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SAOTA ASB Lamnoe - --- Page 6 ---
W L - - --- Page 7 ---
M E M OIR E
EN REPLIQUE
A la Juftification publiée par Monfeur
DE LA LUZERNE,fur le cinquième
Chef d'accufation.
Par-M.COURAEJOLLES,DepHéde S.DomingueLE mémoire juftificatifde M. de la Luzerne
fur les faits dont il a été inculpé par les habitans de St, Domingue, 8 pour lefquels il
a été dénoncé en leur nom à l'Afemblée
Nationale, 2 eft l'ouvrage d'un homme exercé,
quic cherche à ramener fes détraéteurs par cette
fimplicité de ftyle qui femble n'appartenir
qu'à l'innocence méconnue & outragée, tous
les faits Y paroiffent préfentés avec une couleur telle > que des vexations encore plus
prononcées s'y trouveroient non-feulement
jultifiées, mais même autorifées ; en effet,
comment le Ledteur pourroit-il fe préferver
A
SATN ASA LaMNDT A E - - a --- Page 8 ---
RPJCE
(2)
de toutes les nuances d'intérêt qu'infpire l'ancien Gouverneur de St. Domingue, à l'expofé
fimple & naif de fa conduite. M. de la
Luzerne prend & foutient jufqu'à la fin de
fon mémoire le ton d'un père tendre qui
raconte avec confiance & dignité les procédés d'un coeur pur & vertueux, il s'y montre
comme un Adminiftrateur entraîné par habitude à la bienfaifance & ne punifant qu'à
regret? L'analyfe de fes actions fur les motifs
qui l'ont fait agir, fera-t-elle auffi fatisfaifante que celle de fes moyens de défenfe - ;
c'eft cette différence qu'il faut démontrer.
>2 Je fuis le Citoyen fcandaleufement arrété
>> victime d'un Jugement arbitraire & in-
>> jufte, & dont les fuites ont porté un
>> dommage confidérableà ma fortune, je fuis
12 l'objet due cinquième Chef de dénonciation cc,
Je tiendrai pour répondre à M. de la Luzerne, la même marche qu'il tient dans fon
mémoire juftificatif, & comme il a répondu
par des chapitres particuliers à chacune des
dénonciations qui ont été faites contre lui.
Je répliquerai à chacun des paragraphes de
fa réponfe, > qui m'eft particulière, après que
j'aurai développé les faits qui ont donné naiffanceàla fcène fcandaleufe que fon Jugement
arbitraire & injufte a fait éclater contre moi.
a .
2 60
e qu'il tient dans fon
mémoire juftificatif, & comme il a répondu
par des chapitres particuliers à chacune des
dénonciations qui ont été faites contre lui.
Je répliquerai à chacun des paragraphes de
fa réponfe, > qui m'eft particulière, après que
j'aurai développé les faits qui ont donné naiffanceàla fcène fcandaleufe que fon Jugement
arbitraire & injufte a fait éclater contre moi.
a .
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-3 a
(3) -
arg
32 cpO V A
PREMIÈRE PARTIE,
Concernant texpofchiforique de mes droits
de propriété, les vexations qui ont été
commifes pour m'en dépouiller; 8 Porigine de la perfécution perfonnelle que
je raconterai enfaite, pour former la
feconde partie de ce mémoire.
Cesr après trente deux années de réfidence
dans les Colonies, avec des cheveux blanchis
par un temps employé à des fervices importans, que je me vois preique ruiné par FAdminiftration la plus delpotique ( celle de )
M. de Marbois.
J'ai combattu pour la patrie, j'ai combattu
(j'ofe le dire ) avec diftinction, > j'ai créé des
chofes utiles au bien de la Société, j'ai procuré en deux différentes occafions de fortes
fommes à l'Etat, & pour récompenfe de tous
ces fervices, cette Adminiftration défaftreufe
a-t-elle de traits dont je n'aie été bleffé.
La perte des perfonnes chères, le reffentiment des outrages, & toutes les peines qui
ne fubfiftent plus, peuvent s'oublier par la
fucceflion des années, le temps enfévelit tous
les regrets que ces motifs peuvent faire naitre.
A 2
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RA --- Page 10 ---
(+)
Mais, l'idée de voir ruiner mes enfans 5
m'enlever une fortune acquife par tant de
veilles 8c de fueurs 3 fortune néceffaire à
leur éducation, à leur étar & au repos de ia
vicillee-.peut-elle fepréfenterà ma penfée fans
effroi, peut-elle arrêter les juftes plaintes de
mon coeur ? Non fans doute, la tendreffe
que je reffens pour ceux à qui je veux conferver le fruit de tant de peines, eft un motif
fi puiffant que balancer entre leur perte ou
celle des hommes quil'occalionnent, feroit fermer mon. coeur aux fentimens del la nature(1).
L'autorité arbitraire dans les Colonies étoit
telle que fans égard aux droits de propriété,
il s'eft trouvé des Adminiftrateurs qui ont
ofé s'emparer des biens d'un Citoyen pour
fatisfaire leur volonté, voilà des faits que
j'avance, voilà des faits que je vais prouver.
Ce fut en confidération d'une obligation
de ma part d'établir une fontaine au bord
de la rade du Cap, des grues, & des jetées
utiles au Commerce, qu'en 1763, MM. de
Belfunfe & de Clugay, Général & Intendant
(1) Ceux qui ne voudront pas connoitre toutes les vexations exercées contre moi avant l'arrivée de M. de la
Luzerne à St. Domingue, & ne s'éclaircir que fur ce
qui le concerne 2 pourront franchir la lecture de toutes
les particularités acceifoires pour ne la reprendre qu'à
la page 41.
grues, & des jetées
utiles au Commerce, qu'en 1763, MM. de
Belfunfe & de Clugay, Général & Intendant
(1) Ceux qui ne voudront pas connoitre toutes les vexations exercées contre moi avant l'arrivée de M. de la
Luzerne à St. Domingue, & ne s'éclaircir que fur ce
qui le concerne 2 pourront franchir la lecture de toutes
les particularités acceifoires pour ne la reprendre qu'à
la page 41. --- Page 11 ---
(5)
de St. Domingue, , me promirent la conceffion d'un emplacement de cent quatre-vingtdix pas de long fur cinquante de large a
prendre dans la mer; on voit d'après cela
qu'une pareille conceflion étoit alors bien
peu de chofe.
La mort de ce Général furvint avant l'expédition du titre de ma conceffion, M. de
Montreuil qui remplaça M. de Belfunfe, ne
voulut plus m'accorder cette conceflion à
perpétuité, malgié que j'euffe déja fait exécuter la fontaine fur une fimple promefe;
&c pour ne pas tout perdre, je fus obligé
de faire une nouvelle Requéte s pour n'obtenir qu'une conceffion en fimple jouiffance.
Elle fut expédiée le 9 Août 1763.
L'Adminifration changea peu de temps
après, MM.le Comte d'Eftaing & de Magon
fuccedèrent à MM. de Montreuil & de
Clugny, les nouveaux Chefs exigèrent de
moi que je fiffe remblayer toute l'étendue
de ma concellion, mais fur les repréfentations
que je leur fis que ce que l'on venoit de
m'accorder n'étoit qu'une poffeflion précaire,
ils m'accordèrent cette conceflion à perpétuité
le ICr. Juillet 1764* en m'obligeant"de remblayer tous les emplacemens que formoit
fon étendue avec les terres des retranchiemenz
A 3
HAT A -rurnEo M
à
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d --- Page 12 ---
(6)
qui exiftoient alors 2u bord de la mer; mais
ces retranchemens ne fuflifant pas, je fus
obligé d'en faire tranfporter à grands frais
d'une ravine fituée près de l'Arfenal & fort
éloignée de ma conceflion.
Tant que cette conceflion non remblayée
n'offrit à l'ccil de perfonne aucun motif de
jaloufie, On n'y porta aucune attention 5
ce ne fut qu'à l'afpect d'tne fuperbe eiplanade qui auroit couté au Roi pius de cinq
cents mille livres, que cet objet tenta la cupiditéde tcus CeUx quicroyoientavoir non pas
allez de droits, mais affez de protedlion pour
y porter leur vue.
Il n'y a peut-étre pas un homme en place
qui n'ait à fe reprocher quelques abus de
pouvoir, & de n'avoir pas ufé d'une vigilance affez foutenue ponr fe garantir des
piéges de ceux qui les entourènt, &c qui font
fervir l'autorité de l'Adminiftrateur public à
leurs paflions particulières: ; j'en fis bientôt la
trifte expérience,
M. de Magon, Intendant plus facile à
tromper que M. le Comte d'ERaing! fe laiffa
perfuader que le pouvoir de fa place étoit
fuffifant pour reprendre une concefiion déjà
accordée, enregiftrée & établie, à grands
frais; mais les tentatives furent inutiles, ma
L VMI
orité de l'Adminiftrateur public à
leurs paflions particulières: ; j'en fis bientôt la
trifte expérience,
M. de Magon, Intendant plus facile à
tromper que M. le Comte d'ERaing! fe laiffa
perfuader que le pouvoir de fa place étoit
fuffifant pour reprendre une concefiion déjà
accordée, enregiftrée & établie, à grands
frais; mais les tentatives furent inutiles, ma
L VMI --- Page 13 ---
a R
(7)
préfence > mes raifons, & l'évidence de mes
droits, lui firent abandonner toute pourfuite
à ce fujet; il n'en fut pas de même quelques
temps après ou je fus obligé de partir du
Cap pour aller à Cortagène des Indes.
Les envieux qui ne perdent jamais de
vue leur objet profitèrent de mon abfence
pour envahir une partie de mes poffeffions, ils
forcerent un M. Foreftier fans qualité, 2 avec
lequel j'étois cependant affocié pour d'autres
affaires que celle de ma conceflion, à vendre
au Roi un terrein de foixante pieds en carré,
faifant partie de ma poffeflion, fur lequel il
y avoit une fontaine, une maifon, une citerne, & une grue, pour une fomme de quarante - deux mille livres que je n'ai jamais
touchée.
L'autorité des Adminiftrateurs étoit telle àSt.
Domingue, que fans égards aux droits de
propriété, & fans refpect pour les Loix, ils
s'emparoient des biens des Citoyens qui n'avoient pas le courage de fe défendre (1). Ce M.
Foreftier étoit un homme facile & craintif,
(I) Jc puis citer une infinité de pareils exemples où
après avoir ôté la propriété à un Colon fous différens prétextes, on en inveftiffoit des hommes en place qui étoient
les vrais defpotes de St. Domingue, S qui abufoient
bien autrement de leur pouvoir que ceux de France.
A 4
ISATES MTAW a wro - MASA
ient pas le courage de fe défendre (1). Ce M.
Foreftier étoit un homme facile & craintif,
(I) Jc puis citer une infinité de pareils exemples où
après avoir ôté la propriété à un Colon fous différens prétextes, on en inveftiffoit des hommes en place qui étoient
les vrais defpotes de St. Domingue, S qui abufoient
bien autrement de leur pouvoir que ceux de France.
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ISATES MTAW a wro - MASA --- Page 14 ---
(8)
& dès l'inftant que M. Magon lui ordonna
de la part du Roi de livrer ma
maifon, 3 ma
fontaine, ma jetée & ma grue, dont je lui
avois laiffé verbalement la fimple Adminif.
tration Jans aucun pouvoir quelcongue de vendre
ou d'aliéner, M. Foreftier, dis-je, fut tellement
intimidé par cet ordre qu'ayant été raffuré
fur le défaut de pouvoir adhoc qui lui manquoit pour vendre, il crut devoir fe foumettre aux. volontés de PIntendant dont on lui
fit redouter la difgrace s'il ofoit réfifer.
Je revins au Cap un an après, & ce ne fut
qu'alors feulement que je fas informé de cet
acte illégal de defpotifie; : envain je m'adref.
faià plufieurs Avocats, aucun ne voulut, malgré mon droit, fe charger de ma caufe pour
ne pas contrarier la volonté de lIntendant,
d'un autre côté ne pouvant pas faire d'offres
réelles des Amtoatif-ndarneteadia
& méme diffipés (1); je metrouvai forcé
pour
(r) Je me trouvois folidairement engagé pour les 42
mille livres que M. Forefticr avoir touchés, & dont il
avoit donné quittance fous le nom Coleétif de Courrejoiles & Foreftier, mais cette quittance ne peut avoir
qu'un reccurs contre moi pour cette forme feulement,
& non pour un objet dont j'étois feul propriétaire.
M. de Marbois a fait paroitre dernièrement cette quittance, difant qu'elle portoit que ce terrein avoit été
réuni; s'il avoit vifité les regiftres du Greffe, il auroit
reconnu que cette prétendue réunion n'a jamais eu lieu,
(
-
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ous le nom Coleétif de Courrejoiles & Foreftier, mais cette quittance ne peut avoir
qu'un reccurs contre moi pour cette forme feulement,
& non pour un objet dont j'étois feul propriétaire.
M. de Marbois a fait paroitre dernièrement cette quittance, difant qu'elle portoit que ce terrein avoit été
réuni; s'il avoit vifité les regiftres du Greffe, il auroit
reconnu que cette prétendue réunion n'a jamais eu lieu,
(
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(9)
faire valoir mes droits d'attendre un temps
plus opportun.
Huit ans après ayant été obligé de paffer
en France pour traiter des affaires relatives au
projet d'arrofement de l'artibonite dont j'étois
alors chargé par le Gouvernement; je réfolus
dès-lors de profiter de cette occafion pour
réclamer auprès du Roi la Jufice que j'avois
droit d'attendre.
Il étoit d'ufage, à cette époque, quand on
demandoit juftice à la Cour, des'informer des
moyens qu'il falloit employer pour fe la faire
rendre, on appelloit cette étude l'air des Bureaux.
Ceux qui régnoient dans cette atmofphère
avoient foin de répandre des fatellites intelligens qui favoient reconnoitre & envelopper
habilement le folliciteur qui paroiffoit propre
à bien payer leurs efpérances. Je fus pris dans
leurs filers, ils me forcèrent de capituler : un
des articles de la capitulation portoit, en-
& que ce ne peut être autre chofe que quelque tourKure aflucieufe des Bureaux. D'ailleurs, oà font les formes qu'on auroit dû fuivre dans le cas que cette réunion eût été prononcée? tout étant donc illégal, je crois
qu'on ne fauroit plus me contefter la faculté de rentrer en
poffeffion de la maifon bâtie par M. Maffot, en lui tenant
compte de la valeur de fa bâtiffe; il faut aufli qu'on me
tienne compte des revenus que cet objet auroit pu me
donner depuis l'année 1765jufqu'au jour de la remife.
AARA ua - M AX - --- Page 16 ---
10) )
tr'autre, que j'abandonnerois un tiers de ma
propriété, afin de pouvoir jouir paifiblement
du refte. Mais fi d'un côté je bonifiois mes
affaires en facrifiant une partie de cette propriété, mes ennemis de Saint - Domingue,
qui n'avoient aucune part dans mes largeffès,
faifoient établir des ouvrages de fortifications
devant les emplacemens quej'avois créés par
mes remblais.
La mort du feu Roi & l'oeil clairvoyant
du nouveau Monarque firent réformer tous
les abus des Bureaux, & congédier en mémetems tous ceux qui paroiffoient fufpedts à la
Nation; de ce nombre furent ceux, qui, pour
me rendre fervice, vouloient me dépouiller
d'une partie de mes emplacemens.
Mais fi, au moyen de cette réforme, je
reftois entier pofeffeur de mes
droits, 3 la
propriété du terrein devenoit tillufoire, puifque
je demeurois toujours privé de la faculté d'y
élever aucune conftruétion.
Ma conceflion m'obligeoit formellement
à bâtir, mais la cupidité de ceux qui me
traverfoient n'ayant pas pu parvenir à me
faire faire aucun facrifice de ma propriété,
fe vengea, en me la rendant inutile. Quant
à moi j'attendois le moment favorable
demander juftice, & j'efpérois qu'un jour pour je
pourrois l'obtenir.
& a
é de la faculté d'y
élever aucune conftruétion.
Ma conceflion m'obligeoit formellement
à bâtir, mais la cupidité de ceux qui me
traverfoient n'ayant pas pu parvenir à me
faire faire aucun facrifice de ma propriété,
fe vengea, en me la rendant inutile. Quant
à moi j'attendois le moment favorable
demander juftice, & j'efpérois qu'un jour pour je
pourrois l'obtenir.
& a SAATA --- Page 17 ---
(11 )
Des gens en place, ayant beaucoup de
pouvoir, m'ont fait plufieurs fois des propofitions pour me défaifir en leur faveur;
toutes les fois que je paroiffois y acquiefcer,
on trouvoit le moyen de faire agréer le projet
d'un nouveau rang de maiflons fur les devans
de la Ville du Cap, mais lorfqu'on ne parvenoit pas à obtenir de moi tous les facrifices
qu'on en exigeoit, ce projet ne valoit plus
rien, difoit-on, & on employoit aul foutien
de cette opinion mille objedtions plus sabfurdes
les unes que les autres.
Mon ennemi le plus obftiné, celui qui eft
caufe que ma fontaine m'a été enlevée par
M. Magon, & qui eft caufe encore que je
ne jouis pas de ce terrein, eft celui aufli qui
a fait accepter, 3 fous l'adminiftration de MM.
de Belcombe, & de M. Bongars, le projet
de faire ce nouveau rang de maifons à la
Ville du Cap, fa haine éternelle s'eft manifeftée contre moi jufques dans fon projet,
puifqu'au lieu de continuer le rang des maifons qu'il projettoit, il a fait arrêter dans
fon plan la continuation de ces maifons, à
la lifière de mes abornemens, pour former
des allées de plufieurs rangs d'arbres fur ma
propriété, & malgré que l'eau de la mer
les fafle périr aufli-tôt que les racines y
pénètrent, on n'a pas ceffé de les remplacer
6OTA 5 LADan M/WEN > --- Page 18 ---
(12)
obftinément par la même raifon qui les a
fait planter.
Je vais ajouter une particularité qui fera
voir à quelles fortes de confidérations, les
droits les plus facrés font fubordonnés dans
les Colonies.
En 1784, le frère d'un Domeftique de
Madame la Comteffe de Bryonne arriva au
Cap, muni d'une lettre de recommandation
de cette Dame, pour M. de Belcombe, Général de Saint-Domingue; ; il demanda à ce
Gouverneur la permiflion de bâtir une maifon
en bois, de 30 à 40 pieds de dimention ; il
étoit ordinaire aux Adminiftrateurs de SaintDomingue, de regarder la demande d'une
aufi grande Dame que l'étoit alors celle-là,
comme un ordre auquel ils n'auroient
défobéir fans rifquer de perdre leur
pu
En
place.
confequence, le frère du Laquais de
Madame la Comteffe de Bryonne obtint la
permiflion de bâtir une cafe fur mon terrein;
je dois cependant rendre juftice à l'Adminif
tration de M.de Belcombe, il
exigea que cet
homme obtint de moi la permiflion de bâtir
fa maifon: on voit d'après cela.que ce Général
refpedtoit encore un peu la propriété.
En conféquence, le protégé de Madame
de Bryonne eut ordre de venir s'arranger
avec moi; M. le Chevalier du Grés, Coma - - - -
0V - Au e20
AAWANT Rate -
rendre juftice à l'Adminif
tration de M.de Belcombe, il
exigea que cet
homme obtint de moi la permiflion de bâtir
fa maifon: on voit d'après cela.que ce Général
refpedtoit encore un peu la propriété.
En conféquence, le protégé de Madame
de Bryonne eut ordre de venir s'arranger
avec moi; M. le Chevalier du Grés, Coma - - - -
0V - Au e20
AAWANT Rate - --- Page 19 ---
(1)
mandant du Cap, me pria de la part du
Général, de lui permettre de placer fa cafe
fur mon terrein, il me dit encore qu'il alloit
lui recommander de venir me trouver pour
me paffer un aête, par lequel il s'obligeroit
de la démolir lorfque le plan de la rue
projertée auroit lieu.
Cet homme vint en effet chez moi, je lui
fis une note des conditions fous lefquelles je
lui accordois la permifion de bâtir ; il me
promit de faire faire l'ade en conféquence,
mais au lieu d'aller chez un Notaire, ily fut
chez un Arpenteur (le fieur Veron); ; celui-ci
fe tranfporta fur les lieux pour opérer, j'en
fus aufli-tôt averti, j'eus le tems d'aller chez
un Procureur & de me rendre oppofant à
l'arpentage, afin d'éviter les chicanes que cet
homme auroit pu me faire avec une efpèce
de titre, qui, quoiqu'irrégalier, auroit pu
fervir comme une efpèce de prife de poffeffion.
Je fis aufi-tôt donner au fieur Veron s
Arpénteur principal, mon oppofition & mes
réferves contre fon opération.
J'en écrivis à Tadminiftration, & voici
l'extrait de la lettre à ce fujet.
92 Ily a quelque-tems qu'un fieur Mau3> gendre fe préfenta chez moi, par ordre de
93 M. le Chevalier du Grès, il étoit muni --- Page 20 ---
(14)
39 d'une permifion du Général, pour établir
s une baraque en bois fur mes emplacemens
32 du bord de la mer; je ne lui fis d'autres
> difficultés que celle d'exiger de lui une
>> legère redevance d'une piaflre gourde par
3> an, qui put conflater ma propriété, afin
5> que fa jouiflance ne l'altérit pas; mais cet
>7 homme m'a trompé, après fa promele Faxite
>9 à cet égard, il a fait venir un Arpenteur
>> fans m'en prévenir, pour prendre pofeflion
3> du local en forme juridique; ; heureufement
>2 j'ena 2 ai été averti à tems, pour faire donner
>> une fommation à l'Arpenteur, afin qu'il eut
37 à ne point opérer fur un terrein qui m'ap-
>2 partient, 3 j'en ai fait donner une autre au
>> fieur Maugendre, pour lui défendre d'y
>> bâtir.
>> Il fembloit que la manière honnête &
>9 généreufe que j'avois employée à fon égard,
39 en confidération de la prière de M.du Grès,
3> faite de la part de M. le Général, auroit
3> da lui prefcrire une conduite égale à la
9> mienne, mais bien loin d'y répondre, il a
22 mis en ufage toute la mauvaife foi d'un
3> homme qui ne mérite plus de ma part
92 aucune efpèce de ménagement > à moins
32 que M.de Belcombe ne l'exige abfolument; ;
9> la permiflion qu'il avoit accordée étoit pour
e
1 a a a a5 a ATAIT 20AA
. le Général, auroit
3> da lui prefcrire une conduite égale à la
9> mienne, mais bien loin d'y répondre, il a
22 mis en ufage toute la mauvaife foi d'un
3> homme qui ne mérite plus de ma part
92 aucune efpèce de ménagement > à moins
32 que M.de Belcombe ne l'exige abfolument; ;
9> la permiflion qu'il avoit accordée étoit pour
e
1 a a a a5 a ATAIT 20AA --- Page 21 ---
(15)
93 moi tropr refpedtable pour aller contre fes vo32 lontés, (1) mais aujourd'hui que cet homme
3> m'a trompé, M. le Général efl trop jufte
23 pour confentir que le fieur Maugendre
3 vienne m'enlever un emplacement par des
>> moyens qui ne peuvent pas être plus permis
>> en bonne morale qu'en bonne politique ce,
MM. les Adminifirateurs, à qui j'avois
adreffé en commun la Lettre, de laquelle j'ai
extrait ce que je viens d'expliquer au fujet
du fieur Maugendre, ne me dirent rien dans
leur réponfe fur mon oppofition, mais M. du
Grès me pria verbalement, de la part du
Général, d'avoir pirié de cet homme, en
m'affurant qu'il fe foumettroit à tout ce que
je lui prefcrirois à cet égard ; il l'envoya le
lendemain chez moi avec le billet fuivant.
>9 J'envoye à M. de Courrejolles le fieur
32 Maugendre, avec une copie légale de fa
32 requête & ordonnance, M. Courrejolles n'a
22 qu'à faire déclarer audit fieur qu'il fe retirera
>> fans autre forme, à la première fommation
>9 ou ordre, dès que le terrein fera réclamé
33 pour être établi, & après que j'aurai vifé
93 la déclaration qui doit être écrite au bas
(1) On voit par cette phrafe que je fentois à St.
Domingue qu'il falloit fe courber fous le defpotifime.
a VEAA * GNRA a P a
- --- Page 22 ---
(16)
9> de cette pièce, je la remettrai à M. de
>> Courrejolles, qui la gardera pour fa fireté
33 & fon titre. Au Cap, le II Décembre 1784.
3> Signé Le Chevalier DU GRÈS c,
Le fieur Maugendre me remit copie de
fa requête, au bas de laquelle il fit la déclaration fuivante.
93 En conféquence de la permifion quie
B MM. les Général & Intendant ont bien
9> voulu m'accorder d'établir une baraque en
>0 bois, fituée fur le bord de la mer, je
3> déclare que, non-feulement je la détruirai
>> aufli-tôt qu'ils me l'ordonneront, mais
2) encore lorfque M. de Courrejolles, proprié-
>> taire de ce local, me le fignifiera pour y
52 bâtir deffuts, pour fon compte, & pour ne
9> point altérer en aucune forme fa propriété,
>> je promets lui payer la fomme de huit livres
>> 5 fols par année. Fait de bonne foi, au Cap
>> le II Décembres234-Sgmel MAUGENDRE.
s P.S. Au cas de mort, de moi ou de
>> ma femme, M.de Courrejolles fera le maître
32 d'entrer en pofeffion de ladite baraque 2
>) en tenant compte des matériaux qui feront
3> eftimés à cet effet au profit de mes héritiers,
22 fans que moi ni ma femme puiflions tranf29 mettre
- aeree 1
ols par année. Fait de bonne foi, au Cap
>> le II Décembres234-Sgmel MAUGENDRE.
s P.S. Au cas de mort, de moi ou de
>> ma femme, M.de Courrejolles fera le maître
32 d'entrer en pofeffion de ladite baraque 2
>) en tenant compte des matériaux qui feront
3> eftimés à cet effet au profit de mes héritiers,
22 fans que moi ni ma femme puiflions tranf29 mettre
- aeree 1 --- Page 23 ---
(17)
>> mettre la jouiffance qui m'a été accordée
92 à qui que ce foit, ni fous quelque prétexte
22 que Ce foit.
Signé MAUGENDRE.
9> Vu par Nous Colonel d'Infanterie, Com-
>> mandant particulier du Cap, & en fecond
D) par intérim de la partie du Nord. Au Cap,
22 le II Décembre 1784. Signé Le Chevalier
92 DU GRÈS c,
Après que ces formalités furent remplies,
M. le Chevalier du Grès m'écrivit la Lettre
fuivante, en me renvoyant ces pièces en
bonne forme.
Au Cap lc II Décembre 1784-
>> J'ai l'honneur, Monfieur, de vous ren32 voyer la Requête du fieur Maugendre, au
3> bas de laquelle j'ai mis mon vu, pour
>> certifier que c'eft de l'aveu & ordre du
30 Gouvernement, qu'il vous y a fait les deux
92. déclarations nécelfaires à la confervation de
s vos droits, du terrein dont il s'agit,
9> J'ai l'honneur d'être avec un parfait
39 attachement, &c,
>> Signé Le Chevalier DU GRÈS ce,
Dans le même tems que le fieur Maugendre
B
-
-
- La W 2 VAC a - - - --- Page 24 ---
(13)
faifoit élever fa cafe de bois, M, Maffot,
Capitaine de Port, faifoit bâtir une maifon
à étage, avec deux grands pavillons, qui lui
donne aujourd'hui douze mille livres de rente.
