--- Page 1 --- --- Page 2 ---
Habit Carter romn
Cibraru
Ehroumtpntwersity --- Page 3 --- --- Page 4 ---
3V --- Page 5 --- --- Page 6 ---
auod be 49n,
Sabim 19359 --- Page 7 ---
LE
VOYAGEUR
FRANCOIS.
Tome XI, --- Page 8 --- --- Page 9 ---
LE
VOY AGE 1 1
U R
FRANCOIS,
O U
LA CONNOISSANCE
DE LANCIEN
ET DU NOUVEAU MONDE,
Mis au tjourpar M.LAbbe DELAPORTE,
NOUVELLE EDITION.
TOME
XI
Prix 3 liv. relié,
*X cole
*%6
A PA R IS,
Chez L. CELLOT, Imprimeur - Libraire
rue Dauphine.
M, DCC. LXXV,
Ayec Approbation 2 6 Privilege du Roi --- Page 10 --- --- Page 11 ---
@ THIA *
LI E
VOYAGEU JR
FRANGOIS
LETTRE CXXIV.
L'ISLE DE SAINT=1 DOMINGUE.
A PEINE eûmes nous quité Tithme
de Panama, pour nous rendre à Saintdes vents conDomingue, quils'eleva
traires 2 qui traverferent notre navigation. La route en devint plus longue 5
heureufement Phiftoire de
mais j'avois
cette ifle, dont la leêture m'occupa
utilement pendant le voyage; j'eus
même le tems d'en faire l'abrégé queje
vous envoie ; il vous apprendra ce
qu'étoit autrefois Saint- Domingue 2
appellée Hayti, lorfque Chriftophe
Aiij - --- Page 12 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
Colomb y aborda. Il la nomma Hifpa:
niola, ou petite Efpagne 2 croyant avec ce y
reffemblance
trouver quelque
les arbres & les
royaume ' tant bordent par les côtes, que par
plantes qui
pêchent dansles mers
lespoifions quife
Madame, de
voifines. Il eft à propos,
convous faire conncitre ce Monde,, premier en vous
quérant du Nouveau dont il a fait la déparlant du pays
expéditions
couverte. Ses premieres
ont eu desfuites
ainterefantesyquelles
font dignes de votre curiofité. avoit été fi
Ce fameux navigateur qu'on ne s'eft
peu connu jufqu'alors, ni fur 2 fon extradion 1,
jamais le accordé, lieu de fa naiffance. On croit
ni fur
étoit de Gênes; &
communément qu'il fait naitre de la lie du
plufieurs Pont lui affignent une nopeuple. D'autres
blefle ancienne, & le difent originaire
de Plaifance. Ce qu'ily a de certain,
fur mer la plus grande
c'eft qu'il paffa
& qu'ayant fait
partie de fa jeuneffe, fauva à Paide d'une
naufrage, il fe
Il
fur les côtes de Portugal.
planche 2
la fille d'un célebre
époufa à Lisbonne
fortunes
Lomgnlapoonaseged
ufieurs Pont lui affignent une nopeuple. D'autres
blefle ancienne, & le difent originaire
de Plaifance. Ce qu'ily a de certain,
fur mer la plus grande
c'eft qu'il paffa
& qu'ayant fait
partie de fa jeuneffe, fauva à Paide d'une
naufrage, il fe
Il
fur les côtes de Portugal.
planche 2
la fille d'un célebre
époufa à Lisbonne
fortunes
Lomgnlapoonaseged --- Page 13 ---
L'ISLE DE S: DOMINGUE. 1
mais rien ne le flatta plus dans cette
alliance,
de trouver dans les papiers de Gor beau-pere, 2 des cartes de 9
des manufcrits 9 & une relation lui
dont la leéture alluma en
voyage, le delir le plus vif de faire des découvertes. C'eft donc à celles des Portugais dans l'ancien monde, que nous c'eft
devons le nouveau ; fi pourtant de
cette conquête
une obligation que funefte
fes habil'Amérique, fi
pour fes contans, & peut-être même pour cette efquérans. Quoi qu'il en foit,
de création nouvelle eft le plus
pece événement de notre globe. dont
grand une moitié avoit toujours été ignorée
de l'autre.
les anciens avoient
On prétend que idée de Fexiftence d'un
déja eu quelque
: on cite Platon,
nouvel hémifphere ifle nommée Ailantide,
qui parle d'une
placée au-delà des colonnes d'Hercule,
près de laquelle eft un vafte continent. >
On cite encore un livre d'Ariftote 2
qu'Ariftote n'a peut-être jamais con- Carnu, 8 oùt ileft dit qu'un vaiffeau
le
thaginois ayant pris fa route entre
couchant & le midi, ofa pénétrer
dans une mer inconnue; qu'il y déAiv --- Page 14 ---
a -
L'ISLE DE S. DOMINGUE: arrofée
couvrit une terre fpacieufe 2
d'imde grandes rivieres, & couvertes
menfes forêts; qu'une partie de Péquis'y, établit; que les autres étant
retournés page
à Carthage,, le fénat crut
dans Poubli un évédevoir enfevelir
craindre
nement, dont on pouvoit fecrételes fuites ; qu'il fit donner étoient revement la mort à ceux qui
nus dans le vaifleau; & qu'à l'égard
des premiers, on n'en avoit plus entendu parler. auteurs ont écrit que POQuelques
&
céan contenoit des pays fertiles,
d'une vafte étendue . 9 oit les hommes
& les animaux font beaucoup plus
grands, & vivent plus long-tems que
dans le nôtré ; qu'ils y ont des ufages
& des loix contrairesa ceux des autres
peuples S 2 &c une incroyable eftimés quantité
d'or & d'argent, moins
parmi
eux, que le fer ne left en enfans Europe. de
Quelques-uns ont dit que les
Noé s'étant établis en Sibérie, pafferent
de-là en Canada fur la glace; & Améri- qu'enfuite leurs defcendans nés en Selon
que, allerent peupler le Chinois Pérou. & les
d'autres, ce font les
des colonies
Japonnois qui ont envoyé
incroyable eftimés quantité
d'or & d'argent, moins
parmi
eux, que le fer ne left en enfans Europe. de
Quelques-uns ont dit que les
Noé s'étant établis en Sibérie, pafferent
de-là en Canada fur la glace; & Améri- qu'enfuite leurs defcendans nés en Selon
que, allerent peupler le Chinois Pérou. & les
d'autres, ce font les
des colonies
Japonnois qui ont envoyé --- Page 15 ---
L'ISLE DE S.
dans le Nouveau Monde, DOMINGUE.
les favans ont toujours C'eft ainfi que
que des hommes de
raifonné fur ce
Moins
génie ont inventé,
frappé de ces
que des entreprifes des conjeéures, $
Colomb conçut qu'on
Portugais 5
faire quelque chofe de pouvoir encore
par la feule
plus grand, &
notre univers, infpeation d'une carte de
en avoir
2 il jugea gn'il devoit
roit
un autre ; qu'on le
y
en voguant
trouvedent, & que la plus toujours vers l'occiglobe, qui étoit encore grande partie du
devojr pas être
inconnue, ne
par des mers. Son occupée uniquement
la force de fon
courage fut égal à
grand,
efprit, & d'autant plus
de fes qu'il eut à vaincre les préjugés
refus de contemporains, tous les
& à effuyer les
Il crut devoir princes, d'abord
quer fes vues à fa patrie; 0 ; mais communi- les
nois, refroidis pour les
Gés
mer, par le tort que les voyages de
des Portugais caufcient découvertes
merce
à leur com2 rejetterent ces
comme des fables
propofitions
vifionnaire, &
9 le traiterent de
fion qui
perdirent la feule occagrandir pouvoit s'offrir à eux de s'a3 car avec moins d'argent, de
A y --- Page 16 ---
TO L'ISLE DE S. DOMINGUE. ne leur eni
monde & de vaiffeaux qu'il
la fuite
faut pour conferver la Corfe, conquérir
a fait voir qu'ils auroient pu
de très-grands s'adrefla empires. à Don Juan, roi
Colomb
& cette ouverture fut
de Portugal; ;
à la cour - de Lifd'autant mieux fon reçue mérite y étoit plus
bonne, que
lamufa quelque tems;
connu.Ce prince avoir bien faifi fon
8 quand il crut
dont
idée, il fit préparer un vaifleau, autre
il confia la conduite à un
inuti- capitainél Celui-ci parcourut la mer perfuadé
lement, & revint pleinement
Dans
que le projet éfoit voir chimérique. ainfi trompé,
Tindignation de fe
le Portugal,
Colomb réfolut de quitter
& d'offrir fes fervices à une autre puiffance.
s'adreffer à la
Il ne pouvoit guere étoient en conFrance, oii les affaires
fous la
fufion, & la marine VIII.Le négligée roi d'Anminorité de Charles
refufa d'adopter un projet qui
gleterre
aflurée E 2 &
entrainoit une dépenfe
incertain'offroit que des Maximilien efpérances n'avoit ni
nes. L'empereur une flotte, ni argent pour
port pour Chriftophe n'efpéra dong
réquiper.
Il ne pouvoit guere étoient en conFrance, oii les affaires
fous la
fufion, & la marine VIII.Le négligée roi d'Anminorité de Charles
refufa d'adopter un projet qui
gleterre
aflurée E 2 &
entrainoit une dépenfe
incertain'offroit que des Maximilien efpérances n'avoit ni
nes. L'empereur une flotte, ni argent pour
port pour Chriftophe n'efpéra dong
réquiper. --- Page 17 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE. 11
qu'en la cour d'Efpagne & : à il Ifabelle préfenta ;
fon plan à Ferdinand
tout ce que
mais il eut a combattre & l'envie puFignorance, Topinidtreté On le traita longrent. lui oppoler. hauteur infultante >
tems avec cette
quand ils
que les hommes communs., les hommes
font en place 2 ont pour années de follicide génic. Après huit étoit totalement
tations > fa patience
de la
épuifée : il avoit pris congé deflein d'aller
reine de Caftille, dans le
lorfla Fortune,
en France éprouver & confentit au
qu'lfabelle le rappella, de Gênes voulut
bien que le citoyen
par fon
lui faire. Elle Y fut engagée
vives
confeffeur 2 qui lui fit les plus à la
inftances, 7 pour qa'elle acquielçât Cette cour
demande de cet étranger. toujours
étoit pauvre; & c'eft prefque fait échouer
le défaut d'argent 2 qui Il fallut que le
les grandes entreprifes.
des frais;
confeffeur avançât une partie Pinzon,a achedeux négocians fournir nommés le refte des fommes
verent de
cette expédition; ; &
néceffaires pour Colomb fut nommé amiral
Chriftophe avec tous les appointede FOcéan, 2
A vj --- Page 18 ---
12 L'ISLE DE S. DOMINGUE: atta
mens, privileges & prérogatives
chés au. pavillon E(pagnol. fon armeLe nouvel amiral de trois preffa navires S, &
ment, compofé mois d'Août de Y'anmit à la voile au
navigas
née 1492. Après une épouvantés longue
de
tion, fes équipages étendue des mers qui i-les
Yimmenfe
commencerent
féparoit de leur patrie, s'imaginant que
à pleurer amerement,
jamais la
peut-être ils ne reverroient en leur faiterre. Colomb les raffura, fortes de richeffes,
fant efpérer fait toutes dix- huit lieues ce jourlls avoient
quinze , réfolu
là; il n'en compta que
durant tout
de déguifer ainfi fonjournal fe cruffent tow
le voyage, pour qu'ils de PE(pagne.
jours moins éloignés artifices étoient néceffaiCes petits calmer leur efprit: maisils nc
res pour
toujours fuffifans ; car la
furent Ne périr fur mer, en cherchant
crainte qu'on ne trouveroit jamais,
an pays
de murmures parmi fes
excita plus n'avoit elfuyé de refus des
gens, qu'il de FEurope. Les uns, péné- miprinces trés de frayeur > fe fond croyoient & fans au borg
gieu d'un abime fans
artifices étoient néceffaiCes petits calmer leur efprit: maisils nc
res pour
toujours fuffifans ; car la
furent Ne périr fur mer, en cherchant
crainte qu'on ne trouveroit jamais,
an pays
de murmures parmi fes
excita plus n'avoit elfuyé de refus des
gens, qu'il de FEurope. Les uns, péné- miprinces trés de frayeur > fe fond croyoient & fans au borg
gieu d'un abime fans --- Page 19 ---
LISLE DE S:
nes, 2 toujours prêt DOMINGUE, à les
D'autres fe mirent à cabaler contre engloutir,
chef, qui, par une
leur
-
vagante, avoit
imagination extrapris d'élever fa fortune difoient-ils, entreleur vie. Ils fe
aux dépens de
ment
fiuggérerent
5 qu'ayant été affez réciproquefaire connoitre leur
loin : pour
tems qu'ils retournaflent courage, il étoit
mille, Enfin la
dans leur fales
terreur & le
poufferent à une telle fureur défefpoir 1
quelques uns propoferent
, que
miral dans les flots, & de dejetter dire
PAétoit tombé par accident.
qu'il y
avoit, comme tous ceux
Colomb
des projets
qui forment
thoufiafme qui extraordinaires les roidit
s cet engemens de lignorance. contre les jus
comprit la grandeur du péril; Cependant il
gnant de ne rien entendre, mais feiployoit tantôt les careffes
il emfentations pour les adoucir, cclesrepré tantôt
menaces & l'autorité
les
der. Enfin la révolte pour les intimitante, que n'elpérant devint fi éclafévérité ni de la
plus rien de la
partide faire aux plus douceur, furieux 3 il prit le
polition qui fufpendit leurs nne pro-
-mens : il leur promit que fi dans emportetrois --- Page 20 ---
14 L'ISLE DE S: DOMINGUE: ilres
jours la terre ne paroiffoit point, & s'aprendroit la route d'Europe,
bandonneroit à leur vengeance. avoient
Leurs Majeftés Catholiques de trente écus d'or
promis une penfion
aterre le
à celui qui appercevroitla
mier ; mais pour prévenir
EREE
elles avoient ortions tumultueufes 2 auroit crié trois
donné que quiconque la découvrit, ne fejours avant qu'on
roit plus admis à la récompenfe, enfuite quand
même Pévénement prouveroir Colomb
la vérité de la découverte.
des
affuré par le vol des oifeaux , par fruits
branches d'arbres, 8 quelques
flottoient autour du navire 2 que
qui
n'étoit
éloignée, exhorta
la terre
pas
la nuit,
fes gens à être vigilans pendant la verparce quil étoit perfuadé qu'ils fe trouroient le lendemain. En effet,
yant, à dix heures,du foir dans la chambre de poupe, il apperçut une obferver appa- à
rence de lumiere, &i la fit
plufieurs perfonnes 2 - allumée qui jugerent dans que la
c'étoit une chandelle
Cette vue
cabane de quelque pêcheur. & ils déaugmenta leur précaution côte dont ;
ils n'écouvrirent enfin la
ad:
toient qu'à deux lieues, La penfion
lendemain. En effet,
yant, à dix heures,du foir dans la chambre de poupe, il apperçut une obferver appa- à
rence de lumiere, &i la fit
plufieurs perfonnes 2 - allumée qui jugerent dans que la
c'étoit une chandelle
Cette vue
cabane de quelque pêcheur. & ils déaugmenta leur précaution côte dont ;
ils n'écouvrirent enfin la
ad:
toient qu'à deux lieues, La penfion --- Page 21 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
jugée à l'Amiral, lui fut payée
dant toute fa vie, fur les boucheries pende Seville,
Les premiers rayons du jour firent
reconnoître une ifle longue d'environ
vingt licues, plate& couverte d'herbes.
Alors tous les gens de l'équipage fe
Jettant à genoux devant Colomb, réparerent par des tranfports d'allégreffe,
d'admiration & de reipeét, les chagrins
qu'ils lui avoient caufés; & P'excèsde
leur joie fut porté jufqu'à l'adoration.
En continuant
côte bordée de d'approcher, on vit la
fauvages nuds, qui donnerent de grandes marques d'étonnement 2 prenant les vaiffeaux
pour des créatures vivantes. Ils Efpagnols étoient
eux-même une efpece d'hommes nouvelle pour les Caftillans ; car aucun
d'eux n'avoit de barbe. Ils furent auffi
étonnés du vifage des Européens,
des vaiffeaux & de Partillerie
que
; & ils
regarderent d'abord ces nouveaux hôtes, comme des monfres ou des
qui venoient du ciel lou de l'océan, dieux,
L'Amiral fe fit conduire à terre dans
fa chaloupe bien armée
main, & Pétendard
9 l'épée à la
déployé. Chacun
s'empreffa de débarquer, fe mit à ge- --- Page 22 ---
16 L'ISLE DE S. DoMiNGUs &i
rendre
à Dieu,
noux pour
graces des larmes
baila la terre, en répandant
nomde joie. Colomb s'étant relevé,
ifle
& en prit
ma cette
San-Salyador, de Cafpoffeffion pour la couronne la
tille, avec les formalités 9
pompe qui
& le cérémonial d'un vainqueur de confait fon entrée dans un pays ne fe
quête. Perfonne, en Elpagne,
doutoit alors, qu%il pât y, avoir quelque injuftice as'emparer d'un pays,qui
n'étoit pas habité par des chrétiens. écrivoit
Les Infulaires voyant qu'on
dans cette cérémonie, 2 s'imaginerent
contre
que ces étrangers employoient & prirent la
eux quelque fortilege 2
fuite. On en arrêta quelques-uns & de >
comblés de carefles fens. furent On leur laifla enfuite la liberté
de rejoindre leurs compagnons revin- ; ce
qui les rendit fi familiers, qu'ils ils
rent en plus grand nombre: approcherent des Erpagnols 2 les uns tenant
des perroquets, les autres du coton ,
des.
qu'ils donnoient en échange pour &autres
grains de verre, des fonnettes fi
de conbagatelles. Ils avoient
peu
qu'ils
LSAcNmONETEITA
prenoient les fabres par le tranchant a
ifla enfuite la liberté
de rejoindre leurs compagnons revin- ; ce
qui les rendit fi familiers, qu'ils ils
rent en plus grand nombre: approcherent des Erpagnols 2 les uns tenant
des perroquets, les autres du coton ,
des.
qu'ils donnoient en échange pour &autres
grains de verre, des fonnettes fi
de conbagatelles. Ils avoient
peu
qu'ils
LSAcNmONETEITA
prenoient les fabres par le tranchant a --- Page 23 ---
LYSLE DE S. DOMINGUE:
fans foupconner
voir aucune bleffure qu'ils en puffent receavides de
; & ils étoient Si
vint des pofféder quelque chofe qui
Cafillns, qu'ils recueilloient
julqu'à de vieille des morceaux de pots caffés &z
chaffent faiance; non qu'ils y attaavoient beaucoup de valeur ; mais ils
appartenn à des hommes qu'ils
croyoient defcendus du ciel.
ifle Cependant n'étoir PAmiral voyant
cette
choit,
point la terre
cherretint fix
aST
pour lui fervir ou fept de ces Indiens
la voile
d'interpretes 5 & mit à
pour aller à la découverte d'un
pays plus riche & plus étendu. II
va diverfes petites ifles,
troudonna différens
auxquelles il
ception
noms, tels que la Con.
s'arrêta 2 dans Fernandine, Habelle, &c. Il
celle de Cuba 9 en
poffeffion au nom de fes maitres, prit
arriva enfin dans celle
&
d'hui Saint-1 Domingue. d'Hayti, aujourLes Elpagnols ne furent pas moins
titude furpris de fa grandeur,
de la mulde fes habitans, 3on circuit eft
d'environ trois cens cinquante
& fa pofition
lieues, 2
au milieu de très-avantageufe : placée
elles paroîr leur quantité donner d'autres ifles, 9
la loi, On la --- Page 24 ---
18 L'ISLE DE S. DOMINGUE: &
trouva divifée en cinq royaumes,
fouverainetés moins puifen quelques
le
fantes, dont les feigneurs portoient
nom de Caciques. Ce titre, que les
Caftillans trouverent en ufage à Saintfignifioit Prince ou SeiDomingue,
de Pemployer
gneur. Ils ont continué tous les modans le même fens, pour
de
narques & fouverains particuliers
leurs nouvelles conquêtes : 2 à la réferve
des Empereurs du Mexique & des Incas du Pérou. Le nombre des habitans
d'Hayti montoit à près de deux mil:
lions; & dansles guerres qu'ils eurent
dans la fuite avec les Caftillans, on
nous repréfente ces derniers, combattant contre des armées de cent mille
hommes rangés fous les étendards d'un
feul chef.
infulaires étoit
Le commun de ces mais affez bien
d'une taille médiocre ,.
Ils avoient le teint baproportionnée. fané, les traits du vifage hideux 8 groffiers, les narines fort ouvertes, les
cheveux longs, & nulle forte de poil
fur le refte du corps. Ils fe donnoient
auffi, & regardoient comme un agrément 2 cette forme de tête qui leut
ôtoit prefque tout le front. Les en-
ul chef.
infulaires étoit
Le commun de ces mais affez bien
d'une taille médiocre ,.
Ils avoient le teint baproportionnée. fané, les traits du vifage hideux 8 groffiers, les narines fort ouvertes, les
cheveux longs, & nulle forte de poil
fur le refte du corps. Ils fe donnoient
auffi, & regardoient comme un agrément 2 cette forme de tête qui leut
ôtoit prefque tout le front. Les en- --- Page 25 ---
LISLE DE S.
fans n'étoient
DOMINGUE: 19
meres la leur pas ferroient plutôt nés, que les
planches; & cette méthode, entre deux
le crâne replié, le rendoit fi qui itenoit
les Elpagnols caffoient
dur,
leurs épécs en
Sitgu2is
ces malheureux. frappart fur la tête de
Les hommes
nuds, & n'avoient
alloient
coupde foin de fe couvrir pas même le
beaucorps. Les femmes
milieu du
pece de juppe
portoient une efpas au-delà des 2 qui ne leur defcendoit
tiérement
genoux : les filles enhonte aux découvertes, s'offroient fans
regards des hommes,
qu'elles étoient voilées de leur parce
cence,
innoLa vie de ces Indiens fe
une parfaite indolence - : & paffoit fi la dans
fité les tiroit
nécef.
tion, c'étoit quelquefois de leur inacpêche, Ils
pour la chaffe ou pour la
de ces
employoient dans le premier
chiens exercices, une efpece de petits
fort vanté muets, 2 dont les Elpagnols ont
linduftie, mais le plus fouvent, ces barbares fe
mettre le feu aux
contentoient de
prairie, dont Pherbe, quatre coins d'une
foleil, s'enflammoit defféchée par le
linfant ils la trouvoient aifément; & dans
bier à moitié roti.
pleine de gi --- Page 26 ---
io LISLE DE S. DOMINGUE:
mangeoient peu ; 8cleur
Cespeuples
ordinaire étoit des
nourriture la plus
Ils emracines & des coquillages. du jour à danfer,
ployoient une dormir. partie Ils étoient doux 2
& Pautre à
fans apparence
fimples & humains 9.
comme fans
d'efprit & de mémoire, fiel. Ils ne favoient
malignité 8 fans nulle envie d'aprien, 2 & n'avoient chanfons leur teprendre. Quelques & Fenfermoient
noient lieu de livres,
hiftoriques.
toutes leurs connoiffances
de
Quand elles étoient accompagnées le chant
un des ateurs régloit
danfes, 9
les hommes d'un côté, ies'
& les pas,
ou les deux fexes
femmes de Pautre, Chacun prenoit un
mêlés enfemble. d'Y, dont il fe mettuyau en forme branches dans les narines,
toit les deux
la fumée de
& tiroit, par le étendues nez 9 fur des brafeuilles de tabac
L'ivreffe fuivoit
fiers moitié allumés.
affoupi
auffi-tôt 00 : & lon demeuroit étoit tombé. Les
dans le lieu oùt lon alors étoient
fonges qui arrivoient avis du 2 ciel. Reregardés comme des
Pinftrument
marquez en paffant que fumer, fe
dont il fe fervoient
chercher
Tabaco ;
CEf
nommoit
endues nez 9 fur des brafeuilles de tabac
L'ivreffe fuivoit
fiers moitié allumés.
affoupi
auffi-tôt 00 : & lon demeuroit étoit tombé. Les
dans le lieu oùt lon alors étoient
fonges qui arrivoient avis du 2 ciel. Reregardés comme des
Pinftrument
marquez en paffant que fumer, fe
dont il fe fervoient
chercher
Tabaco ;
CEf
nommoit --- Page 27 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE, 2Y
ailleurs Porigine du mot de Tabac?
Ces infulaires ne connoiffant aucunes bornes dans leurs débauches,
étoient prefque tous attaqués de ce mal
cruel & immonde, que les Caftillans
reçurent d'eux, & qu'ils communiquerent au refte de Punivers. Ce venin terrible & deftrugteur, qui
fonne les fources de la vie
empoirompt la maffe générale des 2 qui corfappe les fondemens de P'organifation, humeurs,
enleve une infinité d'individus dégrade Pefpece, & fe tranfmet, comme 2
un funefte héritage, aux races
cette maladie fi commune, n'eft futures; ni ancienne, ni née parmi nous, Elle étoit
propre de PAmérique, & particuliérement de
pelte & la Saint-Domingue, petite vérole font comme la
de la Numidie. Ce n'eft
originaires
qui fe foit naturellement point un vice
dans Pun des deux fexes, ni développé
être produit
qui puille
par l'habitation d'un
me & d'une femme qui n'ont point hom- de
mal. Les approches les plus
& les plus multipliées sn'ont rien fréquentes de dangereux, quand on eft fain de part &
d'autre. Il n'eft donc pas la fuite de
Fexcès dans les plaifirs; cet excès n'a- --- Page 28 ---
LISLE DE S. DOMINGUE, la na22
été puni ainfi par
voit jamais T'ancien monde; & aujour- la
ture, dans un moment d'oubli, du
d'hui, chafte après union peut être fuivie le
plus
cruel, le plus honteux,
Aéau le plus & le plus durable, dont
plus opiniltre humain foit affligé. Les Afiati- &
le genre dont le climat eft rès-chaud,
ques,
fe raffafier de volupté,
qui ne peuvent infeétés de ce Roilon.1i
n'étoient point
ceft aux
eft donc très-décidé , que Colomb 2
de Criftophe
du
compagnons
à la découverte la
& conléq.emment Monde, que nous devons
Nouveau
eft une des pringrande maladie,
de
caufes de dépopulation il n'en
cipales Vancien. Avant cette époque, notre contiétoit pas queftion dans Celfe, Gallien 2
nent : Hypocrate 2 tous les médecins 2
Pline, en un mot, tous les hiftoriens,
tous les naturaliftes, anciens & modernes 2
tous les poêtes
fiecle, n'ont
jufqu'à la fin du quinzieme hideux & terrible 3
rien dit de ce mal
& la mort
en portant le poifon de PAmé-
: le fein des conquérans fi cruellement
rique 2 1 la venge encore lEurope a pu
de tous les maux que
lui faire,
les médecins 2
Pline, en un mot, tous les hiftoriens,
tous les naturaliftes, anciens & modernes 2
tous les poêtes
fiecle, n'ont
jufqu'à la fin du quinzieme hideux & terrible 3
rien dit de ce mal
& la mort
en portant le poifon de PAmé-
: le fein des conquérans fi cruellement
rique 2 1 la venge encore lEurope a pu
de tous les maux que
lui faire, --- Page 29 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
Joignez à ce filence, 2 celui des auteurs qui ont raconté en détail toutes
les débauches des princes de leur tems.
Aucun de ces derniers n'auroit-il été
attaqué d'un mal, fruit de limpudicité
effrenée ? Depuis fa naiffance, que de
grands monarques ne comptons-nous
pas au nombre de ceux que Rabelais
appelle précieux vérolés. : Un
reur Charles V, un FrançoisI, un Empe- Char.
les IX, fuivant les aétes de la chambre
des comptes 5 un Henri iII, felon Mézerai, fans parler d'une infinité d'autres perfonnages illuftres s qui ont
payé ce malheureux & trifte tribut à
la volupté. Comment fuppofer encore
le filence profond & difcret de tous
les poètes fatyriques &z épigrammatiques de l'antiquité, fur un accident
pouvoit feul fournir cent traits de tant
leries qui a donné lieu de plaifanter de
tant de façons à un Rabelais, à un Marot, à un Baif, à un Théophile, à un
Sigogne, à un Bathelot, à un SaintAmant, à un Regnier?
D'un autre côté, pourquoi cet embarras, cet étonnement des médecins,
lorfqu'ils virent paroître ce nouveau
phénomene de la débauche ? Leurs
écrits témoignent unanimement, qu'ils --- Page 30 ---
LISLE DE S. DOMINGUE: de ce
jamais entendu parler d'abord
n'avoient
Il fe manifefta fe commal étrange.
de Naples,
dans le royaume Françoife - 2 & paffa
muniqua à Parmée nations Européenses.
chez toutes les
& lappellent
Les Italiens Tappellerent François, parce qu'ils
encore le mal
Vavions apporté
crurent que nous le roi Charles VIIL
chez eux 9 lorfque
Les François au
fit le fiége de Naples. 2 avec plus de
contraire le nomment
du lieu oit
raifon, le mal de Naples, la premiere fois.
ils le connurent pour fi rapides 9 qu'en
Il fit des progrès tout notre hémifmoins de trois ans. 2 car un des principhere s'en reffentit: de ce levain contapaux caraéteres dit-on, de fe communigieux, étoit, encore plus facilement
quer alors 9
On prétend
qu'il ne fait awjoundbai, les effets de ce mal
pour reffentir
qui n'eft malhesreufement fuffifoit, quand
il
EEE
que trop francifé, de toucher quelquun
ona avoit chaud, maléficié. L'amant
en fut
baifer fur les
TE
qui dent,, qui cueilloit un qui, à table auvres de fa maitreffe; faififloit des morceaux
près d'elle, 7 fe
de fa bouche s
guiavoicot approché
ou
joundbai, les effets de ce mal
pour reffentir
qui n'eft malhesreufement fuffifoit, quand
il
EEE
que trop francifé, de toucher quelquun
ona avoit chaud, maléficié. L'amant
en fut
baifer fur les
TE
qui dent,, qui cueilloit un qui, à table auvres de fa maitreffe; faififloit des morceaux
près d'elle, 7 fe
de fa bouche s
guiavoicot approché
ou --- Page 31 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
ou lui déroboit le verre dans
elle avoit laiffé un refte de 2
lequel
fongeoit
liqueur 9 ne
pas qu'ils'enivroit de plaifirs
empoifonnés.On. cite un jeune homme,
qui n'ayant fait que porter le doigt
dans un fanétuaire redoutable, & de
là à fon nez, fans s'être lavé la
gagna la & perditle nez.
main,
Egalement furpris & fatisfaits de cetté
merveilleufe aétivité de la nature 3 les
médecins fe féliciterent de cette fource
nouvelle & abondante de richeffes
leur art. S'ils n'ont plus cette lepre pour fameufe, effacée par vétufté & anéantie
par.le tems, ils en: font bien dédommagés par l'acquifition d'un autre mal
plus rapide dans fes
plus
>
rié dans fes fymptômes, progrès,
Vadans fes effets, plus funefte plus dans terrible
fes
fuires, plus aifé à fe communiquer
plus difficile à guérir. L'exiftence de 9
ce nouvel ennemi de la race humaine,
multiplie les reffources de leur profeffion, étend les limites de leur
augmente le nombre de leurs fujets empire, & 7
de leurs viétimes. Voila, avec lor &
les remedes du nouveau monde
que leur a valu fa découverte.
2 ce
: Les emportemens de
Tome XI,
Fincontinence,
B --- Page 32 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE:
n'étoient- modérés
dans l'ifle d'Hayti,
le nombre
aucune loi qui réglât
d'autre
par femmes. Chacun. n'avoit
des
fes facultés; & le premiet la nafrein que
étoit le feul que
degré du fang
Entre les femmes du
ture fit refpeder. il
en avoit une qui
même mari, y difinétion, mais
jouiffoit de quelque fupériorité fur fes compafans aucune
de Tépoux, , quelquesgnes. A la mort enfevelir toutes vives
unes fe failoient tombean; mais ces exem:
dansle même
8c volontaires.
ples étoient rares habitans d'Hayti ne
Quoique les
comme nous ? le
connuffent point qu'ils >
n'y attachoient
prix de elor, parce valeur, ils nel laiffoient
la même
MEES
pas
avec foin. Il paroit
de le recueillir
comme une
me qu'ils le regardoient n'alloientà cette
chofelacrée, puifquils s'y être préparés
recherche qu'après
Colomb
par le. jeûne & la de continence. faire imiter cet
avoit entrepris
4 - en les obliexemple aux Efpagnols, avant que d'aller.
communier
qu'ils
geantde
mais tout Elpagnols
aux mines :
leur faire goûter cette
étoient, il ne put
pieufe pratique.
de ces Indiens
Le
les fouve-
-
Ronvemement
étoit delpotique 5 cependant
'y être préparés
recherche qu'après
Colomb
par le. jeûne & la de continence. faire imiter cet
avoit entrepris
4 - en les obliexemple aux Efpagnols, avant que d'aller.
communier
qu'ils
geantde
mais tout Elpagnols
aux mines :
leur faire goûter cette
étoient, il ne put
pieufe pratique.
de ces Indiens
Le
les fouve-
-
Ronvemement
étoit delpotique 5 cependant --- Page 33 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
rains n'abufoient pas de leur pouvoir. 27
La plus févere de leurs loix
le vol: le coupable étoit
regardoit
qu'il fit permis d'intercéder empalé . > fans
en fa faveur. Cette rigueur avoit produit la
plus grande confiance dans le commerce de la vie.
Les prêtres exerçoient l'office de
médecins, & faifoient entrerb
de fourberie dans la maniere beaucoup dont ils
traitoient leurs malades. Après diverfes
cérémonies, ils furçoient la partie infirme; & feignant d'en tirer une épine
qu'ils avoient eu foin de mettre dans
leur bouche, ils la donnoient comme la
caufe du mal. Plufieurs avoient la méchanceté d'attribuer la maladie à quelparticulier, & le mettoient
S la néceflité d'avoir
par-là,
recours à leur
proteétion.
La religion de l'ifle n'étoit
tiffu de fuperftitions. Elle
qu'un
fes dieux fous différentes repréfentoit
avoient tout à la fois quelque figures, chofe
bizarre
E
& d'affreux. Les plus
tables étoient celles de quelques fuppor- animaux, tels que des tortues, des couleuvres & des crocodiles. Si cette Variété d'idoles perfuadoit taux habitans
:
Bij --- Page 34 ---
28 L'ISLE DE S. DOMINGUE: dieux, il n'étoit
quily avoit plufieurs qu'un tel excès de
pas moins les naturel leur fit regarder comme de
difformié malfaifans : auffi l'objet
des êtres n'étoit-il que de les appaifer.
leur culte
aucun temple,
Gomme ils n'avoient les
à tous les
leur ufage étoit de
placer d'en orner les
coins de leurs maifons,
limage
meubles, & de s'en de imprimer leur corps. il
en divers endroits que les ayant fans
n'eft pas furprenant les yeux 2 ils les viflent
cefle devant
c'eft ce qui
fouvent dans leurs (onges: Efpagnols , que
a fait dire aux crédules à eux, & rendoit
le démon fe montroit Une de ces prédidions andes oracles.
viendroient
nonçoit que des étrangers détruire leur
un jour de FOrient, pour mife en chant;
Cette tradition,,
deftinés à
pays. dans certains jours.
fervoit de triftes cérémonies.
fur les
nos regards
Si nous portons de PAmérique, nous
diverfes contrées
de cette
trouverons que les peuples ont tous été les
du monde
vafte partie les viéimes de femblables
dupes & Vous avez vu les farou- réprophétics.
fe foumettre, fans
ches Mexicains
encore plus
Gfance, à des vainqueurs
en chant;
Cette tradition,,
deftinés à
pays. dans certains jours.
fervoit de triftes cérémonies.
fur les
nos regards
Si nous portons de PAmérique, nous
diverfes contrées
de cette
trouverons que les peuples ont tous été les
du monde
vafte partie les viéimes de femblables
dupes & Vous avez vu les farou- réprophétics.
fe foumettre, fans
ches Mexicains
encore plus
Gfance, à des vainqueurs --- Page 35 ---
L'ISLE DE S. DOMINGUE.
farouches.
devient la L'empire de Montezuma
l'on imagine proie des Caftillans, en qui
rans amnoncés reconnoître des conqués
& par des
par les oracles du pays,
percevoir dansle phénomenes ciel. qu'on croit ap.
même attente,
Vous avez vu la
dans les habitans vague & indéterminée
bion : les
de la Nouvelle-Al:
comme des Européens y font traités
crifices
dieux; on leur offre des falesprenoit qui montrent vifiblement qu'on
qui venoient pour des divinités cruelles, 2
François furent pour exterminer. Les
voyés du
reçus comme les enMiflifipi. Vous foleil, par les peuples du
des Péruviens, verrez la prévention
nourrie par la même
faperftition, s: adorer une troupe d'E(
bientôr pagnols fanguinaires & avares
deviennent les bourreaux & 2 qui les
deftruéteurs d'une nation,
fes
verains rendoient la plus heureufe que
foul
Funivers, Ces princes eux-mêmes de
frent qu'on les
fouf.
miffion
égorge, ? par une foude la aveugle aux décrets prétendus
prophétie, providence, &càje ne fais
dont ils croient voir quelle l'accompliffement. D'indignes
profitent de ces difpofitions ufurpateurs
pour les
Bilj --- Page 36 ---
30 L'ISLE DE S. DOMINGUE. leur avarice:
affervir & les immoler à fe livrent 2
Ces infortunées viaimes
8 leur
à leurs tyrans,
avec fimplicité, leurs excès (ans murmurer,
pardonnent
été
par des
parce qu'ils ont
prédits
oracles.
ont recherché l'origine
Ceux qui
des peuples
de cette opinion générale l'avoir trouvée
de PAmérique, croient univerfellement rédans la tradition
d'un Dieu fur la
pandue de la venue Ce dogme s'éterre à la fin des tems.
du
dans cette partie
tant corrompu dans prefque toutes
monde 2 comme convertit en une attente
les autres,fe fut la fource de toutes les
vague, qui de fes malheureux habitans.
calamités
devoient venir
C'étoit de POrient que du ciel, annonces
prétendus députés
; non qu'ils
cés par leurs prophetes de nos contrées 9
euffent connoifance habitées 5 mais
ni qu'ils les cruffent de TOrient , que le foleil
c'eft du côté
& c'eft là qu'il
fe montre d'abord ;
& femble
commence fes révolutions, faut-il chercher
reflufciter la nature :
de toutesles
une autre caufe du refpedt remarquable de
nations pour ce point image de la diviYunivers? Cet altre,
'ils
cés par leurs prophetes de nos contrées 9
euffent connoifance habitées 5 mais
ni qu'ils les cruffent de TOrient , que le foleil
c'eft du côté
& c'eft là qu'il
fe montre d'abord ;
& femble
commence fes révolutions, faut-il chercher
reflufciter la nature :
de toutesles
une autre caufe du refpedt remarquable de
nations pour ce point image de la diviYunivers? Cet altre, --- Page 37 ---
LISLE DE S. DOMINGUE,
3:
nité 2 fembloit, en parcourant le ciel,
indiquer la route de ces Envoyés de
Dieu: doit-on s'étonner fi l'Orient a
été pour ces peuples, le pole de leurs
efpérances ou de leurs craintes, &lorigine des grands événemens :
Je fuis, &c.
Sur la route de Saint- Domingue, ce 3
Juin 1750.
& a
Biv --- Page 38 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
32.
LETTRE CXXV.
SUITE DE SAINT-DOMINGUE
Vous venez de voir ce qu'étoient
les habitans de l'ifle d'Hayti à P'arrivée
Caftillans. Colomb aborda dans un
des
Saint-Nicolas ; mais
port quil appella la fuite à fon approles Indiens prirent établir aucun comche. Ne pouvant il continua fa route
merce avec eux 2 vers le nord, & aren fuivant la côté
nomma la
riva dans un autre lieu qu'il
Conception. Les infulaires ne marquede difpofitions à s'approrent pas plus
répancher des Elpagnols : l'alarmefe
de
dit même dans toutes les parties des
Tifle; par-tout on ne voyoit que
abandonnées & des campagnes
côtes
Quelques matelots ayant pédéfertes.
trouverent une
nétré dans un bois, y
au vaifjeane femme qu'ils amenerent & fans
feau. On Phabilla proprements conduifit à fa
lui faire d'infulte, on la
Le lendetroupe chargée de préfens. nombre d'habimain on vit un grand --- Page 39 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
tans qui prenoient volontairement 33
chemin du
le
port :
# toient fur leurs
quelques-uns porqu'on leur avoit épaules S la femme
renvoyée ; fon mari
Facompagnoits cimens à
pour faire fes remer-
:
TAmiral.Colombs
que plus
appritd'eux,
roit
loin, 2 vers l'Orient, il trouveune contrée abondante en
ce que
or; ; c'eft
-
Un cherchoient les Efpagnols,
Cacique vint les trouver avec
pompe, porté dans une efpece de
lanquin , & efcorté de deux
pahommes nuds comme iui, II
cens
fans héfiter, fur le bord de monta, 2
entra dans la chambre de TAmiral,
accompagné de deux de fes cérémonie 2
officiers 2 & s'affit aux
principaux de
lomb. Il fut
pieds
Copréfenta du reçu vin avec refpeét; on lui
goûté, il en
; & dès qu'il en eut
étoient reftés envoya fur le à fes gens qui
à l'Amiral une ceinture pont. Il donna
deux pieces d'or fort travaillée, &z
en échange d'autres
minces, reçut
rent lui être
préfens qui paruà Colomb, agréables, & fit entendre
commandement. que toute Pifle étoit à fon
Le foir il fut mis à
terre, &
comme il avoit paru le
on le falua d'une
defirer;
décharge de plu:
B Y
envoya fur le à fes gens qui
à l'Amiral une ceinture pont. Il donna
deux pieces d'or fort travaillée, &z
en échange d'autres
minces, reçut
rent lui être
préfens qui paruà Colomb, agréables, & fit entendre
commandement. que toute Pifle étoit à fon
Le foir il fut mis à
terre, &
comme il avoit paru le
on le falua d'une
defirer;
décharge de plu:
B Y --- Page 40 ---
34 SUITE DE dont S. DOMINGUE. le bruit lui infpira
fieurs canons,
de frayeur, Cepenmoins de plaifr que de cette réception,
dant il fur fi content fes
de régaler ces
qu'il ordonna à
gens dans le lieu
étrangers; & il retourna
devant
de fa réfidence , faifant porter avec autant
lui les préfens de d'oftentation. PAmiral,
de
habitans que de cette partie de Pifle leur
ErS
les fentimens de
entrerent dans
Pardeur des Caffouverain; : & voyant de For, ils leur aptillans pour avoir
avoient de ce
porterent tout ce A la qu'ils vérité, leur pafion
précieux métal. ardente pour les ban'étoit pas mioins diftribuoit en échangatelles qu'on leur
les fonnettes >
8c fur-tout pour récréoit GinguliéreScar le bruit les
comme à l'enment. Ils approchoient levant >
des lames
vi, du vailleau, en
craindre
d'or furleur tête, & fuffent paroiffant point accepque'leurs offres ne
qui en tenoit à
tées. Un d'entre eux, du-poids d'un dela main un morceau l'autre main, pour
mi-marc, étendit
donna fon or,
secevoir une fonnette, de toutes 2
fes forces,
& fe mit à fuir
le Cafillan fe
dans la crainte que ne le rappellat I 2 ou
croyant trompé, lui. 2
ne couriit après --- Page 41 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
L'agrément que trouverent Tei2
pagnols dans la nature & les productions de l'ifle 2 ainfi
dans le caractere de ce peuple, 2. 8 l'amitié du Cacique (il fe nommoit Guaçanariq) les
détermina à s'y établir. Ils y furent
d'autant plus encouragés, que ce dernier, bien loin d'en prendre
les y exhortoit fort, & les ombrage, regardoit
comme des allicsutiles, qui,
le feu du ciel, le ferviroient pofédant
fes ennemis, Colomb
de contre
rendre qu'à fes
feignant
ne fe
fort
inftances, fit bâtir-un
avec le fecours de ces infulaires
quitravailloient gaiement à forgerleurs 2
fers : il le fournit de provifions, de
munitions, d'armes, & de
mit une garnifon de trente-fix canons, y
qu'il recommanda au Cacique hommes,
tourna en Efpagne informer leurs 2 &re- Majeftés Catholiques des pays qu'il avoit
joints à leur empire.
Durant fa route, il fut affailli d'une
tempête fi furieufe, quele naufrage parutinévitable.Dans une lettre, Colomb
sendcompteauRoide quelques circonf.
tances de cet événement. (
5> des momens
Ily avoit
2 dit-il, où
>>
je croyois
que pour le châtiment de mes péchés,
B vj
tourna en Efpagne informer leurs 2 &re- Majeftés Catholiques des pays qu'il avoit
joints à leur empire.
Durant fa route, il fut affailli d'une
tempête fi furieufe, quele naufrage parutinévitable.Dans une lettre, Colomb
sendcompteauRoide quelques circonf.
tances de cet événement. (
5> des momens
Ily avoit
2 dit-il, où
>>
je croyois
que pour le châtiment de mes péchés,
B vj --- Page 42 ---
36 SUITE DE S. DOMINGUE: me
de Dieu ne vouloit pas
>> lajuftice
de ma gloire. Cependant
>> laiffer jouir
mes
>> je ne pouvois me perfuader que à
ne vinffent un jour
>> découvertes
& pour vous en
>> votre connoifance; moi-même, javois écrit
5 informer
lignes
>> péndant la tempête, quelques le nom des
>> fur un parchemin, acquifes avec
à votre
>> terres que Javois
Ifalloit tenir
la route qu'il
>> Couronne, 8 le tems que j'avois
>> pour y aller,
Jinformois
>> employé à mon voyage. coutumes des hades
>> votre Majefté
du
& de
>> bitans, de la nature
pays, laiffée
5> la colonie que iy avois
la
ROAE
>> vous en conferver poffeffion: de mon ca-
>> vois ferméle parchemin
d'une
>) chet : je l'avois mis enveloppé dans un baril bien
> toile cirée, &
à votre
>> bouché, avec une infcription
l'avois jetté dans la mer 2
> Majefté.Je fi nous avions tous péri
> efpérant que
navigateur
>> dans les flots 2 quelque Peût
Pauroit trouvé, vous
ap-
>> qui
9> porté >.
la tempête fe calma;
Heureufement aborda à Lisbonne. Les
& Colomb
Cour eurent ordre
feigneurs de cette
& de laccomd'aller au devant de lui, --- Page 43 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
fit pagner jufqu'au palais, où le Roi 37 lui
un accueil
mais"
réception,
honorable;
cette
n'approche quelque flatteufe qu'elle fut,
point de celle
en Elpagne, oùt fon
qu'on lui fit
par les
retour fut célébré
tran/ports de la joie la
univerfelle. Sans attendre les ordres plus
fupérieurs 2 les boutiques furent
mées à Palos ; toutes les
fernerent; & a les chemins étoient cloches fonde gens de tous états
couverts
bloient en
9 qui s'affemapplaudir à troupes fes
pour le voir, pour
pler
fuccès 2 & contem2 avec une admiration
tueufe , cet homme
refpecqui is'étant ouvert,
extraordinaire, des
connues jufqu'alors, par
reutes inveau
Tentréed'un noudoublé monde, les
2 avoir, pour ainfi dire, 2
ceuvres de la
.
création.
L'Amiral, en fortant du
reçut des honneurs qu'on n'avoit vailfeau,
mais vu rendre qu'aux têtes
janées. Les Indiens dont il étoit couronpagné, les raretés du
accomfur-tout qu'il ne
pays, & Por
aux yeux des fpeétateurs, manquoit pas d'étaler
beaucoup de part à leurs àvoient auffi
Cette multitude
acclamations.
d'objets
que Fimagination & la vanité étrangers 2
por-
fortant du
reçut des honneurs qu'on n'avoit vailfeau,
mais vu rendre qu'aux têtes
janées. Les Indiens dont il étoit couronpagné, les raretés du
accomfur-tout qu'il ne
pays, & Por
aux yeux des fpeétateurs, manquoit pas d'étaler
beaucoup de part à leurs àvoient auffi
Cette multitude
acclamations.
d'objets
que Fimagination & la vanité étrangers 2
por- --- Page 44 ---
38 SUITE DE S. DOMINGUE. fembloitles
toient au-delà du naturel,
tranfporter dans ces nouvelles régions, bientôt
d'ou ils fe flattoient de voir
dans
couler des richeffes inépuifables Les cris de joie
le fein de leur patrie. inftant , & jaredoubloient à chaque
plus glomais homme n'eut un jour innocent ;
rieux, ni un triomphe plus détruit des naColomb n'avoit point découvrir de noutions ; il venoit d'en
velles. Nobleffe & le Peuple le fuivirent
La
de Ferdinand & d'Ifajufqu'aux pieds
gagna jufqu'aux
belle. L'enthoufiafme étoient affis fur de riSouverains; & ils fous un dais de drap d'or.
ches tapis,
approcha
pour
Ils fe lever ent, lorfqu'ii
de s'alleur baifer la main, robligerent & le traiterent
feoir en leur Grand préfence, de la premiere claffe,
comme un rendu le plus important ferqui avoit
& le plus contribuéa la
vice à l'état ,
Pour donner
de leur regne.
grandeur forme folide à toutes ces marques de
une
Colomb fut gratifné
d'honneur 2 lettres patentes 2 qui augnouvelles éclaireifloient & confirmentoient t,
avoit déjà
moient les privileges
viceroyaaté
On étendoit
E
obtenus. --- Page 45 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
& fon amirauté fur tous les
avoit découverts &
pays qu'il
vrir, Le titre de Dom pourreit lui fut accordé, découainfi qu'à fes freres & à fes enfans. Il 9
pouvoit ajouter à toutes ces qualités
celle de bienfaiteur de Ferdinand & 9
d'Ifabelle.
