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Jobu Cartrr Brolon
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29 - 94
24 Aptubuyge
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M E M OIR E
D E
M.
B O REL, --- Page 6 --- --- Page 7 ---
9 -99
A L'ASSEMBLÉE
sues.
COLONIALE
DE
LA PARTIE FRANÇAISE
DE SAINT-DOMINGUE
M E S S I E U R S,
JE me
présente aujourd'hui avec le mémoire que j'ai
MM. les Commissaires nationaux-civils
redigé pour
cation,
; il contient, 2 non ma justificarje n'en ai pas besoin, mais les plaintes graves que j'ai à
porter contre M. Blanchelande. Enivré de sa grandeur, fort de la faiblesse du peuple 2 ce chef'brava trop long-tems les lois'; il est juste
qu'il soit exposé à toute leur rigueur. Je lc dénonce, ct
vrai devant MM. les Commissaires
je poursuition entière la
nationaux-civils, & devant la na9 justice &c la vengeance qui me sont dûes.
Par votre arrêté du 30 juin, vous vous êtes réservé de
sur ma conduite 2 je vous la soumets toute entière, et prononcer vous
de déclarer s'il y a lieu à accusation contre
je
prie
du
moi, depuis mon départ
Cap jusqu'à mon retour. Je réclame votre impartialité, et votre
sévérité,
BOREL
A
ie --- Page 8 ---
MESSIEURS LES
COMMISSAIRES
NATIONAUX - CIVILS.
LE dix-neuf mai dernier,
gnage de confiance dont j'annonçai à l'assemblée coloniale le témoiroisse du
m'avait honoré la commune de la ville &
ral de Port-au-Prince, en m'appelant à la
de
pasa garde nationale &
place commandant géné.
cette ville, afin de
2 je sollicitai un congé pour me rendre en
je pouvais, si je devais juger sur les lieux & par létat des choses, 2 si
été déféré, J'étais loin de me charger du commandement qui m'avait
plus lâche trahison & la victime prévoir que j'allais devenir Tobjet de la
de l'abus d'autorité le plus insultant.
Je me rendis le même jour
chez M. Blanchelande,
que j'obtins mon congé de l'assemblée,
&je lui parlai en ces termes :
> M. le général, des motifs de bien
de vous; sans
vous
public seuls m'amènent
cela,
ne m'auriez
auprès
Port-au-Prince m'ayant honoré
jamais vu. Mais la ville du
commandement de
de sa confiance, en
sa garde nationale, 2 j'ai cru
m'appelant au
fice à l'intérét
devoir faire ce sacrigénéral, en venant vous inviter
avec moi, & à nous entendre de
à agir de bonne-foi
detous, & à ramener la
même, pour concourir au bonheur
nous
tranquillité publique. Si ce motif vous
entrerons en matière.
anime,
Alors, M. le général se jeta à corps-perdu dans
plimens qui ne lui coûtent
en
ses grands compris intérét à moi, qu'il avait guère
me disant qu'il avait toujours
dans ma jeunesse, il m'avait beaucoup connu ma famille, & ques
souvent fait sauter sur ses genoux.
Je Pinterrompis à ces dernières paroles pour lui
tais plus aujourd'huihomme à être tenu surles observer que je n'é.
genoux, que Pobjet que
erons en matière.
anime,
Alors, M. le général se jeta à corps-perdu dans
plimens qui ne lui coûtent
en
ses grands compris intérét à moi, qu'il avait guère
me disant qu'il avait toujours
dans ma jeunesse, il m'avait beaucoup connu ma famille, & ques
souvent fait sauter sur ses genoux.
Je Pinterrompis à ces dernières paroles pour lui
tais plus aujourd'huihomme à être tenu surles observer que je n'é.
genoux, que Pobjet que --- Page 9 ---
(3)
nous avions à traiter était beaucoup trop sérieux pour nous livrer à
sures.
dcs plaisanteries aussi puériles. e 2 & enfn nous entrames en matière,
M. le général commença à reprendre l'affaire du colonel
à se plaindre que sa position avait été bien critique qu'il Maudnit, avait été
obligé de céder aux impulsions de ce colonel qui s'etait rendu
sant par l'entier dévouement de son régiment, & qu'enfin il avait puisété obligé de ménager la chèvre & le chou. Ce sont ses
expressions que je rapporte ).
propres
Je ne pus m'empêcher de lui répondre que cette incertitude était
cause dcs malheurs de la colonie, que depuis longtems il aurait dû
prendre un parti quelconque... Qu'enfin 9 il fallait, quoiqu'un
tard à la vérité, s'occuper des moyens certains de rétablir le calme... peu
que si je pouvais lui étre de quelqu'utilité, il me trouverait toujours disposé à l'aider, sur tout s'il voulait garantir la sureté individuelle des personnes &c des propriétés; qu'en un mot, il devait
faire tout ce qui dépendrait de lui pour rappeler la confiance
avait presque généralement perdue.
qu'il
M. le général m'allegua encore qu'il avait beaucoup à se
du Port-au-Prince, et sur tout d'une lettre que le deuxième bataillon plaindre
du neuvième régiment, ci-devant Normandie, lui avait adressée dans
le tems; il me demanda quelle était la conduite qu'il avait à tenir,
Je lui répondis que le meilleur parti qu'il eut à suivre dans la
circonstance, était de venir lui-même d'abord au Mole, oir, me
disait-il, la garnison était insubordonnée, et de la au Port-au-Prince,
Je ne fus pas peu étonné de la répugnance, pour ne pas dire de
Phorreur, qu'il me manifesta pour ce dernier parti, Elle fut
qu'elle le porta à m'avancer que s'il se rendait au
telle,
je ne serais pas le maître d'empécher qu'il n'y fàt Port-au-Prince, assassiné. Je l'assurai qu'il avait sur le Port-au-Prince une opinion injuste et mal-
-il, la garnison était insubordonnée, et de la au Port-au-Prince,
Je ne fus pas peu étonné de la répugnance, pour ne pas dire de
Phorreur, qu'il me manifesta pour ce dernier parti, Elle fut
qu'elle le porta à m'avancer que s'il se rendait au
telle,
je ne serais pas le maître d'empécher qu'il n'y fàt Port-au-Prince, assassiné. Je l'assurai qu'il avait sur le Port-au-Prince une opinion injuste et mal- --- Page 10 ---
(4)
fondée, qu'il n'avait rien à y craindre sous ma sauve-garde, & celle
des gardes nationales, que je le çouvrirais de mon corps, s'il était
l'ami de la chose publique.
Bref, pour terminer une conversation dont le résultat ne me promettait rien de favorable pour la chose publique - 7 je finis par appuyer auprès de M. Blanchelande les différentes demandes de munitions de guerre qui lui avaient été précédemment faites par des commissaires que la ville du Port-au-Prince avait envoyés à cet effet.
J'en obtins des ordres, en vertu desquels délivrance n'a été faite
que d'une partie de ces demandes 2 parce qu'alors M. le général
m'observa que les magasins de l'état n'étaient pas sufisamment approvisionnés pour les remplir en totalité; mais que, si je voulais lui
laisser, ainsi qu'à M. Pomeirol, l'état excédent des objets à fournir, il les ferait parvenir à leur destination à fur & mesure que
les magasins en seraient pourvus; et je me retirai.
Le 1ly jour suivant je retournai chez M. le général pour lui faire part
de la nouvelle que je venais d'apprendre que la ville de Saint-Marc,
avait armédesbatimens, pour s'opposer, sans doute, à mon passage. Cela
détermina M. Blanchelande à me proposer un bâtiment de l'état pour
me transporter au Por-au-Prince. Il me promit en conséquence que,
dans la
il en conférerait avec le commandant des forces
journée" 2
navales, pour le disposer à accélérer cette expédition, & que, pour
savoir à quoi m'en tenir à cet égard;je pouvais repasser le lendemain.
Nous ne nous séparames point cette seconde fois, sans nous entretenir des malheurs de la colonie; je profitai de cetre occasion
lui parler dc lincendie 2 de la dévastation et du pillage de mon
pour habitation. Je lui représentai même que cet événement était d'autant
extraordinaire
c'était la seule habitation de toute la plaine
plus
7 que
aussi
de PArtibonite et des environs qui eût éprouvé un domrpage
C1
considérable,
nous séparames point cette seconde fois, sans nous entretenir des malheurs de la colonie; je profitai de cetre occasion
lui parler dc lincendie 2 de la dévastation et du pillage de mon
pour habitation. Je lui représentai même que cet événement était d'autant
extraordinaire
c'était la seule habitation de toute la plaine
plus
7 que
aussi
de PArtibonite et des environs qui eût éprouvé un domrpage
C1
considérable, --- Page 11 ---
A
9 9
M. le général eut l'air de me (5)
en me faisant mille et mille piaindre ; et essaya de me consolers
ses
protestations pour me
sures
dispositions ne tendaient qu'au rétablissement prouver que toutes
de l'ordre.
