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LINDÉPENDANCE
DES COLONIES,
CONSIDÉRÉE
DANS SES RAPPORTS,
AVEC L'INTÉRÉT ET LA POLITIQUE DE L'EUROPE. --- Page 4 ---
-
Prue
A1 d a
-
a --- Page 5 ---
LINDEPENDANCE
DES COLONIES,
CONSIDÉRÉE
DANS SES RAPPORTS,
AVEC L'INTÉRET ET LA POLITIQUE DE L'EUROPE;
Brudehg
LHECTERANT-COLONES AU CORPS ROYAL D'ÉTAT-MAJOR.
M. de Chazo'te,
A PARIS,
CHEZ C. J. TROUVÉ, INPRINEUR-LIBRAINE.
rue des Filles-St-Thomas, n. 12.
1824. --- Page 6 ---
D --- Page 7 ---
AVANT-PROPOS.
Quiconque est intéressé au maintien de
l'ordre et du repos public, est lc défenseur né de la puissance qui lcs
protége, et chaque citoyen voit dans
I'ennemi du Prince son ennemi personnel.
Bélisaire 1 chap. IX.
APRÈS la chute de Napoléon, T'Europe
eut à se défendre contre les dangers d'une
propagande, d'autant plus active et plus
ardente à ressaisir sa funeste influence 2
qu'elle. venoit d'être comprimée pendant
quinze ans.
En France, les discordes civiles germnoient acôté des principes régénérateurs:
toutes les ambitions se réveillèrent avec
l'espérance de douner, au nouvel ordre de
choses, une direction favorable à leurs
vues. Les uns,justementaigrisparles smaux
qu'un exil de trente ans leur avoit causés,
ne voyoient, dans la restauration de la --- Page 8 ---
moharchie, que le rétablissement de leurs
fortunes et de leurs priviléges; les autres
regrettoient les avantages que la chute du
gouvernement impérial leuravoit fait perdre; ceux-ci rèvoient la république avec
toutes ses chiméres,Tamarchie même avoit
encore des partisans; et dans cette confusion d'idées et de systèmes divergens, les
vrais amis de leur pays n'attendoieut que
d'une sage pondération dans les pouvoirs,
le retour de l'ordre et la garantie de tous
les droits.
Tellc étoit cependant la situation morale de la France en 1814. La. Charte,
fruit des longues et sages méditations d'un
Prince instruit à l'école de l'adversité, devoit rallier autour d'elle tous les Français
et tous les intérêts : mais elle marcha
escortée de tous les élémens destructeurs
qui s'attachent aux grandes institutions.
Lincandeseence des partis, le prosélitisme
philosophique s'interposèrent constamment entre la longanimité du Prince et
le bonheur des peuples.
Ce fut dans ces conjonctures que la
Charte,
fruit des longues et sages méditations d'un
Prince instruit à l'école de l'adversité, devoit rallier autour d'elle tous les Français
et tous les intérêts : mais elle marcha
escortée de tous les élémens destructeurs
qui s'attachent aux grandes institutions.
Lincandeseence des partis, le prosélitisme
philosophique s'interposèrent constamment entre la longanimité du Prince et
le bonheur des peuples.
Ce fut dans ces conjonctures que la --- Page 9 ---
France devoit éprouver sa dernière métamorphose politique.
Napoléon s'échappe des rochers de l'ile
d'Elbe, traverse la France et s'asseoit de
nouveau sur un trône qu'il devoit bientôt
abdiquer. L'armée, séduite par d'anciens
souvenirs, vient s'offrir à son ambition,
et l'attitude formidable de cet homme extraordinaire met encore en question les
destinées de l'Europe.
La bataille de Waterloo, perdue par les
mêmes mancuvres qui devoient la faire
gagner, termine enfin son étonnante carrière politique. Le calme renait, et les
gouvernemens européens, échappés aux
dangers d'une domination qui menaçoit
tous les trônes, voit s'élever de nouveau,
sur ses débris, le monstrueux édifice de la
souveraineté des peuples.
En France, une opposition systématique
s'établit dans le sein des Chainbres législatives, et les mêmes hommes qui avoient
encensé le despotisme impérial, crient à
la tyrannie sous le règne du fondateur des
vraies libertés publiques. On cherche en --- Page 10 ---
vain, par des mouvemens
revivre les
séditieux, à faire
époques désastreuses de T'anarchie; les révolutions, comme les
ont des degrés
volcans,
qu'elles ne peuvent
ser : la France avoit
dépasd'un mal
éprouvé tous les accès
politique qui, ne trouvant
d'alimens sur son sol épuisé, cherche plus
s'étendre au dehors.
à
Des associationss ssecrètes se forment bientôt en Allemagne, terre classique d'obéissance et de respect pour ses
Des mesures
souverains.
promptes et énergiques préviennent les agitateurs, et le poignard
immola Kotzebue
qui
s'échappe des mains fanatiques qui menaçoient encore tous les amis
de l'ordre et du repos des peuples.
thut.nonkeemobarnins chances
plus favorables aux moteurs imprudens de
la prétendue émancipation
caractère ardent des
européenne. Le
nales étoit
populations méridioplus en rapport avec les dogmes
d'une philosophie délirante.
fait des progrès rapides; les rois L'épidémie de
et de Sardaigne descendent
Naples
deleurs trônes
au milieu des insurrections militaires.
re et du repos des peuples.
thut.nonkeemobarnins chances
plus favorables aux moteurs imprudens de
la prétendue émancipation
caractère ardent des
européenne. Le
nales étoit
populations méridioplus en rapport avec les dogmes
d'une philosophie délirante.
fait des progrès rapides; les rois L'épidémie de
et de Sardaigne descendent
Naples
deleurs trônes
au milieu des insurrections militaires. --- Page 11 ---
L'Autriche, placée par la contiguité de
ses possessions en Italic, près de ces éruptions volcaniques, accourt au signal du
danger. Les impériaux occupent, dans
l'espace de quelques mois, les villes de
Naples et de Turin, et le génie de la révolte, effrayéde son impuissance,se hâte
d'abandonner les Abruzzes et les Alpes,
pour aller chercher un asile derrière les
Pyrénées.
L'Espagne offrit bientôt le tableau d'un
vaste incendie qui pouvoit embrâser le
reste de l'Europe.
Des liens de famille, les voeux d'un nombre considérabledefideles Espagnolsarmés
pour la défense de la monarchie, l'accueil
faità des transfuges conspirateurs, le motif enfin de sa propre conservation et le
repos deBurope,auroient suffi pourjustifier l'intervention de la France dans les
affaires de la Péninsule, si la confiance des
souverains, dans la sagesse du Roi et dans
la valeur de ses armées, ne lui avoit pas
dévolu cette tàche aussi délicate que difficile à remplir. Ce fut en vain que les agi- --- Page 12 ---
tateurs cherchèrent à exciter l'inquiétude
delAngleterre; cette puisance,intéressce
à la destruction des principes désorganisateurs contre lesquels elle avoit lutté avec
autant de constance que de courage, concourut au salut de l'Espagne par sa prudente neutralité.
L'Europe, débarrassée des élémens révolutionnaires qui en avoient fait, pendant trente ans, un vaste tombeau, respiroit enfin sous l'égide d'institutions monarchiques plus en mpertaveclcbonheur
des peuples et la sureté des Etats. Mais,
apres tant d'efforts et de sacrifices pour
extirper de son sein ce polype rongeur
qui menaçoit tl'existence politique de tous
les Gouvernemens, pourroit-on raisonnablement rester dans la sécurité, lorsqu'on
voit une audacieuse propagande, expulsée
de l'ancien continent, traverser l'Océan
atlantique, ct fonder,-dans le NouveauMonde, une puissance aussi redoutable
par la force virtuelle de ses principes que
parle caractère de ses partisans.
Comment expliquer cette fatale indif-
extirper de son sein ce polype rongeur
qui menaçoit tl'existence politique de tous
les Gouvernemens, pourroit-on raisonnablement rester dans la sécurité, lorsqu'on
voit une audacieuse propagande, expulsée
de l'ancien continent, traverser l'Océan
atlantique, ct fonder,-dans le NouveauMonde, une puissance aussi redoutable
par la force virtuelle de ses principes que
parle caractère de ses partisans.
Comment expliquer cette fatale indif- --- Page 13 ---
férence qui laisse parcourir aux colonics
européennes toutes les périodes de la destruction? attend-on que Tincendie,alltumé
par des novateurs forcenés, s'étcigne dans
le sang des victimes, que le fanatisme de
T'indépendance doit encore immoler, ou
qu'elle embrâse toutes les parties de ce
vaste continent?
S'il étoit possible que la France, rendue
à ses souverains légitimes, puissante par
sa richesse, sa population, son industrie
et la valeur de ses armées, pût fléchir dcvant les influences désastreuses qui l'ont
mise en péril pendant trente ans; si, après
avoir sacrifié deux cents millions et des
milliers de soldats pour comprimer la révolte en Espagne, elle consentoit à délaisser ses propres établissemens et à ratifier les entreprises de cette même révolte
en Amérique, elle doit s'attendre à voir
renaitre Thydre révolutionnaire qu'elle
croitavoir terrasséc, ctà éprouverdenouveaulessymptômes dfiudlépendanceqprelle
aura laissé imprademment inoculer aux
peuples de cette partie du monde. --- Page 14 ---
LAngleterre, clle-même, malgré l'énergie de son gouvernement et la
de sa politique, ne
puissance
pourra pas
au danger de la
échapper
dans
contagion : tourmentée
son intérieur par l'opposition turbulente de ses radicaux, par les mouvemens
séditieux de TIrlande, elle est sur la route
des révolutions. Ses colonies,
des émissaires
agitées par
de
d'Haitiet peut-être par ceux
l'Amérique espagnole, n'ont
existence précaire, dont les mesures qu'une intempestives de la métropole et les abberrations philosophiques des Wilbeforce et
des Brougham ont accru le danger. Dans
l'Inde, elle est constamment dans
situation
une
violente, et le moment fatal de
sa décadence, dans ces riches contrées,
tient à des chances dont la
probabilité est
incontestable, si l'émancipation de l'Amérique a lieu. En Afrique, la colonie naissante de Sierra-Léone est occupée à se défendre contre les Aschanties dont le voisinage sera, comme celui des Marattes,
sujet d'alarmes continuelles
2 un
pour les Européens.
