--- Page 1 ---
OF
MEMOIRES
DU GENÉRAL
TULESUNT-TUTEHTUNE
ÉCRITS PAR LUI-NEME,
DE SA VIE,
POUVANT SERVIR A L'HISTOIRE
ornédun beau portrait gravs A par Chonbard,
PRÉCÉDES
PUNE ETUDE HISTORIQUE BT CRITIQUE,
SUIVIS DE NOTES ET RENSELGNENENTS.
contenant les opinions de TEmpereur Napolémn i"
Avec un APPENDICE
sur les événements de Saint-Domingue;
(des Cayes, Haiti),
PAR SAINT-REMY
avocal anx cours impériales de TOdest ct du Snd.
PRIX : 3 FR.
T
PHRaEnE
d
PARIS
PAGNERBE, LBRNRE-EDITEUR
RUE. DE SEINE, 18
00 O --- Page 2 --- --- Page 3 ---
MEMOIRES
DU GÉNÉRAL
TOUSSAINT-L'OUVERTURE
ÉCRITS PAR LUI-MÈME.
R --- Page 4 ---
LE MÈME OUVRAGE SE TROUVE :
A Saint-Thomas, chez. M. GUILLERUP.
Au Cap-llaitien, chez M. THERLONGES fils.
A JACMEL, chez M. ULTIMO LAFONTANT.
Au Port-au-Prince, chez M. ROMULUS VILLEMENEY.
A Jérémie, chez M. RICHEMONT ROUZIER.
Aux Cayes, chez M. THIMAGÈNE RAMEAU.
Aux Gonaives, chez l'AUTEUR.
SAINT-DENIS. TYPOGRAPHIE DE PRI EVOT ET DROUARD, --- Page 5 ---
RPJCE) --- Page 6 ---
A MEDIF
AE
A
- a
-
I
X
E
:
a lele Finris --- Page 7 ---
MÉMOIRES
DU GÉNÉRAL
TOISSUNT-LOUTENTUBE
ÉCRITS PAR LUI-MEME,
POUVANT SERVIR A L'HISTOIRE DE SA VIE,
ornés d'un beau portrait gravé par Choubard,
PRÉCÉDÉS
D'UNE ETUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE,
SUIVIS DE NOTES ET RENSEIGNENENTS,
Avec un APPENDICE contenant les opinions de T'Empereur Napoléon ["
sur les événements de Saint-Domingue,
PAR SAINT-REMY (des Cayes, Haiti),
avocat aux cours impériales de l'Ouest et du Sud.
PRIX : 3 - R.
T X
D
JUIA
1E - -
PARIS
PAGNERRE, LIBRAIRE-EDITEUR
RUE DE SEINE, 18
--- Page 8 ---
NTS/kI andoin
rmunae MPP SMMI
W U0
0 Wu
mths a
UnmoE
Opfiapo 1W 070
GB
amime a
-
D --- Page 9 ---
A Stlabane
MISTRESS HARRIET BEECHER STOWE,
auteur du roman philosophique :
La Case de L'Oncle Tom, ou Vie des Negres Qur Etats-Dnis.
MADAME,
Permettez-moi de mettre sous la protection de
votre illustre renom les Mémoires
qu'écrivit le
Premier des Noirs sur l'histoire de sa vie, ainsi
I'Etude dont j'ai fait
que
précéder ces Mémoires, C'est un
hommage que je crois devoir vous
rendre, en ma
qualité de membre de la race opprimée dont
avez si généreusement, si
vous
glorieusement et si heureusement entrepris la cause.
Si la splendeur de VOS talents assure à votre
l'immortalité, la grandeur de votre âme
nom
t-elle pas à votre
n'assurepersonne l'estime, l'admiration et
la reconnaissance des hommes de ma couleur?
que
précéder ces Mémoires, C'est un
hommage que je crois devoir vous
rendre, en ma
qualité de membre de la race opprimée dont
avez si généreusement, si
vous
glorieusement et si heureusement entrepris la cause.
Si la splendeur de VOS talents assure à votre
l'immortalité, la grandeur de votre âme
nom
t-elle pas à votre
n'assurepersonne l'estime, l'admiration et
la reconnaissance des hommes de ma couleur? --- Page 10 ---
C'est au sein des États de l'Union qu'il faut aujourd'hui attaquer l'esclavage, comme vous l'avez si
bien fait; vous réussirez a vaincre le monstre, parce
que vous avez pour vous la vérité,
fille du ciel.
N'est-ce pas, madame, qu'il est honteux qu'au
XIX" siècle du christianisme, la diversité de l'épiderme puisse servir encore dans quelques contrées
de signe de proscription entre les différentes branches de la famille humaine?
Daignez, madame, agréer l'expression de mon
dévoûment aussi sincère que respectueux.
SAINT-REMY.
Paris, le ier février 1853. --- Page 11 ---
ETUDE
HISTORIQUE ET CRITIQUE.
L'oligarchie coloniale n'épargna aucun moyen de compression, aucun raffinement de barbarie pour maintenir
sur la race africaine et ses descendants le poids de sa
toute-puissante exploitation. Alors, comme pour légitimer
la violation de tous les principes du droit naturel, on
proclama tout haut l'inaptitude intellectuelle et morale de
cette race. Mais qui s'étonnerait donc que, sous l'empire
de l'esclavage, le nègre soit resté si longtemps étranger aux
bienfaits de la civilisation ? ( Le moyen de marcher. 1 a dit
le chancelier Bacon,quand on a un bandeau sur les yeux et
des fers aux pieds 1 ) Aussi l'homme noir lui-même se
crut fatalement condamné par la nature à l'obéissance et à
la servitude. Bien plus n'a-t-on pas vu l'homme blancdans
1 Nomum Organum.
empire
de l'esclavage, le nègre soit resté si longtemps étranger aux
bienfaits de la civilisation ? ( Le moyen de marcher. 1 a dit
le chancelier Bacon,quand on a un bandeau sur les yeux et
des fers aux pieds 1 ) Aussi l'homme noir lui-même se
crut fatalement condamné par la nature à l'obéissance et à
la servitude. Bien plus n'a-t-on pas vu l'homme blancdans
1 Nomum Organum. --- Page 12 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
de
alors que les ténèbres du
le même état
dégradation,
l'intelligence des
age couvraient de leurs voiles
moyen
phénomène prouvequel'eselapeghrasny@eeCodebley les mêmes maux. N'est-ce pas alors
vage enfante partout
: Tu resteras
le comble de la perfidie que de dire au nègre
tu es ignorant. A cela ne pourrait-on
esclave parce que
c'est qu'il est esclave?
pas répondre : s'il est ignorant,
civilisation,
L'Egyple, qui fut le centre d'une grande
de noirs. Ces noirs ne créèrent-ils pas
n'était peuplée que
présent font l'objet de
des choses prodigieuses qui jusqu'à
- Que si l'on ne veut pas admettreque
notre admiration?.
primitive de I'Egypte fût noire, - contre
la population
visita ces contrées sous les PhaT'autorité d'Hérodote, qui
sa
investigation, conraons 1 : de Volney, qui, par propre
nombre
de son devancier ; d'un grand
firma l'expérience
et modernes, ne
d'autres savants des temps antiques
comme on l'a déjà souvent fait remarquer,
suffirait-il pas,
3,
y reconnaitre parfaitede voir le célèbre Sphinx 1 pour
le
distinctif de la race éthiopienne? ?
ment type
égyptienne fàt d'oMais en concédant que la population
l'on sait, à n'en pas douter, qu'au
rigine caucasienne, des Pharaons était au plus haut degré
moment où la terre
barcivilisation, l'Europe était dans la plus complète
de
caractériser l'état sauvage,
barie; rien n'y manquait pour
de Larcher, Paris, 1786, livre I1, S 104.
1 Hérodote, traduction
Paris, 1787, t. 1, page 72.
2 Volney, Voyage en Egypte,
II se trouve près des
: Sphinx, espècc de Dieu de l'antique Egypte. l'occident. Sa grandeur est
Pyramides, à 12 myriamètres du Caire, vers
rocher. Il est enfoui
telle qu'il a dû être taillé sur place dans un immense la lête caractérisée
dans les sables jusqu'anx épaules. Il a. dit Volney.
NECRE.
Paris, 1787, t. 1, page 72.
2 Volney, Voyage en Egypte,
II se trouve près des
: Sphinx, espècc de Dieu de l'antique Egypte. l'occident. Sa grandeur est
Pyramides, à 12 myriamètres du Caire, vers
rocher. Il est enfoui
telle qu'il a dû être taillé sur place dans un immense la lête caractérisée
dans les sables jusqu'anx épaules. Il a. dit Volney.
NECRE. --- Page 13 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
même les sacrifices humains. Or, appartenait-il aux
pas
reculés de proclamer l'inaptitude
Egyptiens de ces temps
destinées, de
à de meilleures
des peuplades européennes
Dieu à rester éterdire qu'elles étaient condamnées par
et de
dans les ténèbres de l'ignorance
nellement plongées
vouées à vivre et à mourir dans
la superstition 1 partant
le
non: car
sophisme
l'esclavage ? Non 1 assurément
n'est
à T'humanité. J'infère de là qu'il
n'appartient pas
suivant cette hypothèse à
permis aux blancs de raisonner
ne l'eût été aux Egypl'égard des nègres, pas plus qu'il
tiens à l'égard des Européens.
les contrées à la fois. Il
La civilisation ne visite pas toutes
luia fallu des siècles pour se répandre de l'Inde en Egypte,
de la Grèce en Italie, de l'Italie
de l'Egypte en Grèce,
Laissez-lui le temps de se
dans le reste de l'Europe.
Chaque race, comme chaque peuple,
répandre en Afrique.
Les sociétés n'ont jamais
brillera à son tour sur la terre.
le soleil
toutes progressé à la fois. Ce n'est que quand
d'une contrée qu'il en éclaire une autre; ainsi
disparait
l'histoire nous l'enseigne. ( Il ne faut
va la civilisation :
tout vouloir à la
) jamais et dans aucune circonstance
dit M. Jacques Arago. Dieu plus puissant que
) fois,
six
et quel monde
> l'homme fit le monde en
jours,
Une semaine de plus n'aurait rien gâté, je
> encore!
) pense 1 - )
il ne s'élabore
Et qui sait après tout si en ce moment
dans les masses noires un travail capable un jour
pas
qui sans doute n'est
d'étonner la civilisation européenne,
Car
de la force humaine?
pas à la pénultième puissance
Voyage autour du monde. tome 11, p. 335,
1 Souvenirs d'un aneugle.
Paris, 1838.
en
jours,
Une semaine de plus n'aurait rien gâté, je
> encore!
) pense 1 - )
il ne s'élabore
Et qui sait après tout si en ce moment
dans les masses noires un travail capable un jour
pas
qui sans doute n'est
d'étonner la civilisation européenne,
Car
de la force humaine?
pas à la pénultième puissance
Voyage autour du monde. tome 11, p. 335,
1 Souvenirs d'un aneugle.
Paris, 1838. --- Page 14 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
enfn les ennemis des noirs n'ont évidemment affirmé
l'inaptitude intellectuelle de cette race, que pour mieux
consolider l'édifice de l'esclavage. Mais comment et par
qui cette inaptitude a-t-elle été constatée? A-t-on démontré qu'elle est inhérente à la nature du noir? N'est-ce
pasplutôt la position géographique del'Afrique quij jusqu'à
ce jour l'a tenu éloigné du contact bienfaisant de toute
civilisation? N'est-ce pas en Amérique la condition politidans laquelle il fut si cruellement relégué qui arrêta
que
- Je ne
pas ici des iles espal'essor de ses facultés?
parle
gnoles, ni des Etats de Y'Union, où il faut espérer qu'avant
dix ans les noirs redeviendront libres aussi. - Comment
alors peut-on loyalement venir reprocher aux nègres leur
infériorité morale et intellectuelle? Qu'a-t-on jamais fait
ouvrir leurs yeux à la lumière? Je dirai de ma race
pour M. Arago dit des habitants des iles Mariannes, dans
ce que
encore dit oi est la
l'ouvrage déjà cité : ( On ne lui a pas
> vérité et ce qu'est la vérité. Dès qu'on lvi aura appris la
siir
ne la déviera pas, etsiles
)) route à suivre, soyez
qu'il
des nouvelles
> moeurs primitives triomphent quelquefois
c'est
a dans celles-ci tant de misère
) institutions,
qu'il y
le bon sens,
une propriété de toul
) et de folie, que
quiest
) ce qui respire, en fait prompte et bonne justice. )
Or, ceux qui reprochent aux noirs la barbarie qui
enveloppe leurs contrées, oublient-ils que ce sont euxont
entretenu le mal si
mêmes qui y
systématiquement
nécessaire au succès du commerce de la traite, et que
l'affreux régime colonial ne nous a jamais donné que travail
et indigence, terreurs et supplices? Oublient-ils que leur
politique commandaitl que nous fussions éternellement
plougés dans les ténèbres de l'ignorance?
chent aux noirs la barbarie qui
enveloppe leurs contrées, oublient-ils que ce sont euxont
entretenu le mal si
mêmes qui y
systématiquement
nécessaire au succès du commerce de la traite, et que
l'affreux régime colonial ne nous a jamais donné que travail
et indigence, terreurs et supplices? Oublient-ils que leur
politique commandaitl que nous fussions éternellement
plougés dans les ténèbres de l'ignorance? --- Page 15 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
( l'angle facial du noir, excessivement
On adit encore que
cerveau, siége
aigu, ne laisse que peu de développementau contre nous
1. > - - Jadis on invoquait
de l'intelligence de la Bible; on prélendait que nous
l'autorité mystique
Dieu lui-même avait voulu
descendions de Cham, que
croient au péché
asservissement. Mais ceux qui
notre
de croire à la
originel ont-ils le droit de se dispenser
où tout
Battus sur le terrain de la Genèse,
rédemption?
les colons en sont venus à
n'est que doute et confusion,
noire. Qu'on nous le
invoquer la science contre la race
fondé leur
ont-ils
dise : sur quelles investigations ont-ils palpés, mesurés,
critérium? Quels crânes de nègres
avaient
Sans doute ceux des malheureux qu'ils
la
pesés?..
comprimé T'IDÉE, loin de
abrutis, dont ils avaient durent avoir le crâne dépriréveiller, et qui par cela même
aux
mé. Mais soyons justes : il ne peut pas plus appartenir
la SCIENCE contre nous, qu'il ne peut
colons d'invoquer
de l'invoquer contre leurs
appartenir aux seigneurs russes d'expérimenter sur les
serfs. Il ne leur appartient pas plus
la misère et de
crânes de quelques infortunés abrutis par
delà
le crâne de tous les nègres est déprimé,
conclure
que
à moi, homme noir, d'expérimenter
qu'il ne m'appartient
kalmoucks et de conclure
sur le crâne de quelques esclaves
Mais
le crâne de tous les blancs est déprimé.
aussi que
la règle de l'angle facial, si souvent
qu'importe en somme
des races par les
invoquée pour légitimer l'oppression
ComL'intelligence n'est-elle pas impondérablet
races?
où elle doive s'abriter?
ment alors lui mesurer un espace
écoles,
renferme deux grandes
Je sais que la physiologie
des esclaves, par de Lacharrière,
1 Réferions sur raffranchissenent
Paris, 1828.
primé.
aussi que
la règle de l'angle facial, si souvent
qu'importe en somme
des races par les
invoquée pour légitimer l'oppression
ComL'intelligence n'est-elle pas impondérablet
races?
où elle doive s'abriter?
ment alors lui mesurer un espace
écoles,
renferme deux grandes
Je sais que la physiologie
des esclaves, par de Lacharrière,
1 Réferions sur raffranchissenent
Paris, 1828. --- Page 16 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
sommités brillent de part et d'autre d'une imdont lès
Sommerring, Cuvier, Virey,
mense splendeur, Camper,
sortir le nègre d'un
Laurence font dans leur onthologie
accouplement; ils lui refusent l'invention et
monstrueux
n'accordent volontiers qu'aux
le perfectionnement qu'ils
Tiédemann, Lavater -
blancs L Mais Blumembach.
démentir
Prichard et d'autres savants viennent
Broussais,
la mutualité des forces
leurs adversaires, en proclamant conclure de tout cela?
expansives de Thumanité . Que
la science qui voudrait condamner l'intelligence
C'est que
de stérilité, n'est fondée sur
du nègre, en la frappant
positive; tout y est à l'état d'hypothèse
aucune expérience
ou moins hardie, plus ou moins ingénieuse.
plus
ordre d'idées plus élevées, voyons si la
Remontons à un
de croire à l'infériorité
MORALE et la LOGIQUE permettent
intellectuelle de la race noire?
de l'espèce humaine est un fait proclamé
L'UNITÉ du type
avouée par les plus
la révélation. Cette unité est de plus
par
Blumembach, Herder.Artons-nous
grands génies, Buffon,
ont étudiéla nature et
à ces trois citations. Les hommes qui
humain
s'accordent donc à croire que le genre
l'histoire
mesure qu'il se répandit
sortit du même berceau et qu'à
dut
ou moins chaudes, son épiderme
sous les zones plus
deviendra sensible
tendre à se rembrunir. Ce phénomène
sesera donné la poine de parcourir
pour tout observateurqui
à lire surtout : Dissertation sur les
1 J'engagerai mes compatriotes les traits du visage ches les hommes des diffédifférences que présentent
Camper, Utrecht, 1791. Histoire
rents pays, des différents dges, par Paris, 1824.
naturelle du genre luumain, par Virey, humani varietate nativd, par
2 J'engagerai encore à lire : De generis naturelle de Phomme. par PriBlumembach, Goettingue, 1795. Histoire
chard, tradnction de Ronlin, Paris, 1843.
les traits du visage ches les hommes des diffédifférences que présentent
Camper, Utrecht, 1791. Histoire
rents pays, des différents dges, par Paris, 1824.
naturelle du genre luumain, par Virey, humani varietate nativd, par
2 J'engagerai encore à lire : De generis naturelle de Phomme. par PriBlumembach, Goettingue, 1795. Histoire
chard, tradnction de Ronlin, Paris, 1843. --- Page 17 ---
ET CRITIQU JE.
ÉTUDE HISTORIQUE
Il y verra en effet, en partaut du
la carte de notre planète.
sud, les
se
pôle nord et se dirigeant au pôle
populations Mais si sous
au noir jais.
colorer et arriver progressivement correspondant, il ne voit
la même latitude et à l'antipode
- qu'il ne s'en
pas le même phénomène se reproduire, il reconnaîtra
plus attentivement,
étonne point.S'ilregarde
du Mexique n'est pas aussi
par exemple que la population d'abord l'Amérique fut
noire que celle du Dongolah:
le royaume de
plus tard que l'Afrique, et de plus
peuplée
loin de
déserts qui augmenDongolah est situé non
grands
le Mexique se
de la chaleur, tandis que
tent l'intensité
d'immenses forêts coupées en tous
trouve situé au centre lacs. Il est vrai qu'on peut me
sens de rivières et de
de T'épiderme
dire, avec Virey, que si la coloration
zones, un
de la température des différeutes
dépendait
devrait avoir la coloration des hanègre né en Europe
monde. A cela, je répondrai
bitants de cette partie du
que les sièd'abord que la nature procède lentement,
si loin
elle moins que des secondes, que
cles sont pour
nous n'avons
puisse s'étendre notre imagination,
que
de l'éternité. Puis je laisserai
rien embrassé de la marche
de couleur, dit-il,
parler M. Prichard : < les variétés l'élévation du pays
en partie du climat, de
> dépendent
de la distance plus ou
du niveau de la mer, ,
> au-dessus
de la côte. Ces mêmes
> moins grande où il se trouve
exercent aussi
on ne peut guère en douter,
> conditions,
du corps humain ; mais
> une action sur la conformation
chez les difféles formes du corps
) on a remarqué que
modifier plutôt sous l'influence
> rentes races paraissent se
sous celle des
du
de vie et des habitudes que
>
genre
chose de vrai,
et cette remarque a quelque
) climats;
du niveau de la mer, ,
> au-dessus
de la côte. Ces mêmes
> moins grande où il se trouve
exercent aussi
on ne peut guère en douter,
> conditions,
du corps humain ; mais
> une action sur la conformation
chez les difféles formes du corps
) on a remarqué que
modifier plutôt sous l'influence
> rentes races paraissent se
sous celle des
du
de vie et des habitudes que
>
genre
chose de vrai,
et cette remarque a quelque
) climats; --- Page 18 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
) quoique jusqu'à présent, on ne l'ait encoreappuyée que
) sur des conjectures : prouver par de bonnes observations,
) dans le cas de l'espèce humaine, la réalité de ces rap-
) ports entre les formes et les habitudes, serait réellement
)) une tres-belledécouverte. Sij'osais indiquer ici quelques-
) uns de ces rapports, ce serait en remarquant, d'une
> manière générale et sans prétendre que la loi ne soit
> sujette à beaucoup d'exceptions, qu'ily y a dans l'espèce
) humaine relativement à la forme de la tête et à quelques
> autres caractères physiques, trois variétés principales,
)) lesquelles prédominent, l'une, chezles peuples sauvages
) et chasseurs, l'autre chez les râces pastorales et noma-
) des, l'autre, enfin chez les nations civilisées 1 : >
Mais Virey ne se contente pas de nier l'influence du
climat sur la couleur et les formes de l'espèce humaine; entrant dans un autre ordre d'idées, tout en faisant des voeux
pour l'amélioration de ma race : ( On va, dit-il, jusqu'à
) douter que le nègre ait l'âme assez ferme, assez élevée
) pour être jamais capable d'une vraie liberté; car celle-ci
> exige, pour être conservée, celte force de caractère qui
> sait immoler ses passions à l'intérêt public et à sa patrie.
) Le nègre, dit-on, est trop apathique pour garantir son
) indépendance et cependant trop furieux dans ses
) transports pour se modérer dans l'exercice du pouvoir.
) Il n'est jamais en un juste milieu; comme les âmes
) serviles,
( S'il ne craint, il opprime, et s'il n'opprime, il craint. 2 )
Virey ignorerait-il que ce caractère psychologique qu'il
1 Histoire naturelle de Vhomane, Paris, 1843, t.
2 Dictionnaire des sciences médicales, article 2, NÈCRE, p. 96. volume 35,
Paris, 1819.
pour se modérer dans l'exercice du pouvoir.
) Il n'est jamais en un juste milieu; comme les âmes
) serviles,
( S'il ne craint, il opprime, et s'il n'opprime, il craint. 2 )
Virey ignorerait-il que ce caractère psychologique qu'il
1 Histoire naturelle de Vhomane, Paris, 1843, t.
2 Dictionnaire des sciences médicales, article 2, NÈCRE, p. 96. volume 35,
Paris, 1819. --- Page 19 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
à toutes les races, à un degré plus ou
a signalé appartient
le degré de la cruauté des indimoins développé, suivant
à
des masses? 1 Qui répondra
vidus et de l'ignorance
Virey? L'éducation; ;
l'espèce de dilemme que vientde poser conscience de sa
c'est elle qui donne à Thomme la
car
le mal, à le réparer et à ne faire
dignité, le porte à éviter
de l'empire de la
en un mot découler ses actions que
justice.
dans le domaine de la LOGIQUE :
Maintenant entrons
noir exactement constil'anatomie nous présente l'homme
chez l'autre,
l'homme blanc; chez l'un comme
tué comme
mêmes fonctions. Or, si
mêmes organes, pour les organes
blanc, les
du nègre est semblable à celuidu
l'organisme
doivent être les mêmes.
aptitudes, comme les appétits
constitué comme moi ne pourrait-il
Comment un homme
Barême mentiaussi bien développer son autonomie?
pas
rait-il?
l'anatomie trouve entre le derme et l'épiIl est vrai que
appelle
derme du noir une matière colorante qu'elle
mais si la couleur de l'homme est un phénopigmentum ;
le pigmentum n'en proviendraitmène du climat, pourquoi
il pas aussi?
existerait-elle,
Cependant la dissemblance des aptitudes
homme a
n'eût rien prouvé. De même que chaque
qu'elle
d'ètre homme, chaque race a sa
son caractère, sans cesser
la
famille
civilisation, sans cesser d'appartenir à grande
Combien d'hommes valent mieux les uns queles
humaine.
la civilisation moderne
autres? Qu'on nous dise en quoi
de la vieille
vaut mieux que celle du vieil Indoustan ou
toutes les races se mélent,
Egypte? - Aux yeux de l'histoire
hommes se mécomme à nos yeux tous les
se confondent,
qu'elle
d'ètre homme, chaque race a sa
son caractère, sans cesser
la
famille
civilisation, sans cesser d'appartenir à grande
Combien d'hommes valent mieux les uns queles
humaine.
la civilisation moderne
autres? Qu'on nous dise en quoi
de la vieille
vaut mieux que celle du vieil Indoustan ou
toutes les races se mélent,
Egypte? - Aux yeux de l'histoire
hommes se mécomme à nos yeux tous les
se confondent, --- Page 20 ---
ETUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Jent, se confondentdansle bruit, chacun avec son cri, son
aspiration.
Je croirai de plus que la différence de la couleur, loin
d'être une occasion de haine entre les hommes, devrait
être la cause d'une louable et fraternelle émulation. Quand
les gouvernements modernes auront bien réfléchi sur cette
question qui n'est encore qu'un sujet d'embarras dans leur
marche, ils trouveront sans doute les moyens de faire
converger les diverses races vers la gloire et le bonheur
communs ; le premier pas à faire, ce me semble, serait de
ne donner de prérogatives qu'à l'intelligence et à la vertu.
Enfin ni la science, ni la morale, ni la logique ne peuvent laisser de doute sur les aptitudes diverses du nègre.
Nous pouvons dire avec M. de Brotonne : ( La variété des
) races n'exclut en rien l'unité de l'espèce ; cette unité
)) existe dans les véritables attributs qui la distinguent des
> autres générations animales. Nier l'humanité pour les
> nègres serait la nier également pour les blancs, car les
> uns et les autres sontséparés desanimaux pour les mêmes
> attributs; leur activité seule y met des différences. De
) même que la différence d'organisation établit une échelle
> entre les animaux, la variété entre les races établit une
) ligne de démarcation entre les peuples. L'histoire les
> classe d'après le plus ou moins de perfection de leur
)) civilisation ' ))
lci les événements viennent donner une consécration
solennelle à la puissante parole de M. de Brotonne : on vit
à la fin du siècle dernier, dans une ile de l'archipel américain, des nègres Ct des mulâtres courbés sous le poids de la
1 Histoire de la filiation el des migrations des peuples, Paris, 1837,
tome 1, page 158. --- Page 21 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE. soudainement, briser
plus odieuse servitude, se relever
de
audacieusement leurs fers, en forger des instruments
leur liberté, la maintenir et la faire
vengeance, conquérir
respecter. haitien. Parmi les fondateurs de
Ce peuple est le peuple
du fond du
son émancipation se détache majestueusement
homme eût honoré n'importe quelle nation :
tableau un
qui
actif et infatigable; s'il avait la bouche
il était petit et fluet,
comme
vilaine, il avait des yeux magnifiques qui lançaient
des éclairs de génie, une pose qui commandait le respect
universel ; il avait la voix un peu nasillarde, mais la diction
correcte.
les fondateurs de
Ce peuple est le peuple
du fond du
son émancipation se détache majestueusement
homme eût honoré n'importe quelle nation :
tableau un
qui
actif et infatigable; s'il avait la bouche
il était petit et fluet,
comme
vilaine, il avait des yeux magnifiques qui lançaient
des éclairs de génie, une pose qui commandait le respect
universel ; il avait la voix un peu nasillarde, mais la diction
correcte. Rarement sa phrase manquait d'impliquer un sens
Se couvrant du manteau de la superprofond et judicieux. flatter etdistition qu'ilassimilait à la religion, pourmieux
grossières des siens; allant d'un pas
riger les passions
à l'estrade des
indifférent du confessionnal de la pénitence
venant de rececours prévôtales, - qu'il présidait souvent;
bien
voir du prêtre l'absolution de peccadilles qu'il voulait
et courant sans frémir livrer à la mort même l'innoavouer
toujoursà
cence ; catholique fervent en apparence, ayant
la bouche le saint nom de Dieu,-- mais politique cruel sous
de la raison d'état, prétexte si facile à invole prétexte
Avare des deniers du peuple tant
quer par les tyrans. donnant
lui que pour ses serviteurs les plus dévoués; ;
pour
toujours à cheval ou dans son
peu de temps au sommeil,
cabinet; franchissant cinquante lieues par jour ou réponlettres dans le même espace de temps ;
dant à cinquante
dans chacune de ses traites ou fatiépuisant trois chevaux
: tel
trois secrétaires dans chacune de ses journées
guant
qui, malgré les nombreuses
était Tousaint-l/Ouwerture
brillera dans les fastes de
illustrations des temps modernes,
--- Page 22 ---
ÉTUDE
HISTORIQUE ET CRITIQUE. T'humanité comme capitaine et comme
prouve qu'il n'y pas de races meilleures politique. Et ce qui
que les autres, c'est
ou pires les unes
que
crime comme la vertu. Tousaint-l/Ouverture exagéra le
C'est alors que le Premier des Noirs, déchu du
qu'il occupait, trahi
haut rang
par ses propres
son pays, transféré brutalement lieutenants, enlevé à
Franche-Comté,
sous le ciel glacé de la
écrivit les Mémoires
de leur
que nous exhumons
lumière enfouissement et que nous livrons tout entiers
de la publicité. à la
On verra dans ces Mémoires
dessus de la portée du
qu'aucun talent n'est aunègre : la guerre, la législation,
T'éloquence, L'Ouverture sut tout atteindre. L'existence de ces Mémoires fut d'abord
le vénérable abbé Grégoire,
mentionnée par
vrage si curieux et Si
évèque de Blois, dans son oudes
intéressant intitulé : de la
nègres : En 1845 le journal la Presse
Litlérature
ques fragments ; alors quelques
en publia quelde leur authenticité, Mais
personnes parurent douter
veillante entremise de
tout récemment, par la bienM.
atteindre. L'existence de ces Mémoires fut d'abord
le vénérable abbé Grégoire,
mentionnée par
vrage si curieux et Si
évèque de Blois, dans son oudes
intéressant intitulé : de la
nègres : En 1845 le journal la Presse
Litlérature
ques fragments ; alors quelques
en publia quelde leur authenticité, Mais
personnes parurent douter
veillante entremise de
tout récemment, par la bienM. Fleutelot, membrede
de France, je pus avoir du général
l'université
nication d'une
de
Desfourneaux commupossession. copie ces Mémoires qu'il avait en sa
Plus tard, de recherches en
vai à en découvrir aux Archives
recherches, j'arrimanuscrit
générales de France le
original. Je parcourus
attention
avidement et avec une
religieuse ces longues pages toutes écrites
main du Premier des Noirs. de la
me causa se comprendra
L'émotion que leur examen
le souvenir d'une
mieux qu'elle ne peut se décrire :
si haute renommée courbée sous le poids
I Dc la Littérature des
negres, par H. Gréyoire, I vol., Paris, 1818. --- Page 23 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
l'âme dans un abime de réflexions.
de tant d'infortunejette
deux choses perdirent
Toutefois, l'histoire dira que
contre les anciens
L'Ouverture : ses fausses préventions
dans la
nègres et mulâtres, qu'il enveloppa toujours
libres,
tandis que ces anciens libres poumême proscription,
et sa ligue
vaient être si utiles aux succès de sa cause,
de la
rétablir l'esclavage, sous la forme
avec les colons pour
éloigné de ses conseils les
glebe. En effet, aussitôt qu'il eut
les anciens maihommes de couleur, forceluifutd'y appeler
C'estlà la source de cette guerre sacrilége, implacable,
tres.
qui moissonna tout ce
qui éclata entre lui et Rigaud, guerre d'héroisme et qui
le pays avait de vertus, de talents,
sentit
que
les méchants. L'Ouverture
sembla n'épargner que
mulâtre doivent faire cause
le nègre et le
bien un jour que
c'est quarid, abancommune, au lieu de s'entre-déchirer,
de l'univers,
donné des flatteurs qui le perdirent, séquestré
général
il ne trouva à ses côtés que Martial Besse, mulâtre, Joux,
détenu comme lui au château de
qui
de brigade,
manuscrits et leur donner
voulut bien recopier ses
Ainsi dans les petites
l'orthographe qui leur manquait.
choses le doigt de la Providence se montre :
dépendance du Fort-Dan1 Besse (Martial) naquit au Terrier-Rouge, 1759. Son père, colon
phin (aujourd'hoi Fort-Liberté), le 15 septembre éludes. Mais Besse aima mieux
blanc, l'envoya en France pour y faire où il ses servit du 3 août 1779 au 7 mai
s'enrôler dans le Royal-Asvergne
et parvint pendant la révo1783: Congédié, il revint à Saint-Domingue
France, il défendit la
lution au grade de chef de brigade. Reparti pour sous les ordres du
convention nationale aux journées de vendémiaire, Plus tard, lors de
général Bonaparte et fut nommé général de brigade. le
Leclerc de
l'expédition de Saint-Domingue, il fut chargé par l'on redouta général qu'il n'allàt
pacifier l'ile de la Tortue. Mais comme bientôt
Pétion (Alexandre),
grossir l'insurrection temgnbpertetptergaial
lution au grade de chef de brigade. Reparti pour sous les ordres du
convention nationale aux journées de vendémiaire, Plus tard, lors de
général Bonaparte et fut nommé général de brigade. le
Leclerc de
l'expédition de Saint-Domingue, il fut chargé par l'on redouta général qu'il n'allàt
pacifier l'ile de la Tortue. Mais comme bientôt
Pétion (Alexandre),
grossir l'insurrection temgnbpertetptergaial --- Page 24 ---
ETUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Aujourd' 'hui j'aurais pu à mon tour poursuivre le travail
de Martial Besse ; et, refouillant dans mes souvenirs scolaires, en tirer quelques tournures de rhétorique
diaprer les Mémoires que je publie. N'est-ce pas ainsi pour
que l'on procède à l'égard de cette foule de mémoires
contemporains dont la librairie nous inonde chaque jour?
Mais j'ai pensé que dans une ceuvre destinée à faire
prendre, pour ainsidire, en flagrant délit le mérite littéraire
d'un nègre, bien que ce nègre n'eût point fait d'humanités,
il valait mieux maintenir l'intégrité du texte,
même au détriment de mon amour-propre patriotique.
Cependant tels qu'ils sont, malgré l'imperfection du style,
les Mémoires de L'Ouverture sont empreints d' une candeur
qui honore son âme, d'une ampleur d'idée et d'une élévation de forme que ne désavoueraient pas bien des écrivains
de profession. Ainsi quand le Premier des Noirs, racontant
la conduite inique du général Leclerc à son égard, s'écrie :
( Sans doute je dois ce traitement à ma couleur; mais ma
> couleur... ma couleur m'a-t-elle empêché de servir ma
) patrie avec zèle et fidélité? La couleur de mon
corps
) nuit-elle à mon honneur et à ma bravoure?: ) Ne croirait-on pas entendre Othello, dans la tragédie de Ducis,
quand il s'écrie aussi :
il fut embarqué pour France. Ielégué au chàleau de Joux, il y rencontra
L'Ouverture. Rigaud vint les y joindre. Enfin sorti de ce château,
ainsi que Rigaud, après la mort de L'Ouverture, il fut envoyé à Melun,
d'où il rénssit à s'évader et à se rendre en Haiti, à la fin du règne de
Dessalines. Christophe le fit comte et maréchal de son royaume, Il
mournt vers 1816. L'histoire doit lui reprocher d'avoir été de ceux des
mulâtres qui, le 2 septembre 1790, jurèrent au Terrier-Rouge
aua blancs.
respect
âteau,
ainsi que Rigaud, après la mort de L'Ouverture, il fut envoyé à Melun,
d'où il rénssit à s'évader et à se rendre en Haiti, à la fin du règne de
Dessalines. Christophe le fit comte et maréchal de son royaume, Il
mournt vers 1816. L'histoire doit lui reprocher d'avoir été de ceux des
mulâtres qui, le 2 septembre 1790, jurèrent au Terrier-Rouge
aua blancs.
respect --- Page 25 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
n'est-il donc qu'un ontrage?
) Quoi! ! ce nom d'Africain front nuit-elle à mon courage 12 )
) La couleur de mon
rencontrons dans les Mémoires de L'Ouverture
Si nous
desréflexions aussi profonde pareils mouvements de style,
L'Ouverture
des, combien ne devons-nous pas regretter que
n'ait
eu comme les grands capitaines de l'antiquité,
pas
Thucydide, César, le loisir de nous
comme Xénophon, de révélations qu'il ne l'a fait; combien ne
transmettre plus
cet homme extraordidevons-nouspas regretter surtout que
dans
naire se soit trouvé, par toutes sortes de circonstances,
de revoir ce qu'il venait d'écrire; car on
l'impossibilité de la trempe de son esprit, quand on
peut bien juger
tout est de premier
saura que dans son manuscrit propre, C'est l'homme qui
jet; pas une rature, pas une surcharge.
se
dans la sincérité de son droit,
écrit sans prétention,
de déployer les
préoccupant peu de faire de l'esprit,
de l'art, écrivant seulement pour se justifier, ne
ressources nullement à se poser aux regards de la publicité
cherchant
de renommée, dont il pouvait après
et à briguer un genre
tout se passer sans cesser d'être grand.
d'autres docuIl est à regretter, cependant, que, dans
lanL'Ouverture ait démenti parfois la fiertéde SOIL
ments, des défaillances de courage, par des expressions
gage par
Mais pas plus
précatives à l'adresse de ses persécuteurs.
sans
qu'il n'y a de soleil sans nuages, il n'y a d'héroisme
D'ailleurs le lecteur ne doit pas oublier que déjà
tache.
dans le fond d'un humide cachot, ne couagé, confiné
infecte, souffrant des rigueurs
chant que sur une paille
inconnue pour lui,
d'un hiver excessif, chosejusque-là
1Othello, acte 1, seène v.
catives à l'adresse de ses persécuteurs.
sans
qu'il n'y a de soleil sans nuages, il n'y a d'héroisme
D'ailleurs le lecteur ne doit pas oublier que déjà
tache.
dans le fond d'un humide cachot, ne couagé, confiné
infecte, souffrant des rigueurs
chant que sur une paille
inconnue pour lui,
d'un hiver excessif, chosejusque-là
1Othello, acte 1, seène v. --- Page 26 ---
ÉTUDE
HISTORIQUE ET CRITIQUE.
privé des moindres commodités de la vie,
faire lui-même sa triste
obligé alors de
de ses enfants,
cuisine, séquestré de sa femme et
qu'il adorait, ne voyant jamais dans ses
gards se réfléter un regard ami, le lecteur
reoublier, dis-je,
ne doit pas
déshonorer,
que L'Ouverture ait pu, sans croire se
s'abandonner à quelques pleurs, à quelques
gémissements, à quelques supplications. Au
captifs non moins illustres
reste, d'autres
avait donné
que lui, mais à qui l'éducation
un certain charlatanisme en face de
ne se sont-ils pas néanmoins
l'adversité,
des larmes au souvenir de surpris quelquefois à verser
leur grandeur déchue?
Les Mémoires ne commencent
la naissance de leur
pas malheureusement à
L'Ouverture
auteur. Quel peintre plus habile que
eût pu nous transmettre le tableau de
du nègre esclave avant la
la vie
rieuse, si
révolution; ; cette vie si labodure, dans le cours de laquelle
baient affaissés sous le
beaucoup tompoids du chagrin, du
occasionnés par la barbarie des maîtres,
désespoir,
d'autres, moins infortunés, arrivaient
pendant que
bonheur
à une aisance, à un
domestique bien supérieur à celui d'un
nombre de libres ? Si L'Ouverture était
grand
dut avoir cependant
de ces derniers, il
plus d'une fois à gémir et
sur le sort de ses semblables dont il était
à pleurer
le
souvent le confident attristé.
sage conseiller,
des nègres, racontée
L'histoire de l'esclavage
par un esclave nègre de
de L'Ouverture, eût été le livre le
l'intelligence
instructif que l'ami de
plus curieux et le plus
Cette
l'humanité pût ouvrir et consulter.
histoire, à mon avis, eût mieux valu
les
clamations du
que
désoit dit
négrophilisme, à qui on peut
en passant, au moins autant de mal reprocher,
bien.
qu'ila fait de
, racontée
L'histoire de l'esclavage
par un esclave nègre de
de L'Ouverture, eût été le livre le
l'intelligence
instructif que l'ami de
plus curieux et le plus
Cette
l'humanité pût ouvrir et consulter.
histoire, à mon avis, eût mieux valu
les
clamations du
que
désoit dit
négrophilisme, à qui on peut
en passant, au moins autant de mal reprocher,
bien.
qu'ila fait de --- Page 27 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
avait de plus une grande tâche à remplir:
L'Ouverture
d'armes des esclaves dans
c'était de nous peindre la prise
d'août 1791, de nous
le.nord de Saint-Domingue, au mois
les massacres, les pillages, les incendies
conduire à travers
moment oû, rejetant les vains
auxquels il assista, jusqu'au
castillane s'était abaissée
hochets de noblesse que la fierté
il entra dans le
à lui décerner, comme aux autres insurgés, aujourd'hui
giron de la glorieuse république française, l'humanité des.
si calomniée, et qui, cependant, sauva nature humaine
fureurs du despotisme, en rendant à la
sa dignité.
notre curiositéavide
Mais parmi toutes les exigences que
L'Ouverture,
eût eu le droit d'exiger de
de renseignements
de l'horrible
surtout, c'eût été l'explication
la principale
André Rigaud, sans motif honnête,
guerre civile qu'il fit à
métropolitaine ou indigène, uniquement
sans nécessité des colons ou des Anglais. Aussi, L'Oupour le bon plaisir
honte de lui-même : tout est
verture semble avoir ici
combattait sous les bansilence, comme à l'époque où il
que la
le principe de la liberté générale
nières espagnoles
Ce silence sur les deux*
France républicaine avait proclamé.
noire à Saint-Dopériodes de l'histoire de la race
graves
d'un retour sur la conscience
mingue ne provient-il pas événements pour les glorifier ou
qui, après tout, survit aux
la condamnation la
les flétrir? Ce silence ne serait-il pas
néfastes
et la plus solennelle des deux plus
plus complète
situations du drame colonial?
nous venons de
Malgré les défauts et les lacunes que
à réfuter
signaler, les Mémoires de L'Ouverture serviront
Boisles fausses et malignes assertions que
victorieusement
contre lui dans son travail sur
rond-Tonnerre hasarde
glorifier ou
qui, après tout, survit aux
la condamnation la
les flétrir? Ce silence ne serait-il pas
néfastes
et la plus solennelle des deux plus
plus complète
situations du drame colonial?
nous venons de
Malgré les défauts et les lacunes que
à réfuter
signaler, les Mémoires de L'Ouverture serviront
Boisles fausses et malignes assertions que
victorieusement
contre lui dans son travail sur
rond-Tonnerre hasarde --- Page 28 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Haiti :. Ils serviront surtout à constater
du nègre peut s'élever à la hauteur de toutes que l'intelligence les
connaissances. En effet, le terrein est bon ; il ne lui a manqué
jusqu'à présent qu'une savante culture. A-t-on encore
vu, soit dans les colonies dépendantes des
soit dans celles qui s'en sont
métropoles,
affranchies, les gouvernements établir sur quelques larges bases aucun système
l'enseignement universitaire? Le soin d'élever les générations, ce soin capital d'où dépendent l'avenir et la'
spérité des peuples, est à peu près abandonné à l'incu- prorie, quand ce n'est pas à l'ignorance. Et pourtant
se montre une génération de nègres avide des bienfaits partout de
l'instruction. Elle étonne surtout en Haiti par la précocité
de ses dispositions, par la justesse de son raisonnement,
Pourquoi le temps n'a-t-il pas respecté les jours de
Granville et de Lemoine, ces deux esprits supérieurs
de l'antiquité par la splendeur du génie? Quels fructueux dignes
enseignements la jeunesse de nos jours n'eût-elle pas retirés des leçons de ces deux maîtres?
Toi, surtout, 6 Lemoine, 6 mon savant maître, quelle
salutaire influence n'eusses-tu pas eue sur des esprits aussi
bien disposés! Ton goût si attique, ta parole si brillante,
ton style si suave, sont encore présents à nos souvenirs.
Si Dumesle 2 a chanté dans ses vers les talents et la gloire
1 Mémoires pour servir à l'histoire d'Haiti, par
précédés d'une Etude historique et
Boisrond-Tonnerre,
France, libraire, Paris, quai
critique s par Saint-Remy, chez
2 M. Dumesle
Malaquais, no 15. 1851.
(Hérard) naquit dans la commune de
le
16 juin 1784. Fils de mulâtre et de nègre, c'est-à-dire
Torbeck, il
UTL nom au barreau, à la tribune et dans les lettres. Doué griffe, d'une s'est mémoire fait
prodigiense, sa tête est toute une encyclopédie, Tombé comme premier
, Paris, quai
critique s par Saint-Remy, chez
2 M. Dumesle
Malaquais, no 15. 1851.
