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R É F 0 R M E
J UDICIAIR E
A SAINT- DO MIN G U E.
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
DaNs un2 moment oit la France, livrée à la plus
grande fermentation, veut dénoncer au Roi les abus
en tout genre,afin de régenérer le Royaume, j'ai cru
devoir placer a la fuite de Léloge funèbre du Comte
d'Ennery, u2 ouvrage qui n'eft pas étranger à cet
homme célebre > le plus grand partifan des Colonies.
Cet ouvrage efl lexpofition de la réforme dans
l'adminiftration de la Jufice à Saint- Domingue >
D
oit ce Gouverneur-gintral commandoit, lorfque la mort
l'a arrêté, dans la carrière aufi utile que brillante
quiil parcouroit.
Au furplus > il m'a paru indifpenfable d'appuyer
de quelgues notes l'expofition de ce plan de rfor
me ; mais je préviens en même temps, qu'il eft ef
fentiel de ne lire les notes relatives a cette expofition, qu'après l'avoir lue elle-mëme en entier : alltrement lefl des idées fe perd; le difcours, en quelRéforme judiciaire, &c.
G --- Page 2 ---
RPJCB
gue forte découfa, fà trouve fans liaifon > G l'enfermble difparoit. Tel eft le motif gui a fait renvoyer
a la fiuite de lexpoftion de la Reforme judiciaire:
dont il s'agit ici, les notes qui la concernent, G
quifont en général des preuves des faits avancés. --- Page 3 ---
RÉFO R M E
Dans Pinstruction et le jugement des procès-civils;
opérée à Saint-Doningue par Edits et Ordonnances
de SA MAJESTE, du mois de Janvier 1787.
Mowmun le Maréchal de Caftries, chargé en 1786,
du département de la Marine &c des colonies,a ambitionné,
dans une réforme judiciaire, une gloire moins brillante
fans doute, mais infiniment plus folide que celle
des batailles. Les abus dans l'adminiftration de la
MSCARCE
étoient par-tout à leur comble: ils n'offroient qu'une plaie
hideufe qui corrompoit, par fa fanie, tous les Érars de FEurope : la France n'avoit pu s'en garantir; la colonie de SaintDomingue en étoit infedée; le cri général des peuples repouffoit avec indignation un mal devenu infupportable;
en un mot, la vertu des Magiftrats, effrayée elle-mème
de tant de défordres, attendoit avecimpatience une révolution heureufe, qui pit à la fin, en remettant l'ordre
dans cette partie,, faire diftinguer, dans les annales du
monde, le regne de LOUIS XVI, & concilier aux dépofitaires des Loix, en reconnoiffance d'une juftice fagement
& promptenemtadeuaitidte, le refpect &c la vénération dus
à leur caragtère.
Plus de fept fiècles d'abus, dans les formalités à remplir
pour l'inftruction des procès 2 avoient infenfiblement formé
un coloffe d'autant plus effrayant à combattre, que, d'après
les doléances des Erats-généraux 2 en différentes
de grands
avoient préfidé à la rédaéion
FONIENE
Magiftrats
nances célèbres, qui toutes l'avoient attaqué fans fuccès.
Le premier pas qu'a fait M, le Maréchal de Caftries,
G 2
remplir
pour l'inftruction des procès 2 avoient infenfiblement formé
un coloffe d'autant plus effrayant à combattre, que, d'après
les doléances des Erats-généraux 2 en différentes
de grands
avoient préfidé à la rédaéion
FONIENE
Magiftrats
nances célèbres, qui toutes l'avoient attaqué fans fuccès.
Le premier pas qu'a fait M, le Maréchal de Caftries,
G 2 --- Page 4 ---
dans cette carrière épineufe, a été celui d'un homme
d'état. Tous les détails minutieux qui ne peuvent convenir
à un guerrier, & qui écrafent le génic, foigneufement dans
écartés, l'oeil pénétrant de ce Minifire n'a obiervé,
l'énorme machine qu'il vouloit mettre en mouvement, que
le grand reffort, dont devoit dépendre toute l'action ; il en
a étudié lejeu,il en a calculé les effets: ainfi s'attachant à la
fource du mal, une réflexion profondelui a fait connoître
les Loix, anciennement promulguées pour l'accéléraom des jugemens dans les Tribunaux, quelque bonnes
qu'elles fuffent, relativement au but que l'on s'étoit propolé, avoient toutes néarmoins un vice radical: dans toutes,
en effet, LE MOYEN D'EXÉCUTION EST MANQUÉ. Il femble
donc qu'en compofant anciennement d'excellentes Ordonnances, fur la forme de procéder en juftice, tous les Gouvernemens de l'Europe aient précifément oublié de prévoir
la droiture des Légiflateurs feroit fans ceffe contrariée
pardes que paffions tumultueufes 8c fans frein, qui, dansl'exécution de Loix de cette efpèce, la rendoient perpétuellement vaine & fans effet.
Ce vice effentiel de toutes les légiflations européennes,
ce vice d'où dérivent tousles défordres en cette partie, étant
notoirement connu, puifqu'il eft attefté
des fècles d'expérience, M. le Maréchal de Caftries ReBTrO particulièrement
occupé de la recherche d'une Loi qui, furla matière dont
ils'agit, fût aflez puiffante par elle-méme,
fuppléer, La
fon exécution, à l'infuffance de toutes Pger autres.
poffibilité par
de cette Loi une fois reconnue, & les effets
qu'elle devoit produire ayant été fenfiblement apperçus alors
dans la méditation & le recueillement, ce Miniftre, de
vivement paffionné pour la chofe publique & la gloire
fon Roi, a cru devoir commencer fa réforme judiciaire,
par.lorganifation des Tribunaux.
déux
Avant l'année 1787, ily avoit à Saine-Domingue,
Compofition des Cours
deJufice : depuis plus, de vingt ans, les
Tribunaux de JusSupérieures en demandoient
en une feule,
rice, à Saint-Do- Adminiftrateurs
layréunion
de
vivement paffionné pour la chofe publique & la gloire
fon Roi, a cru devoir commencer fa réforme judiciaire,
par.lorganifation des Tribunaux.
déux
Avant l'année 1787, ily avoit à Saine-Domingue,
Compofition des Cours
deJufice : depuis plus, de vingt ans, les
Tribunaux de JusSupérieures en demandoient
en une feule,
rice, à Saint-Do- Adminiftrateurs
layréunion --- Page 5 ---
avec des modifications qui fuffent également favorables reftauration mingue, avant la
acaux colons &c aux armateurs de France, qui étendent per- tuelle de laJuftice:
pétuellement nos cultures,. par leurs avances ; or. une
maxime éternelle, fur cet objet important, eft que les Tribunaux doivent être créés, en raifon des befoins des
peuples. Pour ne pas s'écarter de ce principe inconteflable,
M.le Maréchal de Caftries a voulu jugeravec connoiflance,
la valeur des demandes qui avoient été faites en différens
temps, en faveur de létabliffement d'une feule Cour de
Juftice.
En parcourant de l'ocil la carte de Saint-Domingue, Voyez la carte
car le phyfique entre pour beaucoup dans la création des çoife de la partie de Saint- FranTribunaux, fes regards fe font fixés fur la ville du Port-au- Domingue, après
Prince, expofée à T'Oueft, dans le fond d'un vafte golfe. le verfs de la page
Ce Miniftre a remarqué qu'un des bras de ce golfe s'éten- fuivante.
doit à droite, jufqu'au moleSaint-Nicolss, &c que les rivages
de la mer courant enfuite dans TEA, jufqu'a la rivjère du
Maffacre, frontière efpagnole, préfentoient à T'afpedt du
Nord, une bordure de côtes intéreffantes, quoiqu'inégalement favorifées par la nature: à gauche le golfe finit au
quartier des Abricots ; mais la côte filant au Sud, par le
Cap Dame-Maric, jufqu'au Cap Tiburon, fe prolonge enfuite dans FER, julqu'a la rivière des Anfes-à-Pitre, autre
point de la frontière efpagnole, pour offrir au Sud une
nouvelle étendue de côtes, dont une partie eft en valeur,
lorfque l'autre n'attend que des bras & des reffources, pour
la féconder.
De cet aperçu il réfulte que la colonie françoife de
Saint-Domingue, n'ayant, dans l'intéricur de fes
qu'une très-petite profondeur, eft néanmoins compofce
MRCUE
deux cents lieues de côtes, dans lc centre defquelles fe
trouve la ville du Port-au-Prince, capitale de cette riche
colonie.
Près de cinquante mille ames de population libre font
parfemées fur cette vafte étendue de côtes ; & cette foible
population, à qui la Juftice feroit aifément rendue en
ayant, dans l'intéricur de fes
qu'une très-petite profondeur, eft néanmoins compofce
MRCUE
deux cents lieues de côtes, dans lc centre defquelles fe
trouve la ville du Port-au-Prince, capitale de cette riche
colonie.
Près de cinquante mille ames de population libre font
parfemées fur cette vafte étendue de côtes ; & cette foible
population, à qui la Juftice feroit aifément rendue en --- Page 6 ---
France par une feule Sénéchauffée, ne peut jouir du même
avantageàs Saint-Domingue, parce quelescolonsqui forment
cette population, trop difperfés entr'eux par leurs poffeffions, ne peuvent être concentrés dans un arrondiflement
unique.
Ce font donc les befoins fucceffifs des cultures coloniales,
& ceux du commerce de France, qui fe faifant fentirdans
les quartiers ifolés les uns des autres, ont déterminé le Souverain à former plufieurs diftriêts, dont les procès puffent
être jugés par des Tribunaux créés à cet effet; ainfi Pon a
vu, dans différens âges de la colonie, s'y former dans dix
majeurs, dix Sénéchauffées & dix Amirautés, dont
ports
fituation.
'on va indiquer ici la
font
Le Fort-Dauphin, dont les limites de la jurifdidion
Sénéchauffées &
des
eft le
Amirautés du Fort- l'extrémité Nord & EA
poffeffions françoifes,
Dauphin, du Cap chef-lieu d'une Sénéchauffée & d'une Amirauté, diftantes
portoient & duPort-de-Paix, au Con- de foixante lieues du Port-au-Prince.
Teil fupérieur du Une autre Sénéchauffée & Amirauté au Cap, & deux
Cap, Tappel de autres Tribunaux pareils au Port-de-Paix, moins éloignés
leurs jugemens , du Port-au-Prince relevoient, ainfi
ceux du Fortpour la plus petite
que
condamnation.
Dauphin pour les plus petites condamnations, leurs appels,
au Confeil Supérieur du Cap.
D'un autre côté, deux Sénéchauffées 8c deux Amirautés
Amirautés Sénéchauffées de Saint- & font établies ; favoir, une Sénéchaufiée & une Amirauté à
Marc, du Port-au- Jérémie, & les deux autres aux Cayes, quartiers également
Prince, du Petitchacun de foixante lieues du Pott-au-Pincesquant
Goave : de Jéré- éloignés,
&
Amirautés
mie, des Cayes, aux cinq autres Sénéchauffées cinq
plus
de Saint-Louis, & prochées de la capitale, elles ont été placées à
SANNCE
de Jacmel 3
au Port-au-Prince, au Petit-Goave, à Saint-Louis & à JacSupérieur toient au du 6aREa Port- mel, dont l'arrondiffement termine la colonie au Sud & à
au-Prince, l'appel TEf. Toutes ces Sénéchauffées & Amirautés portoient
de leurs jugemens
de leurs
au Confeil
du Portla
Supérieur
pour plus petite l'appel
jugemens
condamnation, au-Prince. Tel étoit l'état des Tribunaux de Juftice à SaintDomingue, lorfque M. le Maréchal de Caftries a pris cet
objet en confidération. Paffons à d'autres points de vue qui
y font relatifs.
au Sud & à
au-Prince, l'appel TEf. Toutes ces Sénéchauffées & Amirautés portoient
de leurs jugemens
de leurs
au Confeil
du Portla
Supérieur
pour plus petite l'appel
jugemens
condamnation, au-Prince. Tel étoit l'état des Tribunaux de Juftice à SaintDomingue, lorfque M. le Maréchal de Caftries a pris cet
objet en confidération. Paffons à d'autres points de vue qui
y font relatifs. --- Page 7 ---
Une chofe particulière à notre colonie, eft qu'elle n'a
véritablement qu'une feule rivière navigable, PAribonite :
toutes les autres grofiffant au moindre orage, deviennent
alors des torrens qui, fe précipitant du haut des montagnes, menacent d'engloutir le
audacieux qui,
dans ce moment, ofe les franchir; LAarFas or du Capau Port-auPrince, il.y a une multitude de canaux dangereux à paffer
dans certaines circonflances; fi la rivière feule du Limbé,
eft effrayante lorfqu'elle coule en torrent, cet obftacle
momentané, ainfi que quelques autres du même
exifte non-feulement
fe rendre du Cap au
feSe
Prince, mais il avoit ifardd de même contre les jufticiables
du Port-de-Paix, dont les procès fe portoient autrefois par
appel au Confeil du Cap; & quiéroient obligés de traverfer la rivière du Limbe, ou de s'embarquer pour faire
le voyage par mer. côté
les
fur les autres jurifSi d'un autre
l'on jette
yeux
diéions 2 toutes font également environnées de canaux inf
tantanément: meurtriers T
pourquiconque neveut pas attendre
le moment favorable de les paffer; ainfi de Jacmel au
Port-au-Prince, ily a, par le chemin des montagnes, cent
quatre paffes de rivière à franchir, & quatre-vingt-dix
deftiné aux voitures 3 de
SENE
celui un peu plus long, fe trouvent les rivières de l'ArcaMarc haie, au des Port-au-Prince, Matheux, du Boucaflin, & la grande rivière du
Cul-de-Sac, malheureufement mémorable par fes débordemens funeftes ; du Port-au-Prince au Petit-Goave, la
grande rivière de Léogane, groffie par un orage,. eft auffi
dangereufe à paffer que celle duCul-de-Sac; du Petit-Goave
enfuite à Jérémie, Ton rencontre les rivières de Nipes &
des Baradaires, la rivière Salée, celles du Corail, des Rofeaux, de la Voldrogue, de la Guinodais, & la grande
rivière de Jérémie, toutes menaçantes dans leurs débordemens inflantanés; du Port-au-Prince enfn pour fe rendre
à Saint-Louis & aux Cayes, outre la rivière de Léogane,
fe trouve celle de Cavaillon, qui vient tout récemment,
fuite à Jérémie, Ton rencontre les rivières de Nipes &
des Baradaires, la rivière Salée, celles du Corail, des Rofeaux, de la Voldrogue, de la Guinodais, & la grande
rivière de Jérémie, toutes menaçantes dans leurs débordemens inflantanés; du Port-au-Prince enfn pour fe rendre
à Saint-Louis & aux Cayes, outre la rivière de Léogane,
fe trouve celle de Cavaillon, qui vient tout récemment, --- Page 8 ---
ainfi que celle du Limbé, d'engloutir chacune un Courier,
imprudent, quiy, a perdu la vie.
Si l'on ajoute à ces inconvéniens accidentels & momentanés, quiexiftent de jurifdidtion à jurifdiéion, ceux qu'occafionnent la chaleur du climat, & la nature des cultures
coloniales,qui permettent peu de déplacement taux colons,
alors on fera convaincu que la juftice lar mieux rendue à
Saint-Domingue, feroit celle par laquelle tout habitant &
dans la décifion d'un Tritout commerçant, trouveroient,
bunal fuprème, féant dans le
où tout vaiffeau aborde,
le terme abfolu de leurs SUIRELIAL : les armateurs de France,
dont les vaiffeaux fréquentent les dix Amirautés de la colonie, ne font-ils pas en effet tous égaux aux yeux du Souverain ? n'en eft-il pas de même Afegand de tous les habitans réfidans dans les dix Sénéchauflées? Ainfi, indépendamment de la maxime, que les Tribunaux doivent être
créés en raifon des befoins des peuples, il en eft une autre
auffi inconteftable, c'eft que tous les Sujets du même
Souverain, étant auffi chers à fon cceur les uns que" les
autres, doivent être traités également, dans l'exercice de
la Juflice.
il
Pour exécuter à la lettre ces maximes précieufes,
auroit donc, on le répète, fallu créer autant de Cours
Souveraines de Juftice, qu'ily a de Sénéchauffées 8 d'Amirautés dans lifle, puifque par-tout, les accidens momentanés des rivières débordées, & les inconvéniens des dé-.
placemens font les mêmes; mais comme la chofe n'eft pas
propofable, à T'égard d'une foible population de cinquante
mille ames, M. le Maréchal de Caftries s'eft rapproché, le
qu'il a été poflible, de ces grands principes qui fervent
BLt bale à l'ordre public.
Les Préfidiaux exiftent en France depuis près de deux
fiècles 8c demi : ils ont dès-lors le voeu de la Nation; ils
jugent en première inflance & dernier reffort, jufqu'à une
certaine concurrence (a).
Edit du mois de Cesétabliffemens ont fervi de modèle pour créer les dix
Janvier 1787, porSénéchauffées
ché, le
qu'il a été poflible, de ces grands principes qui fervent
BLt bale à l'ordre public.
Les Préfidiaux exiftent en France depuis près de deux
fiècles 8c demi : ils ont dès-lors le voeu de la Nation; ils
jugent en première inflance & dernier reffort, jufqu'à une
certaine concurrence (a).
Edit du mois de Cesétabliffemens ont fervi de modèle pour créer les dix
Janvier 1787, porSénéchauffées --- Page 9 ---
Sénéchauffées & les dix Amirautés de Saint-Domingue en tantattribution Sénéchanffées aux 8:
Tribunaux du dernier reffort, autorifés à juger, au civil, Amirautés pour
jufqu'à concurrence de 6ooolivres toumoisy@qu.nréquivalent en dernier ie
livres
E au civil, juf.
en France qu'à 4000
(b).
concurrence
Par cet arrangement, ces vingt Tribunaux de nouvelle 1 6000 liv. tourinflitution, rempliffent dans leur compétence,
s'étend nois,qui lent enFrance n'équiva- qu'à
les trois
des procès de la colonie,
d'un
Auaee
fur
quarts (c)
Cours 4000 liv. egaleanenz
dernier reffort, comme s'ils étoient eux-mêmes
tournois.
de Juftice : ainfi, en rendant, dans
trois
LIPREC
Supérieures quarts des procès, les inconvéniens des débordemens de rivières & des déplacemens abfolument nuls, 2. pour chacune de ces vingt jurifdiétions, leur pouvoir, qui met
un terme abfolu à la majeure partic des procès, rapproche
inconteflablement une juftice définitive, de celui
la
demande, &c
alors fans fortir de chez
ipui
quilobtient
En adoptant
modèle les préfidiaux, M. le Maréchal de Caftries ERar eft toutefois écarté dans un point ef
fentiel : les Préfidiaux, d'après un pouvoir borné, jugent Iorfen France les caufes perfonnelles, réelles-& mixtes,
qu'à Saint-Domingue, les Sénéchauffées & Amirautés, par
leur attribution également limitée, ne peuvent juger en
dernier reffort,
les caufes purement perfonnelles. Ces
bornes, données l'autorité de ces Tribunaux, ont para
néceflaires, parce que les caufes réelles & mixtes, quoique
foumifes à une évaluation numéraire dans les Préfidiaux,
préfentent fouvent des difficultés épineufes à réfoudre,
ont befoin, par l'appel, de fubir une révifion dans une
S Souveraine, au lieu que dans un établiffement maritime comme le nôtre, oule commerçant n'a de difcuflions
qu'avec un cultivateur manufa@urier, qu'avec des ouvriers
ou de petits débitans, à qui il livre fes marchandifes, les
caufes perfonnelles, prefaue toutes confulaires, n'offrent
que des conteftations fimples, qui n'exigcant pas de grandes
connoiffances en droit, n'ont, en quelque forte, befoin
que d'intégrité & de bon fens,
être bien jugées (d).
Quel eft le but d'un armateur FOeE France, loriquil conRéforme judiciaire, Gc.
H
vriers
ou de petits débitans, à qui il livre fes marchandifes, les
caufes perfonnelles, prefaue toutes confulaires, n'offrent
que des conteftations fimples, qui n'exigcant pas de grandes
connoiffances en droit, n'ont, en quelque forte, befoin
que d'intégrité & de bon fens,
être bien jugées (d).
Quel eft le but d'un armateur FOeE France, loriquil conRéforme judiciaire, Gc.
H --- Page 10 ---
duit fon vaiffeau dans un port de la colonie? D'y faire une
vente prompte, un recouvrement facile & fur, & peu de
féjour : voila, certes ? pour le commerce, le plus grand
de tous les biens; mais fi l'armateur rencontre un débiteur
ne le paie
quel efta alors fon voeu ? Prompte juflice,
2h fur-tout aealimntae pour écarter les longueurs d'un appel
à la Cour fouveraine, lequel eft un ver
fouvent retarde fon départ, le confume en AISE de t &
de juftice, & quilui faifant enfuite courir les rifques d'une
failon dangereufe, le fait arriver en France dans une morte
vente, & dérange toutes fes fpéculations.
Maiscen'eft pas allezpourlannateur, d'obtenir unejuftice
prompte & définitive, 'il faut encore que fon débiteur ait
le même avantage; car fouvent ce débiteur ne paie pas,
parce qu'étant dans l'impuiffance de le faire, &c étant néanmoins créancier d'une autre perfonne, cette autre perfonne
refufe de payer. Avant le dernier reffort des Sénéchauffées
&. Amirautés, établi à Saint-Domingue, l'armateur, porteur
d'une condamnation par corps, qui-i pouvoit s'exécuter par
provifion, n'avoit fouvent en cela, qu'un appareil menaçant contre fon débiteur, qui traduifoit en vain le fien en
juftice: ce dernier, en effet, n'ayant ni contrainte par corps,
ni exécution provifoire à craindre, fufpendoit tout par un
appel, & trainoit l'affaite en longueur, de manière à défefpérer fon créancier; au lieu que depuis le dernierreffort
créé pour nosjurifdictions, les furetésdel 'armnateurdoublent
dans une infinité de circonflances : car fi aux termes de
P'Édit de ce dernier reffort, il obtient, dans certains cas,
unjugement définitif & fansretour, fondébiteurquiéprouve
cette condamnation, fe rejette auffitôt dans des cas femblables, fur celui qui lui doit; ce dernier fe replie fur un
autre; & tous, dans un court délai, font munis les uns
contre les autres, d'un jugement exécutoire & fans appel :
l'armateurtient donc aujourd'hui, dans fa main, le premier
anneau d'une chaine qui n'exiftoit point autrefois, & qui
au lieu d'un débiteur, lui en procure indiredement pour
biteurquiéprouve
cette condamnation, fe rejette auffitôt dans des cas femblables, fur celui qui lui doit; ce dernier fe replie fur un
autre; & tous, dans un court délai, font munis les uns
contre les autres, d'un jugement exécutoire & fans appel :
l'armateurtient donc aujourd'hui, dans fa main, le premier
anneau d'une chaine qui n'exiftoit point autrefois, & qui
au lieu d'un débiteur, lui en procure indiredement pour --- Page 11 ---
la même créance, plufieurs dans le cas d'être exécutés fur
le-champ; conféquemment plus de furetés dans fes ventes,
plus de facilités dans fes recouvremens, moins de féjour
dans nos rades, moins de dépenfes & de frais. Tel eft le
réfultatinfiniment
du dernier reffort au civil,
des Sénéchauffées AAHERIES &c
de la colonie, non-feulement pour le commerce de France, mais-encore pour des
cultivateurs manufa@uriers qui, fans fortir de chez eux,
fe trouvent par une prompte juftice dans les trois quarts
des procès, 1 T'abri de toutes vexations judiciaires, abfolument profcrites dans les matières fommaires du dernier
reffort dont il s'agit (e).
fans
il réfulte
De ces faits, qui font prouvés
réplique,
M. le Maréchal de Caftries, a,pour les trois quarts des
procès que de la colonie, rempli à la leitre le voeu des deux
grandes maximes que nous avons annoncées ci-deffus, dont
Fune eft que les Tribunaux doivent être créés en raifon
des befoins des peuples, & dont l'autre veut
tous les
autant
fujets du même Prince foient,
qu'il ar pofible,
également traités dans l'exercice de la juftice.
Compétence des
Un écrivain célèbre a dit que nous marchions à Saint- Sénéchauffées &
fur des barils de
à canon : c'eft une Amirautés, pour
Domingue, 2
poudre a en effet, dans notre juger en dernier
grande vérité fous un emblème;il n'y
reifort,lesefclaves
colonie, qu'environ cinquante mille ames de population prévenus de crilibre, contre quatre cents & quelques mille efclaves: : Or, fi mes.
l'intérêt des maîtres,qui leur crie fans cefle que la fomme
des produits, & conléquemment leur propre fortune eft
attachée à la fomme de travail, que la fomme de travail
dépend de la force des bras, & que la.force des bras n'eft
puiffante, active & foutenue,, que pardes nourritures abondantes & des travaux modérés; fi d'ailleurs toutes les Ordonnances, par ce fentiment de bonheur public qu'elles
impriment à tout ce quirefpire, ramènent perpétuellement
les colons à un régime domeftique. qui doit rendre le fort
de leurs efclaves plus doux, à Tbreh des égards,
celui
de la
des payfans du royaume;
autre
3us
majeure partie
H 2
enue,, que pardes nourritures abondantes & des travaux modérés; fi d'ailleurs toutes les Ordonnances, par ce fentiment de bonheur public qu'elles
impriment à tout ce quirefpire, ramènent perpétuellement
les colons à un régime domeftique. qui doit rendre le fort
de leurs efclaves plus doux, à Tbreh des égards,
celui
de la
des payfans du royaume;
autre
3us
majeure partie
H 2 --- Page 12 ---
côté, il eft effentiel qu'ily ait un contrepoids, dont la puiffance & la force rétabliflent la proportion entre Thomme
libre & Fefclave, relativement à la différence de leur population refpeftive. Ce contrepoids, d'autant plus néceflaire
à établir, que le maitre aura plus de bonté pour fes efclaves, & quilleurdonnera plus de liberté pour fe procurer
un bien être; ce contrepoids, difons-nous, fe trouve nonfeulement dans une milice toujours armée, toujours aétive,
mais encore dans une juflice fans cefle préfente, qui, réprimant le pouvoir du maitre, lorfqu'il en abufe,s'empreffe
à faire un prompt exemple, lorfque l'efclave commet un
crime. Dans nos colonies où l'efclavage eft regardé comme
néceffaire pour le foutien même de la vie de plufieurs millions d'individus exiflans en France, on eft forcé de reconnoître que de quelque adouciffement que foit accompagnée
la privation déla liberté, létat fociale left, chaque infiant,
dans une fituation violente : il en eft de même dans un
camp, oùt cent mille foldats obéiffent à la volonté d'un
feul homme. Dans cet ordre de chofes, où les volontés
individuelles du plus grand nombre font dans un état de
contrainte abfolument paffif, les remèdes au mal font extrêmes. 2 parce que le falut public eft fans ceffe expofé;
ainfi, chez plufieurs Nations, le foldat qui commnet un
crime à l'armée, eft fouvent puni de mort, fur le feul
jugement du grand Prévôt & d'un Affeffeur, figné du Général: ainfi, dans nos Sénéchauffées & Amurautés,Teiclave
criminel, lorfqu'il n'a point de perfonnes libres pour comcondamné en dernier reffort par un Tribunal comET de feptJuges, eft dès-lors infiniment mieux traité que
ce foldat, dont le fort dépend de trois voix ; ainfi, pour
une certaine nature de crimes, nos grands Prévôts en
France, & nos Préfidiaux jugent, au nombre de fept opinâns, leurs propres concitoyens fans appel (f). fenfible! fubHumanité, exprefion fi chère à mon ame
fiftances,- travaux modérés & douceurs de toute efpèce de
comET de feptJuges, eft dès-lors infiniment mieux traité que
ce foldat, dont le fort dépend de trois voix ; ainfi, pour
une certaine nature de crimes, nos grands Prévôts en
France, & nos Préfidiaux jugent, au nombre de fept opinâns, leurs propres concitoyens fans appel (f). fenfible! fubHumanité, exprefion fi chère à mon ame
fiftances,- travaux modérés & douceurs de toute efpèce de --- Page 13 ---
la part des maîtres, en faveur de P'efclave fubordonné;
juflice aélive & promptement cxécutée contre l'efclave
criminel; voilà léquilibre que la bienfaifance du Souverain,
pour une claffe d'hommes qui a befoin d'appui, mais auffi
fa vigilance pour notre fureté, ont cru devoir établir
dee. une colonic toujours préfente à fes regards, par le
grand mouvement qu'elle imprime à l'Europe par fes
produits. La compétence des Sénéchauffées & Amirauté de Saint- de deuxCoursSou- L'établilfement
Domingue étant fixée, tant au civil qu'au criminel, M. le veraines de. Jufice
Maréchal de Caftries a jeté les yeux fur les deux Cours de à eft-il Saint-Domingue, nécellaire?
Jufice alors exiftantes, Fune au Cap, & l'autre aul Portau-Prince. Ainfi les trois quarts des procès étant jugés en
dernier reffort par les Sénéchauffées & Amirautés, il eft
évident alors que le quart reftant de ces procès devoit
feul former la compétence des deux Cours fupéricures du
Cap & du Portau-Prince, en leur donnant une occupation
raifonnable & fuffifante pour lcs exercer : or il eft démontré
quedepuisle I erJanvicr 1788,jufqu'au rer. Janvier 1789, ce
quart de procès àjuger, fe réduit, au civil, à 489 appels (g);
lorfque parun autre fait égalementcertain, il eft démontré
quele Confeil unique adtucllement éxiftant, a jugé, dans la
premibreannsedefon inftitution, 1017procès civils(h), dont
une grande partie étoit arriérée, fans compter encore ui
grand nombre d'autres affaires. Cesr réfultats,qu'ont entrevu
lans doute les Adminiftrateurs qui demandoient depuis
plus de vingt ans, la réunion en un feul, des deux Confeils
de la colonie; Ccs réfultats qui fe préfentoient de même
à M. le Maréchal de Caftries, n'ont pu lui permettre de
propofer au Roila confervation de deux Cours fupérieures
à Saint-Domingue, lorfqu'une feule étoit plus que Tuffifante
pour juger chaque année tousles procès majeurs qui s'intenteroient dans la colonie.
Edit de réunion
A la première nouvelle de la réunion des deux Cours des deux Confeils
de Juflice en une feule, la partie du Nord de Saint- fupérieurs & du Port-au- du Cap
Domingue, ou fe trouvoitle Confeil du Cap, s'eft récriée
confervation de deux Cours fupérieures
à Saint-Domingue, lorfqu'une feule étoit plus que Tuffifante
pour juger chaque année tousles procès majeurs qui s'intenteroient dans la colonie.
Edit de réunion
A la première nouvelle de la réunion des deux Cours des deux Confeils
de Juflice en une feule, la partie du Nord de Saint- fupérieurs & du Port-au- du Cap
Domingue, ou fe trouvoitle Confeil du Cap, s'eft récriée --- Page 14 ---
Frince, enun feul, contre cette réunion; ce mouvement eft dans la
fous le titre da Le bien, en
un
nature.
Confeil fupérieur
effet, que peut produire changement, quelde Saint-Dominutile qu'il foit, ne fe fait fentiro que lentement: : ainfi la
gue.
Smr du Cap n'a pu voir, au premier coup-d'ceil, tout le
bien réfultant des trois quarts des procès jugés en première
inflance & dernier reffort dans le lieu même, comme matière fommaire , conféquemment fans prefque aucuns
frais; elle n'a pas pu voir que, dans ces circonftances multipliées, l'extinétion d'un fecond degré de jurifdidion étoit
infiniment favorable à fon commerce, puifqu'il efta avéréque
vingt procès jugés en dernier reffort dans nos Sénéchauffées & Amirautés, font moins coûteux qu'un feul fuivi par
T'appel, fans compter encore les longueurs & les anxiétés,
fuite naturelle de ce nouveau procès; elle n'a
pu voir
enfin que ces avantages provenans de notre autNufiz formation de Tribunaux, étoient infiniment fupérieurs, pour
elle-même, aux inconvéniens , dans un
nombre de
circonfances, d'un tranfport volontaireau
de quelques parties
dont la
EREES
plaidantes,
follicitation auprès
des Magifirats efl prefque toujours auffi déplacée que fuperflue (k).
Sitel eftle fort de la ville du Cap, quel doit être, à plus
forte raifon, celui des dix-huit autres Jurifdidions de la
colonie, dont les jufticiables, àl l'exception de ceux du Port
au-Prince, n'ayant autrefois aucune Cour fupérieure à leur
portée, &c étant dans le cas de fe déplacer pour le moindre
procès, ont aujourdhuifavantage ineftimable d'en voirterminer les trois quarts fans fortir de chez eux! Mais, on le
répète, le temps feul pouvoit mettre au jour ces utiles
vérités, ignorées dans le principe; &la régénération actuelle
de la Juftice, n'étant connue que par parties détachées,
fans
pôt en faifirla liaifon & lenfemble, la ville du
Cap aa dà éprouver que le mal du moment, qui, la frappant comme un coup de foudre, a dû néceffairement produire les fenfations les plus vives.
Quoi qu'il en foit, le Gouvernement a penfé que les
mettre au jour ces utiles
vérités, ignorées dans le principe; &la régénération actuelle
de la Juftice, n'étant connue que par parties détachées,
fans
pôt en faifirla liaifon & lenfemble, la ville du
Cap aa dà éprouver que le mal du moment, qui, la frappant comme un coup de foudre, a dû néceffairement produire les fenfations les plus vives.
Quoi qu'il en foit, le Gouvernement a penfé que les --- Page 15 ---
procès dans les grandes matières, étant réduits à un trop
petir nombre
donner de l'occupation à deux Cours de
Juflice, il FEIreL convenable que tous les habitans de SaintDomingue, que tous les armateurs de France, déja traités
également
les trois quarts des procès irrévocablement
terminés aimri le lieu même où ils s'intentent, n'euffent, à
légard du
nombre de matières importantes fujettes a
feule Cour pour les juger(1).
exiftant,
Eete
Ainfi,le Confeil fupérieura aéhuellement
n'ayant
reçu, dans une année, que489appels, & ayant jugé néanmoins 1019 procès civils, tant anciens
nouveaux, il eft
vifible' que ces 489 appels, & même, ET l'on veut, 500 &c
600, ne devoient point être diftribués en plufieurs Cours
fupérieures, qui fe trouvant, par ce partage, 9 une grande
partic de l'année fans rien faire,auroient été dès-lors beaucoup plus à charge qu'elles n'auroient été avantageufes (m).
Suppolons toutefois que, pour donner de Toccupation à
ces diftérentes Cours fupérieures, le Roi eût cru devoir fixer
le dernier reffort des Sénéchauffées. &c Amirautés, à une
fomme au-deffous de l'attribution qu'on leur aj donnée
alors, dans ce cas même (carl la diminution n'auroit pu être :
confidérable) il y a non-feulement beaucoup de vraifemblance
n'y auroit eu de travail
pour occuper une
feule de de Juftice, mais il eft LAGCIP d'ailleurs qu'on
auroit donné une défaveur marquée, aux ports & rades de
la colonie, où font les huit Sénéchauffées & les huit Amirautés qui n'auroient
participé aux avantages accordés
au Cap & au
punamyhinate
L'habitant, en effet, 8c le commerçant de ces feize Tribunaux, auroient été alors obligés de fubir un fecond
de jurifdiction dans un plus grand nombre de procès
fe
jourd'hui, d'effuyer une
grande quantité def frais,
E
déplacer beancoup cemtar ; &c'eft politivement ce déplacement, contre lequel on a tant de raifons de réclamer. Eh!
qu'ont donc fait les habitans 8x les commerçans de ces feize
jurifdiétions, pour diminuer, à leur égard, les avantages que
, auroient été alors obligés de fubir un fecond
de jurifdiction dans un plus grand nombre de procès
fe
jourd'hui, d'effuyer une
grande quantité def frais,
E
déplacer beancoup cemtar ; &c'eft politivement ce déplacement, contre lequel on a tant de raifons de réclamer. Eh!
qu'ont donc fait les habitans 8x les commerçans de ces feize
jurifdiétions, pour diminuer, à leur égard, les avantages que --- Page 16 ---
la nouvelle organifation de la Juftice leur donne ? eft-ce
parce que les ports 8 rades des huit quartiers dont il s'agit,
iont moins favorifés par la nature, que les deux ports principaux du Cap & du Port-au-Prince?1l femble,au contraire,
que ce devroit être une raifon pour les mieux traiter: terminons.
Il eft certain
tous lesjufticiables de la colonie fupportoient autrefois qeee Sphonrtitdsaip-tpe petite
condamnation ; c'étoit un abus. Ils étoient dans le cas de fe
déplacer, pour tous kes procès : c'étoit encore un abus, a&tuellement lestrois quarts deleurs procès fe jugent fans déplacement, c'eft un bien; dans le quart feulement de leurs
procès, ils courent, coutefois ils le veulent, les rifques de
fe déplacer; ceft un inconvénient, ou fi l'on veut même,
c'eft un mal. Or, dans ce conflit de bien & de mal, il eft
vifible que le Légiflateur né pouvant détruire le mal en
entier, a accueilli un moyen qui le rend trois fois moindre
qu'il n'étoit anciennement.
Il eft encore vifible
puifqu'il ne falloit qu'une feule
Cour fouveraine pour us jugement des matières
tantes, réduitesà un trop'petit nombre pour en exiger
HOEOE
cette Cour fouveraine: ne pouvoit être placée qu'au Port-auPrince, le centre des poffeffions Françoifes.
De ces faits il réfulte que fi l'on eût trop refferré l'attribution de dernier reffort, accordée aux Sénéchauffées
& Amirautés, tous les quartiers de la colonie, la ville du
Cap elle-même & celle du Port-au-Prince, auroient fouffert
un furcroit deprocédures, une furcharge de frais, uneJuftice
plus lente ; & dans quelles matières? dans des affaires purement perfonnelles & fommaires. Ainfi cet ancien défordre
continuant de frapper fur les opérations du cultivateur &
du commerçant, n'auroit fervi qu'à propager la mauvaife
foi, qu'à entretenir des haines funeftes, dont on ne fauroit
trop tôt étouffer le germe, qu'à détruire enfin les maximes
importantes d'ordre &c d'encouragement, furl lefquelles repoie tout établiffement colonial, qui ne peut exifter fans
commerce
maires. Ainfi cet ancien défordre
continuant de frapper fur les opérations du cultivateur &
du commerçant, n'auroit fervi qu'à propager la mauvaife
foi, qu'à entretenir des haines funeftes, dont on ne fauroit
trop tôt étouffer le germe, qu'à détruire enfin les maximes
importantes d'ordre &c d'encouragement, furl lefquelles repoie tout établiffement colonial, qui ne peut exifter fans
commerce --- Page 17 ---
commerce maritime, & qui, àce titre exige, comme le
bien fuprème, uneJuftice prompte, décifive & fans retour.
Les Tribunaux de Juflice une fois formés, un foin plus Ecole de
important encore a fixé l'attention de M. le Maréchal trature 3 dans Magic le
de Caftries. Faire de bons Juges eft la chofe dont il paroit Confeil fupérieur
qu'on fe foit le moins occupé en France, depuis que les deSaintDomingue.
offices de Magiftrature ont été mis à l'encan.
Jetez les yeux fur les Falcultés de droit : un jeune
homme donne fon nom & fon argent, &cileftlicentié ; avec
une fomme un
plus forte, & payant exaétement le
marc d'or, le ndis Magiftrat: il ya véritablement pourles
peuples de quoi s'effrayer. Ot trouver la fource de ce
défordre? Non-feulement dans la Loi
a mal organifé
les Facultés de droit, mais encore dans 2 déprédation des
finances; qui a forcé de mettre en vente des fonétions auguftes que Saint-Louis rempliffoit en perfonne, &
peut dès-lors regarder comme une des plus belles qu'on
tives des Rois.
prérogaLorfque la Loi a dit aux membres des Facultés de droit:
Plus vous aurez d'élèves plus vous aurez d'argent; c'eft
comme fi elle leur avoit ditsfoyetfaciles 6 indulgens,
vous auret déleves, mais auffi plus vous ferex d'ignorans. fifc
faudroit donc, en quelque forte, pour remédier au mal,
que fuivre une marche diamétralement oppofée à celle
qu'on a tenue. jufqu'à cej jour. En attendant cette réforme,
ardemment defirée parles Profeffeurs en droit, qui tous
miffent de cesdéfordres, ainfi que de plufieurs autres
abjurent &
voudroient
admr
qu'ils
rejeter de leur fein, le Roi
a pris le parti d'établir une école pour former des
trats.
Magif
Ainfi toutes les places de judicature fe donnent à SaintDomingue; rien en ce genre ne fe vend: : ainfi les
de la Cour fupérieure ne tendent pas la main au Magiftrats
pour recevoir
des émolumens; le Roi feul fe charge plaideur, de
les indemnifer de leurs foins, en proportion du travail
chacun fait: ainfi, un jeune homme, reçu Avocat, peut LRE
Réforme judiciaire, éc.
I
pour former des
trats.
Magif
Ainfi toutes les places de judicature fe donnent à SaintDomingue; rien en ce genre ne fe vend: : ainfi les
de la Cour fupérieure ne tendent pas la main au Magiftrats
pour recevoir
des émolumens; le Roi feul fe charge plaideur, de
les indemnifer de leurs foins, en proportion du travail
chacun fait: ainfi, un jeune homme, reçu Avocat, peut LRE
Réforme judiciaire, éc.
I --- Page 18 ---
préfenter à vingt ans pour entrer dans le Confeil de SaintDomingue; mais borné à de foibles émolumens,
tionnés encore à fon travail, il n'a, dans le Tribunal, proporqu'une commiffion des Adminiftrateurs, avec voix confultative pour deux ans feulement, à l'expiration defquels il
n'eft plus Magiftrat, fi fon travail & fes moeurs ne donnent
pas de lui de grandes efpérances. On doit fentir que dans
un age où l'imagination eft ardente & les efforts
un jeune homme devient néceffairement fudieux, puiffans, & fait
l'impofible pour atteindre > à une place qui le'faffe fortir de
l'état précaire otilfe trouve. A vingt-cing ans il
donc
afpirer à être Affeffeur brévété du Roi, avec voix peut délibérative : il a des appointemens alors, qui,joints à fes émolumens, augmentent fon fort; mais il n'ef point encore
Confeiller, & ce n'eft qu'à ce titre
font attachés un
traitement & des prérogatives qui Torndoe doubler fon
exiftence. A.vingt-lept ans feulement il peut être éligible
pour ces dernières places.
Préfentation aux Ici M. le Maréchal de Caftries a cru
places de Magiftra- bon ordre, une
devoir facrifier au
ture,parl le Confeil
prérogative des Secrétaires d'état de la
fapérieur de Saint- marine : voilà le bon citoyen. Ces Secrétaires d'état
Domingue.
toient au Roi les fujets
les
préfenProcès jugés au trature; mais M. de pour places vacantes de Magifrapport.
Cafiries, dont la probité
de cette foule de follicitations dangereufes, qui s'indignoit pouvoient
conduire à des places majeures, des fujets
en étoient
indignes, s'eft reporté à ces temps anciens les Cours de
Juftice avoient la prérogative de choifir leurs membres : il
a donc propofé à Sa Majefté, & Elle a adopré, que les fujets éligibles pour une place vacante de
feroient préfentés parla Cour fouveraine, au Magiffature, nombre de trois
candidats, à lun defquels Sa Majefté accorderoit fa nomination. Pour éviter encore toute efpèce d'abus fur cette
préfentation, il faut, pour être éligible, prouver qu'indépendamment d'une bonne conduite, on s'eft occupé dans
la colonie, pendant cinq ans, de l'étude des Loix.
