--- Page 1 ---
M
E
M
O
I
R
E
P R É S E N T E
A LASSEMBLÉE NATIONALE
PAR M. NÉGRIER, Lieutenant de Vaisseauz, Chevalier
de Saint-Louis, ci-devant commandant la Corvette la
Favorite aux Isles Sous-le-Vent, d Pépoque de Parrivée
de la station aux ordres de M. de Villages au Port-auPrince.
J. me trouve dans une de ces positions critiques qui
exigent une espece de courage tout autre que celui qui
fait braverl les dangers de la guerre; mais si ce courage est
rare, commeiln'spartient qu'a une conscience pure, qu'à
une conduite constamment loyale et honnéte, l'afligeante
nécessité de l'employer, pour conserver sa réputation et
faire taire les méchans et les calomniateurs 2 présente à
côté d'elle un motif de consolation bien puissant : c'est
lui qui fait toute ma force. J'ai à demander justice pour
moi contre des assassins qui, depuis, sont devenus mes accusateurs 2 et à démasquer la trame la plus odieuse que la
calomnie ait jamais osé ourdir.
Je parlerai avec la franchise d'un militaire. Mon récit
sera dénué des graces de léloquence; je n'employerai que
A --- Page 2 ---
(2)
le pinceau naif de la vérité; et je me dévoue d'avance à
l'infamic, si l'on pcut me prouver que je m'en sois éloigné.
Je pris la commandement de la Favorite au mois de
Juin de l'année derniere, ct j'exécutai ensuite l'ordre de
porter M. de Blanchelande à Saint Domingue 2 dont le
gouvernement lui étoit confié; mes combinaisons particulieres me faisoient croire à la gucrre avec T'Angleterre;la
volonté des matelots maîtrisoit dans tous les ports de
l'état celle de leurs chefs;plusicurs actes dinsubordination,
de révolte même, avoient souillél le mérite militaire de nos
troupes de mer. Cependant accoutume à paroitre avec
honneur devant les ennemis de l'érat, je résolus de mettre
tout en ceuvre pour soutenir ma réputation et remplir ma
véritable destination par tous les moyens possibles.
Dans des tems plus calmes, les lauriers de la gloire toujours si chers aux Français 2 la satisfaction intérieure
d'avoir bien servi la patric eussent été les seuls guides avec
lesquels j'aurois prétendu les conduire au chemin de I'honneur, mais aujourd'hui qu'une fausse interprétation des
principes de libertéet d'égalitéa donnédes atteintes cruelles
à la subordination, et que les ennemis du bien public ne
s'occupent qu'à semer lc trouble et la confusion, je crus
que l'intérêt étoit le seul moyen qui pit contenir mon
équipage dans Ies bornes de cette soumission sans laquelle
il n'existe aucune force publique ou qui soit du moins
utile à l'état qui en a la charge.
Je lui prodiguai donc tous les présens qui se trouyerent
incipes de libertéet d'égalitéa donnédes atteintes cruelles
à la subordination, et que les ennemis du bien public ne
s'occupent qu'à semer lc trouble et la confusion, je crus
que l'intérêt étoit le seul moyen qui pit contenir mon
équipage dans Ies bornes de cette soumission sans laquelle
il n'existe aucune force publique ou qui soit du moins
utile à l'état qui en a la charge.
Je lui prodiguai donc tous les présens qui se trouyerent --- Page 3 ---
(3)
à la mesute de ma fortune; ; mais quand elle ne m'offrit
plus aucune ressource 2 je songeai à me l'attacher par
d'autres moyens.
Placé par la force des circonstances dans la cruelle alternative de courir les risques d'un désagrément (j'oserai dire
de convention ) en éludant la loi à quelques égards, ou
du malheur réel qu'entrainoit avec elle l'intime conviction
où j'étois que les moyens qui im'étoient confiés pour l'avantage de l'état tourneroient contre lui si je m'astreignois à
l'exécution littérale de la loi, je me vis dans la nécessité
de fermer les yeux sur l'embarquement tacite à mon bord
de quelques effets de commerce. 2 ou pour mieux dire, je
le provoquai.
La station aux ordres de M. de Villages se présenta
le 2 Mars après-midi, dans la rade du Port-au-1 Prince, 2
oir j'étois mouillé : son apparition devoit m'être aussi funeste qu'elle l'a été à toute la Colonie deSaint-Domingue.
Je m'embarquai un peu après dans mon canot, et je fusà
bord du Borée, commandé par M. de Grimoard, si bien
et si avantageusement, connu dans cettc Colonie. Je lui
fis, comme je le devois 2 offre de mes services ; je lui
rendis compte de ce qui se passoit au Port-au-Prince : je
lui dis qu'on chercheroit à séduire les troupes et les équipages : je lui parlai, ainsi qu'à tous les Officiers, des tentatives qu'on avoit fait pour débaucher le mien; et je me
vantai d'avoir obtenu sa confiance, et de l'avoir maintenu
dans la plus exacte subordination.
J'étois loin alors de prévoir le sort qui m'attendoit!
A 2
mes services ; je lui
rendis compte de ce qui se passoit au Port-au-Prince : je
lui dis qu'on chercheroit à séduire les troupes et les équipages : je lui parlai, ainsi qu'à tous les Officiers, des tentatives qu'on avoit fait pour débaucher le mien; et je me
vantai d'avoir obtenu sa confiance, et de l'avoir maintenu
dans la plus exacte subordination.
J'étois loin alors de prévoir le sort qui m'attendoit!
A 2 --- Page 4 ---
(4)
M. de Villages, commandant le Fougueux, mouilla le dernier. M. de Grimoard attendoit ce moment pour s'embarquer dans mon canot avec des Officiers du régiment d'Artois, et nous fûmes fairela visite d'usageau Commandant.
Je lui fis, comme à M. de Grimoard, l'éloge de mon équipage; j'ajoutai qu'à la vérité j'employois pour Ie contenir
des moyens qui pouvoient me devenir funestes, en ce que
je prétois de l'argent à mes maîtres pour faire quelques
petites affaires de commerce ; que cela m'avoit parfaitement réussi, et qu'au risque de me compromettre, je voulois finir aussi heureusement que j'avois commencé.
M.de Villages et les autres Commandans descendirent
à terre; ; je les accompagnai pour se rendre chez M. de
Blanchelande. Là, on se témoignales: allarmes que donnoit
l'esprit d'insurrection des équipages venus d'Europe 2 et
sur-tout du bataillon d'Artois, et on pressentit les malheurs
qui devoient arriver s'ils débarquoient au Port-au-Prince.
Il fut décidé qu'on alloit essayer de les envoyer au Môle
St-Nicolas, et les trois Commandans des vaisseaux et dela
Frégate retournérent à leur bord, dans l'incertitude si les
équipages voudroient lever l'ancre. Un moment apres, M.
de Blanchelande crut que sa présence à bord des vaisseaux
en imposeroit et arréteroit l'effervescence des têtes ; nous
partimes. Cet Officier général a instruit la colonie de StDomingue de tout ce qui se passa et du peu de succès de
sa démarche: je ne le répete, que parceque m'étant mélé
parmi les équipages et les ayant péroré pour les engager à
obéir, je leur devins suspect. Le canot de la Favorite nous
ramena à terre, après ayoir été au moment. de nous voir
en imposeroit et arréteroit l'effervescence des têtes ; nous
partimes. Cet Officier général a instruit la colonie de StDomingue de tout ce qui se passa et du peu de succès de
sa démarche: je ne le répete, que parceque m'étant mélé
parmi les équipages et les ayant péroré pour les engager à
obéir, je leur devins suspect. Le canot de la Favorite nous
ramena à terre, après ayoir été au moment. de nous voir --- Page 5 ---
(5)
arrêter à bord du Borée, où plusieurs soldats d'Artois en
avoient fait la motion. J'avois le coeur navré, je prévoyois
des malheurs d'après les haines de parti qui divisoient le
Port-au-Prince; mais j'étois loin de croire que ce seroit sur
ma tête qu'ils saccumuleroient;je me croyois au contraire
si en sureté, que le soir, lorsqu'il se tint un conseil chezle
Général, je lui dis : Vous connoissez Pattachement qu'a
moi mon équipage,je suis silr de lui, s'il arrive des
pour
aurai
malheurs,Pirai mouiller au Lamentin, jy
toujours
un canot armé., et en cas d'événement , jepourrai sauver
Madame de Blanchelande et vos effèts les plus précieux.
Quanz d moi, ajoutai-je,je vais me réfigier à mon bord oi
je serai en streté et oit il est important gue je paroisse. Il
étoit tard;l'ame triste et l'esprit fatigué, je pris le chemin
de l'Embarcadaire d'ou, n'ayant point trouvé mon canot,
je me rendis au logement que j'occupois ordinairement au
Port-au-Prince.
A 6 heures du matin, M. Rivieres, sous-lieutenant de
vaisseaux, embarqué en second avec moi, vint me rendre
compte de ce qui se passait à mon bord : il ajouta que ma
présenceyétoit nécessaire, et que si je tardoisà m'y rendre,
il ne répondoit de rien. Bientôt après, on vint m'annoncer
qu'une quarantaine de matelots et soldats de la station
étoient venus à bord de la Favorite 2 et avoient demandé
en blasphémant à Péquipage s'ils étoient contens de T'étatmajor. Que M. Rouseau, Officier de garde, leur avoit
répondu (l'équipage gardant le silence ), gue puisgu'aucune voir ne Selevoit, détoit la preuve qu'il ny avoit
point de plainte à porter; qu'il étoit de garde, guils de-
aine de matelots et soldats de la station
étoient venus à bord de la Favorite 2 et avoient demandé
en blasphémant à Péquipage s'ils étoient contens de T'étatmajor. Que M. Rouseau, Officier de garde, leur avoit
répondu (l'équipage gardant le silence ), gue puisgu'aucune voir ne Selevoit, détoit la preuve qu'il ny avoit
point de plainte à porter; qu'il étoit de garde, guils de- --- Page 6 ---
(6)
voient lc reconnotere, et qu'il étoit étonné de la demarche
qu'ils osoient Faire à bord d'un bâtiment de guerre, et surzout de la maniere dont ils lafaisoient.
Les soldats de la marine embarqués à bord dela Favorite
engagerent, 2 tandis que l'Officier parloit, quelques-uns de
leurs camarades à descendre à l'entre-pont : bientôt ils remonterent et demanderent en jurant où j'étois. Sur la réponse qu'on leur fit que j'étois à terre 2 ils ordonnerent
qu'on vînt m'y chercher. Un matelot timonier de la Favorite fut le seul de l'équipage de cctte Corvette, avec un
soldat du détachement, qui voulurent guider les quarante
hommes qui vinrent s'emparcr de moi au Gouvernement,
où je venois d'arriver pour rendre compte à M. de Blanchelande de ce qui se passoit à mon bord.
A la résolution impérieuse qu'ils me témoignerent de
vouloir m'y conduire, je n'eus rien à opposer; ; l'idée de
la fuite ne me vint pas à l'esprit. Je prévoyois par les
propos qu'ils tenoient, que j'allois courir risque de ma vie;
mais je savois aussi qu'un capitaine devoit mourir à son
bord plutôt que de l'abandonner, ct je n'ai pas à me rcprocher d'avoir balancé à m'y rendre.
Mon second me suivit, et ce fut bien heureusement pour
moi. En me conduisant du gouvernement au bord de la
mer 2 la troupe forcenée m'accabla d'injures. Le Soldat
de la Favorite avoit son sabre sous le bras, et me disoit
de tems à autre en me le montrant, J..-F.. d'Aristocrate,
on ne savoit sur quoi compter avec toi : c'étoit hier ton
n'ai pas à me rcprocher d'avoir balancé à m'y rendre.
Mon second me suivit, et ce fut bien heureusement pour
moi. En me conduisant du gouvernement au bord de la
mer 2 la troupe forcenée m'accabla d'injures. Le Soldat
de la Favorite avoit son sabre sous le bras, et me disoit
de tems à autre en me le montrant, J..-F.. d'Aristocrate,
on ne savoit sur quoi compter avec toi : c'étoit hier ton --- Page 7 ---
(7)
jour, c'est aujourdhui le mien. Ta tête ne tient guere sur
tes épaules. -- Qu'aver-vous d me reprocher, lui dis-je?
