--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
Al7a
esli
3p
M E M 10IR E
POUR le Sieur GUILLAUDEU DUPLESSIS
Intimé, Demandeur &
> Appellant s.
Défendeur;
mem:
CONTRE Demoifelle DE BEAUPAL, veuve du Marguis
DE Cxoiser-Bearent, Intimée é Défenderefe.
UELLE propriété paffera dorénavant pour certaine, fi
lacquéreur, après vingt-deux années
fible à
d'une poffeflion pain'efepoint à l'abri des recherches de fon vendeur?
Quel pere de famille ne craindra point de fe livrer à la
culture de fon champ, de le fertilifer par fon travail, de le
rendre plus précieux par fes avances & fon induftrie, fi la
nouvelle valeur qu'il lui donne procure à celui qui le lui a
vendu un moyen affuré d'y rentrer?
La Marquife de Choifeul a pris des lettres de refcifion
en
1763 , contre la vente qu'elle a faite en 1741 des
treiziemes d'une habiration firuée à Saint-Domingue. quatre
Elle prétend qu'il y a léfion d'outre - moitié dans cette
vente; elle veut prouver cette léfion en comparant le produit
A --- Page 4 ---
202:
a&tuel de l'habitation avec le prix qu'elle en aretiré en 1741.
Sans avoir égard à l'augmentation que la feule révolution des
temps a produite, à celle plus confiderable encore que quinze
années de paix ont dû procurer far une habitation vendue à
la veille de la guerre & aux I 200000 liv. de dépenfes effectives qu'y a faites le Geur Guillaudeu.
Entrainés par l'exemple & plus encore par une ambition
démefurée, ceux qui en 1758 8c 1759 ont vendu au fieur
Guillaudeu Thabitation dont la Marquife de Choifeul & fa
mere leur avoient cédé les quatre treiziemes, ont pris également des lettres de refcifion contre leur contrat, & le fieur
Guillaudeu fe trouve obligé de défendre & fa propriété 8z
celle de fes vendeurs.
FAITS
Six Négocians de Saint-Malo formerent une fociété le IS
Janvier 1701 ; leur objet étoit d'acquérit & d'exploiter en
commun une habitation à Saint-Domingue.
On convint que le fieur Beauval, pere de fa Marquife de
Choifeul, & le fieur Guillaudeu de qui defcend le fieur Guillaudeu Dupleffis, fe tranfporteroient à Saint-Domingue, 8
emploieroient à l'acquifition d'un terrein jufqu'à concurrence:
de 20000 liv.
Le fieur de Beauval y eft allé, a jetté les premiers fondemens de cette habitation, elle n'étoit compofée que de vingr
carreaux au mois de Mai 1706, mais depuis cette
quatre
fait des réunions confidérables. Elle renferme
époque on y a
aujourdhui cent trente-deux carreaux de cent pas en carré.
Le feur Beauval fe maria mois de Mai 1706, fon contrat:
de mariage contient une fipulation de communauté avec fon
ieur de Beauval y eft allé, a jetté les premiers fondemens de cette habitation, elle n'étoit compofée que de vingr
carreaux au mois de Mai 1706, mais depuis cette
quatre
fait des réunions confidérables. Elle renferme
époque on y a
aujourdhui cent trente-deux carreaux de cent pas en carré.
Le feur Beauval fe maria mois de Mai 1706, fon contrat:
de mariage contient une fipulation de communauté avec fon --- Page 5 ---
époufe; le refus que fait la M.rquife de Choifeul dele communiquer 2 autorife à penfer que le fieur Beauval n'a point
ftipulé propre à lui & aux fiens les droits de propriété indivife
qu'il avoit dans le terrein acquis avec les deniers communs;
de forte que celui qu'il lavoit alors, celui qu'il a acquis depuis, ;
font tombés indiftinétement dans la communauté.
La modicité de la mife premiere n'avoit pas permis d'acheter du terrein dans les endroits les plus avantageux. L'habitation à laquelle on donna le nom de Malouins étoit placée
au contraire fur les bords de la grande riviere qui traverfe
la colonie, dans un endroit bas & marécageux,
expofé aux
inondations de cette riviere qui enfable tout ce qu'elle couvre.
On ne pouvoit compter fur un produit réel qu'en fe garantiffant par des jettées des irruptions de la riviere, en defféchant
le terrein marécageux & en réuniffant dans un feul lac les
eaux éparfes fur prefque toute fa furface. Mais une fociété
naiffante dont la mife totale n'étoit que de 20000 liv. pouvoitelle tenter de pareils travaux ?
Elle n'en retira, , tant qu'elle fut propriéraire, 9 qu'un produit
très-modique. Il eft prouvé par les comptes de régie du fieur
Leroy 2 depuis 1730 jufqu'en 1738 inclufivement, , qu'elle
n'avoit donné que 9221 liv. de revenu; il eft prouvé également
par un recenfement de 1740, qu'il'n'y avoit que quarantequatre negres occupés à la faire valoir. On peur juger par-la
de fon peu de valeur en temps de guerre.
Le fieur de Beauval décéda, laiffant dans fa fucceflion une
habitation appellée la Petite-Anfe, & les quatre treiziemes par
indivis de celle des Malouins, dont deux treiziemes
noient à fa veuve commune avec lui, les deux autres apparte- à f
fille unique, mariée depuis en 1738 au Marquis de Choifeul.
La dame Beauval,lel Marquis de Choifeul & fon époufe jouiAij
-la
de fon peu de valeur en temps de guerre.
Le fieur de Beauval décéda, laiffant dans fa fucceflion une
habitation appellée la Petite-Anfe, & les quatre treiziemes par
indivis de celle des Malouins, dont deux treiziemes
noient à fa veuve commune avec lui, les deux autres apparte- à f
fille unique, mariée depuis en 1738 au Marquis de Choifeul.
La dame Beauval,lel Marquis de Choifeul & fon époufe jouiAij --- Page 6 ---
rent des quatre treiziemes du revenu de cette habitation,
depuis 1738 jufqu'en 1741 2 mais à cette époque les bruits
d'une guerre qui devint fanglante, le peu de produit qu'ils
retiroient de cette habitation, la crainte de le voir diminuer
encore, le projet de fe procurer des fonds pour améliorer
l'habitation de la Petite a Anfe qui leur appartenoit en propriété, firent defirer au Marquis de Choifeul & à la dame de
Beauval, de vendre la portion qui leur appartenoir dans cette
habitation. A
Un fieur Wailsh fe préfenta pour l'acquérir. Iln'offroit que
175,000 livres argent de France pour la totalité de l'habitation, ou 270,000 livres, argent des Ifles, payables en trois.
ans.
Le Marquis de Choifeul penfoit qu'il falloit accepter ces
offres. Il difoit dans fa lettre du 8 Novembre 1740, adreffée
à fes co-propriétaires, qu'on ne retrouveroit jamais des propofetions f avantageufes 9 fur-sout dans les circonflances lors préfentes d'une longue guerre. il ajoutoit qu'il étoit de l'intérétcommun de vendre à Pamiable un bien près à tomber en ruines, 6
quiferoit perdu fi la guerre venoit. Il a befoin d'un grand fecours 9 ajouoitil, & vous faver qu'aucun Alocié rief en difpoftion de lui en donner. Les propofitions de M. Wailsh étoient
urès-raifonnables, 2 G je fuis très-faché en mon particulier que le
refus qu'on a fait ait été caufe que j'aie manqué un bon marché;
vous pouver voir par ma lettre à M* Gravé,que M. de Villenouveaux, qui a envie de ce bien, 8 quifait agir àfa place M. de
la Moue, e/l bien éloigné d'en offrir pareille fomme, & on aura
peine à la retrouver.
Il offroit dans fa lettre du 17 Décembre 1740, de donner
fa part fur le pied de l'eflimation qu'il avoit fait faire avec le
Reur Villenouveaux.
qué un bon marché;
vous pouver voir par ma lettre à M* Gravé,que M. de Villenouveaux, qui a envie de ce bien, 8 quifait agir àfa place M. de
la Moue, e/l bien éloigné d'en offrir pareille fomme, & on aura
peine à la retrouver.
Il offroit dans fa lettre du 17 Décembre 1740, de donner
fa part fur le pied de l'eflimation qu'il avoit fait faire avec le
Reur Villenouveaux. --- Page 7 ---
Il répétoit dans une autre du 29 Décembre 1740, que la
Société en général avoit eu tort de refufer les propofitions de
M. Wailsh, & que les bruits de guerre l'avoient fait changer
d'avis.
Lap preuve qu'il ne vendoit point pour difliper 2 mais pour
fe débacraffer d'un objet peu avantageux 9 dont il fauroit
bien employer le prix plus utilement, fe trouve dans une
quatrieme lettre 9 datée du 12 Janvier 1741. Après avoir
annoncé à fes co-propriétaires l'intention où il étoit de les
forcer de confentir à la vente, il difoitje pouffe les chofes au
point de vous offrir pour moilapropoftion de M. Failhsjacheterai l'habitation le méme prix guil en a offert, G je la paierai
ad LAmérique ou ici en trois ans, à1 votre option ; f cela ne vous
convient pas, que la chofe Joit egale, je vous cede ma part à
pareil compte.
La Société, preffée par le Marquis de Choifeul, lui fit
d'abord des. offres moins avantageufes que celles du fieur
Wailsh, enfuite on fe rapprocha 8x l'on convint d'acquérir
les quatre treiziemes appartenans à la dame de Beauval & à
la Marquife de Choifeul, à raifon de 300,000 liv.
le
prix total de l'habitation 9 ce qui donnoit 92215 liv. 7 pour f8 d.
pour les quatre treiziemes.
Les conventions ainfi arrêtées, l'aôte de vente fut rédigé le
24 O8tobre 1741 ; la dame de Beauval, le Marquis & la
Marquife de Choifeul vendent, cedent, quintent,
délaient & promettent
tran/porent,
folidairement fous les renonciations requifes, garantir de tous troubles les quatre treiziemes par. indivis
au total, dans cent trente-deux carreaux
2 formant Phabitation
dite de Beauval.
Le prix de la vente eft fixé à 92215 liv. 71 8 d.
les
quatre treiziemes. La dame de Beauval, le Marquis & pour la Mar.
Marquife de Choifeul vendent, cedent, quintent,
délaient & promettent
tran/porent,
folidairement fous les renonciations requifes, garantir de tous troubles les quatre treiziemes par. indivis
au total, dans cent trente-deux carreaux
2 formant Phabitation
dite de Beauval.
Le prix de la vente eft fixé à 92215 liv. 71 8 d.
les
quatre treiziemes. La dame de Beauval, le Marquis & pour la Mar. --- Page 8 ---
206..
quife de Choifeul en donnent quitfance en nom colleétif.
Le Marquis de Choifeul ne diflipa point le prix qu'il en
reçut, comme on l'a prétendu, il le verfa fur l'habitation de la
Petite- Anfe, qui appartenoit à la Marquife de Choifeul en
toute propriété. Un recenfement de 1744 prouve qu'ily avoit
alors cent foixante - fept negres, tandis qu'avant la vente de
1741 il n'y en avoit jamais eu que cent onze.
La dame de Beauval mourut en 1746 fans avoir réclamé
contre cette vente, & la Marquife de Choileul fe porta fon
héritiere pure & fimple, qualité qu'elle ne peut abdiquer,
parce qu'elle lui eft avantageufe & qu'elle étoit majeure lorfquelle l'a prife.
