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a
A.
M O NSIE U R
LE LIEUTENANT-GENÉRAL
DE LAMIRAUTE DE GUIENNE.
T UPPLIE HUMBLEMENT DOMINIQUE CABARRUS
jeune, Négociant de cette Ville:
DISANT, pour réponfe à la Requête qui lui a été lignifice
le 8 Septembre dernier, qu'il donna le commandement de fon
navire le Pacificateur au fieur Dumas ; leurs conventions furent rédigées par écrit, elles étoient relatives à un voyage
projetté, qui étoit d'aller à lIlle de Saine-Domingue, & retourner à Bordeaux.
Le Roi affréta CC navire, qui fe rendità Breft
prendre
fon chargement. On tint fecret la vraie rhaediour 3 ce navire. Le Suppliant, pour entretenir le zele du fieur Dumas, 3
& pour le dédommager des peines & des foins que ce voyage
fembloit exiger, lui augmenta, de fon propre abondant, fes
appointemens de 1OOO livres, &cc.
La flotte marchande étant près de partir fous convoi, lc
ficur Dumas reçoit l'ordre de fuivre la Aotte, qui étoit deftinée pour l'Inde. Alors lc ficur Dumas fentant bien que les
conditions qu'il avoit fait pour le voyage à Saint-Domingue
étoient annullées par le changement de deftination, il écrivit
à un des Intéreffés dans len navire, cette lettre, produite fous
A
1OOO livres, &cc.
La flotte marchande étant près de partir fous convoi, lc
ficur Dumas reçoit l'ordre de fuivre la Aotte, qui étoit deftinée pour l'Inde. Alors lc ficur Dumas fentant bien que les
conditions qu'il avoit fait pour le voyage à Saint-Domingue
étoient annullées par le changement de deftination, il écrivit
à un des Intéreffés dans len navire, cette lettre, produite fous
A --- Page 4 ---
CSPJCB
cotte A. C Jc pars donc fans avoir pas une condition; fi je
D fais le voyage, j'efpere que les Intéreffés en pafferont par
> ceux qui font déjà partis pour commander pour ce pays 7
> (IInde ). Je vois
quand vous recevrez celle-ci, nous
> ferons loin ; ainfi 1i7 feroit inutile que vous fifliez quelque
> démarche à cette occafion, &c. >.
Il eft donc bien clair que les conventions faites pour le
voyage de Saint-Domingue font nulles de plein droit, attendu
le changement de deftination arrivé par force majeure, qu'elles
font annullées par la volonté des Parties, & fur-tout par celle
du fieur Dumas, exprimée en ces termes : C Je pars donc fans
> avoir pas une condition >.
Ileft encore bien clair que les Parties font convenues deleurs
conditions pour le voyage de l'Inde, puifque le fieur Dumas
dit: C J'efpere que les Intéreffés en pafferont par ceux qui font
> déjà partis pour commander pour ce pays > ; & que
a
voulu
leSup,
pliant toujours
donner au fieur Dumas tout ce qu'il
cfpere dans fa lettre, c'eft-à-dire, les conditions qu'ont eu
les Capiraines qui ont commandé pour lInde.
Cependant lc fieur Dumas, de retour à Bordeaux remit
au Suppliant fon compte 3 qui contient d'abord la geltion du
navire, & enfuite ce qui doit lui revenir en fa qualité de Capitaine ; cette dernicre partie eft dreffée d'après les conventions foufcrites pour le voyage de Saint-Domingue. Le réfultat de ce compte eft que le fieur Dumass'y déclare débircur
du Suppliant de 44 liv. 3 f 6 den. pour le folde. Il eft donc
clair que le fieur Dumas n étoit pas cn fouffrance, par le refus
du Suppliant à terminer toute affaire avec lui, puifqu'après
avoir fait fon compte "comme il avoit voulu, il fe trouyoit
encore débiteur du Suppliant; & c'eft le fieur Dumas qui a
fait la premiere artaque judiciaire, non pas celle d'offrir au
Suppliant les 44 liv. 3 f 6 den., en le fommant de les recevoir pour le folde de fon compte, mais bien celle de demander au Suppliant 14800 livres; &, dans le deffein de capter la
bienveillance de la Juftice, il ajoute qu'il réduira de lui-même
cette fomme à celle de 12000 liv., à condition, dit-il,qu'elle
foit admife en Juffice, & non autrement. C'eft un tour de
Rhétorique qui n'a pas fait fortune, & il n'étoit pas fait pour
., en le fommant de les recevoir pour le folde de fon compte, mais bien celle de demander au Suppliant 14800 livres; &, dans le deffein de capter la
bienveillance de la Juftice, il ajoute qu'il réduira de lui-même
cette fomme à celle de 12000 liv., à condition, dit-il,qu'elle
foit admife en Juffice, & non autrement. C'eft un tour de
Rhétorique qui n'a pas fait fortune, & il n'étoit pas fait pour --- Page 5 ---
la faire, fur-tout lorfqu'on fe rappelle qu'une parcille demande
eft faite à celui envers qui on s'eft déclaré débiteur de 44 livres
3 f 6 den.
Le fieur Dumas avoit fait fon compte à tête repoféc, puif
qu'ileft daté de l'Ile de Bourbon; s'il'avoit jugé devoir y faire
quelque changement, il en avoit eu tout le temps. Et pourquoi le fieur Dumas, ayant dit dans fa lettre qu'il efpéroit
les Intéreffés lui feroient les mêmes avantages qu'ont eu es
autres Capitaines qui ont été dans lInde, a-t-il dreffé fon
compte d'après les conditions faites pour lc voyage projetté
à Ilile de Saint-Domingue ? & pourquoi enfuite vient-il demander une augmentation de 12000 livres ? Cette conduite eft
tres-irrégulicre: C'eft ce qui prouve
le ficur Dumas n'a
jamais éé fixé fur ce qu'il étoit en Mrederds de demander
& ce
pliant;
qui le prouve invinciblement, 3 c'eft que, au'Sup. s'il
n'avoit pas été fortement intéreffé à ce que lc Suppliant fe
contentât du compte qu'il lui avoit remis , fachant bien que
le Suppliant avoit à s'en plaindre, il lui auroit dit : je vous
ai remis mon compte, je vous dois 44-liv. 3 f.6 den. Je vous
les payerai quand vous voudrez. Alors ç'auroit été au
pliant à recevoir cette fomme, ou à fe pourvoir pour SeEC
tenir le redreffement de CC compte. Tei auroit été, &tel eft
l'ordre naturel en pareil cas. Les préfomptions ne font jamais
en faveur de celui qui s'en écarte.