Enfin, le lendemain , je retournai chez M.
troisième
et dernière fois. J'appris de lui
Blanchelande pour la
m'avait offert pour me
que le bâtiment de l'état
conduire au
qu'it
mettre à la voile que sous quatre Por-an-Prince, ne serait prêt à
à M, le général le
des jours, Ce fut alors que je demandai
passage trois commissaires
chercher, et desquels je ne pouvais
qui étaient venus me
refusa formellement > etje n'insistai pas décemment me séparer. Ilsy
pas.
Le reste de cette dernière
malheurs de la
entrevue fut encore
M.
Colonie, et toujours à
employé à parler des
Blanchelande m'engagea à
peu près sur le méme ton.
plus qu'il allait écrire au commandant correspondre avec lui, et m'assura de
au-Prince une lettre ostensible
des troupes de ligne du Portet dans laquelle il
pour lire à la commune de cette
tion dont il n'avait, s'empresserait de lui manifester la bonne ville,
disait-il 2 jamais cessé
disposil'ordre et la tranquillité
d'être animé pour rétablir
publique dans la Colonie
Les différentes explications
sur-tout le refus formel
que j'ai eues avec M.
de
Blanchelande, 2 et
Port-au-Prince à bord du l'embarguement bâtiment
des trois commissaires du
bué à me faire
de l'éat,n'ont pas
arrivé depuis, suspecter ses intentions à mon égard. Ce peu contri2
prouvera que mes soupçons n'étaient
qui m'est
Muni de mon
pas sans fondement.
congé de l'assemblée coloniale
vingte-quatre mai dernier sur le bateau le
2 je m'embarquai le
Brunet, tous deux porteurs
Chéri, avec MM. Jouon &
cipalité du Cap. Quant à M. également de leur passeport de la munipart du bateau le Castor, Clausson, , il crut devoirattendre le dévoir le
expédié par le
été chargement des différentes
Port-au-Prince pour recedélivrées d'après les ordres de M. munitions de guerre qui avaient
le général.
iale
vingte-quatre mai dernier sur le bateau le
2 je m'embarquai le
Brunet, tous deux porteurs
Chéri, avec MM. Jouon &
cipalité du Cap. Quant à M. également de leur passeport de la munipart du bateau le Castor, Clausson, , il crut devoirattendre le dévoir le
expédié par le
été chargement des différentes
Port-au-Prince pour recedélivrées d'après les ordres de M. munitions de guerre qui avaient
le général. --- Page 12 ---
(6)
Le bateau le Chéri fut de relâche au Mole le vingt-six mai dernier:
arrivé dans cetre ville, la municipalité eut l'attention de me confirmer
la nouvelle qu'il ylavait des bâtimens en croisière : j'en fus bientôt
convaincu par la lecture d'une déclaration faite peu de jours auparavant, par un sieur Michel caboteur.
Cette déclaration contenait entr'autres choses, C que par le travers
> de la presqu'ile du Mole , il avait été rencontré, fouillé et visité
> scrupuleusement à son bord, par un bricq armé, etr monté, partie par
des hommes de couleur et nègres, et qu'il
> des blancs 2 et partie par
entendu dire
cherchait le sieur Borel >.
> y avait
qu'on
Cette déclaration était assez formelle pour me déterminer à prendre des précautions avant de continuer ma route pour le Port-aule parti d'expédier de suite du Mole
Prince; en conséquence 7 je pris
bâtiment
porter mes dépêches 2 ainsi que celles de MM.
un petit
pour
l'effet d'instruire la commune du Port-au-Prince
Jouon et Brunet 2 à
eût à aviser
des motifs qui retardaient notre voyage 2 et pour qu'elle
les
convenables pour assurer notre retour.
aux moyens plus
bateau le Castor entra dans la rade du Mole,
Dans ces entrefaites, le
de
MM. Clausson, lun des trois commissaires
ayant pour passagers
de la municipala commune du Port-au-Prince 7 et Imbert, député
lité de la même ville : Pun et Pautre étaient nantis d'un passeport de
la municipalité du Cap, pour retourner au lieu de leur destination.
Enfin le sieur Lacroix arriva au Mole le huit juin 7 & il m'informa
de POuest,
quelassemblée provinciale et provisoirement administrative
l'avait expédié pour venir me chercher 9 ainsi que les trois commisPort-au-Prince. Il
en même tems Pexpédition du
saires du
Chassin, m'apprit et de deux ou trois autres bâtinavire PAgathe, capitaine Port-au-Prince tous les habitans réfumens destinés à transférer au
le
lieu de leur
Mole
voudraient retourner dans principal
giés au
qui
dépendance.
uest,
quelassemblée provinciale et provisoirement administrative
l'avait expédié pour venir me chercher 9 ainsi que les trois commisPort-au-Prince. Il
en même tems Pexpédition du
saires du
Chassin, m'apprit et de deux ou trois autres bâtinavire PAgathe, capitaine Port-au-Prince tous les habitans réfumens destinés à transférer au
le
lieu de leur
Mole
voudraient retourner dans principal
giés au
qui
dépendance. --- Page 13 ---
9 94
(7)
En effet 2 le navire l'Agathe &c les autres embarcations artivèrent
au Mole le IO juin; je m'cmbarquai le 13 sur le premier de ces bâsues.
timens, &c le méme jour, 4 heures du soir, en présence des officiers de la garnison, 2 le détachement du Port-au-Prince, les commissaires & députés de la commune de cettc
ville, s'embarquérent
également avec une partic des citoyens retirés dans la ville du Mole,
auxquels la municipalité délivra un passe-port général qui fut donné à
Pun d'cux, pour tous les individus passagers à bord de ces différens
bitimens.
Lc troisième jour de notre départ, c'est-à-dire le 16
juin, vers
les 9 heures du matin, nous eumes connaissance du vaisseau le Bo
réc, & nous ayant approché vers les 5 heures du soir, le navire
l"'Agathe fut visité par lui; le bateau le Castor, dont une partie des
passagers était des femmes, fut aussi contraint de se rendre après
avoir reçu un boulet de dix-huit, qui fut dirigé & tiré sur lui
le vaisseau.
par
Il est nécessaire, nessieurs, dc vous donner connaissance des
ordres qui furent délivrés par M. Grimouard, commandant lc vaisseau le Borée, tant au capitaine du navire l'Agathe qu'au capitaine
du bateau le Castor. La différence qui se frouve dans la contexture
de ces deux ordres est vraiment curieuse. Le premier de ces ordres
est conçu en ces termes.
> En vertu des ordres de M. de Girardin, contre-amiral,
D mandant des forces navales 9 à
comdonnés
>>
Saint-Domingue,
à M.
Thomas, commandant la Maric-Antoinette, dont
>) forme
j'ai copic con-
> qui prescrivent d'arrêter tous bâtimens armés,
n'au-
>> raient point d'expéditions légales, c'est-à-dirc, des ordres qui
> du commandant des stations, 2 & de les conduire
émanés
au Cap >.
> Il est ordonné à M. Chassin, capitaine du navire
s dont les expéditions ne sont point en règle
P'Agathe 9
> mission
7 relativement a la
qu'il a été chargé de
les
a
remplir, d'après
arrêtés de Pas-
,
n'au-
>> raient point d'expéditions légales, c'est-à-dirc, des ordres qui
> du commandant des stations, 2 & de les conduire
émanés
au Cap >.
> Il est ordonné à M. Chassin, capitaine du navire
s dont les expéditions ne sont point en règle
P'Agathe 9
> mission
7 relativement a la
qu'il a été chargé de
les
a
remplir, d'après
arrêtés de Pas- --- Page 14 ---
(8)
semblée provinciale de lOuest, de suivre le vaisseau le Borée
> aux Gonaives, et de se rendre à ce mouillage, jusqu'à nouvel
> ordre de MM. Blanchelande & Girardin, la position ne permetD tant pas d'aller au Cap >.
A bord du Borée, le 16 Juin 1792. Signé, GRIMOUARD.
La teneur du second ordre est comme suit :
> Nous Henri de Grimouard &c. Il est ordonné au sieur Blokev;
> capitaine du bateau le Castor, sur Jequel sont embarqués plusieurs
> passagers qui ne sont point munis de passe-port 1 de suivre le
> vaisseau le Borée, et de se rendre au mouillage des Gonaives,
> jusqu'à nouvel ordre de MM. Blanchelande & Girardin.
A bord du Borée, le 16 Juin 1792. Signé, GRIMOUARD.
