mouvoit plus,d'ouilse conje@turerent
le poiffon commençoit à fe fariguer
dec
quil fe repofoit : il nagerent alors plus
vivement pour reprendre leur bois, &
l'ayant artrapé, ils attacherent le bout
de lac corde al'avant du canot. Le Négre
qui avoit harponné s'y tenoit pour don-
poiffon faifoit. Au bout d'une bonne que
heure ils s'aperçûrent que le bois ne fe
mouvoit plus,d'ouilse conje@turerent
le poiffon commençoit à fe fariguer
dec
quil fe repofoit : il nagerent alors plus
vivement pour reprendre leur bois, &
l'ayant artrapé, ils attacherent le bout
de lac corde al'avant du canot. Le Négre
qui avoit harponné s'y tenoit pour don- --- Page 297 ---
Frangoifes de rAmerigue.
de harpon, s'il en 1695.
ner un fecond coup commeil arrive affez
trouvoitloccalion, fouvent , & montroit avecle bout de fa
vared celuiqui igouvernoir le chemin que
le
prenoit, afin qu'il gouvernat
EEL de ce côré-li; car il n'étoit plusi
queltion. de nager, les deux autres Négres
étoient allis dans le fond du canot alin de
faire le contrepoids & fervir de left. Dès
quele poiffon fentit le mouvement de la
corde, il reprit la fuite, & entraînoit
après luile canot plus vite qu'un caroffe à
qui eft tiré à fix chevaux qui courent
toutesjambes. Ilfitce manége ençorependant cune heure. A la fin ils'échoua fur un
haut fond où les Négres acheverent de
l'affommer à coups de mafle. Le petit
avoir toujours fuivi fa mere, s'arrèqui
d'elle. Le Négre le harponna, >
ta il auprès fur pris auffi-tôt & mis dans le canot;
mais cemme la merç étoit trop groffe,
il lui lierent fortement leur ligne à la
naiffance de la queue & l'amarerent à
l'arriere du canot pour la conduire chez
leur maitre, où ils eurent befoin du fela tirer fur
cours des autres Négres pour
lefec. L'herbe dont ce poiffon fe nourrit eft Nourride huit à dix pouces, étroite, ture Laman- du
longue tendre & d'un allez beau verd.. tin.
poinrué, --- Page 298 ---
Nonveaux
aux Ifes
1695. On voit des endroits EEL la mer, dont
le fond eft comme une prairie. Les Tortués en mangent aufli. Il eft aifé de voir
quand ces animaux font en pârure,
ce que l'herbe qui leur échape en par machant ou enl la coupant vient au deffus de
T'eau.
PropricSi javois fçà que les OS des côtes du
tez des Lamantin étoient bons
les
côtes &
&
pour
hemodes OS ragies, pour les flux & pertes dei
des Lafang
je m'en ferois bien muni;
mantins.
mais je n'ai
fçû ce fecret que quelques années après
&je n'ai pas trouvé depuis une occafion
auflifavorable pour en avoir. On prétend
quele Lamantin a quatre OS dans la tête
qui font fpecifiques
la gravelle 8c
toe la pierre. Remter je n'en ai poine
d'experience, je n'en dirai rien. Souvent un remede ne réuffit
-
qu'il eftmal préparé, ou donné pas, dcontre- parce
tems. La graifle du Lamantin eft trèsbonne; elle fe refoud facilement en. huile
qui ne rancit jamais, & qu'on
à differens ufages.
employe
Je partis le Samedi 16. Avril deux
heures avant le jour. Monfieur Bouchard
quiavoit fait des préfens de fa pèche à
fes voilins , m'obligea d'en prendre
de cinquante livres, & me donna un Rz
gre pour l'apporter jufqu'au fond Saint
. La graifle du Lamantin eft trèsbonne; elle fe refoud facilement en. huile
qui ne rancit jamais, & qu'on
à differens ufages.
employe
Je partis le Samedi 16. Avril deux
heures avant le jour. Monfieur Bouchard
quiavoit fait des préfens de fa pèche à
fes voilins , m'obligea d'en prendre
de cinquante livres, & me donna un Rz
gre pour l'apporter jufqu'au fond Saint --- Page 299 ---
Françoifes de Amérigue.
263-- -
Jacques. C'étoit, comme on le peut 1695.
croire, du meilleur endroit, qui eft dele milien des côtes jufque fous le
puis ventre. Il eft certain qu'on ne peut voir
chair
blanche, plus tendre &
une
plus
plus délicate que celle-là. fond Saint Jacques un
Je trouvai au
le Sude nos Négres du Motillage,
&
envoyé m'y
adlentire
péricur avoit
Lettre.
fis
m'apporter une
Jy
réponfe
fur lec
& fis partir le Négre avec
dix livres RAaELS Lamantin
envoyai.
au fond Saint
Nous en mangeâmesà
A
Jacques. J'en laifé un morceau au Curé
de la grande Ance 5 je pris en paffant le
Pere Breton pour venir fouper avec mon
voilin Monfieur du Roi, & j'en envoyai
à Meflieurs Michel & Dauville.
Je trouvai à mon retourun malade auCétoit un
quel je ne m'attendois pas. deux ans , fort
jeune homme de vingt-d
fage & fort dévot, nommé Philippes
Roche, fils delaveuve de ce nom, 3 dont
de ces Méj'ai parlé au commencement
le culmoires. Depuis mon départ pour
de-fac de la Trinité 9 i avoit fait un
au Fort Saint Pierre, dont il
voyage étoit revenu chez fa mere quelques heuchez moi. Il fe
res avant
jarrivalle mal de tête & de
plaignoit 3 grand --- Page 300 ---
- 264 Nonveanx Poyager aux Ifles
1695. reins, limptomes ordinaires du mal de
Siam, mais on ne
ce le fitr, parce que pouvoirsimaginer depuis
de que
ans que ce mal regnoit dans près les fept
aucun Créole, c'eft à-dire,
Iles,
fonne née dans le pays n'en avoit aucune étéa pertaqué, Il commença dès la même nuit at- à
jetter du langenabondance parla
& par le ncz, > ce
ne daiffant bouche
de douter que ne ati le mal de plus lieu
l'avoit faigué au pied & au bras Siam, on
en même tems. Je l'allai voir aufi-tôc prefque
quei je fus saverti de fa maladie, &
me tout eft à craindre dans ce dangereux comla mal,jele confellai, réfolu de lui donner
Communion dès que
feroit celfé, Le foin fonvomiffement
& les remedes
qu'on eut de lui,
ne furent cependant
capables de lui fauver lav vie; mais fa pas
nelle jointe à une bonne confticution jeun'avoit point été alterée
qui
bauche, lui fit réfifter au par mal aucune déquinziéme jour qu'il mourut. Ila jufqu'au été le
premier qui ait réfifté G long-tems
en foit mort. Ce qu'ily eut de
& qui
dans ce malade, c'eft qu'environ particulier
heures avant de rendrel'elprit,
deux
Accident fembloit
fon
lorfquil
extraor- de
lui corps devoit être
dinaire
épui(é
en
(ang, arT
vint une fueur
dansun & fi abondante, qu'ilfembloit fiforre
qu'on lui
piquoit
ier qui ait réfifté G long-tems
en foit mort. Ce qu'ily eut de
& qui
dans ce malade, c'eft qu'environ particulier
heures avant de rendrel'elprit,
deux
Accident fembloit
fon
lorfquil
extraor- de
lui corps devoit être
dinaire
épui(é
en
(ang, arT
vint une fueur
dansun & fi abondante, qu'ilfembloit fiforre
qu'on lui
piquoit --- Page 301 ---
RPJCB --- Page 302 ---
Tomapeg.a6s.
Rameau de
Goiamer.
à
Gorane. --- Page 303 ---
Frangoifes de TAmerigise. 265--
tout le corps avec des aiguilles ; 1695.
piquoit
fang fortoit commcj.une
car non feulemenrle dans les fueurs ex- homme
l'eau fort des
il jalliffoir comme arraqué du mal
traordinaires, PoNSE
elle vient de Siana:
il jaillit de la veine, la lancette; quand ce noud'ècre piquée avec
remarquéqu'en
veau miaptomequeienair donna mariere à nos
ce feul homme, faire bien de raifonnemens,
Efculapesde
leurs remedesl'avoient
aufli inutiles que
étéà ce jeune homme.
CHAPITRE XIV.
du Cerifier e d'un petit
Du Goyavier, appellé Titiri OH Pifgact.
poifon
ne
comment jai differé jufqu'à
1 Er fçai parler des Goyaves , qui eft
J prefentàt fruit très-b bon, & ficommun dans
un
qu'on en trouve par
toute l'Amerique, & fouvent où on ne voudroit pas Deferiga
tout,
voudroit,
tion de
& plus qu'on en
vient ME la vc. Goya:
F'arbriffeau quile o
tombe, &
ment par tout Fare graine les (avannes. Ce
de tems
rempliten fruit PRUEISL allez à la pomme de raiqu'il a une couronne à
nette, excepté comme celle de la grenade,
peu près
M
Tome II. --- Page 304 ---
266 Nowveanx Yoyaget Anx Ies
1695. far le bout oppofé: al la queué. Son écorce
paroit unie & douce > quand on la regarde de loin, mais on la trouve rude
& pleine d'inégalitez lorfqu'on la confidere de plus près. Elle a trois lignes ou
environ dépailleur, quand le fruir eft
encore verd, & un peu davantage lorfqu'il a toute fa maturité. Elle renferme
une fubftance rouge ou blanche, felon
la qualité ou l'efpece du fruit. Cette
fubftance avant d'ètre mûre eft dela confiftence d'une pomme ou d'une poire verte, mais elle devient comme le dedans
d'une ncfle bien mûre, quand elle a toute
fa maturités Cette fubftance renferme &
eft mélée d'une quantité de petites graines blanches ou rougeâtres, fort inégales
& raboteufes, de la groffeur d'une
ne de naverte, fi dures qu'elles ne diE
gerentjamais.) Les hommes@eiesaningaus
les rendent comme ils les ont pris, fans
que la chaleur naturelle ni le ferment de
la digeftion y ayent fait aucuneimptellion
ni pu éteindre ou mortifier leur germe.
De-là vient
les animaux qui en ont
mange, les endent avec leurs excremens dans les favannes ou prairies oùt ils
toute l'années ils prennent racine,
ptarg & produifent des arbriffeaux qui
couyriroient & gâteroient enticrement
eiesaningaus
les rendent comme ils les ont pris, fans
que la chaleur naturelle ni le ferment de
la digeftion y ayent fait aucuneimptellion
ni pu éteindre ou mortifier leur germe.
De-là vient
les animaux qui en ont
mange, les endent avec leurs excremens dans les favannes ou prairies oùt ils
toute l'années ils prennent racine,
ptarg & produifent des arbriffeaux qui
couyriroient & gâteroient enticrement --- Page 305 ---
Frangoifes de PAmerique.
267les favannes G on n'avoit pas foin de les 1695.
arracher. des
de plufieurs elpe- Deux efIl y a
Goyaves connuès font les blanches & peces Goyaves. de
ces, les plus
de la
de toules rouges. La couleur
c'eft-à-dire, peau
tes les deux eft la mème, foient mûres, &
vertes avant qu'elles
elles le iont.
d'un jaune de citron quand
& les
Mais les unes ont le dedans blanc,
autres l'ont rouge 5 ou pour parler plus oll
jufte de couleur de chair. Les fontde graines la coupepins qu'elles renferment
leur de la pulpe. blanches font
déOn dit que les
plus des
licates que les rouges. infnité J'ai mangé de fois,
unes & des aucres une
elles
fansy trouver de difference même quand de,
fe font trouvées dans un
degré aul
maturité, & dans la mème expofition fruitsd'un Remara
foleil. Car ileftcertain que bonté, les
felon 1 bonté fur
mème arbre different du côré en du midi ou dudaiuits.
quils font placez
mûtiffent
fepsentrion: que les leur premiers fuc plus cuir &
bien micux, & ont des feconds. Cette
plus épuré que celui encoredansle: emèdifferencefer remarque
me fruit, dont le côré qui eft continuellement expofé au foleil, eft toujours plus eft
coloré & meilleur que celui qui n'y
pas expofé,
Mij --- Page 306 ---
Afx ifes
a 268 Nowveaux Vayages les Goyaves, ou
1695. L'arbre qui produit
le Goyavier, eft plurôr un arbrilleau eût
Defciip- qu'un arbre. Je n'en ai point vû qui
tion du
de fept à huit pouces de diamettre,
Goya- vicr. plus L'écorce ett grile avec de petites taches
brunes, elle eft fort mince, > & fort adhe- fur
que l'arbre eft
rente aubois elle pendant fe détache aifément, fc
pied, mais
fend & fe roule auffi-tôr qilentabban.
Lebois eftgrifatres fes fibesfontlongues, ce
fines', prelices, mèlées & Hexibles,
le rend coriace & difficile à couper.
qui Sa feuille eft pointué par les deux bouts,
affez
trois fois pluis longue que large, d'un
bien nourrie, rude au touchet,
verd pâle : elle eft traverfée de beaucoup beaude nervures. Cet arbriffeau pouffe de feuilles
debranches,8 quanriré
coup
rotijours Aeurit couplées. deux fois l'année. Sa Aeur
reflemble il
affez à une Aeur d'oranger eelle elt blanche, elle a une
panoiie odeur fort ; douce & agréable, mais beaumoins de conlitence que la Aleur
coup d'orange;i il porte du fruit en abondance. dans
Comme on trouve de ces arbres andli dans
tous les endroits, on trouve de leurs fruits
les faifons de la maturité
affemdes oifeaux de toute elpece quisy
blent pour les manger. Lçs perroquets,
affez à une Aeur d'oranger eelle elt blanche, elle a une
panoiie odeur fort ; douce & agréable, mais beaumoins de conlitence que la Aleur
coup d'orange;i il porte du fruit en abondance. dans
Comme on trouve de ces arbres andli dans
tous les endroits, on trouve de leurs fruits
les faifons de la maturité
affemdes oifeaux de toute elpece quisy
blent pour les manger. Lçs perroquets, --- Page 307 ---
Frangoifes de PAmerigne.
les periques, lcs Aras, les ramiers, les 1695*
merlesrechetehente ces fruits, en mangent
quanrité & s'en engraiffent extrémement
Onet fir de ne pasi manquer de grivesou
rourdes quand lés Goyaves font mûres,
car elles en font fort friandes & fi gourmandes, qu'elles chaffentà grandscoups
de bec les autres oifeaux. Ceft pourlors
en
fans fe donqu'on en prend de les quantité, tirer : cette chaffe eft
ner la peine
font des attrapes avec
pour les enfans,ils
bien
un crin de cheval & une Goyave Nous
mûre, & en prennent en quantité. de
avons des grives de deux fortes,
fes & de noires, celles qui ont les
-E
font toujours les plus gralles, &
jaunes
les
délicates,
parconféquenti Ce fruit eft fi ralan qu'on le
man- Proptie- tez de la
état
foit, Ranec crain- Goyave.
ger en quelque
quil Si on le mandre d'en être incommodé.
& fi on le
ge verd il refferre le ventre 3
mange bien mûr ille lâche.Ses bourgeons
boiillis avec un peu d'orge & de regliffe 1
font une tifanne excellente pour la diarée,
&c même pour le Aux de fang loriqu'il
n'eft pas trop inveteré.
ma- Differers
On mange ce fruit en plufieurs
tes manieres. Lesfemmes, dontle goût eft or- nieres fervit de
dinairement dépravé, l'aiment mieux fe de co
verd que quand il eft mûr. Je me fuis fruis
M 11) --- Page 308 ---
Nowveaux Vayages ANx Res
1695. trouvé quelquefois dans des maifons, où
cinq ou fix femmes ou filles Créoles faifoient collation : je regardois avec étonnement comment elles pouvoient manger des Goyaves vertes, des cannes de
fucre, des oranges, des melons d'eau &
des : ananes, & tout cela fans pain, fans
vin & fans crever. Eft-ce la bonté des
fruits ou celle de leur tempérament
les confervoir?
qui
Goyaves
J'ai mangé des Goyaves cuites au
four. cuites au & devantle feu, comme on fait cuire four des
pommes, avec un peu de fucre. Cette
maniere quin'eft pas des plus ufitées ne
laiffe pas d'être fort bonne.
Goyaves La maniere la plus ordinaire de les
mangées crués, commoder, eft après les avoir pelées ac- legerement, de les couper
tranches &
lesmettre pendant une PACRSES heure dans
le vin avec un peu de poudre de canelle.
Deux
Onles met en compote en deux façons.
fortes de La premiere eft aprèsles avoir
leresd: compo. gerement de les faire bouillir dans pelées l'eau
Goyaves, claire,) jufqu'à ce qu'elles foient à demicuites, > après quoi on les retire & on les
fait égourer, On les coupe alors par moitiez ou par quartiers, & on acheve' de les
faire cuire dans un firop clarifié & de
peu de confiftence, > dans lequel on met
un peu de canelle en bâton.
es de La premiere eft aprèsles avoir
leresd: compo. gerement de les faire bouillir dans pelées l'eau
Goyaves, claire,) jufqu'à ce qu'elles foient à demicuites, > après quoi on les retire & on les
fait égourer, On les coupe alors par moitiez ou par quartiers, & on acheve' de les
faire cuire dans un firop clarifié & de
peu de confiftence, > dans lequel on met
un peu de canelle en bâton. --- Page 309 ---
Frangoifes de Ambrigut.
L'autre maniere eft de les vuider après 1695.
ôter toutelapulpe
les avoir pelées, fait botillir dans du
& les
ORIRE
fucre clarifié graines. cette pulpe 8 ces graines., la chair
pendant qu'on fait cuire à demi enfuite
du fruit dans l'eau claire. On paffe
ont
le fucre oà la pulpe & les graines les
botilli, dans un linge, & on
prelle
tout le fuc,& on acheve
Seran faire en exprimer cuire! les Goyaves dans ce fucavec
de canelle. Cette compote eft
un bonne, peu elle eft pectorale; on en donne
aux malades.
Gelée-de
On fe fert encore des Goyaves pour Goyaves
faire de la gelée. Pour cet effet on fait
boiillir les Goyaves pelées &
ce qu'elles
eSE
pat morceaux, confommécs, jufqu'à & qu'il refte peu
prefque d'eau. On les preffe pour lors dans un
linge pour en exprimer tout le fuc,qu'on bien
acheve de faire cuire dans in firop
clarifié, & de la confiftence neceffaire. d'amOnyjette quelques le goutesd'elfence recirant de delfus le
bre ou autre ; en
il prend la confeu & en refroidi(fant, Si on veut lui donner
fiftence de couleur geléc.
il n'y a qu'ay
une belle
de rouge, ou de jus d'ozeille
mêler un peu
firop
de raqueites.
de Guinée, ou de pommes
faire
Enfin on fe fert des Goyaves
M pirt --- Page 310 ---
272 Nowueaux Yoyages aux IRes
1695. des pâtes & des candis, 3 comme on fait
desautres fruits.
Le bois du Goyavier eft très-bon à
brûler. Ilfair un feu vifa & ardent, & dure beaucoup. On en fait auili d'excellent
charbon pour les forges.
Tous les pais qui font fituez entre les
deux tropiques n'ont que deux faifons ;
celle desp pluyes, & celle de la fécherefle.
On regarde a la premiere comme
Deux & la lcconde comme l'été, Il feroit Thyver,
faifons à propos à mon avis de
la
partaprendre
CARLS
genr des pluyes comme un printems où la naFannée. ture fc renouvelle, & celle de la fécherefle comme un automne, 3 où les moif
fons du fucre, du cacao & des autres fruits
font plus abondantes & meilleures. Du
zefte la chaleur eft à
près égale.
Dans les Pays qui rap fituez au Nord
de la Ligne, comme font les Antifles,
Jespluyes commencent dans le milieu ou
au plàtard à la fin du mois de Juiller &
durent jufqu'au mois de Decembre. Ce
n'eft pas à dire qu'il pleuve continuellement pendant ce tems-là: mais il ne fe
de jours qu'il ne pleuve,
les grains fe fuivent de
ERET
près, durentlong- tems & tombent avec violence.
Les éclairs & letonnerre les accomPagnent fouvent, fur tout à S. Domin-
comme font les Antifles,
Jespluyes commencent dans le milieu ou
au plàtard à la fin du mois de Juiller &
durent jufqu'au mois de Decembre. Ce
n'eft pas à dire qu'il pleuve continuellement pendant ce tems-là: mais il ne fe
de jours qu'il ne pleuve,
les grains fe fuivent de
ERET
près, durentlong- tems & tombent avec violence.
Les éclairs & letonnerre les accomPagnent fouvent, fur tout à S. Domin- --- Page 311 ---
Françoifes de PAmbrigut. 273 1695.
ils font effroyables. Mais quoique
gneoi
foient incommodes pour ceux
cesplayes
ou
ont du fucre
qui font en campagne qui avoier que ce
à faire, il faut pourtant les terres fertiles.
font elles qui rendent
grains font
Eneffet dès que les premiers 8c fe retombez, on voit tout reverdir
de
nouveller. Les favannes dépoillées avoit
leur verdure
la fécherelle qui
grillé les enter de maniere qu'elles
roiffoient plurôr desfables arides que Recs
prairies, le couvrent d'herbes en herbes moins
de vinge - quatre heures, & voit ces les arbres
croiffent à vûé d'cil. On
mefure
poulfer de nouvelles feiilles à
&
qu'ils laiffent tomber les-anciennes,
on fent dans l'air une fraicheur contre- agréable. Maistous ces avantages oû l'on font eft d'efbalancez par la crainte n'arrivent jamais
fuyer des ouragans faifon: qui c'eft-à-dire, ainfi
que dans cette expérience l'a confirmé s
qu'une longue
de Juillet jufqu'aus
depuis le vingriéme
quinziéme d'odtobre. les
ont commenAufli-tôt que
pluyes des rivieres
céon trouve lesembonchures font aux environs
& soutesles roches qui
d'une infinité
ou dans leur lit , couvertes
qui
de petits poiffons de toutcs efpeces,
& gueres plus gros
ne lont pasplusgrands
M v --- Page 312 ---
274 Nowveanx Voyages anx IRes
1695. que de grolles épingles. Il faut que dans
ce teis - là les poiffons de mer & d'eau
douce ayent laiflé aller leurs ceufs, qui
étant éclos s'attachentà toutes les roches
qu'ils trouvent aux embouchures des rivieres, la nature leur ayant donné l'inf
tinét de fe retirer dans ces lieax de fureté
ou les
poiffons ne fçauroient les aller
Ceftefecivemente dans ce temsSlenerer
liqu'on trouve le plus grand nombre de
poilfons àla côte.
Onappelle ces petits poiffons du nom
de Titiri, à la Martinique. Je croi que
Titiri ce terme eft Caraibe. On les nomme
Pi:
à la
Pifou 1"E. guet,
Guadeloupe. Ils'en trouve en
rini, quelques endroits de la Mediterranée.
tit rdi Les Italiens
fon. Sa
les appellent Lattarini. On
péche. en trouve quatre ou cinq jours devant &
autant de jours aprèsles pleines lunes des
mois de Juiller, Août, Septembre &
Oétobre. Dansles premiers jours ils font
blancs comme neige,
à peu i's grof.
fiffent &c deviennent a & ne font plus
fi délicars.
La pèche en eft fort facile. Quatre
perfonnes prennent un linceul chacune
par un coin, 2 & le tenant étenduelles le
paffent fous l'eau, où pour parler
jufte entre deux eaux. > aux endroits C.tu ils
voyent formiller une plus grande quan-
Septembre &
Oétobre. Dansles premiers jours ils font
blancs comme neige,
à peu i's grof.
fiffent &c deviennent a & ne font plus
fi délicars.
La pèche en eft fort facile. Quatre
perfonnes prennent un linceul chacune
par un coin, 2 & le tenant étenduelles le
paffent fous l'eau, où pour parler
jufte entre deux eaux. > aux endroits C.tu ils
voyent formiller une plus grande quan- --- Page 313 ---
Françoifes de PAmbriqne. 275
tité de ces poilfons, & s'élevant en l'air 1695.
ils en prennent des milliers. Lorlquilsfe
tiennent au fond de l'eau, il n'y a qu'à
marcher dans la riviere pour les faire lever, & palferle linceul
deffous.
Ileft encore plus facile Se prendre ceux
qui s'attachent aux roches s. 5 ohjen ai vû
quelquefois de lépaiffeur d'un pouce :
car on n'a qu'à les faire tomber avec la
main dans un coiiy
l'on tient deffous.
L'abondance & 1: délicateffe de ce Difiras
poillon, fait que tout le monde en man- tes nieres ms- a
ge; & il n'eft pas befoin de grands
le rendre de bon goût,
OrRRTe
pièts pour fouvent de le faire cuire dans
contente Feau avec du fel, du piment, & un boude fines herbes, Ilny a ni écailles 3
Rer ni arrètes à craindre, il
fors
beurre avec foi, car
quoiqu'il Eorpe petit,
ilne laiffe pas d'être gras. deux
avec
On le met aufi entre
plars
un peu de beurre frais, des herbes fines,
du poivre, du fel & desécorcesd d'oranges
& quand on ett prèt de fervir on larrole
dune faulce liée avec un jaune d'auf8c
du vinaigre, & on rappe delfus un peude
mulcade.
en biQuelquefois on Taccommode
gnets. On prépare une pâte claire pendant
qronletrempe dans-I l'eau boiillante,8
M V --- Page 314 ---
276 Nowveaux Toyages anx Iles
1695. qu'on le laiffe égoûrer. Après
prend avec une cuiller à
quoion en
qu'on prendroit d'une peu près autant
rouelle. On le
pomme coupée en
le jetre dans le trempe beurre, danslat pâre, & on
huile ou faindoux
botillant, oi on acheve de le cuire.
Quelques perfonnes fe contentent
ileft forti de l'eau botillante
quand
de le rouller dans la flcur de & égoûré, >
de le frire. Ilfe met en petites farine, boulettes &
fin quel'on de mange avec le jus d'orange. Enmode ileft quelque maniere qu'on l'accomtodjours très-bon,
& tres-nourriffant.
très-délicar
Comme la faifon des pluyes eft le vrai
tems du jardinage - >
à la
Cerifier, terre chercher
j'envoyai
Baffe
Sa def pour les planter quelquespieds dans
de cerifiers
eriprion, & de fon. vois foin de
de monj jardin que j'adruit, bres& de remplir toutes fortes d'arble affez plantes. Cet arbriffeau reffemau Grenadier, lel bois elt gris, il
jette beaucoup de branches bien
de feiilles, prelque de même figure chargées &
couleur que celles du Grenadier, mais un
E deux plusgrandesse fois
moins épailles. Il fleuviennent
chaque année. Ses fleurs
pofées de par bonquets. elles font comcinq petites feiilles blanches,
qui font une elpece de calice, dont la
capacité éft toute remplie de petits flets
plantes. Cet arbriffeau reffemau Grenadier, lel bois elt gris, il
jette beaucoup de branches bien
de feiilles, prelque de même figure chargées &
couleur que celles du Grenadier, mais un
E deux plusgrandesse fois
moins épailles. Il fleuviennent
chaque année. Ses fleurs
pofées de par bonquets. elles font comcinq petites feiilles blanches,
qui font une elpece de calice, dont la
capacité éft toute remplie de petits flets --- Page 315 ---
Frangoifas de PAmerigue. déliées 177 1695.
étamines blanches, douces &
ou comme de la foye : d'une odeur fruit approchante de celle de jafmin. Le
qui
fuccede à la Acureft un P iNe des gros griot- que
les cerifes quon appelle couleur. Sa quetie eft
tes, & de mème lui eft oppolé n'ef
courte 5 le côté qui
avecun petit
pas rond, maisun peuplar , Ce fruit n'a
cnfoncement dans le milicu.
point de noyau, mais il a en fa place d'une une
clpece de cartillage comme ailerons le zeft d'une
noix compolé de fix petits fur trois
ligne & demie de largeur de
&
n'a
plus
aae
de haureur, qui pas des noix quand
de folidité
les zefts
ctieillies.
elles font I & fraichement allez de
Le goût de ces cerifes maisil approche faut pourcels
celui des griortes, foient bien mâres, car quand
qu'elles
manque, elles font fort
cette qualitéleur
acides. On Ies confit comme Ies cerifes d'Eu-
& on en fait de la gélée; criies
rope,, cuites elles font toujours fort bonnes
ou
& fort faines.
Pon peut tailler pref
Cet arbriffeau
vient de bouture ou
commel le
agsr
graine eft levée,
T graine: depuis quelag
il ne faut
ou quel la bouture éft reprife, le voir rappots
que huit à neuf mois pour
ter du fruit, --- Page 316 ---
278 NarteanxY'ayager anx Ifes
1695.
CHAPITRE XV.
Deftription dun onragan. Maniere de
mariner les Ramiers.
eut cette année dans nos Mles un
qui fur desplus extraordinaiTirens
res. Jal déja remarqué qu'ils n'arrivent
que depuis le vingtiéme de Juillet juf
qu'au quinziéme d'odobre.Jecroi pourtant que cette régle n'eft pas fi générale
ni fi bien établie, qu'il n'y puilfe avoir
quelque exception &c queiquc
ment
change5 Car ellen'eft fondée que far la remarque qu'on a faite depuis que le paiseft
habiré par les François qu'ii n'en eft jamais atrivé avant le vingtiéme de Juillet,
niaprès le quinziéme d'Oétobre: de forte
qu'avant & après ces deux termes on fe
eroit dans une entiere fureté.
Tempète On entend parle mot d'ouragan une
euragan appeliée tempête Otl vent imperueux qui fait tour
le tour du compas 5 c'eft-à-dire qui
court & qui fouffle de tousles points Ede
l'horifon ales ansaprèsles autres : de forte
que ce qui a éré ébranlé quand il fouffloit
d'un côté, eft emporté, arraché ou démoliquandilfoulle delap partie oppolée.
une entiere fureté.
Tempète On entend parle mot d'ouragan une
euragan appeliée tempête Otl vent imperueux qui fait tour
le tour du compas 5 c'eft-à-dire qui
court & qui fouffle de tousles points Ede
l'horifon ales ansaprèsles autres : de forte
que ce qui a éré ébranlé quand il fouffloit
d'un côté, eft emporté, arraché ou démoliquandilfoulle delap partie oppolée. --- Page 317 ---
Franoifes de PAmbrigue. 279 1695Il ne dure
l'ordinaire
force vinge- ne
AEhK : & fa
douze ou
TLTE
Em: fait reffentir que pendane n'eft
quinze heures au plus, ce très- grands que
faire
Sna
trop foffifant pour
délordres.
précedé par un
Il eft ordinairement ciel ferain & un tems
grand calme, Peu un à
Phorifon fe charge
fort doux.
devient peu
comme On
de nuages, &
gras, enfuite la mer
parle dansle pais; fente o1 voit le moindre vent.
brifer fans qu'on dansune
d'inOn voit les oifeaux
efpece
qui volent de tous côtezy qui
quiétude
des maiions & des falailes
sapprochent s'ils cherchoient des endroits
comme fe mettre en ffreté. Les bètes à
pour
s'affemblent & femettent en
quatre pieds
dit qu'elles font quand
trospescommejaid
d'un trembleellesfentent les approches elles
des pieds
ment de terre,
frappent fort rte d'effroi.
& meuglent avec quelque & fouffle enLe vent'fel leve peuip peu, extraordinaire.
fin avec une impétuolité de pluye, on
Qpand il eft accompagné davantage,
a fujet de craindre
la terre qui
iadaese
que l'eau humeétanr
le manioc & les
les arbres, les cannes, font fur la terre, la rend
autres chofes qui
plus
molle, & donnent par conféquent --- Page 318 ---
280 Nonteaw-Toyages aux Tfles
1695- de facilité au vent de les arracher, que
quand leterrain eft fec, & par conféquent
plus ferme. On avoit prétendu jufquialors
que quand il fait de grands coups deton- ceffer
nerre il diffipoit le venty & failoit
le
l'orage; cependant on remarqua tout
contraire cette année.) La faifondes pluyes
étoit venue de fort bonne heure 2 il avoit
plà à ourance, & il lavoit tonné effroyablement quantité de fois, de forte qu'on
fe croyoit exempt d'un ouragan. de Mais force
la pluye recommençaavec plus deuxiéme
que de coûtume le Dimanche furieux
Oaobre, méléede grainsde vent
elle
avec de grands coups de tonnerre.:
dura ainfi fans prefque difcontinuer jufqu'au Vendredi fepriéme qu'elle cella
tout à coup fur les fix heures du matin.
Nous crlimes alors que tout étoit fini,
& je me préparois à remettre mon Eglife
en étardy dire la Meffe. Car dèsle Lundi F'apparence d'un ouragan me faifant fût
craindre que le comble de l'Eglife ne
toute la nef & une
emporté > parce que
fermées
partic des Chapelles n'étoient
des baluftres fans contrevents,
javois que par à tout hazardretité le Très-Saint
Sacrement du Tabernacle, &je Pavois
été
ferré le plus décemment quilm'avoit
pofible dans une grande armioire que
Meffe. Car dèsle Lundi F'apparence d'un ouragan me faifant fût
craindre que le comble de l'Eglife ne
toute la nef & une
emporté > parce que
fermées
partic des Chapelles n'étoient
des baluftres fans contrevents,
javois que par à tout hazardretité le Très-Saint
Sacrement du Tabernacle, &je Pavois
été
ferré le plus décemment quilm'avoit
pofible dans une grande armioire que --- Page 319 ---
Françoifes de l Ambrique. 281
javois couverte avec un tapis, &
def- 1695avec une toile cirée bien
J'aARES
fus
vois fait contrebouter l'armoire avec de
bonnes pieces de bois, & J'avois ajufté
des planches) -
pardallis.afin que.ile comble venoit à tomber, il n'arrivât aucun
accident à ce quejy avois renfermé. J'é
tois donc prèt à remettre toutes chofesen
leur placc, &j/avois déja fait appeller
mon Sacriftain quand jentendis que le
vent recommençoit à fouffler avec
de
encore fait.
oaz
violence quiln'avoit
lors on ne doura plus que nous n'euflions
un ouragan de vent dans toutes les formes, après avoir effuyé un déluge d'eau
avec beaucoup de vent & de tonnerre les
cinq jours précedens. Je me retirai dans
ma maifon 5 mais mon voilin M. du Roy
m'envoya prier d'aller paffer le mauvais
tems avec lui, parce qu'il me croyoit
plus en fûreté dans fa maifon que dansla
mienne. Il fallut monter à cheval
rendre, 1
& m'y tenir en
emnoitEmt
lecol m'y du cheval, fans quoi le vent m'auroit emporté. Je n'aurois pourtant
de voiture
faire un
ENs
pris
pour
trajet
viron trois cens pas qu'il y avoit de ma
maifon à la fienne fi le chemin avoit été
pratiquable; mais la favanne quoique fort
élevée 88 fort en pente, étoit comme une --- Page 320 ---
282 Nouveaux Veyages aux Hfes
1695. mer, où les élevations du terrain paroiffoient comme de petites Ifles, tout le
refte étant couvert de plus de deux
d'eau qui couloit comme un torient. geis
rivaientin chez mon voifin, & jy
le tefte de lajournée & toute la nuit. paffai Mes
gens fe baricaderent de leur mieux dans
ma maifon. Le fort du vent commença
fur cles deux heuresaprès midi par le
il vint all Sud-Oiift, puisà l'Oieft, Sud, il
fautaan Nord furles fept heures, & achevale tour du compas avec la même violence fur les quatre henres après minuit,
à cc qu'on me dit, car je m'étois mis
dans un hamac far les dix heures, où je
m'endormis fi bien que je ne fentis &
n'entendis rien derour ce qui fe pafloit;
je ne me réveillaique furles cing heures,
quand tout étoit prefque achevé. Il eft
vraique de tems en tems le tonnerre me
faifoit treffillir, & que je me réveillois
quelquefois en forfault, quand le changement du vent faifoit trembler & craqueria maifon plusquillordinairesr mais
je me rendormois dans le moment, ce
qui fit dire à tout le monde que j'avois
peut être étéle feul de toute
dormi
Hifequieie
pendant cette efroyable nuit.
Le vent & la pluye durerent encore
jufqu'à ineuf heures, mais d'une'maniere
me
faifoit treffillir, & que je me réveillois
quelquefois en forfault, quand le changement du vent faifoit trembler & craqueria maifon plusquillordinairesr mais
je me rendormois dans le moment, ce
qui fit dire à tout le monde que j'avois
peut être étéle feul de toute
dormi
Hifequieie
pendant cette efroyable nuit.
