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NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DUT M ONDE,
EN ASIE, EN AMÉRIQUE
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EN. AFRIQUE E.
TOM E SECOND. --- Page 6 ---
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NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
EN ASIE, EN AMÉRIQUE
ET
EN AF. RIQ U E,
EN 1788, 1789 E T 1790;
PRECEDE
D'UN VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE,
E N 1787;
AvEC un recueil de tout ce que les voyageurs ont publié de
plus curienx sur toutes les parties du globe, excepté l'Europe, sur leurs arts, leurs sciences, leurs productions commerciales et naturelles, leurs moeurs et leurs usages ; ainsi
que l'histoire de leurs gouvernemens anciens et modernes.
PAR F. PAGÈS.
-
CSL
SECOND.
Srte
-
TOME
-
C
RREO
A PARIS,
CHEZ H. J. JANSEN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE;
R UE DES PÈRES, No, 1195.
L'AN V DE LA RÉPUBLIQUE, (1797 2. ss.) --- Page 8 --- --- Page 9 ---
NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
EN 1788, 1789 ET 1790,
PAR LA VOIE DE L'ORIENT.
SUITE DE L'ASIE.
CHAPITRE XII
Des iles de Java, de Bornéo, de Macassar,
et des Molucques.
Les iles de Java sont appelées l'ane la
grande Java, l'autre la petite Java. La première a, au nord-ouest de l'ile de Sumatra,
dont elle est séparée par le détroit de la Sonde, les,iles de Bornéo, au nord est Tile de
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NOUVEAU VOYAGE
Madura, à lest celle de Baly, et au sud la
mer des Indes, qui la sépare de la terre
d'Eendragt, ou de la Concorde. Les anciens
ont connu l'ile de Java, où nous arrivâmes
en peu de tems, après nous étre embarqués
au port d'Achem. L'ile de Java est la JabaDiudeProlémée.) Isemblequeles habitans de
Bormolfontdéeuvenele premiers;mais elle
est au pouvoir des' Hollandois qui, en 1619,
ont établi le centre de leur commerce à Batavia. Cependant ils ne sont pas les uniques
souverains de l'ile; elle a ses rois qui sont
aliés de la compagnie qui possède la côte
du nord, où elle a bâti de très-bonnes forteresses. La côte méridionale est occupée
des peuples indépendans, dont le plus puis- par
sant est le sourapati. L'intérieur du
est sous la domination d'un
pays
empereur appelé le mataram, qui fait sa résidence à
Cartasoura. L'ile de Java comprend le royaume de Bantam, le royaume de Jacatra ou
de Batavia, la province de
Karavang, 2 qui.
appartient en propre à la compagnie, le
royaume de Tsiéribom. On' trouve ensuite le
pays de Tagal," et le petit royaume de Gressic. Nous abordamnes d'abord à Batavia, qui
la domination d'un
pays
empereur appelé le mataram, qui fait sa résidence à
Cartasoura. L'ile de Java comprend le royaume de Bantam, le royaume de Jacatra ou
de Batavia, la province de
Karavang, 2 qui.
appartient en propre à la compagnie, le
royaume de Tsiéribom. On' trouve ensuite le
pays de Tagal," et le petit royaume de Gressic. Nous abordamnes d'abord à Batavia, qui --- Page 11 ---
AUTOUR DU M ONI D.E.
est le centre 7 ainsi que nous venons del'observer, du commerce des Hollandois dans
lInde, et d'où ils donnent la loi, non-seulement dans T'ile de Java, mais encore dans
la plupart des pays de l'Asie maritime et
commerçante; c'estla métropole de leurs po8sessions coloniales. Nous croyons faire plaisir au lecteur de donnerici une idée de leurs
premiers voyages et de leur établissement
dans les Indes. Les Hollandois avoient fait
quelques tentatives inutiles pour pénétrer
dans les Indes par la mer du Nord, lorsqu'un
nommél Houtman, sujet de cette république,
fit savoir, du fond des cachots de Portugal,
qu'ilpouvoit leur apprendre une autre route.
Houtman avoit été arrêté à Lisbonne pour
avoir fait des questions trop curieuses sur
les chemins nouvellement découverts par. les
Portugais. On lui permit de se racheter pour
une somme considérable qu'onle croyoithors
d'état de fournir; mais Houtman eut secrètement recours à ses compatriotes, , qui lui
firent toucher cet argent. De retour dans sa
patrie, il communiqua ses lumières à des
marchands hollandois qui, d'après ses instructions formèrent une compagnie; ils
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NOUVEAU VOYAG L
équipérent une petite flotte sous la direction
de Houtman. Le succès de cette première
navigation ayant répondu à leur attente, la
compagnie augmenta du double. Chaque année on voyoit entrer dans le port d'Amsterdam des richesses immenses. Les Portugais
s'efforcèrent d'arréter ces progrès : de-là,
des guerres longues et fréquentes entre les
deux nations, et qui firent perdre aux Portugais la plupart de leurs. possessions dans
les Indes : en moins de soixante ans, il ne
rC sta plus à ces derniers que Goa, Diu et
Macao. La compagnie hollandoise a contraint le roi de Golconde à reconnoitre sa
supériorité; elle est comme souveraine d'une
partie des côtes de Malabar et de Coromandel: elle possède les villes maritimes de CeyJan ; elle a plusieurs places fortes à Sumatra; mais c'est principalement l'ile de Java
qui est le grand théâtre de leur domination
commerciale (1). Leur.comptoir général est
à Batavia, une des villes les plus commer-
(1) Depuis la révolution de France, les Anglois
ont pris ces possessious.
noitre sa
supériorité; elle est comme souveraine d'une
partie des côtes de Malabar et de Coromandel: elle possède les villes maritimes de CeyJan ; elle a plusieurs places fortes à Sumatra; mais c'est principalement l'ile de Java
qui est le grand théâtre de leur domination
commerciale (1). Leur.comptoir général est
à Batavia, une des villes les plus commer-
(1) Depuis la révolution de France, les Anglois
ont pris ces possessious. --- Page 13 ---
AUTOUR DU M ON D F.
çantes de l'univers. Les Javanois l'appellent
de son ancien nom Jacatra, les Chinois Kalakka, 9 à cause de T'abondance des cocotiera
qui croissent dans son territoire; elle est située entre la mer et une chaîne de montagnes, dans une plaine basse et unie, et sur
le bord d'un' golfe qui forme un port spacieux et commode: des murs de brique T'entourent de toute part; clle est défendue par
vingt-deux bastions qui portent le nom des
provinces ou villes principales de la Hol- e
lande, et environnée d'un fossélarge et profond toujours plein d'eau; dans le temns de
la haute marée, c'est une seconde barrière
impénétrable, Une rivière , avec un beau
quai, planté d'arbres, 2 traverse la ville dans
toute son étendue qui est d'une lieue, en y
comprenant les fauxbourgs : on y compte
plus de cent mille habitans, tant Indiens
qu'Européens. Les maisons sont bâties de
pierres blanches, avec la méme régularité
qu'en Hollande. Cette vilie, pourlagrément
de la sitnation, la beauté de ses bâtimens,
la multitude de ses ponts, est une des plus
belles de lunivers : ses principaux édifices
sont les églises, les hopitaux, la maison de --- Page 14 ---
NOUVEAU VOYAGE
ville, la maison de force, les halles, et dans
le château le palais du gouverneur : le marché est rempli de Chinois et d'Indiens qui
y étalent leurs denrées. Les dehors de Batavia ont tous les agrémens que peuvent
curer les grandes richesses sous un ciel R
reux et dans le plus beau climat : on y voit
quantité de maisons de plaisance et de belles
habitations. Le riz, le sucre, les épiceries ,
y viennent avec facilité : T'ananas de Java
passe pour le meilleur des Indes; enfin, on
y trouve tous les fruits qui croissent dans la
plupart des pays d'Asie. Un arbre qui nous
paroit être particulier. à cette contrée, est le
lantor, remarquable par sa hauteur extraordinaire, et la majesté, la pompe de son ombrage : ses feuilles, longues de cing à six
pieds, sont si fermes et si unies, qu'on
peut y tracer des lettres avec un orayon ou
avec un poinçon de fer; c'est le papier ordinaire des habitans de l'ile.
Une maxime des Hollandois qu'on devroit
bien imiter dans tous les gouvernemens 9
c'est qu'ils ont si fort à coeur la fortune de
tous ceux qui sont à leur service, qu'ils font
peu de cas des employés quinégligent leurs
, longues de cing à six
pieds, sont si fermes et si unies, qu'on
peut y tracer des lettres avec un orayon ou
avec un poinçon de fer; c'est le papier ordinaire des habitans de l'ile.
Une maxime des Hollandois qu'on devroit
bien imiter dans tous les gouvernemens 9
c'est qu'ils ont si fort à coeur la fortune de
tous ceux qui sont à leur service, qu'ils font
peu de cas des employés quinégligent leurs --- Page 15 ---
A UTOUR D U M O N I) E.
propres affaires, et les regardent comme peu
capables de travailler utilement à celles d'autrui : ils n'avancent que très-rarement un sujet qui ne pense point à s'enrichir. Les habitans de Batavia sont un mélange de Chinois, de Malais, de Javanois, de Hollandois, de Portugais et d'Européens. Les Chinois y font un commerce considérable; ils
portent de grandes robes de coton ou de soie,
avec des manches fort larges : leurs cheveux
ne sont point coupés comme à la Chine; ils
les portent longs et tressés; ce quileur donne
plus de grâce : leurs maisons sont basses et
carrées, et dispersées dans différens quartiers. Les Malais, ou peuple de Malaca; ne
sont ni aussi laborieux, ni aussi industrieux
que les Chinois : leur principale occupation
est la péche. Les Javanois travaillent à l'agriculture, et font des bateaux. Les hommes sont nus à la réserve d'un bonnet qui
leur couvre la tête, et d'une pièce de toile
qu'ils ont autour des reins. Les moeurs des
fernmes hollandoises offrent des détails plus
curieux : on les partage en plusieurs classes,
comme nous avons vu qu'on distingue différcntes scrtes de Portugais à Goa; les Hol- --- Page 16 ---
NOUVEAU VOYAGE
landoises d'Europe, et les Hollandoises des
Indes; celles qui le sont de père et de mère,
et celles qui ne le sont que de père ou de
mère seulement. Les premières sont, pour
la plupart, des femmes de Hollande que le
besoin a forcé de venir chercher une dernière
ressource aux Indes : dès qu'elles y ont fait,
par des mariages, ou par tout autre moyen,
une certaine fortune, elles prennent le ton
etl'arrogance des femmes du pays. Une dame de Batavia ne se promène jamais à pied,
et n'a pas le courage de inarcher, méme
dans son appartement : elle se fait soutenir
par ses esclaves ; et si elle sort de sa maison, ce n'est jamais que dans un palanquin:
non-seulement elles ont perdu T'usage si commun en Hollande de nourrir elles - mémes
leurs enfans; mais elles se débarrassent aussi
du soin de les élever sur des esclaves moresques ou banianes, qui ne leur apprennent
qu'unjargon barbare et. leurinspirent le goût
de tous les vices. Une éducation si peu soignée apporte dans les générations suivantes
des moeurs encore plus dépravées. C'est ce
que nous avons aisément remarqué dans lcs
Hollandoises nées aux Indes; elles n'ont d'an:
elles - mémes
leurs enfans; mais elles se débarrassent aussi
du soin de les élever sur des esclaves moresques ou banianes, qui ne leur apprennent
qu'unjargon barbare et. leurinspirent le goût
de tous les vices. Une éducation si peu soignée apporte dans les générations suivantes
des moeurs encore plus dépravées. C'est ce
que nous avons aisément remarqué dans lcs
Hollandoises nées aux Indes; elles n'ont d'an: --- Page 17 ---
UTO 2 U R D U M O N D E.
tre occupation que leur parure, d'autres conversations qued del leurs ajustemens et de leurs
esclaves, d'autre plaisir que de, fumer, de
mâcher du bétel, de se tenir couchées sur des
nattes, et de se. livrer à tous les excès de la
débauche. Toutes les femmes de Batavia,
soit Hollandoises, soit Métives, ont, en
général, l'ambition de se distinguer par le
luxe et la magnilicence des vétemens et des
équipages.
Pendant notre séjour à Batavia, nous A:
mes plusieurs voyages qui nous mirent à
portée de connoitre les autres parties de l'ile
de Java. Nous commençàmes parle royaume de Bantam, le plus voisin de Batavia :
c'étoit autrefois un état très - puissant, et
c'est même encore le plus puissant de tous
ceux de cette ile après le sourapati. Les
Hollandois ont fait perdre au royaume de
Bantam ses forces, ses richesses, et presque
tout son premier lustre : son roi même est
devenu vassal et tributaire de la compagnie
hollandoise qui entretient une garnison dans
Bantam. Cette ville est située dans une plaine, au pied d'une montagne d'ouil sort une
rivière qui se partage en trois canaux : l'un --- Page 18 ---
NOUVEAU VOXAGE
trav verse la ville, et les deux autres l'environnent. On nous a beaucoup vanté l'ancienne magnificence de ses rois, et l'étendue
de son enceinte, qui avoit, dit-on, quatre
lieues : ses marchés étoient le rendez-vous
de tous les négocians de l'Asie. Ce royaume
avoit Bornéo et Sumatra dans ses dépendances; ; aujourd'hui cette ville célebre conserve
à peine qJuelques traces de sa première grandeur : ses rues sont étroites et sans aligner
ment; ses murs, bas et mal construits, résisteroient peu au canon. Les étrangers demeurent hors la ville, et' principalement les
Chinois, qui occupent un quartier qui leur
est propre, et qui porte le nom de VilleChinoise. Le roi de Batam et une partie de
ses sujets professent la religion mahométane;
c'est la plus universellement suivie danslile
de Java. Le roi de Bantam délibère, la muit
et au clair de la lune,.a avec ses ministres
sur lés affaires de Tétat; ils s'assemblent
tous sous un grand arbre. C'est la fortune,
Oll la fantaisie des particuliers, qui décide
ici du nombre des concubines; mais comme
la loi oblige de donner. à chaque femme légitime dix esclaves pour la servir, il nya
ométane;
c'est la plus universellement suivie danslile
de Java. Le roi de Bantam délibère, la muit
et au clair de la lune,.a avec ses ministres
sur lés affaires de Tétat; ils s'assemblent
tous sous un grand arbre. C'est la fortune,
Oll la fantaisie des particuliers, qui décide
ici du nombre des concubines; mais comme
la loi oblige de donner. à chaque femme légitime dix esclaves pour la servir, il nya --- Page 19 ---
AUTOUR DU M 0 NDE.
guère que dans les conditions opulentes que
la polygamie est établie. Les concubines ne
peuvent coucher avec leur maitre sans la
permission des ferimes légitimes, qui, de
leur côté, ne peuvent la réfuser sans s'exposer au mépris ou à la mauvaise humeur
du-r mari. Ces concubines sont les esclaves,
ou les suivantes des épouses. Leurs enfans
naissent libres : il n'est pas permis au père
de les vendre. Ils sont censés appartenir aux
femmes légitimes ; mais cette loi, qui paroit, au premier coupd'oeil, favorable à ces
enfans, leur est souvent funeste. Iln'arrive
que trop communement que ces maratres
les font mourir par le poison. Deux raisons
obligent dans ce pays-ci de marier les filles
de très-bonne heure : la première est la chaleur du climat qui les rend nubiles à Tage
de neufou dix ans : la seconde est une loi
de T'état, par laquelle le roi hérite, nonseulement des biens, mais encore des femmes, des enfans et des esclaves de ceux qui
en mourant laissent des mineurs. Les femmes de Bantam sont tellement resserrées
qu'on ne permet pas même à leurs fils d'entrer dans leurs chambres. --- Page 20 ---
NOUVEA U. VOYACI E
Nous avons remarqué à peu près les mémes moeurs dans les royaumes, ou petits
états de Bataram, de Tsiéribom et de Balamboang. Nous saisimes ensuite l'occasion
d'un navire hollandois qui devoit passer le
détroit de la Sonde, pour nous rendre à Mataram, capitale du royaume de ce nom, et
une des plus grandes villes des Indes : on y
comptoit jusqu'à scixante mille fanilles;
mais depuis que leurs rois ont transporté
leur conr à Ningrat, dans la partie du nord,
Maratan a beancoup perdu de son ancien
Justre. Cette ville est située dans une plaine
agréable et fertile,environnée dehautes iontagnes couvertes d'une éternelle verdure, et
qui lui servent de remparts. Quatre portes
ménagées dans les passages étroits, ouvrent
et ferment cette plaine qui est assez vaste
pour fournir anx besoins des habitans. La
ville est environnée de plusieurs beaux villages qui en forment comme les fauxbourgs;
on en compte jusqu'à trois mille, dans la )
plaine, ou sur la pente, ou même sur la
cime des montagnes. Mataran avoit autrefois deux lieues de longueur : son enceinte
étoit immense comme OI peut le voir encore
parts. Quatre portes
ménagées dans les passages étroits, ouvrent
et ferment cette plaine qui est assez vaste
pour fournir anx besoins des habitans. La
ville est environnée de plusieurs beaux villages qui en forment comme les fauxbourgs;
on en compte jusqu'à trois mille, dans la )
plaine, ou sur la pente, ou même sur la
cime des montagnes. Mataran avoit autrefois deux lieues de longueur : son enceinte
étoit immense comme OI peut le voir encore --- Page 21 ---
AUTOUR DU MOND'I E.
1Z
core par les ruines de ses anciens murs :
une grande rue qui aboutit au palais impérial traverse toute la ville : cet édilice est
d'une vaste étendue; mais ses plus grands ornemens sont les jardins quifaccompagnent,
les vergers, , les bois séparés les uns des autres
par des enclos destinés à la chasse des rhinocéros, des cerfs, des taureaux sauvages, etc.
Comme la cour se tient habitnellement à
Ningrat, nous nous y transportâmes, après
avoir fait un très-court séjour à Mataran. Le
roi est gardé, comme celui de Bantam,
des femmes : on fait mohter à plus de par dix
mille le nombre de ces gardes. Il'n'est
mis à aucun homme de passer la nuit dans person palais. On place les plus vieilles femmes aux' portes des appartemens et des promenades; les jeunes sont dans Tintérieur,
employées ou à la cuisine, ou à l'entretien
de la propreté du palais.
Après notre retour à Mataran, en suivant toajours la côte méridionale de T'ile,
nous arrivâmes au royaume de Balamboang.
C'ést un petit état où le paganisme est la
religion des grands et du peuple : comme il
n'y a rien de particulier à remarquer, et
que
l'ome Il.
B --- Page 22 ---
NOUVEAU V OYAGE
nous étions peu éloignés del'ile de Bali, autrement dite la petite Java, et d'une autre ile
appelée l'ile de Madure, nous les visitâmes
l'une et T'autre : la seule singularité qui distingue les habitans de ces petits pays, c'est
le culte qu'ils rendent au premier objet qu'ils
ont rencontré le matin. Nous fimes entièrement le tour de Tile de Java, et nous revinmes à Batavia par la partie septentrionale:
mais
elle est extraordinairement peuplée
les contrées du centre et du midi sont moins
habitées que les autres, parçe qu'on y trouve
quantité de montagnes et de déserts sablonneux qui servent de retraite à toutes sortes
de bêtes féroces. Parmi ces animaux cruels,
le machan est un des plus remarquables : 9 il
tient du tigre et du lion: c'est la plus terrible de toutes les bêtes farouches; il s'élance, à plus de dix-huit pieds, sur sa proie,
et fait de si furieux ravages que les princes
du pays sont forcés quelquefois de mettre
des troupes en campagne pour le détruire:
cette chasse se fait avec plus de succès la
nuit que le jour, parce que le, machan ne
distingue aucun objet dans l'obscurité, et
les traits de flamme qui sortent de ses
gue
igre et du lion: c'est la plus terrible de toutes les bêtes farouches; il s'élance, à plus de dix-huit pieds, sur sa proie,
et fait de si furieux ravages que les princes
du pays sont forcés quelquefois de mettre
des troupes en campagne pour le détruire:
cette chasse se fait avec plus de succès la
nuit que le jour, parce que le, machan ne
distingue aucun objet dans l'obscurité, et
les traits de flamme qui sortent de ses
gue --- Page 23 ---
AUTOUR DU MONDE
yeux le font aisément découvrir. Les rhino:
céros sont assez communs dans l'ile de Java. L'espèce de singe, appelé ici T'homme
des bois, ressemble réellement à Thomme;
ses pattes de devant, arrondies comme des
bras humains, sont terminées par des mains a
semblables aux. nôtres : il est haut de quatre pieds, et n'a point de queue; la plante
de ses pieds est large du côté des doigts, et
fort étroite vers le talon : il a les cuisses
grosses et courtes, la tête large, la face
pleine, les yeux petits et d'un gris brouillé,
le nez court, le museau long, la bouche trèsfendue,et n'a de poil que dans les en droitsou.
nous en avons. On assure que ces animaux Se
mouchent comme nous, 7 en pressant leur
nez avec les doigts, et qu'ils allument du
feu et soufflent dessus pour le tendre plus
ardent : nous ne garantissons pas ces faits.
Les autres bêtes féroces ou vénimeuses sont
plus communes, plus furieuses et plus nuisibles à Java que dans les autres contrées de
l'Inde. A l'égard des plantes, elles ne sont
guère différentes de celles des iles voisines.
L'étendue inumense du commerce hollandois dans les iles de l'Orient ne nous laissa
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NOUVE. A U VOYAGE
pas attendre long-tems le départ d'un navire
pour Bornéo, une des plus grandes iles du
monde. L'intérieur est habité par des Sauvages', et coupé par. des montagnes inaccessibles : les côtes sont occupées par des Mahométans qui ont la méme origine que ceux
de Java et de Sumatra : les contrées du centre appartiennent à des Indiens idolâtres
anciens habitans de T'ile, appelés Beaujous; 1
ils sont divisés en diverses peuplades dont
chacune est gouvernée par un chef. Les Beaujous sont une nation guerrière adonnée à la
chasse et à la vie champêtre. A l'exemple
des autres Indiens, ils vont nus pour la plupart, à Texception de quelques parties du
corps qu'ils tiennent couvertes : leurs armes
sont le poignard, le coutelas, la flèche et la
sarbacane. A l'égard des Mahométans qui
habitent les côtes maritimes, ils ont conservé, avec la religion des Arabes leurs ancêtres, une partie de leurs moeurs ct de leurs
couturnes : ils sont très-mal logés, comme,
en général, tous les Indiens.
Ce pays produit le meilleur camphre de
T'anivers, beauconp de casse et de cire, une
grande abondance de lacque, et quantité de
ignard, le coutelas, la flèche et la
sarbacane. A l'égard des Mahométans qui
habitent les côtes maritimes, ils ont conservé, avec la religion des Arabes leurs ancêtres, une partie de leurs moeurs ct de leurs
couturnes : ils sont très-mal logés, comme,
en général, tous les Indiens.
Ce pays produit le meilleur camphre de
T'anivers, beauconp de casse et de cire, une
grande abondance de lacque, et quantité de --- Page 25 ---
AUTOUR DU U M O N D E.
ces nids d'oiseaux qui font les délices des tables de l'Orient, et que les Chinois croient
capables d'exciter à la volapté. Nous nous
rendimes en peu de tems, de l'ile de Bornéo, à Macassar, qui n'en ést éloignée que
par un détroit d'environ quarante lieues.
Cette ile est appelée indifféremment Célebes et Macassar : elle est divisée en denx
états principaux, qui sont gouvernés par . des
princes mahométans. L'intérienrdu pays est
peu connu; on y compte plus de vingt royaumes dont les sonverains prennent le titre de
raja. Boné est la capitale de l'état de Céle.
bes, et occupe ia partie septentrionale de
l'ile. Macassar, qui est an midi, est. une
belle et grande ville : les bâtimeus, à Texception du palais du roi, et de quelques
mosquées qui sont bâties de pierres, sont
de bois de différentes couleurs : l'ébène y
domine spécialement; ; et les divers morceaux de pièces rapportdes forment un coupdiceil admirable, et dont T'éclat surprendles
étrangers. Les Hollandois ont des forts dans
l'ile de Célebes : cG pays leur a paru trop
agréable pour négliger de s'y établir; la ri:
chesse et la variété de ses productions, la
B 5 --- Page 26 ---
NOUVEAU VOYAGE
beauté de ses paysages, la multitude de ses
eaux, la pureté du ciel, tout contribue à
rendre ce séjour délicieux. L'or se présente
de lui-mème, sans qu'il Soit besoin de l'arracher avec effort des entrailles de la terre;
on le trouve, ou en poudre, ou en petits
lingots, dans les rivières, et dans les vallées
après l'écoulement des eaux. Les bois les
plus précieux de menuiserie y sont aussi
communs que les ormes et les chénes en
Europe, dont les Hleurs les plus rechercliées
croissent ici sans soin et sans culture. Une
infinité d'autres plantes que les Européens
ne connoissent pas, et dont on fait des parfums exquis, embaument les
et récréent la vue par.la vivacité, campagnes s
l'éclat et
la diversité de leurs couleurs : rien n'égale
la délicatesse et T'abondance des fruits de
cette ile. De T'huile d'une certaine noix, les
habitans font de la bongie aussi belle
la nôtre : ils ont des herbes vénimeuses dont que
le poison est extrémement subtil; ils y trempent leurs fièches, dont les blessures donnent
la mort. L'opium est de toutes les plantes de
cette ile celle dont on fait ici le plus de cas;
elle croit ordinairement dans des lieux pier-
la délicatesse et T'abondance des fruits de
cette ile. De T'huile d'une certaine noix, les
habitans font de la bongie aussi belle
la nôtre : ils ont des herbes vénimeuses dont que
le poison est extrémement subtil; ils y trempent leurs fièches, dont les blessures donnent
la mort. L'opium est de toutes les plantes de
cette ile celle dont on fait ici le plus de cas;
elle croit ordinairement dans des lieux pier- --- Page 27 ---
AUTOUR DU MOND E.
reux et sauvages, qui ne sont connus que
des insulaires : on tire de ses ramneaux une
liqueur qui s'épaissit dans l'espace de quelques jours ; aussitôt qu'elle a acquis une
certaine consistance, on la coupe en morceaux pour en . faire de petites boules qui
s'achètent au poids de l'or : on les fait dissoudre dans l'eau, et on en arrose le tabac
à fumer; cette teinture lui donne un goût
que les habitans trouvent exquis; : son effet
le plus certain est de les enivrer, et le sommeil que leur procure cette ivresse a tant
de charmes pour eux qu'ils le préfèrent à
d'autres plaisirs. L'expérience leur apprend
néanmoins que l'usage de cet opium n'est
pas sans danger: il devient si nécessaire à
ceux qui y sont habitués, que, s'ils le quittent, on les voit bientôt maigrir, tomber
dans la langueur, et mourir d'épaisement
et d'abattement : il est encore plus dangerenx d'en prendre avec excès; carla léthargie qu'il procure conduit à la mort. Toutes
les qualités propres à la guerre distinguent
les' babitans de Tile de Célèbes ; aussi passent-ils pour les meilleurs soldats de TAsie
méridionale. On distingue ici trois ordres
B 4 --- Page 28 ---
NOUVEAT VOYAGE
de noblesse : les dacus, les carrê et les lolo.
Les dacus remplissent les premières charges
de la cour : les carré sont aussi nombreux
dans cette ile, que les marquis dans certains
pays de T'Europe, et les barons en Allemagne:1 T'ordre des lolo répond à celui des simpies gentilshommes. Célèbes ou Macassar 9
touche, pour ainsi dire, aux iles Molucques.
Un fort court trajet nous: rendit à Ternate
d'oi nous etmes occasion de parcourir un
assez grand nombre de ces iles. Les principales de celles qui peuvent être comprises
sous le titre général de: Molncques sont Tidor, Motir, Machian, Gilolo, Amboine
Céram, Banda, Sologo et Ternate ; cette 9
dernière est une des plus renommées, quoiqu'elle ne soit pas la
-
plus étendue. Nons vimes, au centre de l'ile, une haute montagne dont le sommet offre la vue d'un gouf
fre qui paroit aussi profond que la montagne
méme : il en sort beaucoup de feu mélé
d'une fumée claire 2 qui s'élève en forme de
pyramide. Ce volcan est sur-tout terrible
dans le lems.des équinoxes, parce que les
vents ui soufflent alors embrasent les matières combustibles, et redoublent la viva-
plus étendue. Nons vimes, au centre de l'ile, une haute montagne dont le sommet offre la vue d'un gouf
fre qui paroit aussi profond que la montagne
méme : il en sort beaucoup de feu mélé
d'une fumée claire 2 qui s'élève en forme de
pyramide. Ce volcan est sur-tout terrible
dans le lems.des équinoxes, parce que les
vents ui soufflent alors embrasent les matières combustibles, et redoublent la viva- --- Page 29 ---
AUTOU R DU U MOND E.
cité des flammes. Ses éruptions sont accompagnées de tremblemens. de terre et
d'un bruit terrible : le soufre qui en sort,
mélé avec la terre et les pierres
rouges, 9
est lancé avec l'impétuosité d'un boulet de
canon, et se répand en torrens jusqu'à Gammalama, capitale de l'ile : cette ville est située sur le bord de la mer, et ne contient
qu'une grande rue bâtie à l'indienne, c'està-dire, que la plupart des édifices sont de
cannes et de roseaux. Nous y vimes les ruines d'un ancien château que les Espagnols
y avoient construit. Le roi de Ternate, ainsi
que tous les souverains des Molucques, sont
très-dépendans des Hollandois qui font tout
le commerce de ces iles. Il est vrai que ces
rois sont multipliés à l'infini, et qu'aucun
d'eux n'est en état de secouer le joug européen qui les accable.
On parle aux Molucqués différentes langues, ; ce qui fait juger que les habitans sont
un mélange de divers peuples ; que les Chinois; les Javanois, les Malais et les Arabes ont fréquenté ces iles, et que les originaires du pays ont obéi successivement à
plusieurs puissances étrangères dont ils ont --- Page 30 ---
NOUVEAU
VOTAGE
pris et conservent encoré les
y a de certain, c'est
usages : ce qu'ili
introduit le
que les Arabes y ont
mahométismé
la plupart des
7 comme dans
de
autres villes de l'Asie. Lile
Ternate; etiles autres iles des
ne produisent ni rizi, ni bled, Molucques,
pèce de grains
niaucune espropres à faire du
au défaut de ces alimens,
pain; mais
naître le
la nature y a fait
sagu, espèce dé
sa moëlle pilée rend
paimier sanvage;
dont on fait des
une farine très-blanche
gateaux : tout ce qui se vend
ici, ou s'achète, se paie avec du sagu. L'arbre quile produit s'éléve. de
quinze ou
pieds : son fruit est
vingt
celui du
rond, et semblable à
éyprès. En coupant les branches
tendres de la
plante, on en fait sortir une
liqueur délicieuse qu'on appélle
a Ja blanchenr du
tuale; elle
lait, et sert de
aux habitans. Le nipa, le bambou breuvage
cotierleur
et le COfourniseentd'anttes
bles. Ces iles sont encore
boissonsagreabondance des clous de rénommées parlagirofle et des noix de
muscade, dont les Hollandois font un commerce prodigieux. L'arbre degirolle
ble au Jaurier ; mais il a la téte plus ressemd
se, et les feuillés moins
épriisy
larges : le goit du
aux habitans. Le nipa, le bambou breuvage
cotierleur
et le COfourniseentd'anttes
bles. Ces iles sont encore
boissonsagreabondance des clous de rénommées parlagirofle et des noix de
muscade, dont les Hollandois font un commerce prodigieux. L'arbre degirolle
ble au Jaurier ; mais il a la téte plus ressemd
se, et les feuillés moins
épriisy
larges : le goit du --- Page 31 ---
AUTOUR DU M O-N D E.
clou se trouvé dans les feuilles et jusques
dans le bois : ses fleurs sont bianches, et
s'assemblent principalement vers la cimet
chacune d'elles produit un clou qui d'abord
est vert, ensuite jaune, puis rouge, 9 et enfin, d'un brun foncé ; il pend par une petite queue à une grappe qui contient ordinairement une, grande quantité de clous. On
les recueille vers le mois de novembre : on
ne plante point le girofle; les clous qui vieillissent sur T'arbre, et qjui tombent ensuite,
contribuent assez à le reproduiresil ne donne
pas de fruit avant T'age de huit ans : on prétend que sa durée est d'un siècle. Il est rare
qu'il rapporte deux années de suite avec la
méme abondance ; iln'a une fertilité remarquable que de trois en trois ans : il ne croit
en aucun lieu du monde qu'aux Molucques:
ce sontles Chinois quiles premiers ont connu
le prix de cet arbre; attirés par l'odeur de
son fruit, ils en chargèrent leurs navires 2
et en porièrent dans les golfes de Perse et
d'Arabie, d'oà il s'est ensuite répandu dans
TEurope. Les Indiens le font confire dans
le sucre, le sel, onle vinaigre : il est d'une
nature si chaude, que silon met un sac de --- Page 32 ---
NOUVEA 0 U VOYAGE
clous sur un bassin d'eau, elle diminue considérablement, sans que la qualité du giro:
fle en soit sensiblement altérée : s'il se trouve
un vase rempli d'eau dans l'endroit que le
marchand a pris pour le nétoyer 2 le vase
se videra en peu de tems par la chaleur extraordinaire que les clous répandent autour:
d'eux. On remarque qu'il ne croit, ni herbe, ni verdure autour de l'arbre qui produit
le girofle, parce qu'il attire par sa chaleur
tous les sucs nourriciers qui environnent ses
racines.
La ville d'Amboine, où nous allâmes
ser deux jours entiers, peut bien avoir deux pass
milles de circuit, en y comprenant les petites habitations qui T'environnent : ses rues
sont belles et régulières ; ses habitans sont
un mélange de Chrétiens, de Mahométans
etd'Idolâtres : son territoire est l'endroit des
Molucques le plus fertile en girofles. Nous
observâmes dans l'ile de Sologo, qui relèver
du roi de Ternate, une coutume particulière à ce pays : on y punit les larcins ordinaires par l'amputation de l'oreille, et les
vols considérables par la perte de quatre
doigts. La contume des nobles est d'em-
de Chrétiens, de Mahométans
etd'Idolâtres : son territoire est l'endroit des
Molucques le plus fertile en girofles. Nous
observâmes dans l'ile de Sologo, qui relèver
du roi de Ternate, une coutume particulière à ce pays : on y punit les larcins ordinaires par l'amputation de l'oreille, et les
vols considérables par la perte de quatre
doigts. La contume des nobles est d'em- --- Page 33 ---
AUTOUR D U M ONI D E.
baumer leurs morts, et de les garder un an
dans une caisse, sous le toit de leurs maisons ; ils les enterrent ensuite avec beaucoup
de pompe : leur deuil consiste à se raser la
téte, et à se passer dans les bras, dans les
jambes et autour du corps, des cercles de
canne,, qu'on est obligé de garder jusqu'à
ce qu'ils tombent d'eux-mémes. Quoique ce
pays relève du roi déTernate, on y compte
cependant une infinité de pétits villages qui
ont chacun leurs princes; ils ne sont distingués de leurs sujets que par un plus grand
nombre de boucles d'oreilles, et un voile
d'écorce d'arbre ; car ces peuples vont ordinairement presque nus. Pour couvrir ou
déguiser un peu cette nudité, comme aussi
pour l'embellir, ils se peignent-sur le corps
différentes figures de feuillages et de fleurs,
qui semblent imiter le ramage de certaines
étoffes. Nous n'avons rien trouvé de bien remarquable dansl'ile de Machian, nidans celle
de Gilolo. Il n'en est pas de même de l'ile de
Banda, et de quelques autres qui l'environnent. Ce sont les seuls endroits du 1 monde otse
trouvoit originairement la muscade : il faudroits'étonnerd decequecing ou six petitesiles --- Page 34 ---
N OUVEAU VOYAGE
une assez grande quantité
en produisissent
s'il n'étoit
pour en fournir à tout T'univers,
certain qu'excepté une montagne qui. jette
du feu dans l'ile de Guanape, il n'y a pas
de terre
soit tout couvert.
un arpent
quin'en
Cet arbre vient également dans les plaines
et dans les montagnes, et croit.par-tout
abondance : ses branavec une prodigieuse
tems de fleurs et
ches sont chargées en tout
de fruits. Le muscadier a la forme du pêcher; mais ses feuilles sont un peu plus
courtes et plus rondes : son écorce est nnie
d'un
obscur; ses feuilles, vertes et
et
gris
lissées comme celles du poirier, poussent
deux à denx sur une même tige; elles réles
pandent une odeur agréable 3 lorsqu'on
avec.le doigt. Le fruit, dans sa pripresse d'un beau vert, ainsi que toute la
meur est
il devient bleu,
plante; mais en marissant,
nuances d'incarnat, de brun
avec quelques
d'un brou aussi
et de jaune : il est couvert
d'Euépais que celui des noix communes
s'ouvre naturellement dans sa
rope, et qui
écorce
maturité: il montre alors une petite
rougeâtre d'une substance moëlleuse, appemacis, Ou fleur de muscade; elle sert
lée
, ainsi que toute la
meur est
il devient bleu,
plante; mais en marissant,
nuances d'incarnat, de brun
avec quelques
d'un brou aussi
et de jaune : il est couvert
d'Euépais que celui des noix communes
s'ouvre naturellement dans sa
rope, et qui
écorce
maturité: il montre alors une petite
rougeâtre d'une substance moëlleuse, appemacis, Ou fleur de muscade; elle sert
lée --- Page 35 ---
AUTOUR DU MO N D E.
d'enveloppe à une coque très-dure, qui renferme le fruit ou la noix, Ce fruit est neuf
mois à se Former; quand on Ta cueilli, on
en détache la première écorce, , on en.sépare le macis qu'on fait sécher au soleil, on
étend les noix sur des claies, sans les séparer de leurs coques, 2 on les laisse sécher
pendant six semaines à un feu modéré, dans
des fours destinés à cet usage; ensuite on
brise la coque, on en tire la noix, on la
lave dans de l'eau de chaux, et on la met
aussi dans des fours pendant plusieurs semaines. Les habitans de l'ile font cuire avec
du sucre, ou du sel, la muscade, et en
composent une nourriture excellente : ils tirent de son fruit une huile délicieuse qui
fortifie les nerfs, provoque le sommeil, arrête les fluxions et guérit les maux d'estomac. Le macis a à peu près les mémes vertus; mais il est sur-tout tres-agréable dans
les sauces et dans les ragoits. De la
dre dé muscade, ou de macis, mélée pou- avec
4 de l'huile rosat, on fait un a onguent souverain contre les indigestions. Les grandes chaleurs des Sles Molucques, qui sont placées
immédiatement sous la ligne, donnent à la --- Page 36 ---
N O UVE A U VOYAGE
végétation animale une plusgrande force que
par-tout ailleurs ; aussi l'on y voit des serpens de trente pieds de long et gros à proportion.
nl
CHAPITRE --- Page 37 ---
AUTOUR DU M NJ D E.
CHAPITRE XIIL
Des iles Philippines, des iles Maranes,
de la Nowvelle-Guinée et de la NouvelleHollande.
Lrs iles Philippines, découvertes par:. Magellan, furent ainsi nommées en T'honneur
de Philippe second, lorsque. les Espagnols .
en firent la conquête. Une des plus considérables de ces iles, etla première qu'on trouve
en venant des Molucques, est celle de Mindanao. Nous abordâmés à sa capitale qui lui
a donné son-i nom, Ou qui en a reçu le sien;
cette ville n'est qu'à deux lieues de la mer,
sur une rivière dont nous gagnâmes l'embouchure. Les Espagnols ne sont pas sous
verains de cette ile;! elle est gouvernée par
un prince mahométan qui n'ose lestattaquer
ouvertement, parce que leur puissince à Manille s'étend sur la plupart des autres Sles.;
Tome IL.
C
anao. Nous abordâmés à sa capitale qui lui
a donné son-i nom, Ou qui en a reçu le sien;
cette ville n'est qu'à deux lieues de la mer,
sur une rivière dont nous gagnâmes l'embouchure. Les Espagnols ne sont pas sous
verains de cette ile;! elle est gouvernée par
un prince mahométan qui n'ose lestattaquer
ouvertement, parce que leur puissince à Manille s'étend sur la plupart des autres Sles.;
Tome IL.
C --- Page 38 ---
NOUVEAU
VOTAGE E
Pendantnotre séjour à
plusieurs
Mindanao,noust fimes
courses aux, environs
tre. les moeurs; les
pour connoiductions
loix, les usages et les
du pays. Ony y fait avec les étran- progers peu de commerce en denrées ou en
chandises ; mais les habitans
marmanière de
ont une autre
moins
trafiquer qui n'est pas souvent
lucrative. Quand un vaisseau arrive
sur ces côtesi, ils demandent si
besoin d'un camarade
quelqu'un a
entendent
ou d'une pagali? ils
par Tun un ami
l'autre une intime amie.
familier, 3 par
Soit
ou, qu'on
qu'on refuse,
accepte cette
obligé de la
politesse 9 - on est
rend à leur payer par un présent : si on se
invitation, la nouvelle connoissance se cultive par la même voie.
fois que l'étranger descend à
Chaque
bien reçu chez son camarade terre 3 il'est
et chez sa maitresse; ily mange, il y. couche
gent. Les femmes du
pour son arliberté de faire le
plus haut rang ont la
rôle de pagali, La'
des habitans de Mindanao
plupart
sont
c'est en effetle métierlep
charpentiers:
plus im
dans
un pays'oul
portant
lanourriture ne consiste
dans
un peu de riz, et de racines,
que
dans un morceau de
Thabillement
toile, les lits dans une --- Page 39 ---
AUTOUR DU M ONDE E.
mauvaise natte, les maisons dans quelques
morceaux de bois, des joncs et des branches
( de palmiers; oùl la. terre leur sert de siège, les
feuilles d'arbres de plats, les cannes de vases,: et les COCOS de tasses ou de gobelets.
Quatre peuples principanx oecupent : toute
T'ile, et deux religions différentes partagent
leur créance et leur culte : le mahométisme
règne sur les côtes, et l'idolâtrie dans l'intérieur des terres : les Mahométans de ce
pays ne: reconnoissent guère de' leur. secte
que la défense de manger du porc, la circoncision, etla Jiberté d'entreténir; plusieurs
femmes. Les autres insulaires, distribués en
quatre nations, sont les Mindanaos, les
Caragos, les Lataos et les Subanos. Parmi
les différentes armes dont tous ces peuples
font usage, ils ont, comme ceux de Bornéo, une sarbacane avec laquelle, par la'
seule force du souffle, ils lancent de petites
flèches empoisonnées qui causent sur-lechamp la mort. L'ile de Mindanao a près
de trois cents lieues de tour ; sa figure représente un triangle irrégulier r: on péche de
fort grosses perles sur'les côies; OIL tire. de
l'or des. rivières.et des mines, et les forêts
C 2
usage, ils ont, comme ceux de Bornéo, une sarbacane avec laquelle, par la'
seule force du souffle, ils lancent de petites
flèches empoisonnées qui causent sur-lechamp la mort. L'ile de Mindanao a près
de trois cents lieues de tour ; sa figure représente un triangle irrégulier r: on péche de
fort grosses perles sur'les côies; OIL tire. de
l'or des. rivières.et des mines, et les forêts
C 2 --- Page 40 ---
NOUVEAU
VOYAGE
offrent une grande quantité d'animaux.
Mindartao nous 1 allâmes droit à
De
sans être obligés de relâcher
Manille,
dès iles voisines:
dans aucune
Manille est la plus étendue des
nes : sa largeur est
Philippiest deplus de cent inégale, et sa longueur
la divisent
vingt lieues. Les Espagnols
en dix ou douze provinces
dans leurs
, qui,
usages, ou leurs
turelles, ont
productions naqui les
presque toutes quelque chose
cident. à distingue. la
Nous arrivâmes sans acsoient ici
capitale, quoique les tempêtes
fond d'un' trés-fréquentes ; elle est située au
large golfe-que la rivière de
forme par son
Bahi
de trente lieues embonchure, de
et qui a 'plus
conquirent
circuit.-Les Espagnols la
vers la fin du
ils en firent la
seizième siècle; :
métropole de leurs
dans ces contrées, et lui laissérent possessions
cien nom de Manille.: elle
son ann'a guère
petite lieue de tour; mais ses
qu'une
vastes et ses fortifications fauxbourgssont
a, en général,
en bon état. Il n'y
attention
aucun édifice qui mérite une
particulière. L'église cathédrale est
gouvernée par un archevéque et trois suffragans qui sont les évéques de
Zébit, de --- Page 41 ---
AUTOUR DU MO N D E.
Camarines et de Cagayan. On n'a pas manqué d'établir ici une cour du saint-office,
mais moins rigoureuse qu'à Goa, où cependant, ainsi que nous l'avons déja observé,
elle s'est très-radoucie. Les habitans de Manille sont nés de tant de nations et d'unions
différentes, qu'il a fallu inventer une foule
de noms bisarres pour les distinguer. On appelle créole celui qui est né d'un Espagnol
et d'une Américaine, ou d'un Américain et
d'une femme espagnole; le métif vient d'un
Espagnol et d'une Indienne ; le castice, s'
d'un Métif et d'une Métive ; le quarteron,
d'un Noir et d'une Espagnole ; le mulâtre,
d'une femme noire et d'un' Blanc; le grifo,
d'une Noire et d'un Mulâtre; le Sambo,
d'uné Mulàtre et d'un Indien; ; et le Cabra,
d'une Indienne et d'un Sambo. Les Espagnols n'ont rien changé au vêtement de lewr
pays; mais,ils ont pris T'usage des hautes
sandales de bois, dans la crainte des grandes pluies. Parmi les différens fauxbourgs de
Manille, il y en a un qui n'est habité que
par des marchands et des artisans chinois,
appelés sanglevs, entre les mains desquels
est tout le bien des Espagnols : ceux-ci leur
C-3
et le Cabra,
d'une Indienne et d'un Sambo. Les Espagnols n'ont rien changé au vêtement de lewr
pays; mais,ils ont pris T'usage des hautes
sandales de bois, dans la crainte des grandes pluies. Parmi les différens fauxbourgs de
Manille, il y en a un qui n'est habité que
par des marchands et des artisans chinois,
appelés sanglevs, entre les mains desquels
est tout le bien des Espagnols : ceux-ci leur
C-3 --- Page 42 ---
N OUVEAU
VOYAGEY
abandonnent le soin de le faire valoir,
dédaignent toute
et
tuation de
espèce de négoce. La siManille est des
ses pour le commence de la plus avantagenpon, de Bornéo
Chine, du Jaet des Molucques : le
cours des
conà l'arrivée étrangers y est si grand, sur-tout
des flottes chinoises,
compte communément
qu'on en
dont la
douze à treize mille, L
plupart sont logés sous des tentes :
Targent du Pérou et de la
y abonde du côté de l'Occident Nouvelle-Espague
envoie les diamans de
; T'Orient y
de
Golconde, la canelle
Ceylan, le poivre de Java, le
d
la muscade des
girofle et
tapis de Perse, Moluoques, les perles et les
les étoffes de soie'de Ben- L
gale, l'ivoire de
Boutan. Un
Camboje, et, le musc de
tel lieu, dans les mains d'une
nation plus active, deviendroit le plus riche
entrepôt de l'univers. Le principal
de Manille est avec le
commerce
voie tous les
Mexique ; elle y énans des épiceries et des
de l'Inde, des soieries et des
toiles
la Chine : le retour est
porcelaines de
joux
en merceries, en bid'Europe, en vins
* tout en
d'or
d'Espagne, et surlingots
et d'argent, sur lesquels
lél bénéfice est de quatre
pour un. L'ile de --- Page 43 ---
AUTOU R DU U MON D E.
5g.
Manille, ainsi que les antres Philippines 9
est fort sujette aux tremblemens de terre : J
il y en eut un si violent dans cette capitale,
en 1645, que le tiers de la ville fut renversé;
trois mille personnes hestérentensewdlissons
les ruines des maisons : on a vu des montagnes de l'ile entièrement applâties par de
/ pareilles secousses Les volcans, dont ce pays
est: semphijetgsisomisenr continuellement
des tourbillons de flammes et de fumée, rendent ces accidens très - fréquens. Cette ile,
comme nous l'avons déja observé, se divise
en plusieurs provinces 1 gouvernées par le
mêrhe régime que la capitale. Voici ce que
nous avons trouvé de plus remarquable dans
celles que nous avons visitées. Celle des Camarines offre un volcan qu'on, apperçoit de
fort loin, en venant de la Nouvelle-Espagno.
La province de Bahi tire son nom d'un grand
lac qui a trente lieues de circuit : la pêche y
est toujours abondante, quoique dangereuse
par le grand nombre de crocodiles qui font
également la guerre aux hommes et aux animaux : il y a aussi une infinité de ces poissons qui se nomment épées; et ces deux espèces de monstres se battent entre eux avec
C 4
offre un volcan qu'on, apperçoit de
fort loin, en venant de la Nouvelle-Espagno.
La province de Bahi tire son nom d'un grand
lac qui a trente lieues de circuit : la pêche y
est toujours abondante, quoique dangereuse
par le grand nombre de crocodiles qui font
également la guerre aux hommes et aux animaux : il y a aussi une infinité de ces poissons qui se nomment épées; et ces deux espèces de monstres se battent entre eux avec
C 4 --- Page 44 ---
NOUVE A:U, VOYAGER
une extrême furie. Le dernier, trouvant son
sugenicowvendféecailie. qui parent les coups
dersa pointe, plonge, le frappe au ventre,
et le tue pour l'ordinaire : l'arme naturelle
quilui a fait donner le nom qu'il porte, a
jusqu'à quatre pieds de longueur, avec une
bordure de dents aussi pointues que. des
clous ; et, réunissant ainsi les avantages
d'une scie et d'une épée, elle coupe ct déchire du méme coup.
Après savoir parcouru les principales divisions des Philippines, nous nous décidâmes
à voir d'autres iles de ces contrées à mesure.
que l'occasion s'en présenteroit. Nous trouvâmes à Manille un petit bâtiment où nous
nous embarquâmes au nombre de dix personnes ; nous primes notre route par Mindoro, d'oi, allant au sud-est, nous découvrimes l'ile de Paragua, dont une partie est
aux Espagnols, et dont l'autre appartient au
roi del Bornéo. DelledeParagma, nous fimes
route vers le nord-ouest; les Calamianes se
présentèrent bientôt à nous : les iles de Cuyo
font partie du méme gouvernement. Panay
est une des plus peuplées des Philippines,
L'agilité des Sauvages qui habitent ces mon- --- Page 45 ---
AUTOU R DI U M.O N D E.
41.
tagnes est sis grânde qu'ils prennent à la
course les sangliers et les cerfs. L'ile des
Nègres est, voisine de celle de Zébu, où Magellan et les officiers espagnols furent massacrés par les Indiens. Cet habile navigateur
ayant fait la découverte des Philippines, l'ile
de Zébu fut la première qui le reçut. Le roi
du pays, qui in'avoit d'autre vue que de l'engager à prendre sa défense contre quelques
petits princes ses voisins, lui fit toute sorte
de caresses , et poussa la complaisance, ou
plutôtla perfidie, jusqu'à embrasser le christianisme; ; mais lorsqu'il eut vaincu ses ennemis, et qu'il.n'eut plus besoin du secours
des Espagnols, il forma la résolution de faire
périr des hôtes que leur puissance rendoit
redoutables : il invita à un grand festin Magellan et plusieurs officiers de sa flotte, s'et -
les fit égorger à la fin du repas. En quittant
l'ile de Zébu, nous rencontrâmes celle de
Bohol : de-là, remontant vers le nord, nous
abordâmes aux iles de Leith et de Samar,
qui produisent la plante fameuse que les Espagnols appellent le fruit ou la fève de Saintlgnace : on en; tire un puissant antidote contre plusieurs poisons 1 et un remède admi-
Magellan et plusieurs officiers de sa flotte, s'et -
les fit égorger à la fin du repas. En quittant
l'ile de Zébu, nous rencontrâmes celle de
Bohol : de-là, remontant vers le nord, nous
abordâmes aux iles de Leith et de Samar,
qui produisent la plante fameuse que les Espagnols appellent le fruit ou la fève de Saintlgnace : on en; tire un puissant antidote contre plusieurs poisons 1 et un remède admi- --- Page 46 ---
NOUVEAU
VOYACE E
rable contre plusieurs maladies.
Samar, où ce fruit croît
De l'ile de
passâmes dans celles en abondance, nous
de
de Masbate, de Ticao,
de Manille, Marinduque, 2 et après avoir fait le tour
nous vinmes
de Cavite. En
débarqner au port
parcourant ces contrées nous
monsobuervéquilyar les
trois sortes de peuples;
mhontngnards, originaires de ces fles; les
coloniesindiennes quiy sont arrivées end
tems (qu'on y appelle Bissaies,
divers
les qui habitent
exceptécelLuçon), et les
quien ont fait la
Espagnols
conquéte. Les
sont des peuples
montagnards
cun
sauvages 5 ils n'ont auleur commerce avec les Espagnols : la coude leur visage est celle des
et plusieurs ont les cheveux aussi Ethiopiens,
les Negres. Dans
crépus que
toutes les iles Où ils dominent, les
des
Espagnols He sont maîtres que
côtes; encore ne lés possèdent-ils
toutes. Dans Tile de Manille
pas
Sauvages
même, ces
occupent tout l'intérieur :
seur seule des bois seroit
l'épaisfendre
capable de les dé
contre une armée. Ces fles sont encore habitées par d'autres nations dont l'origine est plus moderne : on croit
les
nnes y sont venues de Malaca, les que
autres de --- Page 47 ---
AUTOUR D U M O N D) E.
Sumatra, de Bornéo, de Macassar, et des
autres fles de l'Océan indien ; mais ce qut
nous a le plus frappé durant nos courses
dans les: Philippines, c'est la fertilité du
pays et la multitude de ses productions en
plantesctenauimanx de touteespèce. L'herbe
y croît dans toutes les saisons : les arbres ,
chargés perpéthellement de feuilles rapportent régulièrement des fruits deux fois Tannée. Les campagnes sont rempliés d'une
si grande quantité de buffles sauvages qu'un
bon chasseur en peut tuer vingt à coups de'
lance dans sa journée. Le nombre des singes est incroyable. Deux autres animanx fort
communs aux Philippines, sont la civette et
le taguan qui ont beaucoup de ressemblance
avec le chat : la civette porte sous sa queue,
dans une petite bourse, un parfum assez recherché : le taguan a des alles,. comne la
chanve-souris 9 : mais elles sont couvertes de
poil; elle s'en sert pour voler Oi sauter d'arbre en arbre. Parmi les différens oiseaux des
Philippines, nous devons faire mention du
tavon; tant à cause de ses qualités particulières, que parce qu'on n'en voit que dans
ee pays : cet oiseau, que nous avons observé
sous sa queue,
dans une petite bourse, un parfum assez recherché : le taguan a des alles,. comne la
chanve-souris 9 : mais elles sont couvertes de
poil; elle s'en sert pour voler Oi sauter d'arbre en arbre. Parmi les différens oiseaux des
Philippines, nous devons faire mention du
tavon; tant à cause de ses qualités particulières, que parce qu'on n'en voit que dans
ee pays : cet oiseau, que nous avons observé --- Page 48 ---
NOUVEAT U VOYAGE
avec la plus grande attention, est de la
seur d'une
gros:
poule; il de a le cou et les pieds
longs, et le plumage noir : il dépose ses
ceufs dans des plaines sablonneuses; ils sont
gros comme des ceufs d'oie, et, ne contiennent presque point de blanc quand ils sont
cuits, mais beaucoup de jaune : ce
a de surprenant, c'est
qu'il y
qu'après que les petits sont éclos, on y trouve le-jaune en entier, aussi frais qu'auparavant, et auquel
le bec du poussin est attaché, sans aucun
blanc. On fait rôtir les petits, quoique sans
plumes, et ils sont aussi bons que les pigeons : nous avons vu souvent servir, dans
le même plat, la chair du poussin etlejaune
de l'oeuf. La femelle rassemble ses ceufs jusqu'au nombre de quarante ou de cinquante
dans une petite fosse au bord de la mer et
les couvre de sable dont la chaleur les fait
éclore. Lorsque les petits sont assez forts
pour ouvrir la coque et secouer le sable
en sortir, la mère va se percher sur les arbres pour
voisins, et fait plusieurs fois le tour du nid,
en criant de toute sa force : les
petits, 3 excités par ce son, et seulement d'eux-mémes,
font leurs efforts pour rompre les obstacles --- Page 49 ---
AUTOUR DU MON D E.
et vont la joindre. Il n'y a presqu'aucun
poisson qui ne se rencontre dans ces mers:
le plus remarquable est le drouyon, queles
Espagnols appellent le poisson-femme ; il
a les parties naturelles et les mammelles
d'une femme, et l'on ne connoit point de
mâle de son espèce. Quant aux fruits, quoique ceux d'Europe ne croissent point aux
Philippines, elles n'en sont pas moins fer-,
tiles en toute sorte d'arbres, de fleurs, de
fruits, parmi lesquels il en est beaucoup
que nous avons jugé être particuliers à ces
iles : il n'y a - point de pays au monde qui
en produise tant d'espèces , ni où il y ait
une plus grande quantité d'herbes médicinales. Les Philippines comptent parmi leurs
richesses l'ambre, les perles, le bésoard, les
mines d'or, T'écaille, l'indigo, différentes
sortes de gommes et d'aromates : la casse,
le gingembre, le cacao, les cannes à sucre, la cire et le tabac.
Nous attendions depuis quelque temsavec
impatience une occasion de nous embarquer
pour les fles Marianes, que nous voulion's
voir avant d'entreprendre le voyage dans le
royaume de Siam. Enfin, nous trouvâmes
perles, le bésoard, les
mines d'or, T'écaille, l'indigo, différentes
sortes de gommes et d'aromates : la casse,
le gingembre, le cacao, les cannes à sucre, la cire et le tabac.
Nous attendions depuis quelque temsavec
impatience une occasion de nous embarquer
pour les fles Marianes, que nous voulion's
voir avant d'entreprendre le voyage dans le
royaume de Siam. Enfin, nous trouvâmes --- Page 50 ---
NOU V.E A U VOYAGE
un navire qui devoit taire voile vers ces iles,
et nous nous y embarquâmes. Une heureuse
navigation nous fitaborderà Guahan,la plus
grande etl la plus méridionale de ces jles qui
sont éloignées d'environ quatre cents licues
des Philippines.
Les iles Marianes forment toutes ensemble une chaine qui s'étend du midi au, nord
surune ligne droite, et occupe environ cent
cinquante lieues de mer. Magellan les découvrit le premier, en 1521. On les appéla lles
des Larrons, parce que-l les Espagnols, y
mettant pied à terre, dans leurs fréquens
voyages de. Manille au Mexique, et de la
Nouvelle-Espagne aux Philippines, les habitans leur voloient tout ce qu'ils pouvoient
attraper, et s'enfuyoient ensuite dans les
bois:on.les nomma lles des voiles, cause
de la multitude des batimens qui venoient
à voiles déployées au-devant des navires de
TEurope : elles ont gardé ce nom jusqa'à la
régence de Marie-Anne. d'Antriche, femme
de Philippe IV roi d'Espagne, eti mère de
Charles.aussi. iroid'Espagne. Cette couronne
avoit pris possession, de ces Ales quarantequatre ans après leur découverte; mais com- --- Page 51 ---
AUTOUR D U M ( O NDE.
me Ce gouvernement étoit occupé des Philippines à cause de leurs richesses, les iles
Marianes furent, , en quelque façon, oubliées. Enfin, la reine régente y envoya des
troupes et des missionnairés; elles prirent
alors le nom de leur souveraine.
1 Tous les bâtimens sont construits de terre
à Gunhan, parce que le pays ne fournit
point de pierres. Les maisons ne sont que
des cabanes, comme à peu près chez tous
les Indiens, couvertes de feuilles et de bois
de palmier; elles sont, en général, composées de quatre pièces séparées par des cloisons de feuilles entrelacées : chaque pièce a
son usage particulier; ; on couche dans la
première, on mange dans la seconde, celle
qui suit sert à garder les fruits et les autres
provisions, 1 la quatrième est pour le travail.
Les Espagnols tirent peu de profit de la possession de ces fles; ; mais c'est un entrepôt
commode pour les navires qui vont de la
Nouvelle-Espagnel à Manille:après un voyage de plusieurs mois dans la mer du Sud,
sans découvrir aucune terre, ils y trouvent
de quoi se rafraichir. L'ile de Guahan, qui
a quarante lieues de tour, est agréabie et
ert à garder les fruits et les autres
provisions, 1 la quatrième est pour le travail.
Les Espagnols tirent peu de profit de la possession de ces fles; ; mais c'est un entrepôt
commode pour les navires qui vont de la
Nouvelle-Espagnel à Manille:après un voyage de plusieurs mois dans la mer du Sud,
sans découvrir aucune terre, ils y trouvent
de quoi se rafraichir. L'ile de Guahan, qui
a quarante lieues de tour, est agréabie et --- Page 52 ---
NOUVEAU VOYAGE
fertile : Ses ports sont commodes. Celui d'Agadna est le meilleur de tous, et la ville qui
y est située est la capitale de l'ile. Les anciens habitans.y. vivoient dans une parfaite
liberté, et dans une. profonde sécurité: séparés de toutes les nations par. les vastes
mers quiles environnent; ils se regardoient
comme les seuls habitans du monde, et ne
croyoient pas qu'il existât une autre terre que
daleur. Onignore de quel pays ils tirent leur
origine, et dans quel tems ils ont commencé
à peupler ces iles : -leur langue a beaucoup
delr rapport avec. celle que l'on parle dans
certaines partics des Philippines; peut-être
en sont-ils une colonie. D'un autre côté,
jeurs.inclinationsspul ressemblent beaucoup
assez à ceiles des Japonois:, etles idées de
leurs noblesse, quin'est pas moins hautaine
qu'au Japon, font juger qu'ils peuvent être -
venus de ce: pays, dont ils ne sont pas absolument bien éloignés : ils admettoient une
autre vie où ils, supposoient des plaisirs et
des. peines. Leur paradis étoit un jardin délicieux, rempli de cocotiers, de cannes: à
sucre., et d'autres fruits d'une qualité exquise. La manière dont, ces peuples. témoir
gnent --- Page 53 ---
AUTOUR DU. M O à NI DI E.
gnent leur douleur aux cérémonies funèbres
ne peut guère s'exprimer. Rien n'est plus
triste que leurs enterremens ; ils sont accompagnés de chants plaintifs, de sanglots,
de cris perçans : ils se privent pendant plusieurs jours detoute nourriture; cette abstinence se termine par un repas lugubre qui
se fait autour du.tombeau : on le charge de
fleurs, de branches de palmier $ de coquillages, etc. Si le mort est un chef de peuple,
ou une femme de distination, T'expression
de douleur n'a plus de bornes. Le deuil est
une véritable fureur; on arrache les arbres,
on brile les édifices, on brise les batéaux,
OIl déchire les voiles, et leurs lambeaux s'attachent au devant des maisons. Nous avons
remarqué que les habitans des iles Marianes ont presque tous la taille haute, le
gros et réplet, et tant de force dans les corps
bres qu'ils enlèvent des fardeaux
memqui pésent
plus de cinq cents livres; ; ils sont si habiles
nageurs, et si excellens plongeurs qu'ils attrapent les poissons et les dévancent mémer
Les Européens qui dans leurs prisons fastueuses appelées villes, énervent toutes leurs
forces
physiques, 2 ne conceyront jamais à
Tome Il.
D
Marianes ont presque tous la taille haute, le
gros et réplet, et tant de force dans les corps
bres qu'ils enlèvent des fardeaux
memqui pésent
plus de cinq cents livres; ; ils sont si habiles
nageurs, et si excellens plongeurs qu'ils attrapent les poissons et les dévancent mémer
Les Européens qui dans leurs prisons fastueuses appelées villes, énervent toutes leurs
forces
physiques, 2 ne conceyront jamais à
Tome Il.
D --- Page 54 ---
NOUVEAL U YOYAGE
quel point Thomme peut, par sa vigueur
naturelle, son agilité à la course, ses dispositions à la nage, être, auphysique comme
au moral, digne du titre qu'il prend de roi
des animaux. La pêche étant une des grandes occupations des Marianois, ils s'y exercent dès. leur enfance. Leurs ca nots sont
adroitement construits, et d'une telle légéreté qu'ils peuvent faire douze milles par
heure : ils sont composés de deux troncs
d'arbres cousus et joints ensemble avec de la
canne des Indes; leur longueur est de quinze
à dix-huit pieds, et leur largeur de trois à
giatre : comme. ils pourroient chavirer facilement, on y joint de solides pièces de
bois qui les tiennent en équilibre. Dans le
des deux
milieu est un plancher quis'avance
côtés sur T'eau, et qui est la place des passagers. Ces bàtimens sont ordinairement conduits
trois hommes', dont l'un est sans
par
à vider leau
entre égalecesse occupé
qui
ment par les bords et par les fentes : les deux
autres se tiennent aux deux extrémités pour
le bateau. Lavoile est de nattes;
gouverner
elle occupe toutela longueur du canot. : pour
reyenir d'un lieu à l'autre, ils ne font que
: - T a --- Page 55 ---
&
AUTOUR DT U M O N D E.
la changer, sans retourner le bâtimént; alors
la proue devient la poupe. C'est dans ces frè.)
les machines qu'ils font
quelquefois un tràjet de quatre cents lieues pour se rendre aux
Philippines. Qnoique ces peuples n'a aient aucune eonnoissance des sciences ni des beaux
arts, ils ne laissent pas d'avoir leurs histoires, et même des poésies dont ils se- font
honneur. Il est vrai que ces histoires ne sont
qu'un tissu de fables, et que leurs poésies
sont très-médiocres ; mais leur langue est
abondante, énergique et ne manque pas de
doucéur. Un de ses agrémens est de trans- /
poser. les mots, et quelquefois les syllabes,
d'ou il résulte des équivoques et des allusions
qu'ils aiment fort. Cette nation regarde tous
les autres peuples dont on lui parle avec mé.
pris,et avec pitié; elle est sur-tout fort entêtée du préjugé de la noblesse qui est ici
distinguée en trois états : les nobles, l'état
mitoyen et le peuple : les premiers sont
d'une fierté, nous avons failli dire d'une in
solence, dont il n'y a pas d'exemple, méme en Europe où lon est cependant aussi
ridicule sur ce point qu'il semble possible de l'être. Les nobles, à quiles MaD 2
avec mé.
pris,et avec pitié; elle est sur-tout fort entêtée du préjugé de la noblesse qui est ici
distinguée en trois états : les nobles, l'état
mitoyen et le peuple : les premiers sont
d'une fierté, nous avons failli dire d'une in
solence, dont il n'y a pas d'exemple, méme en Europe où lon est cependant aussi
ridicule sur ce point qu'il semble possible de l'être. Les nobles, à quiles MaD 2 --- Page 56 ---
NOUVEAU VOYAGE
rianois donnent le titre de chamorris, sé
traitent entre.eux avec des égards infinis;
ils ne se rencontrent jamais sans se faire des
complimens dans les termes les plus respectueux : Permettez; disent-ils, que je vous
baisse les pieds. Il seroit difficile de trouver
inconstant dans ses goits,
un. peuple plus
d'ailplus passionné pour le plaisir; il est
leurs naturellement gai,. railleur et bouffon.
Il y a, parmi les Marianes, une ile entièrement déserte, quoique très-fertile; c'est
l'ile de Tinian que les Espagnols, à cause de
la beauté de ses paysages, ont appelé BuenaVista; elle est dans le voisinage de celle de
Guahan : ony trouve d'éxcellens pâturages,
des fruits d'ung goût
et nous y mangeâmes
exquis. Nous y vimes des milliers de boeufs
paitre ensemble dans les vastes prairies qui
sont sur le rivage de la mer. Une maladie
épidémique en fit déserter les habitans qui
à Guahan. Les autres iles Mase réfugièrent
rianes sont toutes fort peuplées : on compte
de quarante mille habitans dans la seule
plus
autant dans celle de Guahan,
ile de Saypan,
soient situées sous la
etc. Quoique ces iles
les chaleurs
sont point exzone torride,
n'y --- Page 57 ---
AUTOU R DU U M ON DE.
cessives; ; le climat y est tempéré, l'air pur
et le ciel serein. Les productions naturelles
de ces iles sont à peu près les mêmes qu'aux
Philippines ; mais un. fruit merveilleux, et
Y qui est particulier aux Marianes, est une espèce de pomme grosse comme la tête, appelée le fruit ie pain, parce qu'il tient lieu
de pain aux insulaires et qu'il est très-nourrissant : larbre qui le produit a la tête large
et touffue, et les feuilles noirâtres. Le fruit :
est rond et revêtu d'une forte écorce hérissée de pointes : sa chair est aussi blanche et
aussiltendre que la mie du mncilleur pain: :
on la mange bouillie ou cuite au four, etdans cet état elle se conserve ciniq à six mois;
mais lorsqu'elle est fraiche, elle ne peut être
gardée plus de vingt-quatre heures sans se
sécher et acquérir un mauvais gott. Nous
pensons que cet arbre réussiroit en Europe.
N'y ayant plus rien d'intéressant à voir
aux Marianes, nous nous embarquâmes sur
un vaisseau dont la destination étoit pour le
royaume de Siam, un des pays qui devoit
le plus nous intéresser sous différens rapports dans notre voyage aux Indes orientales;
mais à peine. etmes-nous navigué trois jours.
D 3
ée plus de vingt-quatre heures sans se
sécher et acquérir un mauvais gott. Nous
pensons que cet arbre réussiroit en Europe.
N'y ayant plus rien d'intéressant à voir
aux Marianes, nous nous embarquâmes sur
un vaisseau dont la destination étoit pour le
royaume de Siam, un des pays qui devoit
le plus nous intéresser sous différens rapports dans notre voyage aux Indes orientales;
mais à peine. etmes-nous navigué trois jours.
D 3 --- Page 58 ---
NOUVEAU VOYAGE
de vent terrible nous porta sur 1
qu'un coup
: la tempête
la côre de la Nouvelle-Guinée
fut un des plus grands
que nous essuyâmes
couru. La
dangers que nous eussions encore
Nouvelle-Guinée, où enfin nous arrivâmes,
contrée de T'Océan oriental
est une grande
il y a
des Molucques : elle fut déçouverte,
les Espagols qui.
plus de deux cents ans, par
la:
lni donnèrent ce nom, soit parce qu'ils
diamétralement opposée àla Guinée
crurent
ses habitans ont
d'Afrique, soit parce que
lè tein noir et les cheveux crépus, comme:
les Caffres de la Guinée. On a douté longétoit une ile, ou
tems si la Nouvelle-Guinée
des terres
si elle est attachée au continent
Australes. Il est constant que c'est une le;
fait le tour nous-ménous n'en avons pas
rendus
mes, mais nous nous en sommes
les différens renseignemens 2
certains par
nous avons
tous uniformes sur cet objet, que
les lieux : elle est entre le deuxièpris sur
degré de latitude mérime et le neuvième
dionale, et entre le cent quarante-sixièmo
degré de lonet la cent soixante-cinqaième
vers le
€ giude; elle va en se rétrécissant
vers le sudnord-ouest, et en s'clargissant --- Page 59 ---
AUTOUR DU M ON D E.
est, par les cent cinquante degrés. Nous y.
apperçàmes unet montagne nomméeSneeuwBerg, cest-à-dire, Montagne de Neige. On dit
que ce pays : fut découvert, en 1507 1 par Alvar de Palavédra; mais il ne fit qu'y passet.
Nous mouillâmes à trois lieues du rivage,
dans une baie voisine d'une. petite ile. Etant
descendus avec quelques autres personnes de
T'équipage, nous trouvâmes diverses sortes
de fruits et des poules d'une espèce particulière ; leur grosseur étoit celle des plus
gros cos ; elle avoit la téte panachée de
longues plumes, le bec d'un pigeon, les
jambes et les-pieds d'une poule ordinaire,
le plumage d'un bleu céleste, avec une ta-
:
che blanche au milieu des ailes, accompagnée de.quelques aut tres taches rouges. Nous
trouvâmes sur la même côte une grande
abondance de poisson, de fort bonne eau ;
cette terre est couverte de grands arbres et
d'un aspect agréable. Quantitd de plantations et des champs défrichés ne nous laissèrent aucun doute que le pays ne fut habité. En marchant toujours vers le nord,
nous apperçimes tu1l assez grand nombre de
petites iles : nous ne visitâmes que Sabuda,
D 4
accompagnée de.quelques aut tres taches rouges. Nous
trouvâmes sur la même côte une grande
abondance de poisson, de fort bonne eau ;
cette terre est couverte de grands arbres et
d'un aspect agréable. Quantitd de plantations et des champs défrichés ne nous laissèrent aucun doute que le pays ne fut habité. En marchant toujours vers le nord,
nous apperçimes tu1l assez grand nombre de
petites iles : nous ne visitâmes que Sabuda,
D 4 --- Page 60 ---
NOUVE AU VOYAGE
longue d'environ trois
de
lieues, sur une lieue
large : les habitans 4 attirés
présens
par les petits
que nous leur Aimes, nous
iérent quantité de racines et de
apporplupart étoient
fruits; la
nus,e et paroissoient fort
vres : les femmes avoient
pautoile de coton
une chemise de
avec des bracelets ornés de
grains bleus et jaunes. Les hommes sont
més d'arcs, de flèches, de sabres
arces
et de langarnies d'un OS pointu; ; ils vont, dans
dè grandes
chaloupes 9 commercer sur le
continent, où ils achétent des esclaves
transportent dans les iles
qu'ils
voisines, et ils tirent en échange des toiles de coton, En continuant notre route, nous découvrimes
core d'autres iles, entre
enautres, celle des Pé-,
toncles, ainsi nommée à causé des coquillages de cette espèce que l'or y trouve :
nous en remarquâmes un dont la
vide peseit deux cent cinquante livres. coquille Nous.
apperçames aussi l'ile du roi
est
Guillaumejelle
couverte de grands arbres dont la
nous étoient inconnus : ils sont d'un plupart trèsbeau vert ; leur tige est haute.et droite,
de la même
et.
grosseur dans toute la longueur
du tronc. --- Page 61 ---
AUTOUR DU M ON D E.
