--- Page 1 --- --- Page 2 ---
g
aiyerty ouvde( EN
UIz UtA 419 AO u301
UIuI AR aIp UDIDET
m An UEA uep Aoony snqaou .
"Uoen mn IOOA 100M
"Juoz IEUUTALIAO uop u
JU0T opAjq StAnoS u:
equoy JOJUIA u308 IP J
suoperd t2 PIA S8uET
Jers IDIUIA DjX18 op
FJeep aopotr
- aEESIDA SeI oIp PIp suely Sppi u338 S.I
"uaSolu1o PIOA SUPUL
a0oy2J syuoySta JAn 6 JOoI 39tI u
3001q1110 trao18 Sipioe u3 tuz
fa0op sje 2801 Kapute 3ay U0o
uoSopas JTIA Ag
eapAps (peiduogaz
"apAnpionol OI/yEn u02 13)
a%IA Jou IP IDEUUTAA oyu
woyel 4ap it3 uatfincsuapaa 6 AMIPN
avoquado f 441
aap 13y 1. aaao :pa 12
'puep TSAINA IA --- Page 3 ---
S21;
y
fnoc
8 DIa
ioons
IEPHI
1Eep
PI D0
tue M
MA
AA
UEA
'atc
QOTV
IOM
: -
lz SIV
VITI --- Page 4 ---
A6o
- Cirnso
Jobn Carter Brown
Bnmmt fitrany Kninersitg
The Gift of
The Associates of
The Holon Carter Bromn
Library
E
-
L --- Page 5 ---
N95053
ZRECNL
NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MON D E,
EN ASIE, EN AMÉRIQUE
ET
E N AFRIQU E.
TOME PREMIER,
Tehes --- Page 6 ---
aY
DY BAIYUOOM
To'm U, IUOTE 1
aUoutMA VIZI
MIBA 213
9I
T -
- Ii.
a
a TAC 0 2
Palat --- Page 7 ---
NOUVEAU VOYAGE
AUTOURDU MONDE,
EN ASIE, EN AMÉRIQUE
ÉT
EN AFRIQU E,
E N 1788, 1789 E T 1790;
PRECÉDÉ
D'UN VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE,
E N 1787;
AVEC un recueil de tout ce que les voyageurs ont publié de
plus curienx sur toutes les parties du globe, excepté l'Europe, sur leurs arts, leurs sciences, leurs productions commerciales et naturelles, leurs moeurs et leurs usages ; ainsi
que l'histoire de leurs gouvernemens anciens et modernes.
PAR. F. P AG E S.
rrt
a (
FoNN
TO
E, A c
SUNT
ME PREMIE
A m2 3
C
A
a a
PARIS,
CHEZ H. J. JANSEN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
R UE DES PI È RES, No, 1195.
L'AN V DE LASREFUSLIQUE (1797 V. st.)
et naturelles, leurs moeurs et leurs usages ; ainsi
que l'histoire de leurs gouvernemens anciens et modernes.
PAR. F. P AG E S.
rrt
a (
FoNN
TO
E, A c
SUNT
ME PREMIE
A m2 3
C
A
a a
PARIS,
CHEZ H. J. JANSEN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
R UE DES PI È RES, No, 1195.
L'AN V DE LASREFUSLIQUE (1797 V. st.) --- Page 8 ---
Le --- Page 9 ---
AVERTISSEMENT:
Crr ouvrage contient tout ce qui a paru
de plus intéressant dans tous les voyages
connus : c'est une véritable encyclopédie
cette partie, mais dégagée de toutes
les pour inutilités dont les voyages fourmillent
ordinairement. On ne trouvera ici ni faits
doutcux, ni aventures fabuleuses; mais on
trouvera tout ce qui intéresse la religion,
e y
le comles loix, les moeurs, les usages,
l'histoire naturelle et les découvermerce,
tout ce qui est
tes les plus récentes; ; enfin;
vraiment digne des regards sd'un philosophe.
Nousne prétendons pas cependant dire qu'on
doive négliger, après cette" lecture, celle des
voyages imprimés qui ont paru jusqu'à ce
jour, et qui ont acquis une célébrité bien
méritée. Notre but a étéseulement de donner
une espèce de cours complet, suffisant, et
peu dispendieux, 9 pour ceux qui ne peuvent
ou
n'ont pas le tems de
se procurer,
qui --- Page 10 ---
sij
A V
E M
parcourir nos immenses collections de voyas
ges, lecture longue.st.puligiensey qui demanderoit des années entières. Cet ohvrage
contient deux voyages, l'un autour du monde, en Asie, en Amérique-et en
l'autre à Genève, en Piémont, Italie Aftique; et Si:
cile, et-lhistoire des-principaux gouvernemeris anciens.et modernes, à: l'article de
chaque peuple qu'ils concernent,
n entre point dans notre plan.a Lexeeption L'Europe
de FItalie, et de, la Russie et Turquie euf
ropéenne.: 111 Voulantréunir l'utile à Tagréable,
nous 1.
avons fait tout, ce qui,a ;dépendu, de
nous pour ne tomber: dans, aucune' - erreurg
sur la, physique, ni sur Thistoireinmtarellei
ni sur les moeurs, loix et, usages. Des, yoyar
geurs ont parlé d'une. ville.de. Surinam qui
n'a jamais. existé.: d'autres, mais-ce.n'est
pas. à nous à relever. leurs erreurs, pand
nous devons. bien plutôt réclamer Lipdul,
gence pour nous-muémes.
€
ad 9:3 pispon drto iup 1 T0
sot
19 02 àt trde a 10/110
- CH10O : 1UO eb nobrjes
DXO ::
zunibrogatb Ho
aroi
631 Jnou In IO TOTNJUIO sa
INTRODUCTION.
n'a jamais. existé.: d'autres, mais-ce.n'est
pas. à nous à relever. leurs erreurs, pand
nous devons. bien plutôt réclamer Lipdul,
gence pour nous-muémes.
€
ad 9:3 pispon drto iup 1 T0
sot
19 02 àt trde a 10/110
- CH10O : 1UO eb nobrjes
DXO ::
zunibrogatb Ho
aroi
631 Jnou In IO TOTNJUIO sa
INTRODUCTION. --- Page 11 ---
INTRODUCTION.
:: :
Lnowwese plait a lire des voyages, parce .
qu'il aime les récits qui agrandissent ses
idées, qui étendent le domaine de ses connoissances, réveillent ses sentimnens, et le
mettent en communication avec des peuples
dont les loix, les moeurs et les instituticns
ont pour lui l'attrait de la nouveauté. De son
cabinet il parcourt lunivers; il suit pas à pas
le voyageur qui le guide; il partage ses peines et ses plaisirs, ses sensations voluptueuses et ses sensations sévères, son bonheur et
ses infortunes. Les voyages sont pour celui
qui les lit, comme pour celui qui les entreprend, une source abondante et toujours variée de jouissances et d'instructions, ces deux
grands besoins de l'homme. C'est la seule
manière peut-être de satisfaire cette soifdévorante, cette fièvre de tout savoir, de tout
connoitre, de tout approfendir, qui se fait
sentir avec tant de force à ces ames élevées
T'ome L
A --- Page 12 ---
AXTROBTOTION
qui rougissent del l'ignorance et des préjugés,
qui pensent n'avoir rien appris tant
leur reste encore quelque chose à
qu'il
dre, qui savent sur-tout
apprenpeuple auprès
qu'iln'ya point de
duquel on ne puisse s'instruire, qu'iln'y. a point de nation à
et que celles qu'on appelle
dédaigner,
souvent de meilleurs
barbares, ont
usages, des moeurs plus
patriarchales, et infiniment moins de ces
besoins que nous avons eu la folie de nous
créer. La lecture des
vant nous, bien
voyages est aussi, suicherchent
attrayante pour ceux qui ne
qu'à dissiper agréablement leur
tems, qu'à distraire leur ennui. Les
ges ajoutent beaucoupà l'intérêt des voyaen présentant une foule
romans,
d'incidens et
tures aussi réelles
d'avenNos
qu'elles sont diversiliées.
avantages, à cet égard, sont bien
rieurs à ceux des anciens. Ils
supéque côtoyer (a) les
ne faisoient
ranée et
rivages de la Méditerquelques côtes de l'Océan; ils ne
soupçonnoient pas, quoiqu'on en ait dit,
qu'ily eut un autre continent. Colomb seul
(1) Legebant littora, dit Cicéron.
d'incidens et
tures aussi réelles
d'avenNos
qu'elles sont diversiliées.
avantages, à cet égard, sont bien
rieurs à ceux des anciens. Ils
supéque côtoyer (a) les
ne faisoient
ranée et
rivages de la Méditerquelques côtes de l'Océan; ils ne
soupçonnoient pas, quoiqu'on en ait dit,
qu'ily eut un autre continent. Colomb seul
(1) Legebant littora, dit Cicéron. --- Page 13 ---
INTROI D U C T I O-N.
le devina, et créa, en quelque sorte, un nouvel hémisphère. Des navigateurs hardis marchérent sur ses traces. Améric Vespuce le
suivit de près, et en étendant les nouvelles
contrées que son prédécesseur avoit découvertes, il mérita de leur donner son nom.
Depuis, Magellan, Lemaire, Bougainville,
Cook, et quelques autres, ont eu la gloire
de faire le tour du monde (1). On a découvert les terres australes, du moins quelques:
unes d'entre elles, de nouvelles iles vers le
Kamtchatka, et l'on a eu des connoissances bien plus certaines sur le passage du dé:
troit du nord et sur la figure du globe. Le
commerce s'est étendu à toutes les parties
du monde. La route du Cap de Bonne-Espérance, tracée par les Portugais, a conduit
dans nos ports les plus belles marchandises
de la Chine et des Indes : celle du nouveau
(1) Voici la liste de ceux qui ont fait le tour du
monde et dont les voyages sont imprimés : Magellan, Drak, Cavendisli, Noort, Spilberg, Lemaire,
I'Hermette, Clippington, Carreri, Shelvak, Dampier,
Cowley, Wood, Rogers, le Gentil, Anson, Wallis,
Roggewin, Bougainyille, Surville, Dixon et Cook. 2
A 2 --- Page 14 ---
INTRODUCT:O N.
continent, ouverte par les Espagnols, nous
a procuré les richesses et les productions de
TAméspespientionale etméridionale.Les
arts et les sciences ont gagné à ces nouvelles
acquisitions du globe. Les savantes observations sous le cercle polaire, aux Cordillières,
en Californie, ont agrandi le domaine de l'astronomie. Les productions des deux Indes
ont enrichi T'histoire naturelle, et fourni à
la botanique et à la pharmacie des plantes
et des simples aussi rares que salvateurs ou
préservateurs. Les arts mécaniques relatifs à
la navigation ont eu, en s'exerçant, la facilité de se perfectionner de plus en plus.)
Les beaux arts, la philosophie, la politique
doivent faire de nouveaux progrès. La constitution américaine a servi de base à la notre.)
Le poême de Goldsmith, intitulé le Yoya:
geur, Ta placé entre Kleist et Thomson.
Voilà un vaste champ, un terrain neuf et
vierge pour nos poëtes. L'observateur
fond ne s'arrête pas aux localités seules; pro- les
productions de chaque pays, 1 les gouvernemens des peuples, leur morale, leurs habitudes, fixent son attention. Que de richesses
sur-tout n'offre pas à la curiosité ou à l'in-
base à la notre.)
Le poême de Goldsmith, intitulé le Yoya:
geur, Ta placé entre Kleist et Thomson.
Voilà un vaste champ, un terrain neuf et
vierge pour nos poëtes. L'observateur
fond ne s'arrête pas aux localités seules; pro- les
productions de chaque pays, 1 les gouvernemens des peuples, leur morale, leurs habitudes, fixent son attention. Que de richesses
sur-tout n'offre pas à la curiosité ou à l'in- --- Page 15 ---
IXFROBUCTIOR
térétThistoire naturelle d'un pays: : carrières,
minés, métaux, pétrifications,
*
plantes, manufactures, tout présente des sources riches et
inépuisableés. Le génie, inspiré par tant d'objets excitateurs que les palettes les plus riches, les pinceaux les plus larges auroient
peine à rendre, enfantera dans tous les genres des productions plus étonnantes, 9 aura
des connoissances plus vastes et plus hardies. C'est enfin dans les voyages qu'on a l'avantage de comparer l'homme avec l'homme, et de rectifier la manière de voir, de
juger et de sentir. Rien n'échappe au voyageur attentif; il va jusqu'aux. plus sauvages
lieux interroger la nature mnette à toute autre voix qu'à la sienne:les mers les plus lointaines, le sommet escarpé des plus hautes
montagnes, les torrens de matières enflammées que vomissent les volcans 5 le silence
inspirateur des forêts, les sables embrasés
de la zone torride, les glaces amoncélées des
régions polaires, tout sourit à son imagination, et les difficultés ne servent qu'à irriter
son courage, qu'à activer davantage son ardeur.
Sans doute on n'a pas tiré des voyages tout
A 5 --- Page 16 ---
IN TRODUOTIO N.
le fruitqu'on en peut tirer.N'anroiton pas di
nous apporter l'arbre à pain, dont on trouvera la description dans le dernier tome de
cet ouvrage, plutôt que d'inutiles herbiers?
Il en est de même de la banane, du plantain, ressources aussi utiles, aussi peu couteuses. On n'a montré d'ardeur
que pour
transplanter des drogues pernicieuses ou inutiles.: le tabac, l'indigo, le sucre, le cacaa,
le café, l'ananas : on n'a pensé qu'à ce qui
tend à augmenter les délices des riches. Pour
exciter l'émulation des voyageurs, on plutôt
des gouvernemens, nous devons rappeler
ici ce qu'a fait un seul homme. M. Joseph
Martini, élève du jardin des plantes à Paris,
a porté pour le jardin de IIle-de-France les
productions de l'Europe; il s'y est chargé,
comme en retour, de ce qui est cultivé dans
ce jardin, c'est-à-dire; de toutes les productions de la zone torride dans l'ancien continent; nais au lieu de revenir directement;
ila été dans toutes les colonies françoises
en Amérique, où il a déposé les richesses
de l'Orient : il a pris en échange les productions indigènes de l'Amérique; il est revenu
en France enrichirlejardin des plantes d'une
productions de l'Europe; il s'y est chargé,
comme en retour, de ce qui est cultivé dans
ce jardin, c'est-à-dire; de toutes les productions de la zone torride dans l'ancien continent; nais au lieu de revenir directement;
ila été dans toutes les colonies françoises
en Amérique, où il a déposé les richesses
de l'Orient : il a pris en échange les productions indigènes de l'Amérique; il est revenu
en France enrichirlejardin des plantes d'une --- Page 17 ---
INTRODUCTIO: N.
7.
partie de ce qu'il avoit porté en Amérique. ;
et de ce qu'ilen avoitrapporté. Dans ces trajets, on ne s'en est pas tenu, comme dan's
les autres voyages, à se charger de graines
dont le succès est souvent incertain; M. Mar:
tinia pris les plantes mêmes, les a cultivées
sur son, vaisscau; et c'est au milien de ce jardin flottant qu'il a passé et repassé la ligne,
parcouru les deux hémisphères, et est revenu dans la zone tempérée.
Les voyages ne sont pas moins importans
pour les progrès delhistoire et de la géographie que pour ceux de T'histoire naturelle,
de la chimie, de la médecine, etc., etc. Rien
ne prouve davantage combien tout se tient
dans les sciences comme dans la nature. Que
seroient l'histoire, lei commerce et la navigation sans la géographie, et que seroit la géographie sans les voyages? Si Colomb n'eut
pas découvert l'Amérique, se seroit-on méme douté qu'il y eut un autre continent?
depuis, Magellan, Lemaire, Bougainville,
Cook et autres firent le tour du monde, et
augmentérent la science géographique et
agrandirent le domaine de T'histoire par la
découverte des Terres australes, des nouA 4 --- Page 18 ---
FNTRODECTIO: N.
velles fles vers le Kautchatka, et par des
connoissances plus certaines sur le passage
du détroit du nord et sur la figure du globe.
Ces observations et toutes celles qu'on a faites depuis ont levé de grands doutes.
Cet ouvrage est non-seulement le fruit de
nos voyages et de nos propres observations,
mais encore celui de la lecture des historiens, 2 des philosophes, des voyageurs, des
savans et des naturalistes en tout genre
que nous avons été à mémne de consulter.
Nous serons satisfaits s'il fait naître à
d'autres l'idée de suppléer aux défauts de
celui-ci, et s'il devient comme, un ferment
émulateur qui féconde entre des mains plus
habiles.
Avant de terminer cette introduction, il
n'est pas hors de propos de donner une idée
générale des principaux voyages qui ont été
a faits autonr du monde, et un tableau en
masse du monde entier et du résaltat que
présentent ces voyages. Ce fut sous Louis
XV que les François le firent pour la première fois. Il est bien étonnant que Louis
XIV, pendant le règne duquelles arts firent
une explosion si éblouissante, que Louis
des mains plus
habiles.
Avant de terminer cette introduction, il
n'est pas hors de propos de donner une idée
générale des principaux voyages qui ont été
a faits autonr du monde, et un tableau en
masse du monde entier et du résaltat que
présentent ces voyages. Ce fut sous Louis
XV que les François le firent pour la première fois. Il est bien étonnant que Louis
XIV, pendant le règne duquelles arts firent
une explosion si éblouissante, que Louis --- Page 19 ---
INTRODUCTIO N.
XIV, qui ainoit toutes les grandes et gené.
reuses entreprises, ait négligé de faire entreprendre un tel voyage. On n'a fait encore
que dix-neuf à vingt fois le tour du globe.
Quatre nations partagent cette gloire. Les
Espagnols le firent les premiers, guidés par
le Portugais Magellan : il trouva un passage
par la mer du Sud, par l'occidentdu monde,
au midi de l'Amérique; et donna son nom
au détroit qui lui servit de passage Les Anglois ont fait onze fois le tour du monde; ; les
Hollandois six fois; dans deux de ces expéditions, ils eurent des Allemands pour che fs.
Les François l'ont fait pour la première fois V
en 1764, sous la conduite de Bongainville.
: Un François avoit cependant fait le tour da
monde avant lui, la Barbinais le Gentil. Il
se rendit au Pérou, en 1714, sur un vaisseau
particulier pour les affaires de son commerce. Il passa de T'Amérique à la Chine, parcourut la mer des Indes, changeant toujours
de vaisseau, et revint en faisant le tour de
l'Afrique. Ilavoit vu les Canadiens se battre
avec férocité, et se livrer aux. vengeances les
plus atroces.L.esPatagons,àlautre extrémité
de ce vaste continent, trainent dans un pays --- Page 20 ---
1O
IXTRODUCTIO: N.
affreux une existence encore plus misérable.
Le reste del T'Amérique, depuis les sources du
Mississipi juqu'afembouchure de la Plata',
languit rdansl'esclavageder trois ou quatre rois
d'Europe, après avoir été heureux et florissans sous les incas et les empereurs du Mexique. Tous les insulaires de la mer du Sud;
séparés du monde, ne connoissant ni
ni les métàux,
Tor,
ciel
ignorant nos arts, sous un
donx, sur un sol fertile, sont en guerre
(car,hélas! par-tout Thomme égorge Thom- :
me) iles' contre iles, et souvent, dans la mé
me ile, peuplade contre peuplade. Leur avidité et leur adresse pour le vol étonnent et
révoltent les navigateurs des autres nations:
leur subsistance, toujours mal assurée, lés
rend antropophages, et les excuse méme, en
quelque sorte, de l'étre. Arrive-t-on au Cap
de
Bonne-Espérance, on y trouve les Hottentots, peuple libre et pasteur, hospitalier,
et qu'on a appelé sauvages, comme on a
donné ce nom à d'autres pehples libres et
chasseurs ou pécheurs. Les Européens ont
imitéles Grecs, quiappeloient barbares tous
ceux qui n'étoient pas Grecs. De ce Cap au
Sénégal aucun peuple ne vaut peutétre guère
de l'étre. Arrive-t-on au Cap
de
Bonne-Espérance, on y trouve les Hottentots, peuple libre et pasteur, hospitalier,
et qu'on a appelé sauvages, comme on a
donné ce nom à d'autres pehples libres et
chasseurs ou pécheurs. Les Européens ont
imitéles Grecs, quiappeloient barbares tous
ceux qui n'étoient pas Grecs. De ce Cap au
Sénégal aucun peuple ne vaut peutétre guère --- Page 21 ---
FN T RODUCTI 1O N.
la peine d'être cité, du moins d'après nos pré:
jugés; ; carTobservateur philosophe et impartial ne pense pas ainsi. Ce pays produit d'ailleurs l'ivoire et des mines d'or; celles-ci sont
peut-être aussi abondantes que celles dus Pérou : ce pays nous donne, en échange des
productions de nos manufactures, des dents
d'éléphans et des esclaves. Nous n'avons pas
exploité ses mines, parce que ses habitans
ont le bon sens de ne pas les enseigner à
l'avare et féroce Européen. Voilà, en géne.
ral, le résultat des voyages autour de notre
globe: Si nous consultons les voyageurs qui
ont parcourn la Méditerranée, nous voyons
le royaume de Fez (Tancienne Mauritanie), les régences d'Alger, de Tunis, de
Tripoli, posséder en vain les pays des Numides et des Carthaginois, et n'étre qu'un
ramas decorsaires qu'on ne connoitroit guèré
sansleurs brigandages. Les Copthes errent
aussi en vain entre des pyramides au milieu
des débris de l'antique Egypte, cette mère
des arts, ce berceau des sciences ; ils sont
esclaves de quelques esclaves asservis par les
Turcs. C'est ainsi que l'ancienne Grèce, située de méme sur la Méditerranée, offre un --- Page 22 ---
T*FRODUCTION
triste spectacle. Voilà un tableau
lant pour T'ami de Thumanité; peu consoobserver
mais il faut 1
que-les peuples libres et
ou libres et chasseurs,
pasteurs,
que nous regardons
comme des Sauvages, sont peut-être
heureux
plus
que nous ; et, comme onl l'a très-bien
dit, s'ils n'ont point dle palais, ils n'ont point
d'hopitaux. La pâle misère chez eux n'est
blessée par un luxe insultant : ils n'ont pas
nos arts, notre industrie, mais aussi ils n'ont point
pas nos besoins factices et
multipliés, nos
passions dévorantes. Il faut aussi observer
que les Chinois offrent un peuple heureux
gouverné par de sages-loix, ainsi
le voir dans le tablean
qu'on va
plus satisfaisant
nous présente I'Asie. En
si
que
dérons
effet, nous consicette partie du monde, dontil nous reste à parler; en jetant enfin un
T'Asie,nous
coup-d'oeil sur
voyons quatre peuples d'an gérie
opposé: 1°, les Arabes, qui, après avoir brillé.
un moment dans Thistoire,et après avoirtout
asservi del'Euphrate eaux Pyrénées, sont rentrés dans leurs sables où ils restent
mais heureux, menant une vie vraiment ignorés,
triarchale,
paquoiqu'ils errent au hasard, en
pillant de tems en tems quelque
caravane;
'Asie,nous
coup-d'oeil sur
voyons quatre peuples d'an gérie
opposé: 1°, les Arabes, qui, après avoir brillé.
un moment dans Thistoire,et après avoirtout
asservi del'Euphrate eaux Pyrénées, sont rentrés dans leurs sables où ils restent
mais heureux, menant une vie vraiment ignorés,
triarchale,
paquoiqu'ils errent au hasard, en
pillant de tems en tems quelque
caravane; --- Page 23 ---
INTRODU CTIO N.
2°, les Tartares qui-ont conquis plusieurs fois
l'Asie et TEurope, qui se sont montrés jusques dans T'Afrique, et qui, renfermés aujourd'hui dans leurs déserts, n'ont plus rien
de commun avec les Tartares leurs aieux,
qui,après avoirconquis la Chine, en ont pris
les loix et se sont confondus avec ce peuple.
Ces" Tartares, qui ont donné des loix à tous les
peuples de T'Asie, Turcs, Persans, Indiens,
Chinois, ne sont plus connus aujourd'hui
que par leurs déprédations. 30. Les Indiens,
peuple doux, qui, aimant la paix et la mol.
lesse et se livrant avec fureur à tous les excès de la débanche et à tous les genres de
superstitions, 3 cultive les sciences, sans être
capable de les perfectionner; 4°. enfin, les
Chinois, la meilleure race d'hommes qu'ily
ait peut-étre au monde, sans en excepterles
Européens, si vous estimez plus la sagesse,
la douceur; la bienveillance et les moeurs
que l'éclat des arts et des conquêtes; le
ple de la terre où le
peugouvernement a le plus
de consistance et le
plus d'ordre, 2 comme il
a le plus d'antiquité; dont les villes sont les
plus vastes et les plus peuplées, dontles campaghes sont les mieux cultivées, où ily a le --- Page 24 ---
a4
IN T R ODUCTIO N.
plus d'établissemens utiles,oulonar recueilli
le plus anciennement les faits historiques et
les observations astronomiques, le seul peuple, après les Européens, qui ait un commerce maritime d'une vaste étendue, mais
qui n'a jamais osé, ou peut-être qui n'a jamais voulu franchir, vers le nord, la terre
d'Yedso, et vers le sud le Cap de Bonne-Espérance; auquel enfin on ne.peut faire qu'un
reproche grave, non pas celuiauquel les Européens se sont le plus attachés, de vendre
très-cher leurs denrées aux étrangers, car
nous les égalons tout au moins en cette partie, mais celui d'être homicides de leurs
pro:
pres enfans. L'Europe ne terminera point ce
tableau parce qu'elle n'a pu être l'objet des
voyages autour du monde faits par les Européens. Ilne nous reste qu'à rendre compte
d'une entreprise remarquable tentée par les
Russes, en 1783. Les habitans du nord de
Bengale ayant porté leur fer jusques sur les
frontières de la Sibérie pourl'y vendre, cela
donna l'idée au gouvernement russe d'envoyer d'Astracan une flotte pour s'emparer
d'Astrabat, afin de former un établissement
sur la côte septentrionale de la mer Caspien-
autour du monde faits par les Européens. Ilne nous reste qu'à rendre compte
d'une entreprise remarquable tentée par les
Russes, en 1783. Les habitans du nord de
Bengale ayant porté leur fer jusques sur les
frontières de la Sibérie pourl'y vendre, cela
donna l'idée au gouvernement russe d'envoyer d'Astracan une flotte pour s'emparer
d'Astrabat, afin de former un établissement
sur la côte septentrionale de la mer Caspien- --- Page 25 ---
INTAOBUCTIOX
ne, et de pénétrer ainsi dans l'intérieur
Indes. Cette
des
entreprise a échoué, mais n'est
pas abandonnée : la route est
le Volga, la Mita, le lac d'Astracan par
logda, le canal de
Jémen, le Woqu'à
Ladoga,.et le Néva, jusPétersbourg: Il est une autre tentative
qu'un simple voyageur peut faire dans
autre contrée : nous parlons dé Tintérieur une
T'Afrique. On peut, du Cap de
de
rance et dupays des
Bonne-Espd
toute cette
Hottentots, traverser
aussi,
contréejusqu'a Tunis : on le
en partant d'un autre point; il
peut
Tunis des Nègres de la côte de
arrive à
du Sénégal commercent
Guinéé; ceux
Arabes
avec les Arabes : les
commercent, d'un autre
toute la côte
côté, avec
les Indes, d'Afrique vers l'Océan et vers
et avec les autres nations arabes
qui trafiquent àvec la côte
mer Méditerranée.
d'Afrique vers la
Nous croyons enfin devoir faire
les principaux
connoitre
voyages qu'on
sur chaque partie. Les
peut consulter
pour
plus intéressans sont
T'Afrique ceux de Kolbe,
Makintosh, et Levaillant
Sparman, ;
de Pyrard, Pinto,
; pour T'Asie ceux
nier, Tavernier, Bontekoo, Rohé, Berdu P. Tachard, de Son- --- Page 26 ---
INTRODUCTIO N.
nerat, Gmelin, Chappe et Koempfer; pour
TAmérique les histoires de Solis d'Herrera,
de Leyre, et, en général, pour ces trois
parties du monde, : ous les voyages faits au:
tourdu monde surlesquels nous avons donné
une note à Ja page 5.Cesi-laq quel'on verra les
les tentatives générenses
voyages entrepris,
faites pour découvrir ce passage si imporsi vainement tenté, de la mer
tant, jusqu'ici
soit
du Nord à celle des Indes, soit par l'est,
desdeux hémisphères. Jamais rien
parl'ouest
T'homme avec
n'a mienx fait voir ce que peat
de la patience et du courage. Ces expéditions
ont fait un grand honneur aux nations com:
merçantesquiles ont plus d'une fois réitérées.
On y verra qne Cook a reconnu ou décous
de terres nouvelles dans l'Océan
vert plus
méridional, que tous les navigateurs quil'y
On n'a
donné à la curioont précédé.
point
sité humaine un plus grand spectacle que
celui que présentent les relations de ces cour-.
dans toute la circonférence
ses extraordinaires
seuledu monde : ces relations ne sont pas
ment des monumens très-curienx des COInoissances et des efforts de T'homme, mais
en même tems des modèles de Thospitaliré.
et
de terres nouvelles dans l'Océan
vert plus
méridional, que tous les navigateurs quil'y
On n'a
donné à la curioont précédé.
point
sité humaine un plus grand spectacle que
celui que présentent les relations de ces cour-.
dans toute la circonférence
ses extraordinaires
seuledu monde : ces relations ne sont pas
ment des monumens très-curienx des COInoissances et des efforts de T'homme, mais
en même tems des modèles de Thospitaliré.
et --- Page 27 ---
IN T FHODUCTIO N.
et de ce respect pour
de toutes les vertus Thumanité, la source
sociales.
Il est une observation bien
faire, c'est que les
essentielle à
pas toujours d'accord navigateurs, qui ne sont
avec les
appellent ordinairement Inde la géographes,
terre comprise
partie de la
depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu'au Japon. Dans ce vaste
tinent qui contient environ
conde côtes au moins, le
SF pt mille lieues
cupées
long de la
OCpar une multitude de
mer,
sieurs nations de
souverains, pluSans
l'Europe ont des colonies.
parler des Hollandois et des
les Anglois y ont huit ou dix
Portugais,
distribucs sous trois
érablissemens,
distans les uns des gouvernemens généraux
lieues,Madras,
autres de cin à six cents
Bombay, Coliocuta.La France
yaPondicheriet trois comptoirs
celui de Mahé, situé à la côte particuliers,
lui de Karical à la côte de Malabare, Cecelui de
Coromandel, et
gale, enfin Chandernagor sur le fleuve du Benbon. On TIle-de-France et
ne connoit point tous les Ille-de-lionrde T'Asie; il en est de même
souverains
des Indes occidentales
de T'Afrique et
: le lecteur
qu'il cst imp possible, ménue
comprend
Tome I,
dans les voyages
B --- Page 28 ---
I N T ERODUCTIO N.
les plus détaillés, de parler de tous ces petits rois dispersés dans ce nombre presqu'infini d'iles dont la mer des Indes et T'Océan
et dont l'intérieur des
oriental sont remplis,
et des Indes occidentales est
terres d'Afrique
dans cet
aussi parsemé; mais on trouvera
tout ce qui a été connu et publié de
ouvrage curieux et de plus certain à cet égard.
plus
négligé la partie si
Nous n'avons point
si instructive de la politique,
intéressante,
des nations;
c'est-à-dire, les gouvernemens
inmais nous avons plus particulièrement moins
sisté sur ceux qui sont généralement méthode
connus. Nous avons suivila méme
car enfin
l'histoire de chaque peuple;
pour
nous écrivons, et
ce sont des voyages que
d'histoire, ni de politique.
non un corps --- Page 29 ---
VOYAG E
E 8 N
ITALIE
E T
E N SICILE
CHAPITRE PREMIER
De Genève.
Cusr's sur les bords du lac Léman, ou plutôt sur le fleuve du Rhône, que Genève,
premier point de not re départ de France, se
présente en amphithéâtre, L'aspect délicieux
de la plaine est rendu plus frappant par le
contraste qu'il présente avec la vue agreste
et sauvage des montagnes environnantes. Le
pouvoirsuprème de lar république réside dans
B a
CHAPITRE PREMIER
De Genève.
Cusr's sur les bords du lac Léman, ou plutôt sur le fleuve du Rhône, que Genève,
premier point de not re départ de France, se
présente en amphithéâtre, L'aspect délicieux
de la plaine est rendu plus frappant par le
contraste qu'il présente avec la vue agreste
et sauvage des montagnes environnantes. Le
pouvoirsuprème de lar république réside dans
B a --- Page 30 ---
VOYAGE E N ITALIE
le petit conseil, dans celui des deux cents,
dans l'assemblée générale de la
et sur-tout
nation : c'està elle qu'appartientl la puissance I
législative, le droit de la guerre et de la paix,
les alliances, les impôts et l'élection des principaux magistrats. Tout ce qui se porte aux
assemblées générales a été préalablement
examiné par les deux conseils. Le conseil
des deux cents, qui seroit mieux nommé
des deux cent cinquante, comprend ce dernier nombre de bourgeois ou de citoyens :
leurs charges sont à vie. On les appelle aussi
le grand conseil : ce sont eux qui disposent
de toutes les places, qui traitent toutes les
grandes affaires, qui peuvent faire grâce aux
coupables, et qui élisent les membres du
conseil des vingt-cinq. Ce dernier, tiré de
celui des deux cents, a le pouvoir exécutif.
Il y en a un autre, appelé le conseil des
soixante, qui ne s'assemble que dans les cas
C'est le méme que celui des vingtpressans.
cing, auquel'on associe dans les affaires épimemnbres de celui des deux
neuses trente-cinc
cents. Les présidens de ces différentes jurisdictions sont les quatre syndics, qui ne
peuvent l'étre qu'une année, nile redevenir --- Page 31 ---
E.T EN SICILE,
qu'au bout de quatre ans. On leur adjoint un
procureur- général qui a le droit de plaider
contre les abus, lors même qu'iln'en est pas
réquis. C'est une imitation des anciens censeurs à Rome et de ceux qui existent de tout
tems à la Chine. En nous résumant, tout
est soumis à la direction des syndics 3 tout
émane du petit conseil pour la délibération,
et tout retourne à lui pour Texécution. On
ne connoit point de dignité héréditaire. La
doctrine de Calvin, est celle de l'église de
Genève : sa constitution ecclésiastique est
purement presbytérienne; on a rejetélépiscopât. Le culte, en général fort simple, ne
renferme que la prédication etl la prière. L'es:
prit d'humanité qui anime les Genevois se
manifeste dans la conduite des magistrats, 9
des ministres du culte, etjusqués dans leurs
loix pénales. La justice criminelle s'exerce
avec plus de clémence que de rigueur. Les
loix somptuaires y sont telles qu'il les faut
dans un petit état qui ne se soutient que par
l'industrie et l'économie de ses habitans. La
comédie y est défendue: on ne peut approuver en cela le gouvernement; ; un théâtre surveillé, épuré, est la plus belle école de mo:
B3
, etjusqués dans leurs
loix pénales. La justice criminelle s'exerce
avec plus de clémence que de rigueur. Les
loix somptuaires y sont telles qu'il les faut
dans un petit état qui ne se soutient que par
l'industrie et l'économie de ses habitans. La
comédie y est défendue: on ne peut approuver en cela le gouvernement; ; un théâtre surveillé, épuré, est la plus belle école de mo:
B3 --- Page 32 ---
VOXAGE E 2 N ITALIE
rale et d'instruction pour un petit, comme
un grand état. La fabrique qui fleurit
le pour plus dans ce pays est celle de Thorlogerie;
honore le
Genève, c'est le
mais ce qui
plus
nombre des gens éclairés qui habitent cette
ville. Ily a peu de citoyens qui n'aient une
bibliothèque : à ce titre, elle a été
petite de voir naitre en son sein l'auteur du
digne
Socialet d'Emile. Quoique le gouContract
d'aristocratie et
vernement soit un mélange
de démocratie, en sorte que cette dernière
la première, il n'est
forme est tempérée par
s'etrop vrai de dire qu'il ne
cependant que
ait des
coule guère de lustre (1) sans qu'il y
et souvent des scènes sanluttes orageuses, Genève un atôme de rdglantes. Onaappelé
le
publique. On a eu tort; ce n'est point par
territoire, ni parle nombre des habitans squ'on
d'un état:
doit prononcer sur l'importance
le plus grand est celui qui a les meilleures
loix, la meilleure administration.
(1) Un lustre est un espace de cinq ans. --- Page 33 ---
E I SICILE
C HAPITR E II.
De la Savoie.
PExDANTI mon séjour à Genève, je fis plusieurs excursions sur les montagnes voisines. Il semble que la nature, jalouse de ses
secrets, avare de ses trésors, se plait à les
rendre inaccessibles à l'homme, en les plaçant sur la cime des monts les plus escarpés, ou dans le creux des abimes les plus
profonds : l'oisif citadin qui s'entoure de
barrières de soie, de peur que les premiers
rayons du soleil ne troublent son sommeil,
le riche voluptueux qui achète des plaisirs...
des repentirs à si grands frais, le sa vant méme, le poëte, T'artiste, ne savent pas, assez
tout ce qu'on obtient de jouissances, tout ce
qu'on peut acquérir de connoissances en suivant la nature, $ en la forçant, pour ainsi dire, jusques dans ses retranchemens. C'est
B 4
ères de soie, de peur que les premiers
rayons du soleil ne troublent son sommeil,
le riche voluptueux qui achète des plaisirs...
des repentirs à si grands frais, le sa vant méme, le poëte, T'artiste, ne savent pas, assez
tout ce qu'on obtient de jouissances, tout ce
qu'on peut acquérir de connoissances en suivant la nature, $ en la forçant, pour ainsi dire, jusques dans ses retranchemens. C'est
B 4 --- Page 34 ---
D7
VOYAGE EI N ITALIE 01
lorsqu'un voyageur,
mités des
parvenu sur les sommontagnes, plane, comme Taigle, sur tous les objets
sent son
environnans, qu'il
Leteraeomeahlentes
découvre : c'est-là qu'il
qu'il
respire un air
balsamique et plus épuré; c'est-là
plus
gination donne des ailes
que l'imaqu'elle devient
au génie; c'est-là
créatrice
grande comme la nature s
comme elle. O monts inspirateurs!
qui pourroit rendre toutes les sensations
vous faites éprouver à l'homme
que
l'observateur! S'il
sensible, à
génie méme
est vrai que T'art, que le
ne peuvent peindre la
s'il est vrai que l'écho seul rend la nature,
voix,
qu'iln'y a que le cristal des eaux qui puisse
répéter Tazur des cieux, il en est de méme
des beautés
imposantes, des horreurs sublimes, des sites tantôt
tantôt
agrestes et sauvages 9
romantiques et délicieux, des contrastes frappans, des prodiges, des trésors de
toute espèce que les montagnes étalent
leur surface, distribuent surleur
sur
oul recèlent dansleurs cavités.
penchant,
le simple récit tient ici lieu Heureusement de
nemens. Il me suffira de dire tous les orce quia
pé ma vue. Je vis sur le mont
frapSalève et sur --- Page 35 ---
ET E N SICILE
une autre montagne appelée la MontagneMaudite, un grand nombre de pétrifications.
Ce quej'observai de plus singulier, c'est que
dans un lieu élevé de plus de treize cents
pieds au-dessus d'un lac, déja lui-méme
élevé beaucoup au dessus du niveau de rOcéan, on trouve des coquillages dont le genre
bien certain, bien reconnu.appartient à des
mers éloignées. La plus proche, celle de Provence, est à plus de cent lieues. N'est-ce pas
la preuve irréfragable d'une ancienne inondation générale sur le globe? Ce que la Montagne Maudite présente encore de plus remarquable, c'est un lac de plusieurs lieues d'étendue dont les vagues suspendues .et glacées laissent entre elles des intervalles qui
forment de profondes vallées. On trouvedans
les rochers incrustés de glace, des crystaux
de toutes couleurs. Là, le physicien, le peintre, le poête peuvent jouir du spectacle leplus
intéressant: ; les sites les plus varids et les
plus bisarres, les jeux de la nature les plus
piquans, les contrastes les plus saillans, 2
s'y offrent à leurs yeux. Un simple curieux
y verroit des terrasses qui réunissent toutes
les saisons, des cascades, des fleuves sus-
les rochers incrustés de glace, des crystaux
de toutes couleurs. Là, le physicien, le peintre, le poête peuvent jouir du spectacle leplus
intéressant: ; les sites les plus varids et les
plus bisarres, les jeux de la nature les plus
piquans, les contrastes les plus saillans, 2
s'y offrent à leurs yeux. Un simple curieux
y verroit des terrasses qui réunissent toutes
les saisons, des cascades, des fleuves sus- --- Page 36 ---
VOYAGE I N ITALIE
pendus dans les airs qui surpassent tout ce
l'imagination peut se figurer, toutes les
quel
dans le luxe
prétenducs merveilles quellart,
efmesquin de nos villes, s'est inutilement
forcé de créer. Ces deux montagnes étant à
près les seuls objets quela Savoie puisse
peu
offrir aux recherches d'an voyageur. * je pris
la route du mont Cénis. Les commencemens
de cette route sont assez agréables; mais
changement Jorsque la rivière d'Arc
quel jointe àlIsère! une gorge, ou plutôt une
s'estj
couronHre
rée entre deux chaines de montagnes
les nuées au dessous
nées de neige quilaissent de mille autres tord'elles, un torrent grossi
T'horreur
rens dont le mugissement ajoute à
T'obligation où I'on est tantôt de mondu lieu,
dans de
ter aux nues, tantôt de descendre
abimes, la nécessité de passer et revastes
cesse le torrent sur des ponts qui
passer sans
les
semblent plier sous les voiture
plus légévoilà le tableau des deux jours de route
res;
Cénis, dont ensuite le pasjusqu'au mont
Piémont n'a rien d'effrayant,
sage jusqu'au
dans une saison
pour peu qu'on s'y prenne
et dans des circonstances favorables. --- Page 37 ---
ET E N SICILE
CHAPITRE III
Du Piémont.
Lr cherhin qui conduit du mont Cénis à
Turin parle pas de Suze, est d'environ treize
lieues. Le palais du roi est rempli d'un grand
nombrede statues antiques etdetableaux précieux. Les ouvrages du Guerchin, du Guide,
de Paul Véronèse, de l'Albane, de Bassan,
et de plusieurs antres grands maitres, ornent
la grande galérie. Les jardins du palais sont
du célèbre Lenôtre ; il dessina son terrain
avec tant d'art que, quoique resserré par les
fortifications de la ville, et, en général, assez
borné, il paroit du double, au moins, plus
vaste qu'il n'est réellement. Les dehors dè
Turin sont d'autant plus rians qn'ils contrastent davantage avec T'aspect Apre et sévère des Alpes. Les soies forment un des
principaux objets de commerce du Piémont;
elles tiennent le premier rang en Italie.
tre ; il dessina son terrain
avec tant d'art que, quoique resserré par les
fortifications de la ville, et, en général, assez
borné, il paroit du double, au moins, plus
vaste qu'il n'est réellement. Les dehors dè
Turin sont d'autant plus rians qn'ils contrastent davantage avec T'aspect Apre et sévère des Alpes. Les soies forment un des
principaux objets de commerce du Piémont;
elles tiennent le premier rang en Italie. --- Page 38 ---
VOYAGE, E N ITALIE
IV.
C HAPITRE
Du Milanois.
Poux se rendre de Turin à Milan, il faut
rivières dans des bacs ou
traverser plusieurs
et
bateaux. Milan est une des plus agréables
plusbelles villes d'Italie. Un amateury trouve
des objets dignes de son attention dans tous
édifices publics, ,sur tontla Cales genres.Les
aussi le Dôme, les stathédrale qu'on appelle
tues, les tableaux, tout y mérite les regards
PSrrn
les
manières de se
ou plutôt
principales commedu reste de
désennuyer des Milanois,
et les
lItalie, consistent dans les spectacles,
pratiques extérieures etles plus minutieuses,
dirai
dela religion, mais de la superje ne
pas
plus qu'on ne penperstition; ce qui s'accorde dissolues. C'e est une
se avecles moeursles plus
foiblessequisertde voileet souventdlemoyens
autre foiblesse. Les arts etles scienpour une
ces yont fait peu de pmogrestisgrisatueeue dansle Milanois.
commerce sont presque: nuls --- Page 39 ---
E T EN SICILE
2g
C HAPITRE V.
De Pavie, Parme 7 Plaisance, Modène
et Mantoue.
Prvix, située sur le Tésin, a été appelée
le jardin du Milanois. Plaisance est très-remarquable par la beauté de ses rues, de ses
édifices, de ses places, de ses fontaines. Les
statues équestres d'Alexandre Farnèse, et
du prince son fils, sont de la plus grande
beauté. A quelques lieues de Plaisance sont
les ruines de Velleia, qui fut engloutie sous
un éboulement de T'Apennin ; les habitans
furent surpris et ensevelis avec toutes leurs
richesses. D'autres ont cru que cette ville
avoit été renversée avec ses fondemens par
un tremblement de terre; enfin, d'autres
ont.pensé qu'elle avoit été ensevelie sous
T'éruption d'un volcan. La fouille en est trésdifficile, parce que tout est écrasé. On ap-
aisance sont
les ruines de Velleia, qui fut engloutie sous
un éboulement de T'Apennin ; les habitans
furent surpris et ensevelis avec toutes leurs
richesses. D'autres ont cru que cette ville
avoit été renversée avec ses fondemens par
un tremblement de terre; enfin, d'autres
ont.pensé qu'elle avoit été ensevelie sous
T'éruption d'un volcan. La fouille en est trésdifficile, parce que tout est écrasé. On ap- --- Page 40 ---
VOYAGE E N ITALIE
perçoit seulement quelle en étoit l'étendue,
les maisons étoient pavées, les unes en
que marbres, les autres en mosaique, et qu'il y
très-ornée. C'est aux
avoit une place publique
cadasouverains à ressusciter en partie ces
vres de villes, en réunissantl leurs efforts pour
tirer les monumens; mais hélas! c'est à
en
le moins. Les resquoi les princes pensent
trouvés à Herculanum, à Pomtes précienx
abanpeia, sont à Portici dans un déplorable
don; ; antant valoit-il qu'ils fussent demeurés
ensevelis sous les ruines de ces deux villes.
En allant de Plaisance à Parme, vous passez
la rivière du Taro, célèbre par la bataille de
Fornoue que Charles VII gagna surles troualliées de presque tous les souverains d'Ipes
et bien aftalie. C'est une triste remarque,
Thumanité, que si vous renfligeante pour
dans ces belles concontrez à chaque pas,
trées, de grands souvenirs, de magniliqnes
monumens des arts, tout vous y rappelle
aussi sans cesse de nombreux égorgemens,
de triomphes et de
sous les nomis imposans
vietoires; tout vous y retrace des massacres
odieux, ceux commis par la tyencore plus
destinées de Parrannie sur ses victimes.Les --- Page 41 ---
- T EN SICILE.
5r
HeatdoPsismagsifimenty presquetoujours
liées par les mêmes événemens, ont éprouvé
les mêmes révolutions, subi les mémes calamités. Les chefs-d'ceuvre du Corrège, de
ses rivaux et de ses élèves attirent sur-tout
les connoisseurs à Parme : les autres peintres qui ont enrichi différentes églises de
cette ville de leurs tableaux, sont le Guerchin, les Carrache, le Parmesan, leSpada,
le Parmagianino, etc., etc. Le théâtre de
Parme est le plus grand et le plus beau monument qui existe en ce genre après celui
de Vicense, quilui a servi de modèle, et qui
est l'ouvrage du célèbre Palladio. Du fond du
théâtre, on entend à l'extrémité opposée un
homme qui parle à demi-voix. Les beaux
arts et les manufactures y sont plus animés
qu'en aucune autre ville d'Italie; mais, en
général, le moule des grands écrivains semble brisé dans toutes ces contrées. La nature, qui y a produit de si rares talens, Sem:
ble s'être épuisée. Vous trouvez des faiseurs
de sonnets; mais vous y chercheriez en vain
un Montesquieu, un Bacon, un Locke, un
N
Newton, un historien tel que Hume, un
Condillac, un Rousseau, un Voltaire. Bo:
y sont plus animés
qu'en aucune autre ville d'Italie; mais, en
général, le moule des grands écrivains semble brisé dans toutes ces contrées. La nature, qui y a produit de si rares talens, Sem:
ble s'être épuisée. Vous trouvez des faiseurs
de sonnets; mais vous y chercheriez en vain
un Montesquieu, un Bacon, un Locke, un
N
Newton, un historien tel que Hume, un
Condillac, un Rousseau, un Voltaire. Bo: --- Page 42 ---
VOYA GE E N ITALIE
logne, Modène, 2 Mantoue offrent au voyageur de superbes monumens, sur-tout en
peinture. Toutes ces villes semblent une répétition les unes des autres. Je me hâte de
passer à Vénise, où le gouvernement présente à T'observateur méditatif un tout autre
intérét.
CHAPITRE. --- Page 43 ---
ET E N SICILE.
-
C H APITRE VI
De FEtat de Vénise.
D. Mantoue à Véronne, de Véronne à
Padoue, de Padoue à Vénise, le trajet est
peu considérable. Je me bornerai à observer qu'à Véronne on a rassemblé, dans une
même enceinte, le théàtre de
T'Opéra, un
muséum lapidaire, une salle
une. autre
d'académie,
pour la conversation
le tout
journalière,
sous le nom d'académie phil-harmonigue. On' arrive de Padoue à Vénise par le
canal de la Brenta, qni
communique aux
lagunes, espèces d'étangs ou de lacs,
rés par autant de bancs de sable, qui sépa- forment autant de petites iles. Au milieu de ces
marais, entrecoupés par des langues de terre, est bâtie cette ville unique, la plus forte
qu'on connoisse sans fortifications, imprenas
ble sans défense, qui a donné la loià beau:
T'ome 1.
C --- Page 44 ---
VOYAGE E N ITALIE
coup de vaincus sans avoir été la conquéte
d'aucun vainqueur, qui n'a eu d'autres maltres que ses fondateurs, d'autres magistrats orileurs descendans. La pureté de son
que les causes de sa formation 9 sa consgine,
les
truction singulière, sa tranquillité parmi
plus violens orages, son indépendance au
milieu de cent peuples asservis, un gouvernement sévère qui laisse pour les plaisirs une
liberté excessive, un souverain à qui on accorde tous les honneurs, mais qui ne possède aucun pouvoir, un peuple qui craint
son ombre et qui jouit de la tranjusqu'à
enfin, un gouverquillité la plus profonde,
seul dans TItalie a su résister
nement qui
foudres de Rome, quoique ce peuple
aux
comme les autres peuples d'Ipasse sa vie,
continuel de débautalie, dans un mélange
enches outrées et de momeries religieuses
outrées ; voilà tous, les contrastes
core plus Vénise pent fournir la plus ampar lesquels
dun philosophe,
ple matière aux observations
ou à la curiosité d'un amateur. 10t0 21
bâtie dans la mer.
Vénise est véritablement
au-dessus de
Ce n'est point une terre élevée
Teau; c'est le lit même du golfe Adriatique
continuel de débautalie, dans un mélange
enches outrées et de momeries religieuses
outrées ; voilà tous, les contrastes
core plus Vénise pent fournir la plus ampar lesquels
dun philosophe,
ple matière aux observations
ou à la curiosité d'un amateur. 10t0 21
bâtie dans la mer.
Vénise est véritablement
au-dessus de
Ce n'est point une terre élevée
Teau; c'est le lit même du golfe Adriatique --- Page 45 ---
- ET E N SICILE.
quillui sert, pour ainsi dire, de fondemens.
La mer la pénètre dans toutes ses dimnensions. Figurez-vous un vaste navire qui se
repose tranquillement sur les eaux, et oàl l'on
n'aborde qju'avec des chaloupes. Cette situation singulière produit d'autres singularités.
Les rues sont des canaux ; les carosses sont
des gondoles : vous n'y trouvez ni boeufs, ni
ânes, ni chevanx, 2 ni mulets. La ville est un
vaste labyrinthe. Un nombre infini de ponts,
la plupart de marbre, à une seule arche et
sans garde-foux, établissent la communication dans tous les quartiers. Toutes les gondoles-sont uniformes 1 couvertes et tapissées
de noir, pour empécher le luxe et ne laisser aucune marque d'inégalité : les gondoliers, de concert avec le peuple qui se promène sur les quais, chantent, par couplèts
alternatifs, non de ces misérables Pont-Neuf
qui attirent la populace de Paris, mais les
beaux vers de l'Arioste et du T'asse. Personne
n'ignore que Vénise doit sa naissance à la
terreur du nom d'Attila et de ces rois barbares, qui, vers la fin du quatrième siècle,
dévastérent lItalie. Quelques habitans.de la
Vénétie, entre le golfe Adriatique et les AlC 2
couplèts
alternatifs, non de ces misérables Pont-Neuf
qui attirent la populace de Paris, mais les
beaux vers de l'Arioste et du T'asse. Personne
n'ignore que Vénise doit sa naissance à la
terreur du nom d'Attila et de ces rois barbares, qui, vers la fin du quatrième siècle,
dévastérent lItalie. Quelques habitans.de la
Vénétie, entre le golfe Adriatique et les AlC 2 --- Page 46 ---
VOYAGE EN ITALIE
dans les petites iles de
pes, se réfugièrent du reste du monde, ne
cette mer , séparés
vivant que de la pêche, mais ayantles premiers des biens ,les seuls biens véritables ;
la liberté, T'égalité, la paix. Quelques maiconstruites à la hâte, n'offrirent d'asons,
amas de cabanes dispersées : et
bord qu'un iles réunies, de ces cabanes conc'est de ces
formée Vénise.
verties en palais 3 que s'est
de la
Tels furent les foibles commencemens rendu fagrandeur de ce peuple qui s'est
d'éclatantes victoires, parTempire
meux par
la conquête dela Dalde la mer Adriatique,
Elle
matie, et T'extension de son commerce. dans.
une foule de grands hommes
a produit et dans la guerre : ses sénateurs
la politique
souvent rappelé les plus
et ses généraux ont
romaine. On lit
beauxjours de la république histoire trèsle
intérêt son
avec plus grand
bien écrite, en douze volumes, parLaugier,
quartier de Vénise est celui
Le principal dont la place est un grand
de SaintMarc, choses la rendent remarcarré long, Trois
ses édifices et l'exquable, sa construction, Des gens de toutréme affluence de monde.
de tout
tes les nations, de toutes les langues,
--- Page 47 ---
ET E N SICILE
habillement, forment un spectacle qui se renouvellesans cesse. Les Vénitiens n ont guère
d'autre plaisir que cette promenade, si vous
en exceptez leurs casins qui sont une ou deux
chambres qu'ils louent sur cette même place
ou dans les environs. Portée sur des pilotis
quilaissent assez d'intervalle pour visiter ce
prodige en bateau, la place de Saint-Marc,
une des plus belles de T'Europe, est bornée
d'un côté par la mer. Parmi les bâtimens
qui ornent cette place, l'église patriarchale
de Saint-Marc tient le rang le plus distingué. Ce n'est ni la plus grande, ni la plus
belle de Vénise; mais c'est la plus décorée.
Le marbre, le porphire, Talbâtre, le granit
oriental, les mosaiques presque toutes à fond
d'or, en couvrent le pavé, les murs, les coupoles, les voûtes et les colonnes sans nombegisouinmathsadiner de l'édifice. La
face de l'église de Saint-Marc, du côté de la
place, a cinq portes d'airain. Sur celle du milieu sont quatre chevaux de bronse du célè-.
bre Lisippe. Un des plus grands ornemens
de la place de Saint-Marc est le palais où
réside le doge, où se tiennent tous les tribunaux, où s'assemblent tous les conseils.
C 3
coupoles, les voûtes et les colonnes sans nombegisouinmathsadiner de l'édifice. La
face de l'église de Saint-Marc, du côté de la
place, a cinq portes d'airain. Sur celle du milieu sont quatre chevaux de bronse du célè-.
bre Lisippe. Un des plus grands ornemens
de la place de Saint-Marc est le palais où
réside le doge, où se tiennent tous les tribunaux, où s'assemblent tous les conseils.
C 3 --- Page 48 ---
VOYAGE E N ITA LI I E
C'est un édifice vaste et majestueux, qui,
gothique, est de la plus haute maquoique
La cour est ornée de statues angnificence. croit être celles de Cicéron et
tiques qu'on
De-là, on entre dans de
de Marc Aurèle.
de distance
vastes galeries, où l'on trouve
distance, de ces mufles de lion à gueuen
avec ce titre : Dénunzie seles ouvertes,
secrets
recevoir les mémoires
grete 1 pour
veulent rester inconnus.
des délateurs qui
l'impord'état à peser
C'est aux inquisiteurs
queltance de ces délations qui inquiètent
au milieu de leurs plaiquefois les étrangers
de pays où l'on soit plus
sirs. Il n'y a point
qu'on ne parle point
libre qu'à Vénise,pourvus risque à le louer pressurle gouvernement:onr grand conseil est
qu'autant qu'àlel blâmer.Le
Tassemblée de tous les nobles admis au gouvernement : lui seul a la puissance législaC'est peut-être
tive et le souverain pouvoir.
la
assemblée del'univers par
la plus auguste délibérations et la gravité immaturité des
règue. Le séposante et majestueuse qui y
natappelé des pregadiou priés, parce qu'anles
de s'assembler
trefois on prioit patriciens
de
suivant T'exigence des cas 2 est composé --- Page 49 ---
E' T EN SICILE
tent vingt membres, qui ne sont en place
qu'une année; il décide de la paix et de la
guerre, établit les impôts, fixe la valeur des
monnoies et nomme les ambassadeurs : c'est
véritablement le conseil d'état. Malgré tant
de gens instruits de ce qui se fait de plus
important, il esti inoui, dit-on, que personne
ait jamais rélévé ce qui se passe. Le redoutable conseil des dix est une chambre de justice composée de dix nobles élus par le grand
conseil. Son pouvoir supréme, dont personne
n'est exempt, pas même le doge, juge souverainement de tous les crimes d'état : il est
chargé de maintenir la stabilité des loix, l'égalité et l'union parmi les citoyens, de mettre un frein à l'ambition, et de veiller à toutes les parties du gouvernement. Le coupable, oul celui qui est réputé l'être, est abandonné à toute la sévérité de ses juges qui font
rarement gràce : il est vrai que ce sont ordinairement des patriciens les plus qualifiés,
et dont les lumières et l'intégrité sont généralement reconnues. L'accusé n'a d'autres
moyens de défense que dans la commisération de quelques-uns d'eux qui ont droit de
parler en sa faveur; car. nul autre ne pent
C 4
able, oul celui qui est réputé l'être, est abandonné à toute la sévérité de ses juges qui font
rarement gràce : il est vrai que ce sont ordinairement des patriciens les plus qualifiés,
et dont les lumières et l'intégrité sont généralement reconnues. L'accusé n'a d'autres
moyens de défense que dans la commisération de quelques-uns d'eux qui ont droit de
parler en sa faveur; car. nul autre ne pent
C 4 --- Page 50 ---
VOYAGE EN ITALIE
ni solliciter, ni écrire pour sa justification ;
même n'osent faire aucun mouses parens faire entendre laccent de la navement, ni
de ce triture et de la vérité. Les jugemens
ainsi
les exécutions
bunal sont secrets,
que
font
dans les ténèbres, avec
qui se
toujours
à lhorun silence et un respect qui ajoutent
inspirent. Fondé sur une méreur qu'elles
il traite de crimes irréfiance ombrageuse,
d'émissibles les moindres fautes en matière
simples
tat; il veut qu'on punisse jusqu'aux la réaapparences 7. prend le soupçon pour
lité; une de ses maximes est de croire toujours plus qu'on ne voit, et de ne pas craindre de faire une injustice aux particuliers 1
qu'il en revienne un avantage public.
pourvu
nocturnes, les espionnages
Les perquisitions
secrets sont les armes dont il use familièreles paroles indiscrètes,
ment pour réprimer
et
et il est ennemi des grandes réputations
aussi des fordes grands services, peut-étre
tunes colossales. On renouvelle ce tribunal
tousles ans, et on choisit pour le remplir les
hommes les plus clairvoyans et les plus sévères. Les nobles, àqui il est extrémement
odieux
la crainte perpétuelle où il les
par --- Page 51 ---
ET E N SICILE
tient, ont tenté plusieurs fois de Tabolir,
mais toujours inutilement. La persuasion où
l'on est qu'il est le seul frein capable de contenir le peuple dans le devoir, les nobles dans
T'égalité, le doge, dans la dépendance a l'a
emporté sur les répugnances particulières.
On tire de ce conseil trois inquisiteurs d'état
qui ont une autorité absolue dans toutes les
causes qui concernent la politique; ils décident en dernier ressort des biens et de la
vie des citoyens. S'ils sont d'un avis unanime, leur arrêt s'exécute sans autre formalité; s'ily y a partage d'opinions, l'affaire est
portée au conseil des dix : ils ont des espions
par-tout; leur autorité est si absolue qu'ils
peuvent entrer chez le doge jour ct nuit sans
se faire annoncer, l'aborder dans son sommeil, le fouiller jusques dans ses poches - 9
Tinterroger, le condamner à mort, et le faire
exécuter sur-le-champ. On cite des exemples
terribles de pareilles exécutions.
Vénise renferme une multitudedetableaux
et d'autres monumens curieux. L'école vénitienney! tient un rang distingué. Les Paul Véronèse, les Palme, les Titien, les Tintoret,
les Ricci, les Bassan, lui ont acquis la plus
, le fouiller jusques dans ses poches - 9
Tinterroger, le condamner à mort, et le faire
exécuter sur-le-champ. On cite des exemples
terribles de pareilles exécutions.
Vénise renferme une multitudedetableaux
et d'autres monumens curieux. L'école vénitienney! tient un rang distingué. Les Paul Véronèse, les Palme, les Titien, les Tintoret,
les Ricci, les Bassan, lui ont acquis la plus --- Page 52 ---
VOYAGE EN ITALIE
grande célébrité. Le vestibule de la bibliothèque de Saint-Marc offre une collection
d'antiques des plus beaux jours de la sculpture. Le carnaval de Vénise dont on parle
tant, et qui ne finit pas, puisque dès les
premiers jours d'octobre on va au spectacle
est
peu gai; il con.
en masque,
cependant
siste à porter un manteau noir ou tabaro, d
une bahute ou domino de même couleur,
un chapeau uni ou à plumet, et un masque
blanc sur le visage ou dans la corne de son
ainsi affublé, on va à ses affaichapeau ;
Cet usage
res, à ses visites, aux spectacles.
les plaisirs ; il conest très-commode pour
les femmes
fond les états et les sexes, car
de même : cela donne lieu
sont costumées
à mille aventures galantes que les religieules moines
aussi; ce déses et
partagent Le
surguisement leur est permis.
jeu Ve
amusemens des
tout fait un des grands
deux
nitiens. C'est la république qui joue ;
tiennent la banque : l'or est étalé
sénateurs
huit derniers jours, à
par tas. Jusqu'aux
se douteroit
l'exception du masque, on ne
alors le
presque pas qu'on est en carnaval;
peuple se met de la partie : tout se déguise, --- Page 53 ---
ET E N SICILE.
et va jouer au ridotto. Ce' ridotto, qui ouvre
immédiatement après Noël, est un endroit
affreux, d'une puanteur et d'une mal-propreté insupportables. Ce sont cinq ou six
grandes pièces plus noires, plus enfumées
qu'une cuisine de prison. Il est bien affreux
qu'une des' premières noblesses de l'Europe
soit l'instrument de la ruine-de tant de malheureux. Les cafés, bien différens des notres quin'ont qu'une salle commune, offrent
une distribution de cellules, où l'on soupe,
si l'on veut, seul, ou tête à téte, sous le
masque, ou sans masque; ils sont également
pour les deux sexes : et les liqueurs chaudes
ou froides qu'on y présente m'ont paru excellentes. Les Vénitiennes ont secouéla contrainte où elles vivoient dans le dernier siècle:les maris ne s'arment plus de poignard
ni de poison ; s'ils ont de ces retraites de
voluptés qu'onappelle petites maisons à Paris, leurs femmes ont aussi leurs têtes à
têtes avec leurs soupirans : elles passent la
nuit en promenades, et se sont mises alldessus de certains ménagemens que la France
conserve encore. Le gouvernement a mis les
courtisannes sous sa protection 5 on va chez
secouéla contrainte où elles vivoient dans le dernier siècle:les maris ne s'arment plus de poignard
ni de poison ; s'ils ont de ces retraites de
voluptés qu'onappelle petites maisons à Paris, leurs femmes ont aussi leurs têtes à
têtes avec leurs soupirans : elles passent la
nuit en promenades, et se sont mises alldessus de certains ménagemens que la France
conserve encore. Le gouvernement a mis les
courtisannes sous sa protection 5 on va chez --- Page 54 ---
VOYAG E EN ITALIE
elles aussi librement que dans la maison la
plus décente. Lorsqu'un nouveau venu demande leur demeure, le peuple s'empresse
del'y conduire. Les ecclésiastiques, les moines même s'y présentent sans difficulté. La
république tolère toutes les sortes de plaisirs pour s'attacher le peuple qui est trèsaffectionné à son gouvernement, dont la tyrannie sombre et soupçonneuse ne pèse
sur les nobles. Enfin, on sacrifie à Vastits
l'intérét des mceurs à l'intérêt de l'argent
que les voyageurs lui apportent. Le commerce y est infiniment déchu de son ancien-
- ne splendeur. Deux causes principales ont
enlevé à cette république le premier rang
qu'elle a tenu si long-tems parmi iles nations
commerçantes 1 la découverte du Cap de
Bonne-Espérance et l'interdiction du négoce
à la noblesse. --- Page 55 ---
ET EN SICILE.
CHAPITR E VII
DE L'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE
De Bologne.
DVénise, je me transportai à Bologne en
allant par eau jusqu'à Ferrare. Rome seule
pouvoit m'inspirer une sortedenthousiasme
et de vénération égale à celie que j'éprouvai
en entrant dans Bologne, dans cette ville qui
fut long-tems le sanctuaire des sciences, le
berceau des arts, l'école ou la patrie de plusieurs grands hommes ; où Aldrovande fit
sa collection d'histoire naturelle, où Cassini
jeta les fondemens de l'astronomie, où naquirent le Guide, le Dominiquin, l'Albane
et les Carraches, qui ont rendu cette école
l'émule de celle de Raphaël. Ce que Bologne
offre devraiment singulier en édifices, c'est
cette galerie composée de sept cents arca- --- Page 56 ---
C
VOYAGE EN ITALIE
des, fermée au nord, ouverte au midi, et
qui, dans la longueur d'une lieue, conduit
de la porte de la ville à celle d'une église :
c'est une des plus grandes constructions. qui
aient été faites depuis les Romains. On reaussi à Bologne la faméuse tour de
marque
penche d'environ neufpieds,
Garisende, qui
alarmeroit les
qui ne seroient pas
et
passans
fameuse
prévenus; mais c'est sur-tout parla
académie, connue sous le nom d'institut,que
Bologne, qui, sans le coleralantigpuiné,tem
porte sur presque tous les établissemens modernes de ce genre. Les sciences et les arts
réunis dans un des plus beanx palais de la
ainsi dire, par une imville, et liés, pour
laissent rien à désimense bibliothèque, ne
asgéométrie,
rer. Physique expérimentale,
anatomie,
tronomie, mécanique 7 chymie,
architecture, peinture, sculpture, chaque
chaque science a son local dans ce vaste
art,
avec les instrumens qailui sont proédifice,
la voix et les leçons
pres, le tout animé par
établissement
des plus habiles maîtres. Cet
l'amour
doit presque toutes ses richesses à
de Benoit XIV pour sa patrie; il ai fait modèler les plus belles antiques de Rome Un
expérimentale,
anatomie,
tronomie, mécanique 7 chymie,
architecture, peinture, sculpture, chaque
chaque science a son local dans ce vaste
art,
avec les instrumens qailui sont proédifice,
la voix et les leçons
pres, le tout animé par
établissement
des plus habiles maîtres. Cet
l'amour
doit presque toutes ses richesses à
de Benoit XIV pour sa patrie; il ai fait modèler les plus belles antiques de Rome Un --- Page 57 ---
ET E N SICILE
des trésors les pluis précieux de la bibliotheque de Bologne; c'est le cabinet d'histoire
naturelle d'Aldrovande. Quelle profusion de
trésors et de connoissances ! on y apperçoit
toute la nature d'un seul coup-d'oeil : on
croiroit qu'on a dérobé toutes les richesses
dé la terre et de la mer pour les réunir plus
en ordre dans un méme lieu. Sous quelle
forme a t-on jamais trouvé le diamant et le
rubis quion n'en voie ici de semblables? toutes les couches de terre qui contiennent l'opale et l'éméraude étoient étalées à mes
yeux. Le rocher auquel est attaché le saphir,
le globe creux qui renferme l'améthyste, décorent ces tablettes. Ici on apporçoit lor végétable qui jette des branches ; là de longs
filamens de ce métal se croisent en veines
brillantes sur un rocher de marbre : dans
l'un, de larges paillettes brillent sur sa surface, comme si elles avoient été battues sous
le marteau del'ouvrier ; dans d'autres, quoi.
que aussi riches, la mine précieuse est couverte de manière que l'art seul du chimiste
a pu la découvrir. Le Pérou a fourni la moitié de Ce trésor; les sables d'Afrique ont
formé le reste. Une pierre pàle présente à --- Page 58 ---
VOYAGE EN ITALIE
la vue l'argent emprisonné errant sur sa sur:
face en détours irréguliers : tantôt elle imite
les arbrisseaux et les foréts; 9 tantôt elle remplit ses crevasses par des filets, qui, dans
leur configuration, T'emportent sur la variété
de la main-d'ceuvre. Je vis des masses de
cuivre malléable tout en sortant des mains
de la nature; je vis ensuite les demi-métaux,
les arsenics, les marcassites, T'onyx, l'agathe, la cornaline, le jaspe. Je passai aux
sels fossiles que vous prendriez pour un assortiment de perles orientales. J'aurois trop
de choses à dire des OS d'animaux, des poissons, des fruits, des plantes, des coquillages
pétrifiés. Tous les animaux, depuis la mite
jusqu'aléléphant, occupent, soit en entier,
soit en partie, une place dans cette immense
collection; ; mais ce qui flatta le plus ma curiosité et mon goût, ce fut la bibliothèque
où se trouvent distribués en deux cents volumes in -folio tous les travaux du célèbre
'Aldrovande sur l'histoire naturelle; iln'a eu
six premiers volumes. Onles lui
part qu'aux
soit
se fut servi de ses
a tous attribué,
qu'on
mémoires, soit qu'on ait suivi'son plan. Ce
sont des manuscrits originaux et des dessins
coloriés
flatta le plus ma curiosité et mon goût, ce fut la bibliothèque
où se trouvent distribués en deux cents volumes in -folio tous les travaux du célèbre
'Aldrovande sur l'histoire naturelle; iln'a eu
six premiers volumes. Onles lui
part qu'aux
soit
se fut servi de ses
a tous attribué,
qu'on
mémoires, soit qu'on ait suivi'son plan. Ce
sont des manuscrits originaux et des dessins
coloriés --- Page 59 ---
ET E N SICILE
coloriés de fossiles, de plantes, d'animaux,
exécutés par les meilleurs artistes sous les
yeux même de l'auteur. Ce qui caractérise
spécialement la ville de Bologne, et la met
de pair avec les premières cités de FItalie,
c'est l'école des Carraches, et les tableaux
dont elle a rempli les églises, les chapelles,
les palais et les maisons particulières,
Je pris pour me rendre à Rome:la route
d'Ancone plutôt quercélle-de Florence.: On
fait assez rapidement.ceic chemin sur.lequel
une ville se présente.presqu'h chaqueip poste,
mais elles n'offrent rien de bien intéressant.
Enfin-japperçois lei. Tibre, je côtoie ses
bords fameux. 1 je découvre Rome, Romeautrefois la, capitale du monde, Rome. qui de-
-pnis s'est montrée aussi jalouse de dominer
sur toutes les religions, sur tous les rois,
qu'elle le fut jadis d'envahir l'univers. C'est
ici oùl plus on a de connoissances dans les
arts, dans l'histoire ancienne et moderne; ;
plus le pays s'agrandit sous VOS yeux, plus
VOS émotions sont vives, variées et profondes. Ici tout rappelle de grands souvenirs 5
ici les ruines même sont augustes. Chaque
pas vous retrace un fait, vous offre un moTome 1.
D --- Page 60 ---
VOTAGE E N ITALIE
nument. Là voilà cette Rome où brillèrent
surhumaines, où tant demonstant de vertus
la terre; cette cité
tres couronnés pesèrent sur
l'ale centre des talens et des superstitions, l'école de
syle des sciences et des erreurs, de la créla philosophie, et depuis le sijour
dulité; le pays des conquérans, et depuis
peuple timide et dégénéré; la terre
celuid'un
celle de T'esclavage;
de la liberté et depuis
réunit au faste
cette reine des nations qui
la licence des moeurs, au gédes conquêtes
des voluptés, qui donna
nie militaire le gout
à
toutes les nades loix à T'univers; et qui enlin; cette
tions avoient donné des dieux,
ville qui fonda cet empire colossal qui, semde TOcéan qu'on
blableà ces débordemens
du gloditavoir englouti une grande partie
s'étendit sur-tout le monde alors connu,
be,
ces ruisseaux qui ne laissent
et a fini comne insensible. Quelle imagiplus qu'une trace fortement ébranlée, * quelle
nation ne scroit
énue à T'aspect
ame ne seroit profondement marchez sur la cend'une contrée où vous
oh, comme
dre des plus grands hommes, dieux, tout
dans la Grèce, tout bocage a ses
de Tite:
rocher a son pom. Ici c'est la patrie
'étendit sur-tout le monde alors connu,
be,
ces ruisseaux qui ne laissent
et a fini comne insensible. Quelle imagiplus qu'une trace fortement ébranlée, * quelle
nation ne scroit
énue à T'aspect
ame ne seroit profondement marchez sur la cend'une contrée où vous
oh, comme
dre des plus grands hommes, dieux, tout
dans la Grèce, tout bocage a ses
de Tite:
rocher a son pom. Ici c'est la patrie --- Page 61 ---
TIETI E N: SICILE
Live (1); là c'est celle de Virgile (2); plus
prèside Rome est la campagne d'Horace à
Tibur aujourdihui Tivoli, la maison de Cilcéron à Tusculum. Dans Rome,' autour de
Rome, tout vous rappelle l'idée, l'image de
Scipion, del César, de Virgile, du Tasse,
de l'Arioste, de Raphaël, de Michel Ange.
Je ne peux m empécher de placer ici une réflexion bien honorable pour les arts, et qui
prouve combien leur gloire est au-dessus de
celle des conquêtes : les noms de Cicéron et
de Virgile, du Tasse et de l'Arioste, de FraPaolo et du cardinal Bembe, les monumens
qui rappellent leur souvenir, ceux de Bramante, de Raphaël, du Corrège, intéres:
sent bien autrement, rétentissent bien plus
1 dans lavenir que ceux d'Auguste, de César,
de Charles Quint O1l de Léon X; mais hélas!
le tems dévore tout, et méme les tombeaux.
Vous foulez ici sous VOS pieds la grandeur
romaine; à peine vous en découvrez quelques restes bien conservés : nos neveux trous
(1) Padoue.
(2) Mantoue.
D 2 --- Page 62 ---
VOYAGE EN ITALIE
veront ces vestiges encore plus dénaturés;
et dans la suite des siècles, il ne restera de
Rome ancienne et moderne que le nom.
C'est ainsi que la Grèce n'offre' plus que
des souvenirs et des ruines. Quelleimageque
celle de la chûte de T'empire romain! en estil
dont l'histoire soit plus intéressante, plus
instructive? Les Romains ont éprouvé toutes les vicissitudes dont un état est susceptible: le despotisme, la monarchie tempéT'aristocratie, l'oligarchie, la démocrarée,
rapidement
tie, T'ochlocratie s' y remplacent
chez un même peuple
et nous présentent
et le certoutes les formes de gouvernement
cle de toutes les révolutions politiques. Ajoutez à cela les événemens, les changemens
de culte et de gouvernement survenus par
Tétablissement du christianisme: Il n'est
de notre plan de tracer l'histoire de
point nation ; les bornes de cet ouvrage ne
cette
Nous allons nous réle comportent point.
offre auduire àla description de ce qu'elle
jourdhui de plus digne de fixer les regards
des voyageurs.
nous présentent
et le certoutes les formes de gouvernement
cle de toutes les révolutions politiques. Ajoutez à cela les événemens, les changemens
de culte et de gouvernement survenus par
Tétablissement du christianisme: Il n'est
de notre plan de tracer l'histoire de
point nation ; les bornes de cet ouvrage ne
cette
Nous allons nous réle comportent point.
offre auduire àla description de ce qu'elle
jourdhui de plus digne de fixer les regards
des voyageurs. --- Page 63 ---
T E N SICILE
C HAPITRE VIIL
De Rome.
Arnisavoir côtoyé quelque tems le Tibre,
on laisse à gauche le mont Soracte, couvert
de neige jusqu'au mois de mai. Horace, qui
le voyoit de sa, maison de Tivoli, se plaint
de son voisinagequiglaçoit ses appartemens.
On arrive à Rome par le pont Milvius, aujourd'hui Ponte-Molle. A la tête de ce pont
estla tour de Bélisaire, qui,après avoir commandé les armées de Justinien, 2 devint un
triste et grand exemple des vicissitudes humaines. Je vais commencer la description
de Rome par le Capitole, ou temple de Jupiter Capitolin. Le Capitole moderne a été
élevé sur les ruines de l'ancien; et Michel
Ange, qui en a donné le plan; y a répandu
un air de grandeur et de majesté convenable à la destination d'un tel monument. On
D3 --- Page 64 ---
VOYAGE E N ITALIE
arrive par un large escalier dont la rampe
y
douce
la couvrant de sable,le
est si
qu'en
monter à cheval'avec tout son
pape peut y
il va
cortège, quand, après son installation,
possession de sa capitale; mais cette
prendre
paroit bien chétive à ceux
marche pompeuse
celles
se faisoient à ce
qui se rappellent
qui
dans les triomphes des Scimême Capitole
pion et des Paul Emile. Des prétres en soutane prennent ici la place de ces rois captifs
de l'Afrique et de l'Asie
que les vainqueurs
à la suite de
trainoient chargés de chaines
leur char. Le grand escalier est bordé de
deux balustrades dont le bas est terminé par
deux sphinx antiques qui jettent de l'eau,
etle haut parles' statues colossales de Castor
en marbre grec, tenant leurs cheet Polux,
aûu milieu de la place est
vaux par la bride :
Marc
en bronze, de
Aula statue équestre,
des starèle. La description des bâtimens,
des
qui ornent le nouveau
tnes,
peintures
idée
Capitole, ne pourroit donner qu'une
réellement.
imparfaité de' ce qu'il représente
Il est des objets qu'il faut voir par soi-méme ; et quand je vous aurai dit, tel tableau
tel bronze est vivant, telle an:
cst parlant,
aûu milieu de la place est
vaux par la bride :
Marc
en bronze, de
Aula statue équestre,
des starèle. La description des bâtimens,
des
qui ornent le nouveau
tnes,
peintures
idée
Capitole, ne pourroit donner qu'une
réellement.
imparfaité de' ce qu'il représente
Il est des objets qu'il faut voir par soi-méme ; et quand je vous aurai dit, tel tableau
tel bronze est vivant, telle an:
cst parlant, --- Page 65 ---
ET E NISICIL E:
tique est du plus grand mérite, je ne vous
aurai guère plus instruit que si je vous dis
que TEnéide est d'une élocution poétique
presque) parfaite, queleTasse etl'Ariosteont
des stances, des épisodes admirables : il faut
les lire, ou tout ce que je vous en dirai ne
vous en donnera aucune idée. Delendroit le
plus élevé du Capitole je portai mes regards
sur les sept collines qui formoient le premier
emplacement de cette reine des nations. Chaque jour. , Tite-Live ou Suétone à la main,
je visitois quelques-unes de ces ruines anti:
ques quiretracent à chaque pas la gloire des
anciens maitres de l'univers. Entre le Capitole et le mont Celius, est le mont Palatin:
On) y cherche inutilement quelques vestiges
du palais des César; ; ce qui peut en rester
encore est ensevéli sous les jardins de la
maison Farnèse d'oàlon tireroit sans doute,
en y creusant, des antiques inestimnables.
Non loin de-là étoit cette fameuse maison
dorée de Néron, qui fut détruite pour faire
place à d'autres édifices dont il n'y a plus
aussi que les ruines. Si vous exceptez les
environs du Capitole; quelques parties des
monts Quirinal et Viminal, le reste des sept
D4, --- Page 66 ---
VOYAGE EN ITALIE
collines n'est plus occupé que par des ruines, des jardins, des vignes ou des couvens.
Lesommet même des montagnes a tellement
comblé les vallées que le terrain actuel est
élevé de plus de vingtcinq pieds au-dessus
de l'ancien, et le mont Capitolin est d'un
côté presqque de niveau avec le pavé de RoLe
Mars, qui du tems de la
me.
Champ-de
république n'étoit destinéqu'aux assemblées,.
à divers monumens de la
aux promenades,
le
magnificence romaine, est aujourd'hui
de'la
du mouvement et
centre
population,
le seul endroit
des affaires des particuliers,
même qui soit véritablement habité et peuplé. On yi voyoit des temples, des cirques,
des théàtres, des obélisques, des colonnes;
on. n'en retrouve plus que quelques vestiges
Les bâtimens qui subconfusément épars.
sistent encore ne doivent leur existence qu'à
la difficulté de,les démolir : de cê nombre
est le Panthéon, qui fut bâti par le consul
d'Auguste, en Thonneur
'Agrippa 1, gendre
rotonde subsiste'ende tous les dieux ; cette
colonnes
core en son entier. Quarante-huit seize autres.
de marbre décorent Tintérieur :
à T'extérieur, d'une seule pièce de granit,
âtimens qui subconfusément épars.
sistent encore ne doivent leur existence qu'à
la difficulté de,les démolir : de cê nombre
est le Panthéon, qui fut bâti par le consul
d'Auguste, en Thonneur
'Agrippa 1, gendre
rotonde subsiste'ende tous les dieux ; cette
colonnes
core en son entier. Quarante-huit seize autres.
de marbre décorent Tintérieur :
à T'extérieur, d'une seule pièce de granit, --- Page 67 ---
s ET FT N SICILE
forment par leur hauteur et leurs proportions un portique majestueux qui T'emporte
par sa beauté sur celle du temple même.
Mais quel eût été l'étonnement d'Agrippa,
si on lui eut dit que, dans un coin de la Judée, vivoit alors une femme ou fille, nommée Marie, qui, devenue un jour la patrone
révérée de ce temple auguste 1 en chasseroit
tous les dieux de la république ? Les César,
les Pompée auroientils cru conquérir l'univers pour des moines? Les Cicéron, les Tacite auroient-ils cru être remplacés par des
castrats et des faiseurs de concetti et de sonnets?
Un édifice qui devoit durer autant que le
monde, si quelques pontifes n'en avoient
arraché les pierres pour en bâtir des palais,
est l'amphithéatre de Vespasien, vulgairement dit le Colisée, à cause d'un colosse qui
se trouvoit dans les environs. Ce prince le fitélever après la conquête de la Judée, d'ou,
il amena vingt mille esclaves juifs gu'il employa à la construction de ce bâtiment. Il
.est de figure ronde en dehors, quoiquelintérieur soit ovale; il contenoit, - dit-on, quatre-,
vingt-sept millespectateurs, c'està-dirc, qua- --- Page 68 ---
YOTAGE E N ITALIE
de Véronne:
tre fois plus quelamphathéatre
de tous les monumens de l'ancienne Rome,
c'étoit, sans contredit, le plus étonnant par
la grandeur des masses 1 l'emploi de tous les
ordres d'architecture, la noblesse des portila multitude des gradins, la vaste caques, la
hauteur de tout l'épacité et prodigiense
des bêtes f6difice. On y faisoit combattre
roces. L'eau y entroit à volonté pourles naudes
des esclaves s; des
machies;
gladiateurs,
T'amusehommes enfin s'y égorgeoient pour
d'un
se vantoit de donner
ment
peuple qui
des moeurs et des loix à T'univers. Un sexe,
né
les affections douces et aimantes 3
pour
à ces plaisirs de canassistoit, applaudissoit
édifice donnent
nibales. Les ruines de cet
encore la plus grande idée de la puissance
qui l'a fait construire. On ne peut porter ses
regards autour de l'amphithéatre sans croire
voir errer autour de soi le souverain de Rome et du monde, la famille impériale, le
sénat, l'ordre des chevaliers, leapréteurs,
les édiles, les magistrats, le
les tribuns,
cette foule de spectateurs *
peuple, 2 toute
le plus
qui formoit elle-mèmel le plus grand,
beau des spectacles.
idée de la puissance
qui l'a fait construire. On ne peut porter ses
regards autour de l'amphithéatre sans croire
voir errer autour de soi le souverain de Rome et du monde, la famille impériale, le
sénat, l'ordre des chevaliers, leapréteurs,
les édiles, les magistrats, le
les tribuns,
cette foule de spectateurs *
peuple, 2 toute
le plus
qui formoit elle-mèmel le plus grand,
beau des spectacles. --- Page 69 ---
ET EN SICILT.
Le théàtre de Marcellus pouvoit contenir
jusqu'a trente mille spectateurs. Vitruve en
parle comme du plus maguifique édifice de
ce genre.
Mes courses parmiles ruines del'ancienne
Rome m'ont conduit au tombeau d'Auguste,
aux bains d'Agrippa, de Dioclétien, 9 aux
arcs de triomphe de Titus, de Sevère, de
Constantin, aux cirques, aux places, aux
obélisques, aux aqueducs, aux temples, aux
colonnes, enfin, à tous les monumens plus
ou moins conservés, suivant qu'ils ont résisté plus ou moins aux injures du tems, aux
ravages de la guerre, à la haine des Chrétiens contre les monumens du paganisme 9
et à l'épargne sordide des papes, des particuliers, ou des moines qui en ont arraché
les matériaux ; les uns pour construize des
palais, les autres pour batir des églises. Les
restes du tombeau d'Auguste, servant aujourd'hui d'enclos à un parterre formé dans
son enceinte, annoncent un édifice où l'on
avoitalliéla soliditéàlamagnificence. Construit par le maitre du monde pour y renfermer les cendres des Marcellus, des Germanicus, des Agrippa, des Druisus, des Livie, --- Page 70 ---
VOYAGE EN ITALIE
des Octavie, des premiers césars,
, on y avoit
pratiqué divers caveaux où les restes d'Auguste, des empereurs morts se trouvent aujourd'hui confondus avec les immondices
qu'on y rassemble pour l'engrais d'un jardin pratiqué dans l'intérieur du monument.
L'ancienne Rome se' vantoit avec raison
de ses bains connus sous le nom de Thermes, onTarchitecture. se déployoit en grand,
comme dans tous les édifices publics. Les
Romains, 9 n'ayant pas l'usage du
avoient plus besoin de recourir
linge 2
aux bains.
Les superbes restes des bains de Titus et de
Caracalla ont encore un air de grandeur :
une salle de ceux de Dioclétien subsiste dans
son entier. Les mêmes murs, les mémes COlonnes portent jusqu'aux nues une voûte qui
semble vouloir braver tous les siècles. On
comptoit jusqu'à trois mille petites cham- yi
bres oùt autant de personnes
pouvoient se
baigner sans se voir.
De dix à douze cirques établis anciennement à Rome, celui de Caracalla est le seul
dont il reste quelques vestiges : son circuit
est encore tout entier; mais ce n'est plus
qu'un gros mur de brique de douze à quinze
mémes COlonnes portent jusqu'aux nues une voûte qui
semble vouloir braver tous les siècles. On
comptoit jusqu'à trois mille petites cham- yi
bres oùt autant de personnes
pouvoient se
baigner sans se voir.
De dix à douze cirques établis anciennement à Rome, celui de Caracalla est le seul
dont il reste quelques vestiges : son circuit
est encore tout entier; mais ce n'est plus
qu'un gros mur de brique de douze à quinze --- Page 71 ---
ET E N SICILE
pieds de haut, dans lequel on remarque plusieurs portes murées et des arcades de distance en distance. On y distingue, au milieu de l'arène, les anciennes bornes autour
desquelles tournoient les chars des combattans; à l'autre extrémité, du côté du couchant, on voit trois grandes tours jadis contigues aux galeries où se plaçoient cinquante
à soixante mille spectateurs : aujourd hui cet
édifice pompeux est au milieu des champs et
des vignes, et l'arène n'est plus qu'un pré:
L'obélisque superbe qui en décoroit le centre, orne présentement une des plus belles
places de la ville. Non loin de-là étoit le cirque de Flore', fameuse courtisanne, qui
amassa des biens immenses qu'elle légua à
la ville de Rome, à condition qu'on établiroit à son honneur des jeux publics. On exé.
cuta son testament à la lettre, et l'on vit
sans étonnement célébrer des jeux nouveaux
où des femmes nues disputoient, par la liberté de leurs attitudes, le prix de l'indécence. Les romains cherchèrent dans la suite
à ennoblir cette institution en faisant passer
cette courtisanne pour la déesse des fleurs,
qu'ils honoroient par des jeux libres, à la vé- --- Page 72 ---
YOYAGE EN ITALIE
rité, mais regardés comme le symbole de
la terre dans la diversité de ses
Les Romains étoient si
productions.
exercices du
passionnés pour les
cirque qu'ils ne demandoient,
dit Juvénal, que ces spectacles et du pain:
panem et circenses.
Le grand nombre
d'obélisques entiers ou
mutilés qui'on voit dispersés dans plusieurs
quartiers de Rome, ceux que des ruines couvrent encore, étoient un des
principaux ornemens des anciens cirques. Lidée en est
due aux Egyptiens. Lorsque les Romains
portèrent leurs armes sur le Nil, ils furent
frappés de ces monumens faits d'un seul
bloc de granit, et travaillés dans la carrière
même d'où on les avoit tirés. Les monumens
nombreux en ce genre, amenés à Rome, renversés depuis de dessus leur base; et relevés Ia plupart par Sixte-Quint, sont les'té
moins les mieux conservés de la grandeur de
cette ancienne métropole de l'univers. Les
quatre plus grands sont ceux de la place
Saint-Pierre , de
de
Suiat-Jean-de-Latmny
Sainte-Marie-lajoaure et de la place du
Peuple. Le premier est le seul qui ait été
retrouvé en entier dans le cirque de Néron
, renversés depuis de dessus leur base; et relevés Ia plupart par Sixte-Quint, sont les'té
moins les mieux conservés de la grandeur de
cette ancienne métropole de l'univers. Les
quatre plus grands sont ceux de la place
Saint-Pierre , de
de
Suiat-Jean-de-Latmny
Sainte-Marie-lajoaure et de la place du
Peuple. Le premier est le seul qui ait été
retrouvé en entier dans le cirque de Néron --- Page 73 ---
E T EN SICIL E.
où est aujourdhui la sacristie de l'église de
Saint-Pierre: ; il esti plus gros,d'une plns belle
proportion que. les autres, d'un seul morceau de granit oriental, de soixante-douze
pieds d'élévation; sa hauteur totale, en y
comprenant la croix et le piédestal, est de
cent vingt-quatre pieds au-dessus du pavé
de la place. Sixte-Quint le fit élever par-les
soins de Dominique Fontana, ,son architecte,
àlaide d'une machineimmenseinventée par
cet artiste. L'obélisque fut élevé en cinquantedeux reprises : les cercles de fer pour l'embrasser pesoient quarante milliers, etla char:
pente paroissoit une furêt.