(Cette maifon eft conftruite fur ce terrein,
faifant primitiverent partie de ma propriété,
& qu'on arracha d'autorité, en 1765, à M.
Foreftier, contre toutes les règles de lajuitice).
Ce M; Mallot ne rencontra pas les mêmes
difficultés que moi & la railon eft fenfible,
M. Maffot eft le beau-père de M. Bretel,
premier Commis du Bureau des Colonies.
Il reftoit un intervalle de 36 pieds entre la
maifon bâtie par M. Mafot & la cafe du
fieur Maugendre, je crus qu'en ma qualité
de propriéraire (ayant mes titres de conceflion
qui m'autorifoient à bâtir) j'étois plus fondé
que perfonne de conftruire dans cette lacune
une halle de 36 pieds. On va voir que je ne
trompois.
Je mis des ouvriers pour difpofer le terrein,
M. du Gres, Commandant du Cap, qui
s'y tranfporta, reconnut allez la juftice de
mes droits e - > pour n'y faire aucune efpèce
d'oppofition.
Quelques tems après MM. Viau & Bafque
me proposèrent de leur paffer un bailà ferme,
de la halle que j'allois faire élever; nous le
Gee 4
On va voir que je ne
trompois.
Je mis des ouvriers pour difpofer le terrein,
M. du Gres, Commandant du Cap, qui
s'y tranfporta, reconnut allez la juftice de
mes droits e - > pour n'y faire aucune efpèce
d'oppofition.
Quelques tems après MM. Viau & Bafque
me proposèrent de leur paffer un bailà ferme,
de la halle que j'allois faire élever; nous le
Gee 4 --- Page 25 ---
-
(19)
paffames pardevant Mc Bordier, Notaire, à
raifon de onze mille livres par an, avec obligation de leur part de me compter une année
d'avance pour m'aider a bâtir.
Un autre Négociant (M.Lefebvre Bryonne)
fachant alors qu'il feroit bientôt queftion
d'exécuter le nouveau rang de maifons, pour
former la rue projettée, & m'ayant propolé
de lui vendre un emplacement de 60 pieds
de face, nous en conclumes le marché pour
la fomme de cent trente-deux mille livres,
j'en paffai la vente pardevant le même Me
Bordier, Notaire, le 6 Décembre 1785.-
Quoique M.Lefebvre fàt à mes droits, &
que M.Maflot, le fieur Maugendre & moi,
élevions des maifons en bois, en attendant
la permiffion de bâtir en maçonnerie, il crut
devoir s'adreffer au Gouvernement pour obtenir la même grâce 5 MM. de Contard &
de Marbois > Général & Intendant de la
Colonie, appointèrent fa Requête en ces
termes :
>> Renvoyons à nos Repréfentans du Cap
de la
du
p &à M.Tingénicuren-Chef
partie
>> Nord, à l'effet d'avoir leurs obfervations
>> & avis fur l'objet de la préfente Requête,
2) pour le tout à nous rapporté; être enfuite
B2
- - - - a à
- RA - --- Page 26 ---
SA a a
( 20 )
*"ordonné ce que de drcit. Donné au Port3s au Prince le 24 Décembre 178;.
3> Signé de CONTARD ET DE MARBOIS.
Voici l'avis de lIngénieur en Chef.
>> Il paroit que de tous les temps l'inten9> tion de MM. les Adminiftrateurs a été de
3> former une rue dans cette partie de la
33 ville, mais la largeur de cette rue a été
32 déterminée d'une manière bien differente;
>> les uns l'ont portée jufqu'à quatre-vingt3> dix pieds, d'autres l'ont réduite à vingt35 quatre pieds feulement. Je penfe que celle
9> qu'il conviendrcit de lui donner feroit cin-
>> quante-quatre pieds ou toutau plus foixante,
>> &je préférerois la première dimenfion. Le
>9 prix exhorbitant des logemens au Cap (1)
>3 prouve afiez combien il feroit néceffaire
32 de tâcher d'y multiplier les maifons, d'aila9 leurs la partie du quai dont il s'agit eft
2> aujourd'hui embarraffée par les matériaux
95 & marchandifes de toutes efpèces que les
3> Négocians font en quelque façon obligés
2> d'y dépofer faute de magafins pour les re-
(1) Les loyers donnoient en général à cette époque
te tiers du capital pour revenu, & tout le monde
étoit fort étroitement logé.
- CAE YT
'y multiplier les maifons, d'aila9 leurs la partie du quai dont il s'agit eft
2> aujourd'hui embarraffée par les matériaux
95 & marchandifes de toutes efpèces que les
3> Négocians font en quelque façon obligés
2> d'y dépofer faute de magafins pour les re-
(1) Les loyers donnoient en général à cette époque
te tiers du capital pour revenu, & tout le monde
étoit fort étroitement logé.
- CAE YT --- Page 27 ---
a le
a
(21)
9> tirer, au point que l'on a peine à y paffer
99 à cheval certains jours. D'après cela j'ef32 time qu'il feroit avantageux pour le public
> que l'on permit d'y bâtir des cafes en bois
>> feulement, à l'inftar de celles que les fieurs
ont
obtenu la
>> Maffot & Maugendre
déjà
>9 permiflion de faire conftruire, à condition
95 toutesfois que les propriétaires s'oblige9> ront à les démolir & à les reconftruire fur
&
leur
>> les nouveaux plans
alignement qui
le Gouvernement
3> feront donnés, lorfque
95 aura jugé à- propos de prendre un parti
>9 définitif au fujet de cette rue, fans préten92 dre aucune indemnité. Fait au Cap, 'le 24
3 Janvier 1786.
>) Signé CHATEAU-VIEUX.
Voici l'avis de M. Touffard, Lieutenant
Colonel de la garnifon (1),qui commandoit
au Cap pendant l'abfence du Commandant
en Chef de cette ville.
3> La lettre commune de MM. de Belle-
> combe & Bongars, à M. le Chevalier Du-
>> grès au fujet du fieur Lalande, en date
(1) Ce M. de Touzard a obtenu des conceffions de
M. de Marbois, auffi a-t-il toujours été an de fes plus
zélés préconifeurs contre l'opinion générale.
B 3.
AMTUN SS LAWN TA - A - RA a --- Page 28 ---
(22)
93 du 3 Mars 1785, porte en apoftille, figné
3) de lui feul.
>> Je vous défends, Monfieur, de permettre
9> de tàtir fur le Quai, Jous quelques prétéxtes
9> que ce puifje écres jufqu'à ce que le nouveau
95 plan du Directeur de la ville du Cap que je dois
95 envoy er au Miniftre foit approuvé c,
Signe TOUZARD.
Voici l'avis de l'Ordonnateur.
>9 La défenfe faite à l'occafion du fieur
>> Lalande, ne peut, fclon moi, regarder que
>2 les emplacemens appartenant au Roi fur
92 le Quai, accordés en conceflion, peut-être
3> trop légèrement, le fieur Lalande ayant
>3 refufé dans les temps de remettre le titre.
>3 La conceflion ainfi accordée & que le
>> Gouvernement vouloit retirer, M. le Gé-
>> néral fit alors la défenfe d'y bâtir pour
rendre par-là ce titre nul 5 mais ce que
3) demande le fieur le Févre ne me paroit
3> pas foumis à cette défenfe ; il follicite la
9> permiflion de bâtir un magalin fur un ter3, rein accordé en conceflion depuis 1764 à
>> M. de Courrejolles avec lequel il étoit
>> convenu, 2 fe foumettant d'ailleurs à démo-
> lir aux premiers ordres du Gouvernement,
9, & la jouiflance qu'il demande, devient
- 1oo a
3) demande le fieur le Févre ne me paroit
3> pas foumis à cette défenfe ; il follicite la
9> permiflion de bâtir un magalin fur un ter3, rein accordé en conceflion depuis 1764 à
>> M. de Courrejolles avec lequel il étoit
>> convenu, 2 fe foumettant d'ailleurs à démo-
> lir aux premiers ordres du Gouvernement,
9, & la jouiflance qu'il demande, devient
- 1oo a --- Page 29 ---
(23)
a auffi précaire que celle des GieursMaugendre
9> & Maflot, qui ont obtenu la permiflion
9) de bâtir en bois dans le même alignement
> & furle terrein également de M. de Cour-
>) rejolles.
>) Il me paroitroit plus avantageux que
39 nuifible d'établir des magafins fur le Quai
3) au-delà de cinquante pieds réfervés pour
9> la largeur de la rue : ces bâtimens écar-
>> teroient les ordures, les bois, les matéraux
> entaflés avec une confufion & un défordre
>) qui obftruent abfolument le paffage, même
3> des gens de pied; CES bâtimens, d'ailleurs,
>> peuvent faire tomber le prix exceflif des
3> loyers.
9> J'adhere, au furplus, à l'avis & aux
> obfervations de M. de Château - Vieux,
3> Ingénieur en Chef de ce Département. Au
93 Cap le 27 Janvier 1786.
Signé FAYOLLE
Seconde obfervation de MM. les Général
& Intendant : 3> le Suppliant joindra à la pré.
(1)Ce M. Fayolle, Commiffaire Ordonnateur au Cap,
ne paroitra plus dans cette affaire, il fut remplacé
à-peu-près à cette époque par M. Jauvin, a qui l'on va
voir jouer un des principaux rôles contre rnoi.
B 4
IAATN aA LVNA A 2 --- Page 30 ---
- -
(24)
ss fente un plan figuratif des lieux ou fera
$ tracé le terrein fur lequel il défire faire
9> conftruire une cafe en bois, & fera vifer
3> ce plan par M. l'Ingénieur en Chef de la
33 partie du Nord, pour le tout étre enfuite
29 à nous rapporté, étre ordonné ce que de
3> droit. Donné au Port-au-Prince le 8 Février
a 1786.
35 SigneDE CONTARD, DE MARBOIS C,
M. le Févre fit dreffer ce plan, & le fit
paffer aux Adminiftrateurs, l'avis de l'Ingénieur en Chef & de l'Ordonnateur, fembloit
deyoir prévaloir fur celui d'un Officier de la
garnifon qui commandoit dans ce moment
au Cap, leurs avis motivés auroient certainement du décider les Adminiftrateurs Généraux à terminér cette affaire par une conelufion favorable aux intérêts de M. le' Févre.
Ce Négociant fe trouvoit alors dans une
pofition fâcheufe, il expofoit dans fa Requête,
qu'érant forcé de vuider le magalin le plus
confidérable de la Colonie pour l'utilité de la
Marine royale & marchande, il fe voyoit
dans la ficheufe alternative de mettre les
effets immenfes de fon commerce dans la
rue ou bien de plaider contre le propriétaire
qui exigeoit 33,000 liv. de loyer, pour la
A 1
égociant fe trouvoit alors dans une
pofition fâcheufe, il expofoit dans fa Requête,
qu'érant forcé de vuider le magalin le plus
confidérable de la Colonie pour l'utilité de la
Marine royale & marchande, il fe voyoit
dans la ficheufe alternative de mettre les
effets immenfes de fon commerce dans la
rue ou bien de plaider contre le propriétaire
qui exigeoit 33,000 liv. de loyer, pour la
A 1 --- Page 31 ---
(25)
moitié ou méme le tiers d'une maifon qui
n'avoit pas couté 120,000 livres de capital.
Il expofoit en outre dans cette même Re
quéte, qu'avant de m'acheter cet emplacement il avoit demandé verbalement aux Adminiftrateurs s'il pouvoit efpérer qu'on lui
permettroit d'y bâtir un magafin en bois
pour y mettre fes marchandifes, & que Ce
ne fut que fur la réponfe favorable qu'on
lui fit qu'il fe décida à m'acheter un emplacement de 60 pieds de face pour la fomme
de 1:2 mille livres.
Cette Requête ainfi pourvue de l'avis de
l'Ingénieur en Chef ( que l'Intendant devoit
confidérer comme une règle à fuivre fur cette
partie d'adminiftration de la même manière
que l'avis d'un Intendant fur les Finances
fert de règle à un Gouverneur Général) fut
adreffée à MM. de Coutard & de Marbois
au Port-au-Prince.
Dans ces entrefaites, M. de Marbois fe
rendit au Cap, il logea au Gouvernement,
il pria M. de la Valtière, de m'engageràp
porter mes titres; je me rendis chez ce Commandant, qui fit avertir M. de Marbois que
je l'attendois chez lui ; il s'y rendit avec
emprefément & comme un homme qui fembloit avoir un très-vif intérêt à connoître
-
A 3 -D
- -
-
- - --- Page 32 ---
(26)
mes droits; je les fis tous voir, je ne pus
m'empécher de témoigner l'humeur qu'infpire à un homme loyal tous les détours &c
tous les moyens infidieux qu'il oppofoit à
l'évidence de mes titres.
Ma conceflion du ier. Juillet 1764, porte
que lon m'accorde à perpétuité un terrein
de 190 pas de longueur fur 5o pas de
largeur conformément au plan & à l'adte de
jouiffance que j'en avois obtenu le 9 Août
1763.
L'Intendant crut fans doute découvrir quelques moyens de nullité capables de lui fournir un prétexte favorable aux deffeins pernicieux qu'il n'avoit pas la politique de Cacher, car il ne rougiffoit jamais de ce qu'on
s'appercevoit des détoprs qu'il employoit pour
en venir à fes fins, il me demanda à voir cette
jouifance avant de me permettre de cortinuer
les travaux de la halle quc je faifois bàtir pour
les fieurs Viau & Bafque, & préalablement
il défendit à M. le Févre d'élever aucun bâtiment fur le terrein qu'il m'avoit acheté;
il partit peu de jours après du Cap, & rendu
au Port-an-Prince, il renvoya la Requête de
M. le Févre avec l'appointé fuivant.
3) Vu l'expofé en la préfente, la Requête
>> à nous préfentée par différens propriétaires
- m -
pour
les fieurs Viau & Bafque, & préalablement
il défendit à M. le Févre d'élever aucun bâtiment fur le terrein qu'il m'avoit acheté;
il partit peu de jours après du Cap, & rendu
au Port-an-Prince, il renvoya la Requête de
M. le Févre avec l'appointé fuivant.
3) Vu l'expofé en la préfente, la Requête
>> à nous préfentée par différens propriétaires
- m - --- Page 33 ---
a
C
(27) )
39 & locataires des maifons du Quai de la
>> ville du Cap le 25 Février 1786, & attendy
de
>> l'intérêt public, déboutons le fuppliant
9> fa demande (1).
>> Donné au Port-au -Prince le 18 Mars
3> 1786.
>> Signé DE COUTARD ET DE MARBOIS cr,
Que peut-on penfer d'un Adminiftrateur
qui ne fuivant aucune forme & prenant fes
volontés pour la mefure de tout, loue, >
blame, fait & défait fuivant fon caprice,
fans confidérer, ni droit, nijuftice. Comment
peut-on confidérer le jugement d'une affaire
entre M. le Févre & de prétendus proprié.
taires, lorfqu'il n'y a point eu de fignifications faites entre les parties, & par conféquent point de centeftations.
Le myftère fait par M. de Marbois aux
parties intéreffées d'une Requêre fur laquelle
il avoit fondé fa fentence, étoit parfaitement
conforme aux maximes de cet Adminiftrateur.
(r) Il eft bien étonnant qu'un Adminiftrateur qui doit
veiller à l'intérêt public. entre dans les vues des propriétaires des maifons du Cap, dont les loyers ruinoient
tous les Marchands & tous les Particuliers qui vouloient
en bâtir.
A 38 a - - A - -
- V C HA --- Page 34 ---
SAM A a
23 )
Plus curieux de trouver des prétextes
pour
vexer que de maintenir la juftice, fes principaux agens étoient des efpions, gens habiles
à calomnier, payés libéralement pour nuire,
& ardens à multiplier leurs profits (1). D'après
desinftrudtions aufli pures, M. deMarboisagiffoit fuivant les circonflances ou les perfonnes (2). Tantôt avec toute l'audace de l'iniquité, tantôt avec les détours les plus perfides.
Enfin, ce fut ce dernier moyen qu'iljugea lui
convenir le mieux à mon égard. Notre correfpondance fera connoître fes talens & fon caraétère.
Voici copie de la première Lettre que je
lui ai écrite du "Cap, le 27 Avril 1786, au
(I) Il s'eft fait un commerce fi fcandaleux dans les
Bureaux de FIntendance, de la dépouille des Colons 3
qu'ily en a qui propofoient d'avance la vente d'un terrein dont la réunion n'étoit pas encore prononcée. On
ne voit pas dans la note fournie par M. de la Luzerne,
certaines réunions accordées à tous les intrigans étayés
du pouvoir de M. de Marbois, parce qu'ils fe font fervis de différens noms empruntés pour couvrir leurs manceuvres, rien n'efl plus facile à prouver par les regiftres
& les enquétes.
(2) On a trouvé dans la fucceffion d'un homme une
correlpondance fecrête d'efpionage qui dévoile les moyens
employés par M. de Marbois. Tout le monde a également vu celle que cet Intendant tenoit avee un Commis de
M. Artaud.
- 4- - - 1
27 -
font fervis de différens noms empruntés pour couvrir leurs manceuvres, rien n'efl plus facile à prouver par les regiftres
& les enquétes.
(2) On a trouvé dans la fucceffion d'un homme une
correlpondance fecrête d'efpionage qui dévoile les moyens
employés par M. de Marbois. Tout le monde a également vu celle que cet Intendant tenoit avee un Commis de
M. Artaud.
- 4- - - 1
27 - --- Page 35 ---
(29)
fujet de la jouiffance obtenue, qu'il me
demanda à voir lors de notre entrevue chez
M. de la Valtière.
5 MONSIEU) R,
3> LES recherches faites dans tous les Greffes,
s depuis votre paffage au Cap, m'ont fait
9> découvrir enfin la pièce que vous avez cru
>P néceffaire d'ajouter à mes titres; j'ai l'hons> neur de vous l'adreffer en vous priant de
3> me la renvoyer, parce qu'elle pourroit me
> fervir au befoin.
>> J'ai refpecté l'avis que vous m'avez donné
> de fufpendre les travaux de la cafe en bois
>> que j'avois confruite pour la placer fur
23 mes emplacemens, jufqu'à ce que je vous
>> euffe préfenté le titre de jouiflance que j'ai
a obtenu avant ma concefion.
>> J'ai l'honneur de vous adreffer encore
31 un Mémoire, avant de vous le préfenter
>2 en commun avec M. le Général, afin que
>> vous puifliez voir fi les objedtions que vous
39 avez eu la bonté de me faire à l'occalion
5> de la requête qui vous a été remife, peu39 vent balancer les raifons que je produis ;
3> j'ofe efpérer, > Monfieur, que l'amour du
33 bien public vous engagera à examiner ce
92 Mémoire, & à me faire de nouvelles
7 o -
2IwA MCo
2 a - --- Page 36 ---
30 )
3> objedtions. L'objet en mérite la peine; je
>9 vous fupplie de charger quelqu'un de votre
>> confiance, pour combattre mes opinions, >
>> & de m'en envoyer le réfultat, afin que
3> je redtifie mes principes fi j'ai erré, ou que
39 je les foutienne s'ils font juftes, par une
>> réplique qui découvrira la vérité de ce que
33 j'avance.
9> En chargeant, Monfieur, quelqu'un qui
>> connoiffe la Colonie de cet examen, cela
3> ne vous prendra point du temps qui vous
>> eft fi précieux pour les grandes affaires qui
2> vous occupent.
3> J'ai l'honneur d'être, 8zc. Signé COUR39 REJOLLES C,
RÉPONSE DE M. DE MARBOIS.
Port-au-Prince le 30 Avril 1786.
3> J'ai reçu, Monfieur, la lettre que vous
3> m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27
33 de ce. mois, ainfi que l'extrait des regiftres
23 du Greffe de l'Intendance dont elle étoit
9> accompagnée. Cet extrait qui contient le
22 titre de la concelfion pour jouifance qui vous
39 a été accordée le 9 Aoit 1763 - porte expref3> fement ce qui fiit :
9> Ladite jouillance ainf accordée audit feur
92 de Courrejolles pour le temps fculement que
y -
'honneur de m'écrire le 27
33 de ce. mois, ainfi que l'extrait des regiftres
23 du Greffe de l'Intendance dont elle étoit
9> accompagnée. Cet extrait qui contient le
22 titre de la concelfion pour jouifance qui vous
39 a été accordée le 9 Aoit 1763 - porte expref3> fement ce qui fiit :
9> Ladite jouillance ainf accordée audit feur
92 de Courrejolles pour le temps fculement que
y - --- Page 37 ---
(31)
3> ledit terrein ne fera pas utile au fervice du
1 Roi & à la charge par lui de l'établir dans
>> un an au plus tard.
3, Ces conditions jufificnt pleinement le parti
3> que MM. de Bellecombe avoit pris de ne pas
93 permettre que vous y Flfiex élever aucun bà95 Ziment,je n'ai pu qu'etre du même fentiment;
>> j'examinerai avec M. le Comte de la Lu3> zerne, le mémoire que vous m'avez fait
>> l'honneur de m'adreffer; mais la Requête
95 qui m'a été remife par plufieurs habitans du
3> Cap, ne yous ayant pas été communiquée,
3 & n'ayant pas di létre, > votre mémoire ne
3> peut être confidéré que comme contenant des
>2 éclairciffemens dont nous ferons l'ufage qui
>> nous paroitra convenable (1).
2> J'ai l'honneur de vous renvoyer l'extrait
92 des regiftres de l'Intendance, &: d'être avec
23 un très-parfair attachement, Monfieur, &c.
1> Signe DE MARDOIS C.
Il eft bien étonnant que M. de Marbois f
habile à faire les recherches des comptes les
plascachésdet'adminifiration, fur-tout quand
il elt queftion de faire perdre la fortune,
(1) Où a-t-il jamais vu qu'on ne communique pas les
pièces aux parties intéreflées?iln'ef pas étonna.t qu'avec
de tels principes il ait commis tant d'erreurs.
e a - 2
- --- Page 38 ---
(3:)
ou l'honneur de quelqu'un, faffe l'ignorant, & oublie que je lui avois fait voir au Cap
une concelfion poftérieure qui m'accorde la propricté permanente de mes emplacemens.
Cette conceflion, datée du premier Juillet
1764, rendoit la jouiffance du 9 Août 1763
inutile, & les réferves antérieures du Roi
également nulles.
Pourquoi donc déguifer les faits par une
fauffe conféquence établie fur un titre nul,
en difant : Les conaitions juflifient pleinement
le parti que M. de Belcombe avoit pris, de ne
a
pas permettre que vous y Sliz elever aucun
batiment,je n'aipu qu'etre du même fentiment.
Jamais M. de Beilecombe ne m'a rien
prefcrit à ce jujet, & l'Appointé de M.
Touzard, dont il veut parler fans doute, D
regarde une autre conceflion, celle du fieur
Jean Lalande.
La feinte ignorance de M. Marbois n'étoit
pas fans motif, ma prepriété convenoit à d'autres; mais pour me l'enlever,il falloit a ffoiblir
par des difficultés un titre authentique qu'on
ne pouvoit pas détruire, il falloit étonrer ma
bonne foi par une contradidtion bifarre 2
faire naitre de la perfécution I , même des
prétextes pour employer à propos toute la
violence du pouvoir ablolu ; me fatiguer
enfin
feinte ignorance de M. Marbois n'étoit
pas fans motif, ma prepriété convenoit à d'autres; mais pour me l'enlever,il falloit a ffoiblir
par des difficultés un titre authentique qu'on
ne pouvoit pas détruire, il falloit étonrer ma
bonne foi par une contradidtion bifarre 2
faire naitre de la perfécution I , même des
prétextes pour employer à propos toute la
violence du pouvoir ablolu ; me fatiguer
enfin --- Page 39 ---
(33)
enfin à force d'iniquités pour s'emparer de
mes dépouilles. C'eft ce que M. de Marbois.
vouloit, il l'a exécuté. On va le voir par la
fuite de notre corre/pondance,
R É P O N S E,
Au Cap, lc 4 Mai 1786.
MONSIEUR,
>> J'AI reçu la Lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire le trente du mois pafe,
ainfi que l'extrait des regiftres du Greffe de
lIntendance, , de la jouifance que j'avois
obtenue avant ma conceffion 5 cette pièce
aujourd'hui n'a aucune valeur, parce que
la conceflion accordée à perpétuité & fans
refriation, ia rend inutile, je n'en ai tiré
un extrait que pour vous faire voir que
j'étois en tout parfaitement en règle, 8c que
tous les obftacles que l'on voudroit faire
naitre > ne pourroient jamais altérer ma
propriété.
35 M. de Bellecombe ne s'eftjamais oppofé
àd ce quej je fiffe bâtir, &: fi Pon vous a dit le
contraire, on vous a furpris. Il a feulement
fait un projet de rue , pour que toutes les
maifons fuffent uniformes, mais dont la largeur n'eft pas encore déterminée; c'eft par
C
A
a - --- Page 40 ---
-
à - ser
a
(34)
cette raifon que je n'ai fait jufqu'aujourd'hui
que des baraques en bois, qui, toutes fimpies qu'elles font, n'en ont pas moins rempli
les conditions des Ordonnances pour en empécher la réunion.
>> Vous étes trop julte, Monfieur, pour
m'alarmer davantage fur un bien que perfonne ne peut contefter 5 un fage Adminiftrateur doit avoir préfent à la penfée que
la propriété eft de toutes les chofes de la
fociété, la plus relpectable, & qu'on n'y peut
toucher qu'à Conftantinople (1).
>> En vous envoyant d > Monfieur, le mémoire que je comptois vous préfenter en
commun avec M.le Général, c'étoit de ma
part une action de confiance pour répondre
aux objedtions que vous m'aviez faites, &c
je ne comptois le faire valoir qu'après en
avoir fouftrait tout ce que vous auriez jugé
contraire au bien public que je ne perdsjamais
de vue malgré mon intérêt particulier.
3> J'ai l'honneur d'être, &c. CC
Signé COURREJOLLES
(1)Jen'avois pas lu à l'époque oû j'écrivis cette lettre,
l'ouvrage du Baron de Tot oh l'on voit que la propriété eft
plus refpeltée à Conflantinople que par-tout ailleurs malgré le defootifme du Grand Seigneur. C'eft donc à St. Domingue feul que les Adminiftrateurs ne refpedtent rien, les
Daladrolmtaefiarodetimtasfascdonuscumpemsel fieur Marbois,
4A Me o1 98
'avois pas lu à l'époque oû j'écrivis cette lettre,
l'ouvrage du Baron de Tot oh l'on voit que la propriété eft
plus refpeltée à Conflantinople que par-tout ailleurs malgré le defootifme du Grand Seigneur. C'eft donc à St. Domingue feul que les Adminiftrateurs ne refpedtent rien, les
Daladrolmtaefiarodetimtasfascdonuscumpemsel fieur Marbois,
4A Me o1 98 --- Page 41 ---
(35)
RÉPONSE DE FINTENDANT.
