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A MESSIEURS LES MEMBRES
DE LA CHAMBRE DES DEPUTÉS.
MESSIEURS.
Voilà bientôt onze ans que le gouvernement s'est obligé,
par une loi, de payer aux colons de St.-Domingue, 150
millions pour prix de T'expropriation que 2 pour cause d'utilité publique, il a prononcée contre eux ; et cette loi n'a
été pour le gouvernement qu'un jeu, et pour les colons
une funeste déception.
Voilà neuf ans que les colons, à chaque session,s'adressent à vous pour obtenir justice. Ils l'attendent encore
A qui faut-il donc qu'ils s'adressent? Doivent-ils perdre
tout espoir? Si le gouvernement veut leur faire banqueroute, qu'il le déclare Le mal qu'illeur fera sera moins
grand que celui que leur cause cet espoir qu'on se fait un
jeu d'entretenir et de ne point réaliser. On aura du moins le
mérite de la franchise !
On vous a dit: C Les colons se prétendent créanciers
* du gouvernement, mais ils ne croient pas à leur droit,
> s'ils y croyaient, ce n'est pas à vous qu'ils s'adresse3 raient, mais aux tribunaux. P Et quel est donc le tribu- --- Page 2 ---
nal dontle gouvernement se reconnaisse justiciable quand
il lui plait de se soustraire aux lois, ou de biffer ses dettes
d'un trait de plume? Q'on nous Tindique ce tribunal,et
nous cesserons de vous importuner. Mais vous le savez
bien, Messieurs, en pareille circonstance, le gouverneréserve
entre les citoyens et lui, le
ment se
toujours,
qu'il existeune
droit d'etre juge et partie. Ignorez-vous
Henneconsultation signée par MM. Dalloz, Delagrange,
quin, Dupin jeune, Billecoq, Guichard père - Duranton -
Delacroix-Frinville, Odillon Barrot, Barthe, BerNicod, ville, Bernard et Toullier? Que ces jurisconsultes soutiennent que le. gouvernement est notre débiteur? que
"c'est lui qui doit nous payer. soit qu'Haiti le paie ou ne
le paie point?
droits sont soutenus par tous nos preEt lorsque nos
vous dire qu'ils
miers jurisconsultes 1 comment peut-on
sont, dénués de fondement. que nousn n'y croyons pas nousmémes !
Yous dites que nos droits étaient illusoires!
Ils ont: été reconnus. Le gouvernement. en s'obligeant
à nous payer 150, millions, nous a imposé l'obligation de
déposer entre ses mains, nos titres et nos droits.
Nons ayons rempli nos obligations. il doit remplir les
siennes. Et pourqnoi nos droits émient-ils illusoires? Parce que
Et quoi, Messieurs! Est-ce qail
nous élions dépouillés?
le droit soit anéanti?
suflit d'ètre dépouillé pour que
Qu'est-ce que, la.propriété sans. le droit? La civilisation
n'est-elie pas le uriomphe du droit sur Ja violence? 4b
Messieurs'ilfaut que le mal moral qui, tourmente laFrauce
soit bien grand, si le principe de toute civilisation est mécounu jusque parmi vous !
entière
Nos droits étaient illusoires! Lorsque TEurope
bt
et la violence n'avaient
avait -1 reconnu no que Tinsorection :
d'ètre dépouillé pour que
Qu'est-ce que, la.propriété sans. le droit? La civilisation
n'est-elie pas le uriomphe du droit sur Ja violence? 4b
Messieurs'ilfaut que le mal moral qui, tourmente laFrauce
soit bien grand, si le principe de toute civilisation est mécounu jusque parmi vous !
entière
Nos droits étaient illusoires! Lorsque TEurope
bt
et la violence n'avaient
avait -1 reconnu no que Tinsorection : --- Page 3 ---
porté aueuneatteinte au droit de sonveraineté de la France
sur l'ile SL.-Domingue! Lorsque la France ne
à ce droit qu'eny fixant un prix, en stipulant des renonçait conditions en faveur de son commerce.
Nos droits étaient illusoires! Lorsque le
tion, prenant l'initiative, offrait 100 millions président Péter ces. droits! Lorsque plus tard le président pour rachel'obligation de payer au gouvernement
Boyer signait
lions, pour que ce dernier contractat, français 150 miltoyens, Tobligation de
au nom de ses cirenoncer à ces droits!Et c'est
Messieurs, vous, chargés de défendre les intérêts vous,
toyens, qui nous contestez nos droits, disant
des ciillusoires, pour dispenser le
qu'ils étaient
ce' qu'il nous doit; et,
gouvernement de nous payer
dispenser de se faire
par une conséquence forcée, le
payer ce quilui est di?
Députés français! vous vous trompez : vous
les intérêts d'Haiti et non pas ceux de la France. défendez
Quelle est donc la cause de votre indifférence
malheurs de cent mille Français? Un
pour les
On: a donné à la créance des colons, mot, un seul mot..
le nom
NITE, et ce mot choque les préjugés de la fatalo'INDENvous : il vous fait détourner la
plupart d'entre
refuser toute justice Eh bien! tête, repousser la vérité, .
plus une indemnité, c'est
non Messieurs! ce n'est
une créance
dont lés colons réclament le
légalement acquise,
la loi, Thonneur et T'humanité paiement : une créance que
payer.
imuposent Tobligation de
LES COLONS ONT ÉTÉ EXPROPRIÉS POUR CAUSE
PUBLIQUE.
D'UTILTÉ
Rappelez-vous, méssieurs, quelle était la
la France avant 1825. L'Europe
position de
B
entièreavait reconnu € que
Saini-Domingue appartenait à la France ; que le
nement français pourrait faire
gouvera béissance par tous les
rentrer cette ile dans l'omoyens' qu'il jugeraiteoavetables,
payer.
imuposent Tobligation de
LES COLONS ONT ÉTÉ EXPROPRIÉS POUR CAUSE
PUBLIQUE.
D'UTILTÉ
Rappelez-vous, méssieurs, quelle était la
la France avant 1825. L'Europe
position de
B
entièreavait reconnu € que
Saini-Domingue appartenait à la France ; que le
nement français pourrait faire
gouvera béissance par tous les
rentrer cette ile dans l'omoyens' qu'il jugeraiteoavetables, --- Page 4 ---
*
> mème par la voie'des armes, ce à quoi les puisances
D alliées s'obligeaient à ne porter aucun obstacle D (1).
Et cependant, Saint-Domingue osait méconnaitre le gouvernement français. Toutes les nations sur la terre pouvaient commercer avec Saint-Domingue : toutes, excepté
la France. Tous les pavillons étaient admis et respectés :
tous, excepté le payillon français. tous les peuples étaient
reçus en amis; le Français seul ne pouvait Y débarquer
sans renier sa patrie ! La France - après tous les désastres
qu'elle avait éprouvés, pouvait-elle souffrir un pareil outrage? N'ent-ce pas étéavonerà ses orgueilleux vainqueur's.
qu'elle n'était plus qu'un cadavre sur lequel le plus vil des
animaux pouvaient impunément se ruer?