Les grands, à l'exemple de leurs
fouverains, s'accorderent àle combler
d'honneurs. Dans les feftins qu'ils lui
donnerent tour à tour, 2 non-feulement
ils lui firent prendre la premiere place,
mais il y. eut ordre de ne rien lui préfenter, dont on n'eûit fait Feffai. Enfin
il fut regardé comme un homme envoyé du ciel, pour réunir deux hémifpheres, 2 que des-efpaces immenfes &
des mers fans bornes tenoient féparés
depuis leur création. C'étoit à quis'intérefleroit à fes
entreprifes 9 à qui
s'embarqueroit fous fes
car il
fut réfolu
ordres;
qu'il retourneroit avec de
nouvelles forces 2 pour foutenir la Colonie qu'il venoit de fonder,
de nouvelles
7 pour faire
découvertes.
Ce fut alors
différends
que, 2 pour prévenir les
les
qui pouvoient naître entre
couronnes a'Eipagne & de Portugal, le Pape fit ce fameux
partage s
oit à fes
entreprifes 9 à qui
s'embarqueroit fous fes
car il
fut réfolu
ordres;
qu'il retourneroit avec de
nouvelles forces 2 pour foutenir la Colonie qu'il venoit de fonder,
de nouvelles
7 pour faire
découvertes.
Ce fut alors
différends
que, 2 pour prévenir les
les
qui pouvoient naître entre
couronnes a'Eipagne & de Portugal, le Pape fit ce fameux
partage s --- Page 46 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
40 nommé la ligne de marcation, par le:
quelilréglor leurs bornes relpellives, des
volontairement
& leur accordoit bienloin d'avoir la poffef
dont, 2
même la connoifET, il n'avoit pas
d'un feul trait
fance. Par-là fut jugé,
de plume - ? fur une carte de géographi- Punivers.
le plus grand procès tirée d'un pole
Seel ligne imaginaire;
coupoit en deux parties
à Fautre,
entre
N
les, Pefpace qui fe trouve Vert. Ce
ifles Açores & celles du Cap
à PEfqui étoit à Poccident t 2 fut donné en pofpaghe; 8z le Portugal demeura pour.
ieffion de toutes les terres qu'on
Il
déformais conquérir à TOrient.
roit
dans la fuite 9 le voyage
eft vrai que dérangea la ligne du Pape:
de Magelian
les Pailippines,les
lesifles Mariannes,
à POrient des
Moluques fe trouvent : il fallut donc
poffefions Portugaifes qu'on appella
tracer une autre Vous ligne, favez cette plaide démarcation.
I. wLes rois d'Effanterie de François
difoit ce prin-
> pagne & de Portugal; entr'eux le Nouveau
9> ce, ont partagé
laiffer une part 5
>> Monde > 2 fans m'en
fiffent voir le
nje voudrois qu'ils me
leur donne
niefament d'Adam, 2 qui --- Page 47 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
> ce droit >>. Toutes ces lignes furent 41
encore
dérangées, 2 lorfque les Portugais aborderent au Bréfil; ; elles ne fitrent pas plusrefpeâtées parles François,
les. Anglois, les Hollandois, les Danois, qui allerent s'établir, les unsdans
les Indes orientales, les autres en Amé.
rique.
Les bulles du Pape qui
les limites
marquoient
réciproques des deux Couronnes, arriverent dans le tems que
Colomb fe difpofoit à fa feconde eXpédition, Il prépara toutes chofes avec
tant de diligence :
très-peu de
tems, dix-fept CARter de différenà tes la grandeur 2 furent prêts à mettre
bre voile. On engagea un grand nomd'artifans & de
- le fervice de la colonie laboureurs ; & le defir pour de
lor, ainfi quele fuccès de la premiere
entreprife, attira tant de volontaires,
fut obligé d'en renvoyer plu.
L'Amiral fe
Rrot
borna à quinze cens
perfonnes - 2 parmi lefquelles on
toit beaucoup de Nobleffe, contre comp- l'ordinaire de ces fortes d'émigrations,
prefque toujours compofées d'un ramas de'canailles & de brigands S dont
on cherche à purger l'état & les pri:
ir pour de
lor, ainfi quele fuccès de la premiere
entreprife, attira tant de volontaires,
fut obligé d'en renvoyer plu.
L'Amiral fe
Rrot
borna à quinze cens
perfonnes - 2 parmi lefquelles on
toit beaucoup de Nobleffe, contre comp- l'ordinaire de ces fortes d'émigrations,
prefque toujours compofées d'un ramas de'canailles & de brigands S dont
on cherche à purger l'état & les pri: --- Page 48 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: dont on a
fons, ou de mauvais fujets mit aufli fur les
envie de fe défaire. On
des ânes &
vaiffeaux, des chevaux,
teld'autres animaux, qui multiplierent races
lement, que de ces premieres dans la
font forties toutes celles qui, Monde.
fuite, ont peuplé éle Nouveau de tout ce qui
Après s'être pourvu d'un nouvel
peut fervir aux progrès
de Cadix
établiffement, Colomb partit
Suden 1493, & dirigea fon cours aul ifles,
Oueft. Il découvrit de nouvelles qu'il e
qu'il nomma la Dominique, Marie.-Galant, parce
yaborda le dimanche, navire, & la
du nom de fon propre couvent d'EfGuadaloupe, de celuid'un
dont il connoiffoit quelques
pagne 2
religieux.
il vit la
Arrivé à Saint Domingue, lamentable. Ce
colonie dans un état
la forn'étoit
ruine & défolation:1
ne
tereffe Rtei brûlée ; & perfonne
paroiffoit fur la côte. Après quelques de
recherches, on trouva les corps
plufieurs Efpagnols morts depuis peu
de tems; & Pon apprit que les s'étoient autres
étoient tués ou difperfés. Ils
attirés cette infortune par leur orgueil,
leur licence &leur tyrannieil-edoigne. --- Page 49 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
ment de l'Amiral avoit caufé ce dé- 43
faftre: : la divifion introduifit le défordre; le libertinage y mit le comble.
Egalement avares & débauchés, ils s'étoient répandus dans les lieux voifins
de leur fort, fe jettant avec fureur fur
For & fur les femmes des Indiens, dont
leur cruauté & leur violence leur fit
des ennemis irréconciliables, Un Cacique en furprit quelques-u uns qui enlevoient fes femmes, & les maflacra.
Ce fut le fignal du foulevement général; & l'on ne fit plus de
à
ceux qu'on put découvrir. Le quartier fuccès
enfla le coeur des Infulaires,
perçurent enfin que ces hommes, quis'ap- qu'ils
croyoient fi invincibles : 5 n'étoient ni
invulncrables, ni immortels.
Dégoûté d'un lieu qui avoit été le
théâtre de tant d'horrenr, & trouvant
dans le voilinage un endroit plus commode, Colomb y bâtit une ville
appella Ifabelle, du nom de la
avoit un
hdtaet
liy
très-bon port; & à la diftance d'une portée de fleche, couloit
une riviere qu'on pouvoit aifément
faire paffer au milieu de la ville. De
l'autre côté étoit une plaine, dont on
apprit que les mines d'argent de Cibao
de tant d'horrenr, & trouvant
dans le voilinage un endroit plus commode, Colomb y bâtit une ville
appella Ifabelle, du nom de la
avoit un
hdtaet
liy
très-bon port; & à la diftance d'une portée de fleche, couloit
une riviere qu'on pouvoit aifément
faire paffer au milieu de la ville. De
l'autre côté étoit une plaine, dont on
apprit que les mines d'argent de Cibao --- Page 50 ---
44 SUITE DE S. DOMINGUE: La nouvelle
n'étoient pas éloignées. de rues tirées au corplace fut percée lieu convenable pour un
deau, avec un
fit condnire de.
marché. L'Amiral artificiel, y.
fur lequel
l'eau par un canal
on conftruifit un moulin. d'étendre le doIl tardoit à Colomb
maine 82 la gloire de leurs Majeftés
Catholiques par d'autres découvertes. lonCette entreprife demandant une dans
abfence,, il établit un confeil
gue
dont un de fes freres fut
la colonie 9
&ilfe difpofa à de
nommé Préfident; ; Ils'avança vers une
nouvelles courfes.
belles
grande ifle, * une des plus
qu'il
eût vues dans cette mer : & Fapproinnombrable de cache d'une quantité
étoit très peunots. lui apprit qu'elle Sant'Yago 0, d'ou s
plée. Il la nomma
eft venu dans
comme je l'ai dit ailleurs,
la fuite le nom de Jamaique.
oû il
Il retourna à l'iile Eipagnole, 8 affemtrouva ies Indiens foulevés, de plus de
blés au nombre, dit-on, Deux cens Cafcent mille hommes. chevaux & autant
tillans, avec vingt cette multitude de
de dogues, défirent
leurs-bras
barbares, qui, n'ayant que
fe défendre, furent étrangement
pour --- Page 51 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
fiurpris de voir tomber
des files entieres,
2 parmi eux 9
de nos armes à feu. par Trois le prompteffet
de ces gens étoient enfilés ou à la quatre
avec les longues épées des
fois,
& d'autres foulés aux pieds E/pagnols, des
vaux, ou faifis par de gros
cheleur fautant à la
matins, qui
bles
gorge, avec d'horribord, hurlemens, > les étrangloient d'aen pieces. lesrenverfoient, Bientôt
& les mettoient
demeura
le champ de bataille
D'autres couvert de corps morts,
toire intimida prirentla fuite ; & cette viclaires
tellement tous les infuentiérement s qu'en moins d'un an, lifle fut
Caftille.
foumife à la couronne de
quidevoit L'Amiral lui impofa un tribut
chaque
être levé tous les trois mois:
étoit taxé habitant, à
voifin des
& les
une petite mefure mines, d'or :
autres à vingt-cing livres
ton, Ceux qui avoient fatisfait de Copôt, recevoient
à l'imou de cuivre,
une marque d'étain
qu'ils étoient
porter à leur cou,
obligés de
de ceux qui
, pour les difinguer
Ce réglement manquoient au paiement,
tement de
ayant été fait du confentoutes les parties,
ples devinrent fi
2 ces peu.
tranquilles, fi pacifi-
& les
une petite mefure mines, d'or :
autres à vingt-cing livres
ton, Ceux qui avoient fatisfait de Copôt, recevoient
à l'imou de cuivre,
une marque d'étain
qu'ils étoient
porter à leur cou,
obligés de
de ceux qui
, pour les difinguer
Ce réglement manquoient au paiement,
tement de
ayant été fait du confentoutes les parties,
ples devinrent fi
2 ces peu.
tranquilles, fi pacifi- --- Page 52 ---
46 SUITE DE S. DOMINGUE. pouvoient traques, que les E(pagnols fhreté, & étoient
verfertoutle pays en
d'amitié que
reçus par tout avec autant
de refpeé.
de cet état de fouColomb profita retourner en Europe 3
miffion, pour
accufations cafe juftifier fur plufieurs doute s'étoit chanlomnieufes; car fle admiration à fon prea
gé, pourlui, en Padmiration fe tourna
mier voyage, fecond ; & au troifieme $
en envie au
dans les
Penvie le perfécuta jufques à fe plaindre du
fers. Il n'avoit
qui ne ceffoient de
Roi ni de la
:
tENe
d'honneurs 8 de bienfaits
le combler
même dans Plile Efpails lui offrirent
à fon choix de cingnole, un terrein d'étendue, avec le titre
quante lieues
; mais il n'acde Duc ou de Marquis dans la crainte
cepta point cette grace, des grands, quin'é
d'exciter lajaloufie déchainés contre
toient déjà que trop le double deflein, de
lui. Il partit avec fecours à fa coloporter de nouveau d'autres pays.
nie, & de conquérir
2 qu'il
Ce fut à ce troifieme voyage & vit la côte
découvrit le continent, Il débarqua
oût lon a bâti Carthagene.
la
d'abord dans une ifle qu'il appella --- Page 53 ---
SUITE DE S, DOMINGUE.
Trinité, à caufe de trois
qu'on y voyoit de fort loin. montagnes
des Indiens, que la contréela Ilappric
fine de Pifle fe nommoit
plus voiParia 5 & ils
marquerent d'amitié
un grand defir de fe lier
avec les Caftillans. Cette découverte fe fit avant
puce,n négociant de
gu'Americ Vefen
gé,
qualité de Florence, eitvoyacommandement de géographe lamiral 9 fous le
mais cet Americ ayant écrit à Ojéda fes
;
qu'il avoit apperçu le premier
amis
vel
un nourole; hémilphere, & il
2 on le crut fur fa patée, d'avoir jouit de la gloire peu mérigrande moitié donné fon nom à la
gloire
de notre globe. EiE
appartient
celui
inconteilablement à
quiayant eu le génie &le courage
d'entreprendre le premier
montréle chemin au refte du voyage, monde. a
Content d'avoir touchéle
Colomb reprit fa route vers continent,
la, & entra dans le port de Saint-Do- Hilpaniomingue, 9 oit fon frere avoit
de ece.nom, les uns difent bâtila ville
de fon
en mémoire
les pere 2 qui s'appelloit Dominiautres parce
la
SORc du lieu étoit
principale
les
à ce
abite
Lifle, François ont étendu ce nom à faint: toute
refte du voyage, monde. a
Content d'avoir touchéle
Colomb reprit fa route vers continent,
la, & entra dans le port de Saint-Do- Hilpaniomingue, 9 oit fon frere avoit
de ece.nom, les uns difent bâtila ville
de fon
en mémoire
les pere 2 qui s'appelloit Dominiautres parce
la
SORc du lieu étoit
principale
les
à ce
abite
Lifle, François ont étendu ce nom à faint: toute --- Page 54 ---
48 SUITE DE S. DOMINGUE. de faire
Iln'eft pas hors c'eft de à propos une aventure
obferver que Saint-Domingue doit
amoureufe, Michel que
Diaz, jeune Arafon origine. s'étoit battu contre un Caftil- dangonois,
fait une bleffure
ian, & lui-avoit Dans la crainte du châtiment,
gereule. fauvé vers la partie métidio- prit
is'étoit
une princeffe qui
nale, oùt régnoit
de Catalina. Elle
dans la fuite le nom & conçut pour
vit le jeune E(pagnol, qu'elle réfolutde
lui tant d'inclination, fes bienfaits & par fes
fe Pattacher par
exemple, fi
careffes. C'eit le premier d'une femme
fouvent répété depuis, dont Pamour a
de Saint-I Domingue, d'un aventurier d'Eufait la fortune
rope.
Pavoir traité, pendant quels
Après avec toutes les familianités
que tems, 2
elle lui propofa d'engad'une amante,
fur festerres,
gerles Catituasavenabir mines d'or. Le pays, d'ailremplies de
& fertile ; & Diaz
jeurs étoit agréable à faifir cette occafion
ne balança point avec fa nation. Il en de
de fe reconcilier du confeil, frere
parla au préfident fes offres avecjoie;
Pamiral, qui reçut devenue dans la fuire
& bâtit une ville,
la --- Page 55 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
Ia capitale de Fifle,& commela métro- 49
pole de toutes les colonies que les
Efpagnols fonderent dans le Nouveau
Monde.
A fon retour, Colomb trouva les
Caftillans divifés, mécontens & prêts
à fe révolter. Les ennemis qu'il avoit
dans la colonie, 2 étoient fecondés
ceux que fon mérite & fon élévation par
luiavoient fufcités à la Cour ; les uns
& les autres ne cherchoient que des
prétextes pour le perdre. Un grand
nombre de rebelles avoient demandé
à retourner en
& cette
miffion leur ayant MTETL accordée per- ils
avoient également réuffi à le rendre 9
odieux au peuple, & fulpedaux Souverains. Ils (eplaignoient que les Colombs les avoient réduits à la plus extrême mifere, en leur refufant le falaire qu'ils avoient mérité dans les
nibles travaux des mines. Si le Roi péroiffoit en public 9 ils le pourfuivoient Papour demanderleur paie avecdegrands
cris; & çuand ils voyoient les deux fils
de P'Amiral, quiétoient alors
de
la Reine, 44 Voila, s'écrioient-ils, Pages les
>> enfans de ce traitre, qui.n'a décou-
> vert de nouveaux-pays, gue pour
Tome XI,
C
y
'ils avoient mérité dans les
nibles travaux des mines. Si le Roi péroiffoit en public 9 ils le pourfuivoient Papour demanderleur paie avecdegrands
cris; & çuand ils voyoient les deux fils
de P'Amiral, quiétoient alors
de
la Reine, 44 Voila, s'écrioient-ils, Pages les
>> enfans de ce traitre, qui.n'a décou-
> vert de nouveaux-pays, gue pour
Tome XI,
C
y --- Page 56 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. de Caf50
toute la nobleffe
9) faire périr Enfin ils le repréfentoient
% tille >).
cruel, avare, incomme un étranger les loix & les coufolent, quilignorant n'avoit ni la dignitumes dela nation, néceffaires pour
té, ni la modération auquel il étoit élevé.
foutenir le rang affcchonné pour lui
Le Roi, moins le défendre contre
quliabelle, ne put univerfel; & la Reine
ce foulevement avoir fait plus de réfifmême, après entrainée par la force du tor
tance,fut
rent.
extraordinaire achetoit
Cet homme
que fon génie &
bien cher la célébrité
: fa vie
fes travaux lui avolentacquie de ce qui
fut un contrafte perpétuel flétrit Pame des conéleve & de ce qui en butte aux comquérans. Toujours
à Vingratitude
plots, aux calomnies ileut 2. encoreà foutedes. Particuliers 9 d'une Cour orgueilnir les caprices
qui, tour à tour
Jeufe &c défiante, & le puniffoir, lui
le récompenfoit
le digracioik. La
e.dongienmeetAt Eipagnol va G
préveation du miniftere arbitre avec le
join, qu'on envoie un pour juger entre
titre de Gouverneur, foldats; & Pon choifit
Colomb-8 fes --- Page 57 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
Bovadilla, le plus
5r
intéreffé, le plus ambitieux, 3 le plus
porté de fes ennemis, injufte, II
le plus emarrive
que PAmiral eft occupé ailleurs pendant à
paifer quelques troubles ; & ne ap.
vant perfonne
trouprend poffeffion pour du s'y oppofer, 9 il
vertit tous les effets palais, 2 &c en conà fon
ufage. Il mande à Colomb de propre le
nir trouver fans délai; &
Vener plus de force à fes ordres, pour il donenvoie la lettre du Roi
lui
ces termes : a Nous avons conçue en
# dom François de Bovadilla, ordonné à
** de la préfente 2 de vous
porteur
> nos intentions: nous vous expliquer
9). dons d'y ajouter foi, & comman-
>X tout ce: qu'il vous dira d'exécuter de
s: part %.
notre
L'Amiral partit fur le champ; &
Pinftant qu'on le vit fubordonné dès
nouveau Gouverneur, 5 les mécontens au
s'emprefferent à dépofer contre
Les accufations portoient,
lui.
fondation des villes & des forts, que dansla
avoit affujettis à d'indignes
2 illes
qui en avoient fait périr un grand travaux,
bre; qu'en leur refufant le
nomill leur avojt impofé
néceffaire,
pour.les moindres
Cij
ant qu'on le vit fubordonné dès
nouveau Gouverneur, 5 les mécontens au
s'emprefferent à dépofer contre
Les accufations portoient,
lui.
fondation des villes & des forts, que dansla
avoit affujettis à d'indignes
2 illes
qui en avoient fait périr un grand travaux,
bre; qu'en leur refufant le
nomill leur avojt impofé
néceffaire,
pour.les moindres
Cij --- Page 58 ---
52 SUITE DE S. DOMINGUE: fou:
fautes, des châtimens rigoureux, déshonovent injuftes 2 quelquefois
s'étoit oppolé au baptême
rans ; qu'il
aimant mieux les voir
des Infulaires, 2
&
efclaves que chrétiens ; quiln'avoit
fait la guerre aux Indiens, réduire que à la pour feravoir occafion de les
vitude.
écouter tout ce qui
. Déterminé à
de PAcculé,
peut concourir à la perte
Bovadilla reçoit comme des convictions, les imputations les plus faufles;
& paflant de Tinjuftice à la tyrannie il
PAmiral dans les fers, & le fait
jette
comme le plus
conduire en E(pagne
du vaif
vil des criminels Le Capitaine de fon
feau, touché de fa fituation, lui ôter
mérite & de fa vieilleffe, veut
affufes chaines; Colomb s'y oppofe,
déformais il les gardera comrant que
de la reconnoifance
me un hommes, monument & de la récompenfe des
des Rois. Il les conferva en effet pendant
toute fa vie, & ordonna qu'après fon
elles fuffent renfermées avec
trépas, lui dans le même tombeau. Ainfile premier inftant oùt PAmérique fut connue
du refte de la terre, fut marqué par
des cruautés & des injuftices, prélage --- Page 59 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
fatal de toutes ceiles dont ce malheureux pays devoit être le théatre.
A la nouvelle de l'arrivée de Colomb, le peuple courut au rivage, pour
voir débarquer cet homme extraordinaire, ce créateur d'une nouveile Efpagne. Onletira du vaiffeauavec fesfers;
& l'ingratitude parut auffi grande que
les fervices. Chacun en fut confterné;
& Mfabelle honteufe, ne vit pas, fans
avoit abufé de fon
indignation 2 qu'on
autorité, pour fe porter à des violences, dont elle fe crut déshonorée.
Elle rendit à P'Amiral fa liberté, Ini
écrivit fur le champ 7 pour marquer
fon mécontentement de la conduite
odicufe de Bovadilla, 2 & l'invita à venir à la Cour 2 avec promeffe d'une
ample & prompte fatisfadion.
Il fut reçu avec des témoignages
incroyables d'eftime, de compafion
(
& de faveur ; & dans une audience
fecrete qu'il obtint de la Reine, ilfe
jetta aux pieds d'Ifabelle, demeura quelque tems, les larmes aux yeux, & la
voix étouffée par des fanglots. La
Princeffe le fit relever ; & Colomb lui
dit les chofes les plus touchantes fur
l'innocence de fes intentions , fur le
Ciij
Il fut reçu avec des témoignages
incroyables d'eftime, de compafion
(
& de faveur ; & dans une audience
fecrete qu'il obtint de la Reine, ilfe
jetta aux pieds d'Ifabelle, demeura quelque tems, les larmes aux yeux, & la
voix étouffée par des fanglots. La
Princeffe le fit relever ; & Colomb lui
dit les chofes les plus touchantes fur
l'innocence de fes intentions , fur le
Ciij --- Page 60 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
le
3de qu'il avoit toujours eu pour
fervice de Sa Majefté, 7 fur la malignité de fon
de fes ennemis : 7 que la jaloufie chercher des
élévation portoit à lui
crimes.
attendrie, lui dit avec
La Reine,
du traidouceur : ( Je fuis très-touchée
8z
vous avez éprouvé ;
>> tement que rien pour vous le faire
>> je n'omettrai
les fervices
9> oublier. Je n'ignore pas
con-
>> que vous m'avez rendus : &je Je con-
> tinuerai à les récompenfer.
>> nois vos ennemis ; & j'ai pénétré
ne
9> leurs artifices. Cependant, pour à me
>> vous rien diffimuler, j'ai peine donné
>> perfuader que vous n'ayez pas elles font
>> lieu à quelques plaintes ; n'être pas
9> trop univerfelles 2 pour wous re-
>> fondées. La voix publique naiffante,
>> proche, dans une colonie exciter des
5> une févérité capable d'y ébranler des
>> révoltes, qui peuvent mal affermis. Mais
>> fondemens encore
le moins,
>> ce que je vous pardonne mes dé9> c'eft-d'avoir ôté ,, malgré
nom-
>> fenfes, la liberté à un grand voulu
d'Indiens. Votre malheur a
>> bre
où j'ai
votre
>) qu'au moment
appris fe
- 2 tout le monde plai-
> défobéiffance --- Page 61 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
5) gnit de VOuS, & que perfonne ne SS
9 parlât en votre faveur. de n'ai donc
>> pu me dilpenfer d'envoyer un Com9> miffaire, pour prendre des informa-
> tions, avec ordre de modérer une
>> autorité, dont on vous accufoit d'a-
> bufer. Je reconncis
b) mauvais choix dans " j'ai fait un
> Bovadilla;
perfonne de
iy mettrai ordre ;
>> ferai de lui un exemple,
& je
> dra aux autres à ne point qui appren- leur
>> pouvoir. Cependant je he paffer
>> promettre de vous rétablir puis vous
>>
fi-tôrdans
votre gouvernement : lesefprits font
3 trop aigris ; il faut leur donner le
> tems de fe calmer.
de
> charge d'Amiral, mon Al'égard intention votre
>> jamais été de vous en ôter la
n'a
> fion ni l'exercice : laiffez faire le poffef. refe
>> au tems ; & comptez toujours fur
9 mes bontés >.
Cette affaire ayant été examinée
avec foin, on reconnut la
des accufations; ; & Colomb en maligniré fut dé
chargé avechonneur: ; mais on le retint
encore quatre années en Elpagne, foit
qu'on craignit effedivement
prit pour lui, ce qu'il avoit
qu'il ne
comme
découvert,
linfinuoient fes ennemis; : foit
Civ
refe
>> au tems ; & comptez toujours fur
9 mes bontés >.
Cette affaire ayant été examinée
avec foin, on reconnut la
des accufations; ; & Colomb en maligniré fut dé
chargé avechonneur: ; mais on le retint
encore quatre années en Elpagne, foit
qu'on craignit effedivement
prit pour lui, ce qu'il avoit
qu'il ne
comme
découvert,
linfinuoient fes ennemis; : foit
Civ --- Page 62 ---
56 SUITE DE S. DOMINGUE: de fa
qu'on voulût feulement s'affurer
conduite. On nomma un nouveaa
Gouverneur. 2 don Nicolas Ovando,
qui eut ordre de renvoyer Bovaditla;
& il fut réfolu que PAmiral entreprendroit de nouvelles découvertes.
Ovando s'embarqua pour Hifpanio- de
la, & Colomb pour le continent
PAmérique. Ce dernier étoit déjà près
de la côte de Paria 2 lorfqu'il s'apperçut qu'un de fes vaiffeaux ne foutenoit
point la voile. Il prit le parti de fe rendre à Pifle Efpagnole ; mais Ovando',
qui n'avoit point encore eu le tems de
renvoyer fon prédéceffeur - , fit dire à
TAmiral, que dans la crainte que (a
préfence ne caufât quelques troubles,
il ne pouvoit lui permettre d'entrer
dans le port. Vous pouvez vous rappeller qu'un pareilatiront arriva à Cortez:
il eut, comme Colomb, la douleur &
Phumiliation de fe voir fermer lP'entrée
d'un pays, dont il venoit de faire la
canquête.
mortifia
Le refus du Gouverneur
PAmiral; mais apprenant que les vaiffeaux qui devoient tranfporter Bovadilla & fes autres ennemis en Efpagne,
étoient fur le point de fe mettre en --- Page 63 ---
SUITE DE S: DOMINGUE. 57.
mer, il facrifia fon chagrin au bien
blic. Par un fentiment de générofité pudigne de fon caraétere, 9 il fit avertir
Ovando 2 1
s'il vouloit
porterà fon que, 2e
s'en rapnacé d'une expérience, 7 on étoit medevoit
tempête prochaine , qui
à différer le
de
cette flotte. OPES avis fut
départ
les vaifleaux mirent à la voile, méprifé; &
A peine eurent-ils doublé le cap le
plus oriental de l'Ille, qu'un des plus
grands ouragans qu'on eût vus dans
ces mers, enfevelit fous les flots
un navires chargés d'or, fans vingtpût fauver un feul homme 2 : jamais qu'on locéan.n'avoit englouti tant de richeffes.
Ce fut dans cette fatale occafion,
périt ce fameux grain d'or, qui que
plus de cinq cens marcs, &
le
fard avoit
que
Eret
fait découvrir. Deux Efpagnols s'étant affociés pour faire travail.
ler aux mines, un de leurs efclaves qui
déjeûnoit fur le bord d'une
s'avifa de frapper la terre d'un riviere,
II fentit quelque chofe de dur, bâton.
cita fa
qui €Xvit
curiofité; S ilécarta la terre - &
un morceau d'or qui lui fit ,
un grand cri. Ses maitres
jetter
& turent frappés d'un égal accoururent, étonnement,
Cy
ols s'étant affociés pour faire travail.
ler aux mines, un de leurs efclaves qui
déjeûnoit fur le bord d'une
s'avifa de frapper la terre d'un riviere,
II fentit quelque chofe de dur, bâton.
cita fa
qui €Xvit
curiofité; S ilécarta la terre - &
un morceau d'or qui lui fit ,
un grand cri. Ses maitres
jetter
& turent frappés d'un égal accoururent, étonnement,
Cy --- Page 64 ---
58 SUITE DE S. DOMINGUE: ils firent fur le
Tranfportés de joie, le fervirent à
champ tuer un cochon,
d'or,
leurs amis fur ce prodigieux le grain tenir tout
qui fut affez grand pour d'être plus maéntier, & fe vanterent
les plus rignifiques en vaiffelle, T'univers. que Le Goutches potentats de
l'acheta
verneur de Saint-Domingue
mille
pour leurs Majeftés. Iipefoittrois 8 les orfevres julix cens écus d'or; auroit que trois cens
gerent qu'il n'y dans en la fonte.
de diminution
étoient Bovadilla 8z
Le vaiffeau où
avoient montoutes les perfonnes de haine 8z qui de paffion contre
tréle plus
des
qui pé
PAmiral, fut un
premiers qu'un
rirent.
de la confternation dans les
accident HE funefte répandit
fut
deux mondes, fur-tout lorfqu'on avoit fu fe
informé que Colomb, qui
mettre à couvert de la tempête, , parce avoit
qu'il prévoyoit le danger, On en crut voir
prévenu le Gouverneur.
du
dans cet événement une punition de l'injufice
ciel 2. & le châtiment homme. On
commife envers ce grand
lorffut confirmé dans cette opinon; fur lequel
qu'on apprit que le navire,, les débris de la
on avoit chargé tous
le plus
fortune de Colomb, quoique --- Page 65 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
foible, fut prefque le feul qui aborda
heureufement en adoucir Europe. à PAmiral le
Ce qui put dans fon ancien gouverrefus d'entrer
de trouver de
nement, fut lefpérance
nouvelles terres, & de fe former, pour
ainfi dire, un nouveau domaine. 11 côtoya, & foumit à la couronne de Caftille, les provinces orientales du Meoir il jetta les fondemens de
plufieurs xique, 2 colonies. Il entreprit un établiffementà Véragua; maisles malheurs
de la mer 2 les armes des Indiens, Po- &
les fréquentes révoltes de fes
d'abandonner ce ICRATN Dans
bligerent circonftances il écrivit à Ferdices
dans lanand une lettre chagrine >
quelle il rappelloit à ce monarque les 2
les pays qu'ii avoit découverts ,
périls qu'i avoit effuyés 2 les fervices
qu'il avoit rendus 3 les pertes qu'il
avoit faites, les malheurs quiluiétoient état de
arrivés. Il lui peignoit le trifte le ciel &
fa fituation actuelle, invitant
&
la terre à gémir fur fon infortune,,
à pleurer fes difgraces. K Je n'aieujuf.
desfujets
>. quapréfent, difoitil,que ceffé d'en
>> de larmes; & je n'ai pas
de la
> répandre. Que ceux qui ont
Cvj
pertes qu'il
avoit faites, les malheurs quiluiétoient état de
arrivés. Il lui peignoit le trifte le ciel &
fa fituation actuelle, invitant
&
la terre à gémir fur fon infortune,,
à pleurer fes difgraces. K Je n'aieujuf.
desfujets
>. quapréfent, difoitil,que ceffé d'en
>> de larmes; & je n'ai pas
de la
> répandre. Que ceux qui ont
Cvj --- Page 66 ---
60 SUITE DE S. DOMINGUE foi & de lajuf -
$) charité, de la bonne
les mienles leurs avec
5> tice, mêlent
ans de fervices 2
$ nes. Après vingt
ne fais
des
inouies > je
>> après
fatigues
de terre;
> pas fi je poffede maifon un pouce à moi, dans
> je n'ai pas une des états de votré
>> toute étendue
reffource
la
>> Majefté; ma feule
pour
& le fommeil, c'efta-dire,
>> nourriture befoins les plus communs de
>> pourles
d'habiter
> la nature 2 fera déformais Accablé ,
>> les hotelleries publiques. d'années & de ma5> commejel le fuis,
n'eft
que ce
point
$ ladies,je protefte fortune
m'a fait
% le defir de la
,, qui
: ,
ce dernier voyage
$) entreprendre le
zele, & la fincerei inter-.
>> mais pur
tion de fervir votre Majefté jufça'à
2?
de mes forces >,
7 Pentier épuifement Roi
Ainfi écrivoit au
d'Eipagne,
Thomme de fon royaume 2 qui avoit
contibué à la grandeur de cette
le plus
d'éclat
monarchie - 2 & répandu le plus
&
de Ferdinand
fur le regne glorieux
-d'Tfablle. fortune voulant le perfécuter
La
dernier moment : pour ne
jufqu'au
tems de fa vie fans diflaifler aucun
à SaintP'obligea de mouiller
grace, --- Page 67 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 6:
Domingue, devenu le théatre de fes
humiliations, fa
2 après avoir été celui de
gloire, Il y reçut de nouveaux dégoûts de la part du
lui firent
Gouverneur, qui
prendre le parti de retourner
en Elpagne. Ily étoit comme attendu
le par une nouvelle, qui devoit mettre
comble à tous fes malheurs, la mort
de la Reine, Il comprit qu'en
fa
-
perdant
de proteétrice fe faire
3 il tenteroit inutilement
rétablir dans fa dignité de
Vice-Roi, Cependant Ferdinand lui fit
une réception afez favorable; mais il
différa toujours de lui accorder fes anciennes places, jufqu'à ce
de chagrins &c d'infirmités, qu'accablé
termina une vie
9 Colomb
fouillée, ni de glorieufe, qui ne fut
Il
cruauté, ni de rapines.
mourut à Valladolid en 1506, &
n'eut, pour récompenfe de fes longs
fervices,que de emagnifiques
qui lui furent faites par ordre obfeques, du Roi.
On lui éleva un maufolée, fur
furent gravés deux verse efpagnols, lequel
fignifient que ce célebre
qui
avoit eu la gioire de donner zn navigateur
monde aux royanmes de Cafille rouveau G de
Léon. Eneffet, la Cour n'y mit du
que des prétentions & des
fien,
tentes,
lettres-pa-
fervices,que de emagnifiques
qui lui furent faites par ordre obfeques, du Roi.
On lui éleva un maufolée, fur
furent gravés deux verse efpagnols, lequel
fignifient que ce célebre
qui
avoit eu la gioire de donner zn navigateur
monde aux royanmes de Cafille rouveau G de
Léon. Eneffet, la Cour n'y mit du
que des prétentions & des
fien,
tentes,
lettres-pa- --- Page 68 ---
62 SUITE DE S. DOMINGUE.
Cette gloire de Colomb lui futlong
fa vie. Vous fatems difputée pendant
annonçoit un nouvel
vez que lorfqu'il
ne
hémiiphere 9 on lui foutenoit P'eut qu'il dépouvoit exifter; & quand il
été
couvert, On prétendit qu'il avoit
connu avant lui. Ceux même qui ne
luiconteftoient point cette découverte,
cherchoient à en diminuer le mérite 2
la
comme facile. La
en
repréfentant de Colomb eft très-célebre : il
réponfe à fes envieux de faire tenir un
propofa ceuf debout fur une afliette. Aucun
d'eux n'ayant réuffi, il caffa lebout de
l'oeuf & le fit tenir. 4< Cela étoit bien
9 aifé, dirent les affiftans. Que ne vous
donc, répondit PA9) en avifiez-vous
5 miral>?
auroit
La reconnoiflance publique
dû donner à cet hémilphere étranger,
le nom du hardi Navigateur qui le
C'étoir le
Indter
mier y avoit pénétré. dût à fa mémoire ;
dre hommage qu'on
foit
mais foit envie, foit inattention, auffi de la
jeu de la fortune qui difpofe étoit réfervé
renommée, cet honneur
fuivre les
à un homme qui ne fit que doit être
traces de celui, dont le nom
placé au-deffus des plus beaux noms. --- Page 69 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
Ce que la fortune peut procurer de
grandeurs, & faire effuyer d'humiliations 2 partagea la vie de ce grand
Amiral. Il jouit peu de fa gloire, fi
toutefois c'eft en être privé, que de
joindre à l'éclat des fuccès, la fermeté
dans les revers.
Je fuis, &c.
Sur la route € de Sain: Domingue s - ce
15juin 1750. --- Page 70 ---
64 SUITE DE S. DOMINGUE:
CXXVI
LETTRE
DOMINGUE:
SUITE DE SAINTd'Ifabelle & de Colomb mit
Lxmon
des habitans de
le comble à Pinfortune Il n'avoit pas tenu à
Pifle Eipagnole.
du
cette Princeffe 1 9 que la découverte ces peuNouveau Monde ne fit pour
fource d'aurant de biens, qu'elle
ples, la
de maux. En les affujettifleur a caufé
elle ne recomfant à fa Couronne, tant d'inftance, à
mandoit rien avec pour les gouverceux qu'elle envoyoit traiter comme les Cafner, que de les Jamais elle ne fit écater
tillans même.
lorique Pon conplus de févérité, que
de fes ordres.
trevenoit à cette partie
en coûta à
Vous venez de voir ce qu'il ôté la liberté à
Colomb, pour avoir
elle l'aiquelques Indiens 5 cependant fon mérite, &
moit ; elie connoiffoit à fes fervices. On
attachoit un jufte prix
que fa
ne douta point en Ovando Elpagne, d'un châtimort n'eitt fauvé
les violences
ment exemplaire, pour
févérité, que
de fes ordres.
trevenoit à cette partie
en coûta à
Vous venez de voir ce qu'il ôté la liberté à
Colomb, pour avoir
elle l'aiquelques Indiens 5 cependant fon mérite, &
moit ; elie connoiffoit à fes fervices. On
attachoit un jufte prix
que fa
ne douta point en Ovando Elpagne, d'un châtimort n'eitt fauvé
les violences
ment exemplaire, pour --- Page 71 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
lui %
que la dureté de fon caraétere
commettre à Saint- Domingue. Cette
ifle étoit en proie à des guerres continuelles,qui, fuivant la méthode de ce
cruel gouvernement, fe terminoient -
toujours par le maffacre des Infulaires,
& par le fupplice de leurs Chefs.
Après le décès de la Reine, cet
homme féroce entreprit de dépouiller
le refte de ces malheureux Indiens s-de
ce qui leur reftoit de liberté. Jufquescondamnés
l, ces Infulaires, quoique
à des corvées deftrustives, à des tributs exceffifs 2 avoient continué de
vivre dans des bourgades, folon leurs
ufages, & fous le commandement de
leurs Caciques. Le Gouverneur fit propropofer aut Confeil de Ferdinand, de
les réduire tous àlefclavage, & de les
répartir entre les Caftillans, pour être
employés, fcus leurs ordres, aux I1evaux des mines. La politique adopta
un projet qui, en les mettant hors. d'éla
tat de rien entreprendre 3 coupoit
racine à toutes les révoltes.
Ce fut là le comble de leurs malheurs & Pépoque de leur ruine. On ne
peut entendre fans horreur 2 ce que
cesinfortunés eurent à fouffrir de leurs --- Page 72 ---
66 SUITE DE S. DOMINGUE:
On les accou:
barbares conquérans. comme des bêtes
ploit pour le travail
les avoit
de (omme ; & après qu'on les
de
on
forçoit
chargés avec excès,
de fouet. S'ils
marcher à grands coups
du fartomboient fous la pefanteur mauvais trailes
deau, on redoubloit ceffoit de les
temens; & l'on ne
relevés. frge
ne fe fuffent
per,
les femmes de leurs maris ;les
confinés dans les mi-.
EASE
hommes étoient fortoient point; &
nes, d'oùt ils ne
à la culles femmes étoient employées
des terres. Dans leurs plus péniture
les uns & les autres ne
bles travaux,
d'herbes & de rafe nourriffoient
ordinaire que
cines. Rien
plus
adiry
deles voir expirer, ou fous dont les coups, le lait
ou de fatigue. Les meres faute 2 de nourétoit tari ou corrompu de foibleffe ou de
riture, expiroient fur le corps de leurs enfans
défefpoir,
Infumorts ou morihonds. dans Quelques les montalaires s'étant réfugiés
fe dérober à la fyrannie 2
gnes s, pour officier, qui fe mit en camon créa un
meute de chiens, pour
pagne avec une
Ces
donner la chafie à ces transfuges.
malheureux, nuds & fans armes,
étoit tari ou corrompu de foibleffe ou de
riture, expiroient fur le corps de leurs enfans
défefpoir,
Infumorts ou morihonds. dans Quelques les montalaires s'étant réfugiés
fe dérober à la fyrannie 2
gnes s, pour officier, qui fe mit en camon créa un
meute de chiens, pour
pagne avec une
Ces
donner la chafie à ces transfuges.
malheureux, nuds & fans armes, --- Page 73 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: daims 67
Étoient pourfuivis comme des des dodans les forêts 9 dévorés par
furtués à coups de fulil,"ou
gues, & brûlés dans leurs habitations.
pris
on les faifoit fommer, par
Quelquefois Miflionnaires, de fe foumettre à la
les
chrétienne 82 au Roi d'Efpareligion
formalité, qui n'égne ; & après cette de plus, on les
toit qu'ane injuflice & fans sremords.Les
égorgeoit fans pitié une fin fi cruelle 9
uns, pour prévenir d'autres fe pendirent
prirent du poifon;
avoir rendu ce
à des arbres, après enfans & à leurs
fervice funefte à leurs
les fentifemmes.Celles-ci, détruifant d'autres fentimens de la nature par
fe faifoient
timens également naturels,
leurs
avorter elles-mèmes, de peur des que maitres
enfans ne fuflent foumis à furent rébarbares. Enfin, ces peuples extrémités, qu'éduits à de fi terribles
tant bleffés à mort, ils s'enfonçoient les
de
leurs fleches dans le corps,
rage
dents,
retiroient, les prenoientaveles & les jetles mettoient en morceaux, dont ils
toient contre les Caftillans, 2
cette
croyoient s'être bien vengés par
infulte.
étaC'étoit ainfi que les E(pagnols --- Page 74 ---
68 SUITE DE S. DOMINGUE:
leur domination; 8 quand
bliffoient
ils avoient rela force leur manquoit,
n'en citerai qu'un
cours à la perfidie.Je
vous arrêter
exemple 2 pour ne pas fcenes d'horreur.
troplong tems fur ces
de Tle
Un des premiers Caciques Anacoana lui fucétant mort, fa foeur
avoit du goilt
céda. Cette Princeffe
les
les Caftillans : & quoiqu'elle
pour
bien traités, elle n'enavoit
enttoujours d'ingratitude, Ils fe
été payée que
ne les aimoit L 9
fuaderent qu'elle effet ils lui avoient donné
parce qu'en de les détefter; & dans la
mille fujets
formât contr'eux de
crainte qu'elle ne
devoir la
mauvais deffeins, ils crurent Ovando fe
prévenir. Le Gouverneur
mit à la tête de quatre cens hommes, fous
& vint dansles états d'Anacoana, tribut
la
prétexte de recevoir le
que
Reine devoit à la Couronne d'E(pagne, devoirs
difoit-il, de rendre fes
& afin,
s'étoit déclarée dans
à une Princeffe,qui
de fa nation. La
tous les tems en faveur nouvelle avec de
Reine reçut cette
de joie, &z
grandes démonftrations de faire au Gouverne fut occupée que
d'elle & de
neur une réception digne fes vallaux
lui. Elle affembla tous
le
que
Reine devoit à la Couronne d'E(pagne, devoirs
difoit-il, de rendre fes
& afin,
s'étoit déclarée dans
à une Princeffe,qui
de fa nation. La
tous les tems en faveur nouvelle avec de
Reine reçut cette
de joie, &z
grandes démonftrations de faire au Gouverne fut occupée que
d'elle & de
neur une réception digne fes vallaux
lui. Elle affembla tous --- Page 75 ---
SUITE DE S. DOMINGUF.
pour groffir fa Cour
6g
haute idée de fa
2 & donner une
d'Ovando, elle puiffance. fe mit
Al'approche
aller à fa rencontre & en marche
mutuellement
;
l'on fe abmus
fincere
des marques de la plus
amitié, Le Gouverneur fut
conduit au palais, oùt il trouva un
tin magnifique. Cette fête dura feffieurs jours : Ovando, de fon pluen propofa tine à la Princeffe côté, 9
dimanche fuivant. Il lui fit entendre pour le
que pour y paroitre avec plus de
deur, elle devoit avoir toute fa granbleffe autour d'elle. Cet avis flatta l'am. nobition d'Anacoana, fans lui
de défiance. Toute fa Cour fe infpirer
donc raffemblée dans
trouva
cieufe
une falle
qui donnoit fur la
fpacette fête barbare devoit place où
Les Efpagnols
s'exécuter.
bataille.
parurent en ordre de
Linfanterie, qui marchoit la
premiere 2 occupa., fans
toutes les avenues ; la cavalerie affeéation,
énfuite avec le
vint
vança" jufqu'à la Gouverneur,, falle
& s'aLes cavaliers mirent le qu'elle inveftit.
Ce
fabre à la main.
fpectacle fit frémir la Reine &
,
les convives, Sans leur donner le tous
de fe
tems
reconnoitre,apres un fignal dont --- Page 76 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: fit main
70 étoit convenu, 2 V'infanterie
on
le
; & les cavaliers
baffe fur
peuple
entrerent brufayant mis pied à terre lieu > du feftin. Tous
quement dans furent le
attachés aux coles feigneurs le
mit le feu
lonnes; & fur champ'on furent réà la falle, oit ces infortunés deffinée à
cendres. La Reine,
duits en
plus honteux, fut chardes traitemens & mourut fur un gibet.
gée de chaines,
Madame ? cétoit
Le crotriez-vous, qui animoit cette
un motifde religion, Ils croyoient, ces
férocité Eipagnole. dévots & barbares, que
deftruéteurs
efficacement à la
pour travailler de la plus foi, la religion donpropagation
la profellent, le droit
noit à ceux qui inhumainement ceux qui
de perfécuter de la fuivre ; c'eft fur cette
refufoient brigands & chrétiens, tout
idée,
fi cruellement
à la tetsr ils traiterent
Mais quels
les pemuples de PAmérique. Dieu! quels mifionchrétiens! grand foldats féroces, qui
des
naires 9 que des nations entieres, pleines
maffacrent
& font
de droiture & d'humanité, infames 8z
fubir les fupplices les à plus des Princes 2 à
les plus horribles,
des Rois,à des
umpotimgatsoies
ens, tout
idée,
fi cruellement
à la tetsr ils traiterent
Mais quels
les pemuples de PAmérique. Dieu! quels mifionchrétiens! grand foldats féroces, qui
des
naires 9 que des nations entieres, pleines
maffacrent
& font
de droiture & d'humanité, infames 8z
fubir les fupplices les à plus des Princes 2 à
les plus horribles,
des Rois,à des
umpotimgatsoies --- Page 77 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
le bonheur de leurs peuples! Il eft vrai 71
que PElpagne elle-même a
ces horreurs, & lesa
défavoué
fuite autant
réparées dans la
de fon
qu'elle a pu, parla douceur
elle
gouvernement. Eh! pouvoitrépondre d'une foule
fans nom, fans état, fans d'aventuriers
la mifere, le
mceurs, que
nouveauté, libertinage, l'amour de la
certitude de 9 l'elpérance & même la
fur les pas des faire chefs fortune, 2 attircient
prife ? Pouvoit-elle de cette entrehommes, des
prévoir que des
à ces excès d'avarice chrétiens, fe porteroient
Les croifades,
& de barbarie à
n'avoient-elles 9 ces guerres fi faintes >
auparavant, des pas fourni, long-tems
de la même
exemples fans nombre
lution, du cruauté, de la même diffoquête du Saint même brigandage P La conNouveau Monde Sépulcre & celle du
mêmes traits
fe préfentent fous les
que les Sarrazins, ; avec cette différence, 9
eux, fe défendirent par bonheur pour
avec les mêmes
avantages que-nous, & par
avec bien. plus de
conféquent
malheureux
reffources, que ces
noiffoient ni Américains, qui ne connos perfonnes, ni nos
mopurs, ni-nos
ulages 2 ninotre reli-. --- Page 78 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
ni nos che:
gion, ni nos habillemens, foudres, ni
vaux, ni nos armes, ni nos
nt
nos vaiffeaux 2 ni notre taétique, nousnotre langage, ni les motits qui
il
conduifoient dans leur pays. Car,
faut Pavouer, file zele de la religion
fitvolerles Elpagnols à cette conquête,
abufa bientôt; & la foif de l'or
on en
à des aétions bien
porta les particuliers
vues de la
contraires aux premieres
nation.
comme vous l'avez
Ce reproche,
vu, ne tombe point fur Chriftophe
Colomb; mais la troupe des nouveaux
Argonautes qui fuivirent ce moderne de
Jalon, n'étoit pas toute compofée étoient
héros.Desgens, dontla plupart
manfortis d'Eipagne, 3 parce qu'ils avoir droit
quoient de pain, de croyoient la fubftance d'un
de S'engraiffer auffi libre
& de difpeuple né
qu'eux,
pofer de la vie de ces malheureux,
comme d'un bien qui leur fût propre.
De plus de deux millions d'Indiens, l'arrivée
habitoient l'ifle d'Hayti à
1 Caftillans, iln'en reftoit pas quinze
mille, 6x ansaprès la mort de Colomb.
En moins de vingt années, cette mul-.
titude innombrable d'hommes avoient
tous
'engraiffer auffi libre
& de difpeuple né
qu'eux,
pofer de la vie de ces malheureux,
comme d'un bien qui leur fût propre.