(Hérard) naquit dans la commune de
le
16 juin 1784. Fils de mulâtre et de nègre, c'est-à-dire
Torbeck, il
UTL nom au barreau, à la tribune et dans les lettres. Doué griffe, d'une s'est mémoire fait
prodigiense, sa tête est toute une encyclopédie, Tombé comme premier --- Page 29 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
de Granville 1
1 ici, dans ma prose, 0
une page à ta mémoire;
Lemoine, je consacre
postérité 21
puisse cette page la porter à la
Ce n'est pas seulement le
personnel de
laique qu'il s'agirait de fonder dans les T'enseignement
aussi réformer le
iles. Il faudrait
personnel de
Nulle part dans la chrétienté le l'enseignement religieux.
que là le sacerdoce dont
clergé ne profane autant
il est revêtu. Avide
rupteur de
d'argent, corl'innocence, artiste en troubles civils, tel est
généralement le clergé de certaines iles.
exceptions ne font ressortir
Quelques nobles
scandaleux
qu'avec plus d'éclat le
dont ces contrées sont afligées.
spectacle
Cependant, quoiqu'elle soit, pour ainsi dire,
guides dans ses études, la
privée de
immense
génération actuelle aura cet
avantage sur celle qui l'a précédée,
assisté à nos crises civiles et
qu'elle aura
excès
qu'elle aura vu combien les
politiques sont déshonorànts.
qui
Etrangère aux luites
ensanglantèrent la patrie, elle sera plus sage dans
Sa
ministre de la révolution de 1843, -
- il est maintenant exilé. On a de M. aujourd'hui si injustement décriée,
ressant intitulé : Voyage dans le nord Dumesle nn ouvrage très-inté- 4
serait à désirer qu'avec son graud
d'Haiti, imprimé aux Cayes. 11
la révolution de 1843; il doit ce travail talent, à il nous donnât une histoire de
1 Granville (Jonathas),
son pays et à lui-même.
Il se distingua dans les armées molâtre, de naquit la
au Port-de-Paix vers 1783.
Napoléon. Il ne revint en Haiti qu'à métropole; la
aussi fat-il décoré par
fut employé par le président Pétion à restauration des Bourbons, Il
de lieutenant, puis dans la
l'arme du génie en son grade
du principal collége de la magistrature, et enfin appelé à la direction
au Cap-llaitien en 1841. République par le président Boyer. II mourut
2 Lemoine
de Versailles, dont (Prosper), le blanc, naquit à Paris vers 1796, élevé au
nom est
lycée
en Haiti, Il monrut aux
célèbre, il vint se livrer à
Cayes en mai 1839.
l'onseignement
l'arme du génie en son grade
du principal collége de la magistrature, et enfin appelé à la direction
au Cap-llaitien en 1841. République par le président Boyer. II mourut
2 Lemoine
de Versailles, dont (Prosper), le blanc, naquit à Paris vers 1796, élevé au
nom est
lycée
en Haiti, Il monrut aux
célèbre, il vint se livrer à
Cayes en mai 1839.
l'onseignement --- Page 30 ---
ÉTUDE
HISTORIQUE ET CRITIQUE,
marche; et, se rendant bien compte des notions
de l'injuste, elle dominera tous les
du juste et
gés qui causèrent
vains et sombres préjunos maux. Plus instruite et surtout
consciencieuse, elle saura que l'histoire,
plus
nide, s'attaque même
comme une. Eumépar delà la tombe à ceux qui font
injustement couler les larmes de leurs semblables.
éteignant le flambeau de la discorde
Enfin,
imprudentes
que des mains aussi
que coupables ont allumé entre les
races, à toutes les époques, elle secondera
diverses
actuel dans son ceuvre de
le gouvernement
doit être notre
conciliation et de progrès. Tel
voeu. Et puisque déjà ce voeu
se réaliser sous ce gouvernement
commence à
en toute liberté de
qui permet de s'exprimer
découler
conscience, chose de laquelle ne peut
que le plus grand bien, il ne nous reste
exciter de toutes nos forces l'ardeur de l'étude
qu'à
jeunes concitoyens.
parmi nos
L'Ouverture ne leur donne-t-il
l'exemple de ce que peut la volonté de s'instruire? pas
du sein de l'esclavage, il
Sorti
citoyen
parvint au plus haut rang qu'un
puisse occuper dans son pays; étranger à tout autre
enseignement qu'à celui que donne la méditation, il vient
aujourd'hui se révéler à nous comme écrivain.
sujets d'émulation !
Quels vastes
Naguère donnant aussi aux jeunes hommes de
l'exemple de la volonté de bien faire,
ma race
j'ai
ser la mémorable carrière
essayé d'esquisque parcourut et décrivit
verture . Ai-je réussi dans ma tâche? Je
L'Outoujours est-il que le seul désir d'être utile l'ignore. Mais
m'animera
à mon pays
toujours. Plus on est loin du ciel de la
plus on s'attache à ses revers, comme
patrie,
à sa gloire. Je conti1 Vie de
La Harpe, 90. Tauaial-:Ouserture, Paris, 1850, chez Moquet, rue de --- Page 31 ---
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
nuerai donc à déchirer le linceul de l'oubli où sont renfermées nos figures historiques les plus célèbres. Je continuerai
cette pieuse mission pendant l'exil pénible et rigoureux,
autant que peu mérité, que je subis, et dont le souvenir a
da sortir de la mémoire de l'empereur Faustin Ier, car ceux
qui l'ont approché disent qu'il a le coeur noble et grand.
Mais comme mes compatriotes de race ont partout accueilli
mes premiers essais avec une bienveillance qui m'honore,
j'agirai de manière à mériter davantage cette bienveillance
dans la Vie d'Alexandre Pétion.
Aujourd'hui c'est le Premier des Noirs lui-même qui va
nous entretenir de ses travaux. Je louerai le ciel si son
euvre plus que la mienne peut relever aux yeux du
monde civilisé la race à laquelle nous appartenons tous
deux, plus heureux et plus fier du mérite de L'Ouverture
que du mien propre : les enfants ne se glorifient-ils pas
dans leurs pères?
G-IaBI-O
cette bienveillance
dans la Vie d'Alexandre Pétion.
Aujourd'hui c'est le Premier des Noirs lui-même qui va
nous entretenir de ses travaux. Je louerai le ciel si son
euvre plus que la mienne peut relever aux yeux du
monde civilisé la race à laquelle nous appartenons tous
deux, plus heureux et plus fier du mérite de L'Ouverture
que du mien propre : les enfants ne se glorifient-ils pas
dans leurs pères?
G-IaBI-O --- Page 32 --- --- Page 33 ---
MÉMOIRES
DU GÉNÉRAL
I
TOUSSAINT-LOUYEATURE
ÉCRITS PAR LUI-MÉME,
SERVIR A L'HISTOIRE DE SA VIE 2
POUVANT
franIl est de mon devoir de rendre au gouvernement les
exact de ma conduite ; je raconterai
çais un compte
d'un ancien milifaits avec toute la naiveté et la franchise
les réllexions qui se présenteront
taire, en y ajoutant
fût-elle contre moinaturellement. Enfin je dirai la vérité,
même.
dont j'élais commanLa colonie de Saint-Domingue,
la culture et
dant, jouissait de la plus grande tranquillité;
florissaient. L'ile était parvenue à un degré
le commerce y
encore vue. Et tout cela,
de splendeur où on ne l'avait pas
j'ose! le dire, était mon ouvrage.
1 Cet titre est textuel. (Prangois-Dominique), raquit le 20 mai 1743
27 Tousaintl.Onvertare sucrerie située près du village du Haut-dusur Phabitation Breda,
lui fut donné plus tard à cause
Cap. L'Onverture n'est qu'un surnom qui : il savait partout se faire
de la hardiesse et de la réussite de ses projets
ouverture.
endeur où on ne l'avait pas
j'ose! le dire, était mon ouvrage.
1 Cet titre est textuel. (Prangois-Dominique), raquit le 20 mai 1743
27 Tousaintl.Onvertare sucrerie située près du village du Haut-dusur Phabitation Breda,
lui fut donné plus tard à cause
Cap. L'Onverture n'est qu'un surnom qui : il savait partout se faire
de la hardiesse et de la réussite de ses projets
ouverture. --- Page 34 ---
MÉMOIRES
Cependant, comme on y était sur le pied de guerre, la
commission avait rendu un arrêté qui m'o 'ordonnait de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher les énnemis de la République de pénétrer dans l'ile. En conséquence, je donnai l'ordre à tous les commandants des ports
de mer de ne laisser entrer en rade aucuns bâtiments de
guerre, qu'ils ne fussent reconnus et qu'ils n'en eussent
obtenu de moi la permission. Si c'était une escadre, de
quelque nation qu'elle fat, il lui était absolument défendu d'entrer dans le port, ou même dans la rade, à
moins que je n'eusse reconnu par moi-même d'où elle
venait et de quel port elle était sortie.
Cet ordre existait, lorsque le 10 pluviose 1 l'escadre
parut devant le Cap 2. J'étais alors parti de cette ville pour
faire une tournée dans la partie espagnole, à Santo-Domingo 3 1 pour surveiller la culture 4 : Chemin faisant, en
1 L'an X (5 février 1802).
2 Cette ville est le chef-lieu du département du Nord ; elle était anciennement appelée le Paris des Antilles, à cause de la richesse de ses
habitants, de la beauté de ses édifices, de son mouvement industriel et
des agréments qu'on y rencontrait. C'est dans cette ville que, le 29 août
1793, la liberté générale des noirs fut proclamée par Sonthonax, commissaire de la République française. Cette proclamation fut confirmée par
la Convention nationale le 16 pluviose an III (4 février 1795).
3 Cette ville, alors chef-lieu du département de l'Ozama, est la plus
ancienne ville du Nouvean-Monde; elle est la capitale d'une colonie
espagnole, qui fut cédée à la France par le traité de Bâle, en l'an III
(1795), et dont L'Ouverture prit possession au nom de la République, le
6 pluviose an IX (26 janvier 1801).
4 Les habitants de'cette contrée ne s'étaient occupés jusque-là que de
l'élève des bestiaux dont ils trouvaient un grand débouché dans la partie
française et dans les fles environnantes. L'Ouverture leur donna l'habitude de cultiver la terre et introduisit chez eux l'industrie et lc luxe qui
leur étaient presque inconnus.
L'Ouverture prit possession au nom de la République, le
6 pluviose an IX (26 janvier 1801).
4 Les habitants de'cette contrée ne s'étaient occupés jusque-là que de
l'élève des bestiaux dont ils trouvaient un grand débouché dans la partie
française et dans les fles environnantes. L'Ouverture leur donna l'habitude de cultiver la terre et introduisit chez eux l'industrie et lc luxe qui
leur étaient presque inconnus. --- Page 35 ---
DU GÉNÉRAL TOUSAUINT-LOINERTERE
5 j'avais expédié un de mes aidessortant de la Maguâna
commandant en chef
Dessalines *,
de-camp au général l'Ouest et du Sud, qui se trouvait
des départements de
de venir me joinalors à Saint-Marc, pour lui ordonner
Saint-Michel pour m'accompagner
dre aux Gonaives ou à
parut, je me
Au moment où l'escadre
dans ma tournée.
trois jours après
d'où je partis
trouvais à Santo-Domingo,
arrivant aux
aller à Hinche : passant par Banique,
3 un
pour
Couppé et
Papayes, je rencontrai mon aide-de-camp
Christophe * qui me remit
officier envoyé par le général
de
laquelle il m'instruisait
une lettre de ce général par
et m'assufrançaise devant le Cap 5,
l'arrivée de l'escadre
bourg situé entre Las-Mathas et Azua.
1 Saint-Jean de la Maguâna,
à la Grande-Rivière du Nord, en
2 Dessalines (Jean-Jacques) naquit lui. Ce maître qui était charpen1749. Son maître était nègre comme Il disait de lui : ( C'est un bon ouvrier,
tier lui fit apprendre son métier. : Vie de Dessalines, par Dubroca.
mais un manvais chien. ) Voyez
de lIndépendance;
Dessalines devint empereur après la proclamation il
le 17 OCoccasionna une révolution dans laquelle périt
son despotisme
tobre 1806.
mulâtre, était chef d'escadron.
3 Couppé (Mare),
à la Grenade, ile anglaise, le 6 octobre
4 Christophe (Henri), naquit de l'hôtel de la Couronne, au Cap, il parvint
1757. Esclave et majordome des troubles civils, car sans avoir rendu
à se racheter. Ce fut l'enfant gâté
le crime, il parvint au
aucun service signalé, rien que par
de l'ile.
au pays
la mort de Dessalines, il se fit roi dans le nord
généralat. Après
1820, dans son château de SansIl se bràla la cervelle, le 8 octobre
Souci.
l'amiral Villaret-Joyeuse, dont le pavillon5 L'escadre commandée par vaisseau de 100 canons, se composait,
amiral flottait à bord de POcéan,
de six vaisseaux espagnols,
outre ce vaisseau, de seize vaisseaux français,
cutters, en tout cinde huit corvettes, de quelques
de dix-sept frégates,
ainsi divisée : T'ESCADRE D'OBSERVATION,
quante-quatre voiles. Elle était
S. Francisco d'Assises,
composée du Guerrero, S. Pablo, Neptune,
pavillon5 L'escadre commandée par vaisseau de 100 canons, se composait,
amiral flottait à bord de POcéan,
de six vaisseaux espagnols,
outre ce vaisseau, de seize vaisseaux français,
cutters, en tout cinde huit corvettes, de quelques
de dix-sept frégates,
ainsi divisée : T'ESCADRE D'OBSERVATION,
quante-quatre voiles. Elle était
S. Francisco d'Assises,
composée du Guerrero, S. Pablo, Neptune, --- Page 36 ---
MÉMOIRES
rait que le général en chef commandant cette escadre ne
lui avait pas fait l'honneur de lui écrire,
que seulement
il lui avait envoyé un officier 1 pour lui ordonner de préparer du logement pour sa troupe; que le général Christophe ayant demandé à cet officier s'il n'était
de lettres
lui
pas porteur
pour
ou de dépêches pour le général en
chef
Tousein-L/Ouverture, en le priant de les lui remettre, pour les lui faire parvenir de
suite, 3 cet officier lui aurait répondu qu'il n'en était point chargé, et qu'il n'était
pas même question du général Toussaint 2 : ( Rendez
S. Francisco Paulo, Soledad, Vigilente, sons le commandement de l'amiral Villa-Vicentia; l'ESCADRE LÉGÈRE, composée du Foudroyant, P'Aigle, la Guerrière, TInfatigable, sous le commandement de l'amiral Latouche-Tréville; la PREMIÈRE ESCADRE, composée de TUnion, le Patriote,
l'Océan, le Duquesne, le J.-J. Rousseau, vaisseaux; de l'Uranie, la Cornélie, la Syrène, corvettes sous le commandement de l'amiral VillaretJoyeuse ; la DEUXIÈME ESCADRE, composée dn Montblanc,
le Scipion, le Cisalpin, le Duguay-Trovin, vaisseaux ou l'Argonaute,
Franchise, la Clorinde, l'Embuscade,
frégates ; de la
corvettes sous le commandement du
capitaine Magon ; la TROISIÈME ESCADRE, composée du Watigny, le Gaulois, le Jemmapes, la Révolution le Héros, vaisseaux ou frégates; la
Comète, la Vertu, la Valeureuse, corvettes sous le commandement du
contre-amiral Dordelier. Le CONVOI se composait de la Furieuse, la Fraternité, Ja Fidèle, la Précieuse, la Diligente, la Découverte, le Renard, lc
Poisson-Volant, Ja Cigogne, la Nécessité, la Danaë, etc. Cette flotte,
la plus nombreuse qui se fàt encore montrée dans les mers de l'Amérique, portait 21,883 hommes, tous choisis dans les meilleures légions
de la métropole ; elle se rallia au Cap-Samana et parut devant le CapFrançais le 12 pluviose an X (1er février 1801). Voyez : Paris, recueil
imprimé à Londres par Peltier, vol. 34. Rapport du général Rochambeau au ministre, du 29. frimaire an XII (21 décembre 1803).
I Lebrun, enseigne de vaisseau, aide-de-camp de l'amiral VillaretJoyense.
2 Ce ful la fautc capilale du général Leelerc de n'avoir pas éerit tout
d'abord à L'Cuverture, en lui envoyant ses enfants qui étaient à bord de
l'escadre et la lettre que lui adressait le premier consul. Cette marchic
par Peltier, vol. 34. Rapport du général Rochambeau au ministre, du 29. frimaire an XII (21 décembre 1803).
I Lebrun, enseigne de vaisseau, aide-de-camp de l'amiral VillaretJoyense.
2 Ce ful la fautc capilale du général Leelerc de n'avoir pas éerit tout
d'abord à L'Cuverture, en lui envoyant ses enfants qui étaient à bord de
l'escadre et la lettre que lui adressait le premier consul. Cette marchic --- Page 37 ---
DU GENÉRAL TOESUNTILOEYATORE
ajouté, vous serez bien récompensé;
> la ville, luiaurait-il
envoie des présents : )
français vous
) le gouvernement
lui aurait dit : ( PuisQu'alors lui, le général Christophe
en chef
n'avez pas de lettres pour le général
) que vous
vous retirer et dire à votre
) ni pour moi, vous pouvez
devoir, que ce n'est
ne connaît pas son
> général qu'il
dans un pays appartenant
) pas ainsi qu'on se présente
) à la France: )
fait somLeclerc, ayant reçu cette réponse,
Le général
de lui livrer la place, et, dans
mer le général Christophe
dès le lendemain matin il
le cas de refus, il le prévient que
celui-ci réponmille hommes' 2. A quoi
débarquerait quinze
Toussaint-L'Oudit qu'il le priait d'attendre le général
Lebrun ne remit à Christoavait été cependant prescrite par ce dernier. consul aux habitants de Saint- Dophe que la proclamation du premier
du 17 bromaire an X
mingue. Voici un extrait de cette proclamation, sait
fatalité, le nom
novembre 1801), dans laquelle, par on ne quelle soient votre
(8
n'était pas même prononcé : ( Quelles que
de L'Ouverture
êtes tous Français, et tous éganx dévant
> origine et votre couleur, vous Ralliez-vous autour du capitaine-général;
) Dieu et devant les hommes.. ralliez-vous autour de lui. Quiil vous apporte l'abondance et la paix; ;
sera un traître à la patrie,
)) conque osera se séparer du capitaine-général dévorera comme le feu dévore vOs
et la colère de la République le
)) cannes desséchées. >
Christophe, je ne puis entendre à aucune
1 ( Non, Monsieur, répondit
Les proclanations
sans les ordres du gouverneor-général. faire
> proposition
le despotisme et la tyrannie. Je vais
que vous apportez respirent de soutenir la liberté au péril de leur
soldats le serment
)) prôter à mes
Révolution de Saint-Domingue. > vie. > Pamphile de Lacroix,
Leclerc, du 13 pluviose an x(2 fé2 Ertrait de la lettre du général
citoyen général, que vons
vrier 1802): ( J'apprends avec indignation,
que je comde recevoir l'escadre française et Y'armée française
) refusez
vous n'avez pas d'ordre du gouverneurmande, sous le prétéxte que
vous ne m'avez pas fait
) général... Je vous préviens, ques si anjourthui les batteries de la côte,
les forts Picolet el Bel-Air et toutes
> remettre
--- Page 38 ---
MÉMOIRES
verture, qu'il l'avait déjà fait avertir, et qu'il allait encore
le faire une seconde fois avec la plus grande célérité. En
effet, je reçus une seconde lettre et me hâtai de me rendre
au Cap, malgré les débordements de la rivière de Hinche,
espérant avoir le plaisir d'embrasser mes frères d'armes
d'Europe, et recevoir en même temps les ordres du gouvernement français; et, pour mettte plus de promptitude
dans ma marche, je laissai toutes mes escortes.
fait avertir, et qu'il allait encore
le faire une seconde fois avec la plus grande célérité. En
effet, je reçus une seconde lettre et me hâtai de me rendre
au Cap, malgré les débordements de la rivière de Hinche,
espérant avoir le plaisir d'embrasser mes frères d'armes
d'Europe, et recevoir en même temps les ordres du gouvernement français; et, pour mettte plus de promptitude
dans ma marche, je laissai toutes mes escortes. Entre
Saint-Michel et Saint-Raphaël, je rencontrai le général
Dessalines et lui dis : ( Je vous avais envoyé chercher
)) pour m'accompagner dans ma tournée au Port-de-
) Paix et au Môle; mais cela est inutile : je viens de
) recevoir deux lettres du général Christophe, m'annon-
) demain, à la pointe du jour, quinze mille hommes seront débar-
) qués... )
Eatrait de la réponse du général Christophe, du même jour : ( Votre
) aide-de-camp, général, m'a remis votre lettre de ce jour. J'ai eu l'hon-
) neur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la
) place confiés à mon commandement, qu'au préalable j'aie
les
)
ordres du gouverneur-général
reçu
Tousaint-l/Ouverture, mon chef immé-
) diat, dequi je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux bien croire
que j'ai affaire à des Français, et que vous êtes le chef de l'armée
) appelée expéditionnaire: mais j'attends les ordres du
à
))
gouverneur
qui j'ai expédié un de mes aides- de-camp, pour lui annoncer votre
) arrivée et celle de l'armée française ; et jusqu'à ce que sa réponse me
> soit parvenue, je ne puis vous permettre de débarquer. Si vous avez
) la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la résistance qui
> caractérise un général; et si le sort des armes vous est favorable, vous
) n'entrerez dans la ville du Cap quel lorsqu'elle sera réduite en cendres,
et même sur ces cendres, je vous combattrai encore.. ) Voyez Bouvet
de Cresset, Catastrophe de Saint-Domingue. Paris, 1824. C'est Braquehais, mulâtredes Cayes, un de nos premiers révolutionnaires qui rédigea
la correspondance de Christophe avec Leclerc.
la résistance qui
> caractérise un général; et si le sort des armes vous est favorable, vous
) n'entrerez dans la ville du Cap quel lorsqu'elle sera réduite en cendres,
et même sur ces cendres, je vous combattrai encore.. ) Voyez Bouvet
de Cresset, Catastrophe de Saint-Domingue. Paris, 1824. C'est Braquehais, mulâtredes Cayes, un de nos premiers révolutionnaires qui rédigea
la correspondance de Christophe avec Leclerc. Il fut noyé dans la rade
des Cayes en 1803, rien que parce que l'on redoutait qu'il se jetàt dans
quelque insurrection. La liberté perdit ainsi un de ses vaillants soldats. --- Page 39 ---
DU GÉNÉRAL ROEASATALOEVERTURE
devant le Cap. )
l'arrivée de l'escadre française
> çant
lettres. Il me dit alors qu'il
Je lui communiquai ces
vaisseaux faisant voile du
avait vu de Saint-Marc six gros
de quelle
1; mais qu'il ignorait
côté du Port-Républicain
ils étaient. Je lui ordonnai alors de partir promptenation
dans ce port, vu qu'il était possible
ment pour se rendre
refusé l'entrée du Cap au
que le général Christophe ayant
au
l'escadre, celui-ci se serait porté
général commandant
de m'y trouver; dans ce
Port-Républicain dans l'espoir
lui donnai à l'avance l'ordre de prier le général
cas, je
lui assurant que jallais d'abord au Cap
de m'attendre, en
et que dans le cas que
dans l'espérance de l'y rencontrer,
Portreviendrais de suite au
je ne ly trouverais pas, je
Républicain pour conférer avec lui.
les
2 effectivement pour le Cap, passant par
Je partis
En arrivant sur les hauteurs
Vases, chemin le plus court.
Grand-Boucan 3, au lieu dit la Porte-Saint-Jaeques,
du
feu dans la ville du Cap. Je poussai mon chej'aperçus le
rendre dans cette ville, y
val à toute bride, pour me
commandant l'escadre, et m'informer
trouver le général
donné lieu à cet incendie. Mais en
de ce qui pouvait avoir
capitale de l'ile
1 La ville du Port-Républicain ou Port-au-Prince, du département de l'Ouest.
d'Haiti, est en même temps le chef-lien
Pétion, etc., faisaient
Cest la division du général Boudet, dont Celte Rigaud, division était forte de trois
partie, qui était à bord de cette flotte.
l'héroique courage de Lamille hommes. Le Port-au-Prince, malgré
fut enlevé par la
martinière, chef de bataillon à la 30 demi-brigade,
la plupart
dans l'après-midi;
division Boudet le 17 pluvidse (5 février) d'être massacrés à quelques pas de
des blanes qui Phabitaient venaient
la ville, au lieu appelé Barde@Asa-Vatmkrnn
2 Le 16 pluviose an X (4 février 1802). de la Plaine-du-Nord.
3 C'est un canton dépendant du village
par la
martinière, chef de bataillon à la 30 demi-brigade,
la plupart
dans l'après-midi;
division Boudet le 17 pluvidse (5 février) d'être massacrés à quelques pas de
des blanes qui Phabitaient venaient
la ville, au lieu appelé Barde@Asa-Vatmkrnn
2 Le 16 pluviose an X (4 février 1802). de la Plaine-du-Nord.
3 C'est un canton dépendant du village --- Page 40 ---
MÉMOIRES
approchant, je trouvai toutes les routes couvertes
tants qui avaient évacué cette
d'habipus pénétrer plus loin à
malheureuse ville, et ne
étaient
cause que tous les passages
canonnés par l'artillerie des vaisseaux
étaient
dans la rade. Je pris alors le parti de
qui
Bel-Air, mais
monter au fort du
je trouvai ce fort également évacué et
les pièces de canon enclouées.
toutes
Je fus en conséquence obligé de revenir
Après avoir dépassé
sur mes pas.
T'hôpital 1 je rencontrai le général
Christophe et lui demandai qui avait ordonné
le feu à la ville. Il me
qu'on mit
blâmai
répondit que c'était lui. Je le
tres-vijgoureusement d'avoir employé ce
de
rigueur. ( Pourquoi, lui dis-je, n'avez-vous moyen
) fait des dispositions militaires
pas plutôt
)
pour défendre la ville
jusqu'à mon arrivée? ) Il me répondit : (
> vous,général?
Que voulezmon devoir, la nécessité, les
) les menaces réitérées du général
circonstances,
commandant
> m'y ont forcé; j'ai fait voir à ce général les ordres l'escadre
) j'étais porteur, mais inutilement.
dont
) les proclamations
) Il m'ajouta ( que
répandues secrètement 2 dans la
) pour séduire le peuple et soulever la
ville
) naient pas à la franchise d'un
troupe ne conve-
) le commandant de
militaire; que si vraiment
l'escadre avait des intentions
) ques, il m'ent attendu; qu'il n'eàt
pacifipoint
> moyens dont il s'est servi
employé les
) du fort de la Bouque,
pour gagner le commandant
qui est un ivrogne 3; qu'il ne se
1 L'hopital des Pères, situé au
aujourd'hui en ruines.
Haut-du-Cap, fondé par les jésuites,
2 ( Suivant les ordres qu'il avait
)) comme
reçus, M. Lebrun avait laissé lomber
Lacroix, par mégarde un paquet de proclamations. )
de
Récolution de
Pamphile
3 Le chef de brigade Saint-Domingue. Barthélemy, homme
noir.
un ivrogne 3; qu'il ne se
1 L'hopital des Pères, situé au
aujourd'hui en ruines.
Haut-du-Cap, fondé par les jésuites,
2 ( Suivant les ordres qu'il avait
)) comme
reçus, M. Lebrun avait laissé lomber
Lacroix, par mégarde un paquet de proclamations. )
de
Récolution de
Pamphile
3 Le chef de brigade Saint-Domingue. Barthélemy, homme
noir. --- Page 41 ---
DU GÉNÉRAL
TOECSASTLOENERTERE
emparé de ce fort; qu'il n'eût
> fot point en conséquence
la moitié de la garnison
fait passer au fil de l'épée
> point
n'edt point fait faire des descentes
qu'il
) du Fort-Liberté;
mot il n'eût point commis d'a-
> à l'Acul, et qu'en un
rendu coupable. )
bord toutes les hostilités dont il s'est
>
à moi, et nous contiLe général Christophe se joignit
ensemble. En arrivant au Haut-du-Cap,
nuâmes la route
de Breda 1 jusqu'à la bartraversâmes les habitations
nous
les jardins. Là, je lui donnai
rière de Boulard, passant par
au Bonnet 2 jusordre de rallier sa troupe et d'aller camper
de tous
connaissance
nouvel ordre, et de me donner
chez
qu'à
ferait. Je lui dis ( que j'allais
les mouvements qu'il
nouvelles
;
je recevrais peut-êtredes
) d'Héricourt quela,
m'y ferait passer sans
dc l'escadre, qu'il
) du commandant
pourrais même
les ordres du gouvernement, que je
> doute
m'informerais alors des raisons
) l'y rencontrer, que je venir de cette manière, et que
> qui ont pu l'engager à
d'ordres du gouvernement,
> dans le cas qu'il fût porteur
naissance à L'Ouverture. C'est sur ces
1 Célebre pour avoir donné
Pétion commença avec la
mêmes plantations que Tadjudant-pénéral dont le résultat fut la pro10° et la 13e demi-brigades la guerre entraînant à son imitation 9
clamation de V'indépendance d'Haiti,
enfin DessaClerveaux, puis Christophe et Panl-L.Onvertore,
d'abord
lines.
morne
alors du quartier de
est un
dépendant
2 Le Donnet-a-PEvèque avait on dépôt considérable de manitions
la Petite-Anse où 1'Ouvertnre la suite élever, au sommet de ce morne, le
de guerre. Christophe lit par
à laquelle présiderent le bâton et
fort Lnférière, construction gigantesque corvéables y perdirent la vie. An
le sabre. Une infinité de malheureux roi du Nord fonda la ville de Millot
pied de la forteresse, le farouche en bois dont le triste aspect contraste
ou Sans-Souci, groupe de cahntes du palais où le tyran faisait sa résidence.
avec la lourde architectare environs du Hant-dn-Cap; elle appartenait
3 Habitation-suercrie L'Ouverture aux en était le fermier,
au comte de Noë;
véables y perdirent la vie. An
le sabre. Une infinité de malheureux roi du Nord fonda la ville de Millot
pied de la forteresse, le farouche en bois dont le triste aspect contraste
ou Sans-Souci, groupe de cahntes du palais où le tyran faisait sa résidence.
avec la lourde architectare environs du Hant-dn-Cap; elle appartenait
3 Habitation-suercrie L'Ouverture aux en était le fermier,
au comte de Noë; --- Page 42 ---
MÉMOIRES
) je le prierais de me les communiquer, et
prendrais en
) conséquence des arrangements avec lui. >
Le général Christophe me quitta alors pour se rendre au
poste que je lui avais indiqué ; mais il rencontra un gros
de troupes qui fit feu sur lui, le força de se jeter à bas de
son cheval, de se précipiter dans la rivière et de la traverser
à la nage 1. Moi-même, après m'être séparé du général
Christophe, ayant à mes côtés l'adjudant-général Fontaine 2 p deux autres officiers et mon aide-de-camp Couppé
qui marchait en avant de moi, celui-ci me prévint qu'il découvrait de la troupe sur le chemin. Je lui ordonnai de se
porter en avant. On me dit que cette troupe était commandée par un général. Je demandai alors à avoir une conférence avec lui. Mais Couppé n'eut pas le temps d'exécuter
mes ordres; on fit feu sur nous à vingt-cinq pas de la barrière. Mon cheval fut percé d'une balle ; une autre balle
emporta le chapeau d'un de mes officiers. Cette circonstance inopinée me força d'abandonner la grande route, de
traverser la savane et les forêts pour me rendre chez d'Héricourt, où je restai trois jours, pour attendre des nouvelles du commandant de l'escadre; mais ce fut toujours
inutilement. Seulement, le lendemain, je reçus une lettre
du général Rochambeau, qui m'annonçait ( que la colonne
1 Ce n'est pas l'unique fois que Christophe se trouva dans cette
tion désespérée; on le vit lors des campagnes du général Lamarre, posi- dans
le Nord, mettre à bas son uniforme de général, et se sauver sous la
vareuse d'un cultivateur.
2 Fontaine (Jean-Pierre), ancien aide-de-camp du général Beauvais.
C'était parmi les hommes noirs un des plus instruits ; à l'éducation il
joignail, chose rare à son époque, une profonde sympathie pour les mulâtres, qu'il considérait avec raison comme les premiers fondateurs de la
liherté de la race noire.
campagnes du général Lamarre, posi- dans
le Nord, mettre à bas son uniforme de général, et se sauver sous la
vareuse d'un cultivateur.
2 Fontaine (Jean-Pierre), ancien aide-de-camp du général Beauvais.
C'était parmi les hommes noirs un des plus instruits ; à l'éducation il
joignail, chose rare à son époque, une profonde sympathie pour les mulâtres, qu'il considérait avec raison comme les premiers fondateurs de la
liherté de la race noire. --- Page 43 --- DU GÉNÉRAL TOESAUNTP-LOEYERTIE
s'était emparée du Fort-Liberté, qu'il
> qu'il commandait
avait fait résisavait
une partie de la garnison qui
>
pris l'avait passée au fil de l'épée : qu'iln'au-
> tance et qu'il
eût trempé ses baioncru que cette garnison
> raitj jamais
et qu'au contraire il eût
dans le sang des Français,
) nettes
en sa faveur 1. > Je répon-
) cru la trouver bien disposée
ce
dis à cette lettre. Et, manifestant mon mécontentementà ordonné le
je lui demandai ( pourquoi avait-il
général,
braves soldats qui n'avaient fait que
) massacre de ces
avait donnés, qui d'ailleurs
les ordres qu'on leur
) suivre
de la colonie et au
avaient si bien concouru au bonheur
>
Etait-ce là la récompense que
) triomphe de la République. avait
? ) Je finisfrançais leur
promise
) le gouvernement
Rochambeau ( que je combattrais
sais en disant au général
la mort de ces braves sol-
> jusqu'à la mort pour venger
rétablir le calme
comme ma liberté, et pour
> dats,
C'était effectivement le parti
dans la colonie. )
> etl'ordre
avoir mûrement réfléchi
je venais de prendre, après
Chrisque
m'avait faits le général
surl les différents rapports que decourir, sur la lettre du
tophe, sur le danger queje venais
du commanRochambeau, et tenfin sur la conduite
général
dant de l'escadre.
aux Gonaives 2;
Mes résolutions prises, je me transportai
s'empara du Fort-Liberté le 15 pluviose
1] Le général Rochambeau
la
Le
février). Cette ville s'appelait sous monarchie IV Fort-Dauphin. juin 1796) par le
(4 de Liberté lui fat donné le 26 prairial an (14
nom
sur les Espagnols à qui la
général Laveaux, alors qu'il en prit possession tristement célèbre par le massacre
trahison l'avait livrée. Cette ville est consommé le 19 messidor an II
de sept cent trente-quatre Français, de
sous la domination
(7 juillet 1794) par les bandes Jean-François, se fit acclamer roi, le 26 mars
espagnole. C'est aussi là que Christophe
1811.
2 Le 20 plavidse (8 février).
Espagnols à qui la
général Laveaux, alors qu'il en prit possession tristement célèbre par le massacre
trahison l'avait livrée. Cette ville est consommé le 19 messidor an II
de sept cent trente-quatre Français, de
sous la domination
(7 juillet 1794) par les bandes Jean-François, se fit acclamer roi, le 26 mars
espagnole. C'est aussi là que Christophe
1811.
2 Le 20 plavidse (8 février). --- Page 44 ---
MÉMOIRES
là, je donnai connaissance
intentions
au général Maurepas de mes
; je lui ordonnai la plus vive
tous ceux qui se présenteraient
résistance contre
devant le
il
Port-de-Paix, où
commandait, et dans le cas où il ne serait
n'ayant qu'une demi-brigade 1
pas assez fort,
général
9 d'imiter l'exemple du
Christophe, de se retirer ensuite dans la
emmenant avec lui les munitions de
Montagne,
de se défendre
tous les genres; là,
jusqu'à la mort.
Je me transportai à Saint-Marc 2
fications. Je
pour en visiter les fortitrouvai que cette ville était instruite des
ments fâcheux qui venaient d'avoir
événetants l'avaient
lieu, et que les habidéjà évacuée. Je domnai ordre
loule la résistance que les
d'y faire
fortifications et les munitions
pourraient permettre.
Au moment où j'allais partir de cette ville
dre au Port-au-Prince
pour me renet dans la partie du Sud,
donner mes ordres, les
et y
capitaines
Isaac
Jean-Philippe Dupin et
m'apportèrent des dépêches de Paul-L'Ouverture 3
I La 9e demi-brigade. Ce corps est une des plus célèbres
d'Haiti;il se prononça en faveur de Rigaud darant la
phalanges
civile, et en faveur de Pétion durant la
première guerre
baionneites en faveur de la liberté.
seconde, interposant ainsi ses
2 Ville de l'Artibonite, célèbre
Pinchinat, rédacteurd de nos
pour avoir donné naissance à Pierre
est encore célèbre
preniers traités de paix avec les colons. Elle
la tyrannie de pour avoir, le 2 octobre 1820, pris les armes contre
Christophe.
3 L'Onverture (Paul ), frère puîné de
esclave sur T'habitation Breda; d'abord Toussaint, naquit comme lui
commandant militaire du
aide-de-camp de L'Oavertare,
commandant militaire Mirebalais, chef de la 10°
du Port-an-Prinee, enfin
demi-brigade,
fut du petit nombre d'officiers
dès
généra! de brigade, il
firent remarquer par leur
qni,
l'aurore de la révolation, se
livrait à tons les excès, à humanité, tontes les alors que le plus grand nombre se
violences,
, naquit comme lui
commandant militaire du
aide-de-camp de L'Oavertare,
commandant militaire Mirebalais, chef de la 10°
du Port-an-Prinee, enfin
demi-brigade,
fut du petit nombre d'officiers
dès
généra! de brigade, il
firent remarquer par leur
qni,
l'aurore de la révolation, se
livrait à tons les excès, à humanité, tontes les alors que le plus grand nombre se
violences, --- Page 45 ---
DU GÉNÉRAL TO0SUINPCOEYERTENRE
Tous deux m'annonqui commandait à Santo-Domingo.
descente venait d'avoir lieu à Oyarsaval :
çaient qu'une
habitent cet endroit
les Français et les Espagnols qui
que
avaient intercepté les chemins de
s'étaient soulevés et connaissance de ces dépèches : en
Santo-Domingo. Je pris
Paul et la copie de celle du
parcourant la lettre du général
de SantoKerverseau au commandant de la place
général
vis l'invitation que faisait
Domingo, qui y était incluse, je
au
au commandant de la place et non point
ce général
il eût dû le faire, de lui préparer le
général Paul, comme Je vis aussi le refus qui avait été
logement pour sa troupe.
Paul,
ce qu'il
fait à cette invitation par le général
jusqu'à
des ordres de moi. En conséquence, je répondis
eût eu reçu
sa conduite, et je lui
au général Paul que f'approuvais
de lui pour se
donnai ordre de faire tout ce qui dépendrait
le
et même de faire prisonniers
défendre en cas d'attaque,
s'il le pouvait. Je remis
général Kerverseau et sa troupe,
dont j'ai parlé. Mais prévoyant,
ma réponse aux capitaines
pouvaient être
à raison de l'interception des chemins qu'ils
les
leur demanderait leurs dépêches, je
arrêtés et qu'on
j'ordonnais au
chargeai d'une seconde lettre par laquelle
tous
Paul de prendre, avec le général Kerverseau,
général
Je prévins les capide conciliation.
les moyens possibles
arrêtés, de cacher la première
taines, au cas qu'ils seraient
lettre et de n'exhiber que la seconde.
désiarriver sitôt qu'ille
Le général Paul, ne voyant pas
autre officier
rait mes réponses à ses dépèches, m 'envoya un
hattière, c'est-à-dire destinée à l'élève
1 Oyarsaval est une habitation lieues de Santo-Domingo, près du hades bestiaux ; elle est située à huit
à
del la rivière
meau de Boca-Nigua, qui lui-même est situé l'embouchure et nigua, rivière.
dont il tire son nom ; boca, signifiant embouchure,
'ille
Le général Paul, ne voyant pas
autre officier
rait mes réponses à ses dépèches, m 'envoya un
hattière, c'est-à-dire destinée à l'élève
1 Oyarsaval est une habitation lieues de Santo-Domingo, près du hades bestiaux ; elle est située à huit
à
del la rivière
meau de Boca-Nigua, qui lui-même est situé l'embouchure et nigua, rivière.
dont il tire son nom ; boca, signifiant embouchure, --- Page 46 ---
MÉMOIRES
noirporteur de ces mêmes dépéches
seulement un reçu à cet
par duplienta:jed donnai
officier et le renvoyai. De ces trois
officiers, deux étaient noirs et l'autre blanc; ils
tés, commejel'avais
furent arrêprévu. Les deux noirs furent
contre toute espèce de
assassinés
droits de la
justice et de raison, contre tous les
guerre. Leurs dépêches furent remises
ral Kerverseau qui,
au généayant caché la première
voir que la seconde au
lettre, ne fit
lui ordonnais
général Paul, c'est-à-dire celle où je
d'entrer en négociation avec le
Kerverseau. C'est en conséquence de
général
Domingo s'est rendu
cette lettre que Santo-
:.
Ces dépéches expédiées,
A
je repris ma route vers le Sud.
peine étais-je en marche que je fus atteint
donnance arrivant à toute
par une orquet du
bride; elle m'apportait un pagénéral Vernet 2 et une lettre de ma femme 3
,
1 Le 9 pluviose an X (20 février
une histoire
1802). Il est à regretter dans
ainsi
récente, on ait défiguré le caractère de
que
que les circonstances de sa reddition.