Vous ai-je jamais fait d'injustice 21e vous ai obligeau contraire : je vous ai prétéde Pargent (1) : il me dit qu'il étoit
bon pour mele rendre, 2 me tint mille mauvais propos et un
autre m'entreprit.
J'arrivai enfn à T'Embarcadaire. Là on m'embarqua dans
mon canot : beaucoup de matelots de la station s'y jetterent avec moi et T'Officier dont je viens de parler. Avant
de pousser au large, ils crierent : Qui veut venir voir
pendre ZL72 aristocrate ? Des ce moment ils recommencerent
à m'accabler de nouveaux outrages, et se mirent à instruire mon procès. Les conclusions étoient toujours au bout
dune vergue, le J.-F.,y a-t-ilun cartahu de prôr?Un matelot, que je reconnoitrois bien, quoique je ne l'aye vu
que cette fois, et qui étoit un des plus acharnés à bord à
vouloir me pendre, crioit : vive la nation, 2 la loi, pas de
roi, vive la libered.II est bon de dire que chaque canot des
vaisseaux qu'on rencontroit venant à terre, étoit invité à
venir assister à la fête à bord de la Favorite, et que par
conséquent quandjyarrivai, plus de quatre cents hommes
y monterent avec moi. Au moment oùt j'abordai, je dis
tout bas à l'Officier qui m'avoit accompagné: Allezyous-en
d bord du Fougueux : si vous tarder d revenir avec M. de
Villages, mon affaire estfaite.
Montée à bord de la Favorite, cette bande de juges et
(1) Cet homme étoit le cordonnier du bâtiment > et je lui avois
prêté pour qu'il pût faire des souliers àléquipage à meilleur marché.
terent avec moi. Au moment oùt j'abordai, je dis
tout bas à l'Officier qui m'avoit accompagné: Allezyous-en
d bord du Fougueux : si vous tarder d revenir avec M. de
Villages, mon affaire estfaite.
Montée à bord de la Favorite, cette bande de juges et
(1) Cet homme étoit le cordonnier du bâtiment > et je lui avois
prêté pour qu'il pût faire des souliers àléquipage à meilleur marché. --- Page 8 ---
(8)
d'assassins décida qu'il falloit que l'équipage se tint d'un
côté et les étrangers de l'autre; que je seroisau milicu pour
étre jugé. On avoit criéau moment où j'étois arrivé à bord
de passer un cartahu au bout d'une vergue; c'étoit là l'instruction du procès.Jc savois qu'il étoitdangereux de perdre
la tétc, ct heureusement ce genre de foiblesse n'est pas le
micn. La cohue étant extrémement tumultueuse, au moment où l'onalloit me capler le catahu sur le cou, j'ordonnai à mon maître d'équipage de donner le coup de siflct de
silence; j'observai qu'il n'étoit pas possible qu'on me jugeât
bien si on ne pouvoit s'entendre, 2 et je demandai que les
accusateurs parussent. Je rendrai compre à la fin des accusations'et des réponses que je voulois faire 2 quand les accusateurs parloient on SC taisoit : mais quand je voulois
proférer une parole pour me défendre, jétois hué, il se
faisoit un tapage épouvantable et l'on crioit: allons, serrelui le cartahu (:) sur Ze cou, ala lanterne, ilfaut le pendre.
Heureusement Qn n'étoit pas d'accord sur lc genre dc supplicc; beaucoup me vouloicnt noyer; par ce moyen ct de
nouveaux accusateurs que je provoquois, jegagnai du tems
et M. de Villages arriva.
Il faut dire que la plus grande partie des matelots rioient,
ils avoient l'air de Cannibales autour d'un festin de chair
humaine ; quelques-uns de mes maîtres, et sur-tout le premier,avoient, ainsi queles Officiers,la pâleur dcla mort sur
lafigure, et tout portoit sur eux l'empreinte de la terreur et
(1) Un cartahu est un bout de manceuyre légere à laquelle o1
amarre sur le pont ce qu'on veut haller en haut.
de
Il faut dire que la plus grande partie des matelots rioient,
ils avoient l'air de Cannibales autour d'un festin de chair
humaine ; quelques-uns de mes maîtres, et sur-tout le premier,avoient, ainsi queles Officiers,la pâleur dcla mort sur
lafigure, et tout portoit sur eux l'empreinte de la terreur et
(1) Un cartahu est un bout de manceuyre légere à laquelle o1
amarre sur le pont ce qu'on veut haller en haut.
de --- Page 9 ---
Tyn
(9)
de la pitié. Je connois parfaitement huit hommes de la Favorite, qui plus particuliérement voulcient ma mort: il en
est dans ce nombre que je n'avois jamais été obligé de punir et que je traitois avec distinction.
Mais reprenons. M. de Villages arriva. Je dois mon
existence à son sang-froid, à son adresse et à sa présence d'esprit. Vous vous plaignet de M. Négrier, mes
enfans, leur dit-il: oui, oui, crierent toutes lcs voix,
nous n'cn voulons plus pour Capitaine. 1 Il est vif, emporté, jele connois, mais il a le caeur bon. M. de Négrier 2
me dicilyje vousprie de les mieux trairrdlavenir: ilfaut
étre bon avec des Frangois. Jelui dis: Ordonne, M.le Commandeur: - Quand je pric, fordonne, me répondit-il.Je
repris: Voila LLTZ Soldat gui se plaint de moi; c'étoit celui
qui étoit venu me chercher au gouvernement: il prit alors
la parole et tint mille propos dénués de sens. Je lui répondis qu'il étoit étonnant que lui auquel j'avois rendu
service, se plut ainsi à me persécuter. Il me dit des injures: alors tout le monde se mit à crier: Nous n'en voulons plas pour Capitaine, nous voulons M1. Rivieres.
Je prie qu'on lise attentivement ce qui va suivre.
M. de Villages me dit alors: Vous n'étes pas tentéde
rester ici d'après une insurrection parcille. -- Non assuremeit, lui répondis-je. Un homme alors s'avança ct dit:Mon
Commandant, (en s'adressant à M. de Villages) ily aici
desmarchandiscs embarguées: - Celap peutéere, répondis-je:
elles appartiennent d tels, tels et tels, que je montrai à
M. de Villages : ils étoient tous à côté de moi, derriere
B
tes pas tentéde
rester ici d'après une insurrection parcille. -- Non assuremeit, lui répondis-je. Un homme alors s'avança ct dit:Mon
Commandant, (en s'adressant à M. de Villages) ily aici
desmarchandiscs embarguées: - Celap peutéere, répondis-je:
elles appartiennent d tels, tels et tels, que je montrai à
M. de Villages : ils étoient tous à côté de moi, derriere
B --- Page 10 ---
(1o)
et à coté de lui. Personne ne nia : ce n'étoit pas la crainte
qui pouvoit les empécher de parler : je venois d'échapper
au supplice, ? je pouvois encore y étre livré, et l'on ne
vouloit plus de moi, M. de Villages, qui avoit regardé les
gens que je lui avois désigné, se retourna vers moi et me
dit avec Uil air de peine et d'intérêt : Vous avez CLL tort.
L'équipage continuant à murmurer 2 et beaucoup plus encore des marelots du Tougueux : M. de Village: dirà rOficier dont j'ai parlé; M. Rivieres, > vous prendrex le commandement jusqu'd nouvel ordre. (I1 est bon de savoir qu'il
a voulu nommer un Lieutenant de vaisseaux pour commander la Favorite, mais l'équipage n'a pas voulu. Ilm'engagea d'aller diner avec lui, et je le suivis. De:cendu dans
son canot, il me dir: Yous avez eu vontceisiwmremibargur
des efets de commerce d votre bord. J'en convins, en m'appuyant cependant sur les motifs qui m'y avoient déterminé.
Je le suivis jusqu'à bord du Fougueuz, où je ne voulus
pas monter; et je dois encore la vie à In résolution que je
pris de recourner tout de suite au Tort-au-Prince, où je
me rendis apres avoir essuyé mille outrages des canots
qui débordoient de la Favorite, et qui crioient et invitoient leurs camarades à me noyer.
Cene fut que quand jeme vis libre des assassine, que je
sencis l'horreur de la position dont je venois de me tirer,
et que mille mouvemens differens agiterent mon ane.
Les larmes les plus ameres que j'aye répandu de ma
vie -leur succcderent. Je venois d'échapper à la fureur
d'un équipage qu,24 heures auparavant, me cherissuit
la Favorite, et qui crioient et invitoient leurs camarades à me noyer.
Cene fut que quand jeme vis libre des assassine, que je
sencis l'horreur de la position dont je venois de me tirer,
et que mille mouvemens differens agiterent mon ane.
Les larmes les plus ameres que j'aye répandu de ma
vie -leur succcderent. Je venois d'échapper à la fureur
d'un équipage qu,24 heures auparavant, me cherissuit --- Page 11 ---
II )
et me vantoit par-tout; à un équipage dont beaucoup
me doivent, et auquel j'ai beaucoup plus donné que
prété, et pour lequel je me suis endetté; a un équipage que je traitois avec la plus grande humanité. M.
de Blanchelande a été le témoin que je partageois tout
avec eux, sur-tout quand ils étoient malades; que le Chirurgien-Major avoit ordre de ma part de demander
pour eux cC que j'avois de meilleur; mais enfin les ennemis de la patrie avoient réussi à égarer des François
jusqu'alors fideles à la Loi, ct en 24 heures, de braves
gens étoient devenus des voleurs et des assassins. Il est
bon de savoir que c'est avec la plus grande peine que
les Officiers de mon Érat-major sont parvenus à sauver
mes effets les plus précicux : quant à mes provisions,
elles ont été spoliées, ainsi que tout ce qu'ils ont pusaisir.
Je me rendis au gouvernement, où je navrai de tristesse le Général et toute sa famille en leur racontant
l'événement atroce auquel je venois d'échapper. A peine
y étois-je rendu, que M. Godefroy, éleve de la premiere
classe, embarqué à bord de la Favorite, vint m'avertir que
les soldats de la Marine me cherchoient pour me couper
le col: je prisle parti de me cacher. Les soldats entourant
lc gouvernement, je ne pouvois pas fuir et j'attendois la
nuit. Sur la fin du jour, les matelots êt scldats furent au
logement que j'occupois à terre pour m'en enlever: ils
s'étoient repentis de ne m'avoir pas immolé. Dès que la
nuit fut venue, je sortis du gouvernement ct je pris la
route des Mornes.Incertain dans ma marche, je ne trouvai
B 2
acher. Les soldats entourant
lc gouvernement, je ne pouvois pas fuir et j'attendois la
nuit. Sur la fin du jour, les matelots êt scldats furent au
logement que j'occupois à terre pour m'en enlever: ils
s'étoient repentis de ne m'avoir pas immolé. Dès que la
nuit fut venue, je sortis du gouvernement ct je pris la
route des Mornes.Incertain dans ma marche, je ne trouvai
B 2 --- Page 12 ---
( (12)
d'asyle qua deux heures dumatin,et je m'ysuis tenu caché
jusqu'à Figstant où j'ai pu sans risque me rendre au Cap,
oit j'espérois pouvoir respirerun moment de mes malheurs.
Mais quile croiroit, au moment ou ma sicuation interressoit tous les honnéresgens, à peine échappéaux mains des
assassins(1), on veut m épouvanter, m'teigneretm'enlever
jusqu'aux preuves d'attachement d'un Ofliciergénéral qui
atoitapprisà me connoître depuis huit mois que je servois
soUS ses ordres: dix mille citoyens armés au Cap sont obligés, de mettre ma vie sous leur sauve-garde: mes persécuteurs prévoyoient sans doute que ces moyens obscurs
ne réussiroient pas à m'allarmer, et à m'empécher de me
défendre et d'éclairer le public sur ma conduite: on me
menaça de me faire arrêter; et d'où me vient cet excès
d'iniquité et de barbarie, d'un de mes camarades(2):il n'étoit encored quele préliminaire des horreurs quise tramoient
à Rochefort contre moi, et quourdissoit la lâcheté, ia -
haine et la vengeance de deux individus, mais le mystere
d'iniquité sera dévoilé, la vérité triomphera: l'intérêt généralque m a rémoignétoutela ColoniedeSaint-Domingue,
et dont on verra les preuves authentiques, les certificats
et les lettres du représentant du Roi; les lettres et, les démarches des Capitaines du commerce de tous les ports ;
les preuves honorables et bien cheres à mon coeur que m'a
donné le commerce de son intérêt, et j'ose dire de sa reconnoissance, scront imprimées à la suite de ce mémoire:
(1) Voyez à la fin de ce Mémoire l'extrait de la lettre de M. de
Bataille à M. de Blanchelande.