De plus de deux millions d'Indiens, l'arrivée
habitoient l'ifle d'Hayti à
1 Caftillans, iln'en reftoit pas quinze
mille, 6x ansaprès la mort de Colomb.
En moins de vingt années, cette mul-.
titude innombrable d'hommes avoient
tous --- Page 79 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
tous péri fous l'empire
leurs, s.cruels conquérans. tyrannique de
L'intérêt de P'humanité & de
gion porta les
larelitoient établis à Dominicains, Saint-I
qui s'6.
s'armer de toute la
Domingue, 2 à
que 2 pour arrêter vigueur cette
apcftolidévaftation. Un de ces religicux fcandaleufe
unjour en chaire devant les
monta
de la colonie, à la tête
principaux
le Gouverneur, & déclama defquels étoit
juftice & la barbarie, avec contre l'intraitoit ce qui reftoit encore lefquelles de
on
fulaires. Cet emportément de ces Incita les murmures de fon zele ex-
&le Gouverneur voulant auditoire;
l'indifcret prédicateur, réprimander
confreres difpofés à le trouva tous fes
enfans de faint François défendre, Les
contre ceux de faint
prirent Parti
les deux ordres
Dominique ; &
tés à la Cour envoyerent des dépula caufe des Indiens d'Efpagne & des > pour plaider
On y tint un confeil
Caftillans.
oùt cette grande affaire esuraondinaires fut
part & d'autre
difcutée, de
chaleur. Le réfultat 9 avec beaucoup de
noître le droit des Indiens fut de recon- a
& de les retenir dans
à la liberté,
TomeXI,
lefclavage. On
D --- Page 80 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
fit 74 en leur faveur plufieurs réglemens &a c'eft
quine furent point obfervés; accorder au
tout ce que le Roi put
mourant,
teftament d'Ifabelle, qui, douceur en
envers
avoit recommandé la
fes enfans &
ces peuples, & fupplié fes dernieres vofon mari d'accomplir
lontés.
Miffionnaires (eétoient
D'autres
firent de
toujours des Dominicains) leur zele contre Pinenouveau éclater
Le céxécution de ces ordonnances. depuis
lebre Barthelemi de Las-Cafas, & dont le nom eft
évêque de Chiapa, dans les annales
encore fi refpedable Monde, fut celui qui fe
du Nouveau dans cette occafion : il
fignala le plus 8 vint
fes plainpafla les mers, du trône. porter Il fut reçu avec.
tes aux pieds
aime
diftinaion à la Cour, parce qu'on
;
à voir des hommes extraordinaires
y
que l'émais -onmeneawonpeuraeti de bien, fon
quité 8x le fuffragedes gens nombreux, nile
parti n'y fut, nile plus adverfaire étoit
plus fort. Son principal plus attachéà
révêque de Darien, bonheur qui, de fes ouailfesintérêts, qu'au meilleure part à la difles, avoit eu la
lefquels, par Ce.
tribution des Indiens,
'on
;
à voir des hommes extraordinaires
y
que l'émais -onmeneawonpeuraeti de bien, fon
quité 8x le fuffragedes gens nombreux, nile
parti n'y fut, nile plus adverfaire étoit
plus fort. Son principal plus attachéà
révêque de Darien, bonheur qui, de fes ouailfesintérêts, qu'au meilleure part à la difles, avoit eu la
lefquels, par Ce.
tribution des Indiens, --- Page 81 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
partage,d devenus fes efclaves, 2 faifoient
fa principale richeffe. Ilavoit entrepris
le voyage d'Europe pour traverfer LasCafas,. & faire valoir les droits de fon
bénéfice. La fingularité de cette caufe,
& la célébrité des deux adverfaires piquerent la curiofité du Roi. C'étoit
Charles- Quint, qui venoit d'être élu,
Empereur. Il convoqua une aflemblée,
oit les parties intéreffées firent valoir
leurs raifon's en.fa préfence.
L'Evêque parla le premier, & dit,
que ce n'étoit que fur une connoiffance
réfléchie du naturel & des moeurs des
Aneriosinsqtonyétoirdetermincals
traiter avec tant de févérité; qu'on ne
feroit-jamais venuàbout de les réduire
autrement que par la violence; qu'ils
avoient tenté toutes les voies d'exterminer leurs vainqueurs 9 & d'anéantir
la domination Elpagnole; qu'il falloit
renoncer à la conquête de leur
& aux avantages du Nouveau INiRT
fion laiffoit à ces barbares une liberté
qui feroit fatale à leurs maîtres; qu'ils
étoient d'autant moins capables d'en
faire un bon ufage, qu'à cinquante ans,
ils avoient l'efprit moins avancé,
>
les Européens ne l'ont à dix; & qu'à que
Dij --- Page 82 ---
76 SUITE DE S. DOMINGUE:
fincapacité des enfans, 2 ils joignoient
les vices des hommes les plus corrom- ils
femblables aux animaux,
livroient que
fans honte à toutes fortes
E
la feule néceffité du
d'infamies; que les contenir dans le
travail pouvoit
de la religion,
devoir; & qu'à l'égard
le plus
la fervitude étoit le moyen
efficace de la leur faire embraffer; que
vicieux comme e
ils l'étoient, jamais on
feroit venu à bout de leur imprimer
ne
néceffaires ,à moins
les connoiffances de les tenir dans une contrainte
que
avoient une indifcontinuelle, 9 & qu'ils
férence fi grande pour le chriftianifme, liberté
peu qu'ils euffent de
que les pour
aut fortir du baptême, 2 fe
on
veroit, anciennes
:
livrer à leurs
inperflitions fe pafferoit
qu'au furplus, la chrétiens, religion qui à peine
bien de pareils
étoient des hommes, Prélat eut fini de parler, ,
Quand le ordonna au
de
le Chancelier & il le fit de la Religieus maniere fuirépondre; xJe fus un des premiers qui paf
vante.
Indes, lorfqu'on en fit la
S ferent aux ce ne fut ni la curiofités
9) découverte;
m'engagerent à ce
$ ni l'intérêt falut qui des sinndeles fut mon
e voyage : le
bien de pareils
étoient des hommes, Prélat eut fini de parler, ,
Quand le ordonna au
de
le Chancelier & il le fit de la Religieus maniere fuirépondre; xJe fus un des premiers qui paf
vante.
Indes, lorfqu'on en fit la
S ferent aux ce ne fut ni la curiofités
9) découverte;
m'engagerent à ce
$ ni l'intérêt falut qui des sinndeles fut mon
e voyage : le --- Page 83 ---
I SUITE DE S. DOMINGUE: monif,
5 unique objet, & mon principal
aul prix de mon fang,
>> Que n'ai-je pu, > de tant de millions
9> racheter la perte
facrifiées
9>
d'ames, malheureufement des Ef-
>> à P'avarice & à Pincontinence
veut nous perfuader
>> pagnolslOn barbares étoient qeE
9> ces exécutions
ou empêcher
>> ceffaires, pour Indiens punir : mais qu'on
95 la révolte des
dife
oùt elle a commencé
95 nous
par Ces
n'ont-ils
>5 cette révolte?
peuples Caftillans avec
9 pasr reçu nos premiers d'humanité?
5 autant de douceur que de joie àleur
autant
>> N'avoient-ils
tréfors, que les Ef5>
Raper
prodiguer d'avidité à les recevoir ? Ils
>> pagnols
leurs terres 9
>> nous abandonnerent leurs richefles; &
9> leurs habitations, 9
fatisfaites
>> notre cupidité ne fut point
leur ravir encoreleurs
>> nous voulîmes enfans, leur liberté
>> femmes, leurs
qu'ils
9 & leur vie. Prétendions-nous reflen-
> n'en duffent témoigner aucun
>> timent 1
on vou-
>> A force de les déctier, font
9> droit nous infnuer qu'ils ne
pas de
% même des hommes ; rougiffons mon-
> lêtre moins qu'eux, & de nous
barbares!
fait aus
>
Qu'ont-ils
trer plus
Di 1l] --- Page 84 ---
78 SUITE DE S. DOMINGUE. contre
5 tre chofe, que de fe défendre font des bru2 d'injuftes artaques? Ce
adon-
>). taux, des flupides, des peuples atten-
>> nés à tous les vices ! Peut-on nation
>> dre d'autres moeurs : d'une
des lumieres de la foi?Plai
>> privée les mais ne les accablons
>> gnons- ; de les inftruire, de les
>> pas.Tachons deles réduire fouslaregles
>). éclairer,
dans. le défef9> mais ne les jettons pas & les fersfe-
>> poir. Quoi! les chaines fruits que ces.
5) ront-ils les premiers du chriftianif-
>.malheurenux retiferont
lafain-
>> me? Comment en faire goûter
la
> teté à des- coeurs envenimés de par leur
>> haine, & irrités par la perte
des.
Les
ont porté
* liberté?
apôtres
donmais ils n'en ont point
9 chaînes;
ont convertis..
2 né atix peuples qu'ils
- C'eft
la
par la dou-
>>
par: perfuafion, faut prêcher
>> ceur. > par la raifon, qu'il
La violence ne .fait
>> révangile.
de tar
5> des hypocrites, & demande jamais fi depuis.
>> tables chrétiens.Je des-Indiens, on a remar-
>> l'efclavage
à
en, eux
plus d'emprefiement
>> qué
Si leurs mai5> embraffer la religion?
travaillé - à les inftruire ? Si
>> tres ont
la haine qu'ils ont pour:
22 au contraire
ion, faut prêcher
>> ceur. > par la raifon, qu'il
La violence ne .fait
>> révangile.
de tar
5> des hypocrites, & demande jamais fi depuis.
>> tables chrétiens.Je des-Indiens, on a remar-
>> l'efclavage
à
en, eux
plus d'emprefiement
>> qué
Si leurs mai5> embraffer la religion?
travaillé - à les inftruire ? Si
>> tres ont
la haine qu'ils ont pour:
22 au contraire --- Page 85 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
> leurs tyrans, ne leur rend pas encore
>> plus odieux le culte qu'ils profef-
>> fent >?
la cléLe Moine finit en implorant
mence de T'Empereur , pour r.des Sujets
fi injuftement, opprimés, & lui fit entendre que Dieu lui demanderoit
compte un jour de tant d'injuftices
dont il
arrêter le cours.
RECtE
pouvoit
& lui
les loua le zele du Miffionnaire,
promit d'apporter un prompt remede
aux maux dont il lavoit fait la peinture 5
mais ce ne fut que longtems.après, que
ce Prince eut le loihr d'y penfer 5 &
alors il-n'étoit plus tems, du moins
: car la
TAURE
rapportà Saint-Domingue
de fes habitans devenue 2 avec raifon,
implacable, rendit leur perte malheureufement néceffaire. Les quinze mille
qui reftoient encore dans l'ifle 9 quand
Las Cafas parloit fi vivement en leur
faveur, périrent tous, à la réferve d'un
petit nombre qui échappa à l'attention
des Efpagnols. Quelques-uns fe réfugierent dans des lieux inhabitables, &
y fubfifterent à l'abri des pourfuites de
leurs maitres, qui croyoient leur race
entiérement éteinte. Une troupe de
chaffeurs les découvrit; on les traita
Div --- Page 86 ---
80 SUITE DE S. DOMINGUE:
avec douceur ; & cesinfortunés répon- leur
direht aux avances d'amité qu'on
fit. Ils embrafferentle chriftianifme; &
s'accoutumant peu à peu aux ufagesdes
Européens, ils contraêterent des mariages avec eux. Leur petit nombre ne
caufant plus d'ombrage, on leur
felon leurs coutumes.
M
mit de vivre
confondus
jourd'hui ils font tellement
feroit
avec les autres habitans, qu'il
difficile de les diftinguer ; & en général
on ne trouve pas un feul homme dans
defcende, fans mêlantoute Pillesqui
ge; desanciens naturels détruit du pays. -les InLes Caftillans ayant
diens & la plupart de Teurs habitations,
on vit naitre, par leurs mains, quantité
différentes
de villes, qui éprouverent dont
révolutions. San-I Domingo,
jai
rapporté Porigine, fut renverfée parle
même ouragan, qui fit périr le fameux
grain d'or dont je vous ai parlé, & les
vingtun vaiffeaux de la flotte Efpagnole. Cette place étoit alors à l'orient
du fleuve d'Ozama; Ovando la faifant
rétablir, en changea la fituation, & la
tranfporta fur l'autre rive. On a blâmé
cetté nouvelle difpofition, quila prive
d'une fource d'eau excellente 1e 2 dont
ême ouragan, qui fit périr le fameux
grain d'or dont je vous ai parlé, & les
vingtun vaiffeaux de la flotte Efpagnole. Cette place étoit alors à l'orient
du fleuve d'Ozama; Ovando la faifant
rétablir, en changea la fituation, & la
tranfporta fur l'autre rive. On a blâmé
cetté nouvelle difpofition, quila prive
d'une fource d'eau excellente 1e 2 dont --- Page 87 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
8r
elle jouiffoit dans fon premier
cement. Celle des puits & de la empla- riviere
étant très-mal faine, on y a fuppléé
par des citernes.
La ville occupe un terrein
ment uni, & s'étend du nord parfaite- au
le long du fleuve, dont le
fud, eft
orné de magnifiques jardins. rivage La
borne la vue au midi; & des autres mer
côtés, la campagne eft d'une beauté
finguliere. Le terroir n'en eft
dant pas excellent, du moins aux cepenvirons de la ville ; il eft raboteux, iné- enfonds gal, femé de petites collines, & d'un
de
gnols : font-ils pure argille. Auffi les Efpa-
& de / très-belle beaucoup de
conferve dans
poterie, oùt Peau
une
CRIR
extrême fraicheur.
déchue Saint-Domingue de fon
eft aujourd'hui fort
l'ont
ancien luftre. Ceux
vue dans fon premier
qui.
rent qu'elle étoit une des éclat, affuvilles du Nouveau Monde, plus Le belles.
qu'Ovando y éleva pour fa demeure palzis
étoit de la plus grande
s
Il fit bâtir une forterefie, magnificence.
fervée jufqu'à ce jour. Sa 2 qus s'eft confenfe confifte dans
principale déplufieurs batteries
couvertes, 2 qui donnent fur la mer &
Dy --- Page 88 ---
82. SUITE DE S. DOMINGUE. d'ail
fur le fleuve. Elles font placées bas.
leurs fur des roches efcarpées ,au
defquelles les chaloupes ne peuvent: font:
aborder 9. parce que les.vagues y.
toujours très-fortes. étoient
&
Les. rues de la ville
exactement larges
bien percées, les maifons
de dire:
allignées; ; & Pon ne craignit pas
à Charles-Quint, que Sa Majeitéimpés n'en.
riale avoit habité des palais, qui Pétenavoient ni les. commodités, ni
due, ni la richefle. La plupart-étoient
bâtis. d'une forte de marbre qu'on:
trouvoit dansle voifinage, &clesautres;
d'une efpece de terre très liante, qui,
fe-durcit à l'air, 8cdure 1 prefquerautant
que la brique.
eft
par la
Le pied: des murs
baigné de
mer & forme une efpece
digue,
7:
à l'abri de fes fuqui met cette place
de canon la
reurs. Cent foixante pieces toutes for-:
défendent également rade contre eft affez fure,
tes d'attaques.. La. le mois de juillet jufexcepté depuis
jufqu'au premier d'o8tobre , d'une
côte des ouragans
RargE
fur cette extraordinaire. Les débordemens
lence
d'Ozama ne font ni fréde la riviere
fes
suens, ni dangereux - 2 parce que
fes fuqui met cette place
de canon la
reurs. Cent foixante pieces toutes for-:
défendent également rade contre eft affez fure,
tes d'attaques.. La. le mois de juillet jufexcepté depuis
jufqu'au premier d'o8tobre , d'une
côte des ouragans
RargE
fur cette extraordinaire. Les débordemens
lence
d'Ozama ne font ni fréde la riviere
fes
suens, ni dangereux - 2 parce que --- Page 89 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: 83
bords font élevés. On lui attribue & &
ainfi qu'au voifinage de la mer 2 fraicertains vents qui y. P'ardeur regnent, du une climat..
cheur qui tempere les tremblemens de terre
foient Quoique aflez communs dans cette partie:
de l'ifle, on a remarqué qu'ils y fai-:
foient peu de dégâts; mais les Efpagnols y font fujets à une maladie partie elle:
culiere 2: qu'ils appellent roidiffent pifano : &fe:
attaque les nerfs 2 quife dans les veiretirent : le fang fe congele avoir beau--
nes ; &les smalades, du défaut après de refpiration, gs
coup fouffert ordinairement : mais on:
en meurent
François n'en eft at--
affure qu'aucun
taqué, Peu de tems après la fondation de
San-Domingo,, on y établit un évêché: Lai
qui fut depuis érigé en métropole. eftt
partie de l'ifle foumife à l'Epagne, eft
de ce diocefe; & PArchevèque
Indes
Som
mat de toutesles
E(pagnoles. de:
clergéeft compofé d'un archidiacre,
chanoines, 8 d'un grand nomquatorze
qui deffervent la:
bre d'autres prêtres
cathédrale: Laville n'a qu'une paroiffe dans
dix-huit
&. Ton.n'en.compe.que
Dvj: --- Page 90 ---
84 SUITE DE S. DOMINGUE:
tout le refte de la colonie. Les Francif- &2
cains, les Dominicains, les Jéfuites mailes religieux de la Merciy ont des
fons. Les églifes en font très-belles Par- 5
fur-tout la métropolitaine. 2 dont relevée
chiteêture fuperbe eft encore
la richeffe des ornemens. Il y a
par
une univerfité, , un hodeux hôpitaux,
monaftel des monnoies , & ville quelques eft auffi le fiége
teres de filles. Cette
ou Parlement,
d'une Audience Royale, eft en même
compofée du Préfident qui
Con-
,de quatre
tems Capitaine général, Procureur. du Roi, &
feillers, d'un
Toutes
d'autres Officiers de judicature.
les Antilles Elpagnoles, & une partie déde la terre ferme de P'Amérique en
pendent pour le civil ; mais en qualité Prélautorité du
de Capitame général, à l'ifle de Saint-Dofident eft bornée
mingue. Il a fous lui un Gouverneur
d'armes, un Major, huit Aides-Majors,
compagnies de troupes réglées,
quatre chacune de cinquante hommes 2 entretenus & payés par la Cour, & une comd'artillerie de quarante canopagnie Outre deux cens foldats que la
niers. fournit,
a un corps de milice
ville
ily
fx compabourgeoife, 2 qui comprend
l'ifle de Saint-Dofident eft bornée
mingue. Il a fous lui un Gouverneur
d'armes, un Major, huit Aides-Majors,
compagnies de troupes réglées,
quatre chacune de cinquante hommes 2 entretenus & payés par la Cour, & une comd'artillerie de quarante canopagnie Outre deux cens foldats que la
niers. fournit,
a un corps de milice
ville
ily
fx compabourgeoife, 2 qui comprend --- Page 91 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. Ne- 8;
gnies d'Indiens, de Mulâtres & de
gres libres ; & toutes ces troupes hom- enfemble font environ quinze cens
d'armes dans la
& les enmes
capitale
virons.
plus brilAvant que des conquêtes
autre
lantes fiffent choifir à rEfpagneun
fiége de fa grandeur & de fes forces,
cette puiffance avoit dans P'ifle plufieurs
font prefque
villes coniidérables, quine
vilplusrien aujourd'hui que de fimples
lages. Sant'Yago n'eft qu'tin bourg olvert, fans fortifications, fans retranchemens, compofé de trois ou quatre
chaumieres, & d'une trentaine de
cens
eft excellent;
maifons de brique. L'airy viennent de
& beaucoup de malades y
toutes les parties de la. colonie Efpale rétabliffement de leur
gnole, pour trouve auffi plufieurs Franfanté. Ony
diverfes
çois, fortis de chez eux pour de l'air
avantures, & auxquels la pureté
a'fait choifir cette retraite falutaire.
On feme du bled dans ce canton ; &
Fony recueille, tous les ans 2 pour cent
mille écus de tabac qui fe tranfporte à
la capitale. Les particuliers nourriffent
quantité de befliaux, dont ils font un
aflez bon commerce avec les François, --- Page 92 ---
86 SUITE DE S. DOMINGUE- faléest.
tant pour les cuirs,que les chairs
C'eft d'eux que notre colonie confomme; tire prefque toute la viande-q qu'elle
de
nous leur fourniffons en befoins échange, de la:
quoi fatisfaire aux autres
rien. d'Efvie ; car ils ne reçoivent leur plus ôte les refpagne; & la pareffe dutravail. Leur
fources de linduftrie &
del'indipays étant propre à la culture rocou & du:
go,du cacao, du coton; du fonds de rifucre, ce feroit un autre
ou que
chefles, s'il étoit mieuxpeuplé,
la nation fit plus laborieulc. ce canLe fleuve Yaqué, quiarrofe des
ton, roule dans fon- fable,
lentille.. grains.
d'orde la-groffeur d'une petite de cette
Ceux qui fontleur occupation chaque jour,
recherche, 9 en recueillent, cent fous; mais.
pour quatre francs ou
d'avoir:
la parelfe 1 & l'incommodité font néfans ceffe les pieds dans Peau,
gliger cet avantage aux habitans. CharLa Conception de la Véga,que
les- Quint avoit pris plaifir à peupler de Pille F,
étoit une des principales villes
d'un:
Efpagnole. Elle tire fon Colomb origine fit bachâteau que Chriftophe
la Vegatir dans une plaine appellée quinze
Rial. On y comptoit jufqu'à
francs ou
d'avoir:
la parelfe 1 & l'incommodité font néfans ceffe les pieds dans Peau,
gliger cet avantage aux habitans. CharLa Conception de la Véga,que
les- Quint avoit pris plaifir à peupler de Pille F,
étoit une des principales villes
d'un:
Efpagnole. Elle tire fon Colomb origine fit bachâteau que Chriftophe
la Vegatir dans une plaine appellée quinze
Rial. On y comptoit jufqu'à --- Page 93 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: 87
fut renveriée
mille ames,. lorfqu'elle de terre : de fes
par un trembiement formé le bourg de la Véga 2
débris s'eft
nomment le Begue. Il
que les François huit lieues de Sanr'Yago; 8c.
eftà fept ou
dans
toutes
lon voit, comme
prefque Caffillane,
les PMIKO de la domination
de petites maifons & de grandes
fes. Si lon excepte la capitale, 9 oà fieurs bâtimens particuliers fe reffentent:
encore de fon ancien luftre 2 toutes,
pour logeles autres placesn'ofirent, oùt lon eft:
mént, que des chaumieres, & dans- la capitale
àpeine couvert :
maifons.
même, lotfque les anciennes.
tombent de vieilleffe ou paraccident, to:
il ne. fe fait plus d'autres édifices.
La-nourriture répond à la fimplicité:
du.logement... Ges gens font leshom- de
du monde
vivent à moins
>> mes
qui
qui a.paffé.
>> frais, me difoit un François eux- : ils font
>>. plufieurs années parmi de lait 8 de ra-
>) leurs repas de fruits,
à ce qui
> cines; & le chocolat fupplée champêtres.
> manque à ces alimens
tout
* Ils ne s'occupent à rien pendant de
>> le jour , & n'impofent. eiclaves. pas-même Leur
> travail pénible à leurs
tems fe paffe à jouer ou à fe faire bere
* --- Page 94 ---
88 SUITE DE S. DOMINGUE: ils (ont
>> cer dans leurs hamacs. Quand à chan-
>> las de dormir , ils fe mettent lorf
ne fortent de leur lit, que
> ter, &
Pour
>> que la faim les en arrache, à la riviere ou
de l'eau
>> aller prendre ils montent à cheval,
>> à la fontaine,
faire pour
s n'euffent-il que vingt pasà un che-
>>
& ily a toujours
La
yamtiver; fellé
pour cet ufage.
>> val
8rbridé lor, fur lequel ils
>> plupart méprifent
des Fran-
>> marchent, & fe moquent beaucoup
>> çois , qu'ils voient prendre des richefles,
amafler
>> de peine pour
le tems dejouir:
>> dont ils n'auront feulement pas
chez eux 2
9> Ce n'eft pas
modération ;
9 qu'ils gardent fouvent cette dans nos quar-
> ils viennent
train de chevaux;
5> tiers avecun grand les voit entrer dans
> & rarement on
le long
>> les hôtelleries. Ils campent ces anilaiffent paitre
>> des chemins,
fe mettent à
> maux dans les champs, qu'ils dref-
> couvert fous des baraques de viande
>> fent à la hâte, & vivent
troude bananes qu'ils
9> boucanée,
& toujours de leur
>> vent par-tout,
>> chocolat. foin de cultiver leur efprit ne
>> Le
davantage ; ils font
w-les occupe pas
& rarement on
le long
>> les hôtelleries. Ils campent ces anilaiffent paitre
>> des chemins,
fe mettent à
> maux dans les champs, qu'ils dref-
> couvert fous des baraques de viande
>> fent à la hâte, & vivent
troude bananes qu'ils
9> boucanée,
& toujours de leur
>> vent par-tout,
>> chocolat. foin de cultiver leur efprit ne
>> Le
davantage ; ils font
w-les occupe pas --- Page 95 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 89
extrême ; à peine
5 d'une ignorance le nom de leur an-
>> connoifient-ils
ils n'ont
>> cienne patrie, avec relation. laquelle Comme
>> prefque plus aucune
d'abord avec
>> ils ont mêlé leur fang,
les Neenfuite avec
> les Infulaires,
de toutes
>> gres, ils font aujourd'hui qu'ils tien-
>> les couleurs,à proportion
>> nent de l'Européen, de TAfricain,ou caractere
>> de l'Américain. Auffi leur nations;
de ces trois
>> participe-t-il
en ont contracté
>> c'eft-à-dire , qu'ils Onleur attribue néan-
> tous les vices.
fur-tout un
>> moins quelques vertus, religionsquils
>> profond relpecpourlar
ex-
> (avent allier avec un libertinage
& cette efpece de charité qui
* ceffif, intéreffe le coeur au befoin d'autrui.
>
fur les frontieres, quan-
>> Il fe trouve, 2
qui courent
>> tité de fainéans François, d'aumônes : mal-
>> le pays pour vivre animofité des deux
>> gré lancienne ils font très-bien traités dans
>> peuples,
&lons'y retran-
>> la partie Elpagnole;
le néceffaire, que d'y
>> cheroit plutôt de rien à ceux qui
>> laiffer manquer
>> demandent des fecours >>.
de la
Les Efpagnols, maitres de plus
moitié de Pille de Saint-Domingue, en --- Page 96 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
le meilleur terrein le long des
poffedent côtes mais ils en tirent peu de procomme ;
vous P'avez vu, parce qu'ils
fit,
la culture. Le milieu du
en négligent
chaînede
pays, occupé par une longue défert. Il en
montagnes, eft prefque
mais_la
fort une infinité de rivieres ;
de
plupart ne peuvent paffer que pour L'eau
fimples ruifleaux ou des torrens. falutaire ;
en eft agréable, & même
en fauit
mais fi vive & fi fraiche, 8cil qu'il eft même
boire avec difcrétion;
Quelquesdangereux de s'y baigner. d'une
font
largeur
unes de ces rivieres
charaffez confidérable 2 & plufieurs fable.
rient des grains d'or avec le
vantent deux lacs 2
Les voyageurs- diverfes fingularidont ils rapportent
dix-huit lieues
tés: celui de Xaragua a de
&2
de long, & deux ou trois celles large; de la
fes eaux fontfalées comme
de la
mer. On y pêche des poiffons mêmes
premiere grandeur 2 les
qu'on des
trouve dans l'Océan, à Pexception de cette
baleines & de quelques autres
les
nature. Lé fecond lac, célébré par trèsCaftillans, eft fur la cime d'une
Ovanhaute montagne. Le gouverneur faire des-récits
do en.ayant entendu
, & deux ou trois celles large; de la
fes eaux fontfalées comme
de la
mer. On y pêche des poiffons mêmes
premiere grandeur 2 les
qu'on des
trouve dans l'Océan, à Pexception de cette
baleines & de quelques autres
les
nature. Lé fecond lac, célébré par trèsCaftillans, eft fur la cime d'une
Ovanhaute montagne. Le gouverneur faire des-récits
do en.ayant entendu --- Page 97 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 97
de
merveilleux 0 2 donna la commiffion
le vifiter à deux officiers de réfolution.
Le mont eft fi élevé & fi roide, que
les deux obfervateurs eurent beaucoup Outre la
de peine à
le fommet.
un
lafitude
furent arrêtés par
'
RET
bruit qui les effraya. Le froid
étoit grand exceffif, le chemin toujours plus
difficile; &à mefure qu'ils montoient, arriterrible. Ils
le bruit devenoit plus
-
verent enfin au haut de la montagne 2
ouils découvrirent le lac en quelion :
mais ils n'eurent pas la hardiefle d'en
approcher : le bruit qui croiffoit touleur caufa tant d'épouvante,
jours ?
qu'à s'en retourner.
qu'ils ne penferent
favoir de ce
Voilà tout ce qu'on a pu Caftillans, aufli
lac fameux, dont les
fuperfitieux que crédules, ont raconté
& cru beaucoup de fables.
crier
Dans ce moment, j'entends découvrir
terre : un matelot vient de la curioles côtes de Saint-Domingue, reviendrai
fité m'appelle fuir le tillac;je
finir ma lettre. .
e e Quecette ifle offre un coup d'oeil agréable! -
Une vafte plaine, d'immenfes prairies,
bien cultivées, desjardes habitations
- 2 les.
dins plantés 2 les uns d'indigo --- Page 98 ---
92 SUITE DE S. DOMINGUE:
autres de canes. à fucre, rangés avec
fymmétrie; Phorizon borné, ou par la
mer, ou par des montagnes couvertes
de bois, qui s'élevant en amphithéatre,
forment une perfpective variée ; des
chemins tirés au cordeau, bordés par
des haies vives de citronniers & d'orangers ; mille fleurs qui réjouiffent la
vue & parfument Pair: voilà, Madame,
les objets charmans , que préfente, de
loin, l'afpeét riant de lille de Saint-Domingue.
Je fuis, &cc.
Près de l'ifle de Saint-Domingue, 6e: 21
juin 1750.
de
forment une perfpective variée ; des
chemins tirés au cordeau, bordés par
des haies vives de citronniers & d'orangers ; mille fleurs qui réjouiffent la
vue & parfument Pair: voilà, Madame,
les objets charmans , que préfente, de
loin, l'afpeét riant de lille de Saint-Domingue.
Je fuis, &cc.
Près de l'ifle de Saint-Domingue, 6e: 21
juin 1750.
de --- Page 99 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
LETTRE CXXVIL
SUITE DE SAINT-DOMINGUE
Vous avez vu les Caftillans,
découverte de cette
e:
avoir fait la
le dévafter,
fe rendre maitres du pays, fonder une
en maffacrerles habitans, y 8
établir
colonie, bâtir des villes
y
le tems, des conquêune puiffance que
& Pextrême pates plus importantes,
déreffe des Efpagnols ont prefque
truite. Une fcene nouvelle va s'offrir à vos
regards : ce font les François qui doi- fur
vent y figurer. Voyez les s'élever
les débris des Caftillans, & former,
dans la partie du Nord, une des plus du
riches, des plus floriffantes colonies
Nouveau Monde. Elle doit fon origine
à la hardiffe défefpérée d'un peuple d'Annouveau, que le hafard fur-tout compofa de Norglois, de Bretons, & leur
fumands. Leur union &
anciens origine Rorent à peu près celles des
mains : leur courage fut plusimpétueux
& plus terrible. --- Page 100 ---
SUITE DE S. DOMINGUE, dont
94 Ils'agit de ces Flibufliers, 2
fur je la
al tant parlé dans ma lettre
vous
Ils vinrent s'établir, comme
Jamaique. Pai dit, fur les côtes feptentrionales
je
continuerent
delilel E(pagnole.Lesuns
leur
à courir ies mers; les autresfirent
occupation de la chaffe ; quelques-uns des terres ;
s'attacherent à la culture
au fuccès
mais rien ne contribua plus le fecours
de cet établifiement, que qui commendes vaiffeaux François,. Les Normands furcerent à le vifiter.
dans le ditout y arriverent, alloient comme à la conquête
xieme fiecle ils
dansle douzieme,
de TAngleterre, Pouille. &, Ils amenoient des
à celle de la vendoient pour trois ans,
Engages qu'ils tiroit les mêmes fervices.
& dont on
Dans P'occafion on les
que des Negres. à la guerre : il s'en trouva
émployoit
& d'aflez hamême de fort braves, fortune immenfe,
biles,pour faire délivrés une de la fervitude.
après s'être des Chaffeurs ou BoucaA Pégard ils n'avoient point d'autres deniers 9
nommoient leurs
meures, que c'étoient ce qu'ils de petits champs
Boucans : ohilsavoient des claies pour:
défrichés, la viande, un efpace pour
boucaner
à la guerre : il s'en trouva
émployoit
& d'aflez hamême de fort braves, fortune immenfe,
biles,pour faire délivrés une de la fervitude.
après s'être des Chaffeurs ou BoucaA Pégard ils n'avoient point d'autres deniers 9
nommoient leurs
meures, que c'étoient ce qu'ils de petits champs
Boucans : ohilsavoient des claies pour:
défrichés, la viande, un efpace pour
boucaner --- Page 101 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 95
étendre les cuirs, & des barraques à 2
dont toute la commodité fe réduifoit
pluie & del'arles metrelconvertdela, ils n'avoient
deur du foleil. Comme-i étoient dans
ni femmes ni enfans, ils
Pufage de s'affocier deux à deux pour
vivre enfemble, & fe rendre réciprotoutes fortes de fervices. Les
quement biens étoient communs entr'eux 2 &
demeuroient à celui des deux qui furvivoit à Paatre. La droiture & la franchile étoient fi bien établies, non-feulement entre les deux affociés, mais
d'une fociétéà Pautre, que ce qu'on ne
trouvoit pas chez foi, on lalloit pren- fans
dre librement chez fes voifins, 9
que d'en demanautre affujettiffemenr,
der la permillion; &c l'on ne connoif- bifoit d'ailleurs d'autres loix ", qu'un
de conventions, dont
zarre affemblage faifoit toute l'autorité.
la coutume
affranLes Boucaniers fe croyoient
chis de toute obligation précédente, avoient 2
par le baptême de mer 1. qu'ils La relireçu au paffage du tropique. fi
de droits
gion même confervoit peu
fe fouvenoient-ils
fur eux, qu'à peine
du Dieu de leurs peres. Il; y aapparence
s'ils fe fufent perpétués dans cet
que --- Page 102 ---
96 SUITE DE S. DOMINGUE: troifieme
état, jufqu'à la feconde moins ou
de corgénération, 2 il euffent eu
les
noiffance du ciel, que les Caffres,
Hottentots & les Caraibes. Ils avoient
jufqu'au nom de leurs familles,
quitté fubftituer des fobriquets, dont
la pour plupart y
ont paffé à leurs defcendans
Cependant ceux qui fe marierent dans
la fuite fignerent leurs véritables noms;
& c'eft ce qui a donné lieu à ce
ne connoit
Eien
verbe du pays: ( qu'on
>.
tems du mariage
> les gens, qu'au des Boucaniers conL'habillement chemife teinte du fang
fiftoit en une
avoient tués, un
des animaux qu'ils
courroie
ealeçon encote plus fale, une & d'oit
quileur fervoit de ceinture 2,
pendoit un grand couteau dans fans une
large gaine. Leur chapeau étoit d'oût ils
bord, excepté fur le devant,
le
en laiffoient pendre un bont pour de
prendre. Ils ne fe fervoient point. de
bas; leurs fouliers étoient de peau
cochon ; & leur arme 2 un grand fufil
des balles de feize àla livre.
qui Chacun portoit avoit, à fa fuite, un certain
nombre d'Engagés, & une meute de
vingt ou trente chiens, parmi alloit lefquels deity en avoit toujours un qui
vant,
excepté fur le devant,
le
en laiffoient pendre un bont pour de
prendre. Ils ne fe fervoient point. de
bas; leurs fouliers étoient de peau
cochon ; & leur arme 2 un grand fufil
des balles de feize àla livre.
qui Chacun portoit avoit, à fa fuite, un certain
nombre d'Engagés, & une meute de
vingt ou trente chiens, parmi alloit lefquels deity en avoit toujours un qui
vant, --- Page 103 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
97.
vant, & conduifoit toute la troupe.
Dès que la proie étoit éventée, les autres accouroient 9 & l'arrêtoient en
aboyant autour d'elle, jufqu'à ce
le Boucanierif fût pofté pour la tirer. E:
bêre étoit écorchée fur le champ ; & le
maître en prenoit un des plus gros OS s
qu'il caffoit pour en fucer la moëlle,
C'étoit le déjetiné ordinaire des Boucaniers : ils abandonnoient les autres
OS à leurs Engagés. On continuoit la
chaffe jufqu'à ce qu'on eût tué autant
de bêtes qu'ily avoit de perfonnes. Ces
gens ne connoiffoient point d'autre
nourriture : du piment avec du jus de
citron, en faifoit tout laffaifonnemenr
La table étoit une pierre ou tronc d'arbre: : de l'eau claire pour toute boiffon,
&i jamais de pain, L'occupation d'un
jour étoit celle de tous les
ce
autres,jufqu'à
qu'on eût raffemblé le nombre
de cuirs qu'on s'étoit engagéà fournir
aux navires, Tels étoient les Boucaniers de Saint
les Flibuftiers, Domingue les' Colons 2 & qui, avec
les
gés, a 2 compofoient la nouvelle colonie, Engae
C'eft du mélange de ces quatre fo:tes
d'habitans, que fe forma le
auquel on donna le nom d'Aventuriers. corps,
:
Tome XI,
E --- Page 104 ---
58 SUITE DE S. DOMINGUE. défendre contre
La néceffiré de alarmés fe
de leur voifiles E(pagnols, les fit penfer. à fe choifir un Chef.
nage,
le commandement à un
Ils déférerent nommé le Vaffeur: c'étoit
proteflant, homme brave,. & qui palloir pour
un habile dans toutes les
du génies
la maIl foutint cette
dans la
REE
il fe défendit,
Tere
niere dont
foit dans la
petite ifle de la Tortue,
Heugrande ifle de Saint-Domingue- fa colonie avec
reux s'il eût gouyerné quilavoit mon-.
aitant de modération,
Mais lor(-
tré de valeur & de conduite!
du
qu'il fe crut à çouvert des dangers lalfedion
dehors,il compta étoient pour fous rien fes ordres ; 8c
de ceux qui il s'attira leur haine. Il combientôt
les Catholiques; auxquels il
mença par. exercice de leur religion,
interdit tout leur chapelle, & chafla
Il fit briler
deffervoient. Il ne.
deux prêtres mieux quila lès Proteftans, qu'iltraita guere
& de corvées : il
chargea. d'impôts
fur toutesles
mit des taxes.excefives enfin une véritable
denrées, & Les exerça fautes les plus légeres
syrannic. toujours punies aveç excès. Il
étoient avoit fait faire une çage de fer, oil'on
religion,
interdit tout leur chapelle, & chafla
Il fit briler
deffervoient. Il ne.
deux prêtres mieux quila lès Proteftans, qu'iltraita guere
& de corvées : il
chargea. d'impôts
fur toutesles
mit des taxes.excefives enfin une véritable
denrées, & Les exerça fautes les plus légeres
syrannic. toujours punies aveç excès. Il
étoient avoit fait faire une çage de fer, oil'on --- Page 105 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
ne pouvoit être debout ni couché, 99 &
qu'il nommoit fon enfer: c'étoit aflez
de lui avoir
mé. On n'étoit déplu, 9 pour y être enfer
dans
guere plus à fon aife
un certain donjon, qu'il
fon. purgatoire, Cependant appelloit
dureté de fon
la
tourner avec
gouvernement 2
fut
T
fes
tant d'adreffe Pefprit de
fujers, en leur faifant envifager cette
petite république 2 comme un
pour tous les Hugenotsqui voudroient alyle
faire profeffion libre de leur feête,
qu'ils confentirent à le reconnoître 2
pour ieur prince. II jouit pendant quels
quesannées de ce titre imaginaire,
fut enfin étouffé dans fon
qui
main d'un'l homme, à quiil avoit fang enlevé par la
fa maitreffe,
- La Cour de France feignit long-tems
d'ignorer les entreprifes de ces aventuriers contre les Elpagnols, & défavoua
leur conduite, 2 ne jugeant pas à
de fe brouiller avec
propos
un paysqu'ellen'étoir PE/pagne, pas fare de pour
der. Mais lorfqu'elle vit qu'ils
affez
drfint
nombreux, affez forts,aflez riches
pour tenir tête à leuts ennemis, elle
les avoua pour fes fujets, & leur envoya un corps de troupes régulieres,
Eij --- Page 106 ---
IOO *SUITE DE S. DOMINGUE. conquépourles: aider à conferverleurs
chevalier de Malthe,
tes. Fontenai ,
régir ce
fut nommé, par la Cour, pour
de
petit état, en qualité de Gouverneur
la Tortue & de la côte de Saint-Domingue : c'eft le premier François qui
ait été revêtu de ce titre.
-
Des talens médiocres n'auroient pas
infpirer le goit de l'ordre
fuffi, pour d'un caraétere fi fingulier,
à des gens
colonie réguliere.
& en former une
qui fuccéda au chevalier
D'Ogeron
pofiédoit aut plus haut:
de Vememni. convenoient à cette
degré, ceux qui Sa mémoire eft engrande entreprife.
core en vénération à Saint-Domingue, fondateur
olil paffe pour le véritable
n'éSon peuple
de cet établiflement.
des
à
de ravir
époufes,.
tant pas portée
de Romucomme les compagnons filles de France;
lus, il fit venir cent fuffifant pas pour
mais ce nombre ne deux hommes titous les habitans s,
le
l'éroient aux dez une fille; n'avoit gagnantl droit de
poufoit; ; & le perdant quand le premier
vivre avec elle, que
étoit occupé ailleurs. ne fût pas confiQuoique cet envoi
on ne laiffa pas de remarquer
dérable, $
es,.
tant pas portée
de Romucomme les compagnons filles de France;
lus, il fit venir cent fuffifant pas pour
mais ce nombre ne deux hommes titous les habitans s,
le
l'éroient aux dez une fille; n'avoit gagnantl droit de
poufoit; ; & le perdant quand le premier
vivre avec elle, que
étoit occupé ailleurs. ne fût pas confiQuoique cet envoi
on ne laiffa pas de remarquer
dérable, $ --- Page 107 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. dans IOI la
bientôt quelque changement communicolonie; mais fi ces femmes
- unes
querent à leurs maris quelques fexe, ceuxdes vertus naturellesaleur à leur tour 2 celles
ci leur infpirerent, hommes.; car on
qui font propres aux
fort loin la
prétend qu'elles ont porté
valeur militaire. La facilité qu'elles d'autrouverent à fe marier, en attira
tres; & fi le miniftere eût fecondéles du
& répondu aux demandes
vues,
pela colonie feroit encore
Gouverneur. Ces femmes, comme la
plus peuplée. de celles qu'on a fait paffer, en
plupart
le Nouveau Monde,
diférenstems,dans!
leurs
n'étoient guere connues que par n'édébauches ; mais les Boucaniers wJe.ne
toient pas bleffés de ces moeurs. du
demande
compte
paffé,
>> vous
pas
fort lui
>> difoit le mari à celle que-le feulement
> deftinoit : répondez- moi du refte 5.
> de l'avenir; : je vous quitte furle canon de
Puis frappant de la main
me
il
( Voilà qui
fon fufil,
ajoutoit: infidélités : Ai tût me
>> vangera de tes
>>.
il ne te manquera pas
>> manques, établiffement continua de
Le nouvel
aul Gouverdevoir fes accroiffemens
fa mort, on y trouva fept
neur. Après
Eij
: répondez- moi du refte 5.
> de l'avenir; : je vous quitte furle canon de
Puis frappant de la main
me
il
( Voilà qui
fon fufil,
ajoutoit: infidélités : Ai tût me
>> vangera de tes
>>.
il ne te manquera pas
>> manques, établiffement continua de
Le nouvel
aul Gouverdevoir fes accroiffemens
fa mort, on y trouva fept
neur. Après
Eij --- Page 108 ---
102 SUITE DE S. DOMINGUE: dont la moià huit mille perfonnes,
aux expétié pouvoit être difficiles. employée Elles étoient
ditions les plus
conti-.
entretenues dans une vigilance
la crainte des Elpagnols 2
nuelle, ceffoient 2 par
deles regarder comme
T corfaires. La France fermoit les
yeux fur leurs pirateries, parce & qu'ils à la
toujours du terrein ;
gagaoient fin elle acquit un droit légitime fur une
partie delifle de Saint Domingue, par
la ceffion que lui fit PEfpagne au traité
de Rifwick.
enUne des caufes qui icontribuerent de cette colocore à Tagrandillement de Saint: Chriftophe
nic, fut la prife
Les François
par les Anglois, transférés en 1690. dans les auqui Thabitoient,
à Saint- Dotres ifles, & fpécialement de la politelle
y porterent d'honneur 7 des princiSEIE des
que
de religion; car on prétend
pes
en Amérique,
detous nos établiffemens avoit toucelui de Saint- Chriftophe & il étoit
jours été le mieux policé; Antilles,
même paffé en proverbe aux
la nobleffe étoit à Saint-Chriftophe,
que
à la Guadeloupe ,les folles bourgeois
& les paylans. à
dats à la Martinique,
la Grenade.
--- Page 109 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: O3
Quelques années avant cette époque, on avoit fongé à régler. ladminiftration de la juftice à Saint-Domingue.
Jufques-là elle n'étoit rendue quiepar
des officiers militaires, 5 qui n'avoient
aucune connoiflance des loix: On créa
un Confeil Supérieur &. des fiéges
royaux. A Tégard du gouvernement
fpirituel, vous avez vu l'état de la re-,
ligion fous les Boucaniers : mais lorf
qu'ils commencerent à fortir de leur
barbarie
à mefure qu'une paroiffe
fe tormoit ; elle étoit deffervie par
le premier prêtre qui venoit fe préfenter. Plufieurs pafferent entre les
mains des Capucins ; mais Tair du pays
fe trouva fi contraire. à Thabillement,
& au genre de vie de ces religieux,
qu'ils demanderent la liberté de fe retirer. Les Jéfuites, qui ne dédaignerent
pas de leur fuccéder, partagérent leurs
dépouilles avec les Dominicains. Ily
a cependant encore quelques Capucins
mêlés avec les Jacobins.
La tranquillité générale, rendue à
PEurope & à l'Amérique par le traité
d'Utrecht, mit la colonie Françoife de
Saint-Domingue en état de fe peupler
& de s'établir plus folidement. Alors
Eiv
. Les Jéfuites, qui ne dédaignerent
pas de leur fuccéder, partagérent leurs
dépouilles avec les Dominicains. Ily
a cependant encore quelques Capucins
mêlés avec les Jacobins.
La tranquillité générale, rendue à
PEurope & à l'Amérique par le traité
d'Utrecht, mit la colonie Françoife de
Saint-Domingue en état de fe peupler
& de s'établir plus folidement. Alors
Eiv --- Page 110 ---
104 SUITE DE S. DOMINGUE. réduits à P'oiles Flibuftiers fe voyant
fiveté 9 fe dhifperferent. L'Angleterre
& la France cefferent de les protéger 7
quand elles n'eurent plus befoin d'eux;
& après qu'ils eurent caufé prefqueautant de mal aux Efpagnols : que'ceux- les
cien avoient fait aux Américains s de
uns allerent jouir, dans leur patrie;
leurs richefles; les autres moururent
des excès oùt ces richefles les entraine- dans les
rent; la plapart fe devinrent répandirent plus utiles à
habitations, &
été
par leur travail, qu'ils ne l'avoient - 9
par cette longue fuite d'expéditions de la poftérité.
qui feront létonnement fut
en
Bientôt après, ce pays
érigé
général, avec le titre',
gouvernement commande, de Gouverpour des celui Mles qui fous le Vent. Ony nomneur
& c'eft
ma, dansla fuite, unintendants capicommunément au Cap-François, Pun & Pautre
tale de la colonie, 2 que Dans ces deux
font leur réfidence.
Officiers eft renfermée une Tribunal jurifdiétion d'Atnomméle
particuliere, Commune. Elle confifte à contribiution exclufivement des conteltations
noître
s'élever au. fujet des conqui peuvent accordées par le Roi; concefceflions --- Page 111 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
fions qui font icile premier
1o5
de toute propriété. On conçoit fondement les abus
d'une jurifdiction compofée de deux
Juges, vis
qui, quand ils fe trouvent d'aconciliation, différens, n'ont aucuns moyens de
2 ni aucune loi fixe pour
appuyer leurs jugemens.
Le Cap, qui, dans les commencemens, n'étoit qu'un amas fortuit de
cabanes, eft aujourd'hui une ville affez
grande, 2 bâtie fur la côte
nale, au pied d'une chaîne feptentrio- de
tagnes qui l'environnent en
monlui font une efpece de
partie, &
Elles font, oucultivées couroninement.
ou couyertés de
parles habitans,
amphithéatre
bois, 2 & forment un
côtésde
varié & agréable. Undes
rade, cette place s'étend le long de la
cuit: c'eft qui peut avoir trois lieues de cirouverte une efpece de baie, 2 qui in'eft
l'entrée eft qu'au vent du nord, & dont,
dans le roc. défendue Cette
par un fort taillé
nie d'artillerie
fortereffe, bien mu-
& forme
2 s'avance dans. la
y
un
mer,
d'ou la ville tire promontoire fon
ou Cap,
rempli de bâtimens de nom. Le pori eft
w'envient
toute efpece : il
pas moins de cinq cens, chaque année, quil'entretiennent dans ua
Ey
'entrée eft qu'au vent du nord, & dont,
dans le roc. défendue Cette
par un fort taillé
nie d'artillerie
fortereffe, bien mu-
& forme
2 s'avance dans. la
y
un
mer,
d'ou la ville tire promontoire fon
ou Cap,
rempli de bâtimens de nom. Le pori eft
w'envient
toute efpece : il
pas moins de cinq cens, chaque année, quil'entretiennent dans ua
Ey --- Page 112 ---
106 SUITE DE S. DOMINGUE.
mouvement continuel, & luidonnent
l'air très-vivant. Les rues qui font alli-
& fe coupent, dans les traverfes,
E angles droits, ont plus de trente
pieds de largeur; & i y a, dans le
centre une belle
en face de la2
place,
quelle eftl'églife paroiffiale ; au milieu,
une fontaine, & fur-les extrèmités, des
del'ombre
allées d'arbres, qui idonnent
font
& de la fraicheur. Les maifons du
bafles & bâties pour la commodité font
commerce. Les principaux édifices
les cafernes, & un grand magafin fur le
bord de la mer, oùt le ConfeilSupérieur leurs
& la juftice osdinaire tiennent
féances. La garnifon, les gens de loix,
Pamirauté, Fétat major, les négocians,
les créoles & les
compofent un
nombre d'environ c mille habitans.