Les vents étant devenus favorables, nous
abordâmes enfin au.continent, avec tont
T'équipage que nous avions rejoint. En arrivantau rivage, nous apperçtunes un grand
nombre de pirogues qui . s'avancèrent si près
de notre vaisseau, que nous pouvions connoître nos signes respectifs et distinguer le
son de nos voix, quoique nous ne comprissions rien au langage les uns des autres. Les
Indiens sembloient nous exhorter à descendre, mais n'osant nous fier à eux, 2 nous nous
contentâmes de leur montrer de loin des
colliers de verre ; et d'autres bagatelles
semblables, pour les engager à s'approcher
de nous : ils témoignèrent d'abord assez d'indifférence pour ces objets ; mais ils montrèrent quelque joie lorsque nous leur jettâmes
un couteau et une bouteille liés sur un morceau de planche. Ils se frappoient souvent
le front de la main droite; de l'autre ils tenoient sur leur téte un gros bâton noir : cé.
rémonie fort nonvelle pour nous, que nous
interprétàmes néanmoins comme un signe
d'amitié, et que nous imitâmes. Si nous
avancions sur le rivage, ils sembloient nous
applandir; lorsqu ils nous voyoient prêts à
un couteau et une bouteille liés sur un morceau de planche. Ils se frappoient souvent
le front de la main droite; de l'autre ils tenoient sur leur téte un gros bâton noir : cé.
rémonie fort nonvelle pour nous, que nous
interprétàmes néanmoins comme un signe
d'amitié, et que nous imitâmes. Si nous
avancions sur le rivage, ils sembloient nous
applandir; lorsqu ils nous voyoient prêts à --- Page 62 ---
NOUVEAT U VOYAGE
nous écarter, ils fronçoient le
ils continnoient de
sourcil; mais
troient
nous suivre et nous montoujours la terre du
Nous
rons quel étoit leur
doigt.
ignomesà
dessein ; mais nous etpeine virédebord, qu'ils firent
sur nous une gréle de
tomber
des
pierres lancées avec
frondes : un. seul coup de canon jeta l'éleurs pouvante parmi ces barbares, et mit fin à
hostilités. Le jour suivant nous
mes devant plusieurs ilesi,
passà-.
rêtâmes à celle de
et nous nous ar-.
Garet-Dénis. Nous vimes de belles
y
banes
plantations, et cquelques cadispersées : les habitans se
le visage, et passent dans leurs
peignent
cheville de bois de la
narines une
longue de
grosseur du doigt, et
quatre pouces, dont les' deux bouts
touchent à l'os des joues. Trois de ces insulaires vinrent à nous dans' une
leur donnâmes
pirogue. Nous
collier de
un couteaà, un miroir etun
verre, qu'ils prirent avidement.
Nous leur mimes devant les
des
trouilles et des écailles de
yeux
civitant
cocos, en les-inpar des signes à nous apporter des
fruits semblables. Ils se hâtèrent d'offrirtrois
COCOS qu'ils avoient dans leur
On
leur St voir ensuite de la
barque.
poudre d'or qui --- Page 63 ---
AUTO U R D U M ON DE.
5g
ne parut pas leur être inconnue, et ils montrèrent du doigt le rivage, donnant à entendre qu'on en trouvoit de semblable dans leur
ile. En nous rapprochant du continent, nous
vimes., dans le fond d'une baie assez profonde, quantité de cocotiers et de maisons,!
ou plutot de huttes ou cabanes.. Six chalouppes; chargées d'environ quarante hommes,
vinrent observer notre vaisseau. Nous leur:
Aimes.signe de' retourner à terre; mais leur
curiosité n'en devenant quespluis vive; ilsr
feignirent de ne pas nous entendre : un coup
de canon nous délivra encore de ces impor-i
tuns ; et les gens de Fopuipagesocmpérent
le lendemain, sans obstacle,à fairedu bois:
et de leau dont nous avions besoin. Qucla
ques habitans, quale hasard fit passer: par!
ce lieu, donrèrent d'abord dés marques de
crainte ; mais nous les rassuràmes par des
signes d'amitié qui-les engagèrent à nous suivre jusqu'au rivage. Les hommes portoient
des plumesede diverses couleurs autour de
la tête; et une lance à la main : les femmes
n'avoient. pour couvrir leur nudité, que de
petites branches vertes passées par-devant et
parderrière,dansu uncordongbileurservoit tde
!
ce lieu, donrèrent d'abord dés marques de
crainte ; mais nous les rassuràmes par des
signes d'amitié qui-les engagèrent à nous suivre jusqu'au rivage. Les hommes portoient
des plumesede diverses couleurs autour de
la tête; et une lance à la main : les femmes
n'avoient. pour couvrir leur nudité, que de
petites branches vertes passées par-devant et
parderrière,dansu uncordongbileurservoit tde --- Page 64 ---
N OUVEAU VOYAG E
ceinture. Nous remarquàmes que. parmi ces
barbares (1), ce sont elles qui portent les
fardeaux et se chargent des travaux pénibles:
n'ont d'embarras que celui de
les hommes
leuis armes. Nos gens savancirentjssquiaue
habitations. Nous nous décidâmes
premières à les suivre. Nous n'y tronvâmes que quelaussi trèsques vieillards, et ull Portugais
àgé, ce qui nous causa une surprise d'autant
non-senleplus agréable qu'il nous apprit,
ment la cause de son séjour en ce pays,mais
encore un grandnombre de particularitdsimsur cette région. Tout ce qu'il nous
portantes
de ces
dit nous fut confirmé par plusieurs tout ce
vieillards qui entendoient très-bien
disoit. Ce Portugais avoit été jeté par,
qu'il
: son vaisseau fit
la tempête sur ce rivage,
tous ses comnaufrage, 1 et il fut le seul de
échappa à la mort:
pagnons de voyage qui
les soins de
les habitans lui prodiguérent
Il s'accoutuma si bien parmi
Thospitalité.
d'aucune des
eux qu'il ne voulut profiter
Nous entendons toujours par ce mot des peu:
(a) incivilisés, et non féroces.
plés --- Page 65 ---
AUTOUR DI U MOND E.
occasions qui se présentèrent depuis de retourner en Europe : il y avoit vingt-sept ans
qu'il étoit dans ce pays. Ce fut par lui que
nous stmes que la Nouvelle-Guinée est une
ile; qu'ily a des princes qui relèvent pour la
plupart du roi de Ternate; ; que dans chaque district il y a un chef; qu entre plusieurs
richesses, le pays produit beaucoup dor,
que ses habitans sont des hommes laborieux,
intelligens dans l'agriculture, mais farouches
et méfians, quoique tris-hospitaliers; qu'ils
font un grand trafic d'esclaves, et que. la péche est leur principale occupation. Ce
peuple est fort noir, et a les cheveux crépus.
Après avoir fait une assez ample provision
de ce qui. pouvoit convenir à notre subsistance, nous abandonnâmes lés côtes de la
Nouvelle-Guinée, et, tirant vers le nord,
nous abordâmes aux iles des Palaos, ou Nouvelles-Philippines.
Voicice que nousptmes tirerdequclquesinsulaires qui vinrentnous; porter des rafraichis:
semens : ils nous apprirent que trois de leurs
iles étoient inhabitées, que les autres étoient
au nombre de vingt-neuf, dont la plus considérable s'appelle Lamurrec, et que c'est-
lés côtes de la
Nouvelle-Guinée, et, tirant vers le nord,
nous abordâmes aux iles des Palaos, ou Nouvelles-Philippines.
Voicice que nousptmes tirerdequclquesinsulaires qui vinrentnous; porter des rafraichis:
semens : ils nous apprirent que trois de leurs
iles étoient inhabitées, que les autres étoient
au nombre de vingt-neuf, dont la plus considérable s'appelle Lamurrec, et que c'est- --- Page 66 ---
N OU VEAU VOYAGE
là
le roi du pays tient sa cour. Ces Inque
le corps de diverses figudiens se peignent
de
res : leur habit consiste en un morceau
toile de la longueur d'une aune, donti ils se
de
qui leur coufont une espèce
capuchon
Nous
vre la tête et une partie des épaules.
continuâmes notre route," en suivant toumaitrisant les vents dont
jours, plurôt qu'en
et qui devéla direction changeoit souvent,
fames
noient fréquemmenti impétueux. Nous
de relàcher aux fles de Grafton, de
obligés
de Bachi, situées entre celles
Monmouthét
Les habitans
de Formose et, les Philippines.
et très-prévenans envers,
sont très-obligeans renouvellâmes nos proles étrangers. Nous y
avoir fait un court séjour
visions; et, après
rien qui
dans ces iles où nous ne trouvâmes
recueilli,
fut digne d'être partictilièrement
et les usages y étant à peu près
les moeurs
dans les autres iles que. nous
les mémes que
de
venions de voir, nous nous hasardâmes'
sur ces mers orageuses, 1 et nous
nouveau d'avancer vers le sud, pour nous
essayâmes
de Siam suivant norapprocher du royaume
aussi
dessein, et conforméent
tre premier
Heurensement
à la destination du navire. --- Page 67 ---
AUTOUR DU M N D E.
nos provisions étoient abondantes; car la
navigation fut longue. Ayant presque toujours les vents contraires, nous flmes emportés sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, pays situé dans les terres Australes, au
midi des Molucques, en-deçà et er-delà du
tropique. du Capricorne.
Voici ce que nous observâmes sur ce, pays
pendant le tems que nous fumes obligés d'y,
stationner. Cettet terre s'étend depuisle dixiè.
me degré de latitude méridionale jusqu'au
trente-quatrième. Ce pays, dont la côte a
été nommée par Cook la Nouyelle - Galles
méridionale, est beaucoup plus grand qu'aus
cune autre contrée du monde connu: : la côte,
réduite en ligne droite, n'a pas moins de
vingt-sept degrés, 7 ou près de deux mille
milles; de sorte que sa surface en carré doit
être plus grande que. celle de toute T'Europe:
Cepays n'est encore connu que sur les côtes:
Cook n'avança pas plus que nous dans l'intérieur des terres. Nous remarquâmes qu'au
plus fort méme de la saison sèche, il y a
une, grande quantité de ruisseaux : au sud
des trente-trois et trente-quattième degrés,
la terre' est; en général, basse et unie. La
mille
milles; de sorte que sa surface en carré doit
être plus grande que. celle de toute T'Europe:
Cepays n'est encore connu que sur les côtes:
Cook n'avança pas plus que nous dans l'intérieur des terres. Nous remarquâmes qu'au
plus fort méme de la saison sèche, il y a
une, grande quantité de ruisseaux : au sud
des trente-trois et trente-quattième degrés,
la terre' est; en général, basse et unie. La --- Page 68 ---
NOUVEAT U VOYAGE
à
degtés
côte du côté du nord, vingt-trois où les vaissud, est remplie de bonnes baies
Nous
seaux sont à l'abri de tous les vents.
deux espèces d'arbres
n'y trouvâmes que bois de charpente, le
qu'on puisse appeler distille la résine, et une augommnier d'oà
ressemblent assez à
tre sorte d'arbres qui
trouLes
Fet les simples s'y
nos pins.
plantes
quantité, ainsi
vent dans une prodigieuse
A
plusieurs espèces d'herbes potagères.
que
nous y avons vu
Tégard des quadrupèdes,
des chiens, un animal appelé kanguroo $
ressemblant au phalanger de Buf
un autre
différente
fon, et une quatrième espèce peu
Plusieurs personnes de T'équipage
du putois. dit avoir vu des loups : il ne
de Cook ont
y
Nous avons res'en est point offert à nous.
des chauve-souris dont une espèce
marqué
perdrix. Les oiseauix
étoit aussi grosse qu'une
nous
de mer et les oiseaux de rivière que
sont les mouettes, 9 les COTavons apperçus boubies, les corlieux, les camorans, les
ici d'une grannards, les pélicans quissont de terre sont
deur énorme, etc. Les oiseaux
des
des catacouas
des corneilles,
perroquets, d'une beauté
et d'autres du même genre, et
admirable, --- Page 69 ---
AUTOUR DU U M 0 N D E.
admirable, des pigeons, destourterelles, des
cailles, des outardes, des hérons, des grues,
des faucons et des aigles. Parmi les reptiles
ily a des serpens de différentes espèces;, des
scorpions, des millepieds et des lésards. Les
insectes nous ont paru être en petit nombre; les mosquites et les fourmis sont les
principaux. La mer dans ces pays fournit
aux habitans plus d'alimens que la terre :
rarement y fimes-nous jeter le filet, sans
prendre de cent cinquante a deux cents livres
de poisson ; excepté le mulet, et quelquesuns des coquillages, les autres ne sont pas
connus en Europa. Les bancs de sable et les
récifs sont couverts d'une incroyable
quantité de tortues vertes et d'haitres de toutes les
espéces,mémedhuitres perlileres:ildytiouve
aussi des pétoncles d'une grosseur énorme,
des écrevisses de mer, des cancres et des
caimans dans les rivières .et les lacs salés.
Le nombre des habitans de la Nouvelie-Hol
lande paroit être très - petit en proportion
de son étendue : à peine voit-on quelques
cases éparses dans une enceinte immuer'se,
Les hommes sont d'une taille moyenne, et,
en général, bien faits; ils sont sveltes, doués
Tome I.
E
aussi des pétoncles d'une grosseur énorme,
des écrevisses de mer, des cancres et des
caimans dans les rivières .et les lacs salés.
Le nombre des habitans de la Nouvelie-Hol
lande paroit être très - petit en proportion
de son étendue : à peine voit-on quelques
cases éparses dans une enceinte immuer'se,
Les hommes sont d'une taille moyenne, et,
en général, bien faits; ils sont sveltes, doués
Tome I.
E --- Page 70 ---
KOUVEAU VOYAGE
d'une vigueur, dune activité et d'une agilité remarquables : leur visage n'est pas sans
expression; ils ont la voix extrémementdouce
et même efféminée : leurs traits sont bien
loin d'être désagréables, et tels que Dampierre les décrit; ils n'ont ni le nez plat,
ni les lèvres grosses : leurs dents sont blanchés et égales : leurs cheveux sont naturellement noirs, et ils les portent fort courts: :
leur barbe est de la même couleur, mais ils
laissent
croitre beaucoup. - Les deux
ne la
pas
seuls
sexes vont entièrement nus : ce sont les
peuples qui nous aient présenté cetteabsence
de toute idée de pudeur. Leur principale
parure consiste dans un OS qu'ils passent
à travers le cartilage qui sépare les deux
cet OS est de la
d'un
:
narines :
grosseur
doigt; et, comme il a cinq à six pouces de
long, il croise entièrementle visage, et boucheles narines au point qu'ils sont obligés de
tenir la bouche fort ouverte pour respirers,
aussi nasilient-i ils tellement lorsqu'ils veulent parler qu'ils se font à peine entendre
les uns aux autres : ils sont d'une malproétonnante, et leur peau est si coupreté
verte de boue et de crasse quil est très-dif: --- Page 71 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
ficile d'en connoitre la couleur, que nous
avons cependant assez bien observée pour
pouvoir assurercqu'elle est noire,comme celle,
des Négres de la Guinée ; ils la
de
.
peignent
blanc et de rouge. Ne se nourrissant que de
poisson et de fruits, et ignorant l'art de cultiver la terre, ils vivent errans, forment des
petites sociétés de vingt ou trente, et construisent de petites cases en forme de four.
Leurs armes sont des javelines et des lan:
ces. Les Hollandois découvrirent ce pays en
1644; mais ils n'y firent point d'établissement. Malgréla stérilité apparente de ces climats, nous ne doutâmes pas qu'en avançant
dans les terres, on ne trouvât des contrées
fertiles, et que la nature n'y offrit auiant de.
richesses, en fruits, en épiceries, en drogues précieuses, peut-étre même en mines
d'or, qu'elle produit dans d'autres régions
près de Téquateur, et souS les mêmes parallèles de latitude.
Eniin, le vent devint plus favorable, et
nous quittâmes cette contrée pour tirer vers
le sud; ; nous n'épronvâmes plus aucun danger eapabledetroublernotrenasigation,sice
n'estunet trombed'eau qui nouscausa plus de
E 2
, en épiceries, en drogues précieuses, peut-étre même en mines
d'or, qu'elle produit dans d'autres régions
près de Téquateur, et souS les mêmes parallèles de latitude.
Eniin, le vent devint plus favorable, et
nous quittâmes cette contrée pour tirer vers
le sud; ; nous n'épronvâmes plus aucun danger eapabledetroublernotrenasigation,sice
n'estunet trombed'eau qui nouscausa plus de
E 2 --- Page 72 ---
KOUVEAU VOTAGE
de mal. Les trombes sont des élépeur que
font sur la surface de
vations d'eau qui se
la mer, et
et
teai-narreatere
On voit d'abord l'eau bouillonner, 1
nues.
d'environ un pied ou un pied et
s'exhausser
paroit endemi au-dessus de sa supetficie:il
une vasuiteau dessus de ce bonillonnement s'élève
épaisse, du milieu de laquelle
peur
monte en dimide colonne, qui
une espèce
et va s'unir à un nuage
nuant de grosseur,
ou venirandevantdelaf
quisemblel'attended
à mesure que le
elle se plie
pour s'yjoindre;
elle s'est attavent chasse la nue à laquelle
non-seuchée; ; et, malgré cette impulsion, mais il semlement elle ne s'en sépare pas,
elle gross'allonge pour le suivre;
ble qu'elle
lorsque le nuage se baisse
sit ou se rétrécit,
ainsi jointe au
ou s'élève. Cette colonne,
leau de la
est un canal par lequel
nuage 1
dans la nue, et qui, en
mer est transportée certain bruit sourd,
excite un
se formant,
d'un torrent qui roule ses
semblable à celui
des trom:
eaux dans un vallon. Les canaux
sont
rendent visibles que lorsquils
bes ne se
se vident, ils
remplis d'eau,; car dès qu'ils
il est
disparoissent. Le puage crève quand --- Page 73 ---
AUTOUR DU MON DE,
plein, et l'eau retombe avec un bruit épou:
vantable: : c'est alors que la trombe est dangereuse; ; s'il arrive qu'elle se décharge sur
un vaisseau, elle le submerge immanquablement : aussi tâche 1 t-on de s'éloigner,
autant qu'ilest possible; mais faute de vent,
il arrive quelquefois qu'on n'en a pas le pouvoir. Ordinairement il y a calme pendant
que la trombe travaille, si ce n'est précisément à l'endroit où elle se forme : dans ce
cas on s'efforce de la rompre à coups de
canon; et au lieu de boulet, on se sert d'une
barre de fer qui coupe en deux la colonne,
fait créver la trombe, et vient à bout de la
dissiper. Nous ne fumes pas obligés d'avoir
recours à cet expédient : en moins de six
minates, nous ettmes la satisfaction de voir
la colonne se rétrécir, se détacher de la superficie de la mer, et disparoitre entièrement. Le nuage créva à quelque distance,
et ne produisit d'autre effet qu une grande
agitation dans Lair, quise fit vivement sentir
autcur du vaissean.
Peu de jours après cet événement, nous
arrivâmes, par un vent des plus favorables,
à la vue de Tembouchure de la rivière de
E 3
ient : en moins de six
minates, nous ettmes la satisfaction de voir
la colonne se rétrécir, se détacher de la superficie de la mer, et disparoitre entièrement. Le nuage créva à quelque distance,
et ne produisit d'autre effet qu une grande
agitation dans Lair, quise fit vivement sentir
autcur du vaissean.
Peu de jours après cet événement, nous
arrivâmes, par un vent des plus favorables,
à la vue de Tembouchure de la rivière de
E 3 --- Page 74 ---
NOUVEAU VIOYAGE
Siam; et le lendemain uous allàmes mouil;
ler à trois lieues de la, barre : on appelle
ainsi un banc de vase qui reste presque tou
jours à découvert. Rien n'est plus agréable
que le rivage de ce fleuve appelé Ménan,
gue nous remontàmes ensuitejusqu'a la ville
de Siam. Il fornie, 9. en serpentant, un grand
nombre d'iles, et se divise en une infinité
de branches : il est orné des deux côtés de
grands arbres.toujours verts; au- delà sont
de vastes campagnes couvertes de riz. Comme ces terres sont extrémement basses, elles
sont inondées pendant la moitié del'année.
Cette rivière a ses débordemens réglés comme le Nil:les effets en sont siheureux quele
riz croit à mesure que les eaux s'élèvent, de
manière quel les épis ne sont jamais submergés; ce, qui n'arrive pas en Egypte, où les
inondations trop fortes font périr les moissons. --- Page 75 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
C H APITRE XIV.
Des royaumes de Siam et de Boutan.
Siax,r royaume d'Asie dans les Indes orieni
tale, est situé dans la presqu'ile au-delà du
Gange: Ce royaume est appelé par ceux du
pays Muhan-Thai, c'est-à- dire, la terre de
Thai. Les Malais et les Péguans Tappellent
Tziam, d'où vientle nom de Siam que nous
lurdonnons.ligdtendepuiseanviconloseptils
me degré de latitude septentrionalej jusqu'au
dix neuvième : vers le: milieu, oùl la ville capitale est située, il està quarante degrés dix-huit
minutes de latitude septentrionale, et à cent
dix-huit degrés vingt minutes de longitudea
H est borné à l'orient par les royaumes de
Tonguin, de Cochinchine et de Camboje;
au midi par la mer, et par le pays de Malacca, dont le roi de Siam possède Ligor 9
Tanassérie et quelques autres petites proE 4
dix neuvième : vers le: milieu, oùl la ville capitale est située, il està quarante degrés dix-huit
minutes de latitude septentrionale, et à cent
dix-huit degrés vingt minutes de longitudea
H est borné à l'orient par les royaumes de
Tonguin, de Cochinchine et de Camboje;
au midi par la mer, et par le pays de Malacca, dont le roi de Siam possède Ligor 9
Tanassérie et quelques autres petites proE 4 --- Page 76 ---
N OU VE-A U V OYAGE
vinces ; à l'ouest par le royaume de Pégu;
et au nord par celui de Laos: Sa longueur,
du
au midi, est à
qui se prend
septentrion
où
près de cent lieues, dans les endroits
peu
les états voisins:
elle n'est point coupée par
est d'environ cent lieues dans sa
sa largeur
de
lieues enplus grande étendue, et
vingt
viron dans sa plus petite. A considérer sa
grandeur, il n'est guère peuplé, excepté le
long de la rivière. La quantité de peaux de,
daims et de Buffles que les marchands en
tirent tous les ans, prouve qu'il contient de
grandes forêts et de vastes déserts. Il faut
encore observer qu'on ne tue ces animaux
dans le voisinage, parce que les tigres
que
aux chaset les marais ne permettent, pas
de
bien avant dans les bois.
seurs
pénétrer
Ce royaume renferme douze grandés provinces dont chacune est gouvernée par un oja
de lieutenant du roi.
ou prince, en qualité
Nous allons décrire ce qu'il y a de plus
xemarquable dans celles qne nous avons visitée pendant deux mois de séjour que nous
avons fait à Siam, ville capitale de ce royauà
de faire conme : il est cependant propos
noitre, avant d'en commencer la descrip- --- Page 77 ---
AUTOUN D U M ONDI R.
tion, T'histoire, ou du moins les principales
révolutions de ce royaume, le plus célebre
de toutes les Indes. Les Siamois en font remonter T'origine à plus de cinq cents ans
avant Jésus-Christ. Al l'exemple de presque
tous les autres peuples, ils placent au rang
des dieux leur premier législateur. On conçoit que cet homme a du faire des choses
extraordinaires. Premièrement il abdiqua la
couronne pour se. faire hermite ; cela du
moins a eu des imitateurs : mais ce qui est
sans exemple, c'est son exessive charité.
N'ayant rien à donner à un pauvre qui lui
demandoit l'aumône, il s'arracha un ceil et
le lai mit dans la main : en voilà plus qu'il
n'en faut/pour étre déifié, même chez une
nation éclairée. Ce qu'on peut dire de plus
raisonnable surl'origine de cette monarchie,
c'est qJu'elle a commencélors de la première
excursion des Arabes dans les Indes : il est
vrsisemblablequ'clle doit sa naissance à leur
irraption ; ce n'est du moins que depuis cette
époque que l'on trouve une suite chronologique des princes qui ont gouverné cet empire : un d'eux baiit, dans le quatorzième
siècle, la ville de Juthia, qui en est la ca-
qu'on peut dire de plus
raisonnable surl'origine de cette monarchie,
c'est qJu'elle a commencélors de la première
excursion des Arabes dans les Indes : il est
vrsisemblablequ'clle doit sa naissance à leur
irraption ; ce n'est du moins que depuis cette
époque que l'on trouve une suite chronologique des princes qui ont gouverné cet empire : un d'eux baiit, dans le quatorzième
siècle, la ville de Juthia, qui en est la ca- --- Page 78 ---
NOUVEAU VOYA G E
pitale, et que les Portugais ontappelée Siam,
du nom du royaume. Il est peu d' états qui
aient essuyé, en si peu de tems : plus de
révolutions ne celui-ci. La première. 9 qui
arriva vers le milieu du seizième siècle, fut
T'ouvrage d'unereine galante. Dans T'absence
du roi son époux, un officier de sa maison
la rendit enceinte. Pour empécher que son,
infidélité n'éclatât, elle forma et exécuta le
projet d'empoisonner son mari : elle avoit
un fils âgé de neuf ans , trop jeuné pour
prendre en main les rénes de lempire. Malgré les précautions qu'elle prit pour cacher
son accouchement, son crime devint public;
et dans la crainte que son fils ne vengcât un.
jour la mort de son père, dont on déconvrit
aussi qu'elle étoit coupable, elle le fit égoret mit sur le trône T'objet de ses criger,
lassés de
minelles amours. Mais ses sujets,
tant de crimes, la massacrèrént dans un
festin, avec SOil favori, et mirent sur le
trône vacant un autre prince du. sang royal.
A peine le nouveau monarque commençoit
voisin résolut d'enà régner, qu'un prince
vahir ses états, ou de. les rendre ses tributaires : il prit pour prétexte de cette guerre --- Page 79 ---
AUTOUR DI U! M ON DI E.
le refus que lui fit le roi de Siam de lui envoyer léléphant blanc qu'il avoit en sa possession. L'ennemi se mit en campagne, se
rendit maitre de la capitale, et le roi deSiam,
eraignant de tomber vif entre les mains du
vainqueur, 9 se donna la mort dans son palais. Illaissa des successeurs, parmi lesquels
ily en ett un qui fut condamné par ses propres sujets à perdre la vie : c'étoit, à la vérité, un prince vicieux, et qui avoit contre
lui, un ministre assez puissant pour le supplanter. Cette révolution coincide précisément avec le tems oùt les Anglois, on plutôt Cromwel, conduisoient Charles Ier. sur
un échaffaud.
- Nous voici arrivés à la célèbre ambassade
d'un roi de Siam vers Louis XIV. Le père
du monarque qui fit aux François l'accueil
le plus favorable. - ne régna que par une usurpation qu'on doit mnettre au rang des révovolutions de Siam. Il épousa, malgré elle,
la soeur de l'héritier de la couronne, et se
fit reconnoitre pour roi. Son fils Chaou-.
Naraie ne monta lui-même sur le trène que
par une autre révolution : il tua de sa pro-:
pre main le frère de son père, qui s'étoit
Le père
du monarque qui fit aux François l'accueil
le plus favorable. - ne régna que par une usurpation qu'on doit mnettre au rang des révovolutions de Siam. Il épousa, malgré elle,
la soeur de l'héritier de la couronne, et se
fit reconnoitre pour roi. Son fils Chaou-.
Naraie ne monta lui-même sur le trène que
par une autre révolution : il tua de sa pro-:
pre main le frère de son père, qui s'étoit --- Page 80 ---
N O U VE AU- VOYACE.
emparédela puissance souveraine, et signala
les commencemens de son règue par une action de vigueur. Un, jour qu'il alloit au temple, il apprit que les talapoins, qui sont les
prêtres du pays, avoient projeté de le massacrer : en effet, la pagode en étoit remplie,
et ils avoient tous des armes cachées sous.
leurs robes. Le prince, qui en fut instruit,
ordonna qu'on investit le temple; et ayant
des preuves certaines que ces scélératsavoient
conspiré contre ses jours, ii les fit tous égorses soldats. Les liaisons de ce monarger par
létablissement des
que avec Louis XIV, et
François à Siam, sont des circonstances qui
intéressent. Les
furent l'ounous
premières
d'un aventurier qui, de mousse de
vrage vaisseau, étoit devenu premier ministre : il
se nommoit Constance ou Constantin-Phaulkon. Il étoit Grec, et natif de Céphalonie.
A douze ans il avoit quitté son pays et s'étoit
l'avoit conduit
embarqué sur un navire qui
faire fortune,
en Angleterre : désespérant d'y
il passa aux Indes, et devint par degrés cade vaisseau. Il alla à la Chine et au
pitaine Japon,oi il trafiqua pour le compte des marchands; mais ayant fait naufrage sur les co- --- Page 81 ---
AUTOUR DI U MONDE L.
tes de Siam, il entra au service du sur-intendant des finances : il montra tant d'intelligence pour les affaires, qu'il gagna la
confiance du ministre et les bonnes grâces
du souverain. Aprés la mort de son protecteur 7 Phaulkon le plaça dans toutes ses
charges; et bientôt après on le ft grandmaître de la maison du roi. L'extrême pouvoir dont il étoit revêtu et la mauvaise santé
du souverain, quin'avoit point d'enfans màles, pouvoient flatter ses espérances ; il fut
du moins accusé d'avoir aspiré au trône, et
l'on attribua à cette ambition ses liaisonsavec
la France. Il engagea son maître à rechercher l'amitié de Louis XIV, et lui fit entendre que cette alliance lui seroit utile,
soit pour faire fleurir le commerce dans ses
états, soit pour y amener les arts et policer
ses sujets. En conséquence de ses conseils,
le roi de Siam envoya en France deux mandarins, sous la conduité d'un prêtre des missions étrangères, établi dans son royaume
depuis quelques années : d'un autre côté,
les commerçans et les missionnaires 9 se
trompant vraisemblablement cux -mémes,
trompoient la cour de Versailles par des
soit pour faire fleurir le commerce dans ses
états, soit pour y amener les arts et policer
ses sujets. En conséquence de ses conseils,
le roi de Siam envoya en France deux mandarins, sous la conduité d'un prêtre des missions étrangères, établi dans son royaume
depuis quelques années : d'un autre côté,
les commerçans et les missionnaires 9 se
trompant vraisemblablement cux -mémes,
trompoient la cour de Versailles par des --- Page 82 ---
NOUVEAT U VOYAGE
promesses et des espérances aussi brillantes P
qu'imaginaires. Louis XIV envoya à Siam
le chevalier de Chaumont en qualité d'ambassadeur : le roi de Siam reçut cet envoyé
avec les plus grandes marques de distinction. Il fautvoir dans les mémoires de T'abbé
de Choisy les détails de cette réception. Des
préférences si marquées pour une nation
étrangère excitèrent la jalousie : on s'en prit
avoir des vues
au ministre qu'on soupçonna
secrètes pour se l'attacher ainsi. On fit passer au roi de Siam différens avis qui portoient que le Grec Constance, lié avec les
François, conspiroit, d'intelligence avec eux,
contre l'état. Le monarque n'y préta aucune
attention, et continua à donner sa confiance
à son ministre. Un seul Siamois partageoit
cette faveur; il se nommoit Pitracha : sa
mère avoit été la nourrice du roi, et sa
sceur la maitresse de ce prince. Il mit dans
ses intéréts les grands, les prêtres et le peucontre le
ple, et forma une ligue puissante
ministre. Craignant que ses desseins ne fussent découverts, il en pressa habilementlexé
cution. Il rassembla tous ses amis, ft enyironnerle palais d'hommes armés:le grand: --- Page 83 ---
AUTOUR D U M ONDE
pontife de la cour étoit à leur téte, porté
sur les épaules de six esclaves. Phaulkon,
averti de ces mouvemens, arriva en diligence ; mais à peine fut-il entré dans le palais,
que Pitracha l'arréta et le fit conduire en,
prison, où il périt, quelques jours après,
sous le fer du bourreau. Pitracha 9 qui
commençoit à agir en souverain, prit le ti
tre d'administrateur du royaume. ChaouNaraie ne fit plus que trainer une vie languissante; il mourut au mois dej juillet 1688.
Pitracha, qui s'étoit défait de tous les princes du sang, après dix jours d'un deuil hypocrite, 2 se rendit à la grande pagode avec
les ornemens de la royauté, et se fit ensuite
couronner dans la capitale. Telle fut la fin
de ces troubles que les Siamois appellent encore aujourd'hui la tracasserie des François. Cette ambassade nous a du moins valu
les' relations de ce royaume par le père Tachard, l'abbé de Choisy, de Lisle, Gervaise,
Chaumont et la Loubère. Mais, outre que
ces relations se contredisent, elles n'ont pas
le mérite, ni l'exactitude que nous avons re.
connu dans celle de Koempfer, - quid'ailleurs
est postérieure.
la fin
de ces troubles que les Siamois appellent encore aujourd'hui la tracasserie des François. Cette ambassade nous a du moins valu
les' relations de ce royaume par le père Tachard, l'abbé de Choisy, de Lisle, Gervaise,
Chaumont et la Loubère. Mais, outre que
ces relations se contredisent, elles n'ont pas
le mérite, ni l'exactitude que nous avons re.
connu dans celle de Koempfer, - quid'ailleurs
est postérieure. --- Page 84 ---
NOUVEAU VOYAGE
Nous avons déja dit que nous avions
monillé à trois lieues de la barre. Après
avoir quitté notre vaisseau, nous montàmes'la rivière sur un ballon, espèce de bateau fort commun à Siam; on en voit de
grands qui sont couverts comme des maisons : ils servent de logement à des famillesentières, et, sejoignant plusieurs ensemble, ils forment en plusieurs endroits comdes
flottans. Bankok fut la preme
villages
mière ville que nous rencontràmes en remontant le Ménan. Cette place est importante par sa situation; elle défend le passage
du fleuve: c'est la clef du royaume du côté
de son embouchure : son térritoire est un
jardin continuel, planté d'arbres fruitiers qui
font la principale richesse de ce canton. La
nuit qui nous surprit nous donna le spectacle d'une raahimehcbnarmats
Juisantes, dont tous les arbres qui bordent
la rivière sont couverts : on les prendroit
autant de lustres chargés d'une infinité
pour
la réllexion de Teau mulde lumières, que
étonnamment. Au point du jour nous
tiplie
de singes et
découvrimes un grand nombre
sur lcs arbres';
de sapajoux qui grimpoient
mais --- Page 85 ---
AUTOUR DU MONDI B.
mais ce qui nous fit sur-tout beaucoup de
plaisir, ce furent lesaigrettes,eapéced d'oiseau
de la figure du héron, et dont le plumage
est aussi blanc que la neige : le mélange de
ce blanc avec le vert des feuilles fait un effet
admirable. Nous ne faisions pas une lieue
sur cette rivière sans rencontrer quelque
gode accompagnée d'un monastère de tala- papoins : ces religieux vivent en communauté;
leurs maisons sont autant de séminaires où
les énfans de qualité reçoivent l'éducation:
ils y éntrent à sept ou huit ans, et y prennent T'habit de T'ordre, qui consiste en deux
pièces de toile de coton, , dont Lunedles couvre depuis la ceinture jusqu'aux genoux , et
de l'autre ils se font une écharpe
passent
qu'ils
en bandoulière : on leur rase la tété et
les sourcils comre à leurs maitres qui s'en
font un devoir essentiel. Après la lecture et
l'écriture, Tarithmétique est une des premières sciences qu'on apprend à ces jeunes
élèves. Leurs principes d'arithmétique sont
les mêmes que parmi nous ; ils ont dix chiffres primordiaux, et leur zéro, figuré comme
le nôtre, 9 prend la même valeur dans le mé
me arrangement. Leur philosophie se réduit
T'ome II,
F
les sourcils comre à leurs maitres qui s'en
font un devoir essentiel. Après la lecture et
l'écriture, Tarithmétique est une des premières sciences qu'on apprend à ces jeunes
élèves. Leurs principes d'arithmétique sont
les mêmes que parmi nous ; ils ont dix chiffres primordiaux, et leur zéro, figuré comme
le nôtre, 9 prend la même valeur dans le mé
me arrangement. Leur philosophie se réduit
T'ome II,
F --- Page 86 ---
NOUVEAU VOYAGE
à la morale. Depuis Bankok jusqu'à Siam;
la rivière est bordée d'une infinité de villages, dont les maisons, 3 composées de Bambou, sont élevées sur de hauts piliers pour
les garantir de linondation. Lorsque nous
fames arrivés à Siam, la situation et les
édifices de la capitale furent les premiers
objets de notre attention et de notre curiosité.
villes des
Siam est- une des plus grandes
l'enceinte de
Indes., sil'on ne considère que
mais à
la sixième partie de
ses murs ;
peine habitée; le reste est décet espace est-elle
temsert, et; ne, contient que des pagodes ou
Le terrain sur lequel elle est bâtie est
ples.
uneinfinité de canaux ou de bras
coupé par
du Méran, qui la partagent en plusieurs
fermée par une muraille de
iles : elleiest
ouvert des arcabrique, dans laquelle on a
donnent passage à la rivière et favodès qui l'entrée et la sortie des barques; elles
risent
dans toutes les rues, etla comse dispersent
donnent pour le transport
modité qu'elles
tout de suite
des marchandises qui passent
de la. mer dans les magasins, jointe aux audu royaume, y attirent des
tres avantages --- Page 87 ---
AUTOUR DU MONDE
négocians de toutes les parties du monde.
Le long de chaque canal on a fait des quais
qui forment des rues bien alignées, mais si
pleines de boue qu'elles sont à peine praticables : on voit dans le téms du débordement
une ville, une forét et une mer tout ensemble.Quoique les places publiques soient inondées, on ne laisse pas d'y tenir marché : le
peuple s'y assemble sur des canots. Dans une
Meshescommeviniaynus milieu des eaux,
il a été nécessaire de bâtir un grand nombre
de ponts : il y en a quelques-uns de brique;
la plupart sont faits de planches, ou de roseaux entrelacés, et si peu assurés que nous
n'y passions qu'en tremblant. Les maisons
sont basses et construites de bois, du moins
celles des naturels du pays que. cette sorte
d'édifices laissent exposésà toutél'incommodité d'une chaleur excessive : des claies de
bambou forment le contour de ces habitations légères, Dans les quartiers sujets à linondation, on les élève sur des piliers ; l'escalier pend en dehors, comme les échelles
de nos moulins : une corbeille remplie de
terre, et soutenue sur trois bâtons, sert de
foyer. Quelques heures suffisent pour cons;
F 2
cette sorte
d'édifices laissent exposésà toutél'incommodité d'une chaleur excessive : des claies de
bambou forment le contour de ces habitations légères, Dans les quartiers sujets à linondation, on les élève sur des piliers ; l'escalier pend en dehors, comme les échelles
de nos moulins : une corbeille remplie de
terre, et soutenue sur trois bâtons, sert de
foyer. Quelques heures suffisent pour cons;
F 2 --- Page 88 ---
NOUVEAU VOYAG 2
truire ou renverser ces édifices fragiles; une
ville comme Siam peut étre bâtie en fort peu (
de jours. Les grands officiers de la cour ont
des maisons de menuiserie qu'on prendroit
pour de grandes armoires, où logent le mari,
la femme et les enfans : les domestiques et
les esclaves ont des petits endroits séparés,
mais renfermés dans la même enceinte, et
qui composent autant de ménages. Ici chaque peuple a son canton ou quartier séparé
les canaux de la rivière : par-là on évite
par
souvent le mélange des
les querelles qu'excite
nations :chacune a son chefqui répond d'elle,
nommé
le roi. Le paet son protecteur
par
lais du roi, environné d'une double muraille
de brique, a une demi-lieue de circuit; il
est divisé en plusieurs cours, et rempli d'une
multitude d'édifices dont les uns sont bâtis
de pierres et les autres de bois; ils sont bas,
étage,avec des escaliers étroits,
n'ayant qu'un
depetites portes, et point de plein pied. Il est
vrai que cette inégalité est, dans Topinion
des habirans, ce qui donne de la dignité aux
maisons. Le logement du roi doit être plus
élevé que le reste du palais 3 et plus une pièce
est voisine de l'appartement du monarque 2 --- Page 89 ---
AUTOUR DI U M ONDI E.
plus elle s'élève an-dessus de celle qui la
suit: : cette même inégalité se trouve dans les
toits. On remarque aussi la méme gradation
dans les pagodes; cette succession de toits
inéganx fait la distinction des degrés de
grandeur et de vénération : le dôme le plus
élevé est celui sous lequel est placée l'idole.
Le plan da palais du monarque a la forme d'une croix, du centre de laquelle s'élève une haute pyramide à plusieurs étages
qui surmonte tout l'édifice. Le sérail est contigu à l'appartement du roi. Nous ne dirons
rien de l'intérieur du palais : personne ne
pénètre plus loin que la salle d'audience.:
Cette salle n'a rien qui mérite une description ; et, en général, il n'y a point de petite maison de financier en France quin'ajt
plus d'éclat et de magnificence que les palais
du roi de Siam. Les richesses du pays se manifestent principalement dans les pagodes
par les quantités d'ouvrages d'or dont elles
sont ornées, 2 par leur grandeur prodigieuse,
par leur structure, et par un amas incroyable de pierreries. La forme de ces édifices
est assez semblable à celle de nos églises :
lentrée en est grande avec des portes doF 3
financier en France quin'ajt
plus d'éclat et de magnificence que les palais
du roi de Siam. Les richesses du pays se manifestent principalement dans les pagodes
par les quantités d'ouvrages d'or dont elles
sont ornées, 2 par leur grandeur prodigieuse,
par leur structure, et par un amas incroyable de pierreries. La forme de ces édifices
est assez semblable à celle de nos églises :
lentrée en est grande avec des portes doF 3 --- Page 90 ---
NOUVEAU VOYAGE
rées; le dedans est peint, et le jour y entre par des fenêtres étroites et longues, pridu mur. 11 y a un choeur
ses dans l'épaisseur
avec des sièges de côté et d'autre pour les
talapoins qui viennent y chanter à certaines
heures destinées à la prière. Le toit des pagodes est revêtu. de tuiles vernissées 1 et
de plaques d'étain doré; ; elles
quelquefois
sont d'un jaune si vif et si éclatant que.,
quand lé soleil donne dessus, il semble que
la couverture soit toute d'or. On les faisoit
venir autrefois de la Chine; mais on a trouvé
le secret d'en fabriquer à Siam ; on n'en
fait guère que pour le roi. Un des temples
les plus célèbres de cette ville, est celui qui
à
distance du palais du roi;
se voit quelque
dont celui
il est surmonté de cinq dômes,
du milieu, plus grand que tous les autres,
est environné de quarante quatre pyramides
ou obélisques ; elles sont placées avec symétrie sur trois rangs : dans l'enceinte qui
enferme ces bâtimens on voit, d'un côté,
cents
le long des galeries 3i plus de.quatre
dans un bel ordre ; T'autre
statues disposées
face est à jour et regarde le temple. Ilya
de ces, pegodes qui contiennent plus de qua: --- Page 91 ---
AUTOUR DU M O N D E.
tre mille idôles couvertes de lames d'or. Les
yeux et limagination sont ravis par l'éclat
des murailles, des lambris, des piliers et
d'une infinité de figures dorées; il y en a
de vraiment colossales et d'une taille tout à
fait gigantesque : toutes sont assises les jambes croisées à la siamoise; leur matière est
un mélange de chaux, de résine et de poix,
qu'on enduit d'abord d'un vernis noir, et
que Ton dore ensuite.
Le roi n'entre dans sa capitale que les
jours de cérémonie; sa résidence ordinaire
est à Louvo, maison de plaisance qui en est
éloignée de sept lieues. Ce monarque, le
plus puissant des princes de la presqu'ile
de lInde, jouit de toute la plénitude du
pouvoir arbitraire; ; il permet bien aux grands
du royaume de délibérer entre eux sur les
affaires de l'état et de lui én dire leur avis;
mais il se réserve le pouvoir de décider de
tout, en approuvant ou en rejetant ce qu'ils
ont fait. Ces seigneurs se nomment mandarins, qualité-que le roi donne, sans considérer ni la naissance, ni le mérite. Le respect qu'il exige de ses peuples va jusqu'à
l'adoration, et Ia posture oà il faut être en
F 4
permet bien aux grands
du royaume de délibérer entre eux sur les
affaires de l'état et de lui én dire leur avis;
mais il se réserve le pouvoir de décider de
tout, en approuvant ou en rejetant ce qu'ils
ont fait. Ces seigneurs se nomment mandarins, qualité-que le roi donne, sans considérer ni la naissance, ni le mérite. Le respect qu'il exige de ses peuples va jusqu'à
l'adoration, et Ia posture oà il faut être en
F 4 --- Page 92 ---
NOUVEAD VOYAGE
est une
de culte. Il prend
sa présence
espèce
les titres les plus fastueux.. Dans le conseil
même; qui dure quelquefois quatre heures,
les ministres d'état et les mandarins se tiendevant lui : ils ne
nent sans cesse prosternés
lui parlent qu'à genoux, la tête inclinée sur
les mains. Quand il sort, tout le monde doit
renfermer chez soi. Le service intérieur
se
fait
des
des eunudu palais se
par
pages,
et des jeunes filles. Le roin'a qu'une,
ques à
il donne le titre de reine : elle
femme qui
a ses officiers, ses femmes pour T'accompases bateaux et ses élégner, ses eunuques,
elle
phans. Ses officiers ne la voient jamais;
montre
ses femmes et à ses eune se
qu'à
souvenuques : elle gouverne 'sa màison en
raine, ou plutôt en despote. Elle tient con-.
seil de toutes les affaires avec ses femmes,
rend
ses sujets ; elle a même
et
justice à
lui fait des plainses châtimens : quand on
de
femme convaincue
tes contre quelque
ou d'inmédisance, ou de faux rapports,
lui
discrétion de paroles, elle la punit en
faisant coudre la bouche; d'est du moins ce
c'étoit la femme
qui est arrivé une fois,et
Chacu-Naraie qui ordonna cc.châtiment
de
--- Page 93 ---
AUTOUI R DU M O ND K..
si sévère. Le nombre des maitresses du roi
n'est point limité ; sa grandeur consiste,
au contraire, dans la multiplicité des sultanes, ainsi que dans la quantité des éléphans.
Ori nourrit ici un grand nombre de ces animaux, on les mêne à la rivière au son des
instrumens, et l'on porte devant eux des
parasols.
Les rois de Siam paroissent rarement en
public, et quand ils se montrent, clest toujours dans un'appareil qui inspire la terreur:
ils se font précéder par des éléphans chargés d'hommes armés, et par une multitude
innombrable de gardes, de. domestiques et
d'esclaves armés de bâtons et de sarbacanes
par écarter le peuple. Le roi est assis sur
une chaise d'or, portée par dix ou douze
valets, et environnée de soldats, tandis que
le peuple prosterné n'ose pas même l'envisager: d'antres fois il est monté sur un élephant tout brillant d'or et de pierreries. A
Tégard des promenades qui se font sur la.
rivière, le prince entre dans une chaloupe
sous un dais de brocard; il se fait accompagner de ses courtisans qui s'y trouvent
quelquefois au nombre de mille our douze
par dix ou douze
valets, et environnée de soldats, tandis que
le peuple prosterné n'ose pas même l'envisager: d'antres fois il est monté sur un élephant tout brillant d'or et de pierreries. A
Tégard des promenades qui se font sur la.
rivière, le prince entre dans une chaloupe
sous un dais de brocard; il se fait accompagner de ses courtisans qui s'y trouvent
quelquefois au nombre de mille our douze --- Page 94 ---
NOUVEAU VOYAGE
9o
cents, chacun dans une barque gonvernée
esclaves. On auroit peine à se forpar. vingt
: qu'on
mer une idée de cette magnificence
un grand Aleuve sur lequel trente
se figure
en batéaux
mille personnes se promènent
peints et dorés.
dans
Les Siamois sont fort somptueux,
leurs funérailles ; ils emploient quelquefois
une année entière à en faire les préparatifs. :
la corruption, on lave le caPour empécher
des bandelettes, on
davre, on le serre avec
bouche de
lui injecte par les yeux et par la
droleau salée, du vif argent et d'autres
corrosives. Tous les morts sont portés
gues
dans
hors de la ville, police presqueg@nérale des bul'Orient : T'usage est de les bruler sur
chers et de recueillir les cendres dans des
de
Les
sont environnées
urnes.
sépultures
retours carrées, faites de bois de cyprès,
vêtues de cartes et de gros papier de dif
couleurs qui font un effet assez
férentes
agréable.
dehors de Siam nous ont ofCe que les
c'est une pyra-
- fert de plus remarquable,
d'une
mide bâtie dans une plaineiloceasion
remportée dans ce même lieu contre
victoire --- Page 95 ---
AUTOUr R DI U M O N DE.
un roi de Pégu, qui périt dansle combat avec
toute son armée : l'élévation de cette pyramide est de trois cent soixante pieds, en y
à
comprenant l'aiguille qui la termine et qui
n'en a guère moins de quatre-vingt-dix. Tout
ce que l'art a pu imaginer pour la solidité et
la décoration de ce monument a été erployé
à sa construction, Nous allâmes de-là visiter
un monastère de talapoins : nous y virnes
unestatue de Sommono-Codom, leurp pairiarche; mais nous n'y remarquàmes rien de particulier : le clocher del'église est une tour de
bois' qui contient une cloche sans battant s
sur laquelle on frappe avec un marteau
pour la sonner. La religion interdit aux
Siamois, et sur-tout aux talapoins, la plu:
part des viandes, et réduit leur nourriture
à celle du riz, des fruits, des légumes et
du poisson. Cette frugalité est d'autant plus
étonnante que le pays abonde en gibier, en
volailles et en alimens de toute espèce : les
ponles ne valent ici que vingt sous la douzaine; un homme peut vivre avec deux liards
par jour. Lebeurre seul est rare, parce que
les Siamois ne sont pas dans T'usage de traire
leurs vaches; ils se servent plus communé.
duit leur nourriture
à celle du riz, des fruits, des légumes et
du poisson. Cette frugalité est d'autant plus
étonnante que le pays abonde en gibier, en
volailles et en alimens de toute espèce : les
ponles ne valent ici que vingt sous la douzaine; un homme peut vivre avec deux liards
par jour. Lebeurre seul est rare, parce que
les Siamois ne sont pas dans T'usage de traire
leurs vaches; ils se servent plus communé. --- Page 96 ---
NOUVEAU VOTAGE
ment d'huile de COCO; elle est très-douce ,
et beaucoup meilleure que notre huile de
Provence. Il n'y a aucune recherche ni aucune délicatesse dans leurs repas les plus
somptueux; ; tout s'y place péle-méle et sans
aucun ordre : les convives sont assis sur des
nattes à quelque distance les uns des autres
et on les sert séparement : le mari està une
table, la femme à une autre, et les enfans
sont servis chacun en particulier. L'heure du
manger est le matin au sortir du lit : à midi
on fait une légère collation, et le soir on
soupe. L'eau estla boisson la plus ordinaire;
ils ont, cotitume de la parfumer : ils boivent
aussi du thé à leurs repas. On ne trouve
ici d'autre vin que celui que les étrangers
y * apportent : les Espagnols sont ceux qui
en fournissent le plus; mais les Siamois ont
différentes espèces de liqueurs fortes, telles
l'arack, et celle qu'ils font avec du suc
que
de palmier, comme les autres Indiens. C'est
avec l'arack queles Anglois composent leur
punch; ils mêlent une chopine de cette lide
de limon, de la
queur avec une pinte
jus
muscade, et du biscuit de mer grillé et pul
vérisé. --- Page 97 ---
AUTOU R D U M 0 N D E.
On distingue deux sortes de talapoins qui
sont, comme nous l'avons déja dit, les moines du pays : les uns vivent dans les bois,
comme nos hermites ; les autres habitent les
villes, les bourgs etles villages, comme nos
religieux : onen compte plus de cinquante
mille dans le royaume, qui est à peu près
grand comme la France : ces derniers se divisent en quatre ordres qui forment une eSpèce d'hiérarchie ecclésiastique; le premier
est celui des sancrats > qui sont comme nos
abbés réguliers ; on nomme tchaovats les
prieurs, 3 picous les simples religieux, et nen
les novices. Si les talapoins ont ici de grands
privilèges, ils sont tenus à des pratiques bien
génantes : c'est un très-grand mal de tuer un
animal, de faire périr un arbre, de balancer les bras en marchant, de clignoter Jes
yeux en parlant, de faire du bruit avec la
machoire en mangeant, etc.; ils doivent fuir
les chants, les danses, les spectacles, n'avoir sur eux ni or, 71 ni argent, etc. : lorsqu'ils
sortent, ils ont à la main, pour,se garantir
du soleil, une espèce d'écran appelé talapat, d'où l'on prétend que leur est venu le
nom de talapoins. Il ya aussi des talapoines
bras en marchant, de clignoter Jes
yeux en parlant, de faire du bruit avec la
machoire en mangeant, etc.; ils doivent fuir
les chants, les danses, les spectacles, n'avoir sur eux ni or, 71 ni argent, etc. : lorsqu'ils
sortent, ils ont à la main, pour,se garantir
du soleil, une espèce d'écran appelé talapat, d'où l'on prétend que leur est venu le
nom de talapoins. Il ya aussi des talapoines --- Page 98 ---
NOUVEAU VOYAGE
à Siam, mais beaucoup moins qu'il n'y a
La
de religieuses dans nos pays ca:holiques.
religion des Siamois est un tissu de fables
ridicules et absurdes : ce peuple n'a aucune
idée raisonnable de la Divinité; il en fait un
être composé d'esprit et de corpg:i illuisupà la vérité, 2 des vertus morales dans
pose,
éminent; mais il ne les a acquises
un degré
qu'après avoir été métamorphosé plusieurs
Les Siamois admettent aussi des
fois en béte.
saints et des bienheureux : ils ont des processions où Ton porte en pompe les efligies-de
Sommono-Codom et d'autres dieux.
faitici
usage des cheOn ne
presqu'ancun
vaux;.les particuliers vont sur des bulfles ou
des boeufs : les éléphans sont la monture
sur
du roi et des mandarins. Il y a
ordinaire
aussi à Siam des voitures qu'on nomme pamais qui ressemblent plutôt à
lanquins,
à Goa
un hamack, ou à ce qu'on appelle
des flets, sorte de lit suspendu à une londeux hoinmes portent sur
gue perche que
maleurs épaules : on ne le permet qu'aux
L'ulades, aux vieillards et aux étrangers.
des parasols n'est pas non plus accordé
sage à tout le monde : on le souffre aux Euro- --- Page 99 ---
AUTO U R DU M O A D E.
péens; mais il admet des distinctions parmi
les Siamois, tant ce. peuple paroit être en
garde contre tout ce qui pourroit introduire
la confusion des états. Non-seulement il y a
des personnes auxquelles on interdit l'usage
des parasols; mais dans la forme même de
ces parasols il y a des différences à observer : ceux qui ne sont composés que. d'une
seule toile, sans pentes et sans ornemens 9
sontles moins honorables; ceuxquiont deux
ou trois pentes plus basses l'une que l'autre,
ne s'accordent qu'aux grands officiers et aux
sancrats, ou supérieurs des abbayes : le roi
seulale droitde faire porterdevant lni un parasol à plusieurs étages. Ces peuples sont si
formalistes quiln'y a aucun particulier qui
laisse asseoir son égal au -dessus de lui, à
plus forte raison son inférieur. La manière
de s'asseoir. est de croiser les jambes : quand
ils sont plusieurs en cercle, ils ne se tiennent jamais debout; chacun s'assied sur les
talons, ou s'accroupit sur les coudes par
respectles uns pourles autres. Le liéu le plus
élevé est le plus honorable; et dans un terrain uni, la droite est la place de distinction. Quand les Siamois vont dans les rues,
son égal au -dessus de lui, à
plus forte raison son inférieur. La manière
de s'asseoir. est de croiser les jambes : quand
ils sont plusieurs en cercle, ils ne se tiennent jamais debout; chacun s'assied sur les
talons, ou s'accroupit sur les coudes par
respectles uns pourles autres. Le liéu le plus
élevé est le plus honorable; et dans un terrain uni, la droite est la place de distinction. Quand les Siamois vont dans les rues, --- Page 100 ---
NOUVEAU VOYAGE
ils marchent à la file, de et jamais à côté les
uns des autres, pour ne point donner la
droite à quelqu'un qui n'est pas d'un rang
à la mériter. Leurs maisons. sont fort simples, ainsique le sont, en général, celles de
tous les Indiens : il en est de même de leurs
meubles; ils se réduisent à quelques nattes
d'osier ou de paille, qui leur servent de sièges, de sophas et de lits : on voit seulement
chez quelques mandarins des cabinets de la
Chine, des porcelaines, des tapis de Perse
et des coussins. Ils se baignent trois fois le
jour, se parfument le corps et les cheveux,
mais sans poudre, mettent sur leurs, lèvresune pommade de senteur, s'arrachent la
barbe à mesure qu'elle croît, et peignent
leurs ongles qu'ils ne se coupent jamais. Quoique placés sous la zone torride, ces Indiens
sont moins noirs qu'olivàtres; ils ont le nez
court et applatti, les joues creuses, la bouche large, et Ie visage assez comniunément
défiguré par la pelite vérole. Les hommes
et les fenimes du peuple sont presque vétus
demême; ils ont les pieds et lesjambes nus, 9
du moins rarement couverts : le vêtement des
hommes est composé de deux pièces de toile
Ou --- Page 101 ---
AUTOU R DU M OI N DI E.
ou d'étoffes légères, dont Tuneles enveloppe
jusqu'à la ceinture, et l'autre de la ceinture
jusqu à mi-jambe. L'habillement des femmes'
est un peu plus long; elles se couvrentle sein
d'une écharpe; leurs cheveux, 9 ployés en
rond; s'attachent derrière la téte avec une
aiguille d'or, d'argent ou de cuivre; elles
chargent leurs oreilles, leurs narines, leurs
bras, leurs mains, leurs doigts, de toute
sorte d'ornemens : elles sont, en général,
très-laides ; mais leur taille, sans étre avantageuse, est bien prise et dégagée. Les habits des grands et des mandarins ne diffèrent, dans leurs maisons, des vétemens du
bas peuple que par la finesse de la toile ou I
de l'étoffe; mais en public, ils sont couverts
d'une pièce de soie rayée, ou de mousseline
peinte de masulipatan. Quoique cet habillement ait six à sept aunes de long, ils savent
sibiens'en envelopperquil ne descend qu'nn
peu au-dessous du genou. Les plus.considérables ont un caleçon qui leur serre le haut
de la.jambe : ils portent aussi une veste dont
les manches et le corps sont fort larges, et
qui leur tombe jusqu'au bas du caleçon ;
quelrjues-uns ont des souliers, comme les
T'ome Il.
G-
de masulipatan. Quoique cet habillement ait six à sept aunes de long, ils savent
sibiens'en envelopperquil ne descend qu'nn
peu au-dessous du genou. Les plus.considérables ont un caleçon qui leur serre le haut
de la.jambe : ils portent aussi une veste dont
les manches et le corps sont fort larges, et
qui leur tombe jusqu'au bas du caleçon ;
quelrjues-uns ont des souliers, comme les
T'ome Il.
G- --- Page 102 ---
NOUVEAU VOYAGE
Indiens; il y en a même qui se parent d'un
chapean fait en pyramide et orné d'un cordon d'or : quand les mandarins ne l'ont pas
sur la tête, ils le font porter derrière eux
au bout d'une canne. Il n'y. a point à Siam
de noblesse originaire; elle ne consiste que
dans la possession actuelle des charges : les
oyas tiennent le premier rang parmi les personnes titrées; ce sont nos anciens ducs de
France ; cette qualité est annexée aux premières charges de la cour et aux grands gouvernemens : les oc-pras sont ce qu'étoient
nos marquis; les oc-munes ce qu'étoient nos
simples gentilshommes : le ministre, qui a
le département du commerce étranger, , se
nomme pra-clam, qui signifie maitre de magasin, dont les François êt les Portugais ont
fait le nom de barcalon. On ne sauroit donner une idée assez forte de toute T'atrocité
de la' justice criminelle en ce pays, c'est-àdire, des tourmens qu'on y fait subir aux
condamnés. Si un meurtrier décolé a un
on'
au cou de celui-ci la
complice, 2
pend
tête du coupable; elle y demeure exposée
atl soleil pendant trois jours, et la puanteur qu'elle e'exhale est un supplice horrible:
J --- Page 103 ---
AUTOUR DU M 0 N D' E.
& la peine du talion est aussi fort
en usage.
Les forces militaires du roi de Siam sont
peu redoutables : son infanterie est mal armée, sa cavalerie mal montée : ses plus grandes forces consistent dans la maltitude de ses
éléphans : il a assez de grosse artillerie;mais
elle lui est inutile, car ses troupes n'ont pas
l'adresse de s'en servir. Ses armes navales ne
sont pas en meilleur état que celles de terre;
elles consistent dans un certain nombre de
frégates et de galères, mais dépourvues de
bons matelots, 9 de bons officiers de marine
et de bons soldats. Les rois de Pégu et de
Siam sont presque toujours en guerre ensemble, à peu près comme la France avec
l'Angleterre. Si les armées se rencontrenty
c'est presque une convention mutuelle de ne
point tirer directementlune surl'autre, mais
de viser toujours plus haut. On commence
par quelques volées de canon qu'on décharge
à coups perdus : on fait à peu près le méme
usage des fècl hes et de la mousquetterie; et r
lorsque cette gréle de boulets, de traits et
de balles retombe sur Tennemi, celui desi
deux partis qui s'en apperçoit le premier,
ne tarde pas à prendre la faite.. H y a: eur
G 2
tirer directementlune surl'autre, mais
de viser toujours plus haut. On commence
par quelques volées de canon qu'on décharge
à coups perdus : on fait à peu près le méme
usage des fècl hes et de la mousquetterie; et r
lorsque cette gréle de boulets, de traits et
de balles retombe sur Tennemi, celui desi
deux partis qui s'en apperçoit le premier,
ne tarde pas à prendre la faite.. H y a: eur
G 2 --- Page 104 ---
NOUVEAU VOYAGE
cependant quelquefois, mais rarement, des
combats très-opiniâtres êt très-sanglans. Outre ses milices nationales, le roi de Siam entretient un corps de soldats étrangers, des
Mogols, des Malais, des Tartares, des Chinois, des Laos, etc.
Le roi fait seul tout le commerce du dehors. Les marchandises dont le négoce est
libre à tout le monde, sont le riz, le poisson, le sel, le sucre, la cire, T'huile, l'en:
cens, la cannelle, la casse, le COco, etc.;
mais on. ne peut acheter que dans les magasins royaux l'ivoire, le plomb, le salpétre, les peaux de bêtes, le soufre, la poudre à canon et les armes. Rien n'égale la
bonne foi qui s'observe dans les marchés 9
qui se tiennent depuis cinq heures du soir
jusqu'à neuf heures : l'acheteur ne compte,
ni ne mesure jamais la marchandise qu'on
lui a livrée, ni le vendeur l'argent qu'il a
reçu. Les Siamois n'ont point d'aune; c'est
avec leur bras qu'ils mesurent l'étoffe : le
COCO sert à mesurer les grains et les liqueurs;
et Ton n'emploie d'autre poids que des pièces de monnoie. Il y ar fort peu d'espèces
monnoyées à Siami ; on y est, en général, 9 --- Page 105 ---
AUTOUR -DU M ON D E,
1o1
très-pauvre; ; par conséquent, il y a fort
peu de luxe, et les arts y ont fait peu de
progrès. Ils brodent assez bien; leurs orfèvres réussissent dans les ouvrages de filigrame : ils sont assez bons doreurs ; mais les
Siamois ne font ni étoffes de soie, ni tapisseries; ils n'entendent rien à la peinture
nià la sculture, bâtissent mal, et n'ont aus 9
cune idée de T'architecture: Leurs poésies
ressemblent à celles de nos poètes antérieurs
à Ronsard. Les vers consistent ici, comme
parmi nous, dans le nombre des'syllabes et
dans la rime : ils ônt des
chansons de table 5 sur: lesquelles ils font des airs, sans
avoir aucun principe de composition; ils ne
savent pas même les noter, et au lieu de
ta-la-la, ils disent noi, noi; ils.n'ont point
d'idée de Incompagnement, et leurs concerts n'ont qu'une partie qui est la même
pour les instrumens et pour les voix : ces
instrumens sont des violons à trois cordes,
des haut-bois fort aigres, des tambours de
plusieurs espèces, des bassins de cuivre suspendus et sur lesquels on frappe avec une
baguette, etc. La langue siamoise a beau-
- coup d'accens, comme le chinois, et l'on
G 3
, noi; ils.n'ont point
d'idée de Incompagnement, et leurs concerts n'ont qu'une partie qui est la même
pour les instrumens et pour les voix : ces
instrumens sont des violons à trois cordes,
des haut-bois fort aigres, des tambours de
plusieurs espèces, des bassins de cuivre suspendus et sur lesquels on frappe avec une
baguette, etc. La langue siamoise a beau-
- coup d'accens, comme le chinois, et l'on
G 3 --- Page 106 ---
NOUVEAU: VIOYAGE
chante er parlant : elle est peu abondante ;
mais le tour de la phrasein'en est que plus
difficile par: ses variéiés. Comme elle manque de mots, on est oblige d'aveir recours
à des périphrases : par exemple, les lèvres
s'appellent lumières de la bouche, les fleurs
gloire des bois, les rivières mères des eaux.
Pour faire comprendre la difficulté des construcrions siamoises, nous allons en citer un
exemple : coeur bon signifie content; ainsi,
pour dire, si j'étois i Paris, je serois content; un Siamois diroit, si moi être ville
de Paris, mon coeur bon beaucoup. Les
savans et les personnes polies ont un langage particulier appelé bali; on s'en sert
sur- tout dans les livres de religion et de jurisprudence.
Nous avons déja observé que la ville de
Siarn est composée de différentes nations :
les Laos et les Péguans passent pour les plus
anciens de ces peuples; ils y sont, pour
ainsi dire, confondus avec les Siamois, quoiqu'on les distingue à Jeur langage et à leurs
longues oreilles percées d'un grand trou où
l'on passeroitle pouce. Nous commencàmes,
après avoir visité la ville de Siam et ses de --- Page 107 ---
AUTOUR D U M ON DE.
hors., la tournée que nons voulions faire dans
les autres principales villes par celles qui sont
situées sur les bords.du Ménan. Tchainat,
que nous vimes d'abord, étoit autrefois une
ville assez considérable; ce n'est plus qu'une
place médiocre. En remontant le fleuve, 9
nous arrivâmes à Laconcevan. Les; arbres
que nous trouvâmes sur la route nous offrirent un spectacle nouveau pour nous; c'étoient des nids de fourmis placés à leur sommet; c'est-là que ces animaux ont leur retraite et leurs provisions, pour se garantir
des inondations qui couvrent la terre pendant cing ou, six mois de l'année : ces; nids
bien formés; et mâçonnés contre la, pluic,
pendoient à l'extrémité des branches, Nous.
nous transportâmes ensuite à Tian-Tong,
situé dans la partie septentrionale du royaume de Siam : c'étoit autrefois une grande
ville; mais elle a été ruinée en partie par
les guerres. Nous trouvâmes sur cette route
beaucoupde cette espèce d'arbrequ'onappele C
Tonkoé, dont l'écorce pilée est icila matière
commune du papier; il est moins blanc,
moins uni et moins fort que le nôtre : les
Siamois écrivent dessus avec de l'encre de
G 4
situé dans la partie septentrionale du royaume de Siam : c'étoit autrefois une grande
ville; mais elle a été ruinée en partie par
les guerres. Nous trouvâmes sur cette route
beaucoupde cette espèce d'arbrequ'onappele C
Tonkoé, dont l'écorce pilée est icila matière
commune du papier; il est moins blanc,
moins uni et moins fort que le nôtre : les
Siamois écrivent dessus avec de l'encre de
G 4 --- Page 108 ---
NOUVEAU V'OYAGE
la Chine; souvent ils le noircissent pour
écrire avec de la craie. Ils ont un autre pades feuilles d'un arbre qui a
pier composé ressemblance avec le palmier : on
quelque lés lettres avec un poinçon; et c'est
y grave
de tablettes que sont comde ces espèces
leurs livres d'église, pliés en plusieurs
posés
feuilles d'un paravent. Cette
sens, commeles
d'antres arbres qui
même route étoit plantée dont les Chinois et
produisent une gomme
admirable. L'arles Japonois font un vernis
Taréka, ou arekel, y est aussi
bre qui porte
et Ton y fait un grand usage
fort commun,
la dernière ville du,
du bétel: Métam est
nord:les forêts
de Siam du côté du
royaume
des environs sont remplies
et les montagnes
les Portugais ont nomde rhinocéros, que
leur
més les moines des Indes, parce que
par derrière d'un catête paroit enveloppée
aiment à se plonptichon; ; ils savent nager, dit-on, avec une
ger dans T'eau, et courent,
lieues par
telle vitesse qu'ils font soixante
assure
ont une antipathie
jour : on
qu'ils
ils sont
naturelle pour T'éléphant avec qai
s'éToutes les villes qui
toujours en guerre. Ménan méritent peu
loiguent des rives' du --- Page 109 ---
AUTOUR DU MOND E.
d'attention : il faut en. excepter cependant
Cambori, Corosama, , Socotai, Sanquelouk
et Ténassérim; mais toutes ces villes n'ont
rien de comparable à celles d'Europe. La
plupart sont un amas confus de cabanes,
fermé d'une enceinte de bois, ou tout au
plus d'une méchante muraille de brique. A
enjuger par les noms éclatans que leur donnent les Siamois", 1 on 1 en concevroit une
toute autre idée. Tian-Tong, par exemple,
signifie vrai or; Campeng-Pet, qui est le
nom d'une autré ville ou village,-veut dire
murs de diamant; Laconcevan, montagne
du ciel. Al'exception des endroits dont nous
avons parlé, tout le royaume de Siam n'est
guère qu'un vaste désert : à mesure: qu'on
pénètre dans les terres, 9 on n'y trouve que
des foréts et des bétes sauvages : le nombre
des habitans monte à peine à deux millions.
Après avoir remonté le Ménan jusqu'anx
frontières, en visitant de côté. et d'autre les
villes et les campagnes qu'il offre sur son
rivage, nous descendimes cette rivière jasqu'à son embouchure. Il nous fut aisé, :
durant cette route, d'observer cette belle
tion du royaume, bonkerdunedonbiediains por-
on n'y trouve que
des foréts et des bétes sauvages : le nombre
des habitans monte à peine à deux millions.
Après avoir remonté le Ménan jusqu'anx
frontières, en visitant de côté. et d'autre les
villes et les campagnes qu'il offre sur son
rivage, nous descendimes cette rivière jasqu'à son embouchure. Il nous fut aisé, :
durant cette route, d'observer cette belle
tion du royaume, bonkerdunedonbiediains por- --- Page 110 ---
io5
ROUVE AU VOYAG E
servent de rempart nade montagnes quilui
de cent
turel : au milieu est une vallée longue
et
lieues, flanquée de côteaux très-riches, -
arrosée d'une infinité de canaux qui y portentlabondance. Nous y vimes des animaux
de toute espèce. Les éléphans vont par troudans les forêts. Parmi les oiseaix qui
pes
à ce pays, un des plus exsont particuliers est le nokto; il est plus. grand
traordinaires
être mis dans la
que T'autruche, et peut
tous les oiclasse des pélicans. En général,
onticiun très-beau plumage; le jaune,
seaux
le bleu, le vert, sont les nuances
le rouge,
leur ramage n'a rien
les plus ordinaires :
blesse T'od'agréable; tous ont un cri qui
connoit ici ni cigne, ni rosreille : on ne
mais les moineaux, les corneilles,
signol;
de
les vautours y abondent. Il y a peu
pays
de
de mer et de
oùr il y ait autant
poisson
reSiam; les espèces les plus
rivière qu'à
marquables sont le requin ou chien-marin,
Tétoile de mer, le caboche, le crocodile,
le lésard d'eau et le chat-marin: : le premier
vorace de tous les poissons ; sa
est le plus
angrandeur est prodigieuse : on Tappelle
qu'il est le plus dangetropophage, parce --- Page 111 ---
AUTO U R D U M ONDE
reux ennemi de l'homme. Le caboche est
un poisson de rivière qu'on trouve dans le
Ménan; étant séché au soleil, sil, peut tenir
lieu de jambon : les Hollandois en portent
tous les ans de grandes provisions à Batavia.
Le crocodile cause de grands ravas ges sur les,
bords du Ménan ; c'est le requin dés rivières. Ceux qui s'y baignent sont exposés à
ses attaques : les Siamois s'en garantissent en
fermant d'une cloison de cannes l'endroit oùr
ils vont se baigner. Lelésard d'eaun'est guère
plus gros, ni plus grand qu'une sangsue ;
sa morsure cause la mort au bout de quel.
ques heures, tant sont venin est subtil : c'est
un animal de passage., qui ne fréquente la ri:
vière de Siam que tous les nenfiou dix ans.
Après avoir traversé le royaume dans des
bateaux tres-commodes, nous. visitâmes par
la même voie les principales villes-maritimes. Obligés, en suivant le coursi de la rivière, de repasser par la capitale, nons y
restâmes quelques jours sans nous défaire de
nos bateatix , afin d'assister à deux cérémonies que nous n'avions pas eu A encore T'occasion de voir. à Siam, ni chez aucune des
nations orientales que nous: avions parcou:
ès avoir traversé le royaume dans des
bateaux tres-commodes, nous. visitâmes par
la même voie les principales villes-maritimes. Obligés, en suivant le coursi de la rivière, de repasser par la capitale, nons y
restâmes quelques jours sans nous défaire de
nos bateatix , afin d'assister à deux cérémonies que nous n'avions pas eu A encore T'occasion de voir. à Siam, ni chez aucune des
nations orientales que nous: avions parcou: --- Page 112 ---
NOUVEAU VOXAG E.
rues. L'une étoit la réception d'un ambassadeur, l'autre T'ouverture du labourage.L'ambassadeur, dont l'arrivée occupoit alors la
cour de Siam, étoit envoyé de la part du roi
de Golconde pour un objet de commerce."
Le roi de Siam parut à une fenêtre élevée
de dix à douze pieds, et éloignée de plus de
trente piedsde la salle oà étoitfambassadeur.
Les principaux du royaume s'étoient prosen attendant que le roi
ternés sur des tapis,
montrât. L'ambassadeur se tenoit derrière
se
renfermoit cetté salle :.on
une muraille qui
et aussitôt il parut. avec.
en ouvritila porte',
du
L'officier-de la chambre
son interprète.
