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CH. CHADEN,
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acte. --- Page 4 ---
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)
No, 25.
NOUVELLES
DE SAINT-DOMINGUE,
LES JAI /U ET LES PAI DIT
D'UN HABITANT DE SAINT-MARC,
Du 22 Septembre 1790.
Jarm deux pièces, intitulées les j'ai VIL 3 alors j'ai dic:
(parce que, quand je vois , je penfe ; & quand je penfe, je
parle) ) : Pun des Auteurs n'a rien vu; & l'autre qui a bien vu,
n'a pas tout vu; j'ai donc pris la réfolution de dire, ce que
j'avois vu.
J'ai vI l'ambition de la ville du Cap; 8cj'ai dit: cette Ville
ira bien loin.
J'ai pu l'Afemblée provinciale du Nord dans fon début 3
&j'ai dit : le Cap voudroit counmander par-tout ; c'cft la fuperbe Cartage,
J'ai vu PAffemblée du Nord dans fon midi; & j'ai dit : en
changeant de Membres 9 elle n'a point changé de principes.
Jai vil cette Affemblée dans' fon déclin :j'ai vu Trémondrie,
Auvrai, &c., &c., &tousfes Prdfidens;&-y'ai dit : cette Affemblée
nous caufera bien du mal,
N". 25A
voudroit counmander par-tout ; c'cft la fuperbe Cartage,
J'ai vu PAffemblée du Nord dans fon midi; & j'ai dit : en
changeant de Membres 9 elle n'a point changé de principes.
Jai vil cette Affemblée dans' fon déclin :j'ai vu Trémondrie,
Auvrai, &c., &c., &tousfes Prdfidens;&-y'ai dit : cette Affemblée
nous caufera bien du mal,
N". 25A --- Page 6 ---
RPJC
J'ai vu la ville du Port-an-Prince au commencement de la
Révolution ; &cj'ai dit: cette Ville aime la tranquillité.
J'ai vu l'Affemblée de POuelt; &cj'ai dit : fes Membres ne
font point ambitieux. J'ai pourtant vu qu'il y en avoit trois ou
quatre qui vouloicht maitrifer lesautres;muis/af dit: ces gens-là
quitteront la partie, parce qu'ils ne font pas aflez forts & qu'ils
n'ont pas affez de talent.
J'ai vu Pindifférence des Citoyens de cette Ville pour la chofe
publique ; &j'ai dit : le Port-au-] Prince en fera la dupe.
J'ei vu les troupes prêter le ferment à regret: ; 8j'ai dit :
tôt ou tard nous payerons cela.
J'ai vu le plan dc convocation envoyé par le Miniftre la
Luzerne 5 &j'ai dit: cet homme-là nous en veut.
J'ai vu les'Affemblées de Paroiffes, où les égoiftes ne font
point venus ; alorsj'ai dit : ilss'en mordront les posces.
J'ai VIL PAffemblée de la partie Françoife de Saint-Domingue
fe conflituer à Saint-Marc, & les égoifles chagrins de n'y être
pas 5 car les honneurs les chatouillent ; & j'ai dit : ces égoifles
troubleront la fête.
J'ai vu cette Affemblée à fa première féance ; j'étois bien aife;
: bien des gens létoient auffi ; maisj'ai. dit : il y a des mécontens.
J'ai Vu Bacon de la Chevalerie & l'Archevèque Thibaud;
Bj'ai dit: voilà deux excellens Députés.
J'ai vu que CCS deux hommes éteient brouillés depuis longtems, & qu'ils ne fe parloient jamais; alors j'ai dit : ils ne
s'entendent donc point.
Jai vul pourtant que l'Auteur des j'ai pu du Cap avoit dit
le contraire ; alors jai dit : Monfieur le Dodteur Voyant; vous
accufez fans preuves; cela n'eft pas honnête.
.
Pai vu tous les Membres de PAffemblée 3 & j'ai dit: cette
Affemblée doit faire le bien de la Colonie; ; car elle eft compofce
d'honnêtes gens 3 de pères de famille, de grands propriétaires,
&k de beaucoup de gens à talent.