Dans
l'Inde, elle est constamment dans
situation
une
violente, et le moment fatal de
sa décadence, dans ces riches contrées,
tient à des chances dont la
probabilité est
incontestable, si l'émancipation de l'Amérique a lieu. En Afrique, la colonie naissante de Sierra-Léone est occupée à se défendre contre les Aschanties dont le voisinage sera, comme celui des Marattes,
sujet d'alarmes continuelles
2 un
pour les Européens. --- Page 15 ---
Son intérêt est donc de conserver des
colonies qui, se trouvant en contact avec
les vastes côtes de l'Amérique espagnole,
peuvent lui assurer un jour le monopole
du commerce dans les Indes-Ocidentales,
et la dédommager des sacrifices que la
force des choses exigera bientôt d'elle en
Asie : elle doit, de concert avec tous les
Etats maritimes, opposer un frein à ce
torrent d'insurrection qui menace de tout
envahir.
Déjà ces misérables peupladesdenègres,
désignées sous le nom pompeux de Nation
haitienne, osent insulter le pavillon britannique et répandre sur les côtes de la
Jamaique les fermens de révolte qui doivent embrâser l'Archipel mexicain. SaintDomingue enfin est devenu, dans l'Océan
atlantique, ce que les Etats barbaresques
sont dans la Méditerranée, un repaire de
pirates que le commerce européen aura
bientôt à redouter.
Il est de fait, que si l'incurie des puissances maritimes continue, elles chercheront bientôt, sous les ruines de leurs mal- --- Page 16 ---
henreuses colonies, les élémens de leur
prospérité passée.
La France et TAngleterre ont donc
intérêt commun à détruire ce
un
foyer d'insurrection, qui met constamment en
leurs établissemens
péril
d'Outremer. Il est
lement incontestable
égaque l'existence des
gouvernemens, nés de la révolte, seroit
une anomalie dans le système
adopté par les puissances
politique
qu'il seroit absurde de européennes, et
consacrer en Amerique, par des traités solennels, les
cipes subversifs
prinqu'elles ont comprimés en
Europe.
Quels sont donc les motifs qui
enchainer la puissance des
peuvent
Est-ce le respect pourles
souverains P
trines sur
pernicieuses doclesquelles on fonde le droit de
lémancipation des peuples, ou la crainte
de faire de vaines tentatives? Il
sible de penser que les
est imposont le sentiment de leur gouvernemens, qui
conservation et
T'expérience des maux produits
libéralisme mal
par un
entendu, puissent transiger avec les principes de leur
propre --- Page 17 ---
sureté et immoler aux calculs d'une politique étroite et pusillanime, les résultats
de tant de sacrifices et d'efforts faits pour
la conserver. Quant aux difficultés de l'entreprise, elles n'existent que dans les déclamationsdlesnégroplilesetdans lesécrits
mensongers des partisans de l'indépendance. Il est facile de le démontrer par un
tableau rapide et fidèle de la population,
des cultures, du commerce et de l'état
militaire de Saint-Domingue.
é et immoler aux calculs d'une politique étroite et pusillanime, les résultats
de tant de sacrifices et d'efforts faits pour
la conserver. Quant aux difficultés de l'entreprise, elles n'existent que dans les déclamationsdlesnégroplilesetdans lesécrits
mensongers des partisans de l'indépendance. Il est facile de le démontrer par un
tableau rapide et fidèle de la population,
des cultures, du commerce et de l'état
militaire de Saint-Domingue. --- Page 18 --- --- Page 19 ---
LINDÉPENDANCE
DES COLONIES,
CONSIDÉRÉE
DANS SES RAPPORTS,
AVEC L'INTÉRÈT ET LA POLITIQUE DE L'EUROPE.
CHAPITRE PREMIER.
Population.
LA population de Saint-Domingue, qui imarche à la tête de ces dangereuses émancipations (1), est d'environ cent quatre-vingt mille
âmes : cette assertion est positive : elle est prouvée par le simple aperçu des événemens qui ont
exercé, pendant trente ans, une funeste influence sur la classe malheureuse des cultivateurs.
Depnis 1790 2 époque fatale à la colonie, on
pourroit même dire au bonheur des nègres
(1)L'auteur se propose de traiter, dans un autre ouvrage,
la question de Tindépendance de l'Amérique espaguole.
--- Page 20 ---
puisque la liberté et l'indépendance ont successivement déversé sur ces êtres infortunés le
complément de toutes les calamités, elle perdit,
Jes guerres étrangères et par les crises intépar
éprouva jusqu'en 1798, uu tiers
ricures qu'elle
s'élevoit
dont le nombre
dc ses cnltivateurs,
devenu
alors à six cents millcàmes. Tonssaint,
maitre absolu de la colonie, à cette dernière
époque, voulant se créerdes ressources extraordinaires pour l'exécution de ses projets ambitieux, activa les travaux dela culture, etlc rébarbare des inspecteurs qu'il établit, la
gime
de ce chef noir contre le mulâtre
luttes sanglante
Rigaud, la misère et les maladies diminuèrent
encore d'un cinquième la population restante.
Les années 1802 et 1803 firent éclore de
élémens de destruction; le fléau de
nouveaux
:
laguerremoissonna une partie delapopulation
évaluer les pertes, pendant les deux
on peut soixante mille individus de tout ige
années, à
ct de tout sexc.
désastrenses
De 1803 à 1811, les incursions
de Dessalines dans la partie espagnole, et nola levée du siége de
taminent sa retraite après
CrisSanto-Domingo, les guerres sanglantesde
tophe ct de Pétion, et toutes les autres causes
de destruction ont dévoré au moins cinquante
évaluer les pertes, pendant les deux
on peut soixante mille individus de tout ige
années, à
ct de tout sexc.
désastrenses
De 1803 à 1811, les incursions
de Dessalines dans la partie espagnole, et nola levée du siége de
taminent sa retraite après
CrisSanto-Domingo, les guerres sanglantesde
tophe ct de Pétion, et toutes les autres causes
de destruction ont dévoré au moins cinquante --- Page 21 ---
mille ames; on peut supposer avec raison que
depuis l'évacuation de la partie de l'Est par le
général Barquier, ila péri, par le régime oppressif de Cristophe et par l'incurie du Gouvernement républicain de l'Onest, trente mille
individus. Il nc restedone aujourd'hui à SaintDomingue qu'environ cent quatre-vingts mille
nègres, tant femmcs qu'enfans, vieillards ct
hommes en état de porter les armes.
Voilà pourtant cette puissante nation dont
l'indépendance cst si essentielle à l'intérêt de la
France et pour laquelle il faut absolument
créer de nouvellcs relations politiques, sacrifier) les droits de trente mille Français, les espérances de notre commerce, la dignité de notre
Gonvernement et la sécurité des colonies étrangèrcs. Une pareille idée n'excite-t-elle pas la
pitic de tout homme qui connoit les localités, 2
et qJui, dans l'intérêt des cultivateurs mêmes,
est convaincu du danger de ces plans, restes
impurs des révolutions, et que la malveillance
ou la crédulité s'efforce de faire adopter.
Loinde moi l'idéede proclamer les principes
odicux d'un esclavage intolérable; il est juste
de faire la part de l'humanité dans les institutions nouvelles qui devront régir un jour la COlonie. Une liberté douce doit signaler sa res2. --- Page 22 ---
tauration ; mais tous les hommes doivent un
tribut à la société à laquelle l'oisiveté les rendroit redoutables, cl ce n'est que par le travail
quel les nègres peuvent l'acquitter; ; ils doivent
incontestablement être attachés à la Glebe, et
recevoir le quart des produits du sol : tels sont
les principes dont Tonssintlui-méme avoitfait
une sage application. Au surplus, examinons
sans passion, quelle est la condition actuelle
de ces cultivateurs dont on nous vante avec emphase le bonheur et la civilisation, lorsqu'ils
ne jouissent dans lc fait, que des illusions del la
liberté.
Sur les cent quatre-vingt mille âmes qui ont
échappé à la hache des révolutions 3 cent
soixante mille au moins sont devenues esclaves
des mulitres et des nègres libres qui se sont emparés des propriétés françaises. Ce nouvel esclavage, beaucoup plus dur que celui dontl'ignorance ct la malignité ont exagéréles excès, est
d'autant plus insupportable 2 qu'il n'est jamais
adouci par les soins que commandent non-seulement l'humanité, mais la conservationde l'intérêt commun. L'exigeance des possesseurs illégitimes est excessive, el le malheureux qui a
fécondé la terre pour ces maitres inhumains,
est à peine compris dans le partage de ses lar-
aises. Ce nouvel esclavage, beaucoup plus dur que celui dontl'ignorance ct la malignité ont exagéréles excès, est
d'autant plus insupportable 2 qu'il n'est jamais
adouci par les soins que commandent non-seulement l'humanité, mais la conservationde l'intérêt commun. L'exigeance des possesseurs illégitimes est excessive, el le malheureux qui a
fécondé la terre pour ces maitres inhumains,
est à peine compris dans le partage de ses lar- --- Page 23 ---
gesses. S'il cst malade, il doit cesser de vivre
Cnl cessant de travailler, car il cst rare de trouver aujourd'hui sur les habitations lcs secours
qui, sous le régime des blancs, consoloient
lcs negres souffrans ou infirmes.