Le vent & la pluye durerent encore
jufqu'à ineuf heures, mais d'une'maniere --- Page 321 ---
Frangoifes de PAmbrigue. 283
ne
rien en 1695.
moderée, ce qui
paroillar avoit reffenti
comparaifon de ce quon T'horifon fut clair
pendanr la nuit. A midil ordinaire d'Eft
de tous côtez. Le vent & le
tems
commença à foufler,
plusbeau affreux
du monde fucceda au des plus années. Mais que
l'on eàt vû depuis bien
infinis que
il ne repara pas les caufé. dommages C'étoit une chofe
Y'ouragan avoit de voir les arbres abbatus les
pitoyable
ceux qui étoient deuns far les autres fans > fetilles 8 fans branmeurez far pied & les maniocs arrachez,
ches, les cannes
ruinées, les maifons
les cacoyeres prefque
les chemins
renverlées ou endroits découverres, les pius unis réduits
rompus : les
les anien fondrieres 8 en ravinages: étoient devemaux les plus domeftiques avec effroi
ils regardoient
nus fauvages, & fembloient ne plus rede tous côtez, les lieux oû ils étoient tous les
connoitre
ils n'étoient plus
jours, 8c veritablement car on ne pouvoir rien
reconnoiflables,
voyoit de
ajolirer à la défolation conferva qu'on mon Eglife
tous côtez. Dieu
extrèmements
laquelle je craignois aufli-bien que ma maiERerE en fut quitte
d'effentes
fufon pour quelques rangs les
faiavec
planches
rent emportées
fouffrit beaucoup,
tage. La Cabefterre --- Page 322 ---
284 Nowveaus Yroyages anx Mes
1695. mais ce fut encore toute autre chofe à la
baffe-terre & au fort Royal. Notre Couvent du Molillage qui en ce tems-là in'étoit que de bois, & fort vieux,
être emporté par une ravine d'eau penfa qui
tomboit du morne au pied duquel il étoit
bari:il farprefque entierement découvert
aufi bien que fEglife.
Pendant que le vent étoit àl'Oieft il
fit tellement enfler la mer & la porta avec
tant de violence contre la terre, qu'elle
une batterie de huit canons
SeROTT à l'embouchure de la riviere Saint qui
Pierre, elle ruina une partie des muraillesduFort, les logemens du Général,
avec l'angle du côté de l'Oieft Six ou
fept vaiffeaux & quantité de barques vinrent à la côte, oi la plipart furent mis
en picce. Toute cette grande &
ruE qu'on appelloitla Gallere, de longue plus de
fepta à huit cens pase delong, > fut rellement
ruinée qu'on ne
pas connoitrele
lendemain les
oà i y avoit eu des
ceti
maifons, tant la mery avoit apporté OLE
découvert de groffes roches. De toutes
les maifons qui formoient ce quartier, il
n'en refta
trois ou quatre, 3 avec le
magazin de T Compagnie de Guinée,&
un autre qui ayant de gros murs en forme
d'éperons pour foutenir les terraffes qui
ruinée qu'on ne
pas connoitrele
lendemain les
oà i y avoit eu des
ceti
maifons, tant la mery avoit apporté OLE
découvert de groffes roches. De toutes
les maifons qui formoient ce quartier, il
n'en refta
trois ou quatre, 3 avec le
magazin de T Compagnie de Guinée,&
un autre qui ayant de gros murs en forme
d'éperons pour foutenir les terraffes qui --- Page 323 ---
Frangoifts de PAmerigue.
Etoient devant leurs portes > rompirent 1695.
la violence de la mer, & fe garantirent
ainfi de fa fureur & de fon impétuofité.
Il me femble avoir déja remarqué que
la a
des arbres de l'Amerique font ont
racines en terre 2 & qu'ils ne dont
peu
ThEm
ioûtenus
par de grandes cuiffes fur
les CeRtStO femblent plutorramper fuftifamment
la terre que d'y de pénetrer la nourriture ; en
E9et y elles prendre n'y entrent pas de la profondeur d'un pied. Il y avoit une infinité avoit
d'arbres de cette forte que le vent far le côté
arrachez, qui étant renverfés murailles, tant ces
faifoient comme des de terres entre les
grandes cuiffes remplies étoient droites & haufentes des racines étonnement des arbres
tes. J'ai vû avec
de diamettre coude plus de deux pieds
de
pez par la moitié, & emportezaphs
mille pas du refte deleur tronc. il fallut
La preniere chofe à laquelle des chemins.
penfer, fut la réparation à travailler,
Ma Paroife eut beaucoup les habitations
parce que prefque toutes des autres
des
étant (eparées) les unes
par
rivieres ou
des ravines extrémement
avoit tellement gâté profondes Far pluye
étoient im-
& dégradé les chemins > quils
prariquabiles
- --- Page 324 ---
286 Nowveaux Yoyages aux IRes
1695. Touclebien que produifit cet ouragan
à ceux qui n'avoient
grand'chole à
perdre comme moi, ictP que pendant la
pluye
préceda.louragan, les endroits
des VERIEN & des jardins qui n'étoient
pasinnondés, étoient couverts d'une infinité d'oifeaux de mer & de
comme
riviere,
canards fauvages, poules d'eau s
pluviers, cercelles & allotietres de mer
qu'on tuoit par les fenêtres en telle quantitéqu'on vouloir.
Monj jardin fouffrit un peu de ce mauPrécau- vais tems, mais beaucoup moins
tion
n'auroit fait fans la précaution
vois eu de mettre
T
Zonuer
quatre ou cinq
ver. les àla
peaities
naiffance des branches des
arbres je voulois
arbres
fruitiers.
conferveravec plus de foin, 3ac
d'amarer les boutsà des piquetsquejavois
faitenfoncer bien avant en terre. Le vent
faifoit ployer les arbres, mais les cordes
les foutenoient de forte que je n'en perdis
aucun.
Le Dimanche 9. Oétobre > je dis la
Meffe allez tard, pour donner le tems i
mesParoifliens
les chemins desaflembler, 2 parce que
ne permettoient pas
pir aller à cheval, ni qu'on marchât qu'on fort
vite.
qui Oifeaux Nous nous apperçûmes ce
tent Te paffoir
jour-là qu'il
Martinibeaucoup d'oifeaux comme
que,
per-
foutenoient de forte que je n'en perdis
aucun.
Le Dimanche 9. Oétobre > je dis la
Meffe allez tard, pour donner le tems i
mesParoifliens
les chemins desaflembler, 2 parce que
ne permettoient pas
pir aller à cheval, ni qu'on marchât qu'on fort
vite.
qui Oifeaux Nous nous apperçûmes ce
tent Te paffoir
jour-là qu'il
Martinibeaucoup d'oifeaux comme
que,
per- --- Page 325 ---
Françoifes de Amérigne. 287 1695.
ramiers & autres > qui
roquets > tTErE roure de la Dominique, 2
prenoientl
du Macouba que de
de
n'eft éloignée
- les tourterelles &c
lieués. Les perdrix > aufli le mème cheles ortolans prenoient ils avoient un peu volé
min; mais quand ilsrevenoient vers la terre fi
fur la mer,
tomboient fans
las & fi fariguez qu'ils de forte
avoirla force dc fe relever,
moi-mé- qu'on
les prenoir à la main. J'en E prodiguet
C'auroit
me quelquesuns. de les tirer dans ce tems-là.
fa poudre que obligeoir tous CCS oifeaux
Laraifon qui
eft
ne trouà changer de demeure, dans qu'ils les bois pour
voient plus de graines
fe nourrir. Ceux de nos quartiers àl la
en trouver
croyoient apparemment eft la terre la plus voiDominique > qui
fine, & ceux de lal Dominique penfoient de forte
en trouver dans nos quartiers, vimes des
quelejour faivant nous
de nuages
de ramiers, de perroquets &
grives
venoient de la Dominique ou qui en
revenoient qui
fi abbatus par Ia faim & par la
- uns tomboient
farigue, , que d'autres quelques fur le fable, d'autres
dans la mer,
& d'autres enfin
dans nos favannes, la force de fe tenir fur et
n'avoient branches des pas arbres oàils fc pofoient en
arrivant. Nos habitans fe vangerent fur --- Page 326 ---
288 Nowveaux Yoyages aux Iles
1695. ces pauvres oifeaux des dommages que
l'ouragan leur avoit caufé, ils en firent
un carnage épouvantable. Il Y eut de
mes Paroifliens qui en falerent des barils
entiers. Je fuivisl'exemple desautres, &
j'en fis une allez bonne provifion, tant
de ceux que je tuai, que de ceux dont on
me ht prefent. Mais la quantité
avois m'auroit été inutile, fion quej'en ne m'avoit pas appris le fecret de les conferver
en les marinant comme je vaisle dire. Je
ne parle
des ramiers, car pour les
grives, REc perroquets, les perdrix &
Maniere autres plus
oifeaux,ileft rare
d:con- fe donne
peine de ies mariner. qu'on
ferverles
ires
Pour
ramiers lesramiers après qu'ils font
vuien les dez &
on les
plumez,
mariAambez,
met à la broche
sant, où on leur donne environ le tiers de leur
cuiffon, après cela on les-fend en deux 2
on leur coupe la tète & les pieds, & on
ôte tous lesdedans qui font attachez aux
côtes. Onmet une couche de fel piléenviron d'un demi-doigt dépailfeur, dans
le fond d'une jatte de terre verniflée, ou
dans un baril bien étanché: on couvre le
fel de feiiilles de bois d'inde feches, &c
on arrange deffus les moitiez des ramiers
les unesa côré des autres, en les
drant avec du: fel, du poivre & de (aupou- lag
ne
de bois d'inde battus enfemble. grai- On
fait
couche de fel piléenviron d'un demi-doigt dépailfeur, dans
le fond d'une jatte de terre verniflée, ou
dans un baril bien étanché: on couvre le
fel de feiiilles de bois d'inde feches, &c
on arrange deffus les moitiez des ramiers
les unesa côré des autres, en les
drant avec du: fel, du poivre & de (aupou- lag
ne
de bois d'inde battus enfemble. grai- On
fait --- Page 327 ---
Françoifes de P Amerigue. 239
fait far cette couche de ramiers une autre 1695couche de feiilles de bois d'inde, fur laon étend d'autres moitiez de raquelle
l'on faupoudre comme les
miers que continuant ainfi tant que le PE
miers, feau foit plein, ou du moins tant qu'on a
de ramiers ; après quoi on le remplit de
vinaigre, & on le couvre. De cette maniere lesi ramiers feconfervent dans toute
leur bonté une année entiere & mème
davantage. J'en accommodai ainfi enviton deux cens, qui fe conferverent fi
bien, quej'en mangeaii mon retour de
de huit mois après
la Guadeloupe marinez, plus & je les trouvai aufli
les frais avoir & auffi bons que le premier jour.
lestire du baril, il faut les bien
Lor/qu'on laver dans de l'eau tiede, & les y laiffer
environ un quart d heure, & encremper fuite leslaver & les laiffer tremper autant
de tems dans de l'eau fraiche, achever Bc après de
qu'il font égoutez & effuyez,
les faire cuire comme on lejuge à
fur
foit en compotte.
Ree
foit legril, viennent d'être tuez. Si au lieu
ble de les qu'ils mettre dans du vinaigre, -on pouvoit les mettre dans du faindoux, comme
on met les cuiffes d'oyes en France dans
leur
graifle, je croi qu'ils fe conECECE encore micux.
Tome II.
N --- Page 328 ---
Nowveanx Voyages aux Inles
L'ouragan dépeupla polgsenienee &
1695de
& de grives,
ment nosifles de perdrix trois ans fans en voig
l'on fut près
comme on en voyoit auparayant.
relles Tourte. & Les tourterelles ne fe trouvent où elles gueres font
ortolans que dans lese endroits écartez
de T'Achaflécs, Celles de l'Amerique m'ont
matique. peu
celles de
paru un pen plus gralles
plus grof
en échange
Eileng
France qui font
fes
celles de l'Amerique. les Iflets
font
on va dans
qui
-
duoar
environs des Ifles, dans le tems que
aux
font leurs petits, on en
les tourterelles beaucoup de jeunes avec des filets,
prend on les nourrit dans de grandes cages comme des volieres. Ellessy engraillent les connoif- parfaitement bien; cependant n'ont jamais le
feurs prétendent celles quelles vivent en liberté,
goûri fi fin que
qui
de les
il eft preique impollible fe donne, aSE
voifer, quelquer fauvages. foin qu'on Celles qui vivent
font toujours fc nourrillent en certains tems
en liberté
de prunes de monbin & d'olivesfauvages,
dontlesr noyaux leur demeurent allezlonge
tems dans le jabot 5 ce qui a fait penier
a.quelques perfonnes quelless mangeoient ordinaireElles font
de petites fort gralles pierres. & d'un très - bon goir.
ment Les oifeaux à qui nos infulaires ont
voifer, quelquer fauvages. foin qu'on Celles qui vivent
font toujours fc nourrillent en certains tems
en liberté
de prunes de monbin & d'olivesfauvages,
dontlesr noyaux leur demeurent allezlonge
tems dans le jabot 5 ce qui a fait penier
a.quelques perfonnes quelless mangeoient ordinaireElles font
de petites fort gralles pierres. & d'un très - bon goir.
ment Les oifeaux à qui nos infulaires ont --- Page 329 ---
Françoifes detAmérique. 191
donnéle nom d'ortolans,ne font que des 1695tourterelles dune efpece beaucoup plus
petite
celles dont je viens de parler.
ils ReAtsr à peu
de la groffeur d'une le
caille : leur
eft gris cendré,
roux.
SE
deffous delagorge tire un peu furle
Ils vont toujours couplez. On en trouve voir
beaucoup dansles bois, ils aiment à
le monde, fe promenant dans les chemins
fans s'éfaroucher, 8 quand on les prend
jeunes ils deviennent très-privez. Ce font
des pelottons d'une graille qui a un goûr
excellent.
CHAPITRE XVI.
Arrivée d'un Supérieur Généraldes à Mif- Saint
fions derJacobini. On tranfporte
Domingue la Coloxie Françoife de LIe
de Sainte Croix.
E Lundi fecond jour de Janvier
L: 1696.il arriva au Fort faint Pierre
une Aotte de vaiffeaux Marchands elcortez
navires de guerre. Ily avoit
partrois
Géfurcette Alotte un nouveau Supérieur
néral de nos Miflions. C'étoit le Pere
Pierre Paul qui avoit été autrefois Supéricur de notre Miflion de la MartiNij --- Page 330 ---
192 Nowveanx
anx Ifes
1696. nique, Religieux TARL de
del
dezele, & d'une charité pour les beaucoup
qui auroit fervide modele à tout pauvres, le monde, fielle avoirété accompagnée de
dence & de difcretion. J'ai parlé
dans le
CaFtu
miere Partic. cinquiéme Chapitre de ma preM'étant trouvé à la Balleterre quand il arriva, avecla
de
nos Peres
étoient venus pour plapart rendre
les vifites nouvel an aux
nous nous affemblâmes pour voir Puiffances; de
le maniere nous
queldifliper le bien de pourionslempecher la Miflion par fes cha- de
ritez indifcrertes. Je fus chargé de lui en
parler, & quoique je vifle bien
cela
me mettroit mal dans fon efprit, e bien
commun l'emporta fur toute autre confidération. Je Fallai trouver dans fa chambre: &ca après lui avoir fait le détail de
l'état piroyable ou étoit le temporel de
notre Miflion, je lui dis que tousles Religieux m'avoient chargé de le
de
ne plus faire de charitez avec des prier billets
de fucre, parce que nous n'étions
en
état de les payer, & qu'ils'en falloit pas encore beaucoup que ceux qu'il avoit faits
autrefois fullent acquittez. Car ileft bon
de fe fouvenirde ce quej j'ai dit ci-devant
fa coûtume étoit de faire des billets
2 fucre payables au porteur > & de les
Miflion, je lui dis que tousles Religieux m'avoient chargé de le
de
ne plus faire de charitez avec des prier billets
de fucre, parce que nous n'étions
en
état de les payer, & qu'ils'en falloit pas encore beaucoup que ceux qu'il avoit faits
autrefois fullent acquittez. Car ileft bon
de fe fouvenirde ce quej j'ai dit ci-devant
fa coûtume étoit de faire des billets
2 fucre payables au porteur > & de les --- Page 331 ---
Frangoifts de PAmbrique. demandoient 293 1696.
diftribuer à ceux qui lui
à de cerl'aumône, & pmuciliconen de mauvaife vie qu'il voutaines femmes
leur fourniffant
loit retirer du crime-en Le motif de ces aumônes
dequoi vivre.
mais ilfalloit
ne pouvoit être meilleur; fi notre fucrerie
(upputer
rtt
arien des plus médiocres, pouvoit de billets,
autant de fucre qu'il écrivoit dequoi il ne s'étoit
& c'étoit embarallé. juftement Je le fiuppliai donc
jamais fortement de ne plus fe donner cette
nous luitemetpeine, & qu'en échange dont nous autrions toutes les aumônes les diftribuer
rions la difpofition il pour
à
lui-mème comme jugeroit propos. les
à quoi il pouvoir cncore ajoiter il me parerributions de fes Melles
rut alfez content conformer de ces propoftionss à ce quela
& me promit fouhaittoit defe de lui. Cependant je
Miflion entrevoir que cette gêne lui
crus
mes Confreres en foit; je le dis à de la commifion dont
rendant compte chargé,qui conclurent tous
ils m'avoient
fejour à la Matqu'il ne feroit paslong vimes dès le lendemain
tinique. Nous penfé jufte, caril nomma
que nousavions de la Million de la Marpour Supéricur le Pere Caballon, avec la qualité
tinique
N iij --- Page 332 ---
294 Nowveans Foyages aNX IRles
1696. de Provicaire Général&c de Vice-prefe
Apoftolique pendant fon abfence, & en
cas de mort, jufqu'à ce que - lel Reverend
Pere Général y eût pourvu. Il nous déclara qu'il partiroiravec les vaiffeaux qui
alloient prendre la Colonie de fainte
Croix pour la porter à Saint
où il demeureroit
Domingue,
établi l'ordre
jufqu'à ce qu'il eûit
neceffaire dans cette Mif
fion. Ilavoit amené avec lui trois Religieux, fçavoir le Pere Rofier qui s'en
étoit retourné en France au commencement de 1694. le Pere Noguer, & le
frere ainé du Pere Romanetdonrjai,
au commencement de ccs Mémoires. parlé
M, du : Monfieur du Maitz de
Mairz Intendant
Goimpy notre
Intendit
reçût par cette flotte le congé
reçoit qu'il avoit demandé
fon con- France,
pour retourner en
gé pour
après que Monfieur Robert
revenir avoit été nommé en fa place feroit
qui
en Fran I1 eut
d'être content
arrivé,
cC,
fujet
de la lettre
qu'il reçht de la part du Roi, qui éroit
toute pleine de l'eftime qu'on avoit
lui, à caufe des importans fervices pour
avoit rendus pendant une Intendance qu'il de
plus de douze ans,
Notre Supérieur Général deftina le P.
Noguer pour être le premier Curé d'une
nouvelle Pareille qu'on vouloit établir à
la Guadeloupe, au quartier de la Pointe-
arrivé,
cC,
fujet
de la lettre
qu'il reçht de la part du Roi, qui éroit
toute pleine de l'eftime qu'on avoit
lui, à caufe des importans fervices pour
avoit rendus pendant une Intendance qu'il de
plus de douze ans,
Notre Supérieur Général deftina le P.
Noguer pour être le premier Curé d'une
nouvelle Pareille qu'on vouloit établir à
la Guadeloupe, au quartier de la Pointe- --- Page 333 ---
Fyangoifes de PAme rigwe. Paroiffe 295 1696.
noire, & le Pere Rofier pourla
Robert, & Sembarqua
du cul-de-fac Romanet fon Compagnon
avec le Pere
alloient prendre la
fur les vaiffeaux qui
la porter
Colonie de Sainte Croix, pour
celle
à Saint Domingue atin d'augmenter Jande cette Ife. lls partirentl le quinze
vier.
difficile de pénétrer les raifons Onttanf: la
Ilétoit
cette Ifle, dont EStet
qu'on avoit d'abandonner étoit établie depuis foi-desaine Croix à
la Colonie
alors dans un état forif S. Doxante ans,
mingue.
Tacs
avoir couté de très- grande
fant, après confommé une infinité de
fommes, & étoient péries dans le comperfonnes qui de fon établiffement: 3 carc'eft
mencement
& prefque infaillible
une régle générale. defrichent une terre
que lespremiers qui
qu'ils font attan'en jotiffent
dangerenles, parce
& le plus
a
de HESECE
rien n'eft
Ems mortelles. En effet,
plus à craindre que les exhalaifons ae
fortent des terres nouvellement Il y avoit
vertes, défrichées &c cultivées. une inencore dans ces commencemens caufé la mort à bien des
commodiré c'étoit quia le manque d'eau douce >
gens s
cette lfle étant une terre plate,
parce unie & que fans aucune montagne un peu
confidétable, il yavoir par N conféquent iv
rien n'eft
Ems mortelles. En effet,
plus à craindre que les exhalaifons ae
fortent des terres nouvellement Il y avoit
vertes, défrichées &c cultivées. une inencore dans ces commencemens caufé la mort à bien des
commodiré c'étoit quia le manque d'eau douce >
gens s
cette lfle étant une terre plate,
parce unie & que fans aucune montagne un peu
confidétable, il yavoir par N conféquent iv --- Page 334 ---
296 Nonveaue
auxlnes
1696.peu de fontaines. Ont trouvoit
icule
Codre
riviere affez petire, dans qu'une la
mer montoit aflez haur
laquelle la
prefque inutile aux habitans. pour On rendre avoit
remedié a ces défauts par des citernes
qu'on avoit faites dans toutes les habitations, de forte qu'excepté les fiévres
quartes qui attaquoient les nouveaux vcnus, onyj jotiffoit d'unet très-bonne
la chaffe & la pèche y éroient
fanté;
le fucre & les autres denrées abondantes, venoient
en perfedtion, & la Colonie Z fortifioit
tous lesjours. Mais pour fon malheur elle
étoit obligéede vendre fes fucres & autres
marchandifes aux Danois de l'Ie Saint
Thomas, Pour avoir les chofes dont
Raifons ne pouvoit
fe
elle
que la
pas
paffer, & qu'elle ne
Cura pouvoit pas elperer des
enéspour que les vaiffeaux Marchands François, parce
traniporne fe rif
rerlaCo- quoient pas pendant la
lonie de dre
guerre de defcenSainte
fibas, acaufe qu'ils auroient
être
Croix à enlevez à la rade, ou
pù
S. Do. mis & enfiite
clpiez par lesennemingue.
pris au débouquement. Cependant cette necellitéablolue d'avoir recours aux étrangers, fervit de
aux Intéreflez dans les Fermes prétexte du Roi
pour fe plaindre que ce
des fucres
chez les Danois diminuoit tranfport confidérablement leurs droits d'entrée. On en
fit un crime à Ccs pauvres habitans, & --- Page 335 ---
Françoifas de P Amerigne. 297 ews 1696.
les demandes
ons'en fervit pour
qui
de RERTE Domingue
du Gouverneur
fa
faifoit tous' fes efforts de pour toutes augmenter les autres.
Colonie aux dépens le retour d'un bon nombre
J'aifgià par
mieux remonter
d'habirans quiaimerent de demeurer à
aux Mles du Vent, que les trois vaiffeaux
Saint Domingue, que Croix, le Cométant arrivez à Sainte ordresdela Cour,
mandant fit publierles les habitans des'emquiordonnoirat tous effets
aller s6barquer avec leurs
tooe on leur detablira Saint Domingue, à
de
voit donner des terres obéit: proportion mais comme
leurs forces. Il fallut & deux ou trois barques
ces troisvailfeaux avoient avec eux ne fuffifoient à
qu'ils
les perfonnes dont la
peine qu'à étoit porter compolée, les Oficiers
Colonie fubalternesles vexerent d'une étrangema- leurs
niere quand il fallut embarquer trouver
effets. ils affectoient de ne point les marchande place pour les meubles & embarquer
difes: de forte que pour.en étoient obliune partie, vendrelautre les Propriétaires ait prix qu'ils en
gez zdeleur donner ; les acheteurs étant
vouloient bient firs de les leur revendre ouà d'autres cher
gens de Saint Domingue acheté. bien On RfE dans
quils ne l'avoient
Nv
- leurs
niere quand il fallut embarquer trouver
effets. ils affectoient de ne point les marchande place pour les meubles & embarquer
difes: de forte que pour.en étoient obliune partie, vendrelautre les Propriétaires ait prix qu'ils en
gez zdeleur donner ; les acheteurs étant
vouloient bient firs de les leur revendre ouà d'autres cher
gens de Saint Domingue acheté. bien On RfE dans
quils ne l'avoient
Nv --- Page 336 ---
298 Nonveanx
anx
1696. lifle les chevaux, les
à Hes
corne
TSL
laine; on mit le feu aux
& à
molitle Fort, & on mità maifons, la voile. on dés
embarquâmes nos efclaves qui éroient Nous
nombre de quatre - vingeau
oupetits, avec ce que nous quatre grands
attirails de notre fucrerie.
plimes des
faire l'établiflement
Celaal fervi à
Leogane, dont
que nous avons à
nous avons été
d'acheter le fond, que la Million obligez de la
Guadeloupe a payé pour la plus
partie.
grande
perieur Pendant le peu de jours que notre Sule
Général demeura àlal Martinique,
biration Religieux qui avoit foin de notre ha-
& lui
de la Guadeloupe le vint voir,
propofa de faire un moulin à
une habitarion
eau à
du bord de la mer, que nousavonsàunel dans le
lieué
pellé le
quartier
Marigor. On ne manqua
jetter les yeux fur moi pour
pas
condaire cet
ouvrage 3 & on me preffa
m'en charger. J'eus toutes fortement les
de
mondeà m'y réfoudre,
peines du
la mort du Pere Caumels, parce que depuis
rement perdu lesidées
j'avois entiea
pirées de
qu'on m'avoit inf
folu de me gouverner borner notre temporel, ré-
&
au foin de ma Paroiffe
zude. d'employer Mais
le refte de mon temsa l'é
cufnil fallut malgrémoicome --- Page 337 ---
Françoifes de LAmerigne.
mencer cette pénible carriere, & quitter 1696.
ma folitude & mon repos, fous la pro-.
meffe que le Supérieur me fit de me rendre ma Paroiffe fitôt que jaurois vû ce
faire à la Guadeloupe, &
qu'on j'aurois pouvoir tracél'onvrage, fi je ne vouque lois
l'exécuter entierement. On me
permit pas de charger du foin de ma Paroiffe
quij je voudrois de nos Peres, afin que
laiffois feroit
elS
fufle fàr que ce bien quejy confervé. Je priai le
entretenu &
de me rendre ce ferP. Etienne Aftrucq bons amis, & je le
vice; nous étions
connoiffois très-capable de contenter parfaitement bien mes Paroiffiens; & je me
préparai au voyage de la Guadeloupe.
CHAPITRE XVIL
L'Auteur
pour la Guadeloupe. Defcription tor'a Bargues, Brigantins e
Corvetes dont on fe fert asx Ifes.
Fort Saint Pierre de la
L E partis du
jour de
Martinique le Jeudi premier de dix-hnit caMars, dans une fregate voiliere, qui étoit venons, fort bonne
faire
nué de Breft aux Ifles exprès
devant
Monfieur
Ta
la courie.
Auger N vj
Guadeloupe.
CHAPITRE XVIL
L'Auteur
pour la Guadeloupe. Defcription tor'a Bargues, Brigantins e
Corvetes dont on fe fert asx Ifes.
Fort Saint Pierre de la
L E partis du
jour de
Martinique le Jeudi premier de dix-hnit caMars, dans une fregate voiliere, qui étoit venons, fort bonne
faire
nué de Breft aux Ifles exprès
devant
Monfieur
Ta
la courie.
Auger N vj --- Page 338 ---
Nowveaux Voyages AHX Ifes
1696. Gouverneur de Marie - galante, fe fervit de cette occafion pour aller prendre
poffeflion du Gouvernement de la Guadeloupe qui comprend la Grande-terre,
les Saints, & la Delirade. Ce fut dans
ce voyage que je commençai à le connoitre, & à lier avec lui une amitié
a duré jufqu'a fa mort, malgré les mou- qui
vemens que fe font donnez bien des
pourla rompre. Nous fûmes
de
me
pris CE
2 comme cela eft affez ordinaire, devantla grande favanne de la
C'eft un terrain uni de
Dominique. cens à deux
:
quinze
Situatio mille pas de
fait
& lon- milieu de
large, qui
juftement le
gueur de
l'Ife, & la moirié du chemin
l'lfe de de la Martinique à la
la
Guadeloupe. On
nique, en-compre trentelieués de la pointe de Saint
Martin de la Martinique, a la pointe du
vieux Fort de la Guadeloupe. La grande
favanne eft juftement au milieu decer efpace, & faitl la moitié de lal Dominique,
iqui on donne quinze lieuèsde long de
ce côré-là.
Il ne faut pas confondre Pifle
Differen.
de la
ce eie Dominiqueavec celle de faint
Ja Domi. comme font quelques écrivains Domingue
nique &: truits de la
infS. Dolangue Elpagnole, Scar les
mingue noms de ces Ifles font dérivez. La Domninique ou la Dominica fignifie PIfe du
Dimanche, parce qu'elle fur découveite --- Page 339 ---
Françoifes de LAmérique. 301
Dimanche, & celle de Saint Domin- 1696.
un
l'Ife de
gue ou San-Domingo,
d'abordapSaint Dominique.
TLST
pellée la petite Efpagne ou Hifpaniola, fer- 5
mais aprèsla découverte de la Terre
me dont une partie fut nommée la nouvelle Epagne. l'Ifle appellée la perite
d'autre nom
celui
E(pagne ncurplas
étoit ai de fa
de Saint Dominique qui
ville capitale. étions affez
de terre
Comme Vendredi nous matin, il vint mt nous une
le pirogue de Caraibes qui nous aborda,
après s'être bien aflurez que nous étions
François. Il furent ravis d'y trouver
Monlieur Auger, & d'apprendre qu'il
étoit Gouverneur de la Guadeloupe. Ils
retournerent aufli-tôtà terre pour en donner avis aux autres Caraibes qui vinrent
en grand nombre le voir , lui témoigner
leurjoye, & lui promettré qu'ils viendroient traiter dans fon Ifle, & qu'ilslui
apporteroient des Angleis avec lefquels
eux & nous étions en guerre. Ils connoiffoient Monfieur Auger depuis slong tems
& l'aimoient, parce que quand il étoit
Gouverneur de Marie galante, illes recevoit bien, les provegeoit & les faifoit
bien boire ;ce qui eft chez eux de tousles
bienfaits le plus eftimé, & doni on fc
endroient traiter dans fon Ifle, & qu'ilslui
apporteroient des Angleis avec lefquels
eux & nous étions en guerre. Ils connoiffoient Monfieur Auger depuis slong tems
& l'aimoient, parce que quand il étoit
Gouverneur de Marie galante, illes recevoit bien, les provegeoit & les faifoit
bien boire ;ce qui eft chez eux de tousles
bienfaits le plus eftimé, & doni on fc --- Page 340 ---
30z Nowveanx
aux
1696. fouvient plus
Ifles
des
Ils
RFRETE
fruits, des crabes & des apporterent
on trairaavec
volailles dont
fait boire, ilss'en eux.Aprèsqu'onles eût bien
tens. Nous
retournerent fort conqui vint fur lefoir, profitâmes du vent de terre
julqu'a la pointe du quinous Nord, porta oà le prefque
nous reprit, & nous fit un
calme
Le Samedi matin
peu dériver.
nous louvoyâmes pour
nousapprocher ler
des Saintes, ou
plus jufte, > des Saints. Ce Konrt
petites
hots
Ifles, > dont celle qui eft
vent & à l'Oucft,
fous le
Bas, & celle
eft s'appelle la terre de
Haut. La troifiéme qui
à lEA la terre de
ne diftance des
qui eft à une moyencomme
deux autres, ne paroit
un grand rocher qui n'eft que
tant pas inutile, puifqu'il aide à
un très-bon
Rtone
Port. Ily a environ
vinge- - dix habitans portant armes quatre- dans
ces deux Ifles; le Capitaine qui les commande eft comme Subdelegué du Gouverneur de la Guadeloupe de qui ces Ifles
dépendent.
Dès qu'on nous apperçàr de la
du vieux Fort qui eft à deux lieués pointe
vent du Bourg & du Fort de la Baffe- an
terrede la
par deux Guadeloupe , on endonna avis
habitans fc coups mifle de canon, afin que les
nt fous lesa armes pour re --- Page 341 ---
Frangoifas de LAmbrigue. fçavoit 303 1696.
cevoir leur Gouverneur , qu'on
être dansle bâriment qui paroilloit, Erar
barque Flibultiere qui
ce qu'une nous de la Martinique, en
partie donné avec avis à Monfieur de la Malavoit Lieutenant de Roi qui commanmaifon,
du Gouverneur.
doit enl'abfence s'étonner que cette barIl ne faut pas
avec nous, fût arrivée
que qui étoit partie
notre fregate
avant nous. Car quoique voiliere, ily a une trèsfurunetrès-bonne
le fillage entre les
grande difference pour
comme étoit
batimens à voiles quarrées dont nous
notre,firegate, 8c les barques font à voiles
nous fervons aux Ifles qui maniere que
latines, & d'une toute fur les autre côtes de l'Ocean
celles qu'on voit
d'Europe, & far la Méditertranée. leurs voiles
Nos barques des Iles ont lieu que les
difpolées de maniere, qu'au ont beloin de
bâtimens à voiles quarrés
elles n'en
cinq airs de vent pour deux naviger, ou de deux & deoncbefoin que de
cela
mi tout aui plus; c'eft
tant qu'elles de borde Eoe
ne font pas obligées prennent le vent
dées, parce qu'elles tout autre forte de bàbien plusp près que grandeur que foient
timent. De quelque
mât
elles n'ont jamais qu'in
nos barques,
fimdroit. On les appelle quelquefois
bâtimens à voiles quarrés
elles n'en
cinq airs de vent pour deux naviger, ou de deux & deoncbefoin que de
cela
mi tout aui plus; c'eft
tant qu'elles de borde Eoe
ne font pas obligées prennent le vent
dées, parce qu'elles tout autre forte de bàbien plusp près que grandeur que foient
timent. De quelque
mât
elles n'ont jamais qu'in
nos barques,
fimdroit. On les appelle quelquefois --- Page 342 ---
1696. plement 304 Nouveaux bateaux; Vayages anx Hles
; les
Deferip. ment balandres. La E/pagnols les nom
tion des pelle aufi le
eft vergue, > qn'on apbarques dont à un anneau
attachée parun bout
on
R fer
eft
fc fert à mnarà fept ou huit qui
cloué dans le
IAmeri.
pieds au delfusda
que. faifantuna le eft
angle droit avec. le mât. La pont, voiartaché triangulaire, à la
s le plus petit côté eft
gle droit avec. vergues le côté celui qui forme l'aneft Joint au mât par des attachéala cercles de vergue, bois
palfez dansle
par le moyen marquicoulente tout lelong,
telle hauteur defquels on éleve la voile à
les ris parle bas qu'on de la veut, car on prend
lchaur comme on faitaux voile, voiles & non par
Le haur de la voilen'eft
quarrées,
pas pointu, mais
a paralellement à la vergue, & atune
SeE
échancré
petite vergue, dont le bout
coule le en demi cercle s'emboète &
long du mât. On appelle cette
fon vergue une corne. Ilyai une manceuvred
extrémité qu'on appelle balancine s
la quiaide au hiffasà lever lav voile &atenir
corne en état, afin qu'elle foit tou-.
jours mât deux paralelle au guy. Il part de la tête du
l'une eft manceuvres à la
ou cordes, dont
firapée
naiflance du
entre les bittes, & l'autre à la beaupré tête du
beaupré. Danslapremicre font palfez les
anneaux qui fouticnnent une petite voile
appelle balancine s
la quiaide au hiffasà lever lav voile &atenir
corne en état, afin qu'elle foit tou-.
jours mât deux paralelle au guy. Il part de la tête du
l'une eft manceuvres à la
ou cordes, dont
firapée
naiflance du
entre les bittes, & l'autre à la beaupré tête du
beaupré. Danslapremicre font palfez les
anneaux qui fouticnnent une petite voile --- Page 343 ---
LPJCB --- Page 344 ---
Corvelte
Tom. 2. P29.305.
bespontin.
D
Bargue.
TAIL
I
- --- Page 345 ---
Franpeifes de LAmerigue.