Le Roi ne s'en eft pas tenu à ce feul établiffement pour
fentés parla Cour fouveraine, au Magiffature, nombre de trois
candidats, à lun defquels Sa Majefté accorderoit fa nomination. Pour éviter encore toute efpèce d'abus fur cette
préfentation, il faut, pour être éligible, prouver qu'indépendamment d'une bonne conduite, on s'eft occupé dans
la colonie, pendant cinq ans, de l'étude des Loix.
Le Roi ne s'en eft pas tenu à ce feul établiffement pour --- Page 19 ---
faire de bons
Sa Majefté a remarqué,
dans
toutes les tecdes il n'y a
le travail stir puiffe
former des hommes : cette ente eft auffi ancienne
lc genre humain. Alors a été difcutée la queftion de TC
voir, fi en Cour fouveraine, oit il nc s'agit que de la
révifion d'un procès déja plaidé & jugéen première infance,
les Magiftrats fc formoient mieux, en écoutant les Avocats
à l'audience, qu'en faifant eux-mêmcs le rapport des
procès.
Pour décider cette grande queftion, il faut inconteftablement s'en rapporter aux faits, parce qu'eux feuls font
en poffeffion de ne pas tromper; or, dans toutes les Cours
de Juftice, quels font ordinairement les grands Magiftrats?
L'expérience les indique dans la claffe de ceux qui rapportent des procès, & dans cclle dcs Gens du Roi,
en plaidant, ne font autre chofe que dcs rapports.
cdi
certainement une vérité qui ne peut être conteftée, f
l'on confidère la propofition en général : ainfi, comme il
eft effentiel que la Nation ait de bons Juges, puifque c'eft
le bien par excellence, Sa Majefté n'a pas héfité, l'égard
du jugement des procès, d'adopter
bafe de fa réforme
le Réglement de fon Confeil MFLROUL où tout fe juge au
mPECt donc l'ame de d'Agueffeau, l'un dcs plus grands Ordonnance du
Chanceliers de France, qui a préfidé à l'Ordonnance faite mois 1787, de pour Janvier P'inflinftrudtion des procès, dans lc Confeil fupérieur truétion &lejugeBe"s Saint-Domingue. Les rapports y étant diftribués éga- ment des procès,
lement, il faut que chaque Magiftrat paie de fa perfonne; au rieur Confeil de Saint-Do- fupéainfi, à force de travail, il s'initruit néceffairement.
mingue.
C'eft en effet dans le filence de fon cabinet, qu'il pcfe
avec réflexion les moyens refpedtifs des parties : ceft là
dégagé de l'émotion que produit à l'audience une
TErige d'autant plus dangereufe, qu'elle fubjugue,
ainfi dire, fans qu'on s'cn apperçoive, il examine
Bera fang-froid, les titres du procés, & qu'il lcs compare
entr'eux, c'eft là enfin qu'il confulte les loix dans leur
I2
le filence de fon cabinet, qu'il pcfe
avec réflexion les moyens refpedtifs des parties : ceft là
dégagé de l'émotion que produit à l'audience une
TErige d'autant plus dangereufe, qu'elle fubjugue,
ainfi dire, fans qu'on s'cn apperçoive, il examine
Bera fang-froid, les titres du procés, & qu'il lcs compare
entr'eux, c'eft là enfin qu'il confulte les loix dans leur
I2 --- Page 20 ---
fource, & qu'il les dégage de l'opinion fouvent erronée
des défenfeurs des parties, qui les mettant à la torture,
des interprétations forcées, dont on ne peut vérifier
P valeur dans une audience publique, ne tendent dèslors qu'à égarer les
: Ce n'eft tout : il
que lel Magiftrat faffe fon
YES
pas
rapport à une Cour, dont tous les membres inftruits, comme
lui, parle travail, ne lui paffent, ni les principes hafardés,
ni les fauffes conféquences. L'opinion motivée de chaque
Juge, donnée à haute voix, forme donc inconteflablement entr'eux, un
de lumières qui, éclairant la
Jufltice dans toutes Erure parties, la fait jouir alors de tous
fes droits.
Le
des Je ne dois
toutefois me taire, fur une vérité maneEid jeure, dont fe réticence de ma part feroit une perfidie
fait à huis clos, deme rendroit coupable envers le Roi & la Nation. Le
vroit fe faire & publi- qui a des droits
tenant à la
del ce
quement portes public
qui,
propriété
qu'il
ouvertes.
a de plus cher au monde, font imprefcriptibles chez tous
les peuples. Or, plus le Magiftrat, dans fes fonctions, eft
au-deflusdes autres hommes, puifqu'il tient fouvent entre
fes mains leur fortune, leur honneur & leur vie; plus il
eft néceffaire de foumettre, en quelque forte, à la cenfure publique ces fonctions redoutables, quelque auguftes
qu'elles foient. Ainfi la Nation ne voyant qu'avec une forte
de crainte, le rapport des procès fe faire à huis clos
ne conviendroit-il
que, dans un fiècle éclairé, on lui
donnât fatisfaction k cet article?
Quel eft le juge qui puiffe fe croire humilié, lorfque
la publicité accompagnera fes travaux? Pour le convaincre
de ce qu'il peut y. gagner, en rendant au public ce
au
jette un inftant les
Te
appartient public, qu'il
yeux
les grandes réputations de prefque tous les Gens du Roi
des Cours fouveraines du Royaume. Comment ces Magiftrats font-ils leurs rapports? Publiquement. Pourquoi
donc, à quelques modifications près, ne pas fuivre la même
marche à l'égard des rapports des Juges, dans les procès
? Pour le convaincre
de ce qu'il peut y. gagner, en rendant au public ce
au
jette un inftant les
Te
appartient public, qu'il
yeux
les grandes réputations de prefque tous les Gens du Roi
des Cours fouveraines du Royaume. Comment ces Magiftrats font-ils leurs rapports? Publiquement. Pourquoi
donc, à quelques modifications près, ne pas fuivre la même
marche à l'égard des rapports des Juges, dans les procès --- Page 21 ---
contradidoirement inftruits ? Quelle tranquillité ne feroitla Nation, f,
cette nouvelle infituce pas
des Tribunaux d'après fupérieurs fe former infention, eleveg voyoit des
de la trempe des d'Agueffeau,
fiblement
des Magiftrats d'Ormeflon, des Caftillon, &2 de tant
des RELEE
A
école
d'autres dont le nom feul eft un éloge! formés? A quelle celle de Ia
ces-M Magiftrats célèbres fe font-ils
leurs talens
cenfure publique. C'eft là, en effet, que leur
a
naiflans fe font développés; ceft là que de intégrité de
triomphé des haines &c des vengeances
plaideurs infidieufe
mauvaife foi, dont ils ont confondu la marche
s'éta-
& menfongére : c'eft là enfin
leur réputation,
blifant au grand jour, a jeté dec racines profondes, qui
bravent le temps & fes orages. Ordonnance Coloniale, à
Cette difpofition de notre
légard des rapports des procès faits à huis clos, quoique
commune à toutes les Ordonnances du Royaume, On auroit- doit
elle donc échappé à la fagacité du Légillateur?
croire
dans une révolution qui changeoit, en grande
partic, RRC travail desJuges, Sa Majefté a penfé quil-n'étoit
pas à propos d'expofer jubitement les Magifirats étonné au grand ceuxjour des féances publiques, dont l'éclat ent
d'en
mêmes qui, par leurs talens, font Ies plus capables
impofer. Les Magifirats devoient donc, avant tout,s'exercer dans des formes nouvelles ; ils devoient fe faire refpecer refréciproquement dans leurs
avant des'y formé infenfile public; & le RRUSA enfin,
EeLEn par des fujets de
efpérance, devoitacquérir la
impofer à la critique plus
une confiftence capable
Rarting
févère. Pour fe convaincre plus particulièrement de la révolution
heureufe qui peut réfulter de rapports faits publiquement, fe
qu'on jette pour un moment les yeux fur ce qui paffe
en France, & qu'on le compare à ce qui exiftéroit Alon
adoptoit pourle royaume, ce féminaire del Magiftratureétabli
pour la colonie.
efpérance, devoitacquérir la
impofer à la critique plus
une confiftence capable
Rarting
févère. Pour fe convaincre plus particulièrement de la révolution
heureufe qui peut réfulter de rapports faits publiquement, fe
qu'on jette pour un moment les yeux fur ce qui paffe
en France, & qu'on le compare à ce qui exiftéroit Alon
adoptoit pourle royaume, ce féminaire del Magiftratureétabli
pour la colonie. --- Page 22 ---
Suppofons donc un inflant ce qui n'ef fouvent que
vrai; fuppofons que l'être quia aflez
trop
en France une charge de Magiftrature, d'argent eft un homme pour acheter
ou, ce qui eft pis encore, un efprit de travers, qui donne borné, à
chaque pas dans des principes erronés & de faufles conféquences, certainement il n'en eft pas moins, s'il le veut,
Magiftrat toute fa vie; alors, dans ces deux cas, c'eft un
Juge, ou nul, ou dangereux pour le public : on conçoit
l'éclat de rapports publics n'eft pas fait pour un tel
que
il y trouveroit fa honte & fon déshonneur.
homme;
Adoptez les formes de Saint-Domingue, & vous verrez
auffitôr un trait de lumière fel répandre fur le
en difliperles ombres nuifibles. En effet, le jeune tableau,
qui fe préfente à
ans
nataltes
vingt
dans la Cour fouveraine,
comme on l'a déja dit, qu'une commiffion
deux n'a,
avec une fimple voix confultative : quand pour il rapporte ans, un
procès, le foin de fon honneur, fon
& l'intérêt de fon exiftence, quiTeycitentà.franchir amour-propre
une carrière bornée, pour s'élancer dans une promptement autre
étendue, tous ces motifs le cuiraffent, en quelque
plus
un. travail férieux & médité, contre la cenfure des forte, par
teurs. Sic'eft un homme borné, ou s'il a des défauts fpecta- dans
l'efprit & des vices dans le coeur, combattu alors avec avantage par tous les autres mémbres'd'une Cour
geits ont fiubi les mêmes épreuves le mafque dont infiruitesparce ils'eft couvert en fe préfentant dans Farène, tombe néceffairement
avant qu'il ait atteint le terme de fa commiffion; dès ce
moment il ceffe d'être Magiftrat:mais s'ilfe porte au bien,
caleuleuminilantles. connoiffances & les talens d'une
fupérieure formée
Rrate
Voilà certainement le Tribunal fucceffivement dont de pareils fujets!
vérité, que les travaux ne craindront on le pourra dire avec
pas grand jour.
Quand on veut juger fans précipitation & fans erreur,
des avantages ou des défauts d'un nouvel
il
ne faut pas le confidérer dans le moment de établiffement, fa formation,
parce que, contrariant des opinions accréditées, &c partici-
iffances & les talens d'une
fupérieure formée
Rrate
Voilà certainement le Tribunal fucceffivement dont de pareils fujets!
vérité, que les travaux ne craindront on le pourra dire avec
pas grand jour.
Quand on veut juger fans précipitation & fans erreur,
des avantages ou des défauts d'un nouvel
il
ne faut pas le confidérer dans le moment de établiffement, fa formation,
parce que, contrariant des opinions accréditées, &c partici- --- Page 23 ---
pant encore aux vices d'une ancienne conftitution, il ne peut
manquer, au premier afpea, d'offrirà la critique foient
foibles dont elle tire
quoiqu'ils
EER
côtés
difparoitre fucceffivement: memtifit faut donc, en homme
pour d'état, fe reporter dans l'avenir, au moment où cet établiffement, ayantreçup aparle temps fa pufiropmigdienumene alors des regards de
ruine de toutes parts, ou devient digne
fon fiècle & de la poftérité.
de la fociété entière,
Si le Légillateur, pour l'avantage
Magiftrats,
doit, ,avant tout, porterfes regandainquietsfuriea) bien
pailquils font.la bafe effentielle d'une juftice
ordonnée,
il left de fa fageffe, d'un autre côté,de ne pas perdre de n'au- vue
que les Avocats & les Procureurs, dont les fonéions même
roient jamais dû être féparées, puifque tendant au
but,elles font également honorables parkeurimporarce(ok
il ne doit pas, difons-nous, perdre de vue que les Avocats
& les Procureurs, quoique du fecond ordre dans l'empire de
des Loix, font deftinés à applanir les premières voies
la Juftice. Une grande confidération doit donc appartenird
ceux d'entr'eux qui, fe diftinguant par le défintérellement, larmes des
les lumières &la probité. , reçoivent les premières & les défendent
plaideurs, les confolent dans leuirs peines,
avec courage.
les Avocats du Confeil fuPar notre nouvelle légiflation, ont les mêmes fonéions
périeur de Saint-Domingue du Roi. En fe bornant à écrire, & en dic
ceux des Confeils
la défenfe de leurs cliens, ils
primant afpirer quelquefois fans SOtru à la réputation de ces Jurifpeuvent
confinés dansleurscabinets,
confultes célèbres, qui,quoique la
à Faudience, n'en font pas
fans jamais T'ornement porter du parole barreau de toutes les Cours, &c
moins les oracles-de toute la France.
Les Avocats au
Nous conviendrons toutefois que, dans certains cas, il Confeil deSaint-Domingue, fupérieur
feroit peut-être utile d'entendre les Avocats à des audien- devroient être admis à plaider dans
ces Une publiques. circonfianice favorable à cette opinion, eft celle oit certaines tances. circonf-
, n'en font pas
fans jamais T'ornement porter du parole barreau de toutes les Cours, &c
moins les oracles-de toute la France.
Les Avocats au
Nous conviendrons toutefois que, dans certains cas, il Confeil deSaint-Domingue, fupérieur
feroit peut-être utile d'entendre les Avocats à des audien- devroient être admis à plaider dans
ces Une publiques. circonfianice favorable à cette opinion, eft celle oit certaines tances. circonf- --- Page 24 ---
le plaideur
d'une fentence d'appointement, ou de
toute autre wgeleder : dans ce cas, il femble que f
l'Avocat étoit admis à plaider, au lieu d'écrire, ce qui entraine des longueurs inutiles, alors les parties, en demandant l'évocation du principal, pourroient être plus promptement tirées d'affaire, par un Arrêt définitif. la dignité de la
Une circonflance fur-tout,
pour
les déLoi & le refpeét qui lui eft
paroit exiger que
A
fenfeurs des parties foient entendus dans une audience publique, eft celle où l'Avocat, revenant, par requête civile,
contre un Arrêt qui fe trouve dans le cas d'être réformé,
ne doit pas craindre de bleffer l'amour-propre des Juges,
en leur annonçant qu'ils fe font trompés : dans ce moment
fans doute, il eft difficile de décider quel eft le caraétère
le plus noble, ou celui de l'Avocat qui, fans aucun la ref- difped humain, 2 rappelle eavec courage aux Magifitrats écartés; ou
pofition des Loix dont ils fe font quelquefois s'humiliant devant
celui des Magiftrats eux-mèmes, encore qui, en avouant leur
la Loi, deviennent plus grands
7.
erreur 2 que s'ils ne Tavoient pas commife. l'on
admettre
Une autre circonftance enfin,ou celle oû l'état pourroit
fe
les Avocats à plaider, eft
des'perfonnes
trouve contefté dans les Tribunaux. Comme cette queftion tient effentiellement à l'ordre public, & conféquem- ébranle
ment à la fociété entière, dont elie confolide feroit-il ou
les fondemens s par le bien ou le mal jugé, ne
de donner le
aux
etrtes
convenable
plus grand appareil fur des intérêts
dans lefquelles la Juftice prononceroit
auffi univerfels?
Voilà, d'après une reéification légère qu'on pourroit fans
faire à notre Ordonnance fur l'inftruétion des procès, de bons
nuire à certe organifation indifpenfable pour former
Juges i voilà, dis-je (&c fauf encore quelques cas le
confacrés a la plaidoirie 2 fi le Légillateur
EE
culiers, geoit à
), voilà la fatisfaction qu'il feroit peut-être
néceffaire E22 donner au Public. Alors, la parole rendue, dans
éification légère qu'on pourroit fans
faire à notre Ordonnance fur l'inftruétion des procès, de bons
nuire à certe organifation indifpenfable pour former
Juges i voilà, dis-je (&c fauf encore quelques cas le
confacrés a la plaidoirie 2 fi le Légillateur
EE
culiers, geoit à
), voilà la fatisfaction qu'il feroit peut-être
néceffaire E22 donner au Public. Alors, la parole rendue, dans --- Page 25 ---
circonflancesy 75 ade.jetinest Orateursiy dont
dans les talens quelquesi des edoveloppereicat. &c lefenticr perpatueroient qui eoidn là
, leur
CRE
telogusncedmbaresae Tribunal duprèmes oile vosides Magitirats les appels
au
aveci eux des fonchions im
leroit unjours Tapanage pour partager des talens & des vertusa
ude U
portantes, Ventronaiau furplus ajouten encore à la perfeGion Que les pres
notre Ordonnance jur : fotmeide des motiver procader? toutes les Sentences
mierkodlugea foient tenus de
tousi les
quils rendent à da charge foumis à la
UEit Cour M
feront
ES
oniuitewequi fans difincion à T'examen des Gens da Rois
faine-pailent pollible dans linflitution, d'un Tribunal
Ge qui cl tout doit être
& dansi
D
sicutrol
proportionne, de Thomme dus
comme à Saint-Domingues d'une , Témolument, oboles que le miniftère pun
Roi nangmenteroit pas
woudrale difpenfer de porter
blic dé cette Cour loriquil hu-memelmociser fes conelufions par
la paroles foit lorsdu allujéti rapport la Sentence desi premiers Jugess
6cTLS que les conclulions des Gens du Roi; foient lues haus
ainfi que & A enfuite le procès n'eft pas bien
il ine
tement G
algniqua lerreur infeparable EN Thuma
faut s'en Mais prendre Fon conviendra du moins, que dans cc procédés
nité
& les Gens du Roi des Conssyne
les piemiers Juges caragiere, sécarter de la difpofition FORE
vant, rale des par Loix, leur & des principes impérieux fur lelquels fans celle reni
pole lordre public, feront forcés fouveraine de les expoler fans qu'aucun,
à T'eeil pénétrane de da leur Juflice vigilance : dès-lors, la Jurifn
abus puliffe Echappera
trompeur ces circonfianees
prudenee n'aura plus pour qui guide varient à Tinfini, ces conlidéa
fouvent menfongerca. conduifent à mille écarts, Uniquerations dhngelesierte far la Loi, dont elle, tirera toute fa forces
ment appuyse
eegreofcillation fatiguante, quides
elle perdra pourjamaiss & qui défefpère tantde pladcus-atul
fole les bonsdugess honores PAr la Loi, & da Loi relpedée par
les Magiliratss
Oc.
K
E Réforme judiciaife,
, ces conlidéa
fouvent menfongerca. conduifent à mille écarts, Uniquerations dhngelesierte far la Loi, dont elle, tirera toute fa forces
ment appuyse
eegreofcillation fatiguante, quides
elle perdra pourjamaiss & qui défefpère tantde pladcus-atul
fole les bonsdugess honores PAr la Loi, & da Loi relpedée par
les Magiliratss
Oc.
K
E Réforme judiciaife, --- Page 26 ---
eux, obtiehdront réciproquement, dans l'opinion puiblique, tribut
un fentiment de confiance & de refpeé, le feul
qui
foit digne d'eux. Je paffe à un autre objet.
a
a Iln'yta rien de à défefpérant, pour un homme qui
mois Ordonnances de Janvier du le malheur de plaider - 2 que d'être perpétuellemene Cette dans
r7S7, fur laforme lignorance abfolue de rétation fetrouvefon procès.
deprscéderauCon firuation
fufpend fouvent 5 à fon égard, des
- Gil fupéricur de
inquiétante ellel
le caractère, défole lintérieur
Snint - Domingue. opérations utiles ;
aigrit le bonheur:
Regitréesanoretie inftruire les des familles', & treponfie
pour
eil intéreffe à Aimplifier font affaire,
actes de procé- Sile plaideur
intérêt
dures.
cet
ie
dla voit combattn finir promptement, par" celui de fon défenfeur, en.enigeneral qui, genflant
Tment
procès parmille épifodes qusfembnomil
ren ynekqnerortele fans cefie des retards aufli avantageux à
Senry-occafunne un, qutls font mumgslesafantre. Debonne s'attendre foi, pourpeu à d'autiqu'on connoiffele ceurhtmain, peut-on
ELR
tres réfultats? r
r
met 2071 en
Cctrabus de la lézhlation françoife, qui
deuix intérêts contradictoires,
aTCR
Aition aqtoiqte perpétuelle contraire att voeit de la Loi, eft toujours sûr de
triomphen de Tautre; cet abits n'a été prévu nulle parti;
aufli iur cet article, le mal efl-il extrème par-tout. l'ordre
Comme il cf inoui qu'un hommequi a de
dans"
Hfes affaires, ne paille past cohnoitre fa fituation 2 lorfquil de fa
a un procès d'ot dénend fouvent la majeure partie cirfortune; comme il eft inoni
dans. une pareille
par
conftance il ne Duiffe.pas andirte fondéfenfeur, écarté de guidé
un intéret autre que le fien, ne sefpas fon Ordonnance lajule
mefured'une O0etclirome,-B- air Confeil par fupéricur de SaintSutr la forerder voulu protéder qu'il fut tenu au Gretie de ce Confeil,
Domingue,4 oit tout défenfeur des parties eft adujeti à infcrire un regafire la mention des feuls adtes ide proeédure queeetse Ordonmancefautorife à faire, dans des délais prefcrits: lor,les nédélais étant fixés pour inftruire & pour juigery le al regiftrel fut Nr.
ceflaircinent quaneprocés finiffe; autrement 2
fo
voulu protéder qu'il fut tenu au Gretie de ce Confeil,
Domingue,4 oit tout défenfeur des parties eft adujeti à infcrire un regafire la mention des feuls adtes ide proeédure queeetse Ordonmancefautorife à faire, dans des délais prefcrits: lor,les nédélais étant fixés pour inftruire & pour juigery le al regiftrel fut Nr.
ceflaircinent quaneprocés finiffe; autrement 2
fo --- Page 27 ---
Greffe eft un cenfeur rigide,
avertit perpéruellentent
lel plaideur de la fauffe marche fon défenfeur.
Le petit tnombred'adlesde procédure equ'une jufte défenfc
a permis d'infcrire fur cel regifire, & dont la mention fe
réduit à quelques lignes, 2 en ramenant l'inftruéion des
proces à unefi fimplicité dont ellen'aurbitjainsis dus s'écarter,
a faitdire avec railon que cetteinfeription au Greffe,n n'étoit
autre chofe
bref-état derla fituation du, plaideuravoc
fon Avocat, sat partie adverfe, & même fon.Juge.
1 Pour fe convaincre de cétte vérité, examinons queile
étoit autrefois la conduite d'un malheureux plaideury dont
4e procès ne finifoit pas. Inquict fur" fal fituation, dont il
Iui étoit impollible de débronillerle chaos, il alloit voir fon
défenfeur, qui certainement lui donnoit d'excellentes raifons pour juflifier fes retards. Qu'on me permette de parler
ici franchement, carile fort de plufieurs milliers d'individus
fouffrans, me force à déchirer le voile pour fonder ia plaie
dans toute fa profondeur. Ainfi, quand le plaideur, toujours trifte, toujours inquiet, &fans ceffe ballotté, finiffoit
enfin
saigrir jufqua un certain point, quelle étoit fa
Sae reffource 2ide recourir au Juge. Que pouvoitfaire
alors celui-ci? mander lel défenfeur? Kien de mieux. Mais
ce défenfeur,
qu'il ne fit
honnête, car ilen
Teft fans doute donte Ar conduite rofitlce 8 dignerd'éloges:
mais ce défenfeur, difons-nous, fertile en expédiens, 2 dont
Ja vérification eût demandé du temps, ne manquoit point
zencore de montfoplau@blespotr, couvrir fes torts. Commeut
donc faire en dernier lieu? vérifer les faits? Ceit politivement ce qu'on ne Dolngesstontalenenr demanderau
8c l'expérience ne le jufifie que trop.
PRaA vérifier'en effet Ia marche de linfimcion de mille
proces foupgonnés d'ètre en retard, par des plaintes journalières & perpétuellesyil auroit fallu
le Juge fe fit
repréfenter à chaquerintiant, cette foule dera dofliers de procédures dirigécs pour & contre, pour les feuilleter ferupuHeufement, & er tirer la vérité. Or, quel efti le Juge quis
K 2
le jufifie que trop.
PRaA vérifier'en effet Ia marche de linfimcion de mille
proces foupgonnés d'ètre en retard, par des plaintes journalières & perpétuellesyil auroit fallu
le Juge fe fit
repréfenter à chaquerintiant, cette foule dera dofliers de procédures dirigécs pour & contre, pour les feuilleter ferupuHeufement, & er tirer la vérité. Or, quel efti le Juge quis
K 2 --- Page 28 ---
multiplides, & qui fe fuce
chargé de fonéions publiques les unes aux autres, auroit fe
cédent à tout moment faftidicux & fans rétribution?
eft
à
uEr
livrer le ce travail qui auroit pu fufire à cet examen perpémême Juge
phusimportantes sen-:
tucl; fans masldsames-ahame vérité dans Tordre phyfique,
core? Il exifte l'ordre une grande moral : Phomme n'a quunen certaine
comme mefure dans de forces & de bonne volonté, dont il feroitinjufte
delui demanderd'ufer. avec excès. Aufh, dans notre ehypo- ide
thèfe, leduge, furl la'plainte du plaideur & stontetitsoceie les réponfes
"fon'défenfeur, donesine pouveic, étoitsil
ou a menacer en
de vérifier la
ate
per
juftelit, ou à le prier trest-humblements d'intEvain ce défenfeur,
pollibles procédé
truire le procès le aufi plus infrustueux promptement ique le premier : de là
prefque toujours déchirante de mille familles ruinées par des
1lenteurs cette plainte funeftes, en réclamant la décifion des Tribunaux.
Suivant le nouveaus régime de laJufice à éprouve Saint-Do- des
amingue, ce défordre eft tabolil Si-leplaideur il
fe préfenter au
lenteturs dont il foit'mnécontent, Jouvent fur pent un fimple quatrdde
greffe i on'lil Pétat de expédie fon procès: sil ne veut pas-fe donner a
papier, de lire lui-même POrdonnanee fort fimple qui Aixe
odes peine délais pour infiruire, ainfi que le nombre de de la piéces Cour
d'écritures, il
au premier Magiftrat parfaitegmsanbso Ds Tupérieiure, le IRSLR rasE greffc; alors ce fituation Magifirat de Faffaire,
sonil IE 8 ment inflruit' d'un coup-d'eil de la
trae isen
le défenfeur
enefl chargé, le
anyet h olavertit avec de la févérité rigueur dela Loi; s'il dres en retard d'intiruite,
menace
6 l'affaire n'eft terminée promaptemient.
a Ge anisC 2 & à lui 11 faut tient paroles" dans cette mharchoinfnimener défenteur limples
del la part du
il Ine peut y avoir faux-fuyant
de
mSE
T'infeription des actes procédure
dés parties, étant parce fous fa didées oul par fon ordre, le
au
CLRer
greife,
-
procès perfonnel quie fon client luiintente parune plainte des:
21 verbale & fans écrinuress eft déja itout inftrust, d'aprèsi
11 faut tient paroles" dans cette mharchoinfnimener défenteur limples
del la part du
il Ine peut y avoir faux-fuyant
de
mSE
T'infeription des actes procédure
dés parties, étant parce fous fa didées oul par fon ordre, le
au
CLRer
greife,
-
procès perfonnel quie fon client luiintente parune plainte des:
21 verbale & fans écrinuress eft déja itout inftrust, d'aprèsi --- Page 29 ---
proprès aveux du défenfeur, confignés fur le regifire; au
moyen de quoi pointde réplique. Voila certes une manière
tranchante de faire finirles affaires en Juflice; conféquem- tant de
ment ce moyen d'exécution, toujours defiré depuis les plus
fiècles, mais toujours oublié dans les Ordonnances
célèbres pour l'infirudion des procès, fe trouve aujourd'hui
misien ceuvre, 2 pour le repos des familles & la tranquillité
publique.
néanmoins que foit cette marche,
0u Quelque puiffante
qui met un terme aux proces, puifqu'il êtrei aufhtôt dépend fecouru uniquement par la
du plaideur de fe plaindre pour
iJuftice, M. le Maréchal de Caftries n'a pas cruque ce moyen le
fàt fuffifant pour remplir le grand but d'ordre public que
Roi fe propofoit.
Combien de plaideurs, en effet, foaufientdelaniglgene
Hecungieadéfendents fansofer feplaindre! Partagésentre de bleffer
ide defir d'être promprement jugés, & la crainte
lamour-propre du défenfeur aqui ils ont accordé leur confiance, & quiconnoit leur fecret, ils préferent fouvent un
morne Glence au.criide la plainte la plus légitime, venir a
qulils en redoutent le danger: ceft donc de pour fervice & de foeur diffecours, quele Rois par' hun Réglèment à la fenfibilité des Magiftrats
cipline, a rendu da caufe perionnelle intéreflante du plaideur qui tremble
eux-mémes,
de fe plaindre.
le Greffier de la Cour fupérieure eft Ordonnance du
aT Par ce Réglement,
toutesles caufes, 21 Janvier 1787,
afijéti, à rayerfur fonregiftre font
d'infcriptions ; ainfi toutes celles
ne le de portant fervice réglement & "de
à mefure qu'elles jugées
Le Greffier
d'en-difcipline pour le
font pas,
en évidence.
E
faire unrelevé, paroiffent qu'il remet le 12 Juillet de chaque annéc, deSaint-Domingue. Confeil fupérieur
fur-veille des vacances, à un comité, ou fe trouve lePro- nécureur-général, qui eftchargé de faire les vérifications inftruire
ceffaires, aTégard des caufes dontles délais
la rentrée
:
OGobre fnivant, jour
Poeia
font fonctions expirés de le premier la Cour fupérieure, le tableau des procès
arriérés en
ef expofé à Ja cenfure' de tous les membres qui lat
. Confeil fupérieur
fur-veille des vacances, à un comité, ou fe trouve lePro- nécureur-général, qui eftchargé de faire les vérifications inftruire
ceffaires, aTégard des caufes dontles délais
la rentrée
:
OGobre fnivant, jour
Poeia
font fonctions expirés de le premier la Cour fupérieure, le tableau des procès
arriérés en
ef expofé à Ja cenfure' de tous les membres qui lat --- Page 30 ---
lesdtfenfents
compofent: Dans cette féance de mercnriales, étre en faute,
des partics, que le tableau indique pour
font entendus, & fi leurs raifons ne font pas fatisfaifantes; -
la Loirlesinterdit Ce n'eft pas tout encore pour la perfedion Juftice. de cette
intéreffante dans T'adminiftration de la
partie
vice de la Légiflation de T'Europe, fur des Tinftruc Juges,
tion procès, eft d'avoir Confidérez trop pifolé un T'exiftence infiant ce grain de
de
dela Loi. lunivers, &
roule dans Tefpace:
RTa
fable fufpendu dans maffe d'individns qui fujets à mille palflians
qu'ys voyezvoustune
foient néanmoinsles
qui fe heurtent: tfans ceffe; quelles examinez que
de plus prés, &
contradictions qui en réfulrent,
divifés entreuxyfe
vous verrez que les hommes, quoique un point unique, & ce point
réuniffent tous foi-même: neanmroinsdans fivous partagez enfuite cette maffe
eflamour de deux
vous en verrez une qui unit a
d'individus en
partids, lintérêt de la gloire, de Thonneur &
Tamour de foi-mème,
negefutivermmorals
dela vertu;delà cetordre admitablequi qui ne s'occupe du bonde la, cette douice bienfaifance Tautre face Ruee tableau,
heur public : mais fi lon confidére
par un affreux
tous les individus que lon voit, leur emportés patrie, & ne travaillent
font
étrangers s
égollme, feuls: deslors plusd'enfemble,
de mceurs
que pour eux le vice lève fa tête altière, &ila
Neneoei
pabliques; fociété feroit compléte, fans fa régénération perpétuelle,
opérée parle" triomphe du bien fur le mal.
dans cet état de
habituelle,
- Tout Légillateur qui,
la nature guerre de I'homme &
P maure pas pour maxime fe d'érudier flatter de crécr une bonne Loi.
fes pattions, ne
il doit donc rentrer dans
Pour parvenira ce AAE important, celui des autres, lier" Arerroitement
Vamonr fon cceur, de & foi-méme fondant à la félicite publique, que ces deux
ne nuiffent jamais offrirque
fentimens, confondnwgenfemable,
Jc memeréfultat
ambacasdheaigmioidie
Pourappliquer reespeineipess
ime fe d'érudier flatter de crécr une bonne Loi.
fes pattions, ne
il doit donc rentrer dans
Pour parvenira ce AAE important, celui des autres, lier" Arerroitement
Vamonr fon cceur, de & foi-méme fondant à la félicite publique, que ces deux
ne nuiffent jamais offrirque
fentimens, confondnwgenfemable,
Jc memeréfultat
ambacasdheaigmioidie
Pourappliquer reespeineipess --- Page 31 ---
de la Juflice, le Roi n'aipas cru qu'il fût raifonnable
le
Magiftrat de fa Cour fupérieure, perpétucllement aect
de fonétions pénibles, n'eit aucun dédommagement capable
de compenfer fes travaux : Sa Majeité a donc voulu, qu'indépendamment de diflinétions honorables, les émolumens
qu'Elle fe charge elle-même de lui donner, fuffent len
portion de fon travail, de manière que ceux Mc
roient le plus, fuffent aufi les mieux traités.
De cette Juflice diftributive
eft dans le coeur des
Rois, comme elle doit être dans aute du moindire'de leurs
fujets, il réfulteque lexiftence plus ou moins avantageufe
dut Magifirat fupericur, étant attachée aujourd'hui la
célération de linitrucjon & du jugemient des proces, dont
il cf Rapportcur, dépend confequemment de fa volonté
unique. Guidé pacthonneurd & la vertu, ces deux-fentimnens
fe confondront dans fon ame, avec lintérêt perfonnel, ennobli dès-lors parles avantages publics quinaiflent de cette
uniong effet heureux de pallions combinées,
marchant
toujours d'accord, vont direétement aul bon raduee
Ainfi le Magifizat fupérieurs identifié avec, l'exécution
delOrdonnance, quia pourbirt Pinfiruation 8le jugement
des procès, va dorénavant offrir à la Loi, dans fon propre
ceur, le feul fancuaire qui foit digne d'elle. Tous lesintés
rêts pollibles le prefiant de toutes parts, diminueront enlui
Thorreur du travail, que lanature infpire à Thomme preique en naiflant.
C'eft ainfi
notre Loi, quiveut qu'on inflreife
cèsavec Rndleet ouemantinigpurnifememt des délais NtrED
difpeniables,
rendre bopne Juftice, deviendrala divin
nité favorite lespe peuples; elle ne fera point, comme tant
d'autres, la Loi dujour & dumoment, condamndeaToubii
prefque en naiffant : caiquce furie caradtère de Thommeen
Bénéral, avec lequel elleefti intimement unie, elle en fuivre
nécefairement Hoateslestimngrefmlonsy - cile eferadonc, parune
force irrefiftible que Phomme porte perpétueilement dans
fon cceur, , elle ferala Loi - de toL's lesiages, 8: le temps quil
la Loi dujour & dumoment, condamndeaToubii
prefque en naiffant : caiquce furie caradtère de Thommeen
Bénéral, avec lequel elleefti intimement unie, elle en fuivre
nécefairement Hoateslestimngrefmlonsy - cile eferadonc, parune
force irrefiftible que Phomme porte perpétueilement dans
fon cceur, , elle ferala Loi - de toL's lesiages, 8: le temps quil --- Page 32 ---
dévore tout, loin de l'altérer, en fcellera l'excellence par
des fuccès fans nombre. des nouvelles Loix de S. Domingue,
Si tel eft le cara@ère de leurs difpofitions, font f diféqui, dans celles la combinaifon ont fervi de bafe à d'inutiles réformes,
rentesde le cours d plufieurs fiècles ; fi iteleft, difons-nous,
pendant le caraéère de ces Loix, qu'elles trouvent Jeur propre force
fansle fecours de ces menacesperpetuelles
en elles-mèmes, fi humiliantes
les Juges, & qui défdu Légiflateur, les Ordonnances TPR Royaume,il femble alors
gurent toutes
fans contrainte,
que ces Loix cMmesisaabarimnd du coeur humain; intéreffé ales
& feulement parlimpulfion en action ; il femble,disje, qu'clles
mettre perpétuellemon dà ménager T'oreille délicate des Magiftrats, en
auroient de
eux des peines,
un dés'abftenant prononeercontre d'aprés Texpérience alene ne pcut
faut d'exécution, qui,
plus Peut-il exifter encore aujourdhai être permis de dire
dans un climatou
le travail forcé mène ala mort, natureelle-mène, lezèle e Magiltrats & qui ne et
franchir desbornesp de leur poféesparla age, de leur conflitution phyique,8
dépendantes
Notre Réglement de difcipline,
de mille autres certains rappors? égards, furle Tervice quil ordonne,
trop rigide,a
des modifications
loin de nuire
donc recevoir ne feroient que la caan en fouEmae chofe publique, dans un état deforce &de fanté, quilui
tenant le Magiftinat avec fuccès le climat incendiaire quile dévore.
faliebraver Après sètre occupéde ce qui concerne fon le Confeil attention fupé- fur
Ordonnancepor.
de Saine-Domingue, le Roi a fixé
want réglement &x rieur
Jurifdicions
dépendent,
fixation des rétri- cequi pouvoit intéreflerles
le
elprit,
butions revenantes
toujours
rae
Officiers des Ainli Sa Majente, enfuivant
aux
a soulu
les
ERLES
Sénéchaufiées & l'accélération des jugemens, dépendiftent que de leur travail
AmirautésdeSaine des Juges des Jurifdictions,
Domingue.
& de leur préfence aux Procureurs audiences fuflent pabliques. affujétis à inftruire
Elle a voulu queles
les
it intéreflerles
le
elprit,
butions revenantes
toujours
rae
Officiers des Ainli Sa Majente, enfuivant
aux
a soulu
les
ERLES
Sénéchaufiées & l'accélération des jugemens, dépendiftent que de leur travail
AmirautésdeSaine des Juges des Jurifdictions,
Domingue.
& de leur préfence aux Procureurs audiences fuflent pabliques. affujétis à inftruire
Elle a voulu queles
les --- Page 33 ---
les procès dans des délais déterminés, mais fuffifans pour
obtenir Juftice.
Elle a voulu enfin, pour s'affurer de la régularité de Ordonnance du
cette marche,
dans les greffes des Sénéchauffées & mois de Janvier
Amirautés, 1 ily Rut des regiftres pour y infcrire, comme au viation 1787, POur formes l'abréTribunal fupérieur, la mention des aêtes d'inftrucion.
de procéder dans
En un mot, Elle a ordonné que dans le vu de tous les lesSénéchauffces8c Amirautés de Saintjugemens, il fût fait mention expreffe des aétes de procé- Domingue.
dures confignés fur ces regiftres, afin que tout Magiftratplt
voir, àla première infpection d'un jugement, les écarts des
défenfeurs des parties, dans l'inftruction, & la négligence
des premiers. Juges qui auroient dû y mettre ordre.
D'un autre côté, Sa Majefté a proferit ces procédures
monftreufes, connues fouslenom degrefes, qui fe payoient
par rôles d'écriture; qui fe multiplioient à l'infini, pour
l'avantage du défenfeur, au préjudice du client, &qui, embrouillant la matièreau lieu de l'éclaircir, faifoient friffonner
les Juges mêmes, lorfqu'on leur préfentoit de pareils procès
à l'examen.
Pour jeter un dernir trait de lumière fur l'exécution de
cette Ordonnance dont nous parlons, & qui a pour but de
terminer promptement tout procès dans les Jurifdictions, le
Roi a prefcrit à chaque Greffier de remettre à fes Procureurs, le premier Août de chaque année, un relevé de
toutes les caufes non jugées ; il a ordonné que le premier
Septernbre fuivant, les Tribunaux inférieurs, affemblés en
mercuriales, fifient comparoitre les Procureurs de leurs
StAt pour juger ceux qui fe trouveroient en retard
Ce n'efl pas tout encore : Sa Majefté a voulu que ces
relevés de caufes en retard d'être jugées, ainfi que les
mens contre les Procureurs en faute, fuffent
a
.
envoyés ER
Brocureurgenéral.peur en faire le rapport à la féance du
premier Ottobre, jour des mercuriales de la Cour fouveraine.
S'il eft impoffible à l'efprit humain de faire une Loi qui
Réforme judiciaire, Gic.
L
n'efl pas tout encore : Sa Majefté a voulu que ces
relevés de caufes en retard d'être jugées, ainfi que les
mens contre les Procureurs en faute, fuffent
a
.
envoyés ER
Brocureurgenéral.peur en faire le rapport à la féance du
premier Ottobre, jour des mercuriales de la Cour fouveraine.
S'il eft impoffible à l'efprit humain de faire une Loi qui
Réforme judiciaire, Gic.
L --- Page 34 ---
prévienne tous les écarts de ceux qui font chargés de linftruéion des procès, on doit voir au moins qu'il étoit praticable de fe rapprocher, en quelque forte, de cette Loi
Arrêt de Régle- effentielle quinous manque. Pour peu en effetqu'on napprécie
ment du Confeil cette Ordonnance, dont on vient de
fommairefupérieur de Saint- ment les difpofitions, on verra que fon
principal eft de
LPOSTES
Dem.ngue Oftob:e 1788. du mettre fans ceffe en évidence les abus relatifs aux procès
arriérés,afin
ces abus frappant perpétuellementles yeux
des plaideurs ur ceux des Juges, fuffent toujours prèts de
la plainte & de la réforme.
Ainfi le défordre dans l'inftruéion des procès, couvert
autrefois d'un voile obfeur, fe fortifioit dans les ténèbres;
au. lieu qu'aujourd'hui, frappé d'une lumière éclatante qui
Texpofe fans ceffe au grand jour, il ne peut échapper à la
vigilance foutenue qui le pourfuit.
C'eft fous ce point de vue que le relevé des regiftres
d'infcription des Jurifdidions ayant paru lors du premier
rapport fait en mercuriales sau Confeil fupérieur, les Magiftrats de cette Cour, animés du même efprit
le Souont détruit, dans le
moyens
verain,
premier inflant, des
fpécieux d'éluder la Loi, en ordonnant aux Procureurs,
par un Réglement à jamais mémorable, de faire & figner
fur ces regiftres, après les délais pour inftruire expirés, UNE
DÈCLARATION SIMPLE ET PRÉCISE DES MOTIFS DE LA
SUSPENSION OU DU RETARD DANS LA MARCHE DE L'INSTRUCTION. Ce n'efl pas tout encore ; le même Réglement affujétit les
Greffiers à faire un tableau des procès dont la pourfuite aura
été fufpendue, & dans ce tableau fe trouvent les motifs
déclarés par les Procureurs, la date de l'introdudtion de
Pinflance, les noms & domiciles des parties 2 ainfi que
ceux de leurs défenfeurs.
à cet ordre defiré
fi .
