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NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
EN ASIE, EN AMÉRIQUE
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E N AFRIQ U E,
EN 1788, 1789 E T 1790;
PRÉCÉI DE
D'UN VOYAGE EN ITALIE ET EN SICILE,
E N 1 787;
AvEC un recueil de tout ce que les voyageurs ont publié de
plus curienx sur toutes les parties du globe, excepté l'Europe, sur leurs arts, leurs scieaces, leurs productions commerciales et naturelles, leurs moeurs et leurs usages ; ainsi
que l'histoire de leurs gouvernemens anciens eti modernes
PAR F. PAGÈS
* NSML r K
TOI M E TROIS IA
YEFS
SS.
A PARI S,
CHEZ H. J. JANSEN, IMPRIMEUR-LIBR AIRE;
R U E DES PÈRES, No, 1195.
E'AN V DE LA RÉPUBLIQUE (1797 2: st.) --- Page 8 ---
S --- Page 9 ---
NOUVEAU VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
EN 1788, 1789 E T 1790;
PAR LA VOIE DE L'ORIENT.
SUITE DE L' A MÉRIQUE
CHAPITRE XXII
Du Pérou.
Coroxn,apres avoir découvert plusieurs
iles sur sa route, aborda sur les côtes de
l'Amérique méridionale; comme c'étoit la
première partie du continent qu'il décous
vroit, il lui donna le nom de T'erre-Ferme;
ce pays a conservé depuis Ce nom. Les EsA3 --- Page 10 ---
NOUVEAU VOTAGE
pagnols l'ont étendu dans Ia suite aux provinces voisines, telles que Ia' Castille d'Or,
la Nouvelle-Grenade, etc.
Après une traversée assez longue, pendant laquelle nous essuyâmes un terrible
ouragan, danger très-commun sur ces mers 9
nous entrâmes dans la province de Cumana,dont. la capitale, qui porte le même
nom, est située à deux milles de la mer.
Rien de particulier ne distingue les habitans
de cette contrée des autres colonies espagnoles : les prêtres et les moines jouissent de
la même autorité; les églises possèdent les
mémes richesses; les peuples y sont tout
aussi superstitieux ; les femmes également
fières, dévotes et galantes.
Les Indiens s'opposèrent d'abord aux établissemens des Espagnols sur la côte de Cumana ; mais ils payèrent cette résistance par
des torrens de sang : ceux qui échappèrent
aux supplices furent réservés pour les mines. Leurs usages, , leurs vêtemens étoient à
peu près les mémes que ceux des peuples
de l'Orénoque. Ils observoient un jeune rigoureux comme une pénitence d'avoir produit un malheureux de plus sur la terre.
'opposèrent d'abord aux établissemens des Espagnols sur la côte de Cumana ; mais ils payèrent cette résistance par
des torrens de sang : ceux qui échappèrent
aux supplices furent réservés pour les mines. Leurs usages, , leurs vêtemens étoient à
peu près les mémes que ceux des peuples
de l'Orénoque. Ils observoient un jeune rigoureux comme une pénitence d'avoir produit un malheureux de plus sur la terre. --- Page 11 ---
AUTOUR D'U U M ON D E.
C'est ici le cas de dire:en passant que plusieurs nations ont : regardé comme un crime, du moins comme un malheur, de faire
des enfans:on pleuroit à leur naissance, on
se réjouissoit à leur mort. De-là sans doute
aussi la haute idée qu'ont eu quelques anciens du célibat et de la virginité, long-tems
avant que Jésus-Christ eut conseillé la pratique de celle ci.
De Cumana nous passames à Venezuella,
ainsi nommée parce que cette ville est batie, comme Vénise, an milieu des eaux et
sur des pilotis. Venezuella, quient d'abord
le titre de capitale, fut bâtie par les' Espagnols ; son commerce étoit anciennement
très-llorissant, mais il tomba peu à peu. Le
siège épiscopal, qu'on y avoit établi sOUS la
métropole de Saint - Domingue, fut transféré à Léon de Caraques. Maracaybo, aujourd'hui capitale dela province, est une des
plus riches villes de Terre-Ferme. Le pays
est si fertile qu'on-y fait annucllement dcux
moissons. Il ne manque pas non plus demines d'or; le nétal qu'on en tire est si pur
qu'on l'évalue à vingt-deux karats et demi.
Cette province contient enyiron deux cent
A 4 --- Page 12 ---
NOUVEAU VOYAGE
mille Indiens tributaires de l'Espagne: En
côtoyant cette province, on apperçoit plusieurs iles où nous ne fumes pas tentés de
nous arréter. Les Hollandois possèdent les
iles d'Aves, de Bnénaire, d'Aruba et de
Curaço. Cette dernière est la seule qui mérite quelqu'attention : ils y ont établi beaucoup de sucreries.
En suivant toujours cette mème côte,
nous arrivàmes enfin à Carthagene. Cette
ville fameuse est une des plus importantes,
des plus riches, et peut-être méme, après
Mexico, la plus belle de l'Amérique espagnole. La province de Carthagène a plus de
cinquante lieues d'étendue du levant au cou.
chant, et quatre-vingt cinq du midi au nord.
Lepays est couvert de montagnes et de collines, où l'on voit de grandes torêts remplics
debêtes féroces. Ilye a dansles vallées diverses
peuplades composées d'Indiens, d'Enropéens
et de Créoles.Les mines d'orsont aujourd'hui
presque épuisées. La, baie de Carthagène,
T'une des meilleures de TAmérique ar a deux
lieurs et demie d'étendue. Cette. ville, étant
la première échelle oà se rendent lesigalions,
a. conime les prémices de tout ce, qui passe
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debêtes féroces. Ilye a dansles vallées diverses
peuplades composées d'Indiens, d'Enropéens
et de Créoles.Les mines d'orsont aujourd'hui
presque épuisées. La, baie de Carthagène,
T'une des meilleures de TAmérique ar a deux
lieurs et demie d'étendue. Cette. ville, étant
la première échelle oà se rendent lesigalions,
a. conime les prémices de tout ce, qui passe --- Page 13 ---
AUTOURTDU M OI NDE
d'Europe dans T'Amérique méridionale. Le
tems que les galions passent à Carthagène
est une foire continuelle. On fait monter
à quatre-vingt mille le nombre des habitans
de Carthagène, dont il n'y a tout au plus
que le sixième d'Espagnols. Ces derniers forment, comme ailleurs, deux espèces différentes, T'enropéenne etla créole. La division
est plus difficile à faire entre les espèces qui
doiventleur origine au mélange des Blancs,
des Noirs et des Indiens ; mais ce que nous
avons dit autrefois de ces diverses alliances à
Goa; nous dispense ici de tout autre éclaircissement : il suffit d'ajouter que chaque génération qui les rapproche des Blancs par la
couleur, leur donne un degré de considération dont ils sont fort jaloux, sur-tout lorsqu'ils se croient entiàrennentdégagés du sang
indien ou africain. Le chocolat, qu'on appelle ici le cacao, est d'un usage si universel qu'il n'y a pas d'esclave nègre qui ne
s'en régale pour son déjetner.
a Cinq jours de navigation nous rendirent
de Carthagène à Porto-Belo: Cette dernière
ville tire son nom de la beauté' de son port.
Sa situation - avantageuse entre la mer du --- Page 14 ---
NOUVEAU VOYAGE
Sud et celle du Nord, son peu de distance
de Carthagène et de Panama en ont fait
J'entrepôt du commerce de l'Europe et de
TAmérique, et le théatre de la plus farneuse
foire du monde. La flotte du Pérou n'est.
pas
plutotarrivéeà Panama que les galions d'Espagne, qui sont à Carthagène, mettent à la
voile pour Porto-Belo, où se rendent également tous les trésors de l'Amérique. Cette
foire ne dure guère plus de trente jours ;
mais pendant ce court espace on ne peut
voir sans étonnementla quantité d'or, d'argent, de pierreries, qu'on y étale. Des lingots sont entassés par piles dans les rues 9
sur les quais, au milieu de la place.
La chaleur est excessive à Porto-Belo, tant
par sa position sous la zone torride que parce qu'elle est entourée de hautes montagnes. Les arbres sont si épais qu'ils interceptent les rayons du soleil et empéchent qu'ils
ne dessèchent la terre. Ce climat éprouve
de grandes tempêtes, accompagnées d'éclairs et de tonnerres capables de jeter T'épouvante dans les coeurs les plus hardis. Ce
brait horrible est encore prolongé par la ré:
percussion des cavernes ,-et cesi échos sont
-Belo, tant
par sa position sous la zone torride que parce qu'elle est entourée de hautes montagnes. Les arbres sont si épais qu'ils interceptent les rayons du soleil et empéchent qu'ils
ne dessèchent la terre. Ce climat éprouve
de grandes tempêtes, accompagnées d'éclairs et de tonnerres capables de jeter T'épouvante dans les coeurs les plus hardis. Ce
brait horrible est encore prolongé par la ré:
percussion des cavernes ,-et cesi échos sont --- Page 15 ---
AUTOURIDU M ONDE.
tellement multipliés qu un canon se fait encore entendre plus d'une minute après le
coup. Ce fracas est mélé des cris affreux
d'une multitude de singes qui vivent dans.
les montagnes. Le bruit du canon auquel
ils devroient étre accoutumés, et celui du
tonnerre auquel ils doivent l'être encore davantage, leur font pousser des hurlemens
épouvantables.
Les Nègres etl les Mulàtres formentla plus
nombreuse partie des hal bitans de cette vilie,
où l'on trouve à peine trente familles de
Blancs. Le riz, le mais, la cassave, le poisson, voilà la nourriture la plus commune,
la plus en usage: le tout y est apporté de
Carthagène; le pays ne prodait guère que
des cannes à sucre. Les habitans se baignent
presque chaque jour à onze heures du matin : les femmes semblent avoir oublié à cet
égard toute pudeur, les hommes toute honnéteté. Les uns. et les autres ne se font pas
scrupule de s'exposer tout nus à tous les
regards. Comme les bois touchent de près
à la ville, il en sort des tigres, qui, dans
la nuit, parcourent les rues, et emportent
da volaille, les chiens et autres animaux do --- Page 16 ---
NO UVI E A U YOYAGE
mestiques; : les enfans même deviennent quelquefois leur proie. Les Nègres et les Mulàtres
à les combattre : ils les
sont fort industrieux
Ils
jusque dans leurs retraites.
attaquent arme.qu'un long pieux avec une
n'ont pour
de couteau de chasse : ils attendent
espèce
sur la. lance
lui
que le tigre se jette
pour Alors le
couper la pâte avec l'autre arme.
chasseur le tue à son aise.
Pour nous rendre à Panama nous préférâmes, quoique le chemin fut plus long,
la rivière de Chagre. Cette ri-:
de remonter
vière est infestée de crocodiles : on en trouve
souvert qui dorment sur le rivage. Rien n'éT'agrément des paysages que la nature
gale formé dans les environs. Le nombre des
a
leur plumage étale
oiseaux est incroyable;
Nous
toutes les couleurs de Tarc-en-ciel.
la rivière de Chagre dès qu'elle
quittâmes
et nous nous rendicessa d'être navigable,
terre à Panama, dont nous avons
mes par
Nous côtoyâmes
déja donné Ja description.
de la
ensnite Tisthme Darien, ainsi appelé
rivière de ce nom. Enfin, nous arrivâmes à
du nouveau royaume de Grenala capitale
est en même
de, où siège le vice : roi, qui
able;
Nous
toutes les couleurs de Tarc-en-ciel.
la rivière de Chagre dès qu'elle
quittâmes
et nous nous rendicessa d'être navigable,
terre à Panama, dont nous avons
mes par
Nous côtoyâmes
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de la
ensnite Tisthme Darien, ainsi appelé
rivière de ce nom. Enfin, nous arrivâmes à
du nouveau royaume de Grenala capitale
est en même
de, où siège le vice : roi, qui --- Page 17 ---
AUTOUR DU M ONDE.
tems président de l'audience royale. La Nouvelle-Grenade, composée de plusieurs villes
peuplées d'Indiens et d'Espagnols, est au
nord du Popayan. Cette dernière province
faisoit autrefois partie del'audience de Quito.
En 1537, Pisarre y. bâtit une cité, dont le
pays a pris le nom 3 et qui est aujourd'hui
une des plus florissantes de cette partie de
l'Amérique. Popayan, la capitale, est bâtie
dans une plaine terminée par une montagne. Les mines d'or y attirent beaucoup de
monde. Une partie de cette province est fort
incommodée du voisinage des Indiens, que
les habitans nomment bravos, et qui occupent tout le plat pays jusqu'à la mer. Leur
courage va jusqu'à la fureur, du moins con:
tre les Espagnols, auxquels ils ne font point
de quartier. Comme ils ont conservé T'usege
des quippos, ils montrent sans cesseàleurs
enfans ceux qui marquent l'arrivée des Espagnols et les exhortent à se ressouvenir de
leurs cruautés.
Le climat de toutes les provinces de TerreFerme n étant pas fort différent de celni des
autres parties de 'Amérique qui répondent
aux mêmes latitudes, leurs productions na- --- Page 18 ---
NOUVEAU VOYAGET
turelles sont les mêmes. Je ne n'arréterai
ici qu'à celles qui portent quelque caractère
de distinction.
d'an
Le colibri, petit oiseau dela grosseur
hanneton, est un des plus rares ouvrages de
la nature : il s'en trouve de si petits qu'on
Les
leur a donné le nom d'oisesux-niouches.
Espsgnolalesappellent tominios, parce qu'a:
vec leurs nids ils ne pèsent que deux tomic'est-à-dire, vingt- quatre
nes d'Espagne,
grains. Leur bec est extrêmement pointi ,
noir et délié. Il'ont sur la tété comme une
huppe qui imite toutes les couleurs
petite
Le mantean est d'un
des pierres précieuses. doré; les ailes d'un violet
vert obscur, mais
La
est aussi
foncé un peu pâle.
queue, qui
longue que tout le corps, varie selon la position de l'oeil qui la regarde. Le dessous da
ventre tire sur le noir mélé de violet, de
d'aurore, et tonjoàrs d'une teinte
vert,
suivant la situation de T'observas
différente
même desséchés, forment
teur. Ces oiseaux,
les femmes du
un ornement si brillant que
pendent à leurs oreilles comme'nOS
paysles
ils bàtissent : de
dames font des diamans.
petils nids d'une forme élégunteyeties gar:
il qui la regarde. Le dessous da
ventre tire sur le noir mélé de violet, de
d'aurore, et tonjoàrs d'une teinte
vert,
suivant la situation de T'observas
différente
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teur. Ces oiseaux,
les femmes du
un ornement si brillant que
pendent à leurs oreilles comme'nOS
paysles
ils bàtissent : de
dames font des diamans.
petils nids d'une forme élégunteyeties gar: --- Page 19 ---
AUTOUR D U MON DE.
nissent de coton avec une dextérité merveilleuse.
On trouve aussi à Terrc-Ferme une sorte
de renard qui, quand il est poursuivi par
un chien ou d'autres bètes, mouille sa queue
dans son urine en fuyant, et leur en jette
au museau. L'odeur en est si puante qu'e 'elle
suffit pour les arréter. : on assure qu'elle se
fait sentir.d'un quart de lieue.i
Leccolimaçon * soldat, autre prodaction
propre à ce pays; est. un: insecte de deux
pouces de long, quis depuis le milieu du
corps jusqu'à lextrémité postérieure, a la
figure des limaçons ordinaires 3 par l'autre
moitié, il ressemble àl'écrevisse. Il n'ani
coquille, ni écailles mais pour se mettre à
couvert il ne manque jamais: de s'emparer
de celle de quelqu'autre colimaçon qui soit
proportioniée à sa grandeur, et de s'y loger. Tantôt il marche.avec cette coquille,
Itantôt ilisien sert pour chercher sa nourriture. Quand il se voit menacé de quelque
danger, , il court vers le lieu où il l'a laissée;
il y- rentre: par: la partie de derrière; et. se
défend a vec celle de devant. Lorsqn'il devient: assez gros pour ne pouvoir plus se --- Page 20 ---
N.OU V EA U VOY A G E
servir de sa première demeure, il en chérche une plus grande, et tue le propriétaire
pour se mettre àla place: : c'est sans doute
la raison qui l'a fait appeler colimaçonsoldat.
En arrivant près de la côte de Sainte-Hélène, dans le Guayalquil, nous rous y atrétâmes pour vérifier si elle produit réellement le petit animal qutcostonoifanciense
pourpre, et dont quelques modernes ont cru
l'espèce étoit perdue: Nous trouvàmes
que les rochers
la' mer: un assez
sur
qu'arrose
grand nombre de pétits linacons, qui: ne
peuvent être, en effet, que le murex dès
anciens. Les Indiens lestrassemblent dans
des vases, parce qu'il estirare d'en trouver
beaucoup àila fois: Ce coquillage. est de la
grosseurd'une noix; etrenfermeunel liqueur
qui paroit n'être que le sang du limaçon:
un fil de soies ou: de coton: qu on 1 y trempe
prend une couleur si vive" et 3 si-forte qu'il
de lessive qui l'efface; elle en
n'y a point
plus éclatante, et le
devient,a au contraire,
tems même ne peut la ternira Ne croyez pas
queiles fils, étoffes ou rubans teints de cette
couleur soient communs; ilep faut une trop
grande
el liqueur
qui paroit n'être que le sang du limaçon:
un fil de soies ou: de coton: qu on 1 y trempe
prend une couleur si vive" et 3 si-forte qu'il
de lessive qui l'efface; elle en
n'y a point
plus éclatante, et le
devient,a au contraire,
tems même ne peut la ternira Ne croyez pas
queiles fils, étoffes ou rubans teints de cette
couleur soient communs; ilep faut une trop
grande --- Page 21 ---
AUTOUI R DU MONDE
grande quantité pour une once de lin ou de
coton, et ce qui se vendroit une écu sans
cette teinture, en vaudroit plus de trente
teint du sang de ce limaçon.
Nous voici enfin au Pérou, la plus opulente contrée de tout l'univers, si le pays
qui renferme le plus d'or et d'argent dans
son sein doit être regardé comme le plus
riche. Tout le monde sait que Pizarre et
Diègue d'Almagro en firentla conquête avec
des forces très-médiocres ; mais les Indiens
ne purent résister à l'artillerie età la cavalerie européenne. Il n'est pas de notre plan
de tracer l'histoire de cette brillante conquéte. Nous allons nous borner, comme nous
l'avons fait pour le Mexique, à la description de cette contrée et de ses principales
productions naturelles.
: Le Pérou est la véritable terre d'Eldorado, la.t terre d'or; c'est-à-dire, qu'on pourroit àj juste titre donner ce nom à toute cette
vaste contrée. En quittant la pointe de SainteHélène,ou nous avions observé, ainsiqu'on
vient de le voir, le coquillage qui produit
l'ancienne pourpre, nous entrâmes dans la
baie de Quayaquil; de -là dans la rivière 2
T'ome III.
B
lles.
: Le Pérou est la véritable terre d'Eldorado, la.t terre d'or; c'est-à-dire, qu'on pourroit àj juste titre donner ce nom à toute cette
vaste contrée. En quittant la pointe de SainteHélène,ou nous avions observé, ainsiqu'on
vient de le voir, le coquillage qui produit
l'ancienne pourpre, nous entrâmes dans la
baie de Quayaquil; de -là dans la rivière 2
T'ome III.
B --- Page 22 ---
NOUVEAU VOYAGE
ensuite dans la ville de ce nom. C'est une
desplusanciennes decelles quelesEspagnols
aient fondées au Pérou. Quayaquil, ou,suivantla manière de prononcer, Guayaguil, est
défendu par trois forts, dont deux sont situés
sur le bord de la rivière et le troisième-derrière.les murs de la place pour défendrelentrée d'une grande ravine. On n'y compte
pas moins de vingt mille ames, c'est à-dire,
que Quayaquil, pour sa grandeur, est une
des villes les plus peuplées du. Pérou. Elle
s'étend l'espace d'une demi-lieue le long du
fleuve de ce nom. On a des canots pour
passer d'une maison à l'autre. Le fleuve est
si rempli de poissons que la pêche seule OC
cupe les habitans pendant une grande partie de l'année.
Sur un rocher, 2 le plus saillant de la côte,
onvoit unei inscription latine gravée par nos
académiciens françois pourl'utilité des gens:
de.mer: eile détermine, le point de la côte
oà 4 elle. est coupée par l'équatenr. Tandis
que Maupertuis, Clairaut, le Camus, etc.,
bravoientles glaces du Nord pour déterminer la figure de la terre, Godin, Bouguer
et Lacondamine affrontoient les feux du
--- Page 23 ---
AUTOUR DU M ONI DE.
Midi. Cette fameuse question sur la forme
de notre globe occupoit depuis quarante
ans l'académie. Tout le monde sentoit la
nécessité d'une décision. Les navigateurs y
étoient lès plus intéressés, puisque les distances des lieux étant différentes dans les
deux systêmes, cette incertitude les
exposoit à diverses sortes d'erreurs; ; les géographes tomboient dans un extrême embarras
pour leurs cartes; les astronomes pour le
parallaxe de la lune, les physiciens pour la
gravité des corps, etc. Les travaux de nos
académiciens sous les deux zones, aux extrémités de la terre, 2 seront dans l'histoire -
une des plus brillantes époques du règne de
Louis XV. Le pays de Quito, et en général tout le Pérou, parut le plus propre à
des observations dont la plupart devoient se
faire sous léquateur. Nous aurons souvent
occasion de parler de ces savans, de ces illustres voyageurs, quiontlaissé en plusieurs
endroits des traces de leurs observations astronomiques:
$ Lempire du Pérou fut gouverné, durant
quatre siècles, ou peut-être davantage, par
une race del conquérans qui sembloientn'aB 2
gne de
Louis XV. Le pays de Quito, et en général tout le Pérou, parut le plus propre à
des observations dont la plupart devoient se
faire sous léquateur. Nous aurons souvent
occasion de parler de ces savans, de ces illustres voyageurs, quiontlaissé en plusieurs
endroits des traces de leurs observations astronomiques:
$ Lempire du Pérou fut gouverné, durant
quatre siècles, ou peut-être davantage, par
une race del conquérans qui sembloientn'aB 2 --- Page 24 ---
NOUVEAU
VOYAGE E
voir vaincu que pour le bonheur des homa
mes. Ils descendoient d'un
quel peut-étre nul autre
législateur aune pourroite têtre comparé, si Confucius n'avoit eu sur lui l'avantage de ne pas employerla. superstition
faire recevoir et observer les loix et la pour
rale. Manco-Capac,
moqui rassembla les Sauvages du Pérou épars dans les
soit fils du soleil,
forêts, se dienvoyé par son père
e
apprendre aux hommes à être bons et
reux. Illes
Eeur
persuada par cetingénieux et innocent artifice, et il fonda la ville de Cusco.
Ses descendans furent les seuls prétres de
nation. A une religion pleine d'humanité sa
se
joignirent des loix vraiment
l'oisivité étoit
paternelles : :
punie comme la source du
crime; chacun étoit obligé de faire lui-même
sa chaussure, sa maison, sa
il
étoit ordonné aux Péruviens de charrue;
tout les y portoit. Ces travaux s'aimer, et
toujours égayés par des chants communs,
entretenoient T'union qui devoit agréables,
les décuries. Il existoit
régner dans
un certain esprit de
communanté qui sembloit n'en faire
seule famille.
qu'une
L'état entier étoit distribué en décuries, --- Page 25 ---
AUTOUR D U M O N D E.
avec un officier chargé de veiller sur dix familles qui lui étoient confiées. Un officier
supérieur avoit la même inspection sur cinquante familles, d'autres sur cent, etc. Les
décurions et autres inspecteurs, en remon:
tant jusqu'au millénaire, devoient rendre
compte à ce dernier des bonnes et mauvaises actions. Le millénaire rendoit compte au
ministre de l'inca. Les terres étoient amovibles et leur partage varioit continuellement, mais se faisoit avec une équité rigoureuse. Le Pérou seul a prospéré sur une
base si fragile.
' Les arts étoient en honneur au Pérou, et
ses habitans y avoient fait de grands progrès. Le mais ayant toujours été leur principale nourriture, ils en représentoient les
épis, en pierre, avec un art qui ne permet
point encore de les distinguer de T'ouvrage
de la nature. Leur habileté à travailler les
éméraudes ne cause pas moins d'étonnement:
on ne comprend point comment un peuple
qui n'avoit aucun usage de l'acier ni du fer,
a pu donner de si belles formes à des pierres si dures et les percer avec tant d'art. Les
édifices anciennement bâtis par les habitans
B 3
entoient les
épis, en pierre, avec un art qui ne permet
point encore de les distinguer de T'ouvrage
de la nature. Leur habileté à travailler les
éméraudes ne cause pas moins d'étonnement:
on ne comprend point comment un peuple
qui n'avoit aucun usage de l'acier ni du fer,
a pu donner de si belles formes à des pierres si dures et les percer avec tant d'art. Les
édifices anciennement bâtis par les habitans
B 3 --- Page 26 ---
NOUVEAU
VOYAGE E
du Pérou sont.un autre.sujct
Dans la province de
d'admiration.
le palais de Calo où Quito, on voit encore
sojent leur
les premiers incas fairésidence. Cet auguste séjour des
rois du Pérou sert aujourd'hui de maison de
campagne: à des moines. Autour d'nne
régnent trois grands sallons
cour
le.carré : chacun
qui.en forment
Derrière
a plusieurs: séparations.
celui qui fait face à l'entrée, il
a divers petits réduits qui
y
été une
paroissent avoir
ménagerie ; on y
les loges de
distingue encore
chaque animal. Les
de T'édifice sont de pierres
matériaux
et si bien jointes
presque noires,
la
qu'on ne feroit pas entrer
pointe d'un couteau dans l'intervalle. Les
portes ont deux toises d'élévation sur
tre pieds de large par le bas, et vont qua- tou
jours en se rétrécissant par le haut
trente pouces. On leur donnoit
jusqu'à
teur afin quele
cette haumonarquey y pàt
sa litière, dont les brancards passer dans
étoient
sur les épaules de plusieurs Indiens. portés
Il ne faut pas conclure que les
me celui de'Tarchitectnre,
arts,métrès-loin : nous l'avons
fussent portés
viens
déja dit, les Pérune savoient pas forger le fer, On n'a --- Page 27 ---
AUTOU R D U M 0 N D E.
pas trouvé dans ce pays un seul instrument
de ce métal, l'ame de tous les métiers et
arts. Les descriptions qu'on a faites de Tan
tique magnificence deleur architecture sont
plus qu'exagérées. La ville même de Cusco
ne devoit être' qu'un amas de cabanes que
les Européens ont déiruites parce qu'ils ne
pouvoient les habiter, Il est senlement certain que cet empire étoit très-policé, et que
les arts y étoient en vigueur, bien moins,
nous ne dirons pas cju'en Europe, mais
méme qu'à la Chine; cependant infiniment
plus que dans les Indes orientales.
Avant l'arrivée des Espagnols, les peuples du Pérou n'avoient aucune connoissance
delécriture: ; cependantils avoient trouvé'le
moyen de conserver le souvenir du passé,
et de se former une sorte d'histoire. Ils
suppléèrent d'abord aux défauts des lettres
par des peintures assez informes, comme
Ies Mexicains, et, à T'exemple des Egyptiens, par des hidroglyphes. Mais cettelongue manière d'écrire pouvoit à peine perpétuer quelqnes événemens principaux, quelques loix'; quelques mystères de la religion.
On ett recours à une fiçon plus prompte
B 4
moyen de conserver le souvenir du passé,
et de se former une sorte d'histoire. Ils
suppléèrent d'abord aux défauts des lettres
par des peintures assez informes, comme
Ies Mexicains, et, à T'exemple des Egyptiens, par des hidroglyphes. Mais cettelongue manière d'écrire pouvoit à peine perpétuer quelqnes événemens principaux, quelques loix'; quelques mystères de la religion.
On ett recours à une fiçon plus prompte
B 4 --- Page 28 ---
NOUVEAU VOYAGI E
facile: aux figures peintes ou sculpetplus substitua d'autres signes qui contées," on
cordons de laine de
sistoient en de petits
arrangés et contournés
toutes les couleurs,
à chacune de ces
en divers sens. On attacha
des
formes et de ces couleurs la signification rond
les
essentielles : ainsi un
choses
plus
signifioit le SOfait avec de la laine jaune
la
leil; un autre de laine blanche désignoit
linca étoit représenté par un noeud
lune:
une petite frange jausimple d'ou pendoit couleur étoit celle de
ne 2 parce que cette disoient les enfans.
T'astre dont les incas se
étoit
de méme, mais en
La reine
figurée
les Pérublanc, symbole de la lune, que
être à Ia fois la soeur et la
viens croyoient
cette raison
femme du soleil : c'étoit pour
oblile prince appeléi à la couronne étoit
que
soeur. La combinaigé d'épouser sa propre lieu de livres et de
son de ces noeuds tenoit
Les peuples du Pérou n'ayant pas
registres.
leurs idées,
de lettres - pour communiquer faire leurs
manquoient aussi de chiffres pour
avec des cailloux ou
calculs : ils comptoient
avec des
des grains de mais ; ils marquoient
fils le compte de chaque chose. --- Page 29 ---
AUTOUR DU. M ONDE
Les Cordilières sont les plus hautes de
cette chaine de montagnes, qui is'étendent de
la terre Magellanique au Chili,au Paraguay,
et au Pérou jusqu'à l'isthme de Panama et
aux extrémités du Mexique : elles ont été -
comme le théâtre des savantes opérations
de nos astronomes et mathématiciens; elles
sont toujours couvertes de neige sur leur
cime, et le froid les rend inhabitables. On
y trouve une certaine plante nommée bois
de lumière, dont la hauteur est d'environ
deux pieds : ce bois est composé de tiges
hautes et unies, de la grosseur du petit
doigt, qui sortent de la méme tige. On les
coupe fort près de terre ;. on les allume
comme des bougies 1 et, quoique vertes 2
elles répandent autant de lumière qu'un
flambeau, sans demander rd'autre soin que celui d'ôter le charbon qu'elles font en bralant.
Il croit au nord de la province de Quito un
arbre dont il distille sans cesse un gomme
qui sert à faire une sorte de vernis si durable qu'il ne peut être détaché, ni même
terni par l'eau bouillante; elle forme un enduit aussi beau que celui de la Chine. Le
leibo est un arbre haut et touffu qui pro-
ant de lumière qu'un
flambeau, sans demander rd'autre soin que celui d'ôter le charbon qu'elles font en bralant.
Il croit au nord de la province de Quito un
arbre dont il distille sans cesse un gomme
qui sert à faire une sorte de vernis si durable qu'il ne peut être détaché, ni même
terni par l'eau bouillante; elle forme un enduit aussi beau que celui de la Chine. Le
leibo est un arbre haut et touffu qui pro- --- Page 30 ---
26.
NOUVEAU VOYAGE
duit une espèce de laine plus douce et plus
fine que le coton. Les vijaluas sont de
des feuilles qui pourroient tenir lien de draps gran:
dans un lit; leur longueur commune est de
cinq pieds, sur deux et demi de large : on
les emploie à couvrir les maisons ou cabanes. Le mata-palo (t tue-pieu) devient un
arbre si gros qu'on en fait des canots de la
première grandeur. Quant aux fruits, le
chirimoya passe pour le plus délicieux; on
le préfère à l'ananas.
Nous nous embarquâmes sur le Guayaquil jusqu'au bourg de Caracot, où l'on
nous procura des mules pour continuer notre route jusqu'à Quito, non sans être extrémement importunés par les mosquites';
nous fumes si cruellement assaillis par les
piquures de ces petites mouches, de ces
détestables insectes, que nous primes le
parti de nous jeter dans la rivière, et de
nous y tenir jusqu'au jour : comme cette
ressource ne garantissoit pas notre téte, il
fallut Tabandonner; et laisser partager le 1
martyre à tout le reste du corps. Ai
du
€
point
jour, nous ne pouvions
*
réciproquement
nous regarder sans nous faire" horreur : noa --- Page 31 ---
AUTOU R D U M O N D E.
visages étoient couverts de pustales, nos
mains chargées de tumeurs. Plus nous avancions, plus les bois, plus les précipices diminuoient, ainsi que le froid. Dans la zone
torride, et sous léquateur, un Européen
devoit s'attendre à des excès de chaleur, et
le plus souvent nous étions transis. Bientôt
nous ne trouvâmes plus que des sables, et
plus haut des montagnes nues et calcinées
qui bordoient la croupe du volcan de Pichincha. A mesure que nous descendions 5
nous changions insensiblement de. climat,
en, passant, par degrés, d'un froid extrême
à la température de nos plus beaux jours
du mois de mai. Chaque instant ajoutoit à
notre. surprise, Nous remarquàmes, pour
la première fois, des fleurs, des boutons
et des fruits, en pleine campagne, sur tous
les arbres. Jevis semer, labourer et recueil1 lir dans un même jour et dans un méme
lieu. Enfin, nous voilà à Quito.
Avant de parler de cette ville, , nous devons dire qu'elle est dominée par le Pichincha, le sommetle plus élevé des Cordilières, le Vesuve de Quito. Les voyageurs cqui
montent sur ce sommet n'entendent que lo
première fois, des fleurs, des boutons
et des fruits, en pleine campagne, sur tous
les arbres. Jevis semer, labourer et recueil1 lir dans un même jour et dans un méme
lieu. Enfin, nous voilà à Quito.
Avant de parler de cette ville, , nous devons dire qu'elle est dominée par le Pichincha, le sommetle plus élevé des Cordilières, le Vesuve de Quito. Les voyageurs cqui
montent sur ce sommet n'entendent que lo --- Page 32 ---
NOUVEAU
VOYACE
bruit des orages qui roulent
les
sur Quito et
environs; ils voient partir la
les éclairs au-dessous
foudre et
des torrens de
d'eux, et pendant que
les
pluie inondent la plaine et
montagnes inférieures,ilsjo jouissent d'une
parfaite sérénité, Autrefois le Pichincha
un volcan dont les dévastations
étoit
souvent la ville de Quito d'un couvrirent
cendre. Sur le
déluge de
penchant de cette
est située la ville de
montagne
l'ancienne
Quito sur les ruines de
Quito, bâtie par les
cette position rend les rues fort Indiens:
res. Il est étonnant
irrégulièbelles, si
qu'avec des plaines si
choisi
étendues, les Espagnols aient
une situation si désagréable.
devint une ville riche et florissante. Quito
tôt les deux plaines furent
Biensons de
remplies de maide
campagne : sa grandeur
celle de Lyon. La
approche
carrée : ses faces
principale place est
sont ornées de
grands édifices; savoir, la cathédrale, quatre
tel-de-ville, le palais
Thol'audience. Au
épiscopal et celui de
milieu est une très-belle fontaine, et aux angles aboutissent
des rues droites, larges,
quatre granmais
par des montées et des descentes incommodes
continuel, --- Page 33 ---
AUTOUR DU M O N D E.
les: : aussil'on se contente de chaises à porteurs pour les dames ; les hommes vont à
pied accompagnés d'un domestique quitient
un parasol. Outre la grande place il y en a
d'autres assez spacieuses et environnées d'églises et de couvens. Il y a dans Quito environ quatre-vingt mille habitans. Le peuple est particulièrement adonné au larcin
qu'il exerce avec une adresse qui tient de la
subtilité de nos joueurs de gobelets.. Les Métifs, qui passent pour les filoux les plus hardis, en veulent principalement aux chapeaux
des gens decondition, parce qu'ils sont pour
l'ordinaire ornés de pierreries. On ne croit
pas que ce soit un crimé de dérober les choses commestibles, ni lesustensiles de table.
Le langage espagnol y est aussi commun
que le péruvien, Les chaleurs ni le froid
n'y sont jamais excessifs : on y jouit sans
cesse et à la fois des charmes du printems
et des richesses de l'automne; ; mais ces
avantages sont balancés par des pluies presque continuelles, accompagnées d'éclairs,
de tonnerres et quelquefois d'affreux tremblemens de terre. Les habitans sont presque
tous Indiens. Le peu de soin quf'on prend
Le langage espagnol y est aussi commun
que le péruvien, Les chaleurs ni le froid
n'y sont jamais excessifs : on y jouit sans
cesse et à la fois des charmes du printems
et des richesses de l'automne; ; mais ces
avantages sont balancés par des pluies presque continuelles, accompagnées d'éclairs,
de tonnerres et quelquefois d'affreux tremblemens de terre. Les habitans sont presque
tous Indiens. Le peu de soin quf'on prend --- Page 34 ---
NOUVE A U
VOYAGE E
de cultiver leur esprit,
sur-tout dans les
campagnes, est sans doute la Cause de
leur abrutissefnent
leur
qui est tel, ainsi que
insouciance et leur paresse étonnante,
qu'on peut les regarder comme de vrais
Sauvages.
Nous aurons peu de choses à dire des
provinces septentrionales du Pérou
parcourhmes avant de
que nous
Lima
prendre la route de
par Cruença,. Loxa et Truxillo. Nous
nous bornerons à observer
pour la première fois
que nous y vimes
de ces ponts de lianes si communs au Pérou pour le
des rivières. Quand les
passage
assez longues
poutres ne sont pas
pour atteindre de lun à
tre bord, et qu'en
l'aubois ne
conséquence les ponts de
peuvent avoir lieu, on tord
ble plusieurs lianes dont
ensempèces de cables de
on forme des es-i
à
la longueur qui convient
l'espace qu'on veut traverser. On les tend
d'une rive à l'autre au nombre de six
chaque pont.
pour
Près d'un village
peu éloigné de
est une colline d'où sort à
Cuença
gros bouillons,
par diverses sources de quatre à
ces de
cinq poudiafètre, une eau si. chaude que les --- Page 35 ---
AUTOUR DU M 1 0 N D E.
ceufs s'y durcissent plus promptement que
sur le feu. Le fameux spécilique contre les
ierresintermitentes: connu dans toute lEurope sous le nom de quinquina, croit en
abondance dans les environs de Loxa. Les
Espagnols l'appellent bois de fièvre. L'arbre qui produit ce merveilleux fébrifuge est
à peu près de la grandeur d'un.cérisier Ordinaire : sa souche est médiocre et donne
naissanceà plusieurs branches. Chaque rameau finit par des bouquets de fleurs, qui,
avant d'être épanouis, ressemblent pour la
figure et la couleur à ceux de la Lavande:
on ne se sert en médecine que de l'écorce;
mais ce qui donne le plus de célébrité aux
pays de Loxa, de Cuença et à plusieurs autres cantons de la province de Quito, ce
sont les précieux métaux qui, par une infinité de ramifications, pénétrént toute l'étendue de ces contrées. Les Espagnols appellent pauvres les provinces où l'on ne
trouve que les commodités de la vie, et
qui manquent d'or; ils honorent du nom
de riches celles qui, avec beaucoup'de mines, n'ont pas méme de quoi nourrir les
hommes employés à les exploiter. La façon
, de Cuença et à plusieurs autres cantons de la province de Quito, ce
sont les précieux métaux qui, par une infinité de ramifications, pénétrént toute l'étendue de ces contrées. Les Espagnols appellent pauvres les provinces où l'on ne
trouve que les commodités de la vie, et
qui manquent d'or; ils honorent du nom
de riches celles qui, avec beaucoup'de mines, n'ont pas méme de quoi nourrir les
hommes employés à les exploiter. La façon --- Page 36 ---
NOUVE A U VOYAGE
d'extrairelorconsistel à creuserlat terredema:
charierdans un
nièrequ'on puisseaisémentlac
réservoir où l'on fait entrerl'eau par un conduit : on remue cette terre ainsi transportée;
les
légères sortent par un
et les parties
plus
de l'eau.
autre canal qui sert à Técoulement
continue cet exercice jusqu'à ce qu'il ne
On
au fond que les parties pesantes,
reste plus
le gravier et le méc'est-à-dire, le sable,
dans des
tal. On agite toutes ces matières
on en ôte les plus grossières;. il ne
sceaux ;
de tous les corps étranreste que Tor purgé
des esclaves
Ce travail est le partage
gers.
de Porto-Belo et
nègres tirés des comptoirs
de Panama.
rendimes
De la ville de Loxa nous nous
oùt l'on nous fournit un bâtià Tumbez,
Tun des premiers
ment jusqu'à Truxillo,
les Esétablissemens fondés au Pérou par
nous arrivâmes à Lima ;
pagnols. Enfin,
du Pérou n'est
mais, 1 hélas ! cette capitale tremblement
plus la même depeis T'affreux
la renversa de fond en comble.
de terre qui
T'anDe Lima nous allàmes voir Cusco, cède
du Pérou, et qui ne le
cienne capitale
ni à Quito, ni à Lima ;
point en grandeur
mais --- Page 37 ---
AUTOU 2 R D U M ON DE,
mais comme il n'y a rien qui soit digne,
suivant nous, de remarque particnlière,nous
ne parlerons ici que de la délicieuse vallée
d'Yucay, 3 où les incas avoient leurs maisons
de plaisance : on en voit encore les magnifiques débris. Plus loin est la fameuse ville de
Potosi, située au pied de la montagne de ce
nom ; c'est-là qu'est la plus riche mine d'argent de l'univers : la ville contient dix mille
Espagnols ou Créoles qui vivent dans T'opulence, le luxe et la mollesse. La multitude
d'Indiens et d'étrangers que le travail des
mines y attire est innombrable. Le pays ne
fournit aucune des productions nécessaires
à la vie : il n'y croît ni grains, ni fruits, ni
herbes; ; mais on yapporte des vivres de toute
part. Chaque jour on découvre de nouvelles
mines; ce n'est point exagérer que de dire
que les terres de ce canton sont toutes d'or
ou d'argent.
Tome IIL:
-
et la mollesse. La multitude
d'Indiens et d'étrangers que le travail des
mines y attire est innombrable. Le pays ne
fournit aucune des productions nécessaires
à la vie : il n'y croît ni grains, ni fruits, ni
herbes; ; mais on yapporte des vivres de toute
part. Chaque jour on découvre de nouvelles
mines; ce n'est point exagérer que de dire
que les terres de ce canton sont toutes d'or
ou d'argent.
Tome IIL:
- --- Page 38 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XXIII
Du Chili, des terres et iles Magellaniques,
du Paraguay et du Brésil.
Dr retour à Lima $ nous profitâmes d'un
navire marchand qui étoit prét à mettre à
la voile pour le Chili. Notre intention étoit de
nous rendre ensuite, 2 par le détroit de Magellan et la rivière de la Plata, dans les états
du Paraguay. Le Chili est séparé du Pérou
par un désert de quatre-vingt lieues. Le Chili
occupe toute cette partie de l'Amérique méridionale qui s'e étend depuis les frontières du
Perou jusqu'aux terres Magellaniques ; il ne
comprend pas moins de cinq cents lieues de
côte maritime.
L'humeur belliqueuse des peuplés du Chili
a toujours été un obstacle à Taccroissement
des colonies espaznol-sanssillannifonnycompie
que quatre ou cinq villes un peu considéra- --- Page 39 ---
AUTOUT R D U M O N D E.
bles, San-Yago, qui en est la capitale, Valparaiso, la Conception et Coquimbo, toutes
situées sur les bords, ou à peu de distance
de la mer. Le lion marin est un animal trèscommun auprès de toutes les iles qui sont
dans cette partie : il y en a de vingt pieds
de long; et qui pésent jusqu'à quatre milliers ; les plus gros fournissent au moins
cinq cents pintes d'huile. Au milieu de la
grande et belle plaine de Mapocho, sur une
rivière appelée de même, à vingt lieues de
la mer, dans une situation admirable, s'6lève la ville de San-Yago : toutes ses rues
sont alignées, toutes ses maisons ont des
jardins. Valdivia est la ville la plus méridionale de toute la côte : on regarde son port
comme la clef de la mer du Sud. La partie
du Chili, occupée par les Indiens libres, qui
ressemblent beaucoup plus aux Sauvages de
l'Amérique septentrionale, quoiqu'ils soient
moins féroces qu'eux, qu'à ceux du Mexique
et du Pérou, est infiniment plus étendue que
a celle qu'habitent les Espagnols, qui ne sont
guère maitres que de la côte.
Sur la route du Chili aux Philippines il y
a une infinité d'iles dont il seroit trop long,
C 2
Sud. La partie
du Chili, occupée par les Indiens libres, qui
ressemblent beaucoup plus aux Sauvages de
l'Amérique septentrionale, quoiqu'ils soient
moins féroces qu'eux, qu'à ceux du Mexique
et du Pérou, est infiniment plus étendue que
a celle qu'habitent les Espagnols, qui ne sont
guère maitres que de la côte.
Sur la route du Chili aux Philippines il y
a une infinité d'iles dont il seroit trop long,
C 2 --- Page 40 ---
N a OUVEAU VOYAGE
et dont il est assez inutile de parler : telles
sont Notre-Dame de la Luz, l'ile de Horn,
d'Amsterdam, de Jesus, de Saint-Bernard,
de Saint-Eme, de Saint Paul, la Sagittaire,
etc.; mais l'ile de Taiti mérite une description particulière. Les uns l'ont appelée l'ile,
de Cithère ; d'autres l'ile Fortunée : elle est
habitée par un peuple qui paroit étre sans
vices, sans dissentions et sans besoins. Nés
sous le plus beau ciel, nourris des plus beaux
fruits d'une terre féconde sans culture, gouvernés par des pères de famille, ces peuples
ne connoissent, en quelque sorte, d'autre
dieu que lamour : tous les jours lui sont
consacrés, toute l'ile est son temple, toutes les femmes en sont les idoles, tous les
hommes les adorateurs. Eh! quelles femmes
encore ! les rivales des Géorgiennes pour la
beauté, et les soeurs des Grâces sans voiles.
La honte ni la pudeur n'exercent point ici
leur empire : la gaze la plus légère, la plus
transparente flotte toujours au gré des vents
et du désir. Il est impossible de déterminer ib
le nombre des iles de la mer du Sud; il y
de la moitié qui n'ont
en a peut-être plus
encore été découvertes par les Europas --- Page 41 ---
AUTOU R DU M ONDE.
péens. On peut cependant compter, en général, d'y trouver du sucre 2 des plantes médicinales, des épiceries, du corail, des perles, des oiseaux curieux, des plumes trèsfines, des teintures précieuses. Dans cette
partie du monde inconnu, tout sans doute
seroit singulier et nouveau, la terre, la mer,
les hommes même : combien ne seroit-il
intéressant d'étudier dans leur façon de vivre pas
les prémices de l'homme des premiers âges, *
de l'homme de la nature, dans ces pays vier:
ges où les autres humains n'ont encore pu
pénétrer P
Jusqu'au détroit de Magellan nous avons
toujours côtoyé le rivage sur un bâtiment
qui faisoit voile vers les Philippines. On sait
que Magellan vint à bout de faire comprendre à l'empereur Charles-Quint qu'en examinant avec attention toute l'étendue de-ses
droits, on trouveroit que les iles Molucques,
fameuses par les épiceries, 2 devoient appartenir à T'Espagne; ; il offrit d'aller lui-méme
dans ces iles par la route d'Occident : sa pro.
position parut étrange. On ne connoissoit
aucune communication de la mer du Nord à
la mer du Sud. Mais Magellan avoit observé
C 3
empereur Charles-Quint qu'en examinant avec attention toute l'étendue de-ses
droits, on trouveroit que les iles Molucques,
fameuses par les épiceries, 2 devoient appartenir à T'Espagne; ; il offrit d'aller lui-méme
dans ces iles par la route d'Occident : sa pro.
position parut étrange. On ne connoissoit
aucune communication de la mer du Nord à
la mer du Sud. Mais Magellan avoit observé
C 3 --- Page 42 ---
N OUVEAU VOYAGE
)
le continent de l'Amérique se terminoit
que
du côré du midi, comme celui
en pointe
d'Afrique; ; d'ou il tiroit cette conséquence,
devoient étre ouvertes à Texque les mers
comme on les
trémité méridionale du Chili,
avoit trouvées au cap de Bonne-Espérance. l'avoit
Cette lne et ingénieuse observation
peut-êire conduit à cette autre réflexion, que
les
formées par les masses des
toutes
pointes
manière,
continens sont posées de la même
regardant au sud, et coupées à leurs extrémimoins
des détroits, 00 sila mern'yest
tés, au
par
fut lui
découpas tout à fait ouverte : ce
qui
vrit les terres applées de son nom Magellaninombre
ques. La haute stature qu'un grand de ce
de voyageurs a attribuée aux habitans
et niée par d'autres, fait depuis longpays,
Entems la matière d'un grand problème.
fin, Jacques second, roi d' Angleterre, enle fameux navoya aux terres Magellaniques
antres
vigateur Jean de Narborough; entre
instructions, il devoit vérifier T'existence des
Il conclut que ces gens-là
géans patagons. hauts que les Européens.
ne sont pas plus
d'oPour accorder néanmoins cette diversité
entre tant de voyageurs d'un égal
pinions --- Page 43 ---
AUTOUR DU M ON D E.
3g
mérite, il faut observer que la plupart de
ceux qui tiennent pour la négative, parlent
des Sauvages qui habitent les côtes orienta:
les et. occidentales de la Magellanique; les
autres , au contraire, n'ont en vue que les
Patagons, qui font leur résidence dans T'intérieur du pays, d'ou ils ne viennent sur le
rivage que très-rarement et par intervalles.
Ce peuple farouche et timide, voyant arriver fréquemment des vaisseaux d'Europe,
s'est sans doute éloigné des bords de la mer,
et se sera enfoncé dans les montagnes pour
se dérober à la vue de ces étrangers. Le vrai
moyen de mettre la chose hors d'incertitude
étoit d'apporter en Europe le corps, ou le
squeletté entier d'un de ces géans : il est
même tres-extraordinaire qu'on ne l'ait pas
fait, puisque les commandans des vaisseaux
en ont enlevé plusieurs qui sont morts pendant la traversée.
Lorsque Magellan eût quitté la baie de
Saint-Julien, une navigation de quarante ou
cinquante lieues le conduisit dans un enfoncement qui àvoit toutes les apparences d'un
détroit : il se trouva en effet à l'entrée du
canal de communication, qui joint la mer
C 4
ans : il est
même tres-extraordinaire qu'on ne l'ait pas
fait, puisque les commandans des vaisseaux
en ont enlevé plusieurs qui sont morts pendant la traversée.
Lorsque Magellan eût quitté la baie de
Saint-Julien, une navigation de quarante ou
cinquante lieues le conduisit dans un enfoncement qui àvoit toutes les apparences d'un
détroit : il se trouva en effet à l'entrée du
canal de communication, qui joint la mer
C 4 --- Page 44 ---
NOUVEAU VOYAGE
du Nord à celle du Sud. Ce détroit a depuis
conservé le noin de Magellan. On y mouille
difficilement, méme proche des côtes, faute
de fonds; ainsi lorsqu'on y est surpris par
des vents contraires, ou quelque tourbillon,
le danger n'y est jamais médiocre. L'air est
si froid, à cause des montagnes couvertes
de neiges éternelles qui dominent les deux
zivages, que les Espagnols ne jugèrent pas
à propos de s'y arréter ; ils entrèrent dans
la mer Pacifique, et, après avoir vogué plus
de trois mois, ils arrivèrent enfin aux iles
Philippines. Le total de la route de Seville
sur ces bords avoit été, suivantlestimation
des Castillans, de quatorze mille trois cent
soixante lieues d'orient en occident : la longueur de ce détroit est d'environ cent dix
lieues, et sa largeur très-inégale, ayantd'un
côlé les Patagons, et de l'autre la terre de
Feu. Cette grande ile, ou plutôt une multitude d'iles connues sous la dénomination de
terre de Feu, forment, avec la Patagonie,
la principale partie du détroit de Magellan:
cette terre, la plus méridionale du monde
connu, n'offre de loin que des montagnes
étonnantes parleur hauteur et toujours cou- --- Page 45 ---
AUTOU R D U M O N DE.
vertes de neiges. La terre des Etats offre un
aspect encore plus horrible. Entre la terre
de Feu et celle des Etats se trouve le fameux
détroit de Lemaire, dont la découverte im4
F
mortalise ce navigateur : ce passage est au
sud-est de celni de Magellan. Cette nouvelle
route, qui ouvre le commerce de la mer
Pacifique, a fait négliger l'ancienne qu'on
ne fréquente plus guère à cause de sa longueur et de ses difficultés : mais, selon l'avis des marins les plus expérimentés, on feroit très-bien de les abandonner l'une etl'autre, et de s'avancer plus au sud,. en tournant toutes les terres': on auroit, par ce
chemin, une mer plus traitable, et l'on éviteroit les embarras qu'on éprouve en doublant le'cap de Horn. Ces mémes marins
sont aussi d'avis que pour aller d'Europe
aux iles orientales, on devroit préférer cette
route à celle du cap de Bonne-Espérance ;
que, quoique plus longue en espace, elle
demanderoit beaucoup moins de tems. En
effet, quand on a une fois passé le cap de
Horn, où se trouve la plus grande difficulté,
on avance fort vite dans la mer Pacifique ;
au lieu que par l'autre chemin, il faut aller
en doublant le'cap de Horn. Ces mémes marins
sont aussi d'avis que pour aller d'Europe
aux iles orientales, on devroit préférer cette
route à celle du cap de Bonne-Espérance ;
que, quoique plus longue en espace, elle
demanderoit beaucoup moins de tems. En
effet, quand on a une fois passé le cap de
Horn, où se trouve la plus grande difficulté,
on avance fort vite dans la mer Pacifique ;
au lieu que par l'autre chemin, il faut aller --- Page 46 ---
NOUVEAU
VOYAGE
chercher les vents alisés et
moussons : de plus, l'habitude s'assujettir aux.
traversée
de faire cette
par l'Occident donneroit la
de cultiver lesa anciennes
facilité
tenter de nouvelles.
découvertes, et d'en
Toute la partie méridionale de notre
est encore ignorée : il n'est
globe
cette vaste étendue
pas probable que
ne soit
des
on
occupée que par
côtes mers,
y a découvert des caps et des
qui peuvent désigner un continent.
Dans ce nouveau monde austral,
toute communication
séparé de
trouver des
avec l'ancien, on doit
choses tout à fait neuves,
branches entières d'un
, des
et de curieux
commerce inconnu,
raux.
spectacles physiques et moQue de peuples différens entre
et certainement
eux,
par la ligure, les très-dissemblables à nous
le
moeurs, les idées, les usages, culte ; que d'animaux, d'insectes, de
poissons, de plantes,
de
de métaux;
d'arbres, 2
fruits,
que d'espèces dont nous n'avons
pas même de notions,
n'a
puisque ce monde
jamais eu de relations avec le nôtre. La
Nouvelle-Zelande, la terre de Diemen, situées vers,le sud, sont inconnues; mais si
on n'a point encore pénétré bien avant dans --- Page 47 ---
AUTOUR DU M ONI D F.
ce segment du globe, c'est qu'on a trop redouté les glaces du pole austral, et qu'on a
troplégerement cru qu'on n'y trouveroit rien
d'important: : de tous ces cantons celui qu'on
connoit le moins est la partie qui S 'étend depuis T'embouchure orientale du détroit de
Lemaire jusqu'àl'opposite du cap de BonneEspérance, et au-delà, en tirant vers l'orient. Quelque disgraciée qu'elle soit de la
nature, il ne s'en suit pas qu'elle soit sans
habitans, puisqu'on en a trouvé dans le
Groenland, où le froid n'est pas moins rigoureux. Le tempérament des animaux est
toujours analogue -à la nature du climat:
c'én est une preuve bien forte que de voir
les Sauvages de la terre de Feu vivre tous
nus au milieu de T'hiver dans une contrée où
le froid de la moyenne saison étoit insupportable aux Européens.
Au sortir du détroit de Magellan, nous
trouvâmes le cap Vierge : il est taillé à pic
et facile à reconnoitre. En avançant vers le
nord, nous rencontràmes la baie Saint-Julien : ce que cet endroit offre de plus utile,
ce sont des salines abondantes, et quantité
de poissons et d'animaux. Nous rencontrions
nus au milieu de T'hiver dans une contrée où
le froid de la moyenne saison étoit insupportable aux Européens.
Au sortir du détroit de Magellan, nous
trouvâmes le cap Vierge : il est taillé à pic
et facile à reconnoitre. En avançant vers le
nord, nous rencontràmes la baie Saint-Julien : ce que cet endroit offre de plus utile,
ce sont des salines abondantes, et quantité
de poissons et d'animaux. Nous rencontrions --- Page 48 ---
NOUVEAT U VOYAGE
souvent des autruches, mais jamais
assez
cachés
d'habitans, parce qu'ils se tiennent
des vaisseaux. Non
dès qu'ils apperçoivent
loin de cette baie est une ile toute peuplée 1
marin. Nous y entrâmes armés de
de veaux
dé qua:
bâtons, et nous en primes plus
gros
moins d'une heure.
tre cents en
le rivage,
Nous continuâmes de côtoyer
doublâmes le cap Blanc : la partie
et nous voisine de la mer est peu élevée.
la plus
T'embouchure de la
Toute la côte, jusqu'à
déserte
Plata, n'est presque qu'une chaine
est
de monts et de vallées. Cette embouchure celu de
formée par le cap Saint-Antoine et
éloignés T'un del l'autre de plus
Sainte-Marie,
doit la découverte à
quarante lieues : on en
Canot y vint
Juan-Dias de Solis; Sébastien
lui : la navigation y est plus dangeaprès
même. Nous n'entràreuse que sur la mer
avoir pris toumes dans le fleuve qu'après
échouer:
pour ne pas
tes les précautions
où les EsNous arrivâmes à Monte-Video,
les
on bâti une forteresse : ce poste
pagnols
situé entre la
rend maitres de tout le.pays
Plata, la mer et lel Brésil. Enfin, nous jettâmes l'ancre à trois lieues de Buenos-Aires; --- Page 49 ---
AUTOUR D U M 0 d N D E.
mais nous ne pumes débarquer que longtems après. Il s'éleva un vent d'ouest si furieux que nous ftmes vingt fois en danger
de périr à la vue du port : si ce vent nous
eût pris à l'embouchure du fleuve, il est
probable qu'il nous auroit jetés à plus de
deux cents lieues en mer. Nous primes à
Buenos-Aires une barque qui nous conduisit dans la principale ville du Paraguay.
Siles cruautés, les horreurs commises par
les vainqueurs de r'Amérique ont flétri leurs
lauriers, s'ils ont égalé en prodiges d'inhumanité les prodiges d'audace de ceux qui les
premiers découvrirent ces contrées, on ne
sauroit trop rappeler le souvenir d'Alvare de
Vera, qui se montra dans le Paraguay aussi
vertueux, aussi humain que les autres gouverneurs ou vice-rois, s'étoient montrés féroces dans le Mexique et au Pérou. Il y a
au Paraguay deux sortes de peuples, les IndiemsedlaPspagndledenxs sortes de religions,
celle des Chrétiens et celle des Idolàtres; ;deux
sortes d'habitations, les villes et les peuplades; deux sortes de souverains, le roi d'Espagne et les jésuites. Cing gonvernemens divisent toute cette contrée, et ont pour capi-
-rois, s'étoient montrés féroces dans le Mexique et au Pérou. Il y a
au Paraguay deux sortes de peuples, les IndiemsedlaPspagndledenxs sortes de religions,
celle des Chrétiens et celle des Idolàtres; ;deux
sortes d'habitations, les villes et les peuplades; deux sortes de souverains, le roi d'Espagne et les jésuites. Cing gonvernemens divisent toute cette contrée, et ont pour capi- --- Page 50 ---
ROUVEAU VOYAGE
tales la Plata, Santa- Cruz, Cordoue, Buenos-Aires et T'Assomption. Les gouvérneurs
sontindépendans et absolus dans les affaires
politiques et militaires ; ce n'est que dans
reconnoissent
certains cas particuliers qu'ils
des vice-roi du Pérou. Il est
la supériorité
aisé de comprendre que, dans un si vaste
il doit y avoir une grande variété dans
pays,
ainsi que dans le caractère et les
le climat,
des habitans. Les Indiens de cette
moeurs
contrée ont tous, en général, - le tein olivàla taille au-dessous de la médiocre etle
tre, 2
ils sont naturellement
visage un peu plat;
et quelquestupides, sauvages, 9 paresseux,
fois féroces et perfides. Quoique ce pays - soit
voisin du Pérou, on n'y a trouvé aucune
mine d'or ni d'argent. Les richesses du Paconsistent principalement en cire,
raguay en - chanvre, en coton, en boeufs
en miel,
la
de ces
et en chevaux sauvages : quantité
boeufs qu'on tue en une seule chasse est incroyable'; c'est ce. qu'on appelle le grand
massacre ou le mantaca : autrefois ces animaux étoient si communs qu'aucun vaisseau
de Buenos Aires qu'il ne fut chargé
ne sortoit
avoit
de cinquante mille peaux de boenf. Ily --- Page 51 ---
AUTOUR D U M O N D E.
aussi une quantité étonnante de chiens sauvages; mais on est venu à bout d'en diminuer infiniment l'espèce : on a peine à comprendre comment ces animanx s'étoient si
fort multipliés, vu la quantité de lions',
d'ours, de tigres, qui-leur font une guerre
éternelle.
L'herbe du Paraguay est encore une des
grandes richesses de cette contrée. On connoit peu en France cette plante si célèbre
dans toute l'Amérique méridionale : c'est la
feuille d'un arbre de la grandeur d'un pommier; son goût approche de celui de la mauve, et quand elle a toute sa grandeur, elle
est à peu près de la figure de celle de l'oranger : prise avec excès, elle cause, dit-on,
une aliénation totale de tous les sens qui
dure plusieurs jours ; souvent elle produit
des effets tout contraires, comme de procurer le sommeil à ceux qui sont sujets à
des insominies, et de réveiller les léthargiques ; elle peut enivrer et causer les mémes
excès que les liqueurs fortes : il paroit que
c'est une espèce de thé, mais dont les effets sont plus considérables. Ily a aussi dans
ces contrées beaucoup d'herbes et de bétes
, dit-on,
une aliénation totale de tous les sens qui
dure plusieurs jours ; souvent elle produit
des effets tout contraires, comme de procurer le sommeil à ceux qui sont sujets à
des insominies, et de réveiller les léthargiques ; elle peut enivrer et causer les mémes
excès que les liqueurs fortes : il paroit que
c'est une espèce de thé, mais dont les effets sont plus considérables. Ily a aussi dans
ces contrées beaucoup d'herbes et de bétes --- Page 52 ---
NOUVEAU
VOYAG E
vénimeuses qui ont toutes, dit
leurs
tre.
on,
cone poisons.
Les moeurs des peuples qui forment les
lonies espagnoles du Paraguay:
cofortà celles des autres
ressemblent si
6rabisumenadetAme
rique méridionale qu'il est inutile de rien dire
de plus sur cet article : les habitans sont
posés d'Européens, de
comCréoles, de
d'Indiens et de races mélées.
Negres,
voirqu'on reproche
L'extréme pouaux jésuites dans le Paraguay ne s'étendoit pas au-delà des pays oà ils
étoient établis : s'il est vrai, comme tout
ble le prouver, qu'ils n'en usoient
sembonheur de leurs
que pourle
roit-on leur
néophites, comment pouren faire un crime? Il est certain
que sans le secours des armes et de la violence, et par une méthode différente de celle
des autres conquérans, ils ont
plutôt ils ont gagné les nations subjugué, les
ou
dépendantes, adouci les
plus inmoeurs les plus féroces, fixé les hommes les plus
licé les peuples les plus
errans, 9 popersuadé à des tribus
sauvages ; ils ont
barbares, féroces méme et dispersées, de se réunir en société,
d'embrasser leur religion, de se soumettre
à leur gouvernement. Loin de détruire
une
partie --- Page 53 ---
AUTOUR D U M ON D E;
partie des habitans, comme firent les Espagnols pour s'assurer de tous les autres, ils
ont multiplié leurs sujets parles seules armes de la persuasion, par les bienfaits, les
attraits de la civilisation. Il faut convenir
que la société humaine est redevable auxjé.
suites de trois cent mille familles heureuses,
civilisées et réunies en un corps de peuple;
qu'ils ont acquis à la couronne d'Espagne un
Faysimmenseaqw'elle, a repris àl la destruction
des jésuites 3 mnais nous doutons que ce soit
l'intérêt ni le bonheur de ces habitans, qui
n'auront pas manquéalors d'éprouver la méine vexation, et par conséquent le même
mécontement, la méme dépopulation que
toutes les autres colonies espagnoles. Il ne
nous reste qu'à dire les noms des principales peuplades d'Indiens sauvages du ParaEuay,c'est-à-dire, qui étoient sauvages avant
l'arrivée des Espagnols et des jésuites. C'étoient les Guaranis qui habitent la rive orientale du fleuve de T'Uraguay, les Chiriguanes, les Chiquites, et autres dont les noms
sont peu importans à connoitre.
Voici ce qu'il y a de plus intéressant à
savoir sur le Paraguay. Cette vaste contrée
Tome III.
D
Indiens sauvages du ParaEuay,c'est-à-dire, qui étoient sauvages avant
l'arrivée des Espagnols et des jésuites. C'étoient les Guaranis qui habitent la rive orientale du fleuve de T'Uraguay, les Chiriguanes, les Chiquites, et autres dont les noms
sont peu importans à connoitre.
Voici ce qu'il y a de plus intéressant à
savoir sur le Paraguay. Cette vaste contrée
Tome III.
D --- Page 54 ---
NOUVI E AUI VOYAGE
méridionale qui appartient E
de TAmérique
nord
le Pérou
l'Espagne, est borné au
par
et. le Brésil, au midi par les teries MagellaBrésil, au couchant
niques, au levantparlel
le Chili et le Pérou: : ses principales propar vinces sont celle de Chaco, celle appelée
Tucuman, celle du Paraguay, et celle de
Buenos-Aires, qui forment la même colonie. Nous nous bornerons à exposer ici ce
le
singulier et
qui concerne gouvernement
les jétrès-digne de-nos méditations 1 que
avoient établi dans letirs missions.
suites y
T'Amérique depuis un siècle.,
On dévastoit
cette infatilorsque les jésuites y portèrent
distingable activité qui les avoit tonjours
des autres ordres religieux; ils ne pou:
gué
de la terre les
voient arracher aux entrailles
timides et malheureux Indiens que l'avaricé
espagnols y faisoit tous les
des conquérans leur sollicitude se tourna
jours descendre :
leur vie errante avoit
vers les Sauvages que
soustraits au glaive, à la tyran:
jusqu'alors étoit de les tirer de lenrs forêts
nie. Le plan
de nation, 2
et de les rassembler en corps
mais loin des lieux habités par les oppresdu nonvel hémisphère : aucune de cès
seurs --- Page 55 ---
AUTOUR D U M O N D E.
institutions ne jeta un aussi grand éclat que
celledul Paraguay.Lesdescendans de MancoCapac avoient des armées pour contraindre
les Péruviens, quirésistoient à la persuasion;
mais les jésuites n'avoient que cette dernière
voie. : ils s'enfoncèrent dans les forêts pour
chercher les Sauvages, et les déterminèrent
à renoncer à leurs habitudes, à leurs préjugés pour embrasser une religion à laquelle
ces peuples ne comprenoient rien, et pour
goûter les douceurs de l'ordre social qu'ils
ne connoissoient pas davantage. Les jésuites
eurent l'adresse de ne leur présenter les idées
abstraites.du christianisme qu'après les avoir
fait jouir du bonheur qu'ils leur avoient promis.
La division des terres en trois parts pour
les temples, pour le public et pour les particuliers, le travail pour les orphelins, les
vieillards et les soldats, les prix accordés
aux belles actions, Tinspection ou la censure des moeurs, le ressort de la bienveillance, les fêtes mélées aux travaux, les exercices militaires, la subordination, les précautions contre l'oisiveté, le respect pour la religion et les vertus, tous ces grands moyens
D 2
qu'ils leur avoient promis.
La division des terres en trois parts pour
les temples, pour le public et pour les particuliers, le travail pour les orphelins, les
vieillards et les soldats, les prix accordés
aux belles actions, Tinspection ou la censure des moeurs, le ressort de la bienveillance, les fêtes mélées aux travaux, les exercices militaires, la subordination, les précautions contre l'oisiveté, le respect pour la religion et les vertus, tous ces grands moyens
D 2 --- Page 56 ---
NOUVEAL U VOYAGE
de législation antique furent
me perfectionnés
employés et mé.
incas, ils
parl lesjésuites. Comme les
établirent une police
noit les crimes. Peut-étre
qui préveavoient-ils
ces missionnaires
porté dans ce
de leurs idées et
gouvernement trop
pendant
usages monastiques : cepeut-être aussi ne fit-on
de bien aux honmes
jamais tant
y eût plus d'arts
avec si peu de mal; il
et de commodités
en avoit dans Cusco
qu'iln'y
méme, eti
tant de luxe.
tiln'y eût pas
rurier, le tailleur Lhorloger, le tisserand, le serdans des
déposoient leurs ouvrages
magasins publics; on leur
tout ce qui leur étoit nécessaire
donnoit
reur avoit travaillé
: le laboupour eux. Les
instituteurs veilloient
religieux
avec des
sur le bonheur de tous
magistrats élus par le
méme; c'étoit un mélange de théocratie peuple
formes
et de
distinction républicaines : il n'y avoit point de
entre les états, et c'est la
société sur la terre où les hommes
seule
de cette égalité
aient joui
qui est le second des
car la liberté est le
biens;
les hommes
premier. Il semble que
auroient da. se
extré.
mement sous un
multiplier
toit ni
gouvernement ou nul n'éoisif, ni excédé de travail,. oà la --- Page 57 ---
AUTOUR DU M ONDE.
nourriture étoit saine, abondante, égale
pour tous les citoyens vêtus de même et
tous logés commodément; où les vieillards,
les Veuves, lesorphelins, les malades avoient
des secours inconnus sur le reste de la terre;
oà tout le monde se marioit par choix, sans
intérêt: ; oùt rien n'irritoit les passions factices et ne contrarioit les passions réglées par
la raison et la nature ; enfin, dans un gouvernement oi, loin d'éprouverloppression
et la dureté d'nn régime monacal, on n'obéissoit qu'au doux empire de l'opinion : ce
fut le climat qui s'opposa à la population
des Guaranis. Ce pays est chaud, humide
et sans cesse couvert de brouillards épais et
immobiles, principelement sur le Parana :
ces vapeurs y versent dans claque saison des
maladies contagieuses.
Les jésuires avoient réuni les deux pouvoirs en un seul; ce qui leur donnoit la disposition absolue des pensées, des affections,
des forces de leurs néophites; mais les peuples n'avoient à se plaindre ni de la négligence, ni de la dureté de lenrs condncteurs.
Les Guaranis étoient des espèces de moines.
Les devoirs étoient tyranniques ; aucune
D 5
urs y versent dans claque saison des
maladies contagieuses.
Les jésuires avoient réuni les deux pouvoirs en un seul; ce qui leur donnoit la disposition absolue des pensées, des affections,
des forces de leurs néophites; mais les peuples n'avoient à se plaindre ni de la négligence, ni de la dureté de lenrs condncteurs.
Les Guaranis étoient des espèces de moines.
Les devoirs étoient tyranniques ; aucune
D 5 --- Page 58 ---
NOUVE A U VOYA G E
faute
n'échappoit au châtiment : la
defoute propriété,
privation
quât,
quoique rien ne leur manne pouvoit les contenter: un Guarani
ne pouvoit être le bienfaiteur ni de
me, ni de ses enfans, ni de
sa femnui, le dégott
ses amis. L'endurent s'opposer aussi à la
population; ; il n'y a pas un moine qui n'ait
souvent détesté son habit.
Lorsqu'en 1768 les missions du
sortirent des mains des jésuites, elles Paraguay
arrivées au plus haut point de
étoient
si vous en exceptez les inconvéniens, civilisation,
à la vérité, de la
graves
voirs furent.
non-propriété, Les poudonna
partagés : un chef, auquel orl
trois lieutenans, fut chargé de
verner la contrée. On confia
gouressort de la
ce qui étoit du
religion à des moines de SaintDominique, de
ci: ainsi
Saint-François et de la Mera disparu le bonheur des
et une des plus belles institutions Guaranis,
et la plus étonnante,
politiqnes
comme la moins imparfaite peut-être des civilisations,
contrée qui iauroit
pour une
peu d'étendue; car elle ne
peut ni convenir à un vaste empire, ni étre
assimilée à nos constitutions fondées
balance des. pouvoirs.
sur la --- Page 59 ---
AUTOUR DI U M O N D K.