305 1696.
appelle le trinquet,
riangulaire feconde > qu'on ceux d'une autre voile
&c dansla
nommée le foc. Quelaufli triangulaire le beaupré avec une
quefois on allonge à fon extrémité une
perche pour fraper qui porte un faux
troifieme manceuvre
foc.
aifément par ce
viens de Utilité
On'voit
ètre ex- de ces
ces bâtimens
RET
dire, que
aller au plus près du vent > barques, &c clafa. ;
cellens pour font fort aifez à manceuvrer. cilité tes ma- de
& quils
virer de bord il ne nauvrer
Par exemp'e, traverier pour le foc & le trinquet,
faut
pouffe la barre au vent,
EE qu'on récoure dela grandevoile,
& qu'on largue
ventlapiend
parce que dans ce momentle de l'autre côté
par le revers, & la jettant
fait virer le bâtiment.
voile étant
On voit encore affez quela allez fur
paralelle au mât, le vent agit de la
elle, pour peu qu'il séloigne fuffit
ce
EITE
pendicalatre, qui & c'eft pour ce qui ne fe
la barque en avant; dans les bâtimensa voiles
peut pastrouver où les voiles ne peuventj jamais
quarrées, être paralelles aux côtez.
fe font à Les bari de
Les meilleures de ces barques par les Srnte
la Vermude, Ie Angloife latitude quief Nord. font les
32. degrez & demi de dans ces Ies des meilleu- res voiOutre qu'il fe trouve
licres. --- Page 346 ---
306 Nowveaux Voyages AuX Iles
1696. conftruéteurs très-habiles pour ces fortes
de bârimens, ils ont encore abondance de
bois d'Acajou, que les Efpagnols & Anglois appellent par honneur cedre : bois
très-liant & tres-leger, &
ne craindre ni la pourriture Me les vers. prétend
Il eft vrai que quand nos Corfaires en
prennent qui ne font que fortir dela Ver.
mude, ils les trouvent fort mal équipées,
n'ayant pour l'ordinaire que de vieilles
voiles & des cordlages de mahot; mais ils
les ont bien-tôt équipées fans qu'il leur en
coute rien, & verirablement elles meritent bien qu'on fafle cas d'elles, car
elles font d'excellentes voilieres.
Ilss'en fait auffi à la Jamaique, où l'acajou ou cedre eft fort commun, mais
clles n'arrivent pas à la perfection & à la
viteffe des Vermudiennes. Elles ont
ordinairement peu de canons. Celle que
j'aivàe qui en portoit davantage,
tenoit à Monlicur de Codrington, appar- Gé.
néral des Ifles Angloifes fous le vent, c'eftà-dire, d'A 'Antigues, Nieves, Monfarrar,
la Barboude, Panefton, les Vierges, &
partie de Saint Chriftophle. Elle avoit
quatorze canons.
Nos Flibuftiers en ont pris quelquefois
qui avoient dix canons, mais ils en diminuent le nombre quand ils les arment.
'aivàe qui en portoit davantage,
tenoit à Monlicur de Codrington, appar- Gé.
néral des Ifles Angloifes fous le vent, c'eftà-dire, d'A 'Antigues, Nieves, Monfarrar,
la Barboude, Panefton, les Vierges, &
partie de Saint Chriftophle. Elle avoit
quatorze canons.
Nos Flibuftiers en ont pris quelquefois
qui avoient dix canons, mais ils en diminuent le nombre quand ils les arment. --- Page 347 ---
Francoifes de PAmerigue. de fix, étant 307 1696.
lsn'y en laiflent jamais plus fufils font plus L.és Fliperfuadez que quatre canon ; au contraire desbultiet vealent
A'exécution qu'an
beaucoup plus fur peu de
Anglois qui comptent fur leur moufquererie. canons dans
leur canon que satuftencles poupes de leurs leurs timens. bàLes Anglois bien de la
ils y
barques avec chambres,
cabanes,
des
FEEA
menagent
commoditez que les Fran-
& mille autres fort mal à propos, & far
gois negligent
toutes'es
tout nos Flibuftiers giabtancart d'avoir plus de place
chambres, afin
pour ranger leur moufqueteric. deux autres fortes
Nous avons encore
à faire la
de bâtimens que Pon employe & les corcourfe; ce font les bâtimens brigantins à trois mâts
vettes: car pour les
à moins qu'ils
comme font les vaiffeaux,
nos Corviennent
de France,
ne
s'en fervent exprès
ou pour
faires
du peu, tout. J'ai và
SaRTeT
plusjulte, point
de bons vaiffeaux de
vent qu'ils ont pris canons, & même datrente & quarante auroient pà armer, qu'ils
vantage, qu'ils aimé vendreà très-vil prix, &c
ont mieux à faire la courfe dans leurs
continuer bâtimens, & cela pour deux ou ois
tits
a beauraifons. La premicre, 7 parce vaiffeau, qu'ily 8 que
coup de mancuvre: à un
parcontéquents ily a bencmpasaratler --- Page 348 ---
308 Nonveaux Yovages ANY IRles
1696. &c'cft dont les Flibuftiers ne veulent
entendre parler. Ilsn'aiment qua fe bat pas
tre
de l'argent,
fent PUFESLS facilement &
qu'ils dépen.
en aufli
tems qu'ils l'ont gagné. La feconde, peu de
les gros bâtimens confomment
que
d'argent
les équiper, & beaucoup
un plus sfnuda nombre d'hommes qu'il faud
monter 2 ce qui diminué
pour les
ment le lot ou laj part de chacun confidérable- d'eux. Et
enfin, parce qu'ils ne font jamais fi
voiliers ni fi fins bouliniers
les bons
batimens, & far tout les que
petits
comme il eft du devoir d'un barques; Corfaire car de
il reconnoitre eft
tout ce qu'il voit à la
aufli de fa prudence de fe
mer,
d'un bâtiment aveclequelil puifle pourvoir fe tirer
Promptement de delfous le fcu d'un bâtiment qui feroit trop fort pourlui,8co
iln'y auroit que des coupsd gagner.
Deferip- Les brigantins n'ont
tion du droits, & leur
que deux mâts
brigan- tin,
les mancenvres beaupré du
quiferra à foutenir
le
trinquer & du foc,
Zrned tems permet de fe fervir de ces
voiles;ils portent aufli la fivadiere
comme les autres bâtimens à voiles
rées. Le mât d'avant ou dei
quardeux voiles quarrées; fa mifene, mifene & porte fon
hunier. Le grand mât a une voile latine
coupée, attachée & qui fc manceuvre
,
les mancenvres beaupré du
quiferra à foutenir
le
trinquer & du foc,
Zrned tems permet de fe fervir de ces
voiles;ils portent aufli la fivadiere
comme les autres bâtimens à voiles
rées. Le mât d'avant ou dei
quardeux voiles quarrées; fa mifene, mifene & porte fon
hunier. Le grand mât a une voile latine
coupée, attachée & qui fc manceuvre --- Page 349 ---
Francoifes de PAmerigue. 309 de
comme celles des barques que je viens
1696.
decrire, avec un hunier quarré au deffus. De la
La corvette ne differe du brigantin corvettea
qu'en cC que toutes fes voiles font quarrées.
arrivâmes devant le Bourg de la
Nous
de la Guadeloupe fur les trois
Bafle terre midi. Je defcendis avec
heures- après
dans la chaloupe de la
Monfieur Auger
de le faluer tion Recep- du
frégate, qui ne manqua pas
le Gouverd'onze volécs de canons, aufquelles en neur de
canon de toutes les batteries répondit laGuadde loupe.
mème tems. On fit une feconde décharge fat
quand il mit pied à terre : celle-ci des Miaccompagnée dela moufqueterie
bord
lices & del la garnifon. Ilfut reçà de Roi, au à la
de la mer par le Lieutenant Confeillers
fe
tète des Officiers & des
qui
trouverent à portée de fe rendreaul Bourg.
Les Carmes,-les Jefuites, > les Capucins,
de la Charité & nos Peres
les Religieux
de le venir comne manquerent pas
plimenter. Je laccompagnai fon
Fort, où il s'étoit fait préparer dîner le
ment. Il ie
de venir
E
les pria Officiers de la fregate qui
main avec
On fit une troifiéme
nous avoient palffez. & de moufquererie
décharge de canon
termina! la
quand il entra au Fort s ce qui moitillé dans
cérémonic. La fregate ayant --- Page 350 ---
310 Nowveanx Foyages aux Ifles
1696. ce tems-li, falua la Forterefle de fer
coups de canon, aufquels Monfieur Au
gerlitrépondre par cinq volées.
CHAPITRE XVIIL
Defcription du Bourg de la Baffe - terre
du Fort, des Eglijes 6 des Cowvents
e du quartier appellé le Baillif.
I Es Peres Carmes me donnerent u
cheval pour me porter à notre ha
bitation qui eftàune petite licue du Bourg
On palle en y arrivantune allez grolfe rl C
viere > qu'on appelle la riviere. de Sain
Louis, & plus communément la rivier
des Peres. Depuis que les Anglois euren
ruiné notre Couvent dans lirruption
qu'ils firent à la Guadeloupe en 1691
nous avions bâti une maifon de bois au
milieu de la favanne, environ à cent pas
de la fucrerie. C'étoit un très- petit bà
timent : j'éroisaufli bien logé au Macouba
àune chambre près, que tous nos Peres
l'étoient dans ce petir bâtiment. Outre le
Perc Vidal ( quiy étoit Superieur, jy trouvai encore le Pere Noguet quiétoir def
tiné
remplir la nouvelle Paroiffe de
la rdente noire, & le Pere Dallier qui
de la favanne, environ à cent pas
de la fucrerie. C'étoit un très- petit bà
timent : j'éroisaufli bien logé au Macouba
àune chambre près, que tous nos Peres
l'étoient dans ce petir bâtiment. Outre le
Perc Vidal ( quiy étoit Superieur, jy trouvai encore le Pere Noguet quiétoir def
tiné
remplir la nouvelle Paroiffe de
la rdente noire, & le Pere Dallier qui --- Page 351 ---
Françoifes de TAmerique. 3II
curiales dans notre 1696
faifoit les fonéhions fervoir encore d'EEglife du Baillif qui
ghifc Paroifliale.
fommes étoit le
L'endroit ou de nous l'Ile dans le tems EE la
beau quartier
Hfles,
premicre Compagnic qui peuplales) avoient
& des Seigneurs particuliers qui
Il Acciacheté les droits de confidérables, cette Compagnie. lun à dens ont
yavoit deux Bourgs des Peres, &cl'autre des né Bourg le S.
côté de la riviere celle du Baillif. Mais le Louis &
deux côtez de
deux fois
celui Baillif. du
premier ayant été emporté furieux de la riviere par
des débordemens
5 les habitans
dans des tems d'ouragan;
courir de
qui refterent ne voulurent plus
parcil rifque, à quoi il faut ajoûrer que
toute la terre oû étoient les demeuré maifons ayant en fa
été emportée, 3 il n'étoit de rochers, oi
que des monceaux de bâtir qu'avec une
fas étoit impoflible
extrème. Ces habirans, dis-je,
depenfe
vers le Fort > où
fc font tranfportez faitle Bourg qui eft à
ont
PLEt
à peuils
de PIle.
le principal
eft des deux côtez de la
Le Bourg du Baillif qui a été aufli ruiné plus
riviere d'une fois. Ila été brulé par les Anglois entieen 1691. & lorfqu'il étoit prefque tout entier
rement rétabli, il fut furicux emporté de la riviere.
par un débordement
,
depenfe
vers le Fort > où
fc font tranfportez faitle Bourg qui eft à
ont
PLEt
à peuils
de PIle.
le principal
eft des deux côtez de la
Le Bourg du Baillif qui a été aufli ruiné plus
riviere d'une fois. Ila été brulé par les Anglois entieen 1691. & lorfqu'il étoit prefque tout entier
rement rétabli, il fut furicux emporté de la riviere.
par un débordement --- Page 352 ---
312 Nowveaux Vayager AHX Ies côté de
Lac caufe de ce malheur fut quun
K696. la falaife chargé de grands arbres s'étant
écroulé tout d'un coup, dans un endroit
oà les falaifes retrecifloient extrémement broufle lit de la riviere, 9 les arbres, les
failles, les terres & les pierres firent une
digue qui retint les caux, jufqu'à ce que
leur poids entrainant tout d'un côté cet
obftable, le torrent fcrépandit avec tant
d'impetuolité , qu'il couvrit ou entraîna
à la mer toutes les maifons du Bourg avec à
une partie des habitans. Il commençoit
fe rérablir, lorfqu'il a été brulé de nouveau par les Anglois en 1703. comme jc
le dirai en fon lieu.
étoit a
Depuis la ruine du Bourgqui
côté dela riviere de Saint Louis, l'Eglife
Paroifliale fat établie dans le Bourg du
Baillif, ohil n'y avoit auparavant quune
chapelle. Le Pere Raymond Carbonniere
quiaété long-tems Supérieur de nos Miffions avoit fait bâtir un Couvent fur une
hauteur derriere l'Eglife Paroifliale, dont
la fituation pour la vàé ne pouvoit ètre
belle; mais pour le relte clle étoit
plus
le terrain
très - incommode,
que fallu faire de
étant trop
mtNIEEN
très-gros murs pour foutenir les terrafles
quonavoitété obligé de faire
menter. Cc bâtiment avoit douze
EtLE
de --- Page 353 ---
Françoifes de LAmerique.
fI;
fur
de large. Il étoit Aanqué 1696.
de long fept
détachez chacun de
de quaire toifes de pavillons long fur cinq de large. L'un
fix
domeftique, l'autte
fervoit de Chapelle
le troifiéme
de cuifine &c de dépenfe;
deux
étoit feparé en deux, & faifoit
chambres pour les malades,le quatriéme Il
fervoit de Réfeétoire & d'Ofice.
y
avoit des caves ou celliers fous tous ces
Ileft certain que ces' bâtimens
pavillons. avoient un grand air, quand on les rede loin, mais ils n'avoient augardoir
quand on étoit dedanscune commodité
les AnIls furent brulez en 1691. racommodé par
glois. Jetrouvai qu'on avoit fervir de
la Chapelle domeltique pour
Paroiffe. Je vis bien dèsle premicr entretien
aveclePere Vidal qu'il n'avoit
quejeus envie de faire travailier au canal
guere lequel on m'avoit fait venir, &
pour
eu des vûés lorfqu'il avoit téquilavoir
pour cet
moigné tant d'empreffement
ouvrage: cela me ht plaifir, parce inceffam- que
c'étoit le moyen de retourner
en dis
ment à ma Paroifle. Ce que jelui obligerent
lui fit faire des réflexionse squilo & de nià me prier de vifiterlendroit, P'ouvrages & quc quand
veler 8c tracer
faire travailler, il
il feroit en état d'y
O
Tome Il.
oir
pour cet
moigné tant d'empreffement
ouvrage: cela me ht plaifir, parce inceffam- que
c'étoit le moyen de retourner
en dis
ment à ma Paroifle. Ce que jelui obligerent
lui fit faire des réflexionse squilo & de nià me prier de vifiterlendroit, P'ouvrages & quc quand
veler 8c tracer
faire travailler, il
il feroit en état d'y
O
Tome Il. --- Page 354 ---
314 Nowveaux Voyages aux Ifles
1696. cfperoir que jer ne refaferois pas d'y. venir. Je lelui promis, parce que je fatisfaifois ainfi à tous mes engagemens.
Le Dimanche quatriéme Mars je me
rendis d'alflez bonne heure au Fort. Je
fis une vifite au Gouverneur, & quelques . infances que je lui fiffe pour ne me
pas trouver ce jour-là à diner chez lui à
caufe de tous ces Officiers Bretons quiy
devoient être, il ne voulut jamais me
laiffer fortir qu'après que je lui-eus
mis de revenir. J'allai donc faluer
stoe
fieur de la Malmaifon Lieutenant de
Roi; nous eûmes bien-tôt fait connoiffance & amitié; c'étoit un très-honnète
homme, franc & du meilleur cceur du
monde.J J'en parlerai comme je dois dans
plus d'un endroit de ces Mémoires. J'allai voir les Peres Jefuites, les Carmes,
les Capucins &c les Religieux de la Charité. Ceux-ciavoient pour Supérieur un
homme de mérite , appellé le Frere Aubin, très- habile Chirurgien, extrémement zelé pour le fervice des pauvres. 5
quife fervoit avantageufement du crédit
que fon habileté & fes talens lui avoient
acquis, pourfappléer à lapauvreté de fon
Hôpital.
Je me rendis au Fort à l'heure du diner, qui fut d'autai t plus long g, que les - --- Page 355 ---
RPJOD --- Page 356 ---
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Pazvillone
deanche.
2. oliss der
2. Mairon du NJernaber.
Hehes lautenane -
3. le Domion. :
4. Citerne
: Cavalier- decouverte :
Aanecdine nouvelle
mreRradim
2R
3Asere Tonches
Aniemane aee
bondde la Ilter.
*
L
le Fore
Place diarmer
* 3
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Bomg.
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Frangoifes de TAmérique.
315 - -
étoient Bretons trouverent 1696.
conviez qui vins & de quoi les exciter à
d'excellens
du
neboire, ce qui 1 n'étoit point
tout
cellaite. Je fortis de table long - tems Mon- avant Deferip- tion du
fongealfent, & je fus avec Fort. Il eft Fort de
L laMalmaifon voirle
la Guagele
élevédequelques deloupe.
fitué farun terrain plus Il eft borné au Sudtoifes que le Bourg, des Gallions qui coule
Eft
la riviere
& trèsdes falaifes très - hautes
au E
les murs du
efcarpées. far lelquelles
reFort font affis. Le côré du Sud-Oueft un efgarde la mer dont il eft (eparé par
on
d'environ cent pas dans lequel de
pace
defcend au bord
a taillé le chemin qui
regarde
la mer. Le côté du Nord-Oueft,
le Bourg & les montagnes. autrefois qu'en
Ce Fort ne confiftoit
Monune maifon quatrée de pierre de 2 Tille que avoit
fieur Houel Propeietaite réfifter aux incurfions des
fait faire pour
il étoit en guerre.
Sauvages avec fuite lefquels élever des angles failIl fit dans la
face, de forte qu'elle
lansdevant chaque une étoile à huit pointes,
devint comme toifes & demi de lonchacune de cinq
des smurs, l'un
gueur. à On la fitenfuite riviere & l'autre au
Aeie
ralelle
Aanc dans lequel
on y ménagea un petit
Oij --- Page 358 ---
316 Nouveaux Voyages aux IRes
1696. on fr la porte & l'efcalier pour monter
fur la terrafle qui donne entrée dans les
appartemens. C'étoient - là toutes les
fortifications qu'ily avoit dans le tems
de Monfieur Houel, mais depuis
l'Ile eut été vendué à la feconde touthe
pagnic, c'eft-à-dire, à celle de 1664. &
qu'elle eut été retirée par le Roien 1674.
on a enveloppé la maifon & la terraffe,
dont je viens de parler, d'un
compofé de terre & de fafcines, EE au
duquelily avoit un foffé creufé dans le
rOC, Oll du moins dans un terrain qui eft
prefque aufli dur. On a prolongé le
rapet & le foffé, en leur failant icire
quelques angles rentrans & faillans, juf
qu'à une hauteur cloignée du donjon
d'environ deux cens pas quile commandoit abfolumenr: & on a fait far cette
hauteur un cavalier ou batterie fermée
de maçonnerie avec huic embrazures.
La face qui regarde le Bourg a neuf
toifes de longueur, celle qui regarde
les montagnes cinq 8c demi, & celle
qui eft du côté duc donjon feulementtrois.
Ileft bon de fçavoir qu'on appelle donjon cette maifon à huit poinresbâtie par
Monfieur Houel. Il y avoit huit picces
de canon far ce cavalier, deux delquels
éroient de bronze de dix-hnic livres de
nerie avec huic embrazures.
La face qui regarde le Bourg a neuf
toifes de longueur, celle qui regarde
les montagnes cinq 8c demi, & celle
qui eft du côté duc donjon feulementtrois.
Ileft bon de fçavoir qu'on appelle donjon cette maifon à huit poinresbâtie par
Monfieur Houel. Il y avoit huit picces
de canon far ce cavalier, deux delquels
éroient de bronze de dix-hnic livres de --- Page 359 ---
Françoifes de PAmbrigue. de fer de 317 dif- 1696.
balle : les autres étoient avoit encore trois
ferens calibres. Il forme y
à côté du donpieces fur la plate l'artillerie qui étoit
jon; c'eft là toute
du
c'édans le Fort. A légard
dechofe. Une falle moyenne
LEERS
toit pen
& un cabinet
grandeur 1 deux chambres étage, le fecond
partageoiencle premier chambres 5 le haut
éroit divifé en quatre ceft à- dire, le galetas
du bâriment, falle d'armes. Les cuilines &
fervoit de étoient hors du donjon. On
les Offices
dans le maflif (ous le preavoit ménagé citerne & deux mazazins
mierétageune
étoit vuide ferà poudre, dont Tanqui
des foldats
voit de prifon; les baraques
qu'il
& des Officiers étoient dansl'efpace
avoit depuis la plare.forme jufqu'an
y
garnifon étoit
cavalier. Ordinairementlas détachée de la marine
d'une compagnie à foixante hommes, avec
de cinquante
trois Officiers.
foit, avoit
Ce Fort tout mauvais qu'il
foutenu un liege de trente-cinq jours
mirent en 1691.
ETHRE
les Anglois y
Licurenant de Roi le
de la Malmaifon
de valeur & de
deffendit avec beaucoup
prudence, & donna le tems au Marquis des Hiles
de Ragny Gouverneur Général
de venir de la Martinique avec quelques
Oiij --- Page 360 ---
318 Nowveaux
Anx Iles
1696 troupes de milices, PATA Flbuftiers & de
foldats de la marine, ce qui obligea les
ennemis de fe retirer avec précipitation,
laiffant une partie de leurs canons, un
mortier, beaucoup de munitions, de
bleflez & de malades.
Le Bourg queles Anglois avoient brulé en 1691. étoit preique entierement
rétabli. Il commence au deflous de la
hauteur furlaquelle le Fort eft firuésc'eft
une longue rue qui va depuis cet endroit
Bourgsj julqu'à une ravine appellée la ravine
fusFDilau. fe terre
Elle eft
& de S viron aux deux coupéc tiers de inégalement fa
enFrangois. la riviere aux Herbes. La partie
grande & la
E
plus confidérable eft entre
cette riviere &le Fort, & retientle nom
de Bourg de la Balfe-terre. Celle qui eft
depuis la riviere aux Herbes jufqu'a la
ravine Billau, fe nomme le Bourg Saint
François, parce que les Capucins ont
une Eglife & un Couvent. IT y dans
ces deux quartiers cinq ou fix petites ya ruès
de traverfe avec quatre Eglifes.
Celle des Jefuites eft de
le dedans eft orné de pilaftres maçonnerie, de
Eglife maifon & de taille, avec une corniche d'un pierre affez
des Je- mauvais deffein. Le grand Autel eft de
fuices, menuiferie, beau, bien exécuté, d'un
bon goût, bien doré, aufli-bien que la
. IT y dans
ces deux quartiers cinq ou fix petites ya ruès
de traverfe avec quatre Eglifes.
Celle des Jefuites eft de
le dedans eft orné de pilaftres maçonnerie, de
Eglife maifon & de taille, avec une corniche d'un pierre affez
des Je- mauvais deffein. Le grand Autel eft de
fuices, menuiferie, beau, bien exécuté, d'un
bon goût, bien doré, aufli-bien que la --- Page 361 ---
Fraxgoifts de LAmerigme. 319
Elle eltlambrif- 1696.
Chaire du Prédicateur. ceintre de bois d'Afée en voute à plein
cajou fort propre : ily a deux Chapelles au
font la croifée avec la Sacriftie cette
du clocher. En général
eu le bonTrb
Eglife eft tres-propre 5 fois elle à la a fureur des
heur d'échaper deux du moins ce qu'il
Anglois. Le portail, eft de pierre de taille avec
y en a de fait,
Houel far la porte,
les armes de Mellieurs
contribué à
foit que ces Melffieurs les ayent Jefuites ayent
fa fabrique, foit que
diftinétion à
voulu les engager par cette
l'achever à leurs dépens. étoit alors fur
La maifon des Jefuites de trois cens pas de
une haureur à Cétoit plus à la verité une inleur Eglife.
eux, mais
commodité très grande
des plasbelelleleur fourniffoit
EtECtE
lesqui n'avoit pour bornes que Thorifon
dela mer, un air frais, & plufieurs éroient jardins fort jolis. Leurs bârimens confiftoient
très-peu de chofe, 2 chambres ils ne
de bois,
qu'en deux ou trois
de magonnerie
un
pavillon leurs quarré vifites, une pctite
où ReRE recevoient
& un autre baChapelle domeftique, la cuifine, la détiment qui réfeétoire. contenoit Ils avoient derriere
penfe &c le
fermée de
ce bâtiment une.cour quarrée Oiv --- Page 362 ---
320 Nonveaux Voyages Aux
1696. murailles, avec des appentis
fervoient à
T
mettre leurs moutons, leurs
chevaux de felle, & auttes chofes de
leur-r menagerie, avec un grand colombier en pied, dont le deffous fervoit de
prifon pour leurs Négres. Leur ficrerie
étoit au deffus du Bourg Saint
avec un moulin à eau. Leur terrain François auroit été bon s'iln'avoit pas été fi
à
la fechereffe, que leurs cannes fechoient fujer
fouvent far pied. Cet établiffement
ayant été brûlé & ravagéavec une clpece
de fureur par les Anglois en 1703. ils
ont acheté les terres que Monfieur AuS poffedoit de l'autre côté de la riviere
Gallions, & ilsy ont tranfporté leut
facrerie, qui leloniesappatences réufira
mieux
celle dont je viens de
Ils font i la Guadeloupe fur le pied parler. de
Miflionnaires
desNégres > & particulicrement de ceux qui ifont dela
de la Paroiffe de la Baffe-terre. dépendance Ils touchént pour cela vinge-quatre mille livres
de facre far le Domaine du Roi. Ils
avoient une Paroiffe à un
les trois Rivieres
quarrierappellé
> cloigné du
d'environ trois lieuès far le chemin Rourg de
la Cabelterre; ilsl'ont cedée aux Carmes,
après avoir eu T'honnèteté del'offrird
nos Peres à qui elle convenoit, & qui
de la Paroiffe de la Baffe-terre. dépendance Ils touchént pour cela vinge-quatre mille livres
de facre far le Domaine du Roi. Ils
avoient une Paroiffe à un
les trois Rivieres
quarrierappellé
> cloigné du
d'environ trois lieuès far le chemin Rourg de
la Cabelterre; ilsl'ont cedée aux Carmes,
après avoir eu T'honnèteté del'offrird
nos Peres à qui elle convenoit, & qui --- Page 363 ---
. Frangoifes de TAmbrigne. 321 la
de
raifons pour ne
1696.
eurent
mauvaifes
pas Les accepter. Carmes qui deffervent la Paroiffe Comdu Bourg de la Bafle - terre font de la ment Carmes les
Province de Touraine, dontle Couvent fefont
des Billettesà Paris fait partie. Ils furent érablis la Gua- à
Monfieur Houelalors Pro- deloupe.
appellez lcia Guadeloupe > dansle tems
ptietaire
nos. Peres
qu'il étoit en procèsavec dont il vouloit pour
la montagne S. Louis, & dont à la fin ils
alors les dépouiller,
un
font demeurez en poffellion 2 par
Arrètrendu par les Arbitres nommez par
le Roi, &c homologué en fon Confeil
d'Etat en 1662. Les Carmes ne furent du
d'abord que comme les Chapelains
Seigneur fans aucune juriftiction fpirisuelles mais laguerre &c lesd débordemens
de la riviere de Saint Louis dont j'ai
les
RLaPE
lé ci-devant t ayant obligé
leurs
du Bourg Saint Louis à tran(porter
demeutes auprès du Fort pour être plus
en fureté 5 les Carmes s'immifeerent
aux
hec
à
d'adminiftrerles Sacremens
AELIN étant appuyez par le Seigneur
de lIle, & en vertu d'une prétendné
Bulle de communicarion des Privileges
des Religieux Mendians. & ce qu'il ont
les difcontinue de faire jufqu'ace 2
que
sricts des Paroilles ayant été réglez par
O Y --- Page 364 ---
322 Nowveaux
ANx IRes
1696. ordre du Roie en 1681.
font demeurez
en
E3ME
poffeflion de ce quartier, fans
tant avoir pû obtenir, du moins pour1710. aucun Bref ou Bulle du julqu'en
être autorifez à faire les fonétions Pape pour
riales dans cette Paroiffe, & dans Cll- les
autres qu'ils deffervent dans lesI Ifles.
fous Leur Couvent eft fitué un peu au def
de la place d'armes, derriere une
batrerie qui porte leur nom. Les mafures quien font reftées depuis l'incendic
de 1691. font connoître que ce
mais été grand'chofe. Depuisce tems-là n'ajsils avoient bâti trois ou quatre petites
chambres de bois avec une cuiline & une
dépenfe.
Couvent Leur Eglife éroità un coin de
& Eglife d'armes.
la
des CarC'étoit un bâtiment de
de
nics,
Rurtgt
quarante-cinq à cinquante pieds de
fur vinge-quatre pieds de
long
toit ni pavé ni
large, qui n'é
lambriffé, & par confequent fort mal-propre. Ila fubfifté en
cet état jufqu'en 1703, que les Anglois
prirent la peine de le brûler
être afin d'obliger ces Peres & leurs peut- Paroifliens d'en bâcir un aurre plus convenable à la grandeur du Dieu qu'ony doit
adorer.
L'Hôpital des Religieux de la Chariré
étoit environ deux cens pas plus bas que
large, qui n'é
lambriffé, & par confequent fort mal-propre. Ila fubfifté en
cet état jufqu'en 1703, que les Anglois
prirent la peine de le brûler
être afin d'obliger ces Peres & leurs peut- Paroifliens d'en bâcir un aurre plus convenable à la grandeur du Dieu qu'ony doit
adorer.
L'Hôpital des Religieux de la Chariré
étoit environ deux cens pas plus bas que --- Page 365 ---
Frangoifes de PAmbrigne. 323--
la maifon des Carmes. La falle des ma- 1696.
lades étoit de maçonnerie, longue d'en- dedest Hôpital kelifur trente
de
viron quatre-vinge pieds
Elle étoit firuée far une petite Fci Charilargeur. hauteur, & faifoit face à la mer. Elle té.
fervoit aufli de Chapelle ou l'on difoitla
Melle, &c ou l'on confervoit tle Saint Sales malades. Cela m'a
crement pour indecent. Jenai dit mon
toujours paru bons
ils en
fentiment à ces
Religienx,
convenoient, mais il n'étoient pas pour faire
lors en état de mieux faire; c'étoit
beaucoup 1 eu égard à leur pauvreté
comme ils
REEE
fente, d'entretenir, nombre de malades qui feroient
un bon fansles charitables lecours qu'ils en
peris recevoient. lly avoit derriere cette infermée de
firmerie une cour quarrée, des
murailles qui foutenoient
appentis
qicompoloienr) la cuifine, > les magazins
& les chambres des Religieux, routcela
avec leur jardin. Le tout
de plein pied
propre & bien entretenu. des
L'Eglife & le Couvent de la riviere Capucins aux Eglife &
éroient de l'autre côté
Couvent CaHerbes. L'Eglife étoit de maçonnerie > des pucinsy
perite & affez propré. Il y avoit devant
la porte nombre de gros arbres, qu'on trèsFromagefs, qui faifoient un
appelle
Leur Couvent étoit far une
bel ombrage.
O v) --- Page 366 ---
324 Nowveaux Voyages ANx IRes
1696. hauteur derriere l'Eglile. Il falloit monter fur trois terraffes avant d'arriver au
rez de chauffée du Couvent. Ces terrafles avoient vinge-cinq toifes
fur fix toifes de large; on montoit delong, de
l'une il'autre
de larges degrez.
avoit fur la RedILmE un ballin de Ily
de taille avec un jet d'eau devant la pierre
te du Couvent. Le bâtiment avoit por- environ dix-huit Hoi@ard-langacunliesge
àrez de chauffée étoit de maçonneric :
ilcontenoit une falle à manger > la cuifine, les offices, des magazins & deux
ehambres ou l'on pouvoit coucher. Aux
deux bouts étoient des rampes de pierre
de taille.qui condaifoient fur le perron,
qui donnoit entrée dans l'étage de deffus.
Cet étage étoit de plein pied avecl la quatriéme terraffe qui formoit un jardin au
derriere de la maifon; & comme elle
occupoit tout le refte de la hauteur de la
colline, elle avoit une très-belle vie,
foit du côté de la terre, foit du côté du
Bourg-& de la mer. Les deux bouts de
cet étage & le côté quiregardoit la montagne étoient de maçonnerie alfez bien
percez. Les jambages des portes & des
fenètres étoient de pierre de taille, mais
la face qui regardoit la mer n'étoit
de bois. Le dedans confiftoit en une gals que
te de la hauteur de la
colline, elle avoit une très-belle vie,
foit du côté de la terre, foit du côté du
Bourg-& de la mer. Les deux bouts de
cet étage & le côté quiregardoit la montagne étoient de maçonnerie alfez bien
percez. Les jambages des portes & des
fenètres étoient de pierre de taille, mais
la face qui regardoit la mer n'étoit
de bois. Le dedans confiftoit en une gals que --- Page 367 ---
Frangoifes de PAmerigue. 325-- a
la
du bâriment 1G96.
lerie de toute longueur pieds de large. Il y
d'environ quinze
dans le milieu, &c
avoit un (allon chambrès quarré de chaque côté
trois nétoienrfeparces petites
les unes des autres,
qui
des cloifons de
& de la gallerie que par Aux deux bouts
menuiferie derniere fortptopres. terrafle, il y. avoit
de cette
dont l'in fervoit
deux petits bâtimens >
& Pautre d'Inde Chapelle domeltique, decette terraffe avoit
firmerie. Le jardin C'étoit affurément le
aufli un jet d'eau. releplsagptablenent
plesplibatimenre
Monfieur
firué qui fàt en toutes nosifles.
l'ade Codrington Général des Anglois, &
fon-logement en 1691.
voit pris pour
ille fit conferver
en cette confidération, & celle des Jeauffi bien que il TEgli(e, fit mettrele feuà tout le
fuites, quand en fc retirant. Son fils y
refte du Bourg
le même fiege en
a aufi logelorfquilfie eules mêmes
1703. mais sil n'a
fe retirant.
ne
le
en
E
:
il yficr mettre
ces bonsPeres
fçai G depuis mon départ
l'auront fait rétablir. à côté de la riviere aux
11 avoit
bâciment de maHesl un très-grand demi terraffe 2 apçonneric, couvert en Abbé Guefton. I
partenant au fieur
mais
avoit fervi autrefois dc Raffinerie, --- Page 368 ---
326 Nowveawx Yayager Anx MRes
1696. depuis que les habitans s'étoient mis a
blanchir cux-mèmes leurs fucres, toutes
les Raffineries étoient tombées. Si les
Raflineurs s'étoient contentez des
immenfès qu'ils faifoient, leur profits
auroit duré plus longstems; leur négoce dureré
& leurs mauvaifes manieres firent enfin
ouvrir les yeux aux habitans, & les
verent des gains infinis qu'ils
fur les fucres
auE
qu'ils blanchiffoient. Il
pouvoir y avoir dans ces deux
deux cens foixante maifons, la Bourgs
de bois, & fort
plapart
Tout ce quartier propres. étoit fermé du côté
de lamer d'un
de pierres
de fafcines & FIenuE terre foutenuès feches, des
piquers. Cette cfpece de fortification par
commençoit à la ravine Billau, & continuoit ainfi jufqu'à la batterie des Carmes. Cette batterie étoit de
à merlons, ily avoit neuf maçonnerie de
nons de fer de differens calibres pieces catoient dans la rade. Depuiscette quibat- batterie
jufqu'au terrain élevé oile Fort eft fitué,
ily avoit un gros mur avec
& des embrafires. Ce mur quelquesfancs couvroit la
place d'armes & les maifons qui l'envitonnoient.lly à Barbette de avoitencore une batterie
du Fort
trois pieces fur la haureur
au bord de lai falaife, & une au-
nons de fer de differens calibres pieces catoient dans la rade. Depuiscette quibat- batterie
jufqu'au terrain élevé oile Fort eft fitué,
ily avoit un gros mur avec
& des embrafires. Ce mur quelquesfancs couvroit la
place d'armes & les maifons qui l'envitonnoient.lly à Barbette de avoitencore une batterie
du Fort
trois pieces fur la haureur
au bord de lai falaife, & une au- --- Page 369 ---
Frangoifes de LAmerique. de-là de la riviere 327 1696.
tre de deux pieces au
étoient les
des Gallions. Voilà quelles &c du Fort quand
fortifications du Bourg pofléllion de fon
Monfieur Auger prit éroient-elles fort
Gouvernement, encore le départ des
en defordre, n'avoit car depuis fait autre chofe que
Anglois on brèche du cavalier fans tourétablir la
enrtresgrand
cher au reftc, quoiquilen
befoin.