Il ne faut pas confondre avec les fontaines qui font aujourd'hui un des grands em:
bélissemens de Rome, les antiques et super:
bes aqueducs qui conduisoient les eaux dans
cette capitale. Agrippa donna à Rome sept
cents pièces d'eaux. plates; : et cinq cents
d'eaux jaillissantes; il construisit cent trente
réservoirs, et mit le comble à la magnificence de ces ouvrages, en y distribuant qua:
tre colonnes et trois cents statues de marbre. Toutes ces eaux étoient portées en l'air
sur des aquéducs aussi beaux que solides, --- Page 74 ---
VOYAGE E N ITALIE
qui subsistent en partie. C'est à cet
sur-tout que Rome moderne
égard
-plus à l'ancienne ; elle
ressemble le
en a la
obligation à
principale
Sixte-Qnint et à Paul
sur cet article, ont disputé de
V, qui,
de magnilicence avec les maitres grandeur et
Les places les plus élevées,
du monde.
des
la cime méme
montagnes, le Capitole, le
Quirinal ont, à leurs
Janicule, le
fontaines fournies
sommités, autant de
par des aquédics
apportent des rivières. Les fontaines qui y
me sont moins admirables
de Robondance soutenue de leurs peut-être par l'agolt, la
eaux que par le
magnificence et la variété
de leurs formes qui ont épuisél'art soutenue
célébres
des plus
architectes. La plus renommée
-celle qui décore la place
est
belle, la plus grande, la Navone, la plus
capitale. Un rocher
plus célèbre de cette
rent
percé à jour verse un torpar quatre mufles. Quatre statues COlossales
quireprésentent les principaux fleuyes des quatre parties du monde, le Danube, le Gange, le Nil et la
puyées, dans des attitudes Plata, sont aptre le rocher qui sert de différentes, conJisque de
piédestal à un obé.
plus de cinquante pieds de hauteur,
belle, la plus grande, la Navone, la plus
capitale. Un rocher
plus célèbre de cette
rent
percé à jour verse un torpar quatre mufles. Quatre statues COlossales
quireprésentent les principaux fleuyes des quatre parties du monde, le Danube, le Gange, le Nil et la
puyées, dans des attitudes Plata, sont aptre le rocher qui sert de différentes, conJisque de
piédestal à un obé.
plus de cinquante pieds de hauteur, --- Page 75 ---
ET EN SICILE
teur, tiré du cirque de Caracalla. Ces fleuvesjettent de leurs urnes des flots abondans
qui, après avoir tourné lautour du bassin,
paroissent se précipiter dans les antres du
rocher, sous lequel ils passent dans d'autres canaux, pour aller se montrer ailleurs
sous de nouvelles formes.
Rome est remplie de superbes colonnes.
Je ne parlerai ici que de la colonne Trajane
qui passe pour la plus belle qu'il y-ait dans
le monde entier; elle servoit d'ornement à
la plus belle place de J'ancienne Rome : elle
fut dédiée à Trajan par le peuple et le sénat; sa hauteur est de cent cinquante pieds,
y compris le conronnement et le piédéstal:
le fust est formé de vingt-trois blocs de marbre blanc, dé plus de quatre pieds d'épaisseur, posés à plomb les uns sur les autres
dans toute la largeur du monument. Alun
des côtés de ce piédestal est nne porte par
laquelle on monte un escalier de plus de cent
quatre-vingt degrés, taillé en limaçon dans
les blocs mémes qui composent la colonne, e
et éclairéintérieurement par de petites ouvertures qui ne défigurent point l'ensemble du
dessin. Le dehors est orné de bas reliefs dis:
T'ome I.
E --- Page 76 ---
VOYAGE E N ITALIE
posés sur un cordon qui monte en ligne spirale jusqu'au chapiteau. On y compte près
de trois mille figures, qui, dans des attitudes différentes, représentent l'histoire militaire de Trajan, et sur-tout ses deux expéditions contre les Daces; on y voit des sièges, des marches d'armées, des batailles,
etc. Afin qu'aucune de ces figures, malgré
l'élévation de la colonne,
n'échappât aux
yeux des spectateurs, l'artiste les a travaillées de manière que celles qui approchent
le plus du chapiteau paroissent de la même
grandeur que les plus voisines de la base;
d'où l'on peut juger combien les Romains
étoient versés dans la science de T'optique.
Cette colonne occupoit anciennementle centre de ce qu'on appeloit alors la-place Trajane, Forum Trajani. Suivant la description
de quelques historiens 1 Rome n'a jamais
rien eu qu'on puisse comparer à cette place; eile étoit entourée, des
côtés,
d'une triple colonnade de marbre quatre de Grèce, 9
1 et au milieu de cette façade es'élevoit un grand
arc terminé par une coupole, La colonnade
formoit des galeries couvertes, enrichies des
statues les plus précieuses, et de celles de
it alors la-place Trajane, Forum Trajani. Suivant la description
de quelques historiens 1 Rome n'a jamais
rien eu qu'on puisse comparer à cette place; eile étoit entourée, des
côtés,
d'une triple colonnade de marbre quatre de Grèce, 9
1 et au milieu de cette façade es'élevoit un grand
arc terminé par une coupole, La colonnade
formoit des galeries couvertes, enrichies des
statues les plus précieuses, et de celles de --- Page 77 ---
ET E N SICILE
tous les hommes illustres qu'on y plaçoit
par ordre de l'empereur et du sénat. Tout
y paroissoit avec un tel éclat'avec une telle
grandeur que les souverains les plus puissans n'osoient espérer de pouvoir rien entreprendre de pareil. Ce-n'est actuellement
qu'une très-petite place dont on ne parleroit
peut-étre pas sans cette colonne que le tems
a respectée.
Une autre place, jadis très-célèbre, et dont
il reste encore quelques vestiges, est le marchéRomain, Forum Romanum,aujourdhui
Campo Vaccino, 7 le marché aux vaches',
entre le mont Palatin et le mont Capitolin
où Rome est ensevelie. ( Quoi! ! m' écriai-je
e douloureusement, voilà ce forum autreK fois couvert de temples, de palais, d'arcs
<: triomphaux? Des bestiaux meuglent dans
4 ces lieux où Cicéron faisoit tonner son éloC quence. Voilà cette place fameuse où les
e Romains tenoient leurs assemblées, où
< leurs orateurs s'immortalisoient sur la tric bune aux harangues, ornée de proues de
< vaisseaux pris sur les ennemis. Scipion 7
a César, Pompée, Auguste, y avoient leurs
* palais, et tous les grands hommes des staE 2 --- Page 78 ---
VOYAGE EN ITALIE
ee tues. Là étoient le
e celui de la
temple de la Paix et
Concorde, où
e sénat pour.les affaires
s'assembloit le
e jugea les
importantes, oul'on
complices de
c
Catilina, où l'on
prononçoit sur la destinée des
* plus puissans
rois, où les
K croyoient honorés monarques de l'Asie se
grandes idées
d'être admis. Que de
réveillent tous
e mens antiques ! >> Vous
ces monutant de grands
croyez entendre
orateurs ; vous
verser avec tant d'hommes
croyez conadmirez, vous
célabres; et vous
respectez encore
me en marchant sur Rome.
Rome, mé.
L'entrée de Rome par la porte du
la plus belle, la plus
Peuple,
quelle aboutissoit
fréquentée, celle à lalancienne voie
ne, s'annonce de la manière la flaminientueuse. On trouve d'abord
plus majesgulaire, dont tla base,
une place trians
des rues
ouverte part trois granqui Se voient dans toute leur longueur, offre, aveci T'obélisqne, les
et les
fontaines
portiques, une noble.et magnifique
perspective. La rue dur milien, appelée simplement le Cours, parce qu'on
en carosse,
s'y promène
9 parce qu'elle sert pour les
ses de chevaux,
courparce qu'ony y donne les fd
use. On trouve d'abord
plus majesgulaire, dont tla base,
une place trians
des rues
ouverte part trois granqui Se voient dans toute leur longueur, offre, aveci T'obélisqne, les
et les
fontaines
portiques, une noble.et magnifique
perspective. La rue dur milien, appelée simplement le Cours, parce qu'on
en carosse,
s'y promène
9 parce qu'elle sert pour les
ses de chevaux,
courparce qu'ony y donne les fd --- Page 79 ---
ET E N SICILE
tes du carnaval, pénètre jusqu'au centre de
la ville. Une autre conduit à la place d'Espagne : la troisième mène à la Ripetta, petit
port sur le Tibre.
On ne peut donner qu'une idée rapide de
toutes ces ruines éloquentes, qui parlent tant
àl Timagination, qui, malgréleurs débris, ont
dissipé la nuit des arts. Sans ces restes précieux que les Bramante, les Michel Ange, les Raphaël, les Bernin ont étudié, et
que d'autres artistes vont étudier encore ,
l'Europe n'auroit pas tant de beaux édifices,
tant d'autres chefs-d'aeuvre en tout genre ;
mais ce n'est guère plus dans les endroits
publics qu'il faut chercher la plupart des
merveilles de l'antique Rome; c'est dans les
palais, dans les galeries, dans les jardins,
dans les appartemens des princes et des seigueurs italiens que vous trouverez ces restes
précieux où l'on voit revivre tous les dieux,
tous les héros, tous les grands hommes de
la Grèce et de Rome. L'illusion de ces tableaux, de CeS statues, 3 est d'autant plus
grande que vous occupez les lieux mêmes
qu'ils habitoient.
La première église que s'empresse de voir
E 3 --- Page 80 ---
VOYAGE EN ITALIE
un étranger qui arrive à Rome, c'est SaintPierre; le premier paiais, c'est le Vatican.
de Quelqu'idée qu'on se fasse de la basilique
Saint-Pierre, elle est encore
Le gout de Tarchitecture
au-dessus.
phe avec le plus
moderne y triomsemblent avoir grand éclat. Tous les-arts
roitlemieux disputé entre eux à qui ornece superbe vaisseauc quis'étend,
s'enlle,s'agrandit,à, mesure
où tout est colossal,
qu'onleparconrt,
sans que rien ne
outré; les
paroisse
ornemens en sont si nombreux,
quoique sans
années
confusion, 2 qu'il faudroit des
pour les voir, des volumes
décrire. Les
pour les
mausolées peintures y sont parlantes, les
à
vivans. Rien ne peut étre
cette église pour Tétendue et le mérite comparé
proportions. Le Bramante
des
architecte.
en fut le premier
Léon X et Clément VII
ployèrent. successivementle.
y emet les plus célèbres
fameux Raphaël
mais
arehitectes de leur
on ne commenga à y travailler tems;
sement que lorsque Paul III
sérieula conduite à Michel
en eut confié
me
Ange : ce grand homcomposa un plan qui,
tes les parties
débarrasséde touproposées par ses
seurs, en rendoitlexécution
prédécesplus facile, sans
éon X et Clément VII
ployèrent. successivementle.
y emet les plus célèbres
fameux Raphaël
mais
arehitectes de leur
on ne commenga à y travailler tems;
sement que lorsque Paul III
sérieula conduite à Michel
en eut confié
me
Ange : ce grand homcomposa un plan qui,
tes les parties
débarrasséde touproposées par ses
seurs, en rendoitlexécution
prédécesplus facile, sans --- Page 81 ---
ET EI N SICIL E.
lui rien ôter de ce caractère sublime si convenable à sa destination. La première pensée de cet artiste fut de lui donner la forme
d'une croix grecque, c'est-à-dire, dont toutes les branches fussent égales entre elles, ,au -
lieu que le Bramante avoit proposé une croix
latine : son plan fut adopté en entier avec défense d'y rien changer; mais ce ne fut qu'après sa mort que l'on construisit la coupole
sur ses mémoires sous la direction de Fontana, architecte de Sixte - Quint. On n'avoit point encore tenté jusqu alors d'élever
des dômes en l'air soutenus sur de simples
appuis : ceux qui avoient été faits précédemment partoient tous de fonds, et ils s'en
falloit de beaucoup qu'ils fussent de la capacité de celui-ci; mais Michel Ange avoit
si bien prévu tous les cas, ses mesures étoient
si bien prises 1 qu'il n'y eut qu'à suivre ce
qu'il avoit tracé. Six cents ouvriers, excités
par l'esprit hardi et entreprenant de SixteQuint, travaillèrent jour et nuit à cette coupole formidable, l'écueil des architectes.
Pour donner une idée de ce fameux dôme,
il suffit de remarquer que la boule de métal
doré qui termine la lanterne peut contenir
E 4 --- Page 82 ---
VOYAGE EN ITALIE
jusqu'à vingt personnes. Les Romains
si pénétrés d'admiration
sont
d'ceuvre
pour ce vaste chefque lorsqu'on leur témoigne quelqu'étonnement de leur peu de gont
les
voyages, ils répondent
pour
<C irions-nous
froidement : (C Eh! où
Cc
pour trouver une si belle coupole?: >>.
Paul V jugea que si cette église avoit
figure d'une croix latine,
la
elledeviendroit plus
majestuense, plus
imposante, et
plus de monde. On en revint contiendroit
mière pensée du
donc à la prede plusieurs
Bramante, et l'on allongea
arcades la nef qui fait face à la
place, c'est-à-dire, la branche
de la croix grecque du
occidentale
Il fallut
plan de Michel Ange.
par conséquent démolir l'ancien
tibule et en construire un
vesnier est décoré d'un
nouveau. Ce dercolonnes
ordre corinthien dont les
ont huit pieds de
feroitseul une
diamètre, et qui
ville. L'immense églisesuperbe dans une grande
et magnifique place
cède, et au milieu de
qui pré.
meux
laquelle on voit ce faobélisque dédié au soleil
tris, et à l'auteur du soleil
par Sésosest en partie pavée de
par Sixte-Quint,
née d'une
marbre, et environcolonnade circulaire
par laquelle
re corinthien dont les
ont huit pieds de
feroitseul une
diamètre, et qui
ville. L'immense églisesuperbe dans une grande
et magnifique place
cède, et au milieu de
qui pré.
meux
laquelle on voit ce faobélisque dédié au soleil
tris, et à l'auteur du soleil
par Sésosest en partie pavée de
par Sixte-Quint,
née d'une
marbre, et environcolonnade circulaire
par laquelle --- Page 83 ---
ET E N SICIL E.
le Bernin s'éleva à l'immortalité. Quatre
rangs de colonnes sagement espacées, couronnées d'une balustrade de cent trente-six
statues de saints, ornent le contour de cette
place arrosée de deux fontaines à égale distance de l'obélisque, et dont les eaux jaillissantes 3 qui sortent en grosses gerbes, forment une épaisse nappe, en tombant dans
d'immenses bassins de marbre et de granit.
Tout l'extérieur de l'église de Saint-Pierre
est enrichi de grands pilastres d'ordre COrinthien. Du vestibule on entre dans l'église
par trois grandes portes; ; car la quatrième,
qui donne dans un des bas côtés, est toujours murée; elle ne s'ouvre que dans les
tems dejubilé: on la nomme la porte sainte.
On trouve d'abord une grande nef d'environ
six cents pieds.de longueur, et d'une sijuste
proportion, quoique les mesures en soient
monstrueuses, qu'on ne s'apperçoit de cette
immense étendue qu'en la parcourant. La
nef conduit au dôme qui a cent trente-deux
pieds de diamètre, et trois cent onze d'élévation, depuis le pavé jusqu'à T'ouverture de
la lanterne: La hauteur extérieure, jusqu'au
bout dela croix, estdeplusde six cents piods, --- Page 84 ---
VOYAGE EN ITAI LIE
ceskd-lire.denvion deux
de
foiscelledestours
Notre-Dame de Paris, sans que la belle
proportion et le contour
altérés. Il est
agréable en soient
enriclintéoieurement de
tures à la mosaique.
peinCe qui frappe d'abord en entrant dans
cette basilique, c'est le baldaquin
vre le
qui coumaltre-autel; il est posé sur quatre
colonnes torses de bronze doré,
lespour
quelles on a employé, dit-on, plus de
tre mille quintaux de ce métal
quathéon. Au fond
pris au Pandu temple, au rondepoint
du chasur, est le superbe monument
bronze de la chaire de
en
chef
Saint : Pierre, autre
d'oeuvre du Bernin : il faut voir de
cette grande composition
près
noître
pour en bien contoute la
magnificence; ; elle est
entre deux niches
placée
occupées par deux morceaux de sculpture qui, dans leur
sont pas moins merveilleux.
genre, ne
de
Celui du côté
T'évangile est le tombeau de Paul III,
dont le dessin passe pour être de Michel
Ange. Le Bernin a donné vis-à-vis de
velles preuves de la richesse de
noudans le mausolée d'Urbain
son génie 9
VIII, son bienfaiteur; la beauté de l'invention répond à la
niches
placée
occupées par deux morceaux de sculpture qui, dans leur
sont pas moins merveilleux.
genre, ne
de
Celui du côté
T'évangile est le tombeau de Paul III,
dont le dessin passe pour être de Michel
Ange. Le Bernin a donné vis-à-vis de
velles preuves de la richesse de
noudans le mausolée d'Urbain
son génie 9
VIII, son bienfaiteur; la beauté de l'invention répond à la --- Page 85 ---
ET EN SICILE
finesse du travail qui a donné au marbre la
mollesse de la chair. Ces deux tombeaux ne
sont pas les seuls qu'on admire dans léglise
de Saint-Pierre : un des principaux est celui
d'Alexandre VII, qui ne fait pas moins d'honneur au génie de ce même artiste. Il n'y a
point dans ce temple de tableaux remarquables peints sur toile, mais de superbes mosaiques, chefs-d'oeuvre de cet art étonnant
à quila peinture sera redevable de l'immortalité. Je ne finirois pas si je voulois entrer
dans le détail de toutes les beautés qui or-,
nent toutes les parties de cet édifice digne
de la capitale du monde.
En sortant de cette superbe basilique, il
s'est présenté à mon imagination une idée
que je crois devoir consigner ici. Quelle ne
seroit pas la beauté de Rome moderne, si on
eut conservé tous les grands monumens de
l'ancienne Rome, et si les papes y avoient
ajouté des embellissemens nouveanx,sans détériorerlesautres2Jauaislamoderne Rome ne
fera oublierl'ancienne. La plupart des papes
ont laissé bien loin derrière eux dans la carrière du crime les monstres couronnés qui,
sur la fin, régirent T'empire romain, et la --- Page 86 ---
VOYAGE EI N ITA) LIE
nouvelle religion, son esprit, et celui de ses
souverains pontifes, font regrotterjasqu'aux
dieux des césars. Que ne
puis-je, en peu de
lignes.faineicithistoire de cette épouvantable
religion qui fait un devoir d'une soumission
entièreauj plus affreux
nise cette maxime si insultante despotismequiprécos à la
si idésespérante
Divinité,
c
Pourthomme-quilys a beaucoupd'appelés, mais peu d'élus;"
mis
en avant cette autre proposition
quia
intolérante,
K forcez-les d'entrer; D qui par tout où elle a
paru, a voulu rester seule; qui,
venir à ce but
pour parinique, a couvert la terre entière de sang, de cadavres et de buchers ;
qui tient encore l'Espagne et TItalie sous un
joug de fer. Ouvrez les annales du monde;
comparez entre eux les tems et les lieux.
Qui osera nier que la présence de cette
religion de Rome ait toujours été un obstacle aux sciences, 9 à l'industrie, au commerce, à la richesse des peuples quil'ont
dans leur sein. Comparez T'Angleterre reçue
testante à l'Angleterre soumise au
pro- le
pape,
règne de Jacque à celui d'Elizabeth, et la
patrie de Brutus à celle de Braschi! Rome
moderne a eu des poêtes, des peintres, mais
.
Qui osera nier que la présence de cette
religion de Rome ait toujours été un obstacle aux sciences, 9 à l'industrie, au commerce, à la richesse des peuples quil'ont
dans leur sein. Comparez T'Angleterre reçue
testante à l'Angleterre soumise au
pro- le
pape,
règne de Jacque à celui d'Elizabeth, et la
patrie de Brutus à celle de Braschi! Rome
moderne a eu des poêtes, des peintres, mais --- Page 87 ---
ET EN SICIL E.
a-t-elle eu des Cicéron, des Locke, des New.
ton? a-t-elle eu des Tacite P Aussi la reine
Christine écrivoit à la comtesse de Sparre:
u Il n'y a plus à Rome que des statues, 9
* des palais; il n'y a point d'hommes : mais
e desfurfantini, des'istrioni, d'illustrissimi
K faquini, des donneurs de bénédictions; il
R pleut de ces gens-là qu'on trouve par-tout,
e et qui par tout sont fastidiosi, venenosi,
gueux, ignorans et libertins. >>
Le palais pontifical, voisin de l'église de
Saint . Pierre, tire son nom du mont Vatican, où les angures de Rome débitoient leurs
prédictions, Mons Vaticinii. Dans la chapelle sixtine, bâtie par Sixte IV, est le célébre tableau du jugement dernier de Michel
Ange. Il faut voir sur-tout la galerie appelée la bible de Raphaël, parce que cet artiste a tiré de l'Ancien-' Testament le sujet
de la plupart des tableaux qui décorent cette
pièce. On arrive au Belvedère par un corridor de cinq cents pas de long, au bout duquel est une belle statue de Cléopatre mourante : mais qu'est-ce en comparaison del l'Apollon, de l'Antinous, du Lacoon et d'une
infinité d'autres antiques qui forment la plus --- Page 88 ---
VOYAGE E N ITALIE
riche, la plus précieuse des
ne peut parler du Vatican collections! On
c'est de ce lieu
sans rappeler que
que partoient ces foudres
spirituels, ces interdits, ces excommunications, qui épouvantoient les
rois. Le tribunal de
peuples et les
part aussi doux
T'inquisition n'est nulle
siècle
qu'à Rome. Ily a plus d'un
qu'on n'y a condamné
mort.
personne à
Dans toutes les grandes villes
sur- tout à Rome, les
d'Italie, et
églises vous offrent une
magnificence, uneabondance dec
vre en peinture et
chefs-d'au:
la satiété. Je
sculpture qui va jusqu'à
détails. Il
n'entrerai point dans tous ces
est des choses, commej je l'ai
dit, qu'on ne peut décrire : il faut lire Vir- dejà
gile; il faut voir cette
nus
Madelaine, cette Vé.
qui se disputent de beauté,
me pourroit rendre les tableaux de Quelle plus
Quelle
T'Albane?
description vous feroit connoitre T'Apollon du Belvedère?Quel écrivain
roit donner une idée du
vous pours'extasier, il
Lacoon? il aura beau
aura beau vous dire :
K lon n'est pas un homme, c'est *L'ApolG la divinité est
un dieu :
sur ce marbre elle
e pire; prophanes à
;
y resgenoux..Vous n'en sau:
de beauté,
me pourroit rendre les tableaux de Quelle plus
Quelle
T'Albane?
description vous feroit connoitre T'Apollon du Belvedère?Quel écrivain
roit donner une idée du
vous pours'extasier, il
Lacoon? il aura beau
aura beau vous dire :
K lon n'est pas un homme, c'est *L'ApolG la divinité est
un dieu :
sur ce marbre elle
e pire; prophanes à
;
y resgenoux..Vous n'en sau: --- Page 89 ---
E T E N SICILE:
rezguère plus quesij je vous disois : ( Phèdre,
K Iphigénie, sont des tragédies admirables;
R Fénélon a réuni l'ame de Confucius à TiK magination d'Homère. > Si, des églises,
vous vous transportez dans les palais, tous
vous montreront quelques prodiges des beaux
siècles del'antique sculpture. Lorsqjue la Grèce, au téms des Périclès, se signaloit dans ce
bel art, elle ne prévoyoit pas que ces chefsd'oeuvre passeroient un jour chez des barbares; car c'est ainsi qu'elle appeloit les
Romains qui allèrent lui demander des loix
et des dieux. Quand on entre au palais Farnèse, on court à lHercule qui en a pris le
nom, ouvrageaussi fameux quele héros qu'il
représente. Le taureau farnèse portejusqu'au
fond de l'ame un mélange de terreur et d'ad
miration. Dans la vigne de ce'nom, siagrda.
ble par ses jardins, ses bosquets, ses belles
eaux, on reconnoit T'original d'une excellente copie de Legros, qui fait un ornement
des jardins de Versailles. La vigne Borghèse P
est remplie de morceaux dignes d'admiration.
Il faut voir la vigne Pamphili superbement
décorée parl'Algarde 9 et la vigne Aldobrandine, intéressante par la fresque antique, si --- Page 90 ---
TOTAGEE EN ITALIE
connue sous le nom de noce
ne. Mais qui pourroit
aldobrandi.
environs
quitter Rome et ses
sans s'aller reposer à
trefois Tibur, de
Tivoli, aul'espèce de fatigue
yeux et
queles
limagination ont éprouvé en
courant tant de merveilles,
pardoux, plus séduisant de > parl'aspect plus
cette riante
gne, de ce vallon enchanté, de
campacascades qui rendent
ces fameuses
ce séjour si délicienx?
Auguste y venoit souvent; Mécène
un palais; ; Horace et
y avoit
tion. Après le
Properce une habitavoyage de Tivoli,
un peu instruit
quelhomme
pourroit ne pas fairé celui de
Frescati, en latin Tusculum : c'est la
de Cincinnatus, de Caton le
patrie
Métastase. Cicéron
Censeur, de
lares.
y composa ses TuscuLe grand Opéra est le spectacle de Rome
le plus intéressant. Les Italiens n'ont
un Molière, ni un Racine, ni
eu ni
Goldoni,
un Corneille.
Maffei, Apostolo Zéno et Métastase n'approchent point de ces grands hommes. Il est vrai que le genre de Métastase
n'est pas le méme: c'est un mélange de la
tragédie et de T'opéra. Rome a très-peu de
manufactures et de commerce; les sciences
et
a ses TuscuLe grand Opéra est le spectacle de Rome
le plus intéressant. Les Italiens n'ont
un Molière, ni un Racine, ni
eu ni
Goldoni,
un Corneille.
Maffei, Apostolo Zéno et Métastase n'approchent point de ces grands hommes. Il est vrai que le genre de Métastase
n'est pas le méme: c'est un mélange de la
tragédie et de T'opéra. Rome a très-peu de
manufactures et de commerce; les sciences
et --- Page 91 ---
E T E NISICILE
et les arts y sont aussi dégénérés que les habitans : le physique n'a point changé; il faut
donc en chercher la cause dans le moral,
dans le gouvernement.qui pétrit à son gré le
caractère d'une nation, et de' qui seul dépend toute sa moralité. C'est le despotisme
des prétres qui a dégradé ce peuple; c'estle
célibat ecclésiastique.quia.été la cause de
sa dépopulation.
Lagriculture est tellement négligée : aux
environs de Rome que tout ce terrain qui sur:
la route de Rome à Naples offroit des sites
pittoresques, où les Romainsles plus distingués avoient de superbes maisons des cam-.
pagne, ces côteaux qui produisoient les vins
les plus exquis, ces champs couverts autrefois des moissons les plus abondantes ,
cette portion de l'Italie oà. étoient les villes
de Ponetia, d'Antium, tout ce pays est prese:
qu'en entier submergé par les eaux : c'est!
ce qu'on appelle les Marais Pontains; dont
les exhalaisons malfaisantes s'étendent jus- A
qu'à Rome,
cO
:
Tome 1.
F --- Page 92 ---
VOYAGE ENIITALIX
- HAPIT RE
IX.
De Naples.
A mesure qu'on approche de
Naples, la
campagne devient plus vivanté, plus ani-.
mée; elle est couverte de verdure, de fleurs
ou de fruits qui se succèdent
aucune
presque sans
interruption, tant les hivers y sont
tempérés. On ne voit que vignes et
que citronniers, orangers, myrthes, vergers, lauriers, figuiers d'Inde, capriers,
oliviers, jujubiers, cyprès,
nbriers,
arbre
platanes, liéges,
fie à qui,: au contraire des autres, , se forti-,
mesure qu'on le dépouille de son écorce, lentisques. qui donnent par incision un
mastic naturel, caroubiers dont le fruit est
dun goût approchant de celui de la
et méme quelques
manne,
palmiers, mais qui ne
portent pas de fruit. C'est sur la route de
Rome à Naples que Cicéron avoit cette belle
ubiers, cyprès,
nbriers,
arbre
platanes, liéges,
fie à qui,: au contraire des autres, , se forti-,
mesure qu'on le dépouille de son écorce, lentisques. qui donnent par incision un
mastic naturel, caroubiers dont le fruit est
dun goût approchant de celui de la
et méme quelques
manne,
palmiers, mais qui ne
portent pas de fruit. C'est sur la route de
Rome à Naples que Cicéron avoit cette belle --- Page 93 ---
ET E N SICILE,
maison de campagne qu'il appelle Formianum : c'est-là que ce célèbre orateur 2 qui
sut parler, écrire etmourir en grandhomme,
fut lâchement assassiné à l'âge de soixantequatre ans. Je me trouve enfin sur les rives
du Carigliano, le Liris des anciens. Ce fut
dans les marais bourbeux que ce fleuve forme dans les environs que Marius, si souventvictorieux et sept fois consul, 1e s'enfonça
jusqu'au cou pour, se dérober aux satellites
de Sylla. Découvert cependant, il se livre
à eux avec intrépidité; son air, son regard
menaçant, le souvenir de tant detriomphes,
leureni imposent, les attendrissent peut-étre,
et Marius est sauvé. Les bourreaux furent
moins féroces que le proscripteur,
Une campagne fertile, bordée de côteaux,
sur-tout de ceux où croissoit le fameux vin
de Falerne, mène jusqu'à Capoue. Capoue!
ville autrefois égale, à Rome et à Carthage
par sa grandeur et sa puissance, renommée
par le luxe et la richesse de ses habitans 7.
combien tes délices furent funestes à Annibal. Il alloit donner des loix aux Romains;
ils'approche de Capoue pour mettre les habitans dans son parti : il les gagne bientôt
Ea --- Page 94 ---
VOYAGE EN ITALI I K
rendra
en les flattant par la promesse TItalie. qu'il Ses solleur ville la capitale de toute
avoient
dats y godtent des plaisirs qui leur
été inconnus jusqu'alors : plaisirs perfides!
la victoire s'envole avec eux. La mollesse
braves
ces hommes
énerve ces
guerriers,
Cainyaincus; ; ils sont chassés de T'Italie;
alors devient la victime de son orgueil.
poue
siège, les Romains s'empaAprès un long
font battre de verges et
rent de cette ville,
décapiter les sénateurs, et meltentle peuple
à T'encan. Capoue n'est plus aujourd'hni delle
bourg, appelé Santa Maria
qu'un On: en a fait une place de guerre.
grazie.
voila enfin arrivé, est la
Naples, où me
autrefois de
capitale de ce pays rempli
qui F
ples belliqueux, de villes puissantes et dont
puis long-tems ne subsistent plus, considéla grande Gièce faisoit une partie entre Ja
rable. La situation de cè beau pays esttrèsmer.Adriatique etlamerdeToscanee H faut ceavantageuse pour le commerce. révolutions qui se sont
pendant Tavouer, les
Téruption des volopérées dans ce pays par de terre;" par les
cans, par les tremblemens souvent le théatre,;
guerres dont il a été" si
, de villes puissantes et dont
puis long-tems ne subsistent plus, considéla grande Gièce faisoit une partie entre Ja
rable. La situation de cè beau pays esttrèsmer.Adriatique etlamerdeToscanee H faut ceavantageuse pour le commerce. révolutions qui se sont
pendant Tavouer, les
Téruption des volopérées dans ce pays par de terre;" par les
cans, par les tremblemens souvent le théatre,;
guerres dont il a été" si --- Page 95 ---
ET E N SICILI E.
en ont bien changé la face, soit pourle physique, soit pour le moral. Les principales
provinces sont la Terre de Labour, autrefois
la Campanie, F'Abruzze qui forinoit le pays
des Samnites, la Pouille, c'est-à-dire, l'ancienne Apulie, 2 et la Calabre, 9 jadis la Lucanie ; les Italiens disent Vedi Napolo, po
mori; ce qui, réduit à sa juste valeur, veut
dire, quand on a vu Naples, on a tout vu.
Il est certain que la ville méme de Constantinople, quil'emporte sur toutes les villes
de la terre par son assiette et la beauté de
son aspect, mais quiest très-désagréable dans
son intérieur. , le cède à Naples, dont l'intérieur est, au contraire, très-riant C'est surtout du Belvedère de la Chartreuse, située
sur le mont Saint-Elme, et qui domine la
ville; qu'on peut juger de Ja situation admirable de Naples; c'est le spectacle le plus
ravissant, le plus enchanteur. En face, vers
lemnidi, on découvre ungolphe,large de douze
milles, et long de trente, qui forme un vaste
bassin : ce golphe est terminé des deux côtés
par deux caps : Tun, sur la droite, le Cap
de Misène, où Virgile dit qu'Enée fit enterrer un de ses compagnons; l'autre, sur
F 5 --- Page 96 ---
VOYAGE EN ITALIE
la gauche, le Cap de Massa. L'ile de
s'offre dans Ja
Caprée
perspective : on
comme paréchappée,
apperçoit,
et cet
Timmensitédela mer;
aspect, qui ne présente pas cette monotonie ennuyeuse qu'on éprouve
la
mer borne absolument
quand
varié
Thorison, est encore
ble parj plusieurs petites iles. La ville semcouronner ce bassin superbe : une
s'élève au couchant en
partie
monts
amphithédtre sur les
Pausilippe, 2 Saint-Elme et
l'antre s'étend au levant dans Antiguano;
un terrain
uni, et elle a en
plus
(Vésuve
perpsective ce fameux mont
qui forme un contraste SI
mais si terrible
imposant,
par les tourbillons, les COlonnes, tantôt de fumée, tantôt de feu,
lance dans les airs : du haut du
qu'il
on Tapperçoit en entier, de même Belvedcre,
côteaux qui l'environnent
que les
et les belles maisons de campagne qui couvrent la plaine depuis Naples jusqu'à Portici et au-delà. Le
plan de la ville, avec les jardins délicieux
qui sont à l'entour, ne se
avec moins
développent pas
davantage. Les places, les
belles rues, les édifices, sont tellement plus disposés qu'on ne perd rien de leur
la vue méme s'étend
aspect;
jusqu'à Capoue : la
ôteaux qui l'environnent
que les
et les belles maisons de campagne qui couvrent la plaine depuis Naples jusqu'à Portici et au-delà. Le
plan de la ville, avec les jardins délicieux
qui sont à l'entour, ne se
avec moins
développent pas
davantage. Les places, les
belles rues, les édifices, sont tellement plus disposés qu'on ne perd rien de leur
la vue méme s'étend
aspect;
jusqu'à Capoue : la --- Page 97 ---
ET E N SICIL E.
beauté du climat, la fécondité du sol, mettentle combleaux charmes de cette situation.
Li chaleur du ciel, et plus encore les four:
neaux souterrains du Vésuvé et de la Solfatare sont cause sans doute de la force prodigieuse et de l'accélération qu'on remarque
dans la végétation : les melons même sont
communs en février; mille odeurs suaves
embaument Tair : de quel côré . que l'on
porte ses pas, les sens sont délicieusement
émus et flattés ; l'ame est remplie, l'imagination satisfaite. Tel ést ce pays qui a fourni
à Virgile le modèle de ses Champs Elysées;
mais, hélas ! ici, comme ailleurs, le mal
est à côté du bien : quand le vent de Siroc
souffle, ce vent si terrible de sud-est, qui
n'est ici que trop commun dans certaines saisons de T'année, il semnble menacer tous les
étres d'un dépérissement universel:tout languit alors; la campagne se desséche; les animaux perdent leur force et leur.activité; on
tombe dans un tel degré d'affaissement que
l'esprit et le corps sont plongés dans un néant
absolu : vous ne voyez dans les rues que des
hommes.. des cadavres vivans qui se trainent à peine. Heureux encore si, dans les
F 4 --- Page 98 ---
VOYAGE E N ITALIE
noires vapeurs qui-les assiegent,
uns peuvent rejeter les idées dont quelques. ils
importunés de se livrer aux
sont
atroces. Il n'est
crimes les plus
chercher dans les qu'un remède, c'est de
lagement
bains de la mer un soupropre à ce triste état.
Les maisons de
miié
Naples sont d'une uniforrégulière : on ne voit point ici,
dans toutes les grandes
comme
tandis à côté d'un
villes, un misérable
trerai point dans le superbe palais. Je n'endétail de toutes les
ses ; elles offrent, comme celles de
églide grandes beautés et des richesses Rome,
ses, de belles
immenstatues et de
bleaux:je parlerai
magnifiques tade
enrcore moins du miracle
Saint-Janvier, ni de toutes les ridicules
superstitions qui dégradent les Italiens. Le
peuple, les Lazzaroni même,
aussiméprisables
ne sont" pas
que le
ponrroit le faire croire. défaut-dfinstruction La
meilleure
police est bien
qu'autrefois et la fainéantise moins
grande, la noblesse infiniment
par conséquent les moines plus éclairée;
Le prince de San -
moins puissarts,
Sangro, décédé Sévéro, de la maison de
mérité,
il y a quelques années, a
par ses découvertes, d'être plaoé
au
aussiméprisables
ne sont" pas
que le
ponrroit le faire croire. défaut-dfinstruction La
meilleure
police est bien
qu'autrefois et la fainéantise moins
grande, la noblesse infiniment
par conséquent les moines plus éclairée;
Le prince de San -
moins puissarts,
Sangro, décédé Sévéro, de la maison de
mérité,
il y a quelques années, a
par ses découvertes, d'être plaoé
au --- Page 99 ---
a T E N SICILE.
Sg
rang des savans les plus distingués de TEurope. I prétendit avoir le premier renouvellé.
le secret de la peinture encaustique : on voit
des tableaux exécutés sous sa direction qui
sont d'une fraicheur dé coloris que ce, seul
genre. de peinture peut procurer. Les lampes inextinguibles sur lesquelles il publia à
Naples, en 1753, des lettres en françois
adressées à l'abbé Nollet; sa composition
pourimiterl lelapis lazuli de manière à tromperméme les connoisseurs; le secret de donner au marbre blarc de Carrare des couleurs si vives, si belles, et qui pénétrent si
avant, qu'en le travaillant et ên le polissant,
elles conservent tout leur éclat; l'art d'imprimer des planches en plusiéurs couleurs, 3
de colorer les verres, de faire une espèce de
porcelaine qui a la transparence, le lustre
et le poli ordinaires, non avec une couverteémaillée, comme on le pratique ailleurs,
mais sur une roue, comme on le fait aux
pierres dures: tous ces procédés il les avoit
ou inventés, oul perfectionnés. 1l étoit taussi *
venu à bout de tirer du miel et de la cire de
plusieurs plantes cuites à un certain degré.
1l avoit trouvé le moyen de préparer et de --- Page 100 ---
go
VOFAGE ENITALIE
filer les gousses de soie végétale
la plante appelée
que porto
apoçin, dont la culture,
grâce à Ses soins, est assez répandue dans
le royaume de Naples, et dont on fait des
bas, des gants, et même des étoffes. 11 savoit donner la finesse, le blanc et le lustre
de la soie au chanvre et au Jin. Son palais
renferme des tableaux d'un grand prix. Dans
la chapelle domestique est un mausolée de
quelques-uns des princes de la maison de
Sangro, avec leurs statues d'après nature.
Parmi ces statues on en distingue trois
sont tres-singulières, qu'il faut avoir vues qui
pourjuger de tous les efforts del'art. La Pudeur, par Antoine Corradini; elle est enveloppée d'un voile du même bloc de marbre
que le mausolée de la princesse Sangro, à
travers lequel on voit la figure, les grâces
de la physionomie et le moëlleux des'chairs,
comme s'ils étoient à découvert. Le Vice détrompé, par Queirolo: c'est un homme engagé dans un filet très-fort, travaillé dans
Ja méme pièce de marbre que le mausolée
dont il fait partie, qu'il a
tirer la tête et un bras, à laide rompu de pour en
son esprit, exprimé sous la ligure d'un génie. Le
it la figure, les grâces
de la physionomie et le moëlleux des'chairs,
comme s'ils étoient à découvert. Le Vice détrompé, par Queirolo: c'est un homme engagé dans un filet très-fort, travaillé dans
Ja méme pièce de marbre que le mausolée
dont il fait partie, qu'il a
tirer la tête et un bras, à laide rompu de pour en
son esprit, exprimé sous la ligure d'un génie. Le --- Page 101 ---
ET E N SICILE.
9T
Alet est adhérent dans très-peu de parties à
la statue; et cependant le travail de celle-ci:
a été fait à travers les mailles du filet:c'est
un tour de force extraordinaire en fait de
sculpture. D'un autre côté, on voit un Christ
mort, enveloppé d'un suaire, dont l'idée est
de Corradini, mais qui a été exécutée par
San- Martino, sur le modèle des ouvrages
précédens, pour lesquels il a fallu une pa:
tience inconcevable.
S'il étoit vrai quel le bonheur consiste (eh!
qui pourroit en douter?) dans une parfaite
indépendance de toutes choses, Naples renfermeroit dans son sein quarante mille de
ces êtres heureux: ; car on y compte tout autant de Lazzaroni, c'est-à-dire, des hommes
ordinairement vigoureux, qui ne possèdent
rien, qui néanmoins (et le philosophe n'en
sera pas étonné) sont gais, contens, qui
jonissent du précieux avantage tant préconisé parles Italiens, et méme par les Orientaux, le furniente, , et qui trouvent à chaque
pas, dans cette grande ville, une diversité de
spectacles propres à exciter leur intérêt ou
amuserleurindolence. Ne sont-ce pasles mé.
mes principes que ceux de Bias, de Diogène, --- Page 102 ---
VOTAGE EN ITALIE
deces prétendus fous, ou, si vousvoulez, de
ces sages de la Grèce, qui recommandoient
tant, et pratiquoient eux-mémes, le dénue
ment absolu des richesses,
pour gouter le
keoleurdanarsoncianeh) Bias disoit, omnia mecum porto. D'ailleurs, celui qui a le
moins de nos besoins factices n'est-il
plus riche? Mais ces maximes
pas le
des philosophes ne s'accordent pas avec celles
doivent Se proposer les administrateurs que
état : ils savent que la fainéantise
d'un
le grand nombre, la
est, pour
source de mille désordres. Ils doivent chercher à tirer parti des
moyens de chaque individu, lui demander,
en quelque sorte, compte de ses talens et
de ses travaux. Mais, dit-on, la chaleur du
climat n'est-elle pas un obstacle insurmontable?. C'est un des plus funestes
Les Romains qui habitoient
préjugés.
les chaleurs
un pays dont
sont encore plus
n'ont-ils pas élevé des monumens acablantes, qui demandoient des travaux prodigieux? Les Carthaginois, sous le ciel bralant de
ne s'étoient-ils
T'Afrique,
pas rendus maitres du commerce de T'univers? Parcourez
l'Asie mineure, la
TEgypte,
Grèce, vous verrez par
'est un des plus funestes
Les Romains qui habitoient
préjugés.
les chaleurs
un pays dont
sont encore plus
n'ont-ils pas élevé des monumens acablantes, qui demandoient des travaux prodigieux? Les Carthaginois, sous le ciel bralant de
ne s'étoient-ils
T'Afrique,
pas rendus maitres du commerce de T'univers? Parcourez
l'Asie mineure, la
TEgypte,
Grèce, vous verrez par --- Page 103 ---
ET EN SICILE
les monumens qui se sont conservés que la
chaleur n'avoit point étouffé l'énergie des
anciens peuples.
L'Opéra de Naples mérite une attention
particulière : en parler, c'est rappeler l'idée
de la musique la plus pittoresque, la plus
naturelle, la plus agréable, la plus sublime; peut être la plus parfaite. C Cours, vole
cà Naples, dit au joune musicien un auteur
c célébre, J. J. Rousseau; écoute les chefs-
< - d'oeuvre des Leo, des Durante, des Jo-""
C melli et des Pergolèze. >> C'est ici le véritable triomphe de cette nation. Sa supériorité dans cet art enchanteur et divin est reconnue. La nature même semble l'avoir for:
mée pour la musique : l'inflexion de la voix,
la prosodie del la langne; tout réspire Tharmonie, tout annonce une nation chantante.
Les belles voix y sont très-communes. IY
a des conservatoires uniquement destinés à
enseigner la musique; Piccini y a été élevé.
Les Italiens estiment singulièrement la voix
des castrats. Cette barbarie qu'on exerce sur
les malheureuses victimes du gont national,
à Naples, à Rome, à Vénise, et dans presque toute l'Italie, est sévérement proscrite --- Page 104 ---
VOXAGE EN ITALIE
en apparence; ; mais la loi a mis une excepa
tion qui sert de prétexte aux opérateurs .et.
aux parens assez malheureux et assez dénaturés pour sacrifier ainsi leurs enfans. L'exception portée par la loi est la maladie du
garçon et son consentement : on conçoit que
les parens ont aisément ce consentement.
Les beaux arts ont toujours été en hon-.
neurà Naples. Cette ville a la gloire immortelle d'avoir vu, naitre en son sein le Tasse,.
dont le nom est à juste titre placé à côré de
ceux d'Homère et de Virgile; elle a aussi
produit Fabio Colonna, naturaliste et botaniste célébre; Jean-Baptiste Porta, philosophe, mathématicien et médecin. très savant,
etle père de la Torre, infiniment habile dans
ce qui regarde la physique expérimentale et:
les mathématiques; le cavalier Bernin étoit
né à Naples, ainsi que l'Espagnolet, Giordano,et Salvator Rosa. Le Calabrois et Solimène ont aussi vulejour dans le territoire
de Naples.
it Fabio Colonna, naturaliste et botaniste célébre; Jean-Baptiste Porta, philosophe, mathématicien et médecin. très savant,
etle père de la Torre, infiniment habile dans
ce qui regarde la physique expérimentale et:
les mathématiques; le cavalier Bernin étoit
né à Naples, ainsi que l'Espagnolet, Giordano,et Salvator Rosa. Le Calabrois et Solimène ont aussi vulejour dans le territoire
de Naples. --- Page 105 ---
FT E N SICILE
CHAPITRE X..
Environs de Naples. Mont Vesuve.
Ex sortant de Naples, on voit le mont Paui )
silippe, qu'o on appelle aussi la grotte de Pau:
silippe, parce que. ce mont est percé d'une
extrêmité.à l'autre par un chemin souter:
rain, qui peut avoir un mille, d'Italie ; audessus de lentrée même de la grotte, du
côté de Naples, est une masure ou espèce
detour en brique, haute dedix à douze pieds;.
c'est ce qu'on appelle le tombeau de Virgile:
la vérité est qu'on ignore où ses cendres reposent. A une demi-lieue plus loin est la, Sol:
Jarara.sinsiappelde a causeda. soufre qu'elle
produit. De-là je me suis transporté à Baies
pour, voir les curiosités sans nombre renfer-:
mées dans, un - espace de quelques milles.
On trouve d'abord le famenx lac Lucrin,.
dans lequel les Romains mettoient des pois:: --- Page 106 ---
VOYAGE EN IT ALIE
sons et des huitres pourles engraisser. Aun,
demi-mille, vous voyez le lac Averne. Sur
une colline voisine est la fameuse caverne
que les anciens ont dit être habitée par la
sybille de Cumes; c'est par-là qu'Enée est
supposé, par Virgile, être descendu aux
enfers. En revenant sur SeS pas, on trouve
surla droite le mont Falerne, si célèbre chez
les anciens par ses vins excellens. Tout ce
pays est couvert de ruines antiques : clestlà
que Marius, Sylla, Pompée, César, Pison,
et une infinité d'autres illustres Romains,
avoient de magnifiques maisons de plaisan:
ce; ce fut à Baies que le premier triumvirate
futarrété, entre César, Pompée et Crassus;
2 Néron y résolutla mortd'Agrippine sa mérep
et mit le comble à tous ses forfaits par un:
parricide; enfin, c'est dans les environs dei
Baies qu'est l'ile de Capri, autrefois de Caprée, si célèbre par le séjour d'Auguste, si:
infame par: celui de Tibère.
L 4ES
De Caprée je mis à la voile pour retourner à Naples, qui en est éloigné de trente
milles : la mer éloit calme,le vent doux et
favorable, le jour pur et serein; de la hauteur de Caprée, située à l'extrémité du goli.
phe,
ons dei
Baies qu'est l'ile de Capri, autrefois de Caprée, si célèbre par le séjour d'Auguste, si:
infame par: celui de Tibère.
L 4ES
De Caprée je mis à la voile pour retourner à Naples, qui en est éloigné de trente
milles : la mer éloit calme,le vent doux et
favorable, le jour pur et serein; de la hauteur de Caprée, située à l'extrémité du goli.
phe, --- Page 107 ---
ET E N SICILI E.
phe, j'apperçus la Vaste étendue de cette
baie qui peut avoir soixante milles de circonférence; quelle vue! quelspectacle! ici, sont
de hautes montagnes couronnées d'une éternelle verdure;1 là, des plaines couvertes des
plus riches moissons ; plus loin, des rochers,
des caps; des vallées, des débris de ces anciens volcans qui ont tour à tour bouleversé
et fécondé ce pays; par-tout la nature dessinée à grands traits, ou plutôt paroissant
n'avoir produit toute cette côte que dans ses
momens de caprice, ou'comme un jeu de
sà puissance ; des villes détruites et renversées, Pompéia, Herculanum ensevelis sous
les cendres et la lave du Vésuve ; Portici;
le délicieux Portici; bâti sur ces ruines ; au
fond de la scène ,- ce Jameux,'ce terrible
Vésuve. , ce goufre einllamimévomisannt des
tourbillons de fumée ; le bas de cette montagne redoutable offrant le contrasteleplns
frappant, par un mélange de bosquets', de
vignobles, de vergersy-de-villes, de bourgs,
de villages : tel est, en général, tout ce'climat, tout ce pays, qu'on reste tonjours;
en le décrivant, bien au-dessous des beautés qu'il renferme, Ehi! quelle plume, quel
Tome 1.
G --- Page 108 ---
VOTAGE EN ITALIE
pinceau pourroit rendre ce luxe de la nature, cette végétation
comme le dernier prodigieuse qui en est
effort, cet. air suave et
embaumé, ce ciel admirable et
charmans
pur, ces
paysages, cette contrée
vorée par le Vésuve et les
qui, déraines, renait,
explosions soutercommele phénix, de ses propres cendres, plus brillante et plus belle?
Il faut quitter cependant cette
sur laquelle je m'arrête avec la description même
lupté que j'ai ressentie sur les lieux
Voil faut T'abandonner
mêmes;
pour monter à ce Vé.
suve, àicette montagne
qui paroit se consumer elle-méme et qui se renouvelle. sans
cesse, aux pieds del laquelle mourut
ce martyr de T'histoire naturelle. J'ai Pline,
la gravir tout seul, à laide d'un voulu
qui souvent
bâton,
s'enfonçoit tout entier dans la
cendre. A mesure qu'on monte, les difficultés
augmnentent-isppnoche du cratère est
sur-tout terrible; ili sort de différentes crévasses des exhalaisons acides et, sulfureuses : ces vapeurs sont suffoquantes. Le sol
estd'une chaleur sensible. La circonférence
du cratère est toute couverte de sable brulé
et rouge, sous. lequél:il y a dés pierres cal-
souvent
bâton,
s'enfonçoit tout entier dans la
cendre. A mesure qu'on monte, les difficultés
augmnentent-isppnoche du cratère est
sur-tout terrible; ili sort de différentes crévasses des exhalaisons acides et, sulfureuses : ces vapeurs sont suffoquantes. Le sol
estd'une chaleur sensible. La circonférence
du cratère est toute couverte de sable brulé
et rouge, sous. lequél:il y a dés pierres cal- --- Page 109 ---
ET E N SICILE
cinées. C'est par un chemin presque perpendiculaire, mais praticable néanmoins à
cause des pierres saillantes. La chaleurqu'on
éprouve dans le cratère est si considérable
qu'on croit être dans une étuve. J'aurois
voulu pénétrer plus avant, mais le peu de
solidité du terrain sur lequel je marchois,
la crainte de le voir fondre à chaque instant
sous mes pieds, 2 m'empéchérent de pousser
plus loin ma curiosité, qui m'ent été funeste
sans être utile ni glorieuse : elle eût étéinutile, car qu'aurois-je pu ajouter aux observations du pére de la Torre? observations
qu'on ne peut même lire qu'avec un certain
effroi. Il a conclu qu'une pierre lancée dans
cet abyme mettoit un peu plus de six secondes pour parvenir jusqu'au fond, et que
par conséquent la profondeur totale devoit
être d'environ cinq cent quarante-trois pieds.
Lacépède a publié un ouvrage dans lequel
vil explique, d'une manière très-heureuse,
tous les phénomènes des volcans, par T'électricité. Le professeur Vairo, de Naples 7 a
observé que des barres de fer, dressées perpendiculairergent pendant une éruption, deviennent électriques. On a vu sur le somGa --- Page 110 ---
VOYAGE N ITALIE
met du Vésuve des éclairs
les Italiens appellent
serpentans que
ferilli : on
peut-être les attribuer à du
pourroit
ble, si commun dans
gas inflammaavec quelle facilité
tonte TItalie. Ori sait
il
est en contact avec Tair; s'enflamme, dès qu'il
plosion bruyante
on sait aussi Texmélange
qu'il produit,
le
avec une quantité
lorsqu'on
pur. Le baron de
suffisante d'air
la nature de'
Dietrich, en parlant de
ces feux, ajoute trois
tions : la première, c'est
observamorceaux de lave
qu'en frottant des
autres, , ils
vitrifiée les uns contre les
forte odeur donnent du feu, 1 9 et exhalent une
de soufre; la
la
seconde, c'est
laveagit sur l'aimant; la
que
qu'un papier qui étoit resté troisième, c'est
près d'une monticule
trois heures auvelle bouche del
provenant d'une nouCes
T'Etna, en devint lumineux:
observations peuvent mener
la nature, avare de ses
très-loin:
deviner
secrets, ne les laisse
que peu à peu; mais l'homme de
génie qui sait qu'ancun de ses procédés
indifférent, que les plus grands
n'est
les plus heureux résultats
événemens,
ses
dérivent de cauplus petites en apparence, que les effets les
différens ont souvent une affinité im-
d'une nouCes
T'Etna, en devint lumineux:
observations peuvent mener
la nature, avare de ses
très-loin:
deviner
secrets, ne les laisse
que peu à peu; mais l'homme de
génie qui sait qu'ancun de ses procédés
indifférent, que les plus grands
n'est
les plus heureux résultats
événemens,
ses
dérivent de cauplus petites en apparence, que les effets les
différens ont souvent une affinité im- --- Page 111 ---
ET E N SUCILI E.
perceptible (puisqu'une simple propriété de
l'aimant a perfectionné, changé la navigation), tirera quelque jour un grand parti de
ces premières observations, et de celles qu'on
y a ajouté depuis. Les villes d'Herculanum
et Pompéia furent ensévelies lors de la terrible éruption du Vésuve T'an 79, sousl'empire de Titus. On a tout lieu de conjecturer, par'le petit nombre de corps morts
qu'on a trouvés dans ces villes, que les habitans eurent le tens de prendre la fuite.
Le premier bâtiment que l'on découvrit fut
un théàtre : on y trouva une inscription sur
laquelle se lisoit le nom de la ville d'Herculanum. Ce fut un grand trait de lumière:
on se flatta de voir toute T'antiquité dévoilée, et de recouvrer sur-tout les monumens
littéraires dont on regrette la perte avec tant
de raison. Mais les fouilles ont été trop négligées ; il faudroit infiniment plus d'ouvriers ; d'ailleurs, on ne peut sacrifier la
ville de Portici qui est au-dessus. Ona trouvé des peintures à fresque, et plus de mille
tableaux qui sont en détrempe. Rien de plus
agréable que les peintures qui représentent
des danseuses et des centaures : elles sont
G 3 --- Page 112 ---
VOTAGEJEN NITALIE
légères comme la pensée, belles comme les
Graces, et ne peuvent être que d'un
maitre. Si dans une ville telle
grand
que celled'Herculanum, il se trouve des morceaux de cette
distinction, à quel point de perfection la
peinture n'a-t-elle pas du étre portée dans
les terns brillans de la Grèce? : On a
les statues
déterré
équestres du vieux et du jeune
Nonius Balbus, et un Alexandre à
statue d'un très-grand mérite
cheval,
du travail. Les manuscrits parl'excellence
qu'on a trouvés
jusqu'ici sont peu satisfaisans: : ils sont écrits
sur des feuilles très-minces de
de roseau
papyrus, 2 ou
d'Egypte, qui sont roulées autour
d'un pivot ou cylindre en bois. La
ont un palme de hauteur (environ dix plupart
ces), quelques-uns en ont deux et d'autres poutrois.
Rouléecdleportentiusprta quatre
de diamètre ou
doigts
d'épaisseur, 2 certains méme
jusqu'à un demi-palme. Tous ces manuscrits ne sont écrits que d'un seul côté, c'està-dire, du côté de l'intérieur des rouleanx,
et sont divisés par colonnes larges de
tre doigts. Chaque colonne contient quaron une quarantaine de
envilignes. Ceux
a déroulés jusprà
qu'on
présent sont tous grecs.
prta quatre
de diamètre ou
doigts
d'épaisseur, 2 certains méme
jusqu'à un demi-palme. Tous ces manuscrits ne sont écrits que d'un seul côté, c'està-dire, du côté de l'intérieur des rouleanx,
et sont divisés par colonnes larges de
tre doigts. Chaque colonne contient quaron une quarantaine de
envilignes. Ceux
a déroulés jusprà
qu'on
présent sont tous grecs. --- Page 113 ---
FT EN SICILE.
Comme Herculanum étoit une ville grecque
d'origine, il est assez naturel de penser que
lalangue grecques'y étoit conservéeau point
d'avoir été peut-être la seule en usage. Cependant les caractères sont italiques. Le
père Antoine Piaggi proposa un expédient
pour dérouler ces papiers 1 que la moindre
imprudence pouvoit détruire entièrement.
Il ne seroit pas facile, sans le secours de
figures, de donner une idée de la manière
d'opérer de cet homme industrieux. Les quatre manuscrits qui ont été entièrement déployés se sont trouvés, par un hasard assez
singulier, être du méme auteur, Philodemus, de la secte d'Epicure, et contemporain de Cicéron, qui ien fait mention, ainsi
qu'Horace. Le premier est une dissertation
pour prouver que la musique est dangereuse
pourles moeurs et pour T'état; le second contient le second livre d'un traité de rhétorique dont T'objet est de montrer Tinfluence
que T'éloquence a dans l'administration d'un
état; le troisième renferme le premier livre
de cette rhétorique, et le quatrième un traité
des vertus et des vices. On a reconnu que
les rues d'Herculanum étoient tirées au cor-,
G 4 --- Page 114 ---
VOYAG E EN ITALI IE
deau,et qu'elles avoient de chaque côté des
trottoirs ou parapets pour les gens de pied.
La plupart des maisons n'ont qu'un étage;
les escaliers sont étroits. Il paroit qu'anciennement on n'en connoissoit que de deux
sortes, ou les escaliers à vis, ou les rampes
droites en échelles. On a trouvé deux pains
biens conservés, des bracelets d'or, des pendans d'oreilles d'or, des tasses d'argent avec
leurs soucoupes, enfin, des ustensiles de
ménage en assez grande quantité pour monter une maison entière à la romaine. --- Page 115 ---
E. T E N SICIL 1 E.
CHAPITRE : XI.
De la Sicile.
Arnis un assez long trajet, 9 me voici enfin dans la Sicile, dans. cette contrée si fertile que Cicéron T'appeloit le grenier de Rome, la nourrice du peuple romain. Les vues
pittoresquesde Naples m'avoient jetédans un
véritable enchantement. Eh bien ! la beauté
de toutes ces vues disparoit auprès de celle de
Messine : il semble que la nature ait voulu
prouver combien elle est supérieure à T'art.
Une langue de terre assez étroite qui s'étend
du côté de la mer y a trace un des plus beaux
et des meilleurs ports du monde connu, dans
lequel plus de mille vaisseaux sont en streté
contre tous les vents, dans toutes les saisons, et artiventjusqu'aux maisons des né:
gocians. La beauté de la campagne, la douceur du climat sont au-dessus de toute ex-
il semble que la nature ait voulu
prouver combien elle est supérieure à T'art.
Une langue de terre assez étroite qui s'étend
du côté de la mer y a trace un des plus beaux
et des meilleurs ports du monde connu, dans
lequel plus de mille vaisseaux sont en streté
contre tous les vents, dans toutes les saisons, et artiventjusqu'aux maisons des né:
gocians. La beauté de la campagne, la douceur du climat sont au-dessus de toute ex- --- Page 116 ---
VOYAGE E N ITALIE
pression. Il n'est pas rare de voir les jeunes
personnes des deux sexes se réunir
danser jusqu'au coucher du
pour
infiniment
soleil: les airs sont
agréables, les danses vives et 16gères; tout respire la joie, et l'on se croit
transporté au tems de Théocrite,
a laissé de si belles
qui nous
de la Sicile. Messine descriptions des plaisirs
n'offre point
ni d'édifices modernes
d'antiques,
bien
mais il y a d'assez bons tableaux remarquables; des
leurs peintres
meilsiciliens, entre autres, de Messinèze, qu'onj; F eut appeler l'Albane de la
Sicile. De Messine à
Taormina, on voit
tout la campagne la mieux cultivée. Taor- parmina n'offre rien de
remarquable; mais dans
l'ancienne ville, qui portoitlenom de Taurominium, on trouve des restes d'édifices qui
donnent une grandeidée de sa magnificence.
Le plus curieux de ces monumens est le théàtre; la scène y existe dans toute son intégrité:
je ne sais ce qui doit
l'emporter, ou sa belle
situation 9 ou l'élégance de sa structure.
Il est sur une colline à l'orient de la ville,
d'oi T'on a le coup-d'ail le plus agréable
qu'il soit possible
d'imaginer; onyo
toute la hateur de l'Etna. Les
découvre
siéges desspec. --- Page 117 ---
E' T EN SICILE
107.
tateurs sont tournés vers cette montagne; la
vue s'étend à droite et à gauche vers Messine et vers Catane; et plus bas, on voit la
mer resserrée entre les rivages délicieux de
la Calabre et de la Sicile. La vaste étendue
de ce théâtre, le plus grand que l'on connoisse, m'a étonné : je n'aurois jamais pu
concevoir comment les acteurs pouvoient se
faire entendre de la foule prodigieuse des
pouvoit contenir, si lexspectateurs qu'il
périence que j'ai faite ne m'en avoit pleinement convaincu. J'ai placé mon guide en,
différens endroits, en lui recommandant de
m'adresser la parole ; par-tout j'ai entendu
très-distinctement tous les mots qu'il prononçoit, même ceux qu'il proféroit à voix
basse. Il est bon néanmoins de remarquer
nulle
la trace de ces
qu'on ne trouve
part
vases d'airain dont parle Vitruve, 3 lesquels
avoient la propriété de renforcer la voix des
acteurs; cet effet, si surprenant, doit donc
provenir de la construction de l'édifice, et,
selon moi, la chose est bien plus extraordinaire que l'oreille de Dénis à Syracuse, dont
j'aurai bientôt occasion de parler; car il est
tout simple que les moindres sons se trans-
nulle
la trace de ces
qu'on ne trouve
part
vases d'airain dont parle Vitruve, 3 lesquels
avoient la propriété de renforcer la voix des
acteurs; cet effet, si surprenant, doit donc
provenir de la construction de l'édifice, et,
selon moi, la chose est bien plus extraordinaire que l'oreille de Dénis à Syracuse, dont
j'aurai bientôt occasion de parler; car il est
tout simple que les moindres sons se trans- --- Page 118 ---
1o8
VOTAGE E N ITALIE
tent dans l'espèce de tuyau que forme cette
grotte ; mais qu'en plein air, et dans touté
la circonférence d'un demi-cercle
du, la voix se fasse entendre
fort étendans toutes les
également bien
lignes de sa
voilà
'ce qui me paroit véritablement direction,
et ce qui dépose en faveur de admirable,
l'architecte et de
Thabilité de
des
sa profonde connoissance
proportions de ces mémes
autre monument
lignes. Un
non moins
une naumachie,
remarquable est
ou peut-étre des bains
blics, avec cinq réservoirs
publes par la forme et
d'eau, semblade différente
parlarchitecture, mais
grandeur. Que de difficultés
n'a-t-on pas eu à vaincre pour exécuter
pareil ouvrage dans des lieux si
un
Je vis sur la ronte de Taormina montueux.
le charmant
à Catane
village de Jaci, où
immola à sa jalousie le malheureax Polyphème
berger
Acys, amant de Galathée, et le
un fleuve qui porte
changea en
ici le pays de la
encore son nom. C'est
mythologie : chaque
y
rappelle quelque fable ornée
pas
tion des
par Timaginapoëtes que T'aspect de tant de sites
enchantés devoit naturellement rendre
riante et plus exaltée. Catane
plus
est une ville --- Page 119 ---
ET EN SICILE
délicieusement située : le principal monument qu'on y voit est le théâtre ; mais ce qui
mérite sur-tout d'étre vu, c'estle Muséum,
qui est dans. le couvent des Bénédictins de
Saint-Nicolas d'Asena. On y distingue plus
de trois cents vases de terre, tous trouvés
en Sicile, et de la plus grande beauté, tant
par leur forme que par le dessin des figures.
Il n'y a rien là de médiocre : ils'en faut bien
cependant que ce Muséum, quelqu'intéressant qu'il soit, approche de celui du prince
Biscari. Ce dernier est un des plus complets
de lItalie, et peut-étre du monde entier :
statues, bustes, 3 bas-reliefs, vases, bronzes,
camayeux, médailles rares, collection immense d'histoire naturelle, jointe à une autre collection d'instrumens de mécanique; ce
Muséum renferme tout, et tout y. est nombreux, admirable et du plus beau choix.,
ant que ce Muséum, quelqu'intéressant qu'il soit, approche de celui du prince
Biscari. Ce dernier est un des plus complets
de lItalie, et peut-étre du monde entier :
statues, bustes, 3 bas-reliefs, vases, bronzes,
camayeux, médailles rares, collection immense d'histoire naturelle, jointe à une autre collection d'instrumens de mécanique; ce
Muséum renferme tout, et tout y. est nombreux, admirable et du plus beau choix., --- Page 120 ---
a10
VOYAGE EN ITALIE
CHAPITRE XII
Mont Etna. Suite de la Sicile.
Lin mont Etna, situé près de Catane, est
une des plus hautes montagnes du monde
Le Vésuve avec ses éruptions semble un jeu
d'enfans comparé à TEtna, ou ce qu'est un
lac tranquille à la mer en fureur. La Tour
du philosophe est une tour ronde, bâtie ein
pierre et en chaux qu'Empédocle fit, diton,
construire pour être.à portée de connoitre la
nature et les causes des phénomènes de ce
volcan, ou plutôt c'est un fort bâti par les
Normands qui pouvoient découvrir de-1 là
toutes les côtes de la Sicile. Voici une description vive, pittoresque et sublime du sommet de TEtna, par le baron de Riedesel, dans
son Voyage en Sicile et dans la grande
Grèce. xC'est ici, dit-il (la Tour du philo-
* sophe), proprement le sommet de la to- --- Page 121 ---
ET EN SICILE
11f
talité de l'Etna. Ce sommet a six milles
a de circonférence. C'est dans le milieu -de
- cette circonférence que se trouve le crae tère ou l'entonnoir du gouffre; ce cratère
e a deux milles de haut... Je jettai, des pierres dans le gouffre; mais il n'en parvint
A pas le moindre bruit à mon oreille. L'abiK me me parut sans fond; une fumée épaisse
en sortoit sans interruption : on entendoit
un bruit sourd comme celui des vagues
K de la mer lorsqu'elle est agitée par la teme pête, ou comme celui que fait un vaste
& fourneau dans lequel on fait fondre des
&: matières.
C'est ici que j'ai joui de la
e vue la plus étendue et la plus belle qu'on
a puisse imaginer. Je vis d'abord le soleil
*, sortirde derrière les montsAppennins, de
* la Calabre, s'élever majestueusemmont, et
M dorer de ses rayons toute la côte orientale
e de la Sicile et la mer qui sépare cette ile de
cette méme Calabre..
Vous appercevez
les nuages flotter au-dessous de vous, et
* le soleil former, par leur moyen, les om-
* bres les plus pittoresques. On s'imagine
dominer la nature: ; on se croit quelque
a chose de plus qu'humain en se voyant si
* la Calabre, s'élever majestueusemmont, et
M dorer de ses rayons toute la côte orientale
e de la Sicile et la mer qui sépare cette ile de
cette méme Calabre..
Vous appercevez
les nuages flotter au-dessous de vous, et
* le soleil former, par leur moyen, les om-
* bres les plus pittoresques. On s'imagine
dominer la nature: ; on se croit quelque
a chose de plus qu'humain en se voyant si --- Page 122 ---
VOXAGE EN ITALIE
K fort élevé au-dessus de tout ce quirespire.
semblables aux four-
( Chétifs mortels! qui,
a mis, vous battez sur une motte de: terre
un vil fétu
K d'une très-petite étendue, pour
( de paille, qu'est-ce qu'un royaume au prix
la terre au
e de toute la terre? cqu'est-ce que
e prix de l'immensité des mers? qu'est-ce
K que les mers au prix de la totalité du sys-
< tême du monde P.. 2e Je ne pus contems' offroientà ma vue
s pler tous les objets qui
sur l'état actuel de cette ile
% sans gémir
( comparée avec ce qu'elle étoit jadis. Peutd'un ceil indifférent tant
4 on voir, en éffet,
4 de cités, tant de nations, tant de richesK ses qui se sont anéanties, et la Sicile ene tière renfermer à peine autant d'habitans
4. que la seule Syracuse en comptoit autredouze cents mille ames.> Les
e fois, savoir
phénomènes quel TEtna présente sont du plus
grand intérêt. On a observé que Taiguilleaimantée est fort agitée sur le sommet de la
montagne, qu' 'elle se fixe néanmoinstoujours
lui faille plus de tems pour
aui nord, quoiqu'il
est au
prendre cette position, que lorsqu'on
bas de TEtna: : on observe encore que le mercure, dans le baromètre, tombe presqu'àdix
degrés --- Page 123 ---
ET ENSICILE
degrés plusb bas, sur le sommet, qu'au pied
de la montagne.
La route de Catane à Syracuse n'est agréa:
ble qu'un Virgile à la main. Le pays n'a plus
la même beauté; mais de quel souvenir douloureux, de quelle idée affligeante n'est-on
pas accablé, lorsqu'arrivé à Syracuse, on
jette les yeux sur cette ville, qui, dans le
tems de sa gloire, résista plusieurs fois aux
flottes les plus nombreuses des Carthaginois
et des Athéniens, et à des armées de deux
cent mille hommes; Syracuse contenoit dans
l'enceinte de ses murs, ce qu'on n'ajamais
ir
vu nulle part ailleurs, des flottes et des armées capables de faire respecter au loin sa
puissance. Syracuse, la patrie de tant de
grands hommes, entre autres d'Archimede,
cette citéla rivale de Rome, n'est plus qu'une
petite ville où l'on ne compte pas au-delà de
quatorze mille habitans. Ce qu'ily a de plus
remarquable c'est le port, quia, dit-on, six
milles de circonférences ensuite le théâtre et
les latomies ou prisons. Dans une de ces
latomies existe encore en entier la fameuse,
oreille de Dénis. C'est une grande caverne
taillée dans le roc, laquelle a quatre-vingt
Tome I.
II
, n'est plus qu'une
petite ville où l'on ne compte pas au-delà de
quatorze mille habitans. Ce qu'ily a de plus
remarquable c'est le port, quia, dit-on, six
milles de circonférences ensuite le théâtre et
les latomies ou prisons. Dans une de ces
latomies existe encore en entier la fameuse,
oreille de Dénis. C'est une grande caverne
taillée dans le roc, laquelle a quatre-vingt
Tome I.
II --- Page 124 ---
VOYAGE EN ITALIE
et cent
pieds de hauteur perpendiculaire,
au moins de long; elle a réelvingt pieds
d'une oreille humaine. Le
lement la forme
l'avoit fait construire de manière que
tyran
produisoient se rassemtous les soDS quis'y
comme dans un
bloient et se réunissoient
le tympan:
foyer en un point qui s'appeloit
lilyavoit un petit trou qui communiquoit
devenue inaccessible depuis
à une chambre
il avoit coude tems, et dans laquelle
pen
il
son oreille
tume de se cacher; appliquoit distinctement tout
à ce trou, et il entendoit
faisoit
disoient les personnes qu'il
ce que
dans cette caverne 1 par le moyen
renfermer
si bien
d'un écho si sensible, et qui repète d'une
le même son que le déchirement extrémité à
feuille de papier retentit d'une
l'antre.
autour de la
Icij'interrompis mon voyage à travers les
côte : je coupai en ligne directe orientale, où il
aller de la côte
terres pour
à la mén'y avoit plus rien d'intéressant, dit avoir
ridionale. Parvenu à Licata, qu'on
ville
bâtie sur les ruines de la célèbre
été
me rendre à Malde Géla, je profitai pour
on en trouve
the d'un bâtiment malthois ; --- Page 125 ---
ET EN SICILE,
continuellement dans la rade : ce sont des
petits bateaux à six rames très-plats et trèsétroits; rien n'est plus sûr pour naviguer
dans la Méditerranée; ils échappent aux
poursuites des corsaires par leur vitesse et
aux efforts des vagues par leur légéreté. L'ile
et la ville de Malthe n'offrent rien d'intéressant, si ce n'estlordre religieux et militaire
qui en fait la gloire: Il n'est pas de notre
plan d'en tracer T'histoire. .Personne n'ignore
qu'on vit au fameux siège de Rhodes les for:
ces immenses que. l'Asie avoit déployées, se
briser contre une poignée d'hommes chez
quila valeur suppléa au nombre. Cette époque fut celle de,la grande gloire des chevaliers de Malthe, autrement de Saint-Jean de
Jérusalem. Je me suis remis en mer, et
après quelques milles, Agrigente s'est présentée à ma vue; mais ce n'est plus cette
ville autrefois la plus considérable de la Sicile après Syracuse. Le monument le mienx
conservé c'est le temple de la Concorde ; il
est encore en entier, et on en a fait une
église. Je ne m'arrétai presque pas à Agrigente, et je poursuivis ma 1 route vers Palerme. Si l'ile de Malthe me rappela celle de
H 2
mer, et
après quelques milles, Agrigente s'est présentée à ma vue; mais ce n'est plus cette
ville autrefois la plus considérable de la Sicile après Syracuse. Le monument le mienx
conservé c'est le temple de la Concorde ; il
est encore en entier, et on en a fait une
église. Je ne m'arrétai presque pas à Agrigente, et je poursuivis ma 1 route vers Palerme. Si l'ile de Malthe me rappela celle de
H 2 --- Page 126 ---
VOYAGE E N ITALIE
sur le sommet duCalipso, le mont Eryx,
de Véquel on avoit bâti le fameux temple
des
me ramena dans le pays
nus Erycine,
eut d'élever sur cette
fables. L'idée qu'on
doit sans doute
montagne un templeàVénus
de cette
à la beauté des femmes
son origine
aussi blanches que les AIcontrée; elles sont
l'être, et
lemandes ou les Angloises puissent
à cet éclat de la peau de grands yeux
joignent
de feu, avec des profils à la grecnoirs pleins
régularité. Si ce sexe
que de la plus grande séduisant dans le reste
enchanteur est si
Test-il
combien davantage ne
pas
de T'Italie;
blancheur éblouissante
ici, où il réunit une
quelquefois
à la vivacité italienne 'tempérée
des
voluptueuse, un
plus
par cette langueur
et dont une sencharmes de l'amour,
grands
est tout à la fois ét la cause
sibilité extrême
voix y sont très-commuetla suite; les belles foible idée que je vous
à cette
nes. Joignez
des Siciliennes, un esdonne des attraits
très-cultivé, et vous
prit naturel et souvent
doit exerpourrez jnger à quel pointTamour deux sexes , sous
sur les
cer ici son empire
est si vive,
un ciel brhlant, où V'imagination dire avec
les organes si délicats, qu'on peut --- Page 127 ---
ET EN SICIL E.
vérité que tout Sicilien est amoureux 1 que
tout Sicilien est poète. Le grand seigneur
comme le simple particulier, le riche comme le pauvre, , le citadin comme le villageois, tous chantent lés beautés de la campagne, les appas de leurs maitresses ; ils
vont pendant la nuit sous leurs fenêtres exprimer leurs transports dans des vers qu'ils
composent ordinairement im-promptu, et
qu'ils accompagnent avec la guitarre ou la
mandoline. On voit encore, comme au tems
de Théocrite, 7 des bergers se disputer entre
eux le prix du chant. On conçoit aisément
que ces poëtes, ces nombreux improvisateurs sont des hommes très-médiocres en
poésie ; cet art demande une imagination
sage, et non déréglée, une composition cor- -
recte qui exige de revenir cent fois à l'ouvrage: aussi Horace se moque des versificateurs de son tems qui produisoient des centaines de vers stans pede in uno. Les excès
auxquels la jalousie portoit autrefois les Siciliens sont devenus fort rares. Il en est de
méme, en général, dans toute l'Italie. Le
Marino est la plus belle promenade de Palerme : tout le monde s'y rend le soir, hom:
H 5
ée, une composition cor- -
recte qui exige de revenir cent fois à l'ouvrage: aussi Horace se moque des versificateurs de son tems qui produisoient des centaines de vers stans pede in uno. Les excès
auxquels la jalousie portoit autrefois les Siciliens sont devenus fort rares. Il en est de
méme, en général, dans toute l'Italie. Le
Marino est la plus belle promenade de Palerme : tout le monde s'y rend le soir, hom:
H 5 --- Page 128 ---
118 VOYAGE EN ITALIE
mes et femmes, les uns à pied, les autres
voiture. La police en intercit l'accès à
en
Y a-t-iljamais eu de loi
tous les flambeaux.
plus commode pour les intrignes amoureuses ? ne croiriez-vous pas qu'elle émane de
de cette
Vénus Mghatboelakpedenmes
sombre obscurité, les femmes 'ont encore la
précaution de s'envelopper de grands voiles
noirs qui les cachent entièrement; habillement ancien, reste du costume espagnol,
particulièrement affecté aux bourgeoises de
ainsi
celles de tout le royaucette ville,
qu'à
me. Parme est, comme toutes les grandes
villes de TItalie, rempli d'églises et de palais, de statues et de tableaux. On voit dans
le choeur de la cathédrale les statues des
douzeapôtres, de marbre blanc; elles sont de
qu'on appelle le Michel Ange de la
Vegino,
certainement pas
Sicile, qpuoiquilnapiocher
de la manière de ce grand maitre. Il; y a quafunéraires dont le travail, quoitre urnes
tout à fait dans le style
qu'il ne soit pas
beau. A Parme,
grec, est cependant fort
villes de
comme dans la plupart des grandes
,la multitude des prèl'Etat Ecclésiastique des
de loi est un
tres, des moines et
gens --- Page 129 ---
ET EN SICILE.
grand fléau. Aussi cette ville, quoiqu'elle
soit l'entrepôt de tout le commerce extérieur de la Sicile, a peu de' grands négocians nationaux ; mais l'agriculture y paroit aussi florissante qu'elle est négligée aux
environs de Rome:
H 4 --- Page 130 ---
VOYAGE E N IT A LIE
XIII.
C HAPITRE
De la Toscane et de Florence.
Crsràp Palerme quej'ai terminé ma course
dans la Sicile. Je n'ai pas vu le reste de la
côte septentrionale jusqu'au Phare, parce
rien d'intéressant :
qu'il n'y a absolument
mieux aimé de profiter d'un vaisseau anjai glois qui alloit faire voile pour Civita-Vecchia, où je suis arrivé après quatre jours de
navigation.J'en partis bientôt pourallerjoindre la grande route qui conduit de Rome à
quejefusse edeme
Florence. Quelqu'impatient
rendre dans cette nouvelle Athène, je m'arrètai cependant à Sienne pour en voirlesgrands
monumens 9 entre autres $ la cathédrale.
Après Saint Pierre de Rome, c'est l'édifice
le plus curieux qu'il y ait en ce genre : quoigothique, ce vaste vaisseau est très maque
La chapelle Chigi est d'une magnijestueux.
ôt pourallerjoindre la grande route qui conduit de Rome à
quejefusse edeme
Florence. Quelqu'impatient
rendre dans cette nouvelle Athène, je m'arrètai cependant à Sienne pour en voirlesgrands
monumens 9 entre autres $ la cathédrale.
Après Saint Pierre de Rome, c'est l'édifice
le plus curieux qu'il y ait en ce genre : quoigothique, ce vaste vaisseau est très maque
La chapelle Chigi est d'une magnijestueux. --- Page 131 ---
ET E N SICILE
ficence que rien n'égale. Il y a deux statues
de marbre blanc, de grande beauté, la Madelaine et le Saint-Jérôme du Bernin. Ce qui
captive sur-tout l'admiration, cest le pavé
en mosaique, représentant les traits remarquables de l'Ancien et du Nouvean-Testament. L'exécution et le dessin en sont admirables: : ce sont des tableaux d'aussi grande
manière que les plus beaux de Raphaël. On
voit dans cette église des tableanx de Pérugin, de Raphael, etc. ; et des statues précieuses de Michel Ange, de Donatelli, de
Mazzuoli. 11 n'y a qu'onze lieues de Sienne
à Florence, qu'on a bien eu raison d'appeler
Florence-la-Belle. Le commerce, et sur tout
l'art de la laine, arte dellalana, a é1é unedes
principales sources de la puissance de cette
ville. La maison de Médicis est une de celles
quise distinglrearleplesdomsise commerce
des Jaines. K C'étoit, dit Voltaire, une chose
( aussi admirable qu'éloignéede nos moeurs,
e de voir un citoyen qui faisoit toujours le
e commerce, vendre d'une main les deurées
e du Levant, et soutenir del lautre le fardeau
K de la république ; entretenir des facteurs
e et recevoir des ambassudeurs; résister au --- Page 132 ---
123 VOYAGE EN
e
ITALIE
pape, faire la guerre et la paix, être
racle des
l'o:
princes 9 cultiver les belles-lettres, donner des spectacles
accueillir tous les
au peuple, et
barie des Turcs savans grecs que la barforçoit de s'éloigner de
Constantinople. > Les Médicis
pendant plus de deux siècles.
régnèrent
que avoit besoin de
Cette républisent à couvert des défenseurs qui la mismalheurs
trainé toutes les factions
qu'auroient enson sein.
qui s'élevoient dans
jours
Qnoique les Florentins fussent toule bon trésjaloux de leur liberté, ils eurent
à
esprit, la sagesse de rester attachés
cette maison, dont ils connoissoient la
saine politique.
mots, reconnoit Quiconque ne se paie pas de
avec de bonnes aisément qu'on est plus libre
loix, ou du moins une bonne
police, sous des chaînes de
la dévorante et
lleurs, que dans
tions. Ce fut tyrannique anarchie des facleplus
ce motif qui inspira au peuple
démocratique de l'univers, aux Athé.
niens, l'idée de laisser
dant trente ans,
gouverner seul, penplutôt
Périclès, par confiance, ou
titre, par nécessité, quoiqu'il n'eut aucun
aucun pouvoir spécial. Je brulois d'ims
patience de voir cette célèbre galerie où sont
nes de
la dévorante et
lleurs, que dans
tions. Ce fut tyrannique anarchie des facleplus
ce motif qui inspira au peuple
démocratique de l'univers, aux Athé.
niens, l'idée de laisser
dant trente ans,
gouverner seul, penplutôt
Périclès, par confiance, ou
titre, par nécessité, quoiqu'il n'eut aucun
aucun pouvoir spécial. Je brulois d'ims
patience de voir cette célèbre galerie où sont --- Page 133 ---
ET E N SICILE
rassemblés tant de chefs-d'oeuvre dans tous
les genres : ce fut aussi là où je portai mes.
premiers pas, mes premiers regards. C'est
icile cas de répéter ce quej'ai déja dit, qu'il
est des choses qu'aucune description ne peut
rendre. J'aurois beau vous dire tel tableau, 3
tel poëme, est d'une conception vaste, d'une
ordonnance sage, d'un coloris frais et suave,
d'une touche vigoureuse: ; vous n'en saurez
davantage. Il faut le voir, il faut le lire.
pas
Je ne vais donc qu'indiquer rapidement ce
quim'a le plus frappé. Parmi les statues je
désignerai Leda, Apollon touchant la lyre,
Narcisse; Pâris, le Satyre Marsias > une
Vestale, un Athlète vainqueur qui tient un
vase. Parmi les bustes, j'ai sur-tout distingué Antinoiis, Marc - Aurèle, Agrippine,
Sénèque, Sophocle, Cicéron, Caligula, Galba, Brutus, Pertinax et Alexandre mourant,
chef-d'ceuvre pour la force de l'expression et
la grandeur du caractère. La chambre dite
des Peintres renferme les portraits des
peintres les plus célèbres d'Italie, de France, de Flandre et d'Allemagne, peints par
eux-mémes. On peut regarder cette collection précieuse comme une histoire vivante --- Page 134 ---
VOYAGE E N ITALIE
des peintres; elle fait connoltre à la fois leur
touche et les traits de leur
bre dite des Idoles
visage. La chambreuse de divinités renferme une suite nomantiques, de bronze.
y a trois cents autres
Il
dont
antiques en
quelques têtes sont de
bronze,
relle ; celles de Tibère,
grandeur natuFaustine,
d'Antinotis et de
les ont sontd'antant plus estimées
une ressemblance
qu'elmédailles. Dans la
parfaite avec les
mands
chambre dite des Fla.
sont cent cinquante tableaux de Rubens, de Van Dyk, de Van der
Gérard Dow, etc., etc.; mais la chambre Werff,de
de la Tribune
dite
éclipse tout ce qu'on a vu jusques-là. C'est ici que la peinture et la
ture semblent se disputer l'admiration sculpdes
spectateurs. Vous voyez d'abord six statues
antiques... Jeme trompe : quelque grand
soit
que
leurmérite, vous n'en voyez, pour ainsi
dire, qu'une : une seule arrête, malgré
VOS regards ; c'est la Vénus de Médicis vous, il
existe tant-de copies de ce chef-d'oeuvre : de
l'art qu'il esti inutile d'en faire la
A côté de cette statue est
description.
une autre Vénus,
appelée Céleste ou Pudique : cette statue,
sur-tout le corps, est de la plus grande
eme trompe : quelque grand
soit
que
leurmérite, vous n'en voyez, pour ainsi
dire, qu'une : une seule arrête, malgré
VOS regards ; c'est la Vénus de Médicis vous, il
existe tant-de copies de ce chef-d'oeuvre : de
l'art qu'il esti inutile d'en faire la
A côté de cette statue est
description.
une autre Vénus,
appelée Céleste ou Pudique : cette statue,
sur-tout le corps, est de la plus grande --- Page 135 ---
ET. E N SICILE
beauté; il,le faut bien puisqu'on la trouve
belle, méme après avoir vu l'autre. Un Faune jouant 'des cymbales, est aussi une des
plus belles statues qui aient été conservées:
les Lutteurs forment un grouppe excellent
trouvé à Rome vers la fin du treizième siè.
cle; malgré la difficulté de l'exécution, on
n'apperçoit point de parties foibles dans cet
ouvrage. Un autre non moins remarquable
c'est l'Espion ou le Rotateur ; la tête surtout est de la vérité la plus frappante. Si
vous passez aux chefs-d'oenvre de la peinture, vous la verrez étaler ici toute sa puissance, toute sa magie : c'est-là que se trouvent les deux Vénus du Titien, un SaintJean-Baptiste de Raphaël, deux Vierges du
même, une Vierge du Guide, une du Corrège, une du Titien, une d'André del Sarto,
un Satyre par AnnibalCorrnche, une SainteFamille du Parmesan, etc. Dans une autre
chambrestTHermaphroditescette belle figure, de marbre blanc, est représentée couchée surune peau de lion. Enfin, il y a dans
une autre pièce le plus riche médailler de
l'Italie. On y compte environ douze mille --- Page 136 ---
VOYAGE E N ITALIE
médailles, parmi
des médailles
lesquelles on distingue
Les
grecques fort rares.
églises et les palais renferment aussi
plusieurs chels-d'ceuvre de l'art. Je
vous entretenir
ne vais
tendre rien ôter que du des principaux sans pré
mérite des autres.
l'église de la
Dans
Nunziata, et le couvent des
Servites, qui en dépend, vous
un cloître un tableau célèbre voyez dans
Sarto, la Madona del
d'André del
dans l'église de
Sacco. Suivez-moi
la sacristie. O Saint-Laurent:e Michel
entrons dans
paroit ici
Ange! que ton génie
tion
sublime; à quel point de
as-tu porté en ce moment
perfec:
etla sculpture!
Tarchitecture
que ces deux statues du
et de la Nuit,
Jour
lée. de Julien de qui.-accompagnent le mausoMédicis, sont admirables.
Quelle noblesse, quelle vérité
dans celle de la Nuit!
d'expression
statue; c'est
non, ce n'est pas une
une femme
doux sommeil,
plongée dans un
qui respire et qui vit.
un second tombeau, celui de
Dans
Laurent duc
d'Urbin, sont deux autres figures, le Crépuscule du Soir et l'Aurore. Un feu de
position, un caractère de dessin
cominimitable,
usoMédicis, sont admirables.
Quelle noblesse, quelle vérité
dans celle de la Nuit!
d'expression
statue; c'est
non, ce n'est pas une
une femme
doux sommeil,
plongée dans un
qui respire et qui vit.
un second tombeau, celui de
Dans
Laurent duc
d'Urbin, sont deux autres figures, le Crépuscule du Soir et l'Aurore. Un feu de
position, un caractère de dessin
cominimitable, --- Page 137 ---
ET E N SICILE
une manière fière et grande, des formes belles et savantes, se font remarquer dans ces
quatre morceaux.