Cet étatde chose ne pouvait être plus long-temps toléré:
i était honteux pour la France, préjudiciable à notre commerce. Cependant il n'y avait que deux moyens d'en sortir:la conquète ou une transaction. Vous savez, Messieurs,
quels furentles motifs qui firent préférer ce dernier moyen.
Mais toute transaction élait dominée par une condition
sine
non, l'abandon des droits des colons. On avait ofqua
fert 100 millions, le gonvernement Français en demanda
150. Le président Boyer signa l'obligation de les payer..
La France ne renonça à son droit de souveraineté qu'à
condition que les bâtimens français ne seraient soumis
qu'à la moit é du droit imposé aux autres nations. Et ce
fut consenti. Dira-t-on que ce traitéfut imposé' La France
donc imposer quand elle veut? D'où vient qu'elle
peut
F'outrage? La restauration avait
souffre aujourdhui.qu'on
la force, le gouvernement actuel ne T'a-i-il plus, oun'oset-il point s'en servir? Sans doute, ce iraité fut imposé;
mais voici comment : Depuis dix ans, les négociations, toujours rompues, toujours recommencées. paraissaient in-
(1) Extrait des traités de 1814 et 1815.
imposer quand elle veut? D'où vient qu'elle
peut
F'outrage? La restauration avait
souffre aujourdhui.qu'on
la force, le gouvernement actuel ne T'a-i-il plus, oun'oset-il point s'en servir? Sans doute, ce iraité fut imposé;
mais voici comment : Depuis dix ans, les négociations, toujours rompues, toujours recommencées. paraissaient in-
(1) Extrait des traités de 1814 et 1815. --- Page 5 ---
terminables; plus on accordait aux Haitiens, 2 plus ils eXigeaient : toujours ils trouvaient un prétexte pour éviter
de conclure. Le traité de, 1825 ne contenait que ce qu'ils
avaient demandé ou consenti; mais le gouvernement ne
doutant point, qu'au moment de signer, ils ne trouvassent encore quelque prétexte de rupture, leur envoya ce
traité accompagné d'une force suflisante pour leleur faire
respecter.
On vous a dit : K La France ne doit rien anx colons,
A le gouvernement n'est ici qu'un mandataire ou un tuteur
pour recevoir et pour payer. Les Haitiens ne paient
a
point.
La France n'a rien à payer. D
Les colons n'ont point donné de mandat, ils n'avaient
point de mandataire! Le tuteur est responsable; s'il vend
et qu'on ne le paie point, il doit payer; il a son recours
sur l'acquéreur.
Les colons n'ont point traité avec les Haitiens. Avant
1825, il n'y avait point d'Haiti. Saint-Domingue était
une dépendance de la France en état d'insurrection une
tes les nations civilisées l'avaient ainsi déclaré. La : touloi des
insurgés ne pouvait atteindre les colons. Les colons sont
Français; restés fidèles i la patrie, leurs droits ne
vaient être anéantis que par un acte émané du
poument français. Ils ont obéi à sa loi; ils ont gouvernedéposé entre
ses mains leurs titres et leurs droits. Lui seul est leur débiteur.
Lorsque le gouvernement émancipa les Haitiens, il
vait exiger un tribut quelconque. Ce tribut
pouen
luiappartenait
entier; maisil devait aux colons le prix de leurs
priétés. Il pouvait n'exiger aucun tribut et se contenter prod'avantages politiques ou commerciaux, mais il n'en devait pas moins aux colons le prix de leurs
parce que les colons ont été propriétaires de propriétés; droit,
tant
. Lui seul est leur débiteur.
Lorsque le gouvernement émancipa les Haitiens, il
vait exiger un tribut quelconque. Ce tribut
pouen
luiappartenait
entier; maisil devait aux colons le prix de leurs
priétés. Il pouvait n'exiger aucun tribut et se contenter prod'avantages politiques ou commerciaux, mais il n'en devait pas moins aux colons le prix de leurs
parce que les colons ont été propriétaires de propriétés; droit,
tant --- Page 6 ---
que l'ile de Saint-Domingue a appartenu de droit à la
Franee,
Le. gouvernement, dans l'intérêt général, a exproprié
les colons parce que l'honneur national et les intérêts du
commerce étaient en souffrance. Le gouvernement a fixé
lui-même le prix de ces propriétés ; refuser de le payer,
c'est commettre un acte d'iniquité que les tribunaux puni-.
raient s'il était commis par un simple citoyen. Se soustraire aux lois en s'appuyant sur la force qui ne lni_est
confiée que pour protéger les lois, c'est exciter au bouleversement général, c'est donner l'exemple de la violation de tous les droits.
Le gouvernement n'avait que le choix de réintégrer les
colons dans leurs propriétés ou de leur en payer le prix
si, dans l'intérêt général, il croyait devoir en faire le sacrifice. Maisj'entends M. Salvandy qui vous répète ce qu'il
dans une brochure : € La couronnela seule
a déjà publié
le droit de déclarer la guerre. Les colons prétendent-ils
la couronne à leur profit? L'Etat doit à ses
' confisquer
a citoyens compassion et secours, rien de plus. >
Etrange doctrine en vérité! La couronne a ses droits,
il est vrai, mais elle a ses devoirs, et ses ministres sont
responsables quand elle manque à les remplir. Quoi! ce:
n'est que pour avoir compassion de nous que nous avons
nous coûte un milliard paran? Lorsun gouvernement qui
les citoyens renoncent en faveur de la société à une
que partie des droits qu'ils tiennent de la nature, n'est-ce pas
pour que la société leur garantisse l'inviolabilité de ceux
qu'ils se réservent? Les gouvernemens ne sont-ils pas faits
pour représenter la société envers chaque citoyen, exiger
de lui ce quil doit, à la société, s'acquitter envers lui de
ce que la société lui doit? Lorsque les citoyens prélèveng
annuellement une part sur leur propriété pour la donner
au gouvernement, n'est-ce pas à condition quilmaintiendra
qu'ils tiennent de la nature, n'est-ce pas
pour que la société leur garantisse l'inviolabilité de ceux
qu'ils se réservent? Les gouvernemens ne sont-ils pas faits
pour représenter la société envers chaque citoyen, exiger
de lui ce quil doit, à la société, s'acquitter envers lui de
ce que la société lui doit? Lorsque les citoyens prélèveng
annuellement une part sur leur propriété pour la donner
au gouvernement, n'est-ce pas à condition quilmaintiendra --- Page 7 ---
l'inviolabilité de leurs droits sur BN le reste? Est-ce à dire
que, si une puissance voisine envahissait,je ne dis
un département ni une ville, mais la simple chaumière pas,
d'un paysan, si ce paysan criait vengeance , s'il
la France à son secours, M. Salvandy lui demanderait appelait donc
s'if prétend contisquer la couronne à son profit? Etl le gouvernement, sans doute, souffrirait cet outrage, car,
quoi ne le souffrirait-il pas d'une nation européenne, pour- lorsqu'il souffre que la dernière des nations sur la terredétienne les propriétés de quinze mille familles françaises,
se joue de la France et refuse insolemment de
payer ce
qu'elle a reconnu lui devoir?.