Nul doute qu'an mécontentement général,
ct la haine Ja plus implacable contre les
hommes de coulcur ne soient le résultat de cC
système d'oppression. Les oppresscurs sont assis
sur le cratère du volcan qui doit les dévorer.
Cependant on OSC nous dire que la coloniede
Saint-Domingue est florissante, qu'elle est heureuse à l'ombredes institutions prétendues libérales qui la régissent ; que ses enfans jouissent
dans toute leur plénitude des douecurs de la
liberté; que la civilisation y fait des progrés
étonnans, etqu'enfin le sénat d'Ilaiti, ou siégent
des nègres Congo et Mondongues, . rappelle lcs
beaux jours de l'aréopage et du sénat romain.
Ces ridicules fictions ne peuvent séduire ct
tromper que les hommes encroutés de négrophilisme, 3 ou la tourbe de ces écrivains faméliques, salariés parles sénateursafricains, et dont
la mission est de déblatérer contre l'ancien système administratif denos colonies.
Cependant, c'est à l'aide de CCS mensonges
absurdes qu'on cherche à égarer l'opinion pu- --- Page 24 ---
blique, ct qu'on espère parvenir à consolider
ces existences dangereuses en opposition évi.
dente avec le bonheur des nègres mêmes et l'intérêt des puissances maritimes et commerçantes.
Il seroit inutile sans doute de réfuter sérieusement toutes les niaiseries sentimentales de
noS réveurs d'utopics : nous laisserons parler
les faits, qui répondent victorieusement à tous
Jes paradoxes de la philosophie.
CHAPITRE II.
Cullure.
DEPUIS trente ans, Saint-Domingue est enproic à tous les fléaux des dissensions intestines
et des guerres étrangères; la flammea dévorél la .
plus grande partie des établissemens à sucre.
Les flcuves ct Jes rivières ont rompu leurs digues, et sesont répandus dans les plaines où ils
n'arrivoientautrelois que par des canaux d'irrigation distibués pour le service des moulins ct
l'arrosement des plantations. Des bois de haute
futaie couvrent aujourd'hui les terres fertiles
où régnoit naguère la canne majestueuse et
l'humble caflier. Partout enfin, on aperçoit
semens à sucre.
Les flcuves ct Jes rivières ont rompu leurs digues, et sesont répandus dans les plaines où ils
n'arrivoientautrelois que par des canaux d'irrigation distibués pour le service des moulins ct
l'arrosement des plantations. Des bois de haute
futaie couvrent aujourd'hui les terres fertiles
où régnoit naguère la canne majestueuse et
l'humble caflier. Partout enfin, on aperçoit --- Page 25 ---
les traces du vendalisme africain; elles n'échappent qu'à T'Enropéen qui, n'ayant pas
comnu la richesse cl la prospérité dela colonie,
nejuge de son importance que par les misérables cultures dont l'exploitation n'exige que
peu de travail ct de foibles capitaux, et qui ne
sont d'ailleurs que les tristes restes de l'industrie française.
Tous les voyageurs impartiaux conviennent
que les nègres ne recueillent aujourd'hui que
des cafés d'une qualité inféricure, parce qu'ils
établissent peu de plantations nouvelles, ct que
les anciennes envahies par des plantes parasites,
ne rendent sur un sol épuisé qu'un fruit dété
rioré par lincurie des cultivateurs ct l'absence
de tous les soins qu'exige sa préparation.
On estimeà vingt millions la récolte annuelle
de cclte précieuse denrée 3 devcnue pour ainsi
dire un objet de première nécessité; mais
chaque année voit s'évanouir les espérances et
les ressources d'un Gouvernement obligé de
fairedes concessions à la paresse pour conserver
son pouvoir. S'il est reconnu que les bras sont
le vélicule des richesses coloniales, que deviendront bientôt cesplantationsque l'activitéet
l'industrie française avoient élevées au dernier
degré de splendeur, et où venoientse fondrean- --- Page 26 ---
nuellement d'immenses capitaux fournis par le
commerce de la métropole? Encore quelques
années, ct ces terres, jadis sifertiles, seront converties en landes arides que lc voyageur frémira
de traverser.
Les sucreries, privées debras, n'ont plus aucun des établissemens nécessaires à leur exploitation, et le petit nombre de celles que les désastres révolutionnaires n'ont point entièrement
détruites, ne fabrique que des sirops dont une
partie alimente les Guildives locales, et le reste
est emporté par des navires américains. Cctte
branche de culture est donc] presque nulle; elle
ne pourroit sortir de cet état de langueur
qu'avec le secours des capitalistes étrangers, et
cette chance est absolument illusoire, tant que
la domination africaine pèsera sur cette malheureuse contrée.
Les cotoneries ne sont pas dans un état plus
prospère, malgrélepeu de frais qu'elles exigent
pour leur exploitation ; elles périssent et dégénèrent au milieu des ronces ct des herbes que
la paresse et l'insouciance des nègres négligent
d'élaguer.
L'indigo n'est porté que pour mémoire dans
la nomenclaturedes productions coloniales, etl le
bois de campêche, épuisé par" des coupes trop
heureuse contrée.
Les cotoneries ne sont pas dans un état plus
prospère, malgrélepeu de frais qu'elles exigent
pour leur exploitation ; elles périssent et dégénèrent au milieu des ronces ct des herbes que
la paresse et l'insouciance des nègres négligent
d'élaguer.
L'indigo n'est porté que pour mémoire dans
la nomenclaturedes productions coloniales, etl le
bois de campêche, épuisé par" des coupes trop --- Page 27 ---
récidivées, n'est plus considéré aujourd'hui
que comme une ressource précaire; cn un mot,
lesnègres semblent ne se considérerque comme
lcs usufruitiers du sol; ils se hitentderccneillir
SCS derniers tributs.
Tel est cependant le tablean, malheureusement trop vrai, que présente une colonie qui
exportoit en 1789, plus de trois cent millions
de denrées, qui offroit à nos manufactures des
débouchés considérables, et contribuoit puissamment à former notre marinc militaire et
marchande. Colonie de position, elle assuroit à
la France, en temps de guerre, la suprématie
dans les grandes Antilles au centre desquelles
elle est placée. Saint-Domingue enfin > seroit
aujourd'hui unc exutoire pour ce trop plein
de population auquel il est urgent de donner
une issue.
Commerce.
Le commercede Saint-Domingue, si on peut
appeler ainsi le honteux trafic que font dans
les ports de cette ile quelques navires anglais,
américains et français, est de peu d'importance.
On estime que les importations s'élèvent annuellement à quinze millions, et l'exportation --- Page 28 ---
à dix-huit. Le surplus des produits est consommé dans le pays. Toutefois lcs transactions
commerciales dans une colonieprivéc denuméraire > s'opèrent dilhcilement, parce qu'elles
mettent presque toujours les étrangers à la discrétion des indigènes qui élèvent le prix de
leurs denrées à un taux tellement exagéré, que
les retours n'offrent, pour ainsi dire, que des
pertes.
Les avantages de l'importation seroient plus
réels, majs les longs crédits qu'exigent les habitans, la lenteur des ventes de cargaisons ct
la difliculté des rentrées absorbent une grande
partic des bénéfices. Si on ajoute à tous ces inconvéniensles dangers de séjourner long-temps
dans un pays exposé à des mouvemens populaires fréquens, et dont les blancs sont toujours
les premières victimes, on est forcé de convenir
queles résultats de ces relations lointaines doivent nécessairement faire renoncerà des échanges, ,dont les élémens suivent d'ailleurs la progression décroissante de la culture, et ne fourniront bientôt que de foibles retours aux
spéculateurs de l'Europe.
Repoussée, en raison deses principes politiques ) de toutes les colonics voisines, la population d'Haiti n'a pas même la ressource du
ens, et dont les blancs sont toujours
les premières victimes, on est forcé de convenir
queles résultats de ces relations lointaines doivent nécessairement faire renoncerà des échanges, ,dont les élémens suivent d'ailleurs la progression décroissante de la culture, et ne fourniront bientôt que de foibles retours aux
spéculateurs de l'Europe.
Repoussée, en raison deses principes politiques ) de toutes les colonics voisines, la population d'Haiti n'a pas même la ressource du --- Page 29 ---
eabotage qui ponrroit donner à son industrie
unc plus grandeactivité, ct contribuer au perfectionnenent de son état moral par les rapports d'amitié et d'intérêt qu'il établit cntre
les peuples.
C'est ainsi qu'avant Tinjuste occupation de
la partie de l'Est parles negres, cesderniers faisoient des éalange-lueratifave les Espagnols,
auxquels ils fournissoient des marchandises sèches et dont ils recevoient des bestiaux ou de
l'argent. La réunion des deux pays a détruit tous
ces avantages.
Les habitans de la partie de l'Est, privés des
trois millions que le Gouvernement cspagnol
dépensoit annuellement dans le pays, sont devenus forcément les consommateurs de leurs
propres produits ; ils ne peuvent fournir que
de foibles compensations à leurs voisins dans
les transactions que la nécessité commande;
aussi supportent-ils avec peine le joug qui leur
est imposé par la force, et la première occasion
quise présentera pour s'en affranchir, sera saisie
avec empressement,
Les hommes disposés à adopter toutes les
idées qui flattent leur opinion ou leur intérêt,
n'aperçoivent ces causes de décadence commerciale, qu'à travers le prisme trompeur de --- Page 30 ---
leurs préventions; mais les observateurs judicieux qui ne se laissent point éblouir par des
apparences fallacieuses, reconnoissent
de la .
le germe
mort dans une colonie qui, ne pouyant
se soutenir que par les produits de son sol et par
le commerce étranger, voit dépérir inévitablement ces deux principes essentiels de son existence.
Cependant on parle d'un arrangement avec
le Gouvernement usurpateur d'Haiti, dont le
résultat seroit un traité de commerce avantageux pour la France, et quelques indemnités
pour les colons.