M. Grimouard ne pouvait pas se servir des ordres que M. Girardin avait nommément expédiés à M. Thomas, pour arrêter le navire
PAgathe, parce que ce bâtiment était revêtu d'expéditions légales;
il devait également respecter l'armement du bateau le Castor, dont
les expéditions étaient tout aussi régulières, & ne pas l'arrêter, sous
le spécieux prétexte que les passagers, qui, pour l'ordinaire. ne doivent compte de leur conduite, que dans le lieu de leur destination,
n'étaient pas, suivant M. Grimouard, munis de passe-port, dont on
m'aassuré qu'il n'avait pas même exigé la représentation; mais, sans
être dans le secret, il doit être clairement démontré que ce n'était
point aux bâtimens que lon en voulait, mais bien aux passagers qui
étaient à bord, & que M. Grimouard avait reçu directement du Cap
la mission spéciale & particulière de m'arrêter pour m'empécher de
me rendre au Port-au-Prince.
Quoi qu'il en soit, & malgré que les ordres donnés par M. Girardin à M, Thomas, &c que M, Grimouard s'est appropriés, portassent
secret, il doit être clairement démontré que ce n'était
point aux bâtimens que lon en voulait, mais bien aux passagers qui
étaient à bord, & que M. Grimouard avait reçu directement du Cap
la mission spéciale & particulière de m'arrêter pour m'empécher de
me rendre au Port-au-Prince.
Quoi qu'il en soit, & malgré que les ordres donnés par M. Girardin à M, Thomas, &c que M, Grimouard s'est appropriés, portassent --- Page 15 ---
29-A
(9)
sent textuellement lobligation de conduire au Cap les bâtimens
n'auraient point d'expéditions légales, & qui seraient arrêtés... qui
saràd.
fumes conduits à Saint-Marc, & nous mouillames dans la Nous
cette ville, le 18 juin au soir,
rade de,
Y92
A peine fumes nous arrivés dans cet endroit,
taitre une garde de volontaires,
que nous vimes pade Pompons blancs. Nous
connus depuis longtems sous le titre
garde: &
demeurames tous d'accord de refuser cette
j'observai avec juste raison, qu'ayant
tré la plus grande
jusqu'aprésent montranquillité, nous étions en état de
nous mêmes 5 qu'au surplus, si M, Grimouard
nous garder
monde pour nous surveiller, dans le
n'avait pas assez de
Cas oà il
caution absolument
jugerait cette prénécessaire, un de ses officiers était plus
fisant, pour lui prouver que nous comptions fermement
que suf.
garde qu'il nous avait promise au
sur la sauvemoment de notre arestation
qui nous fut accordé,
; cc
Mais quel fut mon étonnement lors
le
procédé au déchargement du navire que lendemain 19, il fut
& au désarmement de
l"'Agathe & du bateau le Castor,
tous les passagers qui étaient à bord de
bâtimens, en vertu de deux arrêtés pris la
ces
Jité de
par soi-disant
Saint-Marc, et qui furent aussi-tôt exécutés
municipaque notifiés.
Je ne pus m'empécher de
ficier du vaisseau le Borée témoigner mon mécontentement à PofIl m'invita à aller voir
qui était de garde à bord de l'Agathe.
M.
étant entré dans la chambre Grimouard; je m'y rendis
du conseil, je lui demandai sur-le-charop:
en particulier; il y consentit : je lui
àl'entretenir
représentai, dans les
plus honnêtes et en méme tems les plus
termes les
souffrir la manière dont on se conduisait forts, comment il pouvait
avoir donné sa parole d'honneur
à notre égard, après nous
Il se défendit fort
que nous étions sous sa sauve-garde.
n'avait
adroitement, en me disant
le
eu lieu & que le
que désarmement
réquisition du corps
déchargement ne s'était opéré que sur la
populaire de Saint-Marc. Enfin, après plusieurs
B
Maty
me tems les plus
termes les
souffrir la manière dont on se conduisait forts, comment il pouvait
avoir donné sa parole d'honneur
à notre égard, après nous
Il se défendit fort
que nous étions sous sa sauve-garde.
n'avait
adroitement, en me disant
le
eu lieu & que le
que désarmement
réquisition du corps
déchargement ne s'était opéré que sur la
populaire de Saint-Marc. Enfin, après plusieurs
B
Maty --- Page 16 ---
IO
propos, en sortant de la chambre du conseil, je me trouvai devant
plusieurs membres de cette soi-disant municipalité, accompagnés des
chefs des citoyens de couleur; & en présence de l'équipage du vaisune conversation très-vive avec M. de Grimouard, sur les
seau, , j'eus
procédés atroces & l'infame conduite qu'il tenait envers nous. Je lui
dis, entr'autres choses, que je lui remertais, quant à moi, sa parole
d'honneur; queje ne pouvais plus en faircaucun cas, puisqu'ilyavait
manqué: : me retournant ensui e vers les membres de la soi-disant municipalité, je leur tins ce langage : Quant à ces hommes-là, s'ils veulent finir la tragédie qu'ils ont commencée chez moi par une-dernière
scène, je vous demanderai un canot pour me rendre a terre ; trop
heureux, si, par ce dernier sacrifice de ma vie, je puis contribuerà
ramener la tranquillité publique!
Les membres de cette prétendue municipalité insistérent auprès- de
M. Grimouard pour me retenir prisonnier à son bord, sous prétexte
serais plus en sureté. Je répondis à M. Grimouard; queje ne
que j'y
à bord de son vaisseau, à moins qu'il ne m'y retint de
resterais point
couraient
force : quesi les citoyens détenus a bord du navire P'Agathe
des risques, je voulais les partager
des soi-disant officiers municipaux, leur
M. Grimouard.approchanr
bien
répéta plusieurs fois d'avoir à se mettre en règle, & sur-tout de
examiner si leurs fonctions étaient légales. Dès-lors je descendis du
vaisseau le Borée, pour me rendre à bord du navire P'Agathe.
Le 20 du mois de Juin, le vaisseau le Jupiter arriva à Saint-Marc:
'Aussitôt après le mouillage 7 M. Blanchelande & M. Roume, con
missaire national-civil, dessendirent, et les équipages de ce vaisseau et du Borée firent retentic l'air 2 non pas du cri constitutionnel, vive la nation, la loi e le roi, mais de l'ancien cri simplement, vive le roi. Quoique M. le général fut bien assuré d'avance de ne pas av oir manqué son coup, j'ai voulu donner le
vaisseau le Jupiter arriva à Saint-Marc:
'Aussitôt après le mouillage 7 M. Blanchelande & M. Roume, con
missaire national-civil, dessendirent, et les équipages de ce vaisseau et du Borée firent retentic l'air 2 non pas du cri constitutionnel, vive la nation, la loi e le roi, mais de l'ancien cri simplement, vive le roi. Quoique M. le général fut bien assuré d'avance de ne pas av oir manqué son coup, j'ai voulu donner le --- Page 17 ---
9 94
II
tems a M. Grimouard et à l'illégale municipalité de Saint-Marc;
de l'instruire de tout ce qui pouvait être relatif à notre arrestation.
sures.
Le Iendemain 21, j'écrivis dà M. Blanchelande une lettre dans
laquel e je me bornai à lui demander un moment d'audience. Le
méme jour j'en reçus une réponse que je rapporterai plus bas. Je
me bornerai quaut-a-présent, à dire qu'elle finit par cette phrase
remarquable,
K Dans cet état de choses, je ne ptis ni VOnS voir, ni vous en-
( tendre. Je pense que vous devriez passer en France : si telle est
4 votre intention, je ferai en sorle de vous en faciliter les moyens.
Si M. Blanchelande n'avait pas été le principal auteur de mon
arrestation, on croira difficilement qu'il eut e usède voir et d'entendre un homme auquel il avait annonce un mois auparavant,
prendre le plus grand intérêt, 3 connaitre la amille, et l'avoir fait
danser sur ses genoux pendant sa jennesse. Aussi lon de désap*
prouver 2 comme il le devait, les opérations > lant de M. Grimouard, que de l'illégale municipalité de Saint-Marc 3 elles lui
ont au contraire tellement paru satisfaire ses vues 3 qu'il se décida,
sans beaucoup de peine 3 d signer lordre en vertu duquel tous les
passagers du navire l'Agathe , et du bateau le Castor, furent débarqués, et par suite, transférés dans les prisons de Saint-Marc,
Je fus le premier à qui la connaissance de cet ordre parvint.
Il me fut notifié le même jour 21, sur les huit heures du soir
par un particulier, revéln d'un. unitorne de maréellaussée, le- >
quel m'était inconnu, et que j'ai appris depuis être le sieur
de la Grange. Il élait accompagné de quatre satellites, arinés Roy de
traboucs. Je m'embarquai avec eux tous dans un canot.
En mettant pied à terre, je fus sur le champ environné par une
garde de maréchaussée, composée d'hommes de couleur et nègres
B2
uit heures du soir
par un particulier, revéln d'un. unitorne de maréellaussée, le- >
quel m'était inconnu, et que j'ai appris depuis être le sieur
de la Grange. Il élait accompagné de quatre satellites, arinés Roy de
traboucs. Je m'embarquai avec eux tous dans un canot.