Nous aurions pu de T'embouchure de la,
Plata nous rendre par terre au Brésil, qui
confine au Paraguay; mais la difficulté de
trouver toujours des chevaux et des voitures
nous fit préférer la voie de la mer. Nous proftâmes d'un vaisseau qui devoit gagner les
Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance : cette destination entroit dans nos ars
rangemens, 2 notre dessein étant, quand nous
aurions parcouru les états du Brésil, d'aller
aux iles de France et de Bourbon, 9 et de retourner en Europe par les côtes d'Afrique.
De Buenos- Aires nous.vinmes mouiller au
port de Santos, dans la capitanie de SaintVincent : on donne ici le nom de capitanies
aux quatorze ou quinze provinces qui divisent les établissemens portugais sur les côtes
maritimes du Brésil, et qui sont soumises à
un vice-roi général; elles sont toutes situées
sur le rivage de la mer. On se figure quelquefois que les princes d'Europe, qui ont
des états en Amérique, sont entièrement
les maitres des vastes contrées qu'ils renferment; ils n'occupent le plus souvent quele
rivage, avec un district qui n'est pas ordinairement fort étendu. L'intérieur du pays
D 4
tablissemens portugais sur les côtes
maritimes du Brésil, et qui sont soumises à
un vice-roi général; elles sont toutes situées
sur le rivage de la mer. On se figure quelquefois que les princes d'Europe, qui ont
des états en Amérique, sont entièrement
les maitres des vastes contrées qu'ils renferment; ils n'occupent le plus souvent quele
rivage, avec un district qui n'est pas ordinairement fort étendu. L'intérieur du pays
D 4 --- Page 60 ---
NO UV E. A U VOYA GE
est habité par des peuples inconnus
qui ne
craignent rien tant, et certes avec raison,
que de recevoir la loi des
,
les font servir de bétes de Enropéens, qui
charge, ou les
transforment en vraies charues vivantes,et
les maltraitent plus que nous ne maltraitons
en Europe nos animaux. La domination
tugaise dans les terres ne va guère-au-delà porde cent lieues; mais l'on en compte plus de
mille de côtes depuis T'embouchure du fleuve
de la Plata jusqu'à celle du
vière des
Maragnon ou riAmazones. C'est aux guerres continuelles qu'il fant soutenir avec les naturels
du pays qu'on doit attribuer
des
T'éloignement
Européens à s'établir dans l'intérieur des
terres.
Le lynx est un animal commun dans l'intérieur des terres du Brésil : il y en a de
roux, d'autres agréablement tachetés; mais
tous sont si furieux que rien ne peut résisterà
leurs griffes. C'est une gloire égale pour un
Brasilien de tuerun lynx à la
ou de
tuer
chasse,
un ennemi à la guerre. Il ne faut
croire néanmoins, comme les anciens l'ont pas
débité, que la vue de cet animal soit assez
perçante pour pénétrer les corps opaques, --- Page 61 ---
AUTOUR D U M O N D E.
ni que son urine ait la merveilleuse propriété
de devenir une pierre précieuse : le lynx ne
voit pas à travers les muraillès, mais ses
yeux sont brillans et pleins de feu ; son
urine n'engendre pas de pierres précieuses,
mais seulement il la couvre de terre, comme font les chats dont il a la figure, les
mocurs et la propreté : cet animal vit de
chasse, et poursuit ses victimes jusques sur
la cime des arbres. Les chats sauvages, les
écureuils ne. peuvent lui échapper. Il n'y a
rien qui soit digne d'être particulièrement
remarqué ni dans la capitale de Rio-Janéiro, ni dans les autres provinces du Brésil,
connues. sous les noms de Tamaraca, Sérégipé, Paraiba, Rio-Grande, Ciara, Para
et Maragnan. La rivière des Amazones traverse peut-être des royaumes plus étendus
que le Nil, T'Euphrate et le Gange. Un
printems éternel règne dans presque toutes
les contrées que l'Amazone baigne de ses
eaux, sur-tout vers les bords de Maragnan.
Un nombre prodigieux de plantes extraordinaires et de fleurs inconnues, présente un
spectacle toujours varié, toujours nouvean.
Ony est éclairé avec des bois de Senteur et
et Maragnan. La rivière des Amazones traverse peut-être des royaumes plus étendus
que le Nil, T'Euphrate et le Gange. Un
printems éternel règne dans presque toutes
les contrées que l'Amazone baigne de ses
eaux, sur-tout vers les bords de Maragnan.
Un nombre prodigieux de plantes extraordinaires et de fleurs inconnues, présente un
spectacle toujours varié, toujours nouvean.
Ony est éclairé avec des bois de Senteur et --- Page 62 ---
NOUVEA U VOYAG 1 E.
des résines odoriférantes ; on y marche sur
des herbes parfumées; ; on y foule, pour
ainsi dire, aux pieds lor et les pierreries.
Une multitude prodigieuse de poissons dans
les rivières, mille animaux différens sur les
montagnes, un nombre infini de toutes sortes d'oiseaux dans les forêts, des arbres toujours chargés de fruits, des champs toujours
couverts de moissons, tels sont, en général,
les avantages dont la nature s'est plu à favoriser ces beaux pays : les chaleurs même
y sont tempérées par la fraicheur d'une infinité de ruisseaux, et par l'ombre épaisse
des bois. De toutes les nations prétendues
sauvages qui habitent les bords de l'Amazone, les Omaguas sont les plus raisonnables et les milieux policés.
La capitanie. de Maragnan mérite cependant une mention particulière. Maragnan
est le nom d'une ile qui forme un gouvernement séparé, habité par les Topinamboux: on en parle comme d'une nation brave, spirituelle 2 guerrière et attachée aux
François qui y firent bâtir un fort sous le
nom de Saint-Louis : c'est aujourd'hui une
petite ville appelée Saint-Philippe, érigée en --- Page 63 ---
AUTOUR- DU: M ONDE
évéché sous la métropole de San-Salvador.
Les Indiens non-civilisés de ces contrées se
peignent ordinairement le corps, à l'exception du visage, d'une couleur noire, portent
des colliers d'os à leur cou, se percent la lèvre inférieure et y mettent une pierre de la
longueur du doigt qu'ils ont l'art de faire
tenir sans aucune sorte de lien ; ils regardent comme une autre beauté d'avoirle nez
plat : ils ne peuvent souffrir de poil dans
toute autre partie du corps qu'à la tête. On
a eu beaucoup de peine à contraindre les
femmes à se vétir; elles donnoient pour rai:
son leur usage de se baigner dans toutes les
eaux qu'elles rencontrent. Ily a des pays
entiers de peuples si barbares que les Portugais n'ont jamais pu les engager dans un
commerce réglé, La manière dont ils traitent leursprisonniers diffère peu de celle des
Sauvages du Canada. Il n'est pas douteux
que plusieurs de ces peuples ne fussent antropophages : il faut dire aussi que c'étoient des peuples chasseurs 7 par conséquent n'ayant pas une subsistance toujours
assurée. L'hospitalité cependant est quelquefois religieusement observée par eux : à
de peuples si barbares que les Portugais n'ont jamais pu les engager dans un
commerce réglé, La manière dont ils traitent leursprisonniers diffère peu de celle des
Sauvages du Canada. Il n'est pas douteux
que plusieurs de ces peuples ne fussent antropophages : il faut dire aussi que c'étoient des peuples chasseurs 7 par conséquent n'ayant pas une subsistance toujours
assurée. L'hospitalité cependant est quelquefois religieusement observée par eux : à --- Page 64 ---
NOUVEAU VOYAGE
Farrivée d'un voyageur on le presse souvent
de se coucher dans un hamac: on le laisse
quelque tems sans lui parler; c'est
avoir le loisir d'assembler les femmes pour
qui
viennent s'accroupir à terre autour de lui,
les mains sur les yeux : bientôt elles laissent tomber des larmes de joie, et sans cesser
de pleurer, elles adressent mille choses flatteuses à l'étranger, qui, pour donner bonne
opinion de sa personne, doit répondre par
des marques d'attendrissement. On a vu desFrançois pleurer plus fort qu'elles, et ceux
qui ne pouvoient pleurer jetoient du moins
quelques soupirs. Quelques Brasiliens se
nourrissent de manioc et font une sorte de
cidre qui enivre; d'autres ne vivent que de
leur péche ou de leur chasse.
Parmi les animaux que nous avons VIl au
Pérou, nous avons sur-tout distingué le lama, qui est haut de quatre pieds et long de
cing à six ; mais le cou seul occupe la moitié de cette longueur : il a une laine courte
sur le dos, mais longue sur les. flancs. On
emploie le lama comme des mulets; ils peuvent transporter dans les lieux escarpés des
charges de cent livres : ces animaux vivent --- Page 65 ---
AUTOUR DU MONDE
6r
quinze ans et sont très-doux. Nous avons
encore remarqué le paco, qui est au lama
ce que l'âne est au cheval; c'est une espèce,
pour ainsi dire, altérée : sa fourrure est trèsépaisse ; il porte des fardeaux. Il y a aussi
des lamas sauvages qu'on appelle quanacos;
ils sont plus grands, plus forts que le lama
domestique. La vigogne, autre animal de ce
pays, est une espèce de paco. --- Page 66 ---
NOUVEAU VOYAGE
DE LAFRIQU E."
CHAPITRE XXIV.
TO
Des iles dAfrique.
Avaxr d'arriver à l'ile de Bourbon, éloignée d'environ trois cents lieues des côtes
orientales de T'Afrique, nous avons relâché
à l'ile de Sainte-Hélène et à celle de Madagascar. Nous voilà hors de T'Amérique, hors
des vastes domaines de T'Espagne et du Portugal, hors de ces contrées où mille peuples
qui diffèrent entre eux de moeurs, de figure,
de caractère et de langage, sont presque tous
barbares et même féroces. Lhomme civilisé
ne le cède point sur cet article à Thomme
sauvage, l'Espagnol à l'Américain, le Portugais à T'Indien, le Nègre au Mulâtre. Les
. Nous voilà hors de T'Amérique, hors
des vastes domaines de T'Espagne et du Portugal, hors de ces contrées où mille peuples
qui diffèrent entre eux de moeurs, de figure,
de caractère et de langage, sont presque tous
barbares et même féroces. Lhomme civilisé
ne le cède point sur cet article à Thomme
sauvage, l'Espagnol à l'Américain, le Portugais à T'Indien, le Nègre au Mulâtre. Les --- Page 67 ---
AUTO U R DU MOND'E
Européens n'ont conquis ce pays qu'en exterminant ses habitans; anjourd'hui méme,
s'ils cessent de les détruire, ce. n'est que pour
les rendre leurs esclaves. Le fort de SainteHéleneestenvironnviroméderochersd'nnehautet
effrayante, excepté du côté de la mer. L'ile
peut avoir douze lieues de tour : Madagascar est la plus grande de toutes les iles. La
pointe dunord est encore peu connue, parce
que, étant remplie de petites iles, de rochers
et de bancs de sable, la navigation y est toujours dangereuse. Cette partie se courbe vers
la mer des Indes, et est plus étroite que celle
du sud, qui s'élargir près du cap de BonneEspérance. On voit sur les côtes, et même
dans lintérieur del'ile, des villes, des bourgs
et des villages : il y a de-ces villes qui ne
contiennent pas moins de mille maisons,
mais ce ne sont proprement que des baraques de bois, couvertes de feuilles ét si basses qu'on ne sauroit s'y tenir debout. Le
nombre des hommes n'est nullement propor.
tionné à la grandeur de cette ile $ à peine y
compte-t-on seize cents mille habitans : ce:
qui S oppose principalement à leur multipli.
-
cation, c'estl l'usage où ils sont de distinguer --- Page 68 ---
NOUVEAU V.OYAG E
des jours heureux ou malheureux pour la
naissance des enfans, et d'abandonner impitoyablement ceux qui viennent au monde
sous un astre défavorable. La, couleur de ces
insulaires est celle du charbon le plus Doir;
il faut pourtant en excepter les grands du
pays, qui, étant originaires d'Arabie, conservent encore quelque chose de leur tein.
Le peuple, partagé en nobles ou grands et
en esclaves, vit sousl'autorité des premiers
qui la transmettent à leurs descendans, et
se font réciproquement la guerre pour
d'anciennes et de nouvelles querelles. Il n'y
a guère de métiers dont les Madécasses
n's aient quelque notion : leurs armes sont
des demi-piques garnies de fer. Les femmes
sont bien faites, d'un très-beau noir, d'une
complexion amoureuse, et capables envers
leurs amans de tendresse, d'attachement et
de constance. L'usage. de la circoncision,
généralement répandu dans cette ile, ne
laisse nul doute que des Juifs ou des Mahométans n'y aient porté quelque religion,
à moins que cette pratique, née des seuls
besoins physiques, ne se soit établie naturellement comme un remède qui se présente
de
es, d'un très-beau noir, d'une
complexion amoureuse, et capables envers
leurs amans de tendresse, d'attachement et
de constance. L'usage. de la circoncision,
généralement répandu dans cette ile, ne
laisse nul doute que des Juifs ou des Mahométans n'y aient porté quelque religion,
à moins que cette pratique, née des seuls
besoins physiques, ne se soit établie naturellement comme un remède qui se présente
de --- Page 69 ---
AUTOUR D U M ONDE
-de lui-méme contre une.maladie fort commune dans les pays chauds. II se. forme,
dans certains replis; unefoule de petits vers
dont on ne peut se garantir que. par l'excision, de la partie même qui les engendre.
Voilà peut-être pourquoi la circoncision, 9
ainsi queles ablutions fréquentes, ont passé,
non-seulement en coutume, mais même en
loi, chez les Orientaux : ce n'est que par -
abus qu'elle subsiste chez les Mahométans
et chez les Juifs, dans les provinces tempérées où aucun besoin physique ne Texige.
Ce qui isemble confirmer notre opinion, c'est
l'excision qui se pratique sur les femmes
méme, chez plusieurs nations de l'Asie et
de T'Afrique, pour les préserver de la même
maladie.
In'y a point de pays où les boeufs et les
- vaches soient aussi communs qu'à Madagascar : les brebis ont deux, trois, quatre
agneaux d'une seule portée; leur quene 2
large d'nn demi-pied et trainant jusqu'à
terre, pèse quelquefois jusqu'a vingt-huit
livres : les poules, les perdrix, les faisans,
les canards, les ramiers, n'y sont pas moirs
communs : on y trouve quantité de caméTome III.
E --- Page 70 ---
NOUVEAU VOYAGE
léons, de lésards d'une grosseur monstruen:
se, des chauve-souris aussi
corbeaux. Les rivières
grosses que dés
sont remplies
sons', mais infestées de crocodiles.Les de'pois:
quillages sont, dans cette ile, d'une beauté COadmirable, par l'éclat de leurs couleurs et
la variété de leurs formes : on y trouve aussi
des pierres précieuses et une grande
: tité de plantes singulières d'où
quanmille sortes de baumes
découlent
agréables et, utiles.
La langue qu'on parle à
Madagascar est
irésabondante, et paroit avoir beaucomp de
rapport avec les langues orientales. On se
sert.de lettres arabes, et on écrit de la droite
Ja la
gauche, 1 (comme les Hébreux. Le
se fait.avéc de l'écorce
papier
de la méme E
d'arbre, et presque
manierei qu'en Europe: on
cette écorce dans un mortier de bois pile
la réduire en bouillie, et on la trempe pour dans
de lean claire : un chassis composé de
tits roseaux Sert à la faire
peégoutter; on la
verse sur une feuille. de balisier , frottée
d'huile pour la sécher au soleil :-la couleur
de ce papier tire sur le jaune; il ne, boitjamais pourvu qu'on ait soin de le mouiller
dans une eau de riz, et qu'on le lisse quand
mortier de bois pile
la réduire en bouillie, et on la trempe pour dans
de lean claire : un chassis composé de
tits roseaux Sert à la faire
peégoutter; on la
verse sur une feuille. de balisier , frottée
d'huile pour la sécher au soleil :-la couleur
de ce papier tire sur le jaune; il ne, boitjamais pourvu qu'on ait soin de le mouiller
dans une eau de riz, et qu'on le lisse quand --- Page 71 ---
AUTOUR DU M O'NT D. E.
il est sec. L'encre est une décoction de bois
qu'on laisse tarir jusqu'à un certain degré.
Au lieu de plume, on se sert d'uni morceau
de canne qui se taille et se fend à une des
extrémités.
L'ile de Bourbon fut découverte auseizie.
me siècle parles Portugais, quil'appelèrent
Mascaragnas. Les François y entrèrent en
1672; ils changèrent son premier nom en
celui qu'elle porte.aujourdhui : ils y fondèrent plusieurs habitations où l'on cultive du
café, de l'indigo, du sucre, et d'autres productions qu'on envoie en Europe. Cette ile,
qui sert d'entrepôt aux vaisseaux' de la come
pagnie des Indes, est aussi très-fertile en
coton, en manioc, en poivre blanc, etc. :
le bled, le riz, toutes sortes de legumes y,
viennent parfaitement. L'air de cette ile ,
quoique très-chaud, est fort sain; mais on
y éprouve des ouragans si violens qu'ils brisent les navires et déracinent les plus grands
arbres. Le pays est arrosé par des rivières
trés- poissonneuses : la plupart des. arbres
distilient des gommes précieuses. Cette ile
est entre coupée de montagnes très-hautes,
parmi lesquelles est un volcan dont l'ile fut
E 2 --- Page 72 ---
NOUYEAD VOYAGE
autrefois enibrasée. : on voit encore les tra:
cestet les marques de ses rayages.
cueille sur la rive delambre
On reet de superbes
gris, du'corail
coquillages. L'ile de France
est pen éloignée de celle de Bourbon. /
2 On sait. que nous, sommes redevables
célèbire
au
Labourdonnais de tout le succès
qu'ont etr ces établissemens : sa
fat
récompense
d'étre-attaqué par Tenvie, et persécuté
dans sa patrie, où il finit cependant
triompher de ses ennemis. Nous
par
devoir rapperter ici un passage du' mémoire croyons
que Labourdonnais fur obligé. de
réponse A SCS,
publier en
déttacteurs : on verra par cet
extrait tout ce quen peut faire un seul hommes et peut-être aussi ce récit circonstancié donnera à quelqu'un l'idée d'atteindre
dans quelqu'autre possession à Ja gloire que
Labourdonnais s'est acquise : il
aussi à ne pas se laisser rebuter apprendra les difficultés.
par
cci L'ile de France, dit-il, n'a commencé
à recevoir des habitans
avoit méme si
qu'en I 720; elle en
peu que dix ans après, la
compagnie des Indes étoit encore incerlaine
si elle devoit la garder ou Tabandonner.
Son
'un l'idée d'atteindre
dans quelqu'autre possession à Ja gloire que
Labourdonnais s'est acquise : il
aussi à ne pas se laisser rebuter apprendra les difficultés.
par
cci L'ile de France, dit-il, n'a commencé
à recevoir des habitans
avoit méme si
qu'en I 720; elle en
peu que dix ans après, la
compagnie des Indes étoit encore incerlaine
si elle devoit la garder ou Tabandonner.
Son --- Page 73 ---
AUTOUI R D U M O N DE.
terrain n'étant pas, 2 comme celui de l'ile de
Bourbon, propre à la culture du café, il falInt trouver des expédiens pour en former
une colonie, et la mettre en état de fournir
aux vaisseaux des rafraichissemess dans les
voyages des Indes et de la Chine. On n'imagina rien de plus efficace que d'avancer des
vivres, des ustensiles et des Negres aux habitans; mais on fut bien éloigné d'en lirer
le fruit qu'ons'en étoit promis. On mit si peu
de discernement dans le choix de ceux qui
furent employés, que la plupaitmanmnoient
d'industrie et de talens; aussi,loin de trouver dans leur travail les secours uren espé.
roitla compagnie, elle s'est presque toujours
vue dans la nécessité de les nourrir euxmé.
mes; et-jusqu'à mon arrivée en 1735, continue ce gouverneur 3 cette ile n'avoit éi6
qu'onéreuse à ses maitres.
<C Toutes les parties de l'administration
civile et écononsique avoient également besoin de réforme. La justice éloit adrninistrée pardeux conseils,dontTun dépendoit de
Tautre; mais par le soin que j'ai toujours
pris de terminer les affaires à l'amiable, on
n'a vu dans l'ile qu'un seul procès dans les
E 3 --- Page 74 ---
NOUVEAU VOYAGE
onze années de mon
licel n'étoit
gouvernement. La popas un objet moins
Il y.avoit des Nègres
intéressant.
soient
marrons qui se faicontinuellement redouter par leurs
ravages ; je réussis heureusement à les
truire, en armant Noirs
déformant
contre Noirs, et
une maréchaussée de ceux de Madagascar, qui purgérent enfin le pays de la
plupart de ces brigands.
mes soins au
J'apportai les mécommerce, dont personne ne
s'occupoit à mon arrivée. J'ai le
formé des plantations de
premier
fabriques de
sucre, établi des
l'indigo.
coton, favorisé la culture de
La sucrerie de l'ile de France
duit déja, sans aucun
prosoixante mille
déboursé, plas de
livres de rente à la
guie. L'agriculture étoit
compadans les deux
égalemnent négligée
iles, et la paresse
les habitans sur les
endormoit
aussi étoient-ils
propriétés du terrain ;
exposés à de
disettes : il y avoit peu d'années fréquentes
sent réduits à
où ils ne fusse disperser dans les bois
y chercher à vivre de la chasse
pour
nes : jai été assez heureux
et des racicette indolence
de les tirer de
et de leur
du travail; ils sont
inspirer l'amour
aujourd'hui. dans l'abon-
habitans sur les
endormoit
aussi étoient-ils
propriétés du terrain ;
exposés à de
disettes : il y avoit peu d'années fréquentes
sent réduits à
où ils ne fusse disperser dans les bois
y chercher à vivre de la chasse
pour
nes : jai été assez heureux
et des racicette indolence
de les tirer de
et de leur
du travail; ils sont
inspirer l'amour
aujourd'hui. dans l'abon- --- Page 75 ---
AUTOUR DU M O 1e N D E.
dance, sur-tout depuis que je les ai formés
à la culture du manioc, queje leur Avoisapporté du Brésil. Ce ne fut pas sans peine
que je leur fis recevoir cet usage; j'eus besoin d'employer lautorité pour les assujettir à planter cinq cents pieds de cette racine.
par tête d'esclave : la plupart ridiculement
attachés à leur ancienne méthode s'efforçoient de discréditér cette plante; ; quelquesuns même eurent l'audace de détruire les
nouvelles plantations en les arrosant avec de
leau bouillante; mais l'expérience ayant
vaincu le préjugé, ils reconnoissent aujourd'hui lutilité d'une production qui met pour.
toujours les deux iles à couvert de la famine..
Quand les ouragans, 7 dont on y ressent de
fréquens effets, ont anéanti leurs moissons,
Otl lorsqu' elles ont été ravagées par les sauterelles, ce qui n'est pas moins commun,
on trouve dans le manioc un remède à toutes ces pertes. Outre cette racine, les deux
iles, qui étoient presque sans bled, en fournissent actuellement chaque année cinq ou
six cents muids de la meilleure espèce; mais
comme ce n'étoit point assez de pourvoir à
la.s subsistance des habitans par la culture
E 4 --- Page 76 ---
NOUVEAUL VOYAGE
des terres, il falloit veiller à la, streté du
pays, qui n'avoit ni magasins, ni fortifications, ni hôpitaux, ni ouvriers ni
ni marine.
troupes,
- jcc On m' 'avoit assuré , continue Labourdonnais, que j'y trouverois des ingénieurs:
ony en avoit envoyé effectivement, mais il
s'étoit élevé entre eux et le conseil des dispates quiles avoient divisés; les uns étoient
retournés en France, pour y porter leurs
plaintes, les autres s'étoient retirés dans des
habitations particulières. Sans ingénieurs,
sans architectes, je fus obligé d'exercer mois
méme cêtte double fonction. Comme je savois heureusement un peu de dessin, de fortification et de
mathématiques 7 je dressaides
plans qui furent approuvés de la compagnie.
Pour les cxécuter; il falloit des ouvriers: je
rassemblai tout ce.que je pus trouver de Né.
gres ; je les mis en apprentissage sous des
maitres quej'avois en fort petit nombre. Jugez combien il m'en couta de peines
pour
obliger lés uns à donner des instructions,
les autres à les recevoir. Lassemblage des
matériaux ne fut pas une opération moins
difficile : il falloit conper du bois, tirer des
vés de la compagnie.
Pour les cxécuter; il falloit des ouvriers: je
rassemblai tout ce.que je pus trouver de Né.
gres ; je les mis en apprentissage sous des
maitres quej'avois en fort petit nombre. Jugez combien il m'en couta de peines
pour
obliger lés uns à donner des instructions,
les autres à les recevoir. Lassemblage des
matériaux ne fut pas une opération moins
difficile : il falloit conper du bois, tirer des --- Page 77 ---
AUTOU R D U M O N D E.
pierres; les transporter, les tailler , et - il n'y
avoit ni chemins, ni chevaux, ni chariots:
je me trouvai donc dans la nécessité de faire
ouvrir de grandes routes, dompter des taureaux, construire des voitures par des gens
d'autant plus rebutés de ces entreprises qu'ils
joignoient à leur paresse naturelle une extrême insensibilité pour le bien public;, c'est
pourtant avec de si foibles secours que je
suis paryenu à faire des bâtimens considérables. Qnandje suis arrivéàl l'ile de France,
les constructions se réduisoient tont anl plus
à trois cents toises courantes de mâçounerie; on en comptoit à peu près autant dans
l'ile de Bourbon; au lieu qu'en) peu d'années
j'en,ai fait faire douze mille toises : ces Oulvrages consistent en magasins, 7 arsenaux ,
hôpitaux, batteries. fortifications, logemens
pour les officiers, bureaux, moulins, aqueducs, etc. Le seul canal qui iconduitles eanx
douces au port et aux hôpitaux, - 9 contient
trois mille six cents toises de longueur..
C Onignoroit tautrefois dans l'ile de France
ce que c'étoit que radouben ou carenuer un
/.
vaisseau. Les habitans qui avoient un bateau pour la peche étoient obligés d'atten- --- Page 78 ---
NOUVEAU VOYAGI E
dre un navire qui vint relâcher dans leur
port pour y faire des réparations. J'entrepris
de les piquer d'émulation en les
à me seconder. Je fis chercher, engageant
2 couper,
transporter tous les bois convenables à la
marine : quand les matériaux furent préparés,je commençai par fabriquer des pontons pour le carennage, d'autres pour la dé.
charge des bâtimens : en moins de dix-huit
mois, je fis construire un brigantin qui se
trouva très-bien fait. L'année suivante, je
mis sur les chantiers un navire de cinq cents
tonneaux : aujourd'hui on radoube, et Ton
fait aussi bien des vaisseaux à l'ile de France
qu'à l'Orient. Les Hollandois, quil'ont autrefois possédée, lui avoient donné le nom
d'ile Maurice, en l'honneur de Maurice de
Nassau, prince d'Orange, leur amiral >>.
Outre les deux iles dont nous venons de
parler , nous en avons vu une multitude
d'autres dont Madagascar est entourée : les
unes, au nombre de sept, se nomment les
Irmas, ou les sept Soeurs; ; les autres, au
nombre de cinq, appelées Comores du nom
de la plus grande, sont gouvernées par de
petits souverains et peuplées par quolques
nom
d'ile Maurice, en l'honneur de Maurice de
Nassau, prince d'Orange, leur amiral >>.
Outre les deux iles dont nous venons de
parler , nous en avons vu une multitude
d'autres dont Madagascar est entourée : les
unes, au nombre de sept, se nomment les
Irmas, ou les sept Soeurs; ; les autres, au
nombre de cinq, appelées Comores du nom
de la plus grande, sont gouvernées par de
petits souverains et peuplées par quolques --- Page 79 ---
AUTO U R D U M O N D E:
Nègres qui trouvent à peine de quoi s'y nourrir. Les Irmas appartiennent aux Portugais
et sont presqu'inhabitées: Le gouvernement
ne pourroit-il pas, avec des hommes tels
que Labourdonnais, en't tirer un grand parti?
Outre leur nongénéral, ces iles ont des noms
particuliers, et ne sont pas toutes également
stériles : celle de Johanna ou d'Anjuan est
diversifiée par des vallées et des montagnes;
mais les habitans sont d'une paresse extréme : ils aiment mieux endurer la faim que
les fatigues du travail. On les croit issus
d'une race d'Arabes basanés, mélée de quelques femmes éthiopiennes. Leur religion 3
s'ils en ont une 3 est le mahométisme; leur
langage est l'arabe ; leur principale richesse
consiste en de petits coquillages qui servent
de monnoie dans différentes parties de TAsie. L'ile de Mozambique, possédée et habitée, par les Portugais, n'a guère que deux ou
trois lieues de tour; c'est un port de rafraichissement pour les vaisseaux qui vont de
Lisbonne à Goa : les fruits acides et les racines du pays sont des préservatifs excellens
contre le scorbut. Ce port est défendu par
unecitadelle : les Portngaisle regardent com- --- Page 80 ---
NOUVEAU VOYAGE
me la clef de leurs possessions dans les Indes; c'est la meilleure place qu'ils aient sur
ces mers. On compte à Mozambique deux
mille habitans, parmi
il
/
lesquels y a beaucoup de moines, comme dans presque toutes les possessions espagnoles et portugaises.
Les palmiers, les
citronniers, 9 les orangers,
les figuiers, sontles arbres les plus communs
du pays.
Commer nous avions suffisammént reconnu
et observé toutes. ces différentes iles dans un
séjour d'environ trois semaines, nous cràmes devoir profiter d'un vaissean qui venoit
d'arriver de Lisbonne, et dont la destination
étoit pour l'Abyssinie. Nous voulàmes ne pas
laisser échapper cette occasion de connoitre
le pays des Abyssins, connu autrefois sous
le nom d'Ethiopie : on nous admit parmi les
passagers. Nous partimes pour la côte septentrionale du Zanguebar, Jaissant à gauché
Jes iles de Quérimba, de Quiioa, de Monfia,
de Zanzibar, - de Pemba', de Monbasa, de
Malinde, de Lamo et de Paia, toutes situées
Sir la côte orientale d'Afrique : les unes appartiennent anx Portugais, les autres nen
sont que les tribataires. Voici ce que nous
Ethiopie : on nous admit parmi les
passagers. Nous partimes pour la côte septentrionale du Zanguebar, Jaissant à gauché
Jes iles de Quérimba, de Quiioa, de Monfia,
de Zanzibar, - de Pemba', de Monbasa, de
Malinde, de Lamo et de Paia, toutes situées
Sir la côte orientale d'Afrique : les unes appartiennent anx Portugais, les autres nen
sont que les tribataires. Voici ce que nous --- Page 81 ---
AUTOUR DU M O N D E.
avons appris de ces différentes iles d'après
les renseignemens que nous nous sommes
procurés dans la ville et port de Brava dont
nous parlerons bientôt, et où nous avons
débarqué:
L'ile de Quérimba passe pour être fertile
en légumes, 1 en pâturages et en gibier : il
n'ya a guère que quelguesmaisons et cabanes
dispersées dans toute Tile; elle étoit autrefois soumise aux Arabes. Celle de Quiloa a
le titre de royaume, 9 et son souverain est
vassal du roi de Portugal : la capitale du méme nom étoit jadis très-opulente par: son com
merce avec Sofala, I'Arabie et les Indes, et
habitée en partie par des Chrétiens Abyssins, en partie par des Mahométans. La
flotte de l'amiral Cabral, faisant voile pour
Calicut, vint mouiller à Quiloa. Vasco de
Gama y vint deux ans après. Les Portugais
s'en sont emparés, du moins en partie; ils
y ont construit un fort, ét mis une garnison
pour tenir toujours cette, ile dans leur dépendance: elle compte parmi ses'habitans, presquetous! blancsde couleur, des Mahométans
et des Idolâtres. Le roi de Quiloa étoit autrefois le plus puissant de cette côte; mais --- Page 82 ---
NOUVEAU VOTAGE
divers peuples voisins ont ruiné
L'ile de Monfia
ses étatsa
ne renferme que quelques
villages, et rien de remarquable. Pemba
Zanzibar ont chacune le titre de
et
et sont tributaires des
royaume, 3
iles
Portugais : ces trois
produisent beaucoup de riz, de miel et
de cannes à sucre; on y voit des forêts de
citronniers. La plupart des habitans suivent
la religion mahométane. Montbasa n'est séparée du continent que par les bras d'une
rivière qui se jette dans la mer par une double embouchure : le terroir
sorte de fruits et de
produit toute
infinité
végétaux; il offre une
de vergers plantés de citronniers et
d'orangers. Le pays abonde en
l'eau y est excellente, le climat troupeaux;
T'air très > sain. Le port est contimuellement tempéré,
rempli de vaisseaux. Mélinde est
gouvernée
par un prince mahométan avec lequel les
Portugais sont alliés depuis près de trois
cents ans : sa cour est plus brillante
celle de tous les autres souverains de que
côte. La plupart des marchands
cette
mercent à Mélinde sont des
qui com>
Indiens de Cambaye et de Guzarate; ils apportent des
ces, du cuivre, du mercure et des toiles épi- de
uellement tempéré,
rempli de vaisseaux. Mélinde est
gouvernée
par un prince mahométan avec lequel les
Portugais sont alliés depuis près de trois
cents ans : sa cour est plus brillante
celle de tous les autres souverains de que
côte. La plupart des marchands
cette
mercent à Mélinde sont des
qui com>
Indiens de Cambaye et de Guzarate; ils apportent des
ces, du cuivre, du mercure et des toiles épi- de --- Page 83 ---
AUTOUR D U MONI D E.
coton, qu'ils échangent contre de l'or, de
l'ivoire, de l'ambre et de la cire. Les femmes de Mélinde sont, en général, très-belles. Les villes de Lamo et de Pata ont passé
au pouvoir des Arabes mahométans ; elles
sont aujourd'hui gouvernées par de petits
rois qui paient un tribut au Portugal: c'est
tout ce qu'il importe de savoir de ces deux
iles situées sur la côte la plus septentrionale de Zanguebar. Cette côte, depuis Mozambique jusqu'au cap de Guardafu, qui
forme la pointe la plus orientale dé l'Afrique (1), est habitée par des Arabes. L'intérieur des terres contient des Nègres idolàtres, livrés à toute sorte de superstitions. La
plupart de ces terres sont basses et sujettes
(1)Le mot Afrique est un mot corrompu qui vient
de Farracka, qui signifie divisé ou détaché, parce
que c'est une partie de la terre que la mer sépare de
l'Europe, comme le golfe Arabique, et le détroit
qui est entre la mer Rouge et la Méditerranée, la
séparent de l'Asie. L'Afrique est bornée au septentrion par la Méditerranée, à l'orient par l'isthme de
Suez,la mer Rouge: et l'Océan orientalyrat midi
par la mer d'Ethiopie,.ct à l'occident par l'Océan --- Page 84 ---
NOUVEAU VOYAGE
aux inondations:les bois
elles sont couvertes
impénétrables dont
chaleur ne soit excessive. n'empéchent pas que la
noissent
Ces peuples conpeu Tagriculrure, et la nature
ble n'avoir placé de l'or dans
semstérile
cette contrée.
que pour la faire habiter.
Nous avons débarqué, ainsi
vons déja dit, dans le
que nous l'ade Brava, à
port et sous les murs
l'extrémité de cette méme côte.
Cette ville, qui estit
gouverne en
se
trds-commergmnte,
république, sous la
des Portugais : c'est dans cette ville protection oùt
avons trouvé toutes les
nous
parer un voyage de plus dec ressources pour prédans l'intérieur
quatre cents. lieues
oul l'on
des terres, 1 à travers un
ne trouve que dej loin en loin, pays
ettrèsAtlantique: : ainsi T'Afrique est enyironnée de
toute part; excepié du côté de l'Asie, dont mers elle de
séparée par unev langue de terre,
le est
de Suez.
est
appelée détroit
L'Afrique
en forme de
la base s'éténd le long de la
Pyramide dont
l'embouchure da
Miditerranée depuis
et dont les.deux côtés Niljusqu'an détroit de Gibraltar,
sont arrosés à l'orient
mer Rougeyà l'occident
par la
et se joignent au cap de par l'Océan Ailantique 7
Boune-Espérancesrarement
langue de terre,
le est
de Suez.
est
appelée détroit
L'Afrique
en forme de
la base s'éténd le long de la
Pyramide dont
l'embouchure da
Miditerranée depuis
et dont les.deux côtés Niljusqu'an détroit de Gibraltar,
sont arrosés à l'orient
mer Rougeyà l'occident
par la
et se joignent au cap de par l'Océan Ailantique 7
Boune-Espérancesrarement --- Page 85 ---
AUTOUR, D U M O NDE
rarement, des villes, desl logemens, des pro-.
visions.Nous nousprocurâmes quelques mus
lets pour porter le bagage, et des chevaux
arabes pour commencer notre route dans
l'Abyssinie, c'est-à-dire, dans cette vaste
contrée que les anciens ont connue sous le
nom d'Ethiopie; elle tire sa dernière dénomination des Abyssins, peuples arabes
qui descendent, dit-on, d'une colonie de
Sabéens. Onignore l'époque précise de cette
transmigration, mais on la croit très-ancienne.
mot
Tome III.
F --- Page 86 ---
N OUVEAU VOYAGE
JGAS
XXV.
CHAPITRE
De PAbyssinie ou Ethiopie.
SiThistoire des premiers siècles de presque
nations civilisées de Tantoutes les grandes de fables et d'absurdités,
tiquité est remplie
cahos pressi leur origine ne présente qu'un celle des Ethio:
qu'imposible à débrouiller,
barbare
piens, peuple resté plus long-tems
doit
et qui n'est encore qu'a demi-policé,
être bien autrement obscure et incertaine.
Les annales éthiopiennes ne nous apprenrien de positifjusqu'au quanent presque de notre ère, qu'on dit être
trième*siècle
de la religion
Tépoque de T'établissement Suivant la tradichrétienne dans le pays.
Ethio:
la dynastie fondée en
tion commune,
auroit régnéj juspie par un fls de Salomon, de
lui sucqu'aTannée 960. La famille Zagé
donna plusieurs rois à TAbyssinie
céda, et, --- Page 87 ---
AUTOUR DU M OND'E.
dans le cours de 340 ans. Cette révolution
fut le fruit du crime d'une reine adultère
qui fit périr tous les princes de la famille
royale pour mettre sur le trône un fils qu'elle
avoit eu d'un seigneur du pays. Il n' 'échappa
à sa fureur qu'un d'entre eux qjui trouva un
asyle dans un royaume voisin, où sa postérité se maintint pendant plus de trois siècles. Après T'extinction de-la seconde dynas:.
tie, la première race fut rappelée ail trône
par les grands de l'état. Un de ces princes
favorisa la religion romaine, et s'efforça de
l'établir dans tout lempire ; mais cette innovation causa de si grands troubles qu'ilf fut
obligé d'expulser les jésuites qui lui a voient
suggéré cette imprudente idée, 9 et de consentir au rétablissement de l'ancien culte. On
prétend néanmoins qu'il entroit autant de
politique que de zèle dans la protection que
les empereurs d'Ethiopie avoient accordée à
la religion chrétienne et aux jésuites. l'Abyssinie, ravagée depuis quatre- vingt ans par
lés incursions continuelles des Sarrasins, se
trouvoit réduiteà des extrémités facheuses;
un de'ces princes écrivit au pape et au roi
d'Espagne pour les engager à le secourir
F. 2
entroit autant de
politique que de zèle dans la protection que
les empereurs d'Ethiopie avoient accordée à
la religion chrétienne et aux jésuites. l'Abyssinie, ravagée depuis quatre- vingt ans par
lés incursions continuelles des Sarrasins, se
trouvoit réduiteà des extrémités facheuses;
un de'ces princes écrivit au pape et au roi
d'Espagne pour les engager à le secourir
F. 2 --- Page 88 ---
NOUVEAU VOYAGE
contre cès barbares. Par la même lettré il
demandoit en mariage, pour son fils, à Philippe III, la princesse Anne d'Autriche, qui,
destinée pour une alliance plus digne d'elle,
épousa Louis XIII, roi de France. Au lieu
de troupes, on n'envoya aux Abyssins que
des missionnaires dont l'arrivée augmenta
les troubles sans grossir le nombre des prosélytes.
L'empereur, voyant son royaume en feu,
céda enfin aux instances de ses sujets 1 et
rendit à ses peuples leurs cérémonies etleur
culte; mais les Ethiopiens en conçurent une
telle haine contre lesj jésuites qu'ils les chassèrent tous. On a fait depuis de vaines tenJ
introduire chez les Abyssins la
tatives pour
religion; romaine. Au nom seul de jésuites
ou de missionnaires, , le peuple, et sur-tout
les moines, sont toujours prêts à se soulever. Il n'ya aucune apparence qu'on puisse
jamais leur faire quitter le rit grec, qu'ils
embrassèrent versle milieu du sixièmesiècle.
Nous laissâmes à droite la côte d'Ajan et
d'Adel, autrement dit de Zéila,
le royaume
la ville
du nom de sa capitale, > et A gauche
de Jubo et les Maraçates : ces derniers OC-. --- Page 89 ---
AUTOUR DI U M ON DE.
cupent une grande région d'oi l'on ne tire
que des esclaves. Cette terre est remplie de
lions, d'éléphans et de tigres : on y voit des
singes aussi grands que des hommes, des
serpens aussi gros que des singes. Nous entrâmes chez les Abyssins par les provinces
méridionales, quiont, comme toutes celles
del'empire, le nom de royaume, sans doute
parce qu'elles étoient gouvernées autrefois
par des rois particuliers : c'est ainsi que celles' d'Espagne, quoique soumises depuis longtems à un seul maitre, ont conservéleur an:
cien titre; on en compte plus de trente en
Erhiopie, dont quelques-unes sont tributaires, les autres entièrement dépendantes de F
J'empereur. Parmi ces dernières les principales sont Amahara, Bagemder, Cambat,
Damot, Tigre, Dembéa, Goyame, Naréa,
Sémen, une partie de Shewa, et quelques
autres possessions moins importantes : ces
domaines, à la vérité, sont la meilleure portion del'Abyssinie; mais ils forment à peine
la moitié de son ancienne étendue. Les Turcs
et les Arabes ont envahi plusieurs provinces, les unes du côté de l'Egypte, les autres
vers le golfe Arabique : ces derniers ont en:
F 3
der, Cambat,
Damot, Tigre, Dembéa, Goyame, Naréa,
Sémen, une partie de Shewa, et quelques
autres possessions moins importantes : ces
domaines, à la vérité, sont la meilleure portion del'Abyssinie; mais ils forment à peine
la moitié de son ancienne étendue. Les Turcs
et les Arabes ont envahi plusieurs provinces, les unes du côté de l'Egypte, les autres
vers le golfe Arabique : ces derniers ont en:
F 3 --- Page 90 ---
NOUVEA A U VOYAGE
levé tous les ports de mer. Les Galles et au:
tres barbares ont usurpé les pays situés au
midi et à l'ouest. Malgré toutes ces pertes,
T'empire d'Ethiopie est encore aujourd'hui les
aussi. grand que la France. On-croit que
Galles, dont nous venons de parler, sont
des côtes orientales de l'Afrique
originaires lieux voisins de la mer des Indes ;
et des
descendent d'anciens
d'autres disent qu'ils
été maltraiesclaves éthiopiens 7 qui, ayant
s'atleurs maitres, prirent la fuite,
tés par
le
de Bali, avec
troupérent dans
royaume
d'autres aventuriers, et y formèrent plu-
: ils se rendirent ensuite
sieurs peuplades
vers le milieu du seiredoutables, sur-tout
zième siècle. Ces peuples sont mjourdlui deux
tribus et forment
partagés en plusieurs, embrassent, comme
nations principales qui
presdemi- cercle d'orient en occident,
un
méridionale de T'Abyssique toute la partie tous les huit ans un général
nie; ; ils élisent
toutes ces
qui prend le titre de roi, et auquel
tribus obéjssent.
provinces de
Nous traversâmes plusieurs
ville;
TAbyssinie sans rencontrer une. seule
trouvâmes beaucoup de monasmais nous --- Page 91 ---
AUTOUR DU M ON DE.
téres : ilr n'y a point de pays, pas même en
Italie, 2 oà il y. ait,autant de moines ; ils y
sont venus d'Egypte au quatrième siècle ;
ils y ont, si, prodigieusement pullulé qu'on
en compte aujourd'hui plus de cent mille
dont plusieurs vivent dans.. l'oisiveté et T'abondance. Le goût dela vie solitaire et ascétique est assez généralement répandu dans
l'Abyssinie : on voit des hommes qui passent pour avoir du bon sens, 3 se' retirer sur
d'affreuses montagnes, dans des tours isolées, ou dans le creux des rochers, pour
mener dans ces horribles demeures ce qu'ils
appellent la vie contemplative. L'estime que
le vulgaire accorde à ces hommes singuliers,
et e Ja paresse sinaturelle dans un. climat bràlant, contribue beaucoup à en multiplier le
nombre : on a vu des,empereurs honorer ces
solitaires de leurs visites. La créance et la
discipline ecclésiastique de T'Abyssinie sont
à peu près les mêmes que dans les églises
grecques.
LAbyssinie n'a point de villes, et les villages ne sont qu'un assemblage confus de
tentes et de cabanes. Les vice-rois, les ministres, les gouverneurs, toutes les person;
F 4
bràlant, contribue beaucoup à en multiplier le
nombre : on a vu des,empereurs honorer ces
solitaires de leurs visites. La créance et la
discipline ecclésiastique de T'Abyssinie sont
à peu près les mêmes que dans les églises
grecques.
LAbyssinie n'a point de villes, et les villages ne sont qu'un assemblage confus de
tentes et de cabanes. Les vice-rois, les ministres, les gouverneurs, toutes les person;
F 4 --- Page 92 ---
NOUVEAU VOYAG'E
nes de distinction, le roi lui-méme, qui prend
le titré de négus ou.roi des rois,
sous des tentes qu'ils font
campent
transporter où il
leur plait; c'est dans la province de Dembéa que les empereurs les établissent depuis
plus d'un siècle : ces camps, dont l'étendue est-très-vaste, sont divisés en quatre
parties et ont chacun leur commandant; le
pavillon royal est placé au centre, Nous
avons vu manger l'empereur en public, ce
qui n'arrive qu'à certaines grandes fêtes : il
étoit, assis sur une espèce de lit; il avoit devant lui une grande table, à côté del laquelle
on en voyoit d'autres plus basses pour les
seigneurs de sa Cour. Le boeuf, le mouton,
la volaille sont les seules viandes qu'on
y
présente 3 on ne mange point de gibier en
Ethiopie : ces viandes sont presque toutes
apprêtées en ragolts, et chargées de tant de
poivre et autres épices qu'un Européen auroit peine-à s'y habituer. On ne sert qu'en
vaisselle de fayance, et qu'un seul plat à la
fois : l'usage des nappes et des serviettes est
inconnu, en général, chez les Africains; on
couvre les tables avec des gateaux de froment, ou dès espèces de galettes fort min- --- Page 93 ---
AUTOU R DI U MON) I E.
8g
ces et fort larges qui servent de pain, et
auxquelies on s'essuie les doigts : on n'a ni
couteanx, ni cueillères, 9 ni fourchettes. Le
roi et les grands ne se donnent pas la peine
de porter eux-mêmes les alimens à leur
bouche : les pages'et les esclaves qui les servent coupent les viandes'en morceaux fort
menns,les mélent avec le pain, le potage,
les légumes etc.; ils en : forment de grosses
bonles qu'ils font manger à leur maitre, 2
comme : s'ils empâtoient des volailles. Ces
gens s'imaginent qu'il est de la' dignité de
leur état d'avaier de gros morceaux ct de
faire beaucoup de bruit en mâchant. Iln'y
a que les gueux, disent-ils, qui, par néces:
sité, font de petites bouchées; et les voleurs,
qui, par crainte, mangent sans faire de bruit!
Nous fumes fort surpris de voir apporter du
boeufcru sur la table de T'empereur: on l'as:
saisonna d'une manière qui nous étonna en:
core plus; après qu'on l'eut coupé par morceaux, on l'arrosa ayec le fiel de Tanimal,
qui passe pour un excellent dissolvant, et
on le couvrit d'épiceries. Ce ragodt, qu'ori
regarde comme un méts exquis, nous parut fort degottant. On prend dans les intes-
umes fort surpris de voir apporter du
boeufcru sur la table de T'empereur: on l'as:
saisonna d'une manière qui nous étonna en:
core plus; après qu'on l'eut coupé par morceaux, on l'arrosa ayec le fiel de Tanimal,
qui passe pour un excellent dissolvant, et
on le couvrit d'épiceries. Ce ragodt, qu'ori
regarde comme un méts exquis, nous parut fort degottant. On prend dans les intes- --- Page 94 ---
NOUVEAU VOYAGE
9o
tins du boeuf les herbes qui ne sont point
encore digérées ; on les mêle avec de la
viande et de la moutarde; ce qui devient
selon nous 1 encore plus déun manger,
L'empereur prit un
golitant que le,premier.
dans un
a
d'eau-de-vie. qu'on lui présenta
pen
vase de crystak, et. batdelhydromel pendant
: sil-lui arrive, de faire queltout, le repas
le moment
qu'excbs :. on Tavertit, et, dans
il quitte la table. La bierre etThydromel
ordinaires des peuples d'E
sont les breuvageso
dans les,
thiopie. : on en boit copiensement
visites; les Abyssins croiroient: se manquer
s'ils
point
les uns aux autres,
nes'enivroient: talons
dans ces occasions. Assis sur leurs
7,
ils se rangent en cercle autour de la cabane;
ou de
un valet apporte un peu d'hydromel,
bierre,. en boit le premier, et le présente
ensuite à la ronde. La visite ne finit que
à boire.
lorsqu'on cesse d'apporter
étonnés de ne
Nous ffmes d'abord assez
voir de vin-dans un pays où il y a des
pas
excellens; mais on nous en donna
raisins
bonne raison, c'est qu'il ne se gardeune
chaleurs. On
roit point à cause des grandes
de
se fait avec
lui préfère une liqueur qui --- Page 95 ---
AUT O U R D U M O N D E.
9t
l'orge germé, roti, pulvérisé, et préparé ensuite comme le café. Sur quatre parties d'eau
on en met une dem miel, et dans dix livres dece
mélange on jette deux ou trois onces d'orge:
on laisse fermenter le tout pendant quelques
heures dans un endroit chaud; on le renue
de tems en tems, et en moins de quatre
jours on a un hydromel clair, pur,, de la
couleur du vin-d d'Espagne, et dont on tire
une ean-de-vie qui est aussi bonne que la
nôtre. L'art de bâtir, connu en Ethiopie,
comme on le voit par d'anciennes ruines,
s'est totalement perdu chez les Abyssins.
Nous avons déja dit que leut fameuse.ville
d'Axuma, ; jadis capitaie de l'empire étl la résidence deleurs rois, n'est maintenantqu'un
simple village; elle étoit autrefois ornée de
beaux édifices, d'une baigse.dobdliaqueasy
de maisons royales. On y trouve des inscrip:
tions toutes renversées, toutes rongées, en
caractères que l'on ne connott plus, ce qui
en poovelespfmsantiguié La décadence
de cette ville est venue de ce que les rois
d'Ethiopie, préférant les campemens au séjour des cités, portèrent leur résidence loin
village; elle étoit autrefois ornée de
beaux édifices, d'une baigse.dobdliaqueasy
de maisons royales. On y trouve des inscrip:
tions toutes renversées, toutes rongées, en
caractères que l'on ne connott plus, ce qui
en poovelespfmsantiguié La décadence
de cette ville est venue de ce que les rois
d'Ethiopie, préférant les campemens au séjour des cités, portèrent leur résidence loin --- Page 96 ---
92.
NOUVEAU VOYAGE
de la capitale; elle a été de
les guerres ; mais
plus ravagée par
qu'elle étoit
ce qui en reste fait voir
d'une très-grande étendue. Les
camnpagnes qui T'environxent sont fertiles
agréables et dignes d'une ville
;
L'or et le sel sont la monnoie impériale.
sert en
dont on se
Abyssinie : l'or n'est pas
coin du
marqué au
princey comme en
il est
en lingots; on en coupe à mesure Europe;
a besoin,
qu' on en
depuis une oncej jusqu'à une demidragme ; et pour qu'on ne T'altère
parstout des orfèvres
pas, il ya
Le sel est d'une blancheur qearjegentafépnaure
comme de la
éclatante et dur
pierre : on le tire des
gnes oùt il est accumulé
montatribué
en monceaux et dispar couches de Tépaisseur d'une brique commune. On' le détache facilement
parce qu'il est fort tendre dans la mine
mais. il durcit à l'air et
;
tance
prend une consisqui en permet aisément le
On le voiture dans les
transport.
où lon
magasins de
en forme des tablettes
l'empire,
pied et larges de trois
longues d'un
tablettes valent
pouces : dix de ces
un écu de notre
on les rompt selon le
monnoie:
paiement quel'on veut --- Page 97 ---
AUTOUI R DI U MO N D E.
Faire; elles servent à la fois, et d'argent pour
le commerce, êt d'assaisonnement porr la
table.
Les plus riches mines d'or de l'Abyssinie se
trouvent dans les royaumes de Naréa, d'Amot et de Goyame, elles furentl long-tems le
principe de tous ces voyages des Portugais
dont les missions, les conversions, n'étoient
que le prétexte. Comme ils avoient épuisé
leurs efforts en Asie, ils n'étoient presque
pas en état de rien entreprendre dans le milieu del'Afrique. L'or qu'on tire aujourd'hui
de ces mines est purifié, mis en lingots et
porté dans le trésor impérial. On ne voit
point d'argent dans le pays, soit que la nature en produise peu, soit que les Abyssins
ne sachent pas le séparer de la terre et le
préparer. L'art de creuser des fourneaux
dans les montagnes, et d'y pratiquer des
mines, leur est inconnu, et ne s'accorde
point avec leur paresse : tout le fer dont ils
se servent s'offre à eux sur la superficie de
la terre, sans qu'ils soient obligés de l'en
tirer avec effort. L'extrême chaleur du climat est la cause qui rend les Abyssins si
que les Abyssins
ne sachent pas le séparer de la terre et le
préparer. L'art de creuser des fourneaux
dans les montagnes, et d'y pratiquer des
mines, leur est inconnu, et ne s'accorde
point avec leur paresse : tout le fer dont ils
se servent s'offre à eux sur la superficie de
la terre, sans qu'ils soient obligés de l'en
tirer avec effort. L'extrême chaleur du climat est la cause qui rend les Abyssins si --- Page 98 ---
NOUFEA U VOYAGE
fainéans; elle est si forte,
sur les côtes de la mer
principalement
sèche et péle la
Rouge, qu'elle deschête les
peau, fond la cire qui calettres, et laisse une telle
sion sur le sable
impresla braise. On
qu'on croit marcher sur de
le
ne distingue que trois
printerns, qui commence au mois saisons, de
tembre, l'été au mois de janvier,
sepmois de juin; ; mais ce dernier
Thiver au
tems des frimats
est moins le
que des pluies. Dès
soleil se couche, elles tombent
que le
lever avec des tonnerres
jusqu'à son
bles, et des éclairs
fréquens et terriqui se succédent
que sans intervalle. L'air est
presles
plus frais sur
montagnes : on y craint
fois le froid
le
plutôt quelqueque chaud; mais il n'y tombe
jamais de neige. Ce pays est hérissé de montagnes plus élévées que les
Alpes. Lamalmon,
Pyrénées et les
Geshen et Thabat-Mariam passent pour les monts les
célébres de
plus
l'Abyssinie; ils sont en
droits si escarpés
quelques enqu'on n'y peut monter
qu'avec des échelles : il faut tirér
avec des cordes les bêtes de
en haut
sieurs
charge, Plugrandes et belles rivières arrosent --- Page 99 ---
AUTOUR DU M O N DI E.
T'Abyssinie : la principale est le Nil, dontles
1 sources, long-tems inconnues, ont donné
lieu à tant de fables ; il n'est méme pas trèssur qu'on les connoisse actuellement. La diversité des opinions prouvé qu'on ne sait encore rien de certain à cet égard. On nous a
fait voir, dans le royaume de Goyame, 9 une
montagne fort élevée, sur le penchant de laquelle sont deux fontaines qu'on nous a dit
être les sources du Nil : l'une coûle à l'orient, l'autre àl l'occident; elles forment deux
ruisseaux qui se précipitént avec impétuosité dans une terre spongieuse couverte de
cannes et dejoncs : ces eaux né reparoissent
qu'à dix ou douze lieues de-là, oû, se réunissant, elles forment, dit on, le fleuve du
Nil, qui se grossit en peu de tems par le
tribut de plusieurs rivières : on prétend qu'il
passe au milieu du lac de Dembéa, sans qu'il
y méle ses eaux. Ce lac, qui donne son nom
àla province, . a cent lieues de long sur trente
ou quarante de large; l'eau en est douce,
agréable, et cent fois plus légère que celle
du Nil.
S En général, toute TAbyssinie jouit d'une
merveilleuse abondance. Parni les plantes
se grossit en peu de tems par le
tribut de plusieurs rivières : on prétend qu'il
passe au milieu du lac de Dembéa, sans qu'il
y méle ses eaux. Ce lac, qui donne son nom
àla province, . a cent lieues de long sur trente
ou quarante de large; l'eau en est douce,
agréable, et cent fois plus légère que celle
du Nil.
S En général, toute TAbyssinie jouit d'une
merveilleuse abondance. Parni les plantes --- Page 100 ---
NOUVEA A, U
VOYAGE E
qu'elle produit il y en a une admirable
appelle enseté ou ansade: : ses feuilles qu'on
si grandes qu'on en tapisse les
sont
elles servent de
chambres ;
viettes
draps, de nappes, de ser-
: lorsqu'ellès sont sèches on les taille
comme le linge; on le teint en toute
de couleurs, et l'on en fait d'assez sorte
étoffes. Les branches et les
belles
grosses côtes se
broient; on en tire une farine qui,
et cuite avec du lait,
trempée
passe pour un manger délicieux. Le tronc et les
pés en petits
racines, coumorceaux, et cuits de la méme
manière forment une, substance
nourrissante : les
encore plus
ne font guère
pauvres gens qui voyagent
d'autres provisions;
pelle-t-on T'arbre contre la faim, l'arbre aussil'apdes
pauvres, 1 quoique les riches en mangent
régal. Si on le coupe à huit ou dix
par
de terre, il en renait un grand nombre pouces
rejettons. Il porte à son sommet
de.
longue qui contient
une gousse
cing ou six cents
d'une qualité médiocre.
figues
Ily a dans l'Abyssinie des lions et des éléphans : ces derniers sont si communs
les rencontre
qu'on
partroupes dans les
et les forêts ; mais ils ne font campagnes
aucun mal, à
moins --- Page 101 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
97.
moins qu'on ne les attaque. Personne ne
songe à les apprivoiser, comme en Asie;
aussi ils dévastent les campagnes. Lestigres,
les léopards, les panthères 1 les hiennes
font également de terribles ravages. Dans la
classe des amphibies, T'hippopotame est ce
qu'il y a de plus remarquable : c'est un
animal qui habite plus dans Teau que sur la
terre,et qui tient à la fois du cheval et du
boeuf Souvent il sort des rivières pour Venir bronter Therbe sur le rivage; il SC nourrit quelanefois des chevres et des moatons
qui y paissent : ses dents sont d'une dureté
extréme; son cri estinue sorte de hennissement'; sa vue est perçante et terrible. Il est
plus hardi dans leau que sur la terre, où
les Abyesins ne craiguent point de l'attaquer. Sa rencontre est dangereuse dans les
fleuves, où il renverse les petites barqques.
On le tue pour avoir ses dents 7. qui. sont
plus blanches et moins sujettes à jaunir que
livoire. Sa peau est aussi fort estimée ; on
en fait des boucliers à Tépreuve du mousquet et de la lance. Les Abyssins en mangentla chair, qu'on dit être une assez mauvaise nourriture, La chasse de Thippopota:
l'ome IIL.
*
quer. Sa rencontre est dangereuse dans les
fleuves, où il renverse les petites barqques.
On le tue pour avoir ses dents 7. qui. sont
plus blanches et moins sujettes à jaunir que
livoire. Sa peau est aussi fort estimée ; on
en fait des boucliers à Tépreuve du mousquet et de la lance. Les Abyssins en mangentla chair, qu'on dit être une assez mauvaise nourriture, La chasse de Thippopota:
l'ome IIL.
* --- Page 102 ---
NOUVEAU VOYAGE
98.
me est un divertissement que prend quell'empereur sur le lac de Dembéa :
quefois
Tanimal, on le suit le
lorsqu'on apperçoit
sabre à la main, et on lui lie les jambes ;
alors presque plus nager, il
ne. pouvant bord du lac, où il achève de pervient au
dre son sang.
les
On a cru long-tems en Europe que
d'Ethiopie avoient le tein noir,
peuples
les confondoit avec leurs voiparce qu'on
de la Nubie : leur consins, les habitans
olivâtre, leur
leur naturelle est brune et
leur corps bien proportaille avantagense,
agréable; ils ont
tionné, leur physionomie blanches les
les lèvres petites, les dents
bien fendus, tous les traits
-
yeux grands,
bien
: ce
du visage réguliers et
prononcés
les hommes les plus
sont, sans contredit,
TAfrique.
beaux, les mieux faits de toute
Pour nous rendre à Sennar nous primes
de Goyame, sans
notre route parleroyaume
ni du Zenapprocher du pays des Agaves,
trèsdero, dont on dit que les peuples sont
ils habitent le voisinage du Nil; ;
féroces :
heureux"
éviter
mais nous fàmes assez
pour
de ces barbares. Les montala rencontre --- Page 103 ---
AUTOU H DI U M ONDE E. (99
gnes et les plaines nous offroient des spectacles égalementa agréables. Dans les unes
O11 voyoit un si grand nombre de maisons
qu'il sembloit que ce fiit une ville continuelle ; elles étoient séparées les unes des
autres par des haies vives, toujours vertes,
chargées de fruits et de fleurs, et entremélées d'arbres plantés sans ordre et sans
symétrie ; c'est, en général, l'idée qu'on
doit se former des villes de ce pays.
Nous nous arrêtâmes dans un vallon d'ébenniers et de cannes de bambou, où un
lion nous enleva un des chameaux que nous
nous étions procurés dans l'Abyssinie : ces
féroces animaux sont si communs dans cette
contrée qu'on les entend mugir toute la nuit.
On ne les écarte qu'en allumant de grands
feux qu'on a soin d'entretenir. Nous trouvâmes enfin, après plusieurs jours de route,
un petit ruisseau qui sépare T'Abyssinie du
royaume de Sennar, que les anciens appeloient la Nubie : le Nil qui Tarrose, dans
toute sa longueur, vint s'offrir à notre vue.
Nous nous embarquâmes dans de grands
troncs d'arbres, creusés en forme de naG 2
On ne les écarte qu'en allumant de grands
feux qu'on a soin d'entretenir. Nous trouvâmes enfin, après plusieurs jours de route,
un petit ruisseau qui sépare T'Abyssinie du
royaume de Sennar, que les anciens appeloient la Nubie : le Nil qui Tarrose, dans
toute sa longueur, vint s'offrir à notre vue.
Nous nous embarquâmes dans de grands
troncs d'arbres, creusés en forme de naG 2 --- Page 104 ---
NOUVEAU VOYAGE
celles, qui, sont les seuls bateaux du paysa
La route ne nous offrit rien jusqu'à Sennar , qui mérite une attention particulière. --- Page 105 ---
AUTOUR DU M ONI D 1 E.
CHAPITRE : XXVI
Du royaume de Sennar , autrefois la
Nubie.
Ca fut! au moyen de ces canots que nous
arrivâmes à Sennar. Cette ville contient environ cent mille ames ; elle a une lieue et
demi circuit. Les maisons n'ont qu'un étage; elles sont bâties sans symétrie et sans
gont. Les fauxbourgs ne contiennent que de
méchantes cabanes. Le palais du roi est construit de briques; il consiste dans un amas
confus de bàtimens d'une architecture simple et grossière, mais richement meublés de
tapis du Levant. ôn tient tous les jours dans
une place qui est au milieu de la ville, un
grand marché où les denrées se vendent au
plus bas prix. Un boeuf ne coute que cinquante sous, un mouton quinze, une poule
douze deniers; le reste à proportion. Il est
G 3 --- Page 106 ---
NOUVEAU VOYAGE
un autre marché où l'on
ves; ils sont assis à
expose Jes esclaterre les jambes croisées, les hommes et les garçons d'un
les femmes et les filles de l'autre
côté,
cher,
: les plus
c'est-à-dire, les plus vigoureux
les hommes, et les plus jolies, les mieux parmi faites
parmi les femmes,
de
9 coutent à peine dix écus
France; aussi les marchands
en enlèvent-ils tous les ans un d'Egypte
nombre. Les autres
très-grand
marchandises de ce
pays sont la. civette, le tamarin, les dents
d'éléphant, le tabac et la poudre d'or. La
civelté est un animal de la taille du
ou d'une grosse
chat,
fum
fouine; on en tire un parauquel on donne le nom de T'animal
qui le porte. On en éleve
beaucoup dans ce
pays : il y a des particuliers
rissent
qui en nour
jusqu'à trois ou quatre cents; on leur
donne du boenf cru et une espèce de
au lait. Pour en tirer le parfum, potage
on racle
proprement une matière onctueuse
sort
de leur corps avec la
qui
sueur; on la renferme
avec soin dans des cornes de boeuf
tient bien bouchées
qu'on
: elle a, lorsqu'elle est
nouvelle, la consistance du
sa
leur est blanche, mais elle miel;
coujaunit, et bru-
cents; on leur
donne du boenf cru et une espèce de
au lait. Pour en tirer le parfum, potage
on racle
proprement une matière onctueuse
sort
de leur corps avec la
qui
sueur; on la renferme
avec soin dans des cornes de boeuf
tient bien bouchées
qu'on
: elle a, lorsqu'elle est
nouvelle, la consistance du
sa
leur est blanche, mais elle miel;
coujaunit, et bru- --- Page 107 ---
AUTOU R DU M ONI DI E.
nit même en vieillissant. On en fait cun grand
usage dans tout le Levant. Les parfumeurs
d'Europe lemploient aussi dans le mélange
de leurs aromates. L'odeur de la civette,
quoique violente, est plus suave que celle
du musc ; mais l'une etl'autre ont passé de
mode depuis qu'on a connu l'ambre gris,
ou plutôt depuis qu'on a su le préparer.
Les marchandises qu'on apporte au royaume de Sennar sont des épiceries, du pa:
pier, du laiton, du fer, des. anneaux, des
grains de verre, du vermillon, et une certaine
espèce de noir dont les femmes se peignent
les paupières et les sourcils. Les négocians
du pays font un gros commerce du côté de
l'Orient, et principalement à Surate, d'oà
ils rapportent des marchandises des Indes;
ils emploient ordinairement deux ans à ce
voyage.
De Sennar nous nous rendimes aux états
du roi de Dongale, tributaire de celui de
Sennar. On trouve peu de villages sur cette
route ; mais les habitans, qui campent sous
des tentes, fournissent de's vivres aux voyageurs. Nous traversàmes d'abord des plaines
très-fertiles et passablement cultivées, d'ou
G 4 --- Page 108 ---
NOUVEAU VOYAGE
nous entrâmes dans des foréts
dont les arbres étoient chargés de d'acacias, fleurs
répandoient une odeur délicieuse
qui
: ces bois
sont pleins de perroquets et d'un grand nombre d'oiseaux d'un plumage très-varié, Arrivés à un village qui sert de faubourg à la
ville de Dongale, nous passâmes le Nil dans
un grand bateau que le prince entretient
pour la commodité du public. Cette ville
est située sur le penchant d'une colline,
bord oriental du Nil. Nous ne séjournames au
à Dongale, où notre intention étoit de revenir, qu'autant de tems qu'il en fallut pour
disposer tout ce qui nous étoit nécessaire
pour traverser les montagnes et les bois par
où il nous falloit passer pour voir la Nigritie. Nous avions entendu faire tant de récits
différens de cette contrée que nous vouldmes vérifier par nous-mémes ce qu'en racontent les voyageurs. Ce plan s'accordoit
faitement avec notre dessein de ne
parter
pas quit:
l'Afrique sans en avoir reconnu tout lin
térieur.
'autant de tems qu'il en fallut pour
disposer tout ce qui nous étoit nécessaire
pour traverser les montagnes et les bois par
où il nous falloit passer pour voir la Nigritie. Nous avions entendu faire tant de récits
différens de cette contrée que nous vouldmes vérifier par nous-mémes ce qu'en racontent les voyageurs. Ce plan s'accordoit
faitement avec notre dessein de ne
parter
pas quit:
l'Afrique sans en avoir reconnu tout lin
térieur. --- Page 109 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
CHAPITRE XXVIL
De la Nigritie.
La Nigritie est une des plus vastes contrées de T'Afrique, et en même tems une
des moins connues ; elle confine à T'Abyssinie et' à la Nubie, ou royaume de Sennar,
qui la bornent à Torient; elle tire son nom,
ou de la couleur noire de ses habifans, ou
du fleuve Niger qui la traverse dans toute
son étendue et la rend assez fertile. Ce pays,
séparé du reste du monde par des déserts
arides, par des montagnes escarpées, était
encore ignoré à la fin du dixième siècle. Un
Mahométan, que le hasard avoit conduit en
Barbarie, résolatde conrroitre toutes les parties de T'Afrique, traversa les déserts, franchit les montagnes, et arriva, enfn dans la
Nigritie. Les habitans, dont le nombre étoit
incroyable, n'avoient ni gouvernement, ni --- Page 110 ---
NOUVEAU VOYAGE
> religion ; ils vivoient dans une parfaite
éga:
lité: contens des productions du climat, ils
ne cherchoient point à faire des conquêtes.
Les uns cultivoient la terre, les autres
doient les
ils
gartroupeaux;
se réunissoient dix
ou douze, tant hommes que femmes,
passer la nuitdans une cabane.
pour
Chaquehomme prenoit la femme quilui convenoit
qu'elles étoient toutes en commun : les parce enfans l'étoient de méme, et toute une
peuplade ne formoit qu'une seule famille. Un
des premiers rois de Maroc poussa ses conquétes jusques dans cette contrée. Les Lybiens ensuite s'en rendirent maîtres. Enfin,
les Nègres, impatiens de la domination de
ces étrangers, secouèrent le joug. Un des
braves du pays de Tombut se mit à la tête
d'un parti et massacra leur nouveau roi. Les
Lybiens furent chassés. Tous les différens
cantons de cette contrée imitèrent cet exemple, - et ces différens trônes ne furent plus
occupés que par des Negres; ils conservèrent le gouvernement, les loix, la religion
établie par leurs prémiers maîtres : c'est delà que prit naissance cette multitude de
tits royaumes qui partage la
peNigritie, 2 et
Tombut se mit à la tête
d'un parti et massacra leur nouveau roi. Les
Lybiens furent chassés. Tous les différens
cantons de cette contrée imitèrent cet exemple, - et ces différens trônes ne furent plus
occupés que par des Negres; ils conservèrent le gouvernement, les loix, la religion
établie par leurs prémiers maîtres : c'est delà que prit naissance cette multitude de
tits royaumes qui partage la
peNigritie, 2 et --- Page 111 ---
AUTO U R D U M 0 N D E.
dont tous les habitans font profession du
mahométisme. Plusieurs de ces états ont
été conquis depuis par l'empereur de Maroc, et sont aujourd'hui gouvernés par des
pachas.