Au Port-au-Prince Ic II Mai 1786.
>. J'AIreçu, Monfieur, la Lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire le 4 de
ce mois.
s Je me rappelle, que la concelfion que vous
m'aver fait voir au Cap,fe réfère à celle que
vous m'avex adrellée ici, & quejai eu lhonneur
de vous renvoyer. Je fuis bien perfuadé que
vous vous ferez abltenu B > ainfi que vous
me l'avez promis en Février dernier, de rien
ajouter aux fondations que vous aviez fait
faire pour une maifon ou baraque fur le
terrein dont il s'agit. Votre promeffe m'a
paru & me paroit encore un engagement
trop précis & trop certain pour que j'aie
cru devoir vous faire faire une injondtion
direête des Adminiftrateurs.
22 J'ai l'honneur d'être, &c. ce
Signé DE MA RBOIS.
M. de Marbois fe rappelloit, que les deux
conceflions fe référoient. Mais il feignoit
toujours de ne pas fe rappeller que la feconde
du ISI, Juillet 1784 me donne la poffeflion
C 2 2
à
- --- Page 42 ---
(36)
foncière du terrein à perpétuité en m'autorifant d'y bâtir, & cependant malgré P'exiftance du demierttreguiannulle le premier, il
s'oppofoit toujours au droit que j'avois d'y
bâtir.
M A R É PO NS E.
Au Cap, le 23 Mai 1786.
MONSIEUR,
>JE me fouviens parfaitement bien de vous
avoir promis de faire ceffer les travaux commencés fur mes emplacemens du bord de
la mer, avant votre arrivée au Cap, jufqu'à
ce que je vous euffe produit tous mes titres ;
je me fouviens parfaitement bien encore >
qu'ayant eu l'honneur de vous repréfenter,
que le Capitaine de Port, qui n'a qu'une
jouiffance du terrein qu'il a fait bâtir, &
le fieur Maugendre, une feule permiflion
conditionnelle, par laquelle le Gouvernement
l'a forcé de reconnoître ma propriété 5 je me
fouviens, dis-je, - d'avoir eu l'honneur de
vous repréfenter, qu'il étoit éronnant que
propriétaire du terrein fur lequel je failois
bâtir, je fulle le feul - exclu de la même
permiflion; vous me répondites que je n'avois qu'à vous préfenter une Requête à ce
re, une feule permiflion
conditionnelle, par laquelle le Gouvernement
l'a forcé de reconnoître ma propriété 5 je me
fouviens, dis-je, - d'avoir eu l'honneur de
vous repréfenter, qu'il étoit éronnant que
propriétaire du terrein fur lequel je failois
bâtir, je fulle le feul - exclu de la même
permiflion; vous me répondites que je n'avois qu'à vous préfenter une Requête à ce --- Page 43 ---
(37) )
fujet, mais que préalablement vous aviet befois
de voir l'aëte de jouiffance qui avoit précédé mon
aite de propriété > & qu'en attendant iZ falloit
celfer de batirs M. de la Valtière fe reffouvient très-bien aufli de toutes ces particularités.
>> J'ai ceffé de bâtir depuis cette époque es
parce que j'ai toujours fu refpecter la foi des
traités 5 me voilà donc parfaitement en règle
vis-à-vis de vous, Monfieur.
9> On dira peut-étre, M.l'Intendant, en vous
difant de préfenter une Requéte, ne vous a
pas dit pour cela qu'il vous permettoit de
bâtir.
>Je répondrai qu'un homme en place ne fair
jamais de réponfe équivoque quand il eft
ombragé de l'autorité royale, M: l'Intendant
connoît trop ce qu'il doit au rang qu'il OCcupe pour s'écarter des préceptes de fa dignité;
il ne m'eût certainement pas dit de préfenter
une Requête pour m'induire en erreur , je
rends trop de juftice à fes connoifances pour
croire qu'il ait jamais eu l'idée de fe faire un
jeu des chofes les plus férieufes,je m'en rapporte donc entièrement à votre parole, Monfieur, > pour vous demander l'agrément de
continuer la Halle en bois que j'ai commencée, - ou de me faire la grace de me dire s'il
C 3.
*
DA --- Page 44 ---
- / -
38 )
eft néceffaire abfolument que je préfente cette
Requête; ma franchife m'oblige à vous dire
que des perfonnes éclairées dans les affaires
m'ont obfervé que j'affoiblirois mes titres en
ne les faifant pas valoir feulement par la
force des pouvoirs qu'ils contiennent, &
qu'alors rien ne feroit établi d'une manière
folide dans la Colonie, attendu qu'un Adminiftrateur altéreroit ou détruiroit infenfiblement ce qui auroit été fait par un autre ;
vous devez bien fentir, Monfieur, l'importance de cette obfervation. Tant que le Gottvernement a dit, il n'eft pas encore temps
de bâtir, & qu'on s'eft fondé fur de bonnes
raifons, j'ai eu la modération de ne le pas
faire, parce que, de ce temps-la, il y avoit
réellement beaucoup d'emplacement à bâtir
dans la ville du Cap; mais auffitôt qu'il l'a
permis aux fieurs Maffot, Artauts & Maugendre, j'ai cru qu'ayant des titres qui m'y
autorifoient, je pouvois au moins élever
comme les autres une Halle en bois dans un
intervale de 36 pieds entre celles des feurs
Maffot & Maugendre.
3> Vous m'expoferiez, Monfieur, fans lap permiffion que je vous fupplie de m'accorder,
vous m'expoferiez, disje, 3 à la honte d'étre
afligné par devant des Tribunaux qui pour-
re, j'ai cru qu'ayant des titres qui m'y
autorifoient, je pouvois au moins élever
comme les autres une Halle en bois dans un
intervale de 36 pieds entre celles des feurs
Maffot & Maugendre.
3> Vous m'expoferiez, Monfieur, fans lap permiffion que je vous fupplie de m'accorder,
vous m'expoferiez, disje, 3 à la honte d'étre
afligné par devant des Tribunaux qui pour- --- Page 45 ---
- a 1
(39) )
roient me condamner à remettre une fomme
de dix mille livres qui m'a été comptée pour
m'aider à bâtir cette maifon conformément
au bail que j'ai l'honneur de vous adreffer,
& que je vous prie de me renvoyer.
92 Je me fuis endetté nonobftant cette fomme
de plus de vingt mille livres pour remplir
mon engagement, & c'eft au moment ou
j'avois fini de la bâtir, &c qu'on alloit la
monter, que j'ai été forcé d'arrêter ces travaux; les particuliers avec quij'ai traité cette
affaire me menacent tous les jours de commencer leur procès contre moi, que voulezvous, Monfieur, que je leur réponde ? j'ai
d'autant moins de tort d'avoir traité cette
affaire, qu'il y avoit déjà long-temps que
j'avois fait entourer cet emplacement, fans
que la précédente Adminiftration m'eût rien
dit; en effet, que pouvoit-on dire au propriétaire du local, lorfqu'on autorifoit d'autres particuliers à bâtir fur fon terrein; il
auroit fallu ne pas le leur permettre avant
de me difputer un droit autorifé par mes
titres de conceflion.
>> Je vous crois trop éclairé, Monfieur, pour
imaginer que vous me refufiez une pareille
juftice; fi vous me la refufez, quel coup de
défefpoir n'offrez-vous pas à mon elprit ! à
C 4
4 TaS X5 CN R we A --- Page 46 ---
( 40) )
quelle honte ne fuis-je pas expofé? dans quel
labyrinthe de tourment ne me renfermeriezvous pas? Car enfin, qu'aurai-je fait pour
me traiter de la forte? qu'elle épreuve fautil
pour mériter des graces, plus fortes que celle
de trente ans de Colonies fans avoir fouffert
la plus légère atteinte fur l'honneur, ni fur
la probité.
>2 Je vous ai fait voir, Monfieur, des lettres
qui m'en feroient obtenir certainement, fi
je les follicitois, mais il y a long-temps que
j'ai reconnu qu'une fituation privée eft mille
fois préférable à toutes les tranfitions avantageufes de la vie.
>> Je croyois avec une pareille modération
être à l'abri des atteintes de l'envie, fans
inquiétudes pour l'avenir & fans autre ambition que celle de bien élever mes enfans.
92 J'ofe donc efpérer, Monfeur, que vous
daignerez écouter les follicitations d'un homme qui a toujours vécu fans reproche, &
qui fe voit aujourd'hui expofé a donner prife
fur fa réputation fans le mériter, confultez
votre coeur, & je fuis fir de fortir de cet
embarras.
>> J'ai l'honneur, 8zc. ce
Signé COURREJOLLES,
- -
'avenir & fans autre ambition que celle de bien élever mes enfans.
92 J'ofe donc efpérer, Monfeur, que vous
daignerez écouter les follicitations d'un homme qui a toujours vécu fans reproche, &
qui fe voit aujourd'hui expofé a donner prife
fur fa réputation fans le mériter, confultez
votre coeur, & je fuis fir de fortir de cet
embarras.
>> J'ai l'honneur, 8zc. ce
Signé COURREJOLLES,
- - --- Page 47 ---
(41)
LE Confeil que j'indiquois à M. de MarP
bois en finiflant cette lettre, étoit pour lui
fans doute un langage qu'il n'avoit pas coutume d'entendre, & comme il m'eût vraifemblablement diffuadé de ma prévention en
répondant feul à ma lettre, iljugea à-propos
d'affocier à fes intentions le caraétère facile
de M. le Comte de la Luzerne en m'écrivant
la lettre fuivante.
Au-Port-au-Prince le 28 Mai 1786.
3) LA lettre, Monfieur, que vous avez fait
Phonneur à M. l'Intendant de lui écrire le
23 de ce mois, étant relative à un objet qui
regarde également les deux Adminiftrateurs, 3
nous allons y répondre en commun.
3> Nous ne pouvons Monfieur, permettre
aucune conftruction quelle qu'elle foit fur le
quai du Cap ou dans le Baftion qui en fait
partie (1). Si cependant vous penfez en avoir
(1) Voilà ce qui s'appelle une défenfe pofitive, &
que tout le monde croiroit générale fil le fieur Maugendre
& le Capitaine de Port n'euffent pas été favorifés pour
bâtir une maifon de p'us fur mon terrein, fous la protection de l'adminiftration. Le propriétaire feul eft exclu,
parce qu'il n'eft pas le beau-p père du Chef du bureau
de la Marine, ou bien le frère du laquais de Madame
de Brione. Cette défenfe eft du 28 Mai, on va voir
N VN a
- Na - --- Page 48 ---
(42) )
le droit, vous pouvez vous pourvoir par voie
de Requête 1 , & d'après le Vu de VOS titres,
nous ftatuerons fur VOS demandes.
9> Nous joignons ici, Monfieur, le bail que
vous nous avez adrefé, nous vous prions
d'être perfuadé, que fi en vue du bien public, nous fommes obligés d'empécher une
opération que vous avez defirée, nous n'en
ferons que plus difpofés à vous accorder les
chofes juftes que vous nous demandez (1).
3) Nous avons l'honneur d'être avec un parfait attachement, 8cc. CC
Signé LA LUZERNE, DE MARBOIS.
RÉp PO N S E.
Au Cap le Ier. Juin 1786,
MESSIEURS,
>> J'AI reçu lhonneur de votre dépéche par
bientôt que le 16 Juin, ce dernier protégé a fait élever
une grande maifon à étage fur mon terrein & à côté
précifément del'emplacement qu'on me défendoit expreffément de bâtir.
(1) Qui ne diroità les entendre qu'ils étoient vraiment
difpofés à me rendie juftice ! je leur fis paffer mes titres,
ils ne les conteftèrent pas, & malgré cela l'on va voir
comment on abufa de ma bonne foi.
-
che par
bientôt que le 16 Juin, ce dernier protégé a fait élever
une grande maifon à étage fur mon terrein & à côté
précifément del'emplacement qu'on me défendoit expreffément de bâtir.
(1) Qui ne diroità les entendre qu'ils étoient vraiment
difpofés à me rendie juftice ! je leur fis paffer mes titres,
ils ne les conteftèrent pas, & malgré cela l'on va voir
comment on abufa de ma bonne foi.
- --- Page 49 ---
( 43 )
laquelle vous avez bien voulu avoir la bonté
de m'indiquer la manière d'obtenir la grace
que j'ai l'honneur de folliciter auprès de
vous > Mellieurs, > j'ai celui de vous remettre en conléquence la Requête & mes
Titres pour vous fupplier de m'accorder la
permifion de continuer la maifon que j'avois
déjà commencée avant l'arrivée de M. l'Intendant au Cap.
>> Ma conceffion eft à la vérite un objet trèsconlidérable, & c'eft par cette raifon qu'elle
m'a fufcité de tous les temps une infinité
d'envieux qui ont toujours trouvé les moyens
d'éluder le projet intéreflant d'agrandir la
ville da Cap. Mais, Meffieurs, fi l'on confidéroit en moi le fils d'une maifon ruinée
par les opérations de Finance de l'Etat, &
qui après le fiége de Québec poffédoit près
de quinze cents mille livres de lettres de change
du Canada, cesperfonnes auroient peut-être été
moins mal-intentionnées contre moi, & on
m'eût laifé jouir pailiblement du foible dédommagement que pouvoit me donner dans
les temps cette concefion (1).
(:) On a vu à la page 5 & 6 de ce mémoire que
cette concelfion m'avoit été accordée dans la mer, &
qu'elle n'eft devenue importante qu'après l'avoir faite
remblayer à grands frais.
-N - % --- Page 50 ---
(44)
3> Il eft réfulté de cet efprit de jaloufie, un
grand mal pour les intérêts du Roi & pour
le bien public, en ce que fi l'on eût bâti un
rang de maifons de plus à la ville du Cap,
les loyers n'auroient pas monté au prix ou
ils font aujourd'hui. nous n'euflions pas
perdu une infinité de perfonnes qui venoient
peupler la Colonie, & qui en ont été chaffées
par la cherté exhorbitante des loyers (1).
>> Le Roi n'eût pas payé non plus fept à huit
cents mille livres qu'il lui en a coûté en magafinages la guerre dernière (2). J'ofe donc
efpérer, Meffieurs, que vous daignerez avoir
égard à ma fupplique en m'accordant la grace
que j'ai l'honneur de vous demander.
Je fuis, &c. €C
Signé COURREJOLLES.
(1) M. de Marbois d'accord avec les propriétaires
des maifons, font ceux qui ont paru avoir lintérêt le pius
fort à ne point permettre l'augmentation des maifons.
II eft arrivé de-là que tous ceux qui n'avoient que des
maifons bafles, ont fait élever des étages que les fondations anciennes ne peuvent pas fupporter fans un plus
grand effort; auffi ont-ils fait lézarder les murailles. Ces
maifons pourront- elles foutenir maintenant les fecouffes
des tremblemens de terre?
(2) Le Roi payoit au Cap, 800,c00 liv. de magafinages par année à cette épeque.
AX
ifons.
II eft arrivé de-là que tous ceux qui n'avoient que des
maifons bafles, ont fait élever des étages que les fondations anciennes ne peuvent pas fupporter fans un plus
grand effort; auffi ont-ils fait lézarder les murailles. Ces
maifons pourront- elles foutenir maintenant les fecouffes
des tremblemens de terre?
(2) Le Roi payoit au Cap, 800,c00 liv. de magafinages par année à cette épeque.
AX --- Page 51 ---
(45)
REQUETE PRÉSENTÉE AUX
GÉNÉRAL ET INTENDANT.
Au Cap le Ier. Juin 1786.
>> LE fieur Courrejolles a Phonneur de vous
35 repréfenter très-humblement qu'enfaqualité
>> de propriétaire d'un terrein qui lui a été
> concédé au bord de la mer de la ville du
3> Cap, fuivant les titres joints à cetteRequéte,
3 il a affermé aux fieurs Viault & Bafque,
3> Négocians de cette ville, une maifon qu'il
>> s'eft obligé de conftruire entre la maifon déja
9> bâtie par M. Maffot, Capitaine de Port, &c
3> celle qu'il a permis de bâtir au fieur Mau-
>> gendre, & pour laquelle il a reçu une affez
>> forte fomme, nonobftant celle qu'il a em-
>> ployée à la conftruétion déja avancée de
39 ladite maifon.
>> Les titres de poffeffion, que le Suppliant a
>> l'honneur de vous envoyer, conftatent une
22 propriété que rien ne peut altérer, & mal-
>> gré leur évidence, le Suppliant n'a jamais
9> ceffé de fe foumettre aux volontés des Chefs,
>> ils'eft toujours borné à de juites repréfenta-
>> tions, toutes les fois qu'on lui a (ufcité des
>3 entraves.
>> C'eft fur les plaintes que le Suppliant fit
N a e *vA - 2Ore mene --- Page 52 ---
a R
(46)
92 à M. le Comte
d'Ennery, > que ce Général fit
32 fufpendre les travaux d'un baftion
5> mencé fur fon
plat comterrein, ce baftion n'a
>> été
point
achevé, > parce que le Suppliant fit
>> percevoirà ce Gouverneur Général
ap95 défendre une ville ou bien les maifons que pour
5> forment, il ne falloit
qui la
pas mettre des batteries
>> devant ces
maifons, > parce que les ennemis
>> tirent toujours fur les endroits Où il
3> la réfifance.
y a de
32 Cette idée généralement adoptée
s> cette époque a fait changer de
depuis
>>
défendre la ville du
fyftéme pour
Cap, & a rendu le
>5 pliant victorieux contre le projet de Sup.
>> nieur, qui prétendoit faire de tout le l'Ingé2 de la ville une
quai
ligne en retranchemens
> baftionnés qui auroit gêné le commerce &
>> fait écrafer toutes les maifons en Cas d'atta-
>>
retranchement qui auroit coûté
>>
immenfès
des
au
Renies
Roi & à la Coionie,
>5 & eut empéché la ville du Cap de s'étendre
3> davantage.
>> Ce confidéré, Noffeigneurs, il vous
32 vu les titres joints à la préfente
plaife,
>9 accorder au Suppliant la
Requéte s
permiflion de con-
>> tinuer la maifonaffermée aux fieurs Viault &
3 Bafque, faufa fe conformer aux
12 qui Pourroient furvenir dans les changemens
projets de
ies
Roi & à la Coionie,
>5 & eut empéché la ville du Cap de s'étendre
3> davantage.
>> Ce confidéré, Noffeigneurs, il vous
32 vu les titres joints à la préfente
plaife,
>9 accorder au Suppliant la
Requéte s
permiflion de con-
>> tinuer la maifonaffermée aux fieurs Viault &
3 Bafque, faufa fe conformer aux
12 qui Pourroient furvenir dans les changemens
projets de --- Page 53 ---
(47)
95 l'adminiftration, fans que cependant ces
23 conditions pufent altérer fes titres de pro29 priété,
3> Le Suppliant pénétré de reconnoif3> fance, &c. c
*
Signé COURREJOLLES
Douze jours s'écoulèrent fans réponfe 5
mais le fieur Jauvin , Commiffaire Ordonnateur au Cap, reçut des ordres de M. de
Marbois pour me faire défendre de bâtir. La
lettre que ce Commifaire m'écrivit conjointement avec le Commandant du Cap, prouve
clairement une machination uniquement tramée contre moi 8€ non contre le fieur Maugendre, & le Capitaine de Port, comme on
va le voir par la lettre fuivante, & la conduite des fieurs de Marbois & Jauvin.
LETTRE qui me fiue écrite par MM. de
la Yatibre, Commandant du Cap, 6
Jauvin, Commiffaire Ordonnateur, en
date du I2 Juin 1786.
>> Nous n'avons, Monfieur, différéà vous
faire part des ordres que MM. les Général
LAAN - --- Page 54 ---
I (48) )
& Intendant nous ont donné à votre égard
le 28 du mois dernier, que parce quc nous
avions le projer de vous en donner communication de vive voix ces jours derniers.
1 Ces ordres portent que MM.les AdminifI
trateurs ne reviennent pas quant à préfent
fur les permiflions qui ont pu être accordées
de bâtir fur le quai ou dans l'enceinte du
baftion, quoiqu'is ayent lieu de préfumer
que ceux qui les ont obtenues ont élevé des
bârimens plus confidérables que leurs demandes ne les annonçoient.
2> La prétention que vous avez, Monfieur,
de bârir à leur imitation eft rejettée jufqu'à
ce que vous ayez fait connoitre fi vous en
avez le droit; (1) en attendant, vous voudrez
bien, Moniiesr, ne point bâtir, & arrêter
fur le champ VOS conitructions commencées,
& à quelque point qu'elles foient parvenues.
3> Cette defenfe n'ef pas pour yous feul, mais
également pour zous ceux qui ont Jait Ou commencé des conftructions (2)5 ainfi nous vous
(1) Que veulent-ils de plus que des titres de propriété
bien ên regle?
(2) Que l'on fe rappelle bien de ce que difent ici
ces Adminiftrateurs pour juger de leur conduite,
prion's
a
fur le champ VOS conitructions commencées,
& à quelque point qu'elles foient parvenues.
3> Cette defenfe n'ef pas pour yous feul, mais
également pour zous ceux qui ont Jait Ou commencé des conftructions (2)5 ainfi nous vous
(1) Que veulent-ils de plus que des titres de propriété
bien ên regle?
(2) Que l'on fe rappelle bien de ce que difent ici
ces Adminiftrateurs pour juger de leur conduite,
prion's
a --- Page 55 ---
(4 49 )
prions de les en prévenir & de nous accufer
la réception de cette lettre en nous défignant
ceux qui font dans le cas de recevoir nos
ordres à cet égard.
Nous avons l'honneur, &c. CC
Signé LAVALTIERE ET JAUVIN.
RE P
N S E.
32 J'AI reçu l'honneur de votre lettre par
laquelle vous me marquez que l'intention de
MM. les Général & Intendant eft de fufpendre les travaux de la Halle en bois commencée au bord de la mer.
>> J'ai toujours refpecté l'autorité des Chefs,
& ce n'eft pas dans ce moment, Mellieurs,
que je m'en écarterai ; j'ai renvoyé en conféquence les ouvriers que j'avois repris dans
l'efpérance ou j'étois qu'ils auroient eu égard
à la Requête qu'ils m'avoient dit de leur préfenter.
> J'ai l'honneur d'être, &xc. ce
Signé COURREJOLLES
ON voit par cette lettre que mon ame
toujours guidée par la raifon, fait fe foumettre de bonne grace au pouvoir arbitraire.
Trop éloigné de la Cour, je fentois l'impoffibilité d'obtenir une prompte juftice; c'eft
D
EAAA a9
3 - A --- Page 56 ---
: af/t A
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-
(50)
par cette raifon, fans doute que les Adminiftrateurs font fiaudacieux à St, Domingue.
Ils favent que l'éloignement décourage ceux
qui font vexés, &c leur ôte infenfiblement de
la penfée les moyens qu'ils pourroient mettre
en ufage pour faire parvenir leurs plaintes
aux pieds du trône, > s'ils en étoient plus
près.
Le fieur Jauvin repréfentant de IIntendant
au Cap pouffa le délire au point que deux
jours après la défenfe clairement motivée
dans fa lettre, je fus lui porter des plaintes
contre le fieur Maugendre, qui choifit précifément ce moment pour faire élever une
feconde maifon fur mon terrein à côté de
la Halle qu'on venoit de me défendre de
bâtir, M. Jauvin fit auffi-tôt femblant d'envoyer chercher le fieur Maugendre avec COière, mais à l'arrivée de celui-ci, cette colère
fe diflipa : il fit femblant de lui défendre de
continuer de bâtir, mais le jeu des deux
vifages me fit appercevoir qu'il Y avoit entr'eux beaucoup d'intelligence : j'eus le bonheur de me contenir & d'attendre ou tout ce
fratagême ponrroitaboutir;lelendemainje fus
averti que le fieur Maugendre, bien loin de
difcontinuer fes travaux fit venir 30 ouvriers
au lieu de cinq ou fix qui travailloient la
- e a J
vos
-
lui défendre de
continuer de bâtir, mais le jeu des deux
vifages me fit appercevoir qu'il Y avoit entr'eux beaucoup d'intelligence : j'eus le bonheur de me contenir & d'attendre ou tout ce
fratagême ponrroitaboutir;lelendemainje fus
averti que le fieur Maugendre, bien loin de
difcontinuer fes travaux fit venir 30 ouvriers
au lieu de cinq ou fix qui travailloient la
- e a J
vos
- --- Page 57 ---
(s1)
veille à bâtir cette nouvelle maifon; il fallut
tout mon raifonnement pour me poféder >
& recourir à la Juftice en faifant donner la
fommation fuivante au fieur Maugendre.
>> L'an mil fept cent quatre-vingt-lix, le
92 feizième jour du mois de Juin à la Requête
>2 de M. de Courrejolles, Chevalier de l'Ordre
>3 Royal & Militaire de St. Louis, demeurant
>9 au Cap, pour lequel domicile eft élu, étude
>> de M. Petit des Champeaux fon Procu95 reur,j'ai, Antoine GréonHuiflier, reçu ès
30 Cours du Cap, y demeurant, foufligné,
3 lignifié, dit & déclaré au fieur Maugen99 dre, Cabaretier fur le quai de cette ville, 1 1) en fon domicile, en parlant à un Nègre;
92 Que par T'Ordonnance de MM. les Gé95 néral & Intendant (1) du 7 Septembre
a 1784,i1 ne lui a été permis par grace (&c
35 fans tirer à conféquence ) de faire conf29 truire fur le port de cette ville, qu'une
>> baraque de planches de trente à quarante
33 pieds : qu'au mépris de cette Ordonnance
3> il vient de faire faire de nouvelles bâtiffes
> qui excèdent les bornes qui lui font pref-
() Mefieurs de Bellecombe & de Bongars,
Da
Aat ayy -
-
- -
A --- Page 58 ---
: fe - a 3
(52)
s crites & anticipent fur le terrein du Re20 quérant : que malgré la défenfe qui lui en
32 a été faite par MM. les Commandant &
>> Ordonnateur du Cap, il a toujours contiw nué à bâtir, & comme l'entreprife du fieur
>5 Maugendre porte atteinte aux droits de
3> propriété du Requérant , j'ai Huiflier fuf-
$9 dit & foufligné, fommé & interpellé ledit
99 fieur Maugendre d'avoir dans le jour à
3> ceffer toutes les conftructions qu'il fait faire
>> fur le terrein du Requérant & même à
s abattre celles déjà faites, & qui excèdent
3> les bornes qui lui font prefcrites par l'OrS> donnance de MM. de Bellecombe & Bon-
> gars du 16 Septembre 1784, lui déclarant
22 qu'à faute de ce faire, lel Requérant fe pour2> voira contre lui par les voies de droit pour
95 l'y faire contraindre, à ce que ledit fieur
29 Maugendre n'en ignore, dont acte, & lui ai
$3 laiffé copie du préfent CC,
Signé GRÉUN.
PEU de jours après avoir fait donner cette
fommation au fieur Maugendre - je le vis
paffer au marché des blancs, je le fis appeller, je lui demandai en préfence de MM.
Raba, Salnave, la Fargue, & l'Amouroux,
pourquoi il n'avoit pas ceffé de bâtir lors de
u -
:
-
29 Maugendre n'en ignore, dont acte, & lui ai
$3 laiffé copie du préfent CC,
Signé GRÉUN.