Deux Experts Ont été nommés pour régler Ics prétentions
du fieur Dumas, ils ne fc font point accordés, chacun a voulu
avoir raifon; de cette frénéfie font nés deux
condamne le Suppliant à 7766 liv. 8 f. 3 den. envers rapports le 3 ficur l'un
Dumas, & l'autre Expert a condamné le ficur Dumas à
10068 livres tournois envers le Suppliant.
Cette extrême difcordance a frappé le tiers-Expert nommé
d'office; il a fait, dit-il, tout ce qu'il a pour les accorder, ou pour s'accorder avec l'un ou ade & n'ayant pu y
parvenir, il s'eft déterminé à rendre auffi en feul fon
port; en cela feulement ils fe font tous trois accordés, rap- ce
leur a valuà chacun 720 livres. Ce troifieme rapport conle Suppliant à 3056
8 den. Eft-ce
TeT
liv.7f.
là une fource
de lumiere qui puiffe mettre un Juge à même de prononcer ?
ce qu'il a pour les accorder, ou pour s'accorder avec l'un ou ade & n'ayant pu y
parvenir, il s'eft déterminé à rendre auffi en feul fon
port; en cela feulement ils fe font tous trois accordés, rap- ce
leur a valuà chacun 720 livres. Ce troifieme rapport conle Suppliant à 3056
8 den. Eft-ce
TeT
liv.7f.
là une fource
de lumiere qui puiffe mettre un Juge à même de prononcer ? --- Page 6 ---
N'eft-ce
plutôt un vrai galimatias qui ne vaut certainement
pas 2160 ER qu'ila a coûté? Quoi! trois Experts n'ont pu s'accorder que fur un feul point, celui de rendre chacun en particulier leur rapport ! Sans vouloir les fàcher, on peut dire
qu'ils avoient leurs raifons pour ne pas fe mettrc d'accord.
Dans cctte conjondture, le ficur Dumas a eu l'honneur,
MONSIEUR, de vous préfenter fa Requéte, dans laquelle
ila employé trois pages des plus minurées, pour dire, en
mille façons différentes, que les deux rapports des ficurs Tavernier, & Lamour tiers-Expert, n'ont pas le fens commun; 5
mais que celui du fieur Lapeyre eft un rapport de toute eXcellence.
Le Suppliant foutient, au contraire, que les rapports des
fieurs Lapeyre & Lamour n'ont pas le fens commun, &
le véritable rapport de toute excellence eft celui du fieur Ruc
vernier : c'eft ce que nous allons prouver.
Le ficur Dumas dit dans fa Requête : ( Or, comme les
> Parties fe plaignoient refpeétivement des opérations féparé-
> ment faités par les premicrs Experts, & que la différence
> des réfultats provenoit de leur extrême difcordance fur les
> trois principales queftions qu'il falloit préalablement réfou-
> dre, il eft certain que le tiers-Expert, uniquement prépofé
> pour vuider, 2 en tout événement , le partage que la diver-
) fité d'opinion avoit occafionné, devoit fimplement déclarer
> quelle étoit la Partie qui avoit tort ou raifon de fe plaindre
> dc lun ou de l'autre rapport >. Tout cela eft très - vrai.
Remettons donc les chofes où elles en étoient avant que le
tiers-Expert ne vint jetter, dans cette affaire, pour 600 livres
d'embrouillement, & examinons laquelle dcs deux Parties
avoit raifon de fe plaindre.
PI REMIERE QUESTION,
Quels Jont les gages 8 les autres conditions auxquelles le
fieur Dumas a fait le voyage de UInde?
Le Capitaine Dumas a lui-) même décidé cette queftion,
dans fa lettre que nous avons rapporté : ( Je pars donc fans
où elles en étoient avant que le
tiers-Expert ne vint jetter, dans cette affaire, pour 600 livres
d'embrouillement, & examinons laquelle dcs deux Parties
avoit raifon de fe plaindre.
PI REMIERE QUESTION,
Quels Jont les gages 8 les autres conditions auxquelles le
fieur Dumas a fait le voyage de UInde?
Le Capitaine Dumas a lui-) même décidé cette queftion,
dans fa lettre que nous avons rapporté : ( Je pars donc fans --- Page 7 ---
> avoir pas une condition. s'e fais le voyage; j'efpere que
> les Intéreffés en pafferont par ceux qui font déjà partis pour
> commander pour ce pays >.
Que pouvoit faire de mieux le Suppliant, fi ce n'étoit d'accorder au fieur Dumas tout ce qu'il" demande dans fa lettre,
de remplir toutes fes efpérances, en lui donnant les mêmes
avantages qu'ont eu les autres Capitaines qui ont fait le voyage
des Indes.
Le fieur Tavernier, Expert, pouvoit-il mieux procéder que
ce qu'ila fait? Ila dit, les Partics font parfaitement d'accord a
fur ce point, & ma miflion fe borne à une fimple opération
arithmétique.
Les conditions des Capitaines qui ont été dans I'Inde étant
toutes différentes, il s'agit de chercher un terme moyen. La
raifon & l'équité diétent la maniere dont on doit procéder.
