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M
un
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devamas 2gmay 17 80
M É M OIR E
POUR le Sieur CHARLES-Louis DE PORTELANCE,
Ecuyer; *
CONTRE JEAN- -PAUL TRANEL, Marchand
Fabricant à Amiens.
AMAIS Caufe n'exigea moins d'éloquence
celle
dont il
trainée
dix
que
s'agit;
depuis
ans dans tous les
Tribunaux de l'un &c l'autre monde, elle a fait le
fcandale & de Paris & de St. Domingue.
* Fils de Charles de Portelance, > Ecuyer, Secrétaire du Roi, &
d'une noble &c. ancienne famille d'Irlande.
Certainement la naiffance du fieur de Portelance eft totalement
étrangere au procès dont il s'agit; mais Tranel ayant prétendu T'humilier à cet égard, le fieur de Portelance eft contraint de la faire connoître; il mettra fous les yeux de M. le Rapporteur fa généalogie
extraite des regiftres de la Cour héraldique de Dublin, & revêtue
des formes les plus légales; la lettre de Jacques II, Roid'Anglererre;
enfin tous les titres originaux, & les preuves les plus authentiques
qui conftatent & lancicnneté, & la nobleffe, & les infortunes de
fa famille dépouillée de tous fes biens par Cromwel & fon parti.
A
; il mettra fous les yeux de M. le Rapporteur fa généalogie
extraite des regiftres de la Cour héraldique de Dublin, & revêtue
des formes les plus légales; la lettre de Jacques II, Roid'Anglererre;
enfin tous les titres originaux, & les preuves les plus authentiques
qui conftatent & lancicnneté, & la nobleffe, & les infortunes de
fa famille dépouillée de tous fes biens par Cromwel & fon parti.
A --- Page 4 ---
RPJCB
Les ornemens d'une vaine
élocution, ces ornemens de luxe, plus employés encore pour mafquer la
foiblefle d'un fujet que pour l'embellir, font inutiles
Detoutes les infultes'dont Tranel menaçoit le fieur de Portelance
dans fa lettre du Io Janvier dernier, celle- ci eft la moins faite
l'émouvoir; fon indifférence même à cet égard le follicitoit à pour n'y
répondre que par le plus fouverain mépris; c'eft même avec regret
qu'il s'écarte un moment de l'objet réel de fon mémoire, il a conftamment rejeté tous les renfeignemens injurieux qui lui font
contre Tranel, & qui n'étoient pas exadtement relatifs à la caufe parvenus actuelle; ce font les faits du procès que le fieur de Portelance oppofeà
Tranel depuis dix ans, il s'eft toujours renfermé dans ce feul
& ce font ces feuls faits qui exciteronr& juftifieront la vivacité objet de fes 7
reproches & de fes plaintes; mais il fe voit forcé, & il efpere qu'on
Jui pardonnera ce légér écart; il fe voit forcé, & pour la demoifelle
de Silvécanne, > dont Tranel, > protégé du frere, a l'audace d'injurier
la mémoire, en voulant faire entendre qu'elle avoit fait dans le fieur
de Portelance un,choix difproportionné ; & pour la demoifelle de
Salency fa feconde femme. > & pour fes enfans plus que pour luimême, d'infifter fur les titres qui prouvent & l'ancienneté & la nobleffe de fa famille : ces mêmes titres, il eft vrai, en prouvent l'extrème pauvreté; 5 abandonné dès l'age de quatre ans par fes pere &
mere qui ont paffe à St. Domingue, 2 remis aux foins d'un oncle, le
*L'abbédel Porte- plus vertueux des hommes * ,
lui a
lancc, chanoine
qui
fervi de pere, mais qui ne
dc St. Honoré, pouvoit lui donner que de Féducation ; c'eft à la faeur du fieur de
Silvécanne que le fieur de Portelance doit toute fa fortune, c'eft à
elle qu'il doit l'avaritage de faire peut-être un jour renaître une famille
diftinguée, tombée depuis cinq générations, par la plus grande mifere,
dans l'état déplorable qui l'accompagne ordinairement ; le fieur de
Portelance l'a dit mille fois, il l'a imprimé, ils'en fait gloire, il n'a
jamais ceffé > pendant la vie de la demoifelle de Silvécanne il ne
ceffe,il ne ceffera jamais de répéter combien il a d'obligations 2 à cette
jour renaître une famille
diftinguée, tombée depuis cinq générations, par la plus grande mifere,
dans l'état déplorable qui l'accompagne ordinairement ; le fieur de
Portelance l'a dit mille fois, il l'a imprimé, ils'en fait gloire, il n'a
jamais ceffé > pendant la vie de la demoifelle de Silvécanne il ne
ceffe,il ne ceffera jamais de répéter combien il a d'obligations 2 à cette --- Page 5 ---
pour. celui-ci; T'abondante'des faits'eft accablarite, &
le récit feul de leur atrocité infpire une chaleur d'indignation qui fuppléc à tout l'art' oratoire.
Ne dire que la vérité, la dire fimplement, fans
fafte, fans cette pompe futile de mots vagues & impuiffans qui en déparent la beauté naive, voilà ce qui
fuffit dans la caufe intéreflante qui exifte encore entre
le fieur de Portelance & le fieur Tranel.
Ne dévoiler que les faits avec clarté, ne parler quie
par eux; déméler, s'il eft poflible, les feplis tortueux
de
la
confommée,
Thypocrifie plus
3 les reffources de
la dupliciré la plus profonde, les baffeffes de la calomnie la plus noire, quoique la plus abfurde; peindre
Tranel tel qu'il eft, peindre en lui,le fpoliateur le
femme chérie & toujours révérée par lui, qui l'a comblé de fes bienfaits > & qui a ordonné fon fecond mariage avec la demoifelle de
Salency 5 mais il croit auffi pouvoir fans orgueil fe permettre de dire
que nila demoifelle de Silvécanne, , ni la demoifelle de Salency n'ont
eu, quoique toutes deux nées demoifelles, ni à rougir, ni à fe repentir
de leur alliance avec lui.
Ce n'eft point a Tranel, > c'eft aux gens vertueux, 2 c'eft aux honnètes
gens que l'on pourroit peindre, & qui peuvent apprécier la vie irré-:
prochable du fieur de Portelance, & fur-tout fa conduite eftimable
avec la demoifelle de Sylvécanne beaucoup plus âgée que lui; tout le
monde a été témoin de fa vive reconnoiffance; tout le monde l'a Yu
pendant quatorze ans vivre avec la demoifelle de Silvécanne qu'il a
toujours regardée comme fa bienfaitrice, moins comme fon époux
que comme fon obligé, comme fon fils refpectueux.
& c'eft,cet
homme honnète & refpectable à tous égards pour Tranel, que Tranel
tâche de Aétrir de toutes les manieres,
Aij
âgée que lui; tout le
monde a été témoin de fa vive reconnoiffance; tout le monde l'a Yu
pendant quatorze ans vivre avec la demoifelle de Silvécanne qu'il a
toujours regardée comme fa bienfaitrice, moins comme fon époux
que comme fon obligé, comme fon fils refpectueux.
& c'eft,cet
homme honnète & refpectable à tous égards pour Tranel, que Tranel
tâche de Aétrir de toutes les manieres,
Aij --- Page 6 ---
plus adroit & le plus perfd-fTadminibrareur le plus
defpotique & lc pluis infidelle, le calomniateur le
plus lâche & le plus dangereux ; le peindre enfin tel
que les Tribunaux l'ont reconnu depuis dixans, de c'eft
réunir tous les genres de la vraie éloquence, c'eft réveiller lindignation publique , celle des honnêtes
gens, celle des bons citoyens ; c'eft jeter l'épouvante
dans toutes les ames, 3 à la vue des piéges prefque
inévitables que les méchans tendenti incellammentaux
bons, c'eft attendrir fur le fort déplorable des
gens
fimples, vertueux, mais trop faciles qui, comme le
fieur de Silvécanne, en font fans cefle les
c'eft jeter les allarmes les plus terribles dans vidtimes; les conf- .
ciences les
2 en dévoilant, comme on va
le faire,
la
la trâme
TadEi
plus coupable,
la
plus odieufe, quoique la plas malourdie, pour ternir
lar réputation intaéte d'un citoyen irréprochable; ;ceft
enfin, & le fieur dc Portelance ofe le dire avec confiance, pouvoir fc flatter que les Juges éclairés arracheront le bandeau de T'hypocrifie dont depuis
tems fe couvre le fieur Tranel, & qu'ils
longront contre cet homme pervers un arrêt irrévocables prononcearrêt que le fieur Tranel tâche d'éloigner par mille
incidens captieux, mais qui, en puniflant en lui le
plus infidieux des hommes, effrayera peut-être
conque auroit l'indignité de vouloir lui reffembler. qui-
flatter que les Juges éclairés arracheront le bandeau de T'hypocrifie dont depuis
tems fe couvre le fieur Tranel, & qu'ils
longront contre cet homme pervers un arrêt irrévocables prononcearrêt que le fieur Tranel tâche d'éloigner par mille
incidens captieux, mais qui, en puniflant en lui le
plus infidieux des hommes, effrayera peut-être
conque auroit l'indignité de vouloir lui reffembler. qui- --- Page 7 ---
FAITS
Jean-Louis de Silvécanne, fils de Jean de Silvécanne, Ecuyer, Confeiller du Confeil fouverain du
françois à Saint-Domingue, eut avec fes deux
un tiers dans l'habitation de fes
&
St
fituée au quartier Morin, près le
françois. pere mere,
La dame de Madeline, l'une CE fes feurs, fit
facquifition dutiers del'autre fceur (la dame Dumée);
le fieur de Silvécanne, entraîné par l'ardeur de la jeuneffe, par le goût des armes, & ne refpirant alors
que les plaifirs du fiecle, voulut quitter pour jamais
lAmérique & s'établir en France; pour remplir ce
deffein, il céda fon tiers à la dame de Madeline en
1741 par bail, moyennant 600p 1. argent de France,
& la lui vendit en 1749 3 moyennant I20000 liv.
argent de france, & les intérêts jufqu'au rembourfement.
Porté à Paris dans le tourbillon de ce mondeaimable & frivole, le fieur de Silvécanne en fit bientôt
les délices; une figure féduifante, un air noble, cette
politeffe aifée qui caraétérife les gens biens nés, des
connoiffances, une valeur reconnue, une franchife
digne de fes ancêtres, tout le rendit recommandable;
ce qui peut - être lui gagnoit tous les cceurs, c'étoit
fon penchant irréfiftible à s'attacher, penchant
nous rendant trop faciles, nous rend auffi plus
reffans à
RdE
la fociété; on fe défend mal contre la douceur de fentiment que nous infpire un homme dont
caraétérife les gens biens nés, des
connoiffances, une valeur reconnue, une franchife
digne de fes ancêtres, tout le rendit recommandable;
ce qui peut - être lui gagnoit tous les cceurs, c'étoit
fon penchant irréfiftible à s'attacher, penchant
nous rendant trop faciles, nous rend auffi plus
reffans à
RdE
la fociété; on fe défend mal contre la douceur de fentiment que nous infpire un homme dont --- Page 8 ---
le caraétere ouvert & tendre nous fait efpérer du res
tour, & l'on fe fent contraint, pour ainfi-dire,
mer
celui que l'on foupçonne attendre notre d'aipour nous donner le fien.
cceur, 3
Le fieur de Silvécanne né impétueux &
trouva bientôt l'efclavage qu'il
fenfible;
jeune beauté
defiroit; épris d'une
qui ne pouvoit lui être deftinée, il en
devint idolâtre; fon fort étoit de parcourir tous les
extrêmes, de fe roidir contre les difficultés, & de ne
chérir fes chaines qu'à mefure qu'elles devenoient
pefantes & impoffibles à brifer ; plus-fon amour fut
malheureux, plus on dût être sûr que rien ne
roit T'anéantir ; mais la mort, la mort
pourqui ne refpecte aucuns nocuds, vint: impitoyable fubitement
enlever cette beauté dans fon printems prefque ; le fieur
de Silvécanne la voit expirer fous fes
fon ame
abimée ne connoît plus rien dans fatente il fuit les
hommes, il fe fuit lui-même ; après le doux & cher
cfclavage dont le trépas vient de le délivrer trop malheureufement, à qui confiera-t-il fon ame
rée? Qui deviendra fon tyran? Qui lui donnera défefpé- des
loix ? Et quel empire fera auffi puillant, auffi
aufli entier que celui dont il pleure encore tous vif, les
charmes? Ames fenfibles, & qui connoiffez la vivacité d'un premier penchant, le feul durable,
être le feul véritable, fi vous venez à perdre ce peuten étoit l'objet, vous vous abufez, fi vous
qui
trouver fur la terre la confolation d'une
croyez aufli
irréparable.
perte
Au milieu de ce trouble affreux qui déchire le
era auffi puillant, auffi
aufli entier que celui dont il pleure encore tous vif, les
charmes? Ames fenfibles, & qui connoiffez la vivacité d'un premier penchant, le feul durable,
être le feul véritable, fi vous venez à perdre ce peuten étoit l'objet, vous vous abufez, fi vous
qui
trouver fur la terre la confolation d'une
croyez aufli
irréparable.
perte
Au milieu de ce trouble affreux qui déchire le --- Page 9 ---
fieur de Silvécanne, fe préfente à lui un hommeinfinuant, ami du fameux Billard; la fimplicité eft fur
fon vilage, la bénignité eft fur fon front, la
fion eft fur fes levres ;
du
perfuaenveloppé
manteau de la
religion, ils'en dit T'Apôtre le plus zélé; il
le mépris des richefles, le dédain des plaifirs, enfeigne l'abnégation totale-de foi-même, il ouvre le ciel, il fait
jouir d'avance de fes félicités ceux qui lui font affujettis; ; fon joug paroit doux & facré, il l'offre au
fieur de Silvécanne, dont les plaies
lui
de cicatrifer bientôt, font encore faignantes, qu'il &c promet dont
la trifte liberté fait l'infortune.
Les chagrins dévorans, l'impétuofité du caraétere
du fieur de Silvécanne ne lui permettent pas de balancer; le voilà livré à ce premier intrigant dont il
devient la proie ; mais trop fin, trop adroit,
verfé dans ces fortes de manceuvres,
fe
trop
ouvertement de fes affaires
2 pour charger
les abandonne
temporelles, le diredteur
aux fieurs Billard &
avoir fait paffer lc fieur de Silvécanne Duperrier à St. :
à Senart, & fucceflivement dans
SE
confacrées à Dieu,
plufieurs maifons
réferve
pour éprotiver fa docilité, il ne fe
en apparence
le foin de fon ame,
Cependant les Retii Billard & Duperrier à qui le
fieur de Silvécanne eft bien recommandé, commencent; aprèsl l'avoir écarté de fa famille, par lui extorquer en leur faveur une donation de tous fes biens,
montant à 160000 liv. feulement de fonds, moyennant une rente viagere de
liv.
de ces ames timorées, -
5ooo
; premier début
premier effet de l'affociation :
apparence
le foin de fon ame,
Cependant les Retii Billard & Duperrier à qui le
fieur de Silvécanne eft bien recommandé, commencent; aprèsl l'avoir écarté de fa famille, par lui extorquer en leur faveur une donation de tous fes biens,
montant à 160000 liv. feulement de fonds, moyennant une rente viagere de
liv.
de ces ames timorées, -
5ooo
; premier début
premier effet de l'affociation : --- Page 10 ---
on ne répond point à Tranel quiofe dire que c'étoit
encore un marché avantageux pour le fieur de Silvécanne, vu les événemens auxquels ne font que trop
expofés les biens des colonies; vouloir juftifier une
pareille ufure,c'eft en être digne.
Le fieur de Portelance avoit
la dame de
Madeline, fceur du fieur de
donataire
fon
EMEK
par
contrat de mariage de tous les acquêts de la
dame de Portelance, il ne fait que la repréfenter aujourd'hui; avec toute la famille du : fieur de Silvécanne, , il fe déchaîna contre l'affociation ; Billard &
Duperrier craignirent l'éclat & ils rétrocéderent la
donation; c'eftce quieft conftant par des aôtes publics
& produits.