En mettant pied à terre, je fus sur le champ environné par une
garde de maréchaussée, composée d'hommes de couleur et nègres
B2 --- Page 18 ---
qui, vraisemblablement avait été apostée pour nous attendre.
Chemin faisant je demandai au sieur Roi de la
s'il
Grange,
nc
me serait pas possible d'écrire à M.le-général. Il adhéra à
demande, et en conséquence il me conduisit dans son
ma
ment, oùr il me fit donner plume, encre et papier.
appartePendant que j'écrivais ma lettre, le sieur Roy de la
s'absenta
Grange;
pour aller, sans doute, prendre quelques conseils sur cC
qui venait de se passer entre lui et moi ; mais il avait eu la
caution de placer à la porte de la chambre, dans laquelle pré- il
m'avait fait entrer, une garde suffisante, soit pour s'opposer à ma
sortie , soit pour empécher que personne ne vint m'approcher.
La lettre que j'écrivais à M. Blanchclande, et qui n'était qu'une
répétition de la première, dans laquelle je me contentais de lui
demander à l'entretenir de mon affaire, ne fut pas plus-tôt terminée, que le sieur Roy de la, Grange rentra, en lui remettant
cette lettre: je voulus savoir de lui, si, avant de sortir pour aller plus loin, je ne pourrais pas en attendre la réponse. Il me
répondit que cela n'était pas en son pouvoir, que ses ordres étaient
de me conduire en prison. Je ne me permis pas la plus petite
réflexion. Je me contentai de retirer ma lettre, en observant au
sieur Roy de Ir Grange, que, lorsque j'avais tant fait que de dépasser le seuil de la porte d'une prison, c'était comme si j'y avais
demeuré dix ans; que dès-lors, toute demarche de ma part aulprèsde M.legénéral devenait inutile, et qu'au surplus j'étais disposé
à le suivre. C'est ainsi que je fus traduit dans les prisons de StMarc, par le sieur Roy de la Grange, et accompagné de la même
brigade de maréchaussée, que j'avais trouvée au bord de la mer.
A l'égard des autres passagers du navire l'Agathe et du bateau
le Castor, ils ne furent débarqués que le lendemain 22, et également conduits dans les prisons de Saint-Marc, en plein jour,
, et qu'au surplus j'étais disposé
à le suivre. C'est ainsi que je fus traduit dans les prisons de StMarc, par le sieur Roy de la Grange, et accompagné de la même
brigade de maréchaussée, que j'avais trouvée au bord de la mer.
A l'égard des autres passagers du navire l'Agathe et du bateau
le Castor, ils ne furent débarqués que le lendemain 22, et également conduits dans les prisons de Saint-Marc, en plein jour, --- Page 19 ---
9 - 94
ignominiensement; ; entre deux haics 9 composées d'hommes de
couleur et nègres libres, et au milieu des huées, des
sures.
et des propos les plus menaçans.
invectives,
Dans cet
état de privation de notre liberté, une garde trèsnombreuse fut établie dans la prison de Saint-Marc: des blancs
sculs la composèrent d'abord ; peu de jours après, elle fut composée en partie de blancs, et en partie d'hommes de couleur et
nigres libres. Mais ce qui m'a été le plus sensible, a été de voir
par la suite qu'on ait eu l'indignité de faire participer à cette garde
jusqu'à mes esclaves révoltés.
Le désordre et le pillage de nos effets ne nous étonna
nous nous y étions attendus : mais la visite et l'affectation point :
manifesta
le
que l'on
pendant cours de cette opération, 3 mit le comble a
notre humiliation.
Le vingt-trois juin, autant que je puis m'en rappeler, on commença contre nous une procédure criminelle, et je fus encore désigné pour subir le premier interrogatoire. Ce n'était
extrémement facile 3 que de procéler à un
pas chose
cune espèce de base: : aussi les
interrogatoire sans anquestions qui me furent faites ne
roulèrent t-elles que sur des faits absolument étrangers,
indéterminés 3 et par conséquent contraircs à l'ordonnance. vagues,
rance même du faiseur de questions fut
L'ignodemander si
poussée au point de me
jen'avais pas cabalé pour me faire nommer à la
de commandant général de la garde nationale du Port-au-Prince. place
Mais on ne doit point être étonné de rencontrer dans cette
dure des vices aussi extraordinaires:
procéarrestation
tout étaitirrégulier dans mon
2 comme dans ma détention. L'instruction de la
dure qui en a été la suite, ne pouvait
procés'opérer que d'une manière
très-irrégulière 9 et cette irrégularité procédait souverainement de
l'incapacité des officiers qui ont coopéré à cette
instruction, par
du Port-au-Prince. place
Mais on ne doit point être étonné de rencontrer dans cette
dure des vices aussi extraordinaires:
procéarrestation
tout étaitirrégulier dans mon
2 comme dans ma détention. L'instruction de la
dure qui en a été la suite, ne pouvait
procés'opérer que d'une manière
très-irrégulière 9 et cette irrégularité procédait souverainement de
l'incapacité des officiers qui ont coopéré à cette
instruction, par --- Page 20 ---
la raison qu'ils étaient sans caractère, et que M. Blanchelande ne
pouvait pas les en revêtir. , puisqu'il avait donné son approbation
l'arrêté de l'assemblée coloniale, du vingt janvier dernier, qui
avait mis en vacance tous les tribunaux de la province de l'Ouest.
Si, sous l'empire de l'ancien réginne, la liberté d'un citoyen domicilié était respectée au point qu'il ne pouvait être arrêté, ni
vertu d'un décret de
de corps , qui, ordiemprisonné > qu'en
prise
nairement n'était aussi intervenu que sur une procédure réguliérement instruite, et que lorsqu'il y avait des charges considérables
au procès et qui ne tendaient à rien moins qu'à faire prononcer contre lui une peine afflictive, , on ne pourra pas s'empêcher d'être
étonné d'apprendre qu'en l'année mil sept cent quatre-vingt douze,
d'un des
articles de la constitution frar çaise,
au mépris
principaux
sans plainte de la part du ministère public, sans information préalable, sans décret de prise de corps , j'ai pu être constitué prisonnier et livré aux rigueurs d'une procédure criminelle.
Pour tout dire en un mot , quand j'aurais été reconnu pour être
l'auteur des malheurs de Saint-Domingue , je n'aurais pas été traité
d'une manière plus dure et plus ignominieuse 2 pendant cinquantedeux jours qu'a duré ma détention, c'est-à-dire depuis le vingtun juin, , jusqu'au onze août dernier.
Tels sont les faits qui ont précédé , accompagné et suivi mon
la
rafinéc, et il est
arrestation. Ils caractérisent la perfidie plus
impossible de ne pas y voir une trame ourdie au Cap 7 pour mettre un obstacle à mon arrivée au Port-au-Prince, et peut-étre
mais je borne la mes. réflexions, elles seraient trop cruelles.
Libre enfin , je demande justice ; c'est à vous 3 messieurs > à
venez faire triompher la loi, que je m'adresse. Le tems
vous, 7 qui
étouffaient la vérité;je eserai
est passé ou l'arbitraire, le despotisme
écouté et vengé.
trame ourdie au Cap 7 pour mettre un obstacle à mon arrivée au Port-au-Prince, et peut-étre
mais je borne la mes. réflexions, elles seraient trop cruelles.
Libre enfin , je demande justice ; c'est à vous 3 messieurs > à
venez faire triompher la loi, que je m'adresse. Le tems
vous, 7 qui
étouffaient la vérité;je eserai
est passé ou l'arbitraire, le despotisme
écouté et vengé. --- Page 21 ---
29-9
M. Blanchelande parait vouloir faire porter sa justification sur
t
l'illégalité prétendue de l'armement du navirel'Agathe, sur lequel
sarss.
je m'étais embarqué. Ce n'est pas moi qui dois en prouver la régularité. Il suffisait que mes passeports fussent en règle pour qu'on
ne pût attenter à ma
m'étais conformé
liberté; je
aux lois sur la
police, On1 n'avait rien de plus à exiger de moi ;
Mais iln'est pas inutile d'observer que le capitaine et l'équipage
de ce navire , qu'on prétend n'avoir pas été en règle s n'ont point
été ni punis 3 ni même poursuivis ; tandis que moi et mes compagnons d'infortune, qui n'y étions que simples passagers, avor S
été jetés dans les prisons 7 livrés à des juges criminels s et que nous
ne devons notre liberté qu'à notre innocence et au hasard.
Quelle ressource reste t-il à M. Blanchelande pour sa justification ?. soumis à l'épreuve dangereuse de la procédure criminelle, il
n'a pas été possible à ceux entre les mains de qui j'avais été livré,
comme une victime 3 de couvrir mon innocence du plus léger
nuage; le soupçon n'a pas même Osé m'approcher.