On cumule toutes les conditions, enfuite on divife le total
par un nombre égal à celui des conditions additionnées ; le
quotien eft le terme moyen, qui eft celui dont les Parties font
convenues. Dans notre hypothefe, iln'cft pas poffible de procéder différemment, il n'y a abfolument que cette maniere; ;
elle eft jufte, 3 puifque perfonne ne peut s'en plaindre, premiérement, parce qu'on en eft convenu 3 fecondement, 2 parce
celui qui reçoit, reçoit autant que le plus grand nombre
der ceux dont il a voulu avoir le même traitement 3 & que
celui qui donne, ne donne pas autant qu'à celui dont le traitement eft le plus avantageux. Le fieur Tavernier a donc bien
procédé, puifqu'il s'eft conformé aux conventions des Partiés.
il fe trouveroit encore avoir très-bien procédé, dans la fippofition que nous allons faire.
Regardons comme non écrite la lettre du fieur Dumas,
dans laquelle il dit qu'il part fans conditions. Il s'enfuivroit
ce qu'il dit lui-même, qu'il feroit parti pour l'Inde fans aucune
condition, & fans avoir eu le temps de les faire, puifqu'il
ajoute, dans fa lettre, qu'il fcra loin avant qu'il ne puiffe recevoir la réponfe, qu'ainfi il eft inutile de faire aucune demarche à ce fujet. Dans cette fuppofition, il ne feroit pas
poffible de faire valoir les conditions faites pour le voyage
de Saint-I Domingue, 1°. parce qu'elles font nulles de plein
B
feroit parti pour l'Inde fans aucune
condition, & fans avoir eu le temps de les faire, puifqu'il
ajoute, dans fa lettre, qu'il fcra loin avant qu'il ne puiffe recevoir la réponfe, qu'ainfi il eft inutile de faire aucune demarche à ce fujet. Dans cette fuppofition, il ne feroit pas
poffible de faire valoir les conditions faites pour le voyage
de Saint-I Domingue, 1°. parce qu'elles font nulles de plein
B --- Page 8 ---
droit, attendu le changement de deftination arrivé par force
majcure; 2°. parce que les conditions
fait
les
voyages de l'Amérique, font différentes 1:e celles for fait
pour FInde, fur-tout à légard du fret des palifagers; la raifon
de cette différence eft bien fenfible. Pour l'Amérique, l'Armateur donnera au Capitaine la moitié, le tiers ou un quart
du fret des paflagers 2 cela n'eft regardé que comme un cafuel
qui n'entre pour ricn dans le gain que l'Armateur fe propofe
de faire; ce n'eft pas dans le bénéfice que donnent les paffagers
que confifte l'objet de l'armement. Au-lieu que dans les voyages pour lInde, l'article des paflagers eft, pour ainfi dire, le
plus confidérable; & cela eft fi vrai
quoiqu'il y eût un
grand nombre de navires dans mdL le fret des paffagers
s'eft élevé à 60905 livres. Les frais qu'ils occafionnent font
confidérables, il faut beaucoup de vivres & une grande quantité d'eau
occupent la majeure partie du navire. En outre
il faut que Te navire falfe cfcale, pour prendre des rafraichiffemens, ce qui eft très-coûteux. Énforte que le fieur Dumas,
en appliquant les conditions faites pour Saint- Domingue au
voyage de T'Inde, fc trouve prendre un tiers dans l'article qui
donnc à l'Armateur le principal bénélice, & qui ilui occalionne
la plus grande dépenfe, tandis que ce même tiers, dans le fret des
pallagers venant deSaint-Domingue, n'eft, comme nousl'avons
déjà dit, qu'un petit acceffoire du principal bénéfice que IArinateur fe propofe de faire. Plufieurs Capitaines, dont le ficur
Dumas a demandé lcs mêmes conditions, n'ont el aucune
part dans le fret des paffagers. Le fieur Dumas porte, dans
fon premier compte, 20301 liv. 13 f. 4 den. pour fon tiers
dans le fret des pallagers, qui lui eft accordé par la police
pour le voyage de Saint - Domingue, & laifle tous lcs frais
pour le compte de l'Armateur. Enforte que CC tiers forme plus
des trois quarts du net produit du fret des paflagers.
Lorfque le Suppliant a confentià ce que lcs Experts allouaffent au fieur Dumas une augmentation à raifon de la prolongation du voyage, il n'a pas entendu lui donner, & cette
augmentation, & le tiers dans le fret des paffagers, au-lieur
d'un huiticme qui eft porté, dans lc rapport du fieur Tavernier, à 6644 liv. 7 f. 6 den, Veuillez obferver, MONSIEUR,
des trois quarts du net produit du fret des paflagers.
Lorfque le Suppliant a confentià ce que lcs Experts allouaffent au fieur Dumas une augmentation à raifon de la prolongation du voyage, il n'a pas entendu lui donner, & cette
augmentation, & le tiers dans le fret des paffagers, au-lieur
d'un huiticme qui eft porté, dans lc rapport du fieur Tavernier, à 6644 liv. 7 f. 6 den, Veuillez obferver, MONSIEUR, --- Page 9 ---
que le fieur Dumas, dans fes conditions pour le voyage de
Saint-Domingue, n'avoit que le tiers du fret des paflagers,
cn le portant au plus haut, neluia auroit pas valu la moi3 du huitieme que le fieur Tavernier, Expert, lui a alloué.