Arrét de Régle- Pour qu'il ne manquât rien
depuis
meut du Confeil long-tems parles malheureufes victimes qui traînent leur
fupérieur de Saint- exiltence dans les Tribunaux, un autre Arrêt de Réglement
Domingue du 3
aux Greffiers d'afficher ces tableaux dans le lieu
Février 178p. a ordonné
domiciles des parties 2 ainfi que
ceux de leurs défenfeurs.
à cet ordre defiré
fi .
Arrét de Régle- Pour qu'il ne manquât rien
depuis
meut du Confeil long-tems parles malheureufes victimes qui traînent leur
fupérieur de Saint- exiltence dans les Tribunaux, un autre Arrêt de Réglement
Domingue du 3
aux Greffiers d'afficher ces tableaux dans le lieu
Février 178p. a ordonné --- Page 35 ---
le plus apparant de leurs greffes, afin d'expofer à la cenfure
publique "les procès arriérés par des motifs vains & futiles,
& de donner encore aux plaideurs un nouveau moyen de
connoître leur fituation & d'obtenir Juftice.
Enfin, pour mettre le comble à la régénération de la
Juftice, dans cette partie importante, les Magiftrats fupérieurs de la colonie ont, par un dernier mouvement d'un
zèle éclairé, affujéti l'homme du Roi de chaque Jurifdiction, à vérifier les motifs des déclarations inférées fur les
tableaux : il a ordre, à peine d'enrépondre en fon propre 8
privé nom, de pourfuivre les Procureurs en faute, de faire
rayer fuccelliveiment fur les regiftres & les tableaux, à fur
&4 mefure de jugemens ou de conciliation,les caufes terminées par Juftice, & à l'amiable, feul moyen d'atteindre
au moment defiré, de ne plus apercevoir fur les tableaux
de procès arriérés.
Én un mot, tous les Procureurs du Roi doivent à ce
fujet, tous lesmois, un compte rigoureux de leur conduite
au Procureur-général qui, de fon côté, eft tenu d'en faire
rapport deux fois paran, à la Cour fouveraine dont il eft
membre.
Tel eft le dernier terme de la vigilance des Magiftrats
fupérieurs de la colonie, à l'égard des procès arriérés dans
toute l'étendue de leur reffort: tel eft le feul moyen reconnu
préfent, pour tranquilliferla fociété fur desdéfordres
gemir plus alarmans, qu'ils fembloient couverts depuis
plufieurs fiècles, parlimpuiflance dardformes,Finoancinee
de la Juftice, & le filence des Loix.
Qu'il me foit permis de faire ici une réflexion : l'homme Phomme Le caractère du Roi de
du Roi des Tribunaux inférieurs, & que l'on vient de voir dans les Jurifdicdans une aétivité toujours renaiffante, chargé de la défenfe tions, a été manqué
des droits du Souverain, inféparable de ceux de la Nation, danslaprincipes réclame un chan- il
de veiller à l'ordre public, & de donner fon appui à ceux gement utile,
qui, par leur abfence, ou par la foiblefle de leur age, ne améliorer ARCE
peuvent fe défendre en Jultice; l'homme du Roi, qui par niftration tice. de la Jucles grands effets d'une vigilance fans bornes, furtout ce qui
L2
du Souverain, inféparable de ceux de la Nation, danslaprincipes réclame un chan- il
de veiller à l'ordre public, & de donner fon appui à ceux gement utile,
qui, par leur abfence, ou par la foiblefle de leur age, ne améliorer ARCE
peuvent fe défendre en Jultice; l'homme du Roi, qui par niftration tice. de la Jucles grands effets d'une vigilance fans bornes, furtout ce qui
L2 --- Page 36 ---
intéreffe la fureté & les moeurs publiques,auroit pu faire tant
d'honneurà foninflitution; T'homie du Roi, difons-nous, n'a
eu en France,dans fon origine, qu'un caraétère manqué,qui
ravale perpétuellement fon exiftence. Cenfeur detout ce qui
peut troubler I'ordre, & particulièrement de tous les abus
quis'introduifent dans les Tribunaux, iln'y a point, par une
contradidtion fans exemple, d'être plus dépendant quelui,
de tout ce qui l'environne.
Ainfi,d'après uneinconféquence quife rencontreà chaque
pasdans notre Légiflation, les Procureurs du Roi des Jurifdiétions ont leur fort attaché à des émolumens qu'ils ne
peuvent percevoir que dans certains cas; mais coinme fur
cet article il eft difficile que les limites foient parfaitement
fixées, qu'elles dépendent fouvent des circonflances, &que
l'intérêt perfonnel les interprète toujours en fa faveur, il
s'enfuit que l'homme du Roi doit néceffairement paffer aux
Jugeleurss négligences,afin d'être ecomprisdans le plus d'opérations poflibles ;ils'enfuitqu'il doit ménagerles Procureurs,
les Notaires, 2 8, le dirais-je enfin, les Huilhiers eux-mèmes,
pour étendre fon Miniflère auffi loin que peut le porter le
defir d'émolumenter, afin de foutenir fon état, & fe
curer
des jouiffances. Rentrons une bonne fois dans le coeur prohumain, & nous verrons qu'en général, faufdes exceptions
heureufes qui font honneur à ceux qu'elles regardent, ce
cenfeur rigide ne peut être. qu'un homme foible, pufillad'après cette dépendance prefque abfolue de ceux
an dont eft chargé de dévoiler Linconduite. Ce n'efl donc,
en dernière analyfe,qu'un mauvais foldatà quila Loi donne
le mot d'ordre d'une manière ambigué, & qui par là fe difpenfe de bien garder fon pofite.
Rendez au caraétère de l'homme public toute l'énergie
dont il eft fufceptible ; ifolez fur-tout fon intérér-perfonnel
de celui de tous les autres 3 qu'indépendant dans le fiége de
fa réfidence, fes fonctions redoutables foient la terreur de
tout ce quifomente les abus ; qu'il ne reconnoiffe pour cenfeur de fa conduite, que le Tribunal fouverain, d'après les
difpenfe de bien garder fon pofite.
Rendez au caraétère de l'homme public toute l'énergie
dont il eft fufceptible ; ifolez fur-tout fon intérér-perfonnel
de celui de tous les autres 3 qu'indépendant dans le fiége de
fa réfidence, fes fonctions redoutables foient la terreur de
tout ce quifomente les abus ; qu'il ne reconnoiffe pour cenfeur de fa conduite, que le Tribunal fouverain, d'après les --- Page 37 ---
plaintes de tous ceux quis'y croiront fondés, adreffées au
Procurcurgénéral, fon fupérieur immédiat; & l'on verra
bientôt, au lieu dece morne filence fur l'oubli des devoirs
dans une grande partie des Tribunaux inférieurs, l'ordre
judiciaire prendre une nouvelle face, &c des biens fans
nombre s'opérer par la force de ce levier puiffant, mis en
jeu
le bonheur public.
AOERUE Loix dont on vient de donner'une idée, le Roi, Ordonnance du
fur les repréfentations de M. le Maréchal de Caftries, en a 21 Janvier 1787,
joint une dernière, qui irend aux Jurifdidions & au Confeil portant du Tribunal fuppreffion Terfupérieur de Saint-Domingue, la connoiffance des contefta- rier.
tions en matières de conceffions de terrein, de chemins particuliers & de fervitudes : ainfi cette dernière Loi, en fupprimant un Tribunal d'attribution, créé pour ces fortes de
matières, & dont l'appel des jugemens fe portoit au Confeil
des dépéches, difpenfe aujourd'hui, un nouveau bienfait,
Phabitant de Saint-Domingue, de lee les mers pour aller,
loin de fa famille & de fes cultures, défendre en France fes
poffeffions & fes droits.
Lorfque toutes ces Loix, dont une grande partie, avant
de recevoir la fanction du Roi, a paflé fous les" yeux de
M. de Miromefnil, alors Garde-des-Sceaux: ; lorfque toutes
ces Loix, difons-nous, dont à quelques détails près, on a
expofé le fyftême, font devenues publiques dans la colonie,
elles y ont occafionné la plus grande fermentation : cela
pouvoit-il être autrement?Non : les innovations, dontlebut
furtout eft d'attaquer des défordres entaffés fur des fiècles,
ne peuvent s'exécuter fans une forte de déchirement qui
fait jeter les hauts cris à ceux dont les intérêts font contrariés, lorfque l'avantage de ceux quiy gagnent,s'opère dans
le filence & fans bruit.
Quoi
en foit, les oppofitions & les contradidions
qu'a m4e la nouvelle organifation de la Juftice à SaintDomingue, loin d'être un mal, ne doivent être confidérées
que comme un creufet placé fur un feu ardent, quifond &
diffoutles mauvaifes Loix, lorfque les bonnes, en s'épurant
les intérêts font contrariés, lorfque l'avantage de ceux quiy gagnent,s'opère dans
le filence & fans bruit.
Quoi
en foit, les oppofitions & les contradidions
qu'a m4e la nouvelle organifation de la Juftice à SaintDomingue, loin d'être un mal, ne doivent être confidérées
que comme un creufet placé fur un feu ardent, quifond &
diffoutles mauvaifes Loix, lorfque les bonnes, en s'épurant --- Page 38 ---
par cette épreuve, acquièrent une confiftance & une. force
qui les rendent irrévocables.
C'eft donc l'expérience feule,ce
impitoyable
les
ce
même
POus
mauvaifes inftitutions, Juge
pour
agris
meilleures; c'eft T'expérience feule qui doit décider de la
valeur du plan
M.le Maréchal de Caftries a propofé au
Roi pour la
de la Juftice dans notre colonie.
de
mntraeen
Voyons donc ce quis'eft opéré dans la première année
cette grande &c importante révolution.
refuferaux
Et d'abord, un prèmier avantage qu'on ne peut
Loix dont ils'agit, eft d'avoir porté la lumière dans un chaos
suipefoisimpenesble, en expofant à tous les yeux des défordres cachés, &c dès-lors inattaquables.
En formant d'un autre côté, un féminaire de Magiftrature, quia procuré une
grande aéivité dans le travail,
& conféquemment plus REn pour T'étude, Sa Majefté a
mis par cela feul; plus de lumières & de connoiffances dans
les Tribunaux, plus d'affurance dans Tapplication des principes & des Loix ; Elle a donc, fur cetarticle, inconteftablement augmenté les caufes de fécurité pour le public.
Par uremploi heureux des paffions mêmes des hommes,
Elle a donné aux Juges plus de caraaère, plus de zèle
dont clle a'tellement identifié
Taieet
la chofe publique, ces deux fentimens réunis n'ont aGtuelleavec le leur,
marche, qu'un feul voeu pour le bon
ment
nene
qu'une
ordre. En un mot, en faifant connoître à chaque inflant au plaideur, fa fituation judiciaire 9
des regifires qui-attachent de
fans ceffe l'ceil vigilant de 1R5 Juftice, fur l'inftruction
procès autrefois éternels, Sa Majefté en a irrévocablement
défigné le terme. Elle a donc abrégé ainfi les fouffrances
de mille familles, vigtimes par leurs différends interminables, de haines héréditaires & de vengeances cruelles,
quin'en font que trop fouvent la conféquence funefle. le
Mais ce
caractérife encore plus particulièrement facilité
plan de M. 1 Maréchal de Caftries,ceit l'extrême
uction
procès autrefois éternels, Sa Majefté en a irrévocablement
défigné le terme. Elle a donc abrégé ainfi les fouffrances
de mille familles, vigtimes par leurs différends interminables, de haines héréditaires & de vengeances cruelles,
quin'en font que trop fouvent la conféquence funefle. le
Mais ce
caractérife encore plus particulièrement facilité
plan de M. 1 Maréchal de Caftries,ceit l'extrême --- Page 39 ---
defonexécution & fa fimplicité, qualités effentielles de tout
établiffement majeur, dont le jeu, dégagé par la de mille
frottemens incommodes, n'a dés-lors
des mouvemens
réglés, en affurent pourj jamais & ilie force & la ftabilité.
Pour 2e convaincre de cette vérité importante, fuppofons
un moment un grand royaume aux prifes avec la mauvaife
foi, qui, par lesdétours honteux d'une chicane obfcure, le
défole depuis plufieurs fècles; fuppofons que le moment
de la reflauration arrivé, on veuille effayer fur cet état, du
plan adopté pour notre colonie, on commencera d'abord
à jeter un coup-d'eil fur ces regiftres de préfentation, qui
font dans les greffes de prefque tous les Tribunaux de ce
vafte empire; & qui au lieu d'être onéreux au public,
comme ils le fontaujourd'hui par une burfalité odieufe, ne
contiendrontà l'avenir que des altes utiles, agréables à la
Nation.
Que tous les Procureurs des Cours & des Jurifdigtions de
ce royaume, foient aftreints, comme à Saint-Domingue,
infcrire fur les regiftres la mention des différens actes d'inftruéion des procès, quele nombre des écrits pour attaquer
& fe défendre en Juftice foit fixé, ainfi que les délais
pour inftruire & pour juger.
Qulaprès les délais de Tinftrudion esxpirés, chaque défenfeur des parties foit affujéti à faire & àfigner furle regiftre
fa déclaration, des motifs de retard dans linfruction.
Que d'un autre côté, les Greffiers remettent chaque
mois aux Procureur-genéraux, comme ils le font dans
notre colonie, un tableau par colonnes diftinêtes & féparées,
qui contiendra par chaque féance, le nombre des Arrêts &
des Sentences rendues, ainfi que leurs. différentes efpèces,
la taxe des dépens (P) 8c la répartition de ce qui revient aux
Juges, aux gens du Roi, aux Greffiers, aux Procureurs 8c
aux Huifliers.
Que les Greffiers des Jurifdidtions adreffent encore tous
les mois aux Procureurs généraux, un tableau qui icontiendra
par colonnes, le nombre & la nature de tous les actes
endra par chaque féance, le nombre des Arrêts &
des Sentences rendues, ainfi que leurs. différentes efpèces,
la taxe des dépens (P) 8c la répartition de ce qui revient aux
Juges, aux gens du Roi, aux Greffiers, aux Procureurs 8c
aux Huifliers.
Que les Greffiers des Jurifdidtions adreffent encore tous
les mois aux Procureurs généraux, un tableau qui icontiendra
par colonnes, le nombre & la nature de tous les actes --- Page 40 ---
d'Hôtel, leurtaxe & larépartition des émolumens entre tous
les Miniftres de la Juftice.
Qu'en un mot, une chaîne de communication s'établiffe
fur tous ces objets, entre les juftices des feigneurs & les
fiéges royaux, entre les Siéges royaux & les Cours.
Suppolons actuellement que ces opérations qui, à l'exception des Juftices feigneuriales, inconnues dans nos colonies, s'exécutent litéralement SSua-DomingaeJarae Cour
fupérieure Gvinge Jurifdicions qui en dopendent, &qui dèslors peuvent s'cxécuter de même par-tout ailleurs;
fons, dis-je, que ces opérations ainli faites, le Souverain auta
ce grand Royaume demande au Chef fuprême de la Juftice,
le compte d'une année de Tadminiftration de cette
-
partie,
dans fes vaftes États : que pourra faire ce Magiftrat pour
fatisfaire fon Roi,
une réponfe prefqu'aufi prompte
la demande ? Ur lettre circulaire aux Procureurs-géRecde & aux Greffiers de toutes les Cours & Jurifdidions,
lui obtiendra en réponfe, courier par courier (q), une connoiffance exatte du nombre de procès intentés dans une
année, dans tous les Tribunaux, la certitude du nombre:
de ceux ifont terminés, l'étatenfin des affaires arriérées,
& les util de retard daris leur infrudtion.
En jetant un regard attentiffur les différentes colonnes
des tableaux qui lui parviendront, & s'attachant plus particulièrement a cclles des jugemens préparatoires, deffinés à
éclairer la Juflice, il appercevra au premier coup-d'ail, des
vices d'inftruéion, quile renouvellent à chaqué infant, &
qui, défefpérant lcs plaideurs par des remifes éternelles',
d'audiences en audiences, ont
prétexte fpécieux, d'obtenir de nouvelles infiructions DeNre parties, loriqu'en général
ces vices d'inftruction n'ont pourbut, que de les miner fourdement par des frais multipliés quiles écrafent.
Il verra, parle réfultat des émolumens revenans aux différens Miniftres de la Juftice, quel eft le fort de chacun : il
jugera fi, renfermé dans de juftes bornes, les émolumens
qu'ils perçoivent, font fuffifans pour leur procurer une
exiftence
iructions DeNre parties, loriqu'en général
ces vices d'inftruction n'ont pourbut, que de les miner fourdement par des frais multipliés quiles écrafent.
Il verra, parle réfultat des émolumens revenans aux différens Miniftres de la Juftice, quel eft le fort de chacun : il
jugera fi, renfermé dans de juftes bornes, les émolumens
qu'ils perçoivent, font fuffifans pour leur procurer une
exiftence --- Page 41 ---
exiftence convenable, ou Gla Loi de la taxe, trop rigide à
leur égard, n'exige pas une réforme.
Il comparera les différentes provinces entre elles, par le
nombre de procès quiles ont atligées, d'après leur populationrefpedive; & parunef fuite decombinaifons quelhomme
d'état feul fait former, il verra, par le nombre de procès
intentés, finis ou arriérés, quel eft, dans les différensdiltrics,
lefprit difficultueux ou conciliant quiy règne, lunion oula
difcordeintéricure quiles vivifeo oules défolciilconnoitrala
valeurde l'impôt que chaque province paie pour obtenirJuf
tice, impôt toujours inconnu, parce qu'il a été noyéjufqu'àce
jour, dâns mille détails obfeurs, dont le Gouvernément n'a
jamais pu avoir raifon. ; il efimera par un nouveau point
d'appui, tiré du refus plus ou moins général de remplir /
fes engagemens aulx termes convenus (ce qui néceffite à
recourir aux Tribunaux); il eflimera la lituation de chaque
endroit, à l'égard du numéraire circulant, dont le volume,
proportionné aux befoins, eft fi néceffaire pourles payemens
&la facilité des échanges; iljugera enfin, parlinfluence des
procès fur le commerce, l'induftrie & les cultures, du malaife de tout un pays,&duremède qu'il convient d'apporter
à fes maux.
De l'affemblage de tous les tableaux particuliers le
Chef fuprême de la Juftice pourra compofer un tableau
général, qu'il mettra fous les yeux de fon Roi, & qui lui
rendant avec clarté toute l'adminiftration de fon royaume,
dans cette imnportante partie, donnera lieu à des réformes
d'autant plus falutaires, qu'clles frapperont alors fur des
défordres connus, dont on pourra extirperjufqu'àla dernière
racine.
On ne fauroit trop le répéter, fi des abus fans nombre
dans les formes judiciaires, ont défefpéré jufqu'à ce jour
tous les états de i'Europe, c'eft parce que ces abus n'offrant
qu'un chaos monftrueux , qui faifoit reculer d'effroi, ont
toujours été enfevelisdans une nuit profonde;mais portez-y
lalumière, parun eipaedfordirekdanalyfs,quferipanalyfeyquiferpandefir
Réforme judiciaire, éc.
M
us fans nombre
dans les formes judiciaires, ont défefpéré jufqu'à ce jour
tous les états de i'Europe, c'eft parce que ces abus n'offrant
qu'un chaos monftrueux , qui faifoit reculer d'effroi, ont
toujours été enfevelisdans une nuit profonde;mais portez-y
lalumière, parun eipaedfordirekdanalyfs,quferipanalyfeyquiferpandefir
Réforme judiciaire, éc.
M --- Page 42 ---
toutes fes parties,le malalors difparoitra. Voillinconteftablement le mérite du fyftême légillatif de M. le Maréchal
de Caftries, fyfème dont les avantages précieux 2 tirant
leur force de la nature même de T'homme & de fes paffions,
qui font par-tout les mêmes, appartiennent dès-lors nonfeulement à notre colonie, mais peuvent encore s'approprier
avec fuccès à tous les peuples de l'univers.
Par la révolution judiciaire, fi heureufement opérée à
Saint-Domingue, ce Miniftre a rendu praticable, même
pour l'empire le plus vafle, un compte annuel de P'adminiftration de la Jullice, dont on n'avoit pas même autrefois
la plus légère idée, ou plutôt quel'on croyoitimpoffible.
Ainfi, lorfqu'un
Monarque ordonnoit, dans fa
fageffe, la publicité dec Compte des finances de fes états,
M. de Caftries de fon côté pouvoit démontrer au même
Souverain que la Juftice de fon Royaume, dépouillée de
toute obfcurité, étoit à la veille d'obtenir le même avantage à fes yeux, ainfi qu'à ceux d'une Nation entière, dont,
apres plufieurs fiècles de fouffrances & d'attente, il étoit
poflible de remplir les defirs & les voeux.
Le grand ceuvre pour la reftauration de la Juflice, étoit
donc, comme on l'a déja dit, de former de bons Juges; or,
on le répète, qui peut mieux faire atteindre à ce butdefiré,
qu'une école perpétuelle de Magiftrature dans chaque
Tribunal? qu'un cravail PERSONNEL à chaque Juge, néceffitant une fuite d'étude & d'application, dont l'efprit s'alimnente, & dont le coeur doit S applaudir, puifque ce travaii
a pour objet l'utilité publique
Mais cette inflitution, quelque fage qu'elle fût, n'étoit
pas fuffifante pour fixer fans retour un terme aux procès, il
falloit encore, pour parvenir à ce but, préparer par l'union
de plufieurs intérêts, jufqu'à ce jour : ifolés, une conjuration
raifonnable entre les plaideurs, Phomme du Roi & les Juges:
c'eft véritablement la ligue du bien public.
Il falloit de plus, que la nouvelle organifation de la Juftice, pour démontrer fes avantges, prouvât parl'expérience
fuffifante pour fixer fans retour un terme aux procès, il
falloit encore, pour parvenir à ce but, préparer par l'union
de plufieurs intérêts, jufqu'à ce jour : ifolés, une conjuration
raifonnable entre les plaideurs, Phomme du Roi & les Juges:
c'eft véritablement la ligue du bien public.
Il falloit de plus, que la nouvelle organifation de la Juftice, pour démontrer fes avantges, prouvât parl'expérience --- Page 43 ---
une fupériorité impolante fur l'ancienne, en expofant au
grand jour P'anéantiffement prefque abfolu de mille maux
invétérés, cachés dans une inftructionjudicaire, incomplète
&c vicieufe.
Il falloit enfin qu'en frappant de mort toutes ces procédures fruftratoires dont on abufoit pour vexer le public, la
réforme préfentât, dans une diminution confidérable de
frais de Juftice, un bénéfice capable de réunir le fuffrage
univerfel, en faveur de fes opérations : or, tel eftle réfultat
infiniment avantageux, on ne dira pas d'un projet de réforme, mais d'une réforme exécutée ; réfultat qui ne
fouffrir de réfutation valable,
démontré
PSNE
puifqu'il-eft
replique, d'après des preuves par écrit, de la plus grande
authenticité (r).
Si l'on veut, en effet, connoître le premier bien qu'a
produit la nouvelle Légillation de Saint-Domingue, parcourez les regiftres deftinés à infcrire la mention des aGtes
de procédures, ainfi que ceux où font portées les Sentences
rendues dans les vingt Jurifdiétions de la colonie, & vous y
trouverez 34587 procès, charge affreufe pour une population de cinquante mille ames, repréfentée par 21,593
chefs de familles, fourniffant leurs déclarations pour payer
l'impôt public.
dans
Pourfuivez votre examen, &c vous verrez que
ces 34587 procès, il y en a eu 30,247 d'intentés dans la
première année du nouveau régime de la Juflice 2 3018
d'arriérésde la dernière année del'ancien, & enfin 1232
appartiennent à la feconde année de la nouvelle
MAE
tration, & qu'une circonftance particulière (s) a forcé
d'ajouter comme fupplément à la première année.
il eff prouvé enfuite que de ces 340587 procès intentés
avantle premier Août 1788,1n'en reftoit à juger, au
mier Avril
dont on connoiffoit tous
PIes
1789,
132,
motifs de retard Rac l'inftruction, à huit procès pres,qui
ont fait muléter d'amendes les Procureurs qui avoient
négligé é-de-déclarer par quels motifs la marche de ces
M 2
à la première année.
il eff prouvé enfuite que de ces 340587 procès intentés
avantle premier Août 1788,1n'en reftoit à juger, au
mier Avril
dont on connoiffoit tous
PIes
1789,
132,
motifs de retard Rac l'inftruction, à huit procès pres,qui
ont fait muléter d'amendes les Procureurs qui avoient
négligé é-de-déclarer par quels motifs la marche de ces
M 2 --- Page 44 ---
hu't procès étoit fufpenduc. Voilà le réfultat précienx de
Fexécution des Arrêts de Réglemens du Con(cil-fiupérieur
deSaint-Domingue, des 6 Oéobre 1788, & 3Janvier 1789,
cu: ont pour bafe l'Ordonnance de Sa Majcfté, du mois
de Janvier 1787.
Il eft donc avéré qu'il exifte aujourdhui un moyen
fimple de faire terminer promptement toutes les affaires
qui s'intentent en Juflice, puifque, par des
faciles, le fort de 34587 procès fe trouve
connu
.ite
(t).
Veut-on s'arrêter actuellement à la comparaifon 5
au nombre des procès de la dernière année de meactnt
adminiftration de la Juflice, dans les Jurifdidtions de SaintDomingue, avec la première année de la nouvelle Légif
lation, il eft prouvé que, dans la dernière année de l'ancien régime, il y a 3188 procès de plus que dans la première annéc du nouveau; conféquemment diminution de
procès dans l'état actuel de la Juftice (u).
Jetez enfuite les yeux fur le nombre des Sentences rendues dans les vingt Jurifdidions, & vous verrez que dans
la dernière année dc l'ancien régime
il y en a eu .
- . 87,043
lorsque dans la première année du
nouveau, il n'y en a eu que :
- 38,131
Différence *
48,912 Sentences.
Voilà donc 48,912 Sentences, fur lefquelles, à peu de
chofe près, la nouvelle Légiflation a fait main-baffe dans
ure feule année.
De ces 48,912 Sentences 2. 30,173 ont été reconhues à
charge à la Colonie, fans avoir mêine l'avantage de la burfalité en faveur de la caiffe du Roi, & près de 14,000 font
vifiblement vexatoires & ruineufes, non-feulement pour.
le commerce de France, qui en a avancé les frais en grande
partic, ce qui eft un fonds mort pour lui; mais encore
égiflation a fait main-baffe dans
ure feule année.
De ces 48,912 Sentences 2. 30,173 ont été reconhues à
charge à la Colonie, fans avoir mêine l'avantage de la burfalité en faveur de la caiffe du Roi, & près de 14,000 font
vifiblement vexatoires & ruineufes, non-feulement pour.
le commerce de France, qui en a avancé les frais en grande
partic, ce qui eft un fonds mort pour lui; mais encore --- Page 45 ---
pourle débiteur qui, en définitif; a été forcé de les payer,
ou qui, fuyant par impuiffance abfolue la verge de fes
créanciers, a laifié ces frais à leur charge, & des-lors en
pure
pour eux.
Etminer la colonne de ces fentences préparatoires,
dans le nombre defquelles fe trouvent CCS remifes à l'infini, pour perpétuer un procès remifes fi doulourcufes
pour le plaideur
demande prompte juftice, & vous
verrez
dans Nmrec de l'ancien régime, le nombre
de ces SrtRet eft de .
- e
- . 24,539
lorfque dans l'année du nouveau, il n'eft que
de . .
9:394
Différence.
15,145
Parcourez enfin les 27:778 procès terminés parjugemens,
dans la première année du nouveau régime, abftradtion
faite de ceux finisa Lamiable, vous en trouverez 17,855 terminés pardéfaut, & 9723, d'après unedéfenfe contradicoire.
Ainfi, fur 27,578 proces jugés pendant une année, dans
un établiffement colonial, compofé de 21,593 chefs de
famille, ily a près de deux tiers de ces procès fur lefquels
le plaideur, traduit enJuftice, a fouffert condamnation, fans
fe défendre : voilà donc, en fuppofant un procès par perfonne, 17,000 malheureux ou environ, qui, ne pouvant
remplir leurs engagemens, ont plié dans le filence fous le
poids de condamnations inévitables.
Pour
qu'on veuille encore examiner dans nos tableaux 1ECO jugemens rendus aux Amirautés, dans la première année du nouveaux régime, on en verra 6273 par
corps, ont donné lieu à plus de 5000 Ordonnances de
a Gouvernement (s), lefquelles ne peuvent être
à exécution, parce
n'y a affez dé
HEIE
qu'il
pas
prifons dans
lac colonie, pour contenir tous ccux que de pareilles condamnations forcent à s'y rendre, ou' plutér parce
le créancier ne comptant,
être payé, que fur Naneue
activité de fon ualheure fait la. fpéculation de le laiffer
corps, ont donné lieu à plus de 5000 Ordonnances de
a Gouvernement (s), lefquelles ne peuvent être
à exécution, parce
n'y a affez dé
HEIE
qu'il
pas
prifons dans
lac colonie, pour contenir tous ccux que de pareilles condamnations forcent à s'y rendre, ou' plutér parce
le créancier ne comptant,
être payé, que fur Naneue
activité de fon ualheure fait la. fpéculation de le laiffer --- Page 46 ---
jouir de fa liberté, afin de renouveler fans ceffe des travaux
&des produits, des avances pour de nouveaux travaux 2 &
de nouveiles dettes encore (y).
-
Après avoir parcouru les procès des JurifdiGions, examit
nons ceux intentés dans les deux Çonfeils. 3 pendant la dernière année de leur exiftence, & ceux quife préfentent aujourd'hui, dans une année du Confeil unique. Dans la première hypothèfe, il y a eu e
1858 appels.
Dans la feconde, il n'y en a eu que .
Différence
1369 appels.
Ainfi voilà 1369 procès de moins par an; dans la Cour
fouveraine, depuis la nouvelle Légiflation ; ce qui prouve
prefque tous les différends judiciaires prennent aujourJHCP naiffance, & ineurent dans le port même ou les vaiffeaux de l'armateur de France abordent, où fon débiteur
enfin, fe trouvant fous fa main, cet armateur, ainfi
le
marchand des villes, ou tout autre
stder
tetr fans fe déplacer, Juftice prompte &c définitive,
par les Tribunaux en dernier reffort, de nouvelle création.
Si cet avantage eft incalculable pour les armateurs de
France,il l'eftégalement pour les colons de bonne foi, vers
lefquels le crédit du commerce refluera alors plus particulièrement,
fes recouvremens étant plus surs, fes
reffources VEront pts grandes, & fes prêts plus étendus &
mieux aflis.
fituation du Confeil
Veut-on connoitre, au furplus, la
unique, relativement aux procès quiy ont étei intentés, ainfi
qu'à ceux arriérés dans les deux anciens Confeils ? Il e eft
démontré qu'il 1 n'y a au premier Avril 1789, pour être jugés
au I5 Juillet fuivant, d'après les termes des Réglemens,
que 201 procès nouveaux en inftruétion au Confeil unique,
&:g7d'amiéresdese deux anciens Confeils, & quisinftraifent
aGtuellement. Le Confeil unique ne peut donc manquer
d'être inceffamment au courant de tous procès; alors jamais
de retard pour être jugé (z).
émontré qu'il 1 n'y a au premier Avril 1789, pour être jugés
au I5 Juillet fuivant, d'après les termes des Réglemens,
que 201 procès nouveaux en inftruétion au Confeil unique,
&:g7d'amiéresdese deux anciens Confeils, & quisinftraifent
aGtuellement. Le Confeil unique ne peut donc manquer
d'être inceffamment au courant de tous procès; alors jamais
de retard pour être jugé (z). --- Page 47 ---
Terminons par un article effentiel. Ileft prouvé que, toutes
charges déduites, le bénéfice de la première année du nouveau régime, fur la dernière année de l'ancien, tant dans
les Jurifdictions
dans le
Confeil unique, et dec .
e . 1,238,076 liv. 17 f. I d.
&
fi l'on.n'eût pas mis, penScAte les fix premiers mois - 2 à
compter de l'enregiftrement des
nouvelles Ordonnances, des entraves fans nombre à leur exécution, il auroit encore eu, en
faveur 2 nouveau régime fur
l'ancien, un bénéfice pour la colonie, de
385.982
16 I
Ce qui donne
réfultat,
dans une feule ReEtOL en preuve
de la fupériorité du nouveau régime furl'ancien, un gain de. . . 1,624,059 liv. 1362d.
Tel eft le bénéfice énorme, appuyé de tant d'autres,
fur lequel repofe irrévocablement a Saint-Domingue, le
triomphe abfolu de la nouvelle adminiftration de la Juftice
fur l'ancienne.
Voilà de grands effets fans doute opérés, dans prefqu'un
inftant! A qui font-ils dus?. Au Roi, qui a pefé, dans fa fageffe
8c celle de fon Confeil, les plans de M.le Maréchal de Caftries, & quiles a adoptés; à M. le Comte de la Luzerne,
alors Gouverneur de Saint-Domingue, qui, de concert avec
M. de Marbois fon collègue, a, par une Ordonnance
tant fixation des droits revenans aux Miniftres inférieurs POEs
Loix, d'après les nouvelles formes, placé fur la façade extérieure du temple de laJuftice, un couronnement effentiel,
mais qui manquoit abfolument à notre Légiflation aduelle,
Le dirai-je enfin' ? Sans la vertu des Magiftrats qui font
T'organe & le foutien des Loix, les Ordonnances les meilleures, dépouillées d'exécution & d'effet, font inconteftablement de nuile valeur. C'eft donc parzèle & parhonneur;
ès les nouvelles formes, placé fur la façade extérieure du temple de laJuftice, un couronnement effentiel,
mais qui manquoit abfolument à notre Légiflation aduelle,
Le dirai-je enfin' ? Sans la vertu des Magiftrats qui font
T'organe & le foutien des Loix, les Ordonnances les meilleures, dépouillées d'exécution & d'effet, font inconteftablement de nuile valeur. C'eft donc parzèle & parhonneur; --- Page 48 ---
c'eft
ce fentiment intime de la vérité, qui porte avec
lui, Bare les coeurs bien nés, une impulfion irréfiftible,
les Magiftrats
de la Colonie, pénétrés des
Ramne vues que le OE & voulant s'affocier à fa
bienfaifance, fe font fait 'un plan de concourir fans ceffe
avec lui à la reffauration. de la Juftice : de là, des Réglemens marqués au coin de l'utilité publique, &qui
de Thonnéteté &
ce
PE
tent, par caractère, l'empreinte
l'amour de Pordre. le
Frédéric eft mort, avec la douAinfi, lorfque grand la Réforme judiciaire de fon Royauleur d'avoir manqué
fon fucceffeur, raffemble
me ; lorfque Frédéric-Augufle, de ce monument utile, pour le
toutes les parties éparfes fous des formes' nouvelles,
reproduire fans doute,
du coeur humain;
T
analogues aux différentes paffions de
& fe tourqu'enfin toutes les Nations F'Europe s'agitent tirant du lamentent pour régénérer la Juftice 9 en la
elle lanbyrinthe odieux, ou, depuis plufieurs fiècles,
guit & s'égare, Louis XVI vient d'offrir au monde entier, un grand fpectacle, en exécutant à Saint-Domingue,
dans une feule année, ce plan defiré
tant de peuples.
refte-t-il donc à M. le odLert de la Luzerne à
faire Que aduellement, & à propofer au Roi,pour le bonheur
de notre Colonie ? Revoir, comme PArtille, la fatue de.
bronze qui vient d'être coulée; prendre le cifeau, en détruire les inégalités, & donner, d'une main de maître 2
le dernier degré de perfedtion, non-feulement à la partie
intéreffante de notre Code légilatif qui fait la matière de cet ouvrage ; mais encore I cette autre non
moins importante 7
prononce fur notre honneur, fur
nos propriétés, & Re nos vies (aa). Vafte champ pour
exercer lcs talens d'un Miniftre plein de droiture,, ami de
l'ordre & de la Juftice, & qui, en combinant les Loix fur
Jes befoins du Peuple; à qui elles doivent appartenir, eft
dès-lors infiniment précielix à la Colonie & à fon Roi.
NOTES.
; mais encore I cette autre non
moins importante 7
prononce fur notre honneur, fur
nos propriétés, & Re nos vies (aa). Vafte champ pour
exercer lcs talens d'un Miniftre plein de droiture,, ami de
l'ordre & de la Juftice, & qui, en combinant les Loix fur
Jes befoins du Peuple; à qui elles doivent appartenir, eft
dès-lors infiniment précielix à la Colonie & à fon Roi.
NOTES. --- Page 49 ---
N OT E S.
(3) Iry a entre les Cours fouveraines du Royaume &c les Préfidiaux, une
difpute éternelle, relativement a la compétence.
ile eft certain les Juges
voient avec peine un démembrement
del leur autorité, ent la création TEL Préfidiaux;il en réfulte que toutes les fois
que, par Tappel, on défère à une Cour un jugement préfidial, rendu en dernier
reffort; ; cet appel eft généralement accueilli, & les parties ont un nouveau
procès à foutenir.
-
D'un autre côté, l'expérience prouve que les Préfidiaux excèdent quelquefois les bornes de leur pouvoir, en prononçant, en dernier reffort des
jugemens qui ne devroient être rendus qu'à la charge de l'appel; il faut donc
aufiles contenir.
Quel moyen a-t-on pris jufqu'à ce moment pour remédier à Ce double
défordre 2 D'abord, le grand Confeil a été placé en tiers, entre Jes Parlemens &c les Préfidiaux; d'autres moyens enfuite ont fuccédé à-celui-li: mais,
fans entrer dans l'examen de tous ces procédés vicieux , il eft certain
dans tous les cas, il faut un procès pour juger la compétence entre DE
Tribunaux différens, , qui s'aigriflent en défendant chacun cê qu'ils appellent
leurs Prérogatives; c'eft-a-dire qu'à un premier procès, on en joint un fecond, en forte le remède eft un nouveau mal qu'on fait au Public : il y
a cependant Redtei fiècles & demi gn'on eil agit ainfi.
Une des plus grandes vérités en adminiftration quelconque, eft qu'il vaut
mieuxprévenir le mal, que d'étre obligéd'y remédier. Ajoutons qu'il
le
moyen employé
prévenir le mal, foit fimple , fans invonvéniens;
dans
ante
Thypothèfe Romt 18t ici queftion s ce moyen foit tel chaque rot.lit
ne puiffe connoitre que de ce qui doit lui appartenir, atr donnér lieu à un
conflit préalable.
Comment relève-t-on un appel en Cour fouveraine ? Par des lettres de petite
Chancellerie, près cette Cour. Ainfi lorfqu'une partie préfentera fa requête
dans les petites Chancelleries,
relever l'appel d'un jugement préfidial en
dernier reflort, qu'elle joigne Par requête l'expédition du jugement :voilà un
premier point. Suivons.
Dans tous les cas, les lettres de petite Chancellerie s'accordent fans difficulté,,
relever les appels 5 c'eft une affaire de ftyle : changez.de fyftéme à
l'égard Cur appels de jugemens Préfidiaux en dernier reffort, & mettéz-y plus
d'examen.
Ilya un Bureau de Confeillers d'Erat, préfidé par M. le Chancelier,
accorder ou refufer des lettres de relief de laps de temps, lorfqu'on veut ESHE
refcinder des actes, après les dix années de grace accordées par les Loix 5 ne
pourroit-on pas former un Bureau fur le même modèle , auquel les Officiers
prépofés aux petites Chancelleries, près les Cours fouveraines, feroient affujétis à envoyer les feules requêtes tendantes à relever lappel d'un jugement prefidial, en dernier reffort? Alors, s'il étoit reconnu, par la requéte &
l'énoncé du jugement, que le Préfidial a excédé fes pouvoirs, la requéte
fera renvoyée aux petites Chancelleries & les lettres d'appel expédiées :
zinfi la Cour fouveraine" fera faifie de la conteftation dans les formes ordiReforme judiciaire. 6rc.
N
ules requêtes tendantes à relever lappel d'un jugement prefidial, en dernier reffort? Alors, s'il étoit reconnu, par la requéte &
l'énoncé du jugement, que le Préfidial a excédé fes pouvoirs, la requéte
fera renvoyée aux petites Chancelleries & les lettres d'appel expédiées :
zinfi la Cour fouveraine" fera faifie de la conteftation dans les formes ordiReforme judiciaire. 6rc.