J'ai vu Bacon Prélident de l'Affemblée; &e i'ai dit : ceti homme
Jà repréfente bien,
ant; vous
accufez fans preuves; cela n'eft pas honnête.
.
Pai vu tous les Membres de PAffemblée 3 & j'ai dit: cette
Affemblée doit faire le bien de la Colonie; ; car elle eft compofce
d'honnêtes gens 3 de pères de famille, de grands propriétaires,
&k de beaucoup de gens à talent.
J'ai vu Bacon Prélident de l'Affemblée; &e i'ai dit : ceti homme
Jà repréfente bien, --- Page 7 ---
: Taivu fon premier difeours ; &j'ai dit: on.] peut dire toue
ce qu'il a dit fans être criminel.
J'ai vu l'apoftille que P'Affemblée fit mettre au bas de ce
difcours; & j'ai dit : cela eft bien prudent, & doit fermer la
bouche à tout le monde.
J'ai vu la lettre de M. Louis-Antoine Thomafin, ci-devant
Comte de Peinier, en date du 8 Avril, où il dit : Je confidère
P'Affemblée comme bien conftituée, d'autant que j'y fuis autorifé
par une lettre, dont la Chambre d'Agriculture vous aura fans
doute fait parti alorsj'ai dit : cette Affemblée efl dunc légale.
J'ai vu Monfieur le Gouverneur fe rendre à cette Affemblée
far Pinvitation qu'elle lui fit; alorsj'ai dit : voilà un bon Chef;
iais, 2 comme dit fort bien mon confrère, le Dodeur Voyant du
Port-au-Prince,
Quantum iutatus ab illo,
J'ai vul ce même Gouverneur refufer la place d'honneur qu'on
lui avoit deffinée, en difant qu'il aimoit à être confondu parmi
les Citoyens ; alorsj'ai dit, ce que je: ne dirois pasa à préfent;c'eft
l'homme qui convient à la circonftance,
Pai vu appeller à P'Affemblée plufieurs Adminiftrateurs pour
y rendre leurs comptes; & j'ai dit:c'eft dans l'ordre, parce qu'un
homme peut aller à une Affemblée & qu'une Affemblée ne peut
aller à lui.
Jai vu mander ceux qui ont fait refus d'y aller, & j'ai dit:
c'eft de droit.
j'ai vu des gens à qui cela déplaifoit, commencer à crier à
l'indépendance, ; alors en bon logicien, je leur ai fait le fillogifme
fuivant : fi les AdminiArateurs font les Repréfentans du Pouvoir
exécutif, PAfemblée eft, au moins 2 le Repréfentant du Pouyoir
légiflatif; or, le Pouvoir légiflatif commande au Pouvoir exécutif;
donc les Repréfentans de Pun aux Repréfentans de l'autre. Ce
raifonnement a paru fatisfaire gselques-uns, & lcs autres ont fait
femblant de ne pas m'entendre.
A 2
les Repréfentans du Pouvoir
exécutif, PAfemblée eft, au moins 2 le Repréfentant du Pouyoir
légiflatif; or, le Pouvoir légiflatif commande au Pouvoir exécutif;
donc les Repréfentans de Pun aux Repréfentans de l'autre. Ce
raifonnement a paru fatisfaire gselques-uns, & lcs autres ont fait
femblant de ne pas m'entendre.
A 2 --- Page 8 ---
J'ai vu 1J M. Couffard' ' aPAffembléé; il a pleuré; mais j'aidit:
ECS Iarmes-là font-elles fincères?
J'ai pu que ceux qui ont été appellés à cette Aflemblée, ont
cté invités à y prendre féance 5 alors j'ai dit:cc n'eft donc pas
aux perfonnes qu'on en veut.
J'ai vi le Décret du 14 Mai, portant réforme des abus judiciaires; 8j'ai dic' : Saint-Domingue en avoit grand befcin.
J'di wii l'arrété du Cap du 17 Mai contre cC Décret; & j'ai
it: voila des gens intéreffés à maintenir les abus.