Ainsi, lorsqu'il est notoire que la population,
la culture et le commerce de Saint-Domingue
marchent rapidement à leur perte, on prétendroit sacrifierà des chimères lesespérancés de la
France; les droits des colons et la sécurité de
tous les établissemens européens dans lesquels
l'épidémie de l'indépendance fera bientôt des
progrès effrayans. On oseroit transiger sur les
droits de trente milleFrangais,sans) lesappelerà
les discuter. La sagesse du Roi, l'équité des ministres, > repoussent une pareille idée.
Naisenvisageonssousi touslesaspects, cesplans
imaginés par lignorance, ou conseillés par des
Français indignes de ce nom. . Supposons un ins-
émie de l'indépendance fera bientôt des
progrès effrayans. On oseroit transiger sur les
droits de trente milleFrangais,sans) lesappelerà
les discuter. La sagesse du Roi, l'équité des ministres, > repoussent une pareille idée.
Naisenvisageonssousi touslesaspects, cesplans
imaginés par lignorance, ou conseillés par des
Français indignes de ce nom. . Supposons un ins- --- Page 31 ---
tant que la population, la culture et le commerce, au lieu dedécheoir, prennent une augmentation progresive,etqu'alépoquealaquelle
ildagiradepronoucerlindépendanced'1lanui,on
puisse tronver dans les relations commerciales
aveclesnégresdescompensationséquivalentesan
sacrifice qu'on aura fait. Quelles seront les garanties des traités avec des peuples constamnent poussés, par leur caractère, leurs moeurs,
lenr insociabilité morale vers, les révolutions,
et qui, au premier signal de leur cupidité, ou
de leurs caprices, égorgeront les facteurs frangaisctdétruiront les comptoirs?quedeviendront
alors les gages sur lesquels devront reposer ces
indemnités illusoires ?
LeGouvernementd'Haiti est essentiellement
africain, il est comme ceux d'Alger et de Tunis exposé aux violences de la multitude, et
aux séditions de ses milices; son existence est
précaire, et son pouvoir cst sans force : seroit-il
raisounabled'asseoir surde pareillesbaseslecontrat politique qni doit séparer la colonie de sa
métropole, et de confier à la foi punique, les
compensations de nos intérêts les plus chers?
Trop puissante pour perdre ses avantages commerciaux, trop fertile pour concentrer les richesses de son sol ct de son industrie, trop peu- --- Page 32 ---
plée enfin pour ne pasagrandirle cercle de SOIL
empire, la France ne doit pas renonceràla possession d'un pays dont les riches produits l'ont
placée pendant plus de cent cinquante ans, au
premicr rang, parmi les Etats commerçans. Il
faut se garder de sacrifier les intérêts industriels de la France à des a vantages purement
éventuels; ce seroit-placer la fortune publique
en rente viagère, et méconnoitre les principes
d'une sage administration : c'est par les liens de
l'intérêt qu'on attache les hommes à leur Gouvernement ; le commerce, ressort essentiel des
états, véhicule puissant de leur prospérité, est
le mobile conservateur de leur existence : le
mouvement qu'il produit dans les fortunes, les
espérances qu'il entretient dans les individus,
et l'aliment qu'ilfournit auluxe et aux besoins
des hommes, occupent constamment leur pensée; il fait une heureuse diversion aux soLIbres et souvent dangercuses méditations de la
politique.
Si on le considère sous un aspect plus général, le commerce contribue aux progrès de la
civilisation, il étreint, pour ainsi dire, tous les
peuples, pour n'en faire qu'une seule famille
dans laquelle viennent SC réunir et SC confondre
tous les intérêts.
individus,
et l'aliment qu'ilfournit auluxe et aux besoins
des hommes, occupent constamment leur pensée; il fait une heureuse diversion aux soLIbres et souvent dangercuses méditations de la
politique.
Si on le considère sous un aspect plus général, le commerce contribue aux progrès de la
civilisation, il étreint, pour ainsi dire, tous les
peuples, pour n'en faire qu'une seule famille
dans laquelle viennent SC réunir et SC confondre
tous les intérêts. --- Page 33 ---
5r
Cependant ces maximes semblent avoir été
mcconmues dans lc temps même oi lcs bienfaits de la paix nous permettoient d'enfaire nne
utile application. Après trente années d'un funeste repos, , il paroissoit aussi sage qu'indispensable de retremper les ressorts de notre ancien système commercial ct de faire marcher
defront la restauration de la France ct cellc des
colonies Mais une politique incertaine et une
fatalité inexplicable semblent avoir présidé à
toutes les mesures adoptécs pour arriver à cC
but.
Trois négociations successives n'ont provoqué que des prétentions absurdes et des refus
humilians; elles ont consolidé la révolte des
noirs, en accréditant dans leur esprit la fausse
inléedelimpissance métropolitaine et la possibilité de conserver une funcste indépendance.
Il faut espérer enfin, que le Gouvernement se
décidant à faire toutes les concessions compatibles avec les circonstances, prendra la ferme
détermination de rattacher Saint-Domingue à
la France, et qur'il se hâtera de diriger l'exubérancedesa population vers les contrées les plus
fraiches de cette ile où elle pourra remplacer
les bras que l'abolition de la traite lui aura fait
perdre. Onconcilicroit ainsi les principes phi- --- Page 34 ---
Jantropiques du siècle avec le besoin de nos cultures, et l'urgence d'une émigration devenue
indispensable à la tranquillité del la France, on
pourroit même dire à celle dc l'Europe ; d'ailleurs en introduisant J'usage des instrumens
aratoires qui peuvent accélérer et multiplier les
résultats du travail dans cette colonie, on ne
tardera pas à éprouver les heureux effets de ces
innovations, qui auront pour objet la conservation des hommes et la prospérité des plantations : la chimie clle-même, jalouse de partager
avec les arts mécaniques, la gloire de ces utiles
travaux, viendra aussi apporter le tribut de SCS
découvertes, et remplacer les routines des anciennes fabrications coloniales, par des procédés nouveaux, plus appropriés aux facultés des
blancs ct au développement des cultures.
On opposeroit en vain à l'évidence de ces résultats dans le système agricole, le foible motif
des mortalités occasionnées par la transition
d'un climat tempéré aux Zônes torrides. L'expérience a prouvé qu'on pouvoit modifier ces
calamités par les soins d'une administration
prévoyante et paternellc, qui, veillant constamment sur le sort de ses enfans, les préserveroit par sa sollicitude, de cette maladie morale
que produit l'abandon de la mère patrie, et qui
en vain à l'évidence de ces résultats dans le système agricole, le foible motif
des mortalités occasionnées par la transition
d'un climat tempéré aux Zônes torrides. L'expérience a prouvé qu'on pouvoit modifier ces
calamités par les soins d'une administration
prévoyante et paternellc, qui, veillant constamment sur le sort de ses enfans, les préserveroit par sa sollicitude, de cette maladie morale
que produit l'abandon de la mère patrie, et qui --- Page 35 ---
exerce une funeste influence sur les tempéramens européens.
Considérons enfin les avantages incalculables
que procureroient à la France, une colonie immense peupléc de nationaux dont l'attachement et la fidélité lui seroient garantis par la
conformité des usages, des mceutsetdu langage,
et cette perspective adoucira ce que la rigueur
du climata d'effrayant.
Les Anglais oi nous allons chercher des modèles d'économie politique, voulant neutraliser
la population hollandaise, que la cession du cap
de Bonne-Espérance avoit fait passer sous leur
domination, ont transportéluit mille.âmesdans
un pays heureusement situé, oû les colons ont
trouvé sur les lieux mêmes, tous les secours
qu'exige l'enfance des nouveaux établissemens ;
les succès a couronné leurs généreux efforts, car
la prospérité de cette colonie naissante effacera
bientôt cclledel l'ancienne. Au surplus, on dopense des millions, 2 on sacrifie des milliers
d'hommes pour soutenir une guerre souvent
injustc, afin d'obtenir quelques lieues de territoire, et l'on regretteroit la perte de quelques
centaines d'individus s lorsqu'il s'agit de l'intérêt de trente millions d'àmes, de la possession
d'une riche colonie, etde rouvrir tous les ca3 --- Page 36 ---
naux de la prospérité commereialedela France.
Laissons aux nations faibles et misérables les
calculs timides ct les vues parcimonieuses. Un
grand peuple ne doit pas reculer devant des
difficultés ordinaires, et laisser étouffer làchement tous les germes de sa puissance.
Aucun pays dans le monde n'est aussi propre
Saint-Domingue à recevoir le superflu des
que
étrangères; puisqu'on trouve dans
populations
les grands plateaux de ses montagnes toutes les
températures de Y'Europe, et qu'on pourroit y
acclimater graduellement les individus qui seroient destinés à repeupler cette ilei immense.
Mais les travaux pénibles des cultures coloniales excèdent, dit-on, la force physique des
blancs. Cette assertion est incontestablement
erronéc, car l'expérience a prouvé la capacité
des créoles et celle des Européens pour les travaux dela terre dans les colonies. Seroit-il raisonnable en effet de supposer que les hommes
nés sous l'influence du soleil, puissent être privés des facultés organiques indispensables à la
culture d'une terre surlaquelle ils doivent exister? Ils devroientdone périr au milieu des dons
précieux queleur offriroit une mère prévoyante
De
incohérences seroient
et généreuse.
parcilles
avec les lois immuables de la naen opposition
celle des Européens pour les travaux dela terre dans les colonies. Seroit-il raisonnable en effet de supposer que les hommes
nés sous l'influence du soleil, puissent être privés des facultés organiques indispensables à la
culture d'une terre surlaquelle ils doivent exister? Ils devroientdone périr au milieu des dons
précieux queleur offriroit une mère prévoyante
De
incohérences seroient
et généreuse.
parcilles
avec les lois immuables de la naen opposition --- Page 37 ---
ture, dont la sagesse veille à la conservation de
Thommedans tous les climats, comme cllepourvoit à tous ses besoins.