Paul-L/Ouverture,
verture fut maintenu dans son
Quoiqu'il en soit, Paul-L'Oudei l'indépendance,
grade par les Français. Pendant la
Dessalines le nomma
guerre
du Dondon: : mais pour se venger des cruautés commandant de l'arrondissement
ment de la mort de Sans-Souci, les
de Christophe, notamsonnier et le conduisirent dans les Africains de la localité le firent prinommé Jean Caquimby, espèce de montagnes dites les Eerevisses où un
Chevalier à Ja fin de 1803.
sauvage, le fit tuer sur T'habitation
2 Vernet (André), mulâtre, naquit au bourg de la
il devint, à la révolution, commandant
Marmelade en 1744;
à L'Ouverture, quand celui-ci
militaire de cette place qu'il livra
marié à une nièce de ce général, combattait il contre la liberté de sa race ;
mourut au Cap le 25 décembre
parvint lui-même au généralat. TL
phe qui l'avait fait prince des 1813, ministre des finances sous Christode tous les crimes, la clameur Gonaives. Comme Christophe était capable
peut-être est-ce injustement. publique lui attribua la mort de Vernet; ;
3 Suzanne
(Simon-Baptiste), fut d'abord placée, comme on dit et que
livra
marié à une nièce de ce général, combattait il contre la liberté de sa race ;
mourut au Cap le 25 décembre
parvint lui-même au généralat. TL
phe qui l'avait fait prince des 1813, ministre des finances sous Christode tous les crimes, la clameur Gonaives. Comme Christophe était capable
peut-être est-ce injustement. publique lui attribua la mort de Vernet; ;
3 Suzanne
(Simon-Baptiste), fut d'abord placée, comme on dit et que --- Page 47 ---
-
DU GÉNÉRAL TOBSBUINT-ILOEVERTUNE
l'arrivée de mes deux enfants 1
m'annonçant l'un et l'autre
2, venant de Paris, ce que j'avais
et de leur précepteur
étaient porteurs
jusqu'alors. J'appris aussi qu'ils
ignoré
moi. Je retournai alors
d'ordres du premier consul pour
et volai à Ennery , où je trouvai effectivement
sur mes pas
respectable que le premes deux enfants et le précepteur
donner. Je les
consul avait eu la bonté de leur faire
mier
satisfaction et beaucoup
embrassai avec la plus grande
s'il était vrai
Je leur demandai de suite
d'empressement.
de lettres du premier consul pour
qu'ils fussent porteurs
me répondit que oui, et me remiteffecmoi. Le précepteur
moitié; ; puis
tivement une lettre quej'ouvris et lus jusqu'à
de la lire dans
je la refermai, en disant que je me réservais
en Haiti, à la honte des bonnes moeurs, avec
l'on fait encore aujourd'hui
dont elle eut un fils, Placide. Elle
un mulâtre du nom de Séraphin,
de
L'Ouverture
devint l'épouse de L'Ouverture sous le règne l'esclavage. Isaac et
Placide ; de la nouvelle et honnête union, naquirent
adopta
Saint-Jean.
furent envoyés en France à bord du
1 Placide et Isac-L'Ouverture
placés au collége de la Marche
vaisseau le Watigny en l'an IV (1796); furent élevés avec plusieurs enfants
qui prit le nom del lycée colonial, ils y
Lechat, Saint-Laurent,
des iles : Granville, Cyrille Rigaud, Courtois,
membres du
ce dernier est aujourd'hui un des honorables
Hippolyte; ;
d'Haiti. Le lycée colonial ne
ministère de S. M. Faustin [er, empereur
de notre Indépendance;
fut fermé qu'au moment où commença la guerre
Ferdinand, qui en
s'y trouvait à cette époque un des fils de Christophe, dans un hospice de
fut expulsé et qui mourut de misère et de chagrin
Paris.
directeur du lycée colonial, que le premier consul avait
2 M. Coisnon,
L'Ouverture ses deux enfants.
chargé de reconduire à
dans la nuit du 20 au 21 pluviose (9 an
3 L'Ouverture entra à Ennery
LOuverture, parce que ce
10 février). Ennery qui était alors appelé village situé sur la route
général y résidait habitnellement, est un petit délicieuse vallée.
des Gonaives à la Marmelade, au sein d'une
du lycée colonial, que le premier consul avait
2 M. Coisnon,
L'Ouverture ses deux enfants.
chargé de reconduire à
dans la nuit du 20 au 21 pluviose (9 an
3 L'Ouverture entra à Ennery
LOuverture, parce que ce
10 février). Ennery qui était alors appelé village situé sur la route
général y résidait habitnellement, est un petit délicieuse vallée.
des Gonaives à la Marmelade, au sein d'une --- Page 48 ---
MÉMOIRES
: Je le priai ensuite
un moment où je serais plus tranquille
et de me
de me faire part des intentions du gouvernement, n'avais
de l'escadre que je
pu
dire le nom du commandant
s'appelait Leclerc,
savoir jusqu'alors. Il me répondit qu'il
était trèsl'intention du gouvernement à mon égard
que
confirmé par mes enfants et ce
favorable, ce qui me fut
de lire la lettre
dont je me suis assuré ensuite, en achevant
si les
consul. Je leur observai cependant que
du premier
étaient pacifiques et bonnes
intentions du gouvernement
avaient contribué au
et à l'égard de ceux qui
à mon égard
le général Leclerc n'avait
bonheur dont jouissait la colonie,
avait reçus,
suivi ni exécuté les ordres qu'il
sûrement pas
dans l'ile comme un ennemi et
puisqu'il était débarqué
le plaisir de le faire,
en faisant le mal uniquement pour
lui avoir coms'être adressé au commandant et sans
sans
Je demandai ensuite au citoyen
muniqué ses pouvoirs.
si le général Leclerc
Coisnon, précepteur de mes enfants,
moi, ou s'il ne
avait remis aucune dépêche pour
ne lui
dire
chose. Il me dit que
l'avait pas chargé de me
quelque
confécependant à aller au Cap, pour
non, m'engageant
leur sollicitarer avec ce général : mes enfants joignirent
( que
déterminer. Je leur représentai
tions pour m'y
je ne pouvais avoir en
la conduite de ce général,
> d'après
qu'il avait debarqué en ennemi;
> lui aucune confiance,
devoir d'aller aucela, j'avais cru de mon
) que malgré
le progrès du mal; ; qu'alors
) devant de lui pour empêcher
an X novembre 1801). ( Comp1 Cettel lettre est du 27 brumaire le (18 premier consul à L'Onverture,
tezs sans réserve, y disait en terminant comme doit le faire un des princisur notre estime, et conduisez-vous nation du monde. ) Elle était dans
) paux citoyens de la plus grande
une boîte en or.
voir d'aller aucela, j'avais cru de mon
) que malgré
le progrès du mal; ; qu'alors
) devant de lui pour empêcher
an X novembre 1801). ( Comp1 Cettel lettre est du 27 brumaire le (18 premier consul à L'Onverture,
tezs sans réserve, y disait en terminant comme doit le faire un des princisur notre estime, et conduisez-vous nation du monde. ) Elle était dans
) paux citoyens de la plus grande
une boîte en or. --- Page 49 ---
DU GENERAL
TOESANSTICOUVERTCRE
j'avais couru les plus
> il avait fait tirer sur moi, que
étaientpures
dangers; qu'enfin, si ses intentions
> grands
qui l'envoyait, il eût
celles du gouvernement
) eomme
m'instruire de sa misla
de m'écrire pour
) pris peine
avant d'arriver devantla rade,
même il entdû,
) sion; que
monsieur et mes enfants,
un aviso avec vous,
) m'envoyer
ordinairement, pour m'an-
) comme cela se pratique faire
de ses pouvoirs;
son arrivée et me
part
) noncer
n'avait rempli aucune de ces forma-
) que, puisqu'il
refusais définitivele mal était fait et qu'ainsi je
) lités,
cependant pour prouver
d'aller le trouver; que
) ment
au gouvernement
altachement et ma soumission
) mon
à écrire une lettre au général Leconsentais
) français, je
continuai-je, par M. Gran-
) clerc. Je la lui enverrai,
de mes deux
homme respectable, accompagné
) ville 5
chargerai de dire
enfants et de leur précepteur, que je
>
absolument que de
Leclerc qu'il ne dépend
) au général
la colonie ou de Ja conserver
> lui de perdre entièrement
lui dans tous les arran-
> à la France, que j'entrerai avec à me soumettre aux
> gements possibles; que j'étais prêt
le général
français; mais que
) ordres du gouvernement ordres dontil était porteur ;
) Leclerc m'edt à faire voir les
d'hostilité. ) Effective-
) qu'il cessât surtout toute espèce
2.
ment, je fis la lettre et la députation partit
; il tenait une école aux Gonaives ; c'est à
1 M. Granville était Européen
de r'éducation de son fils Saintlui que L'Ouverture avait confié le soin mulâtre dont j'ai déjà parlé,
Jean. Il était père de Granville (Jonathas), dans les armées de la métropole,
qui, après avoir brillamment servi
où il forma plusieurs
revint dans son pays s'occuper del T'enseignement,
hommes distingués par leurs lumières.
Granville. Ils
retourna effectivement au Cap avec M.
2 M. Coisnon
1 M. Granville était Européen
de r'éducation de son fils Saintlui que L'Ouverture avait confié le soin mulâtre dont j'ai déjà parlé,
Jean. Il était père de Granville (Jonathas), dans les armées de la métropole,
qui, après avoir brillamment servi
où il forma plusieurs
revint dans son pays s'occuper del T'enseignement,
hommes distingués par leurs lumières.
Granville. Ils
retourna effectivement au Cap avec M.
2 M. Coisnon --- Page 50 ---
MÉMOIRES
Dans l'espoir qu'après la volonté
nifester de faire ma
que je venais de mal'ordre,
soumission, tout eut pu rentrer dans
je restai aux Gonaïves jusqu'au lendemain
j'appris que deux vaisseaux avaient
1. Là,
m'y transportai et appris
attaqué Saint-Marc; ; je
qu'ils avaient été
retournai alors aux Gonaives
repoussés. Je
général Leclerc.
pour y attendre la réponse du
Enfin deux jours après, mes deux enfants
arrivèrent avec cette réponse tant désirée,
général me mandait de me rendre
par laquelle ce
m'annonçait
auprès de lui au Cap, et
qu'au surplus il avait donné l'ordre à ses
généraux de marcher sur tous les
étant donnés, il ne pouvait
points; que ses ordres
mettait
plus les révoquer. Il me procependant que le général Boudet s'arrêterait
l'Artibonite 2. Je jugeai alors
à
faitement le
qu'il ne connaissait pas parpays ou qu'on l'avait trompé, car pour arriver
àl'Artibonite, il faut avoir le passage libre
ce qui n'était pas, puisque les deux
par Saint-Marc3,
attaqué cette ville avaient élé
vaisseaux qui avaient
qu'on
repoussés. Il m'ajoutait encore
n'attaquerait pas le Môle, que seulement
ferait le blocus, tandis que cet endroit
on en
s'était déjà rendu 4 :
yr restèrent avec le chagrin de n'avoir pu
la
ture et Leclerc.
ramener paix entre L'Ouver1 Jusqu'au 22 pluvidse (11 février).
21 Le général Boudet partit du Port-au-Prince dans
3 ventôse (21 au 22 février); la 13°
la nuit du 2 au
Te commandement à
demi-brigade, dont on avait donné
lonne.
l'odjudant-général Pétion, faisait partie de sa CO3 Sortant du Port-an-Prince
nite, il faut effoectivementavoir pour se diriger sur les bords de l'Artibopar les Verrettes ou le Mirebalais. occupé Saint-Marc, à moins de déboucher
4 L'Ouverture reçut cette réponse le 24
alors aux Gonaives. Il fit prendre les
pluviose (13 février). Il était
moment composée d'un bataillon de armes à sa garde qui élait en ce
grenadiers et de deux escadrons de
CO3 Sortant du Port-an-Prince
nite, il faut effoectivementavoir pour se diriger sur les bords de l'Artibopar les Verrettes ou le Mirebalais. occupé Saint-Marc, à moins de déboucher
4 L'Ouverture reçut cette réponse le 24
alors aux Gonaives. Il fit prendre les
pluviose (13 février). Il était
moment composée d'un bataillon de armes à sa garde qui élait en ce
grenadiers et de deux escadrons de --- Page 51 ---
DU GÉNÉRAL ROUSABT-LOUVERTERE
alors franchement à ce général, ( que je ne
Je répondis
sa conduite ne
auprès de lui au Cap; que
) me rendrais pas
confiance; que j'étais prét à lui
) m'inspirait pas assez de
aux ordres
conformément
) remettre le commandement
être son
consul, mais que je ne voulais pas
) du premier
de plus à me faire
) Je l'engageai
> lieutenant-général.
contribuerais,
en lui assurant que je
passer ses intentions,
de
par tout ce. qui était en mon pouvoir, au rétablissement s'il
la
Je lui ajoutais enfin que
l'ordre et de tranquillité.
à
à marcher toujours en avant, il me forcerait
persistait
n'avais que peu de troupes. Je
me défendre, bien que je
qui
lui envoyai cettelettre par une ordonnance très-pressée
n'avait de réponse à me
me rapporta de sa part ( qu'il
pas
) faire, et qu'il entrait en campagne. )
alors la
Les habitants des Gonaives me demandèrent
d'envoyer une députation au général Leclerc,
permission
mais il retint cette députation.
ce que je leur accordai;
s'était emparé sans
Le lendemain je fus instruit qu'il
tirer un seul coup de fusil du Dondon >
coup férir et sans
la lecture de la réponse du général
dragons. Il donna à ces braves
sa conduite, dans la néLeclerce et leur dit que ce général le mettait, par
( Etescessité de défendre son honneur et la liberté de ses concitoyens. m'apleur
à me suivre partout oii le danger
vous décidés, demanda-t-il, les soldats, nous sommes décidés à
pellera ? ) ( Général, répondirent
mourir avec vous, s'il le faut. )
plus au Cap; le premier
Dès ce jour, Placide et Isaac ne retonrnèrent vaillamment sous les yeux de
prit du service dans la garde et combattit voulut garder la neutralité
son père; le second, plus fidèle à la métropole,
et alla rejoindre sa mère à Ennery.
qui fut roué au
1 Célèbre pour avoir donné naissance à Ogé (Vincent) voie des armes,
Cap, le 25 février 1791. II avait réclamé, par la
l'égalité
en faveur des affranchis noirs et jaunes.
des droits politiques
les yeux de
prit du service dans la garde et combattit voulut garder la neutralité
son père; le second, plus fidèle à la métropole,
et alla rejoindre sa mère à Ennery.
qui fut roué au
1 Célèbre pour avoir donné naissance à Ogé (Vincent) voie des armes,
Cap, le 25 février 1791. II avait réclamé, par la
l'égalité
en faveur des affranchis noirs et jaunes.
des droits politiques --- Page 52 ---
MÉMOIRES
de Saint-Michel 1 et de la Marmelade;
de Saint-Raphael,
contre Ennery et les Goqu'il se disposait à marcher
naives.
firent faire de nouvelles
Ces nouvelles hostilités me
Leclerc
réflexions. Je pensai que la conduite du général
bien contraire aux intentions du gouvernement,
était
la
consul, dans sa lettre, promettait
puisque le premier faisait la guerre. Je vis qu'au lieu
paix, tandis que lui, il
l'augmenter.
à arrêter le mal, il ne faisait que
de chercher
en tenant
( Ne craint-il pas, me disais-je en moi-même,
conduite, d'être blâmé de son gouverne-
> une parcille
du premier conPeut-il espérer d'être approuvé
) ment?
homme dont l'équité et l'impartia-
> sul, de ce grand
serai désapsont si bien connues, tandis que je
) lité
donc le parti de me défendre en cas
) prouvé? > Je pris
mes
d'attaque, et fis, malgré le peu de troupes quej'avais,
dispositions en conséquence.
j'ordonnai de la brûGonaives n'étant pas défensive,
Je plaçai le généler, en cas qu'on fat forcé à la retraite.
dans le
qui avait été obligé de se replier,
ral Christophe,
conduit à Bayonnet 2, et mc
chemin d'Eribourg qui
d'honneur
retirai à Ennery, où une partie de ma garde
Là,
me rejoindre et me défendre.
s'était rendue pour
sont deux petites hourgades espaguoles
1 Saint-Michel et Saint-Raphael à la République et qui sont depuis restées
quel L'Ouverture avait conquises
à la partie française.
dans la direction de la Ravine-à2 Bayonnet est une forte position
de L'Onverture. Christophe,
Conleuvre; elle couvrait la droite des lignes
Jc 3 ventôsc
l'assiette redoutable de ce camp, se vit attaquer
malgré
du
Salm, et fut obligéde
(22 février) par unc brigade aux ordres général
gagner la plaiue des Gonaives.
et qui sont depuis restées
quel L'Ouverture avait conquises
à la partie française.
dans la direction de la Ravine-à2 Bayonnet est une forte position
de L'Onverture. Christophe,
Conleuvre; elle couvrait la droite des lignes
Jc 3 ventôsc
l'assiette redoutable de ce camp, se vit attaquer
malgré
du
Salm, et fut obligéde
(22 février) par unc brigade aux ordres général
gagner la plaiue des Gonaives. --- Page 53 ---
DU GENÉRAL ROUSAINTALOLVERTURE
le Gros-Morne 1 venait de se rendre, et que
J'appris que
contre les Gonaïves sur trois COl'armée devait marcher
commandée par le général
lonnes ; qu'une de ces colonnes,
Couleuvre % et
Rochambeau, était destinée à passer parla
le chemin de la
à descendre à La Croix pour me couper
du Pont-de-l'Ester 3.
ville et les passages
Gonaives et marchai
J'ordonnai de bràler la ville des
au-devant de la colonne qui se dirigeait au Pont-de-l'Esà la tête de trois cents grenadiers de ma garde comter,
soixante gardes à cheval,
mandés par leur chef, et de
Rochambeau. Je le renconignorant la force du général
six heures
trai dans une gorge 5. L'attaque commença à
Le
du matin par un feu soutenu qui dura jusqu'à midi.
l'attaque. J'ai su par les
général Rochambeau commença
était de
de
prisonniers que, j'ai faits que la colonne
plus
mille hommes. Pendant que j'étais aux prises avec
quatre
situé entre les Gonaives et le Port-de-Paix, au sommet d'une
Bourg
haute montagne; son aspect est des plus pittoresques.
de la
où la petite
2 Canton montagneux, au sud-est
Montagne-Noire, dans la
Phabitation La Croix et qui vient se jeter
ravine qai baigne
Du nom de ce canton cette petite
rivière de la Quinte, prend sa source.
ravine tire celui de la Ravine-a-Coulenvre. des Gonaives et de Saint3 L'Ester sert de limite aux arrondissements de bois
son nom,
Marc. Il faut traverser cette rivière sur an pont l'endroit qui porte où se trouve
pour se rendre de l'un à l'autre arrondissement. A
de 120 pieds de
le pont, l'Ester, suivant Moreau de Saint-Méry, a pius lui-même à 120
large; ; ses écores en ont plus de 20 d'élévation ; le pont
pieds de long sur 20 de large.
incendiée le 2 ventôse
4( Cette ville, où commandait Vernet (André), fut
contre la divifévrier 1802), après un combat livré au Poteau
an X(12
sion du général Desfourneaux.
l'habitation La Croix ; là ent
5 Cette gorge ou colline se trouve sur de la
lieu l'affaire connue sous le nom de combat
Ravine-a-Conlenvre. 4
de 20 d'élévation ; le pont
pieds de long sur 20 de large.
incendiée le 2 ventôse
4( Cette ville, où commandait Vernet (André), fut
contre la divifévrier 1802), après un combat livré au Poteau
an X(12
sion du général Desfourneaux.
l'habitation La Croix ; là ent
5 Cette gorge ou colline se trouve sur de la
lieu l'affaire connue sous le nom de combat
Ravine-a-Conlenvre. 4 --- Page 54 ---
MÉMOIRES
le général Rochambeau, la colonne commandée par le
général Leclerc 1 arriva aux Gonaives.
L'affaire de La Croix terminée, je me rendis au Pontde-l'Ester pour y prendre l'artillerie qui défendait cet
endroit, dans l'intention de me rendre à Saint-Marc, où
je comptais faire une grande résistance 2, Mais chemin
faisant, j'appris que le général Dessalines, après être àrrivé avant moi dans cet endroit, avait été obligé de l'évacuer 3, et s'était retiré à la Petite-Rivière. Je fus obligé
d'après cette manceuvre de retarder ma marche pour en -
voyer en avant de moi les prisonniers que j'avais faits à
La Croix, et les blessés à la Petite-Rivière, et me déterminai à m'y rendre moi-même. Arrivé chez Couriotte,
dans la plaine, j'y laissai ma troupe, et me portai seul
en avant. Je trouvai tout le pays évacué 4. Je reçus une
1 Ce n'était pas le général Leclerc qui commandait cette colonne, mais
bien le général Desfourneaux.
2 L'Ouverture avait voulu se renfermer dans Saint-Marc, parce que
cette place est régulièrement fortifiée. Ce sont les Anglais qui, pendant
leur occupation de 1793 à 1798, lui donnèrent sa ceinture de murailles.
3 Dessalines fit incendier cette ville le 6 ventôse an X (24 février 1802),
sans avoir essuyé aucune attaque et alors que l'armée du général Boudet
était encore aux environs de Mont-Rouis. Des dépôts de poudre, de
goudron, d'eau-de-vie, d'huile avaient été répartis sur différents points.
La propre maison de Dessalines, dont la construction, l'ameublement, les
fresques avaient coûté plusieurs millions, était remplie de ces matières de
la cave au grenier. ( Il tint à honneur de donner l'exemple du sacrificc;
> il le fit d'une manière solennelle. Après avoir distribué des torches à
à un
feu,
faisait entre-
))
ses officiers, il en saisit une, l'alluma
grand qu'il
tenir depuis deux jours sur la place d'armes, et donna lui-même le signal de l'incendie, en portant sa torche sur l'amas de bois goudronné
)) qui remplissait le vestibule de sa maison. Dans un instant l'incendie
) fut général. > Pamphile de Lacroix, Révolution de Saint-Domingue.
4 Les habitants de la plaine de l'Artibonite s'étaient réfugiés dans les
Cahos.
il en saisit une, l'alluma
grand qu'il
tenir depuis deux jours sur la place d'armes, et donna lui-même le signal de l'incendie, en portant sa torche sur l'amas de bois goudronné
)) qui remplissait le vestibule de sa maison. Dans un instant l'incendie
) fut général. > Pamphile de Lacroix, Révolution de Saint-Domingue.
4 Les habitants de la plaine de l'Artibonite s'étaient réfugiés dans les
Cahos. --- Page 55 ---
DU GÉNÉRAL TOESAINT-LOIYERTERE
lettre du général Dessalines
qui m'instruisait
appris qu'on devait
qu'ayant
rendu
attaquer le Cahos : il s'y était
pour le défendre. Je lui donnai ordre
de suite me joindre. Je fis mettre
de venir
les munitions
et de bouche
de guerre
que j'avais avec moi dans le
verture 2. , à la Crôte-à-Pierrot.
Fort-L'OuVernet de se
J'ordonnai au général
procurer les vases pour contenir
cessaire à la garnison
l'eau néen cas de siége. A l'arrivée
néral
du géDessalines, je lui ordonnai de
dement de ce fort et de
prendre le commans'y défendre jusqu'à la
extrémité. Je lui laissai
dernière
gardes
pour cet objet la moitié de mes
avec le chef de brigade
Magny et mes deux es1 Ilya a le grand et le petit Cahos. Ce sont des
qui versent dans l'Est, dans le Nord et dans
groupes de montagnes
mènent dans les flancs de ces
l'Ouest. Toutes les issues qui
La principale de ces issues se trouve groupes peuvent être facilement défendues.
Rivière; elle est flanquée à l'ouest au nord-est da village de la Petitecircuit que les premiers colonisatenrs d'un morne environ une lieue de
du nom bizarre de la Créte-d-Pierrot. baptisèrent, suivant leur habitnde,
2 Cette position déjà célèbre par le combat
gnèrent, le 7 avril 1792, contre les
que les affranchis y gacinquante prisonniers, fut
colons, sur lesquels ils firent cent
un fort dont le feu se croisait occupée par les Anglais. Ceux-ci y élevèrent
dans toutes les directions; ils
Fort-Royal. Quand L'Ouverture fit la
l'appellèrent
les Anglais, il donpa à ce fort le nom de conquête de la Petite-Rivière sur
il n'est connu que sous le nom de Fort For-L'Ouserture, de la
Aujourd'hai
lines, dont le génie ne putjamais
Créte-h-Pierrot, Dessacommençait à faire raser la
que détruire, sans savoir rien édifier,
Petite-Rivière. Il empècha fortification, quand L'Ouverture parut à la
ture.
qu'elle ne le fût. Mémoires d'Isaae-I'0uver3 Magny
il
(Elienne) naquit au
vers
servit un instant sous les
Cap-Français,
1765. Ancien libre,
de la liberté générale, il revint Espagnols contre la France; à la proclamation
du général
au Cap. Chef d'escadron,
l'ordre. Villatte, il ne cessa de donner des preuves de son aide-de-camp
L'Ouverture sut. apprécier Sa bravoure; il le fit chef de amour de
brigade,
Isaae-I'0uver3 Magny
il
(Elienne) naquit au
vers
servit un instant sous les
Cap-Français,
1765. Ancien libre,
de la liberté générale, il revint Espagnols contre la France; à la proclamation
du général
au Cap. Chef d'escadron,
l'ordre. Villatte, il ne cessa de donner des preuves de son aide-de-camp
L'Ouverture sut. apprécier Sa bravoure; il le fit chef de amour de
brigade, --- Page 56 ---
MEMOURES
cadrons 5 Je lui enjoignis de ne
Vernet
pas laisser le général
exposé au feu, mais de le laisser dans un endroit
retiré pour veiller au travail des cartouches. Enfin
dire au genéral Dessalines
je fis
Leclerc
que pendant que le général
viendrait attaquer cette place, j'irais dans la
partie du Nord pour faire diversion et
différentes
reprendre les
places dont on s'était
vre,
emparé; par cette manoeu-
, je forçais ce généralà à revenir sur ses
à
dre des
pas, prenarrangements avec moi pour conserver au gouvernement cette belle colonie.
Ces ordres donnés, je pris six
diers commandés
compagnies de grenapar Gabart 2 3 chef de la 4e demi-brigade, et le chef de bataillon Pourcely 3 Je
marchai sur
commandant de sa garde d'honneur. Il
Christophe, à la dignité de maréchal. Pendant parvint, sous la monarchie de
en 1812, il se rendit à la
le siége du Port-an-Prince,
et le Sud, Commandant de République, fondée par Pétion dans l'Ouest
du Nord, il mournt en cette l'arrondissement ville à la fin de du Cap, après la pacification
1 Chaque eseadron était
septembre 1827.
d'escadron Morisset,
composé de quatre ceats hommes; le chef
mulâtre, commandait le premier ; le chef
Monpoint, noir, commandait le second.
d'escadron
2Vaillant-Gabart (Louis), nommé vaillant pour son
naquit au Dondon, le 28 octobre 1776. Il servit intrépidité, mulatre,
dant que celui-ci marchait sous les bannières sous L'Onvertare, penle gouvernement de Dessalines,
espagnoles. Il devint, sous
de ce chef redoutable
général del brigade; il s'attira la méfiance
le 30 octobre 1805. et tomba en suspicion. Il mourut à
On dit que
à cette
Saint-Marc,
( Ah! la mort a été plus
l'empereur,
nouvelle, s'écria :
être, sont fausses,
prompte que moi. > Paroles cruelles
mais auxquelles le peuple
tant il qui, peutmauvais prince est capable de tout.
crut,
est vrai qu'un
3 Pourcely, mulâtre, continua à servir, lors de
caise, dans la 40 demi-brigade. Desalines,
l'occupation franla 9e da Port-de-Paix.
empereur, le fit colonel de
que, le fit genéral de Christophe, après sa révolte contre la Républibrigade. Il fut lué en
atlaque contre l'armée républicaine
juillet 1807, dans une
qui occupait le Port-de-Paix.
.
crut,
est vrai qu'un
3 Pourcely, mulâtre, continua à servir, lors de
caise, dans la 40 demi-brigade. Desalines,
l'occupation franla 9e da Port-de-Paix.
empereur, le fit colonel de
que, le fit genéral de Christophe, après sa révolte contre la Républibrigade. Il fut lué en
atlaque contre l'armée républicaine
juillet 1807, dans une
qui occupait le Port-de-Paix. --- Page 57 ---
DU GÉNÉRAL TOESAUNTHPOUYERTORE
Ennery : J'y trouvai la proclamation du
général Leclerc
qui me met hors la loi 2, Persuadé
que je n'avais
tort à me reprocher, que tout le désordre
aucun
le pays avait été occasionné
qui régnait dans
par le général Leclerc; me
croyant d'ailleurs légitime commandant de l'ile,
sa
je réfute
proclamation et le mets lui-même hors la loi 3. Sans
perdre de temps, je me remets en marche et
coup férir Saint-Michel,
reprends sans
Saint-Raphaël, le Dondon et la
Marmelade. Dans cette dernière place,
du général Dessalines
je reçus une lettre
qui m'instruisait que le
Leclerc avait marché contre la
général
Petite-Rivière sur trois COlonnes; que l'une de ces colonnes,
et le Grand-Fonds,
passant par le Cahos
s'était emparée de tous les trésors de la
république venant des Gonaives, et de
habitants avaient
l'argent que les
déposé ; qu'elle était tellement
de butin qu'elle n'avait pu se
à
chargée
porter sa
destination, 2 et
1 Le 12 ventôse (3 mars); L'Ouverture fit incendier
dirigea à la Marmelade. Rapport du général
ce village et se
2 Extrait de la proclamation du 28
Desfourneauz.
K
plnviose an X (17 février
J'ordonne ce qui suit :
1802).
) Art, 1er, Le général Toussaint et le
) hors la loi, eti il est ordonné à lout citoyen général de Christophe sont mis
) comme des rebelles à la République
courir sus et de les traiter
3 Il semblerait que L'Ouverture eût française. mis le ))
dans le bourg d'Ennery; cependant la
général Leclerc hors la loi
tôse (1er mars), au quartier-général de proclamation la
est datée du 10 ven4 Cette colonne était commandée Petite-Rivière, le
arrivait de Saint-Michel et se
par général Rochambeau; elle
dirigeait contre la Petite-Rivière. Elle
contra, le 11 ventôse (2 mars), au
rengnan, un camp commandé par un mulâtre, Grand-Fonds, le chef sur de T'habitation Maun des hommes les plus cruels dont on ait
la bataillon Aignan,
enleva ce camp à la baionnette et y trouva le trésor gardé national mémoire; elle
de Saint-Marc et l'argent de quelques officiers,
des Gonaives,
Dessalines. Les sommes étaient
notamment du général
considérables; elles furent envoyées au
le 11 ventôse (2 mars), au
rengnan, un camp commandé par un mulâtre, Grand-Fonds, le chef sur de T'habitation Maun des hommes les plus cruels dont on ait
la bataillon Aignan,
enleva ce camp à la baionnette et y trouva le trésor gardé national mémoire; elle
de Saint-Marc et l'argent de quelques officiers,
des Gonaives,
Dessalines. Les sommes étaient
notamment du général
considérables; elles furent envoyées au --- Page 58 ---
MÉMOIRES
qu'elle avait él6 obligée de rétrograder
richesses au
pour déposer ses
Port-Républicain; ; que les deux autres colonnes, quiavaient atlaqué le fort, avaient été
le chef de brigade Magny
repoussées par
'; que le général
réuni plus de forces
Leclerc, ayant
9 avait ordonné une seconde
qui avait été également
attaque
salines,
repoussée par lui, le général Desqui était arrivé alors 2.
Instruit de ces faits, je me
portai sur Plaisance et
m'emparai d'abord du camp de Bidouret,
cette place 3. Ce camp était
qui domine
occupé par des troupes de liPort-Républicain. Rochambeau délivra aussi une
sonniers.
grande quantité de pri1 Cette attaque eut lieu le 13 ventôse (4
Le
douze pièces de canon de 8 et de 12, avait uneg mars). fort, couronné par
cents hommes, tirés des 3°, 40,70
garnison de près de douze
des Manteaus-Rouges des Gonaïves demi-brigades, de la garde d'honneur,
des lieutenants de Magny
et de l'artillerie de Saint-Marc. Celui
Lamartinière, chef de qui se distingua le plus dans cette
fut
bataillon à la 3€
journée,
dirent à cet assaut plus de cent demi-brigade. Les Francais perblessé.
hommes; le général Debelle y fut
2 Cette seconde attaque eut lieu le 21 ventôse
y perdirent près de quinze cents hommes, C'est (12 mars). Les Français
Français que le général Dessalines
après avoir repoussé les
nière, avec deux cents hommes envoya le chef de bataillon Lamarti.
du fort une petite redoute et deux pièces de canon élever à l'est
chambean qui menaçait
pour contenir la division da général Ro3 Le 14 ventôse davantage le fort L'Ouverture.
de
(5 mars). L'Ouverture n'avait que les six
grenadiers qu'il avait détachées de la
compagnies
le chef de brigade Gabart; à la tête de Petite-Rivière deux
et que commandait
l'arme au bras, de la position Bidouret
compagnies, il s'empara,
vraient la place. Le
et de plusieurs autres qui coulendemain, sur l'habilation
attenante au village de Plaisance, il y eut une Laforesterie, affaire
presque.
laquelle L'Onverture eut un cheval tué sous
générale dans
C'est dans ce combat qu'il fat donlooreusement lui; il y fot même blessé.
parmi les Français quelqnes
affecté, en reconnaissant
compagnies de la 9e demi-brigade qu'il
pen-
'empara,
vraient la place. Le
et de plusieurs autres qui coulendemain, sur l'habilation
attenante au village de Plaisance, il y eut une Laforesterie, affaire
presque.
laquelle L'Onverture eut un cheval tué sous
générale dans
C'est dans ce combat qu'il fat donlooreusement lui; il y fot même blessé.
parmi les Français quelqnes
affecté, en reconnaissant
compagnies de la 9e demi-brigade qu'il
pen- --- Page 59 ---
TOUSANTALOIVERTORE
DU GÉNÉRAL
gne' . J'emportai égalementd'assaut tous les postes avancés.
Au momentonjf'allais tomber sur Plaisance, je reçus une lettre du commandant de la Marmelade, qui me donnait
avis qu'une forte colonne venant de la partie espagnole se
dirigeait contre cette dernière place. Je me portai alors
sur cette colonne, qui, au lieu de se diriger
promptement
la
avait marché sur Hinche, où je la poursur Marmelade,
l'atteindre. Je retournai aux Gonaives,
suivis sans pouvoir
ct me rendis maître de la plaine qui environne cette
ville, prét à marcher sur le Gros-Morne pour aller délile
qui devait être au Port-de-Paix,
vrer général Maurepas,
devait s'être retiré dans les montagnes où je lui
ou qui
avais ordonné de camper, ignorant s'il avait déjà capitulé
au
Leclerc 2 : Je reçus une
et fait sa soumission
général
sait être encore à défendre le Port-de-Paix. Il s'avança au milieu de
l'action et harangua les soldats. Ceux-ci étaient sur le point de repasser
Placide Lebrun, sous-lieutenant de grenadiers,
sous ses drapeaux, quand
commanda feu sur lui.
1 La 30€ demi-brigade légère. avoir incendié le Port-de-Paix, le 23 plu2 Manrepas (Jacques), après
dont
viôse (12 février), s'était retiré à la tête de la 9€ demi-brigade,
Bodin était le chef, dans les montagnes dites les Trois-Pavillons, sur
Phabitation Brissot. Le général Humbert oecupa les décombres de la ville
et marcha, le 24 pluviose (13 février), contre Maurepas, qui le battit
complétement. Leclerc, à cette nouvelle, enyoya par mer le général Debelle avec quinze cents hommes renforcer le général Humbert. Debelle,
dans la nuit du 30 pluviose au 1er ventôse (19 au 20 février), attaqua à son
tour; battu aussi, il rentra en désordre au Port-de-Paix. Mais, Maurepas,
au lieu de continner la lutte, lui qui seul pouvait en ce moment assurer
diversion en faveur de L'Ouverture, capitula lc 7 ventôse
une puissante
le lendemain *. Le
(26 février), et descendit au Port-de-Paix
général
Leclerc sembla honorer son courage en le maintenant en activité. Impli:
dans l'insurrection de Capoix (François), il fut embarqué surla fréqué la Guerrière, capitaine Baudouin, avec le chef de brigade Bodin
gate
* Rapport de l'amiral Latouche-Tréville, du 43 ventôse (4 mars).
capitula lc 7 ventôse
une puissante
le lendemain *. Le
(26 février), et descendit au Port-de-Paix
général
Leclerc sembla honorer son courage en le maintenant en activité. Impli:
dans l'insurrection de Capoix (François), il fut embarqué surla fréqué la Guerrière, capitaine Baudouin, avec le chef de brigade Bodin
gate
* Rapport de l'amiral Latouche-Tréville, du 43 ventôse (4 mars). --- Page 60 ---
MÉMOIRES
troisième lettre du général Dessalines, qui me faisait le
rapport que le général Leclerc, ayant réuni toutes ses
forces, avait ordonné l'assaut général, qu'il avait été
repoussé, ce qui l'avait déterminé à faire cerner cette place
et à la faire bombarder '. Dès que j'appris le
danger
dont elle était menacée, je me hâtai d'y porter ma
troupe
pour la délivrer. Arrivé devant le camp, je fis une reconnaissance,prisl les renseignements nécessaires et me disposai
à l'attaque. Je devais infailliblement entrer dans Ie
camp
par un côté faible que j'avais reconnu 2 1 et m'emparer de
et mne partie de la ge; transféré à bord du vaisseau-amiral le DugunyTrouin, il fut noyé dans la rade du Cap, pendant la nuit, au commencement de frimaire an XI (novembre 1802).
J'ail hâte de dire qu'il est faux, ainsi qu'on l'a souvent répété,
le
trop malheureux Maurepas ait été préliminairement pendu aux que
après qu'on lui aurait eu cloué sur la tête son chapeau de général. vergues,
1 Ce bombardement commença le 1er germinal (22 mars). Alexandre
Pétion, qui avait fait ses premières armes dans
mortier contre le fort, et donna dans ce service des l'artillerie, dirigea un
preuves de son habileté, au témoignage des généraux français eux-mêmes; il y jeta
bombes qui en hâtèrent l'évacuation. Une histoire récente, plusieurs
Haiti, dit que Pétion, dans ces circonstances, donnait
imprimée en
ne s'élait armé que contre
mollement, et qu'il
Toussaint, son ennemi personnel. Si de
reilles assertions restaient sans protestation, autant vaudrait que la vérité parentrât au fond de son puits. Pétion déploya au service des Français
antant de dévoûment et de courage que Dessalines et Christophe en
déployèrent par la suite; mais à cette différence qu'il'ne trempa point,
pour plaire aux blancs, ses mains dans le sang de ses concitoyens, comme
ces deux généraux, C'est encore à tort qu'il est dit que Pétion considérait L'Ouverture comme son ennemi personnel. L'Ouverture, au contraire, estimait dans Pétion les capacités et la bravoure. Seulement
Pétion crut voir en lui et avec quelque raison l'apôtre des colons, l'ennemi de la liberté; il se retira de son service pour embrasser le parti de
Rigaud.
2 Sans doute par la Savane-Brilée, car c'est là qu'il était campé
quand l'évacnation ent lieu.
qu'il est dit que Pétion considérait L'Ouverture comme son ennemi personnel. L'Ouverture, au contraire, estimait dans Pétion les capacités et la bravoure. Seulement
Pétion crut voir en lui et avec quelque raison l'apôtre des colons, l'ennemi de la liberté; il se retira de son service pour embrasser le parti de
Rigaud.
2 Sans doute par la Savane-Brilée, car c'est là qu'il était campé
quand l'évacnation ent lieu. --- Page 61 ---
DU GÉNÉRAL ROEKAUINT-ALOEVERTIRE
du général Leclerc et de tout son état-major;
la personne
de l'exécution, j'appris que la garnison,
mais au moment
d'évacuer le fort : Si
d'eau, avait été obligée
manquant
intention était de renvoyer le
le projet avait réussi, mon
rendant un
Leclerc au premier consul, en lui
général
et en le priant de m'envoyer
compte exact de sa conduite,
digne de sa confiance, à quij'eusse
une autre personne
remis le commandement.
la garretirai au Grand-Fonds 2, 1 pour y attendre
Je me
eut lieu le 3 germinal dans la nait (24 mars),
1 Cette évacnation
déjà cinq cents hommes
après trois jours et trois nuits de bombardement; des effets des bouches
étaient ou morts ou blessés dans le fort principal Loin de là, le pavillon
à feu. Nul néanmoins ne songeait à se rendre.
angles des deux
pavillon sans-quartier, avait été élevé aux quatre
dit
rouge,
lutter contre la faim et la soif? ( Les troupes,
forts. Mais qui peut
d'un naturaliste, privées d'eau et de
) M. Descourtilz, dans son Voyage
obligées de màcher des
avec cette chaleur accablante,
) nourriture,
d'étancher une soif insupportable, pro-
) balles de plomb dans l'espoir
bourbeuse
(sic) troucette trituration une salive
qu'ils
) voquaient par déliciense à avaler. Ils (sic) souffraient sans se plaindre
)) vaient encore
Languissants de faim, agités par la peur,
) par l'espérance de se venger. deux sensations opposées sur leur figure
ces
) ces soldats promenaient blessés demandèrent la mort ou l'évacuation.
)) moribonde. ) Alors les
à travers les lignes ennemies par Un
L'évacuation fut décidée et s'opéra de la confusion générale, put se
affreux carnage. Desconrtilz, profitant Ce ne furent done que la faim
sauver et aller, joindre l'armée française. car les Français trouvèrent
et la soif qui commandèrent l'évacuation, milliers de poudre; cependant j'ai
dans le Fort-L'Ouverture vingt-cinq l'évacuation fat due principalement au dé-I
vu imprimer quel la cause de
dirigèrent cetle évacuation.
faut de munitions. Magny et Lamartinière
et de ses
Dessalines, suivi de ses aides-de-camp
Dès la veille au soir,
pour aller chercher des
secrélaires, avait abandonné ce champ périlieux
secours.
le 3 germinal (24 mars). C'est sur T'habita2 Il entra au Grand-Cahos
établit son quartier-généeal, à queltion Chassériaux que L'Ouverture
Mme T'Ouverture et
milles de celle de Vincindière, où se tenaient
ques
ère
et de ses
Dessalines, suivi de ses aides-de-camp
Dès la veille au soir,
pour aller chercher des
secrélaires, avait abandonné ce champ périlieux
secours.
le 3 germinal (24 mars). C'est sur T'habita2 Il entra au Grand-Cahos
établit son quartier-généeal, à queltion Chassériaux que L'Ouverture
Mme T'Ouverture et
milles de celle de Vincindière, où se tenaient
ques --- Page 62 ---
MÉMOIRES
nison de la Créte-à-Pierrot et réunir
cetle garnison y fut arrivée,
mes forces. Dès que
lines où élaient les
je demandai au général Dessaprisonniers que
dit être au Cahos. Il me
précédemmentil m'avait
prise par la colonne du répondit qu'une partie avait été
général
avait été tuée dans les
Rochambeau, qu'une autre
différentes attaques
essuyées, et que le reste enfin s'était
qu'il avait
férentes marches
échappé dans les difqu'il avait été obligé de faire.
On voit par cette réponse que c'est
voulu m'imputer les assassinats
injustement qu'on a
qui furent commis,
que, disait-on, comme chef, j'aurais da les
parce
suis-je responsable du mal
empécher; mais
qui se fait en mon absence
mon insu? 1.
età
Etant aux Gonaives 2
9 j'avais envoyé mon
Couppé au général Dessalines
lui
aide-de-camp
au commandant
pour dire de donner ordre
de Léogane de faire sortir tous les
tants, hommes et femmes, et de les
habienvoyer au Port-Répuson fils Isaac. Fontaine, Morisset,
les principaux officiers qui entouraient Monpoint, Placide-L'Ouverture étaient
1 Le plus horrible des
alors le Premier des Noirs.
du 3 au 4 ventôse an X massacres de cette époque fut commis dans la nuit
l'Artibonite par les ordres (22.au de 23 février 1802), à la Petite-Rivière de
furent conduits derrière la Dessalines. Les blancs, liés deux à deux,
de bataillon Lafortune; bientôt prison de cette place, que commandait le chef
cris des victimes expirantes. le silence de la nuit fut troublé par les
digne ministre d'un Dien de L'abbé Videau, qui desservait la paroisse,
fants à la fureur des assassins. miséricorde, Mme
arracha les femmes et les entroave toujours dans les sanglantes Dessalines, cette femme pieuse qu'on
en diminuer
épopées de
I'horreur, sauva cette nuit-là de Saint-Domingue, pour
conserva surtout à lal France un grand
nombreuses victimes; elle
de la célèbre Flore des Antilles ; elle naturaliste, M. Descourtilz, auteur
qu'après une lutte violente avec
ne réussit à sauver ce médecin
trainé plus tard au
son mari. C'est ee même nataraliste qni,
2 An
Fort-l/Oaverture, y pansa nos blessés.
commencement des hostilités,
I'horreur, sauva cette nuit-là de Saint-Domingue, pour
conserva surtout à lal France un grand
nombreuses victimes; elle
de la célèbre Flore des Antilles ; elle naturaliste, M. Descourtilz, auteur
qu'après une lutte violente avec
ne réussit à sauver ce médecin
trainé plus tard au
son mari. C'est ee même nataraliste qni,
2 An
Fort-l/Oaverture, y pansa nos blessés.
commencement des hostilités, --- Page 63 ---
DU GÉNÉRAL TOESAINPILOUVEITERE
réunir dans cette place le plus d'hommes armés
blicain : de
à la plus vive
qu'il eût pu, de s'y préparor en cas d'attaque
de mes
Couppé, porteur
résistance. Mon aide-de-camp
rencontré le
revint et me dit qu'il n'avait pas
ordres,
mais qu'il avait appris que Léogane
général Dessalines,
s'étaient sauvés au
avait été bralée 1 et que les habitants
PortRépublicain. arrivés jusqu'à cette époque viennent
Tous les désastres
ne
avant son débarquement
du général Leclerc : pourquoi
Pourquoi a-l-il
m'a-t-il pas fait part de ses pouvoirs? de l'arrêté de la
sans mon ordre et au mépris
débarqué 29 N'est-ce pas lui qui a commis les premières
commission
cherché à gagner les généraux et
hostilités? N'a-t-il pas
tous les moyens possiautres officiers sous mes ordres par
en
cherché à soulever les cultivateurs,
bles? N'a-t-il pas
comme des esclaves et
leur persuadant que je les traitais
employer de
qu'il venait pour rompre leurs fers? Devait-il et la trandans un pays où régnaient la paix
tels moyens
de la Républiquillité? Dans un pays qui était au pouvoir
c'était pour
que? Si j'ai fait travailler mes semblables,
licence;
le
de la véritable liberté sans
leur faire goûter prix
le chef de la bri1 Léogane fut livrée au pillage et aux flammes par le 23 pluviose an X
gade Pierre-Louis Diane, de la 8e demi-brigade,
dans les
(12 février 1802); la garnison alla camper au Cabaret-Quart, avoir donné naisenvironnants. Cette ville est célebre pour
mornes
Dessalines (la vertuense Claire Bonheur) et à Lamartisance à Madame
elle l'est encore pour la belle dénière, le héros de la Crète-à-Pierrot; Pétion y firent contre les Anglais le
fense que Renand-Desruissanx et
1er germinal an IV (21 mars 1796). L'Ouvertare pour le besoin de sa
2 Cet arrèté, si souvent invoqué arrachés par par sa politique à la complaicause, est un de ces mille arrêlés inspirait à l'agent Roume, représance et souvent à l'intimidation qu'il
sentant de la métropole à Saint-Domingue.
la Crète-à-Pierrot; Pétion y firent contre les Anglais le
fense que Renand-Desruissanx et
1er germinal an IV (21 mars 1796). L'Ouvertare pour le besoin de sa
2 Cet arrèté, si souvent invoqué arrachés par par sa politique à la complaicause, est un de ces mille arrêlés inspirait à l'agent Roume, représance et souvent à l'intimidation qu'il
sentant de la métropole à Saint-Domingue. --- Page 64 ---
MÉMOIRES
c'était pour empêcher la corruption desmoeurs ; c'était
le bonheur général de l'ile, pour l'intérêt de la
pour
République.