PEU de jours après avoir fait donner cette
fommation au fieur Maugendre - je le vis
paffer au marché des blancs, je le fis appeller, je lui demandai en préfence de MM.
Raba, Salnave, la Fargue, & l'Amouroux,
pourquoi il n'avoit pas ceffé de bâtir lors de
u -
:
- --- Page 59 ---
(53)
mon oppofition; 5 il me répondit très- clairement & de manière a être bien entendu par
ces quatre Meflieurs qu'il en avoit la permilfion des Adminiftrateurs : je priai alors ces
honnêtes témoins de me dire s'ils avoient
bien entendu cette réponfe; ils me promirent
de s'en reffouvenir &c de le certifier en cas
de befoin.
On fe révolte en fuivant la marche infidieufe de l'adminiftration, on fent qu'une
conduite aufli tortueufe & auffi bifarre devoit
avoir des motifs fecrets. Tous ceux qui,
comme moi ont eu de grands objets foumis
à fon pouvoir ont été traités de la même
forte.
Sans doute la multiplicité des aêtes plus
iniques d'autorité contre les uns pour favorifer les autres,"devoit avoir quelque caufe,
D'autres Adminiftrateurs euffent écouté les
repréfentations 2 & motivé les raifons de
leur refus ; mais M. de Marbois n'écoutoit
que fa volonté, fa volonté faifoit la loi;
il étoit tout, il vouloit tout par la force,
& les Gouverneurs, comme les gouvernés fe
foumettoient comme moi au pouvoir énorme
dont il abufoit fans qu'on le lui difputât 5
on en va juger par Ia réponfe à la lettre que
D 3 --- Page 60 ---
SL AA
-
(54)
j'écrivis à M. de la Luzerne pour me plain:
dre de toutes les vexations qu'on exerçoit
contre moi, voici cette réponfe :
Port-au-Prince le 7 Juillet 1786.
>> M. Hefle ma remis, Monfieur, votre lettre & les pièces qui y font jointes. Je fuis
très-aife qu'elles me procurent l'occafion de
vous témoignen l'eftime que j'ai conçue pour
vous. Avant mon départ
d'Europe, je me
fuis procuré une connoiffance très-détaillée
de vos anciens projets pour l'irrigation des
plaines voifines de l'Artibonite : je n'ignore
point avec quelle diftinétion vous vous êtes
conduit pendant la dernière guerre (1); affirément il me feroit très-agréable de
pouvoir
obliger en vous le Citoyen, l'homme de
génie, le guerrier, qui a auffi bien mérité de
fa Patrie. Ce motif m'a fait donner
une attention particulière au mémoire que vous avez
antérieurement adreflé aux deux Adminiftrateurs & à VOS titres de propriété qui y étoient
(1) Je n'ai pas dit un mot de mes fervices dans ma
lettre, je n'y ai parlé que de toutes les injuftices dont
je viens de citer les faits, j'ai cru ne pas devoir faire
ici mention de cette lettre pour ne pas me répétes,
V
a auffi bien mérité de
fa Patrie. Ce motif m'a fait donner
une attention particulière au mémoire que vous avez
antérieurement adreflé aux deux Adminiftrateurs & à VOS titres de propriété qui y étoient
(1) Je n'ai pas dit un mot de mes fervices dans ma
lettre, je n'y ai parlé que de toutes les injuftices dont
je viens de citer les faits, j'ai cru ne pas devoir faire
ici mention de cette lettre pour ne pas me répétes,
V --- Page 61 ---
La 1 a
1s5)
joints. Vous me jugeriez mal fi vous penfiez
que des jaloufies, des inimitiés privées puffènt
influer fur ma façon de penfer, 2 & prévaloir
dans mon efprit, &c fur les preuves que vous
avez fournies, & fur la confidération qui
vous eft perfonnellement due.
32 Mais tous les jours il nous arrive des plaintes du Cap, fur 'encombrement des quais de
cette ville, & fur les inconvéniens qui en
refultent (1). Pour la facilité & la commodité
du Commerce, je vois très-clairement que
mes Prédéceffeurs fe font toujours refufés, 2
probablement par ces motifs, à permettre
qu'on y bâtit des maifons (2). Devant aller
moi-même dans quelques mois au Cap, vous
conviendfez 3 Monfieur, qu'il eft affez naturel que je veuille fur cet objet juger par
(1) Si l'on avoit bàtile rang de maifons projetté,ily
auroit eu aflez de magafins pour loger les marchandifes
qui encombroient les quais, voyez à ce fujet le dire de
l'Ingénieur en Chef & de l'Ordonnateur du Cap, pages
19, 20 & 11.
(2) Ses Prédéceffeurs avoient au contraire le projet
de former un nouveau rang de maifons, mais on voit
bien que M. de la Luzerne empruntoit ccs motifs de
M. de Marbois dont les décifions étoient plus abfolues
que celles des précédens Admini@rateurs.
D 4
SAN *
--- Page 62 ---
(56)
mes yeux > & que je ne rende pas prématurément des décifions contraires aux vues
des Adminiftrateurs antérieurs, vues qui paroiffènt avoir été très-fages.
> Croyez, Monfieuryqu'il falloit une raifon
aufli puiffante quel'intérêt public, pour m'empécher de faifir les occafions > de contribuer
à ce qui peut vous être agréable; j'en conferverai toujours le defir. Permettez que je
joigne à ces affurances celles de la parfaite
eftime & de l'attachement fincère avec lefquels j'ai Phonneur d'étre, Monfieur, votre
très-humble 8z très-obéillant ferviteur.
LA LUZERNE. c6
La manière dont M. de la Luzerne entroit
dans les vues de M. de Marbois, fembloit
prouver que ce dernier dirigeoit feul l'adminiftration.
Ce qui n'étoit qu'une préfomption devint
bientôt tune véritépar les faits que je vais citer
dans mon affaire; 5 on va donc voir comment la cruauté m'a perfécuté malgré la
modération de mes actions.
MM.le Comte de la Luzerne 8z Marbois
vinrent aul Cap vers le commencement de Dé-
- a
mr
- 1
N
. de Marbois, fembloit
prouver que ce dernier dirigeoit feul l'adminiftration.
Ce qui n'étoit qu'une préfomption devint
bientôt tune véritépar les faits que je vais citer
dans mon affaire; 5 on va donc voir comment la cruauté m'a perfécuté malgré la
modération de mes actions.
MM.le Comte de la Luzerne 8z Marbois
vinrent aul Cap vers le commencement de Dé-
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- 1
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ain *
-
(S7)
cembre. Le fieur Maugendre avoit achevé fa
maifon, je n'eus rien de plus preflé que d'aller voir ce Général, fon accueil me fit efpérer
d'en obtenir juftice. Après une flatteufe réception, dès la première vilite, il m'écouta
fur les plaintes que j'avois à lui porter, il
me dit de lui préfenter une Requête. Les
fieurs Viau & Bafque en préfentèrent une à
I'Intendant par laquelle ils demandoient qu'on
me condamnât à remettre la Halle que je
leur avois promife fuivant les conditions du
bail, ou bien à leur rembourfer les avances
qu'ils avoient faites. En outre , ils demandoient dix mille livres de dédommagement.
L'Intendant renvoya ces Négocians à fe pourvoir par devant la juftice reglée & dans
la crainte fans doute qu'un jugement ne
m'eût autorifé à faire conftruire cette Halle
en vertu du pouvoir que j'en avois par mes
titres, l'Intendant & Jauvin eurent foin de
fabriquer fur le champ une Ordonnance extravagante qui prouve combien la paflion de
ces deux hommes étoit cruelle, & pour mieux
réuffir fans doute dans le pernicieux deffein
de la faire paffer, ils la firent figner par le
Général la veille de fon départ ou de fon
embarquement pour le Port-au-Prince; & ne
PUSWSTA a ca W - --- Page 64 ---
(58)
la publièrent que, trois ou quatre jours après,
La leéture de cette Ordonnance & mes obfervations, prouveront combien la paflion
du fieur de Marbois dirigeoit fes démarches
fans aucun autre but que celui de la fatisfaire.
Ordonnance de MM. de la Lugerne &
de Marbois, lue, publiée, affichée 6
enregiftrée az Cap 3 qui m'ôte la faculté de bâtir fir mes emplacemens du
quai St. Louis.
DE PAR LE Rom
ART. PR E M I E R.
3> L eft ordonné de reconnoître quant à préfent & jufqu'à nouvel ordre, pour Limites
de la ville du Cap & fauxbourg du petit
carenage :
>> Au Sud, une ligne droite qui partira de
l'entrée des deux focles du pont projetté
près du Bac, fuivra l'alignement de la rue
-
zey
A T N -
a à
âtir fir mes emplacemens du
quai St. Louis.
DE PAR LE Rom
ART. PR E M I E R.
3> L eft ordonné de reconnoître quant à préfent & jufqu'à nouvel ordre, pour Limites
de la ville du Cap & fauxbourg du petit
carenage :
>> Au Sud, une ligne droite qui partira de
l'entrée des deux focles du pont projetté
près du Bac, fuivra l'alignement de la rue
-
zey
A T N -
a à --- Page 65 ---
(59)
projettée en face dudit pont, & qui fera
prolongée 700 toifes dans les mornes.
33 Au Nord, une ligne droite parallèle à
32 la précédente, tirée d'une borne qui fera
92 pofée à l'embouchure de la Ravine au
3) Sud de l'habitation Bailli, & prolongée
32 dans les mornes jufqu'à 300 toifes.
39 A Teft, l'alignement des maifons qui
3> bordent aétuellement les quais de la ville
>> & du fauxbourg.
s Il n'eft établi aucune limite à l'oueft, &
3) il fera loifible aux particuliers de conftruire
>> fur tout emplacement de ce côté c,
AR T. II
>> Il eft expreffément défendu à toutes perfonnes, quels que foient leurs titres de propriété ou autres, de conftruire aucun bâtiment
de quelque nature ou dimenfion que ce foit,
hors des lignes ci-deffus indiquées & fur les
terreins qui vont être défignés.
SA VOI R :
95 A l'eft, fur les quais & dans toute leur
étendue fans aucune limitation. Au nord, fur
le terrein compris entre la ligne de 300 toifes,
HWTN MANAA 5
- VAK a --- Page 66 ---
(60)
près l'habitation Bailly, & une autre ligne
tracée de fon extrémité oueft jufqu'à la côte
feptentrionale de la mer, 300 toifes à l'oueft
de Picolet.
Au fud, fur le terrein compris entre la
rivière du haut du Cap, la ligne de fept cents
toifes limites de la Ville, une ligne perpendiculaire qui fera tirée vers le fud à l'extrémité de 700 toifes, une autre ligne inclinée
vers l'eft, qui fuivra le milieu de l'avenue
des Pères de la Charité, & fera prolongée
vers l'oueft jufqu'à fa rencontre avec la ligne
perpendiculaire, & vers l'eft jufqu'à la ligne
droite de la rivière du haut Cap.
ART. III
Il eft également défendu, jufqu'à nouvel
ordre, de conftruire aucun bâtiment à l'eft
de la rivière, far le terrein compris entre une
ligne qui partira de l'extrémité &x du prolonSement de l'avenue des Pères de la Charité,
paffèra à deux cents toifes de la fommité du
Morne-St-Michel ou Bodin, & fera prolongée
deux cents toifes au-delà du fud de ladite
fommité; une autre ligne droite, qui fera tirée
vers le nord perpendiculairement à l'extrémité
à -
5 A
E
-
far le terrein compris entre une
ligne qui partira de l'extrémité &x du prolonSement de l'avenue des Pères de la Charité,
paffèra à deux cents toifes de la fommité du
Morne-St-Michel ou Bodin, & fera prolongée
deux cents toifes au-delà du fud de ladite
fommité; une autre ligne droite, qui fera tirée
vers le nord perpendiculairement à l'extrémité
à -
5 A
E
- --- Page 67 ---
(61)
de la ligne précédente, jufqu'à la mer ; le
bord de la mer & la rivière du haut Cap.
AR T. I V.
Il fera planté, aux extrémités & aux points
de rencontre des différentes lignes ci-deffis
délignées, des bornes qui feront marquées de
la lettre D, fur le côté regardant le terrein
ou il eft défendu de bâtir.
AR T. V.
Il fera cépendant permis de faire, fur les
terreins au nord & au fud de la Ville, &
fur celui dont il eft parlé No.III, des cabanes
pour des gardiens, lefquelles feront en bois
& fur roulettes, ne pourront avoir que IO
pieds de long, 8 de large, IO de hauteur
totale, & feront éloignées les unes des autres
de 1O toifes au moins. Il ne pourra, fous
aucun prétexte, être établi de femblables
cabanes fur les quais.
AR T. VI
99 Si dans les terreins ou il eft défendu de
bâtir, il fe trouve des conftrudtions commencées, & déja élevées de 5 pieds au moins
au-deffus du fol 5 en le faifant conftater par
a O --- Page 68 ---
2A1 a - A a
S
a
(62 2e )
le Voyer de ladite Ville du Cap, quien dreffera
proces-verbal, le fera vifer de MM. les Commandans en fecond & Ordonnateur, & le
dépofera au Greffe de la Subdélégation avant
le 20 Janvier
prochain, > il fera permis de
continuer lefdites coudnidon,ge.cpendar
ne pourront excéder la hauteur du rez-dechauffée. Tout bâtiment qui feroit entrepris
ou continué, fans qu'on eût rempli lefdites
formalités, ou qui feroit élevé au-deffus de
la hauteur prefcrite, fera démoli & rafé au
niveau de terre, en vertu de l'ordre qui en
fera donné par MM. les Adminiftrateurs ou
par leurs Repréfentans au Cap.
ART. VII
>> Il fera dreffé, par le Voyer de la Ville du
Cap, un plan des limites ci-deffus fixées, &
des terreins ou il eft défendu de bâtir, avec
indication des bâtimens qui fe trouvent actuellement fur lefdits terreins, 8 de ceux qu'il
pourra être permis de' continuer; & fera ledit
plan, après avoir été paraphé par MM. les
Adminiftrateurs, dépofé au Greffe de la Subdélégation de lIntendance, où il fera loifible
à tous particuliers de le confulter fans frais
quelconques.
y
RA - 4 a -
&
des terreins ou il eft défendu de bâtir, avec
indication des bâtimens qui fe trouvent actuellement fur lefdits terreins, 8 de ceux qu'il
pourra être permis de' continuer; & fera ledit
plan, après avoir été paraphé par MM. les
Adminiftrateurs, dépofé au Greffe de la Subdélégation de lIntendance, où il fera loifible
à tous particuliers de le confulter fans frais
quelconques.
y
RA - 4 a - --- Page 69 ---
(63)
ART. VIIL
>> Sera le préfent Ordre enregiftré, tant au
Greffe de I'Intendance qu'a celui de la Subdélégation, imprimé, lu, publié, & affiché
par-tout ou befoin fera.
>> Fait au Cap, le 31 Décembre 1786. ce
Signés LA LUZERNE 6 DE MARBOIS.
>2 Enregiftré au Greffe de l'Intendance & à
celui de la Subdélégation, les 2 &c 3 Janvier
1787.
a
Signés SENTOUT & TIPHAINE.
3> Cette Ordonnance fut faite avec une telle
paflion, des idées fi déréglées &c un tel aveuglement, que tout le monde, excepté fes
auteurs, reconnut qu'elle n'étoit dirigée que
contre moi. On y voyoit par-tout des articles
quine manifeftoient que le defir de m'empécher de bâtir mes beaux emplacemens du
quai St. Louis : cet aête de leur defpotifme
montroit leur injuftice à découvert; mais plus
on y difcernoit leur intention & plus je modérois mon reffentiment.
Ce qui m'étonna le plus, fut la conduite
de M. de la Luzerne, qui malgré qu'il convenoit avec moi & avec tous ceux qui lui
SSTN
-a - A à --- Page 70 ---
a AA -
AST
- -
(64)
parloient de mes affaires, que j'avois raifon,
figna cette Ordonnance le 31 Décembre au
foir, & partit le lendemain matin pour le
Port-au-Prince,
On doit voir clairement, 3 d'après cette
précaution, que fes intentions bien loin de
m'être favorables, ne pouvoient être que
fimulées,& que PIntendant devoit avoir fur
fon efprit plus d'afceridant que l'évidence des
raifons auxquelles il s'étoit rendu.
Comment peut-on admettre comme le fruit
d'une fage adminiftration une. Ordonnance
qui n'a d'autre but que de. nuire fans qu'il
puiffe en réfulter aucun bien.
Reftreindre la conftrudtion des maifons
d'une ville de commerce fur des montagnes
& des rochers impraticables, & forcer les
habitans d'abandonner un fuperbe local près
du rivage; c'eft faire préfumer dans l'auteur
d'une pareille Loi, ou le comble de l'extravagance, ou le moyen très-coupable de rançonner les propriétaires du local commode
s'ils veulent en faire ufage.
Lorfqu'une Ordonnance eft faite avec fagelle. On ne peut pas fe refufer à ce qui eft
bon, julte & honnête, mais quand ons'obftine à vouloir foutenir une méprife dans laquelle on ne diftingue qu'une envie de nuire,
on
a - A (
TAS - T RAO
ou le comble de l'extravagance, ou le moyen très-coupable de rançonner les propriétaires du local commode
s'ils veulent en faire ufage.
Lorfqu'une Ordonnance eft faite avec fagelle. On ne peut pas fe refufer à ce qui eft
bon, julte & honnête, mais quand ons'obftine à vouloir foutenir une méprife dans laquelle on ne diftingue qu'une envie de nuire,
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a - A (
TAS - T RAO --- Page 71 ---
(65)
le Citoyen zelé doit être indigné d'une pareille méchanceté,
Convaincu que la raifon ne pouvoit rien
contre la force, je fus contraint de rembourfer onze mille livres à Meffieurs Viau
& Bafque; je remis également les billets confenti par M. le Févre, montant à la fomme
de cent trente- deux mille livres, parce que
cette Ordonnance défendant de bâtir fur l'emplacement que je lui avois vendu, la vente
devenoit nulle.
Voilà comme je fus obligé de fouffrir avec
patience les préjudices énormes que M. de
Marbois & Jauvin portoient à ma fortune,
ma modération les enhardit.
Fort du pouvoir que M. de la Luzerneleut I
avoit abandonné; 5 ces implacables ennemis,
après ces torts répélés attaquèrent d'autres
de mes pofeffions, & toujours avec autant
d'injuflice que de méchanceté,
6H
E
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- --- Page 72 ---
(66 1 )
*4. ammusfr
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Daart Sanrete
SECONDE PARTIE
Concernant la manière dont M. de 2 'la
Lugerne s'eft compromis.
Jrv viens de démontrer l'origine de la perfécution qu'on a exercéecontre moi, l'on verra
par des pièces probantes les motifs qui ont
dirigé mes ennemis, on y découvrira par une
correlpondance non équivoque l'efprit qui en
développe la caufe, l'on y verra aufli que j'ai
eu le bonheur de ne point donner par ma
faute aucun motif direét ni indirect de reproches dans toute ma conduite.
Si quelquefois l'énergie de mon ame s'eft
manifeftée dans quelques expreflions, c'eft
qu'il étoit bien difficile de fouffrir autant
d'injuftice fans émotion 5 mais je n'ai pas
manqué une feule fois de refpecter les erdres
émanés de ceux qui, étoient revêtus de l'autorité quoiqu'ils en abufaffent aufi étrangement à mon éga.
Mes Adverfaires, au contraire, enhardis
L A a
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nergie de mon ame s'eft
manifeftée dans quelques expreflions, c'eft
qu'il étoit bien difficile de fouffrir autant
d'injuftice fans émotion 5 mais je n'ai pas
manqué une feule fois de refpecter les erdres
émanés de ceux qui, étoient revêtus de l'autorité quoiqu'ils en abufaffent aufi étrangement à mon éga.
Mes Adverfaires, au contraire, enhardis
L A a
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a --- Page 73 ---
(67)
fans doute par le fuccès de leur Ordonnance, > firent dégénérer leur perfécution en
opiniitreté, & au lieu d'être fobres dans
leurs aôtes de rigueur ils imaginèrent les
moyens d'en faire naitre de nouveaux en
dirigeant fans ceffe contre moi le pouvoir
dont ils abufoient.
Voila comme M. de Marbois, violant toutes
les Loix à St. Domingue, 2 les interprétoit fans
cefle à fa fantailie, entouré d'un cortege immenfe d'efpions de tous les érats, il attaquoit
& arrachoit le bien des Citoyens qui n'avoient
pas le courage de fe défendre pour en revêtir
& payer les Satellites de fon defpotifme afin
d'en faire par ce moyen fes méprifables apologiftes.
Entouréd'hommes perversfoldé avecle bien
de la veuvé & de l'orphelin, il fembloit ne
rien craindre, il ofoit tout, parce que tout
lui obéiffoit, alors mettant en activité par
la force & par l'adreffe tous les actes de
la plus affreufe tyrannie, il dirigeoit au gré
de fa volonté un Gouverneur trop facile dont
la crédulité eft caufe de tous les malheurs de
St. Domingue.
M. de Marbois avoit intérêt de l'incorporer dans fes actes de violence pour avoir
un Coopérateur puifant; mais il l'a facrifié
E 2
-y a4
a a A
L --- Page 74 ---
( 68) )
à fes vues en lui faifant commettre les funefles erreurs qui ont fait tant de viétimes.
L'origine de mes difficultés &c particulièrement celle qui a fait naitre le coup d'autorité
exercécontrer moiparM.dolalazeme, vafaire
voircomment ce Gouverneur n'a montréde caraétère que pour foutenir toutes les méprifes
du fieur Jauvin, premier Agent des pailions
de M. de Marbois. Entrons en matière pour
le démontrer.
En l'année 1766, je fis l'acquifition par
devant M. Bordier Notaire, d'une habitation
fituée au Fauxbourg du Petit Carenage du
Cap.
Cette habitation étoit entourée d'emplacemens propres à bâtir des maifons, tant en
faifant des remblais dans la mer qu'en efcarpant dans les rochers 5 & ce n'elt que depuis
que je fuis devenu propriétaire de ce bien,
qu'on a vu augmenter un quartier aujourd'hui fert confidérable, qui.s'eft formé, foit
par les maifons que j'ai fait bâtir, foit par
les emplacemens que j'ai vendus après les
conquis fur la mer.
J'en vendis un aux Adminiftrateurs pour
le Roi le 22 Août 1783.
Je leur remis les titres avec un ancien plan
du terrein fait par un Monfieur de Poliart,
vora
tr asr
aara
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-
,
qu'on a vu augmenter un quartier aujourd'hui fert confidérable, qui.s'eft formé, foit
par les maifons que j'ai fait bâtir, foit par
les emplacemens que j'ai vendus après les
conquis fur la mer.
J'en vendis un aux Adminiftrateurs pour
le Roi le 22 Août 1783.
Je leur remis les titres avec un ancien plan
du terrein fait par un Monfieur de Poliart,
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- --- Page 75 ---
(69 )
Ingénieur du Roi, mort il y a 40 ans. M.
Rabier, Ingénieur en Chef fut chargé d'en
faire la vérification, 2 il crut devoir faire un
plan particulier, parce que, fans doute, celui
de M. de Poliart éroit déchiré, j'ignore pourquoi on a perdu l'original (1).
Voilà quel étoit l'état des chofes lorfque
MM. de Marbois &e Jauvin vinrent me faire
A
de nouvelles incurlions fur mes propriétés
du petit Carenage, & voici ce qui précéda
le coup d'autorité exercé contre ma perfonne
dont on va reconnoitre l'atrocité.
M. Maffot, Capitaine de Port &r beaupère de M. Bretel, premier Commis du Bureau des Colonies à Verfailles me follicitoit
depuis fort long-temps pour m'engager à lui
faire préfent d'un emplacement près de celui
que j'avois vendu au Roi, & cela, me difoit-il, pour y placer une perfonne qu'il protégeoit, ilmep parut fort dtonnantqwanhomme
à qui M. Bretel fon gendre avoit fait obtenir
une place qui lui rapporte environ IOO
mille livres par an, & qui lui avoit procuré
(1) Il eft bon d'obferver que dans toutes ces difficultés
on a fait difparoitre deux pièces, la première eft la vente
du terrein vendu par M. Foreitier en 1765, & l'autre ce
pian de M.de Poliart du terrein vendu par moi en 1783.
E;
-DN A
c
a 3 A --- Page 76 ---
(70)
la Croix de St. Louis au bout de fix ans de
fervice, vouiût qu'un homme accablé de
perfécutions & d'infortunes, lui Re un préfent
de la valeur de quinze mille livres.
Cette demande étoit d'amtant plus indif'
crette de A part que ce ménie Cipinine de
Port jouilbit de douze. mille livies de rente
que lui dontsitla maifon de bois qu'll avoit
eu la permilion de batir force méme to rrein
quim'avoit éte enlevé ParM. le Magon en
1765, Sc fur lequer il avoit obtena fara difficulté la permifhion de ban, cemme je l'ai
déja dit à la page 17 2 de Ct mémoire.
Peu de jours après, un Capitaine AngloAméricain vint me demander ls permifion le
faire élever près de l'emplacement que je vènois de refufer à M. Maffot, des maifons
de bois qu'il avoit à vendre, je le lui permis,
parce qu'il eft d'ufage au Cap de laiffer
monter aux Américains la charpente des maifons qu'ils ont à vendre, on les monte ordinairement fur les quais pour les expofer en
vente, je fis une recommancation à ce. Capitaine, ce fut de les faire aligner avec la
rue, afin que fij'avois l'envie d'en faire l'acquifition, je n'euffe pas befoin de les déplacer.
à
saar
- à
permis,
parce qu'il eft d'ufage au Cap de laiffer
monter aux Américains la charpente des maifons qu'ils ont à vendre, on les monte ordinairement fur les quais pour les expofer en
vente, je fis une recommancation à ce. Capitaine, ce fut de les faire aligner avec la
rue, afin que fij'avois l'envie d'en faire l'acquifition, je n'euffe pas befoin de les déplacer.
à
saar
- à --- Page 77 ---
- a
(7:) )
L'Américain fe conforma à ce que je lui
avois prefcrit. On vit donc s'élever tout-àcoup une belle maifon en bois que l'on crut
être à moi parce qu'on l'élevoit fur mon terrein.
Je paffois à la rue du Confeil lorfque M.
Maffot m'accofta pour me dire qu'il fortoit
de chez M. Jauvin où il avoit entendu des
Officiers de la Marine fe plaindre de ce que
je m'emparois des terreins remblayés parle
Roi.
M. de Barbazan, Commandant de la Marine,
fit en effet, à ce qu'on me dit alors, une lettre
dans laquelle il fe plaignoir de ce que je faifois
élever des bâtimens fur un terrein qu'il difoit,
d'après le rapport de M. Maffot, avoir été
remblayé aux frais du Roi.
Onordonna au Voyer defstranforerfarles
lieux & de dreffer un Procès-yerbal pour conf
tater 95 que je faifois élever une cafe en bois
3> & à étage fur un emplacement où je ne
3> devois bâtir, difoit-il, qu'après en avoir
3> reçu les alignemens, tant pour me con3> former au plan de la ville du Cap, que
35 pour juftifier ma propriété c,
Je trouvai la lignification de cette pièce
en rentrant chez moi le 26 Janvier au foir, *
je crus ne devoir pas y répondre, parce que
E 4
X -
- - wr A 5 RAC --- Page 78 ---
-
-
(7:)
le Voyer auroit dû s'adreffer à l'Américain
à qui appartenoit cette cafe & non à mci.