(2) Voyez la note à la fin de ce Mémoire,
du représentant du Roi; les lettres et, les démarches des Capitaines du commerce de tous les ports ;
les preuves honorables et bien cheres à mon coeur que m'a
donné le commerce de son intérêt, et j'ose dire de sa reconnoissance, scront imprimées à la suite de ce mémoire:
(1) Voyez à la fin de ce Mémoire l'extrait de la lettre de M. de
Bataille à M. de Blanchelande.
(2) Voyez la note à la fin de ce Mémoire, --- Page 13 ---
(13) )
elles mc conserveront l'opinion publique, me vengeront
de mes oppresseurs, et mettront ma conduite au jour,
depuis mon arrivée à Saint-Domingue jusqu'à l'instant
de Ia carastrophe affreuse a laquelle le hasard" seul m'a
fait échapper.
Elles intéresseront en ma faveur les ames honêtens.
Vingt années (1) deserviceirréprochables, dont plus de la
moitié passés à la Mer, six commandemens et une réputation sanstache, m'aiderontà prouver que je ne devois
pas m'attendre au traitement aussi barbare qu outrageant,
que m'a fait éprouver la station fatale aux ordres de M.de
Villages.
Revenons aux accusations de léquipage de la Favorize
(1)Je suis entré le 24 Mars 1772, au scrvicede la Marine J'ai
passé123 mois et.22 jours effectifsàla mer.Je n'aipas été un instant
désarmé pendant la guerre derniere. J'ai commencé à la faire en
évidence sur la Bellonne, oû j'ai servi en second dix-huit mois et
douze jours. J'en suis débarqué le premier Mars 1781 pour passer
sur la Ville-de-Paris, d'où j'ai désarmé le 12 Juin de Ia même
année pour prendre un commandement en chef que j'ai continué
sur trois différens bàtimens jusqu'à la fin de la derniere guerre 2
que j'ai fait par-tout commne on la fait quand on n'a pas peur et
qu'on sait son métier. Tous mes ennemis n'en pourroient pas dire
autant, sur-tout si jamais on révisoit le conseil de guerre du brave
et trop malheureux Général de Grasse, mort de chagrin, parce
qu'il ne pût avoir le bonheur de mourir d'un coup de canon, Au
reste, si ma position peut inspirer le moindre intérêt je demande
que le Comité de la Marine se fasse représenter les notes que j'ai
dans les bureaux. Cest-là le premier moyen honorable que j'aye
de combattre mes lâchés et perfides calomniateurs,
si jamais on révisoit le conseil de guerre du brave
et trop malheureux Général de Grasse, mort de chagrin, parce
qu'il ne pût avoir le bonheur de mourir d'un coup de canon, Au
reste, si ma position peut inspirer le moindre intérêt je demande
que le Comité de la Marine se fasse représenter les notes que j'ai
dans les bureaux. Cest-là le premier moyen honorable que j'aye
de combattre mes lâchés et perfides calomniateurs, --- Page 14 ---
(14 )
comneosiicenmammes, depuismon départ deRochefort, été mécontent de la plus grande partic du détachement des soldats de la Marine: ils ne me rompoient pas en
visiere, parce qu'ils sav voient qu'ils mamasineroiengplade
que de me faire céder; ils avoient dans la traversée voulu
se défaire de leur sergent qui les conduisoit avec justice
et une discipline exacte, et je l'avois toujours soutenu
contre eux : je lui avois recommandé de la prudence cn
l'assurant qu'ils me tueroient avant de lui faire une égratignurc. J'avois été obligé à mon arrivée dans la Colonie
d'en renvoyer un en France; ; et la crainte, quelque piastres que je distribuois à propos, quelques écus que j'avois
distribués à Rochefort, retenoient en partie ceux qui restoient.
J'ajouterai que dans une circonstance oùt j'avois cru
nécessaire d'harranguer mon équipage assemblé, j'avois
dit que je ne m'écarterois jamais des Décrets 5 que je les
ferois exécuter exactement; que je continuerois de traiter
tout le monde avec justice et humanité; que je leur rendrois la vie aussi douce qu'il dépendroit de moi, et que
s'ils avoient à se plaindre, ils s'adresseroient à la fn de la
campagneàl'Assemblée Nationale, ou au Ministre, comme
le code militaire le permettoit, mais qu'en attendant, ils
feroient leur devoir comme ils en avoientfaitle serment, et
qu'au péril de ma vie,je ne cédcrois rien de l'autorité qui
m'étoit confiée. fa
Lors de mon arrivée à Santo-Domingo chef-lieu de la
partie Espagnole, oà M.de HBandidundomvcitemops,
à la fn de la
campagneàl'Assemblée Nationale, ou au Ministre, comme
le code militaire le permettoit, mais qu'en attendant, ils
feroient leur devoir comme ils en avoientfaitle serment, et
qu'au péril de ma vie,je ne cédcrois rien de l'autorité qui
m'étoit confiée. fa
Lors de mon arrivée à Santo-Domingo chef-lieu de la
partie Espagnole, oà M.de HBandidundomvcitemops, --- Page 15 ---
(15 )
le soldat, qui depuisa guidé ceux qui sont venus m'enlever
du gouvernement au Port-au-Prince, vouluc aller à terre;
j'étois fort mécontent de lui, il manquoit continuellement
à son service et étoit d'une insolence extrême. Je dis
àl'Officier chargé du détachement,que monintentionérois
que cet homme fit consigné à bord. Je descendis dans
ma chambre : à peine y étois-je que j'entendis du bruit sur
le pont: j'y monte et i'yvois le soldat consigné qui juroit
et tenoit des propos insultans: je l'envoyai aux fers où
je le fis mettre devant moi. Je rerourne dans ma chambre,
nouveau tapage sur le pont: j'y reparois et j'y trouve la
plus grande partie des soldats assemblés, apostrophant
TOfficier, et voulant savoir pourquoi leur camaride étoit
aux fers. Je m'avançai sur celui qui paroissoir le plus
échauffe, et je lui criai vigoureusement aux fers, en lui
faisant le geste impérieux de s'y rendre: un autre se jetta
insolemment sur moi; c'est celui qui, avecle premier, a le
plus ameuté les équipages de la station contre moi, et
me dit: non F.iZ n'ira point. Par le mouvement naturel
de la défense, je le terrassai en le repoussant; et frappé
d'une insurrection qui pouvoir devenir générale, je rie
jetrai dans ma chambre pour y prendre mes pistolets, en
impo:er et pourvoir à ma sureté personnelle ; mais un
in tant de réflexion me ramena sur le pont sans armes 2
assez fort de la Loi que j'avois toujours su faire respecter.
Lesplus mutins resterent deux jours et une nuitaux fers,
et ne furent point à terre à Santo-Domingo, où mon
équipage, parsabonne conduite, nem'apa donnélemoindre esujet de plaince, et n'a pas donne nauvaie idée de la
pistolets, en
impo:er et pourvoir à ma sureté personnelle ; mais un
in tant de réflexion me ramena sur le pont sans armes 2
assez fort de la Loi que j'avois toujours su faire respecter.
Lesplus mutins resterent deux jours et une nuitaux fers,
et ne furent point à terre à Santo-Domingo, où mon
équipage, parsabonne conduite, nem'apa donnélemoindre esujet de plaince, et n'a pas donne nauvaie idée de la --- Page 16 ---
(16) )
révolution. Voilà la seule raison pour laquelle les équipages de la station, guidés par un très-petit nombre de
forcenés de la Favorite, ont voulu m'assassiner. Je dois
ajouter encore un des griefs qui m'ont été reproché lorsqu'on me faisoit mon procès. Quinze jours avant l'arrivée
de la sation, ayant apperçu à un mauvais sujet de mon
bord un ponpon, qui distinguoit le parti qui a fait tout
le mal au Port-au-Prince, je luiordonnai de lec quitter et de
porter seulementla cocarde nationale quenous avions tous.
J'avois, jusqu'à l'arrivée de la station, joué le rôle de conclareur.Monéquipagesurveillépar moi, 2 parmes Officiers,
et quelques-uns de mes maitres les plus affidés, s'étoit conduit de méme. Je dis à cet homme devant léquipage,
qu'ayant eu jusqu'alors le bonheur de les bien conduire,
je ne voulois pas changer mes moyens; que ceux quej j'avois, employé nous avoient acquis la bienveillance des
deux partis qui divisoient la Colonie, sans que nous en
cusionsadoptéaucun; que je voulois finir comme j'avois
commencé; que quand la station seroit arrivée, n'étant
plus chargé du commandement, je suivrois de grand ceeur
l'exemple qui nous seroit tracé. Personne n'avoit alors
murmuré, bien loin dela,lesmarques d'approbation avoient
été unanimes, et cet homme seul a voulu ma téte pour le
ponpon, comme ie soldat pour n'avoir pas été à terre.
Venons maintenant à l'inculpation d'avoir laissé émbarquer des effets de commerce à bord de la Favorite.
Quand j'arrivai au Port-au-Prince, tout s'y ressentoit encore de l'impression qui avoit laissé la révolte de l'équipage du Léopard ,. j'avois de fortes raisons de me. défier
de
ient
été unanimes, et cet homme seul a voulu ma téte pour le
ponpon, comme ie soldat pour n'avoir pas été à terre.
Venons maintenant à l'inculpation d'avoir laissé émbarquer des effets de commerce à bord de la Favorite.
Quand j'arrivai au Port-au-Prince, tout s'y ressentoit encore de l'impression qui avoit laissé la révolte de l'équipage du Léopard ,. j'avois de fortes raisons de me. défier
de --- Page 17 ---
(17)
demes maîtres, divers propos.qu'ils tenoient, que j'entendois et quim'éroient rendus me donnoient de Pinquiétude;
j'en parlai à M. de Blanchelande: il me donna de sages
conseils, et avec un redoublement d'activité de ma part,
leschoses resterent assez calmes, mais je nepouvois compter sur personne. Il est bon de savoir que toutes les insurrections qui ont eu lieu à bord des vaisseaux de guerre
ont commencé par les maîtres, et ce fait est de notoriété
publique; dans cet état de choses, et d'après les rapports
qu'on me faisoit, je ne vis-qu'un parti à prendre; c'étoit
de les attacher à leur devoir par leur propre intérêt; il
n'yavoir et je ne vis que ce seul moyen de m'assurer d'eux:
je les traitois avec distinction; je leur portois les papiers
publics pour et contre les opinions qui divisoient la Colonie, et je mélois mes reflexions avec les leur, comme
toutes ces démarches de ma part les avoient un peu rapproché de moi, et d'ailleurs, que par ma conduite au Portau-Prince, je n'étois suspect ni à un parti ni à l'autre, ils
revinrent plus aisément: j'offris de l'argent en prêt à quelques-uns d'entr'eux, je leur dis que quoi qu'il me fut expressément défendu de laisser faire aucune affaire de commerce à bord, je fermerois les yeux pour leur donner les
moyens de gagner un peu d'argent; que j'espérois qu'ils
ne me comprometrolentpas, et qu'ils mettroient de la discrétion dans leur conduite. Ce moyen m'avoit réussi au
delà de mes desirs; et loin de m'en cacher je m'en étois
souvent applaudi devant M. de Blanchelande qui m'avoit
dit qu'il étoit malheureux que je fusse obligé de l'employer (1).
(1) Voyezla lette de M. de blanchelande, no. 2.
C
que j'espérois qu'ils
ne me comprometrolentpas, et qu'ils mettroient de la discrétion dans leur conduite. Ce moyen m'avoit réussi au
delà de mes desirs; et loin de m'en cacher je m'en étois
souvent applaudi devant M. de Blanchelande qui m'avoit
dit qu'il étoit malheureux que je fusse obligé de l'employer (1).