Mais l'affociation ne perdit point de vue le fieur
de Silvécannesla guerre empêchoit lesretours d'Amé
riques au lieu de lengager, del lui commander même,
(puifqu'elle ofoit lui commander) de fe retirer dans le
fein de fes proches pour) trouver des fecours &
tager leurs peines 2 on % force à ne recevoir RE
gent que des mains de l'affociation ; an lui fournit
quelques fommes, ou du moins il paroit qu'on lui
en a fourni 5 on le fait voyager, $ mais à pied, en
mendiant, lui prefcrivant des aétes d'humilité (1) fi
(1)Le fieur de Silvécanne, en dînant chez le fieur de Portelance
fe vantoit qu'à Tours où on l'avoit envoyé à pied en pélerinage, ,il %
mit à genoux exprès dans un tas de boue, à la vue d'une ftatue de la
Vierge au coin d'une rue;cen'étoit pas, difoit-il, Ia feule fois
fair cet acte méritoire d'humilité,
qu'il ede.
inconcevables
é (1) fi
(1)Le fieur de Silvécanne, en dînant chez le fieur de Portelance
fe vantoit qu'à Tours où on l'avoit envoyé à pied en pélerinage, ,il %
mit à genoux exprès dans un tas de boue, à la vue d'une ftatue de la
Vierge au coin d'une rue;cen'étoit pas, difoit-il, Ia feule fois
fair cet acte méritoire d'humilité,
qu'il ede.
inconcevables --- Page 11 ---
inconcevables qu'on n'ofe en parler, & qu'on -
feroit
tenté de ne pas croire, fi lui- même ne s'en fàt pas
vanté avec un refte d'orgueil ; mais qui a pu fe laifler
condamner & s'affujettir à frotter ou houffer avec
une fervante le marchepied de l'Autel de l'Abbé
Lendormi, poue Cw s'être livré à toutes fortes de
filités.
puéL'aflociation sûre de la docilité éprouvée du ficur
de Silvécanne 3 & tremblant néanmoins qu'à Paris
il n'eût quelques retours fur lui-même, l'éloigne de
la capitale & le fixe à Amiens; ; là de nouveaux acteurs paroiffent t, le fieur de Silvécanne change de
tyrans & demeure dans Tefclavage; il eft confié à
l'abbé Lendormi, Théologal d'Amiens, cet homme
qui arracha lademoifelle Herault des bras paternels,
comme s'en
il n'y a pas long-tems, dans
les Tribunaux le
de la Rochette,
FE
lorfqu'ily dé
voila fes intrigues 5 cet homme juftement profcrit
par le Gouvernement (1); cet homme le plus impérieux, faifit peut-être mieux que perfonne le caractere du fieur de Silvécanne , il le fit connoître au
(r) L'hiftoire de la lettre de cachet pour le fieur Lendormi, arrivée après fa mort, 2 eft de notoriété publique à Amiens; quant à la
chapelle bâtie chez Tranel dans fa métairie qu'on life la
du Curé de Pont-de-Mets (dans l'extrait de la continuation dépofirion d'addition
d'information convertie en enquête), & l'on verra fi le fcandale de
cette chapelle n'eft pas avéré,
Les faits acceffoires font en fi grand nombre , qu'il a fallu néceffairement en rejeter plufieurs, pour ne s'occuper que des principaux
B
publique à Amiens; quant à la
chapelle bâtie chez Tranel dans fa métairie qu'on life la
du Curé de Pont-de-Mets (dans l'extrait de la continuation dépofirion d'addition
d'information convertie en enquête), & l'on verra fi le fcandale de
cette chapelle n'eft pas avéré,
Les faits acceffoires font en fi grand nombre , qu'il a fallu néceffairement en rejeter plufieurs, pour ne s'occuper que des principaux
B --- Page 12 ---
IO
fieur Tranel,&c vint au point de le lui faire comprendre ; il accoutuma le fieur Tranel à le
cer
auprès du fieur de Silvécanne; ; il falloit rempla- au fieur
de Silvécanne les fers les plus accablans, il vouloit
une domination infurmontable; ; l'abbfLendormi ife
conforme à fcs goûts extraordinaires; il appefantic
fon joug, fon joug devient de fer, & c'eft par-là
qu'il en devient plus cher au fieur de Silvécanne ;
dès-lors le fieur de Silvécanne ceffe d'être à lui, toute
idée particuliere lui eft interdite, 3 toute volonté eft
regardée. & punie comme une révolte, toute propriété lui eft défendue & enlevée; l'abbé Lendormi
prend chez lui ile fieur de Silvécanne, ille chafle
peu
après comme on chaffe un domeftique déplaifant, il
femble le faire vivre par charité; il fait venir un traiteur, ce traiteur lui demande 30 liv. par mois
nourrir le fieur de
vous en donne pour
*Yoy. la dix-huiSilvécanne,je
dit le
tieme dépofition
Théologal, nourrife-le bien *; il faut dorefde l'addition d'in- navant que le fieur de Silvécanne
formation converfrotte avec une fertie en enquére. vante le marchepied de l'autel de l'abbé Lendormi;
l'abbé Lendormi ne
à cet
*
manque pas,
de lui
la
égard,
miere Yoy. dépofition pre- dire, avet- vous fait ce que je vous ai ordonné? *
de l'information Cet homme qu'on avoit vu
convertie en cnLendormi
fuperbe, recherché, maquéte.
gnifique,
le fait revêtir de la façon la
abjecte & la plus midicule (1). Le fieur de ESREEE
(1) Ses neveux, lun Moufquétaire gris, l'autre Chevau-leger, ne
pouvoient s'empècher de rougir, en le voyant vêta d'un mauvais & 1
vieux habit gris, rapieceté exprès au milicu du dos avec des
de
différentes couleurs.
pieces
uperbe, recherché, maquéte.
gnifique,
le fait revêtir de la façon la
abjecte & la plus midicule (1). Le fieur de ESREEE
(1) Ses neveux, lun Moufquétaire gris, l'autre Chevau-leger, ne
pouvoient s'empècher de rougir, en le voyant vêta d'un mauvais & 1
vieux habit gris, rapieceté exprès au milicu du dos avec des
de
différentes couleurs.
pieces --- Page 13 ---
II
parle-t-il? On luiimpole filence; fe tait-il? *
tôt le Théologal dit d'un air emporté, le voila comme Ault. dépofition *Y. la dixieme de l'inune bête, & il n'en rougira
; ce qu'il répéta plu- formation tie en enquéte. converfieurs fois de fuite ; que le pe de Silvécanne
la tête & les
& n'ofa pas répondre. La leéture baifa
des Nerdotimte converties en enquêté eft
& il le faut avouer, on ne peut dire ce qui révoltante, éronne le
plus,ou l'audace infolente des
tyrans, 3 ou la docilité
pulillanime de l'efclave.
Au fortir de chez l'abbé Lendormi, ce fut Tranel,
pénitent de ce Théologal, & dépofitaire de tous fes
projets, fon agent, & celui des Carmélites qui accueillit le fieur de Silvécanne ; il compâtit aux défagrémens que lui avoit caufés l'abbé Lendormi, illui
chercha une maifon, il lui en trouva une tenante au
couvent des Carmélites; ; c'eft cette maifon
a
fait rebâtir aux dépens du fieur de
qu'on
de mieux foigner, ou plutôt pour Silvécannes le furveiller Pour
& nuit, on lui faic choifir, on lui donne
cui- jour
finiere cette même fille avec laquelle il Tfeuec le
marchepied de l'autel, cette pénitente de l'abbé Len- a
dormi, cette initiée dans les fecrets de l'affociation.
C'eft ici l'époque de l'empire abfolu de Tranel,
c'eft lui qui va être le feul aéteur en chef ffur la fcène;
l'abbé Lendormi eft mort, fon fceptre paffe dans les
mains de Tranel, c'eft lui qui réunit maintenant tous
les droits de l'aflociation.
Voilà donc Tranel maître abfolu du fieur de Silvécanne; arrivé à Amiens en 1765, c'eft dans cette
année que le fieur de Silvécanne a commencéà tou:
Bij
folu de Tranel,
c'eft lui qui va être le feul aéteur en chef ffur la fcène;
l'abbé Lendormi eft mort, fon fceptre paffe dans les
mains de Tranel, c'eft lui qui réunit maintenant tous
les droits de l'aflociation.
Voilà donc Tranel maître abfolu du fieur de Silvécanne; arrivé à Amiens en 1765, c'eft dans cette
année que le fieur de Silvécanne a commencéà tou:
Bij --- Page 14 ---
cher des fommes confidérables, ce qui a continué
jufqu'à fa mort en 1770, tellement qu'en
le
fieur de Portelance avoit payé tous les intérêts 1770 accumulés, J & réduit le principal de 120000 livres à
70389 liv. II f IO den. C'eft ce qu'on peut voir
dans-le tableau des payemens, ,à la fin de ce
comment
mémoire;
le fieur Tranel ofe-t-il dire
eft venu
au fecours du fieur de Silvécanne, qu'il
& abandonné de fa famille? Mais pauvre n'ofe , dit-il,
Tranel?
que
pas
Ces payemens ficonfidérables faits au fiear de Silvécanne ne laiffoient pas d'être imprudens ; le fieur
de Portelance, s'il eût voulu ( 8E peur-être auroit-il
dà le vouloir & pour fes 1 intérêts, & pour ceux mêmes
de fon beau-frere) fe feroit prévalu d'une oppofition
de 91769 liv. 14 £ 3 den. Sa générofité pouvoit &
pourroit lui être encore funefte; & cependant le fieur
Trancln'a pas honte d'avancer
le fieur de Silvé
canne étoit abandonné de fa salici Cc n'eft qu'une
calomnie de plus.
Tranel, feul poffelfeur du fieur de Silvécanne
lui avoit été comme légué par l'abbé Lendormi à qui
Billard, Duperrier, &c. I'avoient tranfmis, fe hâta et
confommer le grand ceuvre de l'affociation.
Accoutuméa ne plus exifter, le fieur de Silvécanne
n'eft plus
l'ombre de lui-même, c'eft Tranel
vit pour Rr qui vit en lui, c'eft lui
qui
tout fon
qui poffede
argent, C
toute fa fortune, c'eft lui qui en
difpofe feul & comme de fon patrimoine; 3 c'eft lui
qui commande les ouvrages qu'il projette & exécute
ta et
confommer le grand ceuvre de l'affociation.
Accoutuméa ne plus exifter, le fieur de Silvécanne
n'eft plus
l'ombre de lui-même, c'eft Tranel
vit pour Rr qui vit en lui, c'eft lui
qui
tout fon
qui poffede
argent, C
toute fa fortune, c'eft lui qui en
difpofe feul & comme de fon patrimoine; 3 c'eft lui
qui commande les ouvrages qu'il projette & exécute --- Page 15 ---
avec T'argent du fieur de Silvécanne, qui n'eft plus
que le fien ; c'eft lui
regle les mémoires des ouvriers,
les paye,
fait &
3A
luiqui
paye les
vifions 2 bois & de vin, c'eit lui qui donne de EC
gent à la cuifiniere ; c'eft lui qui
le perruquier;
enfin c'eftluià quile fieur de SIEne eft contraint
& réduit de renvoyer les pauvres ; tous ces faits font
inouis; mais ce ne font pas moins des faits dépofés
dans l'information convertie en enquête.
Enfin la mort enleve le fieur de Silvécanne ; mais
on diroit qu'il renait dans Tranel, toute fon exiftence
eft chez Trancl, & Trancl pourfuivant fes
droits après fa mort, ne fait que continuer prétendus l'excrcice
de ceux qu'il s'étoit acquis pendant fa vie; à peine
les yeux. du fieur de Silvécanne font-ils fermés,
Tranel produit un reltament, & de qui i? De que ce
même fieur de Silvécanne, mort long T- tems avant
fon trépas. Ce teftament eft fans doute de la main
du fieur de Silvécanne; ; mais eft-il, peut-il être l'ouvrage de fa volonté?
Voici l'inftant ou fe développent toutes les intrigues & les preuves fans nombre qui appuient les
jufles imputations que depuis dix ans le fieur de
Portelance fait à l'aflociation tyrannique qui a fubjugué honteufement, 3 dépouillé, anéanti le fieur de
Silvécanne.
Feu la dame de Portclance inftruite de toutes les
manccuvres de l'affociation, déplorant le fort de fon
frere, rend plainte contre le fieur Tranel & fes affiliés; Tranel écrit au fieur de Portelance pour l'en*
jufles imputations que depuis dix ans le fieur de
Portelance fait à l'aflociation tyrannique qui a fubjugué honteufement, 3 dépouillé, anéanti le fieur de
Silvécanne.
Feu la dame de Portclance inftruite de toutes les
manccuvres de l'affociation, déplorant le fort de fon
frere, rend plainte contre le fieur Tranel & fes affiliés; Tranel écrit au fieur de Portelance pour l'en* --- Page 16 ---
3 14
agagerl prendre eavec lui des arrangemens; le ficur de
Portelance n'en connoit point avec le crime, &
Tranel ne reçoit qu'une réponfe
mépris & à Tindignation qu'il doit proportionnée infpirer.
au
On lit le
tellament, que contient. - il? Des
pieux : on eft fort éloigné de les tourner en
legs
ou de les blâmer. A qui a été confié ce
ridicule
Les dépolitionis difent que le fieur de Silvécanne teftament?
voyoit que les fieurs Lendormi, Guignard & Lefeb- ne
2 vre, tous affiliés, tous fulpects; & c'eft entre les
mains d'un d'eux, du fieur
que l'on dit
trouvé
Lefebvre,
le teftament; il l'a. reçu, dic-il, du
de Silvécanne,
ET
naturelle.
quelques jours avant fa mort
Mais le fieur de Silvécanne a deux fccurs
eft donc fon héritier? Qui poffédera fes biens ; quel
fa mort? Qui les poffédera? Celui qui les
après
d'avance pendant fa vie; c'eft Tranel, c'eft pollédoit celui
.vivoit dans le fieur de Silvécanne, qui
qui
à tous fes ordres, qui en difpofoit comme laffujertiffoit d'un bâton
gu'un vieillard tient dans fa main; c'eft Tranel
eft légataire univerfel : Tranel ne conçoit pas la aut
prife que caufent aux gens fenfés des difpofitions fi
Étranges; 5 Car enfin Tranel, en héritant du fieur de
Silvécanne, n'hérite que: de lui-même.
C'eft envain qu'on demanderoit où font les
les papiers, les preuves de l'exiftence enfin du cffets,
de
fieur
n'en Silvécanne, refte
on n'en devoit point trouver, & il
point 5 on trouve feulement une vieille
quittance de capitation, & c'eft le feul témoignage
itions fi
Étranges; 5 Car enfin Tranel, en héritant du fieur de
Silvécanne, n'hérite que: de lui-même.
C'eft envain qu'on demanderoit où font les
les papiers, les preuves de l'exiftence enfin du cffets,
de
fieur
n'en Silvécanne, refte
on n'en devoit point trouver, & il
point 5 on trouve feulement une vieille
quittance de capitation, & c'eft le feul témoignage --- Page 17 ---
qui puiffe prouver quc le fieur de Silvécanne n'étoit
pas encore phifiquement rayéde la lifte des vivans.
Mais quoi! Cet homme retiré à Amiens avec une
feule cuiliniere, ne voyant
fes direéteurs, occupé
de pénitences, 3 de
de privations, mort
à
RAELEE
lui-même & aux autres 3 cet homme pour lequel
on a reçu en cinq ans plus de 120000l., que laiflet-il? De
comptant : on ne trouve., on ne
*
Tangent
repréfente qu un louis
; on a donc fait des acquifi- * P. l'extrait rde
tions pour lui, on a donc acheté quelques mailons, lespiccesjaftifica- l'inventaire dans
quelques terres 2 quelques contrats ? Rien ; mais tives.
voyons fes papiers, 3 on y trouvera l'emploi des fommes qu'il a reçues 3 on y trouvera fes ticres, &c,;
des titres ! des papiers! In'y en a aucuns ; aucuns ?
Aucuns, vous dis-je; quelques lettres, quelques chif
fons, & la quittance de capitation * Il a donc été * Yoy. l'extrait
volé à fa mort; faites telles perquifitions qu'il vous delinventaire.
plaira, mais contentez - vous des 24 liv. encore. employées aux prieres & melles pour le défunt, & 61.
reltées pour faire vivre la cuifiniere :
effets
lifez Finventaire ; quelques uftenfiles pourfy de ménage,
quelques mauvais habits, &c. le tojit ne montant
pas à 1600 liv.;, gardez-vous de confondre dans cés
effets le lit de la fervante, il eft réclamé
ellé; &
Tranel, qui depuis en a fait une touriere par afure
qu'il reconnoit ce lic pour être:le fien ; gardez-vous >
encore davantage de confondre le peu d'argenterie
qu'on a bien' voulu laiffer; elle eft: réclamée par les.
dames Carmélites > à la marque defquelles elle fe
trouve; les Carmélites réclament les reliquaires, ics
re dans cés
effets le lit de la fervante, il eft réclamé
ellé; &
Tranel, qui depuis en a fait une touriere par afure
qu'il reconnoit ce lic pour être:le fien ; gardez-vous >
encore davantage de confondre le peu d'argenterie
qu'on a bien' voulu laiffer; elle eft: réclamée par les.
dames Carmélites > à la marque defquelles elle fe
trouve; les Carmélites réclament les reliquaires, ics --- Page 18 ---
I6
tableaux, & cette baffinoire avec laquelle des témoins
difent avoir vu les tourieres chauffer le lit du fieur
de
Silvécanne, J lorfque par L'ouverture
dans
le mur de L'appartement du fieur de pratiguée - lenant all couvent des Carmélites, lefoir Silvécanne, deux touriercs 2
menoient coucher le bienfaiteur du monaftere, l'une
portoit un fambeau à la main, l'autre baffinoit fon
lit, animoit fonfeu, & après que le fieur de
cane
Silve-.
éroit couché, l'une d'elles lai
les
* Ce font les tures autour de lui*, Ces
un ajufoit
couvermorsexa@tsdesdé, font
foins peu trop étendus,
politions celles du fieur : voyeg Berfrent pourtant les juftifiés, quand on voit les facrifices
quier & du ficur que
Carmélites par l'entremife de
Patte dans l'addile
Tranel,
tion d'informa- pour que ficur Berquicr, dont toute la
tion
dépolition
canvergie cn eft curieufe, cédât fon
au ficur
cnquéte.
logement
de Silvécanne ; elles lui repréfenterent que le fieur de Silvéçanne étoit un hamme riche
leur feroic du bien,
Il faur voir toute la chaleur El démarches
fic
alors Tranel, leur homme d'affaires.
que
Rien n'étoit plus manifefte
la fpoliation totalc du afieur de Silvécanne ; dame de Portelance*fe lancer des monitoires, moyens qui réuf
fiffent encpre quelquefois ; elle fit informer 1 3 on
interroge Tranel, il fubit fon interrogatoire avec
cet air d'affurance & de tranquillité 3 fait pour
T'homme vertueux ou pour T'homme confommé
dans le crime. Tel depuis tout Paris a remarqué le
fieur Billard, lun des affiliés de
vifage férein & non altéré, fe foumettie l'aflociation, 9 le
à la légere punition de toutes fes infamies. en martyr
Mais cet interrogatoire même eft lui feul la dé.
polition
interroge Tranel, il fubit fon interrogatoire avec
cet air d'affurance & de tranquillité 3 fait pour
T'homme vertueux ou pour T'homme confommé
dans le crime. Tel depuis tout Paris a remarqué le
fieur Billard, lun des affiliés de
vifage férein & non altéré, fe foumettie l'aflociation, 9 le
à la légere punition de toutes fes infamies. en martyr
Mais cet interrogatoire même eft lui feul la dé.
polition --- Page 19 ---
Polition la plus convaincante contre Tranel
Onne voit pas pourquoile fieur
(*) (*) V.l'extaie
fon incerrogatoire
Tranelavoue dans del Tinrertogatoire
quilsentrerenoit fouvent
danslespiccesjaf.
tament avec le fieur de Silvécanne
de tef- tificatives.
qu'on ne fit pas perfuadé
c'eft ;"craindroit - il
tiensinfinuans qu'ila déterminéle que fieur par ces entreà écrire ce teftament en fa faveur? de Silvécanne
Que l'on confidere avec quelle aftuce le fieur
Tranel, prévoyant bien
teftament
feroit attaqué, y fait inférer, quece infere frauduleux
qui empêche la réunion des deux y foeurs une claufe
manceuvres.
contre fes
les Apresavoir déclaré qu'il veut être enterré comme
Tourieres, le fieur de Silvécanne
à la dame de Portelance à
léguc 2000 1.
