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M E M O IRE 2e
ADRESSÉ à la République Françoise, en
la personne de ses Représentans composant la Convention Nationale, et plus
spécialement aux Membres du Comité
Colonial.
Lis citoyens Leroy-Fontigny, Lamare et
Girault, d'après le décret de l'assenviée
législative du 28 mars 1792, ont été délégués, au nom de la nation, err qualité de
commissaires civils, aux iles du Vent de
l'Amérique. Leur commission est du
mier mai 1792. Autant cette mission Hotc
honorable par la nature et l'étendue des
fonctions confiées à leur zèle, autantaussi
leur offroit-elle de sacrifices de tout genre
à faire et de dangers de toute espèce à
courir. Iny a certainement pas
ration à
d'exagédire
le patriotisme le plus ardent a pu redirie les déterminer à livrer aux
probabilités les plus effrayantes' leur santé et
leur vie même. Ce ne sont pas là de ces
protestations de civisme qui ne coûtent que
des paroles, et fatiguent au plus quelques
instans les poulmons de l'orateur. Cen'est
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PICB
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pas même cet effet si naturel du premier
mouvement d'un coeur françois, qui le fait.
volerà la défense de la patrieycombattre,
vaincre ou mourir pour elle; mais c'est
le résultat d'un sentiment profond, d'un
courageréfléchi, qui voit devant lui les dangers, qui en calcule froidement la multitude, et en mésure sans effroi la durée.
C'est en un mot le fruit miri par cet amour
pur de la patrie qui fait trouver au vrai résa plus douce récompense dans le
atar de la servir et de contribuer à la
rendre heureuse. - - Tels étoient notre but,
nos sentimens, nos espérances. Nous avons
fait tout ce qui dépendoit de nous 3 tout
ce qu'il étoit humainement possible de faire
pour parvenir; et nous invoquons à cet
égard 3. témoignage de tous ceux qui ont
partagé notre mission, et plus particuliégement celui du citoyen rapporteur > sous
les yeux duquel nous avons mis notre jourmal et toutes les pièces au soutien. Son rapport vous instruira des obstacles que nous
avons rencontrés, et de l'impossibilité où
l'on nous avoit mis de les vaincre, en ne
donnant pour toute force à notre convoi
qu'une frégate de 24 canons de 12; ilvous
dira que les mnêmes brigands qui se sont
opposés à notre descente au fort Royal,
étant venus enlever dans la rade de SaintChristophe da flâte la Bienvenue, ne nous
ont laissé queles vêtemens dont nous étions
couverts: aumoment où nous somines descendus pour remplir lepremier acte prescrit par
l'on nous avoit mis de les vaincre, en ne
donnant pour toute force à notre convoi
qu'une frégate de 24 canons de 12; ilvous
dira que les mnêmes brigands qui se sont
opposés à notre descente au fort Royal,
étant venus enlever dans la rade de SaintChristophe da flâte la Bienvenue, ne nous
ont laissé queles vêtemens dont nous étions
couverts: aumoment où nous somines descendus pour remplir lepremier acte prescrit par --- Page 5 ---
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nos instructions. Les citoyens Mirande et
Gory; secrétaires, et le. citoyen Baptiste 9
huissier de la commission, ont éprouvé le
même sort.
C'est d'après ces faits prouvés. 2 citoyens
députés, que nous attendons de la justice
de la nation : 10. le témoignage dû à notre
conduite; 2°. le remboursement des avances
que nous avons été indispensablement obligés de faire pour remplir la mission qu'elle
nous avoit confiée.
Quant au premier article, tout doit être
démontré par notre journal et notre Correspondance.
Le deuxième exige un peu plus de détail; il sera le plus court possible 7 mais
il est absolument nécessaire pour ceux qui,
ne connoissant pointnos colonies 3 ignorent
la nature des besoins qu'on y. éprouve, les
précautions que le climat exige, et les dépenses qu'il nécessite, et qu'ils sont loin
d'imaginer.