Voici ce que. nous avons principalement
observé dans tous ces différens pays que
l'usage a honorés du titre de royaume. Celui de Goaga est une petite contrée habitée
par un peuple barbare qui vit du produit
de ses troupeaux. Celui de Bournon abonde
aussi en bled et en troupeaux : on tire les
chevaux de Barbarie, etl'on est dans T'usage
de ne les payer qu'en esclaves. On trouve
beaucoup d'or dans un canton du royaume
de Guengara. Les royaumes, ou pour parler plus exactement les districts de Zanfara,
de Zegzeb, de Caséna, font aujourd'hui partie de la souveraineté de Tombut, dont celui de Cano est devenu tributaire, de méme
que ceux d'Agades, de Ginéa, de Melli, de
Guber et de Gualata. Celui de Gago tire
son nom d'une ville qui est, pour ainsi dire,
le rendez-vous de toutes les marchandises de
T'Afrique septentrionale : on y apporte des
draps de Barbarie, et l'on y amène des es- --- Page 112 ---
NOUVEAU VOYAGE
claves de tout Age et de tout sexe ; T'or
est si commun que tout s'y vend quatre fois y
plus cher qu'en Europe. De tous ces
Tombut est le seul à qui l'on puisse raison- pays,
nablement donner le titre de royaume : il
a dans sa capitale, qui porte le même
y
un grand nombre d'artisans
nom,
des toiles de coton
qui fabriquent
; on yapporte même des
draps d'Europe. Le roi de Tombut, auquel
tous ses voisins paient un tribut, est
tant tributaire lui-méme de
pourT'empereur de
Maroc; sa cour n'en est pas moins la plus
magnifique de toute la Nigritie : lorsqu'il
fait un voyage, ou qu'il va à la
chameau
guerre, , son
est conduit par les plus grands
seigneurs. Ses peuples ne l'abordent jamais
sans se prosterner : les étrangers, les ambassadeurs même ne sont pas exempts de
cette humiliante cérémonie. L'or est trèscommun dans ce pays, etil ne faut pas fouil.
ler bien avant pour le trouver.
Au nord de la Nigritie estle vaste désert
de Sara, qui du levant au couchant a plus
de huit cents lieues.. Ce pays, que les Latins appeloient désert de Lybie, est plat,
sablonneux et stérile. Les caravanes qui le
sans se prosterner : les étrangers, les ambassadeurs même ne sont pas exempts de
cette humiliante cérémonie. L'or est trèscommun dans ce pays, etil ne faut pas fouil.
ler bien avant pour le trouver.
Au nord de la Nigritie estle vaste désert
de Sara, qui du levant au couchant a plus
de huit cents lieues.. Ce pays, que les Latins appeloient désert de Lybie, est plat,
sablonneux et stérile. Les caravanes qui le --- Page 113 ---
AUTOUI R DU M O N DE.
traversent sont obligées de diriger leur marche avec la boussole. La disette d'eau en a
fait périr plusieurs; d'autres ont été ensevelis sous les sables. Il'n n'y a qu'une ville
nommée Tagazis ; elle est située dans la
partie occidentale du désert : les habitans y
sont fort pauvres. Le territoire ne produit
que du millet, des dattes et quelques olives.
Les peuples répandus dans le désert de Sara
sont un mélange de Maures et d'Arabes. Les
premiers sont originaires de Barbarie ; les
autres descendent de CES anciens Arabes qui
conquirent l'Afrique du tems des Califes :
on leur donne à tous le nom de Maures;
ils sont divisés en plusieurs tribus ; chacune
forme une petite république gouvernée par
un chef qui est ordinairement le plus riche
de la tribu. Leurs villages ne sont qu'un assemblage de tentes rangées en cercle dont
le centre est occupé la nuit par les bestiaux.
Des sentinelles veillent autour du camp.
Qnand le bétail à consommé tous les paturages d'un canton, on va s'établir dans
un autre. On mnet les femmes et les enfans
dans des paniers, sur le dos des chameauxe
Les meubles et les tentes sont portés par --- Page 114 ---
NOUVE A U VOYAGE
des boenfs, et les hommes, montés sur des
chevaux , conduisent la troupe. Cette vie
errante n'est pas tout à fait sans agré.
mens; elle lenr procure sans cesse de nouveaux voisins, de nouvelles commodités, de
nouvelles perspectives. C'est la vie des anciens patriarches. On ne se dérobé point à
la douce illusion que présentent de tels objets : on oublie son siècle et ses contemporains ; on dédaigne l'ambition et sa vaine
fumée; ; on ne regrette point une foule de
besoins factices et de faux plaisirs. On se
rappelle, on leur préfère ces tems"fortands,
tems de l'amour et de T'innocence, où les
hommes, dans leur simplesse, vivoient heureux et contens. L'habillement de ces
peuples approche assez de celui des Sauvages;
la plupart n'ont qu'une peau de chèvre autour des reins : les-plus riches se couvrent
d'une chemise avec des hant-de-chausses qui
leur descendent sur les talons; par-dessus
tout cela est une grande casaque, sans boutons, liée avec une ceinture qui leur fait
deux ou trois fois le tour du corps. Les femmes ont une chemise, et par-dessus une
toile de coton rayée, en manière d'écharpe.
ces
peuples approche assez de celui des Sauvages;
la plupart n'ont qu'une peau de chèvre autour des reins : les-plus riches se couvrent
d'une chemise avec des hant-de-chausses qui
leur descendent sur les talons; par-dessus
tout cela est une grande casaque, sans boutons, liée avec une ceinture qui leur fait
deux ou trois fois le tour du corps. Les femmes ont une chemise, et par-dessus une
toile de coton rayée, en manière d'écharpe. --- Page 115 ---
AUTOUR DU M ONI D E.
Une partie de leurs cheveux est relevée sur
la tête; l'autre est liée par derrière, et leur
tombe sur la ceinture : leurs boucles d'oreilles sont plus grandes ou plus précieuses à
proportion de leur richesse ; elles ont des
bagues à chaque doigt, des bracelets aux
jointures du bras, des chaines,et d'autres
anneaux à la cheville. du pied. Les filles
ne portent qu'un morceau d'étoffe autour
des épaules 1 avec une juppe de peau, 7
coupée en plusieurs bandes, qui les couvre assez bien dans un tems calme ou lorsqu'elles restent trancuilles ; mais la moindre agitation, le vent le plus léger la met en
désordre. Les Moresques ont le tein brun,
mais les traits réguliers, de grands yeux
noirs et brillans, la bouche petite, les dents
d'une extréme blancheur. L'occupation ordinaire de ces filles et de leurs mères, est
de filer le poil de chèvre et de chameau.
Enfin, les moeurs de ces peuples sont presque les mênes que celles des Arabes connus sous le nom de Bédouins.
De retour à Dongale nous nous rendimes
à Homol, sur le golfe Arabique, où nous
trouvâmes un vaisseau tout prét, au point --- Page 116 ---
NOUV E A U VOYAGE
qu'à peiue elmes-nous le terns
Aucun des écueils,
d'y entrer.
ou autres accidens si
commns sur la mer Rounge, ne
notre navigation. Nous
troubla
lement toute
traversâmes tranquil
cette partie de
s'étend le long dela côte
TOefan, qui
guebar, et
d'Ajan et de Zannous nous retrouvâmes
la
seconde fois à
pour
de
Mozambique. Il part tous les
jours
ce fort de petits bàtimens
férentes parties de
pour dif
T'Afrique où les Portugais ont des établissemens
: un des moins
éloignés est celui de Sena sur le fleuve dé
Couama, ou de Zambézé,
Enropéens l'entrée du
qui ouvre aux
Moromotapa. Cette
proximité nous décida à connoitre
rement un pays dont nous avions lu premiès
teridu dire des choses
et enextraordinaires. Quelques voyageurs 9 sans doute pour
leurs relations plus
rendre
présenté le
merveilleuses. , ont reédilice
palais du souverain comme un
d'une magnificence qui
ce que T'Europe a de plus admirable surpasse tout
genre. Après s'être épuisés à décrirela en ce
du logement, ils
beauté
n'épargnent rien quant à la
magnificence intérieure; ils voùs assurent
que l'empereur emploie chaque jour
pour
mille
doute pour
leurs relations plus
rendre
présenté le
merveilleuses. , ont reédilice
palais du souverain comme un
d'une magnificence qui
ce que T'Europe a de plus admirable surpasse tout
genre. Après s'être épuisés à décrirela en ce
du logement, ils
beauté
n'épargnent rien quant à la
magnificence intérieure; ils voùs assurent
que l'empereur emploie chaque jour
pour
mille --- Page 117 ---
AUTOUR DU M O N D E.
mille écus de parfums, et cJu'il est toujours
accompagné de cinq cents bouffons. Eh
bien! au lieu de ces édifices superbes, nous
ne vimes que des.maisons de bois couvertes
de paille. La capitale, qui porte le nom pompeux de cour (zimbaoé), parce que. le roi
y fait sa résidence, peut avoir une lieue de
circuit; mais les bâtimens sont si éloignés
les uns des autres que s'ils étoient réunis,
comme dans nos villes, ils n'occuperoient
qu'un très-petit espace. Le palais a neuf
enceintes fermées par des claies de bois au
lieu de murs. Nous avons vu sa majesté impériale y faire elle-méme travailler ses propres enfans : nous avons vu ces enfans augustes occupés à porter de la paille pour
couvrir une maison de bois que le prince
venoit de faire bâtir. Son trône est le seuil
de la porte où il est assis sur un degré sans
autre tapis qu'un filet de pécheur : ses appartemens n'ont point d'autres tapisseries ;
c'est néanmoins avec cet appareil modeste
que sa noire majesté se fait servir à genoux.
Quand elle tousse, qu'elle crache, qu'elle
se mouche, qu'elle éternue, ou quand elle
baille, on le sait aussitôt dans tous les quarTome II.
H --- Page 118 ---
NOUVEAU
VOYA G E.
tiers. de la ville. Ceux quisont
tent des mains en imitant
présens batTaction du monarque; d'autres qui l'entendent en font de
même : cette farce, qui se
lun à T'autre, se joue
communique de
dans toute la cité,
présqu'en même tems
tient dans
Quand ce prince sort, il
sa main ses Hlèches, son arc ou
une lance, et a toujours devant lui un
me qui bât du tambour
honiple
pour avertir le peuque T'empereur passe. Ce prince a un
grand nombre de femmes dont
sont ses soeurs ou SCS parentes; mais plusieursne sont ni difficiles à
elles,
nourrir, ni chères à
entretenir; quelques voiles de coton
les filent ou fabriquent
qu'elelles-mémes,, quelques grains del mais gu'elles plantent,
les cultivent et
qu'elhangard et
qu'ellesapprétent, un grand
quelques nattes font leur
ment, leurs meubles, leur
logeleur nourriture. Les
habillement et.
faveurs du maître ne
mettent entre elles aucune distinction
: il
prend, sans aucun choix, la première
se présente; quand ses désirs ont été satiss qui
faits, il n'a pas méme l'air de la
à moins
connoitre,
qu'elle ne devienne mère; alors on
lui donne un appartement particulier
pour
qu'ellesapprétent, un grand
quelques nattes font leur
ment, leurs meubles, leur
logeleur nourriture. Les
habillement et.
faveurs du maître ne
mettent entre elles aucune distinction
: il
prend, sans aucun choix, la première
se présente; quand ses désirs ont été satiss qui
faits, il n'a pas méme l'air de la
à moins
connoitre,
qu'elle ne devienne mère; alors on
lui donne un appartement particulier
pour --- Page 119 ---
AUTOUR D-U M ONDE.
mettre au monde son enfant, le nourrir et
l'élever. Il n'est pas étonnant que Tempira
de la beauté soit nul dans un lien où règne
une suprème laideur. Ici on' n'entend pas
dire qu'une femme ait fait soulever des Ja.
nissaires ou déplacer des ministres; mais ces
barbares donnent dans un excès contraire.
La nouvelle de ces lieux c'est que la jeune
Addi a eu vingt coups de fouet pour n'avoir
pas filé son coton.
L'origine, la succession, et le nombre
des empereurs du Monomotapa ne sont pas
connus : les uns prétendent que ces princes
existoient dès le tems de Salomon; d'autres
les croient issus de la race des Mokarangis,
qu'on regarde comme les plus braves de la
nation. Ces peuples n'ont jamais connu l'usage de- l'écriture; mais ils ont des traditions
qui'leur tiennent lieu de monumens historiques. On comprend sous le nom de Monomotapa toute cette partie de l'Afrique
orientale qui s'étend entre le fleuve de Zambézé et la rivière de Manica, autrement dite.
du Saint-Esprit, dansl'espace. d'environ cent
soixante lieues du midi au nord; mais il
s'élargit dans l'intérieur des terres, depuis
H 2 --- Page 120 ---
NOUVEAT U VOXAGE
les embouchures jusqu'aux sources de ces
deux fleuves, qui en font une presqu'ile. Ce
qui n'est guère moins grand que la
France, pays, est habité par les Caffres : ce mot
signifie hommes sans loi, épithète injurieuse que donnèrent les premiers Arabes
vinrent dans cette contrée 2 à tous les
qui
qui n'étoient pas, comme eux, de
peuples
la religion mahométane.
Le Zambézé se jette dans la mer par plusieurs embouchures ; mais sa source en est
si éloignée, si cachée, qu'or n'est pas enà la découvrir. Cette rivière a,
core parvenu
comme le Nil, des cataractes qui coupent
la navigation, et des débordemens réglés
engraissent et fertilisent les terres. On
qui
Zambézé du nom d'un village oùt
T'appelle et. Couama du nom d'un fort sielle passe, bords. Ce fleuve, celui du Sainttué sur ses
Esprit, et toutes les rivières qui s'y décharsont célèbres par le sable d'or qui roule
gent leurs eaux. Le long du Couama, le
avec
est montueux, couvert de bois et coupé
pays
fait
de ruisseaux : T'empereur y
par quantité
ofdinairement sa résidence. Il est rempli
d'éléphans dont la chasse.est. un des amu-
'un fort sielle passe, bords. Ce fleuve, celui du Sainttué sur ses
Esprit, et toutes les rivières qui s'y décharsont célèbres par le sable d'or qui roule
gent leurs eaux. Le long du Couama, le
avec
est montueux, couvert de bois et coupé
pays
fait
de ruisseaux : T'empereur y
par quantité
ofdinairement sa résidence. Il est rempli
d'éléphans dont la chasse.est. un des amu- --- Page 121 ---
AUTOUR D U M O N D E.
semens les plus ordinaires de ce monarque.
Voici comment elle s'exécute. Trois cavaliers bien montés se disposent à attaruer la
béte : deux d'entre eux re stent dans la plaine;
le troisième épie le moment oir T'éléphant
vient se désaltérer à quelque fleuve voisin.
Dès qu'il apperçoit l'animal il va droit à
lui, et pendant qu'il boit le perce d'un coup
de lance. L'éléphant blessé entre en courroux et poursuit l'agresseur, qui R l'attire
dans la plaine : l'un des deux autres' chasseurs s'empresse de délivrer son compagnon
en courant sur l'animal qu'il perce à son
tour d'un nouveau coup de lance. La béte,"
oubliant le premier agresseur, poursuit-le
second ; mais le troisième cavalier, qui. est
encore frais, court sur elle et lui décharge
un troisième coup qui fait oublier le second:
L'éléphant furieux poursuit ce nouveau chasseur;. mais il perd une grande quantité de
-
son sang, que sa colère fait ruisseller avec
encore plus d'abondance : s'il conserve asSCZ de force pour survivre aux trois attaques, le premier cavalier recommence son
manège, et les deux autres le continuent,
jusqu'à ce que Tanimal tombe d'épuisement.
H 3 --- Page 122 ---
NOUVEA U VOXAGE
Cette chasse est dangereuse sur les terrains
qui ne sont pas bien unis. Nous avons été
témoins d'un exemple terrible à. cet égard:
trois cavaliers, ayant entrepris de tuer un
éléphant, negligèrent de faire applanir les
taupinières de la plaine; ; le cheval du second
agresseur posa les deux pieds de devant dans
un. trou de taupe, s'abattit, et donna à l'éléphant le tems de joindre le premier cliasseur.: L'animal en fureur se saisit de ce cavaliér avec sa trompe, le jeta le plus haut
qu'il put, et lui tendit une de sCS dents
pour le recevoir. Le cavalier, tombant de
si haut sur cette pointe, en fut percé et
comme empalé : l'éléphant eut la constance
de le tenir en cet état pendant un long espace de tems, 2 tourné vers les deux autres
chasseurs ; il paroissoit prendre plaisir aux
cris inouis que poussoit ce malheureux.
DOVS
cavaliér avec sa trompe, le jeta le plus haut
qu'il put, et lui tendit une de sCS dents
pour le recevoir. Le cavalier, tombant de
si haut sur cette pointe, en fut percé et
comme empalé : l'éléphant eut la constance
de le tenir en cet état pendant un long espace de tems, 2 tourné vers les deux autres
chasseurs ; il paroissoit prendre plaisir aux
cris inouis que poussoit ce malheureux.
DOVS --- Page 123 ---
AUTOUR D U M OND E.
CHAPITRE XXVIIL
Du Monomotapa et des Jaggas.
U N divise le Monomotapa en vingt t- cinq
provinces ou royaumes, qui appartenoient
antrefois,à un seul souverain : plusieurs ont
été démembrés,.et sont restés simplement
tributaires. Delàai vient qu'on donne au roi
le titre d'empereur, parce qu'il compte plusieurs monarques parmi ses vassaux : il fait
élever leurs enfans dans sa cour pour s'as-.
surer de leur fidélité. Les Portugais ont plusieurs comptoirs dans ce royaume : ce sont
les seuls Européens qui y commercent; ils
en tirent de lor et des dents d'éléphans ;
ils ont, sous le nom de foires, des lieux
marqués où les Caffres vont faire T'échange
de leurs marchandises. Le bourg de Mas:
sapa, où se tenoit le principal marché de
Tempire, est encore aujourdhuila résidence
H 4 --- Page 124 ---
120 1 NOUVEAU VOYAGE
d'un officier portugais : c'est le gonvernes
ment de Mozambique qui le nomme, du
consentement de l'empereur 3 on Tappelle le
ce lieu est
capitaine des portes, parce que.
la
ou le passage qui conduit
comme
porte Non loin de Massapa est
aux mines d'or.
les Caffres
une mine très : riche en or que
Salomon
nomment Osur : on prétend que
tira Tor dont il enrichit le temple de Jéen
en effet qu'il étendit
rusalem: Il se peit la côte de Sofala : en
son commerce jusqu'à
de la
stipposant que ses vaisseaux partissent
où
trouver des mines
mer Rouge,
pouvoit-il
d'or plus voisines de la Judée?"
La ville de Sofala, ainsi appelée d'une rivière et d'une ile de ce nom 2 est la capitale
du Mod'un pays qui a dépendu long-tems
: le prince qui le, gouverne aunomotapa
du Portugal, et fait
jourihui est tributaire
Les
profession de la religion mahométane.
habitans de Sofala sont un mélange d'Arade Caffres Idolàtres et de
bes Mahométans,
Chrétiens Portugais : ces derniers possédent
les forts de Teté, d'Inhaguéa êt ceencore
c'étoient comme antant de
lui de Séna :
autrefois le
riches comptoirs où se faisoit
prince qui le, gouverne aunomotapa
du Portugal, et fait
jourihui est tributaire
Les
profession de la religion mahométane.
habitans de Sofala sont un mélange d'Arade Caffres Idolàtres et de
bes Mahométans,
Chrétiens Portugais : ces derniers possédent
les forts de Teté, d'Inhaguéa êt ceencore
c'étoient comme antant de
lui de Séna :
autrefois le
riches comptoirs où se faisoit --- Page 125 ---
A UTOU R DU M ONDE.
plus riche négoce de toute T'Afrique, Une
partie de ces foires, ainsi que celles de
Dambarari et:de Longoë, ont été ruinées
par les Caffres, qui, s'étant révoltés à la
fin' de T'antre siècle, massacrèrent un fort
grand nombre de Portugais. La haine des
Caffres pour cette nation leur a fait abandonner toutes les côtes qui sont aujourd'hui
presque désertes ; ils se sont retirés dans
l'intérieur des terres : néanmoins ils continuent à commercer avec les Européens; ; ce
sont toujours des productions du pays, c'està-dire, de l'or, de l'ivoire, de l'ambre et
des esclaves que ces Africains donnent en
échange pour des soies et des toiles des
Indes
Les, royaumes de Mongas, de Manica,
de Sabia et de Inhambana, faisoient aussi
autrefois partie de celui de. Monomotapa:
ils en ont depuis long-tems secoué le joug.
On a représenté juisqu'ici les Jhabitans de'
toutes ces contrées comme des hommes féroces : il faut bien se garder d'en croire
trop les voyageurs. Le Sauvage connoît et
pratique Thospitalité : il est rare qu'il dévore un voyageur à moins qu'il ne soit dans --- Page 126 ---
NOUVEAU VOYAG à E
quelgues-unes de ces contrées qui ne peuvent
fournir à sa subsistance; mais il est d'autant plus terrible dans sa vengeance qu'il
provoque rarement ; alors il mange les
prisonniers qu'il fait : c'est dans ces deux
cirçonstances seulement qu'il est vraiment
féroce et antropophage: Les habitans du Moinomotapa, et des royaumés voisins, ont le
tein extrémement noir, le nez écrasé, de
grosses lèvres et le visage difforme; ils par:
lent un langage grossier, vont presque
vivent de la chasse et de racines. On nus, n'est 9
point encore parvenu à connoitre tous les
peuples qui habitent T'intérieur de TAfrique:
il y a des contrées immenses dont on sait à
peine le nom, 2 et d'autres où l'on r'a jamais
pénétré; l'ardeur brulante du climat, la difficulté des chemins; la mellitudeinnombrible d'animaux féroces qui font à l'homme
une guerre cruelle, 3 en ont de tout tems
éloigné les voyageurs.
La presque certitude d'y découvrir de nouveiles espèces, sur-tout dans le genre animal, nous porta cependant à y pénétrer.
Nous y vimes en effet une multitude d'oiseaux de la grosseur et à peu près de la
l'on r'a jamais
pénétré; l'ardeur brulante du climat, la difficulté des chemins; la mellitudeinnombrible d'animaux féroces qui font à l'homme
une guerre cruelle, 3 en ont de tout tems
éloigné les voyageurs.
La presque certitude d'y découvrir de nouveiles espèces, sur-tout dans le genre animal, nous porta cependant à y pénétrer.
Nous y vimes en effet une multitude d'oiseaux de la grosseur et à peu près de la --- Page 127 ---
AUTOUR DU M O N D E.
figure du condor. Nous y vimes aussi plusieurs giraffes ou chameaux - léopards. La
giraffe est un des premiers, des plus grands
et des plus doux des animaux ; mais les disproportions dej sa stature semblent rendre
cette espèce inutile, et la confiner foible et
pen nombrense dans quelques contrées de
l'Afrique et de IInde : sa peau est tigrée
comme celle de la panthère ; son cou est
long comme celui du chameau : c'est sans
doute d'après ces deux traits que les anciens
avoient composé le nom de camelopardalis,
chamean-léopard, ou ils donnoient à la giraffe. Elle a la tête petite, ainsi que les
oreilles, les yeux brillans, les dents petites
et blanches : elle porte au-dessus du front
deux cornes mousses d'environ six pouces
de longueur : ces cornes no sont point creuses comme celles des chèvres ; elles sont
d'une substance solide comme le bois des
cerfs ; mais d'après les renseignemens que
nous avons pris d'un Nègre qui avoit élevé
et apprivoisé une giraffe, il est certain que
ces cornes ne tombent point tous les ans, 3
comme celles du cerf. Outre ces cornes, la
giraffe a, au milien du front, un tubercule --- Page 128 ---
NOUVE A U VOYAGE
élevé d'environ. deux pouces, et qui ressemcorne. Les cornes sont
ble à une troisième
lonrevêtues de poil; elles sont un peu plus
dans le mâle que dans la femelle.
gues
seize
de hauCet animal a environ
pieds
d'il lève la tête, et il a vingtdeux
teur lorsqu'
depuis Textrémité de la queuejusqu'au
pieds
de devant et de derbout du nez. Les jambes
mais
rière sont à peu près d'égale hauteur;
de devant sont si longues, en
les cuisses
de celles de derrière,. qu'elles
comparaison
à terre la croupe de T'asemblent ramener
étre incliné
nimal,et que son dos paroit
un toit. Tout le corps est marqué
comme
fàuves de figure àv peu
de grandes taches
et fourchu
près carrée : il a le pied Jarge
le boeuf, la lèvre supérieure plus
comme
l'inférieure, la queue menue,
avancée que
rumine comgarnie de poil à Tostrémitésils lui de l'herbe;
me le boeuf, et mange commel
depuis
comme le cheval,
il a une crinière
sur le dosa
le sommet de la tête jusques
devant
marche, les deux pieds de
Lorsquil
lui donne une dévont ensemble, ce qui
veut paitre
marche vacillante,- et lorsqu'il
boire à terre, il faut qu'ils écarte pro:
ou
que
rumine comgarnie de poil à Tostrémitésils lui de l'herbe;
me le boeuf, et mange commel
depuis
comme le cheval,
il a une crinière
sur le dosa
le sommet de la tête jusques
devant
marche, les deux pieds de
Lorsquil
lui donne une dévont ensemble, ce qui
veut paitre
marche vacillante,- et lorsqu'il
boire à terre, il faut qu'ils écarte pro:
ou --- Page 129 ---
AUTOUR DU MONDE
digieusement les jambes de devant. La giraffe, par la douceur de son naturel, par
ses habitudes physiques., et méme par la
forme du corps, approche plus de la figure
et de la nature du, chameau que de celle
d'aucun autre animal. Le nom de chaneauléopard, camelopardalislui convient parfaitement, puisqu'il est bigarré des taches d'un
léopard, et qu'il a le cou long comme un
chameau. Son corps ressemble aussi à celui
d'unl boeuf, et sa tête et son cou à ceux d'un
cheval: c'est un des plus curieux, des plus
beaux animaux; mais commel'espèce est foible et presque sans défenses, elle disparoitra
vraisemblablement, et sera peu à peu dévoré par les autres espèces; aussi est-elle
rare et peu nombreuse, ainsi que nous l'avons déja observé. Le nom de giraffe est
formé de l'arabé girnaffa ou zurnafa. Les
naturalistes ont adopté son nom latin, de
mêrne que grec, camelopardalis.
Nous retournames ensuité vers les bords
du Zambézé, et après l'avoir rédescendu et
côtoyé le royaume de Sofala, traversé de
nouveau une partie du territoire des Caffres, nous nous trouvâmes au pays des Hot- --- Page 130 ---
NOUVEAU VOYAGE
tentots, par lequel nous arrivâmes au cap
de Bonne-Espérance.
Voici ce que nous avons observé dans
l'intérieur des terres avant de les quitter
pour redescendre le Zambézé. Les nations
qui peuplent les côtes de Sofala et le pays
des Caffres, ont différens noms; mais ils ont à
peu près les mêmes moeurs, 9 les mémes cou--
tumes, la même figure. Les habitans de la
terre de Natal, ainsi nommée parce que
Vasco de Gama, qui en fit la découverte, ,
s'en' approcha le jour de Noël, sont les plus
noirs de tous 3 ils ont la taille médiocre,
mais bien proportionnée, les cheveux crépus, lenezi ni plat, ni trop relevé, les dents
très-blanches et la physionomie agréable.La
fertilité de leur pays les rend très-paresseux.
Au reste,. nous ne savons si l'on doit les en
blâmer; et si leur inactivité n'est pas préférable à cette turbulente anxiété, à cette
mullitude de projets ambitieux, à ce mouvement continuel du corps et de Tesprit,
causés chez nous par mille besoins factices
nés du luxe, de l'orgueil, de la cupidité et
des préjugés. Les Hollandois ont acheté la
terre de Natal pour agrandir leurs posses-
très-paresseux.
Au reste,. nous ne savons si l'on doit les en
blâmer; et si leur inactivité n'est pas préférable à cette turbulente anxiété, à cette
mullitude de projets ambitieux, à ce mouvement continuel du corps et de Tesprit,
causés chez nous par mille besoins factices
nés du luxe, de l'orgueil, de la cupidité et
des préjugés. Les Hollandois ont acheté la
terre de Natal pour agrandir leurs posses- --- Page 131 ---
AUTOUR DI U M OND E,
sions au sud de T'Afrique. Les habitans de
ce pays sonteen. commerce avec les corsaires de la mer Rouge, qui leur apportent en
échange des: étoffes de soie pour de l'ivoire.
La polygamie est en usage chez presque tous
ces peuples sauvages : les femmes s'achètent
ou s'écliangent comme les animaux. On
donne ordinairemént- deux vaches pour une
femme; mais quelquefois on a deux femmes pour uneivache.
Lorsque nous avons pénétré plus avant
dans l'intérieur, nous avons rencontré les
Anzikois, peuple vif,. agile et belliqueux;
ils ne combattent qu'à pied, et se servent
d'arcs, de flèches, de haches et de couperets; ilsa fabriquent des étoffes de Gl de palmier et de diverses sortes de soie : leur commerce principal se fait en esclaves de leur
nation et en dents d'éléphans. Les nobles',
car ces barbares en ont comme nous 7 portent des bonnets, et sont vétus de soie ou de
toile. Onappelle aujourd'hui Monsals la nation des Anzikois, nom qu'elle tire de sa capitale placée sous l'équateur. Cette ville n'a
de remarquable que le palais du roiquin'est
pas mal bati. Ce souverain a treize autres --- Page 132 ---
NOUVEA UEVOYAGE
rois parmi ses vassaux : il porté le titre de,
grand makoko $ qui est aussi le nom de son
royaume.
voisins des Anzikois, OCCU-
: Les Jaggas,
pent dans l'intérieur del T'Afrique des régions
immenses, et forment un peuple très-puissant. Ces gens sont noirs et fort laids : les
cicatrices qu'ilsise font au visage achèvent
de les rendré hideux ; ils augmentent cette
hideur par T'habitude qu'ils ont de ne montrer qué le blanc. desyeux.quand on les regarde en face : ils:vivent dans les forêts,
sont errans' commie les Arabes, ne plartént
ni ne sèment, et ne vivent que de leur chasse.
Ils ne se plaisent et ne séjournent que dans
les lieux, où croissent les palmiers, parce
qu'ils aiment passionnément le fruit. etle
vin qu'ils retirent de ces, arbres : leur méthode, pour en. exprimer le jus, est de les
la racine et de laisser le tronc
couper par à terre;: ils font ensuite deux
quelques jours
trous, l'un au. milieu, l'autre au sommet,'
d'ou il sort chaque jour, pendant un mois,
quatre ou cinq pintes de liqueur ; après
quoi l'arbre se dessèche et périt. Les femines des Jaggas se parfument le corps de
musc,
vin qu'ils retirent de ces, arbres : leur méthode, pour en. exprimer le jus, est de les
la racine et de laisser le tronc
couper par à terre;: ils font ensuite deux
quelques jours
trous, l'un au. milieu, l'autre au sommet,'
d'ou il sort chaque jour, pendant un mois,
quatre ou cinq pintes de liqueur ; après
quoi l'arbre se dessèche et périt. Les femines des Jaggas se parfument le corps de
musc, --- Page 133 ---
Tom. I.
PL.1-pgg. 120
DLJE GRAND JAGGA --- Page 134 ---
(RPJCD --- Page 135 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
musc; et mélent des coquilles parmi leurs
cheveux; leurs bras, leurs jambes et leur
cou sont chargés d'anneaux : c'est une beauté
parmi elles d'avoir quatre dents de moins 2
deux en haut et deux en bas; celles qui n'ont
pas le courage de se les arràcher sont si peu
estimées qu'on ne veut ni boire, ni manger
avec elles. Ces peuples donnent à leur souverain le nom de kassangi; c'est un titre
d'honneur qui répond à celui de grand-seigneur dans-T'empire ottoman : on T'appelle
anssilegrand jagga, commel'autre le grand
turc. Sa parure a quelque chose de singulier ; son bonnet est garni de différentes
plumes; il porte dans ses cheveux plusieurs
rangs de coquillages, et le méme ornement
est à ses oreilles; il a autour des reins et
des cuisses une pagne d'étoffe de palmier,
garnie par le bas d'oeufs d'autruche; un
morceau de cuivre long de deux pouces lui
traverse le nez; son corps est marqué de
diverses figures et frotté tous les jours avec
de la graisse. La noirceur de son visage est
déguisée par des vernis rouges et blancs : il
est accompagné de vingt ou trente femmes,
continuellement occupées à le servir; entre
L'ome III.
I --- Page 136 ---
NOUVE A U VOXAGE
hommages qu'elles lui rendent,
plusieurs
à
toutes les fois qu'il
elles se jettent genoux
battent des mains en chantant quelboit, et
Ce costume et ces
air de leur musique.
que
font sourire ; mais ces peuples -
usages nous
avec autant de raison
ne pourroient-ils pas
de nos usatrouver extraordinaires plusieurs bien des
et costumes : nos femmes, et
ges
percent leurs oreilles
hommes parmi nous,
un anneau ; il n'est pas plus
pour y placer
se pèrce le nez.
étonnant que le grand jagga
aussi. souCes Sauvages ne pourroient-ils pas
rire de pitié s'ils voyoient toutes les mascanous, sont devenues des
rades qui 1,. parmi
costumes respecdistinctives, des
marques telles qué la mitre, les chasubes 2
tables,
la robe longue et
les aumusses 1. les surplis, etc.? Nos fem-:
noire, la robe rouge, etc.,
pas, 1 comme le grand
mes ne mettent-elles
sur leur
jagga, et du blanc, du rouge 9
wisage?
immolent des enLes prétres des Jaggas
offrent à leurs,
fans dans les sacrifices qu'ils
pas les Auto:Dadieux ; mais n'avons-nons
sont aussi
fés? Les funérailles des Jaggas
leurs sacrifices : on enterre avec
barbares quel
aumusses 1. les surplis, etc.? Nos fem-:
noire, la robe rouge, etc.,
pas, 1 comme le grand
mes ne mettent-elles
sur leur
jagga, et du blanc, du rouge 9
wisage?
immolent des enLes prétres des Jaggas
offrent à leurs,
fans dans les sacrifices qu'ils
pas les Auto:Dadieux ; mais n'avons-nons
sont aussi
fés? Les funérailles des Jaggas
leurs sacrifices : on enterre avec
barbares quel --- Page 137 ---
AUTOUR DU M ONDE
le mort deux de ses femmes qu'on fait asseoir à ses côtés.
Enfin, voici ce que nous avons, en général, observé sur la couleur des habitans
de toutes ces contrées. Depuis le tropique
du Cancer jusqu'à celui du Capricorne, les
peuples sont noirs, demi-noirs et. basanés.
Presque tout le continent de T'Afrique est
peuplé par ces trois races ou espèces d'hommes. Nous avons aussi remarqué qu'en genéral les princes ne. sont guère mieux logés
que leurs sujets : leurs cases sont de jonc
et de paille; seulement ils en ont un plus
grand nombre.
I2 --- Page 138 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XXIX.
Du cap de Bonne-Espérance.
Arnès-avoir traversé, ainsi que nous l'avons dit, le pays des Hottentots, nous arrivâmes au cap. de Bonne-Espérance, qu'on
devroit bien plutôt appeler de mauvaise augure, 2 ou, de son premier nom, le cap des
Tourmentes : les Portugais l'avoient appelé
ainsi, parce que, lorsqu'ils le découvrirent
à la fin du quinzième siècle, ils furent si
effrayés des orages terribles qu'ils essuyèaborrent sur cette côte, qu'ils n'osèrent y
der. Les avantages qu'ils s'en promirent ensuite pour la navigation de T'Inde, leur firent
changer ce nom en celui de Bonne - Espérance. Ce cap, dont ceux qui ên approchent
ont continuellement à trembler pour leur
vie, est situé dans un des plus doux climats de T'univers; c'est un des meilleurs --- Page 139 ---
AUTOUR DU MO N D F.
entrepôts pour aller d'Europe dans une des
Indes orientales. Cependant les Portugais
s'en dégohtèrent, sur: tout après que Fran.
çois Almeyda, vice-roi de Goa, eût été tué
sur ces rivages dans une querelle avec les
Hottentots,
Si dans notre voyage en Italie et en Sicile
nous avions toujours un Virgile ou un Ovide
à la main, parce que tout nous y rappeloit
le
magique de la fable, c'est le Camouens pays à la main qu'il faut parconrir les
côtés maritimes de TAfrique, le pays des
Maures, celuides Hottentots et des Caffres,
Mélinde, Quiloa, Mozambique, 9 Sofala et
le Cap, tous ces lieux chantés par le Virgile Portugais dont nous faisions notre amu-,
sement, notre compagnon et notre guide.
Les navigateurs anglois, 2 que plusieurs
voyages au Cap devoient instruire des avantages d'un pareil établissement, n'ont pas
été plus heureux, ou n'ont pas paru s'en
soucier davantage que les Portugais. Tous
les efforts de leur compagnie des Indes se
sont réduits à y envoyer quelques mnalfaiteurs : dans la suite, perdant absolument de
vue cette contrée, ils ont donné la préféI 5
,
sement, notre compagnon et notre guide.
Les navigateurs anglois, 2 que plusieurs
voyages au Cap devoient instruire des avantages d'un pareil établissement, n'ont pas
été plus heureux, ou n'ont pas paru s'en
soucier davantage que les Portugais. Tous
les efforts de leur compagnie des Indes se
sont réduits à y envoyer quelques mnalfaiteurs : dans la suite, perdant absolument de
vue cette contrée, ils ont donné la préféI 5 --- Page 140 ---
NOUVEAU VOYAGE
rence à l'ile de Sainte-Hélène, bien inférieure au Cap pour l'utilité du commerce.
La possession de ce pays étoit réservée aux
Hollandois : leurs vaisseaux y avoient souVent pris des rafraichissemens,
/
mais les Hollandois n'y songèrent que vers le milieu de
l'autre siècle. Voici en quoi consiste prinçipalement leur commerce en cette contrée :
ils partent d'Amsterdam chargés de différentes marchandises de leur pays, arrivent
sur les côtes d'Afrique, et traitent avec les.
Nègres. Ceux-ci leuir donnent en échange de e
l'or et de l'ivoire.
Le Cap, ni toute cette contrée n'ontjamais
attiré les regards des Espagnols; ils étoient
occupés à de plus grands objets en Amérique. La hauteur castillanne ne s'abaissoit
point à établir des comptoirs, ni à former
des entrepôts de commerce, ou plutôt cette
nation-n'én avoit pas le génie; car les mines d'or s'épuisent, et non le commerce, Il
falloit à cette nation fière, et devenue féroce 1
par la soif de l'or; des royaumes à conqué.
rir, ou des nations nombreuses à exterminer; T'Afrique ne lui eût offert que des pays
déserts, ou des contrées stériles. Notre com-. --- Page 141 ---
AUTOUR D U M O N D E.
pagnie des Indes étoit presque seule intéressée en Franceà posséder un établissement
au Cap, à cause de son commerce de Pondichéri; mais les Hollandois en étoient déja
les maitres lors de la naissance de cette compagnie : aussi l'histoire de notre navigation
sur ces mers n'offre rien de bien curieux,
si ce n'est les travaux de Labourdonnais
dans l'ile de France.
Les possessions des Hollandois s'étendent
autour de la pointe méridionale de l'Afrique,
depuis la baie de Saldanha jusqu'à la terre de
Natal. Les habitations du Cap sont partagées
en quatre districts qui se sont formés successivement : le plus considérable et le plus
ancien est celui qui porte le nom du Cap
méme; là se trouvent les forts, la capitale
et le centre de la puissance hollandoise en
'Afrique:1 les autres s'appellent Stellenbosch,
Drakestein et Swellendam. Le district du
Cap comprend un territoire assez vaste dont
les lieux les plus remarquables sontles monde la Table, du Lion, du Vent, du
tagnes et de la Vache; la baie du Bois et celle
Tigre
de Saldanha.
La montagne de la Table, ainsi nommée
I 4
se trouvent les forts, la capitale
et le centre de la puissance hollandoise en
'Afrique:1 les autres s'appellent Stellenbosch,
Drakestein et Swellendam. Le district du
Cap comprend un territoire assez vaste dont
les lieux les plus remarquables sontles monde la Table, du Lion, du Vent, du
tagnes et de la Vache; la baie du Bois et celle
Tigre
de Saldanha.
La montagne de la Table, ainsi nommée
I 4 --- Page 142 ---
NOUVEAU VOYAGE.
parce que de loin son sommet semble uni
comme une table, à plus de trois mille
pieds de hauteur : toute sa masse,- quand
on la regarde de bas en haut, paroit d'une
stérilité extréme. Quoique fort escarpée,
cette montagne n'est pas difficile à monter
par une grande fente qui se trouve vers le
milieu: : le pied, jusqu'au tiers à
de
peu près
sa hanteur, est une terre pierreuse, couverte de plantes et d'arbrisseaux; le resten'est
qu'un amas de pierres. La fente est fort profonde, et large de cinquante à soixante pas;
mais ellese rétrécit à mesure qu'on approche
de la cime, oà elle n'a guère plus de huit ou
dix pieds. Le haut de la montagne offre de
grands espaces couverts d'herbes : sur la
platte-forme qui est au sommet, il y a dés
lits.assez. dlevés de
pierres, qu'on ne voit
pas de la ville du Cap. On trouve de l'eau
dans le creux des rochers, et il y a vers la
partie orientale une source abondante : la
vue s'étend au loin de tous côtés, et l'on
voit au. sud la mer de toute part. Du bas
de cette montagne on apperçoit, dans certain tems, sur sa cime, une nuée blanche
qui annonce un vent de sud-est dont on re: --- Page 143 ---
AUTOUR DU M O N I E:
doute la violence. : à la vue de ce phénomène
les matelots, quien craignent la suite, se
disent entre eux : Amis, la nappe est surla
table;cela veut dire qu'il faut se précantionner contre la tempête. On voit ensuite
cette nuée se précipiter du sommet en tombant à plomb le long de la montagne; mais
elle se dissipe à mesure qu'elle descend, de
manière qu'elle n'est plus visible quand elle
arrive au tiers de sa hauteur. La montagne
du- Vent est moins étendue que celles de la
'Table et du Lion. Au reste cette montagne
n'est presqne point distingnée de celle de la
Table; c'est absolument la même; ; il n'y a
qu'un très- petit fond qui en fait la séparation.
C'est sur la hauteur de ces. montagnes que
nous nous tiouvâmes placés dans le lieu du'
monde entier le plus favorable à la vue, et
aux élans de l'imagination ; le plus propre à
laméditation, cominele) plus intéressant par
les grands spectacles de la nature qu'il offre
aux yeux. Nous avions à notre droitelAtlantide, notre gauche la mer des Indes., et
devant nous celle du Sud. Trois mers, tout
l'Océan Indien venoient tavec fraças sebriser
uteur de ces. montagnes que
nous nous tiouvâmes placés dans le lieu du'
monde entier le plus favorable à la vue, et
aux élans de l'imagination ; le plus propre à
laméditation, cominele) plus intéressant par
les grands spectacles de la nature qu'il offre
aux yeux. Nous avions à notre droitelAtlantide, notre gauche la mer des Indes., et
devant nous celle du Sud. Trois mers, tout
l'Océan Indien venoient tavec fraças sebriser --- Page 144 ---
NOUVEAU
VOYAGE E
à nos pieds ; on ett dit qu'ils vouloient attaquer la chaîne des montagnes, les dévorer, et engloutir tout le continent de TAfrique. Des vaisseaux voguant au loin sur ces
immenses mers animoient ce sublimetableau
et lui donnoient du mouvement et de la vie.
Nous ne savions quel sentiment devoit le plus
nous affecter,ou Tsbninatongendatimpinr
l'audace de T'homme, oul'idée contraire
faisoit naitre en nous sa cupidité insatiable. que
Il ne manquoit pour rendre l'effet de ce tableaup plusimposant, plus magnifique, qu'un
de ces ouragans qui firent donner à ce
montoire sa première dénomination de prodes'Tourmentes.
cap
Ilne tarda pas en effet às'élever un orage épouvantable qui nous donna
l'idée la plus terrible de toute la puissance,
de toute la majesté de la nature en courroux : nous vimes à nos pieds la foudre
et les éclairs ; nous entendimes le rugissement des flots, et nous pumes contempler
ces montagnes d'eau que les vents élevoient
et précipitoient les unes sur les autres, ce
bouleversement de tout l'Océan, qui sembloit annoncer la destruction de la nature et
la chite du monde, --- Page 145 ---
AUTOUI R D U M 0 NI D E,
La ville du Cap est vaste et régulière. La
forteresse, qui commande la ville et toute
la vallée, se nomme Bonne-Espérance : c'est
dans la vallée de la Table que se trouvent
les plus belles plantations. La montagne du
Tigre; qui doit ce nom à la variété de ses
couleurs et à sa ressemblance avec la peau
de cet animal, est. regardée comme le canton le plus stérile de ce district, et cependant on y compte plus de vingt plantations
parfaiteinent cultivées. Un colon, pour être
réputé un homme aisé, doit avoir au moins
mille ou douze cents brebis, et cing Oil six
cents gros bestiaux ; plusieurs même en ont
cinqg ou six fois autant. La baie du Bois,
ainsi nommée d'une forét qui borde son rivage, fournit aux habitans du bois à bruler
et du bois de construction, qui sont également rares dans ce pays. Celle de Saldanha
a reçu son nom d'Antoine Saldanha, officier
portugais, qui Ia reconnut pour la première
fois au seizième siècle : c'est un lieu de rafraichissement que les vaisseaux européens
avoient coutume de fréquenter avant que
les Hollandois fussent établis au Cap. Les
bons vins du Cap, qui font les délices des
fournit aux habitans du bois à bruler
et du bois de construction, qui sont également rares dans ce pays. Celle de Saldanha
a reçu son nom d'Antoine Saldanha, officier
portugais, qui Ia reconnut pour la première
fois au seizième siècle : c'est un lieu de rafraichissement que les vaisseaux européens
avoient coutume de fréquenter avant que
les Hollandois fussent établis au Cap. Les
bons vins du Cap, qui font les délices des --- Page 146 ---
NOUVEAU VOYAGE
tables de
TEurope, se tirent du fameux vignoble de Constance : ils doivent être bien
falsifiés, car il n'y a dans ce canton célèbre
que deux habitations
qui en
elles
ne fournissent pas, dans les produisent; années
nes, plus de trois cents muids;
cominuà T'industrie de nos
mais grâce
marchands d'Europe, ils
fabriquent du vin du
de
Cap, comme du vin
Tokai, et s'en procurent sans le faire
nir d'Afrique. Nous
veches
avons vu ici des autruapprivoisées que des Nègres montoient
comme des chevaux; elles n'avoient
tôt senti le poids du cavalier
pas plutoient à courir de
qu'elles se metfaisoient
toute leur force, et lui
faire plusieurs fois le tour de l'habitation, sans qu'il fut possible de les arréter autrement qu'en leur barrant le chemin.
La charge de deux hommes n'est point disproportionnée à leur vigueur : lorsqu'on les
excite elles étendent leurs ailes, comme
prendre le vent,
pour
ets'abandonnent à une telle
vitesse qu'elles semblent perdre terre. On
voit par-là de quelle utilité seroit cet animal, si l'on trouvoit un moyen de le maitriser et de le dresser.
Les bétes sauvages, telles que les lions, --- Page 147 ---
AUTOUR DU M ON D E.
les tigres, les élans, les ânes sauvages, les
éléphans, se tiennent fort éloignées du Cap,
autour duquel on ne voit guère que des sins
ges. Les Hollandois du Cap nomment mous:
son humide et mousson sèche ce que nous
appelons hiver et été : ily a rarement de la
gélée, et la glace n'a jamais plus de deux ou
trois lignes d'épaisseur. Les Hottentots sont
les Sauvages les plus voisins du Cap: nous
allons raconter tout ce que nous avons appris ou observé par nous-mèmes au sujet
de ce peuple singulier. --- Page 148 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XXX.
Des Hottentots.
Lns Européens ont donné aux Sauvages
voisins du Cap le non de Hottentots, à
cause du refrein d'une chanson qui finit
ces mots, , Hottentotum brokana
par
FHottentot. Leur
5 payez
origine est absolument inconnue. Quand on les questionne là dessus,
ils se perdent 9 comme la plupart des nations, dans des traditions fabuleuses. Outre
le nom général d'Hottentots,
2 tous ces peus
ples en ont de particuliers qui les distinguent
en différentes nations, telles que les Nomaquas, les Gouriquas, les Gassiquas, les
Odiquas, les Hésiquas, les Ubiquas, les
Songuas, 9 les Damaquas, les Kirigriquas,
les Houteniquas, les Koroganquas, etc. Au
reste, la plupart de ces noms barbares sont
inconnus mémie des gens du Cap. Ces peu-
2 tous ces peus
ples en ont de particuliers qui les distinguent
en différentes nations, telles que les Nomaquas, les Gouriquas, les Gassiquas, les
Odiquas, les Hésiquas, les Ubiquas, les
Songuas, 9 les Damaquas, les Kirigriquas,
les Houteniquas, les Koroganquas, etc. Au
reste, la plupart de ces noms barbares sont
inconnus mémie des gens du Cap. Ces peu- --- Page 149 ---
AUTOUR DU U M O ND E.
ples ne sont plus si nombreux qu'autrefois;
ils se sont retirés et dispersés dans l'intérieur du continent, et ont cédé la place
aux colons européens, qui se sont emparés
de leurs domiaines.
C'est ici le cas de placer, une fois pour
toutes, une réflexion qui fera voir à quel
point tle préjugé nous aveugle. Tous les voyageurs, tous les historiens vous diront que
les Sauvages ne vivent que de rapines 9
qu'ils ne connoissent pas la distinction du
tien et du mien, etc. Nous voudrions bien
qu'on nous dise qui est-ce qui a plus exercé
la rapine, de ces peuples tranquilles dans
leurs forêts, ou des Européens qui s'emparent de leurs possessions. Ces prétendus
Sauvages connoissent et pratiquent Thospitalité; ils connoissent aussi et respectent si
bien le droit de propriété qu'ils n'ont ordinairement guerre entre eux que pour l'usur-.
pation d'un terrain, l'enlévement d'un boeuf
ou d'une vache, en un mot pour recouvrer
ou défendre, comme nous faisons en Europe, ce qui leur appartient.
Ces peuples sont, en général, robustes et.
d'une haute stature. Les femmes hottentotes --- Page 150 ---
NOUVEAU VOYAGE
ont, au-dessus des parties naturelles, une
membrane, une espèce de petit tablier de
peau qui sert à couvrir ce que la pudear
inspire de cacher. Les deux sexes ignorent
T'usage de se couper les ongles ; leur malproprété les expose à toute sorte de vermine, sur-tout aux poux ; ils porient toujours
avec eux un petit bàton auquel ils attechent
une peau de chat sauvage ou de renard, qui
leur sert de mouchoir : lorsqu'elle est sale,
ils la lavent dans la première eau qu'ils ren-,
contrent. Les entrailles des bestianx, assaisonnées de leur sang et à demi-cuites, sont
pour eux un aliment exquis; ils vivent ordinairement de racines, de fruits et du lait
de leurs chèvrés ou de leurs vaches; ils ont
aussi recours à la pêche et à la chasse. Les
soins domestiques sont départis aux femmes.
Voici comment est partagée la journée
d'une ménagère : elle sort le matin du village, accompagnée de ceux de ses enfans
qui peuvent la suivre; elle porte les autres'
dans ses bras ou sur son dos; elle avance
dans le bois, parcourt le bord des rivières
pour y prendre les légumes, les racines ou
les fruits sanagagelicarseret Après
en
aches; ils ont
aussi recours à la pêche et à la chasse. Les
soins domestiques sont départis aux femmes.
Voici comment est partagée la journée
d'une ménagère : elle sort le matin du village, accompagnée de ceux de ses enfans
qui peuvent la suivre; elle porte les autres'
dans ses bras ou sur son dos; elle avance
dans le bois, parcourt le bord des rivières
pour y prendre les légumes, les racines ou
les fruits sanagagelicarseret Après
en --- Page 151 ---
AUTOUR DU M ONDE E.
én avoir fait sa provision, elle revient au
village, dépose dans sa cabane ce qu'elle
apporte, et allume du feu par le moyen d'un
bâton où il ya un trou dans lequel elle met
de Therbe sèche; elle fait tourner dans ce
trou, avec les deux mains, un morceau de
bois avec tant de vitesse que l'herbe s'enflamme à l'instant. Il y a devant chaque
cabane une large pierre qui sert de foyer :
on y fait cuire la viande et les légumes ;
Quand tout' est prét, on s'assied par terre,
et chacun satisfait son appétit. Les femmes
ne paroissent jamais dans leurs cuisines du-.
rant tout le tems de leurs infirmités périodiques : les hommes vivent alors chez leurs
voisins, ou préparent eux-mémes Jeur nourriture. Il y a de certains alimens, comme le
lièvre, le lapin, le porc, le poisson sans
écailles, dont ils sont obligés de S abstenir,
mais qu'un ancien usage permet à leurs femmes : il y en a d'autres qui sont interdits
aux femmes, et dont les hommes peuvent manger, tels que la chair de taupe, le
sang des animaux. Des coquillages. de mer
leur servent de cuillères, et ils déchirent les
viandes avec leurs ongles, qu'à cet effet ils
Tome ill.
K. --- Page 152 ---
NOUVEAU VOYAGE
ne coupent jamais, ainsi que nous l'avons
deja dit.
L'habillement de ces peuples consiste en
un 3480 manteau de peau de mouton pour les
pauvres, de tigre OLL de chat sauvage pour
les riches. -Le bout de ces manteaux leur
descend jusqu'aux génoux et leur sert. d'assiettes. Dans la belle saison ils
:
ont la tête
nue; mais ils mettent sur leurs cheveux,
qu'ils ne peignent jamais, un enduit de suif
et de graisse, qui forme une croute noire :
ils prétendent que ce mastic leur tient la,
tête fraiche. En hiver ils ont une calotte de
pean, qui se lie sous le menton,: dans la mé.
me saison leurs jambes sont couvertes de,
bottines de cuir, et la, plupart portent des,
sandales : ils ont. à leur cou un petit sac ou.
ils. serrent leur coutean, leur pipe. et leur
tabac; et un, autre pendu, au bras, où ils
renferment leurs, provisions. Le, manteau
laisse la poitrine, lestomac et le ventre à
découvert : une peau de chat, dont le poils
est 3. enl dehors, cache le reste. Les femmes.
sont, mises comme. les hommes;, si ce n'est
qu'elles ont soin de couvrir en partie ce.que
ceux-ci laissent à nu. Les filles ont des, : es-
et leur
tabac; et un, autre pendu, au bras, où ils
renferment leurs, provisions. Le, manteau
laisse la poitrine, lestomac et le ventre à
découvert : une peau de chat, dont le poils
est 3. enl dehors, cache le reste. Les femmes.
sont, mises comme. les hommes;, si ce n'est
qu'elles ont soin de couvrir en partie ce.que
ceux-ci laissent à nu. Les filles ont des, : es- --- Page 153 ---
AUTOUR DU M O N DE.
pèces de brodequins tressés de jonc : cette
chaussure est une marque de distinction,
ainsi que les petits bijoux de verre ou de
cnivre, que nous leur vendons cher, et qui
composent leur parure. Dans ces pays barbares, comme dans les nôtres, elles onit leurs
appas qu'elles cherchent à relcver par un
art qui sèrement ne réussiroit point en Eua
rope ; elles rendent luisans leur visage, leur
poitrine, et toutes les parties nues de leur
corps, avec la graisse d'une queue de mouton qui leur tient lieu de nos meilleures essences : une dame hottentote croit alors avoir
épuisé tous les secrets, tout l'arsenal de la
coquetterie.
E Ces peuples logent dans des cabanes qui,
par leur forme ovale et leur basse construction, ressemblent moins à des maisons qu'à
des fours; elles sont composées de longues
baguettes courbées. , sur lesquelles on applique des nattes tissues de joncs, et si serrées
qu'elies sont impénétrables à la pluie. Le
diamètre de. ces huttes est, inégal; il porte
environ quatorze pieds dans sa plus grande
étendue : elles sont distribuées sur une ligne
circulaire, sans fenêtres, et n'ont d'autre
K 2 --- Page 154 ---
N O U VEAU VOYAGE
ouverture étroite et basse, par
porte qu'une
courbé et à
laquelle on ne peut passer que
LHottentot ne les occupe que pena
génoux. dant la pluie : il passe les momens qu'il
au travail, à dormir en plein
n'emploie pas
couché sur le ventre,
air devant sa porte,
de
le dos exposé au soleil; il interrompt
tems en tems son sommneil pour fumer une
herbe forte qui fait le méme effet
certaine
que notre tabac.
il
L'Hottentot est berger de profession;
et presque
fait son occupation principale, boeufs et de ses
unique, du soin de ses
commun
moutons. Iln'y a qu'un troupeau
chatout un village, à la garde duquel
pour habitant préside à son tour : cette garde
que demande infiniment plus de précautions que
les bêtes sauvages étant plus
parmi nous,
à craindre à
nombreuses et bien autrement
extrémité de T'Afrique que dans nos
cette
Les lions n'y sont pas absolument
contrées.
les
les tigres, des
communs; mais léopards,
dangereux que les nôtres, et
loups plus
malfaisans qui
d'antres espèces d'animaux
habitnellenent dans les forêts recurègnent font de tems en tems des excursions
lées,
étant plus
parmi nous,
à craindre à
nombreuses et bien autrement
extrémité de T'Afrique que dans nos
cette
Les lions n'y sont pas absolument
contrées.
les
les tigres, des
communs; mais léopards,
dangereux que les nôtres, et
loups plus
malfaisans qui
d'antres espèces d'animaux
habitnellenent dans les forêts recurègnent font de tems en tems des excursions
lées, --- Page 155 ---
AUTOUR DU MONI D E.
du côté du Cap, et ne cessent de faire la
guerre aux bestiaux.
Unis entre eux par les liens d'une concorde vraiment fraternelle, les habitans d'un
même village vivent en paix ; mais au moindre sujet de mécontentement, ils se. vengent cruellement. Ces Africains ont une sensibilité extrême pour les injures, sur- tout
lorsqu'elles intéressent la gloire et le bien
commun de la nation. Alors la guerre est
bientôt résolue : c'est le capitaine général
qui donne, avec une flnte, le signal de l'action : tant qu'il continue de jouer sa troupe
combat; elle se feroit plutôt hacher en pièces que de reculer : elle s'arrête dès que le
bruit cesse ; mais si le son de la flute recommence, 2 elle revient au combat avec une
nouvelle furie. Rien n'est épargné, ni Tàge,
ni le sexe. Toute la peuplade est détruite:
les uns périssent sur le champ de bataille,
les autres meurent de leurs blessures empoisonnées. Les Hottentots ne dépouillent
point les morts, ni ne leur font aucune insulte : ce respect religieux pour les morts
devroit bien être offert en exemple à nos
guerriers, dont la cupidité féroce dépouille
K 3 --- Page 156 ---
N OUVEAU VOYAGE
les victimes du combat; ils s'acharnent aprés
cette proie comme. les cOr beaux dévorans autour de leur pâture. On reproche aux Hottentots un usage bien autrement féroce que
celui de dépouiller les morts, mais qui ne
justifie pas ceux qui commettent ce dernier attentat : ces Sauvages tuent sans pitié
tous les prisonniers ; les déserteurs et les
espions reçoivent le même traitement, à la
vérité avec plus de raison. On reproche encore à ces peuples, mais c'est peut être une
calomnie, un autre usage bien contraire aux
loix de la nature et qui semble appartenir
spécialement à cette nation : après la cérémonie qui constitue les jeunes gens dans la
qualité d'hommes faits, ils peavent; diton,
sans scandale, maltraiter et battre leurs
mères.
L.
Voici ce que c'est que cette espèce d'installation. Quand un garçon est parvenu., à
T'age de dix-huit ans, les habitans s'assemblent dans un lieu marqué pour. le' recevoir
au nombre des hommes; ; ils s'accroupissent
en cercle. Le candidat a ordre de se mettre
dans la méme posture, mais hors de rang:
alors le plus vieux se lève, demande le con:
diton,
sans scandale, maltraiter et battre leurs
mères.
L.
Voici ce que c'est que cette espèce d'installation. Quand un garçon est parvenu., à
T'age de dix-huit ans, les habitans s'assemblent dans un lieu marqué pour. le' recevoir
au nombre des hommes; ; ils s'accroupissent
en cercle. Le candidat a ordre de se mettre
dans la méme posture, mais hors de rang:
alors le plus vieux se lève, demande le con: --- Page 157 ---
AUTOUI R DU U M 0 N DE.
sentementdes autres pourintroduire lejeune
homme parmi eux,s'approche, etlui déclare
qualavenir il doit abandonner sa mère, renoncer à la compagnie des femmes et aux
amusemens. : Le récipiendaire reçoit ensuite
l'aspersion de l'urine par le ministère de lo:
rateur.
Cet usage ridicule de T'aspersion de l'urine
se pratique eri plusieurs occasions. 9 mais principalement à Tamputation du testicule, à la
cérémonie du niariage, etc. Ils font à tous
les inâles âgés de nenf ans cette bisarre ams
putation. Lejeune homme est étendu à terre
sur le dos, les pieds et ' les mains liés ; ses
antis' se couchent sur lui pour lempécher
de remuer : dans cette situation l'opérateur
lui fait, avec un couteau, une ouverture au
scrotum, et met, à la place de ce qu'il en
tire, une petite boule de la même grosseur,
composée de graisse de mouton et d'un mélange d'aromates pulvérisés. Cette opération -
se fait avec une adresse qui étonneroit les
plus habiles anatomistes d'Europe, et n'a
jamais de suites facheuses. Lorsqu'elle est
achevée, l'opérateur pisse sur le patient,
qui n'a pas manqué de se faire, avec ses
K 4 --- Page 158 ---
NOUVEAU VOXAGE
ongles, des sillons Sur la graisse dont il est
enduit, pour recevoir plus immédiatement
cette aspersion dont il se frotte soigneuses
ment lev visage et tout le corps. Il se retire
ensuite dans une hutte destinée à la guérison des nouveaux mutilés, y passe deux ou
trois jours, et en sort parfaitement rétabli.
L'usage de Ces peuples est de se marier à
dix-huit ans, c'est-à-dire, à l'âge où ils.
sont reçus parmi les hommes. Cet-hymen
est bientôt conclu; il suffit de demander une
fille pour être presque sàr de l'obtenir : cependant, si elle n'a point de gout pour le
mariqu'on lui propose, ill lui reste un moyen
pour s'en débarrasser, c'est de coucher une
nuit avec lui, pendant laquelle le jeune
homme la chatouille, la pince, la caresse,
et lui fait toutes les
agaceries que sa passion ou sa folie lui siggère : si elle résiste
à cette périlleuse épreuve elle devient libre;
mais si l'amant triomphe, comme il arrive
communément, elle est obligée de le prendre pour son mari. L'usage très-naturel de
la polygamie est pratiqué chez les Hottentots' : les riches ont communément deux ou
trois femmes. Une veuve qui se remarie est
homme la chatouille, la pince, la caresse,
et lui fait toutes les
agaceries que sa passion ou sa folie lui siggère : si elle résiste
à cette périlleuse épreuve elle devient libre;
mais si l'amant triomphe, comme il arrive
communément, elle est obligée de le prendre pour son mari. L'usage très-naturel de
la polygamie est pratiqué chez les Hottentots' : les riches ont communément deux ou
trois femmes. Une veuve qui se remarie est --- Page 159 ---
AUTOUR, DI U M ON D E.
obligée de se couper la jointure du petit
doigt, et de continuer la mème opération
aux doigts-suivans chaque fois qu 'elle contracte un nouvel engagement. On fait des
réjouissances extraordinaires à la naissance
de deux jumeaux males; mais si ce sont deux
filles, on tue la plus laide.
Les Hottentots n'ont aucune espèce de
culte ; mais ils connoissent, quoiqu'en aient
dit les voyageurs, l'usage des prières en particulier, puisqu'ils craignent quelques puissances malfaisantes qu'ils croient d'intelligence avec les sorciers, et auxquelles ils attribuent tous les malheurs qui leur arrivent.
Il paroit certain aussi par laveu que plusieurs d'entre eux nous ont fait, et par quelques danses solemnelles qu'ils font à la pleine
lune, qu'ils en font, en quelque sorte, leur
divinité. Il se peut cependant. qu'ils ne font
ces sortes de danses périodiques que par un
usage qui est commun à la plupart des nations africaines, ou plutôt il paroit que la
lune est la divinité de toutes ces peuplades,
comme le soleil et le feu sont celle d'autres
nations. --- Page 160 ---
NOUVEAU VOYAGE
Les Hotfentots honorent d'un souvenir religieux les hommes qui ont acquis de la réputation par leurs vertus et leurs belles actions : on ne leur érige ni temples, ni autels 1 ni de' frèles statues, comme parmi
nous; mais on consacre à leur mémoire des
bois, des montagnes, dés champs, des rivières, devant lésquels un Hottentot passe
rarement sans s'arréter avec respect. N'ou- :
blions pas sur-tout qu'en général, tous ces
peuples de Tintérieur, que nous nommons
barbares et féroces, connoissent et prati:
quent la vertu de l'hospitalité : ces hommes respectables, et plus heureux que nous
dans leur simplesse et dans leur ignorance,
ne se portent à maltraiter les Européens que
lorsque ceix-ci entreprennent de les chasser
de leurs domaines ; ce qui arrive assez souvent du côté du Cap.
Les Hottentots, ainsi que tous les peu:
ples sauvages, sont fort sujets à Tivrognerie : donnez-leur de l'eau-de-vie et du tabac,
ils en boiront jusqu'à ne pouvoir se soutenir; ils fumeront jusqu'à ce qu'ils ne, puissent plus veir; ils.hurlerontj jusqu'à ce qu'ils
ent à maltraiter les Européens que
lorsque ceix-ci entreprennent de les chasser
de leurs domaines ; ce qui arrive assez souvent du côté du Cap.
Les Hottentots, ainsi que tous les peu:
ples sauvages, sont fort sujets à Tivrognerie : donnez-leur de l'eau-de-vie et du tabac,
ils en boiront jusqu'à ne pouvoir se soutenir; ils fumeront jusqu'à ce qu'ils ne, puissent plus veir; ils.hurlerontj jusqu'à ce qu'ils --- Page 161 ---
AUTOU R. D U MONDE
aient perdu la voix. Les femmes ne sont pas
moins livrées que les hommes à ces excès
d'initempérance.
Nousattendions depuis long-tems une OC:
casion favorable pour continuer nos courses
observatrices. Un-vaisseau qui faisoit voile
vers le Sénégal vint enfin mouiller au cap
de Boune-Espérance. Comme il devoit s'arrêter dans d'autres endroits de cette côte,
nous profitàmes de l'occasion pour visiter
les royaumes d'Angola, de Congo, de Benin, de Juida, de Loango,. de Guinée, etc.
Nous côtoyâmes d'abord une région aride et
inhabitée qui a plus de deux cents lieues
d'étendue, et qui paroit plus droite et moins
coupée. d'anses que la plupart des autres rivages de T'Afrique; ellese termine vers:le
midi au pays des Hottentots, et du côté dit
nord au royaume de Benguala, où les Portue
gais ont bâti tine ville, et- un. fort nommé
Saint-Philippe : ils ont d'autres possessions
où il y a un grand nombre de Negres qui vivent pauvrement dans des cabanes de terre: :
la ville est bâtie de même. La malignité de
l'air en rend le séjour très-mal sain : on reconnoit ses mauvaises qualités, ainsi que --- Page 162 ---
NOUVEAU VOYAGE
celles de l'eau et des alimens du
à
l'extréme pâleur des
pays,
Européens qui ont le
malheur d'y avoir des établissemens : leur
voix est foible et tremblante, comme s'ils
touchoient au dernier moment de leur vie,
et leur respiration
entre-coupée comme s'ils
la retenoient entre leurs dents. La baie des
Vaches, sur laquelle est situé le fort SaintPhilippe, tire son nom de la multitude des
vaches qui se trouvent dans les cantons voisins. Les Nègres de cette contrée n'ont aucune espèce de gouvernement.
Ces Nègres sont accusés (mais nous aimons à croire que c'est une calomnie) de
certains crimes peu connus des nations barbares, ou que nous appelons ainsi. On pré.
tend que, par un rafinement de débauche,
ils entretiennent pour leurs plaisirs de jeunes garçons habillés en femmes, comme
dans les siècles polis d'Athènes et de Rome.
Peut-être tiennent-ils cet usage infame des
Portugais ; car on assure que pour des crimes odieux, le roi de Portugal envoie les
bannis à Benguala, comme dans l'endroit
le plus infect de ses états, et que ces misérables proscrits sont les plus corrompus de
On pré.
tend que, par un rafinement de débauche,
ils entretiennent pour leurs plaisirs de jeunes garçons habillés en femmes, comme
dans les siècles polis d'Athènes et de Rome.
Peut-être tiennent-ils cet usage infame des
Portugais ; car on assure que pour des crimes odieux, le roi de Portugal envoie les
bannis à Benguala, comme dans l'endroit
le plus infect de ses états, et que ces misérables proscrits sont les plus corrompus de --- Page 163 ---
AUTOUR DU M ON D E.
tous les hommes. On regarde, avec raison;
cette province comme un démembrement
du royaume de Congo ; les Européens l'ont
appelée Angola, du nom d'un seigneur nègre qui l'usurpa sur cette couronne. --- Page 164 ---
NOUVEAU VOXAGE
C HAPITRE XXXI.
Du royaume dAngola.
Lac contrée est divisée en plusieurs districts
gouvernés, sous l'autorité d'un roi, par des
chefs particuliers qui portent le nom de SOvas ; il y a de ces districts qui sont si peuplés qu'on ne fait pas deux ou trois milles
sans rencontrer un village. On dit que le roi
d'Angola fait sa résidence ordinaire sur une
montagne qui a environ huit à dix lieues de
tour, et:où lon ne peut pénétrer que par
un seul passage. La campagne, qui est riche et fertile, lui fournit des. provisions en
abondance. Les Portugais exagèrent, sui-.
vant leur usage, quand ils disent que ce.
prince peut mettre un million d'hommes
sous les armes. L'état d'Angola fut détaché
du royaume de Congo vers le inilieu du seizième siècle. L'usurpateur, avec le secours --- Page 165 ---
AUTOUR.DU M ON D E.
des Portugais, s'érigea en. souverain absolu:
il transmitson trôneà ses descendans; mais
la guerre s'étant élevée entre eux et les sujets de la couronne de Portugal,. ceux- ci
s'emparèrent de toute la côte. Le dernier
roi, étant mort sans enfans mâles, laissa
trois filles et un neyeu : l'ainée des princèsses, nommée 2 Zinga, se ft reconnoitre reine
d'Angola, et, quoique élevée dans la foi
catholique, elle voulut être couronnée avec
les cérémonies du paganisme. Cette espèce
d'apostasie indigna les Portugais, qui entreprirent d'élever sur le trône le neveu du feu
roi. Zinga. fut obligée de fuir avec sa noblesse; mais elle se concilia l'amitié des
Jaggas, 9 défit les Portugais et remonta sur
le trône : un: penchant effréné l'eutrainoit
vers la, volupté; mais on a sans dloute exagéré lorsqu'on a voulu faire croire qu'on lui
amenoit les hornmes les plus vigoureux
qu'elle faisoit égorger, lorsque son incontinence avoit épuisé leurs forces et
qu'elle
leur substituoit de nouvelles vi ctimes. On:
a dit aussi qu'elle avoit sur-tour t une extré:
me rigueur envers les persom nes de sort
sexe, et principalement enver S celles qui
penchant effréné l'eutrainoit
vers la, volupté; mais on a sans dloute exagéré lorsqu'on a voulu faire croire qu'on lui
amenoit les hornmes les plus vigoureux
qu'elle faisoit égorger, lorsque son incontinence avoit épuisé leurs forces et
qu'elle
leur substituoit de nouvelles vi ctimes. On:
a dit aussi qu'elle avoit sur-tour t une extré:
me rigueur envers les persom nes de sort
sexe, et principalement enver S celles qui --- Page 166 ---
NOUVEAU VOYAGE
avoient le malheur de porter des marques
de leur foiblesse. La féroce Zinga, vous
disent les mémes annales, les faisoit trainer
à son tribunal, leur ouvroit elle-méme les
entrailles avec son ciméterre, en arrachoit
Tenfant et, le fouloit aux pieds; elle avoit
persuadé aux Jaggas que de la chair et des
OS des enfans mâles, pilés dans un mortier,
elle savoit composer un onguent qui rendoit invulnérable. On dit encore qué, 9 fachée de n'avoir pas de fils à immoler, et trop
vieille pour en espérer, elle adopta un enfant
de deux ans, fit assembler le peuple, égorgea publiquement cette jeune victime, la
broya avec un pilon, y méla une. certaine
poudre, en fit une pâte mystérieuse, 2 se dépouilla toute nue, et frotta tout son corps
avec cetteabominable composition. Aureste,
tout se peut croire d'une personne qui joignoit à un orgueil, à une fierté extraordinaire : la superstition et la foiblesse qui rendent presque toujours féroces ceux qui y sont
livrés. Rassassiée de crimes, ajoutent les
annales africaines, et affoiblie par T'age,
elle connat Les remords.