Dumée, & légue à celle-ci > les prendre fur la dame
Jui devoit; C mais en Cas de 60340 liv. qu'elle
3s préfent teftament de la
conteftation de
de mon
92 je déclare les priver des part à elles mefdites faeurs,
32 ner & léguer ladite fomme legs
faits, & don-
>> trois cens quarante livres
de foixante mille
39 audit fieurJean-Paul
que doit Tainéed'elles,
Tranel,
35 audit cas à fon legs univerfel pere, Pouraccroitre
Tranel prive de Théritage l'une >>. des
les mainsde l'autre ; la dame Dumée faurs, & lie
la dame de Portelance
vouloits'unir à
contre uin teftament concerté
diffbada par Taflociation ; mais le fieur de Portelance l'en
s en lui faifant remarquer le danger
T'expofoit lingénieufe prévoyance de Tranel. auquel
Quoique pourfuivi en juftice, Tranel ne s'ocC
Pouraccroitre
Tranel prive de Théritage l'une >>. des
les mainsde l'autre ; la dame Dumée faurs, & lie
la dame de Portelance
vouloits'unir à
contre uin teftament concerté
diffbada par Taflociation ; mais le fieur de Portelance l'en
s en lui faifant remarquer le danger
T'expofoit lingénieufe prévoyance de Tranel. auquel
Quoique pourfuivi en juftice, Tranel ne s'ocC --- Page 20 ---
cupoit pas moins du foin. de faire exécuter fon tef
tament ;il en. Preffclhomologation à St.
il y fuccombe honteufement : il pourfuit Domingue, au
telet
Chade Pariss le fieur de Portelance sy laifle condamner, 2 & il en appelle au Parlement: : la procédure
criminelle, intentée contre Tranel, ne
pas de - s'emparer de 11961 liv. argent des Tempêcha
faifant argent de France,. 7974 liv. 4: Colonies, f 8
cette fomme payée à St.
le fieur den.
de Portelance 0
Domingue, par
3 aux répréfentans du ficur de
(*) v.àlafinle canne, le 23 Juin
Silvé-.
tableau des fom- fous le
1770 (); ne; eputparvenir à Tranel,
mespayéesanfieur
nom du fieur de
dc Silvécannc. après la mort de ce dernier, Silvécanne, arrivée que le long tems
de la même année. Il femble
Tranel, 23 Juillet
que
pourfuivi
criminellement, 5 auroit dâ, quoique
univerfel & exécuteur
légataire
teftamentaire, mettre en
cette fomme pofthume; non, Tranel n'héfite dépôt
il s'en faifit, ,il ne redoute pas plus les réclamations- point,
de la juftice que les cris de fa confcience.
Mais le Parlement n'exiftoit plus; ce qui en tenoit
lieu connut de l'affaire du fieur de Portelance: : fans
entrer dans des détails peu fatisfaifans, &
fe-:
roiént un volume de ce Mémoire 1 il
qui
> fuffira de dire
quele teftament fut déclaré bon 8 valable, Tranel
jagécapablederecueilli fonlegs
avoir égard à la procédure criminelle,&c suniverfel,&cce/eas
Zer aux faits articulés contre lui. Dc façon Janssarrèquand même il eût été prouvé que Tranel. eût que >
géré, diété & fabriquémêmele teftament du fieur fug- de
Silvécanne, il n'étoit Pas moins capable & digne
dire
quele teftament fut déclaré bon 8 valable, Tranel
jagécapablederecueilli fonlegs
avoir égard à la procédure criminelle,&c suniverfel,&cce/eas
Zer aux faits articulés contre lui. Dc façon Janssarrèquand même il eût été prouvé que Tranel. eût que >
géré, diété & fabriquémêmele teftament du fieur fug- de
Silvécanne, il n'étoit Pas moins capable & digne --- Page 21 ---
d'en recueillir lefruit : cette maniere de
, très:
commode
juger
pour Tranel, lui rendoit d'avance toute
fon innocence baptifmale; ; auffi Tranel, affuré du
fuccès, prefla le
de la procédure criminelle., & fes Reete furent comblées : le voilà
innocent &
; il n'étoit pas poflible de le déclarer coupable N la Tournelle, tandis
par
ment du civil, ilne pouvoit Tétre,
les
2E
faits articulés contre
RIEES
lui, auxguels faits on ne
dévoit point avoir égard ni s'arrêter.
L'un & l'autre jugement fut porté au Confeil
daSa Majefté, & il les annulla; ; cependant par un
événement imprévu, a au grand étonnement des Magiftrats les plus refpectables, Tranel réuffit dans fes
oppolitions.
Mais il reftoit au fieur de Portelance la voie de
la requête civile, pour parvenir à faire réellement
une fois juger fa caufe; car on ne pourra jamais
imaginer
le Jugement du 18 Août 1772 en
foit un edt : ainfi, par des circonftances
& rares
étranges
heureufement, la caufe du fieur de Portelance, qui, depuis dix ans, occupe fuccellivement
tous les Tribunaux, > eft encore à fon premier inf
tant: ce n'eft que dans ce moment que le fond de
cette affaire fi connue, fi épuifée pour ainfi dire,
va être réellement difcuté, approfondi & jugé
la premiere fois au véritable Tribunal de la nation. pour
Le fieur de Portelance préfenta d'abord fa requête
civile au criminel; elle fut entérinée avec des acclamations & des applaudiffemens bien douloureux
Cij
ous les Tribunaux, > eft encore à fon premier inf
tant: ce n'eft que dans ce moment que le fond de
cette affaire fi connue, fi épuifée pour ainfi dire,
va être réellement difcuté, approfondi & jugé
la premiere fois au véritable Tribunal de la nation. pour
Le fieur de Portelance préfenta d'abord fa requête
civile au criminel; elle fut entérinée avec des acclamations & des applaudiffemens bien douloureux
Cij --- Page 22 ---
pour le fieur Tranel,, puifqu'ils naiffoient de l'in*
dignation publique qui fc réveilloit contre lui.
Peu de tems après, l'affaire criminelle fut jugées
les longs débats qui précéderent le prononcé de
Farrèr, prouverent évidemment avec quelle
Tranel, échappoit au glaive de la juftice : les Pe
mations furent converties en enquétes; ; Tranel fut
mis hors de cour, ce fut un triomphe pour luis
impuni, il fe crut innocent.
Reftoit la requête civile au civil; fans fon eng
térinement, tout étoit terminé ; ellc fut entérinée
fans nulle difficulté le 29 Décembre 1777:
d's
Le fieur de Portelance & le fieur Tranel, autoy
rifés par l'arrêt du Parlement, 3 firent leurs enquêtes.
réciproques. Enfin, cette longue & faftidieufe af;
faire n'importuneroit plus lesJuges-8 &n'ennuyeroit
plus le public, fi le fieur Tranel, en défefpoir de
caufe, 3 n'ett eu l'indignité de vouloir jeter' des
foupçons injuricux fur Ja probité du fieur de Portes
lance; on parle de récompenfes promifes > pour f6
duire des témoins; de penfions offertes, &E cela fans
preuves., de
fans vraifemblance. Toute cette machination abominable n'eft fondée que fur des oui-dires,
fur des lettres & des billets perdus; c'eft un amas
d'abfurdités > telles qu'on confeilloit au fieur de
Portelance de les méprifer ainfi que leur auteur.
Let fieur de Portelance, au-deffus de tourfoupcon;
auroit py fans doute dédaigner desimputations
0e
& miférables ; il a mieux aimé gémir encore vagues un
an, en retardant le 6 jugement du proccs, relative-
-dires,
fur des lettres & des billets perdus; c'eft un amas
d'abfurdités > telles qu'on confeilloit au fieur de
Portelance de les méprifer ainfi que leur auteur.
Let fieur de Portelance, au-deffus de tourfoupcon;
auroit py fans doute dédaigner desimputations
0e
& miférables ; il a mieux aimé gémir encore vagues un
an, en retardant le 6 jugement du proccs, relative- --- Page 23 ---
zr
ment au teflament; il a pourfuivi criminellement
les auteurs apparens de la calomnie, & le
joint le jugement de cette nouvelle inftance Parlementa criminelle au fond de l'affaire civile;de façon que leParlement doit juger enfemble la validité du teftamént
& flatuer fur la nouvelle procédure criminelle.
Mais Tranel, caché, mafqué, enveloppé fous
vinge dépofitions aufli fcandaleufes que ridicules, : a
ofé écrire direétement au fieur. de
auroit-il
fe flatter d'en obtenir une Portelances..:
Le Riebne de Portelance mettra fous les réponfe? des
Magiftrars & du public cette lettre inouie; yeux Tranel
fc trahit lui-même, on voit enfin en lui,
lcs nuages dont il fe couvre, on voir l'aureur, malgré
teur
feul de toute cctte trame infruétucufe l'aucontre les complices de cetredifamation,
: c'eft
Tranel, leur chef, que le fieur de Portelance c'ellcontre demande aujourd'hui la juftice Ia plus éclatante, les
réparations les plus authentiques. Si ce nouvel attentat du fieur Tranel reftoit impuni, quet citoyeri
pourroit déformais fe repofer fur fa vertu,
le crime obfcurauroit tant de
puifque
2 Voilà l'état actuel du
reffources pourlà Alétrir?
procès du fieur de Porte:
lance : développons maintenant ces faits' efquiflés
foiblement; 5 en les réuniffant, en faififlant leur en:
femble, en comparant tous leurs rapports monftrueux, quel. efpoir ne doit point concevoir le fieur
de Portelance" 2 & quels moyens pourront
affurer la réuilite d'un procès, fi ceux du ficur jamais de
Portelance ne font; pas triomphans 2
à Alétrir?
procès du fieur de Porte:
lance : développons maintenant ces faits' efquiflés
foiblement; 5 en les réuniffant, en faififlant leur en:
femble, en comparant tous leurs rapports monftrueux, quel. efpoir ne doit point concevoir le fieur
de Portelance" 2 & quels moyens pourront
affurer la réuilite d'un procès, fi ceux du ficur jamais de
Portelance ne font; pas triomphans 2 --- Page 24 ---
M O YENS
L'arret de la Tournelle, du
>
29 Août
GE
1776,
met les parties hors de cour, les renvoie à
x0 céder à fins civiles; à cet effet, convertit les Tc
32 formations en enquêtes > permet à la partie de
2 Target de les continuer, a celle de Racine d'eni
> faire de contraires, fi bon lui femble, dans les.
39 délais de l'Ordonnance, s'il J échet, &c. >),
. Dénué de moyens, n'ayant pour appui aucun
raifonnement folide,
11 vous
-
qu'imaginez
> Tranel,
pour échapper à la condamnation que vous tedoutez?
Vous voulez équivoquer fur çes mots, s'ily écher(1),
(r): La réferve s'ily échet, > fignifie évidemment < s'il peut y avoir
de nouveaux témoins ou des témoins contraires à faire entendre:
yoyez les obfervations, 2 pag. 17 & 18,
Il a fallu néceffairement mettre cette réferve dans l'arrèt du 29
Août 1776, parce qu'alors les lettres de requètes civiles far le fond
n'étoient point encore entérinées à la Grand'Chambre; J'ordre judiciaire exigeoit que la Tournelle déclarât qu'elle n'entendoit rien
juger à cet égard.
D'ailleurs, perfonne n'ignore que malgré la diftinéion du refcindant & du refcifoire en matiere de requète civile, - jamais On
ne fe renferme dans les feuls yices de forme > fans donner une
idée des moyens au fond. Les Magiftrats > occupés à rendre une
juftice exaéte, 7 ne laiffent point > fur de (imples infradtions de proeédure,. embarquer un nouveau procès, s'ils le regardent comme
inutile.
H) y a plus, le prononcé de l'arrèt convertit les informations en
cindant & du refcifoire en matiere de requète civile, - jamais On
ne fe renferme dans les feuls yices de forme > fans donner une
idée des moyens au fond. Les Magiftrats > occupés à rendre une
juftice exaéte, 7 ne laiffent point > fur de (imples infradtions de proeédure,. embarquer un nouveau procès, s'ils le regardent comme
inutile.
H) y a plus, le prononcé de l'arrèt convertit les informations en --- Page 25 ---
que renferme l'arrêt du 29 Août 1776, vous
tendez que la preuve admife par cet arrêt & tout pré- ce
qui a fuivi, 2 doivent être regardés comme non
avenus; mais c'eft un fubterfuge, une pure chicane:
cette preuve étoit fubordonnée à l'entérinement
de la requête civile au civil ;. vous avez reconnu
vous-même qu'elle devoit être faite; c'eft voûs
avez levé & fignifié, fans réferves ni
qui
l'arrêt qui l'a ordonné; vous en avez requis proteftations, l'exécution du Lieutenant-Criminel.
d'Amiens : vous avez
fait votre contr'enquête : vous avez fourni des re-:
proches contre les'témoins du fieur de Portelance,
& toujours librement, volontairement, fans réferves ni proteftations : comment feriez-vous recevable
aujourd'hui à prétendre que la preuve doit être regardée comme non avenue?
Les chofes font remifes au même
le
de
éatqu'avant
jugement
1772 ; fans contredit quant à la
dure ; maisavec cette différence que l'arrêt dela Tour- procé
nellede1776, ayant converti les informations en enquêtes, a admis les preuves du fieur dc Portelance.
enquêtes, permet de les continuer & d'en faire de contraires
il juge que cette inftruction eft liée & néceffaire au procès ; donc;
autorifer cette fuite de preuves, & fuppofer qu'elle ne fût civil; ad-.
mifible, ce feroit une contradiétion trop frappante.
pas
Au contraire tout devient conféquent & régulier en ne faifant":
fur porter le mot, s'ily échet 3 que fur le fort de la requète civilé &
le point de favoir s'il y auroit de nouveaux témoins
catendre,
à faire --- Page 26 ---
Cette chicane. ridicule que vous avez voulu déjà
faire valoir lors de T'entérinemencde la requête civile
au civil, & qui a fait pitié, n'annonce que la difette de VOS moyens & l'indécence de VOS projets
ultérieurs.
PR EMI E R M O YEN
Tranel efl un Adminiftrateur.
Les loix réprouvent tout legs fait en faveur d'un
Intendant, d'un Adminiftrateur, d'un Direéteur 5
&c.
Le fieur de Portelance qui continue le procès
commencé par fa premiere femme, la fceur du fieur
de Silvécanne, foutienrque le legs univerfel, en faveur de Tranel, n'eft pas l'ouvrage de la volonté du
teftateur $ il n'avoit depuis Jong tems que celle du
légataire : il eft certain quete fieur de Silvécanne
étoit comme en la puilance; &, pour ainfi dire,
en la propriété du fieur Tranel.
Le legs eft nul & doit être déclaré tel, parce
qu'il a été fait à T'adminiftrateur de la perfonng
& de la fortune du teltateur ; parce qu'il a été fait
à un homme incapable &indigne de le recueillir.
Les loix appuyent ces principes pofés par le fieur
de Portelance.
L'article I3I de Fordonnance de 1539, C dém
2* clare touges donations entre-vifs ou teftamentaires,
22 qui
été du fieur Tranel.
Le legs eft nul & doit être déclaré tel, parce
qu'il a été fait à T'adminiftrateur de la perfonng
& de la fortune du teltateur ; parce qu'il a été fait
à un homme incapable &indigne de le recueillir.
Les loix appuyent ces principes pofés par le fieur
de Portelance.
L'article I3I de Fordonnance de 1539, C dém
2* clare touges donations entre-vifs ou teftamentaires,
22 qui --- Page 27 ---
35 qui feront faites, par le donateur ou teftateur ;
3> au profit de leurs tuteurs ou curateurs, gardiens,
3> bailliftes, ou autres leurs
adminiftrateurs, ) nulles.
>> & de nul effet & valeur >).
L'Ordonnance de 1549 contient la même difpofition, & y ajoute : c6 les donations qui fraudu-
>> leufement feront faites, durant le tems de ladite
>> adminiftration, > à perfonnes interpofées, venant
3) directement ou indireélement s au profit defdits
3) tuteurs, curateurs, bailliftes & adminiftrateurs >53
Telle eft aufli la difpofition de l'article 276 de
la coutume de Paris, qui porte CC que les mineurs
>2 ou autres perfonnes, étant en la puiffance d'aus
2> trui, ne peuvent donner ou tefter direétement
4 au profit de leurs tuteurs, curateurs,
72 ou autres adminiftrateurs, pendant le tems
as
EEIEE
adminiftration, & jufqu'à ce qu'ils aient rendu
22 compte 92,
Dumoulin, furce mot, adminiflrateurs,
ce ne
ditque
font
feulement ceux, qui habent admini/-
trationem
mais, , idem
EP
jure,
& à fortiori, f de
facto > quia ufurpatio non debet elle melioris conditionis.
Ricard dit qu'en pénétrant dans l'efprit de l'ordonnance, il faut appliquer ce mot, 9 adminiftrateurs ,
à ceux dont T'adminiftration emporte avec foi une
efpece d'empire qui leur donne del'autorité fur celui
dont ils conduifent la perfonne & les affaires:
CC car, ajoute-t-il, il y. a de ces fortes de gens
>> parviennent à devenir les maîtres de celui
D
patio non debet elle melioris conditionis.
Ricard dit qu'en pénétrant dans l'efprit de l'ordonnance, il faut appliquer ce mot, 9 adminiftrateurs ,
à ceux dont T'adminiftration emporte avec foi une
efpece d'empire qui leur donne del'autorité fur celui
dont ils conduifent la perfonne & les affaires:
CC car, ajoute-t-il, il y. a de ces fortes de gens
>> parviennent à devenir les maîtres de celui
D --- Page 28 ---
55 - femblent fervir;! bien plus dangereux en ccla même 1
2) que CCS
ou intendans qui ne font que CC
2>
plait TTa leurs maîtres, & peuvent être chaflés
3>
jour au lendemain
1t K
Ilapplique encore ce mot, aux direcleurs de confiences, il les confidere comme les adminifraicurs
les plus dangereux ; & rien ne lui paroit plus fufpect
les focicrés de dévotion.
CC Es legs faits à de telles perfonnes doivent,
59 dic-il, être regardés comme faits à perfonnes
>> hibées > par la violente. préfomption de ARSC
9> commis; ce quifur-tour: a lieu, ajoute-t-il,quand
2) la difpofition eft faite par une perfonne foible
3> & fufeaptible d'imprelfions >, ayant vécu fous
Lempire d: cesfortes de gens &G y érant mort: pour
quoi les faits & les circonftances de.la vie du tef-;
tateur font toujours d'un grand poids à relever. &6
à citer par les heritiers.
Ce dernier -
article eft des plus concluant en faveur
du fieur de Portelance : ces mots remarquables de
perfonne foible & fufceptible d'impreffions, ayant
vécu fous lempire de ces fortes de gens. &C y étant
mort, peignent au naturel & d'une maniere frappante létat du' fieur de Silvécanne, mort fous la
tutelle des hypocrites qui l'ont féduit pendant toute
fa vie.