Et j'avais effectivement réussi dans ma tâche, puisqu'on
ne voyait pas dans toute la colonie un seul homme désceuvré
et que le nombre des mendiants était diminué au point
qu'à part quelques-uns dans les villes, on n'en voyait
pas un seul dans les campagnes.
Si le général Leclerca avait eu de bonnes intentions, eûtil reçu dans son armée le nommé Golart 1 et lui eût-il donné
le commandement de la 9e demi-brigade, corps qu'il avait
soulevé, alors qu'il; y était chefde bataillon ? Ent-il employé
ce rebelle dangereux qui fit assassiner les propriétaires sur
leurs habitations; quienvahit la villedu Nolo-Saint-Nicolas,
qui tira sur le général Clerveaux 2
1 qui y commandait, sur
1 Golart (Lubin), nègre, naquit aux environs du Port-de-Paix; il
les armes dès le commencement de la révolution. Brave, audacieux, prit il
parvint, durant la guerre contre les Anglais, au commandement du
2e bataillon de la 9e demi-brigade, et à celui de la place de Jean-Rabel.
Ennemi des colons et des Anglais, il se prononça hautement contre L'Ouverture, quand il le vit accueillir les uns et les autres; le 22 messidor
an VII (10 juillet 1799), il leva l'étendard de l'insurrection avec le chef
de bataillon Bellegarde, qui commandait au Môle, en faveur de
alors en guerre avec L'Ouverture. Vaincu, il se retira dans les âpres Rigaud, montagnes du Port-de-Paix, et y resta dans toute sa liberté, sans qu'on
l'en déloger. Rentréà Jean-Rabel à l'arrivée des Français, il fat
pût
dans ses fonctions. Golart mourut à Plaisance en pluviôse an X réintégré (février
1802).
2 Clerveaux (Augustin), mulâtre, naquit à la Marmelade vers 1763,
Officier dans une compagnie franche, il fut un des traîtres, qui le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), livrèrent cette commune aux
Aussi, Toussaint le fit lientenant-colonel. Quand ce dernier Espagnols.
service de la République, la fortune de Clerveaux ne fit
passa au
Toussaint, en récompense de plusieurs hauts faits, le fit nommer qu'angmenter colonel :
du 6e régiment à l'organisation de ce corps, et enfin général de brigadc.
, il fut un des traîtres, qui le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), livrèrent cette commune aux
Aussi, Toussaint le fit lientenant-colonel. Quand ce dernier Espagnols.
service de la République, la fortune de Clerveaux ne fit
passa au
Toussaint, en récompense de plusieurs hauts faits, le fit nommer qu'angmenter colonel :
du 6e régiment à l'organisation de ce corps, et enfin général de brigadc. --- Page 65 ---
DU GÉNÉRAL TOCSAINPICOESCATIRE
et sur son chef de brigade; qui fit la
le général Maurepas
des Moustiques et
de Jean-Rabel,
guerre aux cultivateurs
l'audace jusqu'à
du Port-de-Paix: ; qui poussa
des hauteurs
je marchai contre lui
défendre même contre moi, lorsque
se
le territoire et la
le soumettre à son chef et reprendre
une
pour
envahis! Lejour qu'il osa tirer sur moi,
ville qu'il avait
; Bondère, médecin,
balle coupa le plumet de mon chapeau
fut lué à mes côtés; mes aides-de-camp
qui m'a accompagnait,
après s'être souillé de
furent démontés. Enfin ce brigand,
il n'en sortit
s'était caché dans une forêt;
tous les crimes,
Le général Leclerc
qu'à l'arrivée de l'escadre française.
un autre
au rang de chef de brigade
eàt-il élevé également Desrances 5 qui a fait assassiner
rebelle appelé L'Amour
qui a soulevé
de la plaine du Cul-de-Sac;
tous les habitants
toute cette partie de l'ile;
les cultivateurs; qui a saccagé
avant l'arrivée de
deux mois seulement
contre lequel
de marcher et que j'avais forcé
l'escadre, j'avais été obligé
amicaledans les forêts. Pourquoi a-t-on reçu
de se retirer
tandis qu'à mes subordonnés
ment ces rebelles et d'autres, de 1802, il livra aux Français le département du Cibao
Lors de l'invasion
ainsi à tout ce qu'il devait au Premicr
qu'il commandait, manquant
de bravoure, mais inintelligent et
des Noirs. C'était un homme Dondon plein à la fin de 1804.
parfois cruel. 1l mourut au
africain, appartenait à Phabitation
nègre
1 Desrances (I'Amour), la
sur la limite des arronDesrances, dans les hauteurs de Rivière-Froide, Jacmel. Lors de la guerre civile qui
dissements du Port-an-Prince et de
en favenr du premier,
éclata entre Rigaud et Toussaint, il se prononça de Cantabre et de plusieurs
On lui dut à cette époque le salut de illustrèrent Per, le pays par leurs armes.
autres jeunes hommes qui, plus tard, de fer de L'Ouverlure dans lcs
Comme Golart, il vécut loin du jong le 2 ventôse (21 février 1802),
doubles montagnes de Barohuco. Il vint, de Lacroix, qui reçut au Portfaire sa soumission aux Français. Pamphile contre Pierre-Louis Diane. Ce derau-Prince cette soumission, l'envoya
On lui dut à cette époque le salut de illustrèrent Per, le pays par leurs armes.
autres jeunes hommes qui, plus tard, de fer de L'Ouverlure dans lcs
Comme Golart, il vécut loin du jong le 2 ventôse (21 février 1802),
doubles montagnes de Barohuco. Il vint, de Lacroix, qui reçut au Portfaire sa soumission aux Français. Pamphile contre Pierre-Louis Diane. Ce derau-Prince cette soumission, l'envoya --- Page 66 ---
MÉMOIRES
et à moi, qui sommes restés
vernement
constamment fidèles au goufrançais et qui avons maintenu l'ordre
tranquillité, on nous a fait à nous la
et la
veut-on me faire un crime d'avoir
guerre ? Pourquoi
du
fait exécuter les ordres
gouvernement' Pourquoi veut-on
mal qui a été fait et les désordres
m'imputer tout le
faits sont connus de tous les
qui ont régné? Tous les
habitants de
Pourquoi, en arrivant, n'a-t-on
Saint-Domingue.
Les troupes,
pas été à la source du mal ?
qui se sont rendues au général
avaient-elles reçu l'ordre de moi?
Leclerc, en
Non. Eh bien ceux
M'avaient-elles consulté?
qui ont fait le mal ne
non plus consulté. Il ne faut à
m'avaient pas
de tort que je n'en mérite. pas présent me donner plus
Je fis part de ces réflexions à
j'avais. Ils me répondirent
quelques prisonniers que
qu'on craignait
j'avais sur le peuple et qu'on
l'influence que
violents
n'employait tant de
quej pour la détruire. Cela me fit faire de moyens
réflexions.
nouvelles
Considérant tous les malheurs
avait déjà essuyés, les habitations
que la colonie
commis, les violences
détruites, les assassinats
j'oubliai
exercées même sur les
tous les torts qu'on pouvait avoir à
femmes,
mon égard,
nier se dirigeait alors avec la 80
Froide à F'Artibonite. Diane fut demi-brigade batta
par les gorges de la RivièreL'Amour Desrances fut des
el fait prisonnier.
Caise; il prit le titre de
premiers à s'insurger contre l'armée fransupérieure
général en chef et refusa de reconnaître
la
qu'on venait de décerner à Dessalines.
l'autorité
ruse; il le fitinviter à passer la revue des
Celui-ci ent recours à
sur Thabitation Rocheblanche.
troupes qui étaient campées
an. XI (26, juin 1803) et conduit Desrances à la
fut ainsi arrêté le 7 messidor
1 Toujours l'arrêté du 16
Petite-Rivière où il fut tué *
pluviôse que prit l'agent Roume.
* Journal tenu par L'Aurore Lemaire,
adjudani-général del lAmour Desrances,
fitinviter à passer la revue des
Celui-ci ent recours à
sur Thabitation Rocheblanche.
troupes qui étaient campées
an. XI (26, juin 1803) et conduit Desrances à la
fut ainsi arrêté le 7 messidor
1 Toujours l'arrêté du 16
Petite-Rivière où il fut tué *
pluviôse que prit l'agent Roume.
* Journal tenu par L'Aurore Lemaire,
adjudani-général del lAmour Desrances, --- Page 67 ---
DU GÉNÉRAL
TOESAINT-L'OIVERTINE
bonheur de l'ile et à l'intérêt du
pour ne penser qu'au
à obéir à Y'ordre du
gouvernement. Je me déterminai
Leclerc venait de
premier consul, vu surtout que le général
lui-méme au Cap avec toute sa troupe, après
se retirer
l'affaire dela Crôte-à-Pierrot.
cet instant, je n'avais
Il est à remarquer que jusqu'en
répondre au
trouver un seul moment pour
pas encore pu
cette lueur de
consul. Je saisis avec empressement
premier
J'assurai le premier consul de ma
tranquillité pour le faire.
en lui
et de mon entier dévoûment à ses ordres,
soumission
s'il n'envoyait pas un autre officier généannonçant C que
j'aiderai le
> ral plus ancien prendre le commandement, la résisLeclerc à faire tout le mal possible par
> général
1. ) Je me rappelai alors que
) tance que je lui opposerai
rendu compte que deux
le général Dessalines m'avait
du général
officiers de l'escadre, dont un aide-de-camp
de deux
de marine ?, accompagnés
Boudet et un officier
avaient été fgits
dragons, envoyés pour soulever la troupe,
notamment Placide Justin, dans son Histoire
1 Plusieurs autenrs,
une lettre pleine de dignité
d'Haiti, relatent d'après des écrivains anglais de L'Ouverture au premier
et surtout de hauteur, comme étant la réponse car il y est question des
consul. Cette lettre est évidemment apocryphe, qu'on ne fit venir dans
limiers de Cube, espèce de chiens anthropophages,
c'est-à-dire bien
la colonie que sots le gouvernement de Rochambeau, de L'Ouverture. II est
longtemps après l'arrestation et T'embarquement ne parvint jamais à sa destivraisemblable que la lettre de L'Ouverture
nation.
Sabès et l'aspirant de marine Gémont. Ces deux
2 Le chef de brigade
par le général Boudet en parleofficiers, avec les deux dragons envoyés et à l'attaque de cette ville,
mentaires au Port-an-Prince, furent arrêtés; de Lamartinière (Louis
ils furent dirigés sur Saint-Marc, par les ordres de la guerre; ce qui
d'Or), chef de bataillon, au mépris des principes
soldat, devait
Lamartinière, habile et intrépide
étonne d'autant plus que
Ces deux
2 Le chef de brigade
par le général Boudet en parleofficiers, avec les deux dragons envoyés et à l'attaque de cette ville,
mentaires au Port-an-Prince, furent arrêtés; de Lamartinière (Louis
ils furent dirigés sur Saint-Marc, par les ordres de la guerre; ce qui
d'Or), chef de bataillon, au mépris des principes
soldat, devait
Lamartinière, habile et intrépide
étonne d'autant plus que --- Page 68 ---
MÉMOIRES
prisonniers, lors del l'évacuations du Port-au-Prince. J'ordonnai qu'on me les amenât; et après avoir conversé avec
je les
eux 1,
renvoyai au général Boudet, pour qui je leur remis
connaitre et pratiquer les lois de son métier, qui établissent l'inviolabilité
du parlementaire.
De Saint-Marc, on conduisit Sabès et Gémont à la Petite-Rivière où
furent témoins de la terrible boucherie du 3 ventôse. Ils ne durent ils
mêmes leur salut qu'à l'ordre formel de L'Ouverture de les lui euxsains et saufs, sous peine de mort. Le jour même de cette boucherie, garder
obtinrent du commandant de la place, Lafortune, de se rendre au ils
avec l'abbé Videau et les veuves el orphelins à qui ce saint homme Cahos
de consolation et d'appui. On fit halte à Plassac. Là se trouvaient servait l'administrateur Volé, ses employés et un grand nombre d'autres
Sabès et Gémont furent le lendemain témoins d'un
blancs.
lequel périt Volé, malgrél'amitié
nouveau carnage dans
que L'Ouverture et Dessalines lui témoignaient. Cette fois, les denx parlementaires eux-mêmes allaient être
gés. ( Déjà, dit M. Gémont, dans son
égor-
) fort, le bras de la mort est
précis imprimé en 1804 à Rocheétendu sur nos têtes; déjà je
)
suis dépouillé
d'une partie de mes vêtements, Jorsque l'abbé Videau rassemble toutes
ses forces pour nous sauver; ce n'est plus un homme, c'est un Dieu. Il
nous presse dans ses bras et s'écrie d'une voix stentorée : (
)) au moins le caractère de ces envoyés ou faites-moi
Respectez
L'effort était au-dessus des forces de la
périr avec eux. >
tomba évanoui. Un saint
nature, le vénérable prélat
respect, une terreur religieuse s'emparent des
esprits; les parlementaires furent sauvés. Enfin un détachement, sous les
ordres du sergent Jean Farel, noir, conduisit les
au Cahos
sur l'habitation Vincindière; plusieurs fois ils y parlementaires faillirent être sacrifiés
mais la bravoure et l'humanité de Jean Farel les protégèrent même ;
contre des officiers supérieurs. Ce ne fut que le 7 germinal (28 mars) que
L'Onverture les fit venir à Chassériaux et les renvoya parmi les
1 ( Tousaint-l'Onverture
leurs.
se plaignit à nos
)) fàcheuse
où
parlementaires de la
position en étaient venues les choses. Le chef
))
Sabès eut le courage de Jui observer que la guerre n'avait de éclaté brigade
)) parce qu'il méconnaissait l'autorité de la métropole. Toussaint-1.On- que
verture Jui jeta un regard d'étonnement, dédaigna de lui
) s'adressant à l'officier de marine
répondre, et
en ces termes : ( Vous êtes offi-
) cicr de marine, Monsieur, ch bien ! si vous commandiez un
un vaisseau
. Le chef
))
Sabès eut le courage de Jui observer que la guerre n'avait de éclaté brigade
)) parce qu'il méconnaissait l'autorité de la métropole. Toussaint-1.On- que
verture Jui jeta un regard d'étonnement, dédaigna de lui
) s'adressant à l'officier de marine
répondre, et
en ces termes : ( Vous êtes offi-
) cicr de marine, Monsieur, ch bien ! si vous commandiez un
un vaisseau --- Page 69 ---
DU GÉNERAL
TORSUINT-L'OIVEINUNE
celle
j'avais écrite au premier consul. une lettre avec
que
où j'expédiais ces deux officiers, j'apprends
A l'instant
avec son
le général Hardy a passé la Coupe-à-l'Inde
que
qu'il les a ravaarmée, qu'ils s'est porté sur mes propriétés,
cheval
a enlevé tous mes animaux et surtout un
gées, qu'il
faisais le plus grand cas. Sans
nommé Bel-Argent, dont je
lui avec la force que
perdre de temps, je me portai contre
s'engagea
près du Dondon. L'affaire
j'avais ; je l'atteignis
acharnement depuis onze du
ct dura avec le plus grand
matin jusqu'à six heures du soir. j'avais donné l'ordre atl général
Avant que de partir,
qui avait
d'attendre la réunion de la garnison
Dessalines
et d'aller se camper au Campévacué la Crôte-à-Pierrot
me serais
le combat je
Marchand ", le prévenant qu'après
rendu à la Marmelade. sans vous donner avis, un autre officier vint vous
) de TEtat, et que,
par le gaillard d'avant, avec un
) remplacer en sautant à l'abordage
être blâmé de chercher à
> équipage double du vôtre, pourriez-vous
vous défendre sur le gaillard d'arrière? > Révolution de SaintC Telle est ma position vis-à-vis de la France. Domingue, Pamphile de Lacroix. de dragons, commandés par
1 Cette force montait à trois compagnies L'Ouverture envoya, de Saint-Michel,
Morisset et Placide L'Ouverture. les hauteurs de la Grande-Rivière, dc
ordre à Christophe, qui occupait division Hardy en tête, tandis qu'il la prendrait
marcher pour prendre la
toutes les milices de la contrée. Le
en quene. Il continua en avant avec
Christophe manqua d'y
combat eut lieu le 8 germinal (29 mars 1802). du chemin ; il fut néanmoins
être fait prisonnier. Hardy sut se frayer
poursuivi jusque sur la route du Cap. située dans la plaine de P'Artibonite, à
2 Marchand est une habitation
Dessalines en fit plus tard sa résienviron sept lieues de la Petite-Rivière. enchantement; cette
dence impériale. Alors une ville s'y éleva comme par
baraques
bois,
comme son fondateur: : quelques
ville, bâtie en
périclita fortifications en mauvais état, y attristent
que dominent quelques
aujourd'hui l'oeil du voyageur. --- Page 70 ---
MÉMOIRES
Arrivé dans cet endroit, je reçus la réponse du général
Boudet, qu'il m'envoyait par mon neveu Chancy qu'il avait
précédemment fait prisonnier 1 Ce général m'assurait
que
ma lettre parviendrait facilement au premier consul, qu'à
cet effet il l'avait déjà envoyée au général Leclerc, qui lui
avait promis de la faire partir.
dominent quelques
aujourd'hui l'oeil du voyageur. --- Page 70 ---
MÉMOIRES
Arrivé dans cet endroit, je reçus la réponse du général
Boudet, qu'il m'envoyait par mon neveu Chancy qu'il avait
précédemment fait prisonnier 1 Ce général m'assurait
que
ma lettre parviendrait facilement au premier consul, qu'à
cet effet il l'avait déjà envoyée au général Leclerc, qui lui
avait promis de la faire partir. Sur le rapport de mon neveu
el après la lecture de la lettre du général
Boudet, je crus
reconnaître en lui un caractère d'honnéteté et de franchise,
digne d'un officier français fait pour commander. Je
m'adressai en conséquence à luiavec confiance pour le prier
d'engager le général Leclerc à entrer avec moi dans des
moyens de conciliation. Je lui assurais que l'ambition
n'avait jamais été mon guide, mais bien l'honneur;
que
j'étais prêt à rendre le commandement pour obéir aux
ordres du premier consul, et à faire tous les sacrifices
nécessaires pour arrêter les progrès du mal. Je lui envoyai
ma lettre par mon neveu Chancy qu'il retint près de lui?. 1 Le chef d'escadron Chancy, mulâtre, naquit aux Cayes vers 1783. Son père était blanc. Sa mère, négresse, soeur de L'Ouverture, fut emmenée, par le sort de l'esclavage, du Nord dans le Sud de la colonie; elle
y devint libre et mème propriétaire longtemps avant la révolution. Quand
L'Ouverture vint prendre possession de la ville des Cayes, que Rigaud
fut obligé de lui abandonner, il attacha le jeune Chancy à son état-major
et le fit bientôt parvenir au grade de chef d'escadron. L'Ouverture avait
la plus grande confiance dans son dévoûment. Aussi l'enyoya-t-il de
aint-Marc le 20 pluviose (9 février) près du chef de brigade Dommage,
commandant de l'arrondissement de Jérémie. La mission était périlJeuse. L'Ouverture, dans sa dépêche, traitait Dommage de général de
brigade, pour mieux exalter son courage. II Jui annonçait la chute du
Cap et du Port-au-Prince. Il l'invitait à une résistance désespérée.
iance dans son dévoûment. Aussi l'enyoya-t-il de
aint-Marc le 20 pluviose (9 février) près du chef de brigade Dommage,
commandant de l'arrondissement de Jérémie. La mission était périlJeuse. L'Ouverture, dans sa dépêche, traitait Dommage de général de
brigade, pour mieux exalter son courage. II Jui annonçait la chute du
Cap et du Port-au-Prince. Il l'invitait à une résistance désespérée. Chancy fut arrêté dans les hauteurs du Petit-Goave, cherchant à gagner
Jérémie et conduit au Port-an-Prince. 2( Chancy, dont on redoutait sans doute le courage entreprenant ct
l'utilité dont il pouvait être à L'Ouverture dans CCS graves occurrences, --- Page 71 ---
DU GÉNÉRAL TOUSUST-LOIVERTORE
Mais deux jours après, je
nance pressée,
reçus une lettre par une ordonqui m'annonçait qu'il avait fait
de
intentions au général Leclerc et
part mes
était prêt à entrer en
m'assurait que celui-ci
vais
arrangement avec moi, et que je
compter sur les bonnes intentions du
poumon égard.
gouvernement à
Le même jour, le général
une lettre
Christophe me communiqua
qu'il venait de recevoir du
demeurant à la Petite-Anse
citoyen Vilton 1 3
lui
et une autre du général Hardy,
demandant tous deux une entrevue. Je
général
permis tout au
Christophe, en lui recommandant d'être
spect. Le général Christophe
très-circondiquée par le général
nese renditp pasàl'entrevue innéral Leclerc
Hardy, car il reçut une lettre du géqui lui proposait un autre
m'envoya copie de cette lettre
rendez-vous 2. Il
demanda la
et de sa réponse et me
permission de se rendre dans
lui
l'endroit
indiquait, ce jeque lui permis et il y fut.
qu'on
Le général Christophe, à son
lettre du général Leclerc,
retour, me rapporta une
lui une belle
qui me disait que ce serait pour
journée, s'il pouvait
avec lui et à me soumettre
m'engager à me concerter
répondis
aux ordres de la République. Je
sur-le-champ que j'avais toujours été soumis
gouvernement français, puisque j'avais
au
les armes pour lui;
constamment porté
que si, dès les
principes, on s'était
reçut ordre du général Boudet de nej plus sortir
de cette ville qu'il fut
du Port-au-Prince. C'est
France après
embarqué sur le vaisseau I'Aigle et
T'arrestation de son oncle.
envoyé en
le fit Vilton, mourir mulâtre, commandait la place de la
sait
à l'époque de sa royauté; si on ne sait Petite-Anse, Christophe
néanmoins qu'il n'en fallait pas à ce chef pour quel motif, on
crime.
pour accomplir ancun
2 Cette entrevue eut lieu au Haut-da-Cap le 6 floréal
Christophe y fit sa soumission au général Leclerc.
(26 avril 1802),
igle et
T'arrestation de son oncle.
envoyé en
le fit Vilton, mourir mulâtre, commandait la place de la
sait
à l'époque de sa royauté; si on ne sait Petite-Anse, Christophe
néanmoins qu'il n'en fallait pas à ce chef pour quel motif, on
crime.
pour accomplir ancun
2 Cette entrevue eut lieu au Haut-da-Cap le 6 floréal
Christophe y fit sa soumission au général Leclerc.
(26 avril 1802), --- Page 72 ---
MENOIRES
comporté avec moi comme on devait le faire,
eu un seul coup de fusil de
iln'y eut pas
même été
tiré; que la paix n'eût
troublée dans l'ile, et que l'intention du
pas
nement eût été remplie. Je
gouverral Leclerc
témoignais enfin tant au généqu'à Christophe tout mon
ce que celui-ci s'était rendu
mécontentement de
Le
sans ordre de ma part 1, .
lendemain, je dépéchai au général Leclerc
dant-général Fontaine,
mon adjuporteur d'une seconde lettre;
laquelle je lui demandais une entrevue à
par
l'habitation
ricourt, ce à quoi il se refusa.
d'Hésura qu'il avait été très-bien Cependant Fontaine m'asJe lui
reçu. Je ne me rebutai point.
dépéchai pour la troisième fois mon
Couppé 2 et mon secrétaire
aide-de-camp
Nathand, pour lui assurer que
1 On voiti ici que la position de
réduit] L'Ouverture T'empêche de donper prisonnier et de justiciable où se trouve
Christophe venait de porter à sa fortune un libre cours à son indiguation,
rendant aux Français ayec douze cents le coup le plus mortel, en se
mi-brigades, et en leur livrant plus de cent hommes des 1're, 2e. 3e et 5€ devaient dans divers dépôts que L'Ouvertre avait pièces dans d'artillerie qui se trougénéral Leclerc au ministre, du 18
les mornes.
)) sion de Christophe, continne Roréal (8 mai 1802). ( La Lettredu soumis.
) saint... II m'écrivit des cette lettre, acheva de consterner Tous-
> déjà causé bien des maux, que mais circonstances tris-matheureuses avaient
) française, il serait
que quelle que fot la force de
)
rayager et vendre toujonrs assez fort et assez puissant
l'armée
)) mère-patrie. > chèrement une vie qui avait été quelquefois pour utile bràler, à la
Cei 2 n'est Couppé, après la soumission de son général,
qu'an moment où Alexandre Pétion
descendit dans le Sud.
dépendance que nous le voyons se
commença Ja guerre de l'InPort-an-Prince. Là, il fut arrêté avec diriger le. comme obscurément vers le
depuis président d'Haiti: tous deux furent capitaine Boyer (Jean-Pierre),
frégate vaisseau la Surveillante et dans la rade de embarqués celte pour le Cap sur. la
amiral le Duegway-Trouin, où ils
ville transférés sur le
repas. Couppé fut noyé la même nuit rencontrèrent le général MauPierre Boyer fut témoin de ce drame que ce dernier. Le capitaine Jeanqu'à un miracle de la Providence. affreux et ne dut Ini-même sonl salut
chaloupe qui doit aller le jeter au loin Déjà dans Maurepas les est précipité dans la
liés; déjà on vient chercher Boyer; mais il avait flots, - pieds et mains
momeut ot on prenait l'infortuné
monté sur le pont aul
poulaine. Couppé, lej pauvre
Maurepas, est à et s'était dirigé vers la
tour. Lc lendemain, lc général Couppé fraucais pris sa place et noyé hors sOnI
Boyé, qui avait servi au Port-au-
le jeter au loin Déjà dans Maurepas les est précipité dans la
liés; déjà on vient chercher Boyer; mais il avait flots, - pieds et mains
momeut ot on prenait l'infortuné
monté sur le pont aul
poulaine. Couppé, lej pauvre
Maurepas, est à et s'était dirigé vers la
tour. Lc lendemain, lc général Couppé fraucais pris sa place et noyé hors sOnI
Boyé, qui avait servi au Port-au- --- Page 73 ---
DU GÉNÉRAL ROENAUNT-ILOEVERTUE
prêt à lui rendre le commandement conformément
j'étais
du premier consul. Il me
aux intentions du gouvernement
ferait plus que
fit répondre qu'une heure de conversation
donnant sa parole d'honneur qu'il agidix lettres, en me
pouvait
toute la franchise et la loyauté qu'on
rait avec
On m'apporta en même
attendre d'un général français.
les
de sa part 1 qui invitait tous
temps une proclamation
l'article de
citoyens à regarder comme nul et non-avenu
qui me mettait horsl la loi. ( Ne craignez
celle du 28 pluviose,
vous et Jes génédisait-il dans cette proclamation,
> pas,
et les habitants qui sont avec vous,
) raux sous VOS ordres,
passée; je
recherche personne sur sa conduite
) que je
les événements qui ont eu
> tirerai le voile de l'oubli sur
le
J'imite en cela l'exemple que
) lieu à Saint-Domingue.
France le 18 brumaire. Je
consul a donné à la
) premier voir dans l'ile à l'avenir que des bons citoyens.
) ne veux
on a commandé comme
) Vous demandez le repos; quand
fardeau du gouveret
aussi longtemps le
) vous supporté
est dà. Mais j'espère que dans
) nement, le repos vous
lumières,
) votre retraite, vous me communiquerez VOS de Saintdans VOS moments de loisir, pour la prospérité
>
) Domingue 2 . )
de Sonthonax, prit le capitaine Boyer sons sa
Prince sous le proconsnlat
protection, bien qu'ils ne fussent pas parents.
an X (1er mai 1802) :
- Arrêté du 11 Roréal
( Le général en chef ordonne :
de l'article 1er de l'arrêté du 28 pluviose dernier,
) Les dispositions Tonsaint-1/Onverture hors la loi, sont rappor-
) qui mettent le général ordonné à tous les citoyens et militaires de
tées; en conséquence il est
cet article. ) (Signé) LECLERC.
regarder comme nul et de nul effet de lire sont des fragments de la lettre
2 Ces paroles que nous venons
et qui fut imprimée en tête
que le général Leclerc écrivit à L'Onverture
arrêté du 28 pluviose dernier,
) Les dispositions Tonsaint-1/Onverture hors la loi, sont rappor-
) qui mettent le général ordonné à tous les citoyens et militaires de
tées; en conséquence il est
cet article. ) (Signé) LECLERC.
regarder comme nul et de nul effet de lire sont des fragments de la lettre
2 Ces paroles que nous venons
et qui fut imprimée en tête
que le général Leclerc écrivit à L'Onverture --- Page 74 ---
MÉMOIRES
D'après cette proclamation et la parole
général, je me rendis au
d'honneur du
Cap : Je fis au
ma soumission conformément
général Leclerc
à l'intention du
consul; je lui parlai ensuite avec
premier
cordialité d'un militaire
toute la franchise et la
Il me
qui aime et estime son
promit l'oubli du passé et la
camarade.
ment français. 11 convint
protection du gouvernedeux nos torts.
avec moi que nous avions tous
( Vous pouvez,
) retirer chez vous en toute
général, me dit-il, vous
streté. Mais
) général Dessalines
dites-moi si le
obéira à mes ordres, et
) compter sur lui. > Je lui
si je peux
Dessalines
répondis qu'oui, que le général
peut avoir des défauts comme tout
qu'il connaît la subordination
homme, mais
cependant
militaire. Je lui observai
que pour le bien public et pour rétablir
tivateurs dans leurs travaux,
les cull'ile, il était nécessaire
comme à son arrivée dans
à son
que le général Dessalines fût rappelé
commandement à Saint-Marc et le
Belair % àl
général Charles
l'Arcahaye, ce qu'il me promit. A onze
soir, je pris congé de lui et me retirai
heures du
chez
jej passai la nuit avec le général
d'Héricourt, où
demain matin
Fressinet 3 1 et partis le lenpour la Marmelade.
de l'arrêté du 11 floréal.
de mémoire, car elles ne sont L'Ouverture ne les transcrivit sans doute que
Pamphile de Lacroix, dans sa Révolution. point conformes à l'édition qu'en a donnée
Le 13 floréal (3 mai 1802).
de Saint-Domingue.
2 Belair (Charles), jeune et beau noir, était
qui l'enrôla dès le commencement de la
neveu de L'Oaverture,
camp de son oncle, il passa ensuite
révolution, D'abord aide de
7€ demi-brigade, puis général de dans la ligne et devint chef de la
On dit qu'il était un des hommes noirs brigade, commandant à T'Areahaye.
3 Le général Fressinet avait
les plus instruits de son temps.
guerre contre les Anglais. C'est déjà servi dans la colonie pendant la
vertnre.
alors qu'il s'était lié d'amitié avec L'Ou-
neveu de L'Oaverture,
camp de son oncle, il passa ensuite
révolution, D'abord aide de
7€ demi-brigade, puis général de dans la ligne et devint chef de la
On dit qu'il était un des hommes noirs brigade, commandant à T'Areahaye.
3 Le général Fressinet avait
les plus instruits de son temps.
guerre contre les Anglais. C'est déjà servi dans la colonie pendant la
vertnre.
alors qu'il s'était lié d'amitié avec L'Ou- --- Page 75 ---
DU GENÉRAL TOESAINTICOEVETORE
Le surlendemain,
je reçus une lettre du' général Leclerc
qui m'invitait à lui renvoyer mes gardes à
val ' Ilm'adressait
pied et à cheaussi un ordre pour le général
lines; j'en pris
Dessaconnaissance et le fis passer au
Dessalines, en l'engageant à s'y conformer. Et général
plir d'autant mieux les
pour remnéral Leclerc,
promesses que j'avais faites au géj'invitai le général Dessalines à se
avec moi à moitié du chemin de traverse de rencontrer
à la mienne 2
son habitation
: Je le persuadai de se
que moi; je lui dis que l'intérêt
soumettre, - ainsi
de grands sacrifices,
public exigeait que je fisse
que je voulais les faire bien; mais
pour lui, il conserverait son commandement.
que
au général Charles, ainsi
J'en dis autant
qu'à tous les officiers
avec eux; ; je vins à bout de les
qui étaient
répugnance, les
persuader, malgré toute la
regrets qu'ils
de me
et de se séparer de moi. Ils témoignèrent
quitter
versèrent même des
Après cette entrevue, chacun se rendit
larmes.
pective 3.
à sa demeure resL'adjudant-général Perrin, que le général Leclerc avait
la félicite i L'Ouverture de passa la revue de cette garde le 15 floréal
son dévoûment à sa personne et à la
(5 mai); il
au milieu de l'émotion générale les
liberté; il embrassn
être fidèles au nouvel ordre de principaux officiers et les engagea à
par Magny, se rendit le 19 floréal choses. - La garde à pied, commandée
commandée par Morisset et
(9 mai) à Plaisance; la garde à cheval,
s'empara des soldats;
Monpoint, se rendirent au Cap. Le dégoût
tèrent au service formèrent beaucoup le demandèrent leur congé, Ceux qui resle commandement,
corps des Guides du Nord dont Magny ent
2 Dessalines avait fixé son séjour à l'habitation
naives, qu'il tenait comme fermier de l'Etat,
Georges, près des Go3 Dessalines et Belair réunirent les débris des 3°,
brigades. Ils entrèrent à Saint-Marc le 22
4°, 7e et ge demimettant ainsi à l'autorité de la France. floréal (12 mai 1802), se sou-
congé, Ceux qui resle commandement,
corps des Guides du Nord dont Magny ent
2 Dessalines avait fixé son séjour à l'habitation
naives, qu'il tenait comme fermier de l'Etat,
Georges, près des Go3 Dessalines et Belair réunirent les débris des 3°,
brigades. Ils entrèrent à Saint-Marc le 22
4°, 7e et ge demimettant ainsi à l'autorité de la France. floréal (12 mai 1802), se sou- --- Page 76 ---
MÉMOIRES
envoyé à Dessalines pour lui porter ses
très-bien disposé à les
ordres, le trouva
précédemment
remplir, puisque je l'y avais engagé
par mon entrevue.
Comme on l'a vu, on avait promis de
Charles à T'Arcahaye;
placer le général
Il
cependant on ne l'a pas fait 1
élait inutile que j'eusse ordonné
Dondon, de Saint-Michel, de
aux habitants du
melade de rentrer
Saint-Raphaël et de la Marsur leurs habitations,
fait dès que je m'étais
puisqu'ils l'avaient
avais enjoint
emparé de ces communes. Je leur
seulement de reprendre leurs
tumés. J'avais ordonné à
travaux accoucirconvoisins
ceux de Plaisance et des endroits
de rentrer chez eux et de
ment leurs travaux. Ils me
reprendre égaleavaient
témoignèrent les craintes
qu'on les inquiétàt.
qu'ils
J'écrivis en
général Leclerc, pour lui
conséquence au
de tenir la main à leur rappeler ses promesses et le prier
ordres étaient
exécation. Il me fit réponse que ses
déjà donnés à ce sujet.
commandait la place 2 avait divisé Cependant celui qui
détachements dans
sa troupe et envoyé des
toutes les
habitations, ce qui avait
I Charles Belair fut néanmoins
cultores dlans les dépendances de employé plus tard à la surveillance des
les armes après son arrestation; ; mais TArenhaye. Dévoné à son oncle, il prit
lines, qui alors servait la France appelé à une conférence par Dessatraitreusement arrêté le 19 fructidor avec un zèle plein de férocité, il fut
Tussac, aux environs de Plassac et conduit (5 septembre 1802) sur T'habitation
avec sa femme, la dame Sanite, il fut fusillé au Cap, où jugé et condamné
tobre), tandis que Sanite était; pendue. Le le 13 vendémiaire (5 0Cmnarcha à la potence étonna même ses courage avec lequel Mme Belair
ral, en allant sur la place de son bourreaux. Quant au jeune génémaudire la conduite de
exécution, il ne put s'empécher de
Dessalines, en versant
2 Le commandant de la
d'abondantes larmes.
Pesquidons, de la légion de place d'Ennery était le chef de bataillon
Seint-Dominme.
le 13 vendémiaire (5 0Cmnarcha à la potence étonna même ses courage avec lequel Mme Belair
ral, en allant sur la place de son bourreaux. Quant au jeune génémaudire la conduite de
exécution, il ne put s'empécher de
Dessalines, en versant
2 Le commandant de la
d'abondantes larmes.
Pesquidons, de la légion de place d'Ennery était le chef de bataillon
Seint-Dominme. --- Page 77 ---
DU GÉNÉRAL TOCSAINTP-VOEVERTIE
cultivateurs et les avait forcés de fuir dans les
effrayé les
montagnes, retiré à Ennery I et en avais donné connaisJe m'étais
le lui avais promis. En
sance au général Leclerc, comme je
nombre de
trouvé un grand
arrivant dans ce bourg, j'avais
des Gonaives ; je les avais engagés à retourner
cultivateurs
sur leurs habitations.
j'avais donné ordre
Avant mon départ de la Marmelade,
l'artillerie
commandant de cette place 2 d'en remettre
au
commandant de Plaisance, conforméet les munitions au
intentions du général Leclerc. Depuis j'avais
ment aux
d'Ennery de renégalement donné l'ordre au commandant
d'artillerie qui y était, ainsi que les mudre la seule pièce
des Gonaives.
nitions, au commandant
alors qu'à rétablir mes habitations 1
Je ne m'occupai
Je faisais faire, dans une habiqui avaient été incendiées.
un
avait échappéaux Nlammes,
tation de la montagne qui
elle était encore
logement commode pour mon épouse, car
où elle avait été obligée de se réfugier .
dans les bois,
j'appris qu'il
Pendant que j'étais occupé à ces travaux,
Le 19 floréal (9 mai), après le départ de la garde pour Plaisance.
2 Le chef de brigage Désir Laurent, noir.
habitations ca3 L'Ouverture avait dans le quartier d'Ennery quatre soit de particuliers.
feyères, qu'il avait achetées soit du gouvernement, oû il vint d'abord fixer sa
Celle de Descahaux, située dans les mornes, se tenait; celle de Senrésidence, après sa soumission : c'est là qu'Isaac membres de sa famille :
cey où demeuraient Mme L'Onverture et les autres dernière habitation concelle de Rouffelier et celle de Beaumont. Cette
fine au village d'Ennery.
4 I'habitation Descahaux.
de Placide, étaient
5 Mme L'Ouverture et sa famille, à l'exeeption Vincindière, dans les
restées pendant toute la tourmente sur Phabitation
Cahos.
, se tenait; celle de Senrésidence, après sa soumission : c'est là qu'Isaac membres de sa famille :
cey où demeuraient Mme L'Onverture et les autres dernière habitation concelle de Rouffelier et celle de Beaumont. Cette
fine au village d'Ennery.
4 I'habitation Descahaux.
de Placide, étaient
5 Mme L'Ouverture et sa famille, à l'exeeption Vincindière, dans les
restées pendant toute la tourmente sur Phabitation
Cahos. --- Page 78 ---
MÉMOIRES
était arrivé cing cents hommes
Ennery, petit bourg qui,
de troupes 1 7 pour loger à
nir plus de cinquante jusqu'alors, n'avait pas pu conteavait également
gendarmes pour la police; qu'on
Michel. Je
envoyé un très-gros délachement à
me transportai de suite au
Sainttoutes mes habitations avaient
bourg; : je vis que
levé jusqu'aux coffres
été pillées et qu'on avait enmême où je
de mes cultivateurs. A l'instant
portais mes plaintes au
fis apercevoir des soldats
commandant : je lui
toute
qui étaient chargés de fruits
espèce; ces fruits n'étaient
de
aussi voir des cultivateurs
pas même mûrs. Je lui fis
vaient dans d'autres
qui, voyant ces pillages, se sauhabitations de la
Je rendis
montagne.
compte au général Leclerc de ce
sait; je lui observais que les
qui se pasd'inspirer la confiance,
mesures qu'on prenait, loin
fiance; que le nombre de ne faisaient qu'augmenter la métrop considérable et
troupes qu'il avait envoyées était
aux habitants. Je ne pouvait que nuire à la culture et
la
remontai ensuite dans mon habitation de
montagne.
Le lendemain, je reçus dans cette
commandant
habitation la visite du
d'Ennery, et je m'aperçus fort bien
militaire, loin de me rendre une visite
que ce
venu chez moi que
d'honnêteté, n'était
avenues, afin d'avoir pour reconnaître ma demeure et les
plus de facilité de
de
lorsqu'on lui en donnerait l'ordre.
s'emparer moi,
avec lui, on vint m'avertir
Pendant que je causais
rendus avec des chevaux que plusieurs soldats s'étaient
une de mes habitations, et autres bêtes de charge dans
près du bourg, où restait une de
1 La 31° demi-brigade
2 Posquidons.
légère.
é, n'était
avenues, afin d'avoir pour reconnaître ma demeure et les
plus de facilité de
de
lorsqu'on lui en donnerait l'ordre.
s'emparer moi,
avec lui, on vint m'avertir
Pendant que je causais
rendus avec des chevaux que plusieurs soldats s'étaient
une de mes habitations, et autres bêtes de charge dans
près du bourg, où restait une de
1 La 31° demi-brigade
2 Posquidons.
légère. --- Page 79 ---
DU GÉNÉRAL TOSAUNTPLOIVENTIRE
enlevaient les cafés et autres denrées
mes filleules, et qu'ils
mes
Il me
avaient trouvées. Je lui en fis
plaintes.
qu'ils y
et de punir sévèrement
promit de réprimer ces brigandages
ceux qui s'en rendaient coupables.
n'inspirat
ma demeure dans la montagne
Craignant que
à venir dans cette même
de la méfiance, je me déterminai
avait été presque
venait d'être pillée, el qui
habitation qui
du bourg, qui n'en est éloitotalement détruite, tout près
femme dans
de deux cents pas 1 Je laissai ma
gné que
je lui avais fait préparer.
l'appartement quej
qu'à faire de nouvelles plantations
Je ne m'occupais plus
m'avait détruites et à faire
remplacer celles qu'on
pour
matériaux nécessaires pour la reconstruction
préparer les
Mais tous les jours, je n'éprouvais que
de mes bâtiments.
vexations. Les soldats
de nouveaux pillages et de nouvelles
nombre, que
chez moi étaient en si grand
qui se portaient
les faire arrêter. En vain je portais
je n'osais pas même
n'en recevais aucune
au commandant, je
mes plaintes
déterminai enfin, quoique le général
satisfaction. Je me
l'honneur de répondre aux deux
Leclerc ne m'eût pas fait avais écrites à ce sujet, à lui en
premières lettres que je lui
au-Cap par un de
je lui envoyai
écrire une troisième, que
plus de sûreté. Je ne reçus pas plus
mes fils, Placide, pour
Seulement le
de réponse à celle-ci qu'aux précédentes.
2 me fit dire qu'il ferait son rapport.
chef del l'état-major
étant venu de nouQuelque temps après, le commandant trouva, à la tête de mes
veau me voir un après-midi, il me
occupé à conduire mes travaux de reconstruccultivateurs,
1 L'habitation Beaumont. mourat de la fièvre jaune dans la colonie.
2 Les général Dugua, qui
pas plus
mes fils, Placide, pour
Seulement le
de réponse à celle-ci qu'aux précédentes.
2 me fit dire qu'il ferait son rapport.
chef del l'état-major
étant venu de nouQuelque temps après, le commandant trouva, à la tête de mes
veau me voir un après-midi, il me
occupé à conduire mes travaux de reconstruccultivateurs,
1 L'habitation Beaumont. mourat de la fièvre jaune dans la colonie.
2 Les général Dugua, qui --- Page 80 ---
MÉMOIRES
tion... Il fut témoin lui-mème
plusieurs soldats
que mon fils Isaac repoussait
habitation
qui venaient jusqu'à la porte de mon
couper des bananes et des
lui réitérai les plaintes les
figues-bananes. Je
qu'il
plus graves. Il me promit encore
empécherait ces désordres.