On peut jouir à Florence de la société
des femmes; elles se sont débarrassées enfin de leurs éternels sigisbés. Cet usage est
tombé d'une manière très - sensible : elles
ont compris qu'il valoit bien mieux voir qui
bon leur sembloit que d'avoir sans cesse sur
leurs pas cette espèce d'écuyers, d'amis de
la maison, 3 la plupart du tems plus importuns, plus tyranniques, plus ombrageux que
les maris eux. mémes. La Toscane peut se
vanter d'avoir été la patrie des premiers restaurateurs des arts et des sciences. Voilà ce
qui établit à jamais sa gloire. Quels grands
hommes elle a produit dans tous les genres !
un Bocace, un Machiavel, un Guichardin,
un Toricelli, un Viviani, un Michel Ange,
an Donatello, un Lulli, etc. 9 etc. --- Page 138 ---
VO Y A G E E N ITALIE
C HAPIT a
RE
XIV.
République de Lucques.
La proximité de Lucques m'a engagé &
faire une excursion hors de la Toscane. J'ai
voulu voir cette ville qui est le siège d'une
petite république, dont le territoire n'a pas
plus de huit lieues en tout sens ; mais qui,
par Ja sagesse de sa politique et de son gouvernement, est venueà bout de conserver la
liberté et d'entretenir l'abondance dans son
sein. Le pays est sispérieurement cultivé.
Les Lucquois penvent être appelés les fourmis laborieuses de TItalie. On y compte, sur
une aussi petite étendue, cent vingt mille
habitans. Le gouvernement est aristocratique. Deux cent quarante ou deux cent cinquante nobles composent alternativement,
tous les deux ans, le sénat, en qui réside
la supréme antorité législative : il est présidé --- Page 139 ---
ET E N SICILE
dé par un gon/alonnier, qui,a le titre de
prince de la république et jouit dé tous les
honneurs du souverain, et de neuf conseillers nommés anciens qui changent tous les
deux ans ; mais ils n'ont que le droit de proposer au sénat les objets de délibération.
L'égalité républicaine règne par-tout. Les
nobles sont dans T'heureuse impossibilité de
se ruiner. On ne connoit ni ducs, ni comtes,
nimarquis. Point de luxe particulier ; leluxe
public est seul permis. On ne souffre ni pauvres, ni fainéans; ni mendians, ni vagabonds. N'est-ce pas là le modèle d'un excellent gouvernement? Il n'y manque guère
que la balance des trois pouvoirs pour en
faire une vraie république. Aussi T'ai-je aps
pelé gouvernement aristocratique. I
Tome 1
I
se ruiner. On ne connoit ni ducs, ni comtes,
nimarquis. Point de luxe particulier ; leluxe
public est seul permis. On ne souffre ni pauvres, ni fainéans; ni mendians, ni vagabonds. N'est-ce pas là le modèle d'un excellent gouvernement? Il n'y manque guère
que la balance des trois pouvoirs pour en
faire une vraie république. Aussi T'ai-je aps
pelé gouvernement aristocratique. I
Tome 1
I --- Page 140 ---
VOYAGE E N ITALIE
XV.
C HAPITRE
Pise. Etat de Génes.
Ex revenant sur mes pas, pousallerm'embarqueràl Livourne, je passai par la ville dePise sâns m'y arrêter. Le trajet de Livourne en Sardaigne est si court que j'arrivai en
de tems dans cette ile; mais ce pays,
peu ainsi que la Corse, où l'on se rend en moins
d'une heure par le détroit de Bonifacio qui
le sépare de la Sardaigne, ne méritent guère
sur-tout après
une description particulière,
celle de T'Italie. Le trajet de Corse à Génes,
cette partie de la Méditerranée qu'on appar la rivière de Génes, la petite mer de #
Gonesestires-court.) pelle
Il faut tout au plus deux
heures avec un vent favorable. Depuis longcette ville
un rôle brillant dans
tems
joue
de la LiT'histoire : elle devint la capitale
si
rendit les Génois
gurie. Le commerce --- Page 141 ---
ET E N SICILE,
puissans qu'ils parurent avec éclat dans les
croisades, étendirent leurs conquétes sur
la Corse, la Sardaigne, Minorque, Syracuse, et jusque sur la Crimée; battirent les
Sarrasins, les Espagnols et les Turcs, et
dispurèrent l'empire de la mer aux Vénitiens dan's une longne guerre qui ne fut terminée que par la paix corclue en 1381. Ce
qui doit paroitre extraordinaire, c'est que
dans ces tems de grandeur et de gloire pour
les Génois, ils étoient déchirés par des divisions intestines. Avant de parler de la forme du gouvernement de cette répablique,
ilr n'est pas inutile de dire un mot de la noblesse gênoise. On en distingue de deux sortes, l'ancienne etla nouvelle: l'ancienne est
composée de vingt-huit familles, qu'André
Doria déclara, en 1528, être les'seules capables d'occuper les charges du gouvernement et de parvenir à la dignité de doge.
Toutes les autres familles sont mises dans
la classe du peuple. Cependant comme il y
en avoit plusieurs riches et considérables
qui murmutèrent d'une exclusion Si injuste,
on les enta, pour ainsi dire, sur les vingthuit familles dont nous venons de parler, P
I 1 2
vingt-huit familles, qu'André
Doria déclara, en 1528, être les'seules capables d'occuper les charges du gouvernement et de parvenir à la dignité de doge.
Toutes les autres familles sont mises dans
la classe du peuple. Cependant comme il y
en avoit plusieurs riches et considérables
qui murmutèrent d'une exclusion Si injuste,
on les enta, pour ainsi dire, sur les vingthuit familles dont nous venons de parler, P
I 1 2 --- Page 142 ---
VOYAGE EN IT A LIE
a32
de prendre le nom de l'une
en les obligeant
d'entre elles; ilfallut même dans la suiteleur
de reprendre leurs vrais noms et
permettré
armes,. et créeraussi une nouvellenoblesse,
comprend cinq cents familles. Toute
qui
sorte de distinctions a disparu aujourd'hui
l'ancienne etla nouvelle enoblesse. Touentre familles nobles sont inscrites dans un
tes les
le
à Vénise.
livre d'or, ainsi qu'on pratique
faire le comUn noble ne déroge point pour
de
merce : on cite une lettre d'un négociant
Hambourg à un doge de Gênes, laquelle
avoit cette adresse: Au seigneur Nicolas
marchand de fer et doge de Génes. C'est
les Médicis étoient à la fois souainsi que
verains et négocians.
La forme de gouvernement est aristocratique. A la tête de la république, qui prend
de Génes,
le titre de sérénissime république
le
dignité à laquelle on ne peut
est
doge,
de cinquante ans. On D
parvenir avant T'àge deux
et l'on ne
fait T'élection tous les
ans,
réélu
bout de cinq. On ne
peut être
qu'au
sans son consentepeut rien entreprendre sanction aux dément, et il doit donner sa
du sénat. Après le doge, les collèges
crets --- Page 143 ---
T EN SICILE.
des gouverneurs et des procurateurs tiennentle premier rang. Le premier, composé
de douze membres qui forment, conjointement avec le doge, le conseil d'état, est appeléla signoria ; le second est formédel huit
membres, sans compter ceux qui, après
toute leur
avoir été doges , sont procurateurs
vie; ils interviennent, ainsi que les gouverdu
neurs 1 aux délibérations importantes
grand conseil. Le grand conseil est composé
de quatre cents personnes, et le petit de
cent : l'un etl'autre se renouvellent tous les
d'une élection faite vers la
ans, au moyen
fin de décembre. Les cinq suprèmes synsont chargés d'examiner la
dics, supremi,
des
conduite des doges, 9 des gouverneurs;
lorsque le tems de leur adprocurateurs,
ministration est fini.
Malgré la décadence des forces de terre
et de mer de cette république, son commerce n'a pas dépéri dans la même proportion ; il se soutient encore dans un état asbrillant,
les huiles, les vins, les
sez
par
les vefruits, les étoffes d'or et d'argent,
lours, les damas, les satins, les soieries de
Le beau marbre qui porte le
toute espèce.
I 3
le tems de leur adprocurateurs,
ministration est fini.
Malgré la décadence des forces de terre
et de mer de cette république, son commerce n'a pas dépéri dans la même proportion ; il se soutient encore dans un état asbrillant,
les huiles, les vins, les
sez
par
les vefruits, les étoffes d'or et d'argent,
lours, les damas, les satins, les soieries de
Le beau marbre qui porte le
toute espèce.
I 3 --- Page 144 ---
VOTAGE E N ITALIE
nom de Carare, se tire, comme on sait, des
environs de Génes. Cette ville, qu'on a appellé la Superbe, est bâtie sur le penchant
elle s'élève en amphithéad'une montagne;
de plus de mille huit
tre, sur une longueur
est
cent toises tout à V'entour du port, qui
demi-cercle et quia plus de mille toien de diamètre. Celte ville présente un coupses
aussi magnifique que celui ide
d'oeil presque
Les
Naples; mais Tintérieur n'y répond pas.
rues sont étroites et inégales. Génes renferde très-beaux palais et des églises déco:
me
Ily a de fort beaux
rées avec magnificence.
morceaux en peinture et en sculpture, enla statue de Saint-Sébastien du
tre autres,
admirable pour l'exPuget, chef-d'ceuvre
TItalie
pression. Mais quand on a parcouru
le voyageur et son lecteur sont, en quelque
fatigués d'admirer, et rassassiés de
sorte,
monumens et de leurs descriptions. --- Page 145 ---
ET EN SICILE
CI HAPIT RE XVI.
Résumé de ce voyage.
Le voila donc terminé ce voyage de Genève, du Piémont, de l'Italie et de la Sicile,
dans toute leur étendue, depuis Genève et
le mnont Cénis jusqu'à la vue des lieux où
fut Carthage, et terminé au retour à cette
partie des Alpes qui borde.la rivière de Gé.
nes, et quej j'ai côtoyée en revenant de cette
ville pour me rendre à Antibes, et de-là à
Marseille.
Quand on entre en Italie, on a l'imagination remplie de tous les grands événemens
de l'histoire romaine ; quand on quitte cette
terre classique, on croit encore voir tous les
monumens, toute la délicieuse contrée qu'on
vient de quitter. Ces grandes, ces ravissantes images 7 ces souvenirs si attrayans semblent vous y ramener encore : on est pressé
I 4
ée en revenant de cette
ville pour me rendre à Antibes, et de-là à
Marseille.
Quand on entre en Italie, on a l'imagination remplie de tous les grands événemens
de l'histoire romaine ; quand on quitte cette
terre classique, on croit encore voir tous les
monumens, toute la délicieuse contrée qu'on
vient de quitter. Ces grandes, ces ravissantes images 7 ces souvenirs si attrayans semblent vous y ramener encore : on est pressé
I 4 --- Page 146 ---
a36
VOTAGEEN ITALIE
du besoin de les décrire, ces beautés, ces
de la nature et de Tart; onl
chefs - d'ceuvre
revivre
la
on veut faire
par
veut perpétuer,
la description,. tout ce qu'on
pensée, par
vient
vient de voir, tout ce qui
d'épuiainsi dire, T'admiration, tout ce
ser, pour
tant l'ame en a été
qu'on croit voir encore ,
émue ! Eh! qui pourroit ouprofondément
tant des déblier tant de sites pittoresques 1
tant de ruines éloquentes, et
bris augustes,
sur-tout tant de monumens en tout genre
oûlon, passe de T'admiration au ravissement,
Je crois
à Tenthousiasme?
de l'étonnement
voir encore cet Antinoiis qu'on touche pour
s'assurer que ce n'est que du marbre, cette
de Vénus sortant du bain, cet Apolstatue Belvédère: non, ce n'est pas du marlon du
sont des divinités
bre que vous voyez, ce
demandent votre encens. Les modernes
qui
les anont égalé, sur -1 tout en sculpture,
le
ciens : voyez le Moise de Michel-Ange,
en exDavid de Bernin, sa Sainte-Thérése
je sens
ne puis me
tase. Je m'arrête;
queje
enItalasser de parler de tout ce que j'ai vu
n'ai pu me lasser de le conlie, comme je
de nouveau
templer. On est tenté de décrire --- Page 147 ---
ET EN SICILE.
les mêmes objets, comme on seroit tenté de
revenir aux mémes lieux, à ces paysages
auxquels la nature a joint jusqu'aux contrastes les plus frappans, pour en faire mieux
ressortir les beautés, pour en faire goûter davantage les délices. Tels sont les contrastes
qu'offrent les sublimes horreurs, les beautés
apres et sévères du montCénis,les éxplosions a
dévorantes de l'Etna et du Vésuve, et les
formes menaçantes, les hauteurs sauvages
et terribles , mais majestueuses, des Alpes.i
Il n'est pas indifférent de retracer ici,
dans un exposé court et rapide, les crimes
dont tant de papes se sont souillés. Le voyageur peut-il avoir traversélItalie sans se rappeler tant de monstres qui ont pesé sur cette
belle contrée, qui en onta abruti les peuples,
enfin, qui ont laissé bien loin derrière eux
les tyrans de l'ancienne Rome? Damase Ier,
fut convaincu d'adultère. Symmaque fut
l'horreur des Romains. Constantin II, pétri de tous les vices , fut condamné à perdre
la vie et à mourir en prison. Etienne II contrefit une lettre de Saint-Pierre pour appeler Pepin à son secours. Des têtes coupées,
des langues arrachées furent les événemens
ta abruti les peuples,
enfin, qui ont laissé bien loin derrière eux
les tyrans de l'ancienne Rome? Damase Ier,
fut convaincu d'adultère. Symmaque fut
l'horreur des Romains. Constantin II, pétri de tous les vices , fut condamné à perdre
la vie et à mourir en prison. Etienne II contrefit une lettre de Saint-Pierre pour appeler Pepin à son secours. Des têtes coupées,
des langues arrachées furent les événemens --- Page 148 ---
VOYAGE E N ITALIE
mémorables du pontificat d'Etienne IIL)
Etienne VI, pontife sanguinaire et factieux,
fit déterrer le corps de Formose son prédécesseur et son ennemi; étendant ainsi sa vengeance au-delà même du tombeau, il fit couper à son cadavre la main droite et la téte,
et jeter le tronc dans le Tibre. Les Romains,
révoltés du despotisme d'Etienne VIII, lui
mutilèrent le visage à ne plus se montrer.-
Jean X ne dut sa thiare qu'à Théodora sa
concubine; Marozie, fille de Théodora, fit
enfermer le pontife, amant de sa mère 9
dans un cachot où on l'étouffa. Jean XI,
fils de cette même Marozie, concubine d'Albéric, duc de Spolette, fut fait pape par le
crédit de sa mère; il mourut en prison.
Jean XII fut déposé dans un concile tenu
à Rome, en 965, et fut convaincu, entre
autres crimes, d'avoir donné les croix et les
calices à ses maitresses, pour y boire dans
des orgies pontificales ; il fut assassiné, en
964, par un gentilhomme romain qui le
trouva couché avec sa femme. Jean XIII,
élu pape malgré les Romains, se vengea du
préfet de Rome en le faisant fouetter publiquement et mourir en exil. Jean XXII ven- --- Page 149 ---
ET E N SICIL E.
dit les bénéfices, les incinlgences, les dispenses, les pénitences ; il ent vendu JésusClirist une seconde fois : ilfut accusé d'hé.
zésie, mais il se retracta. Jean XXIII, corsaire de son premier métier, acheta lathiare
à beaux deniers comptans ;' il fut déposé
après avoir étéaccusé dedébauche, de blasphéme, de pédérastie. Génébrard, archevéque d'Aix, assure que pendant cent cinquante ans, qui embrassent en partie le
neuvième et le dixième siècles, l'église fat
gouvernée par des papes extrémement dissolus et d'un déreglement énorme ; les femmes faisoient tout : Théodora et Marozie
disposoient del'élection des papes. Ces femmes étoient deux monstres de cruauté, deux
phénomènes diimpudicité : on voyoit sur le
trône pontifical, tantôt leurs amans, tantôt leurs bàtards: Sergius III, convaincu
d'assassinat, étant fils de cette Marozie,
hérita de la papanté.
Dans le onzième siècle, Téglise, semblable au Cerbère de la fable, étoit nn corps
à trois têtés, gouverné par trois papes les
plus déterminés mauvais sujets de la chrétienneté, Benoit IX, Silvestre Ill et Gré-
le
trône pontifical, tantôt leurs amans, tantôt leurs bàtards: Sergius III, convaincu
d'assassinat, étant fils de cette Marozie,
hérita de la papanté.
Dans le onzième siècle, Téglise, semblable au Cerbère de la fable, étoit nn corps
à trois têtés, gouverné par trois papes les
plus déterminés mauvais sujets de la chrétienneté, Benoit IX, Silvestre Ill et Gré- --- Page 150 ---
VOTAGE EN ITALIE
goire VI. Pour Boniface et Etienne VII, le
cardinal Baronius avoue de bonne foi que
c'étoient de francs scélérats, des monstres
exécrables. Benoit VI fut étranglé en prison par ce Boniface et Crescentius, fils de
Jean X et de la courtisanne Théodora. Benoit IX revendit le pontificat comme il l'avoit acheté, Benoit XI fut empoisonné
des cardinaux mécontens de
par
sa tyrannie.
Innocent VII, au rapport de Platine son
secrétaire, envoya onze citoyens romains à
son neveu, le marquis de Campiceni,
les fit
qui
précipiter par. les fenêtres d'après le
voeu de son oncle. Un des derniers papes de
ce nom, , Innocent IX, laissa tomber la puissance de Saint-Pierre en quenouille : la signoria Olympia Maldachini, sa belle-sceur,
disposoit avec la princesse de Rossano,
sa nièce, des trésors temporels et spirituels. Paul II mourut couvert de crimes.
Nicolas III fut auteur des vépres siciliennes. Urbain VI fit périr six cardinaux dans
les tortures, et, sa mort fut une fête universelle dans l'église. Jule II étoitambitieux
et plutôt soldat que pape. Grégoire VII fut
l'auteur de 500 ans de guerres sangla ntes.. --- Page 151 ---
ET EN SICILE.
14*
Eh ! que sont tous ces monstres en comparaison d'un Alexandre VI, le second Caligula de Rome? Il y a eu quelques papes
vertueux, , tels qu'un Benoit XIV, un Ganganelli; mais leur nombre se réduit à sept
ou huit.
Cette multitude de moines, de toute robe, de toute couleur, de tout ordre, dont
l'Italie pullule, cette milice des papes qui
leur donne des milliers d'auxiliaires dans les
autres. états de la chrétienneté, ces grandes
familles sans pères et sans enfans, nous font
penser à donner ici un tableau rapide de la
manière dont se sont formés tant d'ordres
religieux : ce sera comme une histoire abrégée de cette partie des superstitions humaines. Les premiers moines et anachorettes
furent Saint-Jean.Baptiste et les prophètes.
Ainsi, vers le milieu du troisième siècle,
Saint-Paul, fuyant la persécution de Décè,
se retira dans le désert. Il n'y avoit alors
que de véritables moines. Bientôt Saint-Pacôme et Saint-Antoine réunirent un certain
nombre d'anachorettes, qu'on appela cénobites, parce qu'ils vivoient en société; et
e'est ainsi qu'on doit nommer tous les re-
anachorettes
furent Saint-Jean.Baptiste et les prophètes.
Ainsi, vers le milieu du troisième siècle,
Saint-Paul, fuyant la persécution de Décè,
se retira dans le désert. Il n'y avoit alors
que de véritables moines. Bientôt Saint-Pacôme et Saint-Antoine réunirent un certain
nombre d'anachorettes, qu'on appela cénobites, parce qu'ils vivoient en société; et
e'est ainsi qu'on doit nommer tous les re- --- Page 152 ---
VOXAGE E N ITALIE
ligienx, excepté- le petit nombre d'hermiLes disciples de Saint-Pa
tes ou soliraires.
côme se miliplièrent aut point que, pour
célébrer la Pàque, ils se rassemblérent en
dans le monastère de Tabenne, au
Egypte
à
mille homnombre de quarante cinquante
De
cet ordre s'étendit dans
mes.
TEgypte,
la Palestine, la Syrie, le Pont, la Cappadoce, remplit TOrient, T'Ethiopie, 9 et péIndes. Dans le quatrième
nétra jusqu'aux
et
Saint-Athanase Tétablit en Italie;
siècle,
Saint-Martin le fonda
peu de tems après,
cénobites
dans les Gaules. Nos premiers
étoieat laiques et mariés. Les couvens des
religieuses furent en grande partie composés des épouses des religieux. Quelques
cénobites, s'étant livrés à l'éuns de ces
dans les yilles, et
tude, furent appelés
nombre des ascèdès-lors aussi rayés du
tes. Ils rendirent cependant à cette époque
services à la France. Les vertus
de grands
d'ardeur étoient
qu'ilsexerçoient avec le plus
le silence et la chasteté : aussi connoissoitdont
on alors des continens et dessilenciaires
même les noms aujouron ne trouve pas
chez les foibles hu:
d'hui. Tout dégénère --- Page 153 ---
E T E N SICILE,
mains. Bientôt on vit s'établir, sans chefet
sans règle, des troupes multipliées de prétendus religieux errans, libertins et mendians. Saint-Benoit ranima cependant la ferveur des religieux par la règle sévère qu'il
établit au mont Cassin. L'esprit militaire se
méla bientôt à l'esprit monastique. En vain
Saint-Odon, dans le dixième siècle, établit
à Cluni la véritable discipline de T'église; ; la
fameuse croisade préchée par Saint-Bernard
porta jusqu'à la fureur le zèle de la chevalerie, qui, dans le onzième siècle, fit éclorre
les ordres hospitaliers sous les auspices de
Saint-Dominique et de Ssint-François-d'As
size; mais ces ordres, très-utiles durant les
croisades, dégénérèrent. Les uns furent libertins scandaleux, les autres, sur-tout celui de Saint-François-d' Assize, connu sous
le nom de cordeliers, joignirent à ce vice
celui d'être de pieux fainéans, ou plutôtdes
fainéans impies sous le titre de niendians.
Cetordre ne rougit pas de s'appeler ( et d'autres suivirent soIl exemple), ordre mendiant.
Peu de tems après, Saint-Robert établit la
discipline à Citeaux. Les Jésuites formérent
une classe distinguée parmi les ordres reli-
çois-d' Assize, connu sous
le nom de cordeliers, joignirent à ce vice
celui d'être de pieux fainéans, ou plutôtdes
fainéans impies sous le titre de niendians.
Cetordre ne rougit pas de s'appeler ( et d'autres suivirent soIl exemple), ordre mendiant.
Peu de tems après, Saint-Robert établit la
discipline à Citeaux. Les Jésuites formérent
une classe distinguée parmi les ordres reli- --- Page 154 ---
VOYAGE EN IT ALIE
les grands littéragieux, non-seulement par
talent
teurs qu'ils ont produit et par le rare
avoient pour T'éducation de la jeunesqu'ils mais aussi ( car le mal est presque touse, à côté du bien) par une ambition déjours
politique.
mesurée et par la plus profonde
ordres
L'influence, le pouvoir de tous les
diminué, même
religieux a considérablement
Italie. Il est aisé d'appercevoir les prinen
de la décadence de Tempire
cipales causes
Utiles d'abord
monastique et de sa grandeur.
furent estimés
et pauvres, ils prospérérentils
et accrédités : ensuite
et devinrent puissans ils abusèrent de leur ininutiles et riches,
fluence; ils devinrent corrompus etintrigans.
furent
avilis ; les autres.
Les uns
méprisés,
reconnus dangereux.
se sont reLes mêmes folies religieuses
des bords du Gange jusqu'à ceux
produites du Tage et du Tibre. La vie contemplative
dans les contrées de l'Asie et de
commença
que le corps n'agit qu'avec
T'Afrique, parce
mais Tamey rève
peine sous un ciel bràlant;
les faavec délice. Les mages, les brames, de TEuquirs ont précédé tous les moines
Si les bornes de cet ouvrage le perrope.
mettoient, --- Page 155 ---
ET EN SICILE.
mettoient, il seroit intéressant de rapprocher ces premières sectes des disciples de
Pythagore, des Thérapeutes, des Esséniens,
enfin, de tous ces ordres religieux que SaintBasile a fondés dans l'Orient, et Saint-Benoit dans l'Occident. L'imagination aimeroit à se promener antour des cellules de la
Thébaide; mais la philosophie s'attristeroit
bienrôt des abus innombrables qui ont été
la suite de tant de superstitions, de tant de
pieux délires.
C'estici le cas de placer ces réflexions aussi
justes qu'ingénieuses de Voltaire sur l'état
actuel de la religion, qui a autant dégénéré
que les institutions monastiques. ( Elle res-
< semble aussi peu, dit-il, à celle du Christ -
(c que celle des Iroquois. Jésus étoit Juif,
<c et l'on brule, ou l'on persécute les Juifs;
< il préchoit la patience et nous sommes inc tolérans ; il préchoit une bonne morale,
EC et nous ne la pratiquons pas. Il n'a point
ec établi de dogmes, mais les conciles y ont
KC bien pourvu: ; enfin, un Chrétien du troi-
<C sième siècle ne ressemble en rien à un
Cc Chrétien du premier. Jésus étoit un Esséec nien ; il étoit imbu de la morale de cette
Tome I.
K
'on persécute les Juifs;
< il préchoit la patience et nous sommes inc tolérans ; il préchoit une bonne morale,
EC et nous ne la pratiquons pas. Il n'a point
ec établi de dogmes, mais les conciles y ont
KC bien pourvu: ; enfin, un Chrétien du troi-
<C sième siècle ne ressemble en rien à un
Cc Chrétien du premier. Jésus étoit un Esséec nien ; il étoit imbu de la morale de cette
Tome I.
K --- Page 156 ---
YOYA GE E N ITALIE E
de celle de Z6e secte qui tenoit beaucoup du pur déis-
< non : sa religion approchoit T'avons infiniC me ; vous voyez que nous
C ment brodée. >
Rome est infiniL'histoire de l'ancienne
connue que celle des papes s; nous
ment plus
borner à en donner une
allons donc nous
aussi celle de
esquisse rapide qui contiendra
L'ancienne Rome 3 qui
son gouvernement.
de la fable pour caa eu besoin du secours
devint la a
cher la bassesse de son origine, suivit de
maitresse du monde. Sa fondation
celle de Carthage. Elle fut d'abord gouprès
après T'expulsion
vernée monarchiquements
l'autorité suprême fut partagée
de ses rois,
et le
Elle
entre les consuls, le sénat
peuple. et
entre les patriciens
chercha un équilibre
ne trouva
qu'elle
les plébéiens, 3 équilibre création d'un troidans la suite par la
que
les tribuns; alors seulement,
sième pouvoir,
Rousseau de Genècomme le dit très-bien
Cest ici le
Rome eut une constitution.
ve,
n'y plus revenir dans
cas d'observer, pour
n'ya de vraie
la suite de ces voyages 1 qu'il
qu'avec les trois pouvoirs
balance législative
l'un sur l'autre
qui exercent respectivement --- Page 157 ---
FI ET EN SICILE
la puissance tribunitienne. A Sparte, lautorité étoit partagée en trois branches., et ce
peuple étoit tranquille et henreux, tandis
que les Athéniens, dix ans seulement après
les loix de Solon, étoient déja fatigués des
divisions entre l'Aréopage et les assemblées
du peuple. Rome, toujonrs partagée entre
le sénat et le peuple, n'a presque jamais pu
avoir la paix dans son enceinte, et s'est
donné mille despotes passagers, tantôt sous
le nom de décemvirs, tantôt sous celui de
dictateurs,et a fini par en avoir un perpétuel sous.le nom d'empereur. Carthage, qui
avoit divisé, l'autorité en trois parts, entre
ses suffètes, son sénat et ses assernblées du
peuple, a joui d'une tranquillité intérieure
qui n'a jamais été troublée; heureuse par sa
liberté, par ses richesses, , par son commerce. Le gouvernement de la république romaine ne fut, à divers égards, qu'un gouvernement irrégulier, un mélange dela monarchie, de l'aristocratie et de la démocratie. C'est le hasard, suivantl'opinion de Polybe, ou plutot la nécessité. qui fit prendre
à la. république une forme que Lacédémone
avoit clioisie pour son gouvernement. Ce
K 2
blée; heureuse par sa
liberté, par ses richesses, , par son commerce. Le gouvernement de la république romaine ne fut, à divers égards, qu'un gouvernement irrégulier, un mélange dela monarchie, de l'aristocratie et de la démocratie. C'est le hasard, suivantl'opinion de Polybe, ou plutot la nécessité. qui fit prendre
à la. république une forme que Lacédémone
avoit clioisie pour son gouvernement. Ce
K 2 --- Page 158 ---
VOYAGE EN ITALIE
admirable chez les Roqu'ilya de vraiment
mains, c'est qu'ils méloient un sentiment
religieux à l'amour de la patrie. Ce Capitole
éternel comme la ville, cette ville éternelle
ces destinées aussi
comme son fondateur,
enéternelles que les oracles et les sibylles;
fin, toute leur religion assuroit leur empire,
tout enfloit leur courage, tout leur faisoit comdevoir sacré de chérir, de défendre la
me un delui tout sacrifier ; aussi leur puispatrie,
dans les N derniers
sance devint telle, kque,
quand ils faisoient la guerre à un
tems,
ils'l'accabloient, pour ainsi dire', 9
prince,
Rome, à
du poids de T'univers.
proprement
fut moins une monarchie, ou une
parler,
tems de ses empereurs,
république,josqau formé de toutes les naque la tête d'un corps
le
tions du monde. L'amour de la patrie,
égal des terres, les loix somptuaipartage
sévérité de la discipline milires, T'extrême
continuelles que
taire, les guerres presque
Rome ett à soutenir pendant les quatre premières siècles, furent les principales causes
et de ses vertus. Cé que Rode sa grandeur
Rome
et vertuense avoit acquis,
me pauvre
l'eût bientôt perdu. Cet:
riche et corrompue --- Page 159 ---
E T EN SICILE
empire immense ne laissa plus, 0e qu'un grand
cadavre noyé dans son propre sang. On trou:
vera dans les voyages suivans, àl'article Carthage, l'histoire des guerres de Rome avec
cette république sa rivale. Nous nous bornerons à ajouter ici que Rome dut à cette
rivalité même sa gloire et sa puissance.
Quand les Romains n'eurent plus de rivaux, les vices ne s'insinuérent pas peu à
peu parmi eux; ils se précipitérent, ils se
débordèrent tous à la fois. Si Caton eut été
un grand politique,au lieu de dire sans cesse
dans le sénat delenda est Carthagos il faut
détruire Carthage, il auroit dit, il faut conserver Carthage. La réflexion la plus importante peut-être que fait naitre l'histoire rOmaine, c'est qu'elle est une preuve de cette
grande vérité, que ce n'est pas la fortune,
ni ce qu'on appelle hasard qui domine le
monde. Les Romains eurent une suite continuelle de prospérités tant qu'ilsse réglèrent
sur un certain plan, celui des beaux jours de /
leur république; ils eurent une égale suite
de revers, dès qu'ils se conduisirent sur un
autre plan.
En terminant ce voyage, voici une derK 3
histoire rOmaine, c'est qu'elle est une preuve de cette
grande vérité, que ce n'est pas la fortune,
ni ce qu'on appelle hasard qui domine le
monde. Les Romains eurent une suite continuelle de prospérités tant qu'ilsse réglèrent
sur un certain plan, celui des beaux jours de /
leur république; ils eurent une égale suite
de revers, dès qu'ils se conduisirent sur un
autre plan.
En terminant ce voyage, voici une derK 3 --- Page 160 ---
VOYAGE E N ITAL IE
nière réflexion qui m'est venue. Tous ces mooù l'art des anciens, et celui de quelnumens
modernes, a rivalisé avec la nature 9
ques écrits où le génie a brillé chez les anciens
ces
dans tout son éclat, ces
dans toute sa force,
poésies de Virgile, du Tasse et del TArioste,
où Timagination a déployé toutes ses richesT'élocution tous ses charmes; tant d'obses,
si
si
jets dans tous les genres, inspirans,
à allumer, à enflammer T'enthoupropres siasme, toutes ces créations que l'Italie rapà notre vue, ne sepelle ou qu'elle présente
roient-elles d'aucun fruit pour nous, pour
les Italiens eux-mêmes? Ne chercherons-nous
dont
à approcher de ces êtres privilégiés
pas dit la nature si avare, mais qui ne sont
on
le défaut d'encou-.
peut-étre. si rares que par
ragement de la part des puissances, et par
de jouir, des arla paresse ou Timpatiente
tistes. Neuf écoles de peinture sé sont forla renaissance des
mées en Enrope depuis
celles de Florence, de Rome, de Lom;
arts,
de Flandres, de Hollanbardie, de Vénise,
de, d'Allemagne, de France et d'Angleterre.
L'Italie', fière du nombre et de la supériorité de ses écoles, les a successivement per- --- Page 161 ---
FT EN SICILI E.
dues; elle n'a pas un peintre dont le nom
ait franchiles Alpes. L'école allemande n'est
plus, quoique l'Allemagne ait produit, dans
ce siècle, le célèbre Mengs; et l'école de Rubbens est également éteinte chez lesFlamands.
On ignore si Rembrandt et Gérard Dow
ont , en Hollande, des successeurs. En Angleterre, la présence même de Van Dyk n'a
pu animer la peinture; cependant une nouvelle écoles'y est élevée denosjours, et brille
dès son berceau ; elle brille méme par les
parties les plus importantes de T'art, la sagesse de la conception, la simplicité de la
composition, la beauté des formes et la justesse des proportions. Qui ne connoit par
la gravure les talens de Reynolds, West,
Copley, Gensborough, Coswai, etc., etc.?
Cest à la flamme du génie à électriser les
artistes ; elle seule les rendra créateurs ; elle
seule peut faire des Raphaël ou des Michel
Ange. L'école françoise n'a aujourd'hui que
David pour le grand genre; et, quoique ses
tableaux soient d'un vrai mérite, il y a une
aussi grande distance de David à Lebrun,
que de celui-ci à Raphaël ou à Michel Ange.
Il en est à peu près de tous les arts, comme
K 4
., etc.?
Cest à la flamme du génie à électriser les
artistes ; elle seule les rendra créateurs ; elle
seule peut faire des Raphaël ou des Michel
Ange. L'école françoise n'a aujourd'hui que
David pour le grand genre; et, quoique ses
tableaux soient d'un vrai mérite, il y a une
aussi grande distance de David à Lebrun,
que de celui-ci à Raphaël ou à Michel Ange.
Il en est à peu près de tous les arts, comme
K 4 --- Page 162 ---
VOYAG E EN ITALIE
de la peinture. Il n'est qu'un moyen de faire
revivre les beanx génies qui nous ont pré:
cédé; c'est d'avoir toujours ces grands mor
dèles devant les yeux, non pour les copier
servilement, non comme des maitres, mais
comme des rivaux qu'il faut atteindre et dé-.
passer dans 12 carrière de la gloire, dans le
champ de l'immortalité, Ils ont créé; il faut
créer comme eux : ils ont été sublimes et
divins; soyez sublimes et divins comme eux,
Ne vous bornez pas à être un Gassendi; as:
pirez: à étre un Descartes ou un Newton.
Voyez le Tasse; il vient après Homère et
Virgile, et se place fièrement entre eux. Le
préjugé le plus funeste est de croire que tout
est épuisé. Rien n'est plus faux. Au moment
où Labruyère écrivoit que tout étoit dit, il
produisoit lui-méme un onvrageabsolument
neuf. L'histoire naturelle, dans toutes ses
branches, n'est-elle pas une source inépuisable de découvertes? la philosophie a-t-elle
donc tout connu, tout approfondi? la métaphysique a-t-elle tout annlys6?Thistoiro
n'a-t-elle pas les plus grands événemens à
décrire? Les changemens survenus dans le
monde politique, la découverte de tant de --- Page 163 ---
ET. E N SICILE.
pays, les progrès des sciences et des arts ,
n'offrent-ils pas un nouveau champ à parcourir, une nouvelle moisson de gloire pour
l'historien qui saura la conquérir; et l'éloquence et la poésie, n'ontelles pas de grands
intérêts à présenter, de grands tableaux à
retracer. Lhistoire naturelle a dévoilé à
nos yeux presque toutes les merveilles de la
nature. Un nouveau monde a été découvert..
L'astronomie a vu son domaine s'agrandir;
les révolutions ont été prodigieuses dans les.
arts, comme dans les empires ; et la poésie
se traineroit dans les sentiers si long-tenis
battus d'ane mythologie bien inférieure,
quelque brillante qu'elle soit, à la nature
toute neuve, si je-puis me servir de cette
expression, qui s'offre à la plume du poëte,
comme au pinceau du peintre, au ciseau du
sculpteur.
L'art s'affoibliroit-il anjourd'hui avec la
nature ? Michel Ange qui a élevé le plus
beau temple du monde, Ammanati qui a -
construit le plus beau pont de Florence, se
sont en même tems immortalisés dans Ja
sculpture et la peinture; le Florentin Ani
drea Orcagna réunissoit aussi les trois ta-
qui s'offre à la plume du poëte,
comme au pinceau du peintre, au ciseau du
sculpteur.
L'art s'affoibliroit-il anjourd'hui avec la
nature ? Michel Ange qui a élevé le plus
beau temple du monde, Ammanati qui a -
construit le plus beau pont de Florence, se
sont en même tems immortalisés dans Ja
sculpture et la peinture; le Florentin Ani
drea Orcagna réunissoit aussi les trois ta- --- Page 164 ---
VOYAGE E N ITALIE
lens; le palais de Pandofini à Florence a été
faitsurles dessins de Raphaël; Brunellescho
étoit staluaire et architecte; le Bernin, à qui
l'on doit la magnifique colonnade de SaintPierre, a laissé des statues du plus grand
mérite ; Léonard de Vinci étoit peintre et
homme de lettres; Fra Paolo étoit géomètre;
anatomiste, mécanicien et historien; ; Leibnitz n'a-t-il pas été métaphysicien et trèsbon poète 2 Bacon n'avoit-il pas auparavant
embrassé tout le systême des connoissances
humaines? n'étoit-il pas une véritable encyclopédie vivante? Voltaire n'a-t-il pas mérité
la palme, le'laurier de Tuniversalité? Peuton quitter lItalie sans se rappeler à quel
point les anciens avoient fait briller le génie
dans tout son éclat, la raison dans toute sa
force, la vertu dans toute son. énergie, la
nature humaine dans toute sa dignité? Quelle
profondeur, quelle sagesse dans leurs institutions politiques ! quelle noblesse, quelle
perfection dans leurs arts ! ce sont des races d'hommes privilégiées dont l'humanité
s'enorgueillit. Les ames de leurs héros et de
leurs
philosophes étoient, en quelque, sorte
aussi bien proportionnées que les corps de --- Page 165 ---
ET E N SICILE.
leurs athlètes : ils offrent encore aujourd'hui
aux moralistes' des formes aussi admirables
que celles dont les peintres et les sculpteurs
s'empressent d'étudier les contours; ils sont
encore pour nous les meilleurs modèles de
l'éloquence et même de la politesse, non pas
de cette fausse politesse qui nait du luxe 9
de la frivolité et des mauvaises mceurs, mais
de la véritable politesse fondée sur la justesse d'esprit, la finesse du goût et le sentiment exquis de la belle nature. Les anciens
vivent encore pour nous dans lesmnonumens,
les écrits, les grands exemples qu'ils nous
ont laissés. Et vous, nations puissantes, environnez Thomme de génie de tous les trésors de l'art: : dès qu'un voyageur vous a fait
connoitre un grand établissement, un monument superbe, une riche collection chez
une autre nation, empressez.-vous d'en former une semblable chez vous. C'est ainsi
que les voyages joignent l'utilité à T'agrément, en faisant connoitre à un peuple les
richesses savantes ou commerciales des autres peuples, ,aux artistes d'un paysles grands
modèles qu'ils peuyent trouver dans d'autres
pays. C'est ainsi queles découvertes, les siri-
qu'un voyageur vous a fait
connoitre un grand établissement, un monument superbe, une riche collection chez
une autre nation, empressez.-vous d'en former une semblable chez vous. C'est ainsi
que les voyages joignent l'utilité à T'agrément, en faisant connoitre à un peuple les
richesses savantes ou commerciales des autres peuples, ,aux artistes d'un paysles grands
modèles qu'ils peuyent trouver dans d'autres
pays. C'est ainsi queles découvertes, les siri- --- Page 166 ---
156 VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE.
ples observations méme des voyageurs concourent à d'autres découvertes, et peuvent
servir à agrandir la sphère de tous les arts,
à faire fermenter T'émulation, à multiplier
à la fois nos. jouissances, nos plaisirs, nos
conuoissances.
Fix DU VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE. --- Page 167 ---
NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
E N 1788, 1789 ET 1790,
PAR LA VOIE DE L'ORIENT.
DE L'ASIE ET DE L'ARCHIPEL DE LA GRÈCE.
CHAPITRE PREMI E R.
De lile de Chypre, dAlep, de Damas et de
TEgypte.
Ce fut du port de Marseille que nous par:
times pour le Levant, en octobre 1788, au
moyen d'un vaisseau que nous trouvâmes
prét à faire route pour l'Egypte. Nous proftâmes d'autant plus volontiers de cette OC* --- Page 168 ---
NOUVEAU VOYAG E
casion que nous désirions depuis long-tems,
ou pluot que nous bralions d'envie de voir
la Grèce et la Turquie d'Europe, où nous
étions bien assurés de trouver les moyens
dê suivre notre projet de visiter toute T'Asie,
et de commencer ce, tour du monde parl'orient. Nous n'entretiendrons nos lecteurs;
ni des apprèts de notre voyage, ni du nom
et des talens dés personnes réunies avec nous
pour la grande entreprise de parcourir TAsie, l'Amérique et l'Afrique, et de faire le
tour du monde, ni des accidens qui arrivent toujours, comme ou le présume aisément, dans une. immense route. Ce n'est
point T'histoire du voyageur qu'il importe de
savoir; c'est celle des pays où il a voyage.
Notre première station fut à l'ile de Chypre: : elle contienténviron cent soixante lieues
d'étendue : elle est très-fertile quoiqu'iln'y
ait point de rivières, mais il y a une grande
quantité de sources. Le nom de cette ile retrace en vain des idées voluptueuses; en vain
elle réveille des souvenirs séduisans; en vain
les noms d'Amathonte et de Paphos figurent encore chez les poètes et lesi romanciers; ce n'est plus. cette ile où lon dit que
ile de Chypre: : elle contienténviron cent soixante lieues
d'étendue : elle est très-fertile quoiqu'iln'y
ait point de rivières, mais il y a une grande
quantité de sources. Le nom de cette ile retrace en vain des idées voluptueuses; en vain
elle réveille des souvenirs séduisans; en vain
les noms d'Amathonte et de Paphos figurent encore chez les poètes et lesi romanciers; ce n'est plus. cette ile où lon dit que --- Page 169 ---
AUTOUR DI U M O N.D E.
159 -
Vénus se réfugia au sortir de l'onde. Ces
villes et l'ancienne Chypre ne subsistent
plus que par. des ruines. Nous en recherchâmes. les monumens avec toute l'ardeur,
toutel'impatience qu'on peut se figurer. Une
ville nouvelle a remplacé Tantique et célèbre
Paphos; elle est très-agréable et très-vaste.:
On voit aux environs des colonnes brisées et
dispersées au hasard. Ce sont des débris du
temple de Vénus. Nicosie est la capitale de
cette contrée : c'est la demeure du gouverneur turc; car, hélas! toute l'ancienne et
fameuse Grèce est au pouvoir des ignorans
et superstitieux Ottomans.: Famagouste,
place forte, située à quelques lieues de Nicosie, est d'un difficile accès, par la défiance de ses habitans envers les étrangers.
Les environs de cette ville sont agréables :
le pays est assez riche et abonde sur . tout
en vers à soie. Le mont Crocé est la plus
haute montagne qui soit dans l'ile de Chypre. Citréa est peut-étrel'ancienne Cythère;
elle en conserve encore tous les agrémens
extérieurs : cest une suite de jardins et de
maisons de plaisance, arrosés de ruisseaux
d'eau vive. La nature étale ici toute sa pa- --- Page 170 ---
N OUVEAU VOTAGEN
rure. 1 toutes ses grâces. A quelque distannomme
ce de-là est une montagne qu'on
le mont Olympe : Vénus avoit un temple
sur la cime de ce mont; et c'est au pied
bâtie la ville de
de cette montagne qu'est
sé
Lescara. C'est dans l'ile de Chypre que
la
d'amiante dont on tiroit autrouve pierre
trefois de la toile et du papier incombustibles : on a perdu le secret de la filer; il pamême
ce qu'on débite à cet égard
roit
que
fable. Voici à quoi nous
des anciens est une
chimère.
pensons que se réduit toute cette
Ce lin qu'on croit incombustible n'est qu'un
se filtre à travers les porosuc pierreux. qui d'amiante, sur la superfisités de la pierre
serré et encie de laquelle il est attaché,
l'est dans
tassé, à peu près comme le foin
filaC'est une espèce de bourre
un artichaut.
ne peut
menteuse, soyeuse et courte, 1 qui
instrument sans être réduite
souffrir aucun
et même en pousen très - petites parties,
nila Aler,
sière. Conséquemment on ne peut
faire aucun ouvrage. Ce lin;, ou cette
ni en
mais
est d'un blanc un peu sale;
mousse 2
suivant la nature du terrain
il peut varier
fois qu'onle jette
et dessables.La prenière
dans
de bourre
un artichaut.
ne peut
menteuse, soyeuse et courte, 1 qui
instrument sans être réduite
souffrir aucun
et même en pousen très - petites parties,
nila Aler,
sière. Conséquemment on ne peut
faire aucun ouvrage. Ce lin;, ou cette
ni en
mais
est d'un blanc un peu sale;
mousse 2
suivant la nature du terrain
il peut varier
fois qu'onle jette
et dessables.La prenière
dans --- Page 171 ---
AUTO U R D U M 0 N D E:
dans un brasier ardent, il devient rouge, 9
mais sans s'enflammer, Dès qu'on len retire, il reprend sa couleur, excepté qu'il
devient toujours d'ungris plussale,jusqu'a ce
qu'il soit totalement détruit; ce qui arriveroit en peu de tems, si OII le laissoit dans
le feu, et qu'on ne len retirât pas bien vite
quand il est rouge. La pierre d'amiante est
la eroute superficielle des rochers. Le lin pré.
tendu incombustible croit sur cette croute
qui est dure et compacte. Il n'a ni racines,
ni feuilles, ni fleurs, ni graines. Il n'est
donc pas vrai que les Romains fissent de
cette mousse des draps dans lesquels ils bruloient les corps morts pour empécher que
les cendres ne se mélassent avec celles du
.bicher. Iln'est pas vrai non plus qu'on en
fasse des mêches quidurent toujours et qu'il
n'est pas nécessaire de moucher. Les vins
grecs sont estimés dans toute I'Europe; mais
ceux de Chypre paroissent avoir la préférence. Presque toutes les fernmes de cetteile
sont belles; toutes sont adonnées à la galanterie, on peut méme ajouter à la débauche.
Un court trajet nous rendit au port d'Alexandrie, d'ou nous primes la route d'Alep.
Tome 1.
L --- Page 172 ---
NOUVEAU VOYAGE
Alep est aujourd'hui la plus grande ville
de toute la Syrie et de tout T'empire des
Turcs, après Constantinople et le Caire.
C'est un pacha qui y commande; il a toute
l'autorité quant aux affaires civiles et criminelles. Pour le 'spirituel, c'est le mufti qui
en est comme le patriarche. Cette ville fait
un très-grand commerce, parce qu'on y
amène de l'Europe et de I'Asie, par mer et
par terre 3 toutes sortes de marchandises.
Les principaux édifices sont les Mosquées ;
ils'en trouve de magnifiques. Il n'y a dans
toute la Syrie qu'une senle rivière un peu
considérable, qui iestl'Oronte. L'air d'Alep
est extrémement subtil; il donne aux étrangers une espèce de gale qu'on appelle le mal
d'Alep; elle commence par une petite pustule qui cause des démangeaisons : au bout
d'un certain tems, elle devient grosse comme le bout du doigt , et reste ainsi pendant un an, en supurant continuellementOn trouve aux environs d'Alep de vastes
plaines, presque désertes, et quin'exigent
aucune description. Il n'en est pas de même
de la vallée de sel; soIl étendue est immense, etl la quantité de ce minéral prodigieuse.
le mal
d'Alep; elle commence par une petite pustule qui cause des démangeaisons : au bout
d'un certain tems, elle devient grosse comme le bout du doigt , et reste ainsi pendant un an, en supurant continuellementOn trouve aux environs d'Alep de vastes
plaines, presque désertes, et quin'exigent
aucune description. Il n'en est pas de même
de la vallée de sel; soIl étendue est immense, etl la quantité de ce minéral prodigieuse. --- Page 173 ---
AUTOUR DU MONDE
Cependant cette vallée n'a aucune communication avec la mer. Ar mesure qu'on s'éloigne de cette ville, et qu'on s'avance du
corédelEuiphrate, le coup-d'oeil devient plus
satisfaisant.
Après avoir passél'Aphréen, et un désert
qui conduit à Bambouch, ou plutôt auprès
de ses ruines, quiattestent son ancienne magnificence, nous arrivàmes à Antioche, aultrefois la capitale de toute la Syrie. On n'y
voit plus que des ruines. Séleucie fut aussi
anciennement une ville non moins considérable qu'Antioche; elle est encore plus ruinée aujourd'hui. La Syrie est un climat
fort chaud sur-tout pendant quatre O11 cing
mois de l'année 9 durant lesquels il ne
tombe aucune pluie. On-y dort sur le toit
des maisons où l'on fait porter son lit. Les
fleurs y confondent lhiver avec le printems.
Le chameau est ici Tanimal le plns ntile. La
loi des Turcs permet jusqu'à quatre femmes
et autant de concubines. Une cérémonie essentielle à la mort d'un Turc, sont les hure
lemens des femmes;ils ne cessent que quand
le corps est enterré. Les tombeaux sont ree
vêtus de pierre, et tournés d'orient enocciL 2 --- Page 174 ---
NOUVEA A U VOYAGE
dent. On y place le cadavre sur le
de manière
côtédroit,
qu'il ne soit ni couché, ni assis:
il faut sur-tout qu'ilait la face tournée
la Mecque; ; et pour.
la
vers
empécher
terre de
pénétrer dans les tombeaux,
avec de longues
on les recouvre
Le deuil consiste pierres posées en travers.
à prendre les habillemens
les plus foncés en coulenr, et un
de tête de couleur de
ajustement
briqne. Une veuve ne
peut se remarier qu'après être restée
rantejours dans la maison sans sortiret qua- dans
la retraite la plus absolue. On
cette contrée
trouve dans
quatre sortes de Chrétiens : des
Grecs, des Arméniens, de
Syriens et des
Maronites,ou Catholiques Romains.
secte y a un évèque et le libre exercice Chaque de
sa religion. L'usage du voile est commun
aux femmes chrétiennes comme aux femmes turques. Il y a aussi dans Alep environ cing mille Juifs. Les repas des Turcs
qui ont quelque forttine, sont
mais peu délicats : du mouton splendides,
avec des
roti; ou cuit
herbes, des pigeons bouillis, de la
volaille farcie de riz et
entier
d'épices, un agneau
garnien dedans de riz, d'amandes, de
pistaches et de raisins, Les Turcs qui ob-
chrétiennes comme aux femmes turques. Il y a aussi dans Alep environ cing mille Juifs. Les repas des Turcs
qui ont quelque forttine, sont
mais peu délicats : du mouton splendides,
avec des
roti; ou cuit
herbes, des pigeons bouillis, de la
volaille farcie de riz et
entier
d'épices, un agneau
garnien dedans de riz, d'amandes, de
pistaches et de raisins, Les Turcs qui ob- --- Page 175 ---
AUTOUR DU MONDE
Servent leur loi ne boivent que de l'eau;
mais tous sont gros mangeurs. Leur repas
fini, ils font usage du café, mais ils le prennent sans sucre, et sans lait. Tous les hommes, et même beaucoup de femmes, sont
ici dans l'usage de fumer à l'excès. Les gens
les plus distingués ont des pipes de cinq ou
six pieds de longueur, et dont les tuyaux
1 sont garnis d'argent. Un autre objet de débauche, c'est T'opium. Il bannit la tristesse
et réjouit les esprits; mais au bout d'un certain nombre d'années, il détruit la mémoire,
l'imagination et la vigueur : il donne à un
homme encore jeune toute la décrépitude
d'un vieillard. Les cafés sont abandonnés à
la populace. Lamusement de ceux qui ne
peuvent décemment les fréquenter, consiste,
entre autres jeux, dans celui des échecs : ils
y excellent pour l'ordinaire, mais ils ne risquent jamais leur argént au jeu, et lexemple des Chrétiens n'a pu les séduire. Ils ont
des lutteurs, dans leurs fêtes à la manière
des anciens. En général, les Turcs ont une
sorte d'aversion pour les exercices violens :
ils mettent le souverain bonheur dans l'inaction, la quiétude et presque dans l'impassiL 3 --- Page 176 ---
NOUVEAU VOYAGEL
bilité, l'incurie la plus absolue; ; ils ne conçoivent pas l'agitation, l'activité des Européens. Ils sont encore confirmés dans leur
profonde insouciance
-
pardeux puissans mobiles : l'un est T'opinion où ils sont qu'il
existe une fatalité à laquelle on ne peut résister, et qui domine, enchaîne les actions
et la fortune des hommes, qui fixe irrévocablement leur destinée; l'autre est la chaleur du climat qui inspire un relâchement,
une inertie considérable. Les grands seulement s'exercent souvent à lancer le javelot.
Le caractère général de ce peuple est Tindolence et une grande gravité, Il n'est point
ici question de carosses : les femmes les plus
qualifiées marchent à pied, soitdans la ville,
soit quand elles vont à quelque jardin peu
éloigné de chez elles; si le voyage est long,
elles sont portées par des mules dans une
litière couverte. On ne voit en Syrie que des
négocians, des financiers et des pachas qui
souvent ne savent nil lire, ni écrire. Damas
est la capitale de toute la Syrie; elle n'a pas
plus de deux milies de longueur : ses rues
sont étroites et ses maisons bâties de briques cuites au soleil; chaque maison ren-
peu
éloigné de chez elles; si le voyage est long,
elles sont portées par des mules dans une
litière couverte. On ne voit en Syrie que des
négocians, des financiers et des pachas qui
souvent ne savent nil lire, ni écrire. Damas
est la capitale de toute la Syrie; elle n'a pas
plus de deux milies de longueur : ses rues
sont étroites et ses maisons bâties de briques cuites au soleil; chaque maison ren- --- Page 177 ---
AUTOU R DU M O N D E.
ferme une ou plusieurs fontaines garnies de
marbre, des appartemens somptueux. Rien
de plus délicieux que les environs de cette
capitale. Il est peu de montagnes plus célèbres que celle du Liban : les cédres en
occupent une partie fort élevée : la cime des
cédres dej petitehauteur, S élève een pyramide,
comme celle des cyprès; celle des grands
cédres s'élargit et forme un rond parfait.
Nous franchimes, au moyen des guides
que nous avions pris, une autre montagne
qui fait partie de T'Anti-Liban, et nous nous
trouvâmes dans la plaine de Bocat, à l'extrémité de laquelle est située la ville de Balbec, qu'on croit étre l'ancienne Nicomédie.
Non loin de-là se trouve un canton délicieux
orné de jardins et de vergers. Il y règne un
printems continuel. C'est-là qu'est situé le
bourg d'Eden, où les Chrétiens orientaux
croient que fut autrefois le paradis terrestre. C'estle pacha de Tripoli qui dispose de
ce gouvernement.
On ne marche ici que sur des ruines célebres. Un vaste désert nous séparoit de Palmyre. Nous primes une escorte pour n'être
pas pillés par les partis arabes. Mais qu'on
L 4 --- Page 178 ---
168:
NOUVEAU VOYAGE
est dédommagé de l'ennui, des dangers
peut courir,
qu'on
ruines de lorsqu'on est enfin parvenu aux
Palmyre ! Qu'elles sont
tes et inspiratrices ! quel
éloquende bases, de
magnifique amas
colonnes, de
uns renversés et accumulés, chapitaux, les
bout. Tous ces riches débris les autres desont de marbre
blanc, et les colonnes d'ordre
Les misérables cabanes
corinthien.
qui servent
aux modernes habitans de
d'asyle
vent de relever la
Palmyre, achègustes et imposantes magnificence de-ces atlruines. La ville de Palmyre est, ou plutôt fat
ment située. Son sol est tres-avantagense.- fertile,
désert vaste et sablonneux
quoiqu'un
toute
T'environne de
part, et la sépare, en
du reste du monde. C'est quelque sorte,
à T'aspect d'un temple du particulièrement. Soleil,
quelques colonnes
dont, à
près, T'ensemble subsiste
encore, qu'on éprouve un subit enthousiasme, un mélange d'étonnement, d'admiration, et même de vénération. Ona
que les dispositions des colonnes de prétendu
fice, et de quelques
cet édioù Perrault
autres, ont été la source:
avoit puisé l'idée de son Péristyle:il ne paroit cependant y avoir nul
rap-
du particulièrement. Soleil,
quelques colonnes
dont, à
près, T'ensemble subsiste
encore, qu'on éprouve un subit enthousiasme, un mélange d'étonnement, d'admiration, et même de vénération. Ona
que les dispositions des colonnes de prétendu
fice, et de quelques
cet édioù Perrault
autres, ont été la source:
avoit puisé l'idée de son Péristyle:il ne paroit cependant y avoir nul
rap- --- Page 179 ---
AUTOUR DU M O NI D E.
16g
port direct entre aucun monument de Palmyre, et cette magnifique façade. Les anciens n'ont jamais employé la double COlonne, qui produit un effet si admirable;
peut-être même n'ont-ils jamais connu les
voûtes plattes, dont la forme est si agréable et la construction si ingénieuse. Un autre monument bien digne d'admiration est @
un mausolée qui a maintenant plns de 1780
ans d'antiquité : une inscription porte qu'il
fut bâti par Jamblique, fils de Mocimus,
pour servir de sépulture à lui et à sa famille; ce qui donne une haute idée de l'étonnante opulence de ce particulier. La source
des grandes richesses qu'il y avoit autrefois
dans cette ville, venoit sans doute de ce que
c'étoit la grande route pour aller aux Indes,
avant que les Portugais eussent découvert le
Cap de Bonne- Espérance : ses ruines occupent un espace d'environ trois milles. Les
inscriptions ne sont point rares à Palmyre;
elles sont même, pour l'ordinaire 9 accompagnées d'une traduction grecque, ce qui
en facilite l'explication ; car il ne reste ici
aucune tradition. du langage' palmyrénien.
Les habitans actuels ne connoissent quel'a: --- Page 180 ---
NOUVEAU VOYAG E.
rabe. L'abbé Barthélemi, l'auteur du Voyage
d'Anacharsis en Grèce, a eu la gloire de
découvrir et de ressusciter cette ancienne
langue. Nul séjour n'est plus propre que celui-ci à donner une véritable idée du goût .
et de la magnificence des anciens. Ils COpioient toujours de grands modèles, soitdans
leurs vertus, soit dans leurs vices; ils imitoient les Egyptiens dans leur orgueil des
bâtimens; ils portoient le luxe aussi loin que
les Persans leurs, voisins; ils devoient aux
Grecs la connoissance des sciences et des
arts. Le traité de Longin sur le sublime, s
ouvrage né parmi eux, prouve quels progrès les ançiens Palmyréniens avoient fait
dans la littérature. La reine Zénobie fut
digne d'être son élève. On sait qu'elle composa un abrégé de T'histoire d'Alexandre et
du Levant. Les modernes habitans de Palmyre se. peignent les lèvres en bleu, le tour
des yeux et les sourcils en noir, le bout des
doigt en rouge: ils ont le teint basané; mais
leurs traits sont réguliers et agréables. Les
femmes y sont voilées, comme dans tout le
Levant; néanmoins elles n'y sont pas absolument scrupuleuses, et rien n'est moins
a un abrégé de T'histoire d'Alexandre et
du Levant. Les modernes habitans de Palmyre se. peignent les lèvres en bleu, le tour
des yeux et les sourcils en noir, le bout des
doigt en rouge: ils ont le teint basané; mais
leurs traits sont réguliers et agréables. Les
femmes y sont voilées, comme dans tout le
Levant; néanmoins elles n'y sont pas absolument scrupuleuses, et rien n'est moins --- Page 181 ---
AUTOUR DIU MI ONI DE.
difficile à obtenir que la permission d'écarter, de soulever leur voile.
Nous avons déja dit que notre premier
but étoit de voir T'Egypte. Ainsi, quoique
le voisinage de Jérusalem nous invitât à ne
pas différer le voyage de la Palestine, nous
profitàmes d'une occasion qui se présenta
pour nous rendre en Egypte, avec deux Anglois qui nous pressèrent de les suivre au
grand Caire. Enfin, nous arrivâmes dans ce
pays, l'antique berceau des sciences et des
arts, dans ce pays où les Grecs alloient
puiser les connoissances plilosophiques S,
dans cette contrée si fameuse sous les Sesostris, si fertile en petites idoles et en grands
édifices : en prétendus sages et en superstitions pitoyables, en bonnes loix et en usages
ridiculés. Quel changement ! quelle étrange
métamorphose ! En parcourant les bords du
Nil, on se demande sans cesse oùt sont les
Egyptiens? oùt estl'Egypte ? Nous nous arrétâmes d'abord au Caire, Nous ffmes loger chez un banquier pour qui nous avions
pris des lettres suffisantes de recommandation. Il n'y a. point d'auberges dans cette
grande ville, ni même dans toute T'Egypte. --- Page 182 ---
NOUVEAU VOYAGE
On y trouve, il est vrai, des kans, ou des
espèces d'hôtelleries, comme dans
toute l'Asie et dans tout le Levant presque
sont des lieux oà le
; mais ce
voyageur doit apporter et
son lit, et ses ustensiles de cuisine, et les
mets dont il veut faire
ve
le
usage : on n'y trouque simple abri.
Le Caire est un composé de trois villes,
éloignées l'une de l'autre d'environ un mille:
c'est ce qu'on nomme le vieux
le
Caire
Caire,
proprement dit, et le port appelé Bulac. On dit que le vieux Caire est situé à la
place de l'ancienne ville de
le Nil. Le
Babylonne, sur
Caire, autrefois renommé pour
sa magnificence, fut long-tems le séjour des
califes: : c'est à présent celui du pacha
le grand-seigneur y envoie
que
pour gouverner
lEgypte. Les maisons du Caire Sont presque toutes bâties sur le même plan, et, ont
peu d'apparence à l'extérieur. Toutes, en
général, du moins celles des grands, ont
deux salons, l'un pour le service ordinaire,
l'autre pour les jours de cérémonie. Les
femmes ont aussi un salon; mais leurs appariemensn'ont aucune communication avec
le reste de la maison : l'entrée en est tou-
y envoie
que
pour gouverner
lEgypte. Les maisons du Caire Sont presque toutes bâties sur le même plan, et, ont
peu d'apparence à l'extérieur. Toutes, en
général, du moins celles des grands, ont
deux salons, l'un pour le service ordinaire,
l'autre pour les jours de cérémonie. Les
femmes ont aussi un salon; mais leurs appariemensn'ont aucune communication avec
le reste de la maison : l'entrée en est tou- --- Page 183 ---
AUTOUR DU MONI D E.
jours fermée; la cleftoujours entre les mains
du maitre. Quand les femmes veulent donner ou recevoir quelque chose, elles font
usage d'une espèce de tour, tel qu'il y en
a dans nos couvens de religieuses : par ce
moyen, elles ne peuvent ni voir, ni être
vues. Il ya des portes à l'extrémité de chaque rue; elles se ferment dès que la nuit
approche : ce qui est un grand frein pour
les vagabonds et les mal-intentionnés. La
véritable magnificence du Caire est dans
ses mosquées : on y voit de très-beau porphyre vert et rouge.
Le château du Caire, bâti par Saladin,
offre quelques restes de grandeur. Il y
a d'assez beaux morceaux en mosaique 9
peints en des tems oulon ne connoissoit encore la peinture ni en France, ni en Italie.
Nous visitâmes ensuitel'ancienne Memphis,
ou plutôt les lieux où l'on prétend qu'elle
-
fut située; car il n'en reste, pour ainsi dire,
nuls vestiges: c'est actuellemènt un simple
village placé sur la rive occidentale du Nil,
vis-à-vis du Caire. Ce village se nomme Gizé
ou Gisch. Il n'a rien qui puisse nous rappeler son antique splendeur i ce qui le --- Page 184 ---
NOUVEAU VOYAGE
fait le plus remarquer c'est le voisinage des
pyramides. Elles sont, en effet, les principales merveilles del'Egypte; et ce n'est presqu'en Egypte qu'on trouve de ces sortes de
merveilles. Les plus considérables sont situées à deux ou trois lieues de Gizé. La
distance del lune à l'autre est d'environ
quatre cents pas. Les deux plus élevées de ces
masses énormes ont cinq cents pieds de hauteur perpendiculaire. L'étendue de leur base
est proportionnée à cette élévation. Nous
montâmes et nous descendimes dans ces
tombeaux gigantesques, et qui attestent à
la fois l'orgueil et le néant, la puissance et
- la foiblesse humaine. Nous entrâmes dans
une ouverture qui étoit resté fermée durant
bien des siècles : c'est un passage d'environ
cent pieds de profondeur, garnidu plus sbeau
marbre blanc. Cette unique entrée nous mena à cinq autres conduits qui aboutissent
tous aux mémes points,c'est-à-dire, à deux
chambres, T'une placée au milieu de l'édifice,1 l'autre au-dessous: ; elles sont également
revêtues de marbre, et ont environ trois pieds
et demi en carré. Il faut passer ou plutôt
grimper trois autres canaux ou conduits,
cles : c'est un passage d'environ
cent pieds de profondeur, garnidu plus sbeau
marbre blanc. Cette unique entrée nous mena à cinq autres conduits qui aboutissent
tous aux mémes points,c'est-à-dire, à deux
chambres, T'une placée au milieu de l'édifice,1 l'autre au-dessous: ; elles sont également
revêtues de marbre, et ont environ trois pieds
et demi en carré. Il faut passer ou plutôt
grimper trois autres canaux ou conduits, --- Page 185 ---
AUTOUR D U M O N D E.
275.
plus droits, plus glissans que les
-
premiers,
pour arriver à la chambre de dessns. Les
Arabes, qui en avoient T'habitude, nous aidoient en même tems qu'ils nous guidoient.
Cette chambre est revêtue de marbre granit. Du côté gauche est un tombeau de méme matière, d'environ huit pieds de long,
sur quatre et demi de profondeur. Il paroit
avoir été couvert autrefois : on en peut juger par la forme de ses bords; mais le couvercle ne_subsiste plus, et le tombeau est
absolument vide. Ce tombean est un bloc
de marbre très-bien creusé, mais sans aucun ornement (1)..
On voit aussi au nord et au sud de cette
chambre deux petits conduits dont nous ne pàmes
mesurer la hauteur perpendiculaire. Les pyramides étoient, dit on, non-seulement destinées à réceler, après sa mort, le corps du prince qui les
avoit fait construire, mais encore à servir de tombeau aux sujets zélés qui vouloient bien s'y enterrer vivans avec lui. L'un de ces deux conduits étoit,
ajoute-t-on, destiné à leur faire passer leurs alimens 3 par le moyen d'une corde et d'un panier; :
l'autre avoit un usage tout à fait contraire. --- Page 186 ---
NOUVEAU VOYAGE
dans la chamIl s'agissoit de descendre
bre basse; ce qui ne pouvoit se faire que
de puits sans degrés. L'usapar une espèce
monter comme
ge est d'y descendre et d'y
dans nos cheminées:ce
font nos Savoyards
échelles de corde
fut là sur-tout que nos'
nous servirent. Mais que trouvâmes-nous
dans celte chambre inférieure ? Des pierres;
décombres, et au bout d'une issue fort
des
Nous sortimes
étroite une niche sans statue:
de-là avecautant de peine que nousenavions
Nous cherchâmes ensuite à
eu à y entrer.
Nous
mesurer les dehors de la pyramide.
jusqu'à la moitié de la hauteur,
parvinmes
chambre qui
ou nous trouvâmes une pétite
délasser.
semble n'avoir été faite que pour se
ensuite à la platte - forme
Nous arrivâmes
de-là, nous déqui termine tout Tédifice;
immense
couvrimes le Caire, leNil, et une
La largeur d'un coin à
étendue de pays.
T'autre de la pyramide est de sept cent quaconséquent de trois cent cintre pieds, par
extrémités. C'est
du centre aux
quante-deux
plusieurs voyageurs ont
donc faussement que
flèche tirée horisontalement
avancé qu'une
pas la
depuis la platte-forme, ne passeroit dernière
termine tout Tédifice;
immense
couvrimes le Caire, leNil, et une
La largeur d'un coin à
étendue de pays.
T'autre de la pyramide est de sept cent quaconséquent de trois cent cintre pieds, par
extrémités. C'est
du centre aux
quante-deux
plusieurs voyageurs ont
donc faussement que
flèche tirée horisontalement
avancé qu'une
pas la
depuis la platte-forme, ne passeroit dernière --- Page 187 ---
AUTOUR DU MON DE,
dernière marche d'en bas. Sans être poussé
parun bon tireur, , l'arc passe ordinairement
à plus de cinq cents pas; il y en a qui ivont
jusqu'à mille. Quant à la hanteur de la Pyramide, nous l'avions mesurée d'en haut,
en laissant tomber la corde qui fut reçue
par un de nos guides. Cette hauteur n'est
que de six cents pieds. Falloit-il employer
des millions d'hommes pour faire exister
des cadavres quelques, siècles de plus?
19 Cestaussi dans ces environs que se, trouve la fameuse n statue du Sphinx; elle n'à
que la tête et le cou hors: de terre et ces
seules parties-ont vingt-sept pieds de hauteur : jugez quelle devoit être celle du COlosserentier: Ilaun trouiau dos par lequel
on dit que les prétres descendoient dans un
souterrain. Quelques curieux ont:aussi découvert qu'il avoit un. trou - à la tête : c'étoit-là sans doute l'organe dés oracles que le
Sphinx étoit supposé rendre. Le lac Moëris, aujourd'hui nommé lacide Caron, parce qu'on suppose que c'étoit dans cet endroit que cer nocher si célèbre dans la fable
passoit les corps morts pour les porter dans
les pyramides , ou dans la plaine des mo:
Tome 1.
M --- Page 188 ---
NOUVEAU VOYAGE
1,8 fut creusé sous le règne du roi Moëmies,
du Nil rendoient de la haute
ris. Les eaux
Is'y très-profond et trèsEgypte par un canal
ce lac put
large: Il seroit à souhaiter que
comme autrefois, desséché et nétoyé;
être,
curieuses et instructives n'y
qued d'antiquités
sai surface ne
trouveroit t-on pas 3 puisque
sans
sauroit baisser de.c cinq à six coudées
laisser voir une espèce de ville.qui cause
Tétonnement et Tadmiration - des spectateurs. On sait que lés rois d'Egypte, pour fait
fraicheur déliciense, avoient
jonird'une.
au milieu du lac méconstruire un palais de leur cour avoient
me ; plusieurs grands
diy bàtir: on y
aussi obtenu la permission bords, des maiavoit de plus élevéss sur ses
et d'ausonsy des temples, des obélisques, sorte',
en quelquie
tres monumens:eétoit, Le mois de février
une seconde Memphis.
l'ouver:
étoit celui - où lon faisoit autrefois étoient
des écluses. Dès que les eaux
ture
toise
le décroissement du
baissées d'une
par
générale de
Nil, on publioit une permission duroit un mois
péchér au filet: Cette pêche qu'elle suffientier : elle étoit si abondante de la plus
soit à la nourriture du peuple
monumens:eétoit, Le mois de février
une seconde Memphis.
l'ouver:
étoit celui - où lon faisoit autrefois étoient
des écluses. Dès que les eaux
ture
toise
le décroissement du
baissées d'une
par
générale de
Nil, on publioit une permission duroit un mois
péchér au filet: Cette pêche qu'elle suffientier : elle étoit si abondante de la plus
soit à la nourriture du peuple --- Page 189 ---
AUTOU R DI U MOND E.
grande partie de TEgypte, attiré dans ceite
saison à Memphis par les plaisirs et parla
curiosité.
De.retour au Caire, nous partimes pour
Alexandrie. On la distingue en deux villes,
l'ancienne et la nouvelle; ni Tune, ni Tautreneirépondent à la célébrité que cette. ville
eut jadis. Elle fut fondée par Alexandre le
Grand, qui lui donna son nom. Cette dénomination illustre est peut-être tout ce qui
lui restede son ancienne splendeur. - Des bâtimensàla turque ont succédéà seschefs-d'aeuvre d'architecture grecque et romaine. Ce
qu'onappeloitla fameusetourdu) phare est actuellement un lourd château surmonté d'une
lanterne, dont Temploi devroit être d'éclairer
les vaisseaux durantla noit; il ne lui manque
pour le faire que d'être entretenue et allumée. Vis-à-vis de ce château, estun bàtiment à peu près de la même espèce : il est
nommé le petit pharillo, pour le distinguer
de l'autre qui porte le nom de grand. Tous
deux sont placés à Fentrée du port, et lui
servent de défense. Le derniera très-mal remplacé un superbe édifice construit par PtoM 2 --- Page 190 ---
NOUYEAU VOYAGE
lémée. C'étoit le même qui renfermoit cette
fameuse bibliothèque, . si nombreuse dans
un tems où les livres étoient si rares.
offreaujourd'hui de plus
Cequ'Alexandrie
remarquable, c'est lobélisque de Cléopatre
et la colonne de Pompée. L'obélisque de
est encore debout en entier : le
Cléopatre
et les magnifiques ruines
nom qu'il porte
le paTenvironnent, font présumer que
qui lais de cette reine, connu aussi sous le nom
de palais de César, en étoit peu éloigné. Un
de marbreà
obélisque est une grande pièce
Cequatte faces et qui se termine en pointe.
lui-de Cléopatre est un des plus'gmands qui
en Egypte. Un monument peut:
se trouvent
de:lattention des cuétre encore plus digne
rieux, est la fameuse colonne de Pompée.
lln'est cependant pas certain qu'elle ait été
de ce Romain célèbre,
élevée en Thonneur
lun et
ou à celui de Titus et d'Adrien; qui
en Egypte. La hauteur
l'antre voyagérent
de la colonne est de cent quatorze pieds 9
pieds neuf
le fustseul a quatre-vingt-huit
roudehant : il est de marbre egranit
pouces
seule pièce. Le chapiteau est
ge,et-dune
ant pas certain qu'elle ait été
de ce Romain célèbre,
élevée en Thonneur
lun et
ou à celui de Titus et d'Adrien; qui
en Egypte. La hauteur
l'antre voyagérent
de la colonne est de cent quatorze pieds 9
pieds neuf
le fustseul a quatre-vingt-huit
roudehant : il est de marbre egranit
pouces
seule pièce. Le chapiteau est
ge,et-dune --- Page 191 ---
AUTOUR DU MON D E.
d'un autre morceau de manhra, ot le piédes:
tal d'ane pierre grise qui ressemble assez,
au caillou pour la dureté et le 1e grain.
- Nous reprimes la routedu Caire,afind'y
tout disposer pour la course.que nous 9 étions
résolus de faire, et qui consistoit à,remonter les rives du Nil jusqu'aux cataractes. Ce
fut au bout de trois jours que nous N nous
mimes en marche. Notre première pose fut
à Sakkara, où se fait le commerce des mo:
mies. Le lieu d'où on les, tire est une plaine, ou, pour mieux dire, un rocher très;
plat, d'environ trois ou quatre lieues de diamètre : il renferme des espèces d'appartemens où les momies sont, pourlordinaire,
placées debout dans des, caisses. de sycomore, bois: qui a la vertu de ne jamais se
corrompre, ou du moins. de résister plus
long-tems à la corruption qu'aucune autre
espèce de bois. Cest aussi dans ces enyir
rons que se trouve une sépulture encore
plus curieuse : on le : nomme le labyrinthe
des oiseaux, parce que. ce lieu forme, en
effet, un labyrinthe, et qu'on y enterroit.
autrefois des oiseaux que les Egyptiens regardoient comme sacrés ; ils les embau-
* M 3 --- Page 192 ---
NOUVI EAU VOYA G E
C.
moient conin x doo corps humains. On des:
cend dans ce labyrinthe par une seule ouvertures mais bientôt on rencontre de longues allées qui'commmniquent les unes aux
autres, et s'éténdent de tous les côtés. Elles
sont garnies de part et d'autre de quantité
de petites niches avec des pots de terre où
sont placés les corps des oiseaux embaumés.
Leplonagidegueigmesam. a conservé toute
l variété et vivacité de ses couleurs; mais
ils se réduisent en poussière aussitôt
qu'on
y porte'la main. Il a fallu bien des efforts
et du têms. pour achever ce labyrinthe : il
est' entièrement creusé dans le roc, et si
vaste qu'on risquedes'y égarer j aussiavions
nous la précaution de nous munir'd'une ficelle, comme-lefit autrefois Thésée
descendre au labyrinthe de Créte. A quela pour
qués lienes de-là; on apperçoitles restes du
fameux' labyrinthe : il fut bâti dans le tems
quelEsypte étoit divisée en douze gouveri
nemtehis, et soumise à un pareil nombre de
rois. Ce lieu contenoit douze grands palais
oùt s'assembloient ces princes pour régler
les affaires del'état. On dit qu'il renfermoit
trois mille chambres, qu'aucun étranger,
pour
qués lienes de-là; on apperçoitles restes du
fameux' labyrinthe : il fut bâti dans le tems
quelEsypte étoit divisée en douze gouveri
nemtehis, et soumise à un pareil nombre de
rois. Ce lieu contenoit douze grands palais
oùt s'assembloient ces princes pour régler
les affaires del'état. On dit qu'il renfermoit
trois mille chambres, qu'aucun étranger, --- Page 193 ---
AUTOUR DT U M O N DI E.
une fois entré, n'en pouvoit sortir sans le
secours d'un guide, et que le célèbre labyrinthe de Crête n'en étoit qu'un diminutif.
En continuant de remonter le Nil, nous
nous entretenions de la splendeur de l'ancienne Thèbes. Après plusieurs heures de
navigation, car nous avions pris une barque pour remonter le Nil, nous arrivâmes
à Luxor, ville qui a bien foiblement rem-.
placé Thèbes. Les ruines de cette cité fameuse occupent un espace de trois lieues
carrées : elles s'étendent jusqu'à Carnat;
pauvre village, mais entouré de superbes
débris. Il est situé à la gauche du Nil et
Luxor à la droite : ce qui prouve que le Nil
traversoit la ville de Thèbes. Ce que nous
vimes par nous-mémes de ses magnifiques
restes ne dément point les anciennes et brillantes descriptions qu'on en lit dans les historiens. Nous fimes. sur-tout frappés de la
majesté d'un temnple; c'étoit sans doute celui de Memnon : il suffiroit seul pour donner la plus haute idée de Tarchitecture égyptienne. Une muraille sert de clôture à deux
des côtés de ce temple; les deux autres ne
sont fermés que par des colonnades. Il deM 4 --- Page 194 ---
NOUVEA U VOYAG E
voit y avoir vingt- une colonnes de chaque
côté; il n'en reste en tout que trente-deux.
Le portique de ce grand édifice est ce qu'on,
peut imaginer de plus imposant : Toeil est
étonné, l'imagination fortement émue de la
quantité prodigeuse de péristyles, de portails et autres édifices, qu'on apperçoit confusément épars le long des denx rivages du
Nil, et sur une étendue immense de terrain.
De Luxor jusqu'aux cataractes, iln'y a
quequelques villes assez considérables, mais
qui, n'offrent rien de remarquable. A l'égard des cataractes, tout leur merveilleux
consiste en des rochers de granit qui traversent le Nil en deux endroits, et sur lesquels ses eaux sont contraintes de passer.
La chite de la première est. d'environ trois
pieds seulemnent de haut; celle de Ia: seconde est un peu plus basse. Ce qu'on raconte
du bruit épouvantable qu'elles font dans
leur chite est très - exagéré. Mais voici un
monument vraiment admirable,.et qu'on
voit un peu au-dessus de la grande cataracte, c'est le temple d'Isis; il, est presqu'entièrement sur pied. II y a aussiun autre
aux sont contraintes de passer.
La chite de la première est. d'environ trois
pieds seulemnent de haut; celle de Ia: seconde est un peu plus basse. Ce qu'on raconte
du bruit épouvantable qu'elles font dans
leur chite est très - exagéré. Mais voici un
monument vraiment admirable,.et qu'on
voit un peu au-dessus de la grande cataracte, c'est le temple d'Isis; il, est presqu'entièrement sur pied. II y a aussiun autre --- Page 195 ---
A. U' T 0 U R D U M ONDE
temple qui, quoique plus petit, n'est pas
moins digne d'attention. Entre le Nil et la
mer Rouge, on voit régner une chaine de
montagnes qui s'étend depuis le Nil jusqu'au Caire,, dont nous reprimes la route.
Ce qu'il y a de plus particulier à observer dans les loix des anciens Egyptiens - ,
c'est l'usage où ils étoient de jnger leurs rois
après leur mort. Quand un de ces princes
avoit mal gouverné, on le privoit de la sépulture; punition terrible et très-redoutée chez
un peuple qui n'admettoit l'immortalitéde
l'ame qu'autant que le corps seroit conservé en son entier et en état de la recevoir
une seconde fois. Quant à leur culte,on sait
qu'ils éncensoient les images des quadrupèdes et des reptiles , qu'ils révéroient les chats,
adoroient les oignons, et tournoient le dos
au sanctuaire pour rendre hommage au SOleil d'Orient. On conçoit que c'étoit là la religion du vulgaire; les prêtres, $ les philosophes, savoient distinguer T'auteur de la nature.d'avec ses créatures : on sait aussi que
Pythagore,et, en général, les plus célèbres
législateurs et sages de la Grèce, alloient
s'instruire dans l'Egypte, L.habillement des --- Page 196 ---
NOUVEAU VOYAG R
Egyptiens modernes ne diffère presque pas
de celui des anciens habitans de cette contrée : il est à peu près tel, quant à la forme, qu'il étoit du tems de Sésostris. C'est
une rôbe, ou plutôt une espèce de chemise
à manches larges, attachée autour de la
ceinture : l'étoffe en est pour-Tordinaire, de
drap bleu. Le petit peuple porte par dessus
une robe d'étoffe de laine brune; ; les gens
les plus distingués ont une simarre de
de la méme couleur que la robe. L'habit drap
des femmes diffère peu de celui des hommes, excepté qu'il est plus court, et que
les vétemens de dessous sont de soie; leurs
manches sont longues et pendantes; elles
ont sous leurs habits une chemise de gaze
qui trainejusqu'à terre. Leurs cheveux sont
relevés en rond, sous un, bonnet court de
laine blanche : elles mettent par dessus un
mouchoir brodé. Les femmes publiques sont
les seules qui laissent leur visage entièrement à découvert : elles portent à leur nez
desanneaux auxquels sont attachés desgrains
de verre. Ce qui sur-tout les fait reconnoitre, c'est l'usage où elles sont d'aller dans
les rues et sur les grands chemins, dan-
qu'à terre. Leurs cheveux sont
relevés en rond, sous un, bonnet court de
laine blanche : elles mettent par dessus un
mouchoir brodé. Les femmes publiques sont
les seules qui laissent leur visage entièrement à découvert : elles portent à leur nez
desanneaux auxquels sont attachés desgrains
de verre. Ce qui sur-tout les fait reconnoitre, c'est l'usage où elles sont d'aller dans
les rues et sur les grands chemins, dan- --- Page 197 ---
AUTOUI R DU M O N D E.
sant, chantant, et jouant quelquefois des
instrumens.
On voit en Egypte la plupart de nos animaux domestirques, tels que les chevaux;
les ânes, les mulets : on y voit aussi des chameaux et des tigres. Les déserts de la Thébaide offrent encoré une autre sorted'animal
sauvage, c'est la gazelle; mais l'animal qui
fait le plus de ravage en Egypte, c'est l'hippopotame.Il, prend naissance dans l'Ethiopie
et descend, le long des bords du Nil, dans la
haute Egypte : il désole les
man-
:
campagnes,
ge ou détruit les bleds de turquie; il fait par
fois la guerre aux hommes. Ill les foule aux
pieds, les étouffe avec ses jambes qui sont
fort grosses et fort courtes. Mais il ne boit
pointleur sang, il ne mange point leur chair;
cet animal est absolument herbivore : il est
très-difficile à tuer; il n'a qu'un petit endroit
au front oùt il puisse être blessé: : le reste de sa
peau a deux doigts d'épaisseur, et résisteàla
balle. Le Nil produit à peu près les mêmes esrèces de poissons qui se rencontrent dans les
autres rivières : ce quile distingue le plus est
lecrocodile, animal vorace, et presque particulier à ce fleuve : ses oeufs ressemblent à --- Page 198 ---
NOUVEAU VOYACE
ceux d'une oie; illes enterre dans le sable à
la profondeur d'un pied; ses petits courent à
leau l'instant d'après leur naissance. Pour le
prendre on contrefait le cri de quelque animal : le crocodile ne manque
au bruit; alors on lui enfonce pas d'accourir
dans le
un crampon auquel est attachée
corps
on le laisse se replonger dans le une corde:
fleuve où il
perd bientôt tout son sang.. Après.l'avoir tiré
sur le rivage, on lui met une perche dans.la
gueule, et on lie ensemble ses deux machoi,
res; ce qui suppose qu'il est encore vivant,
Cet animal a la vue très
mêmeles
s-perçante; ; il voit
objets qui sont derrière lui, parl le
moyen d'un canalqui communique depuis le
derrière de sa téte jusqu'à son oeil. Ily a une
autre espèce de crocodile : celni-ci est entiè.
rement terrestre 5 il vit et se cache dans les
grottesetlescavernes des montagnes voisines
du Nil : on le nomme worale. Sa
est de quatre pieds sur huit
longueur de
sa
pouces large :
langue est fourchue; il la darde commeles
serpens ; mais il n'est: point dangereux; il
manque de dents. Cet animal ne vit que de
mouches et de petits lésards; il dort aussi
long-tems que durelhiver. Les vipères sont
re 5 il vit et se cache dans les
grottesetlescavernes des montagnes voisines
du Nil : on le nomme worale. Sa
est de quatre pieds sur huit
longueur de
sa
pouces large :
langue est fourchue; il la darde commeles
serpens ; mais il n'est: point dangereux; il
manque de dents. Cet animal ne vit que de
mouches et de petits lésards; il dort aussi
long-tems que durelhiver. Les vipères sont --- Page 199 ---
AUTOUR DU M ONDE
18g
très-communes ici; mais leur morsure, ni
celle du serpent, nl même celle du scorpion,
ne sont pas, en ce pays, fort dangereuses.
Les-Arabes les touchent avec la méme assurance que si c'étoient des fleurs. ;. ils les
caressent et les portent dans'leurs chemises.
A l'égard de la salamandre, autre reptile
très-commun dans la haute Egypte, sa piqhre est mortelle.Iln'ya point dans le monde d'endroit où il y ait autant de poulets
qu'au grand Caire. Comme on y fait couver
lest rceufs sans poules, on y voit éclorre sept
ou huit mille poussins tous à la fois. On se
sert pour cet effet de fours échauffés à un
degré convenableri;
Toute rouitenouse étantindifférente pourvu
que nous pussions satisfaire, rassasier notre
avide curiosité, nous' ne crûmes pas devoir
laisser échapperune commodité qui s'offrit
à nous pour voir la Grèce et les principales
lles de. lArchipel. Cette route nous ramenoit d'ailleurs ensuite à la partie de l'Asie
oùr est située Constantinople, un des princi
paux objets que nous désirions de voir. --- Page 200 ---
NOUVEAU VOYAGE.
CHAPITRE II
Des iles de
LArchipel, et particlulièrement de la Grèce.
Arnis plusieurs stations,
nous
mes enfin
débarquddéfinitivement à l'extrémité du
golphe. Laconique, autrement dit la Calochine., où le capitaine de notre vaisseau
s'arréter, ) àlendroit le plus
devoit
proche de Misite,Pansdieneilasceddnome Misitra contient
près sdequinzemille) habitans; parmi
ily a peu de! Turcs; ; elle est défendue lesquels
châtean bâti surl le hant du rocher où par un
tadelle deSparte. On sait
futlacis
devint bientôt da rivale qué cette ville, qui
commanda
d'Athènes, ét qui
long-tems à toute la
sa grandeur aux loix
Grèce, dut
que lui donna Licurgue. Le plan der cet ouvrage étant de faire
connoitre tous les principaux
mens, nous allons retracer ici ceux gouverne- de Lacé.
f
quels
châtean bâti surl le hant du rocher où par un
tadelle deSparte. On sait
futlacis
devint bientôt da rivale qué cette ville, qui
commanda
d'Athènes, ét qui
long-tems à toute la
sa grandeur aux loix
Grèce, dut
que lui donna Licurgue. Le plan der cet ouvrage étant de faire
connoitre tous les principaux
mens, nous allons retracer ici ceux gouverne- de Lacé.
f --- Page 201 ---
AUTOUR DI U M O N D E.
démone eto d'Athènes, et même celuidel'ancienne Carthage, pour ne plus revenir sur
cet objet. Ce sont les seuls gouvernemens
de l'antiquité qui méritent d'être
médités, 2
en y joignant celui des Romains, dont nous
avons donné une notion suffisante dans notre voyage d'Italie.
- Ce précis contient d'ailleurs une partie de
T'histoire ancienne de ces villes célébres.
L'histoire du gouvernement d'Athènes sera
sur-tout toujours intéressante, parce qu'elle
offre une leçon éternelle pour prévenir tous
les abus d'une démocratie qui n'est pas basée sur la balance des trois pouvoirs. Rien
d'ailleurs n'est indifférent, et l'on est certain de conténter ses lecteurs toutes les
fois qu'on les entretiendra de ce peuple aimable et belliqueux qui a servi, dans tous
les genres, de modèle aux autres nations
et qui a dans ses fastes une foule de traits ;
et nne physionomie particulière. La politique des états modernes y a pris de grandes
leçons. Toutes les formes de
gouvernement
sy trouvent avec une vigueur et des excès
bien dignes d'être observés : la liberté et la
tyrannie y eurent des autels et des chaines. --- Page 202 ---
NOUVEAU VOYAGE
Là futimaginée, peut être pour lal première
fois, cette confédération qui, en conservant
leur indépendance individuelle,
une république guerrière, aussitôt composoit
loit
qu'il falconquérir ou se défendre : là, les
trats étoient tout ce qu'un homme magisêtre, un sage, un héros, un mortel pouvoit
comptoit pour rien le sang versé qui ne
patrie, Là, on vit aussi des désordres pour la
freux, et après cette guerre
af:
le
duPiloponnése,
que voluptueux Périclès suscita pour étre
dispensé de rendre ses
comptes 2 on vit la
Grèce avilie trembler devant Alexandre,
n'avoir, à Chéronée, ni généraux; ni soldats, et enfin, remercier les dieux de la
mort de Philippe, qu'ils n'osoient
battre. Alors on avoit des
plus comcourtisannes, des
statuaires, des peintres, des orateurs, tout
excepté des vertus : on aimoit ses
et non sa patrie.
plaisirs, 2
Du gouvernement de Lacédémone.