M. Salvandy vous répétera cette phrase
:
R La tempète soulevant les flots a envahi le emphatique et
*
rivage tout
emporté. L'état ne fait point la guerre à la
: >
Sans doute. Si l'ile de Saint-Domingue était actuellement tempéte
au fond de la mer, les colons ne viendraient pas demander
au gouvernement de leur payer le prix de leurs
Mais l'ile n'a point sombré, leurs terres sont propriétés.
leurs maisons sont encore debout, le
toujours là,
les leur rendre ou les leur payer. Ce gouvernement droit de
doit
leur appartient, ils l'ont acquis, ils l'ont payé. protection Mais
tends une autre voix qui vous dit: € Nous ne paierons j'enles colons avec l'argent des
pas
contribuables, nous ne recommencerons pas le scandale du milliard >! Plait-il
M. Thiers! Avec quel argent la France paie-t-elle ses
dettes 7 si ce n'est avec celui des contribuables? Avec
quel argent avez-vous payé les Américains ? Je ne
pas que ce soit avec le vôtre, vous ne l'eussiez
pense
aussi légérement. Savez-vous ce que la France pas donné
scandale? C'est lorsqu'elle voit des ministres, appelle soi-disant un
avares de l'argent des contribuables, venir pourtant demander à ces contribuables des millions, , pour les donner
gratuitement.., à qui certes pourrait bien s'en passer, et
celui des contribuables? Avec
quel argent avez-vous payé les Américains ? Je ne
pas que ce soit avec le vôtre, vous ne l'eussiez
pense
aussi légérement. Savez-vous ce que la France pas donné
scandale? C'est lorsqu'elle voit des ministres, appelle soi-disant un
avares de l'argent des contribuables, venir pourtant demander à ces contribuables des millions, , pour les donner
gratuitement.., à qui certes pourrait bien s'en passer, et --- Page 8 ---
refuser à des citoyens français ce qui leur est da, ce
leur est nécessaire pour acheter du pain. C'est
qui
voit l'étranger se jouer d'elle, violer les traités lorsqu'elle
7 refuser de
payer ce qu'il lui doit, et le gouvernement ne rien faire
pour réprimer tant d'insolence. C'est lorsqu'elle voit le
gouvernement payer Tétranger sous le poids de la menace, et refuser à de faibles citoyens français ce qu'il
leur doit.
Enfin, pour dernière objection, nous dira-t-on que la
loi du 30 avril 1826 ne porte pas d'une manière suffisamment explicite l'obligation pour le gouvernement de
les colons si les Haitiens ne paient pas? A cela je répon- payer
drai: 1o Il faut bien pourtant que cette loi contienne cette
obligation , puisque les jurisconsultes, nommés ci-dessus.
soutiennent qu'elle s'y trouve. Cette consultation est un
plaidoyer en notre faveur, resté sans réplique jusqu'à ce
jour. Remarquez que chaque fois qu'il est question des
colons > les ministres accourent à la tribune pour étouffer
la discussion. C'est qu'ils trouvent beaucoup plus facile de
dire que le gouvernement ne doit rien aux colons, que de
le discuter et de le prouver.
20 S'il y a ambiguité dans la loi, ce n'est pas la faute
des colons, > qui ne furent point appelés à concourir à la
rédaction de cette obligation que le gouvernement contractractait envers eux. Cependant, lors de la discussion de
cette loi, un député voulut faire disparaitre l'ambiguité,
en proposant de déclarer formellement que le gouvernement ne serait point responsable. M. Hyde de Neuville fit
ressortir l'iniquité de cette proposition : 4 ce serait, dit-il.
> mettre les colons hors la charte 9 hurs le droit commun p.
Et la Chambre repoussa l'amendement! donc la Chambre,
interprétant elle-méme la loi, a reconnu qu'elle rendait le
gouvernement responsable, puisqu'elle a refusé d'admettre
le contraire !
iguité,
en proposant de déclarer formellement que le gouvernement ne serait point responsable. M. Hyde de Neuville fit
ressortir l'iniquité de cette proposition : 4 ce serait, dit-il.
> mettre les colons hors la charte 9 hurs le droit commun p.
Et la Chambre repoussa l'amendement! donc la Chambre,
interprétant elle-méme la loi, a reconnu qu'elle rendait le
gouvernement responsable, puisqu'elle a refusé d'admettre
le contraire ! --- Page 9 ---
30 Enfin l'obligation du gouvernement résulte des faits
encore plus que de la loi. Lors même qu'il n'y aurait
de loi, le gouvernement serait débiteur des colons
pas
qu'il a vendu leurs propriétés, il en a stipulé le prix, ; parce il
doit le payer. C'est un exemple salutaire, nécessaire à la
sécurité de tous, que de forcer le gouvernement à
lors même qu'il aurait agi assez inconsidérément
payer,
dre à un acquéreur
pour venantécédent
insolvable; parce que ce serait un
effroyable qui nous ramènerait à l'état de
barbarie, que de reconnaitre au gouvernement le droit
d'aliéner une portion du territoire et de vendre les
priétés des citoyens sans les indemniser : il- ne resterait proplus qu'une chose à faire, ce serait de vendre les
eux-mémes.
citoyens
Je crois, Messieurs, avoir réfuté toutes les
qu'on nous a faites. J'ai démontré
le
objections
est le débiteur des colons,
c'est que gouvernement
que
lui qui doit les
Je ne pense pas que, dans votre esprit, il puisse payer.
exister aucun doute. Quel motif
encore
peut donc retarder la
justice que réclament les colons' ? Serait-ce
dérange les prévisions ? Sans doute
parce que cela
; lorsque le
ment a aliéné les biens des colons, il savait très-bien gouverneaurait à les payer; mais ayant à recevoir des Haitiens qu'il
somme égale à celle qu'il s'obligeait à
une
il comptait recevoir d'une main
payer aux colons,
ce qu'il avait à payer de
l'autre, sans tirer un sou du trésor. Or les Haitiens
paient point.
ne
Et pourquoi ne paient-ils point? Je vois accourirà
tribune un ancien banquier d'Haiti,
notre
affaires de cette
long-temps chargé des .
république, qui, se prévalant de son titre
de député français, va défendre les intérêts de
II va vous dire que ces pauvres Haitiens sont de l'étranger. la meilleure foi du monde, mais ils ne peuvent
ne pouvez pas leur demander
pas payer, vous
l'impossible. Messieurs, tel
ient point.
ne
Et pourquoi ne paient-ils point? Je vois accourirà
tribune un ancien banquier d'Haiti,
notre
affaires de cette
long-temps chargé des .
république, qui, se prévalant de son titre
de député français, va défendre les intérêts de
II va vous dire que ces pauvres Haitiens sont de l'étranger. la meilleure foi du monde, mais ils ne peuvent
ne pouvez pas leur demander
pas payer, vous
l'impossible. Messieurs, tel --- Page 10 ---
qui soutient r'insolvabilité d'Haiti, a reçu des preuves palpables du contraire (1).