Uni capucin, nommé Antoine Gaette,
toucha, --- Page 167 ---
AUTOU R, D.U M OI N D: E.
toucha, dit-on, le coeur de cette princesse
par: ce, seul raisonnement. C Quand je vois
C ces vallées délicieuses, ces campagnes verSc doyantes, ornées d'un si grand nombre de
< rivières, et défendues contre les injurès de
<c l'air par des montagnes si hautes, et en
cc même tems si fertiles, 9 je ne puis m'emC pécher de demander respectucusement à
C votre majesté qui est l'auteur de tant de
cc merveilles > ? - La reine répondit fort
cc ingénuement : C Ce sont mes ancétres >>.
cc Votre majesté, répliqua le capucin, jouit
C sans doute du même pouvoir que ses
C aieux>?. cc Oui, lui dit-elle, et ma puis:
c sance surpasse même la leur de beaucoup;
C car je suis de plus maitresse absolue du
c1 royaume de Matamba>. Alors le père Antoine prit la première paille qui is'offrit à sa
vue, et dit à la reine : Cc Madame, faites-
< moi la grâce d'ordonner à cette paille de
C se soutenir en l'air >. Zinga détourna la
tête, et parut entendre cette proposition
avec dédain. Le missionnaire renouvela sa
demande, et lui mit dans la main cette mé.
me paille qu'elle laissa tomber aussitôt. Le
capucin feignit de vouloir la reprendre; mais
Tome IIl.
L
offrit à sa
vue, et dit à la reine : Cc Madame, faites-
< moi la grâce d'ordonner à cette paille de
C se soutenir en l'air >. Zinga détourna la
tête, et parut entendre cette proposition
avec dédain. Le missionnaire renouvela sa
demande, et lui mit dans la main cette mé.
me paille qu'elle laissa tomber aussitôt. Le
capucin feignit de vouloir la reprendre; mais
Tome IIl.
L --- Page 168 ---
NOUVEAU VOYAGE
la reine fut plus prompte que lui à s'ent
saisir.. < La raison', lui dit malignement le
& père Antoine, pour laquelle cette paille
d est tonbée, c'est sans doute, madame, ,
K que vous le lui avez ordonné: elle se sou-
< tiendra également en Tair, si votre maC jesté l'exigen. La reine voulut bien en faire
mais la
ne laissa
de
Tépreuve, 7
paille
pas
tomber comme auparavant. *Que votre macjesté sache donc, lui dit alurs le religienx
< d'un'air triomphant, que ses ancêtres n'ont
< pas été plus capables de produire ces belles
C campagnes, qu'elle. même de faire rester
< cette paille en Tairs. Ce raisonnenient fut
pour cette princesse un trait de lumière qui
Téclaira beaucoup sur l'existence d'un Dieu
créatcur, et la ramena à la religion romaine 5 elle proscrivit le culte des faux dieux,
et pour détourner par son exemple ses peuples de la polygamie, elle épousa publique:
ment , de l'avis du père Gaette, un jeune
homme, nommé Salvador, que cet adroit
missionnaire avoit choisi parmi les plus
beaux, les mieux faits et les plus vigoureux de ses néoplites.
Ce moine acquit sur sa pénitente un as:
'un Dieu
créatcur, et la ramena à la religion romaine 5 elle proscrivit le culte des faux dieux,
et pour détourner par son exemple ses peuples de la polygamie, elle épousa publique:
ment , de l'avis du père Gaette, un jeune
homme, nommé Salvador, que cet adroit
missionnaire avoit choisi parmi les plus
beaux, les mieux faits et les plus vigoureux de ses néoplites.
Ce moine acquit sur sa pénitente un as: --- Page 169 ---
AUTOUR D U M OI ND'E,
cendant presque sans bornes; ; elle continua
de persécuter ses sujets idolâtres, comme
elle avoit persccuté, avant son retour à la
foi catholique, les Chrétiens Portugais. Sa
destinée semble avoir été de faire toujours
des victimes, de faire toujours conler du
sang. Ainsi mourut, en 1664, cette femme
singulière, qui laissa sa nation, comme elle
fut elle- même, à demi-policée, à demichrétienne, et très-disposée à reprendre ses
premières moeurs. Sa soeur lui succéda, mais
son règne fut très-court : elle ne fut pas plutôt expirée que son mari rétablit l'ancien
culte du pays avec autant et plus de facilité que les Portugais, etil la reine Zinga,
n'en avoient eù à l'abolir.
Deux sortes d'habitans peuplent le
royaume d'Angola, 2 les Portugais et les
Nègres. Les Portugais amènent d'ici tous
les ans environ quinze mille Nègres pour
cultiver leurs colonies de T'Amérique. Les 1
marchandises que les Portugais donnent en
échange pour ces esclaves sont des étoffes
et des toiles, du velours, des galons, de
l'eau-de-vie, de Thuile, des couteanx, des
épées, du sucre; étc. Dans ce pays les ma;
L 2
--- Page 170 ---
NOUVEAU VOYAGE
ris gardent la maison, et sont occupés a
filer, à fabriquer des étoffes, et à d'autres
ouvrages de cette nature : l'office des femies est de vendre, acheter, et faire au dehors tout ce qui est le partage des hommes
dans la plupart des autres pays; elles poussent si loin la jalousie que si leurs maris
parlent un moment à quelqu'autre femme,
elles entrent en fureur, êt font retentir l'air
de leurs cris.
Les domaines que les Portugais possèdent
le
dans le royaume d'Angola, s'étendent
long de la côte, et occupent toute la partie
occidentale de cette contrée ; ils sont divisés, comme ceux du Brésil, en plusieurs
capitanies, défendues par des forts où T'on
entretient toujours de la garnison : la ville
de Loanda, qui porte aussi le nom de SaintPaul, en est la capitale. Les Portugais la
bâtirent, en 1578, sur une colline oir elle
s'étend en amphithéàtre, depuis son sommetjusqu'à la mer ; elle est grande et assez
belle pour le pays : on y compte trois ou
quatre mille maisons d'Européens, construites en pierres , et couvertes de tuiles,
avec un plus grand nombre de logemens de
ient toujours de la garnison : la ville
de Loanda, qui porte aussi le nom de SaintPaul, en est la capitale. Les Portugais la
bâtirent, en 1578, sur une colline oir elle
s'étend en amphithéàtre, depuis son sommetjusqu'à la mer ; elle est grande et assez
belle pour le pays : on y compte trois ou
quatre mille maisons d'Européens, construites en pierres , et couvertes de tuiles,
avec un plus grand nombre de logemens de --- Page 171 ---
AUTOUR DU M O N D E.
Nègres, qui ne sont que de bois et de chaume. La ville est remplie d'églises et de mo:
nastères. Les Nègres font la principale richesse de la colonie: : il est commun pour
un Portugais de Loanda d'en avoir cinquante
à son service ; les plus riches en ont deux
ou_ trois cents; quelques uns en ont jusqu'à
trois mille. Les Mulâtres, qui sont ici en
grand nombre, portent aux Noirs une haine
mortelle sans excepter leur propre mère,
qu'ils osent maltraiter sans méniagement et
sans scrupule : leur ambition est de se. mettre dans une espèce d'égalitéavecles Blancs;
mais ces derniers ont grand soin d'abaisser
leur orgueil : loin de les regarder comme
leurs égaux, ils ne leur permettent pas mé:
me de s'asseoir devant eux. Les femmes mulâtres, dont le père n'est pas connu, ne doivent porter ni pagne, ni chemise ; la loi ne
leur donne d'autre habillement qu'une pièce
d'étoffe qu'elles attachent sous leur bras.i
Les Mulâtres, qui sont ici en grand nombre, comme nous l'avons dit, et.qui, embrassent le commerce, s'abandonnent aux
plus grands excès; ils abusent de toutes les
L 3 --- Page 172 ---
NOUVEAU VOYAGE
jeunes filles qu'ils peuvent. séduire, V et retournant, plusieurs années après , f dans les
mémes lieux, ils enlèvent les enfans dont
ils sont les pères, les vendent et s'enrichissent ainsi de leur propre sang. Ces désordres sont, en quelque sorte, autorisés par
l'exemple des Portugais, qui joignent à la
plus grande dissolution la coutume barbare
de vendre les enfans qu'ils ont eu I de leurs
Nègresses. Un blanc ne sort jamais sans
être suivi de deux Nègres qui portent son
hamac, et d'un troisième qui tient un grand
parasol sur la têté de son maitre. Si deux
Portugais marchent ensemble, leurs esclaves joignent les parasols; et leur forment
une ombre continuelle, Les femmes ne paroissent au dehors que dans un hamac 7
avec une escorte nombreuse qui ne leur
parle qu'à genoux : le hamac est couvert
d'un: tapis, et le cortège composé au moins
de douze personnes. Deux Nègres portent
la voiture: ; 3 deux autres tiennent les parasols, quatre femmes soutiennent les coins
du tapis, - et quelques autres vont à la suite.
L'ile " de Loanda, située à un demi-quart
ment
une ombre continuelle, Les femmes ne paroissent au dehors que dans un hamac 7
avec une escorte nombreuse qui ne leur
parle qu'à genoux : le hamac est couvert
d'un: tapis, et le cortège composé au moins
de douze personnes. Deux Nègres portent
la voiture: ; 3 deux autres tiennent les parasols, quatre femmes soutiennent les coins
du tapis, - et quelques autres vont à la suite.
L'ile " de Loanda, située à un demi-quart --- Page 173 ---
AUTOUN I) U. MON DE.
de - lieue du rivage, en n face de la cité,
lui donne son nom ainsi-e qu'à la ville. On
péche sur. ses bords de petits coquillages
appelés zimbis, qui servent de monnoie.
La longueur de l'ile est de six ou sept
lieues, et sa largeur d'un mille ou un nuille
et derni. Le terrain est stérile en grains ;
mais les oranges, les citrons, les grenades', les figues, les bananes, les noix de
COCO, le raisin, et d'autres fruits, y croissent abondamment. Cest de cette ile qu'en
creusant la terre à un pied de profondeur,
on tire la meilleure eau du pays; elle a
une propriété bien singulière, c'est qu'elle
n'est jamais plus douce que dans la haute
marée, ni plus salée qu'au départ des flots.
Le canal qui sépare l'ile de la côte forme
un port excellent : ce passage est si étroit
que les Nègres le traversent à la nage.
Entre plusieurs rivières qui arrosent le
royaume d'Angola, celle de Coanza, dont
on ignore la source, le parcourt dans toute
son étendue ; elle a une lieue et demi de
largueur à son embouchure; mais on ne
peut la remonter quejusqu'à soixantelieues,
L 4 --- Page 174 ---
NOUVE AU VOYAGE
à cause - des cataractes qu'on y rencontre.
Les.sables, accumulés dans son canal, y
ont formé plusieurs iles, dont quelquesunes ont trois ou quatre lieues de longueur.
f --- Page 175 ---
AUTOU R DU. M ON D E.
CHAPITRE XXXII.
Des royaumes de Congo et de Loango.
DIVERSES marchandises que notre vaisseau avoit à remettre aux Portugais, et
d'autres qu'il devoit recevoir d'eux, l'ayant
obligé de s'arréter, nous etmes le tems de
connoitre le royaume de Congo, où nous
A
arrivâmes après un trajet de cinq jours', 9
n'y ayant que soixante lieues du port de
Loanda à la grande et belle rivière qui traverse cet état. Ce fleuve, que les naturels
du pays appellent le fleuve de Congo, et
auquel les Portugais ont donné le nom de
Zaire, entre dans la mer par une embou-.
chure large de dix à douze lieues, ety tombe
avec tant d'impétuosité que ses eaux se
fraient une route particulière, sans se méler à celles de l'Océan ; on les distingue par
leur couleur à plus de douze lieues de la
anda à la grande et belle rivière qui traverse cet état. Ce fleuve, que les naturels
du pays appellent le fleuve de Congo, et
auquel les Portugais ont donné le nom de
Zaire, entre dans la mer par une embou-.
chure large de dix à douze lieues, ety tombe
avec tant d'impétuosité que ses eaux se
fraient une route particulière, sans se méler à celles de l'Océan ; on les distingue par
leur couleur à plus de douze lieues de la --- Page 176 ---
NOUVEAU VOYA GE
côte. Le Zaire nest navigable
de
que l'espace
nenf'lieues, au-delà desquelles il est
resserré par des rochers d'oà il se précipite
avec un bruit épouvantable: Entre T'embouchure et cette cataracte, son canal est divisé
par de grandes iles qui appartiennent à divers seigneurs sous l'antorité du roi de Congo : cette dépendauce du même souverain
n'empêche pas que ces insulaires ne s'entre-nuisent souvent par des attaques subites,
sur, des canôts composés d'un seul tronc
d'arbre d'une grosseur incroyable. Ces iles
sont extrèmement peuplées; mais quoiqu'on
vante le nombré de leurs habitans, on
apperçoit peu de maisons. a
Une grande
y
tie des' terres étant submergée, les Nègres parse réfugient sur les arbres, où ils sei font
des logemens qui ressemblent à des nids
d'oiseaux : leurs canots entretiennent la navigation et la communication de lun' à l'autre. Le mariage est peu connu dans leur
ile : dès leur première jeunesse, les deux
sexes se mélent ensemble sans autre loi
que l'instinct qui les rapproche ; mais ce
commerce passager ne dobue : à l'homme
aucun druit sur-la femme. Los autres ace --- Page 177 ---
AUTOUR DU M ONDE.
171,
tions de leur vie n'offrent rien qui les distinguent beaucoup des animaux; ils sont
encore à ce degré d'imbécilité, ou de stupidité, qui.ne permet de songer qu'au présent, et n'admet qu'une société informe, 9
fondée sur les besoins communs. Les plus
éclairés s'érigent en prétres, et séduisent
les simples par de prétendus sortilèges; ils
consultent le diable sous la forme d'une
idole.
Le royaume de Congo comprend six grandes provinces, dans un espace plus étendu
que l'Angleterre, et dont la capitale, autrefois nommée Banza ou Cour- Royale, et
aujourd 'hui San-Salvador; est éloignée de la
d'environ
lienes ; elle est simer
cinquante
tuée sur une montagne dont les flancs paroissent n'offrir que des rochers ; mais qui
contient à son sommet une plaine de deux
lieues parfaitement cultivée et remplie d'habitations. La vue de ce lieu est si agréable
que les Portugais Tappellent otheiro, qui
veut dire perspective. Son terrain est fertile
en toute sorte de grains, et produit un grand
nombre de tamarins, de palmiers; diorangers; de plantains; et d'auires arbres; qui
quante
tuée sur une montagne dont les flancs paroissent n'offrir que des rochers ; mais qui
contient à son sommet une plaine de deux
lieues parfaitement cultivée et remplie d'habitations. La vue de ce lieu est si agréable
que les Portugais Tappellent otheiro, qui
veut dire perspective. Son terrain est fertile
en toute sorte de grains, et produit un grand
nombre de tamarins, de palmiers; diorangers; de plantains; et d'auires arbres; qui --- Page 178 ---
NOUVEAU VOYAG E
conservent une verdure continuelle. La ville
est située sur-un angle de la montagne: ce
qu'elle présente de plus remarquable est le
palais du roi; les rues sont larges et bien
distribuées, les édifices spacieux, réguliers
et commodes, mais couverts de chaume, à
l'exception de ceux des Portugais. Cette ville
contient plus de cent mille ames.
Ce royaume fut découvert par les Portu:
gais. Quoique les Castillans aient conquis
T'Amérique avant que les Portugais enssent
pénétré jusqu'aux Indes, orientales par le
cap de Banne-Espérance, il faut convenir
néanmoins que ceux-ci sont les premiers
qui ont tenté la. navigation de. l'Océan, et
fait naitre aux autres nations de T'Europe
le dessein de chercher un nouvel hémisphère. Henri de Portugal, fils du roi Jean
Ier., 9 donna ses ordres pour le départ de
deux vaisseaux qui mirent à la voile, mais
qui n'allèrent pas. plus loin que le cap Bajador. Ce cap, quis'avance l'espace de plus
de quarante lieues dans T'Océan, est bordé
de tous côtés, de rochers, de bancs. de sable,
et d'une. mer, orageuse : ces considérations
découragérentles pilotes; ils n'osèrent dou- --- Page 179 ---
AUTOUR D U M O N D 10 E.
bler ce terrible promontoire; ils ne réfléchirent pas qu'en prenant le large, ils pourroient le passer facilement. Henri enyoya
d'autres marins qui, à la vérité, ne le passèrent pas, mais qui, s'en retournant par
la grande mer, trouvèrent l'ile de Madère,
qu'on dit savoir été connue des Carthaginois; ils lui donnèrent le nom. de Madère
parce qu'elle est converte d'arbres, et que
madera signifié bois. Le prince y fit planter des vignes de Grèce, et des cannes de
sucre qu'il tira de Sicile et de Chipre, où
les Arabes les avoient apportées des. Indes.
Ce sont ces mémes cannes, transplantées
depuis dans les iles de l'Amérique, qui
fournissent aujourd'hui du sucre à toute
l'Europe. Le: 17 cap Bajador avoit jeté une
telle épouvante. dans l'esprit, de tous les pilotes, que, pendant treize ans, aucun n'osa
entreprendre de le passer. Enfin, la fermeté du prince inspira du courage, et Gilianez fut assez hardi pour lui garantir l'exécution de. ses ordres : il le doubla en effet
ce cap terrible. Henri, au, comble de ses
voeux, obtint, suivant l'usage dei ces temsà
la, une donation du pape, en faveur de la
jeté une
telle épouvante. dans l'esprit, de tous les pilotes, que, pendant treize ans, aucun n'osa
entreprendre de le passer. Enfin, la fermeté du prince inspira du courage, et Gilianez fut assez hardi pour lui garantir l'exécution de. ses ordres : il le doubla en effet
ce cap terrible. Henri, au, comble de ses
voeux, obtint, suivant l'usage dei ces temsà
la, une donation du pape, en faveur de la --- Page 180 ---
NOUYEA U VIOYAGE
couronne de Portugal, de toutes les terres
que'les sujets de ce royaume pourroient dé:
couvrir, de ce fameux promontoirejusqw'aux
Indes.
Y Ce pays est si plat et si ouvert que les
naturels même y perdoient alors souvent
leur chemin; ils n'avoient, comme sur mer,
point d'autres guides que les étoiles, les
vents et les oiseaux. Quelle que fut l'ardeur des Portugais à pousser leurs découvertes, la crainte en arrétoit encore plusieurs. Des mers inconnues, des eôtes désertes, des habitans pauvres, 9 farouches ,
qui n'offroient aucun butin plus précieux
qu'eux-mémes, et qu'il falloit combattre ou
surprendre pour en faire des esclaves, voilà
quel étoit l'objet des navigateurs : des avantages si médiocres laissoient trop de force
aux impressions du péril et de la, crainte;
mais la ténacité du prince Henri, qui vouloit trouver un passage aux Indes par les
mers d'Afrique, fit surmonter tous les obstacles. Par ses ordres, ou plutôt par ses encouragemens, le Portugais Tristan s'avança
soixante lieues au delà da cap Vert. Dans
la suite plusieurs rois de Congo, persuadés --- Page 181 ---
AUTOUR DU M O N DE.
par les missionnaires portugais, embrassèrent la religion catholique, et l'établirent
dans leurs états; mais don Alvare, un de
ces rois, revint au culte des faux dienx. Depuis ce tems, le christianisme s'est presmne
totalement étcint dans ce royaume ; il ne se
maintient que dans quelques provinces par
les soins des missionnaires.
Depuis l'arrivée des Portugais, le roi et
les grands de Congo sont vétus à l'européenne ; ils portent des capes espagnoles,
des chapeaux de castor, 9 de vestes de soie
et de longues épées à la castillanne. Les dames imitent iciles modes de Lisbonne ; elles
se font des mantes et de longues jupes avec
nos étoffes. Autrefois l'habit d'homme consistoit dans un tissu d'écorce de palmier qui
ne couvroit que les reins et les cuisses : Jes
personnes d'un rang distinguémettoient pars
dessus un second tablier composé de peaux
de tigres, de civelt'es ou de nuartres ; elles
joignoient à ce léger vêtement une sorte de
capuchon qui leur couvroit la tête etlextré.
mitédes épaules, ,avec une chemise de toile,
en forme de surplis et tressée comme nos
flets : la plupart marchoient pieds nus ; ou
couvroit que les reins et les cuisses : Jes
personnes d'un rang distinguémettoient pars
dessus un second tablier composé de peaux
de tigres, de civelt'es ou de nuartres ; elles
joignoient à ce léger vêtement une sorte de
capuchon qui leur couvroit la tête etlextré.
mitédes épaules, ,avec une chemise de toile,
en forme de surplis et tressée comme nos
flets : la plupart marchoient pieds nus ; ou --- Page 182 ---
N OUVEAU VOYAGE
n'avoient que des sandales de bois. Les da:
mes s'enveloppoient, depuis la ceinturé en
bas, de trois espèces de tabliers dont le plus
intérieur leur descendoit jusqu'aux talons ;
elles avoient sur le corps une sortel de casaquin ouvert par devant, , et sur les épaules
une mantille d'écorce de palmier : les femmes esclaves , et celles du dernier ordre,
étoient nues de la moitié du corps S les pauvres ont retenu l'ancien habit, c'est à-dire,
le tablier de feuilles de palmier qui descend
de la ceinture aux genoux, et laisse le reste
à découvert.
Nous visitâmes les provinces de Bamba,
de Pemba, de Songo, de Batta, de Pango
et de Sundi. Nous étions portés dans des
hamacs qui sont la' seule commodité des
voyageurs dans tout ce pays où l'on n'élève
point de chevaux à cause de la rareté des
fourrages : quand on Veut faire beaucoup
de diligence, % on a pour porter les hamacs
des. relaisd'esclaves qui n'avancent pas moins
que les meilleurs chevaux. On ne trouve
point de grandcs routes. dans ces régions
sauvages : les chemins sont des sentiers fort
étroils où deux personnes ont de la peine à
passer --- Page 183 ---
AUTOUR DIU M O. N. D E.
passer de front. On ne sauroit imaginer avec
quelle légéreté les Nègres traversent les endroits lesplusdificiles;ils) sont armés-d'arcs
et de flèches : le sterme del leur. course est
toujours un de leurs villages, où d'antres
porteurs doivent les relever. Cesc' peniles
sont, pour la plapart; converts de feuilles
d'arbres O1 de peaux de singes; ariqie vétement de ces barbares : ceux 1 niêmé qui
vivent en. a pleine campagnei, 2 étsqui. n'ont
d'autre abri que le feuillage des arbres, vont
entièrement nus,. sans distinction-d'ages ni
de sexe. Vous croiriez que, dass det état de
nudiré, les jeunes filles doivent sè. déconcerter à la vue d'un.lomme qu' elles ne,connoissent pas 3 point du tout : on a beau-les
approcher, les toucher, les agacer, on ne
les voit jamais prendre un air de liberté, ni
de volupté; sans paroitre hontenses, elles
n'ont rien que de décent et de modeste dans
leur contenance. On: retrouve par tout ici
Timage parfaite et touchante 2 de la pure
a
nature.
Les Africains de ces contrées saluent enl
présentant trois fois la main,et en: la portant ensuite tantôt à leur cou, tanrôt à leur
l'ome Il.
M
toucher, les agacer, on ne
les voit jamais prendre un air de liberté, ni
de volupté; sans paroitre hontenses, elles
n'ont rien que de décent et de modeste dans
leur contenance. On: retrouve par tout ici
Timage parfaite et touchante 2 de la pure
a
nature.
Les Africains de ces contrées saluent enl
présentant trois fois la main,et en: la portant ensuite tantôt à leur cou, tanrôt à leur
l'ome Il.
M --- Page 184 ---
NOUVEAU VOYAGE
poitrine; ils font étendre une natte sur laquelleils vons prient de vous asseoir, quand
vous allez les voir dans leur cabane. Lorsque le repas est servi, le vieillard, ses enfans, et quelque fois deux ou trois de ses
amis, s'asscoient, les jambes croisées, autour d'une grande jatte de bouillie composée
de mniel et de farine; ils prennent une poi- 1
gnée de cette bouillie qu'ils roulent avec les
doigis; car ils ne connoissent ni cueillères,
ni fourchettes. Nous trouvâmes cette sorte
de mêts assez insipide. Le repas fini, une
jeune esclave. nous présenta tour à tour un
vase plein d'eau, dans lequel chacun but.,
On voulut nous loger dans la cabane, mais
comme. la chaleur étoit excessive, nous préférâmes de coucher, en plein air, dans nos
hamacs suspendus à des pieux. Vers le milieu de la nuit, des tigres s'approchèrent de
la haie avec des rugissemens qui faisoient
trembler la terre : nous nous tinmes bien
serrés et.sans mouvemenf'dans nos hamacs,
en attendant le jour, non sans beaucoup de
frayeur.
Nous vimes le lendemain, en suivant notre route, un éléphant d'une grandeur énor- --- Page 185 ---
AUTOUR DU M a OND E.
me. Aussitôt que. nos Nègres l'eurent ap:
perçu, ils sautérent sur leurs armes, avec
de grands cris, et lui décochèrent une gréle
de flèches; mais un d'entre enx, plus expérimenté que les autres. 1 courut vers une cabane abandonnée qui n'étoit pas éloignée,
et - y mit le feu : la flamme qui s'éleva aussitôt effraya cette bête colossale, et lui fit
prendre la fuite.
Ces peuples n'ont jamais tenté d'apprivoi.
ser les éléphans, et n'en font aucun usage
dans leurs guerres. Avant l'arrivée des Portugais, les Negres de Congo ne connoissoient pas méme la valeur des dents de ces
animaux; ils ne laissoient pasd'en amasser
dans leurs maisons, plutôt par curiosité que
dans des vues d'intérêt. Le feu que nous venions diallumers'étant communiquéàlherbe
dont la campague étoit couverte, la consuma
en un instant dans Tespace de plus d'une
lieue : cet incendie jeta Teffroi parmi toutes les bétes féroces du canton. Cela nous
rerdit le chemnin libre jusqu'au village suivant. Nous en fames à peine sortis que nous
rencontràmes un serpent prodigieux dont la
longueur nous parut de plus de vingt-cinq
M 2
. Le feu que nous venions diallumers'étant communiquéàlherbe
dont la campague étoit couverte, la consuma
en un instant dans Tespace de plus d'une
lieue : cet incendie jeta Teffroi parmi toutes les bétes féroces du canton. Cela nous
rerdit le chemnin libre jusqu'au village suivant. Nous en fames à peine sortis que nous
rencontràmes un serpent prodigieux dont la
longueur nous parut de plus de vingt-cinq
M 2 --- Page 186 ---
NOUVEAU VOYA'G E
pieds: Nous observâmes qu'en avançant il
causoit dans lherbe autant de mouvement
que le passage de dix hommes: A cet aspect nos Nègres pousserent un grand cri
suivant leur usage; ils nous firent monter
sur un terrain élevé pour lui donnerle tems
de passer ou de rcculer : on s'arréta plus
d'une heure pour s'assurer qu'il n'y avoit
plus rien à craindre de son retour. La seule
ressc urce pour des voyageurs sans armes 1
est de prendre la fuite ou' - de mettre le feu
aux lierbages. La vue de ce monstre nous
ayant causé autant de surprise que de'
frayeur, nos guides nous assurèrent qu'il
n'étoit pas rare de' trouver de ces serpens
dout la grosseur égaloit celle d'un mat
ordinaire de navire. La manière dont ce'
monstrueux reptile fait la chasse n'est pas
moins remarquable que son énorme gran-'
déur : sa queue est repliée sur elle-même
én deux ou trois tours de cercle, qui renferment un espace long de cinq à six pieds
de diamètre; au dessus s'élève sa tête'avec
une partie de son corps. Dans ceite atti-"
tude, et. comme inimobile, il porte sa tête
autour de lui : dès qu'il apperçoit que sa- --- Page 187 ---
AUTOUR D,U. MON D E,.
proie est à sa portée, il s'élance, sur elle
par le moyen des circonvolutions de sa
queue, - qui font l'effet rapide d'on puissant
ressort. Si Tanimal quil guette est trop
gros pour étre avalé tout entier, après lui
avoir donné quelques coups de.ses dents
meurtrieres, il l'écrase, et lui brise les.os
soit en le SeI rrant de quelques noeuds, soût
en le pressant du poids de son corps; il
l'inonde ensuite d'une bave écumeuse qui
lui facilite le moyen de-] Tavaler sans le màcher. Ce monstre, tout terrible qu'il, est,
n'est pas si dangereux pour Thomhme qu'on
porirroit le croire : sa grosseur, qui e décèle facilement, fait même la shretédes.animauxqui sont moins fort que lui: son corps,
roulé en spirale sur lui-inême, se, voit de
fort loin ; c'est un indice suffisant aux voyageurs, et aux bestiaux même, pour,se détourner. de leur route. Les exemples des
hommes qu'il attaque sont très-ràres, ceux
des hommes qu'il prend le sont encore plus;
d'ailleurs la chasse aux grandes bêtes, telles
que le boeuf, le cerf, le cheval, etautres quar
drupédes qui trouvent leur salut dans leurs
jambes, le flaite peu, soit qu'à cause de
M 5
it de
fort loin ; c'est un indice suffisant aux voyageurs, et aux bestiaux même, pour,se détourner. de leur route. Les exemples des
hommes qu'il attaque sont très-ràres, ceux
des hommes qu'il prend le sont encore plus;
d'ailleurs la chasse aux grandes bêtes, telles
que le boeuf, le cerf, le cheval, etautres quar
drupédes qui trouvent leur salut dans leurs
jambes, le flaite peu, soit qu'à cause de
M 5 --- Page 188 ---
NOUVEAU VOYAGE
de sa lourdeur il désespère de les atteindre,
soit que leur chair ne soit pas de son gont,
soit aussi peut-étre qu'il les craigne e;il paroit
qu'il mange plus volontiers, il se contente
du moins plus souvent, d'autres serpens plus
petits que lui, de lézards, de crapaux, et
sur-tont de sauterelles qui ne semblent fondre sur ces lieux, comme des niiées, que
pour assouvir sa voracité; il purge ainsi les
terres où il se trouve une multitude innonbrable d'insectes et de reptiles qui feroient déserter les habitans. Nous marchàmes sans nous arrêter jusqu'à Bamba, capitale'de la province de ce nom, située sur
deux petites rivières qui la traver'sent. Le
pays est rempli de montagnes où T'on trouve
des mines d'argent qui s'étendent jusqu'au
royaume d'Angola.
La traite des - esclaves est si considérable
à Bainba que les Portugais en transportent
annuellement plus de cinq à six mille dans
leurs colonies. La même province contient
beaucoup de forêts : onl y voit des éléphans
d'une prodigieuse grosseur 7 des chevaux
sauvages, des lions, des tigres, et d'autres
espèces d'animaux féroces. Le peuple est --- Page 189 ---
AUTOUR DU M.ON D E.
brave, robuste, adroit aux exercices de la
guerre et redouté de SeS voisins : une grande
partie professe le christianisme. Le prince
qni commande en cette province est le plus
puissant vassal du roi de Congo. Les nobles
de ce pays ajoutent, comme les Espagno's
et les Portugais, dont ils ont pris cet usage,
le mot de dom à leur nom de baptémea
Comme il n'y a point de loi écrite, T'nsage
et l'expérience sont la règle de tous les jugemens; ils ne prescrivent que T'esclavage,
T'emprisonnement ou l'amende; ils condam:
nent rarement à la mort.
Ces peuples ne connoissent, ni nos tortures, souvent injustes, 5 toujours inhumaines, ni ces exemples autorisés d'une froide
atrocité, ni ces tourmens barbares, prodigués inutilement pour des crimes; ou mal
prouvés, ou chimériques. Le plus souvent
le priace se contente de bannir le coupable
dans quelqu'ile déserte ; s'ils y vivent assez
long-tems pour faire oublier leurs fautés,
ils en obtiennent le pardon : on ne fait méme pas de difficulté de les employer au service de T'état, comme des gens que le mhal:
heur doit avoir rendus sages, et de. plus
M 4
tourmens barbares, prodigués inutilement pour des crimes; ou mal
prouvés, ou chimériques. Le plus souvent
le priace se contente de bannir le coupable
dans quelqu'ile déserte ; s'ils y vivent assez
long-tems pour faire oublier leurs fautés,
ils en obtiennent le pardon : on ne fait méme pas de difficulté de les employer au service de T'état, comme des gens que le mhal:
heur doit avoir rendus sages, et de. plus
M 4 --- Page 190 ---
NOUVEAU V - OYA GE
propres.au travailet à la fatigue. Entre plu:
sieurs titres du roi de Congo, dont celui de
Bamba est vassal, ce monarque prend celui
de roi de Matama, de Loango, de, Quizama,d'Angola, de la rivière de Zaire, d'Angoirdel Kankongo, d'Ambondo, etc., quoiqu'il ait perdu la plupart de ces donaines
autrefois attachés à sa couronne. Ici, comme.chez tous les Barbares, on s'épouse sans
beauconp de formalités 91 ni de cérémonies:
Les parens du garçon envoient un présent
à la fille; s'ils l'acceptent il ne faut point
d'autre consentement. Une coutuine assez
particulière qui is'observedans plusieurs provinces, est de se prendre lessai. On passe
quelques semaines ensemble pour apprendre à se connoitre : si.après cette épreuve,
une des parties. est peu satisfaite de l'autre,
on se sépare d'un commun, accord: On a
rémarqué que dar's ces sortes d'essais les
filles sont fordinairement les plus difficiles,
et profitentlelplus souvent de la liberté de sel
retirer; elles: n'en sont pas regardées avec
plus de mépris, et n'en trouvent pas moins
l'occasion de subir bientôt une nouvelle
épreuve. Dans cette contrée les femmes fu- --- Page 191 ---
AUTOUR DI U M 0 N D E.
ment du tabac comme les hommes : une
femme qui se laisse prendre sa pipe par un
homine ne pent plus lui refuser aucune faveur. La sobriété de ces Nègres'est incroyablei: lorsqu'en route nous n'avions rien à
leur donner, ils n'en paroissoient pas plus
chagrins ; ils prenoient un morceau de bois,
et creusant la terre ils en tiroient certaines
petites racines qui les rassasioient et les animoient.
E Iln'est pas indifférent de dire un mot de
l'ancien culte de ces peuples, et que pratiquent encore ceux que les missionnaires
n'ont pu instruire, à Benguala, Loango,
Angola, enfin, dans tous les pays que renferme ce qu'on appeloit autrefois le royaume
dea Congo. Ces peuples ne reconnoissoient,
comme ils le font encore aujourd'hni, qu'un
Dien souverain 1 ; mais ils admeitoient des
divinités du second ordre qu'ils jugecient
aussi dignes de leurs adorations. Toutes leurs
pratiques: de religion se réduisoient au culte. .
delces idoles sils leurs donnoient différens
noms; ils les distinguoient sous: 3 diverses
figures ; ils lenr attribuoient diverses fonctions. Les.n unes présidoient aux vents à la
issoient,
comme ils le font encore aujourd'hni, qu'un
Dien souverain 1 ; mais ils admeitoient des
divinités du second ordre qu'ils jugecient
aussi dignes de leurs adorations. Toutes leurs
pratiques: de religion se réduisoient au culte. .
delces idoles sils leurs donnoient différens
noms; ils les distinguoient sous: 3 diverses
figures ; ils lenr attribuoient diverses fonctions. Les.n unes présidoient aux vents à la --- Page 192 ---
NOUVEAU VOYAGI E.
pluie, aux saisons; les astres aux campagnes, anx arbres, aux fruits, aux récoltes:
celles-ci avoient un empire absolu sur la
mer, les rivières, les ruisseaux, les poissons; celles-la surles bestiaux, surla santé,
sur la fortune, etc. Parmi ces idoles, dont le
nom général étoit mokisso, les unes étoient
représentées sous des formes humaines, les
autres sous des figures d'animaux, d'autres
n'offroient que des objets bisarres et fantasques, tels que des morcea ux de bois garnis de
fer, et décorés d'un peudesculpture, des cordes ornées de plumes, des roseaux quise portoient autour du cou, des sacs de peau, des -
coquilles; etc. Dans Tidée de leurs adorateurs ces mokisso éroient entre eux d'une
jelonsie exiréme : si l'on ne vouloit pas
s'exposer au ressentiment de ceux qui se.
croyoient négligés, il falloit leur rendre à
tous 20 les méniesh hommages.etl le inême culte.
Les prétres du haut clergé étoient le grand
prophéte, le prince de la montagne, le' roi
de Tean, le dieu des éléniens:,1 le mari des.
onze fenimes.
- Le premier se vantoit, non-seulement de
prédire les choses futures, mais encore d'é: --- Page 193 ---
AUTOUR DU M O N D E.
tre doué d'une vertu secrette et infaillible
pour la guérison de toute sorte de maladies;
il étoit toujours fourni de plusieurs médicamens, dans lesquels les Nègres ont tant de
confiance que, lorsqu'ils ne guérissent pas,
ils n'imputent ce malheureux snccès qu'à
leur faute. Le prince de la montagne, ainsi
nommé du lieu de son habitation, portoit
dans ses cheveux de petités figures de mokissos, cui le rendoient l'objet de la vénération des peuples : on ne lui parloit qu'à
genoux, et l'on n'osoit'le' regarder en face;
à moins qu'il ne le permit par une gràce
spéciale. Quand il se moutroit en public,
il étoit précédé par des espèces de, clercs
qui portoientllevant lui une statue sur un
brancard. Le prétre ou le roi de l'eau persuadoit au peuple qu'il tiroit du fond des
rivières des préservatifs contre tous le maux.)
Pour l'en convaincre il le rassembloit sur le
bord d'un fleuve; il y jetoit un vase vide et
ouvert ; il le retiroit plein- de ces prétendus
remèdes et les distribuoit aux assistans. Le
prêtre qui prétendoit présider aux élémens
vouloit aussi faire montre de son pouvoir : il
élevoit un monceau de terre près de sa de
peuple qu'il tiroit du fond des
rivières des préservatifs contre tous le maux.)
Pour l'en convaincre il le rassembloit sur le
bord d'un fleuve; il y jetoit un vase vide et
ouvert ; il le retiroit plein- de ces prétendus
remèdes et les distribuoit aux assistans. Le
prêtre qui prétendoit présider aux élémens
vouloit aussi faire montre de son pouvoir : il
élevoit un monceau de terre près de sa de --- Page 194 ---
NOUVEAU VOYAGI E
meure, et après les invocations accoutumées, il en sortoit un petit animal qui is'enr
voloit dans les airs : la pluie, les éclairs 3
le tonnerre étoient la suite de ce premier
enchantement; s'il ne réussissoit pas,, il
trouvoit toujours, dans l'imbécilité du peu:
ple, des moyens pour sauver sa réputation:
Le mari des onze femmes avoit, autour de
son habitation, onze idoles, dont chacune
portoit le nom d'une de ses épouses : on
les encensoit en brulant de la paille devant
elles. Enfin, tous ces prêtres s'adonnoient
à la magie, et faisoient profession de sortilèges, la plus lucrative comme la plus stre
des professions auprès du vulgaire. A en
croire ces prétres, ils avoient le pouvoir de
dompter les lions, de converser avec les tigres, de passer les fleuves sur le dos des
crocodiles; car plus on avance au peuple
des choses incroyables, plus il est avide de
les adopter.
Malgré les grands changemens que le
christianisme et la fréquentation des Européens ont apportés à cette religion, une
grande partie de ces peuplades observe encore, ainsi, que nous l'avons déja dit, Tan: --- Page 195 ---
AUTOUR DU MONDE
cien culte, du moins en grande partie. On
adore toujoursles mokissos sous différentes
représentations ; la plupart sont de bois;
sous la forme d'une chèvre avec une tête
de tertue, les jambes et les pieds de quelque autre animal : on les place au centre
des villes et des villages, et l'on est persuadé qu'ils servent aux dieux d'orgenes
pour s'expliquer.
: La province de Songo contient plusieurs
villes dont les principales sont Kiova, et la
capitale, à qui la province donne son nom.
Cette province porte le titre de comté; c'est
la première du: - royaume de Congo qui se
soit soumise au christianisme, et celle où
il s'est lel plus long'rems conservé. Lei gouverneur, ou plutôt le souverain y fait sa ré:
sidence et y tient sa cour. Lindustrie des
Nègres deices contrées en matière d'arts se
réduit à fabriquer plusieurs sortes d'étoffes
avec des fils très-menns qu'i's tirent de l'écorce ou des feuilles de certains arbres. Il
ny a point de monnoie d'or, d'argent, ni
de cuivre : la plupart des marchés se forit
en échange, nais le plus souvent en: simbos qu'on appelle zimbis au.royauned'An-
tient sa cour. Lindustrie des
Nègres deices contrées en matière d'arts se
réduit à fabriquer plusieurs sortes d'étoffes
avec des fils très-menns qu'i's tirent de l'écorce ou des feuilles de certains arbres. Il
ny a point de monnoie d'or, d'argent, ni
de cuivre : la plupart des marchés se forit
en échange, nais le plus souvent en: simbos qu'on appelle zimbis au.royauned'An- --- Page 196 ---
1go
NOUVEAU VOYAGE.
gola:i il en faut cinq cents pour une pistole.
Le pays de Songo produit du coton, du sel;
de'livoire, des dattes et le meilleur cuivre
de tout le royaume. Ils'y fait un assez grand
tralicd'esclaves.Le) peuple ne se couvre guère
que le devant du corps ; c'est même un usage
assez généralenent établi d'être absolument
nu dans les maisons, à cause de l'excessive
chaleur qui dure neuf mois consécutifs. Les
nobles portent une camisolle de paille, sans
manches, qui tombe jusqu'au-dessous de la
ceinture, et se termine par deux bandes qui
pendent jusqu'à terre. Les femmes d'un rang
élevé mettent un jupon de paille qui leur
descend jusqu'aux pieds, et s'enveloppent
d'une longue pièce d'étoffe qui fait ordinairemert deux tours; le bout, quise relève sur
leur téte, leur sert de voile. Lusage des deux
sexcs est de porter de longues pipes avec
lesquelles ils fument perpétuellement:
En partant de la ville de Songo nous remonjâmes le grand flenve jusqu'au village
de Gitar. De-là nous nous rendimes à la
ville de Zaire, qu'on nomme aussi la cité
royale. Les Anglois ont quelques comptoirs
dans ces cantous pour la traite des Nègres. --- Page 197 ---
AUTOUR DU M O N D E.
Nous avions fait suivre plusieurs flacons dé
vin de palmier, et nous fimes. ce trajet trèss
agréablement. Zaire est située : à quelques
milles de la rivière de ce nom 5 : sa grandeur
est médiocre : le nombre de ses habitans ne
s'élève pas à plus, de mille ames.
Nous primes un canot pour. remonter le
Reuve, et nous parcouràmes successivement les provinces de Sundi; ded Pango et
de Batta. Les Portugais ont érigélapromière
en duché; elle est toujours lappanage de
l'héritier présomptif. de la couronne.-Ump préjugé géncralement établi parmni ces.p peuples
barbares, c'està-dire, à demieivilisés, est
que personne, ne meurt de mort raturelle:
ils croient quer les - défunts appellent à eux
les vivans, mais ils supposent. qjue linvita-.
tion a : souvent été précédée par le poison;
dans cette persuasion 7 la famille et les amis
du mort accusent presque toujours le plus
proche parent de T'avoir tué, et. l'obligent
de se purger de ce crime par les prenves
judiciaires; s'il en sort viciorieux.on ie laisse
tranquille, mais s'ily succombe Oit le condamne à un bannissement. Un usage de
cette nature a sans doute pour. principe
1O
jue linvita-.
tion a : souvent été précédée par le poison;
dans cette persuasion 7 la famille et les amis
du mort accusent presque toujours le plus
proche parent de T'avoir tué, et. l'obligent
de se purger de ce crime par les prenves
judiciaires; s'il en sort viciorieux.on ie laisse
tranquille, mais s'ily succombe Oit le condamne à un bannissement. Un usage de
cette nature a sans doute pour. principe
1O --- Page 198 ---
N. OUVE AUl VIOYAGE
Phabitude beancoup'trop. fréquente où sont
les Africains : d'employer le poison contre
leurs ennemis. . 2
: Ah
Le royaume de Congo, et les états qai is'en
sont détachés, , n'ont ni médecins, ni chirurgiens, ni apothicaires, ni même d'anitres
remèdes que des simples, desi racines de
Teau et de l'huile ; en quoi, certes, nous. he
à
car c'esti' suiles trouvons pas plaindre;
vant nous , un grand probiénie à résoudre
celui de savoir si les médecins netent
que
autant de malades qu'ils en guérissent.
pas Rome s'en passa cinq cents ans , et les historiens ne disent pas. qu'il mourut plus : de
monde. La fièvre est icile mial le plus commun : on le guérit en se frottant le corps
plusieurs fois avec on 11 onguent composé
d'huile et de poudre de sandal. Le rémèdé
les maux de tête:est une légère saipour
ellesel fait aveci une COgnée aux tempes 5
quille aiguisée', en mettant un petit tuyau
sur la plaie pour en succer le sang. Lopération est la même pour toutes les parics
du corps. -
de Pango, dont la capitale
La province
formoit un état indéporte le méme nom,
pendant --- Page 199 ---
AUTOUR DU MO N D E.
pendant que les rois de Congo ont subjugué. Celle de Batta s'étant unie volontairement à ce royaumé, à l'occasion de quelques divisions intestines, conserve plus de
liberté et de privilèges, et sur-tout n'est plus
en proie aux factions du dedans. On trouve
en ce canton des mines d'or; mais les habitans n'y travaillent point pour ne pas eXciter la cupidité des Portugais : cette raison
les a - toujours empéché de les leur découvrir. Les montagnes, produisent, en quelques endroits, des pierres d'une telle grandeur qu'on feroit une église entière d'une
seul bloc. Il y a des monts de,porphyre,
de jaspe et de marbre : il y en a d'autres
où l'on trouve de très-belles jacinthes. L'hiver est aussi doux, dans les états de Congo;
que elep plus beau printems d'Europe. La longueur des jours et des nuits cst presqu'égale
pendant toute l'année. Dans certains cantons on fait unedouble récolte; ony recueille
sur-tout du millet et de la racine de manioc : on ne connoit point ici l'usage de la
charrue; on reiue la' terre avec une espèce
de truelle très-légère : à mesure qu'on ouvre
le sillon d'une main, on y répand de l'auT'ome III.
N
d'Europe. La longueur des jours et des nuits cst presqu'égale
pendant toute l'année. Dans certains cantons on fait unedouble récolte; ony recueille
sur-tout du millet et de la racine de manioc : on ne connoit point ici l'usage de la
charrue; on reiue la' terre avec une espèce
de truelle très-légère : à mesure qu'on ouvre
le sillon d'une main, on y répand de l'auT'ome III.
N --- Page 200 ---
NOUVEAU VOYAGE
tre les semences qu'on tire d'un sac pendu
à son côté : cet exercice n'empéche pas les
femmes de porter les enfans sur le dos dans
une espèce de hamac qu'elles attachent autour des épaules. --- Page 201 ---
AUTOUR DU. M ON DE, f195
CHAPITRE XXXIIL
De Loango.
Nousrevames, par de longs détours, avec
nos Noirs, nos hamacs et nos petites malles
à San-Salvador, et de-là à Loango, capitale
de ce nom, située au milieu d'une belle
plaine, à une lieue de la mer : son étendue
est considérable. Toutes les maisons sont
isolées et environnées d'allées de bananiers,
de palmiers, de platanes, etc. Le palais du
roi, qui occupe le centre de ville, à lextrémité d'une grande place; 1 forme un carré
long très-spacieux; il est embelli de plusieurs
édifices séparés pour loger le sérail du monarque : un homme qui auroit la témérité
d'y entrer subiroit sur-le-champ la peine de
mort; la femme qui lui parleroit seroit conduite sur la place publique, avec son complice, pour y perdre la vie par un supplice
N 2 --- Page 202 ---
NO UVEAT U VOYAGE
cruel, Une longue: rue qui aboutità à lâgrande
place de Loango, rassemble tous les matins
quantité de marchands qui vendent du poisson, de l'huile, des grains, etc. Les maisons, excepté celles des seigneurs, n'ont ordinairément que deux ou trois étages; leurs
meubles sont communément quelques vases
d'argile,-des calebasses, des nattes qui servent de lits, des paniers et autres ustensiles
de peu de valeur.
Les habitans de Loango ont pour leur roi
le méme respect que pour leurs dieux : ces
princes prennent en effet le titre de samba
ou de pango, qui signifie divinité. Le souverain de Loango mange seul; et, par une
ancienne loi qui défend, sous peine de mort,
d'assister à ses repas, 1 il n'a ni officiers, ni
domestiques pour le servir. A certaines fêtes
solemnelles le roi se montre dans tout l'éclat
de sa grandeur. On élève dans la place publique un trône superbe d'oà pend son armure enveloppée de riches étoffes; aux environs sont de grands éventails qu'on agite
avec. force et qui répandent une agréable
fraicheur : devant le trône est un large tapis
sur lerjuel les seigneurs sont assis en cercle,
, ni
domestiques pour le servir. A certaines fêtes
solemnelles le roi se montre dans tout l'éclat
de sa grandeur. On élève dans la place publique un trône superbe d'oà pend son armure enveloppée de riches étoffes; aux environs sont de grands éventails qu'on agite
avec. force et qui répandent une agréable
fraicheur : devant le trône est un large tapis
sur lerjuel les seigneurs sont assis en cercle, --- Page 203 ---
AUTO U R D U M 0 N D E:
ayant chacun à la main une queue de buffle
qu'ils font voltiger pour augmenter le frais;
le peuple occupe le reste de la place et se
tient de bout. Dès que le roi est arrivé, les
nobles font - le kilomba, salut bisarre qui consiste en deux ou trois'sauts en avant, et au:
tant en arrière : le prince étend les bras,
comme pour les recevoir; mais ils se prosternent à ses pieds, et se roulent plusieurs
fois à terre pour marquer plus de respect.
Ceux qui ont le plus de part à sa faveur
posent les deux mains sur ses genoux et appuient leur tête contre son sein : les gens
de qualité se donnent aussi quelquefois les
uns aux autres le salut du kilomba, et le
monarque lui-même ne dédaigne pas de le
rendre à ses favoris. La soumission du peuple pour la noblesse est poussée aussi loin
que celle des nobles pour le souverain. Les
Négres du commun se mettent à genoux
quand ils en rencontrent dans les rues."
Après la mort du roi, la couronne n'appartient point à son fils, mais à l'ainé de ses'
frères, ou aux enfans de ses soeurs.
Sur le simple soupçon d'un crime on conduit les accusés devant le juge : si.le délis
N 3 --- Page 204 ---
NOUVEAU VOXAGE
ne peut être constaté par les voies ordinaires, on a recoursàTépreuve du bonda:onap
pelle ainsi une liqueur violente qui ne man-.
jamaisde faire tomber en défailque presque
lance la personne que l'on soumet à cette
espèce de question. Un prétre (car dans ce
* pays-ci les ministres de la religion sont tous,
ou sorciers, ou bourreaux, et souvent Fun
et l'autre à la fois) fait prendre au coupable une pinte de ce breuvage, et jette devant lui des morceaux de bananier, en lui
disant : c Tombe; si tu es criminel, ou tiens
C toi bien, si tu es innocent >. Lorsque le
criminel mérite la mort, le peuple le met
- en pièces, mais si la faute est légère, ou
qu'on veuille le traiter avec indulgence, on
lui fait avaler du contre-poison. Les innocens sont reconduits chez eux en triomphe
et avec des acclamations. Vous pensez bien
que le plus foible, c'est-à-dire, le plus pauvre, succombe infailliblement, et que cette
épreuve est éntre les mains des prétres une
machine puissante qu'ils dirigent à leur gré.
Le roi de Loango entretient une armée
nombreuse qui le fait respecter de ses voisins; mais l'art de la guerre estinconnu chez
du contre-poison. Les innocens sont reconduits chez eux en triomphe
et avec des acclamations. Vous pensez bien
que le plus foible, c'est-à-dire, le plus pauvre, succombe infailliblement, et que cette
épreuve est éntre les mains des prétres une
machine puissante qu'ils dirigent à leur gré.
Le roi de Loango entretient une armée
nombreuse qui le fait respecter de ses voisins; mais l'art de la guerre estinconnu chez --- Page 205 ---
AUTOUR DU M O N D E.
ces peuples barbares, ainsi que la discipline
militaire:i il en est de même dans le royaume
de Congo. Les soldats ont des boucliers de
cuir qui leur couvrent tout le corps, 9 et ils
savent manier la lance et le sabre avec autant de force que d'adresse : ces mémes armes leur servent à la fois, et contre les ennemis, et contre les bêtes des foréts. La
chasse du tigre et dul léopard est un deleurs
principaux amusemens. On suit ici l'ancien
culte de Congo, dont ce pays a été démembré : on y ajoute la pratique de la circoncision, moins comme un acte de religion que
par un principe de propreté. Les idées de
ce peuple, sur la nature et le sort des ames
après la mort, ne sont pas les mêmes partout, et s'accordent peu : ceux-ciles croient
destinés à donner la vie à d'autres individus;
ceux -là pensent qu'elles périssent avec le
corps : le plus grand nombre admet l'existence d'une autre vie, mais sans' aucune
notion de cet avenir heureux, ou malheureux, qui, chez la plupart des nations policées, forme une barrière entre le coeur et
la dépravation, entre l'homme et le crime.
Lappui qué trouve la vertu dans l'espérance
N 4 --- Page 206 ---
NOUVEAU VOYAGE
d'un dternel bonheur, la terreur qu'inspire
aux méchans la crainte et l'aspect terrible
d'une éternité de tourmens, sont également
inconnus aux Négres de Loango. On croit
ici, comme à Congo, que peu de gens meurent de mort naturelle : ce barbarespréjugé
accasionne mille recherches odieuses qui font
périr une foule d'innocens. Tout ce que l'ignorance et la barbarie peuvent inspirer à
des hommes superstitieux s'observe ici aux
funérailles; on enterre avec les défunts des
habillemens, des meubles, des femmes vivantes et dès esclaves, pour les loger, les
nourrir, les vétir, les servir dans l'autre
monde : plus le mort a été élevé en dignité, plus on immole de victimes.
A deux lieues de la capitale est la ville de
Longeri, où les rois ont leur sépulture : ce
lien. funèbre est environné de dents d'éléphans qui forment une espèce de palissade.
Les principales provinces de ce royaume
sont celles de Gobbi, de Setté, de Mayomba, de Piri, de Kilongo, de Kakongo et
d'Angoi, situées à peu de distance de la
côte : les moeurs de ces peuples sont à peu
près les mêmes qu'à Loango. En général,
la ville de
Longeri, où les rois ont leur sépulture : ce
lien. funèbre est environné de dents d'éléphans qui forment une espèce de palissade.
Les principales provinces de ce royaume
sont celles de Gobbi, de Setté, de Mayomba, de Piri, de Kilongo, de Kakongo et
d'Angoi, situées à peu de distance de la
côte : les moeurs de ces peuples sont à peu
près les mêmes qu'à Loango. En général, --- Page 207 ---
AUTO U.R D U M 0 N D E.
l'Africain bat sa femme, la fait travailler,
et se repose. La ville de Mayomba, capitale
de. la province de ce nom , n'est qu'une
grande rue, si voisine du rivage que dans
les hautes marées les habitans sont obligés
d'abandonner leurs maisons. De toutes les
provinces du royaume, la plus agréable est
celle Kakongo; sa situation, entre les ports
de Loango et de Kapinga, lui procure toute
sorte de commodités, et rend son commerce
très-forissant. Le port de Kapinga, situé
sur Ja rivière de Zaire, et très-fréquenté des
Européens, est dans le pays, d'Angoi.
Quoique le nombre des femmes soit illimité chez tous ces Africains, et que plusieurs en aient huit ou dix, le commun des
Nègres n'en prend que trois ou quatre qu'il
peut congédier quand bon lui semble.
Après quelques heures de navigation nous
apperçàmes à notre droite le cap del LopezGonsalvo, qui doit ce nom à un capitaine
portugais qui le découvrit : ce n'est qu'une
langue de terre étroite et basse, fort marécageuse, couverte de bois, et qui borne au
midi le golfe de Guinée. Le rivage n'offre
gu'une vingtaine de cabanes qui ne sont ha- --- Page 208 ---
NOUVEAU VOYAGE
bitées qu'à l'arrivée des vaisseaux d'Europe.
On trouve un peu au-delà du port une ville
située sur une rivière nommée Olibato;
c'est la principale habitation des
Nègres, 2
et la résidence d'un petit prince fort pauvre que les marchands européens ne laissent
pas d'honorer du nom de roi. Les Hollandois font sur cette rivière un grand commerce d'ivoire, de cire, de miel,et de bois
de teinture. Le pays abonde en buffles, en
éléphans, en dragons, 2 en serpens : on y
trouve aussi quantité de singes et de perroquets gris. Les vaisseaux s'y fournissent de
bananes, d'ignames, de chair de porc, de
volaille et de toute sorte de rafraichissemens.
La côte est si remplie de poisson que d'unseul corip de filet on en prend quelquefois
la charge d'une barque : les huitres n'y sont
pas moins abondantes; ; on les' voit pendre
aux branches des arbres qui environnent la
baie.
Au nord du port de Lopez est la contrée
de Gabon, précisément située sous la ligne;
elle est arrosée par une rivière du même
nom qui a plus de quatre lieues de large à
son embonchure. Ony voit de petites iles,
si remplie de poisson que d'unseul corip de filet on en prend quelquefois
la charge d'une barque : les huitres n'y sont
pas moins abondantes; ; on les' voit pendre
aux branches des arbres qui environnent la
baie.
Au nord du port de Lopez est la contrée
de Gabon, précisément située sous la ligne;
elle est arrosée par une rivière du même
nom qui a plus de quatre lieues de large à
son embonchure. Ony voit de petites iles, --- Page 209 ---
A UTOUR DU M O N DE.
203.
dont quelques-unes sont habitées. Qnoique
ce pays soit peu considérable, il ne laisse
d'offrir des détails de moeurs assez sinpas
gulières. Quelque passion que ces peuples
aient pour l'eau-de-vie, ils n'en boivent jamais sur nos vaisseaux avant que d'avoir
reçu quelques présens qui les y engagent :
s'ils font eux-mêmes quelques présens aux
étrangers, ce n'est qu'à condition qu'ils recevront le double de qu'ils donnent; si on
ne les satisfait pas sur le champ, ils ne rougissent pas de les reprendre. Ce procédé ne
blesse que les loix de P'honnéteté : en voici
un qui blesse les loix de la nature : les mères reçoivent ouvertement les caresses - de
leurs fils, les filles celles de leurs pères : en.
général, toutes les femmes y sont d'une telle
lubricité, occasionnée sans: doute par l'ardeur du climat, qu'elles préviennent les désirs etles sollicitations des hoimes. Les deux
sexes ont la peau cicatrisée d'un grand nombre de figures bisarres. Les hommes se
croient merveilleusement parés lorsqu'ils
peuvent faire emplette de quelques mauvais habits de matelots, ou d'une vieille
perruque : la manière dont ils les portent --- Page 210 ---
NOUVEAU VOYAGE
les rend singulièrement horribles ; ils ne
sont pas dans l'usage de boire en mangeant ; mais après les repas, ils prennent
plaisir à s'enivrer de vin de palmier, ou
d'un mélange de miel et d'eau qui ressembleà notre hydromel : lorsque l'ivresse commence à les échauffer, la moindre dispute
les met aux mains; le roi lui-méme entre à
coups de poingt dans la mélée. L'univers n'a
point de nation plus barbare, ni plus misérable : chacun y. vit pour soi-méme, sans
s'embarrasser ni de ses dieux, ni de ses pré..
tres, ni de ses rois; cependant ce peuple
stupide a l'imbécilité de se croire heureux :
il y a plus; il l'est en effet, puisqu'il croit
T'être.
La côte d'Angra, au nord de Gabon;
n'a de remarquable qu'une rivière et une
baie du même nom, avec les petites iles de
Corisco, dont la plus grande n'a pas plus
de huit lieues de circonférence : les Portugais les ont ainsi nommées à cause des fréquens et terribles éclats de tonnerre quis'y
firent entendre, lorsqu'ils en firent la découverte. Depuis Ia baie d'Angra, en remontant toujours au nord, on rencontre suc-
'Angra, au nord de Gabon;
n'a de remarquable qu'une rivière et une
baie du même nom, avec les petites iles de
Corisco, dont la plus grande n'a pas plus
de huit lieues de circonférence : les Portugais les ont ainsi nommées à cause des fréquens et terribles éclats de tonnerre quis'y
firent entendre, lorsqu'ils en firent la découverte. Depuis Ia baie d'Angra, en remontant toujours au nord, on rencontre suc- --- Page 211 ---
AUTOUR DU M O N D E.
cessivement plusieurs plages peu connues.
Les peuples qui habitent les bords de cette
rivière, et ceux de Rio - Del-Rey, qui est,
plus à l'occident, font quelque commerce
avec les Européens ; ils n'ont pas plus de
scrupule de vendre leurs parens que les Européens de les acheter. Les Hollandois en
tirent aussi du corail bleu, production commune dans ce pays. On nomme Ambozi la
contrée qui sépare ces deux rivières : on la
distingue aisément par la hauteur de ses
montagnes, dont quelgnes-unes sont aussi,
élevées que le Pic de Ténérif. Depuis RioDel-Rey jusqu'an cap Formose, nous côtoyâmes le rivage en ligne droite, de l'orient
à l'occident. On y voit un grand nombre de
villes et de villages dont les habitans ne diffèrent des autres Nègres que par le plus ou
le moins de stupidité, de barbarie et de superstition : on trouve les mêrnes moeurs depuis le cap Formose jusqu'à la rivière de
Benin : le royaume ? et la capitale de ce
nom, sont situés au nord de Loango; la
capitale est éloignée de la mer d'environ
soixante lieues. Nous y arrivâmes par une
rivière que les Portugais ont appelée Rio- --- Page 212 ---
NOUVEAU VOYAGE
Formose, au bord de laquelle cette ville est
bâtie, et qu'on nomme aussi la rivière de
Benin; son embouchure, dans sa plus grande
largeur, a sept ou huit lieues : la multitude
de ses bras forme un grand nombre d'iles,
parmi lesquelles il s'en trouve de flottantes
et d'autres qui ne sont couvertes que d'ar-,
bustes et de roseaux. --- Page 213 ---
AUTOUR D U M 0 N D E.
CHAPITRE XXXIV.
De Benin, d'Ardra, de Juida et de la
Cote-dOr.
Nousremontimest le fleuve de Benin pour
arriver à la capitale, qui dans le pays porte
le nom d'OEdo, mais que les Européens appellent Benin; elle est située au milieu d'une
plaine délicieuse, dans une circonférence de
plusieurs lieues. Les rues'y sont d'une largeur extrême ; les maisons 9 uniformes et
dans un même alignement, n'ont qu'un
étage. Le palais du roi occupe une immense 6
étendue; c'est un amas confus de bâtimens,
de cours, de magasins, de galeries, d'écuries, etc. Le prince se montre rarement à
ses sujets ; mais quand il paroit en public,
c'est avec la
:.
plus grande magnificence; ; il
est précédé et suivi de tous les seigneurs de
sa cour : on voit à la tête du cortège une
ans un même alignement, n'ont qu'un
étage. Le palais du roi occupe une immense 6
étendue; c'est un amas confus de bâtimens,
de cours, de magasins, de galeries, d'écuries, etc. Le prince se montre rarement à
ses sujets ; mais quand il paroit en public,
c'est avec la
:.
plus grande magnificence; ; il
est précédé et suivi de tous les seigneurs de
sa cour : on voit à la tête du cortège une --- Page 214 ---
NOUVEAU VOYAGE
troupe de nains et de muets conduisant des
léopards, des tigres et d'autres animaux enchaînés ; la cérémonie se termine ordinairement par la mort de douze esclaves qn'on
sacrifie à la gloire du monarque. Le roi de
Benin, en montant sur le trône, fait moirir tous, ses frères, afin d'assurer la tranquillité de son règne : pour ne pas répandre le
sang royal, on prend la précaution de les
étouffer, après leur avoir fermé la bouche,
le nez et les oreilles. Lorsque le monarque
sent sa fin approcher, il nomme à son ministre de confance celui de ses fils qui doit
lui succéder; c'est un secret qui.se garde
inviolablement jusqu'à la mort du prince
régnant ; mais dès qu'il est expiré, le ministre le révéle au général des troupes que
quelques Européens appellent le grand maréchal de la couronne : celui-ci se le fait répéter plusieurs fois, demande si on ne se
trompe pas, et quand on s'est bien assuré
de la volonté du défunt, il va s'enfermer
dans sa maison. Alors il fait venirle prince
qui est destiné à régner; il lui ordonne de
se rendre chez le grand-maréchal pour les
prier de donner un maître à l'état. Lorsque
tout --- Page 215 ---
AUTOU R D U M O N D E.
a.
tout est réglé pourl la proclamation, le prince
se met à genoux, et on lui déclare les ordres
du feu roi : sur-le-chan mp il est revêlu des
marques du pouvoir suprême; il reçoit les
hommages des grands et du peuple. Les
grands officiers de la couronne sont distingués par un cordon de corail qui équivaut
à nos ordrés de chevalerie : quoiqu'ils portent le nom de corail, ils ne sont composés qued'tineterre cuite qui ressemble moins
à du corail qn'à de la brique. Une loi qui fait
infiniment d'honneur à T'humanité du peuple de Benin, c'est celle qui accorde une,
subsistance convenable aux pauvres que les
infirmités on la vieillesse rendent inhabiles
au travail; létat les nourrit gratuitement;
aussilon ne rencontre dans les rues aucun
mendiant.
L'incontinence esticiun vice général;mais
autant ces peuples évitent les obscénités trop
grossières dans les conversations, autant
ils ainient les équivoques. La pluralité des
femmes, Fobligation de s'en abstenir pen.
dant leur grossesse, l'espèce d'opprobre attache à leur stérilité, ce qu'elles doivent observer dans leurs infirmités périodiques, les
Tome III.
O,
aussilon ne rencontre dans les rues aucun
mendiant.
L'incontinence esticiun vice général;mais
autant ces peuples évitent les obscénités trop
grossières dans les conversations, autant
ils ainient les équivoques. La pluralité des
femmes, Fobligation de s'en abstenir pen.
dant leur grossesse, l'espèce d'opprobre attache à leur stérilité, ce qu'elles doivent observer dans leurs infirmités périodiques, les
Tome III.
O, --- Page 216 ---
NOUVEAU VOYAGE
le
des enfans, la
incisions faites sur corps
de la circoncision commune aux
pratique
T'adoration des divinités subaldeux sexes,
des prétres avec
ternes, la correspondance
leur consultation dans les males démons,
funèbres, l'enterrei
ladies, les lamentations
des vivans avec les morts, en un mot
ment
toutes ces erreurs grossières, ces pieuses
extravagantes 9 ces
folies, , ces croyances
sacrifices
dogmes absurdes, ces rits, ces
lesquels tant de peuples s'imabarbares par
ces
honorer la Divinité et lui plaire,
ginent
existantes de la foiblesse
preuves T'insuffisance toujours
de la raison, ne sont
et de
au seul royaume
pas des usages particuliers
de Benin : on les a vus établis sur presque
toutes les côtés de l'Afrique; ; mais voici des
spécialement pratiqués dans ce
usages plus
pays.
suiLa mère de deux jumeaux éprouve,
les lieux, un sort différent. A Benin,
vant
autres villes, ces soret dans la plupart*des
sont regardés comme
tes d'accouchemens
heureux augure : mais dans quelques
un
dans la ville d'. 'Arobo,
provinces, et sur-tout
sacrifie. la mère et les deux énfans. Ce que
on --- Page 217 ---
AUTOUR D'U MOND E,
nous avons dit des Indiens du Malabar et
du Gange n'approche pas de la barbarie des
Nègres de Benin à la mort de leur roi. Il
n'a pas plutôt fermé les yeux qu'on ouvre
une grande fosse dont le fond est très-large,
et lentrée fort étroite : on y jette d'abord
le corps du monarque ; on y précipite ensuite, à la vue d'un peuple intiombrable,
une multitude de domestiques ade femmes
et d'esclaves qui remplissent toute l'immensité de ce vaste et horrible caveau : l'exécution faite, on en bouchelouverture. Le lendemain on revient au même lieu; on ôte la
pierre ; on demande à ces malheureux s'ils
ont rencontré le roi : au moindre cri qu'ils
font entendre on referme le tombeau; la
même cérémonie se continue pendant plusieurs jours jusqu'à ce quel'on se soit assuré
parleur silence dela mort de toutes ces victimes : alors T'héritier du trône se transporte
dans cet endroit, y fait porter quantité de
viande et de vin de palmier, et régale tout le
peuple. La fin de cette fête est aussi barbare
que son commencement : ces gens, échauf
fés par les vapeurs du vin, courent dans
toutes les rues et massacrent tout ce qu'ils
C 2
même cérémonie se continue pendant plusieurs jours jusqu'à ce quel'on se soit assuré
parleur silence dela mort de toutes ces victimes : alors T'héritier du trône se transporte
dans cet endroit, y fait porter quantité de
viande et de vin de palmier, et régale tout le
peuple. La fin de cette fête est aussi barbare
que son commencement : ces gens, échauf
fés par les vapeurs du vin, courent dans
toutes les rues et massacrent tout ce qu'ils
C 2 --- Page 218 ---
NOUVE AU VOYAGE
trouvent; ils coupent la tête à ceux qu'ils
ont tué, et portent leurs corps au fatal caveau comme une nouvelle offrande que la
nation fait à son roi. La fête anniversaire,
consacrée à l'honneur des morts, a cela de
particulier qu'on leur sacrifie, non - seulement des animaux, mais encore des victimes humaines : l'usage veut qu'on immole
dans ces occasions vingt-cing hommes qui
sont ordinairement des criminels condamnés à mort; si ce nombre ne se trouve pas
dans les prisons, on enlève indifféremment,
pendant la nuit, les premières personnes
qu'on rencontre : les riches peuvent se. racheter en donnant aux prêtres une certaine
somme d'argent; ce n'est pas un des moindres revenus du clergé.
Pendant notre court séjour à Benin nous
y avons vu arriver des Européens en trèsgrand nombre et des commerçans d'Overri,
de Gabon, d'Angra, 7 d'Ambozi, des iles du
Corisco, de Saint-Thomas, du Prince, de
Fernando, et des pays qu'arrosent les rivières de Kalabar, de Bandi, Del-Rey;
toutes ces iles et rivières, ainsi que toutes
les villes dont nous venons de parler, sont --- Page 219 ---
AUTOUR D U M ON) D E,
au midi et à l'orient de Benin : il y vient
aussi des marchands d'Offra,
et de toutes les
d'Hassem,
parties du royaume d'Ar:
dra, qui est situé à l'occident. Ce pays-ci
est sur-tout intéressant pour les François à
cause des anciennes liaisons avec notre compagnie des Indes, et des relations 3
de commerce qu'il y a eu entre les deux nations; elles se sont envoyées réciproquement des ambassadeurs. Lonis XIV n'a pas dédaigné de
recevoir les députés de la cour d'Ardra avec
tout l'éclat qui environnoit la majesté d'un
roi de France : le Nègre Mathéo, ambassadeur d'Ardra, fut conduit au Louvre parle
mâitre des cérémonies dans les carosses du
roi, et ses. enfans dans ceux de la reine ; il
regarda avec une attention particulière la
magnificence des habitans; mais quelqu'gn
lui ayant demandé ce qu'il en pensoit, il
répondit : xJe viens voir le roi; il est bien
4 au-dessus de toutes ces choses-là >, C'est
ainsi qu'il savoit employer la flatterie qu'il
disoit étre la monnoie de toutes; les cours.