CHAPITRE XIX.
Deftription des quartiers dx Mariget,
de Saint Robert, de la Magdalcine des An- >
des Habitans 5 eola defcente
glois en 1961.
Mars, jallai à Phabi- Quar*
E Lundi 5:
oà on projettoir, ticr
L tation du Marigot
elle eft à une pelle d
de faire le moulin bord icau, de la mer. Depuis Matigot; & pourbonne lieuë du endroit aflez haut & dif- quoi,
qu'on a paffé un
eft derriere notre
ficile à monter, > à qui huit ou neuf cens pas
maifon environ
on trouve un terrain
du bord dela mer, infenfiblement vers
qui monte roujours qui font au centre
les grandes montagnes de tems en tems
de flfle, & on reneontre --- Page 370 ---
328 Nonveaux Voyages AuX Mes
1696. des cfpaces confidérables de
dans
plar paiss
quelques - uns defquels les eaux de
pluye fe ramaffent & fc confervent ; &
particulierement en deux endroits où
elles forment deux petits érangs; c'eft ce
quia fait appeller ce quartier Marigot,
qui eft ill nom que l'on donne communément dans les Illesàt tous les lieux où
lcs eaux de pluye fe raffemblent & fe
confervent. Ileft certain
ces deux
étangs font d'une grande adlite pourabbreuverlesbefliaunx &les autresneceflitez
de cC quartier-là, oi le manque d'eau feroit beaucoup fouffrir, quoiqu'on ait une
fort groffe riviere à côté ; mais elle coule at bas de falaifes fi hautes & fi roides,
quela defcente
& qu'elle devient
fainpeur
inutile à ceux
demeurent dans
ces habitations mE Il eft vrai
y a une perite fource d'eau dans notre qu'il
terrain, mais c'eft fipeu de chole, far
tout dans les tems de fecherelles, qu'à
peine peut -elle fournir de l'eau
boire aux habitations quien fonrlesplus pour
proches.
Je melurai avec un demi - cercle la
hautcur perpendiculaire depuis l'endroit
ouj'étoisjulqu'a la furface de la rivicre
dontje devois conduire el'eau, pour renplir le canal qu'on propofoir. Je trouvai
dans notre qu'il
terrain, mais c'eft fipeu de chole, far
tout dans les tems de fecherelles, qu'à
peine peut -elle fournir de l'eau
boire aux habitations quien fonrlesplus pour
proches.
Je melurai avec un demi - cercle la
hautcur perpendiculaire depuis l'endroit
ouj'étoisjulqu'a la furface de la rivicre
dontje devois conduire el'eau, pour renplir le canal qu'on propofoir. Je trouvai --- Page 371 ---
Frangeifes detAmérigue. 329 1695.
- vingt - deux toifes trois pieds.
grande profondeur ne m'étonna
reRure
point,, parce que comme j'ai des déja Ifles nc
marqué routes les rivieres tombent des
font que des torrens qui
>
montagnes avec une rrès-grande d'une AEINS
& fouvent en cafcades
ne doutai
confidérable; de forte que horifontalement je
point qu'en cottoyant l'endroit où devoit être
la falaife depuis
enfin de
le moulin, je ne me dela trouvalle riviere. J'avois
niveau avee le fond avec moi pour me
trois ou quatre dans Négres les détrois. de ces monconduire
m'ouvrir le chemin où
tagnes, & pour étoient
épais. Je tirai
les haliers
de Tatrctu ians beaucoup
quelques coups jufqu'à la diftance d'ende precifion, toifes. La nuit m'emviron huit cens
le
que Javois
pècha de continuer 5 de lope poffibilité de
fait, me convainquit
étoit bien
la chofe, 8 mème qu'elle fc l'éroit figuré.
moins difficile qu'on ne du travail, mais
Ileft vrai qu'ily des avoit arbres à couper 8 des
ce n'étoit que
dont la vuidange étoit 4
terres à remuer,
le travailéroir fur
d'autant plus facileque D'ailleurs nous ne devions
une coftiere. fur notre terrain, où par
travailler que
ayoit aucune difcullion
conlequencilny --- Page 372 ---
- 3j0 Nowueanx Voyages AHx IRles
1696. acraindre pourl les
qui fouvent eft un dédommagemens, embarras
, ce
qui conduit le travail. Tous nos pour celui
excepré le
Peres,
de laj joye du Supérieur, > témoignerent bien
Le Mercredi rapport que je leur fis.
dres,
7. Mars, jour. des Cennous fimes en
l'Office
Saint Thomas d'Aquin, partie
de
jour-là. Monfieur le Gouverneur qui tomboit ce
avoit été invité, s'y trouva avec le quiy
tenant de Roi, quelques Officiersde Lieube & d'épée, & enir'autres
erobappellél'Abbé du Lion, fils de un feu Prêtre Monfieur du Lion Gouverneur de la Guadeloupe. Tous ces Meflieurs avec les Communàntez
Religieufes, > c'eft-à-dire, les
Jefaites, les Carmes, les Capucins & les
Religieux de la Charité, dinerent chez
nous.
Commejer ne vis point
de
travailler fi-tôt à mon d'apparence
folus d'aller voir mon ouvrage > je réReligion & de voyage Compagnon le Pere Gaffot de
qui deffervoit une Paroiffe à
>
du Baillif du côté de l'Oiieft, cinq lieies
lINet à Goyaves. Jy allaià chevaldont appellée
j'eus tout lieu de me repentir, carl la
grande partie de ce chemin eft dans plus des
mornes celle
tellement hachez, 2 qu'il faur fans
monter & defcendre au travers des
aller voir mon ouvrage > je réReligion & de voyage Compagnon le Pere Gaffot de
qui deffervoit une Paroiffe à
>
du Baillif du côté de l'Oiieft, cinq lieies
lINet à Goyaves. Jy allaià chevaldont appellée
j'eus tout lieu de me repentir, carl la
grande partie de ce chemin eft dans plus des
mornes celle
tellement hachez, 2 qu'il faur fans
monter & defcendre au travers des --- Page 373 ---
Frangoifes de PAmbrigne. cou- 331 1696.
rochers & des racines d'arbres font qui d'antant
vrent tous ces chemins, qui séloigne de la
plus mauvais, qu'on
fréquenBalle-terre 5 parce qu'étant peu la plispare
tez, ils font plus négliger. toujours
des habitans fe fervant aller prelque &c venir de
de leurs canots pour
font ordichez eux à la Balle-terre.oh affaires.
nairement toutes leurs la riviere du Bail- du PNT
Apresquion a
autrefois la petire lif Château &
lif, qu'on
un morne
au de la
IE
efcarpé
riviere, on trouve
de ruines des Magdepied daquelil y a quantieé été brilez
An- leine,
bâtimens qui ont
le parles débordeglois, & enfuite détruits par lefquels il
ment de la riviere 2 raffinerie. entre
Le az
avoit une très -belle morne eft dans la
min pour monter ce roide, il ne laiffe
pente, & quoiqu'adez commode. On tronve fur la
pas d'ètre les reftes du châtéau ou fortdela
hauteur
Il avoit appartenn à MefMagdeleine.
de lIfle
fieurs de Boifferet Co-/cigneurs leur oncle. J'allai
avec Monfieur Houel reftoit, C'eft un quarré
voir ce qui en
la terre
long dont le côté qui regarde regarde le
versle Nord-eft,& celui qui
de
Nord-olieft, étoient couverts toifesde par
petits baftions d'environ de face. quatte L'angle du
Aanc kur neuf toifes --- Page 374 ---
332 Nouveaux Yoyages anx IRes
1696. côté de la riviere du Baillifn
de baltion, parce qu'il étoit n'avoirpoint fur un rocher efcarpé
regnoit tout le long du
côré
mer. On
m
oppole
avoit
une
au
ménagé
place deffous de cet angle, où l'on
avoit fait une barterie à barbette de deux
pieces de canon. Les follez qui font devant tous ces ouvrages ont cinq toifes de
large & trois de profondeur. A trois toifes de la contrefcarpe il y aun perit mur
d'environ fx pieds de hauteur coupé en
angles failians & rentrans, qui fervoit de
Reatgo au chemin couvert. Le dedans
poligone qui peur avoir cinquante
toifes du centre d'un baftion à
étoit
l'autre, 5
occupé en partie par un grand
de logis de maçonnerie qui n'aj jamais corps eu
que la moitié de fa longueur. Ce
a cud'achevé n'a qu'environ douze quily toifes de long fur huit de large. Un côté
faifoit face à la mer; l'autre aux montagnes & à la porte du Fort. Entre le bâtiment & la falaife du bord de la mer,
il yavoir de très - belles citernes, & le
refte du terrain bien uni, marque qu'il
yaeuen cet endroit une terraffe. On voit
par des reftes de murs qui font en dedans
des courtines, qu'il y avoir des bâtimens
ou apentis tout autour de la cour. Cetre
Forterefle eft commandée à la portée du
face à la mer; l'autre aux montagnes & à la porte du Fort. Entre le bâtiment & la falaife du bord de la mer,
il yavoir de très - belles citernes, & le
refte du terrain bien uni, marque qu'il
yaeuen cet endroit une terraffe. On voit
par des reftes de murs qui font en dedans
des courtines, qu'il y avoir des bâtimens
ou apentis tout autour de la cour. Cetre
Forterefle eft commandée à la portée du --- Page 375 ---
Frangoifes de PAmerigue. 333
fufil par une motte de terre d'environ 1696,
decirconference
deux cens cinquante pas
CeFort & la
qu'il feroitaile de couper. été bâtis
maifon qu'il renferme ont
par de
Meflieurs de Boifferet, Marquis Monfieur
Sainte Marie, neveux de
qu'ils firent avec
Houel, aprèsle
la Guadeloupe &
la
ERETE
luide proprieré
de leur
terres
Seigautres
dépendantes
étoit
neurie. La borne de ce
l'Oieft
du Baillif du
ETN
la riviere
tirée
le
avec une ligne imaginaire jufques à Eg
fommet des montagnes
riautrement
E
de riviere à Goyaves, du côté de FER,
viere Saint Charles voir furla carte. Tous
comme onle peut
été entretenus jufces barimensavoient avoit même tenu une
qu'en 1691. on les y abandonna & les Angarnifon. On le feu en fe retirant. On
glois) y mirent
sce tems-là, de forte
lesa negligé depuis les murs & les foffez
qu'il ne refte
entier. On pourroit
en
dece
qui foient faire un afez bon pofte de
cependant
tous les
ce lieu là qui mettroitàcouvert arrèferoit aflez les enenvirons, & qui
d'aller plus
nemis
les empecher du Fort une maifon &
loin. Je Ecara à côté
habitation que le Négre qui
une petire
dit
à la veuve
me fuivoit me
appartenir
Gremy. --- Page 376 ---
A 334 a
Nowveaux Yoyages aux Ifles
1696.
Après avoir confideré ces ruines
repris le grand chemin. Je trouvai > je
viron à cent pas plus bas un terrain enmoins élevé d'enviren
toifes uni,
le rez de chauffée du Fort quatre oi l'on avoir que
commencé un parapet de terre & de faf
cines avec des embrafures far le bord de
la falaife qui regarde la mer, , & une
de ance de fable qu'on appelle l'ance gran- du
gros François, elle a plus de cinq cens
pas de large d'une pointe à l'autre. Elle
ef bornée fous le vent par un
alfez élevé, au pied duquel coule gros la cap riviere du Pleflis. Un autre
à peu près dans fon milieu petitcaps'eleve quila
en deux parties prefque égales, il
ble
Tree
que cette hauteur ait été mife là à
deflein de faire un pofte pour défendre
l'ance en cas que les ennemis
vouluffent faire une defcente. Je trouvai y
quelques vieux retranchemens ou murailles de pierres feches de diftance en
diftance far le chemin, depuis le Fort
de la Magdeleine jufqu'à la defcente de
la riviere du Pleflis, dont les bords, c'eftà-dire, le haut de la falaife, étoient encore garnis defemblables retranchemens
Quartier alors fort en defordre, &
& mon éboulez. Tout le terrain prefque tous
tague S. riviere
qui ieft entre la
Robert,
du Baillif & celle du Plellis,s'ap-
de diftance en
diftance far le chemin, depuis le Fort
de la Magdeleine jufqu'à la defcente de
la riviere du Pleflis, dont les bords, c'eftà-dire, le haut de la falaife, étoient encore garnis defemblables retranchemens
Quartier alors fort en defordre, &
& mon éboulez. Tout le terrain prefque tous
tague S. riviere
qui ieft entre la
Robert,
du Baillif & celle du Plellis,s'ap- --- Page 377 ---
Frangoifes de LAmerigue.
pelle la Montagne Saint Robert. du Pleflis eft 1696.
La defcente de la riviere
dédifficile ; quoiqu'on adoucir ait multipliéles la pente du
tours en
pour laifle
d'ètre encore
chemin, rEr ,
ne
pas
fort roide. On a ménagé un petit pofte
capable de contenir quinze ou
de la defcente, s
NGES
hommes au milieu découvrir le fond de la ride pouvoir
fort inutile &c
viere. Ce polte me parut
metfort dangereux pour ceux qu'on découverts y
troit, parce qu'ils y feroient feroient
jufques aux pieds
ceux qui &
leur
de f'autre côté de limviess la
quil de fe referoit abfolument impoflible
tirer. riviere du Pleflisn'a pas plus de fix
toifes La de large, elle a beaucoup de pente,
d'eau 5 & comme
&
confequent rochers & quantiré
entre
ECtS
SEtS coule
diffide pietres. fon paflage fon eft toujours eau eft des
cile. On prétend que
de toute EHRZE
faines & des de plus la legeres riviere eft encore une
L'autre falaife aufli côté haute que la premiere > qui
laifle
de fournir un chemin plus
ne
pas
l'a mieux ménagéen
doux, parce qu'on de la falaife. Cette.
cortoyant la Firt Paroilfe du Baillif de
riviere fepare
de ce dernier
celle des Habitans. L'Eglife --- Page 378 ---
336 Nouveaux
anx Tles
1696. quartier eft cloignée TPNELA bonne lieiie
de la riviere du Pleffis. Le chemin qui
y conduit ne fait pas le bord de la mer 3
mais il s'en éloigne de trois ou
cens pas. Tout ce rerrain eft affez uni quatre jufqu'à la moitié dela diftance del la riviere
du Plelisàl'Eglife des Habitans, oi l'on
Quartier &Paroi - trouve un vallon quis'dlargit à melure
fe des qu'ils'approche de la mer 3 où il forme
vieux Habi- une bayc ou ance qu'on appelle l'Ance
tans, ou Vadelorge. A cinq cens pas ou environ
fimple- ment des avant d'arriver à l'Eglife des Habitans,
Habi- on trouve une defcente affez aifée -
au
cans, de laquelle eft une plaine de douze bas à
quinze cens pas de large, qu'on
le Fond des Habirans
appelle
s qui elt partagécen
deux parties prefque égales par une affez
gioffe riviere du mème nom, qui avant
de fc jetter dans la mer, forme un érang
confidérable où les poiffons de mer entrent quand la riviere eft debordée, ou
quela digue de fable eftrompué par quelmarée extraordinaire. C'eft un enlreute d'autant plus srempli de poiffons de
toutes clpeces, qu'il eft difficile
cher à caufe des mangles & autres
font
aafe
qui
fur fes bords, dont les racines
ferventde retraites aux poiffons. L'Eglife
& la maifon Curiale font affez près de la
riviere. Ce font les Capucins qui deffervent
quela digue de fable eftrompué par quelmarée extraordinaire. C'eft un enlreute d'autant plus srempli de poiffons de
toutes clpeces, qu'il eft difficile
cher à caufe des mangles & autres
font
aafe
qui
fur fes bords, dont les racines
ferventde retraites aux poiffons. L'Eglife
& la maifon Curiale font affez près de la
riviere. Ce font les Capucins qui deffervent --- Page 379 ---
Françoifes de PAmerigue. 337
vent cette Paroille; celui qui en étoit 1696.
Curé s'appelloit le Pere Romain, trèshonnète homme, bon Religieux qui
s'étoit acquis l'eftime & l'amitié de tout
le monde par fes manieres douces &
pleines de candeur. Sa maifon & fon
jardin étoient très-propres. Ilme fit mille
amitiez, , & ce ne fut pas fans peine qu'il
me laiffa fortir de chez lui pour continuer
m'avoir fait rafraimon voyage donnéà > après mangerà mon Négre &
chir,8 à mon cheval. I1 y avoir aux environs
del'Eglife une vingtaine de maifons OCcupées par des Artifans, des Cabaretiers
& Tont autresgens. le terrain depuis la riviere du
Plefis jufqu'an fond des Habitans, eft
fec & ufé depuis le bord de la mer jafqu'à huit ou neuf cens
dans la hauexcepté quelques Ronais où la terre
teur, eft encore bonné &c grafle. Cela n'emn'employe fort
pèche pourtant pasqiion
en
utilement ces terres en cotonnicrs,
& manioc, dont les haESe font patates un rrès-bon commerce.
Le Fond des Habitans- a été ainfi-apdu tems de la premiere
pellé, > parce que peupla lIfle, tous ceux
Compagnie avoient
les trois ans de ferviqui
LSLS
devoient à la Compagnie, fe
ce qu'ils
p.
Tome II, --- Page 380 ---
333 Nouveanx
anx Ies n'ètre
retiroient dans cet
pour
RURCLeRt
1696.
confondus avec les ferviteurs 8c enplus
8cs'appelloient
gagez dela Compagnie, a berité de leur
Habitans. Le quartier autrefois beaucoup
nom. La terrey étoit
meilleure qu'elle ne l'eft à prefent > parles debordemens de leur rivierey
ce que
incroyable de
ont apporté une quantité faute de quelques hafable; & cela parla les arbres qui retebirans
ont coupé
noient : riviere-dans fon lit, quelque
grofle qu'elle pit ètre, dans un coude à
qu'elle fait en fortant d'un fond quicit
TE( avant de couler dans la plaines cette fc
digue naturelle étant rompue, elle
répand à prefent par tout, & beaux a gâré de ce la
plat
qui eft un des plus
cultiver
Lars On ne laiffe pas d'y
des cotonniers, du mil, des pois, des
& du manioc, &c tout cela y
patates,
vient en. perfedtion.
de mille
de
Cette plaine a plus
pas
hauteur depuis le bord de à la mer jufqu'à
un morne alfez haut qui érendue, la
en de
de
EETE
deux fonds,
grande La riviere des Habitrès-1 bonne terre. celui
eft à TE, &c
tans paffe dans
qui a une autre pedans celui de l'Oueft ilys
tite riviere appellée la riviere donné Bean-gen- le nom
dre. Je ne fçai point quia
.
de mille
de
Cette plaine a plus
pas
hauteur depuis le bord de à la mer jufqu'à
un morne alfez haut qui érendue, la
en de
de
EETE
deux fonds,
grande La riviere des Habitrès-1 bonne terre. celui
eft à TE, &c
tans paffe dans
qui a une autre pedans celui de l'Oueft ilys
tite riviere appellée la riviere donné Bean-gen- le nom
dre. Je ne fçai point quia --- Page 381 ---
Françoifes de PAmeriqme. 339
àc celle-ci. Son embouchure eft éloignée 1696.
de celle des Habitans de cinq à fix cens
Elle coule au pied d'un morne haut
pas.
terminela
& roide du mème nom, qui de l'OueR.
plaine des Habitans du côré
La terre depuis cet endroit jufqualiler
à Goyaves eft prelque
tout fi feche,
fi maigre & fi remplic Ser pierres qu'elle
des arbres, ,
a caufe
ne produit
tendres
font
de leur aunedere appellez,
à caillou, & les chemins font les plus
difliciles & les plus raboteux de toute
FIfe. A une petite demie lieiie de la riviere Beau-gendre, on defcend dans une
vallée étroite & profonde au milieu de
dans
laquelle ily a un ruiffeau quife perd PAn- Ance à la"
la mer aul fond d'une ance appelléc
Barque.
ce àla Barque. Cette ance a un bon quart
de lieiie de profondeur, depuis les pointes des mornes qui la forment julqu'à
l'extrémité-de fon enfoncement dans les
terres. Elle eft large d'environ
fon entrée elle s'élargit
RIE
cens pasà
> bien fix
8c
fon milieu où elle en a
cens,
finit en ovale. Commel les terres quil'environnent font extrémement hautes &
elcarpées, elle eft par une fuite necelfaire
fort profonde. Sa fituation la metà couvert de tous les vents, excepté de l'Oueft
Sud- oueft qui fouffle dans fon emPij --- Page 382 ---
Nowveanx
aux IRes
bouchure. 340
Le fond Foyages elt par tout de fable
1696. blanc, net & fans roches. On trouve
près des falaifes jufqu'a trois & quatte
braffes d'eaui, Dans ie fond de l'ancele
rivage va en pente douce , de forte qu'on Ces
peut moiiller comme l'on veut.
commoditez obligent nos Corfaites àsy
venir carener > &1 mème à s'y retirer pendant les mauvais dans le tems. fond de cette ance &
Ce fut
Les An- à la
de l'E(t que les Anglois figlois y
pointe
en 1691. Ils ne
Airent rent leur débarquement
leur defchoifir un endroit plus
cente eil pouvoient pas fe faire tailler en picces.
1691. propre Monfieur pour
le Chevalier Hincelin
Mais Gouverneur de l'Ile qui étoit malade
depuis long-tems d'une efpece d'hydro- fe
pilic, de telle maniere qu'à peine
pouvoit t-il tenir à cheval, ne pûr agir
avec fa vigueur ordinaire, & s'avancer
affez vite pour fe trouver au lieu de leur
débarquement. D'ailleurs il ne pouvoit
fe perfuader que ce fit là leur veritable
que des troudelfein; 5 quelle apparence celles des Anpcs nombreufes comme
lieuies de
allaffent débarqueràtrois)
Ee fortereffe qu'elles vouloient attaquer,
qu'elles pouvoient! tle faire beaupendant plus près, & sépargner la peine
d'avoiri coup
combattre à tous les défilez &
au lieu de leur
débarquement. D'ailleurs il ne pouvoit
fe perfuader que ce fit là leur veritable
que des troudelfein; 5 quelle apparence celles des Anpcs nombreufes comme
lieuies de
allaffent débarqueràtrois)
Ee fortereffe qu'elles vouloient attaquer,
qu'elles pouvoient! tle faire beaupendant plus près, & sépargner la peine
d'avoiri coup
combattre à tous les défilez & --- Page 383 ---
Frangoifes de PAmerigue. 34T
des rivieresdont je viens de par- 1696.
lere pallages Le Gouverneur crut avec raifon
feinte
attirer des
ce n'étoit qu'une
&
leur verice
Eseri
troupes de côré-là, du Bourg de la
table defcente plus la
afin de les
Bafle-terre & de
ERIL
De forte qu'il le contenta d'encouper. le fieur de Bordenave fon Aidevoyer
vinge-cinq hommes pour les
major,avec oblerver, & lui donner de leurs nouvelles. Ille fit fuivre à quelque diftance
par le fieur du Cler, Major, avec cent
& luiavec lerefte des troupes
hommes; fe tint fur la hauteur de la Magdelainc - 3
avoir deffendu à Monfieur de le
après Malmaifon Lieutenant de Roi, de fortir du Fort fous quelque prétexte que ce
fat.
Bordenavesétant affurré
L'Aide Major nombre de troupes quil vit
parle grand quéc'éroit leur veritable dédefcendre,
en donna avis au Goubarquement, afin
fit avancerdu monde
verneur
quil & les
de gapour le foûtenir,
empècher oû il falloit
gner la hauteur du Morne,
fecours
quilsmontatfent En artendantle
& pour n'ècre pas pris en Aanc, avoit il fepara été
en deux fa petite troupe qui
augmenrée de feprou huirNégresarmez
quisétoient) joints à lui dans le chemin.
P 1ij --- Page 384 ---
342 Nowveanx Vayages AHS Hes
1696. Ilen envoya lai moitié versla Pointe,oà
une partie des ennemis débarquoir, où
il n'y avoit
feul petit fentier étroit
& clcarpé e éroit. aifé à défendres &
lui avec le refte fe tint à mi côte de la
defcente de FAnce, d'oi il
à faire feur furlesennemiso qui montoient; commença
il les arrèta, parce que fa troupe
fée & gabionnée derriere des arbres difper- faifant feu de divers endroits, les Anglois
n'ofoient sengager plus avant, fans êtré
allurez auparavant du nombre de ceux
eontre qui ils avoient à faire. Il les tint
ainfi prefque immobiles pendant tprès de
trois heures, fe fervantdecet tems-la
faire abbatre des arbres derriere iorar &
embarut@erlechemin. A la fin ne voyant
point venir de fecours, & fes gens commençant à manquer de poudre & de balles , il voulut fe retirer plus haut, dcrriere l'abbatis qu'ilavoir fait faire; mais
il fat tué dans ce moment avec
autres de fa compagnie. Cetre difgrace quatre
ayant jertélépouvante dans le refte de fa
troupe, ils fe retirerent plus vite qu'ils
n'auroient fait, quoique toujours en cfcarmouchant. Ils firent ferme derriere
l'abbatis, & envoyerent averrir de leur
retraite ceux qui defcendoient le
fentier, afin de fc réunir & faire Rede
riere l'abbatis qu'ilavoir fait faire; mais
il fat tué dans ce moment avec
autres de fa compagnie. Cetre difgrace quatre
ayant jertélépouvante dans le refte de fa
troupe, ils fe retirerent plus vite qu'ils
n'auroient fait, quoique toujours en cfcarmouchant. Ils firent ferme derriere
l'abbatis, & envoyerent averrir de leur
retraite ceux qui defcendoient le
fentier, afin de fc réunir & faire Rede --- Page 385 ---
de
: Eranpoifes
PAmérique. Cela sexécuta 1696.
retraite tous enfemble.
fans confulion, & les Anglois isquiavoient la
profité de leur retraire furent pour étrangement gagner
hauteur du Morne, ilsi virent le peude monde
furpris quand
fi long-tems, & qui
qui les avoirarrètez tué ou bleflé près de quatte:
leur avoit
hommes!
les ennemis n'au- Faute du
"F eft certain
plus avant 6 le du Major Cler.
roient jamais pû
SE
Major fit venu avec fa troupe fenlement pour fou
tenir PAide-Major 3 mais non
de
ili négligea fous de méchans prétextes trois cens
le faire, mais starsèra encore envoyoit;
hommes
Gouverneut y chafler
ce
phus que fuffifant
tenter un
les obliger
ISte
&c
ceare
les ennemis,
dans un autre enautre débarquement même que leurs troupes
droit, fappols été rebutées par un fi maun'cuffent pas
Nous reimes cint
vais commencementr en cette occalion, & un
hommes bleffé tuez de deux coups, Fun a la
cnitle, Négre & l'autre entre le ecol & Tépaule, fi
refta fur le chemin, oà il contrefit
qui
les Anglois
l'abien le mort , que le crurent PT & le
voir bien remué,
laifferent-là.
de quelques
J'ai fça ces particularitez avoient été de
perfonnes de probité qui
P iv --- Page 386 ---
344 NasoneYrayager Aux Ifles
1696. ce détachement, & du Négre même
dont tje viens de parler, qui
à un-n nommé Bouchu, dont lhabitation appartenoit
étoit à côté de lariviere Beau-gendre, &
encore d'un Anglois de l'Ifle d'Antigues,
qui après la Paix de Rifvick venoit trafiquer la nuit avec nos habitans;i il s'appelloit Georges Roche. Ilfe vantoit d'avoir tué le ficur de Bordenave, &
le prouver, il montroit des boucles pour &c
un cachet d'argent qu'illuiavoit ôré, Il
me fir prefent du cachet. Jele donnai enduite a la Demoifelle Radelin, fille du
fieur de Bordenave,
le reconnut
aufli-tôr pour être celui 2
Le refte du détachement fonpere. du fieur de
Bordenave ayant palle la riviere Beaugendre & celle desHabitans,
aux troupes qui étoient avec le fejoignit
& fe mirent comme les àutres derriere Major,
quelques murs de pierres fechesqui bordoient la riviere, d'où ils firent un G
grand feu far les Anglois qui s'étoient
avaucez jufques-li, qu'ils lesy arrêterent
le refte de la journée. Lorfque la nuit fut
venue 2 nos gensabandonnerent ce
fans bruit, parce, qu'il étoit à
les
PCEORE
que
Anglois ne rembarquaffent une
partie de leurs troupes, & que les portant à l'Ance Vadelorge ou en quelque
chesqui bordoient la riviere, d'où ils firent un G
grand feu far les Anglois qui s'étoient
avaucez jufques-li, qu'ils lesy arrêterent
le refte de la journée. Lorfque la nuit fut
venue 2 nos gensabandonnerent ce
fans bruit, parce, qu'il étoit à
les
PCEORE
que
Anglois ne rembarquaffent une
partie de leurs troupes, & que les portant à l'Ance Vadelorge ou en quelque --- Page 387 ---
Trangoifes de LAmbrigues 345 1696.
lieu de la côte, ils ne nous priffent
autre derriere, dans le tems que nous fepar
en face par ceux qui
rions attaquez côté dela riviere.
étoient de Fautre
derriere lesreNos gens fe retirerent riviere du Pleflis, où
tranchemens de la
le lendemain
les ennemis étant du venus matin, ils les troufur les dix heures ordre & fi avantageuleverent en fi bon
une efcarmouche
ment poltez, qu'après heures, oû les Anglois
de près de quatre
hommes fans.
perdirentp plus de troiscens qui étoit à l'emrien avancer , l'Amiral du Pleflis tira trois
bouchure de la riviere
fes gens
coups de canon pour defciperant rappeller tout à
& les rembarquets
En
fait du fuccès de cette entreprife. ablolument,
effer, elle alloit échoiier mal-intentionnez qui
lorfque quelques
fe mirent à crier
étoient parmi nos avoient gens forcé nos trouque les Anglois le pallage du haut de
pes qui gardoient même tems quelques
lariviere, & dansle caradtere, qui étoient
autres de pareil haut, frent courir le
au pallage d'en
d'embas étoit forcé.
bruit que le pallage Tondement mirent le
Ces bruits fans
dans nos troupes,
trouble & la confufion Officiers, & far tout le
avant que les
enfin obLieutenant de Roi, quiavoir
Pv --- Page 388 ---
346 Nowveanx Woyages aux Tfes
tenu la liberté de fortit du Fort, & de
1696. fe mettre à la tête des troupes, puflent
leur faire connoître la fanfferé de ces
bruits; puifqu'il paroiffoit évidemment
par les mouvemens des Anglois qu'ils
étoient au repentir de s'ètre engagez fi
avant 3 & quils ne cherchoient que le :
moyen de fe retirer à leurs vaiffeaux >
fans recevoir d'échec dans leur retraite.
Ce fitrent donc ces faux bruits & la terqui arrachéreur panique qui is'enfuivit,
victoire
rent des mains de nos gens une
-affitrée, & qui les obligerent de fe retirer avec précipitation au Bourg du Baillif, au lieu de tenir ferme au pofte de
la Magdelaine', comme ils pouvoient
faire. Les Angloisles fuivirent de près,
s'emparerent de ce dernier polte, & firent un f grand feu far eux > qu'ils les
contraignirent der repaflerlativiere Saint
Lonis, & enfin de fe retirer au Bourg
de la Bafle-terre où ils palferent la nuit.
Le lendemain matin ils abandonnerent
le Bourg & fe retirerent derriere la rideviere des Gallions, quilsborderent
puisfon embouchure jufqu'a un endroit
appellé le paffage de Madame > qui eft
éloigné de près de trois mille pas.
dans le
Les Anglois.entrerent
battirent
éleverent lenis batteries, &
ROIXE
& enfin de fe retirer au Bourg
de la Bafle-terre où ils palferent la nuit.
Le lendemain matin ils abandonnerent
le Bourg & fe retirerent derriere la rideviere des Gallions, quilsborderent
puisfon embouchure jufqu'a un endroit
appellé le paffage de Madame > qui eft
éloigné de près de trois mille pas.
dans le
Les Anglois.entrerent
battirent
éleverent lenis batteries, &
ROIXE --- Page 389 ---
: : Frampaifes de TAmbrique. trenre-cinq 1696.
Fort & le Cavalier pendanr le Marqnis de
jours, jufqu'a ce que Ifles étant arrivé
Ragny Général de. nos ils leverent le
avec quelques troupes,
avec
fiege & fc rembarquerent
EE
pitation , comme je l'ai temarqué ces
devant: J'ai crà devoir rapporier combien
circonftances pour faire voir Anglois dans
il étoit facile de défaire les
de
tant de défilez, > & tantde pallages,
montagnes & de rivieres; cc quilarrivera nos
immanquablemenr toujours 2 quand Officiers
gens feront condaits par des
braves, (ages &t experimentéz.
Je reviens xprefent d mon fujet, Après que
m'a fait
cette digreffion le fondde TEN à la barquejeas montai paffé un morne fort haut &
Temal difficile. je
On trouve d'efpace en efhabirations. Le chemin
pace de petites à
du bord de la mer
fe raproche peu peu où il y a quelfur une falaile efcarpée, lc Duché, &
ques maifons qu'on appelle
loin deux
environ quinze cens pas plus ruines &
ou trois maifons &. quelques nomme le
mazures de barimens, , qu'on eft maupetite village. Tout ce chemin
de
>
vais 3 pierreux coupé miffeaux; par beaucoup la terre
ravinages &c de petits
noire &
ne haiffe pas d'ètre bonne,
gralfé,
P vj --- Page 390 ---
348 Nowveaux Troyages AuX IRes
1696. du moins te que l'on en voit entre les
pierres. Ce quartier eft fort dépeuplés
& en général, il s'en faut bien que la
Guadeloupe foit aufli pcuplée
la
& c'eft
il y a
de
lie
Martinique;
dequoi
s'étonner, car les terres y font bonnes
pour la plapart; les eaux en quantiré &
admirables: l'air très-pur & très-fain,
& il y a un terrain immenfe qui n'eft
encore occupé de perfonne e > où lon
pourroir faire des cacoyeres des plans
de Rocotyers, des indigoteries & autres
chofes, fans parler des terres propresà
la culture des cannes à fucre qui font en
quantité, & qui ont tout ce qu'on peut
defirer pour cela.
CHAPITRE XX.
Defeription du quartier de TIRet à
Des
boitillanses.
daps
wes. PAnce à Ferri. fontaines De larbre C du banme de Copaii, du bois laitenx.
"Arrivai enfin far les cinq heures à
Qanrrier
& fifarigué,
de MIet T'Eglife de Goyaves, flas
à Goya
m'avoit luivi
auffi-bien quele Négre qui
yes.
& le cheval quim'avoir porté, que ne dc
croi
avoir jamais
1EE
pas
cuplus
repos.
aps
wes. PAnce à Ferri. fontaines De larbre C du banme de Copaii, du bois laitenx.
"Arrivai enfin far les cinq heures à
Qanrrier
& fifarigué,
de MIet T'Eglife de Goyaves, flas
à Goya
m'avoit luivi
auffi-bien quele Négre qui
yes.
& le cheval quim'avoir porté, que ne dc
croi
avoir jamais
1EE
pas
cuplus
repos. --- Page 391 ---
Francoifes de PAmérigue. 349 1696.