J'ai vu le Décret du 20 Mai fur les Municipalités; & j'ai dit :
ce Décret nous épargnera bien de l'argent en fupprimant bien des
places. e 11
al J'ai.1 vit Brard , Deflandeau 2 &c., Membres de lAffemblée
fe facher contre elle & la quitterjj'ai dit : ces gens-là ne veulent
pas vendre leurs Nègres en public.
J'aivu St-Olimpe 5 & jai dit : cet homme eft un fuperbe qui
voudroit étre ici le premier.
Jaivu ce Monfieur foutenir fon opinion d'une manière infaltante pour PAflemblée; & jai dit : il en réfultera quelque fcènes
Jai VIl un Membre, à qui ce ton n'a pas plu, lui donner
ain démenti public : & j'ai dit : St-Olimpe cherchera à perdre
PAffemblée plutôt qu'à fe venger.
J'ai vu Hanus de Jumécourt; mais n'ayant pu le voir qu'avee
ane lunette d'approche sjai dit : cet homme-là eft bien petit.
J'ai vu le Décret du 28 Mai; & j'ai dit: c'efl-là le plan le
plus raifonnable que la Colonie puiffe propofer; parce qu'il
accorde le mieux la différence de notre Conflitution avec les
principes de l'Affemblée Nationale.
Jai Tu les Décrets des 8 & 28 Mars; alors je me fuis prof
terné; Bj'ai dit : voilà des gens bien intentionnés pour nous $
mais qui ne nous connoiffent pas aflez. Cependant, le Décret eft
un peu trop court, & Pinfrudion trop longue.
Pai vu que la fandion accordée all Gouvemneur-génénal, dont
il n'eft point parlé dans le Décret du 8, n'étoit articulée
emblée Nationale.
Jai Tu les Décrets des 8 & 28 Mars; alors je me fuis prof
terné; Bj'ai dit : voilà des gens bien intentionnés pour nous $
mais qui ne nous connoiffent pas aflez. Cependant, le Décret eft
un peu trop court, & Pinfrudion trop longue.
Pai vu que la fandion accordée all Gouvemneur-génénal, dont
il n'eft point parlé dans le Décret du 8, n'étoit articulée --- Page 9 ---
dans l'inftruéion que par un petit alinéa de huit mots;j'ai dit :
pourquoi cela ; mais je me fuis tu par refpedt.
J'ai vu la lettre de M. Gouy-d'Arcy à l'Archevêque Thibaut,
dans laquelle il dit qu'il vouloit faire retrancher quinze articles
de P'inftrudion, &c.; mais qu'on l'a toujours évincé par la queftion préalable; alors j'ai dit : cette queflion préalable cll quelquefois nuifible dans les Affemblées; & je me fuis encore tu par
refped.
Jai vu que PAffemblée Nationale avoit décrété que Ia Loi
étoit le réfultat du confentement de ceux pour qui elle étoit faite;
alors j'ai dit : les Décrets des 8 & 28 Mars font-ils dans ce cas?
J'ai 11! le Décret de P'Affemblée Générale-du premier Juin,
&j'ai dit : ce Décret fera un prétexte pour Jcs' ennemis du bien
public en général & de la Colonie en particulier; mais les Repréfentans de la Colonie pouvoient-ils le rendre autrement ?
Pai vu que j'avois bien vu; on a crié fortement que PAffemblée de St-Marc tendoit à la fouveraineté, à l'indépendance. J'ai
méprifé cette clameur, &j'ai dit : Lc projet d'indépendance n'a
pu entrer dans des têtes bien organifées. Qu'on en prouve la poffibilité, j'admettrai l'accufation.
J'ai vi, quoique je n'aie que deux yeux, toutes les- Affemblées des Paroiffes pour la confirmation ou la diffolution de
PAfTemblée, &j'ai dit : Nous fomines heureux que cette opération n'enfante pas la guerre civilc.
J'ai vu P'Affemblée du Nord fe donner tous les nouvemens
poflibles pour empêcher la confirmation sj'ais vu fes adreffes, fes
leitres & fes envoyés jufques dans le Sud ; alorsj'ai dit : Cette
Affemblée voudroit être la feule exiflante, & dominer les autres
parties de Ja Colonie.