On vint avertir l'ambasseur de se rendre à
la salle d'audience. Ce Nègre passa à travers une foule de gens distingués dont les
O 3
des habitans; mais quelqu'gn
lui ayant demandé ce qu'il en pensoit, il
répondit : xJe viens voir le roi; il est bien
4 au-dessus de toutes ces choses-là >, C'est
ainsi qu'il savoit employer la flatterie qu'il
disoit étre la monnoie de toutes; les cours.
On vint avertir l'ambasseur de se rendre à
la salle d'audience. Ce Nègre passa à travers une foule de gens distingués dont les
O 3 --- Page 220 ---
NOUVEAU VOYAGE
appartemens étoient remplis : ce ne fut pas
sans peine qu'il arriva au pied du trône.
Mathéo fit trois révérences profondes depuis
l'entrée de la galerie jusqu'àl'esttade où étoit
le fauteuil de sa majesté : il y monta avec
ses enfans ; ils se prosternèrent, ainsi que
lui, au pied du trône : il éleva un peu la tête
pour commencer son, compliment qui étoit
en langue portugaise. Le roi le fit lever, et
s'appercevant qu'il tenoit un papier à la
main, avec quelques marques de timidité
et d'embarras, il donna ordre de lire à haute
voix cette harangue, 1 qui étoit traduite en
françois.
Notre vaisseau resté à la rade près du cap
Formose nous attendoit à T'embouchure de
la rivière de Benin. Nous descendimes ce
fleuve dans des canots, et ayant remis à la
voile, nous vinmes débarquer au royaume
de Juida ; c'est le nom que les François donnent à un pays qui n'occupe que seize lieues
de côtes, et environ douze dans' les terres.
Les Anglois Tappellent Whida ; les Hollandois Fida: Cette contrée est une des plus
fréquentées par les Européens, des plus cultivées par les Negres, des plus peuplées,
a --- Page 221 ---
AUTOUR DU M O N D E.
des plus fertiles, des mieux policées,
les moeurs, les loix, la
et dont
religion 1 les
mes, les usages offrent des détails couturieux, plus singuliers. Rien
plus cu:
peut être
au monde ne
comparé à la beauté du pays : les
arbres, d'une grandeur singulière, Se couvrent dans toutes les saisons d'un
feuillage; les campagnes, arrosées- de superbe
sieurs rivières et d'une grande
pluquantité de
ruisseanx, sont ornées de palmiers, de tamarins, d'orangers, de liguiers, de bananiers. Le sol s'élève insensiblement
le rivage jusqu'à dix ou douze lieues, depuis
forme un vaste amphithéatre,
et
où, de chaque point, les yeux se promènent
la mer. La multitude des
jusqu'à
sentént dans un si
villages qui se pré.
grand espace, les
dontils sont environnés,
bosquets
offrent la
Taspect de l'Océan,
plus belle perspective qu'on puisse
imaginer. Avec très-peu d'étendue,
me de, Juida ne laisse pas de contenir leroyaut
six provinces qui tirent leurs iioms de vingt leurs
principales villes; ; elles ont chacune un souverain particulier : le roi, qui n'est que leur
chef, gouverne sur tout la province de Sabi,
dont la capitale, nommée aussi Sabi ou. XaO 4
dontils sont environnés,
bosquets
offrent la
Taspect de l'Océan,
plus belle perspective qu'on puisse
imaginer. Avec très-peu d'étendue,
me de, Juida ne laisse pas de contenir leroyaut
six provinces qui tirent leurs iioms de vingt leurs
principales villes; ; elles ont chacune un souverain particulier : le roi, qui n'est que leur
chef, gouverne sur tout la province de Sabi,
dont la capitale, nommée aussi Sabi ou. XaO 4 --- Page 222 ---
NOUVEAU VOYAGE
vier, l'est en même tems de tout le royaume; elle.est située à quatre petires lieues de
la mer, au milieu d'nne grande plaine; c'est
la résidence du foi et des facteurs européens.
Chaque famille occupe un terrain environné
de murs, et remplis d'un nombre de cabanes proportionné à celui des habitans. Tous
ces enclos sont séparés par des espaces, auxquels on pourroit donner le nom de rues,
s'ils étoient moins étroits'; car à peine deux
personnes peuvent y passer de front. Le palais du roi occupe un emplacement très spacieux, fermé de murs et défendu par de petites tours rondes qui servent del lgement à
ses gardes : les appartemens sont commods
et agréables, bien ornés et bien distribués; 6
celui des femmes est dans un quartier séparé, mais enferié dans la même enceinte.
Si l'on en croit les habitans, elles ne sont
pas moins de deux ou trois mille, toutes
destinées, ou aux plaisirs, ou au service du
monarque: celles que le prince honore d'une
affection particulière se tiennent à genoux
autour de lui; dans cette posture', elles s'efforcent de l'amuser par leur entretien : s'il
entrouve une.qui excite ses désirs, il la tou- --- Page 223 ---
AUTOUR DU M ON D E.
che doucement, frappe avec les mains; et
ce signal avertit les autres de se retirer; elles
âttendent qu'il les rappelle ou qu'il en demande d'autres, et une nouvelle scène amène
de nouveaux plaisirs. S'il sort de son palais,
ce quilui arrive rarement, son cortège n'est
composé que de ses concubines : les hommes ne peuvent ni en approcher, ni les regarder; un Nègre qui toucheroit une femme
du roi, soit volontairement, soit par hasard,
seroit condamné sans pitié à l'esclavage ou
à la mort. Les maisons des grands et des riches particuliers de Juida, ont, à proportion, les mêmes ornemens que celle du souverain. A l'imitation des Européens qui ont
porté le luxe dans ce royaume, ils ont des
cuisiniers habiles instruits dans nos comptoirs : leurs tables sont servies avec la même
propreté que les nôtres; ils ont, comme
nous, l'usage des vins d'Espagne, de Canarie, de Madère et même de France. La
nionnoie courante est la poudre d'or et cette
sorte de coquillages dont nous avons déja
parlé plus d'une fois, sur-tout à l'article des
iles Maldives. Les Malais viennent aussi trafiquer sur cette côte, où ils se rendent par
iles instruits dans nos comptoirs : leurs tables sont servies avec la même
propreté que les nôtres; ils ont, comme
nous, l'usage des vins d'Espagne, de Canarie, de Madère et même de France. La
nionnoie courante est la poudre d'or et cette
sorte de coquillages dont nous avons déja
parlé plus d'une fois, sur-tout à l'article des
iles Maldives. Les Malais viennent aussi trafiquer sur cette côte, où ils se rendent par --- Page 224 ---
NOUVEAU VOYAGE E
terre en traversant toute T'Afrique; ils sont
trois mois à faire ce voyage, et apportent
avec eux des marchandises de TInde qu'ils
tirent de l'Arabie : on les croit originaires
de la presqu'ile de Malaca.
Nous ne parlerons ni de la figure, ni de
la taille, ni du caractère des Nègres de Juida; ils diffèrent peu des autres Africains de
la même latitude; ils sont pourtant plus polis, plus sociables, plus généreux, plus respectueux envers leurs supérieurs; ils regarderoient comme un crime de s'asseoir, ou
méme de se tenir debout en leur présence.
L'usage est de se mettre à genoux quand ils
passent ou qu'ils leur parlent : c'est dans
la même posture que les enfans paroissent
devant leur père, et les femmes devant leur
mari: : le supérieur fait une réponse obligeante 2 bat doucement des mains, 9 et se
retire avec un salut de protection. Deux
personnes d'égale condition se jettent à genoux quand elles se rencontrent, se saluent
en battant des mains, et forment des voeux
pour leur santé et leur bonheur mutuel ;
elles se retrouveroient vingt foisle jour,
qu'elles ne manqueroient jamais à cette po- --- Page 225 ---
AUTOUR DU M O ND E.
litesse. Les Chinois eux-mémes nc portent
pas plus loin les formalitérdu cérémonial,
et ne les observent pas avec plus de rigueur.
Le sexe est ici-d'un tempérament si VOluptueux que la sévérité des loix seroit une
foible barrière contre l'incontinence : celles
qui se destinent publiquement à la prostitution se tiennent sur les grands chemins dans
de petites cabanes qui ne servent qu'à cet
usage; elles sont obligées de s'y trouver à
leur tour, certains jours de la semaine pour
se livrer aux passans : le prix ordinaire de
leurs faveurs est de trois petiies coquilles
qui peuvent valoir ensemble un liard de notre monnoie. L.es dévotes de distinction,
quand elles sont au Jit de la mort, font
acheter des filles pour servir gratuitement
"dans ces lieux de débauche; elles croient
qu'il est aussi méritoire de contribuer aux
plaisirs des pauvres que de les assister dans
leurs besoins. Les femmes commencent de
bonne heure à être mères, et cessent bientôt d'êire propres à la génération ; mais leur
nombre surpasse tellement celui des hommes dans cette partie de" la. Guinée, 2 que,
quoiqu'en général, elles soient peu fécon-
la mort, font
acheter des filles pour servir gratuitement
"dans ces lieux de débauche; elles croient
qu'il est aussi méritoire de contribuer aux
plaisirs des pauvres que de les assister dans
leurs besoins. Les femmes commencent de
bonne heure à être mères, et cessent bientôt d'êire propres à la génération ; mais leur
nombre surpasse tellement celui des hommes dans cette partie de" la. Guinée, 2 que,
quoiqu'en général, elles soient peu fécon- --- Page 226 ---
NOUVEAU VOYAGE
des, on y voit des pères qui ont jusqu'à
deux cents enfans. Un Nègre, de quelque
considération qu'il soit, qui n'en a que cinquante, se plaint de son sort. On ne s'étonnera pas que la population soit prodigieuse
dans un pays où la propagation de l'espèce
humaine est l'unique but du plaisir qu'elle
procure, où les plus belles années d'une fille
ne se passent pas à attendre un mari que
souvent élle ne peut avoir, où le désir d'être
réputée vierge sans renoncer à la volupté,
ne détruit pointle principe de la génération,
où une femmei qui ne fait point d'enfans
avec un homme a le droit d'en prendre un
autre qui puisse la rendre féconde.
Le grand serpent est la principale divinité du pays. On ignore Forigine d'un culte
si singulier : les Négres racontent que ce serpent ne pouvant supporter son pays natal à
cause de la méchanceté des habitans, le
quitta pour venir demeurer parmi eux ; - ils
le reçurent, vous disent-ils, avec les plus
grands honneurs, Tenveloppèrent avec un
tapis de soie et T'emportèrent dans un temple. On institua des prêtres pour en avoir
soin; on consacra les plus belles filles à son --- Page 227 ---
AUTOUR DI U M O N D E, -
service : bientôt ce nouveau fétiche T'emporta
sur toutes les anciennes divinités. La posté.
rité de ce noble animal s'est fort multipliée;
mais dans le nombre, il y en a toujours un
qu'on regarde comme le chef; on lui rend
des hommages particuliers. Le peuple croit
que c'est celui qui a été divinisé, il le regarde comme l'auteur de tous ceux qui existent. Lorsqu'il vient à mourir, les
prétres, s
pour ne rien diminuer de cette vénération,
lui en substituent adroitement un autre de la
méme grandeur. Il est logé magnifiquement,
nourri des mêts les plus délicats, servi de
la main des plus jolies filles : le roi lui fait
des présens très-riches. Les prêtres ne négligent rien pour entretenir une crédulité
qui les met en état de satisfaire à la fois
leur incontinence et leur avarice ; ils sont
venus à bout de persuader aux habitans
dans un certain tems de l'année, l'animal que,
conçoit delinclination pour de jeunes filles,
et c'est toujours aux plus belles qu'il s'adresse. Pour annoncer son amour, il leur
apparoit, pendant la nuit, les touche du
bout de sa queue, leur inspire une fureur
qui peut être comparée à celle des bacchan-
ulité
qui les met en état de satisfaire à la fois
leur incontinence et leur avarice ; ils sont
venus à bout de persuader aux habitans
dans un certain tems de l'année, l'animal que,
conçoit delinclination pour de jeunes filles,
et c'est toujours aux plus belles qu'il s'adresse. Pour annoncer son amour, il leur
apparoit, pendant la nuit, les touche du
bout de sa queue, leur inspire une fureur
qui peut être comparée à celle des bacchan- --- Page 228 ---
NOUVEAU VOYAGE
tes; elles brisent ou déchirent tout ce qui
leur tombe sous la main, se dépouillent de
leurs vêtemens, poussent des hurlemens affreux, se jettent sur les passans, et obligent
leurs parensàl les séquestrer de la société:c'est
le moment oùt les prétre les attendènt. On
les mène dans une maison bâtie à ce dessein
près du temple : elles y restent enfermées
avec eux jusqu'à ce qu'elles aient recouvré
Jeur bou sens : cette guérison est plus ou
moins. longue suivant le degré d'affection
qu'elles ont inspiré à la. divinité ou à ses
ministres. Pendant ce tems-là les parens
leur envoient tout ce qui leur est nécessaire, et pour leur subsistance, et pour celle
des prêtres chargés de cetteimportante cure.
Lorsqu'une fille n'a pas encore été attaquée
par le dieu reptile, soit qu'elle n'ait eu aucun gout pour les prêtres, soit qu'elle ait
échappé à leur vigilante lubricité, ils tàchent d'avoir avec elle un entretien secret,
et séduisent avec tant d'art l'esprit crédule
de cette jeune innocente qu'ils lni persuadent de contrefaire la folle : dès ce moment
elle est en leur pouvoir; l'autorité que leur
donne leur caractère empêche qu'on ne ré- --- Page 229 ---
AUTOUR D U M - ONDE
vèle leurs fourberies. La plupart de ces filles
s'en trouvent d'ailleurs assez bien pour n'avoir aucun intérêt à les découvrir. Il y a
toujours quelques Nègres de bon sens qui
n'en sont pas la.dape; mais ils se contentent d'en rire en secret ; car il ne seroit pas
sur pour eux de vouloir détromper le
ple. Les deux sexes sont également
peuemployés
au service de la religion.
Voici ce qui s'observe dans la réception
des femmes dans l'ordre du sacerdoce. Les
vieilles, armées de massues, sortent du temple, vont dans la ville et parcourent les rues
en criant : Arrêtez et prenez. Toutes les
jeunes filles, depuis huit ans jusqu'à douze;
qu'elles peuyent enlever leur appartiennent
de droit, c'est-à-dire, pour l'usage des
tres. Ces vieilles furies conduisent dans leur pré:
cabane leurs jeunes proies, enferment ces
novices, ? les instruisent, et leur impriment
sur le corps les marques du grand serpent:
cettè dernière opération cause à ces petites
créatures des douleurs très- vives, et leur
fait pousser des cris violens. Lorsqu'on les
croit assez savantes, et queleurs plaies sont
guéries, on les renvoie chez leurs
parens 2
-à-dire, pour l'usage des
tres. Ces vieilles furies conduisent dans leur pré:
cabane leurs jeunes proies, enferment ces
novices, ? les instruisent, et leur impriment
sur le corps les marques du grand serpent:
cettè dernière opération cause à ces petites
créatures des douleurs très- vives, et leur
fait pousser des cris violens. Lorsqu'on les
croit assez savantes, et queleurs plaies sont
guéries, on les renvoie chez leurs
parens 2 --- Page 230 ---
NOUVE A U VOYAGE
en les avertissant que le dieu qui les a marquées leur fera souffrir les tourmens les plus
cruels, si jamais elles révélent ses mystères.
A quatorze ans on pense a les unir avec le
grand fétiche dont elles deviennent en même
tems, et les épouses, et les prétresses. Après
les avoir ornées des plus belles parures, on
les mène durant la nuit dans un caveau, où
elles trouvent de jeunes dieux serpens (de
jeunes prêtres ) qui les épousent par commission. Pendant que le mariage se consomme, les autres prétresses dansent et
chantent au son des instrumens pour enpécher d'entendre ce qui se passe.
: Par l'ordre dé succession établi dans la
maison régnante, le royaume passe à l'ainé
des fls. Aussitôt qu'il est né, on le transporte sur la frontière pour y être'é élevé comme un simple particulier, sans aucune connoissance, ni de sa naissance, ni de son
rang : ceux à qui on le confie l'élèvent comme leur enfant. Le, prince qui occupoit le
trône au commencement de ce siècle gardoit
les pourceaux d'un Negre qu'il prenoit pour
son père, lorsque les grands vinrent le reconnoitre pour leur souverain. Dès que la
mort --- Page 231 ---
Le
AUTOUR DU. MOND E.
mort du roi est publiée, les loix, l'ordre,
le gouvernement restent comme suspendus
jusqu'au couronnement de soI successeur:
c'est un signal de liberté, ou plurot d'anarchie, pour toute la nation ; ceux qui ont
des haines ou d'autres passions à satisfuire,
prennent ce tems de licence pour commettre toute sorte d'excès : le vol, la vengeance,
le viol,Tassassinat, sont impunis : les grands
et les Européens n'osent sortir qu'avec de
nombreuses escortes ; tous les gens sensés
se renferment dans leurs maisons.
Le premier soin du nouveau roi est de
faire inhumér le corps de son père, avec
lequel on enterre, comme dans toutes ces
cours barbares, des femmes, des officiers,
et des esclaves tout vivans.Lefavori du prince
subit le premier ce sort cruel. L'état de cet
homme est fort étrange : il n'est revétu d'aucun office à la cour; il n'a pas même la liberté d'y entrer, si ce n'est pour y demander quelyne grace. Ils'adresse au graud pontife qui en in forme sa majesté : toutes ses
demandes lui sont accordées; mais il a soin
de n'en taire que de justes : il a d'ailleurs
quantité de droits qui lui attirent beaucoup
Tome IIl.
P
subit le premier ce sort cruel. L'état de cet
homme est fort étrange : il n'est revétu d'aucun office à la cour; il n'a pas même la liberté d'y entrer, si ce n'est pour y demander quelyne grace. Ils'adresse au graud pontife qui en in forme sa majesté : toutes ses
demandes lui sont accordées; mais il a soin
de n'en taire que de justes : il a d'ailleurs
quantité de droits qui lui attirent beaucoup
Tome IIl.
P --- Page 232 ---
NOUVEAU VOYAGE
de distinction; il est exempt de toute sorte. /
de taxes et de travaux. Dans les marchés il
prend tout ce qui convient à son usage :
cette liberté, jointe aux témoignages de res:
péct qu'il reçoit des peuples, rendroit sa vie
fort heureuse, si elle n'étoit sans cesse em-,
poisonnée par l'idée du sort affreux qui le
menace; car sa tête est toujours la première
qui tombe après la mort du roi. Le souverain de Juida ne mange jamais en présence
de.ses sujets : personne ne sait en quelle
partie de son palais il passe la nuit.
: lly a environ trente ans que le royaume
de Juida éprouva une révolution, qui, sans
apporter de grands changemens dansladministration de Tétat, a fait passer cette monarchie sons la domination d'un nouveau.
maitre. Truro - Audati, roi de Dahomay 7:
prince voisin qui venoit de subjuguer le pays!
d'Ardra, entreprit de réduire sous sa' puissance toute cette partie de la Guinée que
les Européens appellent la côte des Escla-.
ves : il la subjugua en effet et presiue sans
résistance. Le pays de Dahomay, dont le.
souverain a réuni les états voisins à Sa coucouronne, est siiué dans les terres à soixante --- Page 233 ---
AUTOUR DU MO N D.E.
lieues de la côte : les habitans V mangent
leurs prisonniers : ils en exposent la chair
dans les lieux publics. Persuadés que leurs
divinités sont aussi cruelles qu'eux, ils leur
immolent des victimes humaines. Les terres
sont icit très-fertiles: elles produisent annuellement plusieurs moissons.
Nous nous sommes peu arrétés sur les
lieux que nous avons parcourus depuis la
rivière de Volta 9 où commence la Côted'Or, jusqu'au cap d'Apollonia, 2 où elle
finit. Cet espace, qui est de cent dix Jieues,
offre un grand nombred'habirations qui bordent le rivage de la mer 3 elles sont possédées par des Européens et par des Nègres:
les unes forment de petits royaumes; les
autres se gouvernent en république. Les
François, les Anglois, les Hollandois y ont
bati des forts et des comptoirs. Le pays tire
son nom de la grande quantité d'or qu'il
produit. Les habitans n'ont d'ailleurs rien
qui les distingue des autres Nègres. Les
productions ne diffèrent point de celles des
autres parties de la Guinée. L'embouchure
de la Volta est étroite et difficile à son en:
P 2
les
autres se gouvernent en république. Les
François, les Anglois, les Hollandois y ont
bati des forts et des comptoirs. Le pays tire
son nom de la grande quantité d'or qu'il
produit. Les habitans n'ont d'ailleurs rien
qui les distingue des autres Nègres. Les
productions ne diffèrent point de celles des
autres parties de la Guinée. L'embouchure
de la Volta est étroite et difficile à son en:
P 2 --- Page 234 ---
NOUVEAU VOYAGE
trée : cette rivière sépare la Côte-d'Or de
celle des Esclaves.
Au bout de quelques jours nous mouilla:
mes près de Soko, place autrefois assez considérable dans le royaume d'Akra; elle est
encore aujourd'hui une des plus peuplées
de la côte : les autres villes sont le grand
Akra, capitale de tout le royaume, , bâtie
dans l'intérieur de T'Afrique; ; le petit Akra
et Orsoko. L'habillement des Akréens, dont
la couleur est d'un cuivre bronzé tirant plus
surle noir que surlejaune, esta assez différent
de celui des autres peuplades pour mériter
que nous en donnons ici la représentation :
les hommes ont une ceinture qui , tantôt est
de cuir artistement tressé, tantôt consiste
en une chaine de rangs de-corail affermis
sur,les hanches. Au travers de cette ceinture ils font passer une bande de coton de
toile d'une démi-aune de large et deux aunes de long : ilsl'entrelacent dans leurs jambes", 1 et font ensorte que les deux bouts
pendent de la ceinture devant et derrière.
Plus bas pend le bout de derrière, mieux
ils se croient niis. Cette couverture destinée --- Page 235 ---
Tom.lll.
PLI.Peg. 228.
AKREEN. --- Page 236 ---
EPJCE --- Page 237 ---
AUTOT U.R D U M O N D E.
à couvrir leur nudité, et qui probablement
a été le premier habillement de ce peuple,
puisqu'une seule feuille de bananier suffiroit pour leur en tenir lieu, est parmi eux
d'une nécesshéindispeniable pour tout thomme formé. Ils se font tous couper lès cheveux, ou plutôt se rasent la téte à nu; cependant ils conservent quelques parties de
leurs cheveux de manière à pouvoir y assujettir des lames de cuivre ; ils ne souffrent d'ailleurs ni poils sur leurs corps, ni
barbe au menton; ils l'arrachent Oil l'épilent avec beaucoupd'adresse: : ils portent aux
bras une grande quamité d'anneaux, et méme de bracelets, d'ivoire, de cuivre ou de
laiton; ils en ont jusqu' 'à dix ou douze à la
fois qui coulent négligemment jusqu'au poignet. Leurs doigts sont aussi garnis de bagues, principalement les pouces ; ces bagues sont faites des mémes métaux que les
bracelets : ils ne portent aucun bonnet sur
la téte.
Ce' que les voyageurs nous disent des
peu:
ples qui vont tout nu doit toujours s'entendre en exceptant cette ceinture, tant la
pudeur est gravée par la nature dans le
P 3
à dix ou douze à la
fois qui coulent négligemment jusqu'au poignet. Leurs doigts sont aussi garnis de bagues, principalement les pouces ; ces bagues sont faites des mémes métaux que les
bracelets : ils ne portent aucun bonnet sur
la téte.
Ce' que les voyageurs nous disent des
peu:
ples qui vont tout nu doit toujours s'entendre en exceptant cette ceinture, tant la
pudeur est gravée par la nature dans le
P 3 --- Page 238 ---
NOUVEAU VOYAGE
coeur même des peuples les moins civilisés ! Je suis persuadé que I'nsage de cet habillement, s'il n'a pas eu lieu de tout tems,
comme tout le fait présumer, a du moins
précédé de long-tems l'arrivée d'aucun Européen dans ces contrées : ils ont- outre cela
un grand pagne qui est une pièce d'étoffe
de trois aunes de long sur trois aunes de
large; celle-ci leur sert la nuit de couverture, le matin de robe de chambre, et d'ornement pendant le jour : lorsque la matinée est fraiche ils s'y enveloppent entièrement. , et ne laissent à découvert qu'un
bras; mais pendant le jour il seroit contre
l'usage, et d'ailleurs très-incommode, d'avoir Ja moindre couveriure sur la partie
supérieure du corps. Ils laissent pendre
leur pagne par en bas, en le pagsant, par
la ceiniure, du côté gauche; mais comme
il ne tient pas ferme, ils le relâchent pour
peu qu'ils s'agitent > et sont sans cesse
obliges de le raffermir : souvent ils l'affermissent et le relâchent, par une espèce d'amusement, tel que le jeu de nos dames
avec l'éventail : c'est le plus ou le moins
d'aisance de ces Indiens qui déoide de la --- Page 239 ---
AUTOUR D U M ONI D E.
sorte d'étoffe qu'on emploie à ces pagnes.
Nous fumes ensuite a Scindo, comptoir anglois dans le royaume d'Angoum,
dont Baraku est la capitale. De-là, après
avoir laissé à notre droite le grand et
le petit Akron, nous découvrimes le cap
Corse. Le grand Akron est une espèce de
république; l'autre est un petit état qui entretient. 3 avec le premier 7 une . parfaite
union, sous Ja protection des Nègres de
Fantin; ce dernier pays a environ dix lieues
sur la côte : on y trouve un grand nombre
de villes, de villages et de forts. Les villes
principales sont Anikan, Anamabo,legrand
et le petit Cormantin, sans corpter la capitale qui donne son nom à touté cette contrée. Le souverain est une espèce de dogé
dont le pouvoir est resserré par l'autorité
d'un conseil de vieillards. Enfin, nous arrivâmes au cap Corse, dans le royaume de
Fetu, où sont situés une ville et un fort anglois qui porte le nom du cap : il est sur un
grand rocher qui s'avance dans la mer; c'est
un des plus beaux et des mieux fortifiés de
toute la côte.
Au bout de quelques jours de navigation
P 4
ée. Le souverain est une espèce de dogé
dont le pouvoir est resserré par l'autorité
d'un conseil de vieillards. Enfin, nous arrivâmes au cap Corse, dans le royaume de
Fetu, où sont situés une ville et un fort anglois qui porte le nom du cap : il est sur un
grand rocher qui s'avance dans la mer; c'est
un des plus beaux et des mieux fortifiés de
toute la côte.
Au bout de quelques jours de navigation
P 4 --- Page 240 ---
NOUVEAU VOYAGE
nous doublâmes le cap des trois Pointes, et
le même jour nous entrâmes dans le pays
d'Axim : c'étoit autrefois un royaume puis:
sant qui avoit soumis la plupart de ses voisins ; il est gouverné aujourd'hui par une
espèce de sénat. La rivière d'Axim passe
au milieu de la capitale qui porte le méme
nom ; elle est à peine navigable pour les canots ; mais son sable est tout chargé d'or.
Les Nègres en remplissent des callebasses:
lorsqu'ils en ont une quantité suffisante, ils
en mettent dans un vase plusieurs poignées,
et, le tenant dans la rivière, ils le remuent
avec la main ; les parties les plus légères
sont emportées par le courant de l'eau; ce
qui reste est une poudre jaune et pesante,
dans laquolle il se trouve quelquefois des
grains assez considérables. Cet or est ordinairement fort. pur ; il passe pour le meilleur de la côte; mais les Negres y mélent
toujours beaucoup de.d cuivre. Tout ce pays
est couvert de forts et de châteaux européens. Les habitations des Nègres sont dans
l'intérieur des terres. Si l'on en croit les naturels du pays, les états situés derrière la
côte se divisent en vingt-neuf ou trente sou: --- Page 241 ---
AUTOUR D U M OI N D E.
veraintés qu'ils nomment par leur nom. On
sait qu'on y trouve beaucoup d'or, queles
habitans le tirent du sein de la terre ou des
rivières dont ils lavent le sable, et que les
chemins qui conduisent à ces différentes
contrées sont infestés de voleurs qui font
acheter fort cher la liberté du commerce.i
Les femmes de la Côte-d'Or passent pour
être les plus jolies Nègresses de la Guinée:
on vajusqu'à les comparer à nos Provençales
pour la vivacité et pour l'esprit 2 elles parlent vite et beaucoup, et sont également tin:
téressées et libertines ; elles vendent cher
leurs faveurs aux Européens, sur lesquels
elles savent prendre un empire absolu, tant
elles sont fines et engageantes : tousdeurs
soins se rapportent à plaire, à quoi elles
réussissent sur-tout par leur extréme propreté et par leur amour pour le plaisir. A
l'arrivée des Portugais, elles ne connoissoient, ni les habits, ni la parure ; elles
étoient alors bien loin de penser que. le
moyen le plus capable d'exciter les désirs,
est de cacher ce qui les fait naitre. Mais
voyant que leur nudité dégotitoit les Européens', elles commencèrent à couvrir les
ins se rapportent à plaire, à quoi elles
réussissent sur-tout par leur extréme propreté et par leur amour pour le plaisir. A
l'arrivée des Portugais, elles ne connoissoient, ni les habits, ni la parure ; elles
étoient alors bien loin de penser que. le
moyen le plus capable d'exciter les désirs,
est de cacher ce qui les fait naitre. Mais
voyant que leur nudité dégotitoit les Européens', elles commencèrent à couvrir les --- Page 242 ---
NOUVEAT U VOYAGI E
endroits où elle paroissoit la plus choquan:
te : elles s'accoutumérent ensuite à arranger
leurs chevenx, à les couvrir de bijoux; elles
portèrent des colliers, des boucles d'oreilles,
des bracelets, de petites ceintures, des anneaux aux pieds, aux jambes, aux genoux.
Ily a de ces femmes qui préfèrent la prostitution publique à l'état du mariage.
Voici de quelle manière elles sont initiées
à cette honteuse profession. On les conduit
dans une grande place ; là, un jeune.garçon, au-dessous de T'age viril, feint de
les caresser 1 aux yeux de tout le monde
pour faire connoitre qu'à l'avenir elles doivent recevoir tous ceux qui se présenteront
à elles. Il y a peu de villes sur la Côte-d'Or
où il n'y ait au moins deux ou trois habitations remplies de créatures de cette espèce:la
plus grande affliction qui puisse arriver aux
habitans est de lesperdre. Lorsque les Hollanflois d'Axim ont quelques démélés avec les
Negres, la meilleure voie pour les ramener
à la raison est de leur enlever leurs abêlerès, nom qu'on donne ici aux filles publiques : Ia nouvelle n'en est pas plutôt répandue que lesj jeunes gens vont déclarer à leurs --- Page 243 ---
AUTOURTI D U M 0 N DI E.
chefs que s'ils ne, s'arrangent pas pour les
délivrer, ils prendront leurs femmes et s'en
amuseront en attendant; cette menace ne
manque jamais son effet. Parmi id'autres usages il s'en pratique un ici, à la mort des
rois, dont nous n'avons encore vu d'exemple nulle part. Pour honorer le monarque
défunt, outre les femmes, les officiers, les
esclaves, et toutes les antres victimes humaines, on achète des vieillards qui n'ont
plus.la force de travailler; on les tourmente
cruellement, et pour terminer leur vied d'une
manière plus horrible, on leur fait trancher
la tête par un enfant de sept à huit ans : la
foiblesse de T'exécuteur, qui peut à peine
soutenir le sabre, fait ordinairément durer
cette boucherie pendant plus d'une heure;
et cette barabarie passe ici pour un acte de
religion. Les Européens n'ont rien négligé
pour faire cesser ces affreuses coutumes :
les Hollandois emploient la force pour les
proscrire dans l'étendue de leur jurisdiction.
Voici d'autres usages moins révoltans et
aussi singuliers. Quand on reçoit la visite
d'un étranger, on lui présente trois fois la
enir le sabre, fait ordinairément durer
cette boucherie pendant plus d'une heure;
et cette barabarie passe ici pour un acte de
religion. Les Européens n'ont rien négligé
pour faire cesser ces affreuses coutumes :
les Hollandois emploient la force pour les
proscrire dans l'étendue de leur jurisdiction.
Voici d'autres usages moins révoltans et
aussi singuliers. Quand on reçoit la visite
d'un étranger, on lui présente trois fois la --- Page 244 ---
N OUVEAU VOYAGE 2
main, ) en faisant craquer chaque fois le
doigt du milieu : après les premiers complimens, les femmes se hâtent d'apporter de
T'huile de palmier, et frottent de cette espèce d'essence toutes les parties du 'corps
de leur hôte. On regarde comme une galanterie, et même comme une marque de magnificence, de laisser tomber, en buvant,
de,l la liqueur sur son menton, sur sa poitrine, sur ses habits : on aime à voir autour
de soi des ruisseaux de vin. Les matelots
prennent volontiers part à cet amusement.
Ces gens ont toutes les semaines un jour de
repos qu'ils observent avec autant de soin
que les Turcs le vendredi, les Juifs le samedi, et nous le dimanche. L'or et le sel
sont presqué 1 les seules marchandises qui se
vendent sur cette côte : c'est avec ce même
or que les Anglois ont frappé ces pièces de
monnoie auxquelles ils ont donné le nom
général du pays où on le trouve. Les guinées d'Angleterre sont à peu près du méme
poids et de la même valeur que nos louis.
Les Nègres creusent des trous dans la terre
près des lieux où l'cau tombe des montagnes, et l'or y. est arrêté par sa pesanteur: --- Page 245 ---
AUTOUR D U M O N D E.
257alors ils en tirent le sable, le lavent etle
passent jusqu'à ce qu'ils y' découvrent quelques
grains.
On distingue ici trois sortes d'or, le fé.
tiche, les lingots et la poudre. L'or fétiche
est fondu, ou a travaillé en différentes formes pour servir de parure aux deux sexes:
rien n'est si commun parmi les naturels
du pays que ces, sortes d'ornemens; dans
les danses publiques, on voit les femmes
chargées de ce métal. Les, lingots sont
des morceaux de différens
poids 9 tels, 2
dit-on, qu'on les trouve dans la mine ;
mais ils sont très - sujets à l'aliage. Le sel
produit des richesses incroyables aux Negres de cette côte : cette seule marchandise
y attire tous les peuples de l'intérieur de
T'Afrique; dans les contrées qui fournissent
le plus d'esclaves, on donne deux hommes
pour une poignée de cette denrée. Les Negres creusent des trous dans lesquels on fait
entrer l'eau de la mer; les parties
s'exhalent à la chaleur du soleil, et aqueuses laissent
à sec un sel excellent qui ne demande point
d'autre préparation. Dans certains endroits
ily a des salines régulières, où lon n'a
que
attire tous les peuples de l'intérieur de
T'Afrique; dans les contrées qui fournissent
le plus d'esclaves, on donne deux hommes
pour une poignée de cette denrée. Les Negres creusent des trous dans lesquels on fait
entrer l'eau de la mer; les parties
s'exhalent à la chaleur du soleil, et aqueuses laissent
à sec un sel excellent qui ne demande point
d'autre préparation. Dans certains endroits
ily a des salines régulières, où lon n'a
que --- Page 246 ---
NOVYEAUIVOY A G E
la peine de recueillir chaque jour un bién
que la nature offre avec prodigalité : cei sel
est d'une blancheur extraordinaire ; on le
prendroit d'autant plus aisément pour du
sucre qu'on lui donne cominunément la forme d'un cône. Les Noirs en font beancoup
d'usage dans leurs alimens. Le défaut de ce
sel est de supporter difficilement la chaleur
du soleil; il devient âcre, et acquiert une
sorte d'amertume. Ce qu'il y a encore de
très - remarquable sur cette côte, c'est un
arbre dont la prodigieuse grosseur peut mettre à l'abri du soleil un berger avec son troupeau. Nous en avons vu de si larges et de si
épais qu'une balle de fusil auroit à peine
atteint d'une extrémité des branches à l'aus
tre : d'un seul tronc de ces arbres on fait un
canot capable de contenir cinquante homs
mes. Les Hollandois en ont coupé un auprès
d'Axim qui avoit quarante huit pieds de circonférence: : le bois en est léger et spongieux,
et le fruit produit une, espèce de coton dont
l'usage est de servir de.matelas dans un climat où l'excès de la chaleur ne permet pas
de coucher sur un lit de plume Les fourmis de Guinée sont d'une étonnante vora- --- Page 247 ---
AUTOUR D. U M ONI D E.
cité; elles approchent fort de celles de la
Guiane, qu'ona appelle coureuses, 3 si toutefois ce ne sont pas les mémes ; elles font
leurs loges au milieu des champs et sur les
collines; ces habitations sont composées savec
un art infini : le plus habile anatomiste ne
disséqueroit pas un mouton avec plus d'adresse qu'elles en mettent à le dépouiller. --- Page 248 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XXXV.
De la côte d'Ivoire et de la côte de Poivre.
Lns vovageurs ont appelé la côte d'Ivoire
cette partie de la Guinée qui s'étend depuis
le cap Apollonia jusqu'au cap de Palme,
parce qu'il s'y trouve une grande quantité
d'Ivoire ou de dents d'éléphans. Les Euro-.
p:ens n'y ont aucun établissement. Nousy
abordâmes au royaume d'Issini, arrosé par
une des plus belles rivières de T'Afrique.
C'est sur cette rivière qu'est située la capi:
tale, à quaire ou cinq milles de la mer;
elle contient déux cents maisons et environ
mille habitans : ces maisons ne sont autre
chose que des roseaux entrelacés, enduits
de boue et couverts de feuilles. Le palais du
roi offre de plus vastes enclos; mais non de
plus beaux édifices. Ce petit pays est habité par deux nations de Nègres qu'on appelle
rivières de T'Afrique.
C'est sur cette rivière qu'est située la capi:
tale, à quaire ou cinq milles de la mer;
elle contient déux cents maisons et environ
mille habitans : ces maisons ne sont autre
chose que des roseaux entrelacés, enduits
de boue et couverts de feuilles. Le palais du
roi offre de plus vastes enclos; mais non de
plus beaux édifices. Ce petit pays est habité par deux nations de Nègres qu'on appelle --- Page 249 ---
AUTOURDU M ONI D E.
pelle les Issinois et les Vétères : ils ne subsisteroient pas long-tems sans le secours des
Kompas;ces derniersses gouvernent en forme
de république, ou plutôt
d'aristocratie; car
ce sont les chefs des villages qui discutert
les. intérêts publics. Ces peuples ont tous
les défauts et les habitudes des autres Nègres.
En suivant la côté, et tirant à l'ouest,
trouve la nation des
on
Quaquas : leurs villes
ou villages sont situés le long de la mer.
L'intérieur du pays est peu connu : ils
laissent point faire d'établissemens
n'y
aux Européens; tout le comnerce se fait dans les
vaisseaux et rarement sur le rivage. Parmi
les rivières qui arrosent cette côte, on vante
principalement celle de Saint-André, et la
fertilité de son territoire. Les cannes à sucre y viennent naturellement à toute la
fection de leur espèce; elles sont
peret plus'douces
plns.grosses
que celles dé l'Amérique. Les
éléphans y. sont d'une grandeur extraordinaire : on y achète des dents qui pèsent jusqu'à deux cents livres.
Nous ne mimes que trois jours pour nous
rendre au cap de Palme, où commence la
T'ome 11l.
Q --- Page 250 ---
NOUVE A U VOYAG E,
côte de Malaguette, qu'on appelle aussi la
côte de Poivre, parce que la-Malaguette est
une espèce de poivre long que le pays produit en abondance. Notre première station
se fit près de la rivière de Sestre, qui donne
son nom à deux villages et un royaume. Les
François avoient autrefois un établissement
dans ce pays : ils en furent chassés par les
Portugais, qui le furent à leur tour par les
Hollandois et les Anglois : ils se retirèrent
dans les terres; ils s'allièrent pardes mariages avec les Nègres ; de-là est venue cette
race de Portugais Mulâtres qui se trouve
dans cette contrée. Ils aiment à parler de
leurs ancêtres, à vanter leurs prodiges de
valeur, et ces prodiges sont la destruction
des peuples et la dévastation des plus belles
contrées de l'Afrique. Les habitans de Sestre font de fréquentes incursions chez leurs
voisins pour y. enlever des captifs. Ces Neet Mulàtres ont'appris des François l'art
gres
ils
de tremper le fer et l'acier, ou plutôt
l'ont porté à une perfection dont les Européens n'approchent pas ; ils rendent les arles
d'une dureté à toute
mes et
instrumens
épreuve. Les marchands qui trafiquent sur
les
contrées de l'Afrique. Les habitans de Sestre font de fréquentes incursions chez leurs
voisins pour y. enlever des captifs. Ces Neet Mulàtres ont'appris des François l'art
gres
ils
de tremper le fer et l'acier, ou plutôt
l'ont porté à une perfection dont les Européens n'approchent pas ; ils rendent les arles
d'une dureté à toute
mes et
instrumens
épreuve. Les marchands qui trafiquent sur --- Page 251 ---
AUTOUR D U M. O N.DE.
cette côte ne manquent jamais de faire donnier cette méme trempe aux ciséaux dont
on se sert pour couper les barres de fer. Le
territoire de Sestre produit une si prodigieuse quantité de riz que cette denrée ne
revient pas à deux liards la livre. Le poivre
est à si bon marché qu'on ne le vend
dix sous le quintal : la plante qui produit pas
cette graine devient plus ou moins forte
suivant la bonté du terroir; elle s'élève
communément à la hauteur d'un arbuste; ; souvent elle reste rampante, à moins qu'elle
ne s'attache à quelque tronc d'arbre qui lui
sert d'appui : son fruit est une gousse. semblable à une petite figue allongée, contenant un grand nombre de graines triangulaires de couleur rougeâtre, blanches en dedans, d'un gout âcre et mordicant; elles ne
sont ni si grosses, 2 ni si rondes que celles de
l'Inde. Les Portugais leur donnent six
angles au lieu de trois. Le poivre de Guinée
est recherché en
Europe 9 lorsque la rareté
de celui de l'Inde en augmente la cherté.
Le cardamone est une autre sorte d'épice
qui diffère peu de la malaguette, et qui croit
également dans ce pays, ainsi que le poiQ2 --- Page 252 ---
N OU VEAU VOYAGE
vre d'Espagne ou le piment. En avançant a
l'ouest nous trouvâmes le cap Mesurado. On
a donné le méme nom au pays voisin qui
forme un royaume, 2 - et à la rivière qui l'arrose. Le capMonté n'est éloigné dece royaume que de quinze lieues. Nous fimes ce trajet en très-peu de tems. On appelle Quojas
la principale nation de cette contrée : ce peuple est encore plus adonné à l'incontinence
queles autres Nègres;1 les femmes emploient
différentes herbes pour exciter les forces,de
leurs maris, ou. pour réparer leur épuisement. On appelle ici jananains les saints
ou génies tutelaires de la nation: A. peine
etmes - nous perdu. des vue le cap Monté
qu'une tempête furieuse nous: jeta à plus
de trente lieues de la_côte.
Après huit jours d'une navigation trèspérilleuse nous entràmes, par une grande
baie, dans la rivière ide Mitomba, autrement dite Sierra - Léoua, 1 ou Tagrim', une
des plus considérables : de Afrique: Le
royaume de Barré est un:des principaux
états de cette côte : il a: été long-tems héréditaire ; mais c'étoit toujours le plus jeune
desfils du roi qui lui succédoitavec des fore
lieues de la_côte.
Après huit jours d'une navigation trèspérilleuse nous entràmes, par une grande
baie, dans la rivière ide Mitomba, autrement dite Sierra - Léoua, 1 ou Tagrim', une
des plus considérables : de Afrique: Le
royaume de Barré est un:des principaux
états de cette côte : il a: été long-tems héréditaire ; mais c'étoit toujours le plus jeune
desfils du roi qui lui succédoitavec des fore --- Page 253 ---
AUTOUR D'U MONDE.
malités singulières. Les grands alloient lui
rendre visite, sans lui marquer plus'de considération qu'à un simple particulier : au
bout d'un certain tems on le lioit; dans cet
état on le conduisoit au palais, au milieu
du peuple, qui avoit droit ce jour-là delaccabler d'injures, de sarcasmes, et même de
le maltraiter à coups de fouet Les cérémo:
nies qui accompagment l'élection des juges
sont encore plus ridicules, et non moins
singulières. On fait asseoir le récipiendaire
sur une chaise de bois : le présidentle frappe
plusieurs fois sur la face avec la fressure
sanglante d'un vieux bouc, lui frotte tout
le corps de la méme matière, lui couvre la
tête d'un bonnet rouge, et après cette céré- /
monie on lui fait faire plusieurs fois le tour
d'une espèce de halle qui environne le
lais, porté avec sa chaise sur les bras pa: de
plusieurs esclaves. Quand les avocats plaident, ils ont un masque sur le visage, des
cliquettes aux main et des sonnettes aux
jambes ; leurs corps est couvert d'une casaque ornée de plumes : vous les prendriez
pour autant de bouffons qui courent les rues
au carnaval.
Q 3 --- Page 254 ---
246.
NOUVEAU VOYAGE
D La variété des arbres est étonnante dans
cette partie de T'Afrique. Nous.avons. déja
parlé de leur extrême grosseur, 9 ainsi que
de T'usage et de l'utilité du palmier: Celui
dont les Nègres tirent leur vin est en méme
tems et le plus commun, et le plus estimé:
de ce1 ce. vin a la consistance et la couleur
lui.d'Espagne: ; il pétille comme le Champagne., et joint à sa douceur une sorte d'acidité qui le rend très-agréable. Nous avons
rapporté ailleurs ses propriétés et la manière dont il sort de T'arbre. Le coton, l'indigo, le tabac, les bananes, lesignames, les
patates, le millet, le mais, le riz, croissent
naturellement sur ces mêmes côtes. Nous
avons donné en différens endroits du récit de ce voyage l'explication de foutes ces
plantes.
Le callebassier, dont nous n'avons dit
ici une
de
peu de chose, exige
plus longué
cription. 1l fournit.aux Nègres, ainsi que
nous l'avons déja dit, des vases, des plats
et des ustensiles de ménage. Il ne faut pas
le confondre avec la plante qui produit nos
callebasses ou gourdes d'Europe : le callebassier d'Afriqne est un grand arbre dont
lication de foutes ces
plantes.
Le callebassier, dont nous n'avons dit
ici une
de
peu de chose, exige
plus longué
cription. 1l fournit.aux Nègres, ainsi que
nous l'avons déja dit, des vases, des plats
et des ustensiles de ménage. Il ne faut pas
le confondre avec la plante qui produit nos
callebasses ou gourdes d'Europe : le callebassier d'Afriqne est un grand arbre dont --- Page 255 ---
AUTOUR/ DU M' ON DE.
tortueux est couvert d'une écorce
le tronc
branches sont longrise et-1 raboteuse; ; ses
étroiépaisses et unies ; ses fenilles,
gues,
par degrés et
tes vers la tige, s'élargissent
les a
s'arrondissent à T'extrémité; la nature
les
le long
placées, les unes après
autres,
de la branche, à des distances presqu'égatirent sur le blanc,
les : à ses fleurs, 2 qui
succèet sont faites en forme de cloches,
dent des fruits de la figure de nos callebastrès-dure, et
ses, enfermés dans une peau
remplis d'uue chair qui contient plusieurs
sont màrs,
semences : on reconnoit qu'ils
se
quand la queue qui les attache à l'arbre
alors on peut les détaAlétrit et se noircit;
decher. Ily en a de toutes les grandeurs, d'un
celle
puis la grosseurd'un ceuf,jusqu'a la forme
boisseau. On sait en faire varier
avant qu'ila aient acquisleur maturité; onles
serre avec force, suivant la figure à laquelle
veut les assujettir. La manière de les préon
celle des Nègres de
parer'est la même que
Amérique, dont nous avons eu occasion
de parler à l'article de la Guiane. Quand on
en al tiré toute la substance intérieure, on
laisse sécher la callebasse qui devient aussi
Q4 4 --- Page 256 ---
NOUVEAU VOYAG E
propre que nos bouteilles à contenir toute
sorte de liqueurs, sans leur communiquer
aucun mauvais gout. Pour la couper en deux
et en faire des bassins ou des plats, on la
serre par le milieu avec une fisselle immé:
diatement après l'avoir cueillie; la coque
est alors si molle qu'elle de divise aisément.
Oh fait aussi, avec son fruit, un syrop laxatif, fort en usage dans la médecine : il est
devenu commun en France où onl'emploie
pour la poitrine.
Le nom de Sierra-1 Léona, ou de montagne des Lions, donné à ce pays par.les Portugais, vient de la multitude de ces animaux
qui peuplent toute cette contrée. 1l semble
que T'Afrique soit le pays naturel de ce roi
des animanx, non-seulement parce qu'iln'y
a point de régions connues où les lions soient
en si grand nombre, mais encore parce qu'ils
- y sont d'une tailie et d'une force que n'ont
pas ceux des autres pays: leur figure est imposante, leur regard fier et assuré, leur démarche majestueuse 7 leur voix terrible, et
leur rugissement si effroyable, que, lorsqu'il se fait entendre par écho la nuit dans
les foréts, il ressemble au bruit du tonner-
, non-seulement parce qu'iln'y
a point de régions connues où les lions soient
en si grand nombre, mais encore parce qu'ils
- y sont d'une tailie et d'une force que n'ont
pas ceux des autres pays: leur figure est imposante, leur regard fier et assuré, leur démarche majestueuse 7 leur voix terrible, et
leur rugissement si effroyable, que, lorsqu'il se fait entendre par écho la nuit dans
les foréts, il ressemble au bruit du tonner- --- Page 257 ---
AUTOUR D U M ONI DE.
re; aussi agiles que nerveux, ils ne sont
chargés ni de chair, ni de graisse. Leur intrépidité se manifeste au dehors par la facilité, la promptitude, la hardiesse, l'impétuosité et la véhémence de leurs mouvemens ; un coup de leur queue, est
de terrasser l'homme le plus
capable
crinière
vigoureux :leur
se. hérisse lorsqu' 'ils sont en colère;
et leur front, sillonné de rides
ajoute encore à T'expression de leur profondes,
leurs yeux vifs et
fureur;
perçans sont ombragés
d'épais sourcils qu'ils font mouvoir d'une
manière effrayante. Les lions n'habitent
les- pays les plus chauds de l'Asie et de l'A: que
frique : on en voit cependant subsister
vivre
et
long-tems dans les pays
mais on doute qu'ils
tempérés; ;
ils sont très-ardens puissent y multiplier:
femelle
en amour. Lorsque la
est en chaleur, elle est suivie de
huit ou dix mâles qui ne cessent de
vrer' des combats,
se lijusqu'à ce quel'un d'eux,
vainqueur de tous les autres, demeure
sible possesseur de sa
pajconquéte. La
ne prodnit qu'une fois
lionne
qu'elle n'ait
par an, et quoilaisse
que deux mammelles, elle ne
pas de nourrir. quelquefois
jusqu'à six --- Page 258 ---
NOUVEAU VOYAGE
lionceaux; ; l'amour qu'elle a pour eux est
ex rême : quoique moins courageuse que le
mâle, elle devient terrible dès qu'elle est
mère ; elle se jette alors indifferemment sur
les hommes et sur les animaux, se charge de
sa proie, et la partage à ses petits, auxquels
elle apprend de bonne heure à déchirer la
chair, et à sucer le sang : si on veut les
lui enlever, elle devient furieuse et les défend jusqu'à la dernière extrémité. Dès que
les Nègres en trouvent dans quelqu'antre,
ils s'empressent de les porter aux Européens,
de les acheter : si
qui ne manquent jamais
suivre les
la lionne revient assez tôt pour
ravisseurs, ils lui jettent un de ses petits ;
tandis qu'elle le porte à sa caverne, ils ne
perdent pas un instant pour s'éloigner avec
les autres.
bralans etl les déserts dela
Danslcs climats
Libie, où l'industrie humaine n'a, ni affoiblila vigueur, ni énervéle courage des lions,
sont encore tels que la nature
ces animaux
leurs
les a produits : accoutumés à mesurer
Thabiforces avec les autres quadrupèdes,
intude de combattre et de vaincre les rend
trépides. Comme ils ne connoissent pointla
pas un instant pour s'éloigner avec
les autres.
bralans etl les déserts dela
Danslcs climats
Libie, où l'industrie humaine n'a, ni affoiblila vigueur, ni énervéle courage des lions,
sont encore tels que la nature
ces animaux
leurs
les a produits : accoutumés à mesurer
Thabiforces avec les autres quadrupèdes,
intude de combattre et de vaincre les rend
trépides. Comme ils ne connoissent pointla --- Page 259 ---
AUTOUN DU M O N DI E.
et l'adresse de T'homme, comme
puissance
le pouvoir de ses arils n'ont pas éprouvé crainte et semblent
mes; ils n'en ont nulle
irritent, mais
les bravér : les blessures les
lions
ne les effraient point : un seul de ces
du désert attaque toute une caravane. Lors- il
qu'après un combat opiniâtre et violent,
se.sent affoibli, il se retire toujours en comtourner le dos : ceux,
battant, sans jamais
la
qui ont connu et éprouvé
au contraire,
leur courage et
force de Thomme; perdent
voit obér à
craignent de Tattaquer; ; on les
sa voix, et s'enfuir en se laissant poursuifemmes ou des enfans : cette
vre par des
le caractère de ces quadrudifférence dans
qu'ils peuvent être appripèdes prouve
aussi Thisvoisés jusqu'à un certain. point; attelés à des
de lions
toire. nous parle-t-elle
l'on con:
chars de triomphe, d'autres que
menoità la chasse,
duisoit à la guerre, qu'on
et qui, fidèles à leur maitre, ne déployoient
leur foroe que contre ses ennemis. Ce qu'il
de sur, c'est
le lion, pris jeune et
y. a
que
domestiques, s'ac
élevé parmi les animaux
inno-.
coutume aisément T à vivre et à jouer
est doux et même
cemment avec eux, qu'il --- Page 260 ---
NOUVEAU VOYAGK
caressant pour ceux qui le gouvernent, et
que, si sa férocité reparoit quelquefois, il
la tourne rarement contre ceux quilui ont
fait du bien : On peut même dire, en géné:
ral; que ce noble et fier quadrupède n'est
cruel que par nécessité, et ne détruit qu'autant qu'il consomme; dès qu'il est rassasié,
il vit en pleine paix ; tandis que le tigre,
le loup, et d'autres bêtes féroces donnent
la mort pour le seul plaisir de détruire, et
semblent plutôt vouloir assouvir leur rage
que la faim. Tant que le lion est jeune et
qu'il a de Ia légéreté, il vit du produit de
sa chasse, et quitte rarement les déserts et
les foréts; il aime la chair des jeunes éléphans, et s'en rend aisément le maitre, à
moins que la mère n'arrive à leur secours.
L'éléphant, le rhinocéros, le tigre et T'hippopotame, sont les seuls animaux qui puis:
sent lui résister, quand il est dans la force
de son âge : lorsqu' l'il devient vieux et pesant ils s'approche des lieux fréquentés; c'est
alors qu'il est plus dangereux pour T'homme
et pour les bestiaux ; mais quelque terrible
qu'il soit, on ne laisse pas de lui donner la
ehasse avec des chiens de taille, soutenus
secours.
L'éléphant, le rhinocéros, le tigre et T'hippopotame, sont les seuls animaux qui puis:
sent lui résister, quand il est dans la force
de son âge : lorsqu' l'il devient vieux et pesant ils s'approche des lieux fréquentés; c'est
alors qu'il est plus dangereux pour T'homme
et pour les bestiaux ; mais quelque terrible
qu'il soit, on ne laisse pas de lui donner la
ehasse avec des chiens de taille, soutenus --- Page 261 ---
AUTOUR DU M ON D E,
et guidés par des hommes à cheval 5 : ilfant,
à la vérité, que les chiens et les chevaux
soient bien aguerris ; car lap plupart des animaux frémissent et prennent la fuite à la
seule odeur du lion. On ne le tue presque
jamais d'un seul coup; on le prend souvent
paradresse dans une fosse, comme les loups:
il devient doux dès qu'il se trouve pris; on
peut alors l'attacher, le museler et le conduire où l'on veut.
II y a aussi sur ces côtes des éléphans ,
des tigres, des singes, des crocodiles, des
lions marins, des autruches, des pélicans,
des perroquéts et des caméléons : les mosquites et d'autres insectes y abondent également.Nous avons déja décrit ceux de cesanimaux qui sont les moins connus ; il est inutile d'y revenir ici. Nous nous bornerons à
upe réflexion générale sur toute T'Afrique,
c'est que les animaux ont sous cette Jatitude
plus d'énergie, plus de taille, plus de force
que dans aucune autre contrée. Les productions végétales y sont aussi plus vigoureuses.
L'homme y a les passions bien plus ardentes. On ne peut nier que la chaleur brûlante
du climat n'en soit la principale et peut-être --- Page 262 ---
NOUVE AU VOYA G E
la seule cause. Il seroit curieux de savoir si
ces peuples porteroient à un degré de perféction proportionné à leur énergie les arts
et les sciences, s'ils étoient civilisés. --- Page 263 ---
AUTOUR DU M OND E.
CHAPITRE XXXVI
Du Sénégal.
I. nous reste à décrire toute cette partie
de la côte d'Afrique qu'on appelle le Séné.
gal, du nom d'une rivière farheuse dont nous
aurons bientôt occasion de parler, et que les
Latins appeloient Niger, à cause de la couleur des peuples qui habitent sur ses bords.
Nous suivimes d'abord les rivières situées
entre Sierra-Léona et Gambra. Les habitans
des villages environnans sont un mélange
de Nègres et de Portugais. Chaque maison
a un portique agréablement meublé; ils
reçoivent les étrangers : la jalousie ne leur y
permet pas de les laisser entrer plus avant.
Femmes et concubines, tout est renfermé,
sous la clef; mais elles sont si énormement
laides qu'il faut étre, ou matelot pour les
aimer, ou Negre pour en être jaloux.
ra. Les habitans
des villages environnans sont un mélange
de Nègres et de Portugais. Chaque maison
a un portique agréablement meublé; ils
reçoivent les étrangers : la jalousie ne leur y
permet pas de les laisser entrer plus avant.
Femmes et concubines, tout est renfermé,
sous la clef; mais elles sont si énormement
laides qu'il faut étre, ou matelot pour les
aimer, ou Negre pour en être jaloux. --- Page 264 ---
NOUVEAU VOYAG E
du
Nous allâmes voir un des souverains
c'est encore un de ces rois dont vous
pays; feriez
votre fermier; il tient son anne
pas
vis-à-vis son enclos:
dience sous un arbre,
son habit de cérémonie est une pagne noire.
qui lui descend à mi-jambes, avec un manet des sandales de la méteau, un chapeau
mouiller
Nous allâines ensuite
me couleur.
avoir laissé Rioaux iles de Bissao, après
Grande à notre droite. La plus considérable
de ces iles donne son nom à toutl'Archipel;
elle peut avoir trente ou quarante lieues de
circuit; elle est divisée en neuf provinces.
prennent le titre de roi,
Les gouverneurs
ce dernier a sur
et le roi celui d'empereur:
un
absolu, et par une
ses peuples
pouvoir
aisément s'envoie très-singuliere, iI peut
richir aux dépens de ses sujets. Un Nègre,
mécontent de ses voisins, va tronver le moet lui fait une donation de la mainarque, de son ennemi : le roilaccepte et s'en
son
A la vérité, le moyen de s'en venempare.
le même tour à
ger est *facile, en jouant
maison adversaire : ainsi le prince a deux
sons au lieu d'une. On conçoit que cet usage
bisarre doit étre, un grand moyen pour maine
tenir --- Page 265 ---
AUTOUR D U M OND 2 E.
a57
tenir la paix parmi ces insulaires. Le palais
du roi n'est éloigné de Bissangjue d'une lirue,
Lorsqu'il a résolu de faire la guerre on sonne
une espèce de tocsin qgui se nomme bonbalon; c'est un instrument de bois très-léger,
sur lequel on frappe avec un marteau, et
dont le bruit se fait entendre de fort loin:
ily a de ces bonbalons sur les côtes et dans
lintérieur dés terres. 1 gardés par des hoinmes gai répétent le même nombre de
et font connoitre la volonté du
coups,
souverain
dans toute l'étendue de ses états. On a remarqué qu'au moindre sujet de chagrin les
insulaires de ce, canton se noient, se pendent ou se jettent dans un précipice : ils
sont d'ailleurs très-cruels, et si adonnés à.
l'eau-de-vie qu'un père vend son fils, un
fils livre son père pour s'eri procurer. Les
autres iles voisines de Bissao se nomment
Boulam, Guinala,Casnabac, Gattina, Cassegut, Bussi, etc.
Au nord de ces iles, et à quelques lieucs
de la mer, est située la ville de Cachao,
la rivière de ce nom, où les
sur
bàii
Portugais ont
plusieurs forts. Les maisons, qui n'ont
qu' un étage, sont couvertes les jours de pluie
T'ome III.
R
er. Les
autres iles voisines de Bissao se nomment
Boulam, Guinala,Casnabac, Gattina, Cassegut, Bussi, etc.
Au nord de ces iles, et à quelques lieucs
de la mer, est située la ville de Cachao,
la rivière de ce nom, où les
sur
bàii
Portugais ont
plusieurs forts. Les maisons, qui n'ont
qu' un étage, sont couvertes les jours de pluie
T'ome III.
R --- Page 266 ---
NOUVEAU VOYAGE
de feuilles de cotoniers, et dans les tems secs
d'une simple toile, pour les garantir du SOleil et de la rosée. On voit ici peu de familles véritablement portugaises ; la plupart
sont des races mnélées, et même si noires
gu'à I eine les distingue t-on des-naturels
du pavs. Les fenimes vivent fort réitérées 9
et celles qui sont blanches ne sortent pas
même pour aller à l'église, elles ont des
chapelles domestiques dont le desservant est
à la fois le prêtre, T'amant et le valet de la
dame : les femmes noires ou mulâtres peuvent sortir,mais avec un voile. Les filles sont,
à cet égard, moins génées que leurs mères;
car elles n'ont qu'un simple petit linge qui
leur tient lieu de la ceinture de Vénus.
LeroyaumedeCacdhao, estenvironnéd'une
foule de petites nations dontles moeurs, les
loix, les usages, le commerce 2 la religion,
n'ont rien qui les distingue des autres Nègres. Nous préférames les bords enchantés
de la rivière de Gambra, que nous remontâmes à plus de soixante lieues. de son embouchure. Les Portugais l'avoient d'abord
appelée Rio-Grande, à cause de sa Jargeur;
mndis on a vu que ce nom a, été donné de- --- Page 267 ---
AUTOUR DU M O N D E.
25g
puisà une autre rivière. On compte six lieues
depais l'ile des Oiseaux jusqu'au cap SainteMarie. Il y a sur les deux rives une multitude de petits royaumes qu'on peut traverser en un jour : quelquefois, dans l'espace
d'une heure, nous rendions visite à quatre
petits rois. Les principaux de ces petits états
s'appellent Barra, Kanter, Tomani, Badéla, Jamarrow, Cropina, etc. Les Anglois
font presque seuls tout le commerce de la
Gambra.
La plus nombreuse des nations établies
7 sur cette rivière est celle des Maldingos ou
Maldingues, d'autres disent Mandingues,
qu'on regarde comme les plus civilisés de
cette contrée. L'usage de ce pays veut qu'on
salue les hommes en leur secouant la main,
et la- femme en Tapprochant trois' fois du
nez, comme pour la sentir. Ce, qu'on
pelle ici.les guiriots sont des espèces ap- de
bouffons, poêtes et musiciens semblables à
nos anciens tronbadours; ils accompagnent
leurs instrumens de diverses chansons dont
le sujet ordinaire est T'antiquité, la noblesse
et les exploits de leurs souverains ; ils en
composent sur toutes les circonstances qui
R 2
ant la main,
et la- femme en Tapprochant trois' fois du
nez, comme pour la sentir. Ce, qu'on
pelle ici.les guiriots sont des espèces ap- de
bouffons, poêtes et musiciens semblables à
nos anciens tronbadours; ils accompagnent
leurs instrumens de diverses chansons dont
le sujet ordinaire est T'antiquité, la noblesse
et les exploits de leurs souverains ; ils en
composent sur toutes les circonstances qui
R 2 --- Page 268 ---
NOUVE A U. VOYA G E
se présentent, etl l'espoir de quelques verres
d'eau- de-vie leur fait faire cent impromptus
à la gloire des Européens. Les Maldingues
ou Mandingues ; professent le mahométisme : leurs prétres, qu'ils nomment marabouts, ont un grand ascendant sur leur esprit et sur leur conduite. Parmi ces Nègres
ceux qui font profession d'idolâtrie, révèrent, sous le nom de Mumbo Jumbo, une
espèce de divinité que la politique, plutôt
que la superstition, leur a futimaginer;c'est
faire
à leurs femun épouventail pour
peur
mes et les retenir dans le devoir. On leur
Mumbo-Jumbo veille surleurs
persuade que
démarches, lit dans le fond deleurs coeurs,
punit leurs fautes les plus secrettes. Cette
figure monstruense et terrible est couverte
d'une longue robe d'écorce d'arbre, avec
de
sur la tête : un Nègre,
une toque
paille
caché dans le ventre de l'idole, pousse des
cris horribles qui la rendent encore plus redoutable;mais c'est toujours pendant la nuit,
afin de mieux favoriser T'imposture. Par une
sorte de volupté inconnue dans les autres
pays, les rois mandingues sont toujours accompagnés de fernmes quiles grattent et les --- Page 269 ---
AUTOUR DU, M O N D E,
chatouillent doucement pour leur procurer
du plaisir; ; ils sont si sensibles à ce genre
de caresses que celles qui s'en acquittent
le mieux ont le plus de part aux grâces de
la cour.
On trouve chez les Mandingues une
digieuse quantité de cire; ils la pressent pro- d'abord pour en faire sortir le miel, dont ils
composent une liqueur semblable à Thydromel ; ils font ensuite bouillir la cire
dans l'eau, la passent au travers d'une toile
de crin, et en forment des pains qui pèsent
environ un quintal, Les ruches des abeilles
sont de paille et ressemblent à celles d'Europe.
Les Jalofs ou Oualofs, comme ils s'ap:
pellent eux-mêmes, sont une autre nation
de T'Afrique qui habite les bords dela Gambra : ils ne le cèdent aux Mandingues, ni
pour le nombre, ni pour Tintelligence, ni
pour la valeur; ils sont noirs commne eux,
débauchés, voleurs et lascifs comme eux :
comme enx aussi, ils vendent leurs enfans,
leurs parens, leurs voisins, leurs amis. Pour
cette barbarie, ils saisissent ceux qui ne peuvent se faire entendre des Européens; ils les
R 3
-mêmes, sont une autre nation
de T'Afrique qui habite les bords dela Gambra : ils ne le cèdent aux Mandingues, ni
pour le nombre, ni pour Tintelligence, ni
pour la valeur; ils sont noirs commne eux,
débauchés, voleurs et lascifs comme eux :
comme enx aussi, ils vendent leurs enfans,
leurs parens, leurs voisins, leurs amis. Pour
cette barbarie, ils saisissent ceux qui ne peuvent se faire entendre des Européens; ils les
R 3 --- Page 270 ---
262:
NOUVE AU VOYAGE E
mènent anx comptoirs comme pour y porter des paquets 3 et feignant que ce sont des
esclaves achetés 1 ils les livrent aux marchands de Londres ou de Lisbonne, sans
que. ces malheureuses victimes s'en défient,
jusqu'an moment où ils sont enchainés. Un
vieux Nègre, ayant résoln de vendre son
fils, le conduisit au comptoir; mais l'autre
gui se doutoit de son dessein, se hâta de
tirer un facteur à l'écart, et vendit lui-méme son propre père. Le vieillard, prêt à être
emnmené, dit qu' 'il étoit le père dujeune Negre; celui-ci protesta le contraire, et le marché derneura conclu : mais le fils, retournant en triomphe, rencontra le chef du canton qui lui en prit l'argent qu'il avoit reçu,
et le vendit lui-même au facteur.
Nous descendimes la rivière ou fleuve de'
Gambra, et vinmes mouiller aux iles du cap
Vert. Quoiqu'habitées par des Nègres, elles
sont soumises à la domination portugaise, 2
et professent la réligion chrétienne : on en
compte dix ou douze, parmi lesquelles on'
distingue principalement celle de San-Jago,
où résident le gonverneur et l'évéque ; les
autres se nomment les tles de Sel, de bonne" --- Page 271 ---
AUTOUR DU M ON D E.
Vue, de Saint-Philippe, de Saint-Jean, de
Saint-Nicolas, de Saint-Vincent, de SaintAntoine, de Sainte-Lucie; etc. Lorsque les
Portugais en firent la découverte à la fin du
quinzième siècle, ils leur donnèrent le nom
général d'iles du cap Vert, parce qu'étant
situées visà-vis ce cap, elles n'en sont pas
éloignées : ils les appellent aussi les iles
Vertes. Iln'y a pas d'endroit dans le monde
entier où la chaleur soit plus grande et l'air
plus mal sain qu'aux iles du cap Vert. Commé il y' pleut rarement, , la terre est si brulante qu'on ne sauroit poser le pied dans les
lieux où le soleil darde ses rayons. Le vent
de nord-est apporte ensuite une fraicheur
soudaine dont les effetsisont mortels quand
on néglige de s'en garantir. Les productions
sont les mémes que sur la côte : on y voit
aussi des cannes à sucre ; les vignes
les Portugais y ont plantées portent deux que
fois par an. Les principales richesses des insulaires consistent dans les peaux de chèvres, et sur-tout dans la vente de leur sel
dont ils pourroient tous les ans charger jus
qu'à deux mille vaisseaux.
San-Jago, la plus grande des iles du cap
R 4
mortels quand
on néglige de s'en garantir. Les productions
sont les mémes que sur la côte : on y voit
aussi des cannes à sucre ; les vignes
les Portugais y ont plantées portent deux que
fois par an. Les principales richesses des insulaires consistent dans les peaux de chèvres, et sur-tout dans la vente de leur sel
dont ils pourroient tous les ans charger jus
qu'à deux mille vaisseaux.
San-Jago, la plus grande des iles du cap
R 4 --- Page 272 ---
NOUVEAU VOYAGE
Vert, a plus de quatre-vingt lienes de circonférence, Ses premiers habitans étoient
Portugais bannis pour crinie, qui, s'étant
mélés avec des races noires, ont produit des 1
générations de mulâtres. Nous vimes le rivage couvert de marchands qui nous présentoient des oranges des limons, des COCOS : l'un tenoit une chèvre entre ses jambes,Tautre un porc liéà son poignet; celuici un singe sur ses genoux, celui-là quelqués poules de Guinée. Ribeira - Grande,
antrement dite Sanlago, est située entre
deux montagnes où coule une rivière qui
l'arrose. L'ile de Mai porle ce nom parce
qu'elle fut découverte pendant ce mois. L'ile
de Saint-Philippe, ainsi appelée parce que
les Portugais y abordèrent le jour de cette
fête, se nomme aussi, l'ile de Feu, parce
qu'on y trouve un volcan qui brule sans
cesse et jette des flammes qui se fort appercevoir de fort loin pendant la nuit : il en
sort des pierres d'unegrosseurincroyablequi
s'élancent à une hauteur prodigieuse:le bruit
"u'ils font dans leur chtte, en ronlant sur
1e penchant de la montagne, se fait enten-
- Lieàplus d'une demi-lieue. A peine compte- --- Page 273 ---
AUTOUR DI U M O N D K.
t-on deux cents habitans dans l'ile de SaintJean. Celle de Sel n'est point habitée : on
ne la connoît que par l'abondance de,cette
denrée. Les autres iles n'offrent rien non
plus de particulier. De lile de
nous
San-Jago,
fimes voile vers le cap Vert : nous
jetâmes l'ancre à un mille du rivage.