Il a été rendu un arrêt contre les Carmes de la
ville d'Angers, le vendredi 14 Mars 1698, en la
Grand'Chambre, par lequel la Cour a condamné
ces RR. PP. à rendre, aux hériciers de la Demcifelle
de gens. &C y étant
mort, peignent au naturel & d'une maniere frappante létat du' fieur de Silvécanne, mort fous la
tutelle des hypocrites qui l'ont féduit pendant toute
fa vie.
Il a été rendu un arrêt contre les Carmes de la
ville d'Angers, le vendredi 14 Mars 1698, en la
Grand'Chambre, par lequel la Cour a condamné
ces RR. PP. à rendre, aux hériciers de la Demcifelle --- Page 29 ---
de Sara, différentes fommes qu'elle leur avoit données de fon vivant, dans le tems gue plufieurs d'entr'eux étoient fes directeurs /piriquels ; mais dans
cette e/pece, il étoit évident que les Carmes s'étoient
rendus maitres de Lefprit & de la perfonne de la
Demoifelle de Sara, dont les connoifances étoient
très-bornées ; ils l'avoient attirée dans une maifon,
fituée proche de leur couvent, qui leur appartenoit;
ils s'étoient emparés de tous fes papiers : depuis leur
diredtion, tous les biens de cette pauvre fille fe trouvoient diflipés. Denifart; Collection.
Rien n'a plus de conformité avec la Demoifelle
de Sara que le fieur de Silvécanne ; rien ne reffemble mieux aux Carmes d'Angers quel'aflociation
de Billard, Duperrier, Lendormi, Tranel, & les
autres affiliés ; car c'eft en vain que vous vous efforcez à rompre cette chadhneinitsaiteguieddk, entre
vous; ce n'eft point, comme l'a dit avec juftice le
fieur de Portelance dans fa réplique, ce n'eft point
le fieur Lendormi 1 > ce n'efl point le fieur Billard,
ce ni'ef point Duperrier, ce n'eft point Tranel; ce
font eux tous,/e renvoyant fuccefivement leur proie >
&c difpofts a partager enfuite fès dépouilles entr'eux (1).
(r) V. les pieces juftificatives.
Après la lecture la plus rapide des dépofitions, qu'on prononce
fans partialité, & qu'on juge s'il eft poflible de divifer cette
cette. confédération aulli criminelle que dangereufe des Grifel, ligue,
Billard,Dupertier, Lendormi, Tranel, &c. &c.
Ce qui elt inoui, (G quelque chofe étoit inouie dans les hypos
Dij
dépouilles entr'eux (1).
(r) V. les pieces juftificatives.
Après la lecture la plus rapide des dépofitions, qu'on prononce
fans partialité, & qu'on juge s'il eft poflible de divifer cette
cette. confédération aulli criminelle que dangereufe des Grifel, ligue,
Billard,Dupertier, Lendormi, Tranel, &c. &c.
Ce qui elt inoui, (G quelque chofe étoit inouie dans les hypos
Dij --- Page 30 ---
: Si tout adminiftrateur eft incapable de recueillir
un legs, comment le fieur Tranel ofe-t-il réclamer
un legs univerfel fait en fa faveur par celui dont il
a : été Cadminifrateur ?
Tranel n'avoit pas précifément le titre d'intendant 8 d'adminiftrateur; mais qui dira qu'il ne
F'étoit pas de facto, & c'eft précifément parce
létoit, fans en avoir le titre,
étoit
ga
qu'il
plus
felon Dumoulin & Ricard.
gereux,
Vous tournez autour des difficultés, vous rapportez longuement des arrêts qui, malgré VOS paralleles, ne font nullement applicables à la caufe actuelle (1), vous fubftituez des chicanes miférables
aux raifonnemens, vous prétendez n'être point adminiftrateur, parce que, dites e vous > vous n'êtes
ni Médecin, ni Confefcur, ni Couvent ; mais l'ordonnance
avoir
des
des
après
parlé
Médecins,
Confefeurs &G des Couvens, ajoute & autres adminiftrateurs ; c'eft une clafle, dites-vous, à part,
le fieur de Portelance veut créer fous le nom
que d'intrigans ; le fieur de Portelance ne crée rien, 3
crites), c'eft de voir adtuellement Tranel abandonner lâchement
foa parti, renier fes aflociés; vouloir faire bande à part, & réunir,
ce qui eft révoltant > à toute l'audace du crime 2 des prétentions à
la probité & à la vertu. V. le Mémoire de Tranel.
(*) Dans l'arrèt cité dans le Mémoire de Tranel, au fujet du
teftament du fieur de la Charmoye , il s'agiffoit d'un Notaire qui
s'accufoit lui-mème, & qui en même tems convenoit qu'iln'avoit
Tuivi que les volontés du teftateur.
réunir,
ce qui eft révoltant > à toute l'audace du crime 2 des prétentions à
la probité & à la vertu. V. le Mémoire de Tranel.
(*) Dans l'arrèt cité dans le Mémoire de Tranel, au fujet du
teftament du fieur de la Charmoye , il s'agiffoit d'un Notaire qui
s'accufoit lui-mème, & qui en même tems convenoit qu'iln'avoit
Tuivi que les volontés du teftateur. --- Page 31 ---
c'eft de ces adminifrateurs intrigans , jou de ces
intrigans adminifrateurs, que veut parler l'ordonnance > & dont il eft ici queftion; & quoique vous
foyez, Tranel & tous VOS affiliés, les foutiens de
cet ordre, il exiftoit malheureufement avant vous,
& ily a à craindré qu'il ne vous furvive.
On peut diftinguer deux fortes
l'adminiftration générale 7
des grandes d'adminiftration; affaires, l'adminiftration particuliere & intérieure : dites-nous,
6 vous Tranel , qui prétendez n'avoir pas été l'intendant, Phomme d'affaires, Tadminiftrateur du fieur
de Silvécanne, qu'éticz-vous donc auprès de lui?
Ou le fieur de Silvécanne adminiftroit lui-même
fesaffires, ou vouslesadminiftricz pour lui? Parlez,
ne nous cachez rien, qu'eft-ce qu'adminiftroit le
fieur de Silvécanne? Que n'adminiftricz-vous pas ?
Citez-nous un feul fait
prouve
le fieur de
Silvécanne régifloit fes TEL & medera fa perfonne;
citez-nous d'un autre côté un feul fait oil'on puiffe
méconnoitre en vous Tadminiftrateur? Les affaires
générales? tous fes papiersTous fes titres, tous fes
contrats étoient de votreaveu, chez VOus & en votre
feule poffeflion; vous négocitez les lettres de
vous
change;
réédifiez, avec l'argent du fieur de Silvécanne,
lamaifon des Carmélites ; vous arrêtiez les plans pour
le fieur de Silvécanne ou plutôt pour elles; vous régliez les mémoires des ouvriers; occupé depuérilités,
réduit à frotter avec une fervante les marchepieds
des autels, 3 le fieur de Silvécanne oublioit toutes les
: affaires temporelles; & fi par hafard vous lui pet-
vous
change;
réédifiez, avec l'argent du fieur de Silvécanne,
lamaifon des Carmélites ; vous arrêtiez les plans pour
le fieur de Silvécanne ou plutôt pour elles; vous régliez les mémoires des ouvriers; occupé depuérilités,
réduit à frotter avec une fervante les marchepieds
des autels, 3 le fieur de Silvécanne oublioit toutes les
: affaires temporelles; & fi par hafard vous lui pet- --- Page 32 ---
mettiez de s'en rellouvenir, c'étoit lors que vous
tourniez. VOS entretiens avec. lui fur la néceffité de
faire un teftament tel que vous le defiriez.
Voilà donc le fieur de Silvécanne tout-à-f fait
paflif, quantàladminitation générale.
Maisladminiltration particuliere eft plus du reffort
du commun desh hommes; ces détails minutieux d'une
vie privée femblent plus faits
les gens retirés,
fans occupation dominante, Eur diflipation: : quiconque frotte & houffe les marchepieds, peut fans
honte defcendre jufqu'aux foins particuliers de fon
ménage; il peut, fans s'avilir 9 ranger fon bois., B
fon vin, payer fon perruquier , compter avec fa
fervante: : mais c'eft vous encore, , c'eft vous, Tranel,
feul achetez le vin," qui le mettez en bouteilles,
a - Tarrangez dans la cave du fieur de Silvécanne,
c'efkvous qui
la cuiliniere, c'eft vous qui payez
les perruques PAEA qui difputez même fur leur valeur.
Faites mille confulrations, mettcz-vous bien à la
torture, & tâchez de nous prouver que Yous n'étiez
pas adminiftratcur : felon vous-même, felon votre
interrogatoire 5 zous vos comptes d'étoient pas en regle
avec le fieur de Silvécanne, 3 lors de fa mort.
Dites-nous donc quel genre d'adminiftration reftoit encore au fieur de. Silvécanne? Je le vois nul
dans toutes les aétions de fa vie, tant générales que
particulieres ; la feule adminiftration qui auroit
qui auroit dû lui refler; c'ett été fans doute ac
de fes charités ; eh bien, vous avez la barbarie de
es d'étoient pas en regle
avec le fieur de Silvécanne, 3 lors de fa mort.
Dites-nous donc quel genre d'adminiftration reftoit encore au fieur de. Silvécanne? Je le vois nul
dans toutes les aétions de fa vie, tant générales que
particulieres ; la feule adminiftration qui auroit
qui auroit dû lui refler; c'ett été fans doute ac
de fes charités ; eh bien, vous avez la barbarie de --- Page 33 ---
3I
la lui enlèver encore 3 c'eft vous qui-êtes encore
ladminiftrateur en ce point. Le malheureux beaufrerc du fieur de Portelance 5 rendu pallif en tous
genres, abimé fous votre tyrannie > interdit de fait
& par vous, ne peut plus traiter les pauvres qu'avec
humanité, comme le difent les dépolitions, mais eft
contraint de vous les renvoyer 2 pourqu'ils reçoivent
de vous la plus vile monnoie, :
-
Eft-il d'état plus miférable que celui dir fieur de
Silvécanne P Elil fervitude plus entiere? Eft-il adminiftration
totale, plus rigoureufe que celle
de Tranel?
propriéré, toute
Rar
action, tout maniment eft interdit au fieur de Silvécanne; ofe-t-il,
en faifant reconftruire à fes dépens la maifon des
Carmélites, dire fon fentiment ? Les dépofitions des
ouvriers s'accordent toutes à affurer que Tranel le
contredit & le menace. de l'abbé Lendormi; les
ouvriers-lui communiquent-ils quelques projets? Il
les renvoye à Tranel; il ne peut rien décider fans
fon confentement ; lui. demandent-ils le plus léger
pour-boire 3 il les renvoie à Tranel; je n'ai
lefol, dit-il, tout eft chex Tranel:
pas
Lifons, a s'il eft poflible ,' fans horreur & fans
effroi, la terrible dépofition du premier
tier (1); dans Tenquéte da fieur de Portelance. Charpen-
( Dépole qu'il a été appelé par le fei fieur de
5> Silvécanne, > pour achever la charpente de la mai-
(:) François-Ignace Lefebvre,
ire 3 il les renvoie à Tranel; je n'ai
lefol, dit-il, tout eft chex Tranel:
pas
Lifons, a s'il eft poflible ,' fans horreur & fans
effroi, la terrible dépofition du premier
tier (1); dans Tenquéte da fieur de Portelance. Charpen-
( Dépole qu'il a été appelé par le fei fieur de
5> Silvécanne, > pour achever la charpente de la mai-
(:) François-Ignace Lefebvre, --- Page 34 ---
fieur de Silvécanne faifoit conf3) fon que ledit feu
>5 truire rue St. Jacques, en lieu & place d'une an5) cienne maifon appartenante aux, Carmélites, qu'il
le cours de fcs
>5 avoit fait démolir:
lui dit de lui tracer
>> ouvrages, le fieur de
STEM
le deflin d'icelui
5> le plan d'un lit en impérial : que
de Silvécanne
9> fait, il fut le porter audit fieur
,
95 demeurant lors chez le feu fieur Lendormi,
fut introduit dans
a) Chanoine Théologal; qu'il
5> une chambre balfes laquelle n'étoit tapifze qu'avec
>> des tableaux & images efrayans qui tourmentoient
9) les ames ; que le fieur Lendormi vint dans cette
9) chambre, & qu'après avoir examiné le plan;
de Silvécanne fur fcs dé-
>) reprit vivement le fieur
2> penfes, lui dit qu'on pouvoit bâtir fans en faire
5) tant ; voyet, dic-il, en lui montrant les tableaux
5) & images, le fort de ceux qui ufent mal de leurs
>) richefes, tremblez d'être traité U72 jour comme
Lendormi,
bien des
9) eux ; que ledit fieur
après
fortit de la
le
39 difcours femblables,
chambres que
s'étant
les
>) fieur de Silvécanne
apperçu gombien
>) tableaux & images avoient frappé le dépolant t,
>) il les lui expliqua tous 3 en les lui montrant les
>2 uns après les autres ; qu'il remarqua que plus le
5) dépolant & le fieur de Silvécanne S'approchoient
$) du lit, > plus toutes ces repréfentations étoient af-
>> freufes ; qu'il fortit de cette chambre effrayé des
2> peintures qu'ily avoit vues : que ledit dépofant a
3> été payé de fes ouvrages, à différentes fois, par
27 le fieur Tranel, à qui feul il a cu affaire, &>
qui
uns après les autres ; qu'il remarqua que plus le
5) dépolant & le fieur de Silvécanne S'approchoient
$) du lit, > plus toutes ces repréfentations étoient af-
>> freufes ; qu'il fortit de cette chambre effrayé des
2> peintures qu'ily avoit vues : que ledit dépofant a
3> été payé de fes ouvrages, à différentes fois, par
27 le fieur Tranel, à qui feul il a cu affaire, &>
qui --- Page 35 ---
3>. qui il a fourni & remis à
9>
mémoires
chaque paiement fes
ou quittances; ;
la
>> truétion de cette maifon, # a pendant vu le fieur conf-
>> dormi y venir, qu'aufli-tôt
étoit
Len-
>> fe retiroit & fe renfermoit feul qu'il
entré, il
35 Silvécanne
avec le fieur de
fieur
;
a remarqué fouvent que ledit
>>
de EgENLe étoit contredit dans fes
25 au fujet du bariment, par Tranel;
idées,
3) fieur de Silvécanne s'obftinoit
que quandle
, ledit
2>
Tranel le
menaçoit du fieur
>> fieur de Silvécanne difoit, Lendormi; il qu'alors 3 ledit
& eft ce qu'il a dit favoir.
en faut refler la >),
Quelle dépolition !
Quelle barbarie! quel ufage monftrueux !
abus perfide des choles les plus faintes!
timens d'horreur
quels
E
en voyant Lendormi & Tranel
perfécuter fans ceffe la trifte viétime de leur cupidité
infatiable!. la tourmenter par des fapplices journaliers, 3 remplir cette tête affoiblie d'images les
lugubres- & les plus funcbres!ne nourtir leur efclave plus
que d'humiliations & de terreurs!
Nulle propriéré, nulle pofleffion , nulle
nulle permiflion d'agir, de
fociété,
chambre baffe tapillée
parler s de penfer 5 une
deviennent de
d'images efrayantes , qui le
plus en plus à mefure qu'on
du lit quel fommeil, pour l'infortuné Silvécanine, Sapproche
dans ce lit environné de CCS affreux & fombres tableaux! quel réveil également épouvantable ! hélas!
ce font la les moyens qu'ôn employa
fouvent
pour égarer -
la vertu des folitaires, & trop qui ne réufE
illée
parler s de penfer 5 une
deviennent de
d'images efrayantes , qui le
plus en plus à mefure qu'on
du lit quel fommeil, pour l'infortuné Silvécanine, Sapproche
dans ce lit environné de CCS affreux & fombres tableaux! quel réveil également épouvantable ! hélas!
ce font la les moyens qu'ôn employa
fouvent
pour égarer -
la vertu des folitaires, & trop qui ne réufE --- Page 36 ---
firent
trop dans les mains fanguinaires du fana!
que
tifme !
L'afpedt hideux, la méditation profonde de tous
ces fimulacres 2 3 eft donc tout ce qu'on permet au
crédule Silvécanne? Tandis que Tranel touche
trop & poflede tout fon argent 5 tandis qu'il difpofe en
defpote de toute fa fortune;
en jouit avec les
affiliés de fa criminelle TLE l'infortuné Silsomatilimnifieap-orsy d'autre poffeflion,
d'autre propriété que cette chambre bafle qui lui
fert de retraite ou plutôt de tombeau; c'eft là, c'eft
au milieu de cest tourmens: affidus, dece martyre continuel, c'eft dans cette chambre bafle & obfcure,
c'eft dans ce tombeau anticipé, ou le fieur de Silvé
à
Tranel
& hâte
canne refpire peine 2 que de celui prépare dont jil - s'eft
nuit & jourla mort prochaine
alfuré la dépouille.
Mais l'adminiftration de Tranel, toute entiere ;
toute tyrannique, toute barbare qu'elle ait été, n'a
peutêtre pas été infidelle: on s'abuferoit ; non, Tranela tout adminiftré, tout envahi, tout dévoré; la
fpoliation efttotale, comme Fadminiftrarion: Tranel,
une fpoliation totale, croit cffacer les traces de
par fon adminiftration; ; & cet efpoir fuffit pour ne luz
permettre aucun remords.
tration de Tranel, toute entiere ;
toute tyrannique, toute barbare qu'elle ait été, n'a
peutêtre pas été infidelle: on s'abuferoit ; non, Tranela tout adminiftré, tout envahi, tout dévoré; la
fpoliation efttotale, comme Fadminiftrarion: Tranel,
une fpoliation totale, croit cffacer les traces de
par fon adminiftration; ; & cet efpoir fuffit pour ne luz
permettre aucun remords. --- Page 37 ---
SECOND M OYEN
Tranel eff un /poliateur.