Cette Eghile étoit de maçonneric, de long
d'environ Toixante & dix pieds
rede large. La porte
fur vingrquatre &clAurel eft adoffé congarde la mer, d'une grande hauteur &c
tre un morne très - roide. Il y a environ
d'une pente
bord
trois cens pas de terrain l'Eglife uni, juiqu'aui & qui me
de la mer, d'un
tout couvert
affez bon, quilétoit de forte
EET rofeaux & de mahotiers:
duz
du bord de la mer il eft maitonsquifont impoflible
voirlEglifes niquelques je demandai à des gens
aux environs. trouvai-là, pourquoi on ne défriqueje cette terre, quand mèmc ce ne
choit pas
donner plus d'air àTEferoit que pour maifons voilines, & les déglife & aux
& maringoinsqui
livrer des mouftiques ordinairement dans ces forfourmillent
la laif
tes de lieux. Ils me dirent, lEglife qu'on! & les
foit ainfi pour conferver
maifons des pillages des Anglois,
fade nuit,
TLRE
n'y venant que n'y ayant que deux
a de les arrêter,
le relte étant
fentiers à garder, tout
inaccellible à caufe de ces arbresquis'entrelaffentlesuns. dans les autres. été averti de
Le Pere Galfot defcendit ayant de fa maifon &c
mon arrivéc, fon cheval pour mypors
me fit amener --- Page 392 ---
350 Nowveanx
aux
1696, ter. Précaution fage Frayager & necelfaire, Ifes fans
laquelle j'aurois peut- - être renoncé au
plaifir de le voir chez luicej jour-là; car
fa maifon eft fituée aux trois quarts de la
hauteur du morne, & mon chevaln'étoir plus en étar de m'y porter > ni moi
d'y allerap pied. On a tracé un petit fentier en zigzag pour. y monter, dont les
détours qui font trop courts, > font queles
pentes font fortroidess à cela près, jele
trouvai bien logé & fortc commodéments
Maifon pourvi qu'on n'ait pas befoin de fortir
curiale de la maifon. Une terraffe
de Goys-turelle,
prefque naves.
fourenué d'une haye vive, compofe la courlarge de fept a huit toifes,
longue de vinge-huir à trente. On trouve
au milieu de fa longueur un perron de
pierres de taille de
marches,qui bien
que fort éloignées
proportions de la bonne architeéture, ne laifle pas de fervir pour donner entrée dans une falle de
dix-huit pieds en quarré, quia deux fenêtres du côté de la montagne, avec
une porte pour aller dans une allée qui
féparele jardin de la maifon. La falle eft
accompagnée d'une chambre de
côté de dix-huit pieds de long far chaque
ze de large, dans la longueur d'une quin- delquelles on a menagé un petit efcalier de
bois pour monter dans un galetas qui eft
ir pour donner entrée dans une falle de
dix-huit pieds en quarré, quia deux fenêtres du côté de la montagne, avec
une porte pour aller dans une allée qui
féparele jardin de la maifon. La falle eft
accompagnée d'une chambre de
côté de dix-huit pieds de long far chaque
ze de large, dans la longueur d'une quin- delquelles on a menagé un petit efcalier de
bois pour monter dans un galetas qui eft --- Page 393 ---
Frangoifes de PAmbrique. 351- 1696.
partagéen troischambres; ; à vingr pieds
dece bâtiment, ily en avoit
ou environ
avoit
un autre qui faifoit un retour far , qui
vinge-quatre pieds de long la cuifine, quatorze le
de large, qui contenoit Ce bâtiment auffi
four & le magazin. étoient de maçonbien que la maifon
les linteaux
nerie, mais les piedsdroits; étoient :
de bois.
& les apuis des fenètres bâtiment
a
Il y, avoit un autre bout de la paralelle maifon,
ce dernierà l'autre renfermoit un
tout de bois, qui
deux heteare
lailler & une écurie pour de la maifon par
Le jardin étoit féparé
de
une allée de quatre à cinq toifes il avoit larges à
on y montoit par fx marches,
8c dix
prèslalongucurd de la terrafle,
E douze toifesde profondeur. Son défaut
étoit d'être trop en pente.
Sices terrafles & ces bitimensavoient foété bien entretenus, çauroit été une
litude des plus agréables. On y joiiffoit
d'une vàc qui n'étoit bornée découvroit que Eot
Thorifon de la mer. On
deffus
loin des deux côtez de P'Ance
étoit
forment
fhry
les mornes qui la
le 5
fit
frais &
> & quoique
LEIS
E folitaire, je m'y ferois beaudépeuplé fi la defcente du morne avoit
coup pla
été moins difficile. --- Page 394 ---
1696. 352 Nowveaux Yroyages aux Ifes
L'Ance de Goyaves a prèsd'une demie
Ance de lieué de largeur entre fes
Goyaves,
deux
C'eft un Iflet qui eft à une demie pointes. liené
de cette ance fous le vent, c'eft-à-dire,
à l'Oueft, qui a donné le nom à ce quartier >-parce qu'apparemment
avoit
trouvé beaucoup de
ony
commença de sy NeSeIarCt L'Ance quand fait on
affez régulierement la figure d'une ance
de panier. Son enfoncement dans les
terres eft d'un tiers de lieué ou environ,
Ily a un gros rocher qui fait un Iflet à
fa pointe orientale, dans lequel il y a
quelques voutes ou cavernes, qui
ont
fait donner le nom
ileur
fond de l'Ance eft prefque d'hermitage. Le
ble blanc mêlé de rochers par tout de fad'endroits, & fur tout au en milieu, beaucoup ce
qui fair que. l'ancrage n'y eft pas ffir,p
ce que les cables fe coupent : en
parelle eft fort poiffonneufe. Ily y tombe échange une
petite riviere dont l'eau eit excellente.
Le Pere Gaflot envoya mettre despaniers
à la mer pour avoir du poiffon pour le
lendemain.
Le Vendredi neuviéme Mars je me
levaide grand matin pour aller voir lever les paniers ou nafles. On les fait de
rofeaux refendus, unis enfemble avecdes
liannes. Ony met quelques piertes pour
ce que les cables fe coupent : en
parelle eft fort poiffonneufe. Ily y tombe échange une
petite riviere dont l'eau eit excellente.
Le Pere Gaflot envoya mettre despaniers
à la mer pour avoir du poiffon pour le
lendemain.
Le Vendredi neuviéme Mars je me
levaide grand matin pour aller voir lever les paniers ou nafles. On les fait de
rofeaux refendus, unis enfemble avecdes
liannes. Ony met quelques piertes pour --- Page 395 ---
Trangoifes de Amerigue. des crabes 3.53 1696.
Ies tenir au fond de l'eau, & pour atcuites rompués en morceaux les attache à une
tirer le poillon. On au bout de laquelle
corde affez longue, de bois blanc avee la
ily a un morceau
nafle appartient,
marque de celuid reconnoitre, quila
quand les
pour les pouvoir fait
de place, ce
marées les ont
changer
qui arrive fort fouvent. de trente livres
Nous trouvâmes plus
avoit
de poiffon dans les fix paniers
avoit
entre
T:
mis à la mer, commele lefquels bras, 1 plus
un congre gros de long, A mefure qu'on
de trois picds dans le canot, jel les outiroit les paniers le
& rejetter
vrois pour retirer
poiffon J'ouvris par malles paniers à la mer. le
leNéheur la nafle ou étoit congre iln'étoit
grc du Curé m'en avertit forti quand de la nafle
plus tems, le congre
& sélança far
fautoit comme un enrage, fois. Le Négre vint à
moi deux ou trois il voulut tuer le congte
mon fecourss bâton, ille manqua, & le
d'un coup de jetré à une de fes jambes anguille Congte,
poilfonséerane
aufli-tôr le coutcau de dont mer la
s'y artacha. Je avoità pris fal ceinture, & ayant morfure
que le Négre auprès de fa tète, je la lui eft gercu'e. danfaifi le congre délivrai ainfi le Négre. Nous
coupai, &
de manger le congre >
ne laiflâmes pas
qua, & le
d'un coup de jetré à une de fes jambes anguille Congte,
poilfonséerane
aufli-tôr le coutcau de dont mer la
s'y artacha. Je avoità pris fal ceinture, & ayant morfure
que le Négre auprès de fa tète, je la lui eft gercu'e. danfaifi le congre délivrai ainfi le Négre. Nous
coupai, &
de manger le congre >
ne laiflâmes pas --- Page 396 ---
354 Nowveaux Yoyages ARX
1696. qui à mon avis eft un aufi bon Ies poiffon
quandileftcuit, qu'ileft méchant
ileft vivant.
quand
Je fus après diné me promener fur le
bord de la mer. Ily a une partic de l'Ance, particulierement aux environs de la
riviere > où toutle rivage eft couvert de
roches & de galers de differentes
feurs, mais tout le refte eft un fable blanc grof
& ferme où la. promenade eft agréable.
Fontai Environatrois
nes
on
cempairbhdefeglis
botillan- noir me à fit remarquer que l'eau bouillontes.
cinq ou lix pasdansla mer. J'entrai dans un petit.canot qui fc trouva-la
difoir par hazard, pour voir f ce qu'on me
étoit véritablei, que cette eau étoit
fichaude ceufs
qu'on y pouvoit faire cuire des
& du poifon. Je m'éloignai d'environ trois toifes du bord du
oû
ily avoit enviton quatre pieds rivage, d'eau,o ou
les boiillons ne me paroifloient pas fi
fréquens vai l'eau
vers les bords, & je trouAr chaude dans ces botillons,
que je n'y pûs
tenir la main. J'envoyai chercher Ses ceufs
je
en les tenant fufpendus
l'eau fiscuire,
avec
dar
mon mouchoir. Je defcendis à terre où
je trouvai que la fuperficie du fable n'avoit
plus de chaleur vis-à-vis l'endroit bar étoient les boiillons,
dans
que --- Page 397 ---
Frangoifes de LAmfrigue. Mais 355 1696.
les autres endroits plus éloignez. ne fus pas
ayant creufé avec la main', de cinq je à fix pouarrivé à laprofondeur
conces que je fentis une augmentation je continuai
fidérable de chaleur ; plus
de
decteufer & plus elle zugmentoies je
maniere qu'a un pied de profondeac tenir la main.
ne pouvois prefque plusy
encore un
Je hs creufer avec une pelle le fable bripied plas bas: Je trouvai on voit famer la
lant qui famoit comme le bois dont on fait le
terre qui couvre fumée fentoit le fouffre
charbon. La
d'une maniere fupportable.
de marre
On me conduifitàt une huit efpece toifes de diaou d'étang de
à blanchâtre comme
oli l'eau
rELat
metre, fi elle eût été trouble. Elle jettoit conmoins fréquens & plus
ECEmEnE
mais ils étoient
dans le milieu. Il en paroifloir ils
gros
E
ou huit tout de faite 3 après quoi d'un Pater
paroiffoient pendant le(pace de cette eau dans un
8 d'un Ave. Je pris
qui étoit réelmorceau de callebafle, la
lement botillante. Je
goûtai bonne, quand
clle fut refroidie, elle me parut
de Etang &
excepté qu'elle avoit un facile petit goût de s'ac- marais boiilfouftre, auquel il feroit
ruif- lant.
coftumer. Cette marre fait un petit
3 après quoi d'un Pater
paroiffoient pendant le(pace de cette eau dans un
8 d'un Ave. Je pris
qui étoit réelmorceau de callebafle, la
lement botillante. Je
goûtai bonne, quand
clle fut refroidie, elle me parut
de Etang &
excepté qu'elle avoit un facile petit goût de s'ac- marais boiilfouftre, auquel il feroit
ruif- lant.
coftumer. Cette marre fait un petit --- Page 398 ---
356 Nowveanx Voyages AuX
1696. feau en fe déchargeant,
IRes
tie de fa chaleur & de a goût perd à une melure parqu'ils'éloigne de fa fource,
en
retienne toujours affez pour les quoiqu'il faire fentir avant qu'il fe perdeut dans la mer: à
deux cens
de-là.
On me ire encore voir un
à
côté de cet étang, où il croît marécage
herbes blanchâtres & couvertes quelques d'une
de pouffiere de fouffre. Le fable
de même couleur eft
Sot
Peu d'eau en quelques endroits, couvert d'un
tres il paroît comme de la bouc en d'aumence à fecher, & il paroit en
entierement
ioE
de folidité, fec. Cependant il a
même dans les endroits
paroiflenr les plus
a
fecs, que les
y
qu'on jette s'enfoncent &
pierres
de ce fable prefque dans un fontcouvertes inftant. Cet
endroit eft dangereux, & il eft arrivé
plus d'une fois que des étrangers voulant
Y pafler,sly fontenfoncez, &y feroient
péris s'il n'avoient été fecourus
tement. Il eft vrai qu'il leur en promp- couroit
toujours quelque chofe, & au moinsla
bres peau de leurs jambes, & desautres memqui avoient été enfoncez dans ce
marécage qui eft encore plus brûlant
l'étang. C'eft
que
chaudes ne foient dommage que ces eaux
pas entre les mains de --- Page 399 ---
Frangoifes de LAmerigue.
tens qui fachent s'en fervir & fouveraines en profiter, 1696.
ar ileft fir qu'elles font
pour une infinité de maladies.
Onm'affura que plifieurs hydropiques des Vertus eaux
voient érélentierement gueris, 9 après des fonAvoir fué dans ce fable, & de'douleurs beaucoup taines boiilH'autres qui étoient attaquez de nerfs. Cela lantes.
roides & de contractions été bien des fois en
peut être, maisJai fontaines boiillantes
H'autres tems aux
fans avoir jamais svà perfonne, & à quoique la Guaje PR3NOE dla Martinique éroient attadeloupe bien des gens Ileft qui vrai que les
quez de ces maux-l.. avoir le pluse comremedes que l'on peut
modément, ne font pas ordinsirement confiance. Jai
ceux aufquels on a plus de
des
vû cependant dans i'hiftoire Confrere générale le Pere du
Anrilles de mon
du fieur Biet
Tertre, & dans la Relation
Prèrre, intitulée, La France Equinaxiale, été guéque bien des malades syavoient dernier Auteur
ris; entre les autres de ce Cayenne il fut
dit, qu'à fon retour
entierement gueri de Thydropilic dansce fable quil
contractée, en fuant
yavoir
qu'on lui avoit fait exfous. nn pavillon
près. Le Samedi dixiéme Mars jaccom- voir des
pagnai le Pere Gallot qui alloit
ertre, & dans la Relation
Prèrre, intitulée, La France Equinaxiale, été guéque bien des malades syavoient dernier Auteur
ris; entre les autres de ce Cayenne il fut
dit, qu'à fon retour
entierement gueri de Thydropilic dansce fable quil
contractée, en fuant
yavoir
qu'on lui avoit fait exfous. nn pavillon
près. Le Samedi dixiéme Mars jaccom- voir des
pagnai le Pere Gallot qui alloit --- Page 400 ---
358 Nowveaux
aux IRes à deux
malades au quarcier
RPITAO
1696. Hicués environ de chez
Nous y allàET
mes en canot.
que nous eûmes
doublé la pointe AET Tôtieft qui forme
l'ance, nous trouvâmes pendant plus
de demie-lieiie la côte fort efcarpéc &c
pleine de roches, dont la continuité n'éroit interrompué que par les ouvertures
des ruifleaux & des torrens qui font aflez
fréquens dans tout ce quartier. Nous
arrivâmesà T'habitation des ficurs Loftau
freres, Capitaine & Lieutenant des Milices du quartier. Quoique leur terrain
foit pierreux s la terre ne laifle pas d'être
bonne, noire & graffe, Leurs cannes
étoient belles, leur facre brut beau &
bien grené > leurs beftiaux en bon état,
& leur manioc gros, pelant & bien nourri. Nous les quittâmes après quele Curé
eut achevéce qu'il avoit if faire chez eux;
& nous continuâmes notre chemin jufplaines. Ce font deux grands enRetiur feparez lun de l'autre
dontles
font fort Ear
Quar- un gros cap
pentes
des
cier des ces & de bonne terre. La plus petite
plaines- deux plaines eft à TEt, elle
avoir
fix à
cens
de large fur
cens
Tcur
fept
pas
mille
pas de hauteur, La grande a prèsde
pasd de large fur beaucoupplus de hauteur;
clle eft arrofée d'une riviere allez groffe. --- Page 401 ---
Frangoifes de PAmerigub, endroits eft bonne, 359 169 6a
La terre de ces deux
& cultivez.
k ils font allez bien le peuplez fieur Jolly beau fils
Nous fames chez
de laMartiniHa fieur de claChardonniere à faire une fucrerie.11,
que; il commençoir malades chez lui quele
yavoit quelques Il nous ptia de demeurer
Curé confella.
fût prèt,
àd diners en attendant quil lui dans fon e
lai me promener l'exhortai avec à profiter dela
birarion, &cje de la riviere pour faire un
commodité Nous allâmesh huit ouneuf
moulin à eau. de la riviere jufqu'à un
cens pas lelong
très propre pour
endroit qui me parut ou Téclule du cafaire le barard-dean comment il s'y denal. Je lui expliquai lui promis de venir
voit prendre: le &cjc niveler & le tracer,
après Pâques mîmes à table au retour s
Nous nous de bon poiffon avec de la
nous avions
des hacallave fraiche: car la plapart
bitans de ce pais -là ne fc piquent je E
d'avoir d'autre pain. Quoique laiffai
fule pas accoitumé, je ne & elle pas me
d'en manger avec Nous appetic, allions fortir de
parur fort bonne. un Officier de l'Antable quand il entra fçà quily avoit un
ce Ferci, qui ayant le Pere Gaflot, s'en alloit
Religieux avec
de venir dire la Melfe
à Goyavesle prier
apart
bitans de ce pais -là ne fc piquent je E
d'avoir d'autre pain. Quoique laiffai
fule pas accoitumé, je ne & elle pas me
d'en manger avec Nous appetic, allions fortir de
parur fort bonne. un Officier de l'Antable quand il entra fçà quily avoit un
ce Ferci, qui ayant le Pere Gaflot, s'en alloit
Religieux avec
de venir dire la Melfe
à Goyavesle prier --- Page 402 ---
360 Nowveaux Yoyages anx IRes
lelendemain àleur Chapelle. Ilavoity
x696.
un canot de qui
Ri
bonheur rencontré étions chez le fieur
avoit fçût que nous
Jolly. Cet Officier étoit M.Lietard,Lieu- Milice du
tenant de la Compagnie de
cul-de-fac dont le fieur Pompe
grand étoit Capitaine. Lafi fimplicité du premier
Portrait âge du monde reluifoit dans tout l'ex- fes
de M. terieur de cet Officier. Ses jambes &
Lic ard,
des bas & des fouLieute- pieds étoient couverts
nant de liers
du ventre de fa
Milice.
qu'il avoit referve apportez étoient un peu
mere > à la
qu'ils car il
plus noirs & plus vieux,
paroiffoit qu'ily avoit bien foixante ans & plus
s'en fervoit. Ses cheveux blancs &
qu'il
nombre étoient couverts d'un
en chapeau petit de paille, &le refte de (on corps
d'une chemile & d'un caleçon d'unel cbonne toile de menage. Il portoit fourreau fon épée
à la main, je crO1 bien que le
mais
avoit été anciennement tout entier, la
le tems les farigues de la guerre,
pluye & les rats en avoient confommé
une bonne partie, ce qui faifoitque cettc
roillée paroifoir plus de moitié.
T avoit une bande de toile coufué au
côtégauche delaceinture du caleçon qui
fervoit à foûtenir cette venerable épée
dans les cérémonies. Malgré cet ajuiteLietardne manment neglig-Monficur
quoit --- Page 403 ---
Françoifes delAmérigue. 36t
d'elprit, de bon fens & de 1696.
quoit pas Il fitfon compliment au Maicourage. tre de la maifon en peu de mots, il s'adreffa enfuite au Pere Gaflot, & lui dit
qu'ayant appris qu'un Religieux de fon
Ordre étoit dans sle quartier, il étoit venu le prier de faire en forte qu'il vint
dire la Melfe à leur Chapelle. Ilr me falua
en même temps, &1 me fitun compliment
auquelje ne m'attendois
vûi l'équide celui
répondis
quile Rnctei J'y
page de mon mieux, & J'acceptai le parti; &
après qu'il fc fir rafraichi, & que je fis
alluré de trouver à la Chapelle de Ferri
tout ce qui étoit necelfaire pour dire la
Meffe, > je m'embarquai avec lui
mon
ideat
fon quartier, pendant que
ferembarqua aufli ponr retourner
TERAS Paroiffe,
Nous avions trois bonnes lieuèsà faire
pour nous rendre à Ferti; cependant
comme le canQt étoit bien équipé, 8c
quelevent nousfavorifa, nous y arrivâmes aflez promptement. Nous paffàmes
devant le quartier appellé Caillou, aul- Qiartier
trement la Pointe noire, où depuis on a du lou Catl- ou
batil'Eglife Paroifliale de tout ce quar- de la
seriNoenpemymbins un momentpolate noirc,
avertir que la Mefle feroit le lenRetudie à Ferri. Ce quartier cft allez
Tome II.
Q
8c
quelevent nousfavorifa, nous y arrivâmes aflez promptement. Nous paffàmes
devant le quartier appellé Caillou, aul- Qiartier
trement la Pointe noire, où depuis on a du lou Catl- ou
batil'Eglife Paroifliale de tout ce quar- de la
seriNoenpemymbins un momentpolate noirc,
avertir que la Mefle feroit le lenRetudie à Ferri. Ce quartier cft allez
Tome II.
Q --- Page 404 ---
Nowveaux
anx IRles
362 de mornes EOETS &
petires ances: &
1696. coupé
foit
il ne
le terrain
Il'eft pierreux, bien mieux
RET pas d'ètre bon.
environs de
habité & plus cultivéqueles
Goyaves. Nous arrivâmes à Ferri avant cinq
heures : c'eft une belle ance qui eft haute couverte d'une pointe de terre allez
du côté du Nord - oueft. La riviere
Ance
milieu a
à fix
c
Fetri. La palle prefque au
trois cinq d'eau. Je
Chapelle de large & environ
pieds
étoit
&lavie édifiante voulus d'abord voir la Chapelle qui
de cB alagauche de l'ance fur unt terrain un peu
peuple, élevé. Elle étoit fimplement de fourches
de rofeaux & couen terre, , paliffadée durefte fort nette &
verte de palmiltes,
Je trouvai
fort propre dans deGrenade fa pauvreté. avec les Vies
le Caréchifme
armoire à côté
des Saints dans une petite les Dimande PAutel, & j'appris que
ches & Fêtes, 2 ceux qui ne pouvoient pas
aller entendre la Melle à Goyaves, s'y
aflembloient le matin & le foir, & qu'aavoir dit les prieres, on lifoit un
près
du Catechifime de Grenade, qui
chapitre étoit fuivi de la récitation du Chapelet,
quoi on lifoit la vie du Saint, & le
après
les Fêtes, 2 les vigiles &
leéteur annonçoit
dans la
d'Egliie qui fe trouvoient
ESt C'étoit Monfieur Lietard qui --- Page 405 ---
Françoifes de PAmerigue. 363
faifoit cet oftice, fur tout le foir, &
1696.
avertiffoit charitablement ceux qu'il
R
voit être tombés dansquelque défaut confidérable, afin qu'ils fc corrigealfent.
Après que nous eûmes fait nos prieres s
amaifon de Monnous nous rendimesàla
d'enfieur Lietard, elle étoit éloignée
viron cinq cens pas du bord de la mer.
La riviere palfoit à côté : quoiqu'elle fic
bâtie auffi fimplement que la Chapelle,
fa fituarion,
elle me plàt beaucoup par
Madame
fon bon air & fa propreté.
Lietard vint au devant de moiavec beaucoup.d'honnèteté. C'étoit une Négrefle
d'environ quarante ans > qui étoit encore belle &c bienfaite, quoiqu'elle fàt
un peu groffe. Elle avoit del l'efprit, &c
mème une politeffe que je n'aurois
crû devoir rencontrer dans des gens Pas
fa couleur. Si nous n'avions pas été en
temsdej jeine, on m'auroit fait faire bonne chere, carily avoit du poiffon de mer
& d'eau-douce enabondance, > les voifins
étant allez à la pèche, lorfqu'ils avoient
été avertis que leur Officier étoit allé
chercher un Religieux à Goyaves. Mais
je ne pûis manger que quelques fruits excel- avec
de lacaflave fraiche & du ouycou
lent. En attendant la nuit je fus me
dans Phabitation, il n'y
ERONr
mener
Qij
ily avoit du poiffon de mer
& d'eau-douce enabondance, > les voifins
étant allez à la pèche, lorfqu'ils avoient
été avertis que leur Officier étoit allé
chercher un Religieux à Goyaves. Mais
je ne pûis manger que quelques fruits excel- avec
de lacaflave fraiche & du ouycou
lent. En attendant la nuit je fus me
dans Phabitation, il n'y
ERONr
mener
Qij --- Page 406 ---
--364 Nouveanx Voyages aux Hles
1696. autre chofe que du manioc, des pois; du
des patates, des.ignames S, du mil,
cotton & du tabac. Je vis dans la favanne
quelques bètes à corne fort graffes, & un
très-grand nombre de volailles de toute
Trafic efpecc. Ce font ces fortes de chofes
des petits
tous les habitans de ce
CL
habi- occupent
c'eft tleur comtans, quin'ontp pas de fucrerie,
merce qui les rend fort pécunieux squoi
qu'il paroifle peu de chole. Nos Flibuf- de
de farine
tiers viennentsy pourvoir
manioc, de pois, de patates & d'ignames qu'ils payent argent comptant de la Marti- &
bien. Il vient des barques
leurs
nique qui achettent leurs beftiaux >
volailles & leur cotton; ; trois chofes qui
font toujours recherchées & bien venduès. La chaffe eft très-bonne dans tous ces
endroits. On y trouve encore beaucoup
de fangliers, ou pour parler le langage
des Illes, de cochons marons. Les
les ramiers,
Fies
roquets, les periques, les grives & les ortolans
tourterelles,
M
font en abondance; & pour ce qui
des oifeaux de mer & de riviere, , on en
a tant qu'on veut : à quoi fion ajoûte
ne
au
les Iflets dug grand cul-de-fac de qui retraite à
pas fort éloignez, fervent
une infinité de tortucs & de lamantins D --- Page 407 ---
Françoifes de PAmérique. 365
on conviendra que ce quartier eft un des 1696.
meilleurs de l'ile, & quele feul deffaut
qu'ilae eft d'être peu habiré.
le
Le Dimanche onziéme Mars tout
quartier de Terri, de la Pointe noire, &
dugrand cul - de- fac, fe rendirent àla
Chapelle. Jy étois avant le jour, & je
confeffai jofqu'à onze heures. Je dis
laMeffe,jc préchai,jet fis le Catechifimes
&je fus autant content de ce bon peuple
quil rémoigna lètre de moi. Je dinai
avec le Capitaine &c les principauix chez
Monfieur Lierard, & après qu'ils m'eurent fait donner parole que je viendtois
paffer les Fêtes de Pâques avec eux 5 je
me rembarquai, mon hôte eut Phonchez
nèteté de me venir conduirejufques
le Pere Gaffot où nousl'arretâmes à fouper & à coucher.
firent
Entre plufieurs chofes
me
dans ce
qui m'en
at
plaifir
voyage, fut d'avoir vûi l'arbre
fit davantage,
d'où découle P'huile ou le baume de Copaii. Ilyen avoit un pied à côté de la'
maifon de Monfieur Lietard; c'eft le
feul dontj tj'ai pû avoir connoiffance dans
la Martinique, la Guadelouipe 2 la grande Tetre, S. Chriftophle, les Saints, &
la partie del la Dominique ou jaiété, &c
ou je l'ai cherché inutilement. C'eft un
Qiij
'arbre
fit davantage,
d'où découle P'huile ou le baume de Copaii. Ilyen avoit un pied à côté de la'
maifon de Monfieur Lietard; c'eft le
feul dontj tj'ai pû avoir connoiffance dans
la Martinique, la Guadelouipe 2 la grande Tetre, S. Chriftophle, les Saints, &
la partie del la Dominique ou jaiété, &c
ou je l'ai cherché inutilement. C'eft un
Qiij --- Page 408 ---
366 Nouveaux Voyages Aux Ifles
1696. arbre de très-belle
1 pouvoit de hauavoir vingt à vingtpieds
TOE
Arbre Copali, de teur; fa fetille approchoit allez de,celle
étoit plus
de l'oranger, excepté qu'elle
longue &
pointué, douce au toucher,
fouple, RAeE odeur aromatique & d'un
verd clair & gai, l'arbre en eft fort garni. Son écorce eft grife, & autant queje
le pus voir parunel branche queje coupai,
elle elt affez épaiffe, lice & onétueule 9
frotte entre les mains
pour
qu'onla en fort eft douce & aroma-
>
ELSAd
tique. êlle fe leve facilement, parce
quil femble que l'arbre eft toujours en
feve. Le bois eft blanc & allez tendre.
Loriqu'on veut tirer l'huile 2
eou lel baume de cet arbre, on fait une incifionà être
fon écorce vers le pied, elle doit
& de fix à fept pouces
pependicalairen de longueur. On y fait entrer un
diriger la
EE
morceau de caleballe pour
dans une
queur qui fuente, & la conduire de P'arbre, &
calebatle attachée au corps
dont l'ouverture répond au petit morceau de caleballe qui lui fert comme
d'entonnoir. Cette matiere eft plus ou
moins abondante felon la force del'arbre
ou le tems auquel on la reciieille ; mais
aufli elle a difterens degrez de vertu; il car eft
quand l'arbre eft jeunc, commc
de caleballe pour
dans une
queur qui fuente, & la conduire de P'arbre, &
calebatle attachée au corps
dont l'ouverture répond au petit morceau de caleballe qui lui fert comme
d'entonnoir. Cette matiere eft plus ou
moins abondante felon la force del'arbre
ou le tems auquel on la reciieille ; mais
aufli elle a difterens degrez de vertu; il car eft
quand l'arbre eft jeunc, commc --- Page 409 ---
Frangoifas de PAmervque. 367
abondant en feve, il rend par 1696.
alors plus
d'huile, mais elle eft Methode
conféquent plus ainfi dire, & moins
timoins cuite >
la même chofe quand tets le de Phuiparfaire.
en Copaii,
LEEd
on la tire dans le tems que l'arbre eft
feve, ilrend une
grande quantité, mais
la feve dht avec Phuile :
parce que diminué fa vertu s & on
ce mélange de faire (echer Farbre.
court rifque
faire l'inLe temsle plus propre pour en
cifion eft dans le mois de Mars >
lant
font fituez entre la
tee
des pais E le Tropique de cancer :
Equinoxiale
font de l'autre côté de
& pour ceux c'elt-à-dire qui
entr'elle & le TroJa Ligne,
c'eft le mois de
pique de Capricorne, lors les pluyes Tems
Septembre; parce pour trois mois, ce propred latirer.
font ceflées depuis prèsde T'abondance de la fequi fuffit
que a tirée dans les faifons pluve 5 quel
Erstres
vicules, foit confomméc, & convertie
dans la fubitance de l'arbre. feulement
L'incifionne doit
percer
aflez
l'écorce premiere, E une pellicule
mince qui eft deffous, qui eft comme une
feconde écorce, elle doit entrer un peu fi
dans le vif du bois. Je croi même que &
on vouloit rifquer de perdre l'arbre,
fitlincifion affez profonde pour
quelon aller jufqu'au caur, il en fortiroit une
Q iv --- Page 410 ---
368 Nowveau Yroyages aux Ifles
3696. huile bien plus parfaite. Mais comme On
ne veut pasrifquerl'arbre, on fe contente
de faire lincifion commeje viens de dire,
& lorfque l'arbre ne peut plus donner
d'huile
cet
lni a
fe referme d'elle - même.
nnnes
aier
l'arbre eft vieux, gros & vigoureux, on
faire deux ou trois incifions dans la
peut même annéc.L'année (uivante on en faie
dautres, en obfervant de ne les pas faire
aux mêmes endroits, parce que les incifions précédentes font en ferefermant
une efpece de calus dur à incifer, & qui
empêche lécoulement de la matiere.
Quali- Cette huile pour être bonne doit êure
sez de
de couleur d'ambre; ; elle doit
Fhuilede épailfe,
odeur de verd aromatique.
avoir une
REA
elle eft claire &
liquide,
de la Qnand
a
tirée dans
sonnoiune
ala
c'elt
marque qu'elle
tIC.
une mauvaife faifon, ou qu'on en aaugmenté la quantité en y mêlant quelque
autre Pours'en huile. affurer, il n'y a qu'à en tirer
une goute avec une épingle, & la laifer
tomber dans un verre d'eau froide. Sila
va au fond fans fe difloudre, ou
goute qu'elle fe tienne entre denx eaux en confervant fa figure, c'eft une marque certaine
Thuile eft très-bonne. Mais G
elle saenas ou qu'elle nage fur la fu
, ou qu'on en aaugmenté la quantité en y mêlant quelque
autre Pours'en huile. affurer, il n'y a qu'à en tirer
une goute avec une épingle, & la laifer
tomber dans un verre d'eau froide. Sila
va au fond fans fe difloudre, ou
goute qu'elle fe tienne entre denx eaux en confervant fa figure, c'eft une marque certaine
Thuile eft très-bonne. Mais G
elle saenas ou qu'elle nage fur la fu --- Page 411 ---
Frangoifes de PAmerique. 369 1696.
perficie de leau, on doit compter quil
du
La difference du baume
y du a Perou mèlange. eft quil fe feche & durcit à la
fin; au lieu que Thuile de Copaii ne fait
& devenir d'une couleur
que s'épaillir, foncée, fans fe durcir ni fe fecher.
plus Cette huile eft merveilleufe
retoutes Rocer de
fermer faites promptement avec le fer, le bâton, les
playes chàres & autres accidens, mais non pas
pour les coups de feu.
les flux
Ons'en fert avec fuccès
Vertus
de fang, les crachemens IEt fang pro- de cette
venans de la rupture de quelques petits huile.
vaiffeaux dans la
pour les excoriations du RCSOLESE & autres maux
oû il faut empêcher Peffulion du fang.
Pour les Aux de fang & les vaiffeaux romon en merdonze on quinze goutes
d'ceuf
l'on fait avaler
RER un jaune
que
au malade. On peut réiterer ce remede
dcux fois le jour. Onpeut encore dans
le premier cas en donner une demie once
dans un lavement anodin que le malade
puilfe garder long - tems 2 on a vû des
effets merveilleuxde ce remede. Pourles
excoriations on en imbibe un peu de
coton quelon met avec une comprefle
fir la partie afligée, obfervant en ce
cas de faire un peu chauffer Phuile avant
Q V --- Page 412 ---
370 Nowveaux Foyages asx Ifles
1696. de l'appliquer. A légard des bleffures-il
faut appliquer Phuile aufli chaude que le
Maniere bleffé la peut fouffrir. Il faur d'abord
de s'en
de
en exfervit. preffer les lévres
lay playe pour
primer tout le fang autant quil eft pofible, puis laiffer tomber quelques oindre goutes les léde Thuile dans la playe, en
vres & les environs, les raprocher &y
appliquer deffus un plamalfeau trempé
dans la même huile, & couvrir le
d'une bonne
&
M
maffeau
comprelfe,
il
me de deux s'il eft befoin. Après quoi
faut bander la
un
fortement >
fans s'embaraffer 22E elle ECh du fang ou
non 5 la régle générale eft que le fangeft n'eft
un baume naturel, quand le fujet
point vicié par un autre endroit. On doit
laiffer ceta appareil vingt - quatre heures il
fansy toucher, au bout de ce tems,
faut ôter la bande & les compreffes le
doucement qu'il eft pollible; & fi
plus voit
le
foit adherent >
on
que plumalfean la réunion n'eft
c'eft une marque que
il arrive Eas
encore achevée, comme
les bleffures confidérables & profondes,
ou à ceux qui ont la chair mauvaife,
baveufe &i infeckéedequelque autre mal;
pour lors il faut laifler le plumaffeau,
& le contenter de répandre deflus
d'huile chaude
1t
ques goutes
pour
pollible; & fi
plus voit
le
foit adherent >
on
que plumalfean la réunion n'eft
c'eft une marque que
il arrive Eas
encore achevée, comme
les bleffures confidérables & profondes,
ou à ceux qui ont la chair mauvaife,
baveufe &i infeckéedequelque autre mal;
pour lors il faut laifler le plumaffeau,
& le contenter de répandre deflus
d'huile chaude
1t
ques goutes
pour --- Page 413 ---
Françoifes de PAmbrique.
medter, & réiterer ainfi de vingt-quarre 1696.
heures julqu'acc qu'il
en tombe vinge de itme - mème, ce qui ne peut Tegt
tarder, étant fort rare que lesplayes confome confidérables, ne foient pas
lidées en vinge-quarre vient de découvrir heures. une verLe hazard
tu quel'on n'avoit
encore remarquée eit addans scebaume ou Inider C'eft qu'il
mirable & (pecifique pour guerir d'hon- toutes
fortes de Gévres. Des perlonnes
neur & de probité m'ont affuré qu'elles
avoient fait des cures furprenantés avec
ce feul baume. On n'a point encore entendu parler d'un febrifuge plus parfait,
moins dangereux. Je
plus prompt,
ait du
etc
pole toujours qu'on
table &
falfifié. Il fuffit
répanAdta
point fix
dans une demie
dre cinq, ou
goutes & la faire prendre au
taffe debotillon
de fon
malade dans le commencement continué, deux
accès: ou fila fiévre eft
de la nourR
heures avant de lui donner remede deux
riture. On peut repeter! le
H cft rare
fois en vinge - quatrc heures. trois ou
que la fiévre ait tenu bon contre fur tout les
quatre prifes. La Bretagne &
villes de Rennes & de Nantes, ayant
de
de fiévres en
été affligées
quantité fe fervirent de ce
1719. rous ceux qui
Q.vj --- Page 414 ---
372 Nowveaux Poyages AuX Hes
1696. remede, furent parfairement gueris, &
fi promptement qu'il fembloit que cela
tint du miracle.