J'aivu, malgré les intrigues des gens intéreffés, PAffemblée
de St-Marc confirmée, Fans reftridion, à la majorité de I5o
voix fur 212, 8j'ai dit : Encore une fois cette Affemblée efl
légale.
J'ai vu M. le Général proclamer cette confirnation fur un tableau inexad du yoeu dés Paroifles, & néanmoins j'ai dit : M.le
ante, & dominer les autres
parties de Ja Colonie.
J'aivu, malgré les intrigues des gens intéreffés, PAffemblée
de St-Marc confirmée, Fans reftridion, à la majorité de I5o
voix fur 212, 8j'ai dit : Encore une fois cette Affemblée efl
légale.
J'ai vu M. le Général proclamer cette confirnation fur un tableau inexad du yoeu dés Paroifles, & néanmoins j'ai dit : M.le --- Page 10 ---
Général reconnoit encore une fois l'Affemblée bien conflituée.
J'ai vu des gens affez enragés pour accufer l'Affemblée d'avoir
vendu la Colonie aux Anglois, &j'ai dit : Les acquéreurs font
bien long-tems à venir prendre poffelffion.
J'ai vu abandonner cette monftrueufe inculpation, pour fe
reftraindreà celle de Tindépendancesj'widar Ala bonne-heure;
car la calomnie étoit trop vifible.
Pai vu la correfpondance de M. le Général avcc l'Affemblée,
&j'ai ditavec P'Evangile :
Ex ore Luo, te judico.
Jai vu le Décret de la permanence & j'ai dit : Il eft néceffaire qu'il y ait une Affemblée permanente ; parce que de
même quc le pouvoir exécutif doit avoir ici fon Repréfentant 2
de même le pouvoir légiflatif doit avoir une Affemblée qui le
repréfente, pour veiller lcxécution des Loix, ftatuer fur les cas
urgens & imprévus 3 donner des renfeignemens fur les abus à
corriger, & dénoncer le pouvoir exécutif quand il s'écartera de
fon devoir; car fans cela il feroit toujours tyrannique, malgré fa
refponfabilité,
J'ai vu des gens fe récrier fur cette permanence, en faifant
monter Ia dépenfe qu'elle exigeroit à 4 millions, & j'ai dit :
On a envie d'effrayer les citoyens.
J'ai vu expliquer cette permanence, 9 & prouver que la fuppreffion de la place d'Intendant payeroit tout cela; quc peut-être
même il n'en coûteroit rien; & jai dit : Ces gens-là favoient
bien à quoi s'cn tenir ; mais il falloit foulever tout le monde
contre FAflembléc.
J'ai vu l'Affemblée du Cap fe déclarer permanente , & j'ai
dit : Pourquoi tomber dans une faute qu'elle reproche à cclle de
St-Marc ?
J'ai vu PAffembléc générale enyoyer des Commniflaires vers la
Commune du Cap, pour y porter des paroles de paix & de con
ciliation ; j'ai dit : Cette démarche fera honneurà l'Affemblée.
Pai vu qu'on avoit refufé de les'entendre, & j'ai dit : Ces
gens-là avoient peur d'être démafqués.
dit : Pourquoi tomber dans une faute qu'elle reproche à cclle de
St-Marc ?
J'ai vu PAffembléc générale enyoyer des Commniflaires vers la
Commune du Cap, pour y porter des paroles de paix & de con
ciliation ; j'ai dit : Cette démarche fera honneurà l'Affemblée.
Pai vu qu'on avoit refufé de les'entendre, & j'ai dit : Ces
gens-là avoient peur d'être démafqués. --- Page 11 ---
Jai VIL l'ordre impérieux qu'on leur a donné de quitter le
Cap dans 24 heures ; alors j'ai dit : Voilà un ordre bien defpotique , & je me fuis rappellé deux vers d'Orofinane dans
Zaire, que je crois être ceux-ci:
Que le Solcil naiflant, éclairant nes États,
Nete retrouve plus dans ces heureux climats.