Pendant trois semaines
tion, chaque
que je restai dans cette habitajour j'étais témoin de nouveaux
chaque jour je recevais des visites de
pillages;
naient m'espionner ; mais elles furent personnes qui vene m'occupais uniquement
toutes témoins que, je
Le
que de travaux
général Brunet lui-méme vint et
domestiques.
mêmes occupations.
me trouva dans les
lettre du général Leclerc Malgré ma conduite, je reçus une
faction
qui, au lieu de me
sur les plaintes que je lui avais
donner satisd'avoir gardé des hommes armés
portées, m'accusait
nery, et m'ordonnait de les
dans les environs d'Eninnocence, et que sûrement des renvoyer. Persuadé de mon
vaient trompé, je lui répondis gens malintentionnés l'apour ne pas tenir les
que j'avais trop d'honneur
qu'en lui rendant le promesses que, je lui avais faites, et
sans avoir bien
commandement, je ne l'avais pas fait
réfléchi; qu'aussi mon intention
point de chercher à le reprendre. Je lui
n'était
plus que je ne connaissais point
assurais au surenvirons
d'hommes armés dans les
d'Ennery, et que depuis trois semaines
constamment resté dans mon habitation à
j'étais
Je lui envoyai mon fils Isaac
y faire travailler.
toutes les vexations
pour lui rendre compte de
que j'essuyais, et le
n'y mettait pas fin, je serais obligé
prévenir que s'il
où je demeurais,
d'abandonner le lieu
tie
pour me retirer dans ma hatte sur la
espagnole.
parUn jonr, avant de recevoir aucune
réponse du général
nery, et que depuis trois semaines
constamment resté dans mon habitation à
j'étais
Je lui envoyai mon fils Isaac
y faire travailler.
toutes les vexations
pour lui rendre compte de
que j'essuyais, et le
n'y mettait pas fin, je serais obligé
prévenir que s'il
où je demeurais,
d'abandonner le lieu
tie
pour me retirer dans ma hatte sur la
espagnole.
parUn jonr, avant de recevoir aucune
réponse du général --- Page 81 ---
10SUST-ALOEVERTOBE
DU GENÉRAL
fus instruit qu'un de ses aides-de-camp, passant
Leclerc, je
qu'il était porteur
Ennery, avait dit au commandant
par
faire arrêter, adressé au général Brunet.
d'ordre pour me
d'honneur ct
Le général Leclerc m' ayant donné sa parole
refusai
du
français, je
promis la protection
gouvernement dis même à la personne qui
d'ajouter foi à ce propos : je
de quitter mon habitation, que j'avaispromis
me conseillait
travailler à réparer les dégâts
d'y rester tranquillementetde
n'avais point cédé le
quiy. avaient été commis; que je
faire des
commandement et renvoyé mes troupes pour
si
ne voulais pas sortir de chez moi; que
sottises; queje
l'on m'y trouverait; que
l'on venait pour m'arrêler,
matière à la calomnie 1 .
d'ailleursje ne voulais point préter
lettre du général
Le lendemain je reçus une seconde
en ces
Leclerc par mon fils quej je lui avais envoyé, conçue
termes :
ARMÉE DE SAINT-DOMINGUE.
du Cap-Français, le 16 prairial
( Au quartior-général
2,
an X de la République
( Le général en chef au général Toussaint.
citoyen général, à penser que
( Puisque vous persistez,
trouve à Plaisance
nombre de troupes qui se
) le grand
c'est sans doute par erreur que
> (il est à remarquer que
doit avoir
à écrit Plaisance, et qu'il
y
) le secrétaire
de cette paroisse, je
3 effraie les cultivateurs
) Ennery)
avaient
Vernet et Paul L'Onverture
1 On rapporte que les généraux malheur le menaçait; mais qu'il ne
aussi annoncé à L'Ouverture le
qui
voulut point ajonter foi à leurs avertissements.
a 5. juin 1802.
à L'Ouverlure lui-mème.
3 Cctte parenthèse appartient
, et qu'il
y
) le secrétaire
de cette paroisse, je
3 effraie les cultivateurs
) Ennery)
avaient
Vernet et Paul L'Onverture
1 On rapporte que les généraux malheur le menaçait; mais qu'il ne
aussi annoncé à L'Ouverture le
qui
voulut point ajonter foi à leurs avertissements.
a 5. juin 1802.
à L'Ouverlure lui-mème.
3 Cctte parenthèse appartient --- Page 82 ---
MÉMOIRES
) charge le général Brunet de se concerter avec vous pour
> le placement d'une partie de ces troupes en arrière des
) Gonaives etd'un délachementà Plaisance. Prévenez bien
> les cultivateurs que celte mesure une fois prise, je ferai
) punir ceux qui abandonneraient leurs habitations
pour
> aller dans la montagne. Faites-moi connaître, aussitôt
> que cette mesure sera exécutée, les résultats qu'elle aura
) produits, parce que si les moyens de persuasion que vous
> emploierez ne réussissent pas, j'emploierai les moyens
) militaires. Je vous salue. )
Le même jour je reçus une autre lettre du général Brunet
dont suit un extrait :
ARMÉE DE SAINT-DOMINGUE.
(( Au quartier-général de l'habitation Georges 4 le
18 prairial an X de > la Répubique 2,.
( Brunel, général de division, au général de division
Tousaint-rOuwerture.
) Voici le moment, citoyen général, de faire connattre
) d'une manière incontestable au général en chef que ceux
) qui peuvent le tromper sur votre bonne foi, sont de mal-
) heureux calomniateurs et que VOS sentiments ne tendent
) qu'à ramener l'ordre et la tranquillité dans le quartier
) que vous habitez. Il fautme seconder pour assurerla libre
C'est la même habitation que Dessalines avait eue à ferme.
2 7 juin 1802.
uwerture.
) Voici le moment, citoyen général, de faire connattre
) d'une manière incontestable au général en chef que ceux
) qui peuvent le tromper sur votre bonne foi, sont de mal-
) heureux calomniateurs et que VOS sentiments ne tendent
) qu'à ramener l'ordre et la tranquillité dans le quartier
) que vous habitez. Il fautme seconder pour assurerla libre
C'est la même habitation que Dessalines avait eue à ferme.
2 7 juin 1802. --- Page 83 ---
DU GÉNÉRAL TOSAINTLOEYERTERE
de la route du Cap qui depuis hier ne
> communication
ont été égorgées par
puisque trois personnes
) l'est pas,
entre Ennery et la Coupede brigands
> une cinquantaine auprès de ces hommes sanguinaires
) à-Pintade. Envoyez de votre confiance, que vous paierez
) des hommes dignes
de votre déboursé.
> bien; je vous tiendrai compte
des arrangements à
) Nous avons, mon cher général,
de traiter par
ensemble qu'il est impossible
) prendre
conférence d'une heure terminerait;
) lettres, mais qu'une
de tracas minutieux,
n'étais pas excédé de travail,
) si je
le porteur de ma réponse; mais
) j'aurais été aujourd'hui
faites-le vous même; sivous
) ne pouvant ces] jours-ci sortir,
ce soit demain ;
rétabli de votre indisposition, que
) êtes
de fairel le bien, on nec doit jamais retarder.
) quandils'agit
dans mon habitation champêtre
)) Vous ne trouverez pas
désiré réunir pour vous
> tous les agréments que j'eusse
la franchise d'un
> y recevoir ; mais vous y trouverez
la
homme qui ne fait d'autres voeux que pour
) galant
et votre bonheur personnel.
) prospérité de la colonie
désire infiniment faire
madame Toussaint, dont je
) Si
voulait être du voyage, je serai content.
) la connaissance,
je lui enverrai les miens.
> Si elle a besoin de chevaux,
vous ne trouverez
) Je vous le répète, général, jamais confiance dans le
sincère que moi. De la
) d'ami plus
de l'amitié pour tout ce qui lui est
> capitaine-général,
de la tranquillité.
> subordonné et vous jouirez
> Je vous salue cordialement.
(Signé) BRUNET. )
va au Port-au-Prince a
( P. S. Votre domestique qui
en règle. )
ici ce matin : il est parti avec sa passe
> passé
vaux,
vous ne trouverez
) Je vous le répète, général, jamais confiance dans le
sincère que moi. De la
) d'ami plus
de l'amitié pour tout ce qui lui est
> capitaine-général,
de la tranquillité.
> subordonné et vous jouirez
> Je vous salue cordialement.
(Signé) BRUNET. )
va au Port-au-Prince a
( P. S. Votre domestique qui
en règle. )
ici ce matin : il est parti avec sa passe
> passé --- Page 84 ---
MÉMOIRES
Ce même domestique porteur de cette passe en règle
était au contraire arrêté : c'est lui qui est dans les prisons
avec moi 1 .
Après ces deux lettres, quoique indisposé, je me rendis
aux sollicitations de mes fils et d'autres personnes, et
partis pendant la nuit même pour voir le général Brunet,
accompagné de deux officiers seulement 2. A huit heures du
soir, j'arrivai chez ce général. Quand il m'eut introduit
dans sa chambre, je lui dis que j'avais reçu sa lettre, ainsi
que celle du général en chef, qui m'invitait à me concerter
avec lui et que je venais pour cet objet; que je n'avais pas
pu emmener mon épouse, suivant ses désirs, parce qu'elle
ne sortaitjamais, ne voyant aucune société et ne s'occupant
uniquement que de ses affaires domestiques ; que si,
lorsqu' 'il serait en tournée, il voulait bien lui faire l'honneur
de la visiter, elle le recevrait avec plaisir. Je lui observai
qu'étant malade, je ne pouvais pas rester longtemps avec
I Ce domestique s'appelait Mars Plaisir; c'était un mulâtre du Port-auPrince. La fidélité qu'il conserva à L'Ouverture jusque dans ses malheurs
fait l'éloge de sa mémoire. Il ne tarda pas à être arraché au service
son maître et conduit enchaîné de brigade en brigade jusqu'à Nantes, où de
il fut mis en prison. Ce fut là le coup le plus douloureux pour L'Ouverture. Dès lors il fut complétement séquestré. Il ne recevait, et encore quc
rarement, la visite du commandant du château, le chef de bataillon Baille
(Louis-Ilenri), et du secrétaire, M. Jeannin. Martial Besse, qui était aussi
renfermé dans le fort depuis plusieurs mois, André Rigaud, qu'on venait
d'y envoyer, essayèrent vainement d'apporter à ceite grande infortune
quelque peu de consolation. La cause de tant de rigueur provint sans
doute des nouvelles désastreuses que le gouvernement recevait de SaintDomingue.
Mars Plaisir demanda à ètre jugé; alors il ful mis en liberté el retourna
plus tard dans son pays où il mourut.
2 Les chefs d'escadron César et Placide L'Ouverture,
le fort depuis plusieurs mois, André Rigaud, qu'on venait
d'y envoyer, essayèrent vainement d'apporter à ceite grande infortune
quelque peu de consolation. La cause de tant de rigueur provint sans
doute des nouvelles désastreuses que le gouvernement recevait de SaintDomingue.
Mars Plaisir demanda à ètre jugé; alors il ful mis en liberté el retourna
plus tard dans son pays où il mourut.
2 Les chefs d'escadron César et Placide L'Ouverture, --- Page 85 ---
DU GÉNÉRAL TORSAINT-LOIVERTORE
lui, que je le priais en
possible
conséquence de terminer le
nos affaires, afin de
plus tôt
communiquai la lettre
pouvoir m'en retourner.. Je lui
du général Leclerc.
pris lecture, il me dit qu'il n'avait
Après en avoir
de se concerter avec moi
encore reçu aucun ordre
ensuite des
sur l'objet de cette lettre; ili me fit
excuses sur ce qu'il était obligé de sortir
instant; il sortit en effet, après avoir
un
me tenir compagnie.
appelé un officier pour
A peine était-il sorti, qu'un
Leclerc entra
aide-de-camp 1 du général
accompagné d'un très-grand nombre
grenadiers, quim'environnèrent,
de
garrottèrent comme
s'emparèrent de moi, me
de la
un criminel et me conduisirent à bord
frégate la Créole 2. Je réclamai la
Brunet et les
parole du général
promesses qu'il m'avait faites,
ment; je ne le revis plus. Il s'était
mais inutilepour se soustraire aux
probablement caché
lui faire .J'appris reproches bien mérités que, je pouvais
depuis qu'il s'était rendu
1 Le chef d'escadron
coupable des
2 L'Ouvertare fut Ferrari.
mois complet à Ennery, embarqué à minoit; il avait séjourné
3 Brunet
depuis sa soumission au général Leclerc. presque un
français eux-mêmes (lean-Baptiste), le naquit à Reims, le 22 août 1765;1 les soldats
restation du Premier des surnommèrent Noirs,
le Gendarme, à cause de l'aracte d'héroîsme. II
Cette arrestation ne fut pas son
du général
prépara, avec la coopération de
seul
Maurepas. Le lecteur ne sera
Dessalines, celle
ment que le général Brunet
pas fâché de connaître le
il écrivait dans une lettre du portait sur le complice de ses expéditions juge- ;
tembre 1810), datée du Gros-Morne troisième jour complémentaire an X (20
( Ne croyez pas, mon général,
et adressée au général Leclerc sep- :
) aveugle; je sens que vous avez que j'aie dans Dessalines une confiance
) pas un homme de sa
besoin de lui et que si vous n'aviez
)) cher ou en former un, trempe afin de et de son caractère, il faudrait en chermon opinion sur son
tout terminer dans la colonie : voilà
)) son appui près de vous. compte. Je lui II a mis en moi toute sa confiance et
ferai tout faire ; il a beaucoup d'amour6
,
et adressée au général Leclerc sep- :
) aveugle; je sens que vous avez que j'aie dans Dessalines une confiance
) pas un homme de sa
besoin de lui et que si vous n'aviez
)) cher ou en former un, trempe afin de et de son caractère, il faudrait en chermon opinion sur son
tout terminer dans la colonie : voilà
)) son appui près de vous. compte. Je lui II a mis en moi toute sa confiance et
ferai tout faire ; il a beaucoup d'amour6 --- Page 86 ---
MÉMOIRES
plus grandes vexations envers ma famille ;
arrestation, il avait ordonné à
qu'aussitôt mon
un détachement de se
sur Thabitation où je demeurais avec
porter
ma famille,
la
unel grande partie de
pour plupart femmes, enfants ou
qu'il avait ordonné de faire feu
cultivateurs,
ces malheureuses
dessus, ce qui avait forcé
victimes à fuir à demi nues dans les bois;
que toutavait été pillé et saccagé; ; que
général Brunet avait même enlevé l'aide-de-camp du
de chez moi cent dix
portugaises qui m'appartenaient et soixante-onze 2
appartenaient à une de mes
qui
celui de mes
nièces, avec tout mon linge et
gens.
Cesi horreurs commises dansma
demeure, le commandant
d'Ennery se porta à la tête de cent hommes
où étaient ma femme et
sur l'habitation
donner
mes nièces, les arrêta sans leur
même le temps de prendre du linge, ni
aucun de
)) propre; il aime son pays; il veut la liberté ou ce
) liberté de sa couleur: : le mot esclavage le
qu'il croit être la
) J'approuve tout ce qu'il me
Mais révolterait immanqeablement.
quej je veux, surtout
propose.
je sais lui faire faire ce
quand il est avec
) de lui huit jours, je le ferai venir moi; si vous pouvez vous passer
)) perfidie de
près de moi; ; je lui démontrerai la
Maurepas; il en sera convaincu et me
) de l'arrêter et de vous l'envoyer pour le faire proposera lui-même
) lui-même plus fortement au but de
juger; alors il se lie
> plus en plus la terreur des traîtres et notre campagne, et il devient de
) les cultivateurs. >>
un épouvantail plus efficace pour
Le général Brunet gouverna en dernier lieu la ville
l'évacua devant le général Geffard. II fnt un des
des Cayes; il
la capitulation de Paris en 1814. Il mourut. à généraux qui signèrent
1 Cet aide-de-camp
Paris, le 21 septembre 1824.
2 La
s'appelait Grand-Seigne ; il était chef d'escadron.
portugaise est une demi-once d'or; elle vaut huit
gourde vaut cing francs dix centimes. Or, les cent
gourdes; la
tugaises nous représentent près de sept mille trois cent quatre-vingt-une porfrancs. C'était là toute la fortunc du Premier des quatre-vingt-cinq
prétendu qu'il avait enfoui des sommes
Noirs, quoiqu'on ait
inmamérables.
s'appelait Grand-Seigne ; il était chef d'escadron.
portugaise est une demi-once d'or; elle vaut huit
gourde vaut cing francs dix centimes. Or, les cent
gourdes; la
tugaises nous représentent près de sept mille trois cent quatre-vingt-une porfrancs. C'était là toute la fortunc du Premier des quatre-vingt-cinq
prétendu qu'il avait enfoui des sommes
Noirs, quoiqu'on ait
inmamérables. --- Page 87 ---
DU GÉNÉRAL TOLSAINT-LOIVERTERE.
leurs effets, ni aucun des miens qui étaient en leur pouvoir.
On les conduisit comme des coupables aux Gonaives et de là
à bord de la frégate la Guerrière 1 o
Lorsque je fus arrêté, je n'avais d'autres vêtements
ceux
que
queje portais sur moi. J'écrivis à mon épouse pour la
prier de m'envoyer les choses dont j'avais le plus pressant
besoin au Cap, où j'espérais qu'on allait me conduire. Ce
billet avait été remis à l'aide-de-camp du général Leclerc
avec prière de le faire passer ; mais il ne parvint pas à sa
destination, et je ne reçus rien.
Dès que je fus à bord de la frégate la Créole, on mit à la
voile et on me conduisit à quatre lieues du Cap, où se
trouvait le vaisseau le Héros 2 à bord duquel on me fit
monter. Le lendemain mon épouse, ainsi que mes enfants
qui avaient été arrêtés avec elle, y arriva aussi. On mit de
suite à la voile pour France 3, Après une traversée de trentedeux jours * pendant laquelle j'essuyai non-seulement les
plus grandes fatigues, mais même des désagréments tels
qu'il est inpossible de se l'imaginer, à moins d'en avoir été
1 C'est! la même frégate qui devait porter. au Cap le général
2 Le Héros était commandé par le chef de division
Maurepas.
) renversant, dit le Premier des
Savary. (( En me
Noirs au capitaine
en montant
) à son bord, on n'a abattu à Saint-Domingue que le Savary, tronc de l'arbre de
)) liberté des noirs; il repoussera, parce que les racines en sont
) fondes et nombreuses. > Pamphile de Lacroix. Révolution de Saint- proDomingue.
3 Le Héros mit à la voile dans la nuit du 26 au 27 prairial (15 au 16
juin 1802).
4 Le Héros entra à Brest le 23 messidor
sée de ving-sept jours.
(12 jaillet) après une traver.
trouve en désaccord L'Ouverture, en supputant treute-deux jours, se
avec le Moniteur et avec son fils, M. Isaac. Voyez les
Mémoires si intéressants publiés à la suite de VHistoire de P'expédition des
Français à Saint-Domingue, par Antoine Métrai.
prairial (15 au 16
juin 1802).
4 Le Héros entra à Brest le 23 messidor
sée de ving-sept jours.
(12 jaillet) après une traver.
trouve en désaccord L'Ouverture, en supputant treute-deux jours, se
avec le Moniteur et avec son fils, M. Isaac. Voyez les
Mémoires si intéressants publiés à la suite de VHistoire de P'expédition des
Français à Saint-Domingue, par Antoine Métrai. --- Page 88 ---
MÉNOIRES
témoin; pendant laquelle encore ma femme même
enfants ont éprouvé un traitement
ct mes
auraient du leur
que le sexe et le rang
descendre
rendre meilleur, au lieu de nous faire
pour nous procurer des
garda encore à bord pendant
soulagements, on nous
soixante-sept jours :
Après un pareil traitement, ne
demander où sont les effets
puis-je pas à juste titre
faites par le
des promesses qui me furent
général Leclerc sur sa parole d'honneur, ainsi
que la protection du gouvernement français?
Si l'on n'avait plus besoin de mes services
voulu me remplacer,
et qu'on avait
n'eût-on pas du agir avec moi
on agit dans tous les temps à l'égard des
comme
français? On les
généraux blancs
prévient avant que de les dessaisir de leur
autorité; on envoie une personne chargée de leur intimer
l'ordre de remettre le commandement à tel
le cas où ils refusent
ou tel ; et dans
d'obéir, on prend alors de
mesures contre eux ; on peut alors aveci
grandes
rebelles et les
justiceles traiter de
embarquer pour France.
J'ai vu même quelquefoisdes officiers
pour avoir
à
généraux criminels
manqué leurs devoirs; : mais en
du caractère dont ils étaient
considération
revêtus, on les
on les respectait
ménageait,
jusqu'à ce qu'ils fussent devant l'autorité supérieure.
Le général Leclerc n'aurait-il pas da m'envoyerc
et me prévenir lui-mème qu'on lui avait fait des chercher
contre moi sur tel ou tel objet, vrai ou non 29 N'aurait-il rapports
pas
1 L'Ouverture se trompe encore ici; il ne resta
en rade de Brest; car, suivant la lettre du
que trente-trois jours
de la marine, il fut débarqué à
préfet maritime au ministre
1802).
Landerneau, le 25 thermidor (13 août
2 Beaucoup de rapports furent, cn effet,
dJirigés contre L'Ouverture
'on lui avait fait des chercher
contre moi sur tel ou tel objet, vrai ou non 29 N'aurait-il rapports
pas
1 L'Ouverture se trompe encore ici; il ne resta
en rade de Brest; car, suivant la lettre du
que trente-trois jours
de la marine, il fut débarqué à
préfet maritime au ministre
1802).
Landerneau, le 25 thermidor (13 août
2 Beaucoup de rapports furent, cn effet,
dJirigés contre L'Ouverture --- Page 89 ---
DU GÉNÉRAL TOCSANT-L'OEVERTURE
Je vous avais donné ma parole et promis la
da me dire : (
puisque vous
du
aujourd'hui,
)
protection gouvernement;
de
êtes rendu coupable, je vais vous envoyer auprès
) vous
rendre comptede votre conduite.>
) cegouvernement, pour
vous ordonne de vous rendre
Ou bien : ( Le gouvernement
cet ordre. ) Mais point
> auprès de lui, je vous transmets
agi envers moi avec des moyens
du tout : il a au contraire
employés même à l'égard des plus grands
qu'on n'a jamais
à ma couleur;
criminels. Sans-doute je dois ce traitement
m'a-t-elle empêché de servir
mais ma couleur... ma couleur
zèle et fidélité? La couleur de mon corps
ma patrie avec
nuit-elle à mon honneur et à ma bravoure?
même que je fusse criminel et qu'il y eût des
A supposer
me faire arrêter, était-il
ordres du gouvernement pour
arrèter ma femme
besoin d'employer cent carabiniers pour
leurs
sans respect et sans
et mes enfants sur
propriétés,
humanité et
le sexe, l'âge et le rang; sans
égard pour Fallait-il faire feu sur mes habitations, sur
sans charité?
toutes mes propriéma famille, et faire piller et saccager
sont
tés? Non. Ma femme, mes enfants, ma famille ne
Ils n'avaientaucun compte
chargés d'aucune responsabilité.
même le droit
à rendre au gouvernement; ; on n'avait pas
de les faire arrêter.
avait-il craint d'avoir
Le général Leclerc doit être franc :
Je le compare au sénat romain, qui poursuivit
un rival?
Annibal jusqu'au fond de sa retraite.
de
l'arrivée de l'escadre dans la colonie, on a profité
A
s'emparer d'une partie de ma corresmon absence pour
Christophe et Dessalines. Ce dernier
par sesanciens lieutenants Clerveaux, du Premier des Noirs. Mémoires d'Isaac
fut le plus acharné à la perte
L'Ouverture.
Leclerc doit être franc :
Je le compare au sénat romain, qui poursuivit
un rival?
Annibal jusqu'au fond de sa retraite.
de
l'arrivée de l'escadre dans la colonie, on a profité
A
s'emparer d'une partie de ma corresmon absence pour
Christophe et Dessalines. Ce dernier
par sesanciens lieutenants Clerveaux, du Premier des Noirs. Mémoires d'Isaac
fut le plus acharné à la perte
L'Ouverture. --- Page 90 ---
MÉMOIRES
pondance qui était au Port-Républicain;
tie, qui était dans une de
une autre parment saisie
mes habitations, a été égaleaprès mon arrestation.
on pas envoyé avec cette
Pourquoi ne m'a-tcompte de mes opérations? On correspondance pour rendre
piers
a donc saisi tous mes
pour m'imputer des fautes queje n'ai
pamais je n'ai rien à redouter ; cette
pas commises;
pour ma justification. On m'a
correspondance suffit
un ver; on a saisi
envoyé en France nu comme
mes propriétés et mes papiers; on
répandu les calomnies les plus atroces
a
N'est-ce
sur mon compte.
pas couper les jambes à quelqu'un et lui
de marcher? N'est.ce lui
ordonner
parler? N'est-ce
pas couper la langue et lui dire de
pas enterrer un homme tout vivant?
Au sujet de la Constitution,
m'accuser,
pour laquelle on a voulu
après avoir chassé de la colonie les
la République, calmé les factions
ennemis de
après la prise de
et réuni tous les partis;
possession de
que le gouvernement
Santo-Domingo, voyant
n'envoyait ni lois ni arrêtés
nant la colonie, sentant l'urgence
concerla sûreté et la
d'établir la police pour
invitation
tranquillité de chaque individu, je fis une
à toutes les communes
pour former une assemblée
d'envoyer des députés
centrale composée
sages et éclairés, et leur confier le soin
d'hommes
Cette assemblée formée,
de ce travail 1 -
, je fis connaître à ses membres
qu'ils avaient une tâche pénible et honorable à
1 L'assemblée centrale était
remplir,
ancien maire du Port-au-Prince, composée de six députés : MM. Borgella,
nom, Lacour, André Collet, Gaston père du général mulâtre du même
Morillas, Charles Roxas, André Nogéré, Jean Monceybo, François
mond, Ce dernier seul était mulâtre, Mugnoz, les Elienne Viart et Julien Rayprésida l'assemblée. La Constitution autres blancs. Cei fut Borgella qni
(3 joillet 1801).
fut publiée le 14 messidor an IX
ancien maire du Port-au-Prince, composée de six députés : MM. Borgella,
nom, Lacour, André Collet, Gaston père du général mulâtre du même
Morillas, Charles Roxas, André Nogéré, Jean Monceybo, François
mond, Ce dernier seul était mulâtre, Mugnoz, les Elienne Viart et Julien Rayprésida l'assemblée. La Constitution autres blancs. Cei fut Borgella qni
(3 joillet 1801).
fut publiée le 14 messidor an IX --- Page 91 ---
DU GÉNÉRAL TOESANTALOEVERTIRE
devaient faire des lois propres au pays, avantageuses
qu'ils
utiles aux intérêts de tous; des lois
au gouvernement,
le caractère et les moeurs des
basées sur les localités,
Constitution devait être souhabitants de la colonie - La
avait le droit
du
qui seul
mise à la sanction gouvernement, Aussi, dès que les bases de
de l'adopter ou de la rejeter.
les lois organiques
Constitution furent établies et
cette
d'envoyer le tout au gouvernerendues, je m'empréssai
pour obtenir sa
un membre de l'assemblée,
ment, par
crime les erreurs ou
sanction. On ne peut donc m'imputeràe
Constitution pouvait contenir. Jusqu'à
les fautes que cette
aucune nouvelle
l'arrivée du général Leclerc, jen'avais reçu
2.
aujourd'hui
sur cet objet : Pourquoi
du gouvernement
de ce qui ne peut pas en être
veut-on me faire un crime vérité soit le mensonge et le
un? Pourquoi veut-on que la
les ténèbres
la vérité? Pourquoi veut-on que
mensonge lumière et la lumière les ténèbres 39
soient la
la Constitution gouverneur à vie de la
1 L'Ouverture se fit nommer par
et de nommer à toutes les
colonie, avec le droit d'élire son successeur
de Saint-Domingue.
charges. C'était là proclamer de fait l'Indépendance de ses droits, résolut
La métropole, loin de sanctionner savait l'usurpation bien, dit Napoléon dans ses Mél'espédition de l'an X. ( Toussaint
il avait jeté le masque et
qu'en proclamant sa constitution,
> moires : du fourreau pour toujours. )
no-
) tiré l'épée
du premier consel du 27 brumaire an X (18
2 Extrait de la lettre
que vous avez faite, en
vembre 1801), déjà citée : ( La constitation
sont contraires
beaucoup de bonnes choses, en contient qui Saint-Do-
> renfermant et à la souveraineté du peuple français, dont
) à la dignité
portion. >
) mingue ne forme qu'on souvent à la bouche de L'Ouverture; il
3 Ces paroles revenaient
le mal passe pour le bien et
aimait encore à dire : ( Il ne faut pas que est doux soit amer et que
le mal; il ne faut pas que ce qui
> le bien pour
Némoires de Napoléon, vol. 4, p- 267.
en contient qui Saint-Do-
> renfermant et à la souveraineté du peuple français, dont
) à la dignité
portion. >
) mingue ne forme qu'on souvent à la bouche de L'Ouverture; il
3 Ces paroles revenaient
le mal passe pour le bien et
aimait encore à dire : ( Il ne faut pas que est doux soit amer et que
le mal; il ne faut pas que ce qui
> le bien pour
Némoires de Napoléon, vol. 4, p- 267. --- Page 92 ---
MÉMOIRES
Dans une conversation
Leclerc, il me dit
que j'eus au Cap avec le général
il avait
qu'étant à Samana 1 , à la tête de l'ile,
envoyé un espion à
si j'y étais; que cet espion lui Santo-Domingo, 9 pour savoir
avait
ment j'étais dans cette ville.
rapporté qu'effectivetrouver
Pourquoi ne vint-il
pour me transmettre les ordres du
pas m'y
avant de commencer les hostilités?
premier consul,
ment
Il eût vu
que j'aurais mis à y souscrire. Il
l'empressetraire de mon séjour à
profita au conCap et envoyer des délachements Santo-Domingo pour se rendre au
colonie. Cette conduite
sur tous les points de la
rien
prouve qu'il n'avait
me communiquer.
l'intention de
Si le général Leclerc est allé dans la
du mal, on ne doit
colonie pour faire
pas me
Il
ne peut s'en prendre
l'imputer. est vrai qu'on
qu'à un de nous deux ;
peu qu'on veuille me rendre
mais, pour
lui seul qui est l'auteur justice, on verra que c'est
de tous les maux
essuyés, puisque, sans me
que l'ile a
colonie,
prévenir, il est entré dans
qu'il a trouvée intacte;
la
habitants qui
qu'il est tombé sur les
travaillaient, et sur tous ceux
contribué à la conservation de la
qui avaient
sang pour la
colonie, 1 en versant leur
mère-patrie. Voilà
du mal.
précisément la source
Si deux enfants se battent
leur mère ne doit-il
les
ensemble, leur père ou
pas en
est l'agresseur, le
empêcher, s'informer quel
punir ou les punir tous
qu'ils aient tous deux tort? De
deux, en cas
n'avait pas le droit de
même le général Leclerc
me faire arrêter. Le
gouvernement
D ce qui est amer soit doux. > Il appelait cette
nègre.
façon de s'esprimer parler
1 C'est i ce cap qne l'escadre française
sa rallia ponr la dernière fois.
père ou
pas en
est l'agresseur, le
empêcher, s'informer quel
punir ou les punir tous
qu'ils aient tous deux tort? De
deux, en cas
n'avait pas le droit de
même le général Leclerc
me faire arrêter. Le
gouvernement
D ce qui est amer soit doux. > Il appelait cette
nègre.
façon de s'esprimer parler
1 C'est i ce cap qne l'escadre française
sa rallia ponr la dernière fois. --- Page 93 ---
DU GÉNÉRAL ROESAUINT-ALOEVERTUE
faire arrêter tous les deux, nous entenseul pouvait nous
le général Leclerc jouit de
dre et nous juger. Cependant le fond d'un cachot
la liberté, et moi je suis dans
T'aravoir rendu compte de ma conduite depuis
Après
j'entrerai dans quelrivée de l'escadre à Saint-Domingue,
celle
j'ai tenue avant le débarqueques détails sur
que
ment.
service de la
1 , je n'ai
Depuis que jesuis au
République Laveaux,
le général
jamais reçu un sol d'appointements;
du
toutes les personnes comples agents gouvernement,
avaient l'inspection de la caisse publique peutables qui
personne n'a été plus
vent me rendre cette justice, que
désintéressé que moi. J'ai seulement reçu
délicat, plus
de table qui m'était accordé;
quelquefois le traitement
demandé. Sij'ai donné
encore, très-souvent je ne l'ai pas
c'était
sommes à la caisse,
l'ordre de prendre quelques
les faisait
toujours pour le bien public; l'ordonnateur
où le bien du service l'exigeait. J'ai connaissance
passer
étant éloigné de chez moi, j'ai
qu'une fois seulement,
Smith, qui était
emprunté six mille livres du citoyen
ordonnateur du département du Sud.
deux mots ma conduite et les résultats de
Voici en
l'évacuation des Anglais, il n'y
mon administration : à
de faire
avait pas un sol au trésor public ; on était obligé
les troupes et les salariés de la
des emprunts pour payer
tous les esclaves insurgés du Nord, avait
1 L'Ouverture qui, comme
alors en guerre avec la
passé au service du gouvernement espagnol, an II mai 1794), sa solFrance, fit à la Marmelade, le 15 prairial
(4
11 fut fait
mission au général Laveaux, gouverneur de Saint-Domingue. Gonaives et dépenpar ce gouverneur chef de brigade, commandantaux
dances.
es et les salariés de la
des emprunts pour payer
tous les esclaves insurgés du Nord, avait
1 L'Ouverture qui, comme
alors en guerre avec la
passé au service du gouvernement espagnol, an II mai 1794), sa solFrance, fit à la Marmelade, le 15 prairial
(4
11 fut fait
mission au général Laveaux, gouverneur de Saint-Domingue. Gonaives et dépenpar ce gouverneur chef de brigade, commandantaux
dances. --- Page 94 ---
MÉMOIRES
République. A l'arrivée du général
trois millions
Leclerc, il a trouvé
cinq cent mille livres en caisse 1
rentrai aux Cayes, après le départ du
Quand je
caisse était vide; le
général Rigaud 2, la
lions; il
général Leclerc y a trouvé trois milen a trouvé de même et à
toutes les autres caisses
proportion dans
voit
particulières de l'ile. Ainsi on
que je n'ai pas servi ma patrie
qu'au contraire,
pour l'intérêt; mais
je l'ai servie avec honneur, fidélité
probité, dans l'espoir de recevoir
et
flatteurs de la
un jour des témoignages
reconnaissance du
les personnes qui m'ont
gouvernement; toutes
J'ai été
connu me rendront cette justice.
esclave, j'ose lavouer; mais je n'ai
essuyé même des reproches de la
jamais
part de mes maîtres 3.
1 Rien que dans la caisse du
2 Rigaud (André), malâtre, Port-Républicain. naquit
Il vit avec douleur et rage
aux Cayes, le 17 janvier 1761.
colons contre la France L'Ouvertures se coaliser avec les Anglais et les
républicaine; il prit les armes dans
prairial an VII (17 juin
le Sud, le
contraint de s'embarquer 1799); après une lutte mémorable, il fut
(29 juillet 1800). Il revint pour France, le 10 thermidor an VIII
avec l'expédition
reparut dans la colonie qu'en 1810.
française; déporté, il ne
choses; ( son seul chagrin, disait-il Rigaud était taillé pour les grandes
) Il aimait encore à
sonvent, c'était de ne pas être
répéter :
nègre.
( Le premier qui fut roi fut un soldat heureux
Cette
* )
réminiscence dénote quelle était l'étendue de son
mourut aux Cayes, le 18 septembre 1811.
ambition. Il
3 Le maître de L'Ouvertare était le comte de
de Noë, qui avait aussi des habitations
Breda, cousin du comte
fit souvent croire que L'Ouverture dans la Plaine-du-Nord; ce qui
Le comte de Breda, comme tous appartenait les
à cette dernière famille.
contrées quel les Anglais occupaient à grands planteurs, passa dans les
haye où commandait le traître mulâtre Saint-Domingue; rélégué à l'Arcapauvre, chagrin, découragé surtout Lapointe la
(Jean-Baptiste), vieux,
par
de
*
proclamation In liberté
Valentin de Cullion, Notiee sur André Rigand.
dans la Plaine-du-Nord; ce qui
Le comte de Breda, comme tous appartenait les
à cette dernière famille.
contrées quel les Anglais occupaient à grands planteurs, passa dans les
haye où commandait le traître mulâtre Saint-Domingue; rélégué à l'Arcapauvre, chagrin, découragé surtout Lapointe la
(Jean-Baptiste), vieux,
par
de
*
proclamation In liberté
Valentin de Cullion, Notiee sur André Rigand. --- Page 95 ---
DU GÉNÉRAL
TOESNINTPLOIVERTURE
à Saint-Domingue pour le
Je n'ai jamais rien négligé
contribonheur de l'ile; j'ai pris sur mon repos pour y
sacrifié; ; je me faisais un devoir et
buer; ; je lui ai tout
de cette belle colodévelopper la prospérité
un plaisirde
j'ai tout employé.
nie. Zele, activité, courage, ennemis de la République;
L'ileavait été envahie par les
armés
quarantaine de mille hommes
je n'avais alors qu'une
Je Jes renvoyaià la culture et organisai quelques
de piques.
du général Laveaux 1 -
régiments, d'après l'autorisation
faire
espagnole s'était jointe aux Anglais pour
La partie
marché avec Lapointe. Je tiens
générale, il passa un jour un singulier
qui ne croyait pas à la
le fait d'honorables témoignages. Lapointe, lui relever le moral :
durée de la liberté générale, dit au comte, pour
le vieux
vous achète votre vieux nègre. - Lequel, répond
( Tenez, je
1 Votre coquin de Toussaint,
se réveillant en sursaut?-
) comte, comme
P'achète tout général qu'il est. ) La
) qui se dit L'Ouverture; ; je vous
passée en due forme, moyennant
vente de L'Oaverture fut effectivement
francs).
huit cents goordes (environ quatre mille quatre-vingts il ne revint au Port-auLapointe évacua la colonie avec les Anglais ; Leroux, dont il avait fait
Prince que vers 1811. Le capitaine La Raine
au Port-au- Princc, la
fusiller un frère à l'Arcahaye et dont on se rappelle, le
s'il osait
jura de le mettre à mort sur rivage,
violence du caractère,
l'exécution eût suivi la menace,
y débarquer. Lapointe, convaincu que bord. Mais Pétion, alors président
était depuis huit jours confiné à son contre Lapointe un juste et prode la République, bien qu'il professat
avait fait à la cause de la
fond ressentiment à cause du grand mal qu'il
Lapointe desliberté, ordonna, avec sa grandeur d'âme ordinaire, La que Ruine et en l'avercendit à terre, en faisant venir au gouvernement à
il le ferait passer
avait l'audace de toucher Lapointe,
tissant que s'il
Pétion refusa de voir Lapointe, qui se
par les armes sans jugement. il vécut et mourut dans lignominie.
glissa jusqu'aux Cayes oà
les 2e et 3e régiments, L'Onverture
1 Comme il y avait au Cap 1er,
etc., le 4° régiment.
organisa aux Gonaives, au Dondon, à la Marmelade, le 6°, Clerveaux ;
dont Dessalines eut le commandement; le 5, Moyse;
Blanc-Cazenave.
le 7, Desronleaux; 2 le 8e,
sans jugement. il vécut et mourut dans lignominie.
glissa jusqu'aux Cayes oà
les 2e et 3e régiments, L'Onverture
1 Comme il y avait au Cap 1er,
etc., le 4° régiment.
organisa aux Gonaives, au Dondon, à la Marmelade, le 6°, Clerveaux ;
dont Dessalines eut le commandement; le 5, Moyse;
Blanc-Cazenave.
le 7, Desronleaux; 2 le 8e, --- Page 96 ---
MÉMOIRES
la guerre aux Français. Le général
voyé pour atlaquer Saint-Michel Desfourneaux fut enligne bien
avec de la troupe de
disciplinée; il ne put prendre cette
général Laveaux m'ordonna de
place. Le
est à
l'attaqner, je l'emportai. Il
remarquer que lors de l'attaque du
neaux, la place n'était
général Desfourm'en
pas fortifiée, et que
emparai, elle était fortifiée et
lorsque je
dans tous les coins. Je
flanquée de bastions
pris également
Hinche, et en rendis
Saint-Raphnel,
compte au général Laveaux.
glais étaient retranchés au
Les An.
sai. Ils élaient en
Pont-de-l'Ester, je les en chasn'avais
possession de la Petite-Rivière;
pour toutes munitions qu'une
je
qui était tombée dans l'eau
caisse de cartouches
me rebuta
en allant à l'attaque; cela ne
Pas.J'emportsidasaut cette
avec mes dragons, et fis toute, la
place avant lejour
Je l'envoyai au général Laveaux. garnison prisonnière.
de canon ; j'en pris neuf à la
Je n'avais qu'une pièce
des postes
Petite-Rivière. Au nombre
que. je pris à la Petite-Rivière,
emportai d'assaut une fortification
j'attaquai et
pièces de canon. Je m'emparai
défendue par sept
gnols des camps retranchés de également sur les EspaVerrettes. Je livrai
Miraut et de Dubourg aux
bataille
et gagnai aux Anglais une fameuse
qui dura depuis Six heures du matin
nuit. Cette bataille fut si
jusqu'à la
couverts de
sanglante que les chemins étaient
morts, et qu'on voyait de toutes
ruisseaux de sang. Je
parts des
munitions de
m'emparai de tous les bagages et
l'ennemi ; je fis un grand nombre de
prisonniers. J'envoyai le tout au général
rendant compte de l'action : Tous
Laveaux, en lui
les postes des Anglais
1 Celle sanglante nclion cut lien le 9 fructidor
an III (26 août 1795),
sanglante que les chemins étaient
morts, et qu'on voyait de toutes
ruisseaux de sang. Je
parts des
munitions de
m'emparai de tous les bagages et
l'ennemi ; je fis un grand nombre de
prisonniers. J'envoyai le tout au général
rendant compte de l'action : Tous
Laveaux, en lui
les postes des Anglais
1 Celle sanglante nclion cut lien le 9 fructidor
an III (26 août 1795), --- Page 97 ---
DU CÉNERAL J0ESAUINTOLOUVERTERE
les hauteurs de Saint-Marc furent repris par moi; les
sur
fortifications en mur dans les montagnes du Fond-Baptiste
et des Délices, le camp de Drouët dans la montagne des
Matheux, que les Anglais regardaient comme imprenable,
les citadelles du Mirebalais, appelé le Gilbraltar de l'ile,
occupées par onze cents hommes, le fameux camp del'Aculdu-Saut, les fortifications à trois étages en maçonnerie
du Trou-d' Eau, celles du camp de Décayette et du BeauBien, en un mot toutes les fortifications que les Anglais
avaientdanscette partie ne purent me résister, non plus que
celles de Neybe, de Saint-Jean de la Maguâna, de LasMathas, de Banique et autres lieux occupés par les
Espagnols; : tout fut remis par moi au pouvoir de la République : Aussi, je courus les plus grands dangers; ; je faillis
plusieurs fois être fait prisonnier ; je versai mon sang pour
une balle dans la hanche droite, que
ma patrie ; je reçus
j'ai encore dans le corps ; je reçus une contusion violente
à la tête, occasionnée par un boulet de canon ; elle m'ébranla tellement la mâchoire que la plus grande partie de
mes dents tomba et que celles qui me restent sont encore
tros-vacillantes", Enfin je reçus dans différentes occasions
suivant le rapport de L'Onverture au général Phabitation Laveaux ; elle Moreau, se passa sur
depuis la sortie du bourg des Verrettes jusqu'à commandait pour les
la route de Saint-Marc. Le colonel de Dessources, canon, tous les qui bagages et ses blessés;
Anglais, lui-même y ii perdit fut obligé quatre d'abandonner pièces
son cheval et de se jeter à travers
les bois. Desrouleaux, Dessalines, Valery, Clerveaux se firent particulièrement remarqner dans cette mémorable journée. de ces combats, Vie de Toussaint1 Voyez pour les détails de la plupart Paris, 1850, chez Moquet, rue de La
L'Ovverture, par Saint-Rémy.
Harpe, 2 C'est 90. donc à cette terrible contusion que L'Ouverture devait reçut pendant la
une de ses nombreuses tentatives contre Saint-Marc, cetle qu'il
de dents perte
de ses dents. Cependant on a voulu révolution, faire et remonter en faire dériver perte le surnom de
à une époque antérieure a1 la
les détails de la plupart Paris, 1850, chez Moquet, rue de La
L'Ovverture, par Saint-Rémy.
Harpe, 2 C'est 90. donc à cette terrible contusion que L'Ouverture devait reçut pendant la
une de ses nombreuses tentatives contre Saint-Marc, cetle qu'il
de dents perte
de ses dents. Cependant on a voulu révolution, faire et remonter en faire dériver perte le surnom de
à une époque antérieure a1 la --- Page 98 ---
MÉMOIRES
dix-sept blessures dont il me reste encore les cicatrices
honorables. Le général Laveaux fut témoin de
de
mes
plusieurs
actions. Il est tropjuste pour ne pas me rendre justice:
il dira si jamais j'hésitai à sacrifier ma vie,
lorsqu'il
s'agissait de procurer quelque bien-être à mon pays et
quelque triomphe à la République.