On ne peut malheureufement dans cette caufe que
répéter ce qu'on a dit & redit cent fois, ce qu'on a
prouvé fans ceffe, & ce dont perfonne ne difconviendra ; accufer Tranel de fpoliation, c'eft n'apprendre rien de nouveau au public, c'efti n'apprendre
rien aux Magiftrats ; ne fe font-ils pas, n'agueres,
dans l'affaire du fieur Martin de' la Rochette, convaincus eux-mêmes de
en plus des iniquités de
Tranel & de
Le défenfeur du fieur
pactna
Martin de la Rochette dévoila de nouveau les intrigues de l'abbé Lendormi, les trâmes de cet homme
artificieux; ; ce Fut lui, nous dit-il, qui arracha luimême la demoifalle Herault, à peine dgée de vinge
ans, des bras paternels ; ce furlai quila jeta dansle
cloître malgré fon pere; ce fut lui
fit manquer
la demoifelle Herault à tous les EE de la nature envers un pere infortuné dont on peut lire les
reproches juftes & ameres *; l'abbé Lendormi fait * Voy. à la fe
donner à la demoifelle Herault des lettres d'affiliation des pieces juftifiaux Carmélites; 2 elle fait en échange une donation catives M. l'abbé la lettrc dc de la
confidérable à ce Monaltere; à la mort de fon pere, Po:telance. Rochette à M. de
au fcin de la richeflespour dépouiller encore fes hé
ritiers de la totalité de fa fortune, on lui fait vendre
fes propres en Ponthieu par néce/fuéjurée; Lendormi
a préparé tout le plan affreux & barbare de cette fpoEij
2 elle fait en échange une donation catives M. l'abbé la lettrc dc de la
confidérable à ce Monaltere; à la mort de fon pere, Po:telance. Rochette à M. de
au fcin de la richeflespour dépouiller encore fes hé
ritiers de la totalité de fa fortune, on lui fait vendre
fes propres en Ponthieu par néce/fuéjurée; Lendormi
a préparé tout le plan affreux & barbare de cette fpoEij --- Page 38 ---
liation ; mais qui fecondera fes vues? Qui ofera fervir de témoin d'une fi fauffe néceflité, qu'il faut
pourtant jurer? Qui fe prétera à un menfonge aufli
*Dans une! longus bas & aufli révoltant? Guignard & Tranel *
note Tranel qu'il veut eft -
la caufe du fieur de la Rochette, c'eft
prouver
Rappeler
des circonftances
inftruire de celle du fieur de Portelance.
oii I'on peut faire prefque
un faux ferments L'arrêt du Parlement
intervint en faveur du
tion une pareille eft digne affer- de fieur de la Rochette, fut éclatant, fi inattaquable,
T
lui & de fon méfes véritables adverfaires,
n'étoient
les.
moire.
qui
pas
deer & dame Picot, mais Guignard, Tranel & tous.
les affiliés n'oferent fe pourvoir au Confeil, comme
ils en. menacerent ; menaces qu'ils réitérent affez
légerement 3 comme fle Confeil de Sa Majefté
C
pouvoit être un alile pour les hypocrites & les fpoliateurs': ce qui fembloit rendre leur audace moins téméraire, c'eft qu'en parcille matiere il y avoit eu
diverfité d'avis, diverlité d'arrêts ; mais la vente dont
le fieur de la Rochette demandoit la nullité, parut 3
dit-on, viciée d'une fraude capable de lafaire prof
crire, mais l'indignation qu'exciterent les bafles intrides affiliés, leurs moeurs., leur caraôtere, leur
gues vie, 2 l'incapacité &clindignité des témoins révolterent
tellement, que l'arrêt, dès qu'on les cita, fut prononcé
d'une voix unanime (1).
(1) M. l'abbé de la Rochette vient d'apprendre au fieur de Portelance que l'arrêt eft attaqué,. & qu'il y a un an que fes adverfaires
n'ofent faire juger la demande en caffation.
Il n'y a que trois femaines que le fieur de Portelance a T'honneur
* Woy. la lettre de connoitre M. l'abbé del la Rochette * ; cependant felon lemémoire
prononcé
d'une voix unanime (1).
(1) M. l'abbé de la Rochette vient d'apprendre au fieur de Portelance que l'arrêt eft attaqué,. & qu'il y a un an que fes adverfaires
n'ofent faire juger la demande en caffation.
Il n'y a que trois femaines que le fieur de Portelance a T'honneur
* Woy. la lettre de connoitre M. l'abbé del la Rochette * ; cependant felon lemémoire --- Page 39 ---
37.
Les Lendormi, les Guignard, les Tranel de la de M l'abbé del fa
caufe du fieur de la Rochette ne font-ils pas les Len- Rochette à la fin.
dormi, les Guignard, les Tranel de la caufe du fieur-satives des pieces juftifi
dc Portelunce ? Leur identité fuffit & ne laiffe
rien à dire.
plus'
Mais ce n'eft point dans une caufe étrangere que le
fieur de Portelance a befoin de chercher, contre le
fieur Tranel, des preuves de fpoliation ; combien fa
caufc ne lui en offre t-elle pas?
POECA fieur de Silvécanne meurt ; depuis 1765 jufqu'en 1770, époque de fa mort, Trancl'a a reçu pour
luiplusde cent vingt mille liv. * payées fur quittances *rgent de
devant notaires. Le fieur de Silvécanne ne vivoit que Francc.
d'auftérités, à Amiens fa dépenfe ne pouvoir gueres
monter à plus de cent piftoles par an, & à fa mort
il ne refte rien de ces 120000 livres! Dans
gouffre ces fommes confidérables ont - elles pu E
englouties? Vinge
liv. & rien de plus; Trancl
fait un inventaire 3ETES frauduleux que le rémoignage
qu'ilavoit rendu dansl'affaire du fieur dela Rocherte;
cet inventaire ne fe monte
à 1600 liv.; ; le peu
d'argenterie eft réclamé par E Carmélites, le Ht de
la fervante lui appartient ; pendant la vie du ficur de
Silvécanne, c'étoit chez Tranel qu'éoit tout fon argent; allex cheg Tranel, difoit-il, ceft luigui a tout
de Tranel, c'eft le fieur de Portelance qui l'a endodtriné: mais dans.
ce mémoire de Tranel, tout eft de cette véracité, > c'eft bien le réfumé
le plus complet desinjures, des horreurs, desi
fieres &le plus grolidsementacumulées. impofure.lesplasgrof
vécanne, c'étoit chez Tranel qu'éoit tout fon argent; allex cheg Tranel, difoit-il, ceft luigui a tout
de Tranel, c'eft le fieur de Portelance qui l'a endodtriné: mais dans.
ce mémoire de Tranel, tout eft de cette véracité, > c'eft bien le réfumé
le plus complet desinjures, des horreurs, desi
fieres &le plus grolidsementacumulées. impofure.lesplasgrof --- Page 40 ---
mon argent ; toutes les dépofitions s'accordent fur ce
point ; c'eft avec cet
du fieur de Silvécanne
qui étoit chez Tranel, RER dont il difpofoit, que la
cuifiniere avoue qu'elle alloit à la provifion 1 ; de ces
fommes appartenantes au fieur de Silvécanne, 3 qui
étoient chez Tranel, doivent s'y retrouver > ila auroit
dû en être queftion à l'inventaire ; s'il ne s'eft rien
trouvé fous les fcellés, il faut donc que tout fe trouve
chez le caiflier, chez l'homme d'affaires, chez Padminiftrateur; car enfin ou l'on a volé le fieur de Silvécanne, ou lors de fa mort, il y avoit chez vous
des fommes confidérables, foit en billets, foit en
effets ; fi on l'a volé, je me tais, prononcez vousmême ; qui a pu le voler? Comment l'a-t-on volé?
Auriez-vous! l'audace devouloir nous faire foupçonner
que ce feroit par cette certaine ouverture qui communiquoit de Pappartement du fieur de Silvécanne
aux tourieres ? Vous n'en êtes
moins refponfable,
mais fi le Eaur de Silvécanne n'a
comme dépofitaire;
été volé, fi vous n'êtes pas le fpoliateur de tout
fon pas argent, oû eft donc toute fa fortune ? Marqueznous-en l'emploi, produifez 11 nous des quittances 5
vous eft-il plus difficile de vous en procurer, qu'il ne
vous a été aifé de porter un témoignage frauduleux,
de faire un faux ferment dans une même circonftance, en matiere de fpoliation ? Que n'accumulezvous certificats fur certificats? Il n'en faut que pour
mille livres, en
la
cent vingt & quelques
prélevant
modique dépenfe du fieur de Silvécanne pendant cinq
Ans? Vous en avez déjà un de 36000 livres ; remon:
eft-il plus difficile de vous en procurer, qu'il ne
vous a été aifé de porter un témoignage frauduleux,
de faire un faux ferment dans une même circonftance, en matiere de fpoliation ? Que n'accumulezvous certificats fur certificats? Il n'en faut que pour
mille livres, en
la
cent vingt & quelques
prélevant
modique dépenfe du fieur de Silvécanne pendant cinq
Ans? Vous en avez déjà un de 36000 livres ; remon: --- Page 41 ---
trez au moins de nouveau cC certificat de la même
demoifelle Herault, dont vous avez, avec le ficur
Guignard, fi honnêtement attefté l'érat de néceffité;
il eft vrai que jamais vous n'aviez fait ufage pendant
huit ans de procédures, de ce certificat impuiflant ;
que ce n'a Été qu'au jugement de l'affaire criminelle,
que preffé, interdit, ne fachant que répondre, pour
mafquer un peu VOS infidélités, vous avez produit ce
certificar, 3 & que lui rendant juftice & appréciant
fa jufte valeur, vous devriez delirer qu'on l'oubliât
entiérement.
Mais fpoliateur de tout l'argent du fieur de Silvé
canne, feriez-vous encore coupable du recelé de tous
fes papiers? Oà font ils? Le fieur de Portelance fait
bien, par les différentes dépofitions * 3 qu'à la mort Poy.l'extraiedes
del'abbé Lendormi, les fieurs Lefebvre & Guignard, dépofitions, mc cellede Cathe- & mê.
ce même Guignard, s'enfermerent dans la chambre rine l'addition Labbé, d'infor- dans
oi veroit d'expirer ce faint Théologal, & emporte- mation convertie
rent fes papiers, /ous prétexte que c'étoit des papiers en enquéte.
de con/cience ; cette pratique habituelle de fattiliation s'eft-elle étenduc jufques fur les titres du fieur
de Silvécanne > P
Confultons votre interrogatoire * 3 VOS propres * 7.1
aveux vous confondent.
Tintetrogatoires. l'extrait de
LeJuge demande à Tranel comment il eft fi bien
inftruit de toutes les particularitées de la fortune &
des affaires du fieur de Silvécanne ; Tranel répond
qu'il avoit chez lui & enfa polfe(ton tous fes papiers:
interrogé comment il s'eft procuré tous ces papiers? 2 :
Il dic que fix mois avantfa mort le fieur de Silvécanne
3 VOS propres * 7.1
aveux vous confondent.
Tintetrogatoires. l'extrait de
LeJuge demande à Tranel comment il eft fi bien
inftruit de toutes les particularitées de la fortune &
des affaires du fieur de Silvécanne ; Tranel répond
qu'il avoit chez lui & enfa polfe(ton tous fes papiers:
interrogé comment il s'eft procuré tous ces papiers? 2 :
Il dic que fix mois avantfa mort le fieur de Silvécanne --- Page 42 ---
les lui avoit envoyés dans une boite à perrugue, &
il faut l'en croire : interrogé pourquoi il n'a
aucun de ces papiers à l'inventaire? Il dit que le
TRS
de Silvécanne lui avoit enjoint de n'en rien faire, &
il faut T'en croire.
Comment peut-on imaginer des fables auffi abfurdes? Ouvrons les prifons, les raifonnemens de Tranel
juftifient tous les larcins & tous les recelés.
Qu'y avoit-il? Que pouvoit-ily avoir dans ces
papiers qui pût déterminer le fieur de Silvécanne à
les faire fouftraire ? Direz - vous qu'iln'avoit encore
que des papiers de con/cience qu'il faut toujours Cacher? Je ne vois 2 en lifant votre interrogatoire 5
rien d'extraordinaire dans ces papiers, rien de fcandaleux, rien de deshonorant, que fa correfpondance
avec Billard 8C Duperrier VOS affiliés; mais cette Volonté, ce defir, le feul que vous ayez fouffert & pardonné au fieur de Silvécanne, n'eft conftaté que par
vous ; vous étant utile, vous le lui fuppolez : mais
s'il vous eft permis de fuppofer all fieur de Silvécanne
une volonté unique & ridicule, à combien plus forte
raifon ne doit-il pas être permis au fieur de Portelance
de fuppofer, , & même d'affurer que parmi ces papiers que vous avez enlevés, & que vous n'avez Pas
rapportés à l'inventaire, malgré le devoir indifpenfable que tout vous en impoloits ily avoit un codicile ou un autre teftament qui détruifoit celui que
vous préfentez ; penfez-vous donc que VOS maximes
cuffent tellement germé dans le coeur loyal duy fieur
de Silvécanne, & quiellesl'eullent tellement infedté,
qu'il
'affurer que parmi ces papiers que vous avez enlevés, & que vous n'avez Pas
rapportés à l'inventaire, malgré le devoir indifpenfable que tout vous en impoloits ily avoit un codicile ou un autre teftament qui détruifoit celui que
vous préfentez ; penfez-vous donc que VOS maximes
cuffent tellement germé dans le coeur loyal duy fieur
de Silvécanne, & quiellesl'eullent tellement infedté,
qu'il --- Page 43 ---
qu'ilnefirplus fufceptible d'aucuns remords? Croyez:
vous donc qu'il fût impoflible qu'il eût voulu par
un teftament libre & honnête effacer la honte de
celui que vous lui avez dicté?
Mais il ya plus, ignoricz-vous, Tranel, foit
vous euffiez enlevé avant la mort, & tout Targent, que
& tous les papiers du fieur de Silvécanne, foit
vous ne vous en fulliez emparé qu'après fon
dans tous
cRedie
les cas, Tranel, ignoriez-vous, vous a-t-on
laiffé ignorer
vous étoit indifpenfable de
porter le tout T l'inventaire ? Vous prétendez rap- être
légataire univerfel, mais ce n'eft que de la main de
T'héritier qu'un légataire univerfel puiffe recevoir le
legs univerfel; il falloit donc abfolument, & dans
tous les cas, que vous rapportafliez tous les aétes
tous les papiers, tous les contrats > tout l'argent de la ,
fucceflion; ce contrat d'acquifition du fieur de Silvécanne dont vous pourfuivez maintenant 'les droits
vis-à-vis le fieur de Portelance, oi étoit-il? Comment vous l'êtes-vous procuré ? Pourquoi ne l'avezvous pas rapporté à l'inventaire? Qui vous en a mis
en poffeflion? Comment , par quelle ufurpation ce
contrat eft-il devenu le vôtre? Vous ne pouviez vous
en emparer qu'après l'avoir reçu de Théritiers & ces
7974 liv. 4 1. 8 den. qui parvinrent au fieur de Silvécanne après fa mort, comment de votre autorité
privée, 5 avez-vous ofévous en emparer encore? Comment n'en avez- vous pas fait la déclaration: ? Vous
n'avez obfervé aucune de ces formalités effentielles
dont on ne peut, dont on ne doit jamais sécarter;
F
ôtre? Vous ne pouviez vous
en emparer qu'après l'avoir reçu de Théritiers & ces
7974 liv. 4 1. 8 den. qui parvinrent au fieur de Silvécanne après fa mort, comment de votre autorité
privée, 5 avez-vous ofévous en emparer encore? Comment n'en avez- vous pas fait la déclaration: ? Vous
n'avez obfervé aucune de ces formalités effentielles
dont on ne peut, dont on ne doit jamais sécarter;
F --- Page 44 ---
accoutumé tout enfreindre, croyez-vous donc être
le feul citoyen qui ait le droit excluflif de ne refpec
ter aucune loi, de ne s'affujettir à aucune?
Vous dites plus, 3 vous Se ofez dire dans votre mémoire (fl'on peut donner ce nom à un libelle indigne d'un honnête homme) page76, que dans tous
les papiers du fieur de Silvécanne confiés à Tranel,
ou plutôt enlevés par lui, il n'y en avoit pas d'utiles;
& qu'eft-ce donc que votre titre contre le fieur de
Portelance ? Eft-ce un papier inutile Et s'ileft
utile, comme vous en conviendrez, où étoit-il ?
Chez le fieur dc Silvécanne ? Aucun papier ne sy
trouve, pas même le récépilfe des papiers qui vous
ont été confiés , ce contrat étoit donc dans la boite
à perrugue, mais vous affurez qu'elle ne renfermoit
aucuns papiers utiles.. Que répondrez-vous' ? Des
injures, 3 des calomnies.
Aufli paffez-vous légérement fur cette fpoliation
totale & de Targent & des papiers ; c'eft cependant
votre adminiftration, c'eft cependant cette fpoliation
totale, 2 c'eft cependant les vices & la fraude de l'inventaire qui ne peuvent laiffer fubfifter un teftament
dont vous êtes indigne & incapable.
Ne me trompai-je pas en lifant votre propre en-
*Y. lextrait dc
? Eft il croyable? Eft-il bien vrai * que deux
Tenquéte de Tra- quête Carmélites 1
affurent
Lendormi eût
nel dansles picccs
quefilabbé
vécu,
juftificatives.
le teftament eiit été bien diférent? Eft -il bien vrai.
que la demoifelle Herault, la même
qui vous
avez témoigné avec Guignard, >
encore &C
enaler
dit, qu'elle efait, à n'en pas douter, que le teftament
royable? Eft-il bien vrai * que deux
Tenquéte de Tra- quête Carmélites 1
affurent
Lendormi eût
nel dansles picccs
quefilabbé
vécu,
juftificatives.
le teftament eiit été bien diférent? Eft -il bien vrai.
que la demoifelle Herault, la même
qui vous
avez témoigné avec Guignard, >
encore &C
enaler
dit, qu'elle efait, à n'en pas douter, que le teftament --- Page 45 ---
r'auroit pas été fait ainf,filefeur Lendormi eit vécu
davantage, AUTANTCONME LE SIEUR DE StLVÉCANNE AUROITTOURUDArERERASESCONSEILS
Eh ! Comment auroit-il donc écé fait, ce teftament? N'eft-il pas affez complettement injufte? On
auroit donc dépouillé l'autre feur du fieur de Siivé
canne? Il ne manquoic plus que cette iniquité, &
deux Religieufes Carmélites nous affurent que l'abbé
Lendormi, plus habile, > T'eût, à n'en pas douter, 9
confommée, s'il eût vécu davantage! Plus je vais en
avant, & plus je frémis.
Mais à quel titre, 2 Tranel, ofez-vous répéter un
univeriel configné dans un teftament dont la
Lutte pouvoit & devoit exifter parmi les papiers que vous avez enlevés ? C'eft à titre d'ami,
ofez-vous dire ; un fpoliateur peur-il jamais Têtre?
Vous amil Que! nom facré profané dans votre bouche? Vous ami! Et de
Du fieur de Silvécanne?