Le fieur Dumas n'avoit que
liv. pour fes gages ou 2ppointemens
le voyage doa Saint-Domingue, & le fieur
Tavernier LTSI alloue 10766 liv. 13 f. 4 den. ; ce qui ne differe
pas de beaucoup des deux autres Experts. Lapeyre lui allouc
11100 livres, & Lamour II 5oo liv. Pour le
permis, tant
de l'aller
du retour, le fieur Tavernier aroi allouc 10401.;
Lapeyre Ru alloue 2400 liv., & Lamour 1460 liv. Pour la
commiflion fur le produir du fret, le fieur Tavernier luiailoue
I pour cent, ce qui fait 468 liv. Le fieur Lapeyre n'allouc rien
au fieur Dumas, > mais le fieur Lamour lui alloue cette commiflion à deux 3 quarts pour cent, ce qui produit 12871.13f
6 den. Par la comparaifon de ces trois rapports, oùi ils'agifloit de régler les conditions auxquelles le fieur Dumas a fait
le voyage de TInde, vous avezi vu, MONSIEUR, que les
Experts ne fe font pas accordés, pas même fur aucune des
conditions en particulier, cela vient de ce
les fieurs Lapeyre & Lamour n'ont pas voulu adopter e5 feul & unique
moyen qu'ily a à prendre dans l'efpece dont s'agit, c'eft cclui
qu'a pris le ficur Tavernier; ; il faut, dit-il, donner au fieur
Dumas les mêmes avantages qu'ont eu les autres Capitaines
qui ont commandé pour lInde, c'eft ce que demande lc fieur
Dumas; & quand il ne l'auroit pas demandé, il faudroit toujours en venir l,
que lcs conditions faites pour SaintDomingue étoient Sarander par le changement forcé de deftination. Les deux autres Experts fe font livrés à leur opinion,
chacun a vu différemment, puifqu i'il y a, dans leurs rapports,
cette différence remarquable 3 que le fieur Lapeyre a condamné le Suppliant à 7766 liv. 8 L 8 den. envers le fieur Dumas, & le fieur Lamour ne l'a condamné qu'en 3056 liv.7f
8d.; ce quiprouve bien que ces Experts n'ont fuivi d'autre principe, dans leurs
que la fupériorité de jugement
& de raifon quc i chacun
a cru avoir fur les deux
autres,
leurs rapports,
cette différence remarquable 3 que le fieur Lapeyre a condamné le Suppliant à 7766 liv. 8 L 8 den. envers le fieur Dumas, & le fieur Lamour ne l'a condamné qu'en 3056 liv.7f
8d.; ce quiprouve bien que ces Experts n'ont fuivi d'autre principe, dans leurs
que la fupériorité de jugement
& de raifon quc i chacun
a cru avoir fur les deux
autres, --- Page 10 ---
Abfurdités frappantes dans le rapport du fieur Lapeyre.
< Les Parties avoient cté dans l'impofibilité de faire leurs
5 conventions pour le voyage de l'Inde >. Si cela eft,il ne
donc pas être queftion des conventions faites
sEiet
minguc. Les Parties, au contraire, avoient Aljetr leurs conventions, puifque le fieur Dumas efpéroit avoir celles des autres
Capiraines, & quele. Suppliant a toujours voulules lui donner.
( La lettre du fieur Dumas ne contient aucune dérogation aux
> conditions antéricurement faites entre l'Armateur & lui >.
Que fignifie donc cette phrafe du fieur Dumas : ( je pars
> donc fans pas une condition >. S'il part fans pas une condition, il eft bien clair qu'il.regarde les conditions faites pour
Saint-Domingue comme nulles , par le changement forcé de
deftination ; fi au contraire il entendoit qu'elles tinffent, au
moins en partie, il ne partoit donc point fans pas une condition. Car enfin il faut que CC foit lun ou l'autre. Et fi le fieur
Lapeyre veut , contre la volonté & les conventions des Partics, que lesi conditions faites
Saint-Domingue influent
fur celles du voyage de lInde, Rra faut qu'en cela il foit conféquent 5 c'eft-à-dire, qu'après avoir alloué au fieur Dumas une
augmentation à raifon de la prolongation du voyage, déterminée d'après les conventions faites pour Saint-Domingue,
il auroit fallu, difons-nous, 3 par identité de raifon , que le
fieur Lapeyre eût rectifié à l'avantage du Suppliant la convention d'un tiers dans le fret des paflagers 2 qui, en la laiffant
fubfifter
le voyage de l'Inde > devenoit
onéreufe
pour le derin comme nous l'avons déjà CR Et pour
rendre cette preuve inconteflable, veuillez, MONSIEUR,
voir le rapport du fieur Lamour, il y rapporte les conditions
les plus avantageufes qui ont été faites aux Capitaines pour
lInde, 3 ils n'ont eu qu'un quart dans le fret des paflagers,, &
attendu CC
2 ils ont eu moins d'appointemens & moins
de tonneaux Pacie port permis que le fieur Lapeyre en a alloué
au fieur Dumas. Celui qui a eu 14000 livres d'appointemens,
n'a cu que quatre tonneaux de port permis en retour, encore
du fieur Lamour, il y rapporte les conditions
les plus avantageufes qui ont été faites aux Capitaines pour
lInde, 3 ils n'ont eu qu'un quart dans le fret des paflagers,, &
attendu CC
2 ils ont eu moins d'appointemens & moins
de tonneaux Pacie port permis que le fieur Lapeyre en a alloué
au fieur Dumas. Celui qui a eu 14000 livres d'appointemens,
n'a cu que quatre tonneaux de port permis en retour, encore --- Page 11 ---
fàut-il obferver que ceux-là ne font qu'à I30 livres de fret,
& ceux de l'aller à 350 livres par tonneau. Celui qui n'a eu
que 9000 livres d'appointemens a eu neuf tonneaux de port
permis, & le fieur Lapeyre a alloué au ficur Dumas 11,1001,
d'appointemens 3 dix tonneaux de
permis, cinq pour
l'aller & cinq en retour 3 ce qui IPCE exorbitant i & ce
l'eft encore plus, il lui a alloué un tiers dans le fret des
fagers : affurément la regle de proportion n'eft pas bien obfervée, mais fi fait bien l'inverfe, comme on va le prouver
arithmétiquement, , en comparant les conditions que le fieur
Lapeyre a accordé au ficur Dumas 2 avec les conditions les
plus avantageufes qu'ont eu lcs Capitaines pour l'Inde, dont
nous venons de parler; nous fiuppoferons mémc, àl'avantage
du fieur Dumas 7 que les deux Capitaines à côté de qui nous le
mettons cuffent été aufli heureux lui, pour avoir 60,90g1.
de frct dcs paffagers, & qu'ils Teunater préféré auffi ouvertement
leurs intérêts à ceux de leur Armateur, en laiffant dans IInde,
comme l'a fait le fieur Dumas, 30,5271., n'ayant pas de place à
bord du Navire, à caufe du grand nombrc de pallagers, pour
y mettre les marchandifes qu'il auroit dû achcter pour cette
fomme > qui eft entiérement perdue pour le Suppliant, le dépofitaire ayant fait faillite.