Le 29 Janvier je reçus une feconde fommation ; mais comme ce ne furqu'après cette
époque que je fis l'achat de cette maifon,ce
ne fut qu'alors non plus que je pris qualité
pour me défendre comme propriéraire.
On voit par tous ces actes de perfécution
que le motif caché fous le mafque du devoir
& de la. règle, n'étoit autre chofe de la
part de l'adminiftration que le moyen de fe
faire un parti nombreux, & de la part de ce
parti celui de faire payer leurs délations par
la dépouille des dénoncés.
D'une autre part l'amour-propre & furtout l'amour-propre bleffé par le courage de
Phomme qui réfiftoit à la tyrannie devoit
irriter néceffairement M. Jauvin pour l'exciter à de nouvelles perfécutions 5 la confiance que la modération de mes adlions lui
avoit infpiréavoit tellement troublé faraifon,
qu'agité par la paffion, il crut ne devoir pas
m'écrire, 3 mais devoir au- contraire manoeuvrer à fon ordinaire par l'intervention d'un
Voyer, afin de jouir du plaifir de foumettre
mes droits & la fierté de ma raifon aux Caprices du defpote dost il étoit le principal
Agent, Voilà comme je fus affailli dans mes
-
L a1
-
T
lui
avoit infpiréavoit tellement troublé faraifon,
qu'agité par la paffion, il crut ne devoir pas
m'écrire, 3 mais devoir au- contraire manoeuvrer à fon ordinaire par l'intervention d'un
Voyer, afin de jouir du plaifir de foumettre
mes droits & la fierté de ma raifon aux Caprices du defpote dost il étoit le principal
Agent, Voilà comme je fus affailli dans mes
-
L a1
-
T --- Page 79 ---
(73)
derniers retranchemens, mais enfin, ponffé
au pied du mur ma patience s'évanouit, &
j'écrivis la lettre fuivante à M. de la Luzerne.
MoN GÉNÉRAL,
33 JE vous porte des plaintes contre les
3) vexations réitérées de.M. de Jauvin, fes
3> chicanes perpétuelles font portées jufqu'à
>) l'indécence, elles conipremcttent la pertion
3> de dignité qu'on vient de lui confer puif-
>> qu'il fe prévaut de fon autorité pour ôter
>> le repos des Citoyens (1)3 couvert de cet
9> égide, il ofe tout, il foule aux pieds les
3> égards qu'on doit aux plus honnêtes. La
>> manière de faire fa cour à M. lIntendant
>> confifte préfentement à voulcir faire de
9 nouvelles incurfions fur mes propriétés du
39 Petit Carenage, comme il en a fait fur
99 mes poffefions du bord de la mer en me
(1) Il n'y avoit qu'un an que M. Jauvin avoit été
fait Ordonnateur au Cap par M. de Marbois, quoiqu'il
ne fût pas Commillaire, aucun des Officiers de ce
Corps n'ofa rien repliquer centre l'injuftice que leur
faifcit cet Inténdant en donnant à un intruis qui ne pouvoit pas avoir leurs lumières, cette première place qui
revenoit de droit au plus ancien Commiffaire,
A
ree
- - - à -
- --- Page 80 ---
(74)
s> défendant d'y bâtir & en le permettant
>> à d'autres.
3> Je vous fupplie donc, mon Général,
>> d'ordonner qu'il laiffe tranquille un homme
>> qu'il met au défefpoir.
>> Tous les objets d'une adminiftration éten9, due femblent totalement négligés pour ne
>> s'occuper que du piaifir de me nuire. Faites
>> donc ceffer, je vous en fupplie encore s
>> mon Général, par votre autorité, toutes les
>> oppreflions qu'on exerce contre moi > &c
>> qui font gémir tous les Citoyens honnêtes
33 par les fâcheufes influences qui les mena-
> cent de la plus dangereufe adminiftration
3) fi vous n'y interpofez votre pouvoir.
>> J'en parle de la forte par la raifon que
35 M. l'Intendant n'a pas laiffé ignorer que
> c'eft à lui feul qu'il faut s'adreffer pour
s, obtenir des graces, & pour mieux convain3> cre ceux qui auroient de la peine à le
>> croire, il a répandu les chofes les plus
35 fâcheufes pour fe faire une réputation aux
>> dépens de la vôtre.
52 Il elt donc effentiel que vous le fachiez
3> pour arrêter les préventions dangercufes qui
3> pourroient vous nuire.
>> Je le dois aux bontés dont vous m'avez
33 honoré, je le dois au bien public par la
A
aces, & pour mieux convain3> cre ceux qui auroient de la peine à le
>> croire, il a répandu les chofes les plus
35 fâcheufes pour fe faire une réputation aux
>> dépens de la vôtre.
52 Il elt donc effentiel que vous le fachiez
3> pour arrêter les préventions dangercufes qui
3> pourroient vous nuire.
>> Je le dois aux bontés dont vous m'avez
33 honoré, je le dois au bien public par la
A --- Page 81 ---
ifal
(75)
:> raifon que l'autorité feule entre vos mains
>>' foulagera la Colonie des oppreflions qui
3) l'accablent. On cite de toutes parts des
>> anecdotes mortifiantes qui m'ont fait rom-
>> pre des lances pour les détruire ; en voici
les hon3> une, entr'autres, quiarévolrétous
s nétes gens qui vous connoiffent & qui
>> favent apprécier votre fupériorité, mais
>> qui, malbeureufement a déja formé des
3) préjugés & fourni matière à ces effains de
32 petits génies qui décident des réputations
22 fans rien connoitre.
>> On rapporte donc qu'une perfonne te-
>> nant un rang, fut demander un petit em95 ploi pour un de fes protégés à M. de Mar-
>> bois; celui-ci le renvoie pardevers vous
>> en lui difant: allex trouver M. le Général à
>> quij'abandonne ces petits détails.
>> Je ne pouvois pas le croire, mais cette
3> perfonne me l'a confirmé, c'elt un homme
99 d'honneur.
>> Si j'étois affez vil, oui, G mon ame
> étoit d'une trempe à facrifier lhonneur à
>> la fortune, j'aurois profité de la circonf59 tance pour obtenir la permifion de bâtir
55 en lui faifant ma cour, mais je n'ai jamais
3) fu la faire qu'aux hommes en place à qui
3> j'ai reconnu des vertus.
AA X5A U3 - N noe WIEZ wAA - C -2 --- Page 82 ---
(76)
3 La-difimulation n'a jamais été mon dé-
> faut, &c méme dans ce moment j'aime
9s mieux hafarder ma fortune & encourir des
39 difgraces plutôt que de voir perpétuer des
92 erreurs dangereufes à la fociété, en vous
9> laiffant ignorer les chofes ficheufes que l'on
92 vous cache mal-i-propos.
19 Enfin, mon Général, je vous fupplie
>> d'ordonner que les deux Commandans &
99 un autre Commiffaire foient chargés d'exa9> miner mes titres à la place de M. de Jauvin
3) dont la paffion trop manifefte devient pour
99 moi un titre de récufation.
32 Je fuis avec refpedt, 8xc. Cc
COURREJOLLES
La réponfe à cette lettre a été oubliée à
St. Domingue.
Si M. de la Luzerne en a gardé copie &c
qu'il veuille la communiquer, 3 on y verra en
fubftance qu'il ne répondit rien fir tousles faits
que je lui expofoisavec tant de franchife,mais
qu'ilme refufa les. Juges que jelui demandois,
en m'affurant que je n'avoisà craindre aucune
injuftice de la part de M. Jauvin, qu'il alloit
écrire au Commandant du Cap pour l'engager à fe rendre avec lui fur les lieux, afin
à
c
qu'il veuille la communiquer, 3 on y verra en
fubftance qu'il ne répondit rien fir tousles faits
que je lui expofoisavec tant de franchife,mais
qu'ilme refufa les. Juges que jelui demandois,
en m'affurant que je n'avoisà craindre aucune
injuftice de la part de M. Jauvin, qu'il alloit
écrire au Commandant du Cap pour l'engager à fe rendre avec lui fur les lieux, afin
à --- Page 83 ---
(77)
de vérifier mes titres avec le local pour lai
en rendre compte, 8rc.
M. de Vincent reçut en conféquence l'ordre
du Général pour fe tranfporter fur les lieux
avec l'Ordonnateur Jauvin.
Ils me firent avertir du jour & du moment
du rendez-veus, je m'y trouvai,à Pheure prefcritesje les vis arriver avec M. Maffor, Capitaine de Port,
L'aétivité de ce dernier & l'intérêt qu'il
manifeftoit aux yeux les moins, clairvoyans
en voulant démontrer aux Adminiftrateurs,
que la maifon qu'on avoit élevée étoit fur
le terrein du Roi, déceloit fans fard que ce
M. Maffot étoit le vrai dénonciateur, & que
l'autorité de M. de Barbazan n'avoit été
compromife dans cette réclamation, que parce
que, fans doute, 2 il avoit été induit en erreur par le refentiment de celui qui n'ayant
pasipu obtenir un préfent de 15,000 livres,
avoit mis en jeu le Commandant de la Marine pour le faire agir contre moi.
L'intérêt du Capitaine de Port identifié à
celui de l'adminidration, me parut une action fi contraire à l'intérêt qu'il lavoit feint de
prendre en ma faveur lorfqu'il affedta de
m'avertir à la rue du Confeil, en me difant
que les Officiers de la Marine faifoient des
N 4
-4 . --- Page 84 ---
a M
RSGTA - ANr
(78)
démarches pour me nuire 2 que je ne pus
m'empécher de faire paroître avec ma franchife ordinaire toute l'énergie dont elle eft
capable en pareils cas
Je fis donc en préfence du Commandant
le parallèle de fa double conduite.
M. de Vincent fouffrant, fans doute de
l'embarras où devoit fe trouver celui qui fe
découvroit de la forte, interrompit le difcours
en renvoyant l'examen de l'affaire à un autre
jour, afin de le faire légalement en préfence
des Ingénieurs & de tous les Officiers néceffaires pour conftater les faits par un Procès-verbal en bonne règle.
En conféquence M. de la Plaigne, Commandant particulier, parut en l'abfence de
M. de Vincent, accompagné de M. Jauvin
Ordonnateur, de M. de Bois-Forêt, Diredteur
Général des fortifications, de M. de ChâteauVieux, Ingénieur en Chef, de M. Maffor,
Capitaine de Port, d'un Ecrivain de la Marine, du Voyer de là ville du Cap, &c de
denx Experts, dont l'un pour le Roi, & l'autre pour moi; tous rendus fur les lieux avec
une table, du papier, de l'encre, des plumes,
& enfin avec tout ce qui étoit néceffaire
verbalifer (1).
.
pour
(1) Il y avoit nonobfant tous ces Officiers un groupe
de près de ICO perionnes attirées par la curiofité.
Port, d'un Ecrivain de la Marine, du Voyer de là ville du Cap, &c de
denx Experts, dont l'un pour le Roi, & l'autre pour moi; tous rendus fur les lieux avec
une table, du papier, de l'encre, des plumes,
& enfin avec tout ce qui étoit néceffaire
verbalifer (1).
.
pour
(1) Il y avoit nonobfant tous ces Officiers un groupe
de près de ICO perionnes attirées par la curiofité. --- Page 85 ---
e
(79)
Ils commencèrent premièrement
par examiner mes titres.
Secondement, par appeller le fieur Gabriel
voifin de l'emplacement contefté qui remit les
fiens ;
Troifièmement, par comparer les deux titres, afin de reconnoître par la conformité
des lifières mitoyennes, les bornes de fon
emplacement avec le mien.
Lorfque la lifière fut ainfi bien reçonnue
par tous les Ingénieurs & le Voyer, ils partirent delà pour mefurer avec la plus grande
précilion la longueur du terrein dont l'extrémité fud faifoit le fujet de la conteflation,
& l'on reconnut à la honte de mon dénonciateur &c de mon acharné perfécuteur
que
mon emplacement s'étendoit de 60 pieds plus
loin ençore que l'alignement ou l'Américain
avoit placé la cafe qui avoit fait naître la
difficulté (1).
(:) Une nouvelle vérification en a été faite l'année
dernière par l'Ingénieur en Chef & le Voyer; ceux-ci,
comme ceux qui opérèrent en préfence de M. Jauvin,
ont reconnu que mon emplacement s'étendoit à 60 pieds
plus loin que l'alignement oà l'Américain avoit placé la
maifon qui avoit fait naître la difficulté mal fondée de
cet Ordonnateur oppiniâtre & dénué de raifon. Voyez
le Procès-verbal relatif à cette vérification à la fin de ce
mémoire,
- AXS
A PEa 22 wX a - --- Page 86 ---
(80)
M. Jauvin fut confondu; il alloit, venoit,
faifoit remefirer, & enfin à force de chercher des faux fuyans, il imagina d'interpréter à fa fantaifie un mauvais plan de M.
Rabier, qui, quoique mal copié fur l'ancien
plan de M. Poliart, ne lui auroit passplus
fervi pour cela; il crioit, balbutioit, & fe
fichoit contre tous ceux qui vouloient lni
démontrer que j'avois raifon; 8 quoique fort
ignorant fur ce genre d'examen, il prétendoit en favoir là-deffiis plus que les Ingégieurs 8x tots ceux qui fe trouvèrent préfens
à cette vérification.
Enivré par fa paffion, il crut qu'au moyen
d'une manière d'interpréter l'acte de vente
avec les alignemens du local pour faire Cadrer à fa guife le plan fait par M. Rabier,
il crut, dis-je, trouver un faux-fuyant pour
le fauver de fa confulion, & alors victorieux
de ce retranchement qui fembloit le mettre
à l'abri de la honte, il brava la raifon att
point que quand je lui fis la demande du
plan de M. de Poliart, il me dit qu'il n'y
en avoit pas d'autre que celui de M. Rabier.
Je lui dis alors, j'ai remis, un plan fait par
M. del Poliart:CELA ESTFAUX,répliquabrufquement M. Jauvin.
Le combat qui fe fit dans ce moment
entre
victorieux
de ce retranchement qui fembloit le mettre
à l'abri de la honte, il brava la raifon att
point que quand je lui fis la demande du
plan de M. de Poliart, il me dit qu'il n'y
en avoit pas d'autre que celui de M. Rabier.
Je lui dis alors, j'ai remis, un plan fait par
M. del Poliart:CELA ESTFAUX,répliquabrufquement M. Jauvin.
Le combat qui fe fit dans ce moment
entre --- Page 87 ---
(S1)
entre ma prudence & mon indignation me
glaça tout-à-coup le fang Sa circulation
s'arrêta heureufement... l'âge la raifon & fur-tout l'image de mes enfans
tout vint à non fecours pour arrêter ce premier mouvement que la nature fait éclatér
dans le coeur de tous les êtres fenfibles, mais
que la raifon dirige & que le bon ordre
profcrit.
1 Ce combat horrible qui fe fit entre les
fentimens internes de mon ame 8 toutes les
habitudes des préjuges établis par les hommes
de mon état, occupoient entièrement toutes
mes penfées, je ne pus que proférer ces mots
que beaucoup d'affiftans ont entendus :
I ef bien étonnant, Monfteur, que vous vous
oubliées de la Jortes ici fe paffa tout l'embarras
de mon étonnement & du parti que je devois prendre > lorfqu'après mure réflexion,
je lui dis feulement pafons à nos opérations,
je reviendrai la deffus quand il en fera temps.
Je lui tournai le dos pour aller voir mefurer pour la troifième fois la longueur du
terrein.
Je n'étois plus à moi, mon ame fans cefle
agitée ne faifoit plus attention aux moyens
de défendre mes droits.
Le fieur Jauvin s'en apperçut, &c il s'en
F
à -N
a - MNa
M --- Page 88 ---
à Ms 2L - J
SA e R
(8:)
apperçut fi bien je qu'il fut profiter de mon
état pour faire enlever à-propos les papiers
& la table ; cela fe fit, fans doute, pour ne
pas verbalifer; je fus le feul, qui a caufe
de mon état ne m'apperçus qu'un inftant
après, de cet enlèvement - > j'en fis auflitôt
l'obfervation, & la deffus on me promit
d'en dreffer le Procès - verbal dans les Bureaux; après quel'on m'eut raffuré à ce fujer,
je fuivois le Commandant fans faire attention
à l'importance de mes affaires (I), celui-ci
monta chez moi, & M. Jauvin eut la hardieffe d'y monter > quoique j'affedtaffe de lui
tourner le dos, j'accompagnai le Commandant jufqu'à la rue tout-au-plus à 4 ou 5
toifes de ma porte ou nous nous quittâmes.
M. de la Plagne ayant appris par mes amis
(1) Ce n'eft que deux ans après que j'ai pu obtenir
ce Procès-verbal, il eft même très-probable que je ne
l'aurois jamais eu fi les fages principes du nouveau Gouverneur 2 M. Duchilleau n'eut fait redouter les fuites
qu'auroit pu occalionner les manceuvres de mes Adverfaires, ce Procès-verbal a été précédé d'une nouvelle
véréfication à la demande de M. Jauvin, mais elle ne
lui apas été plus favorable que la première, aufi eft-il
devenu plus docile, 9 le nouvezu Chef ne permettoit plus
les injuftices.
urois jamais eu fi les fages principes du nouveau Gouverneur 2 M. Duchilleau n'eut fait redouter les fuites
qu'auroit pu occalionner les manceuvres de mes Adverfaires, ce Procès-verbal a été précédé d'une nouvelle
véréfication à la demande de M. Jauvin, mais elle ne
lui apas été plus favorable que la première, aufi eft-il
devenu plus docile, 9 le nouvezu Chef ne permettoit plus
les injuftices. --- Page 89 ---
( 83) )
que mon intention étoit de donner de la fuite
à cette affaire, crut avant tout devoir m'interdire les voies de fair, ce qui n'étoir nullement mon intention; néanmoins il en exigea
ma parole d'honneur que je lui donnai même
par écrit, voici qu'elle fut enfuite ma plainte
au Génra I.
>> MoN GÉNÉRAL,
9> J'aurois eu tort de me plaindre de M,
>> Jauviu, fi au lieu de faire les chicanes les
>> plus mal fondées, il eût été le pailible
52 examinateur de mes titres; mais il vouloit
3> abfolument les trouver en défaut (1), il
32 agiffoit avec tant de pafion, qu'il fem-
>> bloit m'attaquer plutôt en partie intéreffée
2> qu'en Juge tranquille & honnête qui cher- .
30 che la vérifé.
33 L'Affemblée convoquée en dernier lieu
22 par Vos ordre à ce fujet a été compofée
>> du Commandant de la place, du Direc3> teur du Génie, de l'Ingénieur en Chef,
s du Capitaine de Port; de fon Lieutenant,
(1) Ceci fe rapporte aux plaintes portées par ma
précédente lettre.
F 2
a * VN --- Page 90 ---
- -03
P
ORRE a 3
(.84)
5> d'un Ecrivain de la Marine, de deux Ex9> perts & du Voyer.
22 Ce dernier a mefuré le local avec mes
3 titres en mains, tous ont unanimement
5> reconnu, que bien loin d'avoir anticipé fur
3> le terrein du Roi, on a au contraire beau-
>> coup anticipé fur mes poffefions (1).
S L'opinion de M. Jauvin confondue, fem.
25 bloit le tourmenter par la raifon, fans
3> doute qu'on reconnoiffoit évidemment l'in-
>> juftice de fes procédés contre moi, com9> battu par la penfée commune des autres
>> tout-à fait oppofée à des idées fuggérées
>> par l'amoug-propos, dénuées de raifons,
9> ila fini par en perdre la tête, & dans cet
>> état d'ivreffe, il a porté l'audace au point
>> de me donner un démenti formel en pré32 fence de tous les perfonnages que je viens
>> de citer.
>> J'ai remis autrefois, lui difois-je, un plan
32 figuratif de l'emplacement que j'avois vendu
2> au Roi.
93 Cela eft faux, replique ce M. Jauvin (2).
(1) Voyez le plan & le Procès-verbal pour en être
convaincu à la fin de ce mémoire.
(2) Cent perfonnes ont voulu dépofer l'avoir entendu.
menti formel en pré32 fence de tous les perfonnages que je viens
>> de citer.
>> J'ai remis autrefois, lui difois-je, un plan
32 figuratif de l'emplacement que j'avois vendu
2> au Roi.
93 Cela eft faux, replique ce M. Jauvin (2).
(1) Voyez le plan & le Procès-verbal pour en être
convaincu à la fin de ce mémoire.
(2) Cent perfonnes ont voulu dépofer l'avoir entendu. --- Page 91 ---
(85)
95 Vous fentez, mon Général, ce qu'un
92 démenti de cette efpèce a dû produire fur
3> une ame comme la mienne, je ne vous
a diflimulerai point qu'un mouvement con-
>> vulfif fuivi d'un froid à me glacer les
33 mains en a été le premier effet; heureufe3> ment cela n'a produit à : la fuite de ce pre-
>> mier moment, que le bonheur de me con3> tenir en homme ftupefait; je n'ai cependant
3> pu m'empécher de faire fentir à ce M.
>> Jauvin l'indifcrétion infultante d'un pareil
32 propos, & que l'injure étoit d'autant plus
32 grave, que la circonftance exigeoit la dé2 cence qu'auroit dû lui prefcrire fon âge
12 & les fonétions de fon état.
>> Au refte, je prends à témoin de cet ou-
>) trage MM. de la Plagne, de Bois Forét,
59 de Châteauvieux, & tous les autres pour
93 attefter que je ne l'ai relancé que fuffifam93 ment pour lui montrer que je ne fuis pas
$> accoutumé à m'entendre adreffer de pareils
>> complimens, & pour lui faire fentir que
5> je l'avois bien entendu.
>> L'amour pour la vérité produit dans
3> l'efprit des gens honnêtes un tel mépris
59 pour ceux qui mentent > qu'on a raifon
s de regarder un démenti comme l'outrage
F 3
a -
MIN o
aA --- Page 92 ---
- a
:
-
KORG TENC
(86)
a3 le plus irréparable qu'un homme d'honneur
3> puiffe récevoir.
99 Or, reprocher de menfonges en térmes
5> formels & d'un ton infultant, un homme
53 qui a bien mérité la décuration qu'il porte,
39 eft une injure atroce qui demande au moins
19 une réputation authentique fur les lieux
s> du délit en préfence de tous ceux qui l'ont
33 entendu.
$> Je vous fupplie donc, môn Général, d'or5 donner que M. de Jauvin, en préfence de
15 douze Officiers Superieurs ou Chevaliers de
351 St. Louis de la garnifon, foit tenu de me
>> demander pardon, je le lui accorderai Vu
33 fon phylique débile, & la fupérioriré que
:3 j'aurois néceflairement fur lui, cette leçon
> pourra lui apprendre à ne mettre s ni ou23 trage, ni injuitice dans la portion d'auto52 rité fous laquelle il eft affaiffé.
n Les pouvoirs de Juge du point d'honneur
92 font entre VOs mains feules, je fuis homme
92 de guerre, les Commiflaires de la Marine
s> prétendent l'être aufli, vous êtes donc notre
3) Juge.
35 J'actends cette juftice de votre part, mon
55 Général, fans quois il paroitroit que le
s> démenti qui m'a été donné eft une affaire
3> pour laquelle il me feroit loifible d'em-
é.
n Les pouvoirs de Juge du point d'honneur
92 font entre VOs mains feules, je fuis homme
92 de guerre, les Commiflaires de la Marine
s> prétendent l'être aufli, vous êtes donc notre
3) Juge.
35 J'actends cette juftice de votre part, mon
55 Général, fans quois il paroitroit que le
s> démenti qui m'a été donné eft une affaire
3> pour laquelle il me feroit loifible d'em- --- Page 93 ---
a
(87)
s2 ployer les moyens dont un homme outragé
3 pourroit ufer.
32 Je fuis avec refpedt, &c. Ce
Au Cap lc 18 Février 1787.
Signé COURREJOLLES.
J'AVOIS fini cette lettre, , j'étois prêt à
l'envoyer à la pofte, lorfqu'un Officier général en prit lecture dans une maifon ou
j'entrai; il fut tellement indigné du procédé
de M. Jauvin, qu'il y ajouta la dernière
phrafe, alors je fus obligé de refaire ma
lettre, On auroit tort de vouloir l'interprêter
d'une manière différente de celle qui avoit
dirigé l'intention de fon auteur & toutes mes
aétions. L'équité des Loix veut que l'on ne
prenne jamais une apparence pour une réalité, l'on ne peut donc confidérer cette phrafe
comme une idée qui puiffe déligner aucune
voie de fait, & quelqu'apparence qu'elle paroiffe avoir d'abord, elle eft cependant telle,
qu'il eft très-facile de concevoir par fa généralité & par mes actions > que cet Officier
&c moi n'avions envifagé, & n'avions ett
pour objet qu'un recours au Tribunal des
Maréchaux de France, ou bien à en porter
F 4
3 -
6TN a va - L - -
- --- Page 94 ---
-
OSG
Pcm
(88) )
mes plaintes au pied du trône, 2 fi je n'étois
pas écouté, fept à huit perfonnes préfentes
dans cette maifon ont vu & reconnu l'elprit
qui nous dirigeoit l'un & l'autre dans ce
moment; d'ailleurs ma plainte au Général,
la manière dont j'ai donné auffitôt ma parole d'honneur au Commandant de la place
le prouvent évidemment.
Voici la réponfe de M. de la Luzerne.
- Port-au-Prince le 22 Février 1787.
35 Vous m'obligez, Monfieur, à remplir
93 des fonétions importantes; mais très-déli3> cates. Je vais prendre comme vous le dé3> firez des informations fur le fait qui vous
92 a choqué ; & vous défends très-expreffe-
>9 ment d'ufer d'aucune voie de fait.
3> Il m'eft encore permis de me conduire
33 paternellement dans cette affaire, Je crois
a vous rendre le fervice le plus effentiel ei
32 vous ouvrant les yeux, en vous expofant
>> franchement mes principes. Peut-étre mé-
>3 me, & je le fouhaite, 3 la précaution que
3> je prends eft fuperflus VOS feules reflexions
33 auront diflipé P'illufion que vous vous fai.
3 fiez à vous- même lorfque vous m'avez
5 écrit,
33 paternellement dans cette affaire, Je crois
a vous rendre le fervice le plus effentiel ei
32 vous ouvrant les yeux, en vous expofant
>> franchement mes principes. Peut-étre mé-
>3 me, & je le fouhaite, 3 la précaution que
3> je prends eft fuperflus VOS feules reflexions
33 auront diflipé P'illufion que vous vous fai.
3 fiez à vous- même lorfque vous m'avez
5 écrit, --- Page 95 ---
a
o U
(8,) )
des cir-
>> Il fe préfente trop fréquemment
> conftance ou, ce que les Loix prohibent
eft beaucoup plus impérieufement ordonné
22 par l'opinion publique, qui obéit à ce cri
>> irréfiftible > 'mérite commifération, peut-
>> être même eftime ; un militaire fur- tout
39 eft porté en pareil cas à l'indulgence 5 j'a95 voue de bonne - fois que j'ai quelquefois
3> excufé, ce qu'il n'étoit pas en mon pou32 voir de prévenir.