La Société devenue propriétaire des quatre treiziemes vendus
par la dame de Beauval, le Marquis & la Marquife de Choifeul, en jouit depuis 1741 jufqu'en 1758 3 elle en confia l'adminiftration pendant les neuf premieres années au fieur Leroy;
& il eft prouvé que l'habitation étoit endettée à la fin de fa
régie de 132,000 liv.
Le fieur Guillaudeu, fils de l'un des intéreffés 2 9 déja propriétaire d'une fortune condérable., 2 fe chargea alors de la
procuration des Affociés. Il veilla fur l'habitation depuis 1749
jufqu'en 1758,& quoique la guerre eût duré pendant plufieurs
années de fon adminiftration, il trouva moyen de payer les
132,000 liv. de dettes dont l'habitation étoit grevée, de faire
des envois en France &x de commencer des bâtimens & des
levées qui auroient affuré par la fuite un revenu confidérable
aux Affociés, ,obligé à la vérité de faire paffer les revenus en
France, & de frayer de fes deniers aux dépenfes des conftructions & de l'exploitation, 2 il fe trouva en avance en 1758
de 233,6941. 7 C4 d.
Ce fut alors que les Aflociés redoutant les fuites facheufes
commencer des bâtimens & des
levées qui auroient affuré par la fuite un revenu confidérable
aux Affociés, ,obligé à la vérité de faire paffer les revenus en
France, & de frayer de fes deniers aux dépenfes des conftructions & de l'exploitation, 2 il fe trouva en avance en 1758
de 233,6941. 7 C4 d.
Ce fut alors que les Aflociés redoutant les fuites facheufes --- Page 9 ---
207 5
d'une guerre où nos ennemis avoient tout l'avantage, fe
déterminerent à offrir ail fieur Guillaudeu de lui vendre la
totalité de l'habitation fur le méme pied qu'il avoit acquis
quelque tems auparavant, le neuvieme appartenant au fieur
Collet, lun des Affociés. Ils ne lui firent faire cettte propofition qu'après s'être rendus certains de l'état où étoit Thabitation, & l'avoir fait vifiter par les fieurs Pronteaux & Beaudran, à quiils avoient donné leur confiance. Le fieur Guillaudeu héfita d'abord à l'acquérir dans le moment le plus critique de la guerre, cependant l'efpoir de la voir finir fous
quelques années, &x d'améliorer l'habitation, en faifant les facrifices que la Société n'avoit pas cru devoir faire, l'emporta
fur des craintes alors trop bien fondées, & il acquit par différens
contratspaffés dansle cours del'année 1758,lesp portionsdesIntéreffés fur le pied dueptntonatie-snrcselargnudercolbois
Il eft de notoriété publique à Saint- Domingue,
le
fieur Guillaudeu employa les années
que
1759, 1760, 1761 &
1762, à conftruire des bâtimens dont il avoit feulementjetté
les fondemens pendant fa régie, à former une levée de IO
pieds de hauteur, fur 30 de bafe, dans Ja longueur de 4000
pieds, pour mettre fon habitation à l'abri des innondations
qui l'avoient ravagées prefque toutes les années de fa régic;
enfin, à raffembler dans un feul canal les caux qui couvroient
fon terrein, & le rendoient un marais mal fain. Ces travaux
immenfes furent faits à force de bras. Le fieur Guilleaudeuy
perdit un nombre prodigieux de negres, 8x dépenfa I 200,000
livres, dont il pourroit repréfenter les quittances.
La paix fut conclue en 1762. Le fieur Guillaudeu avoit
tout préparé, pour profiter de cette circonftance. Le nombre
des negres, qui jufqu'alors avoient travaillé fur l'habitation
fut quadruplé, Les travaux fe trouverent faits à tems &x 57
2.
audeuy
perdit un nombre prodigieux de negres, 8x dépenfa I 200,000
livres, dont il pourroit repréfenter les quittances.
La paix fut conclue en 1762. Le fieur Guillaudeu avoit
tout préparé, pour profiter de cette circonftance. Le nombre
des negres, qui jufqu'alors avoient travaillé fur l'habitation
fut quadruplé, Les travaux fe trouverent faits à tems &x 57
2. --- Page 10 ---
208 a
dans des faifons convenables, la mer devint libre, les caffonnades doublerent de prix, & le fieur Guillaudeu recueillit
amplement
l'avoue., le fruit.de fes avances & de fes
2 il
foins.
La Marquife de Choifeul avoit perdu fon mari en 1760,
propriétaire de l'habitation de la petire anfe voifine de celle
du fieur Guillaudeu, 2 elle n'a pu voir qu'avec envie, les progrès de fon travail ; elle avoit gardé le filence, tant que la
guerre avoit duré, & que les poffeflions des colonies n'avoient point été affurées 3 mais à peine la paix fut-elle conclue, qu'elle tenta de dépouiller le fieur- Guillaudeu d'une
partie de cette habitation qu'il ne tenoit pas d'elle, & qu'elle
avoit vendue 22 ans avant à fes coaffociés.
Elle prit donc en 1763 des lettres de refcifion contre la
la vente faite par la dame de Beauval, fa mere, le Marquis
de Choifeul & elle, folidairement en 1741, 8c en demanda
l'entérinement au Siége Royal du Cap.
Le fieur Guillaudeu n'avoit point acquis de la Marquife
de Choifeul les quarre treiziemes qu'elle réclamoit, il dénoncette demande à fes vendeurs qui prirent fur le champ fon
fait ça & caufe, & fe joignirent à lui pour repouffer la prétention
de leur commune Adverfaire; leurs efforts furent inutiles. Le
Juge de la Jurifdiction Royale du Cap entérina les lettres de
refcifion, fous le prétexte que l'emploi du prix de la vente
de
treiziemes, n'avoit point été fait par le Marquis de
quatre
Choifeul.
Le fieur Guillaudeu & fes garants interjetterent appel de
cette Sentence au Cap. La Caufe y fut plaidée folemnellele Miniftere
la
la Sentence fut
ment
public y porta parole,
infirmée, & la Marquife de Choifeul déclarée non-recevable
dans fa demande, avec dépens.
La
fous le prétexte que l'emploi du prix de la vente
de
treiziemes, n'avoit point été fait par le Marquis de
quatre
Choifeul.
Le fieur Guillaudeu & fes garants interjetterent appel de
cette Sentence au Cap. La Caufe y fut plaidée folemnellele Miniftere
la
la Sentence fut
ment
public y porta parole,
infirmée, & la Marquife de Choifeul déclarée non-recevable
dans fa demande, avec dépens.
La --- Page 11 ---
209 :.
La Marquife de Choifeul s'eft pourvue en caffation, &
fous prétexte d'un procès avec les alliés du fieur Collet, Préfident du Confeil du Cap, elle a obtenu la caffation de l'Arrét.
Il eft notoire que Topinion du Confeil n'a été déterminée que
par ce feul motif; le Roi a évoqué à lui les conteftations d'entre les Parties, & en a renvoyé la connoiffance à la Grand'-
Chambre du Parlement de Paris; c'eit la feule difpofition de
ce jugement qui ait été favorable au fieur Guillaudeu.
Les vendeurs & fes garants avoient tenu au Confeil du Roi
la même conduite qu'on leuravoit vu tenir au Cap. Ils avoient
défendu à la demande en caffation de la Marquife de Choifeul, mais foit que le jugement qui a anéanti celui du Cap,
les ait effrayé, foit que des motifs d'intérêts leur ait fait perdre de vue les engagemens qu'ils avoient pris, & que leur
conduite avoit encore rendus plus facrés, défertant tout à coup
le parti du fieur Guillaudeu, on les a vu fe réunir à la Marquife de Choifeul, interjetter appel de la Sentence du Juge
Royal du Cap, en ce qu'elle les avoit condamnés (quoique
de leur confentement) à garantir & indemnifer le fieur Guillaudeu; enfin, prendre des lettres de refcifion contre la vente
de 1758, en & demander l'entérinement à la veille du jument de la caufe 2 qu'ils avoient jufqu'alors défendue contre
la Marquife de Choifeul.
Le fieur Guillaudeu eft donc feul contre tous, foutenu par
le fentiment intime de fa probité mal-à-propos attaquée, par
la certitude de fon bon droit, & plus encore par l'intégrité &
les lumieres de fes Juges ; il demande l'infirmation de la Sentence du Juge Royal du Cap, déja infirmée parle Confeil du
même lieu ; il foutient la Marquife de Choifeul non-recevable
& mal fondée dans fa demande, en entérinement des lettres
de refcifion qu'elle a obtenues.
B
foutenu par
le fentiment intime de fa probité mal-à-propos attaquée, par
la certitude de fon bon droit, & plus encore par l'intégrité &
les lumieres de fes Juges ; il demande l'infirmation de la Sentence du Juge Royal du Cap, déja infirmée parle Confeil du
même lieu ; il foutient la Marquife de Choifeul non-recevable
& mal fondée dans fa demande, en entérinement des lettres
de refcifion qu'elle a obtenues.
B --- Page 12 ---
210*
Il foutient pareillement, que fes vendeurs font non-recevables dans leur appel, & dans la demande qu'ils ont hafardée,
& regarde l'Arrêt que la Cour doit rendre, comme le termede
la perfécution qu'il éprouve depuis quinze années.
M O YEN.S.
Fin de non-recevoir contre la demande de la Marquife de Choifeul.
Il eft un point effentiel dans cette affaire, c'eft de déterminer, avant tout, en quelle qualité la Marquife de Choifeul
demander l'entérinement des Lettres de refcifion qu'elle
a peut obtenues. Elle s'eft préfentée comme une mineure dont les
immeubles avoient été vendus à vil prix; mais elle a ceffé
d'avoir aucune action comme mineure, en acceptant purement & implement la fucceffion de fa mere, qui a vendu en
pleine majorité, &c folidairement ave celle les quatre treiziemes
de l'habitation qui leur appartenoient en commun.
Tant qu'elle confervera cette qualité d'héritiere pure &
fimple de fa mere, vendereffe folidaire, le fieur Guillaudeu
fera en droit de lui dire : en vain vous excipez du privilege
des mineurs pour faire refcinder la vente que vous avez faite
en 1741 à vOS co-Affociés. Vous êtes garante, comme héritiere de votre mere, de l'aétion même que vous exercez, fuivant le principe, quam de evidione tenet adlio eamdem agentem
repellit exceptio.
La Marquife de Choifeul, héritiere de fa mere, n'a donc
d'autre action, pour faire refcinder l'aéte de vente de 1741,
que celle qu'auroit pu exercer la dame de Beauval. Or, la
dame de Beauval ne pouvoit fe plaindre que d'une léfion
énorme. L'action en entérinement de Lettres de refcifion, pour
ercez, fuivant le principe, quam de evidione tenet adlio eamdem agentem
repellit exceptio.
La Marquife de Choifeul, héritiere de fa mere, n'a donc
d'autre action, pour faire refcinder l'aéte de vente de 1741,
que celle qu'auroit pu exercer la dame de Beauval. Or, la
dame de Beauval ne pouvoit fe plaindre que d'une léfion
énorme. L'action en entérinement de Lettres de refcifion, pour --- Page 13 ---
caufe de léfion énorme, doit être intentée dans les dix ans du
jour de la paffation de l'acte; il y en avoit vingt-trois d'écoulées, lorfque la Marquife de Choifeul a obtenul les fiennes;donc
elle eft non-recevable dans fa demande.