Vous! auquel le fieur Ru's Silvécanne, lorfqu'il étoit
à lui, loriqu'il jouiffoit de tout fon être 3 né fier
& même un peu altier 2 n'eût pas daigné faire la
moindre attention ! Les paffions, lcs goûts, les préjugés, les foibleffes rapprochent en particulier les
hommes les plus éloignés; mais en public l'ordre de
la fociété les fépare. Négligeons la diftance que la
naiffance avoit mife cntre le fieur de Silvécanne &
vous, il fuffit icide l'inégalité, non des conditions $
mais des fentimens ; cette inégalité écablic immuablement, non fur l'opinion & le hafard, mais fur
l'impoflibilité de l'union du vice & de la vertu, véFij
les plus éloignés; mais en public l'ordre de
la fociété les fépare. Négligeons la diftance que la
naiffance avoit mife cntre le fieur de Silvécanne &
vous, il fuffit icide l'inégalité, non des conditions $
mais des fentimens ; cette inégalité écablic immuablement, non fur l'opinion & le hafard, mais fur
l'impoflibilité de l'union du vice & de la vertu, véFij --- Page 46 ---
44.
ritable & jufte inégaliré qui aux yeux du fage devroit
exifter feule parmi les hommes.
L'amitié eft pure, j noble & réciproque; tout en
tyrannifant le ficur de Silvécanne, vous vous efforciez à lui plaire par les détails les plus bas de la dcmefticité; c'eft vous qui arrangiez fon vin, c'eft vous.
qui payiez les ouvriers, la cuiliniere, ) le perruquiers:
ces petitsfervices ne feroient pas ceux d'un intendant,
d'un homme d'affaires, s'ils n'étoient pas habicuels,
journaliers, fi même ils étoient réciproques ; mais
oi cft la réciprocité de pareils fervices entre le fieur
de Silvécanne & vous 2 Malgré l'aviliflement ou
Lendormi & vous l'aviez réduit, le fieur de Silvécanne arrangeoit-il votre vin dans votre cave, VOS:
bouteilles, votre bois, payoit-il pour vous VOS ouvriers ? BGc. &Gc.
Enfin, ou vous avez diverti à l'heure de fa mort,.
& tout fon argent & tous fes papiers, ou il vous
avoit confié tout fon argent & tous fes papiers 3
comme à un dépofitaire, un adminiftrateur?. Celt,
ofez-vous le répéter, en qualité d'ami que je pollc
dois & tout l'argent, & tous les papiers du fieurd de
Silvécanne : quelle abfurdité! On confie à un ami
une fomme quelconque; on met entre les mains d'un
ami un papier important & fecret; mais l'enfemble,
la totalité, l'univerfalité de fa forgune, de fon argent,
de fes papiers, de fes titres, il n'eft. perfonne allez
foible, aflez dénué de fens, pours'en dépouiller r; on.
n'eft privé de l'intégrité de tous Ces objets précicux
que forcément, par le larcin d'un brigand, ou vo-
me quelconque; on met entre les mains d'un
ami un papier important & fecret; mais l'enfemble,
la totalité, l'univerfalité de fa forgune, de fon argent,
de fes papiers, de fes titres, il n'eft. perfonne allez
foible, aflez dénué de fens, pours'en dépouiller r; on.
n'eft privé de l'intégrité de tous Ces objets précicux
que forcément, par le larcin d'un brigand, ou vo- --- Page 47 ---
lontairement par les foins d'un adminiftrateur chez
qui ils reftent en dépôt, toujours prêt à les.remettre,
toujours prêt à en rendre compte. Choififfez, Tranel,
lun de ces deux titres, & foyez encore fatisfait, fi
l'on veut bien ne vous donner que le dernier.
Vous!.l'ami du fieur de Silvécanne, vous confondez les termes ; vous vous en êtes fait aimer, vous
avez rampé fous lui, vous l'avez enfuite
vous
captivé,
vous infinuiez dans fon ame peu à peu, furtout quand il fut chaflé de chez l'abbé Lendormi,
& lorlque vous allâtes le voir, racontez-vous avec:
tant de
dans votre interrogatoire, pour le conJoler AReS petite gloriette à l'école de charité.
Tel un ferviteur rufé s'introduit auprès d'un vieillard ou d'un efprit débile; 5 il le flatte, il entre dans.
fes goûts, il applaudit à fes fantaifies, il devient le
dépolitaire de fes fecrcts & de fa bourfe ; il eft le
maitre enfin plus
fon maitre même; 5 mais eftil
fon ami? Il eft andise aveuglément, quelquefois il eft
préféré injuftement aux parens, aux amis réels; 2 mais
il refte dans l'état infime oi le fort l'a placé, & ill
efirmitéparleshàritien fcandalifés comme un homme
d'affaires, comme un adminiftrateur.
Vous! l'ami du feur de Silvécanne, 3 ditesplucôe le
plus cruel de fes ennemis; eh quels fervices lui-avezvous jamais rendus! Quels malheurs au contraire ne
lui prépariez - vous pas? Quels abimes ne creufiezvous point tous les jours fous fes pas?Direz-vous
le fieur de Silvécanne étoit devenu dans un état OBE
foibliffement d'efprit, tel qu'en lui Jaiffant la moin-
l'ami du feur de Silvécanne, 3 ditesplucôe le
plus cruel de fes ennemis; eh quels fervices lui-avezvous jamais rendus! Quels malheurs au contraire ne
lui prépariez - vous pas? Quels abimes ne creufiezvous point tous les jours fous fes pas?Direz-vous
le fieur de Silvécanne étoit devenu dans un état OBE
foibliffement d'efprit, tel qu'en lui Jaiffant la moin- --- Page 48 ---
dre propriété, il en cût abufé, il eûit dérangé fa fortune. Vousavez donc fongé aux événemens de l'avenir; vous avez donc pourvu aux néceflités futures de
votre bientaiteur 5 le tems qui détruit tout, les rend,
ces néceffités, plus urgentes chaque jour; 3 vous avez
penfé à la vieilleffe de cet infortuné, tout vous en
impofoit impérieufement la loi, la reconnoiffance,
le refpeét & la feule humanité ; tuteur du fieur de
Silvécanne, vous avez reçu pour lui en cinq ans, plus
de 120000 livres; vous les avez fans doute places
pour lui? C'eft ici
l'indignation redouble, &C
qu'elle eftà fon RTSBEL Le fieur de Silvécanne expire, & il ne fe trouve ni papiers ni titres, pas la
moindre acquifition. Un mineur émancipé, fans pouvoir toucher à fes fonds
l'on place, jouit du
moins de fes revenus, & DER T'allégement de fa dépendance : cent fois plus foumis, plus dépendant t,
plus à plaindre qu'un mineur, le fieur de Silvécanne
ne jouilfoitder rien, ne difpofoit d'aucuns revenus, &
tous fes fonds fe trouvent encore diflipés par l'adminiftrateur infidelle; maiss'il cût vécu quelques années
de
mais s'il vivoit encore,
feroit-il donc
EEYE Il eût été rembourfé du deer de Portelance,
& fes fonds auroient été de même la proie de l'affociation; après avoir dépouillé fa famille, après s'être
dépouillé lui-même, fans contrats, fans terres, fans
maifon, fans aucune cfpece de biens, à chargeàlaf
fociation > puifqu'il ne lui auroit plus été utile; eh
bien! ! Tranel, fon ami prétendu, fon adminiftrateur, fon fpoliateur sécl,qu'euflicz-vous fait du fieur
es fonds auroient été de même la proie de l'affociation; après avoir dépouillé fa famille, après s'être
dépouillé lui-même, fans contrats, fans terres, fans
maifon, fans aucune cfpece de biens, à chargeàlaf
fociation > puifqu'il ne lui auroit plus été utile; eh
bien! ! Tranel, fon ami prétendu, fon adminiftrateur, fon fpoliateur sécl,qu'euflicz-vous fait du fieur --- Page 49 ---
de Silvécanne? Vous l'eufliez chaffé, commel'avoit
chaflé l'abbé Lendormi ; cet exemple d'ingratitude
dans le direéteur n'auroit pas manqué d'être fuivi
quelle deftinée affreufe qui
uielie
l'adminifrateurs
le coeur, qui arrache lcs larmes les plus ameres! Indignes affiliés de la plus coupable alfociarion, après
vous avoir comblés de biens, 3
s'être avili, dégradé fous votre domination,
fieur de Silvécanne
PRe
auroit donc reffenti toutes les horrcurs de la mifere
la plus complette, il auroit été expofé à toutes les
rigucurs d'une mendicité déplorablelQuelle perfpectives... mais il avoit une famille pleine d'honneur,
toujours préte à lui tendre les bras; le fieur de Portelance cût volé à fon fecours, & n'eût été occupéqu'à
le - confoler de toutes fes infortunes, ou plutôr à lesl lui
faire oublier.
Incapable de recueillir aucun legs, encote moins
un legs univerfel arraché au ficur de Silvécanne,
vous flattez-vous, Tranel, que la juftice ne vous demandera pas le compte le plus rigoureux de toutes
VOS déprédations ? Vous étiez l'adminiftrateur des
affaires effenticlles & généralcs du fieur de Silvécanne,
vous l'étiez de fcs alfaires particulieres & domeftiques, vous l'étiez dans tous les points, fous tous les
rapports, & vous avez tout envahi! Quel compte
immenfe ne devez-vous donc pas, comme adminif
trateur tyrannique , comme adminiftrateur total,
comme adminiftrateur infidelle! --- Page 50 ---
TROISIEM E MO YEN.
Tranel efl un calomniatcur.
Mais les vices s'enchainent, fe conçoivent, fe
prouvent les uns par les autres; Tranel les réunit
tous : à la cupidité la plus effrénée, à T'hypocrifie la
plus fouterraine, à l'infdélité dans toute fag geftion,
il joint encore la caiomnie la plus monftrueufe.
Oui,lc fieur de Portelance ne craint point de le
dire hautement, Tranel eft le plus lâche & le plus
puniffable des calomniateurs.
C'eft ici prefque une nouvelle caufe; le fieur de
Portelance femble oublicr l'objet du teftament; la
vengeance de fon honneur outragé l'intérefle encore
plus que la poffeflion de tous les biens de la fortune.
On diftingue deux fortes de calomnies; l'une qui
nait d'une erreur involontaire, l'autre la plus bafle &
la plus odieufe, celle qui n'a d'autre objet que de
noircir à plaifir, fans preuves, fans fondement, la
réputation la plus intaéte.
Les Romains, fi féveres pour les mceurs. qui étoient
jugées dans un tribunal établi pour leur confervation;
cepeuple de héros, incapable de lâcheté, cut tant d'horreur dc la calomnie,
ce ne fut que fous Conftantin qu'on abolit la RT rigoureufe qui puniffoit les
calomniateurs, en leurimprimant, avec un fer chaud,
la lettre K fur le front.
On
preuves, fans fondement, la
réputation la plus intaéte.
Les Romains, fi féveres pour les mceurs. qui étoient
jugées dans un tribunal établi pour leur confervation;
cepeuple de héros, incapable de lâcheté, cut tant d'horreur dc la calomnie,
ce ne fut que fous Conftantin qu'on abolit la RT rigoureufe qui puniffoit les
calomniateurs, en leurimprimant, avec un fer chaud,
la lettre K fur le front.
On --- Page 51 ---
49. la
du talion 8cpat
a On les punit enfuite par peine
la note d'infamie.
devinrent arbitraires, & les
Enfin, les peines
àleur gré felon T'atrocité
Magiftrats en infligerent
29V33975 29h
plus ou moins prouvée de la ealomnié contre le fieur Tral
Le fieur de Portelance réclame
il foutient, &
nel toute la févérité des Magiftrats; Tranel eft danslordre
tout confpire àle
que criminels.
L 001
des calomniateurs plus
eE
del'adminit
Convaincu de ipoliation; 2 convaincu un témoin
tration la plus infidelle; convaincu'dêtte la juftice, déjà
faux & complaifant; déjà jugé par
du
honteux non
crime,
jugé par le mépris général;
vous défirez, Tra
mais de votre propre répuration, voulez la divifer; vous
nel, diftraire l'attention; ; vous
vous foucherchez à affoiblir Findignation publique;
haiteriez vousf faire oublier? eh! quels moyens prenezvous? les feuls qui foient dignes-de yotre ame la corrompue'; la calomnie'la plus atroce, , quoique plus a
mal concertée.
des incertitudes; vous voulez
Vous efpérez jeter
Aétriffant entrelefieur
érablirun parallele! un parallele
de Portelance & vous, & réuffir par une D comparaifon
fi honteufe à le déshonorer à jamais? envahi la fortune du
Quoi! non content d'avoir fa vie; non content de
fieur de Silvécanne le pendant fieur de Portelance de T'héritage
vouloir dépouiller
ambition de
de fon beau-frere, vous avez & l'indigne de vous l'affimiler.
Aétrir le fieur de Portelance
voyageur
Mais sle brigand qui furprend le malleureux G
réuffir par une D comparaifon
fi honteufe à le déshonorer à jamais? envahi la fortune du
Quoi! non content d'avoir fa vie; non content de
fieur de Silvécanne le pendant fieur de Portelance de T'héritage
vouloir dépouiller
ambition de
de fon beau-frere, vous avez & l'indigne de vous l'affimiler.
Aétrir le fieur de Portelance
voyageur
Mais sle brigand qui furprend le malleureux G --- Page 52 ---
audéflédun bois, n'enleve o que fon argent, n'attente
quafa vie;
aufli àvide, vous efforcez-vous,
Trancl, MIEAED encore plus: criminel & plus barbare?
autorifé, Tranel, qu'à chercher
Vous J n'éiez
contredire celles du fieur de
des preuves qui puiflent étoient limitées aux faits
Porrelance: ; .ces preuves & de fpoliation; VOS témoins ne
d'adminiftration devoient donc être entendus que fur ces deux faits &
non fur des faits, étrangers; fur.des faits pélonnels au
fieur de. Portelance: vous ne pouviez les faire entendre
-
fur des faits perfonnels au fieur dePortelance,
en
&
RAte
conféquence d'une plainte captation
comme
tion;mais cette plainte vous le auroitcompromis crime de calomniateur,
acculateursice neft point
eft la punition:
ni aucun; autre
vous I'Ordonnance effraye;c'en dei 1670, titre 3,
elle elt
E
portéé
article 7: vous youlez.nuire & n'être point inculpé.
Que faites-vous pour paryenir à ce but infernalgle
de toutes, vosi iniquités ? Vous faites encomplémene tendre vingt témoins, tous ou VOS prore@eurs où VOS à
affiliés. Que. difent-ils ces vinge témoins? Mettons
lécart toutes les puérilicés de cette eniquéte. témoins le
On.a oui-dires prefque tous les vingr oui dire
répetent de concert en Février 1778; ona a fait
y ardix-huit mois, le fieur de Portelance
qu'it .écrire à Amiens par des gens (qu'il n'a jamais ni vus
à des
n'a jamais ni vus ni
ni connus),
(quil fortes récompenfes à quiconnus), qu'il
:
RLEIN
voudroit dépoler contre Tranel: on a oui
conque dire que le ficurde Portelance a engageun a
nommé
oui dire
répetent de concert en Février 1778; ona a fait
y ardix-huit mois, le fieur de Portelance
qu'it .écrire à Amiens par des gens (qu'il n'a jamais ni vus
à des
n'a jamais ni vus ni
ni connus),
(quil fortes récompenfes à quiconnus), qu'il
:
RLEIN
voudroit dépoler contre Tranel: on a oui
conque dire que le ficurde Portelance a engageun a
nommé --- Page 53 ---
ST
Dumoutier à engager une nomice Eermepainiafine
qu'elle. engagedt, moyennant la promelfe dune
fion de 200,250 ou même
livres ,i
omaitre
Labbéà dépofer contre Trancl én! faveurduficubde
Portelance : on parle tantôt d'une lettrey tantôr dun
billet quirenfermoite ces : promeffes; voilà lesimputations les
graves que le fieur Tranel ofe inventer
contre le Hiars de Portelance: tàchons de faire fortip
la lumierer du fein de ce chaos d'iniquité. cl
Le refpeôt quél le fieur de Portelancecroit devoirà
l'état de Carméites, lui interdit toutes réflexions fup
les écarts inouis dans lefquels les a jetées fans doute
le fieur Tranel, leur homme d'affaires?. Qu'elles
ne redoutent point les: juftes reprochesiquil pourroit
faire à des Religieufes dévouéesàl la retraite, au filence
& nonil l'intrigue; défolé de les voir céder fans doute
aux importunicés de Tranel;ien faire la plus longue
8cla plus faftidieufe apologie, & s'oublier juquait
point dede livrer à zous les ontdire-calomnieuxy mais
circonfpect & retenu,quoique griévément offenfé, il
fe contentera de mettre fous leurs yeusla dépolfition
de. la dame de Raincheval; cette> aépofition-dit la
cenfure la plus fanglante & larfeuleique-l le fieuride
Portelance ferp permettrai des leurs. 2s1 SIOV T no sD
Dame Marguerite- Suzanne de Raincheval; dite
de Saint-Firmin, Religieufe 86 fous-dépofitaire du
Couvent des Carmélites d'Amiens; 133N 201 -
à un filence
C Dépole que la régle affujettiffant
>> prefque continuel , la dépofante s'eft propofé
22- pour maxime de, ne l'interrompre prefque jamais,
G ij
ance ferp permettrai des leurs. 2s1 SIOV T no sD
Dame Marguerite- Suzanne de Raincheval; dite
de Saint-Firmin, Religieufe 86 fous-dépofitaire du
Couvent des Carmélites d'Amiens; 133N 201 -
à un filence
C Dépole que la régle affujettiffant
>> prefque continuel , la dépofante s'eft propofé
22- pour maxime de, ne l'interrompre prefque jamais,
G ij --- Page 54 ---
S22
ne va au plus au.
s: même aIX récnéationss qu'elle
fois tousiles: deux ou trois ans ; que.