.
roi, qui servoit de maitre des cérémonies
étoit devant lui. L'ambassadeur se prosterna
d'abord; il fit trois profondes révérences 7
tandis quel'oflicier de la chambre marchoit
à genoux les mains jointes. Le ministre étranger le suivit, fit trois nouvelles révérences au
milieu de la salle, de la même manière que
les précédentes, et s'arrêta. Entre le roi et
lui étoit une table avec un plat d'or où étoit
la lettre toute ouverte,ie et traduite en lansiamoise : up officier la prit et la lut à
gue haute voix. Le reste de la cérémonie n'olfrit --- Page 113 ---
AUTOUR DU M OND:E.
aog
rien de curieux; elle se termina à peu près
comme elleavoit.commencd L'ouverture du
labourage est une cérémonie à laquelle le roi
présidoit autrefois lui-méme; il formoit avec
la charrue quelques sillons dans la terre :
cette noblé fonction est aujourd'hui abandonnée à un substitut qu'on crée tous lcs
ans, sous le, titre de prince, ou sur-intendant du riz : il est monté sur un boeuf et
suivi de plusieurs officiers quile.servent avec
de très-grandes marques de respect : cette
royauté ne dure que vingt- quatre heures..
Les jours suivans Se passent en réjouissances, telles que des combats de lutteurs qui
se battent, corps à corps > à coups de coudes
et à coups de poing. Les Siamois ont tous,
sans exception, les traits et la physionomie
indierne et chinoise, leur tein est mélé de
rouge et de brun, leur nez court et arondi
pàrle bout, les OS du haut de la jouesont gros
et élevés, les yeux fendus un peu en haut,
les oreilles plus grandes que les nôtres, leur
contenance est naturellement accroupie comme celle des singes. Leur
est
:
religion
la méme que celle des Brachmanes, qui, pendant
plusieurs siècles, a été la religion des peu:
indierne et chinoise, leur tein est mélé de
rouge et de brun, leur nez court et arondi
pàrle bout, les OS du haut de la jouesont gros
et élevés, les yeux fendus un peu en haut,
les oreilles plus grandes que les nôtres, leur
contenance est naturellement accroupie comme celle des singes. Leur
est
:
religion
la méme que celle des Brachmanes, qui, pendant
plusieurs siècles, a été la religion des peu: --- Page 114 ---
VOYAGE
NOUVEAU
ples qui habitent depuis le fleuve Indus jusqu'à Textrémité de T'Orient, si on excepte
la cour du Grand-Mogol et les grandes villes
de son empire, aussi bien que Sumatra 7
Java, Célèbes et les autres iles voisines, où
le mahométisme a fait de grands progrès :
universel, qu il faut distince paganisme
Persans
guer de la religion des anciens
qui
adoroient le soleil, laquelle est aujourd'hui
dipresque éteinte; ce paganisme, quoique
visé en plusieurs sectes et opinions, selon
les différentes coutumes, langues et interprétations , n'a pourtant qu'une seule et
même origine. Les' Siamois représentent dans
lenrs temples le premier institutenr de leur
religion sousla figure d'un Nègre d'une grandeur prodigieuse : ils disent aussi que Wistils entendent la Divinité, après
nou, par qui
avoir pris différentes formes pendant plusicurs années et visité le monde huit fois,
parut la dernière sous la personne d'un Neappellent Sammana - Kutama
gre qu'ils
(les écrivains françois disent SommonoCodom ) : ce dieu, selon eux, a revêtu
cinq cent cinquante fois la-forme humaine.
Les principes de la morale des Siamois sont --- Page 115 ---
AUTOUR DU M OND E.
tous négatifs, et à peu près les mémes que
dans la plupart des contrées des Indes : ne
rien tuer, ne rien dérober, ne point s'enivrer, etc.
La nature a versé ses dons à pleines mains
sur ce beau climat; il est malheureux
le despotisme le plus affreux les rende que
presque inutiles. La terre couvre ici, à une légère profondeur, des mines d'or, de cuivre,
d'aimant, de fer, de plomb et de calin, cet
étain si recherché dans toute l'Asie. On ne
trouve dans cette contrée presque aucun de
nos arbres de T'Europe, ni de nos plantes:
il n'y a point d'oignons, d'ails, de grosses
raves, de persil, d'oseille, etc. Les roses n'y
ont point d'odeur : mais ils ont d'autres
arbres; plantes ou fleurs que nous ne connoissons point, tel est, par exemple, leur
arbre topoo; c'est une espèce de figuierde la
grandeur d'un hétre, touffu, qui a l'écorce
unie et grise, et les feuilles rondes à longue
pointe; il porte un fruit rond et très-insipide : tous les Siamois regardent cet arbre
comme sacré, parce que leur grand saint
Sommono - Codom prenoit plaisir à s'asseoir dessous.
; plantes ou fleurs que nous ne connoissons point, tel est, par exemple, leur
arbre topoo; c'est une espèce de figuierde la
grandeur d'un hétre, touffu, qui a l'écorce
unie et grise, et les feuilles rondes à longue
pointe; il porte un fruit rond et très-insipide : tous les Siamois regardent cet arbre
comme sacré, parce que leur grand saint
Sommono - Codom prenoit plaisir à s'asseoir dessous. --- Page 116 ---
NOUVEAU VOYACE
La ville de Siam étoit le centre de nos
avoir examiné les provinces
courses. Après
nous nous mimes en marde ce royaume,
che pour les états voisins : ils se nomment
Malacca, Patane, Camboyne, Laos, Ava,
Pégu, Aracan, Tipra, Azem; ; presque tous
ont été anciennement, ou de la dépendance,
ville
duroyaume de Siam ousestributaires.la
d'Alde Malacca fut conquise par Alphonse
dans un tems où elle étoit une
buquerque, 5
l'étendue
des plus florissantes de l'Asie par
de son commerce : toutes les marchandises
du
des Molucques, du
de la Chine,
Japon,
Bengale, du Malabar et du golfe Persique,
venoient débarquer dans son port; elle endes colonies dans plusieurs contrées.
voyoit
la plus belle
Sa langue même passoit pour dans les Inde toutes celles qui se parloient
iaussi répandes; elle est encore aujourd'hui
due dans T'Orient que le François lest en
Cette ville n'a plus rien de remarTEurope.
ancienne célébrité : les Holquable que son
landois, qui la prirent sur les Portugais,
commerce à Batavia.
ont porté le principal
dont Malacca est la capitale,
La presqu'ile,
états; les Maest divisde en plusieurs petits
lais 2 --- Page 117 ---
AUTOUR DU M 01 N DE.
lais; peuple sauvage, sont la plus nombreuse nation qui se tienne dans l'intérieur
de ce pays. Patane faisoit autrefuis
du royaume de Siam 3 aujourd'hui il partie
n'en
est que tributaire : les Chinoisy fontle principal commerce, Cet état n'a rien, soit
les habitans, 5- soit pour les productions pour
turelles, soit méme, en général,
na- les
pour
moeurs-et le caractère des
peuples, 7 qui le
distingue fort des autres souverainetés voisines. Il en - est de même du
de
royaume
Camboje qui tient son nom de la ville capitale, la seule qui mérite quelque atten-.
tion : pour la mettre à couvert des débordemens, onla bâtie sur une grande chaussée, où elle ne fait qu'une rue, sur le rivage du Mécan; c'est le nom d'une grande
rivière qui traverse tout cet état, et dont
les inondations périodiques, comme celles
du Ménan et du Nil, fertilisent le
pays. Nous
n'avons point pénétré dans le royaume de
Laos, séparé des autres états par des mon:
tagnes, et sur tout par des forêts inaccessibles. Nous preféràmes de visiter les
royaumes d'Ava et de Pégu, réunis aujourd hui
sous un: même maitre qui tient enc ore sous
l'ome II.
H
, et dont
les inondations périodiques, comme celles
du Ménan et du Nil, fertilisent le
pays. Nous
n'avons point pénétré dans le royaume de
Laos, séparé des autres états par des mon:
tagnes, et sur tout par des forêts inaccessibles. Nous preféràmes de visiter les
royaumes d'Ava et de Pégu, réunis aujourd hui
sous un: même maitre qui tient enc ore sous
l'ome II.
H --- Page 118 ---
a14
NOUVEAU VOYAGE
sa dénomination les souverainetés de Prom,
de Martaban, de Brama et! de quelques autres: petits états. Ies usages, les moeurs, tout
ressembleicià ce que nous avons vu à Siam;
mais les femmes du Pégu sont habillées trèsimmodestement. De Pégu. nous nous' joignimes à une caravane qui partoit pour le royaumede Boutan. Ce pays, enclavé dans'l le Tibet, est habité par des peuples moitié InTartares. Avant d'arriver à Lasdiens,moitié de cette contrée, il nous fallut
'sa," capitale
de
où les
traverser une chaine
montagnes
routes sont si étroites qu'il n'y a guère que
la place du pied. Dans ces passages difficiles
on se fait porter par des montagnards accou:
tumés à les franchir sans broncher. Nous
vimes dans ce royaume un grand nombre de
villes, , la plupart. si peu importantes que
de la-capitale; quoinous ne parlerons que
petite, elle est fort peuplée par le grand
que nombre d'étrangers que le commerce y attire de toute part. On y compte environ quamille habitans Le terrain est ici fort
tre-vingt lieu de pain, on fait une pâte de
stérile:au
semblable à ncelle dont nous
farine d'orge, la volaille. On trouve dans ce
engraissons --- Page 119 ---
AUTOUR D'U' M OND E.
pays des boeufs, des mulets, des anes et
des chameaux. Les boeufs, un peu différens
des nôtres, ont sur le cou et à la quene des
crins aussilongs,aussi beaux que ceux de nos
chevaux de carosse,; surle dos ils ont le poil
court, comme les boeufs d'Eprope ; sur le
reste du corps' il est si long et si fin qu'on
le file pour en faire des habits. - Ce qui dis-.
tingue principalement lé royaume de Boutan, c'est T'animal qui produit le musc; il
ressemble à une chèvre, mais il a le poil
plus court et plus hérissé, la téte longue
deux grosses dents qui sortent de chaque
côté, à peu près comme celles del'éléphiant;
il- porte le musc entre les parties naturelles
étle nombril, dans une excroissancede peau,
semblable à un abscès, de la grosseur d'un
ceuf: c'ést cette espèce de poche qui contient le musc; il ressemble à du sang caillé,
et sent très-mauvais quand il est frais. Pour
Favoir il faut tuer laninal, dont la chair
est très-bonne à manger. Dans ce pays, les
habitans de lun et del'autre sexe sont vétus,
l'été, de grosse toile de coton ou de chanvre,
et. l'hiver d'un gros drap qui est une espèce
de feutre. Le roi, quand nous le' vimes, avoit
H 2
de poche qui contient le musc; il ressemble à du sang caillé,
et sent très-mauvais quand il est frais. Pour
Favoir il faut tuer laninal, dont la chair
est très-bonne à manger. Dans ce pays, les
habitans de lun et del'autre sexe sont vétus,
l'été, de grosse toile de coton ou de chanvre,
et. l'hiver d'un gros drap qui est une espèce
de feutre. Le roi, quand nous le' vimes, avoit
H 2 --- Page 120 ---
N OUVEAU VOYAGE
sur la tête un bonnet fourré, avec une large
bordure de la mêine fourrure, et une grosse
houpe de soie rouge sur le sommet : son habit ressembloit à celui des Turcs, excepté
que sa veste, moins longue et plus étroite,
ne dépassoit pas les genoux : ses bas et ses
souliers étoient d'une seule pièce, comme
des bottines. Les Boutans adorent un dieu
en trois personnes : ce seroit un grand blasphéme parmi eux de reconnoitre trois dieux;
mais entre ces personnes ils admettent une
prioritéetune postériorité. Ils croientqu'une
d'elles s'est fait homme, mais uniquement
pour son plaisir ; ils nomment cette personne Lama-Conteho, qui signifie prétredieu. Ils ont connoissance de la création du
monde, et disent qu'il doit finir par le feu,
Ce pays est rémpli de religieux : ils portent
une robe rouge et sans manches, et une
pièce d'étoffe jaune sur leurs épaules. Dans
chaque monastère il y a un supérieur quia
le titre de lama; car, quoique les gens du
monde le donnent à tous les religieux, leur
vériiable- nom est celui de dara, qui marun
que
degré d'infériorité. Lesupérieur grnéral de tous les prêtres et moines du royaus --- Page 121 ---
AUTOUR DU M' 0 N DE.
me se nomme le grand lama. Ces peuples
sont tous persuadés que l'esprit de Dieu réside en lui. Ce grand lama vit dans la solitude et la retraite, ne sort de son couvent
que trois fois T'année, et ne vient qu'une
seule fois à la ville; il est alors accompagné d'une suite nombreuse et magnifique:
le roi est obligé de l'escorter avec les grands
de sa cour. Toutes les troupes sont sous les
armes : le pontife est à cheval, couvert d'une
chape, avec un chapeau à haute forme sur
la téte. Plusieurs lamas du premier ordre,
également en chape et coëffés d'une mitre,
comme nos évêques 7 accompagnent leur
chef. L'extréme pouvoir du chef des lamas
s'accrut insensiblement, comme celui des
souverains pontifes de Rome : des princes
tartares firent pour eux ce qu'ont fait Charlemagneret d'autres souverains en faveur du
saint-siège : leur autorité temporelle fut d'abord resserrée dans des bornes fort étroites;
mais elles'étendit si considérablement qu'elle
se fit redouter des princes même à qui ils
étoient redevables des premiers foridemens
de leur puissance. Ils ont depuis essuyé pluweunndolatisuyetisonttdianeraiveent
H 5
princes
tartares firent pour eux ce qu'ont fait Charlemagneret d'autres souverains en faveur du
saint-siège : leur autorité temporelle fut d'abord resserrée dans des bornes fort étroites;
mais elles'étendit si considérablement qu'elle
se fit redouter des princes même à qui ils
étoient redevables des premiers foridemens
de leur puissance. Ils ont depuis essuyé pluweunndolatisuyetisonttdianeraiveent
H 5 --- Page 122 ---
NOUVEAU VOYAGB
218.
s.de la souveraineté : le
revêtus et: dépouillés
tantôt
royaume de Boutan étoit gouverné ,
tântôt par
par des princes ecclésiastiques,
sous
des rois héréditaires. Il est aujourd'hui
domination d'un séculier ; mais il ne sela
attachement
roit pas étonnant, vu l'extrême
les prêtres, qu'il ne passàt
du penple pour
de l'église. Le
bientôt sous le gouvernement d'autre titre
roi n'a, dans tout le royaume
une
celui de kan : il peut seul porter
que
de mort, et pendant son absence
sentence
instruisent le procès. On obles magistrats
la vie à celui
serve la loi du talion : on ôte
est
qui a tué : celui qui en a battu un autre
etc. Les habitans de ce
battu lui-même,. blancs, ne sont ni beaux,
royaume, quoique
Lcs femmes sont, en général,
ni agréables.
les goitres. Les deux sexes
incommodées par
des bracelets depuis
portent, au bras gauche
le poignet jusqu'au coude.
le
Voilà tout ce que nous trouvâmes plns
dans ce pays dont le séjour
digne de: remarque
les hanous fut assez agréable, parce facile que et se . fabitans sont d'un commerce
surmiliarisent aisément avec les étrangers,
Spatmntnnr --- Page 123 ---
AUTOUI R DU M 0 N D
sont avares etintéressés, commele sont tous
les peuples du monde. Nous songeàmes enfin à quitter ce pays, et à gagner par les
frontières de Laos, un des bras de la grande
rivière du royaume de Tonquin, afiu de nous
rendre ensuite à la Chine, dont l'état de' Tons,
quin formoit anciennement une province.
H 4 --- Page 124 ---
NOUV E A U VOTAGE a
C HAPITRE XV.
Des royaumes de Tonguin et de la Cochinchine, 2 de la Chine, du Japon et
de la Corée.
Ls Tonquin, depuis plus de six cents ans,
est gouverné par ses propres rois, et l'avoit
méme déja été avant que les Chinois en eussent fait la conquéte. Ceux-ci envoyèrent un
vice-roi qui changea l'ancienne forme du
gouvernement, et y introduisit lesloix et les
coutumes de son pays. Les Tonquinois secouèrent ce joug étranger. La nation prit les
armes sous la conduite d'un homime courageux, nommé Li, qui défit les Chinois dans
plusieurs batailles - 9 et eût la gloire de les
chasser du Tonquin. La reconnoissance des
habitans les porta à lui mettre la couronne
sur la tête. Tout ce que les Chinois purent
obtenir, fut qu'à l'avenir le nouveau roi, et
lesloix et les
coutumes de son pays. Les Tonquinois secouèrent ce joug étranger. La nation prit les
armes sous la conduite d'un homime courageux, nommé Li, qui défit les Chinois dans
plusieurs batailles - 9 et eût la gloire de les
chasser du Tonquin. La reconnoissance des
habitans les porta à lui mettre la couronne
sur la tête. Tout ce que les Chinois purent
obtenir, fut qu'à l'avenir le nouveau roi, et --- Page 125 ---
AUTOUR DU M O1 N D E.
tous ses successeurs, se reconnoitroient vassaux de l'empereur de Chine, et lui payéroient un tribut: ce tribut consiste en stalues
d'or et d'argent, ayant la forme de criminels
qui demandent grâce ; c'est une des conditions. Les Chinois reçoivent ces ambassadeurs avec beancoup-de pompe, non pour
honorer les Tonquinois, mais pour doniner :
plusd'éclat à la cérémonie de cet hommage.
Le bonheur que les Tonquinois S étoient flattés d'avoir acquis avec leur indépendance s'
ne fut pas del longue durée,et devint pour eux
une source de malheurs et de guerres cruelles. Le résultat de la dernière révolution fut
que l'on reconnoltroit deux souverains dans
ce royaume, l'un titulaire, l'autre réel.Le
premier, nommé bova, qui veut dire roi,
est le chef de la maison royale de Li, et jouit
en apparence de tous les honneurs du trône,
mais sans en exercer les fonctions : le second, appelé chova, qui signifie général,
moins jaloux du titre de roi que de la puissance effective, a le commandement absolu
dans les.armées, dispose de toutes les charges, règle les impositions et exerce presque
tous les droits de la souveraineté. Les Euro- --- Page 126 ---
N 0 UVE A U VOYAC Z
lui accordent même let titre de roi; et,
péens
de distinction enpour mettre quelqu'ombre roi titulaire la
tre les rangs, ils donnent au
qualité d'empereur. Le bova sort rarement
de son palais, et sa cour est presque déserte.
Les princes ses fils se ressentent de sa serfois T'anvitude; ils ne sortent que quatre
fois ils doivent étre acnée, et à chaque
donne le chocompagnés d'officiers queleur
nombre des eunuques du roi, de mé
va. Le
celui de ses femmes, est d'environ
me que
ordinairement une
cinq cents. Il entretient
armée de cent cinquante mille hommes,
lesquels on compte. dix à douze mille
parmi
cavaliers : dans les besoins extraordinaires
du double. Les
cette armée est augmentée
sont de mauvais soldats : ce
Tonquinois faut sur-tout attribuer au caractère efqu'il
choisit presféminé de leurs chefs, qu'on
parmiles eunuques de la cour.
que toujours
sans aucun acCe pays, où nous arrivâmes
cident, grâce aux guides que nous avions
renferme sept ou huit provinces, dont
pris, considérable est celle de Cacho, qui
la plus
à la
: cette ville est
donne son nom
capitale
sur le fleuve
située au coeur: du royaume
ce
Tonquinois faut sur-tout attribuer au caractère efqu'il
choisit presféminé de leurs chefs, qu'on
parmiles eunuques de la cour.
que toujours
sans aucun acCe pays, où nous arrivâmes
cident, grâce aux guides que nous avions
renferme sept ou huit provinces, dont
pris, considérable est celle de Cacho, qui
la plus
à la
: cette ville est
donne son nom
capitale
sur le fleuve
située au coeur: du royaume --- Page 127 ---
AUTOUR DU M O N D E.
Songkoi, qui veut dire grande rivière. C'est
presque la, seule ville du Tonquin qui nous
ait paru, mériter quelque considération, soit
pour son étendue, soit pour le nombre de
ses habitans : le concours en est prodigieux,
sur-tout les jours de marché. Les édifices de
Cacho, si lon en excepte le palais du roi,
l'arsenal et les compioirs étrangers, sont
tous bâtis de terre et de bois, 7 et ont l'air
de baraques. Le palais, vaste et. spacieux,
présente de belles façades : l'intérieur en
est magnifiquement décoré : l'or et le vernis
y. éclatent de toute part. Nous vimes dans
cettel ville les réstes d'un vieux château de
marbre, dont les débris font regretter la
destruction : on prétend que c'étoit un des
plus beaux édifices, de l'Asie, quia été ruiné
parles malheursdelaguerre. Lesproductions
naturelles de ce pays sont les mémes qu'à
Siam dont il est si voisin : il ne. croit ici ni
bled, ni vin : le riz est la principale nourriture. Il vient dans les jardins une espèce
de caprè dont l'odeur est plus agréable que
celle de toutes les autres fleurs que nous
connoissons:elle, çonserve son parfiumquinze
jours après qu'elle a été cueillie : elle faitles --- Page 128 ---
NOUVEAU VOYACE
délices dès femmes de la cour , qui en font
ornemens de leur paun des principaux
rure. Les vers à soie sont si communs au
Tonquin que cette étoffe n'y est pas plus
chère que le coton. Les chaleurs de ce climat ne sont point excessives, ce qu'il faut
attribuer à la quantité de canaux dont cette
contrée est arrosée, et aux pluies régulières
qu'elle reçoit : ily fait même froid aux mois
de janvier et de février; mais on n'y voit jamais ni glace ni neige. Il n'y a ici que deux
saisons, comme dans la plupart des pays de
l'Inde,la sècheetla pluvieuse.. A Cacho, comme àl la Chine, on n'arrive point à la magistraêtre
et la science est la
ture sans
gradué';
La
seule voie pour parvenir aux honneurs.
noblesse, avec des revenus considérables,
de ceux qui excellent ou dans la
est le prix
connoissance des loix, ou dans les mathématiques, etc. Il y a des jours marqués pour
Texamen de ceux qui se présentent au conil s'y trouve jusqu'à trois
cours; quelquefois
ainsi que
mille aspirans. Les Tonquinois,
plusieurs peuples de T'Inde, ont coutume
dents,
ne pas ressemde se noircirles
pour
les ont
bler, disent-ils, aux animaux qui
des revenus considérables,
de ceux qui excellent ou dans la
est le prix
connoissance des loix, ou dans les mathématiques, etc. Il y a des jours marqués pour
Texamen de ceux qui se présentent au conil s'y trouve jusqu'à trois
cours; quelquefois
ainsi que
mille aspirans. Les Tonquinois,
plusieurs peuples de T'Inde, ont coutume
dents,
ne pas ressemde se noircirles
pour
les ont
bler, disent-ils, aux animaux qui --- Page 129 ---
AUTOUR DU MONDE
blanches : des cheveux noirs et bien fournis
flottent sur leurs épaules. Leur habillement
consiste en une longue robe, et leur chaussure' en une paire de sandales sans bas. L'usage chez eux est de se rendre visite de grand
matin; ce seroit uneineividimpandanumabie
d'arriver dans une maison à l'heure du diner.
Ils voient rarement les malades, et ne leur
parlent jamais del leurs maux : on I ne demande
point ici comment on se porte, mais où l'on
a étéetce qu'on a fait : s'ils remarquent
quelqu'un soit indisposé, ils ne s'informent que
point si sa santé est mauvaise, mais combien d'assiettes de riz il a mangé par jour.
Durant le repas, ils éloignent toute conver:
sation qui pourroit les distraire du plaisir de
manger, et quand ils invitent quelqu'un, ils
s'informent des mêts qu'il aime le mieux. On
estoemsgpoensailepurine les alimens:
on n'a, àl la vérité, ni serviettes, ni
ni cuillères, ni fourchettes; mais nappes;
les viandes, avant
de les
on. coupe
que
presenter sur
la table,. avec deux petits bâtons qu'ils manient fort adroitement. On peut distinguer
au Tonquin deux sortes de religions, celle
des mandarins et dés lettrés, et celle du peu- --- Page 130 ---
NOUV E A U VOYACE E
ple. La première se réduit à honorer inté
rieurement un Dieu créateur, à rendre en
secret quelques devoirs aux morts, à pratiles vertus morales et les préceptes de.
quer la loi naturelle :on ne reconnoit dans cette
religion ni prètres, ni temples. La seconde
a ses idoles, ses pagodes et des ministres
les desservir : la pauvreté de ces tempour ples, la grossiereté de ces idoles, le mépris
qu'on a pour les prêtres, prouvent que ce
n'est ni la religion des grands, ni celle des
riches.
nous inLe voisinage de la Cochinchine
vitoit à nous y rendre. Nous primes la route
de la mer, comme la plus courte et la plus
facile. Ce royaume 4 fut d'abord une pro:
vince de la Chine et ensuite du Tonquin : il
indépendant de l'un et de
est aujourdhui
T'autre, moyennant un tribut qu'il paie aux
Chinois: La capitale se nomme Kélué : le
roi y fait sa résidence; ; son pouvoir est desdé
potique : nul citoyen ne peutTapprochier
de
pas. Les cing ou six pro*
plus quatre-vingt
vinces qui composeht son royaume sont gouvernées par des mandarins et divers tribunanx de justice. Les loix sont rigoureuses
indépendant de l'un et de
est aujourdhui
T'autre, moyennant un tribut qu'il paie aux
Chinois: La capitale se nomme Kélué : le
roi y fait sa résidence; ; son pouvoir est desdé
potique : nul citoyen ne peutTapprochier
de
pas. Les cing ou six pro*
plus quatre-vingt
vinces qui composeht son royaume sont gouvernées par des mandarins et divers tribunanx de justice. Les loix sont rigoureuses --- Page 131 ---
AUTOU R D U MOND E.
retles châtimens cruels, 9 mais on se rachète
des supplices pour de l'argent. La religion
est ici la méme qu'au Tonquin; elle se partage entre les athées 9 les déistés et les
idolâtres.
Une production particulière à ce paysi,
c'est un arbre dont les fruits ressemblent à
un gros sac rempli de marrons : ce sac en
contiert quelquefois jusqu'à six cents; ilest
fait d'une peau fort épaisse, et comme les
branches de Tarbre n'auroient pas la force
de soutenir un pareil fardeau, c'est du tronc
méme que, sort le fruit : quand il est mir,
de sac-s'ouvre,r et lon en tire les marrons
qui se cuisent comme les nôtres.
Ici ser termina notre voyage de l'Inde; ou
plutot ici a commencé notre voyage à la
Chine, et même au Japon, puisque le climat,
-les loix, les nioeurs, 9 la religion, les produc,
-tions naturelles ont lal plus grande analogie
avec ce,q qu'on remarque à la Chine, et surtout parce que le Tonquin et la Cochinchine
ont fait long-tems partie de cet empire. Il
ne nous reste qu'à placer ici une réflexion
générale qui peut également s'appliquer aux
pays qui nous restent à parcourir, clest qué, --- Page 132 ---
NOUVEAU VOYACE
malgré toutes les richesses et les dons que
la nature s'est plu à y accumuler, quoiquil
y ait même chez ces différentes nations des
monumens et des usages que nous devrions
chercher à imiter, elles sont bien inférieures aux peuples qui ont produit les Newton,
les Léibnitz, les Montesquieu, les Buffon,
les Rousseau, les Fénélon, etc. 5 ce sont les
Phomme
arts et les sciences qui distinguent
et assurent sa supériorité. Il y a aussi loin
de toutes ces nations à celles d'Europe, qu'il
a loin de leur astrologie à la véritable asy tronomie, de leurs calculs à ceux de nos
mathématiciens, de leur artillerie à la
nôtre.
Des ports de la Cochinchine nous fames
débarquer à Macao, après avoir mouillé
dans l'ile de Hay-Nan. Parmi les productions de cette jle nous distinguâmes particulièrement les bois précieux d'aigle et de violette, et une autre sorte de bois jaune d'une
beauté extraordinaire, et qui passe pour incorruptible, ce qui, en bonne physique,
veut direqu'il se corrompt plus tard que tout
autre bois. Il y a aussi des arbres qui distilblanche
sortant de
lent une gomme
qui;
l'écorce
quer à Macao, après avoir mouillé
dans l'ile de Hay-Nan. Parmi les productions de cette jle nous distinguâmes particulièrement les bois précieux d'aigle et de violette, et une autre sorte de bois jaune d'une
beauté extraordinaire, et qui passe pour incorruptible, ce qui, en bonne physique,
veut direqu'il se corrompt plus tard que tout
autre bois. Il y a aussi des arbres qui distilblanche
sortant de
lent une gomme
qui;
l'écorce --- Page 133 ---
AUTOUR DU M O'N D E.
l'écorce
par une incision, rougit à mesure
qu'elle prend de la consistance 3 jetée dans
des cassolettes, elle répand une
agréable que celle de T'encens. Le vapeur plus
cette ile embrasse
circuit de
près de cent
lieues : la capitale, nommée
cinquante
Kiun-Tcheou,
reçoit les vaisseanx jusques sous ses murs.;
La ville de Macao, située dans une
suleàl l'embouchure de la rivière de péninest fort déchue de son ancienne
Canton,
splendeurs
Après un très-court séjour à
entrâmes dans la rade de
Macao, nous
Quang-Teheu,
que les Européens nomment Canton
une des villes les plus maritimes, les : c'est
plées et les plus opulentes de toute la pluspene
est
elle
la capitale d'une province du Chine; méme
nom, divisée en dix contrées qui
nent autant d'autres villes capitales. compren- I'n'est
point de spectacle plus agréable que celui
que présente le Tu-Ho, superbe rivière
conduit à cette grande ville : les rivages qui des
deux côtés sont couverts d'une infinité de bar.
ques qui forment des espèces de rues et sont
les seules habitations d'un peuple innom-.
brable : chaque barque loge toute: une famille dans différens appartemens qui res:
Tome Il.
I --- Page 134 ---
KOUVE AUrt VOYAGE
semblent à ceux, d'une: maison. Cest une
vraie ville flottante. Canton, où nous entrâmes., est une cité immense qui semble
composée de trois cités différentes : sépade hautes murailles et dont le cirrées par
le méme, et le nombre
çuit est à peu près
celui de Paris.
des citoyens aussi grand que
Les rues. en sont longues, assez étroites s.
alignées presque par-tout et fort bien pavées.
Les maisons sont très-serrées. et presque bâties de terre, avec des accompagnemens de
de tuile. La ville
briques et une couverture
des Tartares, qui est. du côté du nord, a de
grandes places vides. : elle est très-peuplée;
mais du centrejusqu'à la ville Chinoise, elle
est bien bâtie, et coupée par de belles rues
ornées d'arcs de triomphe. La ville Chinoise
n'a rien, de remarquable : ses rues, dont le
nombre est infini, sont couvertes à cause
de la grande chaleur ; elles sont si pleines
de monde qu'on y est arrété à chaque pas:
en chaise à porteurs sont obliceux qui vont
homme à
gés de faire courir devant eux un
cheval qui débarrasse les passans. Le peuple
remplit les rues : on y voit sur-tout un grand
nombre de porte-faix qui ont les pieds; les
La ville Chinoise
n'a rien, de remarquable : ses rues, dont le
nombre est infini, sont couvertes à cause
de la grande chaleur ; elles sont si pleines
de monde qu'on y est arrété à chaque pas:
en chaise à porteurs sont obliceux qui vont
homme à
gés de faire courir devant eux un
cheval qui débarrasse les passans. Le peuple
remplit les rues : on y voit sur-tout un grand
nombre de porte-faix qui ont les pieds; les --- Page 135 ---
AUTOURDO M ONDE
jambes, et quelquefois la rête nue : ils sont
tous chargés de quelque fardeau; car on ne
sé sert ici ni de voiture, ni del bêtes de charge,
pour porter ce qui se vend ou ce qui s'achète.
Ilya au bout de chaque rue une barrière qui
se ferme aussitôt quelejour disparoit t:toutle
monde est obligé alors de se tenir renfermé
chez soi, et cette police entretient la' tran:
quillité dans les plus grandes ville. Cet usage
est général dans toute la Chine. Il faut aussi
observer que toutes les principales cités de
cet empire ont entre elles une si grande ressemblanice, ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer à mesure que nous
les avons parcourues 1 qu'il suffit presque
d'en avoir connu une seule pour se former
une idée générale de toutes les autres : la
forme en est carrée, du moins autant que
le terrain le comporte : deux grandés rues
qui se croisent coupent d'abord ce carré du
midi au septentrion et dulevantau couchant;
le centre forme une' grande place, d'ou l'on
voit les quatre portesprincipales de la ville.
Chaque portion du carré est coupée par de
longues rues bordées de maisons
n'ont
qui
que le rez-de-chatussde, Oul qui ne s'élèvent
I/2 --- Page 136 ---
NOUVEAU VOYAGE
au plus que d'un étage. Un fossé, un rem:
part, une) forte muraille et des tours, forment l'enceinte des villes chinoises. Dans
F'intérieur des villes on voit d'autres tours
fort hautes, et qui le paroissent encore da3
vantage par le peu d'élévation des maisons:
Dans les rues on trouve des arcs de triomphe, d'assez beaux temples, des monumens
en T'honneur des héros de la nation', et, des
édifices publics plus remarquables par leur
étendue que par, leur magnilicence. Devant
la
de chaqué marchand est exposé 1
porte forme
un écriteau de bois 3
en
d'enseigne,
enluminé et enchassé proprement dans une
bordure dorée, sur lequel sont marquées *
les différentes sortes de
en gros caractères,
marchandises dont les boutiques sont pour:
vues : ces tableaux, hauts. de sept à huit
pieds, et posés sur un, piédestal, à égale
distance, devant les maisons, forment une
perspective, aussi agréable que singulière:
c'est même en cela seul que consiste prestoute la beauté des villes de la Chiné,
que Ce royaume renferme plus de quinze cents
les forts et citavilles, sans y comprendre
delles auxquelles on ne Peut donner ce nom,
dont les boutiques sont pour:
vues : ces tableaux, hauts. de sept à huit
pieds, et posés sur un, piédestal, à égale
distance, devant les maisons, forment une
perspective, aussi agréable que singulière:
c'est même en cela seul que consiste prestoute la beauté des villes de la Chiné,
que Ce royaume renferme plus de quinze cents
les forts et citavilles, sans y comprendre
delles auxquelles on ne Peut donner ce nom, --- Page 137 ---
AUTOUR D U M ONDI E.
Les Chinois ne percent aucune fenêtre du
côté de la rue, de peur d'être en spectacle
aux passans. La sureté, T'embellissement et
la commodité des grands chemins sont des
objets qui sont bien loin d'être négligés : ils
sont-larges et bien unis; dans plusieurs pro- 1
vinces ils sont pavés : on y trouve souvent
des reposoirs en forme de grotte où les voyageurs peuvent Se mettre à Tabri. Avant de
rendre compte de tout ce ) que nous avons
remarqué d'intéressant dans les villes et provinces que nous avons parcourues, iln'est pas
hors de propos de dire un mot sur Torigine,
l'antiquité et les révolutions de cet empire,
le plus vaste et eplewediosdetsairewseid
étendu que l'Europe, soumis à un seul prince,. gouverné par une seule loi, qui subsiste
avec splendeur depuis plus de quatre mille
ans, dont les moeurs, 2 les coutumes, le langage même, s ont été adoptés par ses vainqueurs, et n'ont éprouvé aucune altération,
et où le monarque, contre l'ordinaire des
royaumes asiatiques, se considère à la fois
comme le protécteur, 3 le père et l'ami deson peuple. Son histoire incontestable, la
seule qui soit fondée sur des observations
I3 --- Page 138 ---
NOUVE AU VOYAG 1e E
astronomiques, remonte jusqu'à une éclipse
calculée plus de deux mille ans avant Jésus-,
Christ; car les Chinois ont joint l'histoire du
ciel à celle de la terre, et ont ainsi justifié
l'une € par lautre. Les jésuites envoyés dans,
le dernier siècle chez, cette nation inconnue,
ont vérifié les éclipses du soleil rapportées
par Confucius, et en les comparant avec différentes époques de l'histoire chinoise., ils,
ont fait remonter l'origine de ce peuple aux
tems les plus réculés. Les écrivains qui lui
sont les-moins favorables, conviennent que,
cette monarchie est pour le moins aussi ancienne que celle des Egyptiens, et. de tout autre empire donton trouvedes traces danslhistoire. Des Chinois ont portél leurs prétentions
au-delà du prétendu déluge; elles ne parois-,
sent pas dénuées de tout fondement; mais, en:
général, tous les Chinois s'en tiennent à leur
histoire authentique, qui fixe le commencement de leur empire au règne de Fo-Hi : ils,
regardent même comme très-obscur tout le,
tems qui s'est écoulé depuis Fo-Hi jusqu'à
Yao. Ce dernier commença à régner près de,
deux mille quatre cents ans avant Jésus-:
ans qu'il futs
Christ : pendant quatre-vingt
u déluge; elles ne parois-,
sent pas dénuées de tout fondement; mais, en:
général, tous les Chinois s'en tiennent à leur
histoire authentique, qui fixe le commencement de leur empire au règne de Fo-Hi : ils,
regardent même comme très-obscur tout le,
tems qui s'est écoulé depuis Fo-Hi jusqu'à
Yao. Ce dernier commença à régner près de,
deux mille quatre cents ans avant Jésus-:
ans qu'il futs
Christ : pendant quatre-vingt --- Page 139 ---
AUTOUT R' D' U" M OND'E.
surletrône, il chercha à rendre ses sujets heu:
reux; son nom est en vénération Ala Chine.Ce
n'est que depuis cet empereur que la clironologie chinoise paroit certaine : ce' prince
travailla lui - méme à réformer l'astrono:
mie; il fat un habile mathématicien : ce' qui
prouve qu'il étoit né chez une nation déja
policée, et conséquemmient trés-ancienne;
même à cette époque ; car on ne voit point, 2
dit Voltaire, que les ànciens chefs des bourgades ganloises aient réformé l'astronomie.
Clovis n'avoit point d'observatoire.
deux
Vingtdynasties, ou familles souveraines, ont
suécessivement gouverné la Chine : la
mière reconnoit Yii pour son fondateur, pre- et
R finit dans la personne de Kié, dix septième
empereur de la Chine. On conçolt que ces
nombrenses' dynastics ont produit de bons
et de mauvais rois. Sans entrer dans le détail de leur administration, nous ne pouvons
nous refuser au plaisir. d'én citer quelques
traits. Avant le règne de Fo-Hi, lès Chinois
étoient un peuple presque barbare : il leur
donna des loix; ét pour les accréditer, il
publia qu'il les avoit vu gravées sur le dos
d'un animal extraordinaire, moitié cheval,
I 4 --- Page 140 ---
NOUVEAD U, VOYAGE E
lui réussit,
moitié dragon : cette imposture. réussi à Nus
comme de pareilles fables ont
à Mahomet et à d'autres législateurs.
ma,
Chi-Hoang-Ti fit construire, il
L.empereur deux mille ans, la fameuse mu
y a environ
la Chine, et
raille qui sépare la Tartarie.de
de
subsiste encore sur un contour
plus.
qui
cents lieues : sa hauteur est de trente
de cinq
monument supieds, sa largeur de vingt;
son impérieur aux pyramides: d'Egypte n'a par
emmensité, et son utilité, mais qui
pas de
les Tartares de se rendre maitres
pêché
nommé Taila Chine. Un autre empereur,
foule ses
Tsong, comparoit un prince qui
chair
peuples, à un homme qui couperoit sa
s'engraisser de sa propre
par morceaux pour fois qu'il se promenoit
substance : uneautre
: C Vous
dans une, barque, avec ses enfans c'est l'eau
leur dit-il,
( voyez cette barque,
en même tems
e qui la porte, et qui peut ressemble à cette
a la submerger: : le peuple
2 Lorset
à cette barque.
c eau, le monarque
la troisième
que Hugues Capet commençoit
fondoit
race des rois de France, Tai-Tsong
de
dynastie des empereurs
la dix-nenvième Chi-Tsou, fut le premier prince tarlaChine.
avec ses enfans c'est l'eau
leur dit-il,
( voyez cette barque,
en même tems
e qui la porte, et qui peut ressemble à cette
a la submerger: : le peuple
2 Lorset
à cette barque.
c eau, le monarque
la troisième
que Hugues Capet commençoit
fondoit
race des rois de France, Tai-Tsong
de
dynastie des empereurs
la dix-nenvième Chi-Tsou, fut le premier prince tarlaChine. --- Page 141 ---
AUTOUR DU MON DE:
tare qui, monta sur le trône de ce pays : il
étoit contemporain; de Saint-Louis; et se fit
adorer, comme. lui, par la douceur ret la sagesse. de son gouvernement. Il laissa à ses
nouveaux sujets leurs loix et leurs
et, il eut la sagesse de se conformer usages, lui-mé- s
me, aux moeurs et au génie del la nation-qu'il
venoit de conquérir : cette même politique
a encore été: suivie par les Tartares MantCheoux, maitres aujourd'hui de la Chine :
ils. se sont soumis anx loix du
dont.
ils ont envahi le trône C'est
pays
,
au règnes de
Chi-Tsou, qu'on rapporte la construction
du fameux canal qui, coupe la Chine 8 du
midi au septentrion dans Tespace: de (six
cents lienes, et ouvre une - communication facile d'une extrémité. de T'empire 11 à
l'autre : cet. ouvrage, qu'on appelle Canal
Royal, est supérieur à tout ce quelEuropé
offre de plus merveilleux.en ce genre. La
réyolution qui soumit le plus vaste empire
du, monde à une, nation à peine connue est
un des événemens les plis mémorables dè
T'histoire modernes elle arriva dans'l les coms
mencemens du siècle passé: voici de. quelle
manière, Au eldibgnntienedlesred --- Page 142 ---
NOUVEAU VOYAGE
quelques tribus de Tartares Mant-Cheoix)
vice-roi de la Chine traitoit fort duqu'un
et, s'étant réunis
rement : ils se révoltèrent, élurent un chef
en un corps d'armée, ils
Le choix
auquel ils donnèrent le titre de roi.
tomba sur: la personne de Tayt-Song; celuilà même que la maison régnante reconnolt
le fondateur de sa dynastie: Il ne penpour
à conquérit la Chine;
soit pas sans doutealors
la
il ne. vouloit que s'en venger et procurer lui
liberté à son peuple. Ses succès inespérés il ne
firent concevoir de plus vastes projets Chine: :
vécut pas assez pour souméttre toutela s'en fit
Son fils Tait-Song, , qui lui succéda, affoiblit
proclamer empereur; ; mais sa mort
quelque tems la phissance formidable
pour
Commeil nelaissoit point d'e endes'Tartares.
de ses frères n'elt alors
fans, et qu'ancun
la moTambition de marcher sur ses traces,
se changea en une
narchie des Mant-Cheoux
l'empire
espèce de république: Cépendant étrangers,
de la Chine, au défaut d'ennemis habitans. Tanétoit déchiré par ses propres dans son sérail
dis que le monarque étoit
le peuple
avec ses femmes et ses eunucques, seul méobéissoit à différens chefs dont un
alors
fans, et qu'ancun
la moTambition de marcher sur ses traces,
se changea en une
narchie des Mant-Cheoux
l'empire
espèce de république: Cépendant étrangers,
de la Chine, au défaut d'ennemis habitans. Tanétoit déchiré par ses propres dans son sérail
dis que le monarque étoit
le peuple
avec ses femmes et ses eunucques, seul méobéissoit à différens chefs dont un --- Page 143 ---
AUTOUR D U M. 01 N D
15g
rited'être connu; son nom étoit List-Ching:
il vint avec l'élite de ses troupes aux portes:
de Pékin. Iempereur nel sortoit jamais de
son, palais : il-ignoroit méme une partie de
ce.qui se passoit : lorsqu'enfin il fut instruit
quil n'y avoit plus d'espoir pour lui, il détacha sa ceinture, T'employa à s'étrangler ,
et mita ainsi finà une vie qu'il n'avoit pas 086
défendre. Après la mort de ce. prince, les
Tartares et List- Ching le Rebelle, qu'on
nomme ainsi parce qu'il ne réussit pas, se
disputèrent T'empire de la Chine. List-Ching
perdit de fréquentes batailles. Ses troupes sei
rebutèrent; et, se trouvant abandonné par
tout le monde, il fut tué par des paysans. :
Un dès fils du prince tartare Tait-Son étoit
entré, dans Pékin, et fit passer la couronne
sur la tête d'un de ses neveux qui futle père!
du célèbre empereur, Cang-Hi, sous lequel
la Chine a été si heureuse et si florissante:
il.edt assez de bonheur et de sagesse
pour
se. faire obéir également des Chinois et des'
Tartarés. Il fut contemporain de Louis XIV:
son règne, comme celui du monarque franÇois, fut un des plus longs; des plus glorieux, des plus féconds en événemens. --- Page 144 ---
140 V NOUVEA U VOYAGE
à visiter les villes et
5 Nous commençâmes
des cheprovinces de la Chine, tantôt sur
:
tantôt sur des mulets, tantôt à pied
vaux,
ville de la province de Canton,
lai première
en
dans laquelle nous nous transportàmes
faisant, toujours de la ville de Canton le cenfut Chao - Tcheoutre de notre résidence,
Fou. C'est ici. le cas de donner Ta significanoms
portent un grand
tion de ces divers
que de la Chine : celles
nombre. d'autres villes
terminent en fou; sont des cités du pren
qui
autres dans
mier! ordre qui en ont plusieurs
les villeur dépendance. On appelle tcheou
qui président à leur tour
les du second rang
nommées hien.
sur de moins considérables villes
sont
Il y.a à la Chine sept ou huit
qui P6le moins: de la grandeur de Paris.
pour
le nombre de ses hakin.le surpasse. pour
vilbitans. On compte plus de quatre-vingt
les du premier ordre qui sont comme Lyon du
Rouen
en a près de trois cents
et
sil/y.
Orléans et Troyes. A
second rang, comme
est. un célèbre moune lieue de Tchéou-Fou allâmes visiter:
nastère de bonzes, que nous
à un, 0e In-)
doivent leir origine
ces religieux
vivoit! longi tems avant
dien nomméFoé,qui
. pour
vilbitans. On compte plus de quatre-vingt
les du premier ordre qui sont comme Lyon du
Rouen
en a près de trois cents
et
sil/y.
Orléans et Troyes. A
second rang, comme
est. un célèbre moune lieue de Tchéou-Fou allâmes visiter:
nastère de bonzes, que nous
à un, 0e In-)
doivent leir origine
ces religieux
vivoit! longi tems avant
dien nomméFoé,qui --- Page 145 ---
AUTOUR DU MONDE
Pythagore; ils furent introduits à la Chine
ouils préchérentetr répandirent la doctrine de
leurinstituteuf-ils) leur enseignérentledopme
dé lal Imétempsycose, et toutes les absurditésic qui en résultent. Ces bonzes ménent ou
paroissent mener la vie la plus austère; si
l'on s'en rapporte à leur extérieur: Ils s'imposent jusqu'au milieu des places publiques
des pénitences qui effraient Timagination;
ils sont cépendant
des
tres-méprisés. Ily a aussi
bonzesses : les couvens de bonzes sont
très-communs dans toute la Chine, où lon
compte plus d'un million de ces moines ignorans, débauchés, hypocrites et fainéans. a
A notre retour, nous fumes témoins. d'un
spectacle fort triste. Nous vimes un malfaiteur qui subissoit le supplice de la cangue;
c'est une espèce de carcan composé de deux
planches larges, épaisses êt. . échancrées au
milieu : on les joint ensemble après qu'on
a inséré le cou du criminel : il ne peut ni y
voir son corps, ni porter les mains à sa bouche; il est chargé jour et nuit de
tun fardeau dont le poids est au cetimpor- moins de
cinquante livres: Ce supplice dure plusieurs
mois, pendant lesquels le coupable estobligé --- Page 146 ---
NOUVEAU VOXAGE
de se montrer tous les jours aux marchés',
ou à la porte des temples. Une chose fort
singulière c'est qu'on peut louer des homsubissent,
de l'argent, le chàmes qui
pour
est aussi
timent du coupable. La bastonnade
en usage à la Chine : quand
une punition
le nomles coups de bâton ne passent pas
bre de vingt, c'est une correction paternelle
qui n'a rien de déshonorant : l'empereur
traite ainsi quelquefois ses ministres et ses
officiers. Un mandarin a le droit
principaux
de faire donner la bastonnade en tous lieux,
même hors de son district : aussi quand il
d'exésort, est t-il toujours accompagné
devant lui
cuteurs de la justice qui portent
la canne de bambou pour frapper et ba.
tonner ceux qu'il trouve en faute. Cette police sévère tient sans doute de T'arbitraire 3
cruelsi
et les châtimens sont beancoup trop
Voici quels sont les supplices capitaux en
en a de trois sortes : on fait étranusage; ily trancher la téte, ou tailler en piè:
gler, ou.
est le
commun et passe
ces : le premier
plus
de
le plus doux, c'est celui des gens
pour
le second est regardé comme le plus
qualité;
les crimes énori
infame, et n'est que. pour
T'arbitraire 3
cruelsi
et les châtimens sont beancoup trop
Voici quels sont les supplices capitaux en
en a de trois sortes : on fait étranusage; ily trancher la téte, ou tailler en piè:
gler, ou.
est le
commun et passe
ces : le premier
plus
de
le plus doux, c'est celui des gens
pour
le second est regardé comme le plus
qualité;
les crimes énori
infame, et n'est que. pour --- Page 147 ---
AUTOUR * DI U 3I OND E.
mes; la troisième punition est celle des rebelles et des traitres. /
1 Nous partimes de Chao-Tcheon
pour continuer de visiter la province de Canton. Ce
que nous vimes de plus remarquable, c'est
la beauté et la magnificence extraordinaire
de ses ponts ; encore sont-ils inférieurs à ce
que nous avons vu dans ce genre dans les
province de Fo-Kien, de Quey-Tcheou, de
Chensi, de Péke-Li : il a des ponts dont le
sol est plat, c'estià-dire, qu'au lieu d'y faire
des voutes, on a couché transversaleiment de
longs quartiers de pierre qui portent sur des'
piliers isolés. Nous avons vil un de ces ponts
quia a deux mille cing cents pieds de longueur;
il est soutenu par plus de trois cents piliers.
On rencontre assez fréquemment à la Chine
des ponts qui ont neuf arches toutes de marbre. Le pont du fossé qui environne le palais
de T'emperenr à Pékin est un ouvrage étonnant ; il représente un dragon d'une taille
extraordinaire : les pieds servent de piliers,
le corps forme l'arche du milieu, la
én fait une autre, et la téte' une troisième." queue
La masse entière est de jaspe noir, dont
toutes les parties sont si parfaitement join-' --- Page 148 ---
NOUVE 2 AU VOYAGE E
tes qu'on les croiroit d'une seule pièce. Ce
que les Chinois appellent le pont de Fer 2
est. effectivement formé de l'assemblage de
plusieurs.chalbes de ce métal; il est bâti sur;
un-torrent dont le lit est fort profond : sur,
chaque bord on a élevé un grand massif de
mâçonnerie, d'oà pendent plusieurs chaines,
qui traversent d'un bout à l'antre, et sur,
lesquelles on a jeté des madriers. Il y a à la
Chine un autre pont qu'on appelle le pont
volant, parcequ'il paroit, en effet, construit
en Tair : il est d'une seule arche ; ses deux
extrémités sont appuyées sur, des montagnes
entre lesquelles coule un fleuve dans une vallée profonde : sa longueur a près de six cents
pieds. Mais aucun de ces ponts ne peut être
à celui de Fou-Tcheon -Kien : la
comparé 2
forme, en se di-.
rivière; qui est très-large,
visant, plusieurs petites iles qui sont toutes unies par des ponts ; le principal offre
plus de cent arches de belles pierres blanches, avec des balustrades de chaque côté.
Après avoir visité la province de Canton,
nous revinmes à la ville de ce nom, soit pour
les aufaire nos préparatifs pour parcourir
de cet empire, soit
tres principales provinces
pour
peut être
à celui de Fou-Tcheon -Kien : la
comparé 2
forme, en se di-.
rivière; qui est très-large,
visant, plusieurs petites iles qui sont toutes unies par des ponts ; le principal offre
plus de cent arches de belles pierres blanches, avec des balustrades de chaque côté.
Après avoir visité la province de Canton,
nous revinmes à la ville de ce nom, soit pour
les aufaire nos préparatifs pour parcourir
de cet empire, soit
tres principales provinces
pour --- Page 149 ---
AUTOUR D'U M ONDE
pour nous informer des mceurs, coutumes.
et nsages des Chinois avant de nous enfoncer davantage dans l'intérieur du pays. On
appelle lettrés à la Chine ceux qui sont parvenus aux grades de licenciés, de maitres
ésarts' et de docteurs. Les Chinois commencent leurs études dès l'àged de cing à six ans.,
Le second livre qu'on leur donne, après le
premier rudiment, est composé de plus de
mille sentences fort courtes et rimées : on
les accoutume en même tems à former les
léttres avec un pinceau; car à la Chine on
ne se sertnide plumes comme nous, nide roSeaux comme les Arabes, hi de crayon comme les Siamois. Ils tiennent leur pinceau
per:
pendiculairement comme s'ils vouloient piquer lel papier, et commencent du haut en
bas: ils ont une feuille écrite en caractères
rouges qu'ils doivent couvrir de noir ; ils ont
du papier transparent dont ils font le même
usage. Toute leur jeunesse se passe à apprendre à lire et à écrire, à charger leur memoire
de caracsenesinsombmbila On ne peuts'empécher de plaindre une nation laborieuse qui
a le malheur d'être moins sa vante après vingt
ans d'étude, que plusieurs enfans d'EuTome Il.,
K --- Page 150 ---
NOUVEAU VOYAGE
rope ne le sontà douze ou quinze ans. Tant
d'ignorance jointe à tant d'application est
uniquement causée par. la nature de leur
langue, qui demande au moins vingt années pour être parlée, lue, et écrite avec
quelque intelligence: : ils n'ont point, comme
nous, des lettres simples, ni d'alphabet. Autant ils ont de mots, autant ils ont de figures
et de caractères pour les représenter : on en
fixe le nombre à seize cents; mais un seulmot.
peut signifier plus de vingt choses différentes
parladiversitédess accens et desinilexionsdela
voix, ( c'est-à-dire, queleur langage est une espoedamuig-là-cmtpleg sdiversifiée que
les récitatifs des opéra italiens. Outreles seize
cents mots qui peuvent avoir, plusieurs signi-.
fications, les Chinois ont encore une infinité
d'autres caractères ou figures qui irépondent
aux diverses formules ou dictions dont on, se
La
vie d'un
sert pours'exprimer.1 plus longue
homme ne suffit pas pour apprendre distinctement tous ces caractères : pour être mis
au rang des savans, il fant en savoir au moins
soixante mille. Les Chinois cultivent toutes
les sciences, mais ils y font peu de progrès:
on est étonné que leurs connoissances soient
-.
fications, les Chinois ont encore une infinité
d'autres caractères ou figures qui irépondent
aux diverses formules ou dictions dont on, se
La
vie d'un
sert pours'exprimer.1 plus longue
homme ne suffit pas pour apprendre distinctement tous ces caractères : pour être mis
au rang des savans, il fant en savoir au moins
soixante mille. Les Chinois cultivent toutes
les sciences, mais ils y font peu de progrès:
on est étonné que leurs connoissances soient --- Page 151 ---
AUTOUR D U M O N D E.
en même tems, et sianciennes, et sil bornées. Les sciences ont fait plus de progrès
en Europe dans trois siècles, que chez les
Chinois dans lespace de quatre mille ans.
Lauréndeprincipale se tourne versla science
des moeurs : au fond, c'est ce qu'il y a de
plus digne de l'homme et de plus utile au
corps social; ; aussi c'est la nation la plus
sage et la plus vertneuse de l'anivers. Presque tous ses empereurs. , à quelques tyrans
prés, furent des hommes d'une vertu' subli-.
me, des Numa', des Solon, des Licurgue,
des Antonin. Leur morale et leur gouvernement sont fondés surles devoirs mutuels
des pères et des enfans, du prince et de ses
sujets, des amis et des citoyens eutre eux.f
L'autorité paternelle n'y est jamaisaffoiblie;
une mère peut faire donner la bastonnade àl
son fils, fut-il mandarin. A Tégard des devoirs réciproques, on peut dire que ce peu-i
ple les porte à un point qui passeroit-en
France pour une politesse excessive et ridicule. Après l'étude de la morale, ils'appli.
que principalement à l'histoire : nulle nation
n'a été si soigneuse de conserver ses annales,
ni si scrupuleuse sur la fidéliré historique.
K 2 --- Page 152 ---
NOUVEAU U VOYAGE
Les Chinois n'ont ni prédicateurs, ni avoils ont peu d'idée
cats ; et conséquemment
d'élode tout ce que nous appelons pièce
de
quence- e : ils n'ont pas non plus
poëmes
haleine; Tode ést petit-être le seul
de longue
Cependant, leur
genre qu'ils connoissent.
ni de doupoésie ne manque', en général, chercher
ceur, ni de délicatesse. Il ne faut
dans leur théâtre ni régularité, ni intérêt:
plus imp parfaite que leur théàleur musique,
et d'une monotonie
tre, est d'une platitude
eux des charinsoutenable; mais elle a pour
moins la nomes infinis. Ils ne gohtent pas
étonnés de la matre, et ils sont toujours
eux il
nière dont nous la notons ; car chez
de note de musique, et ils ne.
n'y a point
routine : ils ont des insT'exécutent que par
mais ils ne contrumens à cordes et à vent;
seule partie. Leur arithménoissent qu'une
aussi bornée; ils contique est à proportion
mais
noissent cependant nos quatre règles,
le calcul qu'ils les pratice n'est point par
à nos)
et ils n'ont rien de semblable
quent,
d'une petite plancle
chiffres : ils se servent
de dix. à douze
traversée, du haut en bas,
parallèles qui enfilent de petites
baguettes
mais ils ne contrumens à cordes et à vent;
seule partie. Leur arithménoissent qu'une
aussi bornée; ils contique est à proportion
mais
noissent cependant nos quatre règles,
le calcul qu'ils les pratice n'est point par
à nos)
et ils n'ont rien de semblable
quent,
d'une petite plancle
chiffres : ils se servent
de dix. à douze
traversée, du haut en bas,
parallèles qui enfilent de petites
baguettes --- Page 153 ---
AUTOUR DU M ON D.E.
boules mobiles d'os ou d'ivoire; en assemblant ces boules, jou en les séparant, ils comptent, à peu près comme nous faisons avec
des jettons. Les autres parties des mathématiques, sil'on en excepte l'astronomie, ont
été entièrementincopnues aux Chinois avant
leur commerceavecles Européens. Leur géo.
métrie est, même encore aujourd'hui, trèssuperficielle : cependant rien ne les a tant
charmés qque Tastronomie, l'optique et les
mécaniques. L'astronomie est une des plus
anciennes connoissances qu'aient eu les Chinois ; on montre encore les instrumens dont
se servoit un de leurs plus fameux astronomes, 9 mille ans avant Jésus-Christ.
En allant de Canton à Nan-King, nous
apperçames de loin'la montagne de San-VanHab, la plus haute et la plus escarpée de
toute la Chine. Son nom signifie montagne
Volante, soit par la hauteur de son sommet
qui paroit S élancer dans les airs, soità cause
d'un viéux temple que la fable du pays dit
y avoir été transporté dans une nuit. La province de Kiang-Si, par où nous passâmes
pour allerà Nan-King, est spécialement célèbre par la belle porcelaine qui se fabrique
K 3 --- Page 154 ---
NOUVEAU VOYAGE
à King-Te-Ching, bourg auquel il ne man:
quec qrédes murailles pour mériter le nom de
ville. Parmi les arbres que nous offrirent les
belles plaines que nous traversàmes, nous
distinguâmes celui qui produit le suif; les
chandelles faites avec la graisse qu'il fournit seroient aussi bonnes que les nôtres, si
les Chinois se donnoient la peine de la purifier. Une autre production, guère moins
utile, est ce qu'on appelle larbre à cire ;
il est couvert d'une infinité d'insectes qui
déposent sur ses branches des rayons de cire,
plus petits que ceux des abeilles, mais d'une
qualité supérieure pour la blancheur et pour
T'éclat 5 aussi se vend-elle beaucoup plus cher.
Sur la frontière des provinces de Kiang-Si et
de Kiang-Nan ou Nan-King, nous vimes des
ouvrages connus en Europe sous le nom de
Mrgots de la Chine; ce sont des idoles du
pays exécutées en porcelaine. Il ne faut pas
plus juger de la figure des Chinois par ces
portraits ridicules que de celle des François
par les grotesques de Callot.
Iln'est point de plus beau pays dans le
monde que la province de Kiang-Nan, qui
confine à celle de Kiang-Si; elle est à la fois
de Kiang-Nan ou Nan-King, nous vimes des
ouvrages connus en Europe sous le nom de
Mrgots de la Chine; ce sont des idoles du
pays exécutées en porcelaine. Il ne faut pas
plus juger de la figure des Chinois par ces
portraits ridicules que de celle des François
par les grotesques de Callot.
Iln'est point de plus beau pays dans le
monde que la province de Kiang-Nan, qui
confine à celle de Kiang-Si; elle est à la fois --- Page 155 ---
AUTOU R D U M OND E.
l'une des plus fertiles et des plus florissanaussi est-elle la
tes pour le commerce;
plus
riche de toute la. Chine : elle paie seule plus
de cent soixante millions.à l'empereur. Les
soies, les ouvrages de vernis, l'encre, le papier, tout ce qui - vient de cette province est
plus estimé et se vend plus cher : on y compte
cent sept villes dont la plus considérable est
Nan-King. Le premier objet qui nous frappa
le plus en approchant des fauxbourgs de cette
capitale est la fameuse tour ou clocher de
porcelaine, qui Temporte sur tout ce que
l'art et la dépense ont produit de plus cu:
rieux à la Chine. Ce merveilleux édifice est
composé de neuf étages divisés au dehors
par autant de corniches parfaitement travaillées : on monte près de huit cents degrés
arriver au sommet. La forme de cette
pour
tour est octogone ; elle a environ quarante
pieds de circuit, c'est-à-dire, que chaque
face en a cinq. Toutes les parties de ce beau
monumeut sont liées avec tant d'art,
être d'une seule
Rue
l'ouvrage paroit
pièce.
tour des coins de chaque galerie pendent
quantité de petites cloches qui rendent un
son. : assez agréable quand elles sont agitées
K4 --- Page 156 ---
NOUVEAU VOYAGE
par le vent. Voilà ce que les Chinois appellent la tour de Porcelaine, et que nous
nommerions plus volontiers la tour de brique; Car les delors et les dedans. sont revétus de briques de diverses couleurs qui imitent la porcelaine. Cette tour fut construite,
ily y a plus de trois cents ans ; c'est assurement l'édifice le mieux entendu, le plus
solide et le plus magnifique de toutlOrient.
La situation de Nan-King est charmante;
le terroir est d'une prodigieuse
;
fécondité.La
rivière qui, dans cet endroit, a plus d'une
démi lieue de largeur, se divise en une
multitude de canaux qui arrosent toute la
ville, et dont quelques - uns sont naviga:
bles pour les plus grandes barques. NanKing esi la plus belle et la plus grande ville
de la Chine : elle a été, pendant plusieurs
siècles, la capitale de l'empire et le séjour
ordinaire des
souverains; 9 c'est ce qui lni a
fait donner son nom qui veut dire cour du
Midi, comme Péking signifie cour du Nord.
Les empereurs ont pris le parti de se fixer
dans cette dernière ville pour se mettre en
garde * contre l'invasion des Tartares. On
compte encore aujourd'huià) Nan-King plus
NanKing esi la plus belle et la plus grande ville
de la Chine : elle a été, pendant plusieurs
siècles, la capitale de l'empire et le séjour
ordinaire des
souverains; 9 c'est ce qui lni a
fait donner son nom qui veut dire cour du
Midi, comme Péking signifie cour du Nord.
Les empereurs ont pris le parti de se fixer
dans cette dernière ville pour se mettre en
garde * contre l'invasion des Tartares. On
compte encore aujourd'huià) Nan-King plus --- Page 157 ---
AUTOUR DU M 0 N DE
de trois millions d'habitans. Il n'y reste plus
aucune trace de ses magnifiques palais. Son
observatoire est négligé et presque détruit:
les Tartares ont tout démoli dans leur
première invasion. Cette ville est Ia retraite ordinaire des mandarins que le gouvernement
cesse d'employer. Cest-là où les moeurs. , la
religion, les loix, ont subi le moins de changement. Voici quels sont les différens cultes
établis à la Chine : on y compte trois sectes
principales ; celle des grands et des lettrés,
qui regardent Confucius comme leur maitre; et celle des disciples de Lao-Kiun, qui
n'est qu'un tissu d'extravagances : le' troisième culte est celui de Foë, instituteur des
bonzes et de la doctrine de la métempsycose.
A l'égard de la première secte. c'est ici le
cas de faire connoitre Confucius ou Confutzée, qui passe pour en être le fondateur : il
naquit dans une bourgade du royaume de
Lou, qui est aujourd'hui la province de
Chan-Tong, cinq cent cinquante-un ans
avant l'ère chrétienne; ; il étoit contemporain de Solon et de Pythagore, et Socrate
naquit peu de tems après sa mort. Il n'éta:
blit point de dogme, et il se borna à la mo- --- Page 158 ---
NOUVE A U VOYAG Pi
rale: il joignoit la vertu à la science, et il
parvint au rang de mandarin et de ministre
d'état.Les divers écrits de ce philosophe respirent la vertu la plus pure. Il reconnoit un
étre-suprème appelé Chang-" Ti, seigneur
souverain, ou Tien, qui veut dire ciel : ce
dernier mot peut avoir, comme parmi nous,
deux signilications différentes, ou le ciel ma-,
tériel, ou l'esprit qui y préside; de-là l'imputation hasardée d'athéisme faite à cette
secte. Les vrais Athées seroient plutôt, suivant nous, les peuples qui ont défiguré l'idée *
de Dieu par des fictions extravagantés et par
une basse superstition; ; c'est du moins ce
que n'a jamais fait cette secte, qui est celle
de l'empereur, des grands et des savans. Le
peuple méme de la Chine n'a guère connu
l'idolâtrie qu'après qu'on lui eut apporté la
statue de Foë. Les autres religions établies
ou tolérées dans quelques provinces de la
Chine sont la religion des Tartares, le judaisme, le mahométisme, et le christianisme.
Lorsqu'un Chinois est décédé, on embaume son corps, on le couvre de ses plus riches vêtemens, et on l'expose sur une es:
des savans. Le
peuple méme de la Chine n'a guère connu
l'idolâtrie qu'après qu'on lui eut apporté la
statue de Foë. Les autres religions établies
ou tolérées dans quelques provinces de la
Chine sont la religion des Tartares, le judaisme, le mahométisme, et le christianisme.
Lorsqu'un Chinois est décédé, on embaume son corps, on le couvre de ses plus riches vêtemens, et on l'expose sur une es: --- Page 159 ---
AUTOUR D U M ON DI E.
trade, dans une salle bien parée : le troisième jour, on l'enferme dans un cercueil de
bois précieux, 9 verni et doré, que le défunt,
pourlordinaire, a eu soin de faire construire
de son vivant. Les Chinois se privent souvent
des chosesles plus nécessaires à la vie pour
se procurer une bière. qui leur fasse honneur
après leur mort. Le jour des funérailles, les
amis et parens du défunt accompagnent le
cercueil, qui est quelquefois soutenu par
un brancard surmonté d'un riche pavillon,
et porté par vingt ou trente hommes. Les
filles, les concubines et la légitime épouse;
sont dans des chaises portatives où personne
ne les voit. D'autres compagnies succèdent,
marchant deux à deux, avec des étendarts,
des banderoles, des cassolettes remplies de
parfums ; d'autres ont des instrumens sur
lesquels ellesjouent des airs lugubres. La durée ordinaire du deuil pour un père doit être
de trois ans ; mais cet espace est communément réduit à vingt-sept mois : alors un man:
darin quitte, son gouvernement, unhomme
d'état Tadministration des affaires pour ne
s'occuper que de sa douleur. L'empereur
peut accorder rune dispense, mais les exem- --- Page 160 ---
NOUVEAU VOYAGE
ples en sont rares. Les femmes portent le
deuil trois ans pour leurs maris; les maris
un an pour leurs femmes. La première année du deuil chinois les habits consistent en
une robe, ou plutôt en un sac de grosse toile
grise; le bonnet, les caleçons, les bottines
sont de même matière. Le deuil se porte en
blanc. Les devoirs qu'on rend aux morts ne
se bornent pas au tems de la sépulture. Il
ya deux sortes de cérémonies qui s'observent tous les ans : les premières se pratiquent dans la salle des ancètres, à certains
mois de l'année; là se rendent toutes les
branches d'une méme souche, composées
quelquefois de deux ou trois mille personnes : il n'y a point de distinction de rang;
on y fait un festin avec des illuminations.
Les autres cérémonies se pratiquent, au
moins une fois l'année, dans le lieu méme
de la sépulture. Les Chinois déposent sur la
tombe du vin et des viandes dont ils Se servent ensuite pour se régaler. Quant à ce qui
est des mariages, voici ce que nous avons
observé de plus digne de remarque : on
épouse ici une fille sans l'avoir vue, et elle
napporte point de dot. En France, c'est tout
on y fait un festin avec des illuminations.
Les autres cérémonies se pratiquent, au
moins une fois l'année, dans le lieu méme
de la sépulture. Les Chinois déposent sur la
tombe du vin et des viandes dont ils Se servent ensuite pour se régaler. Quant à ce qui
est des mariages, voici ce que nous avons
observé de plus digne de remarque : on
épouse ici une fille sans l'avoir vue, et elle
napporte point de dot. En France, c'est tout --- Page 161 ---
AUTOUR DU M ONDE,
le contraire, a dit
quelqu'un, on l'épouse
quoiqu'on Tait vue, parce qu'elle a une dot.
Un mariage se traite à la Chine comme.
intrigue galante : on a recours à de vieilles une
entremetteuses' dont le mérite est de
rer aux filles des
procude s'en
établissemens; on est obligé
rapporter à leur témoignage sur la
beauté, l'esprit, les talens de la prétendue.
On ne consulte point l'inclination. des
fans. Les cérémonies
enTunion
qui mettent le sceau à
des nouveaux mariés sont assez singulières : d'abord ils se Javent les mains dos
à dos; ensuite la mariée fait
quatre
ces à
révérenz
l'époux, 9 qui ne lui en rend que
ils versent à terre quelques
deux:
gouttes de
mettent un peu de viande à
vin,
part, s'invitent
mutuellement à boire et à
et
servent tour à tour de la méme manger, se
tasse. Le
soir, on conduit la jeune épouse dans
partement de son mari, où l'on a mis l'aps
une table des ciseaux, du
sur
fil, du
pour lui marquer qu'elle doit s'adonner coton,
travail. En France, où Ton'est
au
elle trouve, dans une
plus galant,
des rubans, des
corbeille, des fleurs,
eaux de
des boites à mouches, des
de senteur;
pots rouge. Il est per: --- Page 162 ---
NOUYEAU VOYAGE
misà tous les Chinoisdejoindre à une épouse
légitime plusieurs concubines. On les reçoit
dans la' maison presque sans aucune cérémonie : on donne une
somme aux parens; ;
on promet par écrit de bien traiter leur fille,
et cela suffit. Ces concubines sont fort sou- 4
mises à l'épouse légitime, et leurs enfans -
sont censés appartenir à la maitresse du logis : ce n'est que d'elle qu'ils portent le
deuil, et non de leur vraie mère; ; du moins
n'y sont-ils pas obligés. Les femmes chinoises vivent dans une grande retraite, et
ne % paroissent jamais en public : leur appar-,
tement est fermé à tous les hommes, même
au père du mari, à qui il n'est jamais
mis de voir le visage de sa belle-fille, perquoiqu'il demeure dans la même maison. Les
concubines du souverain se nomment dames
du palais; celles qui sont le plus en faveur
portent le nom de presque- reines. Le nombre de celles destinées aux plaisirs du monarque est incroyable.
Le cérémonial, quand on donne à manger, est de faire, par écrit, trois invilationsdifférentes, une la veille, une autre le jour
du repas, et la troisième au moment de se
sa belle-fille, perquoiqu'il demeure dans la même maison. Les
concubines du souverain se nomment dames
du palais; celles qui sont le plus en faveur
portent le nom de presque- reines. Le nombre de celles destinées aux plaisirs du monarque est incroyable.
Le cérémonial, quand on donne à manger, est de faire, par écrit, trois invilationsdifférentes, une la veille, une autre le jour
du repas, et la troisième au moment de se --- Page 163 ---
AUTOUR DU M ONDE.
mettre à table. La salle. du festin est ornée
d'une grande quantité de vases de fleurs.
Chaque convive a sa table particulière, et
chaque table est servie de la même façon.
Contre l'usage des Orientaux, qui mangent
sur des sophas, les Chinois.ont des chaises
comme nous ; mais ce n'est qu'après bien
des révérences, bien des façons, bien des
complimens, que tout le monde se trouve
assis. On peut dire que les Chinois ne sont
pas délicats sur leur manger : le riz, les
pois, les carottes, sont leur nourriture ordinaire; ils mangent même sans répugnance
du cheval, du chien, des chats, des rats, 9
des serpens. Il nous reste à dire un mot sur
leurs règles, ou sur leur code de politesse,
qui est très-étendu sur la manière dont on
doit agir avec ses égaux et ses supérieurs.
Ces peuples considèrent la civilité, non comme un commerce frivole de complimens et
d'égards, mais comme,le lien le plus ferme
de la société, Il y a un grand nombre de
fêtes et de cérémonies publiques où l'on re
connoit un peuple policé, jusque dans ses
plaisirs.
Nous nous mimes en marche pour le Ho- --- Page 164 ---
NOUVEAU VOYAGE
Nan, la plus riante et la plus délicieuse
province de l'empire; les Chinois Fappel
lent la fleur ou le jardin de la' Chine. L'univers n'a peut-être point de lieu qu'on puisse
lui comparer. Key Fon-Fou, sa capitale 2
est située dans un lieu si bas que la rivière
est plus haute que la ville. On ya construit
des digues qui s'étendent sur un espace de
trente lieues ; ayant été rompues durant un
siège, il y périt trois cent mille habitans.