L'AUTORITÉ des rois de Sparte fut absoluejusqu'an tems de Licurgue; mais depuis
que les Héraclides furent rentrés dans le
Péloponnèse 9
de Philippe, qu'ils n'osoient
battre. Alors on avoit des
plus comcourtisannes, des
statuaires, des peintres, des orateurs, tout
excepté des vertus : on aimoit ses
et non sa patrie.
plaisirs, 2
Du gouvernement de Lacédémone.
L'AUTORITÉ des rois de Sparte fut absoluejusqu'an tems de Licurgue; mais depuis
que les Héraclides furent rentrés dans le
Péloponnèse 9 --- Page 203 ---
AUTOU R DU M O N D E.
Péloponnèse, Sparte fut gouvernée par deux
rois. Le peuple voulut mettre ensuite le
gouvernement en république; Licurgue le réforma. Ses loix sont remarquables par leur
singularité. 11 n'en prit point le nodèle dans
les autres états : il forma dans le sein de la
Grèce un penple nouveau, quin'avoitrien de
commun avec lui que la langue. Dans cette
Aomesdegartermmtentdent rois,lesanciens
et le peuple, partageoient le gouvernement:
le sénat étoit composé de vingt-huit archontes ou vieillards; les décrets du sénat n'avoient point de force s'ils n'étoient ratifiés
par le peuple. Cent trente ans après Licurgue, Théophonique, ayant remarqué que ce
qui étoit résolu par les rois et par le sénat
n'étoit pas toujours agréable à la multitude, établit des
éphores, 7 dont la magistrature ne duroit qu'un an; ils étoient choisis
par le peuple, et. ils avoient autorité sur les
sénateurs et sur les rois méme ; ils avoient
plus de pouvoir que les tribuns n'en eurent
depuis à Rome. Pour bannir de Lacédémone
le luxe et T'envie, Licurgue voulut en chasser T'opulence et le luxe; il persuada donc
un partage égal de tous les biens; il ordonna
Tome I.
N --- Page 204 ---
NOUVE AU VOYAGE
que les planchers des maisons fussent faits
avec la coignée, et les portes avec la scie.
Voilà à peu près les logemens de nos anachorettes. L'entrée du pays étoit défendue
aux étrangers. Rome avilit peu à peu la dignité de citoyen : Lacédémone, par sa réserve à l'accorder, la rendit plus estimable.
Licurgue décria l'usage de l'or et de T'argent,
et ordonna qu'on se serviroit d'une monnoie
de fer. Les repas s'y prenoient en commun :
les grâces et les délicatesses attiques étoient
inconnues à Lacédémone. On y vouloit de
la force dans les esprits comme dans les
corps. Les jeunes filles, presque nues, et
les garçons, disputoient le prix de la course,
de la lutte, de la danse, etc. ; ils ne pouvoient épouser que les filles qu'ils avoient
vaincues dans ces jeux. Les femnmes sont
suffisamment couvertes, disoit-on, de T'honnêteté publique et de leur vertu. Les personnes nouvellement mariées ne pouvoient
:
se voir qu'à la dérobée : on vouloit prévenir
le dégoàt. Les Spartiates ne faisoient qu'une
même famille; les enfans ne connoissoient
d'autre mère que la république, ni d'autre père que les sénateurs. Les Ilottes ou
oient
vaincues dans ces jeux. Les femnmes sont
suffisamment couvertes, disoit-on, de T'honnêteté publique et de leur vertu. Les personnes nouvellement mariées ne pouvoient
:
se voir qu'à la dérobée : on vouloit prévenir
le dégoàt. Les Spartiates ne faisoient qu'une
même famille; les enfans ne connoissoient
d'autre mère que la république, ni d'autre père que les sénateurs. Les Ilottes ou --- Page 205 ---
AUTOUR DI U M ON DE.
195esclaves, étoient traités avec cruauté. Cette
constitntion n'avoit point eu d'exemple
sur la terre avant Licurgue, et n'a été suivie de personne. On viola dans la suite les
loix de Licurgue. Il en couta la vie à Agis,
pour avoir voula les rétablir. Enfin, Sparte
passa sous le joug des rois de Macédoine et
après SOuS celui des Romains,puisdesTurcs,
si vous en exceptez les Maniotes, retirés
dans les montagnes, que les Turcs, ni les
Vénitiens n'ont jamais pu soumnettre à leurs
loix.
Du gowvernement d. Athènes.
.
LE gouvernement d'Athènes varia plusieurs fois. Après avoir été long-tems sous
les rois, puis sous les archontes, cette ville
rendit son gouvernemuent populaire ; elle
passa ensuite sous le pouvoirtyranniqne des
Pisistratides. La liberté, recouvrée bientôt
après, subsista avec éc lar jasqu'à Téchec de
la-Sicile, et à la prised'Aihènes parles Lacédéuoniens. Ceux-ci la soumirent aux trente
tyrans dont l'autorité fit encore place à la
liberté; elle s'y couserva pendant une assez
N 2 --- Page 206 ---
NOUVEAU VOYAGE
longue suite d'années jusqu' t'à ce que Rome
eut enfin subjugué la Grèce. Athènes dans
sa naissance ent, comme Lacédémone et
Thèbes, 2 des rois, mais non absolus. On
comptoit dix rois depuis Cécrops jusqu'à
Thésée, et sept depuis Thésée jusqu'à Codrus, qui s'immola lui méme pour le salut
de la patrie : ses enfans, Médon et Nilée,
se disputèrent le royaume. Les Athéniens en
prirent occasion
des rois ils créèrent, dabolirlaroyaunéalay place
sousle nom d'archontes,
des gouverneurs perpétuels; ils les rendirent
d'abord décennaux, ensuite annuels.
fut leur
Dracon
législateur: ses loix ne durèrent que
vingt-six ans. Solon voulut secourir sa
les Athéniens lui offrirent la
patrie:
royauté; il se
contenta de la dignité d'archonte. L'une des
causes des troubles, comme à Rome, étoit
l'inégalité extréme des fortunes. Il fit acquitter les dettes, affranchit ses esclaves et
ne voulut pas qu'il fut permis désormais
d'engager sa libérté en empruntant; il fit
des loix plus douces, plus analoguès
ractère des
au caAthéniens, 2 et proportionna les
peines aux délits. Les grandes affaires de la
république ese discutoient dans les assémblées
troubles, comme à Rome, étoit
l'inégalité extréme des fortunes. Il fit acquitter les dettes, affranchit ses esclaves et
ne voulut pas qu'il fut permis désormais
d'engager sa libérté en empruntant; il fit
des loix plus douces, plus analoguès
ractère des
au caAthéniens, 2 et proportionna les
peines aux délits. Les grandes affaires de la
république ese discutoient dans les assémblées --- Page 207 ---
AUTOUR DU M ONDE
du peuple. Ces assemblées, où résidoit la
souveraineté, étoient fort nombreuses : il
falloit qu'elles fussent au moins de six mille
citoyens pour former une loi ou un décret
important. L'ostracisme étoit une loi par
laquelle on. condamnoit à dix ans d'exil les
citoyens soupçonnés de pouvoir aspirer à la
tyrannie. L'ostracisme n'opprima presquejamais que la vertu.
Du gouvernement carthaginois.
CARCHÉDON de Tyr avoit jeté les pre:
miers fondemens de Carthage sous le nom de
Carchédoine, à douze milles de Tunis. Une
princesse phénicienne, nommée Elyse ou Didon, s'y réfugia quelque tems avant la fondation de Rome, fuyant son frère Pygmalion, meurtrier de Sichée son mari; elle la
fit rebâtir et lui donna le nom de Carthage.
Cette reine étant morte, les Carthaginois
s'érigèrent en république, et après que la
Grèce eut été soumise,le monde fut partagé en deux puissantes républiques, Carthage etRome. Trois puissances y formoient
l'antorité souveraine, celle des deux princes
N 3 --- Page 208 ---
NOUVEAU VOIAGE
ou magistrats appelés suffètes, celle du sénat et celle du peuple. Aristote la loué de
n'avoir donné cntrée ni aux séditions, ni à
la tyrannie jusqu'au tems où vivoit ce philosophe, c'est-à dire, pendant plus de cinq
cents ans. Le pouvoir des suffètes équivaloit
à celui des consuls romains, et ne duroit
qu'un an; ils avoient le soin d'assembler le
sénat dont ils étoient les chefs, proposoient
les sujets de délibération et recueilloient les
suffrages; ils commandoient quelquefois les
armées. C'étoit au sénat que se traitoient les
affaires importantes et qu'on décidoit de la
guerre ou de la paix. Le nombre des sénateurs étoit considérable, puisqu'on en tiroit
cent quatre pour former le tribunaldes cent,
établi pour faire rendre compte aux tribunaux de leur conduite. Ces cent quatre juges étoient perpétuels. Cinq avoient une jurisdiction particulière et supérieureicelledes
autres : ce conseil des cinc étoit ce qu'est à
Vénise le conseil des dix. Le sénat ne décidoit en dernier ressort que lorsque les suffrages étoient unanimes : dès qu'il y avoit
partage, le droit de décider étoit dévolu aut
peuple; réglement qui animoit les cabales
faire rendre compte aux tribunaux de leur conduite. Ces cent quatre juges étoient perpétuels. Cinq avoient une jurisdiction particulière et supérieureicelledes
autres : ce conseil des cinc étoit ce qu'est à
Vénise le conseil des dix. Le sénat ne décidoit en dernier ressort que lorsque les suffrages étoient unanimes : dès qu'il y avoit
partage, le droit de décider étoit dévolu aut
peuple; réglement qui animoit les cabales --- Page 209 ---
AUTOUR D U MON) D E.
et faisoit dominer les mauvais conseils. Les
généraux répondoient des événemens de la
guerre. Aristote blâme de ce que le même
homme put y posséder plusieurs charges. Ils
firent mourir injustement Annibal, Bomilcar
et le Macédonien Xantippe leur sauveur,
le vainqueur de Régulus qui avoit vaincu
cent fois les généraux de Carthage.
Carthage, colonie de Tyr, avoit lesmémes moeurs , les mémes loix, le même langage et la même industrie pour le commerce ; on y cultivoit peu les arts. Ce fut le
dessein de posséder la Sicile, formé en méme tems par les Romains et les Carthaginois, qui leur mit les armes à la main. Cette
guerre dura vingt-quatre ans, et fut terminée à l'avantage des Romains. Amilcar étoit
le généraldes Carthaginois. Les Romains ne
furent pas long-tems sans abuser de l'heureuse situation où les avoit mis ce traité :
les Carthaginois en essuyerent plusieurs injustices. D'ailleurs, Carthage faisoit des conquêtes en Espagne, qui imettoient en danger
Rome, qui, de son côté, s'étendoit vers la
Grèce. Enfin, il y eut un traité dont les
conditions furent que les Carthaginois ne
N 4 --- Page 210 ---
NOUVEAU VOYAGE
passeroient pas l'Ebre, et que les
tins, placés entre eux et les Romains, Sagon- demeureroient neutres et vivroient
et libres.
indépendans
Malgré ce traité, Annibal attaqua
Sagonte. Les Romains se plaignirent inutilement : alors commença une nouvelle
qui dura seize ans, et son histoire guerre
peut-être le plus beau spectacle
présente
nil Tantiquité. Annibal
qu'ait fourtriompha d'abord de
Rome; mais les
Carthaginois ne lui ayant
pas envoyé les secours qu'il demandoit, il
fut réduit à une guerre défensive. Les Romains portèrent la guerre en Afrique; Scipiony'descendit, vainquit Annibaldeux cent
un ans avant Jésus-Christ, et fit une paix
avantageuse en tout aux Romains.
La troisième guerre punique fut
se : Scipion Emilien prit
entreprifirma le nom d'Africain Carthage, et COl1dans sa famille, Rome avoit forcé les Carthaginois à reprendre
les armes. Genseric enleva dans la suite Carthageaux Romains; ; elle fut pendant centans
le siège de l'empire des Vandales en Afrique. Les Arabes l'ont entièrement
et lon en voit les ruines à quatre lieues ruinée, de
Tyr. Carthage, devenue plutôt riche
que
Scipion Emilien prit
entreprifirma le nom d'Africain Carthage, et COl1dans sa famille, Rome avoit forcé les Carthaginois à reprendre
les armes. Genseric enleva dans la suite Carthageaux Romains; ; elle fut pendant centans
le siège de l'empire des Vandales en Afrique. Les Arabes l'ont entièrement
et lon en voit les ruines à quatre lieues ruinée, de
Tyr. Carthage, devenue plutôt riche
que --- Page 211 ---
AUTOU R D U M O N D E.
201)
Rome, avoit été aussi plutôt corrompue. La
tyrannie du prince ne met pas un état plus
près de sa ruine, que Tindifférence des citoyens pour le bien commun n'y met une
république. A Carthage 1 les particuliers
avoient les richesses des rois. De deux factions qui divisoient Carthage, l'une vouloit
toujours la paix, l'autre la guerre. La présence d'Annibal fit cesser parmi les Romains
toutes les divisions; ; mais la présence de Scipion aigrit celles des Carthaginois : ceux-ci
se servoient de troupes étrangères ; les Romains émployoient les leurs. Chez les Carthaginois les armées quiavoient été battues
deyenoient plus insolentes; quelquefois elles
mettoient en croix leur général : chez les
Romains, le consul décimoit les troupes qui
avoient fui. La fondation d'Alexandrie avoit
ausibemncospdirminué le commerce de Carthage : sa cavalerie valut mieux que celle de
Rome; les chevaux numides étoient meilleurs
que ceux d'Italie; mais enfin, les Romains
ayant conquis l'Espagne et fait alliance
avec Masinissa, ils eurent de bonne cavalerie, et ce fut la cavalerie numide qui gagna
la bataille de Zama, et finit la guerre. --- Page 212 ---
NOUVEAU VOYAGE
Nous voilà dans la Morée,
cien Péloponnèse.
qui est l'anNous marchâmes la
mière journée par une plaine fertile et bien precnltivée. Nous avions à notre droite l'Eurotas, ce fleuve fameux sur les
les anciens
rivages duquel
Spartiates
travaux, et où se
s'endurcissoient aux
baignoit la jeunesse lacédénonienne. Le peu de vestiges
de la ville de
qui restent
Sparte, sont des colonnes brisées, des corniches, des
dans la
chapiteaux épars
campagne. On reconnoit
encore la forme du théâtre et du Dromos. cependant
premier avoit deux cents
Le
sa plus grande
cinquante pas dans
de belles
ouverture ; les mures étoient
pierres de taille et les gradins de
marbre. En face du théâtre sont
débris de colonnes et de murailles de plusieurs
qu'on nous dit être les restes du tombeau brique,
de Pausanias; mais on ne peut en être certain. Le tems, hélas ! dévore
me les tombeaux. Là aussi
tout, et mécolonne
étoit autrefois la
oùl'on avoit gravé les noms des trois
cents Spartiates qui perdirent la vied la défense des Thermopyles : on nous fitvoir cette
colonne dans une église de la ville où elle a
été transportée depuis. Le Dromos étoit
un
..
dit être les restes du tombeau brique,
de Pausanias; mais on ne peut en être certain. Le tems, hélas ! dévore
me les tombeaux. Là aussi
tout, et mécolonne
étoit autrefois la
oùl'on avoit gravé les noms des trois
cents Spartiates qui perdirent la vied la défense des Thermopyles : on nous fitvoir cette
colonne dans une église de la ville où elle a
été transportée depuis. Le Dromos étoit
un
.. --- Page 213 ---
A U TOU R DU U M O N D E.
cirque oùi la jeunesse s'exerçoit à la course
et à manier les chevaux. C'étoit vraisemblablement là aussi que les jeunes flles dansoient nues, vêtues de la seule pudeur publique, et s'exerçoient à la lutte en présence
des jeunes garçons. Nous fames, par la route
de Sparte. 9 à Napoli, qu'on croit être Tancienne Argos. En arrivant à cette ville, on
voit sur la droite une élévation couverte de
ruines : ce sont les anciens restes d'A Argos,
capitale des états d'Agamemnon. Nous pour:
suivimes notre course vers Mycène, qu'on
appelle aujourd' hui Agios-Adrianos. La nouvelle ville qui remplace Argos na * rien qui
soit digne des regards d'un curieux. Nous ne
fumes guère plus satisfaits de Corinthe:cette
ville, autrefois l'ornement de la Grèce et la
capitale de TAchaie, n'est plus qu'un gros
village, situé entre la mer Ionique et la mer
Egée. L'ancienne Corinthe avoit onze milles
de circuit. On sait que les Romains la saccagèrent et la réduisirent en cendres. Grand
nombre de statues d'or et d'argent, d'autres
d'airain, furent fondues danslembrasement:
ces différens métaux, mélés ensemble, furmérent une espèce de cuivre très-précienx, --- Page 214 ---
NOUVEAU VOYAGE
qu'on appela depuis métal de Corinthe.
tas de maisons, construites
Des
sans
sans ordre et
proportion, ont pris la place des édifiCes somptueux qui embellissoient cette
lente et superbe ville : il n'y a guère opud'huique quatorze ou quinze cents habitans. aujourLa ville de
les
Mégare, qui est à quelques milde-là, n'est pas en meilleur état que Corinthe; ; mais elle a du moins
n'avoir
T'avantage de
pas changé de nom. On compte
torze milles de-là à Lepsina, autrefois quasis. Les Eleusiens élevèrent
Eleuun temple magnifique à Cérès; ils instituèrent en Sonl nom
des fêtes appelées
"Thesmophores, où de
jeunes vierges portoient sur leurs têtes des
corbeilles pleines d'épis. Ilr n'y a plus d'habitans à Lepsina ; mais la
couverte de belles ruines de campagne marbre. est
Nous nous hâtâmesde nousrendre à Athènes. Nous n'entreprendrons pas de vous
peindre toute notre émotion, tout l'enthousiasme qui s'empara de nous aux approches
du séjour des Platon, des Aristote, des Miltiade, des Socrate, C'est, en général, le
sentiment qu'on éprouve ici, comme dans
toute l'Italie. Quels souvenirs , en effet,
epsina ; mais la
couverte de belles ruines de campagne marbre. est
Nous nous hâtâmesde nousrendre à Athènes. Nous n'entreprendrons pas de vous
peindre toute notre émotion, tout l'enthousiasme qui s'empara de nous aux approches
du séjour des Platon, des Aristote, des Miltiade, des Socrate, C'est, en général, le
sentiment qu'on éprouve ici, comme dans
toute l'Italie. Quels souvenirs , en effet, --- Page 215 ---
AUTOUR DU M O N DI E.
quels grands noms ne rappelle pas la patrie
des Homère, des Xénophon, des Démos-:
thène, des Epaminondas! Ces noms n'égalent-ils pas, s'ils ne les
surpassent, ceux des
Scipion, des Paul - Emile, des César, des
Cicéron, des Varron, des Virgile ? On trouve encore quelques vestiges de ce
fut
autrefois Athènes ; et le peu de ruines que
en restent sont à la fois, et des
qui
son antique
marques de
gloire, et des preuves de la barbarie de ses vainqueurs. La nouvelle Athé.
nes est située aux mêmes lieux
cienne; mais elle
que l'anoccupe un bien moindre
espace que ne le faisoit celle-ci. La citadelle
est bâtie sur un roc escarpé, au haut d'une
colline qui peut avoir douze cents pas de circonférence : on y montoit, il y a quelques
années, par trois superbes
portiques, sur
esquels on remarquoit plusieurs
lef figures en bas-relief: c'étoient
groupes
sans doute
ces beaux propylées ou vestibules dont la
onstruction couta plus de vingt mille taens. En montant quelques
pas, on trouvoit
in témple de la Victoire à droite du chemin
ui mène à celui de Minerve; il
enal aux Turcs, aussi bien servoitd'arqu'un autre --- Page 216 ---
NOUVEAI U VOYAGE
grand édifice qui étoit vis-à-vis. Les colonnes de l'un et de l'autre qui subsisient encore, sont d'ordre ionique, cannelées et ornées de bas-reliefs fort délicats. Nous arrivâmes au temple de Minerve, ou plutot à
Tendroit oùr il éroit bâti. Ce magnifique édifice, un des plus beaux monumens anciens
en ce genre, avoit éréconservé par les Turcs,
qui en avoient fait leur principale mosquée;
mais il fut ruiné par les bombes en 1677.
Nous n'etmes pas le bouheur de le voir en
son entier, comme plusieurs voyageurs
avant nous. Il étoit de marbre blanc, assez
semblable à un paralldlogramme; sa longueur d'orient en occident étoit de deux cent
vingt pieds, sur près de cent de largeur;
quarante-huit colonnes doriques, hantes de
quarante-deux pieds, formoient tout au tour
une galerie superbe. Le fronton du portail
étoit urné dé beiles figures quireprésentoient
lentrée de Minerve dans Athènes : on-yre
marquoit le char de la déesse trainé par des
chevaux d'une beauté et d'une délicatesse
digues des Praxitèles et des Myrons. L'intérieur du temple présentoit un double rang
de'colonnes de marbre, qui formoient une
antes de
quarante-deux pieds, formoient tout au tour
une galerie superbe. Le fronton du portail
étoit urné dé beiles figures quireprésentoient
lentrée de Minerve dans Athènes : on-yre
marquoit le char de la déesse trainé par des
chevaux d'une beauté et d'une délicatesse
digues des Praxitèles et des Myrons. L'intérieur du temple présentoit un double rang
de'colonnes de marbre, qui formoient une --- Page 217 ---
AUTOU U R 3 U M O N D E.
207.
espèce de galerie. Les murailles é oient construites du plus beau marbre, et enrichies de
peintures et de mosaiques:on: avoit gravésur
la frise le famneux combat contre les Centaures, des sacrifices, des processions, des pompes triomphales ; le dais de l'autel qui ser-4
voit aux Chrétiens, étoit soutenu sur quatre
colonnes de porphyre bien travaillées. Ce
temple étoit fort obscur; mais il devoit l'étre bien davantage avant que les Grecs eussent pratiqué dans le choeur une ouverture
par où la lumière entroit dans le corps de
l'édifice. Nous avons observé la même chose
dans tous les temples des Payens quele tems
n'a pas dévorés. Sans doute que cette obscurité étoit requise pour la célébration de leurs
mystères, et pour les rendre plus augustes,
en les exposant moins aux regards des prophanes.
Notre empressement et notre impatience
étant, pour ainsi dire, en balance parmi
tant d'objets qui nous restoient à parcourir, nous demandions à la fois à voir ces
lieux célèbres oùa avoient parujadis avec: tant
d'éclat les Sophocle, les Euripide, les Démosthène, les Socrate et les Platon. Nous --- Page 218 ---
NOUVEAU VOYAGE
descendimes à travers quantité de ruines
précieuses et de colonnes de
lieu desquelles
marbre, au miles Turcs ont construit des
baraques et des
de Bacchus,
corpa-de-garde. Le théâtre
qui joint les murailles de la
citadelle, est appuyé sur la pente de'la
line. La nature et l'art
collieu une. scène
avoient fait de ce
de près de
large
leilantetinateniae,
deux cent cinquante
lieu de T'orchestre
pieds. Le
en a plus de cent; les
gradins occupent le reste. Deux
plus beaux et plus entiers sont monumens
appelle la lanterne de
ceux qu'on
des Vents.
Démosthène et la tour
marbre
Celle-là est une petite tour de
où l'on dit que ce grand orateur
s'exerçoit à l'étude de
guère
T'éloquence; ; elle n'a
que seize pieds et demi de
est couverte d'un dôme taillé
circuit, et
colonnes
en écaille ; six
cannelées de dix pieds et demi de
haut avec leurs chapiteaux soutiennent
belle guérite. Sur l'autre tour,
cette
de
qui est aussi
marbre, et de figure octogone, sont
les huit vents
gravés
principaux, un sur
face, du côté précisément
chaque
couverture de la
qu'il souffle ; la
tour est composée de vingtquatre morceaux de marbre égaux qui se
réunissent
colonnes
en écaille ; six
cannelées de dix pieds et demi de
haut avec leurs chapiteaux soutiennent
belle guérite. Sur l'autre tour,
cette
de
qui est aussi
marbre, et de figure octogone, sont
les huit vents
gravés
principaux, un sur
face, du côté précisément
chaque
couverture de la
qu'il souffle ; la
tour est composée de vingtquatre morceaux de marbre égaux qui se
réunissent --- Page 219 ---
AUTOU R - D U M ON D E.
réunissent en pointe. Ne seroit-ce point pour
indiquer les vingt-quatre vents. P Au reste,
cette idée seroit digne d'un peuple aussi
éclairé que les Athéniens.
Da côté de la porte d'Eleusis sont les restes d'un superbe vestibule qui faisoit partie
du temple deJupiter Olympien : il avoit cent
vingt-cing pas de long, c'est-à-dire, environ
un stade; son circuit étoit de cinq cents
pas. La plus apparente de ces ruines est
un pan de muraille, orné par devant de COlonnes de marbre. Non loin de là, hors de
l'enceinte de la ville moderne, étoit le temple que les Athéniens élévérent en T'honneur de Thésée : c'est maintenant une église
de Saint-George. Autour de l'édifice règne
un beau portique, soutenu par des colonnes de marbre d'ordre dorique. Des deux
côtés de la façade sont représentés les principaux exploits de Thésée : ces sculptures
sont toutes de main de maitre;l le tems ne leur
a presque rien fait perdre de leur beauté et
de leur finesse. A l'aspect de ce beau nonument, on croit vivre encore au milieu des
anciens Athéniens; mais, hélas! quede regrets se mélent à ces jouissances! L'AçadéTome I.
O --- Page 220 ---
NOUVE A U VOYAGE
mie, le Musée,1'Odémm, ces augustes sanctuaires des Muses, ne sont plus que des amas
de ruines dont la vue imprime une sorte de
vénération. Nous nous transportâmes au Stadium, où se célébroient les jeux de toute
lAttique : on ne voit plus que la place de
ce cirque qui a cent vingt-cinq pas de long
sur vingt-six de large.Le mont Hymette est
renommé pour ses abeilles; le miel qu'elles
composent est d'un gott délicieux; sa couleur est jaune comme de l'or.
On conçoit que nous ne voultmes point
quitter Athènes sans avoir vu le Pyrée ; le
chemin qui y conduit conserve des fondemens de la muraille-qui joignoit ce port à
la ville. Le bassin pourroit bien contenir cinquante de nos vaisseaux, s'il n'étoit en partie comblé de décombres ; il s'appelle à présent Porto-Leonne; ; nom que les mariniers
italiens lui ont donné, à cause d'un beau
lion de marbre qu'on apperçoit de loin, au
fond du port. On compte à Athènes huit
à neuf mille habitans, presque tous Grecs.
Ce peuple, tout ignorant qu'il est, paroit
plus civilisé et plus poli que les autres peuples de la Grèce.
ante de nos vaisseaux, s'il n'étoit en partie comblé de décombres ; il s'appelle à présent Porto-Leonne; ; nom que les mariniers
italiens lui ont donné, à cause d'un beau
lion de marbre qu'on apperçoit de loin, au
fond du port. On compte à Athènes huit
à neuf mille habitans, presque tous Grecs.
Ce peuple, tout ignorant qu'il est, paroit
plus civilisé et plus poli que les autres peuples de la Grèce. --- Page 221 ---
AUTOUR DU MO NDE.
Nous voulimes voir ensuite la patrie de
Solon, Salamine, et puis Thébes. Nous primes la droite du chemin d'Eleusis, par une
plaine couverte d'oliviers; après deux heures et demiè de marche, nous nous trouvàmes au canal qui sépare Salamine du paye
d'Athènes. En approchant de Salamine,
nous vimes à droite le fameux rocher Ké 2
ras, sur lequel Xercès fit placer un trône
d'argent pour faire la revue de son armée
navale. On sait que Themistoclehumilis son
orgueil par la brillante victoire qu'il remporta sur lui. Non loin de Salamine est l'ile
d'AEgina, etle golphe d'Algine : surl'un dés
deux promontoires qui forment son embouchure, on voit dix-nenf colonnes fort élevées qui sont les débris d'un temple de Minerve ; c'est de-là qu'est venu le nom de
Cap-Colonne qu'on donneà ce promontoire.
L'antre, qui est du côté de la Morée, s'ap:
pelle le Cap-Scilli. Il y a dans cetté ile une
si grande quantité de perdrix rouges qu'on
est obligé de faire des battues pour en diminuer le nombre.
Nous retournâmes sur nos pas pour voir
la capitale de la Béotie, 2 Thabes, quin'est
0 2 --- Page 222 ---
NOUVEAU VOYAGE
qu'à une journée et demie d'Athènes.
sait que cette ville fut la patrie de Pindare On
MfRwnemebr-Alaain. ditle
la détruisit de fond en comble;
Grand,
descendans du
excepté les
des habitans
poôte Pindare, 2 tout le reste
fut passé au fil de
Thèbes est aujourd'hni réduite à l'épée
teresse appelée Cadméia, lancienne fordu nom de Cadmus. On y voit encore de vieilles
quelques restes de murailles.
tours et
fois si
Thèbes, 4 autregrande, ne contient plus que trois ou
quatre mille ames.
-
Le jour suivant, nous laissâmes
gauche
sur la
THéicon,,et à quelques milles de
là, le mont Parnasse,
marche
pour continuer notre
jusqu'au village de Castri où étoit
située la fameuse ville de
nous nous rendimes à
Delphes. De là,
à
Salona, et de Salona
Lépanthe, anciennement appelée
tos : c'étoit une des plus fortes
Naupactolie. N'y ayant rien observé places del'E.
de nous arréter,
qui.fut digne
nous saisimes la
occasion pour passer le golphe de première
et nous rendre à l'ile de
Lépanthe
vingt milles del la terre Rhodes, qui est à
avoir
ferme d'Asie, et peut
quarante milles de circuit. Cette ile
là,
à
Salona, et de Salona
Lépanthe, anciennement appelée
tos : c'étoit une des plus fortes
Naupactolie. N'y ayant rien observé places del'E.
de nous arréter,
qui.fut digne
nous saisimes la
occasion pour passer le golphe de première
et nous rendre à l'ile de
Lépanthe
vingt milles del la terre Rhodes, qui est à
avoir
ferme d'Asie, et peut
quarante milles de circuit. Cette ile --- Page 223 ---
AUTOUR DU MONDI E.
changea plusieurs fois de nom et de maitres; elle fut d'abord appelée, par'les Grecs,
Ophius, pour exprimer la-quantité de serpens dont elle étoit infestée; on la nomma
ensuite Astérie, Corlimbie, Macarie, et
enfin, Rhodes. Le fameux Colosse qu'on y
voyoit, et qui passoit pour une des sept
merveilles du monde, étoit une statue énorme qui avoit soixante dix coudées de haut;
elle étoit si prodigieuse qu'un homme eût
eu peine à embrasser unde ses pouces. Charès, excellent sculpteur, employa douze années à la faire; elle couta des sommes immenses ; elle' étoit posée sur la mer, ayant
les jambes sur chacun des côtés du port,
en sorte qu'un navire pouvoit passer dessous à voiles déployées; mais elle ne dura
que cinquante-six ans debout; un tremblement de terre la renversa et la fracassa.
Vers le milieux du septième siècle, un soudan d'Egypte, étant venu contre les Rhodiens, ft emporter Ce qu'il trouva des débris de ce colosse, et en chargea neuf cents
chameaux; nous ne vimes donc que la place
qu'il avoit occupé. On sait que les Sarrasins
possédèrent cette ile jusqu'à ce que les chey
0 3 --- Page 224 ---
2:4
NOUVEAU VOYAGE
valiers de Saint-Jean de Jérusalem s'y établirent au quatorzième siècle, et prirent le
nom de chevaliers de Rhodes. L'histoire est ,
pleine des exploits de ces religieux militaires : personne n'ignore les sièges fameux
qu'ils soutinrent contre les Turcs; ils eurent
la gloire de repousser Ottoman, qui vint
les assiéger avec cent mille hommes; mais
ils ne purent résister à la fortune de Soliman Second, qui, les àyant attaqué avec
une fois plus de monde et quatre Cents vaisseaux, les força enfin, après six mois du
siègel le plus opiniâtre et le plus mémorable.
Nous nous transportâmes à l'ile de Candie, qui fut jadis un des plus Alorissans
royaumes de la Crête, sous le nom del'ile de
Crête; elle est peu de chose aujourd'hui. Minos donna des loix aux anciens Crétois, qui
furent adoptées en grande partie par les
Grecs. Les Romains les prirent de ceux-ci,
et les autres peuples des Romains. Ainsi,
la Crête peut se glorifier d'avoir donné des
loix à toute la terre. Des cent villes qu'ily
avoit jadis dans cette ile fameuse, à peine
en trouve-t-on trois aujourd'hui, qui sont
dans un pitoyable état : le port même de
est peu de chose aujourd'hui. Minos donna des loix aux anciens Crétois, qui
furent adoptées en grande partie par les
Grecs. Les Romains les prirent de ceux-ci,
et les autres peuples des Romains. Ainsi,
la Crête peut se glorifier d'avoir donné des
loix à toute la terre. Des cent villes qu'ily
avoit jadis dans cette ile fameuse, à peine
en trouve-t-on trois aujourd'hui, qui sont
dans un pitoyable état : le port même de --- Page 225 ---
AUTOUR DU MO N D E.
Candie est comblé à un point que les
bâtimens ont peine à y entrer. C'est petits
cette ile qu'est situé le fameux
dans
et près de-là étoit ce
mont Ida,
célèbre
labyrinthe non moins
qui fut construit par
le modèle du
Dédale, sur
l'a
labyrinthe d'Egypte. Le tems
entièrement détruit. Le labyrinthe
voit aujourd'hui n'est
celui
qu'on
venons de
pas
dont nous
parler; mais il n'est pas moins
curieux par les concrétions
ve; quoiqu'elles
qu'on y troud'Anti-Paros
n'approchent pas de celles'
: en voici la description. Nous
commençâmes par descendre avec des flambeaux dans le creux d'une
plie d'une infinité de
montagne remétroits.
souterrains obscurs et
L'ouverture est basse et raboteuse.
C'est l'onvrage de la nature, et l'art ne
roit pas y avoir contribué. Ce
paanciennement
pouvoit étre
à
une simple grotte qui parut
propre creuser plusieurs routes :
aussi sont-ce les anciennes
peut-étre
l'on tira les
carrières, d'oà
pierres pour bàtir la ville de
Cortyne, 9 qui n'en est pas éloignée. En
avançant quelques pas, on arrive dans une
espèce de salon dont les murailles,
dans lel roc, 2 présentent uné
taillées
grande variété
O 4 --- Page 226 ---
NOUVEAU VOYAGE
de pierres et de marbres de diverses couleurs. Le plafond est garni d'une grande
quantité de petits stalactites qui font un ef
fet merveilleux : ce salon, qui est fort étendu, conduit, par une pente aisée, dans
une multitude d'allées et de rues qui s'entre-coupent les unes les autres. Si nous n'avions pas eu des guides, nous n'aurions jamais Su quelle route nous devions prendre;
elles se croisent en tant de manières, et
B formenit un si grand nombre de tours et de
détours, qu'après avoir fait beaucoup de
chemin, on est surpris de se retrouver au
même lieu d'où l'on est parti. Nous ne pouvions nous lasser d'admirer les différentes
couches ou veines de terre qui semblentavoir
été posées en certains endroits pour le plaisir de la vue : dans les allées où le.sol étoit"
apparemment trop tendre,on a fait des murailles avec les pierres qu'on avoit tirées des
parties plus dures et plus solides de la montagne. Nous parvinmes à l'extrémité du labyrinthe dans deux grandes.s salles où nous
nous reposâmes. Nous vimes que ce chemin
souterrain est d'environ deux mille pas de
longueur : nous fumes très-convaincus que
été posées en certains endroits pour le plaisir de la vue : dans les allées où le.sol étoit"
apparemment trop tendre,on a fait des murailles avec les pierres qu'on avoit tirées des
parties plus dures et plus solides de la montagne. Nous parvinmes à l'extrémité du labyrinthe dans deux grandes.s salles où nous
nous reposâmes. Nous vimes que ce chemin
souterrain est d'environ deux mille pas de
longueur : nous fumes très-convaincus que --- Page 227 ---
AUTOUR D U M ON DI E.
l'ancien labyrinthe devoit être bien différent
de cette multiplicité de caveaux ténébreux
où l'art paroit n'avoir eu aucune part. Lile
de Créte a plas de deux cent mille pas d'étendue. Nous louâmes une petit bâtiment,
alin de débarquer où bon nous sembleroit,
et de faire à volonté le tour des Cyclades.
On leur a donné ce nom, qui veut dire circulaires, parce que ces iles sont, pour ainsi
dire, rangées autour d'un centre, qui est
Délos. Les iles qui sont autour de cet espèce de cercle, du côté de Candie, et vers
les côtes d'Asie, sont aussi comprises sous
ce nom 3 quoique les anciens les aient appelées Sporades, ce quisignilie éparses çà et
là. Nous n'insérerons ici que les noms de la
plupart de ces iles presque toutes stériles et
désertes : de ce nombre sont les iles de Santorin ou Santarini, d'Argentière, de Mélos,
d'Hélène, etc., etc. Nous ne nous arréterons qu'à celles qui méritent quelque observation : les plus fertiles sont l'ile de Bolicando, de Cythnos aujourd'hui Thermia,
de Syra, d'Andros et de Négrepont, qui
est actuellement la capitale de l'Euripe, fameux détroit de la mer Egée qui sépare TAu- --- Page 228 ---
NOUVEAU VOYAGE
lide et la Béotie de l'Eubée. C'est-là qu'on
remarque Teffet surprenant que les anciens
et les modernes ont tâché vainement d'approfondir : pendant dix-hit ou dix-neuf
jours de chaque lune, l'Euripe est réglé,
comme disent les habitans, c'est-à-dire,
qu'en vingt-quatre ou vingt-cinq heures, il
a son flux et reflux, ainsi que l'Océan; mais
pendant les autres jours, il est déréglé; et
alors, dans l'espace de ving-quatre ou vingtcinq, heures, il a onze, douze, treize et méme quatorze fois flux et reflux. Nous voulàmes être témoins nous-mémes de ces changemens merveilleux. Etant allé à un moulin qui est au bas du château, nous vimes,
en moins d'une heureet -
demie,la roue changer jusqu'à trois fois de mouvement, selon
le différent cours de l'eau. Ce qu'ily a de
surprénant, c'est qu'entre le tems où l'Euripe monte, 7 et celui où il descend, il y a
un petit intervalle qui fait paroitre l'eau en
repos et. comme stagnante, Pour revenir
à notre tournée dans ces différentes iles 9
voici, ce que nous y avons trouvé de plus
remarquable : celle de Naxia nous a paru
une des plus grandes et la plus riche des
trois fois de mouvement, selon
le différent cours de l'eau. Ce qu'ily a de
surprénant, c'est qu'entre le tems où l'Euripe monte, 7 et celui où il descend, il y a
un petit intervalle qui fait paroitre l'eau en
repos et. comme stagnante, Pour revenir
à notre tournée dans ces différentes iles 9
voici, ce que nous y avons trouvé de plus
remarquable : celle de Naxia nous a paru
une des plus grandes et la plus riche des --- Page 229 ---
AUTOU R D U M O N D E.
Cyclades; elle étoit appelée jadis Dyonisia,
depuis Callipolis et petite Sicile à cause de
sa-fertilité. On y voit, près du château, des
restes de la plus haute antiquité : ce sont
des ruines d'un temple de Bacchus. La richessedes matériaux prouvela magnificence"
et la beauté de cet édifice : les morceaux de
jaspe et de porphyre sont mélés avec le granite le plus riche. Le cadre de la porte
qui - conduisoit au temple est encore dans
son entier; il est de trois morceaux de marbre fort poli, chacun de dix-huit pieds de
longueur sur onze d'épaisseur. Nous n'avons
rien vu de si noble, ni de si majestueux :
mais nous abrégeons cette description pour
transporter avec nous nos-lecteurs dans les
iles de Paros et d'Anti-Paros. C'estici qu'on
se retrouve encore au milieu, au sein méme de l'antiquité.
La première de ces deux iles, quoiqu'elle
n'ait qu'environ cinquante milles de circuit,
étoit. une des plus considérables des Cyclades, et T'alliée des Perses contre les Grecs.
On trouve à chaque pas encastrés dans les
murailles des corniches, des frises, des chapiteaux de colonne, et même des colonnes --- Page 230 ---
NOUVEAU VOYAGE
toutes entières. Ici, les plus beaux bas-reliefs mélés avec des corps de statues ; soutiennentl'entrée d'une
maison; là, une belle
colonne cannelée compose le linteau d'une
porte : c'est, en vérité, un spectacle digne
d'arracher des larmes, de voir des
qui ont couté tant de soins et de ouvrages
confondus avec les pierres et le ciment. travaux, Les
colonnes et les statues de marbre devoient
être naturellement fort communes dans une
ile d'où l'on tiroit le plus beau marbre de
la Grèce. Paros n'est, à proprement. parler,
qu'un seul et vaste rocher de
marbre, couvert de quelques pieds de terre. Là sont ces
carrières si vantées qui fournissoient à
presque toute l'Asie de quoi décorer les temples
des dieux, cthonorer, perpétuer la mémoire
des grands hommes. C'est à Paros qu'au
comniencement du dix-septième siècle, se
lt la déconverte de ces belles tablettes de
marbre, où sont gravés les principaux eve
nemens de T'histoire grecque depuis la fondation d'Athènes.
Thomas, comte d'Arundel, eut soin de les faire transporter en Angleterre, où il les déposa dans la célébre
université d'Oxford. On les appelle indif-
pétuer la mémoire
des grands hommes. C'est à Paros qu'au
comniencement du dix-septième siècle, se
lt la déconverte de ces belles tablettes de
marbre, où sont gravés les principaux eve
nemens de T'histoire grecque depuis la fondation d'Athènes.
Thomas, comte d'Arundel, eut soin de les faire transporter en Angleterre, où il les déposa dans la célébre
université d'Oxford. On les appelle indif- --- Page 231 ---
AUTOUR DU MON DE.
féremment aujourd'hui marbres d'Oxford,
marbres d'Arundel et marbres de Paros.
L'ile d'Anti-Paros n'est séparée de l'autre
que d'un mille et demni, C'est-là qu'est cette
fameuse grotte de concrétions, si vantée
par les anciens et par les modernes. Nous
primes quatre hommes pour nous accompagner; et certes un tel secours étoit bien
nécessaire. Qu'on se figure un précipice affreux de près de mille pieds profondeur, oix
l'on ne peut descendre qu'avec des cordes
Oll des échelles : voilà le premier point de
vue sous lequel on doit envisager la pénible
entreprise qu'il faut avoir la hardiesse de
tenter, si l'on veut jouir du superbe
tacle
specqu'offre ce souterrain. Nous entrâmes
d'abord sous une vaste arcade, voûtée et
soutenue par plusieurs pilliers que la na-,
ture a taillés. Al'extrémité de la caverne est
un chemin étroit que nous suivimes.à la
lueur de plusieurs Hlambeaux, et qui nous
conduisit au bord d'un affreux abime,. Nous
n'imaginions point comment nous pouvions
aller plus avant; ; mais un de nos guides,
saisissant un crampon de fer qui étoit enfoncé dans le rocher, y attacha une corde; --- Page 232 ---
NOUVEAU
VOYAGEY
puis, prenant son flambeau d'une
s'aida de l'autre à
main, il
tôt, en
glisser et disparut aussi:
nous criant de le suivre. Nous
laissâmesa aller, à son
nous
fre à Taide d'une
exemple, dans ce gouf
corde. Nos voix,
par une infinité d'échos,
répétées
terrible, Notre
formoient un bruit
marchâmes
troupe s'étant réunie, nous
étroites
quelques pas dans des rues fort
et arrivâmes à un autre
moins escarpé, à la vérité;
le précipice
mais qui
que premier,
présentoit plus de difficultés,
que nous n'avions plus., ni
parce
le:il nous fallut
corde, ni échelglisser sur le dos, en nous
cramponant de notre mieux aux parties les
plus raboteuses du niur.
ge,s'il
Dans ce second étanous est permis de parler
edmes à admirer
ainsi, nous
une grande grotte dont les
parois sont formés d'une espèce de
entremélé de veines
porphyre
veilleux : le
rouges d'un éclat merpavé étoit d'une autre sorte de
pierre grise, où je remarquai
crustés grand nombre de
qu'étoient infiés. Nous n' étions
coquillages pétriencore qu'à la moitié de
notre expédition : il nous restoit deux autres
précipices à descendre, ou plutot à
avant d'arriver au termé de
franchir,
nos travaux. Le
de veines
porphyre
veilleux : le
rouges d'un éclat merpavé étoit d'une autre sorte de
pierre grise, où je remarquai
crustés grand nombre de
qu'étoient infiés. Nous n' étions
coquillages pétriencore qu'à la moitié de
notre expédition : il nous restoit deux autres
précipices à descendre, ou plutot à
avant d'arriver au termé de
franchir,
nos travaux. Le --- Page 233 ---
AUTOUR D U M O N D E.
premier, 9 quoique terrible et dangereux, fut
franchi dans un instant par le moyen d'une
échelle qui se rencontra là fort à propos. Il
faut observer qu'on y en tient ordinairement
pour le secours de ceux qui sontt tentés de voir
ces . souterrains. Malheurousement, quand
nous en fumes au second précipice,Téchelle
Se trouva trop courte; et ne sachant quelle
pouvoit être la profondeur du gouffre, le
courage nous manqua. Cependant, comment
se déterminer à revenir sur ses pas sans
avoir par conséquent rien vu
qui put nous
dédommager de nos fatigues? Nous primes
le parti d'attacher un bout de corde qui nous
restoit à un rocher voisin, et de nous laisser descendre jusqu'aux premiers échelons.
Enfin, nous apprimes que nous n'avions
plus d'abimes à franchir; mais quand' nous
faisions réflexion à l'intervalle imense
y avoit du lieu où nous étions au
qu'il,
la lumière,
séjour de
nous ne ponvions nous
cher de nous accuser de témérité. Nous empé.
chions enfin à la fameuse
tougrotte, l'objet de
notre curiosité. Nous fimes allumer des flambeaux à tous les coins de la caverne.
fut notre
Quelle
surprise en entrant dans cette grot- --- Page 234 ---
NOUVEAT U VOYAGE
te ! lT'éclat éblouissant qui frappa notre vue
d'abord de distinguer
ne nous permit pas
Nous cràmes être transportés,
aucun objet. charme invisible, dans la cour
par brillante quelque du soleil, ou dans les palais enchantés, le séjour magique des Circé ou des
Armide. Notre admiration, notre ravisselorsque nos yeux se furent
ment augmenta,
lumière.
accoutumés à cette resplendissante
vimes les
la votte, et le pavé
Nous
parois,
transmême dela grotte, formés decrystaux
avec une si belle variété que nous
parans,
l'art puisse jamais atne pensons pas que
des ouvrages de la
teindre à cette perfection
de trois
nature. Ce réduit enchanté est long
et large à peu près de même.
cents pieds,
La voûte est élevée d'environ quatre-vingt
L'eau qui suinte dans tous les soupieds.
par-tout où elle coule
terrains, et qui dépose
spath, olr plutôtle crystal
le minéral appelé
renferme, est la cause et T'origine
qu'elle
nous allons décrire. Le
des merveilles que
de
n'est pas seulement couvert nappes
pavé
forme de glace; les gouttes d'eau,
unies en
de la voûte, ont formé, avec
qui distillent
d'arbrisseaux de crysle tems, un bouquet
tal
-tout où elle coule
terrains, et qui dépose
spath, olr plutôtle crystal
le minéral appelé
renferme, est la cause et T'origine
qu'elle
nous allons décrire. Le
des merveilles que
de
n'est pas seulement couvert nappes
pavé
forme de glace; les gouttes d'eau,
unies en
de la voûte, ont formé, avec
qui distillent
d'arbrisseaux de crysle tems, un bouquet
tal --- Page 235 ---
AUTOUR DU MONDE
tal que la lumière réfléchie de nos flambeaux
peignoit.des, plus vives couleurs Ces arbrisseaux,. si lon aime, mieux,:ces touffes de
petites pointes crystallines, éloient entremélées de figures saillantes. de même matière, les unes pyramidales, les autres: arrondies, vers. leur extrémité : ailleurs,. Ces
figures unies entre elles et contigues, for- 1
moient une espèce de muraille, dont les détours multipliés présentoient limage charmante d'un labyrinthe. Nous portâmes ensuite nos regards vers: la votte : nous la vi:
mes ornée d'une quantité prodigieuse de
ramides renversées. La masse et la grandeur Pyde ces stalactites transparens étoient variées
à linfini. Les rayons de lumière, brisés et
rompus qui en partoient, imitoient parfaitement les couleurs les plus vives de liris.
Tout ce que nous avions vu jusqu' alors n'approchoit pas des beautés que présentoient
les parois de la grotte. Vers le centre de la
voute, où les eaux n'ont pu facilement suis
vre la concavité qu'elle forme avec les côtés,
le tems a produit plusieurs nappes de
crystal,séparées du mur de la caverne. Ce sont,
comme autant de rideaux ondoyés de dix à
T'ome 1.
P
2a --- Page 236 ---
NOUVEAU vOYAGE
douze pieds de" largenr, dont quelques-uns
pendoient depuis lavonte jusrju'à terre : on
diroit une petite suite de' cabinets transparens, dont la' construction inimitable efface
tout ce que l'art a jamais produit de plus
parfait. Nos expressions dans la description
que nous venons de donner, sont fort audessous de la réalité. De pareils chefs-J'ceuvre ne paroissent tels qu'ils sont, que lorsqu'on les a sous les yeux.
Après avoir tourné long-tems autour de
Délos, qui est le centre des Cyclades, nous
y arrivâmes enfin, et c'est-là oùt nous vimes
quelques fragmens d'une statue d'Apollon :
une seule cuisse avoit dix pieds de longueur; donc ce devoit être un colosse prodigieux. On nous: dit qu'il avoit été taillé
d'un seul morceaul de marbre noir. La magnificence de Délos n'existe plus que dans
ses ruines: çette ile n'est aujourd'hui qu'un
rocher désert, inculte, stérile et abandonné.
Rhénia, ou la grande Délos, est, au contraire, extrèmement fertile; elle n'est séparée de l'autre Délos que par un trajet trèscourt. Mételin, autrefois la fameuse Lesbos,
estune des plus grandes iles de ces contrées,
oit été taillé
d'un seul morceaul de marbre noir. La magnificence de Délos n'existe plus que dans
ses ruines: çette ile n'est aujourd'hui qu'un
rocher désert, inculte, stérile et abandonné.
Rhénia, ou la grande Délos, est, au contraire, extrèmement fertile; elle n'est séparée de l'autre Délos que par un trajet trèscourt. Mételin, autrefois la fameuse Lesbos,
estune des plus grandes iles de ces contrées, --- Page 237 ---
AUTOU R D U MOND E.
et des plus abondantes en fruits; elle a cent
cinquante milles de circuit. Castro , qui en
est la capitale, occupela place del'ancienne
Mytilène : les habitans montrent le lieu où
l'on dit que la tendre et trop malheureuse
Sapho venoit se plaindre sur les bords de la
mer, rebutée des rigueurs de linsensible
Phaon. Ténédos, très-petite ile en comparaison de Mételin, n'est éloignée que de cinq
milles de la terre ferme d'Asie : avant la
guerre de Troie, cette ile étoit très- florissante. On sait combien elle fut fatale à cette
capitale de l'Asie mineure,lorsque lesGrecs,
ennuyés d'un siège de dix ans, se retirèrent
derrière Ténédos, pourattendrele signalqui
devoit annoncer le sac de cette ville. La vue
d'un pays où s'étoient passés tant d'événemens mémorables, nous fit mettre pied à
terre pour considérer au moins les champs
où fut Troie; mais quel fut notre étonnement lorsque, cherchant le Xanthe et le Simois, nous ne vimes que deux ruisseaux
presqu'à sec. Rien ne prouve peut-être plus
combien le génie d'Homère étoit capable de
tout agrandir 9 et de tout élever, pour ainsi
dire, à sa hauteur. Quant à Troie, il ne reste
P 2 --- Page 238 ---
NOUVEAU VOYAGE
plus aucun vestige de cette cité, qui, dans
le poëme d'Homère, partagea toutl'Olympe.
Les Grecs modernes sont à peu près habillés comme les Turcs, à l'exception de
certaines couleurs qu'ils n'osent porter; par.
exemple, le vert 1 qui est en très-grande vénération parmi les Mahométans : le turban
blanc leur est aussi défendu; les turbans
rouges ou jaunes leur attireroient également quelque insulte de la part des gens de
guerre turcs, quien portent de ces deux couleurs. Les femmes grecques ont ordinairement un corps de brocard rouge ou de drap
d'or, qui est tout d'une pièce avec le jupon;
ce corps est si étroit et si serré qu'elles en
paroissent souvent contrefaites : leur jupe ne
descend guère plus bas que le genou ; elles
ont dessous un cotillon plus long de deux
pouces, qui laisse les jambes à découvert.
Leur chemise et leur caleçon sont d'étoffe
très-fine, rayée et de diverses couleurs; elles
font de leurs cheveux de longues cadenettes
qu'elles laissent pendre sur leurs épaules - 9
et chargent leur téte de fleurs de toute
espèce : cet ornement ajoute beaucoup de
gràceàleur coëffure, quiconsiste en une toile
; elles
ont dessous un cotillon plus long de deux
pouces, qui laisse les jambes à découvert.
Leur chemise et leur caleçon sont d'étoffe
très-fine, rayée et de diverses couleurs; elles
font de leurs cheveux de longues cadenettes
qu'elles laissent pendre sur leurs épaules - 9
et chargent leur téte de fleurs de toute
espèce : cet ornement ajoute beaucoup de
gràceàleur coëffure, quiconsiste en une toile --- Page 239 ---
AUTOU R D U MOND E.
de coton, sur laquelle elles étendent, avec
art, plusieurs aunes de mousseline blanche
et gommée, qui forme un grand turban plat,
d'une aune et demie de circonférence. Pour
revenir aux anciens Grecs, dont on s'occupe
hotoaumnbenbiewdetian sei ereporte
sans cesse, même lorsqu'on parle des Grecs
modernes, nous ne pouvons nous résoudre
à terminer ce récit de notre voyage dans
T'Archipel sans insérer ici la belle descrip:
tion qu'a donné l'abbé Barthélemi des Ous
vrages d'Homère; elle suffit pour faire connoftre toute la beauté, toute la force du g6.
nie de ce divin poête ; et ce qu'on dit delui
peut s'appliquer aux Euripide, aux Sophocle, aux Pindare, etc., c'est-à-dire, que la
Grèce a eu dans les autres arts des hommes
aussi supérienrs qu'Homère l'a été dans sa
partie ; et sil'on a surpassé depuis en beaucoup de choses ce peuple ingénieux, c'est
encore à lui qu'on-e en est redevable,
a Je vois, dit l'abbé Barthélemi, le génie
t d'Homère planer sur l'univers, lançant de
e toute part ses regards embrasés, recueilR lant les feux et'les couleurs dont les obe jets étincellent à sa vue, et assistant au
P 3 --- Page 240 ---
NOUVEAU VOYAGE
( conseil des dieux, tenir la chaine
K
d'or qui
suspend la nature entière au trône de Jue piter : ivre des beautés de la
C ne pouvant plus
nature, et
supporter l'ardeur
<
qui le
dévore, 3 la répandre avec
< ses tableaux et dans
profusion dans
ses
& tre aux prises le ciel avec expressions, la
metc
terre, et les
passions avec elles-mémes, et nous éblouir
( par des traits de lumière. Pareil à la
( me de TEtna, il anime
flama
tout; au lieu de
descriptions
fastidieuses, Ses
de
< ceaux sont rapides et
coups pin
C
vigoureux. Quels tableaux! quelle chaleur! dominé,
C la Pythie, par le dieu qui
comme
I'agite, il
c sur le papier des
jette
expressions
( ses sentimens
enflammées;
y tombent comme une
( de traits, comme une pluie de feu gréle
4 tout consumer. Je monte
qui va
avec lui
ec. T'Olympe. Je reconnois Vénus
dans
C tière à cette ceinture
toute enR cesse les feux de l'amour, d'ohs'dchappent sans
les désirs imee patiens, les grâces séduisantes, et les char.
< mes inexprimables du langage et des
e Je reconnois Pallas et ses fureurs à yeux. cette
K égide où sont suspendues la terreur, la
( discorde, la violence et la tête épouvanta-
T'Olympe. Je reconnois Vénus
dans
C tière à cette ceinture
toute enR cesse les feux de l'amour, d'ohs'dchappent sans
les désirs imee patiens, les grâces séduisantes, et les char.
< mes inexprimables du langage et des
e Je reconnois Pallas et ses fureurs à yeux. cette
K égide où sont suspendues la terreur, la
( discorde, la violence et la tête épouvanta- --- Page 241 ---
AUTOU R DU M ON D' E.
* ble de l'horrible Gorgonne. Neptune a un
K trident pour secouer la terre; Jupirer d'un
K clin d'oeil ébranle TOly mpe. Je descends
sur la terre. Achille, Ajax et Diomede
a sont les plus redoutables des Grecs ; mais
* Diomède se retire à Taspect de l'armée
K troyenne ; Ajax ne cède qu'après l'avoir
K repoussée plusicurs fois; Achille se mone tre, et elle disparoit : ses livres sont les
< livres sacrés dés Grecs: ) Il Ine nous reste
plus qu'une observation à faire sur la Grèce
actuelle, c'est qu'on trouve encore aujourd'hui dans les montagnes de la Laconie des
Grecs qui ont SU conserver leur indépendance, leur antique amour pour la liberté,
et qui, du creux de leurs rochers, insultent
à la domination turque, à peu près comme
on voit à Rome les T'ransteverins faire
trembler les papes, même en leur obéissant
P --- Page 242 ---
NOUVEAU VOYAGE
C HAPIT REIIL
De la Turquie:
803 : jicosi
N'araxr plus rien à voir dans les iles de
l'Archipel, nous profitâmes'du premier vaisseau qui se rencontra avoir sa destination
pour cette partie de l'Asie. Le vent nous fut
assez favorable, et nous ne tardâmes pas à
découvrir le château des Dardannelles, qui
semble de loin commander à l'Europe et
à l'Asie. Nous entrames ensnite dans le port
de Constantinople; mais avant d'en donner
la description, ainsi que celle des objets qui
nous ont le plus frappé dans cette ville et
dans tout T'empire turc, avant méme d'en
faire connoitre les loix et le gouvernement,
il n'est pas hors de notre sujet de dire un
mot sur l'origine et les progiès de cette puissante et belliqueuse nation. Les Turcs disent qu'ils descendent d'une colonie de Huns
à l'Asie. Nous entrames ensnite dans le port
de Constantinople; mais avant d'en donner
la description, ainsi que celle des objets qui
nous ont le plus frappé dans cette ville et
dans tout T'empire turc, avant méme d'en
faire connoitre les loix et le gouvernement,
il n'est pas hors de notre sujet de dire un
mot sur l'origine et les progiès de cette puissante et belliqueuse nation. Les Turcs disent qu'ils descendent d'une colonie de Huns --- Page 243 ---
AUTOUN DU MO NI D E.
s'établit, vers le quatrième siècle, dans
qui
de la Scythie, voisine du mont
un canton"
la petite Tartarie.
Caucase, , aujourdhui de leurs rois qui
Toxander fut le premier
les rendit redoutables aux Persans et aux
Grècs. Vers le milieu du neuvième siècle,
et féroce se déborcette nation courageuse dans T'Afrique et
da, côm'me un torrent,
Sarrasins et de
dans l'Asie, sous le nom de
Turcomans; ils se rendirent les maitres.de
vastes contrées, et leurs généraux se
ces
Un de leurs
partagérent leurs conquétes.
foni
plus célèbres successeurs fut Othoman,
dateurdu nom et de la puissance ottomane:
lil établit le siége de son empire à Burse, capitale de la Bithynie. Amurat et Bajazet,
ses descendans, agrandirent leur royaume
de la Macédoine, de la
par les conquêtes
Phrygie, de la Carie et de TArchipel: BajaConstantinople et toute T'Euzet menaçoit
invasion, lorsqu'il
rope d'une prochaine
du fameux
tomba lui-même sous le pouvoir
Tamerlan. Mahomet II, un des princes de
la gloire de ses armes plus
son sang, porta
: il déloin qu'aucun de ses prédlécésseurs
trôna T'empereur d'Orient, prit Constanti- --- Page 244 ---
NOUVEAT U VOYAGE
nople, et y transféra asa cour. Depuis, la puis:
sincecolooelederTura s'e estt toujours maintenue ; mais les Russes l'ont un peu affoiblie par les victoires qu'ils ont de nos jours
zemportées sur eux. A Tégard de Constantinople, capitale de leur empire, et qui 1'6toit dija de celui d'Orient, on croit qu'elle
fut bâtie six ou sept cents ans avant la naissance de Jésus-Christ, par Byzas, chef des
M/gariens, et que c'est de lui qu'elle prit le
nom de Byzance. Lorsque les Romains étendirent leurs conquétes dans l'Asie, elle conserva les privilèges et le titre de-ville libre,
Constantin résolut de l'égaler à Rome: il y
fixa son séjour et le siége de son empire; il
en ft le centre du commerce de l'univers,
à quoi cette ville étoit très-propre par sa situation avantageuse entre l'Asie et l'Europe,
Le croissant turc a pris depuis la place des
aigles romaines, et les sultans occupent depuis quatre cents ans le trône qu'occapoient
les césars.. Comme la religion et le gouvernenient sont les mémes dans toute l'étendue
de Tempire turci, nous tâcherons, en parlant de la capitale, de réunir sous un même
point de vue avec les nombreuses et diffé,
quoi cette ville étoit très-propre par sa situation avantageuse entre l'Asie et l'Europe,
Le croissant turc a pris depuis la place des
aigles romaines, et les sultans occupent depuis quatre cents ans le trône qu'occapoient
les césars.. Comme la religion et le gouvernenient sont les mémes dans toute l'étendue
de Tempire turci, nous tâcherons, en parlant de la capitale, de réunir sous un même
point de vue avec les nombreuses et diffé, --- Page 245 ---
AUTO U R D'U M ONI DI E.
rentes provinces qu'embrasse la domination.
ottomane, Nous commençàmes par visiterle
port, que sa situation rend un des plus flo:
rissans.et des plus fréquentés du monde entier. Les richesses, les productions des Indes et de la Chine, y arrivent par la mer
Noire; ; celles de T'Ethiopie, de TEgypte et
de T'Europe, par la mer Blanche. Il forme
un bassin large d'environ six cents pas, profond et sûr dans toute son 'étendue. Il est défendu du côté du nord par Péra OuL Galata,
ancienne ville de'Thrace, qui ifaita aujourd'hui
un des fauxbourgs de Constantinople, principalement habité par les Chrétiens : delautre côté, la ville le met à couvert des vents
du midi; mais au levant, vers son ouverture, qui est fort large, il est exposé aux vents
d'est,dontla violence cause souventdeg grands
ravages. Le trajet des fauxbourgs àla ville se
fait par le moyen de gondoles : Oll en compte
jnsqu'àl huit mille qui ne font qu'aller et venir d'un bord à l'autre. Cependant le coupd'oeil vreimentimposmnt et majestueux qu'of
fre de loin Constantinople attiroit déja toute
notre attention: C'est peut-étre un spectacle
unique dans l'univers : on chercheroit en --- Page 246 ---
NOUVEAU VOYAGE
vain une plus belle position. Ses maisons
étagées, ses palais, ses jardins, ses mosquées avec leurs minarets et leurs
les, forment un magnifique
coupodont le circuit
amphithéâtre,
comprend plus de dix lieues,
en y joignant le port et les fauxbourgs : il
n'est pas possible d'embrasser des yeux toute
cette étendue; on croit voir successivement
trois ou quatre villes dont chacune paroit
immense, Nous ne pouvons mieux les représenter que sous la comparaison d'un triàngle battu à dreite et à gauche par les flots,
et dont la plus grande étendue est du côté
de la terre. Sa pointe se
termine, 2 par les
jardins du Serrail, au Bosphore de Thrace,
qui joint la Propontide avec le Pont-Euxin:
les autres angles sont, l'un au midi, à quelque distance du château des Sept-Tours, et
l'autre,'à l'occident, au fond du port, près
de l'endroit où étoit le palais de Blaquernes.
Sept collines, embellies chacune d'une mosquée superbe et de plusieurs beaux édifices,
forment, du levant au conchant, un vaste
amphithéâtre qui annon ice de loin la capitale d'un grand empire. La ville est environnée d'une double enceinte de murailles
sont, l'un au midi, à quelque distance du château des Sept-Tours, et
l'autre,'à l'occident, au fond du port, près
de l'endroit où étoit le palais de Blaquernes.
Sept collines, embellies chacune d'une mosquée superbe et de plusieurs beaux édifices,
forment, du levant au conchant, un vaste
amphithéâtre qui annon ice de loin la capitale d'un grand empire. La ville est environnée d'une double enceinte de murailles --- Page 247 ---
AUTOUR DU M ON D E.
25y
Fort hautes, flanquées de deux cent cinquante tours. Malgré les incendies fréquens
qui y arrivent, le nombre dè ses maisons
égale celui des plus grandes villes du monde:on y compte près de six cert mille habitàns, parmi lesquels il y a presqu'autant
de Chrétiens que de Mahométans. L'intérieur ne répond point à ces dehors brillans:
les rues sont fort étroites, fort sales et mal
pavées; ; les maisons sont bâties de terre et
de bois; ce qui rend les incendies si fréquens, qu'on ne peut assez s'étonner que
cette ville n'ait pas déja été consumée en
entier parile féu. Si l'on excepte quelques
monumens assez beaux du tems des empereurs grecs, le reste se ressent de l'ignorance
et de la barbarie de ceux qui les ont construits. Nous n'avions pas encore visité les
endroits les plus curieux de Constantinople,
que nous fames témoins d'une féte qu'on célèbre ici chaque année : c'est l'ouverture du
ramazan ou carême des Turcs. On sait
Mahomet emprunta des Grecs leurs cérémo- que
nies funèbres, des Juifs leurs purifications 9;
et des Chrétiens leur carême et leur carna- -
wal Des divertissemens publics en sont les --- Page 248 ---
NOUVEAU VOYAGE
avant-coureurs : le signal de ces plaisirs est
l'apparirion de la nouvelle lune du neuvième mois de l'année mahométane; des crieurs
publics T'annoncent au peuple du haut des
mosquées au son des instrumens de musique. Aussitôt on allume une infinité de lampes aux minarets des mosquées : ces minarets sont de petites tourelles, en forme de
clochers, qui ont chacune deux ou trois galerics. Les rues et les bazards ou marchés,
sont aussi illuminés. Le peuple se livre aux
transports de la joie la plus vive : les tambours et les trompettés retentissent de toute
part. Toutes les boutiques sont ouvertes
mais sur tout les cafés, les bains, les caba- 5
rets : c'est là que les fidèles Musulmans vont
jurer l'observance du jedne, et que, par
leur ivresse, ils tâchent d'imiter les accès
épileptiques de leurs prophète. La religion
mahométane autorise ces excès. Les gens
d'église en donnent eux -mémes l'exemple
au peuple ; ne pouvant boire du vin,' au
moins publiquement, ils prennent des breuvages d'opium, qui opèrent en eux cès assoupissemens étranges qu'ils appellent extases. Nous passàmes une partie de la nuit à
et que, par
leur ivresse, ils tâchent d'imiter les accès
épileptiques de leurs prophète. La religion
mahométane autorise ces excès. Les gens
d'église en donnent eux -mémes l'exemple
au peuple ; ne pouvant boire du vin,' au
moins publiquement, ils prennent des breuvages d'opium, qui opèrent en eux cès assoupissemens étranges qu'ils appellent extases. Nous passàmes une partie de la nuit à --- Page 249 ---
AUTOU R D U M O N D E.
Voir les folies de la populace, qui buvoit et
mangeoit dans'les bazards et dans les places
publiques, en attendant lejour. Le ramazan
ou carême, qui suit cette fête, dure un mois
entier. Pendant tout ce tems, on est obligé
de jeuner jusqu'au coucher du soleil; mais
la plupart dorment tout le jour, et la nuit
ils se régalent et S6 divertissent. Cejeune est
néanmoins fortincommode pourles ouvriers,
qui ne peuvent pas faire si facilement du
jour la nuit, et de la nuit le jour. Le jeàne
prescrit par Mahomet est si rigoureux, que,
tant que le soleil est sur l'horison, il ne
leur est permis; ni de fumer, ni de prendre du tabac, ni même de se rafraichir les
lèvres d'une seule goutte d'eau, à plus forte
raison de rien mettre dans leur bouche. Si
quelqu'un, par maladie ou autrement, ne
peut observer le ramazan au tems marqué;
il est obligé de se conformer au réglement
général, lorsque sa santé ou ses affaires le
lui permettent. Il est vrai gu'il se trouve
beaucoup de gens qui, comme parmi nous;
se dispensent du carême, et boivent et mangent dans ce tems-là comme en tout autre;
mais ils le font en cachette : un homme qui --- Page 250 ---
NOUVEAT U VOYAGE
seroit pris en défaut, risqueroit fort d'avois
la bastonnade. Cette rigueur est bien adoucie, ainsi que nous l'avons déja observé,
par les divertissemens et les débauches de
la nuit. L'alcoran porte, en termes exprès,
qu'on. peut manger et boire jusqu'à ce qu'on
puisse distinguer, à la lumière du jour, un
fil blanc d'avec un noir. Quand le ramazan
approche de sa fin, c'est alors que la licence
est plus grande:1 les cafés sont ouverts toute
la nuit, et l'on ne voit autre chose que des
musiciens, des joueurs d'instrumens, des
baladins, et autres gens qui vont divertir
les buveurs par leurs jeux et leurs bouffonneries.
L'église de Sainte-Sophie, bâtie parl'empereurConstantin, etr réparée parJustin etJustimien, estle plus beau templeetle plus régulier
de cette ville. Les Turcs en ont fait la ptincipale de leurs mosquées; elle est située sur la
colline au bas de laquelle se trouve le Serrail
du grand-seigneur : sa longueur est de deux
cent cinquante. pieds sur deux cent vingt de
largeur, Quatre arcs boutans, d'une grosseur
énorme, défigurent ce bel édifice: ils furent
gonstruits par les Turcs pour soutenir le dôms
ien, estle plus beau templeetle plus régulier
de cette ville. Les Turcs en ont fait la ptincipale de leurs mosquées; elle est située sur la
colline au bas de laquelle se trouve le Serrail
du grand-seigneur : sa longueur est de deux
cent cinquante. pieds sur deux cent vingt de
largeur, Quatre arcs boutans, d'une grosseur
énorme, défigurent ce bel édifice: ils furent
gonstruits par les Turcs pour soutenir le dôms --- Page 251 ---
AUTOUR DU M 0 N D R.
me et le garantir des tremblemens de terre.
Nous entrâmes sous un portique large de
trente-six pieds, et percé par neuf portes
magnifiques, dont tles battans sont de bronze
et délicatement travaillés. La nefest formée
par un dôme superbe qui reçoit la lumière
par vingt-quatre grandes fenétres. Autour
de la corniche règne une beile balustrade,
enrichie de marbre et de peintures : mais
ce que nous avons vu de plus beau et de
plus curieux, clest la colonnade qui est au
bas du dôme; elle est composée de plus de
deux, cents colonnes de différens marbres,
qui servent à soutenir une large galerie incrustée de mosaiques. Les antres mosquées
royales ont été construites sur le modèle de
Sainte-Sophie. La Solimanie et la Validé sont
les deux plus belies. Les mosquées des Turcs
sont isolées et renfermées dans des cours
spacieuses, ornées d'arbres et de fontaines.
Après avoir visité les principaux temples,
nous fimes à THyppodrome, appelé par les
Turcs Atmeidan. Nous y ftmes témoins des
exercices et des divertissemens de la jeunesse. L'Atmeidan étoit couvert, au moment où nous y. arrivàmes, de cavaliers et
Tome 1. --- Page 252 ---
NOUVEAT U VOYAG E
d'une foule prodigieuse de spectateurs. C'est'
un grand cirque, long de deux cent vingt
toises, et large de cinquante. Il fut commencé par T'empereur Sévère, et achevé par
Constantin. Les combattans étoient séparés
en deux bandes, aux deux extrémités du cirque. A chaque signal, il part deux cavaliers
armés chacun d'un bâton : ils se rencontrent
au milieu de la carrière, et se portent l'un
à l'autre plusieurs coups, qu'ils parent avec
une adresse singulière : ils poursuivent ensuite leur course, en faisant milie tours de
souplesse. On voit dans THyppodrome plusieurs monumens curieux du tems des empereurs chrétiens. Celui qui s'est le mieux
conservé est un obélisque à quatre faces, de
marbre granit d'Egypte : ila cinquante pieds
de hauteur. On conçoit que nous avions une
grande impatience de voir les dehors du Serrail; car, excepté le grand-seigneur, personne, s'il n'est eunuque, ou femme, ou
officier di sultan, ne peut y pénétrer. Ainsi
ce que nous dirons de l'intérieur, nous le
devons aux divers renseignemens que nous
avons pris. Le sort de ces aimables récluses,
que la jalousie des Orientaux condamne à
cinquante pieds
de hauteur. On conçoit que nous avions une
grande impatience de voir les dehors du Serrail; car, excepté le grand-seigneur, personne, s'il n'est eunuque, ou femme, ou
officier di sultan, ne peut y pénétrer. Ainsi
ce que nous dirons de l'intérieur, nous le
devons aux divers renseignemens que nous
avons pris. Le sort de ces aimables récluses,
que la jalousie des Orientaux condamne à --- Page 253 ---
AUTOUR DU M ONI D E,
un triste esclavage, est bien fait pour inspirer un vifintérêt; mais commençons par décrire les delors de ce séjour de voluptés
le despote, de désespoir pour tant d'infor- pour
tunées. Ce palais, bâti sur la pente. d'une
colline, forme, avec les jardins quil'envi-.
ronnent, une espèce de triangle, dont la
pointe descend dans la mer. Le terrain qu'il
embrasse a une liene de circonférence, , et
est entouré de hautes et fortes murailles.
Plusieurs tours élevées de distance en distance, du côté de la mer, en défendentiap.
proche aux vaisseaux : elles sont garnies de
pièces de canons, aussi bien que le parapet qui règne le long des murailles. Sur cette
partie du Serrail, qui regarde Galata, on
voit un beau pavillon soutenu sur des COlonnes de marbre : c'est-là que le sultan va
se divertir avec ses femmes, et qu'il s'embarque surses galiottes pour prendrelep plaisir
de la péche. Les jardins ne présentent rien
au-dehors d'agréable; on voit seulement
quantité de cyprès et de
la confusion
sycomores, 9 dont
est très-propre à dérober aux
yeux les belles habitantes de ce séjour. Nous
tenons d'un Turc très-instruit sur ce qui se
Q 2 --- Page 254 ---
NOUVEAU VOYAG E
passe au dedans du Serrail (parce qu'ilavoit
passé sa jeunesse parmiles azamoglans, dont
nous aurons bientôt occasion de parler), que
les jardiniers sont obligés de sortir, lorsqu'on
sonne une cloche pour avertir que sa hautesse va se promener avec quelque sultane.
Il y va de la vie à y demeurer. Il n'y a pas
plus de gout et de proportion dans les bâtimens que dans les jardins du Serrail. C'est
un assemblage informe de différens corpsde-logis entassés les uns sur les autres. La
principale entrée est un gros pavillon d'une
architecture lourde et grossière : huit larges
croisées font tout T'ornement de cet édifice.
Au-dessous des deux croisées du milieu, est
cette sublime porte qui donne son nom à la
cour ottomane. Cette porte est cependant la
chose du mondela plus commune et la moins
agréable ; on la prendroit plus volontiers
pour une porte de grange, que pour l'entrée
d'un palais. La garde en est confiée à cinquante capigis, ou portiers armés de cannes. Nous passàmes dans une longue cour
bordée, des deux côtés, de vastes corps-delogis où sont l'infirmerie et le magasin des
armes : cette cour nous conduisit dans une
ane. Cette porte est cependant la
chose du mondela plus commune et la moins
agréable ; on la prendroit plus volontiers
pour une porte de grange, que pour l'entrée
d'un palais. La garde en est confiée à cinquante capigis, ou portiers armés de cannes. Nous passàmes dans une longue cour
bordée, des deux côtés, de vastes corps-delogis où sont l'infirmerie et le magasin des
armes : cette cour nous conduisit dans une --- Page 255 ---
AUTOUR D U M ONDE.
autre plus grande et plus carrée, qui a environ trois cents pas de diamètre. C'ést-là
que nous commençâmes à reconnoitre le palais d'un grand-seignent. A droite, est un
vaste édifice, surmonté de neufdômes couverts en plomb, où sont les cuisines de
sa hautesse : au fond, est la salle du divan ou conseil ; elle fait partie du bâtiment appelé proprement le Serrail, où sont
les appartemens des femmes. Au milieu de
la cour est un grand bassin, entouré de
verdure et ombragé de cyprès. Les pachas
et les grands ne jettentj jamais les yeux sur ce
bassin sans une secrète horreur; carc'est-là
que le grand-seigneur fait couper la tête à
ceux dont il est mécontent. Il n'est permis
à qui que se soit de passer plus avant que
la salle du divan ; mais voici ce que nous
avons appris sur l'intérieur du Serrail. Il
n'y a rien, nous a-t-on dit, de plus-riche
et de plus magnifique. Il est divisé en trois
parties ; savoir, lappartement du grandseigneur, celui des femmes et les jardins :
dans le premier; est un bain somptueux. 9
revétu de marbre blanc, et environné de
plusieurs petits cabinets, aussi de.marbre:.
Q3 --- Page 256 ---
NOUVEA U VOYACE
ilyadans chacun deux robinets, Tun d'eau
chande, lautre d'eau froide; ils servent
les eunuques et pour les autres officiers pour du
Serrail. Le bain des fernmes est plus
superbe
encore et plus commode; les cabinets
Tentourent sont pavés des plus beanx qui.
bres : toutes les murailles sont
marenrichies de
peintures, de glaces et de coquillages. L'ambre et le musc y font renaitre sans cesse les
plaisirs de T'amour, et la volupté semble y
avoir fixé son empire. Les chambres des sultanes et des fillesdu Serrail respirent la même
molesse : les dorures, . les pierreries, les étoffes précieuses, en fontle moindre ornement.
Ces belles captives y ont tout ce
vent désirer, tout, excepté le bonheur. qu'ellespenUne prison aussi gracieuse auroit
être encore de quoi les consoler, si peut- elles
pouvoient au moins se flatter d'y passer le
reste de leurs jours ; mais leur sort est tellement attaché à celui du sultan, qu'à peine
ce prince a-t-il cessé de vivre ou de régner,
que les ris et les plaisirs les abandonnent.
On les relégue dans le vieux Serrail. Ce
lais est situé au milieu de la ville, vis-à-vis pade T'Atmeidan; il'est à peu près aussi vaste
use auroit
être encore de quoi les consoler, si peut- elles
pouvoient au moins se flatter d'y passer le
reste de leurs jours ; mais leur sort est tellement attaché à celui du sultan, qu'à peine
ce prince a-t-il cessé de vivre ou de régner,
que les ris et les plaisirs les abandonnent.
On les relégue dans le vieux Serrail. Ce
lais est situé au milieu de la ville, vis-à-vis pade T'Atmeidan; il'est à peu près aussi vaste --- Page 257 ---
AUTOUR D U M ON D E.
que l'autre. Le grand-seigneur va de tems
en teins s'y divertir, et il renvoie quelquefois au nouveau Serrail, celles de ces femmes qui lui ont paru les plus aimables. Ce
lieu renferme à la fois ce qu'ily y a de plus
charmant et de plus difforme. C'est un peuple nombreux, dont une partie, favorisée
des grâces et de la nature, est destinée aux
plaisirs d'un seul homine : l'autre, au contraire, ennemnie des ris et des amours, sert
à rendre malheureuse une foule de jeunes
beautés confiées à ses soins. De toutes les
personnes aimables cui sont dans le Serrail,
les unes sont sultanes, les autres aspirent à
cet honneur ; mais aucune ne prend le titre
d'épouse ou d'impératrice. On prétend que
Tamerlan, ayant abusé de sa victoire, jusqu'à traiter avec la dernièreindignité la femme, de Bajazet, le souvenir de cet opprobre
s'est tellement conservé parmi les Turcs 2
que, depuis ce tems-là, leurs sultans ne
prennent plus d'épouse. Quoiqu'il en soit,
il est toujours très-certain que ces mariages
sont rares, et que les monarques ottomans
se bornent aux plaisirs faciles qu'ils trouvent parmi leurs esclaves. Les sultanes sont
Q 4 --- Page 258 ---
NOUVEAU VOYAGE
celles avec qui le grand-seigneur a daigné
partager sa couche et qui ont augmenté la
famille ottomane : les autres attendent de
leurs appas que le monarque les juge dignes
de la préférence et du mouchoir.
Voici en
quoi consiste cette cérémonie. Quand le sultan a résolu'de faire quelque nouvelle conquêre, il avertit l'eunuque, ou la vieille qui
a l'intendance de ses plaisirs : cette heureuse
nouvelle, dont il est aisé de se figurer toute
l'importance dans. un Serrail, lieu d'intrigues et de désoeuvrement, est bientôt répandue dans toutes les chambres, et vole
de bouche en bouche. Les jeunes aspirantes sur-tout sont dans la plus vive inquiétude. A Theure marquée, toutes s'assemblént dans une longue galerie : chacune tàche de fixer sur elle les regards du voluptueux monarque. Le grand. seigneur passe
alors devant elles; il les considère attentivement, 3 parcourt toute la galerie à plusieurs
reprises, jusqu'à ce qu'il ait fixé son choix:
il jette un mouchoir à celle dont il estle plus
satisfait. Cette préférence fait
disparoitre, 9
en un clin-d'oeil, toutes celles qui avoient
cru pouvoir y prétendre. La nouvelle élue
chacune tàche de fixer sur elle les regards du voluptueux monarque. Le grand. seigneur passe
alors devant elles; il les considère attentivement, 3 parcourt toute la galerie à plusieurs
reprises, jusqu'à ce qu'il ait fixé son choix:
il jette un mouchoir à celle dont il estle plus
satisfait. Cette préférence fait
disparoitre, 9
en un clin-d'oeil, toutes celles qui avoient
cru pouvoir y prétendre. La nouvelle élue --- Page 259 ---
AUTOUR D U M ON D E
n'est cependant pas encore sultane; il faut
cela qu'elle soit enceinte, et que Tenpour fant vienne à terme : alors on lui fait sa
maison; on Jui donne un logement particulier,ét un revenu considérable. Il y a dans
le Serrail deux ordres de favorites, les odaliques et les asakis : lespremières n'ont couché qu'une fois avec le sultan, 9 les secondes
sont crlies sur lesquelles le choix du prince
est tombé plusieurs fois. La première quilui
donne uin héritier mâle a le rang de grande
sultane. On appelle sultane validé ou sultane
mère, celle dont le fils est sur le trône : elle
perd ce nom lorsquil meurt ou qu'il est déposé. La validé prend connoissance de toutes les affaires du gouvernement; elle confère souvent avecle grand-visir et le muphti,
mais,alors elle a sur la tête un voile qui lui
couvre le visage. Les femmes du Serrail;
souvent même les favorites du sultan, se
servent'pour leurs intrigues (mais ce n'est
pas sans de très-grands dangers pour leurs
amans et pour elles) de lentremise de quelques femmes juives qu'elles font entrer dans
le Serrail, soit pour les consulter dans leurs
maladies, soit sous d'autres prétextes. Tou- --- Page 260 ---
NOUVEAU VOYAGE
tes sont subordonnées à de vieilles matrones et à des
eunuques qui ne doivent jamais
les laisser seules. On
cadunes
appelle ces matrones
: ce sont les gouvérnantes et maid
tresses d'instruction des plus jeunes. La cadun-caia a autorité sur elles et sur leurs éle.
ves. Lorsque ces filles sont malades, elles sont
secourues parles femmes qui les gouvernent,
à moins que T'empereur ne leur envoie son
médecin : celui-ci ne peut les voir, ni en
étre Vue ; il ne lui est méme pas permis de
leur tater le pouls qu'autravers d'une
Les
gaze.
eunuques qui sont dans la chambre entr'ouvrent seulement les rideaux, pour
la malade puisse
que
passer son bras. Ces hommes mutilés sont pétris d'une haine iniplacables contre les
femmes:Timpaisance où
ilsi sont de satisfaire leurs désirs se tourne
ehi rage. Ily a des eunuques noirs et des eunuques blancs : ces derniers gardent l'extérieur de Tappartement des femmes. Leur
chef, nommé capi-aga, est comme le grand
maître du palaisimpérial, dont tous les ministres lui sont subordonnés. Il a une
tion particulière surles
de inspeceunuques sa couleur, et sur les ichoglans. C'est à lui qu'on
aisance où
ilsi sont de satisfaire leurs désirs se tourne
ehi rage. Ily a des eunuques noirs et des eunuques blancs : ces derniers gardent l'extérieur de Tappartement des femmes. Leur
chef, nommé capi-aga, est comme le grand
maître du palaisimpérial, dont tous les ministres lui sont subordonnés. Il a une
tion particulière surles
de inspeceunuques sa couleur, et sur les ichoglans. C'est à lui qu'on --- Page 261 ---
AUTOUR D U' M O N DE.
adresse les placets quion veut présenter à
l'empereur. Il n'y a que les eunuques noirs,
et encore les plus hideux d'entre les noirs,
qui approchent des femmes. Leur chefs'appelle kislar-agasi,ou sur-intendant des filles.
Ila une grande autorité dans le Serrail : c'est
sourenthiqsigoaveme réellement toutl'empire.
Il y a encore. dans le Serrail des pages
qu'on appelleichoglans, ,c'est-à-dire, enfans
de tribu, parce qu'on les choisissoit autrefois parmi les enfans de tribut qu'on levoit
dans les provinces, ou parmi les jeunes captifs qu'on faisoit à la guerre : on les prend
aujourd'hui plus communément parmi les
familles turques. Il se trouve beaucoup de
particuliers qui briguent ces places pour
leurs enfans. Ils sont sous la garde des eunuques blancs; on leur apprend les langues
et les exercices du corps ; ils sont traités
avec beaucoup de rigueur; souvent, pour la
moindre faute, on leur donne la bastonnade
sur la plante des pieds. Ceux d'entre les
ichoglans qui ont le moins de dispositions
sont engagés parmi les spahis. Les enfans
queles Turcs prennent à la guerre, ou que --- Page 262 ---
N TOUVEAU VOYAGE
les princes chrétiens, tributaires du grandseigneur, sont obligés de lui fournir, sont
placés dans les jardins du Serrail : on les
appelle azamoglans ou enfans rustiques; ils
ne parviennent pas aux premiers emplois,
comme les ichoglans. Lorsqu'ils sont en âge
de porter les armes, on les enrôle parmi iles
Janissaires. Iln'ya que le bostangi bacha ou
chef des azamoglans. qué les devoirs de sa
charge mettent à la source des honneurs.
Les muets forment une classe particulière
parmi les domestiques. On emploie leur ministère pour toutes les commissions secrêtes
qui se font dans le Serrail : ils s'expriment
par signes avec tant d'intelligence qu'ils expliquent clairement toutes leurs
pensées 2
jusqu'à raconter des histoires assez longues,
aveclarscirconstances; ils ont inventé pour
la nuit un langage particulier qui consiste
dans le simple attouchement des mains.
Il nous restoit encore à voir à Constantinople plusieurs objets dignes de notre curiosité; entre autres le Jadicula, T'Aqueduc
de Soliman et le grand Bazard. Le Jadicula
est ce fameux château des Sept-Tours, où
legrand-seigneur. faitenformerles princes de
pensées 2
jusqu'à raconter des histoires assez longues,
aveclarscirconstances; ils ont inventé pour
la nuit un langage particulier qui consiste
dans le simple attouchement des mains.
Il nous restoit encore à voir à Constantinople plusieurs objets dignes de notre curiosité; entre autres le Jadicula, T'Aqueduc
de Soliman et le grand Bazard. Le Jadicula
est ce fameux château des Sept-Tours, où
legrand-seigneur. faitenformerles princes de --- Page 263 ---
AUTOUR DU M.O N D E.
son sang, ses ministres,et quelquefois méme
les ambassadeurs étrangers; ilest situé vis-àvis du Serrail, près de l'angle de la cité qui
regarde l'occident. Sept grosses tours 9 environnées de fortes murailles, et défendues
par plusieurs pièces de canon, composent
cette célèbre bastille. Nous marchàmes,
quelque tems le long des murs 7 jusqu'au
palais du grand Constantin, connu sous le
nom de palais des Blaquernes. Ce ne sont
plus que des ruines qui ne peuvent donner
aucune idée de ce bâtiment. L'Aqueduc, qui
distribuel'eau dans tous les quatiers de Constantinople, en seroit un des plus grands ornemens, si l'on avoit plus desoin de le réparer : il fut bati par le grand Soliman. Le
Bazard ou Bézestan est une chose très-curieuse à voir, à cause de la multitude de
peuple dont ilest toujours rempli. Nous vimes près de ce marché, la place aux esclaves de Tun et de l'autre sexe. Grâces aux
soins dés Juifs et des corsaires barbaresques, cette marchandise abonde à Constantinople : c'est - là qué les Turcs vont faire
emplette d'hommes, de femmes, de filles
et de garçons. On dépouilla devant nous, --- Page 264 ---
NOUVEAU VOYAG E
diverses reprises, pourl'examiner, unej jeune
Géorgienne, médiocrement belle, Nous nous
retiràmes avec un sentiment de tristesse
nous avoit inspiré un spectacle aussi désho- que
norant pour T'humanité.
Nous avions fait connoissance avec un officier chargé de commander un corps deJanissaires qui devoit aller joindre une armée
que le pacha de Bagdad levoit,
pour s'opposer aux Persans qui menaçoient d'assiéger
cette ville. La proposition que notre ami
(nous pouvons donner ce nom à T'officier
des Janissaires) nous fit gracieusement de
l'accompagner, nous causa une joie infinie. Quoiqu'il entrât dans notre plan de parcourir cette contrée de l'Asie, nous balancions, à cause des grands dangers de la
route. 9 exposée aux ravages des soldats indisciplinés qui se rendoient alors en grand
nombre de Constantinople à Bagdad. Le jour
arrété pour notre départ, nous nous embarquâmes quelques heures avant les troupes;
pour avoir le tems de voir la ville de Sciztari, où elles avoient ordre de s'assembler.
Nous arrivâmes à l'endroit où étoit autrefois
la ville d'Abyde, connue par le naufrage de
nous balancions, à cause des grands dangers de la
route. 9 exposée aux ravages des soldats indisciplinés qui se rendoient alors en grand
nombre de Constantinople à Bagdad. Le jour
arrété pour notre départ, nous nous embarquâmes quelques heures avant les troupes;
pour avoir le tems de voir la ville de Sciztari, où elles avoient ordre de s'assembler.