On auroit tort de conclure de ce que les
blanes de nos colonies ont contié, pendant près
ded deux cens ans, Ja culture de leurs champs à
des bras étrangers, qu'ils sont incapables de
les fertiliser. Réduit à la nécessité de travailler
pour vivre, le créole blancaura commele-créole
mulitre ct noir,, les forces nécessaires pour arracher du sol le tribut de sCS labeurs.
Au reste, si lescolonies, avant 1665, n'étoient
cultivées que par des Européens; si elles fournissoient cependant abondamment des tabacs, 3
du cacao 1 du rocou à leurs métropoles $ à quoi
bon ces éternelles et futilcs objections sur l'incapacité des blancs à cultiver la terre sous le
tropique ? Les faits répondent victorleusement
aux détracteurs de ce nouveau système colonial.
A Saint-Domingue, le quartier de Bombarde
a prospéré par les travaux des colons allemands
qu'on y avoit transportés.
Dans la partie espagnole, un très-grand nombre de plantations appartiennent à des colons
blancs qui les cultivent eux-mèmes. A Cuba et
à Portorico les propriétaires partagent avecleurs
negres les travaux de la culture.
3. --- Page 38 ---
Six mille Irlandais, transportés récemment
le Gouvernement anglais à la Barbade, y
par
ont formé de fort beaux établissemens, et ont
perdu peu de morde par les maladies du
climat.
De tous les plans quel'esprit systématique du
siècle a imaginés pour la restauration de la COlonie de Saint-Domingue, celui de créer une
compagnie des Indes-Occirdentales, est sans contredit le plus sage et le plus en harmonie avec
les principes d'humanité, l'honneur et les
grands intérêts de la France. Il se concilie également avec le droit de propriété des anciens
colons dont la noble infortune sera soulagée; il
fait entrevoir enfin la perspective d'un avenir
brillant pourle commerced de la métropole, et
n'exige d'elle aucun sacrifice pécuniaire, aucune concession onéreuse. Toutes les couleurs
soumises aux mêmes travaux, ayant, à peu de
chose près, les mêmes droits etles mêmes avantages, n'ont aucun intérêt à contrarier l'exécution de ce plan. Honneur au ministre habile
qui saura le développer ! Dès long-temps nos
besoins le sollicitent, la voix publique en signale
l'espérance et un vote unanime s'e 'empressera de
proclamer le nom des bienfaiteurs.
Lorsqu'un Gouvernenuent est placé dans la
mes travaux, ayant, à peu de
chose près, les mêmes droits etles mêmes avantages, n'ont aucun intérêt à contrarier l'exécution de ce plan. Honneur au ministre habile
qui saura le développer ! Dès long-temps nos
besoins le sollicitent, la voix publique en signale
l'espérance et un vote unanime s'e 'empressera de
proclamer le nom des bienfaiteurs.
Lorsqu'un Gouvernenuent est placé dans la --- Page 39 ---
pénible alternative de comprimer la révolte ou
d'en subir les funestes conséquences, il encourt
une terrible responsabilités'il OSC transiger avec
les périls de la contagion ; car Ja puissance et la
stabilité d'un Etat, sont toujours en raison de
la liaison parfaite de toutes les parties dont il
se compose, cl admettre qu'une de ces parties
peut rompre violemment les liens du pacte fédératif, c'est accorderà toutesles autres ledroit
de se séparer, 7 et consacrer en principe le démembrement du corps social.
Ainsi, quand l'expérience a soulevé le voile
qui cache le danger de ccrtaines vues politiques pour les colonies; quand des faits cumulés
ont enfin revéléà la raison publique l'inexorable vérité des principes conservateurs 3 on est
forcé de reconnoitre l'autorité deces puissances,
ou de céder à l'ascendant de la force d'inertie
qu'opposel le voeu général méconnu. C'est alors
que les dangers sont imminens, et qu'à travers
les bouleversemens etles décombres qu'ils occasionnent, partent cestraits quifrappent lespeupleseu les rois.
La France attend, depuis quinze ans 3 des
institutions commerciales qui soient en rapport avec son importance politique, les progrès
de son industrie, l'accroissement de sa popula- --- Page 40 ---
tion. Cependant clle est réduite à déplorer encore l'état d'atrophie dans lequel sont plongées
des colonies dont les débris accusateurs scront
bientôt des monumens de lindifférence et de
l'inertie métropolitaine. Toutefois il cst encore
possible de combler le vide que la ruine de
nos établissemens occasionne dans le commerce
de la France, en renonçant à ce système administratif, dont les combinaisons ne s'étendent
pas au-delà de nos frontières.
Sachons nous affranchir de la dépendance des
étrangers et reprendre cette attitude quiconvient
àunegrander nation. Quela sollicitude des ministres, ne se renfermantplasdansle cercle étroitde
la politique intérieure, s'étende au-delà de l'océan Atlantigus,etgsellereonndiser enfinl'influence coactive du Nouveau-Monde surles destinées des grands Etats maritimes et commerçans de l'Europe. Au reste, la nécessité, plus
forte que les obstacles 3 fera bientôt vibrer ces
grands ressorts de prospérité que Ja barbarie révolutionnaire a rendus inertes. Il est temps que
les fausses théories républicaines cèdent la place
aux principes positifs et salutaires des Gouvernemens réguliers.
Le projet de créer une compagnie des IndesOccidentales, est digne de fixer l'attention du
ées des grands Etats maritimes et commerçans de l'Europe. Au reste, la nécessité, plus
forte que les obstacles 3 fera bientôt vibrer ces
grands ressorts de prospérité que Ja barbarie révolutionnaire a rendus inertes. Il est temps que
les fausses théories républicaines cèdent la place
aux principes positifs et salutaires des Gouvernemens réguliers.
Le projet de créer une compagnie des IndesOccidentales, est digne de fixer l'attention du --- Page 41 ---
Roi. Les bases de cette haute conception polilique sont de nature à donner une nouvelle
établissemens d'Outremer
le dévieà nos
que
sastre des guerres el l'abolition de la traiteauront énervés; essentiellement monarchiques,
elles en garantiront la stabilité, et n'inspireront aucune inquiétude aux colonies étrangéres (1)-
(1) Dans un ouvrage relatifà l'ile de Saint-Domingue,
que jai fait imprimer il y a deux ans, j'ai annoncé qu'il
existoit un plan de réoccupation et de restauration de cette
colonie, qui n'a pu cesser d'appartenir: à la France. Aujourd'hui, la possession paisible de cette importante propriété
se rattache essentiellement à la prospérité et même à la tranquillité des Français.
J'aieu connoissance de ce plan par son auteur, M. Brulley,
ancien magistrat, et lun des propriétaires de Saint-Domingue les plus versés dans la connoissance des travaux
agricoles et manufacturiers des colonies du Tropique.
Le plan a d'abord été présenté à M. Portal, lorsqu'il
étoit encore directeur de l'Administration des Colonies au
Ministére de la Marine. Il a examiné et approuvé ce travail
etla mis sous les yeux de M. Molé, alors Ministre de Ja
Marine et des Colonies, qui n'a pas cru devoir prendreaucun
partià cet égard. Peu de tenips après, > lorsque M. Portal fut
appelé au muême Ministère, l'auteur lc pressa de s'occuper
du plan qu'il avoit agréé comme Directeur. Sa réponse fut
qu'il n'avoit pas changé de façon de penser à l'égard du
plan; mais que cer n'étoit pas encore le moment de s'occuper
M. Molé, alors Ministre de Ja
Marine et des Colonies, qui n'a pas cru devoir prendreaucun
partià cet égard. Peu de tenips après, > lorsque M. Portal fut
appelé au muême Ministère, l'auteur lc pressa de s'occuper
du plan qu'il avoit agréé comme Directeur. Sa réponse fut
qu'il n'avoit pas changé de façon de penser à l'égard du
plan; mais que cer n'étoit pas encore le moment de s'occuper --- Page 42 ---
Cependant, sile Gouvernement, renonçant à
ce puissant moyen de restauration 3 veut céder
de son exécution ; qu'ilavertiroit quand ce moment opportun seroit arrivé. L'auteur n'a pas reçu cet avertissement
promis : il a même éprouvé un refus positif quand il a proposé deux maisons de banque hollandaise et anglaise, qui
consentoient à fournir les fonds nécessaires pourl'exéeution
du plan. Il la été présenté à Son Exc. le Ministre actuel de la
Marine et des Colonies, lors de son entrée au Ministère.
Son Excellence a promis del'examiner avec attention.
Tel étoit l'état de cette affaire, quand M. Brulley, dans
l'intention d'accélérer et d'assurer l'exécution de son plan
résolut de s'associer deux anciens administrateurs qui ont
fait connoitre leurs talens dans les emplois en chef qu'ils ont
exercés au, département de la Marine et des Colonies. L'un
d'euxest copropriétaired'im des beaux établissemens à SaintDomingue. Après avoir rtravaillé ensemble aux moyens d'exéutile de
à deux officution du plan 1 ils jugèrent
proposer
ciers généraux de la marine, propriétaires à Saint-Domingue,
de se réunir à eux pour T'exécution de cette grande entreprise. Ils y consentirent et sentirent qu'ils pouvoient tirer
parti, pour le bien de cette affaire, de T'honneur que leur
avoit fait le Roi de les désigner pour représenter les colons
français de Saint-Domingue 1 lors de la cérémonie du baptème de S. A. n. le duc de Bordeaux.
C'est dans cette réunion de cinq personnes 7 dont quatre
propriétaires à Saint-Domingue 1 qu'ont été revisés tous les
moyens d'exécution-du plan. Tous les projets d'ordonnance
et de réglement sont pièts, et tout annonce qu'on aura la
quantité de fonds nécessaires quand la Compagnie aura reçu
igner pour représenter les colons
français de Saint-Domingue 1 lors de la cérémonie du baptème de S. A. n. le duc de Bordeaux.