(1) Voyezla lette de M. de blanchelande, no. 2.
C --- Page 18 ---
(18 )
rJ'aurois pu aisément réfuter l'inculpation 2 en disant
qué jignorois CC dont on m'accusoit. Je défie l'univers
de me montrer une signature qui puisse me compromettre. r Habitant à tetre comme. commandant la station de T'Ouest, ct parce.queij'y étois plus à portée de me
concerter.avec les capitaines du commerce et le général,
pourlap pairethascoinemmndel radegiepouvoisdaurane
plus absénentpn@tendrecause d'ignorance; que CC quiavoit
été embarqué à bord, l'avoit étéde nuit, et que j'ignorois
absolument.la quantité quej jenauroissirsmentpas tolérée.
Mais'mes officiers eussent été etseroient encore compromis:
et la perfidie est aussi loin de mon ame que Thonneurctla
loyauré en sont les puissans ressorts. Ilfaut qu'iln'y ait que
moiseul-moiquiaurois emportélagloire d'avoirencore bien
servicla chose publique, et sur-tout la Colonie et le commerce, sij'eus pu finir heureusement à bord de la Favorite.
C'ette maniere d'ètre qui m'appartient n'a pas échappé à
l'Officier embarquéen second avecmoi, et je m'en faishonneur; sans cela sais doute,il n'eut pas oséau nom et d'après
lavolonté de mes assassins qui venoient de le mettre à ma
place, invoquer contre moi la rigueur d'une loi qui l'eit
frappé bien surement, si j'eus voulu et si je voulois encore
Ja tourner contre lui.
Le rôle de dénonciateur m'est odieux : et c'est loin de
toute idée qui pourroit s'en rapprocher, que je me livre
à une réflexion que l'intérêt de la chose publique, qui ne
m'abandonnera jamais,m'a suggéré.
L'Officier qui a invoqué le Juri contre moi,a reçu,par
contre moi la rigueur d'une loi qui l'eit
frappé bien surement, si j'eus voulu et si je voulois encore
Ja tourner contre lui.
Le rôle de dénonciateur m'est odieux : et c'est loin de
toute idée qui pourroit s'en rapprocher, que je me livre
à une réflexion que l'intérêt de la chose publique, qui ne
m'abandonnera jamais,m'a suggéré.
L'Officier qui a invoqué le Juri contre moi,a reçu,par --- Page 19 ---
(19)
acclamation de l'équipage de la Favorite, un commandement que le commandant de la station avoit dévolu à un
autre. ila consenti à rester au millieu des assassins de son
chef,tandis queles Officiers durégiment du Port-au-Prince
fuyant des drapeaux teints du sang de leur colonel, lui
donnoient un autre exemple à suivre. Cette conduite, dont
Fimitation pourroit avoir des conséquences désastreuses et
funestes, et dont l'apperçu ne peut échapper, sur-tout à
ceux qui confient à la Mer des intérêts précieux > m'a
d'autant plus surpris, que huit jours auparavant l'arrivée
dela station, ce même officier m'avoit demandé, ainsi qu'a
M. de Blanchelande, son débarquement, que je lui avois
accordé sans difficulté. Nos caracteres ne sympatisant pas, quoiqu'il en soit,lje ne veux ni ne dois le
juger : je-n'ai parlé de ce dernier événement que pour
mettre en évidence le danger qu'il y auroit que des mnatelots pussent à leur gré se défaire de leur chef, et le
remplacer par l'être qui leur conviendroit le plus. Cette
licencen'appartient qu'aux Barbaresques, et sera sûrement
prévenue.
5t Quel quillégal'et incompétent que soit,. et par sa forme
-
et sa composition, le Jury qui, lorsqu'il ne le pouvoit ni
:
ne le devoit 2 a été forcé deprononcer contre moi-sur l'accusation d'une troupe devoleurs et d'assassins, et sansavoir
-été entendu, lorsque j'aurais pu présenter la défense la
-plusinexpugnable, si, sans risque, j'eus pu être confronté
-aux accusateurs. Jc veux un instant: m'avouer.coupalble
d'avoir tacitement autorisé quelqués hommes demonréqui.
page à enbarguerdeselftu.de commercc. à.bord dil bàt.-
G2
oncer contre moi-sur l'accusation d'une troupe devoleurs et d'assassins, et sansavoir
-été entendu, lorsque j'aurais pu présenter la défense la
-plusinexpugnable, si, sans risque, j'eus pu être confronté
-aux accusateurs. Jc veux un instant: m'avouer.coupalble
d'avoir tacitement autorisé quelqués hommes demonréqui.
page à enbarguerdeselftu.de commercc. à.bord dil bàt.-
G2 --- Page 20 ---
((20))
ment que je commandois,mais que celui qui veut étre mon
Juge SC niette à ina place. Au milieu d'un équipage que les
suggestionsles plus perfides assiégeoient, qu'on tentoit de
séduire' par les moyens les plas lâches et les plus odieux,
que les ennemis de la constitution vouloient attirer a eux;
dans ces momens.cririques, je - n'ai vu qu'in moyen de sauver à ces hommes, honnêtes jusqu'au moment de leur délire, le crime d'être rebelle à la loi, celui de les attacherà
elle par leur propre intérêt; et j'ai dà choisir entre deux
dangers, celui qui conservoitau moins dés Français fideles
à leur serment età la'l loi.
Je demande si dans ces tems pénibles, oir la destruction
de tous les abus a placé ceux qui gouvernent, ils n'ont pas
été obligés quelquefois d'engourdirle principe pour éviter
de plus grands maux? Quel est le cerps administratif qui
n'a pas été contraint de fermer les yeux sur quelques légers
désordres particuliers, afin de conserver le grand principe
d'unité et d'ensemble si nécessaire à Tétablissement des
loix.
Quoi qu'il en soit, le Jugement du Jury qui me déclare
coupable ne peut subsister. La loi qui en a déterminé le
mode a été éludée dans toutes ses dispositions. Ona procédé contre moi par contumace : on m'a jugé sans m'entendre; et sur l'accusation et les dépositions de mes bourreaux : on m'a privé du droit que la loi me donne de récuser ceux qu'on vouloit établir mes Juges; d'après les dispositions du Décret, la décision du Jury doit être cassée,
et sa nullité est déjà prononcée par la loi, --- Page 21 ---
21 )
Tel est l'acte de justice que je reclame et que je dois
attendre avec confiance de la sagesse des représentans de
la nation; et quel que soit sa décision, mon coeur digne
de palpiter dans le corps d'un Français, parce qu'il sait
jouir des douceurs de la liberté. 2 mon esprit capable d'en
apprécier tous les avantages, se réuniront constamment
pour n'avoir d'autre desir que de sacrifier au service et à la
défense de l'état jusqu'à la derniere goute de mon sang.
NÉGRIER.
confiance de la sagesse des représentans de
la nation; et quel que soit sa décision, mon coeur digne
de palpiter dans le corps d'un Français, parce qu'il sait
jouir des douceurs de la liberté. 2 mon esprit capable d'en
apprécier tous les avantages, se réuniront constamment
pour n'avoir d'autre desir que de sacrifier au service et à la
défense de l'état jusqu'à la derniere goute de mon sang.
NÉGRIER. --- Page 22 ---
(22,)
PIECES JUSTIFICATIVES.
N I.
Adresse de PAssemblée Provinciale du Nord de S.Domingue
à PAssemblée nationale.
M E S SIE U R S,
L'Assemblée Provinciale du Nord de Saint-Domingue vous supplie
de daigner vous distraire un moment de VOS précieux travaux pour
entendre la voix des Citoyens de la province qu'elle a Phonneur de
représenter, sur l'intérêt qu'clle prend au sort de M. Négrier, commandant la Corvette du Roila Favoriie.
Cet Officier distingué n'a cessé de mériter depuis son arrivée
l'estime et les éloges de la Province, et, nous pouvons le dire,de
toute la Colonie. Chargé par le Gouvernement d'aller faire reconnoitre dans les principales Isles Angloises et Espagnoles de notre
Archipel lc pavillon national , il étoit à la veille de remplir cette
mission intércssante pour le commerce Français 2 lorsqu'il en fut
empêché par les troubles affreux qui ont régné au Port-au-Prince à
l'arrivée de la station. Dès cet instant 3 M. Négrier n'a plus été
maître à son bord, et a pensé y être la victime de l'animosité de
quelques soldats ct matelots.
Hcureusement échappé à leurfureur, M. Négrier s'est réfugié dans
la province du Nord, d'oi il part emportant avec lui l'estime de tous
les habitans 3 pour aller mettre sous les yenx de tous les augustes
repiésentans de la Nation et du Roi, le tableau fidele de sa Co1duite, et se disculper de l'accusation qu'on lui fait de se trouver en
contradiction avec vos Décrets, et par Jaquelle ses cnnemis se promettent d'attaquer son honneur à défaut de sa vie, --- Page 23 ---
(23) )
L'Assemblée provinciale vous assure, Messieurs, que M. Négrier
a les plus grands droits à la reconnoissance de cette Colonie 3 dont
le bonheur vous occupe trop particuliérement pour en rejetter le
témoignage.
Daignez donc, Messieurs , employer vos bons offices auprès du
Roi des François, pour que justice soit rendue à cet Officier 2 afin
qu'il puisse continuer de rendre à la Nation les services qu'elle a
droit d'attendre de ses talens et de son patriotisme.
Nous sommes avec un très-profond respect,
M E S S I E U R S,
Vos très-humbles et très-obéissans
serviteurs,
Les Membres del PAssemblée Provinciale du Nord de SaintDominguc. Signés, GAHER-MONTALIROR, Président; ;
D. L. MOREL, Vice-Président : BOUISSON 2 POULET 3
et FRANÇOIS DE CHAUMONT, Secrétaires.
Collationné conforme à l'original.
Au Cap, le 2 Avril 1791.
No. II
Au Cap, le 18 Mars 1791.
JE vous envoie, mon cher Négrier, le certificat que vous désirez. Je suis bien plus fàché que je ne puis le dire des désagrémens que la révolution vous occasionne, parce que cela me prive
du plaisir de jouir de votre société, qui a toujours été pourmoi
2 POULET 3
et FRANÇOIS DE CHAUMONT, Secrétaires.
Collationné conforme à l'original.
Au Cap, le 2 Avril 1791.
No. II
Au Cap, le 18 Mars 1791.
JE vous envoie, mon cher Négrier, le certificat que vous désirez. Je suis bien plus fàché que je ne puis le dire des désagrémens que la révolution vous occasionne, parce que cela me prive
du plaisir de jouir de votre société, qui a toujours été pourmoi --- Page 24 ---
(24)
des plus agréables : vous faites,jecrois très-bien de passer par les
Erats-Unis, parce que de-là vous trouverez des occasions sûres et
tranquilles pour aller en Portugal, et de-là en France. Notre ami
m'a conimuniqué le début du mémoireque vous lui avez demandé;
je pense que vous en ferez usage, s pour prouver à l'Assemblée
Nationale l'obligation où l'on est quelquefois d'user de moyens
extraordinaires pour avoir la paix et maintenir l'ordre.
Toute ma famille me charge de mille choses pour vous; j'espère que vous nous procurerez le plaisir de vous embrasser lorsque vous viendrez vous embarquer. Adieu mon cher Négrier ;
j'espère que nous nous rencontrerons un jour : je serai toujours
enchanté de trouver Poccasion de vous renouveller l'expression de
ma tendre et solidc amitié.
BLANCHELANDE,
No. III
Certificat de M. de Blanchelande.
FNous, Lieutenant général au Gouvernement des Islcs Françaises
de P'Amérique Sous-IE-Vent, certifions que M. Négrier, Lieutenant
des Vaisseaux du Roi et Chevalier de St-Louis, a commandé la corvette du Roi la favorite, depuis le 2 I du mois d'Août dernier,jusques
aul 2 du présent mois, de maniere à ce que son équipage ait été dans
un état constant de subordination; qu'il a rempli différentes missions,
dont je Pai chargé, avec un zèle et une activité qui méritent les plus
grands éloges, et que l'esprit de son équipage n'a pas varié jusques à
l'arrivée de Ia station, commandée par M. le Commandeur de Villages.