>35 Mais l'honneur n'infpire jamais ce que
22 l'honnéteté réprouve. Appeller à fon épée
3> en matière d'intérêt, eft le fait qui mérite
>> la plus févère animadverfion du Gouver3). nement. La probité feule demande hautes) ment qu'on en fit exemple. Juge, témoin,
9> partie, adverfe, tout doit être facré au
3, Citoyen qui difcute fes droits.
3> 2°. La dénégation des faits eft de lef-
>> fence des procès, elle ne peut y être re35 gardée comme une infulte; qui que ce foit
>> des affiftans n'a vu comme vous, (1) n'a in29 terprêté de même. Je fuis affurement très-
>> loin de croire que vous veuilliés vous faire
(1) Quique ce foit n'a vu comme vous 2 pourquoi dire
enfuite comme on va le voir, c'eff par votre lettre fcule
gue je fuis infruis,
- - - a AAA
- 2 --- Page 96 ---
A -O a
- à
ROOEETO M D 21 14
(90 I
92 une injure, ou pour vous venger, ou pour
32 en compofer; mais fi, ayant eu le temps
22 de refléchir, G averti par moi, vous
>> fiftez, que pourra-t-on penfer.
per32 3°. Lorfque M. Jauvin a nié qu'une
>> piéce eut été remife à l'adminiftration, il
>> ne défendoit pas comme vous fes propres
3) intérêts, mais ceux d'un titres, ceux du
>> Roi. C'eft un Magiftrat âgé, vénérable;
93 c'eft le Commiffaite Ordonnateur, le Re3> préfentant de l'Intendant dans la partie s
du
>> Nord; il exerçoit des fonétions publiques,
2> il rempliffoit fon devoir en exigeant qu'un.
s9 titre important fut produit; c'eft par votre
29 lettre Jeul que,je Juis infruit, c'eft elle qui
>> dépofe ces faits, qui m'infpire toutes ces
>> réflexions que je vous prie de pefer vous-
>2 méme.
9> Votre meilleur ami ne vous écriroit
pas
93 autrement que je le fais. Il eft à craindre
92 que votre vivacité ne vous égare; tous
>> mes efforts tendent à empécher un brave
32 militaire, qui a bien mérité de fa patrie,
>> de fe perdre lui-même. C'eft dans cette
93 vue encore que je vais m'expliquer en Gou5> verneur Général. Si M. Jauvin avoit dé22 formais > en quelque temps que ce fut,
92 à fe plaindre de la moindre voie de fait,
a
93 autrement que je le fais. Il eft à craindre
92 que votre vivacité ne vous égare; tous
>> mes efforts tendent à empécher un brave
32 militaire, qui a bien mérité de fa patrie,
>> de fe perdre lui-même. C'eft dans cette
93 vue encore que je vais m'expliquer en Gou5> verneur Général. Si M. Jauvin avoit dé22 formais > en quelque temps que ce fut,
92 à fe plaindre de la moindre voie de fait,
a --- Page 97 ---
(sr)
>> de la moindre infulte verbale, 3 l'intérêt
>2 public, l'intérêt du fervice du Roi exige-
>9 roient l'exemple le plus éclatant, j'ai dû
>> le prévoir &: les ordres font évenmuellemient
>> donnés.
>3 Jai l'honneur d'être c
Signé LA LUZERNE.
M. de la Luzerne m'écrit qu'il va prendre des informations far le faic qui m'a choqué.
La chofe étoit facile 3 car plus de cent
témoins offroient de dépofer, & perfonne n'a
été appelté.
Il eft dit plus bas, que la probité feule demanderoit hautement qu'en en fit exemple. Juge,
témoin, partie adverfe, tout doit être facré all
Citoyen qui difeute fes droits.
A fa place 2 2 j'aurois dit, la probité feule
dirigera ma conduite, 6 feile demande que j'en
falfe exemple. Citoyens témoins, parties adverfes,
tout fera entendu, parce que tout doit être facré
au juge intégre dirigé par la Loi,
Je n'aurois pas dit non plus dans cette
affaire que la dinégation des faits eft de l'effences des Procès, Gc. Bc., parce qu'un Juge
qui plaide d'avance la caufe d'une des deux
e - € - 4 1 - --- Page 98 ---
CK
(92)
parties, manifefte clairement la manière dont
il veut juger.
Un militaire, peut-il, enfuite avancer qu'un
démenti formel qui a révolté cent Auditeurs,
ne peuz pas être regardé comme une infilte ;
j'en appelle à tous les hommes de guerre.
M. de la Luzerne fait paroître M. Jauvin
comme un Magifrat vénérable, le Commifaire
Ordonnateur 3 le Repréfentant de PIntendant
dans la partie du Nord.
M. Jauvin avoit accufé à-peu-près à
cette époque en ma préfence chez M: de
Vincent n'avoir que 53 ans.
Pour être vénérable, on doit non-feulement porter le caradère qu'exprime ce mot
par la repréfentation de l'âge, de la figure
& du maintien 5 mais il faut des vertus reconnues.
Si l'on s'informe de la vie, de la figure
& de l'âge de M. Jauvin, il fera facile
de fe convaincte que M. de la Luzerne pénétré de tout ce que l'Intendant lui faifoit
croire, le trompoit fans ceffe fur bien des
points.
Il articule enfuite que mon meilleur ami ne
me paricroit pas autrement.
M. de la Luzerne fe trompe affurément,
il aura voulu dire que le meilleur ami de M.
us reconnues.
Si l'on s'informe de la vie, de la figure
& de l'âge de M. Jauvin, il fera facile
de fe convaincte que M. de la Luzerne pénétré de tout ce que l'Intendant lui faifoit
croire, le trompoit fans ceffe fur bien des
points.
Il articule enfuite que mon meilleur ami ne
me paricroit pas autrement.
M. de la Luzerne fe trompe affurément,
il aura voulu dire que le meilleur ami de M. --- Page 99 ---
(93)
de Jauvin ne me parleroit pas autrement; puifqu'il démontre clairement que tous fes efforts
tendoient à empêcher de perdre M. Jauvin & non
pas le braye militaire qui a fi bien mérité de fa
patrie, voici ma réponfe qui va démontrer
combien j'étois éloigné d'avoir l'idée de me
venger par d'autres moyens que ceux permis
par la Loi.
32 MoN GÉNÉRAL,
32 Si l'opinion de tous ceux qui ont été les
32 témoins de l'infulte qui m'a été faite par
95 un démenti formel, doit guider mes dé3 marches, je n'en ai fait aucune qui n'ait
93 été généralement approuvée,
32 Mon intention n'a jamais été d'employer
>> aucune voie de fait, le maintien du bon ordre
>5 a toujours été à mes yeux un des devoirs le
>9 plus facré de la Société, tout bon fujet doit
3> y contribuer.
S Ily a près de trente ans que je fuis dans
3> la Colonie, & que je m'y fuis maintenu
99 de manière à concilier mon honneur &
32 mes intérêts fans enfreindre aucun de ces
32 principes.
>> C'eft pour les avoir bien inculqués dans
32 la penfée, que j'ai fu vaincre le boulver-
- D
- a 3 - - - a
- --- Page 100 ---
a
(94)
5> fement fublit que peut produire fur tous
>> les fens d'un homme d'honneur l'atrocité
3> de l'injure qui m'a été faite.
>7 On voit dans votre lettre, 2 mon Général,
>> les fentimens paternels d'un Chef tendre3, ment affecté des troubles qui agitent'ée
32 fajets qu'il gouverne > mais VOS lumières
>2 font faites pour confoler votre coeur par
>> les reffources infinies de votre efprit.
92 Vous ne fouffrirez certainement pas qu'un
>> Citoyen foit non- feulement ruiné par la
32 fuite des fauffes délations que l'on fait tous
3 les jours à l'Adminiftration (8c auxquelles
3> malheurealement on fe livre )5 mais qu'il
s9 foit encore entaché par une injure aufi
9> outrageante que celle que M. Jauvin m'a
99 faite en préfence de cent perionnes.
59 La chofe elt trop. férieufe, mon Géné-
>> ral, pour croire que vous ne nommerez
92 pas une. commillion à ce fujet.
>> Les Loix pénaies établies par le Tribu29 nal des Maréchaux de France fur le dé22 menti, entraineroient certainement M. Jau-
>> vin à de bien plus forts défagrémens que la
réparation que je réclame.
33 Je fuis avec refpedt, &zc. Cc
Signé COURREJOLLES.
Ce 25 Février 1787.
férieufe, mon Géné-
>> ral, pour croire que vous ne nommerez
92 pas une. commillion à ce fujet.
>> Les Loix pénaies établies par le Tribu29 nal des Maréchaux de France fur le dé22 menti, entraineroient certainement M. Jau-
>> vin à de bien plus forts défagrémens que la
réparation que je réclame.
33 Je fuis avec refpedt, &zc. Cc
Signé COURREJOLLES.
Ce 25 Février 1787. --- Page 101 ---
(95)
On voit très-clairement dans cette lettre
combien j'ai refpedté le bon ordre, combien ma conduite eft modérée & prudente,
comment je demandois au Gouverneur la
nomination d'une commiflion pour l'éclaircir
des faits, en un mot , comment M. de la
Luzerne auroit dû agir pouc être jufte. Non...
cette forme ne convenoit pas à MM. de la
Luzerne & de Marbois, il falloit fauver leur
Agent de ce mauvais pas, & pour cela, il
falloit refufer l'audition des témoins ; l'embarras étoit d'autant plus grand que tous offroient
d'attefter qu'ils avoient entendu proférer trèsclairement & tres-intelligiblement les mots
bien articulés par M. Jauvin parlant à ma
perfonne : CELA EST FAUX.
C'eft par la difficulté de fauver ce favori,
le repréfentant de Fintendant, que M. de la
Luzerne fe plait, fans doute, à le faire envi.
fager comme un Magiftrat agé, vénérable.
A la page 34 de fon mémoire, il appelle
ma lettre du 25 Février que nous venons
de lire, lettre peu conciliante, parce qu'il voyoit
en moi un homme qui demandoit juflice;
avec modération, & cependant avec perfévérence, fon parti pris, fans doute, dans le
Confeil de M. de Marbois étoit de ne pas
me l'accorder malgré que je l'affurois dans
a
Lan L - A
A a --- Page 102 ---
(96)
cette lettre, que mon intention n'avoit jamais
été d'employer aucune voie de fait, & que le
maintien du bon ordre avoit toujours été a mes
yeux un des devoirs le plus facré.
Voilà comme les troubles n'ont été occafionnés que parce que qu'on voyoit les Loix
fans ceffe efcobardées ou enfreintes lorfqu'elles
s'oppofoient au defpotifme.
On rejettoit tous les moyens qui ponvoient
découvrir la vérité; les efpions de tous les
états étoient en fig grand nombre à cette époque dans la Colonie, > qu'alors que l'amitié
& la confiance s'appelloient réciproquement
davantage, On fe défioit les uns des autres 2
ce moyen odieux de favoir tout ce qui fe
paffoit, devenoit néceffaire pour maintenir
& accroitre leur pouvoir. Sil'on voit aujourd'hui tant de partis oppofés à St. Domingue,
nous n'en devons la caufe qu'aux récompenfès prodiguées aux délateurs, & je pourrois prefque défier de eiter un feul homme
du parti Marbois, qui n'ait obtenu quelque
faveur, particulièrement des places, des conceflions > ou des réunions > au détriemens
des Colons que l'on dépouilloient pour en
inveftir les créatures de cet Intendant.
D'après ces faits notoires, on ne fera plus
furpris que tous les moyens irréprochables
de
'aux récompenfès prodiguées aux délateurs, & je pourrois prefque défier de eiter un feul homme
du parti Marbois, qui n'ait obtenu quelque
faveur, particulièrement des places, des conceflions > ou des réunions > au détriemens
des Colons que l'on dépouilloient pour en
inveftir les créatures de cet Intendant.
D'après ces faits notoires, on ne fera plus
furpris que tous les moyens irréprochables
de --- Page 103 ---
(97)
de ma conduite foient interprétés de manière
à vouloir perfuader la Nation que je courois
après le fang de mon adverfaire, L'on doit
s'appercevoir que je ne follicitois qu'une réparation due à un homme d'honneur. Je n'ai,
pas rougi, moi, de faire des excufes une fois
dans ma vie lorfque j'ai été convaincu d'avoir
tort. Oui, je le répète encore > j'ai fait des
excufes au Cap il y a dix-huit ans > & de
mon chef à Monfieur Guilbeau, Négociant;
très-peu de perfonnes le favent, mais je m'en
fais plus d'honneur que fi j'avois perfifté à
foutenir une méprife; pourquoi donc Ce M.
Jauvin fe feroit-il Cru entaché de me dire
franchement, j'ai eu tort de vous avoir ofenfes
je vous en fais mes excufes devant tous ceux qui
ont entendu le démenti que je vous ai donné aans
la chaleur de la difpute 5 alors tout eût été
terminé d'une manière jufte & honnête, mais
non, enivré d'une place qui lui fut donnée
contre toutes les règles du fervice par M. de
Marbois, il croyoit avoir le droit d'infulter
un homme à-peu-près de fon àge, &c qui I
certainement à bien plus fait que lui pour
mériter - l'eflime de fes Conciroyens. Il croyoit,
dis-je, avoir le droit d'infulter fans être foumis aux règles prelcrites par l'honneur, parce
que fes Protedteurs le foutenoient dans (es
G
- - O KA --- Page 104 ---
A a - OOKCTA De - -
(98 2 )
erreurs. > rien ne le prouve mieux que la lettre
fuivante de M. de la Luzerne.
Port-au-Prince ce 28 Février 1787.
>> J'ai reçu, Monfieur, une lettre de M.
3P Jauvin par laquelle il m'affure qu'il n'eft
3> forti de fa bouche aucune parole choquante
9> pour vous. Il eft en vérité fuperfu d'ajous> ter qu'il n'a pas eu le moindre projet de
93 vous offenfer, car il vous eft impoffible
>> d'avoir à cet égard un doute 5 mais j'ai
>> chargé le Conmandant pour le Roi de vous
>> le dire, ce qui, affurément, doit vous fuf
s fre; d'après ma lettre à M. de la Plaigne
>> du 25, & celle que je vous ai précédem92 ment écrite, je crois tout fini.
3, Il m'ef parvenu des informations, je les
93 garderai , quoique très- perfuadé que vous
23 vous repentez déjà vous-même d'avoir fait
>> un éclat fort repréhenfible dans la ville la
37 plus confidérable de la Colonie. Un Mas> giltrat reipectable par fon age. (1), par fes
>> vertus exerçant des fonétions importantes,
(1) Pourquoi rappeller fi fouvent des chofes fi contraires à ce qui eft manifeftement connu, M.Jauvin ef
plus jeune que M, de la Luzerne.
très- perfuadé que vous
23 vous repentez déjà vous-même d'avoir fait
>> un éclat fort repréhenfible dans la ville la
37 plus confidérable de la Colonie. Un Mas> giltrat reipectable par fon age. (1), par fes
>> vertus exerçant des fonétions importantes,
(1) Pourquoi rappeller fi fouvent des chofes fi contraires à ce qui eft manifeftement connu, M.Jauvin ef
plus jeune que M, de la Luzerne. --- Page 105 ---
19]
même en cet inftant fes devoirs
1 rempliffant
envers le Roi avec intégrité & fermeté >
9>
Phomme à
il ne faut répondre que
95 elt
qui
des
& vous ne les avez point
93 par
preuves,
Ce n'eft point, du contraire,"
>5 fournies (1).
convienne de regarder com9> l'homme qu'il
un mot hafardé, ce
>> me compromis par
un in35 mot, ne feroit point en pareil cas
&c il nie de l'avoir proféré. Vous
95 fulte,
d'avoir cher9> êtes perfonnellement incapable
en affaire d'honneuf
52 ché à métamorphofer
en eft évidemment une d'intérêt ;
2> ce qui
infidieux dont
difcerné
des confeils
j'ai
3> mais
Officier
auffi-tôt les motifs ont égaré un
avoir bien mérité de fa patrie,
>> connu pour
affurément be9> & dont le courage n'a pas
(1) On vous a trompé M. de la Luzerne, non-feulement je les ai fournies à tous les Officiers que yous
aviez nommés, mais encore ma propriété a été reconbien
en dernier lieu fous la fage Adminue &
prouvée
en
vousniftration de M. Duchilleau; vous pouvez juger
même le Procès-verbal & le plan du dernier Ingénieur
par
lire à la fin de ce Mémoire.
en Chef que vous pouvez
adminiftraPourquoi n'obtenois-je pas juftice fous votre
fait
tion, celle de ce Gouverneur intègre que vous avez
de vous de me la rendre &
difgracier : il ne dépendoit que
refulé,
yous vous y. êtes conftamment
G
VRA - a
- -
- G - WIC --- Page 106 ---
a
- - 12
- .
2 1 I0O )
95 foin d'être éprouvé. Ils l'ont
>> dans le cas de fe
prefque mis
perdre
s0: méme; je m'applaudis de gratuitement lui-
>>. faire l'exemple
n'avoir pas eu à
authentique
32 le fervice du Roi, le cri du qu'euffent exigé
>2. neur, les droits même de la véritable hon-
>> fée, droits
Probité blefqui ne font pas moins
3> que ces confidérations
facrés;
vous faffent
>> proquement fentir combien
réci39 doit être déformais
votre conduite
circonfpecte.
s J'ai Phonneur, > &c. cc
Signé LA LUZERNE.
M. de la Luzerne vouloit, & ordonnoit
méme, d'une manière très-orientale,
Jauvin eût raifon fans
que M.
fages informations
daigner recourir aux
il
qu'il auroit, du prendre,
ne s'en rapportoit qu'à la partie intéreffée >
ou bien aux efpions de
m'écrire
l'Adminiftration; car
( dans un temps ou les Colons fe
méfioient tous les uns des autres ) : 3> Il m'eft
parvenu des informations ,je les garderai; c'étoit
dire
hautement, je ne veux pas éclaircir cette
afaire par des voies ligales, j'aime mieux m'en
Tapporter à ceux qui me fervent.
C'eft recourir à des moyens plus
il eft vrai,
faciles,
pour découvrir ce que l'on a in-
crire
l'Adminiftration; car
( dans un temps ou les Colons fe
méfioient tous les uns des autres ) : 3> Il m'eft
parvenu des informations ,je les garderai; c'étoit
dire
hautement, je ne veux pas éclaircir cette
afaire par des voies ligales, j'aime mieux m'en
Tapporter à ceux qui me fervent.
C'eft recourir à des moyens plus
il eft vrai,
faciles,
pour découvrir ce que l'on a in- --- Page 107 ---
I IOI )
mais aufli c'eft ouvrir la
térêt de trouver;
de
d'une caverne à toutes les paflions
porte
de la facilité qui leur eft
ceux qui profitent
de fureté les
offerte pour frapper avec plus
à terraffer leurs ennemis.
coups de propres la Luzerne dit encore dans cette
M.
lettre , que j'ai fait un éclat fort repréhienfble
de la Colonie.
dans la ville la plus confidérable
répondre à M. de la LuJe crois pouvoir
de fa lettre du
zerne par les propres paroles
Février, qui que ce foit des affiftans n'a vu
n'a interprété de même.
comme vous,
rendre
Enfuite Monfieur de laLuzerne, pour
intéreffante, le
la caufe de fon protégé plus
fans cefe comme un yieillard vénépréfente tandis qu'il n'y a que deux ou trois
rable,
de différence entre l'ige de ce prétendu
ans
vieillard & le mien.
dernière lettre de M. le GéJe reçus cette
néral un Dimanche à II heures, & malgré
à y répondre, je n'eus pas
mon empreffement
les
le temps de la mettre à la Pofte,
paquets
étoient fermés depuis midi; il me reftoitla reffource de la faire partir dans les paquets du
Commandant, qui ne fe fermoient qu'à une
cet incident me mit dans le cas de
heure,
à M. de la Plaigne, qui me
la communiquer
affaire en me
confeilla d'abandonner cette
G 3
-
- a RA
-
a a A m IAZ --- Page 108 ---
(1oz)
difant, vous avez raifon > mais que voulex-vous
faire conire la force.
Le confeil de ce Commandant me parut
fage, j'y adhérai, & alors je remis au courier
prochain à faire une réponfe plus foumife
que voici :
2> MoN GÉNÉRAL,
s> JE mets à vos pieds tous les facrifices de
95 mon intérêt perfonnel , & méme, s'il le
95 faut, ceux de ma propriété difcutée, afin
33 de prouver que je n'ai jamais été in/piré par
B aucune elpèce d'honneur que réprouve P'hon95 nétcté.
92 En ifolant ainfi l'offenfe du motif qui
9> l'a fait naitre, que deviens-je alors? Tou9> jours offenfé, & doublement malheureux,
3> puifque mes réclamations juftes m'ont fait
>5 encourir pour un moment la crainte de
92 votre difgrace.
s Toujours vrai dans ma conduite, toujours
32 guidé par Thonneur, par la probité, quelle
3> perplexité eft la mienne, en relifant avec
>> attention la dernière lettre dont vous m'a3> vez honoré; comment le compte rendu par
3> M. de la Plaigne, ne cadre-t-il pas avec
s> ce que j'ai eu l'honneur de vous mander?
mes réclamations juftes m'ont fait
>5 encourir pour un moment la crainte de
92 votre difgrace.
s Toujours vrai dans ma conduite, toujours
32 guidé par Thonneur, par la probité, quelle
3> perplexité eft la mienne, en relifant avec
>> attention la dernière lettre dont vous m'a3> vez honoré; comment le compte rendu par
3> M. de la Plaigne, ne cadre-t-il pas avec
s> ce que j'ai eu l'honneur de vous mander? --- Page 109 ---
I 103 )
9> je cefferois d'étre digne, & de la juftice que
>9 je réclamois, &c des bontés dont vous m'avez
3> honoré, fij'avois pu un feul infant m'é93 carter de la vérité en me laiffant aller à
39 des inductions particulières dont me pré29 fervera toujours la fermeté de mon efprit
>9 & l'énergie de mon coeur, mes fentimens
9> font affez brilans pour n'avoir jamais be25 foin d'être réchauffés par perfonne ; mon
3> caraéère eft comme une maffe d'airain, fur
s9 qui les impreflions étrangères ne font rien.
3> Les confeils infidieux ne fauroient donc
>> m'engager à métamorphofer en afaire d'honneur
3> ce qui n'en efe qu'une d'intérêt.
23 Vous croyez aujourd'hui, mon Général,
>> queje dois être fatisfait, il ne m'appartient
2> plus de murmurer quand vous avez pro-
>> noncé, votre eftime fera toujours trop pré-
>> cieufe à mon coeur pour ne pas me coR-
>> former à tous VOS defirs.
3> Je fuis avec refpect, 8zc.
a COURREJOLLES,
2> Au Cap -le 8 Mars c,
MA correfpondance & toutes les pièces
que je cite dans ce Mémoire font voir clairement qu'aucune raifon ne pouvoit prévaloir
fur le defpotifime de M. de la Luzerne.
G 4
- a 2 à - - --- Page 110 ---
1 la
-
*K a
(104)
La dernière lettre de ce Gouverneur, dir
fans aucun déguifément, que la dénégation
de M. Jauvin devoit me fuffire, 6 que je ne
devois ayoir aucun doute la-deffus lorfqu'il m'ordonnoit de le croire, mais il me femble
que
cent Auditeurs qui ont entendu clairement dire
à M. Jauvin, parlant à ma perfonne, CELA
EST FAUX, & qui ont offert de le dépofer,
auroit beaucoup mieux inftruit cette affaire
que la partie intéreflée à qui M, de la Luzerne
accordoit injuftement la faculté exclufive d'étre cru, en m'écrivant qu'il avoit chargé le
Commandant de me le dire, ce qui affurément
devoit me fiffire.
Le pouvoir que s'arrogea ce Gouverneur,
fut plus loin, le fimple foupçon occafionné
le retard d'un feul Courier
par
qui ne porta pas
ma réponfe fut interpréré comme une réfif
tance à fa volonté; cette apparence de défobéiflance fut un grand crime à fes yeux &c
à ceux de M. de Marbois : qu'on l'arrache
de fes foyers 5 difoient l'un & l'autre, qu'on
l'amène ici pour en faire un exemple, écrivons
qu'on l'arrête.
M. de la Luzerne écrivit auffitôt une lettre
au Commandant, en lui ordonnant de m'arréter avec le plus grand éclat, difoit-il dans
é; cette apparence de défobéiflance fut un grand crime à fes yeux &c
à ceux de M. de Marbois : qu'on l'arrache
de fes foyers 5 difoient l'un & l'autre, qu'on
l'amène ici pour en faire un exemple, écrivons
qu'on l'arrête.
M. de la Luzerne écrivit auffitôt une lettre
au Commandant, en lui ordonnant de m'arréter avec le plus grand éclat, difoit-il dans --- Page 111 ---
(10s )
fes infrudtions, afin d'en impofer à toute la
Colonie.
Ce fut dans le temps ou je croyois tout
'fini par une foumiflion exemplaire, que je
reçus un billet de M. de la Plagne, daté du
Il Mars, par lequel il me prioit de paffer
chez lui pour me remettre une lettre du Général.
Je m'y rendis à fix heures du foirs le Major de la Place étoit avec ce Commandant,
il nous laiffa feuls, ce dernier me communiqua les ordres qu'il avoit reçus > & me
remit la lettre fuivante.
Port-au-Prince, le 8 Mars 1787.
> Depuis quinze jours, Monfieur, je n'ai
>9 ceffé de vous faire fentir ce que je penfois
3> fur votre conduite & fur la nature de
95 votre réclamation contre M. Jauvin, ces
3> délais, mes avis étoient le gage le plus
3> certain de l'eftime que vous m'avez inf
>> pirée. Il me répugnoit beaucoup de pro-
>9 noncer fur un Officier tel que vous, &c
93 je regrette encore vivement de me voir
>> malgré moi réduit à inftruire une efpèce
9> de procès où vous vous trouverez peut3> être fort compromis.
a
à E -
a a A - --- Page 112 ---
- 27 - - a Osc
( 106 )
>> Mais il vous a déjà été donné par moi;
>> par le Commandant pour le Roi que j'en
>> avois chargé, il vous a, dis-je, été donné
>> fans fruit toute la fatisfaction que vous
>> pouviez defirer (1). M. Jauvin y a ajouté
>> pontanément plus que je ne lui aurois
3> prefcrit dans aucune fuppofition, & qu'il
33 a ne convenoit même vu fon âge, fon état
33 & les fonations publiques qu'il rempliffoit
>> par ordre fupérieur, lorfque vous avez
>> préfumé avoir- fujet de vous plaindre de
> lui.