A une demi-lieue de la ville, eft un hôpital deffervi par les Freres de la Charité, un Médecin du Roi, un Chirurgien major, &c.
dans l'ille
Les poffefions Françoifes,
de Saint-I Domingue 2 font partagées en
différens quartiers. Celui du Cap OCcupe une plaine longue de vingtlieues,
& large de quatre. Elle eft bornée au
Nord, par la mer, & au Midi, par une --- Page 113 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 107
chaine de montagnes, où. fe trouvent
& ferdes vallées également agréables
tiles. Ces montagnes même n'ont rien
d'affreux : la plupart ne font pas d'une
hauteur extraordinaire : & plufieurs
peuvent être cultivées jufqu'à la cime.
La plaine contient cinq ou fix paroiffes,
nommées la petite Anfe, le quartier
Morin, la Limonade, le Trou, TAcu!,
le Morne-Rouge, &c. Il
a d'autres
voifins ou
lieux,
éloignés 3 Cap,appellés Dondon; Margof, le Borgne,
Pilate, ,le Four 2 - le Morne-en.Diable 2'
Marmelade, 9" Jaquemel, Maffacre,
autres noms femblables, qui fereffentent prefque tous de la bafle grofifiéretédes premiers habitans. Ce n'eft pas qu'il
n'y, ait auffi quelques noms diflingués;. des.
mais ils font rares , & viennent
Efpagnols 7 tels que Coridon, Artibo--
nite, Guanaminte, Tiburon, &c.
On vante la bonté du terrein, léxs
cellence des produéions, la multitude:
des eaux, la beauté des chemins, la:
quantité de fucreries, de rafineries, les.
riches récoltes de coton', d'indigo, de
café,de tabac, le nombre enfin & Pé+
tendue des plantations qui couvrent
Limmenfité. de cette plaine. C'eft uni
E.vj.
ibo--
nite, Guanaminte, Tiburon, &c.
On vante la bonté du terrein, léxs
cellence des produéions, la multitude:
des eaux, la beauté des chemins, la:
quantité de fucreries, de rafineries, les.
riches récoltes de coton', d'indigo, de
café,de tabac, le nombre enfin & Pé+
tendue des plantations qui couvrent
Limmenfité. de cette plaine. C'eft uni
E.vj. --- Page 114 ---
108 SUITE DE S. DOMINGUE: les
andes quartiers de la colonie fonds plus de terre
ciennement habités : les
font admirables. La plupart des
y
demeurent en France Proc ,
priétaires font régir rleurs biens par des Economes:
eft coupée
e Toute la plaine du Cap pieds de
par des chemins de quarante
tous
large, tirés au cordeau, 8.prefque charbordés de haies de citronniers,
gées de fruits, & aflez épailles les
contre
Eer
iervir de barrieres
auffi planté de
Divers partichliers ont
conduilongues avenues d'arbres, qui ruiffeaux
ient à leurs habitations. Les rochers, 8
qui tombent du haut.des
des
ferpentent de toutes parts s,roulent : auffi
eaux d'une fraicheur furprenante remede
les habitans n'ont-ils pas de
plus cha
fttr contre les effets d'une exceffive & boire
leur, que d'aller refpirer T'air,
à
de l'eau des montagnes. Ils peuvent :
de frais, la changer en limonade les
Irte fe trouve des citrons fur tous trèschemins ; & le fucre y eft
grands commun.
d'une extrême ferOutre Pavantage cette plaine a ditilité, on prétend que mais
les
verfes fortes de mines :
pour le
eultivateurs, & pour r'état mème > --- Page 115 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 109
fucre & Tindigo font plus fucre profta- feul
bles, que-des mines d'or. Le de fix milproduit un revenu de plus font évalions. Les profits de l'indigo feroient
lués à la moitié. Ceux du tabac
confidérables, fi la vente
encore plus
n'étoit pas
de celui de Saint-Domingue Le café eft une
défendue en France.
trèsautre denrée, 9 dont on fait un
grand commerce.
fituée dans
La ville de Léogane,
de la colonie,
la partie méridionale
patie avec raifon, pour une des.principales de cette ifle. Elle doit fon origine
la fonderent fous le
aux Elpagnols qui
nom de Sandla Maria de la Vera-Pats
mais celui d'Yaguana , que les fauvages
donnoient au lieu oùr elle eft placée, a
prévalu dans Pufage; & les François
Léogane. Elle OCen ont forméccluide fond d'un
ouil y a un
cupe le
golphe, fort
fa déport pafiable, & un
pour
fenfe. Sa fituation eft regardée comme.
avantageufe : fes environs font
peu
malmarécageux 1 : ce qui en rend l'air
fain, fur-tout pour les Européens.L'extrême chaleur qui y regne 2 jointe aux
excès quis'y commettent en tout genres,occalionne des maladies dangereu-
ont forméccluide fond d'un
ouil y a un
cupe le
golphe, fort
fa déport pafiable, & un
pour
fenfe. Sa fituation eft regardée comme.
avantageufe : fes environs font
peu
malmarécageux 1 : ce qui en rend l'air
fain, fur-tout pour les Européens.L'extrême chaleur qui y regne 2 jointe aux
excès quis'y commettent en tout genres,occalionne des maladies dangereu- --- Page 116 ---
Fro SUITE DE S. DOMINGUE.
fes, qui moifonnent tous les ans beaucoup de monde, C'eft là néanmoins
réfident affez fouvent le Gouverneur que
& FIntendant, & que fe
la partie
tient, pour
méridionale, un Confeil Supérieur, du
avant qu'on établit celvi
Cap,
le feul de
2t
nie, LiIntendant eft le toute la coloces deux Cours
préfident né de
réuniffent dans les fouveraines. Elles fe
oit lafeconde vient fe affaires publiques,
miere par députation. joindre à la preun nombre choifi
De tout fems,
les plus
parmi les citoyens
plus éclairés, riches, les plus integres, les
dant la plus 2 s'étoient diftraits 2 pendu foin de'leurs grande partie de Pannée, 2:
loin de leur
affaires, pour venir,
tement & à habitation; leurs
rendre gratuitice aux peuples. propres frais, la jufDans le lieu de leur
féjour, on les. a vus prévenir les
cès, concilier les intérêts
pro-
& s'occuper d'une bienfaifance communs,
tuelle, Leurs moeurs auffi
habiplus douces que celles élevées, des
mais
guerre > ont poli celles des gens cantons. de
qu'ils ont habités.
Le Confeil Supérieur & la
prdinaire s'étoient avifés de juftice
gratifice --- Page 117 ---
SU:TE DE S. DOMINGUE. IIT &
le Roi du titre de Prince de Léogane,
de le lui donner,
ne manquoientjamais les qualités de
dans leurs arrêts, après
La Cour
Roi.de France & de Navarre.
les a remerciés de ce préfent, ordre avec
défenfe de rien ajouter 2 fans un
exprès, aux titres de Sa Majefté.
de
Comme il y. a ici des tribunaux
judicature toujours exiftans + ne conviendroit-il pas qu'il y eût également difde milice à demeure, qui
un corps
tous les deux bu:
penfat d'y envoyer
bataillons? Ce
trois ans, de nouveaux
feroit une carriere ouverteàlajeunefie na
créole , que fon inclination des porte armes..
turellement au maniement
Le pays qui a bien changé la facedefon
origine, offre un bon choix à faire 2
la voix
quand on confultera plutôt
&
Eder
blique, que la fiveur,. qu'on méqu'au
cordera pas plusaf'opulence envoie,ent tems
rite. Le Roi d'Efpagne
de
des régimens à Saint-Doguerre mais 2
il y a toujours un fonds
mingue; attaché à la colonie. Cette
de troupes eft d'autant plus fage, que les
conduite
la révolution
maladies qu'occafionne coûtent la vie à plus du
du climat,
Ce
fxieme des falaus.quly.amvent.
ur,. qu'on méqu'au
cordera pas plusaf'opulence envoie,ent tems
rite. Le Roi d'Efpagne
de
des régimens à Saint-Doguerre mais 2
il y a toujours un fonds
mingue; attaché à la colonie. Cette
de troupes eft d'autant plus fage, que les
conduite
la révolution
maladies qu'occafionne coûtent la vie à plus du
du climat,
Ce
fxieme des falaus.quly.amvent. --- Page 118 ---
II2 SUITE DE S. DOMINGUE.
n'eft que par fuceffion detems,8capros accoutamer
un long féjoury qu'on peut vivres du pays.
les nouveaux venusaux
leur caufe
Cette nourriture étrangere dégénerent
des maux d'eftomac, qui d'ailleurs peu
en hydropifie, les rend
capables de fatigue, Les Créoles'mème couhabituent difficilement; & une
s'y
toujours ceux qui
leur livide défigne
font
de la dificultédy
en
ufage.Jugez de
des
réduire, dans un cas
néceffité, faits: : ce
hommes qui n'y feroient pas dont on
feroit un hôpital ambulant, fervice. Mais quand
ne tireroit aucun
il feroit poffible de les y accoutumer, affez de
le fol ne produit pas même fubfiftance de
cette nourriture, pour la
lesféceux à qui elle eft propre, réduiroient & que fouchereffes fréquentes esreffources d'Euventà la famine,fansles difette de denrées produit
rope. Cette & la cherté augmente le
la cherté ; des troupes dans un pays,.
défagrément
contrafte, d'une maoù leur pauvreté
laifance, la
niere fi humiliante 2 avec habitans.
richeffe, le luxe des autres oùt eft fiOn prétend que les autrefois terres érigées
tué Léogane, furent faveur d'une fille
en principauté, 2 en --- Page 119 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. II3
naturelle de Philippe III, roi d'Efpagne, qui finit fes jours.
voyoit les
X a
OREAT
encore, y. château, quelques ou l'on dit que
reftes d'un
faifoit fa réfidence : les
cette princeffe démolis
faire
habitans les ont
2 pour Ce
fervir les briques à leurs ufages. nommé
château étoit bâti dans un lieu
le grand. Boucan, parce que les Bouca- de leur
au retour
2 niers s'y raflembloient
la chair des
chafle 9 pour y préparer. tués.
ânimaux qu'ils avoient
Le terrein 7 qu'on nomme proprement la plaine de Léogane, a moins
d'étendue que celle du Cap. C'eft un
uni, que les rivieres qui l'arropays ient, rendent fertile en fucre, en indigo, en café, en fruits, légumes, &
pour-les
autres productions
paffent chaleur eft fi
de l'ifle.
y.
Ti
meilleures qu'elle brûleroit les potagers,
grande, ilon n'avoit foin d'élever, fur les planfemées, des efpeches nouvellement
ces de toits couvets de broffailles, qui, du
fans les priver d'air, les garantifient
foleil. J'ai nommé les deux villes de la colonie Françoife de Saint-Domingue 2
qui peuvent en êire regardées comme
res productions
paffent chaleur eft fi
de l'ifle.
y.
Ti
meilleures qu'elle brûleroit les potagers,
grande, ilon n'avoit foin d'élever, fur les planfemées, des efpeches nouvellement
ces de toits couvets de broffailles, qui, du
fans les priver d'air, les garantifient
foleil. J'ai nommé les deux villes de la colonie Françoife de Saint-Domingue 2
qui peuvent en êire regardées comme --- Page 120 ---
114 SUITE DE S. DONINGUE: dur
Pune dans la partie
les capitales, l'autre dans celle du Sud. It
Nord, &
confidérables, qui OCen eft de moins
telles
cupent les mêmes contrées,
satr
Port - Plate, le port Margot, & la pointe
Marc, 2 le port de Paix,
le grand
Saint-Louis, au Septentrion; au Prin-
& le petit Gouave, 9 le port
a
Dame-Mace 2 lés caps Mongon, fond de l'ille à Varie, Tiburon;le
le fortDate
che, la Caye-Saint-Louis,
&c.
phin, FEfterre, le Cul-de-Sac,
Je ne dis rien de plufieurs petites en8
, qui
iles Françoifes Elpagnoles & enfont
vironnent Saint-Domngse,
comme les annexes. Les principales
font la Soana, la Beara, Sainte-Cathe. la Gouave &
rine, Altavela, Avache,
cette derlaTortue. Vous avez vu que des Franniere a étéle premier féjour de la cOçois, 8z comme le berceau
lonie. Son nom lui vient de ce qu'étant anide
elle a la forme de cet
vue loin,
de Porient à l'occimal. Sa longueur, de
lieues ; 82 fa largeur
dent, eft
fept
au midi. La
de deux, du feptentrion, & environpartie du nord eft efcarpée
qui la
née de rochers à fleurs-d'eau, Le côté du fud
rendent inacceflible, --- Page 121 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. IT5
eft plus uni. 1l fe trouve une montagne
dans le milieu de Tifle, qui la traverfe
dans toute fa longueur, en s'abaiffant certaine
infenfiblement, & laiffant une à être culétendue de terrein, propre bois, & quantivé.lly a de fort beaux
des
tité d'arbres fruitiers 2 tels que banades citronniers, des
orangers 8c. , On n'y voit point de riniers,
fourviere, mais feulement quelques fournie
ces, qui ine fuffiroient pas pour étoit enPeau néceflaire, fi la Tortue
atcore habitée. Auffi étoit-on obligé
trefois, de boire de l'eau de pluie L'ifle que
Pon confervoit dans des citernes.
à Vache fut auffi tresfréquentée faifoient EUE
les Flibuftiers qui en
de leur
rendez-vous 2 pour le partage
butin.. habitans des villes Françoifes de
: Les
& fpécialement ceux
Saint-Domingue,
font riches, prévenans,
des capitales,
francs,
affables, gicensccompatione bonne fociété. Plufinceres, & d'une
qui
fieurs vivent dans une magnificence
ne le cede à aucun de nos plus grands
feigneurs ; mais quelque immenie que
foit leur fortune, ils favent fe mettre
a Pabri de P'envie, par le bon ufage
partage
butin.. habitans des villes Françoifes de
: Les
& fpécialement ceux
Saint-Domingue,
font riches, prévenans,
des capitales,
francs,
affables, gicensccompatione bonne fociété. Plufinceres, & d'une
qui
fieurs vivent dans une magnificence
ne le cede à aucun de nos plus grands
feigneurs ; mais quelque immenie que
foit leur fortune, ils favent fe mettre
a Pabri de P'envie, par le bon ufage --- Page 122 ---
-116 SUITE DE S. DOMINGUE. qu'ils
qu'ils en font , 8 lhofpitalité
exercent envers ceux qui nouvellement
arrivés, & manquant de connoiflances; réclamer.
fe trouvent dans le cas de les
conCette vertu eft T'héritage qu'ils ont Avenfervéle plus entier de cesa sanciens doivent
turiers 1 : auxquels la plupart
avec
leur origine. On croit la refpirer Indiensla
lair de Saint-Domingue. loin Les avant la conportoient déjà fort
les,
l'ont pratiquée
quête ;
Efpagnols & les François ne le cecomme eux;
Il n'eft
dent ni aux uns, ni aux autres.
difnegres, qui ne s'y
pas jufqu'aux
admirable pour
tinguent d'une maniere Pon fournit à peine
des efclaves, à qui
Un étranger
les néceffités de la vie.
des terpeut voyager dans V'intérigur
déres; il fuffit de porter un extérieur
de Thonnéteté, pour
cent,quiannone d'habitations en habita:
être bien reçu eft dans le befoin, on lui
tions. Cil libéralement de quoi continuer
donne
de
fon voyage: fi c'eft une perfonne
naiffance, qui foit dans l'infortune lui 9
Tempreffement eft général pour
offrir un alyle : on ne lui laiffe point chaTembarras d'expofer fa fituation;
cun le prévient. Il ne doit pas craindre --- Page 123 ---
SUITE-DE S. DOMINGUE. 1i7
de fe rendre importun par un troplong
féjour ; on ne fe laffe point de le voir :
voitures, tout eft à
negres, chevaux, & s'il
on lui fait
fa dilpofition;
part,
promettre de revenir aufli - tôt qu'il
fera libre. On m'a nommé des particuliers, qui, dès qu'un vaiffeau arrivoit de
France, alloient fur le rivage voir déconduire
barquer lespallagers, &1 pourles les retenoient 1
dans leurs maifons,
y
jufqu'à ce que le tems, leurs confeils 2
leurs foins & leurs fecours leur procuraffent des établiffemens avantageux.
La charité eft la même pour les orphelins . : jamais le public n'en demeure
chargé; les plus proches parens ont la
préférence ; & à leur défaut, ce font
les parains & les maraines qui en prennent foin. Si cette derniere reffource
manque encore à quelque malheureux
enfant, le premier qui peut s'en faifir,
regarde comme un bonheur de l'avoir
chez foi, & de lui fervir de pere.
Les femmes de Saint-Domingue font,
jolies, blanches, de belle
en général,
de
On les
taille, & remplies
graces.
ditaccufe d'être galantes; mais c'eft,
on, pour fe venger du goilt trop marqué,qu'ont leuts maris pour les négref-
derniere reffource
manque encore à quelque malheureux
enfant, le premier qui peut s'en faifir,
regarde comme un bonheur de l'avoir
chez foi, & de lui fervir de pere.
Les femmes de Saint-Domingue font,
jolies, blanches, de belle
en général,
de
On les
taille, & remplies
graces.
ditaccufe d'être galantes; mais c'eft,
on, pour fe venger du goilt trop marqué,qu'ont leuts maris pour les négref- --- Page 124 ---
148 SUITE DE S. DOMINGUE,
fes. Elles font d'ailleurs très-inconftan1es, & fujettes à des coups de
qui feroient périr de jaloufie tout captice, autre.
des qu'un s'attacher François, qui auroit le malheur
eft
à elles. Mais cette paffion
pays, heureufement oùt
peu connue dans ce
ily a toujours mille
ces contre une infidélité,
reffourL'activité induftrieufe des habitans
François de
parti le plus Sant-Dontingue, a tiré le
avantageux de leurs étabiliemens, & lesa conduits à des
tunes rapides. Il regne
ford'opulence, qui frappe par-tout les
un air
Ony, voit près de quinze étrangers.
fucreries que rafineries : ce commerce cens, tant
efimmenfe, & fournit chaque année à
vires,qui Texportation de plus de quatre cens nachandifes de reviennent France, chargés de mar-,
cultures dont j'ai
Outre les autres
pourroit encore
parlé, celles qu'on
roient les branches introduire, de ce
augmenteles queles
négoce, telcontinent de produétions de PInde &z du
qui fe. naturaliferoient PAmérique méridionale,
ment. Maisc'eft
ici très-facilequ'on
par lindigo & le tabac,
commence, pour l'ordinaire, les
hmbilations, parce que ces manufactu- --- Page 125 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. II9
res ne demandent pas un grand attirail,
ni beaucoup de negres, % & qu'elles faire met- des
tent les particuliers en état de
ils afpirent
fucreries : avantage auquel
le
-
tous 2 non feulement pour
profit
qu'elledrapportent, mais encore parce
qu'elles les mettent au rang des notables; ; aul lieu que l'indigo feuloule tabac les retiennent dans la claffe des pe
tits habitans.
abonde dans
Le bois de conftruéion il
de fa
toutes les parties de Tifle; eft,
dur &
mais
nature, compaéte,
pefant;
fon poids diminue à mefure qu'il perd
de fon humidité; &oale dit Alépreuve de la piquure des vers , dont il ne
être endommagé. On pourroit
peut
P'écorce d'un arbufte connu
faire, avec de
de meilleurs
fous le nom
Mahot, fabrique en
cordages, que ceux qu'on
Europe pour les agrêts des vaiffeaux;
8 Pon tireroit de divers arbres réfiqui tiendroit lieu de
neux, , une Outre gomme les mines d'or 8 d'argoudron. celles de fér, d'acier & de cuigent, font communes ; mais on ne les
vre y. plus, & l'on juge qu'il eft plus
exploite
de cultiver des denréespréavantageux
çieufes, dont le débit eft plus prompt
: :
qu'on
Europe pour les agrêts des vaiffeaux;
8 Pon tireroit de divers arbres réfiqui tiendroit lieu de
neux, , une Outre gomme les mines d'or 8 d'argoudron. celles de fér, d'acier & de cuigent, font communes ; mais on ne les
vre y. plus, & l'on juge qu'il eft plus
exploite
de cultiver des denréespréavantageux
çieufes, dont le débit eft plus prompt
: : --- Page 126 ---
120 SUITE DE S.
& plus lucratif,
DOMINGUE,
taux. Cette
quele produit des méété
région enfin femble avoir
particuliérement favorifée de la
tions nature, non-feulement par les producqui lui font
par la facilité avec particulieres, mais
réuffir toutes celles des laquelle on y voit
La mer & les rivieres autres fourniffent pays.
d'excellens poiffons : mais elles font
remplies de crocodiles,
comme dans toutel
appellés ici,
mans. Ona affure TAmérique, des Caimirable,
qu'ils ont un infliné ad2 pour alier chercher leur
jufques dans les forêts,
proie
des embiiches
2 où ils dreffent
lent
aux animaux qu'ils veuà les furprendre, faifir
La nature leurapprend
ôter la
par le mufeau 2 pour leur
enfuite refpiration; & ils les entraînent
val
au fond de l'eau. Quand un chehennit fauvage entre dans une riviere, il
& frappe du pied, comme 9
épouvanter fon ennemi, &
pour
faire quelque mouvement l'obliger à
le découvrir. Les chiens de qui ferve à
le même inftinét : ils s'arrêtent chaffe ont
ge, Jappent de toutes leurs
au riva-.
s'ils
forces; &
s'apperçoivent de quelque
tion, ilsfe privent de boire, & agitaleurs maitres, plutôr
quittent
être dévorés,
que des'expofer à
Le --- Page 127 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
Le lamentin eft un autre animal 121
fe pêche dans les fleuves &les
qui
SaintI
mers de
Domingue. Chriftophe. Colomb, 2
qui donnoit volontiers dans le merveilleux, pour rendre fes découvertes plus
célebres, ciens.
le prit pour la fyrene des anLe lamentin n'a jamais
il jette des larmes & fe
chanté;
qu'on le tire à terre ; & c'eft plaint, de-là lorflui vient le nom qu'il
Deux que
geoires qu'il a fur les porte. deux
napeu près de la figure de deux épaules, à
& dont ilfe fert également
mains,
& pour tenir fes petits, l'ont pour fait nager
mer Manati par les
nomen croit ces derniers, Efpagnols. Si l'on
mentins fi
2 on a Vu des lafamiliers, qu'on les
en les appellant. Onles
attiroit
me des chameaux ; & chargeoit ils
compaifiblement leur fardeau, portoient
tre rive. Ils
juiqu'àlaudonnoit à la mangeoient ce qu'on leur
main, & fuivoient,
ques dans les maifons, ceux qui juf- les
nourriffoient. fans,&
Ils jouoient avec les ende
paroiffoient prendre
plaifir à la mufique. Ils fouffroient beaucoup
qu'on montât fur leur dos, &
jufqu'à dix hommes à la fois, paffoient du
d'un lac à l'autre. La créduiiré bord
Tome XI,
efpaF
qu'àlaudonnoit à la mangeoient ce qu'on leur
main, & fuivoient,
ques dans les maifons, ceux qui juf- les
nourriffoient. fans,&
Ils jouoient avec les ende
paroiffoient prendre
plaifir à la mufique. Ils fouffroient beaucoup
qu'on montât fur leur dos, &
jufqu'à dix hommes à la fois, paffoient du
d'un lac à l'autre. La créduiiré bord
Tome XI,
efpaF --- Page 128 ---
E22 SUITE DE S. DOMINGUE:
gnole doit rendre au moins
teux de pareils récits.
très-dous
La femelle du lamentin met bas
allaite fes petits à la maniere des &
ches; & c'eft pour cela,
vauns lui ont donnéle nom que de vache quelquesrine. Sa tête d'ailleurs reffemble mad'un boeuf; mais il a le muleau à celle
enfoncé, 9 le menton plus
yeux plus
charnu,
Plez
quinze
petits. Ce poiffon a depuis
depuis jufqu'à vingt pieds de long, &
moins quatre jufqu'à fix de
du
vers les
large,
va
épaules; car fa largeur
toujours en diminuant
queue, La chair falée du jufqu'a la
le goût de celle du Veau lamentin a
plus agréable, & fe conferve ; mais elle eft
tems, La graiffe qu'on en tire pluslong- eft
bonne, 2 & ne rancit point :
trèsun excellent cuir ; & il fe fa peau eft
fa tête, une efpece de
forme, dans
on attribue de merveilleufes bézoard, auquel
Après les tempêtes,
propriétés,
le nom
çonnues sicifous
font
d'Ouragans, les rivages de l'ifle
& d'une remplis de coquillages d'un luftre
beauté
voit mille autres estraordinaivess curiofités
on y.
propres à enrichir les cabinets. naturelles 9
eft peuplé.de quantité
L'air
d'oifeaux, tous --- Page 129 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
remarquables par la variété de leurs 123
plumages; mais s'ils plaifent aux
plus que les nôtres, ils flattent yeux,
coup moins les oreilles; &E en beauleur chant ne fait pas ici, comme général,
Enrope, le charme de la
en
des bois. Les
campagne &
tans naturels perroquets de
font des habivoit de toutes les cette ifle, on l'on en
Entre les animaux nuances. du
pays, les
drupedes ne méritent pas d'être quamés. On n'en trouve que de
nomcinq efpeces, dont les plus quatre OUI
comme nos lapins ordinaires, gros étoient
voyoit de petits chiens
On
voient d'amufement muets,
aux
edez
qu'elles portoient entre leurs femmes, &
les employoit auffi à la chaffe bras. On
éventer les autres animaux; ; & 2 pour
ils n'étoient pas moins bons à comme
ils furent d'une grande
manger,
Elpagnols, On en
reffource aux
fieurs fortes les diftinguoit de plutout à fait liffe; ;
uns avoient la peau
d'autres' étoient
verts d'une laine très-fine; & le cougrand nombre n'avoit qu'un duvet plus
tendre & fortrare. Les couleurs
fort
auffi variées, que celles de nos étoient
& beaucoup plus vives,
chiens,
Fij
'étoient pas moins bons à comme
ils furent d'une grande
manger,
Elpagnols, On en
reffource aux
fieurs fortes les diftinguoit de plutout à fait liffe; ;
uns avoient la peau
d'autres' étoient
verts d'une laine très-fine; & le cougrand nombre n'avoit qu'un duvet plus
tendre & fortrare. Les couleurs
fort
auffi variées, que celles de nos étoient
& beaucoup plus vives,
chiens,
Fij --- Page 130 ---
124 SUITE DE S. DOMINGUE.
On nourrit aujourdhui de nom:
breux troupeaux dans les favanes ou
dont cette ifle eft couverte ;
prairies 8c elle joint a tous ces avantages 2 celui de n'avoir aucun de ces reptiles vefi dangereux & fi communs
nimeux, ,
Les eaux font
dans le refte -
des Antilles.
& dans
bonnes, faines, abondantes ;
de
plufieurs, endroits, il s'en rencontre
minérales. Le climat s auquel on attribue les maladies qui attaquent les nou- la
en eft peut être moins
veaux venus, l'excès & Fintempérance ,
caufe, que ils s'abandonnent 7 par la
auxquels malheureufe facilité qu'ils trouvent à
s'y livrer.
que préfente
Mais quelque avantage
il n'y a
le féjour de Saint-Domingue, envie de faire fortune,
qu'une grande
La
qui pulidfe y retenir un Européen. eft une de
chaleur exceffive incommodités du pays,
: elle
fes plus grandes
deux fortes
eft pourtant modérée par
s'élevent réguliérement
de vents, qui
qu'on
Brift,
chaque jour : Pun, les dix heures appelle du mafe fait fentir vers
à Foccident,
tin, & fouffle de Forient heures du foir,
jalqu'à quatre ou cinq Vent de Terre, fe
L'autre qu'on nomme --- Page 131 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 125
leve de Poueft, deux heures après. &
dure jufqu'à huit heures du matin, Mais
comme leur adion eft fouvent arrêtée
ou interrompue par différentes caufes,
il refte toujours affez de chaleur, 9 pour
accabler ceux que leurs affaires appellent hors de la maifon. C'eftalors qu'on
eft expofé à recevoir ces violens ccups
de foleil,qui caufent des fievres, avec
des douleurs de têre, des tranfports, &
mettent le fang & les efprits dans. un
mouvement extraordinaire. Depuis le
mois d'avril, jufqu'au mois de novembre, ily a de Porage prefque toutesles éleaprès-dinées: les rayons du foleil
vant le matin les vapeurs de la terre, 2
les amaffent, & forment, le foir, des
efpeces d'ouragans, toujours accompagnés d'éclairs, de tonnerre, & d'un
vent impérueux, La pluie eft alors fi
abondante - , qu'il feroit difficile d'en
donner une idée.
moins
Quoique les chaleurs fe falfent
fentir dans les maifons, on nel laiffe pas
d'en fouffrir beaucoup": elles jettent
dans l'abattement, ôtent les forces,
T'appétit; &
furcroit d'incommodité; des CESORIC de mouches achevept
de vous perfécuter. Il faut, a.chaque
F nis
pluie eft alors fi
abondante - , qu'il feroit difficile d'en
donner une idée.
moins
Quoique les chaleurs fe falfent
fentir dans les maifons, on nel laiffe pas
d'en fouffrir beaucoup": elles jettent
dans l'abattement, ôtent les forces,
T'appétit; &
furcroit d'incommodité; des CESORIC de mouches achevept
de vous perfécuter. Il faut, a.chaque
F nis --- Page 132 ---
126 SUTTE DE S.
inftant, avoir le DOMINGUE.
pour les chaffer, mouchoir &che
au vilage
dont il eft couvert, elfuyer-la fueur
fon
Onn'éf pas plus à
déclin aife, ; le Jorfque le jour eft fur fon
laide refpirer vent qui tombe tout à
plus tempéré un air enflammé qui coup, n'eft
fortir
par la Brife.
un moment,
Voulez vous
fraicheur des foirées? 2 pour jouir de la
par une armée de
Vous êtes affailli
de coufins qui vous Maringouins 2 ou
trer au plus
obligent de renmoucherons vile.lly a des tems oùt ces
bres, & par le pénetrent bruit
dans les chamnemens
de leurs bourdonincommodes. 2 caufent des infomnies trèsle tems
Versle milieu de la nuit,
foufle change; & le ventde
avec plus de
terre, qui.
frais. On feroit tenté force, amene le
mais il faut s'en
de s'y livrer ;
fe couvrir au. donner de garde, &
l'on ne veut
contraire avec foin, fi
fes maladies. pas s'expofer à de fâcheuLa chaleur n'eft
même force
pas toujours de la
Phiver commence pendant toute l'année :
bre, & finit au mois au mois de novemles nuits & les
de février. Alors
& même
matinées font
un peu froides, Les friches,
plantes --- Page 133 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 127
d'acroifement;les her.
reçoivent peu
c'eft
bes prennent peu de nourriture;
cependant le tems des grandes pluies
vous l'ai
'
qui font, comme je
dit, oit
abondantes, qu'il y a des femaines
il en tombe autant qu'en France pendant une année entiere; ce qu'on fait
monter, année commune, à dix pouces cubiques. En rafraichiffant Tair', 9
ellescaufent une humiditéqui corrompt
la viande en moins de vingt-quatre
heures, oblige d'enterrer les morts 2
peu de tems après qu'ils font expirés,
& fait pourrir tes fruits, prefque auffitôt qu'ils font cueillis. Le pain, s'il
n'eft dur comme du bifcuit de mer, ', fe
moifit en deux ou trois jours. Les vins
ordinaires tournent & s'aigriffent; le
fer fe rouille du matin au foir; & ce
n'eft pas fans peine 7 que l'on conferve
le ris,le mais, les feves, & autres graines, d'un an à l'autre, pourlesfener.
Le printems (uit cette faifon, & dure
jufqu'au mois de mai. La nature femble
renaitre alors; les prairies font revêtues d'une herbe nouvelle. La feve
monte aux arbres ; les plantes fe parent de leurs fleurs; & l'air en eft embaumé. La fécherefle, qui vientenfuite,
Fiy,
7 que l'on conferve
le ris,le mais, les feves, & autres graines, d'un an à l'autre, pourlesfener.
Le printems (uit cette faifon, & dure
jufqu'au mois de mai. La nature femble
renaitre alors; les prairies font revêtues d'une herbe nouvelle. La feve
monte aux arbres ; les plantes fe parent de leurs fleurs; & l'air en eft embaumé. La fécherefle, qui vientenfuite,
Fiy, --- Page 134 ---
228 SUITE DE
fait diiparoître S.DOMINGUE:
répréfente PEté, tous Eté de ces agrémens, &
auquel les
la zone torride,
Ont peine tempéramens à fe faire.
des Européens
quelques années de La plupart, après
une extrême
féjour, 2 éprouvent
la chaleur mine diminution de leurs forces:
robuftes - ; & ils infenfiblement les plus
avant le tems de commencent à vieillir
Ceux
l'âge mûr.
qui arrivent dans
d'acquérir du bien,
P'intention
cefion d'un terrein demandent la conmaître, Dans un mémoire qui n'a point de
fent au Gouverneur
qu'iis adrefils expofent leur
ou à FIntendant,
famille, celui de Jeur qualité, l'état de leur
quent la portion de fortune. Ils indirent, &
terre qu'ils defide FArpenteur joignent au placet, un certificat
cette terre n'eft Royal, à
2 qui affure que
ceflion eft
perfonne. Sila conteur en regle expédiée, l'étendue ce même Arpen:
lest forces decelui
fur le befoin &
cette condition, quila demande, ,avec
mera les plus
que ce dernier fom:
à fa prife de proches voilins d'affifter
clareront poffeflion ; que ceux-cidé.
droit de s'y par écrit, qu'ils n'ont aucun
pace de
oppofer, & que dans leftrois ans, - 2 il en défrichera du --- Page 135 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 129
moins la troifieme partie, fous peine
d'être privé de la totalité. On obfervées regrette S:
que ces claufes foient mal
ne déa de ces
qui
carilya
poffeffeurs néceffaire
frichent que ce qu'ils croient Les Goupour marquer leur propriété. réunir ces
verneurs font quelquefois
n'eft
terreins au domaine 5 mais ce
cérémonie ; ou du moins, 3
pure ne tombe que fur quelques
de
RasSr
n'ont ni aflez
promalheureux. , qui
fe
teétion, ni affez de crédit, pour
fouftraire à la loi.
Cette même loi défend aux particuliers,devendre ou d'aliéner ces conceffions, à moins qu'ils n'enaient défriché
& mis en valeur les deux tiers; n'étant
pasjufte, queles ayent obtenues gratuitement, ils puiffent en tirer avantage 2
fans les avoir améliorées. Pour éviter
Tabus, il n'en doit être délivré auqui contienne plus de mille pas
cune,
à
de nullité pour tout
en quarré, peine
ce qui excede cette érendue,-plus
fuffifante
les habitations les
pus
pour
Les
chefortes de PAmérique.
grands de
mins doivent avoir foixante pieds
largeur, 8 ceux de traverfe trente pieds,
Fv
puiffent en tirer avantage 2
fans les avoir améliorées. Pour éviter
Tabus, il n'en doit être délivré auqui contienne plus de mille pas
cune,
à
de nullité pour tout
en quarré, peine
ce qui excede cette érendue,-plus
fuffifante
les habitations les
pus
pour
Les
chefortes de PAmérique.
grands de
mins doivent avoir foixante pieds
largeur, 8 ceux de traverfe trente pieds,
Fv --- Page 136 ---
130 SUITE DE S.
Pour ne pas
DOMINGUE:
à bâtir ou à briler, manquer de bois propre
obligé
chaque habitant eft
tion, cent d'entretenir, de 2 en cette producremplacer pas
fon terrein, & dela
pour fon ufage. à mefire lleft qu'il en prend
ter, au moins cent tenu aufi de planpece de bois, qui
pieds, de cette efcommerce, tel peut être un objet de
gayac, du
que des cotoniers, du
du bois de brefillet, du fuftel, du cedre,
Enfin, il lui violette, eft
de P'acajou, ecc.
vaches, cinquante enjoint d'avoir vingt
autant qu'il en faut, brebis, & des mâles,
pour les fçrvir.
Je fuis, &c.
A.
Saint-Doningut, ce 1zjilliaig36: --- Page 137 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: 131
LETTRE CXXVIIL
SUITE DE SAINT-DONINGUE
huit jours dans une des plus
Jarparts
de cette ifle, chez un
belles habitations
du CapFrandesplusriches particuliers le loifir de la
çois. Sa converfation, entretiens de quelques
campagne, les
inftruites, 8 ce que f'ai pu
pertonnes moi-même, m'ont misà porvoir par
entretenir de deux objets:
tée de vous
les fucreeffentiels à Saint-Domingue, 2
ries & les negres. inconnu aux Grecs
Le fucre étoit
font les Chinois-
& aux Romains; ce T'ufage. Les Porqui nous en ont appris
le cultitugais furent les premiers qui
& Tintroduifirent
verent en Amérique, fi la plante d'oit
en Europe. On-ignore
au Nouveau
on le tire, 2 eft naturelle Portugais sly
Monde, ou fi cesmêmes & des côtes de
ont portée de FInde
TAfrique. Onappelle canne à fucre, o1 cannacette utile
melle le.rofeau qui produit
F vj
ufage. Les Porqui nous en ont appris
le cultitugais furent les premiers qui
& Tintroduifirent
verent en Amérique, fi la plante d'oit
en Europe. On-ignore
au Nouveau
on le tire, 2 eft naturelle Portugais sly
Monde, ou fi cesmêmes & des côtes de
ont portée de FInde
TAfrique. Onappelle canne à fucre, o1 cannacette utile
melle le.rofeau qui produit
F vj --- Page 138 ---
132 SUITE DE S.
& excellente denrée. DOMINGUF: Il
huir, neufou dix
s'éleve à fept 2 -
prisles feuilles & pieds les de haut,y comtent de fon fommet. La rejertops * quiparde noeuds
tige eff femée
éloignés de trois ou
pouces les uns des autres, & quatre
feuilles, 2 qui tombent à mefure garnis de
canne mûrit. Le corps de la
que la
communément de la
plante eft
fa
groffeur du
couleur, en maturité, tire fur doigt; le
ne; & celle de fes feuilles eft d'un jautrès-vif Son écorce, dure &
verd
ferme une fubfance
liffe, renremplie du fac le pius (pongieufe 2 &
doux, le plus fain, le gracieux, le plus
nourriffant peut-6 être, plus pur 5 le plus
nature, On
2 qui foit dans la
fans s'incommoder; peut en manger beaucoup,
toute
; après en avoir ôré
gieufe l'écorce, &
on fuce la partie
;
Pon en tire le jus
fponment, que le miel de fon
plus aiféproche fort du fuc de la rayon, Il apileft plus épais, & ne pomme; laiffe
mais
bouche, aucun
dans la
La plantation arriere-goitr. des
fe fait depuis le mois cannes à facre,
amois de décembre, d'aoit, jufgu'au
font le tems le
qui, dans nos illes,
née, Après
plus pluvieux de l'anavoir farclé & bêché la --- Page 139 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 133
terre, on prend un rofeau de fx à fept
noeuds, & on le couche horizontalement dans un fillon d'un demi-pied de
profondeur. On le couvre de terre ; 8z
lon continue ainfi de planter tout le
champ fur des lignes paralleles, également diftantes les unes des autres. Peu
de tems après,.chaque noeud pouffe un
jet, qui, au bout de douze ou quinze
acquiert de la force & de la
jours, confiftance; mais.ce n'eft qu'au huitiemois
les cannes
- me ou dixieme
2 que Pius elles
font en état d'être coupées.
reftent en terre, après qu'elles ont 3cquis leur maturité, moins elles donnent
dej jus;. mais en revanche, le fucre en
eft meilleur. Les feuilles qui couronnent le rofeau, 8c celles qui partent
de fes noeuds, 2 font réfervées, ou pour
la nourriture du bétail, ou pour lier
les failceaux de cannes, comme on lie
les fagots en Europe. On porte ces
faifceaux au bord du chemin; & les
cabrouets ou charrettes, S viennent les
les voiturer dans les
prendre pour
moulins. Jamais on n'en coupe plus
qu'on n'en peut confommer dans l'efde vingt-quatre heures, de peur
pace
ne s'échauffent ou ne s'aigrifqu'elles
fent,
nourriture du bétail, ou pour lier
les failceaux de cannes, comme on lie
les fagots en Europe. On porte ces
faifceaux au bord du chemin; & les
cabrouets ou charrettes, S viennent les
les voiturer dans les
prendre pour
moulins. Jamais on n'en coupe plus
qu'on n'en peut confommer dans l'efde vingt-quatre heures, de peur
pace
ne s'échauffent ou ne s'aigrifqu'elles
fent, --- Page 140 ---
134 SUITE DE
* Le moulin
S. DOMINGUE.
trois
à fucre eft compofé de
de fer, groscylindres, & placés
ou tambours garnis
les uns des
verticalement à côré
pas mus par autres, Quand ils ne font
vaux, des mules l'eau, ce font des cheles font tourner fur ou des boeufs, qui
dles leviers qu'on
leurs pivots, par
moulin. Une
appelle les bras du
ne, par unde négreffe fes
préfente la canmiers cylindres, bouts, aux deux prebrifent dans toute qui la preffent & la
tre négreffe la falongueur : une atentre le tambour reçoit . & la préfente
dans
du milieu, & le troifieme,
un fens
achever d'en exprimer contraire, pour
ne peut avoir moins de tout le jus. On
pour ce travail, qui
cinq négrefles
de quatre femmes, excede les forces
Vec le foin de fournir fur-tout loriqu'acannes aux
fans ceffe des
trouvenr
cylindres, il faut
moulin, de encore le tems de laver gu'elles le
but, & de les féparer les rofeaux de reêtre brûlés. Ce mettre fervice en paquets pour
hommes
déshonore les
quelquefois gu'on la y emploie - : on en fait
des pareffeux punition des lâches &
vif, qu'ils
; & leur chagrin eft f
demandent à genoux, dîé: --- Page 141 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 135
à leur travail ordinaire,
tre renvoyés
écrafées entre les
Le fuc des cannes
Il coule,
tambours, fe nomme Vefou,
dans une cuve placée
par un trou, 2
Comme il ne manpour le recevoir.
reftoit
queroit pas de s'aigrir, 9 s'ily
un
trop long-tems 2 on le conduit, par chattuyau de plomb, dans une grande Pécumant
diere; on le fait bouillir , en
eft
fans ceffe; & cette lie qui furnage, en font
réfervée pour les animaux, qui lucceffivetrès-friands. Il paffe ainfi
dans
ment, par le moyen des tuyaux, dont la
cinq ou fix autres chaudieres; diminuant. :
Il
grandeur va tonjours en mais comme
s'épaillit dans la derniere,
diverfes cuifons ne lui donnent pas
ces
on y verie, pour
la confiflancerequife,
hâter Topération I 2 une petite fait quantité fur le
d'eau de chaux 2 qui le
extraor- 3
champ, fermenter à un point qu'il ne
dinaire; mais pour empêcher
de
fe répande, on yjette d'une un morceau noix ,
beurre de la grofleur
8t
fait auffi-tôt ceffer Peffervefcence. & il devient
le laiffe enfuite refroidir des ;
ou des
en état d'être mis dans
pots de cette
moules. C'eft la derniere parie eft de débarmanoeuvre, dont le but
extraor- 3
champ, fermenter à un point qu'il ne
dinaire; mais pour empêcher
de
fe répande, on yjette d'une un morceau noix ,
beurre de la grofleur
8t
fait auffi-tôt ceffer Peffervefcence. & il devient
le laiffe enfuite refroidir des ;
ou des
en état d'être mis dans
pots de cette
moules. C'eft la derniere parie eft de débarmanoeuvre, dont le but --- Page 142 ---
136 SUITE DE S.
raffer & de
DOMINGUS
miellenx, qui purger le fucre d'un firc
fa
luioteroit fa
fon folidité, fa fineffe, & le blancheur, brillant de
grain.
font Ces pots, faits en cône renverfé,
à leur ouverts parle fommet, &
pointe,
verfe
percés
core liquide, Ony
le fucre entrou. On l'ouvre après en avoir bouchéle
iffue à la liqueur enfuite, 9 pour donnér
les, & quine
qui découle des mouia confiflance peut du s'épaiffir que jufqu'à
on l'appelle MMiel de miel: c'ef pourguoi
munément
Sucre, & plus comMélafe. Elle fe
précipite, 9 & fort par la petite degage, fe
ture.C'eflavec cette
ouverfait le rum, efpece fmbfiance, que fe
fucre, quia, fur celle d'eau-devie de
de
double avantage
France,ce
chére, & plus faine. qu'elle eft. moins
che qu'un goût de
On ne luireprogréable, mais
canne, aflez défade lui ôter, qu'il ne feroit pas difficile
Peau des Barbades, puifqu'elle faitle fond de
Anglois en
quine l'a point. Les
vous concevez compofent leur ponche ; &
grédiens; ; car on qu'on y le mêle divers : inmanieres,
peut varier en mille
Le fucre, 2 débarraffé de cette
efpece --- Page 143 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 137 fon
de craffe, n'a encore acquis Pour que le rafipremier degré de pureté. couvre les po S
ner davantage 9 on délayée avec de
d'une terre blanche, 2
travers de la
l'eau. Elle pénetre lave, au lui ôte fa coumaffe du fucre, le
le
leur rouffe; & c'eft cequ'on appelle : la meilfucre brut, ou la caffonade feche, & a une
leure eft blanche 2
fucre
odeur, de violette. Ce premier du fang de
étant enfuite rafiné avec
les
boeuf, des blancs d'oeufs, ou par le vemêmes moyens qui fin..Le ont purifié fucre royal
fou, donnele fucre
eft celui qui a acquis fa derniere perfeaion. Il ne peut être, ni plus pur,
brillant. Frappé avec le doigt
ni plus
forte de fon; frottéavec
il produit une
il donne
dans Pobleurité.
un couteau
Il faut deux
un éclat phorphorique.
en faire
cens livres de fucre fin, pour candi n'eft
cent de fucre royal: le fucre
du fucre fondu à diverfes reprifts
que
& criftallifé.
rafinoit
le
Autrefois on ne
point
; il arivoit
fucre à Saint-Domingue & on le travailloit à
brut en France ;
ion
Dieppe & à Orléans. Aujourdhui font
ici des raîineriess8c les fucres y
a
orphorique.
en faire
cens livres de fucre fin, pour candi n'eft
cent de fucre royal: le fucre
du fucre fondu à diverfes reprifts
que
& criftallifé.
rafinoit
le
Autrefois on ne
point
; il arivoit
fucre à Saint-Domingue & on le travailloit à
brut en France ;
ion
Dieppe & à Orléans. Aujourdhui font
ici des raîineriess8c les fucres y
a --- Page 144 ---
738 SUITE DE S.
auffi beaux,
DOMINGUE,
tionnent
que ceux qui
en
fe-perfées
d'Orléans
Europe ; mais
leur.
paffe toujours pour Paffinrge le mcilLorfque les chofes font bien ménagées,ile rum & ia mélafle fuffifent
défrayer toute unepour
fucre eft le profit clair plantation ; & le
alors tous les
& net; mais
font
momens d'un Econome
priétaire occupés; eft & la vie même du Proge, en tout très-laborieufe, Il eft oblifes
tems 9 d'avoir loeil fur
lui-méme inpedeurss & fouvent d'en faire
les fonéions.
tems du fucre eft
Lorfque le
doubler de foins & venu, de 3 on doir ren'eft point d'occupation travaux; & il
& qui nuife plus à la
plus farigante,
fer les jours & les fanté: il faur pafchaleurs réunies du climat nuits, 2 expofé aux
neaux. Ajoutez à cela les & des fourcalionnent les
pertes qu'oc.
ouragans, les
fatfons, & les accidens
mauvaifes
de la guerre 3 ou de la ficheux. ou
lefquels néanmoins
mer, malgré
n'y a point d'endroits on peut dire qu'il
où l'on s'enrichifle
dans le monde,
pays. Une ou deux bonnes plurôt que dans ces
dowmagent de tous ces
récoltes déinconvénienss --- Page 145 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 139
du débit, & le profit
vula promptitude fe fait fur cette denrée.
immenfe
plus d'une fois
fa fabriSIRBEEL
& de fa culture &i de
obdeux
udart
que,je vous ai donné, fur ces
à léobfervations: ,
jets, mes propes fans le fecours defgard des negres,
quels ni Pun ni Pautre ne pourroient d'après
avoir lieu, je n'en parlerai que
mon Hôte & fon Econome.
me difoit le premier;
< Je veudrois,
certains mai-
>> par ménagement pour dans les Antilles,
>> tres que je connois
détail
>> ecatsaneaans font fouffrir à ces
>> des peines qu'ils Rien n'eft plus af-
>> pauvres efclaves.
de ces malla condition
> freux, que
facrifient leur liberté,
> heureux, qui & leur vie aux befoins,
5> leurs travaux, & au luxe de leurs
aux paffions,
fouftraire à la ttatie
>> rans.Si, pour fe cruels, ils prennent
> rie de ces maîtres une loi plus cruelle
9> le parti des'enfuir,
à perdre une
> encore les condamne la remplacée
>> jambe ; & lorfqu'on on leur fait tourner
>> par une de moulins bois, à fucre. Après cela
>> à bras.les
du droit des gens!