Donné au Cap, sous le sceau contre-seing de notre Secrétaire, le
15 Mars 1791.
BLANCHELANDE.
Par Mr. le Lieutenant général,
GIRARD.
dans
un état constant de subordination; qu'il a rempli différentes missions,
dont je Pai chargé, avec un zèle et une activité qui méritent les plus
grands éloges, et que l'esprit de son équipage n'a pas varié jusques à
l'arrivée de Ia station, commandée par M. le Commandeur de Villages.
Donné au Cap, sous le sceau contre-seing de notre Secrétaire, le
15 Mars 1791.
BLANCHELANDE.
Par Mr. le Lieutenant général,
GIRARD. --- Page 25 ---
(25)
N. IV.
Cap,ce4 Avril 1791:
LETTRE de PAssemblée Provinciale du Nord de SaintDomingue, 9 auzchambres de commerce du Royaume.
MESSIEURS ET CHERS CONPATRIOTES,
Nous vous avons avisé par notre missive du 15 Mars, des troubles
funestes arrivés dans Ia partie du Port-au-Prince > par Pinsubordination des équipages des vaisscaux formant la station; ce désordre n'a pas tardé à se communiquer à bord des bâtimens du
Roi qui se trouvoient dans cette rade, et particuliérement à bord
de la corvette la Favorite 7 commandée par M. Négrier 2
dont le courage et l'activité lui ont si justement mérité les éloges
de cette Colonie. Ce généreux Officiér, plein d'attachement pour
son équipage, a été victime de son insubordination dans linstant oû son amour pour cet équipage le décidoit à compromettre
son zele pour l'exécution des lois prohibitives, et à ne pas empécher l'embarquement de quelques marchandises dont le bénéfice
devoit rejaillir sur ses matelots. La mission honorable dont étoit
chargé M. Négrier , de faire reconnoitre le pavillon national
dans toutes les Isles Espagnoles sembloit autoriser cette démarche d'autant plus fructueuse pour la Colonie, qu'elle contribuoit à verser dans nos coffres un numéraire considérable, qui
fait la supériorité de cette voisine sur nous > et que ce' moyen
simple ouvroit un débouché à la sortie d'un genre de marchandises
qui, 2 en convenant aux Espagnols, ne trouve point de débit dans
notre partie Française.
M. Négrier > injustement soupçonné 2 trouva dans son
équipage des hommes forcenés qui voulurent attenterà ses jours:
D --- Page 26 ---
(26),
il reclama l'autorité du chef de la station, qui convoqua un Jury,
dont le jugement fut de suspendre l'activité dc M. Négrier. Il
ne reste donc plus à ce brave Officier que la voie de Ia remon-:
trance auprès du tribunal de la nation, devant lequel il va porter
ses jusies réclamations, 3 en mettant au grand jour la vérité ; mais,
Messieurs et chers comparriores, nous sommes bornés à rendre
justice au courage de M. Négrier, et nous nous flâttons de
trouver en vous lcs secours et Pintérêt que lui a mérité sa conduite, et de vouloir bien être auprès du Roi et du Ministre s
P'organe des représentansde cette Province, 2 dont les intérêts sont
si intimément unis aux vôtres ct doivent faire une cause commune,
Nous sommes avec les sentimens les plus fraternels,
Messieurs et chers compatriotes 7
Vos très-humbles et très-obéissans
serviteurs, les membres de l'assemblée Provinciale du Nord de SaintDomingue.
GRIPIERE-MONTALIEOR, Président.
FRANÇOIS de CHAUMONT, Secrétaire.
POULET
-
N.. V.
Extrait de la Lettre des Capitaines marchands mouillés en
rade du Cap,a Passociation maritime de Bordeaux.
MESSIEURS ET CHERS CONFRERES,
LA présente vous sera remise par M. Négrier , commandant
ci-devant la Corvette la Favorite, Comme c'est à ce brave Ofi-
'assemblée Provinciale du Nord de SaintDomingue.
GRIPIERE-MONTALIEOR, Président.
FRANÇOIS de CHAUMONT, Secrétaire.
POULET
-
N.. V.
Extrait de la Lettre des Capitaines marchands mouillés en
rade du Cap,a Passociation maritime de Bordeaux.
MESSIEURS ET CHERS CONFRERES,
LA présente vous sera remise par M. Négrier , commandant
ci-devant la Corvette la Favorite, Comme c'est à ce brave Ofi- --- Page 27 ---
(27)
cier que nous devons la tranquillité de la Colonie, nous vous
prions > M essieurs et chers confreres 2 de vous assembler pour
recevoir M. Négrier, avec les égards et la considération dus aux
services qu'il a rendu à la Colonie et au commerce pendant son
séjour, et de lui prouver que le malheur est aux yeux de ceux
qui savent apprécier le mérite , un titre de plus pour en obtenir
les témoignages les plus écla:ans et les plus flateurs.
Nous sommes avec la plus affectueuse considération,
Messieurs et chers confreres,
Vos très humbles et très-obéissans serviteurs,
les Capitaines des navires marchands mouillés en rade du Cap Français.
Eront Signés,Eugene-Thibaut, Commandant marchand. Gourrege;
Capitaine de navire etsous-Lieutenant de vaisseaux. Julin, St. Pons,
Lebreton, Bellanger, , J. Lebreton,J. Fabre 2 Pevrieu, Laperche,
M ouchel, Sers, Villeneau, Amiaud, Dékater,J.1 Benoit, P. Benoit,
Demignot,J. Anselme 3 J. Guillot, P. Fournié, Couturont 2 Raymond, J. Beaumond, Gaubert 2 Allain, Caulle, Estlapore, J.
Maunier. ,F. de la Croix, Motel, chevalier. A. Eydin, J.J. Lafon.
Certifié l'exirait ci-dessus conforme à l'original déposé aux re4
gistres de Passociation maritime de Bordeaur.
LE FEBEURE, Président du. Comité.
J. B. DÉCASSE, Secrétaire.
D2 --- Page 28 ---
(28)
No. VL
Au Port-au-Prigce, le 3 Mars 179T:
LETTRE circulaire que M. Blanchelande écrivoit aux
diftrens Gouverneurs des Isles oi je devois aller
montrer le Pavillon National.
MONSIEUR,
Sa Majesté m'ayant fait transmettre par son Ministre de la Marine la loi par laquelle il a été arrèté qu'il y auroit dans le Pavillon
François quelques changemens, j'ai,cru qu'il étoit utile aux intérêts
de nos deux nations que votre Excellence' en fàt aussitôt instruite : j'en joins un exemplaire en conséquence à ma lettre que
je charge M. de Négrier, Chevalier de St-Louis et Lieutenant
des vaisseaux du Roi, de porter à votre Excellence.
Je lui donne également la mission spéciale de transmettre à
votre Excellence l'expression des sentimens que sa réputation 'm' 'a
inspiré pour elle, et du desir que j'ai de trouver dans le cours
de mon Administration de nombreuses occasions d'êtré utile aux
sujets de sa Majesté Britannique.
J'ai lhonneur de recommander aux bontés de votre Excellence
M. de Négrier, dont le mérite a déterminé le choix que j'en ai
fait pour remplir auprès de votre Excellence > la double mission
qui fait le sujet de son voyage.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,
MONSIEUR,
De votre Excellence,
le très-humble et trèsobéissant serviteur,
BLANCHELANDE:
AS.E,M. Howard, Comte d'Effingham.
sujets de sa Majesté Britannique.
J'ai lhonneur de recommander aux bontés de votre Excellence
M. de Négrier, dont le mérite a déterminé le choix que j'en ai
fait pour remplir auprès de votre Excellence > la double mission
qui fait le sujet de son voyage.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,
MONSIEUR,
De votre Excellence,
le très-humble et trèsobéissant serviteur,
BLANCHELANDE:
AS.E,M. Howard, Comte d'Effingham. --- Page 29 ---
(29)
N. VII
Au Port-au-Prince, le 6 de Pan 1791,
LETTRE de M. BLANCHE L A N D E.
JAI reçu, mon brave Capitaine, avec bien du plaisir, et j'ailu
avec bien de Pintérêt la lettre que vous m'avez fait l'honneur et
l'amitié de m'écrire le 2 de cC mois. Je n'ai été fàché du retard de
votre reddition de compte que parce qu'il m'a privé de la satisfaction de recevoir plutôt de vos nouvclles. Je ne vous gronde donc
pas, mais au coutraire, je vous remercie des détails que vous, me
donnez, et des soins obligeans que vous avez prodigué à mon fils
et en maladic et en. santé Je pars décidément lundi : je n'entrerai donc aujourd'hui dans aucuns détails relatifs à votre mission,
si ce n'est que je suis très-parfaitement content de votre conduite
à tous égards.
Pressé d'écritures, je me borne à vous renouveller les assurances
du tendre et bien inviolable attachement avec lequel j'ai Phonneur
d'être pour la vie, mon cher Capitaine,
Votre très-humble et très-obéissant
serviteur, et qui plus est, bon ami,
BLANCHELANDE,
P.S. Dites à M. de Paroy que je desirerois qu'il puisse envoyer
un petit bàtiment au-devant de la station pour engager le Commandant à mouiller au Cap > oû je serai. Par ce moyen, le Décret
officiel seroit plutôt connu et envoyé de ma part dans toute la
Colonie.
No, VIIL
Billet de M. de Blanchelande,
JE vous envoye 2 mon cher Négrier, une lettre que je reçois de
M. de Bataille, dont yous ferez usage du contenu : vous me la ren-
oy que je desirerois qu'il puisse envoyer
un petit bàtiment au-devant de la station pour engager le Commandant à mouiller au Cap > oû je serai. Par ce moyen, le Décret
officiel seroit plutôt connu et envoyé de ma part dans toute la
Colonie.
No, VIIL
Billet de M. de Blanchelande,
JE vous envoye 2 mon cher Négrier, une lettre que je reçois de
M. de Bataille, dont yous ferez usage du contenu : vous me la ren- --- Page 30 ---
((30 - )
verrez après en avoir pris communication. Je vous souhaite le bon
jour
BLANCHELANDE.
Le 15 Mars 1791.
P.S.Comme vous n'avez sàrement pas envie de me compromettre,
vous concevrez aisément combien il en coûte à mon amitié pour
vous de vous indiquer le moyen désagréable d'être éloigné de moi.
Jc vous engage à ne pas venir chez Cambefort, qui est très-faché
dc ne pouvoir vous recevoir et vous donner à diner.
BLANCHELANDE
N. I X.
Eztrait d'une Lettre de M. le Chevalier de Bataille à M. de
Blanchelande, en date du 25 Mars.
J'ai appris, mon Général, que M. de Négrier étoit arrivé. Je ne
puis vous cacher mon étonnement de le voir se montrer en public,
Je ne connois que la loi pour guide dans toutes les occas'ons oà Pon
se trouve en contradiction avec elle. Je sais que M. de Villages a
fait tenir un Jnry à bord du Fougueux, sur l'accusation de Péquipage de la Favorite contre M, de Négrier : il a été déclaré coupable
par le Jury; et daprès la loi, M, de Villages le fera arrèrer, du
moment oùil sera à porrée de le faire, pourle faire passer en France,
ct le mettre entre Jes mains d'une cour martiale qui seule peut le
juger. Les équipages des trois bâtimens sont furieusement exaltés
contre lui; et si le mien apprend qu'il est ici, il ne manquera pas
de crier et de dire que vous le protégez, et cela ne peut qu'ajouter
à leur prévention. Je crois qu'il est de mon devoir de vous en prévenir. M. de Négrier n'a rien de mieux à faire, mon avis, que de
se rendre en France s'il se croit innocent, et de demander d'être
purgé de Paccusation du Jury.
Signé, le Chevalier DE BATAILLE.
contre lui; et si le mien apprend qu'il est ici, il ne manquera pas
de crier et de dire que vous le protégez, et cela ne peut qu'ajouter
à leur prévention. Je crois qu'il est de mon devoir de vous en prévenir. M. de Négrier n'a rien de mieux à faire, mon avis, que de
se rendre en France s'il se croit innocent, et de demander d'être
purgé de Paccusation du Jury.