Mon arrestation est donc un acte tyrannique 9 un acte criminel:
ma détention est inexcusable 9 elle est inexplicable pour tout
homme qui ne connaitrait pas M. Blanchelande.
Mon inpocence peut d'autant moins être suspectée que les juges
chargés , par M. Blanchelande 2 de prononcer sur mon sort 3 n'étaient pas des protecteurs qu'il m'avait donnés. Je n'ai qu'un mot
à dire pour peindre encore faiblement les dangers incalculables
dont on m'environnait. Ces juges , arbitres de ma destinée, et
aient les mêmes que l'assemblée provinciale de l'Ouest avait dépouiilés de leurs fonctions > à cause de leurs injustices , de leurs
excès, de leurs prévarications continuelles, ils élaient les mêmes
que l'assemblée coloniale n'avait pas osé rétablir sur leur siège 2
és. Je n'ai qu'un mot
à dire pour peindre encore faiblement les dangers incalculables
dont on m'environnait. Ces juges , arbitres de ma destinée, et
aient les mêmes que l'assemblée provinciale de l'Ouest avait dépouiilés de leurs fonctions > à cause de leurs injustices , de leurs
excès, de leurs prévarications continuelles, ils élaient les mêmes
que l'assemblée coloniale n'avait pas osé rétablir sur leur siège 2 --- Page 22 ---
de peur de soulever un peuple indigné de leur coalition avcc ses
ennemis 3 c'est-à-dire , avec les agens du pouvoir exécutif, destructeur de Saint-Domingue,
Examinons mainfenant les qualifications outrageantes que me
donnait M. Blanchelande, Il s'exprimait ainsi dans sa lettre du
vingt-six juin dernier.
K Je ne puis vous exprimer, M. le président, qu'elle a été
ma surprise de voir dans un de ces corsaires un membre
de l'assemblée coloniale y jouer le principal rôle, enveloppé d'une
multitude de gens perdus d'honneur et de réputation... Il m'eut
été sans doute plus agréable d'apprendre son arrivée au Port-auPrince,ou il mn'avait promis de faire ses efforts pour ramener les
citoyens à l'union et à la paix, si je n'en avais désespéré, même
avant sa sortie du Mole, après les dispositions qu'il y avait,
dit-on, manifestées.
Dans sa lettre du IO Juillet, aprés avoir annoncé quil a donné
des ordres pour ma délivrance et celle de mes compagnons de
malheur, il ajoute;
< Je vous ai mandé, monsieur le président, la position difficile où je me suis trouvé à mon arrivée à Saint-Marc. Relisez
ma lettre à l'assemblée, et elle concevra que j'ai pris le seul parti
qui convenait pour éviter, peut-être s de grands malheurs. Je
n'ai d'ailleurs point considéré M. Borel comme un membre de l'asl'assemblée coloniale; il n'a point réclamé ce titre auprès de moi:
c'est un fait ; je n'ai donc point attaqué l'inviolabilité d'un membre qui, avec cette qualité, nc se serait surement pas trouvé
chef de corsaire.
Me voila donc jonant le principal rôle dans un corsaire, ou
plutôt un pirate, enveloppé de gens perdus d'honneur et de réputation
heurs. Je
n'ai d'ailleurs point considéré M. Borel comme un membre de l'asl'assemblée coloniale; il n'a point réclamé ce titre auprès de moi:
c'est un fait ; je n'ai donc point attaqué l'inviolabilité d'un membre qui, avec cette qualité, nc se serait surement pas trouvé
chef de corsaire.
Me voila donc jonant le principal rôle dans un corsaire, ou
plutôt un pirate, enveloppé de gens perdus d'honneur et de réputation --- Page 23 ---
29.A
tation. Me voila disposé à semer le trouble et les divisions.
+
suis peint comme un lâche, 3 comme un perfide
Je
> abusant de
baras.
confiance qui m'est accordée, pour entraîner la colonie dans l'a- la
byme que les ennemis de la constitution, les agens du
arbitraire creusent tous les
pouvoir
Y92
jours.
Et c'est moi que l'on accuse avec autant d'impudence!
cnnsulte les archives de la colonie,
l'on
Que l'on
deSaint-Marc
que
interroge les citoyens
même , et l'on saura plus positivement que par M.
Blanchelande, si je suis un traître, un parjure, un vil calomniateur.
J'étais chef de corsaire ! je rougis pour M. Blanchelande de
lever ses assertions. Instruit, par moi, des armemens faits re- la
ville de Saint-Marc, pour m'arrêter 3 les citoyens du Port-au- par
Prince arment eux-mnêmes deux bâtimens pour assurer le
de leur commandant général ; des gardes soldées, , des gardes passage nationaux, s'embarquent sur ces batimens 3 pour le mettre à l'abri de
tous dangers. Voilà les corsaires ! voila les hommes perdus d'honneur et de réputation.
Ily a troisjours élevé sur un trône défenduparla flatterie etla bassesse, M.Blanchelande croyaitêtre au-dessus de laloi:maisil est aujourd'hui l'égal detous. Je puis doncespérer qu'il ne m'aura
impunément outragé. Le représentantdu roi 3 le chefde l'administra pas
tion de la Colonie, pouvait-il dé-grader son caractère au
jouer le rôle d'un vil calomniateur? cette réflexion , point de
est douloureuse.
M. Blanchelande a si bien senti lui même combien il était
pable d'avoir aitenté à ma liberté, que dans
coujostifier de cet acte de violence,
l'impuissance de se
reclamé
, il se rejette sur ce que je n'ai
pas
ma qualité de membre de l'assemblée coloniale.
n'ai point d'ailleurs, dit-il, considéré M. Borel
< Je
bre de l'assemblée coloniale il
comme un memlité, etc
> n'a point reclamé en cette
>.
qua-
combien il était
pable d'avoir aitenté à ma liberté, que dans
coujostifier de cet acte de violence,
l'impuissance de se
reclamé
, il se rejette sur ce que je n'ai
pas
ma qualité de membre de l'assemblée coloniale.
n'ai point d'ailleurs, dit-il, considéré M. Borel
< Je
bre de l'assemblée coloniale il
comme un memlité, etc
> n'a point reclamé en cette
>.
qua- --- Page 24 ---
En discufant cette phrase 2 je pourrais facilement en démontrer
le ridicule et l'absurdité; mais j'épargne à M. Blancheande des
réflexions qui T'humilieraient ; je veux bien Je pas lui rappeler ce
qui s'est passé entre lui et moi avant mon départ, je nie borne à
le mettre en contradiction avec lui-même.
Le vingt-six juin , M. Blanchelande écrivait à l'assemblée COloniale, < Je ye puis vous exprimer 3 M. le président , quelle a
ét6 ma surprise , de voir dans un de ces corsaires un membre de
l'assemblée coloniale >.
Ce membre de l'assemblée coloniale, c'était moi. Cependant,
M. Blanchelande écrit qu'il ne me considérait pas cone tel.
En vérité, cette coniradiction révoltante déchire le voile; il est
impossible de ne pas voir la vérité.
Mais je suppose que M. Blanchelande eût oublié, que j'étais
membre de l'assemblée coloniale, pouvait-il ignorer que j'élais
nommé commandant de la garde nationale du Port-au-Prince 9
que mon caracière était respectable, qu'en l'outrageant, il outrageait une ville entière ?
Pouvait-il ignorer que n'étant prévenu d'aucun délit, il ne pouvait ordonner ma détention , sans violer les lois dont il est établi
le protecteur?
Non, M. Blanchelande n'ignorait pas que j'étais membre de
l'assemblée coloniale, c'est donc sciemment, c'est donc de dessein
prémédité, qu'il a attaqué l'inviolabilité. Il mêle ainsi le mensonge à la perfidie, l'ironie à Toutrage.
Je n'ai pas encore tont dit : j'ai bien dévoilé des horreurs; mais
la plus criminelle reste, il faut l'exposer à tous les yeux.
Le 21 Jnin, j'écris à M. Blanchelande ; je me bornais à lui
demander un entretien. Il était de la dignité, il était de l'hon-
sein
prémédité, qu'il a attaqué l'inviolabilité. Il mêle ainsi le mensonge à la perfidie, l'ironie à Toutrage.
Je n'ai pas encore tont dit : j'ai bien dévoilé des horreurs; mais
la plus criminelle reste, il faut l'exposer à tous les yeux.
Le 21 Jnin, j'écris à M. Blanchelande ; je me bornais à lui
demander un entretien. Il était de la dignité, il était de l'hon- --- Page 25 ---
zeur , je dis plus s il était du 19
29. 9
roi, de me l'accorder. Il
devoir du
ce
ne pouvait se
représentant du
quej'avais à lui dire, et
dispenser
et
des remords.
peut-être lui aurais-je évité d'entendre
seres.
un crime
Voici sa
réponse, > la
apportéc par lc sieur je Roy franscrirai de la
toute entière ; elle me fut
rendre en prison.