Et comment se fait-il que cette république, qui prouvait qu'elle avait tant de ressources en 1825, soit insolvable
aujourd"hui?
J'ai eu Thonneur de vous dire que le président Pétion -
dès les premières négociations, offrit, de lui-mème, 100
millions pour racheter les droits des colons. Or il faut observer u'à" cette époque là, le pays était épuisé par la
guerre entre les noirs et les mulatres. Aujourrhuitlesdeus
peuples ne font qui'un; de longues années de paix ont dà
augmenter considérablement les ressources et la richesse
de ce pays. Plus tard, le président Boyer renouvela cette
offre ; mais le gouvernement français, avant de l'accepter,
voulut savoir quelle était la valeur actuelle des propriétés
qu'il allait aliéner. Or voici le résumé des documens authehtiques que produisirent les représentans d'Haiti.
La plupart des propriétés des anciens colons sont restées
propriété de TÉtat, sous la dénomination de domaines nalionauz. Le gouvernement les loue ou les afferme. Les
Haitiens-ont déclaré que le revenu annuel de ces propriétés
() Lorsque M. Latitte mit sa maison en liquidation, il restait
entre ses mains., mille obligations de l'emprunt d'Haiti; ces
obligations avaient été payées 800 fr., leur valeur nominale était
de 1,000 fr., mais elles ne valaient alors a la Bourse qu'environ
250 fr. M. Lafitte écrivit au président Boyer pour le prier, en
considération des bons services qu'il avait rendus aux" "Haitiens,
de lui racheter ces obligations, Le président Jui envoya aussitôt
UN MILLION. C'est-a-dire que le président paya à M. Lafitte un
million, ce qu'iln'aurait payéà la Bourse que250,000 fr., d'oix
résulte encore que le président a tres-généreusemeut gratifié
M. Lafitte d'une somme de 550,000 fr., ce qui contraste singulièrement avec la prétendne insolvabilité d'Haiti!
avait rendus aux" "Haitiens,
de lui racheter ces obligations, Le président Jui envoya aussitôt
UN MILLION. C'est-a-dire que le président paya à M. Lafitte un
million, ce qu'iln'aurait payéà la Bourse que250,000 fr., d'oix
résulte encore que le président a tres-généreusemeut gratifié
M. Lafitte d'une somme de 550,000 fr., ce qui contraste singulièrement avec la prétendne insolvabilité d'Haiti! --- Page 11 ---
est de 30 millions de francs. Mais ils observèrent qu'il
fallait déduire moitié pour frais de culture (1), ce quilaisse
un revenu net de 15 millions. Or, dans ces pays-la, on calcule la valeur des propriétés sur dix années de revenu.
Ainsi donc les propriétés des anciens colons valent, dans
leur état actuel, 150 millions. Telle est la base sur laquelle
fut établi le montant de l'indemnité..
Le gouvernement d'Haiti n'avait donc, 7 pour réaliser ces
150 millions, qu'à vendre ces domaines (2), C'est, en effet,
ce qu'il promit de faire..
et c'est ce qu'il n'a pas fait.
Les Haitiens exposèrent qu'ils avaient un fonds de réserve; c'est ainsi qu'ils appellent le trésor de l'ancien roi
Christophe, dont ils s'emparèrent après sa mort.
Le dire général est que ce trésor contenait 30 millions
de piastres espagnoles, c'est-à-dire un peu plus de 150
millions de francs. Mais les Haitiens prétendirent qu'il ne
contenait réellement que 15 millions de piastres, soit 75
millions de francs : du reste, ils reconnurent que ce fonds
de réserve était intact, ils n'avaient pas encore eu besoin
d'y toucher,
(4) Cette déduction de moitié pour frais de culture fut énorme, car tout le monde sait bien que les nègres ne cultivent
presque rien.
Le produit principal de l'ile, à celte époque la surtout, c'était
le calés que les nègres récoltent sur les caféières établies par
les blancs. Une caféière est coûteuse à établir, mais une fois en
rapport, les frais de culture sont fort peu de chose ; ainsi les
frais de culture eussent été plusque couverts par une déduction
d'un tiers et même d'un quart, ce qui eût porté le produit net
à plus de 20 millions, et la valeur des propriétés à plus de 200
millions.
(2) Le gouvernement d'Haiti a hypothéqué ces domaines pour
garantie de son emprunt qui devait s'élever à 150 inillions : done
il a reconnu que ces domaines valent au moins 150 millions.
de culture sont fort peu de chose ; ainsi les
frais de culture eussent été plusque couverts par une déduction
d'un tiers et même d'un quart, ce qui eût porté le produit net
à plus de 20 millions, et la valeur des propriétés à plus de 200
millions.
(2) Le gouvernement d'Haiti a hypothéqué ces domaines pour
garantie de son emprunt qui devait s'élever à 150 inillions : done
il a reconnu que ces domaines valent au moins 150 millions. --- Page 12 ---
Ils exposérent encore l'état de leurs recettes et de leurs
dépenses, et prouvèrent ainsi qu'ils avaient annuellement
un excédant de quatre millions.
Enfin, ils dirent qu'ils avaient tenu sur pied, jusqu'alors
une armée de 40,000 hommes dans la crainte de la France.
Or, cette armée est tout-à-fait hors de proportion avec
leur population 2 qui est tout au plus d'un million d'habitans. Ils s'engagérent à la réduire successivement jusqu'à
dix mille hommes, 7 ce qui serait plus que suffisant lorsqu'ils seraient en paix avec le monde entier; et cette réduction sur leurs dépenses devait encore augmenter l'excédant de leurs recettes (1).
II résultait donc évidemment, d'après ces documens, que
les Haitiens pouvaient remplir leurs engagemens. Atissi
parut-il à cette époque une foule de brochures, une entr'autres publiée par M. Ternaux, dont la conclusion était
que le gouvernement haitien était plus solvable qu'aucun
gonvernement européen, car il possédait beaucoup et ne
devait encore rien.