> nous ofons parler
que nous
2 Par le peu de compaffion
affions,
fouftraire à la ttatie
>> rans.Si, pour fe cruels, ils prennent
> rie de ces maîtres une loi plus cruelle
9> le parti des'enfuir,
à perdre une
> encore les condamne la remplacée
>> jambe ; & lorfqu'on on leur fait tourner
>> par une de moulins bois, à fucre. Après cela
>> à bras.les
du droit des gens!
> nous ofons parler
que nous
2 Par le peu de compaffion --- Page 146 ---
140 SUITE DE S.
9 infpire ce
DOMINGUE,
>> blons-nous peuple le infortuné, ne fem5 rebut de la pas regarder comme le
& nature 2 T'opprobre des
>
hommes, efpece
comme des êtres d'une
inférieure
9> ques
aux animaux?Quel.
>) fes habits coquillages font fa
>> bles,
font des haillons; nouritures fes meu9
quelques plats de
maifons, 7 des
terres; fes
>> lits, de
tannieres d'ours; fes
>>
à brifer méchantes le
claies, plus propres
9 repos, Son corps,qu'a travail
lui procurer du
99 nuel, fon fommeil eft prefque conti9 efpece de falaire fort court; nulle
9> fervices ; cent pour les plusg grands
9> la moindre
coups de fouet
- >> réduits des faite : voilà oùr en pour font
9) damnés à fervir hommés toujours con4) tirer le moindre les autres, fans en
9> mêmes;
avantage pour eux3> nos appétis toujours occupés à flatter
> fant nos nouveaux nouveaux, 3 en remplif-
> j'ai frémi
befoins, Souvent
: >> créatures d'horreur, 2 en voyant des
2> cet excès humaines : traitées avec
>> corps couvert d'inhumanité. de
Jai vu leur
>> chiré 2 leur chair fang, 9 leur dos dé9 beatix. On fe
tomber en lam-
.2
fouvient du terrible
Chaperon, cet habitanr féroce de --- Page 147 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 141
wSaint Domingue - 2 qui fit expirer un
$ de fes efclaves dans un four chaud.
les mâchoires de ce malheu9> Comme
retirées
la chaleur,
> reux s'étoient
par 2
>> le cruel Chaperon lui dit :jecroisqu'it
la fourche pour le four-
> rit, & prit
il eft devenu
>> gonner. Depnis ce tems,
& loriqu'ils
>-la tereur' des negres :
onles me-
>> manquent à leurs devoirs,
>> nace de les vendre à Chaperon. ces
>> Il faut pourtant convenir les que Fran-
>> exemples font rares parmi
Louis
>> çois; vous favez même que eût d'ef-
>> XIII ne vouloit pas qu'il) y
dans fes colonies, 8 ne fe
>> claves
s'être laiffé perfua5> rendit, qu'après
de convertir
9) der,que Tunique de moyen les réduire à la fer-
$> les Noirs,étoit
& les rois fes fitc-
>> vitude. Ce prince,
défendu à
$> ceffeurs ont expreffément faire donner de leur
$> leurs fujets, de
fous quelque pré
9> autorité privée,
être, la mort ou
>> texte que ce puiffe efclaves, ni même
9> la torture à leurs
d'être
$ de les mutiler, à peine
pour- fui8z punis
3p fuivis criminellement,
On
9 vant Patrocité des circonftances. de les en9 leur permet, tout au plus,
# chainer & de lesfaire battredeverges,
> ceffeurs ont expreffément faire donner de leur
$> leurs fujets, de
fous quelque pré
9> autorité privée,
être, la mort ou
>> texte que ce puiffe efclaves, ni même
9> la torture à leurs
d'être
$ de les mutiler, à peine
pour- fui8z punis
3p fuivis criminellement,
On
9 vant Patrocité des circonftances. de les en9 leur permet, tout au plus,
# chainer & de lesfaire battredeverges, --- Page 148 ---
142 SUITE DE S.
> Aufli eft il
DOMINGUE,
>> Européens reconnu, établis
que de tous les.
>.François, dont
en Amérique, 2 les
9> rellement
Pinclination eft natudouce &
> font en généralles plus compatifiante, humains
% traitement qu'ils font à leurs
dans
> Ils fe refufent même à
Negres,
>> cherches qui
certaines re.
choquent la
> car quoique la prudence bienféances
>> point acheter de Noirs, oblige de ne
>> s'ils n'ont
fans favoir
pas quelque maladie
9> chée, quelque
ca-
> que imperfeétion défaurcorporel, quel- :
fecrete
>) rendroient
2 qui les
incapables de
>) nous avons la pudeur de ne travailler, faire
>.nous-mêmes cet examen ; pas & nous
$) nous en rapportons à nos chirur-
> giens. Les Portugais, les
>> Hollandois
Anglois, les
tiennent, à cet
9 conduite moins timide, tégard, une
srend auffi moins
mais qui les
>achat. Ils vifitent le dupes dans leur
9> ou de la Négreffe, & corps leur font du Negre
>> dre toutes les attitudes dont ils pren-
,9). fufceptibles. Ils les remuent
font
9 lence, pour découvrir fi avecvie9 répond à ce qui paroit au dehors. l'intérieur
9). les font courir, crier, fauter, & Ils
2 dédaignent pas même de leur lécher ne --- Page 149 ---
SUITE DE S. DOMINGUE: 145 de
a la
pour juger, par le contraêté goût
s.la REU 2 s'ils n'ont point & fi le poil du
>.certaines maladies, d'une force à indi-
>.menton n'eft pas
la dé-
>> quer un âge plus avancé, que
w.claration qu'on leur a faite.
de
>> C'eft de la côte occidentale Noirs
w.PAfrique, que nous tirons des voie de
foit
> pour nos colonies,
parla s'eft ré-
> la compagaie des Indes, qui foit
les
4 fervéla traite du Sénégal,
par Fran-
> navires de différens armateurs
sçois - à qui l'on permet ce commer- homme
>.ce. i eft f lucratif, qu'un
écus
>> noir, qui ne ccûte que quarante tiers moins
>> dans le pays, ou les deux
boeuf
fe vend ici jufqu'à
>> qu'un
gras, livres. Autrefois
91 mille ou douze cens
fix francs
>il ne revenoit qu'à trente
>> en Guinée; mais les Européens ayant les
>> enchéri les uns fur les autres 2
ont
dela con-
>> Africains
fe fçu font profiter mis à plus haut
>> currençe, &
9 prix. Ces efclaves fe font de diverfes
>
& forment différentes
>> manieres Ce 2 font, ou des malfaiteurs
w.clafles. ont mérité la mort, ou des priw.qui
de
ou des efclaves
e fonniers
guerre,
trente
>> en Guinée; mais les Européens ayant les
>> enchéri les uns fur les autres 2
ont
dela con-
>> Africains
fe fçu font profiter mis à plus haut
>> currençe, &
9 prix. Ces efclaves fe font de diverfes
>
& forment différentes
>> manieres Ce 2 font, ou des malfaiteurs
w.clafles. ont mérité la mort, ou des priw.qui
de
ou des efclaves
e fonniers
guerre, --- Page 150 ---
144 SUITE DE S.
>> particuliers des princes DOMINGUE,
> enfin des Negres dérobés. du pays, ou 1
A tinguer ces quatre
Pour il
dif
5> voir que, chez efpeces, faut fa-
>> plupart des crimes eux 2 l'on punit la
>> & qu'au défaut de pardes amendes,
>> condamne.le
paiement, la loi
>> Les débiteurs coupable à l'efclavage.
infolvables
>> le même fort, à moins fubiffent
%; foient rachetés
qu'ils ne
par leurs
>> que notre commerce fit amis. établi Avant
>> ces Africains, ils tuoient
avec
2 de leurs
une partie
>>
prifonniers, dans la crainte
que ces derniers étant
>> breux, ne caufaffent de trop nom-
>> par leurs révoltes :
l'embarras
>> font efclaves tous les aujourd'hui ils
>> prennent à la guerre.
captifs qu'ils
>> éviter la famine ou la D'autres, pour
> nent
mifere, fe doneux-mêmes,6 toute leur
>> aux rois & aux princes
famille,
9> ont de quoi les nourrir. negres, qui
>> uns vendent leurs enfans, Quelques-
> forcés par la néceffité
fans y être
5 mere livre fa fille à un : fouvent une
X certains coquillages, dont étranger pour
>> un- collier & des bracelets. elle fe fait
$> Noirs qui fe
Ily a des
furprernent les uns les
wautres, tandis que les vaiffeaux Euro-
> péens --- Page 151 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
$ péens font à l'ancre. Ils y amenent 145
>> ceux qu'ils ont pris, pour les vendre
9) & les embarquer magré eux. Ona
9 vu des fils dénaturés,
2 garrotter leur
>> propre pere, & le donner en
9> pour quelques bouteilles d'eau échange de-
>> vie, Si un pareil Icommerce fait: frémir
>> lanature 9 comment d'autres hom.
>1 mes, des Européens,
9>
des François
des.chrétiens,
même, peuvent-ils fe
>) trouver à l'enchere de ces marchés
9 abominables! Enfin que doit-on
'9) fer de ceux qui vont eux-mêmes pen9 ler des efclaves, foit du confente- Vo-
>> ment des fouverains du pays, foit.en
>> les prenant de force ou par artifice 2
9 Ces Noirs, ainfi dérobés, ne for-
>> ment pas le plus petit nombre de
1 >> ceux qui peuplent nos colonies.
> On propofa autrefois en Sorbon-
$ ne, fi les marchands qui vont à la
9) traite des Negres, peuvent acheter
9) de ces fortes d'eiclaves? Si les habi-
$ tans de PAmérique peuvent les rece-
>> voir fans s'informer s'ils ont été vo-
> lés,? La décifion ne fut favorable, ni
w.aux vendeurs, 3 ni aux acquéreurs
9> mais des plaifans répondirent,
;
s paroiffoit bien que Meflieurs qu'il de
TomeX1,
G
-
$ ne, fi les marchands qui vont à la
9) traite des Negres, peuvent acheter
9) de ces fortes d'eiclaves? Si les habi-
$ tans de PAmérique peuvent les rece-
>> voir fans s'informer s'ils ont été vo-
> lés,? La décifion ne fut favorable, ni
w.aux vendeurs, 3 ni aux acquéreurs
9> mais des plaifans répondirent,
;
s paroiffoit bien que Meflieurs qu'il de
TomeX1,
G --- Page 152 ---
846 SUITE DE S. DOMINGUE, ifles
ne poffédoient aux
,
$) Sorbonne
ni
S. 2 ni fu-
$9 ni habitations 7. plantations
- ils
$) creries. En effet 7 ajoutoient d'Europe
97 ironiquement 2 les peuples
ceux de P'Amérique,
>> ayant exterminé moins faire 9 que de
>) pouvoient-ils de T'Afrique en efclavae) mettre ceux défricher les terres qu'ils
9 ge,.pour
? Le fucre feroit
5 avoient dépeuplées ron n'en faifoit cultiver
5) trop cher, > fi des
de cette efpece,
9) la plante par
gens
peut-on
D'ailleurs, continuoient-ils, des hom-
> fe mettre dans Fefprit, que les
font noirs depuis
pieds
$> mes, qui
ont le nez écralé,
9 jufqu'à la tête, qui
exciter la compaffion?
5) puilfent
plus Té-
>> Ceux qui entreprennent
d'excufer ce commerce 2
5) rieufement
réfulles avantages quien.
$> difent que
les Negres, font
59 tent, même pour fuffifante qui le
$ une raifon plus que épargne les jours
$ juftifie. Outre qu'il
utiles, la vie
59 à quantité de perionnes fervitude même, eft
S> des Noirs, dansla
$h plus douce que dansleur rendre propre un patrie. mau5 Ce feroit donc leur de les tirer d'un état,
3> vais office, que abaiffement, ils jouifs oi malgré cet
tandis que
# fent d'une fante parfaite; --- Page 153 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
9 lieurs maîtres,
9> & ae
quiregorgent de biens,
manquent d'aucune forte
>> commodités, font en proie à
de
9> finité de maladies.
unein9 Outre le très-grand
S Noirs
profit
les
procurent à nos
33 la
Profoduer
culture des terres,
par
> core que la plupart d'entr'eux 2 on croit en9> roient devenir de bons
pour2> étoient bien
foldats, s'ils
difciplinés. Un
9> qui fe trouveroit dans un combat N-gre
9> côté de fon maitre, feroit fon
à
*> s'il n'en avoit point été
devoir,
9> fans raifon: foutenu par fa maltraité
s il affronteroit, fous fes
prélence,
9 les hafards.
yeux, tous
>> Il 1 feroit fans doute
>> difoit un Officier de imprudent, me
9)
diftinéion, d'accoutumer ces fortes de gens, au
>> niement des armes à feu: leur ma-
>> bre infiniment fupérieur à celui nom-
>> Blancs, ne les rend déjà
des
>> doutables. Mais ne
que trop repou roit-on
$ tirer parti, en cas
pas en
>> ployant les moins d'attaque, 2 en emintelligens
9 pioniers, les autres comme comme
9> perdus, avec des fabres ou des enfans
9) ces? Derriere chaque
lan9 fanterie,
troupe d'in2 je placerois un pelotton de
Gij
feu: leur ma-
>> bre infiniment fupérieur à celui nom-
>> Blancs, ne les rend déjà
des
>> doutables. Mais ne
que trop repou roit-on
$ tirer parti, en cas
pas en
>> ployant les moins d'attaque, 2 en emintelligens
9 pioniers, les autres comme comme
9> perdus, avec des fabres ou des enfans
9) ces? Derriere chaque
lan9 fanterie,
troupe d'in2 je placerois un pelotton de
Gij --- Page 154 ---
148 SUITE DE S. DOMINGUE:
ainfi armés, & leur laifferois
$> Negres de combattre fuivant la mé5 la liberté
c'eft-à-dire, con-
>> thode de leur pays, ordre. Dans le mo-
> fufément & fans
donné,
$ ment de la charge, au fignal
dans les intervalles,
+> ils paferoient dans ceux des ennemis,
5 pour fe jetter en flanc. S'ils étoient
> & les charger ils viendroient fe rallier
$> repouffés, le bataillon, anquel ils fe-
> derriere attachés. Cette manceuvre, la
s roient
auroit à leur apprendre,
>> feule qu'il donneroit y
aucune connoif-
>>> ne leur
à la fireté de la
3) fance préjudiciable
9) colonic.
danstoutes les habi-
>> Comme ilya,
chaffeurs fort
b9 tations 9 des Negres
j'en formerois un corpspar-
>> adroits,
je joindrois à celui des
>> ticulier, que
& dont je me fervi-
>> Mulltreshbres,, des lieux efcarpés,
9 rois pour la garde
la défenfe des retranchemenss
> pour
détachemens deftinés à har5) pourles Pennemi, en un mot, pour ce
* celer
-
de guerre, qui n'exige point
3) genre
fuivie, & auquel je les
>> une tagtique Je les ferois comman-
> crois propres.
splus intelligens du
> der par les genslesp connoillant mieux leur
P pays, qui, --- Page 155 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. T49
en tireroient meilleur des parti- trou-
* IREA feroient foutenus par
ému-
>
pesréglées; 8cTexcireroisiear d'honneur,.
>> lation par des marques des médailles,
> telles que des croix,
hommes
aux
>> &c, que Taccorderois efciaves qui
>> libres, & la liberté aux
les emEn ne
* fe feroient diftingués. le moment oùt ia
5 ployant feroit.menacée, que dans
& par con-
> colonie
tufpen2> féquent 2 les manufachires qu'un foible
>> dues, il n'en réfulteroit Maitre; encore fe+
>> dommage poitr le
: ifon
de Vindemnifer
> roit-il jufte
venoit à être tué ou affranchi,
>> Negre
feroit rembourfée iur
>> la valeur lui en
9 une eftimation raifonnable >.
nouaux efclaves
: >> Maisje reviens
nos colo5 vellement embarqués pour comme
>> nies. Is regardent la fervitude & cher-
>> ce qu'ily a de plus terrible, de s'en dé5> chenttoutes les.occafions
>> livrer ; la force ou la crainte peuvent La
5> feules les attacher à leurs chzines.
défiance de ces malheureux
>> premiere
> eft, qu'on ne les achete, que pourles
On commence donc parleur
>> dévorer.
êtrefans
déclarer
doivent
appré9
qu'ils
font deftinés
5 henfion pour la vie; qu'ils
G iij
ce qu'ily a de plus terrible, de s'en dé5> chenttoutes les.occafions
>> livrer ; la force ou la crainte peuvent La
5> feules les attacher à leurs chzines.
défiance de ces malheureux
>> premiere
> eft, qu'on ne les achete, que pourles
On commence donc parleur
>> dévorer.
êtrefans
déclarer
doivent
appré9
qu'ils
font deftinés
5 henfion pour la vie; qu'ils
G iij --- Page 156 ---
150 SUITE DE S.
2 à cultiver
DOMINGUE,
5) à d'autres tranquillement la terre, Ou
>> ront
exercices qui ne furpaffepas leurs
>> gu'un les maltraite, forces; que fi quel-
> juflice en
9 ils obtiendront
>>
portant leurs plaintes à
IInterprete ; mais que s'ils
>> tent eux. mêmes
commet5) feront punis févérement. quelque défordre, ils
>> Amelure qu'on fait entrer
> gres dans le
les Ne-
>> hommes deux vaiffeau, à
on enchaineles
>> les enfans ont la deux; les femmes &
liberté
9 venir, fur-tout
d'aller & de
>> à ne plus
lorfqu'on commence
>> frique.
appercevoir les côtes d'A-
>>
L'expérience a fait
que tant que ces
connoître,
>> core à la vue de. leur infortunés font en-
>> teffe les
patrie, la trif.
>> faifit. L'une accable, & le défelpoir les
leur caufe des
>> qui en font périr un
maladies
> pendant la
grand nombre
>> te à s'ôter traverfée; D a Pautre les por5> en fe refufant eux-mêmes la
la vie 9 foit
>> fe bouchant la nourriture, 2 foit en
>> maniere de fe plier refpiration la
par une
>> coup fîr, les
langue, foit
qui, à
>>
fant la tête étouffe,
en fe bri9> feau, foit contre les mâts du vaifenfin en fe
> la mer,
précipitant dans --- Page 157 ---
ISE
SUITE DE S. DOMINGUE.
>> Cet amour f vif pour leur payss s'en
sy femble diminuer à mefure fuccede qu'ils à la trif-
>> éloignent. La gaieté
im-
>> tefle ; & c'eft un moyen prefque jufles conferver
>> manquable pour deftination,
>> qu'au lieu de leur
inftru- que
> de leur faire entendre quelque
> ment de mufique 2 ne fut-ce qu'une
> vielle ou une mufette. nourriture deux
>> Ils reçoivent leur
Dans le beau tems,on
>> fois par jour. d'être fur le tillac, de-
> leur permet heures du matin jufqu'à la
>> puis fept
on leur donne
> nuit. Tous les lundis,
& leur joie
5 des pipes & du tabac; faveur eft
cette
>> marque aliez, que
confola-
>> une de leurs plus grandes 8c les femmes
>> tions. Les hommes
& avec ces
9) font logés féparément; ; foutenues 2
conftamment
>> attentions conduit facilement la plus nom9) on
de Noirs, ?. jufques
> breufe cargaifon
On s'eft afuré,
> dans nos colonies.
dans cer-
>> par des calculs exaâts,que forti de Gui5 taines années, 2 il en eft
>> née plus de foixante mille.
de Nevaiffeau chargé
>> Dès qu'un
onles fait defcen-
>> gres eft à la rade,
& Jà,
> dre dans un grand magafin; Giv
attentions conduit facilement la plus nom9) on
de Noirs, ?. jufques
> breufe cargaifon
On s'eft afuré,
> dans nos colonies.
dans cer-
>> par des calculs exaâts,que forti de Gui5 taines années, 2 il en eft
>> née plus de foixante mille.
de Nevaiffeau chargé
>> Dès qu'un
onles fait defcen-
>> gres eft à la rade,
& Jà,
> dre dans un grand magafin; Giv --- Page 158 ---
152 SUITE DE S.
> comme dans un marché DOMINGUE. de
>) fomme, chacun
bêtes de
9 lui conviennent. va choifir ceux qui
>> dureté & d'avarice, On accuferoit de
2) qui les feroit travailler celui de nous
>> accorder quelques
9 fans leur
N Ces malheureux font jours de repos,
>> leur
fi fatigués de
>> été liésavec voyage, pendant lequef ils ont
> font fi exténués des entraves de fer, ils
9 afligés de fe de faim & de foif, fi
voir
> patrie
éloignés de leur
2 pour
> que ce feroit mettre n'y retourner le
jamais 2.
9; maux,
comble à leurs.
que
*; coup au travail, delesappliquer tout d'un
>> Lorfqu'ils font arrivés
9>
dans nos.
habitations, 9 nous
>> les faire manger, & commençons les
> mir quelques heures. laiffons doe
55 leur failons rafer la tête, Enfuite nous.
$> corps avec une huile
& frotterle
9) joinsures, les rend qui dénoue ies
9 empêche le fcorbut. plus fouples, &
>> vans, nous les
Les jours fui-
> en leur donnant envoyons fe baigner,
>> nourriture à la fois, toujours mais
peu de
9> régime eft fuivi d'une fouvent. Ce
9 & d'une purgation
petite faignée
a neleur
douce; & nous
permettons ni de boire trop. --- Page 159 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 153
$ d'eau, ni de faire ulage de foins liqueurs les
ces
>> fortes. Non-feulement maladies dont ils fe-
>> garantient des
mais la
>> roient d'abord attaqués ; les habits
5 bonté qu'on leur marque, fervent encore à
>>
leur donne,
de la
n fart faire oublier le malheur
ou huit jours après,
>> fervitude. Sept
les
à quelque léger
s nous
employons
par
les accoutumer
5> travail, pour
tn'en y.
attendent pas
>> degrés. La plupart
lorf9 Pordre, & fuivent les autres,
les voient
par celui qui
9) qu'ils
appellés
>> commande.
les former
>L'ufage commun ,pour eft de les
9>. au train. de Thabitation des : anciens :
$> diftribuer dans les cafes
ciles
avec plaifir,
>> ceux
reçoivent
comme un honneur, que
>> regardent
leur confie, paroiffe
>> le Negre qu'on
mieux
& fe porte
que
>> plutôr de inftruit, leur voifin ; mais ils ne le
>> celui
coufont ni
à leur table, 2 ni
9>
dans manger la même chambre; 8clorf-
>> cher
efclave eft furpris de
>> que le diftinétion nouvel
ils lui difent que
>> cette
chrétien, 12
il eft trop au-
>> n'étant pas
en être traité
2? deffous d'eux, Cette pour conduite qui lui
9 avec égalité.
Gv
>> plutôr de inftruit, leur voifin ; mais ils ne le
>> celui
coufont ni
à leur table, 2 ni
9>
dans manger la même chambre; 8clorf-
>> cher
efclave eft furpris de
>> que le diftinétion nouvel
ils lui difent que
>> cette
chrétien, 12
il eft trop au-
>> n'étant pas
en être traité
2? deffous d'eux, Cette pour conduite qui lui
9 avec égalité.
Gv --- Page 160 ---
454 SUITE DE S. DOMINGUE. de notre:
>> fait concevoir une hauteidée
im-
>> religion, lui infpire la plus vive
guere
>> patience detembraftr.Cenen,
>> qu'après deux ou trois ans d'inltruc
croit
lui iconférer
>> tion, qu'on
pouvoir
de lui:
>> le baptême - ; tant il eft difficile
5> mettre dans la tête les premiers prin2 cipes du chriftianifme. fuivent les Mifion9> La regle que
unifor-
>> naires à cet égard, n'eft pas
font
lesNoirs,
>> me : tous
d'accord, colonies que
avant
>* qui viennent dans nos
>> Fage de dix ans, doivent être baptifés
S'ils font plus âgés
2) dès qu'ils arrivent.
>> (&e Pon en juge par leur phyfiono- du moinsaient
9> mie ) , on
qu'ils
avant
2>
idée
nos myfteres,
EE
queique
Mais lorfque ces5> que d'y participer. à
lon a refufé ie
>> mêmes Negres, qui
de mort,
9) baptême, 2 font en danger
>> quelques-uns de nos prêtres penfent
le leur adminiftrer, quoi2) qu'on peut
connoifiance de
$> qu'ils n'aient aucune d'autres croient le
$ notre religion ;
>> contraire, apportant pourraifon,que
feroit
le facrement. Ainfi,
>> ce
profaner fe foumettre à la
s tel Habitant, pour
laiffe mourir
$> décifion de fon Curé,
5 fes efçlaves fans baptême, tandis que --- Page 161 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 155
dans une autre paroiffe
9 fon voiln,
croit devoir
>> autorifé par fon Pafteur,
Desp principes plus
>
différemment.
uniforme,
>> eeE une conduite plus
àla dignité
>>
feroient plus convenables
dans
>> de la religion, & marqueroient, éclairé.
>> fes minitires, un zele plus les uns
2> Car enfin, pourquoi priver
1 s'il
opérer leur
>> du baptême $
peut
pourquoi
9) falut; ; & s'il nele peut pas,
dans les autres?
> le prophaner arrive de nouveaux Ne-
>> Lorfqu'il
eva les trouver, 8z
9 gres,le Miffionnaire
inftruc9> ne tarde pas à commencerfon faire le figne de la
> tion. Il leur fait
leur main : &6'
>> croix, en conduifant ordinaires, il dit, en
>> après les paroles
tau démon : ( maudit eiprit,
>> s'adreffant défends au nom de Jefus- Chrift, -
>> je te
>> de violer jamais ce figne facré, defoa impri-
>> mé fur cette créature rachetée drien
comprend
>> (ang gn.Le Negre quine ni à ce
s à cette
cérémonie,
langage
>) ouvre de grands
2 & paroit le Prè- inAlors
raffurer,
>> terdit.
Pieed
lui fait pour uni interprete : K tu:
$> tre
dire, par
fait;
ce
j'ai
>> ne fais préfentement que
>> mais tu le fauras dans la fuite >.
2) Dans les habitations bien réglées 2
G VJ:
rachetée drien
comprend
>> (ang gn.Le Negre quine ni à ce
s à cette
cérémonie,
langage
>) ouvre de grands
2 & paroit le Prè- inAlors
raffurer,
>> terdit.
Pieed
lui fait pour uni interprete : K tu:
$> tre
dire, par
fait;
ce
j'ai
>> ne fais préfentement que
>> mais tu le fauras dans la fuite >.
2) Dans les habitations bien réglées 2
G VJ: --- Page 162 ---
156 SUITE DE S.
> on explique aux Noirs DOMINGUE: le
>> en commun, foir &
catéchifme
>> charge 1 les plusinftruits matin; & l'or
9) leçons aux
de donnerdes.
9> ces derniers nouveaux font
venus. Quand
59 tifés, les anciens en état d'être bapleur
$> rains. Vous auriez
fervent de Pa-
>> giner,
peine à vous ima-
>> loumiffion jufqu'ou &
vont le refpect, là
la
- 9). leur attire cette qualité. reconnoifance Les
que
5) nouvellement
Negres,
> dentcomme leurs convertis, les regar91 nération dure
peres; & cette vé2 des loix de la toute la vie. C'eft une
#
colonie Françoife de
5 Saint-Domingue, tans
2 que tous les habi
> les efclaves
$) feffion de la religion même, faffent pro-
*
catholique,
tolique 1
& romaine, fous
apof
2 confifcation de ces-mêmes peine de
>> Les Anglois font moins efclaves.
* faire des profélites,
ardens à
6) lefpoir d'un traitement perfuadés que
>) en porteroit un grand
plus doux,
*> feffer extérieurement nombre à pro-
> qu'ils n'auroient
une religion
> Mais ceux
point dans le coeur.
qu'on croit
% cevoir les lumieres de difpofés la
à re9) encouragés
foi, y font
lorfqu'ils les
M & traités moins durement demandent,
après leur --- Page 163 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 157
wiconverion. La vérité eft, que ces mi
> férables ont tant d'attachement pour
>> l'idolatrie, qu'ils ne marquent aucun
> goût pour le chriftiani(me. varient,
>> Leurs idées fur la religion
ils font originai9. fuivant les pays dont
de
>> res. Ilya cependant une facrifices. efpece Ii$
$> conformité dans-leurs
à deux divinités,
>> croient, en général,
$> Pune bonne, qui favorife les hommes,
culture
>> &a enfeignéa leursancètresla.
$> des. terres. Is regardent la feconde
>> comme l'auteur de tous les maux qui
Ils n'ont d'autre
>> affligent Phumanité.
>) idée du bonheur d'une autre vie, que-
>> le plaifir de revoir leur patrie, oit ils
retournera
>> croient que chaque Negre
waprès fa mort. Cette penfée les confo-
>le, 8crendleur infortune plus fuppor-
>> table. Aufi rien n'eft plus admirable,
témoignent aux
> quelintrépidité qu'iis
9) derniers momens. Ils font tranfportés
en fe
à revoir,
> dejoie, 2
voyant prêts
>> avec leurs anciens amis, les rivages
>> heureux qui les ont vu naître. Quand
> un d'eux eft fur le point d'expirer,
T'embraflent, lai fou-
>fes compagnons bon
8 le char-
>> haitent un
voyage 2
leurs
p) gent de leurs complimens pour
> quelintrépidité qu'iis
9) derniers momens. Ils font tranfportés
en fe
à revoir,
> dejoie, 2
voyant prêts
>> avec leurs anciens amis, les rivages
>> heureux qui les ont vu naître. Quand
> un d'eux eft fur le point d'expirer,
T'embraflent, lai fou-
>fes compagnons bon
8 le char-
>> haitent un
voyage 2
leurs
p) gent de leurs complimens pour --- Page 164 ---
E58 SUITE DE S.
99 connoiffances
DOMINGUE.
>> entiérement en Guinée. Tous font
>> ajoutent foi livrés à la fuperftition,
>> tent les forciers aux maléfices, & redou5 dangereux,
comme des hommes.
>> cher d'être aimés qui peuvent les empê-
>> Cette crainte
de leurs maitreffes.
9 ils font le
eft une de celles dont
plus
5> mour
tourmentés ; car l'a-
>> à
2 ou plutôt ce principe de
qui la nature a confié
vie,
>
fap propre confervation, 2 anime toutes
> fées, toutes leurs adtions leurs pen9 adoucit le poids de leur ; lui feul
>> Ils ne font refroidis, ni
efclavage,
>) ni par les châtimens. par les périls,
9 nuit de chez leur
Ils partent la.
>-les
Maitre, traverfent
bois, ne craignent point d'être
warrêtés, 2 comme
9> voir la femme fugitifs, pour aller
>> demeures font qu'ils aiment. Leurs.
>>
quelquefois fi éloignéesl'une de Pautre,
le
59 feul confomme
que voyage
5 mens deftinés à prefque l'amour tous les mo9 meil,
& au fom-
>> Legouvernement)
$ permet d'avoir
Britannique leur
9> pour augmenter plufieurs femmes,
* tion, les
2 par la multiplicaricheffesde la colonie.
4 être la polygamie eit-elle
Peutun obftacle --- Page 165 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 159
câr
immodéré -
du
% à cette vue ;
Tufage 8z les enfans.
> plaifir peut les affoiblir;
de
>> qui naiffent d'eux, en ont moins fidéle-
>> force. Ces époufes s'attachent
eft9> ment à leur mari; auffi l'adultere chez
9> iln moins fréquent parmi eux, femme. que
9> ies peuples qui n'ont qu'une
ont
fi borné,
> Ces gensl'elprit
juf-
>> qu'ils peuvent à peine compter idée
5 qu'à trois.. Ils n'ont aucune
>> fixe; le paffé ne leur eft pas plus conlavenir ; ce font des machi-
>> nu, que faut remonter, à mefure
5>: nes qu'il
9> qu'on veutles mettre en mouvement;
9> & ce n'eft que dans les chofes qu'ils
>> ont à ceeur. 9 qu'on leur faififfent remarque ceIls
>> quelque intelligence.
&
>> pendant affez bien nos ridicules; ni de fi27 leurs railleries ne manquent admirables
5> neffe, ni de fel. Ils font
intéun fecret qui les
2) pour garder les
les tourmens ne
9> reffe:
fupplices, dans les affaires cri-
>> les ébranlent pas :
fans
>> minelles, ,on les met à la queftion,
arracher aucun aveu : ils mour9> en
de rien déclarer.
> roient plutôt, que
1 la vérité, même dansles
>> Ils craignent indiférentes. Ils font
5> chofes les plus
>> toujours répéterla -
queftion qu'onleur
fecret qui les
2) pour garder les
les tourmens ne
9> reffe:
fupplices, dans les affaires cri-
>> les ébranlent pas :
fans
>> minelles, ,on les met à la queftion,
arracher aucun aveu : ils mour9> en
de rien déclarer.
> roient plutôt, que
1 la vérité, même dansles
>> Ils craignent indiférentes. Ils font
5> chofes les plus
>> toujours répéterla -
queftion qu'onleur --- Page 166 ---
r6o SUITE DE S: DOMINGUE
$> fait, comme s'ils nel'avoient
$y tendue, afin d'avoirle
pas en5 rer la réponfe:
tems de prépa9> nent un air d'étonnement Quelquefois ils prens
9 quand on les
fi naturel,
5> fouvent
interrroge, que le plus
on y eft trompé.
9 Ils ont un penchant très-décidé
9 pour le vol, & femblent
dreffer:
> tous leurs organes. Un Noir y ivoic.
#à terre une piece
& qui veut
* voler fans
d'argent,
la
qu'on
9 maffe aveclés
l'apperçoive, la ra=
doigts
97 par derriere
dupied,! l'enleve
$> prend enfuite 5 jufqu'à la ceinture, la
avecla main;
$9 che, au défaut de vêtement, &fabou: luifert
wàrecéler rfon larcin. Jamais 0e
>> ne fe
les-Negres
déconcertent, fuffent-ils
> furle fait. Cen
pris
>> c'eft le Diable, n'eftpas moi, difentils;
9) malice, a mis dans qui, pour me faire
>> ma main, ce
ma poche ou dans
>> Ils font adroits, que vous y veyez.
9> fois
rufés, & quelquetrès-ingénieux dans
>> ces, J'aivu un deces
leurs-artifi.
2> né, qui parvint à fe efclaves, enchaî-
>> fers, en les limant
dégager de fes
2t Ill'avoit rendu
avec. un couteau.
99 par les brêches femblable à une fcie,
wiranchant
qu'il avoit faites au
de la lame; & il couvroit --- Page 167 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 16I
9 de cambouiles endroits de la chaine,
9 à mefure qu'il les limoit. Quand tout
> fut achevé, ils s'évada. On conrutàfa
4 pourfite; & l'on mit après lui de
> gros chiens, habitués à arrêter les
> Negres fugitifs. Pour échapper, en
> plein jour 3 à cette recherche, il fe
> jetta dans une riviere voifine; & fe
>> tenant dans l'eau jufqu'au cou, il
> cacha fa tête avec une grande feuille
% d'arbre. Cetexpedientfacilita fa fuites
9> & lui fauva la vie >..
Je fuis, 2 8zc.
A Sain-Domingut,egojuillaiggdos
ens, habitués à arrêter les
> Negres fugitifs. Pour échapper, en
> plein jour 3 à cette recherche, il fe
> jetta dans une riviere voifine; & fe
>> tenant dans l'eau jufqu'au cou, il
> cacha fa tête avec une grande feuille
% d'arbre. Cetexpedientfacilita fa fuites
9> & lui fauva la vie >..
Je fuis, 2 8zc.
A Sain-Domingut,egojuillaiggdos --- Page 168 ---
162 SUITE DE S. DOMINGUE,
LETTRE
CXXIX.
SUITE DE
SAINT-DONINGUE
Jup
parlé, Madame, des défauts
Negres,je ne dois pas
des:
rer
vous laiferignolités. quelques-unes del leurs
6 Ils font
bonnes qua-
> me difoit
doux nanurellement,
> fent ni l'envie, TEconome; ; ils ne connoif-
>> la
ni la mauvaife foi, ni
médifance, & ont un
>pour les vieillards,
refpeét infini
> sppellent par leurs Jamais ils ne les
5 joindre celui de
noms 5 fans y
>) genten toute
pere. Ils les foula-
>> rarement de occalfion,8 leur
manquent
/ >> liés entr'eux
obéir. Ils font
>> cere, que par une affeétion fi fin5> courent
non-feulement ils fe fe99 foins, mais mutuellement dans leurs be-
>> faute,
que fi Fun d'eux fait
2 on les voit
une
9> en corps, pour fouventvenir tous
* ou s'ofrir à
demander fa grace, 3
9)
recevoir une
chdtiment.Je 1 les crois
partie du
>* à leur parole,
aufi trèsfideles
** engagés
fur-tour quand ils fe font
par un aéte de
religion : ce --- Page 169 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 163
un
de terre
9 qu'ils font en mettant
peu Dieu de les
9 fur leur langue, & priant
cette
>> réduire en poudre 2 comme à leur pro-
>> pouffiere, s'ils manquent la vérité.
>> meffe, ou s'ils alterent
les
>> La chaleur de leur complexion
les femmes,
> rend fi paffionnés pour du profit de la
>> quindépendamment eft
de les
on
obligé
>> mulriplication, très-bonne heure. Mais il
>> marier de
Blancs de lun & de
e weft défendu aux des'unir avec eux parle
>> l'autre fexe,
de falien
& aux prêtres
>>
conjugal,
unions. Tout
9> vorifer de pareilles
libre
vit en concubi-
>> homme
2 qui efclave, & en a des
>> nage avec une
amende; &
eft foumis àune
> enfans, homme eft le maître de la Né-
>> fi cet
l'amende preferite, il
>greffe, outre
de fon efclave, 2 &
> eft encore privé
d'elle,
> des enfans qui enfans proviennent nila mere puif-
>> fans que ni les affranchis. Il n'eft pas
9> fent jamais être
de fe marier fans
> permis aux Noirs, de leurs Maitres :
9> le confentement moins à ces der-
>> mais ils Peft encore
pour les.
d'ufer de contrainte,
>> niers,
leur
Les enfans
9) marier contre
gré.
font
naiffent dans Peiciavage,
9 qui
&
> eft encore privé
d'elle,
> des enfans qui enfans proviennent nila mere puif-
>> fans que ni les affranchis. Il n'eft pas
9> fent jamais être
de fe marier fans
> permis aux Noirs, de leurs Maitres :
9> le confentement moins à ces der-
>> mais ils Peft encore
pour les.
d'ufer de contrainte,
>> niers,
leur
Les enfans
9) marier contre
gré.
font
naiffent dans Peiciavage,
9 qui --- Page 170 ---
364 SUITE DE S.
>> eiclaves,
DOMINGUE.
>) tre de la femme, appartiennent &
au mate
>> mari, Silun des 9
non à celui du
>> Pautre
époux eft libre, &
non, les enfans
2; joursla condition de la fitivent tou-
>> La plupart des
mere,
>> dent leurs
Negres ne: regar9> êtres créés époufes, que comme des
9> vir & leur pour obéir. les amufer, les fer9) jeunes
A lexception des
9> tendreffes gens, qui dans les premieres
du
9 dent. la. liberté mariage, de
leur accor- e
9> elles font prefque manger avec eux, 9
> de
toujours privées
9 fir
pedonneur-hifonimar
à voir diner notre
pris plai5 tier :. fa femme &
vieux charpenS9 autour de lui, & fes.enfans le
étoient.
* tout le refpect des fervoient avec
5> mieux inftruits, Si c'étoit domeftiques les
3> fête, fes filles & fes
un jour de
> quoient pas de
gendres ne man9>
de s'y trouver, & de lui
9 Asentien un cercle petits préfens. Ils fai9 tretenoient
autour de lui,8clen9 reftoir à table. pendant toutle tems qu'il
9 on luip
Lorfqu'il avoit fini,
préfentoit fa.
97 nant, il leur difoit pipe; & fe tour9 allez
d'un air grave :
w-blâmois manger, 9 vous auttres *, Je le
quelquefois de cette févérité,, --- Page 171 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 165
sy & lui citois Fexemple des Blancs qui
avecleurs femmes:
$> dînent & foupent
n'en étoient
> il me répondoit qu'ils
vouioit
$) pas plus fages; 8 que fil'on
elles font Or5 contidérer combien foumifes à leurs
>> gueilleufes, & peu
les Noirs,
> maris, on avoueroit que
les leurs dans le refpeêt,
57 qui tiennent eux le bon fens, s la juftice
$) ont pour
4 & la raifon.
font très-fé-
>> Les Négreffes 2 qui
beau-
$) condes en Afrique, multiplient &in-
>> coup moins dans nos.colonies, dans les éta5 finiment moins encore
oû l'amertume
44 bliffemens Anglois, à fe délivrer vo-
>> de leur fart les porte
fait la
5 lontairement d'un fardeau qui
> joie des autres meres. Un peu
> d'hamanité de la part de ces
PSLANS
des maux terri-
> cruels, préviendroit
>> bles. On frémit d'horreur,, en appre- à
fait des
de plaifir
5 nant qu'on
parties aller à la chafle
> la Jamaique, 2 pour
>> des Negres, dans les montagnes,
comme à celle des loups & des fan9>
On.leur dit qu'ils font hommes
9) gliers.
font rachetés du
$) comme nous ; qu'ils
9 fang d'un Dieu mort pour eux 5 & on
9 les traite comme des bêtes féroces.
. On frémit d'horreur,, en appre- à
fait des
de plaifir
5 nant qu'on
parties aller à la chafle
> la Jamaique, 2 pour
>> des Negres, dans les montagnes,
comme à celle des loups & des fan9>
On.leur dit qu'ils font hommes
9) gliers.
font rachetés du
$) comme nous ; qu'ils
9 fang d'un Dieu mort pour eux 5 & on
9 les traite comme des bêtes féroces. --- Page 172 ---
166 SUITE DE S.
$
DOMINGUL.
Oales fait courir nuds & à
9> tétedesechevaux
pieds à la
9) galop. Un jeune qui vont toujours au
Negre à
9) prend le métier de coureur, quil'on eft ap-
$) d'un autre plus
fuivi
>
de
àgé, quiluiapplique
grandscoups de
99 chaque fois qu'il fouerfurles fefles,
5 tée. Il en meurt peut lavoir à fa por-
> dans cet
un grand nombre
apprentiffage
> c'eft de quoi les
barbare; mais
N fent pas sinquiéter. Anglois ne paroif-
>> Les Noirs font fenfibles aux
9> fairs, & capables de
bien-
> mais ils veulent être reconnoilfance;
> grace. Quand ils follicitent obligés de.bonne
>> que faveur, 9 ils favent
quel-
> adroitement leurs bonnes repréfenter
wleuraffiduitéau fervice, leurs qualités, 3
> le nombre de leurs enfans & travaux,
9> tion qu'ils leur ont donnée. l'éduca9 ils rappellent tous les biens Enfuite
> a déjà faits, avec des
qu'on leur
9 refpectueux; ; & finiffent remerciemens
>> der ce qu'ils defirent. Sile par refus deman-
>> la priere, il faut
fuit
$ quelque raifon, & toujours les
en apporter
9) douceur. C'eft le
renvoyer de avec
9)
moyen
fe les
attacher; car ils font
s très-dociles,
généralement --- Page 173 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 167
5> Lorfqu'il s'éleve entr'eux quelque de-
> diférend, ils s'accordent à venir
&
leur
4 vant leurs maitres,
plaident L'offenfé
+) caufe fans s'interrompre.
4) commence; & dès qu'il s'eft expli4 qué, il déclare à fa partie e, qu'elle
La modération eft
>> peut répondre. côté & d'autre & comme
# égale de
;
de quelque
4 il s'agit prefque toujours
bientôt
> bagatelle, ces procès font
4> terminés. S'ils fe battent ou fe ren-
$) dent coupables de quelque larcin,
>) on doit les punir rigoureufenient févé- ;
> car ilfaut, ,avec eux, autant de fouf-
> rité que de condefcendance. Ils
9> frent avec patience les châtimens
9) qu'ils ont mérités ; mais ils font ca-
> pables des plus grands excès, quand
5 on les maltraite fans raifon. Lorfdans qu:lque fou-
> qu'ils s'attroupent, le remede eft de jes diffi5> lévement,
à
de bâton;
$) per fur le champ coups
5) fi l'on differe, on fe met quelquefois
>> dans la néceffité d'en venir aux ar-
$) mes; & dans ces occafions, ilsfe dé-
> fendent en furieux: dès qu'ils fe per5) fuadent qu'il faut mourir 2 peu leur
>> importe de quelle maniere ils per2 dront la vie; & le moindre fuccès
'ils s'attroupent, le remede eft de jes diffi5> lévement,
à
de bâton;
$) per fur le champ coups
5) fi l'on differe, on fe met quelquefois
>> dans la néceffité d'en venir aux ar-
$) mes; & dans ces occafions, ilsfe dé-
> fendent en furieux: dès qu'ils fe per5) fuadent qu'il faut mourir 2 peu leur
>> importe de quelle maniere ils per2 dront la vie; & le moindre fuccès --- Page 174 ---
168 SUITE DE S. DOMINGUE.
$ acheve de les rendre invincibles.
9 C'eft une regle
de
>> dence, de ne jamais générale les menacer. pru-
>> punition ne doit point être
La
>> due, parce que fouvent la fufpen9 les porte à s'enfuir dans les monta- crainte
> gnes; & c'eft ce que nous
9) ici Aller Marron, Le terme de appellons
9> dont l'étymologie n'eft
Marron, fort
9) cienne
pas
an2 même aux
vient
9> morefpagnol
Ifles,
du
> un finge. On Simarron, fait
quiveut dire
9 retirent dans les que ces animaux fe
bois, &
> fortent,
qu'ils n'en
9) tivement que fur pour les venir fe jetter furfruits
font
>) les lieux voifins de leur retraite, qui
dans
>Pour obvieraux défordres
5) ne le
qu'entraiMarronage, car ces.
> tifs deviennent des
Negres fugi-
> ordonné que la brigands, le Roi a
9 efclave
premiere fi
fois qu'un
9)
delerte, fon Maître le. 1 dénonce, & qu'on le prenne un
9> après, il ait les oreilles
mois
9> la Fleur-de-Lys
coupées, &
9> S'il récidive, appliquée fur le dos,
3 on lui
le
59 & à la troifieme fois, coupe ii eft jarret;
> Les Negres
pendu,
$> pourfuivis dans Marons, quand ils font
4 # des foffes, dont les ils forêis,y creufent
couvrent la fur8 face --- Page 175 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 169
$ face avec des feuilles., & au fond
> defquelles des pieux aiguifés empa-
>) lent ceux qui s'y laiffent tomber.
>> On n'a pas trouvé de moyen plus
la défertion de
>> far, pour empêcher de leur donner, à
> ces eiclaves, que Thabitation, une
> quelque diftancede
cultiver
>> portion de terrein 7 pour.y
>> du tabac, des patates, des ignames,
>> &. toutes les productions qu'ils lar peu- li-
>> vent tirer de ce fonds, avec
de les vendre, ou de les em-
>) berté à leur fubfiftance, On leur
5> ployèr
travailier les jours de
> permet d'y le fervice divin., ou-les
>> fètes, après
le tems qu'ils
>> autres jours, 2 pendant des heures
>> peuvent retrancher
Plufieurs qu'on
>> leur accorde pour les repas.
du bétail
vendent au
> élevent
qu'ils
de leurs
>> marché, du confentement
: mais
ils doivent.être
>> maitres
alors,
> munis d'un billet ou autre marque
fous peine de reven9 quile permette,
& d'une
>> dication des marchandifes,
Ces
> amende contre les acheteurs.
doivent être examinées par
>> marques
préfide aux
>> un Officier, public, de qui marché. L'exé-
> ventes les jours' ordonnance eft fort
2 cution, de cette
H
Tome XI,
du confentement
: mais
ils doivent.être
>> maitres
alors,
> munis d'un billet ou autre marque
fous peine de reven9 quile permette,
& d'une
>> dication des marchandifes,
Ces
> amende contre les acheteurs.
doivent être examinées par
>> marques
préfide aux
>> un Officier, public, de qui marché. L'exé-
> ventes les jours' ordonnance eft fort
2 cution, de cette
H
Tome XI, --- Page 176 ---
170 SUITE: DE S.
>> négligée;
DOMINGUE,
ici, comme
> marchands
ailleurs, des
peu délicats
>> qu'on leur préfente,
achetent ce
** trouvent du bénéfice, pourvu quilsy
9. gres qui fe font
lly a des Ne-
>> leur commerce & annuellement, de leur
de
9) revenu honnête : & leur travail, un
>) ment pour leur maître
attache-
>X proportion de leur aifance, augmente à
> Si, malgré çes
9. livrent encore à la avantages, défertion ils fe
9 qu'après
9 &
2) fence, ils ne
repréfentent heures d'ab-
>>
EMM
faifit leur petite poffeffion; pas, & on
3: perte leur eft plus fenfible
cette
> châtimens. Le moindre
que les
> ces confifcations eft
exemple de
9) jet de terreur, qui long-tems un fu-
>
monde dans le devoir. contient tout le
>> A propos de
S
marronage, continue
TEconome,je me fouviens
> mon enfance,
de.
que dans
9 ces Negres
furent cinquante de
a
ramenés
Eafit
Cap par un Miffionnaire, Il
ay
> ficile de vous dire avec feroit dif-
> monftrations de
quelles de-
* reçu avec toute joie, fa fuite. ce prêtre fut
90- étoient bordées de
Les rues
evoir paffer;k les Maitres peuple f pour les
feliciroient --- Page 177 ---
SUITE BE S.