CONDITIONS les plucoxpITIONs quiCoxDITIONS que le
avantageufes celles
d'entre viennent immédiate- fieur Lapeyre alloue au
faires aux Capitaines allant dans ment après.
fieur Dumas.
PInde.
Appointe. . 90001. Appoint... IIIOOl,
Appointe. - 140001. str.àssol. 1750
stx.à3sol. 1750
stx.a 1301. 650
Ftx.à13o1. 650
TEMPL du fret des
du fret des
dans le fret
pallagers... 15,226 5pallagers... 15226 sdesy paflagers. 20301 T30.4.
297461.5
266261.5
33801L1364
Le fieur Lapeyre a donc alloué au fieur Dumas 4055 livres
8 fols 4 den. de plus que n'a eu le Capitaine qui, fuivant le
rapport du fieur Lamour, a eu les conditions les plus avantaC
. 650
TEMPL du fret des
du fret des
dans le fret
pallagers... 15,226 5pallagers... 15226 sdesy paflagers. 20301 T30.4.
297461.5
266261.5
33801L1364
Le fieur Lapeyre a donc alloué au fieur Dumas 4055 livres
8 fols 4 den. de plus que n'a eu le Capitaine qui, fuivant le
rapport du fieur Lamour, a eu les conditions les plus avantaC --- Page 12 ---
IO
geufes 2 & 7275 liv. 8 f. 4 den. de
que n'a eu le Capiraine
qui vient immédiatement après eaties qui a été le mieux traité.
Eft-il poffible qu'un Expert fafle de pareilles bévues, fur-tout
après avoir annoncé dans le préambulc de fon rapport, une
opération tout-à-fait différente ? Il n'a pas fenti que les, conditions les plus avantageufes faites aux Capitaines pour lInde,
étoient des bornes qu'il ne falloit point dépaffer cn faveur du
fieur Dumas, il falloit au contraire refter en deçà comme
y étoit refté le fieur Dumas 3 qui n'a jamais demandé, ni pu
demander que d'être traité comme l'ont été les autres Capitaines. Le fieur Lapeyre a donc outre-paffé fa miflion, &
cela feulfuffit pour devoir opérer la caffation de fon rapport.
Des trois Tableaux de comparaifon que le Suppliant vient
d'avoir Phonneur de mettre, MONSIEUR, fous vos
il s'enfuit invinciblement, que quand bien même il feroit RCIEi
fondé à relever les autres erreurs qu'il croit trouver dans le
rapport du fieur Lapeyre, & que n'ayant égard qu'à la partie
de ce
qui concerne les conditions allouées au fieur
Dumas, PEORE s'enfuivroit, difons-nous, qu'en ôtant de la fomme
de 7766 liv. 8 fols 8 deniers 5 dont ce
déclare le
Suppliant débiteur du fieur Dumas 3 les40s5 FICOeE 8 fols 4 d.
que lc fieur Lapeyre alloue au fieur Dumas de plus que n'a
eu le Capitaine qui a eu les conditions les plus avantageufes
pour l'Inde 3 ce déber fc trouveroit réduità3711 liv. 4 den.;
& qu'en ôtant de CC même débet les 7275 liv. 8 fols 4 den.
allouées de plus que n'a eu le Capitaine qui vient immédiatcment après celui qui a été lc mieux traité 3 ce débet fe
trouve réduit à 491 liv. o f4d den. Voulant fàvorifer le Capitaine Dumas, même ultrà modum, valoit-il la peinc que le
fieur Lapeyre fit un rapport qui vaut
livres ?
Vous venez, MONSIEUR, 333 voir le petit traité de
Logique du fieur Lapeyre, 2 daigncz - nous accorder votre
attention dans l'examen concis que nous allons faire de celui
du fieur Lamour, tiers Expert.
< La lettre du fieur Dumas, dit le fieur Lamour, n'a pas
>. annullé les conventions qu'il avoit faites pour Saint-Domin-
> gue >. Cependant cc n'eft pas d'après ces conditions qu'il a
fait fon rapport, elles n'y ont même pas la plus petite analo-
333 voir le petit traité de
Logique du fieur Lapeyre, 2 daigncz - nous accorder votre
attention dans l'examen concis que nous allons faire de celui
du fieur Lamour, tiers Expert.
< La lettre du fieur Dumas, dit le fieur Lamour, n'a pas
>. annullé les conventions qu'il avoit faites pour Saint-Domin-
> gue >. Cependant cc n'eft pas d'après ces conditions qu'il a
fait fon rapport, elles n'y ont même pas la plus petite analo- --- Page 13 ---
II
gie. C Le fyftême du fieur Lapeyre cft le plus jufte, lc plus
> régulicr, & même le
conforme aux regles de l'équité &
> de la jufice>. CLR ce n'eft pas ce fyflême fi vanté,
que le fieur Lamour a fuivi ; au contraire, ila fuivi le fyftême
tout oppofé, puifque le fieur Lapeyre a laille fubfifter les conditions faites
le voyage de Saint-Domingue,, & il y a
ajouré au gré Eror fon caprice, au-lieu que le ficur Lamour a
aflimilé le Capitaine Dumas aux deux Capitaines qui ont eu les
conditions les
avantageufes que celles des autres Capitaines qui ont E le voyage des Indes, attendu, continuet-il, que, ( dans CC même temps, on faifoit des conditions
> avec tels autres Capitaines pour aller à Saint-Domingue, &
> qui avoient déjà commandé, par lefquelles on ne leur ac-
> cordoit que 2400 à 4000 livres pour toutes conditions. e ..
D on doit néceffairement conclure que fi les fieurs Cabarrus &
> Dumas avoient été à même de faire des conditions pour le
> voyage de l'Inde. 2 le fieur Dumas auroit eu les mêmes avan2 tages que le Capitaine le mieux traité >.