N --- Page 50 ---
naires; le cours de la juftice aura lieu fans incident, & le Préfidial reconnoitra fon erreur, d'après la mercuriale du chef de la Juftice. le
préfidial en dernier' reffort fe trouvoit
Si, au contraire , d'une jugement
légitime; dans ce cas, il aura
rendu dans les termes ainfi compétence la Cour fouveraine n'étant pas aise de
néant fur la requête 5
,
la conteftation,, par un appel relevé en forme 3 il n'y aura point d'empiétement à craindre de fa part; il n'y aura point de conflit a réfoudre;
il n'y aura point de procès:je termine par une dernière réflexion. En matière de Droit public comme dans cette hypothèfe , od il s'agit
de P'ordre des Tribunaux , % feule requête de Fappelant & d'écritures le jugement
de dernier reffort, font fuffifans , Confeillers fans-aucunes d'Etat autrès & pièces le Maitre des e
pour mettre M. le Chancelier dans le cas , les de
en conrioiffance de caufe. quêtes Rapporteur ,
prononcer eft dans la main.de M. le
D'un autre côté, le remède
je propofe,
fans
Chancelier feul, puifque c'eft AFTO fon territoire qu'il agira,
qu'on puiffe
faire de réclamation valable à ce fujet. Ainfi, cette marche infiniment fimple, il eft vifible que tous ces diffépar
entré les Cours fouveraines & les Prérends de feront* compétence anéantis interminables, pour toujours , fans conflit & fans frais. fidiaux,
commune dans la Colonie, on entend dire tous
(b) Suivant tine opinion
valent
6,000 livres
les jours que 4,000 livres tournois en France,
autant cela que un paratournois à Saint-Domingue. Au premier coup-d'ceil ,
paroit & notre
doxe,, & cependant rien de fi vrai. Toutes nos confommations
main-d'ceuvre, font d'une cherté exceffive. D'un autre côté, dans notre climat, bralant &c humide en méme temps, ce paroit encore un paradoxe,
quoiqu'l n'y, ait rien de fi conftant, tout - corrempt, tout s'y détruit
avec prompcitude , ce qui exige en toutes chofès méme un renouvellement 5 en
France dans la
LehrE
pétuel qui n'exifte point en
France proportion livres tournois,
quence 3 il eft de fait, que ce qui vaut en Domingue 4,000 6,000 livres égalefe vend réellement & communément à colonial: Saint- comme c'eft la
ment tournois,, fans compter le change
or,
poffeilion
de la chofe qui fait la richefle, il s'enfuit que celui qui devient n'eft propriétaire
à Saint-Domingue, d'un objet valant 6,000 livres tournois, livres.
proportion livres tournois,
quence 3 il eft de fait, que ce qui vaut en Domingue 4,000 6,000 livres égalefe vend réellement & communément à colonial: Saint- comme c'eft la
ment tournois,, fans compter le change
or,
poffeilion
de la chofe qui fait la richefle, il s'enfuit que celui qui devient n'eft propriétaire
à Saint-Domingue, d'un objet valant 6,000 livres tournois, livres. pas plus
riche que celui qui fe le procure en France pour 4,000
Ajoutons qui vaur
notre plus petite monnoie coloniale , eft une pièce d'argene
que cinq. fols tournois, encore eft-elle en très-petite quantité; ; lorfqu'en monnoie France,
depuis le liard jufqu'à deux fols ,, il y, a cinq pièces de journalière :. avec
chacune defquelles on fe procure des objets dans la de Colonie confommation mais fouvent
fols
,
dens
qui tous fe vendent de toujours deux fols cinq en France; en forte que fur cet article
liards, jamais fois
i y, a un rapport infiniment au-deffus de fe
fe répète nent vérité eft par donc jour, que le dernier reflort de nos Sénéchauffées &
M quatre. La
coloniales
porté à 6,000 livres tourde, nos Amirautés
, quoique livres, paroifiant puifque ces deux fommes, chanois 3 n'a de réalité que pour 4,000 le même objet. cune féparément , ne repréfentent que
de la métropole
Tel eft, au furplus 3 l'effet abfolu du commerce exclufif frais de
fur Saint-Domingue,
non-feulement , eu égard aux diminue encore tranfport, nos
force les prix de qu'on nous apporte, mais qui --- Page 51 ---
valeurs coloniales, par le défaut d'acheteurs étrangers, en concurrence avec
les nationaux 3 impôt exceffif, mais
néceflaire Par le Gouvernement,
puifque fans cet exclufif, notre EL n'appartiendroit pas plus à la France
qu'a tous les autres peuples de la terre. Qu'on ne croie pas, au refte, que
tout foit bénéfice potir le commerçant 5 le prix de fon navire qui lui doit
intérêt, fon armement 3 fon engretien > le payement de fes équipages i fes
dépenfes de féjour dans la Colonie, les affurances, &c. &cc. réduifent bénélice, qui paroit exhorbitant d'abord, â un gainraifonnable, qui feulpeur déterminer un Négociant à faire le commerce : autrement ' qui le feroit? Perfonne. Alors, nos riches fucreries, rendues au premier àge du monde feroient bientôt couvertes de bois, qui les rendroient nulles & fans produits. Une vérité eft donc
fans commerce, point de colonies ; comme auffi
fans colonies , point Rug grand commerce : ajoutons que fans colonies &
fans commerce, 2 point de matelots point de marine militaire; & que fans
marine militaire, le commerce & les colonies, envahies de toutes parts >
laiffent la France dans un état de dégradation qui, lui ôtant toute fon énergie ;, expofe fes côtés à l'infulte du moindre pirate , &c enlève ainfi au Fran- Tout
2 çois le droit de fe dire, avec vérité le premier peuple de de forces l'Europe.
colonies , point Rug grand commerce : ajoutons que fans colonies &
fans commerce, 2 point de matelots point de marine militaire; & que fans
marine militaire, le commerce & les colonies, envahies de toutes parts >
laiffent la France dans un état de dégradation qui, lui ôtant toute fon énergie ;, expofe fes côtés à l'infulte du moindre pirate , &c enlève ainfi au Fran- Tout
2 çois le droit de fe dire, avec vérité le premier peuple de de forces l'Europe. & d'encouici eft lié de manière à ne fouffrir aucune diminution
ragement dans chacune de fes parties. (c) Cefait eft prouvé fans replique 3 par un relevé exact fait dans les greffes &
des Sénéchauffées & Amirautés de la Colonie, certifié des Greffiers, qui
eft aduellement fous les yeux du Miniftre de la Marine. (d) De
eft-il queftion à Saint-Domingue, dans les Sénéchauffées lettres- &c
Amirautés Ri ce dernier reffort : De billets à ordre non payés 5 de élude
de-change proteftées ; de comptes de commerce & d'ouvriers , dont on
le
de fournitures d'alimens que l'on contefte; de faifies mobiliaires
& IAL quelques autres objets de pareille nature 5 & les Juges qui les examinent jours fur
fans cefle les difcuffions les plus graves; qui pronorsent tous
les conteftations les plus importantes, qui, fur l'appel de leurs jugemens, en
ont vu dans une année confirmer plus de moitié 5 & ces Juges
! être fufpeéts dans les procès infiniment. fimples, dont on vient parler
ETM
Non : les craintes doivent avoir des bornes; & toutes les fois au-deffus que,_par de la
nature même d'une chofe, la mefure du bien eft infiniment
me
celle du mal, alors l'erreur des Juges n'eft qu'une excéption
LéLoi:
ge
doit point influer fur F'organifation d'une
autrement quel areat
gillateur qui puiffe faire des Loix qui, ayant l'avantage des cas de généraux,
dans leur plus grande étendue, n'aient pas les "inconvéniens
rares & ifolées P C'eft à ce thermomètre feul,qu'on peut
mse
exceptions noitre les bonnes inftitutions, puifqu'il eft vrai de dire, qu'eu égard à la foibleffe humaine , la meilleure de toutes les Loix eft inconteftablement celle qui
eft la moins imparfaite. II faut encore ajonter à ces confidérations, que dans nne nouvelle compofition de Tribunaux, 3 on fe trouve preffé fur le choix,, ce qui peut
donner lieu à quelques regrets 5 mais que les places venant machine à alors vaquer mieux enfuite fucceflivement, les choix font plus réfléchis, & la
organifée. (e) Suivant la nouvelle Légiflation de Saint-Domingue 3 d'accord Procureurs avec
d'autrès Ordonnances du royaume, 2 il ne peut être fait par Jes N 2 --- Page 52 ---
IOO
aucunes pièces d'écritures dans les matières fommaires, dont la claffe 3 par
notre Edit du dernier reffort des Sénéchauffées &c Amirautés, eft ici plus
étendue qu'en France : or, ces matières fommaires forment dans la Colonie,
ainfi qu'on l'a déja dit, les trois quarts des procès : qu'on juge par cela feul, du
dé frais, dans ces fortes de cas; & combien fur cet article effentiel pour
E commerce de France & pour des colons fédentaires, la Juftice aujourd'hui
doit être promptement rendue !
notre Edit du dernier reffort des Sénéchauffées &c Amirautés, eft ici plus
étendue qu'en France : or, ces matières fommaires forment dans la Colonie,
ainfi qu'on l'a déja dit, les trois quarts des procès : qu'on juge par cela feul, du
dé frais, dans ces fortes de cas; & combien fur cet article effentiel pour
E commerce de France & pour des colons fédentaires, la Juftice aujourd'hui
doit être promptement rendue ! Il convient d'obferver toutefois qu'à l'érard des demandes en Juftice
pour ventes de cargaifons importécs dans As colonies, par des navires qui
lont fur leur départ pour retourner en France, demandes font certainement
, notre Ordonnance de Janvier 1787 a
à la volonté
Lat
des Juges provifoires, la fixation des délais, ce qui a occafionné un abus : dans ces
fortes de cas, en effet, ou le_Juge attire à fon hôtel, pour juger feul l'affaire par extraordinaire ce qui rend fon jugement fufceptible d'appel > &c
coûte en général plus de frais aux parties, ou_bien il permet d'afligner à la
Jurifdidtion, en dernier I reffort 7 dans les grands délais ordinaires, & fait
languir La plus l'armateur. petite reétification dâns notre Ordonnance , peut ôter l'arbitraire aux
Juges qui ne veulent pas voir qu'entre les cas du péril imminent dans la
demeure , qui exige qu'on faififle l'hôtel du Juge
extraordinaire, & les
autres matières
peuvent fouffrir les grands
un milieu
ldsn ily.a
pour les affaires qui qui, quoique moins preffantes que ie péril imminent ;
font néanmoins provifoires, & demandent dès-lors une inftruétion plus rapprochée. Cet éclairciffement, donné à notre Ordonnance, réformera donc un abus
qui n'auroit pas dd exifter , & fera jouir le commèrce de France & les
Colons, de tout l'avantage du dernier reffort des Sénéchauffées & Amirautés , avec la célérité convenable à des affaires provifoires dont les
délais peuvent étre fixés à moins de trois jours, fuivant les circonftances, mais ne doivent jamais excéder cè terme, puifque fuivant les
difpofitions de l'Ordonnance du mois d'Avril de 1667, le délal des adlignations , même dans toutes les affaires, n'eft que de trois jours pour les
Prévôtés (f) Les royales. vues de M. le Maréchal de Caftries ne s'étoient
bornées à
a feule réforme del'inftruétion civile pour l'avantage d'une Fabe Colonie
dépendante du département qui lui étoit alors confié; elles s'étoient encore
étendues à celles de l'inftruction criminelle , fi intéreffante pour la fureté
publique. Il paroit donc naturel de placer dans un ouvrage qui a pour but une
réforme judiciaire 2 le plan préfenté à ce Miniftre pour améliorer l'inftruction
criminelle, afin de faire, en quelque forte, le pendant de celui de l'inftruction
civile qui vient d'être traitée. Si toutefois M. le Maréchal de Caftries ne mit la dernière main à ce
qu'il fe propofoit alors c'eft
que la caufe EOlebAL de trois hommes
condamnés à la roue, defendss PIC cetje époque M. Dupaty, donnoit lieu
aux plus grands Magiftrats du Royaume de Bir des récherches qui ne
pouvoient être que très-itiles au plan de réforme criminelle dont s'occupoit
ce Ce Miniftre. furent auffi les vues infiniment fages de M.
de Caftries ne mit la dernière main à ce
qu'il fe propofoit alors c'eft
que la caufe EOlebAL de trois hommes
condamnés à la roue, defendss PIC cetje époque M. Dupaty, donnoit lieu
aux plus grands Magiftrats du Royaume de Bir des récherches qui ne
pouvoient être que très-itiles au plan de réforme criminelle dont s'occupoit
ce Ce Miniftre. furent auffi les vues infiniment fages de M. de Miromefnil,alors Gardedes-Sceaux, avec qui M. le Maréchal de Caftriès fe concerta pour la perfeetion de ce travail important. --- Page 53 ---
IOI
R ÉFLEXION S
Sur POrdonnance Crin: nelle du mois d'Aoit 1670:
Avaxr l'Odonnance de
faite par le Chancelier Poyet, leurs en
lui-méme
accufés répondoient l'organe éprouva
la rigueur, V21
défendre,, donnoit
Avocats; on crut appercevoir qu'une telle manière de E la
due
lieu à millefaux-fuyans, àl'aide defquels un coupable échappoital punition 162,
à fon crime. En conféquence , par cette Ordonnance de 1539: article fur- >
tout accufé fut affujéti à fe défendre
fa bouche & en fecret. Au de
plus, le filence de cette Ordonnance E" 1539 fur la communication achevée donna
l'accufé avec un confeil, lorfque l'inftruétion ie trouve
lieu à un ufage qui fut conftamment fuivi jufqu'en 1670; ce fut de la permettre aux accufés de communiquer avec leurs confeils après confrontation.
M. le premier Préfident de Lamoignon > ainfi
peur le voir dans
le procès-verbal des conférences fur TOrdonnance 3EMA mois d'Aodt 1670 >
article 8, titré 14, défendit fortement la caufe des accufés
l'on voude confeils ; mais 3
fes
juaslenotiton
loit en tout temps priver
fut aboli malgré , &c tout confeil leur fat
dicieufes & remplies la d'humanité, confrontation,f l'ufage ce n'eft dans certains cas exprimés dans
enlevé, cet article méme 8 du après titre 14, oi ils peuvent demandér un eonfeil, après avoir fubi
le premicr interrogatoire.
Qn conçoit difficilement pourquoi l'on prit alors un parti auffi rigoureux
contre des accufés, dont quelques-uns pouvoient être innocens; & en effet,
après la confrontation, tout délit eft conitaté, toute inftruction eft confommée,
fauf celle qui appartient aux faits juftificatifs de l'accufé 5 rien ne peut fecours varier fur ce qui eit fait:un confeil alors, ne forte peut fe donc Aatter venir de fauver qu'au un coude l'innocence fans pouvoir, en quelque
pable. Cette réflexion,, jointe aux obfervations de M. le premier Préfident d'atten- >
fait voir qu'en 1670 les Commiffaires du Roi ne frent tête affez eft
accufé innocent, dont
R
tion à la fituation critique d'un
quelquefois tellement ébranlée par tout ce qui environne une accufation capitale,
oublie en quelque forte la majeure partie de ce qui peut fervir
à fa 3R1s
Un premier vice de FOrdonnance criminelle de 1670, très-alarmant fans
doute pour l'innocence, eft d'abord l'enfemble de certe même Ordonnance,
ne Daroit avoir en vue que la recherche des coupables, fans trop 8c s'inquiéter l'arfort des accufés innocens. Si, par V'article premier du titre 4,
décette Ordonnance, l'on doit inftruire 1 charge
ET
ticle IO du titre 6 de
la dernière partie de cette difpofition eft
charge, l'expérience prouye que
armant fans
doute pour l'innocence, eft d'abord l'enfemble de certe même Ordonnance,
ne Daroit avoir en vue que la recherche des coupables, fans trop 8c s'inquiéter l'arfort des accufés innocens. Si, par V'article premier du titre 4,
décette Ordonnance, l'on doit inftruire 1 charge
ET
ticle IO du titre 6 de
la dernière partie de cette difpofition eft
charge, l'expérience prouye que --- Page 54 ---
1O2
toujours fans effet, puifque la preuve des faits juftificatifs de l'accufé,
ECRES admife qu'après la vilite du procès. Ainfi, l'Ordonnance a très-grand foin de ne pas laiffer dépérir les preuves
contre l'accufé ; tandis que cette même Ordonnance, par une difpofition formelle, agit d'une manière totalement oppofée dans ce qui eft favorable à ce
méme accufé : cependant, fi mon accufateur adminiftre des témoins contre
moi, n'eft-il pas dans l'ordre de la Juftice que je balance fa preuve par une
enquête contraire, faite à la même époque, afin je n'aie pas l'inquiétude
mortelle de voir mes témoins s'abfenter, ou périr, conféquemment mes jours
dans le plus grand danger? I1 eft donc démontré, que dans un traitement auffi
inégal entre l'accufateur & l'accufé, la balance eft hors d'équilibre, & l'injuftice avérée. Qui croiroit que ce font les mêmes Magiftrats qui, dans IOrdonnance civile du mois d'Avril 1667, ont admis , que-loriqui s'agira de défendre fa fortune, le demandeur & le défendeur, contraires en faits, auront la faculté de
faire refpectivement & au méme inftant une enquête pour prouver ce qu'ils
avancent , lorfque dans l'Ordonnance criminelle de 1670 , ces mêmes Magiftrats ont interdit à un accufé qui défend fon honneur & fa vie, de faire
la preuve de fes faits, au méme-moment que fon accufateur fait la preuve
des fiens! Le fecond vice de l'Ordonnance de 1670,ef qu'après la confrontation
le procès, > qui ne devroit être fecret pour l'acculé, eft encore au greffe
une pièce cachée, qui lui P interdite 5 car fi, pour raffembler, les preuves
de fon innocence, font au procès, il en demandoit la communication >
on la lui refuferoit. Emar on n'a pas voulu par l, qu'un accufé innocent fat privé de fes' propres reffources pour fe défendres cependant par la
prohibition faite par 'la Loi de communiquer le procès, cette injuftice eft
confommée. Le troifième vice de 1'Ordonnance de 1670 fe trouve dans l'inftruétion
du procès, cela feul, qu'elle eft faite par un feul homme. Tous ceux qui
connoiffent S'f fond cette matière, favent la vie & Fhonneur d'un accufé
font prefque toujours entre les mains du Te inftructeur 5 il écoute des témoins qui font fouvent des hommes foibles, gens du peuple, :: & incertains
fur les circonftances du fait;il rédige leurs dépolitions, , quelquerois en homme
prévenu, fouvent méme en fe pafionnant contre le crime, ,, fans faire attention que fes mouvemens.
ceux qui
connoiffent S'f fond cette matière, favent la vie & Fhonneur d'un accufé
font prefque toujours entre les mains du Te inftructeur 5 il écoute des témoins qui font fouvent des hommes foibles, gens du peuple, :: & incertains
fur les circonftances du fait;il rédige leurs dépolitions, , quelquerois en homme
prévenu, fouvent méme en fe pafionnant contre le crime, ,, fans faire attention que fes mouvemens. , quelque légitimes qu'ils foient alors, frappent indireétément fur un être qui neft Peut-étre coupable. Il interroge un. accufé , envers lequel il emploie de T'adrefle Sie fibtilités
croit
le faire
dans fes, réponfes 3 & lui tirer vérité,
ESTT
mifes,
contredire
fre
quel avantage pour cet homme en liberté, juge de fon femblable, n'a-t-il pas fur un
malheureux accufé qui, fortant des cachots, n'aperçoit, en quelque forte,
la lumière que pour être ébloui ! Le Procureur du Roi, d'un autre côté, eft l'accufateur , en forte que
du premier pas, cet accufé aperçoit contre lui les deux premiers Magiftrats il
du Tribunal doit le juger. Il eft dès-lors dans la crainte & la terreur ;
s'embarraffe Tade fes réponfes; il n'a pas la préfence d'efprit de combattre
avec avantage des témoins fufpects 5 & fa mémoire enfin, furchargée de
faits, quelquefois nombreux par leurs circonftances, doit le fervir très-mal,
, en forte que
du premier pas, cet accufé aperçoit contre lui les deux premiers Magiftrats il
du Tribunal doit le juger. Il eft dès-lors dans la crainte & la terreur ;
s'embarraffe Tade fes réponfes; il n'a pas la préfence d'efprit de combattre
avec avantage des témoins fufpects 5 & fa mémoire enfin, furchargée de
faits, quelquefois nombreux par leurs circonftances, doit le fervir très-mal, --- Page 55 ---
1O;
lorfqu'il s'agit de fe rappeler toutes les dépofitions des témoins 3 pour en faire
fortir les contradictions , & les oppofer les unes aux autres. Eh ! comment
pourroit-il le faire? Les Juges eux-mêmes s s'ils n'ont un crayon. à la main, ,
lors de la vifite du procès, échouent dans cette recherche, quicit toujours trèsimparfaite. Dans une pareille circonftance, un innocent eft certainement en
péril, car l'habitude qu'un inftruéteur a de voir des coupables, le prévient
néceffairement contre tout accufé.
Le remède à cet inconvénient, fouvent funefte , eft, dit-on, dans la
"Loi qui ordonne aux Juges d'examiner avec foin un procès , d'en rechercher les nullités, & tout ce qui eft à la décharge des accufés :
erreur.
Io. Les Juges affemblés ne prononcent que fur une inftruétion faite ;
ainfi, le vice de cette inftruétion > confommée par un feul homme 3 refte
tout entier.
2°. Quand il eft queftion de la vie ou de l'honneur d'un accufé,la défenfe peut-elle en appartenir à des hommes que leurs fonétions appellent à
la découverte du crime? cela n'implique-t-il pas une forte de contradiction
avec la recherche de l'innocence? Deux chofes contradictoires ne fe logent
guère dans l'efprit, au même inftant , avec un égal degré de force &
d'intérêt.
Examinez, en effet, la fituation d'un Magiftrat affifte au rapport d'un
procès criminel : fi fes affections le
vers
une difpofition
aHan
d'efprit dont on peut difficilement Presa rendre compte, alors E cherche à l'innocenter; 5 tout lui paroît évident à ce fujet, & il oublie qu'il va compromettrel la fociété: fi, au contraire, fon efprit fe préoccupe à la leéture d'une
dépolition qui paroit forte au premier coup-d'ceil, il ne voit plus qu'un coupable, & l'amour-propre, qui fait qu'on tient à fon opinion achève de tout
gâter. Un inftant de Coicaati fait voir qu'en général l'ordre ef prefque toujours
extrême.
3°. Une vérité inconteftable eft qu'il fe trouve fans doute des Juges intègres, qui mettent la plus grande exactitude dans l'exercice de leurs fonctions; mais pour peu qu'il y, en ait quelques-uns qui n'aient un zèle. auffi
foutenu, une autre vérité m'annoncé quil y a quelquefois RE la négligence
dans l'examen des procès criminels, parce que cet examen fe renouvelant
fans ceffe, finit par ennuyer parfatiguer, conféquemment ne pas toucher
auffi puiffamment que fon importance femble l'exiger. ASL eft fouvent la
fituation dueMagiftrat dans des fonétions d'habitude : il reffemble, fur cet
article 2 aux autres hommes,
qu'il eft fait du même limon, & tout
apperçu différent, n'eft qu'une FAISE gigantefqueyhors des proportions de la
nature & de la raifon.
Ajoutez encore à la négligence dans l'examen d'un procès criminel, 8
aux vices d'une inftruction, ou l'opinion d'un feul Magiftrat a une
marquée toutes les autres foibleffes du cocur bumain >
Eote
ponderance que la prévention, P'erreur , ou des paftions étrangères, qui fouvent détournent du chemin de la vérité, & vous verrez alors les hommes tels
font réellement. Ce ne font pas certainement ceux que l'Ordonnance
T.le 1670 a eu en vue; c'étoit à des Anges, fans doute > que fon exécution
étoit confiée.
ul Magiftrat a une
marquée toutes les autres foibleffes du cocur bumain >
Eote
ponderance que la prévention, P'erreur , ou des paftions étrangères, qui fouvent détournent du chemin de la vérité, & vous verrez alors les hommes tels
font réellement. Ce ne font pas certainement ceux que l'Ordonnance
T.le 1670 a eu en vue; c'étoit à des Anges, fans doute > que fon exécution
étoit confiée. --- Page 56 ---
Comment donc faire en pareilles circonftances, pour remédier au mal?
Etablir, avant tout, la queftion telle qu'elle doir étre préfentée.
Faut-il pendant toute l'inftruction d'un procès criminel, accorder à l'accufé pour confeil 3 un Avocat intelligent, qui puiffe lui fuggérer desmoyens
de le fauver, même quand il feroit coupable? Nor, ce feroit trahir
PTSRS fociété.
Faut-il lui donner un confolateur dont la vue le foutienne & le raffure;
un confolateur qui, fans être fon confeil, en impofera fa préfence a.
l'inftruéteur, s'il'étoit pofible que cet inftructeur MeROtLtA dans ce qu'il
doit à un accufé, quelquefois innocent ; un coliolateur, enfin,
raffemblant en
tout ce
à la décharge fraccufé,
2"t
maffe
qu'il apercevra
de
en faire un tableau aux Juges fera fpécialement chargé
Potte défendre dans l'intérieur méme du Sonchatee ou lon doit prononcer fur
fon fort ? Voilà certainement une fonction augufte, la fauve-garde de l'innocence, & qu'on ne peut confier qu'àr un Magiftrat imbu des grands principes de l'ordre public.
Ce n'eft pas tout encore : la vie d'un homme innocent eft tellement
précieufe à lEtat, qu'après la confrontation , le procès ne doit plus être
tout
doit être accordé à un
cette époque. Sa
fecrêt, 2 &
confeil
accufé,
tête, jufque là embarraffée par une inftruction effrayante fe remettra 5 aidé
des lumières d'un avocat inftruit qufi prendra au greffe, fans déplacer,
communication de tout le procès, i défendra alors fes jours mieux que
fonne; & fi le Magiftrat, établi dans l'inftruction pour défendre
PASCIE
oublioit quelques-uns de fes avantages , le confeil de P'accufé les recueillera
avec foin , pour en faire le plus grand ufage.
Tout le fyltéme de réforme confifte donc, comme on le voit , à donner,
pendant le cours du procès, à la feule innocence, un Magiftrat fans furveillant ceffe à
& confolateur qui :
des fonétions particulières, vienne
fon fecours; & lorfque P confrontation fera achevée, à accorder à tout
accufé ,. un çonfeil pour fe défendre fur le vu du procès:c'eft le feul
moyen de rétablir l'équilibre dans une matière auffi importante > puifque
par un travail contraire deux autres Magiftrats 2 l'accufateur & l'inftruéteur , font particulièrement occupés à la recherche du coupable :
ainfi, fans prefque toucher à l'Ordonnance de 1670 , fi précieufé pour:
le maintien du bon ordre, l'innocence fera protégée, fans aucun befoin pour
la fociété.
D'après ce point de vue, il fut rédigé pour la colonie de Saint- Domingue
un projet de Loi dans la forme fuivante,
PROJET
Magiftrats 2 l'accufateur & l'inftruéteur , font particulièrement occupés à la recherche du coupable :
ainfi, fans prefque toucher à l'Ordonnance de 1670 , fi précieufé pour:
le maintien du bon ordre, l'innocence fera protégée, fans aucun befoin pour
la fociété.
D'après ce point de vue, il fut rédigé pour la colonie de Saint- Domingue
un projet de Loi dans la forme fuivante,
PROJET --- Page 57 ---
PROJE T
DE DÉCLARATION
Interprétative de l'Ordonnance du mois d'Aoit 1 670.
Lous, 8cc. La fureté publique ayant particulièrement pour bafe la vigilanceà pourfnivre les malfaiteurs, eft expotée, dans la recherche & la punition
des crimes, à deux écueils oppofés, également à craindre &z à éviter. Si,
dans les formalités néceffaires pour découvrir les coupables > ilya trop
d'adreffe & de fubtilités;s'il règne, dans la marche de ces formalités, une
obfcurité effrayante pour les accufés, 8 capable d'intimider l'innocence elleméme 5 fi jufqu'à la conviction, feule capable d'armer le bras de la Juftice,
ilr n'y a pas dans linftruétion une modération paternelle, qui annonce de
la
crainte que le Légiflateur a de perdre un être vivant, un enfant l'Etat,
alors tout homme innocent eft en péril.
Mais fi, d'un autre côté la recherche du crime eft fans activité ; fi la
modération du Légiflateur dégénère en foibleffe sfi l'inftruction, trop lâche
fur cette matière importante, n'offre à chaque pas que des faux-fuyans qui
fauvent les coupables ; fi la fureté publique, enfin, n'a 'ayant pour digue l'adrefle qu'une
Loi fans force & fans énergie 3 il fuffit aux méchans d'avoir de
pour écarter loin de leur tête une punition jultement méritée, alors le crime
reftant impuni, la fociété eft en proie au défordre, & dans le plus grand la
danger. Neft-il à craindre, en
que dix coupables, & la échappés mort dans à le
vengeance des , ne portent enfuite amL confternation
fein de vingt familles , facrifiées alors à une fauffe indulgence 3 cruelle & terrible dans fes effets!
Notre Ordonnance du mois d'Aodt 1670,fi favorable au maintien du
bon ordre,, nous a paru toutefois devoir être éclaircie dans un point effentiel, celui qui, ayant
objet l'inftruction de tout ce eit à la décharge des accufés ,
dès-lors à fauver l'innocence peines qui ne
Ertra
a
font dues qu'aux coupables. Si dans Y'ordre de la Jufice, le Miniftère
blic eft particulièrement chargé du rôle rigoureux d'accufateur ; fi le
inftructeur femble de fon côté, fpécialement deftiné à découvrir toutes les
traces du crime, i faifir tous les moyens qui peuvent en affurer la preuve,
quelque impartiales que foient à cet égard leurs fonctions, il eft à craindre
qu'elles ne fe reffentent toujours de la grande févérité qui les accompagne,
& qui paroit en être inféparable : nous croyons donc, dans de pareilles circonftances >
eft indifpenfable de donner à fracculé, dès le premier inftant 2t la procédure 2 non pas un confeil qui pourroit fouvent
dérober une tête coupable à la vindiéte publique , mais un confolateur
furveillant > qui, affocié aux fonétions de Vinftructeur, fera fpécialement
chargé de raffembler en maffe tout ce qui pourra tendre à la décharge des
accufés.
Reforme judiciaire, érc.
ances >
eft indifpenfable de donner à fracculé, dès le premier inftant 2t la procédure 2 non pas un confeil qui pourroit fouvent
dérober une tête coupable à la vindiéte publique , mais un confolateur
furveillant > qui, affocié aux fonétions de Vinftructeur, fera fpécialement
chargé de raffembler en maffe tout ce qui pourra tendre à la décharge des
accufés.
Reforme judiciaire, érc. --- Page 58 ---
Ainfi marcheront d'un pas égal, & fur la même ligne, deux inftructions
également importantes ; l'une qui aura pour but de conftater le délit, & de
découvrir fon auteur; 3 l'autre qui, veillant fur la vie de l'accufé, jettera le
plus grand jour fur les faits juitificatifs de fa conduite.
Pour achever de tenir un jufte milieu entre la Juftice due à l'innocent
mal-à-propos accufé, & la punition que la fociété alarmée réclame à grands
cris contre les coupables nous avons cru ne devoir conferver à notre Ordonnance du mois d'Aodt 1670 toute fa
que jufqu'à la confrontation feulement parce que Tade ce moment farci recherche du délit eft
confommée, & les faits conftatés. Mais fi, jufqu'à cet inftant > tout s'eft
armé contre P'accufé,
que le cri de tous a dû l'emporter fur le cri
d'un feul;fi, ifolé & Rasce confeil, dans une inftrudtion abfolument fecrète,
toutes fes réflexions n'ont da fe porter fur la rigueur des Loix, que fur
l'erreur des Juges, trifte apanage de A3EAREIN alors fa fituation d'homme
chargé de fets, enféveli dans un cachot, uniquement raffuré, s'il eft innole témoignage de fa confcience, tremblante elle-même fur l'incent juftice , El la méchanceté des hommes;a fituation, difons-nous, eft fi intéreffante , qu'il nous a paru de toute juftice de lui accorder un confeil après
la confrontation.
Ce confeil, fans danger alors pour la fociété, pourra prendre, fans déplacommunication de tout le procès au greffe;i1 achevera de raffurer PaccORa dans fon malheur, & l'aidera à découvrir, dans les dépofitions des
témoins. , quelquefois fufpects & peut-étre fubornés, des contradictions ou
des circonftances qui, approfondies par un homme de fang-froid , étranger
au procès, doivent néceilairement conduire à des vérités favorables à l'innocence.
Nous avons cru, enfin, devoir abolir T'ufage de la (ellette, dont la condamnation étant, dans prefque tous les cas,le réfultat de l'opinion d'un feul
homme, eft quelquefois d'une iniuftice irréparable puifque T'ignominie en
r.fichit fir un accufé, ne s'efface pas même dans l'opinion publique,
le
TAE
jugement d'abfolution.
En un mot, pour ne rien laiffer à defirer fur cêtte intéreffante matière 3
nous avons jugé convenable d'éclaircir quelques autres points de notre Ordonnance du mois d'Août 1670, qui, quoique moins importans que les précédens, , font tout auffi néceffaires a l'enfemble parfait d'une inftruction criminelle.
Nous nous Alattons ainfi, qu'en tenant, à tous égards, une balance exaôte
entre des coupables juftement pourfuivis, & des innocens mal-à-propos accufés, nous remplirons le devoir le plus précieux à notre coeur, celui de fauver
l'innocence des écueils de la calomnie, fans nous écarter de la protedtion
effentielle que nous devons à nos peuples pour leur fureté. A CES
CAUSES, Sic.
ARTICL E r R E M I E R.
Toute inftruction fur la plainte de parties civiles, fur celle de nos Procureurs, ou même en Aagrant délit, à la clameur publique, 2 ne pourra
étre faite par l'Officier qui en fera chargé, qu'en préfence d'un autre Officier du mème fiége, affelleur en cette partie 5 & feront tous les Officiers du
ons à nos peuples pour leur fureté. A CES
CAUSES, Sic.
ARTICL E r R E M I E R.
Toute inftruction fur la plainte de parties civiles, fur celle de nos Procureurs, ou même en Aagrant délit, à la clameur publique, 2 ne pourra
étre faite par l'Officier qui en fera chargé, qu'en préfence d'un autre Officier du mème fiége, affelleur en cette partie 5 & feront tous les Officiers du --- Page 59 ---
IO7
fiége, oû les procès s'inftruiront, affeffeurs chacun à leur tour, fuivantl'ordre
du tableau.
M O T I F S.
L'inftruéteur & l'affeffeur, rempliffant ainfi qu'on va le voir, deux fonctions oppofées, l'une de rechercher un coupable, l'autre de trouver un innocent, il'en réfulte néceffairement que l'inffruéteur fera très-circonfped dans
Ja rédaction des dépofitions & des" interrogatoires; ainfi, l'innocence ne
qu'y gagner. D'un autre côté, tous les Offciers du fiége > étant aflefleurs ROE
leur tour, finiront par favoir à fond l'inftruétion criminelle, dont ils connoiffent a peine les premiers erremens, dans l'état actuel des chafes. Voilà
la fource de cette multitude de mauvaifes procédures, auffi dangereufes pour
la fociété, que pour l'innocence elle-mème, puifqu'étant annullées, la
dans le premier cas dépérit le coupable évite le châtiment, & la RCIE
en fouffre;18 > dans le fecond, la détention trop long-temps prolongée
d'un innocent Ruc un cachot, eft un fcandale public, & Y'abus le plus funefte de la Loi,
A R T I C L E IL
L'affeffeur ne pourra s dans aucun cas, fervir de confeil à l'accufé, ni
troubler l'infruéteur en manière quelconque, dans la recherche des preuves
du délit. Les fonétions de l'affeffeur fe borneront à faire conftatér, dans
les procès-verbaux & autres aétes de la procédure, tout ce qu'il croira être
à décharge , & à tirer des dépofitions des témoins, des interrogatoires
& de toutes les autres pièces du procès, tous les faits, toutes les inductions &c les préfomptions qui pourront tendre à conftater l'innocence de
l'accufé.
M O T I F S.
Ce qu'on
craindre d'un confeil ordinaire,en pareille circonftance, ne
peut avoir lieu Err l'égard d'un Magiftrat, dont le caraétère ne peut lui permettre de fiuggérer des faux-fuyans à un accufé , de troubler l'inftruéteur à
chaque inftant dans fes interrogats, &c de fatiguer les témoins des queftions captieufes, très-fubtiles de la part d'un Avocat, mais, par PALde méme 3
tres-embarraffantes pour ces mêmes témoins, qu'elles tendent à induire en
erreur. Préfent à l'inftruction, le Magiftrat gardera le filence, tant qu'il ne
s'agira pas de conftater un fait à décharges mais lorfqu'il en appercevra, fon
feul avertiffement à ce fujet , rappellera l'inftruéteur à fa Première obligation
enyers l'innocent mal-à-propos accufé,
A R T I C L E IIL
Auffitôt que dans le cours du procès l'affeffeur croira reconnoitre en
faveur de l'accufé, quelques faits fufceptibles d'être conftatés par témoins ou
autrement, il en fera le rapport à la Chambre, toute affaire ceffante; &, fi
les faits font reconnus pertinens & admiffibles, ils feront inférés dans le jugement qui en ordonnera la preuve.
M O T I F S.
Par l'article premier du titre 28 de l'Ordonnance du mois d'Aoit 1670,
cette preuve n'eft admife qu'après la vilite du proçès; mais ici l'affeffeur
O 2
és par témoins ou
autrement, il en fera le rapport à la Chambre, toute affaire ceffante; &, fi
les faits font reconnus pertinens & admiffibles, ils feront inférés dans le jugement qui en ordonnera la preuve.
M O T I F S.
Par l'article premier du titre 28 de l'Ordonnance du mois d'Aoit 1670,
cette preuve n'eft admife qu'après la vilite du proçès; mais ici l'affeffeur
O 2 --- Page 60 ---
affemblés , auffitôt
l'eftime néceffaire;, & les
la demande aux Juges
reconnoiffent les faits adJuges n'ont égard à fon d'accord rapport, avec > raifon la juftice, & conforme au
ce eft
:
miffibles, qui
Rres
même titre
articles 2 & 3 : ainfi, tout le changement tout qu'on fait à
l'Ordonnance :e 1670,car il ne faut pas croire qu'il faille dénaturer,
atteindre à une forte de perfedtion en cette partie 3
tout bouleverfer difons-nous, pour tout le changement que lon fait à cette Ordonnance de
ainfi, confifte d'un côté, à donner d'abord un défenfeur à l'innocence
1670,
à l'accufé; à tranfporter d'un temps à un autre de TPeatrsc
& non pas où la preuve des faits juftificatifs eft admife 5 & de l'autre,
tion, Tépoque le
ainfi qu'on va le voir, au confeil de l'accufé,
à communiquer procès, Ces modiques changemens,, qui ne paroiffent prefque
après la controntation. à l'Ordonnance de 1670, en faveur de l'innocence, un nouvel
rien, efprit, donnent une nouvelle ame qui lui manquent abfolument. On
peut-être objedter que la manière d'opérer que l'on propofe ,
conduite de r'inftructeur, des foupçons défagréables injurieux
jette
APA unMagiftrat. On répond fi l'on veut réfléchir profondément
mêmes
vices de
la Juftice, la plupart prennent leur
tous
l'adminiftration 2
fr Paar défaut de connoiflance du coeur humain, lors de la rédadtion
fource dans un
des 1 Loix. eft bon, fans doute., d'élever l'ame du Magiftrat, mais fans fe permettre,
à beaucoup près, de rien dire qui puille ravaler fon caraétère fujet ; on à ne AtC
difconvenir que le Magiftrat eft , comme les d'injure autres hommes, dont on fe plaint ici 3
foibleffes, à mille pallions , & que l'efpèce avec le danger effrayant de condamn'eft d'ailleurs fans aucune proportion
le furveillant
ner un innocent. Au furplus, quel eft 3 dans fon notre hypothèfe, & fon confrère; ce qui
de l'inftruéteur : Un Magiftrat comme lui, égal & humiliante. doit, à fon égard, écarter toute idée défagréable
Si, au lieu du fyftâme
on y, fuppléoit par deux Magiftrats, eft
conjointement inftructeurs, STT le grand but auquel" on afpire fur-tout > de manqué ceux Fans
parce que dans la majeure partie des procès des deuxin@ructeurs, criminels, ous'abfentant, ou
contrela claffe indigenté du peuple,Tun chofe
de l'inftruction , fe repoferoit perpés'occupant tuellement fur de toute l'autre autre : ceci eft encore que dans l'ufage de fonétions d'habitude.
conjointement inftructeurs, STT le grand but auquel" on afpire fur-tout > de manqué ceux Fans
parce que dans la majeure partie des procès des deuxin@ructeurs, criminels, ous'abfentant, ou
contrela claffe indigenté du peuple,Tun chofe
de l'inftruction , fe repoferoit perpés'occupant tuellement fur de toute l'autre autre : ceci eft encore que dans l'ufage de fonétions d'habitude. Il faut donc, pour que l'innocence puiffe jouir aient de des tous fonétions fes avantages totaleque les deux' Magiltrats les forcent préfens à à fe l'inftruction,, tenir perpétuellement en vue l'un de
ment Yautre; oppofées, ce n'eft, qui en effet , que dans cette oppofition de fonétions abfo- de
lument contradictoires, que peut fe trouver effentiellement la fauve-garde
l'innocence. Au refte , s'il fe préfentoit entre eux des difficultés à réfoudre, ils font
près de leur Tribunal,qui les mettroit d'accord fur-le-champ.
cent préfens à à fe l'inftruction,, tenir perpétuellement en vue l'un de
ment Yautre; oppofées, ce n'eft, qui en effet , que dans cette oppofition de fonétions abfo- de
lument contradictoires, que peut fe trouver effentiellement la fauve-garde
l'innocence. Au refte , s'il fe préfentoit entre eux des difficultés à réfoudre, ils font
près de leur Tribunal,qui les mettroit d'accord fur-le-champ. A 'R T I C L E I V. Le jugemént qui ordonnera la preuve ci-deffus inftructeur; fera & prononcé fera l'accufé dans les invingt-quatre heures à l'accufé,, par le dont Juge il entend fe fervir pour la preuve
terpellé de nommer les témoins, fera tenu de faire fur-le-champ; autrement il
de fes faits juftificatifs, ce qu'il
n'y fera plus reçu. --- Page 61 ---
IC9
M O T I F S.
Conforme à l'article 4, du titre 28 de l'Ordonnance du mois d'Août 1670*
A R T I C L E V.
Les témoins mentionnés ci-deffus, feront allignés à la requête de nos
Procureurs > pour être ouis d'office par le Juge inftructeur, &c l'enquète
étant achevée, elle fera jointe au procès, pour, en jugeant y avoir tel égard
que de raifon.
M O T I F S.
Conforme aux articles 6 & 8 du titre 28 de l'Ordonnance de 1670. Sil lon
ne parle pas ici de la communication de l'enquête à la partie civile, c'eft
que cette communication aura lieu après la confrontation, ainfi qu'on le verra
ci-après.
A R T I C L E V I.
Les dépofitions des témoins entendus dans les informations, ainfi que dans
l'enquête dont eft parlé dans l'article 5 qui précède 5 les renvois & en le marge bas de
s'il en eft fait 3 l'approbation des ratuires, s'il y en inftruéteur a eu; &c l'affefla
de chaque dépofition feront fignés le fuge
feur, LPSTEL greffier & le témoin, fi ce ELEar veut, ou peut figner ; de finon l'enil en fera fait mention. Chaque page > en outre de Finformation fera ufé de & la méme
quête , fera cotée & paraphée par linftructeur 5 il en le témoin & l'accufé;
manière le Juge inftructeur, raffeffeur, le greffer,
à l'égard Paer récolemens de témoins, des confrontations & des interrogatoires
des accufés, même du dernier interrogatoire fubi fur l'appel, lequel fera toujours rédigé par écrit.
M O T I F S.
Pour que le confeil d'un accufé ne puiffe pas chicaner fur des mots, toutes on
a cru devoir, > par une difpofition générale & uniforme, faire évanouir les
les difparates qui fe trouvent dans POrdonnance de 1670, pour la fignatures
l'article en effet, du titre 6 veut que dépofition
aux foit informations; fignée le Juge, le 9, greffier & le témoin, & chaque page cotée &c
fignée par SE3L Juge.
du
L'article 12 du méme titre dit que'les renvois feront feulement fignés
Juge & du témoin : pourquoi pas du greffier, comme les dépofitions, puifque
les renvois en font partie ?
l'interrogatoire foit figné du Juge & de
L'article 13 du titre 14, veut que
les
eft-ce qu'un inl'accufé: pourquoi pas du Greffier > comme dépofitions?
terrogatoire n'eft pas auffi important qu'une dépofition :
Chaque page de Vinformation eft , d'après Particle 9 du titre Gt feulement cotée & fignée parle Juge; & chaque
d'interrogatoire cotées
paraphée & fignée par le Juge, fuivant E.ARE 13 du titre 14 : pourquoi
cetté différence entre deux actesfi effentiels au procès?
Par l'article 5 du titre 15,3 chaque page dés récolemens eft fignée & pdraphée le Juge & le témoin, mais non cotée comme les dépolitions >
non Eale le Greffier comme les dépofitions: cela n'eft pas conféquent,
puifqu'ur Esencie n'eft qu'une fuite de la dépofition.
fignée par le Juge, fuivant E.ARE 13 du titre 14 : pourquoi
cetté différence entre deux actesfi effentiels au procès?
Par l'article 5 du titre 15,3 chaque page dés récolemens eft fignée & pdraphée le Juge & le témoin, mais non cotée comme les dépolitions >
non Eale le Greffier comme les dépofitions: cela n'eft pas conféquent,
puifqu'ur Esencie n'eft qu'une fuite de la dépofition. --- Page 62 ---
IIO
Par l'article 13 du titre
chaque confrontation eft au bas des pages,
paraphée & fignée du Juge, VL l'accufé & du témoin, mais point cotée, 3
point de fignature du Grefher.
Notre article, comme on le voit 5 fond toutes ces nuances dans une
feule difpofition qu'on applique aux différens abtes de la procédure
ici dernier
fubi
i
enfin,, on a rappelé le
interrogatoire
fur l'appel, pour
faire écrire dans tous les Tribunaux, contre l'ufage de plufieurs Cours fouveraines.