J'ai vu la conduite de la Municipalité du
Cette Municipalité efl compofée de bons
Cap, &j'ai dit. :
pu
Pai PAffemblée du Cap intriguer citoyens. dans les Diftrias
faire caffer cette Municipalité par la Commune
pour
Cette Affemblée a probablement
; j'ai dit alors :
cette Municipalité la
quelque grand coup à faire, &
gêne.
J'ai vu fubfituer à ce Tribunal un Lieutenant-Général
Police;j je me fuis de fuite rappellé les Sartine & les Le de
& j'ai dit : Ces gens-là ont donc perdu la mémoire ? Le Noir,
feul d'un pareil établiffement doit être en horreur
nom
François.
parmi des
J'ai vu P'Affemblée de la Paroiffe du Port-au-Prince
Juin, & j'ai dit: Cette Affemblée ne fe
le 13
Jaivul le Chevalier de
paffera pas fans bruit.
tirer un pillolet de fa Saint-Georges, & quine fiutjamais Chevalier,
prémédité,
poche ; j'ai dit : Il y avoit un deffein
puifqu'on avoit des armes offenfives.
J'ai vu le Décret concernant les
femblée eft autorifée, les
Finances; 8cj'ai dit : PAL
elle
par Décrets de la Nation, à les adminiftrer; fait bien d'ufer de fon droit.
Jai vii qu'on-Paccufoit de vouloir manier &
fonds; j'ai dit : laiffez établir les Municipalités & s'approprier les
les
Adminiflratives, PAffemblée n'aura point de fonds en Affemblées
J'ai vu ce fameux Décret qu'on cenfure tant, faute maniement.
bien le connoître, & qui ouvre les Ports, où il
de ne pas
aux Américains, 2 pour y apporter. des
y a Municipalité,
il faut bien nourrir ceux
fubfiflances j alorsj'ai dit:
qui ont faim.
Jai vu la lettre de M. le Général, par
il invite
femblée à lui fournir des
de laquelle
PAC.
moyens procurer des farines à la
vu ce fameux Décret qu'on cenfure tant, faute maniement.
bien le connoître, & qui ouvre les Ports, où il
de ne pas
aux Américains, 2 pour y apporter. des
y a Municipalité,
il faut bien nourrir ceux
fubfiflances j alorsj'ai dit:
qui ont faim.
Jai vu la lettre de M. le Général, par
il invite
femblée à lui fournir des
de laquelle
PAC.
moyens procurer des farines à la --- Page 12 ---
Colonie, qui, dit-il, en manque & doit en manquer long-tems,
vu qu'il n'y en a ni en France, ni dans le Continent; alors j'ai
dit : M. le Général a mis lAfemblée en droit de rendre ce
Décret.
Pais vu PAffemblée faire faire dans toutes les Paroifles un relevé
exadt des farines, pour fc guider dans cette opération; alorsj'ai
dit: PAfemblée a au moins pris des précautions.
J'ai vu la corporation du Port-au-Prince fe former ; & j'ai
dit. : toute corporation eft nuifible, donc celle-là fera nuifible.
J'ai vu qu'un motif de cette corporation étoit de ne plus monter
la garde avec le Tailleur & le Cordonnier du coin; &j'ai dit:
d'oû defcendent tous ces gens là? Un Tailleur, un Cordonnier
foat des hommes comme eux. Enfuite j'ai répêté ce vers de Vir
gile en Y changeant un mot;
Difitj juflitiam moniti 6 non temuere plebem
J'ai vu M. le Général fe coalifer avec l"Affemblée du Nord;
&j'ai dit: M. le Général a donc des ordres fecrets : car les Décrets des 8 & 28 Mars ne lui donnent point ce droit.
J'ai vu arriver Mauduit; &j'ai dit: c'eft donc là celui dont
parle le No, 40 des Révolutions dc Parsi, Il eft peut-être venu
chercher ces huit grenadiers de fon régiment, avec lefquels il a
affuré qu'il battroit M. la Fayette & la Garde Parifienne.
J'ai VIL qu'il devoit fon avancement à M. dc la Fayette 5 &c
j'ai dit: cet honme n'eft point reconnoilfant & doit avoir bien
des défauts.
J'ai vu fes évolutions militaires, fes orgies avec fes foldats,
fes préparatifs de guerre. € &c. & j'ai dit : tout cela ne fe fait
pas fans deffein.