La ville d'Ho-Nan-Fou, qui porte le nom
de la province, est placée au centre de Tempire. Nous n'y vimes rien d'absolument remarquable, et nous nous rendimes dans la
province de Chen-Si, voisine de celle de HoNan : elle renferme plusieurs mines d'or;
mais il est défendu d'y fouiller pour ne point
détourner le peuple des travaux de T'agriculture. C'est en effet dans les champs féconds"
que sont les véritables richesses, les vraies
mines d'or. Les autres productions particulières de cette contrée sont la thubarbe, le
musc, des bois parfumés, et des chauvesouris d'une grosseur extraordinaire, dont
les Chinois trouvent la chair plus délicate
que celle du poulet. L'oiseau qu'on nonme
poule.
'y fouiller pour ne point
détourner le peuple des travaux de T'agriculture. C'est en effet dans les champs féconds"
que sont les véritables richesses, les vraies
mines d'or. Les autres productions particulières de cette contrée sont la thubarbe, le
musc, des bois parfumés, et des chauvesouris d'une grosseur extraordinaire, dont
les Chinois trouvent la chair plus délicate
que celle du poulet. L'oiseau qu'on nonme
poule. --- Page 165 ---
AUTOUR D U MONDE.
poule dor; et dont on vante beaucoup la
beauté, est aussi
trés-commnn en ce pays.
L'Enrope n'en a point qui lui ressemble : le
mélange de rouge et de jaune qui forme
couleur, la plume qui s'élève
sa
Teralagebrillantde
sur sa tête, 2
sa queue,et. la variété des
nuances de ses ailes, lui donnent la
nence sur tout Ce que la nature
préémice genre; sa chair est plus délicate produit en
du faisan : de tous les oiseaux de que celle
c'est celui qui mnérite le plus d'étre TOrient,
en Europe. On voit dans la même adopté
une certaine
contrée
rose, appelée ici la reine des
Reurs: : les Chinois en sont fort
fait l'ornement de leurs
curieux; elle
jardins. Lancienne
route, qui conduisoit à la capitale
sus les montagnes, est un
par-des- 4
de
ouvrage. qui.cause
l'étonnement. Il fut achevé avec une diligence incroyable par plus de cent mille ouvriers, qui prirentle niveaud des
firent des ponts pour la communication montagnes,et
Tune à T'autre. Si-Ngan,
de
capitale de cette
province, est une des plus belles villes, des
plus grandes et des plus populeuses de la
Chine. En tournant au midi, nous entrames
dans la province de Se-Tchuen' : elle
Tome II.
produit
L --- Page 166 ---
NOUVE A U VOXAGE
une espèce de poules qué les dames chinoises
estiment fort, et qu elles élèvent par amusement; elles sont petites, ont : les pieds
courts, et sont revêtues de laine, au lieu
de plumes. La rhubarbe qu'on trouve dans
cette province est la meilleure que Ton connoisse dans l'univers. Une autre, production
digne de la jalousie des Européens et de Tattention des voyageurs dans le pays de SeTchuen, est T'arbre au vernis : cet arbre,
qu'on appelle sur les lieux esichou,s'dleve
à une moyenne hauteur, et ne porte ni
fleurs, ni fruits; son écorce tire sur.le gris;
ses a
ressemblent à celles du frêne. On
feuilles
i
en retire par incision une liqueur qui est ce
beau vernis de la Chine que nous trouvons
si parfait, et dont le secret est d'autant plus
:E que c'est, une production de la
imimntable
nature,. 33 et non une production de Tart. Ce
vernis a ir prend toutes les couleurs qu'ony y mèle:
lorsqu'il est Te bien appliqué, nilesimpressions
del'air, nila vieillesse du bois, ,nel lui fontrien
perdre de son éclat. C'est ce vernis seul qui
mmughamipeslacoftes setlescabinetedela
3.143 on
en, Europe,
province
Chine qu apporte
Le
de Quey-Tcheou, où nous nous trouvàmes
ntable
nature,. 33 et non une production de Tart. Ce
vernis a ir prend toutes les couleurs qu'ony y mèle:
lorsqu'il est Te bien appliqué, nilesimpressions
del'air, nila vieillesse du bois, ,nel lui fontrien
perdre de son éclat. C'est ce vernis seul qui
mmughamipeslacoftes setlescabinetedela
3.143 on
en, Europe,
province
Chine qu apporte
Le
de Quey-Tcheou, où nous nous trouvàmes --- Page 167 ---
AUTOUR D U M O 0e N D E.
au sortir de Se-Tchuen, est un pays pauvre
et stérile. Quelle différence de cette province
à celle d'Yan-Nan, ; où nous nous transportâmes ensuite, et qui la borne à l'occident:
elle est très-fertile ; on y recueille beaucoup
d'or dans les sables que les torrens entrainent des montagnes, - d'oi l'on conclut qu'elles renferment des mines fort riches. Cette
contrée produit un cuivre blanc nommépentong, qui a la méme couleur que T'argent;
s'il'étoit moins cassant, on ne pourroir distinguer Ces deux métaux.. La province de
Quang-Si, que nous vimes'ensuite, est principalement recommandable par une grande
multitude d'arbres à cire, par ses mines d'or,
par la cannelle qu'elle produit, par les meilleures pierres pour la composition del'encre
de la Chine, et par certains oiseaux dontle
plumage est si beau qu'on le fait entrer dans
le tissu des étoffes de soie. En remontant au
nord, nous parvinmes à celle de Hou-Quang,
placée au centre de T'empire, et si fertile en
toutes sortes de grains qu'on T'appelle le grenier de la' Chine.
Vou-Chang-Fou, 9 sa capitale, peutêtre à comparéeà Paris pour la grandeur. Cette ville, en y comprenant HanL a --- Page 168 ---
NOUVEAU VOYAGE
Yang-Fou, quin'en est séparée que par une
belle rivière, est le lieu le plus peuplé et le
plus fréquenté de toute la Chine. Han-Yang.
Fou n'est point inférieur à Lyon ; et si vous
joignez à CES deux villes huit ou dix mille
barques, et une centaine de navires répandus dans l'espace de deux lieues, sur la rivière de Kiang, quia plus d'une demie lieue
de largeur, on conviendra que, pour qui:
conque aime à observer, d'un côté, cette
forêt de mâts, de l'autre, cette vaste étendue de terrain couverte de maisons 2 , forment un spectacle dont lunivers n'a rien
qui approche. Le Kiang 2 quoiqu'à cent
cinquante lieues de la mer, est assez profond pour recevoir les plus grands vaisseaux; ce qui fait circuler dans ces deux villes toutes les marchandises et toutes les richesses de l'empire. De cette province nous
partimes pour celle de Fo 'Kien, qui est
très-pen étendue, mais qui est regardée
comme une des plus considérables de l'empires parce que sa situation favorise le commerce qu'élle fait aux iles Philippines, au
Japon, à Java, à Siam,etc. C'est dans cette
contrée qu'on trouve un certain fruit appelé
ond pour recevoir les plus grands vaisseaux; ce qui fait circuler dans ces deux villes toutes les marchandises et toutes les richesses de l'empire. De cette province nous
partimes pour celle de Fo 'Kien, qui est
très-pen étendue, mais qui est regardée
comme une des plus considérables de l'empires parce que sa situation favorise le commerce qu'élle fait aux iles Philippines, au
Japon, à Java, à Siam,etc. C'est dans cette
contrée qu'on trouve un certain fruit appelé --- Page 169 ---
AUTOUR DU M > N D E.
li-chi, dont l'espèce est inconnue en Europe, et qu'on regarde commele plus délicieux
de l'univers; il est à peu près de la forme
d'une datte : les Chinois prétendent quec'est
le meilleur des fruits pour son gout et son
parfum. Mais ce qui distingue principalement la province de Fo-Kien, 9. c'est l'excellence de son thé, le meilleur qui croisse dans
toute la Chine. La province de Tche Kiang
fut ensuite l'objet de nos courses. Sa richesse
consiste dans les soies qui sontles plus belles
du royaume, Cette contrée en fournit, nonseulement à toute la Chine, au Japon, aux
Philipines, mais encore à lInde entière et
aux Hollandois : elle l'emporte sur toutes les
autres soies pour la blancheur, la finesse et
le lustre. Il est à présumer que c'est de ce
pays que les vers à soie ont étéapportés dans
toutes les autres contrées de l'univers. Les
Romains apprirent des Grecs l'art de les élever : les Grecs s'en étoient instruits chez les
Perses, qui enx-mémes en furent redevables
aux Chinois. La province de Tche-Kiang
produit encore la mneilleure matière pour la composition du papier ; le plus estimé se' fait de
l'écorce de'bambon et de mtrier : il" y a ici
L 3 --- Page 170 ---
NOUVEAU VOYAGE
des forêts entières de ces sortes d'arbres : le
bambou est employé à mille autres usages :
on en fait des lits, des tables, des chaises,
etc.
Le ville de Péking étoit depuis long-tems
T'objet de notre impatiente curiosité. Nous
primes pour nous y rendre des chaises légères, du moins pendant une partie de notre
route; elles sont de cannes 9 ainsi que les
bâtons qui servent à les soutenir. C'est un
spectacle étonnant que la légéreté des porteurs : dans une journée de dix lieues, ils ne
s'arrétent que trois fois, et font jusqu'à deux
lieues par heure. Les principales villes que
nous trouvâmes sur la route que nous avions
choisie dans le dessein de les voir, furent
Tsi-Nan, Yen-Tcheou et Ton-Chang, qui
ne le cèdent, ni en-grandeur, ni en richesses, ni en beauté à tout ce que la Chiné a
de plus magnifique en ce genre. Arrivés à
Péking, notre premier soin futde voir le palaisimpérial qu'on nous avoit beaucoup vanté : il brille moins par son architecture que
par la multitude incroyable d'édifices, de
cours et de jardins dont il est composé, Son,
plau est un. carré oblong, haut de huit toi-
Ton-Chang, qui
ne le cèdent, ni en-grandeur, ni en richesses, ni en beauté à tout ce que la Chiné a
de plus magnifique en ce genre. Arrivés à
Péking, notre premier soin futde voir le palaisimpérial qu'on nous avoit beaucoup vanté : il brille moins par son architecture que
par la multitude incroyable d'édifices, de
cours et de jardins dont il est composé, Son,
plau est un. carré oblong, haut de huit toi- --- Page 171 ---
AUTOUR D U M ONDE.
ses, couvert de tuiles jaunes et enduites d'un
si beau vernis qu'elles imitent l'éclat de la
dorure. Le toit présente des lions, des dragons'et toutes sortes de figures. Son enceinte
n'a pas moins de cinq quarts de lieues de
circonférence. Il occupe le centre de la ville
tartare. Cette ville, ou plutôt cette partie de
Pékin, est une autre cité que les habitans
bàtirent à la hâte hors des anciens murslorsqu'ils furent obligés, à la' dernière revolution, de céder leurs maisons aux Tartares:
ainsila capitale de' la Chine est, comme Liondres, formée de deux villes, celle des Tartares; et celle des Chinois. En général, auv
cun' prince de l'univers n'est logéavec autant
de grandeur et de magnificence que lempereur de la Chine. Les différentes pièces de
ce majestueux édifice formeroient presque
une ville. La salle d'audience a environ' cent
trente pieds de longueur, sur une largeur à L
peu près égale : le trône, qu'on voit au' milieu de la salle, est d'une extrême simplicité; c'est-là quel l'empereur reçoit les ambassadeurs. Aux deux côtés du palais; qui
n'est: proprement que pour la personne de
T'empereur, on en voit un grand 1nombre
L4 4 --- Page 172 ---
NOUVEAU VOYA G E
d'autres assez beaux pour servir de logement
à de grands princes : ils ont leurs dénominations particulières, et causent autant de
plaisir que d'étonnement par leur beauté,
leur variété et leur richesse. L'un est le palais du savoir forissant; c'est là que le monarque se retire lorsqu'il veut s'entretenir
avec les savans : un autre est appelé le palais du conseil de guerre : un troisième est
celui des empereurs morts. L'héritier présomptif de la couronne a pour résidence le
palais de.la compassion et de la joie : les
autres fils de sa majesté impériale demeurent au palais Rorissant de lunion, etc.,
etc. Outre cette multitude de palais, dont
plusieurs feroient honneur à quelques rois
d'Europe, il y a dans la même enceinte
quantiré de temples qui ont chacun leur
destination marquée. Qu'on joigne à cela les
cours; les écuries, les offices, les bibliotheques,. les jardins, les lacs, les étangs, les
parcs, les canaux, les bosquets, avec les
bâtimens nécessaires pour loger toutes les
personnes employées:au service du prince
et de ses.J femmes, et.l'on conviendra que
peu de villes. sont comparables pour.la ma.
a dans la même enceinte
quantiré de temples qui ont chacun leur
destination marquée. Qu'on joigne à cela les
cours; les écuries, les offices, les bibliotheques,. les jardins, les lacs, les étangs, les
parcs, les canaux, les bosquets, avec les
bâtimens nécessaires pour loger toutes les
personnes employées:au service du prince
et de ses.J femmes, et.l'on conviendra que
peu de villes. sont comparables pour.la ma. --- Page 173 ---
AUTOUR D.U M O N DI E.
gnificence et pour la grandeur à ce vaste
et magnifique palais. Quoique ses différen;
tes parties soient d'une architecture assez bisarre, on ne peut nier qu'elles ne fassent un
tout très-majestueux et très-imposant; mais
il ne faut y chercher nijets-d'eau, ni labyrinthes, ni statues de marbre et de bronze,
comme dans nos maisons royales, ni cette
élégance, cette finesse, , cette perfection de
travail et de gout qui mettént nos artistes si
fort au-dessus de ceux de la Chine; la principale beauté des édifices de ce pays consiste
dans la disposition régulière desappartemens
et dans la structure des toits qui sont fort élevés : telestl'édifice le plus remarquable de la
capitale. Les autres maisons sont propres et
commodes, mais d'une grande simplicité. Les
murs de la nouvelle ville sont bas et mal entrenus; mais ceux de la vieille cité, construits de brique, ont environ quarante pieds
d'élévation; ils sont si larges que plusieurs
personnes à cheval peuvent s'y promener de
front : on y monte par une rampe douce qui
se prend de fort loin. D'espace en espace on
a élevé de grosses tours carrées. La ville de
Péking a six lieues de circuit, sans y coin- --- Page 174 ---
NOUVEAUI VOXAGE
prendre treize fauxbourgs 3 elle a: par conséquent plus d'étendue que Paris. La population et la cohue sont immenses. La ville
est, partagée en uneinfinité de quartiers soumis à certains chefs qui ont inspection sur
dix ménages,et qui rendent compte au gou:
verneur de tout ce: qui se: passe dans leur
district. Les. maisons d'un même quartier
doivent se défendre et se garder mutuellement: s'ils'y commet un vol, ou tout,autre
désordre, elles en sont toutes responsables.
Chaque père de famille répond aussi de la
conduite de ses enfans et de ses domestiques.
- Les Chinois ont, en gééralyingranifient
les paupières élevées, de petits yeux; fendus
obliquement, le nez court et écrasé, les narines ouvertes, un visagelarge et assez blanc,
une bouche ordinaire,lesdouts de la machoire
supérieure saillantes en dehors, une physionomie qui n'a rien de désagréable, des' che:
veux noirs, les oreilles grandes et larges, un
corps réplet, les épanles rondes, de grosses
jambes, une taille moyenne, et un maintien
grave. Il est rare, que les jeunes gens laissent
croitre leur barbe; le grand nombre se l'ar-.
rache. Ce n'est qu'à trente ans. qu'ils com-
,lesdouts de la machoire
supérieure saillantes en dehors, une physionomie qui n'a rien de désagréable, des' che:
veux noirs, les oreilles grandes et larges, un
corps réplet, les épanles rondes, de grosses
jambes, une taille moyenne, et un maintien
grave. Il est rare, que les jeunes gens laissent
croitre leur barbe; le grand nombre se l'ar-.
rache. Ce n'est qu'à trente ans. qu'ils com- --- Page 175 ---
AUTOUR DU. M O1 NDE,
mencent à la laisser paroitre, mais cela principalement au menton et sur, la lèvre supérieure; et ils en forment alors des moustaches qu'ils font servir à leur parure, 1 en
les peignant, les nouant et les tressant avec
un certain art. Le peuple est ordinairement
basané, parce qu'il n'a la tête couverte
que d'un petit bonnet peu propre à le garantir des ardeurs du soleil. Les jeunes filles
se. tirent les paupières pour avoir les yeux
petits, s'applatissent le nez pour le rendre
court, et s'allongent les oreilles pour les
avoir grandes. Les dames mettent du rouge
et du blanc, comme en Europe, et. mâchent,
continuellement du bétél, comme aux In-,
dés. La petitesse du pied est l'agrément le,
plus ambitionné des Chinoises. Dès qu'une
fille vient au monde, on s'empresse de lui
garotter les pieds pour les empécher de crottre. Le pied d'une Françoise de cinq ans
n'entreroit pas dans le soulier d'une Chinoise qui pourroit être sa mère. On prétend
que les Chinois ont imaginé cet expédient
singulier pour tenir leurs épouses dans la
retraite, attendu que leur démarche, par la
gêne ou elles mettent leurs pieds, est lente,. --- Page 176 ---
NOUVE A U VOY'AGE 2
contrainte et mal assurée. Le sexe porte ici
des caleçons de soie, qui tombent sur le milieu de la jambe; le reste est couvert d'un'
bas fort court de la même étoffe. La pointe
des mules est relevéè, et le talon bas et carré,
Une longue robe, qui pend depuis le cou
jusqu'à terre, et dont les manches sont fort
étroites, ne laisse que leur visage à découvert : ellcs ont sur ce premier habit un
collet de satin blanc, et une autre robe de
méme couleur que la première, mais dont
les manches, qui sont fort amples, leur servènt de gants et de manchons. Leur coëffure
ordinaire consiste à partager leurs cheveux
en plusieurs boucles, où elles entrelacent
des fleurs d'or et d'argent; quelquefois elles
y ajoutent une figure d'oiseau dont les ailes
déployées tombent surles tempes: ; sa queue
retroussée forme une aigrette sur le milieu
de la tête : au-dessus du front est le corps
de lanimal dont le cou et le bec se trouvent précisément sur le nez. Lesj jeunes personnes ont des bonnets de carton, garnis
d'une bande de soie : le sommet de la tête
est paré de fleurs. L'habillement des hommes consiste eul unelongue veste quidescend
d'oiseau dont les ailes
déployées tombent surles tempes: ; sa queue
retroussée forme une aigrette sur le milieu
de la tête : au-dessus du front est le corps
de lanimal dont le cou et le bec se trouvent précisément sur le nez. Lesj jeunes personnes ont des bonnets de carton, garnis
d'une bande de soie : le sommet de la tête
est paré de fleurs. L'habillement des hommes consiste eul unelongue veste quidescend --- Page 177 ---
AUTOUR DU M OND E.
jusqu'à terre, et par-dessus un habit un peu
plus court à larges manches et sans collet,
une ceinture dont les bouts pendent sur les
genoux, età laquelle ils attachent leurbourse
et leur couteau,, des caleçons fort amples,
des bas faits en forme de bottines, et des
pantoufles sans talons qui tiennent avec les
bas, un bonnet rond de carton terminé en
cône, couvert de satin, doublé de taffetas,
qui n'embrasse que la superficie de la téte,
et à lai pointe duquel est un gros flocon de
crin, ou de soie rouge, qui flotte jusques
sur les bords. Les modes ne varient point
ici comme en France; pendantquatre mille
ans la façon: de se mettre a étéla-méme : ce
n'est que depuis la dernière révolution que
les Tartares y ont introduit quelques changemens. Les Chinois sont plus simples dans
leurs meubles que dans leurs vétemens; il
n'y a chez eux ni miroirs, ni tapisseries, ni
tableaux : l'ameublement se réduit à des tables, des cabinets et des paravents de lacque,
des chaises de canne et des vases de porcelaine: Les cheminées ne sont point d'usage; on ne se sert que de fourneaux debrique,
et l'on brule du charbon de bois ou de terre. --- Page 178 ---
NOUVEAU VOYAGE
Les Chinois ont généralement T'esprit
doux, humain', avec une politesse infinie:
ils sont naturellement froids et phlegmatiques. Leur extérieur est fort grave et fort
composé; mais ils sont vindicatifs et fort
intéressés. Ce peuple est tres-industrienx;
tdegetfotunis-laboeriaus. Le gouvernement
est plutôt une monarchie absolue qu'un
pur
despotisme, c'est-à dire, que le souverain à
plusieurs freins, soit dans les corps entiers
de magistrats et de savans qui osent lui faire
des remontrances, soit dans le tribunal des
censeursi'e qui de tout tems ont dit, avec la
plus noblé fermeté, aux empereurs ce qu'ils
ont cru de plus convenable au bien de l'état.
Ala Chine on distinguel les ministres en deux
classes, les penseurs et les signeurs. Toute
l'Asie est sous lé despotisme; mais en Turquie, en Perse, c'est le despotisme del'opi
nion par la religion; ; à la Chine, c'est le despotisme des loix par la raison. Chez les Mahométans, on croit à l'autorité divine du
prince; chez les Chinois, à l'autorité naturelle de la loi raisonnée. Dans tous ces empires, sur tout à la Chine,c'est la persuasion
qui meut les volontés. Dans l'heureux état
l'Asie est sous lé despotisme; mais en Turquie, en Perse, c'est le despotisme del'opi
nion par la religion; ; à la Chine, c'est le despotisme des loix par la raison. Chez les Mahométans, on croit à l'autorité divine du
prince; chez les Chinois, à l'autorité naturelle de la loi raisonnée. Dans tous ces empires, sur tout à la Chine,c'est la persuasion
qui meut les volontés. Dans l'heureux état --- Page 179 ---
AUTOUR DU M O N DE.
de police et de lumière oà TEurope est parvenue, on, sent' bien que cette conviction
des esprits qui opère une obéissance libre,
aisée et générale, ne peut venir que d'une,
certaine évidence de l'autorité et sur-tout de
la bonté des loix. Si les gouvernemens, ne
veulent pas soudoyer des penseurs, qui,
après tout, seroient corrompus dès qu'ils
seroient mercénaires, qu'ils. permettent du
moins aux esprits supérieurs de veiller sur
le bien public. Tout écrivain de génie est
magistrat né de sa patrie : son droit, c'est
son talent; son tribunal, c'est la nation entière; ; son juge, c'est le public. Nous avons
souvent parlé des mandarins dans ce récit
de notre voyage,4 la Chine; mais il nous
reste à expliquer ce qui regarde le nom de
cette première classe de citoyens. Le nom
de madarin, qui veut dire commandant,
n'est pas celui qu'ils portent à la Chine, où
ils ne sont connus.que souslet titre de quans,
c'est-à-dire, préposès, où gens qui sont: àla
téte desautres. Les Portugais leur ont donné
une dénomination prise der leur langue, et
toutes les nations de IEurope-l'ont adoptée.
Iya des mandarins lettrés et des manda: --- Page 180 ---
NOUVEAU VOYAGE
rins militaires : la première classer des man:
darins, ou kalaos, est celle des ministres
d'état. La monnoie quia cours dans ce
n'est que de cuivre. mélé de
pays
de
plomb : l'image
T'empereur n'y est pas empreinte; ils
pensent que Ce seroit l'avilir. Il y a des imprimeries ; mais il s'en faut qu'elles soient
portées à la même perfection qu'en Europe.
On croit que cet art a été connu des Chinois
plus de quatre cents ans avant qu'ilfut connu
parmi nous ; et peut être leur sommes-nous
redevable de cette invention. En effet, leur
imprimerie n'est qu'une gravure sur des
a planches de bois, telle que
la
Guttemberg
pratiqua le premier à Mayence : il faut méme observer que, dans les commencemens,
nous n'imprimions que d'un côté; comme
on fait encore aujourd'hui à la Chine. Il nous
convenoit de changer cette manière, et aux
Chinois de la conserver. Comme nos langues
d'Europe ne sont composées que de vingtquatre lettres, qui, au moyen de leurs combinaisons, peuvent former de gros volumes,
il suffit, dans nos imprimeries d'avoir une
certaine quantité dei caractères que les 01vriers arrangent sur une planche, , et qu'ils
Ga
dans les commencemens,
nous n'imprimions que d'un côté; comme
on fait encore aujourd'hui à la Chine. Il nous
convenoit de changer cette manière, et aux
Chinois de la conserver. Comme nos langues
d'Europe ne sont composées que de vingtquatre lettres, qui, au moyen de leurs combinaisons, peuvent former de gros volumes,
il suffit, dans nos imprimeries d'avoir une
certaine quantité dei caractères que les 01vriers arrangent sur une planche, , et qu'ils
Ga --- Page 181 ---
AUTOU R D U M O N D K.
T'impression, pour en foren retirent, après table. Le génie de leur lanmer une nouvelle
cette méthod'employer
gue ne permet pas
la
de : dans quelle dépense ne jeteroit pas
à cinquante mille caracfonte de quarante
1C
tères dont cette langue est composée?
plus rien d'absolument intéresN'ayant
à la Chine, nous nons désant à observer
ce beau
cidâmes à quitter, quoiqu'à regret,
favorisé de tant de dons de la nature,
pays
tout ce qui peut rendre
cette nation quiréunit Ona vu finir les plus
un peuple respectable.
semblable
anciens empires : la Chine seule,
fleuves qui roulent constamà ces grands
n'a rien perdu
ment leurs eaux avec mojesté,
et de sa splendeur. Il est an seul
de son éclat
c'estlin:
reproche grave à faire à ce peuple,
mais voici comme il faut entenfanticide;
est si consi
dre ce reproche. La population des habidérable à la Chine, et le nombre
tans si prodigieux, que, quoique l'agricul- etle
ture y soit très honorée et en vigueur,
très-fertile, néanmoins la plupart sont
pays
à beaucoup de misère; il
souvent exposés
s'en' trouve de si pauvres que l'impnissance
d'élever leurs enfans et de les nourrir, les
M
T'ome I1. --- Page 182 ---
NOUVEAU VOYAGE
porte à les exposer dans les rues : quelquesuns les noient au moment de leur naissance,
Un père vend quelquefois son fils, sa femme et lui-méme; mais ce reproche ne peut
s'appliquer à la nation entière qu'en ce sens,
que l'infanticide y est plus commun qu'en
aucun autre état, sans pouvoir l'imputer cependant à ce peuple pris en masse.
Le royaume de Corée étoit naturellement
la route que nous devions prendre pour nous
rendre au Japon. La difficulté d'y pénétrer
sans le secours des Hollandois, etl'assurance
où nous étions de trouver à Canton quelque
vaisseau de Batavia chargépour Nangasaqui,
nous auroient fait préférer de retourner à
Canton pour y. saisirla première occasion favorable; mais nous fames heureusementinstruits qu'il y. avoit un navire hollandois à
Formose qui devoit partir incessamment
pour le Japon. Nous primes, sans balancer,
le parti de nous embarquer pour cette ile;
mais dès le second jour de notre navigation,
un coup de vent nous jeta josqu'aux iles de
Lé-Kieou, placées entre la Corée, l'ile Formose et le Japon; elles sont au nombre de
trente-six, soumises à un seul roi. Dans cet
a première occasion favorable; mais nous fames heureusementinstruits qu'il y. avoit un navire hollandois à
Formose qui devoit partir incessamment
pour le Japon. Nous primes, sans balancer,
le parti de nous embarquer pour cette ile;
mais dès le second jour de notre navigation,
un coup de vent nous jeta josqu'aux iles de
Lé-Kieou, placées entre la Corée, l'ile Formose et le Japon; elles sont au nombre de
trente-six, soumises à un seul roi. Dans cet --- Page 183 ---
AUTOUR D U M O N D E.
'Archipel, les équipages, les armes, les habits, sont à la japonoise. Ces peuples ont
pris des Chinois et des Japonois le urs voisins, ce qui leur a paru le plus commode.
Mais nous ne fimes qu'entrevoir ces insulaires surles côtes. Le vent nous a yant permis
de nous remettre en mer, nous abordâmes
à T'ile de Tai-Wan. Les Portugais l'ont appelée Hermosa,c'est-à dire, belle, d'ou est
venu le nom de Formose que lui donnent
les Européens, comme plus doux à l'oreille
et plus propre à exprimer les charmes de sa
situation. Les arbres y sont rangés dans un
ordre si admirable que toute la partie mé-'
ridionale ressembleà un immense verger. La
Chine a peu de villes comparables à TaiWan, sa capitale, pour la richesse et le
nombré des habitans. La partie la plus habitée de T'ile appartient aux Chinois; 5 elleest
du district de Fo-Kien. Les fruits sont ici a
abondans et délicieux ; ce sont des ananas,
des cOCOS, et autres productions de T'Asie,
des péches, des abricots, des raisins, etles
plus excelleus fruits de IEurope , il y a surtout des melonsd'eau d'une forme oblongue,
quelquefois ronds, dont la chair est rouge,
M 2 --- Page 184 ---
KOUVEAU VOYAGE 2
et qui font los délices des tables de la Chine.
Nous ne pames faire parmi les Formosans
un aussi long séjour que nous l'aurions désiré. Le navire hollandois dont on nous avoit
parlé ne tarda pas à mettre à la voile pour
leJapon, et nous en profitâmes. Voicià quel
sujet ce vaisseau étoit destiné pour cette contrée. La compagnie de Batavia envoyoit un
directeur de son commerce à Nangasaqui.
C'est une place importante et lucrative;
mais l'oficier qui en est pourvu ne reste en
place qu'une année : après ce terme il est
obligédes'en retourner sur le même vaisseau
qui amène son successeur. Une deses principales fonctions est d'aller à Jédo, avec une
suite nombreuse, pour saluer l'empereur et
lui offrir les présens accoutumés. C'est le
senl tems qu'un voyagenr puisse choisir
pour visiter un royaume dont l'entrée est
interdite à toutes les nations. Le hasard nous
favorisa donc au - delà de nos espérances, -
puisque Nangasaqui est la seule ville de cet
empire où il soit permis aux étrangers d'aborder; encore cette permission n'est-elle
accordée qu'aux Chinois et aux Hollandois.
Notrer navigation, quid idura plusieursjours,
les présens accoutumés. C'est le
senl tems qu'un voyagenr puisse choisir
pour visiter un royaume dont l'entrée est
interdite à toutes les nations. Le hasard nous
favorisa donc au - delà de nos espérances, -
puisque Nangasaqui est la seule ville de cet
empire où il soit permis aux étrangers d'aborder; encore cette permission n'est-elle
accordée qu'aux Chinois et aux Hollandois.
Notrer navigation, quid idura plusieursjours, --- Page 185 ---
AUTOUR DU KON DE.
Zut assez heureuse, et nous entrâmes enfin
environné de hautes mondans un hàvre
tagues, d'iles et. de rochers, quile mettent
à T'abri des tempêtes et des orages : c'étoit
le célèbre port de Nangasaqui, situé dans
la partie de l'ile de Ximo, la plus proche ILI de
l'Europe et la plus connue. C'est une ville
sans murailles : les maisons sont basses et
de peu d'apparence. Iy a ici, comme dans
tout le Japon, trois principales religions.
La première est appelée sintos; elle tient
pour le culte des anciens dieux du pays: la
seconde se.nomme budsdo, et consiste ol, dans
T'adoration des idoles étrangères : la, troisie- - 14
me, appelée suito, est un systéme plus moderne fondé sur AL les seules Jumières de la a raidairi, qui est le:
son. Il n'appartient qu'au
sonverain pontife des Japonois, de canoniser les hommes célèbres. La secte de budsdo.
a pris naissance dans les Indes, d'où elle
s'est répandue à Siam, à la Chine et au Japon. On raconte mille traits fabuleux de son
fondateur, anquel on s'accorde par-tout à
rendre les honneurs divins. Les Indiens le
nomment Wistnou, les Siamois SommonoCodom, les Chinois Foë, les Japonois Buds
M 3 --- Page 186 ---
NOUVEAU VOYAGE
ou Siaka. Les bonzes sont les prétres de la à
secte des Budsdoistes. Des missionnaires
avoient porté le christianisme au Japon ;
mais la découverte d'une conspiration tramée
contre le monarque qui régnoit alors, par
un officier portugais qui en étoit le chef, fit
proscrire le christianisme et les Chrétiens.
Ce fut alors que les Japonois renoncérent à
tout commerce avec les étrangers, êtl Tempereurdonna ce fameux éditquidéfendà tous ses
sujets de sortir du pays, sous peine de mort,
et qui porte qu'aucun étranger ne seroit
au Japon. Il est à présumer que les Japonois reçu
ont été originairement une colonie de la Chine. La première époque certaine de leur histoire remonte à Sin-Mu, qui fonda cette monarchie il y'a environ denx mille cinq cents
ans, c'est-à-dire, à peu, près dansle temns que
Romulus jeta les fondemens' de celle des
Romains : ce qu'il y. a de plus digne de rémarque dans T'histoire de ce peuple, c'est
que, pendant ce long espace de tems, l'empire n'est point sorti del la méme famille. Les
descendans de Sin Mu ont perdu une grande
partie de leur aniorité; mais ils ont toujours
conservé le titre d'empereur, avec un pou-
ans, c'est-à-dire, à peu, près dansle temns que
Romulus jeta les fondemens' de celle des
Romains : ce qu'il y. a de plus digne de rémarque dans T'histoire de ce peuple, c'est
que, pendant ce long espace de tems, l'empire n'est point sorti del la méme famille. Les
descendans de Sin Mu ont perdu une grande
partie de leur aniorité; mais ils ont toujours
conservé le titre d'empereur, avec un pou- --- Page 187 ---
AUTOUR D'U MOND D E.
voir absolu dan's les affaires de la religion.
Depuis cette révolution, qui a donné un second maitreà l'état, il est gouverné par deux
noinmé dairi;
souverains, un ecclésiastique,
Tautre séculier, nommé cubo, qui fait tout
et qui par conséquent est le vrai souverain.
Le cubo fait son séjour dans la capitale, etle
ecclésiastique dans la ville de Méaprince éloignée de Jédo d'environ soixante
co,
lieues.
- Après avoir vu Nangasaqui, nous nous
mimes à visiter toutes ces iles fameuses, 7
semées de villes très-peuplées, et où règne
admirable. Toutes les grandes
une police
routes sont divisées en milles géométriques
qui commencent au pont de Jédo, comme
au centre commun de-tout T'empire. Ily a
des postes réglées où les chevaux sont taxés.
La coutume au Japon, quand on voyage,
est de porter un - éventail où sont marquées
les routes principales, les distances desl lieux,
les hotelleries, le prix des vivres, 1 etc. llya
sur tous les grands cheiins, et dans toutes
les hotelleries, des jeune filles dont toute la
profession est d'amuser les voyageurs : cette
débauche est si ouverte au Japon que. plaM 4 --- Page 188 ---
NOUYEAU VOTAGE
sieurs Chinois viennent y dépenser leur ar:
gont; aussi appelle -t-on ce pays-ci le lieu
pablic, le mauvais lieu de la Chine. Les Japonois aiment les courtisanes avec passion.
Voici la ronte que nous primes pour aller
de Nargusaqui à Jedo, capitale de tout le
royaame, et en même tems pour remplir le
dessein où nous étions d'en visitér les principales contrées. Nous nous rendiines
terre, en cinr jours, à la ville de Kokura, par
située. à l'autre extrémité de l'ile de Ximo :
de-là nous nous embarquâmes pourOsacka;
d'Osacka nous traversâmes par terre le continent de la grande ile de Nipon, jusqu'à
Jédo; ce qui inous tint encore environ quinze
jours. Nous fmes donc près d'un mois à
faire cette route. Sans nous écarter de notre
chemin, nous vimes trente-trois grandes villes. Les Japonois nous ont paru bien faits,
mais fort laids. Les femmes, quoique trèspetites, sont fort jolies. Ce peuple, en geréral, un caractère excellent, un coeur élevé, généreux, bienfaisant, un esprit doux,
des moeurs faciles et sociables. Il est sobre,
frugal, économe dans le particulier, magniSique dans les occasions d'éclat, fier, intré
chemin, nous vimes trente-trois grandes villes. Les Japonois nous ont paru bien faits,
mais fort laids. Les femmes, quoique trèspetites, sont fort jolies. Ce peuple, en geréral, un caractère excellent, un coeur élevé, généreux, bienfaisant, un esprit doux,
des moeurs faciles et sociables. Il est sobre,
frugal, économe dans le particulier, magniSique dans les occasions d'éclat, fier, intré --- Page 189 ---
AUTOU R D.U M OND E.
pide, ennemi de toute bassesse, supportant
avec courage les disgraces, et méprisant la
mort qu'il se donne pour le plus léger sujet.
L'honneur est le principe, le mobile de tou:
tes ses démarches : ce sentiment est porté
ici jusqu'au fanatisme. Quelques excessives
que soient ses règles ou ses préjugés, il né
s'en écarte jamais. Ces insulaires sont spirituels, amis des sciences et des arts, quoiqu'ils ne les. connoissent que, superficiellement : ils regardent le commerce comme
une profession vile; aussi n'y a-1 t-il point de
peuple policé qui,soit généralement plus pauvre, mais de cette pauvreté qui produitlindépendance, et qui mit les Romains si fort
au-dessus des autres nations. Le point d'honneur est également vif dans toutes les conditions : cette passion fait sortir les Japonois
de leur caractère, et les rend sombres, défians, vindicatifs, et cruels. Leur, incontiaence est extrême.,: et les loix ne mettent ici
aucun frein,à la débauche: pour tout autre
objet; les lois pénaies sont terribles et barbares. Lhomicide involontaire,, la C 2 violation
méme de certains réglemens de pure poliees sont punis de la roue ou du fen. Quand --- Page 190 ---
NOUVEAU VOYAGE
on veut favoriser le coupable, on permet a
son plus proche parent de l'exécutér dans sa
mnaison. Un criminel qui obtient cette faveur
assemble sa famille et ses amis, 9 se
de
Ses plus riches vêtemens, fait
pare
un discours
pathétique air
sur sa situation, et, prenant un
gai et content, se découvre le ventre
et s'y fait de bonne
croix.
grâce une ouverture en
Kokura, par où nous
:
ainsi que nous' l'avons déja commençames' 2
dit; notre route
pour Jédo, étoit autrefois une grande ville.
Il n'y a plus que quelques restes de sa magnificence. Nous fames ensuite à Osacka,
ville la plus commerçante du
royaume et
prodigieusement peuplée. Les habitans sont
fort adonnés aux fêtes, aux spectacles, aux
divertissemens; aussi les Japonois la nomment-ils le théâtre des plaisirs. Toures' les
heures y-sont annoncées par le son de divers instromens; 5 chaque letire a son in'strument particulier. Nous yvimes detix fois
la comédie ils mélent, dans une suitel de
rôles, lés genres tragiques, opomitiques, lyri
ques, pantomimes; les intermédes sont des
ballets ou qmelghe-@aros-ibaufhrmne On voit
Japonois la nomment-ils le théâtre des plaisirs. Toures' les
heures y-sont annoncées par le son de divers instromens; 5 chaque letire a son in'strument particulier. Nous yvimes detix fois
la comédie ils mélent, dans une suitel de
rôles, lés genres tragiques, opomitiques, lyri
ques, pantomimes; les intermédes sont des
ballets ou qmelghe-@aros-ibaufhrmne On voit --- Page 191 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
sur leurs théâtres des décorations et des ma
chines surprenantes : ils font paroitre des
géans monstrnenx, des montagnes ambulantes, des villes peuplées et animées, etc.,
et : autres prodiges de ce genre que nous no
pouvons imiter que sur une toile immobile,
ou sur des théâtres de marionettes. La musique est très-bisarre, et composée de flhtes,
de fambours, de cymbales. ét de grosses clo:
ches; ce qui forme un charivari fort agréable
aux oreilles japonoises. D'Osacka à Méaco,
iqui n'en ést éloigné que de treize lieues, les
villages.sont si nombreux et se suivent de si
près, qu'ils forment comme une rue continuelle jusqu'à Méaco. Le lendemain nous
apperçumes cette dernière ville. Nous y arrivâmes par une grande rue que nous suivimes pendant plus de deux heures. Il étoit
fête ce jour-là : les femmes étoient bien mises avec dès robes de différentes couleurs,
des voiles de soie sur le front, et de grands
chapeaux de paille. Méaco est située au milieu d'une grande plaine; elle a une lieue de
longueur. Le palais du dairi, qui comprend
seul dix oil douze rues, est séparé de la ville
par des murs et des fossés. Méaco est le ma- --- Page 192 ---
NOUVEAU VOYACE
gasin général de toutes les marchandises du
Japon, et le centre'de tout le commerce. On
y bat la monnoie; on yimprime le cuivre;
on y fait les plus riches étoffes d'or et d'argert. Les meilleures teintures, les ciselures
les plus exguises, toutes sortes d'instrumens
de musique, les vernis, etc., se font dans
Cette ville, Les temples sont, en général, ici
d'une beauté
nairement surprenante : on y arrive ordipar des allées spacieuses,
téesdun doulle rang de cédres, et couvertes pland'un sable par. Ce qu'on appelle à Méace la
Tegode-Iinpériale, est un temple superbe
destinéà recevoir le cubo lorsqu'il est amené
par la dévotion. On y monte par un grand
escalier qui conduit à un édifice
jestaeux que le palais du souverain. plus maun jardin où l'art à rénni tous les
Iy i a
Plusieurs plantes rares, entrelacées agrémens. de
res, curieuses, embellissent les
piermens da parterre ;. mais rien sur-tout comparti- n'est
plus charmant pour les yeux qu'un rang de
petites. collines, formées à l'imitation de la
nathre, et couvertes des plus belles fleurs
du pays. C'est aux environs de Méaco
viennent le meilleur thé et le meilleur que ta:
'art à rénni tous les
Iy i a
Plusieurs plantes rares, entrelacées agrémens. de
res, curieuses, embellissent les
piermens da parterre ;. mais rien sur-tout comparti- n'est
plus charmant pour les yeux qu'un rang de
petites. collines, formées à l'imitation de la
nathre, et couvertes des plus belles fleurs
du pays. C'est aux environs de Méaco
viennent le meilleur thé et le meilleur que ta: --- Page 193 ---
AUTOUR DU MONDE
bac. A quelques lieues plus loin, 3 la nature
produit en abondance cette espèce de roseau
ou de bambou dont la racine sert à faire des
cannes. Nous vimes un enterrement d'un
homme du commun ; car l'usage est ici,
pour les personnes un peu aisées, de bruler
les corps sur un bucher. Le deuil se porte
blanc 3 comme à la Chine, et à peu près
pendant le même tems et de la méme manière. a Ce qui s'offrit à nous de plus remarquable, en suivant notre route et en avançantjusqu'à Togitz, estla grande et fameuse
rivière d'Osingava, la montagne de Fud-Si,
et le célèbre lac de Fakone. La montagne de
Fud-Si est une des plus hautes du globe terrestre. On compte six lieues depuis le pied
jusqu'au sommet : elle se termine en pointe
et à T'apparence d'un vrai cône; elle est couverte de neige presque toute l'année. Le lag"
de Fakone est peu éloigné de la ville d'Gdovars, oàl'on prépare le cachou parfumé. On
en fait des pillules, de petites idoles, des
feurs et d'autres figures : les femmes en
consomment beaucoup dans la persuasion
qu'il donne de la douceur à Thaleine. Le
cachou est un jus épaissi que les Hollan- --- Page 194 ---
NOUVEAU VOYAGE
dois et les Chinois
portent au Japon ; et
après la préparation qu'il reçoit dans les vilde Méaco et d'Odovara, où on le méle avec
de l'ambre, du camphre et d'aures ingrediens, ilsl Tachètent pour le transporter dans
d'autrespays. Aprèsayoir traversi uneplaine
immense, qui s'élend jasqu'à Jédo, nous
arrivâmes à cette capitale. En entrant dans
un des fauxbourgs, nous vimes une longue
rue irrégulière qui a la mer à droite et une
collineà gauche. A près avoir fait trois quarts
de lieue dans cette rue, nous nous arrétàmes dans une hotellerie, à la vue du port qui
présente une des plus bélles perspectives du
monde. Nous étant ensuite remis en marche, nous fimes frappés de la beanté des
rues qui devenoient plus larges et plus uniformes à mesure que nous entrions dans la
ville. Nous passâmes plusieurs ponts magnifiques.Jédoest, sans contredit, la plus grande
ville de l'empire, et le nombre de ses habitans est d'environ quinze cents mille; elle
est située à l'extrémité d'un golfe. La face
qui regarde la iner a la figure d'un croissant.
Une grande rivière qui la traverse, en, se
partageant en cing bras, va se jeter dans le )
ient plus larges et plus uniformes à mesure que nous entrions dans la
ville. Nous passâmes plusieurs ponts magnifiques.Jédoest, sans contredit, la plus grande
ville de l'empire, et le nombre de ses habitans est d'environ quinze cents mille; elle
est située à l'extrémité d'un golfe. La face
qui regarde la iner a la figure d'un croissant.
Une grande rivière qui la traverse, en, se
partageant en cing bras, va se jeter dans le ) --- Page 195 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
golfe. Le palais des monarques à cinq lieues
de tour : ce grand espace renferme une prodigieuse quantité de rues, de fossés, de canaux, de cours et de jardins. Cette vaste
étendue de terrain est occupée par trois enceintes; celle du milieu contient.le palais de
l'empereur. Dans le centre, est une haute
tour, divisée en plusieurs étages, et si richement ornée que, de loin, elle donne à
tout le château un air de magnificence qui
cause del l'admiration: : une multitude de toits
recourbés, avec des dragons dorés au som-,
met et aux angles, produisent le même ef
fet. La décoration intérieure des appartemens de Tempereur est simple, mais pleine
d'élégance et de gout : les plafonds et les COlonnes sont de cèdre, de camphre et de bois
de jéséri; ce dernier est d'une beauté singulière, ses veines forment naturellement des
fleurs et d'autres figures curieuses.
Ici, comme à la Chine, on est exposé à
être puni pour les crimes d'autrui. Si un criminel se dérobe à la justice par la fuite, le
chef de la rue est obligé de le poursuivre,
sous peine de répondre. personnellement de
son évasion. Unhomme qui tire lépée contre --- Page 196 ---
NOUVEAU VOYACE
un autre, quand même il n'auroit ni
ni
blessé,
frappé son ennemi, est condamné à mort.
Dès leurs plus tendres années on
les enfans à respecter, à chérir leurs accoutume
la piété filiale est
parens :
Chine.Nous
portée aussi loin qu'à la
avons déja dit que le point td'honneur porte aux actions les plus extraordinaires; en voici un exemple. Deux
mes eurent dispute
gentilshomcalier du
parce qu'en montant l'espalais impérial, ils se heurtèrent
avecl leurs épées. Nous crimes
se battre comme auroient
qu'ils alloient
peut-étré. fait deux
François; nous étions dans l'erreur. On
6e bat point au Japon ; il est une autre fa- ne
çon de montrer de la bravoure : celui
crut offensé tira son
qui se
le
poignard et s'en ouvrit
ventre; le second, sans répliquer,
autant.
en fit
Les productions naturelles sont au
à peu près les mêmes qu'à la Chine. Japon
situé sous un ciel peu favorable, seroit Cepays,
étre le plus misérable de
peutdustrie des
l'Asie, sans l'inhabitans : le besoin
actif leur à fait imaginer mille toujours
ces inconnues aux autres nations. Croiroit- ressouron qu'ils ont trouvé le moyen de faire des
gateaux
rit
ventre; le second, sans répliquer,
autant.
en fit
Les productions naturelles sont au
à peu près les mêmes qu'à la Chine. Japon
situé sous un ciel peu favorable, seroit Cepays,
étre le plus misérable de
peutdustrie des
l'Asie, sans l'inhabitans : le besoin
actif leur à fait imaginer mille toujours
ces inconnues aux autres nations. Croiroit- ressouron qu'ils ont trouvé le moyen de faire des
gateaux --- Page 197 ---
AUTOUR DU MONDE
gateaux excellens avec une mousse qui se
aux environs de
trouve sur des coquillages
Jédo. Lai mer quienviropnel le Japon est perpétuellement agitée et sujette à d'affreuses
tempêtes, ce qui, joint aux écueils nombreux dont elle est parsemée; en rend la navigation très-périlleuse. Les tremblemens de
terre sont si fréquens ici que les habitans y.
sont habitués au point de les craindre peu,
quoiqu'ils soient assez violens quelquefois
renverser des villes entières. I y a enpour
ans
la ville de Jédo
viron soixante-cinq
que
fut presqueabimée; ; plus de deux cents mille
persounes périrent sous ses ruines. La.qualité sulphureuse du terroir donne naissance
à toutes sortes de métaux et de minéraux. La
longueur de ce royaume est d'environ deux
cents soixante lieues, a etsal largeurdesoixantedix. Outre les provinces qui forment ce qu'on
appelle proprement le Japon, il y a dautres contrées plus éloignées qui sont ou de
la dépendance, ou sous la protection de cet
empire : telles sont la terre d'Yesso et la péninsule de Kamtschatka. Ont souvent confondu ces deux pays, qui sont néanmoins
trés-distingnés les uns des autres : le prel'ome IL.
N --- Page 198 ---
2 194
NOUYEAU VOYAGE
mier est une ile voisine du Japon; le Second, beaucoup plis à Torient, tient au
coninent par la Tartarie Moscovite. Au
mici de cette péninsule est la' nation des
Kuriles O1 Kurilski : au nord sont les Kor
jaki, qui s'étendent aussi dans toute la partie occidentale. Nous n'avons point vu ces
trois pays; mais vuici ce que nous en àvons
appris. Les Yessois sont des Sauvages quiviventu uniquement de la pèche. Le pays de Kurilski, que quelques personnes ont cru contigu au Japon, quoiqu'il en soit séparé
Tile d'Yesso et par un bras de mer, est AuE
bité rar diverses nations dont quelques-unes
paient un tribut à la Russie. Celle que les
Moscovites appellent Kuriles est regardée
comme une colonie de Japonois. Ce sont
encore des peuples sauvages, ainsi que les
Korjaki, établis dans la partie septentrio-.
nale de la terre de Kamtschatka. Cette dernière contrée confine avec l'Amérique par
un isthme rempli de montagnes escarpées
et presquinaccessibles : on croit que cet
par là que les" premiers honmes ont- passé
dans le nouveau monde; d'autres préiendent
gu'entre l'Amérique et le pays de Kamts-
ie de Japonois. Ce sont
encore des peuples sauvages, ainsi que les
Korjaki, établis dans la partie septentrio-.
nale de la terre de Kamtschatka. Cette dernière contrée confine avec l'Amérique par
un isthme rempli de montagnes escarpées
et presquinaccessibles : on croit que cet
par là que les" premiers honmes ont- passé
dans le nouveau monde; d'autres préiendent
gu'entre l'Amérique et le pays de Kamts- --- Page 199 ---
AUTOUR DI U M ONDE
chatka, il y a un bras de mer, et que c'estlà qu'est le passage qu'on cherche depuis si
long-tems deJa mer du Nord dans le grand
Océan des Indes; mais ce passage n'existe
pas.
des mémes caractè.
On se sert au Japon
res qu'à la Chine pour l'écriture, et la méthode d'imprimer est à peu près la même
dans les deux empires. Al l'égard de la langue, celle des Japonois paroit: originale et
primitive; et semble n'avoir aucune analogie avec celles qui se parlent dans l'Orient,
à l'exception de quelques termes qu'ils ont
ompruntés de leurs voisins : leurhabillement
est presqu'en tout conforme à celui des
Chinois. Les Japonois forment un peuple
guerrier qui pousse le courage jusqu'à l'audace, et méprise la mort au point de se la :
donner pour des causes très-légères.
Notre intention étant de parcourir la Tara
tarie dès que nous fàmes de retour à Nan:
gasaqui, nous nous embarquâmes pour le
royaume de Corée, qui touche à celui du
Japon, et qui se trouvoit êtr'e notre chemin
pour la Tartarie. Nous arrivâmes en peu de
tems à King-Ki-Tau, capitale de la (orée,
N 2 --- Page 200 ---
NOUVEAU VOYAGE
qui est une presqu'ile qui ne tient à la terre
que par une montagne impraticable. Ce
royaume a cent quatre vingt lieues de longueur, - du nord au midi, et cent vingt dans
sa plus grande-largeur ; il est séparé de la
Chine par une grande palissade de bois qui
sert de limite aux deux états. On y compte
environ cinquante villes qui ont la mnême
forme, et sont revétues de murs dans le méme goût que les villes chinoises. Le climat
y est très-froid, sur-tout dans les contrées
septentrionales. Ce royaume a souffert plusieurs révolutions : tantôt esclave, tantôt in:
dépendant des Chinois, il a été presque toujours en guerre avec eux; il est aujourd'hui
tributaire de la Chine. Comme les productions, les, niceurs 9 les usages, les loix, sont
assez semblables à ce que nous avons vu à la Chine, nous n'en donnerons point une
description particulière. --- Page 201 ---
AUTOUR DU M O N D :.
CH APIT RE XVI
De la Tartarie, de la Sibérie et de la
Nowvelle-Zemble:
Pouxnous rendre de la Corée dans la Tartarie, il nous fallut parcourir des terres im:
menses. Enfin, nous apperçhmes la ville de
Mugden, la seule de la province de ce nom
qui mérite le nom de ville : son voisinage de
la Corée la rend fort commerçante. Avant
de rendre compte de ce que nous y avons vu
de plus remarquable, il n'est pas hors de
de donner une idée générale de la
propos
Tartarie, qui est la Scythie des anciens.)
Nous avons déja eu occasion, dans le récit
de notre voyage à la Chine, de parler des
Tartares Mantcheoux, qui, dans le siècle
passé, en ont fait la conquête. Les opinions
sont partagées sur T'origine de ce peuple :
les uns le font venir d'une nation de SauvaN 3
ce que nous y avons vu
de plus remarquable, il n'est pas hors de
de donner une idée générale de la
propos
Tartarie, qui est la Scythie des anciens.)
Nous avons déja eu occasion, dans le récit
de notre voyage à la Chine, de parler des
Tartares Mantcheoux, qui, dans le siècle
passé, en ont fait la conquête. Les opinions
sont partagées sur T'origine de ce peuple :
les uns le font venir d'une nation de SauvaN 3 --- Page 202 ---
NOUVEAU VOYACE
ges, qui habitoit la partie orientale de la
Tartarie; d'autres le font descendre des anciens
Tartares, 9 dontl'enipire àvoit été presqu'aussi étendu que celui de la Chine. Il est
d'antres
Tartares, appelés Mongols : 9 qui
habitent la partie occidentale, et se divisent
en différentes branches, dont les unes sont
soumises à T'empereur de la Chine, les autres à des kans ou souverains particuliers:
ainsi ce qu'on nomme proprement Ja grande
Tartarie est composé de deux nations, Jes
Mantcheoux et les Mongols, et comprend
plus d'un tiers de l'Asie; sa longueur, d'orient en occident, est. d'environ douze cents
lieues, et sa largeur, du nord au midi, en
comprend près de trois cents. Malgré cette
vaste étendue, la Tartarie en'approche pas de
ce qu'elle étoit sous le fameux
Conduits
Gengis Kan. a
par ce conquérant, ces peuples se
rendirent célèbres sous les noms de Mongolset deTartares. Dansla'suite ce grand empire étant tombé en ruine, toutes les puissances voisines en ont nsurpé quelques
ties; et de cette immense région, plus par- de
la nuoitié appartient actuellément aux Chinois et aux Russes. La Tartarie orientale, --- Page 203 ---
AUTOUR DU M ON D E.
ou sont les Tartares Mantcheoux, peut
étre regardée comme nne province de Teinpire chinois; elle est divisée en trois grands
gouvernemens. 'Le premier a pour capitale
la ville de Mugdlen, qui peut mêine passer
pour celle detoute la nation. LesMantcheoux
y ont établi les mémes cours souveraines qu'à
Péking, composées des seuls habitans natuen derrels du pays : ces tribunaux jugent de la
nier ressort dans toutes les contrées
Tartarie, sonmises à la dominafion chinoise. Les commandans ont ici le nom de
mandarin. Nous renouvellàmes en cette ville
nos provisions, et nous entràmes ensuitedans
de Kirin-Ula, quiestles sele golvernement Mantcheoux. Nous n'y arricond'p pays des
vâmes qu'après une marche très-fatigante,
à travers des foréis et des plaines désertes.
Cette ville n'offre rien de remarquable, non
celle dé Ninguta: les murs en sont
plus que
de.
de terre, et les bâtimens ont plutôt Tair
chanmières que de maisons : c'est-la que
Tempereur envoie tous les criminels chinois
et tartares qui sonit condamnés au bannissement.
Nous continulmes notre route toujours
N 4
pays des
vâmes qu'après une marche très-fatigante,
à travers des foréis et des plaines désertes.
Cette ville n'offre rien de remarquable, non
celle dé Ninguta: les murs en sont
plus que
de.
de terre, et les bâtimens ont plutôt Tair
chanmières que de maisons : c'est-la que
Tempereur envoie tous les criminels chinois
et tartares qui sonit condamnés au bannissement.
Nous continulmes notre route toujours
N 4 --- Page 204 ---
NOUVEAU VOYAG E
par des pays déserts. Nous trouvâmes seulement plusieurs rivières que nous passàmes, tantôt à gué, tantôt dans des barques:
celle qui se nomme Usuri est, sans contredit, la plus belle de cette contrée,
la
par
longueur de son cours. Nous parvinmes enfin à Tsi-Tsi-Kar, troisième
gouvernement
des Tartares Mantcheoux; ; il tire son nom
d'une ville neuve, bâtie parl'emperenr CangHi, pour assurer ses conquêtes contre les
Tartares. A quélque distance
bords
de-là, sHr les
du Saghalia, il est une autre ville du
nom de cette rivière, où se vendent les martres-zibelines, qui sont ici plus belles que
par-tout ailleurs. Mer-Ghen, autre grande
ville de ce gouvernement, est assez
plée, mais mal bâtie. Outreles
peuMantcheoux,
on trouve encore d'autrés Tartares nommés Solons et Tunguts. Les Solons
adroit et robuste, ne connoissent d'antre 9 peuple
OCcupation que la chasse : leurs femmes montent à cheval, 9 tirent de l'arc, et
accompagnent leurs maris à la poursnite des martres
et des cerfs. LesTunguts ou Tunguses, ainsi
appelés d'un fleuve de Sibérie, d'oi Ces Tartares tirent leur origine, cainpent dans les --- Page 205 ---
AUTOUN DU M ON DE.
bois ou sur le bord des rivières. La langue
des Mantcheoux est la même que les Tartares ont apportée à la Chine. Une singularité de la langue tartare, et qui la rend trèsféconde, c'est d'exprimer d'an seul mot ce
qui demande ailleurs de longues périphrases
ou circonlocutions. Par exemple, veut-on
dire qu'un chien a le poil des oreilles long
et épais, c'est assez du mot Tayha. Un mot
exprime deux ou trois qualités ensemble. .On
trouve ici des élans de la grosseur de nos
boeufs. Le chulon est un autre quadrupède
qui a la forme et la couleur du loup; son
poil est long, doux et épais; sa peau est
recherchée des Russes et des Chinois qui en
font de fort belles fourrures. Nous ne devons
oublier les renards noirs qu'on voit ici
pas
cn assez grand nombre :leur fourrure passe
pour la plus précieuse; et on la préfère à
la martre-zibeline, parce qu'elle est plus
chaude et plus légére. Nous y vimes aussi
des lièvres blancs conime la neige sur laquelle ils couroient.
Au sortir de la Tartarie, nous passàmes
ensuite chez les Mongols, peuples voisins
des Mantcheoux, et qui occnpent la Tarta-
oublier les renards noirs qu'on voit ici
pas
cn assez grand nombre :leur fourrure passe
pour la plus précieuse; et on la préfère à
la martre-zibeline, parce qu'elle est plus
chaude et plus légére. Nous y vimes aussi
des lièvres blancs conime la neige sur laquelle ils couroient.
Au sortir de la Tartarie, nous passàmes
ensuite chez les Mongols, peuples voisins
des Mantcheoux, et qui occnpent la Tarta- --- Page 206 ---
NOUVEAU VOYAGE
rie occidentale. Les Mongols sont, ainsi
que nous l'avoris dit, immédiatement soumis anx Chinois, ou plutôt ce sont eux qui,
donnant aujourd'hui des loix à la Chine, sont
soumis à eux-mémes, puisrue c'est à leurs
descendans qu'ils obéissent. Ce sont eux qui
ont établi la plupart des monarchies asiatiques et spécialement celle du Mogol : c'estlà que le fameux
F:
empire de Gengis-Kan a
pris naissance ei qail a eu son siège principal; c'est-là que les arts et ies sciences ont
étélong tems cultivés, que toutes les richesses de l'Asie furent plusieurs fois réunies et
dissipées, et que se sont passées les plus
grandes actions que l'histoire attribue aux
Tartares de l'Orient et delOccident. Mais
les guerres que ces peuples ont eues à Soutenir, soit contre les Mantcheoux, soit contre les Chinois, et plus que tout cela, leurs
propres divisions, ont changé cette région
florissante en une vaste solitude. LesMongols
occupent une plus grande étendue de pays
que les Tartares orientaux. On comprend
sous leur nom les Kalkas et les Eluths ou
Kalmouks, quihabitent les parties sdel l'ouest,
jusqu'à la mer Caspienne; ils ont tous le mé. --- Page 207 ---
AUTOU R D'U U MI O N D E.
me. langage età peu près les mémes moeurs;
ils mènent une vie errante : leurs troupeaux
suffisent à leur subsistance; ils sont d'une
taille médiocre, 1 mais" robuste, ont la face
large et plate, peu de barbe, le tein basané,
noirs et aussi forts que le crin
les euzveux
-ligion de leur pays, 9
de leurs jumens. La As J
ainsi que celle des Mantcheoux, consiste
dans le cultede Foë que le peuple suit à la
Chine. La partie de la Tartarie qui tire son
nom de la rivière de Kalka, offroit autrefois
plusieurs villes qui n'existent plus : nous
cherchâmes en vain les ruines de Kara-Korum, ancienne capitale de l'empire des Tartares. Ce que nous avons dit du DalaiLama,
souverain pontife du royaume de Boutan *
peut également convenir at Khoutouktou 5
grand-prétre des Mongols Kalkas. Il est une
autre nation de Mongols, > plus occidentale
que les Kalkas, nommée les Eluths o'u les
Kalmouks. Cepays comprend Hla plus grande
partie des vastes régions qui portent en Eu:
rope le nom de grande Tartarie. Soon extré
me élévation le rend beaucorp plus froid que
les autres terres situées sous la même latitude: une seule nuit d'été pooduit quelque-.
outouktou 5
grand-prétre des Mongols Kalkas. Il est une
autre nation de Mongols, > plus occidentale
que les Kalkas, nommée les Eluths o'u les
Kalmouks. Cepays comprend Hla plus grande
partie des vastes régions qui portent en Eu:
rope le nom de grande Tartarie. Soon extré
me élévation le rend beaucorp plus froid que
les autres terres situées sous la même latitude: une seule nuit d'été pooduit quelque-. --- Page 208 ---
204 : NOUVE A U VOYAGE
fois de la glace delépaisseur d'un écu. C'est
à cette même hauteur qu'il faut attribuer la
multitude etl Timmensité de ses déserts: quoique la plupart des grandés rivières d'Asie
tirent leur source, ils
en
manquent d'eau dans
une infinité d'endroits. La manière de vivre
des Eluths diffère peu de çelle des autres
Mtongols : leurs huttes ou leurs tentes sont
les mémes. Tous les Tartares, en général,
et particulièrement ceux-ci, sont hospitaliers et ne cherchent à nuire à personne. La
grande Tartarie offre en quelques endroits
de petites montagnes , sur lesquelles on
trouve des squelettes humains,
accompagnés de vases d'or et d'argent, et de joyaux
précieux : queljues-uns croient que ce sont
les corps des héros du pays qui sont morts
dans les combats. On les distingue à l'amas
de pierres dont ils sont couverts : on ignore
quand et par qui ces batailles ont été données; on assure que Tamerian en a livré
plusieurs aux Kalmouks, sans avoir pu les
conquérit. Comme ces monumens ne s'accordent point avec la situation présente des
habitans. Nous les avons pris pour les tombaanx des Mongols qui accompagnèrent --- Page 209 ---
AUTOUR D U M O N D. E.
Gengis-Kan dans les provinces méridionales de l'Asie. Ces conquérans ayant enlevé
toutes les richesses desepeuples vaincus, les
transportèrent dans leurs déserts et les enterrèrent avec leurs morts, conformément à
l'ancien usagel de leur nation. Le souverain
des Eluths est appelé le grand kan des Tartares. Cette nation peut être divisée en trois
branches, les Eluths dont nous venons de
parler, les habitans du Tibet ou royaume de
Boutan, qui sont gouvernés par le grand
lama ou plutôt par des princes qui relèvent
de ce pontife ; la troisième. branche, horde
ou tribu, qui habite le pays de Karazm et
d'Usbek, a aussi ses maitres particuliers.
Les terres du grand kan des Tartares sont
bornées par trois des plus puissans empires
del'univers, au nord parla Russie, à l'orient
par la Chine, et au midi par celui du GrandMogol ; elles sont séparées des deux premiers
par des plaines désertes, et du troisième par
des montagnes inaccessibles. Nous ne par:
lons pas ici du Tibet, parce que nous avons
dit ce qu'il y a de plus intéressant au sujet
de ce pays, dans le récit de notre voyage au
terres du grand kan des Tartares sont
bornées par trois des plus puissans empires
del'univers, au nord parla Russie, à l'orient
par la Chine, et au midi par celui du GrandMogol ; elles sont séparées des deux premiers
par des plaines désertes, et du troisième par
des montagnes inaccessibles. Nous ne par:
lons pas ici du Tibet, parce que nous avons
dit ce qu'il y a de plus intéressant au sujet
de ce pays, dans le récit de notre voyage au --- Page 210 ---
NOUVE A U VOYAGE
royaume de Boutan, qui en est la partié
principale et la plus curieuse.
Enfin, nous poussâmes notre route jusqu'à Urgenz, capitale du royaume de Karazm : et qui n'est qu'à vingt lieues de la
mer Caspienne. Cette ville n'offre rien de
remarquable, non plus qne les antres villes
du Karazm, habitées par les Turcomans et
les Tartares d'Usbek : les premiers tirent
leur origine du Turquestan, d'où l'on croit
qu'est sortie la branche ottomane. Le Turquestan a pour capitale une ville du même
nom, située près de la rivière de Sir : cetté
rivière se jette dans le lac d'Aral ou des Aigles, qui la presque la méme forme que la
mer Caspienne et environ le quart de sa
longueur; ; c'est un des plus grands lacs de
'Asie septentrionale : on luidonne au moins
trente lieues du nord au midi,et quinze de
l'orient à l'occident. Le Sir est la rivière que
Iles Moscovites nomment Daria. Non loin du
royaume de Karazm est la grande Bukkarie, oùt se trouvent les villes de Bokhara,
de Samarcande et de Balk. La première est
fort grande; ses murs sont de terre et assez --- Page 211 ---
AUTOUR DU M ONI I) E.
élevés : le kan y fait sa résidence. La fameuse ville de Samarcandea beaucoup perdu
de scn ancienne magnificence; elle a été la
capitale de l'empire de Tamerlan; elle est
encore aujourd'hui fort considérable et trèspenplée : il y a une académie des sciences,
la plus célèbre et la plus fréquentée de tous
les pays mahométans; on y va faire ses études de toutes les parties de la Perse, du Mogol et de la Turquie : son terroir produit des
fruits excellens ; on vante sur-tout ses melons; ainsi que ceux du royaume dé Karazm:
ces derniers se conservent long-tems et se
transportent à Astracan et à Pétersbourg.
C'est à Samarcande que se fabriquele meilleur papier de soie de toute T'Asie; mais
pour faire fleurir le commerce à Samarcande, il lui faudroit d'autres maitres que les
Tartares. Balk, à présent la plus considérable de tontes les villes possédées par lcs
Tartares mahométans, est grande, belle et
bien penplée; : la plupart de ses bâiimens.
sont de pierre ou de brique : le château du
kan est un grand édifice à l'orientale, bàti
presqu'entièrement de narbre qui se tire
d'une montagne voisine. Cette ville est de-
lui faudroit d'autres maitres que les
Tartares. Balk, à présent la plus considérable de tontes les villes possédées par lcs
Tartares mahométans, est grande, belle et
bien penplée; : la plupart de ses bâiimens.
sont de pierre ou de brique : le château du
kan est un grand édifice à l'orientale, bàti
presqu'entièrement de narbre qui se tire
d'une montagne voisine. Cette ville est de- --- Page 212 ---
NOUVEAU VOYAGE
venue le centre de tout le commerce qui se
fait entre la Bukkarie et les Indes. On, a
donné le nom de petite Bukkarie à un pays
voisin, qui a beaucoup plus d'étendue que
la grande; c'est sans doute parce qu'il lui
est inférieur par le nombre des
villes, 2 la
bonté du terroir et la multitude des habi:
tans : Kashgar en étoit la capitale; à présent
c'est Yarkien. Comme cette place étoit le
centre du commerce entre les Indes et le
nord de l'Asie, entre le Tibet et la Sibérie,
entre la grande Bukkarie et la Chine, elle
est fort péuplée et fort riche.
Nous avions fixé dans la ville d'Urgenz le
centre de toutes nos courses dans cette partie de la Tartarie: : ce fut là quie nous recueillimes toutes les observations curieuses sur la
merCaspiennequenousallonsmetre: ici sous
les yeux du lecteur. On dit que cette mer;
depuis qu'elle reçoit les eaux de tant de fleuves, auroit du grossir d'une manièré sensible, et inonder la Perse et même toute l'Asie,'si elle ne se déchargeoit par des canaux
souterrains. La difficulté, ajoute-t-on, est
de savoir sous quel pays coulent ces canaux
et avec quelle mer elle communiqne. Ceux
qui --- Page 213 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
qui soutiennent que cette décharge est sous
la Géorgie, dans la mer Noire. fondent leur
sentiment, 1°. sur le peu de distance qu'il
y.a d'une mer à l'autre; sur les courans
qu'on trouve dans le Pont-Euxin, et qui
sont poussés d'orient en occident, principalement sur celui du. détroit de Constantinople. La mer Noire, enflée par cette prodigieuse quantité d'eau que la mer Caspienne
lui envoie sous terre, est elle-méme obligée
de se décharger, par ce canal, dans la mer
de Marmora. D'autres prétendent que la mer
Caspienne se. vide sous la Perse, et communique, par un chemin de quatre cents lieues
sous terre , avec l'Océan des Indes, vers le
golfe Persique; voici la raison qu'ils en ap:
portent : les personnes qui habitent le long
de ce golfe apperçoivent tous les ans une
grande quantité de feuilles de saule, espèce
d'arbre entièrement inconnue dans cette partie de la Perse, et dont, au contraire, les
bords de la mer Caspienne sont tous ombragés. Quantà nous, nous présumons que
cette mer n'a aucune communication, et
que Ja seule évaporation dans un climat si
chaud, lui fait perdre autant d'eau qu'elle
Tome I1.
O
personnes qui habitent le long
de ce golfe apperçoivent tous les ans une
grande quantité de feuilles de saule, espèce
d'arbre entièrement inconnue dans cette partie de la Perse, et dont, au contraire, les
bords de la mer Caspienne sont tous ombragés. Quantà nous, nous présumons que
cette mer n'a aucune communication, et
que Ja seule évaporation dans un climat si
chaud, lui fait perdre autant d'eau qu'elle
Tome I1.
O --- Page 214 ---
NOUYEAU VOTAGE
en reçoit des rivières qui s'y jettént.
ainsi sans doute
C'est'
nes sont aussi-r que l'Océan, dont les borreglées que celles de la mer
Caspienne, se décharge des eaux
les fleuves y
que tous
apportent. La
de
mer
longueur
la
Caspienne est d'environ cent
lieues du nord au midi,
cinquante
cinquante de
sur quarante où
seuls
largeur : les Russes sont les
peuples qui y naviguent;-les
et les autres habitans de
Persans
que des bateaux,
ses bords n'y ont
environs
pour la pêche. C'est des ende la mer
cette' partie de la Caspienne, et de toute
peuple célèbre
Tartarie, qu'est sorti un
qui a établi de
narchies dans T'Eprope;
puissantes modans-TAsie et dans
TAfrique; qui a' contribué à lai destraction
de T'empire d'Occident, ruinécelui des
fes, -: ravagé la France, HItalie, là CaliGermanie; un peuple qui-a subsistéavec éclat
dant plus de deux mille
pen:
anss.etiqui, depuis
Pdkingjusqu' 'à Paris, sous les noris del
de Turcs, d'Alains,
Huns,
de.Vandales let de Tartares occidentanx, a répandu
dans tous les lieux où ses armes lépouvante
tré. Il est fait mention de
ont péné.
ce peuple dès les
premiers tems des annales chinoises,
sous --- Page 215 ---
AUTOUR 1 DU M 0' NI DE.
le nom de Huns. Les Tartares occidentaux,
étoient
qui sont à venus ravager T'Europe,
différens chefs dont les' plus
gouvernés par Balamir, Aspar et Attila: :
fameux furent
des Tartares occidentaux périt en
l'empire
nations
avoient
Europe avec Attila;les
qu'ils
vaincues secouèrent leur joug: Les Huns se
détruisirent alors par leurs divisions; ils se'
dispersèrent dans les plaines situées au nord
de la Circassie, du Pont-Euxin et du' Danube, où ils se confondirent avec d'autres barbares. D'autres colonies de cette nation s'62
endroits de la
toient dispersées en plusieurs
Tartarie : dâns la suite elles ont reparu sous
des noms différens ; mais celui de Huns s'est
entièrement perdu; il.a été remplacé par
celui de Turcs : leur chef prit le titre de
kan,
portèrent tous ses successeurs. Ils
que du côté de l'occident, et enlevè
pénétrérent Califes la
de leurs provinrent aux
plupart
ces. De simples esclaves turcs s'emparèrent
de T'Egypte; d'autres se rendirent maitres
Khorasaniet d'une partie des Indes : ils
du
branches ; l'une
se partagèrent en plusieurs
fxa dans la Perse, toujours à titre de conse
S 'étendit depuis An;
quête, et sa domination
0 a
esseurs. Ils
que du côté de l'occident, et enlevè
pénétrérent Califes la
de leurs provinrent aux
plupart
ces. De simples esclaves turcs s'emparèrent
de T'Egypte; d'autres se rendirent maitres
Khorasaniet d'une partie des Indes : ils
du
branches ; l'une
se partagèrent en plusieurs
fxa dans la Perse, toujours à titre de conse
S 'étendit depuis An;
quête, et sa domination
0 a --- Page 216 ---
NOUVEAU VOYAGE
tioche jusqu'au
Turquestan; une autre n'a
été arrêtée que par le détroit de Constantinople, et a enlevé aux Grecs toute l'Asie
mineure ; enfin, une troisième a formé un
empire dans la Syrie. L'invasion de ces barbares. désola les contrées orientales. L'Europe mit sur pied des armées innombrables
qui, sous le nom de croisés, s passérent en
Asie et chassèrent les Turcs de la Palestine.