Signé, le Chevalier DE BATAILLE. --- Page 31 ---
(31)
J'arrive au Cap, le 14 Mars à io du soir, fuyant les assassins
avec Mde. de Blanchelande etsa nièce > que j'avois escorté pendant
soixante lieues après avoir éprouvé des fatigues et des dangers de
tous genres; j'y suisreçu avec les ténoignages de l'amitié et de
Pintérêt le plus vif. A peine-est il jour le 15,que le fils du Général et son Aide-de- Camp, m'apporte le billet qui m'oblige
de fuir, et la lettre dont on vient de voir l'extrait.
Je pourrois encore le commenter, ce cruel extrait de lettre,
Que dirois-je ? que des matelots qui ne me connoissoient
pas, arrivés le 2 Mars, avoient voulu me pendre le 3 2 que
sur l'accusation de quelques hommes de mon équipage, > qui dans
leur délire m'avoient mis la corde au col. On avoit tenu un Jury
contremoi,1 le4,parlequel on mejugeoit coupable par contumace. ;
que le 15, la prévention dont on menacoit le Général, en vouloit encore à ma vie ; que quand jes suis parti du Cap, à T'époque
du 7 Avril, vingt Capitaines marchands ont été obliges de m'escorter à bord du bâtiment de commerce, qui m'a passé en France.
Qu'à mon arrivée,Taiappris à Bordeaux, toutes les horreurs qu'on
avoit tramé à Rochefort, contre moi. Je découvrirai moi seul le
fil de ce dédale obscur. On va voir pourquoi la haine me poursuit; on verra par la lettre qui suit, s'il étoit dangercux au Portau-Prince, de s'avouer mon ami.
No, X.
Lettre du Commandant des bâtimens marchands, mouillés
en rade au Port-au-Prince, depuis ma fiuite.
MONSTEUR,
CEST avec une douce satisfaction que je yous envoie la
pièce que yous nous aviez demandé, et que M. Chapuis et moi
seul le
fil de ce dédale obscur. On va voir pourquoi la haine me poursuit; on verra par la lettre qui suit, s'il étoit dangercux au Portau-Prince, de s'avouer mon ami.
No, X.
Lettre du Commandant des bâtimens marchands, mouillés
en rade au Port-au-Prince, depuis ma fiuite.
MONSTEUR,
CEST avec une douce satisfaction que je yous envoie la
pièce que yous nous aviez demandé, et que M. Chapuis et moi --- Page 32 ---
(32)
vous avions d'aussi bon coeur promis ; les circonstances alors firent
que je trouvois beaucoup de difficultés à décider mes Confreres
à vous donner leurs signarures. Soyez persuadé, Monsieur, erje
vous l'assure pour eux tous, , qu'aucun auire motif,q que la crainie
de se compromettre 2 vu les circonstances, ne pouvoit les empécher
de vous donner cette légere satisfaction de leur attachement; aussi
ce sont-ils empressés de lc faire, dès que le temps est devenu
plus tranquille.
Celle-là m'amene à vous faire part de ce qu'ils déciderent dans
le temps d'écrire à leurs Armateurs (à ceux principalement qui
tiennent aux chambres de commerce) à votre sujet, et j'ose vous
assurer que celle-là fera le même effet que la piece quc nous vous
envoyons. Puisse-t-elle avoir l'effet que vous en attendez, ç'est
dans ce desir que nous vous P'envoyons.
J'ai fait partir vos lettres par la Corvette, sous envelope d'un
de mes amisà Bordeaux, quiles mettra à la poste 5 elles seront par CC
moyen plutôt rendues que si elles eussent été mises dans le sac
d'un de nos marchands.
J'ai Phonneur d'être tres-sincèrement,
MONSIEUR,
Vos très-humbles et très-obéissant serviteurs, 2
L OUSIE R.
Port-au-Prince, le 29 Murs 1791.
Par les raisons qui ont donné lieu aux difficultés de pouvoir vous
donner la pièce de suite, veuilliez, je vous prie,ne point en faire
mention dans aucun papiers publics de la Colonie.
La; présente leure lue et cerrifiée au comité de P'association maritime de Bordeaux, pour la signature nous être connue, à Bordeaux, le 21 Mai 1791,
LE FEBEURE,
issant serviteurs, 2
L OUSIE R.
Port-au-Prince, le 29 Murs 1791.
Par les raisons qui ont donné lieu aux difficultés de pouvoir vous
donner la pièce de suite, veuilliez, je vous prie,ne point en faire
mention dans aucun papiers publics de la Colonie.
La; présente leure lue et cerrifiée au comité de P'association maritime de Bordeaux, pour la signature nous être connue, à Bordeaux, le 21 Mai 1791,
LE FEBEURE, --- Page 33 ---
(33)
J'ai parlé, et dans le cours de mon mémoire et dans les' notes, 3
des horreurs qu'on tramoit à Rochefort contre moi. Il est
temps /
d'éclairer sur ce dernier outrage. J'arrive à Bordeaux, le 15 mai
dernier, j'y suis reçu comme un homme que le récit de Ses
malheurs et de la bonne conduite qu'il venoit de tenir pendant
huit mois à Saint-Domingue 2 y avoit devancé : cette étincelle de
repos est bien-tôt détruite, par un écrit que ma main se refuse à
tracer, oût il est question de mépris, que les làches qui l'ont rédigé, n'oseroient me montrer en face, et oùt sont éncncés les faits
que je rapporte au ministre, dans ma lettre No: 12, faits faux
et controuvés par la lâcheté. Cet écrit obscur 2 qui ne sort de
la fange que parce que ma main ne s'est pas engourdic en l'en
tirant, m'est communiqué par M. Prevot de la Croix, commissaire ordounateur à Bordeaux, qui n'auroit jamais voulu en faire
le perfide usage auquel on l'avoit destiné. J'y reconnois la vengeance et la haine de M. de Vaudreuil, commandant la marine à
Rochefort, et celle de M. Bidé de Maurville, faisant fonction de - -
major de la marine.
II faut dire quel estlc sujet de cette vengeance et de cette haine
que je me fais honneur d'avoir mérité, comme je Pai écrit au ministre de la marine:
Je fus expédié par M. Degrasse > à Ia fin d'Août 1781, des
côtes de la nouvelle Angleterre > pour apporter à M. le maréchal
de Castries, alors ministre de la marine , le plan de la campagne
que ce général alloit entreprendre; il m'avoit ordonné de dire au
ministre auquel il l'écrivoit, et qui pourra s'en rappeller, si ce
mémoire lui parvient, que s'il pouvoit remplacer les mauvais capitaines de son armée 2 par des Officiers comme M. de Nieul et
de Soulanges, il tireroit grand parti des événemensàv venir, 2 comme
il Pauroit fait des événemens passés s'il les avoit eu; mais qu'avec
des gens comme M. de Vaudreuil,le Commandant de la marine
de Rochefort qui, commandant le Scepire 2 un dcs plus beaux et
des meilleurs marcheurs de l'arméc, n'étoit jamais à son poste et
E
capitaines de son armée 2 par des Officiers comme M. de Nieul et
de Soulanges, il tireroit grand parti des événemensàv venir, 2 comme
il Pauroit fait des événemens passés s'il les avoit eu; mais qu'avec
des gens comme M. de Vaudreuil,le Commandant de la marine
de Rochefort qui, commandant le Scepire 2 un dcs plus beaux et
des meilleurs marcheurs de l'arméc, n'étoit jamais à son poste et
E --- Page 34 ---
(34)
donnoit par-tout des preuves d'impéritie et de mauvaise volonté 3
il ne répondoit de rien; M. de Castries me répondit qu'il falloit
bien garder quelques bonsoficiers pour l'armée d'Europe et ajouta:
que ne renvoye - t-il ceux dont il est mécontent. Je l'écrivis à
M. Degrasse, 3 et tout le monde le sut.
Nota. M. de Suffren a suivi cette méthode, aussi n'a-t-il pas
fini aussi malheureusement que l'infortuné général Degrasse, 2 dont
les mânes demandent vengeance > maintenant que la voix de la
justice n'est plus étouffée.
Quant à : Bidé de Maurville > majorde la marine, dont Pimplacable et ridicule haine ne peut plus. m'atteindre, il faut en découvrir
Jesecret.
Au mois de Juin 1782, j'eus ordre de partir de la rade de
Brest, pour me rendre à celle de 1Isle d'Aix, avec le Bricq le
Tartare que je commandois. Je reçus à Rochefort l'ordre de me
charger d'un convoi pour le Sénégal; dans ces entrefaites, une :
voie d'eau se déclaraà bord de mon bàriment; il étoit à clin(:)
et les charpentiers de Rochefort ne surent y remédier. On-proposa à M. de Maurville de se charger de ma mission; il commandoit depuis long-temps le Lively le long de la côte : l'espèce de
son bâtiment étoit propre à la mission dont j'avois d'abord été
chargé, mais cela ne le tenta pas; il refusa d'en continuer le commandement;1 la proposition-dlni en ayant été faite devant moi, sur
sôn refus, je me proposai pour le remplacer ; on me donna le
Lively : je m'occupai des préparatifs de mon départ. Le jour queje
fis voile, j'écrivis à M. le maréchal de Castries, que comblé dès
graces du Roi et de ses bontés, je croyois ne pouvoir mieux lui
en marquer ma reconnoissance 2 qu'en me chargeant du Lively dont
M, de Maurville n'avoit pas osé se charger de continuer le commande-
(1) Bâtiment à clin 3 ccux dont le bordage est cloué l'un sur l'autre
ai des préparatifs de mon départ. Le jour queje
fis voile, j'écrivis à M. le maréchal de Castries, que comblé dès
graces du Roi et de ses bontés, je croyois ne pouvoir mieux lui
en marquer ma reconnoissance 2 qu'en me chargeant du Lively dont
M, de Maurville n'avoit pas osé se charger de continuer le commande-
(1) Bâtiment à clin 3 ccux dont le bordage est cloué l'un sur l'autre --- Page 35 ---
(35)
ment; que s'il m'arivoitmalheurije luirecommandois lesfemmes des
matelots sous m.es ordres, et un frère que j'avois, et que j'ai encore
dans le régiment de Soissonnois. Je menai heureusement mon convoi au Sénégal d'où je fus expédié à la Martinique s où j'arrivai
coulant bas : j'en rapportai un procès-verbal qui constatoit que le
Lively étoit trop mauvais pour pouvoir être radoubé. Procès-verbal
signé de plusieurs officiers de la marine 2 ervisé par M. de Bouillé.
M. Bidé ne m'a pas pardonné de ne m'être pas noyé. Au restc
tous les faits que je viens d'énoncer sont aisés à prouver : on pourroit trouver dans les bureaux de la marine 2 pour s'assurer de la
première assertion, les comptes que rendit monsieur de Grasse, et
d'ailleurs le procès-verbal du conseil de guerre de ce général sacrifié
à l'intrigue donneroit de grandes lumières sur toutes les horreurs
qui se passerent alors. Et ensuite s mes correspondances et mes
notes dans ces mêmes bureaux.. Je mérite linfamie des calomniateurs,
si tout ce que j'avance n'est pas de la plus exacte vérité: : il en coûte
sans doute à mon ame, et sur-tout dans ce moment-ci, d'éclairer
le public sur ma conduite par de semblables moyens ; mais je ne
les ai pas provoqués, et c'est ce qui diminue ma peine.
No. XI
Letere que jai écrit à mon arrivée d Bordeauz, all ministre - de la marine, , après que M. Préde-de-la-Croix. 2
Commissaire ordonnateur m'eut communiqué Pécrit
dont je viens de parler, et une lettre que lui écrivait
M. de Vaudreuil, Commandant la marine de Rochefort.
MONSIEUR,
Des le moment ou sans compromettre mon existerice, j'ai pu
quitter S.I Domingue, et m'embarquer pour la France, je me suis
E2
à mon arrivée d Bordeauz, all ministre - de la marine, , après que M. Préde-de-la-Croix. 2
Commissaire ordonnateur m'eut communiqué Pécrit
dont je viens de parler, et une lettre que lui écrivait
M. de Vaudreuil, Commandant la marine de Rochefort.
MONSIEUR,
Des le moment ou sans compromettre mon existerice, j'ai pu
quitter S.I Domingue, et m'embarquer pour la France, je me suis
E2 --- Page 36 ---
(36)
empressé d'yvenir mettre ma conduite au jour, et me justifier d'une
délation que des assassins n'ont machiné que pour couvrir leur premier crime, et que la malignité s'est empressé d'accueillir pour
mc perdre.