Si je voulais compter tous les services que j'ai rendus
dans tous les genres au gouvernement, il me faudrait
plusieurs volumes; encore n'en finirais-je? Et pour me
récompenser de tous ces services, on m'a arrêté arbitrairement à Saint-Domingue; on m'a garrotté et conduit à
bord comme un criminel, sans égard pour mon rang,
sansaucun ménagement? Est-ce la là récompense due à mes
travaux? Ma conduite me faisait-elle attendre un
traitement?
pareil
J'avaisde la fortune depuis longtemps; la révolution m'a
trouvé avec environ six cent quarante-huit mille francs 1
Je les ai épuisés en servant ma patrie. J'avais seulement :
acheté une petite propriété pour y établir mon épouse et sa
famille. Aujourd'hui, malgré mon désintéressement, on
cherche à me couvrir d' 'opprobre et d'infamie; on me rend
le plus malheureux des hommes, en me privant de la liberté,
en me séparant de ce que j'aide plus cher au monde, d'un
père respectable agé de cent cinq ans, qui a besoin de mes
maxillaires. L'Ouverture, comme significatif du grand vide qui existait entre ses
du 1 10 Ici août il faut où interpréter Louis
: L'Ouvertore parle sans doute de la révolution
pense ainsi,
XVI fut arrêté et non point de l'époque de 89; je
il ne manque parce que j'ai remarqué que dans beaucomp de ses lettres,
En effet, à cette jamais époqme d'ajouter au mot de révolution, ceux-ci : du 10 aoit.
sidérable, bien qu'il fàt seulement, riche il de pouvait avoir une fortune si conesclave.
déjà
ses économies, alors qu'il était
Louis
: L'Ouvertore parle sans doute de la révolution
pense ainsi,
XVI fut arrêté et non point de l'époque de 89; je
il ne manque parce que j'ai remarqué que dans beaucomp de ses lettres,
En effet, à cette jamais époqme d'ajouter au mot de révolution, ceux-ci : du 10 aoit.
sidérable, bien qu'il fàt seulement, riche il de pouvait avoir une fortune si conesclave.
déjà
ses économies, alors qu'il était --- Page 99 ---
TOCSEUNT-L'OIVERTERE.
DU GÉNÉRAL
d'une femme adorée qui sans doute ne pourra pas
secours, les maux dont elle sera accablée, loin de moi, et
supporter d'une famille chérie qui faisait le bonheur de ma vie.
Enarrivant en France, j'ai écrit au premier consul et au
ministre de la marine, pour leur rendre compte de ma position et leur demander des secours pour ma famille et
moi. Sans doute, ils ont senti la justice de ma demande,
et ordonné qu'on m'accordât ce que je demandais. Mais au
lieu d'exécuter leurs ordres, on m'a envoyé de vieux haillons de soldats , déjà à moitié pourris , et des souliers de
même. Avais-je besoin que l'on ajoutât cette humiliation à
mon malheur ?
En descendant du vaisseau, on m'a fait monter en voialors
m'aurait traduit devant un
ture 1. J'espérais
qu'on
tribunal pour y rendre compte de ma conduite, et y être
jugé. Mais loin de là ; on m'a conduit, sans me donner un
instant de repos 7 dans un fort sur les frontières de la République, où l'on m'a enfermé dans un affreux cachot 2.
C'est du fond de cette triste prison, que j'ai recours à la
justice et à la magnanimité du premier consul ; il est trop
généreux et trop bon général pour laisser un ancien militaire, couvert de blessures au service de sa patrie, sans lui
donner même la satisfaction de se justifier, et de faire prononcer sur son sort.
Je demande donc à être traduit devant un tribunal ou
1L'Onverture n'était accompagné que de son seul domestique, MarsPlaisir. 2 Au château de Joux, près de Besançon, dans la Franche-Comté, au
L'Ouverture arriva à Besançon dans la nuit du 4 au 5 fructidor (22
23 août 1802), escorté par quatre hommes du 20 chasseurs dans les non compris l'escorte intérieure de sa voiture. 1l passa la jonrnée fut
au château prisons de
de Besançon. Le 5, à deux heures du matin, du il dirigé Mesnard.
Joux qui devait être son tombeau. Rapport général
ançon, dans la Franche-Comté, au
L'Ouverture arriva à Besançon dans la nuit du 4 au 5 fructidor (22
23 août 1802), escorté par quatre hommes du 20 chasseurs dans les non compris l'escorte intérieure de sa voiture. 1l passa la jonrnée fut
au château prisons de
de Besançon. Le 5, à deux heures du matin, du il dirigé Mesnard.
Joux qui devait être son tombeau. Rapport général --- Page 100 ---
MÉNOIRES
conseil de guerre 1 où l'on fera paraitre aussi le
général
Leclerc ; et que l'on nous juge. , après nous avoir entendus
l'un et T'autre; l'équité, la raison, la loi, tout m'assure
qu'on ne peut me refuser cette justice.
En traversant la France, , j'ailu sur les papiers publics
un article qui me concerne. On m'accuse dans cet article,
d'être un rebelle et un traître ; et pour justifier cette accusation, on dit avoir intercepté une lettre,
par Jaquelle j'engageais les cultivateurs de
Saint-Domingue à se soulever 1
1 La lettre était adressée à l'adjudant-général Fontaine, alors
en voici un extrait :
au Cap; ;
( Au quartier de L'Ouverture (Ennery), le 7 prairial
an. X (27 mai 1802).
) Le général Tonsaint-L.Ouverture au citoyen Fontaine.
> On dit la santé du général Leclerc mauvaise, à la
> faut avoir grand soin de
Tortue, ce dont il
farines
m'instruire. ) Puis L'Ouverture parle de
qu'il faudrait débarquer en sûreté; ; il engage d'empècher les cultivatenrs de travailler, de voir à faire mettre en liberté un nommé D...
élait alors en prison au Cap. Le mot farine fut intérprété celui qui de
poudre.
par
Cette lettre vraie ou fausse occasionna la mort de Fontaine;i il fut
par les armes. ( Un instant avant sa mort, cet officier fit,
écrit, passé
> adieux à sa famille dans les termes les plus touchants. Cet par
ses
) un chef-d'ceuvre
écrit était
d'éloquence et de résignation * : >
Qmant à l'initiale D, un écrivain national, M.Madiou, dans son Histoire
d'Haiti, imprimée au Port-au-Prince, a voulu y découvrir le nom de
Dommage, bien que ce dernier fût alors dans son commandement à
Jérémie. Quoi qu'il en soit, disons ici que Jean-Bapliste Rousselot, à
Pamphile de Lacroix, lévolution de Seint-Domiugue. --- Page 101 ---
TOSSAINT-ALOIVERTEIE
DU GÉNÉRAL
écrit de pareille lettre, et mets au défi qui
Je n'ai jamais
de me citer à qui je l'ai adressée
que ce soit de la produire,
Au reste cette calomnie
et de faire paraitre cette personne. de prendre les
tombe d'olle-même; si j'avais eu l'intention
déposées, et aurais-je fait ma soumisarmes, les aurais-je
encore moins un militaire,
sion ? Un homme raisonnable,
une pareille absurdité. ne peut supposer
ADDITION AUX PRÉSENTS MÉMOIRES 1 . avait envoyé un homme plus sage 2
Si le gouvernement
de fusil de
il n'y aurait eu aucun mal, ni un seul coup
tiré?. occasionné tant d'injustice de
Pourquoi la peur a-t-elle
a-t-il manqué à sa
la part du général Leclerc? Pourquoi
Pourquoi à l'arrivée de la frégate la Gruerrière, qui
parole?
raisonnable,
une pareille absurdité. ne peut supposer
ADDITION AUX PRÉSENTS MÉMOIRES 1 . avait envoyé un homme plus sage 2
Si le gouvernement
de fusil de
il n'y aurait eu aucun mal, ni un seul coup
tiré?. occasionné tant d'injustice de
Pourquoi la peur a-t-elle
a-t-il manqué à sa
la part du général Leclerc? Pourquoi
Pourquoi à l'arrivée de la frégate la Gruerrière, qui
parole? qui
vu plusieurs personnes
conduisait mon épouse, ai-je
avaient été arrêtées avec elle? Plusieurs de ces personnes
les soldats avaient donné le surnom de Dommage, parce que
qui
blessé dans une action, s'était écrié : ( C'est
L'Ouverture le voyant
enfin, Domnage, arrêté à Jérémie, fut
dommagels Quoi qu'il en soit
militaire. Comme
condamné au Cap à être pendu, malgré sa position ce funeste et iniaucun des deux bourreaux du Cap ne voulut remplir
office, il fut fusillé à la Fossette, le 12 brumaire an XI (4 novembre
que
heures après la mort de Leclerc. Son cadavre fut
1803), vingt-quatre les soldats et accroché à la potence de la Placeensuite trainé par
heures. Royale, où il resta exposé quarante-huit
1 Ce nouveau titre est textuel. consul dont le général
2 La remise si tardive de la lettre du premier fragments, ( a plus
Leclerc était porteur et dont j'ai donné quelques sur les détermina-
) influé qu'on ne pense, dit Pamphile déterminations de Lacroix, qui ont entraîné les
tions de Tousainc-Ouverture,
destinées de Saint-Domingue. >
--- Page 102 ---
MÉMOIRES
n'avaient jamais tiré un coup de fusil. C'étaient des innocents, des pères de familles, qu'on a arrachés des bras
leurs femmes et de leurs enfants. Toutes les
de
avaient versé leur sang
personnes qui
pour conserver la colonieà la
les officiers de mon
France,
état-major , mes secrétaires,
mais rien fait que par mes ordres ; tous ont donc n'ontjatés sans motifs 1
été arréEn me débarquant à Brest, mes enfants ont été
à une destination à moi
envoyés
inconnue, et mon épouse dans une
autre que j'ignore 2 : Que le
gouvernement me rende plus
1] I y avait parmi ces personnes les chefs d'escadron
point, César, Néron ; elles furent
Morisset, MonMuiron. dirigées en France sur la frégate le
2 Madame L'Onverture, Isaac, Saint-Jean, mademoiselle
devint plus tard madame Isaac, furent transférés de
Chancy qui
14 fructidor an X (1er septembre
Ils
Brest à Bayonne le
lance du général de brigade 1802). furent mis sous la surveilDucos fut ému à la vue de tant Ducos, de commandant de la dernière place. ) écrivait ce digne et respectable malhenr. ( Si j'étais plus fortuné,
)) 171 fructidor (4
soldat, au ministre de la marine, le
Placide, à qui septembre 1802), je viendrais à leur. secours. )
alors la révolte de on ne pardonnait pas sa coopération à ce qu'on
son père, fut, lej jour même où on
appelait
ture à Landerneau, dirigé sur le brick la Naiade à débarqua L'OuverChancy se trouvait à bord du vaisseau
arrivé Belle-lle-en-Mer. Héros depuis plusieurs jours. Ilavait I'Aigle
et mouillé près du
sa famille. On le destinait aussi à être ignoré jusque-là qu'il fàt si près de
transporté à Belle-Ile;
Gantheaume eut pitié de sa jeunesse ; il l'envoya à Toulon.
appelait
ture à Landerneau, dirigé sur le brick la Naiade à débarqua L'OuverChancy se trouvait à bord du vaisseau
arrivé Belle-lle-en-Mer. Héros depuis plusieurs jours. Ilavait I'Aigle
et mouillé près du
sa famille. On le destinait aussi à être ignoré jusque-là qu'il fàt si près de
transporté à Belle-Ile;
Gantheaume eut pitié de sa jeunesse ; il l'envoya à Toulon. maisl'amiral
veillé à Toulon, Chancy, dont le caractère
Quoique surdavantage à mesure que les difficultés entreprenant se développait
le projet hardi de retourner à
augmentaient, conçut et exécuta
défendre la liberté de ses frères. Saint-Domingue Il ne
pour venger son oncle et
de l'Indépendance. Néanmoins,
put y parvenir qu'après la guerre
Pétion, alors général
département de l'Ouest, l'attacha à son
commandant le
l'infortune de sa famille, ensuite
état-major, d'abord par rapport à
de coeur.
projet hardi de retourner à
augmentaient, conçut et exécuta
défendre la liberté de ses frères. Saint-Domingue Il ne
pour venger son oncle et
de l'Indépendance. Néanmoins,
put y parvenir qu'après la guerre
Pétion, alors général
département de l'Ouest, l'attacha à son
commandant le
l'infortune de sa famille, ensuite
état-major, d'abord par rapport à
de coeur. Chancy eut
parce qu'il savait apprécier les hommes
trop malheureusement, dit-on, des rapports d'inti- --- Page 103 ---
DU GÉNÉRAL
TOESAINTP-L'OIVERTUE
enfants n'ont rien fait, et
de justice : ma femme et mes
être renvoyés
à rendre; ils doivent
n'ont aucun compte
intérêts. C'est le général Lechez eux pour surveiller nos
moi, je suis
a occasionné tout le mal; cependant
clerc qui
Le gouverfond d'un cachot sans pouvoir me justifier.
au
me tenir les bras liés, et me
nement est trop juste, pour
Leclerc, sans m'enlaisser ainsi frapper par le général
tendre.
qu'ici le gouvernement était
Tout le monde m'a dit,
bienparticiper à sa justice et à ses
juste ; ne dois-je pas
faits?
Leclerc dit dans sa lettre au ministre que
Le général
la maladie de ses
j'ai vue dans la gazette, que j'attendais
Célimène, fille de Dessalines, alors empereur. Le
mité avec la princesse
Dessalines, le Tartare qui,
Tartare, ainsi quele général Vincent appelait les bonnes moeurs, sans pertous les jours
pour son compte, outrageait
se sentit blessé au coeur.
mettre aux pères, ni aux maris de se plaindre, des deux jeunes gens.
Il ne voulut pas même entendre parler du mariage celui de L'Ouverture répuUne alliance, prétend-on, entre son sang et qui fut le prineipalinstruAlhonneur de Dessalines
gnait à son honneur! L'Ouverture et souvent même n'attendit pas
ment des cruautés de
mort qui de Chancy fut résolue. Emprid'ordre pour commettre le mal! La
homme, à l'àge de vingt-deux
sonné au Port-au-Prince, ce beau jeune dérobant ainsi aux avanies et
ans, se brôla la cervelle à la fin de 1805, se
lesquelles il n'eût pas manqué de passer.
aux tortures par
attiré aux autres membres de la famille de
La fuite de Chancy avait
qu'ils pouvaient
d'aflictions; sous prétexte
I'Ouverture un surcroît transférés de Bayonne à Agen. Là, Placide
tenter de s'évader, ils furent
malgré SOI enfance, avait
obtint de venir rejoindre sa mère. Saint-Jean,
en mourut le
si vif des malheurs de sa famille, qu'il
conçu un chagrin
1803). Madame L'Ouverture eut l'héroisme
17 nivôse an XI (7 janvier
enfants. Enfin, le 19 mai 1816,
de vivre pour la consolation de ses autres où elle avait joui de tant de
à l'àge de 74 ans, elle abandonna ce monde de douleurs.
triomphes et où aussi elle avait éprouvé tant
de venir rejoindre sa mère. Saint-Jean,
en mourut le
si vif des malheurs de sa famille, qu'il
conçu un chagrin
1803). Madame L'Ouverture eut l'héroisme
17 nivôse an XI (7 janvier
enfants. Enfin, le 19 mai 1816,
de vivre pour la consolation de ses autres où elle avait joui de tant de
à l'àge de 74 ans, elle abandonna ce monde de douleurs.
triomphes et où aussi elle avait éprouvé tant --- Page 104 ---
MEMOIRES
troupes pour lui faire la guerre, el reprendre le
dement ' C'est un mensonge atroce et
comman- -
une lâcheté de sa part. Bien
abominable; c'est
quej'aie peu de
et que je n'aie pas reçu d'éducation,
connaissances,
j'ai assez de bon
pour m'emmpécher de lutter contre la volonté de
sens,
vernement; je n'y ai jamais pensé. Le
mon gouçais est trop fort, trop puissant,
gouvernement franle compare à moi
pour que le général Leclerc
1 qui suis son subalterne : à la
quand le général Leclerc a marché contre
vérité,
sieurs fois
moi, j'ai dit pluque je n'aurais pas
défendu seulement,
attaqué 1 que je me serais
jusqu'au mois de juillet ou août; qu'alorsj'eusse commencé à mon tour. Mais
sur les malheurs de la colonie
depuis, je réfléchis
et sur la lettre du
consul : je fis ma soumission.
premier
Je le répète encore; ; je demande
le
et moi, nous comparaissions
que général Leclerc
et
le
ensemble devant un tribunal,
que gouvernement ordonne que l'on
les pièces de ma,
m'apporte toutes
correspondance ; par ce moyen, l'on
mon innocence, et tout ce que j'ai fait
verra
blique, quoique je sache
pour la Répuque plusieurs pièces seront interceptées.
Premier consul, père de tous les militaires,
défenseur de l'innocence,
juge intègre,
prononcez donc sur mon sort;
1 Leltre du général Leclerc au ministre, du 22
1802): ( S'il (L'Ouverture) s'était rendu, c'est prairial an X (11 juin
> phe et Dessalines lui avaient signifié
que les généraux Christo-
)) trompés et qu'ils étaient décidés à ne qu'ils voyaient bien qu'il les avait
abandonné d'eux, il cherchait à pas faire la guerre. Mais se voyant
insurrection pour les faire lever organiser en masse. parmi Les les cultivateurs une
parvenus par tous les généraux, même
rapports qui mne sont
) lines, nc ue laissent aucun doute à cet de la part du général Dessaégard, )
phe et Dessalines lui avaient signifié
que les généraux Christo-
)) trompés et qu'ils étaient décidés à ne qu'ils voyaient bien qu'il les avait
abandonné d'eux, il cherchait à pas faire la guerre. Mais se voyant
insurrection pour les faire lever organiser en masse. parmi Les les cultivateurs une
parvenus par tous les généraux, même
rapports qui mne sont
) lines, nc ue laissent aucun doute à cet de la part du général Dessaégard, ) --- Page 105 ---
DU GÉNÉRAL TOESSAINT-LOEVERTERE
mes plaies sont très profondes ; portez y le remède salutaire
pour les empêcher de jamais s'ouvrir ; vous êtes médecin;
je compte entièrement sur votre justice et balance 1!
1 Toussaint L'Ouverture (Prangeis-Dominique), mourut au château de
Joux, dans un cachot, le 7 floréal an XI (27 avril 1803), neuf mois et
quinze jours après son arrivée en France, à l'âge de 60 ans moins un
mois et sept jours. Malgré le haut rang qu'il avait occupé dans le monde
nouveau, il fut enterré comme un obscur prisonnier au cimetière du
village de Saint-Pierre, qui se trouve au pied du château. Aujourd'hui
les ossements de L'Ouverture sont mêlés à ceux des plns humbles paysans, caril ne reste sur les lieux nul vestige de son inhumation, tant il
est vrai que la mort confond tous les rèves de la grandeur humaine.
Seulement, naguère encore, un vétéran, concierge du château, montrait
au voyageur la casemate où le Premier des Noirs termina si tristement sa
ccrrière, en disant : ( C'est ici que mourut le roi maure *. >
* Magasin Pittoresque, année 1834, page 74. --- Page 106 --- --- Page 107 ---
APPENDICE.
Mort du ehef de brigade DOMMAGE.
Le premier devoir de l'écrivain est de signaler les sources où il puise, afin qu'on en puisse constater la pureté.
C'est donc à monsieur Dat, je l'avoue, que je dois la certitude du genre de supplice infligé au malheureux Dommage. Ce bon et digne vieillard blanc, qui habita longtemps Jérémie, me permet même d'extraire de ses mémoires
inédits le récit si honorable pour lui des derniers et lamentables instants du valeureux lieutenantde L'Ouverture.
( Brocar m' 'écrit, dit monsieur Dat, que le commandant
) Dommage a été victime d'un guet-apens dressé par son
> secrétaire blanc (Savary), pour lui faire perdre son com-
)) mandement qui a été donné au général Darbois 1 que
) Dommage a été enlevé à Jérémie et conduitau Cap, pour
) y être jugécomme traître et conspirateur, que Dommage
> n'a rien à se reprocher, que tout ce qu'on lui impute est
' 'écrit, dit monsieur Dat, que le commandant
) Dommage a été victime d'un guet-apens dressé par son
> secrétaire blanc (Savary), pour lui faire perdre son com-
)) mandement qui a été donné au général Darbois 1 que
) Dommage a été enlevé à Jérémie et conduitau Cap, pour
) y être jugécomme traître et conspirateur, que Dommage
> n'a rien à se reprocher, que tout ce qu'on lui impute est --- Page 108 ---
APPENDICE.
> faux, et n'a été inventé
) commandement
que pour lui faire perdre son
et le donner à un
) faire pour sauver et
autre, que je dois tout
protéger un brave
) fois son existence est
homme, si toute-
) merl>
menacée, comme tout le fait présu-
( Cette lettre me donne le
) à la
frisson ; je vais
geôle; en effet le commandant
sur-le-champ
) cachot et déjà condamné à être
Dommage élait au
) les armes à la main. Je
pendu, pour avoir été pris
demande à être
) de lui; ; mais il était au secret le
introduit près
) lier me dit qu'il fallait
plus rigoureux ; le ge0une permission du
) néral pour le voir.
capitaine-gé-
( L'ordonnateur en chef Daure, préfet
) vant le plus ancien des officiers
colonial, se trou-
) vaient au Capa après la mort de généraux' qui se trou-
) mandement
Leclerc, avait pris le comsupérieur. Je fus le trouver en
) geole; je m'aperçus
sortant de la
) Dommage
qu'il ignorait encore l'aflaire de
; je me bornai à lui demander
) pour le voir ; il me la donna
une permission
sans hésiter;
) la geôle. Dommage élait
je retournai à
) jambes
étendu sur des planches, les
passées dans des organaux,
) barre de fer fixée
les
qui tenaient à une
par deux bouts, l'un
) l'autre à un poteau; ;: c'est ce
au mur, et
) barre de justice '
qu'on appelle dans le pays,
)
( J'embrasse le malheureux
) parler ; il pleure à chaudes Dommage ; il ne peut pas
larmes ; je ne puis que l'imi1 La barre de juslice est valgairement
de quibangou ou coumanbangou. Ce connue sous les noms africains
est encore nsité en Haiti; l'humanité supplice, aussi inutile qu'affrenx,
prince impérial qui mettra le holà à votera nne couronne marale au
font sonvent des officiers subalternes. l'emploi abusif et révoltant qu'en --- Page 109 ---
APPENDICE.
de cinq minutes dans cette posi-
> ter. Nous restons plus
l'autre : il semblait que
> tion pénible pour lun et pour
attendions tous les' deux assez de force pour par-
> nous
vous étiez au Cap, me dit Dommage;
> ler. C Je savais que
voir avant de mourir; : je sais
> mais je n'espérais pas vous
quel miracle
suis au secret le plus rigoureux; par
) que je
vous arrivé jusqu'à moi? )
) êtes
vous n'avez rien à vous reprocher:
( Brocar m'écrit que
du
qui
fasse tout pour vous sauver guet-apens
) et queje
infâme secrétaire., car vous
) vous a été tendu par votre
au Cap, me dit Dommage;
> ler. C Je savais que
voir avant de mourir; : je sais
> mais je n'espérais pas vous
quel miracle
suis au secret le plus rigoureux; par
) que je
vous arrivé jusqu'à moi? )
) êtes
vous n'avez rien à vous reprocher:
( Brocar m'écrit que
du
qui
fasse tout pour vous sauver guet-apens
) et queje
infâme secrétaire., car vous
) vous a été tendu par votre n'avez pas été pris les armes à la main. ))
>
été pris les armes à la main et en révolte,
1 C Sij'avais
été fusillé sur-le-
> je ne sais pas si je serais ici; j'aurais
du gécomme le prescrit l'ordre public
> champ sur place,
d'ailleurs; fera plus de mal aux
> néral en chef. Ma mort,
aux noirs et
blancs
ne pensent, car il sera prouvé
)
qu'ils
les Français ne savent pas même res-
> aux mulâtres que
les ont le mieux
leurs amis, pas même ceux qui
> pecter
Jeur enlèvera toute confiance de
> servis ; ma mort tragique
verront clairement
des hommes de couleur, qui
) la part
sur le fer et le feu,
> qu'ils ne doivent plus compter que
éviter le retour de l'esclavage ! )
> pour
cher Dommage, vous me comptez done
1 ( Mais, mon
puisque vous vous croyez
) pour rien dans cette occasion,
1O
> déjà mort? )
rien, puisque rien ne
( Je ne vous compte pas pour
de
me faire plus de plaisir que
) pourrait en ce moment
Daure vous a donné
embrasser. Mais si-le ciloyen
> vous
c'est
n'a pas encore été
de me voir,
qu'il
)) la permission
voulez l'employer pour me
) travaillé; il le sera si vous
Le général Leclerc seul aurait pu m'envoyer
> sauver.
vous croyez
) pour rien dans cette occasion,
1O
> déjà mort? )
rien, puisque rien ne
( Je ne vous compte pas pour
de
me faire plus de plaisir que
) pourrait en ce moment
Daure vous a donné
embrasser. Mais si-le ciloyen
> vous
c'est
n'a pas encore été
de me voir,
qu'il
)) la permission
voulez l'employer pour me
) travaillé; il le sera si vous
Le général Leclerc seul aurait pu m'envoyer
> sauver. --- Page 110 ---
APPENDICE,
) aux Etats-Unis pour tout
) la vérité; mais il est concilier, et parce qu'il savait
mort. Je n'ai
) même dans VOS démarches
plus d'espoir, pas
) ront pas
qui, j'en suis certain, ne seménagées, mais qui resteront sans
C Je laissai
succès. )
Dommage avec un sentiment
) douleurs diverses.
indicible de
(. En sortant, le geôlier blanc me dit : (
) ce pauvre Dommage qui,
Je plains bien
) ne peut pas être
d'après ce qu'il m'a démontré,
coupable, et
) pendu demain matin à
cependant, il va être
sept heures; ; viens
> les ordres pour les
je
de recevoir
préparatifs; mais les deux
> noirs viennent de me déclarer
bourreaux
) mettront pas la main sur lui, positivement qu'ils ne
) eux-mêmes. Il faudra
qu'ils préfèrent mourir
bien, continue le
) trouve un bourreau blanc; je voudrais geôlier, qu'on
) trouvât d'aucune
bien qu'on n'en
couleur! >
( Cette nouvelle
m'attère;je ne sais
) devenir. Le
plus que faire, que
geôlier me sert un petit verre
) que j'avale en tremblant de tous
d'eau-de-vie,
) prends de la vigueur, je
mes membres; je re-
) chez l'ordonnateur
pars comme un éclair etj'arrive
en chef, qui n'est
) Désolé,je me couche en travers de la
pas chez lui.
) net, pour l'attendre et
porte de son cabine pas le
) me dit : ( Que diable faites-vous manquer. Il arrive et
) étes-vous fou ou
dans cette position,
malade? )
( Je ne suis ni l'un ni l'autre,
) de ce qui se passel Je sais
quoique bien afligé
) dant Dommage n'a rien à positivement que le commanse
) mon associé Brocar, voilà
reprocher; je le tiens de
sa lettre;
) me dit qu'il doit être pendu
cependant le geôlier
( Je vous
demain matin. >
proteste, Dat, que je ne savais pas ce que
) étes-vous fou ou
dans cette position,
malade? )
( Je ne suis ni l'un ni l'autre,
) de ce qui se passel Je sais
quoique bien afligé
) dant Dommage n'a rien à positivement que le commanse
) mon associé Brocar, voilà
reprocher; je le tiens de
sa lettre;
) me dit qu'il doit être pendu
cependant le geôlier
( Je vous
demain matin. >
proteste, Dat, que je ne savais pas ce que --- Page 111 ---
APPENDICE.
maintenant par vous; je suis méme très-étonné
> j'en sais
(Boyer) ne m'en ait rien dit;
) que le chef de l'état-major
à l'instant. >
) je le quitte
bien avec ce que m'a a dit Dommage;
1 ( Ceci s'accorde
on veut attendre le
> vous n'avez pas encore été travaillé;
sans
surprendre votre signature,
) dernier moment pour
l'affaire! 1 Vous savez
> vous donner le temps de vérifier à garantir toute sa
connais Dommage, de manière
> queje
certain qu'il n'est pas coupable; mais
) conduite; je suis
de lui, il faut le sauver;
> quand on a intérêt à se défaire
asauvéla
Ie
vous le devez; vous savez qu'il
)) vous pouvez,
mille blancs et décidé la soumission
) vie à plus de quatre
le reste du
ce qui vous a conservé
) du général Laplume,
dévoûment mérite toute
du Sud; un pareil
> département
veut le livrer à la potence. )
lorsqu'on
) votre attention,
faire rendre compte de cette
( Je vais de suite me
sera de mon
de faire tout ce qui
> affaire et vous promets
cette fin tragique et
> pouvoir pour éviter à Dommage
cette exéoution,
je ne voudrais pas que
) déshonorante;
lieu
le peu de jours que je
) juste ou injuste, eût
pendant
) dois commander en chef. )
de revenir à dix
( Je convins avec le citoyen Daure
pas
du soir; à dix heures du soir, je ne manquai
) héures
je fus obligé
) de me trouver chez le capitaine-général;) me dit-il,
jusqu'à minuit : ( Tout est fini,
) de l'attendre
les Etats-Unis. La déci-
> Dommage sera embarqué pour.
vous
demain matin à ma signature;
) sion sera portée
> pouvez dormir tranquille. )
ne doit coûter que
faire une bonne action qui
1 ( Pour
demain.
lignes d'écriture, on n'attend pas jusqu'à
) quatre
délai inutile; donnez-moi un
> J'ai mauvais augure de ce
,
jusqu'à minuit : ( Tout est fini,
) de l'attendre
les Etats-Unis. La déci-
> Dommage sera embarqué pour.
vous
demain matin à ma signature;
) sion sera portée
> pouvez dormir tranquille. )
ne doit coûter que
faire une bonne action qui
1 ( Pour
demain.
lignes d'écriture, on n'attend pas jusqu'à
) quatre
délai inutile; donnez-moi un
> J'ai mauvais augure de ce --- Page 112 ---
APPENDICE.
> mot pour le geôlier, 4) par lequel il lui
) livrer Dommage à
sera défendu de
qui que ce soit. >
( Je vous ai déjà dit et
> décidé;d demain
je vous répète quei tout est
matin; vous serez
> nant le mot que vous
satisfait; en vous donme
> létat-major
demandez, ce serait
à
que je n'ai eu aucune
prouver
> serait mal
confiance en lui; ce
débuter. >
( Ce refus de votre part,
) tre que. Dommage
quoique motivé, me démon.
m'a dit
le
> mort; vous ne ferez rien vrai;je regarde déjà comme
) vous
pour lui ni pour vous,
soyez autant et peut-être
quoique
) ne pas commencer votre
plus intéressé que lui à
) une imprévoyance
généralat par, une faiblesse ou
> pour] le reste de qui vous laissera de cuisants
VOS jours!
regrets
>> Cependant le
roiy
lendemain à
) courus chez
cinq heures du matin, je
) n'en
l'ordonnateur ; on me dit qu'il est
crus rien. A six heures,
sorti; je
) major, il n'y était
j'étais chez le chef d'état-
) la
pas! Je cours chez le
place, il est en tournéelJe
commandant de
) Daure, il n'y est
retourne chez le citoyen
pas rentré!!
> Pauvre
Many
Dommage, tu vas donc
) que c'est un parti
perdre la vie! Je vois
pris, comme si ta
) la colonie. J'ai obtenu de
mort pouvait sauver
) plus de quatre mille
toi, sans difficulté, la vie de
blancs, et la
) département, et
conservation d'un riche
j'échoue près d'un
> et devait méme
blanc qui pouvait
protéger ton
) et celui de son
existence pour son intérêt
gouvernement.
) Je dirige mes pas chancelants
) l'exécution doit avoir
vers la Place-Royale où
) la
lieu; ; je vois Ja potence qui attend
victime; mais je ne puis en
)) et Ia foule de curieux
approcher; la force armée
de toutes couleurs
garnissent la
d'un riche
j'échoue près d'un
> et devait méme
blanc qui pouvait
protéger ton
) et celui de son
existence pour son intérêt
gouvernement.
) Je dirige mes pas chancelants
) l'exécution doit avoir
vers la Place-Royale où
) la
lieu; ; je vois Ja potence qui attend
victime; mais je ne puis en
)) et Ia foule de curieux
approcher; la force armée
de toutes couleurs
garnissent la --- Page 113 ---
APPENDICE.
de doute, plus d'espoir! Cependant j'entends
) place; plus
: ( Malheureux Dom-
) qu'on se dit, qu'on se repète
couchent à
tes bourreaux ne sont pas ceux qui
> mage,
> la geôle!>
voulu devancer Theuredel'exéavait
) Je compris qu'on bourreaux noirs qui couchaient à la
> cution, mais que les
blanc
avaient refusé leur ministère et qu'aucun
> geôle
outre, Dommage n'é-
> n'avait voulu les remplacer ; qu'en
la
arrivé surla place. Je vais droità geôle
) lait pas encore
la
de ligne, quoiqu'en
> qui est entourée de curieux; troupe considérable qui re-
) force imposante, reçoit un renfort
de
le
et s'empare de tous les aboutissants
) pousse public la
se porte vers le chemin qui
) la geôle: bientôt populace
est conduit et fusillé
> conduit à la Fossette. Dommage y
) en y arrivant! )
PROCLANATION.
Tocsanri:OcxATE gouverneur de Saint-Domingue,
A tous les habitants de cetle infortmée colonie.
avoir tombé sur tous les points de la
( Citoyens, après
dans les
les plus vio-
> colonie comme la foudre
tempêtes élevé, l'écrase
) lentes tombants tsurla cimede l'arbrele plus
avoir attaqué tous les points
) en mille morceaux; ; après
la
du Fort-
) de la colonie, passé au fil de l'épée garnison cette ville,
) Liberté, quoique ceux' qui commandaient eussent liles plus lâchcs séductions, la lui
) trompés par
, après
dans les
les plus vio-
> colonie comme la foudre
tempêtes élevé, l'écrase
) lentes tombants tsurla cimede l'arbrele plus
avoir attaqué tous les points
) en mille morceaux; ; après
la
du Fort-
) de la colonie, passé au fil de l'épée garnison cette ville,
) Liberté, quoique ceux' qui commandaient eussent liles plus lâchcs séductions, la lui
) trompés par --- Page 114 ---
APPENDICE.
) vrée; le général Leclerc,
> folle et astucieuse,
après avoir, par sa conduite
) blent cette malheureuse occasionné tous les maux qui accacolonie, m'a
> porteurs de la lettre du
envoyé mes enfants
) n'annonçait que des
premier consul Bonaparte, qui
vues
) résultat de sa
bienfaisantes: sans attendre le
trop tardive
) moi et contre les braves
démarche, il a lancé contre
) de l'armée de
officiers, sous-officiers et soldats
) pluviose, ci-annexée Saint-Domingue, sa proclamation du 28
que je réfute par la présente. )
LECLERC.
( Citoyens, , je suis venu ici au nom
> francais vous apporter la
du gouvernement
) de rencontrer. des
paix et le bonheur:je craignais
obstacles dans les vues
> chefs,je ne me suis
ambitieuses des
pas trompé. )
Torsaun1-OUTERTOE
( Citoyens, voyez la perfidie du
) venu, dit-il, dans cette colonie général Leclerc; il est
) etle bonheur; avait-on
pour y apporter la paix
besoin qu'il
) le bonheur qui y existaient
yapportât la paix et
) vée? Si le général Leclerc longtemps avant son arri-
) bonnesi
était parti de France avec de
intentions, il n'aurait pas cherché
) ambition particulière,
à sacrifier à son
non-seulement
) de ses cendres, non-seulement
une colonie relevée
les
) les noirs, mais
hommes de couleur et
encore les colons
) garde des lois et d'une bonne
blancs, et qui sous la
) bonheur de leurs
constitution jouissaient du
>
propriétésqu'ils
se relever. S'ile eût craint,
voyaient journellement
) des obstacles de
comme il le dit, de rencontrer
la part des chefs de cette
) fût adressé directementà
colonie, il se
moi, au lieu de cherchor à ga-
les
) les noirs, mais
hommes de couleur et
encore les colons
) garde des lois et d'une bonne
blancs, et qui sous la
) bonheur de leurs
constitution jouissaient du
>
propriétésqu'ils
se relever. S'ile eût craint,
voyaient journellement
) des obstacles de
comme il le dit, de rencontrer
la part des chefs de cette
) fût adressé directementà
colonie, il se
moi, au lieu de cherchor à ga- --- Page 115 ---
APPENDICE.
> gner par les séductions les généraux, commandants et of-
> ficiers sous mes ordres afin de me mettre dans mon tort ;
) s'il eût voulu enfin le bonheur de la colonie et de ceux
forcé l'entrée des ports et
) qui l'habitent, iln'aurait pas
) déchargé sur différentes villes les batteries de ses vais-
) seaux. )
LECLERC.
( Citoyens, les chefs qui annonçaient leur dévoiment à
) la France dans leurs proclamations, ne pensaient à rien
> moins qui'à être Français; ils coulaient Saint-Domingue
> pour eua; s'ils parlaient quelquefois de la France, c'est
) qu'ils ne se croyaient pas en état de la méconnaitre ou-
> vertement. )
Tosaer--OmNATERE.
( Citoyens, oui sans doute les chefs de cette colonie
) étaient, comme ilsl'annonçaient dans leur proclamation,
)) dévoués à la France ; comme moi ils aimaient leur liberté,
) et toujours fiers de celte pensée, ils craignaient tout de
) la perfidie des agents du gouvernement français; d'ail-
) leurs si je n'avais point aimé la France 1 je ne lui aurais
) pas conservé la colonie jusqu'à l'arrivée de mon calomle soin de réfuter
)) niateur; je laisse à mes concitoyens
) cette calomnie. )
LECLERC.
( Anjourd'huileurs intentions perfides sontdémasquées,
)) Le général Toussaint m'avait envoyéses enfants avec une
) lettre dans laquelle il m'assurait qu'il ne désirait rien
) que le bonheur de la colonie et qu'il était prél à obeir
> auo ordres que je lui donnerais. )
jusqu'à l'arrivée de mon calomle soin de réfuter
)) niateur; je laisse à mes concitoyens
) cette calomnie. )
LECLERC.
( Anjourd'huileurs intentions perfides sontdémasquées,
)) Le général Toussaint m'avait envoyéses enfants avec une
) lettre dans laquelle il m'assurait qu'il ne désirait rien
) que le bonheur de la colonie et qu'il était prél à obeir
> auo ordres que je lui donnerais. ) --- Page 116 ---
APPENDICE.
TOUSSAINT.
( Seconde perfidie plus noire encore que la
) avais-je besoin d'attendre l'arrivée de
première; ;
) forces pour
ce général avec des
démasquer mes intentions, si
) séparer cette colonie de la
j'eusse voulu
) sur perfidie ? Le
France, en mettant perfidie
général Leclerc dit
) mes
que je lui ai
enfants, c'est une fausseté; c'est lui,
renvoyé
) qui, après avoir occasionné
au contraire,
l'incendie du
) riches
Cap et de ses
plaines, 1 par sa conduite
) mes enfants porteurs de la lettre du astucieuse, m'envoya
) me faire l'honneur de m'écrire. premier consul, sans
L'amour de
) lel bonheur de mes
mon pays,
concitoyens me porta alors à
) auprès de lui mnes deux enfants
renvoyer
) moi,
porteurs d'une lettre de
par laquelle je le priais de me
) tentions du
manifester les ingouvernement français,
) à obéir, si elles devaient
auxquellesj'étais prêt
procurer à mes
) paix, le bonheur et la
concitoyens la
) leur avait fait
tranquillité que le général Leclerc
perdre. Au lieu de me
) dont il était
participer les ordres
porteur, 9 il s'est mis en marche
) armée qui a porté sur son
le
avec son
> la désolation.
passage ravage, la mort el
)
LECLERC.
( Je luiaiordonné de se rendre auprès de
) donné ma parole d'honneur de
moi;je luiai
>
l'employer comme mon
lieutenant-général; ; il n'a répondu à cet
) des phrases , il cherche à
du
ordre que par
gagner temps. )
TOUSSAINT.
< Commandant de cctte colonic pour la France,
nommé --- Page 117 ---
APPENDICE. > chef de cette colonie par la Constitution
> faite que sur le droit que donnait la
qui n'avait été
Constitution
) de' l'an VIII aux habitants de cette colonie
française
) constitution locale, si le
de se faire une
général Leclérc eût
) s'il eût agi comme un bon
voulu le bien,
militaire, il
) ses pouvoirs. Sij'eusse refusé
m'aurait exbibé
d'obéir aux ordres
) vernement français, tout le tort aurait été
du gou-
) il. eût eu le droit de faire le
de mon côté et
mal , d'autant
> avais manifesté clairement dans
plus que jelui
ma lettre
) folle et astucieuse qu'il avait
que la conduite
tenue en arrivant
) colonie , m'ayant inspiré les
dans cette
) pureté de ses intentions, plus grands soupçons sur la
je ne me rendais
) del lui, mais que j'étais décidé à faire
pas auprès
) possibles
tous les sacrifices
pour rendre à mes concitoyens la
) qu'il leur avait ôtée; car enfn
tranquillité
) homme qui amenaitavec
comment se fier à un
lui.
qu'il avait
que la conduite
tenue en arrivant
) colonie , m'ayant inspiré les
dans cette
) pureté de ses intentions, plus grands soupçons sur la
je ne me rendais
) del lui, mais que j'étais décidé à faire
pas auprès
) possibles
tous les sacrifices
pour rendre à mes concitoyens la
) qu'il leur avait ôtée; car enfn
tranquillité
) homme qui amenaitavec
comment se fier à un
lui. une armée
) vaisseaux portant et
nombreuse et des
débarquant des
) points de la colonie
troupes sur tous les
, sans en prévenir le
) quelle confiance les habitants de
premier chef ? )) ils'et peuvent-ils
cette colonie pouvaientencoreavoirdans les chefs
) dent cette armée ? qui comman-
) Rochambeau, Kerverseau et
) pas été danslel Nord, l'Ouest
Desfourneaux, n'ont-ils
et le
les
) acharnés de la liberté des noirs Sud, tyrans les plus
et des
) leur?. Aux iles de vent,
hommes de couRochambeau n'a-t-il
) destructeur
pas été le
(
des hommes de couleur et
) n'a-t-il pas prédit,
des noirs? ily a cinq ans,
) à
qu'il fallait envoyer
Saint-Domingue des troupes pour
) vateurs? Au reste, si M. désarmer les culti-
) devait le faire,
Leclerc se fat présenté comme il
je lui aurais cédé les
) est si
pouvoirs dout il
jaloux, , pouvoirs que je n'ai ambitionnés
que pour
--- Page 118 ---
APPENDICE,
> faire le bonheur de mes
) le dit, pour être
concitoyens; non pas, comme il
son lieutenant-général, mais
) retirer au sein de ma paisible famille,
pour me
) eu la gloire de voir employer
pourvu que j'eusse
) de tous grades qui ont si vaillamment honorablement les officiers
> ordres
la
combattu sous mes
pour cause sacrée de la liberté, En
) cherche à gagner du
disant que je
temps, 1 lorsque tout ce
) moi et que je
temps était à
pouvais en profiter, le général
) masque la perfidie de ses intentions; il
Leclerc dé-
) qu'à mes
me prouve, ainsi
concitoyens, qu'il n'est venu ici
) à ravager cette belle colonie
que pour réussir
qu'il a trouvée intacte. >
LECLERC. ( J'ai ordre du gouvernement
français de
> promplement la
faire régner
prospérité et l'abondance
) laissais amuser
ici; sije me
par des détours astucieux et
) colonie serait le thédtre d'une
perfides, la
longue guerre civile. )
TOUSSAINT. ( Parce qu'il avait ordre du
) faire régner ici
gouvernement françdis de
l'abondance et la
le
) Leclerc, au lieu de se faire
prospérité, général
) chargés de
convoyer par des bâtiments
troupes, devait amener avec lui des
) chargés de marchandises,
bâtiments
qu'il aurait échangées
les
) précieuses denrées de cette
pour
colonie, et non
) commeill'a fait par sa conduite astucieuse et provoquer,
) destruction de cette ile; conduite bien
perfide, la
) manifestées dans la lettre du'
différente des vues
premier consul,
> m'a fait parvenir qu'après les
qu'il ne
plus cruelles
) seul a usé de détour et de
hostilités ; lui
) s'adresser
perfidie, parce qu'au lieu de
directement à moi, comme il le devait, il a
pour
colonie, et non
) commeill'a fait par sa conduite astucieuse et provoquer,
) destruction de cette ile; conduite bien
perfide, la
) manifestées dans la lettre du'
différente des vues
premier consul,
> m'a fait parvenir qu'après les
qu'il ne
plus cruelles
) seul a usé de détour et de
hostilités ; lui
) s'adresser
perfidie, parce qu'au lieu de
directement à moi, comme il le devait, il a --- Page 119 ---
APPENDIGE.
de la séduction pour corrompre et
) employé le vil moyen
ordres. J'ai T'honneur de
> gagner les officiers sous mes
le
que
Leclerc, et l'avenir prouvera,
> prédire au général
sous ses ordres deux à trois
> quand bien même il aurait
le ravage et la des-
> cent mille hommes, il n'opérera que la colonie au degré
) truction : mais il ne rétablira jamais
suis persuadé
où je l'avais poussée ; etje
> de splendeur
le
frann'y réussira pas; gouvernement
) d'avance qu'il
que la conse verra contraint de le remplacer, parce
) çais
abordant dans cette ile, prouve à
) duite qu'ila tenue; en
le
T'habitent, qu'il ne peut que perpétuer
> tous ceux qui
vient d'y mettre. )
> désordre qu'il
LECLERC.
vais apprendre à ce rebelle
C J'entre en campagne 1 etje
du
français. >
> la force gouvernement
TOUSSAINT.