>"! Parloir quiune connoit de plus dans la maifon, eft le.
nice quielle
n'a nulle connoiffance
DD chaur 80 fa cellule; qu'elle
l'addition de.
adesdnits repris tant aila't plainté qu'à
> plaintes 8ieit ce qu'elle a dit favoir >). Amiens,
dit-on, Huiflierà
CetunnennéCanel. des lettres des nommés du Rouvroi &
quica reçu
ils
des
Roger de Paris, par lefquelles prométtoient Porrélance; mais
sécompenfes aus nom du fieur del
il
quand-méte ces lettres préteridues exiftéroient,
faudroit encore iprouver
le fieur de Portelance ni le
jamais connu ni 1E' ficur idul Rouvroi,
qui.n'a
lui-même chargés d'écrire' & de
fieur: Rogeteleseie dés récompenfes en fon nom. J
id
promettre
&
- 11 Ce font lésnommés Carrel Dumontief,qu'on de
ce
duppofe être les émiflairés du fieur Porelandes
font eux j quele fieur de Portelance caleplacdinctolr contre-lefde ménagerr&t.ce font cesdeux hommés
s'ils
iquels le fieur rde Portelance ea demandé juttice,s
dont coupables. wl mot ouae connoitre le fecrér
al bedieut de Portelance ne peut maisil eft fondé à croire
dumepoadinechubhodee
qu'on y verra les contradidtions lest plus révoltantes, les
les. aflertions lés plus ridicules; lesi preives billec plus
complettes de lamachination la plus odieufe; ;ce
aontpm-tumomessad fenimel Fermemyftéricux Dumoutien nie déja, felon la dépolition
-painij8cquel d'une femme Veitu, blanchilleufe, dans lenquéte
même de Tranel; ce billet elt égirés les lettres des
ubhodee
qu'on y verra les contradidtions lest plus révoltantes, les
les. aflertions lés plus ridicules; lesi preives billec plus
complettes de lamachination la plus odieufe; ;ce
aontpm-tumomessad fenimel Fermemyftéricux Dumoutien nie déja, felon la dépolition
-painij8cquel d'une femme Veitu, blanchilleufe, dans lenquéte
même de Tranel; ce billet elt égirés les lettres des --- Page 55 ---
fieurs Roger & -du Rouvroi, le feront" auffi fanst
doute, & ceft dans ces billets perdus, dans ces lettres
égarées, qu'un Dufourmentelle, maçon, certain de
ne pouvoir pas être convaincu d'impolture, n'a
honte d'allurer
y avoit des promelles de
RaIe
qu'il
penfes & des preuves de corruption. En effet, que ne
peuton pas fuppofer dans des lettres perdues & dans
des billets égarés?
Eft-il donc permis de fe livrer gratuitement à des
fuppolitions fi injurieufes? N'eft-il pas monftrueux
de vouloir les transformer en preuves? Toute fociété
eft bouleverfée, fi de parcilles indignités reftent impunies. Pourfuivons malgréle dégoicqu'infpire une trame
aufli mal ourdie & auffi fcandaleufe.
Négligeons les dépofitions concertées d'un fieur
de Bacq.qu'on croiroit extravaguer en lifant les fables
qu'il débite; négligeons celle de Fingénieux Curé
Rouffel, qui dit jovialement que Tranel, s'occupant
de bâtiment, eft un Préfident ati mortier ; enhn,
négligcons celle du témoin Guignard, quin'eft pas
tout.à - fait d'accord avec le maqon Dufourmentelles
cene font qué des oui-dire futiles & indécens, &il
feroit pitoyable de sily atrêter. 't
up Jans
Mais, qui donc le fieur de Portelance a-t-il-voulu
corrompre? c'eft Catherine Labbé, l'ancienne cuifiniere du fieur de Silvécanne; mais en 1770,dans
l'information, Catherine Labbé ne dit rien qui ait
mapport à cette corruption prétenduc; c'étoit pourtant
dans le commencement d'un procès pareil, qu'il etit
iles & indécens, &il
feroit pitoyable de sily atrêter. 't
up Jans
Mais, qui donc le fieur de Portelance a-t-il-voulu
corrompre? c'eft Catherine Labbé, l'ancienne cuifiniere du fieur de Silvécanne; mais en 1770,dans
l'information, Catherine Labbé ne dit rien qui ait
mapport à cette corruption prétenduc; c'étoit pourtant
dans le commencement d'un procès pareil, qu'il etit --- Page 56 ---
54'
été effentiel au fieur de Portelance de gagner cette.
ancienne fervante du fieur de Silvécanne. Quoi! le
fieur de Portelance a fait folliciter Catherine Labbé
à dépofer en fa faveur contre Tranel? y penfez-vous?
Ayane été entendue dans l'information du fieur del
Portelance, comment pouvoit elle l'être encore dans
l'enquête? Quoi! avoir négligé la corruption dans
le tems qu'elle auroit pu être utile, & nel'employer
lorfqu'elle ne peut fervir à rien! c'eft le comble
27 l'ineptie,
Er, dans quel tems encore le fieur de Portelance at-il fait tant de promeffes? Vos vinge témoins difent
qu'ils ont oui-dire, c'eft le choeur général de.l'allociation, qu'ils ont oui-dire qu'ily 2 a dix huit mois, le
fieur de Portelance cherchoit, avec promelfes de récompenfes, dès dépolitions contre Tranel, Mais y
penfez-vous encore? C'eft en Février 1778, que ces
vinge témoins parlent oul que vous parlez par eux ;
dix-huit mois avant le mois de Février 1778 remontent yers le mois d'Août 1776; l'Arrêt qui a entérins
la requête civile au Civil, n'a été prononcé
le
Décembre 1777: commentle fieur de
Te.dints
a-t-il 29 pu vouloir fe procurer des dépofitions feize mois
avant qu'iln'eûc le droit de plaider; feize mois avant,
pour ainfi dire, que ce procès exiftât réellement; car,
enfin, il n'y en avoit plus, fi la requête civilen'ett
pas été entérinée : tout cela eft inconcevable; votre
noirceur, Tranel, eft jointe à mille abfurdités.
Pourquoi n'avez-vous pas rendu plainte contre le
fieur de Portelance? Pourquoi nel'avez-vous pas atta-
ize mois
avant qu'iln'eûc le droit de plaider; feize mois avant,
pour ainfi dire, que ce procès exiftât réellement; car,
enfin, il n'y en avoit plus, fi la requête civilen'ett
pas été entérinée : tout cela eft inconcevable; votre
noirceur, Tranel, eft jointe à mille abfurdités.
Pourquoi n'avez-vous pas rendu plainte contre le
fieur de Portelance? Pourquoi nel'avez-vous pas atta- --- Page 57 ---
à vilage découvert? Croyez-vous être plus caché
2 ces vingt dépolitions,
toutes font évidemment concertées, toutes
par le corps de
Ee
laffociation?
Défendez donc à VOS parens mêmes, aux gens
de votre même nom, à votre frere lui-même, de
raffurer ceux qui font effrayés d'être compromis dans
cette trame 3 en leur difant que CC ne font que des
oui-dire.
Comment & par quelle inftigation Catherine
Labbé. eft-elle fi contraire à elle-même?
En 1770, dans l'information, Catherine Labbé,
cuifiniere du fieur de Silvécanne, dépofoit : C
9> a
la
fois, le fieur de
:
vu, pour premiere
ER2i
5> dans la chapelle du feu fieur l'Abbé Lendormi,
>> Théologal, ou ils s'étoient rencontrés enfemble,
33 & vouloient lun & l'autre houffer le marchepied
5) de fon autel, &c. >>.
de
même
- En 1778, dans l'enquéte Tranel, cette
cuifiniere, devenue touriere par la proteétion de Tranel, pour tâcher d'atténuer ce même fait, dépofe:
Sc
vit un Monfeur, qu'elle fait depuis avoir.
>> 2R le fieardeSilvécanne, dans ( non pasla chapelle
>> de l'Abbé Lendormi comme en 1770) mais en
>> général, dans une des chapclles, ayant à la main
>5 un balai & balayant un marchepied d'autel iqui
>> étoit malpropre; qu'elle lui prit le balai, quil
> lui dorina volortiers, en la remerciant, 8cc.; &c
2) non plus comme en 1770, vouloient lun &
55 lautres &c.>.
Silvécanne, dans ( non pasla chapelle
>> de l'Abbé Lendormi comme en 1770) mais en
>> général, dans une des chapclles, ayant à la main
>5 un balai & balayant un marchepied d'autel iqui
>> étoit malpropre; qu'elle lui prit le balai, quil
> lui dorina volortiers, en la remerciant, 8cc.; &c
2) non plus comme en 1770, vouloient lun &
55 lautres &c.>. --- Page 58 ---
linformation, 56
la cuifiniere du
En 1770, dans
: Cc qu'il vivoit trèsfieur de Silvécanne, dépofoit
Lefebvre,
9) retiré; ne voyoit que les fieurs Guignard,
&c n'avoit aucunes liaufons avec D'AU-
>> Lendormi,
>> TRES 5). dans
de Tranel, cette même
En 1778,
touriere, T'enquète dit
le feur de Silvécuifiniere devenue
Langlot,fon que
médecin
canne voyoit très-fréquemment chirurgien, pour converfer fouvent
&G Bourgeois,/on lui de CHIMIE &faire des expériences.
avec
comme le
monde
Admirons un inftant
la grand bonne & intransforme tous les êcres : en 1770,
génue Picarde, cuiliniere, dit tout fimplement
eft fon maitre : en
plus
Lomite
ion maitre
1778, les hommes, lifez
plus inftruite, plus faite pour la juger touriere fe complait à
le portrait académique
tracer du fieur de SE c c'étoit, dépofe-t- éduavoit reçu la meilleure
> elle, un homme qui
étoit même
avoit beaucoup d'efprit;
a cation; qui
dans la CHIMIE.
>>.
9> favant, notamment chere Catherine Labbé, : à ces
La chimic! ah! ma
de doute, deft vous
mots, à ce ftyle, il n'y a plus
de 1778;
avez fait vous-même votre dépolition
qui rien n'eft plus évident.
Mais il faudroit ne contredire perpésuellemene réellement en
celle que yous avez Eitc bien plus
1770.
dans rinformation, la cuifiniere dit :
En 1770, alloit chercher chez le fieur Tranel de l'argent
qu'elle tantôt plus, tantôt moins, , felon les circonftanges; qu'il
ne
mots, à ce ftyle, il n'y a plus
de 1778;
avez fait vous-même votre dépolition
qui rien n'eft plus évident.
Mais il faudroit ne contredire perpésuellemene réellement en
celle que yous avez Eitc bien plus
1770.
dans rinformation, la cuifiniere dit :
En 1770, alloit chercher chez le fieur Tranel de l'argent
qu'elle tantôt plus, tantôt moins, , felon les circonftanges; qu'il
ne --- Page 59 ---
ne fe palfoit gueres de pent fans qul'elle allât &,
en touchàt felon les befoins de la maifon.
En 1778, dans T'enquête, la touriere dit : gu'elle
recevoit fouverit de l'argent du fieur de Silvécanne
LUI-MÈME, pour la dépenfe de la maifon.
En 1770, la cuifiniere dépofe : que pour ce qui
étoit des groles fommes à payer, ,foit pour le vin,foit
pour le bois, le fieur Tranel payoit LUI-MÉME.
En1778; la touriere dépofe: : que lefieur de Silvécanne, peu de tems avant fa mort, > avoit fait venir
LUI-MÉME une forte provifion de bois & achetoit
LUI-MÈME Jon vin. 1
Laquelle croire? ou la cuifiniere ou Ia touriere (1 I),
Catherine Labbé parloit elle-même en 1770,8
c'eft vous, Tranel, qui parlez
elle en 1778./Qui alims
pourroit être foupçonné
corrompu cette ferPendire
vante ou du fieur de Portelance avec qui elle n'a
jamais eu aucune relation, ou de vous qui dans tous
les tems, pénitent comme elle del'Abbé Lendormi,
fon affilié enfin, lui avez rendu tant de fervices?
Mais expliquez-nous, Tranel, comment ces vinge
témoins de votre enquête, inftruits depuis dix-huit
mois de la corruption prétendue, ne vous en ont
point informé : vous, leur ami; vous traité depuis
() Foyex ces deux dépofirions, G oppofées l'une à l'autre, imi
grimées fur deux colonnes, dans les Pieces juftificarives.
H
elle del'Abbé Lendormi,
fon affilié enfin, lui avez rendu tant de fervices?
Mais expliquez-nous, Tranel, comment ces vinge
témoins de votre enquête, inftruits depuis dix-huit
mois de la corruption prétendue, ne vous en ont
point informé : vous, leur ami; vous traité depuis
() Foyex ces deux dépofirions, G oppofées l'une à l'autre, imi
grimées fur deux colonnes, dans les Pieces juftificarives.
H --- Page 60 ---
dix ans par le fieur de Portelance, avec ce mépris &
cette indignation, que fon ame noble & franche a
toujonrs eus pour le crime?
1 Ces faits graves de corruption auroient du moins;
lors de T'entérinemient de la requêté civile au civil le
29 Décembre 1777, diminuélintérét des honnêtes
gens pour la caufe du fieur de Portelance; en.les
faifant valoir, en les préfentant feulement, vous.
euffiez commencé à être moins avili aux yeux du
public. Eh quoi ! des faits fi importans pour vous,
connus depuis dix-huit mois de vingt témoins, tous
VOs amis, VOS protcéteurs, vos affocies, ne font ignorés que de vous feul jufqu'en Février 1778! Quoi!
Guignard, Guignard, le témoin Guignardlui-meme,
vous les cache pendant dix-huit mois ! Quoi ! le
mâçon Dufourmentelle qui, felon votre enquête,
étoit tout courroucé des propofitions à lui faites, a
renfermé ce courroux pendant dix-huit mois, fans
vous faire part de fon objet impoitant ! Quoi!Catherine Labbé, quidepuis qu'elle eft Touriere,
fi bien de chymie! ! Quoi I la femme Verru,
vate
cbiffeufe ! Quoi! la femme Fermepain, fujette au
mal caduc, à s'enivrer d'cau-de-vie., & déjà compliquée dans des affaires cr'minelles ! Quoi ! cette
derniere fur- rout,-dépolitaire, dit-on, d'un biller,
a pu,malgré fcs ivreffes perpétuelles, être affez rctenue pour ne rien dire pendant dix-huit mois, &
a: pu conferver aflez de fang froid & de mémoire,
pours'en reffouvenir raubout tdedirhuit mois - : Quelle
mal caduc, à s'enivrer d'cau-de-vie., & déjà compliquée dans des affaires cr'minelles ! Quoi ! cette
derniere fur- rout,-dépolitaire, dit-on, d'un biller,
a pu,malgré fcs ivreffes perpétuelles, être affez rctenue pour ne rien dire pendant dix-huit mois, &
a: pu conferver aflez de fang froid & de mémoire,
pours'en reffouvenir raubout tdedirhuit mois - : Quelle --- Page 61 ---
difcrétion inouie ! Jamais confpiration ne fut
fecrète
plas
! Quel amas d'abfurdités, propres à n'en impofer qu'al la multitude !
Et ce n'eft pas vous, Tranel, qui iles avez réuniesy
ces abfurdités!Ce n'eft pas vous qui en êtes le fabricateur? Faut-il donc de nouvelles preuves? Qu'on
life la lettre que vous avez ofé écrire au fieur de Portelance le IO Janvier 1780.
Pallons fur la baffeffe du ftyle & de l'ortographe,
ni l'un ni l'autre ne font (1) ridicules dans Tranel,
paffons le ton d'hypocrific, les galimatias, les platitudes; mais CC il eft cependant vrai & certain qu'il
5> (le nommé Dumoutier, ancien Tailleur d'habits
95 & Cabaretier à Amiens) vous connoit très par-
>> faitement, puifqu'il a diné encore chez vous avec
>9 le fieur Abbé Bralle, l'hiver dernier, le 3 Février,
2> le lendemain de la Purification, &c. 9).
Le fieur de Portelance doit-il s'abaiffer jufqu'à réfuter un fait auffi improbable? La dame de Portelance actuelle, a toujours accueilli l'Abbé Bralle,
Chapelain dela Sainte-Chapelle, quia été fon Maitre de Mulique, & qui la été auffi du fieur de
Porrelance; ce bon Abbé, plein d'honneur, dine
quelquefois chez le fieur de Portelance. Outré du
menfonge impudent de Tranel, ilvouloit lui écrire,
le fieur de Portelance l'a empêché de s'avilir : C Je
(1) Yoyex la lertre de Tranel & la déclaration de l'Abbé Bralle
dans les pieces juftificatives.
:
Hij
Maitre de Mulique, & qui la été auffi du fieur de
Porrelance; ce bon Abbé, plein d'honneur, dine
quelquefois chez le fieur de Portelance. Outré du
menfonge impudent de Tranel, ilvouloit lui écrire,
le fieur de Portelance l'a empêché de s'avilir : C Je
(1) Yoyex la lertre de Tranel & la déclaration de l'Abbé Bralle
dans les pieces juftificatives.
:
Hij --- Page 62 ---
a-t-il dit, le livre du Point de la
s compulferai,
&
verrai fi j'ai mêmc diné
5, Sainte-Chapelle,
je
moi le Février
l'a fait:
2) hors de chez
1779àll
life fa déclaration[Le fait eft faux; je
Pue
qu'on
livre du Point de la
-2>
EISE
en faire la préuve parle
&af
diné chez moi le 3 Février,
5> Chapelle; Jai
commencent à deux heurés
>) fifté aux Vépres, qui
73 & un quart ; dailleursje ne connois qu'indireête- Tranel
Dumoutier, & dirai au fieur
>> mentle fieur
en
>>
je ne fuis ni d'age, ni d'état à me trouver
.2> Renia maifon avec le fieur Dumoutier >).
Et cependant il eft vrai 8 certain que le nommé
Dumoutier, artifan, a diné, non pas une, fois,
mais encore, felon fa coutume 3 non pas feul, mais
avec l'Abbé Bralle ; non
un jour indéterminé,
mais le Février
E lendemain de la Purifi3
eft 1779, tout eft
Il eft cercation : tout
fpécinés
pofitif: certainement
tain que l'Abbé Bralle, qui bien plus
n'a pas diné hors de chez lui le 3 Février 1779, a
diné, ce même jour, chez fieur de Portepourtant
obfcur artifan. Oui,
lance, & avec qui? Avecleplus
de
fieur de Portelance rougiroit
un homme, que le
: le fieur de Porte-
'voir familierement en particulier
lance le voit en public!1) lui donne a dîner. Quoi!
le corrompre, c'eft-li le moyen bas & malpour adroit qu'a cmployé le fieur de Portelance? Quoi i!
à la face de tous fes domeftiques, avec fa femme, il
avec fa fille, avec des écrangers, avec lui même; 5
auroit admis à fa table Il eft dégoûtant
de
un
ESIE
dle fieur de Portelance
réfuter
menfonge
lance le voit en public!1) lui donne a dîner. Quoi!
le corrompre, c'eft-li le moyen bas & malpour adroit qu'a cmployé le fieur de Portelance? Quoi i!