53 Votre réponfe à la lettre que ce Com-
> miffaire Ordonnateur vous a écrite le 25
30 du mois dernier, la déclaration verbale
>> de VOS intentions que vous avez faite à
>> M. de la Plagne le 4 Mars, après avoir
(1) Quelle eft cette fatisfaction ? Comment M. de
la Luzerne peut-il avancer qu'il ma été donné toute
celle que je pouvois défirer, & que M.Jauvin y a ajouté
ipontanément plus qu'il ne lui auroit prefcrit dans aucune fuppofition 3 il faut convenir que voilà un ton de
defpotifme bien cruel & bien foutenu 5 en effet, qui
pourra jamais croire que toutes les lettres que je viens
de citer font écrites par la main d'un homme dont l'air
débonnaire lui a fait une réputation de caraétère f contraire à celle que fes aétions pourront établir lorfqu'on
lira avec attention toute notre correlpondance :
a
ément plus qu'il ne lui auroit prefcrit dans aucune fuppofition 3 il faut convenir que voilà un ton de
defpotifme bien cruel & bien foutenu 5 en effet, qui
pourra jamais croire que toutes les lettres que je viens
de citer font écrites par la main d'un homme dont l'air
débonnaire lui a fait une réputation de caraétère f contraire à celle que fes aétions pourront établir lorfqu'on
lira avec attention toute notre correlpondance :
a --- Page 113 ---
L -
R
(107)
le
3> reçu la dépéche que je vous ai adrefTé
92 28 Février, votre obftination à ne vouloir
l'éclat
39 jamais vous tenir pour fatisfait,
>> avec lequel vous vous êtes dénoncé vous-
> même comme infulté, à la plus grande ville
>> de la Colonie, l'appel que vous affeétez
92 de vouloir interjetter aux Maréchaux de
39 France, & que vous portez en effet au
>> Tribunal du public, fouvent mauvais juge
3> en pareille matière, la juflice due récipro9> quement à un vieillard vertueux (1), un
>>
Officier d'Adminiftration qui n'a exécuté
3> que les ordres du Gouvernement, qui étoit
9> afreint par fon devoir même à la déné3> gation dont la forme vous donne lieu,
3> dites-vous, , de vous croire outragé; tels
92 font les motifs qui ne me permettent plus
S de fuivre les voies de la conciliation que
32 j'ai envain defirée. Ils me prefcrivent im32 périeufement, au contraire, de ftatuer en23 fin fur une affaire dont à Saint-Domingue,
N je fuis feul juge compétant; il a été donné
59 ordre que vous foyez arrêté & traduit de35 vant moi pour être entendu.
(1) Ce refrein perpétuel du prétendu grand age de
M. Jauvin, doit faire penfer que M. de la Luzerne,
qui a la vue fort courte 2 ne l'aura jugé que d'après les
raifonnemens qu'il lui aura entendu faire,
-
atuer en23 fin fur une affaire dont à Saint-Domingue,
N je fuis feul juge compétant; il a été donné
59 ordre que vous foyez arrêté & traduit de35 vant moi pour être entendu.
(1) Ce refrein perpétuel du prétendu grand age de
M. Jauvin, doit faire penfer que M. de la Luzerne,
qui a la vue fort courte 2 ne l'aura jugé que d'après les
raifonnemens qu'il lui aura entendu faire,
- --- Page 114 ---
SCT - à -
(108 )
a Vous devez méme, pour votre propre
9> caufe, raffembler S &a apporter toutes lespièces
3> qui pourront jetter quelques lumières fur
3> ce qu'il refte d'obfcur. Je vous y invite,
s
99 & quoique j'ignore quels témoignages il
>> vous convient d'invoquer, je vous ferai
3> cependant obferver,
> 1°. que la difcuffion s'étant élevée fur ce
s> que vous fouteniez avoir remis à l'Admi-
>2 niftration en 1783, un plan du terrein
3> vendu par vous au Roi, plan différent de
3> celui qu'a figné M. Rabier, il vous fera
>> utile de produire les reçus de lettres, &c.
3> en un mot, toutes les preuves écrites qui
>> conftateront votre affertion; (r) 29, Il n'y
>, a entre mes mains de la lettre que M. Jau3> vin vous adreffa le 25 du mois
paffé, >
92 qu'une copie qui m'a été envoyée par
(:) J'ai remis à M. de la Luzerne, lors de mon interrogatoire au Port-au-Prince, une lettre originale de M.
de Poliart, écrite à M. Baujonan, qui conftate que ce
plan étoit joint aux titres du,terrein que j'avois vendu
au Roi, ce fujer de confteftation, quoi qu'accefToire,
eft auffi mal-fondé que les deux principaux, il ne falloit
donc pas s'écarter de ces deux points importans que
voici: avois-je bâti fur mon terrein M. Jauvin m'at-il donné un démenti? Voilà ce qu'il falloit éclaircir
d'une manière légale. --- Page 115 ---
( 1 109 )
>> lui-même : quoique je n'aie aucune raifon
>> de révoquer en doute l'exaétitude & la
3> fidélité de cet écrit, > je n'y ajouterai foi, >
3> & nele garderai comme authentique qu'au-
>> tant que vous me repréfenterez pas l'origi39 nal (1).
32 J'ai l'honneur d'être très-parfaitement, 3
32 Monfieur, &zc. C
Signé LA LUZERNE.
APRÈS que j'eus fini de lire cette lettre, 3
un détachement fort nombreux de Grenadiers
arriva entouré d'un cortége de blancs &c de
Nègres > dont l'affemblage faifoit courir les
rues pour fe rendre à la porte du Commandant; le Major qui nous avoit quittés, étoit
à la tête de cette troupe, > le Commandant
le fit attendre jufqu'à l'entrée de la nuit pour
me conduire au Fort de Picolet 5 j'obtins de
lui la permiflion de paffer chez moi pour y
ferrer mes papiers & y donner mes ordres.
De là je fus coucher dans cette prifon avec
(:) Les copies de la lettre de M. Jauvin & de ma
réponfe font à la fin de ce mémoire & à la fuite du
Procès-verbal pour démontrer par des pièces probantes
qu'il avoit eu autant de tort à attaquer mes propriétés
gue ma perfonne, & encore plus à foutenir fes erreurs.
-
a -
ui la permiflion de paffer chez moi pour y
ferrer mes papiers & y donner mes ordres.
De là je fus coucher dans cette prifon avec
(:) Les copies de la lettre de M. Jauvin & de ma
réponfe font à la fin de ce mémoire & à la fuite du
Procès-verbal pour démontrer par des pièces probantes
qu'il avoit eu autant de tort à attaquer mes propriétés
gue ma perfonne, & encore plus à foutenir fes erreurs.
-
a - --- Page 116 ---
à L
a r
(110) )
ce cortége dont le grand apparat avoit été
expreffément recommandé par M. de la Lu- -
zerne.
Ileft très-important d'obferver ici queje faifois bâtiren ce moment cinq maifons, que tous
les matériaux deftinés àleur confrucion étoient
épars dans cinq endroits différens 3 j'établiffois en outre une rafinerie de fucre pour y
travailler fuivant une méthode que j'avois inventée où par conféquent ma préfence étoit
néceffaire.
Voici quelles étoient les maifons en conftruction.
Premièrement celle où je devois faire ma
réfidence, dont les beautés extérieures & intérieures, égaloient en ornemens tout ce qu'on
fait de plus recherché dans les plus beaux
quartiers de Paris;l'Architeéure, la Sculpture
& le ftuc déployoient dans cet édifice toute
la recherche des Arts que je voulois faire
éclore dans les Colonies.
Secondement. La petite maifon de la rue
de Picolet.
Troifièmement. Ma maifon à la Chinoife,
fituée fur le petit Morne derrière l'Arfenal.
Quatrièmement. La maifon de bois à étage
de 120 pieds de long, qui a fait naitre la
mauvaifedificulté &le démenti deM. Jauvin. --- Page 117 ---
(IIT)
Cinquièmement, Une autre maifon de bois
également à érage fur l'iflet qui fe trouve visà-vis de Ja précédente.
Une partie des ouvriers occupés à bâtir ces
cinq maifons travailloient à l'année, il y en
avoit à qui je donnois 6000 liv. par an; ; ils
vinrent me trouver le lendemain au Fort de
Picolet, il fallut les payer tous à-la-fois. Mon
argent ne fut pas fuffifant, plufieurs fe payèrent eux-mémes en vendant des matériaux ;
je fus obligé de faire des affaires forcées pour
trouver le moyen de fatisfaire tout le monde;
j'étois d'autant plus embarraffé de les payer
tout-à-coup, qu'on a déjà vu dans la première partie de ce Mémoire comment l'autorité arbitraire de M. de Marbois m'avoit
mis dans la gêne par le rembourfement forcé
des cent trente-deux mille livres que j'avois
été obligé de remettre peu de temps auparavant à M. le Févre Brione , tant en fes
propres billets qu'en d'autres effets ou argent,
& que j'avois également remis à la mémie
époque près de onze mille livresà MM, Viau &
Bafque pour les rembourfer des avances qu'ils
avoient faites pour la maifon de bois que
j'avois voulu faire bâtir fur mon terrein de
la ville. Mes affaires étoient dans cet état
lorfque je fus arrété.
Pourquoi?,
J e
à M. le Févre Brione , tant en fes
propres billets qu'en d'autres effets ou argent,
& que j'avois également remis à la mémie
époque près de onze mille livresà MM, Viau &
Bafque pour les rembourfer des avances qu'ils
avoient faites pour la maifon de bois que
j'avois voulu faire bâtir fur mon terrein de
la ville. Mes affaires étoient dans cet état
lorfque je fus arrété.
Pourquoi?,
J e --- Page 118 ---
C / -
(12)
Pour avoir été modéré &n'avoir pas maltraité un homme qui l'avoitfi fort mé.
rité
pour avoir demandé juftice à un
Gouverneur.
pour l'avoir prié de pren
dre des informations légales, avant de juger
une affaire ou je n'avois aucun tort &
tout cela eft arrivé parce que je n'ai
pas voulu permettre qu'on pillât mes biens
comme on a pillé celui de tant d'autres Colons viétimes de cet affreux defpotifme.
Si M. de la Luzerne n'avoit fait que s'être
trop preffé en donnant l'ordre injufte de
m'arrêter, il pouvoit en révoquant fon ordre, fi-tôt la réception de ma lettre du 8
Mars, rendre fa faute moins grave.
Mais M. de la Luzerne fe perfuadoit que la
dignité des rangs devoit interdire tout ce
qui eft raifonnable; qu'il ne falloit jamais
revenir fur des fautes commifes injuftement, 2
qu'il valoit mieux foutenir une méprife que
de compromettre l'autorité;ile eft du nombre ede
ceuxqui penfentavoirle droit de cacherleurinfuffifance, lorfqu'ils fe couvrent du manteau
qui décore la dignité de leur place, & que
quand ils faifoient dire au Roi zel eft notre
bon plaifir, il falloit fe taire & fouffrir.
Perfuadé de tous' ces principes, M. de la
Luzerne --- Page 119 ---
(a1s)
Luzerne les fuivoit ponétuellement à Sc. Doi
mingue, puifqu'après avoir eu le temps de
m'empécher de partir du Cap, l'ordre fut,
au contraire, réitéré de me faire partir fur
la Truite.
Je partis donc après avoir refté prifonnier à Picolet affez long-temps pour avoir
vu arriver deux ou trois couriers pendant
le féjour que je fis dans cette prifon, 3 fans
que M. de la Luzerne ait daigné feulemeut
répondre à ma dernière lettre du 8 Mars.
Pourquoi M. de la Luzerne ne fait-il pas
mention de cette date lorfqu'il dit à la page
37 de fon mémoire : M. de Courrejolles m'annonçoit dans une lettre datée du Cap, des fentimens pacifiques auxquels iZ manquoit d'avoir
été plutôs exprimés.
Il faut que M. de la Luzerne confidère
une parole d'honneur & tous mes écrits qui
en exprimoient l'engagement, comme bien peu
de chofes, pour croire qu'un homme de ma
profeflion eût pd les violer.
S'il croit aux engagemens de l'honneur;
pourquoi les confidère-t-il comme frivoles,
lorfqu'il veut foutenir fes méprifes, difant que
j'avois manqué de lui exprimer affex-tôt mes fenzimens pacifiques.
Commaent M. de la Luzerne peut-il avancer
H
1 - -
mes écrits qui
en exprimoient l'engagement, comme bien peu
de chofes, pour croire qu'un homme de ma
profeflion eût pd les violer.
S'il croit aux engagemens de l'honneur;
pourquoi les confidère-t-il comme frivoles,
lorfqu'il veut foutenir fes méprifes, difant que
j'avois manqué de lui exprimer affex-tôt mes fenzimens pacifiques.
Commaent M. de la Luzerne peut-il avancer
H
1 - - --- Page 120 ---
C
(114)
que Phomme infulté n'a pas été pacifique a
lorfqu'il n'a pas ceffé de s'adreffer. à fonjuge,
non pas pour punir tout de fuite l'agrefeur,
mais pour folliciter les informations légales
avant de lui faire fubir fa peine.
Quelle eft de mes lettres celle qui pouvoit
faire naître aucune crainte? comment pourra-
"t-il le prouver. J'en ai les copies & les réponfès; la lecture qu'on vient de faire des
unes & des autres prouve fans replique combien il a befoin de recourir à tous les moyens
poflibles de fe difculper, & combien il en
trouvera peu de raifonnables pour y parvenif.
M. de la Luzerne a tort encore de dire
que je devois être en mer, lorfqu'il reçut le
II Mars ma lettre du 8 du méme mois,
l'exécution de fon ordre de m'arrêter n'eut
lieu que le II, parce que fa lettre du 8 Mars,
d'égale date que la mienne, n'arriva au Cap
que le même jour qu'il dut recevoir celle que
je lui avois adreffée" an Port-au-Prince.
Tous ceux qui connoiffent la rade du Cap,
favent que les vaifleaux ne peuvent partir
que le matin par rapport aux vents réglés
qui règnent dans ce port.
On fait encore que le Courier des Dimanches n'arrive au Cap qu'a9,1 IO & II heures,
&c fouvent P'après-midi. --- Page 121 ---
(n5)
Si M. de la Luzerne n'avoit pas eu la
foibleffe de fatisfaire les vues particulières de
M. de Marbois, il auroit écrit par le Courier fiivant,ila auroit fait finfpendre el'exécution
de fes ordres, il n'eût pas occalionné une fcène
aufli fcandaleufe que celle de mon arreftation,
&i il ne m'eût pas occafionné un tort aufli confidérable à ma fortune.
Il devoit favoir, ou au moins préfumer,
qu'on-ne met pas une frégate à la voile dans
un inftant 3 qu'il furvient prefque toujours des
contre-tems 3 qui en retardent quelquefois
le départ de plulieurs jours, & qu'il pouvoit
donner un contre-ordre furle champ, & même
par un Courier extraordinaire, lorfqu'il étoit
queltion d'une affaire aufli majeure.
Mais non, cet Oficier pour lequel il avoit
toujours témoigné une eftime particulière, ne
méritoit plus aucun égard, parce qu'il avoit
ofé réfifter au defpotifme par une feule lettre
pleine de refpect, en lui difant:
La chafe efl trop férieufe, mon Général, pour
croire que vous ne nommerez pas une commif
fion à CC fajec.
Qu'y avoit-il d'injufte à demander, qu'une
commiflion fûr nommée pour prendre des informations légales.
Non-feulement il me refufa cette juftice,
H:
éritoit plus aucun égard, parce qu'il avoit
ofé réfifter au defpotifme par une feule lettre
pleine de refpect, en lui difant:
La chafe efl trop férieufe, mon Général, pour
croire que vous ne nommerez pas une commif
fion à CC fajec.
Qu'y avoit-il d'injufte à demander, qu'une
commiflion fûr nommée pour prendre des informations légales.
Non-feulement il me refufa cette juftice,
H: --- Page 122 ---
(116)
mnais le filence d'un feul ordinaire fut un
crime fi grave à'fes yeux, que malgré la
foumiflion de ma dernière lettre du 8 Mars,
il perfifta dans l'exécution de ce coup extraordinaire d'autorité. C'étoit à fes yeux trop
peu de chofe pour devoir revendiquer fes
ordres.
La fcène fcandaleufe 8x humiliante du Cap
n'étoit pas fuffifante, il en falloit d'autres
encore, &: cela vraifemblablement pour complaire à M. de Marbois.
Ils imaginoient fans doute en impofer à
toute la Colonie par ce grand étalage de defpotifme, afin de mieux foutenir toutes les
horreurs de leur tyrannie,
On me fit donc partir dans une frégate,
& abandonner les objets dont je viens de
donner l'énumération.
Cinq maifons en confruétion. - quel
tort inmenfe à ma fortune! Si l'on veut fe
rappeller que dans ces climats, l'achat des
matériaux, leur raftemblement, les prix de
pmain-d'acuvre éprouvent fans ceffe toutes les
varjations du Commerce, & ne reftent jamais
comme en Europe à une mefure déterminée
qui permet à un propriétaire conftrucleur de
renvoyer à l'année fuivante un bâtiment commencé; ; fi l'on veut fe rappeller que dans --- Page 123 ---
(117 )
ces climats', la confèrvation de ces mêniesi
matériaux à pied d'ccuvre tombe en pure:
perte à fon propriétaire, s'ils ne font mis en
ceuvre fur le champ, en raifon des caufes.
multipliées de dégradation &z de perte totale,
que produit néceffiirement l'air brûlant &c
dévorant des Antilles, le fer méme.n'échappe
à cette deftruétion rapide de l'air que par les,
couches de peinture que les propriétaires font
obligés de donner fréquemment à tous les
ouvrages extérieurs; à côté de cette vérité,
que nul homme je penfe ne fauroit me contefer, la perte totale des autres matériaux
épars à pied d'oeuvre eft plus que démontrée,
l'enlèvement de ma perfonne, une abfence
de fix femaines, l'impoflibilité de pourvoir
à l'inventaire &c à la garde de tous les objets
que je laiffois après moi, ont fuffi pour n'offrir
à mon retour que les places ouj'avois laiffs
à grands frais des tas confidérables de bois,
de chaux,de pierres, de briques, de tuiles 2
&zc. &zc. &c. Voilà au vrai l'état d'une partie de mes affaires, lorfque je fus enlevé de
mes foyers, mis dans un Fort, & enfuite
embarqué dans la frégate la Truite; &c cela,
pour aller comparoitre à près de 100 lieucs
de ma réfidence devant un Juge qui s'embarraffoit peu du tort qu'il m'occalfionnoie
H 3
-
aux,de pierres, de briques, de tuiles 2
&zc. &zc. &c. Voilà au vrai l'état d'une partie de mes affaires, lorfque je fus enlevé de
mes foyers, mis dans un Fort, & enfuite
embarqué dans la frégate la Truite; &c cela,
pour aller comparoitre à près de 100 lieucs
de ma réfidence devant un Juge qui s'embarraffoit peu du tort qu'il m'occalfionnoie
H 3
- --- Page 124 ---
a
(118)
lorfqu'il falloit colorer une méprife pour
fatisfaire la paflion de fes créatures.
Je partis donc du Cap, & après 4 ou 5
jours de traverfée j'arrivai au Port-au Prince.
M. de Loppinot, Commandant particulier,
vint me chercher à bord de la frégate.
Nous entrâmes à 8 heures du matin au
Gouvernement.
M. de la Luzerne, accompagné de MM.
Coutard, Loppinot, de Grippière & Molerat
prirent féance ainfi que moi autour d'une
table à tapis vert. J'y fubis une interrogatoire
qui dura cinq heures, tous les affiftans reconnoilant l'incompétence de ce Tribunal,
ne voulurent figner cet interrogatoire que
comme témoins. M. de la Luzerne prononça
donc tout feul, fans l'avis de perfonne, que
je refterois encore trois jours en prifon au
Fort de l'Iet du Port-au-Printe. Ce fut après
avoir fubi un traitement aufli bifarre, que
je fortis enfin de cette captivité odieufe qui
gémir tout le monde.
Je partis peu de jours après du Port-auPrince > j'arrivai au Cap après fix femaines
d'abfence; tous mes meilleurs ouvriers en
étoienr partis, mes moyens pour conftruire
étoient épuifés, une partie de mes rentes fourniffoient à peine à ma dépenfe perfonnelle, --- Page 125 ---
(11S )
j'en avois engagé la plus grande partie pour
empêcher que le défordre de mon enlèvement
précipité ne m'eût occalionné de plus mauvaifes affaires.
Les ouvriers n'avoient pas eu le tems d'étayer la grande maifon de bois, bâtie fur le
terrein contefté mal-à-propos par M. Jauvin,
les cloifons de traverfe n'étoient pas encore
pofées, & dans cet état elle étoit comme en
équilibres il me manquoit les bois néceflaires
pour faire monter ces cloifons, ils avoient
été volés pendant mon abfence, je n'avois
pas affez d'argent pour en acheter d'autres,
& pour comble de malheur un coup de vent
de fud furvint avant de m'être procuré les
moyens néceffaires pour y faire les trivaux
qui auroient pu la confolider 2 > & alors ce
coup de vent jetta a bas toute la charpente
immenfe de cette maifon de cent vingt pieds
de longueur, de 36 de largeur, à deux étages, & dont le comble étoit en place.
L'autre maifon de bois, fituée fur PIflet,
vis-à-vis celle là, n'ayant pu être finie faute
d'argent, s'ett trouvée pourrie dans tous fes
tenons & fes mortoifes; on vient de m'écrire qu'on l'a démolie, parce qu'elle alloit
tomber.
Une partie des planchers de ma belle maifon
H 4
- MoM A - 3
2 - - -
à deux étages, & dont le comble étoit en place.
L'autre maifon de bois, fituée fur PIflet,
vis-à-vis celle là, n'ayant pu être finie faute
d'argent, s'ett trouvée pourrie dans tous fes
tenons & fes mortoifes; on vient de m'écrire qu'on l'a démolie, parce qu'elle alloit
tomber.
Une partie des planchers de ma belle maifon
H 4
- MoM A - 3
2 - - - --- Page 126 ---
(120 1
eft pourrie également faute de moyens pour
la continuer; elle eft encore à moitié découverte.
Ma rafinerie eft tombée faute de fucre pour
y travailler, parce que j'avois été obligé de
vendre celui qui s'y trouvoit, pour parer à
tous ces coups d'infortune.
Tous les uftenfiles en ont été volés.
Voilà au vrai l'état ou m'a réduit la cruelle
adminiftration de MM. de la Luzerne & de
Marbois.
Tant d'évènemens réitérés coup fur coup
& occalionnés par l'acharnement d'une adminiftration qui fembloit fe complaire à accélérer ma ruine; tant d'évènemens, dis-je,
me mirent dans un tel état de géne, que des
cinq maifons que j'avois en conftruction, je
n'ai pu en finir que deux feulement, & encore
en faifant les plus grands facrifices pour Y
parvenir.
Qu'on ajoute à toutes ces pertes immenfes
la remife de 132 mille livres, faite par moi
à M. le Fevre, celle des II mille livres à MM.
Viau & Bafque, & la perte des matériaux
de la fixième maifon que jel faifois conftruire
pour la louer à ces Négociants ; l'on reconnoitra avec la plus grande évidence que l'on
ne fauroit me refufer fans injuftice un dédom- --- Page 127 ---
(I21) )
magement proportionné, no-nfeulement aux
pertes de tous ces objets, dont les prix font
immenfes, mais encore relatif à la privation
des revenus que je me ferois fait avec ces
fix maifons de plus, fi je n'avois pas été
interrompu dans mes travaux par la tyrannie.
Voilà la vérité des faits, voilà, M. de la
Luzerne, ce qu'aproduit votre pouvoir. Vous
m'avez outragé & puni injultement à une
époque ou l'audace & l'impunité étoient la
fauve-garde des agens d'une autorité oppreffive. Ma dénonciation a pour objet de démontrer à la Nation & au Roi comment toutes Vos erreurs ont foutenu l'adminiftration
de M. de Marbois pour me rendre viétime de
fon defpotifme.
Vous invoquez envain 'Ordonnance donnée aux Etats de Blois 5 après avoir rendu
toutes les autres loix infuffifantes, vous les
éludiez pour tous ceux qui partageoient votre
pouvoir &c vous ne les failiez obferver que
contre les foibles.
Votre jugement a été le fruit de l'extrême
faveur que vous n'avez jamais ceffé d'accorder à mes adverfaires, voilà pourquoi vous
ne devez pas reclamer la fauve-garde d'une
loi que vous avez toulée aux pieds, quand
- : - en a
Blois 5 après avoir rendu
toutes les autres loix infuffifantes, vous les
éludiez pour tous ceux qui partageoient votre
pouvoir &c vous ne les failiez obferver que
contre les foibles.
Votre jugement a été le fruit de l'extrême
faveur que vous n'avez jamais ceffé d'accorder à mes adverfaires, voilà pourquoi vous
ne devez pas reclamer la fauve-garde d'une
loi que vous avez toulée aux pieds, quand
- : - en a --- Page 128 ---
(122)
je voUs propofois de prendre des formes légales
pour découvrir la vérité.
Quant à l'expreflion que vous employez du
pénible empioi de juger vos femblables.
Vous avez faps doute voulu dire qu'il étoit
pénible d'interpréter la loi en faveur de M.
Jauvin, & que n'y ayant pas réufli, vous
aviez employé la force contre moi, parce
que ce moyen étoit le plus facile.
J'ufai donc, dites vous dans la page 37 de
votre Mémoire, del'autorité que la loi me confioit.
Comment en avez-vous ufé?
Je puife dans votre Mémoire même les
expreflions de ma dernière lettre à M. Jauvin
où je lui dis (1):
Yous ne dever pas trouver mauvais de me voir
réfolu à mettre en auyre tous les moyens pacifiques de l'efacer de mon coeur.
Et c'eft fur l'expreffion mefurée d'un pareil
fentiment, que vous ufez de l'autorité que la
loi vous avoit confiée, quelle loi! La puifezvous encore aux Etats de Blois? cette loi
vous autorife-t-elle d'arracher de fes foyers
un citoyen honnête, un militaire qui a bien mérité de Ja Patric, dont tout le délit, jufqu'à
(1) Voyez cette lettre à la fin de ce Mémoire. --- Page 129 ---
(12;) 1
CC moment, , confilte à vous avoir demandé
juftice, à vous avoir réitéré une feule fois
fa fupplique & d'avoir laigé partir un Çourier pour ne vous envoyer fon acquiefcement
qu'à l'ordinaire fuivant ?
Tant de modération pourroit-elle fe tranfformer en aôtes de violences.
Mais fans vouloir jamais m'écarter du ton
de modération que je me fuis impofé dans
ma défenfe, ne me feroit-il pas permis de
témoigner ici un mouvement d'indignation
que mes ledeurs partageront fans doute avec
moi : comment le Miniftre de la Marine ofetil, pour juftifier fa conduite à mon égard,
abufer, comme il le fait de fon éloquente
facilité pour inveltir l'opinion publique; 8c
après avoir altéré & dénaturé les faits, comment ofe-t-il fe permettre la même violation
furles perfonnes, je veux parler de cette comparaifon glifée adroitement dans la défenfe
de M. de la Luzerne entre le fieur Jauvin
&c moi, de cette manière adroite & perfide
avec laquelle ce Minifre trop foible, fans
doute, de faits &z de moyens, reccurt i toutes
les reffources du récit pour éloigner de moi
tout ientiment d'intérêt, & porter far mon
adverfaire la bienveillance dont il a lui-méme
beloin; je iuis fignalé dans ce paraliele oua
adroitement dans la défenfe
de M. de la Luzerne entre le fieur Jauvin
&c moi, de cette manière adroite & perfide
avec laquelle ce Minifre trop foible, fans
doute, de faits &z de moyens, reccurt i toutes
les reffources du récit pour éloigner de moi
tout ientiment d'intérêt, & porter far mon
adverfaire la bienveillance dont il a lui-méme
beloin; je iuis fignalé dans ce paraliele oua --- Page 130 ---
trageant comme un homme injufte 8 violent, &c le fieur Jauvin, dont l'injufice me
dépouilloit fans ceffe de ma propriété, donr
la violence n'étoit que trop caractérifée par
l'infulte dont je demandois la réparation, fe
trouve transformé par l'éloquence de M. de
la Luzerne en Un2 vieillard relpectable , un
Magifrat J un Juge intègre paré de cheveux
blancs.