Quoique pressés d'arriver au Sénégal,nous
ne résistâmes point au désir de voir de plus
près la perspective admirable
cette côte'; elle tire
que présente
son nom de la verdure
continuelle de ses arbres et de SeS
La largeur du cap a environ. une demi-lieue: bosquets.
il s'avance beaucoup dans la mer, et passe
pour le plus grand de T'Afrique après celui
de Bonne-Espérance. Les habitans, quoique
nus, ne manquent ni de politesse 9 ni d'intelligence. Nous nous mimes dans une chaJoupe le capitaine à notre téte, et touchant
au rivage nous trouvâmes une centaine de
Nègres qui sembloient s'y être rendus
nous y attendre. Nous, avions apporté pour
ques étoffes de laine et du linge Les quel- Negres promirent de nous donner du musc,
-du poivre et méme de l'or. Frappés de l'ex: 9
cellence de cette rade, de la beauté du
pays,
. Nous nous mimes dans une chaJoupe le capitaine à notre téte, et touchant
au rivage nous trouvâmes une centaine de
Nègres qui sembloient s'y être rendus
nous y attendre. Nous, avions apporté pour
ques étoffes de laine et du linge Les quel- Negres promirent de nous donner du musc,
-du poivre et méme de l'or. Frappés de l'ex: 9
cellence de cette rade, de la beauté du
pays, --- Page 274 ---
NOUVEAU VOYAGE
de l'abondance des vivres, nous différâmes
notre départ de quelques jours. Nous profitâmes de ce délai pour nous rendre à Rufisco, ainsi nommée par corruption de RioFrisco, mots portugais qui signifient rivière
fraiche. Cette. . ville, où les François ont un
comptoir offre un point de vue fort agréable : sa situation sur une colline plantée
d'arbres, le petit ruisseau dont les eaux serpentent sur la droite, pour en former une
presqu'ile, la forêt toujours verte qui is'élève
par derrière en amphithéâtre présentent un
paysage enchanteur. Les maisons, quoique
bâties à la manière des Nègres, c'est-à-dire,
de roseaux et de feuilles de palmier, sont
grandes et commodes. Les habitans, qui
passent pour les meilleurs esclaves de l'A
frique, n'ont pour tout vétement qu'un petit
morceau d'étoffe qui couvre ce que la pudeur ne permet pas de laisser voir. Les femmes lient leurs cheveux sur la tête, et y attachent de petites planches pour se garantir
du soleil; ellés sont si lascives qu'elles attaquent les Blancs jusques dans les rues. Ces
peuples nous ont para très-laborieux : les
uns étcient occupés à battre des feuilles --- Page 275 ---
AUTOUR DU M O N D. E.
d'aloès pour en séparer la filasse ; les autres la tordoient, et en préparoient des
lignes et des filets pour la pêche. Rufisco
est une des principales villes du royaume
de Cayor : il fait ici une chaleur insupportable, sur-tout du côté de la mer, dont le
calme est ordinairement si profond qu'on
n'y ressent pas le moindre vent; aussi les
hommes et les animaux y peuvent à peine
respirer. Rufisco, que les François appellent Rufisque, est au fond d'une baie qu'ils
ont nommé la baie de France; elle abonde
en poissons de toute espèce. Les troupeaux
y sont si nombreux que, les voyant venir
à la mer pour se baigner, nous nous efforcions inutilement de les compter.
Les Sérères, répandus dans le voisinage
de cette ville, et, en général, autour du
cap Vert, forment une nation indépendante
qui n'a jamais vouln reconnoitre de souverain : il semble méme qu'ils cherchent à se
dérober au reste des hommes; car leurs habitations ne se trouvent qu'au milieu des
foréts. Ils forment entre eux différentes Tépubliques; mais comme lesi intérêts de toute
la nation sont les mémes, toutes ces. répu-
.
Les Sérères, répandus dans le voisinage
de cette ville, et, en général, autour du
cap Vert, forment une nation indépendante
qui n'a jamais vouln reconnoitre de souverain : il semble méme qu'ils cherchent à se
dérober au reste des hommes; car leurs habitations ne se trouvent qu'au milieu des
foréts. Ils forment entre eux différentes Tépubliques; mais comme lesi intérêts de toute
la nation sont les mémes, toutes ces. répu- --- Page 276 ---
NOUVEAU VOTAGE
bliques se réunissent entre elles et n'en forment qu'une seule pour résister à leurs ennemis communs.Les Sérères ne suivent d'autres loix que celles de la nature ; ils sont
nus, n'ont aucune idée d'un être suprême,
ni d'une autre vie, Leurs voisins les regardent comme des sauvages : c'est insulter un
Negre que de l'appeler Sérère; ils sont cependant laborienx, doux, honnêtes, 9 humains, généreux même envers les étrangers,
cultivent la terre, élèvent des troupeaux ;
tandis que ceux quiles traitent de barbares,
aiment mieux souffrir la misère et mourir
de faim que d'assuter leur subsistance par
le travail. Les antres états qui environnent
le cap Vert, sont les royaumes de Sin, de
Baol et de Cayor, qui formoient autrefois
autant de provinces de l'empire dès Oualofs.
Les gouverneurs se. sont révoltés et ont pris
le titre de roi.
L'ile de Gorée, peu éloignée de cellede
Rufisque, est sous la domination du roi de
Cayor, qui prend le titre de damel. Les
François y ont un établissement. L'ile de
Gorée n'est qu'à une lieue du Continent :
sa circonférence n'a pas plus d'un quart de --- Page 277 ---
AUTOUR DU MON D E;
26g
lieue : une langue de terre basse et une pea
tite montagne très-escarpée, forment toute
cette ile, que sa situation parmi une multitudede rocs rend presq'inacorssible. Quoiqu'elle soit dans la zone torride, on y respire un air frais et tempéré par les vents
de terre et de mer quiy soufflent continuel.
lement. Le gouvernement de Gorée comprend les royaumes de Cayor, de Sin, de
Baol, de Salum, etc., 9 jusqu'à la rivière de
Serra-Lionne; ce qui fait une étendue de
plus de trois cents lieues. La compagnie a
trois tarifs pour traiter avec toutes ces nations : l'un sert de iègle pour le commerce
avecleg gonserneneat,fautrenent,Fautreavecles grands,
T'autre. avecle peuple. .Le principal commerce
qui Se fait avec le souverain regarde la traite
des esclaves : on apporte beaucoup de soin' à
les examiner; les moindres défauts suffisent
pourles faire rejetter, ou en diminuer le prix:
deux enfans passent pour un homme, ou
trois pour denx, suivant leur Age ou leurs
forces ; c'est dans le menagement de cet article que consiste Thabileté des facteurs. Les
marchandises quise donnent en échangesont
distinguées par différens noms. Le grand
fait avec le souverain regarde la traite
des esclaves : on apporte beaucoup de soin' à
les examiner; les moindres défauts suffisent
pourles faire rejetter, ou en diminuer le prix:
deux enfans passent pour un homme, ou
trois pour denx, suivant leur Age ou leurs
forces ; c'est dans le menagement de cet article que consiste Thabileté des facteurs. Les
marchandises quise donnent en échangesont
distinguées par différens noms. Le grand --- Page 278 ---
NOUVE A U VOYAGE
makaton est une boite d'argent carrée avec
des anneaux. pour y attacher un cordon ou
une chaine. Les Nègres portent cet ornement
en forme de bandoulière, et s'en servent
pour. garder leurs parfums, leur or, leurs
bijoux : les rois ne le portent pas eux-mémes; ils n'accordent cet honneur qu'à l'alcoran, mais ils le font porter par un officier qui est toujours prét à leur présenter
ce qu'ils demandent. Le cornet d'argent est
une sorte de cornet qui pend aussi à une
chaine : les Nègres l'emploient aux mêmes
usages que le makaton. On appelle mortodes des espèces de perles fausses, ou des
grains d'argent creux et de figure ovale,
dont les femmes se font des colliers et des
bracelets. Les bugis sont ces petites coquilles dont nous avons parlé plusieurs fois,et
qui servent de monnoie. La verroterie sont
de petits grains de verre de toutes les couleurs, dont il se vend ici une quantité incroyable. Ces différens noms désignent les
différens prix. Le grand makaton vaut un
esclave, etc. Les habitans de ces contrées
sont tourmentés par des insectes qu'ils appellent des vagvagues : de sont des fourmis --- Page 279 ---
AUTOUR DU MONDE
blanches, grosses comme les nôtres, qui,
au lieu d'élever des pyramides, restent enfoncées dans la terre ; elles ne se décèlent
que par de petites galeries cylindriques de
la grosseur d'une plume d'oie, qu'elles élè.
vent surles corps qu'elles veulent attaquer.
Elles s'en servent comme de chemin couvert pour travailler sans être vues; elles dés
vorent eny très-peu de tems toutes les matières auxquelles elles s'attachent. Si elles
assiègent un lit, il est presqu'impossible de
les en chasser : lorsqu'elles ont rongé les
draps et les matelats, elles mordent impitoyablement ceux qui sont dedans et,leur
causent les douleurs les plus vives. Parmi.
d'autres singularités, on ne doit pas oublier
la multitude innombrable de poissons de
moyenne taille qui inondent cette côte.
La mer en paroit remplie. Lorsqu'ils sont
poursuivis par de plus gros, on les voit par
bancs s'approcher du rivage et souvent
échouer : il a de ces
y
: y
bancs, qui ont plus
de cinquante toises
-
d'étendue, et où les poissons sont si serrés qu'ils roulent les uns sur
les autres sans pouvoir nager. Anssitôt
les habitans les apperçoivent près de terre, que
ondent cette côte.
La mer en paroit remplie. Lorsqu'ils sont
poursuivis par de plus gros, on les voit par
bancs s'approcher du rivage et souvent
échouer : il a de ces
y
: y
bancs, qui ont plus
de cinquante toises
-
d'étendue, et où les poissons sont si serrés qu'ils roulent les uns sur
les autres sans pouvoir nager. Anssitôt
les habitans les apperçoivent près de terre, que --- Page 280 ---
NOUVEAU VOYAGE
ils se jettent àl'eau, portant un panier d'une
main et nageant de l'autre. C'est une chose
très-plaisante de les voir, dans cette attitude, pénétrer au milieu de ces fourmilieres, plonger simplement leur panier, le relever,e et s'enr retourner chargés de leur proie.
Il y a de ces pécles, ou, avec' un grand
filet, on prend jusqu'à six mille poissons,
dont les moindres égalent la grosseur d'une
belle carpe. On cueille dans ce pays des huitres surles arbres, comme on les détache
ailleurs des rochers. Les bords des fleuves,
à leur embouchure, sont fournis de mangliers qui leur prétent leufs racines pour s'y
attachér, et l'eau n'y perd jamais sa salure.
Lorsque la mer a baissé, elle laisse les huitres à découvert. Les Nègres ne font que
couper la branche où elles pendent; une
seule en porte quelquefois plus de deux
cents : si elle a plusieurs rameaux, elle fait
un bourquet d'luitres qu'un homme auroit
beaucoup de peine à trainer. C'est quelque
chose d'horrible que les désordres que causent les sauterelles dans les plaines du cap
Vert. Un matin nous vimes tout à coupl'air
comme obscurci par une épaisse nuée; c'étoit --- Page 281 ---
AUTOUI R DU M O N D E.
toit une quantité prodigieuse de cesinsectes,
élevés au-dessus de la terre d'environ
vingtcing ou trente toises, et qui couvroient un
espace de plusieurs lieues de pays: ce
étoit poussé par. un vent d'est assez fort; nuage il
fut toute la matinée à parcourir les environs. Ces animaux portèrent la désolation
par-tout où ils passèrent : après avoir consommé les herbes, les feuilles et les fruits
des arbres; ils attaqutrentjusqu'll, leur écors
ce : les roseaux méme de la couverture des
cabanes, tous secs qu'ils étoient, ne furent
point épargnés.
Les habitans du Sénégal ont tous un si
grand respect pour les serpens qu'ils les
laissent croitre et multiplier jusques dans
leurs cases, quoique souvent ces animaux
détruisent leur volaille, et osent, pour ainsi
dire, coucher avec eux. Un jour que nous
étions assis sur une natte avec quelques Ne.
gres, une vipère, après avoir fait le tour de
la compagnie, s'approcha de nous. Nous
nous avisàmes de la: tuer d'un coup de baguette : tout le monde Se leva aussitôt en
jetant de hauts cris; chacun s'éloigna de
nous.et. prit la fuite. Le bruit s'en répandit
T'ome IIl.
S
osent, pour ainsi
dire, coucher avec eux. Un jour que nous
étions assis sur une natte avec quelques Ne.
gres, une vipère, après avoir fait le tour de
la compagnie, s'approcha de nous. Nous
nous avisàmes de la: tuer d'un coup de baguette : tout le monde Se leva aussitôt en
jetant de hauts cris; chacun s'éloigna de
nous.et. prit la fuite. Le bruit s'en répandit
T'ome IIl.
S --- Page 282 ---
N OUVEAU VOYAGE
dans tout le village, et l'on nous ett fait un
si le maître du logis, hommauvais parti,
med'autorité, n' eût point appaiséletumulte.
Nous vimes sur ces mers une espèce de
trombe de feu, semblable à une colonne de
tournoit sur elle-même; elle
fumée 1 qui
l'eau
la base : le vent
étoit appuyée sur
par
d'est la poussoit droit à nous. Aussitôt que
l'eurent apperçue, ils forcèrent
les Nègres
ils savoient que son
de rames pour T'éviter;
chaleur
effet ordinaire est d'étouffer par sa
et quelquefois
ceux qui en sont enveloppés,
ils furent
même d'embraser les cabanes :
heureux pour la laisser plus de dixassez
derrière la chaloupe, et se félihuit toises
de feu
citèrent d'avoir échappé à ce torrent
la lumière du jour ne laissoit voir que
que
fumée. Sa chaleur, quoi
comme une épaisse
distance de plus de cent pieds,
que à une
faisoit sentir jusqu'à
étoit si vive qu'elle se
nitreuse
elle nous laissa une odeur
nous ;
quelque tems, et dont la
qui nous infecta
fat un léger picotement
preni@reimpresion) occasionna aux uns l'éterdans le nez, qui
aux autres la difficulté de respirer.
nuement,
mois d'octobre,. et la
Nous trouvant au --- Page 283 ---
AUTOURIDU M ON D 0 E.
saison étant peu propreà la navigation,
primes le parti de nous rendre
nous
par terre de
Rufisque au fort Saint-Lonis. Les,
ont ouvert cette route pour la commodité François
de leur commerce entre la Gambre et le Sé;
négal, parce que la voie de la mer est longue et incertaine. Ce voyage prenoit souvent
un mois entier, quoique la distance, le
des côtes ne soit
long
que d'environ quarante
lieues; mais pendant la plus grande
de l'année les vents et les courans
partie
traires à la
sont connavigation. Après une marche
d'environ douze lieues, nous nous arrétàmes anprès du lac des Serrères
a
rafraichir notre
pour faire
cortège. Nous y trouvâmes
une sorte de faucon de la grosseur d'une
Cet animal
oie:
pêche avec une adresse admirable. Placé sur un arbre, au bord du lac,
quand un poisson approche de la surface
de l'eau, le faucon fond sur lui avec
tuosité et l'enlève avec ses
impé.
€ Le lendemain nous
serres.
de
arrivâmes - au village
Makaya, l'une des résidences du damel
qui y tenoit alors sa cour. Les
cette contrée
Nègres de
pratiquent la polygamie; ; ils
ne peuvent comprendre qu'un roi de France
S 2
Placé sur un arbre, au bord du lac,
quand un poisson approche de la surface
de l'eau, le faucon fond sur lui avec
tuosité et l'enlève avec ses
impé.
€ Le lendemain nous
serres.
de
arrivâmes - au village
Makaya, l'une des résidences du damel
qui y tenoit alors sa cour. Les
cette contrée
Nègres de
pratiquent la polygamie; ; ils
ne peuvent comprendre qu'un roi de France
S 2 --- Page 284 ---
NOUVEA U VOYAGE
n'ait qu'une femme Comnient peut-il faire,
demandent-ils, lorsqu'elle est enceinte ou
malade? Le quatrième jour nous arrivâmes
à Biurt; c'est le séjour des officiers du damel pour les droits et les taxes. Du port de
cette ville nous nous rendimes à l'ile de
Saint-Louis, possédée par les François vers
l'embouchure du Sénégal, le Niger des an:
ciens; c'est un des plus grands fleuves de
l'univers : on croit qu'il prend sa source près
de la Haute-Ethiopie, et qu'après avoir traversé une partie de la Nigritie, il s'élargit,
forme un lac et en sort par deux ouvertures
qui forment deux rivières : l'une est le Sénégal, l'autre la Gambra. La plupart des villes et villages sont situés sur la rive gauche.
La droite est peu habitée parce qu'on y est
exposé aux incursions des Maures : le roi
de Maroc y envoie souvent des troupes qui
ravagent le pays, et emmenent les habitans
en servitude; mais Ce fleuve large, profond
et rapide, est une barrière insurmontable
qui garantit l'autre côté du rivage. Nous remontâmes le Sénégal, et nous pénétrâmes
dans les.terres jusqu'à ses premières cataractes. --- Page 285 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
Voici ce que nous avons observé par nousmêmes, ou recueilli de plus certain concernant cette célèbre rivière: Son cours est d'en-
-viron neuf cents lieues - de lest à T'ouest,
depuis le lac de Bournou, où l'on dit qu'il
prend sa source 3 jusqu'à-deux lieues de la
mer : là, formant un coude, il tourne tout
à coup au Sud, et coule encore l'espace de
soixante milles, 7 pour aller enfin se perdre
dans l'Océan; son embouchure est masquée
par une barre formée de l'abondance du sable que le courant y amène : cette barre est
doublement
dangereuse, 1 et parce qu'elle a
peu d'eau, et parce que les flots impétueux
qui sortent du fleuve au tems des inondations le font souvent changer de place. L'en:
trée du Sénégal seroitinaccessible si la force
de son cours n'avoit ouvert un
de
cent cinquante ou cent soixante passage toises de
large sur deux brasses de profondeur. Ce
passage ne reçoit que des barques d'environ
cinquante tonneaux. Les gros bâtimens ne
peuvent aborder jusqu'à l'ile de Saint-Lonis;
mais le même inconvénient qui les
che d'y arriver, devient une sureté empé
pour le
fort, et rend le commerce des François
plus
S 3
force
de son cours n'avoit ouvert un
de
cent cinquante ou cent soixante passage toises de
large sur deux brasses de profondeur. Ce
passage ne reçoit que des barques d'environ
cinquante tonneaux. Les gros bâtimens ne
peuvent aborder jusqu'à l'ile de Saint-Lonis;
mais le même inconvénient qui les
che d'y arriver, devient une sureté empé
pour le
fort, et rend le commerce des François
plus
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NOUVEAU VOYAGE
tranquille. Après avoir passé cette digue re:
doutable on trouve une rivière d'une belle
largeur, et dont le cours est aussi agréable
que l'entrée en est difficile. Le terrain des
deux côtés n'est qu'un sable mouvant. Le
bord occidental forme une langue de terre
longue de vingt cinq lieues, et dont la plus
grande largeur n'en a que deux ou trois; le
côté de l'est est plus élevé; mais l'un etlautre sont également arides, ou ne produisent
que des plantes fort basses. On ne commence à trouver des arbres que deux lieues
au-dessus, encore ne sont-ce que des mangliers ; c'est presque la seule espèce qu'on
rencontre jusqu'à l'ile de Saint-Louis, qui
porte aussi le nom d'ile de Sénégal : alors
cette péninsule devient moins stérile et pré.
sente des pâturages.
Avant d'entrer dans la mer, le Sénégal se
divise en différentes branches qui forment
une infinité de petires fles : les principales se
nomment Bokos, Manghéra, Biféché, Dore:
mur, le Gallet, Bucksar, etc. Celle de SaintLouis est au milien du fleuve, à sept ou huit
milles de son embouchure; on lui donne
une licue de circonférence : sa largeur est --- Page 287 ---
AUTOUR DU M O N DE.
très inégale. Malgré sa stérilité, cette ile est
habitée par plus de trois mille Nègres attirés par les François, au service desquels ils
paroissent très-attachés; ils y ont bâti des
cabanes qui occupent plus de la moitié du
terrain. On les prendroit pour des colombiers, dont les murs sont des roseaux joints
les uns aux autres, et soutenus par des poteaux plantés en terre : ces piquets s'élèvent
à la hauteur de cinq ou six pieds, et
supportent une couverture de paille qui-se termine en pointe. Chaque case n'a que le rezde-chaussée, et s'étend depuis dix jusqu'à
quinze pieds de diamètre. Un seul lit donne
souvent à coucher à toute une famille, y
compris les domestiques, qui sont pele méle
avec les maitres et les enfans : ces lits consistent en une claie posée sur des traverses,
soutenues par de petites fourches à un pied
au-dessus du sol. Une natte tient lieu de
paillasses, de matelas, et pourlordinaire de
draps et de couvertures : pour des oreillers,
ils n'en connoissent point; et leurs meubles
se bornent à quelques pots de terre et à des
callebasses. Les François ont accoutumé les
Nègres à observer une certaine régularité
S 4
enfans : ces lits consistent en une claie posée sur des traverses,
soutenues par de petites fourches à un pied
au-dessus du sol. Une natte tient lieu de
paillasses, de matelas, et pourlordinaire de
draps et de couvertures : pour des oreillers,
ils n'en connoissent point; et leurs meubles
se bornent à quelques pots de terre et à des
callebasses. Les François ont accoutumé les
Nègres à observer une certaine régularité
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NOUVEAU VOYAGI E
Snhansx-nadsanapa for:
ment une petite ville percée de rues alignées;
elle n'a pas moins d'un quart de lieue de longueur, sur une largeur presqu'égale à celle
de l'ile, dont elle occupe le centre assez également distribué aux deux côtés du fort. Ce
fort n'a pas de meilleure défense que sa situation naturelle; son artillerie est de trente
pièces de canon partagées en plusieurs batteries : l'arsenal est fourni d'armes et de munitions. La partie septentrionale de l'ile de
Saint-Louis est couverte de grands arbres
qui ont l'apparence d'une forét.
Le roi de Hoval, dont les états occupent
la partie la plus septentrionale de la Guinée,
prend le titre de brak, qui signifie roi des
rois : c'est purement un nom de souverain,
comme célui de damel, roi de Cayor; de
syratyk, roi des Foulis, et plus anciennemnent celui de pharaon et de césar, roi et
empereur d'Egypte. et de Rome. Le grand
brak, car c'est ainsi qu'on le distingue de
celui dont nous venons de parler, fait sa
résidence à Ingherbel, au nord du Sénégal:
dans ses états, sur la rive droite du Sénégal, est un canton appelé le Désert; c'est --- Page 289 ---
AUTOUR D U MONI D E.
28r
une plaine vaste et, stérile, bornée par des
montagnes de sable rouge, et qui ne présente que quelques buissons, sans aucune
autre sorte de verdure, Les facteurs européens et les Maures s'y rendent de toute
part pour y faire le commerce de la gomme qu'on appelle gomme de Sénégal, ou
gomme arabique, parce qu'avant que les
François eussent des comptoirs dans ce
pays, elle ne venoit que de l'Arabie ; on
en reçoit même encore du Levant : on lui
attribue de grandes propriétés, comme de
guérir la colique, 2 en- faisant dissoudre cette
drogue.dans du lait, d'arrêter les dyssenteries, d'épaissir les humeurs séreuses, et de
les empécher de se méler avec le sang; elle
sert de nourriture aux Nègres qui habitent
le long du Niger, et aux. Maures qui la vendent aux Européens; ils la mangent comme
du sucre, ou ils la font amollir dans de l'eau
et T'avalent; elle leur donne de la force et
de la santé. La gomme la plus fraiche, a c'està-dire, celle qui a été cueillie nouvellement,
s'ouvre en deux comme un abricot mur:
le dedans en est tendre et lui ressemble assez par le gout. L'arbre qui la porte est une
qui habitent
le long du Niger, et aux. Maures qui la vendent aux Européens; ils la mangent comme
du sucre, ou ils la font amollir dans de l'eau
et T'avalent; elle leur donne de la force et
de la santé. La gomme la plus fraiche, a c'està-dire, celle qui a été cueillie nouvellement,
s'ouvre en deux comme un abricot mur:
le dedans en est tendre et lui ressemble assez par le gout. L'arbre qui la porte est une --- Page 290 ---
282.
NOUVEAU YOYAGE
sorte d'acacia, assez petit et toujours vert ;
sa sève est si active
qu'elle passe au travers
de l'écorce : le soleillépaissit et en forme la
gomme : la récolte s'en fait deux fois l'année, au mois de mars et au mois de décembre; la dernière est la plus abondante et la
plus estimée; elle se recueille.après la pluie
lorsque l'arbre est rempli d'une sève que le.
soleil
perfectionne sans lui donner trop de
dureté: c'est ce qui ne se rencontre pas dans
celle du mois de mars, parce qu'elle n'a eu
que des chaleurs brilantes quila dessèchent.
La gomie se mesure pour la vente dans un
vaissean qui en contient près de deux cents
livres, et qui vaut plus de cent sous de notre
monnoie. On trouve dans les environs du
Sénégal trois foréts composées de gommiers
qui donnent lieu à un fort grand commerce.
Au nord de ce méme fleuve est situé le
lac de Cayor, à cinquante lieues de l'ile de
Saint-Louis : il est formé par les inondations quileremplissent régulièrement toutes
les années. Ce lac communique au Sénégal
par un canal très-p profond sur lequel sont
situés les villages d'Ingrin et de Queda. Tout
ce pays est agréable et très-bien cultivé. Le --- Page 291 ---
AUTOUR D U M ONI D ] F.
riz et le mais y fournissent de riches moissons : les pompions , espèce de melons d'eau
très-estimés, n'y sont pas moins abondans.
Les melons de France et d'Espagne y croissent parfaitément:) les Négres en ramassent
Ja graine, la rôtissent dans des poëles de fer,
et en font un mêts dont ils sont très-friands.
Le lac et le canal de Cayor séparent les états
du syratyk, roi des Foulis, de ceux du grand
brak, souverain, comme nous. l'avons dit,
de Hoval.
Ce que les Nègres appellent ici le folgar
est ce que nous appelons un, bal : pour ce
divertissement, les jeunes gens s'assemblent
dans une place, au milieu de laquelle on
allume un grand feu : les vieillards, assis
autourd'eux, s'entretiennent agréablement,
tandis que la jeunesse danse; et cette conversation, qui se nomme le karder, est un
de leurs plus grands amusemens : c'est dans
ces cercles, où ils s'expriment en termes
nobles et choisis, qu'on peut remarquer la
beauté de leur imagination, l'étendue de
leur mémoire et les progrès qu'ils feroient
dans les sciences, si leurs talens naturels
étoient cultivés par l'étude; ce qu'il ne faut
'entretiennent agréablement,
tandis que la jeunesse danse; et cette conversation, qui se nomme le karder, est un
de leurs plus grands amusemens : c'est dans
ces cercles, où ils s'expriment en termes
nobles et choisis, qu'on peut remarquer la
beauté de leur imagination, l'étendue de
leur mémoire et les progrès qu'ils feroient
dans les sciences, si leurs talens naturels
étoient cultivés par l'étude; ce qu'il ne faut --- Page 292 ---
NOUVEAU VOYAGE
entendre néanmoins que des personnes d'un
certain état, telles que. les seigneurs, les officiers, les marchands. Pour revenir au folgar, les garçons et les filles sont disposés
sur deux lignes, l'une vis-à-vis de
dès que le son des instrumens se fait Tautre; entendre, toute la troupe entonne une chanson; en
même tems un danseur, sortant de sa ligne,
s'avance vers la Nègresse qui se trouve placée directement en face de lui; il's'arrête
à quelque distance, lui tourne le dos, et
dans cet état il attend le signal du tambour:
au premier coup de baguette il s'approche
de la fille, et forme avec elle une danse trèslascive. Chaque acteur fait à son tour le méme exercice; ils se réunissent ensuite et se
confondent avec la même indécence, les
mêmes attitudes, les mêmes gestes. Dans
ces sortes de bals, les personnes de la.
mière distinction viennent quelquefois dan- pre:
ser avec leurs chevaux. Rien n'est plus divertissant que. de voir ces superbes coursiers, oubliant pour un moment leur ardeur, se conformer au dessein de la fête :
ils lèvent leurs pieds, et frappent la terre
légérement et en cadence. Tous les mouve- --- Page 293 ---
AUTOUR D U M - ONDE.
mens de leurs corps s'accordent, avec une
justesse admirable, àu son des instrumens:
les cavaliers eux-mêmes n'ajoutent pas peu
d'agrément à tous cesjeux; ils guident leurs
chevaux, et leur font imiter tout ce qu'ils
veulent représenter, 2 en feignant, par leur
contenance et leurs attitudes, un combat,
une lutte, une chasse, etc. Le syratyk peut
mettre en campagne une armée nombreuse.
Selon les loix établies dans la plupart des
états africains, la couronne ne passe pas
ici du père au fils, mais au frère, et à son
défaut au neveu du monarque par sa soeur,
la voie des femmes étant regardée comme
la plus sûre.
Le royaume des Foulis occupe près de
deux cents lieues, de l'orient à l'occident ;
sur les deux bords du Sénéral, mais ses dimensions sont moins connues du nord au
sud, parce que les étrangers ont borné jusqu'à présent leur négoce. aux rives de ce
fleuve , sans avoir cherché à pénétrer dans
les terres. Le pays est fort peuplé, le terroir fertile. Les principaux lieux qui se trouvent dans sa longueur, en remontant le Sénégal, sont la petite ile de Ménage, le lac
ux cents lieues, de l'orient à l'occident ;
sur les deux bords du Sénéral, mais ses dimensions sont moins connues du nord au
sud, parce que les étrangers ont borné jusqu'à présent leur négoce. aux rives de ce
fleuve , sans avoir cherché à pénétrer dans
les terres. Le pays est fort peuplé, le terroir fertile. Les principaux lieux qui se trouvent dans sa longueur, en remontant le Sénégal, sont la petite ile de Ménage, le lac --- Page 294 ---
NOUVE A:U ( VOYA GE
de Pania-Fouli, le" Terrier-Rouge, lieu célè:
bre par le trafic des gommes., l'ile d'Ivoire
ou de Morfil, qui occupe un espace de plus
de quarante lieues, et tire son nom de la
quantité de dents, d'éléphans que les François y achètent, l'ile de Balbas, et enfin,
la ville d'Agnan, séjour ordinaire du syratyk et la capitale de son royaume. Depuis
le Terrier-Ronge jusqu'à l'ile de Bilbas, les
deux côtés du fleuve offrent une perspective
ravissante : ses rives sont bordées de grands
arbres chargés de verdure, et peuplés d'une
variété infinie d'oiseaux, de singes, d'écureuils, dont les mouvemens et les tours Comiques présentent un spectacle divertissante
Les oiseaux. 1 pour éviter la poursuite des
singes qui craignent l'eau, font leurs nids
à T'extrémité des branches suspendues sur
la' rivière. Rien n'est si plaisant que de voir
ces, animaux descendre du haut des arbres pour admirer de plus près les barques
à leur passage; ils les considèrent quelque
tems, paroissent s'entretenir de ce qu'ils
ont vu, et abandonnent la place à ceux qui
arrivent après eux, comme pour les laisser
voir à leur tour; plusieurs deviennent fami- --- Page 295 ---
AUTOUR DU M TONI DE.
jetter des branches sèches aux
liers jusqu'à
badins
leur réqui, moins
qu'eux,
passans, ordinairement à coups de fusil : on
pondent
d'autres sont blessés;
en tue quelques-uns;
consternale reste tombe dans une étrange
des cris affreux;
tion. Une partie pousse
une autre ramasse des pierres pour. lesj jeter
à leurs ennemis ; d'aûtres se vident le ventre dans leurs mains, et s'efforcent d'envoyer ce don insultant à leurs spectateurs:
sont fort nuisibles aux
Comme ces animaux
plantations, les Nègres leur font continuellement la guerre, et ne sauroient concevoir
déterminer les Européens à les
ce qui peut
faire du mal.
acheter, n'étant propres qu'à
Plusieurs d'entre eux en ont pris occasion
d'apporter des rats à vendre aux comptoirs
françois, croyant qu'ils ne devoient pas étre
de moindre prix que les singes, puisqu'ils
ne sont, ni moins pernicieux, ni moins
nuisibles. Foulis n'ont
la peau d'un si beau
Les
pas
noir que les autres Nègrés : la plupart sont
d'une çouleur fort basanée; ce qui vient de
leurs fréquentes alliances avec les Maures;
ni si- hauts, ni si robustes que
ils ne sont
re aux comptoirs
françois, croyant qu'ils ne devoient pas étre
de moindre prix que les singes, puisqu'ils
ne sont, ni moins pernicieux, ni moins
nuisibles. Foulis n'ont
la peau d'un si beau
Les
pas
noir que les autres Nègrés : la plupart sont
d'une çouleur fort basanée; ce qui vient de
leurs fréquentes alliances avec les Maures;
ni si- hauts, ni si robustes que
ils ne sont --- Page 296 ---
NOUVEAU VOYAGE
les Oualofs : leur taille est, en général, médiocre, quoique bien prise. Avec un air délicat, ils ne laissent pas d'étre propres au
travail; ils cultivent les terres avec soin.
En remontant le Sénégal, et marchant
versl'orient, nous nous trouvâmes au royaume de Galam, qui confine aux états du syratyk. Bétel estle dernier village du royaume
deFoulis,etGhildéla première place de celui
de Galam. Al'opposite de Ghildé est la ville
de Tuabo ; c'est la résidence ordinaire du
roi de Galam ; elle est renommée pour
quelques carrières de très-beau marbre. En:
tre. Tuabo et Dramanet, la rivière de Falé.
mé, vient se. rendre dans le Sénégal, du
côté du sud 3 elle forme une ile immense
qui renferme les contrées de Bambouk, de
Makonna, de Jaka, 9 de Gadda., etc. Le
royaume de Bambouk est très-fertile en mines d'or : les François y ont plusieurs forts,
entre autres celui de Saint Pierre, près de
Kanjura, sur la rivière de Falémé;ce fort
est d'autant plus important qu'il commande
l'entrée du royaume de Bambouk. Ces états J
ne sont soumis à aucun roi, quoiqu'on leur
donnelenom deroyaume. Leshabitans sn'ontpour --- Page 297 ---
AUTOUR DU M ON D E.
pour les gouverner que les chefs des villages, qui, sous le nom de furim, exercent
un pouvoir souverain. Le pays est fort peuplé, comme on peut en juger par le grand
nombre de villages situés à l'est de la rivière : on y trouve des merles blancs et des
pigeons verts, deux singularités particulières à cette contrée. Entre les autres curiosités naturelles on parle d'un arbre qui produit une certaine graisse appelée beurre de
Bambouk ; les Nègres s'en servent pour assaisonner leurs légumes : nous ne l'avons
pas trouvée différente du lard, à la réserve
d'une petite acreté qui in'est pas même désagréable : le fruit qui renferme cette graisse
est rond, gros comme une noix et couvert
d'une coque, avec une peau sèche et brillante. Après en avoir séparé une partie qui
tient de la nature du suif, on pêle le reste,
et on le met dans de l'eau chaude d'où l'on
enlève le beurre qui surnage. On compte
dans ce pays six mines principales dont on
tire de l'or: tous les ruisseaux en charrient
avec leur sable.
La ville de Dramanet n'a pas moins de
quatre mille habitans : leur commercé s'6Tome III.
T
une peau sèche et brillante. Après en avoir séparé une partie qui
tient de la nature du suif, on pêle le reste,
et on le met dans de l'eau chaude d'où l'on
enlève le beurre qui surnage. On compte
dans ce pays six mines principales dont on
tire de l'or: tous les ruisseaux en charrient
avec leur sable.
La ville de Dramanet n'a pas moins de
quatre mille habitans : leur commercé s'6Tome III.
T --- Page 298 ---
NOUVEAU VOYAGE
tend jusqu'à Tombut, qui, suivant leur
lieues
loin dans
calcul, $ est à cinq cents
plus
les terres ; ils en tirent de l'or et des esclaves, et font quelque trafic avec les François du Sénégal; ; mais ils portent la plus
grande partie de leurs marchandises aux Anglois de la rivière de Grambra. Un esclave
mâle, entre dix-huit et trente ans, se donne
pour cent livres de notre monnoie. On appelle morfil les dents d'éléphans dans l'état
qu'elles se traitent avec les Nègres sur les
côtes d'Afrique, c'est-à-dire, avant qu'elles
aient reçu aucune façon de Tart: un morfil
vaut huit sous. 1
L'étendue du royaume de Galam est d'environ quarante-cinq lieues; il se termineaux
cataractes del Félu, oûl le Sénégal, ayant comme forcé le passage entré deux montagnes,
se précipite au travers des rochers avec un
bruit épouvantable, de la hauteur de-quarante brasses. Les monts qui préparent cette
chite commencent à une demi-lieue du village et rendent le pays presquinacessibles
Les cataractes de Govine, éloignées de celles
de Félu d'environ quarante lieues, présentent encore plus de difficultés; non que le --- Page 299 ---
AUTOUR DU M ONDE
canal n'ait assez de largeur, mais il est rempli de rocs au travers desquels il semble
l'eau se soit ouvert un passage; et, charriant que
toute la terre des environs, elle court ainsi.
par cent boyaux fort rapides, et dont aucun ne paroit navigable. Le royaume de
Casson borne cette région à P'orient. Le
prince fait sa résidence dans une grande ile,
ou plutôt une péninsule formée par deux rivières au nord du Sénégal. On trouve dans
ses états des mines d'or, d'argent et de
cuivre.
( Dans la partie de T'Afrique qu'arrosent
la' Gambra et le Sénégal, les principales
langues sont celles des Mandingues, 1 des
Oualofs et des Foulis : la première est la
plus commune sur la Gambra. Les Nègres
du Sénégal sont Mahométans, convertis
les Maures. On ne trouve nulle part des par, tamarins si beaux, ni en si grand nombre que
sur la rive méridionale du Sénégal: : toutes
les côtes d'Afrique en sont parsemées ; mais
Tespèce en est plus petite. Cet arbre, dont
le fruit a toujours été recommandable dans
la médecine, est pourlordinaire de la grandeur du noyer, mais plus touffu : ses branT 2
Nègres
du Sénégal sont Mahométans, convertis
les Maures. On ne trouve nulle part des par, tamarins si beaux, ni en si grand nombre que
sur la rive méridionale du Sénégal: : toutes
les côtes d'Afrique en sont parsemées ; mais
Tespèce en est plus petite. Cet arbre, dont
le fruit a toujours été recommandable dans
la médecine, est pourlordinaire de la grandeur du noyer, mais plus touffu : ses branT 2 --- Page 300 ---
NOUVEAU U: VOYAGE
régulièrement de tous côtés;
ches s'étendent
charelles sontdivisées en plusieurs rameaux
de feuilles qui donnent de l'ombre et de
gés
la fraicheur : les fleurs naissent par bouquets
longs de cinq à six pouces ; ils ne contienque neuf à dix fleurs, parce
nent cependant
distanceluné de l'auqu'elles sont à quelque
branches
tre; elles sortent de l'extrémité des
en un fruit semblable, - .par
et se changent
à des
de
sa grandeur et sa figure,
gousses
fèves. C'est la pulpe et les semences séparées dela peau extérieure et réduites en pâte
l'on apporte en Europe : les Africains
que
avec de T'eau, du
en composent une liqueur
confections
sucre et du miel, ou en font des
se désaltérer : les feuilles
qui servent pour
ont la même vertu; les
simplement séchées
dans leur riz, et, en gé4
Nègres en mettent
néral, dans tous leurs alimens. Le tamarin,
délayé dans de l'eau, donne une boisson
celle du limon. Les cha;
aussi agréable que
bruleurs sont si excessives sur les sables
lans de toute cette contrée que nos souliers
se coupoient et tomboient
se racornissoient, seule réflection du sol nous
en pondre. La
du visage. La na;
faisoit lever toute la-peau --- Page 301 ---
AUTOUR DU M ONI D E.
ture a placé sous les pieds des Nègres une
peau si épaisse qu'elle les dispense del'usage
des souliers.
Parmi les diverses plantes qui attirèrent
notre attention sur les rives du Sénégal,
nous vimes cette espèce de potirons qui isont
particuliers aux pays chauds, et qu'on apgiromons ; ils ne le cèdent point à ceux des
climats froids quant à la grosseur, et leur
gout sucré a quelque chose de plus fin et de
plus délicat. Nous y avons vu aussi cette
grande sensitive épineuse que les Nègres
appellent guérakiao, 0 c'est-à-dire, bon jour,
parce que, quand on la touche ou qu'on lui
parle de près, elle incline SES feuilles comme pour souhaiter le bon jour.
Nous avons eu occasion de parler d'un
arbre de la Côte d'Or, dont la grandeur
surpasse tout ce que nous avions vu en se genre;
mais il n'approche pas de celui qu'on appelle
ici le pain de singe, En mesurant le tronc
de cet arbre avec une ficelle; nouslui avons
trouvé soixante-dix-huit pieds de circonférence, 9 c'est-à-dire, plus de vingt-cinq de
diamètre : sa hauteur n'est point extraordinaire; elle n'a guère que soixante pieds. Du
T 3
grandeur
surpasse tout ce que nous avions vu en se genre;
mais il n'approche pas de celui qu'on appelle
ici le pain de singe, En mesurant le tronc
de cet arbre avec une ficelle; nouslui avons
trouvé soixante-dix-huit pieds de circonférence, 9 c'est-à-dire, plus de vingt-cinq de
diamètre : sa hauteur n'est point extraordinaire; elle n'a guère que soixante pieds. Du
T 3 --- Page 302 ---
NOUVEAU VOYAGE,
haut du tronc partent plusieurs branches
dont quelquies-1 unes S étendent horisontalement et touchent la ierre par, leurs extrémités; elles ont. depuis quarante-cinq jusqu'à cinquante pieds de longueur, et chacune d'elles feroit un des plus gros chénes
d'Europe, Enfin, tout l'ensemble paroit
moins former un arbre qu'une forét : une
raciue, quiavoit été déconverte par les eaux
d'une rivière: nous, parut avoir plus de cent
dix pieds de long, sans compter la partie qui
restoit encore cachée en terre. Plusieurs de
ces arbres portent des noms d'] Européens,
dont les caractères sont gravés profondément dans l'écorce : un de ces noms date
du quiazième siècle; les lettres ont enviion
six ponces de longueur. L
Les pains de singe sont peut-étre les plus
anciens arbres de notre globe. Si TAfrique,en produisanrTautrache etléléplant,
peut se flatter d'avoir enfanté les géans des
oiseaux et des quadrapèdes, sur tout si vous
y joignez la giraffe, elle ne se dément point
àl'égard des végétaux,en tirant de son sein
le plus grand, le plus vigoureux arbre de
l'univers. L'autruche, dont nous venons de --- Page 303 ---
AUTOUR DU MONI DE.
a95
parler, est le principal oiseau du
il
y est si commun qu'on en rencontre pays ;
vent des troupes nombrenses
soudes rivières
sur le bord
: elles ont ordinairement
à
huit pieds de haut; mais leur
sept
qu'assez
corps, 1 quoigros, a peu de proportion avec leur
grandeur; elles sont montées sur de trèshautes jambes, ont le cou fort long, la tête
extrémement petite et couverte d'une sorte
de duvet : leurs yeux ressemblent à ceux de
Thomme; leur bec est court et pointu, et
leurs ailes, trop petites pour voler, suffisent pour les aider à courir avec une vitessé
étonnante, sur-tout lorsqu' elles ont le vent
en arrière ; quand il leur est contraire elles
n'ont de ressource que dans leurs jambes:
leurs plumes sont molles, douces, lanngineuses, cotonnées et fort touffues ; celles
des mâles sont plus blanches, plus
et plus épaisses que celles des femelles. longues
Cet
oiseau a les cnisses
grosses et
couvertes d'une
charnnes,
peau dure, ridée, et les
pieds de la forme de ceux d'un
la corne est
boeuf; mais
de
distinguée en articles et armée
griffes qui lui servent à lever ce
veut prendre : sa queue est serrée,
qu'il
ronde,
T 4
; celles
des mâles sont plus blanches, plus
et plus épaisses que celles des femelles. longues
Cet
oiseau a les cnisses
grosses et
couvertes d'une
charnnes,
peau dure, ridée, et les
pieds de la forme de ceux d'un
la corne est
boeuf; mais
de
distinguée en articles et armée
griffes qui lui servent à lever ce
veut prendre : sa queue est serrée,
qu'il
ronde,
T 4 --- Page 304 ---
NOUVE AU VOYAGE
composée de pennes blanches pour le mâle;
brunes dans la fernelle. Ces plumes sont fort
récherchées pour les casques. Si quelqu'un
poursuitlautruche, il prend des pierres qu'il
jette derrière lui avec beaucoup de. force. Il
dévore indifféremment tout ce qu'on lui présente, cuir, herbe, poil, viande, pain, etc.
Il ne digère cependant point le fer, ni les
autres corps durs qu'il avale ; il les rend
tout entiers par l'anus : le cuivre se change
en poison dans son estomac. Onad ouvert des
ventricules d'autruches, dans lesquels on a
trouvé soixante liards consumés presqu'anx
trois quarts par leurs frottemens mutuels :
le fer, les pierres et les OS étoient teints de
vert-de-gris.
Cet animal multiplie prodigieusement,
parce qu'il fait plusieurs pontes chaque année; chaque ponte est de quinze ou seize
ceufs dont la grosseur est proportionnée à
celle de l'oiseau : il y a de ces ceufs qui contiennent une pinte de liqueur, d'autres qui
pésent jusqu'à quinze livres et suffisent pour
rassasier sept ou huit personnes;, ils ont le
goût des ceufsid'oie : la coque en est blanche, unie et fort dure, quoique d'une epais- --- Page 305 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
297.
seur médiocre. Les Turcs et les Persans les
suspendent à la voûte deleurs mosquées:on
en fait des tasses et des ornemens pour les
cabinets des curieux. Les autruches les déposent dans le sable, où l'on a cru Jongtems qu'elles les abandonnoient : il est, au
contraire, certain que, loin de les abandonner à la chaleur du soleil pour les faire éclorre, elles les couvent, mais, à la vérité, seulement pendant la nuit, ce qui suffit pour
les justifier de l'indifférence qu'on leur suppose : on a essayé en vain d'en faire éclorre
au soleil sur une couche.
La chasse de cet animal est un des grands
plaisirs que prennent les seigneurs africains.
Ils arrivent dans la plaine montés sur des
chevaux barbes, harpés comme des levriers:
ils partent, et poursuivent les autruches qui
fuient avec une rapidité surprenante 2, en
tàchant de gagner les montagnes à la faveur
de leurs ailes; mais on a l'attention de les
pousser toujours contre le vent. Dès qu'elles
commencent à se fatiguer, le chasseur fond
sur elles au grand galop, et les tue à coups
de flèches et de lances ; quelquefois on les
attrappe toutes vivantes : après les avoir
L
&
, et poursuivent les autruches qui
fuient avec une rapidité surprenante 2, en
tàchant de gagner les montagnes à la faveur
de leurs ailes; mais on a l'attention de les
pousser toujours contre le vent. Dès qu'elles
commencent à se fatiguer, le chasseur fond
sur elles au grand galop, et les tue à coups
de flèches et de lances ; quelquefois on les
attrappe toutes vivantes : après les avoir
L
& --- Page 306 ---
NOUVEAU VOYAGE
apprivoistes, on les vend aux marchands
qui les envoient en Europe, où leurs plumes servent d'ornement pour les dais, les
chapeaux, l'impériale des lits, les habillemens de théâtre, etc.; elles s'apprétent, se
blanchissent et se teignent de diverses couleurs. Les Arabes n'estiment pas seulement
l'autruche pour les plumes; ; ils en font encore grand cas pour sa chair. On raconte
qu'Hdiogabale Gt servir un jour sur sa table
les tétes de six cents autruches pour en manger les cervelles.
On trouve dans les eaux douces du Séné
gal un poisson queles François nomment le
trembleur à cause de la propriété singulière
qu'a,dit-on, cet animal d'exciter un tremblement douloureux dans les membres de ceux
quile etouchent : son effet, peu différent de la
commotion électrique, se communique de
nieiue par le simple attouchement avec un
bâton, de manière qu'on laisse tomber dans
le moment tout ce qu'on tenoit à la main.
Le corps de ce poisson est rond, sans écaille
et fort lisse comme celui de l'anguille : sa
chair, quoique d'un assez bon goût, n'est
pas d'un usage également sain pour tout le --- Page 307 ---
AUTOUR D U M O N D E.
monde. Le requin est un autre poisson trèscommun le long des côtes, et on le trouve
jusques dans les rivières du Sénégal ; c'est
le plus grand, le: plus redoutable des chiens
de mer, etlanimal aquatiquele plus hardi,
le plus vorace, le plus ennemi de T'homme:
ila environ vingt cinq pieds de longueur sur
quatre de diamètre. Sa gueule s'étend jusqu'an milieu du cou ; elle est armée à chaque machoire de trois rangées de dents si
serrées et si dures que rien ne peut leur résister. On en a pris qui avoient dans l'estomac des corps humains : c'est, dit-on,
ce qui a d'abord fait donner à ce poisson
le nom de requiem, d'où est venu ensuite
celui de requin. Les OS de sa machoire ont
un ressort si singulier qu'il peut ouvrir sa
gueule suivant la grosseur de sa proie et
lui dônner une largeur extraordinaire:' toute
sorte dechair l'accommode. Ce monstre, que
la nature semble n'avoir produit que pour
dévorer, attaque tout Ce qu'il trouve : sans
la difficulté qu'il a de mordre, il dépeupleroit tout l'Océan ; mais heureusement sa
gueule, meurtrière est tellement éloignée du
bout de son museau qu'il ne peut saisir sa
ouvrir sa
gueule suivant la grosseur de sa proie et
lui dônner une largeur extraordinaire:' toute
sorte dechair l'accommode. Ce monstre, que
la nature semble n'avoir produit que pour
dévorer, attaque tout Ce qu'il trouve : sans
la difficulté qu'il a de mordre, il dépeupleroit tout l'Océan ; mais heureusement sa
gueule, meurtrière est tellement éloignée du
bout de son museau qu'il ne peut saisir sa --- Page 308 ---
5oo
ROUYRAVVOYAGE
proie avec avantage. Les vaisseaux qui naviguent sur ces côtes en sout toujours enA
vironnés : si quelque matelot a le malheur
de tomber dans la mer, il est mangé surle-champ par ces terribles animaux. Lors-.
qu'on y jette un homme mort, on les voit
aussitôt le mettre en pièces, et en faire une
prompte curée : leur avidité est si grande
qu'ils se battent comme des furieux; et levant la moitié de leur corps hors de T'eau,
ils s'élancent les uns contre les autres avec
une violence qui fait retentir lair de leurs
coups. Il ne faut pas beaucoup d'adresse
pour prendre ce poisson : comme il est eXtrémement goulu, il se jette avidement sur
tout ce qu'on lui présente; ordinairement
c'est un gros hameçon couvert d'une piécé
de lard, et attaché à une chaine de fer qui
aboutit à une corde. Lorsque le requin n est
point affamé, ils'approche de l'appat, l'examine, tourne autour, et paroit le dédaigner;
ils'en éloigne un peu, revient, semble vouloir l'engloutir, et le quitte: lorsqu'on a pris
assez de plaisir à le voir, on tire la corde,
comme sion vouloit ravoir l'hameçon ; alors
son appétit se réveille ; il se jelte tout de bon --- Page 309 ---
AUTOUR DU M ON D E,
30i
Sur le morceau de lard et l'avale. Quand il
se sent pris et retenu, c'est un autre spectacle de voir les mouvemens qu'il se donne
pour sé décrocher : tantôt - avec ses machoires il essaie de couper la chaine, tantôt il
s'élance en avant et fait des bonds furieux
pour rompre la corde. Lorsqu'il s'est bien
débattu on tire la chaine jusqu'à lui mettre
la tête hors de l'eau, et avec une corde on
fait un noeud coulant qui lui serre le milieu
du corps : alors il est aisé de l'enlever dans
le bâtiment oùt l'on achève de lui ôter la
vie. Ili n'y a point d'animal plus difficile à
tuer; car, après l'avoir coupé en morceaux,
on voit encore remuer toutes les parties.
Quand il est pris et tiré à bord, aucun ma:
telot n'est assez hardi pour en approcher
sans précaution. Outre ses morsures 9 les
coups de sa queue sont si terribles qu'ils
brisent les bras et les jambes de ceux qu'il
attrappé. Le requin est presque toujours
entouré de petits poissons qui partagent sa
proie; ils entrent librement dans la gueule
méme du monstre, et souvent en sortent
avec la même liberté.
Une autre singularité du Sénégal sont les
é à bord, aucun ma:
telot n'est assez hardi pour en approcher
sans précaution. Outre ses morsures 9 les
coups de sa queue sont si terribles qu'ils
brisent les bras et les jambes de ceux qu'il
attrappé. Le requin est presque toujours
entouré de petits poissons qui partagent sa
proie; ils entrent librement dans la gueule
méme du monstre, et souvent en sortent
avec la même liberté.
Une autre singularité du Sénégal sont les --- Page 310 ---
NOUVEAU VOYAGE
pélicans, autrement dit les grands gosiers,
qui se promènent gravement sur les eaux
comme les cignes : après l'autruche ce sont
les plus grands oiseaux du pays. Sous leur
bec, qui a environ un pied et demi de longueur, est attaché un sac qui contient plus
de dix pintes d'eau, et dont l'usage est unigquement pour la pêche : c'est une espèce
d'épervier que la nature a donné à cet oiseau
pour lui faciliter les moyens de se nourrir;
elle ne pouvoit le placer dans un animal qui
sut mieux s'en servir, et l'on peut dire qu'il
entend la péche dans la perfection. Les pélicans mangent ordinairement par compagnie sur les hauts fonds, et forment un
grand cercle qu'ils resserrent en se rapprochant peu à peu pour amenerle poisson que
le mouvement de leurs pieds contient dans
ce petit espace : quand ils le voient assez
rassemblé, ils plongent dans l'eau leur bec
ouvert, etle referment avec une vitesse comparable à celle d'un pécheur qui jette et retire son filet. Pour verser leau dont le sac
est rempli, ils ne font que pencher leur
bec de côté, en l'entr'ouvrant légérement;
elle échappe aussitôt et laisse à sec les --- Page 311 ---
AUTOUR DU M OND E.
poissons qu'ils vont manger paisiblement
à.terre.
Il est encore sur ces mers un coup-d'oeil
très-amusant, c'est celui qu'offrent les poissons volans; elles en sont, pour ainsi dire,
couvertes. Leur grosseur est égale à celle du
merlan; ils ont deux nageoires presque aussi
longues que le coprs; elles leur servent d'ailes pour voler au-dessus de l'eau. Les dora:
des et les bonites, autres animaux aquatiques qui en sont très-friands, leur font une
guerre continuelle. On voit à chaque instant
des nuées de poissons voler au-dessus de,
T'eat pour éviter ces cruels persécuteurs :
comme ils ne se soutiennent en l'air qu'autant que leurs ailes sont humides, leur VOlée est très-courte. La plupart de ceux qui
s'élèvent par-dessus les navires y retombent
sur-le-champ, et procurent aux passagers
une nourriture aussi abondante que délicate.
Pour ne pas séparer tout ce qui concerne
l'Afrique, nous avons préféré d'insérericila
tournée que nous fimes à Tunis, à Alger,
enfin, dans toute la partie qui est située le
long de la Méditerranée, et oùt nous etmes
humides, leur VOlée est très-courte. La plupart de ceux qui
s'élèvent par-dessus les navires y retombent
sur-le-champ, et procurent aux passagers
une nourriture aussi abondante que délicate.
Pour ne pas séparer tout ce qui concerne
l'Afrique, nous avons préféré d'insérericila
tournée que nous fimes à Tunis, à Alger,
enfin, dans toute la partie qui est située le
long de la Méditerranée, et oùt nous etmes --- Page 312 ---
NOUVEAU VOYAGE E
occasion de nous transporter pendant notre
voyage dans T'Archipel de la Grèce.
Les' Romains, 2 à l'exemple des Grecs,
traitoient de barbares toutes les nations
étrangères; aussi quand ils eurent subjugué
cette partie de l'Afrique appelée la Mauritanie, le nom en fut changé en celui de
Barbarie. La patrie d'Annibal a conservé
depuis ce nom.
Tunis est située dans une belle plaine et
forme un carré long d'environ une lieue de
tour; elle a trois fauxbourgs qui, avec la
ville, forment. 9 dit-on, plus de vingt mille
maisons habitées. Ce qu'il y. a de plus remarquable, c'est le sanctuaire de Seydydoudt, tombeau d'un saint très-révéré des
Maures. Iiy y a trois morceaux contigus d'un
pavé de mosaique travaillé avec beauconp
de symmétrie et de proportion. Est-ce T'ouvrage des Sarrasins? ou celui d'un prétoire
romain P Voici les objets qu'offre ce magnifique pavé : on y voit des figures de chevaux, d'arbres, d'oiseaux et de poissonsa
Le cheval a une attitude noble et fière : les
oiseaux sont des faucons et des perdrix; les
poissons représentent le mulet et la dorade: :
les --- Page 313 ---
AUTOUR DU M OND E.
les arbres des palmiers et-des oliviers : tous
ces objets sont imités avec beaucoup de naturel. Nous croyons que c'est un ouvrage
des Sarrasins. Ce tombeau est situé à
de distance de Tunis. A quelques lieues peu
loin est l'ancienne Aquilaria. On voit dans plus
ses environs une montagne creusée avec
beaucoup- de soin;. dans certains endroits
elle est percée d'outre en outre : ce sont les
carrières quiavoient servi à bâtir l'ancienne
Carthage: ce sont-là les seules marques.visibles que cette célèbre rivale de Rome ait
existé.
Tunis et Alger sont deux gouvernemens
différens. Tunis est un état monarchique
qui passe successivement du père au fils.
Lebey, qhoiqwr'indépendant du dey d'Alger,
luienvoie néanmoins tous les ans une espèce
de tribut. En effet, jamais les
Algériens ne
se sont présentés devant Tunis, sans être
revenus victorieux. Alger est une république
dont le gouvernement électif est très-tumul:
tueux. Lorsqu'il s'agit de nommer un
la
dey,
régence, composée des principaux chefs
de la milice, s'assemble, et le choix tombe
ordinairement sur un des principaux minisTome Ill.
V
envoie néanmoins tous les ans une espèce
de tribut. En effet, jamais les
Algériens ne
se sont présentés devant Tunis, sans être
revenus victorieux. Alger est une république
dont le gouvernement électif est très-tumul:
tueux. Lorsqu'il s'agit de nommer un
la
dey,
régence, composée des principaux chefs
de la milice, s'assemble, et le choix tombe
ordinairement sur un des principaux minisTome Ill.
V --- Page 314 ---
NOUVE A U VOYAGE
tres.. Iln'est pas un soldat, parmi la milice
turque, qui ne puisse aspirer à la couronne, s'il a assez de courage pour assassiner
le dey régnant, et un parti assez puissant
pour se faire nommer. C'est un gouvernement semblableà celui de l'empire romain,
où les gardes prétoriennes faisoient et défaisoient à leur gré les empereurs : ce n'est
qu'une ombre de république, comme à Génes et à Vénise. L'état de Tunis est divisé
en huit provinces, dont chacune porte le
nom de sa capitale', et en quatre iles. Le
royaume d'Alger (car ce" nom lui convient
mieux que celui de république) a un port
qui sert de retraite à un grand nombre de
corsaires qui infestent sur-tout la Méditerranée. Ce pays répond à l'ancienne Numidie et à deux des Mauritanies des anciens :
il est situé entre la Méditerranée au nord,
l'état de Tunis à l'orient, l'empire de MarOC et, de Fez au couchant, et des peuples
arabes au midi : ces Arabes habitent sous
des tentes à la manière des anciens Numides. Ce pays, qui eût ses rois particuliers,
fut conquis successivement parles Romains,
par les Vandales et par les Arabes. La mal --- Page 315 ---
AUTOUR D U M O N D E.
heureuse expédition que Charles-Quint y fit
a rendu Alger célèbre. Le dey est regardé
comme allié du grand-soigueur. Ce royaume
a peu de villes fermées, et peu d'habitations
bâties. Un peuple nombreux loge sous des
tentes à la campagne, et chaque nation compose un village ou campement qui change
de lieu selon les saisons. Il est divisé en trois
gouvernemens, dont chacun est sous la domination d'un bey, savoir, le bey du Levant, le bey du Ponant et celui du Midi.
La ville et le canton de Tripoli, soumis
pendant long-tems au roi de Tunis, furent
envahis par des seigneurs particuliers qui"
prirent le titre de rois. Les Turcs qui
vernèrent
goudepuis ce royaume par des bachas
luilaissèrent le titre de royaume, afin
leur souverain
quié
put en enfler ses titres : cet
état'se gouverne aujourd'hui en république,
ou plutôt c'est une ombre de
N'oablions jamais
république,
que tout gouvernement
qui n'a pas la balance des pouvoirs, méme
de trois pouvoirs, n'est
qu'aristocratique ou
despotique, ou un mélange de ces deux formes. L'état de Tripoli a pour chef un dey
qui est comme le général de la nation,
sous
V 2
ain
quié
put en enfler ses titres : cet
état'se gouverne aujourd'hui en république,
ou plutôt c'est une ombre de
N'oablions jamais
république,
que tout gouvernement
qui n'a pas la balance des pouvoirs, méme
de trois pouvoirs, n'est
qu'aristocratique ou
despotique, ou un mélange de ces deux formes. L'état de Tripoli a pour chef un dey
qui est comme le général de la nation,
sous
V 2 --- Page 316 ---
NOUVEAU VOYAGE
la protection du grand-seigneur, ainsiqu'Al:
ger et Tunis. Dans ces trois états règne le
despotisme militaire qui est le pire de tous,.
en ce que c'est le despotisme de la multitude armée. L'ile de Malthe appartenoit à
Tripoli avant que les Espagnols, qui l'ont
cédée aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, s'en fussent rendus les maitres. Tunis est une ville ancienne qui fut possédée
snccéssivement par les Carthaginois, les
Romains, les Vandales et les Arabes, qui
s'en emparèrent à leur tour. Ce fut à Tu-'
nis et aux environs qu'une partie des Mau:
res d'Espagne se sauva, lorsque Ferdinand et
Isabelleles en, eurent chassés. Les Espagnols
conquirent ensuite une partie de ce pays.
Barberousse le reprit, et les Turcs, qui s'en
rendirent les maitres en 1574, jetèrent dèslors les fondemens du gonvernement qui y.
subsiste aujourd'hui. Ce gouvernement est
entre les mains d'un divan, d'un dey, d'un
bey, et d'un bacha que la Porte y envoie,
mais c'est le bey qui a toute T'autorité; celle
du divan ou sénat, et du dey, 2 a été abaissée. Le bacha de la Porte y demeure; ; mais
iln'y a presque plus aucun pouvoir. --- Page 317 ---
AUTOUI R DU M O N D E.
L'empire de Maroc renferme, non-seulement tout ce que les Romains comprenoient
sous le nom de Maurianis-Tinghane, mais
encore les royaumes de Fez, Maroc, Taffilet, Darha, Suz, Trémessen et Ségelmesse.
Il est borné à l'orient parle royaume d'Alger et une partie du Biledulgérid, à l'occident par l'Océan, et enfin, au septentrion
par la Méditerranée ; il s'étend depuis la
bouche du détroit de Gibraltar au midi, jusqu'au cap Blanc sur les confins de la Guinée; c'est là que les Maures, pour la commodité de leur commerce, ont bâti un petit
château qui est le rendez-vous de toutes les
caravanes qu'on envoie tous les ans de Fez
etd'autres villes de l'empire. Cette contrée si
étendue, composée deMaures qui en sont 2 le
pempleindigéne, de Juifs, de Rénégats Chrétiens et de Negres, est un des plus pauvres
et des plus misérables pays dela terre, parce
qu'il y a pen de villes fermées, et qu'il ne
s'y trouve aucun port passable. Là règne le
despotisme le plus dur avec les moeurs les
plus corrompues. La fertilité du pays est
différente selon la diversité des contrées;
mais, en général, les parties septentrionaV 3
le
pempleindigéne, de Juifs, de Rénégats Chrétiens et de Negres, est un des plus pauvres
et des plus misérables pays dela terre, parce
qu'il y a pen de villes fermées, et qu'il ne
s'y trouve aucun port passable. Là règne le
despotisme le plus dur avec les moeurs les
plus corrompues. La fertilité du pays est
différente selon la diversité des contrées;
mais, en général, les parties septentrionaV 3 --- Page 318 ---
NOUVEAU VOYAGE
les, bien cultivées et sous un gouvernement
doux etr réglé, produiroient tout ce que nous
recueillons en Europe sous de pareils climats; savoir, des cuirs, du bled, del'huile,
du vin, de la cire, du miel, de la soie, de la
gomme et de la' laine la plus fine. Il seroit
facile dans les provinces méridionales de cultiver tout ce qu'on tire des Inde occidentales, comme du coton, des épices, du sucre, de l'indigo.
On trouve dans T'empire de Maroc quelques mines d'or et d'argent, mais sur-tout
il y en a une grande quantité de cuivre que
les Africains nous envoient en Europe. Les
vallées ont des fruits de toutes les espèces
et en abondance : les plaines produisent
d'excellens fromens, du lin et du chanvre.
Ce pays a toujours été renommé pour ses
chevaux. Les chameaux y sont infiniment
plus forts que ceux de l'Asie; mais il y
manque du bois de charpente d'une hauteur convenable. Les Maures n'entendent
pointle commerce du dehors et n'ont point
de vaisseaux : ce commerce passe par les
mains des Juifs et des Chrétiens qui le font
avec les Européens S, et sur - tout avec les --- Page 319 ---
AUTOUR DU M 0 N D E.
François et les Anglois, qui y portent des
draps, de la toile, du fer en barres et tratravaillé, du soufre, de la poudre à canon,
des armes et du plomb, et qui en retirent
des amandes, des dattes, de la gomme d'Arabie, du maroquin, des cuirs crus, du cuivre, de la cire et du miel. Qnant au com:
merce du. dedans, ce sont les Maures
le font par le moyen de leurs
qui
en envoient
caravanes ; ils
une tous les six mois à la Mecque et à Médine; ils y portent des étoffes
de draps fabriqués, beaucoup de maroquin,
d'indigo, de cochenille, de plumes d'autruche, qu'ils échangent contre des soies, des
mousselines et des drogues médicinales.
Salé est le havre principal de tout l'empire : il est très-spacieux; mais il a le défaut irréparable
les marées
d'étrequelqnefois à sec dans
basses, où iln'a tout au plus
qu'un pied et demi d'ean : dans les marées
pleines il n'y en a qu'onze à douze
Il sort quelqués corsaires de
pieds.,
de
Salé, aussi bien
que
Tanger et de Tetucan. L'empire de
Maroc est presque toujours en
les Chrétiens, mais il a la
guerre avec
sagesse de
mettre que leurs consuls, leurs marchands perV 4
'étrequelqnefois à sec dans
basses, où iln'a tout au plus
qu'un pied et demi d'ean : dans les marées
pleines il n'y en a qu'onze à douze
Il sort quelqués corsaires de
pieds.,
de
Salé, aussi bien
que
Tanger et de Tetucan. L'empire de
Maroc est presque toujours en
les Chrétiens, mais il a la
guerre avec
sagesse de
mettre que leurs consuls, leurs marchands perV 4 --- Page 320 ---
NOUVEA U VOYAGE
et tous leurs autres sujets résilent dans ses
ports, pendant la guerre, avec les mémes
franchises que pendant la paix. La flotte de
l'empire de Maroc ne consiste qu'en trois
ou quatre vaisseaux, quelques pièces de canon, et un nombre de barques à voiles et
à rames. Les Maures de la campagne errent
comme les Arabes, et forment des tribus
séparécs.
Des bords du Sénégal jusqu'en Europe,
on comptecommunément environ sept cents
lieues ; mais nous préférâmes d'allonger, dedoubler presque notre route pour allermouiller successivemnent aux Canaries, - à Madère,
aux Açores. Après avoir relâché à l'ile d'Arguin, nous doublâmes le cap Blanc, et nous
voguàntes sans nous arréter jusqu'aux Canaries, connues des anciens sous le nom
d'iles Fortunées, 9 à cause de la bontéde lair
et de la fertilité du terroir. On prétend que
les Canaries ont tiré leur nom d'une certaine
espèce de cannes qui croissent en grand
nombre sur une même racine : pour peu
qu'on les presse avec la main, elles rendent un suc couleur de lait qui passe pour
un poison très subtil. Le cardinal de Riche- --- Page 321 ---
AUTOUR DU U M OND E.
lieu, ayant fait assembler plusieurs
nomes à l'arsenal de Paris
astroen quel endroit devoit étre pour examiner'
mier méridien, il fut décidé placé notre pre:
par l'ile de Fer, comme la qu'il passeroit
des Canaries. En
plus occidentale
conséqnence Louis XIII
Cartuninin François de le placer ailleurs, et leur
de compter de-là le premier
enjoignoit
degré de longitude en tirant à l'orient.
Il paroit que les premiers habitans de
terres isolées étoient
ces
une colonie
tiens dont ils avoient
d'Egypla
apporté les moeurs et
religion; mais ils tombèrent insensiblement dans la plus affreuse
voient
barbarie; ils n'acependant rien de cette cruauté qu'on
reproche aux barbares. Les
c'est le nom, qu'on donnoit Guanches, car
alors à ce
ple, étoient grands, robustes et
peuhabit étoit de
agiles : leur
peau de
leur nourriture
chèvre;
une pâte composée d'orge pilé,
et de miel. Leurs maisons
d'eau
vernes taillées dans le
étoient des cala
roc, ou formées
nature. Ces peuples avoient des rois par
quels ils étoient très s-soumis
aux-
: ils avoient
quelqu'idée de la punition des crimes dans
ce
ple, étoient grands, robustes et
peuhabit étoit de
agiles : leur
peau de
leur nourriture
chèvre;
une pâte composée d'orge pilé,
et de miel. Leurs maisons
d'eau
vernes taillées dans le
étoient des cala
roc, ou formées
nature. Ces peuples avoient des rois par
quels ils étoient très s-soumis
aux-
: ils avoient
quelqu'idée de la punition des crimes dans --- Page 322 ---
NOUVEAU VOYAGE
une vie future, et regardoient le petit volcan du pic de Ténériffe comme l'enfer des
méchans. Ils avoient retenu de leurs ancétres le secret d'embeaumer les morts de
manière qu'ils ne se corrompoient jamais ;
ils les plaçoient dans de grandes caves creusées sous des rochers. On voit encore aujourd'hui de ces cavernes sépulcrales où les
corps sont presque entiers 9 quoiqu'ils y
soient depuis plusieurs siècles. Les iles Canaries furent long-tems inconnues aux modernes. Les Castillans n'en firent la découverte que vers la fin du quatorzième siècle
et ne s'y établirent même pas. On compte
douze iles parmi les Canaries; mais il n'y
en a que sept qui soient un peu considérables. La grande Canarie, située au milieu
de toutes les autres qui en ont pris le nom;
est la plus riche quoiqu'elle ne soit pas la
plus étendue; car elle n'a pas plus de quarante lieues de circuit. On y trouve quatre
villes dont la principale porte le nom de
T'ile et en est la capitale : onl'appelle aussi
la ville de Palme. Ses maisons sont belles
et ont deux étages, avec une plate-forme
au sommet. Palme contient environ quinze --- Page 323 ---
AUTOUR DI U MONDE 315
mille habitans; elle est le
du
souverain de
siège
conseil -
Tévéque
autres villes
etda-gonverneur : les
sont Telde, Galder et
autour
Guia,
desquelles on voit de nombreuses
manufactures de sucre. L'ile de
la plus grande des
Ténériffe,
plus fertile
Canaries, est aussi la
et la plus cultivée ; elle est remplie et environnée de montagnes inaccessibles. Dans les
de
gorges
ces
nous vimes les plus belles forêts montagnes
d'orangers, de cédras, de citronniers, de
des grenadiers etd'arbres
figuiers,
sorte de fruits. Les
qui produisent toute
beaux bleds de la
vallées portent les plus
terre. Les
de vignes, donnent
côfeaux, plantés
ces excellens vins,
sous les noms de Canarie et de
qui,
ont acquis la plus grande célébrité. Malvoisie,
mier est tiré d'un
Le pregros raisin qui rend une
liqueur forte et
là le vin
capiteuse : c'est cependant
d'ordinaire; ; on fait l'autre avec
un petit raisin dont le grain rond et doux
fournit une liqueur divine cqjui mérite d'étre -
transportée dans toutes les parties du
de. On attribue
moncommunément la
ces vins à la nature du'
qualité de
ture et la
terroir; mais la culfaçon qu'on donne aux vignes
y
tiré d'un
Le pregros raisin qui rend une
liqueur forte et
là le vin
capiteuse : c'est cependant
d'ordinaire; ; on fait l'autre avec
un petit raisin dont le grain rond et doux
fournit une liqueur divine cqjui mérite d'étre -
transportée dans toutes les parties du
de. On attribue
moncommunément la
ces vins à la nature du'
qualité de
ture et la
terroir; mais la culfaçon qu'on donne aux vignes
y --- Page 324 ---
ROSTEAU.YOYAGI E
a pour le moins une aussi grande part. On
choisit les collines exposées au midi.: on en
cultive la partie la plus basse ; et sur le terrain destiné au vignoble, on élève de petits
murs à hauteur d'appui, à la distance de
quatre ou cinq pieds les uns des autres :
ces murs servent à plusieurs fins ; premièrement, en arrétant les terres ils empéchent
les vignes d'être déchaussées ; en second
lieu, ils reliennent les eaux de pluie; enfin, en augmentant la réflexion des rayons
du soleil, ils procurent aux ceps une plus
grande chaleur : le revers de ces côteaux,
c'est-à-dire, le côté qui regarde le hord,
est aride, inculte, et ne présente à la vue
qu'une suite de rochers nus et d'un gris
d'ardoise. Au milieu de l'ile s'élève une
montagne dont la hauteur perpendiculaire
a plus d'une lieue, et ne cause pas moins
d'admiration de près que dans l'éloignement; elle étend sa base presque jusqu'à la
mer, d'où l'on compte deux journées et
demi de chemin jusqu'au sommet. Quoiqu'elle paroisse se terminer en pointe fort
aigue comme un pain de sucre avec lequel
elle a beaicoup de ressemblance, elle est --- Page 325 ---
AUTOUR DU M ON D E.
plate néanmoins à l'extrémité; sa cime forme une plaine de plus d'un arpent. Le centre de cet espace est un gouffre d'oà il s'6lance de grosses pierres avec de la flamme
et de la fumée. On peut y monter pendant
un trajet de sept lieues sur des mules ou
sur des ânes; mais il faut continuer le
voyage à pied avec de grandes difficultés.