On ne remarque point que ce remede
caufeaucune violencedans fon operation.
Il n'excite ni futeurs, ni urines extraordinaires: on croit que c'eft par une deuce tranfpiration quil produit fon effet.
merveilleux. Meflieurs les-Medecins fcront là deffus leurs reflexionsordinaires.
Tout ce qn'on fouhaite d'eux, c'eft de
n'y rien méler duleur, > de crainte de - le
girer, comme quelques-ens ont coûtume de faire.
ILy, a beaucoup d'autres arbres aux
Ilesqui donnent desh huiles & dabaume.
Jien parlerai à mefure que l'occafioms'en
prefentera. Monfieur Lietard me fit prefent d'une petite calebaffe de fon huile
de Copaii. Qnoique ce fût la premiere
qu'on eût tirée defon arbre, je la trouvai
fi bonne que j'aurois eu de la peine à la
troquer contre le double de baume du
Perou.
En effet, outre ceque je viens de dire
des expériences fouvent réiterées & toujours avec un fuccès merveilleux fur des
gens qui ne pouvoient être plusmal fans
ui ourir, ont fait connoître qu'étant pris
intéricurement, il fortifie le caur,l'ec
Qnoique ce fût la premiere
qu'on eût tirée defon arbre, je la trouvai
fi bonne que j'aurois eu de la peine à la
troquer contre le double de baume du
Perou.
En effet, outre ceque je viens de dire
des expériences fouvent réiterées & toujours avec un fuccès merveilleux fur des
gens qui ne pouvoient être plusmal fans
ui ourir, ont fait connoître qu'étant pris
intéricurement, il fortifie le caur,l'ec --- Page 415 ---
Françoifes de PAmbrigue. 373 a -
toinach, la poitrine, la rète, le cerveaul, 569G.
il purific le fang, il chafle
haut ou les
par bas, ou
toutes
RaeLEn
mauvaifes IEA il excite Tappétit,
il augmentel la chaleur naturelle dans les
perfonnes âgécs, il provoque la facurs
ilfe peur prendre pour toutes fortes ami de de
maladiesi sinternestlefts tellement
Phomme, 5 qu'il ne fait jamaisaucun mal,
ileft fubril, il pénétre
tout, & ne
jamais d'incifer ie humeurs,8c
manque ce moien de tirer d'affaires les maladesles par
plus défefperés.
Quand ileft appliqué réfout extérienrement; les humeurs
il fortifie les nerfs, lesbleffiures il
de fer & de
froides, il gucrit les morfures de bètes
feu, les brilures, rhumatifimnes, il arrète
venimeufes, les il guerit les dartres &les
la gangrene, les
invéterés, il emporte les
ulceres boutons & plus les autres vices de lap
le mauvais air. Surquoi eft
PILA
ilchalfe
le plusvieux eft
bon de remarquer que
toujours le meilleur.
engourdifePour les tremblemens, nerfs ilfaur
mens ou rétreciemensde malade 2 avec
faire chauffer le membre
delamain
des linges chauds, 8clededans
aurant que le malade le peur fouffrir,
afiu d'ouvrit les pores & en même tems --- Page 416 ---
-374 Nowveanx Voyages aux Ifles l'étendre
1696.Y mettre du baume chaud, &
avec une plume, panitalieremenraten deffuus
droit leplus douloureux, y. brouillard mettre dfin
un plamalfean & unpapierl &
un
& imbibé de baume,
pardeffus
morceau de veflie de cochon plus grand
quelet papier avec une comprefle & une
bande 2 &c laiffer cette appareil fans
bout de
Tez
toucher qu'au
vinge-quatrel
res, & quand on le levera pour y mettre
de nouveau baume, fe fervir toujours
dumème appareil. Sil la partic eft f douloureufe qu'on ne la puilfe chauffer ni
frotter, on fe contentera d'y, appliquer malade le le
baume le plus chaud que le
pourra fouffir, & tenir toujours le malade lep plus chaudement quil Ifep pourra.
Pour confolider des diflocations ou
fractures, 2 après qu'elles ont été remifes,
on fe fervira de la même methode fans
chauffer & frotterla partie malade, mais
feulement le baume autant qu'on le
afin
IeL
fupporter >
quil pénétte plus
ment. Onle prend aufli intérieurement Rent
les tremblemens de nerfs, fçavoir,
ou dix gourtes dans un bouillon. bleffures
Pour les playes, coupures,
laver
defer &de feu, il faut d'abordles
aycc du vin chaud, enfuite on y mct un
ira de la même methode fans
chauffer & frotterla partie malade, mais
feulement le baume autant qu'on le
afin
IeL
fupporter >
quil pénétte plus
ment. Onle prend aufli intérieurement Rent
les tremblemens de nerfs, fçavoir,
ou dix gourtes dans un bouillon. bleffures
Pour les playes, coupures,
laver
defer &de feu, il faut d'abordles
aycc du vin chaud, enfuite on y mct un --- Page 417 ---
Frangoifes de PAmerique.
trempé dans du baume 1696.
plamalleau chaud avec une compreffe &c une bande.
Onn'y doit point toucher qu'aul bout de
deux ou trois jours, à moins qu'on ne
fente une douleur extraordinaire.
Pour les ulceres on les penfe de la méme maniere. S'ily a des chairs mortes, G la
il faut les couper jufqu'au vif, &
paroilloir, il fautlever l'apde fix en fix heures fi on ne fent
mais
ESTA
point de douleur,
pour Pet
il ne
renouveller
aiae
en fente,
faut
heures.
qu'au bour de vinge-quatre
Si dans les bleflures ily avoit quelque de
faire tirer avant
OS caflé, ilfandroitle
fon effet
fe fervir du baume, enfermeroit parce que le loup
eft fi prompt qu'on
les
fans
dans la bergerie. Il guerit playes
fansquilfe
inflammation, fuppuration,
forme aucune croute ou galle, comme
il arrive ordinairement. Il eft fort incarnatif. Quand on lave une playe avec du vin,
il faut qu'il foit chaud.
nature
Pour les dartres de quelques du bauqu'elles foient, on les frotte avec fouffrir,
me le plus chaud qu'on le puiffe de veflie de
& on met deffus un morceau c'eft - à - dire qui a
cochon moiillée,
momens, &
trempé dans Peau quelques --- Page 418 ---
376 Nowvcanx Voyages anx IRes
1696. qu'on a exprimé dans un linge.. On
remet de nouveau baume au bout 4
vingt-quatre heures.
Pourles rougeurs & boutons qui viennent au vifage, on les frotte feulement
avec du baume chaud foir & matin, en
moins de rien ils difparoiffent.
On s'en fert encore avec faccès pour
les rhumatifmes & humeurs froides, >
après avoir froté les parties affligées devant le feu.
Pour les maladics internes, comme
font les coliques, > il n'y a point de remede plus fouverain. Ilfaur d'abord un
lavement ordinaire dans ces fortes de
maux, & quand on l'a rendu, on prend
dunsun bouilion clair huit ou dix gouttes
de baume, & dans le moment on fe
fent foulagé & fouvent les douleurs ceffent entierement. Si cette premiere prifen'emporte pas enticrementles donleurs
iien faur prendre une feconde prife deux
heures aprèsla premiere, mais feulement
dans un demi botillon, & y mettre le
double des gouttes, & le prendre le plus
chaud qu'il eft poflibie. Lorlque les douleurs fonc extrèmes on peut prendre le
baume fans avoir pris de lavement, &
quand lon n'a pas dc bouillon prèr, on
le peur prendre dans duvin chaud, ilne
entierement. Si cette premiere prifen'emporte pas enticrementles donleurs
iien faur prendre une feconde prife deux
heures aprèsla premiere, mais feulement
dans un demi botillon, & y mettre le
double des gouttes, & le prendre le plus
chaud qu'il eft poflibie. Lorlque les douleurs fonc extrèmes on peut prendre le
baume fans avoir pris de lavement, &
quand lon n'a pas dc bouillon prèr, on
le peur prendre dans duvin chaud, ilne --- Page 419 ---
Frangoifes de PAmerigne: 377- a
aucunes naufés, & c'eft 1696,
provoquera cordial.
un puillant
dans les grandes
n arrive quelquefois aller
ou
maladies quil fait
par bas, ARE
des fueurs abondantes, quionetirée On en a
faires des malades défefperés.
une infinité d'exemples. de moitié les dofes
Il faut diminuer
les enfans, 8C
marquées ci-devant pour
les augmenter de quelques gouttes pour
les vieillards. été
ou mordu de
Quand on a
piqué
quelque bète venimeule ou enragée, out
tre le baume qu'on met fur la deux
faire avaler au malade
AEA
il-fauten
ou huit gouttes dans du
le jour, fept du vin
& continuer
botillon ou
chaud, foità demi guejufquà ce quel la playe
fert
rie. Ce qu'on a peisinterieurement à la playe une
de cordial, & procure
plus prompte gaérifon. elt encore excellent
Ce baume
La dofe eft de HonE
les fiévres pourprées. dans unbotillon ou
julqu'à douze goutes và des effets furdu vin chaud. Onena tenirle malade chaudeprenans. & Il lui faut donner dans tous fes botiilment, lons fix gouttes le pegmier jour > huit ainfi
gouttes le fecond, en augmentant
jufqu'à feize gouttes. Outre laproptieti --- Page 420 ---
378 Nowveaux
ANX Ifes
1696.qu'acel baume de fartcuant faire
le
il fortifie le malade, &s'oppole pourpre, à la coFruption des humeurs.
Ons'en fert avec fuccès dans la petite
verole, obfervant d'en donner aux enfans une dofe moins forte qu'aux perfonnes
agées.
Il eft
dans toutes fortes
Nora
de fiévres.
On en donne huit ou dix gouttes dans un
boiijllon dans le fort de T'accès, & dix
ou douze goures dans l'accès fuivant.
Ileft fpécifique dans les fiévres
tes & putrides. Onla donné avec Rec
cès au commencement de l'accès.
Ceux qui font menacés d'apoplexie 3
en doivent prendre tous les matins dix
ou douze goutes dans un demi bouillon.
Si o1l eft tombé dans l'accès, il faut en
foutler dans les narrines avec un chalumeau.
Pour les foibleffes d'eftomach,
venants d'indigeftion, ou qui rhter
une grande maladie, on en prend
goutes dans un verre
m
de vin lic'eft
après le repas, & dans du boûillon fi
c'eft avant.
:
Pour ceux qui crachent du fang, on
leur en donne dix goures dans un demi
bouillonle matin ajeun, & autant le foir
enfecouchant deux heuresaprèsle repas,
alumeau.
Pour les foibleffes d'eftomach,
venants d'indigeftion, ou qui rhter
une grande maladie, on en prend
goutes dans un verre
m
de vin lic'eft
après le repas, & dans du boûillon fi
c'eft avant.
:
Pour ceux qui crachent du fang, on
leur en donne dix goures dans un demi
bouillonle matin ajeun, & autant le foir
enfecouchant deux heuresaprèsle repas, --- Page 421 ---
Françifes de PAmtrigue. 379 de 1696.
Pour les foibleffes & dans palpinations du vin.
eour, huit à dix goutes
douze.
Pour les douleurs de reins,
goutes dans un bouillon. foit
Quoique ce baume ne
fpé- de
ilne
pas
Pitler
cifique
la goute, il diminué le tems
foulager fins gouteux,
les hu-
& les douleurs, il fait tranfpirer caufent. Ilfaur
meurs mordicantes quile douze
à jeun
en prendre dix ou
goutes
dans unb botillon. @
rousles
Surquoi il faut remarquer doivent que
être
boiillons dont on a parié,
dans
fort clairs & fans graille, 8 palfés
une ferviette.
en ont pris en forPlufieurs perfonnes les maux de tète, mime de tabac Eerd fur les dents, & ontété
graines, gueris. On en met deux ou trois goutes
fur le bout du doigt, on l'enfonce le tirant tant à
lon peut dans le nez en
que foi. Ilen faut mettre dans les deux narrines. Pour le rhume on en prend huit à dix
dans un boiillon en fe couchant,
goutes & fi le rhume eft opiniatre,on en prend
le double le lendemain. Souvent une
feule goute fuffit. dent creufe fait mal, on cn
Quand une
deux dedans.
met une goute ou --- Page 422 ---
- 380 Nonveanx Yrajages AUX Ifes
1696.
Pour les cours de ventre, 3 diarrhéés - ;
flux de fang, inteftins ulcérés, on en
donne dix goutes dans un boiillon. Ce
qu'on réitere julqu'à parfaite guerifon.
Pour les retentions d'urines, on en
prendjufqu'à vingt goutes dans un verre.
de vin blanc, & on réitere jufqu'à
faite guerifon, quieft fouventprompte. parPour les maux de gorge 2 on en prend
trois ou
goures dans une cuillerée
de .omgars Il no faut pas s'inquiéter
d'une amertume que l'on fent dans la
après la prile du remede, il ne
pas boire pour la faire
EF
paffer, ce
feroit empècherlefer du remede.
Dans les pleurefies, on en doit tdonner
dix à douze goutes dans tous les bouillons.
Qnoique ce baume foit très- chaud,
on remarque cependant
dansla plus
grande ardeur de la Ra25 fi on en met
deux ou trois goutes fir la langue, l'altération paffe dansun moment, & on a
labouche aufli fraiche que fionavoit bû
del'eau bien fraiche.
Cen'eftici qu'un abregé des maladies
aufquiellesce baume eft fouverain, mais
comme je ne veux point faire de peine
aux Medecins qui n'aiment pas les remedes fimples, Ipécifiques & promptcs,
la plus
grande ardeur de la Ra25 fi on en met
deux ou trois goutes fir la langue, l'altération paffe dansun moment, & on a
labouche aufli fraiche que fionavoit bû
del'eau bien fraiche.
Cen'eftici qu'un abregé des maladies
aufquiellesce baume eft fouverain, mais
comme je ne veux point faire de peine
aux Medecins qui n'aiment pas les remedes fimples, Ipécifiques & promptcs, --- Page 423 ---
Françoifes de TAmbrigue. 381--
je n'en dirai pas d'avantage. La fcule 1696. 0
difficultéefto de trouver duCopaii naturei
& qui n'ait point été falfifié. dont l'huile
Nous avons un arbriffeau
ou liqueur
en fort fait à
le
le mème a que Copaii.
Bois -
fa felille eft
E
pelle
laiteux,
comme celle du laurier, 2 un
plus
8c
,
PLuEEILI
grande, plus épaiffe plus
plus molle. Lorlqu'on la rompt ou qu'on
la déchire, fes fibres jettent une liqueur Bois lais
vifqueufe . 2 épaifle & blanche comme du teaux.
lait. Cet arbriffeau ne vient jamais fort
grand ni fort gros. On s'en fert pour fort
garnir des lizieres parce qu'il vient
vite, comme font tous les bois mols,
&
quils font alfez fouples &
du moins quand il eft jeune,
conduit comme
LE
on l'entrelaffe, & on le
vieux il eft
l'on veut. Lorfqu'il eft plus il fe feche
caffant,& dès qu'il eft coupé
de
auffi-tôt. Il Aeurit par periusbouquers elles reffemcinq ou fix Aleurs chacun, elles font blanches
blentallez aujalmin :
& renferment au milieu d'elles un petit
bouton ovale qui contient deux petites
graines noires, 2 qui font la femence de
Farbre, qui vient aufli parfaitement bien
debouture. Ileft prefque blanc ,le coeur
a un peu de moëile comme le furczu, --- Page 424 ---
382 Nowveaux
aux Ifles
fon écorce eft d'un
pâle en dehors,
102A1
1696. & toute blanche en dedans. Les queiies
qui attachent les feuilles aux branches
ont près d'un pouce de longueur, avec
un noeud à l'endroit qui touche l'écorce.
Les neuds 3 les fetilles, > les branches,
de Vertus ce l'écorce & le tronc étant rompus & legelait.
rement prellez, rendent du lait. Onle
met fur les bleflures & coupures comme & il
le Copatiymais fans le faire chauffer,
posinikmbmrodeimnan vû plufieurs
expériences qui me perfuadent que mon
Confrere le Perc du Tertre s'eft trompé
quandi lila écrit que cC lait étoit cauftique
& dangereux.
fe meloit
Un de nos Religieux qui
Farine
de
nommé le Pere
de bois un peu pharmacie,
fioles de
latclieR laiteux Roffey, avoit rempli quelques de
au bout
te pour ce lait. Ilsapperçut
les
tems
s'étoit entierement
SEE
playes. Il caffa qu'il les fioles pour voir ce qu'elles
contenoientily' trouva une matiere blanche, déliée &c fine comme del la farine. Il
voulut éprouver fi elle feroit le même
effet
quand elle étoit liquide, &il
beaucoup plâtôt. Il
vit at operoit
un
ne faifoitautre chofe qu'exprimer les T
le fang de la playe, rapprocher farine fur
vres, & les couvrir de cette
laquelle il mettoit une compreffe &c une
'elles
contenoientily' trouva une matiere blanche, déliée &c fine comme del la farine. Il
voulut éprouver fi elle feroit le même
effet
quand elle étoit liquide, &il
beaucoup plâtôt. Il
vit at operoit
un
ne faifoitautre chofe qu'exprimer les T
le fang de la playe, rapprocher farine fur
vres, & les couvrir de cette
laquelle il mettoit une compreffe &c une --- Page 425 ---
Frangoifes de LAmbrigue. 385
bande
la tenir en état. Ilm'a affuré 1696.
des pour coupures confidérables avoient
e entierement refermées & gueries en
moins de douze heures.
Il s'elt enfuite avifé d'en faire prendre des Pour la
d'un écud'or dans du vin à
fiévre.
le
avoient la fiévre. Cette
qui
fueur fi abonKip
leur excitoit une
me qu'elle emportoit prefque toujours la maladie. affuré des'en être fervi Pour les
Il m'a encore
des diffenteries & diflente.
avec fuccès
guerir
ries &
des Aux de fongr Ilen faifoit prendreau Aux de
malade le poids de deux écus d'or dans fang.
deux jaunes d'auf, à trois heures l'un de
l'autre, cela provoquoir le vomiffement,
& excitoit enfuite la nature à fc décharger copieufement par le bas, del'acide,
bile ou autre humeur qui caufoir le mal,
& arrètoit douaprès quoi- * il referroit
cement lun &l'autre de ces maux. de la
On fe fert encore avec faccès
la
racine de cet arbriffeau pour guérir infufer
colique. On la pilc & on en met
Pour la
dans un verre de bon vin pen- colique,
une pincée
dant un Miferere & non davantage, après
on paile le tout dans un linge, on
fR preffe & on le donne aui malade. J'ai
dit pendant une Miferere & non davaninfufion
rage, parce qu'unc pluslongue --- Page 426 ---
384 Nowveaux
aux Ies
donneroit trop de TRRL au vin & pour1696. roit caufer la févre, quoique fans aucun
danger. On m'avoir envoyé de la Martinique
une quantité de cette poudre que je devois donner à Monficur Peliceri Médecin des Galeres du Roi; la prife du vaiffeaua privéle public des découvertes
homme auroit pi faire R
ce igavant
En attendant
vertus de cette poudre. d'autre,
dois dire
qu'il m'en vienne
je mauvais
ici que cette poudre n'a aucun forme.
goût, non pluis que le lait quila femTaigotré delun & de lautre, il me
bloit avoir fur la langue, de la farine de
froment tquia avoit une petite pointe d'aigreur.
CHAPITRE XXI.
Dw bois appellé Tendre à caillou. Des
Fourmis blanches 0M poux de bois. D*
bois amer e de fès eifets. Des ignames
6 des Patates.
E bois appellé Tendre à caillou ne
Eois ap- L fe trouve que dans les lieux fecs,
EUar à pierreux & arides. 1l tire fon nom de fa
caillcu, grande dureté, quile faitreflembler aux
cailloux.
reur.
CHAPITRE XXI.
Dw bois appellé Tendre à caillou. Des
Fourmis blanches 0M poux de bois. D*
bois amer e de fès eifets. Des ignames
6 des Patates.
E bois appellé Tendre à caillou ne
Eois ap- L fe trouve que dans les lieux fecs,
EUar à pierreux & arides. 1l tire fon nom de fa
caillcu, grande dureté, quile faitreflembler aux
cailloux. --- Page 427 ---
Françoifes de PAmerigme. ovale, 385 1696.
eailloux. Sa feuille eft médiocre, brilée du
denteléc, féche & comme arbres
foleil, de forte que de loin ces
Tis
roiffent rougeâtres & comme grillez.
de douze à quatorze
n'ont jamais diainettre, plus
du moins ce font
de
j'ai vûs. Quant à leur
Erpu plus gros que
On en
hauteur, elle et confidérable.
de
trouve de vingt - cinq à branches trente pieds & n'eft
rige 5 cet arbre a feiilles. de
Son écorce
fourni ICtc
pas eft blanchârre trop
avec quantité de petites
hachures : elle en'a
plus de
elt peu
nes
e
scmis
d'épailfeurs
fe féche & fe roule
fc leve d'elle-mème, eft abbatu. L'aubour s
dès que l'arbre l'aubelle, cat on fe fert de
Yaubier ou
Ifles
la
tous ces noms aux
pour blanc, fignifier mémème chole, eft prefque
du
diocrement dur, & de lépailfeur
du diametre du coeur ; il ne vaut
quart rien du tout, & fe gâre très-aifément,
mais le coeur elt admirable 2 l'eau, également d'une
bon dans la terre & dans
dureté extrème, fort roide & fortcom- droites,
pact. Ses fibres font les longues, unes contre les
& tellement prelTées facile de les brifer
autres, quil eft plus de les feparer, Il
ou de les couper, on : coupe 5 il perd f
eft rouge quand
R
Tomse Il. --- Page 428 ---
386 Nowveaux Voyages anx & Ies devient
couleur quand il eft à Tair,
1696.
gris.
prefque
devoir renvoyerà un
Je ne croi
remarque que j'ai faite
Remar- autre endroit E bois
met en terre 2
fur fur tous les
qu'on
ferc bois
foient bons,
que l'on quieft, que
peuc qu'ils en terre
en
eft
qui
met
ce n'eft pas lred quie
mais
gerrc. fe
ni NES qui eft dehors, s
ce qui eft au ras de terre. faut
il
Ecat
Pour éviter cet inconvenient, doit être en terre &
brûler la partic qui deffus, c'eft-à-dire,
quelques pouces au dans les cendres roula fécher au feu réduire ou
en charbon a, afin
ges,, fans la lhumidité qui s'y pourque la feve ou
foit entierement
foit encore trouver les pores fe refermant,
deffechée, que
les unes des aules parties fe raprochent compaét, &
tres, le bois devient plus à réfifter à
par conféquent plus propre
Thumidité.
la riviere du
Tous les quartiers depuis habitans,
Baillifétant remplis de petits de fouron peut dire que ce font de autant toutes les efmillieres de volailles ont à lés élever
peces. La facilité qu'ils le
mil & le
contribué infiniment: gros
y
viennent en pefedion. fur tout
petit dans les y fonds oû la terre eft plus graffe
Qn enpeut faire trois
$ plus) profonde.
par conféquent plus propre
Thumidité.
la riviere du
Tous les quartiers depuis habitans,
Baillifétant remplis de petits de fouron peut dire que ce font de autant toutes les efmillieres de volailles ont à lés élever
peces. La facilité qu'ils le
mil & le
contribué infiniment: gros
y
viennent en pefedion. fur tout
petit dans les y fonds oû la terre eft plus graffe
Qn enpeut faire trois
$ plus) profonde. --- Page 429 ---
Françoifes de TAmerigne. 337
récoltes dans la même terre en treize ou 1696.
mois. Toute la façon qu'il y a Mil, ,ma.
quatorze
a nettoyé la his ,bled
pourlep planter, 2 après qu'on de houë & de Turterre, eft de donner nn coup
dansle trou deux ou trois grains REAE fide jetter le recouvrir à l'inftant avec gnifiene Turc,
de mil, &
même
houe a enlevée, 2 enly yre-k
la terre quela
Lorfque le tetrain grain.
pied.
pouflaniavecler
on fc contente
eft neuf ou leger
trou avec
fans fe baiffer de faire un
&c
le bâton fur lequel on s'appuye,
d'y laiffer tomber deux ou trois grains
de mil, après quoi on remplit le le bâron trou
de terre 2 en comprimant côté du
avec ou avec le
celle
eft à
C'eft trou, ainfi que les
gros Toet du pied.
Onnefgauroit
Caraibes plantent leleur.
font
croire combien les volailles qui
nourries de ce mil, font gralles, fermes
& faculentes. Quandies poulers font encore jeunes : 3 on écrafe un peu de mil
avant de le leur donner.
animaux qui
Mais il y a bien d'autres
des
vivent de mahis. Une bonne partie
Elpagnols & des Portugais de la Terreferme, n'ont point d'autre pain que celui de mahis. Onl le mange avant qu'il
foit encore tout à fait mur, & lorfqu'il fur, Differens
eft encore tendre, en faifant griller ufages du
les charbons l'épi tout entier. J'en aiMals,
Rij --- Page 430 ---
388 Nowveanx
aux maniere; Ifes
TE cette
1696. mangé il eft très quelquefois bon & donne de l'appetit. Les
Efpagnolsle prennent quandi lileft encore lait;
très-tendre & prefque comme du
ils le broyent avec un peu d'eau & en
font comme un lait d'amendes de l'ambre qu'ils
affaifonnent avec du fucre,
dont jls font une
8c aurres aromates, nourrit extrémeAE porion excellente, qui
&
fortifie la poitrine, qu'ils
ment, qui
avec le chocolat. Ils lapmèlent encore
pellent Atolle. avec un moulin à bras, ou
On broye
eft tout à
Pain de bien on pile le mahis réduit loriqu'il en farine, dont
Mil. fait mur, & onle
eft très - bon
on fait un pain tendre, jaune mais qui qui fe feche
quand il eft
bcaucoup dc fa
anfément, & qui perd
bonté. Flibuftiers fe contentent après
Nos pilé, de le mettre cuire avec de
quilelt ou de la viande dans leur chauBolillic lagrailfe
comme on fait le ris,
de Ma- diere, à peu près
Heuhis.
&c'elt leur pain le plus ordinaire. chofe
reux quand ils ont quelque
pour
T'allaifonner, viande ou poillon; ; caril
leur arrive allez fouvent de le manger
épaille à l'eau & au
comme uneboillie
fel.
donne du mil écrafé grollicre,
Qp
avec de
quilelt ou de la viande dans leur chauBolillic lagrailfe
comme on fait le ris,
de Ma- diere, à peu près
Heuhis.
&c'elt leur pain le plus ordinaire. chofe
reux quand ils ont quelque
pour
T'allaifonner, viande ou poillon; ; caril
leur arrive allez fouvent de le manger
épaille à l'eau & au
comme uneboillie
fel.
donne du mil écrafé grollicre,
Qp --- Page 431 ---
Françoifes de PAmérigue. 389
=
ment aux chevaux que l'on veut engraif- 1696
fer & aux cochons, mais il faut en donchevaux, de crainte qu'ils
ner peu aux
ne deviennent pouflifs.
On prétend que le mahis eft venteux Qualitez
&indigefte. Je n'en ai pas ufé affez pout du his. Made ces deux mauvaifes
Des Flibuftiers qui en avoient
affuré
POETE
fait un très-long ufage, m'ont
qu'ils
ne s'en étoient point apperçûs, qu'ils
avoicnt remarqué au conttaire que cette
nourriture les engraiffoit beaucoup &
les rafraichiffoit. Je reviens aux volailles. On leur donne encore des poux de Pous de
bois, dont elles fontfort friandes. C'eft bois, fourmis ou
un infeéte qu'on ne trouve que trop blâches.
C'eft le même
dans toute FAmerique" blanches dans
qu'on appelle fourmis
les Indes
toute la Terre - ferme & dans
Orientales. On lui a donné le nom de
poux de bois aux Hles, parce qu'il s'attache aux bois, les mange, les gâre
& les pourrit. Cet infeéte engraifle les
volailles, & c'eft le feul avantage qu'on
én puiffe retirer, car du refte ileft trèspernicieux. Ilala figure des fourmis ordinaires, excepté qu'étant plus gras &c
plus rempli, fes membres ne font pas
fi bien diftingucz, Il eft d'un blanc-fale;
Rij --- Page 432 ---
:90 Noneaux Voager Aux Ifles
1696. il paroit huileux à la vie & au toucher,
&ila une odeur fade & dégoûtanic. Il
Figurede
d'une maniere étonnante. En
la motte mulriplie
s'attachent,
des
lieu que ces infeétes
dc ca TST font une motte d'une matiere comme
de la terre noire, dont le deffus quoi
uni & raboteux, eft fi ferqu'alfez peu
me que Teau ne le peut pas pénétrer.
On ne remarque au deffius aucune ouverture, parce que ces infeêtes ne vont
à
: ils font une
te
mais découvert
de perites galeries groles & creufes comde
à écrire, del la mème un tuyau
plume
aboume matiere que la motte, quiy
tiflent, & qui conduifent en tous les endroits où ils veulent aller. Le dedans de
la notte eft un labyrinte de ces galeries
telleient entrelaffées les unes dans les
autres & fi peuplées, quil eft impoflible
de concevoir combien cet infeéte mul-
& fon adreffe à faire fon logement.
spus on fait une bréche à la motte, ou
qu'on détruife une galerie, vous voyez
dans le moment des milliers d'ouvriers
travaillent à la réparer. Je me fuis
qui
arrèré à les voir réparer une
quelquefois bréche
j'avois faite exprès à leur
Je que les voyois tous accourir 8c fe
motte.
fur le bord de la bréche, &
prefenter retourner aufli-tôt avec précis'en
faire fon logement.
spus on fait une bréche à la motte, ou
qu'on détruife une galerie, vous voyez
dans le moment des milliers d'ouvriers
travaillent à la réparer. Je me fuis
qui
arrèré à les voir réparer une
quelquefois bréche
j'avois faite exprès à leur
Je que les voyois tous accourir 8c fe
motte.
fur le bord de la bréche, &
prefenter retourner aufli-tôt avec précis'en --- Page 433 ---
Françoifes de Arierigie: 391 - -
pirtion. D'autres leur fuccedoient avec 1696.
empreffement, & quoiqu'il parit qu'ils
napportoiencrien." le travail ne laiffoit
la
pas des'avancer imperceptiblement. à vié d'ail, & à la fin
bréche diminuoit Je croi que ce font
fe trouvoit réparée.
maleurs excremens qui leur ferventde
tiere
bârir.
infinie à les chaffer
TOITES une peine
fois
d'un endroit, quand ils sy font une
établis. Tuez-en tant que vous pourrez,
pour peu qu'il en relte, ils travaillent
avec un fuccès étonnant à la multiplication de leur efpece & de leur logement;
ce qu'ils ne
faire fans ronger le
bois, le EFIEL les toiles, les étoftes, &
généralement toutes les chofes où ils
peuvent mettre le pied, car ils font
tous
tes
tout des galerics, & pourriffent Ils s'attachent fur
lieux oit ils paffent.
tout au bois de (apin , & autres bois l'or- qui
viennent d'Europe qui font pour
dinaire plastendres & plus doux que ceux
de l'Amerique 5 ils les rongent & les
pourriffent en moins derien.
Jaivà des maifons prêtesà tomber en
ruines, parce que les proprietaires
avoient négligé de chafler ces infectes.
Ontrouve dans lesbois & autres lieux de
ces mottes fi groffes & fi pefanres, qu'un
R iv --- Page 434 ---
Nowveaux Yayages aux IRes
1696. homme ne les peut porter. Quoiqu'on les arrache
les coupe en pieces, ou qu'on leurs hadu lieu où clie étoient bâries,
cela, au
bitans ne s'enfuyent pas pour les brécontraire ils travaillent àréparer
ches. Lorfqu'on a prisune: motte & qu'on
conferver
la donner petit à
la veut
pour & empècher en mème
petit aux poules, les
de bois ne fe retirent
tems que n'étendent poux
leurs logemens &
ou quils
& ne fe
dans
leurs galeries >
les fouhaite répandent on
des lieux oà on ne
pas;
enfonce un piquet au milieu de quelque fur le
mare d'eau, & on fiche la motte
piquer, & à mefure qu'on en a beloin
pourl les poulets, on en coupe ou
jette; c'eft un
une
ct
fir de partie voir qu'onleur comme il fe jettent far ces inbrife la motte
fcôtes, &.comme lapoule
les obliger
avee fon bec & fes pieds pour
de fe montrer. deux fortes de bois qui ne font
Ilya de leur golt ; l'acajou & le bois amer.
pas Cela vient de ce que le fuc & le bois de
ces deux arbres eft extrémement amer. Jc
parlerai dans un autre endroit de l'acajou.
Le bois amer eft un aflez grand arbre. de
J'en ai trouvéde plus de deux pieds
Bois diamettre. Son écorce eft brune, > hachée
amer fon ufa- & fort épailfe. Sa feiille eft longue &
ge
Ilya de leur golt ; l'acajou & le bois amer.
pas Cela vient de ce que le fuc & le bois de
ces deux arbres eft extrémement amer. Jc
parlerai dans un autre endroit de l'acajou.
Le bois amer eft un aflez grand arbre. de
J'en ai trouvéde plus de deux pieds
Bois diamettre. Son écorce eft brune, > hachée
amer fon ufa- & fort épailfe. Sa feiille eft longue &
ge --- Page 435 ---
Erançoifes de PAmbigut. allez douce 393 & 1696s
pointut, d'un verd bois pâle, eft d'un jaune clair
peu épaille. Le
féchant & devient
qui fc décharge il en eft filaffeux & leger.
prefque blanc: lorfqu'on le fcie de fc
il faut obferver
ceft-à-dire, qu'il
tenir toujours au vent; fituation que le
faut fe mettre dans une
la
ventne puilfe pas vous jetter
fans cette précaution
Imme
au vilages
le nez & dans la
R
fiere qui entre mèmé dans effet que fi on-avoit
che, y fait le de la rhubarbe en guife
mâché ou pris
de tabac.
de ce bois
On fe fert ordinaitement des
faire des lattes, ou
planches
pour
cloiier l'ardoife s parce
minces
> & menchainigallse
quil
de ces infectes.
Talmn
iera jamais artaqué & le bois amer ont encore
L'acajou
c'eftd de communiquer .
nne autre qualité; à rout ce qu'on fait cuire
leur amertume foit
le falle cuire dans
al leur feu,
qu'on
le falle rotir à
une marmite, ou qu'on Jen ai fait l'exla broche ou fur le gril.
à mes dépens 3 car un jour qu'on Prefpérience travailloità la couverture de mon enbytere au Macouba, & que j'amallai javois des
dehors,
voyé mon de lattes Négre de ce bois que je mis au
bouts
l'ablence du cuifinier n'agfcu, afin que
R y --- Page 436 ---
394 Nomveanx Voyages aux IRes dîner de
1696. portât aucun rerardement mais au je fus furmes ouvriers ni au mien,
de l'enpris quand le Négre fut revenu
tendre crier contre fon camarade, qui
nouveau. Je lui en
étoit un petit Négre
dit
demandai la raifon, & il me
quele
avoit mis
diner étoit perdu s
qu'on d'abord
du bois amer dans Eter feu. Je crus
c'étoit quelque fuperlition, à quoi
que les) Négres anfi-bien que beaucoup d'aufont aflez
s- & je m'en
tres gens
portez comme il
mis peu en peine. Cependant
à dire la mème chofe, je gotiperfitoit tai le bouillon 8c la viande & je les trouEffets duvai amers comme du fiel. Les ouvriers à
bois ail
de diner defcendirent,
mer fut qui importoit
échauda la vianla vian- on fit rchaufferdel'eau,on.
chandc.
de, on la lava dans plufieurs eaux de foin
des 8 froides: mais javois eu tant
de la faire cuire avec du bois amer, quil d'en
fut impoffible mème à mon chien
Mes volailles réparerent ma
manger.
de leur
Je me
taute aux dépens d'une fois tete cette exfuis affuré plus d'une manicre qui me
périence, mais
portoir moins de préjudice. amer à la
Le bois que l'on appelle Simarouba à
Martinique, fe nomme Indien. Le frere
Cayenne. C'eft le nom
du Coldu Soleil nts-habileApoticaire
du bois amer, quil d'en
fut impoffible mème à mon chien
Mes volailles réparerent ma
manger.
de leur
Je me
taute aux dépens d'une fois tete cette exfuis affuré plus d'une manicre qui me
périence, mais
portoir moins de préjudice. amer à la
Le bois que l'on appelle Simarouba à
Martinique, fe nomme Indien. Le frere
Cayenne. C'eft le nom
du Coldu Soleil nts-habileApoticaire --- Page 437 ---
, Frangoifes de PAmerigue. 395
desJefiuites à Paris, a fait connoitre 1696.
lege ce beis, & a fait des cures furprenantes
avec ce bois pour les cours de ventre diffenmème invéterés, & pour les
teriesles plus violentes. de la racine font
La racine & la de farbre. Il en faut
les meilleures
RHEZE
prendre deux gros, les couper en efquilles, & les faire boiillir dans trois
demic feptiers d'eau que lon fait réduire
en une chopine. On partage cette quantité en trois verres dont on fait prendre deux
le premier le matin à jeun, le fecond
heures après avoir diner, & le troifiéme
deux heures avant fouper. Il faut obferchofes crués Sou
ver de ne pas mangerdese
indigeltes, nil boire du vin blanc.