La Marquife de Choifeul cherche à éluder cette loi, en
difant: la vente contre laquelleje réclame eft de 1741; la dame
de Beauval ma mere eft morte en 1746:d donc ilr n'y avoit alors
d'écoulées que cinq des dix années que la loi lui accordoit
prendre des Lettres de refcifion, & comme Cou héritiere,
pour
obtenir
l'expiration de ces cinq derje pouvois en
jufqu'à elles n'ont
courir contre
nieres années. Mais, ajoute-t elle,
pu
été en
de mari, parce qu'il eft de
moi tant que j'ai
puiffance
contre les
principe que les prefcriptions ne courent point
aétions des femmes en puiffance de maris, quand elles réfléchiffent contr'eux. Le Marquis de Choifeul n'eft mort qu'en
1760. J'ai obtenu mes Lettres en 1763. Ces trois années,
écoulées depuis la vente, jufqu'à la mort de
jointes au cinq
en
mon mari, n'en font que huit: donc j'étois encore,
1763,
dans le temps utile pour obtenir mes Lettres de refcifion.
Le fieur Guillaudeu convient que fi l'action en entérinement
des Lettres de refcilion obtenues par la Marquife de Choifeui,
eût réfléchir contre le Marquis de Choifeul, la prefcription
pu
fon décès. Mais
de dix années feroit reftée en fufpens jufqu'à
cette demande en entérinement de Lettres de
il foutient que
réflérefcilion étant fondée fur une léfion énorme, ne pouvoit
chir contre lui.
les motifs qui
En effet, tous les Auteurs difinguent, parmi
l'entérinement des Lettres de refcidéterminent à prononcer
minorité,
fion, ceux qui font relatifs à la perfonne, tels que la
8 que l'on appelle, par cette raifon, exceptions perfonnelles,
réfultent des vices mêmes des actes,, apd'avec ceux qui
Bij
refcilion étant fondée fur une léfion énorme, ne pouvoit
chir contre lui.
les motifs qui
En effet, tous les Auteurs difinguent, parmi
l'entérinement des Lettres de refcidéterminent à prononcer
minorité,
fion, ceux qui font relatifs à la perfonne, tels que la
8 que l'on appelle, par cette raifon, exceptions perfonnelles,
réfultent des vices mêmes des actes,, apd'avec ceux qui
Bij --- Page 14 ---
pellés exceptions réelles, Dansl le premier cas, le privilege de
la perfonne qui a contracté étant le motif qui détermine la
Juftice à le dégager de fon obligation, l'aête qu'il a paffé
n'en n'étoit pas moins bon en lui-même ; le mineur refte
engagé par une obligation fimplement naturelle à la vérité, mais
qui, fuivant le célebre Pothier, eft un fondement fufifant des
obligations des cautions, & de ceux qui ont promis de faire
éxécuter l'aéte. Dans le fecond cas au contraire l'aEte luimême eft anoullé, la léfion énorme eft un vice radical, les
loix' l'appellent dol, dolus reipfa, & un adle nul ne peut produire aucun effet. Les cautions, le mari qui auroit promis de
faire ratifier fa femme, font donc pleinement dégagés dans ce
cas de leur obligation.
La Marquife de Choifeul ne pouvant demander l'entérinement des Lettres de refcifion qu'elle avoit obtenues, que fur
le moyen de léfion d'outre-moitié, 9 qui eft une exception
réelle, n'expofoit donc point fon mari à être inquiété par fes
acquéreurs, pour raifon de fa ratification qu'il avoit promis
de rapporter: donc fon aétion ne réfléchiffoit point contre fon
mari: donc la prefcription a couru contr'elle.
Si ces principes pouvoient être raifonnablement conteftés, le
fieur Guillaudeu citeroit la Loi 2 au Cod. defidejuforibus mi
norum.
4 Si' ea qua tibi vendidit poffefliones interpofito decreto
>> prafidis aetatis tantummodo auxilio juvetur non eft du-
> bium fidejufforem ex perfonâ fua effe obnoxium contraéti.
> Verum fi dolo malo apparuerit contractum interpofitumeffe,
> manifefti juris eft utrique perfona tam venditricis quam fide-
> jufforis effe confulendums,
LaMarquife de Choifeul, forcéejulques dans fes derniers retranchemens, eft réduite à dire, au moins ne difconviendra-t--
tantummodo auxilio juvetur non eft du-
> bium fidejufforem ex perfonâ fua effe obnoxium contraéti.
> Verum fi dolo malo apparuerit contractum interpofitumeffe,
> manifefti juris eft utrique perfona tam venditricis quam fide-
> jufforis effe confulendums,
LaMarquife de Choifeul, forcéejulques dans fes derniers retranchemens, eft réduite à dire, au moins ne difconviendra-t-- --- Page 15 ---
on pas que je ne pouvois rentrer dans les
dont la reftitution auroit été ordonnée
quatre treiziémes
rendant les 92215 liv. 7 f 8 d.
les à mon profit, qu'en
payé. Or; je ne pouvois
que
acquéreurs avoient
recouvrer cette fomme
nant mon mari. Je ne pouvois diriger d'aétion qu'en aétionavoir fait
contre lui, fans
prononcer ma féparation, &
de
dence eft que la
l'efprit la Jurifprudont l'exercice prefcription ne coure point contre les aétions
mettroit la femme dans le cas de
fépararion d'avec fon mari.
provoquer fa
Ici la Marquife de Choifeul confond
fes propres aliénés
l'action en remploj de
avec celle que les
à rendre les
Acquéreurs, condamnés
leur
quatre treiziemes, 2 auroient eu pour
prix. Ces deux aétions font
recouvrer
cependant bien
puifque l'une eft propre à la femme &x ne
fe différentes,
contre la fucceffion du
peut diriger que
ration
mari, ou contre le mari en cas de
; l'autre appartient aux vendeurs
fépaOu le Marquis de Choifeul
contre la femme.
à fon époufe
auroit donné fon autorifation
pour former fa demande en
elle fe feroit fait autorifer
entérinement 2 ou
en Juftice. Si il luiavoit donné fon
autorifation, alors il auroit été inconteflablement
fuites de l'action, & obligé de reftituer le
garant des
prévu le cas du rembourfement
prix; ; mais il auroit
à fa
& l'auroir pris volontairement
charge en autorifant fa femme 3 volenti non
Oul laMarquife de Choifeul fe feroit fait
fie injuria.
alors comme il eft de
autorifer en Juftice,
principe que ceux qui ont
une femme fimplement autorifée
plaidé contre
tion contre le mari,
lui
en juftice, n'ont aucune acdes
pour faire payer, même fur les fruits
propres de fa femme, les dépens
condamnée le
auxquels elle auroit été
? Marquis de Choifeul n'auroir
fuivi fur fcs biens
pû être pourles
perfonnels pour la reftitution de ce
Acquéreurs condamnés à remettre les
prix,ou
quatre treiziemes
une femme fimplement autorifée
plaidé contre
tion contre le mari,
lui
en juftice, n'ont aucune acdes
pour faire payer, même fur les fruits
propres de fa femme, les dépens
condamnée le
auxquels elle auroit été
? Marquis de Choifeul n'auroir
fuivi fur fcs biens
pû être pourles
perfonnels pour la reftitution de ce
Acquéreurs condamnés à remettre les
prix,ou
quatre treiziemes --- Page 16 ---
auroient, payé le fupplément du jufte prix, comme ils avoient
droit dele faire, ou ils auroient retenu une portion de l'objet
pourferemplir du prix anciennement payé,ou bien ilsauroient
fait vendre ces quatre treiziemes, & retenu par privilége fur
le prix, les 92215 liv. 7 f. 8 d. Dans aucun de ces trois
cas les intérêts du Marquis de Choifeul n'étoient compromis
puifqu'on n'avoit pas le droit de diriger d'action contre lui,
& que la Marquife de Choifeul étoit feule obligée envers les
Acquéreurs. Elle feule avoit une aftion en remploi contre fon
mari, qu'elle n'étoit pas plus obligée de diriger après l'entérinement de fes lettres de refcifion qu'avant, puifqu'elle trouvoit néceffairement dans les quatre treiziemes 2 valant au
moins 200,000 1. de quoi payer 92215 1. 7 f. 8. d.
- Nousn'aurions pas même befoin d'entrerdans cette difcuflion.
Il fuffit
l'aétion de la femme ne foit pas de nature à réque
fléchir contre le mari, pour que la prefcription coure contre
le mariage. C'eft la décifion de Lebrun, livre 3, chap. 2,
queftion 15, du Traité de la Communauté.
De'la Thomafliere 2 fur la Coutume de Berry, article 16.
De Renuffon, Traité de la Communauté,
C'eft aufli celle de Pothier, en fon Introduction au titre
des prefcriptions de la Coutume d'Orléans.
> Le tems de la prefcription, dit cet auteur, pour T'héritage
>> d'une femme en puiffance de mari, ne ceffe de courir pen2> dant le tems qu'elle eft fous cette puiffance, s que lorfque
réfléchir en
Par exemple lorf-
> fon aftion pouvoit
garantie.
la faire
ou
a vendu T'héri-
> qu'il a promis de
ratifier,
qu'il
> tage de fa fernme comme lui appartenant. Hors ces cas la
* prefcription coure contre la femme >,
Or, nous avons prouvé que laction de la Marquife de
Choifeul, en cntérinement de lettres de refcifion, pour caufe
ous cette puiffance, s que lorfque
réfléchir en
Par exemple lorf-
> fon aftion pouvoit
garantie.
la faire
ou
a vendu T'héri-
> qu'il a promis de
ratifier,
qu'il
> tage de fa fernme comme lui appartenant. Hors ces cas la
* prefcription coure contre la femme >,
Or, nous avons prouvé que laction de la Marquife de
Choifeul, en cntérinement de lettres de refcifion, pour caufe --- Page 17 ---
zis
de léfion d'outre moitié, anéantiffoit l'aéte. Donc elle ne donnoit lieu à aucun recours contre le Marquis de Choifeul. Donc
la prefcription a couru pendant fon mariage. Donc elle eft
acquife. Donc la Marquife de Choifeul eft non-recevable.
Le fieur Guillaudeu pourroit borner là fa défenfe ; mais
les épithetes injurieufes & diffamantes qui lui ont été données.,
les réticences plus injurieufes encore dont on a ufé, l'obligent
à entrer dans la difcuflion - de la demande au fond. Il fe
flatte de juftifier pleinement fa conduite, & de prouver que la
Marquife de Choifeul n'a éprouvé-aucune léfion.
Moyens au fond.
Ce n'eft pas dans le produit qu'a donné Phabitation vingt
années après la vente que la Marquife de Choifeul en a faite,
& dans un tems où 1200000 livres de dépenfe l'avoient mife
dans le plus grand rapport, qu'il-faut aller chercher des notions
certaines de fa valeur au moment de la vente, on ne peut la
fixer que par le revenu qu'elle a donné dans les années qui ont
précédé la vente, & dans celles qui l'ont fuivie immédiatement.