C'est dans cette réunion de cinq personnes 7 dont quatre
propriétaires à Saint-Domingue 1 qu'ont été revisés tous les
moyens d'exécution-du plan. Tous les projets d'ordonnance
et de réglement sont pièts, et tout annonce qu'on aura la
quantité de fonds nécessaires quand la Compagnie aura reçu --- Page 43 ---
Saint-Domingue aux nègres, ilne peutle faire
sans proscrire en inême temps CC luxe national
l'autorisation du Gouvernement pour commencer scs opérations.
J'ignore quelle marche scra adoptéc pour leur mise en
action ; mais, autant que mes connoissances sur ce qui
concernel les colonies d'Amérique m'ont permis d'en juger,
j'ai trouvéle plan de restauration bien conçu, 1 l'état des personnes et des choses sagement combiné et ne pouvant manquer de réussir, si l'activité et l'exactitude de T'exécution
répondent à la prudence des calculs.
Ce qui a surtout fixé mon attention, c'est le soin qu'a
pris la Compagnie d'associer, en quelque sortc, les colons
propriétaires à ses opérations.
D'abord, autant que je puis me le rappcler, les colons
qui auront légalement justifié qu'ils étoient propriétaires
d'immcubles à Saint-Domingue, avant 1791, auront part aux
dix millions d'actions que la Compagnie leur donne. Ces
actions 1 outre 5 pour 100 de produit annuel, donnent des
droits à des primes plus ou moins considérables. 9 suivant
que le sort en décidera comme cela se pratique dans l'emprunt de la ville de Paris.
Les fuibles secours que les colons reçoivent du Gouvernement seront doublés aussitôt qu'ils seront payés par
la Compagnie. Elle leur comptera d'abord le quart et ensuite le tiers du produit net des revenus de la colonie.
Enfin 1 à l'expiration du temps de son Administration, 1 qui
sera fixé parle Gouvernement. 1 les colons propriétaires rentreront en pleine et paisible possession de leurs établissemens agricoles 9 sans qu'il leur en ait rien coûté.
Une remarque quej j'ai faite, et qui est tout àl T'avantage du --- Page 44 ---
qu'il aura privé d'aliment, sans modérer ces
besoins de consommations coloniales qu'éprouvent les peuples, sans accorder de nouvelles
compensations au commerce qui réclame impérieusement des débouchés et des échanges ; il
devra enfin donner une autre direction à sa marine marchande et militaire, et faire des Français un peuple nouveau, sans industrie et sans
activité.
A ces considérations puisées dans l'intérêt de
l'Etat, viennent se joindre celles qui dérivent
nécessairement du contrat primitif qui la lie à
sa colonie.
Les premiers possesseurs de Saint-Domingue
ne devoient rien aux Gouvernemens de IEurope. La colonie s'étoit établic sans leur concours; elle pouvoit dans son origine se constituer en Etat libre, ou traiter avec la puissance
commerce de France, c'est que cette Compagnic s'abstiendra
de toute espèce de monopole commercial. Ellelaisse auxnégocians français le soin de subvenir aux besoins de tous les
consommateurs de Saint-Domingue.
Ilya tout lieu de présumer que les résultats avantageux
de l'exécution de ce plan 1 décideront le Gourernement à
l'autoriser et à la seconder par tous les moyens qui sont
en son pouvoir 1 pour opérer le bonbeur de la France.
de France, c'est que cette Compagnic s'abstiendra
de toute espèce de monopole commercial. Ellelaisse auxnégocians français le soin de subvenir aux besoins de tous les
consommateurs de Saint-Domingue.
Ilya tout lieu de présumer que les résultats avantageux
de l'exécution de ce plan 1 décideront le Gourernement à
l'autoriser et à la seconder par tous les moyens qui sont
en son pouvoir 1 pour opérer le bonbeur de la France. --- Page 45 ---
qui lui conviendroitle micus. Mais l'amour de
la patrie n'étoit point étouffé dans le coeur des
premiers colons, et, les regards at.:chés sulr la
France, ils sembloient lui dirc :
e Nous nous sommes cloignés de notre pays
3 natal ct de nos familles, nous avons renoncé
> à nos affections les plus chères , nous avons
> bravé tous les dangers, éprouvé toutes les in-
>) fortunes 7 pour allerà quinze cents lieues de
>> l'Europe 3 fonder des établissemens utiles, et
>) vous préparer les élémens de richesscs et de
> puissance que réclamoient votre population,
>> votre industrie et le rang que vous occupez
>> parmi les peuples commerçans et maritimes.
>) Venir recucillir le fruit de nos pénibles tra-
>> vaux, et resserrer des liens que le temps et
> T'eloignementn'ont pointaffoiblis, notre tâche
> cst remplie ; c'est à vous à consolider ces
> grands résultats par des mesures qui - assurent
> tous les intérêts, et nous maintiernent dans
> la possession d'une terre qui a été le prix de
>) notre valeur et de notre infatigable activité. >>
Telles furent, 3 sans doute , les conditions réciproques d'une cession qui subrogea la France
aux droits des premiers possesseurs. Si les droits
résultent des conventions, les colons ne sont-ils
pas fondés à dire an Gonvernement français: --- Page 46 ---
ce En recevant de nos ancêtres la souveraineté
> de Saint-Domingue, vous vous êtes engagé à
> nous défendre contre les ennemis du dchors,
> et à maintenir la tranquillité : intérieure de la
> colonie; vous deviez à ces titres recevoir les
) tributs de notre obéissance et de notre in-
>> dustrie, partager avec nous le fruit de nos
> cultures, 3 et les avantages de nos transactions
fidèlement
>> commerciales. Nous avons rempli
>> toutes ces conditions. La métropole s'est en-
>) richie de nos labeurs; elle nous a dû sa pros-
> périté et sa puissance maritime, et cependant
>) lintérêt de ses sujets, la vie même de ses
>) propres enfans, ont étésacrifiés à des Africains
>> par le Gouvernement révolutionnaire de 93;
> leurs plantations sont devenues la proie des
>> flammes ou le patrimoinedeleurs assassins;et,
> pour completter cette longue série d'infortud'une
>> nes, ils sont menacés aujourd'hui
> expropriation définitivede leurs terres, et con-
>> damnés à recevoir en indemnité les derniers
> lambeaux d'une colonie expirante. >
Qu'auroit-on à répondre à ces vérités incontestables? où trouver des m otifs pour justifier
une spoliation, un excès de pouvoir que l'équité
invincibleet la saine politique repousseroient
ment ? Nous sommes loin de penserqu'un mi-
série d'infortud'une
>> nes, ils sont menacés aujourd'hui
> expropriation définitivede leurs terres, et con-
>> damnés à recevoir en indemnité les derniers
> lambeaux d'une colonie expirante. >
Qu'auroit-on à répondre à ces vérités incontestables? où trouver des m otifs pour justifier
une spoliation, un excès de pouvoir que l'équité
invincibleet la saine politique repousseroient
ment ? Nous sommes loin de penserqu'un mi- --- Page 47 ---
nistère, dont les vues étendues embrassent, dans
tous leurs rapports, la prospérité et la gloire de
lai monarchie, puisse préterles mains à des transactions aussi révoltantes. L'intérêt de l'Etat
prévaudra sans doute sur les calculs de l'ambition ou de la vénalité de quelques individus.
L'absolutisme, en matière de Gouvernement,
n'appartient qu'aux sultans de l'Asie, qui disposent à leur gré de la propriété de leurs sujets.
Malgrél'état de conflagration et de désordre
dans lequel se trouve Saint-Domingme, il est
encore des moyensde salut pour ce malheureux
pays; mais il faudra braver, pour arriverà ce
but, ces préventions accréditées parles partisans
de l'indépendance, 2 sur la puissance et les ressources de ce Gouvernement éphémère; il faudra s'élever enfin à la hauteur de la politique
réparatrice qui tend à briser Je levier des révolutions. Il est de fait que l'indépendance haitienne est affoiblie parl'esprit de parti, , par le
relàchement de son régime intérieur, par la
stagnation de ses cultures et de son commerce, 2
et enfin par ces haines de couleurquine s'éteindront que dans le sang des mulâtres.
La puissanced'un Etat est toujours en raison
del Th.mgstnthutdergesdarrentanare --- Page 48 ---
les membres de la société à sa conservation. A
Saint-Domingue, cC principe d'unité n'existe
pas, l'intérêt des cultivateurs, c'est-à-dire l'intérêt des cinq sixièmes de la population, cst
absolument opposé à celui des propriétaires;
la supériorité morale des hommes de couleur
excite la jalousie des noirs; les blancs restés à
Saint-Domingue, ou ceux que les spéculations
y ont amenés, ne sont dominés que par un sentiment de crainte, ou par T'appat du gain qui
les retient dans le pays; ils verroientavec plaisir
la chute de ce Gouvernement si elle pouvoit
s'opérer sans danger pourl leur vie et sans résultats ficheux pour leur intérêt comnercial. Les
troupes enfin, n'obéiront à la vérité, qu'à l'impulsion des gouvernans, , mais elles seront un
bien foible rempart contre la haine des pcuples
etles dangers d'une guerre extérieure.
État militaire d'Haiti.
LA force militaire d'Haiti est d'environ douze
mille hommes mal payés, peu aguerris, et surtout mal disciplinés. Ce nombre de soldats ne
pourroit être porté qu'à quinze mille en cas
de guerre, à moins de supposer une levée en
masse dont la mise en mouvement seroit, non-
gouvernans, , mais elles seront un
bien foible rempart contre la haine des pcuples
etles dangers d'une guerre extérieure.
État militaire d'Haiti.