Nous arrivâmes à l'endroit où étoit autrefois
la ville d'Abyde, connue par le naufrage de --- Page 265 ---
AUTOUR DU MONDE
Léandre. Vis-à-vis du château des SeptTours sont les ruines de Calcédoine: : cette
ville, renommée à cause du quatrième comcile général, n'est plus maintenant qu'un
village. La ville de Scutari se ressent de la
magnificence de Ja capitale qui l'avoisine.
Les anciens rois d'Illyrie y avoient établi
leur cour ; elle sert aujourd'hui de résidence
au pacha de la province d'Albanie : on y
voit une mosquée, et plusieurs tombeaux
de marbre, environnés de cyprès. Nous partimes le lendemain, ainsi que les troupes.
Nous suivimes le rivage de la mer, jusqu'à
un petit village où nous arrivâmes le troisièrne jour. Nous primes les devant avec deux
Janissaires pour aller à Ismi; autrefois Nicomédie. .Cette ville est située sur la pente
d'une montagne, à Textrémité d'un golfe
qui s'étend fort loin dans l'Asie : elle fut
bâtie par Nicomède, roi de Bythinie, allié
des Romains. Ce fut près de cette ville
qu'Annibal, après avoir évité bien des embiches, choisit sa retraite auprès du roi
Prusias, et prit du poison qu'il portoit tou:
jours sur lui. Cette ville n'a rien aujourd'hui
qui la distingue, si ce n'est le titre de capi- --- Page 266 ---
NOUVEAU VOYAGE
tale de la province. Nous profitâmes du peu
d'avance que nous avions sur la troupe, et
Ismi, après avoir
nous poussâmes jusqu'à
traversé la rivière de Sangaria, qui est le
Sangarus des anciens. Ismi ou Nicée, fut
d'abord appelée Antigonia, du nom de son
fondateur Antigone. Sa magnificence, sa
grandeur, et la tenue de deux conciles généraux, l'ont rendue célèbre. Nous attendimes le détachement à Boli, capitale d'un
petit canton de la Natolie, à une journée et
demie de Nicée. Une des choses qui nous
étonnèrent le plus dans toute la Turquie 2
ce fut de ne point trouver de mendians dans
les rues d'aucune ville. La charité envers les
l'alcoran, compauvres, 2 recommandée par
est une vertu bien plus
me par T'évangile,
commune chez les Mahométans que parmi
les Chrétiens. Outre les aumônes particulières, on voit dans toute la Turquie des
hôpitaux, des caravenserais, des bains pour
les pauvres. Les Turcs portentleur tendresse
compatissante jusques sur les animaux. On
nourrit les chiens dans les carrefours et dans
les rues : il y a dans plusieurs villes des fondations établies pour la nourriture de ces
animaux.
ile,
commune chez les Mahométans que parmi
les Chrétiens. Outre les aumônes particulières, on voit dans toute la Turquie des
hôpitaux, des caravenserais, des bains pour
les pauvres. Les Turcs portentleur tendresse
compatissante jusques sur les animaux. On
nourrit les chiens dans les carrefours et dans
les rues : il y a dans plusieurs villes des fondations établies pour la nourriture de ces
animaux. --- Page 267 ---
AUTOUR D.U M O. N D E.
animaux. Nous continuâmes notre route
Guéredé, bourg renommé pour le marro- par
quin. La première place remarquable où
nous entrâmes, depuis que nous étions sortis
de la Natolie, fut Amasia, dans la province
del Sivas ou Turcomanie. Cette ville est dans
un beau.vallon entouré de collines et de mon:
tagnes fort élevées. Les maisons y sont plus
belles qu'à Constantinople mais les édifices publics sont moins vastes et moins
tueux. Le terrain abonde en raisins excellens. sompToute la campagne est couverte de vergers
et de jardins qui rendent ce séjour délicieux:
Il nous fallut traverser quelques
montagnes
couvertes depins, pour arriverà Sivas. Cette
ville, quilest, comme nous l'avons dit, le
eéjour du pacha, n'est remarquable; ni
sa grandeur, ni par ses richesses. Son voisi- par
nage de T'Arabie y attire
de
beaucoup
caravanes, qui viennent les tines de Bagdad, les
autres de Constantinople. Nous
mes quatre jours à aller de Sivas à Divrigni, employadans la province de Diarbek.
tué dans
Divrigui est siun grand vallon entrecompé de
plusieurs ruisseaux qui vont se jeter dans
TEuplirate. Une des principales richesses
Tone 1.
R --- Page 268 ---
NOUVEAU VOYAGE
du pays vient des mines de fer et d'aimant,
qui y sont très-abondantes. Plus avant, entre des montagnes que nous fumes obligés
de traverser, on trouve plusieurs mines d'or
et d'argent dont le grand-seigneur tiroit autrefois un grand profit; elles sont aujourd'hui mal entretenues, soit, que le manque
de bois, soit que la nisère des ouvriers les
rendent presque inutiles. L'Euphrate coule
au bas de la mine de Kiebban. La plus considérable de ces mines étoit celle d'Argana,
bourg au-delà de Kiebban, où Ton fait
gros d'excellent vin. Le Tigre baigne le pied de
la montagne sur laquelle est situé Argana;
mais il est si étroit et si resserré dans 'cet
endroit, qu'il semble plutôt un ruisseau
qu'un fleuve fameux. Au sortir des montanous
Diarbékir, où nous
gnes, 7
apperçàmes
arrivâmes en très-peu de tems. Cette ville,
appelée autrement Amid ou Caramid, donne
le nom à la province de Diarbek : c'est tl'ancienne Mésopotamie ; elle est située dans
délicieuse, sur le bord du Tigre.
une plaine
L'enceinte de ses murailles, qu'un empefit bâtir, subsiste encore avec les
reur grec
dont elles étoient flansoixante-douze tours
nous
gnes, 7
apperçàmes
arrivâmes en très-peu de tems. Cette ville,
appelée autrement Amid ou Caramid, donne
le nom à la province de Diarbek : c'est tl'ancienne Mésopotamie ; elle est située dans
délicieuse, sur le bord du Tigre.
une plaine
L'enceinte de ses murailles, qu'un empefit bâtir, subsiste encore avec les
reur grec
dont elles étoient flansoixante-douze tours --- Page 269 ---
AUTOUR DU M O N D E.
25g
quées : les Turcs les ont relevées en partie et
reparées. Il y a de plus une forteresse dont
le gouvernement a fait un superbe Serrail.
Les habitans sont, pleins de doucenr, d'humanité et de politesse : de toutes les villes
de la Turquie, et même de l'Orient, celleci est la seule où les femmes jouissent d'une
liberté honnète : elles vont à la promenade
avec les fernmes chrétiennes; et les maris
n'en prennent aucun ombrage. En poursuivant notre route, nous découvrimes Mardin,
petite ville sur la frontière du
Curdistan: ce
n'est, à parler exactement, qu'un fort environné de tours et de remparts qui le mettent à l'abri de toute insulte: On dit
château
que ce
a résisté, pendant sept ans, à l'armée du redoutable Timur. Près de-là est le
mont Ararat, appelé par les Turcs Djoudi:
c'est cette montagne d'Arménie, où l'on dit
que l'arche de Noë s'arréta après le déluge.
Le Curdistan est, en partie, habité par un
ancien peuple dont T'origine est peu connue:
ce sont le Yésides, que les uns font descendre des Arabes, les autres des Chaldéens :
la plupart ménent une vie errante ; ils ne
sont ni Chrétiens, ni Mahométans, ni méR: 2 --- Page 270 ---
NOUVEAU VOYAGE
me Idolâtres; ils sont presque brutes. On
chercheroit inutilement dans l'Asie un peuple plus grossier , plis stupide. Les serpens,
sont si dangereux danstout ce canton,quel'on
meurt à T'instant même qu'on en est blessé.
De-là jusqu'à Eski-Mosul où le vienx Mosul, on ne voit qu'un désert aride et stérile.
à huit lieues
Mosul ou la Nouvelle-Ninive,
d'Eschi-Mosul, est située, comme T'autre;
sur le Tigre;, c'est ce quila fait prendre
quelquefois pour la véritable Ninive. Nous
quittâmes Mosul, et primes la" route de
Bagdad par Kierkiouk, où nous arrivàmes
après cinq jours de marche. Kierkiouk est
une ville de moyenne grandeur. Près de-là
le tombeau d'Aest un tombeau, appelé
lexandre : il n'a de remarquable que le nom
de ce conquérant. Tout ce pays est, en genéral, couvert de dattiers, d'orangers et de
citronniers. Enfin, nous parvinmes à Bagde l'ancienne Chaldée, où le
dad, capitale
pacha ra ssembloit alors les troupes de son
gouvernement. Ce pays est plus fameux
qu'aucun autre par ses antiquités sacrées et
prophanes : il a été la. patrie d'Abraham,et
formoit la principale province de l'empire
de ce conquérant. Tout ce pays est, en genéral, couvert de dattiers, d'orangers et de
citronniers. Enfin, nous parvinmes à Bagde l'ancienne Chaldée, où le
dad, capitale
pacha ra ssembloit alors les troupes de son
gouvernement. Ce pays est plus fameux
qu'aucun autre par ses antiquités sacrées et
prophanes : il a été la. patrie d'Abraham,et
formoit la principale province de l'empire --- Page 271 ---
AUTOUR D U M O N D F.
d'Assyrie. On y voyoit Babylone, la plus
vaste et la plus magnifique ville que les hommes aient jamais construite : il en reste si
peu de vestiges qu'on ignore le lieu où elle
étoit située. Bagdad, quoique bâtie à peu
près à la même place où étoit Babylone,
n'est pas la méme que cette capitale del l'Assyrie : celle-ci étoit assise sur TEuphrate;
l'autre est sur le Tigre. On la regarde Cependant comme la nouvelle Babylone. On
sait que Nemrod avoit été le fondateur de
l'ancienne Babylone. Sémiramislavoit considérablement augmentée; elle fit faire ses
murs de briques cuites, cimentées avec du
bitume: elle employaà cet ouvrageimmense
trois cent mille ouvriers pendant un an. La
ville avoit quatre cents stades de circonférence, et cent portes d'airain avec de profonds fossés à Tentour; ; mais sur-tout rien
n'étoit comparable à ses superbes jardins
suspendus en l'air, avec un art étonnant.
Ellefatlongstemsla capitale de tout T'Orient;
mais Cyrus, roi des Perses, s'en rendit mattre en détournant le cours de l'Euphrate, et
la ruina de fond en comble. Quant à ce qui
concerne Bagdad, elle fut bâtie par un caR 3
- --- Page 272 ---
NOUVE A U VOYAGE
life, qui y établit le siége des empereurs arabes : on la nomma Médinatol-Salam, c'està-dire, ville de paix ; mais le peuple Tappela
Bagdad, du nom d'un hermite qui faisoit son
séjour dans ce lieu ; ce dernier nom a prévalu. Les califes y tinrent leur cour pendant
plusieurs sièclcs ; elle passa depuis sous la
domination des Persans, et enfin, sous celle
des Turcs. Cette ville est entourée de fortes
murailles de brique, et de cent soixantetrois bastions : son circuit est de douze mille
trois cents coudées. Le palais du pacha est
grand et magnifique; ses jardins sont beaucoup plus beaux que ceux du grand-seigneur
à Constantinople. Les bains, les collèges,
les caravanserais, sont en grand nombre à
Bagdad : presque toutes les mosquées sont
enrichies de marbre, de porphyre et d'azur. Ce qu'elles ont de plus curieux, ce
sont leurs minarets; ils sont tous penchés
vers la Mecque. Le commerce des habitans
est prodigieux, soit à cause du voisinage de
l'Arabie, des Indes et de la Perse, soit par
rapport au passage des caravanes qui viennent d'Alep, de Smyrne et des autres partics occidentales de l'empire ottoman. Ses
les mosquées sont
enrichies de marbre, de porphyre et d'azur. Ce qu'elles ont de plus curieux, ce
sont leurs minarets; ils sont tous penchés
vers la Mecque. Le commerce des habitans
est prodigieux, soit à cause du voisinage de
l'Arabie, des Indes et de la Perse, soit par
rapport au passage des caravanes qui viennent d'Alep, de Smyrne et des autres partics occidentales de l'empire ottoman. Ses --- Page 273 ---
AUTOUR DI U M ON D 2 E.
habitans sont un mélange de Persans, d'Arabes, de Juifs et de Chrétiens Arméniens.
Non seulement nous reconnûmes que. Bagdatn'étoit point l'ancienne Babylone, mais
nous nous rendimes même certains que c'étoit la ville de Séleucie, quand nous nous
rappelâmes que la géographie des anciens
la plaçoit sur le bord du Tigre, à trois mille
stades de Babylone. A trois lieues de Bagdad, dans une rase campagne entre le Tigre
et l'Euphrate, €st une tour appelée Mégara
par les habitans du
et Babel
:
pays,
par tous
les voyageurs : c'est une masse solide qui
ressemble plutôt à une montagne qu'à une
tour; elle a plus de cent mille pas de circuit : sa hauteur actuelle est d'environ cent
trente pieds. Ces augustes débris nous rappeloient l'entreprise hardie qu'on suppose
avoir été tentée par nos premiers pères.
Nous résolumes de retourner à Constantinople, et de quitter à Bagdad nos compagnons de voyage, qui reçurent ordre d'aller sur la frontière. Nous primes le parti de
remonter le Tigre sur un bateau, ou plutôt
sur de vrais radeaux, jusju'àl Diarbékir:cette
mhanière de voyagernousmettoiticouverdes
R 4 --- Page 274 ---
NOUVEAU VOYAGE
brigands. Nous primes pendant cette navie
gation un divertissement qui nous plut beaucoup. Au-dessous de Mosul, le Tigre reçoit
dans son lit plusieurs ruisseaux de naphte a
cette matière se répand comme une croute
sur sa surface. Nous nous amusions à y mettre le feu, et dans une minute, toute la rivière étoit couverte de flammes. A peine
étions-nous à Diarbékir, qu'il nous fallut
partir pour profiter d'une caravane qui étoit
prète à se mettre en marche. Nous eûmes
un tems très-favorable, et nous ne trouvàmes aucune mauvaise rencontre jusqu'à
Constantinople. De retour en cette capitale,
nous primes des renseignemens sur un fléau
quin'y est que trop commun. Nous apprimes, que la peste n'y est guère plus dangereuse qu'une fièvremaligne eà Paris; elle règne
ici presque tôute l'année; mais il faut convenir aussi que c'est à peu près la seule maladie; plusieurs en meurent, mais il en gue
rit un bien plus grand nombre. Les Turcs
pourroient se préserver de ce mal funeste,
en prescrivant la quarantaine aux vaisseaux
quiarrivent d'Egypte; car'c'est de cette contrée que vient la contagion: La petite vérole
peste n'y est guère plus dangereuse qu'une fièvremaligne eà Paris; elle règne
ici presque tôute l'année; mais il faut convenir aussi que c'est à peu près la seule maladie; plusieurs en meurent, mais il en gue
rit un bien plus grand nombre. Les Turcs
pourroient se préserver de ce mal funeste,
en prescrivant la quarantaine aux vaisseaux
quiarrivent d'Egypte; car'c'est de cette contrée que vient la contagion: La petite vérole --- Page 275 ---
AUTOUR D U. M O N D E.
2(5 5
est ici beaucoup moins dangereuse que dans
nos pays d'Europe : cela vient sans doute
de ce que l'inoculation est fort en usage en
Turquie. Quand nous etmes pris quelques
jours de repos, nous nous disposâmes à faire
dans cet empire une seconde tournée moins
dangereuse et moins courte que la première.
Smyrne, ville considérable de la Natolie, et
plusieurs autres de la même province, méritent qu'on voie par soi-même les choses
curieuses qu'on en rapporte. Nous primes
une barque sur le canal, et nous partimes
avec trois marchands que leur commerce
conduisoit à Smyrne. Nous côtoyâmes les
rivages du Bosphore, laissant à notre gauche Scutari et Calcédoine. Au-delà du
montoire de la Propontide, est une baie ou pro- un
golfe fort étendu, au-delà duquel est la ville
d'Ismi, autrefois Nicomède. Nous passàmes cette baie, et primes terre à quelques
milles du golfe de Montonia. Nous allâmes
coucher à Boursa, appelée jadis Burse, Burcie ou Pruse : cette ville étoit la capitale et
le siége de l'empire ottoman, avant
que
Constantinople fut tombée au pouvoir des
Turcs. Prusias, celui-là méme qui trahit --- Page 276 ---
N OUVEAU VOYA G E
Annibal, en fut le fondateur : c'est aujouravoir
d'hui une ville considérable, qui peut
deux lieues et demie de circonférence; elle
est dans une situation fort agréable au pied
du mont Olympe: cette montagne est la plus
haute del la Bithynie, et même de toute T. Asie
mineure. La mosquée d'Aladin est une des
curiosités de Boursa ; elle est grande, carrée et bâtie en pierre de taille. La voûte est
formée par vingt-cinq petits dômes d'égale
Nous
hauteur et d'une architecturengreéable.
nous transportâmes ensuite dans le village
de Capligi, à une demi-lieue de Boursa, à
cause des bains d'eau chaude qui sont trèsrenommés. Comme les principaux bains de
toutes les grandes villes de la Turquie sont
entièrement semblables à celui qu'on appelle ici le grand bain, nous allons le décrire : ce sera donner en même tems une
idée de tous les autres bains.Ilest composé de
deux grandes salles couvertes en voûte, et
embellies de tables et de colonnes de divers
marbres : chacune de ces salles a plusieurs
cabinets destinés à différens usages. Au milieu de la première salle est un grand bassin
de marbre, et dans un des angles est un four-
la Turquie sont
entièrement semblables à celui qu'on appelle ici le grand bain, nous allons le décrire : ce sera donner en même tems une
idée de tous les autres bains.Ilest composé de
deux grandes salles couvertes en voûte, et
embellies de tables et de colonnes de divers
marbres : chacune de ces salles a plusieurs
cabinets destinés à différens usages. Au milieu de la première salle est un grand bassin
de marbre, et dans un des angles est un four- --- Page 277 ---
AUTOUR DI U M OND E.
neau qui sert pour secher le linge des personnes qui viennent se baigner : le long des
murs sont placés,.de distance en distance,
plusieurs siéges couverts de tapis, sur lesquels on se déshabille. Quand on s'est bien
lavé dan's le bassin, on passe dans une petite
salle fort chaude, où l'on sue tant que l'on
veut. On va de-là dans la seconde pièce du
bain, où est encore un grand bassin de marbre, et tout auprès, une grande table aussi
de marbre, surlaquelle on se couche, pour se
tirer les membres et les étendre: : à cette opération en succède une autre qui se fait dans
un cabinet voisin, moins échauffé. On se
rase le poil par-tout le corps, ou bien on
le fait tomber avec une sorte de pâte appelée rusma. Quandles dames turques se rendent au bain, chacune avec une esclave,
elles sont couvertes de deux voiles, dontl'un
cache tout le visage, à la réserve des yeux,
l'autre couvre la coëffure, et pend par derrière jusqu'à la ceinture; en sorte qu'il est
impossible de distinguer la maitresse de la
suivante. Le bain est pour les Turques le
théâtre du luxe, comme ilT'est des gràces
et de la beanté : le fard, les essences, les --- Page 278 ---
NOUVEAU VOYAGE
perles, les bijoux, y sont étalés sur de riches toilettes.
Après avoir traversé les belles plaines de
la Mysie, nous vimes les bords du Granique : cette rivière, qui fut le premier théàtre de la gloire d'Alexandre, et que la défaite de Darius a rendue aussi fameuse que
le Tigre et T'Euphrate, étoit alors presqqu'entiérement à sec. Nous fimes encore quatorze
à quinze lieues à travers des collines et des
vallées, et nous arrivâmes à Sardes, peu
éloignée de la route de Smyrne. La ville de
Sardes, cette célèbre capitale de la Lydie,
a joué un grand rôle dans T'antiquité. On
sait comment Gigès fit mourir Candaule,
et s'empara de son trône : l'histoire de Crésus, vaincu par Cyrus S, 3 n'est également
ignorée de personne. Sardes se rendit à
Alexandre après la bataille du' Granique ;
elle tomba dans la suite sous le pouvoir des
Romains. La pierre précieuse qui a retenu
sa dénomination de cette ville 9 et que
nous appelons encore sardes ou sardoine,
y a été découverte. Il ne reste plus de cette
ville que quelques ruines. Le plus beau monument qu'on y trouve aujourd'hui, sont'
'histoire de Crésus, vaincu par Cyrus S, 3 n'est également
ignorée de personne. Sardes se rendit à
Alexandre après la bataille du' Granique ;
elle tomba dans la suite sous le pouvoir des
Romains. La pierre précieuse qui a retenu
sa dénomination de cette ville 9 et que
nous appelons encore sardes ou sardoine,
y a été découverte. Il ne reste plus de cette
ville que quelques ruines. Le plus beau monument qu'on y trouve aujourd'hui, sont' --- Page 279 ---
AUTOUR DU M ONDE.
26g
les débris d'un temple bâti par les Romains:
on en voit encore cin colonnes d'ordre ionique; les autres ont été successivement renversées, mutilées ou enlevées. Nous passàmes THermus, qui prend sa source dans la
Phrygie., et qui, après avoir arrosé la campagne de Smyrne, joint ses eaux à celles du
Pactole, et se perd dans la mer de Phocide.
La fertilité du pays a sans - doute fait dire
aux poëtes que ces fleuves rouloient un sable d'or : on n'y en découvre aucune paillette. A un mille ou deux de l'Hermus, est
la ville de Magnésie; élle est située dans la
Carie, au pied du mont Sypile : ce futlà que
Scipion F'Africain défit Antiochus le Grand,
roi de Syrie. La ville est grande et peuplée;
son commerce est tres-considérable, Nous y
séjournâmes fort peu, voulant nous rendre
promptement à Smyrne , qui n'en est pas
éloignée. Cette ville est une des plus anciennes de l'Orient. Les Lydiens la prirent et la
détruisirent. Alexandre le Grand, et, suivanti d'autres, Antigonus, rebâtirent une
autre ville à deux lieues environ de l'ancienne : elle est assise sur la pente d'une colline qui domine la mer : son port, ou plutôt --- Page 280 ---
NOUVEAU VOXAGE
le golfe qui lui sert de port, est le centre
du commerce de T'Europe et de l'Asie. Il a
huit lieues de tour; les vaisseaux y sont partout à l'abri. Ilya dans ce port une si grande
quantité de marsouins ou cochons de mer,
que quelquefois, en sautant à la queue l'un
de l'autre, ils retombent dans les bateaux
qui traversent, et deviennent la proie-des
mariniers. On sait que cet animal est fort
ami de T'homme,et se plait à jouer auprès
des vaisseaux. On trouve dans le bazard ou
marché de Smyrne, tout ce que lOrient et
T'Occident ont de plus précieux : sans les
fréquens tremblemens de terre, qui ont fait
de grands ravages dans cette ville, elle seroit :
une des plus considérables du monde
entier. Le Caravanserai, qui est tout auprès
du bazard, est vaste et majestuenx: A l'extrémité de la ville, du côté du port, est un
petit portique où l'on dit, qu'étoit la statue
d'Homère 1 qui, selon la plus commune
opinion, prit naissance àSmnyrne. Le nom
de Mélésigènes qu'on donne à, ce Etand
poëte, vient de.la rivière..de Mélas, qui
baigne. les murs de cette ville, On compte a
Suyrne trente mille ames.Nous vimes chez
uenx: A l'extrémité de la ville, du côté du port, est un
petit portique où l'on dit, qu'étoit la statue
d'Homère 1 qui, selon la plus commune
opinion, prit naissance àSmnyrne. Le nom
de Mélésigènes qu'on donne à, ce Etand
poëte, vient de.la rivière..de Mélas, qui
baigne. les murs de cette ville, On compte a
Suyrne trente mille ames.Nous vimes chez --- Page 281 ---
AUTOUR D U MONI D E.
un caloier ou prêtre grec, plusieurs caméléons : cet animal merveilleux n'est pas rare
ici; il est à peu près de la figure d'un grand
lésard.Nous fhmes témoins des changemens
qu'il contracte sous les différens objets.
De Smyrne nous fimes à Ephèse, qui
n'en est éloignée que d'une journée. Nous
nous trouvâmes le lendemain à Ja vue de
cette ville, sur les bords du Caistre; cette
petite rivière est parfaitement semblable au
Méandre, qui est à une forte journée de là.
Les cygnes n'y ont existé que dans Timagination des poëtes. Nous ne pàmes retenir
notre admiration en, approchant d'Ephèse ;
la quantité de marbres dont la plaine est
couverte, nous rappeloitTantique splendeur
de cette cité fameuse, qui est réduite aujourd'hui à une forteresse. L'architecte Ctésiphon y avoit commencé ce fameux temple
de Diane, qui passoit pour une des sept
merveilles du monde : on employa plus de
deux cents ans à le construire, Toutes les
villes de l'Asie mineure contribuérent aux
fraix de cet édifice : il avoit, dit-on, quatre
cent vingt cinq pieds de long, et deux cent
vingt de large; il étoit enrichi de cent vingt --- Page 282 ---
NOUVEAU VOYAGE
sept colonnes de soixante pieds de haut. Ce
qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elles avoient été élevées par cent vingt-sept
rois. On y pratiqua, pour la première fois,
l'idée d'asseoir des colonnes sur un piédestal,
et de les orner de chapiteaux : il ne reste
plus que les fondemens de ce temple. Nous
reprimesle chemin de Smyrne,oà nous nous
embarquàmes sur une galère turque pour
retourner à Constantinople; mais ayantappris quela peste commençoit à s'y faire sentir, nous quittâmes le vaisseau quand nous
fàmes près des Dardanelles, et nous primes
un petit bâtimentà rames pour nous rendre,
en peu de tems, à Andrinople; où l'air'est
infiniment plus sain. Les Dardanelles, ainsi
appelées du nom de Dardanus, le premier
Toi du pays qui y fit batir une ville, sont
les forteresses qui défendent le' canal dé
T'Hellespont : elles consistent aujourd'hui
en deux châteaux fort régnliers, dont' l'un
est en Europe, l'autre en Asie. Nous eussions pu facilement prendre une route moins
longue, et débarquer dâns quelque port de
la Thrace, mais rien nel nous ' pressoit 3
et nous voulions voir Thessalonique. Nous
nous
du nom de Dardanus, le premier
Toi du pays qui y fit batir une ville, sont
les forteresses qui défendent le' canal dé
T'Hellespont : elles consistent aujourd'hui
en deux châteaux fort régnliers, dont' l'un
est en Europe, l'autre en Asie. Nous eussions pu facilement prendre une route moins
longue, et débarquer dâns quelque port de
la Thrace, mais rien nel nous ' pressoit 3
et nous voulions voir Thessalonique. Nous
nous --- Page 283 ---
AUTOUR D;U MON DE
nous trouvâmes bientôt dans le golfe Theridonga.Testrémité diquel cette. ville est
située; elle est la capitale de toute la Macédoine,1 ce royaume famenx d'ou sortit le
conquérant de l'Asie. Les Romains la possédèrent pendant plusieurs siècles, , jusqu'à
l'empereur Andronic, : celui-ci la céda aux
Vénitiens, auxquels.AmuratI-.T'enleva. Les
Turcs ensont demeurd S depuis paisibles pos:
sessenrss ils Tappellent Salonichi. Ses murs
ont dixmilles de.circonférence; ils sont flanqués de redoutes et.de bastions. L'église cathédrale, appelée Saint Demire, est un fort
beau:y vaisseau;: elle est: pavée de mosairjue.
On:ne sauroit concevoir le nombre des COlonnes det marbre, de.jaspe, de porplyre,
qui soutiennent cet édifice: nous en comp
tâmes.j jusqua.mille.Les délicieux vallons
de Tempés si. vantés par les. poëtes, sont
dans cetter ipartie de la Macédoine qu'on
pelle la Thessalie. L'Ossa, l'Olympe, ap; de
Pélion, len Kinde, ces;montagnes lameuses
rendronta jamais ce pays méinorable. Nous,
ne restânes que huit jours à Thessaloniquex
an bout desquels nous primes notre.chemin
vers la Thuace, Nous passâmues lei, fleuvé
Tome 1.
S --- Page 284 ---
NOUVEAU VOYAGE
Strymon, qui sépare cette province de la
Macédoine, et nous nous rendimes.à Andrinople. Cette ville fitt fondée par Oreste;
fils d'Agamemnon , roi d'Argos et de Mycène : on T'appela Orcsta ; elle conserva ce
nom jusqu'au règne del l'empereur Adrien,
qui T'agrandit et Tembellit extradrdinairement. Les Turcs nomment cette ville Adranach ou Edreneh; elle s'augmente tous les
jours : les voyages frérquens' qu'y fait le
grand-seigneur y attirent beaucoup de monde; elle. est d'ailleurs fort agréablemént située dans un beau vallon arrosé par trois
rivières qui prennent leur source dans les
montagnes voisines. Nous fimes la même
route que nous avions déja prise pour retourner' à Constantinople.
Voici ce que nous avons observépar nousmêmes, ou recuéilli de plus certain et de
plus intéressant sur le caractère, lès moenrs,
les loix et les usages des Turcs. Lés habitans'o de ce vaste empire sont un mélange de
divers peuples: on * y trouve des Turcs naturels, des Arabes; dès Tartares, des Maures d'Afrique et méme de lInde, des Mahométans de Perse, des Juifs et des Chré-
retourner' à Constantinople.
Voici ce que nous avons observépar nousmêmes, ou recuéilli de plus certain et de
plus intéressant sur le caractère, lès moenrs,
les loix et les usages des Turcs. Lés habitans'o de ce vaste empire sont un mélange de
divers peuples: on * y trouve des Turcs naturels, des Arabes; dès Tartares, des Maures d'Afrique et méme de lInde, des Mahométans de Perse, des Juifs et des Chré- --- Page 285 ---
AUTOUR D - U M ONDE 275
tiens. En général, les Turcs sont fastuenx,
avares, , dissimulés, charitables,
humains, ét fort abonnés à
2 probes S
l'incontinence.
Le vétement des hommesi consiste
en un caleçon ;h une U chemise longue, coupée à
près comme celles des femines
peu
et un doliman ou"sorte de
d'Europe, a ,
soutane qui pend
jusqu'à la cheville du pied, et dont lès manches sont coirtes et étroires ; ils-Tarrétent
au-dessous. de lai poitriné avec tne ceinture
quileur est d'une grande atilicé
cher leurs mouchoirs, leursp ponr'yattaserrent dans les replis
pdignards, et ils
qu'elleforme leur argent, leura retabac et leuts pipes: Par-dessus
le doliman, ils mettent une robé
féredge, iàimanches
appelée
longues et
ils
ont des bas S de drap, ser-par-dessus, larges;
des
chaussons de cuin, er f forme de
Leurs souliers 5 qu'ils appellent brodequins'
sont des espèces de pantoufles. pabouchies; Leur coefi
fure est fort chargée et très-ample : il ne
faut guère moins d'étoffe pour leur turban
ou bonnet, que pour leur robe. La maniere
de saluer des Turcs diffère autant de la no.
tre que leurs habits; ils mettent la main
sur la poitrine et s'inclinent un pen : s'ils
S 2 --- Page 286 ---
NOUVE AU vo Y A G E
abordent un homme de distinction, ils prennent, le bout de sa robe, et: la baisent avec
respect; ils n'ôtent point le turban devant
les personnes qu'ils honorent: Les femmes
saluent comme les:hommes:: leur habillement est aussià peu près le e même 1 et
portent de plus une chemise piquée qui
leur tient lieu de jupon : elles laissent croitre leurs cheveux dont elles font plusieurs
tresses qui pendent sur leurs épaules; elles
ont sur la tête un A petit bonnet de carton
doré, couvert. d'un.voile qui inleur tombe
jusqu'aux. genoux. Les Turcs aiment beaucoup.les épiceries; toutes leurs sauces sont
de haut gont : à la fin du repas, ils boivent
de l'eau, ou:dulait aigre; le sorbet est pour
ceux qui vivent dans,une certaine aisance.
Dans les repas ordinaires, ils sont: sobres;
et se nourrissent des mouton $ de: pois, de
riz et de concombre; mais dans les festins,
ils ne manquent guère de s'enivrer : ils mangent rarementles uns chez les autres, et se
visitent peu. Cominel les femmes one sont
point admises dans,les cercles, une partie. du tems, s'emploie aux promenades.
Dans leurs logis, les, Turcs: ont 6 toujours
vivent dans,une certaine aisance.
Dans les repas ordinaires, ils sont: sobres;
et se nourrissent des mouton $ de: pois, de
riz et de concombre; mais dans les festins,
ils ne manquent guère de s'enivrer : ils mangent rarementles uns chez les autres, et se
visitent peu. Cominel les femmes one sont
point admises dans,les cercles, une partie. du tems, s'emploie aux promenades.
Dans leurs logis, les, Turcs: ont 6 toujours --- Page 287 ---
AUTOUR D U MOND E.
la pipe à la bouche, etla conversation est
peu
animée. Dans plusieurs villes de cet empire;
les lits sont placés dans la cour, ou sur letoit
de la maison fait en terrasse : en hiver, ils
couchent dansleur appartement le plus bas.
On a enfin établi une imprimerie à Constantinople. Les l'urcs n'ont plus tant d'éloignement pour les sciences. Rien n'est
plus ingénieux, ni plus commode, qu'une
lettre d'amour, à la manière des Turcs;
il n'est besoin ni d'encre, ni de papier:
On envoie à la personne à qui l'on écrit,
une bourse où sont arrangés, parc ordre, une
perle, un caillou, du bois, du poivre, du
girofle, ou tout autre chose, dont le nom,
en langue turque, exprime un sens par:
fait, et souvent même un ou plusienrs vers.
Voici un de ces billets doux : € uzum, raisin; cela veux dire, mes yeux : hazir, une
paille; souffrez que je sois votre esclave:
pul,jonquille; soyez sensibleà mon amour:
giro, une allumette; je brule, ma flamme
me consume : nihat, papier; mes sens s'égarent à chaqueinstant : cil, fil d'or; je me
meurs, , veneze prompteinent. >. Cette lettre
donuera sans doute une grande idée de la
S 5 --- Page 288 ---
NOUVE A U VOYAGE
turque 5 mais il fant
richesse de la langue
observer en même tems que tous ces mots
la plupart, arabes : en effet, l'asont, pour des
riches langues du monrabe est une
plus
sert en Turquie et en Perse, 9
de; on s'en
qu'elle
pour les vers let les chansons, parce
beaucoup à la poésie. Les noms surprête
une perle, un rubis, un
tout qui expriment
diarnant, ont les plus riches significations,
telles
la plus belle des jeunesses 3 globe
que
etc. Les proverbes turcs marde lumière,
bien sensible la vivaquent d'une manière
peint avec
cité de T'inagination orientale qui
Ces
sont des sentences
la parole.
proverbes
Par exemcourtes, allégoriques et figurées.
ils disent: Il tombe tous les jours une
ple,
de mon dge. Pour faire
brique du palais
comment Dieu voit et entend
conpréndre
ainsi : Quand
tout, les Turcs s'expriment
dans la nuit la plus noire, une fourmi
marcheroit sur du marbre noir, Dieu
noire
le bruit de ses pat:
la verroit et entendroit
tes. Les femmes turques sont communément
belles et bien faites : leur blancheur naturelle
aisément : car,isi ce n'est 'pour
se conserve
toujours dans leur
aller au bain, elles restent
ais
comment Dieu voit et entend
conpréndre
ainsi : Quand
tout, les Turcs s'expriment
dans la nuit la plus noire, une fourmi
marcheroit sur du marbre noir, Dieu
noire
le bruit de ses pat:
la verroit et entendroit
tes. Les femmes turques sont communément
belles et bien faites : leur blancheur naturelle
aisément : car,isi ce n'est 'pour
se conserve
toujours dans leur
aller au bain, elles restent --- Page 289 ---
AUTOUR D U M ONDE
haram, ou harem'y ou serrail. La privation
du plaisir et de la liberté fait qu'elles désirent l'an et l'autre avec fureur. Trouventelles le moyen del se faire voir à un jeune
esclave; elles le flattent, le corrompent et
cherchent avec lui, ce qu'elles ne penvent
trouver. ailleurs. Un mari n'est sur d'une
femme qu'autant qu'élles ne quittent, ni
les eunuques, ni ses compagnes ; encore
quelquefois viennent - elles à bout de les
gagner et de les corrompré. Voici un usage
assez singulier et assez plaisant. Le nouvel époux est chargé, la première nuit, de
déshabiller sa femme, et de la coucher dans
le lit : une des petites façons des jeunes mariées est de faire à leurs ceintures plusieurs
noeuds que le mari est quelquefois des heures entières à dénouer ; pendant ce tems-là,
la mariée récite sesiprières, et rit sans doute
en secret de Tembarras et de limpatience du
pauvre époux. Les eunuques ont ici le pri:
vilage de se marier et d'entretenir des concubines : : leur serrail est quelquefois aussi
nombreux que celui d'un visir. Le droit de
succession est le même dans toutes les
vinces de T'empire : le grand-seigneur properS 4 --- Page 290 ---
NOUVEAU VOIYA GIEA
çoit d'abord ses droits'sur Théritage;1 le reste
se partage en sept-lots, dont deux pour la
veuve du défunt, trois pour les enfans màles', et deux pour les filles. Les empereurs
turcs n'ont point d'armoiries : le croissant
est plutôt le symbole de T'empire et de la
nation, que celui des sultans. Lorsque ce
prince paroit en public, les personnes qui
ont à se: plaindre de quelque injustice criante, ou à révéler un secretimportant, mettent
sur leur tête un flambean allumé, ou des
charbons dans un vaisseau de terre : le devoir de l'empereur est de leur donner audience sur-le-champ. On en voit ici de fréquens exemples: ce n'est que pour les grands
qu'on n'observe en Turquie aucune formalitédans la punition des coupables.Ily: a une
chambre souveraine de justice où sont portées les affaires des particuliers. Ce conseil,
appelé divan, est composé du grand visir,.
qui en est le chef, des deux cadilesquers,
ou sur-intendans de la justice, des autres
visirs et des secrétaires d'état: Le. grandseigneur n'assiste point à ces séances; mais
il peut tout voir et tout entendre; sans être
vu,, par le moyen d'une jalousie pratiquée
punition des coupables.Ily: a une
chambre souveraine de justice où sont portées les affaires des particuliers. Ce conseil,
appelé divan, est composé du grand visir,.
qui en est le chef, des deux cadilesquers,
ou sur-intendans de la justice, des autres
visirs et des secrétaires d'état: Le. grandseigneur n'assiste point à ces séances; mais
il peut tout voir et tout entendre; sans être
vu,, par le moyen d'une jalousie pratiquée --- Page 291 ---
AUTOUR DU M OND'E
au-dessus de la place du prémier ministre.
Les' moindres particuliers y obtiennent
facilement justice mênie contre les plus
grands seigneurs. Outre ce premier tribunal, il y a encore des magistrats particuliers appelés cadis : les cadilesquets, qui
sont élablis souverains juges, Tun sur. les
provinces d'Enrope, 2 lautre sur cellcs de
l'Asie, veillent à l'administration de la justice dans tous ces tribunaux. Les exécutions
sont assez fréquentes en ce pays : la bastonnade se donne pour la moindre faute. On
étend le coupable sur le dos ; deux hommes
robustes le frappent sur la plante des pieds,
jusqu'à.ce qu'ils aient ordre de cesser : les
grands et les petits sont sujets à ce châtiment qui ne déshonore point. Les arrêts de
mort prononcés par le grand-seigneur, . s'exécuterit promptement. Des muets présentent
au condamné un cordon : il est le maitre de
s'étrangler Jni-méme; sinon, ils lui prétent
leurs services : ce supplice est pour les pachas et les grands officiers de l'empire. Un
particulier convaincu de vol; d'assassinat,
ou de quelqu'autre crime semblable, n'a pas
Thonneur du cordon; il est pendu ou en- --- Page 292 ---
NOUNEAU VOYAGE
282 Voici comment se fait cette terrible
palé.
la vimes
envers
exécution; nous
pratiquer
esclave
pour son malheur, n'étoit
un
qui,
fut
de nuit avec
pas eunuque, et qui surpris
cet
une des esclaves de son maitre. Lorsque
esclave fut arrivé au lieu du supplice, on
et on T'étendit à terre sur le
le dépouilla,
l'exécuteur lui ouvrit le fondement
ventre :
rasoir, et fit entrer dans la
d'un coup de
un pal
plaie, à grands coups de massue,
long de huit pieds, et gros
ou pieu pointu,
l'extrémité du pal
comme la jambe : lorsque
on l'6droite du patient;
eut percé Tépaule
attachées au pal.
leva de terre, les mains
l'accaDans ce pitoyable état, la populace
Il nous reste à dire un mot
bloit d'injures.
Le
charges de l'empire.
des principales
5 c'est
mufti est le chef des ecclésiastiques
sultan
le nomme : ce pontife a ses.
le
qui dans le serrail, et le sultan s'aentrées libres
le recevoir; c'est
vance de quelques pas pour
de baiser
le seul officier qui ait le privilège
gauche du grand-seigneur : ce ponTépaule
étoit retife étoit antrefois si puissant qu'il
douté de T'empereur méme ; on : est revenu
décide
de cet abus. Le mufti ou mouphti,
ultan
le nomme : ce pontife a ses.
le
qui dans le serrail, et le sultan s'aentrées libres
le recevoir; c'est
vance de quelques pas pour
de baiser
le seul officier qui ait le privilège
gauche du grand-seigneur : ce ponTépaule
étoit retife étoit antrefois si puissant qu'il
douté de T'empereur méme ; on : est revenu
décide
de cet abus. Le mufti ou mouphti, --- Page 293 ---
AUTOUR DU MON D E.
les prétendus cas de conscience ou intérêts
de la religion, comme il lui plait, mais le
grand - seigneur laisse agir son visir, comme il le juge à propos. C'est ce premier ministre qui seul gouverne l'état : son maitre,
quia a bien d'autres occupations dans son serrail, se repose sur lui de tout ; mais, au
moindre mécontentement, il le fait étrangler. Le grand visirest le dépositaire du.sceau
impérial; il le porte toujours à son cou : c'est
une des principales marques de sa dignité.,
Les autres grands de l'empire, les premiers
officiers, ou ceux qui aspirent à ces charges, sont compris sous le titre de pachas.
Les plus considérables ont le droit de faire
porter devant eux une sorte d'enseigne qui
les distingue par-dessus les autres : c'est un
grand bâton au bout duquél sont attachées
trois queues de'cheval; de-là vient qu'on les
appelle pachas à trois queues. L'origine de
cetté enseigne militaire des Turcs, quid'a.
bord paroit ridicule, vient de ce qu'un de
leurs généraux, voulant rallier ses soldats
qui avoient perdu tous leurs drapeaux, s'avisa de couper la quene d'an.cheval,et la
mit au bout d'une lance : à ce
signal, Ses --- Page 294 ---
/
N O'U V E A U VOY'AG E.
troupes se rassemblèrent, reprirent courage,
et remportérent la victoire. Les forces militaires del'empire ottoman sont composées 'd'infanterie et de cavalérie : la première est la
partie la plus redoutable de la milice, la
seconde la plus nombreuse ; elle peut monter à cent trente mille combattans. Les cavaliers turcs sont de deux sortes : les plus
considérables, appelés zaims et timariots,
sont comme autant de petits seigneurs qui
tiennent chacun une portion des terres dé
la couronne; ils se fournissent de chevaux;
de chariots, de tentes, etc.; ils sont de plus
obligés d'armer un homme par chaque cent
écus de bien qu'ils possédent. Après ce corps
de cavalerie vient celui des spahis, qui reçoivent leur paie du grand-seigneur; ils combattent confusément et sans ordre, au lieu
que les zaims et les timariots sont' divisés *
par compagnies et commandés par des officiers. Lesjanissaires sont très-braves; mais
les sultans n'ont point d'ennemis plus redontables; l'andace et Tinsnbordination de cette
milice vont sonvent jusqu'à détrôner ses souverains : ils sont à Constantinople ce qu'8:
toient à Rome les prétoriens, ou soldats de
ie du grand-seigneur; ils combattent confusément et sans ordre, au lieu
que les zaims et les timariots sont' divisés *
par compagnies et commandés par des officiers. Lesjanissaires sont très-braves; mais
les sultans n'ont point d'ennemis plus redontables; l'andace et Tinsnbordination de cette
milice vont sonvent jusqu'à détrôner ses souverains : ils sont à Constantinople ce qu'8:
toient à Rome les prétoriens, ou soldats de --- Page 295 ---
AUTOUR DU M ON DE.
la garde de,l Tempereur. Leur général s'aps
pelle janissar-aga : son autorité va de pair
avec celle du visir. Lès troupes anxiliaires
forment un corps considérable par le nombre : TEgypte,la Tartarie, la Valachie, la
Transilvanie, fonrnisentensemble plus de
deux cent mille cavaliers;. ils. sont la prin:
cipale force des armées de terre; nous ne
parlons pas des forces navales; car cette
partie est fort, négligée. A Constantinople;
les, imans.sont, comme en France, les cuIAsA leurs fonctions sont précisementles mé:
mes. Les effendis, qui sontles savans parmi
les Turcs, font.entre eux 5 et avec ceux) en
qui,ils ont guelgae confiance, profession del
slcisines ils nont, pas plus de foi pour l'inspi;
ration de, Maliomet que, pour Linfaillibilité
du.pape. Lessentiel de la religion des Mahométaus.cousiste dansles parifications;, elles
tiennent presque, lieu de, tout autre devoir :
aveç un.bain: ou denx ils croient.se laver de
toutes leurs taches. Outre lés purifications,
on.ablutions légales, Malomet enjoint en:
core, de' faire cing prières par jour, en se.
tournant vers,la Necque,faumône, le pélerinage, etlej jelne du ramadan. Tout Ma- --- Page 296 ---
NOUVEAU VOYAGE
hométan doit aller une fois en sa vie à la
Mecque; mais il:arrive souvent qu'on y envoie quelqu' un à sa place. Mahomet promet
un très - beau paradis, non - seulement aux
hommes, mais aussiaux femmes; il exclut
cependant de ce lieu de délices les filles qui
les veuves qui ne se remeurent vierges,et
selon Ma
marient point; car les femmies;
homet, n'étant capables ; ni d'affaires d'e.
tat, ni de celles de-la guerte; ne pouvant
ni réformer le monde; Dieti
ni gouverner,
facile de molti:
les charge de T'émploi plus
Teffet
plier la race humaine. Qu'on juge de
de
produire sur elles cet article
que peut
emEalcoran. Parmi les expédiens qu'elles
ploient pour avoir des intrigues amoureuses', le plus commun est le déguisement:
elles se transpor
Travesties * en esclaves,
à T'heure du bain, dans dès maisons
tent,
destinées à ces rendez: vouis :
commodes ,
elles s'adressent 0 à-des étrano
quelquefois dont la bonne mine leur pliit,"et
gers, trouvent le moyen d'introduire dans
qu'elles maison. Il arrive aussi trop souvent
leur
un
qu'après avoir tenu trois ou quatré jours
caché-dans leur chambre, elles le
homme
le déguisement:
elles se transpor
Travesties * en esclaves,
à T'heure du bain, dans dès maisons
tent,
destinées à ces rendez: vouis :
commodes ,
elles s'adressent 0 à-des étrano
quelquefois dont la bonne mine leur pliit,"et
gers, trouvent le moyen d'introduire dans
qu'elles maison. Il arrive aussi trop souvent
leur
un
qu'après avoir tenu trois ou quatré jours
caché-dans leur chambre, elles le
homme --- Page 297 ---
AUTOUR DU M ONDE
poignardent ou lui donnent du poison, et
l'enterrent secrètement, soit dans la crainte
qu'ils ne trahisse leur mystère, soit pour
assouvir leurs désirs sur de nouveaux objets. Les étrangers ne peuvent être trop en
garde econtre leurs dangerenses propositions;
car, indépendamment de tous ces périls, si
leur intrigue vient.à éclater, ils sont condamnés au feut, à moins qu'ils ne se fassent
Mahomérans. Autant nous trouvons
de voir aux Turcs des longues barbes, étrange
tant nous paroissons extrordinaires à leurs auyeux avec nos cheveux longs et nos
ques : ils diffèrent encore de nous en perru- ce
concerne la place d'honneur ; ils estiment qui
la gauche plus que la droite, parce que c'est'
le côté où T'on porte Tépée: et
séquent on a dans sa
que par concelui
puissance les armes de
qui a la droite. Il est vrai,
T'arine au côté n est pas une
qu'avoir 2
dinaire chez eux
chose si orque parmi nous : les étrangers même n'en portent guère à Constantinople, dans-la crainte que le
se moque d'eux ou
peuple ne
-
ne lesinsulte. Les
ne connoissentla
Turcs
édifices
magnilicence que dans les
publics" : leurs maisons particulières --- Page 298 ---
NOUVEA U VOYAGE
sont communément fort simples; l'apparte:
mient des femmes est fermné par plusieurs
portes gardées par des eunuques ou par des
femmes d'un àge avancé. Les plafonds sont.
peints et dorés; les planchers sont pavés de
carreaux de marbre ou de porcelaine : l'es:
calier n'est qu'une espèce d'échelle sur-,
montée d'un petit toit. On, étend sur les
planchers des nattes ou des tapis, et Ton,
range le long des, murs des sophas larges
et exhaussés, qui servent de siéges. On y,
est assis les jambes croisées, et le dos aps
puyécontre des coussins.( Onn'y voit point de
lit : l'usage est de les enfermer dans des armoires pratiquées dans le mur,: et de les,
dresser le soir sur des nattes : ils consistent
en un ou deux matelats, avec une légérer
couverture et un oreiller; : les draps sont.
cousus à la couverture et aux.matelats. 9n
met sur sa téte un petit turban, 0S
au lieu 10
d'un bonnet de nuit, et lon dort avec: une, ixi
camisole ou un caleçon de toile. 15 Le I jeu d'é
ni
checs est fort en n usagechez 11
Iqs.Furcs; > 20 A
mais,
ils regarderoient comme un
sils
:
geandpeche
y jonuient delargent. Ils ont des danseuses,
vont
ue st ou on les depubliques qui
par-tout 1.
)
mande: --- Page 299 ---
AUTOUR D U M ONDE E.
mande : ce sont ordinairement des Juives
ou des esclaves chrétiennes; ; elles affectent
les postures les plus déshonnétes. L'avidité
est le vice dominant des Turcs : tout s'achète ici, et. même la justice.
Tome 1.
T
:
geandpeche
y jonuient delargent. Ils ont des danseuses,
vont
ue st ou on les depubliques qui
par-tout 1.
)
mande: --- Page 299 ---
AUTOUR D U M ONDE E.
mande : ce sont ordinairement des Juives
ou des esclaves chrétiennes; ; elles affectent
les postures les plus déshonnétes. L'avidité
est le vice dominant des Turcs : tout s'achète ici, et. même la justice.
Tome 1.
T --- Page 300 ---
2go
NOUVEAU VOYAGE
3 H APITRE IV.
De la Géorgie.
ArANT enfin trouvé un vaisseau qui faisoit voile pour la Géorgie par la mer Noire,
nous résolumes de nous rendre en Perse par
cette route, et de voir en même tems la
Circassie, la Colchide, I'Arménie et l'ancienne Médie. Ce fut un navigateur arménien qui nous facilita ce voyage. La principale merveille de la Géorgie consiste dans
l'extrême beauté des femmes; objet de curiosité le plus attrayant que puisse rencontrer un voyageur. La Géorgie fut autrefois
plus vaste qu'elle ne lest de nos jours; elle
s'étendoit depuis Tauris et Erzerum, jusqu'au Tanais, et s'appeloit Albanie : elle
comprend seulement aujourd'hui toutelIbérie. Ce royaume, qui fait maintenant partie
de l'empire des Perses, eit très-long-tems --- Page 301 ---
AUTOUR DU. M ONDE,
ses souverains particuliers
tantôt révolté, il fallut
: tantôt soumis;
nouvellassent
que les Perses en re:
plus d'une fois la
méme encore
conquéte. Ila
de ses anciens pour gouverneur un héritier
sal du roi de rois; mais ce prince est vasPerse, et lui paie tribut.
capitale est Tifflis, ville de
Sa
mais
peu d'étendue,
tres-agréable; elle est peuplée et
merçante. A vant d'y arriver,
com:
sité une maison
nous avions viroyale qu'on
Abad, c'està-dire,
appelle SéfiThabitation de Séfi
palais ne vaut guère moins
: ce
du paysage quil'environne, par T'agrément
pres beautés. De Tifflis
que par ses pronous Aimes
excursions à Suram, à Gori
quelques
avec la
et à Aly, qui,
capitale, sont les seules villes de la
Géorgie. Suram n'esto qu'un
ait le nom de ville. Gori n'est bourg, quoiqu'il
sidérable. Nous n'avons
guère plus cond'Aly, petite ville située non plus rien à dire
à neuf lieues de la
précédente; elle est placée entre des
tagnes qui séparent la Géorgie
monroyaume d'Imirette,
d'avec le
qui semble eh
'core mieux séparé par une
étre dir énCaucase. Cotatis,
partie du nont
deux
qui ne' 'contient guère
cents maisons, est la capitale que
de Ce
T 2
Nous n'avons
guère plus cond'Aly, petite ville située non plus rien à dire
à neuf lieues de la
précédente; elle est placée entre des
tagnes qui séparent la Géorgie
monroyaume d'Imirette,
d'avec le
qui semble eh
'core mieux séparé par une
étre dir énCaucase. Cotatis,
partie du nont
deux
qui ne' 'contient guère
cents maisons, est la capitale que
de Ce
T 2 --- Page 302 ---
NOUVEAU VOTAGE
royaume; elle est située au bas d'une colline
sur le bord du fleuve du Phase. Le royaume
d'Imirette est voisin de celui de Caket : tous
deux ne sont que de tristes restes d'un état
jadis florissant. Celui de Caket s'étend fort
loin dans le mont Caucase; c'est-là, à proprement parler,Tancienne Ibérie:iln'a plus
qu'une seule ville qui est sa capitale; elle
donne son nom à tout le royaume. On trouve
encore, aux environs du Phase, la province
de Guriel, non moins dévastée que les pays
voisins ; elle dépend des Turcs. A Calziké,
qui tient à cette province , est la résidence
d'un pacha. Le mont Caucase est célèbre; ;
c'est une des plus hautes montagnes du monde:sa cime est perpétuellement couverte de'
neige; on voit de-là les nuages se mouvoir
sous ses pieds, et nous dominions de beausur eux. Sur la circonférence de cette
montagne coup
croit le gom, , espèce de millet
dont la pâte est fort blanche; mais le pain
qu'on en fait ne vaut rien, ni froid, ni rechauffé:il faut le manger aussitôt qu'il est
cuit; on le préfère alors à celui de froments
La Géorgie est divisée d'un bout à l'autre
le fleuve Kur:g quelques-uns le nomment
par --- Page 303 ---
AUTOUR DU MONI D E.
Gyre, d'autres Corus. Clest,
fleuve
le
dit-on, sur ce
que
grand Cyrus fut exposé dans
son enfance, et c'est' de-là que le nom de
Cyrus lui fut donné. C'est le seul fleuve de
la Perse qui porte bateau; mais il est luiméme bien moins considérable quele Phase,
qui sépare les pays d'Imirette et de Guriel,
d'avec la Mingrélie. Il prend
également sa
source dans le mont Caucase : ce fleuve est
parsemé d'iles très-agréables Nous y cherchâmes en vain des vestiges de Colchos, tant
citée dans les poétes. La Géorgie abonde en
poissons de mer.et d'eau douce, soità cause
du fleuve de Kur quila traverse, soit
le
voisinage de la mer Caspienne. Le vin par
aussi excellent. Une autre branche
y est
de commerce encore plus lucrative, mais moins
licite', c'est la vente des femmes, dont l'avarice des Géorgiens a su faire une denrée
qui est fort du gout des Turcs. Rien de
charmant que les femmes de cette contrée: plus
c'est-là proprement le pays, le sol de la
beauté. On ne peut imaginer des traits
plus
réguliers, une taille plus éléganté, plus de
grâces dans le maintien, enfin, des formes
mieux dessinées que n'en offrent la plupart
T 3
', c'est la vente des femmes, dont l'avarice des Géorgiens a su faire une denrée
qui est fort du gout des Turcs. Rien de
charmant que les femmes de cette contrée: plus
c'est-là proprement le pays, le sol de la
beauté. On ne peut imaginer des traits
plus
réguliers, une taille plus éléganté, plus de
grâces dans le maintien, enfin, des formes
mieux dessinées que n'en offrent la plupart
T 3 --- Page 304 ---
NOUV E A U. VOYAGE
des Géorgiennes : ils est aussi rare de trouver ici une laide femme, que d'en trouver
une. parfaitement belle ailleurs. L'habit des
Géorgiennes est le méme que celui des Persanes ; mais elles semblent avoir emprunté
de nous T'habitude de se farder à lexcès,
méthode qui, comme parmi nous aussi, gâte
et flétrit la beauté,, et la rend, de bonne heure, surannée. Les Géorgiennes ont un penchant décidé pour les hommes : il semble
qu'elles ne se croient faites que pour donner
deTamour et pour en prendre, et il n'est
pas possible de les envisager sans en ressentir. L'habit des Géorgiens est presque
semnblable à celui des Polonois ; mais ils
imitent les Persans dans leur chaussure,
leurs édifices, leur manière de s'asseoir, de
se coucher, de manger, etc. --- Page 305 ---
"AUTOUR DU M N D
CH APITRE V.
De la Mingrélie , autrefois la Colchide,
de lArménie et de la Médie.
Izseroits superflu de chercher ici des vestiges
del'ancienne Colchide,otJnsom voyagea pour
la toison-d'or. Nous nous rendimes en cette
province sans nous croire néanmoins comparables aux Argonautes. Le plus grand village qu'il 3 ait aujourd'hui est Anarghie. On
dit qu'il y avoit autrefois au même lieu nne
ville nommée Héraclée : les autres habitations de la Mingrélie consistent en des cabanes éparses dans cette contrée sauvage, et
dans quelques châteaux, dont le principal
appartient au souverain. Ce pays est traversé par plusieurs fleuves qui sortent des
flancs du Caucase , et se perdent dans la
mer Noire. On nomme ainsi la mer qui cdtoie la Mingrélio et lés pays voisins : on
T 4 --- Page 306 ---
NOUVEAU VOYAGE
iPont-Euxin; c'est méme son
Tappelle aussi
Le sol de la Colchide est
nom le plus connu.
fort peu der riz,
mauvais: il ne produit que
de faide froment et d'orge. Ilya beaucoup oiseaux
sans : on les prend, ainsi que les
de
de rivière, par le moyen du faucon et
Les rits grécs furent long-tems en
Tépervier.
les peuples de ces contrées;
vigueur parmi
les guerres,
mais les révolutions politiques,
et
le laps du tems, et sur-tont l'ignorance éteindes
ont laissé
le libertinage
prètres,
des
La religion
dre ces lumières primitivos.
Colchéens est devenue aussi pitoyable que
: ils ont cependant un
leur gouvernement
catholicos ; il vipatriarche qu'ils nomment
vivre à leurs
site ses ouailles, mais c'est pour
les instruire. Les prèdépens, et non pour
Les églises sont
tres ou papas en font autant.
de vérià peine dignes de ce nom ; ce sont
tables étables. Les femmes sont icitrès-belles
Les jeunes ne se fardent
et tres-engageantes.
les sourcils,
point; elles ne se peignent que
n'en
sur la téte un voile qui
et portent
le derrière et le descouvre qu'une partie,
ressemble beausus : le reste deleur coëffure
Leurhacoup à celle des femmes d'Europe.
Les églises sont
tres ou papas en font autant.
de vérià peine dignes de ce nom ; ce sont
tables étables. Les femmes sont icitrès-belles
Les jeunes ne se fardent
et tres-engageantes.
les sourcils,
point; elles ne se peignent que
n'en
sur la téte un voile qui
et portent
le derrière et le descouvre qu'une partie,
ressemble beausus : le reste deleur coëffure
Leurhacoup à celle des femmes d'Europe. --- Page 307 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
bit est entièrement semblable à celui des 297
sanes : celui des hommes ne consiste Perune chemise et un caleçon.
qu'en
Nous nous rendimes aisément dans lArménie, pays souvent cité dans les histoires
sacrées et prophanes : on le regarde comme
celui que peuplèrent d'abord les
personnes
échappées au déluge. Quoiqu'il-en
est par lui-même très
soit, il
11 a été le théâtre
digne d'être connu.
de
de grands événemens et
sanglantes batailles : nul conquérant n'attaqua cette contrée sans la
fait
soumettre; elle
aujourd'hui partie de T'empire des Persans et des Turcs : ces deux puissances
battirent long-tems
comtière de
pour la possession ence.pays, et finirent par le
ger entre elles. La haute Arménie, partaménie
ou l'Armajeure , est demeurée à la
T'Arménie mineureàla
Perse, 9
commencé
Turquie. Nous avons
notre tournée par cette dernière:
l'Araxe la sépare de la Médie. Nous
mes ce fleuve à Julfa la Vieille, passàtrefois considérable
ville auqui formoit un long
amphithéatre sur des bords de
fut ruinée par Abas le
TAraxe; elle
Ce n'est
Grand, roi de:Perse:
arjourd'hui qu'un amnas de qjuiel- / --- Page 308 ---
N OU V EAU V OY A G a
ques cabanes. Le même conquérant ruina
Nacchivan, qu'on croit avoir été l'ancienne
Artaxate; elle n'est plus que l'ombre d'ellemême. De cette ville, qui est regardée comme la capitale d'une partie de la haute Arménie, nous fimes environ vingt lieues pour
parvenir à Irivan, autre capitale, mais plus
considérable quela première; elle est située
entre deux fleuves, lun nommé le Zengui,
l'autre d'un nom arménien'qui signifie quarante fontaines : on dit qu'il a un parcil
nombre de sources,. mais son cours est peu
étendu. Le patriarche d'Arménie a pour suffragans une vingtaine d'évéques tirés, pour
la plupart, d'entre les moines, qui sont trèsnombreux en ce pays qui est rempli de couvens. Parmi-les articles qui distinguent la
religion arménienne d'avec la nôtre, on
compte la différence du pain, et le mélange du vin et de l'eau dans la consécration:
les Arméniens y emploient du vin pur. et du
pain ordinaire. L'Arménie est une contrée
fertile ct, en général, très-agréable. On
y respire un air fort sain, quoique un peu
épais : Thiver y est long et rude.
L'ancien pays des Médes, où nons ne tare
inguent la
religion arménienne d'avec la nôtre, on
compte la différence du pain, et le mélange du vin et de l'eau dans la consécration:
les Arméniens y emploient du vin pur. et du
pain ordinaire. L'Arménie est une contrée
fertile ct, en général, très-agréable. On
y respire un air fort sain, quoique un peu
épais : Thiver y est long et rude.
L'ancien pays des Médes, où nons ne tare --- Page 309 ---
AUTOUR D'. U M ONDE.
dâmes
pas d'arriver, n'est pas dans un état
plus florissant. Nous vimes d'abord Tauris,
qui n'est, dit-on, autre chose que les restes
de la fameuse Ecbatane, bâtie
Lhistoire
par Déjocès.:
nous a transmis les révolutions
qu'éprouva le royaume des Médes : il est
enfin redevenu province de celui des Perses, 9 comme il l'étoit sous les premiers
successeurs de Cyrus. Tauris elle- même
a essuyé bien de vicissitudes : rébàtie
le célèbre Aaron
par
Raschild, calife de Bagdad, elle fut renversée par un tremblement de terre, et reconstruite une troisié.
me fois, prise, reprise et saccagée. Cette
ville est située au bas d'une
montagne
qu'on croit être le mont Oronte, fort Souvent. cité dans les auteurs anciens. Un
fleuve, plus considérable que n'est la Seine
à Paris, la côtoie au Septentrion. Il y a dans
Tauris un grand nombre de belles mosquées.
Le palais des derniers rois de Perse étoit au
midi de la ville: celui oùt logeoit le
Cosroës, : étoit placé à l'Orient. Le nombre célebre
des habitans de Tauris est de trois ou
tre cent mille : c'est une des villes les quaplus
commerçantes de T'Asie; et une de celles --- Page 310 ---
NOUVEAU VOYAGE
où linsdustrie est le plus en vigueur ; elle
est remplie de métiers en soie, en coton et
les
beaux turbans
en or : on y fabrique
plus
de toute la Perse. Il croit jusqu'à soixante
sortes de raisins aux environs de cette ville :
de distance, de vasil y a aussi, très-peu
de
tes carrières de marbre blanc, une mine
sel et une mine d'or. A dix lieues de Tauris, on trouve Marant, ville peu considéra:
ble, qui fut, dit-on, le lieu de la sépulture
de Noë. Le pays est très-rude à traverser
aller jusqu'à l'Araxe, fleuve célèbre
pour
l'Arménie : il
qui sépare la Médie jusqu'à
prend sa source dans la montagne d'Ararat,
la même où l'on prétend que s'arrêta Tarche de Noë. La Médie moderne ne fait pas
même aujourd'hui une province entière; elle
est enclavée dans celle d'Azerbayan, qui en
celle
renferme encore d'autres 3 nommément
d'Assyrie. On sait que Zoroastre avoit insectateurs le culte du feu:
troduit parmises
Guèbres de
ce culte existe encore chez les
Le
de
la province d'Azerbayan.
gouverneur
cette contrée est le plus puissant du royaume de Perse. Il envoie ses ordres par des
couloncha, officiers dont le nom signilie es-
dans celle d'Azerbayan, qui en
celle
renferme encore d'autres 3 nommément
d'Assyrie. On sait que Zoroastre avoit insectateurs le culte du feu:
troduit parmises
Guèbres de
ce culte existe encore chez les
Le
de
la province d'Azerbayan.
gouverneur
cette contrée est le plus puissant du royaume de Perse. Il envoie ses ordres par des
couloncha, officiers dont le nom signilie es- --- Page 311 ---
AUTOUR DU MONDE
clave du roi, Cen'est pas que ceux qui portent ce nom soient réellement esclaves; 3; ils
ont à la cour de Perse, à peu près le méme
emploi que le gentilshommes ordinaires
avoient à celle de France.
Bien loin d'épouser, 9 comme autrefois,
leur propre soeur 9 les Persans ne peuvent
prendre pour femme leur belle-mère, leur
tante, ni leur nièce. Comme les usages sont
ici à peu près les mêmes que ceux des Perses. 9 nous rrous éténdrons davantage sur cet
article dans le chapitre suivant. --- Page 312 ---
NOUYEAU VOYAGE
-
C HAPITRE VI.
De la Perse.
Nous partimes au mois de mai de Tauris
pourla Perse. Notre route fut des plus agréables; ; de vastes plaines couvertes de nombreux haras présentoient l'aspect le plus intéressant. Les prairies sont fertiles et ombragées de peupliers et de tilleuls : l'air y est
doux et tempéré ; il y régne un printems
éternel. Le fleuve Miana, et la montagne
qui est au delà séparent la Médie de la Parthide. Le pays que nous allions parcourir
devoit offrir à nos yeux autant de raretés et
de monumens antiques, quelés bords du Nil
et du lac Moéris. Qu'on juge de notre impatience et combien cette idée redoubloit notre ardeur et notre courage, conbien elle
enflammoit notre: imagination. Ilne faut pas
avoir recours ici, comme en Egypte, à des --- Page 313 ---
AUTOER DU MONI DE.
débris antiques pour conjecturer la grandeur
et la -airmaoatims
telleqa' elle estanjouecdhui,sufit, pourdonner
une juste idée dece qu'elle étoitautrefois. Le
luxe et la mollesse des Persans de nos
rappellent les tems fameux des Xercès et jours des
Darius. Après une longue suite de siècles,
on y retrouve encore les mémes. mceurs et:
les mémes nsagés. Avant de rendre
de notre voyage dans ce vastei empire, compto il:
n'est pas inuitile de dire un mot.desgrandes
révolutions qui ont agité cette monarchie.
Les uns font descendre les Persans d'un fils
de Sem, les autres de Persée, qui, snivant
la fable, étoit fils de Jupiter et de Danaé.:
Achémène, père. de Cambyse, futrle
mier roi de Persé, 1 si.l lor ne, véut
pres
monter à une antiquité obscure pas retainel
et incer-:
Cyrus, , fils: de Cambysé, étendit les
bornes de cet émpire , par. la prise de Babylone, et:par: T1 la .conquété de
de la Médie: Sesis successeursi lAssyrie et
nouvelles
yi ajoutérent de:
provinces.La Grèce elle-méme vit
ses campagnes désolées par les armées innombrables desinionarques
dre, roi de Macédoine, résolut persans.Alexan- de
venger. sa
, , fils: de Cambysé, étendit les
bornes de cet émpire , par. la prise de Babylone, et:par: T1 la .conquété de
de la Médie: Sesis successeursi lAssyrie et
nouvelles
yi ajoutérent de:
provinces.La Grèce elle-méme vit
ses campagnes désolées par les armées innombrables desinionarques
dre, roi de Macédoine, résolut persans.Alexan- de
venger. sa --- Page 314 ---
NOUVEAT U VOYAGE
nation, et poria la guerre en Asie; il dé-,
pouilla Darius de ses états : depuis, Tempire des Perses fut déchiré par les dissentions intérieures, jusqu'à ace qu'Arsace, roi
des Parthes, s'en empara : ses successeurs,
appelés de son nom Arsacides, le possédèrent pendant près de six cents ans. Enfin,
un Persan, nommé Artaxercès, secoua le,
joug des Parthes ; Cosroës le Grand, un del
rendit la Perse redoutable à
ses successeurs,
toutl'Orient. Le calife Omar, chef des Arabes, déposséda de ce royanme les descendans de Cosroës. Plusieurs siècles après,
Timur ou Tamerlan, roi des Tartares, s'en,
rendit maitre, comme il avoit fait de presque toute T'Asie; mais Usum-Cassan, goud'Arménie, détrôna les fls de Tiverneur
mur, et les obligea de se retirer dans cette:
partie des Indes qui fait aujourd'hui l'em-)
pire du Mogol, dontils furent les fondateurs.
Un certain Ismaël ou Safi, autrement ChahSafi, de la famille d'Ussum Cassan, se: mit
à la tête d'un parti.considérable que sa fausse:
dévotion lui avoit attiré; il se disoit de la:
famille d'Ali, gendre de Mahomet; ils'empara de la couronne : sa postérité en jouit
T'espace --- Page 315 ---
AUTOUR DU MONDE
l'espace de deux cents ans ; elle régnoit encore au commencement du dix-huitième siècle, lorsquele fameux Thamas-Kouli: iKhan,
fils du gouverneur de Kiélar, dans la
province de Khorasane, et qui, de simple soldat, parvint à la dignité de grand-visir, força
le roi Chah-Thainas a remonter sur le trône.
La Perse a éprouvé depuis des déchiremens
intérieurs. Chah-Thamas fut assassiné
par
ses propres parens. La Perse n'a cessé depuis ce tems d'être en proie à des factions.
La Parthide, qui est une des grandes provinces de l'empire persan, sous le nom de
Frak-At-Zem, est presque toute couvertede
montagnes. Sultanie, Casbin, Com, Cacham
et Ispahan, en sont les principales villes; Ispahan est la capitale de tout le royaume. Sultanie n'offre rien de remarqna ble : on croit
qu'elle étoit autrefois la capitale du pays des
Parthes, et qu'elie s'appeloit Tigranocerte,
Casbin, vilie considérable au midi de Soltanie, n'offre également rien de curieux : les
rois de Perse y firent long-tems leur sjour
ordinaire. Ce fut Abas le Grand qui transféra le premier sa cour à Ispahan. Pendant
notre séjour à Casbin, nous fumes témoins
T'ome I. .
V
remarqna ble : on croit
qu'elle étoit autrefois la capitale du pays des
Parthes, et qu'elie s'appeloit Tigranocerte,
Casbin, vilie considérable au midi de Soltanie, n'offre également rien de curieux : les
rois de Perse y firent long-tems leur sjour
ordinaire. Ce fut Abas le Grand qui transféra le premier sa cour à Ispahan. Pendant
notre séjour à Casbin, nous fumes témoins
T'ome I. .
V --- Page 316 ---
NOUVEAU VOYA 1e C E
d'une fête solemnelle qu'on chommie tous les
ans en mémoire d'Hossein fils d'Ali, et de
Fatmé fille de Mahomet. Pendant les.dix
jours que dure cette fete, on ne voit dansles rues que deuil et tristesse ; on n'entend
que des cris lamentables d'hommes, de femmes, d'enfans, qui veulent imiter ce que la
légende persane rapporte du malheureux
Hossein, qui, forcé de fuir dans le désert, y
souffrit une faim cruellequile réduisitàla dernière extrémité. Des prêtres font au peuple à
ce sujet les récits les plus pathétiques, à peu
près comme parmi nous le vendredi-saint.
Il est une remarque bien essentielle, et
qui servira pour Tintelligence de toute la
suite de ce voyage; la plupart des noms
orientaux paroissent si défigurés dans presque toutes les relations qu'on a peine à les
reconnoitre. La difficulté de les bien prononcer cause ces différences : ainsi l'on dit So-
/ phi pour Safi, Chorassan pour Khorasane,
et Saba pour Sava. Près de Sava, pour nous
conformer àla véritable prononciation, nous
trouvàmes des vestiges de la ville de Rey, si
célèbre dans l'Orient pour son antiquité, sa
grandeur et son commerce : on l'appeloit la --- Page 317 ---
AUTOUR DU MO NI DE.
reine des cités, le marché de l'univers. Suivant les géographes persans et arabes, elle
contenoit plus d'un million de maisons (ils
ont sans doute voulu dire d'habitans), six
mille quatre cents collèges, seize mille six
cents bains, douze mille moulins et treize
mille caravansernis: il est du moins certain
que ce fut une très-grande ville; ; les guerres
civiles et les Tartares l'ont totalement détruite. Sava est une ville grande et à demi
ruinée. Com est une ciré du premier ordre,
célèbre par la magnificence de ses quais, de
ses bazards et de ses temples : le plus bel
ornement de cette ville, et pent-étre le plus
beau temple de la
Perse, 3 est une mosquée
superbe où sont enterrés les rois Abaset Séfi.
On y entre par quatre grandes cours plantées d'arbres : le portail et la porte sont de
marbre; les battans sont enrichis de vermeil doré : l'intérieur de la mosquée répoud
parfaitement aux dehors : le bas des nurs
est revétu de porphyre, et peint des plus
vives couleurs : le haut et le dedans du dome sont ornés de figures et de fleurs d'or et
d'azur; an-dessus est une flèche d'or massif,
surmontée d'un croissant du même métal,
V2
arbres : le portail et la porte sont de
marbre; les battans sont enrichis de vermeil doré : l'intérieur de la mosquée répoud
parfaitement aux dehors : le bas des nurs
est revétu de porphyre, et peint des plus
vives couleurs : le haut et le dedans du dome sont ornés de figures et de fleurs d'or et
d'azur; an-dessus est une flèche d'or massif,
surmontée d'un croissant du même métal,
V2 --- Page 318 ---
NQUVEAU VOYAGE
Les deux tombeaux sont des chefs-d'ceuvre
de mosaique. De Com nous allâmes à Cacham, autre ville de la Parthide, qu'on croit
avoir été l'ancienne Ctésiphonte : les scorpions y sont communs et très-dangereux :
c'est le lieu de toute la Perse où se font les
plus beaux satins et les plus riches brocards
d'or.
-
Aux approches d'Ispahan, les maisons de
plaisance, les palais paroissent se multiplier
sur Ja route. Tout nous rappeloit les superbes et délicieuses habitations quiannoncent
Paris vingt lieues à la ronde. Ispahan est
peut-être la plus grande de toutes les villes.
de T'Orient:en y comprenant les fauxbourgs,
son circuit a au moins onze lieues ; mais les
maisons n'y ont qu'un étage : chaque maison' a un grand jardin, et souvent un verger 5 ces jardins et ces vergers, semblables
à peu près à ce qu'on appelle les vignes à
Rome, sont remplis de fleurs et de fruits
dans toutes les saisons. Il- y a - aussi, dans
les rues les plus larges, de grandes allées
d'arbres, appelées tchinars : cette multitude
d'arbres, jointe au pen d'élévation des maide la ville,
sons, empéche qu'en approchant --- Page 319 ---
A UT O U R DU MONI DE.
on ne découvre aucun édifice; on la
droit plutôt pour uneimmense forêt
prenla capitale d'un vaste état
que pour
: son antiquité
quoiqu'on débite beaucoup de fables
la faire remonter
pour
jusqu'aux tems les plus
reculés, ne paroit pas aussi certaine
celle de beaucoup d'autres villes du
que
même
empire. L'histoire n'en fait mention que depuis le fameux Tamerlan, qui la prit et la
saccagea jusqu'à deux fois. Cette grande ville, avantageusement située sur les confins de
la Parthide et de la Perse, est entourée de
murailles fort basses et peu solides, comme
presque tous les édifices publics et particuliers ; elle surpasse en grandeur Londres et
Paris : Pékin seul peut lui être
figure se prolonge d'orient comparé; sa
fort
en occident et
irrégulièrement. Nous fhmes témoins
des fêtes qui eurent lieu pour la réception
duinainhteseadeurinien Les danseuses,
sontdes femmes
qui
publiques, font éclater alors
leur joie par mille sauts et mille extravagans
ces. Ici, les taureaux furieux s'élancent,
mugissant, contre d'autres bétes
en
qu'onleur
oppose : là, des troupes de lutteurs, plus
cruels que ces animaux, se frappent, se
V3
mes témoins
des fêtes qui eurent lieu pour la réception
duinainhteseadeurinien Les danseuses,
sontdes femmes
qui
publiques, font éclater alors
leur joie par mille sauts et mille extravagans
ces. Ici, les taureaux furieux s'élancent,
mugissant, contre d'autres bétes
en
qu'onleur
oppose : là, des troupes de lutteurs, plus
cruels que ces animaux, se frappent, se
V3 --- Page 320 ---
NOUVEAU VOYASE
saisissent et se renversent : par tout on voit
voler les flèches et les javelots. La place où
se livrent ces combats est un grand carré
long de plus cent quatre-vingt toises sur
soixante-six de large. Au bas des maisons, 9
à une distance de cinquante pieds, est un
canal bordé de platanes qui donnent un ombrage délicieux. En dehors de la place règnent
delongues galeries, . appelées le grand bazard,
où les marchands étalent leurs denrées. On
découvre dans la même place une partie considérable du palais des Sophis; c'est un des
plus grands et des plus beaux édifices de
l'univers : les richesses y sont entassées les
unes sur les autres, mais sans got, sans
délicatesse et sans art: les Orientaux ne connoissent point ces rapports combinés, ces
proportions qui règnent dans nos appartemensd'Enrope. Le Palais-Royala plus d'une
lieue de circonférence : on y entre du côté
de la place par un portail très-élevé et tout
entier de porphyre : cet endroit est un asyle
inviolable pour tous ceux qui s'y réfugient;
ce qui est d'autant plus remarquable que les
mosquées même n'ont pas ce privilège. Audela du portail est une grande allée qniabou- --- Page 321 ---
AUTOUR DU M O N D P.
tit à de, vastes corps-de-logis : le pavillon
appelé.les quarante pilliers est le plus magnilique.-Nousy. remarquames sur-tout deux
belles chambres lambrissées de mosaique;
les murs sont revétus de marbre doré: dans
l'une des deux ést le trône. du roi; les perles, les saphirs, les émeraudes y brillent de
toute part sur des brocards. Le sérail est le
plus bel-endroit de tout le palais ; mais il
n'est guère moins difficile aux hommes d'y
entrer qu'aux femmes d'en sortir; il est entouréd'une sihaute muraille qu'ilr n'y a point
de monastère de filles qui soit mieux fermé:
il y a une enceinte particulière pour les enfans des rois, et une autre plus vaste pour
les sultanes disgraciées. Les loix du sérail
sont ici à peu près les mêmes qu'à Constantinople. En Perse cependant, les concubines
du roi peuvent recevoir les visites de leurs
parentes, ce qui ne se pratique point dans
les autres sérails de l'Orient; elles sont, malgrécela, plus étroitement gardées qu'en Tur.
quie; elles ne peuvent entrer les unes chez
les autres sans permission.
Nous fimes instruits que le roi envoyoit
la calaatte au gouverneur de Chiras
par un
V 4
sérail
sont ici à peu près les mêmes qu'à Constantinople. En Perse cependant, les concubines
du roi peuvent recevoir les visites de leurs
parentes, ce qui ne se pratique point dans
les autres sérails de l'Orient; elles sont, malgrécela, plus étroitement gardées qu'en Tur.
quie; elles ne peuvent entrer les unes chez
les autres sans permission.
Nous fimes instruits que le roi envoyoit
la calaatte au gouverneur de Chiras
par un
V 4 --- Page 322 ---
NOUVEAU VOYAGE
des principaux eunuques du palais. La ca-.
laatte est un habillement complet, dont le
roi récompense les grands de sa cour. L'eunuque étoit prét à partir avec un grand nombre de domestiques : il devoit être suivi, par
plusieurs marchands de Chiras, qui in'attendoient qa'une occasion anssi favorable pour
s'en retourner sans avoir rien à redouter des
brigands, qui, depuis quelque tems, infestoient le chemin qui mène d'Ispahan à Persépolis et à Chiras. Nous voulûmes, par la
menecraiutrsprofiterde cette nombreuse escorte. On compte d'ispahan à Chiras environ
quatre-vingtlieues de Perse, quireviennent à
plus de cent vingt lieues de France. Après
avoir traverséla plaine d'Ispahan et les montagnes qui T'environnent, nous entrâmes
dans de belles et vastes campagnes très-fertiles. Quatre jours après, nous nous engageàmes dans un chemin étroit, le seul qui
mène à Persépolis : ce fut celui qu'Alexandre suivit avec tant de bonheur, lorsqa'il
alla combattre les troupcs de Darins. Enfin,
la plaine de Percépolis s'offrit à nos yeux.
Ce fut-là qu'expirèrent l'orgueil et la puissance des rois de Perse; ce fut-là que leurs --- Page 323 ---
AUTOUR DU MONDE.
forces vinrent se briser contre celles de la
Macédoine. Nous quittâmes la troupe qui
prir le chemin de Chiras, et nous retournâ.
mès vers Persépolis. Nous découvrimes de
loin les vastes édifices. de cette ville,
sembloient former, par leurs
qui
débris, un immenseamiphithéire lasser
Nousne pouvions nous
d'admirer l'étendue et la
de
ces hardis
majesté
bloit
monumens, dont la hauteur sematteindre les nues. Le plus grand de
ces ouvrages, et celui où il reste le plus de
morceaux entiers, est le palais de
que d'autres croient avoir été
Darius, 2
Soleil. Ce
un temple du
qu'ilyad de certain c'est
dre, lorsqu'il détruisit
qu'AlexanPersépolis, voulut
qu'on conservât cet édifice : il subsisteroit
encore aujourdhui siles Barbares et les Tartares l'eussent également
de ce palais
épargné : la façade
peut avoir deux cent
toises du nord au midi, et cent cinquante
de-l'orient à l'occident; il est formé quarante-six de
enceintes et de trois murailles,
trois
mière a bien six cent
dont la preSes de
quatre-vingt-onze toicirconférence: : sa hauteur est de
quatre pieds; les pierres qui la
vingtsont noires et
composent
polics, comine du marbre, ct
ais
épargné : la façade
peut avoir deux cent
toises du nord au midi, et cent cinquante
de-l'orient à l'occident; il est formé quarante-six de
enceintes et de trois murailles,
trois
mière a bien six cent
dont la preSes de
quatre-vingt-onze toicirconférence: : sa hauteur est de
quatre pieds; les pierres qui la
vingtsont noires et
composent
polics, comine du marbre, ct --- Page 324 ---
NOUVEAU VOYA G K
d'une si prodigieuse grosseur que quelquesunes ont jusqu'à cinquante pieds de long.
Quant à ce qui est de l'intérieur de Tédifice, la seconde enceinte comprend un espace
d'environ soixante-deux toises de large sur
quarante-six de profondeur : un bel et grand
escalier de cent trois degrés, situé au nord
de l'édifice, en est la principale entrée ; il
aboutit à un vaste portique bordé de pilastres
et de colonnes de marbre blanc, à derni-ruinées; quelques-unes ne sont pas endommagées, et les pilastres qui subsistent encore
paroissentappuyés sur des figures d'animaux
monstrueux et gigantesques. A droite de ce
portique, à une distance de vingt-sept toises, est une terrasse soutenue par un mur
de marbre de quarante sept toises de long:
on y monte par trois beaux escaliers, et c'est
sur cette terrasse qu'on voitles morceaux les
plus entiers et les plus curieux; ; un, entre
antres; attira tous nos regards : c'est un triple rang de figures d'hommes, hautes de
quatre pieds, au nombre de plus de soixante, toutes sur la méme ligne : un de ces trois
rangs a été rompu, et l'on ne voit plus que
la moitié des statues; les deux autres rangs,, --- Page 325 ---
AUTOUR.DU M ONDE,
qui sont dans leur entier, représentent une
espèce de triomphe; quelques-unes de ces
figures paroissent enveloppécs de lincculs,
comme les Indiens; d'antres sont nues jusqu'à la ceinture : il y en a qui conduisent
des chameanx, des chars, des captifs; la
plupart portent des vases, des borcliers,
des lances, que nous sonpçonnons étre les
dépouilles des vaincus. Un autre morceau,
bien curieux encore, ce sont. les colonnes de
marbre qui remplissent l'enceinte qui est au
bas de la terrasse; ily en a une grande quantité de renversées et couvertes de terre; mais
par celles qui sont entières, on voit aisément quelle devoit étre la grandeur et la
majesté du, bâtiment : ces colonnes ont plus
de cinquante pieds de haut avec leur fat et
leur chapiteau : leur grosseur est d'environ
quinze pieds de circonférence. Il pouvoit y
avoir six rangs de.colonnes, et trente-six COlonnes dans chaque rang.
Il ne nous reste qu'à dire un mot de denx
grands monumens creusés dans les rochers
de la montagne, à deux cents toises du palais de Darius; ce sont les tombeaux des anciens rois de Perse, 2 situés, l'un au nord,
pieds de haut avec leur fat et
leur chapiteau : leur grosseur est d'environ
quinze pieds de circonférence. Il pouvoit y
avoir six rangs de.colonnes, et trente-six COlonnes dans chaque rang.
Il ne nous reste qu'à dire un mot de denx
grands monumens creusés dans les rochers
de la montagne, à deux cents toises du palais de Darius; ce sont les tombeaux des anciens rois de Perse, 2 situés, l'un au nord, --- Page 326 ---
NOUVEAU VOYAGI E
l'autre à l'orient : leur façade est de soixantedouze pieds de long et de plus de cent vingt
de haut. Plusieurs colonnes, dont les chapiteaux sont sculptés en figures d'animaux,
forment le portail deces édifices : au-dessous
des colonnes on voit les tombes, ou plutôt
les simples vestipes de ces tombes. Nous
eûres la curiosité d'cntrer dans ces monumens : nous n'y trouvàmes que quelques
cercueils taillés dans le marbre. Il y a parmi toutes ces ruines des inscriptions et des
hicroglyphes : les savans se sont tourmentés
pour les déchiffrer; ils n'ont pu y réussir,
et nous ne pensons pas qu'ils en viennentjamais à bout : c'est une langue tout-à faitinconnue. Au lieu de perdre notre tems et de
nous consumer en peines superflues pour
deviner le sens de caractères et d'emblèmes
absolument inintelligibles : nous parcourtmes la plaine, où nous avions le triste plaisir de fouler aux pieds ces palais superbes
qe'habitérentautrefoislesCyrusetles Alexandre. Nous ne pouvions assez regretter la destruction de ces superbes édifices, la gloire
de lOrient et le siége de ses souverains; de
même que nous nie pouvions nous lasser --- Page 327 ---
AUTOUR D U M ON D E.
d'admirer la magnificence de ces masures.
On sait qu'Alexandre incendia Persépolis à
la sollicitation d'une courtisane
grecque,
Thais, qui voulut se venger de ce que les
Perses avoient autrefois brulé la ville d'Athènes, sa patrie. Il fallut enfin quitter ces
précieuses antiquités : nous primes le chemin de Chiras que nous avions dessein de
visiter avant de retourner à Ispahan, Pendant notre route, nous mesurions des
la grande plaine de
yeux
Persépolis, qui a près
de quatorze lieues de long; elle est entrecoupée d'une infinité de canaux et de fossés
auxquels I'Araxe fournit de l'eau en abondance : on y voyoit des troupeaux de moutons, de chevaux et de chameaux. Au
tir des montagnes qui forment cette
sorsuperbe
vallée, nous découvrimes la ville de Chiras,
dans laquelle nous entrâmes quelques
res
heuaprès. Cette ville est la capitale de la
province de Perse, aujourd'hui Fars ou Farestan ; son "origine est fort ancienne : les
habitans prétendent qu'elle. fut bâtie par Cyrus, qjui la nomma Cyropolis. L'entrée de
la ville, du côté de la route
d'Ispahan; est
fort agréable : la rue a cent cinquante pieds
uperbe
vallée, nous découvrimes la ville de Chiras,
dans laquelle nous entrâmes quelques
res
heuaprès. Cette ville est la capitale de la
province de Perse, aujourd'hui Fars ou Farestan ; son "origine est fort ancienne : les
habitans prétendent qu'elle. fut bâtie par Cyrus, qjui la nomma Cyropolis. L'entrée de
la ville, du côté de la route
d'Ispahan; est
fort agréable : la rue a cent cinquante pieds --- Page 328 ---
NOUVEAT U VOYAG E
delarge. La mosquée principale seroit la plus
belle de toute l'Asie, silon avoit soin de la
répareret' de Tentretenir : il en est de même
des hopitaux, qu'onappelle ici les palais de
santé; ce qui a donné lieu à ce proverbe qui
peut convenir à d'autres hôpitaux: ele palais
dela santéest le palais de la mort.> On montre
aux environs de Chiras le tombeau du poête
Sady,etles ruines d'un monastèredontilavoit
la direction; car Sady étoit moine. Le terroir
de ce canton est renommé pour ses excellens
paturages, pour ses grenades, et pour ses
raisins dont on fait le meilleur vin de la Perse. Nous voulions poursuivre notre route jusqu'àl Laar, capitaledela province de ce nom;
mais nous étant assurés que cette ville n'avoit
rien de remarquable, si ce n'est les bois de
dattiers et d'orangers, dont ses environs sont
couverts, nous n'etmes pas envie de faire
plus de soixante lieues dans un pays sec et
brilant ; nous préférâmes d'attendre quelques jours à Chiras le départ de T'envoyé du
roi de Perse : nous reprimes ensuite, avec
son escorte, la route d'Ispahan. A peine y
fimes nous de retour, que nous nous empressàmes de voir plusieurs beaux édifices --- Page 329 ---
AUTOUR DU MONDE
que nous n'avions pas encore eu le tems
d'examiner, et qui semblent se disputer de
grandeur et de magnificence; tels sont, entre autres, la mosquée du grand pontife et
le marché impérial.