Oril réfulte du compte arrêté le 15 Janvier 1743 entre le
fieur Leroy &x les Affociés, 2 du nombre defquels étoient la
dame de Beauval & la Marquife de Choifeul, que l'habitation
n'avoit produit depuis l'année 1730, jufqu'à la fin de 1738,
que 82989 livres, 3 ce qui donnoit une année commune de
9221 livres; la Marquife de Choifeul n'a donc point été léfée
en vendant fa part dans cette habitation fur le pied de 300000
livres, elle n'auroit pas été portée plus haut en France oà les
biens fe vendent au moins le denier trente, tandis que del'aveu
même de la Marquife de Choifeul, les fonds fe vendent le denier quinze au plus dans les Colonies. --- Page 18 ---
par le compte du fieur Leroy, qui
Il eft également prouvé faite
la Marquife de Choifeul
poftérieurement à la vente
par T'habitation, loin d'avoir
a continué de régir jufqu'en 1749,que
nous
de valeur, étoit endettée de 132000 livres;
augmenté
fait
dans une des lettres du
trouvons la preuve de ce important
la Marquife de Choifeul a produite 2
fieur Guillaudeu, que
Août 1749: 6 Phabitation, ditcette lettre eft datée du premier de P'arrêté du compte le premier
> il,/e trouvera redevoir le jour
ne faudroit que cette
livres *.
qu'en 1749,que
nous
de valeur, étoit endettée de 132000 livres;
augmenté
fait
dans une des lettres du
trouvons la preuve de ce important
la Marquife de Choifeul a produite 2
fieur Guillaudeu, que
Août 1749: 6 Phabitation, ditcette lettre eft datée du premier de P'arrêté du compte le premier
> il,/e trouvera redevoir le jour
ne faudroit que cette
livres *. Il
9 Juillet 1749, 1304132000 Phabitation
écarter les raipreuve du peu de produit de
pour de Choifeul a faits
fonnemens & les calculs que la Marquife
Phabitation des Malouins avoit produit
pour prouver que
étoit fortie de fes mains. Cette
100000 livres auffitôt qu'elle
la vente
a faite, ne
des neufannées qui ont fuivi
qu'elle
régie
elle n'eft pas du feur Guillaudeu, mais
peut lui être fufpeête;
bien du fieur Leroy, duquel elle ne s'eft jamais plaint. fieur
a fuccédé le fieur Guillaudeu, non pas en
Au
Leroy
comme on l'a voulu faire entenqualité de fimple Régifleur ? Ces procurations
dre, mais en qualité de fondé de procuration. Colonie aux
de la
s
fe confient aux premiers Négocians Le fieur Guillaudeu
Magi(trats même du Confeil Supérieur. Fils des
avoit Phonneur de remplir une de ces places. de Saint - Malo,, héritier d'une grande
Maires perpétuels
de cette habitation
fortune, appellé à recueillir une portion fait
être à la
fon pere, il n'étoit pas
pour
même, que poffédoit
folde de fes copropriétaires. le fieur Guillaudeu atenue
C'eft dans la correfpondance que
les affociés de fon pere, dont il avoit la procuration, que
avec
Choifeul
trouver la preuve que cette
- la Marquife de
prétend
173ojufqu'en 1738 que
mémehabitation, quin'a produitdepuis
--- Page 19 ---
9221 livtes par an, qui depuis 1741 jufqu'à 1749, s'eft endetté
de 132000 livres, avoit tout-à-coup produir IODCOO livres de
revenu j mais lon peut dire d'avance qu'elle a étrangement
abufé de ces lettres. Suivons là pour un inftant dans les calculs
chimériques dont fon ambition fe repaît. Elle prend la premiere lettre qu'ait écrite le fieur Guillaudeu
à fes commettans le premier Juillet 1749, auffi-tôr après qu'il
eut pris poffeflion de Thabitation; elle y lit ces mots : K Il efe
> certain que nous n'avons befoin que deforces, puilque nous
9 avons adtuellement quatre - vinge - dix carreaux en cannes $
mon habiration, dit-elle, étoit donc dans fa plus haute valeur;
il n'y a jamais eu plus de terrein planté en cannes; mais elle
ne dit pas qu'à la fuite de ces expreflions le fieur Guillaudeu
dit: nous n'avons pas de Negres pour en entretenir la moitié.
y lit ces mots : K Il efe
> certain que nous n'avons befoin que deforces, puilque nous
9 avons adtuellement quatre - vinge - dix carreaux en cannes $
mon habiration, dit-elle, étoit donc dans fa plus haute valeur;
il n'y a jamais eu plus de terrein planté en cannes; mais elle
ne dit pas qu'à la fuite de ces expreflions le fieur Guillaudeu
dit: nous n'avons pas de Negres pour en entretenir la moitié. La
Marquife de Choifeul ignoreroit elle qu'en matiere civile la
confeflion ne fe divife point ; & que quand on oppofe à fon
adverfaire ce qu'ila a dit dans une lettre, il acquiert fur le champ
le droit de tirer avantage de tout ce qu'il a pu y dire. Pourquoi a-t-elle caché à la Cour que le fieur Guillaudeu ajouroit,
dans la même lettre à fes Correfpondans : ( Yous
verret 2 par
>> l'inventaire que je vous envoye, que les Negres du métier une
> fois pris, il refte à peine quelgues Negreffes pour la place
>> c'efe une vraie mifere, mais nous n'en po.vons forir que par le 2
>> confentement de nos créanciers. 6 On ne voit rien jufqu'ici qui
préfente l'habitation fous un afpeét bien brillant. La Marquife de Choifeul veut enfuite tirer avantage de la
feconde lettre que le fieur Guillaudeu a écrite à fes Correfpondans; elle eft du premier Août 1749. Plein de confiance
dans fon travail & fes foins, ne pouvant avoir après un mois
l'expérience que quelques années lui ont donnée,ily dit à la
vérité, que quand les faifons Jone entierement commodes, on
C
ente l'habitation fous un afpeét bien brillant. La Marquife de Choifeul veut enfuite tirer avantage de la
feconde lettre que le fieur Guillaudeu a écrite à fes Correfpondans; elle eft du premier Août 1749. Plein de confiance
dans fon travail & fes foins, ne pouvant avoir après un mois
l'expérience que quelques années lui ont donnée,ily dit à la
vérité, que quand les faifons Jone entierement commodes, on
C --- Page 20 ---
..
de faire fur Phabitation cent cinquante milliers
s peut cfpérer
de brut,
fi les prix
s de fucre blanc & autant
quidonneront,
environ 100000 livres de revenus, avec lef3> fe foutiennent,
abforber de 60 à 70000 livres de dettes,
>> quels on pourra
8: Mulets.
mette quelques Negres
>> en fuppofant qu'on
habitation valoit
La Marquife de Choifeul triomphe : mon
donc 100000 livies de rente, & elle a été vendue 300000
elle devroit bien déduire fur les 100000 liv.
livres. Mais,1°.
fouvent paffent les deux tiers du
les frais d'exploitation qui
puifqu'ils renferment toutes les dépenfes de l'intérieur
produit, & de l'extérieur de Thabitation, l'acquifition des Negres, des
mulets & des bceufs, enfin le paiement des falaires de tous
les ouvriers, contre-Maitres, &c.
En fecond lieu, comment n'a-t-elle pas vu que le fieur
Guillaudeu ne calculoit alors que d'après un avenir que fon
imagination lui peignoit en beau; mais que quand il venoit à
parler du produit réel, il s'en falloit de beaucoup qu'il promit
100000 livres de revent. Dans cette même lettre il dit:
revenu, ne
rien de pofitif, parce gue je
> Pourle
je promets
> ferai mon pofrible pour faire plus que je ne promeutrois 2
d'un autre côtéune faifon contraire fufie pour mi'em-
> parce que
> pécher de tenir ce quejaurois promis.s
C'eft d'après cès expreffions, qui défignent au vrai l'état
de Choifeul auroit dû raifonner,
des chofes, 2 que la Marquife
le defir feul de les
8 non pas d'après des conjeétures, que
voir réalifer avoit fair faire à un fondé de procuration un mois
après qu'il avoit pris poffeffion, & dans un temps où il ne
pouvoir encore connoitre létat de T'habitation.
La Marquife de Choifeul continue toujours à difféquer les
lettres du feur Guillaudeu; elle trouve dans celle du 3oJuillet
a
comme devant affurer
1750 ces expreffions qu'elle préfentées
la fuccès de fa caufe.
ès des conjeétures, que
voir réalifer avoit fair faire à un fondé de procuration un mois
après qu'il avoit pris poffeffion, & dans un temps où il ne
pouvoir encore connoitre létat de T'habitation.
La Marquife de Choifeul continue toujours à difféquer les
lettres du feur Guillaudeu; elle trouve dans celle du 3oJuillet
a
comme devant affurer
1750 ces expreffions qu'elle préfentées
la fuccès de fa caufe. --- Page 21 ---
Je'ne m'étois point trompé en vous promettant 86000 livres.
de revenu. 2 nous les avons paffé de 3200 livres ; l'habitation a
donc produit 83200 liv. de revenu en 1750, dont j'ai été lezé
énormément en ne la vendant en 1741 que fur le pied de
300000 liv.
Ce feul efpace de temps dans un pays où tout varie fuivant les circonftances & au gré des élémens, répondroit à
l'objection de la Marquife de Choifeul ; mais il faut encore lui
abferver qu'elle ne fait pas la déduétion fur ce revenu des frais
de régie, d'exploiration, de remplacement des negres, des
mulets & des bceufs dont il périt tous les ans une très-grande
quantité.
Au furplus nous trouvons dans les lettres même la preuve
que le revenu n'étoit rien moins que de 80000 & 100000 liv.;
il eft prouvé par ces lettres que le fieur Guillaudeu n'a rien
envoyé à fes correfpondans depuis le mois de Juillet 1749
jufqu'au 27 Juin 1753 ; car dans la lettre qui porte cette date,
en annonçant à fes correfpondans un envoi de quarante-fept
bariques de "fucre s il ajoute : j'aurois bien) fouhaité que le fucre
fe fit trouvé plus beau, d'auant que cef le premier que je vous
envoie $ tout le produit avoit fervi à acquitter les dettes contraétées à l'époque où il avoit été chargé: de la procuration,
c'eft-à-dire en 1749 5 elles montoient, ainfi qu'il T'a dit dans
fa feconde lettre, à 132000 livres, il les a payées avec le
produit de quatre ans 5 mais obligé de frayer à toutes les déde
livres ce fait eft
penfes 2 il s'eft trouvé créancier
706;6
prouvé par la lettre du 8 Mai 1753 & par le compte qu'il
a envoyé; Phabitation n'a donc rendu net pendant quatre ans
que 62000 livres, ce qui n'eft pas plus de 15oo0 liv. par an.
Si la Marquife de Choifeul avoit lu ces lettres, elle n'auroit pas donné tant d'avantage à fon Adverfaire.
Cij
toutes les déde
livres ce fait eft
penfes 2 il s'eft trouvé créancier
706;6
prouvé par la lettre du 8 Mai 1753 & par le compte qu'il
a envoyé; Phabitation n'a donc rendu net pendant quatre ans
que 62000 livres, ce qui n'eft pas plus de 15oo0 liv. par an.
Si la Marquife de Choifeul avoit lu ces lettres, elle n'auroit pas donné tant d'avantage à fon Adverfaire.