Jai vu deux Officiers > Deligneries & Brunet, venir à Sainte
Marc pour extorquer des foldats un ferment clandeftin; ; j'ai dit,
encore une fois, 2 ce n'eft pas fans deffein! alors j'ai acheté un
fufil, de la poudre & des balles:
J'ai vu le Décret qui licencie les troupes : & j'ai dit: c'eft
bien fait, il faue défarner les gens qu'on ne peut combattre.
J'ei
in.
Jai vu deux Officiers > Deligneries & Brunet, venir à Sainte
Marc pour extorquer des foldats un ferment clandeftin; ; j'ai dit,
encore une fois, 2 ce n'eft pas fans deffein! alors j'ai acheté un
fufil, de la poudre & des balles:
J'ai vu le Décret qui licencie les troupes : & j'ai dit: c'eft
bien fait, il faue défarner les gens qu'on ne peut combattre.
J'ei --- Page 13 ---
J'ai vu la nuit du 29 au 30 Juillet; &j'ai dit : nous aurons
donc toujours des Saint-Barthelemi,
J'ai vu Mauduit, fes Soldats', & derrière eux quelques Volontaires, venir attaquer le corps-de-garde des Diftrifls (1)sje
leur ai dit, avec l'Auteur de la Tragédie de Charles IX:
Pourquoi ccs glaives nus: quels font vos adverfairese
Vous courez immoler; ; qui : vos amis! vos frères!
mais on ne m'a point entendu.
J'ai VIL l'attaque du corps-de-garde national; Pai vu dcs Ciroyens tués, trainés en prifon s les drapeaux nationaux piis,
enlevés & fouillés; & le tout fini par des fanfares; alorsjai dit:
avec indignation, oh, les monflres ! .
Pai vu lelvaifleau le Léopard; &j'ai dit : l'équipage de cC
vaiffeau eft compofé de vrais François & de bons Citoyens.
P'ai Vil le vaiffcau venir à Saint-Marc &à fa vue l'Affemblée
faire retraite dans Ja gorge des Guefpes, 3 pour s'affitrer l'iffue
de la plaine de PArtibonite ; alors j'ai dit : P'Affemblée n'a
donc pas acheté ce vaiffeau, puifqu'elle fuit à fon approche.
J'ai vu le Décret qui concerne le vaiffeau 3 lequel Décret n'eft
point un ordre, mais une prière à l'équipage de ne pas abandonner Saint-Domingue dans la crife où il fc trouve ; alors jai
dit' : l'événement a juftifié ce Décret, car fans le vaiffeau PAC
femblée ne feroit pas partic; fans ce départ nous ferions plongés
dans les horreurs d'une guerre civile, la Colonie feroit perdue
& la France écrâfée.
J'ai vu le Décret qui profcrit le Gouverneur, , Mauduit &
leurs complices ; & j'ai dic : PAffembléc devoit cette vengeance
au-fang de fes Concitoyens & à Phonneur de fes Conflituans.
Jai vu la Proclamation de M. le Général, & P'Arrêté de PAC
femblée du Cap, rendus prefque en même tems ; alors, me
yappellant d'une expreflion de mon confière, le Dodteur Clairvoyant du Cap , jai dit: : ils s'entendent comme larrons en foire,
(r) Nota, Les Diftricts avoient lc mot d'ordre, ce qui rend la perfidie plus
atroce.
N.25.
B
fes Conflituans.
Jai vu la Proclamation de M. le Général, & P'Arrêté de PAC
femblée du Cap, rendus prefque en même tems ; alors, me
yappellant d'une expreflion de mon confière, le Dodteur Clairvoyant du Cap , jai dit: : ils s'entendent comme larrons en foire,
(r) Nota, Les Diftricts avoient lc mot d'ordre, ce qui rend la perfidie plus
atroce.
N.25.
B --- Page 14 ---
J'ai.vu que PAfTemblée du Cap envoyoit fix cens hommes
armés, commandés par le brave Vincent, avec tout un attirail
de guerre; & j'ai dit: oh! fi cette AfTemblée du Cap ne décrete
pas, il n'y manque que le mot, car elle fait exécuter les armes à
la main , fans avoir befoin de fandion.