Ileft rare qu'on ait befoin de plus de
deux gros de ce remede, les plus invéterées diffenteries w'ont jamais tenu contre fix gros pris en trois jours,
des
Lorfqu'on eft obligé demanger
Moyet
voici pour
4 volailles, dès qu'elles font tuées,
manges
les moyens dont on fe fert aux Mes
lailles les voi
& dont on
rieter
les attendrir,
pourroit
dès elles qu'- fonr
vir en Europe.
tout en tuées.
- Le premier eft de les plamer durrvie, après quoi on leur fait avaler das lz
naigre, & pendant qu'elles-Tont n leus
on acheve de les étouffer
EES lecol,
Rvj --- Page 438 ---
396 Nowveane Voyages aux les Ifles avoir fair
1696.
Le fecond eft, après de les pendre à
faigner à T'ordinaire,
une branche de
Le troifiéme .3 de les enterrer pendant le mème elpace de tems, après
qu'elles ont été (aignées. eft, de les écorcher
Et le quatriéme on les veut accomtout en vie, maniere, quand olonn'a pas bemoder'd'une
leur
llcft cerfoin de conferver
excellentes : y
ces manieres
toctes
tain que donnent aux volailles que Pon
6 & qu'elles de faire cuire une tendreté ad-
: eft mirable. preffé On dira peut - être que voila
bien des documens de cuifine pour un à
Miflionnaire Apoftolique : à quoi jai
quand on eft obligé d'arépondre, foin de que fon ménage : s on eft en mevoir
obligé de s'inftruire de bien des
me-tems chofes, dontje ne me ferois
chargé la
toujours e dans mon
mémoire fijavois l'obéiflance m'ayant emcloitre ; mais
en même tems
ployé dans un état,) jaiété
comme des
obligé de içavoir -
ce
étoit
à la
de cet TRtr eu égard
dépendances néccflité qu'ily a de vivre &c fouvent de
fep préparer foi-mème ce qui eft neceflaire
ala vic. onblier
fe fert encore aux
Petit
Jallois
qu'on de mil,
adile
Ifles lune autre clpece
qu'op
ant emcloitre ; mais
en même tems
ployé dans un état,) jaiété
comme des
obligé de içavoir -
ce
étoit
à la
de cet TRtr eu égard
dépendances néccflité qu'ily a de vivre &c fouvent de
fep préparer foi-mème ce qui eft neceflaire
ala vic. onblier
fe fert encore aux
Petit
Jallois
qu'on de mil,
adile
Ifles lune autre clpece
qu'op --- Page 439 ---
Frangoifes de PAmerigue. 397
appelle petit mil, pour nourrir & pour 1696.
les volailles. La feuille de ceengrailler Ini-cieftà peu près la même que celle du
mil, mais beancoup plus petite, & le
Ere grains ne font gueres
gros
Ses fetilles
Air Eaiae
chenevis. nonrrir les chevaux. Quand on le
pour plante ou feme uniquement pour croit cet à
ulage, on le met par fillons ; dure ii
fort
melure qu'on le coupe, &
long-tems fans être replanté 3 pourvi On
qu'onr anele laiffe pas monter en mil épi.
fe fert auffi des feuilles de gros
mais elles ne
FONL
donner aux chevaux,
pasi fi bonues.
d'herbe, > lon1ly, a une autre efpece
& au
étroite, douce au toueher
gue, d'un verd-de-pré, qui vient de
goût,
bien mieux & plus vite que de
boutute 2 dont on a foin d'avoir toujours
graine, bonne
dans les habitations
une
quantité Elle fert: aufli pour les che- Herbe a
bien réglécs.
les rafraichit, cofle.
vaux, elle les engraiffe,
de
& leur fait autant &c peut-ètre
clià la
Piur
bien, eu égard leur donnoit temperature de l'avoine
mat, que f on
ces
les cheou de forge 3 car en
pays-là, &ne laiffent
vaux font toujours au verd,
d'ètre très-bons & de grande farigue.
On pas la nomme herbe de colle; 2 elle croit --- Page 440 ---
398 Nowueaux Froyages anx IRes
1696. vite, on la coupe tant qu'on veut 5 elle
revient promprement & muliplie,
và qu'on ait foin de la facler, & de pour- ne la
pas laiffer monter en graine.
Le mil gros & petit demande une terre graffe & profonde. Pour l'herbe de
côte elle veut un terrain bas & humide,
c'eft pourquoi on la plante toujours aux
bords des rivieres.
Les ignames & les patates' font des
fruits d'un figrand
dans toute P'Amerique, que je ne
remettre
rasi
un autre endroit d'en parler, pas fur
à
étant dans un quartier où on en cultive tout
une quantité tres-confidérable.
L'igname eft une efpece de beterave
vient grofle à proportion de la bonté qui du
terrain ou elle eft plantée. Elle demande
nne bonne terre, forte , grafle &
fonde. Sa peau elt affez épaille, rude, proinégale, couverte de chevelure, & d'un
violet tirant fur le noir. Lededans eft de
la.confiftance des beteraves, foirqu'elle
foitcuire ou qu'elle foit crué; elle eft d'un
blanc-fale, & quelquefois tirant tant foit
peu fur la couleur de chair. Ce fruit eft
vifqueux avant d'ètre cuit. Il fe cuit aifément, 2 ileft leger, de facile digeftion,
& ne laiffe pas d'ètre fort tnourriffant. On
lc mange cuitavec la viande, & pour
noir. Lededans eft de
la.confiftance des beteraves, foirqu'elle
foitcuire ou qu'elle foit crué; elle eft d'un
blanc-fale, & quelquefois tirant tant foit
peu fur la couleur de chair. Ce fruit eft
vifqueux avant d'ètre cuit. Il fe cuit aifément, 2 ileft leger, de facile digeftion,
& ne laiffe pas d'ètre fort tnourriffant. On
lc mange cuitavec la viande, & pour --- Page 441 ---
EPJCE --- Page 442 ---
Tom.a.pa-308.
Igname .
Jeincg
Roguet.
SCANOTE --- Page 443 ---
Fyançoifes de PAmerigue. Onle 359 1698.
lorsil fert de
8 de callave. braife, Igname, s
fait cuire feul Emn l'eau, ou fouslal c'eft- fuit de
& on le mange avec la pimentade, écrafé terres
à dire, le-jus de citron, le piment
& le fel. La tige qui le prodaite eft elle quarrée ramde trois à quatre lignes de face; filamens
pe fur la terre 2 poulle des
qui
racine; quand elle trouve des
prennent arbres ou des baiflons, elle s'y attache,
monte & couvre en peu de tems tots feuiil- les
endroits où elle peut pénétrer. attachées Ses à de
les viennent deux à deux
crochus;
petits pédicules
de un coeur peu avec une
elles font en
derde
d'un verd - brun, allez
petite épaifles, pointe, gralles & bien nourrics. Latige
pouffe quelques épis couverts de perites
Aeurs en forme de cloches, dontle pifile eft
fe change en une petite filique
de
graines noires.
a
remplie entendu petites dire qu'on en ait femé;
jamais
mieux de boula plante vient beaucoup fionla laiffe faire elle
tare & plus bien-tôt vite, tout un jardin 5 il fuffit
couvrira avoir
une fois dans un end'en
planté
On fe
droit
en trouver toujours.
de
fert de ERaTe TLE du fruit avec une partie
- hoggspetseanetnes en provigner &lon
. l'elpece : on la coupe en quarre,
de
met les morceaux en terre éloignez
en ait femé;
jamais
mieux de boula plante vient beaucoup fionla laiffe faire elle
tare & plus bien-tôt vite, tout un jardin 5 il fuffit
couvrira avoir
une fois dans un end'en
planté
On fe
droit
en trouver toujours.
de
fert de ERaTe TLE du fruit avec une partie
- hoggspetseanetnes en provigner &lon
. l'elpece : on la coupe en quarre,
de
met les morceaux en terre éloignez --- Page 444 ---
460 Nowvéaux Voyages Aux IRes
1696. trois à quatre pieds les uns des autres. Iis
prennent aifément, & en moins de cinq
mois ils portent du fruit mûr & bon à
manger. On connoît aux feiiilles que le
fruita toute la groffeur & la maturité qu'il
doit avoir, parce
lors elles fe
fétriffent. Lorque tn aliret eft tiré de terre, on le laille un peu: au foleil pour fe
relliyer, après quoi on le met dans un
lieu fec ou dans des tonneaux, & il peut
fe conferver les années entieres fans ie
gâter & rien perdre de fa bonté.
Lap patate eit unc efpece de pomme de
terre s qui approche affez de ce qu'on
Fatate, ueappeile 5
en France des taupinambours:
efpece pomme les Efpagnols & les Portugaislappellenr
de terre, Batata. Je ne fçai fi elle eft originaire
del'Amerique; ou fi on lyaa apportée:
ce qui me feroit croire qu'elle y eft naturelle, c'eft le grand ulage que tousles
Indiens tant de la Terre - ferme que des
Iiles, en font. Ulage, qui felon moin'eft
pasu une foible conjecturese car ces Peuples
font fort jaloux de leurs anciennes manieres de fe nourrir, & excepté le vin
&c l'eau-de vie, nous ne voyons point
qu'ils ayent du penchant, n1 pour nos
fruirs 111 pour nos autres vivres venant
d'Europe, ou accommodez àla maniere
d'Europe. On trouve des patatcs dans --- Page 445 ---
Frangoifes de PAmerique. très- 401 1696.
l'Afe & en Afrique: : elles viernent
bien en Irlande & en Angleterre, > &j'en
ai vû croitre & venir en parfaite maturité à la Rochelle.
l'on Patate
Ilyen a de plofieurs efpeces > que fçavoir de trois
peut réduire à trois principales,
efpeces.
les blanches, les rouges & lesj jaunes. Maniere
Elles fe plantent debouture en coupant dr les
la
ont poullée, cultiver.
en morceaux tige qu'elles mettant Punou l'auou le fruit mème, &
environ de
tre en terre & l'en couvrant des
trois ou quatre pouces. Il ya
de fix
tEtEet
qu'on appelle
qu'elles croiffent &
parce qu'on
tems.
ne
RET
mûriflent dans cet efpacc de
Je
fçai fi dans les fiecles nalfez cela étoit
dans celui-ci, leur faut plus
vrai : pour
de deux mois. C'eft toujours quelque moisà
chofe,cari il faut au moitquatre 'elles foient
toutes les autres. Telles qu
fablonelles veulent une terre legere &
neufe; elles demandent dela pluye quand
& puis de la chaleur & un
on lesplantc, fcc
ce qu'on les leve, ou
tems
jufqu'à
pour parlerle langage -
destfles.jufqulee il
qu'on les fouille, car effeétivement
faut foiillerla terreavecla houé pourles
trouver. La chair de ces trois elpeces eft
bonne. On eftime cependant les jaunes
plus que les autres. C'eft une nourriture
une terre legere &
neufe; elles demandent dela pluye quand
& puis de la chaleur & un
on lesplantc, fcc
ce qu'on les leve, ou
tems
jufqu'à
pour parlerle langage -
destfles.jufqulee il
qu'on les fouille, car effeétivement
faut foiillerla terreavecla houé pourles
trouver. La chair de ces trois elpeces eft
bonne. On eftime cependant les jaunes
plus que les autres. C'eft une nourriture --- Page 446 ---
402 Nowveanx Fayager AnX Hfer
1696. legere, de facile digeltion, qui ne laiffe
pas d'être fort fubftantielle, & qui feroit
admirable en toute maniere, fi elie n'étoit pas un peu venteufe.
C'eft le pain ordinaire & prefqne la
feule chofe que l'on donne aux
à Saint Domingue & dans les Ifles Negres Angloifes. A l'heure du dîner le Commandeur les conduit à la piece de patates,
& leur en laifle foitiller à chacun fa
vifion pour toute la journée. En mfmer
tems on coupe en pieces le bois ou la
tige des
que l'on remet en terre'
au lieu RrnSrS fruit que lon a tiré; par ce
moyen on eft fûr d'en trouver
outre que celles qu'on laiffe par toujours, mégarde 5
ou qu'on néglige, parce qu'elles fonr
trop petites,ne manquertjamais de pouffer & demaltiplieri merveille.
La feiille des patates eft un
grande qu'un écu, elleapproche M ehe
gure d'un coeur avec deux petites échancrures ; elle eft mince, d'un beau verd,
fort tendre, douce au goûr & au toucher. Sa tige ou fon bois eft d'un verdpâle, plein de fuc, tendre, flexible : il
court & pouffe quantité de rejettons &
de branches qui couvrent bien vite toutela farface del la terre.
Aeurs comme des violettes Ilpouffedeperites doubles, mais --- Page 447 ---
Frangoifts de l Amerigue. 403
à côté defquelics naiffent 1696,
quifont jaunes, filamens tortillez
quantité de petits
touchent 2
piennent racine dès qu'ils
terre & produnfent du fruit.
J'aivà des patates pefoient jufqu'à
mais cela
tr pssordinaitc,
cinq livres; à croire que mon Confrere
& me
Tertre s'eft trompé, quand il
le Pere arte
plus de
a dit d'en avoir vû qui peloient chole aflez
vingrlivres, & que c'étoit une
faute
ordinaire; peuc-Étre que c'eft une
dimprelfion qu'on a oublié de corriger.
Conimunément les patates ont diametre. depnis
deux jufqu'à cinq pouces de
on en
Leur figure eft très - irréguliere; & d'autres favoir de rondes, d'ovales 2e unie, fans
çons. Leur pean eft mince s
chevelure ou filamens. Les rougesonela de chair :
peau & le dedans de couleur
lesblanches s&clesjaunes ont la peau grife,
& le dedans blaneou jaune: font
inuLes feiilles & le bois arrachez; ne
pas on les
tiles après qu'ils font
fur
donne aux chevaux & aux baufs,8 les
tout aux cochons; cette rendleur nourriture chair
engraiffe extrèmement, &
& leur lard fort fermes. bonne
de Maniere
Les patates font une habitans partic 5 on les delesfils
la nourriture des petits
dufel te cuire.
fait cuire dans un chaudron avec
,
& le dedans blaneou jaune: font
inuLes feiilles & le bois arrachez; ne
pas on les
tiles après qu'ils font
fur
donne aux chevaux & aux baufs,8 les
tout aux cochons; cette rendleur nourriture chair
engraiffe extrèmement, &
& leur lard fort fermes. bonne
de Maniere
Les patates font une habitans partic 5 on les delesfils
la nourriture des petits
dufel te cuire.
fait cuire dans un chaudron avec --- Page 448 ---
404 Nowveaux Froyages AMX Iles
1696, & un
d'eau, & on les couvre bien
avec ae feiilles. Lorfqu'elles font hors
du feu, on couvre le chaudron avec une
groffe toile afin de refferrer la fumée ca
dedans, & qu'elles achevent de mitonner; cependant on fait une pimentade
avecle jus de citron, le fel & le piment
écrafé, On tire les patates du chaudron, 3
on ôte la peau, qui quitte la chair pour
Iste qu'on la
& on les mange en
trempant
la
e
pimentade,
Differen- Lorfqu'on les fait
tes macuite avec la viande
nieres pour tenir lieu de pain, comme font nos
d'acco- moder Boucaniers > nos chaffeurs de Saint Doles pa- mingue & beancoup d'habitans : on fe
tates, contente de les bien laver fansles peler;
& on les met dans la marmite quand la
viande eft écumée. Elles fe cuifent ainfi,
& en profitant de la graiffe de la viande,
elle lui communique leur fuc & leur
odeur. Quand tout cft cuit, on ôte facilement la peau des patates, & on les
mange comme le pain avec la viande,
fans oublier la pimentade > quieft lafauce favorite de bien des gens.
On les pele &c on les coupe par quartiers, loriqu'on les veut faire cuire avec
la viande comme on faitles navets, les
carettes & autres racines 5 pourlors elles
fc fondent entierement, & font un po- --- Page 449 ---
Frangoifes de PAmérigue. 405
scomme une purée d'un très-bon 1696.
tageépaisc
golt. On les mange au deffert comme du
font cuites fous les
fruit. Après qu'elles les
& on les
cendres chaudes, on
pele
du
fert arrolées d'un jus d'orange avec
fucre. On les mange fouvent toutes
chaudes fans y rien ajoûrer, parce que
fruit étant cuit porte fa fauce avec lui,
ce
bon. Jele croi même pius
& eft toujours
fain de cette maniere, fouillée & tirée hors de
La
un érant tems fec, & expofée un peu
rerre
Faece
foleil & mife dans un licu fec, fc
au conferve
d'un an. On en porte en
-aia qu'elles fe gâtent: Les AnEurope
nous : c'eft fouglois en ufent plus que
de leurs vaifvent le pain des équipages
fur
feaux, mème de ceux de guerre, Lorftout de leurs garde-côtes des Illes.
le
le fieur du Parc qui commandoit
que Cheval marin prit en 16 * le Jerley,
vaifleau de guerre Anglois de cinquante vivres
canons ; on n'y trouva pour tous & force
quelques barils de bauffallé
que
Onles fouille en tout tems & en
patates. faifons, & on eftime ce fruit fi bon
toutes & f fain, qu'on dit en proverbe, 3 Qie
ceux qui retournent en Europe après
avoir mangé des patates, retournent aux
c qui commandoit
que Cheval marin prit en 16 * le Jerley,
vaifleau de guerre Anglois de cinquante vivres
canons ; on n'y trouva pour tous & force
quelques barils de bauffallé
que
Onles fouille en tout tems & en
patates. faifons, & on eftime ce fruit fi bon
toutes & f fain, qu'on dit en proverbe, 3 Qie
ceux qui retournent en Europe après
avoir mangé des patates, retournent aux --- Page 450 ---
406 Nouveaux Foyages anx Ites
1696. Ifles pour en manger encore. Je ne fçaurois mieux comparer le goit de ce fruit
quand il eft rôti, qu'à celui des marons
& des culs d'artichaux mèlez enfemble.
Je ne prétends pas pourtant impofer à
perfonne la néceflité d'en juger comme
moi, parce que c'eft une elpece de loi
de ne point difputer des goûrs.
Je m'étonne feulement que certaines
Provinces de France qui ne vivent que de
chataignes ou de bled noir, ne cultivent
pas depatates, > qui font infiniment meilleures, 9 qui ne craignent ni la grêle ni
lagelée, & à qui il ne faudroit au plus
que cinq mois pour venir en maturité.
L'expérience guefsifstilaRochelle me
convainquant que cef fruit peut venir
toute la Francc, aufli parfaitement tai
moins qu'il vient en Irlande & en Angleterre.
1 U - 9 --- Page 451 ---
PJCB) --- Page 452 ---
Tom pag-407
de la
La poaphuree
Guadelonpe
Montagne decDiables
Diable OrL
Diabloti --- Page 453 ---
Frangoifts de PAmbrigue. 407 1696.
CHAPITRE XXI.
appelles Diables. De
Des oifeawx Defcription de la
leur chalfe.
Serphriere.
treiziéme Mars le Pere
E Mardi ramena aul Baillif dans
L Gaffor me
fûc allez petic &
fon canot. Qasigal cefa-dire, qu'il eût peu
fort volage, far fon affiette, jaitnai micux
de fermeté
de retourner cheval;
m'en fervir > que
parl le Ace chemon Négre le conduifit étions venus. Ce voyage
min que nous
me fit plaifir.
montai à notre habiLelendemain je
travailler au ni-
-
tation du Marigot canal. pour On me donna
vellement du
il
me fervir,
S
ou cinq Négres pour quelque chofe. Tanmanquoit toujours de ferremens, tanrorils n'avoient point faifoient les malades,
tôt ils étoient fouvent ou tils n'avoient rien pour
&le plus
leur farine, queles crabes
manger avec fouiller dès que j'étois un
quisalloienr ablent: de forte que cC travail
moment
du tout,
ne me plaifoir point
alloit trop lensement.
ERCE
vellement du
il
me fervir,
S
ou cinq Négres pour quelque chofe. Tanmanquoit toujours de ferremens, tanrorils n'avoient point faifoient les malades,
tôt ils étoient fouvent ou tils n'avoient rien pour
&le plus
leur farine, queles crabes
manger avec fouiller dès que j'étois un
quisalloienr ablent: de forte que cC travail
moment
du tout,
ne me plaifoir point
alloit trop lensement.
ERCE --- Page 454 ---
408 Nowveaus Yoyages afx Ifes
abandonné tourd-fait, fi la commodité
1696. d'aller dans les bois où iln'y a point de
comme à la Martinique > ne m'aferpens
diverti. Je réfolus donc de
voit un peu Carêmed la Guadeloupe afin de
palferle retourner àlAnce Fery comme jel'avois
promis, & enfuite de fairele tour del'llle
avec le nouveau Gonverneur > qui m'avoit propolé cette partic, lors dans la faifon
Nous étions pour
de la chaffe de certains oifeaux qu'on
appelle Diables ou Diablotins. Je ne
fçache pas qu'il s'en rencontre dans les
Iiles autre part
la Guadeloupe &àla
Dominique, Ta ils viennent en certains
tems de l'année s'accouplet, pondre 8
élever leurs petits.
Cet oifeau eltà
près de lagroffeur
d'une poule à AEct c'eft ainfi qu'on
appelle aux Ifles les jeunes poules
font enétat de pondre bien-tôrs fon
E
Deferip- tion des mage eft noir, il a les ailes longues &
oifeaux fortes, lesjambes affez courtes, , les pieds
sot: comme ceux des canards, mais garnis de
ou blotins. Dia- fortes & longues griffes, fon bec eft long
d'un bon pouce & demi, courbé, poin- a de
extrèmement dur & fort: : il
geandsyeux tu,
à Aleur detère, quilui fervent
admirablement bien pendanr la nuit,
inutileslejour
mais quiluifontellemeri
qu'il --- Page 455 ---
Francoifes de LAmériqut. 409
fupporter) la lumiere ni dif- 1696.
qu'ilne peur
de forte
il
cernerles objets 5
que quand
eft furpris parl le jour hors de fa retraite, 5
il heurte contre tout ce qu'il rencontre,
&. enfin il tombe à terre.
Ces-oifeaux vivent du poiffon qu'ils
vont prendre la nuita la mer. Après que
leur pèche eft achevée, ils s'en retournent à lai montagne où ils repairent dans
& ils n'en
des trous comme-les lapins,
fortent que quand la nuit eft venué
à
mer. Ils crient en
ESOIE
retourner la
comme s'ils sappelloient ou fe répondoient les uns aux autres.
vers la fin
Ils commencent à paroitre
du mois de Septembre. On les trouve
alors deux à deux dans chaque trou. Ils
demeurent ainfijufqu'ala fin de Novembre,
quoi ils difparoifent, &on
n'en dtea ni entend aucun jufqu'au milieu
du mois de Janvier, qu'ils Tems de
ou environ de nouveau. Pour lors on n'en leur
paroiffent
qu'une dans chaque pontc.
trouve plus qu'un-ou de
trouve
trou julqu'au mois
Marsqu'on
la mere avec fes deux petits. Quand on ils
prend les petits diables en ce tems-là
iont couverts d'un duvet épais 8c jaune
comme les oifons 5 ils font comme des
pclortons de graille; on les appelle des
cottons. Ils font en état de voler dans la
Tome II,
S
n'en leur
paroiffent
qu'une dans chaque pontc.
trouve plus qu'un-ou de
trouve
trou julqu'au mois
Marsqu'on
la mere avec fes deux petits. Quand on ils
prend les petits diables en ce tems-là
iont couverts d'un duvet épais 8c jaune
comme les oifons 5 ils font comme des
pclortons de graille; on les appelle des
cottons. Ils font en état de voler dans la
Tome II,
S --- Page 456 ---
410 Nowveaux Voyages AHX IRes
16w6. fin de Mai; auffi eft-ce en ce tems-là quils
s'en retournent > & qu'on ceffe entierement de les voir & de les entendre jufqu'au mois de Septembre. Tout cc
& de la
T
je viens de dire du paffage
meure des diablesàla Guadeloupe & àla
Dominique, arrive régulierement & fans
avoir jamais manqué toutes les années.
La chair de cet oife aueft noirâtre, &
fent un peu le poillon; ; du refte elle eft
bonne & fort nourriffante. Oneftimel les
&i ils
cottons comme étantplus délicats,
le font en effet; mais ils font trop gras,
de forte qu'ils rendent la graiffe comme
s'ils étoient pleins d'huile.
La maniere de les accommoder quand
ils font grands, eft del les faire bouillir à
Maniere
eauavec du fel & des herbes fines,
deles ac- grande
leur
commola moitié de
cuiffon,
der.
jufqu'a onlesretire & on les laifle
quoi
I
demie-cuiffon les
& leur
cette
On dégraille acheve de les
ôte le goiit de poiffon.
faire cuire en daube > en ragoût ou autrement, avec des écorces d'oranges &
des feiilles de bois d'Inde.
font
Les petits diables ou cottons fur
meilleurs étant rôtis à la broche, ou
legril, faupoudrez de fel, de poivre &
de graine de bois d'Inde battus enfemble.
Onpeur dire que ces oifeaux font une --- Page 457 ---
Frangoifes de tAmerigue. 41Y
Dieu envoye tous lesans
1696.
manne que
les
ESIEET >
les Négres & ponr chofe petits pendant la
qui ne vivent d'autre
faifon. difficulté de la chafTe de ces oifeaux
La
feroit détruite
en conferve l'efpece bien > qui des années, felon
entierementily coûtume a
des François 2 s'ils
la mauvaife
dans des lieux qui ne font
ne fe retiroient tout le monde.
pasacemiblesi les dangers & les incommodiMalgré
de cette chaffe, ma CHtez infeparables,
quarre de
riolité me porta daccompagner alloient un Dimanche
nos
quiy & qui ne devoient retourner
après
car il faut ce
NLSEE
le lendemain au foirs
que
fc rendre fur le lieu dela
tems-là chercher pour
le gibier, & revenir.
chafle,
conduifis avec moi Chemin
Outre mon Négreje
chez nous de la
un jeune Creolle quiapprenoir nommé Albert del Lau- monta- des
à rafiner le fucre,
tout lelong & au Etaner
nay. Nous marchâmes riviere jufqu'à ce que nous
fond de notre endroit moins elcarpé que
trouvâmes un
montâmes les uns après
le refe, où nous aidant ou plarôr en.
les autres en nous
de ceux qui demontant fur les épaules
tirâmes enmeuroient en bas, que liannes, nous auffi bien
fuite à nous avec des
pallé
nos chiens. Je ÇrMs aprèsavoir
que
S ij
au Etaner
nay. Nous marchâmes riviere jufqu'à ce que nous
fond de notre endroit moins elcarpé que
trouvâmes un
montâmes les uns après
le refe, où nous aidant ou plarôr en.
les autres en nous
de ceux qui demontant fur les épaules
tirâmes enmeuroient en bas, que liannes, nous auffi bien
fuite à nous avec des
pallé
nos chiens. Je ÇrMs aprèsavoir
que
S ij --- Page 458 ---
412 Nowveaax Voyages aux IRes
mauvais
en êtrc quitte ; mais ces
1696. ce
te trouvoient toutes les fois
mauvais falloit pas palffer des ruiffeaux ou des
qu'il
arriva
ou huit fois
rivieres, ce qui fuflions fept arrivez au haut
avant que nous
à côté
dela monragne des oifeaux quiett
Ilétoit
fix heude la Souphriere. arrivâmes prèsde au lieu où nos
res quand avoient nous réfolu de faire leur cachaffeurs banc. Nous nous mîmes tous à travailler
à notrelogement, 2 les uns couperent des fou- des
gaulettes, les autres amaflerent allerent
geres pendant que deux chafleurs J'avois
chercherdes oifeaux pour fouper.
eu la précaution de bouteille faire porter de vin mon de
manteau > une bonne
del'eau-de-vie
Madere , & du pain, avec
Notre
& de la farine pour nos Négres. nous lacouCabane fut bien-tôt dreffée,
vrîmes avec des feiiilles de cachibou que
nous avions coupées en chemin, parce n'en
que nous fçavions bien l'endroit que nous où nous
trouverions pas dans bonne! litiere de
allions. Nous fimes une
nous coucher, 8 nousalfougeres pour
feu, tant
faire
lumâmes un grand étoit allé pour chercher
cuire le gibier qu'on
chauffer
pour fouper, que pour nous
trèspendant la nuit, qui eft toujours
froide dans ces lieux élevez. --- Page 459 ---
Frangoifes dé PAmerigue. 413 1696.
Nos deux chaffeurs furent heureux,
ils revinrent affez promptement fe mit d'abord avec à
quinze diables. Chacun fis les brochettes
plumer. Pour moi je
font
pour les faire rôtir. Après qu'ils le
les ouvre
Aens
mez & fambez, on
le parl
des
tous les dedans fervent lestètes pour & fouper les bouts
chiensavecles pieds,
des ailes. On embroche les erenc diago- pafler
nalement, c'eft-à-dire qu'on
la brochette d'une cuiffe à devant lépaule le
terre
Rs
polée. Onlaplante en
faire
on la tourne de tems en tems pour 8c
cuire la viande des deux côtez,
fel
on y jette
Ta
elle eft prefque cuite,
ou de badeffus; une feuille decachibou
hfier fert d'afliette. Il faut avoiier qu'un
diable mangé de broche en bouche eft un
délicieux. Je croyois êtte raflafié
mets
diable dansle
mais foit
ayant un
corps; oula faque l'air froid de la montagne,
mon
rigue du chemin cuffent augmenté
foit que les diables de ce paisappetics là foient plus délicats & de plus facile
digeftion que les autres, il fallut faire
comme mes compagnons, & en manger.
un fecond. La nuit fut belle & fans les
bien
EC
& nous dormimes!
, quoique fortant de
bles fffent un grand bruit en
&
leurs maifons pour allerà la mer, eny,
retournant.
S ilj
l'air froid de la montagne,
mon
rigue du chemin cuffent augmenté
foit que les diables de ce paisappetics là foient plus délicats & de plus facile
digeftion que les autres, il fallut faire
comme mes compagnons, & en manger.
un fecond. La nuit fut belle & fans les
bien
EC
& nous dormimes!
, quoique fortant de
bles fffent un grand bruit en
&
leurs maifons pour allerà la mer, eny,
retournant.
S ilj --- Page 460 ---
414 Nowveaux Voyages Anx HRes
1696.
Le lendemain dés le
du
Chaffe nous nous. mîmes à
point
jotir
des dia. chaffeur
chafler. Chaque
bles.
eft armé d'une gaule de la
groffeur d'un pouce, longue de fept à
huit pieds , affez ployante, & qui : a un
crochet au bour. Les chiens que nous
avions amenez ou apportez quètoient
& alloient fleurer tous les trous. Dès
qu'ils fentoient qu'il y avoit un diable
dans un trou ( car cette montagne eft
toute percée comme une garenne ) ils
jappoient & fe mettoient a
:
mais le chaffeur a foin de les gratter
cher de gâter les entrées,
empè- les
diables ne voudroient
parce que
y rentrer une
autre année. On Rencdhaes auffi-tôr la
gaulette dans le trou jufqu'à ce
rencontre l'oifeau, qui dès qu'il la qu'on fent
la prend avec le bec & la ferre, & fe
laiffe plutôt entraîner dehors que de lâcher prifc. Quand il eft à la bouche du
trou , la lumiere Taveugle, il eft
ébloiii, il veut retourner a reculons
dans fon trou, mais le chaffeur y a mis
le pied. Alors l'oifeau fe renverfe fur
le dos pour fe deffendre du bec & des
griffes. On le prend alors par la
on
lui tord le col, & le chafleur tète, l'attache à une corde on lianne
a autour
du corps en guife de ceinture, qu'il
Il --- Page 461 ---
Frangoifes de LAmbrique. 415
T'oifeau ne veut 1696.
arrive quelquefois que
lors on
pas mordre la gaulette; pour
la tourne de côré & d'autre en fourgonnant dans le trou jufqu'à ce qu'on
T'attrape au deffaut de l'aîle >
ne
T
érant fort grande, l'oifeau
peut
tendre allez pour fe débarraffer, & ileft
ainfi entrainé hors de fa maifon.
On continue ordinairement la chafle
toute la matinée, ce qu'on de ne la pcut cafaire fans s'éloigner beaucoup defcendre dans des
banne, & monter &
les Nélieux fort difficiles. J'envoyai & je regres dans les lieux éloignez, chaffer
tins le Creolle avec moi pour Il entenaux environs de la cabanne.
& il
doit parfaitement bien ce métier, deux
avoit un très - bon chien. Après retournai
ou trois heures de chaffe, je
&
avec mon Négre
me repofer, diaccommoder Toer oifeaux pour
pour
me remis enfin à chalfer feul.
ner. Je
raffemblâmes fur le midi.
Nous nous
avoient cent trenteLes quatre Négres Albert en avoit quarantehuit trois, diables, & moi dix- - fept. Nous en mangeâmes chacun deux 2 & partimes chargez du refte de notre gibier.
à la
Je croi que ces oileaux vont
Virginic & dans les pais voilins 2 penSiv
me repofer, diaccommoder Toer oifeaux pour
pour
me remis enfin à chalfer feul.
ner. Je
raffemblâmes fur le midi.
Nous nous
avoient cent trenteLes quatre Négres Albert en avoit quarantehuit trois, diables, & moi dix- - fept. Nous en mangeâmes chacun deux 2 & partimes chargez du refte de notre gibier.
à la
Je croi que ces oileaux vont
Virginic & dans les pais voilins 2 penSiv --- Page 462 ---
416 Nowveaux V'oyages anx Ifes
1696. dant que nous ne les voyons point adx
Ifles. Car j'ai lû une Relation de ces
pais-1 là qui fait la defcription d'un oifcan de pallage qui s'y trouve depuis le
mois de Mai jufqu'en Septembre ou
Odtobre, qui.eft tout-à fait femblableà
nos diables.
Il m'arriva un accident quelques
jours après ce voyage qui penfa me
coûtér la vie: Comme je faifois travailler au bord de la riviere, iy defcendois quelquefois pour me baigner,
& en remontant dans les falailes je
cherchois des plantes, des racines &
autres chofes pour contenter ma curiofité. Je trouvai une chute d'eau
dans notre: riviere comme une efpece
de cataraéte de plus de quarante
de
pieds
haut, avec deux beaux ballins dont
celui d'eabas étoit fi profond que je
ne pus en trouver le fond avec plits
de vingt braffes de liannes que jy coulAccident lai avec une affez groffe
Un
qui arri- jour
me
pierre.
ve à
je
baignois- dans celui
P'Auvis-un chien à qui j'avois
seur.
EEE
jetté un bâton préc à être entrainé
par le courant de l'eau. Je voulus le
fauver, mais dans le moment que je le
Aaififois-par une jambe de derriere, je
kronchai fur une pierre, & le courant. * --- Page 463 ---
Francoifas de PAmerigme.
avec le chien. Je jettai un 1696.
grand m'emporta cri quandje me fentis emporter,
travailloient vis-à-vis
& les Négres qui
&
de cet endroit me virent culbuter,
couturent auffi-tôt en bas où ils croyoient
trouver brifé & noyé. Mais j'eus le
me
tout-à-fait la
bonheur de ne fusa'la pas perdre verité étourdi de
tramontanc; & je me trouvai fur P'eatt
ma chute,
je le chien
la jambe.
tenant toujours tombai far Tie chien, Oll
Je ne fçai fi hauteur je
de la chute oul la forfi ce far la
la
ce de l'eau, mais je me trouvai
poitrine metttrie, & le lendemain je crade fang de 5 je me
chai quelques grumeaux far la
des
fis faigner, & mettre
la poitrine de
comprellés trempées dans
grailfe
tortué diffoute dans de l'efprit de vin ;
cela me gueric en peu de jours. Avril
réLe Dimanche huitiéme de - Soufolus d'aller voir la montagne
phriere. Je prisl'occafion de à quelques-uns la challe des
de nos Négres qui alloient
diables; & m'étant fait accompagner par
deux autres
notre
apprenti raffineur.