Nous établissons d'abord qu'incontestablement notre qualité de commissaires civils délégués par la nation nous imposoit,
en ligne de devoirs, non pas certes une représentation fastueuse, mais la tenuc d'un
état et d'une maison décente, et sur-tout
une existence indépendante. Cette dernière
expression, dictée par notre délicatesse et
par la nature des fonctions
nous allions 1
donner une
Roce à-peu-près
remplir, peut
juste de la nécessité indispensable où nous
avons été de nous procurer en France g6A 2 --- Page 6 ---
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néralement tout ce qui devoit compléter
cet objet (1).
Cette vérité a été tellement reconnue de
tous les temps 3 et notamment drpuis notre
régénération, que la nation', eclairée et
déterminée par sa justice, - a fait à tous les
gouverneurs, qu'elle a envoyés dans les COlonies une avance plus ou moins forte,
suivant les localités; et sans citer d'exemples autres que ceux tirés de notre mission
même, le citoyen Rochambeau a reçu, ou
dà recevoir o
.
60,000 liv.
Le citoyen Collot, destiné
à la Guadeloupe :
. - 40,000
Et le citoyen Ricard, pour
la petite île Sainte-Lucie. . 20,000
Ces diverses sommes leur ont été payées
à tous, partie en assignats, partie en numéraire.
Lescommissaires civilsavoientlesmàmes,
ou tout au moins la majeure partie des
mêmes objets à se procurer ; et ils n ont
reçu à cet cffet aucune somme quelconque ;
car il seroit vraiment aussi absurde qu'illusoire de présenter sous ce rapport le
ment de trois mnois d'avance, qui se
Fs
tout individu qui s'embarque, depuis l'amiraljusqu'aux mousses, et que nous avons
() Les citoyens Lacoste et Magnytot, nos prédécesseurs immédiats aux colonies, nous avoient prévenus
qu'on ne nous fourniroit que la maison et tout au plus
quelques, gros meubles, s'il s'en trouvoit au inagasin
de la nation. Ce sont leurs propres termes.
sous ce rapport le
ment de trois mnois d'avance, qui se
Fs
tout individu qui s'embarque, depuis l'amiraljusqu'aux mousses, et que nous avons
() Les citoyens Lacoste et Magnytot, nos prédécesseurs immédiats aux colonies, nous avoient prévenus
qu'on ne nous fourniroit que la maison et tout au plus
quelques, gros meubles, s'il s'en trouvoit au inagasin
de la nation. Ce sont leurs propres termes. --- Page 7 ---
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en effet touchés en assignats en partant de
Paris. La seule conséquence juste qu'on
pourroit tirer de cette assertion, c'est qu'allant dans un pays où la monnoie que nous
recevions ici n'avoit pas cours nous n'en
étions que plus forcés de l'employer en
choses utiles à notre mission 2 et qui nous
offroient, quoiqu'achetées fort chérement
en France, une économie de cent pour
cent sur le prix qu'il nous eût fallu les
payer aux colonies; car c'est toujours là
la mesure proportionnelle de ce commerce.
Il est donc démontré que nous avons dû
faire ici, ou à l'Orientou nous nous sommes
embarqués, des emplettes considérables et
faisant partie nécessaire et intégrante d'une
mission qui paroissoit devoir être de deux
ou trois ans.
Il est démontré que nous en avons fait,
de nos propres deniers 3 l'avance à la
Nation.
Les mémoires que nous avons remis au
comité, et dont nous assurons sur notre
honneur que les différens totaux sont audessous de nos déboursés effectifs, ne contiennent que des objets indispensables, tant
en qualité qu'en nombre, et beaucoup plus
rapprochés de l'économie que de la
sion. Cette vérité sera reconnue et
F
tement prononcée par quiconque connoût
les colonies, l'immensité de linges qu'exige
le climat, la destruction rapide de tous
les effets de ce genre, et la nécessité d'en
multiplier la quantité. --- Page 8 ---
(6)
Il est donc également pronvé que nous
n'avons fait à la Nation que les ayances'
indispensables qu'elle nous avoit, sinon
formellement ordonnées, au moins préscrites implicitement par la commission
dont elle nous avoit chargés, et que nous
ne pouvions remplir sans ce préalable
La nation nous én doit-ellele remboursement? Oui.