à la face de tous fes domeftiques, avec fa femme, il
avec fa fille, avec des écrangers, avec lui même; 5
auroit admis à fa table Il eft dégoûtant
de
un
ESIE
dle fieur de Portelance
réfuter
menfonge --- Page 63 ---
ridicule. Et vous n'êtes pas, Tranel, le
abfurde
& le
des calomniateurs
lan
plus méprifable
cc La
n'eft
le
vengeance, D
écrivez-vous,
point parti
92 qui va à mon ceeur: ; & fije fuis obligé, pour ma
>> juftification, de vous charger.
e 2).
Arrêtez, le fieur de Portelance vous demande CC
que fignificnt ces mots dans votre bouche: vous vous
démalquez enfin; ce n'eft plus fous le nom de vinge
témoins, c'cft vous même qui, par votre lettre, vous
portez accufateur du fieur de Portelance; il
/ acte de VOS menaces; il prendiacte de VOS
utiot
il défere à la Juftice votre lettre; il y dénonce & les
complices de la trame ourdie contre lui & leur -
chef,
qui eft vous, vous feul, Tranel. Qni, vous, JcanPaul Tranel, charger" le fieur de Portelance, c'eftà-dire, le naircir, le calomnier : vous parlez de verigeance 5 le fieur de Portelance ne doit craindre
VOS impoftures : la vengeance,
elle eft
ac
O.
quand
tante, eft encore lin vice brillant, dont n'eft pas
même digne une ame balle & rempante : il eft des
Hommes dont on ne peur redouter que les infamics.
Quoilil fera permis de calomnier un citoyen intégre & fans tache?
Quoi!l'on pourraimpunément fe livrer à toutes les
horreurs du foupgon, fur des oui-dire, fur des lettres
prétendues & égarées, fur des allégations dénuées de
toute vraifemblance! Qu'on tolere ces petires reffources de l'intrigue dans les fociétés, dangereufes; qu'on
y tolere ces imputations vagues, fans preuves 8.
fans fondement; toutes ces impoftures ny font que
gre & fans tache?
Quoi!l'on pourraimpunément fe livrer à toutes les
horreurs du foupgon, fur des oui-dire, fur des lettres
prétendues & égarées, fur des allégations dénuées de
toute vraifemblance! Qu'on tolere ces petires reffources de l'intrigue dans les fociétés, dangereufes; qu'on
y tolere ces imputations vagues, fans preuves 8.
fans fondement; toutes ces impoftures ny font que --- Page 64 ---
trop la fortune & la réputation des méchans qui les
débitent, en faifant les délices des méchans qui les
écoutent; mais qu'en juftice régléc, quejulques dans
le fanétuaire de la Juftice, on puiffe, fans punition,
rejeter tout le fcandale qui en réfulte fur des oui-dire
qu'on aura (oi-même inventés & répandus, qu'on
échappe à la jufte févérité des loix, en fe mafquant
ou
celfant de
fous le nom de vinge témoins,
qu'en & d'affurer les
fe mafquer, il foit permis d'écrire
imfaits les plus abfurdes, les plus démentis, les plus
probables : il n'eft plus de citoyen qui puifle efpérer
jouir de fon innocence, il ne faut plus
férenfermer dans fa propre confcience, fe taire, &r fe laiffer
opprimer.
Votre Memoicindoenranmoner perpétuellement
VOS menaces contre T'Arrêt de la Courgsil ne vous
vOs
* ofent même les
*
publier,
Ce nc font eft pas favorable;
agens
point des calom- Auriez-vous l'infolence de vouloir intimider les Manics, s'il lefalloit, on pourroit, don- giftrats? Eh bien, Tranel, raffurez-vous du moins
ner des preuyesde côté du fieur de Portelance; vous voulez éternifer
CCS mcnaccs. du
del'embrouiller, de
ce procès, dansl'efpérance interminable, Eh bien, le fieur
devienne
iee
quil
telance yous déclare que fi, ce qu'il ne peut imaginer, malgré la juftice de fa caufe, il venoit à fuccomber, fi les Magiftrats pouvoient fe déterminerà
prononcer contre lui, il vous déclare qu'il refpeétera
leur Arrêt; que las de lutter depuis dix ans contre
lesintrigues odieufcs del'affociation la plus révoltante,
il vous payera le fruit de VOS crimes, & qu'il ira ou
fous un ciel étranger, ou dans un coin de la terre 3
qu'il ne peut imaginer, malgré la juftice de fa caufe, il venoit à fuccomber, fi les Magiftrats pouvoient fe déterminerà
prononcer contre lui, il vous déclare qu'il refpeétera
leur Arrêt; que las de lutter depuis dix ans contre
lesintrigues odieufcs del'affociation la plus révoltante,
il vous payera le fruit de VOS crimes, & qu'il ira ou
fous un ciel étranger, ou dans un coin de la terre 3 --- Page 65 ---
déplorer fon infortune & chercher des lieux où l'on
puiffe être impunément homme de bien; ; pauvre,
malheureux, opprimés il lui reftera toujours, du
moins, la reflource de jouir dans le fond de fon coeur
d'une innocence qui ne fera jamais la confolation
du vôtre.
Quel trouble dans tous les ordres des citoyens exPofés aux mêmes dangers !
Quelle défolation pour le fieur de' Portelance,
citoyen honnête, eftimé, & dighe de l'être ! Avec
quels traits de feu ne l'a-t-on pas vu exhaler fes juftes
plaintes? Avec quelle chaleur de l'intégrité, quelle
éloquence du coeur ne l'a t-on pas entendu attendrir
fes amis, armer fa femme & fa filleicontre l'adverfité, & faire pafler dans leur Tame toute la fermeté
de la fienne. <O mcs amis, difoit-il, vous voyez
5) les traits envenimés dont veut m'accabler la plus
>> indigne calomnie : voiciletems des épreuves; (oyez
5) dignes, j'ofe le dire., de mon amitié, en défen-
>> dant celui que vous avez honoré de la vôtre, ou
5) privez-moi à jamais de la vôtre, fi vous:avez à
s rougir de la mienne-! Gitoyens diftingués,d dont
>2 jai mérité leftime, augmentez larmienne pour
35 vous , en me confervant celle que vous - m'avez
9> toujours accordée ! Que les infàmies que:j j'efluie;
>9: vous rendent plus fenfibles pour moi; vous mérie
5> térez queje.le fois pour vous, fi, malgré mes vocuxy:
3). vous en: éprouvez' de pareilles:!. Leld crimectrotve
>> des complices : pourquoi ithonn@veréleroicelle fans
52 défenfeurs La, plus noble fonction de. Fpmicié,
35 ceft de Venger l'innocence outragce.
avez
9> toujours accordée ! Que les infàmies que:j j'efluie;
>9: vous rendent plus fenfibles pour moi; vous mérie
5> térez queje.le fois pour vous, fi, malgré mes vocuxy:
3). vous en: éprouvez' de pareilles:!. Leld crimectrotve
>> des complices : pourquoi ithonn@veréleroicelle fans
52 défenfeurs La, plus noble fonction de. Fpmicié,
35 ceft de Venger l'innocence outragce. --- Page 66 ---
de l'amour le plus ten5> Pour vous, digne objet heureufement lié & les
>> dre, vous, à qui m'ont
derniere &
& la: volonté
2) : vertus & le penchant,
la fceur du fieur de Silvécanne, vous qui,
5> facrée de
nouveau
de notre ten2> prète à me donner un
gage
n'avez d'autres
de ne
2>
drefle mutuelle,
regrets que
€
faire
danslesTri2>
pouvoir
cenendrevongénutfetuere
de courage ; ne portez point
2> bunaux; armez-vous
en mélant
>> le défefpoir dans mon coeur déchiré 3
à toutes mes infortunes ; efpérez
2) votre affliction
tout de
9> tout de l'équité de notre caufe; efpérez
des
& s'il faut, par l'impof2) Téquité
Magiftrats, fuccombions fous les traits de
9> Gble, que nous
fuis heureux avec vous; fa2) Tiniquité, , j'étois; je
25 chez être malheureufe avec moi.
fruit chéri d'une union fi pure; vous,
9) Et vous,
de
dès votre aurore, des graces
9> ma fille, déjà parée
dontl'édua la beauté & des dons del'efprit; vous,
fi chere; objet de mes foins les plus
9> cation m'eft
avec ufure de
3) affidus; vous qui me récompenferez 8 ma fille!
vous me donnez,
3) toutes les peines que
venez, remeft lâchement perfécuté,
>2 votre pere
venez avec moi demander
>> placez votre mere;.
qui vont nous
>> juftice aux Magiftrats leurs refpeétables mains ma fortune, la
23 juger; ils tiennent en notrehonneur, qui eft la
5) vôtre; mais plus s'encore,
le
-
de toutes les fortunes, plus précieux
22 plus grande
VOS alarmes; ani-
>> de tous les héritagess fufpendez confiance : il eft encore
29 mez-vous d'une noble
tde
fur la terre; ne défefpérons point
> quelque juftice
norre
IC
nous
>> juftice aux Magiftrats leurs refpeétables mains ma fortune, la
23 juger; ils tiennent en notrehonneur, qui eft la
5) vôtre; mais plus s'encore,
le
-
de toutes les fortunes, plus précieux
22 plus grande
VOS alarmes; ani-
>> de tous les héritagess fufpendez confiance : il eft encore
29 mez-vous d'une noble
tde
fur la terre; ne défefpérons point
> quelque juftice
norre
IC --- Page 67 ---
5 notre patrie, & ne lui faites pas l'injure de croire
2) que le crime y foit impuni : j'eus peuc-être fans
>5 vous, ma fille, dédaigné le foin de ma défenfe, ,
33 contre une calomnie abfurde & fans fondement;
> je n'ai befoin pour moi, que de ma confcience;
5> maisj'ai befoin pour vous de toute ma réputation;
93 venez, parlez vous-même aux Magiftrats; ma caufe
>> 'eftla vêtres vous êtes prefque encore au berceau:
>> -
votre
attendriflant donnera un
n'importe ,
37 charme à la
mes raifons ; votre
emE
juftice
age
>> bellit tout, même la vérité; dites, dites, avec af-
>> furance :
de recueilC Tranel eft indigne & incapable
ofe demander. Mais
s) lir le legs univerfel qu'il
>> il s'agit moins ici des biens que de Thonneur :
3> mon perc, en ne me refufant rien, m'a déjà ap-
>> prisà me priver de tout; fes principes fages ont
52 toujours été de me précautionner contre tous les
33 événemens de la vic; s'il faut opter entre la ven-
>) gcance qui eft due à l'honneur de mon pere & la
de
le choix de
5> fucceffion du ficur
Silvécanne,
9> mon perc & le mien font déjà faits ; l'honneur
eft
l'ad-
>> & la pauvreté. Enrichiffez, s'il poflible,
>> miniftrateur, enrichiffez le fpoliateur, mais pufatisfaits, notre
>> niflez le calomniateur : à demi
n mifere honorable nous dédommagera de tout; ou
9> plutôt; rempliffez l'attente de tous les honnêtes
>> gens, attentifs à l'arrêt que vous allez prononcer;
$> que cet arrêt, quiinrérelfle tous Ies bons citoyens,
rendez
A neleurlaiffc, ainfi qu'à nous, rien à defirer;
I --- Page 68 ---
04-61
L780
P8H3m
I-SIBA
3) à mon perc, s rendez-nous une juftice entiere 3
3> annullez le teftament, féviflez contre la calomnie,
3> & doublez l'objet de notre. reconnoiflance 54
Signe DE PORTELANCE.
Monfieur TITON, Rapporteur.
LE BLANC, Procureur,
Ds FImp. dc D'HOURY, Imp.-Lib, de Mge le DucD'ORLIANS & de Mgr. le Duc
DI CHARTRES, rue de la Vicille-Bouelerie, 1780.
rendez-nous une juftice entiere 3
3> annullez le teftament, féviflez contre la calomnie,
3> & doublez l'objet de notre. reconnoiflance 54
Signe DE PORTELANCE.
Monfieur TITON, Rapporteur.
LE BLANC, Procureur,
Ds FImp. dc D'HOURY, Imp.-Lib, de Mge le DucD'ORLIANS & de Mgr. le Duc
DI CHARTRES, rue de la Vicille-Bouelerie, 1780. --- Page 69 ---
TABLEAU
Dela polition du Sicur DE PORTELANCE, avec lc Sicur DE SILVÉCANNE, fon beau- frere, , jufqu'l f mort,
jullilice par les quittances produites au procès.
CAPITAUX.
EPOQUEs des intérêts dis. EPOQUES des paiemensjats Eroocts des paiemensfuts OBSERVATIONS.
en dmérique, 6 argent des ofinsbupmifiawe
Colezies.
Eni-55,
Ie 11 Janvier
lev. / d. Da 11 Janvier la. Fd
lv. f2. LenFévrier,de liv. / d. Par alle pafe devant
1755.
1755.aatJanfa Sceur,
Charlier, Notaire, le16
vier 1756.
LetiMas, IJem. $oo
Janii ier 1755, I n'eroit
LeiAvril, 14. (oo
rien di 1 M. de SilveLei Mni, Id.. 500
cJnnc, 4 compter ds
Lei Juin, 1d.. joo
des même mois 6 anque
Le 9 Juiller, de
les intérits courunstfon
M. del Luynes. 718 7 ropuldesiocolfir
Lci 6Septembre,
Idem. .
6ac
Lei Ocobre, IJ. 671
Lci 11Novembre,
IJem.
5oo
LeioNevembre,
Nem.
sco
Lc: 161 Décembre,
1dem. :
453 13
Du Janvier
En1756,
t-s6,auJanLes4Janvier,de
vicr1757.
M. deluynes. foc
Lei,Fevricr,74, 5Le 16Mars,1. suo
LeoA Aviil, 14. 5-15
Le18Mai,/em. fco
LetoJain 500
Le 8 Juillet, ld. joo
Lc 24 Avit, I4. jco
Leii Seprembre,
Idem.
foo
:
Leit Décembre,
Idem. *
joo
Leis Décembre,
dc G Saur.
5oo
D: 1 Janvier
En1757,
1757, Janvier :758,
6cco
LeagJanviet,de
M.de Luynes. 100C
Le 1oFévrier, Id. 5oo
Lea4 Mars, Id. joo
Leso Avril, 1d. 43 8
Ic11 Acir, I2. 311 11 6
I.e 30. Aoit, 14. 335
LecOctobre, IJ. 335
Leag.Novembre,
Lim.
139 7
LerDécembre,
idem.
$90 9
Du 1 Janvier
En 1758,
1758,autiJanvier 759.
Gooc
LeroJanvier,1.. 335
LezFévrier, 14. 335
lc7 Mars, id... 18; 7 6
Le 1S Aout, 11. 3oo
Du 11 Janvier
En 1760,
1759,01 1 Janvicr 1760.
Payé par leSrde
Portelance, fur
la quirance du
S' Duperict, 2u
nom du Sr dc
En 1761,
Silvécanne.les
Oaobre.
1OcO
Ge ah Odsbre a
Mentrd. sura
on
En1755,
Lc 8 ORobre,
angerrdefuance. St3o
TOTAL. foocs
ToTAt. 16111 19 3
*e
En 1760,
1759,01 1 Janvicr 1760.
Payé par leSrde
Portelance, fur
la quirance du
S' Duperict, 2u
nom du Sr dc
En 1761,
Silvécanne.les
Oaobre.
1OcO
Ge ah Odsbre a
Mentrd. sura
on
En1755,
Lc 8 ORobre,
angerrdefuance. St3o
TOTAL. foocs
ToTAt. 16111 19 3
*e --- Page 70 ---
"PICE
- APIT C
Eroouis deseeru ds. Irogers des pasemenifars EroQves Jes paiemeni fats ORSTAYATIONS.
eAmingac, a'gent des
argent de Franse.
Clunes.
F
Va Javier
1. d.
m.f4.
isfe Trferdrdowsen,.
T.d'aame part. 11475
L.d'astre part. 16111
: Na, 1
A orp.for
md fo - 4
P.malane:
A
n
anterets,
en verta, fr teute
es
anoscement
6,
- fe de Save en
Lt
i ompt:
car
: D. 1212
n five
sha
D.m -
Farouil
M.de Silvecanne,
le Juillet.
1;859 17 ArgentdeFranc. 11)10
l.c Dicembre, ux mimes,
: Arg rgent deFrance. 38'9
lu Jiny vict
En 1767, aux
6-00
names le 12
Da anVict
Juin
ArgentdeTrance. 13410 to
7 3u Juin
meme annéering
moiy huit jours.. 1613 6
Toral, : 74553 6
Total.
Total.
6goss
Demtididuire. 6506:
Rife.
DurgJuini-67
I1 : D.cembre
1767, aux mncmime année, lir
mes, le De.
thIS trvis jours. tet
cembre.
14538 3 ArgentdeTrance. 2553 15
Tetal.
1161t
Dontidéduire. 9618 11
Rede. :
1062 S
Da Dicembie
Juller 768,cin
mois vingt- -deux
-6S, aux mejours
1164 It mes,les4Juilict. 14;0410 $ ArgentdeFtance, Et130 6 1n
Total.
6a19
Dont i déduire. 6419
8 le
Refte a imputer
Du
ler
lur
déja fur le prinu to an759 aux me1 t2
ier
cipal,
rcRant
mes, le 3 JanItol
:S13 3 vier.
Argentdetrance.
:8192 2
Dont déduire
lut
(98
pour le montant
des intérets.
1818 S
1 1Y
a
0 le pount
meme
Rele imputet
fur le priti-p al. 15581
l'on curont di
aux me.
parer
13 m
O 13431 12 10 Argent defrance. 8)54 I3 3
duure
Don: à deduire
pour le mon:ant
dus intérêts.
1089 10
Da 14 Aout
Mar
Refte i impurer
m 1019
fur le principal. 5564 12
fos
ax niemes, de Mars, 23115 7 Argent de Trance. 1S-43 I
-
Dont à déduire
pour le moncant
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Don: à deduire
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Da 14 Aout
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Refte i impurer
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-
Dont à déduire
pour le moncant des interets. :
36: 3
Da Mas
ercrt)
Reite i imputer
sux mefar le principal, 16144 17
mes 2 Jutn. 11961 7
Ar ent deTrance.
( deiniet fa.e emeor ant fa.
: on deduire
ue in (-:3
mont.
01 siort Amicns
Ju
nee ce Fae o efl doec deu terets.
da beur de Midiannes Reite impater
T:
a emp are
e ce lu: it pal
I 3
rame etre borardug 2 atta Toe
Far kes benuens de drost.
E
ac --- Page 71 --- --- Page 72 ---