Quand on est au milieu du chemin, le
froid devient insupportable, et ne finit qu'à
deux lieues du sommet, où la chaleur n'est
pas moins grande qu'au fond de la' vallée.:
Si T'on jette une pierre dans le gouffre d'où
sort le volcan, elle y retentit comme dans
un vaissean de cuivre contre lequél on frapperoit avec un morceau de fer : aussi les
Espagnols lui ont donné le nom de Chaudron du diable. L'ouverture n'a pas moins
de cent pieds de diamètre, et s'étend vers
le fond l'espace d'environ millé toises : sa
forme est celle d'un entonnoir : tel est le
fameux pic de Ténériffe, qui, suivantl'opinion commune,est une des plus hautes montagne du monde, et celle dont la pointe est
la partie du globe terrestre la plus éloignée
de son centre. Nous commençâmes à T'aps
nom de Chaudron du diable. L'ouverture n'a pas moins
de cent pieds de diamètre, et s'étend vers
le fond l'espace d'environ millé toises : sa
forme est celle d'un entonnoir : tel est le
fameux pic de Ténériffe, qui, suivantl'opinion commune,est une des plus hautes montagne du monde, et celle dont la pointe est
la partie du globe terrestre la plus éloignée
de son centre. Nous commençâmes à T'aps --- Page 326 ---
NOUVEAU VOYAGE
percevoir à plus de vingt lieues en mer :
de son sommet on découvre toutes les Canaries.
Laguna, capitale de Tile, est assise au
pied du pic : son nom lui vient d'un lac
sur le bord duquel elle est située. Si l'on
considère sa position, l'étendue de la vue
du côté de la mer, ses jardins, 2 ses allées'
d'arbres, 2 ses bosquets , sa pleine, son lac,
et la douceur des vents dont elle est rafraichie, elle doit passer pour une habitation
délicieuse.Les autres villess'appellent SantaCruz, Oratava, Rialejo et Garachico, L'arbre qui produit le sang de dragon est propre à lile de Ténériffe. On appélle ainsi
une substance résineuse, sèche, friable,
d'un rouge foncé, et qui est sans gout et
sans odeur, excepté quand on la brule; ; on
en fait usage en.médecine : les droguistes
en distinguent de plusieurs espèces : celle
des Canaries découle d'un arbre qui croit
sur les hauteurs, et dont les rameaux sont
toujours verts ; son tronc qui est raboteux
se fend en plusieurs endroits, et répand
dans le tems de la canicule nne liqueur qui
se condense en forme de larme de sang. --- Page 327 ---
A UTOUR DU M ON D E,
31g
Cette ile a plusieurs ports; celui d'Oratava
est le plus célèbre poyr le commerce, L'ile
de Goméra a une petite ville avec un, port
nommé de même : les vaisseaux des Indes:
s'y arrétent volontiers pour y prendre des
-rafraichissemens. Plusieurs voyageurs
cent
plal'ile de Madère parmi les Canaries
j
quoiqu'elle en soit éloignée de soixante
lieues : c'est le plus charmant séjour de
lanivers; l'air y est d'une douceur admirable : tous les fruits d'Europe y réussissent
parfaitement, et ceux du pays y sont plus
estimés que les mémes espèces qui croissent dans d'autres climats.
Le troisième jour après notre départ de
Madère nous apperçûmes les iles Açores :
là sont l'ile du Pic et celle de Fayal. Nous
nous portàmes sur cette dernière à toutes
voiles. La ville de Fayal contient environ
cinq mille habitans, tous Portugais, et la
plupart ecclésiastiques, moines et religieuses. L'ile de Fayal est sous un beau ciel.y
La montagne la plus élevée de ce canton
se trouve à pen près vers son centre à deux
lieues et demi de la ville. L'ile du Pic n'est
iles Açores :
là sont l'ile du Pic et celle de Fayal. Nous
nous portàmes sur cette dernière à toutes
voiles. La ville de Fayal contient environ
cinq mille habitans, tous Portugais, et la
plupart ecclésiastiques, moines et religieuses. L'ile de Fayal est sous un beau ciel.y
La montagne la plus élevée de ce canton
se trouve à pen près vers son centre à deux
lieues et demi de la ville. L'ile du Pic n'est --- Page 328 ---
NOUVEAU VOYAGE
qu'à deux petites lieues du port de Fayal;
elle prend son nom d'une montagne presqu'aussi haute que celle de Ténériffe. Ter-
'cère, la plus considérable des Açores, est
bordée de rochers escarpés. On n'y arrive
commodément que par la rade d'Agra, qui
en est la capitale. Les autres Açores se nomment Saint-Michel, Sainte-Marie, SaintGeorge, la Gracieuse, Flores et Govo. A
peine etmes-nous fait quarante lieues, en
quittant les Açores pour nous rendre à Lisbonne, que nous faillimes périr presqu'au
port : un vent furieux de sud-est s'enipara
de la mer, et nous fit éprouver une tem
pête qu'il est difficile de bien décrire, tant
elle fut violente. Concevéz ce que c'est
que la position d'un bâtiment fragile qui
devient le jouet d'une mer courroucée : tan:
tôt élevé sur une montagne d'eau, tantôt
plongé dans les abimes, battu en flanc par
une lame, appésanti par une autre. qui, en
tombant, semble devoir le submerger. Le
vent devint impétueux, inégal, bisarre, et
nous fumes obligés d'essuyer toutes ses bourasques : il sautoit de rumb en rumb, et
parcouroit --- Page 329 ---
AUTOUI R. DU M O N D E.
parcouroit si rapidément tous les points de
l'horizon qu'on eut dit qu'il souffloit en mé.
me tems des quatre coins du monde; puis,
s'élevant en tourbillon, il retomboit avec
furie, comme s'il se fut précipité du ciel,
et forçoit les vagues de s'affaisser sous son
poids; un instant après il enlevoit notre
vaisseau en l'air pour le faire retomber
dans le plus terrible désordre. Le navire
n'étoit pas moins tourmenté par les secousSes violentes qu'il recevoit hors des flots
où le vent imitoit le bruit du
>
tonnerre.i
Quoique fort près les uns des autres, nous
étions obligés de nous approcher encore
et de crier de toutes nos forces
pour nous
faire entendre. Toutes les voiles qui se
trouvèrent déployées furent déchirées : notre grand mât s'étant rompu à trois brasses au-dessus du pont, tomba dans la mer.i
Le roulis étoit si terrible que l'eau passoit
sur le plat-bord, et couloit dans le fond
de cale : toutes les pompes
jouoient sans
relâche; ; et l'eau ne laissant pas de croitre
toujours, les matelots
s'écrièrent : 6 Nous
K périssons ; nous coulons à bas; ciel
Tome 1Il.
X
ées : notre grand mât s'étant rompu à trois brasses au-dessus du pont, tomba dans la mer.i
Le roulis étoit si terrible que l'eau passoit
sur le plat-bord, et couloit dans le fond
de cale : toutes les pompes
jouoient sans
relâche; ; et l'eau ne laissant pas de croitre
toujours, les matelots
s'écrièrent : 6 Nous
K périssons ; nous coulons à bas; ciel
Tome 1Il.
X --- Page 330 ---
NOUVE. AUVOYAGE
CC ayez pitié de nous >. Ce cri funeste fit
cesser toutes les manceuvres : chacun se mit
en prières comme au dernier moment de sa
vie. Les. vents qui s'étoient combattus jusqu'alors se réunirent pour pousser les vagues jusqu'aux nues. Ce changement fit re:
lever un peu le navire, et l'on prit courage
en voyant que l'eau y entroit en moindre
quantité, Telle fut potre position pendant
l'espace de quatre heures. Qu'on se figure
l'embarras d'un pilote qui cherche vainement sa route dans le ciel; au milieu des
brouillards et des fiots conjurés contre lui.
Nous errâmes dans cet état jusques sur la,
côte de Portugal, oùt une bonace nous, permit enfin de trouver un.asyle dans Je port
de Lisbonne, où nous trouvâmes bientôt
après un bâtiment pour les Açores ou Tercères. Là nous séjournàmes environ un mois,
au bout duqquel il s'offrit une occasion pour
revenir en France. Cette route est trop con:
nue pour en donner les détails.
Comme ordinairementle voyageur se plait
à se rappeler les dangers qu'il a couru, les
pays qu'il a observé, les sensations sévè: --- Page 331 ---
AUTOUR DU M O N D E:
res ou agréables qu'il a éprouvé, nous
allons de même reporter ici un coup-d'oeil
général sur les trois parties du monde que
nous venons de parcourir.
X 2 --- Page 332 ---
NOUVEAU VOYAGE
CHAPITRE XXXVII.
Coup-d'oil général sur lAsie, Amérique et LAfrique, eb résumé de ce voyage
autour du monde.
Nous allons enfa embrasser dans leur ensemble ces trois vastes parties du monde
que nous venons de parcourir ; car nous
ne répéterons point ici ce que avons dit
sur les régions australcs au commiencement
de cet ouvrage, ni sur les courses vers les
deux poles, et au sein des mers Glaciales.
Nous commençons par l'Afrique, parce
que cet objet se lie naturellement à la description que nous venons d'en donner dans
ce volume. On a pu remarquer que cette
partie du globe ne présente aucun monument d'antiquité : les lieux méme connus
de tems immémorial n'offrent rien à cet
égard qui puisse satisfaire la curiosité d'un
commiencement
de cet ouvrage, ni sur les courses vers les
deux poles, et au sein des mers Glaciales.
Nous commençons par l'Afrique, parce
que cet objet se lie naturellement à la description que nous venons d'en donner dans
ce volume. On a pu remarquer que cette
partie du globe ne présente aucun monument d'antiquité : les lieux méme connus
de tems immémorial n'offrent rien à cet
égard qui puisse satisfaire la curiosité d'un --- Page 333 ---
AUTOUR DU U M ONDE E.
voyageur. C'est sans doute à l'orgueil des
Romains qu'il faut attribuer cette
lorsqu'ils eurent subjugué
perte :
firent, bruler
T'Afrique 9 ils
tous les livres, 7 effacèrent
toutes les inscriptions, afin, que la postérité ne parlât que d'eux, et qu'il ne fut
question dans les siècles à venir
du
nom et de la grandeur romaine. Les que habitans conservèrent, à la vérité, la
de leurs ancêtres;
langue
; mais ils furent
de l'écrire en caratères latins. Les obligés
s'étant rendus ensuite maîtres du Califes
firent une recherche exacte des livres pays, d'histoire et de science, et ces conquérans farouches les livrèrent aux flammes, de
que si on en lisoit d'autres que ceux de peur leur
secte, on fut moins disposé à croire à leur
prophète. Les anciens Africains adoroient
les astres, le feu et le soleil.
Cette région
immense, qui ne produit
presque plus que des barbares, en donnant
ce nom à Tignorance (car on a vu que ces
peuples sont plutôt libres et pasteurs, libres et chasseurs ou
pécheurs, que féroces, et même qu'ils sont
la
hospitaliers), a été
patrie d'Annibal, d'Asdrubal, de TéX 3 --- Page 334 ---
NOUVEAU VOYAGE
rence, de Tertulien, de Saint-Augustin :
cela prouve à quel point la vivacité africaine porteroit les arts et les sciences s'ils
pouvoient un jour y étre rapportés par les
Européens.
Quand les Romains eurent détruit Carthage, il envoyèrent plusicurs colonies en
Afrique: : par la suite des tems elles se con1
fondirent avec les naturels du pays. Les
Vandales s'y établirent sous la conduite de
Genseric. Bélisaire, général de l'empereur
Justinien, les en chassa, et ft prisonnier
lenr roi Gélimer. Les Sarrasins s'en emparèrent.sous l'empire de Constant. Les Turcs
en conquirent une partie. De tous ces différéns, peuples , il s'est formé un mélange
oi chacun a peine à reconnoitre son originc. Les villes même changèrent de nom
en changeant de maitres : on détruisit les
anciennes: : on en bâtit de nouvelles : de là
ces confusions, ces fréquentes contradictions dans les géographes. Les anciens n'ont
connu que la plus petite partie de TAfrique; savoir, la Barbarie, la Numidie, T'Ethiopie et T'Egypte; ils croyoient le reste
inhabitable à cause de la chaleur excessive
peine à reconnoitre son originc. Les villes même changèrent de nom
en changeant de maitres : on détruisit les
anciennes: : on en bâtit de nouvelles : de là
ces confusions, ces fréquentes contradictions dans les géographes. Les anciens n'ont
connu que la plus petite partie de TAfrique; savoir, la Barbarie, la Numidie, T'Ethiopie et T'Egypte; ils croyoient le reste
inhabitable à cause de la chaleur excessive --- Page 335 ---
APTOUR.DUA M O N D E.
du climat. Ona vu que c'est cette activité
qu'il donne à la matière organisée qui développe les grandes espéces et multiplie, les :
petites : tous les germés de vie que l'actipn
pnissante du soleil est capable de mettre
en, mouvement, s'y produisent sous les formes les plus variées. Les types des grands
animanx, que'le: défaut d'une pareille impulsion empèche de se réaliser dansles climats froids, reçoivent en Afriqque toute la
plénitude d'existence physique, et par conséquent morale dont ils sont susceptibles 1e :
tels sont Téléphant, Je rhinockros,Thippopotames le crocodile, le lion, la giraffe;
ils exercent dans les déserts de ces contrées
un empire gue Thomme ne leur a. encore
disputé que foiblement : cette force prodnctrice et féconde que le climat ardent de TAfriqueimprime aux élémens qui constituent
les êtres organisés, se manifeste peut-étre
éncore plus dans lgs espèces infmes ; elle
y fait germer, pulluler les insectes de toute *
forme et de toutc couleur, avec une profu:
sion qui'semble surcharger la nature, et
dont aucun pinceau ne peut rendre toute
la variété : il en est.de niême de l'espèce
X 4 --- Page 336 ---
NOUVEAU VOYAGE
volatile; mais ces débordemens de machines vivantes ne font que seconder plus effiçacement son énergie.
"Les contrées australes, les régions polai
res offrent une nature toute nouvelle, mais
tout y est horrible : il semble qu'elles n'ont
été créées que pour seryir d'ombres au tableau si riche, si animé du reste de l'univers, et pour servir de contraste avec les
climats brolans de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Asie. Les glaces du pole antarctique sont en effet dans une immense opposition avec ces pays situés sous un ciel
plus ami de la nature vivante. On a remarqué que l'Afrique produit, non-seulement
les plus grands animaux, mais encore les
plus grandes productions végétales : on y
trouve aussi les plus hautes montagnes ;
toute la nature y est colossale.
C'est ici le cas d'observer que les montagnes les plus élevées sont, suivant le père
Kirker, le Pélion en Thessalie, qui a douze
cent cinquante pas géométriques dehauteur;
l'Olympe qui en a douze cents soixante:neuf,
lEmna quatre mille, le pic des Canaries dix
mille, I'Héinus dix mille, le Caucase quinze
aussi les plus hautes montagnes ;
toute la nature y est colossale.
C'est ici le cas d'observer que les montagnes les plus élevées sont, suivant le père
Kirker, le Pélion en Thessalie, qui a douze
cent cinquante pas géométriques dehauteur;
l'Olympe qui en a douze cents soixante:neuf,
lEmna quatre mille, le pic des Canaries dix
mille, I'Héinus dix mille, le Caucase quinze --- Page 337 ---
AUTOUR DU M O1 N D E.
32g
lAtlas autant, les montagnes de la
mille,
le mont Athos vingt mille,
Lune de même,
vingt-cinq
le mont Riphée dans la Scythie
mille.
mille, et le mont Cassius vingt-huit
nous ayons dit que les plus
Quoique
trouvent dans TAfrique,
grandes espèces se
cela souffre
il faut cependant observer que
marins.
une exception quant aux animaux
Afriet le crocodile en
Iyal Thippopotame
mais les monstres des mers septentrioque,
colossanx; telle est
nales sont encore plus
la baleine. Pour continuer ce qui est particulier à l'Afrique, on a vu que ses montacélèbres sont T'Atlas, le Serragnes les plus
que ses caps.
Lionne et le pic de Ténériffe;
les plus renommés sont ceux de Bonne-Esde Quardafou, et le cap Vert; et
pérance,
rivières sont le Niger,
que ses plus grandes
Gambra.
le Nil, le Zambesé et la
de
est la route
Le cap
Bonne-Espérance orientales : il est la
pour aller aux Indes
et
pointe la plus méridionale de T'Afrique,
T'endroit le plus remarquable du pays des
Hottentots et des Caffres. Ptolomée comautrefois un grand canal, large de
mença et
de trente, pour joindre
cent pas profond --- Page 338 ---
330 1 NOUVEAU. VOYAGE
la mer Rouge à la Méditerrande par un des
bras du Nil. On eut évité le grand tour pour
aller d'Europe. aux Indes orientales par le
cap: dont nous' venons de parler ; mais on
reconnut que les eaux de la mer Rouge
étoient plus hautes que celles du Nil; elles
auroient inondé le Caire, Alexandrie, Candie, Chipre et la Grèce. Soliman II employa cinquante mille hommes au méme
dessein, mais également sans succès.
Nous avons donné une idée du gouvernement de l'ancienne Carthage, d'autant.p plus
important à connoître qne ce peuple connut la vraie balance législative, celle des
trois pouvoirs ; aussi la paix régna toujours
dans son enceinte. On se rappelera Ies détails que nous avons donnés sur les gouvernemens, à la vérité plus curieux qu'utiles
à connoitre, des côtes occidentales et orientales dé l'Afrique. On a vu, quant aux premières, qu'ilya unei infinité de petits royau-.
mes le long de la rivière de Gambra, gouvernés par des princes nègres; ainsi que
sur celle du Sénégal, et sur la côte de Guinée ou Côte-d'Or; qu'il.y a quelques républiques ou plutôt des ombres de république
les gouvernemens, à la vérité plus curieux qu'utiles
à connoitre, des côtes occidentales et orientales dé l'Afrique. On a vu, quant aux premières, qu'ilya unei infinité de petits royau-.
mes le long de la rivière de Gambra, gouvernés par des princes nègres; ainsi que
sur celle du Sénégal, et sur la côte de Guinée ou Côte-d'Or; qu'il.y a quelques républiques ou plutôt des ombres de république --- Page 339 ---
AUTOUR D U M O N D E.
sous la direction de leurs magistrats, mais
en petit nombre. Les noms de ces royaumes méritent à peine d'être, retenus, si vous.
en exceptez ceux de Congo, de Loango
d'Angola et de Benguela. On a vu aussi re-,
lativement aux côtes orientales, depuis le
cap de Bonne <Espérance jusqu'à celui de
Guardafou, que ce sont à peu près les mémes sortes de gouvernement. On a observé
que les royaumes de Congo, d'Angola, de
Loango, dont nous venons de parler, composent :
presque la moitié de T'Afrique. Enfin, les, autrés états les plus remarquables
sont l'empire d'Abyssinieet celui de Gaiam:
où sont les sources du Nil. Ainsi T'Afrique
ne - le cède guère aux deux autres parties
du monde que nous venons de parcourir,
si l'on ne fait attention qu'aux singularités
et aux variétés naturelles; mais elle leur est
très - inférieure si l'on considère les arts et
la politique. Le lecteur se rappelera le gouvernement vraiment paternel de Péruviens,
et celui plus admirable encore de la Chine:
ce dernier gouvernement mérite que nous
nous y arrétions' encore ici; car enfin, les
bonnesloix,basées sur de bonnes moeurs,sont --- Page 340 ---
NOUVEAU VOYAGE
un spectacle bien plus rare et bien plus in:
téressant encore que celui des productions
même de la nature.
C'est le devoir de conserver les peuples,
c'est l'obligation de les rendre heureux qui
fait le droit des rois : ni la religion, ni la
morale, ne dictent d'autres loix à la Chine.
L'empereur sait qu'il règne sur une nation
quin'est attachée aux loix qu'autant qu'elles
font son bonheur ; il sait que's 's'il se livroit
un moment à l'esprit de tyrannie, des secousses violentes et rapides le précipiteroient du trône : il ne s'érige pas en un
phantôme religieux à qui tout est permis,
et dont on doive bénir les coups et encenser
les caprices. Les moeurs et les loix , qui
vont toujours ici dans un accord adinirable,
tendent de concert à établir cette maxime
fondamentale que la Chine est une famille
dont l'empereur est le père, le patriarche,
Ce n'est pas comme conquérant , ce n'est
pas même comme législateur qu'ila de l'autorité;, c'est exactement comme père qu'il
est censé gouverner et punir. On conçoit
que ce sentiment délicieux, lui donne un
pouvoir plus grand, plus shr, plus révéré
vont toujours ici dans un accord adinirable,
tendent de concert à établir cette maxime
fondamentale que la Chine est une famille
dont l'empereur est le père, le patriarche,
Ce n'est pas comme conquérant , ce n'est
pas même comme législateur qu'ila de l'autorité;, c'est exactement comme père qu'il
est censé gouverner et punir. On conçoit
que ce sentiment délicieux, lui donne un
pouvoir plus grand, plus shr, plus révéré --- Page 341 ---
AUTOUR DU MONDE
que tous les soldats du
artifices des ministres monde, et que les
n'en peuvent
aux despotes des autres nations donner
père commun , le père
: c'est le
culte
universel. Ici le
public est fondé sur celui
est
bli par léducation
qui
étaun
domestiques A la Chine,
père, une mère, conservent
rité absolue sur leurs enfans à une autoà quelque autorité
quelqu'age,
venus. Le pouvoir que ceux-ci soient parvoilà les deux
paternel et l'amour filial,
ressonts ou plutôt le
sort de cet immense et
seul resc'est le soutien des
populeux empire;
unit le
mceurs; c'est le lien
prince aux sujets, les
qni.
ce, les citoyens entre
sujets au prineux.
Le gouvernement chinois est
les dégrés de sa perfection
revenu par
les autres sont
au point d'ou
partis, et d'oà ils semblent
s'éloigner pour jamais 2 au gouvernement
patriarchal, qui est celui de.la naturé
me ; cependant cette morale
méperpétue depuis tant de siècles sublime le
qui
de l'empire chinois se seroit
bonheur
finiment affoiblie si des distinctions peut-être inses et chimériques eussent
vaniteulité primitive
rompu cette égaqui ne doit disparoftre
qué de- --- Page 342 ---
554.
NOUVEAU VOYAGE
vant les talens et les vertus, Iln'y a de distinction à la Chine que celle du mérite personnel; il n'y al de dignité héréditaire que
celle de l'empereur, et l'empire même ne
passe pas toujours à l'ainé des princes, mais
à celui que l'em pereur et le conseil suprême
des mandarins en jugent le plus digne; aussi
Témnlation de la gloire et dela vertu règnentelle jusqu'au sein de la famille impériale :
plus éclairé, plus moral, le peuple y est
aussi plus tranquille. Les moeurs à la Chine
sont prescrites par les loix, et maintenues
par les manières que prescrivent également
les loix. C'est le peuple qui a le plus de préceptes sur les actions les plus ordinaires et
les plus indifférentes aux yeux des nations
peu sages sur ce point de T'Europe: : le code
de leur politesse est fort long; les loix de
ce code sont instituées pour perpétuer l'opinion que las Chine n'est qu'une famille,
et pour prescrire aux citoyens les égardset
les prévoyances mutuellés que doivent des
fières à des frères. Ces rites, ces maximes
rappellent coninuellmentaunx moeurs; elles
inettent quelquefois, il est vrai, la cérémonie à la place du sentiment; ; mais conbien
point de T'Europe: : le code
de leur politesse est fort long; les loix de
ce code sont instituées pour perpétuer l'opinion que las Chine n'est qu'une famille,
et pour prescrire aux citoyens les égardset
les prévoyances mutuellés que doivent des
fières à des frères. Ces rites, ces maximes
rappellent coninuellmentaunx moeurs; elles
inettent quelquefois, il est vrai, la cérémonie à la place du sentiment; ; mais conbien --- Page 343 ---
AUTOUR DU M ONDE.
plus souvent ne le font-elles pas revivre?
elles sont une sorte de culte, un hommage
qu'on rend sans cesse à la vertu. Il y a des
tribunaux pour juger les fautes contre les
manières, comme il y en a pour juger des
crimes et des vertus. On punit le crime
des peines douces et modérées ; aussi est-ce par
un des peuples les plus humains de la terre:
souvent toute la punition d'un homme riche
se réduit à l'obligation de nourrir et de vétir, pendant quelque tems, des vieillards
et des enfans orphelins. Nos romans de morale et de politique sont l'histoire des Chinois. L'esprit patriotique y est peut-étre
plus actifque dans aucune république. C'est
une chose commune que de voir les Chinois réparer les grands chemins par un travail volontaire, des hommes riches
des abris pour les
y bâtir
voyageurs, d'autres y
planter des arbres. Il y a enfin dans ce
ple un fond de raison, de politesse, dhu- peumanité et de vertu qu'on ne trouve point
ailleurs.
Nous n'avons point oubliéide décrire les
travaux de ces savans de la France qui ont
traversé les mers, mesuré le globe, observé --- Page 344 ---
NOUVEAU VOYAGE
les cieux, découvertles étoiles non encore
dessiné les monumens de TEreconnues, et de la Grèce, et qui ont cherché
gypte Indes et à la Chine les plus anciens
aux
manuscrits du monde.
On se rappelera les découvertes faites par.
sur-tout dans la mer du Sud.
les voyageurs,
doute
les
On aura aussi remarqué sans
que
doux;
plus
Indiens sont naturellement
quela
des peuples que nous nommons saupart
que les peuples
vages sont plus hospitaliers
de TEurope; que les Arabes errans
policés
sont, en général, humains 9
et vagabouds
les
compatissans 2 libres et heureux; que
Espagnols ont introduit au Mexique et au
de fer à la place
Pérou un gouvernement des incas et des emdu bon gouvernement
du Mexique ; que T'Amérique seppereurs
offre des loix et des moeurs ad.
tentrionale
mirables, mais que celles -ci comméncent
à s'altérer par le luxe, et par Tabord des
étrangers; quel'Enrope est plus corrompue,
sont moins heureux que
et que ses peuples des contrées que nous
ceux de la plupart
misérables, et où les Européens
appelons
ni leurs vices, ni leurs besoins
n'ont apporté
factices.
Amérique seppereurs
offre des loix et des moeurs ad.
tentrionale
mirables, mais que celles -ci comméncent
à s'altérer par le luxe, et par Tabord des
étrangers; quel'Enrope est plus corrompue,
sont moins heureux que
et que ses peuples des contrées que nous
ceux de la plupart
misérables, et où les Européens
appelons
ni leurs vices, ni leurs besoins
n'ont apporté
factices. --- Page 345 ---
AUTOUR D 2 U MONDE
factices. Enfin, ori concluera vraisemblablement qu'il faut, pour avoir une idée saine
du plus grand nombre de ces nations lointaines, substituer aux épithètes de barbares, superstitieuz , féroces, malheureue,
antropophages 1 prodiguées par les voyageurs, celles de libres et pasteurs, libres et
chasseurs * ainsi que nous l'avons déja dit:
et quant aux usages, n'en avons-nous
d'aussi ridicules, d'aussibarbares?
pas
n'avonsnous pas nos superstitions et nos auto-da-fé?
Ces Sauvages, puisqu'on les désigne ainsi,
de T'Amérique et de quelques régions de
l'Asie et de T'Afrique, qui se peignent de
diverses couleurs, s' ou qui s'enduisent d'un
demi pouce de couche de graisse, ont
être été confirmés dans cette
peutpratique
nous paroit bisarre par de vrais
qui de
santé. Les Hottentots, observateurs principes de
cette
coutume, viventlong-tems, et plus, en général, queles peuples méme du Nord : les
sons quitranspirent bien moins encore vivent pois:
des siècles. N'étoit-il pas naturel de borner
une transpiration tropabondante, une
dition trop grande des forces sous des. déper- cieux
Losgoumentrudetdanulan climats lorrifiés?
Tome III.
Y --- Page 346 ---
NOUVEAU VOYAGE
Nous avons sur - tout indiqué les pro:
ductions vraiment utiles qu'il seroit bien
digne des gouvernemens d'acclimater parmi nous, entre autres l'arbre à pain, le
màrier à gros fruit vert de Madagascar 9
l'arbre à huile essentielle de rose, l'arbre à
suif, le thé de Chine, le bois de Campéche, le bois immortel, toutes les variétés
du cocotier, du dattier et du manglier, l'ar:
bre à quatre épices, le muscadier, le poivrier, l'hève, le litchi, le ravensara, le bibacier, le noyer de Bancoul, l'avocat des
Antilles, le sagouttier des Molucques, le
savonnier de Chine, 2 le maran d'Jolo, le
mahé ou arbre de mâture, le kettule de Cey:
lan, et le mangoustan dont le fruit est re:
gardé comme le meilleur de l'Asie et du
monde entier.
Quels succès ne doit-on pas attendre si le
gonvernément fait des efforts pour naturaliser les principales productions des végéta:
tions lointaines ? qu'on en juge parlep passé.
Le sol de la France ne produisoit qu'environ dix-huit-à vingt espèces d'arbres forestiers; aujourd'hui nous en avons acquis par
les travaux des botanistes voyageurs plus de
ey:
lan, et le mangoustan dont le fruit est re:
gardé comme le meilleur de l'Asie et du
monde entier.
Quels succès ne doit-on pas attendre si le
gonvernément fait des efforts pour naturaliser les principales productions des végéta:
tions lointaines ? qu'on en juge parlep passé.
Le sol de la France ne produisoit qu'environ dix-huit-à vingt espèces d'arbres forestiers; aujourd'hui nous en avons acquis par
les travaux des botanistes voyageurs plus de --- Page 347 ---
AUTOUR DU M ON D E.
33g
espèces; de ce nombre est le
cent quarante
s'est déja affranchi des
cèdre du Liban, qui
cdsoins du jardinier, et se plait sur nos
est actuellement
teaux : le premier, 2 qui
fut
des Plantes de Paris,
vivant au jardin
cind'Angleterre, il y a environ
apporté
Bernard Jussieu. De ce
quante ans 7 par
de Virginie,
nombre est encore le tulipier
arbre de T'Amérique septenle plus grand
dont la graine contient
trionale; ; le cirier,
huile concrète avec laquelle on fait une
une
l'élante on faux. vercire verte et odorante,
terre; ennis du Japon, 9 cultivé en pleine
espèces de féviers ou gleditfin, plusieurs
et de Chine, de platanes, 7
zia d'Amérique
de pins, de sapins s; de Frènes, de chênes,
d'érables à sucre qui enverde peupliers,
colonies dans
ront un jour de nombreuses
forêts.
se rappelle que Tolivier 2
nos
Qu'on
le
tous les fruits à noyaux,
le figuier, 1 noyer,
étoient étrangers à la France et à I Europe:
L'art doit imiter la nature qui, par des gradations/lentes et suivies opère la propagation des plantes, en les faisant passer. des
climats chauds aux climats tempérés, de
ceux-ci dans des régions plus froides,etr ré.
- Y 2 --- Page 348 ---
NOUVEAU VOYAGE
ciproquement des régions froides dans les
pays tempérés : et jusques sous les zones
bràlantes.
Les iles de France et de ci-devant Bourbon, nous offrent des serres naturelles
pour
les plantes des Indes et de l'Amérique; elles
trouveroient ensuite dans la douce température de nos iles d'Hières un passage insensible vers notre climat. Outre les oran:
gers qui croissent à Hières en pleine terre,
n'y voit-on pas des palmiers vigotreux qui
fleurissent tous les printems. Il est vrai: que
leurs fruits n'y sont pas encore venus à ma:
turité; mais la nature, dans ses expériences., ne compte ni les jours, ni les années.
Le palmier, 9 jusqu'à présent, ne donne pas
non plus des fruits mûrs à Malthe, où il a
été transporté des côtes de Tunis, quoique
cette ile soit sous la même latitude.
Nous avons plusieurs exemples heureux
de ces divers stations des plantes. Il n'y a
pas très-long-tems que le café est connu en
Europe : un vaisseau hollandois en transporta des graines de Moka à Batavia, où
elles réussirent. Van Horn; consul de Hollande, en fit passer un pied à Boerhaave,
9 jusqu'à présent, ne donne pas
non plus des fruits mûrs à Malthe, où il a
été transporté des côtes de Tunis, quoique
cette ile soit sous la même latitude.
Nous avons plusieurs exemples heureux
de ces divers stations des plantes. Il n'y a
pas très-long-tems que le café est connu en
Europe : un vaisseau hollandois en transporta des graines de Moka à Batavia, où
elles réussirent. Van Horn; consul de Hollande, en fit passer un pied à Boerhaave, --- Page 349 ---
AUTOUR DU' M O'N D'E,
Le cafier se multiplia dans le jardin public
d'Amsterdam. En 1712, on en envoya un
à Paris qui fut déposé dans le jardin des
Plantes, où il fructifia et multiplia. D'après
lavis d'Antoine Jussieu, le gouvérnement
en ft embarquer trois pieds pour la Martinique : la traversée ayant été très-longue,
deux des cafiers périrent; c'est du troisième
que sont sortis tous les cafiers de nos iles.
Le cannellier, le giroflier, ont été apportés
par. le célèbre Poivre, et se,sont multipliés
dans le jardin de l'ile de
/
France, d'où on
les a transportés à Cayenne et à Saint-Do.
mingue, où ils réussissent.
Nous avons envoyé dans les iles de la
mer du Sud la vigne cultivée d'Europe;
pourquoi n'en recevrions-rious pas l'arbre à
pain, dont nous avons déja parlé? Les botas
nistes n'ont-ils pas enrichi, et ne peuvent-ils
pas enrichir davantage, s'ils sont secondés
par le gouvernement, 3 nos parterres et nos
prairies? Toutes ces belles fleurs, comme la
grande marguerite, la tulipe, la rose, l'héliotrope, l'impériale, d'abord cultivées au
jardin de Paris, furent aussi des présens de
ces amis de la nature et des hommes. En
Y 3 --- Page 350 ---
NOUVE A U VOYAGE
nous apportant ces trésors lointains, ils
nous ont fait en méme tems mieux connottre les nôtres. Des graminées ignorées qui
végétoiént sur les rochers, dans les sables
des torrens, 3 et qui se multiplioient
faute de
sur le sol qui
Fout
pouvoir s'étendre
convenoit, ont été indiquées au cultivateur
qui peut maintenant tapisser de verdure ses
landes et ses sables.
Long-tems des homimes isolés ont à peine
parcouru l'étroit horizon que leur vue pouvoit embrasser. Les émigrations, les conquêtes, les voyages dans un grand nombre
de siècles, ont mélé les peuples, et ona
connu cet immense continent qui renferme
trois parties du monde.
Colomb, aussihardi, et, pour son tems,
aussi éclairé que Cook, ajouta à nos posdans l'autre
sessions un nouveau continent
hémisphère ; et Magellan, par une course
extraordinaire, voguant vers l'ouest et vers
les climats où le soleil se couche, est revenu
l'orient, et avec le soleil; mais cette
par
communication exige de longs dégrande
sur-tout
tours. Les navigateurs européens,
la nation angloise placée au nord de l'Eu-
ardi, et, pour son tems,
aussi éclairé que Cook, ajouta à nos posdans l'autre
sessions un nouveau continent
hémisphère ; et Magellan, par une course
extraordinaire, voguant vers l'ouest et vers
les climats où le soleil se couche, est revenu
l'orient, et avec le soleil; mais cette
par
communication exige de longs dégrande
sur-tout
tours. Les navigateurs européens,
la nation angloise placée au nord de l'Eu- --- Page 351 ---
AUTOUR DU M ONDE
rope, avoient besoin d'un passage à la mer
du Sud par les régions septentrionales.
cherchoit ce
On
passage; on ignoroit si l'Asie
est unie à
T'Amérique, ou si elle en est seulement séparée par un détroit. On connoissoit encore moins la partie australe de. la
terre, et on y soupçonnoit un continerit
pour en remplir T'espace, et pour faire une
espèce d'équilibre avec les terres septentrionales : le globe, parcouru dans son
étoit donc ignoré dans ses extrémités. contour,
Cook a traversé trois fois ces mers étonnées d'avoir vu Magellan, et trois fois il a
commencé et achevé le tour du monde.
Chargé de visiter la mer du Sud, de décrire
toutes les terres qu'il renferme; et de reconnoitre si Tespace qui sépare
de la Nouvelle-Hollande.
TAmérique
récèle un, continent
inconnu, ou s'il n'est en effet qu'une grande
plaine liquide, Cook a long-tems
ces parages; ; aucune terre considérable parcouru
peut lui avoir échappée. Ce
ne
pasagen'existe
pas, mais il a tout vu et tout décrit
Il
(1).
(1) En 1789 il partit de Cadix deux vaisseaux du
Y 4 --- Page 352 ---
NOUVEAT U VOYAGE
a découvert des iles et des terres nouvelles;
ila constaté la position et déterminé la grandeur et les contours de celles qui n'avoient
été qu'apperçues ; il a marqué les écueils
roi, commandés par les capitaines don Malespina
et. don Joseph de Bastamente, 2 qui se proposoiert
de poursuivre les voyages et les découvertes des
navigateurs anglois et françois ; ils visitèrent toutes
les baies des côtes d'Amérique depuis la Plata jusqu'au cap Horn, et depuis-ce cap jusqu'aux côtes
nord-ouest de cette partie du monde, aux 5g°.
6oe, et 6re, degrés de latitude, en cherchant un
passage dans la mer Atlantique. Leurs recherches
n'aboutirent qu'à justifier les observations de Cook
et à leur prouver que ce passage n'existoit pas. En
1792, don Diégo Galeano se joignit à l'escadre angloise, commandée par Vancouver, 7 avec l'inténtion de visiter l'Archipel de l'amiral Fonte et de
Juan de Fuca. C'est en parcourant l'immense étendue de l'Océan Pacifique; c'est dans l'Archipel ou
du moins près de l'Archipel, formé par ces iles,
que Cook nomma les iles de Société, que les Espagnols ont fait d'importantes découvertes : ils ont
abordé dans des iles qui n'avoient été connues
d'aucun navigateur, pas mémc de Cook, et qu'ils
appellent Babakos.
Cet article est. tiré du Spectateur du Nord, journal très intéressant.
ant l'immense étendue de l'Océan Pacifique; c'est dans l'Archipel ou
du moins près de l'Archipel, formé par ces iles,
que Cook nomma les iles de Société, que les Espagnols ont fait d'importantes découvertes : ils ont
abordé dans des iles qui n'avoient été connues
d'aucun navigateur, pas mémc de Cook, et qu'ils
appellent Babakos.
Cet article est. tiré du Spectateur du Nord, journal très intéressant. --- Page 353 ---
AUTOUR DU M OND E.
qu'il a su éviter : enfin, en ajoutant ses
découvertes aux découvertes antérieures,,
nous connoissons. cette mer presqu'aussi
bien
celle qui nous entoure.
-
que,
La philosophie doit encore au: capitaine
Cook des notions sur la civilisation (1) de
l'espèce humaine. On en découvre maintenant les premiers degrés : les nations de la:
mer du Sud nous montrent que l'homme
est bon en, sortant des. mains de la nature.
Cook nous a dépeint les ames naives et pures des habitans de Taiti, peuple ami de
la; paix, peuple qui vit sans défiance, riche
des dons de la terre, libre dans ses, désirs
et dans ses jouissances, ne connoissant ni
l'intérêt, ni la haine, bon sans morale,
juste sans loix; il a, comme, au premier
âge de la.vie, les affections douces et les
vertus de Tinnocence; il ne connoit que des
plaisirs vils et des peines légères : cet état 1
d'enfance de l'espèce humaine estl'àge d'or
des poêtes. Taiti est Ia Cythère moderne,
(1) La civilisation devient, hélas ! bientôt corruption. Quelle nation prétendue civilisée vaut les
Taitiens? --- Page 354 ---
NOUVEAU
VOYAGE E
parce que l'amour y naît de l'abondance,
parce que toujours heureux il est sans con- 9
trainte et sans loix; mais le gout choisit librement comme dans l'état de
le coeur se donne
nature, et
comme dans l'état civilsé.
Là, sous un ciel riant, sur un sol fertile,
dans une retraite qu'une vaste mer éloigne
ides grands empires et des
peuples corrompus, une Dation généreuse et paisible conserve le bonheur que l'on cherche par-tout
ailleurs sur la terre. Eh ! qu'on n'accuse
pas, qu'on ne calomnie pas les moeurs de
ce bon peuple. Dans cette ile; comme chez
nous, la prostitution n'appartient
classes
qu'aux
dépravées : Cook a aimé et respecté
ce peuple si
doux, si ainant ; ces moeurs
s'étendent à toutes les iles qui entourent
Taiti, et plus loin aux iles des "Amis. Le
bonheur semble appartenir à cet Océan
le calme de' ses flots a fait nommerlOcén que
Pacifique.
Dans la Nonvelle-Zdlande (1) on trouve
encore un peuple doux et affable envers ceux
(1). Il est" reconnu que la Nouvelle-Zilande est
composée de deux iles, séparées par un détroit,
s'étendent à toutes les iles qui entourent
Taiti, et plus loin aux iles des "Amis. Le
bonheur semble appartenir à cet Océan
le calme de' ses flots a fait nommerlOcén que
Pacifique.
Dans la Nonvelle-Zdlande (1) on trouve
encore un peuple doux et affable envers ceux
(1). Il est" reconnu que la Nouvelle-Zilande est
composée de deux iles, séparées par un détroit, --- Page 355 ---
AUTOUR D U M O N D E.
quile traitent bien, maisimplacable et cruel
envers ses ennemis : il n'a point horreurd'en
manger la chair, et. de célébrer sa victoire
dans des festins abominables. Ce peuple cependant parle un dialecte de la langue de
Taiti; il doit être de la même race. Qnelle
cause, a donc différencié ces enfans d'un méla
du
me 5 père : cette cause est
pnissance
sol qui fait les moeurs 3 c'est la loi de fer de
la nécessité qui commande à la nature. Le
Taitien vit et se nourrit sans soins ; les
fruits suffisent à sa subsistance. La Nouvelle-Zélande est une terre moins fertile:
lesol,exposéà à plus d'intempéries; demande
et. plus d'industrie, et plus de travail. LesZélandois sont rendus cruels par le besoin:
sile ciel détruit leurs foibles récoltes., si la
ner leur refuse ses dons, la famine produit
la guerre, une guerre nécessaire; et la faim
dévore les victimes que le hasard des combats a choisies.
Ce globe, à l'exception des extrémités
australes et boréales, n'offre donc que deux
continens (1),T'ancien et le nouveau monde,
(1) C'est-à-dire deux continens apparens : il en
existe un troisième, mais enseveli sous les glaces. --- Page 356 ---
NOUVEAU VOYAGE
et une ile d'une vaste étendue, la NouvelleHollande : ce sont ses grandes masses de
térre; le reste du globe porte un immense
Océan semé de quelques iles,
élevées d'un.sol
montagnes
où
que couvrent les eaux 7 et
vont se reposer les navigateurs
Le capitaine Cook,
fatigués,
1 qui a constaté ces vérités, a été près de trois années en mer et
n'a perdu que peu d'hommes ; il a montré
à l'Europe, et par des essais réitérés, qu'on
peut, dans un voyage de long cours, con:
server les hommes avec une égale probabi.
lité, et presque comme dans leurs
il-a rendu
foyers; ;
compte de ces moyens à la SOciété royale de Londres,. et il a mnérité une
médaille d'or qui devient une couronne civique.
Ces courses. 2 ces découvertes de
ou inconnues, ou
terres',
peu visitées, avoient été
faites dans une zone-qui s'étend depuis l'équateur jusqu'au cercle du quarantième degré austral : cette hauteur répond dans notre
hémisphère à celle de Naples, et de Madrid.
Les espacesquirestoientàreconnoltre éroient
égaux à ceux qui, embrassant la moitié de
l'Asie et del'Amérique: septentrionale,.com
Ces courses. 2 ces découvertes de
ou inconnues, ou
terres',
peu visitées, avoient été
faites dans une zone-qui s'étend depuis l'équateur jusqu'au cercle du quarantième degré austral : cette hauteur répond dans notre
hémisphère à celle de Naples, et de Madrid.
Les espacesquirestoientàreconnoltre éroient
égaux à ceux qui, embrassant la moitié de
l'Asie et del'Amérique: septentrionale,.com --- Page 357 ---
AUTOU R D U M O N D E.
prennent l'Europe presqu'entière, et remontent jusqu'au pole. Que de.pays et de peuples pouvoient être renfermés dans ces espaces ! quel appat. pour la cupidité, pour
des motifs plus nobles, T'agrandissement des
découvertes et des sciences, la connoissance
plus étendue, plus approfondie de la nature!
Cook fit voile vers ces parages aussi lointains
qu'inconnus : dès le cinquantième degréaustral, des amas considérables de glace se montrérent sur la mer; plusi ils'avança, plus ces
glaces augmentoient : cès masses ressembloient à ces iles Hottantes, menaçant de
leur choc épouvantable tout ce qui s'offre
à leur passage. Que l'on juge combien d'hi;
vers avoient formé et accru ces masses énormes : cependant on étoit au milieu de lété,
sous un climat semblable à celui de la France. L'hémisphère australest donc plus froid
que le nôtre ; mnais si T'hiver règne
déja et
conserve des glaces éternelles dans la zone
froide que le soleil abandonne pendant une
partie de Tannée; cela doit nous apprendre
à estimer, à sentir davantage notre bonheur
d'être nés loin de ces terribles frimats. Enfin, Cook fat arrété au soixantième
degré; --- Page 358 ---
NOUVEAU VOYAGE
il fut forcé de longer cette barrière insurmontable de glaces. Ailleurs une ouverture
lui permit d'atteindre le cercle polaire, et
même le soixante-onzième degré; mais il
fallut renoncer à franchir ces remparts. On
fit route vers l'ouest, et par-tout la glace se
montra sous le même parallèle. Cook jouit
d'un spectacle extraordinaire et magnifique:
c'est celui de ces plaines immenses surmontées de montagnes, de collines, et d'oà se
détachent les écueils mobiles et menaçans
qui roulent sur la mer. L'écume des vagues
vient couvrir ces rochers flottans : la vague,
qui s'y brise, s'y colore aux rayons du sOleil, et l'écume blanchissante y brille des
couleurs de la lumière réfractée; mais les
sensations que produit la beauté de ces tableaux sont apres et sévères ; on ne voit
qu'un désert, une vaste sollitude, une nature infertile. Au milieu de ces glaces entassées sans ordre, on croit voir d'immenses débris et les restes, d'un monde détruit;
on croit assister à la dernière heure de la
nature expirante. Le froid, qui engourdit
les membres et ralentit le cours des esprits,
répand dans tous les sens le pressentiment
sensations que produit la beauté de ces tableaux sont apres et sévères ; on ne voit
qu'un désert, une vaste sollitude, une nature infertile. Au milieu de ces glaces entassées sans ordre, on croit voir d'immenses débris et les restes, d'un monde détruit;
on croit assister à la dernière heure de la
nature expirante. Le froid, qui engourdit
les membres et ralentit le cours des esprits,
répand dans tous les sens le pressentiment --- Page 359 ---
AUTOURIDU MONDE
de la mort. Cette
navigation est aussi périlleuse qu'elle est triste : ailleurs il suffit de ne pas approcher des écueils ; ici les
écueils viennent vous briser; ils s'avancent
toujours préts à briser ou à enfermerle vaisseau. La pluie froide, la neigé, la
tombent sans cesse ; les agrets sont gréle, 2
de glace; ils coupent les mains couverts
qui les saisissent; tout est roidi par la gréle. A peine
le soleil éclaire ces maux et ces
sa vue est souvent refusée à dangers;
ces climats
abandonnés : une trame
voile dont la
impénétrable est le
nature semble couvrir sa défaillance.
On suit Cook retournant une seconde
une troisiènie fois dans
et
ces mers : on déplore avec son équipage les tristes
de ces climats. brumeux.
journées
L'ennui
les heures d'une journée
compte
tuelle : on s'afflige
presque perpésoleil succède
qu'un long jour sans
à une courte nuit sans étoiles : toute sensibilité est perdue; les
mens sont sans attraits, le sommeil alisans
donceurs, et l'on est dans ces régions,
ralysé comme la nature.
pae Cook fut enfin forcé de révenir à
cette --- Page 360 ---
NOUVEAU VOYAGE
heureuse Taiti,-ot l'on puisoit l'oubli de
tous les maux ; il reconnut qu'une barrière
de glaces enveloppe le monde, et fait, à la'
hauteur de soixante degrés, un cercle entier du globe renfermant dans cette enceinte
un. espace immense.
Cook a cependant apperçu quelques terres, qu'il a nommées la Nouvelle-Géorgie
et la moderne Thulé; ce sont les extrémités d'un continent perdu dans les glaces :
ces, terres ne sont point habitées. Quelques
amphibies et quelques oiseaux sont les peuples de la Nouvelle-Géorgie ; quelques végétaux rampentlanguissamment sur la terre,
maisil n'ys a pas un seul arbrisseau: A' Thulé,
quiest plus enfermée dansl'empire dela froidure, on ne voit pas même d'animaux : c'est
un spectacle étrange que de considérer cette
ile livrée aux rigueurs de T'hiver, méme au
milieu de l'été. Ces contrées sont abandonnées de toute espèce vivante, et Cook a vu
la limite entre le globe habité et le globe
inhabitable. La moitié du monde la plus
dloignée fut alors la mieux connue ; mais I
les grandes questions sur. le passage du nord,
sur la jonction de l'Asie et de l'Amérique,
étoient
imaux : c'est
un spectacle étrange que de considérer cette
ile livrée aux rigueurs de T'hiver, méme au
milieu de l'été. Ces contrées sont abandonnées de toute espèce vivante, et Cook a vu
la limite entre le globe habité et le globe
inhabitable. La moitié du monde la plus
dloignée fut alors la mieux connue ; mais I
les grandes questions sur. le passage du nord,
sur la jonction de l'Asie et de l'Amérique,
étoient --- Page 361 ---
AUTOUL R DU M ON D E.
étoient sans réponse : qui devoit les donner
ces réponses, si ce n'est T'homme qui avoit
décrit le' midi de la terre, et qui étoit digne
d'asseoir sa renommée sur Ia connoissance
complette du globe? Cook est choisi; il part
pour une troisième expédition : il revoit cette
mer du Sud qu'il avoit tant de fois traversée,
et,s'élevant vers le nord,dans ce vaste Océan
qui sépare deux mondes, il visite les côtes
de l'Amérique; il n'apperçoit que des baies
et des golfes sans issue, des rivières navigables qui permettent aux vaisseaux de remonter dans les terres, mais non de les traverser : le passage désiré n'existoit pas. Ces
climats infertiles et solitaires,
et
7 peu connus,
peu observés, offrent d'ailleurs assez de
connoissances nouvelles et intéressantes.
Cook, parvenu au cercle polaire, vit les
terres de T'Amérique et de l'Asie se rapprocher, et ne laisser entre elles qu'un détroit.
Les deux continens ne sont point unis
mais ils sont séparés par si
;
peu d'espace
que les pirogues des Sauvages les traversent, et que la population d'un monde
a
pu passer dans l'autre : plus loin; au-delà:
du détroit, Cook retrouva des plaines
TI'ome III.
glaZ --- Page 362 ---
KOUVEAU VOYAGE
cées, des iles flottantes, des montagnes mobiles qui le menaçoient et repoussoient son
approche. Le nord, comme le midi, arrêta
ses pas; il termina sa course au soixanteonzième degré, et aux mêmes barrières
qu'il avoit trouvées dans l'hémisphère austral: c'est donc en vain que T'Amérique et
lAsie s'ouvrent pour former un passage, le
l'obstacle des glaces unies et
nord y oppose
deux emamoncelées. L'hiver a sur le globe
éternels; celui du nord, plus resserré,
pires
du midi,
se borne à la zone froide; 9 et celui
étendu de dix à vingt degrés, s'avance
plus
dans la zone tempérée - 3 et menace de plus
les pays labités :telles sont les vérités
près
donné à Cook de révéler aux
qu'il a été
hommes.
brillantes, les efforts de
Les tentatives
Fimmortel Cook pour se frayer, à travers
une route à de nouvelles
les glaces polaires 9
découvertes, nous engagent à placer ici,
comme une suite de la même matière, 9 le
résultat de nos courses et de nos réflexions
dans nos. dilférens voyages autour du monde, et vers les deux poles.
D'après ce. que nous avons observé sun
né à Cook de révéler aux
qu'il a été
hommes.
brillantes, les efforts de
Les tentatives
Fimmortel Cook pour se frayer, à travers
une route à de nouvelles
les glaces polaires 9
découvertes, nous engagent à placer ici,
comme une suite de la même matière, 9 le
résultat de nos courses et de nos réflexions
dans nos. dilférens voyages autour du monde, et vers les deux poles.
D'après ce. que nous avons observé sun --- Page 363 ---
AUTOUR DU' M ONDE
ies monvemens des
glaces, et le
nous avions eu de
désir que
percer jusqu'au
lorsque nous étions
pole ,
parvenus an-delà du
quatrewingt-unieme degné de latitnde;
connoitre si cette idée étoit
pour
fimes la réflexion suivante'; praticable, nous
compression avoit lieu dans savoir; que la
Glaciales, et même sous-le toutesles miers
toit des mers. Ces
pole, s'il y exis:
glaces
tre opinion, avoir
devoient, dans novoir. Nous avions un espace pour se mous
unième
vu, par le
degré de latitude, la quatre-vingt mer libre des
glaces qui Toccupoient
avoient été chassées auparavant, et qui
avoient donc' trouvé vers le nord; elles y
face n'étoit
place, et toute la surpas occupée.
Nous savions que des vaisseaux
dois avoient pu
hollan:
des bancs de sortir, 2 en 1773, du centre
glace à la fin de
Les voyages des Hollandois
novemibre.
Barents au nord-est de la
Heemskerk et
et ceux des Russes,
Nouvelle-Zemble,
valles entre les rivières découvrant les interOby, nous
de Léna, Jénisea et
pris, tantôt apprenoient libres
qu'ils étoient tantôt
tions existoient
des glaces. Leurs évolus
donc encore' pendant les' for:
Z a --- Page 364 ---
N OUVE A U VOYAG E
tes gélées de la fin du mois de novembre;
et dans, les mers de la Sibérie. Nous regarces deux mers comme les
dions cependant
moins favorables pour remplir T'entreprise
rendre au pole : celle de Sibérie close
de se
d'issue à Test
au sud, et, ayaut très-peu
à T'ouest, devoit conserver ses glaces ;
et
recevant les courans. de
celle de Spitzberg,
des siennes
Test , augmentoit la quantité
Nous
celles qui y dérivoient avec eux.
par
donc que l'étendue comprise enpensons
et la Zemble étoit la plus
tre le Spitzberg
et de la
praticable à cause de sa largeur
grandeur de son issue. Nous ne croyons
cependant point qu'il existe au nord-nordouest de la Zemble aucune mer entièrement
libre de glaces, mais seulernent une mer
occupée,
-
qui, en étant. moyennement
y
une navigation aussi possible
permettroit du
situé à vingt lieues au
gue celle
parage
nord-ouest du Spitzberg. Nous sommes égaqu'il est, possible de
lement peu persuadés seule saison les mers de
traverser dans une
Indes
le
la Sibérie: pour se rendre aux
par
nord-est, Nous les croyons fortement occufaire
pées.par. les glaces, et qu'onme peuty
a
-
qui, en étant. moyennement
y
une navigation aussi possible
permettroit du
situé à vingt lieues au
gue celle
parage
nord-ouest du Spitzberg. Nous sommes égaqu'il est, possible de
lement peu persuadés seule saison les mers de
traverser dans une
Indes
le
la Sibérie: pour se rendre aux
par
nord-est, Nous les croyons fortement occufaire
pées.par. les glaces, et qu'onme peuty
a --- Page 365 ---
A UTOUR D U MONDE E,
un chemin bien considérable,
naviguer qu'à très-petites
ne pouvant
croyons
voiles ; mais nous
saison la très-possible de remplir dans' une
direction d'une route de
lieues à travers des glaces
cinq cents
quentes 2 comme nous les moyennément fré:
peut dans cette direction supposons. On
vertes
faire des découtrès-intéressantes d'animaux
et peut-être méme de
marins,
tenant au continent quelques terres appar:
enseveli isous
que nous soupçonnons
paroit certain ces mers glacées, comme il
monde
que l'ancien et le nouveau
ont été autrefois couvert
la
ainsi qu'il résulte des
par mer,
trouve encore sur des coquillages qu'on
montagnes très-élevées; non pas,àl la vérité,. sur leurs
mais jusqn'à-une certaine:
cimes,
hauteur.
Qui sait si le continent
être englouti sous cet
que tout annonce
paroitra
dans
Océan de glaces, ne
pas
les siècles futurs,
la nature aura fondu ces glaces
lorsque
volutions insensibles
par des ré:
sur le globe? Car tout
périt et se décompose pour réexister
sous, d'antres formes,
un jour
paroit
7 et périr encore, Il
que, par une alternative assez constante, la vie nait, en quelque sorte, de Ia
Z3 --- Page 366 ---
NOUVEAU VOTAGE
destruction, et qu'elles se succèdent sans
cesse l'une à l'autre: il n'est donc pas étonnant que les arts et les sciences, qu'un
grand peuple même eussent existéautrefois
surle plateau de la Tartarie, suivant l'idée
du célèbre Bailly.
On a trouvé que: tous les peuples du
monde , les Chinois 3 les Chaldéens, les
Grecs, les Péruviens avoient conservé quel.
souvenir du, monde embrasé et du mon
que
de submergé. Or conçut que le globe enflammé, par quelque canse que ce soit;
avoit commencé à se refroidir par les poles,
et pouvoit bràler encore vers la zone torride
et vers l'équateur, lorsque le genre humain
actuel sortit du néant, ou. peut-être même
les peuples que nous.sompçonnons, avoir dévancé ceux que la tradition ou Thistoire nous
font connoitre, et dont Baillyi a découvert
Texistence.
Buffon (1) croit que les premiers home
o
(i) Quels génies que coux d'Aristote, de Pline,
de
de Linné et de Buffon ! Pour ne parler que
ce dernier, que de. yues neuyes, que de rapports;
le genre humain
actuel sortit du néant, ou. peut-être même
les peuples que nous.sompçonnons, avoir dévancé ceux que la tradition ou Thistoire nous
font connoitre, et dont Baillyi a découvert
Texistence.
Buffon (1) croit que les premiers home
o
(i) Quels génies que coux d'Aristote, de Pline,
de
de Linné et de Buffon ! Pour ne parler que
ce dernier, que de. yues neuyes, que de rapports; --- Page 367 ---
AUTOUR DU MONDE 55g
mes nés sur cette terre
presqu'encore alors
embrasée ont été noirs. De siècle en siècle
Ja terre refroidie s'affermit sous les
de ses habitans. Il paroit que, dans la pieds dernière de ces révolntions, la mer inonda le
globe en se précipifant du pole austral vers
le pole boréal. Tous les continens
connus
se terminent au sud par des pointes. L'Amérique paroit être sortie du fond des eaux plus
tard que notre continent : telle fut la dernière révolution de notre
dant celle
globe, en attenqui lentement et sourdement se,
prépare dans le continent enseveli, endormi
sous les glaces, et dont le réveil commence
pour nous, puisque Cook en a déja entrevu
deux terres, la Géorgie et Thulé. Le
genre
apperçus pour la première fois, soit entre les espèces vivantes et les climats qu'elles
entre les diverses espèces
habitent, soit
les tems de leur
elles-mêmes, ; soit entre
vie ! Comme il décrit accroissement et la durée de leur
les moeurs des animaux, leur
instinct, leurs passions ! quel pinceau suave et brillant! : qui fut jamais plus grand coloriste ! il est
grand comme la nature, riche, majestueux et sima
ple comme elle.
7, 4 --- Page 368 ---
NOUVEAU VOYAGE
existoit
humain, comme nous l'avons dit, 9
millards d'home
depuis bien des siècles.Sides
furent
si des milliers d'états
mes périrent,
les sciences furent anéandétruits, si toutes
ces submersions
ties 7 par ces inondations, des hormes ne
successives, la race entière
périt point; on a même retrouvé les points
du globe qui dans ces lentes submersions
ont dh servir d'asile au, genre humain, et
lui en servir encore si la masse
pourroient
affermi n'étoit pas un jour
entière du globe
flots de TOassez solide pour résister aux
dévorateur des mondes. Le
céan, ce grand
plateau de la Tartarie, d'où le GangesTIrl'Amur et presque tous les grands fleutiz,
dans les mers du
ves de I'Asie se jettent
la Suisse,
Nord, de la Chine et des Indes ;
d'oà le Rhône, le Rhin, le Danube, descendent, ou plutôt se précipitent vers TOles montagnes de
céan et la Méditerranée;
où le Nil prend sa source ;
TAbyssinie, d'oà tombent le Niger et le Séles monts
vallées du Pérou, oùt la
négal; les hautes
l'Orénorivière des Amazones, T'Uragay,
réservoirs, sontles
que ont leurs immenses
bravé et
lieux de réfuge où les hommes ont
, le Rhin, le Danube, descendent, ou plutôt se précipitent vers TOles montagnes de
céan et la Méditerranée;
où le Nil prend sa source ;
TAbyssinie, d'oà tombent le Niger et le Séles monts
vallées du Pérou, oùt la
négal; les hautes
l'Orénorivière des Amazones, T'Uragay,
réservoirs, sontles
que ont leurs immenses
bravé et
lieux de réfuge où les hommes ont --- Page 369 ---
AUTOUR, DU M ONDE.
pourront braver encore les fureurs de T'Océan. N'oublions pas la preuve démonstrative que nous en avons déja donnée, qui résulte de ce qu'on n'a jamais trouvé des cOquillages sur les montagnes que jusqu'à une
certaine hauteur : voilà les différens états
par lesquels le' globe a passé avant d'être
ce qu'il est aujourd'hui. D'abord il fut
flammé, et alors sa masse entière
entit vers les
s'applapolcs, en s'élevant"a
alors les plus hautes
l'équateur:
les
montagnes, alors tous
corps qui ne doivent leur origine qu'au
feu, se formérent. Tels sont les métaux et
les rochers, Gtc., qui, se trouvant toujours
sans aucun mélange ni du règne
ni du règne animal, ni des
végétal,
rines, paroissent
productions mamitif,
appartenir au monde
et avoir précédé toutes les révolutions pridu globe; mais lorsque la mér,
les débris du monde d'un
promenant
forma
pole à
cès, différentes couches de l'autre,
nous étonnent,
terre qui
rêts, les hommes lorsqu'elle engloutit les fovelles
et les animaux, de noucombinaisons se formèrent dans le
sein du globe. Alors naquirent la
des fossiles, et sur-tout les
plupart
coquilles : vint: --- Page 370 ---
NOUVEAU VOYAGE
rent ensuite les plantes marines, les pois.
sons, les oiseaux, etc. On a trouvé, ainsi
que nous l'avons dit, des preuves qu'il y a
eu un peuple aussi éclairé peut-étre que
le sont aujourd'hui iles peuples de l'Europe;
on a retrouvé la place même oà ce peuple
habitoit. Bailly, qui s'est immortalisé par
cette découverte, en comparant les antiqui-"
tés des Chinois, des Indiens, des Chaldéens,
des Egyptiens, s'apperçut que ces peuples
avoient des méthodes savantes dont ils ne
connoissoient pas les principes, qu'ils se
vantoient de plusieurs observations astronomiques qui ne pouvoient avoir été faites
dans leurs climats; il en trouva méme qui
avoient été faites sous le quarante-neuviène
degré de latitude nord, et qui n'appartiennent à aucun de ces peuples beaucoup trop
méridionaux : alors ces nations, qui n'ont
rien perfectionné dépuis tant de milliers
d'années, lui parurent suspectes de n'avoir
rien inventé. En comparant les fables de
leur mythologie avec celles des nations hiperborées, 2 il trouva des, rapports frappans
entre les opinions de ces peuples qui jamais
ne se sont rien. communiqué, et qui méme
ante-neuviène
degré de latitude nord, et qui n'appartiennent à aucun de ces peuples beaucoup trop
méridionaux : alors ces nations, qui n'ont
rien perfectionné dépuis tant de milliers
d'années, lui parurent suspectes de n'avoir
rien inventé. En comparant les fables de
leur mythologie avec celles des nations hiperborées, 2 il trouva des, rapports frappans
entre les opinions de ces peuples qui jamais
ne se sont rien. communiqué, et qui méme --- Page 371 ---
AUTOU R DU M O N D E,
n'ont jamais soupçonné l'existenice les uns
desautres; il vit que toutes les fables faisoient
allusion à des jours et à des nuits de six
mois, qu'ainsi elles n'avoient pu naitre dans
lemidi.L.histoire lui fit voir queles Indiens,
lesChinois, les Chaldéens, et même les Ethiopiens, pères des Egyptiens, ayant des fables, des connoissances, et même des époques à peu près semblables, il falloit nécessairement que le peuple instructent de
ces nations ett eu sa résidence au milieu
d'elles,.et que. vraisemblablement 4
il régna
dans T'Asie, de la mer Caspienne à la Tartarie Chinoisé. Ce peuple savant doit avoir
habité au: nord de l'Asie, pavoir péri environ quatre, mille ans avant notre ère ; les
dhserationsdaladiens, Chaldéens, Chinois, Egyptiens ne remontant qu'à environ trois mille ans avant notre ère, et étant
telles qu'aucun de ces quatre peuples ne put
les faire, et ne pourroit les faire aujourd'hui,
et que les penples asiatiques n'ont maintenant que les débris, et non les élémens des
sciences.
Remarquez qué Buffon, par des observations physiques, a été porté à croire que --- Page 372 ---
NOUVEAU VOYAGE
les prémiers hommes avoient habité le nord;
qu'Olaus Ridbeck, par des recherches mythologiques, eût la même opinion ; que-le
célèbre Danville, par des recherches géographiques, a trouvé des ruines et des débris, depuis le lacrAral jusqu'en Tartarie;
que l'abbé Raynal et Paw ont été induits
par ( des rechercheshistoriques à penser qu'il
ye avoit eu un, peuple savant dans ces mémes
contrées 3 enfin, que l'universel Leibnitz a
avancé qu'il y a eu des peuples; antérieurs
à notre monde connu, détruits autrefois, et
disparus de la carte des nations. Voilà donc
la physique, la mythologie la géographie,
les monuménsiou vestiges, Thistoire, l'astronomie, T'opinion de Leibnitz; Linné 2
Buffon, Paw; Danville et Baillyy parfaitement-bien d'accord: Le nord étoit moins
froid autrefois; peut-être y a- t-il eu une
époque où il ressentoit les chaleurs du midi,
et où le midi éprouvoitles froidures du nord,
comme cela arrivera veisemblablement un
jour au continent englouti anjourd'hui sous
les glaces et dont nous avons parlé un peu
plus haut.
Arrétons - nous ici un moment, par la
inné 2
Buffon, Paw; Danville et Baillyy parfaitement-bien d'accord: Le nord étoit moins
froid autrefois; peut-être y a- t-il eu une
époque où il ressentoit les chaleurs du midi,
et où le midi éprouvoitles froidures du nord,
comme cela arrivera veisemblablement un
jour au continent englouti anjourd'hui sous
les glaces et dont nous avons parlé un peu
plus haut.
Arrétons - nous ici un moment, par la --- Page 373 ---
AUTOUR DU M 0 N DE.
pensée, dans les déserts habités autrefois
par un peuple savant. Qui pourra voir
sans transport que ses travaux n'ont pas
été tout à fait perdus pour la postérité, ni
même pour: sa gloire, s'il est, helas! de
la gloire pour qui n'est plus Après cing
mille ans, et peut-être plus, de mort et de
destruction, un académicien (Bailly) retrouve des preuves, le local même de son
existence, ressuscite enfin cet antique cadavre d'une grande nation, 2 ou 3 suivant
les apparences, de plusieurs nations, 9 le
cadavre méme d'un monde entier préexistant au nôtre. Quel spectacle ! en fut-il jamais un plus intéressant, plus digne de méditation !
FIN DU TROISIÈME ET DERNIER VOLUME. --- Page 374 --- --- Page 375 ---
TABLE
DES CHAPIT RES
CONTENUS DANS CE VOLUME.
CHarnn XXII. Du
Pérou >
page 5
CHAP. XXIIL. Du Chili, des terres et iles
Magellaniques 2 du Paraguay et du
Brésil,
54.
CHAPI- XXIV. Des iles dA/rique,
CHAr.XXV. De PAbyssinie ou Ethiopie, 82
CHAP. XXVI. Du royaume de Sennar, autrefois la Nubie,
CHAP. XXVII, De la Nigritie 3
CHAP. XXVIII. Du Monomotapa et des
Jaggas,
CHAP. XXIX. Du cap de Bonne - Espés 119
rance, 1
CHAP, XXX. Des Hottentots, 3
CHAP. XXXI, Du royaume d' Angola, 158 --- Page 376 ---
TABLE DES CHAPITRES
CHAP. XXXII. Des royaumes de Congo et
de Loango 7
page 169
CHAP. XXXIII. De Loango,
CHAP. XXXIV. De Benin, d'Ardra, de
Juida et de la Cote-dOr,
CHAP. XXXV. De la côte d'Ivoire et de la
côte de Poivre,
CHAP, XXXVI. Du Sénégal,
CHAP. XXXVIL. Coup-d'ail général sur
lAsie, PAmérique et LAfrique, et ré
sumé de ce voyage autour du monde >
FIN DE LA TABLE DU IIIe. ET DERNIER VOL. --- Page 377 ---
TABLE
DES PRINCIPALES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LES TROIS VOLUMES.
LEs chiffres romains indiquent le volume, et les chiffres arabes
les pages.
A.
AxYSSINIE,, ou Ethiopie, III, 82 et suiv. Histoire de ses dynasties, ibid. Sa division, S5.