A R T I C L E VII
Avant d'ordonner le récolement & la confrontation ,, qui ne pourrone
l'être que par jugement rendu par trois juges dans les procès fujets àl T'appel,
& par fept dans ceux jugés en dernier reffort, le Juge qui préfidera, fera
tenu de prendre préalablement les voix fur les nullités, ou autre vices de
formes qui pourroient fe trouver dans la procédure, ce dont il fera fait expreffément mention dans le jugement qui ordonnera lefdits récolemens & confrontations. Il en fera ufé de même dans tous autres jugemens > foit interlocutoires > foit définitifs. Ne pourra, au furplus, le procès, méme en notre
Confeil fupérieur de Saint-Domingue, ètre rapporté dans aucun cas, par le
Juge qui l'aura inftruit.
M O T I F. S.
L'Ordonnance de 1670 ne parle point du nombre des Juges qui doivent
régler le procès à l'extraordinaire 5 c'eft une omiffion qu'il convient de réparer : d'un autre côté , le réglement à l'extraordinaire fe fait avec une
légèreté fingulière sil faut donc rappéler les Juges à un examen plus férieux,
* & fur-tout à la recherche des nullités, afin de ne s'expofer à continuer
un procès dont l'inftruétion, étant nulle in limine Raas entraine dès-lors la
nullité du refte.
Enfin pour qu'un infrusteur ait plus d'attention fur fon inftruction >
on. lui d.E le rapport du procès, pour le donner à un autre Juge, dont
le premier foin doit étre de relever 'les vices de formes qui pourront s'y
trouver.
A R T I C L E VIIL
Indépendamment des casoi notre Ordonnance du mois d'Août 1670 permet
à certains accufés de conférer avec leurs confeils, après le premier interrogatoire , le Juge inftructeur fera tenu, à la dernière confrontation, d'avertir
tous accufés qu'ils peuventprendre pour confeil un Avocat ou un Procureur, &
fera fait expreilément mention à la fin de ladite confrontation, del'avertiflement contenu au préfent article.
M O T I F S.
e
o Après la confrontation, on accorde un confeil à l'accufé ce qui eft con-
-forme à l'ufage antérieur à l'Ordonnance de 1670, & fondé fur la juftice.
Le confeil doit étre un Avocat oll Procureur de la Jurifdiction 2 parco
que.s'agiflant de prendre communication du procès au greffc, il faut des gens
du métier.
La mention delavertiffement eft néceffaire dans la dernière confrontation,
pour favoir fi la difpofition de la Loi,a ce fujer, a. été exécutée.
-forme à l'ufage antérieur à l'Ordonnance de 1670, & fondé fur la juftice.
Le confeil doit étre un Avocat oll Procureur de la Jurifdiction 2 parco
que.s'agiflant de prendre communication du procès au greffc, il faut des gens
du métier.
La mention delavertiffement eft néceffaire dans la dernière confrontation,
pour favoir fi la difpofition de la Loi,a ce fujer, a. été exécutée. --- Page 63 ---
III
A R T I C L E IX. Il y aura, à tour de rôle, dans chaque Sénéchauflée & Amirauté de
Saint-Domingue, un Procureur, & au Confeil-fuspérieur , un Avocat deftiné
à étre le confeil des accufés 3 pourvu toutefois qu'ils ne veuillent
en
choifir d'autres. Le tableau defdits Avocats &c Procureurs, dans
fera
le
fervice
Tenliats
indiqué temps du
de chacun , fera affiché aux greffes dès Sénéchauflées & Amirautés, 3 & à celui du Confeil fupérieur, , ainfi que dans les
prifons. Si toutefois dans un procès, il fe trouvoit plufieurs accufés, ou
que l'Avocat ou Procureur en exercice fit abfent, malade, ou fe trouvât
ayoir quelque autre empéchement légitime, ce dont nous chargeôns fa confcience, il y fera fuppléé de droit par les autres Avocats & Procureurs, fuivant l'ordre du tableau. M O T I F S. Cet Avocat, ce Procureur des prifonniers, eft néceffaire pour les accufés
&c fans reffources. L'examen qu'ils vont étre autorifés à
faire Sarpres procès,
la communication qui lcur en fera donnée formera des fuiets, E" réveillera fans ceffe Y'attention du Juge inftruéteur .3
& même celle de laffefeur, dont l'amour-propre bieffé craindra de voir
fes omiflions en faveur de l'innocence, relevécs par le confeil de l'accufé. A R T I C L E X. Auffitôt que la dernière confrontation fera achevée, le Greffier > dans
les vinge-quatre heues au plus tard, fera tenu d'en avertir l'Avocat ou
Procureur defigné pour confeil dans le tableau mentionné en l'article précéden: ; ledit confeil communiquera alors avec Faccufé;il prendra s ainfi
l'Avocit ou Procureur delapartie civile, communication du procès au
fans
ELSe
déplacer; ils pourront chacun donner une requête qu'ils fe feront fignifier Fafpectyment,avec copie des pièces au foutien, pour fur le toutjoint
au procès & fans aucune autre procédure ,
nous déclarons nulle &
fruftratoire, étre, fur les conclulions définitives 3 nos Procureurs,flatué ce
qu'il appartiendra.
ra s ainfi
l'Avocit ou Procureur delapartie civile, communication du procès au
fans
ELSe
déplacer; ils pourront chacun donner une requête qu'ils fe feront fignifier Fafpectyment,avec copie des pièces au foutien, pour fur le toutjoint
au procès & fans aucune autre procédure ,
nous déclarons nulle &
fruftratoire, étre, fur les conclulions définitives 3 nos Procureurs,flatué ce
qu'il appartiendra. M O T I F S. On conçoit, je ne faurois trop le répéter, la néceffité de la communication du procès au confeil de l'accufé; car comment un malheureux accufé
pourroit-il fe rappeler tous les détails d'un procès, dont il n'a eu qu'une
leéture rapide ? Certainement, , fans cette communication, P'innocencé ellemême feroit en danger. Au furplus , le procès ne doit poirit être déplacé
du greffe, parce qu'en promière inftance, il eft en minutes : il y auroit
mnoins d'inconvéniens au déplacement en cour d'appel > le procès étant en
expédition 5 cependant il fufit
en air,pour que ce déplacement foit
interdit dans tous les cas, lors Y la communication au confeil de l'accufé,
Cette défenfe fire aux Greffiers, de communiquer le procès après la confrontation prononcée par l'Ordonnance de 1670, eft fi révoltante ,
cette Ordonnance far cet article 7. eft ouvertement violée dans toutes R
Cours , de l'aveu tacite des Magiftrats eux-mémes ,. tant il eft vrai
ne peut jamais preferire contre la raifon & la juftice ! Quant aux qu'on requêtes fignifiées refpectivement, ainfi que copie des pièces au foutien, c'eft --- Page 64 ---
II2
le voeu de l'article 9, du titre 28 de l'Ordonnance de 1670, dont on a fuivi
l'efprit. A R T I C L E X I. Abrogeons l'ufage dela fellette : voulons en conféquence que tous accufés, à moins
fans diltinction :. foient entendus debout, derrière le barreau devoir 3, le faire
qu'eu égard aux infirmités de l'accufé, nos Juges n'eftiment
affeoir , ce que nous laiffons à leur prudence. M O T I F S. L'ignominie de la fellette eft avérée, puifqu'un homme décoré eft obligé
d'ôter les ordres dont il eft revêtu avant de s'y affeoir ; & cependant c'eft ainfi
un Procureur du Roi, un feul homme prononce prefque toujours
fur lhonneur d'un accufé ! Et fi Torade eft renvové ablous, qui pourra
effacer cette tache ? L'abfolution, , dira-t-on. Non,, la tache refte >
à
3 ne la
jamais
f"
qu'on ne commande
l'opinion la publique, fellette qui dans nos perd ufages antivue:ilya tout lieu fptet croire
' qui,
donnée dans le
ques 2 n'étoit autre chofe qu'un 1 , un efcabeau l'excès a été de fon malheur,
principe, à un accufé foible, débile , tenir abattu
& ce
P'humanité
& fon
ne
fe
que
mcuter
que
fuppofoit l'a transformé pouvoir infenfiblement en ignominie.
fellette qui dans nos perd ufages antivue:ilya tout lieu fptet croire
' qui,
donnée dans le
ques 2 n'étoit autre chofe qu'un 1 , un efcabeau l'excès a été de fon malheur,
principe, à un accufé foible, débile , tenir abattu
& ce
P'humanité
& fon
ne
fe
que
mcuter
que
fuppofoit l'a transformé pouvoir infenfiblement en ignominie. Il paroit
a imaginé 3 T'opinion
odieux
des
d'autant plus convenable d'abolir cet ufage
, qu'indspendamment
motifs ci-deffus 3 on demande quelle ne doit pas ètre l'imprellion dans la chambre qu'éprouve un malheureux accufé , à qui l'on dit, faut en s'affeoir entrant fur la fellette ? criminelle où fe trouvent les Juges ,
ainfi dire, déja
S'il eft un
inftruit, il
qu'il eft,, pour
HT
peu la
apprend à par une
; il y a de quoi
dévoué, par partie publique , fans peine & capitale fans voix dans fon dernier
atterrer un innocent, 8 le mettre
forces
interrogatoire. A R T I C L E XIL
:E Lors de la vifite du procès > l'affeffeur fera valoir tout ce qu'il croira fa
favorable à l'accufé '. fans pouvoir 3 dans aucun cas 3 coopérer feront par jointes
voix' à fa condamnation. Ses obfervations toujours écrites,
au procès > à moins qu'il ne déclare n'en avoir aucunes à faire 2 in- ce
dont il fera fait expreffément mention dans le jugement définitif qui
terviendra. M O T I F S. L'affeffeur lors de la vifite du procès 3 fera l'Avocat de l'innocence; on ce
fent qu'elle doit y gagner , lorfque toutes Tribunal fes preuves, affemblé, raffemblées fous un par feul
nouveau défenfeur feront préfentées au
On ôte à l'affeffeur fa voix
point de vue, au lieu d'être éparfes au procès. ceffe
de bienfaifance
pour condamner , afin de le ramener fans du
au caraétère S'il n'a rien à dire en
qu'il doit conferver dans tout le cours filence mais procès.
'elle doit y gagner , lorfque toutes Tribunal fes preuves, affemblé, raffemblées fous un par feul
nouveau défenfeur feront préfentées au
On ôte à l'affeffeur fa voix
point de vue, au lieu d'être éparfes au procès. ceffe
de bienfaifance
pour condamner , afin de le ramener fans du
au caraétère S'il n'a rien à dire en
qu'il doit conferver dans tout le cours filence mais procès. s'il
en fa faveur, fes
faveur de Faccufé, il gardera le
;
parle fervir de renfeigneobfervations feront écrites & jointes au procès, pour foit fait mention de fon
ment en caufe d'appel :il convient au furplus, qu'il
filence dans le jugement, afin que f, fur
un accufé, condamné
en première inftance, étoit déchargé de
> l'Affeffeur puiffe rougir
HREE
de --- Page 65 ---
II;
de fa négligence, fans compter les injonctions & même les interdidians
comme on va le dire ci-après étre prononcées contre luip par 1e
Tourie fupérieurs , pour n'avoir pas fait i charge.
Au furplus , fi l'on veut encore donner plus d'appareil à tout ce
tendre à fauver l'innocence 3 ouvrez les portes du fanétuaire de la Ades
lors du rapport d'un procès criminel; alors vous verrez le Magiftrat établipour
défendre Tinnocent, raffembler fes preuves ayec encore plus de méthode
deforce &cd'énergie: quelles: fonétions: alors plus nobles, plus fatisfaifantes &
Pis auguftes!
A R T I C L E XIII
Auffitôt que copies des charges &: informations avec le Jugement
de condamnation 3 auront été apportées au greffe de notre Confeil fupérieur, le Greffier, ainfi que les confeils des accufés, feront tenus de fe
conformer, fur T'appel, ce qui leur eft prefcrit en première inftance par
l'article IO ci-deffus.
M O T I F S.
Nouvelle faveur pour un accufé innocent, & qui ne peut être dangereufe
pour le bon ordre de la fociété.
A R T I C L E XI V.
Dans le nombre des Affeffeurs au Confeil fupérieur de Saint-Domingue s
il y en aura toujours un à tour de rôle, qui, dans les procès inftruits en
première inftance dans notredit Confeil fupérieur, ainfi que dans les additions
d'inftructions qui pourront Y être faites fur l'appel, > remplira les mêmes
fonétions que celles déterminées pour l'affeffeur des Jurifdictions dans les
articles précédens. Tout procès, au furplus, fur l'appel des Sentences des
premiers Juges 3 fera remis au dérnier Aileffeur avant le rapport, pour,
lui, lors de la vifite qui en fera faite, fe conformer aux ditpofitions de YG2
ticle 12 ci-deffus,
M O T I F S.
Même fyftéme de conduite dans la Cour fupérieure, en faveur de l'innoçence, que celui adopté pour les Jurifdictions.
A R T I C L E X V.
Si, dans la vifite des procès au Confeil fupérieur. il étoit reconnu que
TAfelfeur des Jurifdictions n'a pas valablement rempli les devoirs à lui
ci-deffus impofés, il fera prononcé contre lui, fuivant l'exigence des cas, 3
telles injonctions, , ou même telles interdictions qu'il appartiendra.
M O T I F S.
Cette menace eft néceffaire 3 pour que les fonétions de l'affeffeur 3 en
fayeur de l'innocence 3 ne foient point illufoires par négligence ou autrement.
A R T I C L E XVL
Défendons expreffément aux Officiers de notre Confeil-fupéricur de SaintDomingue >, & à ceux de nos Sénéchauflées & Amirautés de ladite ile
Reforme judiciaire, 6rc,
P
M O T I F S.
Cette menace eft néceffaire 3 pour que les fonétions de l'affeffeur 3 en
fayeur de l'innocence 3 ne foient point illufoires par négligence ou autrement.
A R T I C L E XVL
Défendons expreffément aux Officiers de notre Confeil-fupéricur de SaintDomingue >, & à ceux de nos Sénéchauflées & Amirautés de ladite ile
Reforme judiciaire, 6rc,
P --- Page 66 ---
II4
de fe fervir, dans les Arrêts & Jugemens en dernier reffort, de la formule de
pour les cas réfultans du procès ; leur enjoignons > lorfqu'il y, aura lieu atteint
prononcer une condamnation contre un accufé, de le déclarer duement du
& convaincu , & d'expliquer à la fuite & en détail, les circonftances
délit qui donneront lieu à la condamnation.
M O T I F S.
Cet article eft néceffaire
voir dans un Arrêt ou Jugement , les motifs
clairement exprimés 3 ce qui Pr important, d'ailleurs, pour l'inftruction publique & l'exemple.
A R T I C L E XVIL
Lieuenant-Généralse
Toutaccufépourra à feffet d'obtenir préfenter RegukteizosGomepem, de Nous des lettres de grace 2 ou autres lettres
Intendant, de même nature; en conféquence, défendons à nosProcureursà ès Sénéchauffées exé- &c
Amirautés, & à notre Procureur-général du Confeil fupérieur, de mettre à
cution l'Arrêt ou jugement en dernier reffort, rendu, jufqu'à ce qu'il ait FIn- été
délibéré fur ladite requéte, entre le Gouverneur >, Lieutenant-genéral, &
tendant & notredit Procureur- général ; & fi, fur le vu des l'acculé charges eft
des voix,
BEeE
la délibération, il étoit décidé, à la pluralité commutation
ou d'autres
lettres de
de
peine,
de
le cas d'obtenir des
gracc, leur avis
écrit & figré
lettres de pareille nature 3 alors Tribunal, dans rédigé lequel
ou Jugement
au
du
PAtee
d'eux, fera dépofé aura greffe été rendu 5 & il fera furfis à la leéture & exéen dernier refTort
reffort,
ce fur le vu
cution des Arrêts ou Jugemens en dernier des charges jufqu'à & informations que
, il
dudir avis, à Nous adreffé avec expédition lettres de
ou autres, ce
ait été par Nous ftatué, fur lefdites
grace & fous
qu'il
dans aucun cas,
quelque
HE
partiendra. Ne pourra, furfis au furplus, aux
rendus
contumace.
texte que ce foit, être
jugemens
par
M O T I F S.
La diftance des lieux exige les difpofitions de cet articte qui eft con- de
forme aux Ordonnances de 1766 & de 1775 s fur le Gouvernement
Saint-Domingue, à très-peu de différence près.
A R T I C L E. XVIIL
Les Iettres de grace, de commutation de peine ou autres de pareille
nature feront
aux Tribunaux, à qui l'adreffe en aura été faite 5
& fi, dans , les préfentées fix mois du jour de l'obtention > elles ne font préfentées 5
défendons aux juges d'y avoir égard.
M O T I F S.
Article 16, titre 16 de Y'Ordonnance de 1670;ily a féulement la diftance cette diffé- des
rence
accorde fix mois : au lieu de trois mois vu
fix
lieux,
ôte la défenfe d'ètre relevé du laps àc temps > paffé
à
ce
Faut
fi un vaiffeau, où feront ces lettres, vient périr,
n'eft mois, > attendu la faute que de l'impétrant, fi elles n'ont pas été préfentées dans les:
pas
fix mois.
Y'Ordonnance de 1670;ily a féulement la diftance cette diffé- des
rence
accorde fix mois : au lieu de trois mois vu
fix
lieux,
ôte la défenfe d'ètre relevé du laps àc temps > paffé
à
ce
Faut
fi un vaiffeau, où feront ces lettres, vient périr,
n'eft mois, > attendu la faute que de l'impétrant, fi elles n'ont pas été préfentées dans les:
pas
fix mois. --- Page 67 ---
IIS
A R T I C L E XIX.
Les demandeurs en lettres d'abolition 3 rémiffion & pardon 3 feront
tenus de les préfenter à l'audience, tête nue & à genoux & affirmeront > après qu'elles auront été lues en leur préfence, qu'elles contiennent vérité > & qu'ils veulent s'en fervir ; après quoi, ils feront renvoyés en prifon : fera, au furplus > obfervé
l'entérinement defdites
Jettres, tout ce qui eft prefcrit par le titre Eie de notre Ordonnance du
mois d'Août 1670.
M O T I F S.
Conforme à l'articlez1, du titre 16 de IOrdonnance du mois d'Août 1670,
fi ce n'eft qu'on a ôté de l'article, la claufe que Vimpétrant a donné charge
d'obtenir ces lettres >
que fouvent ce font les Cours elles-mêmes qui
donnent lieu à ce que PEE grace de l'accufé foit follicitée. > & alors il eft indécent de lui faire faire un faux ferment.
A R T I C L E X X.
Tout ce qui eft ordonné dans les articles ci-deffus, fera exéçuté, à peine
de nullité.
M ) T I F S.
Toutes les nullités que chaque article cxigeoit, ont été réunies dans UR
feul, afin d'éviter les répétitions.
A R T I C L E X X I.
Seront, au furplus, exécutés tous nos Edits, Déclarations, & notamment
notre Ordonnance du mois d'Août 1670 > en ce qui n'eft pas contraire aux
difpolitions des préfentes.
Si donnons en mandement; &c.
DI E RI NIÈ R E OBSERVATION,
Le travail de différens Magiftrats, & de plufieurs Jurifconfultes célèbres,
donnera fans doute de plus grands moyens de perfectionner l'inftruétion
criminelle : celui qui vient d'être préfenté, eft le voeu d'un Magiftrat honnête
& d'un bon citoyen 5, c'eft le denier de la veuve de l'Evangile, qu'il. a
offert à la fin de T'année 1786 : aujourd'hui il peut être doublé, d'aprés plufieurs omiffions effentielles dans ce projet de réforme, qu'il conviendroit de
réparer.
(g) Ces faits font prouvés fans replique, tant par les. relevés des greffes, 3
certifiés des Greffiers, que par ceux des Receveurs des amendes.
(h). Si, d'après T'expofé qui a été fait des rivières débordées, l'on fe
fuadoit les communications font perpétuellement interrompues à
feRSt
Domingue, que on feroit dans la plus grande des erreurs , parce > fi le
torrens eft de fe
3 il eft aufi de
nature
Reer
des
gonfler promptement.
ITE s'écouler de même. Mais on fent le rifque que court un voyageur en s'expofant dans des momens 2 dont il ne peut prévoir le danger.
P 2
des rivières débordées, l'on fe
fuadoit les communications font perpétuellement interrompues à
feRSt
Domingue, que on feroit dans la plus grande des erreurs , parce > fi le
torrens eft de fe
3 il eft aufi de
nature
Reer
des
gonfler promptement.
ITE s'écouler de même. Mais on fent le rifque que court un voyageur en s'expofant dans des momens 2 dont il ne peut prévoir le danger.
P 2 --- Page 68 ---
Quant aux chemins, il y a peu de chofe à chemin, defirer pour dans les la communica- des
tions des grands quartiers entr'cux. aétuellement Le grand 1789)
aller coupe du
Gonaives, auquel on travaille d'étre entièrement (Juin
pour pour les Ca
au Port-au-Prince,, eft au moment
des Adminiftrateurs, praticable
du 28
rures, ainfi qu'il eft établit prouvé une par voiture une Ordonnance de pofte pour les voyageurs, dont on
Mai dernier,, à qui faire ufage le 16 Aoit prochain. commencera
on établit déja des ponts fur les torrens les plus danD'un autre des côté, fonds deftinés pour cet objet, d'après les difpofitions de
FEdit gereux. du 3 avec mois de Novembre 1781. Au furplus, la demeure de habituelle des au
Port-au-Prince en temps de
& les au décifions, Cap en temps dans des matières guerre 2 jourAdminiftrateurs, dont on va dacie
affez qu'à l'egard des grandes
nalières &c fouvent très importantes, prouve fort éloignée de fon
communications, la Colonie eft non-feulement
à fon dernier premier
ige, mais qu'elle touche au contraire, fur cet article,
période. d'être
C'eft une grande queftion, de favoir files
font dans le cas
follicités. (i). Én matière criminelle, cela ne fait pas. AUSE moindre tienne doute, à toutes parce
qu'il femble
dans cette circonflance, la follicitation n'eft-elle pas- dangereufe? nos Loix de Prvetie : mais all civil,, la follicitation égards? Quand un plaideur follicite
n'eft-elle même perfide, à certains Te contredire, & faire tomber fes
fon Juge, TEA adverlaire eft-il Non. préfent la prévention, fi à craindre pour les
& fes menfonges? AE2i
impoftures mémes les plus intègres, s'infinue dans l'efprit 3 pour ainfi dire, malJuges
gré foi. les défenfes refpedtives & contradiâtoires des
Les titres produits au procès, fur les difficultés fe préfentent, voilà
parties, 3 la Loi enfin qui prononce doive confulter. Si l'on vouloit qui faire attention à
la feule chofe qu'un Juge on feroit bientôt convaincu que ce fopt les maula nature de nos font paflionss, le plus vivement follicités, parce que plus on doute
vais procès qui
fes
de fon affaire, plus on cherche à tromper Juges. (k) Ila paru dans le Public, tant en France qu'à SaintDomingne, du Cap, & un du
Tableau des procès jugés les deux Confeils fupérieurs
avec
Port-au-Prince, dans la utmsie année de leur exiftence année ' comparés de fon inftalceux jugés par le Confeil unique, dans la première
lation. Le but de ce tableau étoit de faire voir que. la nouvelle légiflation envoyée onéa Saint-Domingue étoit mauvaife, à charge tableau, au Public, lon confequemment affuroit
avoit
reufe à la Colonie 5 puifque, d'après ce de
de procès qu'il dans le
été jugé, dans les deux Confeils, un tiers plus
que
Confeil unique, avec deux tiers moins de frais.
alceux jugés par le Confeil unique, dans la première
lation. Le but de ce tableau étoit de faire voir que. la nouvelle légiflation envoyée onéa Saint-Domingue étoit mauvaife, à charge tableau, au Public, lon confequemment affuroit
avoit
reufe à la Colonie 5 puifque, d'après ce de
de procès qu'il dans le
été jugé, dans les deux Confeils, un tiers plus
que
Confeil unique, avec deux tiers moins de frais. Ce tableau, qui n'étoit appuyé d'aucune pièce probante, ayant été a ren- été
voyé à la vérification, le contraire des conféquences qu'il préfentoit
prouvé. effet
dans Ge tableau, en faveur des deux
Ils'eft trouvé en
qu'il avoit, jugés, des doubles emplois, qui
Confeils, quant au nombre mafle, 1Z procès étoient dès-lors difficiles à. étant
dans une grande
Emnrit
saais le noyés voile a été déchiré 5 il a donc été prouvé qu'outre ces' doubles occafionné emplois, l'on donnoit encore férieufement, Pour affaires qui avoient --- Page 69 ---
du travail aux Juges, , tous les petits procès qui font actuellement de l
compétence des Sénéchauffées & Amirautés en dernier reffort, & dont il
eft conftaté qu'on a jugé jufqu'àcenr dans une fiance de deux heures, de lun des
deux Confeils, pendant la dernière année de leur exiftence : or, il eft vifible
la majeure partie de ces procès fe terminant Arrêts, de concert entre
Xae les Juges n'ont coopéré aux Arrêts, Pans ces fortes de matières,
un figne de tête, comme la chofe fe pratique dans tous les Tribunaux. Ndi Confeil unique auroit produit ce grand miracle, en deux heuresde temps,
tout auffi bien que les deux Confeils, fla, nouvelle Légillation > en détruifant l'abus des appels intentés dans les petites
ne lui ensavoit pas
âté la connoiffance ; au moyen de quoi, fur cet objet, triomphe éphémère
FETE
du tableau, avoit pofitivement pour bafe, un défordre que la nouvelle Législation a détruit. Enfin ii s'eft trouvé, par la comparaifon des caufes contradidloires &
fujettes à un examen ferieux - ce qui eft le véritable procès, fur lequel il
convient de ftatuer entre les deux anciens Confeils & le nouveau, que le
Confeil unique avoit plus jugé les deux Confeils enfemble, quoiqu'il
eit eu, dans la première année STe fon inftallation, foixante-quinze heures de
féance de moins que les deux Confeils > dans la dernière année de leur
exiftence. Quant aux frais des procès, & aux dépenfes refpedives de fouveraineté
les deux Confeils & le Confeil unique, il eft certain que ces dépenfes
P ces frais paroiffent, au premier coup-d'oeil, plus confidérables pour le
Confeil unique, que pour les deuf Confeils : mais c'eft encore ici une erreur
à dévoiler. Il eft avéré, en effet, pour donner le change fur cet article, on a
mis en ligne de compte aRNE le tableau, la dépenfe de fouveraineté pour le
Confeil unique, loriqu'on s'eft bien gardé de rien dire de celle des deux
Confeils.
ces dépenfes
P ces frais paroiffent, au premier coup-d'oeil, plus confidérables pour le
Confeil unique, que pour les deuf Confeils : mais c'eft encore ici une erreur
à dévoiler. Il eft avéré, en effet, pour donner le change fur cet article, on a
mis en ligne de compte aRNE le tableau, la dépenfe de fouveraineté pour le
Confeil unique, loriqu'on s'eft bien gardé de rien dire de celle des deux
Confeils. Or,
de la dépenfe, & omettre ce qui peut compenfer cette
dépenfe, cela RUFT pas bien. D'un autre côté l'on a mis fur le compte du Confeil unique, d'anciens
frais de
arriérés, jugés récemment par le Confeil unique, mais in-"
tentés CaEr deux Confeils, lesquels procès avoient dix, quinze, vingt, &
plus de trente ans d'exiftence 3 & dont les frais anciens & accumulés ne
peuvent être en entier à la charge du nouveau Tribunal, mais font au contraire en grande partie à celle des anciens Confeils. Enfin, nous ajouterons les Magiftrats du Confeil unique, perfuadés
fans doute de l'avantage f nouvelle Légillation fur l'ancienne, ont euxmémes , par leur Arrêté du 24 Juin 1788, réclamé l'exécution des nouvelles
Loix, pour la diminution des frais de Juftice. Elles font donc bonnes, ces
nouvelles Loix, au moins pour la diminution de ces frais, puifqu'on les
invoque en faveur des plaideuirs! En un mot, par la comparaifon du rarif de 1775
l'ancien régime de
I Juftice, avec le tarif de 1787 pour le nouveau, ce réduit la queftion
nous traitons à un point de décifion fort fimple, eft aisé de
que, s'ilya quelque différence à l'égard des frais légitimes des
DEtar
SIS
des Greffiers & des Huiffiers, elle eft plutôt à l'avantage de la nouvelle
adminiftration de la Jufice, qu'en faveur de l'ancienne ; d'oû il faut con-
ien régime de
I Juftice, avec le tarif de 1787 pour le nouveau, ce réduit la queftion
nous traitons à un point de décifion fort fimple, eft aisé de
que, s'ilya quelque différence à l'égard des frais légitimes des
DEtar
SIS
des Greffiers & des Huiffiers, elle eft plutôt à l'avantage de la nouvelle
adminiftration de la Jufice, qu'en faveur de l'ancienne ; d'oû il faut con- --- Page 70 ---
clure, par la force de ces deux Loix, qu'en compatant un procès anciennement inftruit, avec un nouveau, ce dernier doit moins coûter que le
premier.
Avec les réticences, les écarts & les erreurs qu'on vient de relever, il
eft pollible de tout dénaturer 5 mais malheureufement pour le tableau dont
il s'agit, le moment de la vérité eft. arrivé : il n'a donc pu fouteni: l'éclat
des preuves authentiques qu'on lui a oppofées, & qui font actuellement fous
les yeux du Miniftre de la Marine & des Colonies.
(1), Anciennement les Magiftrats des Confeils fupérieurs de la Colonie
ne réfidoient pas dans le lieu od fe rend la Juftice, parce qu'originairement moins de population, moins de propriétés; dès-lors moins de procès
qu'il n'en a exifté depuis.
Prefque tous cultivateurs, ces Magiftrats quittoient leurs habitations tous
les deux mois, fe rendoient au chef-lieu, &, dans une femaine de féjour, D
ou a-peu-près, ils jugeoient les procès qui fe préfentoient, fans fe mettre
en peine de ceux qu'on fouftrayoit à leurs regards, & qui s'éternifoient.
Il n'y eut qu'un cri dans toute la Colonie contre ce défaut de réfidence
desJuges, parce qu'il eft conftant qu'une longue interruption dans le travail,
conduit néceffairement à la pareffe; celle-ci entretient le défaut de lumières:
delà le mal-jugé.
D'un autre côté, en exigeant des Magiftrats une réfidence habituelle au
chef-lieu des Confeils, il leur étoit di une indemnité. L'affemblée coloniale
de 1764 ayant été d'avis que le Roi accordât des appointemens aux Magiftrats
fupérieurs de la Colonie, alors fut rendu, au mois de Janvier 1766, un Edit
qui porte : que les Corfeils continueront de rendre la Juftice aux fujets du Roi,
Jans frais ni épices J en ce qui les regarde; Je réfervant Sa Majefté de pourvoir'
à l'indemnité du déplacement des Officiers qu'elle oblige à réfidence.
Qu'il me foit permis de répéter encore une fois, que s'il y a peu de procès
& beaucoup de Tribunaux, certainement alors iy a peu de travail pour
chaque Tribunal, conféquemment moins d'occupation
les Juges, moins
de
moins. de connoiffances des principes & Loix.
Et
capacité,
Si, au contraire, le nombre de procès trop confidérable n'eft pas dans
une proportion relative au nombre des Juges qui doivent ftatuer,. avec les
tempéramens que leur fanté exige dans les pays chauds, o rien ne doit être
extrème, dans ce cas, les affaires languiffent forcément : elles s'accumulent fuccombe
tous les ans, & forment à la fin une maffe écrafante, fous laquelle
le zèle même des Magiftrats les plus expérimentés. C'eft un point auquel, dans
en Europe, lon n'a peut-être fait aflez d'attention jufqu'à ce jour,
la compolition des Tribunaux, R fans la combinaifon duquel toutefois il eft
impofible de rien faire de fatisfaifant pour les peuples. On eft parvenu à
Saint-] Domingue dans l'organifation actuelle dés TUTOALE & du Confeil
unique, à peu de reétification près ; l'expérience le démontre : ainfi, que
l'on détruifé ce nouvel ordre de chofes, pour revenir encore, comme autréfois, à des Juges fans réfidence, qui n'auront rien à faire les trois quarts
de l'année & l'on verra le défordre reparoitre, les plaintes fe former de
nouveau, & le Gouvernement s'arrêter définitivement au plan qui exifte aujourd'hui,
ALE & du Confeil
unique, à peu de reétification près ; l'expérience le démontre : ainfi, que
l'on détruifé ce nouvel ordre de chofes, pour revenir encore, comme autréfois, à des Juges fans réfidence, qui n'auront rien à faire les trois quarts
de l'année & l'on verra le défordre reparoitre, les plaintes fe former de
nouveau, & le Gouvernement s'arrêter définitivement au plan qui exifte aujourd'hui, --- Page 71 ---
I19
(m) Voici les difpofitions telles qu'elles font réglées, pour la préfentation
des fujets aux places de Magiftrature à Saine-Domingue. Pour être Préfident ou Procurcur-général, il faut aux Confeillers du Confeil
fupérieur, feuls éligibles, fix ans de Magiftrature, foit dans un Confeil fupérieur, foit dans les Jurifdictions de la Colonie. I1 paroit toutefois qu'aujourd'hui le Roi, par un exemple récent, veut fe référver à lui feul le choix de
fon Procureur-général. Pour être préfenté à une place de Confeiller au Confeil fupérieur, il faut
les candidats aient exercé, pendant cinq ans au moins, un office ou
TAeAcee ou de Subftitut du Frocureur-genéral, ou de judicature, dans
les Jurifdictions, ou qu'ils aient fuivi la profeffion d'Avocat pendant cinq
ans dans la Colonie. Pour être Sénéchal, ou Procureur du Roi, il faut avoir poffédé,
ans, un office de judicature, ou avoir été Avocat, Notaire, ou
SOMAar
cinq cureur gradué, également pendant cinq ans au moins fans interruption. Les Confeillers des Sénéchauffées choifis par les Adminiftrateurs, dans les
gradués qui travaillent chez des Avocats, Procureurs 8c Notaires, ont
épreuve une commiflion qui dure troisa ans, & qu'il eft de la fageffe des PRdE
miniftrateurs de ne renouveler qu'autant les fujets qui auront exercé,
réuniront en leur faveur, des tmoignages tirgea de fatisfaction publique. (n) Quel mal on a fait aux Plaideurs, & par contre-coup à une
partie de la fociété, lorfqu'on a féparé les fonétions d'Avocat de
de
Pgete
Procureur! En mettant la délicateffe, le défintéreffement & l'honneur d'un
côté, on a livré l'autre à l'avidité, à lhumiliation & à la baffeffe. Ainfi,
lorfque l'opinion publique ôte P'honneur aux Procureurs,, c'eft comme fi elle
leur difoit : Pour fortir de la dégradation ot vous êtes injuftement réduits,
vous n'avez qu'un feul parti à prendre, celui de vous enrichir le plus prompzement poffible : or, pour y parvenir, que votre coeur foit le rendez-vous
de la mauvaile-foi; que votre efprit s'étudie à inventer toutes les rufes d'une
chicane infidieufe; entaffez incidens fur incidens; éternifez les procès; arrachez par là, la
fubftance de vos cliens 3 & la fortune alors vous
élévera fur un trône fcRs. devant qui tout s'humilie. Une profeffion utile, qui, dans l'opinion publique, eft condamnée à la
honte & au mépris, eft une héréfie, en matière de Gouvernement. Cette
profellion a donc befoin d'un traveftiffement nouveau 3 ou plutôt elle doit
rentrer dans fon ancienne inftitution. Le Chancelier d'Aguellenu a, fur cet
article, donné le premier mouvement dans les Confeils du Roi : Frédéric II
l'a imité en Pruffe.
ffion utile, qui, dans l'opinion publique, eft condamnée à la
honte & au mépris, eft une héréfie, en matière de Gouvernement. Cette
profellion a donc befoin d'un traveftiffement nouveau 3 ou plutôt elle doit
rentrer dans fon ancienne inftitution. Le Chancelier d'Aguellenu a, fur cet
article, donné le premier mouvement dans les Confeils du Roi : Frédéric II
l'a imité en Pruffe. Ce fe paffe à Saint-Domingue, prouve combien ces
deux profeffions peuvent dee utilement réunies. Puifent ces grands exemples
fe propager! (o) Les Réglemens de la Colonie ont abrogé le titre 31 de l'Ordonnance
de 1667, relatif à la taxe des dépens qui fe font dans les Cours & Sénéchauffées du Royaume. Quand on gagne fa caufe en France, il faut, d'après
cette Ordonnance de 1667, avoir fouvent, pour Ja liquidation de fes dépens, les
un nouveau procès, dont cette Ordonnance détaille très-ferieufement
formes : & quel eft le vérificateur que cette Ordonnance indique, pour
calculer les dépens faits par deux Procurewrs! Un Procureur. --- Page 72 ---
A Saint-Domingus, dans les Sénéchaufiées, & Amirantés, ainfi que dans la
Cour fupérieure, les dépens,. fur un état de frais figné des défenfeurs des
Parties, &j joint aux dofiiers, font taxés les Juges, après chaque féance,
&cla taxe eft comprife dans les Sentences EA Arrêts, dont elle fait partie. Qui
en effet micux connoitre la valeur des frais d'un procès, que
les
qui, dans la minure méme, viennent de le décider ? Aufi, toutes
burfalité a
OILETTE
ces groilés, rôles d'écritures, anéanties qu'une infernale dans la imaginées Colonie. POXS
défeipérer I plaideurs, taxées, font fuivant le mérite Pour jamais & l'importance de la matière,
pièces fans avoir d'écriture égard à font leur volume. Qu'en réfulte-eil? Que les affaires font moins
furchargées d'écritures inutiles;
dès-lors la quellion réduite, dans son expofé, ,à des bornes raifonnables, Rei moins fatigante pour celui guil T'examine; le
qu'enfin, les affaires font plus promptement & mieux jugées, parce que
del'entendement humain eft de faifir plus facilement ce qui eft limple
propre
que ce qui eft compliqué. d'une
fatisfaifante, courrier
(P) Pour fe convaincre de 1a pofibilité le
infiniment réponfe fimple
fuit a
par courrier, il fuffit de connoitre procédé
qu'on
Saint-Domingue fur cet article. Tous regiftres d'inferiptions d'aôtes de procédures, tenus dans les greffes,
étant numérotés depuis la première page jufqu'à la dernière, &c contenant
par page quatre cafes, dans chacune defquelles on infcrit un procès,ils'ensuit que f lon veut savoir le nombre de procès intentés dans une la année, clôture
il futtit de fixer les yeux fur le numéro de la page oi fe trouve
fon
de l'année : or, fi'le Greffier d'une Sénéchauffée quelconque dela dernière prend le
regiltre d'infeription, Bc qu'il trouve, à l'infpeétion
folio
par exemple, oil doit concevoir qu'en multiplant 400
R
cafes Ta chaque pase, peut dire affirmativement : il y a eu 1600
intentés
une année dans la Sénéchauffée dont je fuis
FA
pendant
Greffjer.
fur le numéro de la page oi fe trouve
fon
de l'année : or, fi'le Greffier d'une Sénéchauffée quelconque dela dernière prend le
regiltre d'infeription, Bc qu'il trouve, à l'infpeétion
folio
par exemple, oil doit concevoir qu'en multiplant 400
R
cafes Ta chaque pase, peut dire affirmativement : il y a eu 1600
intentés
une année dans la Sénéchauffée dont je fuis
FA
pendant
Greffjer. a-peu-près trois minutes pour cette opération. S'il veut favoir enfuite le nombre des procès jugés, &i celui de ceux
ne le font
Y'opération n'eft pas plus difficile; car tous les procès
TaH
étane bâtonnés, pas, à mefure de jugemèns "o1 d'arrangemens à l'amiable,, cafes bi- ce
Creffier parcourt chaque page du regiftre, & comptant toutes il les dit encore
ronnées, s'il en tronve, par exemple, 155o de ceite efpèce,
avec vérité, qu'il y., eu, dans cette même Sénéchauffée, 1550 procès jugés
ou terminés à l'amiable dans une année, & 5o d'arriérés, ce qui 1600 donné, 3
en rapprochant les nombres de Ig5o & 5o, celui ci-deffus de minutes procès
intentés dans l'année. 11 faut encore a-peu-près fept ou huit
pour
cette feconde opération. Enin, s'il veut fatisfaire fur-le-champ à la demande qui lui eft faite,
l'envoi des motifs qui ont occafionné le retard de 5o procès non
LET
comme les Procureurs font affujétis, par les Réglemens de SaintDomingue,
à faire & à figner leur déclaration fimple & précife à ce fujet, laquelle ,
après avoir efluyé une vérification févère du Miniftère public eft enfuite
affichéeau Greffe, dans un tableau, le Greffier prend ce tableau, à en fait une
ropie, &: il l'envoie.
,
l'envoi des motifs qui ont occafionné le retard de 5o procès non
LET
comme les Procureurs font affujétis, par les Réglemens de SaintDomingue,
à faire & à figner leur déclaration fimple & précife à ce fujet, laquelle ,
après avoir efluyé une vérification févère du Miniftère public eft enfuite
affichéeau Greffe, dans un tableau, le Greffier prend ce tableau, à en fait une
ropie, &: il l'envoie. Pour cette fois, il faut depuis environ quinze le minutes tableau
jurqu'a deux heures de travail au plus, en fuppofant toutefois
de ehaque Jurifdiétion fort chargé,
Qu'on --- Page 73 ---
I2I
Qu'on répète le même procédé dans chaque Cour, & dans
Sénechauffée, à'la réception dela lettre qui l'exigera:et tous les courriers chaque
au même inftant, aux diftances près qui établiffent quelques
chargés
le jour des envois; &c tous les courriers, difons-nous, arriveront différences à la dans
pour donner lâ réponfe demandée. Cette fimplicité
eft minute,
contredit le véritable caraétère des bonnesinflirutions. d'opérations fans
(9) Tous les faits de cet écrit, en ce concerne
de
Juftice, ont pour bafe des relevés faits au.e les différens T'adminiftration des la
diétions des deux anciens Confeils fupérieurs & du Confeil greffes Jurif
relevés font certifiés véritables par les Grefiers, & fignés d'eux. unique , & ces
fupérieur (r) Les de nouvelles Saint- Ordonnances enregiftrées, le II Juin 1787, au Confeil
dans le mois de Juillet Domingue, lors de fon inftallation, ont été envoyées
de la Colonie,
être fuivant, aux différentes Sénéchauflées & Amirautés
& la
pour y enregittrées & publiées 5 mais
Juillet, publication à
ont été faits qu'à différens jours de ce l'enregiftrement méme mois de
raifon 21 la diftance plus ou moins grande de
Jurifdiction au Port-au-Prince, chef-lieu du Confeil fipérieur : or chaque comme l'année
judiciaire des Jurifdictions, d'après le nouveau régime de 1
mence au premier Aott de chaque année, il s'enfuit que des Juftice, différens > com- jours
d'enregiftrement fait dans les Sénéchauffées &c Amirautés en Juillet
de au premier Aott 1788,1y un peu plus d'une année. C'est cet excédent 1787,
lieu jours au-delà de la première année judiciaire
a
Lt aux 1232 procès dont il s'agit ici, lefquels complette, qui
feconde année judiciaire. Au refte , ce nombre rompu'd'une appartiennent année & à la
jours, néceffité par les circonflances, ne reparoitra plus dorénavant, quelques
l'année judiciaire des Jurifdictions eft fixée, comme on vient de le
premier Aott d'une année au
dite,
E
premier Août de l'année fuivante.