Leclerc eût lui seul entré en campagne,
( Sile général
mais je dois gémir sur le sort qui
) je ne le plaindrais pas;
sous ses ordres, venus
réservé aux officiers et soldats
) est
avaient si bien combattu pour la liberté,
> d'Europe où ils
opérer leur destruction; ;
) et qu'il n'a amenés ici que pour
ainsi que ceux
vois aussi avec regret qu'illes a trompés,
) je
avaient l'esprit faible. Malgré son en-
) de cette colonie qui
nombreuses, le général
) trée en campagne et ses troupes but
a projeté; il se
jamais au qu'il
) Leclerc ne parviendra
à ce rebelle la force
) trompe en disant qu'il va apprendre
français.
) du gouvernement
cette
Nous n'aurions pas conservé jusqu'anjourod'hui
>
nous ne connaissions pas toule la
) colonie à la France,si
avaient l'esprit faible. Malgré son en-
) de cette colonie qui
nombreuses, le général
) trée en campagne et ses troupes but
a projeté; il se
jamais au qu'il
) Leclerc ne parviendra
à ce rebelle la force
) trompe en disant qu'il va apprendre
français.
) du gouvernement
cette
Nous n'aurions pas conservé jusqu'anjourod'hui
>
nous ne connaissions pas toule la
) colonie à la France,si --- Page 120 ---
APPENDICE.
) force du gouvernement
> soin du général Leclerc français ; et nous n'avons pas bepour nous
> voulu le bonheur de cette
l'apprendre. S'il eût
) justice et la
colonie, il eût substitué la
modération à la force qu'il a
) de la justice de ma
employée; fort
cause, je vais
) moyens l'injustice et
repousser de tous mes
l'oppression;
) pagne. )
j'entre aussi en camLECLERC.
( Dans ce moment il ne doit plus étreaua
> Français qui habitent
yeuz des bons
Saint-Domingue
> a préféréla destruction de son
qu'ummonstrequi
> voir. )
pays au sacrifice du pouTOUSSAINT.
C La conduite que j'ai tenue à
) nue de tous mes
Saint-Domingue est conconcitoyens; ; ils sont convaincus
) amour pour la liberté,
de mon
) tre eux, comme moi parce que la majeure partie d'enétait esclave, et
) de ceux qu'on appelait libres
quele petit nombre
était
) reste; sous le joug accablant du
encore, comme le
) solu. Devant vouer
despotisme le plus abau mépris le plus souverain
) songes qui remplissent la
les menproclamation du
) clerc, je laisseà mes
général Leconcitoyens, aux amis dela
> le soin de la réfuter. )
liberté,
LECLERC.
( Jai promis la liberté à tous les habitants de la
> nie, je saurai leur en
colofaire, jouir. )>
TOUSSAINT.
( On ne peut pas donner à une
personne ce dont elle a
er
despotisme le plus abau mépris le plus souverain
) songes qui remplissent la
les menproclamation du
) clerc, je laisseà mes
général Leconcitoyens, aux amis dela
> le soin de la réfuter. )
liberté,
LECLERC.
( Jai promis la liberté à tous les habitants de la
> nie, je saurai leur en
colofaire, jouir. )>
TOUSSAINT.
( On ne peut pas donner à une
personne ce dont elle a --- Page 121 ---
APPENDICE.
le général Leclerc ne peut donc don-
> déjà la jouissance;
habitants de la colonie unel slibertéqu'ilsavsient
) ner aux
leur avait été ravie par l'injus-
) déjà reçue de Dieu, , qui
et conde leurs
et qu'ils ont da reconquérir.
) tice
tyrans,
par consé-
> server au prix de leur sang; ce paragraphe,
:
de réponse que le précédent
) quent, ne mérite pas plus
lesintende cette
démasque aux yeux
) la futilité
promesse Leclerc, aussi clairement que
) tions perfides du général
où il verrait et ferait
> s'il se présentait devant un miroir
de tenir
est dans l'impossibilité
) voir sa figure, puisqu'il
) la promesse qu'il a faite. )
qui me sont
et en vertu des pouvoirs
)) En conséquence,
de Saint-Domingue, et vu
) attribués par la Constitution
encore exhibé les pou-
> que le général Leclerc ne m'a pas
> voirs dontil est nanti,
) J'ordonne ce qui suit :
TOUSSAINT.
destructeurs de la colonie, les géné-
( Article 1. Comme
Rochambeau, Kerverseau, et Desfournenux,
> rauxLeclerc,
à tous les citoyens de
> sont mis hors la loi; j'ordonne et de leurs droits, de
colonie, amis de leur liberté
) cette
et de les arrêter morts ou vifs.
) leur courir sus,
de l'armée française qui,
( Art. 2. Les autres généraux
été
les armes à
pas la colonie, auront pris
) ne connaissant
de guerre 1 traités avec
) la main, seront faits prisonniers
être renvoyés au
le
dû à leur caractère, pour
) tout respect
) gouvernement français. )
LECLERC.
Art. 1. Le général Toussaint et le général Christophe,
K
et de les arrêter morts ou vifs.
) leur courir sus,
de l'armée française qui,
( Art. 2. Les autres généraux
été
les armes à
pas la colonie, auront pris
) ne connaissant
de guerre 1 traités avec
) la main, seront faits prisonniers
être renvoyés au
le
dû à leur caractère, pour
) tout respect
) gouvernement français. )
LECLERC.
Art. 1. Le général Toussaint et le général Christophe,
K --- Page 122 ---
APPENDICE.
) sont mis hors la loi; et it est ordonné à tous les
) de leur courir sus, et de les traiter
citoyens
) République
comme rebelles à la
frangaise.
) Art. 2. A dater du jour oib larmée
) un quartier, tous les officiers soit civils française occupera
)) gui obéiront à d'autres ordres
ou militaires 1
qu'à ceux des
) l'armée française
généraua de
que je commande, seront traités
) rebelles.
comme
> Art. 3. Les cultivateurs induits
) trompés par les perfides
en erreur , et qui
insinuations des
) belles auroni été pris les armes à la main, généraua re-
) comme des enfants égarés et renvoyés à la seront traités
) tefois ils n'ont point cherché à exciter culture, si toude soulèvement. )
TOUSSAINT.
( Art. 3. Les officiers et soldats des
> rope, et qui ont été
troupes venues d'Eutrompés ou corrompus, seront
> faits prisonniers ; tous ceux qui,
aussi
> leur erreur ou la trahison de parmi eux, reconnaissant
leurs chefs,
) rendre
de
voudront se
auprès moi ou des chefs sous mes
) ront traités comme bons
ordres, seFrançais et comme frères. ))
LECLERC.
( Art. 4. Les officiers et soldats des
> abandonneront larmée de Toussaint demi-brigades qui
) mée
feront partie de V'arfrançaise. )
TOUSSAINT.
( Art, 4.A daterdujour de la
) proclamation, tous les
promulgation de la présente
officiers et soldats de
)
l'armée de
Saint-Domingne, et tons
citeyensquelonnquese qui, aveu- --- Page 123 ---
APPENDICE.
) glés par l'erreur ou la trahison, se seraient rangés sous
de Leclerc,
rentrer sans crainte au-
) lesdrapeaux
peuvent
) près des généraux sous mes ordres, leur promettant de
) ne voir en eux que des frères que la faiblesseou la bonne
méconnaitre un instant la liberté. )
) foi aura portés à
LECLERC.
( Art, 5. Le général chef de T'état-major général fera
> publier et imprimer la présente publication.
( Au quartier-général du Cap, le 28 pluviose an X de
fécrier 1801), (signé)
> la République française (17
) Leclerc. Pour copie conforme, le général de division,
> chef de Tétat-major général, Dugua.
TOUSSAINT.
La
proclamation sera envoyée à tous
( Art. 5. présente
> les généraux et commmandants de l'armée sous mes orles mesures les plus convena-
) dres, pour qu'ils prennent
la
dans l'armée ennemie, dans tous
> bles pour répandre
> les points de la colonie, afin de sauver, s'il est possible,
> une infinité d'innocents.
> Au quartier-général de la Petite-Rivière, le 10 ventôse,
> an X (1-r mars 1802) dela République française. Legou-
) verneur de Saint-Domingue, (signé) Toussaint-L'Ouver-
> ture. Pour copie conforme, le général de brigade, com-
> mandant l'arrondissement du Cap, Henri-Christophe. )
répandre
> les points de la colonie, afin de sauver, s'il est possible,
> une infinité d'innocents.
> Au quartier-général de la Petite-Rivière, le 10 ventôse,
> an X (1-r mars 1802) dela République française. Legou-
) verneur de Saint-Domingue, (signé) Toussaint-L'Ouver-
> ture. Pour copie conforme, le général de brigade, com-
> mandant l'arrondissement du Cap, Henri-Christophe. ) --- Page 124 ---
APPENDICE.
OPINIONS DE NAPOLÉON
sur les événements de
Satnt-Bomingue.
( La situation
où
prospère se trouvait la
) le courant de 1801,
République dans
) déjà
après la paix de Lunéville, faisait
prévoir le moment où
)) poser les armes,
l'Angleterre serait obligée de
1 et où l'on serait maître
) parti définitifsur
d'adopter un
) deux aux
Saint-Domingue. Il s'en présenta alors
méditations du premier
) revêtir de l'autorité civile
consul : le premier de
)
et militaire et du titre de
verneur-général de la colonie, le
gou-
) verture; de confier le
général Toussaint-L'Ou-
)) noirs; de consolider, de commandement aux généraux
) par Toussaint,
légaliser l'ordre de travail établi
qui déjà était couronné
) succès; ; d'obliger les fermiers
par d'heureux
) redevance aux anciens
noirs à payer un cens ou
) ver à la métropole le propriétaires français; de conser-
) nie, en faisant
commerce exclusif de toute la colosurveiller les côles
) croisières. Le dernier
par de nombreuses
) colonie
parti consistait à
par. la force des armes, à
reconquérir la
) les noirs quiavaient
rappeler en France tous
occupé des
) lui de chefde
grades supérieurs à cebataillon, à désarmer les
) surant la liberté civile et
noirs, en leur asen restituant les
)) colons. Ces projels avaient chacun
propriétés aux
) inconvénients. Les
des avantages et des
avanlages du premier élaient palpa-
parti consistait à
par. la force des armes, à
reconquérir la
) les noirs quiavaient
rappeler en France tous
occupé des
) lui de chefde
grades supérieurs à cebataillon, à désarmer les
) surant la liberté civile et
noirs, en leur asen restituant les
)) colons. Ces projels avaient chacun
propriétés aux
) inconvénients. Les
des avantages et des
avanlages du premier élaient palpa- --- Page 125 ---
APPENDICE,
) bles : la République aurait une armée de
) trente millenoirs, qui ferait trembler
vingt-cinq à
> ce serait un nouvel élément de
toute l'Amérique :
) coûtait aucun sacrifice, ni
puissance et qui ne lui
en hommes ni en
> anciens propriétaires
argent, Les
> de leur fortune
perdaient tsans doute les trois quarts
: mais le commerce français
> rien, puisqu'il jouirait toujours du
n'y perdait
C deuxième projet était plus
privilége exclusif. Le
> colons, il était plus conforme avantageux aux propriétaires
> une
à la justice : mais il exigeait
guerre qui entraînerait la perte de
) mes et d'argent; les prétentions
beaucoup d'hom-
)) hommesde couleur, des
contraires des noirs, des
> jours un objet de discorde, propriéairesblanes, seraienttoud'embarras
) Saint-Domingue serait
pour la métropole;
> premier consul
toujours sur un volcan : aussi le
inclinait pour le premier
) c'était celui que paraissait lui conseiller parti, parce que
) lui qui donnerait le plus
la politique, ce-
> l'Amérique.
d'influence à son pavillon dans
Que ne pouvait-il pas
) une armée de vingt-cinq à trente mille entreprendre avec
) maique, les Antilles, le
noirs, sur la JaCanada, suri les
) sur les colonies
Etats-Unis même,
espagnoles ? Pouvait-on
) pensation de si grands intérêts
mettre en com-
) millions de plus ou de moins politiques avec quelques
) Maisun pareil
qui rentreraient en France.
projet avait besoin du
) fallait qu'ils montrassent de la
concours desnoirs;il
) à la
fidélitéàl la mère-patrie, et
République, qui leur avait fait tant de
) fants des chefs noirs, élevés
bien. Les en-
) loniales établies à
en France dans les écoles COcet effet, resserraient tous
) vantage les liens de ces insulaires
les jours d'a-
> étaient l'état de
avec la métropole. Tels
> par le
Saint-Dominguo et la politique adoptée
gonvernement français à son égard, lorsque le CO-
élitéàl la mère-patrie, et
République, qui leur avait fait tant de
) fants des chefs noirs, élevés
bien. Les en-
) loniales établies à
en France dans les écoles COcet effet, resserraient tous
) vantage les liens de ces insulaires
les jours d'a-
> étaient l'état de
avec la métropole. Tels
> par le
Saint-Dominguo et la politique adoptée
gonvernement français à son égard, lorsque le CO- --- Page 126 ---
APPENDICE.
)) lonel Vincent arriva à Paris. Ilétait
) tution qu'avait
porteur de la Constiadoptée de sa pleine autorité
> L'Ouverture, qui
Toussaintlavaitfitimprimer et mise à
) et qu'il notifiait à la France. Non-seulement exécution
) mais même l'honneur et la dignité de la l'autorité,
) étaient outragés : de toutes les manières de République
> son indépendance et d'arborer le
del proclamer
drapeau la
)
rébellion,
Toussint-l.Ourerture avait choisi la plus
) celle que la métropole pouvait le moins tolérer. outrageante, De
) ment, il n'y eutplus à délibérer: ; les chefs des
ce mo-
> des Africains
noirs furent
ingrats et rebelles, avec lesquels il
) possible d'établir un système.
était im-
)
dela France
L/honneur,commel l'intérêt
9 voulut qu'on les fit rentrer dans le
) Ainsi la ruine de
néant.
les
)
Tousoin-l-0urerture, malheurs
qui pesaient sur les noirs, furent l'effetde cette
) insensée,
démarche
inspirée sans doute par les agents de
) terre, qui déjà avaient pressenti
l'Angle-
) sa puissance, si les
inatlemalguigroserail
noirs se contenaient dans la
) modération et de
ligne de
soumission, et s'attachaient à la
) patrie. Il suffit, pour se faire une idée de
mère-
) que dut éprouver le premier
l'indignation
consul, de dire
)) saint non-seulement s'attribuait
que Tous-
)
l'autorité sur la colonie
pendant sa vie, mais qu'il s'investissait du droit de
) mner son successeur, et voulait tenir
nom-
) la métropole, mais de
son autorité, non de
lui-méme, et d'une
) semblée coloniale qu'il avait créée.
soi-disant asComme
) L'Ouverture était le plus modéré des
Toussaint-
) Dessalines,
généraux noirs; que
Christophe et Clerveaux, etc,
) gérés, plus désaffectionnés
élaient plus exaet plus
) torité de la
opposés encore àl l'aumétropole, il n'y eut plus à délibérer
> mier parti n'était
: le preplus praticable ; il fallut se résoudre à
iale qu'il avait créée.
soi-disant asComme
) L'Ouverture était le plus modéré des
Toussaint-
) Dessalines,
généraux noirs; que
Christophe et Clerveaux, etc,
) gérés, plus désaffectionnés
élaient plus exaet plus
) torité de la
opposés encore àl l'aumétropole, il n'y eut plus à délibérer
> mier parti n'était
: le preplus praticable ; il fallut se résoudre à --- Page 127 ---
APPENDICE.
> adopter le deuxième et à faire le sacrifice qu'il exigeait'.
( Après la restauration, disait l'empereur, le gouverne-
> ment français y avait envoyé des émissaires et des propo-
) sitions qui avaient fait rire les nègres. Pour moi, ajoute-
) t-il, à mon retour de l'ile d'Elbe, je me fusse accommodé
> avec eux : j'eusse reconnu leur indépendance ; je me
de
à la manière des
) fusse contenté quelques comptoirs,
> côtes d'Afrique, et j'eusse tâché de les rallier à la mère-
> patrie, et d'établir avec eux un commerce de famille, ce
) qui, jepense, eût été facile à obtenir.
> J'ai à me reprocher une tentative sur cette colonie 9
> lors du consulat; c'était une grande faute que de vouloir
) la soumettre par la force; je devais me contenter de la
) gouverner par l'intermédiaire de Toussaint. La paix
( n'était pas encore assez établie avec l'Angleterre. Les ri-
) chesses territoriales que j'eusse acquises, en la soumet-
> tant, n'auraient enrichi que nos ennemis. L'empereur
> avait d'autant plus à se reprocher cette faute, disait-il,
> qu'il l'avait vue et qu'elle était contre son.inclination. Il
> n'avaitfait que céder al'opinion du conseil d'étatet à celle
> de ses ministres, entraîné par les criailleries des colons
) qui formaient à Paris un gros parti et qui de plus , ajou-
> taient-ils, étaient presque tous royalistes et vendus à la
> faction anglaise 2.>
< Je parlai de Toussint-L'Ouverture et je dis qu'en-
) tre autres calomnies débitées sur son compte par ses
1 Mémoires de Napoléon, vol. 4, page 266.
2 Mémorial de Sainte-Hélène, vol. 4, page 259.
entraîné par les criailleries des colons
) qui formaient à Paris un gros parti et qui de plus , ajou-
> taient-ils, étaient presque tous royalistes et vendus à la
> faction anglaise 2.>
< Je parlai de Toussint-L'Ouverture et je dis qu'en-
) tre autres calomnies débitées sur son compte par ses
1 Mémoires de Napoléon, vol. 4, page 266.
2 Mémorial de Sainte-Hélène, vol. 4, page 259. --- Page 128 ---
APPENDICE.
> détracteurs, on avait répandu le bruit
> mettre à mort
qu'il l'avait fait
secrètement en
> mérite pas de réponse,
prison. ( Cela ne
répondit
) pouvait-être la raison
Napoléon. Quelle
qui m'eût
) mourir ce nègre
déterminé à faire
après son arrivée en
) qu'aurais-je en vue en
France? Et
> des plus grandes
commettant ce crime? Mais l'une
folies que, j'ai faites et
) che,
que, je me reprocontinue-t-il, a été d'envoyer une armée
) Domingue. J'aurais da voir
à Saintqu'il était
) réussir dans le projet
impossible de
que j'avais
) une faute, et je suis
conçu. J'ai commis
coupable
) pas avoir reconnu
d'imprévoyance, de ne
l'indépendance de
> et le gouvernement des hommes Saint-Domingue
) n'avoir pas envoyé des officiers
de couleur ; de
> der avant la paix d'Amiens. français pour les secon-
>
Sije me fusse pris de cette
manière, je vous aurais fait un tort
> vous enlevais la
incalculable. Je
> colonies
Jamaique et le sort de vOS autres
se trouvait compromis.
) Saint-Domingue
L'indépendance de
reconnue, je n'aurais pu
) armée pour combattre les noirs.
y envoyer une
Mais
) fut signée, les anciens
lorsque la paix
colons, les marchands
> spéculateurs m'écrasèrent de
et les
demandes de
) La nation elle-même désirait
toute espèce.
vivement
> riche colonie, etj je crus devoir céder recouvrer cette
)) ardemment
à des voeux aussi
exprimés. Si, au contraire,
) paix avec les
j'avais fait ma
Haitiens, avant celle d'Amiens,
) refuser de faire aucune démarche
j'aurais pu
)
pour reprendre SaintDomingue, car agissant
)
contradiction
différemment, j'aurais été en
avec moi-même ' )
I Napoléon en eril one PEcho de
page 216,
Sninte-Iléline, par O'Menra, vol, 2,
à des voeux aussi
exprimés. Si, au contraire,
) paix avec les
j'avais fait ma
Haitiens, avant celle d'Amiens,
) refuser de faire aucune démarche
j'aurais pu
)
pour reprendre SaintDomingue, car agissant
)
contradiction
différemment, j'aurais été en
avec moi-même ' )
I Napoléon en eril one PEcho de
page 216,
Sninte-Iléline, par O'Menra, vol, 2, --- Page 129 ---
APPENDICE.
J'ajoute ici, pour compléter le plus qu'il est en mon
voirlés opinions del'empereurl
poude
Napoléon sur les événements
mon pays, un rapport adressé par le général
Lavaysse au président Pétion 1
DauxyonCe
, après les cent-jours.
rapport, dont je dois la communication à l'amitié
M.J Linstant, avocat en Haiti, est, à mon très-grand
de
plein de lacunes; trouvé dans la cour du
désespoir,
Port-au-Prince, il aura été sans doute gouvernement du
révolution de 1843;
mutilé pendant la
peut-être ne serait-il
d'en découvrir les autres
pas impossible
moins la
fragments : j'en recommande du
recherche au patriotisme de mes
(
concitoyens.
L'empereur : C'est un drôle de roi
% Christophel...
que ce
( Sire, sa majesté
tres-Christophienne est
)) très-drôle et
certainement
très-burlesque, mais c'est un
> plaisant; ; c'est un bacha qui fait trancher la très-mauvais
) généraux, de ses
tête de ses
médecins, de ses favoris, au
) caprice de son humeur
moindre
> n'est jamais
sanguinaire; et l'on assure qu'il
d'aussi bon appélit que
) décoller par ses
lorsqu'il a fait
sapeurs quelques-uns de ses
)
( Peste! vous avez donc bien fait de sujets.
> lui rendre visite 2, et les noirs?
ne pas aller
et la culture? )
I Pétion (Anne-Alexandre)
Nul ne fut plus grand, avant naquit au Port-au-Prince, le 2 avril 1770.
rique. II mourut le 29 mars comme après, dans les fastes de l'Amé-
*L'adjudant-général 1818, à l'àge de 48 ans.
Lavaysse (Dauxyon), le colonel Francode
(Angustino) et un sieur Dravermann furent
Medina
première restauration, en Haiti, pour rattacherl envoyés, la en 1814, lors de la
Alors Haiti était divisée sous l'administration colonie en la mnétropole.
du vertueux Pétion. Dravermann
de l'affreux Christophe et
Medina
s'arrêta à Ia Jamaique ; Franco de
Prince. Leurs débarqua sur le territoire espagnol, et Lavaysse au Port-an
instructions secrètes, rédigées sous le ministère de M. de
Medina
première restauration, en Haiti, pour rattacherl envoyés, la en 1814, lors de la
Alors Haiti était divisée sous l'administration colonie en la mnétropole.
du vertueux Pétion. Dravermann
de l'affreux Christophe et
Medina
s'arrêta à Ia Jamaique ; Franco de
Prince. Leurs débarqua sur le territoire espagnol, et Lavaysse au Port-an
instructions secrètes, rédigées sous le ministère de M. de --- Page 130 ---
APPENDICE.
( Sire, il leur dit qu'ils sont
) esclaves du sol de telle
libres; mais ils sont
ou telle habitation; en
> attachés à la
et
un mot
glèbe,
au lieu d'être
) autrefois, lorsqu'ils
fustigés comme
désertent les
) donne la bastonnade
plantations, on leur
pour la première fois, et
) récidivent on leur tranche la tête
lorsqu'il
ou bien on les fusille. )
( L'empereur : belle libertél Et Pétion?
( Oh! Sire, c'est un tout autre
>
) Pétion est un homme
homme. Le général
lettré, éclairé, de moeurs
) quoiqu'un peu têtu. )
douces,
( L'empereur, souriant : ah! il n'est
> qu'on accuse d'être
pas le seul
un peu têtu... Quel titre prendMalouet, ennemi de ia liberté des noirs,
ou l'exil de nos principales autorités
portaient en substance la mort
clavage. Pendant que le président nationales, le rétablissement de l'esPétion accueillait
avec tout le respect exigé par le droit des
le général Lavaysse
se devaît à lui-même, le colonel de
gens et toute la dignité qu'il
du Nord, oà il était arrêté et Medina se dirigeait vers la frontière
cieuses
conduit au Cap. Dépouillé de ses fallainstructions, Medina fut livré à une commission
pendant plusieurs jours sur la place
militaire; exposé
populace ignoble, on le fit à la fin publique, battu de verges par une
noir, à une messe de
assister, dans une église tendue de
ments. ( Le
requiem; puis il disparut au milieu d'affreux tour-
>
gouvernement de Christophe, dit M.
de
Rémy, est tout dans celte cérémonic
Lepelletier Sainttout; le roi d'Haiti fit
judiciaire. ) Mais ce n'est pas
imprimer les instructions de la
envoya au président d'Haiti,
mission et les
Pétion, qui négociait de bonne foi, passa de
gnation. Le général Lavaysse avait tout à
l'étonnement à l'indile farouche
redouter ! Mais, loin d'imiter
hâta
exemple que venait de lui donner le roi du Nord, Pétion
d'envoyer son médecin particulier, M.
se
survécu aux massacres ordonnés
Mirambeau, blanc qui avait
le général
par. Dessalines, en 1804,
il
français sur son sort. ( Le pavillon de la
tranquilliser
dire, protége le droit des
République, lui fitdonner
gens; je veux d'ailleurs
aux blancs des preuves de Ja magnanimité comme toujours
négociations furent dès lors
de ma race. ) Les
interrompues.
in particulier, M.
se
survécu aux massacres ordonnés
Mirambeau, blanc qui avait
le général
par. Dessalines, en 1804,
il
français sur son sort. ( Le pavillon de la
tranquilliser
dire, protége le droit des
République, lui fitdonner
gens; je veux d'ailleurs
aux blancs des preuves de Ja magnanimité comme toujours
négociations furent dès lors
de ma race. ) Les
interrompues. --- Page 131 ---
APPENDICE.
) il? Quelle est la forme de son
( Sire, il a trop d'esprit et de gouvernement? bon
>
> s'imaginer, comme son ignare voisin
sens, pour
) chefs sauvages de l'ancien et du
et d'autres petits
) l'on peut sérieusement
nouveau monde * que
prendre le titre de roi,
) l'on commande une douzaine de
parce que
) serfs. Point de titre
paroisses, peuplées de
pompueux dans la
) d'Haiti; point d'autorité arbitraire. Ce
République
) de république
pays est une sorte
municipale dont le général
> président et le
Pétion est le
gouverneur, et qu'il administre
) un Jefferson ou un Washington,
comme
) dermann de Suisse,
comme un bon lan-
)
en un mot en guerrier, en
en père. )
sage et
( L'empereur : Avez-vous
) autres hommes de mérite?
remarqué là quelques
>
( Plusieurs, Sire. Celui que, j'ai été le
) de connaître et
plus à portée
d'apprécier est le général
> l'esprit cultivé, le coeur noble
Boyer ' II a
et excellent. )
( Le roi, qu'il se fasse
) plaira, aussi bien
appeler roi, tant qu'il lui
nous ne sommes
) avons fait une grande
plus roi. Nous
> paix d'Amiens.
faute, de grandes fautes à la
Elles m'ont coûté bien du
) transes, parce
sang et des
que l'on se laissait aller aux conseils
cPais souligné ces plusieurs mots
> j'avais remis
vous
quej j'avais oubliés dans l'extrait
) conseillers d'Etat, pour
au général Toledo. Plus de trente sénateurs, que
> Montesquion, de Beauveau, généraux, etc., entr'autres MM. les comtes de
D
Las-Cases, les
Belliard, etc., ont été témoins de cette
généraux Rapp, Mouton,
1 Boyer (Jean-Pierre),
conversation. )
vrier 1776; il succéda au mulâtre, président naquit au Port-au-Prince, le 28 féqu'il promettait, son système
Pétion ; malgré toutes les espérances
absurde compression ; expulsé gouvernemental par la révolution ne fut qu'une longue et
Paris, le 9 juillet 1850.
de 1843, il mourut à
Belliard, etc., ont été témoins de cette
généraux Rapp, Mouton,
1 Boyer (Jean-Pierre),
conversation. )
vrier 1776; il succéda au mulâtre, président naquit au Port-au-Prince, le 28 féqu'il promettait, son système
Pétion ; malgré toutes les espérances
absurde compression ; expulsé gouvernemental par la révolution ne fut qu'une longue et
Paris, le 9 juillet 1850.
de 1843, il mourut à --- Page 132 ---
APPENDICE.
de messieurs les habitants de Saint-Domingue.
> forcenés
de leçons, pour ne pas faire de
) Que le passé nous serve
bien besoin de réparer
nouvelles. Nous avons
> sottises
Faisons avec eux un bon
) nos pertes de toute espèce.
comme il
de commerce et qu'ils se gouvernent
)) traité
de l'Amérique sont mûrs
) leur conviendra. Les peuples
européenne ne
et la politique
) pour Vindépendance, de leur intérieur, ne doit plus préten-
) doit plus se méler
On vous fera entrer dans
) dre de les retenir en tutèle..
encore
l'audience. Je veux vous parler
) mon cabinet après
de
(son
au comte Montesquiou
). et en vous montrant
fera entrer dans mon cabinet
on vous
) grand-chambellan),
) après l'audience. )
introduit par le comte de
> Deux heures après, je fus
chambellan de service.
) Beauveau,
chose
me demanda
que la première
qu'il
> Croirez-vous venait le nom de Pétion' ? )
) fut d'où vous
deviner la pensée de Votre Majesté;
( Sire, je crois
Pétion s'est
a-t-elle pensé que le président
> peut-être
admiration pour le verlueux Péthion,
) donné ce nom para
qui prirent
enthousiastes et imbéciles,
> comme quelques
de Brissot, Marat, Robespierre
) dans letemps les prénoms
Pétion n'est rien
Caton, etc, Non, sire,
) etc., Aristide,
c'est une des têtes les plus
enthousiaste;
) moins qu'un
existent. 11 estné fils naturel.
) fortes et les plus saines qui
de
nom d'enfance, une contraction
) Pétion est un
mis de h à ce nom, qui est devenu
> petiton, et il n'a point
) son nom propre.
cn dardant à travers mes
> L'empereur : c'est bien,
fond de mon âne,
scrutateur jusque au
> yeux son regard
>
) tout en prenant sa prise de tabac. --- Page 133 ---
APPENDICE. ( Il serait trop long de vous raconter ici, et d'ailleurs
> je ne puis actuellement confier au papier tout que ce
) l'empereur me dit à votre sujet dans ce tête-à-tête. ) M. Colombel 1 à quij'aip plus d'une fois raconté ces choses
> afin qu'il prit des notes et qu'il vous en fft le récit fidèle,
) doit s'en être acquitté. Je dois cependant vous dire
) que, lorsque je lui ai fait connalirelorganisation de votre
) République, il convint de l'injustice en même temps que
) de l'impossibilité de vous faire rentrer sous la souve-
) raineté de la France. ) Votre proposition d'accorder une indemnité aux colons
) expropriés lui donna une haute idée de la probité, de la
> modération et de la générosité de votre gouvernement
) el de VOS compatriotes. Et à se sujet, il disait : ( C'est
) plus que n'aient jamais fait aucun gouvernement et
) aucun pays dans de pareilles circonstances. >
( Son projet était donc de reconnaître votre indépen1Colombel, mulâtre, naquit à Saint-Michel du Fonds-des-Negres, vers
1784.
order une indemnité aux colons
) expropriés lui donna une haute idée de la probité, de la
> modération et de la générosité de votre gouvernement
) el de VOS compatriotes. Et à se sujet, il disait : ( C'est
) plus que n'aient jamais fait aucun gouvernement et
) aucun pays dans de pareilles circonstances. >
( Son projet était donc de reconnaître votre indépen1Colombel, mulâtre, naquit à Saint-Michel du Fonds-des-Negres, vers
1784. Son père était blane, notaire de la paroisse. Il fut envoyé en
France pour y faire ses études ; il ne revint en Haiti qu'en 1816. Le
président Pétion, qui aimait à encourager) le talent partont où il le reucontrait, le prit pour son secrétaire particulier. Dans ce poste où l'avait
appelé la confiance du grand homme, Colombel fot à même de recueillir
des notes précieuses sur l'histoire de nos révolutions; il eut même le
loisir de composer la Vie d'Alezandre Pétion. Ami intime de Billaud de
Varennes, que le souffle des révolutions avait jeté au Port-au-Prince, ct
qui y mourut, il avait en sa possession des manuscrits précieux de CC
fameux conventionnel ; reparti pour l'Europe sur le briek le Leviathan,
en avril 1823, pour faire imprimer ses travaux et ceux de Billaud de Varennes, il périt avec le navire qu'il montait. Il nous a laissé plusieurs
opuscules; le principal a pour titre : Ezamen d'un pamphlet
titre : Essai sur les causes de la révolution et des guerres civiles ayant d'Haiti, pour
par Vastey. Port-au-Prince, novembre 1819. --- Page 134 ---
APPENDICE. il concevait avec juste raison que
) dance politique; et
aurait acdu traité par lequel votre République
) l'article
colons, aurait jeté penune indemnité aux anciens
) cordé
telle
de denrées
années une
quantité
) dant plusieurs
(puisque ce paiement
dans le commerce français
) d'Haiti
aurait établi durant cette
) se serait fait en denrées) qu'il
de la
presque exclusif en faveur
) période un commerce
rétabli, la commu-
) France, ct qu'une fois ce commerce
et surtout le
de
de moeurs, d'habitudes
) nauté langage,
la destrucdu sang français avec votre sang 7 par
> mélange
aurait donné
> tion de l'ancien préjugé sous ce rapport,
de préférence à la France,
) pour l'avenir un commerce
un traité. fàt nécessaire de le stipuler par
) sans qu'il
conversation privée
> Dans le courant de cette première
je lui dis que vous et VOS compatriotes. ,
) avec l'empereur,
del Louis XVIII
dans l'obstinationdu gouvernement
) voyiez
la traite des noirs, l'intention de réta-
)) à vouloir continuer
ce vous
à Saint-Domingue, en ajoutant que
) blir l'esclavage
n'ayant publié audit aussi, que ce souverain,
) m'avez
n'ayant fait aucun règlement pour
) cune ordonnance,
libres et des esclaves de la
le sort des gens
) améliorer
vous ne pouviez croire
et de la Guadeloupe,
) Martinique
sincère de respecter les droits
) qu'il ait eu l'intention
la révolution.
vouloir continuer
ce vous
à Saint-Domingue, en ajoutant que
) blir l'esclavage
n'ayant publié audit aussi, que ce souverain,
) m'avez
n'ayant fait aucun règlement pour
) cune ordonnance,
libres et des esclaves de la
le sort des gens
) améliorer
vous ne pouviez croire
et de la Guadeloupe,
) Martinique
sincère de respecter les droits
) qu'il ait eu l'intention
la révolution. votre population a acquis depuis
) que
avait rendu à Lyon à
> Il me parla alors du décret qu'il
avec
de ces choses
1 et m'ordonna d'allerconférer
) ce sujel
me rendis en sorlant
ministre Decrès, chez lequel je
) le
mais qui traita avec tant de légèrcté
> de chez l'empereur,
décret rendu contre la traite qu'à Paris; ce décret est
I Il1 n'y eut de
du 29 mars 1816. --- Page 135 ---
APPENDICE.
> ce sujet que je n'y revins plus. Mais ce misérable
) était un de ceux qui trahissaient: alors
qui
l'empereur, ou du
) moins de ceux qui ne voulaient pas se comprometireavec
) les Bourbons, traita si légèrement tout ce que je lui dis
) que je ne revins plus chez lui, pour lui parler de ces
) choses.
) Néanmoins comme je m'étais mis en tête de faire pré-
) valoir en France les idées favorables à la liberté des
> Haitiens, je me rendis.. (Lacune).
>.. Excellent. Il a l'esprit cultivé, il écrit en homme
> de lettres : Il connaît bien son métier. En
un mot, il
> serait un général distingué dans les armées de V. M. >
- ( L'empereur : En vérité! )
- ( Oui, Sire; etiln'est pas le seul; mais je n'ai pas eu
> le temps de bien connaître les autres
3 par exemple, le
) général Gédéon 1 1 un aide-de-camp du président nommé
* ( Je racontais un jour à MM. Suard, Roger, Laya et
)
mes, de lettres,
d'autres homqu'un jour je montrais au général Boyer une
) laquelle, étant malade,
lettre,
j'écrivais au président. Le général
) proposa de changer deux expressions que je leur montrai. Boyer me
) (Lacune) observa Laya... (Lacune). )
C'est
1 Gédéon (Antoine), noir, naquit à Léogane, vers 1771; il
grand rôle dans les événements qui amenèrent,la
joua un
mourut au
mort de Dessalines. Il
Port-au-Prince, en 1829. On prétend qu'après Ja mort de
Pétion, survenue en 1818, plusieurs sénateurs voulurent le porter à la
présidence de la République, en guise du général Boyer. II cut, dit-on,
T'héroisme de décliner son insuffisance comme homme d'Etat. Cette
ticularité, vraie ou fausse, n'est pas moins honorable
parcar elle prouve jusqu'à quel point s'étendait
pour sa mémoire,
désintéressé, d'homme de
sa réputation de citoyen
bien, chose si rare de nos jours, où tout
monde a la manie de gouverner les âmes.
le
présidence de la République, en guise du général Boyer. II cut, dit-on,
T'héroisme de décliner son insuffisance comme homme d'Etat. Cette
ticularité, vraie ou fausse, n'est pas moins honorable
parcar elle prouve jusqu'à quel point s'étendait
pour sa mémoire,
désintéressé, d'homme de
sa réputation de citoyen
bien, chose si rare de nos jours, où tout
monde a la manie de gouverner les âmes.
le --- Page 136 ---
APPENDICE.
1 ses secrétaires inginac 2 1 Garbage 3; el comme
> Ilogu >
) j'élais en train d'en nommer d'autres, Napoléon m'inter-
> rompit par cesquestions :
( Quelles sont les forces de monsieur Christophe 9>
( Environ huit mille hommes, 9 infanterie, cavalerie,
) artillerie, etc. )
- ( Et celles de Pétion 9
( Sire, environ vingt mille hommes de toutes armes. )
( Et comme j'entrais dans des détails, l'empereur m'in-
) terrompit encore en disant : ( de manière que le républi-
) cain est plus puissant que le monarque 4. )
1 Hogu (Augostin-Robert), mulâtre,"naquit à la Croix-des-Buuquet, officiers de
vers 1776. C'élait un des plus braves et des plus intelligents services
l'état-major de Pétion. Il rendit à la chose publique de grands
pendantle siége de 1812. Général de brigade en retraite, il mourut au
Port-au-Prince, en mai 1846.
2 Inginac Dleephrpeperds.latbege), mulàtre, naquit à Léogane, le
31 décembre 1773. Général de division, banni à la révolution de 1843, Il
il fut rappelé daus son pays sous la présidence du général Riché. à la
mourut le 9 mai 1847. On a de lui deux pelits Mémoires, des imprimés révélations
Jamaique, pendant son exil. Ces Mémoires contiennent dont il était le
assez curieuses sur l'administration du président Boyer,
secrétaire-général.
3 Garbage (Francois), mulâtre, naquit au Port-au-Prince, vers 1776. dans
Son intelligence le fit appeler, en 1794, par le général Montbrun,
les bureaux de Fadjudance-générale de l'Ouest. Beaucoup plus tard,
Alexandre Pétion se l'attacha comme secrétaire. Ses capacités quis'étaient de
développées avec l'âge, son dévoûment hien éprouvé aux intérêts celui- son
pays, lui méritèrent de plus en plus la confiance de Pétion. Ainsi,
ci, après la vaine mission de Dauxyon-Lavaysse, l'envoya en Angleterre, reconnaispour amener, sous la médiation du cabinet britannique, la de
sance de notre Indépendance par la France. Le retour inopiné Napoléon de l'ile d'Elbe dérangea les négociations; néanmoins ministre Garbage de la
cut plusieurs conférences avec lord Liverpool, premier le
couronne. Doué d'une faible santé, il mourut à Londres 6 juillet 1815,
sans avoir pu terminer sa mission.
4 Il est évident que Dauxyon-Lavaysse diminuait les forces de Christophe pour mieux disposer l'empereur Napoléon en faveur de la République, car les armées des deux Etats étaient à peu près du même
chiffre.
a les négociations; néanmoins ministre Garbage de la
cut plusieurs conférences avec lord Liverpool, premier le
couronne. Doué d'une faible santé, il mourut à Londres 6 juillet 1815,
sans avoir pu terminer sa mission.
4 Il est évident que Dauxyon-Lavaysse diminuait les forces de Christophe pour mieux disposer l'empereur Napoléon en faveur de la République, car les armées des deux Etats étaient à peu près du même
chiffre. --- Page 137 ---
APPENDICE.
> A propos 1 1 c'est toujours l'empereur qui parle 9
au
Pétion
)) - est-il vrai quelorsque vous faisiez président
) et aux autres l'étalage des honneurs et de la considération
ici
le dernier gouvernement les
) dont étaient comblés par
> hommescélebres de la révolution, il vous a répondu qu'il
) lui semblait les voir figurer comme les mulâtres de
)) la France?s
1 ( Oui, sire, le mot est du président. )
- ( L'empercur : Et Ce n'est pas le mot d'un homme
>> ordinaire! Il voyait mieux la France du Port-au-Prince
) qu'on ne la voyait des Tuileries 1. )
- ( Sire, Pétion ajouta qu'il ne concevait pas qu'une
) nation aussi nombreuse et aussi forte que la nation fran-
) çaise eût pu souffrir l'insulte que les alliés lui avaient
)) faite, en déclarant qu'ils ne traiteraient ni avec vous, ni
)) avec aucun membrede votre famille; qu'il ne croyait pas
> qu'aucune autre nation européenne eût toléré une pareille
) insulte, eût-elle été gouvernée par un prince qu'elle
) aurait méprisé. >,
( L'empereur m'interrompit en proférant tdevant cette
) nombreuse et illustre assemblée * ces mémorables pa1 ( Comme je lui disais (à Pétion) qu'il n'y avait plus de préjugés et
de la révolution et de
)) que le roi était entouré des hommes
l'empire ne
aussi bien que de ceux de l'ancien régime, il me répondit : ( Vous
) lisez donc pas l'Amanach royal; ouvrez-le et vous ne verrez figurer
dans les grandes places de la cour que deux hommes de la révolntion :
) un sot et un traître.. Qnant aux hommes de l'empire, ce sont les
) mnlâtres de la restauration... Comment puis-je traiter avec vous?
France et les
)) avant trois mois, vous verrez Bonaparte entrer en
) Bonrhons s'en aller plus vite qu'il ne sont venus. ) Correspondance
de Dauxyon-Lavaysse, papiers du ministère de la marine. Voyez SaintDomingue, Étude et solution nouvelle de la question haitienne, par Lepelletier de Saint-Rémy, vol. 2, page 19.
crois, sont tous
( J'aime à prendre à témoin ces personnages qui, je
en vie, mon camarade Labédoyère excepté, et j'avone que j'épronve
qnelque sorte d'orgueil d'avoir été le premier qui ait osé parler ainsi
)) à l'antorité, d'hommes que naguère on traitait de rebelles qn'il fallait
) exterminer. ))
de la question haitienne, par Lepelletier de Saint-Rémy, vol. 2, page 19.
crois, sont tous
( J'aime à prendre à témoin ces personnages qui, je
en vie, mon camarade Labédoyère excepté, et j'avone que j'épronve
qnelque sorte d'orgueil d'avoir été le premier qui ait osé parler ainsi
)) à l'antorité, d'hommes que naguère on traitait de rebelles qn'il fallait
) exterminer. )) --- Page 138 ---
APPENDICE.
) roles : Eh bien lils veulent être libres, qu'ils demeurent
) libres, puisqu'ils sont dignes de l'être Imonsieur Chris-
) tophe aime à faire le roi ; qu'il fasse le roi (Lacune).
DÉCRET IMPERIAL.
< Au Palais des Tuileries, le 29 mars 1815.
( NAPOLÉON, empereur des Français 9
) Nos ministres d'État entendus,
) Nous avons décreté et décrétons ce qui suit :
> Art 1er, A dater de la publication du présent décret la
> traite des noirs est abolie.
) Il ne sera asordéaucunespélition pour cecommerce,
)) ni dans les ports de France, ni dans ceux de nos colo-
) nies.
> Art. 2. Il ne pourra être introduit pour être vendu dans
) nos colonies aucun noir provenant de la traite soit fran-
> çaise, soitétrangère.