Dans ces circonstances, Gengis-Kan sortit
du fond du Turquestan, traversa d'immenses pays, et inonda, comme un torrent,
toute l'Asie. Ses fils continuérent ses grands
projets, et soumirent le vaste empire dé la
Chine. La Perse fut conquise 9 l'Asie mineure désolée, la Russie réduite en province, et laHongrie. ravagée. Des Turcs sortirent alors des montagnes où ils s'étoient sauvés et jetèrent les fondemens de l'empire ottoman : d'un autre côté, le Turquestan vit
s'élever un chefde horde qui renversa l'empire de Gengis - Kan. Tamerlan parcourut
l'Asie et fonda un empire puissant dont les
débris donnèrent ensuite naissance à celui
des Indes. Les princes de sa postérité règnent
encore aujourd'hui dans la Tartarie, qu'ils --- Page 217 ---
AUTOUR D U M ONDE.
partagent avec les descendans de GengisKan. Tel est le tableau des grandes révolutions qui ont rendu cette partie de l'Asie le
plus célèbre pays de l'univers. 1
En quittant la rive orientale de la mer
Caspienne, nous nous embarquàmes pour
nous rendre dans la Siberie, et nous avançâmes vers le nord à la hauteur de Casan.
Cette ville étoit, sous Gengis-Kan, Tamerlan et leurs successeurs 1 la capitale d'une
partie de la Tartarie et la résidence de la
famille royale : elle fut prise par les Moscovites vers le milieu du seizième siècle; elle
est restée depuis sous leur domination. Casan ne conserve plus que quelques restes de
son ancienne opulence; elle est située sur
la rivière de Casanka, qui lui donne son
dans
nom ainsiqu'à tout le pays, et va se jeter
le Volga, qui en est peu éloigné: : la cathédrale et le palais de l'archevèque n'ont rien
digne de remarque. Outre les Tartares mahométans, il y a ici différentes tribus de
Tartares 1 savoir, les Tchérémisses, les -
Tchouvaches et les Votiakes. Quoique la
ville de Casan soit beaucoup plus méridionale que Pétersbourg, le froid y est cepen:
O 3
iqu'à tout le pays, et va se jeter
le Volga, qui en est peu éloigné: : la cathédrale et le palais de l'archevèque n'ont rien
digne de remarque. Outre les Tartares mahométans, il y a ici différentes tribus de
Tartares 1 savoir, les Tchérémisses, les -
Tchouvaches et les Votiakes. Quoique la
ville de Casan soit beaucoup plus méridionale que Pétersbourg, le froid y est cepen:
O 3 --- Page 218 ---
A
NOUYEAU VOITAGE
dant infiniment plus vif. De Casan nous ftimes à
Catherinebourg, autre ville de l'empire de Russie, fondée en 1723 par Pierre
le Grand, dans la province de Tobolsk. On
peut la regarder comme le centre de toutes
les fonderies et mines de la Sibérie : c'est la
grande quantité de ces mines qui distingue
principalement la Sibérie; les plus considérables sont de cuivre et de fer.
En tirant au sud-est, nous arrivâmes à
Verchatoure. Ce qui rend cette villeun
importante, c'est qui'il faut absolument peu
passer pour aller de la Russie dans la Sibé: y
rie. Au bout de quatre journées nous nous
trouvâmes à Tobolsk, capitale de la Sibérie,au confluent de l'Irtish et du Tobol,
dont elle a pris le nom. Il y a ici des négocians qui font.un grand commerce sur
les frontières de la Chine. Les arts ne sont
point inconnus en Sibérie; ils y ont été
tés par plusieurs exilés et par les prisonniers porsuédois, pris à la bataille de Pultava. La Sibérie changea alors tellement de face
les Moscovites
que
y envoyèrent leurs enfans,
comme à une excellente école.
La difficulté des chemins nous empêcha --- Page 219 ---
AUTOURIDUS M O - N D K.
215:
d'aller plus.avant de ce côré: nous descendimes FIrtish jusqu'à la ville de Tomsk. Il
est peui aide villes mieux placées pour lei commerce ; c'est le chemin de toutes les caravanes de la Chine pour la Russie,et de la
Russie pour la Chine : il faut y passer égae
lement lorsqu'on vient de l'orient ou du nord
de la Sibérie. En avançant vers l'orient, la
première ville un peu considérable que nous
rencontràmes fut Yéniseiks. Le pays est ici
très-bien cultivé; en général, il-s'en faut
bien quela Sibérie soitaussi affreuse qu'on se
la présente en Europe. Les Tartares de ces
contrées, et même toute la cavalerie. sibérienne, s'appellent Cosaques. On trouve à
Yéniseiks de fréquentes occasions de voya-.
ger dans le nord de la Sibérie, en s'embarquant sur le Kéat, rivière navigable qui se
jette dans TOby ; mais nous ne crûmes pas,
fort intéressant de voir les peuples-presque
stupides qui habitent cette partie de la Sibérie, sous les noms d'Ostiakes et de Samoyèdes. Nous préférâmes de descendre la
rivière d'Yénisei, et de nous rendrel à Krasnoyarkt, et de-là au lac de Baikal: celac a
dix ou douze lieues de largeur dans quel
O 4
Kéat, rivière navigable qui se
jette dans TOby ; mais nous ne crûmes pas,
fort intéressant de voir les peuples-presque
stupides qui habitent cette partie de la Sibérie, sous les noms d'Ostiakes et de Samoyèdes. Nous préférâmes de descendre la
rivière d'Yénisei, et de nous rendrel à Krasnoyarkt, et de-là au lac de Baikal: celac a
dix ou douze lieues de largeur dans quel
O 4 --- Page 220 ---
NOUYEAU
VOYAGE E
ques endroits, dans d'autrés sept à huit; il
reçoit la Selinga et quantité d'autres rivières
qui viennent du sud; l'Angara est la seule
qui en sorte. Les principanx
bitent les environs du
peuples quihade
Baikal, comme sujets
T'empire de Russie, sont les
1 les Bratskains et les
Bourates, 9
Yakoutes; ils
toute l'année avec leurs
campent
nière des
troupeaux à la maArabes : ils ont le visage plat, de
petits yeax, et de long cheveux noirs
tressent et qui leur
qu'ils
pendent sur les
Il n'y a - rien qui soit digne de épaules.
dans les villes
remarque
qui sont aux environs du
lac Baikal.
: Nous tirâmes au
nord-ouest, ét non loin
du lac nous vimes la Léna, rivière fameuse
qui, par sa grandeur, de méme
que par sa
longueur, ne le cède à aucun des plus grands
Hleuves; elle prend sa source à quelque distance du lac, et va se jeter dans l'Océan
septentrional : le chemin qu'elle
est d'environ' huit cents
elle parcourt
lieues;
est navigable par-tout. La ville d'Yakoutsk,
tale de la province de ce
capinom, est située
près de cette rivière, qui dans cet endroit
a trois lieues de Jargeur : l'hiver y est très-" --- Page 221 ---
AUTOUI R 7 D U MON DE:
217:
long, et la gélée si violente,.que, 9 dans le
mnois dè juin méme, la terre est encore gélée à quinze ou dix-huit pouces de profondeur: C'est dans cêtte contrée qu'on trouve
des zibelines; c'est une espèce de belette ou
de martre de la grosseur d'un écureuil: : ces
zibelines vivent dans des trous, comme les
belettes, les hermines et les autres animaux
de ce genre.
Ce fut sur la Léna que nous nous embarquâmes pour aller parcourir et visiter les
côtes de la mer Glaciale. Avant de faire le
récitdece voyage, il nous reste une réflexion
générale à faire sur la Sibérie; c'est que s'il
est vrai que vers le nord il y a une infinité
de déserts qui n'ont d'autres bornes que les
rivières et TOcéan, on ne peut s'empécher
d'être ravi d'admiration en portant ses regards sur les provinces méridionales. Dans
l'espace d'environ deux siècles, les Russes
ont changé ces déserts en villes peuplées :
on y en compte près de soixante, sans par:
ler de trois mille bourgs, forts ou villages.
Les fatigues que nous essuyâmes dans notre voyage de la mer du Nord sont au dessus
dei toute autre expression ; nous en suppri-.
les
rivières et TOcéan, on ne peut s'empécher
d'être ravi d'admiration en portant ses regards sur les provinces méridionales. Dans
l'espace d'environ deux siècles, les Russes
ont changé ces déserts en villes peuplées :
on y en compte près de soixante, sans par:
ler de trois mille bourgs, forts ou villages.
Les fatigues que nous essuyâmes dans notre voyage de la mer du Nord sont au dessus
dei toute autre expression ; nous en suppri-. --- Page 222 ---
ROUTEAWVOYAGI
merons toutes les minncieuses circonstances. Avant d'argiver à,la Nouvelle-Zemble,
nous découvrimes une petite ile où plusieurs
croix, plantées sur le
rivage, étoient des 1
preuves que d'autres voyageurs y avoient
abordé. Les glaces s'étant séparées le jour
snivant et les glaçons commençant à flotter,
nous craignimes de demeurer pris au milieu
de tantde masses, et nous nous hâtâmes de
quitter ce parage. Nous fimes de nouveaux
efforts, pour avancer vers la côte, où nous
déscendimes à terre avec une bonne provision d'eau-de-vie, de biscuit, de poudre et
de plomb. Nous y tuâmes un ours blanc et
quelques renards de la même couleur. Le
froid se faisoit cependant sentir d'une manière si violente que nous nous crûmes condamnés à périr dans cette affreuse contrée :
nos habits étoient blancs de verglas; il fallut
passer ainsi, sans découvrir aucune trace
humaine, plusieurs jours terribles. Enfin,
T'air vintà. se radoucir. Nous ne pensons 7
pas
que ce pays ait jamais été habité : les Samoyèdes sont les seuls hommes qui puissent
fréquenter cette horrible région, séparée de
leur pays et-de notre continent par.le-dé- --- Page 223 ---
AUTOUR DI U MONDE.
troit de. Weigatz; et ce sont eux que quelen les rencontrant dans
ques voyagenrs.,
des Zemcette contrée, 9 auront pris pour
bliens. Nouvelle-Zemble veut dire, en langue russe, nouveau pays. Sa longueur est
d'environ deux cents lienes, sa largeur de
soixante Comme la Nouvelle-Zemble n'est
pas jointe à la terre ferme, du moins dans
tient
sa. partie méridionale, on croit.qu'elle
par les glaces au Spitzberg, et que les premiers habitans del'Amérique peuventy avoir
passé de notre. continent par cette voie. Après
avoir côtoyé la partie occidentale de cette
contrée, nous nous arrêtâmes près d'une
des iles les. plus voisines du détroit de Weigatz : ce fut par ce détroit que nous rentrâmes dans la Sibérie 2. et. retournêmes à
Casan.
Après un certain séjour à Casan, nous
entreprimes par eau, en suivant le cours du
Volga, le voyage au royaume. d'Astracan,
aujourd'hui la Russie. Ce royaume, borné
d'un côté par la mer Caspienne, de l'autre
par les montagnes de la Circassie, arrosé par
le Volga, le Jaick et plusieurs autres riviàres,est situé sous un très beau climat : il
2. et. retournêmes à
Casan.
Après un certain séjour à Casan, nous
entreprimes par eau, en suivant le cours du
Volga, le voyage au royaume. d'Astracan,
aujourd'hui la Russie. Ce royaume, borné
d'un côté par la mer Caspienne, de l'autre
par les montagnes de la Circassie, arrosé par
le Volga, le Jaick et plusieurs autres riviàres,est situé sous un très beau climat : il --- Page 224 ---
NOUVE A U VOYAGE
faisoit partie de l'ancien empire de Gengis:
Kan et de Tamerlan : il fut soumis à la domination moscovite par le czar Jean Basilowits ; cette conquéte est un des événemens
les plus remarquables de l'histoire russe..
L'empire de Russie est un assemblage de
différentes nations, d'Esclavons, de Huns,
de Sarmates, de Bulgares, de Cosaques et
de Tartares. On prétend que le mot russes
vient de TOSS, qui, en langue esclavone, 9
signifie
dispersés 2 parce que tous ces peuples vivoient dans des cabanes éloignées lcs
unes des autres.
C'estici le lieu de tracer l'histoire abrégée
du gouvernement de la Russie, ou plutôt des
révolutions que cepaysa éprouvéesjusqu'a. ce
jour.Lesarts et les sciences y font des progrès
qui étonnent ; mais indépendamment de la
rigueur du climat, le despotisme est un trèsgrand obstacle à ce qu'ils y prennent un
grand élan. Il ne suffit pas que les princes
pensent et veuillent de grandes choses, il
faut encore des hommes pour les exécuter,
et ces hommes ne sauroient se trouver parmi
des esclaves. Ce n'est que depuis l'extinction
de la tyrannie féodale que la France a vu: --- Page 225 ---
AUTOUR DU M 01 N D E.
fleurir dans son sein le commerce, les arts
et T'agriculture : la terre semble exiger des
mains libres pour enfanter ses. trésors; elle
refuse ses bienfaits au malheureix qui, semblable au boeuf qu'il conduit, obéit lui iméme à l'aiguillon d'un maitre; mais peut-être
seroit-il aussi difficile de détruire l'esprit dé
servitude en Russie, que de l'établir dans
d'autres états. La liberté (nous entendons la
vraie liberté, celle fondée sur un gouverne:
ment où il y a l'équilibre des pouivoirs) est
un bien que ce peuple n'est pas en état de
gonter, et qui est trop au-dessus de ses forces : ils ressemblent tous, plus ou moins,
à cette femme russe qui se plaignoit de n'être
point aimée de son mari, parce qu'il ne la
battoitjamais. Ce n'est donc que le tems qui,
peut mettre ce vaste empire de niveau. avec
les autres contrées de TEurope, du côté de
la civilisation : alors, avec le bonheur des
peuples, s'établira la tranquillité du gouver:
nement lui-même ; la puissance souveraine
ne sera plus exposée à ces orages dont elle
a étéjusqu'ici sans cesse agitée. Qui prouve,
mieux Tinstabilité des despotes que les révolutions arrivées en Russie, 2 seulement de:
ais. Ce n'est donc que le tems qui,
peut mettre ce vaste empire de niveau. avec
les autres contrées de TEurope, du côté de
la civilisation : alors, avec le bonheur des
peuples, s'établira la tranquillité du gouver:
nement lui-même ; la puissance souveraine
ne sera plus exposée à ces orages dont elle
a étéjusqu'ici sans cesse agitée. Qui prouve,
mieux Tinstabilité des despotes que les révolutions arrivées en Russie, 2 seulement de: --- Page 226 ---
NOUVEAU VOYACE
puis le règne de Pierre le Grand P On voit
des princes passer tout à coup du trône dans
les prisons 1 relégués, enfermés; d'autres
en prendre possession sans presqu'aucun
mouvement convulsif, méme souvent dans
une seule nuit. Ces dépositions, qui, partout ailleurs, feroient couler des ruisseaux
de sang, ici, comme à Constantinople, se
font avec un grand calme, et semblent n'é
tre qu'un événement naturel et ordinaire.
Une intrigue de la cour, comme à Constantinople une intrigue de sérail, se trame secrettement : deux ou trois cents soldats se
rendent au palais impérial; ils n'ont pas'
même la peine d'enfoncer la garde; la porté
s'ouvre librement devant eux : ils'e arrivent au'
lit du prince, ils l'enlèvent ; et les Moscovites, quis'étoient endormis sous le règnel
deJvan Antonitz, se réveillèrent snjets'd'EJ
lisabeth, sans en être. méme'étonnés. L'exa
position soule de: pareils faits est sans doute
la première leçon quel'on puisse offrirpour
montrer les dangers'etles malhears attachés:
à lautorité arbitrairez Nousi allons présenter
ung précisdes règnes qui ont suivi celui de
Pierie le - Grand; jasqu'à celui de Cathé- --- Page 227 ---
AUTOUR DU MO.NDE.
rine II: leurs événemens sont de nature à
intéresser, et cette histoire est d'ailleurs
moins connue, du grand nombre des lecteurs que celle du czar.
A la mort de Pierre le Grand l'empire
passa à Catherine, première du nom, ou
à Menzikof, son favori. Ainsi la fille de parens obscurs et, inconnus, et celui qui dans
sa jeunesse gagnoit sa vie à, vendre des petits patés, donnoient des loix. à un.des plus
vastes états de l'univers. Autant Catherine
étoit aimée des Russes, autant Menzikofen
étoit détesté ; son. ambition croissoit avec sa
fortune : non content des honneurs,et dés
biens immenses, qu'il possédoit, il forma le
projet de mettre;! l'empire dans sa famille,
en faisant épouser.sa, fille au petit -fils de
Pierre, le Grand, et,s son, fils: à la princesse
Nathalie, soeur de T'héritier présomptif de
Ja couronne. Celle qui eût le plus à se plaindre du nouveau règné, fut; linfortunée Eudoxie, prenière épouse de Pierre. le Grand
et mère du malheureux Alexis. Comme sice
n'ent pas, été assez de lni ôter la liberté, on
imagina toutes sortes den moyens pour rendre, son sort affreux : resserrée dans un ca-
son, fils: à la princesse
Nathalie, soeur de T'héritier présomptif de
Ja couronne. Celle qui eût le plus à se plaindre du nouveau règné, fut; linfortunée Eudoxie, prenière épouse de Pierre. le Grand
et mère du malheureux Alexis. Comme sice
n'ent pas, été assez de lni ôter la liberté, on
imagina toutes sortes den moyens pour rendre, son sort affreux : resserrée dans un ca- --- Page 228 ---
224.
NOUVEAU VOYAGE
chot ténébreux, sans Rutres domestiques
qu'une vieille Naine fortinfirme qui lui étoit
plus à charge qu'utile, elle étoit rédnite à
la nécessité de remplir les plus vils emplois.
Dans la crainte que la religion ne lui offrit
ses secours consolateurs, on lui refusa l'assistance d'an prêtre qu'elle demandoit avec
instance : c'étoit le comte Tolstoé qui étoit
chargé d'exécuter ces ordres, et Catherine
dut être satisfaite de son zèle barbare à les
remplir. Cette princesse ne jouit pas
tems
longde sa véngeance, 2 ni du trône; ; elle
mourut le 6
mai1727, après un règne de
deux ans et quelques mois, ayant nommé,
par son testament, pourlui succéder Pierre
Alexiowitz, petit-fils de Pierre le Grand.
Dès que Timpératrico.ent les yenx fermés, le premier soin de Menzikof fut de se
rendre maitre de la personne du nouyel empereur, et de se faire déclarer régent, mal
gré le testament de Catherine qui avoit établi un conseil de régence: Il est d'usage en
Russie qu'à chaque changement de règne,
le nouveau souverain brise des fers, et rappelle de lexil les' personnès proscrites sous
le règne précédent. Indépendamment de cet
nsage, --- Page 229 ---
AUTOUR DI U M O N D E.
2a5
usige, la nature et le sang réclanioient, dans
le coeur de Pierre II, la liberté de Timpératrice Eudoxie, sa grand'mère,.er le rappel
des parens et des alliés de cette princesse
quiétoient exilés. Quoique ce rappel ne plut
pas à Menzikof, il n'osa pourtant pas s'y
opposer ouvertement. Affectant de changer
tout à coup de principes, cet implacable ennemi d'Eudoxie, quil'avoit poursuivie avec
tant d'acharnenient, voulut paroitre l'instrument de. sa délivrance, et la rapprocher du
trône dont il n'avoit cessé de T'éloigner sous
des règnes précédens : il lui dépécha deux
gentilsliomines, dont l'un étoit son parent, $
pour. lui annohcer lélévation de son petitfils et lui demander de vouloir bien consentir au mariage du jeune empereur avec une
de ses filles.
La fille cadette du prince Menzikof fut
fiancée à Pierre II; mais on remarqua que,
pendant toute la cérémonie, ce monarque
ne. regarda pas sa fiancée, ce qui semble
prouver qu'il étoit déja instruit de la part
que Menzikof avoit eue à la répudiation et,
à l'exil de Sa grand'mère, ainsi qu'à l'exhérédation et à la condamnation de son père
Tome Il.
P
ur avec une
de ses filles.
La fille cadette du prince Menzikof fut
fiancée à Pierre II; mais on remarqua que,
pendant toute la cérémonie, ce monarque
ne. regarda pas sa fiancée, ce qui semble
prouver qu'il étoit déja instruit de la part
que Menzikof avoit eue à la répudiation et,
à l'exil de Sa grand'mère, ainsi qu'à l'exhérédation et à la condamnation de son père
Tome Il.
P --- Page 230 ---
NOUVEAU VOTAGE
Alexis. Ce dédain public du jeune empereur, loin de rendre Menzikof plus circonspect, ne le rendit que plus audacieux et plus
implacable envers ceux qui lui étoient suspects : ce tyran subalterne rémplit la Siberie d'illustres exilés 3 et T'indignité de ses
procédés força le duc et la duchesse de Hols:
tein d'abandonner la Russie.
- Si quelqu'exemple pouvoit effrayer la tyrannie etl'ambition, ce seroit sans doute celui de Menzikof. Cet homme; si puissant et
qui faisoit trembler toute la Russie, est arrêté tout à coup, dépouillé de ses biens et
relégué à Bénésof, exil affreux sur les frontières les plus reculées der la Sibérie, oùt il
termina ses jours. Menzikof avoit de grandes qualités avec des défauts encore plus
grands : brave jusqu'à la témérité., il fut
également dévoué à son maitre et à sa patrie ; il adopta toujours les maximes de
Pierre Ier., surnommé le Grand, pour la
civilisation des Russes. Quoiqu'il n'eut reçu
aucune éducation, il en sentoit toutle prix.
En général, ses manièrés étoient brusques
et grossières ; mais il se montroit gracieux
et-poli envers les étrangers, et traitoit avec --- Page 231 ---
AUTOUR DU MO N P E.
douceur tous ceux qui avoient la prudence
de ne pas montrer plus d'esprit que lui et
qui savoient se plier à son humear : il n'oublia jamais un service rendu, et fut Tami de
tous ceux qui étoient dévoués à ses intéréts;
mais son. ambition démcsurée ne pouvoit
souffrir d'égal. Il réunissoit l'insolence d'un
parvenu aux prétentions d'un despote ; il
abusa souvent du crédit que lui donnoit la
faveur excessive de ses maitres pour les rendre les instrumens de ses. vengeances personnelles et les complices de ses déprédations. Ennemi implacable, il ne pardonna
jamais à cenx dont les intérêts se trouvoient
en opposition avec les siens : dominé par
l'avarice sordide des ames rétrécies, il étaloit par orgueil un luxe insultant à la nation
qn'il dépouilloit.
Pierre II annonçoit à la Russie un règne
paisible et heureux ; mais ce prince, 9 étant
tombé nialade, mourut de la petite verole
le 29J jans avier 1750. Cette perte, quoique sensible à tous les Russes, dat l'être sur-tout à
la famille des Dolgorouki : le jeune empereur ne pouyoit vivre sans le prince Dolgorouki, qui étoit à peu près de son Age. Il
P 2
qn'il dépouilloit.
Pierre II annonçoit à la Russie un règne
paisible et heureux ; mais ce prince, 9 étant
tombé nialade, mourut de la petite verole
le 29J jans avier 1750. Cette perte, quoique sensible à tous les Russes, dat l'être sur-tout à
la famille des Dolgorouki : le jeune empereur ne pouyoit vivre sans le prince Dolgorouki, qui étoit à peu près de son Age. Il
P 2 --- Page 232 ---
NOUVE. A U VOYAGE
avoit déclaré son mariage avec la princesse
Catherine, soeur de soI favori: déja les fiançailles avoient été célébrées; et ce fut la
veille méme de ses nôces qu'il fut attaqué
de la maladie quile conduisit au tombeau.
Or va voir de quels revers affreux cêt instant fut suivi pour cette illustre famille.
Après la mort de Pierre II les grands de
l'empire s'assemblérent pour procéder à l'é.
léction d'un souverain : leur choix tomba
sur la princesse Anne, duchesse de Courlande, fille du czar Ivan, frère ainé de
Pierre Ir., par préférence à sa sceur ainée
la princesse de Meklembourg, qui se trouvoit alors à Moskow; ; mais résolus de profiter de cette circons'ance pourabattre ledes
potisme, ils y joignirent des couditions qui
tendoient à limiter son pouvoir absolu : ils
ne lui laissoient que le nom de
-
souverain;
le conseil en avoit toute l'autorité. Parmi
les articles, un sur-tout fut fatal à celx cui
l'avoient proposé.Anne avoit pour favori un
nommé Biren, petit-fils d'un palfrenier: : on
lui ft promettre dei ne point l'amener en Russie. Instruite par nn des membres du collscil, le comte Yagoujinski, Anne promit et --- Page 233 ---
AUTOUR DU M ONI D E.
signa tout ce qu'on voulut; mais à peine
fnt-elle montéé sur le trône qu'elie ft casser, dans une assemblée nationale, si l'on
peut: donner ce nom à nne assemblée influencée par elle, et remplie de gens par
elle choisis ou gagnds, le traité qu'elle avoit
conchi,.et 8C rendit, comme ses prédécesseurs, maitresse absolue. Son premier acte
d'antorité fat-d'appeler auprès d'elle SOn favori Biren ; : elle le nomma son chambellan.
Ce favori, vindicatif, cruel à Texcès,indigne, en tout de la faveur dont il jouissoit,
ne songeoit qu'aux moyens de perdre. ceux
qui avoient exigé de le laisser en Courlande.
Anneé étoit foible et susceptible de toutes Sortes d'impressions : elle abondonna les Dolgoro:ki à la fareur de Biren, quin'ent pas
de peine à leur trouver ou à leur créer des
crimes. Les princes Vasli etlvan,eiavoient
eule plus de crédit, furent roués tout_vifs,
deux autres dcartelés, et les trois autres ellrentla tête tranchée. Dès lors Biren'nestrouva
plus d'obstacles à son ambition, et ne mit
aucuufrein à ses vengeances : maitre absolu
du coeur de Timpératrice, il T'empécha de
Se marier, malgré les voeux de tout lemP 5
à leur créer des
crimes. Les princes Vasli etlvan,eiavoient
eule plus de crédit, furent roués tout_vifs,
deux autres dcartelés, et les trois autres ellrentla tête tranchée. Dès lors Biren'nestrouva
plus d'obstacles à son ambition, et ne mit
aucuufrein à ses vengeances : maitre absolu
du coeur de Timpératrice, il T'empécha de
Se marier, malgré les voeux de tout lemP 5 --- Page 234 ---
NOUVEAU VOYAGE E.
pire. Il avôit les mêmes vues que Mentzis
kof, sans àvoir son mérire. Sontena des trottpes de là Russie, il força la roblesse cours
landoise S qui n'avoit jamais voulu l'admettie dans son corps, à l'élire en qualité de
souverain : quiconqué osoit en murmurer
étoit envoyé en Sibérie. Le nouvéau duc;
Biren, avoit un moyen particulier pour pré
venir les propos: : il faisoit arrêter .cetix qui
les tenoient par des personnes masquées quir
les jetoient dan's des voitures couvertes et les
amenoient dans les provinces le plus reculées de la Russie. Dans le nombre des enlevemens faits pendant les trois ans que le
duc Ernest-Jean a régné, il en est un qui
mérite d'être rapporté ici par sa singuiarité.
Un gentilhomme, , nornmé Sacken 1 se
trouvant un soir à Ia porte de sa maison de
campugne,fat enlevé pardes inconnus etjeté
dans 'tine voiture couverte. On le promena,
pendant près de deux ans, de province en
province sans lui faire voir ame qui vive ;
ses conducteurs méme ne' se montroient jamais à lui à découvert. Au bout de ce tems,
on détela les chevaux pendant la nuit, et on
le laissa couché dans sa prison ambulante: --- Page 235 ---
AUTOUR DU M O N D-E.
il y resta jusqu'au jour sans voir arriver ses
conducteurs: ; alors; prétant.loreille, il entendit plusieurs personnes qui parloient la
langue courlandoise autour de sa voiture ;
il Tonvre,Fet se trouve à la porte de sa
maison: -
a 4 Biren étoit si déresté, et si redouté en
niême tems 7 que, dès qu'on Tappercévoit
dans les" 'rues 1 on s'écrioit : C'est Biren 3
suuvons nous ; et que lon dise.maintenant
que les empires ne sont jamais mieux gouvernés que quand une femme e'st surle trône.
Les règnes de Catherine et d'Anne sont une
preuve assez convaincante du contraire : ces
deux princesses étoient cependant naturellement bonnes et bienfaisantes ; mais d'insolens favoris profitèrent de l'ascendant qu'ils
avoient sur elles pour écraser la nation ct
pour exercer la plus horrible tyrannie. Ily
auroit eu infininent moins d'indignes et de
méchans princes, s'ils n étoient entourés que
d'hommes probes.
Biren avoit marché sur les traces de Menzikof; il éprouiva le même sort. Les précautions qu'il avoit prises pour perpétuer son
autorité, et-avoir la régence sous le règne
P 4
rent de l'ascendant qu'ils
avoient sur elles pour écraser la nation ct
pour exercer la plus horrible tyrannie. Ily
auroit eu infininent moins d'indignes et de
méchans princes, s'ils n étoient entourés que
d'hommes probes.
Biren avoit marché sur les traces de Menzikof; il éprouiva le même sort. Les précautions qu'il avoit prises pour perpétuer son
autorité, et-avoir la régence sous le règne
P 4 --- Page 236 ---
N OU VEAU VO:YA GE,
suivant, furent (galementimtiles. Le prince
Ivan Antoniz, qui n éloit encore qu'au berccau, avoit été reconnu empereur. Il devoit
paroitre bien étrange au prince de Brunswick son père, et à la princesse Anne sa
mère, de voir leur fils en des mains étrangéres, et un homme sorti des écuries de
Mittau, occuper auprès de lui nn rang que
la nature et les loix sembloient leur donner
de concert. L'insolence de ce paryenu ne
pouvoit que les irriter davantage. Biren avoit
osé dire publiquement que si la princesse
Anne faisoit la mutine, 9 il la renverroit en
Allemagne avec son prince, et feroit venir
le duc de Holstein pour mettre sa' postérité
sur le. trône.
Ce fut au milien de, ces espérances flatteuses qu'arriva le moment de sa chàte. Le
général. Munich avoit étél'auteur de son élévation à la.régences il le fut de sa perte. Le
28 novembre 1740, des soldats pénétrent
dans Tappartement de Biren, qui étoit couché avec son épouse ; ils le saisissent malgré les efforts qu'il faisoit pour serdébarrasser de lenrs mains. Comme il leur donnoit
des coups de poing à droite et à gauche, les --- Page 237 ---
AUTOUR DU M ONDE 233
soldats à leur tour le maltraiterent à coups
de crosse, lui mirent un monchoir dans la
bouche, lui lièrent les mains derrière le dos
avec une, écharpe et le portèrent devant le
corps-de-garde. Les commissaires nommés
poar linstruction de son. procès l'avoient
condamné à mort. La princesse Anne, devenue régente, commua la peine capitale,
et se contenta de T'exiler on Sibérie.
Ce, nouvel ordre de choses ne fut pas- de
Jongne durée. Quelrjues mois-aptes, Elisaberh, encouragre par un François, nommé
Lestocq," s'empara du trône. Le prince ctla
princesse de Beunswick furent transportés,
d'abord à Oranienbonrg, et ensuite à Kolmogori, dans une ile de la Dwina: On ser
para le jeuné empereur de:ses parens ; on
Tenferma à Schlusselbourg, ou il fut. poignardé après une captivité de vingt-deux
ans.
Outre le titre de fille de Pierre le Grand,
Elisabeth avoit des qualités qui la Grent adorer de ses sujets.. Voici le portrait qu'en a
tracé le maréchal Munich, qui n'avoit pas
lien de se louer d'elle. d Elisabeth étoit née,
a dit-i, avec les qualités éminentes qui
le jeuné empereur de:ses parens ; on
Tenferma à Schlusselbourg, ou il fut. poignardé après une captivité de vingt-deux
ans.
Outre le titre de fille de Pierre le Grand,
Elisabeth avoit des qualités qui la Grent adorer de ses sujets.. Voici le portrait qu'en a
tracé le maréchal Munich, qui n'avoit pas
lien de se louer d'elle. d Elisabeth étoit née,
a dit-i, avec les qualités éminentes qui --- Page 238 ---
NOUVEAU VOYAGE
avoient rendu son règne si cher à la na-
* tion. J'éus T'honneur de la voir à
de
K
Tàge
douze ans; elle étoit bien' faite et trèsR belle,, quoique réplette. Pleine de santé et
K de vivacité: elle marchoit d'un' pas si leste
et que les dames sur-tout avoient dela
R
à la suivre. Elle étoit hardie à cheval, peine et
ne craignoit pas l'eau; son esprit étoit vif,
enjoué, pénétrant Outre la langue russe,
qu'elle parloit parfaitement; elle avoit bien
appris le françois, Tallemand, le suédois;
e et écrivoit bien et en, beaax caractères;
e elle aimoit la magnificence et l'ordre, et
sa passion étoit dé bâtir des palais et des
N églises : le mot passion cqui suppose un eXfr cès blâmable ést même ici impropre. Le
te luxe des grands monumens est vraiment
* digne des souverains ; Ce luxe est aussi
R utile et profitable que celui des frivolités
K est funeste., Elisabeth aimoit le militaire,
€ ét c'est par-là que ses armées ont glorieuK sement combattu et vaincu les troupes de
K Prusse, alors tant vantées, et que la cour
e de Russie est devenue une des plus brilec lantes de T'Europe : Elisabeth y a infroK duit la langue, le gott, la politesse ct les --- Page 239 ---
AUTOUR D'U MONDE
k manières françoises. Cette princesse étoit
et
de
t gracieuse, insinyante
très-éloignée
de cruauté; mais Texcès de
T toute' espècé
foit bonté dan's les souverains dévient une
k blesse quand ilssé laissent conduire par
la
c les autres. Née d'un sang voluptueux,
étoit
a T'ex-
* sensible Elisabeth
voluptueuse
e cès; elle disoit souvent à ses confidentes:
suis
( Je ne smis contente'gu'autané que je
natarci à
'ec amoureuse: Avec'ce penchant
'e la tendresse, elle étoit Inconstante-dans
'k ses amours, et changeoit souvent de favoac-.
'e ris. Cette foiblesse estiordinairement
'< compagnée de complaisance ; aussi laise soit-elle agir les personnes favorisées at
e gré de leurs intérêts personnels:
k Lhomme qui fut le premier favorisé
a sous ce règne, Tel successeur des Merizie kof, des Biren, fut le comte Bestuchef.
K Son ascendant, sur lesprit d'Elisabeth,
rendit cette princesse ingrate envers la
* France à qui elle devoit beaucoup, et ettchemin
* vérs Lestocq qui luiavoit frayéle
e du trône. Elle s'unit avec les cours de
k Vienne et de Londres, dont les ambassa-
érêts personnels:
k Lhomme qui fut le premier favorisé
a sous ce règne, Tel successeur des Merizie kof, des Biren, fut le comte Bestuchef.
K Son ascendant, sur lesprit d'Elisabeth,
rendit cette princesse ingrate envers la
* France à qui elle devoit beaucoup, et ettchemin
* vérs Lestocq qui luiavoit frayéle
e du trône. Elle s'unit avec les cours de
k Vienne et de Londres, dont les ambassa- --- Page 240 ---
a56
KOUVEAB M.OYA C E:
denrs avoient pensé la perdre en donnant
avis de ses projets à Ja princesse
* cette
Anne; et
impératrice 1 douce par caractère,
( surnommée la Clémente, eut la foiblesse
d'exiler celui qui Tavoitle:plns. utilement
servie, et de le laisser dépouiller. de sesi
& biens : mais T'autenr de_sa
Bese
disgrace,
tuchef, fut renversé à son tour.
K ratrice ouvrit enfn les
L'empé. la
yeux. sur
conduite de cet indigne favori, qui n'ayoit
cessé de la tromper depuis qu'il éloit à la
G tête du ministère. Il fut envoyé en exil-à
( Goretovo, petit bourg situé à cent
H
vingt
werstes de Moscow, o, après beaucoup
* de difficultés, on lui permit de bâtir une
e maison.
e Cependant Elisabeth s'occupoit de régler
K l'ordre de la succession au trône de Russie: elle fit. choix du jeune prince de Holse tein-Gottorp, fils de sa soeur ainée; le déclara grand.duc, et lui fit épouser la
K
prinresse d'. Anbalt-Zerbst, qui prir le nom de
Catherine Alexievna. Il fut réglé qu'elle
succédéroit à la couronne si l'impératrice
ctl le grand duc mouroient sans héritiers. --- Page 241 ---
AUTOUR D U MO NDE.
k Pierre III ne régna que six mois, et c'est
e son épouse," : Catherine II, cqui occupe
K maintenant le trône de Russie (1).>
La ville d'astracan, où nous arrivâmes
sans aucun accident, est située dans l'ile de
Dogoi, que forme le Volga près de son
embouchure dans la nier Caspienne. Cette
grande ville, étant la borne de l'Asie et de
TEurope, peut faire le commerce de l'une.
et de Tautre, en transportant par le Volga
les narchandises apportées parlu mer Caspienne. La Sibérie, et les royaumes ou plutôt provinces de Casan et d'Astracan, sont
troisdes 4
principaux gouvernemens dela Russie. Nous primesà Astracan désarrangemenis
pour nous rendre à Moscow, 9 en remontant
le Volga. Il seroit aussi fastidieux qu'inutile
de décrire (2) toutes les villes qui s'offrirent
(1) Elle est décédée depuis. Paul Ier, lui a suceédé.
(2)C'est l'objet des voyages particuliers dans une
seule coutrée. On ne sauroit trop louer ceux de Pallas et'de Coxe; ils sont aussi intéressans pour cette
partie, que les voyages de Saint-Non et de Choiseul.
Gouffierle sont pour Naples et pour la Grèce,
seroit aussi fastidieux qu'inutile
de décrire (2) toutes les villes qui s'offrirent
(1) Elle est décédée depuis. Paul Ier, lui a suceédé.
(2)C'est l'objet des voyages particuliers dans une
seule coutrée. On ne sauroit trop louer ceux de Pallas et'de Coxe; ils sont aussi intéressans pour cette
partie, que les voyages de Saint-Non et de Choiseul.
Gouffierle sont pour Naples et pour la Grèce, --- Page 242 ---
NOUYEAU VOY A G E
à nous jusqu'à notre arrivée à la capitale.
Nous quittàmes le Volga pour suivre T'Occa,
Nous entrâmes, ensuite dans la rivière de
Moscow, qui donne.son nom-à la capitale
et à toute la Moscovie, Non loin de-là est un
grand étang où Pierre Ier. fit construire un
canal pour ouvrir une communication entre
le Don et la mer Baltique.
Cettejonction est
d'autant plus importante qu'elle donne également aux Russés un libre passage pour
trafiquer sur 'la mer Noire, et en Perse par
le Volga et la mer Caspiehne.
Moscow, où nous entrâmes enfin, fut
long-tems la capitale de l'empire : c'est aujourd'hui Pétersbourg qui a cet avantage. A
une certaine distance, il y a peu de villes
qui forment un aussi beau coup-d'eil par
la multitude de ses tours, de ses clochers,
de ses dômes dorés, etc. Elle a trois lieues
de tour : la partie du milieu comprend le
vieux palais des czars, nommé Crémelin.
Une des grandes curiosités de Moscow, qui
n'a d'ailleurs rien de bien remarquable, est
de voir, au mois'de décerbre, plas de deux
mille maisons sur la glace, habitées par des
marchands étrangers quis'y rendentdetoute --- Page 243 ---
AUTOUR D'U M ONDE.
part. On voit ici plus de six cents églises ;
couvens ou chapelles.I Lhydromel est la boisson ordinaire des Moscovites ; ils le font avec
du miel, des cérises, des fraises et des mires. Ce pays offrant peu de chose à la curiosité, nous partimes de Moseow dans un
kibic, voiture fort légère à quatre petites
roûes, conduite par des chevaux et couverte
de nattes.
La première ville un peuimportante que
nous rencontràmes fut Voronez, ainsi appelée du nom de la rivière quiTarrose: c'est
la capitale d'une province qui s'étend, au
midi, : jusqu'aux Palus-Méotides. Ici; comme
dans presque toute la Russie, la religion lu:
thérienne. est, après la religion grecque ,
celle qui domine le plus. Nous continuâmes
notre route vers le midi, et nous arrivâmes,
entre le Tanais et le Boristhène, dans le
gouvernement dé Belgorod : c'est une des
plus fertiles provinces de la Russie ; elle
fournit ce-gros bétail connu sous le nom de
boeuf de l'Ukraine. Al'occident de Belgorod
nous entrèmes dans l'Ukraine ou Kivionie,
traversée par. le Niéper ou Boristhène. Kioyie on Kiow, capitale de cette province; 2
vers le midi, et nous arrivâmes,
entre le Tanais et le Boristhène, dans le
gouvernement dé Belgorod : c'est une des
plus fertiles provinces de la Russie ; elle
fournit ce-gros bétail connu sous le nom de
boeuf de l'Ukraine. Al'occident de Belgorod
nous entrèmes dans l'Ukraine ou Kivionie,
traversée par. le Niéper ou Boristhène. Kioyie on Kiow, capitale de cette province; 2 --- Page 244 ---
NOUMEAU VOYAGE
est située sur la droite du Niéper, ne nous
offrant rien qui nous parut mériter de nous
arréter plus long-tems - nous remontàmes le
Niéper jusqu'à. Smolensko, capitale d'un
gouvernement de ce nom : c'est un des moins
étendus, mais un des plus importans de la
Russie, à cause de sa situation sur les frontières'de la Pologne (1). Cette ville est mal
bâtie et peu peuplée. Nous n'y fimes aucun
séjour, et nous nous transportàmes à Riga,
capitale de la Livonie, province la plus voisine de nos climats, et l'une des plus fertiles du nord. Après.avoir visité la Livonie,
nous reprimes la route de.Pétersbourg, ville
considérable et capitale de toutTempire : le
czar Pierre le Grand,quila fonda, employa
plus de trois cent mille ouvriers qu'il fit venir de tous ses états. Le. port de Pétersbourg
est rempli de vaisseaux. Cette ville s'élève
au milieu de neufbras de rivières qui divisent sesquartiers:unee seitalolleinexpagrable
en occupe le centre. On y compte plus de
(1) La Pologne a été depuis démenibrée. La-Rus-,
sie en a pris une partie.
cinquante --- Page 245 ---
AUTOU R D U M ON D R.
cinquante mille maisons, toutes de brique;
ce qui est beaucoup dans ce pays. Les rues
sont tirées au cordeau : le palais impérial
d'été est un dés plus beaux morceaux d'architecture que nous connoissions. Ily a dans
cette ville un observatoire sur le modèle de
celui de Paris. Enfin, Pétersbourg est devenue le centre du commerce, deslarts et
del la politesse : on a acheté des bibliothèques
entières, des riches cabinets de tableaux et
de médailles. La collection. de Crozat et celle
de Houghton sont passées de France et d'Angleterre en Russie. La bibliothèque de l'académie impériale des sciences est presque -
toute forniée de conquêtes ; elle doit son
origine à deux mille cing cents volumes/o que
Pierre Ier, prit à Mittau dans la guerre contre la Suède : elle a été enrichie, en, 1772y
par la collection de livres que le prince Radzivill avoit rassembiée à Newitz, et dontles
Russes s'emparèrent. Nous doutons cependant que les arts y fassent jamais de grands
progrès, à moins que le gouvernement ne
devienne moins despotique; car ils ne peuvent prendre un grand essor chez. un peuple
qui végête daas la servitude.
Tone Il.
Q
it à Mittau dans la guerre contre la Suède : elle a été enrichie, en, 1772y
par la collection de livres que le prince Radzivill avoit rassembiée à Newitz, et dontles
Russes s'emparèrent. Nous doutons cependant que les arts y fassent jamais de grands
progrès, à moins que le gouvernement ne
devienne moins despotique; car ils ne peuvent prendre un grand essor chez. un peuple
qui végête daas la servitude.
Tone Il.
Q --- Page 246 ---
NOUVEAU VOYA GE
Toute la côte de IIngrie, jusqu'à Pétersbourg, $ est bordée de maisons de campagne : on y voit celles des czars et leurs jardins de plaisance ; il y en a dont les jetsd'eau sont supérieurs à ceux de Pétersbourg.
Dans la partie la plus septentrionale de la
Russie européenne estlegouvernement d'Ar
changel. Avant de rendre compte de notre
voyage dans cette contrée, nous croyons devoir placer ici quelques réflexions générales
qui termineront nos remarques sur la Rus.
sie. Dans cette vaste étendue de terrain qui
embrasse le nord de l'Asie et de l'Europe,
et s'étend depuis les frontières de la Chine
jusqu'aux confins de la Pologne, et. méme
aujourd'hui sur une partie de cet état, on
conçoit qu'il y a une grande différence. de
climats. De grands lacs, des fleuves consirables, des rivières qui sont presque toutes
navigables et quatre ou cinq mers, arrosent
la. Russie. Le Volga parcourt un espace de
plus de six cents lieues; et par les divers
canaux qui y communiquent, on, voyage
par eau depuis Pétersbourg jusques dans ia
Perseyetlon commerce dans toutes les parties du monde,. Les principales richesses du --- Page 247 ---
AUTOUR DU MON D E.
pays consistent en cuirs de boeufs, d'élans
et de vaches, en pelleteries fines, 7 en lin,
en talc, en cuivre, en fer, en mâts de navire plus estimés que ceux de Norwège, etc.
Le renouvellement de cet empire, plus vaste
que celui des Romains, plus étendu que celui d'Alexandre, est une des époques les
plus mémorables de ce siècle : un homme
V
seul, dans l'espace de cinquante années, a
policé un pays de deux mille lieues, presqu'inconnu jusqu'alors; et pour opérer cette
prodigieuse révolution, ce nouveau législa-,
teur, , plus sage, > plus heurenx, plus adroit
et plus grand que Thésée et Romulus , avec
la patience de se passer de tout, a eu Tadresse dese servir de tout. On sait comment
il descendit du rang de souverain pour s'élever à celui d'homme, et comment il commença par s'instruire lui-méme pour instruire ensuite le peuple qu'il vouloit créer.
U
qu'inconnu jusqu'alors; et pour opérer cette
prodigieuse révolution, ce nouveau législa-,
teur, , plus sage, > plus heurenx, plus adroit
et plus grand que Thésée et Romulus , avec
la patience de se passer de tout, a eu Tadresse dese servir de tout. On sait comment
il descendit du rang de souverain pour s'élever à celui d'homme, et comment il commença par s'instruire lui-méme pour instruire ensuite le peuple qu'il vouloit créer.
U --- Page 248 ---
NOUVEAU VOXAGE
CHAPITRE XVIL
De la Laponie, , de la Norwège, de l'Islande, du Groenland, du Spitzberg et
de la baie d'Hadson.
Nous nous transportâmes dans le gouver:
nement d'Archangel, qui comprend lal Lapo:
nie. Le port d'Archangel est le plus septentrional de la Moscovie européenne. La Laponie est soumise à trois puissances : la partie
del'orient est sujette de la Russie, celle du
nord l'est du Danemarck, et la plus considérable, qui confine à la Norwège d'un côté,
et de l'autre à la Finlande, est sous la domination de la Suède. La Laponie suédoise est
divisée en six provinces ou préfectures, qui
composent les trois grands gouvernemens ,
d'Angernanie, de Tornéo et de Kiémi, à la
tétedesquels: ssont imdanéastmenseaiolismnais
toutes les villes de ce pays feroient à peine --- Page 249 ---
AUTOUR DU MONDE
de France. La vie ambuun beau village
lante que mènent les Lapons n'exige pas
qu'ils bâtissent des maisons bien solides.
Qnatre planches plantées en terre, élevées
de douze à quinze pieds, et jointes ensemfont toute la
ble par quelques soliveaux;
charpente de ces édifices. Ce peuple, quia
étéinconnu dans l'univers jusqu'au seizième
siècle, est composé de petits hommes, hauts
de quatre pieds, laids de figure, la tête gros:
se, le visage plat, le nez camus, les yeux
enfoncés, les cheveux noirs, le tein basané,
etc. : les mêts dont ils se régalent Ie plus
volontiers sont la chair d'ours, les langues
la
et la moëlle de cet anide renne,
graisse
mal. Les moeurs et les usages des Lapons,
leurs superstitions, sont à peu près les mémes que ce qu'on observe chéz la plupartdes
Sauvages ; mais les Lapons sont encore plus
stupides. On sait que ce fut à Tornéo qu'én
a736, Maupertuis, Camus et Lemonnier *
auxquels l'abbé Outhier se joignit comme
associé, se rendirent pour marquer le degré
du méridienle plus septentrional, en s'expo-,
sant aux horreurs des frimats dans cette zone
glacée; tandis que d'autres académiciens alQ 3
z la plupartdes
Sauvages ; mais les Lapons sont encore plus
stupides. On sait que ce fut à Tornéo qu'én
a736, Maupertuis, Camus et Lemonnier *
auxquels l'abbé Outhier se joignit comme
associé, se rendirent pour marquer le degré
du méridienle plus septentrional, en s'expo-,
sant aux horreurs des frimats dans cette zone
glacée; tandis que d'autres académiciens alQ 3 --- Page 250 ---
NOUVEAU VOYAGE
loient sous T'équateur et dans la zone torride, marquer le premier degré,
- Ce vaste pays, voisin du Pole, avoit été
désigné par les anciens géographes sous le
nom de Troglodytes et de Pygmées. Les Lapons paroissent être une espèce particulière
faite pour le climat qu'ils habitent. La nature, qui n'a. mis les rennes quer dans cette
contrée, semble y avoir produit les Lapons.
Il n'est pas vraisemblable que les habitans
d'une terre moins sauvage aient franchi les
glaces et les déserts pour se transplanter
dans des régions si stériles, si ténébreuses
qu'on n'y voit pas clair trois mois de l'année, et qu'il faut changer sans cesse de canton pour subsister; c'est donc une nouvelle
espèce d'hommes inconnue à l'antiquité,
Après avoir parcouru cette nation, qui ne
nous présenta aucune observation différente
de celles que nous' avions faites chez d'au-.
tres peuples sanvages, nous nous rendimes
dans la Norwège. Nous y arrivâmes après
quelques jours de navigation sur la mer Glaciale, où nous n'etmes d'autre contretems
/
qu'un calme sous le cercle polaire. Enfin,le
vent se rétablit, et nous parvinmes bientôtà --- Page 251 ---
AUTOUR DU MONDE E.
Drontheim : c'est dans cette ville que les
anciens rois de Norwège faisoient leur résidence ; elle est grande, assez bien bâtie ;
et son port fort spacieux. Ce gouvérnement,
le plus étendu du royaume, a plus de cent
cinquante lieues, du midi au nord, sur une
largeur d'environ trente-six : touté la Norwège n'en comprend guère que trois cents.
Vers le milieu du quatorzième siècle, elle a
été unie au Danemarck : la partie septentrionale s'étend au-delà du cercle polaire.
On conçoit que-tout ce qui est dans la zone
glaciale est stérile, désert et rempli de bétes
féroces. La ville de Christiana, située dans
la. partie méridionale, est aujourd'hui la capitale de tout le royaume : c'est dans le
même gouvernément qu'est la ville de Fri- I
derics-Thall, oùt périt Charles XII, roi dé
Suède. Les Norwégiens > quoique très-voisins des Lapons, ne leur ressemblent, ni
par la figure, ni par Ie caractère; les Norwégiens ont les cheveux blonds, les. yeux
et le tein plus clairs que les autres peuples
du
ils sont
de bonne mine,
A
Nord;
grands,
adroits eti ingénieux.1 Nous vimes dans ce pays
des eiders, oiseaux aquatiques, qui tiannent
Q4
, roi dé
Suède. Les Norwégiens > quoique très-voisins des Lapons, ne leur ressemblent, ni
par la figure, ni par Ie caractère; les Norwégiens ont les cheveux blonds, les. yeux
et le tein plus clairs que les autres peuples
du
ils sont
de bonne mine,
A
Nord;
grands,
adroits eti ingénieux.1 Nous vimes dans ce pays
des eiders, oiseaux aquatiques, qui tiannent
Q4 --- Page 252 ---
NOUVEAU VOYAGE
le milieu entre l'oie et le canard : les plus
mes de leur poitrine, qu'on appelle édredon, fournissent un duvet si léger, si chaud,
si doux, si propre à se renfler que deux ou
trois poignées bien serrées remplissent un
couvre-pied. La religion et les loix sont ici
les mémes qu'en Danemarck.
Un vent d'est vint nous tirer heureusement du port de
et
e
Drontheim,
nous conduisit en pen de jours sur les côtes de l'Islande. Notre débarquement dans cette ile
se fit, au midi, dans le port
d'Orébaque 2
assez près de Skalholt, une des principales
villes du' pays. Il faut observer qu'on donne
ici le nom de ville à des assemblages de
cinq ou six maisons qui appartiennent à la
compagnie danoise. Les Islandois sont SObres, robustes, grands ét bien faits. Comme
ce pays ne nous offroit rien de bien particulier,' nous n'eûmes garde de manquer un
vent favorable qui nous porta, en peu de
tems, vers les côtes orientales du Groenland. Le pays nous parut couvert de neige
et d'un abord difficile. Nous ne pumes pénétrer dans les glaces, et nous ffmes contraints de nous dloiguer, de tourner versle --- Page 253 ---
AUTO U R D U M O N D E.
sud, et de doubler l'ile de Farewel pour aller
gagner la partie occidentale du Groenland,
la seule où l'on puisse aborder; mnais nous
fumes long-tems loin de notre but. Un vent
d'ouest nous ranena du côté de la Norwège, entre T'Islande et l'Ecosse. Nous y fhmes témoins de la pêche du hareng qui
fait vivre plus de cent mille Hollandois. Les
harengs ont leurs principales derheures dans
les abimes qui sont sous les Poles : de-làils
envoient, pour ainsi dire, des colonies qui
font le tour de l'Europe , et reviennent ensuite au nord, en passant près de T'Islande.
Les glaces immenses dont ces gouffres sont
toujours couverts lés mettent à l'abri des .
poissons voraces. Les harengs, paisibles
dans cette retraite, multiplient d'une manière prodigieuse. 5 et vont chercher à vivre
ailleurs. C'est vers le commeneement de
T'année que débouche la grande tronpe: : son
aile droite se détourne vers l'Occident, et
tombe sur l'Islande, d'où elle envoie un détachement au banc de Terre-Neuve; l'aile
gauche s'étend à l'Orient, et dirige sa marche vers-la Norwège, la mer Baltique, l'Ecosse et les provinces septentrionales de la
use. 5 et vont chercher à vivre
ailleurs. C'est vers le commeneement de
T'année que débouche la grande tronpe: : son
aile droite se détourne vers l'Occident, et
tombe sur l'Islande, d'où elle envoie un détachement au banc de Terre-Neuve; l'aile
gauche s'étend à l'Orient, et dirige sa marche vers-la Norwège, la mer Baltique, l'Ecosse et les provinces septentrionales de la --- Page 254 ---
250 / NOUVEAU VOYAGE E
France.. Ce qui reste de ces colonnes dispersées se réunit pour n'en plus former que
deux d'une épaisseur énorme qui s'en retournent dans leur patrie : l'une y arrive
du côté de T'Orient, et l'autre
par le Septentrion. Le tems de leur départ est fixé;
c'est ordinairement au mois d'août : la route
est prescrite et la marche réglée. Les pécheurs qui l'ont étudiée arrivent tous'les
ans à la Saint-Jean, tendent leurs filets entre deux barques, en les opposant directement à la colonne des harengs, et en prennentdesquantités prodigieuses. Ainsi, quand
ces poissons échappent aux poissons voraces
et monstrueux, ils n'échappent pas à T'homme, qui n'est guère moins vorace et moins
destructeur.
Nous abandonnâmes le dessein d'entrer
dans le Groenland par la côte orientale,
comme impraticable. La partie de l'occident nous offroit un abord plus favorable,
et nous fimes heureusement secondés par
un vent sud-est qui favorisa notre débarquement. On conçoit que dans cette région de
neiges et de frimats, nous n'avons à parler
ni de villes, ni de villages : quelques caba: --- Page 255 ---
AUTOUR D U M ON D E.
252,
nes, voilà ce qui forme le long des côtes
- lcs principaux logemens des colonies danoises. Notre. débarquement se fit à Godhaab,
Oi les Danois ont une résidence. On ignore
siice: grand pays des terres arctiques, compris sous la dénomination de Groenland,
est un continent attaché à celui de T'Amérique, ou à celui de la Tartarie, ousi, n'é:
tant joint, du côté du Nord, à aucun des
deux, ce n'est qu'une ile. On divise le Groenland en deux districts, celui de l'Orient et
celnidelOccident :le premier est peu connu
à cause des glaces énormes qui empêchent
les vaisseaux d'y aborder. Outre celles dont
le pays est couvert jusques. sur les plus hautes montagnes, on en voit flotter encore
une immense. amas surla mer. Les mers qui
baignent ces'parages sont remplies de mons
tres marins, tels que la baleine, le chien
marin, les vaches marines, etc.
Nous nous décidâmes à suspendre nos'
observations sur-le Groenland pour ne pas
manquer un vent favorable qui devoit 7
pourvu qu'il fut constant, nous: mener sur
les côtes du Spitzberg ,l nous proposant de
revenir ensuite dans, le. Groenland. Le Spitz-
as surla mer. Les mers qui
baignent ces'parages sont remplies de mons
tres marins, tels que la baleine, le chien
marin, les vaches marines, etc.
Nous nous décidâmes à suspendre nos'
observations sur-le Groenland pour ne pas
manquer un vent favorable qui devoit 7
pourvu qu'il fut constant, nous: mener sur
les côtes du Spitzberg ,l nous proposant de
revenir ensuite dans, le. Groenland. Le Spitz- --- Page 256 ---
25a
NOUYEAU VOYAGE
berg, pays des terres arctiques dans l'Océan
septentrional, a été ainsi nomnmé à cause de
ses montagnés aigues. Les Anglois T'appellent New-Land. Il est fort avancé au-dessus de la Norwège, vers le Nord, entre le
soisantedic-septième degré de latitude septentrionale et le quatre-vingt-deuxième, à
près de trois cents lieues, tant de la Nouvelle-Zemble que du Groenland. Il fut découvert en 1596, et ainsi nommé par Guillaume Barents et Jean Cornelis, Hollandois, qui cherchoient un chemin pour aller
à la Chine par la mer Glaciale. Le Spitzberg est le pays du monde entier le plus
froid : pendant trois mois de l'année il n'y
a absolument point de nuit, et pendant trois
autres mois le soleil ne paroit jamais sur
horison. Les aurores boréales ss'y font plus
remarquer que dans le reste du nord : des
ours blancs, des. renards, quelques canards
sauvages, et un petit nombre d'autres Oiseaux sont les seuls habitans de cet affreux
climat. C'est aux environs de ce pays que
se prennent les plus grosses baleines.
A peine de retour au Groenland 9 nous
nous remimes en route, et après une navi- --- Page 257 ---
AUTOUR B U M ON D E.
gation très pénible et très-dangereuse à cause
des montagnes de glace que nous rencontrâmes, et' qui faillirent plusieurs fois briser notre vaisseau, nous arrivâmes au détroit d'Hudson, où commence le pays des
Esquimaux : on prétend que ce nom leur
vient des mots abenaqui esquimantsic, qui
veut dire mangeurs de viande crue; en effet, ils n'ont point d'autre nourriture. On
distingue les Esquimaux indiens et les Esquimaux septentrionaux; ; les uns sont audessus du détroit, les autres au midi de la
baie d'Hudson. Nous wimes plusieurs canots
remplis de ces Indiens qui demandèrent à
trafiquer; ils sont d'une taille médiocre et
ont le visage basané : leurs habillemens sont
faits de peaux de chiens marins, cousues
enserble, avec un capuchon comme celui de
nos moines; ils, sont cousus très-proprement
avec des aiguilles d'ivoire et du fil très-fin,
fait avec des nerfs de béres fauves, fendus
avec beaucoup d'art. Leurs yeux à neige 3
comme ils les appellent avec raison, sont
une nouvelle preuve de la sagacité des Esquimaux : ces yeux sont de petits morceaux
: leurs habillemens sont
faits de peaux de chiens marins, cousues
enserble, avec un capuchon comme celui de
nos moines; ils, sont cousus très-proprement
avec des aiguilles d'ivoire et du fil très-fin,
fait avec des nerfs de béres fauves, fendus
avec beaucoup d'art. Leurs yeux à neige 3
comme ils les appellent avec raison, sont
une nouvelle preuve de la sagacité des Esquimaux : ces yeux sont de petits morceaux --- Page 258 ---
N O UVEAU VOYAGE E
de bois ou d'ivoire, de forme égale, dont
ils se couvrent les organes de la vue, et
qu'ils attachent derrière la tête; ils ont chacun deux fentes de la longueur exacte de
l'oeil, mais étroites et au travers desquelles
on voit tres-distinctement. Cette invention
les préserve de T'aveuglement de neige, maladie grave et dangereuse qu'occasionne l'éclat de la lumière réfléchie sur la neige.
Nous passâmes le détroit d'Hudson, qui
a environ cent vingtlieues de long, sur dixhuit de large, et commence à l'ile de la Résolution jusqu'au-cap de l'ile de Diggs. Delà nous entrâmes dans la baie, et nous arrivâmes à l'ile de Marbre, ainsi nommée
parce que le terrain n'est qu'un rocher continuel d'une espèce de pierre blanche, trèsdure et coupée en quelques endroits par des
veines diversement colorées. Les parhélies
ou faux-soleils sontici très-fréquens ; etlon
remarque plus souvent encore, autour du
soleil et de la lune, des anneaux vifs et lumineux, ornés sde toutes les couleurs del'arcen-ciel: nous ayons vu de ces parhélies jusqu'à six à la fois. Le commerce de la baie --- Page 259 ---
AUTOUR D U/ M 0 N D.E.
d'Hudson consiste principalement en castors : ces quadrupèdes amphibies sont ici
très-communs.
Après un séjour d'environ huiti jours dans
ce pays, nous remimes à la voile pour l'ile
de Terre-Neuve, afin d'aller de-là dans la
Nouvelle-Ecosse, et ensuite dans les diffétes provinces du Canada. --- Page 260 ---
NOUVE 1 AU VOYAG E
DE L'A 2e M E RIQUE
CHAPITRE XVIIL
De Tile de Terre-Neuve, de LAcadie et
du Canada.
PLUstEURS nations de T'Europe se disputent la gloire d'avoir découvert l'Amérique
et prétendent même avoir abordé dans l'ile
de Terre-Neuve, bien avant la naissance de
Cristophe Colomb. Les François et les Anglois n'y ont formé des établissemens que
long-tems après en avoir fait la découverte.
Les premiers n'ont jamais cessé d'y aller à
la pêche dela morue: ; mais enfin les Anglois
ont fini par être maitres absolus de ce commerce. Par le traité d'Utrecht,la France céda
toute l'ile àl'Angleterre : cette dernière puissance
l'ile
de Terre-Neuve, bien avant la naissance de
Cristophe Colomb. Les François et les Anglois n'y ont formé des établissemens que
long-tems après en avoir fait la découverte.
Les premiers n'ont jamais cessé d'y aller à
la pêche dela morue: ; mais enfin les Anglois
ont fini par être maitres absolus de ce commerce. Par le traité d'Utrecht,la France céda
toute l'ile àl'Angleterre : cette dernière puissance --- Page 261 ---
AUTOUR D U M O1 N DE.
sance y compte aujourd'hui environ six mille
habitans. Cette ile peutavoir trois cents lieues
de circuit, et n'est pas.éloignée de plus de
six cents des côtes de Normandie et de Bré.
tagne. En moins de vingt jours on peut faire
cette traversée; elle n'est séparée du Canada
que par un détroit de la méme largeur que
celui qui sépare la France de T'Angleterre:
ce canal se nomme le détroit de Belle-Ile.,
La France ayant, par le traité d'Utrecht,
cédé l'Acadie et l'ile de Terre-Neuve, n'eût
plus pour la péche de la morue que le cap
Breton, autrement dit l'Ile-Royale : cette ile
est, ainsi que celle de Tetre-Neuve, à l'entrée du golfe Saint-Laurent. La navigation
de Québecà cette ile étoit sur-tont un grand
avantage; aussi le ministère de France fonda, au cap Breton, une ville nouvelle qui
fut nommée Louisbourg, et le cap lIleRoyale : les Anglois s'en sont rendus mattres en 1745. A peu de distance de TerreNeuve nous vimes la côte de Labrador; c'est
le nom que les Espagnols ont doriné à une
grande presqu'ile de l'Amérique septentrionale. On ne connoit que les côtes de ce pays,
Tome II.
R --- Page 262 ---
NOUVEAU VOYAGE
*
qui.est assez mal nommé Terre-du-Labons
renr; car nous avons observé qu'il n'est ni
cultivé, ni propre à l'être.
Nous nous transportàmes aussidanslAca:
die, qui çsi une grande presquille de P'Amérique septentrionale, 7 et fait partie de la
Nouvelle- Angleterre : les Anglois l'appellent la Nouvelle Ecosse, et donuèrent à la
ville de Port-Royal, sa capitale, le nom
d'Annapolis, de celui de la reine Anne qui
régnoit alors. L'Acadie, dont la forme est
triangulaire, borne T'Amérique au sud-est.:
On divise ce pays en quatre provinces : la
première se nomme contrée des Etéchemins ; la seconde baie Françoise ; la troisième Acadie ou Nouvelle-Ecosse, et la qua
trième baie de Saint Laurent. L'intérieur. est
habité par sept à huit nations indiennes:1 les
principales sont les Etéchemins qui occupent Ja partie occidlentale, et les Souriquois
qui habitent aux environs de Port Royal:
samago est le titre qu'ils donnent à leur
chef; chaque village a le sien. Ces Sanvages
sont les plus férores, ou plutôt les moins
doux de tous les Indiens. Ce fut à Louis1e
Nouvelle-Ecosse, et la qua
trième baie de Saint Laurent. L'intérieur. est
habité par sept à huit nations indiennes:1 les
principales sont les Etéchemins qui occupent Ja partie occidlentale, et les Souriquois
qui habitent aux environs de Port Royal:
samago est le titre qu'ils donnent à leur
chef; chaque village a le sien. Ces Sanvages
sont les plus férores, ou plutôt les moins
doux de tous les Indiens. Ce fut à Louis1e --- Page 263 ---
AUTOUR DI U M O N D E,
25g
bourg que nous nous embarquâmes sur le
fleuve Saint-Laurent pour aller à Québec
dans le Canada.
Quoiqu'en général les colonies de l'Amérique ne se soient formées que du rebut et
de la lie des nations, il faut en excepter cependant plusieurs, sur-tout celles du Canada, et même celles de toute T'Amérique sep:
tentrionale. La source de presque toutes les
familles qui y subsistent encore aujourd'hui
est pure, et n'a aucune de ces taches qui
déshonorent dansl'esprit de ceux qui ne regardent pas les fautes comme purement personnelles. Les premiers habitans des colonies angloises furent, ou des ouvriers toujours occupés à des travaux utiles, ou des
personnes qui vinrent y chercher des asyles
contre la persécution et l'intolérance des évéa
ques anglicans. Quant au Canada en particulier, il fut rempli de François qui fuyoient
une terre désolée également par les disputes
de religion : ce n'est pas qu'on n'y ait vu
quelquefois des gens que le mauvais état de
leurs affaires obligeoit de s'expatrier, ou
quelques autres dont on vouloit purger la
France et leurs familles S ; mais c'étoit en
R 2 --- Page 264 ---
NOUVEAU VOYAGB
très-petit noinbre. Les deux rives du fleuve
Saint-laurent, qu'il nous fallut remonter:
pour aller de Louisbourg à Québec, présentent d'abord, sur : tout sur la gauche,
des rochers', des montagnes et des forêts
habitées par des Sauvages ou plutôt par des,
peuples vivant de la pêche et de la chasse;
ils n'ont d'autres vétemens que les peaux
des bêtes qu'ils ont tuées, d'autres logemens
que des cabanes : ils sont errans à peu près
comme les Arabes; mais leurs courses ne
sont pas, à beaucoup près, si écartées, 2
parce que la pêche et la chasse leur suffisent, au lieu que les déserts de. l'Arabie
n'offrent pas de si près les mémés ressources. Ces Sauvages, avant l'arrivée des François, ne connoissoient ni le pain, ni le vin;
ils n'avoient aucun ustensile de cuisine, ni
de ménage : ils sont même encore aujourd'hui dans l'usage de vivre du jour au jour
et de ne faire'ancune provision. In'y a parmi eux, ni prisons, ni loix pénales. S'ilarrive qu'un coupable soit jugé digne de mort,
le premier qui se présente lui casse la tête.
Leur unique ambition est d'avoir de quoi
yivre, et d'être réputés habiles chasseurs et
issoient ni le pain, ni le vin;
ils n'avoient aucun ustensile de cuisine, ni
de ménage : ils sont même encore aujourd'hui dans l'usage de vivre du jour au jour
et de ne faire'ancune provision. In'y a parmi eux, ni prisons, ni loix pénales. S'ilarrive qu'un coupable soit jugé digne de mort,
le premier qui se présente lui casse la tête.
Leur unique ambition est d'avoir de quoi
yivre, et d'être réputés habiles chasseurs et --- Page 265 ---
AUTOUR D,U M ON D E.
bons guerriers. S'ils livrent des combats, ce
n'est pas pour agrandir leurs possessions.,
mais pour venger leurs injures : ils lèvent
la peau de la tête et la chevelure des vaincus, et l'aitachent comme des troplées à la
porte de leurs cabanes. La chasse est, par-"
mi eux,après la guerre, Temploi le plus
honorable: : ils n'acquièrent pas moins de réputation parle nombre des bétes qu'ils tuent
que par celui des hommes qu'ils massacrent
et des chovelures qu'ils arrachent. Les mariages se font sans aucune cérémonie, Un
garçon demande une fille; s'il est agrié,1
donne et reçoit des présens, et demeure un
an chez son futur beau père, à qui il cède
toutesles pelleteries qu'ilrapporte de la' chasse. Les deux amans vivent ensemble avec assez de décence, et plus assurément qu'ils ne
le feroient parmi nous s'ils jouissoient d'une
semblable fréquentation : au bout de l'an on
les marie,
Depuis ce pays , appelé par quelques
François la Gaspésie, les deux côtés du
fleuve offrent d'agréables points de.vae, jusqu'à Québec. Cette ville, quoiqu à cent vingt
lieues de la mer, a un port capable de conR 3 --- Page 266 ---
NOUYEAU VOYAGE E
tenir cent vaisseaux; ; elle est placée sur le
fleuvele plus navigable del'univers. Ce fleuve, qui n'a jamais moins de quatre à cing
lieues de largeur, depuis son embouchure,
se rétrécit tellement devant Québec que delà est venu, dit-on, le nom de cette capitale, qui veut dire rétréchissement. Les plus
gros bâtimens y abordent sans peine : il y
a même un chantier où l'on en construit un
grand nombre. La ville est divisée en haute
et basse. Il y a une belle cathédrale, et une
citadelle où le gouverneur fait sa résidence.
L'hôtel de l'intendance porte le nom de palais, parce qu'il sert aux assemblées du conseil supérieur. Cette ville est peu considérable pour la capitale d'un vaste pays ; elle ne
contient tout au plus que quatre ou cinq
mille habitans. I y a une société agréable,
sur-tout dansles cercles brillans qui se tiennent chez le gouverneur et à l'intendance.
On fait des promenades, lété en canot, 9
T'hiver en traineau sur la neige ou à patins
sur la glace. Les Canadiens, c'est-à-dire;
les Créoles, parlent purement la langue françoise. Le sang est assez beau dans les deux
sexes.
pays ; elle ne
contient tout au plus que quatre ou cinq
mille habitans. I y a une société agréable,
sur-tout dansles cercles brillans qui se tiennent chez le gouverneur et à l'intendance.
On fait des promenades, lété en canot, 9
T'hiver en traineau sur la neige ou à patins
sur la glace. Les Canadiens, c'est-à-dire;
les Créoles, parlent purement la langue françoise. Le sang est assez beau dans les deux
sexes. --- Page 267 ---
AUTOUR DU M O N D E.
Voici comment se formérent nos premiers
établissemens dans ce pays.Samuel Ide Champlain, gentilhomme de Saintonge et capitaine de vaisseau, étant arrivé des Indes OCcidentales, se mit à la tête d'une compaguie.
de comtuerce: formée à Dieppe, et partit sur
une flotte. marchande pour fonder un comptoir sur le fleuve Saint- - Laurent. II se détermina pour le lieu où est aujourd'hui la ville
de Québec. Ily ye arriva au mois de juilleti608,
y construisit quelques baraques, fit défricher les terres, et y jeta les premiers fondemens de cette capitale. Les habitans s'allièrent avec les Sauvages des environs, qui
trouvoient eux-mêmes del'avantage à se fortifier de leur secours contre d'autres Sauvages
nommés Iroquois, les plus redoutables de
cette contrée. On donna le nom de NouvelleFrance à cette partie de Amérique. Les jésuites s'attachèrent ensuiteà convertirle plus
de Sauvages qu'ils purent:peu: à peu les bords
du fleuve Saint-Laurent furent bordés de su-,
perbes habitations. La source de cette rivière
est encore inconnue quoiqu'on lait remontée à plus de sept cents lieues : elle passe
par différens lacs avant d'arriver à Québec.