La mosquée dont nous parlons est un grand
bâtiment polygone, autour duquel règhent
de longs balcons, en façon de balustres : le
portail forme une belle,et large voûte ornée
de figures azurées, dont les niches sont de
jaspe et d'émail; les battans de la porte sont
couverts de lames d'argent fort épaisses, et
d'une mosaique très-brillante. Le
docteur de la loi, qui avoit la
molla, ou
de nous faire voir ce
complaisance
temple, ne trouvoit
aucun art à assembler ainsi des morceaux
de jaspe, de porcelaine et d'azur : il nous fit
voir mille défants de justesse et de
tion qui nous persuadèrent de
proporde son bon gont. Nous
plus en, plus
avançâmes ensuite,
entre quatre grands portiques, vers une cour
immense, au milien de Jaquelle est un vaste
bassin dont les bords sont de jaspe. En face
du bassin s'élevoit cinq grands portiques
verts de dômes, et soutenus sur des
cou:
de marbre : celui du milien est d'une pilastres haiteur
: il nous fit
voir mille défants de justesse et de
tion qui nous persuadèrent de
proporde son bon gont. Nous
plus en, plus
avançâmes ensuite,
entre quatre grands portiques, vers une cour
immense, au milien de Jaquelle est un vaste
bassin dont les bords sont de jaspe. En face
du bassin s'élevoit cinq grands portiques
verts de dômes, et soutenus sur des
cou:
de marbre : celui du milien est d'une pilastres haiteur --- Page 330 ---
NOUVEAU VOYAGE
surprenante et domine sur toute la ville. Au
fond de ce portique, qui fait la principale
pièce de la mosquée, est une espèce de balcon, qui est commel'autel des Mahométans;
il regarde la Mecque : ce jubé ou balcon, et
toutes les murailles, sont incrustés de jaspe,
de porphyre et de bois de senteur, où sont
gravés des passages de T'alcoran. Lheure de
la prière nous ft quitter la mosquée. Nous
passâmes au marché impérial , après avoir
vu défiler un grand nombre de femmes qui
alloient à l'église : ce qui les rend si assidues
aux exercices de la religion, c'est qu'elles
n'ont la liberté de sortir de leurs maisons
que pour aller à la prière; leur dévotion
leur fournit un adoucissement à leur esclavage : les plus jeunes sont les plus exactes,
bien différentes de nos Frànçoises qui ne se
font dévotes que lorsqu' elles sont surannées.
Lemarchéimpérial estleplus grand etleplus
beau bazard d'Ispahan : le portail, qui donne
sur la place Royale, est d'une architecture
riche et imposante; il est tout entier de por
celaine peinte :les pamapesguifoensiontent
sont revétus de jaspe et de porcelaine. Le
bazard est composé de vastes et longues galeries, 1 --- Page 331 ---
ABTOUR DU MOND I
5ax
leries, remplies de marchandises et de denrées. Le milieu du bazard forme une belle
place voutée, et surmontée d'un dôme fort
élevé; ce lieu est le plus fréquentedflspahant
dans les grandes chaleurs; le menu
vient yo coucher la nuit. Il y a un grand peuple
bre de caravenserais dans toutes les villes nom- *
Perse et sur les grandes routes. Le
de
peuple
faiticipresque sa seule nourriture de melons
d'eau : il y en a qui pèsent plus de vingt livres. L'empereur ou roi de Perse, et le visir,
ne sont servis que dansdes vases d'or, ou de
porcelaine; ; les Rambeaux, les
d'or massif : on croit quela vaisselle lampes sont
du souverain monte bien à 40 millions. Nous
mes néanmoins parfaitement
som:
convaincus
la Perse n'est pas, à beaucoup
que
près, aussi
opulente que le disent les voyageurs : tout
cet éclat de la cour persane, que les moindres souverains d'Europe pourroient
s'ils vouloient y employer leurs égaler,
n'est qu'une pure
rèvenns,
ostentation, un. voile brillante quicouvre une espèce de pauvreté. réelle:
L'or est rare dans ce royaume; le
en a se tire tout des ludes et des marchanda peu qu'ily
Tome I.
X
ès, aussi
opulente que le disent les voyageurs : tout
cet éclat de la cour persane, que les moindres souverains d'Europe pourroient
s'ils vouloient y employer leurs égaler,
n'est qu'une pure
rèvenns,
ostentation, un. voile brillante quicouvre une espèce de pauvreté. réelle:
L'or est rare dans ce royaume; le
en a se tire tout des ludes et des marchanda peu qu'ily
Tome I.
X --- Page 332 ---
NOUVEAL U VOYAGE
acheter des soies et
européens qui viennent
des perles.
soixantewdeux
On compte dans Ispahan
bains
deux cent soixante - treize
mosquées,
ou hôtelleet dix-huit cents caravenserais
Nous allions volontiers, et souvent, au
ries.
davantage:
café. Voici ce qui nous amusoit
des
tandis que les uns prennent leur café ou
d'antresjouent aux échecs,aux"
liqueurs, que faiseur de contes tàche, par ses
dames, un
la société : en même
bons mots, d'égayer
les vanités du
tems un molla déclame contre
tandis que d'un autre côté, un rimeur
siècle, des odes, des idylles, des épigramdébite
des choses les plus rares qui se
mes. Une
c'est la tour des Cornes,
voient à Ispahan,
n'est entré dans
ainsi appelée parce qu'il
ni
construction ni bois, ni briques 1
sa
elle n'est bâtie que des, ossemens
pierres;
de
et autres bétes sauet des tétes
gazelles
dans une chassel
vages : on les avoit prises
il se
fit faire un roi de Perse, à Jaquelle
que plus de cent mille chasseurs.
trouva Cours fait la plus belle entrée d'IspaLe du côté de Julfa, bourg, ou plutot
han, --- Page 333 ---
AUTOUR DU, M ON D E.
fauxbourg considérable où logent tous les
étrangers et les Chrétiens. Ce Cours est une
avenue longue de plus de treize cents
et
roises,
large d'environ cinquante : au milieu est
un canal dont les bords, larges de six
servent de
pieds,
parapets aux passans. De vastes
et Superbes jardins, avec chacun deux
villons, bordent des deux côiés cette char- pa-,
fante allée, qui va aboutir à une maison de
plaisance du roi, la plus riante et la mieux
ornée qu'on puisse voir : tout ce que la nature et T'art produisent de plus beau dans
ces contrées, nous a paru réuni dans ce
lais : les eaux, les cascades, les
pavergers, les
fleurs, en font un séjour délicieux. Un
magnifiqne pont, bâti sur la rivière de Zendérouht, joint l'avenue aux fouxbourgs d'Ispahan : ce pont est fait de briques et de
pierres de taille; sa largeur est divisée en
trois parties, qui font comme trois
parallèles lun contre l'autre : la partie ponts du
milieu est la plus large; il pourroit
ser aisément trois carosses de front : les y deux pasautres parties,à droite et à gauchr, sont plus
étroites ; elles sont séparées de ceile du mhilieu par ane mnuraille de huit ou dix pieds
X 2
d'Ispahan : ce pont est fait de briques et de
pierres de taille; sa largeur est divisée en
trois parties, qui font comme trois
parallèles lun contre l'autre : la partie ponts du
milieu est la plus large; il pourroit
ser aisément trois carosses de front : les y deux pasautres parties,à droite et à gauchr, sont plus
étroites ; elles sont séparées de ceile du mhilieu par ane mnuraille de huit ou dix pieds
X 2 --- Page 334 ---
N OUVEAU VOYAGE
de hanteur, en sorte que trois personnes
passer à la fois sur le pont sans se
peuvent
dans les deux murs de séparavoir : il ya,
de
de
tion, des onvertures en forme
portes,
distance en distance, de manière qu'on peut
collatéraux sur celui du mialler des ponts
de côté. La
lieu, et de celui-ci surles ponts
ville d'Ispahan est, en général, mal bâtie 3
d'édifices qui tombent en ruine:
et remplie
et il n'y
la plupart des rues sont étroites,
rend
en a pas une qui soit pavée; ce qui iles
: les maisons sont de brifort peu agréables
d'un mortier mélé
que; les murs sont enduits
de chaux et de talc qui jette un éclat merveilleux : un dôme plus ou moins élevé coutous les bâtimens. Nous avons dejà obvre
les maisons n'ont, pour l'ordiservé que
unes
naire, qu'un rez de-chaussée; quelqués
mais jamais plusieurs. Les
ont un étage,
étant les
productions des environs d'Ispahan
plusieurs provinces de la Perse,
mêmes qu'en renfermer ici, comme dans un
nous allons
les fruits et les choseul cadre, les plantes,
ses les plus rares de ce royaume.
Outre la plupart des arbres et des plantes
les Persans
qui croissent dans nos contrées, --- Page 335 ---
AUTOUR DU MON DR.
en ont
departiculièrs aux pays.
tels sont le platane, les arbres méridionaux,
l'encens; la
qui portent
fait lei
gomme et la manne:l le platane
plus bel ornement des
des jardins et des villes;' il jette promenades,
d'ombre. Larbre de l'encens
beancoup
grand poirier; il distille
ressemble à un
férante dont les
cette gomme odorileurs
Chrétiens font usage dans
temples, et les Mahométans dans leurs
festins. La manne est une autre sorte de
me ou de rosée, 3 qu'on recueille
gomi:
tins sur la feuille de T'arbre
tous les maLa Perse, abonde
qui la produit.)
en drogues
nous avons Vu des
médicinales:
casse,
champs tout couverts de
de.séné, dé rhubarbe : la
est une racine
rhabarbe
ici,
:
qu'on-mange
comme on
mange les; : betteraves en Europe. Les
lons, les dattes, les
medélicieux: en
oranges, sont d'un godt
Perse
ce; pays. Les montagnes de la
ne le cèdent point en
plaines les plus
richesses : aux
de métaux
fertiles;. elles sont pleines
et de minéraux. Les
t sont des pierres fines du mont Sirous turquaises
les appelle ainsi
: on
située
parce que la contrée où est
cette montagne faisoit autrefois
tie de la Turquie.. Il y a dans la Perse pardeux
X 5
oranges, sont d'un godt
Perse
ce; pays. Les montagnes de la
ne le cèdent point en
plaines les plus
richesses : aux
de métaux
fertiles;. elles sont pleines
et de minéraux. Les
t sont des pierres fines du mont Sirous turquaises
les appelle ainsi
: on
située
parce que la contrée où est
cette montagne faisoit autrefois
tie de la Turquie.. Il y a dans la Perse pardeux
X 5 --- Page 336 ---
NOUVEAU VOYAGE
mines de ces turquoises, et ce sont les seules qu'on connoisse.
Nous attendions depuis quelque tems avec
impatience le moment où quelque caravane
qui eut sa destination pour Kirman-Chah,
capitale de la province de Kirman, sur la
frontière de Perse, partit. Nous en tronvàmes enfin une prête à partir pour cette contrée : nous protitâmes de cette occasion à
la faveur de laquelle nous arrivâmes à Kirman-Chah, sans encourir aucun danger.
Certe ville, fondée par un nommé Berham,
fils de Chapour, étoit une des plus considérables de la Caramanie. De-là, sans séjourner à Kirman-Chah, où il ne s'offroit rien
qui fut digne de remarque, nous allâmes à
Hémdan, ville considérable au nord-ouest
de Kirman-Chah. Ce qui excitoit sur- tout
nctre curiosité, c'étoit le nom d'Ectabane,
et le titre de capitale de la Perse qu'avoit
eu autrefois Hémédan. Cette ville fut bâtie
par Arphaxad, roi des Médes. Nadir-Chah,
conuu sous le nom de Thamas-KouliKam,
ayant usurpé sur Chah-Thamas, dernier roi
de ia race sal férienne, la couronne de Perse,
- ne cessa d'être en guerre avec les Indiens s --- Page 337 ---
AUTOUR DU M ONDE E,
les Tarcs et les Arabes
: il fit
son principalarsenal. On trouve dans d'Hémédan
des montagnes qui in'ont
ce pays
à trente lienes de
pas moins de vingt
circonférence. Nous allames en deux jours à Tarimira,
où nous vimes
petite ville,
élevée
une pyramide qui avoit été
en Thonneur d'un ancien sultan ;
a cent vingt coudées de
elle
diamètre.
hauteur, et cent de
Nous nous trouvâmes le
suivant à
jour
Sironz-Abad, et de-là nous fames à
Nohavend et à Kounsar,
çant vers
toujours en avanIspahan, où nous fumes
de retour.
bientôt
Le désir de voir des provinces
n'avions
que nous
à
pas encore parcourues, nous porta
profiter de la première occasion
siter celles Chusistan,
pour vis
Ghilan,
et celle de la Corasane, Nous Mazendéran
bord à Suze, qui étoût
allâmes d'ade toute la Perse
autrefois la capitale
: le nom de
fie lys, lui fut donné
Suze, quisignicroit
parce que cette Aleur
abondamment dans son terroir. Cyrus,
après avoir subjugué les
de
Médes, en fit le
siége son empire. Les murs de Suze étoient
de brique et de bitume, comme
ceux de Babylone : Suze n'est plus aujourd'hui
qu'un
X 4
qui étoût
allâmes d'ade toute la Perse
autrefois la capitale
: le nom de
fie lys, lui fut donné
Suze, quisignicroit
parce que cette Aleur
abondamment dans son terroir. Cyrus,
après avoir subjugué les
de
Médes, en fit le
siége son empire. Les murs de Suze étoient
de brique et de bitume, comme
ceux de Babylone : Suze n'est plus aujourd'hui
qu'un
X 4 --- Page 338 ---
NOUVEA U -VOr. A G F
village. Nous fames ensuite dansla province
de Ghilan : Reshed en est la principale ville;
elle est agreablemmentsitude,a quelques lieues
de la mer Caspienne. En côtoyant le rivage
de la mer, nons arrivâmes dans le Mazendéran ou Tabéristan, province si fertile et
si riante qu'on l'appelle le jardin de la Perse ; elle produit du coton, 9 du sucre, et
toutes sortes de bons fruits. Djurdjan, sa
capitale est grande et tres-peuplée; ; elle
est éloignée de trente lieues d'Amol, ville
assez jolie, au pied du mont Taurus. Asrhées, dans la même province, est plus voisine de la mer : le chah y a fait construire
un superbe palais; les bâtimens sont d'une
magnilicence vraiment royale. Nous séjournâmes quelque tems dans cette ville, où nous
eûmes plusieurs fois le plaisir des spectacles,
pour lesquels les Persans ont, en général,
un gout décidé, Il. n'est pas de gouverneur
un peu considérable qui n'ait ses lutteurs ;
ses musiciens, ses danseuses. Tout se chante
sur les théàtres, comme dans nos opéra : la
danse y est de mêmes réunie au, chant. Les
drames ne consistent que dans des peintures lascives de lamour et de ses plaisirs les --- Page 339 ---
AUTOUR DU MONDE
plus
immodérés : les danses sont aussi expressives qu'indécentes. Lesactrices ou dan.
seuses de profession sont les seules
Perse pratiquent la danse : cet exercice qui en
regardé comme infame.
y est
De Mazendéran, nous entrâmes dans la
Corasane, autrefois la Bactriane. Ily a
-
cette province
y dans
quatre principales villes
se disputent le titre de capitale
qui
pelle Mesched,
: on les ap:
Hérat, Mérou et Dalk. La
première est environnée d'une forte muraille
défendne par trois cents tours,
d'une portée de fasil les
éloignées
Hérat, autrefois
unes des autres.
ceinte
Aria, avoit dans son enun fameux temple de Mages ou Guè.
bres; sa grandeur et sa beauté faisoient
brage aux Mahométans,
omde-là une fort misérable qui avoient près
sirent,
mosquée : ils réduipar jalousie, le temple du Soleil en
cendres. Hérat fut prise et saceagée
fois, tantôt par
plusieurs
Gengis-Kan, roi des
tantôtp
Indes,
de la méme
Soarmtreasacee
glontis
province, nous faillimes étre ersous les sables que le yent élève
cette contrée : sans deux guides
dans
avions pris avec nous, il nous edt que été nous
im-
sirent,
mosquée : ils réduipar jalousie, le temple du Soleil en
cendres. Hérat fut prise et saceagée
fois, tantôt par
plusieurs
Gengis-Kan, roi des
tantôtp
Indes,
de la méme
Soarmtreasacee
glontis
province, nous faillimes étre ersous les sables que le yent élève
cette contrée : sans deux guides
dans
avions pris avec nous, il nous edt que été nous
im- --- Page 340 ---
NOUVEAU VOYAGE
possible de nous conduire. La ville de Mérou est située au milieu de ces sables.
J Balk paroit être de toutes les villes qui
prennentle titre de capitale de la Corasane,
celle quia le plus de droit à ce titre : avant
qJu'on n'eût transporté le siége de T'empire
dans la province de Fars, elle étoit la capitale
detoute la Perse. Il reste en core des vestiges
de son ancienne grandeur : le fleuve Oxus, le
plus grand de tous ceux qui arrosent la Bactriane, coule dans cette contrée et la fertilise.
Balk fut saccagée par Alexandre le Grand,
par Timur et par Gengis Kan. Les noms
de ces conquérans ne sont prononcés ici
qu'avec horreur; aussi est-il vrai de dire
qu'ils ont fait une vaste solitude d'une
province qu'on disoit contenir autrefois
plus de mille villes? Zoroastre y donna des
loix : on trouve encore aujourd'hui dans la
Corasane quantité de Guèbres, ou adorateurs du feu et du soleil. Cette province est
bornée à l'orient par le Sigistan, contrée remarquable dans les antiquités persanes 2
parce qu'elle a été la patrie du fameux Rustan, héros célèbre dans les romans orientaux : les plus anciens rois de Perse y fai- --- Page 341 ---
AUTOUR D U M O N D E.
soient leur résidence; et depuis la
des Arabes, plusieurs
conquéte
princes
s'y sont établis. Un de
mahométans
gina d'y formuer
ces sultans imaun paradis à l'imitation
1 celui de Mahomet dans
de
une vallée délicieuse, dont il fit le plus beau lieu de Tunivers.
On y trouvoit des retraites
femmes d'nne beauté
agréables, des
rav vissante, des liqueurs
exquises, les parfams les plus rares, des lits
voluptueux et les mêts les plus délicats
fit bàtir à Tentrée du
: il
vallon une forteresse
qui en rendoit Tepproche inaccessible.
Lorsque nous fhmes de retour à
nous nous attachâmes
Ispahan,
les
sur-tout à observer
moeurs, les usages, les loix des Persans.
Quant au physique, ils sont ; pour la'
part, bien faits, beaux de
plurellement
visage et natuvigoureux ; mais ils sont énervés
par leur extrême penchant à l'amour et
plaisir :ils ont T'esprit vif,
au
cile. Leur
pénétrant et fatempérament volaptueux étouffe
assez souvent ces qualités naturelles ils
sont indolens, paresseux,
;
vains et très-intéressés dissimulés, très-
; mais
doux et polis. Leurs alliances
affables, 2
avec les Géorgieunes et les Circassiennes'ont
embelli les
nervés
par leur extrême penchant à l'amour et
plaisir :ils ont T'esprit vif,
au
cile. Leur
pénétrant et fatempérament volaptueux étouffe
assez souvent ces qualités naturelles ils
sont indolens, paresseux,
;
vains et très-intéressés dissimulés, très-
; mais
doux et polis. Leurs alliances
affables, 2
avec les Géorgieunes et les Circassiennes'ont
embelli les --- Page 342 ---
55a
NOUVEAU VOYAGA
deux sexes : les femmes ont communément
en Perse la physionomie agréable, la taille
fine, les yeux vifs et noirs, la peau belle et
le teint délicat; elles aiment la table et la
musique, et sont, en général, fort enjouées,
sensibles à-l'amitié, plus sensibles encore
aux offenses, passionnées pour le plaisir et
sages uniquement par contrainte. La noblesse du sang est ici, comme en Turquie,
un vain titre; les plus élevés en dignité sont
les plus nobles : telle est la maxime de tous
les Orientaux. Les Persans ont grand soin
de l'éducation de leurs enfans; les jeux et
les exercices du corps en font partie : les
uns apprennent à lancer le javelot, les autres à wmanieTancetleaabre, d'autres se disputent le prix de la lutte,et de la course à
cheval. Ce fut ainsi qu'autrefois Cyrus pré.
luda à la conquête de l'Asie : il avoit un excellent cheval arabe, et il possédoit si bien
le manège, qu'il resta victorieux, au témoi:
gnage même de ses rivaux.
- L/habillement des Persans est des plus
agréables et des plus galans : pour les hommes, c'est un caleçon qui descend jusqu'à
la cheville du'pied, une longue. chemise - 9 --- Page 343 ---
AUTOUR DU M O N D E,
ane robe ouverte sur la poitrine et serrée
les reins par plusieurs
sur
ceintures; ils
sur cêtte robe une veste courte et sans passent
ches : leur chaussure est
manaujourd'hui la mé.
me qu'en Europe : une pièce d'étoffe
cieuse fait
préplusieurs tours sur leur
et
forme leur turban. L'habit des
téte,
fère peu de celui des hommes; femmes dif
leur chemise
est plus onverteparle haut, leurs vestes sont
plus longues et leurs ceintures moins
ces ceintures font un effet merveilleux larges:
une jolie taille. Les femmes ont de
sur
plus des
brodequins, et sur leur tête plusieurs
dont
voiles,
quelques-uns leur couvrent le visage et
tombent jusqu'aux genoux. On connoit
en Perse le plaisir de la
peu
promenade: un Per:
san, qui reste des jours entiers les jambes
croisées, croiroit déroger à sa gravité s'il
alloit et venoit du bout d'une avenue à
tre : le repos et la
l'au- <
désire
volupté sont tout ce
(1): Il semble que les carosses et qu'il les
churs devroient être fort communs chez
une
(1) Les Orientaux ne peuvent concevoir notre
agitation, notre active inquiétude.
plaisir de la
peu
promenade: un Per:
san, qui reste des jours entiers les jambes
croisées, croiroit déroger à sa gravité s'il
alloit et venoit du bout d'une avenue à
tre : le repos et la
l'au- <
désire
volupté sont tout ce
(1): Il semble que les carosses et qu'il les
churs devroient être fort communs chez
une
(1) Les Orientaux ne peuvent concevoir notre
agitation, notre active inquiétude. --- Page 344 ---
NOUVEAU VOXAGER
telle nation; cependantlusage en est absolument inconnu, Leshommes vont à cheval; les
femmes quittent rarement leur serrail:quand
elles voyagent, elles sont portées sur des
chameaux, dans de grands berceaux couverts. Les Persans, plus passionnés pour
les feinmes qu'ancun autre peuple de lOrient, sont aussi plus jaloux : leurs femmes,
et ils en ont plusieurs à proportion de leurs
richesses,sont renfermées dans le lieu le plus
retiré de la maison. Outre plusieurs enceintes de hautes murailles, ils empleient aussi
le secours de la religion : ils suppusent une
loi de Mahomet qui a dit à l'agonie: a Garde
< ta religion et ta femme. >> Les dehors et les
dedans des appartemens des femmes sont
confics à de vieux eunuques : on prend ici
une fernme à vie ou pour un tems seulement. Nous vimes un Persan qu'on appeloit Thomme aux femmes, et une Persane
qu'on appeloit la fenme aux hommes; lun
avoit épousé trente femmes, lautre avuit eu
vingt-quatre maris. Les femmes publiques
sont si communes en Perse, qu'elles ont
dans la ville des quartiers et un gouvernement particulier : une chose assez singu- --- Page 345 ---
AUTOUR - DU M 0 NI D E.
lière, c'est que leurs noms indiquent le prix
qu'elles mettent à leurs faveurs. On ne dit
point en Perse la Zaide, la Fatime, mais la
douze-tomans, la vingt-tomans ;-c'est comme si l'on disoit en France, la douze-louis,
la vingt-louis:elles n'ont pas toutes des noms
aussi chers; car le toman revient à quarantecinq livres, 2 et l'on conçoit qu'il est de ces
femmes à un prix infiniment plus modique.
Leurs noms changent avec la perte de leurs
charmes ; quelquefois la vingt - tomans
prend le nom de la plus petite monnoie : onl
compte dans la seule ville d'Ispahun jusqu'à
douze mille de ces prostituées. Comme le
vin est interdit aux
Mahométans, on fait
ici un grand usage d'une boisson qui n'est
qu'une décoction de graine de pavot : elle
inspire d'abord la tristesse et la mauvaise humeur ; quelque tems après, la gaieté s'empare des sens; on rit, on chante, on folàtre; enfin, un stupide engourdissement succède à ces transports, , et après avoir dormi
quelque tems, on redevient aussi triste
étoit auparavant. Ce sont-là les
qu'on
fets de cette boisson
étranges eff
pour laquelle lés Persans sont si passionnés qu'ils aimeroient
'abord la tristesse et la mauvaise humeur ; quelque tems après, la gaieté s'empare des sens; on rit, on chante, on folàtre; enfin, un stupide engourdissement succède à ces transports, , et après avoir dormi
quelque tems, on redevient aussi triste
étoit auparavant. Ce sont-là les
qu'on
fets de cette boisson
étranges eff
pour laquelle lés Persans sont si passionnés qu'ils aimeroient --- Page 346 ---
NOUVEAU VOTAGB
mieux mourir que de s'en voir privés.
Quelque indolent que soit ce peuple 2
clest peut C- étre celui de tout l'Orient qui
s'applique le plus aux arts et aux sciences.
Les arts les plus estimés ici sontl'orfévrerie,
T'architecture, la teinture et la poterie: c'est
T'usage de faire faire chez soi la vaisselled'argent et les autres meubles précieux.Onenvoie
chercher l'orfèvre, quiapporte ses fourneaux
et ses outils, et qui établit son attelier partout où l'on veut. Nous n'avions garde d'oublier les belles manufactures de porcelaine
qui sont en très-grand nombre à Ispahan :
cette fayance est toute d'érhail en dedars et
en dehors. Mais de tous les arts, le plus
universel et le plus perfectionné est celui de
faire des étoffes : comme la soie et le coton
sont forts communs en Perse, il n'y a' pas
de village oùt l'on ne les travaille; le débit
en est prodigieux : on se sert de moulins, de
tours, de fuseaux à dévider la soie; mais
ce qui fait le prix des étoffes, c'est la broderie, dans laquelle les Persans sont fort
habiles : ils savent aussi imprimer fort bien
en or et en argent. Nous avons eu souveut
peine à distinguer les brocards d'oridunt
les --- Page 347 ---
AUTOUR D U. M ONDE
les fleurs et les figures étoient brodées,da
vec ceux où elles étoient imprimées. Excepté
l'horlogerie, T'imprimerie, la peinture, la
sculpture, les arts mécaniques sont ici les
mêmes qu'en Europe. Quant aux sciences
sublimes, elles différent encore moins de celles des Européens. Les Persans ont entre les
mains les sources des sciences, les
fameux des Aristote, des Archimede, ouvrages
des
Platon, des Hippocrate : la
est
métempsycose
leur systéme de philosophie, comme il
est celui des Indiens ; leur morale est plus
saine queleur philosophie. Voici une de leurs
maximes quin'est que trop fondée: c le coeur
d'un père est sur son fils; le coeur d'un fils
est sur une pierre. > Le turc est la langue la
plus commune en Perse; l'arabe est celle
des sciences et des savans. On se sert du
langage persan dans la poésie qui est rimée
et cadencée; l'amour et les femmes en sont
presque toujours l'objet. On est ici poëte,
dès qu'on sait aimer; et l'on aime dès
a l'usage de la raison (1). Quoique Fart qu'on du
(1) Lhyperbole est le caractère dominant de l'éloguence et de la poésie chez tous les Orientaux,
Tome 1.
Y
abe est celle
des sciences et des savans. On se sert du
langage persan dans la poésie qui est rimée
et cadencée; l'amour et les femmes en sont
presque toujours l'objet. On est ici poëte,
dès qu'on sait aimer; et l'on aime dès
a l'usage de la raison (1). Quoique Fart qu'on du
(1) Lhyperbole est le caractère dominant de l'éloguence et de la poésie chez tous les Orientaux,
Tome 1.
Y --- Page 348 ---
N TOUVEAU VOYAGE
chant et de la danse soient ici fort méprisés, il ne laisse pas d'y avoir d'assez bons
musiciens : le chant est gai, délicat et passionné comme la poésie : > les principaux instrumens sont le luth, le violon, la harpe 1
la guittarre. Les sciences les plus révérées en
Perse, sontl'astrologie judiciaire etl'astronomie : les médecins y sont aussi en très-grande
considération. La fièvre, la dyssenterie, la
pourpre, la pleurésie, la jaunisse, sont les
maladies ordinaires des Persans; ils ne connoissent, ni les maux de téte, ni la goutte,
ni T'apoplexie 7 ni la petite vérole : le mal
vénérien méme 1 tout commun qu'il est
parmi eux, n'y est presque jamais dangereux.
Le despotisme qui règne en Perse, comme en Turquie, et dans toutes les autres
contrées de T'Asie, pèse principalement sur
les grands : ceux-ci se font ici, comme en
Turquie, honneur de leur servitude, et le
peuple, que sa bassesse met à Tabri des
orages, respecte et chérit son souverain. Les
révolutions du trône et du serrail lui sont indifférentes : il doit être, en effet, égal à des
esclaves d'obéir à un maitre plutôt qa'à un --- Page 349 ---
A UTOUR D U M ONDI E.
autre. Ce qu'ily a de mieux dans la politique persane, et ce qu'on n'a pas toujours la
sagesse de faire en Europe, 9 les rois de Perse
ont éloigné les prétres des principaux emplois. Le royaume est ici héréditaire, et les
seuls enfans mâles ont droit à la couronne:
l'ainé succède ordinairement à son
mais le roi
père ;
peut nommer celui de ses enfans qu'il aime davantage. A peine est -il
monté sur le trône, qu'il envoie arracher
ou créver les yeux à ses fières, à ses oncles, 9
et à tous leurs enfans mâles : quelque barbare que soit cette politique, elle est moins
cruelle peut-étre que celle des empereurs
turcs, qui égorgent sans pitié leurs frères
et leurs neveux. Les rois de Perse abandonnent le soin des affaires à un grand-visir,
ou premier ministre : les autres ministres :
d'état, au nombre de cin, sont le divan-.
bégui, - sur-intendant delaj justice; le courtchibachi, chef des troupes des frontières ct gd
néral des courtches; le coular-agasi, chef
des troupes d'esclaves; ; le téfantchi-sgasi,
général de l'infanterie; et le topchi-bachi,
grand-mattre deTarillerie : on ne peut miet.
tre de ce nombre le nazir, ou sur-intendant
Y 2
autres ministres :
d'état, au nombre de cin, sont le divan-.
bégui, - sur-intendant delaj justice; le courtchibachi, chef des troupes des frontières ct gd
néral des courtches; le coular-agasi, chef
des troupes d'esclaves; ; le téfantchi-sgasi,
général de l'infanterie; et le topchi-bachi,
grand-mattre deTarillerie : on ne peut miet.
tre de ce nombre le nazir, ou sur-intendant
Y 2 --- Page 350 ---
NOUVEAU VOYAGE
de la maison du roi. Les provinces ont à
leur téte, les unes des intendans, les autrès
des gouverneurs ou kans : ce sont autant
de petits souverains qui ont, chacun dans
leur capitale, une cour ordinairement magnifique et nombreuse. Dans les premiers
siècles de la monarchie, on appeloit ces gouverneurs des satrapes. Les peines les plus
usitées en Perse, sont la bastonnade et le
carcan : la bastonnade est pour le menu
peuple ; elle se donne sur la plante des
pieds; c'est un châtiment fort douloureux:
on ne met au carcan que les personnes de.
considération qui ne sont pas encore jugées.
Quand le criminel est condamné à mort, ce
qui arrive rarement, le supplice le plus ordinaire est de lui fendre le ventre des deux
côtés du nombril, et onl'attache ensuite sur
le dos d'un chameau par les pieds. Après
Texécution, on le promène dans toute la
dans un fauville, et on finit par Texposer
bourg, pendu à un arbre par les pieds : les
autres genres de mort sont d'empaler les
criminels, de leur couper les mains et les
pieds, et de les laisser mourir lentement
cette matilation. Un créancier a ici
après --- Page 351 ---
AUTOUR DU MONDE
de grands droits sur son
il
T'arréter,
débiteur; peut
l'emprisonner dans sa maison, le
charger de coups, pourvu qu'il ne l'estropie pas, 3 vendre ses biens, ses femmes et
ses enfans. Dans les procès, s'il n'y a
de témoins, on a recours au serment point : les
Chrétiens jurent sur T'évangile, les Mahométans sur T'alcoran, les Juifs sur le
tatenque, les Guèbres sur le feu,
pen2 les Indiens
sur le corps d'une vache.
Les forces militaires de la Perse sont composées de trois corps de troupes; de milices,
dec courtches et d'esclaves. Les courtches sont
les descendans des anciens Tartares
mirent la Perse sous le
qui sougrand
ils
sont
Tamerlan;
au nombre de trente mille, tous pâtres
et endurcis aux travaux de la campagne. La
marine est entièrement négligée : cependant
la situation avantageuse de cet
tre le golfe
empire enPersique et la mer
auroit pu rendre sa marine une Caspienne, des plus flo:
rissantes.
Ici, comme en Turquie, Mahomet est
reconnu pour le véritable prophète, l'envoyé
de Dieu. Ces deux peuples ont un
religieux pour T'alcoran, dont ils admettent respect
Y 5
et endurcis aux travaux de la campagne. La
marine est entièrement négligée : cependant
la situation avantageuse de cet
tre le golfe
empire enPersique et la mer
auroit pu rendre sa marine une Caspienne, des plus flo:
rissantes.
Ici, comme en Turquie, Mahomet est
reconnu pour le véritable prophète, l'envoyé
de Dieu. Ces deux peuples ont un
religieux pour T'alcoran, dont ils admettent respect
Y 5 --- Page 352 ---
NOUVEAU U VOYAGE
cenendant plusieurs interprétations. c Madisent les Persans, au retour de
< homet,
voulut
Cc son dernier voyage de la Mecque,
toutes les contestations qui pour-
< prévenir
sur le
a roient naitre parmi ses disciples
il fit reconnoiCc choix de son successeur;
à son armée, Ali, son neK tre pour tel,
Abubeckre, Omar et
( veu et son gendre.>
Osman, capitaines de Mahomet; approule choix du prophète;
vèrent en apparence
mais secrètement ils tâchèrent de persuader
reconnoitre Ali, dont
au peuple de ne point
Celui-ci
les défauts.
ils publioient par-tout
beau-père et à
ne pensoit qu'à pleurer son
lui rendre les devoirs funèbres. Abubeckre,
convoquèrent le peuple et
Omar et Osman,
lni laissèrent le choix d'élire un successeur
mais pour déterminer le peuà Mahomet;
de
ple en leur faveur, ils lui persuadérent
à un vieillard de T'assemblée,
s'en rapporter
celui-ci nomma Abuquils avoient gagné :
et Ton ne
beckre, beau-père de Mahomet,
plus à Ali. Omar et Osman se consongea
l'espérance que le nouveau roi,
solèrent par
long-tems,
déja avancé en àge, ne vivroit pas
AbuEn effet, deux ans apiès son élection, --- Page 353 ---
AUTOUR DU M'ON D E.
beckre fatatequédunemaladie
Se sentant proche de sa fin, il dangereuse, voulut
dre à Ali la couronne qu'il avoit
renusurpée:
Omar, qui voyoit par-là ses espérances frustrées, , étouffa le malade dans son lit, et montra au peuple un faux papier, scellé du sceau
d'Abubeckre, par lequel il le désignoit pour
son successeur. C'en fut assez pour le faire
reconnoitre héritier légitime du prophète :
il régna douze ans, après lesquels Osman
lui succéda : à la mort de celui ci, Ali rentra dans ses droits. Hossein, son fils ainé,
prétendit lui succéder; mais l'armée
posa et en nomma un autre. Les descendans s'y opde cet Hossein, quoique toujours fugitifs et
persécutés, sont regardés en Perse comme
les seuls et vrais successeurs du prophète;
ils les appellent imans, et disent
le
douzième
que
iman, nommé Mahomet-Medhi,
disparut de dessus la terre, et qu'il revien:
dra un jour prendre possession de l'empire:
ils lui tiennent en tout tems des chevaux sellés et bridés pour le recevoir. Cette histoire
fait le fondement de' la religion des Persans:
ils disent qu'Ali est le seul vicaire de Mahomet, et ils ont en horreur Abubeckre,
Y 4
du prophète;
ils les appellent imans, et disent
le
douzième
que
iman, nommé Mahomet-Medhi,
disparut de dessus la terre, et qu'il revien:
dra un jour prendre possession de l'empire:
ils lui tiennent en tout tems des chevaux sellés et bridés pour le recevoir. Cette histoire
fait le fondement de' la religion des Persans:
ils disent qu'Ali est le seul vicaire de Mahomet, et ils ont en horreur Abubeckre,
Y 4 --- Page 354 ---
NOUVEAU VOYAGE
Omar et Osman. Les Turcs, au contraire,
réconnoissent ces trois capitaines pour héritiers et successeurs du prophèie. Cette diversité de sentimens cause une inimité irréconciliable entre ces deux puissans peuples.
Après le grand-visir, le sedr, ou le grand:
pontife, est ici le plus considérable personnage : sous son inspection, le cheic-el-islam
et le cazi sont les premiers magistrats ecclésiastiques : le mufti a très-peu d'autorité
dans ce royaume. Quant aux derviches 9
c'est une espèce de république. de moines,
moins nombreuse en ce pays que chez les
autres nations mahométanes.
Pendant l'impression de cet ouvrage, le
savant Langlès a publié un discours sur les
langues orientales où l'on trouve des choses
très-curieuses sur les différentes révolutions
qu'asubi la Perse, cette immense presqu'lle
dont les nombreuses provinces sont situées
entre T'Arabie, PInde et Ia Tartarie. On la
nomme improprement Perse ; car depuis
l'antiquité la plus reculée, les nations asiatiques T'appellent Iran; nous croyons devoir
en donnerici un extrait. uIl est étonnantqu'un
empire aussi ancien, aussi vaste et aussi flo: --- Page 355 ---
AUTOUR DU MONDE 545
rissant ait été si peu connu au dehors, et
que ses annales même aient toutes péri. Les
Hébreux en ont parlé d'une manière trèsvague. Les Grecs, avant Xénophon, bornoient leurs relations aux provinces limitro:
phes : le premier roi dont ils paroissent avoir
connu la vie et le caractère, c'est le
Cyrus, nommé
grand
le même
proprement Quây-Khosron,
que le Khorou si célèbre dans le
chah-nameh, ou histoire des rois par Ferdoucy. Leurs écrivains n'ont pas jugéà
pos de remonter au-delà de
proqu'ils présentent
Kaionmaratz(1),
comme fondateur de la
première dynastie de la Perse, nommé les
Pychdadyens, dont l'époque est fort incertaine. Dans le démembrement
la défaite de Dara
qu'entraina
la révolution
(Darius), ainsi que dans
mémorable occasionnée
la
mort de Yezdedjird, toutes leurs
par
histoires
politiques furent perdues : celles de T'Inde
ont éprouvé le même sortparJa même
Les prêtres, seuls
cause.
dépositaires de la science,
(1) C'est-à-dire deux mille ans au plus avant l'ère
vulgaire, suiyant le calcul le plus probable.
défaite de Dara
qu'entraina
la révolution
(Darius), ainsi que dans
mémorable occasionnée
la
mort de Yezdedjird, toutes leurs
par
histoires
politiques furent perdues : celles de T'Inde
ont éprouvé le même sortparJa même
Les prêtres, seuls
cause.
dépositaires de la science,
(1) C'est-à-dire deux mille ans au plus avant l'ère
vulgaire, suiyant le calcul le plus probable. --- Page 356 ---
NOUVEAU VOYAGE,
ne s'attachérent qu'à conserver les livres de
religion ; ils laissèrent périr les autres. Voilà
pourquoi il ne reste rien de l'ancienne histoire de Perse écrite par les naturels avant
la dynastie saçanide, excepté quelques traditions fabuleuses qui fournirent des matériaux à Ferdoucy, et qui existent encore 2
dit-on, dans la langue pehlvique. Les annales de la dynastie pychdadyenne ou assyrienne sont aussi obscures que fabuleuses.
Le mot de pychdadyens veut dire les équitab'es. Un savant persan, MohhammedMohhsyn, atteste l'existence d'une dynastie persane bien antérieure aux pychdadyens, et fameuse alors sous le nom de
mohabedyens. Les annales de celle de Kayaniens, ou de la race méde et persane, sont
des romans héroiques, quoique les éclipses
de lune citées par Ptolémée fixent le règne
de Guchtasp, protecleur de Zératoch (Zoroastre) à Tan 5z0 avantl'ère vulgaire. Nous
ne connoissons guère que les rois parthes,
descendans d'. Archag, et nommé Arsacides;
mais ceux de la dynastie saçanite eurent de
si fréquens démélés avec les empereurs de
Rome et de Bysance, qu'ilsjouèrent un rôle --- Page 357 ---
AUTOUR D U MO N D E.
très important surla scène politique du monde. La plume des naturels et de leurs voisins S'est exercée sur les dynasties suivantes jusqu'à ce que la chute des Séfys entraina la chute de la monarchie. Depuis l'extinction des
I
Séfys, ce pays a été en proie
aux factions. Les Persaris, dépeints par William Franklin, auteur d'un voyage de Bengale à Chyras, ne ressemblent pas à ces Persans qu'on a appelé les François de l'Asie,
et dont Chardin fait des portraits si intéressans : ces tristes changemens sont le fruit
des grandes et longues révolutions (1). La
langue persane a du moins conservé son caractère, sa grâce, sa douceur et son harmonie; elle a la suprématie à la cour du padichah, que nous nommons vulgairement
grand mogol, et à celle de ses nababs ou vicerois; elle la gardera probablement tant
que
(1) Nous les avons trouvés tels que les dépeint
Chardin. Il est vrai qu'en Perse, les arts, comme
les hommes renaissent, pour ainsi dire, de leurs
cendres, 9 suivant l'expression de Linguet. Aucun
peuple, excepté le François, n'oublie plus vite ses
malheurs ; et nous avons voyagé depuis Franklin."
nous nommons vulgairement
grand mogol, et à celle de ses nababs ou vicerois; elle la gardera probablement tant
que
(1) Nous les avons trouvés tels que les dépeint
Chardin. Il est vrai qu'en Perse, les arts, comme
les hommes renaissent, pour ainsi dire, de leurs
cendres, 9 suivant l'expression de Linguet. Aucun
peuple, excepté le François, n'oublie plus vite ses
malheurs ; et nous avons voyagé depuis Franklin." --- Page 358 ---
NOUVEAT U YOYAGE
de Brahmah
les foibles et paisibles sectateurs
gémiront sous le joug despotique de leurs
conquérans. Les idiomes et les dialectes indiens, tels que le tamoul, le malabar, le
talinga, Tindostani, etc., sont toujours en
usage parmi les naturels pour les besoins
journaliers de la vie; mais on sent combien
la langue des conquérans leur doit être supérieure puisqu' u'on ne peut en employer
d'autre dans les négociations politiques. On
arrière petit-fils du
sait que ce fut Babour,
grand Timour, qui introduisit la langue
persane dans les pays nouvellement condans
quis dans TInde, et particulièrement
le Mogol. >
à la
Nous avons déja dit que, voyageant
manière dont la Barbinais-le-Gentil avoit
si heureusement et si commodément fait le
tour du monde, nous prenions plutôt les
les
et sur-tout les plus
voies
plus agréables,
les
favorables, que les plus courtes et
plus
d'indiquer ces derdroites, nous contentant
des Innières : ainsi, malgré la proximité prêt à
d'un vaisseau
des, nous profitâmes TArabie, et nous nous emfaire voile pour
barquâmes sur le golfe Persique: --- Page 359 ---
AUTOUR DU M ON D E.
C CHAPITRE VII
- De LArabie.
L'ARAB forme une espèce de
la plus grande de toute l'Asie; elle presqu'ile, est bornée, à l'orient, par le golfe Persique, à.
T'occident parla mer Rouge. Les géographes
orientaux ne connoissent point la distinction
reçue parmi nous, des trois Arabies, I'Heureuse, la Déserte et la Pétrée. Nous com:
mençâmes, suivant la destination de notre
vaisseau, par T'Arabie Heureuse : nous arrivâmes premièrement à Aden, ville forte,
grande, bien peuplée, capitale de cette
tie de T'Arabie; elle est très-mal bâtie para cependant des édifices publics d'une : ily
beauté, et des débris qui semblent grande
l'ancienne
annoncer
magnificence de ses palais. Son
port, qui est vaste et sur, est comme le
rendez-vous général de toutes les nations.
notre
vaisseau, par T'Arabie Heureuse : nous arrivâmes premièrement à Aden, ville forte,
grande, bien peuplée, capitale de cette
tie de T'Arabie; elle est très-mal bâtie para cependant des édifices publics d'une : ily
beauté, et des débris qui semblent grande
l'ancienne
annoncer
magnificence de ses palais. Son
port, qui est vaste et sur, est comme le
rendez-vous général de toutes les nations. --- Page 360 ---
NOUVEAU VOYAGE
Cette succession continuelle, nous avons
failli dire ce flux et reflux
d'Européens 1
de Turcs, d'Africains, de Persans, d'Indiens même, forme, par la diversité de leurs
moeurs et de leurs vétemens, un de ces spectacles que les ports les plus fréquentés de
T'Europe ne présentent jamais. Les Arabes,
si décriés par les relations de plusieurs voyageurs, ne forment point, en général, comme on ne l'a que trop dit, un peuple de brigands et de voleurs ; ils sont, au contraire,
pour la plupart, doux, hospitaliers et polis.
Nous ne parlons point de là populace, elle
est la même par-tout : en tout pays elle est
grossière, et peu polie. Les Arabes ont une
grande idée de leur nation; ils se préférent
modestement à tous les periples de l'univers,
et croient descendre d'Ismaël, fils d'Abraham : ils furent gouvernés d'abord, ainsi
que tous les autres peuples, par des chefs
de- famille. Peu à peu, l'Arabie se trouva
partagée en différens états : ces peuples devinrent si guerriers que, ni les Cambyses,
ni les Cyrus, ni les monarques qui régnérent à Ninive et à Ecbatane, ne purent les
assujettir. Cette gloire étoitréservéeàAlexan- --- Page 361 ---
A UTOUR D U M OND H.
dre, qui conquit T'Arabie en peu de tems.
Après sa mort, les Arabes sécouèrent le
joug et se choisirent de nouveau des rois de
leur nation : cette forme de
subsista
gouvernement
jusqu'au siècle d'Auguste, qui réduisit les 'Arabes sous la domination romaine : depuis, ce peuple sembla condamné
à l'obscurité (1); mais au milieu du sixième
siècle, et sur la fin del'empire de
il parut un de ces hommes
Justinien,
nés
extraordinaires,
pour changer la face du monde. Cet
homme
singulier, ce pontife imposteur et
conquérant, cet heureux et célebre
teur, qui de simple marchand devint impcs le
narque de
inoT'Arabie, ce fondateur d'un empire Hlorissant dont les débris ont formé
trois pnissantes monarchies,
d'une
9 ce créateur
religion qui embrasse plus de
que le christianisme,
pays
de T'Asie,
porta jusqu'au-caur
qu'il remplit du bruit de son
la gloire et la religion des Arabes il nom,
sit. plusieurs
: détruiroyaumes; il inonda la terre de
(1) Il faudroit plutôt dire, eut le
rester dans l'obscurié. Les peuples les bonheur de
sont ceux dont T'histoire parle le moins. plus heureux
,
d'une
9 ce créateur
religion qui embrasse plus de
que le christianisme,
pays
de T'Asie,
porta jusqu'au-caur
qu'il remplit du bruit de son
la gloire et la religion des Arabes il nom,
sit. plusieurs
: détruiroyaumes; il inonda la terre de
(1) Il faudroit plutôt dire, eut le
rester dans l'obscurié. Les peuples les bonheur de
sont ceux dont T'histoire parle le moins. plus heureux --- Page 362 ---
NOUVEAU VOYAGE
sang 7 et il chercha à faire disparottre tout
ce que les hommes avoient acquis de lumières et de connoissances. Sans le secours des
sciences humaines, il éclipsa la gloire des
plus habiles politiques : ce monstre 7 ce
grand homme fut Mahomet, qui, né, comme Cromwel, dans la dernière obscurité,
parvint, comme lui, à force de courage 9
d'hypocrisie et de valeur, à s'élever au souverain pouvoir qu'il eut la gloire de perpétuer dans sa maison, ce que ne fit pas Cromyvel. Mahomet eut pour successeur, ainsi
que nous l'avons déja dit, Abubeckre, qui
substitua au nom de roi, celui de calife,
mot qui, dans la langue des Arabes, signifie vicaire du prophète. Omar, plus entreprenant que son prédécesseur, se repandit,
comme un torrent, dans la Syrie, la Palestine et T'Egypte, qu'il conquit avec une rapidité sans exemple : ce fut ce calife qui,
parzele pour l'alcoran, fit briler la fameuse
bibliothèque d'Alexandrie, rassemblée par
les Ptolémée, et composée, dit-on, de plus
de six cent mille volumes, perteirréparable
pour les sciences et pour les arts. Omar
laissa la couronne à Othman, qui conquit
TAfrique --- Page 363 ---
AUTOUR DU M ON DE.
T'Afrique, et détruisit le colosse de Rhodes.
Othman fut remplacé par Ali, qui,
content d'occuper le trône de Mahomet, peu fut
l'anteur d'un schisme provenu de ses innovations dans la religion, schisme qui fit couler bien du sang et qui divise encore aujourd'hui les Turcs et les Persans. Après la mort
d'Ali, qui fut tué la quatrième année de son
règne, Novias usurpa le califat et fit passer
le sceptre de Mahomet dans une autre maison : ce ne fut que pour un, tems; le
du prophète remonta sur le trône dans sang la
personne d'Aboul-Abas, chef de la
tie des Abassides,
dynasainsiappelée parce
boul descendoit d'. Abas, frère d'Abubeckre qu'Aet oncle de Mahomet. S'il entroit dans
tre plan de détailler les prodiges de
nola rapidité des
valeur,
conquêtes, enfin Thistoire
des Arabes depuis cette époque, on les verroit parcourir en
vainguenrs, sous divers
noms, T'Asie, l'Europe et l'Afrique, et conquérir, dans l'espace de. deux siècles,
de provinces que les Romains n'en plus
soumirent durant plus de cinq cents ans;- on ad-.
mireroit les exploits d'un Khaled, d'un Hé.
giage, d'un Amrou, noms ignorés parmi
Tome I.
Z
, enfin Thistoire
des Arabes depuis cette époque, on les verroit parcourir en
vainguenrs, sous divers
noms, T'Asie, l'Europe et l'Afrique, et conquérir, dans l'espace de. deux siècles,
de provinces que les Romains n'en plus
soumirent durant plus de cinq cents ans;- on ad-.
mireroit les exploits d'un Khaled, d'un Hé.
giage, d'un Amrou, noms ignorés parmi
Tome I.
Z --- Page 364 ---
NOUVEAU VOTAGE
nous, et auxquels il n'a manqué pour étre
fameux que des historiens ou des poëtes.
Il n'en faut pas conclure que les Arabes
aient eu peu d'hommes illustres dans les
sciences et dans les arts; peu de nations ont
produit plus de savans en tout genre : les
Avicenne, les Averroés, les Albufeda, les
Alhasen, une infinité d'autres', sont des
noms connus 9 même en France. La langue
arabe est, ainsi que celle des Grecs et des
Hébrèux, T'objet des études de nos savans.
Comme nous devons plutôt décrire l'Arabie, telle que nous l'avons vue, que dire
ce qu'a été ce peuple jadis, nous allons en
commencer la description par la première
ville où nous débarquàmes, qui fut, comme - nous l'avons déja dit, Aden; elle est
assise aui pied d'une haute montagne, : qui,
se coutbant en forme de cercle ou'd'ovale,
l'environne presqu'entièrement : cette situation fait la sureté de son port: On ne peut
entrer dans Aden, du côté de la terre, , que
par. un chemin étroit, qui,i joignant vla yille
au. continent, s'ayanice assez loin: dans la
mer, en manière d'isthme ou de langue de
terre. Trois forts; bâtis d'espace en espace,
--- Page 365 ---
AUTOUR DU MON D E.
Fun à la tête de l'isthme, lejs second
milieu et le troisième
vers ie
assez proche de la
ville, rendent toute descente impratiquable
par cet endroit, et conséquemment la place
imprénable du côté de la terre ; et - comme
d'ailleurs élle est défendue du côté de la mer,
tant par de bons ouvrages et de fortes battéries, 2 que par une citadelle munie de cinquante pièces de canon, il est aisé de voir
qu'Aden dut être autrefois, et
qu'elle est
encore aujourd'hui, une des plus fortes
ces de T'Asie ; aussi vit, elle échouer plases remparts un Alphonsé d'
sous
Albuquerque au
commencement du seizième
et un
Rais
siècle,
Soliman, dle. Barberousse de son
ly à a dans Aden environ six mille
téms.
maisons,
dont plusieurs sont à deux étagesetà terrasse.
L'édifice des bains publics est de toute beauté; nous avons vu peu de morceaux . comparables à celui-ci; il est couronné d'un dome à jour,- orné en dedans de magnifiques
galeries soutenues par de très-belles colonnes. Tout le bâtiment est parfaitement bien
distribué en chambres, cabinets, pièces vottées, qui aboutissent toutes à la salle principale : cette salle est revétue par-tout de
Zi 2
isons,
dont plusieurs sont à deux étagesetà terrasse.
L'édifice des bains publics est de toute beauté; nous avons vu peu de morceaux . comparables à celui-ci; il est couronné d'un dome à jour,- orné en dedans de magnifiques
galeries soutenues par de très-belles colonnes. Tout le bâtiment est parfaitement bien
distribué en chambres, cabinets, pièces vottées, qui aboutissent toutes à la salle principale : cette salle est revétue par-tout de
Zi 2 --- Page 366 ---
NOUVEAU VOYAGE
marbre et de jaspe; le marbre est du plus
beau grain : des bassins, d'où jaillit sans
cesse une eau pure et limpide, y entretiennent en tout tems une déliciouse fraicheur.
Cette ville fut soumise autrefois au grandseigneur ; elle est aujourd'hui sous la domination du roi d'Yémen. -
Nous partimes d'Aden au bout de huit
nous rendre à Moka, dont le
jours pour
nom est si connu en Europe depuis un
demi-siècle. Cette ville, située sur le bord
de la mer Rouge, à quelque distance du
détroit de Babel-Mandel, est moins considérable qu'Aden, mais elle est pent-étre
aussi marchande. On y compte environ dix
mille habitans. Son port est fermé par deux
langues de terre qui, se courbant d'un côté,
de l'autre en forme de croisse rapprochent
sant : sur les deux pointes de ce croissant
on a bâti des forts pour défendre la rade,
dont l'entrée a environ une lieue de largeur.
Le faste du gouverneur de Moka égale celui
d'un pacha de Turquie. Rien n'est plus triste
et plus stérile que les environs de cette ville;
c'est une erreur de croire qu'il y vient du
eafé, Comme nous étions bien montés, et --- Page 367 ---
AUTOUR D U M ON D. E.
que les chameaux de
jusqu'à quinze
ce. pays peuvent faire
tinée,
ou seize lieues dans une manous arrivâmes le
plus beau tems et le
lendemain, par le
monde, à
plus beau chemin du
Tage, ville considérable, enviromée d'un bon mur et
teau qu'on
Hanquée d'un chàapperçoit de six lieues : ce chà+
teau, qui est bâti sur une
de trente
montagne et muni.
bastille pièces de canon de fonte, est la
du roi
ferme les'p
d'Yanen; c'est-là qu'on enprisonniers d'état. Nous ne remarquàmes rien d'extraordinaire dans
ce n'est huit ou dix
Tage, si
sont incrustées
mosquées, dont plusieurs
de marbre de granit et Soutenues par un double rang de colonnes
la plus grande beauté, De
de
mes coucher à Manzuel, Tage nous allala demeure des
, qui fut autrefois
rois et qui n'est
amas de ruines qui in'annoncent plus qu'un
et de noble.
rien de grand
Yrame, où nous nous
ensuite en deux jours de
rendimes
des plus belles villes de marche, est une
I'Yémen. Au sortir
d'Xrame, nous entrâmes dansles
arides et escarpées où nous
montagnes
de
elles
pensâmes périr
chaud;
nous conduisirent
une lieue de Damar, ville du
jusqu'à
premier ordre,
Z 3
qui in'annoncent plus qu'un
et de noble.
rien de grand
Yrame, où nous nous
ensuite en deux jours de
rendimes
des plus belles villes de marche, est une
I'Yémen. Au sortir
d'Xrame, nous entrâmes dansles
arides et escarpées où nous
montagnes
de
elles
pensâmes périr
chaud;
nous conduisirent
une lieue de Damar, ville du
jusqu'à
premier ordre,
Z 3 --- Page 368 ---
NOUVEAU VOYAGE
marbre et de jaspe; le marbre est du plu
beau grain : des bassins, d'où jaillit sans
cesse une eau pure et limpide, y entretier
nent en tout tems une délicieuse fraicheu
Cette ville fut soumise autrefois au granu
seigneur ; elle est aujourd'hui sous la do
mination du roi d'Yémen. .
Nous partimes d'Aden au bout de huit
nous rendre à Moka, dont k.
jours pour
nom est si connu en Europe depuis u.
demi-siècle. Cette ville, située sur le bor
distance d
de la mer Rouge, à quelque
détroit de Babel-Mandel, est moins consi
dérable qu'Aden, mais elle est peut-étre
aussi marchande. On y compte environ dis
mille habitans. Son port est fermé par deu
langues de terre qui, se courbant d'un côte
de l'autre en forme de croisse rapprochent
sant : sur les deux pointes de ce croissant
on a bâti des forts pour défendre la rade
dont l'entrée a environ une lieue de largeur,
Le faste du gouverneur de Moka égale celu.
d'un pacha de'Turquie. Rien n'est plus triste
et plus stérile queles environs de cette ville:
c'est une erreur de. croire qu'il y vient d
éafé, Comme nous étions bien montés, E. --- Page 369 ---
AUTOUR DU M O N D. E.
que les chameaux de
jusqu'à
ce. pays peuvent faire
quinze ou seize lieues dans une
tinée, nous arrivâmes le
maplus beau tems et le
lendemain, par le
monde, à
plus beau chemin du
Tage, ville considérable,
ronnée d'un bon mur et
enviteau qu'on
flanquée d'un chàapperçoit de six lieues : ce chà+
teau, qui est bâti sur une
de trente
montagne et muni
pièces de canon de
bastille du roi
fonte, est la
ferme les
d'Yémen; c'est-là qu'on enprisonniers d'état. Nous ne remarquâmes rien d'extraordinaire
cen'est huit ou dix
dans Tage, si
mosquées, dont
sont incrustées de marbre de
plusieurs
tenues par un double
granit et Soula plus grande
rang de colonnes de
beauté, De
nous
mes coucher à Manzuel Tage
allala demeure des
, qui fut autrefois
rois et qui n'est
amas de ruines
plus qu'un
quin'annoncent: rien
et de noble. Yrame, où
de grand
ensuite
nous nous rendimes
en deux jours de marche,
des plus belles villes de I'Yémen. est une
d'Yrame, nous entrâmes
Au sortir
arides et
dans les montagnes
escarpées où nous
de chaud; elles
pensàmes périr
nous conduisirent
une lieue de Damar, ville du
jusqu'à
premier ordre,
Z6
qu'un
quin'annoncent: rien
et de noble. Yrame, où
de grand
ensuite
nous nous rendimes
en deux jours de marche,
des plus belles villes de I'Yémen. est une
d'Yrame, nous entrâmes
Au sortir
arides et
dans les montagnes
escarpées où nous
de chaud; elles
pensàmes périr
nous conduisirent
une lieue de Damar, ville du
jusqu'à
premier ordre,
Z6 --- Page 370 ---
NOUVEAU VOYAGE
sitnée au milieu d'une plaine fertile et agréable. Nous n'y sejournàmes que deux jours,
et nous en 1 partimes pour aller à Moab, 9
qu'on appelle ici Mouab: cette ville est sur
une éminence qui domine Damar. Le roi
d'Yémen y tient sa cour : ce prince est nonseulement monarque, mais encore iman ou
pontife de la loi de Mahomet : presque tous
les petits souverains de cette contrée réunissent ce double pouvoir. Quelledemeure pour
un roi ! il n'y a pas dans Mouab une mosquce, ni une maison qui soit de pierre. IL
nous parut étonnant que les souverains de
ce pays n'eussent pas préféré le séjour de
Sanaa, où leurs prédécesseurs avoient résidé
si long-tems. En effet, Sanaa est une ville
pnissante, et aprés Aden, la plus riche et
la plus peuplée de l'Arabie. On y voit de
très-beaux palais et un grand nombre de
superbes mosquées : on peut la comparer à
Damas pour la beauté de SCS jardins et la
fraicheur de ses eaux. Sanaa est fort bien
fortifiée; ; ses -murs sont si larges que huit
chevaux peuvent y marcher de front. Au
milieu de la ville s'élève une colline sur laquelle le palais des rois étoit situé: on n'en --- Page 371 ---
AUTOUR DU M . o NDE,
voit plus que les ruines, mais elles suffisent
pour en faire conjecturer la grandeur et la
somptuosité. D'ailleurs,rien n'égale la beauté
des environs de Sanaa : vergers,
bocages, vallons
prairies 5
délicieux, tout semble fait
pour enchanter l'oeil et
Timagination : l'air
y est toujours tempéré; les arbres
vrent, en tout tems, les uns de s'y couautres de fruits, de
fleurs, les
sorte qu'on jouit véritablement en ce lieu d'un printems éternel,
ou plutôt le printems et l'automne semblent
s'y confondre et n'y former qu'une saison.
Le roi d'Yémen est un puissant
qui règne sur toute l'Arabie monarque
heureuse, à
T'exception d'une province qu'on nomme le
royaume de Fartach; il est absolu chez lui
et trés-indépendant du Turc, auquel il envoie et dont il reçoit des ambassadeurs.
n'y a dans toute T'Arabie
Il
nes d'or, ni mines
heureuse, 9 ni miciens aient
d'argent, quoique les anbeancoup parlé de Tor de l'Ara:
bie : peut-être les Arabes ont-ils
les fouiller. Quoiqu'il
négligé de
en soit, cette contrée
est assez riche de son fonds,
ser de ces trésors secondaires. pour se pasEn effet, sans
parler des pierres précieuses et des aromas
Z 4
n'y a dans toute T'Arabie
Il
nes d'or, ni mines
heureuse, 9 ni miciens aient
d'argent, quoique les anbeancoup parlé de Tor de l'Ara:
bie : peut-être les Arabes ont-ils
les fouiller. Quoiqu'il
négligé de
en soit, cette contrée
est assez riche de son fonds,
ser de ces trésors secondaires. pour se pasEn effet, sans
parler des pierres précieuses et des aromas
Z 4 --- Page 372 ---
NOUVEAU VOYAGE E
tes, le pays abonde en riz, bled; fruits,
légumes, qui valent bien ceux d'Europe : il
y a des vignes et des bestiaux sans nombre;
mais sa principale richesse, et la meilleure
branche de commerce qui s'y fait, est le
café. L'arbre dont le fruit produit cette liqueur si agréable, si utile, quand on n'en
fait point d'excès, est peu connu i nous allons donner à cet égard quelques détails. Le
royaume d'Yémen, à l'exclusion de toute
autre contrée de l'Arabie, produit l'arbre
du café : cet arbre s'élève depuis six jusqu'à
douze pieds; sa grosseur est de dix, douze
et quinze pouces de circonférence. Comme
il s'étend en rond, et que ses branches inférieures se courbent ordinairement, il a
presque toujours, du moins à un certain Age,
la figure d'un parasol; son écorce est blanchàrre et un peu raboteuse ; sa feuille, qui
est d'un verd foncé, approche de celle du
citronnier; sa fleur est blanche et partagée
en cing petites feuilles, comme celles du
jasmin. Le café vient de semaille et non de
bouture; il est toujours verd et ne perd jamais toutes ses feuilles à la fois : lorsque la
fleur du cafier tombe, elle est remplacée par --- Page 373 ---
"AUTOUR DI U MONI D E.
un petit fruit, qui d'abord est
mais qui rougit en marissant trés-verd,
à une grosse
et ressemble
il
cérise : ce fruit est de bon
nourrit et rafraichit
gout;
sous la chair de la
beancoup. On trouve'
la fève
cérise, au lieu de
ou graine qu'on
noyau,
fève est
appelle café : cette
enveloppée d'une pellicule
elle est tendre alors et d'un
très-fine;
ble; mais elle
gout désagréaacquiert de la dureté peu à
peu, et lorsque le soleil a tout à fait desséché la cérise, sa chair, qu'on
paravant, devient une
mangeoit augousse d'une
assez brune, qui forme la
couleur
ou T'enveloppe 'extérieure première écorce
alors est solide
du café : la fève
et d'un verd fort clair; chaque gousse ne contient qu'une fève qui'se
partage ordinairement en denx moitiés, et
chaque moitié est un grain de café.
le cafier a la propriété
Comme
singulière de
en,même tems des fleurs et des
porter
même
fruits, dont
quelques-uns sont verds, tandis
les autres sont en
que
année
maturité: on fait
trois
chaque
récoltes; celle de mai est la
plus abondante et la plus estiméc,
y ait peu de contrées dans l'Yémen Quoiqu'il
ne reçueille du café, il
où Ton
ne crott en abondancs
ier a la propriété
Comme
singulière de
en,même tems des fleurs et des
porter
même
fruits, dont
quelques-uns sont verds, tandis
les autres sont en
que
année
maturité: on fait
trois
chaque
récoltes; celle de mai est la
plus abondante et la plus estiméc,
y ait peu de contrées dans l'Yémen Quoiqu'il
ne reçueille du café, il
où Ton
ne crott en abondancs --- Page 374 ---
NOUVEAU VOYAGE
qu'aux environs de Sanaa, de Galbanie et
de Bételfagui : le café de ce dernier canton
est le meilleur de TYémen, comme le vin
de Bourgogne est le plus estimé de nos vins
de France. On voit à Bételfagui de très-belles
mosquées, dont les minarets sont blanchis
en dedans et en dehors. Quand le café est
acheté au bazard de cette ville, on le voiture à Moka, qui en est éloigné de trentecinq lieues, pour le transporter de-là par
mer à sa destination; c'est ce qui lui a fait
donner le nom de café de Moka. L'usage
du café ne remonte pas au-delà du quinzième siècle, même parmi les Arabes : un
mufti d'Aden usa de cette liqueur dans une
maladie et en éprouva des effets salutaires.
Son exemple la nit en réputation 3 mais un
schérif de la Mecque défendit peu de tems
après cette boisson; il ne fit qu'augmenter,
par cette persécution, le gont des Arabes
pour le café. Les peuples d'Egypte et de
Syrie témoignèrent la méme passion, et le
café fut introduit à Constantinople.
Les femmes, dans tout IYémen, sont
vêtues à peu près comme en Turquie; elles
ont des bottines de marroquin et un grand --- Page 375 ---
AUTOUR DU M ONI D E.
voile sur la tête, qui descend
leur cacher le visage
assez pour
voir
sans les empécher de
au travers, Les femmes de Monab
gardent comme un grand ornement de reter un anneau d'ot au bout du
pord'Aden et de Moka
nez : celles
ne connoissent
cette mode ou plutôt ne la
point
Les femmes sont dans pratiquent point.i
fort
toute cette contrée
té; la agréables; mais elles ont peu de liberjalousie des hommes s'y
pendant
oppose. Celorsquela nuit
permet de se visiter commence, on leur
Du
et de sortir à cet effet.
royaume d'Yémen nous nous
mnes dans la
rendiétat est
province ou pays d'Oman : cet
borné, à l'est par
par le golfe
T'Océan, au nord
déserts.
Persique, au sud par de vastes
L'iman d'Oman est un des
puissans de tous les souverains
plus
tits états de l'Arabie.
des peMaskcate ou
cate, et suivant
Masla ville la plus quelques-uns Maskat, est
considérable de
- la seule digne de
T'Oman, et
au
remarque; elle est située
vinge-troisième degré trente-six
de
minutes
latitude, et au cinquième degré de longitude du méridien de
ridional d'un
Paris, au bout mégolfe quia environ neuf 'cents
ans de tous les souverains
plus
tits états de l'Arabie.
des peMaskcate ou
cate, et suivant
Masla ville la plus quelques-uns Maskat, est
considérable de
- la seule digne de
T'Oman, et
au
remarque; elle est située
vinge-troisième degré trente-six
de
minutes
latitude, et au cinquième degré de longitude du méridien de
ridional d'un
Paris, au bout mégolfe quia environ neuf 'cents --- Page 376 ---
NOUVE AU VOYAGE
pas géométri.Jues de long sur quatre cents
de large. A l'est, comme à l'ouest, elle est
bordée de rochers escarpés, dans l'enceinte
desquels les plus grands vaisseaux sont à
l'abri de tous les vents." Au deux côtés de
ce beau port, qui est d'une forme ovale ou
circulaire oblongue, il y a quelques batteries et quelques petits forts dont les plus
remarquables et les meilleurs sont ceux de
Mérani et de Jelali, assis aux deux côtés
dela ville sur des rochers hauts, et, comme
nous lavons dit, escarpés, propres à la défendre du côté de la mer. Les rochers qui
sont aux deux côtés du port forment surtout une vue trés-pittoresque; on peut méme les regarder comme un jeu, une singularité de la nature, soit par leurs formes qui
sont toutes pyramidales, soit par leur couleur grisâtre et presque noire, ce qui forme
comme l'ombre du beau tableau que, pré- /
sente le port. Par-tout où les rochers et le
port ne couvrent pas la ville, elle est enfermée d'une muraille qui, à la vérité, n'est
pas forte, mais qui a quelques tours, ou
plutot quelques batteries. La partie la plus
foible est du côté du nord-ouest; car il y a, --- Page 377 ---
PI Pas 30,
-
idh
l.t. oller
SUR
DE
LASCIVTR,
Fare Itir
ie
Dm
himen onol yue firt under de he fille
cle linbre --- Page 378 ---
EPJCB
P a
P
fc --- Page 379 ---
AUTOUR DI U M ONDE
dans la muraille de la ville,
en cet endroit,
faire écoulerl'eau qui I
de grands treillis pour
des
de violence
se précipite avec beaucoup
des environs et vient se jetter
montagnes Derrière cette muraille s'ouvre
dans la mer.
terminée par des
une assez grande plaine
étroites,
rochers qui n'ont que trois issues
mène au village de Soddos,
dont la première
la troisième à Matla seconde à Kalbu et
istrahh : cent hommes défendroient ces
contre dix mille ; ainsi Mascate ou
sues
très-bien fortifiée par la nature
Maskat est
Tart. Cest, selon toute apparence 2
et par
Mosca. Voyez à
la ville qu'Arrien nomme
le Recueil de toutes les relations
cet égard
édition allemandes
de voyages, pag. 112,
Mascate étoit alors, comme aujourd'hui,
des marchandises qui viennent
Tentrepôt de Perse et des Indes: c'est presd'Arabie,
abordent
que le seul port où les étrangers
de T'Arabie. Nous avons cru
en cette partie lecteurs dele mettre sous
faire plaisir à nos
dans la planche ci-jointe.
11:
ses yenx
nous fimes tous nos
u Ce fut à Mascate que
achats et provisions, pour
arrangemens 1
de l'Arabie dans
nous rendre par les déserts
des marchandises qui viennent
Tentrepôt de Perse et des Indes: c'est presd'Arabie,
abordent
que le seul port où les étrangers
de T'Arabie. Nous avons cru
en cette partie lecteurs dele mettre sous
faire plaisir à nos
dans la planche ci-jointe.
11:
ses yenx
nous fimes tous nos
u Ce fut à Mascate que
achats et provisions, pour
arrangemens 1
de l'Arabie dans
nous rendre par les déserts --- Page 380 ---
KOUVEAU VOYAGE
la Palestine, un des principaux objets de
notre curiosité. On conçoit aisément toutes
les précautions qu'il nous fallut prendre
pour pénétrer dans un pays sec et aride
couvert presque par-tout de sables brulans
et.de montagnes stériles, sans arbres, sans
eau, presque sans villes et sans habitations.
Telle est cette partie de l'Arabie qu'on nomme, pétrée 9 soit à cause de la qualité de son
terrain pierreux, soit plutôt du nom de Pe.
tra, métropole de ce pays.
Après deuxjours et demi de marche, nous
arrivâmes'à la vue du mont Sinai. Ce mont,
si fameux dans les annales juives, est situé
dans une presqu'ile formée par deux bras
de la mer Rouge, et si près du mont Oreb
qu'on peut dire que ces deux montagnes
n'en font qu'une. Ce sont deux sominets
d'une méme montagne, qui ne sont separés l'un de l'autre que par un petit vallon:
Sinai est à l'orient, Oreb est à l'occident
La dévotion avoit autrefois fixé dans ce lieu
un nombre prodigieux de solitaires : onien
a compté jusqu'à quatorze milles. Ce gont
de retraites'est bien refroidi; à peiney avonsnous vu une douzaine de caloyers qui suivent --- Page 381 ---
AUTOUR DUM 0 N D E.
la règle de Saint-Basile. Nous parvinmes à
la grotte où Moise reçut les tables de la loi:
on en a fait une chapelle qui n'a rien de
remarquable qu'une belle statue de ce législateur. Les Arabes, qui révèrent beaucoup
ce lieu, ont bâti an-dessus une assez jolie
mosquée. A dix pas de cette mosquée est
une source d'eau fraiche et abondante. Du
mont Sinai nous passâmes au mont Oreb,
en traversant le vallon dont nous avons déja
parlé. Tournant ensuite sur la droite, nous
nous trouvâmes sur une assez belle esplanade, oùt étoit autrefois le monastère de
Saint-Basile : il y a dans ce lieu trois belles
sources, 9 bordées de gazons toujours verds,
et de peupliers.
De-là, continuant toujours notre route
dans les déserts, sous le costume arabe dont
nous avions eu l'attention de nous revêtir
dès notre entrée' 'dans Aden, nous'nous trou- -
vâmes au pied du mont Arat, d'oùt nous arrivâmes au bout de deux jours à la Mecque;
elle fait partie, ainsi que Médine, d'une
province qu'on nomme Hegins,et qui n'appartient proprement à aucune des trois Arabies, quoiqu'elle soit située dans la même
-là, continuant toujours notre route
dans les déserts, sous le costume arabe dont
nous avions eu l'attention de nous revêtir
dès notre entrée' 'dans Aden, nous'nous trou- -
vâmes au pied du mont Arat, d'oùt nous arrivâmes au bout de deux jours à la Mecque;
elle fait partie, ainsi que Médine, d'une
province qu'on nomme Hegins,et qui n'appartient proprement à aucune des trois Arabies, quoiqu'elle soit située dans la même --- Page 382 ---
N ( OUVEAU VOYAGE
presqu'ile. La Mecqque fut le berceau de Mahomet, Médine en est le tombeau. La Mecque est située au pied d'une haute montagne, à quinze lieues de Gedda ou Gidda
qui est un port sur la mer Rouge : cette ville 1
est grande, riche et bien peuplée, mais elle
n'a ni murs, ni remparts. Nous y.vimes de
très-beaux édifices et quelques palais, mais
rien n'approche de la magnificence de ses
caravensérais ou hôtelleries; c'est-Ià que se
retirent les voyageurs au tems des pélérinages. A une des extrémités de la ville s'élève
le Harem, cour immense 2 entourée d'un
triple rang de colonnes et de voûtes, dont
le premier coup-d'ceil frappe toujours malgré le gout bisarre et lirrégularité de la
construction. Au bout du Harem est le
Kiabé ou maison céleste, que les Musulmans disent avoir été bâtie autrefois
les anges, transportée au ciel du tems par du
déluge, et rébatie par Abraham sur le modèle de la première. Cette maison, qui n'a
rien de merveilleux pour la construction,
est haute de trente pieds, longue de quinze
pas et large de douze : la porte est d'argent
massif pt s'ouvre à denx battans; elle a
cinq --- Page 383 ---
AUTOUR DI U M ONDE 569
cing pieds de largeur sur dix de hauteur :
on y monte par une échelle posée sur
tre roues qn'un iman pousse contre le mur. quaVeut-on prier? on paie Timan, etl'onmonte
à l'échelle. Trois colonnes de figure octogone, et hautes d'environ vingt pieds, soutiennent tout l'édifice ; elles sont de bois
d'aloës, de la grosseur d'un homme, d'une
seule pièce chacune' et posées sur une ligne -
droite. Le dedans du Kiabé est orné d'étoffes de soie blanches et rouges, et le dehors
d'une étoffe de soie noire, bordée
haut et par en bas de
par en
franges ou ceintures
d'or, qui font un bel effet. Ces étoffes sont
fournies aux frais du
grand-seigneur; on'les
renouvelle tous les ans : lesanciennes,
qu'on
regarde comme de précieuses reliques, sont
partagées entre sa hautesse et le, prince de
la Mecque, qui en tire un profit considérable. Le chameau
qui porte ces étoffes est
regardé comme sanctifié : on le couvre de
fleurs au retour, et on ne T'emploie plus à
aucun genre de travail. Pour concilier
de respect au Kiabé, on a bâti autour plus
un
petit mur qui én défend l'approche. Pour
empécher que la pluie ne ruine les fondeTome 1.
A a
utesse et le, prince de
la Mecque, qui en tire un profit considérable. Le chameau
qui porte ces étoffes est
regardé comme sanctifié : on le couvre de
fleurs au retour, et on ne T'emploie plus à
aucun genre de travail. Pour concilier
de respect au Kiabé, on a bâti autour plus
un
petit mur qui én défend l'approche. Pour
empécher que la pluie ne ruine les fondeTome 1.
A a --- Page 384 ---
NOUVEA U VOYAGE
mens de la maison céleste, on a placé sur
le. toit, qui est en terrasse, une gouttière
d'or qui, s'avançant en dehors d'environ six
pieds, jette au loin les eaux de pluie qui
tombent de la terrasse dans cette gouttière.
L'intérieur du temple n'a rien de remarquable qu'une pierre noire qu'on dit que l'ange
Gabriël apporta à Abraham lorsqu' il bâtissoit le Kiabé, et qui servoit d'échaffaud à
ce patriarche : cette pierre se haussoit et se
baissoit d'elle-méme, afin qu'il eut moins
de peine et qu'il ne fit point de trou dans
la muraille. Cette même pierre, si miraculeuse, étoit blanche autrefois ; mais les péchés des hommes l'ont rendue noire, Chaque peuple a ses fables, et les hommes ne
sont par-tout que de grands enfans.
Il part tous les ans cinq principales caravanes pour la Mecque : celle des Indes, celle
de Perse, celle de Damas, celle du Caire et
celle des Mugrebins 9 qui comprend les côtes de Barbarie et les pays de Fez et de Maroc ; celle-ci se joint toujours à celle du
Caire, que ce surcroit fait monter quelquefois à cent mille pélerins : leur séjour à la
Mecque n'est que de trois jours, Celui qui --- Page 385 ---
AUTOUR DU MOND h.
peut baiser le premier la pierre noire est.
réputé saint; alors chacun d se jette à ses
pieds pour les lui baiser, eti il est
toujours étouffé par-la foule. Au sortir presque de
la Mecque, on reprend la route du mont
Arat ; cei fut le parti que nous
/ aller à Médine, ville située dans primes pour
une plaine, à trois journées d'Jambo, qui est un
port sur la mer Ruuge. Nous vimes à Médine de très- belles mosqjuées : celle qu'on
nomme la grande
Mosquée 7 parce qu'elle
contient le tombeau de
Mahomet, est
cée sur une hauteur au milieu de la ville: plaon y entre par un péristyle dont les colonnes sont de marbre et de Tordre
mais mal
dorique,
sculptées et trop massives. Le
tombeau du prophête est renfermé dans une
tour ou'bâtiment rond surmonté d'un dème
gu'on nomme Turbé. Ce bâtiment rond est
ouvert dans le milieu jusqu'au dôme et entouré d'nne galerie. dont le mur est percé
de plusieurs fenétres qui iont des grilles d'argent :le mur du bâtiment n'est point percé;
mais il est couvert d'un si grand nombre de
pierres précieuses êt de diamans qu'il - n'ya
pas dans l'univers un lieu aussi riche
que
Aaz
tour ou'bâtiment rond surmonté d'un dème
gu'on nomme Turbé. Ce bâtiment rond est
ouvert dans le milieu jusqu'au dôme et entouré d'nne galerie. dont le mur est percé
de plusieurs fenétres qui iont des grilles d'argent :le mur du bâtiment n'est point percé;
mais il est couvert d'un si grand nombre de
pierres précieuses êt de diamans qu'il - n'ya
pas dans l'univers un lieu aussi riche
que
Aaz --- Page 386 ---
NOUVEAU VOYAGE,
celui-là. Nous
deux diamans, admirdmes, entre 1 antres ,
dont l'un est large de deux
doigts et long à
qui est plus
proportion 9 et le second,
la
gros que le premier, n'est
moitié d'un autré
que
met, fit scier
qu'Osman, fils d'Achen deux, et donti il envoya une
partie à Médine et retint l'autre
son turban : les
pour orner
jours
grands-seigneurs l'ont touporté depuis, et il passe pour le
beau diamant de l'empire. On
plus
entre dans la
galerie et dans le Turbé, par des portes d'argent massif qui s'ouvrent à deux
comme celles du Kiabé, Les
battans,
trent point dans le Turbé, la foule pélerins n'enseroit
grande; ainsi, ils ne voient
les trop
ses de la galerie dont
que
richesnous avons parlé; mais
lorsqu'il n'y a point cette afflaence de
lerins; on obtient aisément de se faire pévrir la porte du bâtiment. Nous
ouavec nos
y entrâmes
compagnons de voyage. Nous vimes que le tombeau de Mahomet étoit
entre ceux d'Abubeckre et d'Omar : placé
à terre et sur le rez-de-chaussée
ilipose
le cercueil de
méme; ainsi
fer, attiré par une voûte d'ais
mant, est une fable : il est d'un marbre
blanc et couvert d'un tapis très-riche. Trois --- Page 387 ---
AUTOU R' DU MUNDE E.
mille
3,3
lampes brulent sans Cesse autour
ce mausolée; elles sont
de
d'argent. Le
nage de Médinen'est
péleripas d'obligation;
dant presque tous ceux qui font celui cepen- de la
Mecque, font aussilautre : ceux qui vont de
la Mecque à Jérusalem visiter lé
Salomon,
temple de
acquièrent la plus haute considé.
ration par ce double voyage; ils sont
en justice, dès
crus
qu'ils se présentent, sans
qu'on ose les démentir,
7 ni les récuser. La
Mecque et Médine ont leurs seigneurs
ticuliers, lesquels sont,
pardes souverains de
comme la plupart
l'Arabie, temporels et
spirituels : on les nomme ici chérifs.
de quitter cette contrée,
Avant
nous examinâmes
avec attention T'arbre que les Arabes
lent balsum et qui produit le baume appel:
meux connu sous le nom de baume de fa- la
Mecque. Cet arbre a les feuilles
différentes de celles du fréne, mais peu
et peu fournies , le tronc glutineux, éparpillées
et rougeâtre ; les branches
léger
nues
Jongues et me7 odoriférantes, visqueuses et de la
méme couleur que le tronc : sa fleur est
petite et d'une agréable odeur ; sa graine
qui n'a pas moins de
,
parfum, est enfermée
Aa 3
ecque. Cet arbre a les feuilles
différentes de celles du fréne, mais peu
et peu fournies , le tronc glutineux, éparpillées
et rougeâtre ; les branches
léger
nues
Jongues et me7 odoriférantes, visqueuses et de la
méme couleur que le tronc : sa fleur est
petite et d'une agréable odeur ; sa graine
qui n'a pas moins de
,
parfum, est enfermée
Aa 3 --- Page 388 ---
NOUVEAU VOYAGE
dans une gonsse noire et nage dans une liquenr épaisse de ia couleur du miel; elle
a l'odeur du baame et le goht amer : les
branches, qui se fendeni d'elles - mémes,
distillent une gomme préciense, 2 qu'on recueille edans des sacs de cuir faits en forme
de bourse; sa couleur, d'abord très-blanche, prend ensuite une teinture verte, et
jaunit enfin au bout de quelques mois; elle
est très-fluide dans son origine, mais elle
acqniert avec le tems un tel degré de consistance qu'il faut la dissoudre dans l'esprit
de vin. La myrrhe est une autre gomme
odoriférante qu'on recueille aussi dans ces
cantons, et qui conle, par incision, d'un
arbre épineux dont les feuilles ressemblent
à celles del'olivier; on en compose des parfums : les anciens s'en servoient pour embaumer les corps morts; on en tire une huile
excellente pour les plaies.
Nous n'arrivâmes à Cirg que le surlendemain de notre départ de Médine, et unl
peu avant dans la nuit. Après huit, jours
de marche, pendant lesquels nous ne rencoutrâmes ni bourgs 1 ni villages 1 couchant sons nos tentes et vivant des provi- --- Page 389 ---
AUTOURIDU M O N-D E,
3,5
avions renouvelées à Médisions que nous
de fatienfin, épuisés
ne, nous parvinmes Bosra, sur la frontière
gue, à Bussereth ou
Palestine. Jude l'Arabie et de T'Idumée ou
auMacchabée, le héros des Juifs, prit
das
ville et la brula : elle se rétablit
trefois cette
ce,
et devint même assez puissante;
depuis;
amas de ruines ;
n'est aujourd'hui qu'un
qui vit
un archevèque grec,
elle a cependant
qu'il lève sur ses
d'une légère contribution
deux jours
ouailles: Nous nous reposàmes
rien de
n'offrit
en cette ville, quoiqu'elle avoir fait de nouvelremarquable; et après
nous en partimes et pourles provisions,
Pétra,capitalede
suivimes notre routejusqu'a
triste
toutle pays. Cette ville, qui n'est qu'un
sans ordre et
amas de cabanes disposées
rodessin, tire son nom d'une grosse
sans
de laquelle elle est située :
che, au pied
mal-sain. Cette capiT'air y est brulant et
entredu grand-seigneur qui y
tale dépend
tient un aga.
un séjour de
Nous quittâmes Pétra après
et marchant à petites journées
trois jours,
chaleur, nous arrivàà cause de l'excessive
Ce que cette
mes à Tor, sur la mer Rouge.
A a 4
re et
amas de cabanes disposées
rodessin, tire son nom d'une grosse
sans
de laquelle elle est située :
che, au pied
mal-sain. Cette capiT'air y est brulant et
entredu grand-seigneur qui y
tale dépend
tient un aga.
un séjour de
Nous quittâmes Pétra après
et marchant à petites journées
trois jours,
chaleur, nous arrivàà cause de l'excessive
Ce que cette
mes à Tor, sur la mer Rouge.
A a 4 --- Page 390 ---
NOUVEAU VOYAGE
route nous offrit de curieux, furent quelques-uns de ces arbustes dont l'écorce distilleuneg gommeappelée dans le pays, manne
du ciel : cette manne ressemble.assez à celle
de la Calabre; on en fait un pain dont le,
goût nous paràt peu agréable quoique sucré.
Les Arabes en font grand cas : si elle étoit
bien épurée, elle pourroit, suivant nous,
mériter T'attention des médecins. Tor fut la,
première station des Israëlites après le passage de la mer Rouge. Nous n'avons pas
rappelé tous ces grands événemens de Thistoire dont les pays que nous venons de parcourir ont étéle théâtre; ils sont assez connus. Nous nous bornerons à une observation, c'est quel'Arabie a vu les plus grands
faits miraculeux des deux religions, catholique et musulmane. Nous etmes la satisfaction de voir à 'Tor la pêche d'un certain
poisson qu'on appelle homme marin, parce
qu'il a deux mains d'homme, avec cette différence que les doigts sont joints : par une
peau, à peu près comme une patte d'oie.