) Art. 3. La contravention au présent décret sera punie
> de la confiscation du bâtiment et de la cargaison, laquelle
) sera prononcée par nos cours et tribunaux,
) Art. 4. Néanmoins les armateurs qui auraient fait par-
) tir avant la publication du présent décret des expéditions
) pourla traite, pourront en vendre le produit dans nos CO-
) lonies.
) Art. 5. Nos ministres sont chargés de l'exécution du
) présent décret.
> (Signé) NAPOLÉON.
) Par l'empereur,
) Le ministre secrétaire d'Etat, (signé) le duc de BASSANO.> --- Page 139 ---
APPENDICE.
Je crois devoir ajouter à cet appendice l'ordonnance par
laquelle le roi Charles X reconnut l'indépendance de mon
pays. Sans doute, il eût été plus glorieux pour Haiti de
traiter de puissance à puissance avec la France, ainsi que
l'avait entendu le grand Pétion, et non point de subir un
ultimatum qui ressemble tant soit peu aux fourches caudines de l'ancienne Rome. Mais je prierai le lecteur de faire
peu d'attention à la contexture de cette ordonnance, car
Charles X, roi absolu, niant, comme son prédécesseur,
toutes les conquêtes de la révolution, ne relevait que de
son libre arbitre. Ainsi Louis XVIII, dans la charte de
1814, avait octroyé au peuple français les droits politiques
et civils que cependant il tient de la nature comme tous les
autres peuples. Or, quelles formes plus honorables les
Haitiens pouvaient-ils attendre de la restauration %
ORDONNANCE DU ROI.
( Paris, le 17 avril 1825.
( CHARLES, par la grâce de Dieu, roi de France et de
) Navarre, 9
) A tous ceux qui ces présentes verront, salut :
) Vu les articles 14 et 73 de la charte;
> Voulant pourvoirà ce que réclament l'intérêt du com-
) merce français, les malheursdes anciens colons de Saint-
)) Domingue, et l'était précaire des habitants actuels de
> celte ile,
) Nous avons ordonné et ordonnons ce quisuit:
> Art. 1er, Les ports de la partie française de Saint-Do-
) mingue serontouverts au commerce de toutes les nations.
> Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires,
> soit sur les marchandises, tant à l'entrée qu'à la sortie,
ament l'intérêt du com-
) merce français, les malheursdes anciens colons de Saint-
)) Domingue, et l'était précaire des habitants actuels de
> celte ile,
) Nous avons ordonné et ordonnons ce quisuit:
> Art. 1er, Les ports de la partie française de Saint-Do-
) mingue serontouverts au commerce de toutes les nations.
> Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires,
> soit sur les marchandises, tant à l'entrée qu'à la sortie, --- Page 140 ---
APPENDICE.
) seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté
) le pavillon français 1 en faveur duquel ces droits seront
) réduits de moitié.
) Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de
) Saint-Domingue verseront à la caisse générale des dépôts
) et consignations de France, en cinq termes égaux, d'an-
) née en année, le premier échéant au trente-un décembre
> mil huit cent vingt-cinq, la somme de cent cinquante
> millions de franes, destinés à indemniser les anciens CO-
>) lons qui réclameront une indemnité.
> Art. 3. Nousconcédons à cesconditions par la présente
) ordonnance aux habitants de la partic française de Saint-
) Domingue, l'indépendance pleine et entière de leur gou-
) vernement.
> Et sera la présente ordonnance scellée du grand sceau.
> Donné à Paris au château des Tuileries 9 le 17 avril,
> l'an de grâce 1825, et de notre règne le premier,
) CHARLES.
) Par le roi,
) Lepairde France, 1 ministre secrétaire d'état au dépar-
> tement de la marine et des colonies,
> Comte de CHABROL.
) Vu au sceau :
) Le garde des sceaux de France, ministre secrétaire
)) d'Etatdu département de la justice,
> Comte de PEYRONNET.
> Visa :
> Le président du conseil des ministres,
) J. de VILLELE. > --- Page 141 ---
APPENDICE.
( RAPPORT AU ROI.
> SIRE,
) Depuis les sinistres événemens qui, en 1791 et 1792,
honleverserent une de nos plus importantes colonies, et
menacèrent toutes les autres d'une destruction générale,
l'attention des divers gouvernemens qui se sont succédé
n'avait cessé de se porter sur une possession si précieuse et
qui était d'un si grand poids dans la balance du commerce
de la France.
) A l'époque du traité d'Amiens, une expédition formidable se prépara dans nos ports : vingt vaisseaux de ligne,
vingt frégates et un grand nombre de vaisseaux de transport
y débarquèrent successivement près de 50,000 bommes;
on connait les résultats déplorables de cette expédition. Je
n'en signalerai point ici les causes : quelles que soient les
fautes qui furent commises et les conséquences qui en furent
la suite, il n'en resta pas moins démontré à tous les gens
sages et éclairés, que de toutes les chances que pouvait
présenter une expédition de ce genre, celle de la conquête
n'était ni la seule, ni peut-être même la plus difficile à
obtenir.
) Depuis cette époque, les relations avaient été entièrement rompues avec cette colonie; une mort certaine était
même réservée à tout Français qui auraitosés'y introduire.
) A l'époque heureuse delarestauration, diverses tentatives furent faites, soit pour renouer avec elle des relations
favorables à notre commerce, soit pour assurer à d'anciens
enter une expédition de ce genre, celle de la conquête
n'était ni la seule, ni peut-être même la plus difficile à
obtenir.
) Depuis cette époque, les relations avaient été entièrement rompues avec cette colonie; une mort certaine était
même réservée à tout Français qui auraitosés'y introduire.
) A l'époque heureuse delarestauration, diverses tentatives furent faites, soit pour renouer avec elle des relations
favorables à notre commerce, soit pour assurer à d'anciens --- Page 142 ---
APPENDICE.
uneindemnitédes pertes qu'ils avaient subies,
propriétaires
les liens d'une dépendance au
soit enfn pour rattacher par
la colonie à son
moins extérieure, et toute de protection,
ancienne métropole.
maisil fut facile
> Ces tentatives n'curent aucun résultat: ;
les anciennes haines s'étaient affaiblies,
d'apercevoir, que
s'étaient réveillés, qu'un système
que de vieux souvenirs
s'était établi, et que les
plus régulier de gouvernement
réciprorelations pouvaient se renouer avec des avantages
ques et mutuellement appréciés.
événements: avait fait
> C'ests surtout depuis que la forcedes
le
entre les mains du président actuel, que
tomber pouvoir
et qu'un sysavaient été plus remarquées,
ces dispositions
le commerce étranger
tème de protection et d'égards pour
ces
avait remplacé
et même pour le commerce français, l'ile avait si longtemps
mesures de défiance dans lesquelles
cherché sa sûreté.
donc des ports de
) Plusieurs expéditions se dirigèrent étaient admises
mais elles n'y
France sur Saint-Domingue;
elles
simulé, et les droits auxquels
que sous un pavillon
doubles de ceux auxquels étaient
étaient assujéties, étaient
soumis les navires d'autres nations plus favorisées.
Sire, qu'un pareil état de choses ne
) V. M. a pensé,
fallait ou renonpouvait tse maintenir plus longtemps; ; qu'il
relations avec cette ile, ou les établir sur un pied
cer à toutes
à la
avoué, et qu'il importait
qui fat respectivement le commerce de France ne fat
dignité de la couronne que
et d'emde dissimuler son pavillon
dans aucun cas obligé
prunter des couleurs étrangères. aussi
ce que la mar-
> La sagesse de V. M. avait
apprécié de chances
che progressive des événements pouvait amener
maintenir plus longtemps; ; qu'il
relations avec cette ile, ou les établir sur un pied
cer à toutes
à la
avoué, et qu'il importait
qui fat respectivement le commerce de France ne fat
dignité de la couronne que
et d'emde dissimuler son pavillon
dans aucun cas obligé
prunter des couleurs étrangères. aussi
ce que la mar-
> La sagesse de V. M. avait
apprécié de chances
che progressive des événements pouvait amener --- Page 143 ---
APPENDICE.
nouvelles dans le rapport de l'ancien avec le nouveaumonde, et elle avaitmarqué elle-même ce point délicat, qui
dans lesaffaires graves et importantes est souvent unique et
presque toujours décisif.
> V.N M. sedétermina à rendre l'ordonnance du 17 avril.
> Satisfaire aux besoins du commerce français en lui
ouvrant un débouché avantageux, assurer une indemnité
aux anciens Colons de Saint-Domingue, faire cesser l'état
précaire où se trouvaient les habitants de cette ile ; tels
furent les motifs qui déterminèrent V. M. Ils étaient dignes
de son coeur paternel et de la haute protection qu'elle accorde à tous les intérêts du pays.
> V. M. m'avait chargé de faire parvenir cette ordonnance
au président du gouvernement de Saint-Domingue, comme
la dernière condition sous laquelle elle consentirait à renoncer à ses droits de souveraineté, et à accorder à cet état
l'indépendance pleine et entière de son gouvernement.
) En même temps que V. M. annonçait cesdéterminations
nobles et généreuses, elle me donnait l'ordre de faire toutes
les dispositions nécessaires pour que de pareilles intentions
n'eussent pas été manifestées en vain; et sans douter un
instant qu'elles ne fussent reçues avec la reconnaissance
qu'elles méritaient, elle avait voulu qu'elles fussent accompagnées de cet appareil de force et de dignité qui convient
à tout ce qui émane d'un Roi de France.
> D'après les ordres de V. M., M. le baron de Mackau,
capitaine de ses vaisseaux et gentilhomme de sa chambre,
a été chargé de porter cette ordonnance, et il est parti de
Rochefort, le4 mai dernier, sur la frégate la Circé.
) Ses instructions lui prescrivaient de se rendre immédiatement à la Martinique, pour s'y concerter avec le lieute-
force et de dignité qui convient
à tout ce qui émane d'un Roi de France.
> D'après les ordres de V. M., M. le baron de Mackau,
capitaine de ses vaisseaux et gentilhomme de sa chambre,
a été chargé de porter cette ordonnance, et il est parti de
Rochefort, le4 mai dernier, sur la frégate la Circé.
) Ses instructions lui prescrivaient de se rendre immédiatement à la Martinique, pour s'y concerter avec le lieute- --- Page 144 ---
-
APPENDICE.
nant-général comte Donzelot, gouverneur de cette colonie,
et avec M. le contre-amiral Jurien, commandant la station
navale de V. M., dans les Antilles.
Jurien recevaiten même temps l'ordre
) Le contre-amiral
de rallier tous les bâtiments dépendantde la station, en sorte
fussent réunis au Fort-Royal, du 1 au 20 juin, et
qu'ils
Grivel, commandant la station navale du
le contre-amiral
Brésil, devait se rendre à la même époque à la Martinique,
et s'y réunir à l'escadre du contre-amiral Jurien.
de France, vers le milieu de mai, rece-
) La Médée, partie
vait la même destination, et arrivait au Fort-Royal le
17juin. m'avaitaussi donné l'ordre de tenir en état d'ar-
) V. M.
mement complet, et prêtes à appareiller au premier signal,
frégates, P'Amphitrite, TAntigone, la Flore, et la
quatre Galathée, et de mettre en commission, ou en état d'armedeux vaisseaux, quatre frégates, et
ment provisoire,
bâtiments légers. 1l eût suffi de quelques jours
plusieurs achever leur armement, etles mettre en étatde suivre,
pour
ordre, la destination qu'il eût paru convenable
au premier
de leur donner.
> Les ordres de Votre Majesté ont étéponctuellement exécutés, etavec une précision que ne comportent pas toujours
sont subordonnées à tant de causes
des expéditions qui
éventuelles.
réunie sous les ordres de M. le contre-ami-
) L'escadre,
ral Jurien, à l'époque du 20 juin, se composait du vaisseau
de 80 canons; du Jean-Bart, de 74; des fréT'Eylau,
du 24; de la
gattes la Vénus et la Clorinde, portant
de la Thémis, de la Magicienne, de la Circé,
Nymphe, de la Médée. de la Salamandre, portant du 18. el de
unie sous les ordres de M. le contre-ami-
) L'escadre,
ral Jurien, à l'époque du 20 juin, se composait du vaisseau
de 80 canons; du Jean-Bart, de 74; des fréT'Eylau,
du 24; de la
gattes la Vénus et la Clorinde, portant
de la Thémis, de la Magicienne, de la Circé,
Nymphe, de la Médée. de la Salamandre, portant du 18. el de --- Page 145 ---
APPENDICE.
cinq bricks, ou bricks-goélettes, armés de 16
18 et de 24.
canons, de
) M. le baron de Mackau, commandant
ordre de précéder de
la Circé, avait
devait
quelques jours le départ de l'escadre,
quid
ne se montrer dans les parages du
que d'après l'avis qui lui en serait donné. Port-au-Prince,
) Cet officier a appareilléde la
division
de
Martinique, le 23, avec une
composée la frégate la Circé, et des deux
le Rusé et la Béarnaise. 11 a
bricks
Prince, le 3 juillet. Le
paru devant le Port-ausurplus de l'escadre a
27 juin, du Fort-Royal.
appareillé le
) L'accueil que reçut M. le baron de Mackau, fut
nature à lui faire concevoir de justes
de
cès de la mission dont il était
espérances sur le succhargé.
) A peine se fut-il signalé, que deux officiersy vinrentà
bord, et qu'un logement convenable lui fut
son
Port-au-Prince, ainsi qu'aux officiers
désigné au
) Des conférences
sous ses ordres.
commissaires
s'ouvrirent de suite entre lui et trois
qui avaient été délégués par le président du
gouvernement d'Haiti; et comme au bout de trois
elles n'avaient pas été amenées à un point de jours,
elles furent
solution,
reprises avec le président lui-même, aux
tentions conciliantes duquel M le baron de
inplaità rendre la plus entière
Mackau se
) Ce fut le 8 juillet, et
justice. )
liminaires
après quelques discussions préqui n'étaient pas sans importance, mais
furent traitées avec cet esprit de conciliation
qui
les affaires,
qui termine
quand on veut franchement les
le président écrivit à M. de Mackau
terminer, que
explications qui lui avaient été
: que d'après les
la loyauté du Roi, il
données 1 et confiant dans
acceptait, au nom du peuple d'Haiti,
fut le 8 juillet, et
justice. )
liminaires
après quelques discussions préqui n'étaient pas sans importance, mais
furent traitées avec cet esprit de conciliation
qui
les affaires,
qui termine
quand on veut franchement les
le président écrivit à M. de Mackau
terminer, que
explications qui lui avaient été
: que d'après les
la loyauté du Roi, il
données 1 et confiant dans
acceptait, au nom du peuple d'Haiti, --- Page 146 ---
APPENDICE.
de Votre Majesté, et qu'il allait faire les disl'ordonnance
qu'elle fût entérinée au sénat
positions nécessaires pour
avec la solennité convenable.
dois
laisser ignorer à Votre Majesté qu'avant
) Je ne
pas
le président avait cru
de prendre cette détermination,
membres du sénat et les prindevoir consulter plusieurs
s'étaient
officiers de l'ile; que les difficultés qui
cipaux
la discussion furent mises sous leurs yeux;
élevées dans
s'en remettre à la sagesse du chef
que tous déclarèrent
confiance dans la parole et dans
de la république; que la
seule
de Votre Majesté a
aplani
les intentions généreuses
M. le baron de Mackau
tous les obstacles, et que lorsque
dans la salle où se
fut introduit du cabinet du président
cris
réunis tous les principaux officiers, les
trouvaient
de France, vive la
de vive le Roi! vive le Dauphin
firent entendre avec une acclamation unaFrance ! se
nationale,
nime, et se mélèrent aux cris d'indépendance
de Votre Majesté venait proclamer et de
que l'ordonnance
reconnaître.
le sénat fut convoqué, pour
) Ce fut le 11 juillet que
les
de l'ordonnance, d'après
procéder à l'entérinement
du
les lois constitutives
pays.
formes prescrites par
les habitants
fut un véritable jour de fête pour
> Ce jour
entière s'était réunie dans les
de l'ile. La population tout
le Corpubliques et dans les rues où devait passer
places
nombreuse de la meilleure tenue fortége. Une troupe
la place du sénat.
mait la haic depuis le rivage jusqu'à
l'invitation d'entrer dans le port.
L'escadre avait reçu
de MM. les contreM. le baron de Mackau, accompagné
amiraux Jurien et Grivel et des sous-officiers de l'escadre,
l'appareil le plus solennel l'ordonnance de
porta avec
le Corpubliques et dans les rues où devait passer
places
nombreuse de la meilleure tenue fortége. Une troupe
la place du sénat.
mait la haic depuis le rivage jusqu'à
l'invitation d'entrer dans le port.
L'escadre avait reçu
de MM. les contreM. le baron de Mackau, accompagné
amiraux Jurien et Grivel et des sous-officiers de l'escadre,
l'appareil le plus solennel l'ordonnance de
porta avec --- Page 147 ---
APPENDICE.
Votre Majesté, qui fut saluée à son passage par toute l'artillerie des vaisseaux, à laquelle se mélèrent les acclamations unanimes de la population. Arrivés au sénat, où ils
furent introduits avec les égards et le cérémonial convenables, l'ordonnance fut entérinée en leur présence. Le
procès-verbal qui a étédressé de cette séance et le discours
du président du sénat au commissaire de Votre Majesté,
ne laissent aucun doute sur l'unanimité de sentiments avec
laquelle elle a été reçue, et sur la profonde reconnaissance
qu'elle a fait naître dans tous les coeurs.
> C'est aux cris de vive le Roi de France, vive son fils
bien-aimé! que la séance fut levée, et qu'une commission
de trois membres fut chargée d'en porter
l'expédition au
président de la république.
> Depuis le jour de cette séance jusqu'au 18 juillet, jour
où l'escadre est partie, et au 20 juillet où M. le baron de
Mackau a quitté le Port-au-Prince, une suite de fêtes
brillantes se sont succédé, et la joie manifestée par la
population a prouvé que les intentions bienveillantes de
Votre Majesté avaient été senties et appréciées, comme elle
avait droit de l'attendre.
) M. le baron de Mackau a donné passage à son bord à
trois envoyés qui se rendent en France, dans la vue de
négocier un emprunt pour satisfaire aux conditions de
l'ordonnance.
) Sire, ces mêmes sentiments qui s'exhalaient avec tant
d'enthousiasme à deux mille lieues de votre capitale, dans
une ile dont tant d'événements semblaient nous écarter
pour toujours, se sont manifestés avec la même expression
dans les ports et dans les villes maritimes de votre
Elles ont vu se rouvrir pour elles des sources de royaume.
prospérité
la vue de
négocier un emprunt pour satisfaire aux conditions de
l'ordonnance.
) Sire, ces mêmes sentiments qui s'exhalaient avec tant
d'enthousiasme à deux mille lieues de votre capitale, dans
une ile dont tant d'événements semblaient nous écarter
pour toujours, se sont manifestés avec la même expression
dans les ports et dans les villes maritimes de votre
Elles ont vu se rouvrir pour elles des sources de royaume.
prospérité --- Page 148 ---
Ce
c
APPENDICE.
qu'elles croyaient taries. Les anciens Colons, dépourvus
depuis si longtemps de ressources, et ne conservant même
plus les illusions de l'espérance, éprouveront un soulagement inattendu. Un état fixe et soumis à toutes les règles
d'égards et de convenances que la civilisation a introduites
parmi les nations, et dont elle a fait la première base du
droit public, remplacera cet état précaire qui n'était pas
sans danger pour toutes les colonies européennes.
) Je ne terminerai pas ce rapport, Sire, sans metire
de Votre Majesté l'expression du dévouement
aux commandant pieds
et de tous les officiers de son escadre.
du
les
Tous ont rivalisé de zèle pour exécuter ponctuellement
ordres de Votre Majesté. Les rapports de M. de Mackau,
de
que j'ai mis sous ses yeux, ne lui permettront point
cet officier n'ait répondu à la
douter, j'ose l'espérer, que
confiance qu'elle lui avait témoignée.
> Sa mission, pour me servir de ses propres expressions
avec le
d'Haiti, lui donnait
dans ses conférences
président
le caractère de soldat et non celui de diplomate ou de
négociateur. La franchise de ses explications, entièrement
avec celle que le président : n'a cessé de
en harmonie
montrer dès le premier instant, a, je n'en doute pas,
aplani beaucoup de difficultés et écarté beaucoup d'obstacles. J'oserai le recommander aux bontés de Votre Majesté.
suis avec le
profond respect, Sire, de Votre
) Je
plus
Majesté, lc très-humble'et très-fidèle sujet,
> Comte de CHABROL. > --- Page 149 ---
APPENDIGE. Extrait du Télégraphe, gazette officiclle d'Haiti
No 29. ( Port-au-Prince, le 17 juillet 1825, an XXII. ( HAITI RECONNUE INDÉPENDANTE. ) Dimanche, 3 de juillet, à dix heures du matin, la
vigie signala une frégate et deux bâtiments. On était loin
de penser que c'étaient des bâtiments de S. M. T. C. A
deux heures de l'après-midi, ils mouillèrent
rade et l'on reconnut alors
en grande
brick
que c'était une frégate, un
et une goèlette, sous pavillon français, la frégate
ayant au mât de misaine le pavillon haitien. Le colonel
Boisblanc, chef des mouvements du port, se rendait à
bord lorsqu'il rencontra un canot de la frégate ayant
lon parlementaire, dans
était
pavillequel
un officier porteur de
dépêches pour le gouvernement, Le colonel Boisblanc
les paquets et le canot retourna à bord de la
S. prit
le
frégate. E. président d'Haiti, ayant reçu ces paquets, fit
le général de brigade B. Inginac,
appeler
donna ordre de
secrétaire-général, et lui
répondre à la lettre que lui avait adressée
M.
ate ayant
lon parlementaire, dans
était
pavillequel
un officier porteur de
dépêches pour le gouvernement, Le colonel Boisblanc
les paquets et le canot retourna à bord de la
S. prit
le
frégate. E. président d'Haiti, ayant reçu ces paquets, fit
le général de brigade B. Inginac,
appeler
donna ordre de
secrétaire-général, et lui
répondre à la lettre que lui avait adressée
M. le baron de Mackau, capitaine de vaisseau
dant la frégate la Circé, pour lui
commanannoncer qu'il élait
chargé par S. M. T. C. d'une mission toute
près du gouvernement d'Haiti, de
pacifique aulaquelle il espérait
résulterait les plus grands avantages
le
qu'il
crélaire-général
pour pays. Le seenvoya le soir même un de Ses aides-decamp à bord de la frégate, apporter la réponse à M. de
--- Page 150 ---
APPENDICE. serait reçu
Mackau. Il lui annonçait dans sa lettre qu'il
Aussiqui l'avait envoyé. avec les égards dus au monarque
de M. le
ordres furent donnés pour la réception
tôt des
Le lendemain, 4 du coubaron de Mackau et de sa suite. de
heures du matin, le noble envoyé
rant, vers les sept
terre et se rendit en voiture à
S. M. T. C. descendit à
conférence paroù après une
l'hôtel du socrélaire-général,
de deux heures, M. de
liculière avec lui, qui dura plus
lui avaient été
Mackau se retira dans les appartements qui
eut eu rendu compte
destinés. Dès que le secrétaire-général
le président
às. Ex. de son entrevue avec M. le baron,
aide-de-
(le colonel Frémont,
nomma trois commissaires Rouannez et le secrétairecamp de S. Ex., le sénateur
de la mission de
général) afin de prendre connaissance lui
le grand objet
M. de Mackau, et de traiter avec
pour d'Haiti. Messieurs
de la reconnaissance de l'indépendance
conet M. l'envoyé eurent une première
les commissaires
dura plusieurs heures, et
férence, le 4 au soir, laquelle nouvelle qui fut prolonle 5, à midi, ils en eurent une
Dans ces deux
quatre heures de l'après-midi. gée jusqu'à les intérêts des deux gouvernements furent
conférences,
d'autre avec dévouement et patriotisme. défendus de part et
d'Haiti eut une
Le soir du même jour, S. Ex. le président
Le 7, à
entrevue avec M. le baron de Mackau. première
le secrétaire
midi, S. Ex. convoqua au Palais-National les généraux
d'Etat, le grand-juge, le sccrétaire-général,
dans la capitale, le trésorier-géet les sénateurs présents
et divers officiers
néral, le doyen du tribunal de cassation
sur les proafin d'avoir leur opinion
civils et militaires, même soir, il eut une nouvelle conpositions offertes.
entrevue avec M. le baron de Mackau. première
le secrétaire
midi, S. Ex. convoqua au Palais-National les généraux
d'Etat, le grand-juge, le sccrétaire-général,
dans la capitale, le trésorier-géet les sénateurs présents
et divers officiers
néral, le doyen du tribunal de cassation
sur les proafin d'avoir leur opinion
civils et militaires, même soir, il eut une nouvelle conpositions offertes. Le
S. Ex. le
M. de Mackau. Le 8, au matin,
férence avec --- Page 151 ---
APPENDICE.
président d'Haiti annonça par une lettre à M. le baron que
le gouvernement de la république acceptait, d'après les
explications qu'il avait données, l'ordonnance qui reconnait, sous certaines conditions, 9 l'indépendance pleine et
entière du gouvernement d'Haiti. Aussitôt le brick le Rusé,
commandé par le capitaine de frégate M. Luneau, fut expodié au-devant de la flotte qui se trouvait dans nos eaux,
sous les ordres des contre-amiraux Jurien, de la Gravierre
et Grivel, pour leur annoncer la conclusion de la négociation, et le soir de la même journée, la goëlette de S. M.
T. C. la Béarnaise, commandée par le lieutenant de vaisseau, H. Derville, fut expédiée pour la France afin d'en
apporter la nouvelle. >
Dès lors, la cérémonie de l'entérinement et acceptation
de l'ordonnance au sénat fut arrêtée pour le 11.
Le 8, au soir, la flotte composée de treize bâtiments
fut signalée, et le 9, à midi, elle mouilla en dehors de la
grande rade.
Dans l'après-midi, M. les amiraux Jurien et Grivel,
avec leurs officiers, descendirent et aller visiter le secrétaire-général, et ils obtinrent de S. Ex. le président d'Haiti
une audience qui fut des plus agréables.
Le 11, à l'heure indiquée, M. de Mackau, MM. les
amiraux et officiers de l'escadre devant le port, s'étant
rendus à terre dans l'ordre arrêté, et ayant reçu les compliments du général Thomas et des généraux quil'accompagnaient, le cortége est parti du quai pour se rendre au
sénat, où étant entré, M. le baron de Mackau prit la
role et prononça le discours suivant :
pa-
éables.
Le 11, à l'heure indiquée, M. de Mackau, MM. les
amiraux et officiers de l'escadre devant le port, s'étant
rendus à terre dans l'ordre arrêté, et ayant reçu les compliments du général Thomas et des généraux quil'accompagnaient, le cortége est parti du quai pour se rendre au
sénat, où étant entré, M. le baron de Mackau prit la
role et prononça le discours suivant :
pa- --- Page 152 ---
APPENDICE.
( Messieurs du Sénat,
ordonné de venir vers vous et de vous
> Le roi m'a
dont l'époque
offrir en son nom le pacte le plus généreux
Mesoffre l'exemple. Vous y trouverez la preuve,
actuelle
circonstances, la royale pensée
sieurs, qu'en ces grandes
l'état
des
de S. M. ne s'est pas moins portée sur
précaire
sur les intérêts de ses propres sujets.
Haitiens, que
Messieurs, les hautes vertus de votre
) Sans doute,
d'un
qui est tout à la
digue président, et l'intérêt
prince
ont exercé
et de son père et de la France,
fois l'orgueil
de S. M.; mais
influence sur la détermination
une grande
eût du bien à faire à une réunion
il suffisait qu'il y
X fût vivement
d'hommes, pour que le coeur de Charles
intéressé.
Messieurs, cette sincère et grande ré-
) Dieu bénira,
à d'auserve d'exemple
conciliation, et permettra qu'elle
dont l'humanité
Ires États déchirés encore par des maux
gémit.
d'espérer que dans le
> Aussi, nous est-i il permis
trouverons
monde comme dans l'ancien, nous
nouveau
ouverts à cet amour qui nous fut légué
tous les coeurs
la plus éloidont héritera notre postérité
par nos pères,
Maison de France, qui, après
gnée, pour cette auguste
voulu fonder celui
avoir fait le bonheur de notre pays, a
de ce nouvel Etat. )
la table du président du
Et il déposa lordonnauce sur
sénat.
au discours de
Le président du sénat se leva et répondit
M. le baron par cclui qui suit :
amour qui nous fut légué
tous les coeurs
la plus éloidont héritera notre postérité
par nos pères,
Maison de France, qui, après
gnée, pour cette auguste
voulu fonder celui
avoir fait le bonheur de notre pays, a
de ce nouvel Etat. )
la table du président du
Et il déposa lordonnauce sur
sénat.
au discours de
Le président du sénat se leva et répondit
M. le baron par cclui qui suit : --- Page 153 ---
APPENDICE,
( Monsieur le Baron,
) Nous recevons avec vénération, l'ordonnance de S. M.
T. C. par laquelle la recognition de l'indépendance d'Haiti
est formellement déclarée, et dont vous avez été chargé
de nous présenter l'acte solennel.
> Il appartenait à un descendant de la noble et antique
race des Bourbons de mettre le sceau au grand ceuvre de
notre régénération ; après de si funestes et de si cruelles
calamités, Charles X, justement nommé le Roi TrèsChrétien, vient enfin de reconnaître le droit acquis
le
haitien
par
peuple
9 et appelle cette jeune nation à prendre
rang parmi les peuples anciens.
) Rendons grâce à l'Éternel.
) Gloire à l'auguste monarque qui, dédaignant des
lauriers qui seraient souillés de sang, a préféré ceindre
son front majestueux de l'olivier de la paix.
)) Réunissons nos voix pour bénir son bien-aimé fils :
la renommée, en publiant ses vertus, a fait retentir Sa
voix jusqu'à nous.
)) Félicitons M. le baron de Mackau d'avoir si dignement rempli son honorable mission : le nom de son souverain, celui du dauphin de France, et le sien seront
inscrits en traits ineffaçables dans les fastes d'Haiti. )
Après ce discours, un des secrétaires du sénat a donné
lecture, à haute et intelligible voix, de l'ordonnance de
S. M. T. C., en date du 17 avril dernier, qui reconnaît
l'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti,
Ensuite, cet acte solennel a été entériné dans les registres
du sénat, et remis à une députation composée des séna-
çables dans les fastes d'Haiti. )
Après ce discours, un des secrétaires du sénat a donné
lecture, à haute et intelligible voix, de l'ordonnance de
S. M. T. C., en date du 17 avril dernier, qui reconnaît
l'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti,
Ensuite, cet acte solennel a été entériné dans les registres
du sénat, et remis à une députation composée des séna- --- Page 154 ---
APPENDICE.
teurs Daumec, Pitre et Rouannez, pour être porté au président d'Haiti.
Les cris de vive Charles X! vive le Dauphin de France!
vive la France ! vive Haiti! vive le président d'Haiti! vive
lIndépendance! retentirent de tous les côtés de la salle ;el,
après l'entérinement de l'ordonnance, la séance fut fermée;
et le cortége se rendit au Palais-National. Étant rendu au
pied des escaliers, M. l'envoyé de S. M. T. C., MM. les
amiraux et la députation du sénat furent reçus par le
contre-amiral Panayoti, officier-général de service au
palais, et furent introduits par les aides-de-camp de service dans la salle des généraux, oùt se trouvait S. Ex. le
président d'Haiti, environné des grands fonctionnaires.
Après les salutations réciproques et quand les principaux
personnages du cortége eurent pris place sur les fauteuils
qui leur étaient destinés 9 le sénateur Daumec , tenant
dans ses mains l'ordonnance du Roi très-chrétien, renfermée dans un superbe étui de velours, se leva, et déposa
sur la table ladite ordonnance. S. Ex. le président de la
république, prenant alors la parole, a prononcé le discours suivant :
( En acceptant solennellement l'ordonnance de S. M.
Charles X, qui reconnatt d'une manière formelle, l'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti, qu'il
est doux pour mon coeur de voir mettre le sceau à l'émancipation d'un peuple digne, par son courage et sa détermination, des destinées que la Providence lui réservait,
d'un peuple à la tête duquel il m'est si glorieux d'avoir été
appelé!
) Si les Taitiens, par leur conslance et leur loyauté,
de S. M.
Charles X, qui reconnatt d'une manière formelle, l'indépendance pleine et entière du gouvernement d'Haiti, qu'il
est doux pour mon coeur de voir mettre le sceau à l'émancipation d'un peuple digne, par son courage et sa détermination, des destinées que la Providence lui réservait,
d'un peuple à la tête duquel il m'est si glorieux d'avoir été
appelé!
) Si les Taitiens, par leur conslance et leur loyauté, --- Page 155 ---
APPENDICE.
ont mérité l'estime des hommes impartiaux de toutes les
nations, il est juste de rendre ici un hommage éclatant à
la gloire immortelle que, par cet acte mémorable, le monarque de la France vient d'ajouter à l'éclat de son règne.
Puisse la vie de ce souverain être longue et heureuse,
pour le bonheur de l'humanité!
> Depuis vingt-deux ans , nous renouvelons chaque
année le serment de vivre indépendants, ou de mourir.
Désormais, nous ajouterons un vou cher à notre coeur
et qui, j'espère, sera exaucé par le ciel : Que la confiance
et une franchise réciproque cimentent à jamais l'accord
qui vient de se former entre les Français et les Haitiens! ))
M. de Mackau se leva et s'adressa à S. Exc. le président
d'Haiti, dans les termes suivants :
( Monsieur le Président,
> Le Roi a su qu'il existait sur une terre éloignée,
autrefois dépendante de ses États, un chef illustre qui ne
se servit jamais de son influence et de son autorité que
pour soulager le malheur, désarmer la guerre de rigueurs
inutiles, et couvrir les Français, surtout, de sa protection.
) Le Roi m'a dit : ( Allez vers cet homme célèbre,
offrez-lui la paix, et, pour son pays, la prospérité et le
bonheur. ) J'ai obéi; j'ai rencontré le chef que m'avait
signalé mon roi, et Haiti a pris son rang parmi les nations
indépendantes. )
Les président d'Haiti prenant la parole, s'est exprimé
en ces termes :
rigueurs
inutiles, et couvrir les Français, surtout, de sa protection.
) Le Roi m'a dit : ( Allez vers cet homme célèbre,
offrez-lui la paix, et, pour son pays, la prospérité et le
bonheur. ) J'ai obéi; j'ai rencontré le chef que m'avait
signalé mon roi, et Haiti a pris son rang parmi les nations
indépendantes. )
Les président d'Haiti prenant la parole, s'est exprimé
en ces termes : --- Page 156 ---
:
APPENDICE.
( Monsieur le Baron,
> Mon âme est émue à l'expression des sentiments que
de manifester. Il m'est glorieux et satisfaisant
vous venez
vous m'annoncez, dans
tout à la fois d'entendre ce que
France.
de la part de S. M. le roi de
cette grave solennité,
été
le résultat de principes
Tout ce que j'ai fait n'a
que
fixes qui ne varieront jamais.
une véritable sastisfaction de pouvoir, dans
> J'éprouve
combien je me félicite
cette circonstance, vous témoigner
honorables qui
d'avoir été à portée d'apprécier les qualités
vous distinguent. )
le président eut fini de parler, il donna l'ordre
Après que
de faire la lecture de l'ordonnance de
au sccrétaire-général
de la décharge donnée à M. de
S. M. T. C., et ensuite
dont il était porteur :
Mackau de la remise de l'ordonnanced
fut fait,
été agréée, le signal convenu
cette décharge ayant
l'escadre française
ct aussitôt les bâtiments composant
celui
devant le port, ont salué le pavillon d'Haiti comme
indépendante. Le fort Alexandre, tous les
d'une nation
sur rade ont salué le
forts de la ligne et les garde-côtes
pavillon royal de France.
C.! vivela
Les cris d'allégresse de vive S. M. T,
famille
vive le président d'Hlaiti! vive V'Indéroyale de France!
vive Haiti! se firent simultanépendance! ! vive la France !
ment entendre.
à l'église paroisiale pour y entenLe cortége se rendit
diner, auquel
dre le Te Deum. Le soir, il y eut un grand
M. l'envoyé de S. M. T. C., les deux amiraux,
assistèrent
Les cris d'allégresse de vive S. M. T,
famille
vive le président d'Hlaiti! vive V'Indéroyale de France!
vive Haiti! se firent simultanépendance! ! vive la France !
ment entendre.
à l'église paroisiale pour y entenLe cortége se rendit
diner, auquel
dre le Te Deum. Le soir, il y eut un grand
M. l'envoyé de S. M. T. C., les deux amiraux,
assistèrent --- Page 157 ---
APPENDICE,
les officiers de la flotte française, les
ciers
magistrats et les offisupérieurs de la garnison.
A son arrivée au lieu destiné pour le festin, M. le baron
fut salué par une salve de 21 coups de
au son de la musique. Les maîtres canon, et accueilli
des cérémonies firent
placer chacun des convives à la place qui lui élait
et l'on voyait unis dans la salle du
destinée,
France et d'Haiti;
banquet les pavillons de
sur les balcons, ces mêmes
trouvaient arborés avec ceux de toutes les
pavillons se
nations.
Les toasts suivants furent portés :
( Le seerétaire-géneral : A S. M. Charles X, roi de
France et de Navarre, à son fils le dauphin, et à la famille
royale. Puisse cette famille antique régner
France, pour le bonbeur des
toujours sur la
Français et de l'humanité.
(21 coups de canon.)
) Le baron de Mackau :
la
Messieurs, je vous demande la
permission de réunir deux santés qui ne
séparées.
peuvent être
>A S. Ex. le président d'Haiti, le
qu'Haiti soit longtemps,
général Boyer;
longtemps heureuse !
ne trouble jamais les liens fraternels
que rien
elle et notre
qui s'établissent entre
pays, et que nos derniers neveux disent
nous :
comme
> Vive Haiti! vive la France! (21
coups de canon.)
> Le général Thomas : A M. le baron de Mackau
le négociateur heureux de
: puisse
l'indépendance d'Haiti
longtemps de toutes les prospérités et vivre dans la jouir
de notre postérité.
mémoire
!
ne trouble jamais les liens fraternels
que rien
elle et notre
qui s'établissent entre
pays, et que nos derniers neveux disent
nous :
comme
> Vive Haiti! vive la France! (21
coups de canon.)
> Le général Thomas : A M. le baron de Mackau
le négociateur heureux de
: puisse
l'indépendance d'Haiti
longtemps de toutes les prospérités et vivre dans la jouir
de notre postérité.
mémoire --- Page 158 ---
APPENDICE.
Lamiral Grivel : A la mémoire de l'illustre Pétion :
>
doivent
oublier que le courage et la
les Haitiens ne
jamais
homme ont préparé l'heureuse journée
sagesse de ce grand
que nous fêtons.
du service de
) Le docteur Pescay, inspecteur en chef
chrétienne : elle est la source de toute
santé : A la religion
la civilisation
charité parmi les hommes; elle a répandu
toute la terre; elle a détruit l'esclavage domestique :
sur
jour, tous les enfants d'Adam, par
elle réunira, quelque
les mêmes sentiments
la même croyance morale, par
l'événement
d'humanité. C'est à son influence qu'est dû
nous célébrons en ce beau jour.
que
Inginac, secrétaire-
> L'amiral Jurien : Au général
général de S. Ex. le président d'Haiti.
Chanlatte : A S. A. R. le Dauphin, duc
) Le général
d'Angoulême. (21 coups de canon.)
Panayoti : A la marine française : puisse-
) Le général
les amiraux et les
t-elle continuer à être commandée par
fraternisent aujourd'hui avec nous ! (21 coups
officiers qui
de canon.)
qui imitesénateur Gayot : Aux nations étrangères
) Le
vient de donner.
ront le bel exemple que la France
Daumec : Aux progrès des sciences et des
> Le sénateur
de la culture, à l'amitié, à la rearts, au développement
commerce étranger,
connaissance que nous devons au
malheureux, partagé nos dangers
qui a, dans les temps
et nos misères.
Frémont : Aux vrais philanthropes de tous
> Le colonel
Aux progrès de la civilisation : puisse-l-elle
les pays. --- Page 159 ---
APPENDICE.
éclairer tous les hommes sur leurs véritables intérêts !
> M. Frédéric : Aux dames haitiennes, dont la présence va compléter si agréablement pour nous cette
immortelle journée.
> Le secrétaire-général Inginac: : A la loyauté et à la
bonne foi: les Haitiens ont juré sur l'honneur d'en faire
la base de leurs rapports avec ceux qui traverseront les
mers pour arriver, avec des vues amicales, aux rives de
leur ile fortunée. )
hommes sur leurs véritables intérêts !
> M. Frédéric : Aux dames haitiennes, dont la présence va compléter si agréablement pour nous cette
immortelle journée.
> Le secrétaire-général Inginac: : A la loyauté et à la
bonne foi: les Haitiens ont juré sur l'honneur d'en faire
la base de leurs rapports avec ceux qui traverseront les
mers pour arriver, avec des vues amicales, aux rives de
leur ile fortunée. ) --- Page 160 ---
APPENDICE.
PROCLAMATION AU PEUPLE ET A L'ARMÉE.
( Jean-Pierre BOYER, président d'Haiti.
) HAÎTIENS 1
> Une longue oppression avait pesé sur Haiti : notre courage et des efforts héroiques l'ont arrachée, il y a vingtdeux ans, à la dégradation, pour l'élever au niveau des
Etats indépendants. Maisil manquaità votre gloire un autre
triomphe. Le pavillon français, en venant saluer cette terre
de liberté, consacre en ce jour la légitimité de votre émancipation. Il élait réservé au monarque, aussi grand que
religieux, qui gouverne la France, de signaler son avénement au trône par un acle de justice qui illustre à la
fois et le trône dontilémane, et la nation qui en est l'objet.
) Haitiens! une ordonnance spéciale de S. M. Charles X,
en date du 17 avril dernier, reconnaît l'indépendance
pleine et entière de votre gouvernement. Cet acte authentique, en ajoutant la formalitédu droit à l'existence politique
que vous aviez déjà acquise, légalisera, aux yeux du monde,
le rang où vous vous êtes placés, et auquel la Providence
vous appelait.
) Citoyens! ! le commerce et l'agriculture vont prendre
une plus grande extension. Les arts et les sciences, qui se
plaisent dans la paix, s'empresseront d'embellir VOS nouvelles destinées de tous les bienfaits de la civilisation :
continuez, par votre attachementaux institutions nationales
et surtout par votre union, à être le désespoir de ceux --- Page 161 ---
APPENDIGE.
qui tenteraient de vous troubler dans la juste et paisible
possession de VOS droits.
> Soldats Ivous avez bien mérité de la patrie. Dans toutes
les circonstances, vous avez été prêts à combattre. pour sa
défense. Vous serez toujours fidèles à VOS devoirs. La confiance dont vous avez donné tant de preuves au chef de
TÉtat, est la plus douce récompense de sa constante sollicitude pour la prospérité et la gloire de la république.
) Haitiens I montrez-vous toujours dignes de la place
honorable que vous occupez parmi les nations: ; et, plus
heureux que VOS pères, qui ne vous avaient transmis
qu'un sort affreux, vous léguerez à votre postérité le plus
bel héritage qu'elle puisse désirer, la concorde intéricure,
la paix au dehors, uue patrie florissante et respectée.
) Vive à jamais la liberté !
> Vive à jamais l'indépendance 1
) Donné au Palais-National du Port-au-Prince, le 11
juillet 1825, an 22€ de l'Indépendance.
) BOYER.
) Par le président :
> Le secrétaire-genéral,
> B. INGINAC. >
aoe
SAINT-DENIS. TYPOGRAPHIE DE PREVOT ET DROUARD.
ure,
la paix au dehors, uue patrie florissante et respectée.
) Vive à jamais la liberté !
> Vive à jamais l'indépendance 1
) Donné au Palais-National du Port-au-Prince, le 11
juillet 1825, an 22€ de l'Indépendance.
) BOYER.
) Par le président :
> Le secrétaire-genéral,
> B. INGINAC. >
aoe
SAINT-DENIS. TYPOGRAPHIE DE PREVOT ET DROUARD. --- Page 162 ---
Of-14 --- Page 163 ---
E853
Tastm --- Page 164 ---
CHEZ LES M ÉMES.
SAINT-RENY (des Cayes, Haiti).
Vie de Toussaint-L/Ouverture. 1 vol. in-80 de 408
pages.
6 fr.
Mémoires pour servir à 'Histoire d'Haiti, par
Boisrond-Tonnerre, précedés d'une Etude historique et critique, par Saint-Remy. -
2 fr.
DU MÉME AUTEUR :
SOUS-PRESSE :
Vie d'Alexandre Pétion, premier président de la République d'Haiti, 2 vol. in-80.
Coup-d'all sur la République d'Haiti, depuis la
révolution de 1843 jusqu'à l'établissement de l'empire. 1 vol.
in-18.
Saint-Denis. Typographiede Prevol el Dronard.
a