La nation voudra-t-elle l'acquitter ? Oui.
La nation est juste et ne veut jamais
manquer à ses engagemens. Celui qu'elle
a contracté envers nous ses représentans,
délégués par elle aux fles du Vent, est
sacré, car il est juste; et nous nous imputerions à crime de douter un moment de
sa générense équité.
Nous devons dejà un témoignage authentique de reconnoissance à Tinnombrable
quantité de citoyens qui-tous, soit à SaintDomingue, soit dans les provinces que
nous avons parcourues pour nous rendre
ici, soit à Paris même depuis que nous y
sommes de retour, nous ont témoigné
dre la part la plus touchante aux tourmens prenmoraux et physiques dont nous avons été
persécutés, et aux pertes réelles que nous
() La nation a consacré, par un décret, que tous
fonctionnaires publics ou agens qui éprouveroient dés
Tmiat pendant Pexercice de leurs fonctions, en seroient
La loi est du mois d'aolt-dernier.
avons parcourues pour nous rendre
ici, soit à Paris même depuis que nous y
sommes de retour, nous ont témoigné
dre la part la plus touchante aux tourmens prenmoraux et physiques dont nous avons été
persécutés, et aux pertes réelles que nous
() La nation a consacré, par un décret, que tous
fonctionnaires publics ou agens qui éprouveroient dés
Tmiat pendant Pexercice de leurs fonctions, en seroient
La loi est du mois d'aolt-dernier. --- Page 9 ---
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avons éprouvées. Il n'en est pas un, non
pas un seul, qui ne nous ait dit: cc ah!
>> quant aux pertes, assurément la. nation
>> vous en dédommagera; ; c'est bien le
A moins > (1).
Oui, la nation nous en dédommagera.
Ses représentans, conservateurs de sa dignité, prononceront d'après son voeu nonseulement présumé, mais déjà en partie
connu, et sur- tout d'après leur propre
équité et la lésitime affection qu'ils doivent
à des citoyens qui, comme eux, délégués
par. la nation, n'ont cessé, 7 depuis le
mier instant de Ja révolution, de dotiter
à toute heure et sous toutes les formes, des
preuves du civisme le plus pur, du désintéressement le plus absolu, et d'une générosité supérieure à leurs moyens.
Il leur seroit sans doute bien doux de
pouvoir offrir encore aujourd'hui ce nouveau sacrifice à la Patrie; mais elle refuseroit ce dernier morceau de pain de ses
enfans.
Encore un mot, ne pas nous allouer la
totalité de ce que nous réclamons, ce seroit
nous entacher du soupçon de mauvaise foi,
et outrager notre délicatesse d'une manière
(:) La nation, 2 devenue propriétaire des biens de
nos voleurs Béhague, Malvauit, Rivière, d'Aché,
etc... etc..
est bien. inconte.tablement notre débitrice ; mais nous n'invoquons pas Ce moyen. Des
enfans bien nés ne plaident point contre leur mère ;
ils lui demandent justice, et sont sûrs de l'obtenir. --- Page 10 ---
EB
VIz
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(8)
bien plus sensible pour nous que ne le seroit
la perte entière de ce débris de notre fortune.
A Paris, le 6 mai 1793, Pan deucième
de la République françoise.
Signés
LEROY- FOxTIONY,7 Commissaires natioLANARE,
>naux civils délégués
GIRAULT,
auxiles du Vent.
MIRANDE, secrétaire de la commission.
GonY, secrétaire-adjoint.
BAPTISTE, huissier de la commission. --- Page 11 --- --- Page 12 ---