La chair de ce poisson. est, dit-on, assez
déicate; on le harponne comme les baleines : sa peau est si dure qu'on en fait des --- Page 391 ---
AUTOUR D Uf M ON D E. 377
boucliers à liépreuve du
avons dit que Tor étoit située mousquet. Nous
sur la mer
Rouge : on pourroit tout aussi bien
ler cette mer la mer verte,
appeest rouge dans
puisque , si elle
verte dans
quelques endroits, elle est
d'autres : cela provient du peu de
profondeur de cette mer et de la
de ses eaux qui laissent
transparence
fond de sable
appercevoir, ici un
rouge, là un fond d'herbes
vertes qui s'élèvent méme
qu'à la surface.
quelquefois jusAprès avoir attendu quelques jours,
fimes connoissance avec deux Arabes nous
proposoient de voir cette
qui se'
qui nous restoità
partie de l'Arabie
T'Arabie
parcourir, et qu'on nomme
Déserte, mais que les habitans
pellent Bériara : elle
du nord
apdi, depuis le Diarbek s'étend,
au mijusqu'a I'Arabie Heureuse : à l'orient, elle a
rak qui est l'ancienne T'Euphrate et PY6
dent, la Palestine
Chaldée, et à l'occietl'Arabie Pétrée. Ce n'est
que du côté de T'Euphrate
quelques terres fertiles
qu'on y trouve
n'est
; le reste du pays
presque qu'une plaine de sables : il
nous fallut regagner les montagnes etles déserts; car clest. précisément le
pays aride
Heureuse : à l'orient, elle a
rak qui est l'ancienne T'Euphrate et PY6
dent, la Palestine
Chaldée, et à l'occietl'Arabie Pétrée. Ce n'est
que du côté de T'Euphrate
quelques terres fertiles
qu'on y trouve
n'est
; le reste du pays
presque qu'une plaine de sables : il
nous fallut regagner les montagnes etles déserts; car clest. précisément le
pays aride --- Page 392 ---
NOUVEAU VOYAGE
dont nous venons de parler qu'il nous falloit traverser pour voir la Palestine. Nous
primes toutes les précautions
nécessaires, et
après des fatigues infinies, nous découvrimes la ville d'Annah, différente d'une autre
ville du même nom située près du golfe de
Bassora. Celle dont il s'agit maintenant fut
ruinée par les Turcs; elle étoit composée
de plusieurs iles que forme un bras del'Euphrate : cette situation
avantageuse, 9 et son
château que les Turcs ont aussi détruit, en
faisoient une des places les plus fortes de
l'Arabie; elle n'a plus rien de remarquable,
mais elle est encore commerçante : l'autre
ville d'Annah, près de Bassora, est encore
moins considérable. 1
Nous continuâmes notre route par les déserts, malgré la crainte d'être engloutis à
chaque instant par les montagnes de sables
que les vents impétueux amoncellent quelquefois au point d'ensevelir des caravanes
entières. Le désir de voir la Palestine, et
de-là, les antiquités de Tyr et de Sidon,
nous fit braver ces périls, les plus grands
peut-étre de tous Ceux que nous avions coumus. Ces déserts, ce pays si triste et si dan- --- Page 393 ---
AUTOUN DU U M O N D F.
gereux, éloit cependant autrefois habité
les Moabites, : les Madianites et les Amalé. par
cites : ce fut encore pendant
demeure des Juifs. Ce
quarante ans la
pays a eu long-tems
pour métropole la célèbre ville de Bostra
Bosra; elle éut le nom de
ou
le règne de
Philippopolis, sous
né : on l'appelle T'empereur Philippe, quiy étoit
aujourd'hui Bussereth. Les
Bédouins, qui occupent la partie orientale
del'Arabie Déserte, ont succédéaux anciens
Ismaëlites : on les nomme
mot
Bédouins, du
bidouy, qui signifie en leur langue
champétre ou habitant du désert : ils
sous des tentes et n'ont point de
logent
lixes; ils ne
demeures
de leurs
s'occupent que de la conduite
moutons et de leurs chèvres : ils
campent l'été sur des collines qu'ils
au retour de T'hiver,
quittent
di, jusqu'à Césarée pour aller, vers,le miT'enceinte
de Palestine, et hors de
des montagnes. Alors ils
dans des vallons ou sur le rivage de campent la
leurs camps, où ils vivent d'ailleurs mer:
rement sous des tentes tissues de
militaivre et teintes
poil de chè.
leurs
en noir, sont subordonnés à
princes ou
ceux-ci ont sous chefb.qurilsappellnt émirs:
eux des officierss subalternes
jusqu'à Césarée pour aller, vers,le miT'enceinte
de Palestine, et hors de
des montagnes. Alors ils
dans des vallons ou sur le rivage de campent la
leurs camps, où ils vivent d'ailleurs mer:
rement sous des tentes tissues de
militaivre et teintes
poil de chè.
leurs
en noir, sont subordonnés à
princes ou
ceux-ci ont sous chefb.qurilsappellnt émirs:
eux des officierss subalternes --- Page 394 ---
NOUVEAU VOYAGE
quel l'on nomme cheiks, et qui commandent
à une moindre quantité d'Arabes. Malgré
cette jsubordination, les Bédouins sont un
peuple libre, etleurs émirs ne sont point des
rois. Celui qui gouverne dans la partie de la
Palestine située au delà du Jourdain, entre
le mont Sinai et la Mecque, porte à la vérité, dans nos histoires, le titre de roi des
Arabes; ; mais on ne le lui donne que parce
que cette contrée étant plus étendue et plus
peuplée que les autres, il a plus d'autorité,
et qu'il se fait redouter par les Turcs , qui
lui paient une espèce de tribut annuel pour
T'empécher de piller les caravanes des pélerins qui vont à la Mecque.
Qu'on ne croie pas cependant que ces peuples, dont la vie ressemble à celle des brigands et des pirates, suivant certains voyageurs, et, suivant nous, à celle des anciens
patriarches, soient injustes et barbares ; ils
sont,au contraire, hospitaliers, bons et d'une
civilité plus franche et plus réelle, que celle
des peuples qui se disent polis, et qui souvent ne sont que fayx et peu humains. Leur
religion est la même que celle des Turcs;
ils suivent la loi de Mahomet, qui étoitissu --- Page 395 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
lui-même de la race des Arabes Ismaëlites.
arrive dans leur cabaQuand un étranger conduit
des gens de
ne, sur-tout s'il est
par
où
leur nation, on le reçoit sous uné tente,
il trouve une natte pour s'asseoir et pour couqu'ils n'ont point de meubles
cher, parce
: on lui
plus commodes, 7 ni plus précieux
tansert du café, on lui présente du tabac,
les viandes nédis que les femmes préparent
cessaires pour le régaler. Naturellement grales Bédouins le sont
ves, sérieux et modérés,
art jusqu' là T'affectation : à peine
encore par sourire aux choses les plus plaisanosent-ils
qu'un air riant et
tes; ils ont pour principe
filles
convient au visage des jeunes
enjoué
ils
fort peu, jamais
et des femmes ; parlent
écouter d'eux
sans nécessité. Pour se faire
il faut parler d'un ton doux,
avec plaisir,
s'énoncer graveégal et sans précipitation, de mots, n'emment, dire beaucoup en peu
ni raillerie, ni dérision, ni médisance
ployer discours; ils prétent beaucoup d'atdans le
leur dit, et ne répondent
tention à ce qu'on
de
long-tems après qu'on a achevé parque
moral de la Franler, Ce pays est Tantipode
barbe,
ce : ils ont un respect idolâtre pourla
il faut parler d'un ton doux,
avec plaisir,
s'énoncer graveégal et sans précipitation, de mots, n'emment, dire beaucoup en peu
ni raillerie, ni dérision, ni médisance
ployer discours; ils prétent beaucoup d'atdans le
leur dit, et ne répondent
tention à ce qu'on
de
long-tems après qu'on a achevé parque
moral de la Franler, Ce pays est Tantipode
barbe,
ce : ils ont un respect idolâtre pourla --- Page 396 ---
NOUVEAU VOYAG E
qu'ils regardent comme un ornement sacré
que Dieu leur a donné pour les distinguer
des femmes. A T'exemple de leur prophête,
jamais ils ne la rasent : c'est chez eux une
grande marque d'infamie de couper la barbe
à quelqu'un; il y a beancoup d'Arabes qui
préféreroient la mort. Les femmes baisent
la barbe de leurs maris, et les enfans celle
de leurs pères, lorsqu'ils viennentles saluer.
Dans leurs visites, une de leurs principales
cérémonies est de jeter de l'eau de senteur
sur leur barbe, et de la parfumer ensuite
avec de la fumée de bois d'aloès, qui lui
donne une odeur agréable : quand ils la peignent, ce qu'ils font toujours en finissantla
prière, ils étendent un mouchoir sur deurs
genoux 4 ramassent superstitiensenient tous
les poils qui en tonibent et les plient dans
du papier pour les porterau cimérière à mesure qu'ils en ont une certaine quantité.
Après leur barbe, les Bédouins n'ont rién
de si cher que leurs jumens : ils les préferent aux chevaux, parce qu'elies résistent
mieux à la fatigue, à la faim et à la soif Peu
curieux de connoitre leurs propres ayeux, les
Arabes le sont > au contraire, beaucoup de --- Page 397 ---
AUTOUR DU M ONDE.
savoir la généalogie des étalons qu'ils emploient au service de leurs cavales; ils don:
nent le nom de kehhilan aux chevaux nobles, celui d'aalig aux chevaux d'une ancienne race, mais mésalliée : les rôturiers,
qu'ils vendent"t toujours à fort bon marché,
se nomment guidich : ils ne font jamais couvrir les jumens d'extraction noble,
que par
an étalon de la même qualité.
Il s'en faut beaucoup que la propreté
règne ici dans les repas. Chez les émirs, les
cheiks, et les autres Arabes qualifiés, la tas
ble est un grand morceau de cuir, taillé en
rond, qu'on étend par terre sur une natte;
la vaisselle est de cuivre, les cueillères de
bois, et les tasses d'argent, de fayance ou
de cuivrej jaune : les hommes un peu distingués sont autour de la table, les jambes
croisées à la manière des Orientaux;
ceux
qui leur sont inférieurs sont à genoux et assis sur leurs talons. On ne met point de nap.
Pe; tous les plats sont servis sur le cuir,
qui est bordé de galettes et de cuillères : on
ne se sert point de fourchettes; ils prennent
toutes sortes de viandes avec les doigts, mais
toujours de la main droite. On mange sans
une : les hommes un peu distingués sont autour de la table, les jambes
croisées à la manière des Orientaux;
ceux
qui leur sont inférieurs sont à genoux et assis sur leurs talons. On ne met point de nap.
Pe; tous les plats sont servis sur le cuir,
qui est bordé de galettes et de cuillères : on
ne se sert point de fourchettes; ils prennent
toutes sortes de viandes avec les doigts, mais
toujours de la main droite. On mange sans --- Page 398 ---
NOUVEAU VOYACE
boire, à moins qu'un extrême besoin n'oblige à en demander. Le repas fini, tous se
lèvent en rendant à Dieu leuraction de grâce;
ils vont boire, et se laver les mains avec du
savon : ensuite ils prennent le café, ou ils
fument du tabac. Les Arabes du commun
mangent encore plus mal-proprement ; ils
prennent à poignée, dans de grandes jattes
de bois, les viandes et le riz. Les Arabos
boivent dn vin lorsqu'ils en trouvent l'occasion ; ils disent que la défense de leur prophéte n'est qu'un conseil et nullement un
précepte. Le pilan, qui est le ragott le plus
ordinaire des Bédouins, n'estautre chose que
du riz qui a bouilli un peu de tems dans de
l'eau chaude avec du safran, des raisins secs,
des pois et de Toignon, jusqu'à ce qu'il soit
à moitie cuit : on le retire, et on le laisse
bien couvert auprès du feu pour le faire enfler; on y jette ensuite du beurre roussi avec
du poivre et quelquefois du sucre.
Lhabillement des émirs et des cheiks diffère peu de celui des Turcs : les autres Arabes n'ont qu'une grosse chemise à longues
manches, un caleçor de toile, un castan
d'une grosse toile de coton, fait en forme
de --- Page 399 ---
AUTOUR D U M O N D E.
de soutane et qui descend jusqu'à, mi-jambe,
de cuir où pend un poignard ou
une sangle
de baun coutelas; et un aba ou manteau
ils
rayé de blanc et noir. En hiver,
racan,
ont des vestes composées de plusieurs peaux
cousues les unes aux autres ; ils
d'agneaux,
il fait beau,
mettent le poil en dedans quand
il
: dans les granet en dehors quand pleut
des chaleurs de l'été, ils portent par-dessus
habits ordinaires des robes de toile bien
leurs
de chemises et trèsblanche, faites en manière
Leur turban est un petit. bonnet de
amples.
entouré d'une mousseline blandrap dontils rouge, laissent pendrer un bout en forme
che,
de panache; et l'autre bout, qui est beaucoup
plus long, se passe autour du cou pour le
garantir des ardeurs du soleil.
Les Bédouins, ainsi que les Turcs, n'ont
ni meubles de couleur verte : il
ni habits,
de Mahomet qui
n'y a que les descendans le turban vert.
aient le privilège de porter
Les Persans, qui usent de cette couleur $
sont traités pour cela d'héretiques et de pro:
fanateurs par les autres Mahométans. Les
Bédouines sont vêtues avec la même simplicité que leurs maris; elles n'ont ordinaireB b
T'ome I.
il.
Les Bédouins, ainsi que les Turcs, n'ont
ni meubles de couleur verte : il
ni habits,
de Mahomet qui
n'y a que les descendans le turban vert.
aient le privilège de porter
Les Persans, qui usent de cette couleur $
sont traités pour cela d'héretiques et de pro:
fanateurs par les autres Mahométans. Les
Bédouines sont vêtues avec la même simplicité que leurs maris; elles n'ont ordinaireB b
T'ome I. --- Page 400 ---
NOUVEAU VOYAGE
ment qu'une chemise de toile bleue et un
aba par-dessus, avec un grand voile sur la
tête 7 dont elles s'enveloppent le cou et
le bas du visage jusqu'au nez : T'hiver elles
portent des camisoles piquées avec du COton, et elles se chaussent avec des babouches; elles font d'ailleurs usage des mêmes
ornemens que les turques. Les femmes des
émirset des cheiks sont, en général, moins laidesquel les femmes arabes du commun, parce
qu'elles sont plus blanches et mieux faites;
elles ont des chemises de mousseline, brodées en soie, de petites camnisoles de drap
d'or, de satin, ou d'autres étoffes de soie;
qui ne se joignent que par deux boutons, audessus d'une petite ceinture ; le haut de la
camisole est ouvert le long de la poitrine
afin d'avoir toujours le sein à l'aise et de le s
faire un peu paroitre par le milieu : leurs
vestes de dessus sont de satin ou de velours,
ou même de brocard d'or; elles ont aussi
des caftans, faits comme les camisoles or-,
dinaires, mais qui descendent jusqu'aux
pieds; elles s'en couvrent en hiver. Leurs
sonliers, ou babouches, sont petits et façonnés; et quand elles veulent sortir, elles met- --- Page 401 ---
AUTOUR DU U MONDE
tent de petitesbottines plissées. Leur coëffure
est un bonnet d'étoffe d'or on d'argent, fait
à peu près comme une écuelle, entouré
d'une mousse line brodée dor et de soieravec
un bandeau de gaze, qu'elles lient sur le
front. Lorsqu'elles sortent,elles mettent pardessus leur coëffure un grand.voile de mousseline, qui leur couvre le visage, la gorge
et les épaules, et descend jusqu'à la ceinture : quand elles vont en visite ou à la promenade à pied, elles ont aux jambes des
cercles garnis de petits anneaux qui
dent tout autour, et qui sonnent comme pen- des
grelots : ces anneaux et quantité de pendeloques plattes, attachées au bout de leurs
cheveux nattés en long par derrière, sont
autant de sonnettes qui avertissent que ces
femmes sortent ou qu'elles passent; alors,
tous ceux qui sont sur leur chenin se retirent pour ne pas les regarder.
Les mariages se traitent ici avec les me:
mes mystères qu'une intrigne galante eij Espagne et en Ifalie : quand un jeune Bédouin
est amoureux d'une fille, ou par imagina
tion (car les Arabes n'ont aucune communication avec les femmes ou lés filles d'auBb 2
a
, sont
autant de sonnettes qui avertissent que ces
femmes sortent ou qu'elles passent; alors,
tous ceux qui sont sur leur chenin se retirent pour ne pas les regarder.
Les mariages se traitent ici avec les me:
mes mystères qu'une intrigne galante eij Espagne et en Ifalie : quand un jeune Bédouin
est amoureux d'une fille, ou par imagina
tion (car les Arabes n'ont aucune communication avec les femmes ou lés filles d'auBb 2
a --- Page 402 ---
NOUYEAU VOYAGE.
trui), Oul parce qu'il a entendu parler d'elle,
sa première démarche est de tâcher de se
procurer la vue de la personne qu'il recherche, ce qu'il obtient quelquefois du père
méme, qui le fait cacher dans sa tente, et
d'autres fois, de la fille, qui, s'appercevant
des desseins de son amant, laisse tomber
son voile comme par hasard, et se fait voir
quelqucs momens, quand elle croit étrejolie : alors le jeune homme la fait demander
par quelqu'un de ses parens. On traite du
prix de la fille que le gendre doit payer au
beau-père, en moutons, en chevaux ou en
chameanx, et jamais en argent. Il y a entre ces peuples et nous deux différences remarquables : ici on n'a presque pas vu sa
femme, et elle n'apporte pas de dot ; en
France, parce qu'on la voit, on ne T'épouse
souvent qu'à cause de la dot. Une autre sin:
gularité digne de remarque, c'est que le père
de la fille est le seul des parens des deux
époux qui n'assiste pas à la nôce : la raison
nous en doit paroitre encore plus bisarre :
c'est qu'il se fait un point d'honneur trèsdélicat de rester chez lui, tandis que sa fille
est au moment de perdre sa virginité. --- Page 403 ---
AUTOUR DU M ON D E.
58g
Voici les cérémonies du mariage : lorsque
les parties sont d'accord,on fait dresser le
contract; ensuite les femmes, quand le contract a été passé, mènent la mariée au bain:
elles la lavent, lui niettent ses plus beaux
habits, lui parfument-les chevenx et la parent selon ses moyens et sa condition : on
la fait monter ensuite sur une jument ou
sur un chameau couvert d'un tapis et orné
de feuillages et de fleurs; on la conduit au
son des voix et des instrumens à la tente où
le mariage doit se célébrér. Les hommes de
leur côté accompagnent au bain le' jeune
Arabe, Fhabillent de tout ce qu'il a de plus
propre, et lei ramènent à cheval en cérémonie. Après 1 le repas des noces, les hommes
se réjouissent sans bruit et avec beancoup
de modération : les ferimes, au contraire,
dansent et chantent, en jouant d'une espèce
de tambour de basque, et en donnant mille
louanges à la beauté et au mérite de l'épousée; elles la mênent ensaite à la tente préposée pour la célébration du mariage:
: Dès que la nuit estivente, les femmes
conduisent l'épouse à son mari, quil'attend,
seul, et assis dans une tente séparée : ils no
Bb 3
imes, au contraire,
dansent et chantent, en jouant d'une espèce
de tambour de basque, et en donnant mille
louanges à la beauté et au mérite de l'épousée; elles la mênent ensaite à la tente préposée pour la célébration du mariage:
: Dès que la nuit estivente, les femmes
conduisent l'épouse à son mari, quil'attend,
seul, et assis dans une tente séparée : ils no
Bb 3 --- Page 404 ---
NOUYEAU VOTAGE
se disent rien l'un à l'autre; ; mais: les femmes font un. compliment au jeune homme;
qui se tient tonjours assis d'un air grave et
sérieux, sans prononcer une parole, ri faire
aucun mouvement, jusqu'à ce que la fille,
s'étant prosternée devant Ini, illui met une
pièce d'or, ou d'argent, sur le front : cette
cérémonie se fait trois fois ce soirlà, et à
mesure qu'on fait changer d'habitstà la nouvelle mariée, on la présente à lépoux, qui
la reçoit de la mêne façon.et-aveeja même
gravié, C'est une espèce de magnificence en
Orient, que de déshabiller. souvent Ja nouvelle mariée, et de lui donner s:en un seul
jour, tous les habils, qJu'on. lui a faits pour
ses nôces. La troisième fois que la fille est
présentée, le mari se lève, l'embrasse et la
porte lui-mème dans la tente,où ils doivent
coucher. On les laisse seuls ensemble
pendant un quart d'heure :ils se lavent ensuite
Tun et l'autre avec. de l'eau froide et changent d'habits: l'épouse rentre dans l'assemblée des femmes ,i Tépoux dans celle des
homines; il fait voir des preuves incontestables de la virginité de sa femme: : chacun
le félicite de sa bonne fortune. On passe --- Page 405 ---
AUTOU R DU M OND E.
ensuite la nuit à se réjouir avec le même
la fête dure tout le reste de la
cérémonial ;
journée.
montent souvent à cheval pour
LesArabes d'autres vont à la chasse du
se promener ;
à
de lance, ou à
sanglier qu'ils tuent coups
foreentavecdegnands
celledela gazelle qu'ils
bête fauve inlevriers. La gazelle est une
elle s'apprivoise aiséconnie en Europe; l'aiment beaucoup à
ment : les Orientaux
cause de sa douceur et de sa gentillesse.
beauté
Quand les Arabes vealentexprimeria
d'une femme, ils disent qu'elle a les yeux
d'une gazelle : cet animal a de grands yeux
noirs. Les Arabes ne. connoissent ni les carniles dez; leurs jeux ordinaires sont les
tes,
les dames et le mangala : ce dernier
échecs, table de bois où il y a douze creux;
est une
avec lesquelles on
on y met de petites pierres
des
joue à pair ou non. Les divertissemens
femmes consistent à Se visiter, à catiser
ensemble, à chanter et à danser.
croyant, comme les Turcs,
Les Bédonins,
de médecins et
à la fatalité, se servent peu
de remèdes : c'est cependant de ce peuple
sont sortis les plus habiles médecins de
que
Bb 4
a douze creux;
est une
avec lesquelles on
on y met de petites pierres
des
joue à pair ou non. Les divertissemens
femmes consistent à Se visiter, à catiser
ensemble, à chanter et à danser.
croyant, comme les Turcs,
Les Bédonins,
de médecins et
à la fatalité, se servent peu
de remèdes : c'est cependant de ce peuple
sont sortis les plus habiles médecins de
que
Bb 4 --- Page 406 ---
NOUVEA U VOYAGE
l'Orient. Le célèbre Choik-Méhémet.) Ebu:
sina, que nous nommons par corruption
Avicenne, étoit Bédouin.
On se sert beaucoup ici de chameaux,
parce que cet animal dort et repose fort peu.
Aucune béte de charge ne vit, ni si aisément, ni à si peu de frais , et ne reste si
long-tems sans boire; ils sont quelquefois
quatre jours sans Se rafraichir, et toute
leur nourriture consiste en quelques feuilles
sèches et brulées, qu'ils trouvent sur les
buissons, ou bien les chameliers leur mettent dans la gueule une boule de pâte qu'ils
avalent et ruminent toute la journée. Les
chameaux sont revétus,pendant T'hiver, d'un
poil long et frisé, comme la Jaine.des brebis; cette toison tombe au printems : leur
poil, plus fin que celui d'aucun autre animal, excepté le castor, se file comme la
soie, et sert à fabriquer ces beaux camelots
d'Orient qui doiventleur nom à ces animaux.,
Le chameau est naturellement tranquille et
doux ; on le mène sans bride, sans collier,
an seul son de Ja voix : lorsqu'il est en chaleur, il devient fintasqne et rétif; il faut le
charger alors estunordinaizement; quelque- --- Page 407 ---
AUTOUR DU MONDE
3y3
de lui mettre un frein:
fois on est obligé
dans Taccouplement, les' femelles se cour-'
bent sur les genoux. Les petits sont onze ou
douze mois dans le sein de leur mère : lorsqu'ils viennent au monde, on leur plie les
jambes sous le ventre, et les tient quelques
jours dans cette posture, afin qu'ils s'accou-.
tument à se baisser. Les chameaux qu'on
élève dans le désert ne sont, ni si grands,
ni si forts que. ceux qu'on rencontre en faisant la route de Constantinople en Perse:
ces derniers sont d'une plus belle apparence
et portent mille livres pesant, tandis que
six
les autres n'en peuvent guère porter que
cents. La manière de les charger est assez
curieuse; il faut qu'ils se baissent et se mettent le ventre à terre. Les dromadaires ne
du chasont point une espèce distinguée
meau; il n'y a pas plus de différence entre
eux, qu'il n'y en a entre un cheval de harnois et un coursier; seulement ils sont plus
légers, plus agiles, plus propres àla course.
En général, toute cette vaste presqu'ile,
qu'on appelle Arabie, est infestée de toutes
les bôtes féroces qui préférent aux terres htimides les sables brulans et les montagnes
Les dromadaires ne
du chasont point une espèce distinguée
meau; il n'y a pas plus de différence entre
eux, qu'il n'y en a entre un cheval de harnois et un coursier; seulement ils sont plus
légers, plus agiles, plus propres àla course.
En général, toute cette vaste presqu'ile,
qu'on appelle Arabie, est infestée de toutes
les bôtes féroces qui préférent aux terres htimides les sables brulans et les montagnes --- Page 408 ---
NOUVEAU VOYACE
arides. Ces' rois solitaires
pire absolu, et
y exercent un em:
roi des
Thomme, qui se prétend le
animaux, ne paroit ici qu'un monarque dégradé; mais si les lions, les tigres, les
hiennes, 2 les panthères, les léopards, exercent impunément leurs
dans ces déserts, onl trouve du moins ravages
ces montagnes d'autres animaux
dans
que aussi féroces
la
qui, quoipour
plupart,
sent de grands avantages
produice, tels sont lesichats
pour le commerla belette
musqués, la civette,
odorante, la genette, le chevreuil
de musc, et plusieurs autres
aa
que T'habitude
accoutumésàl la discipline
lièvres sont
domestique. Les
sicommunsdans ces déserts qu'ils
venoient quelquefois se jeter en foule à nos
pieds:ony y trouve
tité
sauseiuneprodigieuser
de rats, de lésards, de
quan.
terelles.
serpens et de sau-
(
Enfin, nous arrivâmesauj pied du mont Thabor, la montagne la plus escarpée del la Palestine.] Du haut de
est
cetemontsgnedontla forme I
proetiab.eadesmntuem une grande
partie de la Palestine ou Idumée; ;c'est une des
pius célèbres des petites contrées de la terre:
on n'y peut faire un pas sans se rappellerles --- Page 409 ---
AUTOUR DU/ M ONI DE.
mystères ou prodiges de la religion juive et
catholique. Nous entrâmes bientôt dans Jérusalem. Quelle différence entre cette malheureuse cité, et ce que dut être la capitale
de Salomon! elle n'a pas même conservé
son ancien emplacement. On a exclus de
son enceinte le mont de Sion, sur lequel le
temple étoit construit : le mont Calvaire, qui
étoit situé hors de la ville, en occupe aujourd'hui le milieu, Au pied de ce montsont trois
tombeaux 1 dont Tun est de porphyre, et
renferme, à ce qu'on prétend, les cendres
du grand sacrificateur. Melchisedec; les deux
autres sont d'une construction plus moderles
:
ne, 1 comme le témoignent
épitaplies
Godefroi de Bouillon et Baudoin, son frère,
yisont enterrds. Léglise du Saint-Sépulere,
sans être grande, contient une douzaine de
sanctuaires : chacun d'eux rappelle quelque
circonstance de la mort et de la résurrection
de Jésus-Christ. Jérusalem, qu'on nomme
icila Ville-Sainte, offre peu de magnificence : une ville, tant de fois saccagée, ne pouvoit nous présenter que de tristes ruines; la
plupart des lieux cités dans l'Ancien et le
Nouveau-Testament ont:changé de forme et
pulere,
sans être grande, contient une douzaine de
sanctuaires : chacun d'eux rappelle quelque
circonstance de la mort et de la résurrection
de Jésus-Christ. Jérusalem, qu'on nomme
icila Ville-Sainte, offre peu de magnificence : une ville, tant de fois saccagée, ne pouvoit nous présenter que de tristes ruines; la
plupart des lieux cités dans l'Ancien et le
Nouveau-Testament ont:changé de forme et --- Page 410 ---
596 . NOUVEAU VOYAGE
de destination. La maison de Zébédée est devenue une église; l'église bâtie sur la maison de Saint-Thomas est devenue une mosquée:le couvent des Arméniens mérite bien
plus qu'on s'y arrête. Nous remarquâmes
sur-tout dans leur église une chaire revêtue
d'écaille de tortue et de nacre de perle travaillées avec beaucoup de grâce.
Les caves du mont Moriah, bâties pour
agrandirl'airedu temple, ont cent cinquante
pieds de profondeur, et forment deux allées
couvertes par de grandes pierres, et soutenues sur de hauts pilliers d'une seule pierre
de six pieds de diamètre. Le
est enI
temple
tièrement détruit : à sa place est une petite
mosquée qui n'a d'avantageux que sa situation; mais elle suffit pour lui donner un air
imposant, A quelque distance de-là on voit
la magnifique porte du temple, seul reste
échappé à la ruine de ce superbe et fameux
édifice.
On montre aux environs de Jérusalem la
grotte oûle prophéteJcrémie écrivit ses sublimes lamentations, et la prison où il fut ren:
fermé; elles n'ont de remarquable que lai
vénération que leur portent également les --- Page 411 ---
AUTOUR D U MI 01 N D E. 597
Chrétiens et les Turcs. Le sépul:
Juifs,les taillé dansile roc vif, est peutcre des rois,
monumens de l'anétre un des plus beaux
Son entrée conduit dans une cour
tiquité. rocher environne : au midi est un
que le
On descend à
portique orné de sculpture.
six
sont
son extrémité aux sépulcres, qui dont le
chambres de même grandeur, mais
plafond et les côtés sont si exactement carrés, les angles si justes, le tout si bien conservé qu'on croit voir un appartement régulier, dans un bloc de marbre : ces chambres,
la première, contiennent des cerexcepté
dans des niches sur
cueils de pierre, placés
les. côtés et couverts autrefois d'autres pierdifférens
étoient sculptés
res sur lesquelles
ont été brisées:
feuillages ; mais ces pierres
seule
il ne reste plus à cet édifice qu'une
faite d'une seule pierre, et taillée aussi
porte
pourroit T'être une pièce de
artistement que
bois.
de distance de Jérusalem sont BeA peu Bethléem et Nazareth : ce ne sont
thanie,
des espèces de petits bourgs, ou pluque tôt de vrais villages. Une remarque qui ne
échapper à aucun voyageur en parcoupeut
quelles
ont été brisées:
feuillages ; mais ces pierres
seule
il ne reste plus à cet édifice qu'une
faite d'une seule pierre, et taillée aussi
porte
pourroit T'être une pièce de
artistement que
bois.
de distance de Jérusalem sont BeA peu Bethléem et Nazareth : ce ne sont
thanie,
des espèces de petits bourgs, ou pluque tôt de vrais villages. Une remarque qui ne
échapper à aucun voyageur en parcoupeut --- Page 412 ---
NOUVEAU VOYAGE
rant la Palestine ou Judée, est comment un
si petit espace de terrain a pu suffire antrefois pour nourrir un grand penple. On voit,
à la vérité, des restes de lindustrie avec laquelle les Juifs étoie ent parvenus à rendre ce
pays fertile;: malgré cela, toutes les richesses, ou, pour mieux dire, T'abondance pré:
tendue de l'ancienne Judie, et même S.i
population, ont déatinizuentragoes, quoique le commerce dut beaueonp suppléer à
sa stérilité. LeJourdain est le seul lleuve qui
arrose la Palestine; il la traverse tonte entière, se jette ensuite dans la mer de Tibé.
riade: de-là il va se perdre dans celle qu'on
nomme la mer Morte. Ces deux mers ne
sont que deux grands lacs : celui de Tibériade n'a que six à sept milles de largeur,
sur une longueur de dix-huit Adixenenfmil
les: ce lac tire son non de la ville de Tibé.
riade, qu'Hérode fit bàtir en Thonneur de
Tibère, et dont plusieurs ruines annoncent
encore l'ancienne grandeur. La mer Morte
borne la plaine de Jéricho. Non loin de là,
on trouve sur une montagne une espèce de
pierre sulfureuse qui, mise au feu, y devient plus légère et répand une odeur insup: --- Page 413 ---
AUTOUR DU MONI D E.
portable. La Judée offre aussi des sources
d'eau chaude, dont une l'est à un tel degré
qu'on n'y sauroit tenir la main. En général, toute la Palestine suit la religion des
Turcs.
Il nous reste à tracer en peu de mots lés
révolutions qu'a éprouvé la Judée. On sait
que Moise y conduisit les Juifs au sortir de
l'Egypte : ces nouveaux habitans extermine.
rent les anciens, et furent eux-mémes subjugués, tantôt par les Philistins, tantôt par
d'autres peuples. Les Romains ne les juge:
rent pas indignes de leurs arines : Jérusalem
fntsoumise à leur domination, - après un siège
des plus sanglans et des plus horribles. Des
Romains, elle passa aux Grecs, et de ceuxci aux Arabes conduits par Omar, successeur de Mahomet. Les Arabes en furent à
leur tour chassés par les Sarrasins, qui en
restèrent tranquilles possesseurs jusqu'aux
croisades. Les Turcs parurent ensuite sur
la scène, détruisirent l'empire des califes,
et chassèrent les Chrétiens de Ja Palestine
dont ils sont encore aujourd'hui les mai.
tres : ainsi ce petit coin de la terre fut
souvent inondé de sang. 3 éprouva toutes
aux Arabes conduits par Omar, successeur de Mahomet. Les Arabes en furent à
leur tour chassés par les Sarrasins, qui en
restèrent tranquilles possesseurs jusqu'aux
croisades. Les Turcs parurent ensuite sur
la scène, détruisirent l'empire des califes,
et chassèrent les Chrétiens de Ja Palestine
dont ils sont encore aujourd'hui les mai.
tres : ainsi ce petit coin de la terre fut
souvent inondé de sang. 3 éprouva toutes --- Page 414 ---
20o.
NOUVEAU VOXAG K
sortes de dominations, et de formes de religion et de gouvernement, sans étre heureux
sous aucune, si ce n'est peut-étre sous le
règne de Salomon. Ce pays est gouverné aujourd'hui par différens pachas, sous l'autorité du grand-seigneur : le principal d'entre
ces gouverneurs est le pacha de Jérusalem.
Les Arabes cependant ont su. y conserver une
ombre de puissance, et le pays de Samarie
est spécialement affecté à un de leurs émirs.
Après étre restés encore quelques jours à
Jérusalem, nous primes la route de Seyde ou
Sidon, en traversantle Bélus, et nous arrivàmes à la ville d'Acre, autrefois Ptolémaide,
théâtre fameux de la guerre que Se firent les
Chrétiens et les Sarraesins.Lelendemainnous
apperçàmes le promontoire Blanc, sur lequel est un chemin de six pieds de large,
ouvrage d'Alexandre, et nous visitâmes le
lieu qui étoit le principal objet de notre curiosité, celui où fut la célèbre Tyr. Cette
ville, jadis appelée la reine des mers, n'est
plus quele séjour de quelques misérables pécheurs. Nous n'y trouvàmes de remarquable
qu'une colonne de marbre, haute d'environ
quarante-cinq pieds, couchée parmi-les décombres --- Page 415 ---
AUTOUR D U- M O NI DE.
combres d'une église. Il ne reste aucun vestige de la fameuse digue par laquelle Alexandre joignit la ville à la terre ferme. De Tyr
fumes à Sidon, ville assez grande et
nous
détruite
encore assez bien peuplée, quoique
les Turcs, qui, selon leur coutume, ont
par
de
bâtimens, les
enseveli, sous
rustiques
morceaux les plus curieux del'antiquité. Que
et sans doute dignes
de monumens précieux
de.notre admiration, ne trouveroit-on pas,
lieu
Tor et le sang des
si, au
d'employer
s'entr'épeuples, des millions d'hommes à
on les employoità des fouilles savangorger,
où
les cadates dans les souterrains
gissent
vres de Tyr, et de tant d'autres grandes villes
de T'antiquité !
Nous saisimes la première occasion qui
s'offrit à nous pour retourner d'une manière
agréable et sûre à Tor sur la mer Rouge,
c'est-à-dire, que nous attendimes àJérusalem, d'où les denx Arabes avec qni nous
avions fait le voyage étoient répartis, qu'il
s'en présentàt quelqu'autre avec lequel nous
pussions refaire à peu près la même route
jusquia Tor. Au bout de trois semaines d'attente, nous trouvàmes des compagnons de
Cc
Tome I.
s'offrit à nous pour retourner d'une manière
agréable et sûre à Tor sur la mer Rouge,
c'est-à-dire, que nous attendimes àJérusalem, d'où les denx Arabes avec qni nous
avions fait le voyage étoient répartis, qu'il
s'en présentàt quelqu'autre avec lequel nous
pussions refaire à peu près la même route
jusquia Tor. Au bout de trois semaines d'attente, nous trouvàmes des compagnons de
Cc
Tome I. --- Page 416 ---
N OUVEAU VOYAGE
voyage, 9 et nous préféràmes de reprendre le
chemin de Jérusalem à Tor, au lieu d'aller
de Sidon au Grand-Caire,, et de là à Suez,
parce que nous étions assurés de trouver à
Tor des bâtimens pour Suez, et parce qu'il
nous eût fallu égalément traverser des déserts du Caire à Suez. Le port de Suez OCcupe Textrémité du golfe Arabique, autrement dit la mer Rouge. C'étoit autrefois une
grande ville, connue Sous différens noms :
On T'appela la ville des héros, Hiéropolis S
elle fut,nommée aussi Cléopatra et Arsinoë,
On dit qu'Ara, qui conquit TEgypte pour
le premier-calife de Damas, yavoit ouvert,
de la mer jusqu'au Nil, un canal qui devenoit navigable. à l'accroissement de ce fleuve;
mais quand les Mahométans, eurent détruit
cette ville, ce canal se boucha insensiblement : on n'en trouve plus aucune trace. On
prétend que Sésostris roi d'Egypte, Darius
roi de Perse, et ensuite Ptolémée, avoient
aussi entrepris de joindre la mer Rouge à la
Méditerranée par une communication du
Nil au port de Suez : ce projet n'a point eu
lieu, parce qu'on craignoit, dit-on, que TE
gyple ne fut entièrement submergée, étant --- Page 417 ---
AUTOUR D U M O-N D E.
de plusieurs coudées plus basse quel le.golfe
Arabique.
Suez, où nous arrivà-
: Quoiqu'il en soit,
mémes sans aucun accident, du moins qui
rite d'êtré rapporté, feataufounthuinane 21
ville; mais notre intention, en
très-petite rendant à Suez, étoit d'y profiter des
nous
vaisseaux qu'on y trouve assez fréquemment.
prêts à faire voile pour Ormus, et de-là pour
présenta bientôt un
les Grandesindes.1isen.
(c'étoit un vaisseau anglois) : nous nous y.
de Tagrément du capitaine ; le
embarquàmes
ne nous ofirit rien
trajet sur la mer Rouge
Nousapperçimes uneinfinité
de particulier.
de
de petites iles, et un grand nombre ports
sont Alkossir, Suaquen,
dont les principaux
une
Massua , etc. Suaquen a été autrefois
ville riche et célèbre, sur la côte des Abyssins, par la bonté de son port, l'avantage
situation et l'étendue de son commerde sa
le détroit de Babel-Mance. Nous passâmes
de la Mecque. Il
del, autrement dit détroit
six lieues de largeur. Nous
n'a guère que
longue de.
fimes voile vers l'ile de Socotra,
lieues, large de neuf, et la plus grande
vingt soit à l'entrée de la' mer Rouge : on y
qui
Cca
des Abyssins, par la bonté de son port, l'avantage
situation et l'étendue de son commerde sa
le détroit de Babel-Mance. Nous passâmes
de la Mecque. Il
del, autrement dit détroit
six lieues de largeur. Nous
n'a guère que
longue de.
fimes voile vers l'ile de Socotra,
lieues, large de neuf, et la plus grande
vingt soit à l'entrée de la' mer Rouge : on y
qui
Cca --- Page 418 ---
404. NOUVEAU VOYAGE
pèche beaucoup de baleines. Les Insulaires
prennent ces animaux avec des harpons de
fer attachésà unel longue corde qui tient par
l'autre bout à une pièce de bois flottante pour
faire connuitre le lieu dh s'arrête la baleine
en mourant. Quand on la trainée au rivage
avec cette corde, on la dépèce comme l'on
veut. De l'ile de Socotra nous continuâmes
notre navigation le long des côtes de T'Arabie, jusqu'au golfe d'Ormus. --- Page 419 ---
AUTOUR DU M O-N D E.
C HAPITRE VIIL
D'Ormus et de Surate.
Auxr qu'on eût découvert la route par
le Cap de Bonne - Espérance, le port de la
ville d'Ormus, où nous arrivâmes après une
assez courte navigation, étoit un des grands
marchés du Levant pour les épiceries, les
drogues et ies autres marchandises des Indes: il en fournissoit à toute la Perse, et les
nations delOccidenty arrivoient par la mer
Ronge. D'Ormus les denrées de l'Inde se
transportoient, par le golfe Persique jusqqu'à
Basran, pour étre distribuées par les caravanes en Arménie, à Trébisonde, à Damas,. à Alep, etc. Ce qui s'apportoit par Ia
mér Rouge étoit embarqué à Tor et à Suez,
d'ou les caravanes conduisoient le transport
jusqu'au Caire ; et de-là, par la voie du Nil,
Cc3 --- Page 420 ---
NOUVE A U WOTAGE
ces marohandises parvenoient au port d'A:
lexandrie.
Ormus est dans une ile à l'entrée du golfe
Persique. Cette ile, qui se nomme Jérun, a
quatre ou cinq lieues de circonférence; elle
n'est éloignée que de deux lieues du continent. Le terrain en est si stérile qu'il ne produit que du sel et du soufre. Onn'y trouve
pas même de l'eau; il faut l'aller chercher
dans la terre ferme. Malgré cette stérilité et
les chaleurs excessives qui font de cette ile
une espèce de fournaise ardente, sa rade est
néanmoins si bonne, sa situation si avantageuse, qu'il étoit passé en proverbe parmiles Arabes: C Que si tout l'univers n'étoit
ec qu'une bague, la ville d'Ormus en seroit
ac le diamant. >
Ormus, autrefois la capitale d'un royaume, étoit situé sur le continent ; un de ses
rois obtint d'un prince voisin l'ile de Jérun,
comme un lieu de peu d'importance; ets'y
étant fortifié, il chassa son bienfaiteur de
tous ses états. Il y bâtit une ville qu'il nomma Ormus, du nom de son ancienne capitale. En moins de deux siècles, elle prospéra au point d'étendre sa domination sur
ac le diamant. >
Ormus, autrefois la capitale d'un royaume, étoit situé sur le continent ; un de ses
rois obtint d'un prince voisin l'ile de Jérun,
comme un lieu de peu d'importance; ets'y
étant fortifié, il chassa son bienfaiteur de
tous ses états. Il y bâtit une ville qu'il nomma Ormus, du nom de son ancienne capitale. En moins de deux siècles, elle prospéra au point d'étendre sa domination sur --- Page 421 ---
AUTOUR DU HOND F.
Le fameux
TArabie et sur le golfe Persique.
d'Albarqnerque, amiral portuAlphonse réduit, au seizième siècle, sons
gais,Tayant
bàtit une citadelle:
le joug de sa nation, ily
riche étaOrmus devint, apiès Goa 3 le plus
dans les Indes, et
blissement des Portugais
del'Aune des villes les plus commergantes
sie. Onyvoyoit arriver une' equamitéincroya de
ble de marchandises, avec les richesses
de toutes les Inla Chine, des Moluques,
de l'Arabie.
des orientales, de la Perse et
On ne sauroit se figurer le changement T'aide qui
s'est fait dans cette ile, depuis qu'avec rendu
des Anglois, le roi de Perse s'en est
maitre etl'a enlevée aux Portugais, en 1622.
Il en fit démolir les murailles, et transporet le commerce à Gomter les matériaux
des-lors
rom , port voisin, qui commença florissante. Ce
à devenir une ville riche et
laimultiqui augmente sa célébrité, c'est
tude de perles qui se péchent dans ce golfe:
elles sont les plus grosses, les plus nettes et
de l'univers. Voici de
les plus précieuses
dont nous
quelle manière se fait cette pêche,
d'être témoins. On enetmes la satisfaction
ferme la tête du pécheur dans une espèce
Cc4 --- Page 422 ---
NOUVEAT U VOTAGE
d'étui de cuir bouilli, qui n'a d'ouverture
que par un long tuyau qui va jusqu'au-dessus de l'eau,et dans lequel par conséquent
l'eau ne peut entrer dans ce tuyau. On le
fait descendre jusqu'au fond : il y ramasse
tout ce, qu'il peut trouver d'écailles; il en
remplit un sac qa'il a au cou, et avertit d'autres pécheurs qui l'attendent dans une barque et le tirenti hors de l'eau.
D'Ormus nous nous rendimes, sur le méme vaisseau anglois, à Surate, après avoir
visité le port et la ville de Gomrom : ellea
deux forts châteaux vis-à-vis l'un de Tautre,
qui défendentl'entrée du hàvre, et sont garnis d'une bonne artillerie. Les plas belles
maisons sde la ville sont celle du gouverneur 9
et celles des Hollandois et des Anglois, qui
y fontle principal commerce. Lesmatériaux
dont on batit ici les maisons sont un composé de terre grasse, de sable, de paille
cbupée ou hachée, et de fumier de cheval:
on méle le tout ensemble, on en fait une
couche que l'on couvre d'une autre couche
de fagots, et ainsi successivement jusqu'à
la hauteur de cing à six pieds. Ils y mettent
le feu, et font cuire cette espèce de ciment
et des Anglois, qui
y fontle principal commerce. Lesmatériaux
dont on batit ici les maisons sont un composé de terre grasse, de sable, de paille
cbupée ou hachée, et de fumier de cheval:
on méle le tout ensemble, on en fait une
couche que l'on couvre d'une autre couche
de fagots, et ainsi successivement jusqu'à
la hauteur de cing à six pieds. Ils y mettent
le feu, et font cuire cette espèce de ciment --- Page 423 ---
AUTOUR DU' MONDE
qui devient dur comme de la pierre. I.es
de basse condition logènt dans des cagens banes faites de branches et de feuilles de
dattiers. Les habitans font venir leurs provisions de Kismich, ile éloignée de trois
lieues de Gomrom. Les personnes de distinction sont vêtues à la persane ; mais le peuple va presque nu. Les femmes se chargent
les bras, les jambes, les oreilles et les narines d'anneaux d'or, d'argent, de cuivre
ou de fer, selon leurs moyens.,
Avant d'arriver à Surate, nous abordâmes
au port de Diu, ville fameuse, que les sièges qu'elle a eu à soutenir rendront à jamais
mémorable dans les villes de l'Asie : elle ap:
partenoit au roi de Cambaye, lorsque les
Portugais obtinrent la permission d'y bàtir
une forteresse. Ils en devinrent bientôt les
maitres. Pour chasser ces étrangers, le roi
de Cambaye sollicita le secours des Turcs.)
Soliman, bacha d'Egypte, eut le commandement de la flotte, que le grand-seigneur
envoya dans IInde. Il poursuivit vivemént
le siège de Diu, qu'il trouva commencé.
Les Portugais firent une si belle résistance
Soliman fut contraint de lever le siège.
que --- Page 424 ---
NOUVEAU VOYAGE
La ville de Din soutint deux ans après, aveo
la mêine valeur et le même succès, un autre siège entrepris aussi par le roi de Cambaye.
Nous ne nous arrétâmes presque pas à
Diu, et nous voguâmes vers Surate, ville
très-célebre des états du Grand-Mogol. Elle
est située à trois ou
a
quatre lieues de la mer,
sur une rivière nommée Tapti, cqai forme
un port où les vaisseaux peuvent entrer facilement. Ce n'est cependant pas-là le
de Surate; ; il est à quatre lieues de la ville, port
au village de Sahali, Ce fut-là où nous débarquâmes. Les facteurs françois, anglois et
hollandois ont leurs comptoirs à une demilieue de la mer, à quelque distance l'un de
l'autre. La ville de Surate est bâtie en carré; mais du côté de la rivière qui fait un
détour, elle forme une espèce de croissant.
La grande place est environnée d'ane foule
de beaux édilices : le château, qui la termine, n'est pas un de ses moindres ornemens; il a pour fossé la rivière méme qui
coule au pied de ses bastions. L'extérieur.
de la plupart des maisons est aussi orné,
aussi enrichi d'ouvrages de menuiserie, que
âtie en carré; mais du côté de la rivière qui fait un
détour, elle forme une espèce de croissant.
La grande place est environnée d'ane foule
de beaux édilices : le château, qui la termine, n'est pas un de ses moindres ornemens; il a pour fossé la rivière méme qui
coule au pied de ses bastions. L'extérieur.
de la plupart des maisons est aussi orné,
aussi enrichi d'ouvrages de menuiserie, que --- Page 425 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
Les dedans
l'intérieur de nos appartemens.
Les
magnificence.
sont de la plus grande
sont reles plafonds, les parquets
murs,
Les fenètres ne sont
vétus de porcelaine.
ce
faites de verre cômme en Europe;
point
écailles de crocodile ou de tortue,
sont des
de
- dont les différentes
ou des nacres perle;
agréablea
couleurs rendent la lumière plus
ville renferme plus de quatre cent
Cette
commandés par deux goumille habitans,
militaire,Tauverneurs : Tun est parement
I
tre est pour les affaires civiles.
a le
Surate est la ville du monde-oà ily
de diverses nations, et de
plus d'habitans
toutes du
religions différentes , quijonissent
libre exercice de leur culte. Elle est penplée
de Mogols; de Banians, d'Inprincipalenient suivent la secte de Pythagore,
diens qui
d'Arméniens, de
d'Arabes, de Persans,
de Hollan-,
Turcs, de Juifs, de François,
Les Mogols sont les plus
dois et d'Anglois.
de leur religion,
considérés, tant à cause
du
et des princiqui est celle Grand-Mogol
de la
seigneurs du pays, qu'à cause
paux
font de porter les armes ;
profession qu'ils
les métiers et le
ils ont de T'aversion pour --- Page 426 ---
NOUYEAU VOTAGE
commerce. Les Banians, au contraire, 1 ai-'
ment le travail et la vie retirée et sédentaire.
Les Anglois ont établi à Surate le fort de
tont leur commerce des Indes. Les personnes aisées peuvent ici voir leur table couverte de ce que T'Europe et l'Asie offrent de
plus rare, Un jour que nous dinions chez un
François, qui nous combla de toutes sortes
d'honnétetés et nous fut d'un grand secours, 9
nous fiimes témoins d'une plaisante naiveté de la part d'un Indien qui avoit eu la
curiosité de nous voir à table. Il fut extrémement surpris, à l'ouverture d'une bouteille de vin de Champagne, de voir sortir
la liqueur avec force, et le bouchon sauter
au plafond, aussitôt qu'on l'eut déficelé.
Nous lui demandâmes le sujet de son étonnement: c Ce: n'est pas, dit-il, de voir jail-
<c lir la liqueur hors de la bouteille; c'est
R comment on a pu Ty fairé entrer. >> L'argent se compte ici par roupies, par leks,
par courous, par padans et par nils. La roupie vaut environ quarante sols de notre mionnoie; il faut cent milleroupies pour un lek,
cent mille leks pour un courou, cent mille
elé.
Nous lui demandâmes le sujet de son étonnement: c Ce: n'est pas, dit-il, de voir jail-
<c lir la liqueur hors de la bouteille; c'est
R comment on a pu Ty fairé entrer. >> L'argent se compte ici par roupies, par leks,
par courous, par padans et par nils. La roupie vaut environ quarante sols de notre mionnoie; il faut cent milleroupies pour un lek,
cent mille leks pour un courou, cent mille --- Page 427 ---
AUTOUR DU M ON D E.
un padan, et cent mille pacourous pour un nil. Il y a des demi-roupies,
dans pour"
On trouve aussi à Sudes quarts de roupies.
basse:
autre
de monnoie plus
rate une
espèce amères dont soixante
ce sont des amandes
soixante
valent une pièce de cuivre, et
pièL'or de Suces de cuivre font une roupie.
fin
le transportant en Eurate est si
qu'en
douze à quatorze
rope, on peut y gagner
1 pour cent.
de Surate offrent par-tout des
Les dehors délicieuses des deux côtés de la
promenades
nombre de maisons de
rivière, et un grand
mais rien ne peut être ici complaisance; monastère des faquirs, espèce de
paré au
qui, comme les nôtres,
moines mendians,
revenus.:
font la quête pour augmenterleurs
Tout ce que l'art peut employer pour perfectionner la nature a contribué ilembellisde cette retraite. ily a dans ce pays
sement
les vaches, les chevaux,
un hopital pour
animaux
les chèvres, les chiens et d'autres
-malades, estropiés ou trop vieux pour servir; il est entretenu par les Banians, qui
croient à la métempsycose: : chacun d'eux
simagine voir son parent dans un chien ou --- Page 428 ---
NOUVEAU VOYAGE,
dans un cheval. Cette vénération qu'ont les
Indiens pour les animaux s'étend quelquefois jusque sur les arbres; il y en a un surtout qu'ils regardent comme sacré; qu'ils
prennent soin d'orner et souvent d'accompagner d'une pagode. Cet arbre se nomme
var ou ber, larbre des Banians ou l'arbre
des racines : ce dernier nom lui vient de la
facilité avec laquelle ses branches prennent
racine, et reproduisent d'autres branches.
La terre des environs de Surate est très-fer-.
tile; le climat est fort chaud; mais son ardeur excessive est tempérée par des pluies
donces et par des vents qui règnent dans
certains mois. Le gout du raisin n'est pas excellent :on n'en tobtient qu'un vin fort aigre,
Mais on fait ici 0e deleau-de-vie qu'on appelle
tary: c'est une liqueur assez agréable, qui
se tire du palinier et du cocotier.
Surate et son canton sont la plus belle
partie de la province de Guzarate, comme
cette province este elle-même la plus agréable
delIndostan: : elle étoitautrefois un royaume
particulier que le Grand-Mogol a réduit sous
sa domination : on la nommoitalors lei royaume de Cambaye. Guzarate est une pres:
au-de-vie qu'on appelle
tary: c'est une liqueur assez agréable, qui
se tire du palinier et du cocotier.
Surate et son canton sont la plus belle
partie de la province de Guzarate, comme
cette province este elle-même la plus agréable
delIndostan: : elle étoitautrefois un royaume
particulier que le Grand-Mogol a réduit sous
sa domination : on la nommoitalors lei royaume de Cambaye. Guzarate est une pres: --- Page 429 ---
AUTOUR D U M O N DE.
qu'ile comprise entre l'Indus etla côte deMalabar; elle forme, comme nous venons de le
dire, la plus belle contrée de la presqu'ile
en deçà du Gange. C'est par cette portion
de l'empire du Mogol que nous avons commencé, par terre, 2 le voyage de IInde. Nous
profitàmes d'une caravane marchande qui
alloit porter des épiceries et autres denrées
à Amadabath. La province de Guzarate est
si intéressante à parcourir, et le François
avec qui nous avions fait connoissance à
Surate, nous avoit tellement inspiré le désir de la voir par nous-mémes, 1 que nous
fimes enchantés de trouver une occasion
aussi favorable pour commencer par-là notre tournée. Nons étions d'ailleurs porteurs
d'une lettre de recommandation et de quelques commissions pour le directeur d'un
établissement considérable que les Anglois
ont à Amadabath. Nous étions jaloux de lui
remettre promptement les paquets dont
nous nous étions chargés, et nous avionsle
plus grand intérêt à profirer des bontés que
nous avions tout lieu d'attendre de lui:il ne
trompa pas notre attente. --- Page 430 ---
NOUVEAU VoY A GE
- HAPITRE IX.
Du Mogol ou de FIndostan.
Nousa avons observé plus haut que Surate et
son canton étoient une partiedela provincede
Guzarate que le Grand Mogol avoit réduite
sous sa domination; ainsi nous sommes déja
entrés dans l'émpire du Mogol, en abordant
à Surate. Avant de continuer le récit de notre voyagedansce vaste empire, nous croyons
en devoir donner ici une idée générale, ainsi
que des révolutions qu'il a subi. Le Mogol,
grand pays d'Asie dans les Indes, est borné au nord par T'Imaiis, longue chaine de
montagnes où sont les sources du Sinde et
du Gange: cette chaine sépare le Mogol de
la Grande-Tartarie. Il a pour bornes à l'orient le royaume d'Aracan dépendant du
Pégu; il se termine au midi par le golfe du
Gange et la presqu'ile occidentale dans laquelle
des révolutions qu'il a subi. Le Mogol,
grand pays d'Asie dans les Indes, est borné au nord par T'Imaiis, longue chaine de
montagnes où sont les sources du Sinde et
du Gange: cette chaine sépare le Mogol de
la Grande-Tartarie. Il a pour bornes à l'orient le royaume d'Aracan dépendant du
Pégu; il se termine au midi par le golfe du
Gange et la presqu'ile occidentale dans laquelle --- Page 431 ---
AUTOUR D U M 0 N DE.
417.
quelle sont comprises les nouvelles conquétes dn Décan, du Golconde, etc.; enfin,
il est borné du côté du couchant par la Perse
et par les Agwans, qui occupent le pays de
Candahar en Perse, et sont les plus guerriers de tous les Persans.
Timur, ou Tamerlan, fut le fondateur
de T'empire des Mogols dans T'Indostan,
mais il ne soumit pas entièrement le royau:
me de TInde. Cependant ce pays, où la nature du climat inspire la mollesse, résista
foiblement à la postérité de ce vainqueur: :
le sultan Babar, son arrière- - petit - fils, se
rendit maitre de tout le pays quis'étend depuis Samarkande jusqu'auprès d'Agra : il
mourut en 1552. Son fils Amayum pensa
perdre ce grand empire pour toujours. Un
prince patane, nommé Chircha, le détro-,
na, etlecontraignit de se réfugier en Perse.
Ce fut ce même Chircha qui rendit la religion des Osmalis dominante dans le Mogol.
Après sa mort, une armée de Persans remit Amayum sur le trône. Akébar, son successeur, étendit les frontières de l'empire.
C'étoit un prince valeureux, libéral, géndreux et sensible: ses fondations sont imTome 1.,
Dd --- Page 432 ---
NOUVEA U VOTAGE
menses, ainsi que les monumens publics
que cet empire lui doit. Après sa mort et
celle de son fils, qui régna, paisiblement,
ses petii-fils se firent la guerre, jusqu'à ce
que Tun d'eux, Orangzeb, ou Anrengzeb,
s'empara du trône sur le dernier de ses frères, et le tua. Il sontintavec bonheur un
empire qu'il avoit ravi par le crime Nul
homme n'a mieux montré que le succès et
la félicité ne sont pas toujours le partage
de la vertu. Cet empereur... ce monstre,
qui fit aussi périr son père par le poison ,
et qui se souilla du sang de toute sa famille, réussit dans toutes ses entreprises,
et mourut centenaire en 1707. Il joignit au
Mogol lcs royaumes de Visapour et de Gol.
conde, et toute cette grande presqu'ile que
bordent les côtes de Malabar et de Coromandel. Sa m agnificence surpassoit tout ce
qu'on peut imaginer. Tavernier a estimé un
seul de ses trônes 160 millions de son tems,
qui font plus de 300 millions dunôire. Douze
colonnes d'or, qui soutenoient le dais de ce
trône, étoient entourées de grosses perl-s;
le dais étoit couvert de'perles,et de diamans,
et surmonté d'un paon qui étaloit une queue
ôtes de Malabar et de Coromandel. Sa m agnificence surpassoit tout ce
qu'on peut imaginer. Tavernier a estimé un
seul de ses trônes 160 millions de son tems,
qui font plus de 300 millions dunôire. Douze
colonnes d'or, qui soutenoient le dais de ce
trône, étoient entourées de grosses perl-s;
le dais étoit couvert de'perles,et de diamans,
et surmonté d'un paon qui étaloit une queue --- Page 433 ---
AUTOUR DU MON DE.
C'est sur-tout dans TInde que
de pierreries.
les homines: : les Tartale climat influe sur
à
les mêmes
res vainqueurs prirent peu peu
Indiens. Cet excès d'opuinours,etdivinrentt luxe n'a servi qu'à leur malheur
lence et de
Il est arrivé, en
et à celui du Mogol (1).
la même
1739, au petit - fils d'Orangzeb,
Crésus, autrefois roi de Lydie,
chose qu'à
ce qui ne tarda pas à se
à qui Ton annonça
seroient la proie de
wérifier, que ses trésors
auroient du fer.
ceux qui, au lieu d'or,
trône de PerThamas-Kouli-Kan, élevé au
avoir détrôné son maitre, vaincu
se, après
Candahar, s'avança jusles Agwans, et pris
suivant d'aus
qu'à Deli. Mahamad-Scha,ou, du Mogol, lui
tres, Muhammed, empereur
dix mille
douze cent mille hommes,
opposa de canon, et deux mille éléphans arpièces
Jamais on n'avoit vu tant de
més en guerre. si foible résistance. Thamasforces, ni une
soixante mille com
Konli-Kan n'avoit que
battans. La petite armée assiégea la grande,
L'Inde a été la proie de qui l'a voulu cons
a (1)
quérir.
Dda --- Page 434 ---
NOUVEAU VOTAGE
lui coupa les vivres et la força de se rendre
à discrétion. Il entra dans cette capitale en
conquérant. Les habitans de Deli ayant pris
tumnlmuensementles armes sur un faux bruit
de sa mort, et fait mair-basse.sur tous les
Persans qu'ils rencontroient, ilen futsiirrité qu'il livra la ville au pillage. Il périt,
dans ce massacre, plus de deux cent mille
personnes. Tinmas-Kouli-Kan s'empara de
tous les trésors du Mogol, qui furent esti-"
més à plus de dix huit cent millions de notre monnoie, sans compter les effets précieux et les richesses en tout genre qu'il
avoit déja envoyés dans ses états. Il rétablit
Muhamned sur son trône, et laissa en partant un conseil de régence. Muhammed ne
fut réellement que son vice -roi. Thamas
ayant étd ensuite assassiné en Perse, au milieu de ses triomphes, les différens vice-rois
ou princes puissans du Mogol (I), secouérent
le jong, et cet empire a été depuis; ainsi
(1) Quand on dit roi de Golconde, de Visapour, il faut entendre vice- roi, parce que ces
différens petits souverains paient des tributs à l'empereur du Mogol.
régence. Muhammed ne
fut réellement que son vice -roi. Thamas
ayant étd ensuite assassiné en Perse, au milieu de ses triomphes, les différens vice-rois
ou princes puissans du Mogol (I), secouérent
le jong, et cet empire a été depuis; ainsi
(1) Quand on dit roi de Golconde, de Visapour, il faut entendre vice- roi, parce que ces
différens petits souverains paient des tributs à l'empereur du Mogol. --- Page 435 ---
AUTOUR DU M ON D E.
que la Perse, la proie de différentes factions.
En partant de Surate, nous primes par
terre le chemin de Broitschia, ville qui en
est éloignée de douze lieues : elle est bâtie sur
une montagne, avec de bonnes murailles
qui en font une ville très-forte; elle cst assez bien peuplée, mais la plupart des habitans ne sont que des tisserands, qui font
les plus belles toiles de coton de la province. On tire des montagnes voisines une agate précieuse, dont on fait des manches de
couteaux et de poignards, et des coupes
très-estimées.
A deux journées de Broitschia,, nous arrivâmes à la ville de Brodra, quin'est guère
peuplée que d'ouvriers qni travaillent en
toiles de coton, Un village, quin'en est éloigné que de quelques lic nes 2 rend tous les
ans plus de deux cent cinquante quintaux de
lacque: c'est une gomme qui se tirede certains arbres qui-ressemblent assezà nos pru:
niers, etqui sont en-! très-grand nombre dans a
la province de Guzarate. Les Indiens en font
desbâtonsdont ils cachè entleurs lettres Enfin, nous nous rendimes à Amadabath, ,cae
Dd3 --- Page 436 ---
NOUVEAU VOYAGE
pitale de.la province. On dit que cette ville
fut bâtie par un roi du pays, nommé Ahmed. Nous allâmes chez le directeur de l'établissement anglois, et nous lui remimes
les papiers et la lettre de recommandation
dont nous étions porteurs : il nous offrit un
logement que nous acceptâmes. Dès le lendemain, il fit venir, après souper, dans
notre appartement, les plus belles danseuses qu'on put trouver dans la ville: : c'étoient
des Banianes qui offrirent de se mettre toutes nues, et d'avoir pour nons toutes les
complaisances qu'on peut désirer, en pareil
cas, des personnes de leur sexe et de leur
profession. Notre refus parut les offenser,
et elles se retirèrent humiliées : Tusage n'est
pas, en effet, ici de les appeler inutilement.
Le directeur nous avoit pris le matin dans
son carosse pour nous faire voir une partie de la ville. Cette voiture, faite à l'indienne, étoit toute dorée, couverte de plusieurs riches tapis de Perse, et attelée de
deux boeufs blancs, qui témoignoient avoir
presqu'autant d'ardeur que les chevaux les
plus vifs. On nous conduisit d'abord à la
principale place, nomméele marché du roi;
appeler inutilement.
Le directeur nous avoit pris le matin dans
son carosse pour nous faire voir une partie de la ville. Cette voiture, faite à l'indienne, étoit toute dorée, couverte de plusieurs riches tapis de Perse, et attelée de
deux boeufs blancs, qui témoignoient avoir
presqu'autant d'ardeur que les chevaux les
plus vifs. On nous conduisit d'abord à la
principale place, nomméele marché du roi; --- Page 437 ---
AUTOUR D U M ONDE.
elle a seize cents pieds del long sur huitcents
de large: elle est ornée de tous côtés d'un
double rang de palmiers et de tamarins entremélés de citronniers et d'orangers. Le
palais des anciens rois de Cambaye nous offrit ensuite, par des restes de dorure et de
peinture, des marques de son ancienne maEmsirpisisos un grand
édifice qui ne le cède à aucun antre de la ville.
le titre de kan ou de
Le gouverneur prend
raja, qui veut dire prince. Quand il sort,
il est assis sur une espèce de trône porté par
un éléphant, etil se fait accompagner d'une
garde nombreuse.
de la ville
La plus grande magnificence
d'Amadabath et de ses environs consistedlans
des tombeaux : ce sont de grands et beaux
édifices, accompagnés de jardins qui sont
ouverts à tout le monde. Nous comrptàmes
à un-de ces tombeaux jusqu'à q"atre cents
colonnes de marbre de la hauteur de trente
pieds. Outre le nombre prodigienx de jardins quj sont aux environs de cette ville,
et qui forment l'aspect le plus riant, les
grands chemins sont encore bordés de COCOtiers et d'autres arbres', qui ilogent et nour
D44 --- Page 438 ---
NOUVEAU. VOYAGE
rissent une quaniité incroyable de singes et
de perroquets. Parmi les singes, il y en a
d'anssi grands que des levriers, et d'assez
forts pour attaquer un homme; ils sont si
familiers qu'ils entrent dans les maisons à
toute heure, en touteliberté, Cette familiarité
provient de ce que les Banians, qni croient,
comme nous l'avons déja dit, à la métempsycose, et quisonticien plus grand nombre
que les Mahomélans, ne sonffrent point
qu'on les fasse mourir. Les perrorquets sont
si communs etsiapprivoisés qu'ils font leurs
nids sur les toits de maisons, commeles hirondelles en Europe : ils sont de la grande espèce, et nommés corbeaux d'Inde. Il
y en a qui sont blaucs,' 'et d'un gris de perle,
et qui ont sur la tête une houpe incarnate:
on les appelle kakatons. La rivière est ici
converte de hérons et de coromans. Ce dernier est l'espèce d'oiseau que les naturalistes nomment onocratalus, à cause du
bruit qu'il faitdans l'eau quand ily enfonce
son bec, et qu'en poussant sa voix de toute
sa force il inite le braiment de l'âne. Les
foréts sont remplies de lions, de léopards
et d'éléphans, comme dans les autres
pays
ate:
on les appelle kakatons. La rivière est ici
converte de hérons et de coromans. Ce dernier est l'espèce d'oiseau que les naturalistes nomment onocratalus, à cause du
bruit qu'il faitdans l'eau quand ily enfonce
son bec, et qu'en poussant sa voix de toute
sa force il inite le braiment de l'âne. Les
foréts sont remplies de lions, de léopards
et d'éléphans, comme dans les autres
pays --- Page 439 ---
AUTOUR DU M ONDE
de l'Inde. Il n'y a point ici de rivière qui
ne nourrisse des crocodiles; ils marchent
souvent sur le bord du rivage; un homme
a de la peine à les éviter à la course. On
nous a assuré qu'on avoit vu des crocodiles qui avoient plus de cent pieds de long.
Ceux que nous avons vu n'en ont guère
moins de quinze : c'étoit sur la rivière de
Mais, qui arrose les murs de Cambaye, où
nous allâmes faire un petit voyage pendant
notre séjour à Amadabath, d'oùt Cambaye
n'est éloignée que d'environ quatorze lieues.
Cambaye est une des plus belles et des
plus grandes villes de l'Indostan : elle a donné autrefois son nom à la province de Guzarate, ainsi qu'au golfe près duquel elle est
située. Elle a près de deux lieues de circuit.
Il nous restoit à voir, dans cette province,
quelques autres villes que nous etmes facilement occasion des visiter pendant notre
séjour dars ce pays. Bisangatan, située au
centre de la province, est aussi une des plus
villes de lIndostan. La ville de Pegrandes
tain, que nous allâmes également voir,
avoit autrefois près de six lieues de circuit: --- Page 440 ---
NOUVEAU VOYAGE
il in'en existe plus
que quelques ruines
peu dignes de remarque.
Après toutes ces différentes excursions;
nous apprimes qu'il y avoit une caravane
d'environ quarante marchands, tant Anglois que Banians, qui devoit partir incessanment pour Agra, ville capitale de tous
les états du Mogol (1). Nous nous hâtâmes
d'employer le peu de tems qui nous restoit
jusqu' au départ de ces négocians,
instruire
pour nous
plus particulièrement des moeurs
et des coutumes de la province de Guzarate, dont la longueur est d'environ
vingt lieues, sur une largeur à
quatreégale. La plupart des habitans de peu près
Guzarate'
sont de race indienne : l'idolâtrie étoit leur
religion ; car la loi de Mahomet leur a été
portée par Tamerlan. Ils ont en ce canton
le teint basanné. Les hommesise
tête et le menton, mais
rasent la
gardent la mous-
(1) Agra et Déli sont deux capitales de tout le
Mogol, les empereurs résidant tantôt dans
tantôt dans l'autre de ces deux villes, suivaut l'une, les
eircoastances.
de race indienne : l'idolâtrie étoit leur
religion ; car la loi de Mahomet leur a été
portée par Tamerlan. Ils ont en ce canton
le teint basanné. Les hommesise
tête et le menton, mais
rasent la
gardent la mous-
(1) Agra et Déli sont deux capitales de tout le
Mogol, les empereurs résidant tantôt dans
tantôt dans l'autre de ces deux villes, suivaut l'une, les
eircoastances. --- Page 441 ---
AUTOUR DU MONI D E.
427.
tache comme les Perses. Les femmes laissent flotter leurs cheveux sur les épaules,
la tête d'un petit bonnet ou
et se couvrent
d'un crépe bordé d'or, et dont les extrémités descendent jusque sur les genoux. Outre
leur robe, qui ne tombe qu'au dessous du
de la jambe, elles portent une chegras
les hanches, une
mise qui ne passe pas
jope légère, et des hauts-de-chausse fort am.
ples qui se nouent au-dessus du nombril,
avec un cordon d'or ou de soie. Leur sein
découvert, et leurs bras sont
est presque
d'un
coude, mais chargés
nus jusqu'au de bracelets. Les plus distingrand nombre
ou de
guées couvrent de pierres précieuses
leur cou, leurs oreilles et leurs naperles,
rines.
d'une
Les femmes banianes sonthabilléesautre manière : elles ne se couvrent point le
comme celles des Mahométans ; elvisage, des robes de toile de coton très-fine I
les ont
milieu de la
qui leur descendent jusqu'au
jambe; elles mettent par- dessus un habit
serrent d'un cordon à la
'plus court qu'clles
hantenr des reins : comme le haut de cet
habillement est fort lache, elles paroissent --- Page 442 ---
NOUVEAU VOYAGE
nues depuis le sein jusqu'à la ceinture. Une
pièce d'étoffe de soie fort claire
leur
qui
va
jusqu'au bas de la jambe, leur sert de caleçon. Les Banians sont vétus de
longues robes, assez semblables à celles des Mogols.
Ces robes sont blanches et d'une toile de
coton très - fine, dont ils se font aussi des
turbans, mais un peu moins grands
ceux des Mahométans. Ils
que
ne se font
raserla téte, mais ils portent leurs cheveux point
courts.
Les Banians sont la partie la plus considérable et la plus nombreuse des idolâtres
de la province de Guzarate. Ce sont
encore
eux qui, après les Mogols, tiennentle,
mier rang dans tout ce vaste empire. Leur preorigine remonte aux tems les plus reculés,
et, pendant plus dè quatre mille ans', 2 cette
nation s'est préservée de tout mélange. Ces
peuples croient qu'il y a un Dieu, mais ils
adorent le démon, ou principe du mal, auquel ils disent qu'est confiée l'administration de l'univers, et la puissance de faire
du mal aux hommes. Ils remplissent leurs
temples des images et des statues de cet être
malfaisant, 2 qu'ils représentent sous uue
ine remonte aux tems les plus reculés,
et, pendant plus dè quatre mille ans', 2 cette
nation s'est préservée de tout mélange. Ces
peuples croient qu'il y a un Dieu, mais ils
adorent le démon, ou principe du mal, auquel ils disent qu'est confiée l'administration de l'univers, et la puissance de faire
du mal aux hommes. Ils remplissent leurs
temples des images et des statues de cet être
malfaisant, 2 qu'ils représentent sous uue --- Page 443 ---
AUTOUR DU.XONDE 429
figure effroyable : sa tête est chargée de
quatre cornes et d'une triple couronne en
forme de thiarre: ; il a des pattes au lieu
de pieds, et une queue de vache, etc. : ne
rions point d'eux; le diablen'est-il pas peint
dans nos églises sous.les mêmes formes?
Ils posent cette figure sur une table de
pierre qui sert d'autel. Les bramines, ainsi
nommés du nom de Brama, qu'ils regardent comme le lieutenant de Dieu sur la 1
terre, jouissent parmi eux de la plus haute
considération. Les Banians ne commencent
aucune affaire importante sans avoir consulté leurs prétres ou bramines : ceux-ci entretiennent la superstition du peuple enlui
racontant mille faux oracles. Ils sont si fort
en vénération dans toutes les Indes, qu'il
ne se fait point de mariage quel l'on ne consacre les prémices de la nouvelle épouse à
un bramine, et qu'on ne la lui amène pour
être déllorée (1). Quand les maris veulent
faire un voyage, ils prient un bramine d'a-
(1) Chez d'autres. peuples on regarde cette dés
foration comme une corvée, --- Page 444 ---
NOUVEAU VOYAGE
voir soin de leurs femmes, et de remplir
le, devoir conjugal pendant leur absence.
Ces prétres enseignent que l'ame est immortelle, mais ils la font passer par. le corps
de plusieurs animaux avant qu'elle jouisse
d'ane béatitude purement spirituelle. De-là
cette attention scru: uleuse à les conserver,
à leur fouder des hôpitaux : ils vontj tjusqu'à
craindre d'allamer du feu ou de la chandelle pendant la nuit, de peur que les mouches et les papillons ne s'y viennent bruler. Ils portent pres que toujours, dans leur
chambre, un petit balai à la main pour la
balayer, ou pour nétoyer les sièges, de peur
d'écraser, en marchant on en s'asseyant,
des insectes imperceptibles. Cet excès de
superstition, qui du moins est très-humaiue, leur donne de T'horreur pour la
guerre : aussi T'empereur du Mogol n'exiget-il d'eux aucun service militaire. Cette
exemption et ces superstitions font qu'ils
sont très-méprisés des Mahométans quiles
traitent en esclaves.
La religion baniane renferme jusqu'à près
de maatre-vingt sectes différentes, qui ont
chacune leurs prètres, leurs temples, leurs
ceptibles. Cet excès de
superstition, qui du moins est très-humaiue, leur donne de T'horreur pour la
guerre : aussi T'empereur du Mogol n'exiget-il d'eux aucun service militaire. Cette
exemption et ces superstitions font qu'ils
sont très-méprisés des Mahométans quiles
traitent en esclaves.
La religion baniane renferme jusqu'à près
de maatre-vingt sectes différentes, qui ont
chacune leurs prètres, leurs temples, leurs --- Page 445 ---
AUTOUR DU MONDE
43r
rits et leurs dieux particuliers: elles s'accordent toutes sur limmortalité, la transmigration des ames, les ablutions ou purifications corporelles, et l'abstinence de toute
espèce d'animaux. Toutes ces sectes peu:
vent se réduire à quatre principales ; savoir, les OEurowaths, les Samaraths, les
Bisnaux et les Gonghys.
Les premiers ontla tête et les pieds nus, D
et portent un bâton blanc à la main qui
les distingue des autres sectes; ils n'admettent point de Providence, de paradis,
ni d'enfer, quoiqu'ils croient l'ame immortelle. Dans leurs temples, ils ont certaines
figures de pierre, de bois ou de carton, qui
représentent quelques personnag ages fameux
de leur secte. Leurs dévotions sont accompagnées sde pénitences très-austères, sur-tout
au mois d'aott: il y en a qui passent tout
ce mois sans prendre d'autre nourriture que
deleau. Les femues veuves ne se bràlent
point à la mort de leurs maris, comme c'est
Tusage dans lesautres sectes. Tous les auties Banians ont du mépris et de l'aversion
pour les OEurowaths 9 et ne veulent ni
boire, ni manger avec eux. --- Page 446 ---
NOUVEAU VOYAGE
La seconde secte, qui est celle de Samaraths, est composée de soldats, de marchands, d'artisans, et forme conséquemment une classe O1l caste beaucoup plus nombreuse. Elle croit en un Dieu créateur du
ciel et de la terre : ils lui donnent le nom
de Visnou, et lui supposent trois substituts
ou lientenans, qu'ils nomment Brama, Buffinna et Mais. Le premier dispose du sort
des ames par la transmigration, le second
apprend aux hommes à vivre selon les loix
élablies par la Divinité, le troisième examine leurs bonnes et leurs mauvaises actions après leur mort; il en fait son rap:
port au Visnou, qui leur'i impose le châtiment ou la récom:pense qu'ils méritent. Une
des choses qui distingue le plus la secte des
Samaraths, c'est que les femmes se jettent
sur le bicher de leurs maris pour honorer
leur mémoire, dans l'idée où elles sont que
leur mort n'est qu'un passage à un bonheur
sept fois plus grand que celui qu'elles ont
pu avoir sur la terre.
La principale dévotion des Bisnaux, qui
forment la troisièine Secte, consiste à chanter des hymnes à l'honneur de leur Dieu,
qu'ils
Une
des choses qui distingue le plus la secte des
Samaraths, c'est que les femmes se jettent
sur le bicher de leurs maris pour honorer
leur mémoire, dans l'idée où elles sont que
leur mort n'est qu'un passage à un bonheur
sept fois plus grand que celui qu'elles ont
pu avoir sur la terre.
La principale dévotion des Bisnaux, qui
forment la troisièine Secte, consiste à chanter des hymnes à l'honneur de leur Dieu,
qu'ils --- Page 447 ---
AUTOUR DU M ON D E.
qu'ils - appellent Ram-Ram, et auquel ils
donnent une femme.
La quatrième secte, qui est celle des Gonghyset des Faquirs, est un composé de moines, d'hermites, de missionnaires et autres
qui font profession de mépriser les plaisirs
et les biens de la vie. Les uns vivent en comn
munauté; d'autres mènent une vie solitaire
à la campagne : ils vont presque nus, et
n'ont, pour se couvrir, qu'un simple linge
depuis la ceinture jusqu'aux genoux. Ils se
frottent le corps de cendres, et en mettent
sur leurs cheveux mouillés. Plusieurs font
de longs pélerinages, nus et chargesde fers;
d'antres, 3 par un voeu particnlier, se tiennent debout des semaines entières, et s'appuient seulement quelques heures pendant
la nuit contre une corde tendur. Les uns
restent, durant un tems considérable, sur
leurs mains, les pieds en haut, la tête en
bas: nos bateleurs auroient de la peine à
imiter les différentes postures aussi ridicules que difficiles et génantes qu'imaginent
la plupart de ces faquirs.
Les Banians ont leurs savans et leurs docteurs, comme les. 2 autres peuples. La ville
Tome 1.
Ee --- Page 448 ---
NOUVEAU VOYAG E
de Bénarès est leur école générale. Leur
première étude est sur le hanscrit, langue
qui diffère de l'indien ordinaire, et qui n'est
sue que des savans, comme parmi nous le
grec ou l'hébreu. Ils croient que c'est dans
cet idiome que Brama leur a communiqué
les quatre livres du hanscrit, qu'ils regardent comme divins.
Il est une autre secte d'idolatres indiens,
qu'on nomme Gaures ou Parsis : ils adorent
le feu, ou du moins le vénérent infiniment
comme un embléme de la Divinité. On les
distingue des autres idolâtres de ce pays,à
un cordon qu'ils passent plusieurs fois autourdu corps, et qu'ils nouent par derrière:
c'est la marque caractéristique de la religion qu'ils professent. Voici leur origine:
lorsque le calife Abubeckre désola la Perse,
au septième siècle du christianisme, et y
établit la loi de Mahomet, le prince qui régnoit alors, trop foible pour lui résister,
s'embarqua avec dix-huit mille de ses' sujets à Ormus, et se réfugia dans l'Indostan. Le roi de Cambaye le reçut, et lui
permit de demeurer dans son pays. D'autres Persans suivirent l'exemple que ve:
. Voici leur origine:
lorsque le calife Abubeckre désola la Perse,
au septième siècle du christianisme, et y
établit la loi de Mahomet, le prince qui régnoit alors, trop foible pour lui résister,
s'embarqua avec dix-huit mille de ses' sujets à Ormus, et se réfugia dans l'Indostan. Le roi de Cambaye le reçut, et lui
permit de demeurer dans son pays. D'autres Persans suivirent l'exemple que ve: --- Page 449 ---
AUTOUR D U M O N DE
noient de leur donner leurs compatriotes,
et conservèrent leur religion avec leur ancienne façon de vivre. C'est ainsi que les
Parsis Ignicoles s'éablirent en cette contrée.
Le meilleur indigo du monde vient auprès
d'Amadabath : quand on le brule, il a lodeur de la violetie, dont il a aussi la couleur. Le bled est plus gros et plus blanc que
le nôtre, dans la province de Guzarate: on
en fait du pain excellent. Les Européens tirent aussi de cette province de la soie, de
la toile de coton, du salpètre, de la lacque, du sucre, de l'opium, etc.
A notre départ d'Amadabarh, nous enmes le plus beau tems et les plus beaux chemins du monde, mais nous fiues quelques
jours sans rencontrer ni village, ni ville:
Héribath, qui est éloignée d'Amadabath
d'environ cinquante lieues, fut la première
ville que nous trouvâmes sur notre route;
mais nous avious fait d'assez fortes provisions. Nous nous arrêtàmes, ainsi que IOS
compagnons de voyage, deux jours en cette
ville,re et nous nous rendimes à Agra. C'est
la capitale de tout le Mogol en général, et
Ee 2 --- Page 450 ---
NOUVEAT U VOYAGE
en particulier de la province d'Agra, l'une
des trente - quatre provinces que renferme
ce vaste empire 9 qui est borné, ainsi que
nousl'avons déja dit, à l'orient par le Grange, à l'occident par l'Indus, au midi par la
mer, au septentrion par la Tartarie, et qui
forme un carré d'environ cinq à six cents
lieues. Quelle que soit l'ancienneté véritable
ou fabuleuse des habitans du Mogol, il paroit certain qu'ils existoient en plusieurs
corps de nation avant les conquétes de Tamerlan dans l'Asie et dans TInde, époque
à laquelle Timur-Bec, ou Tamerlan, les
réunit en une seule nation, et fonda l'empire du Mogol.
La ville d'Agra, qui est une des plus belles villes de toutlIndostan, est située sur les
bords du Gémené, dans une plaine unie et
sabloareuse; elle est si grande que nous mimes presqu'une journée entière à en faire
le tour à cheval: il est vrai que les maisons
sout fort éloignées les unes des autres, et
que celles des personnes riches ont des jardius fort spacieux. Les principales rues sont
belles, larges et bien bâties : il s'en trouve
quelques-unes dont les côtés sont voutés en
ostan, est située sur les
bords du Gémené, dans une plaine unie et
sabloareuse; elle est si grande que nous mimes presqu'une journée entière à en faire
le tour à cheval: il est vrai que les maisons
sout fort éloignées les unes des autres, et
que celles des personnes riches ont des jardius fort spacieux. Les principales rues sont
belles, larges et bien bâties : il s'en trouve
quelques-unes dont les côtés sont voutés en --- Page 451 ---
AUTOUR DU M 0 N D F. 457
arcades qui ont plus d'un quart de lieue de
long ; mais, en général, les rues sont étroites et mal alignées. On' compte à Agra quinze
dont la princibazards ou grandes places,
du chàpale est celle qui forme Tavant-cour
chânge souvent de deteau. Le souverain
C
conmeure,. et il n'y a point de ville un peu
sidérable dans son empire où iln'ait ses palais. Nous mimes plusieurs jours à visiter
de
les mosquées : nous en comptâmes plus
cinquante. Ily a dans Agra près de huit cents
bains publics, et plus de quatre-vingt caravenserais où les étrangers sont logés gratuiternent. Les édifices les plus remarquables,
du moins ceux qui nous frappèrent le plus,
sont le palais impérial; et quelques tombeaux
: le Gémené
de la plus grande magnificence coule dans son
baigne les murs du palais, et
cours
enceinte qui est partagéeen plusieurs
entourées de portiques , comme la place
Royale à Paris : ce palais est environné d'une
double muraille flanquée, par intervalles,
de plusieurs terrasses; le reste de ses fortifications consiste dans un grand fossé et
à chaque porte. Le
des ponts-levis placés
c'est
divan est dans lintérieur du château;
Ee 5 --- Page 452 ---
NOUVEAU VOYAGE
la salle où l'empereur , quand il réside à
Agra, fait administrer la justice à ses sujets. L'appartement impérial est dans une
autre cour; il est resplendissant d'or ct de
pierreries. Le prince se rend tous les jours
dans un belveder:c'est de-là
qu'il voit combattre des éléphans, des taurearx, des lions
et d'autres bètes féroces. On entre par une
autre porte dans la salle des gardes, et par
cette salle dans une cour pavée au fond de
laquelle est une balustrade d'argent, dont
T'approche est défendne au peuple; c'est parlà qu'on est introduit dans la chambre du
trône, au-dessus durquel est une galerie où
l'empercur paroit souvent pour recévoir les
plaintes des particuliers à quil'ona fait quelques violences : ils sonnent une petite cloche d'or qui avertit le prince ; mais il y va
de la vie de toucher à cette cloche si l'on
n'a des preuves convaincantes à fournir.
La plupart des grands seigneurs ont ici
l'ambition de se faire inhumer maguifiquement : les mausolées et tombeaux sont des
édifices qui ont communément une plateforme, avec quatre petites chanbres daus
les angles. Le plus magnifique tombeau', qui
'ona fait quelques violences : ils sonnent une petite cloche d'or qui avertit le prince ; mais il y va
de la vie de toucher à cette cloche si l'on
n'a des preuves convaincantes à fournir.
La plupart des grands seigneurs ont ici
l'ambition de se faire inhumer maguifiquement : les mausolées et tombeaux sont des
édifices qui ont communément une plateforme, avec quatre petites chanbres daus
les angles. Le plus magnifique tombeau', qui --- Page 453 ---
AUTOUR D U M ON DE.
est bâti sur un
est celui d'une impératrice,
les étranvaste bazard, où se rassemblent
de marbre blanc et noir,
gers: ; il est pavé
Vers
et l'on y entre par un fort beau portail.
le milieu de l'enceinte, on a dlevé trois plateétage : an-dessus s'6formes, disposées par
Tintérieur et les
lève un beau dôme, dont
c'est
dehors sont revêtus de marbre blanc;
a
le tombeau de
sous ce dôme qu'on placé
ont tral'impératrice. Vingt mille ouvriers
vingt-deux ans à ce superbe
vailé pendant
étant de nous fixer
édifice. Notre dessein
sequelque tems dans Agra, nous Ames,
excursions dans
lon notre usage, plusieurs
les provinces voisines. Nous commençames
celle de Déli, qui n'en est pas fort éloipar
ainsi de la ville de ce nom
gnée: on Tappello
de tout TInqui étoit autrefois la capitale
dostan, et l'est encore quand l'empereur y
réside. 3
Avant d'arriver à Déli, nous vimes, sur
notre route, une des plus grandes pagodes
d'un hôpital pour
des Indes, accompagnée
arriLa ville de Déli, ou nous
les singes.
et
est très-ancienne,
vâmes en peu detems,
ancienne
des restes de son
conserve encore
Ee4 --- Page 454 ---
N OUVEAT U VOYACE
splendeur: : il y en a qui croientqqu'elle étoit
le siège du royaume de Porus. Les sépulcres de ses rois et les ruines de ses palais,
montrent du moins qu'elle étoit la capitale
d'un grand état. Nous avons rendu compte
du saccager ment quien fut fait par ThamasKouli-Kan. Un empereur mogol, ayant
pris du gont pour ce séjour, y fit,bâtir,
dans le siècle passé, une ville nouvelle qui
n'est séparée de l'ancienne que par un mur:
il la nomma Jahaunabat, qui signifie la
ville de Jean. Depuis la nouvelle- fondation, l'ancienne Déli est tombée presqu'en
ruine.
Ces deux villes, ainsi que la province,
sont situées au centré de T'empire, vers la
source du Gémené, qui les arrose. On entre dans la nouvelle . ville, quiestties-belle;
du C oiéde la cité, par une longue et large.
rue bordée de portiques. Cette rue aboutit
à la grande place où est le palais de T'em-,
peréur. Ce palais n'a pas moins d'une demiliene de circuit : il n'offre rien de pias remarquable que celui d'Agra, dont nous
avons douné la description. Lerserrail doune
dans la cour du trône. Parmiles plus beaux
rose. On entre dans la nouvelle . ville, quiestties-belle;
du C oiéde la cité, par une longue et large.
rue bordée de portiques. Cette rue aboutit
à la grande place où est le palais de T'em-,
peréur. Ce palais n'a pas moins d'une demiliene de circuit : il n'offre rien de pias remarquable que celui d'Agra, dont nous
avons douné la description. Lerserrail doune
dans la cour du trône. Parmiles plus beaux --- Page 455 ---
AUTOUR DU M O N DE.
édifices de la nouvelle Déli, nous distinguames une superbe mosquée bâtie au centre
de la ville:elle est élevée sur un rocher qu'il
a fallu applanir 3 et entourée d'une place
pratiquée sur la même hauteur, à laquelle
aboutissent quatre rues qui répondent aux
quatre faces principales de la mosrquée. On
y arrive par vingt-cinq ou trente degrés,
qui règnent autour du bâtiment, excepté le
dernier qui est revêtit de pierres de taille,
pour cacher Tirrégularité du rocher. Les
trois entrées sont magnifiques. Tout y est
de marbre, et les portes sont couvertes de
plaques sde cnivre d'un beau travail. Le grand
portail est orné de tourelles de marbre blanc,
ce qui lui donne beaucoup de grâce. Sur le
derrière de la mosquée s'élèvent trois grands
dômes du même marbre : celui du milieu
est plus.haut que les deux autres. Le reste
de Tédifice n'a point de toità cause des trop
grandes chaleurs. Le pavé est composé de
carreâux de marbre.
Les revenus du Grand-Mogol sontimmens
ses : on fait monter à plus de huit cent millions par an Je scul produit des terres qui
lui appartiennent. Iltire des sommes encore --- Page 456 ---
NOUVEAU VOYAGE
plus considérables du prodnit annuel qu'il
exige par téte de tous les Indiens idolâtres,
et d'autres droits dont les Mahométans seuls
sont exempts. On peut évaluer ses revenus
à seize ou dix-sept çents millions, et
der ce prince comme le plus riche regarque du monde. Le corps le. plus considéra- monarble des milices qui
celui
composent sa garde, est
que l'on appelle les esclaves de l'empereur ; ilest composé de quatre mille hommes : tous ces soldats sont marqués au front.
C'est la grandeur de la paie qui décide de
la supériorité des grades : quiconque a deux
mille écus d'appointemens
le titre
par mois, prend
d'omra, ce qui équivaut au grade
de
lieutenant-général en France. Les corps
de cavalerie que I'empereur entretient ici,
ou dans les provinces, montent à plus de
trois cent mille hommes, et ceux' en d'infanterie à de six cent mille : son artillerie est
très- nombrense; ses canons sont fort anciens, chaque pièce est distinguée par son
nom.