J'arrive avec des preuves authentiques de l'intérêt ct de l'estime
générale de la colonie entière de saint Domingue, et dcs témoignages irrécusables de l'aprobation du représentant du Roi. Ces
moyens soutenus de la reconnoissance et de l'intérêt général du
commerce de France, m'aideront à prouver que je ne devois pas
m'attendre à untraitement aussi barbarc qu'outrageant, que m'a fait
éprouver la fatale arrivée dans cette colonie de la station aux
ordres de M. de Villages, et ils écarteront, pour la conservation de
inon honneur, la prévention injuste , qui est la scule- chose que
j'aie à craindre d'après les comptes trop peu soignés que je sais avoir
été rendus, et qu'il me sera bien aisé de réfuter. A peine échappé
aux persécutions que m'a fait éprouver la station fatale, à peine
échappé aux mains dcs assasins, je trouve-à mon arrivée ici, un
écrit aussi atroce que calomnieux, que l'esprit de haine et de
vengeance ont dicté à M. de Vaudreuil, et sur-tout à M. Maurville, et qu'ont eu la foiblesse de signer sept officiers de la marine
de Rochefort. Il cn coûtera sans doute à mon ame, et sur-tout dans
ce moment-ci, d'entacher. publiquement des individus d'un corps
dont je respecte le plus grand nombre; mais l'affligeante nécessité
de sauver ma réputation en détruisant la calomnie et le mensonge,
m'offre un puissant motif de consolation ; mon coeur qu'ont mis en
lambeaux les lâches qui ont ainsi voulu me déshonorer, parce
qu'ils ne savoient pas que l'honneur cst le premier bien, et que
nul autre intérêt ne me guideroit: mon coeur , dis-je, me donnera
les moyens de fairc triompher la vérité, de dévoiler le mystère
d'iniquité et punir le crime.
La France entiere m'aidera dans cette entreprise; ; je fais abnégation
de toute protection. Justice voilà mon cri et mon seul voeu,
Signé NÉGRIER.
me déshonorer, parce
qu'ils ne savoient pas que l'honneur cst le premier bien, et que
nul autre intérêt ne me guideroit: mon coeur , dis-je, me donnera
les moyens de fairc triompher la vérité, de dévoiler le mystère
d'iniquité et punir le crime.
La France entiere m'aidera dans cette entreprise; ; je fais abnégation
de toute protection. Justice voilà mon cri et mon seul voeu,
Signé NÉGRIER. --- Page 37 ---
(37)
N. XIL
Seconde lettre que Pai écrit au Ministre de la Marine , pour lui demander les moyens de détruire la calomnie des rédacteurs de Pécrit de Rochefort.
MONSIEUR,
Dans la cruclle nécessité de mettre ma réputation à l'abri de
l'imposture, je suis forcé, pour y parvenir, d'user de tous les
moyens qui ne répugnent pas à mon coeur déchiré par la cruelle
position où les circonstances m'ont plongé.
Les Officiers de la marine de Rochefort , trompés par deux
dentre eux; M. de Vaudreuil, commandant la marine, et Bidé
de Maurville efaisant fonction de major, ) dont heureusementfaimé
rité la haine par mon zèle pour le service et Phonneur de ma patrie ; ont fait contre moi, comme j'ai déjà eu Phonneur de vous
en rendre compte 3 un écrit calomnieux qu'ils appellent déclaration
authentique, dans lequel ils ont faussement avancé que je venois
de tenir une conduite" honteuse à Saint-Domingue, et que j'y avois
été convaincu d'avoir fait la pacotille. Je prends l'engagement formel
de convaincre le public du contraire 3 comme je crois, 3 Monsieur,
vous en avoir déjà convaincu vous même.
Ilsont dit quece délit, dont ils m'accusent à Saint-Dominguc,je,
Pavoiscommis cn, 1782 sur le Lively que je commandois alors, et
qu'il avoit été puni de ma radiation sur la liste de la Marine. Je
vous prie Monsieur , au nom de la justice et de mon honneur
cruellement offensé, de vous faire rendre compte de ma conduite
sur ce bàtiment, du commandement duquel M. de Maurville, un
de mes calomniateurs les plus envenimés, n'osa pas continuer de
se chargerlorqu'ilfallur quitter la terre de vue et entreprendre une
mission de long cours sur un bâtiment qu'il commandoit depuis
avoit été puni de ma radiation sur la liste de la Marine. Je
vous prie Monsieur , au nom de la justice et de mon honneur
cruellement offensé, de vous faire rendre compte de ma conduite
sur ce bàtiment, du commandement duquel M. de Maurville, un
de mes calomniateurs les plus envenimés, n'osa pas continuer de
se chargerlorqu'ilfallur quitter la terre de vue et entreprendre une
mission de long cours sur un bâtiment qu'il commandoit depuis --- Page 38 ---
(38)
long-tems le long des côtes. Vous verrez que mon dévouement pour
le service du roi sur ce bâtiment, où j'eus le bonheur d'exécuter
avec zele et honneur la mission dont j'étois alors chargé, comme
je l'ai toujours fait, erqui me manqua sous les pieds à la Martinique, comme le constate un procès-verbal en date du 6 Janvier
1783',signé de tous les Officiers de la marine alors. la Martinique, visé par M. de Bouillé, me valut à mon retour et des témoignages de la-satisfaction de M. le Maréchal de Castries, alors Ministre de la imarine, et le commandement de la flute la Seine, au
mois de Mai de la même année. Leur haine envenimée m'a suivi
sur ce bâtiment dans une relàche à Lisbonne 2 où une rixe que j'eus
avec un Consul pour des intérêts pécuniaires qui regardoient le bien
du service, m'occasionna trois mois d'arrèts : ils ont bàti leur systême de mensonge et de calomnie sur un desgriefs que ce Consul,
qui perdit ensuite sa place,avoit articulé contre moi pour se venger,
oi il prérendoit que mes matelots avoient vendu par mon ordre
du tabac et du savon à Lisbonne. Je présentai alors les certificats
les plus honorables des Ministres de la Reine de Portugal et du
corps des Négocians Français établis dans ce royaume, qui prouverent et la fausseté de cette assertion, et ma bonne conduite : je
peux les reproduire encore au moment où il vous plaira de vous
les faire représenter.
Je vous demande donc, Monsieur, un certificat qui prouve et la
fausseté des inculpations faite sur la flute la Seine, et qui démente, et ma radiation de dessus les listes de la marine dont
je n'ai jamais eu connoissance > et les prétendus sujets de plaintes
qui P'auroient provoqué sur le Lively; plaintes qui n'ont pris naissance que dans le venin que des calomniateurs vomissent sur moi.
J'espere de votre justice 2 monsieur 2 que vous m'accorderez ce
4 que mon honneur et ma réputation exigent impérieusement.
J'ai Phonneur d'être ; etc.
Signé, NÉGRIER.
de dessus les listes de la marine dont
je n'ai jamais eu connoissance > et les prétendus sujets de plaintes
qui P'auroient provoqué sur le Lively; plaintes qui n'ont pris naissance que dans le venin que des calomniateurs vomissent sur moi.
J'espere de votre justice 2 monsieur 2 que vous m'accorderez ce
4 que mon honneur et ma réputation exigent impérieusement.
J'ai Phonneur d'être ; etc.
Signé, NÉGRIER. --- Page 39 ---
(39)
Certificat.
Nous Antoine-Jean-Marie Thevenard, chefd'Escadre des Armées Navales, Ministre et Secrétaire d'Etat ayant le département
de la Marine et des Colonies.
Certifions à tous qu'il appartiendra que M. Négrier, Lieutenant
de vaisseaux, n'a pas cessé d'être en activité de service depuis le
8 Mai 1772, qu'il a été fait garde de la Marine 2 jusqu'à ce jour;
en foi de quoi nous avons accordé le présent certificat signé de
notre main, contre-signé parlun de nos Secrétaires, ety avons fait
apposer le cachet du Département qui nous est confié.
Fait à Paris le 18 Juin 1791.
THEVENARD, -
Par le Secrétaire d'Etat ayant
le Département de la Marine
et des Colonies.
MALESIEUX.
Les notes que j'ai demandé, me seront délivrées au premier momens.Lar recherche eût tentrainé deslongucursquim'auroienrt empéché
de faire paroirre ce mémoire aussi promptement que je le désirois.
Mais je prends l'engagement formel, de prouver aussi authentiquement à mes calomniateurs qu'ils ont menti, pour les diftérentes
assertions qu'ils ont machiné contre moi que pour la radiation.
Qui ne croira pas à la haine et à la vengeance, d'après ce qu'on
vient de voir.
Eh bien, calculant les circonstances actuelles, repugnant à augmenter au corps de la marine. , la somme des ennemis dont il est
aecablé, plein de respect pour un grand nombre d'Officiers qui
agement formel, de prouver aussi authentiquement à mes calomniateurs qu'ils ont menti, pour les diftérentes
assertions qu'ils ont machiné contre moi que pour la radiation.
Qui ne croira pas à la haine et à la vengeance, d'après ce qu'on
vient de voir.
Eh bien, calculant les circonstances actuelles, repugnant à augmenter au corps de la marine. , la somme des ennemis dont il est
aecablé, plein de respect pour un grand nombre d'Officiers qui --- Page 40 ---
(40)
mériterent et mériteront toujours bien de la patrie,j'avois encore
avant de donner de l'authenticité à ma conduite , voulu chercher
des moyens compatibles avec mon honneur et ce que je croyois devoir à mon corps ; mes démarches ont été vaines, une de plus
m'entacheroit à mes propres yeux.
J'ai écrit la lettre suivante à M. de Vaudreuil, député à l'Assemblée nationale. Il s'est refusé d'y répondre, il m'a fait dire par un
valet de passer chez lui,je m'y suis rendu sur-le-champ: il ne s'y
est pas trouvé, Je l'ai rencontré dans le cloitre des Feuillans, il m'a
répondu de manière à ce que je ne pus douter du peu d'empressement qu'il auroit à faire ce que j'exigeois dans ma lettre. Ceux qui
connoîtront ma malheureuse. affaire, 2 seront convaincus que j'ai fait
plus que je ne devois.
No, XIII
Paris le 17 Juin.
LETTRE d M. de Vaubreuil, Dipueé a PAssemblée
Nationale.
MoN GÉNÉRAL,
Avant de me livrer à la vengeance publique, que nécessite impérieusement de monhonneur, le procédé irréfléchi eta atroce de M.
votre frere envers moi,qui,sans savoir sij'étois coupable, surle dire
dermes bourreaux, , et pour les flatter, , a pris contre moi un arrêré
calomnieux auquel il a fait adhérer les Officiers de Brest, après
qu'il leur a été envoyé par ceux de Rochefort. La réflexion et le
respect que je me fais honneur d'avoir toujours eu pour vous,me
rrappelleà ce que je vous dois , à ce que je me dois à moi-mème.
Je suis arrivé en Europe avec les rémoignages les plus honorables qu'Officier ait jamais pu apporter, et avec'quelque chose de
samieux, une conscience purc. Rassemblez chez vous trois ou quatre
de nos camarades,et M. de Malouet.
après
qu'il leur a été envoyé par ceux de Rochefort. La réflexion et le
respect que je me fais honneur d'avoir toujours eu pour vous,me
rrappelleà ce que je vous dois , à ce que je me dois à moi-mème.
Je suis arrivé en Europe avec les rémoignages les plus honorables qu'Officier ait jamais pu apporter, et avec'quelque chose de
samieux, une conscience purc. Rassemblez chez vous trois ou quatre
de nos camarades,et M. de Malouet. --- Page 41 ---
(41)
Je vous soumettrai ma conduite et les pièces qui la justifient ;
et si ce que vous déciderez, peut tranquilliser mon ame et mon honneur cruellement offensé, et que sur toute chose le Roi veuille me
témoigner par une lettre ostensible de son Ministre de la Marine,
qu'il est content de mes services et de ma conduite,après qu'elle aura
été scrupuleusement examinée, je vous ferai avec grand plaisir le
sacrifice de ma juste vengeance et des moyens quila servent ; moyens
que je n'employerai, si j'y suis forcé , que parce que l'impérieuse
nécessité de sauver ma réputation de Pimposture et de la calomnie,
l'exige de moi et quime répugnent,sur-tourdans le moment présent.