R 4 --- Page 268 ---
s64
NOUV E A U VOTAGE
Le premier est celui de Lenemignon qui se
dicharge dans le lac supérieur; ; celni-ci
porte ses eaux dans lelac des Hurons, de-là
dans le lac Erié, et enfin, dans TOntario:
c'est de ce dernier que sort le fleuve SaintLaurent, qui coule, d'abord paisiblement,
ensuite avec rapidité, jusqu'à la ville de
Montréal; là il reçoit une autre grande rivière avec lag uelle il traverse la plus belle
partie de f'établissement françois, et, s'élargissant peu à peu, se rend majestueusement (
dans la mer. On donne au lac supérienr environ cinq cents lieues de circuit: Le froid
y est si vifquel'ean s'y glace jusqu'à dix ou
douze lieues de ses bords. Ce lac est partagé
par de grandes iles pleines d'élans et de cariboux ; il a cela de particulier qu'une tempete y est annoncée deux jours avant qu'elle
n'arrive: d'abord on apperçoit sur la surface
des éaux un petit frémissement qui dure tout
le jour sans augmentation sensible; le lendemain, d'assez grosses vagues couvrent le
lac; le troisième jour, on le voit tout en feu,
et T'agitation des flots devient si furieuse
qu'on ne trouve de streté que dans des asyles qui sont sur la côle du nord. Ce lac en-
de particulier qu'une tempete y est annoncée deux jours avant qu'elle
n'arrive: d'abord on apperçoit sur la surface
des éaux un petit frémissement qui dure tout
le jour sans augmentation sensible; le lendemain, d'assez grosses vagues couvrent le
lac; le troisième jour, on le voit tout en feu,
et T'agitation des flots devient si furieuse
qu'on ne trouve de streté que dans des asyles qui sont sur la côle du nord. Ce lac en- --- Page 269 ---
AUTOURIDU M O N D E.
tre dans celui des Harons par une cascade
de deux lienes de longueur, appelée le saut
deSainte-Marie. Le lac Erié, qui passe pour
un des plus grands de l'univers, porte aussi
le nom de Conti : de toute part il offre les.
plus riantes perspectives ; ses bords sont
couverts de chênes', d'orméaux, de chataigniers, de pruniers, de pommiers et de vignes qui portent leurs grappes jusqu'au sommet des arbres, dans un terrain tiès-uni : il
y a une grande nultitude der bêtes fauves et
de poules d'Inde dans-les vastes prairies et
dans les bois qui se découvrent du côté du
sud. Les iles du lac sont de vrais parcs de
chevreuils, et comme autant de vergers ou,
la nature a pris soin de rassembler toutes
sortes d'arbres et de fruits: Si la4 navigation
étoit libre de Québec jusqu'au lac Erié, on
pourroit faire de ces lieux charmans la' plus
riche, la plus fertile et la plus belle contrée
du monde. Le nom d'Erié'est celui d'une
nation de la langne huronne qui étoit établie sur ses bords, $ et que les Iroquois ont
totalement détruite; il signifie chat, et les
Eries étoient appelés le peuple des'chats >
parce qu'en effet en trouve dans cette con- --- Page 270 ---
NOU V E A U VOYAGE
trée quantité de ces animaux plus gros que
les nôtres, et dont la peau est fort estimée.
Entre le Québec et le lac Ontario est située
la ville de Montréal, éloignée d'environ
soixante lieues de la capitalé du Canada.
Montréal occupe une ile du fleuve près du
pays des Iroquois : lors de sa fondation, on
l'appela Ville-Marie. Un objet plus remarquable est la, fameuse cascade de Niagara,
la plus belle peut-être qui existe dans l'uni
vers : cette chtte d'eau a plus de cent cinquante pieds d'rlévation; le fleuve tombe
perpendiculairement dans toute sa-largeur :
la rivière y reçoit une secousse si violente
qu'elle n'est navigable que trois lieues après
sa chate. La figure de cette cascade est en
fer à cheval, et a près de quatre cènts pas
de circonférence ; elle est divisée en deux
par une petite ile qui ralentit un peu Ja rapidité du courant : c'est sur un rOc que cette
grande nappe d'eau est reçue; elle y a creusé
avec le teins une caverne profonde, ou; en
tombant, elle fait un bruit sourd, sembla:
ble à celui d'un tonnerre éloigné.
Les langues algonquine et huronne.pars
tagent presyquetousles Sauvages du Canadag
de circonférence ; elle est divisée en deux
par une petite ile qui ralentit un peu Ja rapidité du courant : c'est sur un rOc que cette
grande nappe d'eau est reçue; elle y a creusé
avec le teins une caverne profonde, ou; en
tombant, elle fait un bruit sourd, sembla:
ble à celui d'un tonnerre éloigné.
Les langues algonquine et huronne.pars
tagent presyquetousles Sauvages du Canadag --- Page 271 ---
AUTOUR D U M O N D-E.
du moins ceux qui sont en commerce avec
les François. Quand on connoit ces deux
idiomes, on peut, sans interprète, 7 parcourir plus de quinze cents lieues de pays, et
se faire entendre à plus de cent penples qui
ont cependant chacun un dialecte particulier. Le huron n'a point de lettres labiales,
parle du gosier, et aspire presque toutes ses
syllabes : T'algonquin s'exprime plus naturellement. La langue du premier est , dit-.
onyd'une abondance, d'une énergie et d'une
noblesse qui ne se trouvent peut-étre dans
aucun de nos plus beaux idiomes : c'est T'éloge tqu'en font plusieurs missionnaires. La
langue algonquine a moins de force, mais
elle est plus douce, plus élégante : elles ont
toutes deux une richesse d'expression, une
variété de tours, une propriété de mots 9
une régularité qui étonnent. Dans le langage huron, un verbe se multiplie autant
de fois qu'il y a de choses différentes qui
tombent sous son action. Par exemple, si
l'on veut dire qu'un homme mange du pain,
de la viande,. des fruits, on ne se sert pas,
comme nous, toujours du même verbe; OIL
en change à claque sorte d'aliment comme --- Page 272 ---
NOUVEAU VOYAGE
si lon disoit manger du pain, dévorer dela
viande, se nourrir de fruits : le mot de manger varie aussi souvent qu'il y a de choses
commestibles. La même action s'exprime
différemment à l'égard 1d'une personne et
d'une substance inanimée: on ne, diroit pas
jai vu un homme, jai vu un arbre; le mot
de voir seroit impropre à l'égard de l'un et
de l'autre. Les tours de phrase usités dans
cette langue, ont une sorte de noblésse que
n' ont point la plupart de celles de l'Europe:
Un Sauvage à qui on demanderoit pourquoi
Dieu la créé, répondroit: c] Le grand génie.
Cc a pensé de moi; qu'un tel me connoisse,
<C qu'ilm'aime, qu'il me serve, etje lui ferai
CC part d'un éternel bonheurs.Pour dire d'un
homme qu'il est courageux; d'une femme
qu'elle est jolie, voici comment il faudroit
s'exprimer : <Je pense de votis; monsieur
e a du courage; je pense de madame, elle
cc ést d'une jolie figures.
Les Iroquois occupent le côté méridional
du lac Ontario. Ce fut pour opposer une
barrière à ces peuples inquiets et guerriers,
que les François firent bâur, à l'entrée du
lac, le fort de Frontenac, du nom de l'of-
ux; d'une femme
qu'elle est jolie, voici comment il faudroit
s'exprimer : <Je pense de votis; monsieur
e a du courage; je pense de madame, elle
cc ést d'une jolie figures.
Les Iroquois occupent le côté méridional
du lac Ontario. Ce fut pour opposer une
barrière à ces peuples inquiets et guerriers,
que les François firent bâur, à l'entrée du
lac, le fort de Frontenac, du nom de l'of- --- Page 273 ---
AUTOUR D U M O1 N DE.
26g
fcier quil les commandoit. Les Iroquois sont
la nation du Canada qui semble y tenir le
premier rang : ses succès militaires lui ont
donné sur la plupart des autres Sauvages
une supériorité qu'ils ne peuvent lui disputer; leur situation a achevé de les rendre
formidables. Comme elle se trouvoit placde
entre les établissemens de la France et de
Angleterre, ses habitans ont pensé que ces
deux colonies seroient également intéressées
à les ménager : jugeant, avec autant d'habileté qu'auroient pu faire des Européens
les plus versés dans la politique, que, si
l'une des deux prévaloit sur l'autre, ils en
seroient bientôt opprimés, ils trouvèrent
long-tems l'art de balancer leurs succès. Cependant toutes leurs, forces réunies n'ont jamais pu monter qu'à cinq ou six mille combattans. De quel talent n'ont-ils pas en besoin pour suppléer au défaut du nonbre?
Ce peuple, que les Anglois désignent souS
le nom des cing nations, et que nous appe:
lons les Iroquois, est celui qui intéresse le
plus les François et les Angluis. Les Iroquoises président, comme les-ahommes,aux
conseils nationaux; elles ne sont pas moius --- Page 274 ---
NOUVEAU. VOYAGE
courageuses à la guerre. On accorde des
titres d'honnenr à celles qui se distinguent
par de belles actions. Ces hommes, que
nous nommons sauvages, ont compris que
le plus beau droit est celui de faire grâce ;
ils l'accordent à ces guerrieres : elles ont le
pouvoir de délivrer un criminel, ou un prisonnier condamné à mort ; elles le font délier du poteau en se présentant et, élevant
une aile de cigne, qui est la manière de faire
grâce. Les moeurs sont aussi simples que le
gouvernement. Les maisons sont des pieux
plantés en terre et couverts d'écorce d'arbres:
au milieu est une ouverture pour la fumée.;
Le sol produit des melons, des pois, des
féves, du bled de turquie, des pommes de
terre et du tabac : les.foréts-sont peuplées
de buffles, d'ours, de chevreuils, de pans
thères, de loups, etc. Les Iroquois ont le
tein basané, et la peau horriblement noircie, ou, suivant eux, agréablement peinte
et ornée de figures tracées avec de la poudre à canon : ils ont la téte rase, à l'excep.
tion des pauvres ; car il y a parmi eux,
comme parmi nous, des pauvres. et des riches, même des nobles et des rôturiers : les
'ours, de chevreuils, de pans
thères, de loups, etc. Les Iroquois ont le
tein basané, et la peau horriblement noircie, ou, suivant eux, agréablement peinte
et ornée de figures tracées avec de la poudre à canon : ils ont la téte rase, à l'excep.
tion des pauvres ; car il y a parmi eux,
comme parmi nous, des pauvres. et des riches, même des nobles et des rôturiers : les --- Page 275 ---
AUTOU R DI U M 0 N D E.
27r
dernières classes sont distinguées par une
touffe de cheveux qu'elles laissent croitre
sur le sommet de la téte, et qu'elles surmontent de plumes d'oiseaux, de poil de
chevreuil, ou d'uné queue de lapin. Les
oreilles forment la plus brillante partie de
leur parure : ils les font grandir à force de
les tirer; ensuite, ils les fendent, opération
très : douloureuse 3 qui, pendant quarante
jours, fait souffrir cruellement celui qui la
subit. Ils les chargent de longs anneaux d'argent, de cuivre ou de plomb : ils en altachent aussi aux narines. Un morceau d'étoffe, noué au-dessus de la ceinture, une
1 chemise fort courte, des lambeaux de toile,
liés autour des jambes en guise de guétres,
un grand manteau, 2 ou, 2 pour parler plus
juste, une grossière couverture, jetée sur
leurs épaules, 2 composent leurs vêremens.
En hiver, ils ont des bas de drap et des
chaussons de peau; en été, lai plupart vont
presque nus. Quelques temmes portent des
jupons, laissent croitre leurs cheveux jusqu'à mijambes, et qJuelques, - auires jusqu'à
terre : elles, sont,. en général, assez bien faitesetd'uneligureagréable. Ces peuples sont, --- Page 276 ---
NOUVEAU VOYAGE
comme tous les Sauvages, doux, civils, affables, francs et sincères, 4 sur-tout très-hospitaliers; mais cruels et implacables envers
leurs ennemis, et dans leurs vengeances 9
quandils : secroient offensés. Le calumet, que
nous appelons une pipe,est quelque chose de
sacré parmi Ces Indiens : dès'qu'on a fumé
avec eux le calumet de paix, pour nous servir de leurs expressions, on est shr de leur
alliance et de leur amitié. Leur constance
dans les tourmens les plus affreux auxquels
ils sont condamnés quand ils tombent au
pouvoir d'autres Sauvages aussi implacables
qu'eux, prouvent à quel point T'homme peut
porter la force morale et physique. Ces peuples ont une imagination orientale et vraiement poétique; ils peignent avec la parole .
ils ne disent point la guerre, la paix, mais
la hâche de la guerre, l'arbre de la paix,
etc. Les Hurons, voisins des Iroquois, en
sont depuis long-tems les ennemis et riyaux:
leurcaractéreetleurs moeurs sontlesmémes.
Tous Ces. Sauvages savent tirer de l'érable
une boisson délicieuse, et un sucre presqu'aussi bon quelenôtre. Il y a dans toutes
ces contrées une grande quantité de boeufs
sauvages 2
la hâche de la guerre, l'arbre de la paix,
etc. Les Hurons, voisins des Iroquois, en
sont depuis long-tems les ennemis et riyaux:
leurcaractéreetleurs moeurs sontlesmémes.
Tous Ces. Sauvages savent tirer de l'érable
une boisson délicieuse, et un sucre presqu'aussi bon quelenôtre. Il y a dans toutes
ces contrées une grande quantité de boeufs
sauvages 2 --- Page 277 ---
AUTOU R D U M ONI D E.
sauvages, de chevrenils, de chats cerviers,
de fouines, diécurmulaydepercs/pasx d'ours,.
d'hermines,derenards, etc.Le-viritable nom
des Hurons est Yendars : l'autre nom est de
l'invention des François. La passion des armes les a dégoutés des travaux de la campagne, qu'ils abandonnent anx femmes.
De retour à Qnébec, nons attendimes
quelque tems.une occasion pour voir les COlonies angloises. Nous apprimes enfin le prochain départ d'un vaisseau pour la ville de
Boston, et nous nous y embarquâmes après
un mois de séjour à Québéc ou dans le reste
du Canada.
Tome IL:
S --- Page 278 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XIX.
De LAmérique angloise.
I.nomundonbesecomapesscospeomidesauslaeraufavens
dit, de trouver un vaisseau dont la destination.
fut pour Boston:après un mois d'attente ils'en
présenta un.Nousen) profitàmes pour voircette
partie de l'Amérique devenue si célèbre, si
intéressante par sa révolution, ses loix, ses
moeurs, son commerce, et nous remerciàmes la Providence qui nous procuroit enfin
les moyens de voir la NouvclisAngloterre
On sait que ce fut vers la fin du seizième
siècle que le chevalier Raleig, excité par
T'exemple et. les succès des Espagnols, partit pour le nord de l'Amérique, et y fonda
un établissement qui fut le premier de la
nation anglcise dans cette partie du nouveau
monde. Le vaste espace qu'embrassent ces
colonies se divise en plusieurs grandes provinces. Nous avons déja parlé de la baie
à --- Page 279 ---
KUTOUR D U M ON DE.
d'Hndson, de Tile de Terre-Neuve, 9 de T'Acadie. La Nouvelle-Angleterie est redevable
de ses premiers établissemens au zèle persécnteur et intolérant de quelqnes prélats de.
la Grande-Bretagne, contré les non-conformistes. L/ambitieux Laud, archevéque de
Cantorbéri, porta Charles Ier. à des démarches violentes qui rendirent son gouvernement odieux: Les non-conformistes se réfugièrent dans la Nouvell-Angleterre : cette
première colonie, de cent vingt personnes
seulement, fut suivie de sept autres que les
mêmes raisons forcèrent bientôt d'abandonner leur patrie. Les unes vinrent S établir
dans la baie de Massachuset, et sur les .
bords de la Connecticut, où elles bâtirent
les villes de Salem, Charles-Towa; WaterTown, Dorchester, etc. En moins'd'un demi siècle; la Nouwelle-Angleterre se vit dans
un état florissant ; elle contenoit plus de
trente mille ames, et avoit plus de cinquante
villes ou villages bien bâtis. Ces divers établissemens avoient chacun leurs loix particulières, et leurs magistrats élus par les COlons mémes : quoiqu'ils formassent autant
d'établissemens distingués les uns des auS 2
Charles-Towa; WaterTown, Dorchester, etc. En moins'd'un demi siècle; la Nouwelle-Angleterre se vit dans
un état florissant ; elle contenoit plus de
trente mille ames, et avoit plus de cinquante
villes ou villages bien bâtis. Ces divers établissemens avoient chacun leurs loix particulières, et leurs magistrats élus par les COlons mémes : quoiqu'ils formassent autant
d'établissemens distingués les uns des auS 2 --- Page 280 ---
NOUVEAU VOYAGE
tres, ils étoient néanmoins déja unis par une
confédération pour les choses qui les intéressoient en commun ; telle étoit, avant sa ré:
volution, la constitution de la NouvelleAngleterre, qui éprouva dans la suite divers
changemens. Le roi d'Angleterre y nommoit
un gouverneur qui avoit le commandement
de la milice; il pouvoit rejeter les loix
pro:
posées par le conseil général de la colonie.
C'étoit à lui à confirmer le choix des magistrats : ils ne pouvoient sans son consentement provoquer unè assemblée extraordinaire. Cette assemblée étoit composée des
députés élus par chaque canton : elle avoit
concurremment avec le gouvernement, le
droit d'imposer des taxes, de faire des concessions et des loix; mais il falloit que le
gouvernenr donnât son approbation à celles-ci. Si, dans l'espace de trois ans, il venoit à les rejeter, elles devenoient de nul ef
fet. On voit par cet apperçu du gouvernement de ces colonies avant la dernière révolution, que, malgré leur dépendance de
la métropole, elles avoient leurs assemblées
et leurs privilèges. L'insurrection ayant tout
changé, nous ne parlerons que de leurs nou --- Page 281 ---
AUTOUR DU U M O N DE.
velles loix qui méritent bien plus notre attention.
entrés dans la vaste baie de
Nous étions
la
Massachuset ; tout à coup nous voyons
mer: se briser sur les rochers du cap, Cod,
heures nous devions être
et dans quelques
brume nous enà Boston, lorsqu'une épaisse
et nous masque la route au miveloppe, lieu des rochers. On' monille ; mais bientôt
et contraire faitlaaprès un vent impétueux
bourer nos ancres, mamptsescable.oue briser
nace de nous entre-heirter, ou de pous
parages. Enfin, après deux
sur ces dangereux
de
un bon frais
jours d'incertitude et périls,
ramène dans la rade de Boston. De cette
nous
rade, semée d'ilots agréables, nous découà travers des arbres, sur la côte OC
vrons;
de
cidentale, une magnifique perspective
maison's en amphithéatre qui se prolongent
demi-cercle dans l'espace d'une demien
c'étoit-la Boston. Ces édifices élevés,
lieue :
entre-mélés de hauts clochers 1
réguliers,
moins une colonie moderne
nous parurent
antique cité, embellie et peuplée
qu'une
de
le commerce et les arts. L'intérieur
par
à l'idée qu'ons'en est d'abord
la ville répond
S 3
perspective
maison's en amphithéatre qui se prolongent
demi-cercle dans l'espace d'une demien
c'étoit-la Boston. Ces édifices élevés,
lieue :
entre-mélés de hauts clochers 1
réguliers,
moins une colonie moderne
nous parurent
antique cité, embellie et peuplée
qu'une
de
le commerce et les arts. L'intérieur
par
à l'idée qu'ons'en est d'abord
la ville répond
S 3 --- Page 282 ---
NOU U V E A U. VOYAGE
formée, Une superbe jetée, s'avançant à près
de deux mille pieds dans la mer 9 est assez
large pour avoir sur toute sa longueur des
magasins et des ateliers ; elle communique
à angle droit à la principale rue de la ville,
qui, large et spacieuse, se courbe dans le
sens de la rade: cette rue est garnie de belles maisons, élevées la plupart de deux ou
trois étages; beaucoup d'autres petites rues
viennent y aboutir des deux côtés. La forme
des maisons est faite pour surprendre des
yeux européens ; elles sont entièrement de
bois, non pas à la manière pesante et triste
de nos anciennes villes, mais régulières et
bien percées : leur charpente est légère, bien
liée, recouverte en dehors de planches minces
et polies, superposées à la manière des tuiles
de nos toits : leurs dehors sont peints en gris,
ce qui ajoute infiniment à l'agrément du
compd'eil. Les toits sont ornés de balustres,
sans doute à câuse des incendies : leurs fondemens sont appuyés sur un mur d'environ
un pied de hauteur. On sent combien ces
maisons doivent l'emporter sur les nôrres
pour la salubrité : toutes les parties en sont
tellement liées, et leur poids est si peu con- --- Page 283 ---
AUTOUR DU M O N D E.
sidérable relativement à leur masse, qu'on
peut les changer de place. J'en aivu de deux
étages quiavoient été transportéesà un demiquart de lieu au moins : toute l'armée françoise, au tems de la révolution, fut témoin
dela même chose à Newport. Cequ'on nous
raconte des habitations ambulantes des SuisLeurs meutses est bien moins merveilleux.
bles sont simples, mais de bois précieux, à
la manière angloise, ce qui ôte de leur gaieté. Les riches couvrent leurs planchers de tapis de laine ou de nattes, 9 les autres de sable très fin. On y compte six mille maisons,
trente mille hal bitans : ily a dix neuf temples
de toute espèce de sectes ; ils sont tous fort
propres, et plusieurs sont très-beaux, surtout ceux des presbytériens et des anglicans.
Leur forme est un carré long,orné tourà tour
d'une tribune et garnis de bancs uniformes.
Le pauvre, comme le riche, y entend la
parole de Dieu dans une posture commode
et décente. Le jour de dimanche y est obtoutes les
servé avec la plus grande rigueur;
affaires, quelles importantes qu'elles soient,
cessent ce jourlà; on ne se permet pas méme les jeux les plus innocens ; de sorte que
S 4
des presbytériens et des anglicans.
Leur forme est un carré long,orné tourà tour
d'une tribune et garnis de bancs uniformes.
Le pauvre, comme le riche, y entend la
parole de Dieu dans une posture commode
et décente. Le jour de dimanche y est obtoutes les
servé avec la plus grande rigueur;
affaires, quelles importantes qu'elles soient,
cessent ce jourlà; on ne se permet pas méme les jeux les plus innocens ; de sorte que
S 4 --- Page 284 ---
NOUVEAU VOYAGE
Boston, cette ville si peuplée, où il règne
toujours un grand mouvement, semble désert le dimanche. On parcourt les rues sans
appercevoir personne 7 et si on en rencontre par hasard, on n'ose s'arrêter et se parler. On n'entre dans aucune maison sans y.
trouver tout le monde occupé à lire la bible.
C'est sans doute un's spectacle bien touchant,
bien ravissant qu'un père, entouré de sa
famille, expliquant les vérités sublimnes de
ce livre sacré. Personne ne manque d'aller
au terhple de sa secte : ily règne un silence,
un ordre, un respect, qu'on ne retrouve
plus depuis long-t tems dans la plupart de
nos églises catholiques. Le chant des pseaumes y est lent et majestuenx ; Tharmonie
de la poésie, dans la langue nationale, en
augmente l'intérét, et doit contribuer à entretenir l'attention des assistans. Tous ces
temples sontdénuésd'ornemens:rienne parle
à limagination et au cceur; rien n'y indique
à Thomme ce qu'il vient y faire 9 ce qu'il
est, ce qu'il sera : la peinture, ni la sculpture, ne lui retracent point ces grands événemens qui le rappellent à ses devoirs, réveillent sa reconnoissance, animent sa piété, --- Page 285 ---
AUTO C U R' DU. M O N D E.
excitent son s adoration; ; la pompe des cérémonies ne lui peint point la grandeur de
l'être qu'il adore. Les quakers; encore plus
ennemis du culte extérieur, ontmême anéanti
toute apparence d'hiérarchie : on cherche en
vain dans leur temple le ministre chargé spécialement de parler au nom de la Divinité;
silenl'oeil ne découvre qu'une assemblée
cieuse, méditative, sans aucune marque du
motif qui Ta forméey jusqu'à ce que TEsprit-Saint, dans leur préjugé, s'emparant
tout à coup d'un des assistans, Téchauffe,
l'agite comme la Pythie des anciens, et en
fait le pontife du moment. Cet Esprit-Saint
inspire ou est censé inspirer sans acception
d'àge, de condition, de sexe : celui qui ne
s'est livré toute sa vie qu'aux plus grossières
occupations, à quila nature a le plus étroitement circonscrit le cercle de ses idées, devient tout à coup loracle, Tinterprête des
plus sublimes vérités du christianisme. La
principalé vertu des quakers doit être la patience; ; leurs orateurs inspirés la mettent
souvent à l'épreuve : les femmes, tonjours
dociles à cet Esprit-Saint, y font amplement
usag ge du don précieux de la parole. Un culte
ré toute sa vie qu'aux plus grossières
occupations, à quila nature a le plus étroitement circonscrit le cercle de ses idées, devient tout à coup loracle, Tinterprête des
plus sublimes vérités du christianisme. La
principalé vertu des quakers doit être la patience; ; leurs orateurs inspirés la mettent
souvent à l'épreuve : les femmes, tonjours
dociles à cet Esprit-Saint, y font amplement
usag ge du don précieux de la parole. Un culte --- Page 286 ---
NOUVEAU VOYAOEI
si extraordinaire ne pouvoit se sauver du
mépris, du ridicule, et se soutenir, si ses
sectateurs ne s'étoient montrés fort simples dans leur extérieur, fort humains ,
fort philantropes, fort francs, fort désintéressés dans la société; mais Tenthousias
me, le premier appui des sectes, , s'éteint.
Il faut donc se placer à leur première époque,
pourlesjuger. Lesquakersont pu faire fleuirir
les vertus sociales avec, plus de succès et plus
long-tems en Amérique, parce que le climat
et la vie qu'ils y menoient les favorisoient.
£ La piété n'est cependant pas toujours le
seul motif qui amène en foule les dames
américaines dans les temples : sans spectacles, sans promenades publiques, les temples sont les théâtres où elles viennent à
Tenvi étaler leur luxe naissant; elles s'y
montrent, comme en Europe, vétues d'étoffes de soie, et ombragées quelquefois de
superbes panaches. Leur chevelure, exhaussée sur des appuis, est à l'imitation de celles que nos daines portoient il y a quelques
années 3 au lieu de poudre, elles les lavent
avec Feau de savon, ce qui ne leur messied
. pas, parce qu'ollesles ont d'un blond agréa- --- Page 287 ---
AUTOUR DU, M ON D E.
blers les plus recherchées commencent cependant.à adopter la manière européennea
bien pro:
Elles sont, en général, grandes,
portionnées : leurs traits sont ordinairement
réguliers; leur tein est très-blanc, mais sans
moins
couleur; elles ont moins d'agrémens,
de.vivacité, moins d'aisance que les Franmais elles ont plus de noblesse: :
çoises 3
chose
nous leur avons même trouvé quelque
des
de ce qui caractérise ces chefs-d'oeuvre
nos
artisles. de Tantiquité parvenus jusqu'à
jours. La taille des hommes y est également
svelte et bien prise; ils ont peu d'embon:
point et leur tein est un peu pâle : ils sont
proportionnément mnoins recherchés dans
leurparurequeles femmes,mais très-propres.
A vingt ans, les femmes n' ont déja plus ia
fraicheur de la jeunesse : à trente-einq ou
quarante 2 elles sont ridées, décrépites. Les
hommes se montrent presqu'aussi prématu:
rés. Nous avons présumé que le cours de la
vie devoit y être moins long. Nous parcourèmes tous les cimétières de Boston : on y
est dans J'usage de mettre sur chaque: s64
pulture les noms et les àges. Nous y avons
trouvé en effet que la vie du plus grand nom-
fraicheur de la jeunesse : à trente-einq ou
quarante 2 elles sont ridées, décrépites. Les
hommes se montrent presqu'aussi prématu:
rés. Nous avons présumé que le cours de la
vie devoit y être moins long. Nous parcourèmes tous les cimétières de Boston : on y
est dans J'usage de mettre sur chaque: s64
pulture les noms et les àges. Nous y avons
trouvé en effet que la vie du plus grand nom- --- Page 288 ---
NOUVEAT U VOYAGE
bre, dans la classé de la virilité, n'alloit
guère qu'à cinquante ans. Nous en avons
vu très-peu de soixante, et nous n'en avons
pas rencontré au-delà.
Boston est situé sur une presqu'ile inclinée du côté de la mer. Cette presqu'ile ne
fient à la terre, dans les hautes marées ,
que par une langue de la largeur d'un grand
chemin; il a donc fallu peu d'art pour rendre cette ville susceptible de défense. Il y a
une éminence qui la domine; les Bostoniens
y ont placé une espèce de phare très-élevé,
surmonté d'un barril de goudron prét à êtreallumé en cas d'attaque : à ce signal plus de
quarante mille hommes peuvent prendre les
armes, et se trouver aux portes de la ville en
moinsdovingt-quatre heures. Ondécouvrede.
là les ruines de Charles-Town,incendiée par
les Anglois, le17 juin 1775, àl la bataille de
Bunkerkill; spectacle attristant, fait pour
nourrir dans l'ame des Bostoniens le sentiment de la liberté. Cette ville n'étoit séparée de la presqu'ile que par la rivière Charles; elle étoit située dans l'angle que forme
la jonction de cette rivière avec le Mistic:
elle étoit bien bâtie, susceptible de fortifica- --- Page 289 ---
AUTOUI R DU MOND E;
tions, et paroit avoir été la moitié aussi.
grande que la ville de.Boston.
La rade de Boston, capable de contenir
plus de cinq cents vaisseaux, n'a d'entrée
sûre qu'un canal à peine assez large pour
trois vaisseaux. De fortes batteries établies
sur Tilot le plus voisin, mettent la rade, et
par conséquent la ville, hors d'insulte du
côté de la mer. Les caps 'qui resserrent l'entrée de la baie, le cordon de rochers qui garnit le débouquement de la radé; et les ilots
dont elle est semnée, sont autant d'obstacles
qui diminuent, répriment la fougue des
flots, et rendent cet abri un des plus sûrs
du monde. Le commerce des Bostoniens embrassoit plusieurs objets et étoit très-étendu
avantla guerre ; ils fournissoientà la GrandeBretagne des mâts et des vergues pour sa ma:
rine royale : ils construisoient par commission ou à leur compte, un grand nombre de
navires marchands renommés pour, la supériorité de leur marche; leur construction
est en effet si légère qu'il ne faut pas être
grand connoisseur pour distinguer leurs navires au milieu de ceux de toutes les autres
nations. Ceux qu'ils frétoient à leur compte
étoit très-étendu
avantla guerre ; ils fournissoientà la GrandeBretagne des mâts et des vergues pour sa ma:
rine royale : ils construisoient par commission ou à leur compte, un grand nombre de
navires marchands renommés pour, la supériorité de leur marche; leur construction
est en effet si légère qu'il ne faut pas être
grand connoisseur pour distinguer leurs navires au milieu de ceux de toutes les autres
nations. Ceux qu'ils frétoient à leur compte --- Page 290 ---
NOUVEAU V OYA GE
étoient chargés, pour les iles de l'Amérique
ou pour T'Europe, de bois de charpente,
de planches, de merrain, de poix, de goudron, de térébenthine, de résine, de boeuf,
de cochon salé, et de quelques pelleteries;
maisleur principal objet de commerce étoit
la morue qu'ils péchoient sur leurs côtes,
et particulièrement dans la baie de Massachuset. Cette péche alloit à cinquante mille
quintaux qu'ils exportoient dans les autres
provinces de la Nouvelle - Angleterre, jasqu'en Espagne, en Italie et dans la Méditerranée : en échange de ces marchandises,
ils rapportoient des vins de Madère, de Malaga, de Porto, qu'ils préfèrent aux nôtres
à cause de leur douceur, et peut-être encore plus à cause de Thabitude. Ils tiroient
des iles une grande quantité de sucre dont
ils font bearicoup d'usage pour leur thé,
les Américains prennent.au moins deux
que
de
fois le jour; ils en tiroient encore plus
mélasse dont ils distilloient le rhum, leur
boisson ordinaire. Leurs péches, ces échanges, et le grand nombre de vaisseaux qu'ils
construisoient les avoient rendu les cabotiers
de toutes les colonies du Nord. --- Page 291 ---
AUTOUR D U M O N D E.
La province de Massachuset's-Bay a des
mines de fer et de cuivre : son fer l'emporte
sur tout autre du monde entier par sa qualité ductile et malléable. On a montré en
Europe les dangers physiques et moraux de
l'éducation dans les grandes villes. Les Bostoniens ont plus fait, il les ont prévenus :
leur université est à Cambridge, à sept milles de Boston, 9 sur les bords de la' rivière
Charles : la bibliothèque monte à plus de
cinq mille volumes. Il y a une très-1 belle
imprimerie construite originairement
un collège indien. Les professenrs font pour
à leurs élèves des
jouer
tragédies : le sujet en est
toujours national, tel que l'incendie de Charles-Town, la prise de Burgoyne, la trahison- d'Arnold; c'estla scène ramenée à sori
antique origine. e1
Il est difficile de s'imaginer l'idée des
Américains avant la guerre sur le compte
des François : ils les regardoient comme as
servis sous le joug du despotisme, livrés aux
préjugés superstitienx, et en même tems
comme des machines légères, incapablés
de solidité et dé consistance; , commie des
êtres uniquement occupés du soin de friser
- d'Arnold; c'estla scène ramenée à sori
antique origine. e1
Il est difficile de s'imaginer l'idée des
Américains avant la guerre sur le compte
des François : ils les regardoient comme as
servis sous le joug du despotisme, livrés aux
préjugés superstitienx, et en même tems
comme des machines légères, incapablés
de solidité et dé consistance; , commie des
êtres uniquement occupés du soin de friser --- Page 292 ---
NOUVEAT U VOYAGI E
leur chevelure, de se colorer le visage, sans
délicatesse, sans foi, ne respectant pas méme les devoirs les plus sacrés. Les Anglois
s'étoient plu à répandre, à fortifier ces préventions. Le presbytérianisme, ennemi implacable du catholicisme, avoit rendu les
Bostoniens, chez qui cette secte est dominante, encore plus disposés à les croire :
de la
tout concourut, au commencement
guerre, à confirmer ces idées. La plupart
des premiers François venus en Amérique
au . bruit de la révolution, étoient des hom:
mes perdus de dettes et de réputation, qui
s'annonçoient avec de faux titres et de faux
noms, obtenoient des grades distingués dans'
l'armée américaine, recevoient des avances
considérables, et disparoissoient ensuite. La
simplicité des Américains, leur peu d'expérience rendirent ces supcrcherics faciles;
plusicurs même de ces aventuriers y sont
commis des crimes dignes des derniers supplices. A l'arrivée du comte d'Estaing, le
peuple fut trés-étonné-de ne pas voir des
hommes si fréles, si légers, si étourdis; il
crut qu'on les avoit exprès choisis pour lui
Snsthumntepmansetngenhmtamnieemeate
L'arrivée --- Page 293 ---
AUTOURDU MON DE.
L'arrivée de l'armée de M. le comte de
Réchambeari à Rhode-Island répandit la terreur, à cause des préventions dont nous ve-.
nons del parler; elle trouva les campagnes
désertes, et ceux que la curiosité amena à
Newport (1) ne rencontrèrent personne dans
les rues : tous sentirent l'importance de dissiper ces préjugés. Les officiers supérieurs
établirent la discipline la plus stricte ; les
autres officiers employèrent cette politesse,
cette amenité qui a toujours caractérisé la
nation françoise : le soldat même devint
doux, circonspect et modéré; iln'y ett pas
une seule plainte pendant un séjour d'un an.
Cette conduite soutenue a opéré une révolution totale dans les esprits : les tories (2)
méme n'ont pu se défendre d'aimer les
François, et leur départ a mille fois plus
attristé que leur arrivée n'avoit allarmé.
De Boston nous avons pris la route du
(r) Newport est la capitale de la province de ce
nom. La bonté de son sol, la douceur de son climat
l'ont fait appeler le paradis de la Nouvelle-Angloterre.
(2) Tories veut dire royalistes. Ce mot vient de
la langue saxonné,
T'ome Il.
T
éme n'ont pu se défendre d'aimer les
François, et leur départ a mille fois plus
attristé que leur arrivée n'avoit allarmé.
De Boston nous avons pris la route du
(r) Newport est la capitale de la province de ce
nom. La bonté de son sol, la douceur de son climat
l'ont fait appeler le paradis de la Nouvelle-Angloterre.
(2) Tories veut dire royalistes. Ce mot vient de
la langue saxonné,
T'ome Il.
T --- Page 294 ---
KOUVEAU VOYAGE
Cette
sud pour nous rendre à Providence.
ville est considérable, assez peuplée, bâtie
avec quelques belles maisons en brien bois,
l'embouchure de-la rivière
que : elle est sur
Patuxit, à la tête d'un golfe, entre les provinces de Massachuset, du Connecticut, de
Rhode-Island: : cette situation la met en état
avantageux de frode faire un commerce
ment, de mais, de bois, de salaisons pour
les iles : on y construit aussi beaucoup de
navires. C'est la capitale d'une colonie du
de la province de
même nom dépendante
Rhode-Island.
Nous ne nous attendions guère à retroudes modes françoises jusver des vestiges
Les
milieu des forêts de TAmérique.
qu'au
de toutes les femmes 1 excepté
coëffures
sont élevées,. volunicelles des quakers, y
de nos gazes. On se perd
neuses, garnies
en. retrouvant
dans ses réflexions
prescque
de Connecticut un gont si
dens la province
tant de luxe avec des
vif
la parure,
pour 4
ressemblent
moeurs si simples, ,sil pures etqui
à celles des anciens patriarches.
sont
da nais, du laitage
Des légmnes,
ordinaire de ces Améla nourriture la plus --- Page 295 ---
AUTOUR D'U MON d6 DE,
ricains. Ils prennent beaucoup de thé; lusage de cette boisson fait tout lenr plaisir :
in'y a presque pas d'habitant qui ne le
prenne dans des porcelaines; la plus grande marque d'honnéteté pour eux est, d'en
offrir. Dans les pays où les hommes vis
vent:d'alimens et de boissons très-substanciels, le thé peut, étre fort utile à la santé;
mais. il est à croire qu'il est nuisible dans
ceux Ou ils ne se nourrissent presque que
de végétaux et de lait, et sur-tout quand le
sol, encore trop couvert de bois, les rend,
moins nourrissans. Peut-être est-ce une des
causes quifait qu'avec une constitution bien
conformée et une, existence heureuse, ils
vivent moins long-tems que les autres hommes : on attribue aussi au thé la perte de
leurs dents. Les fempmes,ordinsirement trèsbelles', y sont souvent, à vingt-ans, déja
privées de ce précieux ornement. Il est cependant à présumer que ce seroit plutôt
leffet du pain chaud. Les Anglois, les Flamands 9 les Hollandois .conservent leurs
dents très-long-tems, quoiqu'ils usent beaucoup de thé. Les habitans du Connecticut,
quirecueillent de si beau froment, ignorent
T 2
: on attribue aussi au thé la perte de
leurs dents. Les fempmes,ordinsirement trèsbelles', y sont souvent, à vingt-ans, déja
privées de ce précieux ornement. Il est cependant à présumer que ce seroit plutôt
leffet du pain chaud. Les Anglois, les Flamands 9 les Hollandois .conservent leurs
dents très-long-tems, quoiqu'ils usent beaucoup de thé. Les habitans du Connecticut,
quirecueillent de si beau froment, ignorent
T 2 --- Page 296 ---
NOUYEAU VOYAGE
l'art delle rendre plus digestif, plus nourrissant par lel pétrissage et la fermentation ;
mais ils Tapprendront par leurs relations
avec les Européens.
Les peuples de ces contrées ne se communiquent guère entre etix; si ce n'est les jours
qu'ils vont à leurs temples. - Leurs maisons
sont spacieuses, propres, bien aèrées, baties en bois, ayant au moins un étage : ils -
savent tous lire; presque tous ont la gazette
quis'imprime dans leur bourgade, à laquelle
ils donnent souvent le nom de ville: Leur
caractère est froid, lent, doux $ ils sont laborieux, industrieux, inventifs. La terre
fournit toujours beaucoup au-delà de leurs
besoins : ils vont et reviennent de leurs
champs.à cheval, et dans tous ces pays on
ne rencontre- pas un voyageur à pied. La
douceur de leur caractère est autant due au
climat qu'aux moeurs, car on la retrouve
jusques dans les animaux. Les chevaux y
sont très-dociles : le chien y est caressant,
timide; les éirangers n'ont rien à redonter
de sa violence : nous observerons en passant
que sa veix est cassée et enrouée, ainsi que
celle du coq. --- Page 297 ---
AUTOURDU U. M O N D E.
Les Américains sont hospitaliers. Ils n'ont
qu'un méme lit : T'épouse chaste, fut-elle
seule,le partage sans remord et sans crainte
hôte.
raconte: de la yertu
avec son
Ceiqu'on
est bien moins
des jeunes Lacédémoniennes
dans la
éxtraordinaire. C'est cette confiance
nous a fait rencontrer de
vertu publique qui
de
Boston à Providence des femmes, jeunes
voyageant seules à cheval, en
personnes,
les
même sur le
cabriolets, . à. travers
bois,
déclin du jour. Le père de famille voit son
bonheur, sa considération augmenter avec
le nombre de ses enfans; il.n'est point tours
désir de les placer dans
menté del'ambitieux
un rang ou ils pourrontrougir del'avoir pour
père : élevés sous ses yeux, formés par ses
exemples, ils ne couvriront point sa vieillesse d'opprobre; ils n'ameneront point les
soucis, les chagrins dévorans pour le trainer
doulourensement au tombeau. Ilne
plus
la redoutable incraint point non plus qué
digence, Taccablant un jour, déchire ses
entrailles paternelles, et fasse maudire à sa
tendre épouse sa fécondité: comme lui, - ils
connoitront les plasirs purs ; ils, borneront
leur ambilion à élever,multiplier leurs trouT3
re; ils n'ameneront point les
soucis, les chagrins dévorans pour le trainer
doulourensement au tombeau. Ilne
plus
la redoutable incraint point non plus qué
digence, Taccablant un jour, déchire ses
entrailles paternelles, et fasse maudire à sa
tendre épouse sa fécondité: comme lui, - ils
connoitront les plasirs purs ; ils, borneront
leur ambilion à élever,multiplier leurs trouT3 --- Page 298 ---
NOUVEAU VOYAGI E
peaux, à cultiver leurs champs et leurs vergers. Ces cultivateurs, plus simples que nos
paysans, n'en ont ni la rustique ignorance,
ni la
rudesse, 2 ni la cupidité, ni le féroce
égoisme; plus éclairés, ils n'ont cependant
ni leur souplesse servile, ni leur astuce, ni
leur dissimulation; ; plus éloignés des arts.
moins laborieux, moins corrompus, ils sont 9
en même tems moins attachés à leurs antiques usages 9 plus adroits à perfectionner,
plus propres à adopter ou à inventer ce qui
tend à leurs commodités.
Ce pays est coupé d'une infinité de ruisseaux et de rivières : celle du Connecticut
est la plus considérable de la province. La
ville d'Harfort, située sur ses bords, en est
la capitale; ce n'est encore que quatre ou
cinrj cents maisons occupant plus de deux
milles de longueur. La rivière porte jusqn'à
cette ville des bâtimers d'environ ceut ciaquante tonneaux. Nous pensions que ces
foréts, ou la main de Thomme n'avoit encore jamais porté ses coups déstructeurs,
nous offriroient à chaque pas de ces arbres
antiques, majestueux jusques dans leur décrépitude, dont le tronc creusé, miné par --- Page 299 ---
AUTOUR DU M'ON N n E.
les pluies: et les frimats, ne peut plus élecime nue, aride, dépouillée de
ver qu'une
rameaux. Au lieu de cette emses superbes
preinte du tems, nous n'avons retrouvé parfraicheur et la viguenr de la
tout que lai
robuste jeunesse.
Le monarque de ces forêts estl let tulipier ou
Tarbrejaune : sa tête altière domine sur les
plus hauts chênes, et ses rameaux, touffus,
étendus, projettent au loin leurs ombres;
sa feuille compacte, mince et unie, est semblable à celle du tamarin 1 avec cette différénce que. la partie la plus - alongée semble avoir été coupée transversalement : chadans
que fenille est originairement repliée
formée seuleune enveloppe particulière,
ment de deux autres feuilles ovales, se touchant dans tous les points de leur circonférence; cette maitresse feuille les sépare.] pour
s'épanonir, comme celle de la fève naissante
en sépare les deux portions. La tulipe, cette
brillante fleur pour laquelle nos fleuristes
prodiguent leurs soins et leurs peines, ainsi
leurs hommages,. leur admiration, leur
que idolâtrie, vient par milliers; sur cet arbre
majestueux, récréer la, vue de l'Américain
T 4
se touchant dans tous les points de leur circonférence; cette maitresse feuille les sépare.] pour
s'épanonir, comme celle de la fève naissante
en sépare les deux portions. La tulipe, cette
brillante fleur pour laquelle nos fleuristes
prodiguent leurs soins et leurs peines, ainsi
leurs hommages,. leur admiration, leur
que idolâtrie, vient par milliers; sur cet arbre
majestueux, récréer la, vue de l'Américain
T 4 --- Page 300 ---
N OUVEA A U VOYAG E. 4
et embellir l'ombrage sous lequelil respire.
C'est de luique les Indiens faisoient leurs pirogues ou canaux d'une seule pièce :1 les Amé
ricains en font encore à leur exemple: Nous
en avons vu capables de porter plus de trente
hommes. Propre à venir dans différens climats, cet arbre réussiroit infailliblement en
France. Plus agréable à la vue que le maronnier, moins sale, il formeroit des massifs et-des avenues aussi touffues, aussi élevées : son bois seroit de la plus grande utilité dans la menuiserie.
Nous avons trouvé sur les bords du Connecticut une espèce de laurier rose couvert
de fleurs qui offroient un coup-d'ceil charmant. L'arbre à cire, qu'on rencontre par
intervalles, est un laurier arbuste dont l'odeur a quelque chose de notre laurier commun, mais plus douce : son fruit, semblable à des grains de poivre, est couvert d'une
matière onctueuse dont on fait des-bougies;
on da détache et on la recueille par l'eau
bouillante. Ces bougies exhalent en brulant
une odeur fort suave : cette récolte deinande
trop de soin, et est trop peu abondante pour
qu'elle puisse jamais être une branche de --- Page 301 ---
A UTOU a R7 DU M O N DE.
297.
commnerce. L'érable devient ici très-grand;
de
c'est ane des plus précieuses productions
de TAmérique septentrionale : on lui fait
dans le tems de la sève, des incisions d'oà
découle une liqueur, qui, réduite, tient lieu
de sucre; il ressemble parfaitement à notre
érable. Pourquoi a-t-il cette propriété distincte? Seroit-ce parce qu'il végète dans un
sol neuf où les sucs sont plus qu'abondans
pour son accroissement, ou bien est-ce que
nous ignorons les propriétés du nôtre? La
vigne, qu'on. n'a pas su cultiver même en
Virginie, gtimpe de tous côtés sur les arbres.
M La connoissance des oiseaux de ce pays
sera une des parties les plus intéressantes
de son histoire naturelle. Nous avons vu
dans le Connecticut une espèce d'étourneau,
dont le centre des ailes est d'i un rouge foncé.
Nous avons remarqué un oiseau de la couleur du serin, mais un peu plus gros. Celui
qu'on appelle en ces contrées le rossignol de
Virginie 1 plus commun à mesure qu'on
avance vers le Midi, ne ressemble en rien
au nôtre : il est plus gros ; sa tête et son
ventre sont d'un rouge semblable à celui du
bouvreuil:s si la nature la mieux partugédu
le Connecticut une espèce d'étourneau,
dont le centre des ailes est d'i un rouge foncé.
Nous avons remarqué un oiseau de la couleur du serin, mais un peu plus gros. Celui
qu'on appelle en ces contrées le rossignol de
Virginie 1 plus commun à mesure qu'on
avance vers le Midi, ne ressemble en rien
au nôtre : il est plus gros ; sa tête et son
ventre sont d'un rouge semblable à celui du
bouvreuil:s si la nature la mieux partugédu --- Page 302 ---
NOUVEAU VOYACE
côté du plumage, ils'en faut de beaucoup
qu'elle lui ait donné un gosier aussi mélodieux. Le moqueur, 2 presque de la grosseur.
d'une grife, tacheté de blanc ct de gris, a
le don d'imiter le chant de tous les oiseaux
qu'il entend. L'oiseau-monche, qui, dit-on,
ne vit que du suc des fleurs, y est très-rare.
Peu de personnes en ont vu. Les écureuils
y sont d'un gris cendré, plus gros que les
nôtres, très communs et faciles à apprivoiser.. Ceux qu'on appelie écureuils-volans sont
d'un gris foncé, 3 plus pelits : leur peau 2
large et lâche jusqu'aux extrémités des pattes, 9 leur laisse la facilité de les écarter, en
s'dlançant d'une branche d'arbre à une autre, et leur donne par conséquent une plus
grande surface d'air pour les soutenir.
La province de New-York et, le territoire
de Philisbury -sont aussi couverts de monticules que la province de Connécticut. La
superficie du sol est hérissée de pierres : la
plupart, d'après Texpérience que nous en
avons faite à l'eau-forte, sont graniteuses;.
très-peu sont purement calcaires. Il y en a
de spath pur : beaucoup ont du mica,. et
d'autres des parties ferrugineuses sur les- --- Page 303 ---
AUTOUR 7 DU M 0 N D E.
quelles laiman agissoit. Quelque attention
que nous a yons apportée, nous n'avons pu
trouveraucuns vestiges de pétrifications d'animaux, d'arbres ou de coquillages. La rivière du Nord nous a offert dans son lit
moins de granits, mais plus de marbres,
de grès et d'ardoises.
On ne peut voyager dans TAmérique septentrionale sans parler de Washington, sans
chercher à voir, à connoitre ce grand homaux tems les
me qui semble plus appartenir
plusbrillans dela république romaine qu'auix'
siècles modernes. Nous l'avons observé avec
toute l'attention dont il est-digne. Iliest
dune stature grande, noble, bien proportionnée, d'une physionomie ouverte, douce,
tranquille; d'un extérieur simple et modeste:
il frappe, intéresse également François,
Américains, ennemis méme. Placé à la tête
d'une nation où chaque individu partage
l'autorité suprème, où les loix coactives
sont presqu'encore sans vigueur, où le climat, Jes mnceurs donnent peu d'énergie,
oà Tesprit de parti, l'intérêt particulier,
l'indolence nationale ralentissent; suspendent, renversentles mesures les mieux con-
ille; d'un extérieur simple et modeste:
il frappe, intéresse également François,
Américains, ennemis méme. Placé à la tête
d'une nation où chaque individu partage
l'autorité suprème, où les loix coactives
sont presqu'encore sans vigueur, où le climat, Jes mnceurs donnent peu d'énergie,
oà Tesprit de parti, l'intérêt particulier,
l'indolence nationale ralentissent; suspendent, renversentles mesures les mieux con- --- Page 304 ---
NOUVEAU VOYAGE
certées, il a su former des troupes à la subordination' la plus absolue, les rendre jalouses de ses éloges, leur faire craindre jusqu'à son silence désapprobateur, conserver
leur confance même après des défaites, s'élever à la réputation la plus brillante, obtenirle pouvoir le plus étendu sans irriter l'envie, sans faire naitre de soupçons; se. montrer par-tout supérieur à la. fortune, developper toujours dans l'adversité des moyens
inconnus, et, comme si ses facultés s'agrandissoient avec les difficultés, n'avoirjamais
plus de ressources que quand il sen:bloit
n'en plus avoir; ne porter jamais aux ennemis des coups plus redoutables que quand
ils l'ont eu vaincu, exciter l'enthousiasme
du peuple qui, par caractère et par tempérament, en est le moins. susceptible, conduire Ses projets par des moyens qui échappent méme à ceux qui en sont les instrumens, intrépide dans les dangers, et cependant se possédant assez pour ne les chercher
que quand le bien de la; patrie T'exige; préferant de temporiser et d'être sur: la défensive, parce qu'il doit tout attendre du tems,
etyqu'il. connoit le génie de sa.nation; éco: --- Page 305 ---
AUTOUR DU MONDE
30x
nome, sobre pour lui et prodigue pour la
Cause publique; comme Pierre'le Grand, il
ay par des défaites, conduit ses troupes à la
victoire; comme Fabius, mais avec moins
de ressources et plus d'obstacles, il a vainciz
presque sans combattre, et sauvé sa patrie:
telle est l'idée qu'on Se fait du Cincinnatus
moderne, en le voyant, en examinant les
événemèns où il a eu part, en écoutant ceux
quiTont approché dé plus.p près. Sa vue est
dans toutes ces contrées celle d'un dien bienfaisant. Vieillards, femmes, enfans, tous
courent sur son passage àvec un égal empressement, se félicitent de l'avoir: vu : on
le suit dans les villes avec des torches; on
fête son arrivée'par des illuminations publiques. L'Américain, ce péuple froid, qui,
jusqu'au milieu des troubles, n'a jamais suivi
que l'impulsion de la méthodique raison,
s'est animé, s'est enflammé pour lui, et
les premiers chants que le sentiment lui a
dictés, ont été pour célébrer Washington.
La Virginie est absolument différente du
pays que nous venons: de parcourir; elle
n'est point, comme le Connecticut, couverte
de monticules. Plusieurs cordons de monta-
ques. L'Américain, ce péuple froid, qui,
jusqu'au milieu des troubles, n'a jamais suivi
que l'impulsion de la méthodique raison,
s'est animé, s'est enflammé pour lui, et
les premiers chants que le sentiment lui a
dictés, ont été pour célébrer Washington.
La Virginie est absolument différente du
pays que nous venons: de parcourir; elle
n'est point, comme le Connecticut, couverte
de monticules. Plusieurs cordons de monta- --- Page 306 ---
L
N'OUV E A U VOYAGE
gnes, qui paroissent être des rameaux de
celles des Apalaches, s'y prolongent du
nord-est au sud-est, forment dans leurs intervalles, de vastes et de riantes plaines que
la main du géomètre semble avoir assujetties
à son niveau : ces plaines sont entre-coupées
par de grandes et magnifiques moissons, par
des vergers, des champs de mais et des bouquets de bois. Les habitans, Alsaciens et
Hollandois d'extraction pour la plupart,
portent dans leur air, gai, prévenant,l'empreinte de l'heureuse contrée qu'ils habitent.
Des dames, coëffées, parées de pierreries,
conduisent elles-mémes leurs légers chars
rustiques, trainés pardes chevaux fringans,
attelés deux ou trois de front; c'est ainsi
qu'elles portent les denrées : on ne lés prendroit pas pour des marchandes de fruits et
de légumes. Nous avons parcourn le sommet de ces hautes montagnes; elles sont de
rochers graniteux,hétérogenes,tres-adhérens.
L'eau forte n'y cause aucune effervescence.
Le spath y est le plus abondant. La ville de
Prince-Town est peu considérable; elle est
remarquable par une charmante situation.
Nous y avons vu, dans le coliège, denx --- Page 307 ---
AUTOUN DU M ON DE.
morceaux très-curieux de mécanisme : c'étoit le mouvement des corps célestes mis
en action d'après le système de Newton et
celui de Copernic
Nous passons le lendemain la Delaware,
et dans deux jours nous voyons le cheflieu
du congrès, Philadelphie,
3. Pirladelphie,omphale de la Pensylvanie,
est bâtie dans une plaine élevée et spacieuse,
dans l'endroit où la rivière Skuilkill méle
ses eaux à la Delaware. Le célèbre Gnillaume Penn, fondateurde cette colonie, en
donna le plan, et fixa l'emplacement, Ce
plan a été suivi, mais on l'a située un peu
plus près de la principale rivière à cause du
commerce : sa forme est celle d'un parallélogramme ou carré long, ,s'étendant à deux
milles, avec dix-huit rues parfaitement alignées, coupées à angle droit par seize autres d'un mille de longueur, également larges et alignées : on ya ménagé des intervalles pour les édifices publics. Les deux
principales rues, ,. appelées High- Street ct
Broad - Street, ont chacune cent pieds de
largeur. Des vaisseaux de cing cents tonneaux peuvent mouiller près d'un assez
celle d'un parallélogramme ou carré long, ,s'étendant à deux
milles, avec dix-huit rues parfaitement alignées, coupées à angle droit par seize autres d'un mille de longueur, également larges et alignées : on ya ménagé des intervalles pour les édifices publics. Les deux
principales rues, ,. appelées High- Street ct
Broad - Street, ont chacune cent pieds de
largeur. Des vaisseaux de cing cents tonneaux peuvent mouiller près d'un assez --- Page 308 ---
N O1 U VEAU VOYAGI E
beau quai : on en a vu jusqu'à vingt en
construction à la fois sur les chantiers. On
y compte plus de trois mille maisons, plus
de la moitié bâties en brique, et toutes trèsD
belles. La population monte à environ vingt
cinq mille ames. Ily a des Catholiques romains. Il y a aussi des temples de Presbytériens, de Luthériens, de Calvinistes hollandois, d'Anabatistes, etc., 9 etc. : la secte
la plus nombreuse est célle des quakers ;
c'étoit celle que suivoit le fondateur de.la
colonie : comme cette secte affecte plus de
tolérance, plus de rigidité, plus d'égalité,
et qu'elle s'est établie en Pensylvanie dans
un tems où la proximité de sa naissance ;
les contradictions et le mépris des autres
sectes lui avoient conservé toute son énergie, toute l'anstérité de ses principes, la législation tendit davantage à rendre ces COlons libres, égaux et simples. La douceur
du climat, la bonté du sol, des occupations
champêtres, une existence jsolée favorisèrent ces vues législatives,-et la Pensylvanie
devint la colonie la plus vertuense et la plus
heureuse que Thistoire nous ait jamais retracée; mais en se peuplant, en attirant les
étrangers, --- Page 309 ---
AUTOUR D U M O N D E.
étrangers, en' devenant commerçante , les
fortunes se sont agrandies 3 le luxe s'est introduit; les moeurs primitives et vraiment
patriarchales se sont altérées, et ce ne sera
bientôt qu'une ville aussi corrompue que
nos capitales. C'est dans cette ville où sont
les représentans des Treize-Provinces ou
Etats - Unis, sous la dénomination de congrès. La façade extérieure de l'édifice où ils
se rassemblent, est de brique, et par conséquent sans ordre d'architecture; il est aussi
bean. qu'un monument de ce genre peut l'étre : il présente une masse noble, impo:
sante, régulière; il est situé dans l'aligne:
ment ordinaire des maisons, sans place qui
le dégage. Chaque province y a ses députés
pour stipuler ses intéréts, faire ses offres,
concerter les moyens de défendre la cause 9
commune : ces assemblées ne se mélent que
de ce qui concerne l'intérêt général. Les provinces ont leur congrès particulier où elles
établissent la police et des loix indépendem:
ment du congrès général. Le nombre des
représentans est proportionné à. l'étendue
des provinces : deux est le plus petit, sept
est le plus grand; quelqu'il soit, elles n'ont
Tome II.
V.
ts, faire ses offres,
concerter les moyens de défendre la cause 9
commune : ces assemblées ne se mélent que
de ce qui concerne l'intérêt général. Les provinces ont leur congrès particulier où elles
établissent la police et des loix indépendem:
ment du congrès général. Le nombre des
représentans est proportionné à. l'étendue
des provinces : deux est le plus petit, sept
est le plus grand; quelqu'il soit, elles n'ont
Tome II.
V. --- Page 310 ---
NOUVEAU VOYAGE
qu'une voix. La situation centrale de cette
ville, et la sureté de sa position, ont décidé
le congrès à s'y fixér. La première assemblée s'y tint le 2 septembre 1774; et l'acte
d'indépendance y. fut publié le 10 décembre
1776, époque cependant où les affaires des
Américains étoient dans le plus mauvais état,
où les ennemis s'étoient emparés de toutes
les villes, de tous les postes de la Delaware, et où l'on n'osoit plus se flatter de
défendre Philadelphie. Le marché, situé au
centre de la ville, est vaste et beau. Les
prisons pour dettes et pour crimes ,. celles
sur-tout des prisonniers de guerre, sont spacieuses, bien aérées.. La société philosophique est déja très-célèbre; plusieurs savans
del'Europe en sont merbres. Un autre établissement qui fait infiniment d'honnenr à
ces nouveaux états, c'est l'asyle destiné à
recevoir les défenseurs de la patrie, que des
infirmités ou des blessures rendent incapables de pourvoir à leur existence.
La position de Baltimore est une desiplus
importantes de 'Amérique septentrionale:
cette ville, placée presqu'àl'entrée de la baie
de Chésapeak, est à portée de recevoir de --- Page 311 ---
AUTOUR DU MONDE
main les denrées de la Pensylla première du comté de la Delaware. , et survanie,
tout celles du Maryland. Cette - dervière proforges, très -considérables : elle
vince a des
flatteur à l'odorat
produit du tabac moins
celui de la Virginie, mais infiniment
que plus fort; il est, pour cette raison, préféré
Nord. Baltimore, il y.
par les Européens.du
a'trentel ans, n'étoit qu'un petit village;
c'est aujourd'hui une grande et riche ville:
est celle d'un croissant. La partie
sa forme
de terre, étroite
du' nord est.sur une langue
très-avancée dans la baie : la ville, dans
et
semble sortir du sein des eaux
cet endroit,
Lord Baltiet y annoncer son futur empire. établit dans le
more, Catholique irlandois,
deux cents Catholiques, et donna
Maryland
ville. La moitié est habitée
son nom à cette
arrachèrent ind'Acadiens que les Anglois
humainement de leur heureuse contrée pour
les laisser sans ressources dans ce nouveau
leur
est le moins riche et le
pays :
quartier
plus mal bàti. La tyrannie du gouvernement
anglois les a empéché de proliter de T'heude cette ville. Marins pour. la
reuse position
tarderont.
s0
Tlupart, ses habitans ne
pasia
V 2
moitié est habitée
son nom à cette
arrachèrent ind'Acadiens que les Anglois
humainement de leur heureuse contrée pour
les laisser sans ressources dans ce nouveau
leur
est le moins riche et le
pays :
quartier
plus mal bàti. La tyrannie du gouvernement
anglois les a empéché de proliter de T'heude cette ville. Marins pour. la
reuse position
tarderont.
s0
Tlupart, ses habitans ne
pasia
V 2 --- Page 312 ---
NOUVEAU
VOYAGE
dédommager par le commerce de la
des riches possessions de l'Acadie
perte
servent entre
: ils coneux la langue françoise, sont
demeurés très-attachés à tout ce qui tient à
leur ancienne
nation, sur-tout à leur culte
qu'ils suivent avec une rigidité qui est digne
des premiers âges du
christianisme. La simplicité de leurs moeurs est une
reste de celles
suite, un
qui régnoient dans Theureuse.
'Acadie. Leur église est bâtie hors la ville;
sur une hauteur entourée de sept à huit
temples de différentes sectes.
A mesure que nous avancions vers le Midi, nous trouvions des différences sensibles
dans les usages et dans les moeurs. Ce
a
sont plus, comme dansle
ne
maisons
Connecticut, des
placées sur les routes, à petits intervalles, restreintes à T'espace du
d'une famille, meublées du
logement
plus simple nécessaire ; ce sont des spacieuses habitations,
isolées entre elles, composées de plusieurs
bâtimens, entourées de-plantations à
de vue, cultivées, , non par des mains libres, perte
mais par ces hommes noirs que l'avare Européen enlève, à prix d'or, des contrées
bralantes de T'Afique. Leurs meubles
y --- Page 313 ---
M 0 N D E.
A UTOURDU
sont des bois les plus précieux et des marbres les' plus rares , enrichis encore par le
travail savant de T'artiste. Leurs voitures él6sont trainées par des courgantes, et légères
des' esclaves richement
siers, que donduisent
sur-tout: cette
habillés. Nous remarquâmes
ville,
opulence dans Anapolis. Cette petite
T'embouchure de la rivière de Saplacée à
renferme aux. trois
verne, dans la baie, ne
Le luxe des
quarts que de grands édifices.
femmes y. surpasse celui de nos provinces:
coéffeur françois y est un homme imun
dames
mille écus
portant; une de ces
payoit
de
au sien. Ilya déja une salle' de specgage
des états),
tacle. La state-house (maison
beauté : c'est la plus
est de la plus grande
Le
belle de toutes celles de T'Amérique.
péde colonnes, et l'édifice est
ristyle est orné
surmonté d'un dôme.
des
heureuses,
Après nne navigation
plus
célèavons remonté la rivière James,
nous
ses ribre par le bon tabacique produisent territoire
ves. Nous débarquàmes devant le
lieu où les Anglois, formède James-Town,
établissement en Virgirent leur premier
de la Virgis
nie. Williamsburgh, capitale
V 5
'Amérique.
péde colonnes, et l'édifice est
ristyle est orné
surmonté d'un dôme.
des
heureuses,
Après nne navigation
plus
célèavons remonté la rivière James,
nous
ses ribre par le bon tabacique produisent territoire
ves. Nous débarquàmes devant le
lieu où les Anglois, formède James-Town,
établissement en Virgirent leur premier
de la Virgis
nie. Williamsburgh, capitale
V 5 --- Page 314 ---
NOUVEAU VOYAGE
nie, n'est pas encore
est
située
très-considérable; elle
sur un sol très-tni,
d'une
rue large de plus de deux coupée
lune des extrémités
cents pieds : à
est en face le
ou state-house, édifice
capitole
et à l'autre
petit mais régulier,
bout, le collège,
de
contenir plus de trois cents
capable
bliothèque
élèves, une bid'environ trois mille volumes
et un cabinet de physique
;
Nous avons contemplé
expérimentale:
vif ces vrais
avec un intérét bien
hommes.
monumens de la gloire des
Williamsburgh est la seule' ville
que nous ayons rencontrée:s sans être située
sur les bords d'une rivière, elle
égale distance de deux
est à une
petites, dont
se jette dans celle de James;
lune
celle d'York
; l'autre dans
: elle a Tincommodité de n'avoir pas facilement de l'eau. La beauté de
sa situation et le voisinage des rivières James et York, entre lesquelles vient le meilleur tabac de la
choix de
province, ont déterminé le
cet emplacement. Il n'est pas à
présumer, malgré cela, qu'elle devienne jamais importante. Les villes d'York, de James, de Norfolk et d'Edenton,
rablement
plus favosituées, 9 T'éclipséront. --- Page 315 ---
AUTOU R DIU M O N D E.
( Quoique la Virginie 3 s'étende entre le
trente-sixième et le trente-neuvième degré
de latitude, l'hiver y est très rigoureux. Il
y tombe beaucoup de neige. Les vents du
sud et del'est'y y sont excessivement chauds;
ceux du nord et de l'ouest, venant des montagnes et des lacs, 2 sont extrémement froids.
On y éprouve souvent dans un jour des pas:
sages rapides de Tun à l'autre. La Virginie
produit de très-beau bois. Lés environs de
Williamsburgh, ainsi qu'une partie des
bords de la baie, sont couverts d'arbres résineux. Ses prairies nourrissent d'excellens
chevaux; ils l'emportent sur ceux des autres
provinces pour la beauté. Il y vient du chanvre, du lin, du mais ; du coton : ce coton
est une planteannuelle qu'an premier coupd'oeil on prèndroit pour des fèves. Les vers
à soie y réussissent très-bien : on doit présumer qu'ils formeront un jour une des plus
importantes branches du commerce de cette
province. La plus étendue est le tabac : il
est, pour l'usage ordinaire, le premier du
monde. Ce que les Anglois en tiroient annuellement, ainsi que du Maryland, alloit
à douze millions: : ilsn'en consommoient pas
V 4
est une planteannuelle qu'an premier coupd'oeil on prèndroit pour des fèves. Les vers
à soie y réussissent très-bien : on doit présumer qu'ils formeront un jour une des plus
importantes branches du commerce de cette
province. La plus étendue est le tabac : il
est, pour l'usage ordinaire, le premier du
monde. Ce que les Anglois en tiroient annuellement, ainsi que du Maryland, alloit
à douze millions: : ilsn'en consommoient pas
V 4 --- Page 316 ---
NOUVEAU: vo YAGE
un sixième ; ils nous vendoient le reste, ou
le portoient dans le Nord. Aucune autre 9
possession, même de l'Inde, ne leur donnoit
peut-étre un produit plus net ; trois cent
trente vaisseaux, et environ quatre mille
marins, étoient employés pourla traite et les.
échanges de ce Commerce. Les Anglois
échangeoient le tabac au plus vil prix pour
leurs draps, leurs toiles, leurs clincailleries,
et revendoient, argent comptant, le surplus
deleur consommation; ilsaugmentoient ainsi
par an leur numéraire de huit à neuf millions.
On porte la population de la Virginie à
cent cinquante mille Blancs, et celle des
Nègres à cinq cents mille. La disproportion
des Blancs et des Nègres est encore plus
grande dans le Maryland : il n'y a guère
que dix mille Blancs, et il y a plus de deux
cent mille Noirs. Les Anglois en importoient dans ces deux provinces sept à chuit
mille par an. Leur sort n'est pas, à beaucoup près, aussi à plaindre que dans les
iles. A la liberté près, perte, il est vrai,
irréparable, ils sont traités avec douceur:
ils y sont presque les égaux de leurs mai- --- Page 317 ---
AUTOUR D - U M 0 N D E.
tres; ils vivent des mémes alimens, et si la
terre qu'ils cultivent est arrosée de leur
sueur 1 elle ne l'est jamais de leur sang.
L'américain, peu laborieux, est assez juste,
l'exisassez humain, pour ne pas exiger que
tence de son esclave, quia moins de motifs
de travailler, soit plus pénible quel la sienne.
Les grands fleuves qui arrosent la province de Virginie, prennent leurs sources
dans les montagnes Bleues dont la chaine
se prolonge du Nord au Midi ; au-delà serpente, à travers de vastes prairies, TOhio, 1
et vient s'unir au Mississipi. Vers ses bords,
peu connus encore; sont, dit-on, les plus
belles et les plus fécondes contrées du monde, On prétend que le projet de Washington étoit, en cas qu'il n'elt pu rompre les
fers de sa patrie, de venir s'y établir avec
ceux que l'amour de la liberté auroit attachés à son sort.
a Les différens degrés de chaleur se font
remarquer en approchant du Sud, par la
différence des productions. Le laurier à cire
est ici un arbre. Le sasafia y vient beaucoup
plus grand; c'est un. bon sudorifique. Pres:
que toutes les plantes y sont odorantes :
Washington étoit, en cas qu'il n'elt pu rompre les
fers de sa patrie, de venir s'y établir avec
ceux que l'amour de la liberté auroit attachés à son sort.
a Les différens degrés de chaleur se font
remarquer en approchant du Sud, par la
différence des productions. Le laurier à cire
est ici un arbre. Le sasafia y vient beaucoup
plus grand; c'est un. bon sudorifique. Pres:
que toutes les plantes y sont odorantes : --- Page 318 ---
NOUVEAU VOYAGE
limmortelle blanche, dont les champs sont
pleins, l'est aussi beancoup. Les chenilles
diffèrent entièrement de celles de
elles sont couvertes de
TEurope;
houpettes qui ne laissent distinguer nileurs tétes, ni leurs pieds:
ces houpettes sont longues,. serrées, unies,
comme si on les avoit ébarbées àvec des ciseaux; les unes sont d'une seule couleur; ;
il y en a d'un très-beau rose; d'autres sont
tacdeiéessymétiquesnem: Nous trouvâmes,
près del la rivière du Nord. une autre espèce.
dechenilles: rémarquable parsa, grosseur et sa
beauté. Nous en fimes
J
dessiner une; elle étoit
longue d'environ quatre pouces : sa grosseur
pouvoit avoir sept à huit lignes de diamètre;
sa peau fine, d'un vert tendre, laissoit
appercevoir l'agitation de ses artères; ses cristallins, de la grosseur d'un pois, et sa queue
étoient d'un jaune vif : chacun de ses,anneaux avoit quatre petites cornes rameuses,
dures, d'un noir de jai êt d'environ deux
lignes de longueur ; sa tête étoit ornée de
huit autres, longues de plus d'un
pouce 9
zameuses', recourbées sutallas-mbiwes-jue
nes, noires aux extrémités, et dupolile plus
luisant : ce superbe insecte sembloit, dans --- Page 319 ---
AUTOUR DU MON D E.
la fierté de ses mouvemens, 1 annoncer qu'il
connoissoit la beauté: de sa parure. et sa
supériorité sur ses semblables.
Nous avons commencé à trouver 1 dans
le Maryland; des pétrifications de coquilJages : les bords de la baie nous ont paru
en avoir beaucoup. Nous avons vu, dans
les environs de Williamsburel, des ravins
creusés par les eaux à plus de vingt- cinq
la
pieds, en décéler une grande quantité;
plupart n'étoient qu'à demi-pétrifiés.
doivent
a A quel degré de grandeur ne
pas
bientôt parvenir ces Etats-Unis, occupant
plus. de six cents lieues du Nord au Sud,
s'étendre. beaucoup au delà de TEst
pouvant
où la différence
à l'Ouest, sous un ciel pur,
des climats et lai fécondité du sol pourront
un jour rassembler toutes les productions
que les autres peuples ne recueillent qu'en
parcourant les mers: 5 coupés, arrosés de
toute part- de lacs, de fleuves, de rivières
qui établissent des. communications jusques dans les régions les plus réculées ; tandis que, dans les autres parties du monde,
elles ne sont que le fruit tardif des arts 1 et
des pénibles travaux de Thomme; recélant
,
des climats et lai fécondité du sol pourront
un jour rassembler toutes les productions
que les autres peuples ne recueillent qu'en
parcourant les mers: 5 coupés, arrosés de
toute part- de lacs, de fleuves, de rivières
qui établissent des. communications jusques dans les régions les plus réculées ; tandis que, dans les autres parties du monde,
elles ne sont que le fruit tardif des arts 1 et
des pénibles travaux de Thomme; recélant --- Page 320 ---
NOUVEAU VOYAGE
des mines riches, et sur-tout celles du plus
utile de tous les métaux, du fer? Des côtes
où tant de fleuves portent lentement leurs'
ondes, y. sont découpées de baies, de hàvres,de rades et de ports: Des parages abondans pour la péche, et la proximité du banc
de Terre-Neuve, formeront des marins. Les
forêts, les campagnes y donneront des bois,
du goudron, et du chanvre pour la construetion et les cordages. Tandis
que nos villes
nous retracent encore dans leurs édifices serrés, dans leurs maisons trop élevées
laisser circuler un air pur, dans leurs pour
étroites, tortueuseset. fangeuses,
rues
lignorance
et la barbarie gothiquesi, toutes celles de
l'Amérique s'élèvent
pompeusement sur des
sites rians, salubres, baignés d'eaux vives,
entourées de campagnes fécondes, percées
de rues larges,
alignées, 9 ornées d'édifices
propres, commodes, 9 réguliers. Mais 1 si
T'Amérique annonce par, son sol tant d'avantage sur IEurope, que ne seront pas
ceux de sa législation et de ses moeurs? Ces
mélanges de coutumes bisarres, injustes,
contradictoires; de loix féodales, barbares,
compliquées, obscures; de législation anti- --- Page 321 ---
AUTOUR DU U M 0 N D E.
que avec des usages modernes, ne se trouveront pas réunis sous le méme gouvernement, n'exigeront pas de nombreux tribules discuter, des écrits voluminaux pour
neux où l'on achève de les obscurcir en
cherchant à les débrouiller, et ne seront
un dédale inextricable où le plaideur
pas
enlacera comme dans UII
subtil échappera, 9
flet son adversaire, où l'avide praticien dépouillera la veuve et l'orphelin (1). Le caractère indolent et passif de ces peuples
sembleroit, il est vrai, faire craindre (2)
gu'ils ne parvinssent pas à la puissance, à
(r) Nous ne prétendons pas dire que la législas
tion civile des États-Unis soit actuellement exempte
de tous ces inconvéniens : formée sur celle de l'Angleterre, et au milieu des troubles de la révolution,
elle n'a pu que rectifier, corriger, perfectionner;
mais dans le calme de la paix, ces-hommes méditatifs, éclairés par l'expérience, feront un code analogue à leurs moeurs et à leurs climats.