Creolles de nos voilins & trois Négres,
diner pour nous rennous partimes après des diables, le plus
dre àla montagne
de la Souphriere,
près que feconde nous pourrions fois que nous palfaines
La
S V
'aller voir la montagne
phriere. Je prisl'occafion de à quelques-uns la challe des
de nos Négres qui alloient
diables; & m'étant fait accompagner par
deux autres
notre
apprenti raffineur.
Creolles de nos voilins & trois Négres,
diner pour nous rennous partimes après des diables, le plus
dre àla montagne
de la Souphriere,
près que feconde nous pourrions fois que nous palfaines
La
S V --- Page 464 ---
418 Notrucaux) Yoyages anx Ifes
1696. la riviere de S. Louis, nous fàmes furpris de l'entendre gronder bien plus fort
qu'i Fordinaires car comme il n'avoit
point plà en bas, & que le tems avoit
toujours été beau, nous ne pouvions deviner d'oà venoit ce bruit, quand nous
la vimes fc déborder fi promptement à
nous eûmes toutes les peines du
ecetgi
nous fauver > par le moyen de quelques
racines & de quelques. liannes que ceux
qui grimperent les premiers jerterent à
ceux qui étoient en bas, qui iavoient déja
de l'eau jufqu'à la ceinture.
Nous pallames
les mèmes endroits
oû javois déja RCI mais nous allâmes
bien plus loin, & nous montâmes jufques deffus les montagnes fur lefquelles
la Souphriere eft fituée. Pendant que la
moitié del latroupeétoit occupée à dreffer
la cabanne , & à allumer le feu, les autres furent à la chaffe. On fe mit à plnmer dèsquils furent de retour, & nous
fimes cuire des oifeaux, non feulement
ce que nous crûmes enavoir befoin pour
le fouper, mais encore pour porter avec
nous le lendemain.
feront
Les le- Ceux qui liront ces Mémoires
zards les dia- & fans doute furpris que nous mangeallions fera
Hles font des oifeaux en Carême. Mais on
d'clarés averti
les Miflionnaires qui font aux
viande
que
maigre, --- Page 465 ---
Erangoifes de Amerigue. 419
une concellion Apof 1696.
Iles, & qui par
choles le
tolique exercent en plaficurs après une mûre
pouvoir des Evèques, confultation desMedélibération &c une
les lézards & les
decins, ont déclaréque viandes maigres, & que
diables étoient
manger en
par conféquent on en pouvoit
tout tems.
que nous
Nous nous conchimesaprès commençois à m'enelmes foupé, 8cje
de
auflidormir dans Tefperance fois; mais repofer il furvint
bien que la de premiere de vent, d'éclairs &
un orage
playe, fi furienx que nous fumes
de tonnerre
lever
tenir les poobligés de nous
pour qui vouloit nous
teaux de notre cabanne, les efforts la couquitter. Malgré tous & notre litiere
verture fut emportée,
fut
tellement mouillée, quilne
fe coucher deffus. Jc
e
fible de
8c nous pafloppai dans mon de manteau, la nuit à trembler & à
(âmes le refte
caufer.
commença à paroitre
Dès que le jour
Nos chafleurs funous nous chercher feparâmes. des diables, 8C nous
rent
la
Le
oNs
mes le chemin de Sonphriere. elt pelé; on
metde toutes ces montagnes 8c
n'y trouve. que des fougeres 3 chargez quelques de
méchans petits arbrilleaux Sv vj
afloppai dans mon de manteau, la nuit à trembler & à
(âmes le refte
caufer.
commença à paroitre
Dès que le jour
Nos chafleurs funous nous chercher feparâmes. des diables, 8C nous
rent
la
Le
oNs
mes le chemin de Sonphriere. elt pelé; on
metde toutes ces montagnes 8c
n'y trouve. que des fougeres 3 chargez quelques de
méchans petits arbrilleaux Sv vj --- Page 466 ---
420 Nowveaux
aux
1.696. mouffe : ce qui vient Mat froid Steis
qui
dans ces lieux élevez, des exde la
Rtigne
dres
Souphriere, & des cenqu'elle vomit.quelquefois
vie
Comme le tems s'étoit
la
char- grande pluye
étoit
purgé par
mante
qui
tombée pendant la
dont on.uit, l'air fc trouva très clair & fans aules joltir mon. fur cun nuage. A1 mefitre que nous montions
ragnes, nous déconvrions de nouveaux objers.
Nous vorionsi-Dominigue, les Saintess
la grande Terre & Marie-galante, commc. fi nous avions été dellusi Lorfque
nous fâmes plus-haut nous vimes fortà
clair la.Martinique, Monfarat, Nieves,
& les autres Ifles voifines. Je ne
y ait un plus beau point de croipas vûc au
; maisil eft
LL
firué dans un endroit
incommode, & trop. proche d'un voifin
fort dangereux..
Quand nous eimes marché environ
trois heures & demie en tournant autour
de la montagne , & montant toujours;
nous nous trouvâmes dans des pierres
builées, & dans des lieux ouily avoit
près d'un demi - pied de cendres blana
châtres qui fentoient très-fort le fouffre.
Plus nousmontionss plusla.cendre
mentoit. Enfin nous nous trouvâmes
la
se
hauteur. C'eft une vafte platte-forme
auégale, couverte de monceaux depierres --- Page 467 ---
Françoifes de PAmerigue: 427
fortes de
La 1696.
Brûlées de toures
grolleurs.
terre fumoit en bien des' endroits, & fur
tout dans ceux où ilyavoirdes fentes &
des crevafles", où nous ne jugeâmes pas
à propos de nous"aller promener : mais
nous
à côté pour" gdsnerle pied
dix à douze
d'une
qui peuravoir
o
oimtiene
toifes de hauteur, & quatre" fois autant pucige la tion Sou-"
de circonférence. C'eft un amas de grof phriere,
fes pierres blanches & calcinées, on l'appallele Piton dela Souphricre. Comme La
iln'y avoit nicendre'ni fumée, nous y del Ear
montâmes fans crainte; & nous vimes che ou
deffous de nous du côté de PET la ouvertu
au bouche de la Souphriere. C'eft un troit rc.
ovale
me
de dix- huit à vinge
toiles 3 large Tase fon plus grand diamettre. Ses bords étoient couverts de
grolfes pierres melécs de-cendtes & de
monceaux de fouffre. Quant à fa
fondeurs nous n'en pimes pas
EE
parce que nous n'en étions
aflez
auroit
eu
E
che, &iln'y
pas
RLET
davantage; d'ailleurs il en
sapprocher fortoit dc tems en tems des tourbillons
d'une fumée noire", épailfe', fulphurée,
mèlée d'érincelles de feu, qui ne laiffoit
vent
pas de nous incommoder quandle
lesp portoit du côté où nousétions,
ily y a une autre bouche. beaucoup
parce que nous n'en étions
aflez
auroit
eu
E
che, &iln'y
pas
RLET
davantage; d'ailleurs il en
sapprocher fortoit dc tems en tems des tourbillons
d'une fumée noire", épailfe', fulphurée,
mèlée d'érincelles de feu, qui ne laiffoit
vent
pas de nous incommoder quandle
lesp portoit du côté où nousétions,
ily y a une autre bouche. beaucoup --- Page 468 ---
422 Nowveanx Vroyages aux Ifes
1696. plus petite que la premiere, qui paroît
comme une voute ruinée. Il en fortoit
Petite
d'ébouche aufli une groffe fumée & beaucoup
de la tincelles. Tous les environs de ces deux
phriere, Soubouches étoient pleins de fentes & de
crevafles qui rendoient beaucoup de fumée. Ce qni marque quetoute cette montagne eft creufe & comme une grande fe
cave pleine de feu & de fouffre
fait
à
&
à la
a
confume peu peu,
qui
affaifferla voute 3 & y canle des crevalfes
& de nouvelles ouvertures.
heuNous demeurâmes plus de deux
res fur le Piton
nous repofer s &
joiir de fa belle RN en dinant, nous y
plantâmes une perche de douze pieds &c
plus de longucur quejavois fait apporter fervir
exprès avec une vieille toile pour
le
de pavillon. Nous delcendimes par
mème endroit que nous étions montez :
on peut croire qu'il n'y a point de che- il
mins battus dans tous ces quartierslà:
fe paffe bien des années avant qu'ons'y
aille promener, & alfurément la peine
& les rifques font trop grands. Nous ne
laifâmes pas de nous approcher le plus
nous pûmes de la grande bouches
Bom. labord m'avoit paru moins dangereux
celui de la petite. Jy fis jetter par Rerp plas forts de mes compagnons --- Page 469 ---
Frangoifes de LAmbrigme. 423
mais 1696.
les plusgrollespietres qu'ils phirent,
contre tout ce qu'on m'avoit dit, niles nous
la fumée
ne vimes point augmenter raifonnoit fous nos
étincelles. La terre
avec Un
pieds: & quand on la frappoit avions
bâton, prefque comme fi nous
été fur le pont d'un vaiflean; Dès que
nous remuyons quelques groffes pierres *
la fumée forroit auffi - tôr. Toutes ces
pierres font legeres, & fentent beaucoup
lc fouffre. J'en fis apporter quelques-unes dont il
avec des morceaux de fouffre,
auroit été facile de nous charger fi nous
avions voulu. Quoique nous fullions alors
dans la plus grande chaleur du jour, far il le
faifoit un air extrêmement frais bien de la
Piton. Je croi qu'on auroir doit faire
pcine à réfifter au froid qu'ily y
pendanclanuit. Ily a des Négres quivone il
chercher du fouffre
le vendre,
faut le purifier avant rger s'en fervir. Ils
prennent un autre chemin que celui
venus 2 nous le
eeet
lequel nous étions
nous eàmes
châmes & le fuivimes quand
trouvéleur trace, & nous trouvâmes qu'il
étoit plus aifé que le nôtre, quoiquil
nous parûr plus long. donc
le côté
Nous delcendimes
par étions
oppofé à celui par lequel nous
montez. Environ à déux cens pas plus
rger s'en fervir. Ils
prennent un autre chemin que celui
venus 2 nous le
eeet
lequel nous étions
nous eàmes
châmes & le fuivimes quand
trouvéleur trace, & nous trouvâmes qu'il
étoit plus aifé que le nôtre, quoiquil
nous parûr plus long. donc
le côté
Nous delcendimes
par étions
oppofé à celui par lequel nous
montez. Environ à déux cens pas plus --- Page 470 ---
424 Nowveanx Yoyages aux Mes
1696. bas que lal bouche, nous trouvâmes trois
maresd'eau très-chaude, éloignées
Mares petires
de l'autte. La
de trois de quatre à cinq pas l'un
fortes
avoir une toife ou
d'eau. plus grande pouvoir clle eft remplie
eriviron de diametre';
d'uneeau fort brune, qui fent le fer, ou
plutôr l'eau dans laquelle les 4 ferruriers &
forgeronsé éreignent leur fer. La feconde
eftblanchâtre & al le goût d'alun. La troifiéme eft bleie, & a le goûr de vitriol.
On dit qu'on a trouvé des morceaux
confidérables 2 ce minetal; je le veux
croire 2 mais nous n'enl trouvâmes point d'inf- 3
il eft vrai que" nous n'avions pas Faute
trumens
chercher au fond.
de ligne Edep de perche je ne pus mefurer la
profondeur de ces mares'; elles excedoient la longueur de nos bâtons. Nous
vimes enfuite une quantité de petites
fources d'eau, qui en s'uniflant forment
plufieurs rivieres ou torrens. Une de ces
rivieres s'appelle la Riviere Blanche,
parce qu'elle eft fouvent de cette couleur,
a-caufe des cendres & du fouffre qui la
couvrent. Elle fe jette dans la riviere de
S. Louis, & n'aide epasàla rendre poiffonneule , parce que le fouffre & les cendres
qu'elle yporte, font mourir le poiffon.
A mefure qu'on s'éloigne de ces terres
brilées en delcendant la montagne 2 on --- Page 471 ---
Frangoifes: de LAmbrigue. voit 425 de 1696.
trouve le paise plus beau. On
Fherbe & des arbres grands & verds,
il femble qu'on tombe dans un autte
monde, tant on trouve de difference enxnele fommeraffreux de cette montagne, decentout couvert tde pierres calcinées, & le bas
dres & de foufire, & le milieu
vervoircouverts d'une agréable
arrofez d'une infinité de ruiffeaux,
toute l'inE
8cultivezavéc tout le foin &
enfin à
duftrie pollible. Nous arrivâmes
l'habirarion des Religicux de la Charité.. ils:
Le terrain eft petit, mais excellent; ; Les:
rravailloient à faire un moulinàcau.
Carmes ont le leurau deflous de celle-ci,
leur terrain eft
grand, mais il manabfolument REN bois à brûler: J'y trouque
fut fort forpris du
vai un Religicux' venois qui de faire : il me prevoyage queje
me porter au Baillif.
ta un cheval pour beloin, étant extrèmeJ'en avois bien
déchiré tous mes
ment farigné, & ayant
fouliers. Bien en prit à mes compagrions ils n'en
d'ètre pieds nuds: car alfurément marché que
auroient
eu meilleur très-content de ce
moi. Je fisce cependant
voyage.
Ein-de la fecondé Partie.-
vai un Religicux' venois qui de faire : il me prevoyage queje
me porter au Baillif.
ta un cheval pour beloin, étant extrèmeJ'en avois bien
déchiré tous mes
ment farigné, & ayant
fouliers. Bien en prit à mes compagrions ils n'en
d'ètre pieds nuds: car alfurément marché que
auroient
eu meilleur très-content de ce
moi. Je fisce cependant
voyage.
Ein-de la fecondé Partie.- --- Page 472 ---
TABLE
TVTW Va vevevevrihrvn Hr PVTUVA
olo olo elo elo eYo
elo
à
oVo elo el
*
*
A
TABLE
DES
M ATIERES
contenuès danslafcconde
Partie. A
A Ccident, qui penfa coûter la vie à
l'Auteur, & le remede qu'il y
apperta 5
Adreffe desCaraibes, pour mettre cn mer
leurs Bârimens,
Adreffe des Crabes pour s'échaper, 222
Ance du gros François. Sa defcription,
Ance à la Barque ,
Ance de Goiaves,
Ance Ferri,
Anglois, qui artaquerent la Guadeloupe
en 1691. Rélation de cette attaque,
--- Page 473 ---
DES M ATIERES. 417
Aras, efpece de Perroquet. Hiftoire d'un
de ces oifeaux,
Arbre qui donnele Baume de Copaii. Sa defcription. Maniere de tirer ce
Baume, de le connoitre, & de s'en
fervir,
Arcs de Caraibes. Leur defcription 2 78
Auger, Gouverneur de la Guadeloupe >
du mal de Siam,
L'Auteur eft attaqué
X
en guérit,
B
Acaffas, Bâtiment des Caraibes. Sa
B defcription,
9z
Barques & Brigantins. Leur defcription,
& leur manceuvre, & leur commodité >
Baume de Copaii,
Becune, Poiffon dangereux. Sa defcription, maniere de connoître quand
elle eft empoifonné,
i
Bois amer, arbre. Sa defcription,
ufages, & la proprieté qu'il a de communiquer fon amertume aux viandes
cuites au feu que lon en a fait. Experience de l'Auteur 2
Bois de chandelle, arbre. Sa defcription,
& fon ufagc,
--- Page 474 ---
TABLE
Bois jaune, efpece de Paletuvier. Son
nfage & fa bonté,
Bois laiteux > arbriffeau. Sa defcription,
& fes differens ufages,
Bois appellé Tendre à caillou,
Bordenave, Major de la Guadeloupe,
fon Hiftoire & fa mort,
Bourg de la Bafle-terre de la Guadeloupe. Sa defcription,
310 318
Bourgs de Saint Loiis, & du Baillif. Leurs avantures,
31I
Bouriau, Officier Anglois, comment il
empêche fes Négres de fe pendre, 15
Bouton, efpece de Maffue des Caraibes. - Sa matiere, fa figure, fon ufage, 82
Bras d'un Anglois boucanné, dont les
Sauvages veulent faire prefent al'Auteur 3
Brodequins, efpece de demi bas de femmes Caraibes,
Breton (le Pere Raymond) & le Pere
Beaumont Mifionnairesjacobins chez
les Sauvages,.
ier Anglois, comment il
empêche fes Négres de fe pendre, 15
Bouton, efpece de Maffue des Caraibes. - Sa matiere, fa figure, fon ufage, 82
Bras d'un Anglois boucanné, dont les
Sauvages veulent faire prefent al'Auteur 3
Brodequins, efpece de demi bas de femmes Caraibes,
Breton (le Pere Raymond) & le Pere
Beaumont Mifionnairesjacobins chez
les Sauvages,. C
C Abaflon ( le Pere ) eft reconnupar
interim Supérieur des Millfions des
Jacobins aux Iles,
Cabritte ou Chevre 2 d'une fecondité
extraordinaire,
--- Page 475 ---
DES MATIERES 429
Camifa des femmes Caraibes. Sa figure. fa matiere, & fon ufage,
Cancanner. Cry des Perroquets quand
ils font jeunes,
215 font
Caracoli, méral dont les Sauvages les
leurs .ornemens. Contre-fait par
Européens , & comment 2
Caraibes Sauvages, naturels des Ifles,
leur humeur, leur couleur, leurs habits, 2
Son 71
Caraibe baptife, &cenfuite apoftat. entretien avec l'Auteur ,
Leur 8y
Caraibes. mauvais Domeltiques. antipatic
les Négres; ce qu'on
doit FOTLE en lesachetant,
Caraibe mort. Leur maniere d'enterrer,
leurs coûtumes fur ce fujet. Comme ils
ils prennent leurs repas > & comme
font cuire leurs viandes,
Leur 151
Carbets, maifons des Caraibes. conftruétion, &cleur propreté, 148
Catoli, cfpecc de Hotte des Caraibes,
Chaleur dans les Ifles très a (uportable 9
& le climat fort doux,
Chirean-du-Bois, 7 homme de qualité, des
qui s'étoit confacré à l'inftrustion
Caraibes,
Caumels (le Pere) Supérieur des Jacobins, meurt à Saint Thomas. Ses --- Page 476 ---
TABLE
430 funerailles,
Cirique, efpece de Crabes de mer, 2;8
Cerilier, arbrifleau. Sa defcription.
Ulage qu'on fait de fon fruit,
Cochons des Ifles ne craignent point les
ferpens, > les pourftivent, & les man24
Colonie gent, de Sainte Croix tranfportée à
Saint Domingue. Raifons de ce chan291
Coffres. gement, Poiffonsainfi appellez. Maniere
des Caraibes pour les apprèter, 157
Confeil Souverain de la Martinique.
De quelles perlonnes il eft compote,
leurs droits, émolumens, & privile180
Corvette, ges,
Bâtiment dont on fe fert pour
la courfe. Sa defcription,
Coullet, Lieutenant de Roi de la Guadeloupe. Son extradtion, fes fervices,
& fcs recompenfes,
Convent des Jacobins au Baillif de la
Guadeloupe,
des
sàl -
de
idus
Coutîmes
Caraibes T'égard
Prifonniers,
Crabes. Leurs differentes efpeces 221. A
quoi on connoit les mâles d'avec les
femelles 223. Le tems, & pourquoi
elles fe vont baigner à la mer 224.
Comment clles quittent leur écaille
extradtion, fes fervices,
& fcs recompenfes,
Convent des Jacobins au Baillif de la
Guadeloupe,
des
sàl -
de
idus
Coutîmes
Caraibes T'égard
Prifonniers,
Crabes. Leurs differentes efpeces 221. A
quoi on connoit les mâles d'avec les
femelles 223. Le tems, & pourquoi
elles fe vont baigner à la mer 224.
Comment clles quittent leur écaille --- Page 477 ---
DES MATIERES. Oeufs
216. Crabes bourfieres Manieres 227. des'en
& raumali de Crabes.
fervir 228. Comment on connoît que
les Crabes font empoifounées. induftrie S, 235
Cripts, Officier Anglois. Son de fe penempêcher fcs Négres
Srer
Cul-de-Sac François. Sa defcription, 19
Cul-de-Sac Robert. Sa defcription,
D
Commandeur de Né
Auphiné ,
& fon Hiftoire,
D gres, fon Mariage,
dans lefquels les Caraibes fe maDegrez
rient,
oifeaux de palfage.
Diables & diablotins, Le tems quils vienLeur defcription. & la maniere de
nent, leur chaffe,
les accommoder, Gentilhomme dela Martinique.
Du Buc,
fa famille & fon HiC
fon origine,
Dubuillon, toire,
Menuifier fort impertinent,
travaille pour PAuteur, IO &
qui
Intendant 2
Du Maitz de Goimpy, enl France,
Iles. Son retour --- Page 478 ---
TABLE
E
Glife Paroiffiale du Fort Royal della
E Martinique,
Eglife & maifon des Jefuites à la Guadeloupe,
Eglife & Couvent des Carmes,
Eglife & Couvent des Capucins,
Empire des Caraibes fur leurs femmes,
Epervier, filet rond pour la pèche. Manieredes'en fervir,
Etabliffement d'une Paroiffe au Cul-deSac François de la Martinique, 165
F
des Caraibes ne mangent
F point avec leurs maris,
Femmes. Elles font très - propres pour
apprendre eà parler aux Perroquets, 216
Février, Greffier du Confeil Supéricur
de la Martinique,
Flambeaux de Bagaces, comment on les
fait, & leur ulage,
Flèches des Caraibes, Leur matiere, leur
8 forme, leurs differens ufages. Manic-
"re deles cmpoifonner,
Fontaines botillantes de la Guadeloupe.
Leur --- Page 479 ---
DES MATIERES 433
Leur defcription, & leur propricté,
Fort de la Baffeterre de la Guadeloupe.
Sa defcription.
Fort de la Madeleine de la Guadeloupe : 5
Fourmis blanches, ou poux de bois, infectes. Ufage qu'on en fait pour nourrir les volailles,
a
Abriël (lel Pere ) de Vire, Capucin,
Geea Fort Royal,
Galere, Poilfon. Sa defcription. Son venin, & le remede qu'ony apporte, devant 36
Gallions d'Efpagne. Leur pallage
la Martinique en 1695.
Diffe- 220
Goyavier, clpece de Pommier.
rentes efpeces de ce fruit. Ses proptietez, & les manieres de s'en fervir, 268
H
Amac, Lit dont fe fervent les Cai
H raibes. Sa matiere, fa forme, fon
ufage, fa commodité; comment on
le fait, ufage qu'on en pourroit faire
dans les autres parties du monde, IOI
Hamacs Caraibes bien meilleurs que les
Tome II.
T
ique en 1695.
Diffe- 220
Goyavier, clpece de Pommier.
rentes efpeces de ce fruit. Ses proptietez, & les manieres de s'en fervir, 268
H
Amac, Lit dont fe fervent les Cai
H raibes. Sa matiere, fa forme, fon
ufage, fa commodité; comment on
le fait, ufage qu'on en pourroit faire
dans les autres parties du monde, IOI
Hamacs Caraibes bien meilleurs que les
Tome II.
T --- Page 480 ---
T A.B L E
autres 5 & pourquoi,
Hôpital des Religieux de la Charité àla
Guadeloupe 9
M. Hincelin, Gouverneur de la Guadeloape,
Hiftoire de la defcente des Anglois ila
Guadeloupe en 1691. & de tout ce qui
s'y paffa jufqu'à leur retraite 2
Huitres des Ifles. Leur grandeur, & leur
bonté. Elles croiffent, & on les cuéille
fur des arbres s
Herbe de Cofle. Sonutilité.
I
Gname, eipece tc seterave. Sa defcription, fa culture, fa qualité, &
fon ufage,
Jefuites, Miffionnaires entretenns par
le Roi, pour les Caraibes de P'Ifle de
Saint Vincent,
de Cavalerie à la
Joyeux, Capitaine
Martinique, donne le terrain pour
l'Eglife du Cul-de-fac François, 166
Ifautier > Marchand Provengal, qui avoit
époufé une Négreffe,
Ilet de Monfieur. Sa defcription, 23
Iflet à Goyaves. Quartier de ce nom à la
Balleterre de la Guadeloupe,
--- Page 481 ---
DES MATIERES 435
L
A Dominique, IAe habitée par les
L Caraibes, quil ne faut pas confondre avec Saint Domingue,
Lamantin ou Manate, poilfon. Sa defcription. Maniere de le pecher. Vertus
de quelques-uns de fcs OS,
La Rozc, Caraibe de ce nom,
Lames ou Ondes de la mer. Remarque
de P'Auteur furle nombre,
& 133 PuLatanier , arbre. Sa delcriptions
qu'on en fait,
Confeil 109 SuL.ES d'un Confeiller au
pericur del la Guadeloupe, Jacobin, 192
Le Clerc (le Pere) Religicux
fa mort extaordinaire , 341 D! 174
La Vigne Granval, Capitaine de Milice
du Cul-de-lac François, Ifles voi- 143
Les Saints ou Saintes, petices
fines de la Guadeloupe, declarez viandes 302
Lezards &c Diables,
maigres parles? Mifionnaires, de Milice à la Gua- 419
Lietards Officier
190-360
deloupe. Son Hiftoire,
M
Ahot ou Mangle blanc. SesufaM
fesincommoditez, 202
Mailon ges,& Curiale du Macouba ,
T 1)
-de-lac François, Ifles voi- 143
Les Saints ou Saintes, petices
fines de la Guadeloupe, declarez viandes 302
Lezards &c Diables,
maigres parles? Mifionnaires, de Milice à la Gua- 419
Lietards Officier
190-360
deloupe. Son Hiftoire,
M
Ahot ou Mangle blanc. SesufaM
fesincommoditez, 202
Mailon ges,& Curiale du Macouba ,
T 1) --- Page 482 ---
TABL E
-
436 Manceniliet, arbre très-beau 8ctrès-danSa defcription, & celle de fon
gereux.
& celles
fruit. Ses mauvailes qualitez, de fes feuilles
de fon fruit, de fon lait,
& de fon ombre,
ou Raifinier. Ses Aeurs, >
Mangle fes fruits, rouge &cl'ufage qu'on en fait, 199
les
Manieres des Caraibes, , pour prendre
Perroquets, &l les rendre ptivez, 113
differentes de prendre les CraManieres
bes,
d'attendrir les volailles que
Manieres
aufli-tôt qu'elles ont
l'on veut manger
été tuées', de traiter avec les Caraibes,
Maniere
115-130
Sa fortune &
Maffonnier (Guillaume.)
fa reconnoiflance >
106 70
Matatou, table des Caraibes, des CaMârure, & voilure des Bâtimens
raibes. Hiftoire fur ce fujet,
Ses 99
Mal d'eftomach, elpece d'hidropifie.
caufes &c fon remede, de Roi de la Mar- 231
Mareiil, Lieutenant
tinique. Son origine, & fon Hiftoire,s
Marigot. Ce qu'on entend aux Iiles par
ce terme, des Creolles, des Négres,
Melancolie
porte à manger
& des Caraibes, quiles)
de la terre > --- Page 483 ---
DES MATIERES. 437
deux liannes ou efpeces
Mibi & Mibipi,
d'Ozier. Leurs ufages Habitant s
du MaMignat ( Philippe) avoit un Négre forcier, 53
couba, Mahis, qui ou Bled de Turquie. ComMil,
Abondantes récolment on le plante. fes
& fa
tes qu'on en fait,
ufages, 387
qualité,
Mil, de la petite efpece, inutilement à la
Mifionnaires employez
converfion des Caraibes ,
Monel, Confeiller au Confeil famille Supérieur & fon
de la Martinique. Sa
Hiftoire , Saint Loiis & Saint Robert iu
Montagnes
à la Guadeloupe,
des
du
pualit
Mort
Supéricur général funerailles,
à S. Thomas. Ses
hommes
Mort extraordinaire d'un jeune
la Martinique, Comment on les connoit. ReMulâtres. fur les Mulâtres, leur état.avant
marque
Hiftoires fur leur (ujer,
& après 1674.
N
Egres attaquez du mal d'eftomach. les
N Comment ils font traitez par
Portugais,
Tiij
Montagnes
à la Guadeloupe,
des
du
pualit
Mort
Supéricur général funerailles,
à S. Thomas. Ses
hommes
Mort extraordinaire d'un jeune
la Martinique, Comment on les connoit. ReMulâtres. fur les Mulâtres, leur état.avant
marque
Hiftoires fur leur (ujer,
& après 1674.
N
Egres attaquez du mal d'eftomach. les
N Comment ils font traitez par
Portugais,
Tiij --- Page 484 ---
TABL E
Negrelle, 438
époufe du fieur Lietatd,Officier de Milice à la Guadeloupe , cha- 363
Négres font fujets à être malades par
ils font un ferment 3
L grin. Comment
11-15
Négress.8c fur tout ceux de la Mine en
E Afrique, fujets à fe defefperer, Son 12
Négre forcier, baptifé parlrAureur.
a Hiftoire 2
Négre qui fait fait pleuvoir, confulter le diable 27
Négrelle qui
fa maladie,
Négre forcier, qui fait parler un bâton, 2
&e eft brûlé vif à Saint Thomas, 65
ont
:E 1
Rangers. Moyen de lesconferver,
de pour lest
en Europe,
Sa 6
Ouragan I ,
cxtraordinaite. il eft
REE
Deleription. Temns dans lequel
arrivé, & les défordresquil caufe, 278
Ortolans desi Ifes. Leur delcription, 290
S2A
P
Agalles, efpece d'Aviron ou de RaP me, dont on fefert à l'Amerique. fes
Defeription de cet inftrument
differens ufages pour nagers ou pour --- Page 485 ---
DES MA TIERE fervir S. 439 > &c
Maniere des'en
gouiverner.
fon utilité, de toile, dont les femPagne, morceau
mes fe couvrent, Leur commodité, &
Paniers Caraibes.
III
la maniere de les faire, Ses differentes efPaletuvier ou Mangle.
& les ufages
peces, leur defctiption,
qu'on en fait,
Sa defcription,
Paletuvier de montagne.
& fon ufage 7
ou bois jaune. Sa
Paletuvier durée, ou Mangle & fon nfage,
longue
de
de terre. Sa
Patate,
fa cinee fes propriemanieres de s'en
DE
tez, & les diverfes
fervir,
général
Paul (le Pere Pierre) Supérieur Son arrides Miffions des Jacobins.
vée aux Illes,
les peres des MuPeines qu'encourent
18;
Penfée lâtres, del l'Auteur fur leQuinquina, 203
oifeau. Defeription partiPerroquet culiere de chaque efpece,
21I
Perroquets nez i Paris. Ils ne pondent
deux aufs,
que
La troifiéme & la plus petite
Perriques.
Leur bonté &
clpece de Perroquets.
leur challe,
) Supérieur Son arrides Miffions des Jacobins.
vée aux Illes,
les peres des MuPeines qu'encourent
18;
Penfée lâtres, del l'Auteur fur leQuinquina, 203
oifeau. Defeription partiPerroquet culiere de chaque efpece,
21I
Perroquets nez i Paris. Ils ne pondent
deux aufs,
que
La troifiéme & la plus petite
Perriques.
Leur bonté &
clpece de Perroquets.
leur challe, --- Page 486 ---
TABLE
Comment elle fe
Pèche aux Aambeaux.
fait,
Pèche à la main >
137 de
Pierres vertes: Leurs vertus, moyen
les connoître', & de s'en fervir. 118
Pierres de taille de differente efpece, 324
Pirogue, Bâriment tout d'une piece 9
dont on fe fert à l'Amerique.
Pointe à la Rofe à la Martinique, 146
Poiffons voraces, 9 attaquent plurôr un
chien qu'un homme, & un Négre Tur
qu'un Blanc. Peniée de l'Auteur
cela, 2
Pont d'or, Vaiffeau. Ses avantures, 173
Poux de bois, ou Fourmis blanches,infectes. Leur defcription. Incommodité qu'on en reçoit, ufage qu'on en fait
nourrir les jeunes volailles, 389
Panition pour des efclaves marons, & de ceux
qui les retirent,
Uartier & Paroiffe des Habitans.
Raifon de ce nom; 2
Quartier des Plaines,
Quartier de Caillou, ou la pointe Noi361
Quartier re,
de Feri. Sa Chapelle, & les
.
a mccurs des Habitans, --- Page 487 ---
DES MATIERES 441 de
de Paletuvier
Qninquina , elpece Penfée de l'Auteur fur cetmontagnc.
te drogue,
R
Affineric de T'Abbé Guefton au
de la Bafleterre de la GuaR Bourg
deloupe, le-Marquis de ) Gouverneur
Ragny ( des Ifles vient au fecours de la
general
Guadeloupe, fauvages. Maniere de
Ramiers, conferver Pigeons en les marinant
les
arbre. Ulage qu'on fait defon
Raifinier, de fes fetilles, & de fon fruit,
bois,
Raflade, efpeces de petites Perles d'émail de diffetentes grofleurs, & cou- 126
leur, faite à M. Auger Gouverneur
Reception
dela Guadeloupe, de ceux qui difent qu'il n'y
Refutation de Aux ni de reflux dans
a point Zone torride, &c qu'elle ef inhala
bitable, de la Charité ont les Amandes
Religieux Confilcations desMulâtres, 184
8cles
de l'Auteur fur
Remarques & conjedtures
les poilfons carnafliers,
les d'émail de diffetentes grofleurs, & cou- 126
leur, faite à M. Auger Gouverneur
Reception
dela Guadeloupe, de ceux qui difent qu'il n'y
Refutation de Aux ni de reflux dans
a point Zone torride, &c qu'elle ef inhala
bitable, de la Charité ont les Amandes
Religieux Confilcations desMulâtres, 184
8cles
de l'Auteur fur
Remarques & conjedtures
les poilfons carnafliers, --- Page 488 ---
TABLE
Remarque 442
de P'Auteur fur les ondes ou
lames de la mer,
Remarque de l'Auteur fur l'ufage de la
chair des Crabes,
231 fiRelation de l'attaque que les Anglois
rentàla Guadeloupe en 1691.
Remede dont les Négres fe fervent pour
guérir la teigne des enfans,
21I
Réponfe de I"Auteur à une objeion
qu'on lui pouvoit faire, 5
Elle 395
Riviere des Gallions. Sa fituation.
eft dangereufe, s & pourquoi, 25-30
Riviere du Pleflis à la Guadeloupe, 333
Riviere Beaugendre,
Roche (Philippe ) Habitant du Macouba, attaqué du mal de Siam. Simptomes. extraordinaires de cette maladie, 9
26;
Habitant
Roche ( George Anglois,
d'Antigues. EE Hiftoire,
Romain (le Pere) ).Capucin. Curé de la
Paroiffe des Habitans.
S
Ailons qui
l'Année dans
S leslfles, & EIRET Tropiques, 272
Sigaloni, Officier de Milice, 8c habile Chirurgien. Ses foins pour l'Au2
teur & fonHiftoire, --- Page 489 ---
DES MATIERES, Voyage
Somphriere de la Guadeloupe. PAuteur fait. Defde ccuriofité, que
y & des chectiption de la conduifent, Montagne, & de tout ce
mins qui
qu'on y de , des Caraibes au Quartier
Sujet du voyage à la Martinique,
du Macouba
T
arbre. Sa defEndre à Caillou,
fon
T -
cription, fa durée,8
ulage, 384
Sap pèche,
Titiri iou Piquet, petit
8c les diffefa qualité , &
>
urfe
rentes manieres de Tapprèter Crabes.
Tourlouroux, clpeces de petites
Leur defcription > Tourterelles. Leur defcription de Feri,
Trafic des Habitans du Quartier
herbe aux Aéches. Sa 3CA
Touloula, ou fa vertu, & fon ufage, 42
cription,
V
Preftre Miffionnaire à
à a Aringhen,
la Dominique, Leur caule, leur utilicé,
Vents alifez.
27.
lieux onils fc trouvent, --- Page 490 ---
TABLE
Ville du Fort Royal de la Martinique 2
Vitres. Elles ne"Iont point en
aux
Ifles Françoifes. Les Anglois
ferAREL
vcut dans les leurs,
II
Voyage de l'Auteur à la Guadeloupe :
Z
One Torride. Elle n'eft point in-
/
habitable. Réfutation de ce fentiment,
Fin de la Table des Matieres de la
feconde Partie.
De l'Impximerie de CH. JEAN-BAPT. DELESPINE,
Imp. Lib. ord. du Roy, rue Saint
Jacques, au Palmier, > 1741. --- Page 491 --- --- Page 492 ---
35872 - a --- Page 493 ---
E742
LIlHn
V. a --- Page 494 --- --- Page 495 --- --- Page 496 ---