Cependant, à peine le ministère de Villèle fut-il renversé 7 que les Haitiens sentirent le parti qu'ils pouvaient
tirer de cet événement ets s'empressèrent d'en profiter. Ils
revinrent à Paris et se présentèrent aux nouveaux ministres, comme de pauvres innocens qui s'étaient engagés à
payer beaucoup plus qu'ils ne pouvaient. Ils demandérent
quil leur fut permis de faire un nouvel exposé de leurs ressources, et Ton eut la faiblesse d'yconsentir: mais comme
ils étaient humbles alors, auprès de ce qu'ils sont aujourd'bui! Ils ne voulaient point toucher au chiffre de l'indemnité; T'honneur national le leur défendait, disaient-ils; ils
(1) Après le traité de 1825, le président ne se mit nullement
de réduire son armée. Il la maintient encore aujouren mesure
d'hui sur le mêne pied.
de leurs ressources, et Ton eut la faiblesse d'yconsentir: mais comme
ils étaient humbles alors, auprès de ce qu'ils sont aujourd'bui! Ils ne voulaient point toucher au chiffre de l'indemnité; T'honneur national le leur défendait, disaient-ils; ils
(1) Après le traité de 1825, le président ne se mit nullement
de réduire son armée. Il la maintient encore aujouren mesure
d'hui sur le mêne pied. --- Page 13 ---
ne demandaient qu'un plus long terme pours'aequitter entièrement (1). Ainsi ils proposèrent de payer annuellement
6,500,000 fr. pour être répartis ainsi que suit: 10 3,600,000f.
pour le service de Tintérêt à 3 p. 100 des 120 millions qu'ils
restaient devoir; 20 1,200,000 fr. pour l'amortissement de
cette dette ; 3° 1,700,000 fr. pour le service de l'intérêt et
f'amortissement de leur emprunt. De la sorte, la totalité de
Jeurdette se trouvait éteinte au bout de trente-cinq ans.
Cette fois-ci, le gouvernement avait nommé une commission composée de pairs et de députés pour examiner
les nouveaux documens que les Haitiens avaient à produire, tant pour prouver l'impossibilité où ils étaient de
payer 150 millions dans cinq ans, que la facilité avec laquelle ils pourraient remplir leurs nouveaux engagemens,
et lorsque le travail de cette commission fut achevé, il fut
conclu un traité sur les bases mentionnées ci-dessus, mais
une faiblesse inconcevable du ministère Martignac, la
par
France renonça au demi-droit stipulé en faveur du commerce français dans le traité de 1825.
Quoi qu'il en soit, ce nouveau traité, par lequel les Haitiens avaient obtenu tout ce qu'ils avaient demandé, fut signé. en France, et ratifié par le président Boyer en 1829.
Ce traité doit donc être considéré comme définitif, car
cette fois-ci il n'existe aucun prétexte pour dire qu'il fut
(1) C'était pourtant une escobarderie, car, proposer de convertir en3 P. 1OO un paiementquidevaité être fait en écus, c'était
la même chose que proposer de réduire le capital de deux cinquièmes.
On trouvera peut-ètre ces Haitiens fort adroits, mais avec de
l'argent, tout est facile. La plus mauvaise créance est celle d'un
homme riche qui ne veut pas payer; parce que, avec son argent,
il trouvera de bons amis qui Jui donneront de bons conseils,
qui lui rendront de bons services, à l'aide desquels il se dispensera de payer.
1OO un paiementquidevaité être fait en écus, c'était
la même chose que proposer de réduire le capital de deux cinquièmes.
On trouvera peut-ètre ces Haitiens fort adroits, mais avec de
l'argent, tout est facile. La plus mauvaise créance est celle d'un
homme riche qui ne veut pas payer; parce que, avec son argent,
il trouvera de bons amis qui Jui donneront de bons conseils,
qui lui rendront de bons services, à l'aide desquels il se dispensera de payer. --- Page 14 ---
Les Haitiens ne peuvent nier l'authenticité, la vaimposé.
ont produits, sans déclarer par
lidité des documens qu'ils
de la France.
le fait, que déjà deux fois ils se sont joués
être
Un gouvernement qui se respecte, et surtout qui veut
peut-il souffrir une pareille insolence? A quoi
respecté,
nouvelles négociations? Quelle confiance
sert d'entamerde dans les nouveaux documens qu'ils produipeut-on avoir
ront encore?
de 1829 a été violé. Le président
1 Cependant le traité
les bâtimens français
Boyer s'est empressé de soumettre étrangers, et il a reaux mêmes droits que les bâtimens
fusé de payer les 6,500,000 fr.
crurent que
La révolution de juillet éclata. Les Haitiens
favorable était venu, car ils espéraient, ils esle moment
guerre civile ou étrangère
pèrent encore que quelque forcer à les oublier. Cest.
viendra nous distraire et nous
cherchent, par tous les moyens posdans cet espoir qu'ils
- et il faut convenir qu'ils ont
sibles, à gagner du temps -
des hommes qui les ont
trouvé à la tête de nos affaires
secondés. Est-ce trahison ou pusillanimerveillensement
vous sonmets la question. - Elle
mité? Messieurs, je
mérite votre attention.
la révolution, que tout le
Les Haitiens crurent, , après
Ils
le mascontinent allait fondre sur la France. jetérent insolens. Ils
d'humbles qu'ils étaient, ils devinrent
que;
avoir Thonneur de sonner les premiers la tromvonlurent
tard sur le lion, quand il serait
pette, sauf à se ruer plus
qu'ils
mort. Ils firent déclarer au nouveau gonvernement leur ayait
devaient plus rien. La révolution de juillet
ne lui
Heureusement que ce gouvernement,
donné quittance!
à bon marché, n'avait T'inqui s'appelait le gouvernement
Aussi refusa-t-il de
tention de rien faire gratuitement.
de
Cependant on s'empressa
donner sa quittance gratuite. marché.
En effet, on y faisait
bàcler un traité à bon
sauf à se ruer plus
qu'ils
mort. Ils firent déclarer au nouveau gonvernement leur ayait
devaient plus rien. La révolution de juillet
ne lui
Heureusement que ce gouvernement,
donné quittance!
à bon marché, n'avait T'inqui s'appelait le gouvernement
Aussi refusa-t-il de
tention de rien faire gratuitement.
de
Cependant on s'empressa
donner sa quittance gratuite. marché.
En effet, on y faisait
bàcler un traité à bon --- Page 15 ---
bon marché des colons; ce traité était tout en faveur des
sonscripteurs de l'emprunt. Les Haitiens, dans un rapide
exposé de leurs ressources, prouvérent qu'ils ne pouvaient
point payer les 6,500,000 fr., mais ils offrirent de payer
4 millions par an pendant quarante ans. Cela devait servir à payer principalement les souscripteurs de Femprunt.,
le surplus était livré aux colons.