Grange, avec l'ordre de me
< A Saint-Marc, le 21 Juin
a Je reçois,
1792.
monsieur, votre lettre de
K Il est vrai qu'il m'a été rendu
ce jours,
vire PAgathe, et j'ai
compte de T'arestation du
appris avec
naembarqué, ainsi qu'une quantité d'hommes étomnement, que vous y étiez
coup. Ce bruit public me met dans la
qu'on suspecte beaud'arestation, généralement tous les nécessité de tenir en état
de T'Agathe, jusqu'à l'arrivée des individus embarqués à bord
annoncés, et qui décideront sur le commissaires civils qui nous sont
dreà leur égard. Mon devoir
parti qu'il convicndra de
( Dans cet état des
me prescrit cette mesure de
prenentendre. Je
choses 3 je ne puis ni vous voir rigueur >.
pense que vous devriez
, ni vous
votre intention, jeferai en sorte de passer en France : si telle est
vous en faciliter les
Quelle eut été votre
moyens >.
indignation,
sur ces bords, vous eussiez
messieurs, si, en
citoyens innocens,
appris qu'il existait près de débarquane deux
de
enfermés comme des criminels, dans les cens
Saint-Marc; tel était cependant le
prisons
un homme quij jugeait
spectacle que vous préparait
apparemment de VOS sentimens par les
Il ne pouvait ni me voir, ni
siens.
Dieux, nous était donc préparé! m'entendre; quel siècle 3 grands
sonner des
Depuis quand. fait-on
citoyens non prévenus de
arrêter, emprifuse-t-on de les entendre ?
crime 3 et depuis quand re-
els, dans les cens
Saint-Marc; tel était cependant le
prisons
un homme quij jugeait
spectacle que vous préparait
apparemment de VOS sentimens par les
Il ne pouvait ni me voir, ni
siens.
Dieux, nous était donc préparé! m'entendre; quel siècle 3 grands
sonner des
Depuis quand. fait-on
citoyens non prévenus de
arrêter, emprifuse-t-on de les entendre ?
crime 3 et depuis quand re- --- Page 26 ---
M. Blanchelande ne voulait donc pas me rendre justice.
Mais sa perfidie se dévoile tout-a-fait.
< Je pense > dit-il, que vous devriez passer en France >;
Cet avis fraternel, cette offre charitable de me fournir tous
les moyens, n'en imposeront à personne.
M. Blanchelande me regardait comme son ennemi; mais l'ennemi
de M. Blanchelande n'est pas celui de la colonie. Vous devez déjà,
Messieurs, en être convaincus.
C'était à un membre de l'assemblée coloniale, au commandant
de la garde nationale du Port-au-Prince, à un riche
propriétaire,
qu'il conseillait d'abandonner la colonie, au moment oùr il le détenait illégalement, où il était maître de son sort; au moment où
mon honneur était compromis par mon arrestation, il voulait
je renonçasse à la justice que j'avais droit de réclamer contre lui, que
que j'effaçasse pour ainsi dire, en me déportant volontairement,
jusqu'anx moindres traces de la violence criminelle qu'il
contre moi.
exerçait
Il est inutile, Messieurs, de m'attacher à vous faire sentir
le but de M. Blanchelande, en me faisant arrêter et détenir arbi- que
trairement 3 était de m'associer au sort des malheureux qu'il voulait expulser de la colonie; n'ayant pu me bannir lui-même, il voulait à force de mauvais traitemens 3 de vexations, , m'y contraindre. Je vous conseille, disait-il, de passer en France. Et qu'avaisje à craindre à Saint-Domingne?: mon innocence était un rempart
qui pouvait me défendre contre tous ceux qui conservaient encore
quelque respect pour les lois.
Comparez, messieurs, cet avis charitable avec la proclamation
sort des malheureux qu'il voulait expulser de la colonie; n'ayant pu me bannir lui-même, il voulait à force de mauvais traitemens 3 de vexations, , m'y contraindre. Je vous conseille, disait-il, de passer en France. Et qu'avaisje à craindre à Saint-Domingne?: mon innocence était un rempart
qui pouvait me défendre contre tous ceux qui conservaient encore
quelque respect pour les lois.
Comparez, messieurs, cet avis charitable avec la proclamation --- Page 27 ---
29-9
(21)
du 25 Juin, datée de la rade du Port-au-Prince, et adressée aux
infortunés habitans de celte ville. On y lit cette phrase remarquable.
sures.
< Tous ceux qui ne se sentiront pas le courage de tout
et de coopérer franchement
onblier, 3
à la paix générale, je les invite à quitter ces lieux, à quitter la colonie, je favoriserai, à cet
leurs
égard,
dispositions 9 en leur procurant des passages pour France,
ou tout autre lieu où ils voudront se retirer >.
En rapprochant ces deux phrases, et se portant au temps où elles
ont été écrites; en He perdant pas de vue que cette dernière à été
suivie des proscriptions et des déportations les plus odieuses, on
restera convaincu, 1o, Que M. Blanchelande me croyait
ble de coopérer franchement à la paix générale, qu'il voulait incapatraiter comme un incendiaire, comme un homme dangereux. me
2°, Qu'il vonlait m'exiler de la colonie. S'il ne l'a point fait,
je le dois, non pas à sa justice, mais à ma qualité de membre de
l'assemblée coloniale, qu'il n'a pas osé violer tout-à-fait. Je le
dois à la fermeté de mon caractère qui lui en a imposé; mais
l'intention n'en est pas moins démontrée,
Après avoir refusé de m'entendre et de me voir,M. Blanchelande in'a fait conduire en prison, et me dénonce au tribunal de
Saint-Marc. J'ai là-dessus deux choses essenti elles à vous observer.
-
Io, Cette dénonciation était une injure gratuite, un véritable
délit, puisqu'elle était vague, puisque le délateur n'articulait aucun fait, aucune circonstance qui pussent servir de base à une
poursuite criminelle. On voulait, comnie je viens de le dire, me
contraindre à m'exiler moi-même.
20, Le tribunal auquel j'ai été dénoncé était illégal. Ses
mens étaient nuls, et M. Blauchelande ne l'iguorait
jugepas, puisqu'il
était une injure gratuite, un véritable
délit, puisqu'elle était vague, puisque le délateur n'articulait aucun fait, aucune circonstance qui pussent servir de base à une
poursuite criminelle. On voulait, comnie je viens de le dire, me
contraindre à m'exiler moi-même.
20, Le tribunal auquel j'ai été dénoncé était illégal. Ses
mens étaient nuls, et M. Blauchelande ne l'iguorait
jugepas, puisqu'il --- Page 28 ---
(22)
avait approuvé l'arrêté de l'assemblée coloniale, du 21 janvier
dernier, qui mettait les juges en vacance, et nommait les procureurs pour remplir provisoirement leurs fonctions.
Cet arrêté auquel T'approbation du pouvoir exécutif donnait le
caractère de loi, et que Passentiment de VOS prédécesseurs rendait infiniment respectable, est tout d'un coup effacé de la mémoire de M. Blanchelande. Peu lui importe qu'en nous livrant
à des juges sans pouvoirs, sans caractère, il devienne notre assassin, il cherche à sc venger. 2 il veut nous perdre, tous les moyens
sont bons s rien ne lui échappe.
Par ce fait seul, M. Blanchelande est criminel: il a foulé aux
pieds la loi à laquelle lui-même avait coopéré par son approbation , il a rétabli des juges dépouillés de leurs fonctions , il a
usurpé le pouvoir législatif; et quelque soit l'habileté de son défenseur, il est impossible qu'il affaiblisse jamais le crime pour lequelje me vois encore obligé de le dénoncer. Et qu'on ne perde pas
de vue que ces juges étaient les partisans, les instigateurs de ces
hommes qui, quelques mois auparavant, m'avaient attaqué sur
mon habitation, m'en avaient chassé à mains armées après l'avoir
incendiée sous mes yeux et avoir massacré une partie des malheureux qui m'environnaient. Voilà ceux pour qui M. Blanchelande a 2 de son autorité privée, annullé l'arrêté de l'assemblée
coloniale, du II janvier dernier.
Après tant de précautions prises par M. Blanchelande, j'ignore
comment j'ai pu lui échapper. Le ciel, lassé de tous ses crimes s
me réservait peut-être pour en poursuivre la vengeance.
J'agirai franchement , loyalement, mais je jure sur l'honneur qu'il
a voulu m'ôter de le poursuivre au tribunal suprême de la nation,
jusqu'à ce que > par un grand exemple, il ait appris aux tyrans,
aux parjures qu'ils ne sont pas au-dessus des lois.