Cij --- Page 22 ---
2'20
n'a
rendu plus dans les années qui ont
L'habitation
pas marquoit à fes correfpondans le 13
fuivi. Le fieur Guillaudeu
oik fuis que vous n'exiAvril 1754; c'eft dans la confiance je
réitére la
20 à 30000 liy. par an que. je vous
progerez que
non-feulement de libérer thabiuation,
mefe que je vous ai faite,
mais encore d'y mettre les forces nèce/faires. des cannes
tremblemens de terre, les inondations
planLes
les débormarais &
à être ravagées par
tées dans un
expofées
déclarée en 1756 qui
demens de la grande riviere 2 la guerre
des deux
le prix des caffonnades
fit baiffer à Saint.Domingue
& des beftiaux, ainfi que
tiers & angmenter celui des negres dans fa lettre du 15 O8obre
le fieur Guillaudeu l'annonce
les negres de Thabitation 5
1757 5 le feu mis aux cannes d'une par cargaifon ; en un mot tous
la prife d'un vaifleau chargé
& trop communs dans
les malheurs inféparables de la guerre
de fa
brûlant, mirent Thabitation à deux doigts
un climat
les lettres du feur Guillaudeu que
perte, & il eft prouvé par
étoit endettée en 1749 de
P'habitation
fon a produites que
néceffaire de la guerre
233694 liv. 7 f. 4 den., effet prefque
avec Saintla communication de la France
qui interrompt
Domingue. vrai le réfaltat de la correfpondance du fieur
Voila au
à vouloir exciGuillaudeu. N'y a-t-il pas de l'inconféquence
que Thabitation a produit
per de ces lettres pour prouver
treiziemes ont été
100000 liv. de rente, dès que les quatre
fortis des mains de la Marquife de Choifeul.
affez, la Marquife de Choifeul pouffe
Ce n'elt pas encore
fa léfion par le
plus loin fes recherches, elle veut prouver
1778,
qu'a donné lhabitation depuis 1760 jufqu'en
produit
ans après la vente 2 lorfdans un temps de paix, vingt-deux
avoit
fieur Guillaudeu devenu propriétaire en 1758y
que le
de rente, dès que les quatre
fortis des mains de la Marquife de Choifeul.
affez, la Marquife de Choifeul pouffe
Ce n'elt pas encore
fa léfion par le
plus loin fes recherches, elle veut prouver
1778,
qu'a donné lhabitation depuis 1760 jufqu'en
produit
ans après la vente 2 lorfdans un temps de paix, vingt-deux
avoit
fieur Guillaudeu devenu propriétaire en 1758y
que le --- Page 23 ---
22r
dépenfé plus de 1,200,000 livres, avoit quadruplé le nombre
des negres & des beftiaux. il faut convenir qu'il feroit
avantageux pour elle de faire fon opération fur le produit de
années ; mais il n'eft perfonne qui ne fache que
ces
deur fe plaint d'avoir été lezé, on
quand un ven2
confidere quelle étoit la
valeur de la chofe à l'inftant de la vente, & non
ce
pas qu'elle
a produir vingt, trente & trente-cinq ans après, autrement
il n'y auroit pas aujourd'hui un propriétaire de terres
pur être évincé ; le produit de l'habitation eft
qui ne
déterminé dans
lefpece par les comptes du fieur Leroy qui a régi neuf fans
avant & neuf ans après la vente faite par la Marquife de
Choifeul; ; l'habitation produifoit alors de 9-à 10000 livres
de rente, & s'étoit endettée de 132000 livres.
Encore fi la Marquife de Choifeul calculoit exactement le
produit de l'habitation pendant les premieres années
le
fieur Guillaudeu l'a poffédée; 5 mais retombant
que
toujours dans
une erreur qu'on feroit tenté de croire volontaire, elle
veut point faire diftraétion des frais de régie, & il eft bon ne
de faire connoitre ici l'adreffe avec laquelle on a divifé les
deux lettres écrites en 1778,par le fieur Guillaudeu à fes
deurs, oùr l'on prétend trouver l'aveu & la preuve de fa venvaife foi.
mauLe fieur Guillaudeu étonné du jugement qui avoit caffé
Confeil celui du Cap, rendu en fa faveur
du au
de fon Adverfaire, &c
; effrayé crédit
n'afpirant qu'après le repos 2
à fes garans le defit qu'il reffentoit de terminer, à témoignoit
le procès que la Marquife de Choifeul lui fufcitoit. l'amiable,
Ses garans qui avoient jufqu'alors uni leurs efforts aux fiens
pour repouffer l'ennemi commun, 2 parurent applaudir à ce de
fein, &cluidemanderent l'état de ce quela MarguifedeChoifeal
pouvoit avoir pour fa portion dans les jouiffances depuis qu'il
à fes garans le defit qu'il reffentoit de terminer, à témoignoit
le procès que la Marquife de Choifeul lui fufcitoit. l'amiable,
Ses garans qui avoient jufqu'alors uni leurs efforts aux fiens
pour repouffer l'ennemi commun, 2 parurent applaudir à ce de
fein, &cluidemanderent l'état de ce quela MarguifedeChoifeal
pouvoit avoir pour fa portion dans les jouiffances depuis qu'il --- Page 24 ---
Thabitation. Le fieur Guillaudeu fatisfit à cette
avoit acquis
lettre le
de
demande, il envoya dans une premiere
produit
fon habitation depuis 1763, jufqu'en 1777 imclufivement 3 il
de
eûr acquis en 1758 & 1759
ne partit que 1763, quoiqu'il
les droits des différens Af flociés primitifs, parce que ces premieres années avoient été employées' à élever des bâtimens
qui ont coûté plus de 800000 liv.,à former une levée de 30
pieds de bafe fur 10 de haut dans la longueur de 4000 pieds,
afin de mettre T'habitation à l'abri des crues de la grande riviere, qui avoit prefque chaque année noyé 8 enfablé fes
à relever fon terrein, à deffécher les endroits marécannes, & à réunir dans un feul canal les eaux jufqu'alors récageux, fur toute la furface de T'habitation. Cen'a été qu'après
pandues années de travaux qui ont coûté des fommes immenquatre
de negres,
fes, & qui ont fait périr une quantité prodigieufe
de mulets & de boeufs que le fieur Guillaudeu a commencé
à recueillir le fruit de fon travail, & de 1200000 liv. de dépenfe effe@tive. C'étoit à partir de ce moment qu'il avoit
compté le produit de fon habitation.
Favorifé par les circonftances d'une longue paix, il'n'a
diffimulé à perfonne le fruit qu'il retiroit de fon induftrie &:
de fes avances. L'état joint à cette premiere lettre, prouve
Thabitarion lui a rendu en 1762 157724 liv. 14 fols IO
que den. &
la longue paix facilitant la communication avec
; les que du Monde, le revenu en a été porté dans les
toutes parties
derniers temps jufqu'a3 314000 liv. & même 330000 liv.
Le fieur Guillaudeu, au bas de cet état, obferve qu'ilfau.
déduire 700co liv. par année pour les frais.
Ce premier état envoyé, il fe rappelle qu'il n'a pas fatisfait pleinement à la demande de fes vendeurs, puifque fi la
Marquife de Choifeul réufliffoit, les jouiffances devroient lui
été porté dans les
toutes parties
derniers temps jufqu'a3 314000 liv. & même 330000 liv.
Le fieur Guillaudeu, au bas de cet état, obferve qu'ilfau.
déduire 700co liv. par année pour les frais.
Ce premier état envoyé, il fe rappelle qu'il n'a pas fatisfait pleinement à la demande de fes vendeurs, puifque fi la
Marquife de Choifeul réufliffoit, les jouiffances devroient lui --- Page 25 ---
223 -
être reftituées depuis 1741,.époque de fa vente. Iileur écrit
de nouveau, 3 & leur marque: > Je vous ai envoyé la note des
> revenus G des dépenfes de Phabitation, depuis 1763 jufqu'a
> aujourd'hui;s ajouegy, s'il vous plait, pour l'année
>>
1760,
200,212 liv. 22 Jols 7 den. ; pour 1361, 75047 liv, z6
> fols 2 deners ; pour 2762, celle de 72282 livres 16
>
8 den. avec 30000 liv. de frops amers, pour les trois fols ans.
> En prenant les deux ou les quatre treiziemes des revenus de
>> ces dix-huit années, vous auret les droits ou les prétentions de
>> Madame de Choifeul,fauf les dépenfes qu'il feroic bien difficile
> dejufifier en détail. >
La Marquife de Choifeul feint d'oublier cette derniere
phrafe; & elle foutient que lhabitation a produit au fieur
Guillaudeu, dés la premiere année qu'il l'a eu, dans un temps
où il ne pouvoit encore avoir fait de.g groffes
110,212 liv. 12 fols 7 den.; & elle cite le fragment dépenfes de la 5
derniere lettre du fieur Guillaudeu, comme contenant
une
preuve inconteftable de ce fait.
Mais qui ne voit qu'il faut déduire fur ces trois années les
70,000 liv. de frais, comme fur les quinze autres $ comment
douteroit-on de l'intention du fieur, Guillaudeu à cet égard
lorfqu'on voit qu'iljoint ces trois années avec les quinze fui- ;
vantes, 2 lorfqu'il dit gu'enprenaneles deux treiziemes 6 les
treigiemes du revenu de ces dix-huit années, on aura les quatre droits
ou les prétentions de Madame de Choifeulsfaufles
feroit difficile de
dépenfes qu'il
juftiferen DÉTAIL; ces derniers termes fe
portent aux 18 années & non pas aux trois années de rapà 1763 feulement, Il faut donc faire une déduétion
fur ces dix-huit années, & cette déduétion eit fixée à uniforme
70,0001,
pour chaque année, par la premiere lettre du fieur Guillaudeu, dont la feconde n'a été que le fupplément,
étentions de Madame de Choifeulsfaufles
feroit difficile de
dépenfes qu'il
juftiferen DÉTAIL; ces derniers termes fe
portent aux 18 années & non pas aux trois années de rapà 1763 feulement, Il faut donc faire une déduétion
fur ces dix-huit années, & cette déduétion eit fixée à uniforme
70,0001,
pour chaque année, par la premiere lettre du fieur Guillaudeu, dont la feconde n'a été que le fupplément, --- Page 26 ---
224.
Déduifant 70,000 liv. fur chacune des trois années 1760;
1761, 1762, la premiere aura donné 40,212 liv. 12 C 7d.la
feconde 15,047 1. 16 f. 2 d. la troifieme 12,282 1. 16 huitiemes; il n'eft donc pas vrai de dire que les lettres même
du fieur Guillaudeu prouvent fon infidélité comme Régiffeur,
&
Phabitation produifoit 110,000 1. en 1760; elle n'a
que
1763, qu'elle n'avoit
pas plus produit depnis 1759 jufqu'en
donné avant. Si les revenus ont confidérablement augmenté
depuis, c'eft que d'une part la mer a toujours été libre, &
de l'autre le fieur Guillaudeu avoit verfé 1, 200,000 liv.
fur fon habitation, dont il a retiré le fruit; il femble que la
Marquife de Choifeul, fe permettant de calculer fa prétendue léfion fur le produit que lhabitation donnoit trente ans
après la vente: 2 auroit pu éviter ces détails que nous aurions
voulu pouvoir lui épargner.