LA force militaire d'Haiti est d'environ douze
mille hommes mal payés, peu aguerris, et surtout mal disciplinés. Ce nombre de soldats ne
pourroit être porté qu'à quinze mille en cas
de guerre, à moins de supposer une levée en
masse dont la mise en mouvement seroit, non- --- Page 49 ---
seulement impraticablesansun; pays privé d'argent, d'armes et de vivres, mais deviendroit
funeste aux hommes de couleur de la colonic,
s'ils étoient assez imprudens pour user de ce
moyen de défense, car l'arméc noire n'attend
qu'une occasion favorable, et un chef audacieux, pour secouer le joug de ce petit nombre
de Mamcluks; elle leur échappera à l'instant
même où une force imposante française se
montrera sur lcs rivages haitiens.
Les cultivateurs, fatigués de l'état de misère
et d'oppression dans lequel ils vivent, recevront,
à bras ouverts, leurs libérateurs, et deviendront des auxiliaires sur la fidélité desquels on
pourra compter.
Les Espagnols enfin, , chez lesquels l'administration paternelle du général Ferrand a laissé
des souvenirs qui excitent leurs regrets, verront
arriveraveeplaisir letefmed'unet tyrannie étrangère à laquelle ils sont obligés de sacrifierleurs
intérêts, leurs usages et tous les avantages d'un
commerce local, dont les sources sont taries par
le régime oppressif des nouveaux gouvernans.
Telles sont les dispositions dans lesquelles se
trouvent les différens peuples de la colonie.
Le Gonvernement de Saint-Domingue, qui
ne se dissimule pas le danger de sa position 2 --- Page 50 ---
cherche à conjurerl'orage; et, dans sa politique
étroite , il pense effrayer la France sur les résultats d'une expédition, en exagérant le nombre
de ses troupes, dont il fait prôner en Europe
l'ardeuretle courage, par des émissaires affidés,
en exaltant l'attachement des noirsàla causedela
liberté et del'indépendance, lorsqu'il est positif
que la liberté etTindépendance ne sont, pour
les nojrs, que des abstractions métaphysiques,
quilss'empresseront de sacrifier aux avantages
d'une vie paisible ct d'une soumission qui leur
épargnera l'inquiétudedes) besoins et les dangers
d'une vie constamment belliqueuse et agitée.
Toutefois peu confiant dans ces moyens de résistance, eGouvermemantappelle à son secours,
non-seulement l'influence maligne du climat,
maisla famine, la dévastation et tous les fléaux
traînent à leur suite la foiblesse et la barque
barie. Al'entendre, les soldats qui viennent de
triompher de l'Espagne, reculeroient devant la
vaillance d'une misérable horde de nègres révoltés, dont l'infériorité militaire cst incontestablement reconnue.
Le soldat haitien cst peu aguerri, puisqu'il
vient de passer dans le repos quatorze annces
consécutives; il a perdu tous, les avantages de
son ancienne sobriété par les nouveaux besoins
la barque
barie. Al'entendre, les soldats qui viennent de
triompher de l'Espagne, reculeroient devant la
vaillance d'une misérable horde de nègres révoltés, dont l'infériorité militaire cst incontestablement reconnue.
Le soldat haitien cst peu aguerri, puisqu'il
vient de passer dans le repos quatorze annces
consécutives; il a perdu tous, les avantages de
son ancienne sobriété par les nouveaux besoins --- Page 51 ---
qu'il s'est créés. Depuis long-temps, accoutumé à des distributions régulières de vivres, il
lui est impossible de supporter les privations;
la chaussure, surtout, est devenne) pour lui UII
objet indispensable, Amolli par. l'oisiveté ct par
les excès auxquels il se livre, il a perdu cetle
force physique qui lai faisoit braver les fatigues
les plus excessives; c'est le seul bienfait yuilait
reçu de la liberté et de la civilisation. En un
mot, ces redoutables milices, dont l'attitude
imposante doit, dit-on, jeter l'épouvante parmi
nos légions, sont sans discipline, sans énergic et
sans foree; elles ont étéi incapables à toutes les
époques de se mesurer avec dcs F'rançais.
Les Annales militaires de Saint-Domingue
fournissent, à l'appui de celte dernière assertion, des faits qui en établissent incontestablement la véracité.
En 1802, la colonie de Saint-Domingne étoit
dans tout l'apogée de sa puissance militaire ;
Toussaint la gouvernoit C1l maitre, et observoit
avec inquiétude les événemens de l'Enrope; ; il
se preparoitdelongne main à faire téteàl'orage,
età conserver, parla force, lesceptre qu'il avoit
arrachéà la foiblesse des agens de la métropole;
il SC hâte de porter son armée au complet de
trente mille hommes; il pouvoit encore, à cette
--- Page 52 ---
imposer cet énorme tribut à la popuépoque,
colonie : des génélation de cette malheureuse
étoient à la tête de ses diviraux expérimentés
d'économiele mettoient
sions, soixante millions
à même de faire face aux dépenses de la camenfin
pagnequialloits - s'ouvrir; il pouvoit
porter
lelh@uredelagaewelae leshautes montagnes
où les cultures, n'étant point encore détruites,
lui assuroient des moyens de subsistance pour
mais l'inexorable destin avoit déjà
ses troupes;
carrière.
fixé le terme de son ambitieuse
La fortunc, fidèle aux drapcaux de nosinvincilles légions, devoit cncore ajonter de nouFranveaux trophées à leur gloire. Quinzemille
leur
FErctate
les nègres, étonnés de l'impétuosité de
fuient de toutes parts ; Toussaint luiattaque, forcé de chercher un asile dans les
même est
montagnes des Cahos. Enfin, après quatre
mois d'efforts impuissans, après avoir perdu,
la famine ou dans les combats, unc grande
par
cet homme extraordinaire,
partie de ses soldats,
délaissé par sCs généraux, trahi par ses prétendus amis, abandonne un pouvoif usurpé,
et vient déposer des armes souillées par l'ingratitude et la félonie.
Ainsi donc, l'armée la plus formidable qu'on
même est
montagnes des Cahos. Enfin, après quatre
mois d'efforts impuissans, après avoir perdu,
la famine ou dans les combats, unc grande
par
cet homme extraordinaire,
partie de ses soldats,
délaissé par sCs généraux, trahi par ses prétendus amis, abandonne un pouvoif usurpé,
et vient déposer des armes souillées par l'ingratitude et la félonie.
Ainsi donc, l'armée la plus formidable qu'on --- Page 53 ---
sitroicisuacBuaiegie, lepouvoiclemieux
alfermi, l'administration la plus prévoyante,
n'ont résisté, pour ainsi dire, qu'un instant,
au courage de quelques milliers de Français,
ct sans les perfides manceuvres de certains individus, qui occupoient un rang distingué dans
l'armée, ,saus leblocusdela colonic parles flottes
ennemies, nous n'aurions point à déplorer aujourd'hui une évacuation, qpui doit être attribuée pluot à la cupidité ct aux intrigues coupables de quelques Français, * qu'à l'énergie et
au cournge des nègres.
Il est facile de juger, sans doute, d'après les
promptsrésultats des opérations de la campagne
de 1802 à Saint-Domingnc, combien cst fausse
l'idée qu'on SC fait en Europc, de l'esprit guerrier des nègres ct de la puissance militaire de
cette colonie. Mais un dernier fait décidera
péremptoirement cette question que les partisans de l'indépenclance ou Ics agens de Boyer,
notsprésententconstamment commeun obstacle
invincible à la réduction des insurgés.
Dessalines, que ses cruautés avoient rendu
redoutable à toutes les couleurs, s'empare de
l'autorité après l'abandon de la colonie par les
F'rançais; ; l'ambition de ce monstre n'est point
satisfaite du rang de général cn chef, dont son --- Page 54 ---
prédécesseur Toussaint s'étoit contenté, il veut
aussi tâter de l'empire; et se fait couromer
empereur d'Haiti par soll armée. Mais, trouvant bientôt que les limites de ses Etats étoient
trop circonscrites pour un titre aussi pompeux,
il forma le projet de réunir Ja partie espagnole,
que défendoit, depuis quatre ans, le général
Ferrand à la tête de douze cents hommes. Une
sommation d'évacuer , dans un délai fixé, cette
vaste partie de Saint-Domingne, fut envoyée
au général français, qui ne daigna pas y répondre.
Dessalines, irrité du mépris qu'on faisoit de
lui, assemble le ban etl'arrière-ban de son empire, et se répand comme un torrent dans la
partie de l'est, à la tête de vingt-deux mille
hommes. Le général Ferrand attend, avec le
calmedu vraicourage, cette armée de Numides,
qui, marchant à travers les vastessolitudes de ce
dans la confiance d'un prompt succès, n'apays
des vivres
voit pris aucune mesure pours'assurer
en cas de résistance.
L'armée noire, après des fatigues inouies 9
arrive enfin sous les murs de Santo-Domingo,
place revêtuc d'une simple chemise, et dans laquelle s'étoient renfermés huit cents Espagnols
, avec le
calmedu vraicourage, cette armée de Numides,
qui, marchant à travers les vastessolitudes de ce
dans la confiance d'un prompt succès, n'apays
des vivres
voit pris aucune mesure pours'assurer
en cas de résistance.
L'armée noire, après des fatigues inouies 9
arrive enfin sous les murs de Santo-Domingo,
place revêtuc d'une simple chemise, et dans laquelle s'étoient renfermés huit cents Espagnols --- Page 55 ---
avec les Français. Le général Ferrand, voulant
faire connoitre à l'ennemi l'intention où il ctoit
de s'ensevelir sous les murs de la place, plutét
que de la rendre, fit sortirdu pori tous les bâtimensqwis'y trouvoient, afin d'ôter toutcespérance de retraite à ses compagnons d'armes, et
de fournir à leur valeur la glorieusc occasion
de se signaler.