Grand nombre de ses monastères, 86. Ii n'y a
point de villes, 87. Manière de vivre du roi, 88:
Pourquoi il n'y a poiat de vin, go. Manière de
faire T'hydromel, 91. Chaleur du climat, 94.
Saisons; ibid. Montagnes, ibid. Le Nil, 95. Bétes féroces, ibid et suiv. Configuration du peuple, 98.
Tome III,
Aa
id. Sa division, S5.
Grand nombre de ses monastères, 86. Ii n'y a
point de villes, 87. Manière de vivre du roi, 88:
Pourquoi il n'y a poiat de vin, go. Manière de
faire T'hydromel, 91. Chaleur du climat, 94.
Saisons; ibid. Montagnes, ibid. Le Nil, 95. Bétes féroces, ibid et suiv. Configuration du peuple, 98.
Tome III,
Aa --- Page 378 ---
TABLE
Acadie, ou Nouvelle-Ecosse, II, 258. Sa division,
ibid Ses différentes nations, ibid.
Acapulco, II, 3,6 et suiv. Son commerce, 577.
Achem (1 royaume d'), I, 497 et suiv. Ses princin/pales villes, 499.
Achem (ville d'), I, 498.
Achiote ; description de cet arbre, II, 370.
Acores (iles), III, 31g.
SG
Aden, I, 349, 354.
Afrique ; étymologie de ce nom, III, 79 en note:
Les animaux de cette partie du monde ont plus
d'énergie, les plantes plus de vigueur et les hommes des passions plus ardentes, 253, Tableau général de l'Afrique, 524 et suiv.
Agra 1 I, 435 et suiv.
Agrigente, I, 115.
Akansas ( les ), I1, 549.
Akra (royaume d'), III, 228.
Akréens, leur habillement, III, 228. 4
Akron (le grand et petit), III, 231.
Albion (nouvelle), II, 410. Découverte par Fr.
Drake, ibid.
Alep, I, 162. Mal d'Alep, ibid:
Alexandrie, I, 179. Ses édilices et curiosités, 180.
Alibamons (les), II, 35r.
Aly, I, 291.
Amadabath, I, 421 et suiv. Son indigo, 435.
Amazia, I, 257.
Amazones ( rivière des), III, 57.
Amboine, Il, 28. --- Page 379 ---
DES M A TIERES
Ambozi (Ays d'), III, 205. Hauteur de ses montagnes ibid.
Amérigde angloise 9 II, 274. Sa division, ibid. Comment elle. est peuplée, 275 et suiv. La première
formede son gouvernement, a76.Helision.miours
et usages, 279 et suiv. Luxe, 290. Nourriture,.
291. Maisons 1 292. Qualités morales de ses habitans, 293. Ses états- généraux à Philadelphie, 305.
Réflexions sur l'état de' prospérité auquel l'Amérique peut atteindre, 313 et suiv. Conseil des censeurs,324. Noms des provinces qui composent les
Etats-Unis, 331. Loix relatives à la liberté et à
l'égaliré, 332 et suiv. a
'Amiante (Pierre d'), I, 160.
Amid, ou Caramid; I, 258.
Amol, I, 328.
Anapolis, II, 509.
André (rivière de Saint-), III, 241.
Andrinople, 1, 274.
Anges (ville des) au Mexique, II, 379.
Angola (royaume d'), III, 158 et suiv. Sa division, ibid. Résidence du roi, et ses richesses,
ibid. Histoire de ce pays, ibid. et suiv., Cellel de
la reine Zinga, 159. Ses habitans, 163. Son commerce 7 ibid. Domaines qu'y possédent les Portugais, 164.
Angta (la côte d ), III, 204.. Son commerce, 205.
Anjuan (ile d'), III, 75.
Annach dans l'Arabie déserte, I, 378.
A a 2
suiv. Sa division, ibid. Résidence du roi, et ses richesses,
ibid. Histoire de ce pays, ibid. et suiv., Cellel de
la reine Zinga, 159. Ses habitans, 163. Son commerce 7 ibid. Domaines qu'y possédent les Portugais, 164.
Angta (la côte d ), III, 204.. Son commerce, 205.
Anjuan (ile d'), III, 75.
Annach dans l'Arabie déserte, I, 378.
A a 2 --- Page 380 ---
TABLE
Ansandre, ou Enseté, plante de l'Abysinie et ses
nsages, III, 96.
Antilles (iles ), ou Caraibes, II, 540. Leurs divisions en grandes. et petites, ibid. Leurs noms
413.
Antioche, I, 163.
Anti. Paros (ile d'), sa fameuse
Anzikois
grotte, I, 221.
(les), III, 127.
Arabes, ne sont point un peuple de brigands, 1,
350. Idée de leur origine, ibid. Leurs conquêtes
353.
Arabes du désert de Sara, III, 109 et suiy.
Arabes Bédouins, I, 379.
Arabie, I, 349 et suiv.
Arabie déserte, I, 377.
Aral (lac d'), ou des Aigles, II, 206.
Ararat ( mont ), I, 25g.
Arbre à cire, II, 296.
Archangel (gouvernement d), II, 244:
Areka (noix d'),1, 474.
Asrhées, I, 328.
Astracan (royaume d'), II, 219, 237.
Athènes, son ancien gouvernement, I, 191 etr95:
Ses antiquités, 205 et suiv.
Aurenzeb; portrait de ce prince, I, 418.
Austral (monde), encore inconnu, III, 42;
'Aurruches apprivoisées du cap de Bonne-Espérance,II1,140. Du Sénégal, 295 et suiy. Leurs chasses en Afrique, 297- --- Page 381 ---
DES MA TIERES
5,5
Axis (pays At rivière d'), III, 232. Or qu'on y.
péche, pid. Division du pays, 233.
Axuma,, 91. Ses inscriptions, ibid..
B.
Babel (tour de), I, 263,
Babel-Mandel détroit de), I, 403.
Babylonne ( ancienne ), I, 261.
Bachi (ile de), II, 62.
Bagdad, I, 260 et suiv.
Bahama ( canal de), II, 338.
Bajador (cap de), III, 1720
Bains de Turquie, 3 1,266.
Balamboang.( état de), II, 17.
Bali (ile de), ou petite Java, II, 18.
Balk, I, 330. II, 207,
Ballon, bâtiment Siamois, II, 80.
Balsum, arbre qui produit le baume dela Mecque,
I,573.
Baltimore, II, 306. Sa-position, ibid.
Bambouck (royaume de), III, 288. Sa population,
28g. Son arbre qui produit le beurre, ibid. Ses
mines, ibid.
Banda ile de ), IL, 29..
Banians, leurs moeurs et usages, 3 I, 426 et suiv:
Bankok, II, 80.
Bantam - royaume et ville de), II, 13 ets suiv.
Bar, ou Ver, arbre reveré par les Indiens, 1,414:
Barré (royaume de), III, 244. Manière d'élire,le
III, 288. Sa population,
28g. Son arbre qui produit le beurre, ibid. Ses
mines, ibid.
Banda ile de ), IL, 29..
Banians, leurs moeurs et usages, 3 I, 426 et suiv:
Bankok, II, 80.
Bantam - royaume et ville de), II, 13 ets suiv.
Bar, ou Ver, arbre reveré par les Indiens, 1,414:
Barré (royaume de), III, 244. Manière d'élire,le --- Page 382 ---
T A BL E
roi, ibid. Manière dont y plaiden les avocats 5
215, Productions du pays,.546.
Bastonnade: ; punition en usage à la Chite, II, 142.
Batavia, II, 8'et suiv. Description de cette ville, , 9.
Ses habitans; 11.
Baie de Saint-Julien, ses salines s III,43.
Bédouins ( Arabes),1,379 et suiv. Leur hospitalité,
38,. Leurs moeurs et usages, 382 et suiv. Leurs
habillemens, 384. Leurs mariages, 387 et suiv.
Croient à la fataliré, 3g1.
Bengale (province de) ), I, 454. Son golfe, ibid, Ses,
toiles, 2 ses tapis et ses autres manufactures, 455.
Ses productions naturelles, 456,
Benguala (royaume de ), III, 107. Vices dont on
accuse ses Negres, 156.
Benin (rcyaume et ville de ), III, 205. Description
de cette ville, 207. Cortège du roi quand il sort,
ibid. Manière dont il nomme son successeur, 208.
Moeurs des habitans, 209. Funérailles duroi, 211.
Ce pays est intéressant pour les François, * 213.
Louis XIV.en a reçu une ambassade, ibid et suiv.
Bétel, I, 474.
Bételfagui, E 362.
Disnagar, I, 464.
Bissaies; ; à qui on donne ce nom, II, 42.
Bissao (tle de) III, 256. Moeurs de ses habitans, 257.
Biurt, III, 276.
Bois-de-fevre, III; 5r.
Bois-de-lamière (plante appelée), III, 25.
Bokkara, II, 206.
a reçu une ambassade, ibid et suiv.
Bétel, I, 474.
Bételfagui, E 362.
Disnagar, I, 464.
Bissaies; ; à qui on donne ce nom, II, 42.
Bissao (tle de) III, 256. Moeurs de ses habitans, 257.
Biurt, III, 276.
Bois-de-fevre, III; 5r.
Bois-de-lamière (plante appelée), III, 25.
Bokkara, II, 206. --- Page 383 ---
D E'S M A TI I ÈR ES.
Bologne, I, 45. Ses curiosités, ibid et suiv.
Bombarde ville de), dans l'ile de Saint-Domingue,
II, 412.
Bonbalon, espèce de tocsin au Sénégal, II, 257.
Bornéo (ile de), 1I, 20. Ses habitans et ses productions, ibid.
Borsa, ou Bussereth, I, 3,5.
Boston, sa rade., II, 277, 285. Description de la
ville, ibid et suiv. De ses habitans, 282 et suiv.
Sa position', 284. Son commerce, 285 et suiv.
Idée qu'on y a des François, 288.
Boué, II, 21.
Bourbon (ile de) ), sa découverte, III, 67. Sa descrip:
tion, ibid.
Bournon (royaume de), III, 107.
Boursa, , I, 265. Sa mosquée d'Aladin, 266.
Boutan (royaume de), II, 114 et suiv. Ses productions; ibid, Vêtemens dur roi, 116. Réligion, ibid.
Justice, 118.
Brava, III, 80.
Brésil (le); III, 55 et suiv. Mocurs de ses Indiens
sauyages, 5g. *
Breton (cap), II, 257,
Brodra, 1, 421.
Broitschia, 1, 421.
Buena-Vista (tle de), ou de Tinian, II, 52.
Bugis, coquilles qui servent de monnoie, III, 270.
Bukkarie (grande), II, 206.
Bukkarie (petite),II, 208.
Bussereth; voyez Borsa.
--- Page 384 ---
T A B L E
C.
Caboche; quel poisson c'est, II, 107.
Cacham. I, 308.
Cachao, maisons de cette ville, III, 257:
Cachao (royaume de), II, 258.
Cachemire (province de), I, 445.
Cacho (province et ville de), II, 122 et suiv.
Cacotier, II. 36g.
Caffre, ce que signilie ce mot, III, 116.
Cafier, description de cet arbre, I, 360.
Caire (le grand), I, 171 et suiv.
Caket ( royaume de), I, 292.
Calaate, habillement persan, I, 311:
Calicut, I, 480.
Californie (la), II, 408. Nations qui l'habitent, 40g:
Callebassier, utilité de cet arbre, III, 246 et suiv..
Calo (palais de), III, 22.
Cambaye, I, 425.
Camboje, II, 1r3.
Campéche (bois de), II, 402.
Can.pèche (ville de) II, 402.
Canada, II, 259. Par qui peuplé, ibid et suiv.
Moeurs des Sauvages, 260, Ses premiers établissemens, 263.
Cananor, I, 480.
Canarie (iles), III, 312. Origine de ce nom, ibid.
Ses preniers habitans, 313. Lenrs habitations, 2
ibid. Leur gouvernement, ibid. Ils embaumoient
leurs
bois de), II, 402.
Can.pèche (ville de) II, 402.
Canada, II, 259. Par qui peuplé, ibid et suiv.
Moeurs des Sauvages, 260, Ses premiers établissemens, 263.
Cananor, I, 480.
Canarie (iles), III, 312. Origine de ce nom, ibid.
Ses preniers habitans, 313. Lenrs habitations, 2
ibid. Leur gouvernement, ibid. Ils embaumoient
leurs --- Page 385 ---
DES M A TI E RES.
leurs morts, 314. Découvertes de ces iles par les
Castillans, , ibid. Leur nombre, ibid. La grande
Canarie, ses villes, ibid.
Candie (ile de); I, 214. Son état actuel, ibid. Ses
antiquités, 215. Son labyrinthe, ibid.
Candy, I, 470. Cangue, supplice en usage à la Chine, II, 141.
Cannellier, I, 476.
Canton, ou Quang-Tchéou, II, 129. Description de
cette ville, 130.
Cap(ville dp), dans l'ile de Seint-Domingue, II, 411:
Cap de Bonne-Espérance, II, 152 et suiv. Découvert par les Portuguais, ibid. Les Anglois l'ont ensuite pendant quelque. tems, 33. Les Holladois
en prennent possession, 134. Commerce qu'ils y
font, ibid. et suiv. Les habitations divisées en quatre districts, 135. Montagne de la Table, ibid et
suiv. Celle du Vent, 13r. Vue qu'on découvre de
la montagne de la Table, ibid et suiv. Montagne
du Tigre, 13g. Richesses des Colons, tbid. Ses
baies 2 ibid. Vin du Cap, ibid. Moussons qui y
règnent, 141. Ville du cap de Bonne-Espérance,
I1I, 139.
Cap Monté, III, 244.
Cap Vert (iles du), III, 262. Leur découverte par
les Portuguais, 203. Chaleur excessive du climat, 3
ibid. Productions, ibid. Son aspect, 265.
Cap Vierge, III, 43.
Capitanies, signification de ce mot au Pérou, III,
55.
Tome 1II.
B b
, ibid. Moussons qui y
règnent, 141. Ville du cap de Bonne-Espérance,
I1I, 139.
Cap Monté, III, 244.
Cap Vert (iles du), III, 262. Leur découverte par
les Portuguais, 203. Chaleur excessive du climat, 3
ibid. Productions, ibid. Son aspect, 265.
Cap Vierge, III, 43.
Capitanies, signification de ce mot au Pérou, III,
55.
Tome 1II.
B b --- Page 386 ---
3,8
TABL E,
Capligi (bains de), I, 266.
Caramid, ou Amid, I, 258.
Carthage, sonra ancien gouvernement, I, 197.
Carthagène, III, 8. Son étendue, etc. ibid. Sa
baie, 9 Sa population, ibid.
Casan.II, 213.
Casanka (rivière de), II, 213.
Casbin. fête qu'on y célèbre en l'honneur d'Hossein
et de Fatmé, 1, 305.
Caspienne I mer), II, 208 et suiv.
Casson (royaume de ), ses mines d'or, III, 291.
Castes (différentes), au Malabar, I, 480.
Cataractes de Félu et de Goyine au royaume de Ga:
lam, III, 290.
Catane, I, 108. Ses curiosités, 109.
Catherinebourg, II, 214.
Caucase (mont), I, 291.
Cayes (ville des) dans l'ile de Saint-Domingue, II,
412.
Cayor (lac de), III, 282.
Célèbes (1le de), ou de Macassar, II, 21. Ses pro:
ductions, 22,
Ceylan (ile de),1 I, 46g et suiv. Sa division, ibid. Sa
température, 1 471: La forme de son gouvernement, 472. Ses habitans, ibid. Ses productions, 2
473. Ses éléphans sont. les plus estimés, 477.
Chagre (rivière de ), III, 12.
Chaldée (ancienne ), I, 260.
Chameau, description de cet animal, I, 392.
Chao-Tchéon-Fou, II, 140.
, 22,
Ceylan (ile de),1 I, 46g et suiv. Sa division, ibid. Sa
température, 1 471: La forme de son gouvernement, 472. Ses habitans, ibid. Ses productions, 2
473. Ses éléphans sont. les plus estimés, 477.
Chagre (rivière de ), III, 12.
Chaldée (ancienne ), I, 260.
Chameau, description de cet animal, I, 392.
Chao-Tchéon-Fou, II, 140. --- Page 387 ---
DES M A T I E R E S.
Charles-Town (ruines de ) II, 284.
Chartres (fort de ), II, 350.
Chaumont (le chev. de); son ambassade à Siam;
II, 78.
Chenilles d'Amérique, II, 314.
Chen-Si ( province de ), ses mines d'or, II, 160.
Chiacas (les), II, 348.
Chiapa (pays de), II, 410.
Chili (le), sa position, III, 34. Sa population, ibid.
Chine. (royaume de ), son histoire, II, 134. Ses
dynasties, , 135: Sa grande muraille, 136. Son canal, 137. Sa conquête par les Tartares, ibid. Explication des noms de ses villes, 140. Ses bonzes, ,
141. Supplices qui y sont en usage , 141, 142.
Ses ponts, 143. Ses lettrés, 145. Ecriture chinoise, ibid. Sciences et arts, 148. Porcelaine 5
449. Cultes, 153. Cérémonies funèbres, 154. Mariages, 157. Cérémonial, 1 5g. Population, 1772
Tableau général de la Chine, 332 et suiv.
Chinois, leur figure, Il, 170. Leurs vêtemens 172.
Ameublemens, 175. Leur caracrère, 174. Leur
gouvernement, ibid, Mandarins, 175. Imprimes
rie, 176. Monnoies, ibid: Leur langue, ibid.
Choisy (l'abbé de), son voyage à Siam, II, 78.
Chiras, I, 317.
Chirimoya, fruit du Pérou, III, 26.
Christiana, II, 247.
Chypre (tle de ), son état actuel, I, 158.
Cinnola ( canton de), II, 5go.
Bba
, 174. Leur
gouvernement, ibid, Mandarins, 175. Imprimes
rie, 176. Monnoies, ibid: Leur langue, ibid.
Choisy (l'abbé de), son voyage à Siam, II, 78.
Chiras, I, 317.
Chirimoya, fruit du Pérou, III, 26.
Christiana, II, 247.
Chypre (tle de ), son état actuel, I, 158.
Cinnola ( canton de), II, 5go.
Bba --- Page 388 ---
TABLI E
Civette, II, 45. III, 102. Comment on en obtient
le parfun, ibid.
Cochenille II, 568.
Cochia, I, 479Cocotier, I, 481 et suiv.
Cohibri, description de cet oiseau III, 14.
Colima (volcan de), II, 388.
Coliaagon-Soldat. sa description, III, 15.
Gom, 1,-307. Sa mosquée, ibid.
Comores (tles ), III, 74.
Comorin { cap), I, 487.
Coanza (rivière de), III, 167.
Conama, Ou Zambezé rivière de), III, 116:
Conchinchine, II, 126. Loix, ibid. Religion, 127.
Arbre singulier qu'ony trouve; ibid.
Congo (royaume de), III, 69 et suiv. Le mariage
y est peu connu, 170. Sa division,171. Découvert par les Portuguais, 1 172 et suiv. Nature du
pays, 174. Manière. de se.v vétir, 175, 177- Manière de voyager, 176. De se saluer, 177- Com;
merce des Nègres, 182. Loix pénales, 183. Mariages, 184. Sobrieté des Nègres,. 185., Leur ancien culte, ibid. Leurs idoles, ibid. Préjugé sur
le décès de ceux qui meurent, 191. In'y a ni
médecins, > ni chirurgiens, 192. Climat, 193.
Coanecticut province de), II, 298 et suiv.
Constantinople, son origine, I, 234 Sa position et
son commerce, 235. Son intérieur, 237. Ses édi-.
fices et ses curiosités, - 240 et suiv. Le serails, 243. --- Page 389 ---
DES MATIERES
Continens (les) connus se terminent en pointe
III, 359.
Cook (le capitaine), tableau de ses découvertes 9
III, 543 et suiv. , 35r et suiv. Ceque lui doit la
philosophie; 345:
Copalme (le), II, 349.
Corasane (la), 1, 329.
Cordilières (les), III; 25.
Corse ( cap), III, 23r.
Costa-Ricca (province de), II, 406.
Cotatis, I, 231.
Côte d'Or, III, 227. Son étendue, * ibid. Comptoirs qui s'y trouvent, ibid, Portrait des femmes, 233 et suiv. Usages singuliers, 235. Manière de ramasser l'or, 236: L'or est de trois
sortes s 237. Le sel y est une grande branche
de commerce, ibid. Grands arbres qu'on y voit,
238. Fourmis, ibid.
Côte d'Ivoire, woyez Ivoire.
Côte de Poivre; voyez Poivre.
Coué (royaume de), 1I, 195 et suivi
Cuba (ile de), II, 33g.
Culiacam (province de), II, 5go,
Cumana (province de), III, 6. Moeurs de ses peud
ples, ibid et suiv. Sa fertilité, 7. Ses mines d'or,
ibid. Sa population, ibid.
Curdistan (le), I, 259.
Cusco, III, 52.
Cyclades (iles), I, 217.
Poivre.
Coué (royaume de), 1I, 195 et suivi
Cuba (ile de), II, 33g.
Culiacam (province de), II, 5go,
Cumana (province de), III, 6. Moeurs de ses peud
ples, ibid et suiv. Sa fertilité, 7. Ses mines d'or,
ibid. Sa population, ibid.
Curdistan (le), I, 259.
Cusco, III, 52.
Cyclades (iles), I, 217. --- Page 390 ---
T AI B L E
D.
Damar, I, 357.
Damas , I, 166.
Dardanelles (les), I, 2725
Deli, I, 43g.
Delos (grande), ou Rhénia, I, 226.
Delos (tle de), I, 226,
Dervis, I, 453.
Détroit de Lemaire, III, 41.
Détroit de Magellan, III, 41.
Diarbékir, I, 258.
Djurdjan, I, 328.
Diu,1 1, 40g. Sièges que cette ville a soutenues, 3 ibid,
Divrigui, I, 257.
Domingo, (San-), ville de l'ile de Saint-Domingue,
4 II, 412.
Domingue (ile de Saint-), II, 411.Ses habitans, 412:
Sa partie espagnole, ibid. Productions, 413.
Dongale (royaume ), III, 103.
Dongale (ville de), III, 104.
Dramanet, sa population, III, 28g. Son. commerce, ibid.
E.
Ecureuil volant de l'Amérique, II, 298.
Eden (village d'),I, 167.
Egypte, I, 171 et suiv. Ses Pyramides, 173 et suiy:
Ses animaux, 187.
--- Page 391 ---
DES M A TIL R E S.
Egyptiens , leur usage de juger leurs rois après leur
mort, 1,185. Leur culre, 9 ibid. Vêtemens des
Egyptiens- modernes; 186.
Ephèse, I, 271. Son temple, ibid. -
Eider, oiseau de Norwège, II, 247.
Eléphans de Ceylan sont les plus esfimés, 9 I, 477:
Chasse de ces animaux au Mononotapa, III,T16
et suiv.
Eluths (les), II, 203. Leur souverain ou grand
kaa, 205.
Enfans ; plusieurs peuples ont regardé comme un
malheur d'en avoir, II, 7.
Enseté, voyez Ansadé,
Epée, description de ce poisson, II, 5g.
Erable, son sucre, II, 297.
Eries (les), ou peuple des Chats, au Canada, II;
265.
Erix (mont), I, 116,
Esquimaux (les), d'oà leur vint ce nom, II, 253:
De deux sortes, ibid. leur ligure, ibid, Leur habillement, ibid. Leurs yeux-à-neige, ibid.
Etat ecclésiastique, I, 45.
Ethiopie, voyez Abyssinie,
Etna (mont), I, 10. Sa description par le baron
de Riedesel, ibid.
F.
Fakone (lac), II, 18g.
Faucon du Sénégal, manière dont il péche, III, 275.
ce nom, II, 253:
De deux sortes, ibid. leur ligure, ibid, Leur habillement, ibid. Leurs yeux-à-neige, ibid.
Etat ecclésiastique, I, 45.
Ethiopie, voyez Abyssinie,
Etna (mont), I, 10. Sa description par le baron
de Riedesel, ibid.
F.
Fakone (lac), II, 18g.
Faucon du Sénégal, manière dont il péche, III, 275. --- Page 392 ---
T A B L E
Fayal (ile de), III, 319.
Fer (tle de), désigné pour y faire passer le premier
degré du méridien, III, 313.
Fernard Cortez, son portrait, II, 355 I et suiv. Ses
conquêtes, ibid.
Feu (ile de), ou de Saint-Philippe, vogez SaintPhilippe.
Fève de Saint-Ignace, II,41.
Filles, pourquoi on les marie fort jeunes à Bantam,
II, 15.
Fleur du soleil, I, 494.
Florence,1, 321 et suiv. Sa galerie, 122. Ses grands
hommes, 1%7.
Floride (la), II, 357. Sa découverte, ibid, Origine
de son nom > ibid. Moeurs et coutumes des-habitans, ibid.
Folgar, ou bal des Nègres du Sénégal, III, 283
et suiv.
Foulis (royaume des ), III, 285. Son étendue, ibid.
Ses iles , 286. Ses productions, ibid. Grand nombre de singes qu'on y voit, ibid. Couleur et stature du peuple, 287. Leur langage, 291.
Fourmis, leurs nids sur les arbres, II, 105.
France (ile de), III, 68, Sa prospérité est due à de
Labourdonnais, ibid. Tableau qu'il en fait, ibid.
et suiv.
Franklin (portrait de), II, 354 et suiv. Fête dont
il fut l'ordonnateur et l'inventeur, 335.
Fud-Si (miontagne de), I1, 18g.
G. --- Page 393 ---
DES M ATIERES
G.
Gabon (province de), III, 202. Moeurs du peuple;
203 ét suiv.
Gago (royaume de), III, 107.
Galam (royaume de), III, 288. Son étendue, 290:
Galles (nouvelle), II, 63.
Galles (les), peuple de l'Abyssinie, III, 86.
Gambra (rivière de), III, 258.
Garet-Déuis (ile de), II, 58.
Gaspésie, II, 261.
Gate 1 montagnes de ), I, 479.
Gaures, ou Parsis, I. 454.
Genève, la position de cette ville, L, 19; Forme de
son gouveruement, 20. Culte, 21. Loix somptuaires, ibid. Sujette à des troubles, 22,
Gênes (état de), I, 130. Son coromerce ancien et
actuel, ibid et suiv. Sa nobles:e, 131. Forme de
son gouvernement, 132. Sa position, 134.
Géorgie, I, 290 et suiv. Son conmerce, 3 293. Ses
Femmes,. ibid.
Giraffe, description de cet animal, III, 123etsuiy;
Girufle, description de cet arbre, I1, 26.
Gisch, ou Gizé village de), Soupconné étre l'ancienne Memphis, I, 175.
Glaces (observations sur les), des poles, III, 355
et suiv.
Giobe ( tableau du), III, 348. Quelques peuples
ont pensé qu'il avoit été enflanimé; 558. Quels
Tome 111.
Cc
Ses
Femmes,. ibid.
Giraffe, description de cet animal, III, 123etsuiy;
Girufle, description de cet arbre, I1, 26.
Gisch, ou Gizé village de), Soupconné étre l'ancienne Memphis, I, 175.
Glaces (observations sur les), des poles, III, 355
et suiv.
Giobe ( tableau du), III, 348. Quelques peuples
ont pensé qu'il avoit été enflanimé; 558. Quels
Tome 111.
Cc --- Page 394 ---
TABLE
points du globe peuvent servir de refuge aux
hommes contre les déluges, 360 Différens états
parl lesquels il doit avoir passé, 361.
Coa, I, 487 et suiv.
Goaga (royaume de), III, 107.
Golconde (royaume de), I, 459 et suiv. Ses mines
de diamans, 462.Sesautres pierres précieuses, 463.
Gomme du Sénégal, III, 281.
Gourom (ville et port de), I, 408.
Gorée (ile de), sa situation et son étendue, III,
268. Son climat, 269. Son commerce d'esclaves, ibid. La mer y est poissonneuse, 271. Manière de faire la péche, ibid.
Graén, I, 491..
Grafton (ile, de), II, 62.
Grecs modernes, leur habillement, I, 228.
Grenade I I ville de), au Mexique, II, 405.
I
Grenade,II1, 12.
Crenade ( province de la nouvelle), III, 13.
Groenland, 11, 248 et suiy. Sa division, 251:
Guaham (ile de), 1I, 47Guatimala (audience de); II, 403.
Guatimosin, II, 362 et suiv.
Guaxaca, II, 371.
Cuérakia, ou sensilive épinense du Sénégal,1I1,295.
Guiane (la), II, 445. Sa division, 417. Ses peuplades, ibid.
Guinée (nouvelle), II, 54 et suiv. Sa position,
ibid. Poules de ce pays, 55.
Guillaume (ile du roi), II, 56. --- Page 395 ---
DES M A' TIE R ES.
H.
Han-Yang-Fou (ile de), II, 128. Ses productions;
ibid.
Harengs, leurs migrations, II, 249. Leur pèche,
250.
Hartfort, II, 294.
Havane (la), II, 33g. Description de cette ville,
ibid.
Hay-Nan (province de), II, 160.
Herat, I, 329.
Herbe du Paraguay, III, 47.
Herculanum, I, 1O1. Les antiquités et manuscrits
qu'on y a trouvés, 102.
Héribat, I, 435.
Hippopotame, I, 187; III, 97.
Hollande (nouvelle), II, 63 et suiv.
Hollandois, histoire de leurs établissemens dans les
Indes, II, 7 et suiv.
-
Homère, description de sés ouvrages par l'abbé
Barthelmy, , I, 229.
Homme des bois, sa description, II, 19.
Homme marin (poisson appelé ), I, 376.
Ho-Nan (province de), II, 160.
Hottentots, étymologie de ce nom, III, 142. Distingués en différentes peuplades, ibid., Leur physique, 144- Occupations de leurs femmes, ibid.
Mets dont ils doivent s'abstenir, 145. Habillement, 146. Coquetterie de leurs femmes, 147.
Cc2
elmy, , I, 229.
Homme des bois, sa description, II, 19.
Homme marin (poisson appelé ), I, 376.
Ho-Nan (province de), II, 160.
Hottentots, étymologie de ce nom, III, 142. Distingués en différentes peuplades, ibid., Leur physique, 144- Occupations de leurs femmes, ibid.
Mets dont ils doivent s'abstenir, 145. Habillement, 146. Coquetterie de leurs femmes, 147.
Cc2 --- Page 396 ---
T ABL E
Leurs logemens, ibid: Sont bergers de profes:
sion, 148. Bêtes sauvages, ibid. Caractère des
Hotientots, 149. Leur respect pour les morts, 2
ibid. Leurs vices 1 150. Cérémonies qui s'observent à l'emputation d'un testicule, 151. Celles de
leurs mariages, 152. Pratiquent la polygamie 2
ibid. N'ont point de culte, 153. Leurs danses périodiques, ibid. Honorent le souvenir des grands
honimes, 154. Sont hospitaliers, ibid.
Hoval (royaume de ), son roi porte le titre de
brak 3 qui signife roi des rois, III, 280. Canton
appelé le Désert, ibid. Son commerce,' 281. Sà
gomme, ibid.
Hudson 1e détroit d'): II, 254. Sa baie, ibid. Son
commerce, 255.
Huiires attachées aux branches des mangliers sur
la côte du Sénégal, III, 272.
Hurone (langue), II, 267.
Huro:is, li, 272. Leurs moeurs et leurs usages sont
les mêmes que ceux des Iroquois, ibid. Leur véritable nom, 273.
J.
Jaci_(village de), I, 108.
Jaggas (les), III, 123. Leurs femmes, ibid. Parure
du Kassangi ou Grand-Jagga, 129. Immolent
des enfans à leurs dieux, 130. Leurs funérailles barbares, ibid.
Jalofs, ou Oualofs (les); III, 261. Vendent leurs --- Page 397 ---
DES M A TIEI RES.
parens et leurs amis , 252. Aventure à ce sujet,
ibid. Leurl langage, 291.
Jamaique ( ile de la), II, 341. Son histoire, ibid
et suiv. Ses productions, 343 et suiv. Sa division,
346.
James-Town, II, 3ro,
Japon (royaume de) ), II, 180 et suiv. Ses trois religions, 181 et suiv. Son histoire, 182. Ses postes
réglées, et manière de voyager, 183. Productions
naturelles, 192. Tremblemens de terre, 193. Son
étendue, ibid.
Japonois, leur figure et caractère, II, 184: Leurs
loix pénables, 185; 191. Leurs spectacles, 186.
Leurs funérailles, 18g. Leur point d'honneur,
192. Leur écriture, 195. Leur langue, ibid.
Java (iles de), leur position, II, 5. Connues des
anciens, 6.
Java (la grande.), II, 6. Sa division, ibid.
Jédo, II, 190. Sa population, ibid. Sa. position,
ibid. Palais de l'empereur, 191;
Jehannabat, I, 440.
Jérusalem, I, 395. Ses édifices et curiosités, ibid.
Jésuites, leurétablissement et. leur conduite louable
au Paraguay, III,. 48, 50 et suiv.
Iles flottantes du lac Mexico, II, 3g1.
Illinois (les), 1, 350.
Imirette (royaume d'), I, 291.
Indios bravos, voleurs du Mexique, II, 389, et
III, 13.
Ingherbel, III, 280.
Jérusalem, I, 395. Ses édifices et curiosités, ibid.
Jésuites, leurétablissement et. leur conduite louable
au Paraguay, III,. 48, 50 et suiv.
Iles flottantes du lac Mexico, II, 3g1.
Illinois (les), 1, 350.
Imirette (royaume d'), I, 291.
Indios bravos, voleurs du Mexique, II, 389, et
III, 13.
Ingherbel, III, 280. --- Page 398 ---
Sgo
TABL E
Ingrie (province d'), II, 242.
Irmas (les iles), ou les Sept-Sceurs, III, 74.
Iroquois, II, 268 et suiv. Leurs moeurs, vêtemens,
etc., 270.
Isini (royaume d'), III, 240.
Islande, II, 248. Ses villes, ibid,
Islandois, leur figure, II, 248.
Ispahan, I, 308 et suiv. Sa position et sa grandeur,
30g. Fête qu'on y célèbre, ibid. Palais des sophis,
3ro. Ses mosquées, 319, 372. Marché impérial 2
320. Son bazard, ibid. Ses caravenserais, 321.
Ses bains, s 322. Ses cafés, ibid. Sa tour des Cornes, ibid. Son cours; ibid. Son pont, 323. Ses
rues et ses maisons, 324.
Ismi, ou Nicomédie, I, 255.
Italie, coup-d'oeil général sur ce pays, I, 135 et
suiv.
Judée, ou Palestine, I, 395 et suiv.
Juida (royaume de), III, 214 et suiv. Beauté du
pays, 215, Sa division, ibid. Palais du roi, 216.
Ses femmes, ibid. Manière de vivre; 517. Monnoies, ibid. Figure, caractère et moeurs des Negres de Juida, 218. Intempérance des femmes;
219. Grand nombre d'enfans, 220. Divinité du
pays, ibid. Culte qu'on lui rend, ibid et suiv.
Ordre de succession des rois, 224. Ce qui s'observe à leurs funérailles, 225. Révolutions auxquelles ce pays a été sujet, 226,
Ivoire (la côte d'), III, 240 et suiy. --- Page 399 ---
DES M ATIERES
5g1
K.
Kakongo (province de), III, 201:
Kalmouck, II, 202 et suiv.
Kamtschatka (le ) confondu avec la terre d'Yesso,
II, 193. Sa position, 194.
Karazam (royaume de), II, 206.
Karder, ou conversation des Nègres du Sénégal,
III,83.
Kéras (le rocher), I, 211.
Kettelu, arbre de Ceylan, I, 476.
Kiabé (le), ou la maison céleste de la Mecque, I,
568,
Kiang (rivière de), II, 164.
Kiang-Nan (province), II, 150.
Kibic, voiture russe. 3 II, 15g.
Kiebban (bourg et mine de), I, 258.
Kierbiouk, I, 2fio.
Kirman Chah, I, 326.
Kokura, II, 186.
Kompas (les), III, 141:
Kur (lleuve), I, 292.
Kurilski (pays des), par qui habité, II, 194:
L.
Labrador (côte de), II, 257.
Lac Moéris, I, 177.
Lacédémone, son ancien gouyernement, I, 1921
Ses antiquités, 202.
258.
Kierbiouk, I, 2fio.
Kirman Chah, I, 326.
Kokura, II, 186.
Kompas (les), III, 141:
Kur (lleuve), I, 292.
Kurilski (pays des), par qui habité, II, 194:
L.
Labrador (côte de), II, 257.
Lac Moéris, I, 177.
Lacédémone, son ancien gouyernement, I, 1921
Ses antiquités, 202. --- Page 400 ---
3g2
T A B L E
Laguna, sa position, III, 318.
Lahor, I, 442. Chasse qui s'y fait par l'empereur;
443.
Lama (le grand), II, 117.
Lama, description de cet animal, III, 60.
Langlès (le cit.), son discours sur les langues orientales cité, I, 344.
Laponic, II, 244. Sa division, ibid.
Lapons, leur vie errante, Il, 245. Leurs maisons 9
ibid. Leur figure, ibid. Leurs moeurs, ibid. et
suiv.
Lassa, II, 114.
*
Laurent (fleuve de Saint-), II, 263 et suiv. Phénomène singulier d'un de ses lacs, 264.
Leith et Samar ( iles de), II, 41.
Lé-Kion (ile de), II, 178.
Léna, (rivière de), II, 216.
Léogane, II, 411.
Léon (ville de) II, 405.
Lézard d'eau de Siam, sa morsure cause la mort,
II, 107.
Li-chi, fruit de Ia Chine, II, 165.
Liébo, arbre, qui porte de la laine, III, 26.
Lion, description de cet animal, III, 248 et suiv,
Lion marin, III, 35.
Loanda (ile de), III, 164. Sa description, ibid.
Excès des Mulâtres qui s'y trouvent 165. Espèce
de luxe qui y règne, 166. Etendue de l'ile et ses
productions, 167. Singulariré de l'eau qu'ony
trouve en creusant la terre, ibid.
Loango, --- Page 401 ---
DES M A TI E RES.
Loango, III, 195. Comment bâtie, ibid. Respect
qu'on y porte au roi, 196. Cérémonies des fêtes
solemnelles, 197. Loix pénales, ibid. Epreuve du
bonda, ce que c'est, 198. Troupes; 199. Culte,
ibid, Moeurs du peuple, ibid. et suiv. La polygamie y est établie, 20r.
Lopez de Gonzalyo (cap de), III, 201.
Louis (le fort), de la Mobile, II, 35r.
Louisiane (la), II, 547. Prise de possession de cette
ile, ibid. Ses cyprières et autres forêts, 349. Son
climat, 352. Ses productions, ibid.
Lucayes (iles), II, 338.
Lucques (république de), I, 128. Sa population; 3
ibid. Son gouvernement, ibid.
Lynx de l'Amérique,1I1, 56.
M.
Macao, II, 128, 129.
Macassar (ile de), ou de Célèbes, II, 21 et suiv:
Macasser ( ville de), II, 21.
Macham, , animal quitient du tigre et du lion , I1;18,
Macis, ou Aleur de muscade, II, 30.
Madagascar (ile de), III, 63. Sa population, ibid:
Usage cruel des habitans, 64. Castes, ibid Femmes, ibid. La circoncision y est en usage, 2 ibid.
Animaux domestiques et autres productions, 65.
La langue madecasse est très-abondante, 66. Manière dont on y fait le papier, ibid. Ecriture, itid
et 67.
Tome 11I.
Dd
1;18,
Macis, ou Aleur de muscade, II, 30.
Madagascar (ile de), III, 63. Sa population, ibid:
Usage cruel des habitans, 64. Castes, ibid Femmes, ibid. La circoncision y est en usage, 2 ibid.
Animaux domestiques et autres productions, 65.
La langue madecasse est très-abondante, 66. Manière dont on y fait le papier, ibid. Ecriture, itid
et 67.
Tome 11I.
Dd --- Page 402 ---
T A BL E
Madère (ile de);III, 519.
Madras, I,4 465.
Madure (ile de), II, 18.
Magellan, sa découverte des iles Molucques, III;
57 et suiv. Détroit qui porte son nom, 3 3g.
Magnésie, I, 26g.
Mahomet, portrait de cet imposteur, I, 351. Ses
successeurs, 352. Son tombeau à Médine, 371
et suiv.
Mai (ile de), III, 264.
Maison céleste, ou Kiabé, à la Mecque, I, 368.
Makaton (le grand), ornement des Nègres, III,270.
Makaya (village de), III, 5 275.
Malabar (le),I, 477. Ses provinces, 478. Ses pro:
ductions et animaux, 481 et suiv.
Malacca, II, 112.
Malaguette (côte de), voyez côte de Poivre.
Maldingues > ou Maldingos (les), III, 25g. Leur
manière de saluer, ibid. Leurs guiriots 7 ibid:
Leurs marabouts, 260. Leuridole Mumb-Jumbo;
ibid. Femmes du roi destinées à le chatouiller,
261. Hydromel qu'ils font avec du miel, ibid.
Leur langue, 291.
Maldives (iles), I, 492. Origine de ce nom,-493:
Leur histoire, ibid.
Malthe (ile de), I, 115.
Manille (ile et ville de), II, 56 et suiv. Castes des
habitans, 57. Ses proyinces, 3g.
Manioc, sa culture, II, 416.
Manne du ciel(gommeappelée par les Arabes),1,576. --- Page 403 ---
DE ES M A TI E R E S.
Mantaca (le), ou massacre de boeufs, au Paraguay,
III, 46.
Manzuel, I,375.
Maracates (les ),1 III, 84.
Maracaybo, III, 7
Maragnan (capitanie de); III, 58.
Marant, I, 300.
Marates (les), I, 467.
Marbre (ile de) ), II, 254.
Mardin, I, 259.
Mariannes (iles),I, 46. Leurs différens noms, 3 ibid
et suiv. Cérémonies funèbres qui s'y observent,
49. Caractère, moeurs et usages de leurs habitans, ibid et suiv. Leur navigation, 50. Leur politesse, 52. Productions du pays, 53.
Maroc (empire de), Son étendue, III, 30g. Sa
pauvreté, ibid. Qualité du terroir, ibid. Ses mines d'or, d'argent et de cuivre, 310. Son commerce, ibid et suiv. Son état de guerre, 311.Sa
flotte, 312.
Maryland (province de), II, 307.
Maskate, ou Mascate, I, 363 et suiv.
Massachuset (province de), II, 277 et suiv. Ses
mines, 287.
Massapa (bourg de ), sa mine d'or, III, 120.
Mataram (royaume et ville de), II, 16.
Mazendéram, ou Tabéristan, I, 328.
Méaco, I, 187. C'est le magasin général de tout
le Japon, 188. Ses pagodes, ibid. Ses jardins 7
ibid,
Ddz
Maskate, ou Mascate, I, 363 et suiv.
Massachuset (province de), II, 277 et suiv. Ses
mines, 287.
Massapa (bourg de ), sa mine d'or, III, 120.
Mataram (royaume et ville de), II, 16.
Mazendéram, ou Tabéristan, I, 328.
Méaco, I, 187. C'est le magasin général de tout
le Japon, 188. Ses pagodes, ibid. Ses jardins 7
ibid,
Ddz --- Page 404 ---
TABL E
Méchoacan (province de), II, 587. Ses produc:
tions, ibid. Plante fameuse de ce nom, 388.
Mecque (la), I, 368 Ses caravanes, 570.
Médie (la), I, 298 et suiv.
Médine, I, 371. Tombeau de Mahomet, ibid.
Mégara (jour de), I, 263.
Méliapour, I, 465.
Mélinde (ile dé), III, 78.
Ménan (fleuive), II, 70.
Méron, I, 32g.
Métam, II, 104.
Méta-palo, arbre du Pérou, III, 26.
Metelin (ile de), autrefois Lesbos, I, 226.
Metle, plante du Mexique, II, 380. Ses propriétés, ibid.
Mexicains, funérailles de leurs rois, II, 360. Leurs
idoles, 364 et suiv. Leurs ouvrages en plumes 2
375. Origine de leur nom, 381. Leur gouyernemeut, ibid. Leurs amusemens, 383. Leurs écoz
les, 384. Leur ligure, ibid. Leur parure, ibid.
Mexico, singularités de son lac, II, 5gr et suiv.
Mexico (ancienne ville de), sa description, II, 394
et suiv.
Méxique, II, 353. Sa découverte, ibid et suiv. Funérailles des souverains,560 et suiv. Productions,
568 et suiv. Ses mines, 372. Animaux, ibid et
suiv. Oiseaux, 374. Fruits, 5,6. Antiquités, 385
et suiv. Crand nombre d'églises qu'on y trouye 2
5go.
Milan, I, 28. --- Page 405 ---
DES M A T I i R ES.
Mindanao (ile et ville), II, 53 et suiv.
Mingrelie, I, 295 et suiv.
Mississipi (Aeuve du), II, 349.
Missouris (les), II, 35r.
Mistra, I, 190.
Mocomoco (fort anglois de), I, 497.
Mogol, ou Indostan, I, 416 et suiv. Son histoire ;
417 et suiv. Ses revenus, 441. Ses éléphans, 446.
Musique, 447. Ses provinces, , 448 et-suiv. Moeurs
et usages, 449 et suiv.
Moines (origine des), I, 141 et suiv.
Moka, I, 356.
Molucques (iles), II, 24 et suiv.
Monfia (ile de), III, 78.
Mongols, II, 201. Leur caractère ét leurs moeurs; 5
203. Leur grand - prêtre appelé khoutouktou,
ibid.
Monmouth (tle de), II, 62.
Monomotopa, III, 112. Fausse idée que les voyageurs donnent du palais de l'empereur, ibid et
suiv. Cérémonies en usage à la cour, 113. Quel
pays le Monomotopa renferme, 1 114. Division
de ce pays, 119. Figure de ses habitans, 122.
Animaux qu'on y trouve, 123. Observations sur
l'intérieur des terres, 126, Remarques générales
sur ce pays, 13r.
Mont-Anti-Liban, I, 167:
Mont-Cénis, I, 26.
Mont-Liban, I,, 167.
Mont-Oreb, I, 366.
émonies en usage à la cour, 113. Quel
pays le Monomotopa renferme, 1 114. Division
de ce pays, 119. Figure de ses habitans, 122.
Animaux qu'on y trouve, 123. Observations sur
l'intérieur des terres, 126, Remarques générales
sur ce pays, 13r.
Mont-Anti-Liban, I, 167:
Mont-Cénis, I, 26.
Mont-Liban, I,, 167.
Mont-Oreb, I, 366. --- Page 406 ---
TABLE
Mont-Sinai, I, 366.
Montaghe Maudite, I, 25. Coquillages qu'on y
trouve et lac placé sur son sommet, ibid.
Montagne de la Table au cap de Bonne-Espérance,
III, 135 et suiv.
Montbasa (ile de), III, 78.
Monte-Video, III, 44.
Morfil, ce que c'est, III, 28g.
Mortodes, ou perles fausses, III, 270.
Moscow, II, 238. Fête qu'on y donne sur la glace;
ibid.
Mosquites (les), II, 404Mosul, I, 260.
Mouab, ou Moab, I, 358.
Moyamba, III, 201.
Mozambique (ile de), III, 75. Port de rafraichissement, ibid. Sa population, 76.
Mugden (province et ville de), II, 197Murex des anciens, coquillage qui produit le pourpre, III, 16.
Muscadier, description de cet arbre, II, 30.
Myrrhe, arbre qui le produit, I, 374.
N.
Nagansaqui, II, 181 et suiv.
Nan-King, II, r51. Sa tour de porcelaine, ibid.
Nantucket (ile de), tableau qu'en fait l'auteur des
Lettres d'un Cultivatcur Américain, II, 324, 330.
Lcs femmes y sont très-fécondes, 328. --- Page 407 ---
DES M ATIERES.
5gg
Naples, I, 82 et suiv. Sa position, S4 et suiv. Ses
édifices, 88 et suiv. Lazzorani, 91. Opéra, 95.
Ses grands hommes, 94. Ses moines, 95 et suiva
Son golfe, 96.
Natchès (les), II, 548.
Naturalisation des productions et végétations étrangères en France dépendent t des soins du gouvernement, III, 338. Exemples qu'on en a, 339 et suiv.
Nature. C'est sur la cime des montagnes qu'on en
sent toute la puissance, I, 24.
Nayigateurs célèbres à qui on doit les grandes découvertes, III, 342 et suiv.
Négapatan, I, 468.
Négritie (la), III, 105 et suiv. Sa position, ibid:
Son ancien état, ibid. et suiv.
Négus, titre du roi d'Abyssinie, III, 88.
New-York (province de); II, 298 et suiv.
Niagara (cascade ou saut de), II, 266,
Nicaragua (province de), II, 404. Son lac, 405.
Nil, ses cataractes, I, 184. Diverses idées sur la
source de ce fleuve, III, 95.
Ningrat, II, 16 et 17.
Nixapa, II, 367.
Nokto, quel oiseau c'est, II, ro6.
Noms orientaux fort défigurés par les voyageurs, I,
306.
Norwège, II, 246 et suiv. Son étendue, 247.
Norwégiens > leur figure et leur caractère, II, 147-
, 405.
Nil, ses cataractes, I, 184. Diverses idées sur la
source de ce fleuve, III, 95.
Ningrat, II, 16 et 17.
Nixapa, II, 367.
Nokto, quel oiseau c'est, II, ro6.
Noms orientaux fort défigurés par les voyageurs, I,
306.
Norwège, II, 246 et suiv. Son étendue, 247.
Norwégiens > leur figure et leur caractère, II, 147- --- Page 408 ---
TA B1 L E
O.
Odovara; ses fabriques, II, 18g.
Oiseau-mouche, II, 2g8.
Olibato (rivièré d'), III, 202.
Omagnas (les), III, 58.
Oman (pays d'), I, 363.
Opium, effets de cette plante, II, 22
Or (manière d'extraire P), III, 32.
Orléans (nouvelle ), II, 348.
Ormus, I, 405 et suiv. Son commerce ibid. Sa situation, 406.
Osur (mine d'), III, 120.
Otomies (les), II, 388.
Ouycou, manière dont se. fait cette boisson, II,
416,
P.
Pagali, ce que c'est, II, 34.
Pain de singe (arbre du), sa grosseur extraordinaire, III, 293 et suiv.
Palerme, I, 115. Le Marino, 117.
Palestine, 2 I, 366 et suiv.
Palme, ses maisons et sa population, III, 318.
Palmier, description de cet arbre, II, 416 et suiv.
III, 128. Vin qu'on en tire, ibid et 246.
Palmyre (ruines de), I, 167 et suiv. Hommes illus.
tres que cette ville a fournis, 170.
Panama, --- Page 409 ---
D ES M A' TIERES
Panama, II, 408. Origine de ce nom , ibid. Son
commerce, 40g. Sa pêche de perles, ibid.
Pango (province et ville de), III, 192. Ses mines
d'or, de porphyre, etc.. 3 rg3.
Panuco, II, 38g.
Papes, tableau général de leurs crimes, I, 137 et
suiv.
Paragua (ile de), II, 40.
Paraguay, sa division, III, 45. Caractère des Indiens, 46. Ses richesses, ibid et suiv. Meurs des
peuples, 48. Ce qu'il offre de plus intéressant,
49 et suiv.
Parme, I, 3r.
Paros (ile de), ses antiquités, I, 219Parsis, ou Gaures (les), I, 434.
Parthide (la), I, 305.
Patagons, observations sur leur stature, III, 38:
Patane, II, 113,
Pavie, I, 29.
Pausipille, I, 95.
Peinture (écoles de), I, 150 et suiv.
Pégu (royaume de), II, 114.
Péking, II, 166. Palais de l'empereur, ibid et suiv!
Ses autres édifices, 16g. Son étendue, ibid,
Pélican, description de cet oiseau, III, 302. A
Pemba (ile de), III, 78.
Pentong, ou cuivre de la Chine, II, 163,
Persans, leurs usages, loix, moeurs et caractère,
I, 331. Leur habillement, 332. Leurs arts et
sciences, 537. Leur religion, 341.
Tome 111,
Ee
, ibid et suiv!
Ses autres édifices, 16g. Son étendue, ibid,
Pélican, description de cet oiseau, III, 302. A
Pemba (ile de), III, 78.
Pentong, ou cuivre de la Chine, II, 163,
Persans, leurs usages, loix, moeurs et caractère,
I, 331. Leur habillement, 332. Leurs arts et
sciences, 537. Leur religion, 341.
Tome 111,
Ee --- Page 410 ---
T A 2e BLE E
Perse, I, 302 et suiv. Son opulence, 321. Ses ara
bres et plantes, 324. Ses mines de turquoises 5
ibid. Ses spectacles, 328. Son gouvernement,
538. Ses forces militaires, 541.
Persépolis (ruines de), I, 512 et suiv.
Pérou (le), III, 5. Sa conquête, 17. Son ancien
gouvernement, 19. Arts qu'on y exerçoit, 21 et
suiv.
Peste, peu à craindre à Constantinople, I, 264.
Pétain, I, 425.
Pétersbourg (Saint-), II, 240 et suiv.
Pétoncles (ile des), II, 56.
Pétra, I, 375.
Philadelphie, 1I, 303. Sa situation, ibid. Sa description, ibid et suiv.
Philippines (iles), II, 33. Leur fertilité, 43. Leurs
productions, 45:
Pic (ile du), III, 319.
Pic d'Adam, I, 470.
Pic de Ténériffe, III, 316.
Pichincha, le sommet le plus élevé des Cordilières,
III, 27 etsuiv.
Piémont (le),1, 27.
Piment (arbre du), II, 344.
Plaisance, I, 29.
Plante mélancolique, I, 494:
Plata (embouchure de la), III, 44:
Pointe-Coupée (la), II, 349.
Poisson-femme, ou drouyon, II, 45.
Poisson-yolant, III, 303. --- Page 411 ---
DI E S M A T I E RE S.
Poivre (plante du ), III, 243.
Pondicheri, I, 466.
Ponts de Liane, III, 30.
Popayan (province de), III, 15.
Portici, I, 50.
Port-Royal de la Jamaique, II, 346.
Porto-Belo, III, 9. Son commerce, IO. Sa foires
ibid. Son climat, ibid. Sa population, 11. Ses
productions) ibid.
Potosi (le), III, 33. Sa population, ibid: Ses mines, ibid.
Poule d'or de la Chine, II, 160.
Prince-Town, II, 302.
Providence (la), II, 290. Sa position; ibid,
Prusse, I, 265.
Q.
Quakres, leur culte, II, 28r.
Quan, titre de magistrat à la Chine, II, 175.
Quang-Tchéou, ou la ville de Canton, U, 127.
Quaquas (les), III, 241.
Quayaquil, ou Guayaquil, III, 18. Sa population;
ibid. Inscription latine qu'on y voit, ibid.
Québec, II, 261. Son port, ibid. Sa position, 262.
Sa division, ibid.
Quélénés (montagnes de); II, 400.
Quérimba (ile de), III, 77.
Quiloa (ile de), III, 77.
Quito, III, 27 et suiv. Ses places et ses édifiEez
Quaquas (les), III, 241.
Quayaquil, ou Guayaquil, III, 18. Sa population;
ibid. Inscription latine qu'on y voit, ibid.
Québec, II, 261. Son port, ibid. Sa position, 262.
Sa division, ibid.
Quélénés (montagnes de); II, 400.
Quérimba (ile de), III, 77.
Quiloa (ile de), III, 77.
Quito, III, 27 et suiv. Ses places et ses édifiEez --- Page 412 ---
TABLE
ees, 28 et suiv. Sa population, 29. Son climat, ibid.
Quojas (les), III, 244. Leur incontinence, ibid,
Leurs saints appélés Jananains, ibid.
R.
Ramasam, ou carème des Turcs, manière dont on
en fait. l'ouverture, I, 237. Comment on observe
ce jeune, 25g.
Reine des fleurs, ou rose de la Chine, II, 161: -
Requin, description de ce poisson, III, 299 et suiv.
Resched, I, 328.
Rey, I, 306.
Rlodes, I; 212, Son colosse, 213. Ses chevalier's,
a
214.
Ribiera-Grande, ou Sanlango, III, 264.
Rio-Formosa,- III, 206.
Rio-Grande, voyez Gambra.
Rome, I, 49 et suiv. Capitole, 53. Champ-deMars, 56. Panthéon, ibid. Amphithéatre de Vespasien, 57. Théâtre de Marcellus, 59. Tombeau
d'Auguste, ibid. Thermes, 6o. Cirque de Caracalia, ibid. Cirque de Flore, 61. Obélisques,
62. Fontaines et aqueducs, 63. Colones, 65. Pla.
ces, 66. Porte du Peuple, 68. Eglise de SaintPierre, 6g. Palais pontifical, 77. Villa, 79. Opéra, So, Etat de l'agriculture aux environs de Rome, , 81. Etat de l'ancienne Rome, et son gour
vernement, 146 et suiy. --- Page 413 ---
DES M A TIE R ES.
Rufisco, ou Rio-Frisco (rivière de), III, 266. Situation de cette ville, ibid. Maisons, ibid. Meurs du
peuple, ibid.
Russe, étymologie de ce nom, II, 220.
Russie, histoire de ce royaume et de ses révolutions;
II, 220 et suiv. Remarques générales sur ce pays;
242.
S.
Sabuda (ile de), II, 56.
Sady (tombeau du poéte ), I, 318.
Sagu, description de cet arbre, II, 26.
Saint-André (rivière de), III, 241. Art de tremper
le fer et l'acier connu des Nègres de Sestre,ilid.
Productions du terroir, 243.
Sainte-Hélène. (ile et fort de); III, 63.
Saint-Louis (ile de ), au Sénégal, III, 276, 278;
et suiv. Manière de vivre des Nègres, 279.
Saint-Paul ( vallée de), au Mexique, II, 400.
Saint-Philippe (ile de), ou de Feu, III, 264. Son
volcan, ibid.
Saint-Philippe. au Brésil, III, 58.
Sakkara, I, 18r. Son commerce de momies, itid.
Labyrinthe des oiseaux, ibid.
Salève (mont), I, 24.
Salé (hèvre de), à Maroc, III, 311.
Samar et Leith (i iles de) ), II, 41.
Samarcande, II, 207.
Sanaa, II, 558.
ile de), ou de Feu, III, 264. Son
volcan, ibid.
Saint-Philippe. au Brésil, III, 58.
Sakkara, I, 18r. Son commerce de momies, itid.
Labyrinthe des oiseaux, ibid.
Salève (mont), I, 24.
Salé (hèvre de), à Maroc, III, 311.
Samar et Leith (i iles de) ), II, 41.
Samarcande, II, 207.
Sanaa, II, 558. --- Page 414 ---
406 a
T A B L E
Sang de dragon (arbre qui produit le), III, 318.
San-Salvador, III, 171.
Sanssoufé, oiseau du Mexique, II, 375.
San-Van-Hab (montagne. de), II, 149.
San-Yago (ile du cap Vert), III, 263.
San-Yago, ou Spanish-Town, II, 347.
Sarà (désert de), III, 108 et suiv.
Sardes, I, 268.
Sauvages (idée générale des peuples), III, 143 5
336 et suiv.
Savoie (la), I, 23,
Sénégal (royaume de), III, 255. Manière dont on
y bàtit, ibid. Jalousie des hommes, ibid. Audience d'un des rois, 256. Manière de faire au
roi des dons du bien d'autrui, ibid. Ses côtes
poissonneuses 2 271. Pêche, 2 ibid. Sauterelles,
272.
Sénegal (fleuve du), III, 276.
Sennar (royaume de), ou la Nubie, III, IO1 et
suiv. Bas prix des vivres, ibid, et des esclaves,
102, Son commerce, 103.
Sennar (ville de), en Nubie, III, 101.
Serpent morstrueux que rencontre l'auteur au
Congo, 1I1,179 et suiv. Manière dont ces serpens
fontla chasse, 180.
Serrères (les ), nation indépendante du cap Vert,
III, 267 et suiv.
Sestre (rivière de), III, 242.
Siam, (royaume de), I,71 et suiv. Sa position 2
ibid, Son'] histoire et ses révolutions, 73. Ambas:
(ville de), en Nubie, III, 101.
Serpent morstrueux que rencontre l'auteur au
Congo, 1I1,179 et suiv. Manière dont ces serpens
fontla chasse, 180.
Serrères (les ), nation indépendante du cap Vert,
III, 267 et suiv.
Sestre (rivière de), III, 242.
Siam, (royaume de), I,71 et suiv. Sa position 2
ibid, Son'] histoire et ses révolutions, 73. Ambas: --- Page 415 ---
DI ES M A TIERES.
sade qu'y envoit Louis XIV, 78. Ses rois, 90.1
Funérailles, ibid. Manière de vivre, 91. Palanquins et parasols, 95.. Maisons, 96. Meubles,
ibid, Vétement, ibid. Castes , 98. Justice criminelle, ibid. Forces militaires, 99. Commerce,
100. Arts et lettres, 10r. Langue, ibid. Noms des 3
villes, 105. Réception d'un ambassadeur à la cour
de Siam, 108. Cérémonies de l'ouverture du labourage, 109. Caractère du peuple, ibid. Climat
et productions, I1I.
Siam (ville de), II, 82 et suiv. Palais du roi, 84:
Pagodes, 85. Pyramide qui. se 2 voit hors de la
ville, go.
Sibérie, II, 214 et suiv. Réflexions générales sur
ce pays, 217.
Sicile, I, 105 et suiv. Beauté des femmes de ce
pays, 116,
Sidon, I, 401.
Sienne, I, 120. Sa cathédrale, 2 ibid.
Sierra-Léona (rivière de), III, 244. Origine de ce
nom, 248. Animaux qu'on y trouve, ibid,
Sigistan (le); patrie du fameux Rustan, I, 330.
Sindrimal , fleur de l'ile de Ceylan, I, 473.
Si-Ngan, II, 2 161.
Sivas, I, 257.
Smyrne, , I, 26g et suiv.
Sofala, III, 120. Sa population, ibid.
Soko, III, 228.
Sologo (ile de), coutume singulière qui y a lieu,
II, 28. --- Page 416 ---
TABLE
Solons (les), II, 200.
Sommono-Codom, II, 110.
Songo (province), III, 189. Industrie des Nègres,
ibid. Productions du pays, 190. Habillement du
peuple, ibid.
Spanish-Town, ou San-Yago, II, 347.
Spitzberg, ses dén ominations, II, 252, Sa position;
ibid. Sa découverte, ibid.
Suaquen, I, 403.
Sud (mer du), nombre infini de ses iles, III, 35 et
56, Recherches des Navigateurs pour y arriverde
la mer du Nord, 37 et suiv.
Suez, I, 402.
Sumatra (lle de), I, 495 et suiv.
Sundi (province de), III, 191.
Surate, I, 410 et suiv.
Suze, I, 327.
Syracuse, I, 113. Oreille de Dénis, ibids
Syrie, son climat, I, 163 et suiv.
T.
Tabasco, II, 402;
Taberistan, ou Mazendéran, I, 328.
Tagaris, III, 109.
Tage (le), I, 357.
Taguan, II, 43.
Taiti (ile de), III, 36. Tableau qu'en a fait le capitaine Cook, 545.
TaiWan (ile de), II, 179Talipot,
.
Syracuse, I, 113. Oreille de Dénis, ibids
Syrie, son climat, I, 163 et suiv.
T.
Tabasco, II, 402;
Taberistan, ou Mazendéran, I, 328.
Tagaris, III, 109.
Tage (le), I, 357.
Taguan, II, 43.
Taiti (ile de), III, 36. Tableau qu'en a fait le capitaine Cook, 545.
TaiWan (ile de), II, 179Talipot, --- Page 417 ---
D E S M A T I E R E S.
Talipot, arbre de Ceylan, I, 474 et: suiv.
Talopins, II; 81, 91, 93.
Tamarin, description de cet arbre, III; 291:
Taormina, I, 106. Son ancien théâtre, ibid:
Taramira,-I I, 327.
Tartares-Manchéoux, origine de ce peuple, II, 197
et suiv. Leur langue, 201. Leurs dispersions et
conquêtes, 210 et suiv. Leurs différentes tribus,
213.
Tartarie, son étendue, II, 198. Description des
peuples qui l'habitent, ibid et suiv. Anciens monumens qu'on y trouve, 204 et suiv. Les arts et
les sciences ont existé anciennement sur le plateau
de la Tartarie, III, 558, 362. Auteurs qui viennent à l'appui de ce sentiment, 364.
Tauris, I, 299.
Tavon, description de cet oiseau, II, 43 et suiv.
Tchainat, II, 103.
Tempête description d'une) qu'essuie l'auteur,
III, 320 et suiv.
Ténédos (ile de), I, 227.
Ténériffe (ile de), sa position, III, 315. Ses vins
et ses autres productions, ibid. Culture et façon
qu'on y donne aux vignes, 316. Son pic, ibid et
suiv. Ses ports, 319.
Tercère (1le), III, 320
Ternate (ile de), II, 24. Son volcan, ibid.
Terre de Feu, III, 40.
Terre-Ferme, découverte par Colomb, III, 5. Son
climat, r3.
Tome 111,
Ff --- Page 418 ---
TABLE
Terre-Neuye, sa découverte, II, 256. Sa position
et son étendue, 257. Sa péche, ibid.
Tesuco, II, 5g1.
Thabor ( mont), I, 594.
Thamas Kouli Kan, I, 419.
Thèbes (ruines de l'ancienne), I, 183, Ses antiquités, ibid. Son état actuel, 212.
Thessalonique, I, 272.
Tiang-Tong, II, 203.
Tifflis, I, 291.
Tinian (ile de), ou de Buena-Vista, II, 52.
Tlascala, II, 3,8 et suiv.
Tlascalans (les), leurs moeurs, II, 579.
Tobolsk, II, 214.
Tombeau de Mahomet, I, 371.
Tombut (royaume de), III, 108.
Tomsk, II, 2r5.
Tonkoé, quel arbre c'est, II, 103.
Tonquin (royaume de), II, 120. Son histoire, ibid
et suiv. Productions, 124. Moeurs et usages, ibid.
Religion, 125.
Topinamboux (les), III, 58.
Topoo, arbre de Siam, II, 1I1.
Tor, I, 576, 577.
Toscane, I, 120 et suiv.
Tour de porcelaine à la Chine, II, 151.
Tranquebar, I, 468.
Travancour (royaume de), I, 477.
Trembleur, cu torpille, description de ce poisson, i
II, 298.
Moeurs et usages, ibid.
Religion, 125.
Topinamboux (les), III, 58.
Topoo, arbre de Siam, II, 1I1.
Tor, I, 576, 577.
Toscane, I, 120 et suiv.
Tour de porcelaine à la Chine, II, 151.
Tranquebar, I, 468.
Travancour (royaume de), I, 477.
Trembleur, cu torpille, description de ce poisson, i
II, 298. --- Page 419 ---
D ES MA TIE R ES.
Tripoli (ville et canton de), III, 307. Son gouvernement, ibid.
Trombe d'eau, II, 68.
Trombe de feu, III, 274.
Tuabo, résidence du roi de Galam, III, 288, Ses
carrières de marbre, ibid.
Tu-Ho (rivière de), II, 12g.
Tulipier, description de cet arbre, II, 295.
Tunguts (les), II, 200.
Tunis, sa situation, III, 304. Sanctuaire de Seydya : doudt, ibid. Son gouvernement, 305 et suiv. Ses
changemens de maitre, 3 308.
Turcs, leurs cérémonies funèbres, I, 163. Leurs
répas, 164.Leurs amusemens 2 165. Leur caracL tère, 166. Leur origine 3 233. N'ont point de
mendians, 256. Leur charité envers les animaux,
ibid. Leurs bains, 266. Leurs moeurs et usages, 1
274. Leur justice et leurs punitions, 281. Leurs
distinctions de rangs, 282. Leurs forces militaires, , 284.. Leurs cérémonies religieuses 1 285.
Leurs femmes, 286. -Leurs maisons, 287. Leurs
amusemens , 288.
Turin, I, 27. Palais du roi, ibid.
Tyr, I, 400.
V.
Vagvagues, fourmis blanches de la côte de Sénégal,
III, 271.
Valdivia, son port, III, 35.
Ff2 --- Page 420 ---
TABLE
Valladolid, au Mexique, II, 387.
Vanille, quelle est la plus estimée, II, 371:
Velleia,J, 29.
Venezuella, III, 7.
Vénise ( état de), I, 33..
Vénise ( ville de), I, 34 et suiv. Son gouyernement,
38. Ses curiosités, 41. Moeurs des habitans, 422
Ver, ou Bar, arbre révéré par les lodiens, I, 414:
Vera (Alvare de ), bienfaiteur du Paraguay, III,
45.
Vera-Cruz (nouvelle), II, 557. Son commerce
étendu, ibid.
Veragua, II, 406.
Verchatoure, II, 214.
Vernis (arbre au),. II, 162; III, 25,
Vérone, I, 33 et suiv.
Veronez, II, 23g.
Verroterie servant de monnoie, III, 270.
Vésuve I mont), I; 97: Auteurs qui en ont parlé 2
99.
Viccilli, oiseau du Mexique, II, 375.
Vijahuas ( feuilles de), III, 26.
Virginie (province de la), II, 301 etsuiv. Ses productions, 311, 313. Sa population, 312. Ses
flenves, 313.
Visapour (royaume de), I, 4go.
Volta ( rivière de), III, 227.
Voltaire, ses réflexions sur l'état actuel de la religiou, I, 145.
Vou-Chang-Fou, II, 165.
, oiseau du Mexique, II, 375.
Vijahuas ( feuilles de), III, 26.
Virginie (province de la), II, 301 etsuiv. Ses productions, 311, 313. Sa population, 312. Ses
flenves, 313.
Visapour (royaume de), I, 4go.
Volta ( rivière de), III, 227.
Voltaire, ses réflexions sur l'état actuel de la religiou, I, 145.
Vou-Chang-Fou, II, 165. --- Page 421 ---
DES M A TIE RES:
5 413
W.
Washington, portrait de ce grand homme, II, 299
et suiv.
Williamsburgh, Il, 310.
Y.
Yacatan (province de), II, 402.
Yakoutsk, II, 216.
Yarkien, II, 208.
Yemen (royaume d'), I, 357 et suiv:
Yéniseiks, II, 215.
Yesso (terre d'), confondue avec la Kamtschatka,
II, 195.
Yeux à la neige des Esquimaux, ce que c'est, II,
253.
Yrame, I, 357.
Yucay (vallée d'), III, 33.
Z.
Zacatécas (province de), ses mines d'argent, II;
5yo.
Zaire (ville de), III, 1g0.
Zaire (rivière de), ou de Congo, III, 16g et suiv.
Zambezé (rivière de), ou de Couama, III, 116,
Zanguebar (côte de), III, 79:
Zanzibar (ile de) ), II, 78. --- Page 422 ---
414 TABL E DES M ATIE R ES.
Zapotécas (les), II, 364.
Zébu (ile de), II, 41. Magellan y fut massacré,
ibid.
Zélande (nouvelle), tableau de ce pays, III, 346.
Zemble (nouvelle), II, 219.
Zimbis, monnoie du royaume d'Angola, III, 18g.
Zinga, reine d'Angola, son histoire, III, 159.
FIN DE 1 LA TABLE DES MATIÈRES,
--- Page 423 ---
E R RATA
T 0 M E I
Page 85 ligne 7 po, lisez poi.
3 et 4 à croupe, lisez à la croupe:
T OM E III.
4 et des plus doux des animaux,
lisez et des plus doux animaux.
219.
Zimbis, monnoie du royaume d'Angola, III, 18g.
Zinga, reine d'Angola, son histoire, III, 159.
FIN DE 1 LA TABLE DES MATIÈRES,
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3 et 4 à croupe, lisez à la croupe:
T OM E III.
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lisez et des plus doux animaux. --- Page 424 ---
ORDRE DES PLANCHES.
T 0 M E I.
Pl. I. Vue du port de Mascate,
page 364
II. Vue de Mocomoco,
T O M E II.
I. Vue de la ville des Cayes 2
II. Vue de Bombardopolis,
ibid;
T O M E III
I. Costume du Grand-Jagga,
II. Costume des Akréens,
--- Page 425 ---
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ORDRE DES P
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II. Vue de Mocomoco,
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