Les faiseurs de ce traité avaient si grande envie qu'il fàt
définitif, qu'ils le revêtirent de toutes les formes, de toutes les signatures nécessaires en France, 2 afin qu'il n'eût
pas besoin d'être renvoyé. La signature du roi Louis-Philippe y fut apposée ; celle du président Boyer seule manquait. Quel fot leur étonnement! Le président reçut le
traité avec colère, il refusa de le signer, et fit une proclamation furibonde dans laquelle il donnait au nouveau gouvernement un démenti formel! Il était dit, dans la formule
du traité, que les pouvoirs du représentant d'Haiti avaient
été vérifiés et trouvés en bonne forme. Le président déclara que son représentant n'avait aucun pouvoir. , aucun
pour proposer, accepter ou conclure un traité, mais qu'il
n'était chargé que de discuter une question spéciale avec
l'ancien gouvernement et point avec le nowveau. Notre consul eut avec le président une altercation très-vive au sujet
de cette proclamation. Le président se permit les propos
les plus insolens. a Envoyez-nous, osa-t-il dire, votre ar-
) mée d'un million d'hommes et vOS deux millions de
s garde nationale, nous les enterrerons à côté de l'armée
y de Leclerc D Le consul, homme d'honneur, ne put
souffrir cet outrage ; il.revint en France. Le ministre d'alors blâma sévèrenent sa susceptibilité pour l'honneur
national (1)!11!
(:) M. Sébastiani, ministre alors, reprocha au consul, M. de
Mollien, < d'avoir compromis son gouvernement >, "M. Séhas-
vOS deux millions de
s garde nationale, nous les enterrerons à côté de l'armée
y de Leclerc D Le consul, homme d'honneur, ne put
souffrir cet outrage ; il.revint en France. Le ministre d'alors blâma sévèrenent sa susceptibilité pour l'honneur
national (1)!11!
(:) M. Sébastiani, ministre alors, reprocha au consul, M. de
Mollien, < d'avoir compromis son gouvernement >, "M. Séhas- --- Page 16 ---
Tel est donc le gouvernement qui devait nous relever
aux yeux de l'étranger! Et quelle puissance peut craindre
aujourd'hui de nous outrager quand les Haitiens osent le
faire avec impunité!
Le gouvernement français n'a pas cessé de traiter les
Haitiens comme nos bons amis, mais eux, encouragés
dans leur insolence, n'ont pas cessé de nous traiter avec
mépris. Ils ont refusé Yezequutur au consul qu'on leur a
envoyé. Ils ne reconnaissent pas nos consuls!
Cependant, à chaque session, les malheureux colons, de
plus en plus pressés par la misère, ne cessent de vous demander justice ; et les ministres, pour avoir l'air de s'occuper de cette affaire, ont entamé un instant de nouvelles
négociations. Les Haitiens, fidèles à leur tactique, ont demandé que pour la quatrième fois on examinat un nouvel
exposé de leurs ressources, et le gouvernement, avec une
condescendance qu'on ne peut plus qualifier, a consenti à
subir cette quatrième mystification.
Ilyaenviron deux ans qu'ila nommé une commission à cet
elfet.Letravailde cette commission est terminé depuis longtemps. On ne vous l'a point communiqué; ; il est vrai que
vous ne l'avez point demandé, mais en vérité était-ce bien
la peine ? - - La nomination de cette commission n'a eu
pour objet que de gagner, ou pour mieux dire, de perdre
du temps.
Divers bruits ont circulé. On prétend que cette fois-ci
tiani appelle compromettre le gouvernement, le forcer à soutenir l'honneur national. En effet, le gouvernement eut l'air de
vouloir laver cet affiront; on parla de bloquer Haiti, on demanda au gouvernement espagnol un port dans lile de Guba
pour ravitailler la flotte. L'Espagne nous offrit la baie de Guatamana. Le ministre de la marine demanda un supplément de
fonds, qui lui fut accordé, et de tout cela qu'a-t-on fait?
appelle compromettre le gouvernement, le forcer à soutenir l'honneur national. En effet, le gouvernement eut l'air de
vouloir laver cet affiront; on parla de bloquer Haiti, on demanda au gouvernement espagnol un port dans lile de Guba
pour ravitailler la flotte. L'Espagne nous offrit la baie de Guatamana. Le ministre de la marine demanda un supplément de
fonds, qui lui fut accordé, et de tout cela qu'a-t-on fait? --- Page 17 ---
les Haitiens ont soutenu qu'ils ne. pouvaient payer que
trois millions par an. Encore une commission, et ils n'en
pourront payer que deux, et ils continueront ainsi tant
qu'on le leur permettra,jusqu'à ce que leur espoir se réalise, ou que de commission en commission ils arrivent à
se faire donner quittance gratuitement (1).
Messieurs les députés! Préterez-vous votre appui à des
hommes qui laissent ainsi traîner dans la fange l'honneur
national? Songez que leur permettré de continuer une semblable conduite, c'est vous en rendre complices.
Conçoit-on quelque chose de plus flétrissant pour la
France que le discours prononcé le 28 mai 1836, à l'occasion des pétitions des colons, par M. Thiers, alors prési-
(1) On assure qu'a présent ils ne veulent plus payer
million
an
qu'un
par pendant 45 ans.Aujourd'hui, l'honneur national
ne leur défend plus de toucher au chiffre de l'indemnité,ilsdéclarent tout net, qu'il faut avant tout le réduire de moitié,
c'est-à-dire le fixer à 75 millions. Ainsi, disent-ils, nous en: avons
payé 30, nous paierons les 45 restants, à raison d'un million
an pendant 45 ans sans intérêt.
par
Dans le nouvel exposé de leurs ressources, c'est-à-dire dans
leur nouveau bilan frauduleux, il n'est plus question de la
vente des domaines, ni du fonds de réserve, ni de l'excé
dant des recettes ; mais ils présentent, comme seul etu unique
moyen de nous payer, la réduction de leur armée. Ils
de la pour renfermer nos ministres dans un dilemme fort partent
rieux. c Si vous nous menacez, disent-ils, si vous nous cu-
>> rez la moindre craite, nous ne pourrons pas réduire inspi- notre
> armée, donc nous ne pourrons pas vous payer. Si vous ne
> nous menacez pas, si vous ne nous inspirez aucune
>>
crainte,
nous continuerons à nous moquer de vous, 2 comme nous
> Favons fait jusqu'à ce jour, et nous nc vous paierons pas >
Nos ministres trouvent la question bien grave, bien difficile à résoudre.
. c Si vous nous menacez, disent-ils, si vous nous cu-
>> rez la moindre craite, nous ne pourrons pas réduire inspi- notre
> armée, donc nous ne pourrons pas vous payer. Si vous ne
> nous menacez pas, si vous ne nous inspirez aucune
>>
crainte,
nous continuerons à nous moquer de vous, 2 comme nous
> Favons fait jusqu'à ce jour, et nous nc vous paierons pas >
Nos ministres trouvent la question bien grave, bien difficile à résoudre. --- Page 18 ---
dent du Conseil: A chaque instant il s'arrètait pour interprêter ses paroles, pour déclarer qu'elles étaient purement
pacifiques et protester de toutes ses forces qu'on ne devait
y comprendre aucune menace. Et lorsque nos ministres,
à da face de TEurope, osent tenir un aussi faible langage,
quel doit être celui qu'ils tiennent dans leur diplomatie
secrète?