Il réfulte de nos obfervations fur ces différentes correfpondances, que depuis 1730 jufqu'en 1738, Thabitation n'a produit que 9221 1. Depuis 1741 jufqu'en 1749, fous la Régie
d'un fieur Leroi, elle s'eft endettée de 132,000 1. Depuis
jufqu'en 1718 & 1759, elle n'a pas donné plus de 20
&
augmentations qu'on
à 30,000 liv.aux propriétaires, queles
a faites l'ont endettée de 233,694 liv. 7 f. 5 d.Depuis 1760
y
jufqu'en 1763, elle n'a donné qu'une année communede 23,000
liv.Le produit des autres années ne peut entrer dans ce calcul
puifque le retour de la paix, fa durée, 8c 1,200,000 liv.
de dépenfe l'ont néceffairement fait changer de face.
Que devieanent donc les raifonnemens & les calculs que
fon
la Marquife de Choifeul a employés pour prouver que
habitation rendoit 100,000 liv. de revenu net l'année d'après
qu'elle avoit vendu fes quatre treiziemes?
Le feur Guillaudeu ne s'eft livré à ces détails que pour
effacer
la paix, fa durée, 8c 1,200,000 liv.
de dépenfe l'ont néceffairement fait changer de face.
Que devieanent donc les raifonnemens & les calculs que
fon
la Marquife de Choifeul a employés pour prouver que
habitation rendoit 100,000 liv. de revenu net l'année d'après
qu'elle avoit vendu fes quatre treiziemes?
Le feur Guillaudeu ne s'eft livré à ces détails que pour
effacer --- Page 27 ---
effacer de l'efprit de fes Juges & du public les imprefions
faire les affertions de la Marquife de Choifeul.
qu'avoient pu
Ilrentre actuellement dans les moyens defa caufe, 8x: va trouver
dans le mémoire de fon Adverfaire imprimé au Cap en 1772,
irréfiftible
eft mal fondée dans fa demande.
une preuve
qu'elle
en matiere de Lettres de refcifion,
: C'eft un principe certajn
contre la vente des chofes
qu'elles. ne peuvent s'obtenir que
immobiliaires, & jamais contre la vente des meubles.
Il eft cerrain que les mulets, les boeufs & les negres qui
font placés fur les habitations font meubles : TEdit de 168;
concernant la police des Iiles de l'Amérique Françoife le décide en termes formels.
l'Article 44 de cet Edit, les efclaves
4 Déclarons, 5 porte
n'a9 être meubles, & comme tels entrer en communauté,
de fuite
& fe partager égale-
> voir point
par hypothéque,
entre les
fans
ni droit d'aineffes,
5> ment
cohéritiers,
préciput
féodal & li9 n'être fujets au douaire coutumier, 5 au retrait
droits féodaux &
s aux formalités
* gnager, aux
feigneuriaux.
des
en cas
9) des décrets, ni aux retranchemens quatre-quints,
> de difpolitions teftamentaires >.
Les negres font donc meubles, & ont tous les caraéteres
d'un fimple mobilier.
Or, pour juger s'il y a, ou non, léfion dans la vente d'une
habitation, il faur confidérer feulement la valeur du terrein &
immeuble;
des bâtimens, en un mot de ce qui peut s'appeller
P'habitation a été vendue eft
& fi le prix moyennant lequel
plus confidérable, ou même équivalent au prix du fond, on
entériner des Lettres de refcifion obtenues fous préne peut
texte de léfion.
L'habitation n'a jamais été compofée de plus de cent trente-
& la
de Choifeul en a fixé elledeux carreaux ,
Marquife
D
&
immeuble;
des bâtimens, en un mot de ce qui peut s'appeller
P'habitation a été vendue eft
& fi le prix moyennant lequel
plus confidérable, ou même équivalent au prix du fond, on
entériner des Lettres de refcifion obtenues fous préne peut
texte de léfion.
L'habitation n'a jamais été compofée de plus de cent trente-
& la
de Choifeul en a fixé elledeux carreaux ,
Marquife
D --- Page 28 ---
$26
même la valeur à l'époque de la vente, c'eft-à-dire en 1741.
Dans le Mémoire qu'elle a fait imprimer au Cap en 1772,
elle difoit :
la valeur de Phabitation d'après les
K Il ne faut pas calculer
compofent,
mais bien en eftimant chaque objet quila
> revenus,
avoir au temps de la
> & en lui donnant le prix qu'il pouvoit
befoin.
c'eft ainti
nous opérerions s'il en étoit
> vente;
que habitation étoit compofée de cent
> Par exemple , cette
à
carreaux de terre, ils valent aujourd"hui cinq
> trente-deux le carreau, nous les porterions à 2000 livres
9) fix mille livres
> & nous trouverions 264000 livres 9.
treiziemes dans
La Marquife de Choifeul a vendu fes quatre
Phabitation, fur le pied de 300000 livres 3 la partie immobi-
(uivant elle-même, que 264000 livres. Il n'y
liaire ne valoit,
&x elle doit être déboutée de
a donc pas léfion dans la vente,
fa demande.
inftant
les lettres de refcifion
Admettons pour un
que
comporter far le prix des negres & des beftiaux,
puiffent fur celui des trente-deux carreaux ; & nous trouverons
me
dans le Mémoire même de la Marquife de Choiencore,
doit être déboutée de fa demande. En
feul la preuve qu'elle
mouvement les cent
effet, après avoir évalué de fon propre
liv.
l'habitation à 264000
trente-deux carreaux qui compofent
trouvoient fur T'haelle apprécie tous les autres objets qui fe
bitation.
formant un attelier de
44 Il y avoit foixante-feize negres
livres les
ils feroient eftimés aétueliement 2500
# fucrerie,
à
livres pour
>> uns dans les autres, nous les porterions 1500
bêtes
& cela feroit I 40000 livres. Sur cinquante-fix
>> ce temps, 2
nous
étoient alors fur T'habitation, 2
fuppoferions
> cavalines qui
mulets, ils valent maintenant
9) qu'il y avoit quatre-vingt
ante-feize negres
livres les
ils feroient eftimés aétueliement 2500
# fucrerie,
à
livres pour
>> uns dans les autres, nous les porterions 1500
bêtes
& cela feroit I 40000 livres. Sur cinquante-fix
>> ce temps, 2
nous
étoient alors fur T'habitation, 2
fuppoferions
> cavalines qui
mulets, ils valent maintenant
9) qu'il y avoit quatre-vingt --- Page 29 ---
% 7 à 800 livres , nous les fixerions à
>> veroit
500 livres, & il fe troupour cet article 25000 livres.
* animaux qui exiftoient
Soixante-douze autres
encore, foit chevaux
> nes, feroient
à
ou bêtes à corpaffés 200 livres &
* de 14400 livres.
formeroient une fomme
Enfin, en tel pitoyable état
> les'
moulins &
qu'euffent été
bàrimens,
autres
> certainement bien fondés
uftenfiles, nous ferions trèsà leur donner une valeur
9 de 50000 livres. Réuniffant enfuite
au moins
>> verrions qu'eiles s'élevent à
toutes ces fommes, nous
9 trouverions une différence
livres; & par-là nous
>>
l'on
entre cette valeur la plus
que
puiffe donner & le prix de la vente de modique
a c'eft-à-dire deplus d'un tiers.
167000 liv.
Cette évaluation ne fera pas fafpeéte à la Marquife de Choifeul, puifqu'elle eft fon ouvrage; &
il s'en faut de plus de
cependant, d'après elle,
d'outre moitié dans la
143000 livres quiln'y ait léfion
déboutée de fa
vente qu'elle a faite; elle doit' donc être
cilion;
demande en entérinement de lettres de ref-
; car elles ne pourroient être entérinées
de léfion d'outre
que pour caufe
moitié, puifqu'elle les a
aux droits de la dame
prifes comme étant
Beauval fa
mere, 3 qui étoit
quand elle a vendu folidairement
majeure
la totalité des
avec fa fille & fon gendre
quatre treiziemes qui leur
commun.
apparténoient en
Veut-on faire attention enfuite aux
faites dans fon Mémoire du nombre
exagérations qu'elle a
des
& des
on trouvera quiln'yenavoir
negres
beftiaux,
que
au lieu de foixante-feize,ainfi quarante-quatre furl'habitation
de
qu'il eft prouvépar le recenfement
1740, qu'il n'y avoit pas vingt mulets ; enfin
les autres beftiaux
que tous
de
dépériffoient & étoient prefque hors d'état
fervice, on fera convaincu alors
calcul, la vente de
que 3 même d'après fon
étoit
lhabitation fur le pied de 300000 livres
très-avantageufe.
Dij
fi quarante-quatre furl'habitation
de
qu'il eft prouvépar le recenfement
1740, qu'il n'y avoit pas vingt mulets ; enfin
les autres beftiaux
que tous
de
dépériffoient & étoient prefque hors d'état
fervice, on fera convaincu alors
calcul, la vente de
que 3 même d'après fon
étoit
lhabitation fur le pied de 300000 livres
très-avantageufe.
Dij --- Page 30 ---
de Choifeul dira-t-elle encore que fon mari;
La Marquife
objet que de fe procurer de l'arné diflipateur, n'avoit pour dans Thabitation ; qu'elle faffe
gent par la vente de fa portion dame de Beauval, qui pofdonc auffi le même reproche à la
les a vendus
fédant deux treiziemes de cette même habitation,
le même prix & par le même contrat que
aux Affociés pour
y ajoute même
le Marquis & la Marquife de Choifeul; qu'elle
habitacelui d'une négligence inexcufable, puifqu'ayant une n'a
réIle,
faifoit valoir, elle
pas
tion dans la même
qu'elle
fans avoir
des lettres
clamé contre fa vente 2 & eft morte
pris
de refcifion.
rende plus de juftice à un.
Que la Marquife de Choifeul
la
feul devroit lui être cher : il ne trompoit
mari, dont le nom
dans fes lettres la peine qu'il
pas, lorfqu'en 1740 il témoignoit fait des offres du fieur Wailsh,
éprouvoit du refus qu'on avoit
livres: lorfqu'il difoit
qui cependant n'étoient que de 270,000
r'en trouveroit
que ces ofres étoient plus avantageufes qu'on à la veille d'une
jamais, fur-tour dans les circonflances préfentes, commun de
difoit qu'il. étoit de Pintérêt
longue guerre : lorfqu'il
à tomber en ruine, qui feroit perde
vendre à Pamiable un bien prêt
de grands fecours,
f la guerre venoit $ un bien qui avoit befoin
des Alfociés n'étoit dans le cas de lui donnecslorfqu'enfin
qu'aucun
de provoquer ceue vente enjufuce reglées
il menaçoit fes Alfocits
fi ils sy refufoient.
déterminé la Société à
Des raifons de convenance ont c'eft-à-dire, à 30,000
cette habitation à 300,000 livres, fieur de Wailsh. Eût on
Eeter de plus que n'en avoit offert le
la Marquife de Choifeul attaqueroit
jamais pu prévoir que
feroit confommée,
cette vente vingt-trois ans après qu'elle
valoit 100,000
& qu'elle oferoit foutenir que fon habitation
livres. de rente P
été à
Des raifons de convenance ont c'eft-à-dire, à 30,000
cette habitation à 300,000 livres, fieur de Wailsh. Eût on
Eeter de plus que n'en avoit offert le
la Marquife de Choifeul attaqueroit
jamais pu prévoir que
feroit confommée,
cette vente vingt-trois ans après qu'elle
valoit 100,000
& qu'elle oferoit foutenir que fon habitation
livres. de rente P --- Page 31 ---
219.