# les uns les autres, DOMINGUE. 171
H leurs efclaves ; & 2 les d'avoir Noirs retrouvé
> mes, qui fervoient dans la eux-mé.
$ faifoient une fête de
ville, fe
> pere ou fa mere, l'autre revoir, fon Fun, fon
>> fille.La marche étoit
fils ou fa
>> leur laiffer la liberté tresiente,
9) amis, leurs
abnteifot
camarades,
$ cris d'allégreffe & de
avec mille
S Ce qu'il y avoit fur-tout bénédictions, de
9> pant, c'étoit une
de plus frap-
>> & de filles, qui, étant troupe nés garçons
>) bois, n'avoient
dans les
jamais vu
* blancs, ni de maifon à la d'hommes
$) Ils ne pouvoient fe laffer de françoife.
> fidérer, en
les con-
>> tion à leur maniere. témoignant leur admira-
> On eft dans
de
9)
Pafage
marquerles
Noirs, lorfqu'on les
> ce qu'on appelle
achete ; & c'eft
>> fe fert d'une lame étamperun Negre, On
> ce, qui forme un.chiffre. d'argent très-min5) la chauffer, fans Ia faire Il fufit de
>> frotte avec un peu de
rougir. On
$) droit oi elle doit être graiffe, l'en9> met deffus du papier appliquéeson
> quel le chiffre
huilé, fur le-
> s'enfle
s'imprime. La chair
8 la brilure d'abord; eft
& dès que l'effer de
pafe, la marque refte,
Hij
ce, qui forme un.chiffre. d'argent très-min5) la chauffer, fans Ia faire Il fufit de
>> frotte avec un peu de
rougir. On
$) droit oi elle doit être graiffe, l'en9> met deffus du papier appliquéeson
> quel le chiffre
huilé, fur le-
> s'enfle
s'imprime. La chair
8 la brilure d'abord; eft
& dès que l'effer de
pafe, la marque refte,
Hij --- Page 178 ---
172 SUITE DE S. DOMINGUE: le même
>> & ne s'efface plus. Comme
fe trôuver fur plufieurs
>> chiffre peut
à
vente particuliere
>> efclaves, chaque lalame dans un endroit
>> on applique
de forte qu'un Negre
5 différent;
&
idtt
>> a été vendu revendu plufieurs chargé de ces
2> fe trouve prefqu'auffi
ancien obélifque.
>> caracteres,, qu'un cette méthode dans
> On n'a point
oùt les Noirs fe-
>> les petites Antilles, de fe voir mar-
>> roient au défefpoir les boeufs & les che5> qués comme On n'a
cette précaution
9> vaux.
jugé dans les grandes ifles,
>> néceflaire, que de facilitéde s'enfuir,
> oit ils ont plus dans des lieux inac-
>> & de fe retirer
fuLemaitre de ces efclaves
3> ce:fibles.
eft
de payer vingt-cinq
>> gitifs
obligé les
hors des
> écus à celui qui
prend
francs
>> quartiers François S. 2 & quinze mêfans fortir de ces
>> feulement, fi, ils n'ont fait que chan-
> mes quartiers,
d'habitation. -
>> ger Les Affranchis ou Negres libres,
> donnent retraite dans leurs mai5) qui
font condam-
>> fons à ces déferteurs, envers le Maitre 2
>> nés, par. corps,
francs, pour
>> à une amende-detrente rétention ; & les
2 chaque jour.de --- Page 179 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 173
Blancs qui tombent dans la même
*
à dix livres feulement. Si les
n faute,
font
en état de
e Affranchis ne amende., pas on les réduit
7 payer.cette à la condition des efcla2 eux-mêmes ils font vendus comme tels;
> vesi :
de la vente excede P'a-
>) & fi le prix
eft porté à Phô-
>> mende 2 le furplus
>. pital.
le nombre des Noirs foit
S 2 Quoique celui des autres habitans,
>: fupérieuraà laiffons pas de vivre, au mi-
> nous ne,
dans une parfaite fécu-
> lieu d'eux,
viénnent de divers
s rité. Ces efclaves
cantons d'Afrique - 2 où les langues
P étant différentes, ils ne peuventsen2
facilement: Si l'idiome eft le
2:t tendre
entr'eux une haine fi
wmême, iregne aimeroient mieux mouwforte ; qu'ils
de
>> rir de la main des Blancs, d'un que autre
? fe joindre à des Negres
s'aider réciproquement
>: canton * pour le
leurs communs
>> à fecouer joug.de
ni
D'ailleurs ils ne peuvent
>> maitres. aucune arme, ni fortir des
>> toucher de la plantation oùt ils font
9 limites
Il leur eft même défendu, >
> attachés.
du fouet, de porter un
>> fous, peine
ças, lapeine
% bâton; & dans plufieurs H 1j
? fe joindre à des Negres
s'aider réciproquement
>: canton * pour le
leurs communs
>> à fecouer joug.de
ni
D'ailleurs ils ne peuvent
>> maitres. aucune arme, ni fortir des
>> toucher de la plantation oùt ils font
9 limites
Il leur eft même défendu, >
> attachés.
du fouet, de porter un
>> fous, peine
ças, lapeine
% bâton; & dans plufieurs H 1j --- Page 180 ---
3 174 de SUITE DE 3.
mort eft
DOMINGUE
9 qui
décernée contre ceux
e moins s'attroupent qui
pendant la nuit, Le
s fouet & la puiffe leurr arriver, eft le
> les tient dans feur-de-lys. une
Enfin, on
s qu'ils ne
fi grande fujérion 9 :
5> roitre le peuvent pas même faire
>> vrer leur liberté. moindre defir de recou- pa5> ofoientlever la Que feroit-ce, s'ils
29 tres? Une mort main fur leurs Mai-
>> en feroitlat
prompte & cruelle
>> de fait contre punition. des Quant aux voies
9> elles font
perfonnes libres', 2
>> rigueur. Leur punies avec la plus grande
9 n'ait
naturel dur
pas trop
exige qu'on
>> ni auffi trop d'indulgence de
pour eux,
>> châtiment modéré févérité ; car fi un
> & les anime
les rend
au
fouples
9) exceffive les rebute travail, 2 une rigueur
* défertion.
& les porte à da
>> Une autre
9 c'eft de veiller attention à la qu'il faur avoir,
>leur fanté, Outre les confervation de
> naires aux
maladies erdi9> ticulieres, Blancs, ils en ont de par9> trême
occalionnées par leur ex-
>> communes malpropreté. eft celle Une des plus
9> : un certain infede, que leur caufe
n les Antilles,
redoutable dans
appeilé la Chique, Ce --- Page 181 ---
SUITE DE S. DOMIRGUE, 173
qui n'eft d'abord
3 petit animal, ciron, fe loge lots
5 plus gros qu'in des
&y excite des
> les ongles
pieds, doulourettes&ciatup
$> demangeaifons croit
à peu; s'étend
9 portables.Il enfin Se" la
d'un
>> & devient
groffeur font
# pois. Alors il fait des oeufs qui ife ni5> autant de petites' Chiques, qui nour-
>> chant autour de leur mere,s'y tellement lés
>> riffent & endommagent caufent des ulceres,
59 pieds, qu'ils y
La noir2> quelquetois la gangrenne. le fait aifément re5 ceur de l'infeéte
ou un
$> marquer ; avec une épingle la chair ;
9) couteau pointu, on cerne le tire dehors 5
$> quand il paroit, on avec du
>> & l'on remplit le trou
fuif,
92 ou de la-cendre detabac.Si cruel on négli- ani-
>ge de fe débarraffer de ce
dans
wmal, ou qu'il-en refte une partie aux
S
quelquefois
la plaie ,ons'expofe accidens. Le moyen de
s) plus sterribles eft de fe frotter les'
>s'en garantir,
detabacbroyé,
> piedsavecdesfmulese d'autres herbes âcres & ameres.
9) ou
ver-
% Le rocou - eft le poifon de cette Noirs, 8
> minefi iredoutable pourles
{e
tous ceux qui
>> généralement Sifon pour avoit foin defe'la-
> négligent,
Hiv
plaie ,ons'expofe accidens. Le moyen de
s) plus sterribles eft de fe frotter les'
>s'en garantir,
detabacbroyé,
> piedsavecdesfmulese d'autres herbes âcres & ameres.
9) ou
ver-
% Le rocou - eft le poifon de cette Noirs, 8
> minefi iredoutable pourles
{e
tous ceux qui
>> généralement Sifon pour avoit foin defe'la-
> négligent,
Hiv --- Page 182 ---
176 SUITE DE S.
>> ver
DOMINGUE)
fouvent, on
>> * facheufe 1
craindroit peu cette
incommodité.
Deux autres
9 res aux
maladies,. particulie-
>> pellentle Negres, Mal
font ce gu'ils
9> La premiere d'ERomac & les
eft
Piatle
>> un afailement un total de
a Ils
eantiflenenrs
veulent
la machine,
>> on eft obligé toujours de les être couchés - ;
9> faire lever,
battres pour les
>>
pour les faire marcher.
> Quelques : uns fe
point de fe
découragent au
> plutôt que laiferaffommer de fe
de coups,
2> mouvement..
donner le moindre
>> fains leur
Les alimens doux &z
> faim qui foptiadiltrens les
malgré la
>
dévore, > ils
- gout que pour ceux
n'ont de
> épicés, Après avoir qui font falés &
> mois, leurs jambes langui quelques
2 s'enfler; enfuite les commencent à
>). & la poitrine
cuiffes, le ventre
>> meurent étouffés. venant Lasengorger.is
> provenir de
Cette maladie peut
> la
plufieurs caufes:
- mauvaife
ou de
s dans leur nourriture qu'ils ont eue
>>
traverfée de Guinée en
9>
Amérique, leur donne pendant laquelie on ne
> qu'ils ne connoiffent que des feves de marais,
* Pays,. ou de celle point dans leur
qu'ils reçoivent --- Page 183 ---
SUTTE DE S. DOMINGUE.
chez des
1a87
3 dans nos ifles même, 2 Ce mal vient
>> tans durs & avares.
d'eux,
9> auffi du chagrin qui s'empare enlevés de leur
>> lorfqu'ils fe voient
dans les
enfermés, gardés
: patrie 2
comme des criminels, ne
>> vaiffeaux rien de leur fort à venir ,
41 fachant
fans efpoir de retour 9
5> abandonnant,
terre natale leurs femmes, 2 leurs
> leur
2 leurs plai-
>) enfans 2 leurs compagnons. être tranf-
>> firs, leurs habitudes, pour Cette fides inconnus.
> plantés parmi
doit fans doute 2
5> tuation affreufe
7.
dans leur coeur le décourage-
.>) jetter
: auffi prefque
4 ment &le défefpoir
ils arrivent,
5> tous les Negres, quand
étonné.
> ont Pair trifte, abattu,, ou
caufe très-g
encore,
>>
Une autre
générale avalent
d'entre eux
9) c'eft que plufieurs
femblable ,à ce
>> d'une certaine terre, à celle dont ils man-
>> qu'ils croient, habituellement en Afrique,
>> geoient
C'eft un
* fans en être incommodés. très-commun
>> tuf rouge, jaunâtre, vend fecrése-
>> dans nos Iles. On en
dans les
les défenfes,
>> ment, malgré
fous le nom de
9>-1 marchés publics,
5 Couac. Ceux
ontcontra@tel'ufa.
(
quien
fifriands, qu'il'n'ya
nge, en.paroiflent
Hv
>> qu'ils croient, habituellement en Afrique,
>> geoient
C'eft un
* fans en être incommodés. très-commun
>> tuf rouge, jaunâtre, vend fecrése-
>> dans nos Iles. On en
dans les
les défenfes,
>> ment, malgré
fous le nom de
9>-1 marchés publics,
5 Couac. Ceux
ontcontra@tel'ufa.
(
quien
fifriands, qu'il'n'ya
nge, en.paroiflent
Hv --- Page 184 ---
178 SUITE DE S.
>> point de châtimens DOMINGUE,
>> en détourner,
qui puiffent les
4 C'eft une opinion affez
> ment établie en France, générale-
> n'eft autre chofe
que le Pian
> nérien, qui fe manifefte S que le, mal vé-
>> tules. Ileft vrai
par des puf-
> même maniere qu'on le traite de la
>> remedes;
2 & aveç les mêmes
rences
mais on y trouve des difféqui femblent
>> tiellement ces deux maladies. diftinguer effen-
> On doit d'autant plus
> à la confervation des
s'intéreffer
9> font comme les bras des Negres > qu'ils
5 que celui quien a un
habitans; &
>> bre, parvient
plus grand nom-
> fortune. La chaleur plus promptement à la
>
du climat, Je
changement de nourriture
9> bleffe du
, la foi-
> pas aux tempérament Européens ne permettant
> des travaux
d'entreprendre
>> nos colonies feroient pénibles, 3 les terres de
>> fans le fecours de
encore incultes,
9 cains. Nés
ces efclaves Afri-
> més à une vigoureux 9 & accoutu.
> trouvent, en nourriture groffiere - 2 ils
> ceurs
Amérique 5 des douqu'ils ne
-
connoiffent
> leur pays; & ce
pas dans
>> les met en état changementen de réfifter
bien,
au travail, --- Page 185 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 179
ie fucre,
> Les champs qui produskent le coton, le tabac,
>
café,
e
Tindigo,le
ont befcin d'un
>> le manioc, le rocou,
à
d'hommes proportionné
s nombre
Sil'on compte aujour5 leur étendue. mille Blancs dans la
> d'hui trente
Françoife, il y a
>Saint - Domingue ou Mulâtres occu-
>> icent mille Negres & aux fucreries.
>> pés aux inftruit plantations dans le genre detra
A On les
ces
à mettre
produétions
5> vail,propre Tous font fous la difcipen valear.
noir ou
> pliae d'un Commandeur établifwblanc, qui, dans les grands fubordonné à
>> femens, eit luimême
wunEconome.
fur le choix
>On 1 eft peu d'acccrd Les urs présde -ces Commandeurs. d'autres de nnent
55) ferent un Blanc; àun-Negre foge fidele,
> la préférence
ented bien le tra-
> affcaionné, qui faire obéiw. Cette der59 vail,& fait fe
ilus mimione;
r'eft
> niere qualité
ac plus
> car perfonse
Le devoit
IASrbE
qtte les Negres.
>> d'empire Officier eft d'ètre toujours à
4) de rête cet des autres, 2 de ne Tes pa
>la
réter
P
> dre de vue un inttant, d'ar dappai(er
défordres,
w de prévenirles
Hvj
> affcaionné, qui faire obéiw. Cette der59 vail,& fait fe
ilus mimione;
r'eft
> niere qualité
ac plus
> car perfonse
Le devoit
IASrbE
qtte les Negres.
>> d'empire Officier eft d'ètre toujours à
4) de rête cet des autres, 2 de ne Tes pa
>la
réter
P
> dre de vue un inttant, d'ar dappai(er
défordres,
w de prévenirles
Hvj --- Page 186 ---
180 SUITE DE S,
> les querelles, de vifiter DOMINGUE,
> leurs, de leur diftribuer les travail-
> tions, de les
leurs occupa-
> à la, priere, à inftruire, de les mener
>à la propreté de Téglife, leurs &c. Il veille
> fanté, à leur
maifons, à leur
>2 doit informer le habillement. Enfin il
5> me, de - ce quife Maitre ou FEcono.
>> ordres, les bien paffe, prendre leurs
>> obferver.. Un Maitre entendre, les faire
>> combien il
fage, qui fent
>> fon autorité, importe lui
qu'on refpeêe
évite marque de la confiwdération,
de le
sfegarde encore plus de réprimander,
> bliquement. S'il tombe le battre pu-
>> faute éclauante, il
dans quelque
> dépouiller de fon commence par le
> tant qu'ilen eft en emploi ; mais 2
châtier févérement pofieilion, on doit
>: béiffent.11 ne faut ceux quilui défo-
>>: jeure, de
pas le choifir trop
>> autorité avec peur les qu'il n'abufe de fon
>> pas le prendre Négrefles; il ne faut
>> qu'il ne s'en laiffe trop vieux, crainte
>> gez bien qu'il
dominer. Vous ju-
>> plus d'habits reçoit plus de vivres,
> & de tems en qu'un tems efclave ordinaire,
>Les
des gratifications.
a
domefiques
vent dans Fintérieur Noirs, qui ferde la maifon, --- Page 187 ---
SUITE DE. S. DOMINGUE. 181
dans la
du
5 ne font point
dépendance de fin-
* Commandeur. Ce qu'il y a
>> gulier, c'eft que, malgré les avanta-
>> ges de leur condirion 9 quoiqu'ils
A foient mieux vêtus, mieux nourris 9
>> & traités avec plus de douceur que
aiment mieux
> les autres, 2 la plupart travaux de la cam-
>> être appliqués aux
des métiers. Ils
> pagne 9 ou apprendre d'être menuifiers ou ma-
>> font fi fiers
fans
>> çons ; qu'on ne les voit jamais
>> leur regle ou leur tablier. Quelquesdeviennent fort adroits; & ce
>> uns font des tréfors
le Maitre.
>>
pour
>> Les efclaves deftinés aux fucreries,
Ce n'eft pas
9 s'appellent Rafineuts.
une
* fans peine, qu'ils acquierent Ce
de cet art.
>> exagte connoiflance
>> travail eft d'autant plus fatigant 9
font fans ceffe expofés à la cha-
>> qu'ils
Les
>> leur des fourneaux.
charpentiers Les
>> ont foin de réparer le moulin.
font
néceffaires,
> charrons
également & dans les
>> ainfi que les tonneliers ;
> grands établiffemens 2 un forgeron
> même eft auffi fort occupé. Les autres
à la culture des terres,
>> font employés
à cou-
>> à l'entrétien des plantations,
>> per les cannes à fucre, que les Ça-
és à la cha-
>> qu'ils
Les
>> leur des fourneaux.
charpentiers Les
>> ont foin de réparer le moulin.
font
néceffaires,
> charrons
également & dans les
>> ainfi que les tonneliers ;
> grands établiffemens 2 un forgeron
> même eft auffi fort occupé. Les autres
à la culture des terres,
>> font employés
à cou-
>> à l'entrétien des plantations,
>> per les cannes à fucre, que les Ça- --- Page 188 ---
181 SUITE DE S. DOMINGUE.
;
au moulin
9 brouettiers tranfportent
entre des
> quel les Négreffes font paffer moins pro9> cylindres. Leshommesles fe parta9 pres aux travaux difficiles,
le feu, foigner
59 gent pour entretenir les befliaux. On
> les malades, garder à des détails
> occupe les enfans
forces à ReGe
9 portionnés à leurs
9)
jufqu'aux
SAenenis
age; &iln'eft pas
qui ne puiffent
9> les plus décrepits,,
>> être utiles dans une habitation. fournir
>> Les Maitres font tenus de
une certaine quantité
99 à ces eiclaves, femaine, & des habits
9> de vivres année. par Il eft défendu de leur
9) chaque
forte d'eau- de vie
9 donner aucune
9 pour tenir lieu de cette fubfiftance, même
>> & de fe décharger de cette
des
> nourriture, en leur accordant
> jours de travail peur lur compte Maitres
Crs à cui des
$9 particulier. durs refuleroient ia vie 8 Pen-
>> trop
en
ieurs
>> trerien, peuvent Officiers du porier Confeil, ou
>> plaintes aux
de Police, auxquels
9 autres Magiftrats de les écouter, & de
9> il eft enjoint
Le me me ré-
> leur faire rendre juftice.
& les
les vieillarus
5 glement regarde dont le Maitre eft obligé
9 infirmes, --- Page 189 ---
SUITE DE S. DOMINGUE, 183
& s'ila la dureté de les
> d'avoir foin;
être trans-
>> abandonner, ils doivent
à fes
s férés, entretenus & foignés
le
voifin;
>
dépens, dans Phôpital plus
> car tout concourt à adoucir 9 aueft
le fort de ces
>> tant qu'il
pofible,
>> malheureux.
nourriture confifte
9 Leur principale
5> en farine de manioc, en plufieurs
> fortes de racines, en mais 5 bananes les 5
>> & en viandes falées. Le poiflon, 2 lé-
>> crabes, 9 les grenouilles, les gros de
> zards, les rats, & autres animaux leurs
fervent à varier
> cette efpece,
ou toute
>> alimens.Unl boeuf, un porc,
> autre bête qui meurt par accident Leur 9
> eft pour eux un repas délicieux. beftiaux
la chair des
> pafion de pour maladie eft fi forte,
?
>> morts
n'en foient Te
>> dans la crainte qu'ils
on eft, dit-on, obligé
9> commodés,
&
5) de faire enterrer ces cadavres; de la
ils
le tems
>> quelquefois prénnent On m'a ra9> nuit, pour les déterrer.
à
>> conté qu'un de nos habitans,
mort une vache d'un
>
ag
> il étoit
la contagion 2 la fit
>> dont on craignoit
fec,, &
s jetter dans un ancien puits,
de
pieds. Les Noirs,
>> profond quarantep
on eft, dit-on, obligé
9> commodés,
&
5) de faire enterrer ces cadavres; de la
ils
le tems
>> quelquefois prénnent On m'a ra9> nuit, pour les déterrer.
à
>> conté qu'un de nos habitans,
mort une vache d'un
>
ag
> il étoit
la contagion 2 la fit
>> dont on craignoit
fec,, &
s jetter dans un ancien puits,
de
pieds. Les Noirs,
>> profond quarantep --- Page 190 ---
184 SUITE DE S.
>) perfuadés qu'ils DOMINGUE:"
9) dre auffi facilement y pouvoient defcenz
5 prirent la
que la vache, en
>> y fauta le réfolution. Un d'entr'eux
>> lui, enfuite premier, un autre après
un
9) feroient jettés troifiemes & touss'y
a ne s'en fut
fuccefivement, fil'on
> Les Negres apperçu au fixieme.
9) boifons avec des compofent différentes
9) des citrons, du fruits, des racines,
9 l'eau. Ils font
fyrop de fucre & de
2 dans les Antilles une liqueur finguliere e,
$> ne vois pas qu'on Angloifes, ufe dans dont je
>> nies. C'eft un extrait de nos Colo9) caffave
racine de
9 mâchée
99 vieilles femmes, d'abord par de
>> fuite dans un vafe qui la rejettent en-
>) trois ou quatre
rempli d'eau ; en
> tion lui fait
heuress la fermenta-
> tités; & ce perdre fes mauvaifes qua-
>> croire, c'eft que vous aurez peine à
>> goûtante devient qu'une préparation fi dé-
> agréable,
une liqueur fine &
>> Nous ne défendons
9) de fe régaler les
pas à nos Negres
>> grands
jours de fêtes. Aux
> feftins de repas, 9 & principalement aux
>> beaucoup noces, oùt il y a toujours
demonde,
> & bien
chacun eft admis
reçu, pouryu qu'ilapporte de --- Page 191 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. tumul- 185
fon écot. Ces fêtes
# quoi payer
veillent
>> rucufes oùt les Commandeurs font acles défordres,
>> pour prévenir
les Noirs
de danfes, que
>> compagnées
>> aiment pafionnément. nation fe raffemble & exé-
>> Chaque celle de fon
au bruit ca-
> cute
tambour, de
d'une
P21
>> dencé
efpece & de battemens de
>> chants bruyans,
font finguliére-
>> mains: Leurs organes
de la mufenfibles à la puiffance
>> ment Leurs airs font prefque tou-
>> fique. deux tems: aucun n'excite la
> jours à
font faits pour la
>> fierté; ceux qui plutôt un air de
> tendreffe, infpirent
mêmequi
>> trifteffe & de langueur.Ceuxr portent une
>> paroiflent les plus gais, de mélancolie.Le
> certaine empreinte répété continuel-
>> mème air, quoique les fait travailler
>> ment, les occupe, des heures entie-
>> ou danfer pendant même, ni pour
>> res, & n'entraine pas
Tennui de
ni
les Blancs,
>). eux,
pour Cette efpece d'intérêt
> Tuniformité. doute, à la chaleur, à
>> eft dû, fans
mettent dans leur
>> Pexpreffion qu'ils
> chant. font tout à la fois poêtes &
>> Ils
de leur verfifi:
9) muficiens. Les regles
les fait travailler
>> ment, les occupe, des heures entie-
>> ou danfer pendant même, ni pour
>> res, & n'entraine pas
Tennui de
ni
les Blancs,
>). eux,
pour Cette efpece d'intérêt
> Tuniformité. doute, à la chaleur, à
>> eft dû, fans
mettent dans leur
>> Pexpreffion qu'ils
> chant. font tout à la fois poêtes &
>> Ils
de leur verfifi:
9) muficiens. Les regles --- Page 192 ---
186 SUITE DE S.
$ cation ne font
DOMINGUE,
> fe plient
pas rigoureufes; elles
toujours à la mufique. Ils
alongent ou
9 au befoin, raccourciffent les mots
ofar
pour les appliquer à lair,
lequel les
5)
paroles doivent être
S compofées, Un objet, un
frappe un
il en événement
S le fujet d'une Negre 3
fait auffi-tôt
$)
tre paroles qui chanfon. fe
Trois ou qua5) vement par les affiftans répetent alternati-
>> teur, 2 forment
& par PAu5) poème,
quelquefois tout le
9) toute létendue Cing ou fix mefures font
de l'air.
9 Ces gens
5) travail qui exige n'entreprenment aucun
5) qu'ils ne le faffent quelque exercice,
9 prefque
en cadence, &z
% un
toujours en chantant, C'eft
avantage dans la
5) : vaux: le chant les plupart des tra5) fure devient une anime; & la me9 force les indolens regle à générale, qui
9) actifs,
fuivre les plus
9 Vousaimeriez
a ver à leurs fêtes. fur-tout à vous trou.
5) cens Negres
J'ai vu fept à huit
5) au fon d'une accompagner chanfon.
une noce
$> en l'air, &
Ils s'élevoient
99 me tems. Ce retomboient tous'en mê.
> jufte, fi précis, mouvement fi
étoit fi
général, que leur --- Page 193 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. d'un 187
5 chûte ne frappoit la terre ahs dire,
>> feul coup.Sulpendus. 5 pour à la corde d'un
>> àla voix du chanteur, vibration 2
de l'air eft
> inftrument, une
Un fon les
9 l'ame de tous ces corps.
Le
les enleve & les précipite.
9 agite,
mettant à décous défaut de vêtemens mufcles on voit
>> vert tous leurs
2 de leur
9> qu'il n'eft pas une affeêtée pattie de cetté
> corps, qai ne foit
> cadence, 2 & quine l'exprime. de leurs
9) Mais pour ne parler que eft une qui
a danfes propres, il en
& quils
> leur plait
Elle
d'une ind
9)
Calenda.
ET
appelient la fait défendre par plue
>> décence qui
tant pour mettre
9 feurs Maitres 2
à couvert, que
9 Thonnêteté publique les affemblées trop
spour empêchef
de Negres
9 nombreufes : une troupe
échauf-
> excités parla joie, & fouvent devient
9 fés par les liqueurs fortes ?,
de toutes fortes de violences;
5 capable comme ailleurs. la loil'em-
> mais ici,
fur le plaiGr.
> porte rarement font
fur deux
9 Les danfeurs
difpofés de P'autre, ,les
>> lignes,lune vis-à-vis en préfence des femmes, & en-
>> hommes
Undes plus
>> vironnés de fpectateurs.
es : une troupe
échauf-
> excités parla joie, & fouvent devient
9 fés par les liqueurs fortes ?,
de toutes fortes de violences;
5 capable comme ailleurs. la loil'em-
> mais ici,
fur le plaiGr.
> porte rarement font
fur deux
9 Les danfeurs
difpofés de P'autre, ,les
>> lignes,lune vis-à-vis en préfence des femmes, & en-
>> hommes
Undes plus
>> vironnés de fpectateurs. --- Page 194 ---
188 SUITE DE S.
>> habiles entonne DOMINGUE,
9) compofe fur le
une chanfon qu'il
95 les autres
champ, & à laquelle
5) le refrain. applaudifient, Ils tiennent
en répétant
5> mi levés,
les bras à de-
>>
9 fautent ; tournent,
prochent les uns des
s'ap-
> tournent en
autres, & re5 le fon redoublé cadence, julqu'à ce que
des
>> avertiffe de fe
inftrumens les
5 des baifers mélés joindre,en fe donnant :
de
9> de geftes très-lafcifs. Ils mouvemens &x
9) fion fi vive
ont une paf95 lorfqu'il eft défendu pour cet exercice, 2
> tion, ils font trois dans une Cheaste
9) famedi, après avoir ou quatre lieues le
9) pour fe rendre dans quitté le travail, 9
>> foit permis,
une autre où il
> Le Calenda a auffi
> charmes pour les
beaucoup de
> mérique : il eft en Erpagnols de lA9) leurs
ufage dans tous
> dans leurs établiffemens, & entre jufques
>>
pratiques de dévotion: Les
religieufes le danfent la nuir
> fur un théatre élevé
de Noël,
>> vis-à-vis de la
dans le céeur s
grille,
9> nent ouverte,
qu'elles tien-
>> peuple de ce
pour faire part au
99 de dire
ipe@tacle. Il eft inutile
qu'elles
2 d'hommes à cette n'admettent danfe.
point --- Page 195 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 189
chargé éduloge-
> Le Commandeur, doit y faire ob9 ment des efclaves, Pordre & Yuni-
>> ferver la fymmétrie,
font
5> formité. Les cafes ou barraques
de même
& pla-
*>
grandeur,
toutes
Elles
> cées fur le même alignement, font
& une fenêtre,
> ont.une porte de cannés 8 de.rofeaux,
>> couvertes
>> & enduites de terre-graffe. chacun
5 Le mari & la femme ont
lit. Vous favez en quoi il con-
>> leur
5> fifte. Les Maitres un peu généreux
>> donnent à leurs Negres quelques étoffes
ou de vieilles
>> groffes toiles,
mais c'eft un furs
>> pour les couvrir ;
2 croit de foin pour le Commandeur, faire laver
>> qui eft obligé de les leur
Tâge de fept ans,
#> fouvent. Jutqu'à de Fun & l'autre fexe OC5> les enfans
mais on n'attend
$> cupent le méme-lit;
parce
à les féparer 9
>> pas long-tems
plaifir,
*) quavecleur penchant pourle fur leur fa-
>> il ne faut guere compter
>> gefle, même à cet.à âge.
fervent
>> Ala réferve. de ceux qui
tous vont ordinairement
$> de laquais, nuds & tans bas. Leurs ha-
>> les pieds
ne confiftent qu'en
>> bits: journaliers
Mais,
# des caleçons &1 une calaque,
me-lit;
parce
à les féparer 9
>> pas long-tems
plaifir,
*) quavecleur penchant pourle fur leur fa-
>> il ne faut guere compter
>> gefle, même à cet.à âge.
fervent
>> Ala réferve. de ceux qui
tous vont ordinairement
$> de laquais, nuds & tans bas. Leurs ha-
>> les pieds
ne confiftent qu'en
>> bits: journaliers
Mais,
# des caleçons &1 une calaque, --- Page 196 ---
190 SUITE DE S.
> les jours de fêtes, DOMINGUE,
> quent d'être bien ceux qui fe pivêtus
>> chemife, & une
de 2 ont une
S toile de
efpece
jupe de
ou d'une
couleur,
étoffe l6gere qu'on nomme
a va que jufqu'aux Candalte, qui ne
>> pliffé par une ceinture genoux. Le haut s
> tes fur les hanches, 2 a deux fen-
$ avec des rubans, Ils qui fe ferment
> pour point fansbafque, portent un petit
99 doigts de vuide entre ce quilaiffe trois
S la candale pour faire bouffer vêtement &
5) brement la chemife. S'ils
plus li99 riches pour fe
font affez
>
procurer des boutons
d'argent, ou de pierres de
>> ils en mettent au col & aux couleur s
% & lorique, dans cette
poignets :
> ont la tête couverte d'un parure, ils
S on trouve qu'ils ont affez chapeau,
s mine. Avant le mariage, ils bonne
w.deux pendans d'oreilles,
portent
9 femmes; enfuite ils n'en comme les
>. qu'un,
mettent plus
> Les Négreffes, dans leur
S> ment de
habilles
9 ment deux cérémonie, 2 ont ordinairejupes. Celle de
>> eft de çouleur &
deffous
99 blanche,
s
l'autre de toile
ou de mouffeline. Par deffus
wef un corfet à petites
balques, aves --- Page 197 ---
SUITE DE S. DOMINGUE,
> une échelle de rubans ; les
9 nemens font des dentelles, autres des Ore
a cles d'oreilles, des
bous
>> celets, des coliers, bagues, des bra-
> voit cet air de
&gc, Mais on ne
e gres & Négrefles propreté, qui fe font qu'aux Ne-
* état, par leur travail & leur mis en
9 mie, 2 de fe proçurer ces diverfes écono:
# rures: car, àl'exeption de ceux ou pa-
* celles qui, dans les
de
a9 del laquais ou de femmes maifons, de fervent
s il n'y a perfonne qui faffe chambre, 2
> penfe de
l'inutile dé-
>Tout parer une troupe d'efclaves.
ce
poffedent
> appartient T"T leur
ces derniers,
* Paient
Maître, foit qu'ils
gagné par leur
>> qu'ils l'aient
induftrie, foit
s2 d'autres
acquis par la libéralité
perfonnes. Ils font
* bles de fuccéder, de
incapa-.
9 contrader de leur chef, difpofer & de
# core de pofféder des offices & plus eny
> de diriger les affaires
publics,
> pour experts,
9. d'être pris
2 1emolns, tant en pour matieres anbitress POHE
# que criminelles, à moins civiles 2
* foient témoins néceflaires qu'ils ne
s ment faute d'autres:
2 & feule9 cun cas, ils ne
mais, dans aus
peuvent l'être
e leurs Maitres,
contre
de leur chef, difpofer & de
# core de pofféder des offices & plus eny
> de diriger les affaires
publics,
> pour experts,
9. d'être pris
2 1emolns, tant en pour matieres anbitress POHE
# que criminelles, à moins civiles 2
* foient témoins néceflaires qu'ils ne
s ment faute d'autres:
2 & feule9 cun cas, ils ne
mais, dans aus
peuvent l'être
e leurs Maitres,
contre --- Page 198 ---
SUITE DE S. DOMINGUE:
'129 La loi défend auffi de leur vendre
>>
à prix d'argent, de peur
>> la liberté s'en
2 ils ne fe por-
>> que,pour
procurer,
Pour y
9> tent au vol & au brigandage, être affran-
>> obvier, iis ne doivent
du Conune permifion
>> chis que par qui ne l'accorde que
>> feil fupérieur. *
Sans cette
>> pour des raifons légitimes.
font
les affranchiffemens
>> formalité, Maitres
de leur
> nuls, & les
privés
>> efclave.
fe trompent, lorf-
>> Les Européens
nous' faifons
>> qu'ils s'imaginent que des Negres dans
* confifter la beauté de
levres 1 :
2) un nez écrafé &
groffes destraits
>> nous voulons. , aul contreire,
Les Efpagnols y. apportent
5 réguliers.
d'attention ; ils ne re-
% ençore plus
piaftres de
à cinquante
>> gardent point
acquérir une
>> plus Oil de moins, , pour
des
Avec la régularité
> belle Négrefle.
la taille
ils veulent qu'elle-ait
5) traits;
fine & d'un noir
>> bien faite, une peau
des EuroLe
dépravé
> luifant,
gont les femmes de cette cou-
>> péens
auffi étonnant t, qu'il eft
5> leur, 2
ReATS
dans nos Hles. Les uns y font
>> général
curiofité,
S> entrainés- par un motif'de
&
la facilité,T'exemple,
* parfocation,
# peuts --- Page 199 ---
SUITE DE S. DOMINGUE.
$s peut-être anfi par le
1O3
>> mat. ; les autres, par certain phylique du cli-
>> quant 9 qu'on trouve bientôt attraitpi.
9> Négrefles, lorfque T'habitude dans les
>> liarifé les
a fami5)
yeux avec cette
par une ardeur de
couleur;
H qui leur donne le
tempérament,
> & de fentir les plus pouvoir d'infpirer
* ports ;
brûlans tranf9) la fierté, quelques-uns, des
9 parl Tindolence,
S) foin
Blanches, & le peu de
qu'elles ont de
9) douté, ce qui rend plaire. fi
Voilà fans
$) fentiment défavoué
commun un
> contredit par les parla délicateffe,
>> bre,
dégoûts fans nom2 que la nature
>> oppofés.
paroît lui avoir
9> Il eft malheureux &
5 très-vrai, que les Colonies s
cependant
2 grands avantages de cette retirent de
>> de mceurs, de cette
corruption
9 goût, Les Négrefles dépravation de
9> des Blancs, font
qui vivent avec
a attentivesà leurs ordinairement plus
5) on leur a dû le bonheur devoirs; & fouvent
> couvert & prévenu des d'avcir dé-
>> tions, qui auroient fait
confpira9 Maîtres ou leurs Amans égorger ieurs
5> teau deleurs efclaves, fous le cou2) femmes ont en
Cependant ces
Tome XI,
général, un attacheI
égrefles dépravation de
9> des Blancs, font
qui vivent avec
a attentivesà leurs ordinairement plus
5) on leur a dû le bonheur devoirs; & fouvent
> couvert & prévenu des d'avcir dé-
>> tions, qui auroient fait
confpira9 Maîtres ou leurs Amans égorger ieurs
5> teau deleurs efclaves, fous le cou2) femmes ont en
Cependant ces
Tome XI,
général, un attacheI --- Page 200 ---
194 SUITE DE S.
9) ment plus décidé DOMINGUE. pour les
99 de leur couleur ; &
hommes
"9> leur faffe pas une
quoiqu'on ne
9) chaftes, elles font inébranlables obligation d'être
5> leurs
dans
>> d'être engagemens, aimées des lorfque la vanité
P pas volages,
Blancs ne les rend
s
Malheureufement c'eft
unetentation
>> n'ont que
d'inconftance, oùt elles
trop fouyent
59 fuccomber,
occafion de
> On nous
5 tons
amene, 2 de quelques çand'Afrique, des
$ fent qu'après leur Negres qui pen-
>) tournent dans leur moft, ils s'en re-
> mécontens de leurs patrie. S'ils font
>> prennent quelque
Maîtres 2 s'ils
$9 ils n'héfitent
dégoût de la vie s
point à la
9) Pour les empêcher d'attenter terminer, à
> jours, il
leurs
faut, quand on les châtie,
p les puni très - févérement
> qu'alors ils craindroient de ie parce
9 trer dans leur pays, avecles
mona des coups de fouet
marques
9 J'en ai connu un qui qu'ils ont reçus,
9p tuer,fi on le puniffoit. menaçoit de fe
$9 corps déchiré, on le laiffa Quand il eut le
$ on lui donna une corde & en des liberté;
# mens propres à trancherfav vie; on inftru- l'en
P défioit méme, Les plaifanteries l'ém: --- Page 201 ---
SUITE DE S.
3> portérent fur le DOMINGUE, 195
nsy réfoudre, Ce même défefpoir : 9 il n'ola
$ fant enfuite à un autre éfclave, pac
$ traitoit avec
Maitre qui le
5 touffer avec fa douceur, finit par s'6s menaces du châtiment, langue, fur de limples
* Un Anglois de l'ifle de
9 tophe
Saint-Chric
employa un
>> me pour fauver fes heureux Aratagé.
9 doient les uns après Negres les qui fe pen-
> charger, fur des
autres. Ilft
9) dieres à fucre, & charrettes, des chau2)
tout l'attirail de fa
fabrique, avec ordre à tous
> de le fuivre dans le bois. Il fes Noirs
> fenta à chacun une
leur pré9> une pour lui, & leur corde, dit en retint
$) appris le deffein où ils
qu'ayant
N tourner en Guinée, il étoient de re-
> accompagner; qu'il vouloit les y
>) une grande
y avoit acheté
a folu d'établir habiration, oitil étoit ré.
une
9 jugeoit plus
fucrerie ; qu'il les
s que ceux du propres à ce travail,
9) pas exercés; pays, qui n'y étoient
w.plus qu'ils puiffent qu'alors ne craignant
> roit travailler
s'enfuir, illes fe-
>> accorder le jour & nuit, fans leur
>> manche ;
repos ordinaire du di9 avoit déjà que par fes ordres, on
repris en Afrique, ceux
lij
d'établir habiration, oitil étoit ré.
une
9 jugeoit plus
fucrerie ; qu'il les
s que ceux du propres à ce travail,
9) pas exercés; pays, qui n'y étoient
w.plus qu'ils puiffent qu'alors ne craignant
> roit travailler
s'enfuir, illes fe-
>> accorder le jour & nuit, fans leur
>> manche ;
repos ordinaire du di9 avoit déjà que par fes ordres, on
repris en Afrique, ceux
lij --- Page 202 ---
196 SUITE DE S. DOMINGUE. &
s'étoient pendus les premiers,
9 qui
feroit travailler les fers
5) qu'il les y
des charrettes
9> aux pieds. La vue
difcours $
confirmé cet étrange
>>
desintentions de
> m ne douterent plus
les
leur
fur-tout lorfque ,
>>
de pendre, il feignit d'at9>
AMrre
preffant
euffent fini leur opéra9 tendre qu'ils hâter la fienne, & partir
5) tion, pour Il avoit même déjà choifi
>> avec arbre; eux. & fa corde y étoit atta-
$) fon
Ils tinrent alors confeil entre
9 chée. & la mifere de leurs compa-
*> eux ;
d'être encore plus
97 gnons, la crainte firent
de
les
changer
> malheureux, Ils vinrent fe jetter aux
> réfolution. de leur Maître 3 pour le fup-
$ pieds
à leurs camarades
* S plier de pardonner
qu'aucun
s morts, 8 lui promirent à le quitter. Il
$ d'eux ne penferoit plus
& l'ac*
> fe laiffa preffer long-tems $ à condife fit enfin,
9 commodement
tion
s'il apprenoit qu'aucun
>>
fit encore ôtéla vie,il feroit
> d'eux
Ent
tous les autres, pour les en4 mourir à fa fucrerie de Guinée.
9 voyer
habitant s'avifa de faire
>> Un autre la tête & les mains à ceux de
> couper
qui is'étoient étranglés,&
2 fes efclaves, --- Page 203 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 157
5 de tenir leurs membres enfermésfous
de fer, fulpendue
%> la clefdansune cage
des
>> au milieu de fa cour. L'opinion
étant
leurs morts emporK Negres
que
en Afrique,
>> tent avec eux leurs corps
vous
9> il leur difoit: 44 vous pouvez,
vous tuer quand il vous plai-
>> autres,
ren-
-
plaifir de vous
>> ra; mais j'auraile
miférables, 9 puif9) dre pour toujours fans tête & fans
> que vous trouvant
de voir,
5 mains, vous ferezincapables de manger &
>> d'entendre, de parler, d'abord de
5> de travailler. Ils rirent
leur
>> cette idée; car rien ne pouvoit
les morts ne trouvaf-
>> perfuader que
de reprendre -
>> fent pas bientôt moyen
leurs membres. Mais lorfqu'ils
9) tous
conftamment dans le même
> les virent
maître
> lieu, ils jugerent enfin,queleur P'avoient
ne
>> étoit plus puiffant qu'is du même mal-
> imaginé; &c la crainte
de fe
>> heur leur ft perdre l'envie
pen-
>> dre. Ces remedes bizarres font
>>
a la
de leur
rupeirs
portionnés
portée la rigueur avec
>> & femblent jufifier
> laquelle on les traite.
différentes
> Parmi les Negres des
> nations, les uns font plus intelligens,
fafceptibles d'inftruétion que
> plus
Iiij
plus puiffant qu'is du même mal-
> imaginé; &c la crainte
de fe
>> heur leur ft perdre l'envie
pen-
>> dre. Ces remedes bizarres font
>>
a la
de leur
rupeirs
portionnés
portée la rigueur avec
>> & femblent jufifier
> laquelle on les traite.
différentes
> Parmi les Negres des
> nations, les uns font plus intelligens,
fafceptibles d'inftruétion que
> plus
Iiij --- Page 204 ---
198 SUITE DE S.
> d'autres; ; mais cet DOMINGUE:
>> penfé parun horrible avantage eft com-
> dès l'enfance dans défaut; inftruits
> qui naiffent,
l'art des poifons,
> leurs mains, pour ainfi dire, fous
>> vent de
2 ils fe fervent trop fouce terrible
>> perfidie, .de la
inftrument de la
>> ne, &
vengeance, de la hai-
>> boeufs, P'emploient les
à faire périr les
> leurs Maîtrés chevaux, les mulets de
>> même de leur 2 & les compagnons
> les
efclavage. Pour écarter
foupçons, > ils
>> crimes fur leur commencent leurs
> font périr leurs propre famille, &
> même leurs
enfans, leurs femmes,
maîtreffes.
>> excitésàces horreurs Ils ne font pas
5) geance; fouvent
la feule ven9>
les
Petpel
met, eft
qui.
com5) mieux traité précifément de
le Negre le
>> cruauté ne
Phabitation. Alors fa
> par le plaifir peut être conduite,
>> Maître,
barbare d'humilier
en
Os
le
9) qu'il le peut, de rapprochant, lai mifere
2 autant
> Cequilyade
de fon état.
>> n'eflayent point inenargubilocefiqurils leurs.
9> Blanc; ; parce qu'ils poifons fur un
>> que leur effet
font perfuadés
>> la puiffance de dépend leurs uniquement de
> leur .opinion, n'ont dieux, qui, dans
aucun pouvoir --- Page 205 ---
SUITE DE S. DOMINGUE. 199
Cette idée nous:
95 fur les Européens.
fans
couvert de leurs attentats,
9. metà
ferions fouvent les visti-.
>> quoi nous en
em*
>>
Les
mes.
Négreffes, quoiqw'auifi ne s'aw
> portées dans leurs pations, fortes d'ex-
>). bandonnent
à.ces maris neleur com-
>) cès, foit que
Retos
ces fecrets détefta-.
> muniquent point
la foibleffe:
5> bles, foit que la timidité, leur fexe les éloi-
>> ou la douceur de
entreprifes. T
>> gnent de ces cruelles
>> Les traits que nous remarquons n'os
>> dans les Negres : qui peuplent
9 Colonies, ne font pas ceux
>> voit tracés la nature, ni
SE
& Pin9 formés la liberté, Féducation, étoient reftés
9 fluence du climat ,s'ils
doit
>> dans leur pays: leur aviliffement du carac55 les avoir altérés. Al'égard connoitre
% tere 7 on ne pent guere
>% celui d'une race d'hommes fans opprimés, ceffe levés
>> qui voit les châtimeus
5> fur fa tête, & la violence Pintérêt toujours &
>> foutenue par la politique, 9
fireté
Comment juger
> la
publique. d'une nation enchainée,
> du vrai génie defir même de la liberté
>> chez qui le
&
>y eft un crime? Des Européens avoué, pris
Yy faits efclaves à Tunis, ont
I:iv
ere
>% celui d'une race d'hommes fans opprimés, ceffe levés
>> qui voit les châtimeus
5> fur fa tête, & la violence Pintérêt toujours &
>> foutenue par la politique, 9
fireté
Comment juger
> la
publique. d'une nation enchainée,
> du vrai génie defir même de la liberté
>> chez qui le
&
>y eft un crime? Des Européens avoué, pris
Yy faits efclaves à Tunis, ont
I:iv --- Page 206 ---
200 - SUITE DE S. DOMINGUE.
>> que dans cet état, ils étoient auffi
>> méchans, 2 &x fervoient auffi malleurs
P maitres 3 que ceux de nos Ifles. Tels
> font pourtant les hommes avec
> nous avons à vivre ; voilà les
qui
>> néceffaires de ces fortunes dont agens Pé-
> clat éblouit les Européens, & leur
> dérobe les inquiétudes
>
quilesaccompagnent >-
Je fuis, &c.
A
Saint-Domningue, ce 4 Aoit 1750i
3 a
)
--- Page 207 ---
LES ANTILLESI
20I
LETTRE CXXX.
LES ANTILLES.
D DEPUIS plus de trois mois je parcours, dans le Nouveau Monde, un
Archipel moins célébré parles poëtes, 7
iais plus connu dans Phiftoire du commerce, & aujourd'hui plus fréquenté, il
que celui de la Grece. Chaque jour
part d'une Antille à Pautre, plufieurs
vaifleaux qui rendent fi aifée la communication entre ces ifles, que profitant de cette facilité, j'ai cédé à la curiofité de les voir ; & voici en peu de
mots, le chemin que j'ai fuivi. De
Saint-Domingue à Portorico , dePortorico à la Guadeloupe, de la Guadede la MartiniIoupe à la Martinique, Saint- 2
Vincent, la
que à Sainte-Lucie, la Grenade, & SuBarbade, Tabaco,
rinam,d'otsje vous écris préfentement:
J'ai paffé fucceffivement chez les
Efpagnols, les François, les Anglois s
les Hollandois, les Danois; j'ai vu des
contrées nombreufes 2 couvertes de
Iv --- Page 208 ---
LES ANTILLES.
troupeaux d'efclaves, &clestrois
des habitans
quarts
le fervice de l'autre changés en bêtes 2 pour
gré linfluence & quart.J'ai vu, malles
l'empire du climat,
moeurs européennes
en Amérique;
tranfportées
gueilleux & indolent j'ai vu l'Efpagnol erfon or, un luxe que fa fe pareffe procurer, lui refufe. avec
J'ai vu
de la PAnglois 2 ennemi du repos &
gêne, auffi jaloux de la
que de l'étendue de fon
liberté,
J'aivu le
commerce.