(2) Les Américains joueront alors un rôle brillant, mais en seront-ils plus heureux ? Non, sans
doute. Bons et paisibles Américains, conservez yotre précieuse apathie.
sur celle de l'Angleterre, et au milieu des troubles de la révolution,
elle n'a pu que rectifier, corriger, perfectionner;
mais dans le calme de la paix, ces-hommes méditatifs, éclairés par l'expérience, feront un code analogue à leurs moeurs et à leurs climats.
(2) Les Américains joueront alors un rôle brillant, mais en seront-ils plus heureux ? Non, sans
doute. Bons et paisibles Américains, conservez yotre précieuse apathie. --- Page 322 ---
NOUVEAU VOYAGE
la gloire que leur promettent tant d'avantages; mais ce caractère tient à des moeurs,
à un climat, à. des alimens qui changeront
un jour. Une existence unifotme,
retirée, 9
qui n'éprouve point les tourinens de l'ambition, qui ne connoit point de besoins factices, ni ce que nous. appelons de grands
plaisirs, qui n'est point exposée à de grandes vicissitudes, moins laborieuse que doucement occupée, ne peut avoir cette activité, cette énergie que des besoins multipliés, des passions impérieusés et dévoran
tes excitent, entretiennent, enflamment sans
cesse:des alimens peu substentiels,des boissons peu spiritueuses 9 plutôt dissolvantes
que digestives, 7 un, air impregné de parties
lumides par l'évaporation des forêts, doivent nécessairement détendre, relâcher les
fibres, donner àu sang une circulation plus
lente, plus uniforme, rendre par conséquent
les organes moins sensibles, Tinagiuation
moins vive, moins exaltée,le caractère plus
froid, moinsinquiet; mais lorsqu'une population plus nombreuse aura abattu, ces immenses foréts,quelesol. sera plus soumis à l'action
du soleil, que l'air plus librey sera plus raré- --- Page 323 ---
AUTOU R DU M O N DE.
fié 1 , que de nouvelles plantations, qu'un
grand commerce augmenteront l'usage des
liqueurs spiritueuses, que les hommes plus
rapprochés se communiqueront davantage,
éveilleront, exciteront les passions, qu'il y
abordera plus d'étrangers, que les générations futures naitront autrement organisées,
seront différemment élevées, alors ce
ne sera
la méme race
ailensr
ple, qui
plus
mes 2 annoncera tout ce qu'il peut étre.
Que ne nous offrent cependant pas ces établissemens qui ne remontent à guère plus
d'un siècle, et dont la politique angloise ,
toujours soupçonneuse 2 toujours tyrannique,a étouffé l'industrie, en se rendant mattresse de son commerce? Des routes larges et
applanies traversent les vastes forêts de TAmérique septentrionale. Des chantiers établis de toute part sur les ports ont rendu ses
habitans les rivaux des meilleurs constructeurs de l'ancien monde. L'exploitation de
plusieurs mines, et particulièrement une
fonderié de canon, ne le cèdent pas aux notres. Si la fastueuse architecture n'a point
encore couvert les rivières de ces masses
imposantes qui subjuguent les flots, unis-
? Des routes larges et
applanies traversent les vastes forêts de TAmérique septentrionale. Des chantiers établis de toute part sur les ports ont rendu ses
habitans les rivaux des meilleurs constructeurs de l'ancien monde. L'exploitation de
plusieurs mines, et particulièrement une
fonderié de canon, ne le cèdent pas aux notres. Si la fastueuse architecture n'a point
encore couvert les rivières de ces masses
imposantes qui subjuguent les flots, unis- --- Page 324 ---
NOUVEAU VOYAGE
sent les rives opposées, leur industrie y a
suppléé : des poutres flottantes, liées de
forts anneaux, et se désunissant au gré des
navigateurs, sont, dans leur mobilité, aussi
solides que nos chels-d'oeuvre: et quand le
lit est trop profond, une hardie charpente
le traverse d'un seul jet (1), appuyée seur
lement à ses extrémités; elle porte sur ellemême ses, autres points d'appui. Chaque habitant réunit presque tous les arts de première nécessité, La main qui trace des sillons, sait aussi donner au bois les formes
qu'il lui plait, préparer des cuirs, extraire
des eaux de-vie du suc des fruits. La jeune
beauté dont les appas n'ont pas été halés,
flétris par les ray yons brulans du soleil, sur
qui la pâle misère n'a pas imprimé ses traces sinistres', s" sait filer la laine, le coton, ,
le lin, et en faire des tissus. Des conducteurs. 7 placés de toute part sur les édifices,
les préservent des funestes. effets de la foudre; et, en éternisant la mémoire de ce vé-
(1) Ces ponts étonnans font l'admiration de nos
ingénieurs.
nérable --- Page 325 ---
AUTOUR DU M ONI D E.
vieillard (Franklin) T'objet de ladnérable
Parisiens, montrent combien
miration des
à profiter des déces peuples sont disposés
couvertes.
Lorsque des bills attentatoires, oppressifs, vinrent frapper, anéantir leurs priviquelle force;
lèges, avec quelle prudence,
les
quel courage ne se réunirentils pas pour
défendre ! C'est-là où le spectatéur doit arles juger. Des homrêter ses regards pour
difdans de vastes contrées,
mes répandus les climats, opposés par les inférens par
téréts et les cultes, forment des associations
qui se rencontrent dans leurs décisions 9.
comme si elles étoient concertées. La Virginie décida qu'une attaque faite sur une
colonie
la forcer à se soumettre à des
pour
offensoit également toutes
taxes arbitraires,
les autres. Les décisions de Rhode-Island ne
furent pas moins hardies : celles du Maryland les surpassèrent; ; tout le reste du Continent montra la même fermeté : par-tout
il s'établit des comités de correspondance:
Le bill d'interdiction publié, répandu avec
profusion, loin d'avoir jeté la consternation,
avoit eu, dit T'historien anglois, l'effet que
Tome Il.
X
pour
offensoit également toutes
taxes arbitraires,
les autres. Les décisions de Rhode-Island ne
furent pas moins hardies : celles du Maryland les surpassèrent; ; tout le reste du Continent montra la même fermeté : par-tout
il s'établit des comités de correspondance:
Le bill d'interdiction publié, répandu avec
profusion, loin d'avoir jeté la consternation,
avoit eu, dit T'historien anglois, l'effet que
Tome Il.
X --- Page 326 ---
NOUVEAU VOYAGE
les poêtes attribuent aux torches des
celui d'embraser tous' les lieux où il furies; fut répandu. Ce qu'ily edt de plus admirable,
c'est que T'ancienne constitution étant
nullée par les actes du
anparlement de la
Grande-Bretagne, et le peuple rejetant la
nouvelle, il n'yavoit plus de loix ni de
vernement
gou:
danslaprovince de MassachusetBay, et cependant on n'eût aucun excès,
dans cet état d'anarchie, à reprocher à la
nation 5 tant la force des loix se fit encore
sentir au moment où tout les anéantissoit.
Ces peuples montrèrent dans leur adresse
aux Canadiens les
ménagemens les plus
adroits, employèrent les moyens les plus conformes au caractère et aux intérêts, de cette
nation. La différence des
religions, leur disent-ils, ne peut être un obstacle à notre union : elle existe dans les cantons suisses; ils n'en sont pas moins unis. LAngleterre dut voir avec élonnement ses colonies
discuter avec tant de sagesse et de hardiesse.
leurs droits
imprescriptibles 2 prendre des
mesures si prudentes, montrer tant del résolution, un accord si parfait; mais dutelle craindre que, lorsque des armées for- --- Page 327 ---
AUTou R D' U MOND E.
elles oseroient les
midables se montreroient;
attendre et les combattre? Des hommes qui
n'avoient jamais obéi, livrés aux donceurs
élevés dans' T'abondande la vie champétre,
la
d'un caractère lent et paisible, que
ce, seule idée du sang humain répandu glaçoit
d'horreur, pouvoientils être capables, pour
si redoutable à leurs
résister à une nation
yeux par ses derniers succès, d'abandonnet à
leurs demeures chéries 2 de se soumettre
de braver la faim,
unea austère's subordination,
Tintempérie des tems, de supporter de longs
travaux,. de donner et de receet pénibles
voir la mort?.
des
les
e
On vient de voir que
provinces
treize Etats-Unis avoient toutes séparément
dressé leurs griefs oul manifestes, et cepenaussi
du même esdant on' a vu
qu'animées
fut
si le résultat de leurs adresses ne
prit,
uniforme, elles furept d'acpas précisément les objets essentiels : en sorte qu'on
cord sur
disoit des
peut leur appliquer ce qu'Ovide
nymphes de la mer:
Facies nor omnibus una,
Nec diversa tamen, qualem debet esse sororum.
X.2
oient toutes séparément
dressé leurs griefs oul manifestes, et cepenaussi
du même esdant on' a vu
qu'animées
fut
si le résultat de leurs adresses ne
prit,
uniforme, elles furept d'acpas précisément les objets essentiels : en sorte qu'on
cord sur
disoit des
peut leur appliquer ce qu'Ovide
nymphes de la mer:
Facies nor omnibus una,
Nec diversa tamen, qualem debet esse sororum.
X.2 --- Page 328 ---
NOUVEAU VOYAG E..
Un établissement digne de la république
de Pensylvanie, c'est le conseil des censeurs, qui veille à l'exécution des loix, avec
pouvoir de faire comparoitre toute sorte de
personnes et de faire des censures' publiques:
leur autorité dure un an. Voici une loi non
moins digne d'éloge. Dans l'état de le Delaware, l'esclavage des Nègres Indiens, Africains et autres, est entièrement aboli par
un article de Ia constitution.
La plupart des députés prennent le titre
de représentans des hommes libres d'un tel
état. Il y en a quelques-uns qui prennent
celui de représentans du bon peuple de, etc.
Cette dernière épithète a quelque chose de
touchant.
Nous ne pouvons mieux terminer tout ce
qui concerne - TAmérique septentrionale,
qu'en rapportant ici ce que dit l'intéressant auteur de l'ouvrage intitulé: Lettres
d'un cultivateur américain, au sujet de
l'ile de Nantucket. Cette ile, dit-il, réa-
< lise l'existence de ces anciennes républiG ques de la Grèce, 1 que les habitans de nos
& grandes monarchies regardent comme un
E roman. Le dirai-je? Quand je considère
terminer tout ce
qui concerne - TAmérique septentrionale,
qu'en rapportant ici ce que dit l'intéressant auteur de l'ouvrage intitulé: Lettres
d'un cultivateur américain, au sujet de
l'ile de Nantucket. Cette ile, dit-il, réa-
< lise l'existence de ces anciennes républiG ques de la Grèce, 1 que les habitans de nos
& grandes monarchies regardent comme un
E roman. Le dirai-je? Quand je considère --- Page 329 ---
AUTOUR DU M OND E.
a les moeurs de' cette colonie américaine,
loix
K Licurgue me paroit bien petit : ses
K qui ont fait l'admiration de l'antiquité ne
Au miu sont pas à mes yeux fort sensées.
* lieu des fertiles campagnes du Péloponée se, ce législateur s'avise d'établir un peud'autre
e ple de soldats qui ne savent manier
e instrument que les armes, et ne connoissent d'autre métier que la guerre. J'aime
e mieux voir sur des rivages sablonneux un
e peuple de cultivateurs et de pécheurs qui
vont chercher sur les mers ce que la terre
* leur refuse, qui se fortifient le corps par
bien
a des travaux champêtres et maritimes
K plus utilement que par des exercices mi-
& litaires. Dans leurs' combats contre les bal'inK leines, j'admire la force, l'adresse,
K trépidité, Ia prudence, toutes les vertus
e
en un mot que les Lacédémoniens faisoient
e éclater à la guerre ; mais ces vertus sont
à la'
e mieux placées, sont plus utiles
SO-
< ciété, et ne sont point ternies par la' féK rocité. Le héros de Nantucket, qui, sur
a une frèle nacelle, s'avance, le harpon àl
K la main, contre les monstres marins, me
K paroit préférable au héros de Sparte, qui
--- Page 330 ---
326.
NOUVEAU VOYAGE
R met sa gloire à égorger ses frères et ses
t compatriotes. Les Lacédémoniens sont fore cés d'être vertueux ; ils sont simples
e qu'ils sont pauvres ; ils sont chastes parce
c qu'ils ne peuvent voir même leurs parce,
C femmes qu'à la
ils
propres
dérobée;
sont sobres
e parce.q qu'ils n'ont pour tout ragoût qu'une
sausse noire; ils aiment la patrie parce
ce' qu'ils n'ont point de famille. Le matelot
e de Nantucket, riche de son travail, n'en
e est ni moins économe, ni moins'labo6 rieux : il est continent parce qu'il aime
e sa femme 5 il est tempérant par raison à
e une bonne table, et ses enfans sont le
e noeud qui l'attache à la patrie. A LacéK démone les filles dansoient toutes nues
;
G mais à Nantucket, leur modestie, leurs
e gràces ingénues font le charme des sociéC tés. A Lacédémone, on apprenoit aux ene fans à voler; on les déchiroit à coups de
c fouet pour les endurcir à la douleur : à
( Nantucket, on leur apprend à
à
nager, 1
( plonger, à manceuvrer un vaisseau, à
ec maitriser la mer et les vents ; le fruit de
< cette éducation est de les rendre les meilu leurs marins, et les plus intrépides navi-,
me des sociéC tés. A Lacédémone, on apprenoit aux ene fans à voler; on les déchiroit à coups de
c fouet pour les endurcir à la douleur : à
( Nantucket, on leur apprend à
à
nager, 1
( plonger, à manceuvrer un vaisseau, à
ec maitriser la mer et les vents ; le fruit de
< cette éducation est de les rendre les meilu leurs marins, et les plus intrépides navi-, --- Page 331 ---
AUTOUR'DU M O N D E,
ait dans l'univers. Les Lagateurs qu'ily
ni
ni
e cédémoniens n'ayant
agriculture,
Ro commerce, et ne possédant rien, devoient
les habitans dé Nane étre fort désceuvrés; ;
K tucket sont si habitués au travail que s
en alK même dans les momens de repos,
les
R lant dans les rues à leurs affaires,.on
* voit, un morceâu de cèdré et un couteau
à la main, faire une bonde où un fosset
a pour leurs barrils, ou quelqu'autre chose
vont én croi-
* d'utile. Les jeunes gens qui
*Jsière ne-manquent jamais d'embarquer asK sez de cèdre rouge et blanc pour pouvoir
K occuper tous leurs momens delloisir à faire
e des jattes, des vases de toutes les formes,
K. - des boites et mille autres petits meubles
travaillent avec une adresse singu-
* qu'ils
à leur retour, à
KC lière, et qu'ils donnent,
4 leurs femmes ou à leurs amies. Ce gout
e particulier pour tailler et façonner le bois,
e a établi parmi eux le luxe des couteaux.
< Un petit maitre n'est pas plus embarrassé
* surlechoix d'un habitou d'un bijou;qu'un
e labinandeNantacheterkecdhaisfunoe
K teau : les formes de cet instrument varient
K presqu'autant que les modes françoises >.)
X 4 --- Page 332 ---
NOUVEAU VOYAGE
L'auteur que nous venons' de citer a vu
plus de cinquante couteaux, tous différens,
chez un des hommes les plus graves de l'ile.
Cette inconstance pour les couteaux, et l'usage où sont la plupart dés femmes de
dre le matin une dose
prenêtre les deux seuls
d'opium, sont peut:
ridicules, ou espèces de
folies qu'on puisse reprocher aux habitans
de Nantucket. Quel est dans l'univers le
peuple qui paie un moindre tribut à T'hamanité?.
Les femmes de Nantucket sont très-fécondes : on vante leur industrie et leur intelligence dans le commerce, leur
leur activité dans la conduite des prudence et
affaires
domestiques ; maitresses de la maison
dant les longues absences de leurs
penelles sont accoutumées à en
époux,
gouverner Tintérieur, empire dont jouissent les femmes
par-tout où il y a de bonnes moeurs : elles
ne sont pas pour cela hautaines et impérieuses ;' elles ne gouverneroient
pas longtems; leur véritable force est dans la douceur.
Dans toute l'ile il n'y.a qu'un seul
tre.
préOn y compte deux médecins qui ont
affaires
domestiques ; maitresses de la maison
dant les longues absences de leurs
penelles sont accoutumées à en
époux,
gouverner Tintérieur, empire dont jouissent les femmes
par-tout où il y a de bonnes moeurs : elles
ne sont pas pour cela hautaines et impérieuses ;' elles ne gouverneroient
pas longtems; leur véritable force est dans la douceur.
Dans toute l'ile il n'y.a qu'un seul
tre.
préOn y compte deux médecins qui ont --- Page 333 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
fort peu de pratiques, et un avocat qui n'a
rien à faire. Depuis cent vingt ans, on n'a
point encore exécuté à Sherburn, qui est la
capitale de l'ile, un seul criminel. Cette COlonie florissante n'a rien à redouter que le
luxe. Les habitans ne connoissoient point
autrefois d'autres voitures que de petites
charrettes couvertes d'un drap : c'est dans
cet équipage que les pères de famille, les
plus riches et en même tems les plus respectables, alloient à l'église avec leurs femmes;
mais il y a quelques années que deux citoyens de Sherburn firent venir de Boston'
chacun une espèce de cabriolet peint et doré, d'une forme très-élégante. L'apparition
de ces nouvelles voitures causa un scandale
universel : les uns prédirent la ruine prochaine de ces deux familles; les autres 1 plus
raisonnables,appr@bed@rent, non sans fon:
dement, le danger de T'exemple pour leurs
enfans. Le possesseur d'un de ces cabriolets, confus et répentant, renvoya sa voiture : l'autre, plus obstiné, garda la sienne
en dépit des remontrances de ses voisins ;
1yp
et depuis le nombre s'en est augmenté.
Les amateurs vont en Italie admirér des --- Page 334 ---
330.
NOUVEAU VOYAGE
statues mutilées, des' pierres et des ruines.
Le philosophe doit aller en Amériqué voir
des hommes. C Viens
e l'auteur
parmi nous, , s'écrie
déja par nous cité, viens ici,
C geur européen, tu te reposeras à l'ombre voya-
( de nos vergers; tu iras méditer dans nos
C forêts silencieuses et inspiratrices. Ici tu
< te réjouiras dans nos
champs, en convercc sant avec nos intelligens laboureurs; ; tu,
cc observeras la terre, 2 les montagnes, les
R marais, tels qu'ils sont sortis des mains
e de la nature. Ici tu verras une nouvelle
C race dhommes; tu iras
philosopher avec
ec les enfans puinés de la nature; tu seras
e méme incorporé dans leur société, si tu
C préfères leur vie simple et tranquille aux,
ec brillantes entraves, à la science inutile,
( à Ia fausse politesse des nations européen-
< nes, tu iras voir nos grands-lacs; ces mers
intérieures et immenses qui étonnent le
< spectateur; tu monteras sur la cîme des
< Apalaches, d'oà tu contempleras ,, d'un
< côté ce que nous avons déja fait depuis
c les rivages de la mer, de l'autre ce
(
qui
nous reste à faire pour peupler et défri-
& cher la profonde étendue de cette quatriè:
à Ia fausse politesse des nations européen-
< nes, tu iras voir nos grands-lacs; ces mers
intérieures et immenses qui étonnent le
< spectateur; tu monteras sur la cîme des
< Apalaches, d'oà tu contempleras ,, d'un
< côté ce que nous avons déja fait depuis
c les rivages de la mer, de l'autre ce
(
qui
nous reste à faire pour peupler et défri-
& cher la profonde étendue de cette quatriè: --- Page 335 ---
AUTOUR DUMONDE
53r
c me
du monde. Si tu aines mieux
partie
C remplacer l'illusion des vains souvenirs 1
l'admiration pent-être
( les régrets inutiles,
de
C stérile des ruines d'Italie par la vue
< tant de scènes nouvelles et instructives
C que présente ce continent, tu préféreras
ec la vue de trois cents lieues de pays nou-
< vellement défriché; tu préféreras le riant
d'une
mise en
C aspect
grande plantation
< valeur par des mains libres, par la seule
< industrie du propriétaire; tu préféreras la
<. vue d'une vaste grange américaine, rem-
< plie des moissons d'un seul colon, à celle
(C des débris inutiles d'un temple de Cérès>.
Il ne nous reste qu'à mettre ici le nom
des provinces qui composent les Etats-Unis
et ne forment qu'une seule et même république, et à donner une idée des avantages
présente leur constitution pour le bonque
heur public et individuel. Ces provinces
sont New-Hampshire, Massachuset, RhodeIsland, Connecticut, New-York, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware, Maryland,
CarolineVirginie, Carodirne-Sepanicionler
Méridionale et, Géorgie : leur constitution
garantit la liberté, c'est-à-dire, la sureté --- Page 336 ---
FOUVEAU VOYAGE
des personnes et des propriétés ; l'égalité ;
c'est-à-dire, que tous sont égaux devant la
loi, et que la loi est égale pour tous ; la
liberté du culte, pourvu qu'on ne trouble
point la tranquillité publique et sans qu'il
y ait' de religion dominante; de pouvoir réformer le gouvernement dans les cas néces:
saires ; d'élire ses officiers et ses représentans; d'obtenir justice gratuitement et sans
être obligé de l'acheter,
2 promptement et
sans délai; de n'être point obligé de répondre pour un crime quelconque à moins qu'il
ne soit énoncé pleinement et clairement,
substantiellement et formellement ; d'être
entendu pleinement pour Sa défense par
soi-méme ou par son conseil ; de n'être
point contraint de s'accuser soi-méme ou
de fournir des preuves contre soi; de n'être
privé de sa liberté, de ses biens ou de sa
vie que par le jugement de ses pairs; de ne
payer d'impôts que ceux autorisés par le
peuple ou ses représentans; dans toutes les
discussions de propriété, 2e d'avoir une procédure par jurés ; que la presse soit absolument libre, sans être gênée en aucune manière, parce qu'elle est essentielle pour la
aint de s'accuser soi-méme ou
de fournir des preuves contre soi; de n'être
privé de sa liberté, de ses biens ou de sa
vie que par le jugement de ses pairs; de ne
payer d'impôts que ceux autorisés par le
peuple ou ses représentans; dans toutes les
discussions de propriété, 2e d'avoir une procédure par jurés ; que la presse soit absolument libre, sans être gênée en aucune manière, parce qu'elle est essentielle pour la --- Page 337 ---
AUTOUR D U M O 15 N D E.
liberté d'un état; qu'il n'y ait point d'avande
d'honneurs, et par contages, privilèges, noblesse héréditaire, etc.,. etc.1
séquent de
insisté
Nous' avons plus particulièrement
sur cette partie de nos voyages, parce que
septentrionale offre le spectacle
T'Amérique intéressant et le plus digne des rele plus
et de tout ami des
gards d'un philosophe
dans
moeurs et de T'humanité : c'est sur-tout
T'établissement de la Pensylvanie qu'il faut
de.Thorrenr du dégolt ou
se dédommager
l'histoire moderne,
de la tristesse qu'inspire
celle des conquétes des Enropéens
et sur-tout
monde. Jusqu'ici ces bardans le nouveau
avant de posbares n'ont su.qu'yd dépeupler
ravager avant de cultiver. Il est
séder, doux qu'y. de voir les germes de la raison, du
bien
semés dans les
bonheur, de Thumanité,
ruines et la dévastation d'un hémisphère où
fume encore le sang de tous ses péuples policés et sauvages. Le vertueux législateur
Penn établit la tolérance pour fondement
de la société. On vit réaliser et renouveller
les, tems héroiques de T'antiquité que les
moeurs et les loix de l'Europe lui avoient
fait prendre pour une fable e T'esprit de fra- --- Page 338 ---
NOUVEAU VOYAGE
ternité y domine. On peut juger des avan:
tagés de cette législation par la prospérité
rapide et soutenue de la Pensylvanie, de
même qu'on peut juger de la sagesse des
loix établies par le congrès, lorsqu'on voit
la splendeur et Taccroissement des arts et
du commerce et l'augmentation de la population dans toutes les provinces qui composent les treize Etats-Unis.
Nous venons de parler du célebre législateur Penn ; nous avons donné au moral et
au physique le portrait de Washington : il
est un autre grand homme dont on ne peut
perdre l'idée toutes les fois qu'on parle de
l'Amériqne septentrionale', soit qu'on porte
ses regards sur sa législation, soit qu'on se
rappelle son émancipation, soit enfin qu'on
fasse attention au progrès des arts dans ces
contrées; car tous ces objets sont dus, en
grande partie, à Franklin. Ce philosophe
législateur donna à la morale sociale un
charme inconnu et une activité nouvelle; il
a formé des hommes ; il a fait plus, il a
créé des citoyens. Après avoir perfectionné
la base des moeurs, ila construit les loix et
les a assises sur cette base : c'est le législa-
ipation, soit enfin qu'on
fasse attention au progrès des arts dans ces
contrées; car tous ces objets sont dus, en
grande partie, à Franklin. Ce philosophe
législateur donna à la morale sociale un
charme inconnu et une activité nouvelle; il
a formé des hommes ; il a fait plus, il a
créé des citoyens. Après avoir perfectionné
la base des moeurs, ila construit les loix et
les a assises sur cette base : c'est le législa- --- Page 339 ---
AUTOUR DU M 0 N D E:
teur, le réformateurde toutes les nations qui
tôt ou tard s'empresseront d'imiter sa législation. Il a été le créateur du plus beau modèle de vraie liberté qui ett été jusqu'alors
présenté à l'univers : on lui devra la perfec:
tion même qu'il pourra acquérir dans la
suite. Nous sommes cependant bien loin
d'avoir donné encore la mesure de toute l'élévation de son génie; nous n'avons pas encore considéré le physicien, l'électricien, 2
qui maitrisa la foudre et qui a mérité qu'on
ait dit de lui:
Eripuit fulmen ccelo, sceptrumque tyrannis.
Nous allons nous borner à décrire ici une
fête aussi neuve que magnifique dont il fut
Fordonnateur et l'inventeur ; c'étoit sur les
bords heureux du Skuiskill. Une étincelle
électrique, sans autre conducteur que l'eau
du fleuve, part et allume, au mêmei instant,
sur les deuxi rives; l'esprit volatil préparé
éclairer la fête : le choc invisible de
pour
l'électricité tue, aux yeux des spectateurs
ravis, le gibier du festin; des instrumens
électrisés tournent et cuisent la viande à la --- Page 340 ---
336,
NOUVEAU VOYAGE
chaleur de la flamme éthérée : des coupes
pleines de ce Auideisubtil, et sans en rien
perdre, s'emplissent de vin d'Europe : les
savans convives de Philadelphie, habiles à
éviterle contact labial qui feroit répandre le
vin, saluent tour à tour,au bruit d'une artillerie électrique, tous les fameux électriciens
du monde; les échos des rivages répètent au
loin ces salutations solemnelles et neuves.
Les joyeuses acclamations. des peuples de
ces contrées, naguère sauvages et désertes,
mais aujourd'hui nombreusement habitées
par une nation d'hommes nouveaux qui ont
fait l'alliance auguste de la science, de la
liberté et des moeurs, 7 s'élèvent jusqu'aux
cieux; ils appellent par ces cris d'allégresse
tous les frères et tous les savans du monde
à cette grande fédération du génie et de la
vertu d'oà doivent résulter la gloire et le
bonheur du genre humain.
Le départ d'un navire anglois qui se disposoit à faire voile pour la Jamaique et les
autres colonies angloises dans les Antilles,
nous mit à même de nous yutransporter 3
mais après quelques jours de navigation,
un vent contraire nous jeta sur les côtes de
la
d'allégresse
tous les frères et tous les savans du monde
à cette grande fédération du génie et de la
vertu d'oà doivent résulter la gloire et le
bonheur du genre humain.
Le départ d'un navire anglois qui se disposoit à faire voile pour la Jamaique et les
autres colonies angloises dans les Antilles,
nous mit à même de nous yutransporter 3
mais après quelques jours de navigation,
un vent contraire nous jeta sur les côtes de
la --- Page 341 ---
AUTOUR D U M OND E.
la Floride. Sous ce nom étoient comprises
antrefois la Floride, la Louisiane et les COlonies angloises dans l'Amérique septentrionale; mais la Floride se réduit anjourd'hui
au seul pays que possèdent les, Espagnols S:
ils la nommèrent ainsi parce que,-lorsquils
én firent la découverte, ce fut le jour des
rameaux, , autrement dit Paques Reuries 3
qu'ils y abordèrent. Ponce de Léon en dut
la découverte au hasard. Son successeur
Vasquez y rendit, par sa cruauté et sa perfidie, se mémoire exécrable aux Indiens.
Les François ont tenté d'y former des établissemens; mais cette contrée est restée aux
Espagnols. Les moeurs et les coutumes des
Floridiens ressemblent- assez à celles de la
plupart des autres Sauvages del T'Amérique:
ils n'ont pourtant pas la cruauté des Canadiens pour les prisonniers; ils ne poussent
Tinhumanité jusqu'à se faire un plai:
pas
sir affreux de tourmenter et de voir souffrir
mais leur
un malheureux captif ;
usage
est d'arracher la peau de la tête de leurs
ennemis, après les avoir tués : les femmes
se parent de leurs chevelures. Après SaintAugustin, qui doit son origine aux EspaTome IL.
Y --- Page 342 ---
N TOUVEAT U VOYAGE
gnols, cenx-ci n'ont pas eu d'établissemens
plus considérables dans la Floride que SaintMarc, Saint-Joseph et la Pensacole. La ville
de Saint-Augustin est la capitale de toute la
Floride. Tout ce pays ne tardera pas sans
doute d'appartenir aux, Anglois.
Entre cette péninsule et les iles Lucayes
est le canal de Bahama que nous traversàmes, pour arriver à la Jamaique : c'est par
ces mémes iles que Colomb commença la
découverte du nouveau monde ; il en prit
possession au nom du roi d'Espagne, et
leur donna le nom des Indiens qui les habitoient. Iln'est pas possible de déterminer
le nombre des iles Lucayes ; il y en a peutêtre plus de cinq cents, mais si petites ) pour
la plupart, que ce sont plutôt des écueils que
des iles : les plus étendues sont celle du Lucayonéque, celle de Bahama qui donne son
nom au détroit, et celle de Guanahani où
aborda Christophe Colomb, et où se fit, si
nous pouvons nous servir de cette expression, la première entrevue de l'ancien et du
nouveau, monde. Après avoir traversé le canal de Bahama, nous découyrimes.le cap de
Sed, sur la côte septentrionale de l'ile de
que ce sont plutôt des écueils que
des iles : les plus étendues sont celle du Lucayonéque, celle de Bahama qui donne son
nom au détroit, et celle de Guanahani où
aborda Christophe Colomb, et où se fit, si
nous pouvons nous servir de cette expression, la première entrevue de l'ancien et du
nouveau, monde. Après avoir traversé le canal de Bahama, nous découyrimes.le cap de
Sed, sur la côte septentrionale de l'ile de --- Page 343 ---
AUTOUR DU MONDE
Cuba. Nous nous trouvâmes le lendemain
vis-à-vis de Ia Havane. A ganche,en entrant
dans le port, on voit un fort bati sur un rocher, au pied duquel il faut passer, nécessairement sous trois batteries de canon, placées Tune sur l'autre; ; on Tappelle le Jort
du More : à droite est une suite de bastions
solidement construits ; l'entrée n'a daus cet
endroit que cinqg à six cents pas de largeur;
on la ferme avec une chaine de fer qui peut
arrêter un navire assez long-tems pour le
cribler de coups de canon, ayant qu'il soit
venu à bout de la rompre. Il y a dans cette
ville environ dix mille habitans, tant EspaPortugais, Nègres et Mulatres:
gnols que
les femmes y sont d'une beauté singulière;
elles ont, ainsi que les hommes, une grande
vivacité d'esprit. Cest-là que les compagnies
de Lima et de Seville embarquent les caisses
de piastres pour le roi d'Espagne et pour
différens particuliers. L'ile de Cuba fut découverte par Colomb, et Velasquez en fit
la conquète: cette ile a deux cents quarante
lieues d'étendue du levant au couchant, et
Ce
quarante dans sa, plus grande largeur:
pays, dont les Espagnols ont détmit ies ha:
Y 2 --- Page 344 ---
NOUVEAU VOYAGE
bitans naturels, dépend, pour le civil, de
l'audience de Saint t-Domingue, et pour le
spirituel, de son évêque particulier. Nous
n'y restâmes que trois jours, désirant nous
rendre promptement à la Jamaique. Nous
avions sur notre vaisseau un passager qui
avoit demeuré long- tems à la Barbade ; les
courses fréquentes qu'il avoit été obligé de
faire, d'une ile à l'autre, l'avoient mis à
portée de connoitre les Antilles, aussi bien
que son propre pays : il nous fut d'une
grande utilité pour les renseignemens que
nous voulions prendre.
On donne le nom d'Antilles à cette multitude d'iles qui forment entre elles une espèce de cercle autour du golfe Mexique;
elles eurent d'abord le nom de leurs premiers habitans, les Caraibes, peuple doux,
comme 2 en général, tous les Indiens, et
qu'on a long-tems fait passer pour les plus
cruels des Sauvages. Il ne reste plus aucun
Indien de cette race. Les Espagnols l'ont
fait disparoitre entièrement de dessus le
globe. On divise ces Antilles en grandes et
petites iles 9 comme- il y a les grandes
et petites Antilles : parmi ces grandes iles
eurent d'abord le nom de leurs premiers habitans, les Caraibes, peuple doux,
comme 2 en général, tous les Indiens, et
qu'on a long-tems fait passer pour les plus
cruels des Sauvages. Il ne reste plus aucun
Indien de cette race. Les Espagnols l'ont
fait disparoitre entièrement de dessus le
globe. On divise ces Antilles en grandes et
petites iles 9 comme- il y a les grandes
et petites Antilles : parmi ces grandes iles --- Page 345 ---
AUTOUR DU M O N D E.
est la Jamaique, ainsi appelée de James,
qui, en anglois , veut diré Jaques. Christophe Colomb en ft la déconverte et la
nomma San- Yago : sa longueur est d'environ cinquante lieues, sa largeur de vingtcinq. Une chaine de. montagnes la partage
d'un bout à l'autre : ces montagnes, ainsi
que la plus grande partie del'ile, sont couvertes de bois toujours verts et forment un
printems éternel. Dès le commencement du
seizième siècle, les Espagnols y eurent des
établissemens; ils y bâtirent trois villes dans
le cours de la même année, Seville, Mellila
et Oristan. Un des fils de Colomb,en construisit une quatrième sous le nom de San:
Yago de la Véga ; elle devint bientôt si peu:
plée qu'on y comptoit dix-sept cents maisons. Les successeurs de domn Diégue Colomb égorgèrent plus de soixante mille des
anciens habitans. Tout, jusqu'au nom même de Tile, fut extirpé, sans qu'il restât
conserver la mémoire d'un
personne pour
peuple doux, nombreux et florissant : une
administration aussi atroce, aussi insensée,
et la paresse naturelle des Espagnols, ne
pouvoient manquer d'affoiblir la colonie ;
Y 3 --- Page 346 ---
NOUV E A U VOYAGE
aussi ces dévastateurs n'étoient pas plus de
quinze cents, avec un pareil nombre d'esclaves, lorsque la Jamaique fut conquise
par les Anglois : ceux-ci, devenus maitres
de l'ile, poussèrent leurs établissemens avec
autant d'industrie que de succès. En 1663,
c'est-à-dire, huit ans après qu'ils en eurent
fait la conquête, on y. comptoit déja près
de huit mille habitans. Ce qui-anima le plus
ce nouvel établissement, , et l'éleva tout à
coup au comble. de l'opulence, fut de servir d'asyle à ces fameux
pirates, si connus
sous le nom de flibustiers : ces gens, qui se
battoient en désepérés, et répandoientTargent
avec une profusion extravagante ; ces hommes, qui inondèrent de sang les possessions
espagnoles en Amérique, étoient, pour la
plupart, des brigands courageux 3 - partie
François, partie Anglois, sortis de leur pays
pour des crimes horribles. S'étant réunis, et
trouvant la côte septentrionale de l'ile de
Saint-Domingue presque abandonnée par
les Espagnols, ils prirent le parti de s'y re:
tirer. Dès la première année, ils commencèrent à se. rendre célèbres soiis le nom de
friboutiers, d'un mot' anglois qui signifie
plupart, des brigands courageux 3 - partie
François, partie Anglois, sortis de leur pays
pour des crimes horribles. S'étant réunis, et
trouvant la côte septentrionale de l'ile de
Saint-Domingue presque abandonnée par
les Espagnols, ils prirent le parti de s'y re:
tirer. Dès la première année, ils commencèrent à se. rendre célèbres soiis le nom de
friboutiers, d'un mot' anglois qui signifie --- Page 347 ---
UTOUR D'U M O N DE.
forban, corsaire : de ce mot les François ont
fait dans la suite celui de flibustiers. Un de
nommé Pierre le Grand,
leurs capitaines,
des
natif de Dieppe, énleva un vice-amiral
Galions, et le conduisit en France. Un aunommé Mansfeld, prit T'ile
tre flibustier,
de Sainte- Catherine dont il emporta un arimmense. Celui qui fit le plus de dégent
fut Jean Davis, né à la
gat aux Espagnols
de cinJamaique ; il y arriva avec uné prise
mille piastres. Un homme plus exquante
traordinaire. encore est le célèbre Morgan,
né d'une condition basse et obscure dans la
principauté de Galles : soutenu de soil seul
courage, il se fit connoitre si avantageuse:
ment que Mansfeld le fit son vice-amiral;
il s'empara de Porto-Belo; et revint chargé
d'un immense butin; il prit depuis et pilla
plusieurs villes espagnoles, spécialement
celle de Panama ; cette place, quii surpassoit toutes celles des Indes par la magnificence, la richesse et le nombre de ses bâtimens, fut en un jour réduite en cendres. On
cultive à la Jamaique le sucre et Tindigo.
Une autre production de cette ile est le piment ou poivre : l'arbre qui le. procure a
X4 --- Page 348 ---
NOUVEAU, VOYAGE,
plus de trente pieds de haut; il est couvert
d'une écorce grise et unie; il pousse de tous
côtés quantité de branches chargées de feuilles larges d'un très-beau
vert, et semblables e
à celles du laurier : les fleurs naissent
bossette à l'extrémité de
en
chaque branche; à
ces fleurs succèdent des grains un
peu plus
gros que ceux de genièvre : ils sont d'abord
petits et verdâtres; ; mais en murissant ils
deviennent noirs et luisans. On cueille sur
l'arbre ce fruit encore vert; ; on l'expose au
soleiljusqu'a.ce qu'il ait acquis une couleur
brune : pour lors il est en état d'étre employé. Alodeur et au goût il a quelque
port avec le clou de giroffle, le genièvre, rap- la
cannelle et le poivre ;
anseiTappelle-t-on en
anglois all-spice (t toute épice), pour dire
qu'elle tient un peu de toutes les autres épices. Outre le piment on trouve encore ici le
cannellier sauvage, dontl'écorce sert àla médecine ;. le monconilier, dont le
fruit, semblable à une pomme d'api, est un poison
très-subtil'; T'arbre choa, dont le bois est si
dur qu'il émousse les instrumens de fer ;
l'arbre à savon, dont les fleurs servent aux
mémes usages que le savon ordinaire; le
ient un peu de toutes les autres épices. Outre le piment on trouve encore ici le
cannellier sauvage, dontl'écorce sert àla médecine ;. le monconilier, dont le
fruit, semblable à une pomme d'api, est un poison
très-subtil'; T'arbre choa, dont le bois est si
dur qu'il émousse les instrumens de fer ;
l'arbre à savon, dont les fleurs servent aux
mémes usages que le savon ordinaire; le --- Page 349 ---
R D U MI O N D E.
A YTOUR
brésil, le
la casse, le tale bois de
gayac,
marin /etc. Il y. a des années où l'on exporte
de laJamaique plus de vingt mille barriques
chacune plus de seize quinde sncre, pesant
de rhum, le
taux, quatre mille poinçons
seul -e
qu'on emploie en Angleterre et qui
le meilleur des Antilles. Le rhum
passe pour
d'eau-de-vie. qui se
ou tafiat est une espèce
fait des écumes du sucre, et du marc qui
dans les chaudières où l'on a fait bouilreste
iciavec
lir le vesou : cette liqueur se distille
tant de perfection que sans une petite âcre-:
de feu
ne peut lui ôter.
té, ou gout
qu'on
entièrement, elle ne le cédéroit presque pas
de France. Le sucre qui
à nos eaux-de-vie
dans cette ile est plus brillant,
se fabrique
celui qui, se fait à
d'un plus beau grain que
la
la Barbade : cette supériorité influe sur
qualité du rhum et de la mélasse qu'on en
tire. Le café de la Jamaique est peu estimé.
Le coton et le gingembre fornient une autre
branche d'exportation de cette ile : le gingembre se débite de deux manières, confit,
ou tel qu'il sort de la terre. Cette épice n'est
autre chose que la racine d'une plante peu
élevée, et qui a cela de particulier qu'elle --- Page 350 ---
NOUVEAU VOYACE
continue à croitre' après qu'elle a été arra:
chée, à moins' qu'on ne la fasse raticser
les Négres.
par
Parmi les poissons qu'on péche ici; la
tortue est, sans contredit, le plus délicat
pour le manger : on en envoie beancoup en
présent en Angleterre. Mais un des princi:
cipaux articlès du commerce de ces insulaires, 2 est le bois de
Campéche 2 il Se tire du
Mexique et de Terre-Ferme : on le coupe
sur-tout dans la baie de Campéche, d'on il
tire son nom. Le centre de ce négoce est
actuellement dans la baie des Honduras. Il
y a des années où cette ile (tant il y a d'opulence) envoie-p plus de quatre cent mille
piastres dans la
Grande-Bretagne : sa situation la rend d'ailleurs infiniment
précieuse
aux Anglois. Les Galions et la flotte qui se
rassemblent à la Havane, sont obligés de
passer à sa vue.
La Jamaique est divisée en dix-neuf districts ou paroisses qui font le tour de l'ile.
Jes Anglois y bâtirent Port-Royal qui en
devint la capitale : cette ville contenoit plus
de deux mille maisons parfaitinent bien
baties; mais un tremblement de terre la
retagne : sa situation la rend d'ailleurs infiniment
précieuse
aux Anglois. Les Galions et la flotte qui se
rassemblent à la Havane, sont obligés de
passer à sa vue.
La Jamaique est divisée en dix-neuf districts ou paroisses qui font le tour de l'ile.
Jes Anglois y bâtirent Port-Royal qui en
devint la capitale : cette ville contenoit plus
de deux mille maisons parfaitinent bien
baties; mais un tremblement de terre la --- Page 351 ---
AUTOUR D U M ON DE.
la renversa de fond en comble en 1692; il
une maison entière : ainsi périt
n'y-laissa pas belles villes de TAmérique, et
une des plus
On Ta rébâtie
des plus riches de Tunivers.
depuis de l'autre côté de la baie, sous le nom
de Kingston. San- Yago de la Véga, appé:
inférieure
lée aussi Spanish-Town, quoiqu'
à Kingston, est aujourd'hui la capitale de
Tile: : c'est le séjour du gouverneur Il'y y règne
beaucoup d'opulence et un grand luxe; il y
a une salle de spectacle et une troupe de COmédiens; ; les équipages, les assemblées et
les bals sont ici présqu'aussi en usage qu'a
Londres.
Nous trouvâmes enfin une occasion que
plus de quinze jours;
nous attendions depuis
d'ol
pour nous rendre dans la Lonisiane,
nous nous proposions de révenir par le Mexidans les autres iles du golfe de ce nom.
que
nommé de Lasalle;
Ce fut un François,
qui, d'après le récit qui lui fut fait du pays
des Illinois, partit de Québec, avec un dé+
tachement, et s'empara, au nom de Louis
XIV, de cette contrée, à laquelle il donia
le nom de Louisiane. La Lonisiane fut cédée
ensuite à la compagnie des Indes. La Nou-
la Lonisiane,
nous nous proposions de révenir par le Mexidans les autres iles du golfe de ce nom.
que
nommé de Lasalle;
Ce fut un François,
qui, d'après le récit qui lui fut fait du pays
des Illinois, partit de Québec, avec un dé+
tachement, et s'empara, au nom de Louis
XIV, de cette contrée, à laquelle il donia
le nom de Louisiane. La Lonisiane fut cédée
ensuite à la compagnie des Indes. La Nou- --- Page 352 ---
NOUVEAU VOYAGE
velle-Orléans, ainsi nommée pour flatter le
régent de France, en devint la capitale : on
forma aussi des habitations chez les Natchès, où plus de vingt ans auparavant on
avoit eu le projet de fonder la métropole. La
Nouvelle e- Orléans; la première qu'un des
plus grands fleuves du monde ait vu bâtir
sur ses bords, contient à peine deux cents
maisons, tant de brique que de bois; ; elle
est située sur la rive orientale du Mississipi:
c'est un séjour enchanté pour la salubrité de
Tair, la bonté du terroir et la beauté de la
position. Le soleil est le principal objet de la
vénération des Natchès, et, en général, de
presque tousles Sauvages del'Amérique septentrionale. Les Chicacas sont encore d'au:
tres Sauvages, ennemis irréconciliables des
Illinois et des François : ce sont les plus braves et les plus redoutables de la NouvelleFrance. La jonction des deux rivières, le
Mississipi et le Missouri, forme peut-étre
le plus beau confluent qu'il y ait dans le
monde; elles sont à peu près de la même
Jargeur, une demi-liene; mais le Missouri
est plus rapide, et paroit entrer en conqué
rant dans le Mississipi.
--- Page 353 ---
AUTOUR DU M O N D E.
fleuve en
Le Mississipi, qui signifie grand
langue illinoise, a plus de sept cents lieues
de cours du nord au sud; il est presque partout bordé des deux côtés d'épaisses foréts.
dans la nature de bois
il n'est pent-étre pas
soit
la hauteur- et l'ancomparables 2
pour
à
cienneté, soit pour la variété et Tutilité,
ceux qui couvrent l'intérieur du pays, et,
en général , toute la Louisiane; ; la plupart
semblent être aussi anciens que le monde.
de huit à' dix lieues d'éIly a des cyprières
tendue, dont tous les cyprès passent ce que
nous avons en France de plus grands chénes. On' y connoit le laurier tonjours vert,
appelle tulippier, à cause de la figure
qu'on fleurs il s'élève plus haut que nos
de ses
;
aussi
marronniers d'Inde. Le copalme est
plus grand et plus gros : il en distille un
baume qui n'est pas beaucoup inférieur à
celui du Pérou. D
En remontant la rivière on - atrive à la
Pointe- Coupée, let à cinquante lieues audessus est le poste des Natchès. Nous n'y
avons vu qu'line garnison emprisonnée 2
pour ainsi dire; dans un fort par la crainte
des Chicacas. Plus haut sont les Akansas,
marronniers d'Inde. Le copalme est
plus grand et plus gros : il en distille un
baume qui n'est pas beaucoup inférieur à
celui du Pérou. D
En remontant la rivière on - atrive à la
Pointe- Coupée, let à cinquante lieues audessus est le poste des Natchès. Nous n'y
avons vu qu'line garnison emprisonnée 2
pour ainsi dire; dans un fort par la crainte
des Chicacas. Plus haut sont les Akansas, --- Page 354 ---
NOUVEAU VOYAGE
nation sauvage qui donne son nom à un au:
tre fort où nous avons une garnison pour
rufraichir les convois qui montent aux Illinois. Des Akansas jusqu'aux Illinois on
compte plus de cent cinquante lieues : il
n'y a pas un hameau dans toute cette étendue de pays; mais on y rencontre des troupeaux de baufs, des cerfs et des chevreuils,
Comme ces animaux sont forcés de venir
boire le long du Reuve,.les chasseurs les
tuent à mesure qu'ils se présentent.
Après une route. assez fatigante on arrive
au fort de Chartres, dans le pays des Illinois. Nous nous,sommes établis dans ce pays
par une meilleure voie que celle dontles Espagnols se sont servis dans leurs possessions:.
nous n'avons employéque l'insinuation. Nos
héros du Canada, les Lasalle, les Tonti, les
Vaudrenil, armes en guerre, présentoient
et recevoient par-tout le calumet de paix.
Les Illinois étoient autrefois les peuples les
plus nombreux de la Louisiane 3 mais leurs
guerres continuelles avec les nationsdu nord
les, ont considérablement affoiblis. Les Sau-.
vages dw Canada,, et sur-tout les Iromnois,
faisoient des irruptions fréquentes sur leurs --- Page 355 ---
AUTOUR DU MOND E.
terres : les moeurs de ces Indiens sont peu
différentes, de celles des autres Sauvages.
Les Missouris ont été long-tems les amis
des François ; mais nos marchands les ont
trompés si souvent qu'ils ont toujours vécu
depuis dans la défiance.
Nous parcourhmes, tantôt à cheval, tan:
tôt à pied, le plus souvent par eau, les
pays situés entre le Mississipi et la rivière
des Alibamons. Nous suivimes d'abord le
cours du feuve, depuis la Nouvelle -Orléans jusqu'à son embouchure dans-le golfe
du Mexique. Nous côtoyâmes le golfe jusqu'à lile Dauphine, 2 qui fut le premier établissement des François dans la Louisiane.
Le fort Louis dela Mobile, S bâti sur la rivière de ce nom 5 est le plus considérable. Le
commandant nous:it donner une pirogue et
deux Sauvages, pour nous conduire, par
éau, jusqu'au fort Toulouze, dans le pays
des Alibamons : ces peuples sont. donx et
affables ; leurs femmes vives et jolies. Pendant notre séjour au fort Toulouze, nous
fimes de fréquentes excursions chez les Mobiliens, les Chactas, les Yasoux, les Apalaches, et autres Indiens des contrées voiside
est le plus considérable. Le
commandant nous:it donner une pirogue et
deux Sauvages, pour nous conduire, par
éau, jusqu'au fort Toulouze, dans le pays
des Alibamons : ces peuples sont. donx et
affables ; leurs femmes vives et jolies. Pendant notre séjour au fort Toulouze, nous
fimes de fréquentes excursions chez les Mobiliens, les Chactas, les Yasoux, les Apalaches, et autres Indiens des contrées voiside --- Page 356 ---
352 4 NOUVEAU VOYAGE
nes. Nous remarquâmes parmi toutes ces
peuplades les mêmes moeurs, les mémes
usages, la méme façon de vivte que parmi
les autrés Sauvages. Les Chactas sont souvent en guerre avec les Collapissas, leurs
voisins. L'été commence dans la Louisiane
au mois de mars et dure jusqu'en septembre : les chaleurs y sont excessives , et les
orages et les coups.de tonnerre fréquens.
Une des plantes qui viennent le mieux dans
ce pays, et dont les habitans font le plus
d'usage, sont les patates ; c'est une espèce
de pomme de terre : ils'en trouve de la grosseur de la jambe et longues d'un demi-pied:
De tous les animaux terrestres qui vivent
dans cette contrée, l'ours est regardé comme
un des plus utiles, à cause de la quantité
d'huile qu'on retire de sa graisse : un seul
de ces animaux fournit quelquefois plus-de
cent vingt pots de cette huile. Les crocodiles ne sont pas moins communs dans le Mississipi que dans le Nil.
CHAPITRE --- Page 357 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
C H APITRE XX.
Du Mexique.
Nous voici enfin arrivés au Mexique. A ce
mot, que de grands souvenirs, que d'idées,
que de contrastes étonnans viennent s'offrir
à l'imagination. La découverte d'un nouveau
monde dort on ignoroit l'existence, et qui
Temporte sur l'ancien par la richesse de ses
productions ; le simple secrétaire d'un gouverneur de Cuba, qui, avec cinq ou six
cents hommes, quelques pièces de campagne, et une jeune Indienne dont il fait à la
fois sa maitresse, son conseil et son interprète, va subjuguer le plus puissant état de
T'Amérique; l'amour, la religion; la valeur;
la cruauté, l'ambition et lavarice, tendant
au méme but et partageant les mémes succès; la surprise muette des peuples d'un
nouvel hémisphère, à la vue de ces maiTome Il.
Z
avec cinq ou six
cents hommes, quelques pièces de campagne, et une jeune Indienne dont il fait à la
fois sa maitresse, son conseil et son interprète, va subjuguer le plus puissant état de
T'Amérique; l'amour, la religion; la valeur;
la cruauté, l'ambition et lavarice, tendant
au méme but et partageant les mémes succès; la surprise muette des peuples d'un
nouvel hémisphère, à la vue de ces maiTome Il.
Z --- Page 358 ---
NOUVEAU VOYAGE
sons flottantes et animées qu'ils prennent
pour des monstres souverains des vents et
des eaux; leur saisissement lorsqu'ils entendent, pour la première fois, 9 le fracas meurtrier de notre artillerie; 3 leur frayeur à la
vue des chevaux et des cavaliers qu ils prennent pour des espèces nouvelles et ne formant qu'un même être; leurs préjugés qui
leur persuadent que les Espagnols sont des
dieux, mais que leurs dieux du Mexique
leur sont supérieurs ; des millions d'hommes
vaincus par une poignée d'étrangers.; ces
étrangers qui, sans résistance, malgré les
défenses du souverain, entrent dans sa capitale, et en font un désert pour s'en assurer la possession ; ce vaste continent que le
manque de fer a soumis aux Européens, et
dont les habitans, accablés d'opprobre et de
misère, au milieu de leurs riches métaux, 3
reprochent au ciel, en pleurant; : les trésors
qu'il leur a prodigués, et qui causent tous
leurs malheurs ; enfin, un monarque, sur
son trône, jugé par des inconnus, au. nom
d'un monarque étranger : est-il une ame que
tant de vermeilles trouvent insensible, et
qui se refuse à T'admiration et à l'attendris- --- Page 359 ---
A UTOUR DU M ON DE.
sement ? Le contraste des armes,, des, usades moeurs, des opinions, des loix,d de
ges,
des
naturelles, tout
la religion,
productions
doit
agrandit ici la sphère de nos idées,. et
diminuer: celle de nos préjugés: Lantiquité,
méme. fabuleuse, n'offre rien de comparablel à la conquéte, de ce vaste payss raussi
est-il: peu de héros qui puissent soutenir le
parallèle avec Fernand Cortez, à qui.TEspagne est redevable d'un si grand accroissement de puissance ? Après vingt batailles
gagnées, après la prise ou la soumission de
cinquante villes, après la défaite de trois
le sièze opiniâtre: d'une
empereurs - après
Madrid et défencapitale aplus peuplée que
due par l'art et la, nature, Cortez, en moins
de trois: ans, vint à bout de cettel grande entreprise. Cet empire étoitle plus puissant et
le plus formidable de cette partie du nouveau monde : son étendue, du levant au
couchant, étoit de cinq cents lieues, et sa
largeur, du midi au nord, de plus de deux
cents. Cet homme extrordinaire, qui naquit versila fin du seizième siècle, dans la
provinee d'Estramadoure, n'avoit pas vingt
ans, lorsqu'il passa.e en Amérique, dans le
Z a
int à bout de cettel grande entreprise. Cet empire étoitle plus puissant et
le plus formidable de cette partie du nouveau monde : son étendue, du levant au
couchant, étoit de cinq cents lieues, et sa
largeur, du midi au nord, de plus de deux
cents. Cet homme extrordinaire, qui naquit versila fin du seizième siècle, dans la
provinee d'Estramadoure, n'avoit pas vingt
ans, lorsqu'il passa.e en Amérique, dans le
Z a --- Page 360 ---
N'OUVE AU VOYAGE
dessein d'y faire fortune:i ils'attacha à Diégo
Vélasquez, gouverneur de l'ile de Cuba, et
se fit aimerd'une dernoiselle que Vélasquez
recherchoit pour lui a même. Ce dernier en
fut tellement irrité qu'il le fit mettre en prison; ; mais l'affaire s'arrangea, et Cortez devintlami de ce même gouverneur quiléleva
à uni emploi honorable-et permit leur mariage.
Fernand Cortez fat mis à la téte de lentréprise que Vélasquez avoit formée de réduire le Mexique sous la puissancé du roi
d'Espagne. Cortez fit son embarquement à
San- Yago de Cuba; il s'avança le long du
golfe, Tabasco fut la première ville: où il se
signala. La puissante républiquei de Tlascala, qui fleurissoit sous un gouvernement
aristocratique, voulut s'opposer-à soni pas:
sage;' mais le bruit seul du canon mit: en
fuite ces multitudes mal-armées. Un Caci-:
que Jui fit présent de vingt femmes les plus
jolies du pays. Le général en prit une pour
sa maitresse; il la fit baptiser sous lenom
de Marine; elle étoit d'une beauté rare; et
d'une naissance distinguée. Fille d'un: Cacique illustre, divers incidens l'avoient fait --- Page 361 ---
AUTOUR D.U MONDE
années, et elle
enlever dans ses premières
avoit été vendue à un seigneur de cette conmême
la donna à Cortez. La
trée, le.
qui
mémoirede cette fille étoit siheureuse qu'elle
apprit en peu de tems la langue espagnole,
et devint par-là très-utile aux vainqueurs.
Avant de s'avancer dans le Mexique, Corétoit sur la
tez fortifia le principal port qui
côte; il lui donna le nom de Véra a-Cruz,
débarqua le yendredi-saint. Le
parce qu'il y
en cet endroit a
mauvais air qu'on respire
aux Espagnols le parti
fait prendre depuis
ils
de transporter ailleurs cet établissement;
ou six lieues plus
choisirent une plaine cinq
bas. La nouvelle Véra-Cruz, située vis-à-vis
a un quart de
l'ile de Saint-Jean-d'Ulan,
lieue de long sur la moitié de large : onn'y
trois mille habitans, la
compte guère que
Véra-Cruz est
plupart Noirs ou Mulâtres.
le principal, et, à proprement parler 9 l'udu Mexique dans le golfe de ce,
nique port
le monde
nom. Les Espagnols, et pent-être
entier, n'ont point de lieu où le commerce,
soit plus étendu. C'est-là que se rendent
les
et richesses des Indes
toutes
productions
des,
orientales, par les vaisseaux quiarrivent
Z 3
ans, la
compte guère que
Véra-Cruz est
plupart Noirs ou Mulâtres.
le principal, et, à proprement parler 9 l'udu Mexique dans le golfe de ce,
nique port
le monde
nom. Les Espagnols, et pent-être
entier, n'ont point de lieu où le commerce,
soit plus étendu. C'est-là que se rendent
les
et richesses des Indes
toutes
productions
des,
orientales, par les vaisseaux quiarrivent
Z 3 --- Page 362 ---
NOUVEAU VOYAGE
Philippines : c'est le centre naturel de toutes celles de TAmcrique; la flotte y apporte
annuellement des marchandises d'une immense valeur.
La nouvelle de la présence de Cortez au
Mexique jeta l'effroi dans tout l'empire de
Montesuma.
Iln'est point du plan de cet ouvrage de
tracer en détail les expéditions ides Espanols, ni la manière dont ils parvinrent à
subjuguer ce pays. Nous n'en parlerons
qu'antant qu'elles nous donneront occasion
de faire voir ce qu'étoit cet empire avant
qu'ils s'en rendissent les maitres.
Montézuma eût plusieurs conférences avec
le général espagnol ; ils allèrent ensemble
dans le principal temple de la ville de-Mexico:il étoit érigé au dieu de la guerre, et se
nommoit, par excellence, le temple du Seigneur. Ilétoit placé au milieu d'une enceinte
de pierres, élevée de six pieds. Quatre belles
portes répondoient aux quatre principales
entrées de la ville : au centre s'élevoit une
plate-forme sur laquelle étoit bâti un grand
édifice où l'on arrivoit par cent trente marches. L'espace qui formoit le sommet du --- Page 363 ---
AUTOUR D U M.O N DE
contenoit deux autels qu'on appertemple
et d'oà l'on découvroit
cevoit de fort loin,
une superbe perspective. onzième souverain ài
Montézuma étoit de
conquit et civilisa
compter du premier qui
élective, et il
ce pays. La monarchie étoit
dut le 'trône à son mérite. Peu à peu cepensmhaxsssmgeieaned avecleurs
anparavant comme
hôtes qu'ils regardoient
de Montézu:
des dieux. Témoin ce général
avoit
la
que Cortez
ma qui attaqua garnison nouvelle lui donna
laissée à Véra-Cruz : cette
et
de farieux soupçons contre ce monarque;
dès oet instant il forma le plus hardi projet
ait jamais été imaginé : ce fut de se,saiqui
de l'empereur, et-de le
Sir de la personne
des Esretenir prisonnier dans le quartier
Montézuma eut la foiblesse-de se laisgnol.
bien des difficultés,
ser intimider, et, après de suivre les Casil fit laisottise irréparable
enlevé
tillans : ce fut ainsi qu'il fut comme
au milieu de sa capitale, en
de son palais,
sans éclat
plein jour, et conduit prisonnier,
désix-hommes ; pour
et sans violence, par leur volonté. Il devoit
pendre entièrement de
cependant qu'une. résistance-méme
penser
Z 4
iblesse-de se laisgnol.
bien des difficultés,
ser intimider, et, après de suivre les Casil fit laisottise irréparable
enlevé
tillans : ce fut ainsi qu'il fut comme
au milieu de sa capitale, en
de son palais,
sans éclat
plein jour, et conduit prisonnier,
désix-hommes ; pour
et sans violence, par leur volonté. Il devoit
pendre entièrement de
cependant qu'une. résistance-méme
penser
Z 4 --- Page 364 ---
NOUVEAU VOYAGE
inutile n'auroit pu lai donner un sort plus
fatal; il fut en effet chargé de fers. Les Mexicains se révoliérent, si l'on peut
ainsi une juste défense; ils
appeler
artaquèrent le
quartier des Espagnols, qui forcèrent Montézuma à se montrer à ses sujers pour leur
donner ordre de se retirer : ceux-ci lui crièrent qu'il étoit un lâche, un traitre, un vil
esclave des ennemis de la nation; ils lancèrent une nuée de traits et de pierres dont
l'une T'atteignit à la tête : il expira le troisième jour, insulté par: les Espagnols et
son peuple. Cortez
par
envoya son corps à ses
sujets, qui l'enterrèrent suivant l'usage du
pays.
Ce qui se passa dans cette occasion donnera une idée de la manière dont se faisoient
les funérailles des souverains du Mexique.
Après avoir lavé et parfumé le corps, on le
plaçoit sur une natte où onle gardoit pendant
quatre jours et quatre nuits, avec
de
beaucoup
pleurs et de gémissemens : on lui coupoit une poignée de cheyeux
qu'on conservoit avec soin; ; on-lui mettoit dans la bouche une grosse émeraude; on couvroit ses
génoux de dix- sept couvertures fort riches, --- Page 365 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
dont chacune faisoit allusion à quelque circonstance de la vie du défunt; par-dessus
la dévise de l'idole qui avoit été
f on attachoit
de son culte : on lui caTobjet particulier
d'or,
choit'ensuite le visage avec un masque
victime l'ofet on immoloit pour première
ficier qui avoit; soin des lampes et des parfums du palais, pour éclairer et parfunier
la route de Tempereur dans son voyage en
l'autre monde Après ces préparatifs on
portoit le corps au grand temple avec des
cris et des chants lugubres : dans la cour du
temple on trouvoit un bucher tout dressé;
mettoient le feu, tandis que le
les prétres y
d'une voix
grand sacrificateur proféroit ,
plaintive, des prières et des invocations.
le bois étoit allumé on y jetoit le
Quand
tous les ornemens dont il étoit
corps, avec
couvert, et un chien, pour annoncer par
l'arrivée du monarque. On
ses aboieméns
nombre de vicimmoloit ensuite un grand
times humaines qu'on choisissoit, non-seulement parmi des esclaves, mais même parmi des officiers du palais 1 et parmi les
femmes. Quand tout le bois, étoit consumé
on ramassoit les restes du corps que le feu
Quand
tous les ornemens dont il étoit
corps, avec
couvert, et un chien, pour annoncer par
l'arrivée du monarque. On
ses aboieméns
nombre de vicimmoloit ensuite un grand
times humaines qu'on choisissoit, non-seulement parmi des esclaves, mais même parmi des officiers du palais 1 et parmi les
femmes. Quand tout le bois, étoit consumé
on ramassoit les restes du corps que le feu --- Page 366 ---
NOUVEAU VOYAGE
avoit épargnés, de même
que l'émeraude
qu'on avoit mise dans la bouche du monarque : les prétres les déposoient dans
vase, et les portoient solemnellement un
à la
montagne de Chapaltépéque, lieu de la 'sépulture des empereurs
ils
fermoient dans la
mexicains;
renmême urne la poignée de
chevenx dont'nons avons parlé:
Les Mexicains, après la mort de Montézuma, choisirent un nouveau maitre animé,
comme eux, du désir de la
fut le famenx
vengeance; ce
Guatimosin, neveu et
de Montézuma : sa destinée fut
gendre
funeste que celle de son
encore plus
beau-père. Les Es.
pagnols avoient eu le tems de se faire des
alliés parmi les caciques du
pays : avec ces
secours ils s'emparérent de la
de la
capitale, 7 et
personne même du souverain. Le traitement qu'on fità Guatimosin fut tel que le
méritoit un prince brave et infortuné : ces
procédés durèrent tant que Cortez eut assez
d'antorité pour le protéger; mais l'avarice
insatiable de ses soldats fut pen satisfaite
du pillage de la capitale:ils crurent qu'elle
renfermoit des trésors cachés dont
reur seul avoit connoissance; ils-le l'empemirent --- Page 367 ---
AUTOU N D'U M O'NDE. 563
ardens pour le forcer à déc
sur des.charbons
Il supporta ces
couvrir ce quin'existoit pas.
tonrmens avec une fermeté inébranlable.
Un de: ses ministres, mis à la même épreuve,
montra ioins de courage : Tempereur lui
ferma la bonche, en Ini disant d'un ton s6vère : Et moi, suis-je sur un lit ie roses?
Cortez le délivra de cet horrible supplice,
le
Il ne trouva plus de
et garda prisonnier.
il's'oc
résistance dans le reste de l'empire;
à rébâtir Mexico. An milieu de ses
cupa
l'empereur, quoiqué
tra vaux il rapprit que
dans les fers, S 'efforçoit de soulever ses anciens sujets, ou en étoit soupçonné ; il le
fit mourir hontéusement à un gibet pour
crime
n'a jamais été bien prouvé:
un
qui
du Mexique et la liavec lui périt T'empire
berté de toutes les nations indiennes qui
la
composent ce vasté pays qu'on appella
Nouvelle-Espagne. T
Avant d'arriverà la capitale du Mexiquie;
nous en parcourames et visitâmes plusieurs
provinces. Pour gagner la ville de Guaxaca;
qui dome son nom à cetté province, nous
traversâmes le pays anciennement habité
les Zapotécas. Nous avions avec nous
par
du Mexique et la liavec lui périt T'empire
berté de toutes les nations indiennes qui
la
composent ce vasté pays qu'on appella
Nouvelle-Espagne. T
Avant d'arriverà la capitale du Mexiquie;
nous en parcourames et visitâmes plusieurs
provinces. Pour gagner la ville de Guaxaca;
qui dome son nom à cetté province, nous
traversâmes le pays anciennement habité
les Zapotécas. Nous avions avec nous
par --- Page 368 ---
NOUVEAU VOYAG E
un magistrat de Séville chargé par. le conseil des Indes de diverses commissions il
;
menoitaveclui,
suivantlegéniedes esa nation,
son-médecin, son confesseur et sa maitresse : il nous servit, pour ainsi dire,
Les
9 de guide.
Zapotéças étoient une nation terrible
dans les combats, et toujours en guerre. avec
ses voisins. La principaleidole des Mexicains
étoit celle de la guerre, adorée sous le nom
de Vitzili-Putzili, qui signife maison luisante , et représentée sous une formne humaine, assise sur un globe et' posée sur un
brancard d'où sortoit des deux côtés la figure
d'un serpent. D'une main ce dieu tenoit une
rondache blanche, de l'autre un serpent azuré; sa tête étoit couronnée de fleurs : onl'invoquoit dans les combats. Une autre idole,
qui paroit avoir tenu le second rang, étoit
le dieu de la pénitence : on s'adressoit à lui
pour obtenir le pardon de ses fautes. Parmi
divers ornemens qui décoroient cette idole,
on lioit à la tresse de ses cheveux une oreille
d'or, souillée d'une espèce de fumée qui représentoit les prières des humains : une plaque d'or brunie, qu'elle portoit de la main
gauche, faisoit T'effet d'un miroir, pour si- --- Page 369 ---
AUTOUR DI U M O'N D E.
d'un coup-d'oeil dieu voit tout ce
gnilier que commet de crimes dans le monde;
qui se dards qu'elle avoit dans sa main droite
quatré
marquoient les châtimens dont les pécheurs
sont menacés. Sa fête se célébroit tous les
quatre erans; c'étoit une espèce de jubilé cni
duroit neuf jours, et a qui étoit suivi d'un
pardon général: D: : unprétre sortoit, jouant
de la flûte, etxse tournoit suècessivement
vers les quatre parties du monde; ensuite,
s'inclinant du côté.de l'idole-, il prenoit de
la terre et la mangeoit : lést peuple suivoit
en demandant pardon de ses
son exemple,
ne fussent pas dépéchés, et priant qu'ils
couverts. Les soldats faisoient des Voeux pour
obtenir la victoire. Le neuvième jour, , qui
étoit proprement celui de la fête, on s'assembloit dansta cour du grand temple, auportoient tla figure
tour duquel quatré prêtres
lui
delen:
du dieu; les-autres
présentoient
cens; tandis sique le:peuplé se frappoit les
épanles'h: coups decfouet out de discipline:
Après: la procession on apportoit des pré:
sensiàla divinitéy"et-tout le nonde se rele tems de les
tiroit pour-donneraux prétres
recueillir :au retour du peuple, àqui il fal-
ient tla figure
tour duquel quatré prêtres
lui
delen:
du dieu; les-autres
présentoient
cens; tandis sique le:peuplé se frappoit les
épanles'h: coups decfouet out de discipline:
Après: la procession on apportoit des pré:
sensiàla divinitéy"et-tout le nonde se rele tems de les
tiroit pour-donneraux prétres
recueillir :au retour du peuple, àqui il fal- --- Page 370 ---
NOUVEAU VOYA . GE)
loit toujours. des spectacles de sang, on fai:
soit paroitre un captifqu'on immoloit au mi
lieu deso chants et des danses. Une troisième
idole; moins puissante peut-être dans leur
idée, mais plus chéreà la nation, étoit Fob:
jet d'un culte où la dévotion publique éclatoit avec plus d'ardeur; elle n'étoit formée
ni de bois, ni de métal, mais de toutes les
semences des choses qui servent à nourrip
Thomme, moulues et pétries ensemble avec
le sang des enfans et des vierges sacrifiées:
les prêtres la faisoient sécher; ; le jour de sa
consécration, les peuples y assistoient avec
des réjouissancès
extraogdinaires: : comme la
statue étoit d'une matière que le tems ne
manquoit pas d'altérer, on la: renouvelloit
avec,les mêmes formalités : laiveille elle étoit
mise en pièces, et l'on en dohnoit les débris -
comme des reliques. On: faisoit aussi, à certains jours de Tannée, une idole de matières
commestibles : les prétres da dépéçoient tpre et
en distribuoient les
fragmnenss 3 clétoit une
espèce de:communion à laquelle on! se' préparoit par des purifications ; des jetnes: et
des prières. Ces peuples adoroient encore
une divinité. dont la réputation attiroit des --- Page 371 ---
AUTOUR D U M D N DE.
pélerins de toutes les provinces de T'empire ; c'étoit celle des négocians : la statue,
placée dans un temple fort élevé, au milieu
d'un monceau d'or, d'argent, de pierreries,
de plumes rares,. et d'autres. marchandises,
d'un grand prix, représentoit la figure dun
homme avec une. téte d'oiseau * couverte
d'une espèce de mitre : les bijoux les plus
précieux servoient d'ornemens à ses jambes
pour exprimer les. faveurs que. ce nouveaw
dieu Plutus, accordoit à ses sectateurs Les
marchands célébroient, tous les ans, à som
honneur 91 une fête à la mexicaine, c'est-àdire, cruelle et sanguinaire.; ils achetoient
un esclave de belle taille, le paroient des
habits de l'idole, le nourrissoient délicatement, et on l'immoloit au milieu des danses,
Saint-Ildefonse est la capitale du district
des Zapotécas : nous n'y restâmes que deux
jours. Nous nous rendimes de-là à SanYago, dans lé canton de Nixapa 1 : cette ville;
bâtie sur la rivière d'Alvarado, fait un commerce. considérable; elle. contient environ
mille habitans, tant Indiens qu'Espagnols :
on. y recueille de l'indigo, du sucre, de la
cocheuille, du cacao et de la cachiote, aut
/
est la capitale du district
des Zapotécas : nous n'y restâmes que deux
jours. Nous nous rendimes de-là à SanYago, dans lé canton de Nixapa 1 : cette ville;
bâtie sur la rivière d'Alvarado, fait un commerce. considérable; elle. contient environ
mille habitans, tant Indiens qu'Espagnols :
on. y recueille de l'indigo, du sucre, de la
cocheuille, du cacao et de la cachiote, aut
/ --- Page 372 ---
NOUVEAU VOYAGE
trement dit du roucou. Le Mexique est le'
seul pays qui produisse la cochenille. On a'
long-tems ignoré T'origine de cette drogue si
utile dans la teinture, et si propre à nuancer, à rehausser, par une heureuse illusion,
les foibles couleurs du visage des dames : on
sait. aujourd'hui que la cochenille est un insecte qui s'attache aux feuilles de quelques
arbres ; on peut comparer sa figure à celle
de nos punaises domestiques, qui, étant
desséchées s sont d'un noir rougeâtre 7 et)
grosses comme une lentille. Cette drogue a
une qualité d'autant plus extraordinaire que,
quoiqu' elle appemtieanealespice la plus périssable et la plus foible du genre animal,
elle ne se gâte jamais. Sans autre soin
que
celui de l'enfermer dans une bolte,; les Indiens en ont gardé plus de cent ans qui n'a
rien perdu de sa vertu, ni pour la médecine, ni pour la teinture : on l'estime autant que l'or et l'argent, tant ài cause de la
promptitude qu'à cause de la sureté de son
débit. Il. faut qu'il y ait bien des hommes
occupés à ce travail; car il entre chaque année en Europe près de six cent mille livres
pesant de cette matière : on évalue ce commerce --- Page 373 ---
AUTOUR DU M ON) DE.
merce annuel à plus de douze millons. Les
du Mexique qui en produisent le
provinces celles de Tlascala, Guatimala et
plus sont
dernière fournit aussi beau:
Guaxaca : cette
ride cacao; c'est une des principales
coup chesses du pays. Le cacaotier est d'une granmédiocres : la feuille
deur et d'une grosseur
mais elle
resseible à celle. du chataigner;
à celles qui tombent il en sucest étroite;
I'arbre n'est jacède d'autres, de sorte que
il est chargé d'une quanmais sans verdure;
mille
tité innombrable de fleurs, mais sur
il y en a à peine dix qui donnent du fruita
Il se forme une gousse semblable à un gros
cornichon, tirant sur le vert avant sa màturité, ordinairement brune, et quelquefois
jaune, blanche ou bleue, lorsqu'elle est
mtre; elle est pointue par le bas et taillée
sur sa surface en côtes de melon'; elle pend
le long de la tige et des méres-branches, et
non point aux extrémités de Tarbre, comme
la plupart de nos fruits : cette gousse contient les amendes du cacao, couvertes d'une
substance mucilagineuse dont elles tirent
leur-nourriture; elles ressemblent assez aux
pistaches, mais elles sont plus grosses, plus
T'ome II.