Messieurs, dans le réeit quej je viens de vous faire de la
marche de cette affaire depuis lorigine jusqu'à ce jour,
vous avez dû remarquer que le nègre est essentiellement
astucienx. Vousl'avez vu humble, suppliant avec la restauration parce qu'elle savait: se faire respecter. Vous le voyez
anjourd'hui arrogant, insolent, parce qu'on le lui permet.
Pour terminer cette honteuse affaire, il ne faut que vouloir.
Toute la difficulté vient de ce qu'on a faussé la position de
cette affaire dès le commencement. La mauvaise foi des Haitiens n'a été que la conséquence de la mauvaise foi du gouvernement français. C'est lui qui leur a donné l'exemple.
Le gouvernement français a dit aux colons; je ne suis
> qu'un intermédiaire, on ne me doit rien,je ne vous dois
> rien ; ce sont les Haîtiens qui sont VOS débiteurs.
Les Haitiens ont dit: a Le gouvernement français déclare
que nous ne lui devons rien, nous acceptons sa déclrranous devons aux colons ; ce
D tion, mais il prétend que
e n'est pas vrai, , car nous n'avons pris aucun engagement,
fait aucun traité avec les colons; ; d'ailleurs, ils n'ont
aucun moyen de nous forcer à payer ; - donc, ne payons
5 pais:s
Messieurs, il est impossible que, maintenant que vous
connaissez cette affaire, elle vous soit indifférente.
Voulez-vous la voir se terminer? Replacez la question
dans la vérité. Reconnaissez- que le gouvernement français
estdébiteur des colons, et que les Haitiens sont débiteurs
du gouvernement français, Alors tout va changer, Le gou:
colons; ; d'ailleurs, ils n'ont
aucun moyen de nous forcer à payer ; - donc, ne payons
5 pais:s
Messieurs, il est impossible que, maintenant que vous
connaissez cette affaire, elle vous soit indifférente.
Voulez-vous la voir se terminer? Replacez la question
dans la vérité. Reconnaissez- que le gouvernement français
estdébiteur des colons, et que les Haitiens sont débiteurs
du gouvernement français, Alors tout va changer, Le gou: --- Page 19 ---
vernement sentira qu'il faut payer, et pour ne pas rester à
découvert, il prendra les mesures nécessaires pour se faire
Alors vous verrez changer l'insolence en humbles
payer.
Qu'on soit ferme, et tout se terminera. Vous
supplications.
dans l'aflaire des 4,840,000 francs. -
en avez eu la preuve
affaire
des ciTant que les Haitiens ont cru n'avoir
qu'à
toyens, ils se sont joués d'eux; le' jour où le gouvemnement a pris cette créance pour son compte tout a été terminé. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas fait pour la totalité de la créance ce qu'il a fait pour une partie? Vous le
Messieurs, aussi bien que tout le monde, le gousavez,
vernement n'a pris cette créance pour son compte que
parce qu'ily a été poussé par l'influence d'un homme qui
y était personnellement intéressé (1).
Chaque fois que M. Lafitte monte a la tribune pour parler
de lafaire d'Haiti, il s'empresse de déclarer qu'il est tout à fait
désinteressé. C'est bien la ce qu'ily a de plus facheux pour ceufx
qui lui ont acheté les obligations d'Haiti et pour les colons. Si
le président Boyer n'edt pas racheté les mille obligations, si le
gonvernement francais n'édt pas remboursé les' 4,840,000 fr.,
M. Lafitte tiendrait un tout autre langage; au lieu d'affirmer sur
sa parole, et rien de plus, queles Haitiens ne peuvent pas payer,
il vous rappellerait les documeus authentiques qu'ils avaient
produits avant 1835, et il fallait que ces documens fussent bien
clairs, bien positifs pour que tous les banquiers de Paris et de
Londres se présentassent: à l'envi pour avancer les 150 millions;
et certes, avant d'offrir de payer une somme: comme celle-la, ils
ont. dû commencer par bien s'assurer de la solvabilité de celui
qui allait devenirleurdébitear.
Plàt: à Dieu que le gouvernement français ne se fàt pas opposé à ce que cet emprunt fat fait en Angleterre! Les colons
seraient payés.. : et les Anglais aussi, depuis long-temps:
Si M, Lafiue était encore créancier d'Haiti, au lieu d'user de
es, avant d'offrir de payer une somme: comme celle-la, ils
ont. dû commencer par bien s'assurer de la solvabilité de celui
qui allait devenirleurdébitear.
Plàt: à Dieu que le gouvernement français ne se fàt pas opposé à ce que cet emprunt fat fait en Angleterre! Les colons
seraient payés.. : et les Anglais aussi, depuis long-temps:
Si M, Lafiue était encore créancier d'Haiti, au lieu d'user de --- Page 20 ---
Messieurs,jai entrepris la tàche pénible de vous dire
toute la vérité. Je dois vous répéter ici ce quej'aientendu
dire à tous les colons 2 à tous leurs intéressés. tous leurs
créanciers : Le grand malheur pour nous 7 c'est que parmi
il
en ait
un
n les hommes du gouvernement, n'y
pas
qui
ait à prendre une forte part sur cette indemnité. >
Désirez-vous enfin voir cesser ce scandale? les cris que
la misère et le désespoir arrachent aux colons, vous ontils fatigués ? Si vous désirez mettre un terme à leurs souffrances, ce n'est pas en renvoyant simplement leurs pétitions au ministres que vous y parviendrez, l'expérience
des dix dernières années vous prouve que ce moyen est
usé. Les ministres se jouent des pétitions que vous leur
Autant vaudrait dire aux colons, n'espérez plus,
renvoyez.
il
plus de justice pour vous
nous vous abandonnons, n'ya
sur la terre. Non, Messieurs, vous ne renverrez pas nos
pétitions aux ministres, vous ferez quelque chose de plus;
vous avez le droit d'initiative, vous présenterez un projet
de loi; vous reconnaitrez que le gouvernement est débiteur des colons, qu'ils faut qu'ils soient payés. Vous prendrez pour base le traité de 1829, vous insisterez pour que
le gouvernement le fasse exécuter. Ce traité concilie les
intérêts des colons et ceux des porteurs d'obligations
d'Haiti. Les uns et les autres y sont traités de la même
maniére ; il serait injuste qu'ils fussent traités différemment (1).
favoriser les Haîtiens, ii s'en servirait pour
son influence pour
à terminer cette affaire. C'est bien
pousser le gouvernement
cela
s'est
de
parce que le président Boyer a senti
qu'il
empressé
le désintéresser.