J'ai l'honneur d'être avec respect,
MoN GÉNÉRAL,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
NEG RIER, Lieutenant de vaisseaux.
No. XIV.
ADRESSE de la Chambre du commerce de Nantes, a
PAssemblée Nationale.
AUGUSTES REPRÉSENTANS,
LES services signalés que M. Négrier n'a cessé de rendre au
commerce et aux colonies > avoient depuis long-temps excité notre
reconnoissance; et il nous ett été bien agréable de pouvoir la lui
témoigner dans une position différente de celle oû il se trouve.
Mais ses malheurs et les dangers auxquels il ai échappé presque
miraculeusement, feront naitre en vous les mêmes sentimens d'intérêt que partagent toutes les places de commerce 2 et votre équité,
dont tant de preuves ont éclaté dans toutes les parties de l'Empire,
ne tardera pas à le venger des persécutions atroces que lui ont fait
F
ett été bien agréable de pouvoir la lui
témoigner dans une position différente de celle oû il se trouve.
Mais ses malheurs et les dangers auxquels il ai échappé presque
miraculeusement, feront naitre en vous les mêmes sentimens d'intérêt que partagent toutes les places de commerce 2 et votre équité,
dont tant de preuves ont éclaté dans toutes les parties de l'Empire,
ne tardera pas à le venger des persécutions atroces que lui ont fait
F --- Page 42 ---
42 )
éprouver la plus basse jalousie, et son attachement à vOs décrets.
Irréprechable dans sa bravoure et son patriotisme, M. Négrier
a été attaqué sur un point répréhensible dans tout autre temps *
mais dont les circonstances lui faisoient un. devoir.
La subordination si nécessaire dans les vaisseux,et queles senhemis du bien public cherchent à troubler par tant de moyens, ne
peut se compenser par cette exécution sévere de la loi qui n'aura
lieu que dans les temps tranquilles. et lorsqu'un chef ne peut P'ohtenir qu'en détournant les yeux des irrégularités qui ne nuisent
pas essentiellement au service, loin de devenir un crinie, un tel
moyen commandé par les circonstances, 2 est plus qu'excusable et
annonce ce e prudence nécessaire à ceux qui commandent et qui
doivent savoir sacrifier les accessoires à l'intérêt principal.
Telle a eté la position critique oû s'est trouvé M. Négrier, et
que l'on auroit pas saisi avec tant. d'avidité,sicet Officier n'avoit
pas manifesté dans toutesles occasions 9 son attachementinviolable
à votre immortel ouvrage.
Le voeu sincere des Négocians (de cette place, fondé sur la
justice des réclamations de M. Négrier, est de le voir maintenu
par vous, Messieurs 2 dans Pexercice de son grade. La violation
manifeste et méditée de toutes les formes légales dans laccusation du Jury, excitera votre indignation ; vous rendrez à la Patrie
un défenseur habile et courageux, 2 et un excellent patriote à la
considération publique.
Nous sommes avec respect,
Augustes Représentans. 2
Les administrateurs du commerce de Nantes,
Pamiparay,Présidest. J.Videment, Bonvalet, J.M. Le Grand,
M. Lynch, M. Tourgouilhas Vilmain, Prale, Bridan,
Nantes, le I Juin 1791,
usation du Jury, excitera votre indignation ; vous rendrez à la Patrie
un défenseur habile et courageux, 2 et un excellent patriote à la
considération publique.
Nous sommes avec respect,
Augustes Représentans. 2
Les administrateurs du commerce de Nantes,
Pamiparay,Présidest. J.Videment, Bonvalet, J.M. Le Grand,
M. Lynch, M. Tourgouilhas Vilmain, Prale, Bridan,
Nantes, le I Juin 1791, --- Page 43 ---
(43)
N. X V.
ADRESSE de la Chambre de Commerce de Bordeaux a
PAssemblée nationale.
MESSIEURS,
LE Commerce de Bordeaux a Phonneur de recommander à votre
justice et à votre bienveillance M. Négrier, Officier de la Marine
nationale, et commandant ci-devant la" Frégate la Favorite, en
rade au Port-au-Prince. M. Négrier, > brave militaire et digne citoyen, a vu ses jours menacés par son propre équipage, qu'il avoit
réussi, jusqu'à cet instant de révolte, 2 à maintenir au milieu des
troubles qui désolent nos Colonies,dans une parfaite subordination;
il a demandé justice contre cet attentat, et la décision n'a point satisfait son honneur : il vient aujourd'hui la reclamer de T'Assemblée
nationale; mais il la reclame en homme qui l'a déja obrenue de
l'opinion publique. II est parti de Saint-Domingue suivi des regrets
de tous les bons Citoyens qui, dans ces momens d'anarchie et de
désordre 2 sentoient tout le prix d'un Cficier vraiment ami de la
Constirution, 9 et dévoué,au péril de sa vie, à la stricte observation
des lois : il arrive précédé de ces honorables témoignages d'estime,
et portant en ses mains des recommandations et des certificats qui
justifient l'élévation de son courage et la pureté de SCS intentions.
Daignez permettre > Messieurs, que nous joignons nos voix à celles
des Citoyens et des Administrateurs de Saint-Domingue qui se sont
honorés eux-mèmes en honorant M. Négrier : daignez jetter les
yeux sur les picces qui servent à justifier sa conduite et à défendre
son honneur contre d'odieuses irculparions : la justice que vous
rendrez à M. Négrier est la seule récompense que nous denandons
pour la priere que nous vous adressons en sa faveur défendre de
F 2
nos voix à celles
des Citoyens et des Administrateurs de Saint-Domingue qui se sont
honorés eux-mèmes en honorant M. Négrier : daignez jetter les
yeux sur les picces qui servent à justifier sa conduite et à défendre
son honneur contre d'odieuses irculparions : la justice que vous
rendrez à M. Négrier est la seule récompense que nous denandons
pour la priere que nous vous adressons en sa faveur défendre de
F 2 --- Page 44 ---
(44)
tous ses efforts un bon citoyen persécuté, c'est la plus douce jouissance que puissent éprouver les Négocians de Bordeaux.
Les Direcreurs déla Chambre et les Membres du Comité
de commerce de, "Bordeaux, Corbun. Brunaud. Lounin.
Ducos. Ducos, fils. Dan. Lys. Pierre Texier. Davillier ainé,
Courrejolle. Daniel Maccarthy. Hache.
Bordeaux, le 17 mai 1791.
No, XVI.
Bordeaur, le 21 mai 1791.
LETTRE de la Chambre du commerce de Bordeaur, d
e
ses Députés ordinaires et extraordingires, près PAssemblée Nationale.
MESSIEURS s
Nous avons Phonneur de vous présenter M. Négrier, Officier
de la marine nationale et commandant ci-deyant la frégate la
Favorite, en radedu Port-au-Prince; cet estimable Citoyen, , plein
de zèle pour l'exécution des décrets de l'Assemblée Nationale, les
a fait respecter avec courage et persévérance durant le cours de
sa station, et emporte l'estime et les regrets de tous les Citoyens
distingués dans Ia Colonie par le patriotisme qu'ils professent ou
les places qu'ils occupent ; il a cependant été calomnié poursuivi;
son propre équipage, 2 qu'il avoit, comme par prodige 2 maintenu
dans une parfaite subordination, égaré enfn par des,suggestions
perfides, a voulu attenter à savie; il vient solliciter justice de PAssemblée Nationale ; nous nous intéressons fortement à ce qu'il --- Page 45 ---
(45)
P'obtienne , et nous vous prions 2 Messieurs, de l'aider de' tcut
votre pouvoir dans les démarches qu'il se propose de faire auprès
d'elle ; vous ne sauriez justifier d'une manière plus agréable pour
nous. la confiance de vos Concitoyens et la parfaite estime avec
laquelle nous avons Phonneur d'être 2
Messieurs 3
Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs,
-
T
Les Directeurs de la Chambre et les Membres du Comité de
commerce de Bordeaux. Hache Corbun, M: Brunaud, , Hounin,
J. Ducos, Ducos, fils, Daniel > Maccarty, Daniel-Lys, Davillier,
Courrejolle, Texier.
Messieurs les Députés extraordinaires de Bordeaux, auprès de
l'Assemmblée Nationale.
No, XVII
LETTRE du Commandant des Batimens marchands
mouillés en rade du Port-au-Prince > avant P'arrivée
de la Station.
MONSIEUR,
J'AI Phonneur de vous faire des remerciemens au nom du corps
des Capitaines marchands, de la punition que vous ayez ordonné
à POfficier du navire Lestarourder de la Rochelle 3 pour l'insulte
faite en Ia personne desdits Capitaines.
Ils me chargent, Monsieur, de vous demander votre agrément,
pour aller vous prendre demain en corps 2 pour assister au
-au-Prince > avant P'arrivée
de la Station.
MONSIEUR,
J'AI Phonneur de vous faire des remerciemens au nom du corps
des Capitaines marchands, de la punition que vous ayez ordonné
à POfficier du navire Lestarourder de la Rochelle 3 pour l'insulte
faite en Ia personne desdits Capitaines.
Ils me chargent, Monsieur, de vous demander votre agrément,
pour aller vous prendre demain en corps 2 pour assister au --- Page 46 ---
(46)
Te Deiwn; ils seront, dans tous les remps et dans toutes les occasions, très honorés: de suivre un aussi digne commandant , qui a
si, bien sçu interprérer auprès de M. le Général, leur patriotisme.
Cest avec une parfaite considération,. que j'ai Thonneurd'être,
Monsieur,
Votre très-humble et tres-obéissant
de Y
serviteur ,
Vin
LOUSIER
Pert-au-Prince, le 26 Février. 1791.
N. XVIIL
Paris le 16 Juin.
Lettre gue m'ont écrit MM. les Dépués extraordinaires
des manufactures êt du Commerce , près PAssemblée
Nationale.
Ival 1
J Nous avons appris,. Monsieuryavect tout l'intérêt de Phumanité
et du patriotisme, les dangers auxquels vous avez échappé dans
votre séjour au Port-au-Prince; sur la frégate de létat la Favorite que vous commandiez.
Ceux qui par leurs suggestions ont égaré vosbraves matelots, et
leur ont inspiré l'affreux projet d'atrénter à la vie de leur capitaine, sont coupables envers la loi et la nation. Nous ne doutons
pas: queil'AssembléeNationale ne vous rende la-justice qui est due'
à in Officier distingué 2 quia SLI allier dans tous les temps le.
courage d'un guerricr aux vertus dun citoyen. Les témoignages
honarables que vous avez reçu de M. Blanchelande, Gouverneur --- Page 47 ---
(47)
de Saint-Domingue, de PAssemblée Coloniale du Cap, des Capitaines marchands, des Citoyens de toutes les classes de S. Domingue; et à votre arrivée en France, des chambres de commerce et
des sociétés des amis dela constirution, en formant autour de votre
personne un rempart impénétrable aux attaques de vos ennemis,
doivent adoucirlesouvenir de vos souffrances. Nous formons, Monsieur,les souhaits les plus vrais et les plus ardens , pour que la
justice que vous demandez, vous soit rendue, et vous nous trouverez
toujours disposés à faire, de concert avec vous, toutes Jes démarches
qui vous sembleront propres à l'accélérer.
Nous avons l'honneur d'être, etc,
Les Députés extraordinaires des manufactures et du commerce,
près P'Assemblée Nationale.
Signés, BONDEVILLE, Président.
REYNAUD, Secrétaire.
Je certifie que les criginaux des piecesjusificatrives qui sont imprimées à la suite de ce Mémoire, sont en mes mains, ) excepté trois
leures quej'ai remises à M.le Président de PAssemblée nationale.
NÉGRIER,
De PImprimerie de J. J. RAINVILLE, rue de Seine,
Fauxbourg S.-Germain, petit hôtel de Mirabeau. --- Page 48 ---
08-48
E791
N392m
1-S12-E
30 losort