Frangoisléger, vif,
nant , mais toujours foumis entreprede fon pays,
aux loix
geffe du
toujours guidé par la fales Hollandois gouvernément. Les Danois &
mis
méritent à peine
au nombre des
d'être
l'Amérique ; ils
propriétaires de
rochers, fur lefquels pofledent ils un ou deux
miracles de leur
déploient les
duftrie.
frugalité & de leur inSan-Juan de Portorico,
lifle de ce nom, eft éloignée capitale de
de
ou vingt lieues de celle dé Saint quinze
mingue. Ce pays fut découvert DoChriftophe Colomb; les Elpagncls par le
nommerent cellence de Portorico, à caufe de l'exPortotic,
fon port, & les
A fon entrée eft une François
perite
ofledent ils un ou deux
miracles de leur
déploient les
duftrie.
frugalité & de leur inSan-Juan de Portorico,
lifle de ce nom, eft éloignée capitale de
de
ou vingt lieues de celle dé Saint quinze
mingue. Ce pays fut découvert DoChriftophe Colomb; les Elpagncls par le
nommerent cellence de Portorico, à caufe de l'exPortotic,
fon port, & les
A fon entrée eft une François
perite --- Page 209 ---
LES ANTILLES.
ifle, qui a été jointe à la faiteau grande travers s par
le moyen d'une chauffée de Léon y, jetta les
du havre. Ponce
d'une colonie: il
premiers fondemens
bâtir une bourgade,
commença enfuite pary affervir les Indiens 2
& voulut avoit fait à Saint-Domine
comme mais on il reconnut qu'il s'étoit trop
gue :
difpofer de
ilatté, en croyant pouvoir d'un
concomme
peuple
ces Infulaires
plutôr fenti la
quis. Iis n'eurent Cafillan, pas
qu'ils cherpefanteur duj joug
de s'en délivrer.
cherent les moyens entr'eux : & le preIls s'affemblerent délibération, fut de
mier objet deleur
étoient efs'affurer fi les Elpagnols comme ils en
feétivement immortels, L'occafion d'éavoient la réputation.
claircir un fait de cette importance, Un Caftilne tarda pas à fe préfenter. par quellan s'étant fait accompagner Paider dans un pafques Indiens, pour arriva au bord d'une rifage dificile, fallut traverfer. Un de fes
viere qu'il
le porter fur
guides fe préfenta pour fut au milieu
fes épaules; & loriquil Jaifa tomber avec fon
de Feau, il fe
Indiens fe joignifardeau. Les autres
TEipa:
gent à lui pour tenir long-tems Evj --- Page 210 ---
204 LES ANTILLES
gnol fous les flots; ; & le
fans aucune
voyant enfin
rent le
marque fur
de vie, ils tirecorps
la rive,
comme ils ne pouvoient Cependant s
fuader qu'il fit mort, encore fe perexcufes de lui avoir 2 ils lui firent des
d'eau, en
laiffé boire tant
avoitbenucoup protefant que fa châte les
étoient
affligés. Leurs difcours
démonfrations accompagnés des plus grandes
de
lefquelles ils ne ceffoient
pendant
le cadavre, &
tourner
anA
Cette comédie d'obferver s'il refpiroit.
à- dire,
dura trois jours, c'eftjufqu'a ce
par la
tréfaftion, ils fe Tadetr affurés pumort de FEfpagnol.
de la
Défabufés de la
talité deleurs
prétendue immorrent la
de ces Infulaires pris'en
eReniene
entreprife fut conduite défaire. Leur
de fecret; & les Caftillans avec beaucoup
défiance, ils en maffacrerent étant fans
nombre, avant que les autres un grand
ouvert les yeux far le
euffent
alarmé pour lui-même, danger. Ponce,
tôt tout fon monde raflembla auffifauvages dans leurs ; & preffant les
une vengeance
retraites, il en tira
lefpérance de quileur ôta pour jamais
rentrer en liberté, Il fur
conduite défaire. Leur
de fecret; & les Caftillans avec beaucoup
défiance, ils en maffacrerent étant fans
nombre, avant que les autres un grand
ouvert les yeux far le
euffent
alarmé pour lui-même, danger. Ponce,
tôt tout fon monde raflembla auffifauvages dans leurs ; & preffant les
une vengeance
retraites, il en tira
lefpérance de quileur ôta pour jamais
rentrer en liberté, Il fur --- Page 211 ---
LES ANTILLES:
admirablement fecondé par un chien 2
dont Phiftoire nous a confervé le nom
& les exploits.
le nom de cet aniBrezerillo (c'eft
mal) faifoit des exécutions furprenan- les
tes, & favoit, dit-on, difinguer vivoient
Indiens ennemis, de ceux qui
en paix avec les Elpagnols : auffi,
ajoute-t-on, étoit-il,lui feul, plus reCaftillans:
douté que qnatre-vinge-dix
qu'à
On lui donnoit la même portion vien
un
arbalêtrier, non-feulement
vres mais en
en efclaves, & en
fon Or, maître recevoit. LesEfbutin, que
de
1 qui aiment à fe repaitre
pagnols faits où 2. il entre du merveilleux, 2 ravoulant faire dévores
content que 2.
déplaifoit,
une vieille Indienne quileur
deils la chargerent d'une lettre qu'elle Lorfvoit porter à quelque diftance. lâcherent le
qu'ils la virent fortie, ils
dogue, qui courut à elle avec fureur.
La femme effrayée prit une potture
fuppliante: ; & lui montrant la lettre,
elle lui dit : ( L'écrit que je porte 3 Seiaux Chrétiens
>> gneur Chien,Sadrelle
m'en*
>> vos freres; ce font eux qui
>) voient; ne me faites point de mal;
fuis à leur fervice > L'animal s'as
> je --- Page 212 ---
xOG
LES ANTILEES
doucit, 2 la flaira, leva la jambe
contre elle, & la laifla.
s' pifa
Dans fa plus grande
de Portoric n'a
longueur, l'ifle
lieues, fur
pas plus de quarante
&o
quinze ou feize de
cent vingt de circuit, Elle largeur s
de montagnes dont
eftremplie
font revêtues de bois &i queiques- de
unes
Elle a peu de plaines
verdure,
vallons, & quantité de rivieres 2 beaucoup de
vent à la rendre fertile. Eile abonde quiferfucre, en
en
0 coton, en caffe, en vanille
riz, mais & manioc. Les vaches &z 2"
lesbaufs fauvages y font
leur cuir ne fait pas la partie communs; la moins &
effentielle de fon commerce. Elle
duit auffi quantité d'arbres
& autres bois
husbrer
propres à toutes fortes
d'ouvrages. On y voit beaucoup de
gibier ; & le poiffon que fournit la
mer voifine 2 eft excellent, La ville capirale n'a ni murs ni
mais
le port eft gardé par un remparts; châreau; & la
petite ifle qui la jomt, eft
ble, à caufe des bois épais impénétravrent : deux petits forts en quila défendent couYapproche.
Les rues de la ville font
longues; les maifons affez bien larges,peu bâties,
beaucoup de
gibier ; & le poiffon que fournit la
mer voifine 2 eft excellent, La ville capirale n'a ni murs ni
mais
le port eft gardé par un remparts; châreau; & la
petite ifle qui la jomt, eft
ble, à caufe des bois épais impénétravrent : deux petits forts en quila défendent couYapproche.
Les rues de la ville font
longues; les maifons affez bien larges,peu bâties, --- Page 213 ---
LES ANTILLES. de 207 femais point ornées. Iy a peu
nêtres mais de
portes pour
Pair. Les
recevoir le vent
rafraichit
dans
Ermns
croifées ne font garnies, ainfi que
des Antilles, que
la plus grande partie très-fin; car le verre ne
d'un canevas
à la violence des oura- .
réfifteroit point
dédiée à faint
gans. La cathédrale double 2:
de coJean-Baptifte, a un
rang belle.
lonnes, & fa ftruêture ett aflez
L'Evêque eft fuffragant de l'Archevéde Saint Domingue. Le Gouverque réfide dans la capitale, auprès de
neur
on-voit une abbaye de Bénélaquelle diétins. Les autres lieux les plus confidérables, font les forterefles de Quadanilla & San- Germano, l'une au midi, & Pautre à Poccident de lille.
Pendant que nous fimes à Portoric,
notre vaiffeau changea fes marchandi- de la
fes contre de Pargent en barres, Vous n'ipoudre d'or & des piaftres. il eft difficile
magineriez pas combien
faire le commerce, 9
aux étrangers, d'y les côtes foumifes
ainfi que fur toutes
Il faut ufer
à la domination Efpagnole.
8z. de
d'une infinité de précautions de la violence
rufes, pour fe garantir
gu'exerce ordinairement cette nation 2 --- Page 214 ---
208:
LES ANTILLES:
contre tous les bâtimens dont elle peut
s'emparer. Un navire qui veut entrer
dansle port 5 feint d'avoir befoin
de bois ou de vivres. Un placet d'eau,
fenté au Gouverneur,
les pré- befoins &les dangers del'équipage. expofe
quefois c'eft un mât qui menace Quel-
& qu'on ne peut raccommoder, ruine, fans
débarraffer le vaiffeau, &
ment fans décharger les rarchandifes. conféquemLe Gouverneur fe laiffe
un préfent ; & les autres perfuader officiers par
réliftent pas mieux à la même amorce. ne
On obtient la permiffion d'entrer dans
le port: nulle formaliré n'eit
on enferme foigneufement négligée :
gaifon;
toute la cardu
on applique le fceau à la porte
magafin, par laquelle on la fait entrer; mais on a foin qu'il-y en ait une
autre, qui n'ef pas fcellée,. par laquelle on prendle temsde la
la faire fortir &z mettre à la nuit, place pour les
marchandifes d'échange. Auffi-tôt
ce commerce eft fini, le mât fe trouve que
rétabli; &le vaifleau met à la voile.
C'eft ainfi que fe débitent les plus
groffes charges : à l'égard des moindres, qui viennent ordinairement dans
desbarques étrangeres, on les mene à
, qui n'ef pas fcellée,. par laquelle on prendle temsde la
la faire fortir &z mettre à la nuit, place pour les
marchandifes d'échange. Auffi-tôt
ce commerce eft fini, le mât fe trouve que
rétabli; &le vaifleau met à la voile.
C'eft ainfi que fe débitent les plus
groffes charges : à l'égard des moindres, qui viennent ordinairement dans
desbarques étrangeres, on les mene à --- Page 215 ---
LES ANTILLES fans fortir
Vembouchure des rivieres, 2
de fon bord. On avertit les habitations & les
voifines par un coup de canon ;
s'y
Efpagnols qui veulent trafiquer, leurs
rendent dans des canots avec
marchandifes. C'eft toujours la nuit, doit
fe fait ce commerce ; mais on ne
que
& fur-tout
ufer de circonfpedtion, dans le bâtiment,
laiffer jamais entrer,
crainte d'introp de monde à la fois, retranché,
fulte. Il faut auffi être bien obferver les
bien armé, bien attentifà
efcaEfpagnols; car ce font de grands
Silon
de quelque
moteurs.
s'apperçoit doit les avertir que
fubtilité 2. on ne
de la prend'un ton civil, en feignant fi l'on ne veut
dre pour une méprife,
s'expofer à de facheufes querelles. oùt jaOn appelle ce commerce 2 traiter
mais il n'eft queftion de crédit, devant
à la pigue. L'ufage eft de faire,
du Capitaine, un retranchela chambre
fur laquelle On
ment avec une table, de tout ce quieft
étale les échantillons
ou fon comà vendre. Le marcland,
armés,
mis, à la tête de quelques
refte de
cette table.
Er
eft derriere
faire
l'équipage eft fur le pont, pour
les honneurs & offrir des raffraichiffes --- Page 216 ---
LES
mens à ceux ANTILLES, qui arrivent,
des perfonnes de
Si ce font
fent des emplettes diftination 5 qui fafn'oublie point, à leur confidérablesy or
faluer de plufieurs
départ, de lesi
Mais il ne faut jamais coups de canon.
fes gardes, ni fe trouver ceffer d'être fur
bles; carf les Efpagnols les plus foiparer de la barque, il eff peuvent s'emmanquent; ils la
& rare qu'ils y
à fond. H eft vrai pillent la coulent
plainte de cette que fur la moindre
forcés à la refitution nature 2 ils feroient
auroient
de tout ce qu'ils
des propriétaires, enlevé, non pas en faveur
officiers de juftice. mais au profit des
maniere de
Malgré cela, cette
moins coûteufe négocier eft plus
& plus
fire,
celle de feindre des befoins ulitée, que:
bois, ou de vivre,
d'eau, de
port; cette derniere pour eft entrer dans le
tité d'inconvéniens
fujette à quan-.
Le commerce ded'embarras.
encore d'autres aveceles Elpagnols a.
rerie de leur caraétere. dificultés, par la bizar-,
ne fache Ies
A moins qu'on
payer la marchandife tromper, ils ne veulent
fa valeur. Il faut alors qu'au-deffous de
cher; &x comme ils fe favoir fe relâpiquent.de no-.
'eau, de
port; cette derniere pour eft entrer dans le
tité d'inconvéniens
fujette à quan-.
Le commerce ded'embarras.
encore d'autres aveceles Elpagnols a.
rerie de leur caraétere. dificultés, par la bizar-,
ne fache Ies
A moins qu'on
payer la marchandife tromper, ils ne veulent
fa valeur. Il faut alors qu'au-deffous de
cher; &x comme ils fe favoir fe relâpiquent.de no-. --- Page 217 ---
2IT.
LES ANTILLES,
bleffe, on eft fir de réparer fa perte & s
leur vanité, Les Anglois
en flattant
excellent dans ces petiles Hollandois
qui
tes rufes. Quand un Eipagnol, fe faire une ou
achete de la toile pour s'obftine à demeurer
deux chemifes '
de
au-deffous du prix, ils nelaiffent
lui
Re
la lui donner ; mais enfuite, lui font
montrent des dentelles, qu'il
dix fois plus qu'elles ne valent les 7
enlui payer perfuadant que c'eft ainfi que
portent les Grands d'Efpagne.
orf
De Portoric à la Guadeloupe, oùt nous ne
rencontre plufieurs ifles 9 de nous arrêjugeâmes point à propos
:
ter. J'en parlerai cependant 7 d'après qui
le récit d'un naturalifte Danois,
montoit le même vaiffeau, &
ordre de fa Cour.
tidre
geoit par
n'étoit pas Puninaturelle des Antilles,
: elles
que objet de fes obfervations hiftorouloient également fur la partie Mflescivile & politique de ces
rique,. I nous les nomma toutes, fuivantleur Saintpofition, en commençant Anégada, par SainteThomas, les Vierges,
SaintCroix , Sombrera 9 Anguilla, Saba, 9 Saint:
Martin, Saint Barthelemi,
1e la BarEuftache,. Saint-C Chriftophe 2 --- Page 218 ---
ZIZ
LES ANTILLES,
boude, Nieve, Antigoa,
la Defirade,
Montferrat;
Saints, qui forment Marie-Galante 9 & les
de cercle dans le une efpece de quart
La premiere golphe du Mexique.
Danemarck, fous appartient la
au Roi de
les Pruffiens & les proteétion duquel
ont des poffeffions Brandebourgeoie
Hollandois,
; mais ce font 12
qui, fous le nom des
nois, en font prefque toutle
DaOny voit auffi quelques commerce,
giés, & un petit nombre François de
réfuques. K Ileft affez
Catholi-
> notre favant, fingalier 3 me difoit
>> gions n'y aient que toutes ces reli9 Les deux dominantes encore aucun temple,
5; rienne & la calvinifte. font la luthé-
>> L'ifle de Saint. Thomas
55 mée par la commodité eft renom.
55 de fon port : c'eft un
naturelle
% formé par deux
enfoncement
* tes du côté de la montagnes affez hau-
> s'abaiffant
terre 2 mais qui, en
infenfiblement
>5 forment deux mottes
vers la mer,
>> à recevoir chacune plates, propres
* la défenfe de P'Ile, une Elle baterie pour
>) que fix à fept lieues de
n'a guere
>>
tour; & lon
obferve, 2 en y, arrivant, une
# reffe au fond du
forteport, avec de très:
cement
* tes du côté de la montagnes affez hau-
> s'abaiffant
terre 2 mais qui, en
infenfiblement
>5 forment deux mottes
vers la mer,
>> à recevoir chacune plates, propres
* la défenfe de P'Ile, une Elle baterie pour
>) que fix à fept lieues de
n'a guere
>>
tour; & lon
obferve, 2 en y, arrivant, une
# reffe au fond du
forteport, avec de très: --- Page 219 ---
LES ANTILLES.
213.
fans foffés, fans ou-
* petits baftions,
# vrages extérieurs.
à cinquante
> La ville fe préfente
de
$ pas de ce fort, & fuit la figure
S l'anfe. Elle ne contient gune longue de
>> rue, qui fe termine au comptoir & bel
s la compagnie Danoife 2 grand de lo5 édifice, compolé de quantité
$>
& de magafins commodes,
gemens, les marchandifes, > foit pour
>> foit pour
dont elle fait
5 la garde des Negres,
maifons,
Les
9 un grand commerce:
des fourches plan-
>) qui n'étoient que
revêtues de torchis, 2
>> tées en terre,
font bâties
>> & couvertes de rofeaux, incendie les
>> de brique, depuis qu'un Elles font
>> a reduites en cendres. pavées de
> baffes, mais blanchies propres à la 2 maniere des
# falance, &
$) Hollandois.
étant prefque tou-
>> Le Danemarck
de PEu5) jours neutre dans les guerres à toutes
9) rope, ce port eft ouvert
en
>> les nations. Il fert d'entrepôt 2
5) tems de paix, pourle commerce les
les Anglois,
ER
> lesFrançois,
n'ofent faire
$9 gnols & les Hollandois leurs ifles. Pen9 ouvertement dacs il eft le refuge
9 dant la guerre, --- Page 220 ---
LES ANTILLES.
vaiffeaux marchands pourfuivis
$ des
Corfaires. D'un autre côté,
S>
les
les Pirates menent leurs
> Bet là que
Ainfi les habi-
>> prifes & les vendent.
des
s tans de Saint- Thomas profitent fans avoir
$ malheurs des vaincus 2
">> contribué à leur perte 2 &
les
le fruit
ARITACE
> avec
vainqueurs, leur a rien coûité.
9) viétoire qui ne
auffi
>> Ceft de leur port que partent aller en
$> quantité de barques S, pour
:
fur les côtes de Terre-Ferme 2
>> traite
beaucoup d'ar-
$) d'oà elles rapportent barres. Tant
S) gent en efpeces, ou en
dans cette
>> d'avantages font regner, fortesde
Pabondance de toutes
$) Ile,
9 richeffes & de provifions.
au Monarque
>> C'eft principalement
dit le
nous
$> glorieux qui
gouverne, de
Pifle
Saint-Thomas
5> Danois, que
Les
5> eft redevable de cette profpérité. de
les plus importans
>> accroiffemens
font l'effet de la
>> notre commerce Roi 2
&
de ce
bienfaifant;
99 générofité
doit apprendre à tout
9> la renommée
d'ame d'un
> Punivers, la grandeur
a donné à la Compagnie
>> Prince, qui
plufieurs mil-
>> des Indes Occidentales
fes
ouvrir à tous
fujets
y lions, pour
redevable de cette profpérité. de
les plus importans
>> accroiffemens
font l'effet de la
>> notre commerce Roi 2
&
de ce
bienfaifant;
99 générofité
doit apprendre à tout
9> la renommée
d'ame d'un
> Punivers, la grandeur
a donné à la Compagnie
>> Prince, qui
plufieurs mil-
>> des Indes Occidentales
fes
ouvrir à tous
fujets
y lions, pour --- Page 221 ---
LES
$ de nouvelles fources ANTILLES.
> condamnez
d'opulence, Ne
>> enthoufiafme, pas, ajouta-t-il, le jufte
5 ce moment, le qu'excite fouvenir en moi, dans
s royales, &
de fes vertus
.cette
9 nuelle à tout ce qui attention contia heur de fes
intéreffe le bon9 oùt les paffions peuples. &z
Dans un age,
9> plient les defirs des les plaifirs multiS fermer fes befoins Rois, ila fçu ren9p les plus étroites,
dans les bornes
C'eft
>> s'ef mis en état de
par-là., qu'il
9) multitude de bienfaits, répandre cette
>) la fertilité dans fon 2 qui portent
>> anciennes
royaume, Les
manufaétures
>> nimées ; fa main fertile ont été ra-
> de nouvelles, Pour
en a ouvert
9) pétuité, il a fondé en affurer la per.
>) duftrie, oûr les
un féminaire d'in-
">) apprendront à enfans des pauvres
>> foutiens. Plufieurs en être un jour les
5> doivent leur
académies, qui lui
>> capitale, le naiffance, & ornent fa
jardin
> il va Fenrichir,
botanique, dont
* térité
annonceront à la pof9 la proteétion
9 accorde aux arts & fignalée qu'il
> Phôpital général
aux fciences :
9 der, eft
qu'il vient de fonPouvrage de fon
$ La reconnoiflance
humanité,
me force de vous --- Page 222 ---
LES ANTILLES. données
b
auffi de ces penfions
parler des Savans
les faire 1 voyager,
e à
pour
accordées aux
S de ces gratifications
de ces
s Artiftes & aux Fabriquans, 2 fur tous
9 dons fans nombre 2 répandus
fe rendent recommandables
>> ceux des qui talens utiles. Ces monumens
5 par
découvrent la gran-
>> de munificence,
& de fesidées,
> deur de fes fentimens
éçonomie
fage
>> & prouvent qu'une
un fonds
> fournit aux fouverains 2
de bienfaifance.
$ inépuifable
je paffai entré
>> De Saint-Thomas,,
nomme les
> les petites illes, qu'on
C'eft une des plus agréables
> Vierges.
on croit être dans une
9 navigations ;
de part &
grande prairie, coupée, de bolquets
2 d'autre 2 par quantité d'habités; mais
> J'én vis quelques-uns font déferts.
S on affure que la plupart
la plus
la Grofe-Fierge
>> On appelle
occupée par
9> grande de ces ifles, daignent à peine la
2> les Anglois 2 qui leurs établiffemens.
>> compter parmi font pauvres, & n'y
5> Les habitans y
de riz, de tabac
2 recucillent qu'un peu nourriture com4 & de coton. Leur
parce que la
> mune eft du poiffon, abondante,
eft extrèmement
>> pêchey
>> I's
Grofe-Fierge
>> On appelle
occupée par
9> grande de ces ifles, daignent à peine la
2> les Anglois 2 qui leurs établiffemens.
>> compter parmi font pauvres, & n'y
5> Les habitans y
de riz, de tabac
2 recucillent qu'un peu nourriture com4 & de coton. Leur
parce que la
> mune eft du poiffon, abondante,
eft extrèmement
>> pêchey
>> I's --- Page 223 ---
LES
- > Ils n'ont d'eau ANTILLES. douce
>> tombe du ciel, &
2 que celle 4
> des fitailles.
qu'ils gardent dans
> mée ou
Lor/qu'elle eft confoma eft l'eau corrompue, de pluie
leur reffource
>> dans le creux des , qui fe troave
> quelle il fe forme rochers, & fur la-
> épaiffe
tine croûte verte &
>>
5 qu'on fe garde bien de
pre entiérement. On la
rom-
> aut contraire, avec
conferve 9
> parce qu'elle modere beaucoup de foin;
> leil; & l'ouverture
l'ardeur du fo-
>> que de la grandeur qu'on du y fait, n'eft
> quel on puife de l'eau, vale, avec le9> Nous approchâmes de
> ou P'lle Noyée, ainfi
FAnégada,
> qu'elle eft plate, baffe, nommée, &
parce
> inondée des eaux de la mer. 2
fouvent
>tend qu'un galion
On pré9 dit anciennement, Elpagnol &
s'y per-
> qu'il portoit y eft refté que T'argent
> pérance d'une fi belle enfeveli, L'ef.
> plus d'une fois les habitans proie a tenté
> voifine & les Flibuftiers.
d'une ifle
> prétendu qu'on avoit
On a même
> portion du tréfor ; mais trouvé le quelque
>> dépôt n'a pas encore été corps du
> Sombrera eft une ifle découvert.
> à caufe du
de
inhabitée 2
. Tom, XI, peu
bonne terre qui
K --- Page 224 ---
LES ANTILLES.
couvre fa
Les Elpagnols
fuperficie.
9) lui ont donné ce nom, parce haute. qu'éa tant ronde & plate 2 avec une
au milieu, elle repréfente
9 affez
la
d'un chapeau.
$
figure
CeUFERE
ayant abandonnél'ife.
>) Les François
ordre du gou-.
> de Sainte-Croix, 9 par aller peupler la
S vernement. , pour
l'ont
$ colonie de Saint - Domingue, de Dane-
$. vendue àla Compagnie faire bâtir un:
3 marck, qui vient d'y
$P fort.
fa figure a fait nom-
>> Aguilla, que eft
par les An-
$ mer ainfi, lendroit poflcdée où elle eft le plus
$ glois. Dans trouve un marais, autour
9), large, on
formé
caba5). duquel ils ont
quelques
les
mais leur extrême pareffe
5) nes;
vivre dans Tindigence. CepenS9. fait
eft
& des
5. dant le fol en
excellent;
$9 hommes plus induftrieux colonie pourroient fublfte
9>, en tirer parti. Cette Miniftres, fans.
w.fans Prêtres, fans
&
fans Magiftrats,
9p, Gouvernement, plus heureufe.
>.ne s'en eftime que
on ma dit
$) A propos. de prètres,
des
& des Hollandois.
S que
établis François dans la petite ifle de
9> s'étant
les premiers avoient.
9, Saint-Martin 9
leur Come choif parmi eux 2 pour
ftrieux colonie pourroient fublfte
9>, en tirer parti. Cette Miniftres, fans.
w.fans Prêtres, fans
&
fans Magiftrats,
9p, Gouvernement, plus heureufe.
>.ne s'en eftime que
on ma dit
$) A propos. de prètres,
des
& des Hollandois.
S que
établis François dans la petite ifle de
9> s'étant
les premiers avoient.
9, Saint-Martin 9
leur Come choif parmi eux 2 pour --- Page 225 ---
LES ANTILLES,
3 mandant, un chirurgien de
> fion, qui faifoit aufli l'office profef- de
> ré. C'étoit lui qui affembloit le Cu-
>> ple à Péglife, faifoit le
pex-
> toit les
prône 2 réciprieres-, 2 donnoit avis
9> fêtes & desjetines. A toutes ces fonc- des
>> tions, il joignoit encore celle de
>> ge, affifté de fon Frater & du
ju95 d'Ecole,
Maitre
9 qui lui tenoient lieu,
>> d'Affeffeur, l'autre de Greffier. Pun
9) Cour décidoit fouverainement Cette &
9> dernier reffort, de toutes les contef. en
* tations quis'élevoient dans la
9) nie, On n'y compte guere "colo-
>> d'hui, que deux cens
aujourdans
François, logés
vingt Ou trente maifons
>> forment la ville de Saint- Martin, 2 qui
>>. Hollandois y. ont leur quartier, Les' (é-
> paré de celui des François
> montagne,
par une
>> Tous ces gens vivent en bonne
>> intelligence dans cette ifle, quia
$> au plus quinze ou feize lieues de tout cir-
>> cuit, On n'y trouve, ni
>y rivieres, mais feulement ports, ni
>> fontaines, qui ne donnent quelques de
> que dans les tems de pluie, & Peau,
33 fent dans la féchereffe : on a recours tarifs alors à l'eau de citerne, Cette Ifle
Kij --- Page 226 ---
LES
ANTILLES.
produit beaucoup de
le
> cueille dans des falines fel:on
re
> d'oi il fe tire fans dépenfe naturelles,
s5 travail, Les autres
& fans.
> le tabac,
produétions font
T'indigo, le rocou
>> manioc. Les
& le
9> miers habité Elpagnels ont les
ce
&
pre5 une fortereffe, pays,
y avoient
2 dans la feule
5> d'empêcher les Européens de
vue
9> dans les ifles voifines
s'établir
; mais
9> pu s'y oppofer, ils fe
n'ayant
39 enfin à l'abandonner. déterminerent
$ La petite ifle de
>>
Saint-Barthelemi
appartient à la France s.
ne
>> garde,
qui
la
9 que parce qu'elle a un excel-:
>> lent port, oit des vaiffeaux de
>>
toute.
* grandeur peuvent être à couvert
>> un très-bon fond; car d'ailleurs fur
>> terre n'eft propre qu'à cultiver cette
9> tabac.
du
* Saba n'eft occupée
> ques familles Hollandoifes, que par queldont le.
commerce principal eft en
$) ils en fourniffent à toutes fouliers; les An55 tilles; & l'on ne voit nulle
S tant de cordonniers. Avec part au5; un peu d'indigo & de ce trafic,
s vivent dans une forte
coton, ils
# ont
d'abondance,
des maifons commodes
9 des
'eft propre qu'à cultiver cette
9> tabac.
du
* Saba n'eft occupée
> ques familles Hollandoifes, que par queldont le.
commerce principal eft en
$) ils en fourniffent à toutes fouliers; les An55 tilles; & l'on ne voit nulle
S tant de cordonniers. Avec part au5; un peu d'indigo & de ce trafic,
s vivent dans une forte
coton, ils
# ont
d'abondance,
des maifons commodes
9 des --- Page 227 ---
LES ANTILLES:
très5 efclaves. Il regne entr'eux une fou-
& ils mangent
>> grande union; chez les autres. Ils n'ont
>> vent les uns
mais ils tuent
>> point de boucherie chacun ; à leur tour 2
>> dès beftiaux 9
la fubfiftance
>> autant qu'ilen faut pour
va
> du quartier. Chaque particulier
la viande dont il a befoin 2
> prendre
fon tour
s & la rend en nature, quand
> eft arrivé. L'ifle a cela de particulier,
la
d'abord pour un ro-
>> qu'on
prend
Un
de toutes parts.
€ 9> cher efcarpé
taillé dans le
9> chemin en zig zag, 7
oùt le
conduit à fon fommet,
> roc,
bon & fertile.
>> terein fe trouve uni, naturetle, dans
>> C'eft une forterefle
de forcer les
> laquelle il eftimpoffible
lorfqu'ils ne manquent
>> habitans de 2 vivres. Ils ont fait, 2 à côté
2> point
des amas de pierres fou-
>> du chemin,
>> tenues fur des planches, qu'ils pett-
> vent faire tomber, par le moyen
fur Pennemi qui entre-
>> d'une corde,
> prendroit de les attaquer.
ifle
> Saint-Euftache eft encore une
mais
&
>>
grande
Hollandoife, 2
plus
la
>> mieux
peuplée que
précédente.
de Saint-Chrifto-
>> Elle n'eft féparée
de trois
9 phe, que par un canal Jarge
Kij --- Page 228 ---
LES
> lieues, Cette ANTILLES
> à l'amiral Colomb. derniere doit fon nom
5 difent
Ill'appella ainfi,
99 figure de quelques fes
- uns, à caufe de la
9) une fort grande, montagnes fur
: il y en a
99 tre plus petite eft
laquelle une au-
>) fant Jefus fur les affile, comme l'En9) Géant. D'autres
épaules du faint
99 ment, qu'illui donna cgoient tout fimple-
>> qu'il la découvrit le fon nom 9: parce
>
jour de fa féte..
Quoique les
32 diffent s'en être Elpagnols préten-
> ils n'y ont jamais affuréla poffeffion,
99 n'étoit
eu de colonie, L'ife
peuplée
>> fes habitans
que par les Caraibes,
>> un pureffet du naturels 2 lorfque, par
5> Fun
hafard, deux vaifleaux,
s
François 2 l'autre
aborderent le même Anglois :9 y
> rent tous les
jour. Ils fenti-
>> voient retirer de.ce avantages qu'ils pou-
>
pofte, contre les
Caftillans, 3 avec
ils
99 guerre ; & fans qui
étoient en
* étoient arrivés les difputer lefquels y
>> vinrent de le partager premiers,i ils con-
>> y faire chacun un entr'eux, pour
9 y refterent enfemble établiflement. Ils
99 accord; &
de très - bon
>> Caraibes, après en avoir chaffé les
$t en
qui voulurent les attaquer
trahifon, ils laifferent, de part &
te, contre les
Caftillans, 3 avec
ils
99 guerre ; & fans qui
étoient en
* étoient arrivés les difputer lefquels y
>> vinrent de le partager premiers,i ils con-
>> y faire chacun un entr'eux, pour
9 y refterent enfemble établiflement. Ils
99 accord; &
de très - bon
>> Caraibes, après en avoir chaffé les
$t en
qui voulurent les attaquer
trahifon, ils laifferent, de part & --- Page 229 ---
LES ANTILLES.
de leurs gens
% d'autre, quelques-uns
chercher
9 fur la côte 2 Scretournerent leur
Les
> des recrues dans
patrie.
s Cours de France & d'Angleterre &
s"
Ro
leurs démarches
> prouverent
tems après s
>> renvoyerent quelque & un nombre
9> avec des provifions,
jetter les
fuffifant, pour
> d'hommes. d'une colonie durable.
>> fondemens
comme le ber-
>> On peut la regarder François & les
9 ceau de celles que.les dans les An-
>> Anglois ont poffédés décrivirent
5 tilles. Ces deux peuples limites refpectives :
> & fixerent leurs
les marais falés 2
> la pêche, 5 la chaffe,
les hales mines, 2
$ le boisdesforêts,
s vres demeurerent en commun. de'cette He,
5> Ceflprincipalement
des
font fortis ces Aventuriers
9 que
fous le nom-de
s deux nations 7 qui,
fe font
& de Boucaniers,
9 Flibuftiers de la Tortue & de la côte
9 emparés
de Saint- Domingue.
>> feptentrionale colons sappliquerent
>> Les premiers culture du tabac; & cette
5 d'abord à la
la mas plante leur a fourni long-tems juffifant pour
> tiere d'un commerce
>> les entretenir ; mais la quantité baiffer qu'ils
$ en cueillirent > en ayant fait
Kiv --- Page 230 ---
LES ANTILLES,
>> le prix, ils cultiverent des
>> de
du
cannes
fucre,
gingembre, de
> & du coton. Les richeffes l'indigo
>> produétions firent entrer dans que la Co- ces
wionie, 9 la rendirent en peu de
>> très - floriflante ; mais après tems,
9> rentes révolutions
diffé-
> les
5 caufées par
guerres de
avec la
>>
PAngleterre
France, ces deux puiffances convin-
>> rent enfin, que
>)
partiendroit
Saint-Chrifophe apen entier à la Couronne
9 Britannique,
> Le féjour de cette Mle eft
9> & quoique les ouragans foient agréable,
>> quens & dangereux, lair y
fré-
> rien de fa pureré, C'eft dans n'y. la perd
9> des pluies,
faifon
que regnent ces
>> effroyables, le plus redoutable tempêtes fléau
> qu'on ait à effuyer ici de la
du
99 climat. C'étoit un ufage établi chez part les
9> premiers habitans dela colonie,
>> voyer tous les ans demander d'en-
>> Caraibes, fi l'on étoit menacé d'un aux
s ouragan ; & l'on affure
ces Sau-
>> vages ne fe trompoient que jamais dans
>> leurs pronoftics : voici les
> auxquels ils croyoient les connoître, fignes, 2
>> L'air fe trouble, le foleil
e le tems devient calme, le fommer rougit,
chez part les
9> premiers habitans dela colonie,
>> voyer tous les ans demander d'en-
>> Caraibes, fi l'on étoit menacé d'un aux
s ouragan ; & l'on affure
ces Sau-
>> vages ne fe trompoient que jamais dans
>> leurs pronoftics : voici les
> auxquels ils croyoient les connoître, fignes, 2
>> L'air fe trouble, le foleil
e le tems devient calme, le fommer rougit, --- Page 231 ---
LES ANTILLES.
fe
& fe nettoie.
> des montagnes les purifie & dans les
>> On entend dans
puits
fourd,
9> crevafles de la terre un bruit
les.
w femblable à des vents renfermés;
obfcures &c plus
>> étoiles paroiffent l'ordinaire ; le ciel eft
>> grandes qu'à
chofe d'effrayant;
>> noir 2. &a quelque
>> la mer répand une odeur défagréable,
>> & s'éleve, quoique dans une appabientôt le vent
>> rente tranquillité; affez de 2 violence, & re-
>> fouffle avec
>> commence à différentes terrible reprifes. fe fait
>> Alors une bourafque
de
5 d'é-
>>
fentir 2 accompagnée
pluie,
>) clairs, de tonnerre, & quelquefois -
>> de tremblement de terre, en un mot,
deftruc-
>> aretlescircontanceslesp plus
les élémens
raffem-
>>
tives, que
puiffent
> bler. On voit d'abord pour prélude des
$> du défaftre qui doit fuivre 2
entiers de cannes de fucre
>> champs
dans les
&jettés fur
>> pirouetter
airs, Des arbres
>> toute la furface du pays.
& dont
>> auffi anciens que le monde,
avoit bravé, 2 ju(-
>> l'énorme grofleur
>> qu'alors tous les efforts des orages %
enlevés de terre.,
9> font déracinés, du chaume. Ceux
5> emportés comme
de
> qui réfiftent, font brifés comme
Kv --- Page 232 ---
LES
> fragiles rofeaux; ANTILLES les
9> toute efpece détruites plantations : de
>> fées; les maifons,
& boulever5 moulins renverfés 2 les granges, les
>> Pherbe même foulée d'un coup de vent;
99 comme fi elle eût été & défféchée, 2
9> qui monte à
brilée; & l'eau
>> d'entrainer cinq ou fix Pieds, 2 acheve
9) fuccombé à tout la
ce qui n'avoit pas
>> La défolation premiere & la violence,
* gnent un ouragan, mortaccompa9> comme celles du
Ses traces font
9) fon
feu; tout difparoit à
paffage ; & ce
9) auffi prompt qu'il eft changement eft
s truit dans un clin
terrible. Il dé5) de plufieurs
d'oeil, les travaux
5 rances du années, & ruine les efpé-
>> gu'il fe croit culivateur, au comble dans le tems
>> Quine frémiroit
de la fortune.
>> heux, toujours pas en voyant des
9) dépouillés dans ornés de verdure,
9). main invifible, & un inftant, Par une
2 des forêts femblables n'offrant plus que
>> d'un vaiffeau? Les
aux mâtures
9) ver fuccedent
horreurs de T'hi-
>> tems. Le jour, aux charmes du prin99 fente par-tout prelqu'éclipfé, pré-
* la nuit. Les animaux Fimage effrayante de
# un afyle; la nature effarés cherchent
épouvantée fem-
és de verdure,
9). main invifible, & un inftant, Par une
2 des forêts femblables n'offrant plus que
>> d'un vaiffeau? Les
aux mâtures
9) ver fuccedent
horreurs de T'hi-
>> tems. Le jour, aux charmes du prin99 fente par-tout prelqu'éclipfé, pré-
* la nuit. Les animaux Fimage effrayante de
# un afyle; la nature effarés cherchent
épouvantée fem- --- Page 233 ---
LES ANTILLES:
toucher à fon dernier moment.
sY ble
affreux répand la confter-
>> Un filence
le vent feul fe
> nation & la terreur ;
avec un 1 bruit épou-
>) fait entendre La mer offre 2 en même
9) vantable.
de tous les
9 tems, le trifte fpe@acle le
d'une tempête ;
rivage
> ravages
des débris des
>> les eaux fonts couverts bâtimens fracaflés
& les
9> naufrages;
les lames, flottent de
> & battus par confondus avec les-
> toutes parts & 2 les corps défigurés des.
9> membres
qui en ont été les vic
>> malheureux,
> times.
trouvent les Anglois,
>> Le plaifir que milieu de leurs planta-
> à vivre au détourne de fe réunir dans
>> tions, les Leurs maifons, répandues
>> des villes.
forment avec les
>> dans la campagne,
les envi-
& les avenues qui
> bofquets
le plus riant, & le
>> ronnent, l'afpeêt
Dans
>> point de vue le plus agréable.
>> le tems que les François partageoient bâtirent un
5> l'ifle avec eux. 2 ils y; de la Citadelle:
fous le canon
9 bourg,
: c'eft encore la feule
s de Baffe-Terre confidérable du pays. Les An-
> place
forts dansi
> glois sont conftruit plufeurs
K vj --- Page 234 ---
LEs ANTILLES
> les différens endroits de la
> l'on peut aborder.
côte, oùi
9> Quoique les François n'aient
9y moins contribué que les autres pas
9>
Européens, 9 à expulfer de
>> phe les
Saint-ChriftoCaraibes, vous êtes
>> ceux 2 contre lefquels ces pourtant
>> ont confervé le moins de haine fauvages
>> déteftent les Anglois & lés
: ils
>> Ils difent que les Hollandois Efpagnols,
>> comme depuis la main
valent,
>> de; & vous
jufqu'au cou-
>> main jufqu'à l'autre 2 comme depuis une
; ce
>> ment,
qu'ils expri2 en étendant les
>>
marquer combien ils
bras, 2 pour
> rent.
vous confide-
> La quantité de fucre & des autres
> denrées que produit Fifle de Saint5 Chriftophe, prouve l'extrême ferti-
> lité de fon fol; mais le milieu du
9> ne préfente qu'un amas de
pays
> efcarpées, & de bois
montagnes
>>
II eft vrai que ces monts impénétrables.
>> Pun fir l'autre en
3 s'élevant
amphithéatre, don-
>> nent une vue charmante far toutesles
>> plantations, qui s'étendent autour de
> P'lle 2 jufqu'à la mer. On y trouve
9 auffi d'épouvantables rochers, d'hors
de fon fol; mais le milieu du
9> ne préfente qu'un amas de
pays
> efcarpées, & de bois
montagnes
>>
II eft vrai que ces monts impénétrables.
>> Pun fir l'autre en
3 s'élevant
amphithéatre, don-
>> nent une vue charmante far toutesles
>> plantations, qui s'étendent autour de
> P'lle 2 jufqu'à la mer. On y trouve
9 auffi d'épouvantables rochers, d'hors --- Page 235 ---
LES ANTILLES.
forêts,
9 ribles précipices, d'épailles minéchauds, des fources
>> des bains
Il en fort enfin
>> rales & fulphureufes. fourniflent de
>> plufieurs rivieres, qui
eft la
>> très-bonne eau. La principale
fervoit de bornes an-
>> Cayonne, qui
les
& les
9> ciennement entre
François faline,
>> Anglois. Je ne parle pas d'une
tire 9
>> au bord de la mer 2 d'oi l'on
>> beaucoup de fel.
de l'air la
>> On attribue à la pureté
Chrifdes femmes de Saint-
> beauté
font vêtues à la
>> tophe. La plupart
à
>> Françoife 1 avec une magnificence
>> laquelle il ne manqueroit rien, f,
enchérir fur vos modes, elles
>> voulant
des ornemens qui les
> n'y ajoutoient
Vous n'avez vu nulle part
> défigurent.
d'argent ou
>> autant de franges d'or,
>> foie. Celont les femmes qui, malgrA
les viandes 8z
>> cette parure 2 coupent Eiles le font avec
>> fervent à table.
&
9 autant de grace que de propreté; ;
elles boivent encore
>) ordinairement
exciterla compagnie p2T
>> mieux pour
L'efprit & la vivacité
9 leur exemple.
communes aux deux
>> font des qualités habitans font bien
5 fexes. Tous les
à tous les
> faits, avantage commun --- Page 236 ---
LES
> créoles de ANTILLES
>
Angloife, ouil PAmérique ef
Françoife &x
> ver des
auffir rare de trouboffus, des
> boiteux, qu'ileft
borgnes & des
> en Europe.
ordinaire d'en voir
> A la ville comme à la
> plupart des maifons campagne, lai
9 proprement
font de bois,
lambriffées
5 rieur, 2 &
dans l'inté9>
peintes en dehors, c'eftà-dire, 2 revêtues d'une
4)
couche de
a couleur à
59 de la pourriture Thuile, pour les garantir
> rement la chaleur que & caufent néceffai-
>> mat. Cette
Phumidité du cli-
>>
peinture leur donne de
Fagrément & de l'éclat. La
> tion des chambres eft bien diftribu-
>> la propreté admirable,
entendue,
S
& lesr meubles
magnifiques. La cour &
>> maifons font ornées de l'entrée des
>> d'orangers, dont l'odeur tamarins &
99 les appartemens.
embaume
9). On vante la fertilité
9> ifle,
d'une autre
poflédée par les
> lée la
Anglois, appel-
>> fondre Barboude, qu'il ne faut pas conavec la Barbade,
> mêmes maitres. Les
foumife aux.
59 pent à élever des
habitans s'occu-
$) une grande
beftiaux, & en ont
2 les autres quantité, fans négliger
parties de la vie champe-
&
99 les appartemens.
embaume
9). On vante la fertilité
9> ifle,
d'une autre
poflédée par les
> lée la
Anglois, appel-
>> fondre Barboude, qu'il ne faut pas conavec la Barbade,
> mêmes maitres. Les
foumife aux.
59 pent à élever des
habitans s'occu-
$) une grande
beftiaux, & en ont
2 les autres quantité, fans négliger
parties de la vie champe- --- Page 237 ---
LES ANTILLES.
23%
con-
# tre. Leur commerce principal
de
> fifte en grains & en provifions voivendent à leurs
s bouche, qu'ils
voient, fans
9 fins. Bornés à ce foin,ils la culture
9 jaloufie, 2 les richeffes que
&
e du fucre procure aux autresifles, échangeant
>> n'y participent, qu'enles
> contre leurs denrées.
éloignée
>> Nieve ou Nevis, quin'eft
5) de Saint-Chriftophe que de quelques en:
doit avoir été découverte
> milles,
des plus
> même tems. Quoiqu'une une des.
des
a été
9> petites
Antilles,elle ans après
>> plus floriffantes. Quarante furent établis, on
> quel les Anglois dix s'y, mille Blancs & plus
> comptoit
mille Noirs; ce qui paroi-
>>
3 vingt
étendue de
>> troit incroyable dans une
fans le
>> fix lieues de circonférence., faifoit
2. commerce immenfe dont qui
charfoit en fucre,
:
>) alors,
plus de cent vaif-
>> geoit annuellement ; foit en vin 2
>> feaux pour PEurope preique feule 2
> dont elle fourniffoit,
>> toutes les Antilles.
de
>> Ce fut durant ce tems
profpé- ville de
vit naitre la
> rité, qu'on y
forts 2:
>> Charles - Town & quelques
fort
* dont une partie eft aujourd'hui --- Page 238 ---
LES ANTILLES,
> négligée, Lesguerres que
> eut à foutenir avec la France FAngleterre uné
> affreufe mortalité 2 & un
>> terrible
ouragan
2 qui renverfa les édifices;
>> déracina les arbres, détruifit les
>> tations, tous ces malheurs, arrivés plan:
>> fuccefivement & dans
de
>> peu d'années
lefpace
3 laifferent l'Mle dans un
>> état, dont elle ne s'eft jamais bien
>> relevée, Ce n'eft à proprement
>> ler, qu'une haute montagne, dont par9 le fommet eft couvert d'arbres. Les
>> plantations regnent
en com-
> mençant au bord autour, de la mer
&
>> continuant 2 par une pente : , très-
>> douce, jufqu'à la cime. Les fources,
> qui en defcendent de plufieurs
>> forment des ruiffeaux dont
côtés,
> uns peuvent mériter le nom quelques- de ri-
>> vieres. On y voit auffi des eaux mi-
>> nérales chaudes, où l'on alloit
>> dre les bains, pour les mêmes mala- pren-
>> dies, qui font rechercher ceux de
>> Bath en Angleterre - & en France
93 les eaux de Bourbon. Nevis,
> à fes produétions & à fon
quant
> reffemble aux autres Antilles.Le commerce, fucre
>> eft fa principale denrée ; il y fert de
>> gage d'échange dans toutes les affai-
. On y voit auffi des eaux mi-
>> nérales chaudes, où l'on alloit
>> dre les bains, pour les mêmes mala- pren-
>> dies, qui font rechercher ceux de
>> Bath en Angleterre - & en France
93 les eaux de Bourbon. Nevis,
> à fes produétions & à fon
quant
> reffemble aux autres Antilles.Le commerce, fucre
>> eft fa principale denrée ; il y fert de
>> gage d'échange dans toutes les affai- --- Page 239 ---
LES ANTILLES:
w res de commerce. On compte par
de fucre, au lieu de livres
> livres
Les habitans ne font pas
s Sterlings.
conclure iin
>> plus embarraffés, pour
s'ils
>> marché de cette maniere 9 que
>> traitoient avec de l'argent.
d'eau
> Antigoa n'a aucun ruiffeau
9> douce ; & les fources yfont f rares, Mais
-
> qu'elle fut long-tems inhabitée. Peau de
>> aujourd'hui, on y conferve & Pon en
>> pluie dans des citernes ; ifle n'a rien
>> manque rarement. Cette
la
e
diftingue particulié-
> d'ailleurs, qui
Antilles Angloifes.
> rement des autres
>> Les Elpagnols, fans avoir jamais
> habité l'ile de Mont-Serrat, lui ont
>> donné le nom qu'elle porte ; parce
>> qu'ils crurent lui trouver quelque de
>> reffemblance avec une montagne
deux circonftances
>> Catalogne, que
célebre. La pre5> rendent également
dédiée à la
>> miere eft une chapelle
&
auffi miraculeufe,
9> Vierge,
prefque les pélerins, que
> auffi fréquentée par
eft d'a-
>> celle de Lorette. La feconde,
à
* voir fervi I 2 comme de berceau, 2
9 l'ordre des Jéfuites : ce fut là que
9 leur fondateur Ignace prit le titre de
Chevalier de la Vierge. Ces deux
--- Page 240 ---
LES ANTILLES:
> raifons n'ont pas empêché les
>> glois, qui fe font emparés de cette An
> ille,delui conferver fon ancien nom.
> Outre qu'elle
offre, 2 comme
l'ai
>> dit, les mêmes
je
produ@tions
les
44 autres Antilles, elle a auffi que
S> les mêmes révolutions
éprouvé
> aux mêmes
2 eft fujette
>) merce des mêmes ouragans 2 fait le comdenrées ; eft fous mife au même gouvernement, eft ré9>
parles mêmesl loix, qui font celles
>
S
l'Angleterre.