(s) L'Ordonnance du mois de Janvier 1787, concernant
formes de procéder dans les Sénéchauffées & Amirautés de l'abréviation des
ayant donné la première impulfion, les Arrêts de réglemens Saint-Domingue, du Confeil
rieur ont enfuite achevé de porter le dernier coup à l'hydre
fupéqui, depuis tant de fiècles, défoloit les familles, dans les Tribunaux épouvantable oi elles
Venoient chercher la paix.
Il eft intéreffant, ne fit-ce que pour mieux faire encore, de
Arrêts de réglemens, ainfi
le rapport de leur exécution, à placer l'égard ici des ces
34587 Aott 1788. procès intentés dans jes Jurifdiétions de la Colonie , avant le premier
ARRÉT du Confeilfipérieur de Saint-Domingue, concernant les Mercuriales des
Senéchauffies & Amirautés,
Du 6 Oétobre 1788.
AUJOURD'HUI premier Oétobre 1788, le Confeil affemblé en
les Gens du Roi y étant, le Procureur général a dit:
Mercuriales,
M E S SI E U R S,
Par l'Ordonnance du mois de Janvier 1787,
l'abréviation des formes
de procéder dans les Sénéchauffées & Amirautés Rria la Colonie, il eft ordonné
Reforme judiciaire, 6c.
Q
6 Oétobre 1788.
AUJOURD'HUI premier Oétobre 1788, le Confeil affemblé en
les Gens du Roi y étant, le Procureur général a dit:
Mercuriales,
M E S SI E U R S,
Par l'Ordonnance du mois de Janvier 1787,
l'abréviation des formes
de procéder dans les Sénéchauffées & Amirautés Rria la Colonie, il eft ordonné
Reforme judiciaire, 6c.
Q --- Page 74 ---
aux Greffiers de ces JurifliStions, de remettre au mois d'Août de chaque
du
oi doivent être infcrits tous les
année, à mes Subflituts, faits copie les Procureurs regiftre dans chaque affaire. Les Juges
actes de procédure, le par Septembre fuivant, dans la chambre des délienfuite affemblés, premier avoir entendu fucceffivement les Procureurs, de
bérations, font.tenus, des peines après contre ceux qui pourroient être en retard d'inftruire
prononcer & de faire juger les affaires dont ils font chargés. Par cette même Ordonnance, les copies des regiftres des Sénéchauffées &
Amirautés doivent être adreffées au Procureur-genéral, avec les Jugemens
rendus les Officiers de ces Jurifdictions, & les motifs de leurs Jugemens, fur
le premier Oétobre, jour des Mercuriales, ftatué par la Cour,
pour
ter
fon requifitoire, ce qu'il appartiendra. D'après, Meffieurs, ces difpofitions impérieufes de l'Ordonnance, je viens
aujourd'hui mettre fous vos yeux les différens procès-verbaux de Mercuriales
faits les Officiers de chaque Jurifdidtion ; je vais vous en donner fucceflivément par lecture, &, vous faifan: remarquer la marche quelquefois difféobfervée les Greffiers de ces Jurifdictions, dans le relevé qu'ils"
rente qu'ont de leurs
vous dénoncer en même temps les abus qui m'ont
ont fait
regiftres,
mettre ordre. frappé, afin que votre fageffe puiffe y
Ledure ayant étéfaite fuccelfivement par le Procureurgénéral, 6r Ami- des
procès-verbaux faits par les Officiers des Senéchauffees
du
rautés du Peti:-Goave, du Port-au-Prince, du Port-de-Paix,
Cap. de Saint- Louis, de Jacmel, de Saint-Marc, du FortDauphin de Jéremie 6 des Cayes, le Procureur-genéral a
contiuué de parter ainfi. Vous devez, Meffieurs, vous appercevoir aifément, parla leéture qui d'inf- vient
d'étre faite, du procédé différent qui exifte dans la copie des regiftres
criptions, remise par les différens Greffiers des Jurifdictions. La majeure frictement partie
de ces Greffiers a copié littéralement les regiftres, ils ont donc
ces
rempli le voeu & la Jettre de la Loi : c'eft en effet une copie figurée il de feroit
regiltres doit être mife fous vos yeux, parce que, fans cela,
impoffible 3. connoitre le défordre qui pourroit exifter dans ces regiftres,
relativement au retard dans l'inftruction &z le jugement des affaires. D'autres Greffiers 3 fans s'aftreindre à copier littéralement dans les regiftres, ils
ont crul devoir faire des tableaux par différentes colonnes,
lefquelles mais
ont claffé les Parties, les Procureurs & les aétes d'inftructions doivent 5 être queléclairciffement qu'on puiffe tirer de ces tableaux, ils
rejetés,
parce que qu'ils font contraires à ce qu'exige l'Ordonnance.
l'inftruction &z le jugement des affaires. D'autres Greffiers 3 fans s'aftreindre à copier littéralement dans les regiftres, ils
ont crul devoir faire des tableaux par différentes colonnes,
lefquelles mais
ont claffé les Parties, les Procureurs & les aétes d'inftructions doivent 5 être queléclairciffement qu'on puiffe tirer de ces tableaux, ils
rejetés,
parce que qu'ils font contraires à ce qu'exige l'Ordonnance. D'autres Greffiers enfin ont à la vérité copié exaétement les regiftres, mais eft
ils ont fait une copie (éparée pour les affaires dont de chaque facilité Procureur aux Juges,
chargé, imaginant , Tans doute, par là procurer différente plus de celle prefcrite
pour les entendre fuccelfivement. Cette forme,
par lOrdonnance, ne peut plus être adoptée que l'ordre la précédente des infcriptions ,, parce
qu'il ne doit dépendre J2 Greffiers Procureur, d'intervertir d'un autre côté, ne peut ni ne
portées fur Pa regiftres. Chaque
Les raifons
chacun
doit étre mandé féparément ; le motif en eft fimple. que
donne pour fe juffifier, étant fouvent dans le cas d'être démenties autres. par
les uns des
RUts
fieurs adverfaires, tout doit étre fait en préfence --- Page 75 ---
lOrdonnance ne dit pas que les Procureurs feront mandés féparément, ainfi afin
qu'on l'a fait dans
Jurifdictions, mais entendus fucceffivement,
que, dans l'ordre Tine juftifications de cette nature, tout foit abfolument
contradictoire : les Procureurs mêmes, qui n'ont nul reproche à fe faire,
ne peuvent s'abftenir de cette féance rigoureufe, dans laquelle ils trouveront
des exemples à fuir, comme ceux qui feront en faute, pourront trouver des
exemples à imiter. fixer encore votre attention fur les négligences
Vous avez da, Meflieurs, à faire infcrire les différens aétes de procédure dans
multipliées des Procureurs,
les affaires dont ils font chargés. les
L'intention du Roi, manifeftée par fes différentes Ordonnances, volonté eft que
procès une fois commencés fe terminent, foital'amiable, par la
des
ties, foit par l'autorité des Jugemens : le voeu de 'Sa Majefté ne teroir
donc rempli, s'il étoit poflible de fe fouftraire àla fageffe de fes vues, voulu 3
IE faux-fuyans qui feroient rentrer dans le chaos dont Elle a celle
Ea tirer, la partie la importante de l'adminiftration de fon Royaume,
de rendre la juftice P'z fes peuples. Un premier abus que nous croyons donc pouvoir vous dénoncer, eft que
fur ces regiftres d'infcriptions 3 une infinité d'affaires ont été définitivement le
& contradictoirement jugées, fans avoir été bâtonnées, ainfi que prefcrit
l'Ordonnance; ce qui a occafionné une furcharge de travail en leurs pure perte,
pour les Greffiers, en les forçant de porter fur les relevés de devoit regiftres, être
qui font fous vos yeux une infinité d'affaires dont il ne Grefliers plus font
mention.
, eft que
fur ces regiftres d'infcriptions 3 une infinité d'affaires ont été définitivement le
& contradictoirement jugées, fans avoir été bâtonnées, ainfi que prefcrit
l'Ordonnance; ce qui a occafionné une furcharge de travail en leurs pure perte,
pour les Greffiers, en les forçant de porter fur les relevés de devoit regiftres, être
qui font fous vos yeux une infinité d'affaires dont il ne Grefliers plus font
mention. Il eft inconteitable que, fur cet article, tous les
en faute. l'Ordonnance
les dates des Sentences 2 par
D'un autre côté,
que de leurs
3 feront
défaut des autres interlocutoires. 3 torte celles
fignifications Les Procureurs font
infcrites fur le regiftre, à la.diligence des Procureurs. défaut, ou tout autre
donc tenus, auflitôt
rendu un Jugement fur les par
& lorfque eninterlocutoire, d'en Atct infcrire la date
regiftres;
avoir
fuite ces mêmes Jugemens font dans le cas de leur revenir, après
été fignifiés à la diligence des parties qui les ont obtenus , ils font encore
aftreints à faire infcrire la date de cette fignification. Pour ce qui eft des Jugemens contradictoires définitifs, l'infcription n'en
être àla charge du Procureur, , parce que la Loi ne lui en fait point
peut une obligation. Il ya en effet des Jugemens dont T'expédition la
quelqusfois de ces
n'eft demandée par aucune des Parties; &
miniftère à fignification des Procureurs,
Jugemens à domicile, cette fignification eft hors atnE
a
fouventn'entendent plus parler du Jugement définitif, après l'avoirremis: l'affaire
e cliens. Il en eft de même du foin de faire bâtonner fur'le regiftre abfolument
définitivement &: contradi@oirement jugée; cette obligation l'inftant regarde oi fe juge une
le Greffier , qui ne peut, dans aucun écrit cas, lui-mème ignorer le dispofitif. Cet ufage eft
affaire de cetté de nature, puifqu'il en la Cour en
le Greffier , d'après la difpofition fordans le cas s'obferver
par
melle de la Loi elle-même. des
Un fecond abus, auquel il eff'effentiel de mettre ordre, &x qui provient faire
Procureurs, eft, ainfi que je l'ai déja dit, relatif à leur négligence & à
à la
infcrire les dates de tous les actes de procédure , à fur mefure que
Q2 --- Page 76 ---
fignification en effaite., A cet abus s'en joint un autre : les affaires arrangées
à l'amiable font certainement définitivement terminées; elles doivent donc
être bâtonnées fur les regiftres: cependant, le Greffier ne peut le faire
qu'aurant que les Procureurs en auront fait leur déclaration, & l'auront
fignée; ils doivent de même faire leur déclaration des pièces qui leur font
retirées par les Parties, ainfi que des ordres qu'ils ont de furfeoir foit qu'ils
foient donnés par leurs cliens , foit que la furféance ait lieu par
d'un
Sans ces déclarations effentielles de la part ProcuTH
reurs, Jugement dont quelconque. ils font garants, mille faux-fuyans feroient employés
éluder
les difpofitions d'une Ordonnance, dont le but eflentiel eft Tr venir au
fecours des malheureux plaideurs, en éclairant la marche de l'inftruétion des
procès. Un troifième abus, eft qu'il a des Procureurs qui fe font excufés de
n'avoir pas fuivi les affaires Rant ils étoient chargés, parce
fuivant bien
ils attendoient de nouvelles inftructions de leurs parties.
faux-fuyans feroient employés
éluder
les difpofitions d'une Ordonnance, dont le but eflentiel eft Tr venir au
fecours des malheureux plaideurs, en éclairant la marche de l'inftruétion des
procès. Un troifième abus, eft qu'il a des Procureurs qui fe font excufés de
n'avoir pas fuivi les affaires Rant ils étoient chargés, parce
fuivant bien
ils attendoient de nouvelles inftructions de leurs parties. eft
Te
eux,, certain qu'il peut arriver une circonftance où le Procureur d'une partie, qui
a formé une demande , ait befoin de nouvelles inftructions; mais fladverfaire pourfuit l'audience, c'eft au Juge à déterminers'il convient d'accorder
un délai pour avoir les inftruétions demandées : fi au contraire, celui qui fe
défend n'a aucun intérêt de pourfuivre l'audience, alors il s'élève une
celle de favoir fi ce retard d'inftruire n'eft pas un fimple prétexte
St
tion, part du Procureur ou fi réellement l'intérêt de fon client l'exige. Si l'on
admettoit que le Procureur pur, de fon chef, retarder l'inftruction, alors fous
prétexte de nouveaux éclairciflemens, fans le concours de fon client,
on retomberoit néceffairement dans le défordre d'affaires qui s'éterniferoient. Il eft un moyen de mettre le client à l'abri de toute furprife à cet égard,
c'eft encore d'obliger le Procureur à faire fa déclaration fur le regiftre >
qu'il furfeoit les pourfuites jufqu'à nouveaux éclairciffemens de fa partic:
dans ce cas, fice n'eft d'accord avec elle, welle aura un jufte fujet de juftes
reproches à lui faire, P2 fa négligence à faire les pourfuites dans les délais
prefcrits, offrira alors une contravention qui fera fuivie de la peine prononcée
par l'Ordonnance. -
Un quatrième abus dans le retard de faire fur les regiftres les infcriptions de
ordonnées, a eu lieu dans les cas de maladie d'abfence, d'interdiction,
congés pour France & de mort de quelques Procureurs. 1°. Dans les cas de maladie & d'abfence, les Procureurs font dans l'ufage
de fe faire repréfenter, tant à l'audience que dans toutes les autres opérations
de Juftice, par leurs confrères, qui peuvent demander une remife auJuge,
quil'accorde ou la refufe, fuivant les circonftances. Si un Procureur fe fait
repréfenter tous les jours fes confrères, dans les aétes mêmes d'inftruction qu'il eft obligé de Taiterp pour les intérérêts de fes cliens, à plus forte
raifon peur-il en agir de même > lorfqu'il n'eft queftion de faire-faire, le Procule
du Greffe , la mention de l'aôte a été par
Tat
fur regiftre
qui
d'abreur repréfentant. L'excufe donnée par le Procureur qui prétexte mériter
fence ou de maladie 3 eft donc abfolument frivole & ne peut
d'indulgence.
pour les intérérêts de fes cliens, à plus forte
raifon peur-il en agir de même > lorfqu'il n'eft queftion de faire-faire, le Procule
du Greffe , la mention de l'aôte a été par
Tat
fur regiftre
qui
d'abreur repréfentant. L'excufe donnée par le Procureur qui prétexte mériter
fence ou de maladie 3 eft donc abfolument frivole & ne peut
d'indulgence. 2°. Lorfqu'un Procureur effuie une interdidtion, l'ufage s'eft encore introduit qu'il remet à l'un de fes confrères les différentes affaires dont il eR --- Page 77 ---
chargé, afin de ne pas faire fouffrir fes cliens; mais foient quand arriérées il ne le & feroit que
pas, ce n'eft pas une raifon
à les le affaires révoquer, & aux Procureurs
tout foit fufpendu : c'eft à TboeciN aclir
l'intérêt de leurs
adverfes à pourfuivre; ; s'ils ne le font lorfque
parties
exige qu'ils le faffent, ils font en faute, rs expolés dès-lors aux dans peines
eft donc
de voir
ces
T
noncées par les Ordonnances, Il des aôtes aifé d'inftruction BE1 le regidre , ne
cas, l'initruétion & la mention
peuvent fouffrir de retard. annoncé
3°. Si un Procureur obtient un congé
France, fon départ à eft
au
dans les papiers publics , & alors, XEET à mes Subftituts s'oppofer
départs jufqu'à ce que ce Procureur leur ait prouvé qu'il a rempli,
dontila été
lesformalités qu'exige
ForuiRE
l'inftruction desprocès
chargé,
4". Fnfin, fi un Procureur vient à décéder, & qu'il ait omis de faire quelinfcriptions fur les regiftres du greffe, c'eft aux Procureurs quife trouvent
quesi énfuite chargés de fes affaires 3 d'après le choix des parties, à fe mettre eft en
règle fur les regiftres, pour les infcriptions omifes : cette obligation abfolument inhérente à leur état. Un cinquième abus que vous avez pu remarquer. bureau Meffieurs del labourfe > réfulte com- de
la réponfe d'un Procureur, 3 qui prétend avoir! laiflé au
ne a
mune des Huifliers, les aétes dé procédure, : parce que fa partie lui pas
donné d'argent pour les retirer. Il eft certain que le bien du fervice, & fa continuité fans la moindre interruption, exigent les Huifliers foient payés lorfque les Procureurs retirent
de leur bureau te fignifications ont été faites : fans cela, des comptes
perpétuels entre les Procureurs 81 les Huifliers, &x des retards de payement
occalionneroient des difficultés fans nombre, qu'il n'eft poflible de prévenir
remife
à moins d'un conpar un payement effectif, 3 lors de la
des pièces, mais dont il eft personEE volontaire de la part de PHuiffier tréforier,
nellement garant.
orfque les Procureurs retirent
de leur bureau te fignifications ont été faites : fans cela, des comptes
perpétuels entre les Procureurs 81 les Huifliers, &x des retards de payement
occalionneroient des difficultés fans nombre, qu'il n'eft poflible de prévenir
remife
à moins d'un conpar un payement effectif, 3 lors de la
des pièces, mais dont il eft personEE volontaire de la part de PHuiffier tréforier,
nellement garant. les
plaident ne peuvent fe difpenfer de faire
D'un autre côté l'avance parties des débourfés qui néceffaires pour l'inftruction. lorfque
àleurs Procureurs mais dans cet avance, il ne peut jamais être queftion que
de ceux-ci débourfés l'exigent; toujours très-foibles, les frais n'étant enfuite éxigibles qu'après du
la taxe qui en eft faite. Aux termes de votre Arrêt de Réglement infcrire 24
Décembre 1787, les Procureurs doivent avoir un regiftre ils donnent pour des y reconles fommes qu'ils reçoivent de leurs cliens, à qui
doit fe
noiffances lorique ceux-ci en demandent : c'eft fur ce regiftre &
trouver leur fituation refpective. Pour remédier au furplus,
particuEt
lierement encore à l'abus dont il s'agit ici, que le Procureur qui ne voudra
retirer fes pièces du bureau' des Huifliers,, faute d'avoir reçu de l'argent
Se fon client, foit tenu d'en faire fa déclaration fur les regifires d'inferiptions , & lon verra bientôt alors le mal difparoitre. Au reste, cette déclaration de la part du Procureur, ne fera autre chofe dans ce moment qu'une &
furféance de pourfuivre,, qui procédera du fait de la partie elle-méme,
dont elle ne pourra fe plaindre, fila déclaration du Procureur eft véritable;
mais dans tous les cas, rien n'empéchera fon adverfaire de faire des pourfuites, s'il a intérêt d'obtenir jugement. fe
Après avoir relevé, Meffieurs, les différens prétextes dont on voudrois --- Page 78 ---
fervir pour éternifer la marche de l'inftruction des procès dans les Sénéchauffées & Amirautés de la Colonie, je dois vous obferver que Lieutenans dans quelSénéchauffées dont les Sénéchaux font en même tems
PRneaen il n'a ées fait qu'un feul proces-verbal de Mercuriales, comme
f la Sénéchauffée & l'Amirauté ne faifoient qu'un feul Tribunal quoideux Jurifdiations foient deux Tribunaux abfolument diftinéts &
que ces
féparés. le Greffier de la Sénéchauffée du Petit-Goave n'a remis
la D'un copie autre de fes côté, regiftres à mon Subftitut que le 31 du mois d'Août, au lieu
de la lui remettre le premiet du même mois. Enfin, les Officiers de la Sénéchauffée de Jacmel n'ont fait leurs Mercuriales que le II Septembre, au lieu de les faire le premier, en donnant pour
prétexté l'abfence & l'indifpofition de plufieurs Juges & Procureurs; préiexte
frivole qui ne peut être admis. la féance de Mercuriales
En un mot, vous avez da vous appercevoir qu'à Officiers des Siéges n'ont
d'une grande partie des Juri(dictions, l'ordre. Cette plufieurs féance étant une des plus imporpas
ce qui eft perfonne contre n'a le droit de s'en exempter, fi ce n'eft pour
tantes ER Tribunal, valablement juftifiée, & dont il doit être fait mention
caufe de maladie grave,
dans les procès-verbaux des Jnges.
féance de Mercuriales
En un mot, vous avez da vous appercevoir qu'à Officiers des Siéges n'ont
d'une grande partie des Juri(dictions, l'ordre. Cette plufieurs féance étant une des plus imporpas
ce qui eft perfonne contre n'a le droit de s'en exempter, fi ce n'eft pour
tantes ER Tribunal, valablement juftifiée, & dont il doit être fait mention
caufe de maladie grave,
dans les procès-verbaux des Jnges. feroit
La plus excellente de toutes les Loix pour l'inftruction des procès,
certainement celle qui préviendroit tous les écarts de ceux qui exifter, font chargés la Loi
de cette inftruction 3 mais comme une pareille Loi ne peut fon inftitufans doute qui eft la meilleure en ce genre, eft évidence celle qui, tous Fies abus, afin
tion, s'en rapproché le plus, en mettant en aux défordres qu'elle leur
que les Magitrats puiffent remédier facilement
dénonce. l'Ordonnance pour la tenue des regiftres
Telle femble étre , Jurifdiations Meffieurs, où fe porte la mention de tous les actes
dans les greffes Telle des femble étre auffi l'Ordonnance qui, la vérification
de procédure. établit des Mercuriales dans 12940 Jurifdiétions , &
de Vinftruétion de procès ,
qui les foumet enfuite à votre cenfure. en
Il eft aifé de voir que le Souverain, , F'adminiftration par ces deux Ordonnances de la Juftice, , ne pofant s'eft
les bafes d'une grande réforme dans doivent donner l'impulfion. Quant aux
occupé que des points principaux de ces qui Loix, ils ne peuvént, ainfi que tous les
conféquences détails & aux font effets relatifs, regarder que les Magiftrats, lefquels
autres
quiy & de cortection fur tous les Officiers de Juftice E
un droit de difcipline Phonneur, fur cet article, de repréfenter immédiatement
leur reffort, C'eft ont donc fur votre droiture & vos lumières qu'elle fe repofe,
Sa Majefté. de
la Société juftement alarmée des procès
pour achever tranquillifer
la plupart, trouvent
une fin dans
mais
iet
autrefois éternifés,
qui, & pour dans votre vigilance à maintenir le bon ordre. le zèle des premiers Juges,
dernière plufieurs Réglemens
Vous avez déja, Meffieurs rendu l'année
la Colonie en attend
qui font honneur à la pureté de vos vues remédiera : aujourd'hui à une infinité de vexaencore un d'autant plus
malheureufe qu'il
victime, fi elles continuoient
sions judiciaires, dont elle feroit
aeti
à étre tolérées. --- Page 79 ---
C'eft dans votre fein
toutes les plaintes vont dorénavant fe raffembler, être mifes Todor vos yeux dans ce jour folemnel. Quelles fonctions Sour plus nobles & plus laintes 1 que celles qui vous indiquent au
malheureux comnme fon dernier refuge & principal foutien! ! Mon Miniftère
pourra donc, dans un jufte tranfport s'eerier avec vérité : le Tribunal auguite qui vous raffemble eft un foyer bienfaifant, d'oi l'on verra fortir tan- de
tôt une chaleur douce qui animera toutes les parties de l'adminiftration
la Juftice, & tantôt un feu dévorant qui détruira, par fon aétivité, tous
les défordres qui y pourroient porter la moindre atteinte.
refuge & principal foutien! ! Mon Miniftère
pourra donc, dans un jufte tranfport s'eerier avec vérité : le Tribunal auguite qui vous raffemble eft un foyer bienfaifant, d'oi l'on verra fortir tan- de
tôt une chaleur douce qui animera toutes les parties de l'adminiftration
la Juftice, & tantôt un feu dévorant qui détruira, par fon aétivité, tous
les défordres qui y pourroient porter la moindre atteinte. Tels font, Meffieurs, les motifs des conclufions par écrit que je laiffe fur
le Les bureau. Gens du Roi retirés et la matière mife en délibération, la Cour a renvoyéau Lundi 6 du courant, pour être en délibéré,au rapport de M.Fougeron. Signé DE MARBOIS. Du 6 Oétobre 1788, le Confeil affemblé en la manière accoutumée ; oui
le rapport de M. Fougeron , Confeiller-Doyen, & le tout confidéré : la Cour
donne acte-au Procureurgénéral du Roi, de l'appel par lui interjeté des Jugemens rendus en Mercuriales les premier & onze Septembre dernier, ledit les
Officiers des Sénéchauffées & Amirautés du réffort ;
TAPT
prononçant
appel, & faifant droit fur icelui, a mis l'appellation & ce dont eft appel au
néant 5, émendant, ordonne que les difpofitions de F'Ordonnance, concernant & Amil'abréviation des formes de procéder dans lefdites Sénéchauflées
rautés, feront exécutées fuivant leur forme & teneur : en conféquence, de
ordonne, I°. que tous les Procureurs defdites Jurifdidions, en retard dumois
faire l'inicription des aétes de procédure, prefcrite par T'Ordonnance dans la huitaine de
de Janvier mil fept cent quatre-vint-fept, feront tenus, Greffes de leurs
la publication du préfent Arrêt, de fe retirer aux
Siéges
de faire faire le Greffier, fur les regiftres, l'inferiprefpedtifs, 3 à l'effet
par
défaut,
tion de tous les aétes de procédure, jugemens par
& interlocutoires d'être -
omifes par eux, & ce, jufqu'au premier Août dernier 5 lenr enjoint
exacts à l'avenir dans leur conduite, & de faire lefdites infcriptions à
H & à mefure d'inftruétion & aufitôt après la fignification, fans pouvoir,
dans aucun cas, prétexter de maladie ou d'abfence , pour lefquelles ainfi ils
pourront toutefois, d'accord avec leurs cliens, fe faire repréfenter que
bon leur femblera. 2°. Ordonne qu'il feront pareillement tenus de faire & de figner fur les
regiftres d'infeription, leurs déclarations, I°. des procès dont ils étoient
chargés, & qu'ils ont fu être terminés à l'amiable entre les parties 2°. des ordres de furfeoir les pourfuites à eux données par leurs cliens 5 - des
furféances de pourfuivre, néceffitées l'appel des Sentences; 5 4°. des pièces
retirées par leurs parties; s°.
feront pareillement tenus de faire & de figner fur les
regiftres d'infeription, leurs déclarations, I°. des procès dont ils étoient
chargés, & qu'ils ont fu être terminés à l'amiable entre les parties 2°. des ordres de furfeoir les pourfuites à eux données par leurs cliens 5 - des
furféances de pourfuivre, néceffitées l'appel des Sentences; 5 4°. des pièces
retirées par leurs parties; s°. des Anrdee de leur part, faute par leurs
cliensd'ayancer les débourfés néceffaires pour pourfuivre; 6°. des furféances
auffi de leur part, afin de fe procurer de nouvelles infiructions de leurs parties; 7°. du retard dans les pourfuites, occafionné tant le décès d'aucune
des parties, & des Procureurs de la caufe, que par EAa demandes en interyention, des jugemens de mife en caule , ou de tout autre jugement interlocutoire, en défignant la nature defdits jugemens, & faifant mention des
dates;, & généralement enfin, de tous autres motifs de droit & de fait qui. auroient pour but, foit une ceffation totale de pourfuites ,. foit une fimple --- Page 80 ---
fulpenfion, foit enfin un retard dans la marche de l'infruétion : leur enjoint
au furplus de faire à l'avenir lefdites déclarations, auffitôt les différens
cas fulmentionnés fe préfenteront, à
d'interdidion; Rec fera fait_par
les. Greffiers > fur leurs regiftres, mention AE la date o lefdites déclarations
auront été faites, fans toutefois
pour raifon defdites déclarations, les
Procureurs adverfes qui y auront Tircnal leurs parties, puiffent retarder
leurs diligences,
obtenir jugement Paar les cas où i y aura lieu, &
ainfi qu'il fera itien par les Juges. donnés à
3°. Dans le cas de congés pour paffer en France,
des Procureurs, ils feront tenus de fournir aux Subftituts du Procureur- général du
Roi, un état certifié d'eux, de tous les procès dont ils fe trouveront
changés, afin
vérification faite de l'inftruction fur Jes regiftres d'inf
cription, il foit, ATA ya lieu, formé par lefdits Subftituts oppolition à leur
départ jufqu'à ce qu'ils fe foient mis en règle, fans préjudice des peines
prononcées 'contr'eux par les Ordonnances. 40. Dans le cas de décès d'un Procureur , ceux qui lui succéderont dans
l'inftruction des affaires dont il étoit chargé, feront tenus, s'il se trouve des
omiflions d'infcriptions fur lesregiftres, de les réparer dans trois jours de
leur conftitution. 5o. Enjoint aux Greffiers defdites Jurifdictions, 2 à peine d'y étre pourvu
ainfi qu'il appartiendra, de faire mention, fur leurs regiftres d'infcription
des jugemens contradictoirement & définitivement rendus, avec la daté
defdits jugemens, & de les bâtonner auffitôt fur leurs regiftres, ainfi
tous
déclarés les Procureurs avoir été terminés à
Fomalic
procès quiferont
par
entre 6o, les Enjoint, parties. tant au Greffier des Sénéchauffée & Amirauté du Petit-Goave,
qu'à tous autres Greffiers, de remettre, au premier Août de chaque année, du
copie de leurs regiftres d'inscription aux Subftituts du Procureur-général des
Roi, pour eux procéder fur Serhiat regifres, la vérification ftatué les
en retard Ete inftruits, & étre, fur leur réquilition ,
par
ES
au premier Septembre fuivant, ce qu'il appartiendra. 7".
Greffier des Sénéchauffée & Amirauté du Petit-Goave,
qu'à tous autres Greffiers, de remettre, au premier Août de chaque année, du
copie de leurs regiftres d'inscription aux Subftituts du Procureur-général des
Roi, pour eux procéder fur Serhiat regifres, la vérification ftatué les
en retard Ete inftruits, & étre, fur leur réquilition ,
par
ES
au premier Septembre fuivant, ce qu'il appartiendra. 7". Ordonne que dans la quainzaine de la publication du
dreffé, Arrét,
il fera, fur le réquifitoire des Subftituts du Procureur-génétal Roi,
IrHeT
par les Juges defdites Sénéchauffées 8 Amirautés , procès-verbal de l'exécution du préfent Arrét, en ce qui concerne les difpolitions fufmentionnées,
relativesaux Procureurs & aux Greffierssal'effet de quoi, les Greffiers, fous
l'infpection defdits Subftituts & d'après les regiftres d'infcription, feront un
tableau des procès dont les délais de l'inftruction feront expirés, ainfi que de
ceux dont la pourfuite aura été fufpendue ou aura défnitivement ceffé
les motifs dont les Procureurs auront fat leur déclaration ; fur lequel
par tableau feront feulement portés les noms & domiciles des parties, tant en
demandant qu'en défendant, le nom des Procureurs,la date de l'introduction
de l'inftance, ainfi que les motifs de fufpenfion ou ceflation abfolue , avec lefmention de la fignature du Procureur qui aura fait la déclaration i pour
dits tableaux joints aux procès-verbaux des Juges, adreffés au ordonné Procureur- la
général du Roi par fes Sublituts, étre, fur fon réquifitoire,
par
Cour ce que de raifon.
qu'en défendant, le nom des Procureurs,la date de l'introduction
de l'inftance, ainfi que les motifs de fufpenfion ou ceflation abfolue , avec lefmention de la fignature du Procureur qui aura fait la déclaration i pour
dits tableaux joints aux procès-verbaux des Juges, adreffés au ordonné Procureur- la
général du Roi par fes Sublituts, étre, fur fon réquifitoire,
par
Cour ce que de raifon. Ordonne aux Officiers des Sénéchauffées & Amirautés de procéder dans
l'un & l'autre des.deux Tribunaux féparément, à la Séance de Mercuriales du --- Page 81 ---
du premier Septembre de chaque année, fans pouvoir, en aucun cas, différer
cette Séance. Enjoint à tous les Officiers defdites Sénéchaullées & Amirautés,
même aux Subftituts du Procureur-général du Roi, réfidans au chef-lieu de
la Jurifdidtion, ainfi qu'aux Procureurs, de fe trouver à ladite Séance ,
fans pouvoir s'en exempter fous quelque prétexte que ce foit, fi ce n'eft dans
le cas de maladie grave, dont il fera juftiné par certificat de médecin, 8c fait
mention dans le procès-verbal de ladite Séance.
Enjoint à tous les Procureurs d'affifter enfemble, & non féparément,
à Cath Séance de Mercuriales.
IO°. Ordonne enfin que le préfent Arrêt fera imprimé & affiché par-tout
oi befoin fera, & que copies collationnées d'icelui feront envoyées dans
les Sénéchaufiées & Amirautés du reffort, pour y. être lues &x publices,
audiences tenantes regiftrées & affichées, avec injonction aux Subftituts
du Procureur-général du Roi, d'y tenir la main, & d'en certifier la Cour,
au mois.
Donné au Portau-Prince, en Copfeil, les jours &z an fufdits. Signe DE
MARBOIS & FOUGERON.
Collationne.Boxr,BONVALIET, Grefier en Chef.
A R R E T
Du Conseil-Supérieur de Saint-Domingue:
Du 3 Février 1789:
Auouns'tur trente Janvier mil fept cent quatre-vingt-neuf, le Confeil
extraordinairement affemblé 2 fuite des Mercuriales du premier Octobre
dernier, & les Gens du Adt"e étant en Sénce, le Procureur - Général
a dit:
MESSIE U R S,
Le Roi, fon Ordonnance concernant l'abréviation des formes de procéder dans Et Sénéchauffées & Amirautés de la Colonie, a prefcrit qu'il feroit
remis aux Greffes de ces Jurifdictions, des regiftres od feroient inicrits tous
les aétes de procédure faits dans chaque procès.
Sa Majefté a voulu de plus
tous les ans, au prèmier Oétobre, les
relevés de ces regiftres fuffent Rlcar fous vos yeux, afin de connoitre les
procès arriérés, & d'apporter au mal le remède que les circonftances exigeroient. Cette inftitution, qui dans l'ordre judiciaire préfentoit des réfultats
infiniment avantageux au Public, en fixant perpétuellement l'oeil de la cenfure fur la marche des procès dans leur infruction, avoit befoin néanmoins,
dans fes fuites & fes détails, du fecours des Magiftrats fupérieurs de la Colonie, le Roi, fur cet article, a affociés à fa bienfaifance. Aufli, Meffieurs,
en PASEIE les vues du Souverain', vous avez, par votre Arrêt rendu en
Reforme judiciaire, Erc.
R
, en fixant perpétuellement l'oeil de la cenfure fur la marche des procès dans leur infruction, avoit befoin néanmoins,
dans fes fuites & fes détails, du fecours des Magiftrats fupérieurs de la Colonie, le Roi, fur cet article, a affociés à fa bienfaifance. Aufli, Meffieurs,
en PASEIE les vues du Souverain', vous avez, par votre Arrêt rendu en
Reforme judiciaire, Erc.
R --- Page 82 ---
Mercuriales, le fix Oéobre dernier, éclairé l'adminiftration de la Juftice
dans une de fes parties les plus importantes. des JuCel n'étoit pas affez en effet, qu'il y eût des regiftres aux greffes encore
rifdiétions
infcrire tous' les aêtes de procédure ; il falloit
fixe les' délais
inftruire & juger fat pleinement exé
que
fo ait
difons-mous,
Procureurs' en- retard d'inftruire les
il
OREL
ESNLT falloit
que
affaires
leur font confiées fulfent affujétis àl faire fur ces regiftresd'inc de
cription, TELUE déclaratiou précife des motifs de retard; de fufpenfion ou
cellation abfolue de toute inftruction. 11 falloit encore qu'il fit fait des tableaux des procès la arriérés, date de &
d'un
Fante
fur ces tableaux , le Magiftrat pit & domiciles yoir des coup-d'aeil parties; tant en demandant
duétion de l'inftance, les; les noms de leurs Procureurs, 8 la déclaration faite par
qu'en défendant, noms
ces derniers, des motifs de retard dans l'inftruction,
Il falloit enfin ces tableaux fuffent préfentés à la Cour Supérieure, afin
qu'étant placés ague fon dépôt, chaque Magiftrat qui la compole pût, en
recevant des plaintes des partiès, juger dans la minute fi elles font légitimes
ou mal fondées. ordonné votre Arrêt du 6 Oatobre
Voil, Meflieurs, ce que mémorable vous avez dans Fadminiftration par
de la Juftice puifdernier , Arrêt à jamais
tous les abus qui ie
qu'étant impoffible qu'il y ait une Loi qui empêche
le gliffent dans l'inftruétion des procès, votre Réglement, en ineftimable ferapprochant de mettre plus
qu'il eft poffible, de cette Loi effentielle, a l'avantage toujours près de
ces abus perpétuellement en évidence 3 & conféquemment
la réforme. vous mettre fous les yeux ces tableaux
Je vais donc aujourd'hui, Jurifdiations Mefflieurs, de votre Reffort > & vous donner
formés dans les différentes
des
qui les accompagnent. leéture en même temps des procès-verbaux Juges
Ledture ayant été faite fucce/fivenent. par le Procureur-g@ncral, 6 Amirautes des du procès- Petitverbaux faits par les Officiers des Sinéchaufees du
de Saint-Louis - de
Goave, du Port-au-Prince, du Port-de-Paix.
Je vais donc aujourd'hui, Jurifdiations Mefflieurs, de votre Reffort > & vous donner
formés dans les différentes
des
qui les accompagnent. leéture en même temps des procès-verbaux Juges
Ledture ayant été faite fucce/fivenent. par le Procureur-g@ncral, 6 Amirautes des du procès- Petitverbaux faits par les Officiers des Sinéchaufees du
de Saint-Louis - de
Goave, du Port-au-Prince, du Port-de-Paix. - de Jérémie Cap. & des Cayes , le
Jacmel, de Saint-Marc du Fort-Dauphin,
Procureur-général a continué de parler ainf :
Meflieurs
dans ce moment du fruit de vos travaux. Je
Vous devez, devoir vous , jouir annoncer que toutes les affaires intentées dans
crois 3. en effet,
de l'Edit de dernier
les Jurifdictions de la Colonie 3 depuis l'enregiftrement Aoit dernier > ce
reffort des Sénéchauffées & Amirautés, jufqu'au premier
devoir vous
qui fait le terme d'une année & quelques jours 5 je crois celles , arriérées dis-je, avant l'enannoncer que toutes ces affaires, en y comprenant
regiftrement, montent à trente-quatre mille cinq cent quatre-vingt-fept. Vousdevez.voir enfuite que, de ces trente-quatre mille cinq cent quatre-vingt- des
fept procès ily en avoit 2 au mois de Novémbre dernier , épogue procès- treize
verbaux dreffés dans les Jurifdictions, en exécution de votre de Arrêt, nombre il
cent foixante-trois fur les tableaux que je préfente 5 & que retrait ce des pièces
faut en ôter cinq cent quatre , terminés al'amiable , par
qu'en ont fait les parties 3 ce qui réduit ces treize cent Toixante-trois de procès
à huit cent cinquante-neuf 5 qu'ainfi , du nombre effrayant procès qui
ogue procès- treize
verbaux dreffés dans les Jurifdictions, en exécution de votre de Arrêt, nombre il
cent foixante-trois fur les tableaux que je préfente 5 & que retrait ce des pièces
faut en ôter cinq cent quatre , terminés al'amiable , par
qu'en ont fait les parties 3 ce qui réduit ces treize cent Toixante-trois de procès
à huit cent cinquante-neuf 5 qu'ainfi , du nombre effrayant procès qui --- Page 83 ---
I3I
ont paru dans une année & quelques jours, pour défoler une font population terminés de
quarante mille ames trente-trois mille fept cent vingt-huit &
n'en refte
définitivement, tant : l'amiable que par jugemens, qu'il
des
, dont, les déclarations
p
que huit cent cinquante-neuf
par
précifes
cureurs, cent foixante-onze font fufpendus ordre des parties de , ou
allongent les délais;
en eft de même
RuRE
des interlocutoirés
atdi
douze retardés dans # marche de linftruction par le décès des plaideurs, de
leurs Procureurs, ou de Juges rapporteurs France 3 par des & appointemens des
fix le
>
Ber
de
délaiks
départ des parties ou Procureurs non domiciliées pour
dans la par Colonie, & qui ne
mois accordés à des perfonnes
ont encore
font pas encore expirés ; que quarante-huir, dont quatre
deftitution, des délais
à courir, ont été fu(pendus dans l'inftruction , parlinterdichion de différens Procurévocation , maladie & mandat aux pieds de la Cour,,
reurs; cinq font abandonnés par le motif de fucceflion en déconfiture,
& TLE du" débiteur; quarante font ou fans intérêt à pourfuivre, de frais
ou reftent fufpendus à Reput d'ordres, d'inftructions & double d'avances
par les parties 5 dix auroient dà être rayés comme
emploi, font
dans d'autres
> ou
ce
Poe
qu'ils font joints 9ur confondus
d'être infcrits procès ;
de ces procès
non
actir
aétes extrajudiciaires fufceptibles de
des fucarriérés font, , le premier au bureau la vérification fe terminé comptes, à l'amiable;
ceffions vacantes, & le fecond chezun Noraire, déclaration pour être Procureurs, la
qu'enfin, s'il.y en a cinq.cent onze fans
de
ordre
majeure partie en eft terminée > & bâtonnée fur les regittres > par
des Juges , attendu que les Procureurs chargés de ces procès l'aveu ne font de tous pluis
en exercice depuis long-temps : &c qu'aucune partie, de d'après défenfeur
la cefles Procureurs entendus à ce fajet, n'a conftitué
depuis
fation de l'exercice de ceux qui en étoient chargés,, ce qui doit faire - neuf préfumer que ces procès font terminés.
bâtonnée fur les regittres > par
des Juges , attendu que les Procureurs chargés de ces procès l'aveu ne font de tous pluis
en exercice depuis long-temps : &c qu'aucune partie, de d'après défenfeur
la cefles Procureurs entendus à ce fajet, n'a conftitué
depuis
fation de l'exercice de ceux qui en étoient chargés,, ce qui doit faire - neuf préfumer que ces procès font terminés. Ainfi, des huit cent cinquante- dernier
procès qui paroiffent en retard d'être jugés au mois de Novembre
> ;
une grande partie eft terminée; les délais dans d'autres ne font pas expirés
quelques-uns forment des doubles emplois, 8c le retard du furplus paroit procéder du fait des parties elles-mémes. Tel eft le réfultat des trente-quatre mille cinq cent quatte-vingt-fept de Juillet
au procès
intentés dans la Colonie, pendant l'année judiciaire de à cette année, 1787, à caufe premier Août 1788, en joignant quelques jours des plus Sénéchauflées & Amirautés,
de l'enregiftrement de PEdit de différens dernier reffort du mois de Juillet 1787, obferfait, dans ces Jurifdictions , à
jours
vant toutefois que dans trente-quatre mille cinq cent de cet quatre-vinst-fept enregiftrement, pro- ou
cès > fe trouvent ceux ou arriérés avant l'époque
dont les délais alors n'étoient pas encore expirés. Certainement, Meffieurs, voilà des détails que vous ignoreriez fans doute,
que les premiers Juges ignoreroient eux-mêmes fans les les regiftres tableaux d'infcription formés en
tenus aux différens Greffes des Jurifdidtions, > & fans
autrefois
exécution de votre Arrêt. Combien de plaideurs ne voyoit-on pas
dans l'attente d'un jugement toujours retardé, fans pouvoir connoitre aujufte, ? De
& l'état de leur procès, & le terme de leurs inquiérudes retenti à ce fujet fur cet
combien de plaintes les Tribunaux fupérieurs n'ont-ils pas
: le nouvel
objet fi intérellant la fociété? Aujourd'hui, Meffieurs, d'aprèsl & dont vous
ordre de chofes PEBONr, pour les Mercuriales des Jurifdictions R 2 --- Page 84 ---
avez. demandé le renouvellement tous les fix mois, par un arrêté adreffé au
Roi, & fait l'éloge de votre zèle pour la chofe publique; aujourd'hui,
fi, poutr Tan propre intérêt , un Procureur cherche à éluder l'inftruétion d'un
procès, fans confidération pour l'intérêt de fon client ,, auffitôt la partie peut
fe défendre contre lui, à armes égales : elle confulte donc le tableau en ce
quila concerne , elle avoue ou dénie la déclaration du Procureur, & le procès
entre eux, quin'admet aucun faux-fuyant, d'après la déclaration précife fignée &
fur le regiftre, doit fe terminer fur-le-champ par le Juge , fans écritures s
par forme de police & de difcipline. dans
Tel eft 3 Meffieurs, le dernier terme d'une marche fimple & éclairée
Pinftruétion des procès, pour les faire finir dans les délais prefcrits par les
Ordonnances. C'eft donc à la fageffe, tant de vos précédens Réglemens , que de celui
ce bien defiré nos Souverains deque vous allez rendre, qu'appartiendra ardemment réclamé par Rr Nation affemblée,
puis tant de fiècles, toujours
mais toujours éludé par la mauvaife foi.