Pai vu une lettre de M. Vincent adreffée à la Municipalité de
Saint-Marc, dans laquelle il difoit : fi j'avois fuivi mes ordres,
ily auroit eu bien du fang répandu; alors, j'ai dit : peut-être
qu'un jour la Colonie le remerciera de fa modération.
J'ai vu douze ou quinze cens Citoyens réunis à Saint-Marc,
pour défendre PAffembléc; & j'ai dit: tout le monde n'eft donc
pas d'avis de fa diffolution.
J'ai vu l'Affemblée, malgré la confiance qu'elle avoit dans
le fecours de fes Conflituans, 3 malgré les fortifications de SaintMarc & malgré la force du Léopard, fc décider a partir pour
France, plutôt que d'occafionner la guerre civile; oh!j'ai dit:
voilà une réfolution bien généreufe.
J'ai vu porter à bord du vaiffeau les archives de PAfemblée,
grand Dieu ! ai-je dit: fais que ces archives arrivent à PAffemblée
Nationale.
Jai vu le Sanfouci, donnant dans le panneau, apporter des
lettres contenant le projet d'attaque combinée, entre les armées
du Port-au-Prince & du Cap; alors j'ai dit, avec Racine 2 tra
gédie d'Athalie:
Celui qui mnet un frein à Ia fureur des flots, 3
Sait auffi des méchans arrêter les complots.
J'ai vu l'embarquement de 85 Députés $ efcortés jufqu'ar
rivage par les troupes patriotiques raffemblées à Saint Marc , &
par la Municipalité de cette Ville. Pai vu s'embarquer des
vieillards à Ja tête chauve & grife, des malades, des pères de
famille, des grands propriétaires. Je les ai vus s'entaffer dans le
vaiffeau; 8j'ai dic: ces malheureux auront bien à fouffrir durant
ce voyage ; mais Dieu eft bon, la France eft julte & la Colonie
n'efl pas ingrate.
oupes patriotiques raffemblées à Saint Marc , &
par la Municipalité de cette Ville. Pai vu s'embarquer des
vieillards à Ja tête chauve & grife, des malades, des pères de
famille, des grands propriétaires. Je les ai vus s'entaffer dans le
vaiffeau; 8j'ai dic: ces malheureux auront bien à fouffrir durant
ce voyage ; mais Dieu eft bon, la France eft julte & la Colonie
n'efl pas ingrate. --- Page 15 ---
If
J'ai ViL tous les Citoyens leur faire des adieux, & beducoup
ne pouvoient rien leur dire, parce qu'ils pleuroient 5 j'ai dit:
voilà un beau fpedacle pour les hommes fenfibles. Jel leur ai fait
auffi mes adieux; & j'ai pleuré comme les autres; car je nc fuis
pas infenfible.
J'ai vu' le brave Offcier qui commandoit alors le Vailfea,
quis'appelle le Baron de Sainto-Domingo. Admirant l'analogie
de fon nom ayec celui de Sant-Domingue, & confidérant le
fervice qu'il a rendu à la Colonie 5 j'ai dit: : fans trop déméler
mes idées, Dieu, la Providence, le hafard, font-ils des étres
réels ? Le deftin des Empires eft-il donc écrit ?
J'aivu le Vaifleau le Léopard, fauvant PAffemblée,la Colonie
& la France, déployer fes voiles & partir; mais un
de
tonnerre efl parti d'un nuage, & l'écho des montagnes m'a coup femblé
répéter ces mots :
Ainfijeprotégerai toujours les bons ;
Et tôt Ou tard je punirai les michans,
Alors je me fuis jetté la face contre terre, & j'ai dit :
ainf Joit-il.
Pour Copie certifee , Jignee à la Minute,
DE BONEIL, Dodleur Clairveyant.
De PImprimerie de QUILLAU, rue du Fouare, N,
3. 1792,
-
A --- Page 16 ---
780s 2 --- Page 17 --- --- Page 18 --- --- Page 19 ---
E790
B283e
1-S12E
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