Le fieur Lamour a donc voulu & déraifonner & ne pas
voir. Déraifonner, en ne fuivant
le fyftême du fieur Lapeyre, qui eft, dit-il le fyftéme le Fes jufte, le plus régulier,
& même le plus conformc aux regles de l'équité & de la
juftice. Toutes ces belles qualités devoient donc infpirer au
ficur Lamour un profond refpeêt & une grande vénération
pour ce fyfême 5 cependant il a préfumé affez dc fes ralens,
pour croire qu'il pouvoit ajouter un degré de plus de perfection à ce fyflême, 2 qu'il a déjà jugé parfait au fuperlatif,
fous tous fes rapports 5 & quand il vient à opérer, il laiffe
là ce fyftème, & en prend un autre, qui, en profanant lcs
fublimes qualités du fyfême du ficur Lapeyre 3 réduit à la
moitié le débet dont celui-ci avoit chargé lc Suppliant.
Le fieur Lamour a donc fermé les yeux à la plus vive lumiere. Lc fieur Tavernier lui avoit mis fous les yeux plufieurs
polices paffécs entre des Armateurs de cctte Ville & des Capitaines 2. pour aller à Saint-Domingue, dans le même temps
que devoit partir le fieur Dumas ; en les comparant avec celle
pafféc entre les Parties 2 on voit d'un coup d'acil que le Capitaine Dumas étoit bien loin de ceux qui avoient les meilleu-
our a donc fermé les yeux à la plus vive lumiere. Lc fieur Tavernier lui avoit mis fous les yeux plufieurs
polices paffécs entre des Armateurs de cctte Ville & des Capitaines 2. pour aller à Saint-Domingue, dans le même temps
que devoit partir le fieur Dumas ; en les comparant avec celle
pafféc entre les Parties 2 on voit d'un coup d'acil que le Capitaine Dumas étoit bien loin de ceux qui avoient les meilleu- --- Page 14 ---
res conditions 3 & on voit encore l'erreur volontaire du fieur
Lamour.
Le fieur DRAVEMAN a donné Le fieur DUTASTA a donné au
au Capitaine.. -
Capitaine Befle.
Appointemens . e - 6000 liv. Appointemens e . 6000 liv.
80 quintaux de port permis en 3 Conneauxdeporrpermis pour
retour.
l'aller.
cent fur le net produit 60 quintaux cn retour, en fuECIL la cargaifon d'aller.
crc & café.
La moitié del la commiflion des 2400 liv. en cas que le fieur
marchandifes chargéesàfrct, Beffe vintà être pris.
àla confignation du Cap".
I quart fur le produit despaf5 pour cent fur le net produit fagers,
des prifes & rançons.
I quart du fret des paffagers
d'aller & retour.
Lcs fieurs BAOUR & Comp. Le fieur BAAS a donné au
ont donné au Capitaine Capiraine Berton.
Chicou.
Appointemens . . . 6000 liv. Appointemens - e e 6000 liv.
4 tonneaux de port permis 6 tonneaux port permisd'aller.
d'aller.
0 tonneaux en retour.
4 tonneaux idem en retour.
I & demi pour centfurla vente
3 pour cent fur le produit de de la cargaifon.
vente 3 en Amérique 3 des I & demi pour cent fur les remarchandifesdela cargaifon. tours.
La moitié de la commiflion fur I
cent fur le produit du
la vente des marchandifes Reara au défarmement.
chargées à fa confignation. Demi commiflion fur les marI quart du net produit des paf- chandifes qui lui ont été
fagers allant & venant, audonnées à fa conlignation à
tres que ceux de la Cour.
Bayonne.
Par la police paffée entre le Suppliant & le fieur Dumas, il
eft allouéà ce dernier ; favoir,
Appointemens.
-
e .
3000 1.
Trois tonneaux de port permis d'aller.
des marchandifes Reara au défarmement.
chargées à fa confignation. Demi commiflion fur les marI quart du net produit des paf- chandifes qui lui ont été
fagers allant & venant, audonnées à fa conlignation à
tres que ceux de la Cour.
Bayonne.
Par la police paffée entre le Suppliant & le fieur Dumas, il
eft allouéà ce dernier ; favoir,
Appointemens.
-
e .
3000 1.
Trois tonneaux de port permis d'aller. --- Page 15 ---
Soixante quintaux de port permis en rctour, un ticrs
en fucre 2 un tiers en café, & un tiers en indigo.
Comme il y aura dans le Navire 350 à 400 tonneaux à
fret, tout ce qui fera chargé ne pourra être qu'à la
confignation du fieur Dumas, dont il jouira de la
moitié de la commilfion, &k de l'autre moitié il en
tiendra compte à l'armement.
En cas de paffagers d'aller & en retour, il fera accordé
au fieur Dumas un tiers.
Quatre mois après la date de cettc police; pour dédommager le fieur Dumas du voyage projetté dans la police, qui ne
avoir lieu, le Suppliant lui augmenta fes appointémens
bett 100O livres, d'un tonneau de port permis d'aller 2 2 & lui
donna l'entiere commiffion fur les marchandifes qui feroient
chargécs à fret & à fa confignation; ; ce qui ne Pouvoit pas
être confidérable, puifque le navire chargeoit pour le Roi,
& qu'il n'en reftoit qu'un quart à la difpofition de l'Armateur.
Vous vencz de voir, MONSIEUR, que le fieur Dumas
n'avoit feulement pas la moitié de ce qu'avoient les autres Capitaines
aller à Saint-Domingue, & par conféquent combien le Rourt Lamour a grevé le Suppliant, en mettant le fieur
Dumas au premier rang parmi lés Capitaines qui ont été dans
FInde, & cela par la raifon, dit-il, que le fieur Dumas avoit
cette place parmi ceux qui, comme lui, devoient aller à SaintDomingue.