, le dernier terme d'une marche fimple & éclairée
Pinftruétion des procès, pour les faire finir dans les délais prefcrits par les
Ordonnances. C'eft donc à la fageffe, tant de vos précédens Réglemens , que de celui
ce bien defiré nos Souverains deque vous allez rendre, qu'appartiendra ardemment réclamé par Rr Nation affemblée,
puis tant de fiècles, toujours
mais toujours éludé par la mauvaife foi. Qu'il me foit permis Meffieurs 2 d'établir ici quelques vérités relatives le a
la caufe publique que je défends. Il en eft une dont 'il eft effentiel que
plaideur foit intimement pénétré. Les Magiftrats fupérieurs font inftitués
rendre la Juftice fupréme,
mais il faut qu'on la leur demande ; leurs Eeur font alors abfolument ouverts
aux plaideurs, , comme leur coeur eft en quelque forte le vafe qui doit recevoir leurs larmes. Les obligations du Magiftrat fupérieur font fur donc des demandes remplies,
lorfqu'étant faifi d'une conteflation dans par Fappel,il les
prononce Tribunaux, ou bien lorfdont l'inftruction eft confommée ,
premiers les Arrêts
rend
que linftruétion s'y trouvant retardée ou fufpendue
décladans le
jour ,
forcent les Procureurs à expofer
plus motifs grand du
dans linfrations fimples ,
& fans équivoque, "les
alaf
truction, & avertiffent précifes ainfi & l'homme 'du Roi
le maintien de la règle,
& le plaideur > en ce.qui le concerne, de veiller ET leurs intérêts refpectifs. le
Si, d'après cet avertiflement, les
gardent le filence > parce abfode leur
tout alors dans l'ordre chacun
Eati
retard procède
fait,
E
lument le maitre de fes droits. Ce n'eft donc qu'au cri de la plainte la
Juftice fe réveille, en quelque forte, pour accorder le fecours de la Rs
Ileft une autre vérité, Meffieurs : les premiers Juges ont du zèle 3 des
lumières, de la droiture, & à tant de titres, leurs fonétions exigent des la confiance publique. C'eft donc à eux que les premières plaintes des plaideurs
doivent être adreffées 2 relativement aux retards dans l'inftruction procès; les Proc'eft à eux conféquemment
la première police : contre
cureurs qui ont lé malheur TATASE fe trouver en faute; les Magiftrats fupérieurs la
n'entrent que très-rarement, omifo medio : dans des détails dont vérifcation doit être faite fur les lieux mêmes. Ainfi , lorfque, par l'examen des
tableaux qui vont paffer fous vos yeux, de vous Procureurs appercevrez, dont comme les motifs mon Mi- ont
niftère l'a fait, différentes déclarations fans doute 1 la faire faire dans la
befoin de vérification , vous vous porterez
: fi toute fois, dans ce moJurifdidtion même où le procès refte fufpendu
ment,, vous croyez devoir vous affuiétir à la règle de première moins fixés
aux premiers Juges, vos yeux n'en refteront pas
CEPR
appartient
paffer fous vos yeux, de vous Procureurs appercevrez, dont comme les motifs mon Mi- ont
niftère l'a fait, différentes déclarations fans doute 1 la faire faire dans la
befoin de vérification , vous vous porterez
: fi toute fois, dans ce moJurifdidtion même où le procès refte fufpendu
ment,, vous croyez devoir vous affuiétir à la règle de première moins fixés
aux premiers Juges, vos yeux n'en refteront pas
CEPR
appartient --- Page 85 ---
les tableaux dépofés en votre greffe, & votre oreille n'en feroit pas moins
attentive à écouter les plaintes pour les faire ceffer. Mais ce ne feroit pas encore affez. pour la Juftice, fi vous ne mettiez le
complément à votre Arrêt du fix Oétobre dernier en ordonnant, à l'égard
des procès dont l'inftruétion eft retardée ou fufpendue que mes Subftiturs
m'informeront tous les mois de leurs diligences pour faire finir ces procès,
diligences dont , pour me conformer anticipation à votre arrété du fix
Octobre dernier > je rendrai compte à E Cour au lendemain de Quafimodo. Ce n'eften effet par cette furveillance perpétuelle 3 qu'ileft poflible de faire
finir, tous les 1a0 mois, les procès intentés dans les Jurifdictions de votre
reffort, comme vous aurez la fatisfaétion de les terminer tous les ans dans
le tribunal augufte dont vous êtes Membres. La tenue des regiftres d'infcription des aétes de procédure > dans les Sénéchauffées & Amirautés,, a befoin d'un certain ordre qui doit être l'effet d'un
Réglement j ainfi, les regiftres doiventavoir entre eux des marques diftinétives,
éviter la confufion. Il femble donc, d'après les vues de votre arrêté
EE fix OCtobre
ces regiftres devroient être clos & arrêtés tous les fix
mois, afin de Talies le travail & les recherchesaux Greffiers, la furveillance
à mes Subftituts, , & la vérification aux Juges. D'un autre côté, l'infcription Procudes aétes extrajudiciaires, fur ces regiftres, doit être proferite, & les
reurs doivent fe renfermer ftrictement, pour l'infcription,, à ce qui eft pref
crit par l'Ordonnance du mois de Janvier 1787 ? pour l'abréviation des formes
de procéder dans les Sénéchauffées & Amirautés de la Colonie. Enfin, il exilte dans les différentes Jurifdiotions du reffort une diverfité
d'ufage qu'il eft effentiel de ramener à Puniformité. Dans plufieurs, le Greffier
bâtonne fur les regiftres > à différentes époques, les Sentences par défaut,
non fuivies d'oppolition. Comme mon Miniftère ne peut prendre de meilleur guide que Tarrêté de la Cour du fix OCtobre dernier , qui tend à renouveler, tous les fix mois, les Mercuriales des Jurifdictions, ne feroit-il pas
convenable d'ordonner aux premiers Juges de faire bâtonner fur les regiftres,
toutes les Sentences par défaut, non fuivies d'oppofitions , qui auroient été
rendues fix mois auparavant2
Ainfi les regiftres d'infcriptions fe dépouillant infenfiblement de toutes les
caufes qui font infcrites, celles qui ne feront point bâtonnées :, paroitront
en E2El , & offriront encore aux Juges une nouvelle lumière qui les
éclairera, pour venir au fecours des plaideurs, &c faire terminer tous procès.
toutes les Sentences par défaut, non fuivies d'oppofitions , qui auroient été
rendues fix mois auparavant2
Ainfi les regiftres d'infcriptions fe dépouillant infenfiblement de toutes les
caufes qui font infcrites, celles qui ne feront point bâtonnées :, paroitront
en E2El , & offriront encore aux Juges une nouvelle lumière qui les
éclairera, pour venir au fecours des plaideurs, &c faire terminer tous procès. Nous aurions defiré, Meflieurs pouvoir vous rendre compte plus tôt de
l'exécution de votre Arrêt du fix ocobre dernier ; mais un travail inconnu
jufqu'à ce jour a néceffairement occalionné des difficultés aux Juges, à mes
Subilituts, & aux Greffiers. Quoique ce motif puiffe mériter quelque indulde votre part, mon Miniftère ne peut que les rappeler aux obligations
SE veiller diligemment à l'exécution de vos Arrêts. C'eft à l'époque aétuelle > heureufe pour le Public, puifqu'elle eft marquée
par de fages Réglemens 3 que la Juftice 3 reprenant tous fes droits, la Colonie & mar- un
chant fans ceffe le flambeau à la main continuera d'offrir à
Tribunal fuprême, bienfaifant 8c plein de zèle. Ainf, vos fonctions devenant, par tout le bien que vous aurez fait, plus --- Page 86 ---
auguftes encore qu'elles ne l'étoient, le Magiftrat fupérieur fera pour jamais,
par fon caraétère 3 l'objet du refpect de la vénération publique. Ce font les motifs des conclufions par écrit que je laiffe fur le bureau. Les Gens du Roi retirés, & la matière mife en délibération. La Cour a renvoyé au trois Février prochain, pour en être délibéré au
rapport de M. Fougeron. Signé, DE MARBOIS. Du trois Février 1789, le Confeil affemblé en la manière accoutumée,oui
le rapport de M. Fougeron, Confeiller-Doyen , & tout conlidéré. LA CouR ordonne, I°, que les tableaux des procès en retard d'être
jugés par ordre des parties oli autrement, fuivant les déclarations du faites Port-au- par
les Procureurs des Sénéchauffées & Amirautés du Petir-Goave, Jacmel, de SaintPrince, du Port-de-Paix, du Cap P de Saint-Louis , de
Marc, du Fort-Dauphin > de Jérémie & des Cayes 2 enfemble les procès- les
verbaux faits à ce fujet, en exécution del PArrét du 6 Ostobre dernier par
Officiers de chacune defdites Jurifdidtions, feront & demeureront dépofés au
greffe de la Cour 3 pour y avoir recours au befoin.
Petir-Goave, Jacmel, de SaintPrince, du Port-de-Paix, du Cap P de Saint-Louis , de
Marc, du Fort-Dauphin > de Jérémie & des Cayes 2 enfemble les procès- les
verbaux faits à ce fujet, en exécution del PArrét du 6 Ostobre dernier par
Officiers de chacune defdites Jurifdidtions, feront & demeureront dépofés au
greffe de la Cour 3 pour y avoir recours au befoin. 2°, Que fur lefdits tableaux, feront rayées par les Greffiers , les caufes terminées à l'amiable s & par retrait des pièces fait par les parties, tableaux fans fera conf- aftitution du nouveau Procureur, & qu'enfuite copie de chacune defdits des, Sénéchauffées
fichée dans le lieu le plus apparent du greffe au-defTus,
ces mots
& Amirautés du reffort, avec une infcription
Aoiit portant & auen gros caraétères : Annte judiciaire de 1787 au premier Tableaux 1788; des procès
deflous ces autres mots 3 également en gros caractères :
en être
arrierés : Juivant les déctarations des Procureurs,, pour, frais par & les être parties, fur > la feule
pris communication à leur volonté , le tout fans de
& furl l'avis
réclamation des parties plaignantes 3 du fans Roi, miniftère ftatué Procureur, forme de police, fomdes Subftituts du Procureur-général à Thôtel des Juges, avertiffement par
3 & en cas
mairement & fans frais, à
à la chambre par des délibérations aflemblée,
de plus grandes peines prononcer,
hôtel,
fur procès-verbal, dreffé fans frais, par le Juge 3 à fon
lequel procès- &
verbal contiendra la réclamation de la partie 3 la réponfe de fon Procureur
les conclufions defdits fubftituts. 3°. Enjoint aux fubftituts du Procureur-général, dans chacune defdites de Jurifdictions, à peine d'en répondre en leurs propres & l'initruction privés noms de toutes 2 vé- les
rifier fur lefdits tableaux les motifs de retard dans
les
caufes arriérées, même de celles dont l'inftruction a été fufpendue
ordres des parties; à l'effet de quoi, les Procureurs feront tenus de idur juf
tifier defdits motifs, même de leur repréfenter lefdits ordres pour déclarations enfuite, >
fur leurs réquifitoires contre les Procureurs qui auront fait Aes
ou feront en retard d'inftruire, dans les délais prefcrits par
I'Ordonnance, non valables, être qui prononcé par les Juges telle peine qu'il appartiendra,
même par amende ou interdiction, fi le cas l'exige. 4°. Enjoint auxdits Subftituts, à compter de la publication & enregiftrement du préfent Arrêt, dans les Jurifdictions du reffort de certifier, le
de
mois, au
de leurs diligences
tt
mier chaque & entière de Procureur-genéral. la troifième difpofition ci-deffus 5 en FRe adrefcution pleiné --- Page 87 ---
fant leur déclaration précife > tant des procès arriérés infcrits auxdits tableaux, qui auront été jugés ou terminés à l'amiable, * bâtonnés fur lefdits
tableaux depuis leur affiche aux Greffes, que des Sentences qui auront été
rendues contre les Procureurs en faute , pour du tout étre par lui rendu
compte à la Cour dans la féance du lendemain de Quafimodo.
ci-deffus 5 en FRe adrefcution pleiné --- Page 87 ---
fant leur déclaration précife > tant des procès arriérés infcrits auxdits tableaux, qui auront été jugés ou terminés à l'amiable, * bâtonnés fur lefdits
tableaux depuis leur affiche aux Greffes, que des Sentences qui auront été
rendues contre les Procureurs en faute , pour du tout étre par lui rendu
compte à la Cour dans la féance du lendemain de Quafimodo. 5°. Ordonne aux Greffiers des Jurifdidions du reffort, d'infcrire les actes
d'inftruction des procès, d'après la demande des Procureurs > fur trois regiftres diftinéts & féparés, nummérotés dans chacune de leurs pages, & fignés
& paraphés fur la première & dernière, le premier Officier defdites Jurifdictions, lefquels regiftres feront ReRtEr l'un pour les affaires en dernier
reffort l'autre
celles à l'ordinaire, & le troifième pour les caufes qui
fe portent à T des Juges, par extraordinaire 5 avec défenfes aux Procu- mais
reurs de faire infcrire fur lefdits regiftres aucuns aétes à extrajudiciaires; infcrire , de fe rentenus feulement: à l'égard des aétes de procédures Janvier
fermer dans les difpofitions de l'Ordonnance du mois de
1787, concernant l'abréviation des formes de procéder aux Sénéchauffées & Amirautés
de la Colonie. 6o. Enjoint aux Sénéchal & Lieutenant de l'Amirauté de chacune des Sénéchauffées & Amirautés du reffort, de clore & arrêter les 31 Janvier &
31 Juillet de chaque année 3 les différens regiftres tenus aux Greffes defdites
Jurifdictions
l'inftruction des aêtes d'inftruction des procès y
font intentés; , 8c pour de fe faire repréfenter à chacune de ces époques les
maiA
par eux arrêtés fix mois auparavant, pour en leur préfence être par le
Greffier bâtonnés fur lesdits regiftres, tous lcs procès terminés parfentences
:
aux
pour
ester
défaut non fuivis d'oppofition enjointau furplus, Greffiers,
la confufion defdits regiftres, de les dillinguer non-feulement en infcrivant
fur la converture de chaque regiftre, le mois 82 l'année oû il aura été commencé & fini., mais encote unelettre majufcule alphabétique 5 enjoint pareillement auxdits Greffiers, d'établir au commencement de chaque regiftre, une
table alphabétique contenant les noms des parties, tant en demandant qu'en
défendant, & le folio du regiftre oû fe trouve infcrit leur procès. 70. Ordonne auxdits Subftituts du Procureur-général de tenir foigneufement & mefure
Ja main à ce que les aétes de procédure foient diligemment les déclarations 3 à des Proqu'ils fe font 3 infcrits fur lefdits regiftres, ainfi que
aux Orcureurs, relatives au retard de l'inttruction: : le tout conformément
donnances, & notamment à la deuxième difpofition de PArrêt de Réglement
de Ja Cour, du fix Oétobre dernier, à peine > coptre les Procureurs en amende faute,
d'être 2 par les Juges, prononcé telles fuivant peines nature appartiendra des circonftances par
&c
même
interdiétion ,
T
arbitraire, ,
par
l'exigence des cas.
aux Orcureurs, relatives au retard de l'inttruction: : le tout conformément
donnances, & notamment à la deuxième difpofition de PArrêt de Réglement
de Ja Cour, du fix Oétobre dernier, à peine > coptre les Procureurs en amende faute,
d'être 2 par les Juges, prononcé telles fuivant peines nature appartiendra des circonftances par
&c
même
interdiétion ,
T
arbitraire, ,
par
l'exigence des cas. 80, Enjoint auxdits Subftituts & aux Greffiers des Jurifdidtions du reffort,
d'apporer plus de foin & de vigilance à exécuter promptement les Arrêts
de la Cour. 2°. Ordonne que le préfent Arrêt fera imprimé & affiché par-tout dans les où Séné- befoin fera, 8c copies collationnées d'icelui feront envoyées audience techauffées & Sete du reffort, pour y être lu, publié,
Enjoint auxdits Subftituts & aux Greffiers des Jurifdidtions du reffort,
d'apporer plus de foin & de vigilance à exécuter promptement les Arrêts
de la Cour. 2°. Ordonne que le préfent Arrêt fera imprimé & affiché par-tout dans les où Séné- befoin fera, 8c copies collationnées d'icelui feront envoyées audience techauffées & Sete du reffort, pour y être lu, publié, --- Page 88 ---
& affiché ; enjoint aux Subftituts du Procureur-général du
sante Roi, 3. d'y regiftré tenir la main, & d'en certifier la Cour, au mois.
en Confeil, les jour & an que deffus. Signe,DE
Donné au Port-au-Prince,
MARBOIS & FOUGERON.
Collationné, BONTALLET, Greffier en chef.
A R R É T
Du Confeil fupérieur de Saint-Domingue 3 concernant les procès arricrés
dans les Sénéchaufees 6 Amirautés de fon reffort.
Du cinq Mai , mil fept cent quatre-vinge-neuf
Auroons'yor, premier Mai 1789, le Confeil affemblé en Mercuriales ;
fuite de fon Arrêt du lendemain de Quafimodo, les Gens du Roi étant
par en féançe, Me. GutlamePiem-Francoh Delamardelle, Procureur-général,
a dit.
MESSIE U R S 3
Le compte que je vais rendre à la Cour s de l'exécution arriérés de fon dans Arrêt les
du 3. Février dernier 3 concernant le jugement des procès
la
Jurifdiations de fon reffort, offre le fpectacle de ce que. peut vigilance
des Magiftrats >
remédier aux abus fans nombre qui s'étoient propagés
jufqu'à ce jour IOnr l'ordre judiciaire.
L'établiffement d'une marche conftamment éclairée, dans le dédale obfcur
où s'égaroit autrefois la Juftice, donne la preuve d'une vérité dont l'exiftence
étoit traitée de chimère. Oui, Meffieurs, l'entier accomplilfement de l'Ordonnance du mois de Janvier 1787, concernant la forme de procéder 2 démontre aujourd'hui la poflibilité d'éclaircir, par un compte annuel & général
de l'adminiftration de la Juftice, un chaos jufqu'à ce moment jugé impénétrable.
Tant que la mauvaife foi a été fure de marcher dans les ténèbres, la lu- les
peuples ont gémi fous le poids des défordres judiciaires : aétuelleétent le caraétère de la
mière pénètre
3 tout ce eft bon, paroit avec
bienfaifance, Ergren fe confolide par 1 temps. Tout ce qui eft mal-au contraire,
expofé au grand jour , ne peut fuir la main vengereffe qui le pourfuit.
Offrons donc à la Colonie, des réfultats puifés dans les dépôts mêmes de
la Juftice; & que fes habitans comptent parmi leurs beaux jours, celui oik
ils peuvent dire avec vérité : Nos diferends autrefois etoient interminables très-court, ;
aujourd'hui le plaideur Je préfente avec confiance : 6 dans un délai 6 de
mais, fufifant pour affurer Ja défenfe, il voit la fin de Jes inquiétudes
fes
chagrins : il eft juge.
C'eft cette vérité réalifée que je vais développer dans ce moment.
Rappelez-vous, Meffieurs, un fait certain que j'ai déja annoncé dans un
précédent
é : Nos diferends autrefois etoient interminables très-court, ;
aujourd'hui le plaideur Je préfente avec confiance : 6 dans un délai 6 de
mais, fufifant pour affurer Ja défenfe, il voit la fin de Jes inquiétudes
fes
chagrins : il eft juge.
C'eft cette vérité réalifée que je vais développer dans ce moment.
Rappelez-vous, Meffieurs, un fait certain que j'ai déja annoncé dans un
précédent --- Page 89 ---
précédent Réquifitoire. L'Ordennance du mois de Janvier 1787, conce-nant
fabréviation des formes de proceder dans les Tribunaux de
a été envoyée aux Jurifdidtions du reffort, dans le courant du Saine-Domingue, mois de
fuivant pour y étre enregiftrée 5 depuis cette énoque, , jufqu'a. premier Juillet
Aoit 1788, ce comprend une année &c quelqu. procès intentés t les dix Sénéchauffées & les dix Amira.. ilyaecs del la Conpie, 5587
en y comprenant toutefois ceux arriérés avant l'enregiftrement de cette mexie
Ordonnance de 1787. le De ce nombre de procès 31,221 étoient jugés ou terminés à l'amiable
premier Aout 1788; confequemment, il n'en refloit alors que 3366. Tel eft le réfultat des relevés des Greffes de Sénéchauffées &
relevés qui, d'après cette Ordonnance du mois de Janvier 1787 Amirautés, ont
foumis aux mercuriales des Jurifdidtions, le premier Septembre
été
ont
1288. été enfuite vérifiés dans celles de la Cour du premier Oétobre fuivant. &qui. des Mais, Meflieurs 3 ce que l'Ordonnance du Roi n'a pu faire 3 parce qu'un
du principaux caraétères d'une Loi eft la précifion ; ce que TOrdonnance
Roi, difons-nous 3 n'a pu faire, s'eft
fuccellivement le
maintien des principes qu'elle avoit elle-même développé polés. par
Sur les relevés des Greffes des Jurifdidtions, on voyoit , il eft vrai, au
premier Août dernier 3366 procès, dont une très-grande partie etoit arriérée,
parce les délais de l'inftruction étoient expirés ; mais pour connoître les
motifs ts retard dans l'inftruction de cès 3366 procès, il auroit fallu interune roger telle flucceffivement circonftance chaque Procureur fur chacun de ces procès : or, dans
Juftice! quelle marche , embarraffée que! mouvement extraordinaire dans l'empire de la
dans fes autres parties ! Ces réflexions pour ont donné une machine lieu à l'Arrêt déja fi du compliquée 6 Octobre 1788, s Arrêt qui réduit à la plus grande fimplicité ce qui paroiffoit, au
premier coup-d'oeil, obfcur dans fon principe , & difficile dans fes effets :
par cet Arret,il a été ordonné qu'auffitôt que les délais pour inftruire un
du procès Greffe feroient expirés tout.
la
dans fes autres parties ! Ces réflexions pour ont donné une machine lieu à l'Arrêt déja fi du compliquée 6 Octobre 1788, s Arrêt qui réduit à la plus grande fimplicité ce qui paroiffoit, au
premier coup-d'oeil, obfcur dans fon principe , & difficile dans fes effets :
par cet Arret,il a été ordonné qu'auffitôt que les délais pour inftruire un
du procès Greffe feroient expirés tout. Procureur feroitaffujéti à faire, fur les regiftres
oû s'infcrit l'inftruction ,, une déclaration fimple &
des
motifs de retard , de fufpenfion ou de ceffation abfolue dés pourfuites précife :voilà
l'obligation de tout Procureur qui occupe pour une partie en demandant. A cette obligation impofée aux Procureurs, il en a été ajouté une autre
qui regarde les Grefiers; elle les affujétit à faire fous l'infpedtion de mes
Subflinuts, des tableaux oû doivent être infcrits les procès arriérés, avec
date de l'introduétion d'inftance les noms des parties & leurs
la
noms de leurs Procureurs, & les déclarations de retard, dans demeures, l'inftruction les
faite par ces derniers. du Tout fervice Procureur honnête, qui, dans ce Réglement n'a vu
le bien
, s'eft repofé fur Ta propre confcierice > : n'a
mais en méme
point
T2
temps, tout Procureur qui fe faifoit un principe d'éternifer effrayé; un
de procès 3 s'eft
que le terme des défordres judiciaires étoit arrivé. Plus
faux-fuyans TA en
: la déclaration fur le tableau eft une cerifure fans
réplique de celui qui a fait cette déclaration s'il eft en faute ; &
autre côté, malgré la difpofition impérieufe des
un fi, d'un
s'oublie au point de ne pas faire de déclaration Réglemens, après les délais Procureur de l'inf
Reforme judiciaire 6c.
3 s'eft
que le terme des défordres judiciaires étoit arrivé. Plus
faux-fuyans TA en
: la déclaration fur le tableau eft une cerifure fans
réplique de celui qui a fait cette déclaration s'il eft en faute ; &
autre côté, malgré la difpofition impérieufe des
un fi, d'un
s'oublie au point de ne pas faire de déclaration Réglemens, après les délais Procureur de l'inf
Reforme judiciaire 6c. S --- Page 90 ---
1;8
truction expirés, fa faute eft plus notoire & plus condamnable encore que
lâ précédente.
Le premier effet da Réglement du 6 Oétobre 1788 a donc été de forcer
les Procureurs à faire fur-le-champ une recherche fur leur propre conduite,
relativement aux procès arriérés ; ils font devenus leurs prémiers Juges :
dès-lors tout
qui ne pouvoit être appuyé d'une déclaration valable,
aéts inftreit F terminé; dès-lors cette machine immenfe s'eft fimplifiée dans
un initant; les tableaux des Jurifdiétions fe font formés, & le plus grand
nombre des procès a difparu.
Pour vous convaincre vous-mêmes de cette vérité, vous avez, Meffieurs, ordonné les Edcne faits en vertu de votre Arrêt du 6 Oétobre
dernier, qui a e exécuté au mois de Novembre fuivant, ainfi qu'il réfulce
des proces-verbaux des premiers Juges; vous avez, dis-je, , ordonné que ces
-tableaux de procès arriérés dans les Jurifdiétions feroient mis fous vos yeux; ,
&, après leur examen, laiffant aux premiers Juges l'autorité de difcipline
qui leur apparticnt, vous avez rendu, le 3 Février dernier, unArrét qui prec
de
Jurifdidtion, de vérifier fur les tableaux,
crit au Miniftère public chaque
les motifs de retard déclarés par les Procureurs ; de pourfuivre ceux
de faire afficher ces tableaux dans les Greffes & d'en
eilte
feroient les en procès, fautes à mefure qu'ils fercient terminés à l'amiable ou jugerayer ment, feul moyen d'atteindre au terme defiré de ne plus apercevoir D" procès
arriérés.
Ainfi, de l'exécution de l'Arrét du 6 Olobre dernier 3 il eft réfulté que de
3366 procès arriérés au premier Aott 1788, il n'en exiftoit fur les tableaux,
au mois de Novembre fuivant, que 1366:
De l'exécution enfuite du Réglement du 3 Février de cette année, dont je
rends compte aujourd'hui, il ne refte plus que" 132 procès.
Voyonsa@uellement, Meffieurs, le fort de ces 132 procès.
Suivant le compte qui m'a été rendu par mes Subftituts, & qu'ils ont
certifié, vous apercevrez, un tableau général que je mets fous vos yeux,
& qui vous offrira des elirans heureux de comparaifon entre les différentes
Juriidictions de votre reffort, relativement aux procès qui y font intentés;
vous apercevrez, dis-jes par ce tableau, que de ces 132 procès, 37 font la
fufpendus par les ordres vérifiés des Parties ; or, dans certe circonftance,
Juftice n'a point d'empire fur les volontés.
Ainfi, en mettant de côté ces 37, procès, il n'en refte plus que 95. De ce
nombre, fept font fufpendus par le décès des Parties, & ne peuvent conféquemment être fuivis fans reprifes d'inftance.
Deux autres ont été d'abord fufpendus des appels de jugemens qui
prononcent fur des incidens, mais ces auter ayant été vidés par Arrêts,
ces deux procès font actuellement en inftruétion & dans les délais.
Douze font fufpendus par des jugemens interlocutoires dont l'exécution
dépend de la volonté des Parties elles-mémes.
Trois ont été appointés : ils font inftruits, produits &x prêts à être juges.
Six font retardés dans la marche de l'inftruction, par, des appels de juge.
mens d'incidens a la Cour non encore jugés.
ces auter ayant été vidés par Arrêts,
ces deux procès font actuellement en inftruétion & dans les délais.
Douze font fufpendus par des jugemens interlocutoires dont l'exécution
dépend de la volonté des Parties elles-mémes.
Trois ont été appointés : ils font inftruits, produits &x prêts à être juges.
Six font retardés dans la marche de l'inftruction, par, des appels de juge.
mens d'incidens a la Cour non encore jugés. --- Page 91 ---
Il s'en trouve encote un qui ne peut être fuivi,
que la Partie ellemême garde les pièces. Deux autres font fans fuite par TrP0e difpatition des Parties
pourfuivoient. Et deux autres ne font point fuivis, faute par lcs cliens de
Ree aux premiers débourfés, qui, quoique très-foibles, peuvent être exigés
par les Procureurs. Il yen a 39 fufpendus par des révocation, interdiction, démilfion & décès
de Procureurs, & faute par les Parties d'en conflituer d'autres 5 fur quoi
Y'obferverai fur ces 39 procès, une feule perfonne en a 3438, fur ma
demande, eft convenue que le retard procédoit de fon propre fait. Deux autres procès font en voie d'arrangement. Les pièces d'un troifième font au Bureau de la vétification des comptes."
Enfin, Meffieurs, dix font fufpendus faute d'inftrudtions des Parties. De cet expofé il réfulte que le fort des 34:587 procès intentés avant le
premier Aoit 1788, dans les vingt Jurifdidtions qui compofent votre reffort,
eft parfaitement connu. Mais je me trompe, Mellieurs, la réfiftance de quelques Procureurs d'une feule Sénéchauffée a déconcerté les mefures de
l'homme public. Huit procès fe trouvent fans déclarations de leur part, tant
fur les regiftres d'infeription, que fur les tableaux expofés dans les greffes. Au furplus 3 que l'on reprenne l'examen de tous les motifs de retard
dans l'inftruétion, viennent d'être expofés; des 95 procès arriérés,
l'on en excepte les E retardés par des appels 2 jugemens qui prononcent
fur des incidenss, celui dont les pièces font au Bureau de la vérification des
comptes 3 les trois appointés & prêts à être jugés; les deux qui font en
inftruétion &z dans les délais ; & enfin les huit qui font fans déclarations,
formant tous enfemble le nombre de vingt, fur lefquels mes Subftituts dans
les Jurifdictions, ont fans ceffe
ouverts, & dont ,. l'exception des
font foumis à la décifion de Cour
doivent à mon
a
fix
ae par l'appel,
FISTE un compte rigoureux tous les mois jufqu'a leur extinétion totale 5
qu'on retranche, difons-nous, ces vingt procès du nombre de 95,, il en
reftera 75 qui ne font pas fuivis, ou par la faute des Parties elles-mémes,
ou peut-étre parce qu'elles ne font
inftruites de ce qu'il convient de
faire, dans la circonftance où elles ke trouvent. Si l'homme du Roi, chargé de la pourfuite de tout ce qui peut troubler
Pordre focial, a fouvent des fondtions pénibles &c douloureufes à exercer,
oh! combien auffi dans mille circonftances, le Miniftère important
ne verfe-t-il dans fon ame, de douceur 8c de fatisfaction! VOAE
remplit,
pas
foixante- - quinze plaideurs qui ignorent peut-être ce qu'il faut faire pour
obtenir juftice : & je garderois le filence à leur égard!
de tout ce qui peut troubler
Pordre focial, a fouvent des fondtions pénibles &c douloureufes à exercer,
oh! combien auffi dans mille circonftances, le Miniftère important
ne verfe-t-il dans fon ame, de douceur 8c de fatisfaction! VOAE
remplit,
pas
foixante- - quinze plaideurs qui ignorent peut-être ce qu'il faut faire pour
obtenir juftice : & je garderois le filence à leur égard! Non, Meflieurs,, ce
feroit m'écarter de la marche qui m'eft tracée par vOs Arrêts. J'inftruirai . ces plaideurs, afin que perfonne dans la Colonie ne puiffe dire, avec quelque vérité : J'ai invoqué le Miniftère de Phomme public, 6 ila été fourd d ma
voix :j'ignorois ce que les Loix exigeoient de moi pour remplir des formalités
indijpehfables, 6r il ne m'a point éclairé :j'étois dans l'aertume 6r la douleur,
occafionnées par un procès dont le terme échappoit Jans celfe a mes vaux.
perfonne dans la Colonie ne puiffe dire, avec quelque vérité : J'ai invoqué le Miniftère de Phomme public, 6 ila été fourd d ma
voix :j'ignorois ce que les Loix exigeoient de moi pour remplir des formalités
indijpehfables, 6r il ne m'a point éclairé :j'étois dans l'aertume 6r la douleur,
occafionnées par un procès dont le terme échappoit Jans celfe a mes vaux. * 6
21 n'eft pas"venu à mon fecours. i
S 2 --- Page 92 ---
S'il eft des plaideurs inquiets qui, fans égard aux formes néceffaires pour
dévoiler la mauvaife foi, 8c conferver à chaque individu fes propriétés; f,
dis-je, il fe trouve des plaideurs inquiets qui tourmentent perpétuellement d'autres
& Jeurs défenfeurs & leurs Juges, il" 'faut convenir auffi qu'if en eft
qui font quelquefois dans une ignorance abfolue de ce qu'ils font en droit
d'attendré de la Juftice, ou
timides & circonfpedts, n'ofent invoquer
la main fecourable qui peut S foulager : c'eft donc au Miniftère impartial
que je remplis à les titer, en quelque forte, de cette éfpèce de léthargie 3
autrement i quoi ferviroit cette grande & fuperbe inftitution qui place fans
ceffe la vigilance & Ia force à côté de la foiblefle, pour la protéger & Ia
défendre ?
En avertiffant foixante-quinze perfonnes de la fituation où elles fe trouvent relativement à leurs procès, je ne remplis au furplus qu'un devoir,
qui peut feul, Meffieurs, faire le complément des Arrêts que vous avez
rendus.
Les plaideurs une fois avertis quele retard des jugemens qu'ils attendent,
procède de leur fait, & inftruits d'ailleurs,de la marche qu'ils doivent tenir,
n'auront plus alors de reproches à faire, ni à leurs défenfeurs, ni à la vigilance de l'Homme du Roi; tout à Jeur égard fera confommé.
D'un autre,côté, ceux d'entre les Procureurs qui fe font un jeu de méconneitre la règle, fans ceffe obfervés une vigilance que rien ne pent Ordon- affoiblir, ferenfermeront dans les bornes " l'inftruction prefcrites par les
nances. Aucun d'entr'eux n'ofera prolonger cette initruction, par des détours
infidieux & une fauffe marche, parce leurs écarts paroiflant toujours en
évidence, fans pouvoir fe mafquer,
derlomperpétudlenent profcrits.
edira
L'obligation, Meflieurs, que je viens de m'impofer folemnellement, eft un
engagement trop. facré, pour que mes fucceffeurs fe refufent à la remplir dans
les mémes circonftances. S'il en étoit autrement, que! feroit le çri des pcuples
contre eux ! Quel anathême n'encourroient-ils pas'! Mais, non : fans cefle
pénétrés de leurs devoirs, ils furpafferont les efpérances de la Colonie, &
par leurs lumières & leurs talens ils feront bientôt oublier mes foibles
gravaux.
Je ne puis, Meffieurs, terminer d'une manière plus agréable pour moi,
le compte quej je fuis chargé de vous rendre , qu'en vous faifant apercevoir
combien les Officiers des Jurifdidtions, à l'exception d'une feule., ont mis
de vigilance & d'exaétitude dans l'exécution de: vos Arrêts; ce témoignage
que je leur rends, eft encore un devoir que je remplis avec la plus grande
fatisfaction.
Tous les Procureurs, d'un autre côté, ont également exécuté les difpofitions de vos Arréts; j'en excepte néanmoins 3 ainfi que je l'ai déja dit,
quelques-uns qui, fans égard à ce qui leur étoit prefcrit par votre Réglement
du 6 OCtobre dernier , n'ont fait, fur les regiftres d'infcription, qu'une partie
des déclarations ordonnées.
A peine ce Réglement du 6 OStobte a-t-il été rendu, qu'avant méme fa
sotification légale > mes Subftituts, d'après .mies infiructions, fe font em-
moins 3 ainfi que je l'ai déja dit,
quelques-uns qui, fans égard à ce qui leur étoit prefcrit par votre Réglement
du 6 OCtobre dernier , n'ont fait, fur les regiftres d'infcription, qu'une partie
des déclarations ordonnées.
A peine ce Réglement du 6 OStobte a-t-il été rendu, qu'avant méme fa
sotification légale > mes Subftituts, d'après .mies infiructions, fe font em- --- Page 93 ---
14T
preffés d'en faire connoitre les difpofitions aux Procureurs, afin d'éviter à
mon Miniftère le devoir rigoureux de les pourfuivre.
Au mois de Novembre dernier, les Procureurs en retard pouvoient éncore,-
lors des procès-verbaux des Juges, réparer leur omiflion en faifant les déclarations prefcrites.
L'Arrêt du trois Février dernier > les a avertis de nouveau 5 8c jufqu'au
premier Avril fuivant, ils avoient tout le temps néceffaire
fe mettre à
fabri de notre cenfure 5. mais
ayertiffement pu les affujétir
TErPU
puifqu'aucun
à la règle, il eft effentiel de la Jeur rappeler, en mettant une jufte diftinction entre les Procureurs fidèles àl leurs devoirs & ceux qui ne le font pas.
Tels font, Meffieurs, les motifs des conclufions par écrit que je laiffe
fur le Bureau.
Les Gens du Roi retirés, & la matière mife en délibération.
La Cour a renvoyé au cinq du préfent mois de Mai, pour en être délibéré au rapport de M. Fougeron. Signé DE MARBOIS.
Et le cinq Mai mil fept cent quatre-vingt-neuf, le Confeil affemblé en
la manière accoutumée, oui le rapport de M. Fougeron, ConfeillerDoyen:
& tout confidéré :
La Cour donne aéte au Procureur général du Roi,, du compte par lui
rendu de l'éxécution des Arrêts des fix Oétobre & trois Février derniers; :
lui donne pareillement aéte de la remife lui faite fur le Bureau, d'un
tableau contenant les procès intentés Cte la date de l'enregiftrement des
Ordonnances du mois de Janvier mil fept cent quatre-vingt-fepts dans des
Jurifdictions du reffort, jufqu'au premier Août mil fept cent quatre-vingt- fe
huit, & ceux arriérés, avant ledit enregiftrement; dans lequel tableau
trouvent les procès non encore jugés au premier Avril mil fept cent
vingt-neuf : Ordonne que ledit tableau fera & demeurera dépolé au EclHes de
la Cour, pour y, avoir recours au befoin, après avoir été ligné 8c paraphé
ne varietur, par le Préfident de la Séance.
Et faute par Brard Saint-Clair, & Renéaume, Procureurs enla Sénéchauffée
des Cayes, d'avoir fait fr les regiftres d'infcription tenus au Greffe de ladite'
Sénéchauffée, leurs déclarations des motifs de retard, dans l'inftruction de
différens procès dont ils étoient chargés 3 ainfi qu'il leur eft preferit
I'Arrêt de Réglement du 6 Oatobre 1788, les condamne, favoir,
RCERE
en 200 liv. d'amende,
fa contravention dans quatre procès où il
manque des déclarations RC part, & Brard Saint-Clair en I3o liv. également d'amende, pour pareille contrayention, dans trois procès oi il s'eft
également abftenu de faire les déclarations ordonnées. Leur fait très-expreffes
inhibitions & défenfes de récidiver, fous plus grande peine.
Enjoint aux Juges de la Sénéchauffée des Cayes de veiller plus exaétement
a l'avenir à Vexécution del'Arrét de la Cour du 3 Février dernier, & notamment en ce qui concerne lefdites déclarations.
Ordonne que le préfen: Arrêt, enfemble le tableau des procès arriérés
eft
également abftenu de faire les déclarations ordonnées. Leur fait très-expreffes
inhibitions & défenfes de récidiver, fous plus grande peine.
Enjoint aux Juges de la Sénéchauffée des Cayes de veiller plus exaétement
a l'avenir à Vexécution del'Arrét de la Cour du 3 Février dernier, & notamment en ce qui concerne lefdites déclarations.
Ordonne que le préfen: Arrêt, enfemble le tableau des procès arriérés --- Page 94 ---
dans les Jurifdidtions, feront imprimés & affichés par-tour ou befoin fera,
& que copies collationnées d'iceux feront envoyées dans les Sénéchaufiées &
Amirautés du reffort, pour y être lues, publiées, regiftrées & afichées ; enjoint aux Subftituts du Procureur général du Roi, d'y tenit la main & d'en,
certifier la Cour au mois.
Donné au Port-au-Prince, en Confeil, les jour & an que deffus. Signé,
FOUGERON & DE MARBOIS.
Collationn:, BONVALLET, Grefier en Chef. --- Page 95 ---
T A B L E A U
DES Procès intentés dans les Jurifdidions, depuis la date de T'erregifirement des nouvelles Lois,
jufgu'au premier Aoit 1788, 6 non encore juges au premicr Avril 1789.3 compris des Prccès
arricrés 6 non jugcs avant ledit enregijirement.
DEVELOPP E M EN: T des132 Procès de la cinguième
colnrne du préfent Tableau, sreftens encorc d juger cupre
mier Avril 1789, d'apris le rapp: ri au Procurcargéniial
fait le premier Mai fu vant, par continmation de ce! luidu
lendemain de Quefnodo, aux termes de PArt du Fé789 avec ls mozifs du retard dans l'infrullion
les lar
des Procureurs.
a
N O.M S
DE S
JURISDICTIONS
E
PORT-AU-PRINC. énéch. 726
>>
ir. >
LE CAP.
énéch. 7685 452
0> >>
>>
Amir 2206 )
LES CAYES. . énéc 1369 356 166 40 19
dmir. 712 83
>>
SAINT-MARC . ené: 2440 443
>
>>
2>
>>
Amir. 971 111
>>
>>
SAINT LoUIS.
éc: 5io 103 39
>)
Amir. 217 10
I
>>
>
>> 3>
>>
FORT-DAUTHIN,. gSénéch 2411 186 62 42
>> >>
> >2
Amir. 121
>>
>>
PETIT-GOAVE. Sénéch, 1392 I03 44 IO
>
Amir. 182 1O
>>
>> >
JACMEL.
sénéci. 1029
>
>>
2>
>>
Amir. 971 111
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PETIT-GOAVE. Sénéch, 1392 I03 44 IO
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Amir. 182 1O
>>
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JACMEL.
sénéci. 1029 >>
>>
>> >>
Amir. (36
>
>>
>>
JÉRÉMIE. gSéréch. I11I 136
>>
Amir. 238 21
PORT-DI-PAIN.. Sénich. 2214 98
>>
>>
>>
Amir. 249
4.
2.
> >>
>> >
>>
3>
2> >>
TOTAUX
34587 3366 1365 P;2
10 8
R E S U L T A T.