Ah! Gi dans cette difcuflion, je pouvois >
au lieu de me faire lire, me faire entendre,
& me montrer au lieu d'écrire ma défenfe,
je ferois voir auffi mes cheveux blancs, &c
je demanderois à M. de la Luzerne fi la tête
d'un militaire qui a fervi fon pays avec quelque diftination, & qui n'a jamais demandé
ni obtenu de graces, mérite moins d'égards
que les cheveux blancs de M. Jauvin; fi les
mains qui ont tracé les plans d'attaque des
villes que nos armes ont conquifes méritentplus d'outrages que celles d'un Agent du fifc,
d'un Suppôt de la tyrannie fous laquelle gémiffoit la Colonie de St. Domingue; fi ces
mêmes mains étoient réfervées à l'outrage
d'être liées par celles des Satellites de M. de
la Luzerne, qui, contre ledroit des gens &e
à l'abri du defpotifime le plus cruel, & le --- Page 131 ---
(125)
plus odieux, m'ont enlevé de mes foyers ;
m'ont tranfporté à près de IOO lieues de ma
réfidence: pour comparoître devant un Tribunal illégal & favourer à longs traits le
cruel plaitir de perfécuter un homme qui
n'avoit d'autre tort que d'avoir follicité une
juflice légale contre l'infulte avérée du fieur
Jauvin, & d'avoir défendu fes droits avec
fermeté pour fauver-I'héritage de fes enfans
contre la rapacité des oppreffeurs de la Colonie.
M. de la Lnzerne, à la page 39 de fon
Mémoire,/applie LAlemblée Nationale de Jaivre la conduite Jage & moderée du feur Jaxvin,
de mettre er oppefition la lettre qu'il m'a écrite
é la répunfe que je lui ai faite.
Je fupplierai à mon tour l'Affemblée Nationale de les examiner avec attention, > &c
de fuivre la conduite fage & modérée que je
n'ai ceffé de tenir;
De mettre en oppofition les lettres que
j'avois écrites à M. de la Luzerne (lorfque je
le priois de s'inftruire avant de me juger )
avec la tournure qu'il a donnée à cette af
faire pour fauver un des Sattellites de fon
defpotifme.
Je la fupplie en outre de faire attention
ONAX - - Pa -
avec attention, > &c
de fuivre la conduite fage & modérée que je
n'ai ceffé de tenir;
De mettre en oppofition les lettres que
j'avois écrites à M. de la Luzerne (lorfque je
le priois de s'inftruire avant de me juger )
avec la tournure qu'il a donnée à cette af
faire pour fauver un des Sattellites de fon
defpotifme.
Je la fupplie en outre de faire attention
ONAX - - Pa - --- Page 132 ---
(126)
avec quelle hardieffe M. Jauvin foutient dans
fa lettre qu'il ne s'étoit pas apperçu de m'avoir donné un démenti malgré tous les effets
de mon indignation vivement prononcés, elle
ne manquera pas de difcerner que cette tournure ett une de ces defenfes rafinées, employées par ces hommes peu délicats qui
s'étayent de la négation, & qui font peu de
cas de l'opinion de ceux qui lifent dans leur
penfée, pourvu qu'une forme juridique les
mette à couvert de la Loi.
Je difois fans ceffe à M. de la Luzerne >
informez-vous en, cent témoins dépoferont
contre M. Jauvin; mais non, vous ne l'avez
pas voulu, vous avez craint de découvrir la
vérité, & vous avez mieux aimé commettre
une injuftice.
Heureulement tout a changé de face, les
Ordonnances ne peuvent plus s'interpréter ici
comme à Sr. Domingue, vous invoquez envain celle de Blois, vous avez contribué à
ma ruine, vous m'avez outragé & puni fans
motif à une époque ou l'audace & l'impunité étoient la fauve-garde des sAgens d'une autorité oppreflive, le temps enfin eft arrivé ou
vous devez réparer entre vous, MM. de Marbois & Jauvin, tous les dommages que vous --- Page 133 ---
-
(127 )
m'avez occafionné, j'en demande juftice à
la Nation, à la Loi, au Roi, &c aux Tribunaux compétans lorfqu'ils feront établis.
COURREJOLLES
PROCIS-VERBAL obtenu fous le Gouvernement de M. Duchilleau.
EXTRAIT des Minures dépofées aul contrôle
de la Marine du Département du Cap.
AuJoURD'Hur, fix Mai 1789, nous fouf
figné Ingénieur en Chefde la partie du Nord,
defirant terminer par un arrangement jufte
& immuable les difficultés qui fe font élevées
en l'année 1787, au fujet de la limite commune du terrein appartenant au Roi, qui fe
trouve fitué au petit Carenage près du Angard des Mâtures, & un autre terrein
appartenant à M. de Courrejolles, Chevalier
de St. Louis, ancien Ingénieur du Roi de
la Colonie, 2 avons invité mondit fieur de
Courrejolles à fe tranfporter fur les lieux ou
nous nous fommes rendu nous-méme accompagné du fieur Gué, Voyer de la ville du
Cap. Nous avons pris connoifance des titres
RC o - A - - - - - à
-
Angard des Mâtures, & un autre terrein
appartenant à M. de Courrejolles, Chevalier
de St. Louis, ancien Ingénieur du Roi de
la Colonie, 2 avons invité mondit fieur de
Courrejolles à fe tranfporter fur les lieux ou
nous nous fommes rendu nous-méme accompagné du fieur Gué, Voyer de la ville du
Cap. Nous avons pris connoifance des titres
RC o - A - - - - - à
- --- Page 134 ---
(1:8) )
refpedtifs du Roi & de M. de Courrejolles;
& notamment de ceux qui fuivent.
1°. Une conceflion accordée le 9 Septembre 1749, par MM. de Confans & Maillard
au fieur Foifon, d'un terrein pour emplacement au bord de la mer de 60 pieds de face
fur 120 de profondeur, fur un certificat du
fieur Polliart, Ingénieur, > du 17 Mars 1749.
2°, Un aôte pafé pardevant Doré, Notaire,le 25 Octobre 1751, > par lequel le fieur
Foifon reconnoiffant.que la fufdite conceflion
avoit été obtenue fur la devanture de la place
du fieur Beaujonan, fe défifte du bénéfice de
ladite conceflion en faveur du fieur Beaujonan & de fes ayants caufe, pour par lui continuer à en jouir à perpétuité, ainfi que lui
& fes auteurs ont fait jufqu'à ce jour.
3°. Un Procès-verbal d'arpentage dreffé le
24 Février 1755, par le fieur Demontreuil,
Arpenteur général, à la réqufition du fieur
Beaujonan, auquel Procès-verbal eft joint un
plan figuratif.
4.1 Le contrat de vente faite le 5 Novembre 1766, par le fieur Baujonan à mondit
fieur de Courrejolles de fon habitation au
rapport de M. Bordier, Notaire.
s°. Le contrat de vente faite au Roi par
M. de Courrejolles le 21 Août 1783, d'un
emplacement --- Page 135 ---
(1 129 )
emplacement de 120 pieds de long de l'eft à
l'oueft, fur 60 pieds de large du nord au
fud, déterminé dans la conceflion fufdite du
fieur Foifon. Ledit contrat accompagné d'un
plan vifé par M. Rabier, Ingénieur en Chef
de la partie du Nord.
Nous avons placé fur le plan figuratif cijoint l'emplacement acquis par le Roi de M.
de Courrejolles en 1783, par rapport aux
rues de Varenne & de Ssinte-Catherine, de
la manière la plus conforme qu'il nous a été
poflible au plan de M. Rabier (1), &x cet
emplacement s'eft trouvé occuper l'elpace
renfermé par les lettres al b C d, dont le côté
nord b, C, eft d'alignement avec la face nord
du magalin de la Marine 3 il eit bien vrai que
l'emplacement a, b, C, d ne fe trouve point
placé fur notre plan relativement au Hangard
des Matures, comme il eft fur le plan de
M. Rabié, 3 mais cela vient de ce que fur ce
dernier plan ce Hangard eft mal placé & trop
dans le nord oneft, ainfi que M. de Courrejolles nous l'a repréfenté, & que nous l'avons
vérifié (2).
(1) On va voir que malgré que M. de Ralier s'eft
conformé le plus qu'il l'a pu au plan de M. Rabier, il
lui a été impoflible de donner raifon à M. Jauvin.
(2) On voit donc d'après le dire de M. de Ralier que
I
-
& trop
dans le nord oneft, ainfi que M. de Courrejolles nous l'a repréfenté, & que nous l'avons
vérifié (2).
(1) On va voir que malgré que M. de Ralier s'eft
conformé le plus qu'il l'a pu au plan de M. Rabier, il
lui a été impoflible de donner raifon à M. Jauvin.
(2) On voit donc d'après le dire de M. de Ralier que
I
- --- Page 136 ---
OR
-
130 )
Pour conftater au furplus encore davantage l'exaétitude de l'alignement b, C, nous
avons fait les réflexions fuivantes.
L'aôte du 25 Oéobre 1751, atteftant que
la conceflion du fieur Foifon fe trouvoit comprife dans la devanture de la place Beaujouan, il eft clair que cette conceflion n'a pu
s'étendre au fud plus loin que cette devanture.
Nous avons en conféquence pris avec un
compas, fur le plan du fieur de Montreuil,
l'étendue du nord aul fud des cinquante pas
du Roi formant la devanture de l'habitation
Beaujouan, & nous avons rapporté fur le
terrein du nord au fud, cette mefure qui
s'ef trouvée de quatre-vinge-dis pas à partir
du point L, que M. de Courrejolles nous a dit
être la limite au nord de Phabitation Beaujouan
jufqu'au point E, qui s'efl trouvée de 60 pieds
plus au fad que le prolongement de la face nord
du magafin de la Marine. Nous nous fommes
donc affucré par là que l'emplacement a, b, c,d,
fe trouvoit fur notre plan aufi avancévers lefid
qu'il étoit polfible qu'il le fàt, & que l'on ne
pouvoit pount par confequent faire tort à cet
le plan de M. Rabié eft défeétueux, & qu'il auroit
mieux valu repréfenter le plan original de M. de Poliart, --- Page 137 ---
(31)
egard à M. de Courrejolles en adoptant fa ligne
Ccb,, pour la limite nord du terrein du Roi.
Il eft poflible cependant qu'il relte encore au
fud de cette ligne quelque portion de terrein
qui faifoit jadis partie de la devanture de l'habitation Beaujouan, mais cette devanture
étant prife fur les cinquante pas du Roi &
n'ayant dû être concédée au fieur Baujouan
qu'à titre de jouiffance, on ne peut contelter
au Roi d'en reprendre quelque partie lorfque
fon fervice ou le bien public l'exigent.
Nous penfons donc qu'en prolongeant la
ligne C, c, b, jufqu'à ce qu'elle rencontre la
rue d'Argout au point B, on peut légitimement regarder le terrein du Roi comme borné
au nord par la ligne B,c, à l'eft par la rue
d'Argout, & à l'oueft & au fud, par la
mer.
Le bien public, le fervice du Roi, & notamment l'ufage auquel eft deftiné le Hangard des Mâtures, exige qu'il y ait au nord
de la ligne c,b, une rue d'une certaine largeur. Ce ne feroit pas trop pour cette rue
d'une largeur de quarante-deux pieds, mais
on peut la réduire à trente pieds. Il eft actuellement indifpenfable de conferver parallelement au Hangard des Mâtures une autre
I 2.
sre SASE -
-
bien public, le fervice du Roi, & notamment l'ufage auquel eft deftiné le Hangard des Mâtures, exige qu'il y ait au nord
de la ligne c,b, une rue d'une certaine largeur. Ce ne feroit pas trop pour cette rue
d'une largeur de quarante-deux pieds, mais
on peut la réduire à trente pieds. Il eft actuellement indifpenfable de conferver parallelement au Hangard des Mâtures une autre
I 2.
sre SASE -
- --- Page 138 ---
(132)
rue de 30 pieds, afin que fi le Roi juge à
propos de faire clorre fon terrein, il refte un
paffage praticable pour aller à Picolet & à
la partie nord du petit Carenage. Le bien
général femble aufi exiger que l'on ouvre
une nouvelle rue de 24 pieds en MN parallelement à celle de Sainte-Catherine.
D'après toutes ces confidérations nous
croyons qu'il eft de l'équité, de la convenance & du bien général, d'arrêter définitivement ce qui fuit.
1°, Le terrein fitué au fud de la ligne C, b,
depuis le prolongement de la rue d'Argout
jufqu'à la mer fera reconnu comme appartenant au Roi.
20, Une rue de 30 pieds de largeur fera
ouverte paralièlement, &c. au nord de cette
ligne, & cette rue fervira de limite vers le
fud à M. Courrejolles pour toute l'étendue
de terrein, depuis la rue d'Argout vers T'eft,
dont il pourra juftifier la propriété par fes
titres.
3". Une rue de 30 pieds de large fera Ollverte en G M parallèlement au Hangard des
Mâtures, & une autre rue de 24 pieds de
largeur fera ouverte en MN,de manière que
fon côté & fa ligne fur le point de concours
P des lignes O, P &, C B. --- Page 139 ---
- -
(133 )
Pour fixer invariablement la ligne C B,
nous avons mefuré le long de la rue d'Argout, la diftance du point B, au côté nord
A du débouché de la rue de Varenne, &c
cette diftance s'eft trouvée de quarante-fix
toifes quatre pieds; nous avons pareillement
mefuré la diftance du point D, pris fur le
Quai de Bellecombe, & au prolongement du
côté nord de la rue de Varenne à l'angle
nord-eft C du Magalin de la Marine, & cette
diftance s'eft trouvée de trente-neuf toifes
deux pieds.
Ainfi fait & conclu entre nous fouflignés,
au Cap, lefdits jour & an que deffis, fauf
l'approbation de MM. les Général & Intendant d 2 3 fous la réferve de tous. mes droits.
Signé Courrejolles, Ralier, & Gué, Voyer.
Plus bas eft écrit : Vu le Procès-verbal drefié
par M. de Ralier, Ingénieur en Chef de la
partie du nord le fix de ce mois, pour fixer
le terrein appartenant au Roi au fauxbourg
du Carenage du Cap, pris du Hangard aux
Mâtures & du Magafin de la Marine: Vu auffi
le plan dudit terrein, le tout figné du fieur
Courrejolles, fous la réferve de fes droits, lequel fieur Courrejolles a vendu au Roi une
portion dudit terrein faifant partie de THabi
I 3
- 2 - A -3 à TA -
de ce mois, pour fixer
le terrein appartenant au Roi au fauxbourg
du Carenage du Cap, pris du Hangard aux
Mâtures & du Magafin de la Marine: Vu auffi
le plan dudit terrein, le tout figné du fieur
Courrejolles, fous la réferve de fes droits, lequel fieur Courrejolles a vendu au Roi une
portion dudit terrein faifant partie de THabi
I 3
- 2 - A -3 à TA - --- Page 140 ---
E K -
(I 134)
tation Beaujonan à lui appartenante, tout confidéré;
Nous Général & Intendant, avons approuvé & approuvons lefdits Procès-verbal
& plan, pour être exécutés felon leur forme
& teneur, 3 tant pour ce qui concerne la fixation du terrein du Roi, que pour l'ouverture,
Prolongement & largeur des rues dérerminées
par lefdites pièces 5 en conféquence, difons
que le terrein appartenant à Sa Majefté fera
borné au nord par la ligne BC, côté fud
de la rue St. Alexandre, laquelle rue aura
30 pieds de large à partir de ladite ligne BC,
à l'oueft de la' rue d'Argout, prolongée juf
qu'au point B, à l'eft & au fud par la mer,
lefdites lignes renfermant les Hangards des
Mâtures, le Magafin de la Marine & d'autres
bâtimens de Sa Majefté; que parallèlement
au côté du Hangard des Mâtures qui regarde
la mer, , il fera ouvert une rue de trente pieds
de largeur à partir dudit Hangard, qui fera
prife en entier fur le terrein du Roi; & enfin
qu'il fera ouvert une rue de 24 pieds de
large, donnant iffue à la rue dont il vient
d'étre parlé, & parallèlement à la rue SainteCatherine, > laquelle nouvelle rue fera prife
fur les anciens cinquante pas du Roi dont
le fieur Courrejolles eft en poffeflion. --- Page 141 ---
(135 )
Et fera la préfente Ordonnance, ainfi que le
Procès-verbal enregiftrés au Greffe de la Subdélégation, & le tout dépofé avec le plan
( qui fera de nous paraphé ne varietur 1 ) au
contrôle de la Marine.
Donné aul Port-au-Prince le trente Mai
178.
Signé DU CHILLEAU ET DE MARBOIS.
En marge eft écrit : Enregiftrés ont été les
Procès-verbal & Ordonnance ci-contre &c
des autres parts, au Greffe de la Subdélégation
de l'Intendance de St. Domingue, par moi
Greffier foufligné. Au Cap le cinq Juin mil
fept cent quatre-vingt-nenf.
Signé TIPHAINE, pour copie conforme.
Signé RALLIER.
Au Cap le 25 Février 1787.
JE n'ai eu, Monfieur, que mercredi au foir
21 de.ce mois, entre 7 & 8 heures, connoiffance- de votre plainte à M. le Comte de la
Luzerne, contre moi, quoique formée par
le Courier du 18. M. de la Plaigne, qui me
l'a apprife, pourroit, s'il en étoit befoin, 3
vous certifier toute ma furprife au premier
-
é RALLIER.
Au Cap le 25 Février 1787.
JE n'ai eu, Monfieur, que mercredi au foir
21 de.ce mois, entre 7 & 8 heures, connoiffance- de votre plainte à M. le Comte de la
Luzerne, contre moi, quoique formée par
le Courier du 18. M. de la Plaigne, qui me
l'a apprife, pourroit, s'il en étoit befoin, 3
vous certifier toute ma furprife au premier
- --- Page 142 ---
a
-
E
- A
(136)
mot. Elle a été telle, Monfieur, que je n'en
fuis pas encore revenu. Je n'aurois jamais
concevoir le motif de cette
pu
plainte, > fi ce
Commandant ne me l'eût expliqué > & je
vous donne ma parole que depuis l'Affemblée
du 16 au matin, s à la fuite de laquelle nous
nous fommes réciproquement accompagnés
chez vous, & de votre maifon aux Magafins
du Roi ou s'eft faite la féparation, je n'ai
pas penfé une feule minute que vous puifliez
avoir le moindre grief contre moi.
Si dans la chaleur d'un débat inévitable
entre I'Ordonhateur, qui foutient d'une
les intérêts du Roi, & les foutient avec d'au- part
tant plus de fermeté qu'il s'y voit autorifé
par des pièces dont il eft muni (1),8 vous,
Monfieur, de l'autre, qui défendez VOS droits
avec chaleur, parce que vous prétendez qu'il
y a erreur dans une de ces pièces, & croyez
en avoir remis d'autres, fi, dis-je, dans cette
difcuflion, il y a eu quelques mots louches,
mal prononcés, mal entendus ou mal interprétés (2), quiayent pu vous faire de la peine,
je vous prie de croire que c'eft, en ce qui
me concerne, contre mon intention. Je n'en
(I) On vient de voir par le Procès-verbal combien il a
tort de foutenir fes méprifes.
(2) Ce n'eft pas convenir de fon tort. --- Page 143 ---
-
-
- -
( 1 137 )
ai eu d'autre que de détruire une affertion
qui m'a paru mal fondée, & qui pouvoit
préjudicier aux droits de S. M., & certes, )
je ne me fuis étudié qu'à vous le prouver
en vous le faifant lire & en infiftant fur les
termes de l'atte de vente du 9 Aout 1783 (1).
Ce que j'ai Phonneur de vous marquer, 2
Monfieur, eft le précis du compte que j'ai
rendu à M. le Comte de la Luzerne le 22,
& de ce que j'ai dit la veille à M. de la
Plaigne. Je vous le répète, fans attendre la
réponfe dont je préfume qu'il m'honorera
par le courier d'aujourd'hui qui arrivera ici
mercredi. Et en vous réitérant, que je n'ai
eu aucune intention de vous dire perfonnellement quelque chofe qui put vous choquer,
je vous prie de croire que j'aurois é:6 le premier à vous offrir toutes les fatisfaétions que
vous auriez pu défirer, à l'inflant méme &
devant toute l'Affemblée, fi je vous avois
dit quelque chofe d'offenfant, ce qui neut
pu être que par mégarde, ou fi j'euffe pu
deviner que l'on vous feroit confidérer comme
perfonnelle une affertion quin'a eu trait qu'au
plan de M. Rabié ou à celui que vous croyez
avoir remis de M. de Poliart.
(1) C'eft foutenir plutôt fa méprife que demander
excufe.
SEADIA -
A
e
Affemblée, fi je vous avois
dit quelque chofe d'offenfant, ce qui neut
pu être que par mégarde, ou fi j'euffe pu
deviner que l'on vous feroit confidérer comme
perfonnelle une affertion quin'a eu trait qu'au
plan de M. Rabié ou à celui que vous croyez
avoir remis de M. de Poliart.
(1) C'eft foutenir plutôt fa méprife que demander
excufe.
SEADIA -
A
e --- Page 144 ---
( 138 )
Au furplus, Monfieur, je puis encore vous
dire, le Coeur fur la main, que je n'ai jamais
eu d'autre but que d'éclaircir la matière pour
contribuer à vous rendre juftice fi vous êtes
fondé, & que les gens qui vous ont dit,
comme me l'a répété M. de la Plaigne, que
ce but étoit de vous nuire en fuivant des
ordres qui s'y rapportoient, connoifent peu
ma délicateffe, &c qu'elle me porteroit à refufer de connoitre d'une affaire, s'il étoit
poflible que les ordres que l'on fuppofe aufli
gratuitement qu'injurieufement - 3 exiftaffent.
Vous pouvez encore à cet égard recevoir ma
parole qu'il n'en eft abfolument rien.
J'ai l'honneur d'être avec un parfait attachement, Monfieur,
Votre très-humble & trèsobéifant ferviteur.
JAUVIN.
RÉPONSE
UNE rétractation 2e , Monfieur, lorfqu'elle
eft bien claire, & généreufe, fait plus d'honneur à celui qui la fait, qu'à celui qui la
reçoit. On voit clairement combattre dans
votre lettre deux paflions, l'une attire virtuellement au centre & l'autre répulfe. --- Page 145 ---
y e
( 139 )
Mais comme je ne veux pas que tha confcience me reproche la foibleffe de paffer
une infulte qui auroit pu me perdre 3
vous ne devez pas trouver mauvais de me
voir réfolu à mettre en ufage tous les moyens
pacifiques de l'effacer de mon coeur, les bienféances attachées aux ufages ne font que
l'écorce de l'honnéteté; ne trouvez donc pas
mauvais, je le répète, > que je me refufe à
une complaifance trop voifine de la lâcheté.
La régularité de mes actions fera toujours
fondée fur les fentimens internes de mon
ame.
J'éviterai de parler ici de l'horrible affaire
que vous eufliez fait éclater, & qui nous
auroit perdus l'un & l'autre, fi je n'avois
fu maîtrifer la violence de tous mes fens
révoltés, dont l'effet s'eft manifefté aux yeux
& aux oreilles de tous les afliftans, quand il
n'en produifoit aucun fur vous; je dois me
taire il feroit difficile d'en parler fans
fcandale.
Retradtez-vous, Monfieur, dans les formes
prefcrites par la franchife, 3 je dirai plus par
Phonneur, & devant les mêmes témoins préfens à l'infulte.
Votre devoir confifte à ne rien faire qui
ne porte avec foi le tipe de la juftice, &
Ar
r : A
- u
-
de tous les afliftans, quand il
n'en produifoit aucun fur vous; je dois me
taire il feroit difficile d'en parler fans
fcandale.
Retradtez-vous, Monfieur, dans les formes
prefcrites par la franchife, 3 je dirai plus par
Phonneur, & devant les mêmes témoins préfens à l'infulte.
Votre devoir confifte à ne rien faire qui
ne porte avec foi le tipe de la juftice, &
Ar
r : A
- u
- --- Page 146 ---
14-213
( 140 )
fouvenez-vous fur-tout que l'honnéteté d'un
homme en place confife autant dans les expreflions dont il doit fe fervir, que dans la
pureté de fes mceurs & la décence de fon
maintien. Voilà, Monfieur, > quels font mes
principes, les circonftances ni les craintes,
ne font point faites pour me faire chanceler,
elles fervent, au contraire, d'aliment à mon
honneur.
J'ai l'honneur d'être très-1 parfaitement s
Monfieur,
Votre très-humble & trèsobéiffant ferviteur 2
COURREJOLLES.
Au Cap le 26 Février 1787.
--- Page 147 ---
EXPLICATION du Plan qu'il fauc cenir ouvert en lifant le Provès-Verbat de M. De Ralier
Ingénieur en Chefde la Partie du Nord de Saine-Domingus.
N. L. Lifière entre l'emplacement du Sieur Gabriel & les miens > reconaue le 16 Février 1787, , pa: les
Commiffaires nommés par M. de la Luzerne, & vérifié par M. De Ralier, le 6 Mai 1789.
L. E. Longueur mefurée de mes emplacemens lc 16 Février 1787, également vérifiée par M. De Ralier.
a. b. C, d. Emplacement de I20 pieds de longueur fur 60 de largeur vendu par moi au Roi en 178;,
reconnu par tous lesCommiffaires, excepté par M.Jauvin, le 16 Février 1787, mais reconnu auffi
par M. De Ralier.
C. d. E, F. Emplacement de Go pieds en carré quim'appartient, fuivant mes ticres, éyalement reconnu par les
Commiffaires & M. De Ralier.
K. 2. 3- 8c 4- Maifon de Bois de 120 pieds de longueur & à deux Etages, qui a fait naitre la conteftation
fufcitée mal-à-propos par M. Jauvin , parce qu'il prétendoit que l'emplacement a, b,
C, d, étoit celui fur lequel je ferois bâtir cette Maifon.
Laztrat da tmfidt l6 Mai 780 Pir N de Ralar tepmens hif 1i Cap miilaik
PLAN du Tirren eppartonut IH Roi aTll pelt cema prir de tnuunl der Matarer
/ du Migazin dhMoie pont; hias ermsiee la Linule I renue aore Tirrem
rulre hi.r Mied. yut uppuitent I che tiarulis
fvlr .
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Intap A Mai 1-80.
Tagi arepollae
Tima (inte Kuer
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