Le ficur Dumas n'avoit jamais été que dans nos Colonies à
fucre, &, malgré fon expérience, CC n'étoit pas celui à
les Armateurs faifoient les plus grands avantages. Et s'il étoit qui
loin d'occuper la premiere place parmi lcs Capitaines qui alloient à Saint- Domingue, eft-il jufte de la lui donner
les Capitaines qui ont été dans l'Inde, où le fieur Dumas parmi
n'avoit jamais été, &.
conféquent ili ignoroit la manicre
dont on y. traité Fsmlesr Il n'y avoit aucune liaifon avec
les Négociants, foit pour y, procurer quelques avantages à
fon Armatcur, foit pour y dépenfer moins, 3 foit enfin pour
D
Capitaines qui alloient à Saint- Domingue, eft-il jufte de la lui donner
les Capitaines qui ont été dans l'Inde, où le fieur Dumas parmi
n'avoit jamais été, &.
conféquent ili ignoroit la manicre
dont on y. traité Fsmlesr Il n'y avoit aucune liaifon avec
les Négociants, foit pour y, procurer quelques avantages à
fon Armatcur, foit pour y dépenfer moins, 3 foit enfin pour
D --- Page 16 ---
yprofiter des circonflances heurcufes auxquelles on peut participér quand on eft connu.
Ceux qui n'entendent rien au commerce, n'ignorent
dant pas
c'eft le plus ou le moins de voyages qu'un AATER
pitaine a B dans ull pays,,qui lui ont donné le plus ou le
moins d'expérience, & qu'elle détermine le degré de confiance qu'on a cn lui, & qui porte l'Armateur à lui donner
plus ou moins. D'après cela, le fieur Tavernier, dans fon
a traité le fieur Dumas tres-favorablement, en lui
PET les conditions qui tierinent le milieu cntre celles faites
aux Capitaines qui ont été le mieux traité, & ceux qui viennent après. Ill'a traité tres-favorablement, puifqu'il lui a alloué un huitieme dans le fret des paffagers, tandis qu'entre
les autres Capitaines, quelques-uns n'ont eu que le quart, &
la majeure partie aucune portion dans le fret des paflagers.
Le fieur Tavernier a donc traité le fieur Dumas très-favorablement, puifqu'il lui a accordé tout ce qu'il pouvoit demander en Juftice, la police, pour aller à Saint-Domingue, étant
annullée par le changement forcé de deftination. Enfin, il l'a
traité on ne
pas plus favorablement, , puifqu'il lui a accordé tout ce Emui demande dans fa lettre. C J'efpere que les
> Armateurs en pafferont par ceux qui ont été dans ce pays,
> (IInde) >.
SECONDE QUESTIO N.
Un Capiteine doit-il fuiyre les ordres de for Armateur?
Lcs ficurs Lapeyre & Lamour, dans leurs rapports, y foutiennent la négative de cette propofition. Le fieur Tavernier,
dans fon
a foutenu l'ailirmative : cctte décifion eft
diétée par EPEATA la
du mandat, & la fureté du commerce maritime.
Le cahier d'ordres acceptés & foufcrits par le fieur Dumas,
porte : ( en cas de mort, ce qu'à fa Divine Bonté ne plaife,
> M. Antoine Dufau (fecond Capitainc du navire) fe cona formera aux préfens ordres, fans s'en écarter 2,
Tavernier,
dans fon
a foutenu l'ailirmative : cctte décifion eft
diétée par EPEATA la
du mandat, & la fureté du commerce maritime.
Le cahier d'ordres acceptés & foufcrits par le fieur Dumas,
porte : ( en cas de mort, ce qu'à fa Divine Bonté ne plaife,
> M. Antoine Dufau (fecond Capitainc du navire) fe cona formera aux préfens ordres, fans s'en écarter 2, --- Page 17 ---
IY
Par cet ordre, tous les cas poffibles où le fieur Dumas
ceffoit de commander le navire, étoient prévus; & dans tous
ces cas, le fieur Dufau devoit le remplacer.
Lc navire ayant débarqué une partic dc fa cargaifon à FIfe
de France 3 fut obligé d'aller avec la Aotte à Trinquemaley.
Le fieur Dumas étant malade donna le commandement du
navire au fieur Leguin, au mépris des ordres du Suppliant 3
fans s'y faire autorifer en Juftice, & fans dreffer un procèsverbal ligné de fes Officiers, pour conftater les raifons
l'obligeoient à ne pas donner lc commandement au ficur it
fau. Le fieur Dumas ne pouvoit abfolument
fe difpenfer
de remplir l'une ou l'autre de ces formalités : E parce qu'un
Capitaine eft obligé de fuivre ponduellement lcs ordres de
fon Armateur, & lorfqu'il cft forcé de s'en écarter 3 il doit
auparavant conftater, d'une maniere bien authentique, qu'il
y a été néccflité. 2°. Parce que le fieur Dumas ne pouvoit
pas, fans de très-grandes raifons & bien prouvées, faire cettc
injure au fieur Dufau ; commettre envers lui cette injuflice,
& par-là le préfenter aux yeux du Suppliant comme un homme
indigne de fa bienveillance & de fa confiance. Il n'étoit pas
permis au fieur Dumas d'outrager le fieur Dufau, au point
de vouloir lui ravir le jufte tribut d'éloges qu'ont rendu plufieurs Armateurs à fa capacité & à fa probité; il ne lui étoit
pas permis de lui rendre infruétueux Thommage que le Suppliant avoit rendu à fes belles qualités, en lui donhant 3 à
tous égards toutc fa confiance.
Enfin,
que le navire étant affuré, s'il avoit péri, L Affureurs PET feroient refulés à payer la
fous le prétexte qu'il n'étoit pas commandé par lun ErCin Capitaines délignés dans le contrat d'affurance. On voit aflez jufqu'ou cela peut aller.