Du jour de f'enregiftrement des nouvelles Loix dans
De Ces
13:
les Jurifdictions, 3 en Juillet 1787, jufqu'au premier
procés reflans à j'ger
ci de fufpen dus pa
Août 1788, ce qui fait unc ansée &queiques jours,
prdrc des. l'atties
ilya eu de procès intentés, en y comprenant touce"
Reflent
fois des procès acriérés & non jugés àvant, ledic
enregifiremees
34:87 De cus 95. procès;
0 / cui nc font gas
Audit jour prenrier Aoit, il cn refojt a juger
5306 fuivis, à défaut de diligelaces desParties, ci
Conféquemm-nt, audit jour
Aott, il-y: en
Reflent 20 procès, Ci
avoit de terminés, tant à TUERL que par SenDc ces 20 procés, font en infrudtion nongetardée,
tences
31221 3 eppointés produits & prérsà recyotrj-igement,
6 font retardés par des appels d'incidens, y en
Du nombre de
3366 a un dent les pièces fort au burecu dela vérifiprocès arriérés au premier Août 1788, ou donrles
cation des comptes, ci
délais pour inftruire n'étoient pas encore expirés,
Reftent
il en reltoit à juger, au mois de Neembre 1783. 3261 procès,, qui font fans déclaraticns des Procureurs,
Con@-quemmenr, des 66 procès arriérés, ily en
contre'la difpofition formelle de P'Arrér de rigleavoit, au mois d: Novembre 1788, de juges olt
ment du 6 Octobre 1788.
terminés i l'amiable
Du nombre de
136;
Paraphé ne varictur, & dépofé au defir delArrêrde
procès arnérés au commetcenient de Novembre
cc jour. Au Port-au- Princc, cn Confeil, le 1 Mai
1788, il en reftoit àjuger, au premier Avril 1-99. 132
1789.
Signt, DE MARBOIS.
Contépi.mment, des 1363 procès arrié:és, ily, en
Nota. Tous ces calculs fonttirés des ciats'certifiés desGrifiers,
avoit, au premier Avril 1789, de jugésou'terminés
e des ateftations des Procureurs du Roi des Jurifaidtons.
àl l'amuble
Collatiozué, BONYALLLT,
ftoit àjuger, au premier Avril 1-99. 132
1789.
Signt, DE MARBOIS.
Contépi.mment, des 1363 procès arrié:és, ily, en
Nota. Tous ces calculs fonttirés des ciats'certifiés desGrifiers,
avoit, au premier Avril 1789, de jugésou'terminés
e des ateftations des Procureurs du Roi des Jurifaidtons.
àl l'amuble
Collatiozué, BONYALLLT, --- Page 96 ---
Voilà quelles font les opérations judiciaires d'une Cour fouveraine, volonté, le cha- dont
les membres fiègent en habit noir, le chapeau fur la tête à
diftinétions
d'écarlate herminée fur l'épaule ganche, & l'épée au côté;
peron qui indiquent d'une part, leurs connoiflances en droit, comme Jurifconfultes,
& de l'autre leur dévouement, pour la défenfe du pays, fi l'ennemi faifoit
une defcente dans le lieu de leur réfidence.
- Dans l'origine de la Colonie, & long-temps encore après, tous les Magiftrats
étoient Officiers militaires : Juges & Procureurs du Roi dela partie duNord, a
tout fut tué, en combattant auprès de,M. de Cuffy , qui commandoit tout
Saint-Domingue, Dans un moment d'alarme, & une attaque fubite, diftinétions
François eft foldat, & peut prétendre, par fa bravoure, aux
honorifiques des guerriers.
En 1786, dernière année de l'ancienne adminiftration de la Juftice à
Saint (t) : Domingue, il y a eu 3 dans les vingt Jurifdictions de la Colo-
. 30,766 procès jugés.
nie . .
Dans la première année du nouveau régime, ilyen
27,578.
a eu de jugés .
Différence en moins pour le nouveau régime, de . 3,188
Il eft efientiel d'obferver qu'il ne s'agit, dans cette
première hypothèfe, que de procès terminés par jugesnens-; ce qui n'eft pas fufffant pour déterminer au
jufte le nombre de procès d'une année, comparé avec
celui d'une autre. Nous allons donc, dans une feconde
hypothèfe , établir le nombre de procès & intentés dans la
dans la dernière année de l'ancien régime,
première du nouveau, ce qui comprend non-feulement tous les procès terminés par jugemens ? mais encore tous Çeux terminés à lamiable 6. Jans jugemens.
Ainfi en 1786, dernière année de l'ancienne adminiftration de la Juftice, ily a eu, dans les vingt Jurifintentési
diétions de la Colonie .
: 34409 procès
Dans la première année du nouveau régime, ily en
a eu d'intentés .
30,247
Différence en moins, dans une année, en faveur du
4,162
nouveau régime -
On obfervera,. qu'à l'égard du nombre de procès terminés par jugemens année i
DT
tant dans la dernière année de l'ancien régime; que dans la première ci-deffus, rien
du nouveau, > ce qui fait la matière de fallu la première effet hypothèfe confulter les regiftres
n'a été fi facile à découvrir; il n'a
en
que mais il n'en eft de
des Jurifdictions o fe portent toutes les Sentences, ,
dans
pas (ont
intentés,
lefquels
même à l'égard de tous les procès généralement Teconde
ci-de#us.
compris ceux terminés à Lamiable,
hypothèfe
Les
que dans la première ci-deffus, rien
du nouveau, > ce qui fait la matière de fallu la première effet hypothèfe confulter les regiftres
n'a été fi facile à découvrir; il n'a
en
que mais il n'en eft de
des Jurifdictions o fe portent toutes les Sentences, ,
dans
pas (ont
intentés,
lefquels
même à l'égard de tous les procès généralement Teconde
ci-de#us.
compris ceux terminés à Lamiable,
hypothèfe
Les --- Page 97 ---
Les regiftres établis aux greffes pour infcrire la mention des aétes de
cédure de chaque procès, ont bien, pour la première année du nouveau RO
gime , donné lè nombre de tous les procès intentés, & conféquemment de
ceux finis à lamiable; ; mais, en 1786, dernière année de l'ancien régime, lo
défaut de regiftres d'infcription des aétes de procédure, joint à ce qu'il n'y
a" dans la Colonie , ni regiftres de préfentations; ni contrôle comme en
France; le défaut, dis-je, de regiftres d'inferiptions, rend la découverte
que nous cherchons, de procès terminés à l'amiable, phyfiquement impoflible
pour cette année 1786 : il a donc fallu fuppofer quie dans l'année 1786,
dernière année de l'ancien régime, il y a eu en procès terminés à lamiable,
le même nombre que celui trouvé, pour la première année du nouveau
régime. Au furplus, on ne peut faire d'objection raifonnable contre la fuppofition
faite d'un nombre égal de procès terminés à l'amiable, tant dans la dernière
année de l'ancien régime, que dans la première année du nouveau; car fi
l'on ne veut admettre cette fiuppofition, & que l'on établiffe en fait,
n'y a t eu de procès terminés à l'amiable, dans la dernière annéa
2t l'ancien régime, alors la fupériorité du nouveau régime eft par cela feul
démontrée; car quelle adminiftration de Juftice, que celle qui a la magie
de faire finir à l'amiable, trois à quatre mille procès dans une année ! Il faut donc en revenir à un point plus certain & plus vrai : les deux
années de l'ancien & du nouveau régime ont eu des procès terminés à
F'amiable 5 & fi l'on aperçoit une différence entre notre première hypothèfe
ci-deffus, dont le réfultat eft 3,188 procès de moins, & la feconde hypothèfe dont le réfultat fe trouve de 4162 procès également de moins en
faveur de la nouvelle adminiftration de la Jultice, c'eft dans la première
hypothèfe, il s'agit uniquement de procès jugés, & que Simnda la feconde il
tous
& d'ailleurs le nombre de procès terminés
s
s'agit de proeès intentés, que les deux annéès de l'ancien & du nouveau
à Pamiable a été fuppofé fort égal bien entre n'êtré de la dernière exaétitude.
4162 procès également de moins en
faveur de la nouvelle adminiftration de la Jultice, c'eft dans la première
hypothèfe, il s'agit uniquement de procès jugés, & que Simnda la feconde il
tous
& d'ailleurs le nombre de procès terminés
s
s'agit de proeès intentés, que les deux annéès de l'ancien & du nouveau
à Pamiable a été fuppofé fort égal bien entre n'êtré de la dernière exaétitude. régime , ce qui peut
pas
Mais quoi qu'il en foit, & dans tous les cas, il n'en réfultera pas moins,
en demiére analyfe, ou que la première année du nouveau régime a eu plus
de trois mille procès de moins que la dernière année de l'ancien 3 ou bien,
je le répète, que le nouveau régime a joui d'une prérogative bien précieufe, de trois
celle de faire terminer à l'amiable, dans une feule année, plus
mille procès. Au furplus, il eft une remarque importante à faire : il eft démontré qu'aujourd'hui la Juftice eft moins coûteufe à Saint - Domingue qu'elle ne
l'étoit autrefois; il eft prouvé de même que les affaires font plag promptement expédiées : il femble donc qu'y ayant plus de facilité à plaider, on
devroit rifquer plus aifément d'avoir un procès 3 cependant le. contraire eft
arrivé : au refte, quand il auroit eu plus de procès dans la première
année du nouveau régime de % Juftice que dans la dernière année de l'ancien,
la nouvelle legiflation n'en feroit pas moins bonne fous fes rapports les plus
effentiels,
fon but principal étant l'accélération des jugemens. ,. avec
le moins E frais poflibles, l'expérience a prouvé qu'elle avoit atteint à
ce bur. Ce qu'ily a de certain, c'eft qu'en général, le plus ou le moins de procès
Réforme judiciaire, Erc,
T --- Page 98 ---
s'intentent dans un
colonial, dépend du plus ou du moins d'indiDia qui l'habitents du' FAL ou moins de crédit, bien ou mal placé 3 du
plus oll moins de numéraire circulant
la facilité des paiemens : auffi
dans
Tribunaux des Colonies > que
>
Rour,
ne voit-on jamais prefque les jamais créanciers & les débiteurs. deux claffes de plaideurs,
Il eft donc vrai de dire 3 que lorfque les grandes
fe divifent,
lorfque la
angmente, lorfqu'il y a difette numéraire, lorfque
reriah
les avances population du commerce font mal ailifes , le nombre des procès doit néde la meilleure -légillation.
facilité des paiemens : auffi
dans
Tribunaux des Colonies > que
>
Rour,
ne voit-on jamais prefque les jamais créanciers & les débiteurs. deux claffes de plaideurs,
Il eft donc vrai de dire 3 que lorfque les grandes
fe divifent,
lorfque la
angmente, lorfqu'il y a difette numéraire, lorfque
reriah
les avances population du commerce font mal ailifes , le nombre des procès doit néde la meilleure -légillation. Telle
ceffairement augmenter. de touche, > deftinée indépendamment à faire connoitre aux commerçans; par nos
eft la pierre
le nombre de leurs débiteurs mal à leur aife,
tableaux des Amirautés, que, d'après celui des procès qu'ils font obligés de
augmente à Saint-Domingue,
leur intenter. de France eft tout auffi intéreffé à la confervation des Colonies Le commerce les Colons eux-mêmes; conféquemment tout ce qui tient à ces
établiflemens que lointains, eft en droit de fixer fon attention : on verra côté donc du
Bientôt à la bourfe des différentes villes maritimes des du royaume, intentés, à finis
tableau des importations & des exportations, , celui c'eft fur procès la
ou
& arriérés dans les Amirautés des Colonies 5 8c
juftice plus fur la
moins accélérée dans chacune des Amirautés comparées entre elles,
quantité plus ou moins grande de débiteurs condamnés fans fe défendre, des avances par
de
fur les rifques plus ou moins étendus ,
l'impuiffance cultivateurs payer; s'établira, dans les opérations mercantiles 3 une
combinaifon faites aux auffi utile , pour que le commerce national, qu'elle doit l'être pour
Is habitans de bonne foi. du
:
Ainfi, la réunion des intérêts refpectifs du commerçant & colon, s
fe réalifera par peut-étre une défenfe commune au vendeur & à l'acheteur >
au milieu de la guerre éternelle qu'ils fe font jurée réciproquement. Par une Ordonnance du Roi, du 16 Mai 1775 , le Gouverneur de
Saine-Domingue, (u),
lorfqu'on lui préfente une Sentence par
dont on
lui demande l'exécution, eft autorifé à mander les débiteurs ACOPA 3 quelque
qualité qu'ils foient , à leur ordonner de vive voix, de fe rendre les Sentences; en prifon,
jufqu'à ce qu'ils aient fatisfait aux condamnations de portées fa par autorité, dont
&, en Cas de défobéiflance, il les y contraint
propre
il ne peut refufer le fecours à auçun créancier. (x) C'eft ainfi que fe concilie l'efpèce de contradiction immenfément qu'on riche aperçoit par la
à chaque inftant, entre une Colonie d'une part,
de
millioas de
fécondité de fon fol, puifqu'elle remet fait par an ; plus & de l'autre 175 une Colonie
denrées à fa métropole, comme ellel'a en 1778 d'une fortune chimérique ,
peuplée d'individus fe defféchant à la pourfuite font plongés dans un abyme
parce que tous, à peu d'exceptions fous
, formes > de génération en
de
fe tranfimettant
DAie
dettes qui,
véritables fermiers du commerce de
génération 3 n'en font dès-lors que de
France.
an ; plus & de l'autre 175 une Colonie
denrées à fa métropole, comme ellel'a en 1778 d'une fortune chimérique ,
peuplée d'individus fe defféchant à la pourfuite font plongés dans un abyme
parce que tous, à peu d'exceptions fous
, formes > de génération en
de
fe tranfimettant
DAie
dettes qui,
véritables fermiers du commerce de
génération 3 n'en font dès-lors que de
France. dans
Pour fe convaincre de cettevérité, qui ne trouve moindre déja que
la
défaut 3 fans la
part
TeROL Magnit
ces 17000 procès
par
n'a que 21593 chefs de famille 5 pouir fe
d'une population
, qui
I2ate --- Page 99 ---
convaincre 3 difons-nous, de cette vérité 3 jetez les yeux fur les travaux
auxquels nos cultivateurs fe livrent fans réferve, d'après les fpéculations à
pérte de vue, dont il feroit à redouter pour le royaume, 9, quils préviilent
& les contrariétés & les obftacles. Voyez l'extrême facilité avec laquelle on nous fait an, depuis
ques années, trente millions au moins d'avances , par Re feule branche. T2
commerce avec l'Afrique crédit immenfe de la part des commerçans François, mal entendu fans doute, lorfqu'il fera aventuré ; mais toujours (péculé avec fagelle lorfqu'au lieu d'être livré au hafard & fans circonfpéction, il fera le fruit heureux d'une confiance éclairée, affife fur l'elpoir
fondé de bénéfices plus immenfes encore. Obfervez le numéraire circulant dans notre Colonie, & dont l'E.(pagnol
& le Portugais ont l'honnéteté de faire les fonds. Voulez-vous changer ce
procédé, & jeter dans la Colonie un or Français chargé d'alliage, s pour
le forcer à y refter : alors les étrangers, par la contrefaction, vous inondent d'un numéraire qui ne repréfente point en valeur la denrée qu'il payes
& fous ce point de vue , la Colonie eft dupe. Dans cette hypothèfe, au
fiurplus , que verroit-on dans les ventes & les achats? Des mouvemens convulfifs perpétuels jufqu'à ce que la balance de valeurs refpectives fe rétabliflant entre la denrée & cet or faux, ce même or pit i la fin difparoitre 3 par une fpéculation dans laquelle il ne feroit confidéré que pour fa
valeur intrinfèque. Si, au contraire , le fyftéme d'un numéraire étranger continue de fubfifter
dans la Colonie, alors on aperçoit également ce numéraire toujours prét
à fortir fuivant les opérations du commerce , qui doivent êtte libres
comme iair qu'on refpire ; l'abfence de ce numéraie met donc quelquefois des entraves encore plus nuifibles â l'acquit du cultivateur, qu'elles
ne le font aux travaux du commerçant.
aleur intrinfèque. Si, au contraire , le fyftéme d'un numéraire étranger continue de fubfifter
dans la Colonie, alors on aperçoit également ce numéraire toujours prét
à fortir fuivant les opérations du commerce , qui doivent êtte libres
comme iair qu'on refpire ; l'abfence de ce numéraie met donc quelquefois des entraves encore plus nuifibles â l'acquit du cultivateur, qu'elles
ne le font aux travaux du commerçant. Extrêmes de tous côtés, contre
lefquels tous projets de réformation viennent échouer ! Le plus grand
génie qui ait paru, Newton, a écrit fur les monnoies , & n'a fait qu'un
mauvais livre. Ne foyez donc plus furpris des difficultés fans nombre qu'éprouve à
chaque inftant le colon débiteur,
remplir 9 envers fes créanciers, des
engagemens qui devroient être Ftor , parce qu'indépendamment de ce qui
vient d'être dit, la fource de retards perpétuels dans les paiemens , a
encore
principe des pertes énormes réfultantes des grands écarts de la
nature, TPtoe toutefois l'on peut donner ce nom à des effets néceffaires, 9 qui
tiennent leur place dans Péternelle organifation du monde. Quoi qu'il en foit , ces écarts de la nature. 9 combinés avec des caufes
morales font, à notre égard, des féchereffes longues & affreufes qui dévorent lés récoltes avant qu'elles foient parvenues à leur maturité; des inondations fubites
ravagent même les cultures naiffantes 3 des épidémies
funeftes à un dtte précieux i des guerres écrafantes,
des établiflemens d'outre mer 5 de mauvaifes geftions, dont les BARUE ruineux font
incalculables; des ouragans > enfin, 3 & des tremblemens de terre dont
on n'apprécie pas affez les défaftres, quoiqu'ils portent par - tout ia terreur & la mort. Ainfi, quand vous verrez fur les boulevards d'une immenfe cité, un
T 2 --- Page 100 ---
homme du nouveau monde, porté fur un char doré, ne vous y. trompez
fouvent chargé de dettes ici, par la fatalité d'évènemens qui oilt inpas; tercepté tous fes revenus il eft forcé d'y, revenir > pour s'enfevelir tout
vivant dans une terre Hedl,el il trouve à la fin le terme douloureux d'une
vie turbulente & agitée. Voilà comment fe démafque cette richeffe éclatante qui fe préfente fans
cefle à nos yeux > fous la forme de produits immenfes. Soyons vrais : nous
n'en faififfons que l'image 5 fa réalité nous échappe 3 ou plutôt nous France la repouffons nous-mémes à dix-huit cents lieues de nous
donner à la
l'avantage ineftimable de mettre à contribution, par AErhed befoins fans cefle renaiffans , une grande partie des peuples de T'Europe.
cette richeffe éclatante qui fe préfente fans
cefle à nos yeux > fous la forme de produits immenfes. Soyons vrais : nous
n'en faififfons que l'image 5 fa réalité nous échappe 3 ou plutôt nous France la repouffons nous-mémes à dix-huit cents lieues de nous
donner à la
l'avantage ineftimable de mettre à contribution, par AErhed befoins fans cefle renaiffans , une grande partie des peuples de T'Europe. Tel eft, au jufte, le véritable tableau de notre opulente & pauyre Colonie 5 & l'on craint qu'on ne s'occupe dans les Etats-Généraux dans les , d'une
contribution coloniale, pour. éteindre le déficit qui fe trouve
finances du Royaume ! Habitans de la zone torride, foyez fur cet article 3
dans la plus grande fécurité. Soumis on ne fauroit trop ie répéter. le 2 à l'impôt d'un exclufif 3 qui vous ifolant de tous les peuples, a & privi- de
lége de vous forcer à acheter fort cher la main-d'ceuvre de France,
vous faire vendre à bon marché toutes vos produdtions 5 d'un autre côté 3
fpéculant à toute outrance fur la fécondité d'une terre autrefois vierge >
mais qui, fans cefle cultivée & tourmentée par des accidens défaftreux >
vous en impofe fouvent aujourd'hui 5 lancés, enfin, par une imagination de la
exaltée ,, dans des travaux énotmès 5 qui tournent tous au profit contre
mere-patrie, c'eft le Roi, c'eft la nation entière qui vous défendront
l'impofition. Pour avoir trop forcé en France la contribution coloniale, fous le titre
d'impôt du Domaine d'Occident, les Anglois, qui ont pris une marche diffé- font
rente, & qui ont de plus accordé des primes à leurs manufaétures 3
devenus fur-le-champ maitres de quelques marchés de l'Europe > que nous
fourniflions autrefois. Soixante & quelques millions del bénéfice pour la France,
dans la balance annuelle de fon commerce, & dont les produits coloniaux
font la majeure partie 3 n'auroient bientôt plus exifté 3 fi le Gouverne- du
ment attentif, , en oppofant aux combinaifons angloifes, les
des de opérations
mâme genre,, qui ont eu pour but de diminuer charges nos denrées, notre
n'eût ramené promptement en Europe une concurrence favorable à
commerce. les
exceffives de
L'impôt fur nos prodults 3 & conféquemment fontdonc dépenfes à leur dernier
nos cultures, car ces deux objets fe confondent, la
éclairée de la
terme , fous l'empire exclufif du commerce 5 politique ces bornes,
un
France y a mis des bornes abfolues : en franchiffant nationales par & fur
furcroit de charges fur l'importation des marchandifes
la fortie des nôtres 3 nos rivaux s'approprieroient encore nos confommateurs
en Europe > ainfi que l'expérience T'a démontré, Alors le découragement atteindre le
s'emparant du Colon , parce que fes revenus ne pourroient
niveau de fes charges, fon aétivité fe ralentiroit ; fes travaux s'affoibliroient;
fes récoltes feroient moins abondantes 5 fa dette l'écraferoit; ; il deviendroit
infolvable.
ôtres 3 nos rivaux s'approprieroient encore nos confommateurs
en Europe > ainfi que l'expérience T'a démontré, Alors le découragement atteindre le
s'emparant du Colon , parce que fes revenus ne pourroient
niveau de fes charges, fon aétivité fe ralentiroit ; fes travaux s'affoibliroient;
fes récoltes feroient moins abondantes 5 fa dette l'écraferoit; ; il deviendroit
infolvable. L'armateur François cefferoit donc de préter 5 & celui qui a fait des --- Page 101 ---
avances, , pliant fous le poids de
inattendues > les feroit partager à
d'autres dans l'amertume & dans Estsne larmes. C'eft ainfi que le volume de nos produits coloniaux , diminuant par l'effet
néceffaire d'impofitions meurtrières qui intercepteroient nos débouchés en
l'abfence de ces revenus frapperoit fur les reffources mêmes du
Royatime, Europe ,
diminueroient par contre-coup : ce font cependant ces reffources, d eft fi effentiel à la nation de conferver dans la circonftance critique oil elle fe trouve. Revenons donc à des principes vrais : la Colonie fera garantie , par la
France elle-même , d'une impofition qui n'attaqueroit nos cultures, que
pour réagir fur notre commerce maritime qu'elle anéantiroit , àmoins qu'on ne
dife, ce qui feroit un blafphéme en matière de Gouvernement 2 que la Nation, repouffant les traits de lumières qui, éclairent aujourd'hui l'Europe
commerçante, veut reffembler à ces fauvages fans prévoyance 3. qui, pour
fe procurer les fruits d'un arbre auxquels ils ne peuvent atteindre,. de coupent
l'arbre par le pied, & détruifent ainfi, dans un inftant , l'efpoir plufieurs
récoltes qui auroient fait leur richeffe & leur bien-être. Je terminerai cet article, en jetant un coup-d'oeil rapide fur le grand
procès des Colonies avec le commerce de France. On raifonne beaucoup dans nos Colonies fur le fyftême prohibitif du
commerce national avec elles : a-t-on bien approfondi cette matière ? Ef-il
avantageux à nos Colons de defirer l'extinétion abfolue de ce fyftême : &le
commerce de France, de fon côté, eft-il fondé à vouloir le maintenir dans
toute fon étendue? d'être imQuoique Colon, il eft de ma droiture & de mon honnéteté ici quelques
partial dans ce grand différend ; je me bornerai donc à expofer
réflexions fort fimples, fans prononcer fur cette queftion majeure. de
F a
Pour peu qu'on s'arrête un inftant fur les faits 'établis dans fituation le cours de la
cet ouvrage, on verra quelle a été, jufqu'à exclufif ce jour de 3 commercer la
avec fes
France, ufant avec empire du privilége
il eft vifible
Colonies. D'après, en etfet , ce fyftême mis en aétion de
que
à lui
plus
pro-
>
feul,
grands
notre commerce maritime ayant ramené, toutes les nations, a pris dès-lors de
fits, que s'il les edt de partagés ces avec : il a donc eu, fur cet article augmenl'étendue en raifon
profits y de
nationale 5 d'un autre
tation de matelots , de forces navales , de grandeur nos arts & de nos cultures
côté , les produits de nos manufatures, ce me fait
plus.
en aétion de
que
à lui
plus
pro-
>
feul,
grands
notre commerce maritime ayant ramené, toutes les nations, a pris dès-lors de
fits, que s'il les edt de partagés ces avec : il a donc eu, fur cet article augmenl'étendue en raifon
profits y de
nationale 5 d'un autre
tation de matelots , de forces navales , de grandeur nos arts & de nos cultures
côté , les produits de nos manufatures, ce me fait
plus. Françoifes , ont eu de grands débouchés 3, dans
apercevoir intérieure du
d'activité, > plus de vie , plus d'aifance
9e population & la maffe
Royaume: : enfin, nos ports de mer font devenus plus floriffans,
de nos productions coloniales eft parvenue i un volume li prodigieux, qu'elle
sème des befoins dans toutes les parties de l'Europe; de là les étrangers d'un
tributaires de la France : voilà des faits fcellés par l'expérience de font plus venus
fiècle; 5 mais fur quoi font-ils affis : Sur des milliers de exténué François qui des travaux
périr dans les Colonies, & dont le refte précieux,
par
eft enexceffifs, fe colfume fous un ciel en feu : c'eft-là, en effet, qu'il
la
chainé par une dette immenfe > qui 3 fe renouvelant détail fans ceffe éloigne , par
diminution du capital de fa fortune meurt libération. en
Le fyltême perpétuellement de fa yue le terme izal" de fa
pro- --- Page 102 ---
Igo
hibitif du commerce peut-il alors être tolérable pour de pareils êtres :
Et lorfqu'ils voient tous les peuples aborder avec liberté dans les ports du
ne font-ils
fondés à réclamer auffi , comme François &c
Royaume fujets du 3 même Souverain pas 3 la concurrence de toutes les nations, pour
la vente , dans leurs rades, des productions coloniales, afin d'adoucir leur
fort en diminuant , s'il eft poffible 3 leur mal-aife , leurs chagrins &
,
Jeurs peines? Après ce premier aperçu, fuppofons
la France, changeant de principes, , ouvre les ports de fes Colonies 4 tous les commerçans de funivers, voilà le vocu que j'entends prononcer journellement ici. Dans ce cas,
il exifte une vérité inconteftable 5 nos Colonies auront befoin d'une nation
protedtrice
les défendre, car leur marine réduite à un cabotage, eft fi
nulle, Fae ne font pas protégées, elles deviendront fur-le-champ la
proie ARPE premier peuple qui voudra s'en emparer : alors jel les vois de nouveau
Tous le poids de ces mêmes chaines prohibitives brifées par la France 5
qu'un conquérant n'acquiert que pour lui feul, & non pour les autres 5
Eancs quoi, il ne feroit pas de conquétes. Voila donc la France néceffairement proteétrice de nos Colonies. D'après
ce point de vue, il eft hors de doute >
les Colons étant tout auffi
François que les habitans du Royaume RHC jouiffant, comme eux > dans
notre hypothèfe, d'une liberté indéfinie dans leurs ports, ne peuvent alors
fe refufer à être traités de la méme manière que leurs frères Européens. Voyons donc quel pourroit être leur fort. La France, déclarée proteétrice de nos Colonies, doit avoir des troupes
de terre & de mer 3 des vaiffeaux & des munitions de guerre de toute
efpèce 5 autrement fa protedtion feroit nulle.
Royaume RHC jouiffant, comme eux > dans
notre hypothèfe, d'une liberté indéfinie dans leurs ports, ne peuvent alors
fe refufer à être traités de la méme manière que leurs frères Européens. Voyons donc quel pourroit être leur fort. La France, déclarée proteétrice de nos Colonies, doit avoir des troupes
de terre & de mer 3 des vaiffeaux & des munitions de guerre de toute
efpèce 5 autrement fa protedtion feroit nulle. Mais fes troupes de terre &
de mer , avec les acceffoires
en dépendent, font coûteux à entretenir; déboud'un autre côté, les produits d fa main-d'oeuvre ayant moins de
chés dans la nouvelle carrière que nous lui faifons parcourir , fon induftrie
fe trouve découragée par la concurrence de tous les peuples des commerçans étrangers à
avec fes Colonies ; fes avantages n'exiftent plus à l'égard elle avoit la
elle fourniffoit des denrées coloniales , & fur lefquels
fupéSate dans la balance du commerce 3 enfin :. fa population continue de
s'affoiblir par une émigration perpétuelle d'individus qui s'expatrient journellement pour fes établiffemens coloniaux. Il faut donc 2 à une pareille métropole, une compenfation quelconque; autrement il n'exifte point de nation
affez peu fenfée >
protéger des Colonies qui ne feroient
défaftreufes pour elle. A la moindre compenfation que la France LODE exiger
dans ce nouivel ordre de chofes, eft que les Colonies foient affujéties à
payer au moins la dépenfe de la protection : mais dans ce cas, les Colons
ne doivent-ils pas craindre les impôts ne les preffent de toutes parts? ne doivent-ils pas trembler la vue de la taille 3 ou de tout autre impôt
territorial? Le papier timbré 3 le centième denier; ; l'infinuation 5 la les capitation denrées
& l'impôt fur Pinduftrie fortement apuyés ; les droits fur toutes le confomimportées & fur toutes celles exportées, que le cultivateur %
mateur colonial feroient toujours firs de payer; les douanes de tous les
5 les commis de toutes les efpèces : la ferme générale > 8cc., &c., &
SECTL d'8cc.,, voilà de quoi faire friffonner, fi l'on nous offroit cette
JAEPET fraternité avec les habitans du Royaume,
rées
& l'impôt fur Pinduftrie fortement apuyés ; les droits fur toutes le confomimportées & fur toutes celles exportées, que le cultivateur %
mateur colonial feroient toujours firs de payer; les douanes de tous les
5 les commis de toutes les efpèces : la ferme générale > 8cc., &c., &
SECTL d'8cc.,, voilà de quoi faire friffonner, fi l'on nous offroit cette
JAEPET fraternité avec les habitans du Royaume, --- Page 103 ---
ISI
Ce n'eft pas tout : les Colons vendroient-ils plus cher leurs denrées,
du commerce
& feroient-ils plus heureux?
3UR
fous l'empire
prohibitif
une nouvelle queftion qui mérite d'être difcutée.
Il eft, certain que ce n'eft pas feulement la concurrence de navires
dans les rades de nos Colonies , qui met le prix aux denrées coloniales 5
c'eft principalement la demande qui s'en fait journellement dans les différens
marchés de TEurope, par les confommateurs de toutes les nations : c'eft,
en effet, dans ces marchés, raifon des befoins 3 le prix de ces denrées
coloniales eft fixé, & pour FL commerçant : & pour le cultivateur. Le
aimera donc mièux partir des Colonies fur fon left, & emporter
STTEL numéraire qui, par une magie fingulière, fe transforme 3 tantôt en monnoie,, tantôt en marchandifes pour arrêter les extrêmes dans les ventes 3
de faire une fpéculation i perte, lorfqu'on voudra lui vendre les denRes coloniales fans proportion avec les prix de l'Europe. De cette conduite habituelle de tous les négocians de l'univers, il eft toujours réfulté ,
& il réfultera toujours une convention tacite entre eux, qui ne dirigera jamais vers les ports coloniaux, même quand le commerce feroit abfolument
libre, qu'une quantité déterminée de navires fuffifante pour en exporter bénéles denrées avec bénéfice pour l'exportant 3 Celt là le mot; car fans
fice pour le commerçant 3 point de commerce.
Ainfi après une convulfion paffagère , & des balancemens pour retrouver ie niveau , les befoins des marchés de l'Europe 3 qui mettent
actuellement un prix aux valeurs coloniales 5, l'établiroient encore fur
le même pied, dans l'hypothèfe de la liberté du commerce avec tous
les peuples.
Je ne puis me taire toutefois fur un fait qui feroit conftant 5 les bénéfices des navigateurs François étant,, par la concurrence des autres nations, moindres qu'ils ne le font aujourd'hui 3 le prix de nos denrées coloniales nous paroitroit alors un peu plus élevé; mais cet excédent de prix,
auffitôt dévoré les impofitions dont nous ferions chargés, & que :
France, au lieu L' diminuer , feroit, , au contraire, toujours tentée d'augmenter, cet excédent de prix feroit purement illufoire à notre égard ) nous
retomberions donc fur-le-champ dans l'état oi nous fommes, celui d'anxiété,
de gémiffemens & de plaintes.
Qu'il me foit permis de rappeler ici un axiôme qui appartient la à
toutes les nations. Dans l'état focial il faut
chacun paye pour
fureté de fa perfonne & de fes propriétés : or, Rans les circonftances actuelles nous acquérons notre fureté coloniale par le commerce prohibitif
de la France , dont nous acquittons au moins une partie des avances, &
qui, nous reconnoiffant fes débiteurs pour le refte, eft l'article elle-même de FORCÉE,
JOUR SON PROPRE INTÉRÉT - de nous ménager fur
l'impofition.
Dans la nouvelle hypothèfe d'un commerce libre, notre fureté ne
affurée
des impôts d'un autre genre
qu'ils
RRCREL
roit être réduifant, que comme par dans le Royaume , le produit tt nos terres à un
lefquels foible intérêt du capital, nous mettroient peut-être dans l'impuiffance de
toute libération, & fixeroient à jamais notre malheureufe exiftence dans
les Colonies, fans efpoir d'en fortir.
l'impofition.
Dans la nouvelle hypothèfe d'un commerce libre, notre fureté ne
affurée
des impôts d'un autre genre
qu'ils
RRCREL
roit être réduifant, que comme par dans le Royaume , le produit tt nos terres à un
lefquels foible intérêt du capital, nous mettroient peut-être dans l'impuiffance de
toute libération, & fixeroient à jamais notre malheureufe exiftence dans
les Colonies, fans efpoir d'en fortir. --- Page 104 ---
1g2
un accord unanime, toutes les nations, qui ont des
Jufqu'à ce
par
à un
qui ait
but
établiffemens Ras mer > s'arrétent
fyftéme général,
les
coloniaux au commerce du monde entier, femble
Friee
d'ouvrir tous à nos ports Colons, dans l'une ou l'aurre hypothefe que j'ai traiqu'il tées, ne d'autre refte reffource, que celle d'une extrême économie pour furnager
fur l'océan de leurs dettes, & fe tirer d'affaire ; mais en lecito ils trompe- &
ront encore le voeu de leur métropole qui exige qu'ils nationaux. dépenfent
confomment beaucoup, pour faire valon les produits
Ainfi,
affligeante & orageufe de commerce libre
T cette alternative, également
bien
Habitans des
& de commerce prohibé, je me du garderai Roi & fous de les prononcer. yeux de la Nation; OI3
Colonies, vous êtes en préfence
vous écoute : parlez avec canfiance. Je termine par une dernière réflexion contre l'exclufif quelquefois font le
de France : nos
& nos tafias s qui
PEtEOE
abfolu du commerce
firops
débouché
les
des revenus des fucreries > étoient autrefois fans aucun
pour avoir
Colonies > parce
le commerce de la métropole, ou ne pouvoit
avec avantage le cte de nos tafias dans un Royaume qui abonde en eaude-vie, ou ne pouvoit fe charger des firops, attendu
les frais de tranfde ces derniers produits auroient excédé le prix qes ventes qui en auport
ne fait fciemment 8z de
roient été faites en Europe : or, le commerce cette pas branche de revenus
gaieté de coeur une fpéculation pour perdre 3
étoit donc abfolument hulle pour nous. M. le Maréchal de Caftries 3. pendant fon miniftère a obtenu du
Roi, pour les Colonies, un nombre fuffifant de ports d'entrepôts s bien- qui
.nous procurent, par l'étranger > la vente de ces pcoduits du Commerce 3 c'eft un fe font
fait de fa part contre lequel quelques à Chambres &
dans tous les Gourécriées : mais comme ce bienfait tient juftice, de
que cette
a été
vernemens du monde, juflice eft au-deffus tout >
opération
maintenue. L'expérience a donc prouvé que la vente faite aux Américains , nos
amis, de nos firops & de nos tafias, repouflés le cpmmetce de alliés France, avec
non-feulement a refferré les liens refpectifs E" ces nouveaux
nous,non-feulement a donnéaushabitans fucriers un dixième de plus dericheffe,
qui fert à acquitter d'autant leur dette coloniale envers la France 3 mais
encore n'a porté aucune atteinte aux autres fpéculations des commerçans même
François, lefquelles ont continué depuis avec la même vigueur & le
fuccès.
ouflés le cpmmetce de alliés France, avec
non-feulement a refferré les liens refpectifs E" ces nouveaux
nous,non-feulement a donnéaushabitans fucriers un dixième de plus dericheffe,
qui fert à acquitter d'autant leur dette coloniale envers la France 3 mais
encore n'a porté aucune atteinte aux autres fpéculations des commerçans même
François, lefquelles ont continué depuis avec la même vigueur & le
fuccès. Puiffe-t-il arriver ce moment heureux, oû toutes les opérations de commerce parviendront à leur dernier degré d'étendue & de perfection ! Mais,
je ne faurois trop le répéter ; je n'aperçois, dans les nuages de le l'avenir fyftême *
ce moment defiré, que lorfque l'Etat adoptant pour le Royaume l'argent
de l'impôt, & rejetant celui de l'emprunt, verra manufactures avec complaifance & le commerce. refluer à bas intérêt fur les cultures, les
& le feul
Voilà la véritable fituation de la France dans toute fa force,
moyen
de nous procurer une fupériorité impofante fur nos rivaux.
aperçois, dans les nuages de le l'avenir fyftême *
ce moment defiré, que lorfque l'Etat adoptant pour le Royaume l'argent
de l'impôt, & rejetant celui de l'emprunt, verra manufactures avec complaifance & le commerce. refluer à bas intérêt fur les cultures, les
& le feul
Voilà la véritable fituation de la France dans toute fa force,
moyen
de nous procurer une fupériorité impofante fur nos rivaux. (y) On fait 2 d'après les relevés des regiftres d'infeription, tenus au
Grefie du Confeil fupérieur de Saint-Domingue > qu'il n'ya > au premier les
Ayril 1789, que 201 affaires nouvelles en inftruction ; lefquelles, d'après difpofitions --- Page 105 ---
difpofitions dcs nouveaux Réglemens, doivent étre jugées avant le IS Juillet
de la méme année t-89,, ci:
: .
. 201
On fait enfuite, d'après lcs déclarations des Avocats, faute de
regiftres d'infcription, qu'il y a 567 procès arriérés des deux anciens
Confeils, dont, fuvant leur aveu, 290 font abandonnés les parties ou fufpendus par leurs ordres, IC8 fufceptibles PC repriles
d'inftance, ou de corfitution de nouvel Avocat, & 12 en voie d'arrangement , ce qui 2 pour les anciens procès actuellement en inftruction, réduit le nombre ci-deffus de 567 à.
Total. :
- 358
procès 3 tant ancier.s,
nouveaux en inftruétion ; de forte que f, le
15 Juillet 1789, le conlesi unique n'cft pas totalement au courant il eft
plus que vraifemblable qu'il féra abfolument dans le courant de l'année
judiciaire 1790 : alors il démontré que vu le petit nombre d'appels
qui fe portent aujoard'hui au Confcil-fupérieur de Saint-Domingue , il'ny
aura jamais de procès arriérés > tout étant néceffairement terminé au I5 Juillet
de chaque année.
(z) Qu'il me foit permis de faire ici une réflexion relative à cet amas
énorme de Loix faites pour le Royaume à différentes époques, fur tout ce
qui en a paru fufceptible. Ces Loix font perpétuellement dérogeantes les
unes aux autres & finiffent par embrouiller tellement la matière, qu'il eft
prefque impoflible de s'y reconnoitre. Quel aliment pour la mauvaife foi!
que de procès! e
Puifqu'on eft au moment de compofer un Code légillatif en France, ne
feroit-il dans l'odre d'examiner chaque matière en particulier, ainfi que
toutes ate Loix qui la concernent? De rejetter de ces Loix tout ce qui eft
contraire à nos moeurs aétuelles ? d'y laiffer fubfifter tout ce qui leur eft
analogue? d'y ajouter ce qui pourroit y manquer?
De compofer enfuite la Loi? mais au lieu de cette formule ufitée qu'on
place ordinairement à la fin de tous les Edits & Ordonnances, & qui
confifte à preferire l'exécution de toutes les anciennes Loix fur la même
matière - en ce gui n'y auroit pas été dérogé par la nouvelle , ce qui
jette perpécuellement dans des détails &c des" recherches aufi fatipantes
qu'ennuyeufes; 5 au lieu, dis-je, de cette formule, ne conviendroit-il pas
d'y fubftituer une ABROGATION ABSOLUE DE TOUTES LES LOIX ANTÉRIEURES à la Loi promulguée? Alors, que d'études épargnées aux Légiftes ! que de facilités pour les Juges, dans la découverte & l'application
des Loix! que d'avantages
les peuples! Ainfi, après un
oi le
ciel s'eft obfeurci au point ROUE me plonger dans les ténèbres
plus
E
épaiffes j'aperçois une lumière bienfaifante > qui, diffipant l'obfeurité >
m'offre i la fin un 1 our pur & ferein , le voeu éternel de la Nation &
de fes Rois.
POST-SC RIP T U M.
Cet ouvrage a été imprimé, afin de rendre publics les motifs qui, fur la
demande des Adminiftrateurs, depuis plus de vingt ans, avoient détermuiné le
er dans les ténèbres
plus
E
épaiffes j'aperçois une lumière bienfaifante > qui, diffipant l'obfeurité >
m'offre i la fin un 1 our pur & ferein , le voeu éternel de la Nation &
de fes Rois.
POST-SC RIP T U M.
Cet ouvrage a été imprimé, afin de rendre publics les motifs qui, fur la
demande des Adminiftrateurs, depuis plus de vingt ans, avoient détermuiné le --- Page 106 ---
oto
E990 Laise
9i54
a
Gouveinement à adopter le fyféme de la réunion, enun feul, desieux Conait
feilsfupéticurs de Saint-Domingue.
TA
Cette publicité eft néceffaire, parce que tout le mondatétant intérefe à la
chofe commune, les lumières de ceux qui ont des raifons contraires, doivent
être accueillies poun. opérer le plus grand bien.
Aujourd'hai,i paroit que la Colonie defire trois Confeilrfupéictisglon
au Cap,1 l'auitre au Port-au-Prince, &le troifième aux Cayes,
Certssfastion de trois Confeils eft abfolument indépendante de la réforme
judiciaire, fifavorable à la Colonie,
abréger les procès. Au moyen de
quaisattaché decoeur8 faffection à faa compatriotes, je ne puis que defirer,
comme eux, tout q1 juligeut contribuer au bonheur ide notre commune
patrie.
4 PARIS, DE L'IMP R IME R. IE N'A TIONALE.