M. Blanchelande, j'ignore
comment j'ai pu lui échapper. Le ciel, lassé de tous ses crimes s
me réservait peut-être pour en poursuivre la vengeance.
J'agirai franchement , loyalement, mais je jure sur l'honneur qu'il
a voulu m'ôter de le poursuivre au tribunal suprême de la nation,
jusqu'à ce que > par un grand exemple, il ait appris aux tyrans,
aux parjures qu'ils ne sont pas au-dessus des lois. --- Page 29 ---
(23)
9 - 9
J'ai passé cinquante-nn'tonrs en prison, une partie de mes com7
pagnons d'infortune a é1é relâchée avant moi , sans que les sollisees.
citations des commissaires de l'assemblée coloniale a yent pu abréger ma captivité. Cependant je n'étais prévenn d'aucun crime; mon
patriotisme m'a fait de nombreux et de puissans
V92
ennemis, ancun
ne s'est présenté pour m'accuser , on m'a environué de pieges, on
m'a fait garder en prison par mes propres esclaves armés, on n'a
fait sabir des interrogatoires caplieux, et on n'a jamais pu trouver le mnindre prétexte de me faire supporter une poursuite criminelle. Si la constitution française n'est pas une chimère à SaintDomingue , si les droits de l'innocence outragée sont eufin reconnus, c'est M. de Blanchelande, c'est lai qui m'a fait arrêler et
détenir, que je dois poursuivre, et qui ne peut échapper à la vengeance des lois.
Il dira peut-étre qu'il n'a pas fenu à lui que ma détention n'ait
été abrégée , que des le 6 juillet, il avait donné des ordres
mon élargissement.
pour
Ce n'est pas ses ordres du 6 juillet qni peuvent justifier M. de
Blauchelande: : c'est lai qui m'a fait arrêler, c'est lai
quim'a fait
emprisonner , c'est lui seul qvi est responsable de ma lougue détention. Il m'importe peu qu'il ait feint d'y vouloir meltre
terme, 7 les obstacles qui rendaient inutiles cette prétendne un
volonté, , ne vienneut pas de moi; il ne devait pas
bonne
ordouner ma
détention, et alors il n'eut eu rien à se reprocher. La voix
publique m'apprend quil se vanle de m'avoir sauvé la vie, je
de détruire nne excuse: aussi absurde, aussi puérile.
rougis
Qni
M. de Blanc elande de me transférer dans les prisons de obligeait SaintMarc, oû élaient nes dénonciateurs ? quels étaient les délits dont
on m'accusait?
Je ne m'aveugle pas sur les intentions de M. de Blanchelande :
la ville de Saint-Marc élait celle de toute la Colonie où
mes jours
lique m'apprend quil se vanle de m'avoir sauvé la vie, je
de détruire nne excuse: aussi absurde, aussi puérile.
rougis
Qni
M. de Blanc elande de me transférer dans les prisons de obligeait SaintMarc, oû élaient nes dénonciateurs ? quels étaient les délits dont
on m'accusait?
Je ne m'aveugle pas sur les intentions de M. de Blanchelande :
la ville de Saint-Marc élait celle de toute la Colonie où
mes jours --- Page 30 ---
(24)
étaient le plus menacés s tous mes ennemis y étaient renfermés ;
pourquoi donc m'y faire descendre ? S'il avait voulu conserver mes
jours, ne m'aurait t-il pas déposé à bord d'un des deux vaisseaux
de guerre alors en rade , oùi ils eussent été absolument en sureté?
Il me reste maintenant à démontrer la complicité de M. de Grimouard, recette nouvelle. de la perfidie de M. de Blanchelande.
C'est en vertu des ordres donnés a la goëlette du sieur Thomas >
que'le navirelAgathe a été arrêté ; mais que portaient ses ordres?
de conduire all Cap tous les bâtimens armés qui n'auraient pas d'expédition légale, c'est-à-dire d'ordres émanés des commandans de station.
D'après cela, supposé que l'Agathe fat armé illégalement, nous
devions être conduits au Cap, et il n'appartient pas à M. de Grimouard de changer la destination qui lui était prescrite. Esclave
de la loi , il était coupable d'en retarder même l'exécution ; cependant nous avons été conduits à Saint-Marc.
M. de Blanchelande arrive: les ordres de M. Girardin devaient,
au moins alors, être exécutés, puisque M. de Blanchelande les
avait dictés : nous avions tout lieu de nous y attendre, mais quel
fut notre étonnement, , de les voir encore une seconde fois violés
par notre détention dans les prisons de Saint-Marc, le déchargement de T'Agathe et son arrestation perpétuée.
tout s'était concerté en-
. Il est impossible de ne pas voir que le
tre MM. de Blanchelande, Girardin et Grimouard. On n'avait pas
osé donner des ordres directs pour m'arrêter 3 mais on s'était servi
d'un arrêté de l'assemblée coloniale portant suppression des bâtimens armés, on avait profité de l'ignorance oà était encore le Portau-Prince- de cet arrêté, on avait en conséquence donné des ordres
de tous batimens armés, mais ce n'était pas
pour s'emparer
cela seulement qu'on voulait, , c'était moi qu'il fallait arrêter; en
n'avait pas
osé donner des ordres directs pour m'arrêter 3 mais on s'était servi
d'un arrêté de l'assemblée coloniale portant suppression des bâtimens armés, on avait profité de l'ignorance oà était encore le Portau-Prince- de cet arrêté, on avait en conséquence donné des ordres
de tous batimens armés, mais ce n'était pas
pour s'emparer
cela seulement qu'on voulait, , c'était moi qu'il fallait arrêter; en --- Page 31 ---
29-9
(25)
t
conséquience M. Grimouard instruit, ne me renvoie
M.
au
sures.
Blanchelande me retient à Saint-Marc,
pas Cap;
m'empêcher d'aller au
parce qu'il fallait
France.
Port-an-Prince, et me décider à passer en
y92
M. Grimonard est donc complice du crime de mon arrestation, il n'a pu violer les ordres qui Jui éfaient donnés
de particuliers, que la loi lui défendait d'exécater
sans en avoir
arbitraires.
puisqu'ils étaient
Voilà, messieurs, la conduite qu'a tenue M. Blanchelande
à mon égard.
Instruit par moi-même que j'ai été nommé commandant de la
garde nationale du Port-au-Prince, il m'en félicite, il me donne
l'assurance de se concerter en tout avec moi pour le
de l'ordre, il m'accorde des armes, des munitions rétablissement
sées à cette ville, il m'offre
qu'il avait refuun bâtiment de l'état pour
transporter 2 et me mettre à P'abri des croiseurs armés
m'y
et qu'il savait devoir m'attendre, ensuite des parSaint-Marc;
des refus d'y embarquer les commissaires du longucurs aflectées,
dont je ne pouvais me
Port-an-Prince,
séparer, 3 mc déterminent à
sur
autre batean, le même bâtiment qu'il m'avait
partir
un
jours profite de mon séjour forcé au Mole, et promis dans quatre
-
dres
part muni des orque j'ai transcrit, et d'autres qu'on devine facilement
rée qui, jusques-là avait vu
3 lo Bodevaient
patiemment croiser les corsaires
m'arrêter, sort enfin et se met en croisière, il
qui du
navire sur lequel j'étais embarqué, le conduit à Saint-Marc, s'empare
lieu de l'envoyer au Cap. M. Blanchelande
au
exécuter les ordres
arrive, loin de fairc
qu'on vient de voir, il me fait mettre en
son, me dénonce à un tribunal sans caractère, refuse de
priet de m'entendre 9 me conseille de
me voir
mon sort, maitre du sort de
passer en France, et maitre de
plus de cent-cinquante citoyens du
E
is embarqué, le conduit à Saint-Marc, s'empare
lieu de l'envoyer au Cap. M. Blanchelande
au
exécuter les ordres
arrive, loin de fairc
qu'on vient de voir, il me fait mettre en
son, me dénonce à un tribunal sans caractère, refuse de
priet de m'entendre 9 me conseille de
me voir
mon sort, maitre du sort de
passer en France, et maitre de
plus de cent-cinquante citoyens du
E --- Page 32 ---
Port-an-Prince; il part pour cette ville, à laquelle il vient de faire
un sisang'ant outrage, et déploie l'apparcil menaçant de la force,
comme Si cette ville eut été coupable du crime de rebellion.
Ne voit-on pas dans cette conduite la perfidie la mieux caractérisée, ne voit-on pas un projet formé dans la ville du Cap nême
pour in'arrêter et me contraindre à partir de la Colonie, ne voiton pas MM. Girardin ct Grimouard, jouer le rôle infâme de
deux agens subalternes de la tyrannie.
Je crois avoir démontré le crime de M. Blanchelande, mon
innocence a subi une assez rude épreuve 3 pour qu'on puisse la
soupçonner.