Le fieur Dumas porte en compte 12208 liv. 19 f 5 den.
qu'ila compté au fieur Leguin, tant pour les frais qu'ila faits
à Trinquemaley,
fes appointemens de Capiraine 3
les gages Ruc bD Domefique qui fut mis fur le rôle
T2IT en qualité de Matelot, fans aucune néceffité. En
outre, 3 le ficur Dumas avoit accordé au fieur Leguin douze
tonneaux de port permis, ce qui eft très-confidérable, comme
le dit le fieur Dumas, dans une de fcs lettres écrites au Suppliant.
tant pour les frais qu'ila faits
à Trinquemaley,
fes appointemens de Capiraine 3
les gages Ruc bD Domefique qui fut mis fur le rôle
T2IT en qualité de Matelot, fans aucune néceffité. En
outre, 3 le ficur Dumas avoit accordé au fieur Leguin douze
tonneaux de port permis, ce qui eft très-confidérable, comme
le dit le fieur Dumas, dans une de fcs lettres écrites au Suppliant. --- Page 18 ---
Sans dire les raifons qui déterminerent le fieur Dumas à ôter
au fieur Dufau le commandement du navirc,
le donner
à un éranger, il eft certain qu'il a conftitué Losi Suppliant en
une dépenfe très-inutile, fur-tout quant aux appointemens du
ficur Leguin, & les gages de fon
qui enfemble
fe montent à 2626 liv. 3f 8 den., ATine & les
tonneaux de
port permis 2 puifque le fieur Dufau étoit payé pour remplacer
le Capitaine Dumas.
Le Suppliant a payé au ficur Dumas fes appointemens pendant fa maladie, êc les dépenfes qu'elle lui a occalionné, qui
fe montent à 722 livres; & en outre 3150 liv. pour fa penfion
pendant le temps qu'a duré le voyage du Capitaine Leguin.
Qu'a fait le fieur Tavernier, Expert, malgré le mépris formel du fieur Dumas pour lcs ordres du Suppliant, & fes dépenfes faites fi mal à propos? il s'eft contenté de diftraire de
la fomme de12208 liv. 19L. 5 den., celle de 26261,131.8d.,
& n'allouc au fieur Dumas que la fomme de 958a1.15f9d.
En parcille hypothefe, un Expert pouvoit-il mieux traiter le
fieur Dumas?
TROISIEME QUESTION.
Un Capitaine doit-il porter en recette le fret qu'a gagné
le Navire?
Les fieurs Lapéyre & Lamour, dans leurs rapports, 3 ont
décidé en faveur de la négativc. Le fieur Tavernier, au contraire, a foutenu, dans fon rapport, l'affirmative de cette propofition 5 fa décifion eft fijulle, qu'elle n'a pas befoin d'être
étayée par des autorités.
Il n'étoit donc queftion que de prouver que le fieur Dumas
avoit reçu du fret, & qu'il ne vouloit pas en tenir compte
au Suppliant.
Le fieur Dumas ayant conflamment refufé de remettre au
Suppliant, ou de produire, devers les Arbitres, le regiftre
ou journal fur lequel il a écrit ou fait écrire les marchandifes
ofition 5 fa décifion eft fijulle, qu'elle n'a pas befoin d'être
étayée par des autorités.
Il n'étoit donc queftion que de prouver que le fieur Dumas
avoit reçu du fret, & qu'il ne vouloit pas en tenir compte
au Suppliant.
Le fieur Dumas ayant conflamment refufé de remettre au
Suppliant, ou de produire, devers les Arbitres, le regiftre
ou journal fur lequel il a écrit ou fait écrire les marchandifes --- Page 19 ---
chargées &c déchargdes de fon navire, dans Tcs divèrs voyages
qu'il a faits, on s'cn eft procuré un: petit extrait écrit de"la main
du fieur Dufau, & qui a été produit aux Arbitres. 2071011
Par cct extrait, il eft prouvé que le navire allant à Trinquemaley, commandé.par lc fieur Leguin,ctoit enpiérenent char.
partic pour le Roi, partic pour le compte des Armateurs,
E & reflantà fret.
Le ficur Dumas prétend avoir donné douze tonncaux de
port permis au ficur Leguin, & ces douze tonncaux ont été
pris fur le fret gagné. Un Capitaine nc peut point fi librement
difpofer du bien qui lui eft confié, & fur-tout dans cette OCcalion où le fieur Dumas auroit évité cette dépenfe, fi en
effet elle a eu lieu, s'il cût fuivi lcs ordres du Suppliant , en
donnant le commandement au fieur Dufau. C'eft ce qui a déterminé le fieur Tavernier à charger le chapitre de la recette
du compte du fieur Dumas, du montant du fret de CCS douze
tonneaux.
Cet cxtrait du regiftre prouve encore que le fieur Leguin
avoit embarqué à Trinquemaley,
fon compte & celui
du fieur Dumas, dix Négres & AURPES balles de marchandifes,
dont le fieur Dumas n'a pas tenu compte du fret au Suppliant.
Le fieur Tavernier, Expert, pouvoit-il fe difpenfer d'en débiter le fieur Dumas., qui a eu la candeur de ne pas nier ces
faits? ?
CE CONSIDÉRÉ, il vous plaife, MONSIEUR, faifant droit
del l'appel que le Suppliant déclare interjetter des deux rapports
rendus féparément par les fieurs Lapcyre & Lamour, 3 caffer
iefdits rapports 5 homologuer le rapport du fieur Tavernicr,
rendu aufli féparément, qui porte le fieur Dumas reliquataire,
envers le Suppliant, de 16050 liv. 19 f. 2 den., argent de
l'Ife de France, & qui, réduites en livres tournois, & une
crreur relevée à l'avantage du fieur Dumas, d'unc fomme de
1333 liv. 6 f. 8 den., font la fomme de 10068 liv.; en conféquence, condamner le fieur Dumas au paiement de ladite
fomme de 10068 livres, avec les intérêts. En outre, ordonner que le fieur. Dumas remettra au Suppliant le regiftre
ouj journal fur lequel font écrites les marchandifes qui ont étE
E --- Page 20 ---
c4- Ln
r8
chargées & déchargées du navire, tant à Breft que jufqu'à font
retour à Bordeaux; le Suppliant faifant, à cet égard, toutes
les réferves de droit, avec dépens: Et ferez bien.
Mo, BERLIQUET,
M, PALLOTTE,
Avocat,
Procureur.
A BORDEAUX, de l'Imprimerie des FRERES
LABOTTIERE, place du Palais, 1785. --- Page 21 --- --- Page 22 ---
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C313a
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