Les assiégés éloient donc prépards à recevoir
l'assaut; un généreux dévotment leur dissimuloit les dangers de leur position et l'infériorité
de leur force : on ne songeoit qu'al'honneur de
résister à cette nuée de barbares, dont l'irruption n'avoit effrayéquel les paisibles habitans des
campagnes. Mais si la plus noble ardeur animoit CC petit nombre de guerriers français, les
nègres, an contraire, étonnés de rencontrer de
nouyeaux thermopiles, n'agissoient qu'avec circonspection et timidité : retirés derrière une
ligne de circonvallation, ils se bornoient à un
simple blocus dont lcs longueurs nc pouvoient
que leur être funestes, puisque les maladies et
la famine devoient cn être les résultats inévitables. Cependant la garnison, conservant une
attitude fière ct menaçante, faisoit des sorties
fréquentes, et donnoitàlennemi la mesurc de
son courage et de sa résolution : le général --- Page 56 ---
Ferrand sembloit vouloir ensevelir les restes de
la colonie sous lcs trophées de la gloire.
des assiégeans étoit de réduire la
L'espoir
famine, mais les Français s'imposeplace par
et six semaines s'étoient
rent des privations,
déjà écoulées sans résultats décisifs, Jorsqu'une
foible escadre française parut à la vue du port
Dessalines, effrayéde cette
de Santo-Domingo.
le
apparition inattendue, lève précipitamment
dans les désordres de la retraite 9
siége et perd,
un quart de son armée.
les
Qu'on vienne nous dire à présent que
nègres sont desguerriers anssi redoutablesqu'inle
état militaire de
vincibles, et que premier
l'Europe doit fléchir devant ces misérables COhortes! Qu'on ose soutenir enfin que les vainde Toussaint et de Dessalines pâliront
queurs devant les troupes de Boyer, lorsqu'il est notoire
la colonie n'est plus aujourd'hui, sous le
que
politique et militaire, aussi puissante
rapport
le Gouvernement de ces deux
qu'elle l'étoit sous
premiers chefs; que la population a beaucoup
diminué, queles cultures sont devenues presque
les caisses publiques sont vides, et
nulles, que
quel'armée enfin peu nombreuse, peu aguerrie
mal
est commandée par des
et
disciplinée,
Ajouhommes sans talent ct sans expérience!
notoire
la colonie n'est plus aujourd'hui, sous le
que
politique et militaire, aussi puissante
rapport
le Gouvernement de ces deux
qu'elle l'étoit sous
premiers chefs; que la population a beaucoup
diminué, queles cultures sont devenues presque
les caisses publiques sont vides, et
nulles, que
quel'armée enfin peu nombreuse, peu aguerrie
mal
est commandée par des
et
disciplinée,
Ajouhommes sans talent ct sans expérience! --- Page 57 ---
tous à loutcs ces causes de foiblesse eque la rivalité des couleurs, qui n'existoit pas SOUS Toussaint et Dessaliues, a pris des racines profondes
sous la domination de Pétion ct de Boyer, que
le sang de Christophe cl de Romain crie vengeauce, et qu'elle sera d'autant plus terrible,
qu'elle aura élé long-temps concentrée,
Les hommes qui ne rèvent u'émancipation,
opposent, à ces vérités de fait, les calculs de
leur iguorance ou de leur mauvaise foi ; ils insistent particulierement sur lcs dangers du climal et surle système de la guerre de montagne,
si favorable aux enfans du soleil.
Les dangers du climat seroient, en effet, la
seule objection raisonnable à faire, s'il n'existoit pas, ainsi que cela a déjà cté dit, des moyens
de modifier leurs ravages. Quant à la guerre
de montagne, elle est devenue absolument impraticable pour les nègres. Les Bananeries, qui
auroient pn leur fournir des subsistances, sont
détruites; mais elles existeroient encorc, que
l'expériencea prouvé,dansla campagnedeiSoa,
lesinconvéniensd'aglomérerdes corpsdetroupes
considérables sur des points où il leur étoit impossible de vivre long-temps, non-seulement
parce que ces ressources sont insuflisantes, mais
parce qu'il est démontré que les désordres du --- Page 58 ---
pillage font consommer, dans cin jours, les
subsistances d'un mois. En un mot, lorsque
Toussaint et Dessalines ont vu leurs nombreuses
phalanges reculer devant la valeur de quelques
milliers de Français, est-il probable que Boyer,
qui leur est inférieur sous tous les rapports,
puisse prétendre à neutraliser les efforts de la
France, lorsqu'elle songera sérieusement à en
faire, pour recouvrer sa colonie ?
Au surplus, iln'est pas question de river des
chaînes que nous avons trop générensement brisées, puisque l'ingratitude et la dévastation ont
été le prix de ce bienfait; mais de faire une
application des principes de la liberté, de
sage
mettre un terme à des désordres qui compromettent le bonheur des négres, l'intérêt de la
France et la sécurité des colonics voisines. Il
s'agit de détruire enfin ces élémens révolutionnaires qui alimentent toutes les ambitions et
tourmentent) les peuples.
Cependant, le Gouvernement français, tout
en faisant aux noirs les concessions que réclament l'humanité et la justice, doit se montrer
dans l'attitude de la force; il doit manifester
hautement ses intentions et les proclamer de
la manière suivante :
c Depuis l'époque désastreuse où vous re-
France et la sécurité des colonics voisines. Il
s'agit de détruire enfin ces élémens révolutionnaires qui alimentent toutes les ambitions et
tourmentent) les peuples.
Cependant, le Gouvernement français, tout
en faisant aux noirs les concessions que réclament l'humanité et la justice, doit se montrer
dans l'attitude de la force; il doit manifester
hautement ses intentions et les proclamer de
la manière suivante :
c Depuis l'époque désastreuse où vous re- --- Page 59 ---
> gutesd'une main ennemie de votre bonheur,
>> le funeste présent d'une prétendue liberté,
) vous fites en proie à tous les maux qui peu-
> vent aflliger l'espèce humaine. Enivrés tour
> à tour du sang des blancs et de celui de VOS
>) semblables, vous n'avez respecté dans votre
)) délire, ni les homucs ni les choses, et les
>9 trente années ni viennent de s'écouler
3 n'offrent que le tableau hideux de la dévasta-
> tion ct de la mort.
> Dans les convulsions inséparables de votre
>> nouvelle existence politique, vous n'avez été
) que les instrumens et les victimes des partis
> qui vouloient asseoir leur domination sur
)) les bases chimériques d'une dangereuse li-
> berté. Des torrens de sang ont été versés
pour
>> l'obtenir, et lorsque vous espériez toucher au
> terme de VOS maux, et qu'après avoir expulsé
> d'Haiti ces blancs qu'une fatale erreur vous
b faisoit considérer commc VOS cnnemis, vous
> comptiez jouir du fruit de vOS pénibles tra-
)) vaux; c'est alors que vous avez éprouvé le
>) vide d'un bonheur pour lequei vous avicz
>> tout sacrifié, ct que votre malheureuse des-
> tinée vous a fait presque regretter le temps de
> votre ancien esclavage.
> Le fléau de VOS
guerres civiles 3 la misère
--- Page 60 ---
)) Ja plus atfreuse , le despotisme insupportable
>> de vOS chefs, sont, depuis trop long-temps,
> pour la classe intéressante des cultivateurs,
>) les résultats d'unc funeste indépendance; ils
la réalité d'une
>> doivent aujourd'hui préférer
> domination douce et paternelle à desillusions
)) inconciliables avec leur vrai bonheur et leur
> tranquillité.
>> Quant à vous, soldats indigènes ! accoutuD) més à vivre dans les camps, vous tournerez
>> désormais contre Jes ennemis de la France;
)) ces armes dont vous n'avez fait usage que
détruire. Le
>> contre elle, ou pour vous
glo-
>) rieux titre de soldats français donnera à votre
>2 valeur une direction plus conforme aux in3) térêts de l'Etat dont vous ferez parlie, et à
> votre bonheur particulier.
> Vous sercz désormais l'appui d'une colonie
> où des institutions sages et des lois paternelsuccéderaux convulsions d'un régime
> les vont
>> violent; votre existence ne sera plus troublée
> par l'ambition et la cupidité de ceux qui,
>> depuis votre prétendue émancipation 1 ont
> appesanti sur vous un joug insupportable.
> En partageant avec les blancs les fruits
>> d'une terre que vous féconderez avec eux 2
nécessité de vons livrer à des
>> vous sentirez Ja
'une colonie
> où des institutions sages et des lois paternelsuccéderaux convulsions d'un régime
> les vont
>> violent; votre existence ne sera plus troublée
> par l'ambition et la cupidité de ceux qui,
>> depuis votre prétendue émancipation 1 ont
> appesanti sur vous un joug insupportable.
> En partageant avec les blancs les fruits
>> d'une terre que vous féconderez avec eux 2
nécessité de vons livrer à des
>> vous sentirez Ja --- Page 61 ---
travanx modérés. Yousavez prouvé SOUS les
D drapeaux anglais, contre vOS propres frères,
>> votrelidélitéà vOS sermens ; que ne serez-vous
>> paspourlal aFrance quià l'avenir doit voustrai-
> ter comme SCS propres enfans?>
Tel est lc langage que doit tenir un Gouvernement puissant; c'cst en manifestant franchement SCS intentions, qu'il leurimprime ce
caractère respectable qui ne laisse aucune prise
à la méfiance, aucun prétexte: à la révolte.
Faites connoitre aux noirs ce qu'ils ont à attendrede vous, observez religieusement Jes promesscs que vous aurezfaites, et vousparviendrez
à cicatriscr enfin les plaies d'une longue ct terrible révolution coloniale.
DE LIMPRIMERIE DE C. J. TROUVÉ,
RUT DES FILLES-SAINT-THONAS, N. 12. --- Page 62 ---
11-167
138d
t0r da mI W
RE lacun 18308900
a 00 3 oonP U
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--- Page 63 --- --- Page 64 ---