Avant de retourner à la capitale, nons
voultmes faire le voyage de Lahor, afin d'y
être spectateurs d'une chasse générale que
énéral en France. Les corps
de cavalerie que I'empereur entretient ici,
ou dans les provinces, montent à plus de
trois cent mille hommes, et ceux' en d'infanterie à de six cent mille : son artillerie est
très- nombrense; ses canons sont fort anciens, chaque pièce est distinguée par son
nom.
Avant de retourner à la capitale, nons
voultmes faire le voyage de Lahor, afin d'y
être spectateurs d'une chasse générale que --- Page 457 ---
KUTOUR DU M OI N D E.
T'empereur vouloit faire en personne. Ilye a
de Lahor jusqu'à Agra une alléé magnifique
tirée au cordeau, et bordée des deux côtés
de dattiers, de paliniers et de cocotiers : elle
a près de cent lieues de longuenr, et passe
siprès de Déli que nous ne mimes pas beau:
coup de tems à la joindre; ; elle commence
et va aboutir à celles de
aux portes d'Agra,'
Lahor. Cette villerest située sur la rivière de
Ravi, qui n'est guère moins grande que la
Loire. Voici comment se fait cette chasse,
principal objet de notre voyage. Dès que le
grand-veneur a conduit les différens corps
de troupes au rendez-vous'," il les range autour de la vaste enceinte marquée parle capitaine des chasses : il est défendu sous peine
de la vie de laisser sortir les bêtes hors du
nerké; c'est le nom que donnent les Mogols
àcette enceinte générale qui contient de
grandes foréts et plus de quatre cents lieues
de circuit : le centre de cette circonférence
étoit - indiquédans une plaine où il falloit que
dif
tous les animaux se retirassent. Quand
férens courriers eurent annoncé à l'empereur
que tout étoit prêt, les tymballes, les trompeites et les cors, sonnèrent la marche de --- Page 458 ---
$h4
NOUVEAU VOYAUB
toute part : elle commença en même tems
de tous les côtés et de la même manière
c'est-à dire, que les soldats marchoient fort 3
serrés et toujours vers le centre, en chassant les bétes devant
seule.
eux, sans en tuer une
L'espace qui renfermoit un si grand
nombre d'animaux de toute espèce devint
enfin si petit que, ne pouyant plus guère
s'écarter, ils s'élançoient sur les plus foibles
et les déchiroient; ; mais leur furie ne fut
pas de longue durée, le bruit des instru--
mens, et les cris des chasseurs et des soldats leur causèrent une si grande frayeur
qu'ils en perdirent leur férocité. Alors l'emperenr entra dans l'espace prescrit, tenant
d'une main son épée nue, un arc de l'autre, et ayant sur l'épaule un carquois garni
de flèches : il commença le carnage et. fit
périr plusieurs de ces animaux; les seigneurs
en firent ensuite autant, et guand on jugea
qu'il y en avoit assez de tués , on finit la
chasse, et le surplus des bétes qui avoient
échappé au carnage, regagna ses retraites. Il y avoit quatre mois qu'on travailloit
aux préparatifs de cette chasse : l'empereur
se donne assez souvent cet amusement, le
is garni
de flèches : il commença le carnage et. fit
périr plusieurs de ces animaux; les seigneurs
en firent ensuite autant, et guand on jugea
qu'il y en avoit assez de tués , on finit la
chasse, et le surplus des bétes qui avoient
échappé au carnage, regagna ses retraites. Il y avoit quatre mois qu'on travailloit
aux préparatifs de cette chasse : l'empereur
se donne assez souvent cet amusement, le --- Page 459 ---
AUTOUR D E MON DE.
premier et le seul de cette nature dont
nous ayons été témoins dans nos différens
voyages.
De retour à Lahor, nous saisimes une
occasion qui se présenta pour nous transporter, avec une compagnie assez nombreuse, à ce pays qu'en France on appelle Cachemire. C'est une province du Mogol, située au nord de cet empire au pied du mont
Caucase : sa capitale, qui se nomme Syranakar, est au milieu d'une très-belle campagne. Une rivière de la grandeur de la Seine, traverse cette capitale, et finit par se perdre dans l'Indus : les Mogols appellent cet
endroit le paradis terrestre des Indes. La
ville de Syranakar est située sur le bord
d'nn lac de quatre ou cin lieues de tour. s
et rempli de petites iles. Iln'y a presque pas
de maison qui n'ait un petit jardin, au bout
duquel est un canal qui répond au lac, et
un bateau pour la promenade. Nous n'avions
point encore vu de pays, qui, sur une aussi
petite étendue, renferme autant de beautés
naturelles que cette province. Les habitans
passent pourles plusspirituels de TIndostan:
on vante leur talent pour la poésie. Les Ca- --- Page 460 ---
NOUVE A U VOYAGE
chemiriens sont beaux et bien faits; les femmes sont charmantes.
Uniqaement pour ne pas faire le mnéme
chemin, en revenant à Lahor, nous engageâmes notre société à passer par li province de Kaboul, peu éloignée de celle de
Cachemire. Nous n'etmes pas lieu d'être
fort satisfaits de cette route, où nous ne vimes rien qui méritât d'être remarqué. De
cette province nous passames dans celle de
Multan, qui prend son nom de la ville de
Multan, fameuse par son étendue, ses manufactures et son commerce; elle est défendue par un bon fort, et ses environs offrert
la vue de plusieurs jardins spacieux et de
beaux palais. Nous ne nous y arrétâmes
qu'un jour, et nous nous rendimes à Lahor, oà nous ne fimes que passer et reprimes le chemin de Déli, Nous vimes dans
cette dernière ville l'éléphant que monte le
prince : cet animal est tout couvert d'or et
de pierreries; on luimet surle dos un trône
magnifique où le monarque s'asseoit. Ces
animaux sont une des grandes forces des
armées mogoles : on en fait nionter le nombre à plus de quatorze mille. Dans les pro-
'un jour, et nous nous rendimes à Lahor, oà nous ne fimes que passer et reprimes le chemin de Déli, Nous vimes dans
cette dernière ville l'éléphant que monte le
prince : cet animal est tout couvert d'or et
de pierreries; on luimet surle dos un trône
magnifique où le monarque s'asseoit. Ces
animaux sont une des grandes forces des
armées mogoles : on en fait nionter le nombre à plus de quatorze mille. Dans les pro- --- Page 461 ---
AUTOUR DU MON D E.
menades, on est sur lecou de l'animal sans
aucune espèce de siège; dans les voyages,
ily a trois hommes sur T'éléphant, lun à
croupe, l'autre sur le cou, et le maitre au
milieu sur un siège commode; quand celui-ci veut le monter, on lui présente une
échelle, ou bien, on fait agenouiller l'éléphant. Le crochet de fer qui dirige sa marche suffit pour lui faire entendre toute sorte de commandemens. Son pas est plus allonge que celui du cheval : il ne A galoppe
point, mais sont trot est très-diligent. En
guerre, chaque éléphant a sur son dos une
tour de bois garnie de grandes arquebuses
avec des hommes pour les gouyerner, Ces
animaux se prétent aux différens tours d'adresse qu'on peut leur apprendre; ils obéissent à toutes les volontés de leur conducteur : il y en a qui les font rugir comme des
tigres, mugir comme des tanreaux, henniri
comme le cheval. L'espèce des éléphans
blancs est très - rare ; les Indiens ont
eux la plus grande vénération.
pour
Nous n'avions garde; pendant notre séjour
à Déli, de ne point porter notre attention
surlamusique mogole : elle est, en général, --- Page 462 ---
NOU V EA U VOYAGE
fort bruyante; car les instrumens sont, pour
l'ordinaire, des haut-bois longs de huit ou
neufpieds, et de dix ou douze pouces d'ouverture : ils imitent le son de la trompette, 9
et servent à accompagner de grandes tymballes de cuivre et de fer, dont quelquesunes ont six pieds de diamètre.
Nous quittâmes enfin Déli pour retourner
à Agra, où nous ne pouvions manquer de
trouverdes occasions sûres pour aller au Bengale. Nous aurions eu encore quelques autres provinces à visiter, mais on nous assura qu'exceptéle Bengale, nous n'y trouverions rien qui put nous dédommager de nos
courses. Nous employâmes le tems qu'il nous
fallut demeurer à Agra pour y attendre quel.
qu'occasion favorable, à prendre les renseignemenslcs plus positifs, tant sur les provinces que nous n'avions pas vnes parnousmémes, que sur les moeurs, coutumes et
usages du Mogol. Nous avons déja dit que le
Mogol est partagé en trente-quatre provinces. Voici ce que nous avous recueilli de
plus certain sur les principales d'entre elles.
Celle de Chitor étoit autrefois un royaume
considérable; eile tire son noul de la ville
capitale
occasion favorable, à prendre les renseignemenslcs plus positifs, tant sur les provinces que nous n'avions pas vnes parnousmémes, que sur les moeurs, coutumes et
usages du Mogol. Nous avons déja dit que le
Mogol est partagé en trente-quatre provinces. Voici ce que nous avous recueilli de
plus certain sur les principales d'entre elles.
Celle de Chitor étoit autrefois un royaume
considérable; eile tire son noul de la ville
capitale --- Page 463 ---
AUTOUR D U MONDE
capitale qui avoit, à ce qu'on dit, plus de
six lieues de tour : elle est tellement ruinée
depuisqu'nne empereurmogolla réduisit sous
sa domination, qu'elle ne présente aujourd'hui que les restes de ses mosquées et de
ses palais. La ville de Goddah, située dans
le plus agréable pays du inonde, étoit une
des plus belles et des mienx bâties du Mogol; elle a perdu une grande partie de sa
splendeur : ses environs sont remplis de ce3
petits temples que les Indiens nomment pagodes. La province de Mandoa n'offre rien
de remarquable, non plus que celle de Jésuat, qui a pour capitale la ville de Rijapour
oû les François ont un comptoir. Gualor est
une des meilleures places de l'Inde : on y a
bâti un fort qui est la prison d'état du Mogol : les Hollandois y ont un établissement.
Toutes les villes et provinces dont nous venons de parler sont à l'orient de cet empire.
Au midi est la province de Kandish, dont
Brampour est la capitale : on y fait un grand
commerce de mousselines d'une extrême finesse 1 moitié or 1 moitié coton. Soret, petite contrée. très-riche et très-peuplée, est à
l'occident, ainsi que Hajakar et Candahar;
Tome 1.
Ff --- Page 464 ---
NOUVEAU VOYAGE
mais ces denx dernières, depuis l'invasion
de Thamas-Kouli-kan, ont été cédées à la
Perse. Les provinces du nord sont Jemba,
célèbre par une pagode où les Banians font
des pélerinages, et Siba, où le Gange paroit
sortir d'un rocher.
Les Indiens idolàtres sont soumis à des
magistrats mogols et mahométans. La religion chrétienne est tolérée dans cet empire:
les Mogols suivent, comme les Persans, la
secte d'Ali; pendant le ramadan, qui dure
trente jours, ils observent un jetne très-rigoureux. Leurs mosquées sont des édifices
assez bas, de forme carrée; ils ont le toit
plat, et les murs d'une extréme blancheur:
quelquès tombes de pierre, et une chaire
de prédicateur fort basse font tout l'ornement de ces temples ; car les Mahométans
du Mogol, comme ceux de la Turquie, n'y
ont ni statues, ni peintures. L'iman fait
ici les mémes fonctions que les curés parmi nous; le mullah en est comme le vicaire.
Les sérails des personnes riches, des vice-
- rois on des gouvernenrs, sont,ainsi que ceux
de T'empereur, semblablcs en tout aux sé-
re, et une chaire
de prédicateur fort basse font tout l'ornement de ces temples ; car les Mahométans
du Mogol, comme ceux de la Turquie, n'y
ont ni statues, ni peintures. L'iman fait
ici les mémes fonctions que les curés parmi nous; le mullah en est comme le vicaire.
Les sérails des personnes riches, des vice-
- rois on des gouvernenrs, sont,ainsi que ceux
de T'empereur, semblablcs en tout aux sé- --- Page 465 ---
AUTOUR DU MON D E.
45r
rails de Turquie. Les femmes mogoles
quand elles sortent de la maison, ce
rive
qui arrarement, vont, si elles sont
dans une
riches,
voiture couverte, ou bien elles se
font porter dans un palanquin; d'autres montent à cheval, le visage voilé : il n'y a, que
les pauvres, ou les femmes publiques,
aillent à pied, ou qui se produisent à visage qui
découvert. Les palanquins sont, des espèces
de litières longues de six à
sept pieds, et
larges de trois, avec un petit balustre qui
règne tout autour : ils sont soutenus par une
grande perche que portent, suivant la longueur du voyage, 9 quatre, six ou huit hommes. Plusieurs personnes peuvent s'asseoir
sur ces chaises portatives, et méme
cou-
-
s'y
chet. Les palekis, 9 autres voitures du
sont de grands côches à deux roues, pays, tirés
par des boeufs, et dont l'impériale à la forme d'un toit incliné.
Les enterremens se font ici avec la plus
grande décence. Le blanc est en ce pays la
couleurdu deuil. Les maladies dont on meurt
le plus communément sont les dyssenteries
et les fièvres chandes : les médecins et les
chirurgiens sont très-peu versés dans leur
Ffa --- Page 466 ---
NOUVEAU VOYAGE
art. Les Mogols ne vivent cependant pas
dans une entière ignorance : les ouvrages
d'Aristote, traduits en arabe, sont connus
d'eux, ainsi que les livres d'Avicenne. Leur
manière d'écrire, sans être anssi figurée, ni
aussi énergirque que celle des Persans et des
Arabes, ne manque cependant ni de force,
ni d'rloqnence. Les Mogols sont, en général, bien faits, et d'une taille assez haute;
ils sont magnifiques dans leurs habits, leurs
meubles, leurs repas et leurs fêtes. Les palais des grands seigneurs n'ont que des murailles d'argile et de terre commune:on blanchit ces murs pour leur donner de l'éclata
Du reste, ces palais sont Vastes, commodes
etspacienx.Joignez à celà de beaux jardins,
des pièces d'eau, des cabinets de verdume,
des portiques, des bains somptueux, et tout
ce qui peut suppléer au peu de beauté extérieure des bâtimens.
Nous tronvàmes une compagnie telle que
nous pouvions la désirer pour faire la route
de Bengale, où nous arrivàmes après une
très- longue marche. Voici le chemin que
nous suivinnes pour nous y rendre. Nous ne
quitàmes presque point les bords du Gé-
ins,
des pièces d'eau, des cabinets de verdume,
des portiques, des bains somptueux, et tout
ce qui peut suppléer au peu de beauté extérieure des bâtimens.
Nous tronvàmes une compagnie telle que
nous pouvions la désirer pour faire la route
de Bengale, où nous arrivàmes après une
très- longue marche. Voici le chemin que
nous suivinnes pour nous y rendre. Nous ne
quitàmes presque point les bords du Gé- --- Page 467 ---
AUTOUR DU M ( ONI DI E.
mené depuis Agraj jusqu'à son embouchure.
De-là nous suivimes les rives du Gange où
est située la ville de Benarès ou Bénarou :
en suivant toujours le cours de ce Heuve,
nous trouvâmes plusieurs villes, entre autres cellede Mongherc'est-la que nous vines,
pour la première fois depuis que nous étions
dans TInde, des dervis mahométans, semiblables en plusieurs points aux faquirs banians ; ils marchoient sous la conduite. de
deux supérieurs : leur habillement consistoit
en quatre ou cinq aunes de toile, dont un
bout, passé entre les jambes et relevé derrière le dos, mettoit la pudeur à couvert;
le reste, plusieurs fois tourné autour de leur
corps, servoit de ceinture : sur leurs épaules étoit une peau de tigre attachée sous le
menton. Lrsautresdervis étoient ceints d'une
simple corde, sans autre voile pour l'honnêteté qu'un petit morceau de toile ou d'étoffe, ni d'autre coëffure que leurs cheveux
liés autour deleur tête, en forme de turban.
Ils étoient armés d'arcs et de Rlèches, et
d'une autre sorte d'instrament que nous n'avons plus vu ; c'est un cercle de fer tranchant, semblable aux bords d'un plat dont
Ff3 --- Page 468 ---
N OUVEAU VOYAGE
on auroit ôté le fond:ils en ont huit ou dix:
passés autour du cou comme une fraise; ils
les ôtent à mesure qu'ils veulent s'en servir.
et les jettent avec tant de force 2 comne
s'ils faisoient voler une assiette, qu'ils coupent un homme en deux par le milieu du
corps.
De Mongher nous allâmes, sans faire aucun séjour, jusqu'à Ragimogol; et enlin.,
sans quitter le Gange, nous nous trouvànies à Bengale, située sur les bords de ce
fleuve: : cette ville est très-connue par le nom
qu'elle donne au plus grand golfe de FAsie.
Ce golfe sépare les deux presqu'iles des Indes. Le Gange se partage en plusieurs bras
sur le territoire de Bengale, et se jette dans
le golfe par quatre embonchures. Lap province
de Bengale est une des plus riches contrées
de l'Inde; ; la soie, le coton, le riz, le sucre, le poivre etl'opium(1) sont ses principales productions : on y fabrique des toiles si
fines qu'une pièce de vingt sept aunes peut
(1) De toutes les plantes, le pavot qgui produit
T'opium est celle dont ou fait le plus de cas.
itoire de Bengale, et se jette dans
le golfe par quatre embonchures. Lap province
de Bengale est une des plus riches contrées
de l'Inde; ; la soie, le coton, le riz, le sucre, le poivre etl'opium(1) sont ses principales productions : on y fabrique des toiles si
fines qu'une pièce de vingt sept aunes peut
(1) De toutes les plantes, le pavot qgui produit
T'opium est celle dont ou fait le plus de cas. --- Page 469 ---
AUTOUR DU M IONDE
tenir dans une main fermée. Ces Indiens ont
le secret d'imprimer l'or et les couleurs sur
le verre : ils préparent fort bien le cinnabre
et le mercure : les beaux joncs qu'on apporte
en Europe viennent de cette contrée. On
trouveici une esj èce singulière de toile dont
on fait des tapis et des couvertures, et qui
n'est ni de soie, ni de laine, ni de poil, ni
de coton ; on la nomme simplement herbe:
la matière qui la compose croit sur une
plante qui pousse d'abord une tige assez
haute, de la grosseur du doigt, ensuite des
feuilles, et au -dessus un gros bouton en
forme de houpe, que filent les femmes du
pays. Les marchés de Bengale ne le cèdent
à aucun de TInde : les iles et les villes du
continent y apportent ce qu'elles ont de plus
précieux, des lacques, de la myrrhe, toutes sortes de parfums, du musc, de T'ambre gris de Comorin, du borax, de lamnphion, etc. C'est-là que viennent les belles
mousselines de l'inde, les riches tapis, les
couvertures brodées, et les basins sur lesquels on fait ces admirables broderies à chainette, avec des soies rondes, dont la finesse,
les dessins et la vivacité dans les couleurs
Ff4 --- Page 470 ---
NOUVEAU VOYAG E,
ne s'imitent que tres-imparfaitement en Europe. Les Hollandois ont sépt ou huit comptoirs dans la seule province de Bengale. C'est
de Daca, dans la même contrée, 2 que sortent ces belles broderies en Or, en argent,
ou en soie, que l'on voit en France. Chandernagor, Chincoras, aux environs d'Ougli,
sont très-célèbres pour le commerce; la plupart des nations de l'Europe y ont des établissemens, ainsi qu'à Chatigara, Mongher
et Philipatan.
C'est quelque chose de prodigieux que la
quantité d'arbres, de fleurs et de fruits de
toutes les espèces que l'on ne connoit point,
ou qu'on De connoit que très peu en Europe,
et qui se trouventdansles Indes. Le cotonnier
y est très-commun : cet arbre croit de la grandeur du rosier; ainsi c'est plutôt un arbrisseau qu'un arbre : son écorce est mince, Serrée et d'une couleur grisâtre 3 ses branches
sont droites et couvertes de feuilles douces,
laineuses, et divisées en cinq parties, comme celles de la vigne, mais beaucoup plus
petites: ses fleurs sortent commeles boutons
de rose ; ce n'est qu'aprés leur chôte que ces
boutons grossissent, et que, par un nouvel
cet arbre croit de la grandeur du rosier; ainsi c'est plutôt un arbrisseau qu'un arbre : son écorce est mince, Serrée et d'une couleur grisâtre 3 ses branches
sont droites et couvertes de feuilles douces,
laineuses, et divisées en cinq parties, comme celles de la vigne, mais beaucoup plus
petites: ses fleurs sortent commeles boutons
de rose ; ce n'est qu'aprés leur chôte que ces
boutons grossissent, et que, par un nouvel --- Page 471 ---
AUTOUR DU M ON D E.
épanonissement, ils produisent le coton.
Suivant la qualité du terrain, et la bonté
de l'arbre, ils mûrissent dans l'espace dè
quatre ou cinq mois:a alors ils'enllentdavan:
tage et produisent en crévant tun petit fruit;ce
fruit est une espèce de graine de la grosseur
d'un pois, mais d'une surface inégale. Chaque bouton renferme cinq ou six grains qui,
étant mis en terre, produisent de nouveaux
arbres capables de porter leur fruit dans
l'espace d'un an ou de quinze mois.
Dans le grand nombre des provinces qui
composent l'empire du Mogol, il en est
quelques-unes qui ne dépendent pas absolument de
T'empereur, 2 mais dont les habitans forment de petits états particuliers, vivent sous des princes nommés rajas, ou dans
une espèce de gouvernement républicain:les
uns et les autres sont simples
vassanx, ou
tributaires du Mogol. Depuis Porus, on y a
vu un grand nombre de rois régner paisiblement, quoiqu'ils dépendissent eux-mêmes,
en quelque sorte 2: d'un monarque
rieur ; mais après l'invasion des
supéle Mogol a tout envahi.Il 2 nenous reste Tartares,
qu'une
réflexion bien triste à faire, c'est qu'on ne --- Page 472 ---
NOUVEAU VOYAGE
reconnoit plus ici ces beaux pays que les
Grecs assujettirent, en'combattant sous les
enseignes d'Alexandre. Tout a changé de face
dans ces contrées, leculte, le gouvernement,
etjusqu'aux noms des villes et des rivières qui
les arrosent. Nous demandions où étoient le
royaume des Porus, des Taxile? et on nous
nommoit les pays de Camboul, de Boucker,
de Tata, de Soret, et d'autres noms aussi
barbares. On a substitué Chantrou à Hydaspe, Ravià Acesine, ChanlàHyphase, etc.;
mais les richesses naturelles du sol, les animaux, les plantes, la beautédu climat,lessingularitésphysiques plus variéeslet plus fécondes que par tout ailleurs, rendront toujours
le Mogol infiniment intéressant pour les savans, les négocians et les voyageurs. La facilité des embarquemens dans le golfe dé
Bengale pour le royaume de Golconde nous
déterminérent à ce voyage:indépendamment
des moeurs et des coutumes de ce pays, nous
étions impatiens de voir les mines de diamans et de pierreries qu'ils renferme.
édu climat,lessingularitésphysiques plus variéeslet plus fécondes que par tout ailleurs, rendront toujours
le Mogol infiniment intéressant pour les savans, les négocians et les voyageurs. La facilité des embarquemens dans le golfe dé
Bengale pour le royaume de Golconde nous
déterminérent à ce voyage:indépendamment
des moeurs et des coutumes de ce pays, nous
étions impatiens de voir les mines de diamans et de pierreries qu'ils renferme. --- Page 473 ---
AUTOUR-DU MON D E.
459.
C HAPITREX 2e
De Golconde, de Ceylun, du Malubar;
de Goa, des tles Maldives et de Sumatra.
Gotcoxon est un royaume d'Asie dans
la presqu'ile de-lInde', en-deçà du Gange;
il est borné au nord-est par la rivière de
Narsepille, qui le sépare du royaume d'Arixa ; au sud-est par le golfe de Bengale;
au sud par la rivière de Coulour, qui le s6
pare du royaume de Carnate; au sud-ouest
par la même rivière qui lui sert de limite
du côté du Visapour; et au nord-ouest par
les Talingas. Cet état s'est formé du démembreinent de l'empire de Décan, qui comprenoit la plus grande partie de la presqu'ile.
Le dernier empereur étant mort sans enfans,
quatre seigneurs du pays partagèrent entre
eux sOI royaume, à l'imitation des succes- --- Page 474 ---
NOUVEAU VOYAGE
seurs d'Alexandre. L'un s'empara des terres
qni forment aujourd'hui il'état de Golconde:
ses descendans ont régné pendant l'espace
d'un siècle. Le dernier de cette race, qui
se nommoit Abdoul, n'eut point d'enfans
mâles; il maria sa fille à un jeune seigneur
arabe:ce fat ainsi que le trône de Golconde
passa dans la famille arabe qui le possède
aujourd'hai, Nous allâmes débarquer à Masulipatan, mnaintenant si renommée en France, et autrefois la principale ville maritime
du royaume de Golconde : les toiles peintes
que les' Européens en tirent sont les plus
estimées de toutes celles qui se fabriquent
aux Indes; c'est d'ailleurs une ville médiocrè, mal bâtie, mais très-peuplée. Pour connoître tout ce que le royaume de Golconde
offre de plus remarquable, nous commençàmes par la capitale, que les Européens appellent du même nom que le: royaume, mais.
dont le véritable nom est Bagnagar. Une
grande rivière baigne SES murs, et se jette
ensuite dans le golfe de Bengale, près de
Masulipatan : on la passe à Bagnagar sur
un pont de pierre, qui ne le cède, ni aux
plus beaux, ni aux plus grands ponts de
le royaume de Golconde
offre de plus remarquable, nous commençàmes par la capitale, que les Européens appellent du même nom que le: royaume, mais.
dont le véritable nom est Bagnagar. Une
grande rivière baigne SES murs, et se jette
ensuite dans le golfe de Bengale, près de
Masulipatan : on la passe à Bagnagar sur
un pont de pierre, qui ne le cède, ni aux
plus beaux, ni aux plus grands ponts de --- Page 475 ---
AUTOUI R DU MONDE
46:
l'Europe. Cette capitale est bien bàtie, 1 et
peut étre comparée, 3 parl'étendue, aux villes de France du second ordre; elle est précédée d'un faubourg qui nous a paru avoir
trois quarts de lieue de longueur. Nous vimes,àdeux lieues de Bagnagar, une. forteresse
appelée Golconde, nom que les Européens
ont donné à la capitale et à tout le royaume;
c'estlàquele roi ou plutôt vice-roi faitsa résidence ordinaire. Rien n'égalela magnificence
de son palais : ce lieu pourroit passer
pour
une grande ville; car on prétend qu'il a jus:
qu'à deux lienes de circuit. Le roi n'occupe
pas seul cette vaste étendue de terrain; les
grands de l'état y ont des hôtels, les prétres
des mosquées, les étrangers des caravenserais : tout ce qui est en fer ailleurs, est dans
ce palais d'or ou doré. L'on y voit, sur des
terrasses qui servent de toits aux appartemens, des jardins ornés de grands arbres,
et suspendus, commue on nous peint ceux de
Sémiramis.
Les Indiens de la secte de Pythagore, forment la partie la plus nombreuse des habitans du royaume de Golconde; maisles
des charges de la cour, les emplois civils granet --- Page 476 ---
NOUVEA UJ VOYAGE
militaires, sont possédés par les Mahométans qui suivent la religion du prince. A.
Golconde, comme dans les autres pays de
T'Asie, on ne reconnoit de noblesse que parmi ceux qui possèdent les premières charges.Les autres villes principales de ce royaume sont Ténara, Madépollon, Nasciapor,
Visigapatan et Bimilipatan, sans compter
une multitude de places fortes, situées sur
des rochers presqu'inaccessibles; mais ce
qui distingue le plus le royaume de Golconde de toutes les autres contrées de TAsie, c'est la richesse de ses mines de diamant. Celle que nous- allàmes visiter à Coulour, n'est qu'à quelques journées de la ville
de Golconde, nous y arrivâmes par un pays
désert, stérile et plein de rochers. L'endroit
le plus aride, le plus inculte, le plus sauvage; est celni où la nature a étalé le plus
de richesses : on cherche les diamans dans
les veines de ces rochers, où ils sont mêlés
avec un terre sablonneuse, ordinairement
rouge, et nuancée de blanc et de jaune. Le
nonbre des ouvriers employés aux travaux
de ces mines ne va pas à moins de trente
nuille. Lorsqu'on tire de la mine une pierre
L'endroit
le plus aride, le plus inculte, le plus sauvage; est celni où la nature a étalé le plus
de richesses : on cherche les diamans dans
les veines de ces rochers, où ils sont mêlés
avec un terre sablonneuse, ordinairement
rouge, et nuancée de blanc et de jaune. Le
nonbre des ouvriers employés aux travaux
de ces mines ne va pas à moins de trente
nuille. Lorsqu'on tire de la mine une pierre --- Page 477 ---
AUTOUR DU MONI DE.
nette et sans glace, on ne fait que la passer
légerement sur la roue sans chercher à lui
donner une forme plus parfaite, 1 9 dans la
crainte de diminuer son poids : si elle a quelque défaut, on tâche de le càcher en la taillant à son avantage. Il se fait dans les mines de Golconde, c'est-à-dire, à Kaolconde
et à Coulour, un très-grand commerce de
diamans. Les deux plus belles pierres connues; sont, l'un dans l'Asie, l'autre en Europe. La première est celle qui étoit autrefois dans le trésor du Grand-Mogol 1; elle
pesoit près de deux cent quatre- vingt carats.
On croit qu'elle a passé dans le trésor de
Thamas Kouli Kan: on peut l'estimer onze
millions sept cent vingt- trois mille deux
cent soixante-dix huit livres : le second diamant est celui qJu'avoit le grand-duc de Toscane, pesant cent trente neufcarats, estimé
deux millions six' cent huit mille trois cent
trente - cinq livres. Outre les diamans, ce
pays produit encore beaucoup de crystal et
d'autres pierres transparentes, telles que des
grenats, des saphirs, des topazes et des agates : c'est dans ces contrées que se trouve
aussi le plus parfait bézoard. On sait
que --- Page 478 ---
NOUVEAU VOYAGE
cet excellent contre-poison n'est autre chose
qu'une pierre qui se forme, en plusieurs endroits de l'Asie, dans le corps de quelques'
animaux, tels que les vaches, les chèvres et
les singes d'une certaine espèce.
Comme il ne nous restoit plus rien d'intéressantà voirdans toute l'étendue dur royaume de Golconde, nous partimes au bout de
deux jours pour voir les états voisins et
suivre la côte de Coromandel : nous étions
d'ailleurs bien assurés d'y trouver des vaisseaux pour Ceylan et pour le Malabar. Nous.
commençàmes cette nouvelle tournée par le
royaume de Carnate, dort Bisnagar est la
capitale; elle est bâtie sur le sommet d'une
haute montagne : c'est-là que le principal
souverain du pays (car il; y en a plusieurs
dans cette contrée) ) fait sa résidence dans un
palais spacieux. Ce prince prend le titre de
roi des rois, et de mari de mille femmes:
son pays produit de l'or, de l'argent et des
pierres précieuses. Maduré est une des principales villes du royaume de Carnate : Tichérapali, sa capitale, n'a rien de remarquable: ses autres villes sont Alcatile, Tarcolau, etc. Nous ile fimes que passer dans
ces
il; y en a plusieurs
dans cette contrée) ) fait sa résidence dans un
palais spacieux. Ce prince prend le titre de
roi des rois, et de mari de mille femmes:
son pays produit de l'or, de l'argent et des
pierres précieuses. Maduré est une des principales villes du royaume de Carnate : Tichérapali, sa capitale, n'a rien de remarquable: ses autres villes sont Alcatile, Tarcolau, etc. Nous ile fimes que passer dans
ces --- Page 479 ---
AUTOUR DU M ON DE.
ces villes, et nous nous.hàtàmes de nous
rendre à Madras, célèbré colonie angloise
formée des débris de celle de San-Thomé,
qui n'en est éloignée que de quelques lieues.
comme Londres; en deux
Madras se divise,
cités, la blanche quilest assez bien bâtie,
et la noire qui ne contient guère que de pau-"
vres cabanes : la première est habitée par les
Enropéens, la seconde par les Indiens. On
Madras contient près de cent
compte mille habitans que : il y a un hôtel dela monnoie où la compagnie angloise fait frapper
des roupies d'or et d'argent. Les Hollandois
en font de même à Paliacate, les Portugdis
à Goa et les François à Pondichéri, quand
cette ville étoit en notre possession 1. 7 les
Danois à Tranquebar. Les Anglois ont extrêmement fortifié Madras , parce qu'ils n'avoient pu oublier qu'en 1764 les François
s'en étoient emparés sans perdre un seul
homme : le commerce est si florissant à Madras qu'il y a peu de villes qui renferment
antant de richesses. Méliapour fut le premier endroit où nous nous arrêtâmes après
Madras; cette ville étoit la caavoir quitté
pitale du' royaume de Coromandel, lursque
Tome L.
Gg --- Page 480 ---
NOUVE A U VOYAGE
les Portugais s'en
emparérent sous le com:
mandement de Gama : les François l'ont
possédée ; ensuite elle est tombée au
voir du roi de Golconde
poula forteresse
qui en fit détruire
dont les matériaux servirent
pour celle de Madras. Méliapour n'offre
qu'un amas de ruines. Nous continuâmes plus
tre route jusqu'à Pondichéri. Notre
n1ognie des Indes qui, pendant les compaannées, sembla vouloir
premières
à
borner son commerce
Madagascar, qui fut nommé
et
ne, à l'Ile-de- Bourbon, forma T'Ile-Dauphiétablissement à
aussi, un
Surate, et d'autres factoreries dans le Bengale, dans le royaume de
Visapour, dans la contrée de
les terres de Calicut, à
Cananor, sur
à Pondichéri.
Golconde, et enfin
M. Dumas, nommé gouverneurdel Pondichérien1235, obtint du GrandMogol la permission de battre monnoie dans
cette ville; ce qui procura à la
bénéficeannuelde
compagnie un
400,o0olivres:il obtintl'annéed'après gratuitement du roi de
le fort de Karkangéry et la ville de Tanjaour
Karical,
qui est située dans la principanté de Tanjaour; à vingt-cinq lieues de Pondichéri:
Thonneur et la domination des François
é gouverneurdel Pondichérien1235, obtint du GrandMogol la permission de battre monnoie dans
cette ville; ce qui procura à la
bénéficeannuelde
compagnie un
400,o0olivres:il obtintl'annéed'après gratuitement du roi de
le fort de Karkangéry et la ville de Tanjaour
Karical,
qui est située dans la principanté de Tanjaour; à vingt-cinq lieues de Pondichéri:
Thonneur et la domination des François --- Page 481 ---
AUTOUR DU MONDE 469
croissoient ainsi sensiblement aux Indes
quand la dernière et malhéureuse guerre
contre les Anglois entraina pour nous la
perte de cette place importante, où l'on
compte plus de cent mille habitans. Le plan
de cette ville, qui est carré, a plus d'unelieue
de circuit : les rues sont tirées au cordeau;
la principale a une demi-lieue de longueur;
les maisons n'ont qu'un étage. Pondichéri
est sous la zone torride ; ainsi les chaleurs
y sont excessives, et, par un phénomène des
plus singuliers de la nature, iln'y pleut que
sept à huit jours au plus dans toutel'année;
ce qui arrive régulièrement vers la fin du
mois :
d'octobre. Les Gentils ont dans la ville
deux pagodes où on laisse le Jibre exercice
de,leur culte à ces idolâtres Indiens qui sont
Cette nation vit dans le reste
très-pauvres.
de ces contrées sous la protection du roi des
Marates, idolatre comme eux, et qui possède une grande étendue de pays : on lui a
vu mettre souvent sur pied jusqu'à deux
cent mille hommes et ravager les états du
Mogol. Les Marates sont très-guerriers et se
tiennent vers les montagnes du Décan : le
nabab d'Arcate a succombé dans les guerres
Gg a --- Page 482 ---
NOUVEAU VOYAGE E
qu'ils lui ont suscitées. Ces peuples sont dans
les combats les plus redoutables de tous les
penples des Indes. En allant depuis Pondichérijusqu'à Ceylan, nous visitâmes en passant'les villes de Tranquebar et de Négapatan, toutes deux situées sur la côte de Coromandel. La première appartient au Danemarck; cette ville est grande et bien bâtie : les Danois ont fait venir d'Europe une
imprimerie et des ouvriers 3 ce qui ne s'étoit point encore vu.dans les Indes. Négapatan, où il se fait un commerce considérable, tire son nom de la multitude des serpens qui se trouvent dans les environs ; on
en voit de fort gros 2 mais l'espèce n'en est
pas dangereuse : les habitans les craignent
si peu qu'ils les attirent souvent dans leurs
maisons, oùt ils les nourrissent de lait et de
riz. Nous partimes de cette ville pour les
côtes de Ceylan.
ne s'étoit point encore vu.dans les Indes. Négapatan, où il se fait un commerce considérable, tire son nom de la multitude des serpens qui se trouvent dans les environs ; on
en voit de fort gros 2 mais l'espèce n'en est
pas dangereuse : les habitans les craignent
si peu qu'ils les attirent souvent dans leurs
maisons, oùt ils les nourrissent de lait et de
riz. Nous partimes de cette ville pour les
côtes de Ceylan. --- Page 483 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
C HAPIT RE XI.
De l'ile de Ceylan.
Nous débarquâmes au port de Jasnapatan, ou la compagnie hollandoise s'est établie sur les ruines des Portugais. L'ile de
Ceylan est divisée en grandes et en petites
parties. Les grandes répondent à nos provinces : on appelle les petites colras; ce sont
des espèces de baillages renfermés dans les
provinces. La longueur de cette ile est d'envi:
ron cent lieues, sa largeur de cinquante: Les
Hollandois sont maitres des côtes, la roi I de
Candy del'intérieur : les premiers possèdent
Jasnapatan, l'ile de Ménaar, Calpentine,
Négambo, Colombo, Point-de-Gale, Baticalon et Trinquemale. Nous citons toutes ces
villes dans l'ordre où nous les avons parcou3
rues : celles que les Hollandois occupent sur
les côtes n'ont rien quiles distingue de leurs
GE3 --- Page 484 ---
NOUYEAU VOYAGE
autres établissemens dans IInde. Colombo,
l'ancienne capitale des Portugais de Ceylan,
tient encore aujourd'huile prenier rang parmi les colonies hollandoises de cette ile. En
pénétrant dans les terres, nous trouvâmes
beauconp plus d'objets dignes de notre curiosité. Candy, capitale du royaume auquel
elle donne son nom, a cet avantage qu'étant
située au centre de T'ile, on y peut aborder
de toute part ; sa forme est triangulaire : le
palais du roi occupe la pointe qui est à l'orient : la grande et belle rivière de Mavelagongue n'en est éloignée que d'un quart de
lieue; elles traverse toute l'ile, et va se Jeter :
dans la mer à Trinquemale. Il n'y - a dans ce
royaume que quatre autres villes un peu
imp portantes, Nellemby, Allout, Badoula et
Digligy. Une loi capitale et particulière à ce
royaume, défend de blanchir tout autre édifice queles temples des dieux et le palais du
roi, La plus haute montagne de toute cette
tle est celle que les Portugais ont nommée
le pic d'Adam; onl'apperçoit de vingt lieues
en mer : il en sort un rocher qui s'élève à
la hauteur d'un quart de lieue, en forme
pyramidale. On n'y peut monter que par le
oula et
Digligy. Une loi capitale et particulière à ce
royaume, défend de blanchir tout autre édifice queles temples des dieux et le palais du
roi, La plus haute montagne de toute cette
tle est celle que les Portugais ont nommée
le pic d'Adam; onl'apperçoit de vingt lieues
en mer : il en sort un rocher qui s'élève à
la hauteur d'un quart de lieue, en forme
pyramidale. On n'y peut monter que par le --- Page 485 ---
AUTOUR I). U MON 5 DE.
d'une chaine de fer qui règne depuis
moyen le haut jusqu'en bas : on compte, du pied
de la montagne au dernier sommet du roenviron deux lieues. d'un chemnin si
cher,
mimes huit heures à le
difficile que nous
faire.
a
Il semble que la nature ait pris plaisir
enrichir l'ile de Ceylan des plus rares trésors. Voici ce que nous, y avons remarqué
de plus singulier, ou d'après nous-mêmes,
ou d'après ce que nous avons appris sur les
lieux. Quand les vents d'ouest soufflent, toules
occidentales de T'ile ont de la
tes
parties c'est alors la saison
au lapluie; et
propre
bourage : quand, au contraire, ce sont les
vents d'orient, ils amènent la pluie dans la
partie orientale, qui, par-la, devient propre à être labourée à son tour ; tandis que
le côté de T'occident golte les charmes de la
belle saison, voit mhrir, le grain et fait seg
moissons. Les pluies d'une part, la séches
resse de l'autre, se partagent d'ordinaire au
milieu de l'ile, et la montagne, qui est au
centre, est en même tems sèche d'un côté
et humide de l'autre : en sortant d'un lieu
mouillé, on se trouve tout à coup sur un
Gg4 --- Page 486 ---
472.
NOUVEAUT VOYAGE
terrain brilant, et il n'y a pas plus de cent
psdiedistance de lun à T'autre. On prétend
que les anciens ont connu cette ile sous le
nom de Taprobane, et que Tor, les pierreries, les épices dont elle abonde l'avoient
rendue une des plus célèbres contrées des
Indes. Le despotisme règue ici dans toute
sa plénitude: : les rênes de l'empire sont dans
les mains de deux principaux ministres,
nommés adigards : ils sont chargés du gouvernement civilet militaire, et jugent en
dernier ressort les appels des sentences des
gouverneurs inférieurs. Les habitans sont,
en général, doux, sociables, spirituels, ingénieux ; ils ont une grande horreur pour le
volye et sont néanmoins très infidèles dans le
commerce, On croit assez communénient
que les Chingulais ne sont point les habitans primitifs de Ceylan : les uns les font
sortir de la Chine, les autres du continent
de l'Inde. Leur habillement commun egt un
linge autour des reins, et un pourpoint de
toile avec des manches qui: se" boutonnent
an poignet, et se plissent sur T'épaule : leur
téte est couverte d'un bonnet, en forme de
mitre et à oreilles ; ils portent au côté gau-
assez communénient
que les Chingulais ne sont point les habitans primitifs de Ceylan : les uns les font
sortir de la Chine, les autres du continent
de l'Inde. Leur habillement commun egt un
linge autour des reins, et un pourpoint de
toile avec des manches qui: se" boutonnent
an poignet, et se plissent sur T'épaule : leur
téte est couverte d'un bonnet, en forme de
mitre et à oreilles ; ils portent au côté gau- --- Page 487 ---
AUTOUR DU M . ONDE.
che une espèce de coutelas, et un couteau
dans leur sein, du même côté. Les femmes
ont une longue camisole de toile parsemée
de fleurs bleues et rouges, qui leur couvre
tout le corps, un morceau d'étoffe de soie
sur la tête, et dès joyaux aux oreilles, au:
tour du cou', dés bras et de la ceinturer
L'usage du pays leur accorde beaucoup de
liberté : leurs camisoles sont plus ou moins
longues, selonquel eleurrangles distingue plus
ou moins des femmes du peuple. Une femme
de basse extraction est nue depuis la tête
jusqu'à la ceinture, et sa jupe ne passe pas
12ES
les genoux.
abondante de
Le riz est la denrée la plus
cette ile : il y en a de plusieurs espèces ;
chacune se nomme différemment selon le
tems qu'elle met à marir: Le riz le plus tardif est sept mois à croitre : il n'en faut que
trois à celui qui vient le plus vite. Les vallées et les collines de Ceylan sont en tout
tems couvertes de fleurs odoriférantes, mais
sauvages : celle que les habitans appellent
sindrimal, s'ouvre sur les quatre heures
après midi, et demeure épanouie toute la
nuit; le matin elle se referme! jusqu'à qua: --- Page 488 ---
NOUVEAU VOYAGE E
tre heures : elle sert d'horloge dans l'absence
du soleil. Le fruit qu'on estime le plus ici
est la noix d'Aréka : cette noix,
l'on
mâche avec la feuille de bétel, vient que
arbre asscz'semblable
sur un
au COCOS ; son noyau
contient une amande blanche que les Indiens
préparent avec le bétel. Le pain n'est pas
plus commun dans"t tous les autres endroits
du monde que T'usage du bétel lest chez les
Indiens. Ces peuples mâchent continuellement cette plante qui est une espèce d'herbe; elle rampe commeles pois etle houblon:
sa tige est si foible qu'il faut la soutenir
un échalas. Outre la noix d'Aréka, avec.la- par
quelle on prépare le bétel, on y méle encore un peu de chaux faite avec des coquilles d'huitres : rarement les particuliers l'accommodent euxcmémes,onlacheten tout préparé. On prétend qu'il raffermit les
ves
genciet fortifie l'estomac: ce qu'ily a de sur,
c'est qu'il procure une salivation abondante
et rend les dents fort noires. L'ile de Ceylan
produit trois arbres dont les fruits ne peuvent se manger, mais qui sont remarquables par leur utilité, le talipot, le kettule
et le cannellier. Le talipot croit à la hauteur
'accommodent euxcmémes,onlacheten tout préparé. On prétend qu'il raffermit les
ves
genciet fortifie l'estomac: ce qu'ily a de sur,
c'est qu'il procure une salivation abondante
et rend les dents fort noires. L'ile de Ceylan
produit trois arbres dont les fruits ne peuvent se manger, mais qui sont remarquables par leur utilité, le talipot, le kettule
et le cannellier. Le talipot croit à la hauteur --- Page 489 ---
AUTOUR DU M ONDE 475
de soixante ou de soixante-dix pieds, pendant trente ans, sans pousser aucune fleur,
fruit. Au bout de ce tems, il sort
ni aucun
moins de
une nouvelle tige qui, en
quatre
mois, s'élève à trente pieds, et alors toufeuilles tombent. La tige et l'arbre
tes les
comme un mât de navire : enparoissent
diviron trois mois après, cette tige pousse
verses branches qui fleurissent pendant trois
ou quatre semaines:ses fleurs jaunes,quiont
une odeur insupportable, se convertissent en
fruits qui ne se mûrissent qu'au bout d'une demiannée, mais qui sont en si grande quantité
qu'un seularbre peut en fournirtoute une province:alors) la tige sé sèche etl'arbre meurt.Le
fruit a la grosseur de nos cérises. Les filles
le mettent en couleur, et en font des bracélets et des colliers dont elles se parent. Mais
la feuille du Talipot est ce qu'il) y a de plus
singulier : une seule peut couvrir quinze ou
vingt hommes, et les garantir de la pluie
ou du soleil. Lorsque cesi feuilles sont sèches, elles deviennent fortes et maniables,
et peuvent se resserrer comme un éventail:
les soldats en font des tentes, et l'on en couvre les maisons. On se sert pour écrire des --- Page 490 ---
NOUVEAU VOYAGE
feuilles de Talipot, qui ressemblent fort à
notre parchemin : on y trace les lettres avec
un stylet de fer. Qnand on veut faire un livre, on les coupe en plusieurs pièces d'une
même grandeur etd'uneméme forme. Lekettuleest remarquablep par uneligueurquiendécoule,laquelle estfort douce et fortagréablean
goût, sans être plus forte que l'eau commune. Quand on la fait bouillir, elle prend une
certaine consistance : on peut tla rendre blanche, et alors elle forme un sucre aussi bon.
que le nôtre : un arbre ordinaire en rend
douze pintes par jours son écorce est pleine
de, filamens aussi forts que nos fils d'archal;
on en fait de la corde. Le troisième arbre, celui qui porte la cannelle, est une des plus
grandes richesses des Chingulais : il ne croit
nulle part aussi bien et n'est aussi bon
dans cetteile. Le cannellier estd'une
que
moyenne
grandeur : ses feuilles ressemblent à celles
du laurier pour la couleur et l'épaisseur.
Cet arbre porte un fruit semblable à un petit gland ou à une olive : l'écorce est ce
de
qu'il
y a
plus précieux; c'est ce qui fait notre
cannelle: il y en aici des forêts qui tiennent -
: un espace de dix à douze lieues. Il n'y a
'est aussi bon
dans cetteile. Le cannellier estd'une
que
moyenne
grandeur : ses feuilles ressemblent à celles
du laurier pour la couleur et l'épaisseur.
Cet arbre porte un fruit semblable à un petit gland ou à une olive : l'écorce est ce
de
qu'il
y a
plus précieux; c'est ce qui fait notre
cannelle: il y en aici des forêts qui tiennent -
: un espace de dix à douze lieues. Il n'y a --- Page 491 ---
AUTOUR D U MONDE
point de pays qui réunisse en plus grande
quantité tout ce que l'Europe et l'Asie produisent de plus fin et de plus délicat pour le
service de la table.
Les éléphans de Ceylan sont plus estimés
ceux de toutes les autres contrées des
que
de
Indes. Les forêts sont remplies
singes:
il en est d'une espèce particulière qu'onappelle hommes sauvages, parce quils ont
presque la taille et la figure d'un homme;
ils n'ont de poil qu'au dos et sur les reins.
Les insectes sont à peu près les mêmes que
dans les autres pays de l'Inde.
Après avoir séjourné environ quinze jours
dans T'ile de Ceylan, nous nous embarquàmes sur un bâtiment dont la destination étoit
pour le Malabar. Le premier pays où nous
abordâmes sur la côte de ce nom fut le royaume de Travancour. Cet état a ses premières
limites au cap de Comorin, et s'étend, en remontant vers le nord au-delà de Ceylan; ce
qui fait environ trente lieues de côte. Le roi.
de Ceylan est souverain, mais vassal et tributaire du roi de Travançour : les Hollandois y ont établi un comptoir et bâti une.
petite forteresse. Enjaingue est une autre --- Page 492 ---
NOUVEAU VOYAGE
province où les Anglois ont un établissement. Le reste du royaume est divisé en différentes provinces, dans lesquelles sont enclavés plusieurs domaines dont les petits rois
(car ils prennent ce nom) relèvent de celui
de Travancour. Tous les souverains de Malabar donnent unanimement à ce dernier le
titre de grand roi, parce qu'il compte
mi ses vassaux quantité de rajas, de prin- parces et de seigneurs. Quand le célèbre Aureng-Zeb eut fait la conquête des royaumes
de Décan, de Golconde, de Carnate, de
Tisapour, etc., ce prince et ses successeurs
accordèrent, sous condition d'un tribut annuel, à des seigneurs mahométans, avec le
titre de nababs, les diverses provinces de
ces royaumes. La côte de Malabar nous offrit un spectacle bien différent. Les naturels
de ce pays ont toujours été gouvernés
des princes de leur nation. Ici, les nairs, par
qui, après les bramines, sont la plus haute
caste et la plus
nombreuse, 9 font tous
fession des armes; les pouliats forment pro- une
autre classe qui est la plusabjecte. Les
ples du Malabar mènent une vie fainéante peuen comparaison de Tactivitéindusirieuse des
umes. La côte de Malabar nous offrit un spectacle bien différent. Les naturels
de ce pays ont toujours été gouvernés
des princes de leur nation. Ici, les nairs, par
qui, après les bramines, sont la plus haute
caste et la plus
nombreuse, 9 font tous
fession des armes; les pouliats forment pro- une
autre classe qui est la plusabjecte. Les
ples du Malabar mènent une vie fainéante peuen comparaison de Tactivitéindusirieuse des --- Page 493 ---
AUTOUR DU MONDE,
habitans de la côte de Coromandel.
ture a mis entre les deux côtes de
La nadel et de
CoromanMalabar, quoiqu'elles ne soient
séparées que par une chaine de montagnes
qui n'empéchent point une communication
aisée, tres-rapprochée et
différences,
très-fréquente, des
encore plus sensibles que celles
qui regardent le moral des habitans. Pendant que Thiver se fait sentir à Malabar
et que les pluies et les tempêtes
s
toute cette
régnent sur
côte, on jouit sur celle de Coromandel d'un tems calme et de tous les charmes de l'été : cependant ces deux côtes
à la même
sont
élévation, et ne sont
que par les montagnes de Gate, séparées
du nord au midi.
qui vont
Qnand on est sur leur cime, on n'a qu'un pas à faire
subitement de l'été à
pour passer
à l'été. Nous
T'hiver, ou de T'hiver
avons déja
lan la même différence de obervéqu'a Ceytir à une distance
saison se fait senaussi peu
En remontant toujours
considérable,
vers le nord,
nous trouvâmes au port de Cochin;
nous
capitale d'un petit
; c'estla
le souverain"
royaume de ce nom, dont
est vassal du roi de Calicut; et
dépend encore plus des Hollandois
qui sont --- Page 494 ---
NOUVEAU VOYAGE
les maitres de cette ville; ils y font un grand
commerce de poivre qu'on regarde comme
le meilleur, avec celui de Calicut.
-
Cette dernière fut Je premier port des Indes orientatales où les Portagais débarquérent en 1498,
sous la conduite de Gama. Le roi de Calicut prend le titre de zamorin, qui veut dire
empereur. De Calicut nous fimes à Cananor : c'est-là proprement que finit le Malabar, quand on vient du cap de Comorin, ou
qu'il commence, quand on arrive par Surate. Ce pays, comme le reste de la côte,
est divisé en plusieurs petits royaumes ; le
principal est entre les mains desHollandois,
quil'ont encore ici usurpé sur les Portugais.
C'est sur-tout dans le Malabar qu'on remarque toutes ces distinctions de tribus et de
castes, si communes dans les Indes, et cqui
forment, dans un même état, tant de différentes classes de citoyens ; celle des princes est la première. Ici, comme dans tous
les endroits où ces différences sont établies,
règne la même délicatesse, ou, pour parler
plus juste, le même préjugé sur les mésalliances, le même mépris pour les castes inférieures. On distingue, parmi les Malabares 9
/
toutes ces distinctions de tribus et de
castes, si communes dans les Indes, et cqui
forment, dans un même état, tant de différentes classes de citoyens ; celle des princes est la première. Ici, comme dans tous
les endroits où ces différences sont établies,
règne la même délicatesse, ou, pour parler
plus juste, le même préjugé sur les mésalliances, le même mépris pour les castes inférieures. On distingue, parmi les Malabares 9
/ --- Page 495 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
res, les Idolâtres et les Mahométans : les
miers ont à peu près la même religion preles Banians.
que
Il n'y a point d'endroits où les cocotiers
soient en aussi grand nombre que dans le
Malabar.Nousallons donner rune description
exacte de cette admirable production de la
nature. Le cOcOs, que d'autres nomment le
palmier des Indes, est un grand arbre d'une
seule tige, qui n'a jamais plus de douze
pouces de diamètre : il s'élève à cinquante pieds
de haut, toujours en droite ligne, et s'élague delui-méme. De sa cime naissent quel.
ques branches légères 9 avec des feuilles
quelquefois longues de dix
pieds 1 larges
d'un et demi, et que leur propre poids fait
pencher, quoiqu'elles soient trés-délicates; ;
elles forment une agréable chevelure,
9: et
une téte naturellement taillée en rond : on
les emploie sèches et tressées pour couvrir
les maisons ; elles résistent pendant
sieurs
pluannées à l'air et à la pluie. De leurs
filamens les plus déliés, on fait de très-bel.
les nattes : les plus gros filets servent à faire
des balais, on brûle le reste. La tige du COCOtier renferme une moëlle blanche, semblaT'ome I.
Hh, --- Page 496 ---
NOUVEAI U VOYAGE -
ble à du lait caillé, extrémement tendre,
d'un goût délicieux; alors le bois est spongieux et se coupe aisémnent. A la cime on
trouve entre les feuilles plusieurs bourgeons
fort tendres de la grosseur du bras, et qui
ont deux ou trois enveloppes; elles se rompent à mesure que le fruit qu'elles renferment pousse et grossit. Alors paroit une
grappe figurée comme celle des maronniers,
où sont attachées quatre-vingt ou cent petites noix de COCOS 1 dont quinze seulement
viennent à maturité. Ce fruit a son utilité
et ses vertus particulières, en quelque tems
qu'on veuille le prendre. En coupantl'extrémité de ses bourgeons, lorsqu'ils sont encore tendres, on en fait distiller une liqueur
blanche que l'on recueille avec soin dans des
pots attachés à chaque bourgeon, et qu'on
Loucheherméigsement pour empécherl'air
d'y entrer : lorsque le vase est rempli, on
fait bouillir la liqueur, et elle acquiert par
le feu la qualité du vin, quoiqu'elle fut auparavant semblable à du petit-lait; elle porte
dans le Malabar, comme dans les autres
pays des Indes, le nom de tari : elle n'a
pas l'agrément du vin, mais elle enivre de
in dans des
pots attachés à chaque bourgeon, et qu'on
Loucheherméigsement pour empécherl'air
d'y entrer : lorsque le vase est rempli, on
fait bouillir la liqueur, et elle acquiert par
le feu la qualité du vin, quoiqu'elle fut auparavant semblable à du petit-lait; elle porte
dans le Malabar, comme dans les autres
pays des Indes, le nom de tari : elle n'a
pas l'agrément du vin, mais elle enivre de --- Page 497 ---
AUTOU R DU MONDE
méme, Dans sa fraicheur elle est douce à
l'excès : gardée quelques heures, elle devient
plus piquante et plus agréable; mais elle est
dans sa perfection du soir au matin, après
quoi elle commence à s'aigrir. Quand les
Indiens veulent avoir de bon vinaigre, ils
exposent cette liqueur au soleil; et pour en
faire de l'eau-de-vie très-forte, ils la distillent à l'alambic : ils-en composent aussi du
sucre, en la faisant bouillir fort long-tems,
Les cocotiers dont on prend la liqueur pour
en faire du vin, ne portent jamais de fruit,
parce que c'est de cette liqueur que le fruit
se forme; mais si'on laisse venir les COCOS
à maturité, on tire de ces noix une huile
extrémement douce, qui se vend à vil prix,
et dont on se sert pour les usages les plus
communs. La noix dont on l'exprime est
ovale, et de la grosseur d'un melon; elle -
a une triple écorce dontl'extérieare est trèsbrune et très-lisse : la seconde, quand elle
est sèche, forme une espèce de filasse; ; de la
partie la plus fine on fait cette espèce de toile
quel'on nomme écorce, et dont nous voyons
des mouchoirs en France; le reste est réservé
pour les cordages et les cables des vaisseaux:
Hh 2 --- Page 498 ---
NOUVEAU VOYAGE
la troisième écorce est une peau fort légère
qui se blanchit parfaitement, et dont tout le
monde fait des bonnets. La superficie de la
première écorce est d'abord verte et fort
tendre; elle contient une liqueur claire,
agréable, saine et rafraichissante : la chair
qui la renferme immédiament se mangeavec plaisir, lorsqu'elle èst tendre; elle tire
sur le goût de l'artichaut, à mesure que les
COCOS murissent : une portion de cette eau.
se change insensiblement en une pâte blanche et molle qui se mange à la cuillère comme de la crême; cette substance s'affermit
insensiblement : d'abord elle prend la couleur, la consistance, et à peu près le gout de
nos cerneaux ; ensuite elle devient semblable à celle dde la noisette ou de l'amende,
mais d'une saveur plus délicate:les indiens
la rapent pour la mêler avec leur riz; quand
ils y ajoutent du sucre et de la cannelle,
c'est un mêts très-exquis. Lorsque la noix
du COCCS est parfaitement mure, etquela COque qui renferme le fruit est bien sèche, on
en fait des coupes, des vases à boire, et
d'autres ouvrages qui deviennent de grand
prix par les figures quê les Indiens y dessi-
mais d'une saveur plus délicate:les indiens
la rapent pour la mêler avec leur riz; quand
ils y ajoutent du sucre et de la cannelle,
c'est un mêts très-exquis. Lorsque la noix
du COCCS est parfaitement mure, etquela COque qui renferme le fruit est bien sèche, on
en fait des coupes, des vases à boire, et
d'autres ouvrages qui deviennent de grand
prix par les figures quê les Indiens y dessi- --- Page 499 ---
AUTOUR DU M ONDE
nent avec un art admirable. Le cocotier
pousse de nouveaux bourgeons et porte de
nouveaux fruits, trois fois l'année. Ce qui
augmente encore le prix infini de cet arbre,
le plus utile, le plus merveilleux de toutes
les productions de la nature, c'est qu'il est
d'une très-grande ressource, lors même qu'il
est abattu : il devient alors bon à bruler, à
faire des mâts, des planches, des timons, des
épées et des flèches. Les voiles et les cordages se font de ses filamens les plus déliés;
on en fabrique aussi diverses sortes d'étoffes, et méme du papier. Les feuilles ne sont
ni moins curieuses, ni moins utiles que les
autres parties de l'arbre ; on nous a assuré
qu'on avoit vu de ces feuilles qui iavoientj jusqn'à vingt pieds de long; elles ont la figure
d'une plume à écrire : les Indiens savent
les préparér et les rendre souples comme
de la toile. Quelques-uns en font des vêtemens : les marchands s'en servent pour l'emballage, et les mariniers en fabriquent des
voiles pour leurs barques. Ainsi cet arbre
a seul peut fournir à tous les besoins de l'homme; sa moëlle, sa sève et son fruit servert
à nourrir les Indiens, ses écorces à les
H h 3 --- Page 500 ---
NOUVEAU VOYAGE
habiller, son bois à bâtir leurs maisons,
ses feuilles à les couvrir, etc. Nous avons
vu des cabanes construites d'une partie de
cet arbre, et approvisonnées de fruits - 2
d'huile, de vin, de miel, de sucre, de vinaigre, de bois, d'étoffes, de charbons tirés de ses autres parties. Quand les Indiens
voient un homme industrieux, ils disent
qu'il vaut autant qu'un cocotiér. Cet arbre
est si commun dans plusieurs contrées de
lInde qu'on en voit des forêts entières.
Parmi différens animaux dé la côte de
Malabar, rien ne nous a plus étonné que
la quantité prodigieuse de ses perroquets
et la variété plus surprenante encore de leurs
espèces 3 on en prend jusqu'à deux cents
d'uri coup de filet. Les paons ne sont guère
moins communs ; leurs plumes servent à
faire des parasols, des éventails et d'autres
ouvrages de cette nature. Ce pays est infesté
de tigres, Le jaguar, que les Portugais nomment adive, est un autre Aléau du Malabar;
il a la queue du renard, le museau du loup,
et le reste du corps comme le chien : c'est
un animal qu'on n'a jamais pu apprivoiser.
Nous trouvàmes à Cananor un vaisseau
paons ne sont guère
moins communs ; leurs plumes servent à
faire des parasols, des éventails et d'autres
ouvrages de cette nature. Ce pays est infesté
de tigres, Le jaguar, que les Portugais nomment adive, est un autre Aléau du Malabar;
il a la queue du renard, le museau du loup,
et le reste du corps comme le chien : c'est
un animal qu'on n'a jamais pu apprivoiser.
Nous trouvàmes à Cananor un vaisseau --- Page 501 ---
AUTOUR DI U MONDE
qui nous conduisit à Goa : cela fut cause
que nous ne pimes voir ni Mangalor 3 ni
Carva, qui sont denx autres petites souverainetés de la côte de Malabar. La ville de
Goa, située sur cette même côte, 1 présqu'à
distance égale de Surate et du cap de Comorin, est dans une ile qui a sept à huit lieues
decircuit: cette ile est formée par les deux
bras d'une rivière qui se jette dans la mer,
après qu'ils se sont réunis, et donne à Goa
un des plus beaux ports de T'univers. Ceux
de Toulon et de Constantinople sont peutétre les seuls qu'on puisse lui comparer. On
découvre, en entrant dans le port, deux pé.
ninsules. qui lui servent en méme tems de
rempart et d'abri. On voit dans la ville, de
tous côtés, de très-jolies maisons, des jardins aussi utiles qu'agréables, des bois de
palmiers plantés avec symétrie, et qui forment des allées à perte de vue. Ony remarque encore de superbes édifices, tels que le
palais du roi, de l'archevéque et du grand
inquisiteur : la plupart des autres maisons
sont bâties de pierres, n'ont qqu'un ou deux
étages, et sont peintes,
9 en,dehors comme
dans l'intérieur, de blanc et de ronge; illy
H h 4 --- Page 502 ---
N OU V E A U VOYAGE
en a peu qui in'aient leurs jardins. Cette ville
dépendoit autrefois dn rc yaume de Décan:
les Portugais s'en rendirent maitres sous la
conduite de l'amiral Albukerque : ils en firent la clef de tout le commerce de l'Orient
et le premier marché des Indes. Dès - lors.
cette ville se rendit fameuse et opulente : le
circuit de ses murs fait encore voir son ancienne grandeur. Goa s'élève en amphihéa.
tre au-dessus d'un des bras de la rivière 9
dans un terrain inégal, où l'on compte jusqu'à sept collines d'où la vue est admirable.
Sa longueur est de plus.d'une demi-lieue sur
un quart de lieue de largeur; mais ses murs 2
qui embrassent quantité de jardins, en ont
plus de quatre de circonférence. Il y a dans
cette ville une si grande quantité d'églises,
de couvens et de chapelles, quela moitié suffiroit pour une ville beaucoup plus étendue.
Le couvent des cordelliers surpasse en magnificence tout ce qu'on peut imaginer de
plus beau en ce genre. Outre les esclaves
et les Nègres qui composent la plus grande
partie des habifans de Goa, on y distingue
encore plusieurs classes de citoyens : les Custiccs, qui sont nés de père et mère Portu-
cette ville une si grande quantité d'églises,
de couvens et de chapelles, quela moitié suffiroit pour une ville beaucoup plus étendue.
Le couvent des cordelliers surpasse en magnificence tout ce qu'on peut imaginer de
plus beau en ce genre. Outre les esclaves
et les Nègres qui composent la plus grande
partie des habifans de Goa, on y distingue
encore plusieurs classes de citoyens : les Custiccs, qui sont nés de père et mère Portu- --- Page 503 ---
AUTOUR DI U M O N D E.
gais; les Métis, dont le père est Portugais
et la mère Indienné, et les Indiens naturels, nés de père et de mère Indiens : ceuxci sont noirs, portent de longs cheveux et
sont ou Chrétiens, ou Mahométans, ou
Idolâtres. Parmiles esclaves il y a beaucoup
de Nègres que les Portugais achètent sur les
côtes d'Afrique. Les femmes de cette ville
aiment particulièrement les Européens : il
n'y a point de ruses dont elles ne s'avisent
pour leur faire connoltre la passion qu'elles
.
ont pour eux, et les attirer dans leurs maisons. On ne voit guère ici les femmes portugaises, nil les Métises, dans les rues; quand
elles sortent, elle se font porter dans des palaquins bien couverts:1 lorsqu'elles paroissent
en public, elles sent toutes superbement habillées; mais dans leurs maisons, elles vout
la tête et les pieds nuds, et n'ont sur le corps
qu'une chemise fort courte et un petit japon
de toile peinte : les maris en sont si jaloux
qu'ils ne sonffrent point qu'aucun homme
leur parle, fut-ce leur plus proche parent.
T'ous les Chrétiens de la domination portugaise à Goa,. sans en excepter méme les
courtisancs, ont sans cesse entre les mains --- Page 504 ---
NOUVEAU VOYACE
un grand chapelet de bois qu'ils portent à
leur cou, soit parce que les Portugais sont
naturellement superstilieux,soit parla crainte qu'inspire l'inquisition. Ce tribnnal, ici,
comme en Italie, s'est cependant infiniment
radouci. Les Portugais allient les pratiques
extérieures, de la dévotion avec l'usure, les
assassinats et la plus grande dissolution. Depuis que la splendeur de la ville de Goa a
disparu avec la fortune des Portugais, des
familles, autrefois opulentes, sont tombées
dans une misère extrême, mais sans rien
perdre de la fierté naturelle à cette nation.
De Goa nous fimes un voyage par terre au
royaume de Visapour, qui en est voisin. II
seroit fastidieux de nommer iciles petites villes et les bourgs par lesquels nous passimes,
avant d'arriver à Visapour, qui a donné son
nom à l'ancien royaume de Décan dont elle
est la capitale. Cette ville est une des plus
grandes de T'Asie; elle a près de cinq lieues
de circuit, en y comprenantles cinq grands
fauxbourgs qui T'environnent. Quoique le
prince soit Mahométan, les habitans, qui
sont ici presque tous orfèvres ou tisserands,
profesentlidolatrie.Leroi,oup plutôt vice-roi
apour, qui a donné son
nom à l'ancien royaume de Décan dont elle
est la capitale. Cette ville est une des plus
grandes de T'Asie; elle a près de cinq lieues
de circuit, en y comprenantles cinq grands
fauxbourgs qui T'environnent. Quoique le
prince soit Mahométan, les habitans, qui
sont ici presque tous orfèvres ou tisserands,
profesentlidolatrie.Leroi,oup plutôt vice-roi --- Page 505 ---
AUTOUR DI U M O N D E.,
de Visapour est tributaire du Grand-Mogol.
Sur les montagnes quirègnent dans l'étendue
des deux royaumes de Carnaieetde Visapour,
et qui couvrent la presqu 'ile de T'Indostan
dans toute sa longueur du nord au sud, ily
'a des peuples entièrement indépendans, et
qui causent souvent de grands ravages dans
le Mogol : ils s'appellent, en général, Marates , et nous avons déja en occasion .de
dire combien ils étoient redoutables à la
guerre.
De Visapour 5 où nous ne demeurâmes
que deux jours, nous fimes à Graên : cette
ville est divisée en deux parties par une
grande rivière, et chacune d'elles pourroit
former une ville considérable. Nous vimes
ensuite Myrsie, qui n'est qu'à dix lieues de
Graén; ; c'est une ville très-vaste, mais mal
peuplée. Nous poussâmes jusqu'à Aurerigabad, qui est tres-commerginte. Entre plusieurs beaux édifices, nous remarquâmes
sur-tout une mosquée qu'un empereur mogol, Aurengzeb, y fit bâtir. A notre retour
à Goa, nous fimes quelques excursions dans
plusieurs places maritimes qui n'appartiennent plus aux Indiens, telles que Mingrola, --- Page 506 ---
NOUVEAU VOYAGE
possédée par les Hollandois; Chaul et Daman, par les Portugais; Bacaim et Bombay,
par les Anglois. Nous n'y trouvâmes rien
de remarquable que leur commerce et. leurs
pagodes. Les productions du pays sont les
mêmes qu'à Goa, qui est dans le voisinage.
Nous nous embarquâmes, après avoir séjournd dans cette contrée environ trois semaines, pour les ilcs Maldives, où nous
étions d'ailleurs bien certains de trouver des
vaisseaux soit pour Siam, soit pour les iles
voisines. Les vents n'ayant pas toujours été
favorables, nous mimes environ douzejours
pour arriver à ces iles qui sont éloignées de
Goa de plus de trois cents lieues, et qui
s'étendent, le long de la côte de Malabar,
en ligne droite du midi au septentrion. On
pourroit en compter plus de quinze cents,
presque contigues, divisées en treize portions et assemblées par grouppes ; mais la
plupart n'offrent que des monceaux de sable et des rochers : d'autres sont si petites
et si basses que la mer les couvre souvent. Il y en a très-peu d'habitées. Claque
grouppe est séparé de l'autre par un canal
ou détroit qui a quelquefois si peu de pro-
droite du midi au septentrion. On
pourroit en compter plus de quinze cents,
presque contigues, divisées en treize portions et assemblées par grouppes ; mais la
plupart n'offrent que des monceaux de sable et des rochers : d'autres sont si petites
et si basses que la mer les couvre souvent. Il y en a très-peu d'habitées. Claque
grouppe est séparé de l'autre par un canal
ou détroit qui a quelquefois si peu de pro- --- Page 507 ---
AUTOU R DU MOND E.
fondeur qu'on passeroit de Tun à l'autre
sans y trouver plus de trois. pieds d'eau : il
y en a d'autres, dont le passage est ouvert
aux navires : le plus grand a près de vingt
lieues de largeur. On appelle province ou
atollon chacun de ces amas de petites iles,
séparé par un détroit : les plus grandes n'ont
guère que trente ou quarantel lieues de circuit;
elles forment ensemble une longue chaîne qui
en a plus de cent d'étendue, et sont toutes soumises à un même souverain : elles tirent leur
nom de celui de la capitale et du mot dive,
qui veut dire ile : de ces deux noms on a
fait celui de Maldives. On présume qu'elles
ne formoient autrefois qu'une seule ile que
l'effort des vagues, ou quelques secousses
violentes, ont partagée en plusieurs portions.
On y professe la religion
mahométane, 2 ce
qui fait présumer que les Maldives sont une
colonie d'Arabes qui se sont établis dans ces
iles dès le tems de leurs excursions dans
TInde. Les Portugais se rendirent maitres de
ce pays qui essuya une autre révolution au
commencement du siècle dernier. Des corsaires de Bengale y firent une descente, 1
tuérent le roi ou rosquan, et pillèrent et --- Page 508 ---
NOUVEAU VOYAGE
ravagèrent toutes ces iles. Des guerres intestines pour la succession à la couronne y
causérent de nouveaux troubles qui furent
enfin appaisés par l'élection d'un autre rasquan. Le calme y a régné depuis. Le roi de
ces iles prend le titre de roj de treize provinces et de douze mille iles : il fait sa résidence à Male, qui en est la.capitale. Cette
ville n'est point entourée de murailles ; mais
elle est fortifiée naturellement, tant par les
rochers qui T'environnent que pàr le peu de
fond qu'on y trouve, à cause des bancs de
sable et des écueils. Les autres provinces ou
atollons ont de semblables défenses. L'ile de
Male; la seule que nous visitâmes 9 nous
parut avoir plus d'une lieue de circuit. On
trouve ici de grosses écrevisses de mer, et
une sorte d'oiseaux très m communs qu'on
appelle pengouins ; ce sont des espèces
d'oies qui ont le dos noir et le ventre blanc,
et dont la chair est d'un très-bon gont. Nous
avons vu aux Maldives deux plantes singulières, dont l'une est appelée feur du SOleil, et T'autre plante mélancolique : la première ne s'ouvre qu'au lever de l'astre dont
elle porte le nom, et ne se ferme qu'à son
mer, et
une sorte d'oiseaux très m communs qu'on
appelle pengouins ; ce sont des espèces
d'oies qui ont le dos noir et le ventre blanc,
et dont la chair est d'un très-bon gont. Nous
avons vu aux Maldives deux plantes singulières, dont l'une est appelée feur du SOleil, et T'autre plante mélancolique : la première ne s'ouvre qu'au lever de l'astre dont
elle porte le nom, et ne se ferme qu'à son --- Page 509 ---
AUTOUR DU M O N D E.
coucher; la seconde, au contraire, ne s'épanouit que lorsque le soleil se couche, et
ses feuilles ne se referment que lorsqu'il se
lève. Quoique ces iles soient voisines de l'équateur, les chaleurs n'y sont pas cependant
insupportables : les nuits, toujours égales
aux jours, sont très-fraiches, et les grandes
rosées contribuent encore à tempérer les ardeurs du soleil. Les Maldivois sont soumis
à un prince dont l'autorité est despotique,
et à des prétres nommés naibes, sur lesquels
il se repose de toute l'administration : ils
joignent aux fonctions du sacerdoce la puissance temporelle, et le roi n'est réellement
que leur premier sujet.
Le vaisseau qui nous avoit corduit aux
iles Maldives devant partir incessamment
pour celle de Sumatra,nous: nous décidâmesà
ne pas parcourir toutes ces différentes petites iles, et nous préféràmes de continuer
notre voyage sur le méme bâtiment. Lile de
Sumatra, où nous ne tardâmes pas à aborder, est longue et étroite : on compte à peine
soixante lieues dans sa pius grande largeur,
et dans sa longueur cent quatre-vingt-dix ou
deux cents. L'équateur la coupe en deux par- --- Page 510 ---
N 01 U V E A U VOYACE
ties égales : la chaleurn'y est cependant pas
aussi excessive qu'elle l'est ordinairement
sous la ligne. Les vents frais qui viennent
dela mer rendent l'air plus tempéré. Le terroir y produit à peu près les mèmes fruits,
les mêmes animaux, les mêmes métaux que
dans toute la partie méridionale de TInde;
mais c'est principalement par l'abondance,
la qualité et le commerce de son poivre,
que cette ile est recommandable : c'est le
meilleur qu'il y ait dans les Indes, après
celui de Cochin; il fournit tous les ans à la
cargaison de plus de vingt navires. Une autre production de T'ile de Sumatra, est une
sorte d'huile qui ne cesse point de bràler
lorsqu'une fois elle est allumée, et qui conserve son ardeur jusqu'au milieu de ! la mer:
ces peuples s'en servent pour mettre le feu
aux vaisseaux des ennemis. Les Porrugais,
combattant contre un roi d'Achem, eurent
deux navires consumés par cette, luilei inextinguible. Ily a dans les différentes, contrées
de cette ile plusieurs petits royaumes, peu,
dignes d'attention, et même d'être mentionnés ici, Les Anglois et les Hullandois ont
bâti des forteresses sur presque toutes les
côtes.
au milieu de ! la mer:
ces peuples s'en servent pour mettre le feu
aux vaisseaux des ennemis. Les Porrugais,
combattant contre un roi d'Achem, eurent
deux navires consumés par cette, luilei inextinguible. Ily a dans les différentes, contrées
de cette ile plusieurs petits royaumes, peu,
dignes d'attention, et même d'être mentionnés ici, Les Anglois et les Hullandois ont
bâti des forteresses sur presque toutes les
côtes. --- Page 511 ---
Lom
1 Pv
aA dhe
dh
VOK DEC
MOCONOCO.
Malhaia
uson dhir Mallain
Burre --- Page 512 ---
RPJCD --- Page 513 ---
AUTOUR D U MONDE
d'Endigri et de Jambi
côtes. Les royaumes
hollandoise:
sont triburaires de la compagnie
exclusifde toutes lc S marelle a le commerce
elle poschandises de celui de Palimban;
maritimes des états de
sède aussi les parties
Manincabo et d'Inripoura ou Indrapour.
ont un excellent fort nommé
Les Anglois
la côte de Fouest de
Mocomoco; il est sur
Tile de Sumatra, par les deux degres quarante-huit minutes de latitude méridionale,
vingtet par les petr-rtee-inenriegren orieutale du predeux minutes de longitude
Paris.
méridien de T'observatoire de
mier
conComme ce fort est généralement peu
même Marsden, dans son hisnu, et que
estimée de l'ile de Sumatra,
toire justement
n'en a donné ni le plan, ni la description,
avons cru devuirle mettre sousles yeux
nous lecteur dans la planche cijointe.
du
les autres villes ou forteresses
Toutes
rien qui fut digne d'une remarque
n'ayant
nous nous attachâmes principartichliere, à observer les moeurs, coutumes
palement
d'Achem, le plus conet usages du royaume
de cette ile, dont
sidérable des royaumes
l'intérieur des terres n'est habité que par
Ii
Tone I. --- Page 514 ---
NOUVEAU VOYAGE.
des peuples barbares. La capitale, quidonne
son nom au royaume d'Achem, en occupe
la partie la plus septentrionale; elle est située à une demi-lieue de la mer, sur une
grande rivière qui la rend fort commerçante.
Cette ville n'a que deux milles de circuit;
elle est environnée d'un bois qui en dérobe
la vue, et qui lui sert, pour ainsi dire, de
fortilications, , avec quelques forts bâtis, de
distance en distance, dans des marais. On
y compte sept à huit mille maisons ou cabanes, dispersées sans ordre, et séparées
les unes des autres par des simples haies. Le
palais du roi est à quelque distance des murs
d'Achem, surle bord de la mer; c'est une es7 pèce de forteresse
tndsepacionseriliregne dans
l'intérieur du palais une grande magnificence,mais dénuée de goût. Ony voit cependant
des jardins ornés de pyramides, de tombeaux
superbes, de vastes canaux et un sérail pour
loger plus de huit cents femmes; car les
rois d'Achem sont les plus voluptueux Cetles
plus efféminés des princes asiatiques. Les
unes demeurent toujours auprès de la personne du prince, soit pour agiter.et rafraichir l'air aveç de grands éventails, soit pour
magnificence,mais dénuée de goût. Ony voit cependant
des jardins ornés de pyramides, de tombeaux
superbes, de vastes canaux et un sérail pour
loger plus de huit cents femmes; car les
rois d'Achem sont les plus voluptueux Cetles
plus efféminés des princes asiatiques. Les
unes demeurent toujours auprès de la personne du prince, soit pour agiter.et rafraichir l'air aveç de grands éventails, soit pour --- Page 515 ---
AUTOUR DI U MON DE,
Tamuser par leurs discours, le réjouir
leurs chants, ou pour éveiller et satisfaire par
désirs : les autres montent
ses
alternativement
jour et nuit la garde dans l'intérieur du
lais. Parmi cette multitude
pasont renfermées
d'Indiennes qui
dans le sérail
il
y en a trois qui ont le
d'Achem,
autres ne sont
rang d'épouse; : les
chands
que des concubines. Les mararabes aménent aussi à ce souverain
des esclaves de tous les pays. Les forces militaires du roi d'Achem
garde de trois mille
consistent en une
hommes
les premières
dispersés dans
de
cours du palais, en un autre
corps
quinze cents esclaves
tent jamais de l'intérieurdu
'qui ne sorles garnisons
château, et dans
rine
envoyées dans les forts. Sa maet ses éléphans forment une autre
che de sa puissance. D'ailleurs
branjets sont obligés de
tous ses supremier
prendre les armes au
ordre, et de porter avec eux des
vres pour trois mois. Les
vinombre de neuf
éléphans sont au
cents. Le
sède la meilleure
roid'Achem pos:
êt la plus
de T'ile de Sumatra
grande partie
: les villes
de son
principales
royaumes, 2 après la capitale, sont
Iis --- Page 516 ---
NOUVEAU VOYAGE
Pedir, Pacem. Daly, Dava, Labo, Chinquel, Bàrros, Batahan, Passeman, Tikou,
Priainan et Padang Entre plusieurs titres
fastueux et ridicules que prend ce monarque, à la manière de tous les sonverains
orientaux, il se fait appeler le roi des rois,
Timage véritable de la, royanté, le nodèle
du plns parfait gonvernement, formé di
plus pur niétal, et orné des plis vives couLrs; dont le trône est le plus élevé et le
plus accompli, ressemblant à une-rivière de
crystal, plus transparent que Ja, glace et le
verre, seigneur de neuf soites de pierres et
de denx parasols d'or batru; quirpossède
des siègrs, des harnois, des lances, un sépulcre - , des vases, et.1 un service complet
du même métal. La religion du monarque
et des habitans,.est celle de Mahomer. Les
Achemois sont très sobres, le riz seul faisant
leur nourriture; les plus riches y joignent
seulenient un
de
e
peu
poisson. Voila ce. que
nous avons trouvé de
oCI
plus diguerde reniarque dans l'ile de
SCE
Sumermeltianirolieee S:
ment dans le royaume d'Achem.
vases, et.1 un service complet
du même métal. La religion du monarque
et des habitans,.est celle de Mahomer. Les
Achemois sont très sobres, le riz seul faisant
leur nourriture; les plus riches y joignent
seulenient un
de
e
peu
poisson. Voila ce. que
nous avons trouvé de
oCI
plus diguerde reniarque dans l'ile de
SCE
Sumermeltianirolieee S:
ment dans le royaume d'Achem. Il ne pous
reste qu une réflexion à
c'est
ajouter,
que --- Page 517 ---
AUTOUR DU MONDE
T'ile de" Sumatra nous a paru être plus
grande que T'Angleterre. Quelle différence
cependant de commerce et de puissance :
rien ne prouve plus que tout dépend d'un
gouvernement plus ou moins éclairé.
FIN DU PREMIER VOLUME. --- Page 518 ---
E
:: - f --- Page 519 ---
TABLE
DES CHAPITHES
CONTENUS DANS CE VOLUME.
AvERTISSINANT,
page £
Introduction,
1,
VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE.
CHAPITRE I. De Genève,
CHAP. II. De la Savoie,
CHAP. III. Du Piémont, 7
CHAP, IV. Du Milanois,
CHAP. V. De Pavie, Parme, Plaisance,
Modène et Mantoue,
CHAP. VI. De lEtat de Vénise,
CHAP. VII. De Bologne >
CHAP. VIII. De Rome;
CdAP. IX. De Naples,
CHAP. X. Enyirons de Naples. Mont Vésuve,
CHaP. XI. De la Sicile,
CHAP. XIi. iiont Lina. Suite de la Sicile,
--- Page 520 ---
TABLE DES CHAPITRES
CHAP. XIII. De la Toscane et de Florence,
page 120
CHAP. XIV. République de Lucques, 128
CHAP. XV. Pise. Etat de Cénes,
CHaP, XVI. Résumé de ce voyage, 135
VOYAGE AUTOUR DI MONDE.
CHAP"TRE I. De lile de Chrpre,
dAlep >
de Damas et de Igypre,
CHAP. 11. Des iles de LArchipel, et particulièrement de la Grice,
CHAP. III. De la Turquie 3
CHAP. IV. De la Géorgie,
2g0
CHAP. V. De la Mingrélie, autrefois la
Colchide, de TArménie et de la Me.
die,
CHAP. VI. De la Perse,
CHAP. VII. De LArabie,
CHAP. VIII D'Ormus et de Surate, 405
CHAP. IX. Du Mogol ou de lindostan; 416
CHAP. X. De Golconde , de Ceylun, du
E Malubar, 7 de Goa, des iles Maldives
et de Sumatra, 3.
CHAP. XI. De l'ile de Ceylan,
FIx DE LA' TABLE DU PREMISR VOLUMS.
la Me.
die,
CHAP. VI. De la Perse,
CHAP. VII. De LArabie,
CHAP. VIII D'Ormus et de Surate, 405
CHAP. IX. Du Mogol ou de lindostan; 416
CHAP. X. De Golconde , de Ceylun, du
E Malubar, 7 de Goa, des iles Maldives
et de Sumatra, 3.
CHAP. XI. De l'ile de Ceylan,
FIx DE LA' TABLE DU PREMISR VOLUMS. --- Page 521 ---
E797
PI35n
V.
/yT Sdur"A (5)
s aeuodxo opour y sauns
IXELU tuenbonbsoitt sum
iossnffaniopgA tnnordpad
auy PJI snqnuoooj XI
p. tnnuss sunf 01A SIU
maeouridue cues ad weu
nb pat BLOjS 13J 'orgoyiod
uus SIUU "ANIINI AI
uniont:
dsnqoi UI s31u133 enb. S19.
anf untdiouud orenuos
o2( e uouy 2 ctoupio
ouud TOIdIONIMA NIIII
103 seueuny iunnuss OIDA,
aingeu sn('vsnvo NI "II
2J shieg ouiur qe unpuos
ngeu sni 'aNIoIO NI I
ny stunjuoyo spned *ollay
HUHLO snqmb. UI "32 ouy
JO u saubipqap DIUDAUOS
JIP ainjeu oinf e unnus
:punsas ausuniod unpuos
adnys senb'ra.-onestgo SeIt!
uruo opun. $ 11011odo 2go
louraid 22J14 X tuel $o2.
TU S21E1 j3Afepaidxaaj.
uuo OIDA tunuepunooy pe
inf X3 enb eidoozid eltr
juo8sn( (pe :oppurip geaur
fouepunoay wn tunuetu
sunnaeyooy mb HII UNIDA,
103 snf uep uou sueryaeu
IJAIIOD JUDOEIL CITLAD mne --- Page 522 ---
-32328
TABLE DES C Eu1959
CHAP. XIII. De la Tos Stimtng
ce,
CHAP, XIV. Répblique
CHAP. XV. Pise. Etat,
CHaP, XVI. Résumé di
VOYAGE AUTOU
CHAP"TRE I. De Iile de
de Damas et detr,
CHAP. II. Des iles de
ticulièrement de la (
CHAP. III. De la Turg
CHAP, IV. De la Géorg
CHAP. V. De la Ming
Colchide, de-LArm
die,
CHAr. VI. De la Pers
CHAP. VII. De LArabi
CHAP. VIII. D'Ormus
CHaP. IX. Du Mogol ot
CHAP. X. De Golcona
Malubar, de Goa;
et de Sumatra,
CHAP. XI. De l'ile de
FIN DE LA TABLK DU
Des iles de
ticulièrement de la (
CHAP. III. De la Turg
CHAP, IV. De la Géorg
CHAP. V. De la Ming
Colchide, de-LArm
die,
CHAr. VI. De la Pers
CHAP. VII. De LArabi
CHAP. VIII. D'Ormus
CHaP. IX. Du Mogol ot
CHAP. X. De Golcona
Malubar, de Goa;
et de Sumatra,
CHAP. XI. De l'ile de
FIN DE LA TABLK DU --- Page 523 ---
- - -
E497
Pi35n
N. P T"11S 4 "D0'9
:
2 $ dut"N (5)
oqui stuoniuyop snjuar- 3 neuodxo opo y saunni
nuenuo mb 01e.17 oUIxELU. uuenb onbsoit! cum?
bago ainieu ornt e cunpuoss snl JNIOPIA unnordyad
yIT - snqnuzdoi2j1P 2J JoJuL elI snqmUuO39II XI
T JJUI usmelaj sexjun 4 € unnuss sunf aod 013A weu SIU
urunN touns vHOT ameyridue tue
jouotpojad Baur LIE3 enb paenos 10J forpajad
oyputuny a tainjeu sun! LLUS SIUL ANI INI AI
sunioni
UE s31u0s enb. 'sup.
D EPUeAII Joimiseuttgndenaos
. ouenuo
-
ay tnpuzaod upuos sun( unidpuud
ps wnnjod SIEDID sniqal UI 0D(I e "ttouy % ctsupio
KIP tnefzmicusunf uundpuud I'OIdIONIMa NI'III OIDA,
"souonnatijuos seuetunt wnguas
no(I umidi 12qey uejne amngeu sn("vsnvo NI 'II
(5) mod mousuo strepoy shity ourur qe tunnuos
teuntjsuouss onur qe ainjeu snl 'aNIDIAO NI I
unj snunjuoyo sponed olay
I JOJUI ourixel tuenb snqItuto snqmb. UI 32 ouy
puudfeines odtou outsuo UI : juoinqop JIUDAUOD
atl snqiuuro UI unpnytp ainjeu om( e unnuss
o.ep uou U ouod € tunpepunoey jusuniod wnnu8
anibemblemmnsepxcumnes eidny jsebyr2.0neengo SeII!
u omnt u! aunj uneAuop turuD opun. S pinodo ous.
u0D tunaxieu snl pe sutuowzid 32J14 X3 tel $o2.
HUMEIDHAIESSHOSCEL y Se1DE1 ppA eppidxstaj,
wnilus3 Sotonu2Au0o sauuto OIDA tnuepunooy pe
Suo aunionod amneu oinf X3 enb eidopzid eI
nod Atunueuud uuius wnnusssnf pe :ongutbipaeour
einl ES baugeunxetr unofouepuroay uno wnreur
mpuss sni juniapnyuos junmey poormb ITI! unIA
1DAIP zmnEu ainf e e tuniuo3 snf uep uou sueayau
LIBUILISITE omnmnkasupanawsat10o aupaEu SIIIAIS ane --- Page 524 ---