SECO N DE-PARTIE
:
50Gs
Examen de la demande des vendeurs du' feur Gaillaudeu:
Les auteurs des fieurs l'Evêque de la Souétiere & Conforts,
après avoir acquis en 1741 les quatre: treiziemes qui appartenoient aux dames de Beauval & de Choifeul dans l'habitation
des Malouins jufqu'alors indivife , l'ont revendue au fieur
Guillaudeu en 2 17;8 & 17593 tous alors étoient majeurs.
Le fieur Guillaudeu, troublé dans fa jouiffance en 1763
la Marquife de Choifeul; a dénoncé à fes vendeurs la
par demande dirigée contre lui : ils ont paru auffi-tôt, & ont
fon fait & caufe. La Sentence de la
déclaré qu'ils prenoient
Jurifdiétion Royale, qui avoit entériné les lettres de refcifion
obtenues
la Marquife de Choifeul, avoit donnéaEte au
Guillaudeu par
de cette prife de fait &c caufe 2 & confieur
à T'acquitter & garantir en. principal & indamné-les garans
-
térêts.
Les auteurs des fieurs l'Evêque & Conforts n'ont appellé
de-cette Sentence, qu'au chef qui prononçoit T'entérinement
la
de Choifeul: ils
des lettres de refcifion prifes. par Marquife
fur Tappel, continué à la foutenir non-recevable & mal
ont, fondée dans fes demandes. Le jugement du Confeil leur a été
favorable, & la Marquife de Choifeul l'ayant attaqué par la
de caffation ils ont réuni leurs efforts à ceux du fieur
voie
Guillaudeu pour empêcher qu'elle ne réuflfiffe. Des Mémoires s
imprimés en leur nom 2 ont rendu publics & leurs moyens
& leur conduite.
le Jugement du Confeil du Cap a été caffé;
Depuis que
les
à la veille de- celui que la Cour va rendre fur le fond,
il leur a été
favorable, & la Marquife de Choifeul l'ayant attaqué par la
de caffation ils ont réuni leurs efforts à ceux du fieur
voie
Guillaudeu pour empêcher qu'elle ne réuflfiffe. Des Mémoires s
imprimés en leur nom 2 ont rendu publics & leurs moyens
& leur conduite.
le Jugement du Confeil du Cap a été caffé;
Depuis que
les
à la veille de- celui que la Cour va rendre fur le fond, --- Page 32 ---
9 30
fieurs l'Evêque & Conforts ont cru pouvoir fe jouer de leurs
engagemens 3 & faire oublier, ce. qu'ils avoient dit
préfent. Ils ont interjetté appel de la Sentence du
jufqu'à
du Cap, en ce qu'elle les condamnoir à
Juge Royal
& indemnifer le fieur Guillaudeu, dont ils dequittèr, font les garantir
de la'd demande de la Marquife de
vendeurs,
Choifeul, de quileurs auteurs
avoient acquis les quatre treiziemes de l'habitation, : & ils
pris des lettres de refcifion, dont la demande
ont:
vient au fecours de leur appel.
en entérinement
Cet appel n'eft certainement pas recevable. Tout
ment doit être facré; mais celui que l'on a contraété engage.
en Juftice
ne peutijamais êtré révoqué: Les vendeurs du fieur Guillaudeu
ont demandé aôte de ce qu'ils prenoient le fait & caufe de
leur acquéreur ; une Sentence le leur a accordé : le contrat
judiciaire eft donc formé, & ce contrat eft irrévocable. Les
lettres de refcifion prifes contre le contrat de vente
les
auteors des fieurs FEvêque & Conforts ont
que
paffé avec le fieur
Guillaudeu, ne peuvent détruire ce contrat, puifqu'elles
fur une vente différente de celle que la Marquife de Choifeul. portent
attaque.
Les fieurs l'Evêque & Conforts forment donc une demande
principale, & ils n'ont pas le droit de la porter direêtement
la: Cour,
en
Cependant il.i importe tropi au fieur Guillaudeu de fe difculper dès reproches qu'ils ont ofé lui faire pour borner là fa
défenfe,il va prouver que les fieurs l'Evéque &c conforts. font
non - recevables dans leur: demande, & qu'ils y fonr mal
fondés.
Ils font non-recevables, car tous les vendeurs du fieur Guil-:
laudeu étoient majeurs quand ils ont traité avec lui en 1758 &
1759. Ils ont. laiffé écouler vinge années fans fe plaindre, &
culper dès reproches qu'ils ont ofé lui faire pour borner là fa
défenfe,il va prouver que les fieurs l'Evéque &c conforts. font
non - recevables dans leur: demande, & qu'ils y fonr mal
fondés.
Ils font non-recevables, car tous les vendeurs du fieur Guil-:
laudeu étoient majeurs quand ils ont traité avec lui en 1758 &
1759. Ils ont. laiffé écouler vinge années fans fe plaindre, & --- Page 33 ---
l'Ordonnance de 1535 ne leur accordoir que dix ans
prendre des Lettres de refcifion pour caufe de léfion énorme. pour
Ils ont tâché d'éluder l'effet de cette fin de
en difant que le délai de dix années ne court non-recevoir, du
la fraude de l'acquéreur eft
que jour où
découverte, d die deretta
& le dol, difent-ils, ne leur a été connu
fraudis ;
écrites par le fieur Guillaudeu
que depuis les lertresi
: Les induétions
en 1778.
qu'ils ont tirées de ces lettres, fe
à deux.
réduifent
- :
IECE alf
Vous nous aviez annoncé, en 1749,. dans les
tres que vous nous avez écrites comme
premieres let-'
habitation nous produiroit
Régiffeur , que notre
100,000 liv.
vous
nous avez fait que de foibles envois de fucre, cependant & elle
ne
dettée de"233,694 livres 7 fols
s'eft enavez trompé,
4. deniers : donc vous nous
Le fieur Guillaudeu croit s'être fufffamment
imputation, que la Marquife de
juftifié de cette
fes vendears, s'étoit
Choifeul, d'intelligenice avec
permis de lui faire. L'analyfe de fa correffur pondance, les
depuis 17+9 jufqu'à 1759, > ne laiffe rien àdefirer
caufes du peu de produit de Thabitation. Les
dont elle étoit chargée en 1759, avoient été
dettes
les travaux que le fieur Guillaudeu avoit
occafionnées par
de fa régie, fes vendeurs
commencés du temps
en' ont été rembourfés, puifqu'ils ont
vendu, à la faveur de Ces
leur
475,000 liv. en 1759, tandis qu'ils améliorations, n'avoient
habitation
acheté
treiziemes de la Marquife de Choifeul &x de la lesquatre dame de
Beauval, en 1741, que fur le pied de
cette corre(pondance eft antérieure'à 300,00L.D'ailleurs,
de Thabitation leur étoit
1759;le peu de produit
connu; & ils n'avoient rien à
au fieur Guillaudeu,
imputer
donné
puifqu'ils ont reçu fes comptes & lui ont
quittance il y a plus de vingt ans.
treiziemes de la Marquife de Choifeul &x de la lesquatre dame de
Beauval, en 1741, que fur le pied de
cette corre(pondance eft antérieure'à 300,00L.D'ailleurs,
de Thabitation leur étoit
1759;le peu de produit
connu; & ils n'avoient rien à
au fieur Guillaudeu,
imputer
donné
puifqu'ils ont reçu fes comptes & lui ont
quittance il y a plus de vingt ans. --- Page 34 ---
Notre habitation, continuentils,
que vous nous
votre lettre du 13 Avril 1754, ne pouvoir donner difiez, par
30000. livres Par an, G. on, vouloit la liquider & que 20 à
l'améliorer
vous a produit, l'année d'après que vous en êtes devenu 2
priétaire,. 110212, liv. 12 fols 7 deniers
pro-.
2 & vous n'avicz pu
alors, faire de grandes améliorations.
Les fieurs l'Evêque & conforts, toujours d'accord
avec la
Marquife deChoifeul, font tombés danslar même erreur
ils parlent du produit des années 1760, 1761 & qu'elle:
1762, annoncé dans la feconde lettre du fieur Guillaudeu, fans faire
déduction des 70000 livres qu'il avoir dit, par la premiere,
devoir être retranchées fur celui des années 1763 & fuivantes,
jufqu'en 1778, Nous avons prouvé cependant que la même
déduétion devoit être faite fur le produit des trois années 1760,
1761 & 1762. Son produit fûr toujours refté le même Gi les
dépenfes confidérables du fieur Guillaudeu ne l'euffent changé,
Ila avoit annoncé, en 1749 s' que l'habitation pouvoit produire
I00000 livress. fi ony mettoit des negres & des beftiaux ; mais
jamais la Société n'a, voulu faire les dépenfes convenables
fieur Guillaudeu, au contraire, les a faites,
; le
& il en a retiré
le fruit.
Les fieurs l'Evêque & conforts
de l'exiftence de ces
demandessibaclepemo
conftruétions, évaluées 800000 livres,de
cette jettée de 4000 pieds de long, & de l'acquifition de cette
quantité prodigieufe de negres qui couvre aujourd'hui l'habitation. Ils n'oferoient pas lui faire une pareille queftion à SaintDomingue, où toute. la Colonie, témoin des travaux &. des
dépenfes du fieur Guillaudeu, s'éléveroit avec indignation
contre, les doutes que, l'on veut faire.naitre fur fa bonne foi. Il
lui feroit facile, Gil étoit à Saint-Domingue, de leur
produire
les quittances qui prouyent ce qu'il a avancé; mais les lettres
de
. Ils n'oferoient pas lui faire une pareille queftion à SaintDomingue, où toute. la Colonie, témoin des travaux &. des
dépenfes du fieur Guillaudeu, s'éléveroit avec indignation
contre, les doutes que, l'on veut faire.naitre fur fa bonne foi. Il
lui feroit facile, Gil étoit à Saint-Domingue, de leur
produire
les quittances qui prouyent ce qu'il a avancé; mais les lettres
de --- Page 35 ---
de refcifion des fieurs
veille de l'audience, l'Evêque & conforts ont été prifes à la
& il étoit
faire venir en trois femaines des phy.iquement impoflible de
Heues.
pieces qui font à deux mille
Il à lui refte heureufement deux
preuves, 2 qui ne peuvent être
fufpeStes:lapremiere eft tirée du Mémoire
le
deu
que fieur Guillauimprimoit en 1771à
fes
Saint-Domingue, fous les yeux de
concitoyens, 3 qui l'auroient démenti s'il en
ne l'a pas même été par la
eût impofé ; il
eut le plus
Marquife de Choifeul,
grand intérêt de le faire.
quoiqu'elle
Il difoit donc dans ce
* Il ne faut
Mémoire, pag. 12.
pas juger de ce que cette
* par ce qu'elle eft maintenant
habitation étoit alors,
> dépenfes, dont
; douze cens mille livres de
> au tout.
quittance au foutien, l'ont changée du tout
Le fieur Guillaudeu eût-il ofé
de ces dépenfes dans le
parler auffi affirmativemene
tion, fi elles
lieu même où étoit fituée fon habiran'euffent été réelles, auroit-il offert des
qu'on pouvoit demander à
quittances
La feconde
l'inftant, s'il ne les avoir eues P
preuve de la vérité de ce
eft
fignée dansle Mémoire même
faitimportant condans l'inftance
que les Advérfaires onti
au Confeil, avant qu'ils euffent
imprimé
ger du côté de la Marquife de
fongé à fe ranChoifeul.