A a
mtre; elle est pointue par le bas et taillée
sur sa surface en côtes de melon'; elle pend
le long de la tige et des méres-branches, et
non point aux extrémités de Tarbre, comme
la plupart de nos fruits : cette gousse contient les amendes du cacao, couvertes d'une
substance mucilagineuse dont elles tirent
leur-nourriture; elles ressemblent assez aux
pistaches, mais elles sont plus grosses, plus
T'ome II.
A a --- Page 374 ---
NOUVEAU VOYAGE
arrondies et couvertes d'une pellicule sèche
et dure : la chair en est un peu violette,
roussâtre et d'une amertume qui n'est point
désagréable; il y a dans chaque gousse vingtcinq à trente grains, séparés par de petites
cellules blanches, et d'une acidité qui ne dé
plait pas lorsque le fruit est dans sa mâturité : un morceau mis dan's la bouche étanche la soif et rafraichit. L'achiote, ou le
roucou, est une autre production du Mexique:T'arbre est de la grandeur d'un noiseti
tier, fort touffu, et pousse de son pied plus
sièurs tiges droites et rameuses; ses branà leurs extrémités, deux fois
ches portent
an, des touffes de fleurs d'un rouge
par
assez belles, mais sans odeur
pâle, grandes,
et sans goût : le fruit est dans une espèce
comme celle d'une amende coque, grosse
celle de
de, et hérissée de pointes comme
elle s'ouvre quand elle est
la chataigne :
coumûre, et laisse voir une graine rouge,
d'une matière humide : on la réduit
verte
et Ton en forme des boules rondes
en pâte,
à
usaou des tablettes qui servent plasieurs
panicnlièrement à la téinture des étofges,
fes. La vanille la plus estimée est celle qui --- Page 375 ---
AUTOUR DU M O N D' E.
croit dans la Nouvelle-Espagne: ; ses fleurs
et les
ont une odeur
sont noires,
gousses
a la fleur
agréable : celle des autres pays
la
sans odeur; le fruit est
blanche et gousse
renfernoire et luisante,
une petite grainé
C'étoit principalemée dans chaque gousse.
les Mexis
mént aveclachiote etle cacao que
autrefois cette fameuse
cains composoient
et
liqueur que les Espagnols ont adoptée,
communiquée ensuite à toute l'Europe sous
de chocolat : on prétend que ce nom
le nom
atte
veut dire eau;
vient du mot indien
, qui
brnit
fait dans le vase quand
et du
qu'elle
elle bouillonne.
sans rencontrer aucun
Nous parvinmes
de la province
obstacle à Guaxaca, capitale
où résident l'évèque et l'alcade
de ce nom, l'autorité s'étend jusqu'à la
major, dont
dans une
a mer du Sud. Cette ville est située
très-belle vallée : le pays est arrosé par une
Il n'y a pas à
rivière très- poissonneuse.
Guaxaca plus de deux mille habitans, par:
environ six cents
mi lesquels on compte
richesses à
Espagnols. Cette ville doit ses
la grande rivière d'Alvarado, qui Jui pro*
sûr avec Véra-Cruz
cure un commerce
Aa2
'étend jusqu'à la
major, dont
dans une
a mer du Sud. Cette ville est située
très-belle vallée : le pays est arrosé par une
Il n'y a pas à
rivière très- poissonneuse.
Guaxaca plus de deux mille habitans, par:
environ six cents
mi lesquels on compte
richesses à
Espagnols. Cette ville doit ses
la grande rivière d'Alvarado, qui Jui pro*
sûr avec Véra-Cruz
cure un commerce
Aa2 --- Page 376 ---
NOUVEAU VOYAGE
l'air y est si tempéré, les
dans une si grande
provisions y sont
abondance, la situation
en est si commode, entre le golfe du Mexique et la mer du Sud, qu'il 1 n'y a
de
ville en Amériqne oùr les habitans point
être plus heureux : aux environs
puissent
tagne de Cocola,
est la monoù l'on a découvert
sieurs mines d'or,
pluroche
d'argent, de crystal de
et de vitriol.
Il y avoit des lièvres au
l'arrivée des
Mexique avant
Espagnols. Les animaux
y a portés d'Europe sont les
qu'on
brebis, les
vaches, les
chèvres, les porcs, les
les ânes, les chiens et les chats, chevaux,
connoissoit
qu'on n'y
point avant la
ils
ont multiplié avec une facilité conquéte;
y
nombre des brebis
étonnante. Le
est au-dessus de toute
imagination dans la belle vallée de
il y a des particuliers
Guaxaca;
qui en possèdent
qu'à cent mille, sans aucune difficulté jusles nourrir, par la multitude des
de
Outre celles qui sont venues
pâturages.
en compte ici d'autres d'une d'Espagne on
lière qu'on dit être
espèce particnoriginaire du Pérou; elles
Arri
eappeivdbentfacienent,a se laissent brideret --- Page 377 ---
AUTOUR DU M ONDE. 573
portent jusqu'à deux hommes sur le dos;
leur pas alors est Temble ou le petit galop:
leur museau ressemble à celui du lièvre,
mais leur tête approche beaucoup de celle
de la gazelle. On ne peut pas douter que le
Mexique, 2 avant l'arrivée de ses conquérans,
n'eût des lions, des tigres, des ours, , des
sangliers, des cerfs et des renards; mais la
plupart de ces quadrapedesdiffrent de ceux
de l'ancien monde. Les lions ne sont pas
roux, et n'ont pas les crins avec lesquels on
représente - ceux de notre continent ; leur
couleur est grise. Loin d'être aussi furieux que: ceux d'Afrique ou d'Asie, ils se
laissent prendre ou tuer à coups de pierres
ou de bâtons, dans un cercle d'hommes oùt
l'on n'a pas beaucoup de peine à les renfermer: Les tigres ont ici autant d'adresse et
de férocité que ceux d'Afrique. Les sangliers sont moins gros qu'en Europe et dif
fèrent sur-tout des nôtres par une singularité fort étrange, qui est d'avoir le nombril
sur le dos. Deux autres quadrupèdes particuliers au Mexique, ou du moins à TAmé
rique méridionale, sont l'ours à fourmisetle
paresseux: : le premier, qui est de la grosseur
A a 5
fermer: Les tigres ont ici autant d'adresse et
de férocité que ceux d'Afrique. Les sangliers sont moins gros qu'en Europe et dif
fèrent sur-tout des nôtres par une singularité fort étrange, qui est d'avoir le nombril
sur le dos. Deux autres quadrupèdes particuliers au Mexique, ou du moins à TAmé
rique méridionale, sont l'ours à fourmisetle
paresseux: : le premier, qui est de la grosseur
A a 5 --- Page 378 ---
NOUVEAU VOrAG E/
d'un chien de chasse; a le poil rude'et
les jambes courtes, le
brun, -
museau allongé, les
yeux petits, la gueule étroite et sans
et la langue
dents,
dans les
longue et menue : il l'insinue
fourmilieres, , les fourmis s'y attachent, et dans un instant sa
couverte; il la retire alors langue en est
ensuite il
pour les avaler:
recommence le même exercice,
aussi long-tems qu'il est pressé de la faim. 9'
Le paresseux est moins gros, ala téte
les yeux obscurs et
noire,
lourde et
couverts, la machoire
épaisse, les cuisses mal
et presque hors des hanches, emboitées
les jambes
courtes, les griffes longues et
se nourrit de feuilles
perçantes : il
; mais il est si
se trainer
long à
qu'après avoir dévoré toute la
dure d'un arbre, il emploie
verà en descendre
cinqg ou sixjours
il
pour monter sur un autre :
ne lui faut pas moins de huit à neuf minutes pour avancer un de ses pieds à la distance de trois pouces.
Sans entrer dans de trop'longs détails
la vatiété,Texcellence
sur
et la beauté des oiseaux de la
Nouvelle-Espagne, il suffit de
dire, en général, que le reste de l'univers
n'ar rien en ce genre qui en approche et
qu'on --- Page 379 ---
AUTOUR D U MON D E,
puisse lui comparer : aussi le principal ornement des Mexicains consiste dans les belnon-seulement
les plumes qu'ils emploient,
mais à faire des étoffes.-et des
à se parer,
tableaux, dont on ne peut trop vanter l'art
et la perfectiou; ; les couleurs y sont tellement nuancées qu'on les prend pour de véritables peintures. On présenta à Sixte-Quint
de
fait au Mexiun. portrait Saint-François,
que : ce ne fut qu'en le touchant plusieurs
foisavec le doigt que ce pontife s'assura que
le tableau étoit de plumes. On les arrache
aux oiseatix morts, avec de petites pincettes extrémement délicates, et par le moyen
d'une colle très-déliée; on les attache sur
le velin, le papier ou la toile. Parmi les oiseaux qjui fournissent ces belles couleurs,
le sanssoufe, tient le premier rang : il joint
à son éclat naturel un chant siagréablequ'on
a cru ne ponvoir mieux le définir que par
cents voix. Le
son nom qui signifie cing
wicicilli, qui veut'dire ressussité, n'a pas
le corps plus gros qu'une guèpe : il ne se
nourrit que de la rosée et de l'odeur des
fleurs, en voltigeant autour d'elles sans jamais se reposer ; son plumage est une espèce
Aa 4
le premier rang : il joint
à son éclat naturel un chant siagréablequ'on
a cru ne ponvoir mieux le définir que par
cents voix. Le
son nom qui signifie cing
wicicilli, qui veut'dire ressussité, n'a pas
le corps plus gros qu'une guèpe : il ne se
nourrit que de la rosée et de l'odeur des
fleurs, en voltigeant autour d'elles sans jamais se reposer ; son plumage est une espèce
Aa 4 --- Page 380 ---
5,6
KOUVEAUI VOYAGE
de duvet, mais varié de différentes nuant
ces. Les Indiens estiment principalement celuidu cou et de l'estomac pour le mettre en
ceuvre avec l'or dans les étoffes. Le vicicilli
meurt, ou plutôt il-s'endort dans le mois
d'octobre sur quelque branche à laquelle il
reste attaché par les pieds jusqu'au premier
avril qui est la principale saison des fleurs
dans la Nouvelle- Espagne; il se réveille
alors : de-là vient le nom de rescuscité. On
appelle subtiles une espèce de corneilles du
Mexique.
Avant T'arrivée de leurs conquérans, les
Mexicains ne connoissoient point,les jardins
potagers. Les légumes se semoient en plein
champ, comme le mais. Il n'y a point de
pays où les plantes d'Europe aient fructifié
avec plus de perfection et d'abondance qu'au
Mexique : il n'y a que les cérises, les neffles, les noisettes et les chataignes qui n'ont
pu s'y acclimater; les orangers, les limoniers, y ont si bien réussi qu'on en a bientôr
vu des foréts produites, pour ainsi dire, par
le hasard.
De Guaxaca nous nous rendimes au fameux port d'Acapulco, dans la mer du sud: --- Page 381 ---
A UT € O U R D U M O N D E.
cette place al'avantage de servir d'entrée aux
richesses. des Indes orientales et à celles des
parties méridionales sdel'Amérique, quiviennent tous les ans dans la Nouvelle-Espagne
les vaisseaux des Philippines et du Pépar
rou. Nous y arrivâmes au mois de mars et
nous y ressentimes la méme chaleur que
celle de la canicule en Europe. La ville n'est
remplie que de Noirs et de Mulâtres. Les
marchands espagnols se retirent en d'autres
lieux quand le commerce est fini, pour n'étre pas exposés au mauvais air qu'on y respire. Acapulco n'a de bon que son port qui
des
sûrs et
est un des plus profonds,
plus
des plus commodes de la mer du Sud: c'est,
pour ainsi dire, le seul qu'on trouve sur la
côte occidentale de la Nouvelle-Espagne. Les
maisons de la ville ne sont cependant que de
bois, de paillé et de terre ; et cet assemblage de baraques mérite plutôt le nom d'un
village de pécheurs, que celui de première
foire de l'Océan méridional et d'échelle de
la Chine. Il est vrai qu'en certain tems de
l'année, la ville change tout à coup de face
et devient un des plus riches marchés del'univers. Vers le mois de décembre, le grand
de la Nouvelle-Espagne. Les
maisons de la ville ne sont cependant que de
bois, de paillé et de terre ; et cet assemblage de baraques mérite plutôt le nom d'un
village de pécheurs, que celui de première
foire de l'Océan méridional et d'échelle de
la Chine. Il est vrai qu'en certain tems de
l'année, la ville change tout à coup de face
et devient un des plus riches marchés del'univers. Vers le mois de décembre, le grand --- Page 382 ---
NOUYEAU VOTAGE
Gallion, qui fait toute la conmunication
entre l'Amérique et les Philippines, après
un voyage de cinq mois et un trajet de trois
mnille lieues, pendant lequel on ne voit d'autres terres que les petites iles des Larrons,
débarque dans ce port chargé des marchandises les plus riches de l'Orient. Dansl le méme tems il en arrive un autre de Lima dont
la cargaison est de deux millions de piastres, indépendamment de toutes les productions de T'Amérique méridionale quis'6
changent contre celles de l'Asie. Le grand
Gallion a quelquefois plus de mille hommes
à bord. On transporte les marchandises des
Indes orientales à Mexico, sur le dos des
mulets : apiès que cette capitale s'en est
fournie, on envoie le reste à Véra-Cruz,
de-là dans la province de Terre-Ferme, dans
les Antilles, etc.
: Nous restâmes peu de jours dans le port
et nous primes la route de Mexico par la
province de Tlascala, si peuplée quand Cor:
tez y arriva ; elle a plus de cent lieues d'étendue, depuis le golfe du Mexique jusqu'à
la mer du Sud, La ville épiscopale, qui a
aussi usurpé le titre de capitale, est siluée --- Page 383 ---
AUTOUR DU M O N D E.
dans une agréable vallée, éloignée d'environ
dix lieues d'une très-haute montagne qui est
couverte de neige. Les édifices de
toujours
sont bâtis de
cette nouvelle capitale
pierre,
à ceux de Mexico.
et ne le cèdent point
La ville de Tlascala n'étantqu'à cinq ou six
lieues de la ville épiscopale, appelée la ville
des Anges, nous cédâmes à la curiosité de
voir les restes de cette ancienne rivale du
Mexique. L'amour de la liberté avoit donné
naissance à cette république : la valeur et
la justice en furent les soutiens ; elle punissoit de mort le mensonge dans ses propres
sujets et le pardonnoit aux étrangers, comme si elle ne les ett pas cru capables de
la perfection d'un Tlascalan. Les fls qui
s'écartoient du respect dû à leurs pères, 9
étoient étouffés par ordre du sénat comme
des monstres naissans qui pouvoient dévenir pernicieux à la patrie. Certains désordres qui choquent la nature étoient punis
parla perte dela vie, comme autant d'obstacles à la population. Entre mille sujets de
haine, les Tlascalans repochoient aux Mexicains 1 de les avoir infectés de ce goût détestable : ils avoient pris de ceux-ci T'horrible
à leurs pères, 9
étoient étouffés par ordre du sénat comme
des monstres naissans qui pouvoient dévenir pernicieux à la patrie. Certains désordres qui choquent la nature étoient punis
parla perte dela vie, comme autant d'obstacles à la population. Entre mille sujets de
haine, les Tlascalans repochoient aux Mexicains 1 de les avoir infectés de ce goût détestable : ils avoient pris de ceux-ci T'horrible --- Page 384 ---
NOUVEAU VOYAGE
usage de sacrifier et de manger les prisonniers; mais il paroit qu'ils.nes'y étoient accoutumés que pour rendre à ces cruels ennemis le traitement qu'ils ne cessoient d'en
recevoir. Cortez, après les avoir
s'en fit des alliés
vaincus,
puissans, sans lesquels il
n'edt jamais conquis le Mexique.
Les Tlascalans ont su les premiers tout
Tavantage qu'on pouvoit tirer d'une plante
commune dans cette contrée, connue sous
le nom de metle, qu'ils faisoient servir à
toute sorte d'usages; c'est une espèce de
chardon qui a des feuilles très-larges, trèsdures et garnies d'épines
très-pointues : on
en fait du papier, de la filasse, des mantes, des nattes, des souliers, des ceintures,
des scies, des plumes, des poinçons, des
aiguilles. La gomme qui sort de ses branches est un excellent antidote : du fil de ses
feuilles on fait jusqu'à des dentelles et d'autres ouvrages de la même délicatesse : des
rejettons on compose une espèce de conserve
dan usage sain et d'un goût agréable : ens
fin, le tronc rend, par incision, une liqueur
claire et sucrée lorsqu'elle sort de la plante;
elle s'épaissit sur le feu 1 en y mettant une --- Page 385 ---
AUTOUR D. U M O N D E.
racine qui la fait bouillir et fermenter comme le vin ; aussi est-elle très-capable d'enivrer, et l'on en tire une excellente eau-devie. Tlascala n'est plus aujourd'hui qu'un
gros village, où un mélange d'Indiens et
d'Espagnols mènent une vie assez douce
parce que le pays produit beaucoup de bled
et de fruits.
Nous partimes deux jours après pour la
capitale de l'empire. Les Mexicains, ainsi
que nous l'avons appris dans ce pays en y
recherchant avec soin tout ce qui regarde
l'histoire du Mexique, furent ainsi appelés
du nom de Mexi, leur principal chef. Il
paroit évident que c'étoient originairement
des Sauvages sans loix, sans gouvernement,
sans culte public, vivant de leur chasse et
des fruits qui viennent dans leurs bois ; ils
se réunirent sous divers chefs et formérent
différentes nations autour du lac. Enfin,
sous la conduite de Mexi, et sur la foi de
leurs oracles, ils vinrent, comme les Visigoths en Espagne, ou les Ffancs dans les
Gaules,, s'emparer de ces belles contrées ;
ils s'agrandirent comme les Romains et se
policèrent comme eux. Leur gouvèrnement,
, vivant de leur chasse et
des fruits qui viennent dans leurs bois ; ils
se réunirent sous divers chefs et formérent
différentes nations autour du lac. Enfin,
sous la conduite de Mexi, et sur la foi de
leurs oracles, ils vinrent, comme les Visigoths en Espagne, ou les Ffancs dans les
Gaules,, s'emparer de ces belles contrées ;
ils s'agrandirent comme les Romains et se
policèrent comme eux. Leur gouvèrnement, --- Page 386 ---
NOUVEAU VOYAGE
comme celui de toutes les monarchies bien
réglées, étoit composé d'un conseil suprême
de justice, d'un conseil de guerre, d'un conseil de commerce et d'un conseil de finances:chaqneville avoitses magistrats particuHiers.Lhommicide, le vol, l'adultère, l'irrévérence contre la religion et le gouvernement, les défauts d'intégrité dans les minis:
tres et les magistrats, étoient les principaux
objets de l'attention du conseil suprême de
justice. Il n'y avoit point de fautes légères
pour ceux qui exerçoient les offices publics:
le monarque poussoit la rigueur si loin qu'il
recherchoit lui-méme secrettement leur conduite jusqu'à les tenter par des sommes considérables qu'il leur faisoit offrir par différentes mains dont ils ne pouvoient se défier.
Le conseil d'état n'étoit composé que des
électeurs de l'empire dont les deux principaux étoient les caciques de Tezcuco et de
Tacuba. Leur principale attention regardoit
les arrêts de mort; aussi les distinguoit-on
par les titres étranges de coupeurs d'hommes, d'épancheurs de sang, etc.; ; noms terribles et barbares qui ne peuvent convenir I
qu'à des géoliers et à des bourreaux. Qu'il --- Page 387 ---
AUTOUR D1 U M 0 N D E.
ent été plus beau de les appeler étancheurs de sang! Les gouvernemens des provinces étoient héréditaires. Les caciques,
qui les possédoient par droit de succession,
jonissoient de celui de souveraineté, sans
en être moins dépendans du chef général de
l'empire.
Les Mexicains étoient passionnés pour le
jeu, la danse et toute sorte de divertissemens ; ils s'assembloient autour des temples, et s'amusoient à tirer au blanc avec
des flèches, à faire des courses, à jouer au
ballon, à s'exercer à la lutte, à voir les bax
ladins ; la musique étoit une autre passion
de ces Indiens. Quoique naturellement fleg:
matiques, ils paroissoient sensibles à Tharmonie. Leur manière de danser ressembloit
peu à celle des autres nations : après une
marche lente, qui duroit quelque tems, on
s'entreniéloit en se tenant par la main et
en faisant divers mouvemens : deux chefs
de rangs menoient tonte la bande; ils chantoient la vie et les actions héroiques des anciens rois, et tout le monde répondoit en
cheeur; on y méloit des compositions badines,.en couplets rimés, qui n'étoient. pas €
. Leur manière de danser ressembloit
peu à celle des autres nations : après une
marche lente, qui duroit quelque tems, on
s'entreniéloit en se tenant par la main et
en faisant divers mouvemens : deux chefs
de rangs menoient tonte la bande; ils chantoient la vie et les actions héroiques des anciens rois, et tout le monde répondoit en
cheeur; on y méloit des compositions badines,.en couplets rimés, qui n'étoient. pas € --- Page 388 ---
NOUVEAU VOYAGE
sans agrémens. La danse duroit quatre on
cing heures : on étoit formé de bonne heure
à ces exercices; mais ce n'étoit pas là où se
bornoitl'éducation mexicaine. Il y avoit des
écoles publiques où l'on apprenoit les sciences et les arts, à déchiffrer les hiéroglyphes
et à répéter les chansons historiques: on leur
donnoit des leçons de modestie et de politesse ; on les accoutumoit à porter des fardeaux, à manier les armes, à souffrir la
faim, 9 la soif, les intempérances de l'air.
Avant que le Mexique ne fut un mélange
d'Indiens, d'Espagnols, de Créoles, de Métis, de Noirs et de Mulâtres, on remarquoit,
en général; assez d'uniformité dans les traits
et la figure de ses habitans. Les hommes
étoient d'une taille médiocre et platôt gras
que maigres; ils avoient les yeux grands s
le front large, les narines ouvertes, les cheveux plats, et peu de barbe, parce qu'ils se
Tarrachoient 3 ou se frottoient le menton
d'une graisse qui Tempéchoit de croitre.
Leur usage commun étoit del se peindre le
corps, et de se couvrir la tête, les bras et
les jambes de plumes d'oiseauix; ils se perçoient les oreilles, le nez et les lèvres pour
y --- Page 389 ---
AUTOUR DU M O N D E.
divers ornemens : tels que les ony'attacher le bec d'un aigle, ou les dents de
gles et.
La chaleur du climat ne
quelques animaux.
aux Mexicains de se charger
permeitoit pas d'habits : le peuple alloit presde braucoup
modestes avoient une esque nu ; les plus
n'alloit
pèce de chemise sans manches qui
lui-méque jusqu'aux genoux : T'empereur d'une
me, et les caciques se contentoient
simple pièce de coton qu'ils nouoient sur
et dont ils s'enveloppoient à moiT'épanle, chaussure. étoit une sorte de san:
tié. Leur
semblables à celles de nos capucins:
dales,
n'avoient
des plumes et
sur.la tête ils
que servoient à les
quelques légers cordons qui
attacher. avoit
de quelques antiqui:
On nous
parlé
nous apprimes n'être pas
tés mexicaines que
éloignées. Nous voulames commencer par
observations. Nous fielles le cours de nos
où
d'abord plusieurs lieues dans une plaine
un des plus riches doles jésuites possèdent
cultivé
maines de cette, contrée : il est
par
six mille Noirs mariés, dont chacun se vend
cents piastres. On y C mpte
trois ou quatre
chèvres que brecent quarante mille tant
Bb
Tome Il.
pas
tés mexicaines que
éloignées. Nous voulames commencer par
observations. Nous fielles le cours de nos
où
d'abord plusieurs lieues dans une plaine
un des plus riches doles jésuites possèdent
cultivé
maines de cette, contrée : il est
par
six mille Noirs mariés, dont chacun se vend
cents piastres. On y C mpte
trois ou quatre
chèvres que brecent quarante mille tant
Bb
Tome Il. --- Page 390 ---
NOUVEAU VOYA GE
bis, cinq mille chevaux et mille vaches. Il
y a dans les environs quelques
celle de la lune a plns de huit pyramides:
de
cents pieds
Jong sur une de ses faces, et environ six
cents sur les doux autres. Nons n'avions
d'instrumens
pas
pour en mesurer la hauteur,
mais nous jugeâmes qu'elle ne
avoir moins de
pouvoit guère
cinquante toises; ce n'est
gu'un amas de pierres avec des degrés : le
sommet offroit autrefois une statue de forme grossière que le zèle vandaliste d'un évéque de Mexico fit mettre en
un reste d'ancienne idolâtrie pièces, comme
: on en voit en:
core les fragmens au pied de la
Cette grande masse renferme des pyramide. vottes
servoient de tombeaux aux rois du
qui
deux cents pas de-là est la
pays. A
leil
Pyramide du SO-
: sa hauteur est d'un quart de plus
celle de la lune, et sa
que
longueur est
tionnée. La statue du soleil
proporqui étoit au
sommet n'a.pas été plus ménagée que l'au:
tre; mais dans sa chite elle s'est_arrêtée
vers le milien de la pyramide. On est d'abord étonné comment les Mexicains
voient point l'usage du fer
qui n'ade si grandes
pouvoient tailler
pierres, par quelle force ils --- Page 391 ---
AUTOUR DU MONI D E.
les élevoient à cette hauteur, sans machines,
et sans art pour en inventer. La conjecture
peut seule aider à expliquer cette difficulté.
Les Espagnols disent qu'une colonie de l'ile
Atlantide fut autrefois amenée au Mexique,
les habitans de cette ile tirant leur orique
gine des Egyptiens, , il n'est pas étonnant
qu'ils eussent conservé le gout des pyramides et l'art de les construire (1) : celles-ci
sont très-anciennes.
Au sortir de la province de Mexico nous
entrâmes dans celle de Méchoacan, que Ton
vante avec raison comme un pays fertile en
soie, en miel, en soufre, en cuir, en indigo, en laine, en coton, en cacao, en vanille, en mines d'argent et de cuivre. Sa capitale, qui portoit autrefois le nom. de Méchoacan, a reçu des Espagnols celui de Valladolid : c'est un fort riche évéché dans lequel
sont compris les ports de Saint- Antoine et
de Saint - Jaques, et les villes de Zacatula,
de Colima, de Pascaro, de Saint-Michel,
(1), Mais dans cette supposition 2 comment les
Mexicains n'auroient-ils pas songé à se procurer depuis du fer.
B b 2
argent et de cuivre. Sa capitale, qui portoit autrefois le nom. de Méchoacan, a reçu des Espagnols celui de Valladolid : c'est un fort riche évéché dans lequel
sont compris les ports de Saint- Antoine et
de Saint - Jaques, et les villes de Zacatula,
de Colima, de Pascaro, de Saint-Michel,
(1), Mais dans cette supposition 2 comment les
Mexicains n'auroient-ils pas songé à se procurer depuis du fer.
B b 2 --- Page 392 ---
NOUVEAU VOYAGE
de Saint-Philippe, dont les unes sont voisines de la mer du Sud, et les autres avantageusement situées dans les terres. On découvre de fort loin le volcan de Colima
: c'est
une montagne fort élevée qui se termine
deux pointes, de l'extrémité
par
voit sortir sans cesse des flammes desquelles on
et de la
fumée; elle domine sur une vallée qu'on re:
garde comme la plus agréable et la plus fer-,
tile du Mexique. C'est de Méchoacan
vient cette plante fameuse
que
quia pris le nom
de la. province où elle croit; elle est fort
usage dans la médecine : on la croit une en
pèce de rhubarbe ou de scamonée.
es:
Sur les confins de cette
province, en tirant vers le nord, nous remarquàmes le
des Otomies, peuples célèbres,
pays
qui, s'étant
déclarés en faveur de Cortez, ne contribuë.
rent pas moins que les Tlascalans, à la conquête du Mexique. C'étoit une nation farouche et barbare qui conservoit son indépendance dans dés retraites inaccessibles dont
la stérilitén'avoit jamnais tenté les Mexicains;
elle avoit toujours été rebelle à l'empire sans
autre motifque son aversion pour le faste et
la mollesse : ils sacrifioient des victimes hu- --- Page 393 ---
XUTOUR DU M O N D E. 389
maines. On a le même reproche à faire aux
Yzcatlans, autre nation barbare de ces contrées.
plus avant au nord
Nous voulions pénétrer
mais on nous
et au couchant de T'empire ;
les mines d'or et d'argent
assura qu'excépté
il n'y avoit aucunes
dont elles abondent,
moeurs, aucun usage 1 aucune production
particulière à remarquer. A mesure qu'on
de Mexico, en allant vers le nord,
s'éloigne
deviennent plus rares, les cheles habitations
mins plus mauvais et sur-tout dangereux par
des bandes de voleurs qui ne sont que trop
sur toutes les routes, et contre lescommuns
nous avions prise n'auquels l'escorte que
suffi : ces voleurs
Froit peut-être pas toujours
qu'on
sont des troupes d'Indiens indomptés
Indios brayos: Heureusement nous
nomme point de ces mauvaises rencontres.)
n'etmes
du nord sont Panuco, ZacaLes provinces
Cinnola, Culiatécas, la Nouvelle-Biscaie,
Chia:
celles de T'accident se nomment
can;
Xalisco. Nous vimes cependant
metlan et'
donne son nom à la
la ville de Panuco, qui
dont elle est la
première : de ces provinces
de cin
capitale; elle ne contient pas plus
Bb 3
brayos: Heureusement nous
nomme point de ces mauvaises rencontres.)
n'etmes
du nord sont Panuco, ZacaLes provinces
Cinnola, Culiatécas, la Nouvelle-Biscaie,
Chia:
celles de T'accident se nomment
can;
Xalisco. Nous vimes cependant
metlan et'
donne son nom à la
la ville de Panuco, qui
dont elle est la
première : de ces provinces
de cin
capitale; elle ne contient pas plus
Bb 3 --- Page 394 ---
3go
NOUVEAU VOYAGE
cents familles, tant espagnoles, qu'indiennes et mulâtres.
Nous continuàmes encore notre route jusqu'à Saint-Louis de Zacatécas, ville principale de la province de ce nom célèbre par
ses mines d'argent. Nous en comptâmes
douze qui rendent ce pays le plus riche de
la Nouvelle-Espagne. On vante aussi beauconp celles de la Nouvelle-Biscaie, dont la
capitale s'appelle Darango, et les. autres
villes Barros, Sainte - Barbe, Saint - Jean,
etc. ILi n'y a dans le canton de Cinnola
deux villes dont le nom même mérite que
peu
d'éire connu; ; elles s'appellent Saint-Jaques
et Saint Philippe. L'air y est très-sain et ily a
beaucoup de fruits et de coton. Nous bornàmes-là notre course. Voici seulement ce que
nous apprimes concernantla province de Culiacan, située àl'extrémité la plus septentrionale du Mexique, où est la ville dé SaintMichel, et relativement à la province de
Chiamettan, et à celle de Xalisco ou Nouvelle-Galice : toutes ces contrées ne sont remarquables que par le plus ou le moins de
mines d'argent. Xalisco passe, à cet égard,
pour une des plus riches du Mexique; Com- --- Page 395 ---
AUTOUR DU M ON D E;
postelle en est la capitale. Nous ne songedmes plus qu'à nous rapprocher de Mexico;
mais avant d'y entrer nous parcourhmes les
environs du lac sur lequel elle est situéeNous y vimes plusieurs villes dont la plupart ont conservé les noms qu'elles portoient
avant la conquête; mais les travaux excessifs auxquels on a forcé les Indiens en ont
fait autant de solitudes. Tescuco étoit autrevilles de l'empire;
fois une des plus grandes
elle le disputoit à la métropole méme, sur
laquelle on lui donnoit d'ailleurs l'avantage
de l'ancienneté : ses maisons s'étendoient
sur les bords d'un grand lac, à l'entrée de
la chaussée principale qui conduisoit à MexiCO. Cette place, jadis si florissante, ne con:
tenoit pas, au moment où nousl l'avons vue,
plus de cent Espagnols et trois cents Indiens.
Tacuba n'est plus également qu'un bourg
agréable. Une des singularités du lac de
Mexico est le spectacle des iles flottantes,
ouvrage de T'art et de l'industrie des habitans:ils-é étendent sur deux ou trois grosses
cordes un grand nombre d'osiers les uns sur
les autres 1 de la longueur de quatre-vingt
pieds en carré, et de six pouces de hauteur;
Bb 4
l'avons vue,
plus de cent Espagnols et trois cents Indiens.
Tacuba n'est plus également qu'un bourg
agréable. Une des singularités du lac de
Mexico est le spectacle des iles flottantes,
ouvrage de T'art et de l'industrie des habitans:ils-é étendent sur deux ou trois grosses
cordes un grand nombre d'osiers les uns sur
les autres 1 de la longueur de quatre-vingt
pieds en carré, et de six pouces de hauteur;
Bb 4 --- Page 396 ---
NOUVEAU. VOYAGE E
ils attachent le bout des
cordes aux arbres
qui bordent le lac, et couvrent toute cette
machine de gazon; ils y répandent de la
terre et du fumier, et y sèment des fleurs
et des légumes :. qui y croissent dans une
singulière abondance. De tant de matièrés,
il se forme avec le tems une masse épaisse
et solide, sur laquelle ils sé construisent des
barraques; ; ils dénouent quelquefois les cordages, et vont habiter successivement les
parties du lac qui leur conviennent le plusa
Mais de toutes les merveilles de ce lac fat
meux, la plus admirable cst la construction
même de la capitale du Mexique -
, placée;
pour ainsi dire , au milieu de ses eauxi
Qu'on se figure une immense vallée de
soixante lieues de circuit, et qui.en a au
moins quarante de fond plat : on assure
/
les montagnes qui il'environnent ont plus que de
cent mille pieds de hauteur. Le lac qui en
occupe le centre a plus de sept lieues de
sur
long
autant de large, avec des inégalités
lui en donnent plus de trente de- circonfé- qui
rence. Il a un flux et rellux, comme 1'Océan; mais avec cette différence que l'un se
fait par la règle des marées, l'autre par le --- Page 397 ---
AUTOUR D U MON DE
souffle des vents' qui rendent quelquefois ce
lac aussi orageux que la mer même. Il est
composé de deux parties qui ne sont séparées que par un espace fort étroit, Tune
d'eau douce et franquille, très-poissonneus
se, et plus hauté qne l'autre dans laquelle
elle tombe; la seconde d'eau salée, qui ne
nourrit aucune espèce de poisson : c'est celléciqui a flux et reflux. Les opinions ne s'accordent point snrl'origine. de ces eaux: : quelques-uns prétendent qu' elles viennent des
mémès sources, et que ce quirend une partie du lac salée, est le fond même du sol
qui est couvert de sel; il est certain qu'on
enit tire tous les jours de son eai , et qu'on
en fait assez pour le transporter jusqu'aux
Philippines : d'autres sont- persuadés que le
douce;
lac a deux toumestaoesatie,Tautien
quoiqu'il en soit, on ne connoit rieh au
monde qui ressemble à ce phénomène. La
ville de Mexico est située sur' le' bord du lac
salé, de manière que par sa forme et la multitude de ses canaux, tout le corps de cette
capitale parolt être bati dans' Teau; comme
Vénise lest dans la mer ; elle étoit déja, y mé
me avant la conquête, le plus beau monu-
douce;
lac a deux toumestaoesatie,Tautien
quoiqu'il en soit, on ne connoit rieh au
monde qui ressemble à ce phénomène. La
ville de Mexico est située sur' le' bord du lac
salé, de manière que par sa forme et la multitude de ses canaux, tout le corps de cette
capitale parolt être bati dans' Teau; comme
Vénise lest dans la mer ; elle étoit déja, y mé
me avant la conquête, le plus beau monu- --- Page 398 ---
NOUVEAU VOYAGE
ment de l'industrie américaine. Des chauss
sées immenses traversoient le lac toujours
couvert de petites barques faites de troncs
d'arbres. On voyoitautour plus de cinquante
villes. Mexico communiquoit à la terre
trois digues qu'on pouvoit
par
comparer aux ouvrages des Romains. N'oublions
n'avoient
pas qu'ils
aucun instrument pour tailler ou
scier la pierre, et qu'ils ignoroient
du fer. La plus grande digue avoit environ T'usage
deux lieues de
longueur; ; elle étoit
sée, ainsi que les deux autres, de compoliées avec du ciment. On
pierres
voyoit des: deux
côtés une grande partie du lac sur lequel
Mexico se faisoit reconnoitre pouri la
tale d'un grand empire par la hauteur capi- et: la
magnificence de ses bâtimens. Chaque digue
étoit défendue par un boulevard et un pontlévis, après. lequel on trouvoit une seconde
fortification qui faisoit l'entrée de la ville:
on appercevoit ensuite une grande rue dont
toutes les maisons étoient construites sur le
même modèle, avec des terrasses et des balcons. Les autres rues ne le' cédoient point à
cette première : les unes avoient des canaux
traversés de plusieurs ponts ; dans d'autres --- Page 399 ---
DU M O.N,D E.
A UTOUR
on avoit pratiqué des chemirs pour les gens
à pied, et T'eau du lac passoit au milieu ;
entièrement solides, étoient
quelques-unes,
moitié
l'ouvrage de Tart ; d'autres enfin,
d'un côté, de.
terre, moitié eau, servoient,
chemin aux voitures, de l'autre au passage
des barques qui couvroient toute la surface
du canal : le nombre en étoit prodigieux; ;
de cinquante mille. Les
on en comptoit près
édifices publics et les maisons des grands,
étoient de pierres êt bien bâtis : celles du
étoient petites, inégales et sans fepeuple nêtres. Les hôtels des nobles devoient étre
nombre, puisque l'empire n'avoit
en grand
on seipas moins de trois mille caciques
de villes, tous obligés de venir pasgneurs
de l'année dans la capitale,
ser une partie
brilLes places 2 les marchés, les boutiques
loient d'ouvrages d'or et d'argent, sculptés
ciselés, de vaisselle de, terre vernissée, 2
et
d'étoffes de coton et de tissus de plumes qui
formoient des desseins éclatans par les plus
vives nuances : on y, voyoit des morceaux
d'orfévrerie-qui attiroient T'admiration des
artistes espagnols. Encore une fois, on ne
conçoit pas comment, sans marteau, sans
loient d'ouvrages d'or et d'argent, sculptés
ciselés, de vaisselle de, terre vernissée, 2
et
d'étoffes de coton et de tissus de plumes qui
formoient des desseins éclatans par les plus
vives nuances : on y, voyoit des morceaux
d'orfévrerie-qui attiroient T'admiration des
artistes espagnols. Encore une fois, on ne
conçoit pas comment, sans marteau, sans --- Page 400 ---
NOUVEAU VOYAGE
ciseau, on pouvoit atteindre à cette perfece
tion; aussi plusieurs auteurs
doute T'ancienne
révoquent en
magnificence du
ils la regardent
Mexique:
comme une fable sortie de
T'imagination des Espagnols; ils pensent
les arqueducs n'étoient
de
que
que
simples canaux
ou rigoles : enfin, ils déprécient autant
me les Espagnols ont
com:
pu exagérer. Nous
sons que les uns et les autres ont donné dans pen:
deux excès contraires. L'art de
leur étoit
peindre ne
pas inconnu : pour conserver l'é.
clat des couleurs, ilsavoient des vernis
posés d'huiles tirées de différens
comLa place où ces
végétaux.
ouvrages s'exposoient aux
regards du public, étoit si étendue qu'elle
pouvoit contenir jusqu'à soixante ou quatrevingt mille personnes : sur ce grand marché,
le plus vaste de T'univers, et oùr l'on
toit toutes les productions de
appor
l'empire, prés:
que toutle commerce Se faisoit par
Les amendes de cacao servoient de échange. monnoie
pour les objets de peu de valeur. Au lieu de
chiffres, les Mexicains employoient certains
caractères pour déterminer le prix des marchandises, et différentes mesures au lieu de
poids. Al'égard de l'écriture, comme ils n'a- --- Page 401 ---
AUTOUR R D U M 0 N D E.
voient point de lettres, ils exprimoient toutes leurs idées pardes hiéroglyphes. Le principal palais de T'empereur, qui se nommoit
tépac, ou le palais par excellence, étoit
d'une grandeur et d'une magnificence dont
la description cause de Tétonnement. On y
comptoit vingt belles portes qui donnoient
sur antantderues : la partie qui servoit de logement. au monarque renfermoit trois grandes cours, chacune ornée d'une belle fontaine, avec cent chambres et autant de salles de bains. Quoiqu'il n'entràt pas un clou
dans ce vaste bâtiment, tout y paroissoit
d'une solidité que les Espagnols ne se lassoient point d'admirer: : les murs sembloient
un mélange de marbre, de jaspe et de porphyre, qui jetoit un éclat merveilleux; : les
toits étoient de planches jointes avec beaucoup d'art, les parquets de bois de cèdre,
les tapisseries de coton. Outre le palais où
le souverain tenoit sa' cour, il avoit dans la
vilie plusieurs autres maisons dont chacune
offroit des spectacles singuliers : l'une étoit
un superbe bâtiment porté sur des piliers de
jaspe, qui servoit de volière à des oiseaux
remarquables par leur chant ou leur plus
illeux; : les
toits étoient de planches jointes avec beaucoup d'art, les parquets de bois de cèdre,
les tapisseries de coton. Outre le palais où
le souverain tenoit sa' cour, il avoit dans la
vilie plusieurs autres maisons dont chacune
offroit des spectacles singuliers : l'une étoit
un superbe bâtiment porté sur des piliers de
jaspe, qui servoit de volière à des oiseaux
remarquables par leur chant ou leur plus --- Page 402 ---
NOUVE AU VOYAGE
mage; ; il y avoit plus de trois cents hommes occupés au service de ces animaux : les
oiseaux marins étoientnourris dans un étang
d'eau salée; dans une autre cour, on avoit
rassemblé plusieurs bétes sauvages, telles
que des lions, des tigres, etc. Une troisième cour renfermoit dans des caves, dans des
fosses ou autres trous pratiqués à dessein,
un horrible assemblage de serpens, de scorpions, de crocodiles, de vipères, etc.
L'ancienne ville de Mexico avoit près de
trois lieues de circuit, et contenoit plus de
deux cents mille habitans : quoiqu'elle fut
remplie d'eau, sa principale incommodité
étoit de ne pouvoir s'en servir pour les besoins de la vie; on étoit obligé d'en faire venir
pardes conduits de terre cuite. Lelacprocure
de méme aujourd'hui de l'eau par. un grand
aqueduc soutenu de trois cent soixante-cinq
arcades dep pierre de taille : on comptoit dans
cette capitale deux mille temples. Cortez,
après avoir conquis et brûlé la plus grande
partie de cette ville, la rébâtit, et lui donna
une nouvelle forme : il sépara par un canal
la demeure des Castillans de celle des Indiens, et cette distinction existe encore. Ou- --- Page 403 ---
AUTOU R D U M OI N D E.
les
tre les mines d'or et dergent,ausqmella)
Espagnols ne manquèrent pas d'employer
Indiens, ils en découvrirent
les malheureux
de fer et de cuivre.
ville de TAméMexico, jadis la plus belle
unedes plus riches et des
rique, est redevenue
tirées
magnifiques du monde : les rues,
plus
toutes à an:
au cordeau, se coupent presque
méangles droits; elles sont si larges que,
me dans les plus étroites, 9 quatre carosses
aller de front. Nous y remarquâmes
peuvent
La première, noms
trois places principales. centre de la ville,
mée la place Maior, au
carré entouré de bâtimens;.
est un double celle del Valador, oùt se
la seconde, est
la
font les courses des taureaux; ; on appelle
troisième la place de Saint Dominique : au
milieu de chacune est une fontaine. Au nord
de la ville, vers les fauxbourgs, se trouve la
publique ou TAlameda : à quel:
promenade
de TAlameda, est le
ques pas, et en face
où l'on brule
Quemadore; ; c'est l'endroit
les Juifs et les autres malhenreuses victimes
tribunal de l'inquisition. Oudu redoutable
vient
trela merveilleuse fécondité du pays;il
tous les ans à Mexico deux galions d'Espa:
est une fontaine. Au nord
de la ville, vers les fauxbourgs, se trouve la
publique ou TAlameda : à quel:
promenade
de TAlameda, est le
ques pas, et en face
où l'on brule
Quemadore; ; c'est l'endroit
les Juifs et les autres malhenreuses victimes
tribunal de l'inquisition. Oudu redoutable
vient
trela merveilleuse fécondité du pays;il
tous les ans à Mexico deux galions d'Espa: --- Page 404 ---
NOUVE AU, VOYAGE
gne, et plus de quatre-vingt vaisseaux mars
chands, tandis que la flotte des Philippines
lui apporte les raretés de la Chine, du Japon, de TIndostan et de la Perse. Le commerce de cette ville s'étend depuis la mer
du Nord par Véra-Cruz, jusqu'a celle du
Sud par le port d'Acapulco. Il y a aujourd'hui environ cent mille habitans dont la
plus grande partie est composée de Noirs
et de Mulâtres. Le sexe y est d'une beauté
singuljère : il est passé en proverbe qu'il
a quatre belles choses à voir à Mexico, les y
habits, 3 les équipages, les rues et les femmes. La bibliothèque du collège des carmes
contient plus de quinze mille volumes.
En partant de Mexico nous ne tardâmes
pas à entrer dans la vallée de Saint-Paul,
qui est très-fertile, sur-tout en froment. Delà, jusqu'aux montagnes de Mistéque, nous
trouvâmes la même bonté de terroir. Après
avoir quitté ces montagnes, nous découvris
mes celles des Quélénés qu'il nous fallut traverser pour arriver à Chiapa : il faut faire
cinq ou six lieues avant de parvenir à leur
hauteur; ce qui in'est pas sans beaucoup de
dangers, à cause des vents extraordinairement --- Page 405 ---
AUTOUR D U M ONDE 4on
qui y. règnent : sans le sement impétueux
aurions infaillicours de nos guides, nous
blement péri. De cette terrible hauteur on
découvre la mer du Sud si fort au dessous
de soi que la vue en est éblouie; de l'autre
que des précipices d'une
côté on n'apperçoit
Au bas de la montaimmense profondeur.
commence le pays de Chiapa : cette
gne
deux villes
auxquelprovince a
principales, dont elle tire le
les elle donne son nom, ou
encoredécouvert
stn/qusigpxoanysnidiese
de mines riches, elle l'emporte néanmoins
provinees par la gransur beaucoupdautres
deur de ses villes et l'avantage de sa situation. Nous étions comme au centre des belles
bordent les deux mers du Nord
régions qui
vallée de quinze lieues de
et du Sud. Une
d'une
long sur quatre de large 1 arrosée
rivière, et couverte de villes, de
grande
de
rend ce canton trèsbourgs et
villages,
l'une
peuplé. Des deux villes de Chiapa,
d'Espagnols, lautre
n'est presqu'habitéeque
lest
des Indiens : celle-ci est une des
par
qu'ils aient dans toute TAméplns grandes
mille
rique'; on y compte au moins quatre
familles. Les moines tiennentici le premier
Cc
Tome II.
large 1 arrosée
rivière, et couverte de villes, de
grande
de
rend ce canton trèsbourgs et
villages,
l'une
peuplé. Des deux villes de Chiapa,
d'Espagnols, lautre
n'est presqu'habitéeque
lest
des Indiens : celle-ci est une des
par
qu'ils aient dans toute TAméplns grandes
mille
rique'; on y compte au moins quatre
familles. Les moines tiennentici le premier
Cc
Tome II. --- Page 406 ---
NOUVEAU VOYAGE
rang, comme dan's toutes les villes du Mexi-.
que.
Au nord et nord-est de
Chiapa sont les
provinces de Tabasco et. d'Yucatan. La ville
de Tabasco, qui donne son nom à la
vince, n'a de remarquable
procomme
que d'avoir été,
nous l'avons déja dit, Ia première
conquête des Espagnols. Le pays est arrosé
par la rivière du méme
celle de Saint-Pierre
nom, qui, avee
et de Saint-Paul, forme une ile de plus de trente lieues de circuit. La province d'Yucatan avoit été
couverte par Hernand de
dé:
l'arrivée de Cortez dansl la Cordoue, avant
Sa capitale, nommée Nouvelle-Espagne.
Mérida, est habitée
par un mélange d'Espagnols, d'Indiens
de Mulâtres. Les autres villes sont
et
che, Valladolid et Simancas : la Campé.
est située sur le golfe du Mexique première dans
baie dont elle a pris le nom
une
renommé
; son port est
par le trafic qu'on y fait du bois
d'Inde, ou de Campéche, ainsi appelé de
l'endroit où il croit. Ce bois, qu'on emploie
en teinture pour les couleurs noires,
et violettes, se tire d'un grand arbre grises dont
les fenilles sont
aromatiques, et ont quel- --- Page 407 ---
AUTOUR DU M OND E.
que ressemblance avec celles du laurier Ordinaire; mises dans les sausses 3 elles leur
donnent un gout semblable à celui de plusieurs épices. Les fruits sont de la grosseur
d'un pois, et ils renferment des graines odorantes, d'un gout piquant, propre à assaisonner les ragotts.
Deretour à Chiapa, nous primes la route
de Guatimala. Avant d'yarriver nous traversâmes les montagnes de Cuchumatlanes. Un
mulet, un lit enfermé dans une malle, trois
Indiens pour guides et pour escorte 2 tels
étoient les secours que nous nous étions
procurés. L'audience de Guatimala comprend plus de provinces que celle de Mexico; c'est une des villes les plus considérables de T'Amérique. La vallée où elle est située est environnée de hautes montagnes ;
elles portent, du moins celles qui avoisinent -
le plus la ville, le nom de volcans : il n'y,
en a cependant qu'une qui jette effectivement du feu; peut-étre les autres en jetoient
autrefois. On compte dans Guatimala plus
de six' mille familles. L'ancienne province
d'Atlacan, qui touchoit à celle de Gruatimala, étoit gouvernée par trois caciques :le
Cc : 2
environnée de hautes montagnes ;
elles portent, du moins celles qui avoisinent -
le plus la ville, le nom de volcans : il n'y,
en a cependant qu'une qui jette effectivement du feu; peut-étre les autres en jetoient
autrefois. On compte dans Guatimala plus
de six' mille familles. L'ancienne province
d'Atlacan, qui touchoit à celle de Gruatimala, étoit gouvernée par trois caciques :le
Cc : 2 --- Page 408 ---
Zo4
NOUVE A U VOYAGE
premier tenoit le plus haut rang; ; les deux
autres le reconnoissoient comme leur chef
commun. Soconusco, autre province de l'audience de Guatimala, n'offre rien de
quable. Honduras et Guatimala
remar:
autres
sont deux
provinces, aussi de la même audien:
ce, qu'il nous fallut traverser
dre dans celle de
pour nous renCosta-Rica, et de-là à Véraga, près de l'isthme de Panama. Les Espagnols ont bâti plusieurs villes dans
vastes régions, où nous n'avons fait ces
passer rapidement : la capitale est Vallado- que
lid. Al'extrémité de cette
cap de
province, prés du
Gratias-à-Dios, est la célèbre nation
des Mosquites, qui a toujours résisté à la
domination espagnole. Parmi les
nous remarquâmes
Mosquites
bres
beaucoup de Nègres liou esclaves, dont la race peut être venue de Guinée par un de ces hasards
arrivent quelquefois surles mers. Pour qui
ilas suffi que quelques-uns des
cela,
vaisseaux
tugais, qui les transportoient
porBrésil, aient été.j jetés
les d'Afrique au
de
par
vents au cap
Gratias-à-Dios, où ils seront tombés au
pouvoir des Indiens. La province de Nicaragua, qui confine à celle de
Honduras, est --- Page 409 ---
AUTOU R D U M O N D E.
une des plus belles du Mexique. L'abondance
la
qui y règnent la rendent
et tranquillité
terrestre que lai
digne du nom de paradis
s'abandonnent les Espagnols. Les habitans
donnent à la mollesse et à la plus dotice indans des
délicieux où ils pascurie
jardins
des oiseaux
sent - les jours à dormir, à élever
et à faire bonne chère : ce repos séduisant
n'est troublé que parl la crainte
et voluptneux
de terre et des volcans qui
des tremblemens
dans
de terribles ravages
causent quelquefois
Il y a un lac d'eau
la partie méridionale.
douce.de soixante lieues de long sur vingt
a son flux et reflux comme la
de large, qui
dans l'Océan
mer; d'un côté il va se jeter
de T'autre il n'est éloigné que
septentrional, licues de la mer du Sud : ses
de quelques
et de
bords sont remplis de villes espagnoles
indiens. Entre plusieurs iles, envibourgs
il en est une très-ferronnées de ses eaux,
affreux
tile, au milieu de laquelle s'élève un
vomir des flammes du sein
volcan qui paroit
de Nide l'onde. La ville de Léon, capitale
est située sur les bords du lac : on
caragua,
de douze cents maisons. Grey compte plus
ville encore mieux bâtie
nade est une autre
Cc 3
is de villes espagnoles
indiens. Entre plusieurs iles, envibourgs
il en est une très-ferronnées de ses eaux,
affreux
tile, au milieu de laquelle s'élève un
vomir des flammes du sein
volcan qui paroit
de Nide l'onde. La ville de Léon, capitale
est située sur les bords du lac : on
caragua,
de douze cents maisons. Grey compte plus
ville encore mieux bâtie
nade est une autre
Cc 3 --- Page 410 ---
NOUVEAU VOYAGE
et plus peuplée que Léon. Les autres places,
telles que Sévogie, Nicaragua, Réalégo, Nicoia; n'ont de remarquable que l'avantage
de leur situation et la fertilité de leur territoire. Costa-Ricca, province voisine, paroit
avoir été ainsi appelée par iropie; car elle
est aussi pauvre que stérile : Carthago en est
la principale ville. Cette province touche à
celle de Véragua, gui fut découverte
Christophe Colomb : il nomma Verd-Aguas par
la rivière quil'arrose, parce que ses eaux lui
parurent vertes. Cette contrée est taussitriste,
aussi stérile, aussi déserte quela précédente;
elle est la plus orientale du Mexique, et la
huitième de l'audience de Guatimala; elle
est éloignée d'environ cinq cents lieues de
la Nonvelle-Galice, qui termine l'empire à
l'occident : on compte, entre ces deux eXtrémités, plus de quarante mille églises,
cent trente villes, un nombre infini de bourgs
et de villages. Voilà ce qu'un seul homme
ajouta à la couronne d'Espagne.
Un peintre grec, pour donner une idée
du. bonheur de Cimon, général des Athéniens, le peignit endormi à côté de la for-.
tune, prenant les villes ayec un filet. Est-il --- Page 411 ---
AUTOUR D U M O N DE.
un princeà quicet emblèmeconvienne mieux
qu'à Charles- Quint? Démétrius fut appelé
le preneur de villes. A qui ce surnom peut-il
être mieux donné qu'à Cortez? Et les pays
qu'il a conquis ne sont point des régions
pauvres, , désertes 2 habitées par des barbares : les loix, la politique, les arts, la science
militaire distinguoient les Mexicains.
Cc 4 --- Page 412 ---
NOUVEAU VOYA G E
- H APITRE
XXI
De la Californie, de
Saint-Domingue, des
Antilles et de la Guiane.
Nous ne manquâmes
pas d'occasions
nous: rendre à Panama, capitale de la Califor- pour
nie, de l'isthme de Darien et de tout le
me de Terre-Ferme. Les
royauEspagnols la fondè.
rent au commencement du seizième siècle,
dans un pays abondant en poisson, d'oà lui
est venu le nom de Panama, qui, en indien,
veut dire poissonneux; elles'accràt tellement
dans l'espace de cent cinquante ans, qu'elle
contenoit plus de six mille maisons,
le flibustier Morgan la livra
lorsque
la détruisit
aux flammes et
de fond en comble. Obligés de la
reconstruire, les habitans choisirent une
sition plus avantageuse : ils la transportérent poà une lieue et demi de son ancien établissement. Le port nous a paru un des meilleurs
ut dire poissonneux; elles'accràt tellement
dans l'espace de cent cinquante ans, qu'elle
contenoit plus de six mille maisons,
le flibustier Morgan la livra
lorsque
la détruisit
aux flammes et
de fond en comble. Obligés de la
reconstruire, les habitans choisirent une
sition plus avantageuse : ils la transportérent poà une lieue et demi de son ancien établissement. Le port nous a paru un des meilleurs --- Page 413 ---
AUTOUR DU M O N D E.
del la mer du Sud:les gros vaisseaux mouillent à quelque distance de la place, et les
petits sous ses murailles. Elle entretient un
commerce très-lucratif avec le Pérou, le
Chili, et la côte occidentale du Mexique,
d'une part; de l'autre avec l'Europe, par la
voie de l'isthme de Darien de et la rivière de
Chagra : aussi voit-on tous les jours quantité d'étrangers, les uns arrivant d'Espagne
pour passer dans les ports de la mer du Sud,
d'autres revenant de ces mêmes ports pour
retourner en Europe. Un des grands avantages de Panama est la pèche des perles quise
fait dans son golfe, dont la méthodel ne diffère
pas dé celle qu'on pratique au golfe Persique,
dont nous avons donné les détails. Les perles
de cegolfe sontordinairement d'i une très-belle
eau. Cette grande péninsule de l'Amérique
septentrionale, située au nord de la mer du
Sud, est habitée par des Sauvages divisés
en familles, sans aucune forme de gouvernement et vivant séparément les unes des
autres. Ces diverses' nations ont les mémes
moeurs que les autres Sauvages de l'Améris
que: sculement ils ont le tein plus basané
que'les Indiens de la' Nouvelle-Espagne. Le --- Page 414 ---
NOUVEAU VOYAGE
palmier, différent de celui qui porte les dattes, fournit aux femmes l'étoffe dont elles
se couvrent; elles rouissent ses feuilles, comme nous rouissons le lin, pour en séparer le
fl. La possession de la Californie est trèsimportante pour assurer à T'Espagne le commerce des Philippines avec la Nouvelle Espagne. Il arrive tous ans un galion de Manille à Acapulco, et d'. Acapulco à Manille:
ce vaisseau est obligé de relâcher dans quelque port de la Californie.
La Nouvelle-Albion, qui confine à la par:
tie septentrionale de la Californie, fut découverte au seizième siècle par un. N navigateur anglois, François Drake, qui en prit
possession pour son souverain. Ce fut dans
la Californie que mourut le, célèbre abbé
Chappe, martyr de son zèle pour les observations astronomiques.
D'après notré usage de chercher moins les
routes directes que de profiter. de chaque OCcasion favorable, nous saisimes celle d'aller
à Saint-Domingue, et. dans Jes Antilles, en
nous embarquant sur, un, vaisseau dont la
destination étoit pour, nos. possessions dans.
cette ile. Après une navigation assez heu-
possession pour son souverain. Ce fut dans
la Californie que mourut le, célèbre abbé
Chappe, martyr de son zèle pour les observations astronomiques.
D'après notré usage de chercher moins les
routes directes que de profiter. de chaque OCcasion favorable, nous saisimes celle d'aller
à Saint-Domingue, et. dans Jes Antilles, en
nous embarquant sur, un, vaisseau dont la
destination étoit pour, nos. possessions dans.
cette ile. Après une navigation assez heu- --- Page 415 ---
AUTOT U R DU M O N D: E.
reuse nous arrivâmes au Cap: c'est une ville
assez grande, bâtie sur la côte septentrionale. La rade peut. bien avoir trois lieues de
circuit : c'est une espèce de baie qui n'est
ouverte qu'au vent du nord, et dont l'entrée est défendue par un fort taillé dans le
roc. Cette forteresse s'avance dans la mer 91
- et y forme un promontoire ou cap, d'où la
villetireson nom. Le port est rempli de bàtimens de toute espèce. Les rues sont alignées
et se coupent, dans-les traverses, 2 à angles
droits ; elles ont plus de trente pieds de large, et dans le centre il y a une belle place.
Les possessions françoises dans cette ile sont
partagées en différens quartiers : celui du
Cap occupe une plaine longue devingt lienes
et large de quatre. Nous avons admiré la
bonté du terroir, 9 la quantité de sucreries,
de rafineries, les riches récoltes de coton,
d'indigo, de tabac, de café, etc. La ville de
Léogane, située dans la partie méridionale,
est une des principales de cette ile, et peut
être regardée comme la capitale de la partie
du sud, de même que la ville du Cap pour
la partie du nord. Il est d'autres villes moins --- Page 416 ---
NOUVEAU VOYAGE
considérables; une des plus jolies est la ville
de Cayes; située aui midi.
Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs
de donnerla vue de cette ville dans une dès
deux planches ci-jointes. Sur l'autre planche
est figurée la petite ville de Bombarde, ou
Bombardopolis, située à l'extrémité nordouest de I'ile de Saint-1 Domingue, à quelque distance du port Saint-Nicolas, et dans
le district du Mole.
On diroit que les habitans de Saint-Domingue ont hérité des Indiens, quant à l'af.
fabilité et à Thospitalité. Les femmes sont
ici, en général, jolies, blanches, de belle
taille, et pétries de grâces ; ce cqui rend inexcusable la caprice qu'ont trop souvent leurs
maris pour les Negresses. San-Domingo est
la capitale des possessions quiappartiennent
à T'Espagne : cette puissance possède plus
de la moitiédelile de Saint-Dorningue, et le
meilleur terrain le long des côtes (1); mais
(1) Cet état des choses a changé depuis le dernier traité fait entre l'Espagne et Ia république
françoise. --- Page 417 ---
Tom 1.
Pl. 1. Pqy
1101r3e
LA VILLE DES CATES DANS TPISLE DE SIDOMINGUE.
Rovure slar Cinyne
2.lhronnre. 3 Balleries --- Page 418 ---
(RPJCB --- Page 419 ---
Pl. 17. Pag.
Tom //
TISLEDES STX IDOMINGUK.
DANS
BONBARDOPOLIS ou BOMBARDE
s.Phor Llrmer
Kulose --- Page 420 ---
RPJCB
--- Page 417 ---
Tom 1.
Pl. 1. Pqy
1101r3e
LA VILLE DES CATES DANS TPISLE DE SIDOMINGUE.
Rovure slar Cinyne
2.lhronnre. 3 Balleries --- Page 418 ---
(RPJCB --- Page 419 ---
Pl. 17. Pag.
Tom //
TISLEDES STX IDOMINGUK.
DANS
BONBARDOPOLIS ou BOMBARDE
s.Phor Llrmer
Kulose --- Page 420 ---
RPJCB --- Page 421 ---
:
AUTOUR D U MON DE,
elle en tire peu de profit parce qu'on en négligent la culture. Le milieu du pays, OCcupé par une longue chaine de montagnes,
est presque désert. La mer et les rivières
fournissent à toute lile de Saint-Domingue
d'excellens poissons ; mais elles sont remplies de crocodiles, appelésici, comme dans
toute l'Amérique, caimans : le lamentin
est un autre animal qui se péche dans
les fleuves et les mers de cette contrée. Les
rivages sont remplis de coquillages d'une
beauté et d'un lustre rares. L'air est peuplé
de quantité d'oiseaux tous remarquables par
la variété de leurs plumages; mais leur chant
ne fait pas ici, comme en Europe, le charme de la campagne et des bois.
Les Antilles sont des iles de l'Amérique
disposées en forme d'arc, entre la Floride
et les bouches de l'Orénoque; elles se divisent en grandes et petites. Les grandes sont
Saint -Domingue 1 Cuba, la Jamaique et.
Porto-Ricco : les principales des petites Antilles sont la Trinité, la Grenade, Saint-Vincent, la Barbarde, Sainte-Lucie, la Martinique, Marie-Galande, la Guadeloupe, la
Désirade, Antigoa, SaintChristophe, Sainte; --- Page 422 ---
NOUVEAU VOYAGE
Croix, etc. Le cordon de ces iles ferme l'entrée du golfe du Mexique;, elles sont ainsi
nommées parce qu'on les rencontre avant
d'aborder au continent de
T'Amérique, ou
parce que Colomb les découvrit avant d'arriverà la Terre-Ferme. Nous avons parcouru
pendant environ trois mois cet Archipel du
nouveau monde plus connu dans l'histoire
du commerce. ; plus fréquenté aujourd'hui,
que T'Archipel de la Grèce. Chaque jour il
part d'une Antille à l'autre plusieurs vaisseaux qui rendent la communication entre
ces iles infiniment aisée, et dont nous sûmes
profiter.
Nous fames de Saint-Domingue à PortoRicco, de Porto-Ricco à la Guadeloupe, dela
Guadeloupe à la Martinique, de-là à SainteLucie et à Saint-Vincent, etc. Nous avons
passé successivement chez les Espagnols,
les François, les Anglois, les Hollandois,
les Danois. Nous avons vu des contrées nombreuses couvertes de troupeaux d'esclaves,
et les trois quarts des habitans changés en
bêtes pour le service de l'autre quart : nous
avons vu, malgré T'influence et l'empire du
climat, les moeurs européennes transportées
Guadeloupe à la Martinique, de-là à SainteLucie et à Saint-Vincent, etc. Nous avons
passé successivement chez les Espagnols,
les François, les Anglois, les Hollandois,
les Danois. Nous avons vu des contrées nombreuses couvertes de troupeaux d'esclaves,
et les trois quarts des habitans changés en
bêtes pour le service de l'autre quart : nous
avons vu, malgré T'influence et l'empire du
climat, les moeurs européennes transportées --- Page 423 ---
AUTOU R - D U M O N D E.
en Amérique. Nous avons vu l'Espagnol, indolent, orgueilleux, se procurer avec de lor
un luxe que sa paresse lui refuse; T'Anglois,
ennemi du repos et de la gêne, étre encore
plus jaloux de l'étendue de son commerce
que de sa liberté et de sa gloire ; le François,
léger, vif, entreprenant, associant le luxe aux
entreprises soit guerrières, soit commercias
les. Enfin, nous n'avons pu parcourir ces contrées sans nous rappeler à chaque pas leurs
anciennes possessions, les Caraibes, fameuse
race d'Indiens, 9 et les plus doux des hommes, quoiqu'on les ait dépeints comme des
cannibales, et quela cruauté européenne,surtout celle des Espagnols, a fait presqu'entié:
rement disparoitre de dessus la terre. Hélas!
s'ily y a eu des cannibales en ces contrées, ce
sont les Espagnols qui en prirent possession
parlanasscedeplasiousi smilliersd'Indiens.
Comme les productions et le climat diffèrent peu dans les Antilles de ce que nous
avons vu à Saint-Domingue, nous nous bornerons à deux observations que nous fimes
dans la Guiane. où nous passàmes, après
avoir visité les Antilles : l'une que le ma:
nioc est la nourriture la plus ordinaire, non: --- Page 424 ---
Tare
NOUVEAU
VOYAGE
seulement en cette contrée, mais
dans presque
encore
toutelAmérique
le manioc se plante dans la
méridionale:
prépare cette racine
terre légère; on
en farine et en
ou galette. La patate est aussi
cassave
connue dans la
une racine
Guiane; ainsi que
autre racine à l'usage des
ligname,
observation
Nègres. L'autre
est que sila cassave est leur pain
ordinaire, leur boisson la plus
est T'ouycou, dont ils ont
commune
la composition des
appris Tusage et
fait
Indiens : cette boisson se.
avec de la cassave
coupées
rompue, des patates
par quartiers et des bananes,
de figue de ce pays coupée de
espèce
égale quantité, le tout bouilli
même et à
de l'eau ; cette
ensemble dans
bierre
liqueur ressemble à de la
forte, rafraichit prise modéremment
et enivre aisément. Le palmier croit
dans ces iles, et fournit abondamment aussi
ce qui est nécessaire à la vie. On
tout
quer à cet arbre, l'une des
peut appliplus merveilleu.
ses productions de la
nature, ce que nous
avons dit du cocotier de la côte du Malabar:
le tronc sert à faire des
planches; les branches, des murailles; les feuilles, des
des lits, des voiles, des
cordes,
filets, des habits et
des
aisément. Le palmier croit
dans ces iles, et fournit abondamment aussi
ce qui est nécessaire à la vie. On
tout
quer à cet arbre, l'une des
peut appliplus merveilleu.
ses productions de la
nature, ce que nous
avons dit du cocotier de la côte du Malabar:
le tronc sert à faire des
planches; les branches, des murailles; les feuilles, des
des lits, des voiles, des
cordes,
filets, des habits et
des --- Page 425 ---
AUTOUR DI U MO N DE.
des éventails. On ne dépouille ici le palmier
qu'après en avoir tiré du pain, du vin, de
la viande. Lorsque l'arbre est à son point
de maturité, on le saigne à coups de hache:
la liqueur, qui coule alors en abondance, est
épaisse et douce comme du sirop; elle acquiert la même force que le vin. Le pain
se fait avec une pâte qui se trouve dans le
coeur de l'arbre; elle produit une très-belle
farine. Enfin, on cueille le fruit qui consiste
en de belles grappes de dattes rondes de la
grosseur d'un oeuf et d'un jaune tirant sur
le rouge; on les pile, on en exprime le jus
et l'on en fait une boisson très-saine et trèsagréable. La ville de Paramaribo est la capitale de la colonie de Surinam, située sur
la rivière de ce nom. La Guiane peut se
diviser en deux parties, la françoise, appe:
lée la Cayenne, et la hollandoise ou province de Surinam. Outre les Guarauniens,
qui habitent les bords de l'Orénoque, on (
trouve, en remontant ce fleuve, les Mapuyes, les Guamos, les Salivas, les Othomacos, les Achaguas, les Caribes, les Araucas et autres nations sauvages dont 1 le caracT'ome II.
Dd --- Page 426 ---
NOUVEA U VOYAGE
tères et les usages diffèrent peu de ceux des
autres Sauvages indiens.
Ayant trouvé un vaisseau qui devoit faire
route pour Cumana, nous nous empressàmes d'en profiter.
FIN.DU SECOND VOLUME. --- Page 427 ---
TABLE
DES. CHAPIT RES 0e
CONTENUS DANS CE VOLUME.
Cmammr XII. Des iles de Java, de Bornéo, de Macassar, et des Molucgues,
page 5
CHAP. XIII. Des iles Philippines, des iles
Marianes, 2 de la Nowvelle-Guinée et de
la Nowvelle-Hollunde,
CHAP. XIV. Des royaumes de Siam et de
Boutan,
CHAP. XV. Des royaumes de Tonquin et
de la Cochinchine 2 de la Chine, du
Japon et de la Corée >
CHAP. XVI De la Tartarie, de la Sibérie
et de la Nouvelle-Zemble,
CHAP. XVII. De la Laponie, de la Norwège, de Pislande, du Groenland, du
Spitzberg et de la baie d'Hudson, 244
Nowvelle-Hollunde,
CHAP. XIV. Des royaumes de Siam et de
Boutan,
CHAP. XV. Des royaumes de Tonquin et
de la Cochinchine 2 de la Chine, du
Japon et de la Corée >
CHAP. XVI De la Tartarie, de la Sibérie
et de la Nouvelle-Zemble,
CHAP. XVII. De la Laponie, de la Norwège, de Pislande, du Groenland, du
Spitzberg et de la baie d'Hudson, 244 --- Page 428 ---
TABLE DES CHAPITRES.
CHAP. XVIII De lile de l'orre-Neuve, de
LAcadie et du Canada,
page 256
CHAP. XIX. De TAmerique angloise, 274
CHAP. XX. Du Mexique,
CHAP. XXI. De la Californie, de SaintDomingue, des Antilles et de la Guiane >
FIN DE LA TABLE DU SECOND VOLUME. --- Page 429 ---
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CHAP. XVIII De lile
LAcadie et du Cai
CHAP. XIX. De lAm
CHAP. XX. Du Mexi
CHAP. XXI. De la (
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