J'attends de votre justice une réparation éclatante, ma vie a
été compromise , et j'ose le dire, , si les citoyens de couleur, ouvrant les yeux sur la perfidie des contre-révolutionnaires, ne m'eussent pas rendu justice , mon tombeau seul vous demanderait vengeance. Jc frémis encore des dangers auxquels mes ennemis m'avaient livrés.
M. Blanchelande m'a trahi, il s'est joué de ma confiance.
Ilin'a outragé, 3 calomnié, en me représentant comme un conspirateur.
Il a feint de m'éconnaitre ma qualité de membre de l'assemblée
coloniale, et a violé les formes consuitutionelles.
Il est coupable, à mon égard du crime de détention arbitraire.
Il m'a refusé justice , et a poussé la perfidie jusqu'à me livrer
à des juges sans caractère, et qu'il ne devait plus reconnaitre.
Il a enfin compromis mes jours et mon honneur.
3 calomnié, en me représentant comme un conspirateur.
Il a feint de m'éconnaitre ma qualité de membre de l'assemblée
coloniale, et a violé les formes consuitutionelles.
Il est coupable, à mon égard du crime de détention arbitraire.
Il m'a refusé justice , et a poussé la perfidie jusqu'à me livrer
à des juges sans caractère, et qu'il ne devait plus reconnaitre.
Il a enfin compromis mes jours et mon honneur. --- Page 33 ---
29-9
4t
Vous êtes chargés de rechercher les auteurs de tous les maux
de la
vous dénonce M.
bures.
Colonie,je
de Blanchelande comme y ayant
contribué, s'il n'en est pas l'agent principal. Scs actes arbitraires
ont soulevé les citoyens, , aigri les esprits, éloigué la paix après
y92
laquelle nous soupirons. Je vous demande justice , et le zèle avec
lequel vous avez déja comniencé à remplir votre importante mission me répond de votre sévère impartialité,
Au Cap, 3 le 23 septembre 1792.
BORE L.
RAPPORT des Commissaires de L'Assemblée Coloniale sur le Mémoire de M. Borel.
Le 30 juin dernier 2 instruit de l'arrestation de M. Borel, et ne
pouvant croire qu'on cut attenté a la liberté d'un de ses membres,
sans motifs legitime 2 vous avcz déclaré que vous vous réserviez de
Frononcer sur sa conduite depuis son départ, jusqu'à son retour.
M. Borel, vous a donné hier, à la tribune, lecture d'un mémoire
dans lequel il répond aux inculpations qui lui sont faites.
Vous avez chargé trois commissaires d'examiner s'il y à lieu à
accusation contre lui, &c si les motifs allégués par M. Blanchelande,
peuvent justifier sa détention.
Nous n'avons apperçu que deux inculpations 2 et il nous semble
que les présentèr, c'est les détruire.
M. Blanchelande vous écrit le 26 juin dernier,
a trouvé M.
Borel dans un corsaire 2 y jouant le
qu'il et
principal rôle, 9 enveloppé de
gens perdus d'honneur et de réputation,
'il y à lieu à
accusation contre lui, &c si les motifs allégués par M. Blanchelande,
peuvent justifier sa détention.
Nous n'avons apperçu que deux inculpations 2 et il nous semble
que les présentèr, c'est les détruire.
M. Blanchelande vous écrit le 26 juin dernier,
a trouvé M.
Borel dans un corsaire 2 y jouant le
qu'il et
principal rôle, 9 enveloppé de
gens perdus d'honneur et de réputation, --- Page 34 ---
Le navire P"Agathe 2 ainsi que vous en avez été instrait par les
ces
que l'assemblée provinciale de P'Ouest vous a adressée
pi8.
été armé que pour transporter du Mole au Port-au-Prince M. 9 n'avait
Borel
et les siens, et lés mettre ainsi à l'abri des corsaires armés SaintMarc pour Pintercepter, ce navire n'était donc pas un corsaire par ? un
pirate.
D'ailleurs M. le général n'a point considéré le navire PAgathe
comme ayant une mission illicite 9 ni le capitaine comme
coupable 2
puisqu'il n'a méme pas été mis en état d'arrestation, et qu'aucune procédure n'a été instruite contre lui.
Dans tous les cas , ce n'était point à M. Borel , simple passager
à bord de P'Agathe 2 à répondre de Pillégalité des expéditions de ce
navire, il n'était point armé par M. Borel.
M. Blanchelande ajoute que M. Borel a manifesté au Male des ins
tentions contraires à la paix et au rétablissement de l'ordre.
Cette inculpation vague est démentie par la lettre du général, en
date du 6 juillet, adressée à M. Grand-Jean
laDaubaucourt, par
quelle ce chef annonce qu'il n'y a aucune charge contre M. Borel.
M. Blanchelande voudrait-il rendre responsable M. Borel de la probité, de la réputation des personnes qui se trouvaient embarquées à
bord de PAgathe ?
Cette prétention serait inconcevable sur le riavire PAgathe 2 l'assemblée provinciale de POuest avait embarqué des citoyens et des
gardes soldées 7 tant pour assurer son passage 2 que pour faire honneur au commandant de la garde nationale, et certainement à supposer qu'il s'y fut trouvé des coupables, M. Borel ne pouvait étre
inculpé.
Avec M. Borel sont sortis du Môle plusicurs habitans de la pa-
ord de PAgathe ?
Cette prétention serait inconcevable sur le riavire PAgathe 2 l'assemblée provinciale de POuest avait embarqué des citoyens et des
gardes soldées 7 tant pour assurer son passage 2 que pour faire honneur au commandant de la garde nationale, et certainement à supposer qu'il s'y fut trouvé des coupables, M. Borel ne pouvait étre
inculpé.
Avec M. Borel sont sortis du Môle plusicurs habitans de la pa- --- Page 35 ---
29-9 roisse dc Saint-Marc, qui se rendaient au chef lieu de leur
bures.
ment, conformément aux arrêtés de P'assemblée coloniale. départePour justifier pleinement M. Borel, il suffit de dire
yg2
personnes parties du Mole 2 il se trouvait quelques que parmi les
çonnés d'avoir contribué à P'assassinat des sicurs particuliers soupque M. Borel s'est empressé de les dénoncer Guitton ct Malé, et
pas la la conduite d'un homme jouant le
lui-même. Or ce n'est
principal rôle dans un COIsaire, mal-intentionné, et perturbateur du repos public.
D'ailleurs on observera qu'à Pexception des
par M. Borel, aucune n'a été accusée de crimes, personnes les
dénoncées
M. Grandjean Daubaucourt n'ont produit aucune informations de
charge contr'eux.
Il n'y a absolument aucune charge contre M. Borel, la lettre
juiller le prouve, ainsi il n'y a donc pas lieu à accusatiou
du
contrel lui,
Mais, messicurs, la colonic entière a ctd
et détention arbitraires d'un de ces répresentans. outragéc C'cst par l'arrestation
bléc coloniale à solliciter la vengeance des
donc à Passemlois, elle lui est
toute fois la liberté du peuple n'est pas à
due, si
mére.
Saint-Domingue une chiEn conséquence nous vous proposons l'arrété suivant:
Extrait des registres de l'assemblée coloniale de la partic
Frangaise de
Saint - Domingue.
De la séance du 24Septembre 1792, a été
extraiteegui Juit.
L'assemblée après avoir pris connaissance du memoire de M. Borel, et entendu lecture de la lettre dc M.
Blanchelande, en date
du IO Juillet, déclare à Punanimité qu'iln'y a pas lieu à
contre M. Borel P'un de ses membres, arrété arbitrairement accusation
Grimoard commandant le vaisseau de l'état le
par M.
dans les prisons de Saint-Marc,
Borée, et détenu
M.
51 jours, en vertu des ordres de
Blanchelande, --- Page 36 ---
Arréte qu'elle appuye auprès dc MM. les Commissaires nationaux.
civils, 2 la dénonciation que M. Borel propose de faire de cet acte
arbitraire de M. Blanchelande, et les invite au nom de la Colonie
ontragée dans la personne d'un de ses représentans, à prendre toute S
les mesures que leur sagesse leur indiquera, 2 pour que justice lui
soit rendue.
L'assemblée arrête de plus, 7 que le mémoire de M. Borel sera imprimé aux frais de l'assemblée à la quantité de deux mille exemplaires.
Fait ct arrêté en séance les jour mois et an que dessus.
Signé D'AUGY 2 président ; D'ORLIC, vicc-président.
BUREAU, LE Houx, GEANTY , MAILLE, secrétaires.
Collationné POITEVIN, Garde des Archives.
Au Cap Français de TImprimerié de BATILLIOT et Compagnie 5
Imprimeurs des Commissaires Nationaux-Civils. --- Page 37 ---
R --- Page 38 --- --- Page 39 ---
E789
T658 m
1-Sizc
v.a --- Page 40 ---