> Les dix-fept années de
> écoulées depuis la vente faite poffeffion commune, difent-ils s
* de
par les dames de Beauval &
Choifeul ont été utilement
> levées, Thabitation des
employées à garantir, par des
> à deffécher
déhordemens de la grande
une grande quantité de terres
riviere,
> Mais ce n'étoit rien
marécageufes, 8c.
en
* tations & améliorations
comparaifon des augmenen
# mens & autres de toutes
negres 2 beftiaux s bâtiefpeces, qui ont été faites depuis
E
les dames de Beauval &
Choifeul ont été utilement
> levées, Thabitation des
employées à garantir, par des
> à deffécher
déhordemens de la grande
une grande quantité de terres
riviere,
> Mais ce n'étoit rien
marécageufes, 8c.
en
* tations & améliorations
comparaifon des augmenen
# mens & autres de toutes
negres 2 beftiaux s bâtiefpeces, qui ont été faites depuis
E --- Page 36 ---
>
le fieur Guillaudeu en fut devenu feul propriétaire, à
que de travaux & de
il l'a rendu l'une des plus
55 force
dépenfes
>> floriffantes habitations de la Colonie.
Et les fieurs l'Evêque & conforts demandent où font les
des améliorations faites par le fieur Guillaudeu, ils
preuves veulent lui ravir la récompenfe due à fes travaux & à fes
avances? Pourquoi donc le langage qu'ils tenoient alors eft-il
fi différent de celui qu'ils tiennent aujourd'hui? C'eft qu'ils fuivoient la route facile que leur traçoit la vérité. Mais l'ambition qui les dévore les a égarés depuis dans les fentiers tortueux
du menfonge.
Comment ofent-ils accufer le fieur Guillaudeu de les avoir
trompés, lorfqu'il eft prouvé qu'ils n'ont vendu qu'après s'être
fait rendre compte par deux perfonnes de confiance de l'étas
de Thabitation ? Nous en trouvons la preuve dans les lettres
mêmes du fieur Guillaudeu qu'ils produifent contre lui.
K Je ne vous parlerai point de l'état préfent de T'habitation,
> difoit-il, dans fa lettre du 30 Mars 1757, qui contenoit fes
MM. Ponteau & Bodrant l'ont
5 propofitions pour acquérir,
9> vue & parcourue plufeurs fois. Ils vous rendront compte
chofe, & de ce qui refte
> de ce qui eft fait, qui eft quelque
& ils vous diront en même tems
>> à faire, qui eft beaucoup;
foient les
reftent à faire,
>> que quelques fortes que
dépenfes qui
> elles ne font pas moins d'une néceffité abfolue que celles que
9 j'ai faites jufqu'ici *.
Les Adverfaires n'ont donc pu être trompés; ; ils vendoient
dans le moment où la guerre allumée de toutes parts 1 oir
ruinée, où celle des Anglois enrichie
notre Marine, prefque
de compter beaucoup
de nos dépouilles ne permettoient pas
fur le produit des biens des Colonies, feroit-iljufte que quand
on enlevât à fa
le fieur Guillaudeu a couru tant de rifques 5
'ai faites jufqu'ici *.
Les Adverfaires n'ont donc pu être trompés; ; ils vendoient
dans le moment où la guerre allumée de toutes parts 1 oir
ruinée, où celle des Anglois enrichie
notre Marine, prefque
de compter beaucoup
de nos dépouilles ne permettoient pas
fur le produit des biens des Colonies, feroit-iljufte que quand
on enlevât à fa
le fieur Guillaudeu a couru tant de rifques 5 --- Page 37 ---
vieilleffe ce qu'il aacquis aux dépens de fonrepos & de fa fanté?
Il n'eft donc pas coupable de dol, & les fieurs l'Evèque &
conforts font non-recevables dans leur demande.
Difons plus, ils y font mal fondés à tous égards. L'habiration
n'avoit pas plus d'étendue en 1758, époque des fecondes
ventes, qu'en 1741, elle n'étoit compofée que de 132 quarreaux, la Marquife de Choifeul les évaluoit 2000 livres chacun
en 1741, portons-les à 3000 livres en 1759 , quoique toutes
les circonftances fuffent alors réunies pour en diminuer la valeur loin de
l'augmenter. 3 & nous aurons un réfultat de 396000
livres. L'habitation a été vendue au feur Guillaudeu
livres, donc il l'a achetée fa véritable
valeur; car le petit nombre des negres qui reftoient & qui ne fuflifoient pasà la moitié
de l'exploitation, les beftiaux anciens que la guerre avoit empêché de renouveller 2 ne valoient certainement
livres, 6 leur vente ne peut jamais étre auaguée par la pas voie 54000 des
lettres de refcifion. Enfin ils ont vendu leur portion fur le même
pied que le fieur Collet, propriétaire d'un neuvieme, avoit
vendu la fienne, 9 & le fieur Collet ne réclame point contre fa
vente.
C'en eft trop fans doute pour écarter une demande auffi injufte. Les motifs qui ont réuni les fieurs l'Evêque & conforts
& la Marquife de Choifeul, font connus: : il exifte, dit-on,
entr'eux un Traité dans lequel ils ont réglé d'avance les conditions de leur partage, 9 mais le fieur Guillaudeu efpere
la
Cour le laiffera dans les termes d'un
que
fimple projet, & que le
patrimoine d'un pere de famille ne fera pas facrifié à leur
ambition.
Morfieur JOLYDE FLEURY, Avocar Général.
Me DE BONNIERES, Avocat.
SIRREJEAN, Proce
Eij
dit-on,
entr'eux un Traité dans lequel ils ont réglé d'avance les conditions de leur partage, 9 mais le fieur Guillaudeu efpere
la
Cour le laiffera dans les termes d'un
que
fimple projet, & que le
patrimoine d'un pere de famille ne fera pas facrifié à leur
ambition.
Morfieur JOLYDE FLEURY, Avocar Général.
Me DE BONNIERES, Avocat.
SIRREJEAN, Proce
Eij --- Page 38 ---
LECONSEIL foufigné qui a vu le Mémoire ci-deffus:
la fin de non-recevoir opofée à la Marquife
ESTIME que
Guillaudeu eft fans replique. C'eft un
de Choifeul par le fieur
court contre toutes les
principe certain, que la prefcription
réfléchiffent point
aétions des femmes mariées lorfqu'elles ne obtenues par la
leur mari. Or, les lettres. de refcifion
contre
être entérinées que pour
Marquife de Cloifeul ne pouvant anéantifloient le contrat de
caufe de léfion d'outre moitié., de Choifeul de l'obligation.
vente 8c dégageoient le Marquis contrat de rapporter la raqu'il avoit contraôtée par ce même (eroit
à fa majotification de fon époufe quand elle
parvenue
aétion.
ne pouvoient exercer aucune
rité, 8 ces acquéreurs
contre lui.
du
il ne pouvoit y être contraint
Quant à la reftitution prix,.
cas il n'auroit
qu'il auroit autorifé fa femme, auquel
qu'autant
des fuites d'une aétion qu'il auroit approuvée
pu fe plaindre
Mais fi fon époufe eût été autorifée en
& dirigée lui-même.
dans- ces fortes de cas,.
Juftice, comme on le fait ordinairement
condamnés à
alors il eft fans difficulté que les Acquéreurs, eu aucune
les
treiziemes 2 à eux rendus, n'auroient
rendre quatre
le forcer à leur:
aétion contre le Marquis de Choifeul, fur pour la chofe même, ilsrendre le prix : ils avoient un privilege les eût rembourfé, ou la
auroient pu la garder jufqu'à ce qu'on les
livres 7 fols.
vendre
retenir fur le prix, 92215.
faire
pour
6 deniers qu'ils avoient payés.
contre.
de Choifeul avoit bien perfonnellement
La Marquife
fon propre aliéné, mais cette
fon mari une aétion en remploide du mari à moins que la
aêtion ne peut s'exercer du vivant
n'ait obtenu fa féparation 1, & puifqu'elle ne la provoquoit
femme
de Choifeul eût diflipé, fi on l'en croit,
pas,quoique le Marquis
92215.
faire
pour
6 deniers qu'ils avoient payés.
contre.
de Choifeul avoit bien perfonnellement
La Marquife
fon propre aliéné, mais cette
fon mari une aétion en remploide du mari à moins que la
aêtion ne peut s'exercer du vivant
n'ait obtenu fa féparation 1, & puifqu'elle ne la provoquoit
femme
de Choifeul eût diflipé, fi on l'en croit,
pas,quoique le Marquis --- Page 39 ---
237,
le prix de la vente des quatre treiziemes, elle pouvoit à
forte raifon ne pas la demander lorfqu'au moyen de l'entérine- plus
ment de fes lettres de refcifion elle feroit rentrée
dans la
jouiffance de fes propres ou qu'elle auroit au moins recouvré
une partie de leur valeur.
En un mot, la Marquife de Choifeul pouvoir exercer fon
aétion fans qu'elle réfléchit contre fon
mari-L'entécinement de
fes lettres de refcifion n'expofoit le Marquis de Choifeul
ne l'auroit point aurorifée, à aucune pourfuite, même de la qui
de fon époufe pour la reftitution du prix. Donc la
part
Choifeul n'eft dans aucun des cas où laj
Marquife de
Jurifprudence veut
la prefeription ne courre point contre les-aéions des femmes que
en puiffance de maris.
Au furplus, le fieur Guillaudeu fe juftifie
pleinement des
impurations qu'on lui a faites, d la grande valeur de lhabiration dans l'état où elle fe trouve aujourd'hui eft le fruit de fes.
avances, de fes travaux & d'une longue paix. La Marquife de
Choifeul l'a reconnue elle-méme en eftimant fon habitation
avec les Negres, & les beftiaux qui fervoient en 1741 à fon
exploitation 467,000 livres, cette évaluation faite par ellemême, fuffit pour déterminer la Cour à la débouter de fa
demande; car la léfion ne feroit prouvée qu'autant
l'habitation auroir valu plus de 600000 livres..
que
Le fieur Guillaudeu doit employer avec fuccès les mêmes
moyens contre la demande de fes garans ; le contrafte de leur
conduite actuelle eavec celle qu'ils avoient tenue jufqu'à
eft frappant. La fin de non-recevoir réfultante du
de préfent
qai s'eft écoulé depuis 1758 eft viétorieufe, le laps tems
ment que l'on a fait dans le Mémoire ci-deffuts des rapproche- différentes
lettres du fieur Guillaudeu, la preuve acquife
que Phabitation
a été vifitée par des perfonnes qui avoient la confiance des --- Page 40 ---
30924E331
D936 M
-SI2E affociés avant de confommer la vente, écartent toute idée de
dol ; l'époque à laquelle la vente a été faite, les dépenfes
confidérables du fieur Guillaudeu avouées par fes vendeurs'euxmêmes, tout enfin fe réunit en fa faveur,& doit luifaire efpérer
le fuccès d'une caufe qui d'ailleurs eft celle de tous les propriétaires.
Délibéré à Paris, le vingt-cing Mars 1779. DUVERNE,
MARTINEAU, FERREY.
Monfieur JOLYDE FLEURY, Avocat Général.
Me DE BONNIERES, Avocat.
SIREJEAN, Proc,
A PARIS, chez P.G. SIMON, Imprimeur du Parlement p
rue Mignon Saint Andre-des-Arcs, 2779.