(1)Au nombre des stratagèmes qu'on a employés pour entraver
la marche de cette affaire, on a imaginéd'exciter une sorte de rivalité entre les porteursde) bons d'Haiti et les colons; on a dit aux
uns que c'était à cause de Pindemnité des colons que le gouver-
er cette affaire. C'est bien
pousser le gouvernement
cela
s'est
de
parce que le président Boyer a senti
qu'il
empressé
le désintéresser.
(1)Au nombre des stratagèmes qu'on a employés pour entraver
la marche de cette affaire, on a imaginéd'exciter une sorte de rivalité entre les porteursde) bons d'Haiti et les colons; on a dit aux
uns que c'était à cause de Pindemnité des colons que le gouver- --- Page 21 ---
ai
les Haitièns étaient solvables, ou
Je vous pronvé que
Vous trouverez dans
plutôt ils l'ont prouvé eux-mèmes.
travail de la commission de 1829, tous les documens à
le
rien
le .
l'appui. Le trésor ne peut
perdre, gouvernement,
être payé, n'a qu'à vouloir; mais il est évident que,
pour
il ne T'a pas voulu, et rien ne porte à
jusqu'à ce jour,
croire qu'il le veuille aujourd'hui.
Les ministres semblent éviter cette affaire comme une
craindraient de voir éclater sur leurs têtes.
bombe qu'ils
Chacun d'eux, en arrivant: au ministère semble dire : e Mon
m'a légué cette affaire, et moije la léguerai
> prédécesseur
à mon successeur.> >
Les ministres ne s'occuperont de cette affaire que lorsseront contraints ; ils ne peuvent y être contraints
qu'ils y
les représentans de l'opinion publique par vous; ; vous,
honteux
a fait jouer
que, qui déjà s'indigné du rôle
qu'on
à la France.
U
Messieurs, pour vous intéresser aux malheurs des coaux pages de l'histoire le récit
lons , jaurais pu emprunter
à s'occuper de cette aflarie, et l'on a dit aux
nement répugnait c'était l'affaire de l'emprunt qui compliquait la quescolons que rendait insoluble, et de part et d'autre, on s'est irrité
tion et la
adversaire et à s'adresser presque
jusqu'a se considérer comme
une même
des reproches.-Au lieu des s'entendre pourdemander
les intérêts des deux, chacune de son côté a
chose qui conciliât
soutenant les intérêts des
demandé des choses contradictoires,
tout
uns au préjudice de ceux des autres, et le gouvernement
occupé de lui-même, si peu disposé déjà à protéger les droits et
les intérêts des citoyens, a trouvé que le moyen le plus simple
était de rien faire du tout, c'est la le type caractéristique du
le
Lamarque, appelait < une halte
juste-milieu; ; ce que général
admirablement a
dans la boue; 22 cette expression s'applique
f'affaire d'Haiti.
,
tout
uns au préjudice de ceux des autres, et le gouvernement
occupé de lui-même, si peu disposé déjà à protéger les droits et
les intérêts des citoyens, a trouvé que le moyen le plus simple
était de rien faire du tout, c'est la le type caractéristique du
le
Lamarque, appelait < une halte
juste-milieu; ; ce que général
admirablement a
dans la boue; 22 cette expression s'applique
f'affaire d'Haiti. --- Page 22 ---
effroyable des maux qu'ils ont soufferts, les persécutions,
les supplices affreux que les noirs inventèrent pour eux;
mais pour soutenir la cause des colons, je n'ai voulu m'appuyer que sur la force et la justice de leurs droits. Les
colons ne demandent ni grace, ni faveur. ils demandent
justice.
Je dois cependant vous dire qu'après la ruine de la colonie, la plupart de ces malheureux qui purent échapper
au carnage, se réfugièrent dans les paysvoisins; là,j jeunes
encore, ils s'étaient créés quelques moyéns d'existence.
A La France sembla se ressouvenir d'eux et vouloir porter
quelque soulagement à leur misére. Hélas! quélle cruéllé
ironie! Ils crurent àla sainteté des lois,à linviolabilité des
traités , à Fhonneur national Forcés par leur misère de
vivre loin de la patrie, ils brûlaient de la revoir. Elle les
rappela (1), ils n'hésitèrent point, ils sacrifièrent joyeusement, , lan son industrie, Fautre son coin dé terre: : aujourd'hui, trompés dans leur attente, oubliés, abandonnés,
leurs faibles ressources sont épuisées; déja, Messieurs,
plusieurs d'entr'enx, pour éviter l'agonie de la-faim, ont
(:) Les consuls francais aux États - Unis recurent du consulgéuéral l'ordre de faire insérer dans les journaux un article en
français qu'on leur envoya toutfait.
Parcet article,on avertissait les' colons del'indemnité al laquelle
ilsavaientdroiten vertudel la loi du 3oavril 1826. Ox LES INVITAIT A
VENIR LA RÉCLAMER EUX-MÈMES. Onleur disait que les démarches se.
raient simples et faciles, et qu'ily aurait un bureau de renseignemens ou on lenrindiquerait.gratuitement tout ce qu'ils auraientà
faire.
Or si le consul-général ordonnait aux consuls de publier ces
renseignemens, c'est qu'il avait lui-même reçu de France cet
ordre et cesrenstighemens. Ainileatiocontesabies quele gouvernement a rappelé lui-même ces malheureux colons, qu' il laisee
aujourd'hui mourir de faim sur le pavé de Paris.
faciles, et qu'ily aurait un bureau de renseignemens ou on lenrindiquerait.gratuitement tout ce qu'ils auraientà
faire.
Or si le consul-général ordonnait aux consuls de publier ces
renseignemens, c'est qu'il avait lui-même reçu de France cet
ordre et cesrenstighemens. Ainileatiocontesabies quele gouvernement a rappelé lui-même ces malheureux colons, qu' il laisee
aujourd'hui mourir de faim sur le pavé de Paris. --- Page 23 ---
eu recours au suicide (1)! Et les ministres vous disent,
l'ordre et la prospérité règnent partout! Que leur importe
à eux que des malheureux meurent de faim, 9 pouvu qn'ils
meurent en silence ! Leurs festins, ces jours l. sont-ils
moins somptueux? ?
Pour vous couvaincre, Messieurs, de l'énormité du mal
cause leur apathie, faudra-t-il qu'un de ces malque
de
heureux, un père de famille peut-être, n'ayant plus
pain à donner à ses enfans, vienne au milieu de vous,
dans votre palais, se donner une mort éclatante ; et pour
dernière pétition, fasse jaillir sur vous son sang et les
débris de sa tête? Messieurs! Messieurs! le colon ne peut
pas mendier, maisil peut se livrer au désespoir!
(:) Tout récemnent encore, un malheureux colon vient de
se donner la mort. -Ilnelairestitplas rien.
HERHAN, IMPRINEUR, RUE SAINT-DENIS, No 380. --- Page 24 ---
E837
AIIM