>> Les petites ifles de la
# de Marie-Galante & des Défirade, Saints
> font pas eftimées valoir la
ne
>> les François les
peine, les habi- que
>
gardent,
tent ou les cultivent >.
Tous les pays dont parloit notre
Danois,fe préfentoient fucceflivement
à nos yeux, à mefure que
chions de la Guadeloupe, nousappro. réferve pour la lettre fuivante. que je
Je fiis, &c.
A la Guadeloupe 2 ce 9 novembre 1750,
ab UR
firade, Saints
> font pas eftimées valoir la
ne
>> les François les
peine, les habi- que
>
gardent,
tent ou les cultivent >.
Tous les pays dont parloit notre
Danois,fe préfentoient fucceflivement
à nos yeux, à mefure que
chions de la Guadeloupe, nousappro. réferve pour la lettre fuivante. que je
Je fiis, &c.
A la Guadeloupe 2 ce 9 novembre 1750,
ab UR --- Page 241 ---
SUITE DES 4 ANTILLES: 235
LETTRE CXXXL
SUITE DESANTILLES
Un canal, formé naturellement par de
la mer, long de trois lieues, Riviere large
cinquante toifes, nommé la
falie, fépare, en deux parties prefqu'é. parles
gales, la Guadeloupe, poffédée d'un figcle. La
François depuis plus donne fon nom
partie occidentale ,
Elle
à toute PIle, eft la
peupléc.
SadS
a, dans fon centre, plufieurs fortent des monta- eaux
gnes efcarpées, d'our arrofent le pays. On
abondantes, auffi qui des fources chaudes 8
y trouve
des foulftrieres, 8z
même bouillantes,
quantité de ces fangliers 2 qu'on Porcs NE
pelle aux Iles Françoifes,
rons. Du haut des monts on apperçoit n'a
les ifles voifines; & Punivers
pas
de plus beau point de vue. Le bourg Saintprincipal eft fitué auprès du fort
&
Pierre: : ily a un Confeil Louis fupérieur eft dans
un Commandant. Le nommée fort
la Grandela partie orientale, --- Page 242 ---
SUITE DES ANTILLES:
Terre. Les paroiffes de l'ifle font deffer:
vies par des Dominicains, des
des Carmes & des Capucins; Jéfuites,
Madame,
Voilà,
d'un
9 tout ce que je puis vous dire
pays, oùr les produdions, les ufages, les moeurs, le commerce
le gouvernement font
9 les loix,
dans les autres Ifles
les mêmes que
La Dominique, Françoifes.
tinique & la
placée entre la Mardes
Guadeloupe, nous offre
objets tout différens. Elle eft au
pouvoir des Caraibes
2 fameufe race
d'Indiens, vés établis que les Européens ont troufont
dans les Antilles, & quien
comme les habitans naturels. Les
Anglois ont voulu s'emparer de cette
terre, pour couper notre communication entre nos ifles; mais nous nous
fommes toujours fortement
y
Ils ne laiffent pas dans des titres oppofés.
culiers, de s'en attribuer la fouverai- partineté; mais cette affeétation ridicule &
frivole excite la rifée des Caraibes mê.
mes, dont ils fe font fait détefter
leurs trahifons & leurs violences. par
roit
Ilfedangereux, 9 pour un Anglois, de
paroitre aujourd'hui dans leur ifle
ceux que la
; &c
jettés,
tempête y a
ont payé cher les perfidies quelquefois de
dans des titres oppofés.
culiers, de s'en attribuer la fouverai- partineté; mais cette affeétation ridicule &
frivole excite la rifée des Caraibes mê.
mes, dont ils fe font fait détefter
leurs trahifons & leurs violences. par
roit
Ilfedangereux, 9 pour un Anglois, de
paroitre aujourd'hui dans leur ifle
ceux que la
; &c
jettés,
tempête y a
ont payé cher les perfidies quelquefois de --- Page 243 ---
SUITE DES ANTILLES.
leur nâtion. Nous avons, avec ces Saud'anciens traités qu'ils n'ont
vages, 2
& fur la foi defquels
jamais. rompus,
nous habitons & commerçons paifiblement avec eux.
fur l'origine
On ne s'accorde point le font venir de
de ce peuple : les uns
l'ifle de Cuba, les autres du continent,
déterminer fi c'eft
mais fans pouvoir
de la partie méridionale ou fepten-. & les.
trionale de PAmérique. Le tems
font
caufes de cette tranfmigration
auffi fort incertains ; & Pon ne peut
former
que des conjeêtures
très-douteufes. nartrtes qu'ilyade plus PRe
delgendenttous
bable, c'eft qu'ils
de leur
même nation: la reffemblance
figure, de leur langue, de leurs ufages
dans toutes les ifles qu'ils ont poilédées, comme dans celles. qu'ils habitent encore, paroit en être une preuve
non équivoque. Ils ont généralement
renforcée, & nerla taille médiocre,
& bien faite. 2
veufe; la jambe pleine
les cheveux noirs & liffes, les yeux
& un peu faillans, 2 le regard fugros pide & effaré, le nez épaté, le front
applati, les dents blanches, bien rangées, la phyfionomie trifte, 'odeur --- Page 244 ---
forte 238
SUITE DES ANTILLES,
barbe, & foit défagréable, Ils n'ont point de
qu'ils en foient privés naturellement, Je neleur
ou qu'ils fe l'arrachent.
ni
ai vu de poil, ni
aux cuiffes, ni aux bras, auxjambes,
trine. Il eft difficile de bien nià la poileur teint, &de la couleur de leur juger de
parce qu'ils fe frottent le corps tous peau,
jours ayec du roucou
les.
de Phuile. Outre
détrempé dans
croient luidevoir P'agrément : qu'ils
tre l'ardeur du
2 illes conferve conmoucherons, foleil, & la piquure des
tipathie
qui ont une extrême an-.
pour cette odeur.
ces:
gens vont à la
Lorlque
paroitre.avec
qu'ils vealent
ENTISNS leurs femmesemploient un-certain fuc noir,
faire des mouffaches
pour leur
fieurs jours. Elles fe qui durent pluelles-mêmes comme leurs peignent maris, audi
cepté la mouftache -
2 expas permis de
2 qu'il. ne leur eft
de leurs cheveux porter. Le noir luifant
leur vient auffi d'une
préparation La forme propre à produire cet effet.
n'eft
extraordinaire de leur front
naiflant. pas un défaut qu'ils apportent en
L'ufage eft de la
aux enfans. nouveaux faire prendre
planche, fortement. liée nés, 2 avec une
par-derriere - s.
maris, audi
cepté la mouftache -
2 expas permis de
2 qu'il. ne leur eft
de leurs cheveux porter. Le noir luifant
leur vient auffi d'une
préparation La forme propre à produire cet effet.
n'eft
extraordinaire de leur front
naiflant. pas un défaut qu'ils apportent en
L'ufage eft de la
aux enfans. nouveaux faire prendre
planche, fortement. liée nés, 2 avec une
par-derriere - s. --- Page 245 ---
SUITE DES ANTILLES.
& qu'ils-laiffent
foit tellement jufqu'à ce que le crâne
le
applati, que fans hauffer
vifage, ils voient
ment au deffus d'eux. perpendiculaire1 Ce n'eft pas feulement par leur couleur & la fingularité de leurs traits
que les Caraibes different des Euro- 2
péens; ils en font encore plus
par la foibleffe de leur
éloignés
leur exceffive fimplicité. conception 2 &c
de Tintelligence bornée de Qu'il yaloin
flupides, à: ces génies
ces hommes
qui nous ont tracé, fur les tranfcendans,
route affurée,
eaux, une
noitre ce:
pour nous faire connouveau peuple ! Cette réflexion, les
qui paroit applicable à tous
Sauvages en général, l'eft
ticuliérement à ceux de dont plus parLeur raifon n'eft ni plus
je parle,
plus
éclairée, ni
prévoyante, que l'inftinét des animaux. Il faut avouer
leur raifonnement, à cependant, la vue des que
miers Efpagnols qui aborderent
leurs
Sies
ifles, n'eft pas fi dénué de fens.
commun. Surpris du long trajet de mer-
>leur qu'avoient fait ces étrangers : (4 il faut,
difoient-ils. 2 que la terre9
>vous habitez foit bien
que-
$ que vous en ayiez bien mauvaife, oupeu, pour --- Page 246 ---
SUITE DES
>> en venir chercher ANTILLES, de fi
$ vers tant de
loin, à trarent-ils
de périls >. Auffi ne fe file terrein pas
peine de nous céder
fure
qu'ils occupoient ; & à meculture que de nous nous étendions par la
ges
nos poffefions, ces fauvalimites. séloignoient, S'ils
& reculoient leurs
ont,f fait enfuite
difficultés, 2 ce n'étoit
quelques
une propriété
pas pour difputer
rente,
qui leur étoit indiffé2 ils vouloient obtenir de légers
bientôt préfens, avec lefquels. on leur faifoit
céder le
voient. Si
champ qu'ils cultiarmes
quelquefois ils ont pris les
repouffer contre nous, ce n'étoit pas
des
pour
ils fe prêtoient ufurpations, auxquelles
défendre leur liberté, eux-mêmes, mais pour
crûmes avoir des
fur laquelle nous
nous étions les plus droits forts. 2 parce que
Ces hommes
-
fimples n'ont pas multiplié > comme nous, les objets du
bonheur, cles
> & par conféquent les obftapour y parvenir. Leurs defirs font
bornés, leurs befoins en petit
& facilement fatisfaits.. Il eft nombre,
un point, fur
ils
cependant
moins
lequel
ne font rien
qu'indifférens 2 l'amour de la
vengeance, Je ne connois pas de
peuple,
parce que
Ces hommes
-
fimples n'ont pas multiplié > comme nous, les objets du
bonheur, cles
> & par conféquent les obftapour y parvenir. Leurs defirs font
bornés, leurs befoins en petit
& facilement fatisfaits.. Il eft nombre,
un point, fur
ils
cependant
moins
lequel
ne font rien
qu'indifférens 2 l'amour de la
vengeance, Je ne connois pas de
peuple, --- Page 247 ---
SUITE DES ANTILLES:
ple, qui pouffe plus loin cette
24r
cruelle; elle femble être la
paflion
puiffe émouvoir ces
feule, qui
Au milieu des plaifirs, coeurs barbares.
dans la
fetins, un Caraibe en voit joie des
dont il fe fouvient d'avoir un autre
injure ; il fe leve,
reçu une
par derriere,
9 & va froidement,
2 lui fendre la tête
s
coup de maffue, S'il tue
d'un
& que le mort n'ait
fon ennemi,
pour le venger, c'eft point de parens
minée ; mais fi la bleffure une affaire termortelle, ou qu'il refte des n'eft pas
dans la famille, le
vengeurs
tre traité de même meurtrier, à
ffr d'é.
la
occafion, ne manque jamais premiere de
vader.
s'éCes Indiens paffent leur vie,
accroupis dans un coin,
tantôt
chés dans leurs
tantôt couà fumer : jamais hamacs, de foucis à dormir ou
tant qui doit fuccéder au
pour Pinffent. La fairn les oblige-t-elle moment préchercher leur nourriture à la
d'àller
à la chaffe P ils apportent
pêche ou
& leurs femmes Fapprètent. leur proie ;
eft ouverte à tout le monde Leurtable
pas néceffaire d'y être
; il n'eft
connu. Il ne prient invité, ni même
Tome_XI,
jamais; mais ils
L --- Page 248 ---
SUITE DES ANTILLFS: avec.
n'empêchent perfonne de
la
Leur fauce favorite eft
EN
eux.
du fuc
Ec
mentade : ils la font avec
dans
manioc, mêlé de jus de citron,
lequel ils écrafent heaucoup de pi-:
Ils ufent rarement de fel ; ce
ment,
en manquent : çar il y
n'eft pas qu'ils naturelles dans toutes les
a des falines
de leur
Ils.
ifles; mais il n'eft pas
leur golt. viande :
font rarement bouillir Leur maniere
tout eft rôti ou boucané.
morceaux
de la cuire eft de P'enfiler par
dans une broche de bois, qu'ils
devant un bralier;
ARe
tent en terre eft rôtie d'un côté, ils la
lorfqu'elle
de lautre. Si
zetournent fimplement
tel
c'eft un oifeau de quelque grofleur,
qu'une poule, un
ou un
le
fots
ils lej
feu,
EFMR
roquet,
jettent de le plumer, ni de,
prendre la peine
n'eft pas plurôt
le vuider. La plume
de cendres.
brûlée, qu'ils le couvrent laiffent cuire dans
& de charbons, & le enfuite, & en encet état. Ils le tirent
&
levent une croûte, que les plumes chair. Ils
la peau ont formée fur la & manôtent les boyaux, & le jabot,
Un.
gent le refte fans autre préparation. eft plein, de
oifeau, ainG accommodé,
la peine
n'eft pas plurôt
le vuider. La plume
de cendres.
brûlée, qu'ils le couvrent laiffent cuire dans
& de charbons, & le enfuite, & en encet état. Ils le tirent
&
levent une croûte, que les plumes chair. Ils
la peau ont formée fur la & manôtent les boyaux, & le jabot,
Un.
gent le refte fans autre préparation. eft plein, de
oifeau, ainG accommodé, --- Page 249 ---
SUITE DES ANTILLES.
fuc, tendre, & d'une extrême
teffe,
délicafont Les armes ordimaires des
T'arc, les fleches & le chaffeurs
Leur joie
couteau,
fe
etesnomelorfquilsy
procurer un fufil; mais quelque peuvent bon
qu'il puiffe être, ilsle rendent
inutile, foit enle faifant
bientôt
de poudre, foit en
crever à force
quelque autre
perdant les vis, Ou
font fort
piece ; car comme ils
jours entiers défceuvrés, dans leurs ils paffent les
démonter & le remonter; hamact, à le
de remettre chaque chofe & oubliant
dans leur dépit, ils
à fa place,
n'y penfent plus.
jettent l'arme &
Les fleches dont ils fe fervent, font
prefque toujours
font une fente dans empoilonnées. Ils
meufe,y mettent la une plante venigu'elle foit bien imbibée pointe, d'un ? jufqu'à ce
& vifqueux. Ce
lait épais
trant, que pour lui poifon ôter fa eft fi pénéeft obligé de faire
force, 5 on
fleche dans le feu. paffer le bout de la
Celles
ploient à la chaffe, n'ont
qu'ils emni même de
aucun venin,
rent qu'aux- pointe 2 quand ils ne tiun perit bouton oifeaux, mais feulement
qui les tue fans les
Lij --- Page 250 ---
SUITE DES ANTILLES.
Les enfans fe livrent de trèspercer. bonne heure à cet exercice , & y dewiennent Gadroitse qu'ils ne manquent
prefque jamais leur coup. maniere affez
Les Caraibes ont une
ingénieufe de prendre les perroquets.
Ils obfervent, à l'entrée de la nuit, les
arbres où ils fe perchent; & dans Pobfcurité, als mettent, au bas, des charbons allumés, fur lefquels ils bràlent
de la gomme & du piment. L'épaiffe
fumée qui en fort bientôt, étourdit ces
animaux, & leur caufe une ivreffe qui
les fait tomber >. comme s'ils étoient
morts.lIs les prennent alors, 2 leur lient
les pieds & les ailes, & les font reveen'eur jettant de l'eau fur la tête.
nir,
les apprivoifer, ils les
Enfuite, pour pendant quelque tems ; 8c
font jetner les croient bien affamés, ils
loriqu'ils
à manger. S'ils les trouleur préfentent revêches, ils leur foufflent
vent encore de la fumée de tabac, qui les
au bec
perdre toute
étourdit, jufqualeuriaire
leur férocité. Ces oifeaux s'apprivoifent aifément, & apprennent à parler
avec la même facilité que çeux qu'on
a pris jeunes. Indiens les apportent dans nos
Les
font jetner les croient bien affamés, ils
loriqu'ils
à manger. S'ils les trouleur préfentent revêches, ils leur foufflent
vent encore de la fumée de tabac, qui les
au bec
perdre toute
étourdit, jufqualeuriaire
leur férocité. Ces oifeaux s'apprivoifent aifément, & apprennent à parler
avec la même facilité que çeux qu'on
a pris jeunes. Indiens les apportent dans nos
Les --- Page 251 ---
SUITE DES ANTILLES.
fles, avec les produéions de leurs 245
terres, les fruits deleur chaffe, &
ques ouvrages de leur
Ils quel
tent en
des façon,
ache*
teaux échange &
,
fabres, des COu2,
far-tout de l'eau-de-vie
qu'ils aiment paffionnément. Souvent 7
ils
faifon entreprennent un voyage dans une
dangereule
fe procurer une bagatelle uniquement pour
rent. Ils offrent,
qu'ils defiqu'ils ont apporté pour l'avoir, tout ce
une boutique entiere ; tandis que pour
difes, dont ils n'auroient d'autres marchanvie, ni befoin, ils
alors ni enla plus petite
ne donneroient pas
fedent.
partie de ce qu'ils pof
Dans les comptes qu'on fait avec
eux, il faut les payer en
noie. Un louis ne vaut
petite mondeux fols marqués; pas, pour eux,
chent plus de
Parce qu'ils attamatiere, Il eft prix au nombre qu'à la
dre lés
encore à propos d'étenles
pieces qu'on leur donne, de
ranger les unes-après les
à
quelque diftance, fans jamais autres,
les rangs, ni mettre
doubler
fur l'autre. Cet ordre une partie l'une
leur cupidité
ne fatisferoit ni
conclueroit ne lear vue; & l'on ne
rien avec eux, Mais lorf
L 11j --- Page 252 ---
SUITE DES ANTILLES,
qu'ils voient une longue file de fols.
marqués, ils rient & fe
comme des enfans.
réjouiffent
Une autre obfervation
moins néceffaire,
qui n'eft
vite ce qu'on achete, 2 c'eft d'enlever pas
vieaneni le reprendre, de peur qu'ils ne
gent qu'ils ont
Il fans rendre l'arles y force aifément, reçu,
eft vrai qu'on
trafiquent dans
fur-rout loriqu'ils
toujours
nos ifles; mais il eft
de querelles. important de ne point avoir
oir Ils font ces voyages dans des
tout ce qu'ils
canots,
de maniere,
apportent, eft attaché
tourner la que, file mauvais tems fait
la mer, &z pirogue, la
ils fe jettent dans
dre de leurs effets. retournent fans rien
à un Européen Sils donnent paflage perily a toujours qui ne fache pas nager,
qui veille à fa quelqu'un parmi eux >:
mufe autant que confervation. de les voir Rien n'ales mers les plus
nager dans.
lieu des vagues les courroucées, 2 au miont même alors aflez plus effrayantes. Ils.
fe défendre contre les d'adreffe, pour
trespoiffons
requins ou auqu'ils tiennent voraces, à la main. avec un couteau.
tument leurs enfans dèsle Ils bas y. accou-.
La, fimplicité des Caraibes age.
paroit ens
'un parmi eux >:
mufe autant que confervation. de les voir Rien n'ales mers les plus
nager dans.
lieu des vagues les courroucées, 2 au miont même alors aflez plus effrayantes. Ils.
fe défendre contre les d'adreffe, pour
trespoiffons
requins ou auqu'ils tiennent voraces, à la main. avec un couteau.
tument leurs enfans dèsle Ils bas y. accou-.
La, fimplicité des Caraibes age.
paroit ens --- Page 253 ---
SUITE DES ANTILLES
core dans leurs logemens , leurs meu- de'
bles, & leurs habits. Figurez-vous de chaugroffieres cabanes, couvertes
palifiadées avet des pieux 2
me, aurez une idée de leur architecvous ture. Leur lit eft un hamac de groffe
toile de coton, qui a cela de commode, qu'on peut le porter par-tout avec
foi, qu'on y dort plus aul trais, 2 qlom ni de
n'a befoin ni de couverture 2
draps, ni d'oreillers, & quiln'embars
qu'on
raffe point une chambre, ceffe , parce d'en navoir
peut le plier, loriqu'on
corbeilles
befoin. Ce lt, 2 & quelques
qu'ils font avec des rofeaux 0e 2 compofent tout leur ameublement- Ces paniers, dans lefquels ils renferment tout
ce qui eft à leur ufage, font également L'art
légers & commodes. fi ferré 5
ERER1 confifte en.rendre le travail
pluie qu7il faffe, ce qu'ils
que quelque foit toujours fec. Les Eucontiennent des ifles s'en fervent autant:
ropéens les Caraibes; ils ne vont pas d'une
que habitation à l'autre, fans une de ces
corbeilles, dans laquelle ils font porter
leurs hardes furla tête d'un Negre. collier
Un bonnet de plumes 9: un bracelets
d'os ou de coquillage 2 des
Liv --- Page 254 ---
SUITE DES ANTILLES,
de verre ou de pierres colorées, des
efpeces de
bande de toile brodequins 2 & une légere
couvrir
:. qui femble vouloie
une partié de leur nudité: voilà, Madame, en quoi confifte le vêtement de cesSauvages.Onp peutles peindre, hommes & femmes, comme les
Amours, nuds, armés de fleches, le
carquois fur le
un
Il a ne s'agiroit dos,
arc à la main,
que de déplacer le bandeau, & de leur nettre , fur les yeux
celui qu'iis portent à la ceinture.
dans cet
Ceft
équipage, lefle &
qu'ils paroiffent dans nosifles, dégagé,
ne fe ferventils de vcile
Encore
complaire aux Européens 3 que pour
eux ils fe croient fufffamment ; car, chez
de cette couleur
habillés
rouge, de ce fuc de
roucou, dont ils fe frottent tout le
corps. Voilées de leur feule
les femmes s'offrent fans innocence, honte
regards des hommes; & les-hommes aux
foin defirent de peu ce qu'on ne. prend nul
leur cacher.
L'amour paroit être, pour les Cala raibes, faim. ce qu'eft pour eux la foif ou
Jamais il ne leur
la moindre attention, jamais échappe la
petite démonftration de tendrefe plus
f
roucou, dont ils fe frottent tout le
corps. Voilées de leur feule
les femmes s'offrent fans innocence, honte
regards des hommes; & les-hommes aux
foin defirent de peu ce qu'on ne. prend nul
leur cacher.
L'amour paroit être, pour les Cala raibes, faim. ce qu'eft pour eux la foif ou
Jamais il ne leur
la moindre attention, jamais échappe la
petite démonftration de tendrefe plus
f --- Page 255 ---
SUITE DES ANTILLES.
pour ce fexe aimable 2 fi recherché
par les nations policées, fi avili par
celles qui ne fuivent que la nature.
L'inclination feule fait leurs mariages :
ils fe prennent & fe quittent, felon
cette même inclination ; cependant Ils n'ont
ileft rare qu'ils fe féparent.
point à fe plaindre réciproquement
d'infidélité: des femmes qui ne connoiffent, ni la vanité ni la coquetterie, ,
doivent trouver peu de plaifir dans.
l'inconflance, & n'ont tout au plus.
que celui de la curiofité. Elles fentent
qu'elles font nées pour obéir, 9 & fe:
foumettent. De quelque côté qu'ellesportafient leur coeur, elles ne feroient,
en changeant d'amans 2. que marts changer font:
de maitres. Cependant les mais c'eft
jaloux jufqu'à la fureur ;
une jaloufie fans amour. Ils ont, pour.
leurs époufes, 2 le même attachement:
pour toute autre propriété; ils ne:
que veulent, ni s'en dépouiller, ni la par--
tager. C'eft ordinairement dans leur prcpre famille 2 que les Caraibes choifif- de
jent leurs femmes. A Pexception
leurs fdeurs, il leur eft libre d'époufer:
leurs plus proches parentes, nieces 21
L v --- Page 256 ---
2fo SUITE DES ANTILLES.
tantes, coufines, & d'en
fieurs à la fois. Le même prendre pluts.
fera les quatre
hommeé époujeunes filles, foeurs, élevées perfuadé que deaimeront mieux, vivront enfemble, s'en.
en. meilleure
intelligence tiers, des > fe rendront plus volonmieux leurs. foins réciproques, ferviront
à leurs maris. parens, s'attacheront
niers de fe L'ufage qu'ont. ces ple
femmes.a
mettre au lit quand leurs.
avez vul accouchent établi chez 2 ufage Gue vous,
Teft auffi chez les Caraibes. d'autres fauvages 2-;
fe leve,
La femme.
nage; & vaque l'époux aux fonétions du mé-.
mac, les vifites, les reçoit, dans fon ha-.
mens des amis & de foins, la famille. les compliainfi pendant
IlreRe:
pour fe repofer quatre. des ou cingfemaines,
données à
peines qu'il s'efti
La. religion procréerun.nouvel de
être.
cile à faifir & à définir. ces. peuples Ii
eft diffi-.
reconnoiffent un - bon & un paroît - mauvais. qu'ils.
Principe. la doctrine C'étoit, 9 comme vous
des Manichéens.
favezs,
roit que ce
quia. Qui croiia plume d'un fytême, S.
tant exercé:
ver dans la tête des Auguftin, pitfe troudes offrandes à lÉtre Caraibes? fls font:
malfaifant, &. ne-
ifir & à définir. ces. peuples Ii
eft diffi-.
reconnoiffent un - bon & un paroît - mauvais. qu'ils.
Principe. la doctrine C'étoit, 9 comme vous
des Manichéens.
favezs,
roit que ce
quia. Qui croiia plume d'un fytême, S.
tant exercé:
ver dans la tête des Auguftin, pitfe troudes offrandes à lÉtre Caraibes? fls font:
malfaifant, &. ne- --- Page 257 ---
SUITE DES ANTILLES:
rendent aucun culte à fon Adverfaires les
parce qu'il eft plus aifé d'émouvoir de les inhommes par la crainte, que
téreffer par la reconnoiffance.
desIlya, chez ce peuple groffier, font, tout
petionapesimporars 2
de leursà la
&
CS
fois,médecins
dieux,. & s'attribuent la double puif- & à
fance de donner la mort au corps
l'amé. Avec de pareilles armes, quel.
n'ufufpe-t-on pas fur les homempire
chez les faumes, ailleurs - même que
nomme:
vages P. Ces prètres qu'on divinité
Bayls, ont chacun leur
particuliere, dont ils vantent le pouvoir, P
T'affiftance contre la ma-
& promettent Génies malfaifans. k Chacun.
liguité des difent-ils, a dans le corps.
9> de nous,
de battemens dans-
> autant d'ames, que
eft dans le
* les arteres. La principale
d'oà elle fe rend au cielaprès-
>> coeur ,
mener une vie heu9y la mort, pour y
dans lesi
wreufe. Les autres voltigeant
olr:
fe
dans le pays,
9> airs, font répandent tout le mal qu'elles peuwelles fur terre & fur mer>. La crainte:
>> vent,
deftruéteurs 5, & lart:
de ces Efprits encore des Médecins 2
plus deftructeur
les Boyts:
font. les. deux-refforts que
Lvj' --- Page 258 ---
SUITE DES ANTILLES,
ont dans leurs mains,
ce peuple crédule & 2 imbécille. pour fiubjuguer
Les Mifionnaires fe font donné des:
Caraibes peines infinies,, pour perfuader aux:
les vérités de notre
ces barbares ne fe faifant religion ;
que. pour avoir les préfens baptifer 2:
pareils cas, reprenoient leur d'ulage en;
façon de vivre. Quelques-uns ancienne
par ce feul motif, recevoient même,
fois le baptême. Ce
leur plufeurs
le plus d'éloignement qui
a donné
c'eft le. caraétere de pour l'Evangile >-
ont annoncé dans les ceux qui le leur
Des hommes, avides de premiers leur
tems..
prêchoient le
bien,leur
les immolant défintéreffements à leur
& en
recommandoient le vengeance 2 leur:
Que dirai-je des divifions pardon. desinjures.
fouvent éclaté
qui ont fi
entre les.
des. différens ordres, del leurs Mifionnaires.
de leurs querelles de
cabales,
toujcurs occafionnées 2
leurs haines 2
cupidiré &
par l'orgueil, la
T'amour-propre P Ceux, 2
pour qui ces Sauvages ont le plus de.
vénération, font les Capucins : ils leur
paroiffent plus détachés des chofes du.
monde 2 plus fideles obfervateurs de
la morale qu'ils prêchent, Il ne faur,.
a
, del leurs Mifionnaires.
de leurs querelles de
cabales,
toujcurs occafionnées 2
leurs haines 2
cupidiré &
par l'orgueil, la
T'amour-propre P Ceux, 2
pour qui ces Sauvages ont le plus de.
vénération, font les Capucins : ils leur
paroiffent plus détachés des chofes du.
monde 2 plus fideles obfervateurs de
la morale qu'ils prêchent, Il ne faur,.
a --- Page 259 ---
SUITE DES ANTILLES.
253:
à ce peuple fupide, ni de profonds
théologiens, ni de fameux orateurs 9
ni de fubtils philofophes 9 mais des
hommes-fimples, patiens, 2 laborieux,.
de bonne foi; & encore avec tout cela,
iln'en eft pas plus docile à leursinftructions. L'attachement de ces Indiens pour:
un genre de vie facile, &c leur obf- peu
de pénétration, offrent d'autres
tacles
les convaincre de nos.
> pour
faire
à
vérités. Comment
comprendre d'un.
des gens groffiers 2 Pexiftence,
Dieu? Les principes métaphyfiques. S. la
qui nous forcent de convenir que du
conftrudion de l'univers & celle
corps humain ne font point Peffet du
hafard, paffent les bornes de leur intelligence. Comme ils ne réféchiffent
point, le ipeétacle de la nature, lorganifation des êtres créés, neleur caufent
aucune admiration; & des ouvrages
qu'on admire peu, 2 n'infpirent aucun Deintérêt de connoître leur Auteur.
mandez-leur de quiils riennentlejour:
ils vous diront que c'eft de leur pere,
celui-ci de fon grand-pere; peut-être
n'iront-ils pas jufqu'au trifaieul. A plus
forte raifon,. ne leur ferez- vous pas
entendre, qu'il faut remonter à une --- Page 260 ---
254: SUITE DES ANTILLES:
caufe qui n'a point eu. de commence- créés
êtres
ment 2 & àlaquelle tousles
doivent leur origine..
des CaraibesLa langue naturelle
la:
eft un idiome particulier : : qui a de
douceur s: fans- prononciation guttu- des
rale, comme celui de la plupart
autres fauvages. Mais quand ils parlent
aux étrangers, ils fe font un jargon ils 2
mêlé de mots européens S, auquel confdonnent des inverfions, & une forte:
trustion très-informe. Is ont une
d'averfion pour la langue angloife..
Soit que fon fifflement leur bleffeloreille, foit que leur haine contre une:
s'étende juf-.
nation qu'ils déteftent,,
-
qu'à leur langage 2 on les voit fouf Anfrir lorfqu'ils entendent parler ils.
glois. Dans leur propre idiome,
ont des dialeêtes qui ne ferefiemablent même'des
point. Les deux fexes ont
exprefions diférentes, pour figrifer
les mêmes objets; &c les vieillards en:
ont auffi, qui ne font point ufitées
ils ont une
Rer
les jeunes gens, Enfin, les Confeils, à lague particuliere pour
quelie les. femmes ne comprennent il
zien; & de tous ces idiomes.,
n'y
en a auçun 2 qu'ils
veuillentapprendre-
erefiemablent même'des
point. Les deux fexes ont
exprefions diférentes, pour figrifer
les mêmes objets; &c les vieillards en:
ont auffi, qui ne font point ufitées
ils ont une
Rer
les jeunes gens, Enfin, les Confeils, à lague particuliere pour
quelie les. femmes ne comprennent il
zien; & de tous ces idiomes.,
n'y
en a auçun 2 qu'ils
veuillentapprendre- --- Page 261 ---
SUITE DES: ANTILLES,
aux étrangers : ils en font plus jaloux. K,.
Avant:
que de leurs propres pofefions.
Parrivée des Elpagnols, 9 ils n'avoient
point de termes pour exprimer l'oppreflion & la tyrannie ; ces deux mots. ils.
leur font devenus familiers ; mais
encore celui de
ne connoiffent point
bienfaiteur. Suivant leurs nfages, ile eft néceffaire
que tous les parens d'un Caraibe nouvellement décédé 2 voient le défunt,
pour s'affurer que fa.mort eft naturelle. de
Siun feuly manque, le témoignage le
tous les.autres ne fuffiroit pas pour
perfuader : jugeant au contraire, qu'ils
auroient tous contribué à le faire mourir, il fe croiroit obligé d'en tuer quelqu'un pourle venger. En conféquence 2
ils s'aflemblent tous, pour affifter aux.
obfeques. La foffe oulon met le mort,
a la forme d'un puits d'environ quatrepieds de diametre 9- & de. fix ou fept:
de profondeur. Le corps y eft accroupi
fur fes jarrets ; fes - a coudes portent fur
fes genoux; & les paumes de fes mains.
foutiennent fes joues. Il eft peint de
avec des, mouftaches; & fes
cheveux rouge 2 font liés derriere la tête. Son:
fes.fleches, fa maffue & fon couarc., --- Page 262 ---
SUITE DES ANTILLES:
teau font à côté de lui. Iln'a de la terre
quejufqu'aux genoux,
tant quil en faut pour c'eft-à-dire, fe foutenir aucette
dans
aux bords pofture de la ; car il ne touche point
aux yeux de tout foffe, le Ileft ainfi expofé
chacun puiffe l'examiner. monde, afin que
prouvé que fa mort eft Quand ileft
que tous les parens font naturelle, &c
couvre de terrele
arrivés, on
tans fe retirent. cadavre; & les affifdiffere Le gouvernement de ces Infulaires
peu de celui des autres
ges. Ils ont des capitaines
fauvapour l'ordinaire
qui font,
nombreufes
9 les chefs des
rité n'eft familles, & dont TRes
guerre. Le reconnue mérite
que pendant la:
auffi très-fouvent militaire les éleve
chaque
à cette dignité. A.
ou
ennemique tue un
qu'il met hors de
combattant,
faire, parle
défenfe, il fait.
à fa maffue qu'ils Commandant, une entaille
& quand il arrive nommerit Boukton ;
guerre, où ileft
une nouvelle
Général, c'eft queftion de choifirun,
prefque
qui a le plus d'entailles, toujours celuir
Boukton eft un
qui eft élu. Le:
& long de
morceau de bois dur:
vingt- fix pouces 2: d'une:
met hors de
combattant,
faire, parle
défenfe, il fait.
à fa maffue qu'ils Commandant, une entaille
& quand il arrive nommerit Boukton ;
guerre, où ileft
une nouvelle
Général, c'eft queftion de choifirun,
prefque
qui a le plus d'entailles, toujours celuir
Boukton eft un
qui eft élu. Le:
& long de
morceau de bois dur:
vingt- fix pouces 2: d'une: --- Page 263 ---
SUITE DES ANTILLES.
257 de
inégale, & percé à une
groffeur
paffer un corfes extrêmités, 7 pour y
don qui le tient au poignet.
d'auAu retour d'une expédition, 7 Panfinie 2 que
tant plus promptement plus. vive & plus
tipathie la rendoit
à fa nation
cruelle, le Chef expofoit l'avoient fuila conduite de ceux qui s'étoient le
vi. Les jeunes gens qui
époupour
plus ditungueschoitisjeny étoient le plus à
fes les jeunes filles qui
de belles
leur gré. S'ils faifoient encore
actions, ils étoient encore récompenfés de la même maniere; de forte qu'un fes
héros Caraibe, 2 pouvoit compter comme les.
triomphes par les femmes,
leurs titres,
nôtres par leurspenfions,
leurs cordons. étoient dans T'ufage de
Ces Indiens
mais ce n'émanger leurs prifonniers;
toit que dans le premier emportement même
du triomphe, 7 & fur le champ humade la viétoire. Ils traitoient avec
qui
nité, non-feulement les étrangers
venoient les vifiter, mais les captifs
fans réfiftance,
même qu'ils fur-tout prenoient beaucoup de com-
& avoient les femmes 8 les enfans.
paffion etia leurs deftinées par leur con
Ajuger --- Page 264 ---
SUITE DES ANTILLES:
duite, & par la tradirion obfcure de
des quis'eft paffé chez eux, avant l'arrivée ce
point, Européens, 3 leur hiftoire n'offre
comme les nôtres, de ces guerres
longues & fanglantes, de ces cataftrophes funeftes, de ces révolutions
nérales, f
géLes infilélités, fouventrépérées les
parmi nous.
jures, les
trahifons, les parles nations afafinars, fi communs chez
civilifées, leur font
les que inconnus. La morale, les loix preféchaffands, les fupplices font
inutiles à des hommes
donc
que la nature, & à qui nos qui crimes ne fiivent
horreur. Ils n'ont commencé à font
noître le vol, qu'à Parrivée des Euro- conpéens. Quandilleur manquoit
chofe 9 ils difoient que les. Chrétiens. quelque
étoient venus chez eux,
On ne trouve prefque plus
d'hui, dans ces ifles,
les aujourIa nation Caraibe, belle
débris de
détruite
qu'elle ait été
que ele plus par nos guerres avec elle, foit
voifinage des grand nombre, 2 dégoûté du
dans le continent-de Européens,fe foit retiré:
FAmérique.
ques-uns, > dit on, vivent encore Quel- difperfés à la Guadeloupe ; mais ce n'eft:
qu'à la Dominique &a Saint-Vincents
que plus
d'hui, dans ces ifles,
les aujourIa nation Caraibe, belle
débris de
détruite
qu'elle ait été
que ele plus par nos guerres avec elle, foit
voifinage des grand nombre, 2 dégoûté du
dans le continent-de Européens,fe foit retiré:
FAmérique.
ques-uns, > dit on, vivent encore Quel- difperfés à la Guadeloupe ; mais ce n'eft:
qu'à la Dominique &a Saint-Vincents --- Page 265 ---
SUITE DES ANTILLES: 282
qu'ils font aflez nombreux, pour
mer encore un peuple. deux ifles, à las <
La premiere de ces moins de treize
quelle on ne donne fur pas neuf dans fa plus.
lieues de long,.
centre s de
grande largeur, a, pour
hautes montagnes, qui paffent
les
eonE
inacceffibles. On y voit
plus croît de
arbres de Yunivers; & il en
vient
toutes les efpeces. Le manioc y, les
ainfi
le mais,
facilement, 2
que Les habitans teadlas
tates & le côton. liberté autour des caleurs volailles en
8 couvent
banes, ou elles pondent amenent leurs.
fans autres foins 9 & chercher à vivre..
-pouffins au logis arrofé pour de
de riLe pays eft
quantité & levieres : les eaux y font bonnes,
excellent. On affure que, 5 près.
poiffon
montagne de Tifle,
de la Soufriere,
qu'elle donne
ainfi nommée, parce
a une mine
beaucoup de foufre, ily
d'or, dont les Caraibes ne permettent
point l'approche. C'eft appareimment
en éloigner les étrangers, qu'ils.
pour
récit d'un monftre affont l'effrayant veille fans ceffeà la garde de:
freux, qui
ce tréfor.
ces Sauvages d'e.
La crainte qu'ont --- Page 266 ---
SUITE DES ANTILLES.
tre furpris des
pofter, fur leurs Européens, 2 leur a fair
côtes, de petits corps
degardess pour découvrir les
faire qui en approchent. Hs fe hâtent barques de les
& s'ils reconnoître les croient par quelques canots ;
femblent
ennemies, ils s'afauffi-rôt, pour défendre leurs
pofeflions; mais c'eft rarement à force
ouverte ; ils dreffent des embufcades .
d'ohils s'élancent avec
fant
fureur, en faipleuvoir une grêle de fleches:
fuite ils emploient leurs
entrouvent de la réfiftance maffues;8cs'ils
la fuite, &
2 ils prennent
Ils
fe retirent dans les
ne fe rallient qu'après avoir doublé bois.
leur hafard. nombre, pour ne rien donner au"
nation Ilya, parmi ces peuples, une autre
qui a adopré leurs ulages, vit
confondue avec eux, & leur eft
dant très-étrangere. Ce font certains cepenNegres 9. dont
cente, n'eft Torigine 2 quoique répas mieux
celle dés gens auxquels ils connue, fe font
ciés. Les
.a0e
de
uns difent qu'un navire
Noirs pour PAmérique, échoua chargé
les. côtes. de Saintfur
ceux qui purent fe Vincent, fauver, furent & que
cueillis par les Caraibes, D'autres acpré-
eft
dant très-étrangere. Ce font certains cepenNegres 9. dont
cente, n'eft Torigine 2 quoique répas mieux
celle dés gens auxquels ils connue, fe font
ciés. Les
.a0e
de
uns difent qu'un navire
Noirs pour PAmérique, échoua chargé
les. côtes. de Saintfur
ceux qui purent fe Vincent, fauver, furent & que
cueillis par les Caraibes, D'autres acpré- --- Page 267 ---
SUITE DES ANTILLES.
tendent que ce font des Negres 26r
pés de nos ifles, ou enlevés
échapgnols, dans les premieres aux Efpaces mêmes Caraibes
guerres de
Quoi
avecles Caftillans,
duits à qu'il Saint. en foit, ces Noirs intromoeurs & les coutumes Vincent, de prirent les
Ils applatirent,
leurs hôtes.
leurs
comme eux, la tête de
enfans, en la
deux planches; & cette comprimant difformité, entreempêche quel les
, qui
fondent avec les Européens ne les concolonies, eft le autres Negres de nos
Ils font hauts de figne de leur liberté,
taille, bien faits,
robuftes, & d'une phyfionomie forts,
rién de barbare. Ils ont les qui in'a
comme de la laine, les
cheveux
dus, le nez long, la bouche yeux bien fenles levres épaifles, & les dents grande,
extrême blancheur, On les
d'une
Caraibes noirs ; & ils font fans appelle ceffeen les
méfintelligence avec ceux qui les ont
adoptés. Devenus plus puiflans
la
population 2 ils veulent dominer par
les naturels du pays. Ceux
fur
més parle nombre,
ci, oppriobligés
2 font quelquefois
d'implorer le fecours dui Gouverneur de la
Martinique ; mais les
Negres ont fiur eux lavantage des ufur- --- Page 268 ---
SUITE DES ANTILLES.
Ils
pateurs, l'audace & la bravoure.
font en même rems plus induftrieux les &
plus actifs. Ce qui chagrine le plus
véritables Caraibes, ceft Penlévement
fréquent de leurs femmes & de leurs
filles, dont les Noirs fe faififfent lorfqu'ils en ont befoin, &. qu'ils ne rendent, que quand elles ne leur conviennent plus.
qui
La petite ifle de Saint-Vincent, de
peut être regardée comme le centre
cette république, n'a rien de défagréable ni de fauvage. De hautes montacouvertes de bois, laiffent pargnes, tout de petits vallons défrichés autour
des rivieres. Ony trouve beaucoup de
familles Angloifes & Françoifes, qui
préferent la vie libre de ces barbares, 2
commodités qu'on leur offre dans
aux
colonies. L'Ile peutavoir
leurs huit lieues propres de long, fur fept de large,
Elle produit P'excellent tabac de SaintVincent, un des plus eftimés de PAmérique. On n'en voit guere de pur en
France, quoiqu'on falle paffer fous fon
nom, celui
fe fabrique dans les
où qui on le dénature. Ces InPays-Bas, fulaires croient que le tabac étoit le
fruit défendu du paradis terreftre, &
aux
colonies. L'Ile peutavoir
leurs huit lieues propres de long, fur fept de large,
Elle produit P'excellent tabac de SaintVincent, un des plus eftimés de PAmérique. On n'en voit guere de pur en
France, quoiqu'on falle paffer fous fon
nom, celui
fe fabrique dans les
où qui on le dénature. Ces InPays-Bas, fulaires croient que le tabac étoit le
fruit défendu du paradis terreftre, & --- Page 269 ---
SUITE DES ANTILLES.
fes feuilles fervirent à couvrir la
que
nudité de nos premiers peres. Pordre de
Pour ne point intervertir
vous
mon.voyage.je doispréfentement
parler de la Martinique. D'Enambuc, 9
gentilhomme Normand, en prit poffefà
fion en 1638, & l'ayant peuplée
fes propres frais, en acquit la propriété. il mourut
de tems après 2
& laiffa tous fes Lfen., avec fes droits
fur cette ifle, à fon neveu du Parquet.
les François s'en font renDepuis que
été les
dus maitres, ils en ont toujours qui l'ocfeuls habitans. Les premiers
venoient de Saint-Chrifocuperent 2 comme je l'ai dit, a été
phe, qui, le berceau de toutes nos colocomme nies daus les Antilles & de nos Compagnies de Commerce.
dix-huit
On donne, àla Martinique,
de
lieues de long, & quarante-cinq
circonférence. Elle eft entre-coupée
de collines, ou, comme on
par-tout
de Mornes fort éledit en Amérique, 2
trois montagnes
vés. Mais elle n'a
versl'exremarquables: : la
REELOE
tous les catrêmité occidentale 2 volcan; porte les terres
raétetes dun ancien
lieues à la
des environs 2 à plufieurs
ronde, ne font compoféesquede pierzes --- Page 270 ---
SUITE DES ANTILLES.
Sa
ponces, & de débris pulvéri(és.
plus grande partie eft encore couverte fans
de bois; les nuages s'y arrêtent trèsceffe; ce qui rend fes environs
mal fains. On F'appelle la montagne de
Pelée : fon fommet eft une efpece
plate-forme d'une médiocre étendue.I1
eft rare de trouver'des terreins unis au
haut des montagnes de cette ifle ; leur
cime eft prefque toujours tranchante
ou pointue.
La feconde - 2 dans la partie orientale, fe nomme Vauclin, de la paroiffe
où elle 9 eft fituée. Elle eft moins haute 2
acceffible que la précédente , &
plus
toute cultivée en: café. La
prefque
moins élevée que les deux
troifieme, 2
de monticules
autres, eft un peloton de fucre. Elle
faits en forme de pains
n'eft éloignée de la premiere 2 que
d'une lieue & demie, &a pris, comme
la feconde, le nom d'une paroiffe : on
Fappelle les Pitons du Carbet. Quoique
droite & rapide, on commence auffi
à planter du café. On ne peut pas
douter y
toutes ces montagnes
n'aient elco couvertes d'eau, puifqu'on
trouve des coquillages pétrifiés jufy
qu'à leur fommet,
Les
n'eft éloignée de la premiere 2 que
d'une lieue & demie, &a pris, comme
la feconde, le nom d'une paroiffe : on
Fappelle les Pitons du Carbet. Quoique
droite & rapide, on commence auffi
à planter du café. On ne peut pas
douter y
toutes ces montagnes
n'aient elco couvertes d'eau, puifqu'on
trouve des coquillages pétrifiés jufy
qu'à leur fommet,
Les --- Page 271 ---
SUITE DES ANTILLES,
Les rivieres de la
font à proprement Martinique ne
ruifeaux,qui, dans les parler 2 que des
n'ont environ
tems ordinaires,
de profondeur que fept à huit pouces
heures
; une pluie de
en fait auffi. tôt des quelques
Le plus grand nombre découlent torrens.
la montagne Pelée, & fe
de
dans la Cabeflere: c'eft le'nom répandent
donne, dans les ifles, aux lieux les qu'on
immédiatement
plus
fés. Les eaux
expofés aux vents aligeres, les plus lesplus faines font claires, les plus léfent fur les terres
celles qui paf
la riviere du fort Saint-P ponceufes. Celle de
les étrangers, le même Pierre fait, fur
de la Seine à Paris, fur effet, que l'eau
font pas habitués.
ceux qui n'y
La ville oule bourg de
qui prend fon nom de celui du
eft
ooiPeane
fitué à l'Oueft. Une moitié eft fort,
le long de la mer, furle
bâtie
C'eft là que les vaiffeaux rivage même.
& dépofer leurs marchandifes vont meuiller
magalins. L'autre moitié
dans des
colline peu élevée,
occupe une
truit le fort qui défend fiurlaquelle la eft conf.
deux parties du bourg font rade. Ces
la riviere dont je viens de féparées Par
Tome XI,
parler. La
M --- Page 272 ---
SUITE DTS ANTILLES.
premiere eft adofféeà un côteau coupé
Fentourant de prefque tous
à pic, qui,
lair, & renvoie,
les côtés, intercepte
lui eft comfur la ville, la chaleur qui
le fomiuniquée, le long du jour, par
la
leil. Ses rayons réfléchis, tant par font
le fable. du rivage,
mer que par
qui caufent, -
encore des circonftances
dans ce féjour, 2 une ardeur infupporta- & dangeble. Elle y rend lair mal-fain
reux; 8z c'eftlà néanmoins, que logent
les marins, & prefque tous les étrangers
viennent à la Martinique. Le Gouqui
& Pintendant font,
verneur particulier ville, leur réidence ordinaidans cette
& les Jéfuites dére. Les Dominiccins
auffi des
fervent les paroiffes; on yvoit de la Charité;
religieufes & des freres
ces derniers ont foin de Phopital. le fort
e Les autres places de l'ifle Iont
le fort MaRoyal, - le fort de la Trinité 9
& celui de) laRiviere-Salée.Ler prerigot mier eft le mieux fitué; & fon port paffe
un des meilleurs du pays. La ville
pour eft le féjour du Gouverneur général, Les
8 le fiége du Confeil Stipérieur. de
fe
affemblées de cette Cour
juftice
tiennent tous les deux mois, jugent en
dernier reffort, & font compolées des
ifle Iont
le fort MaRoyal, - le fort de la Trinité 9
& celui de) laRiviere-Salée.Ler prerigot mier eft le mieux fitué; & fon port paffe
un des meilleurs du pays. La ville
pour eft le féjour du Gouverneur général, Les
8 le fiége du Confeil Stipérieur. de
fe
affemblées de cette Cour
juftice
tiennent tous les deux mois, jugent en
dernier reffort, & font compolées des --- Page 273 ---
deux SUITE DES ANTILLES,
douze Gouverneurs, de PIntendant, de
du Roi. Confellers, Le
& d'un Procureur
fide; mais c'eft Gouverneur lIntendant, généraly préabfence, le plus ancien
& dans fon
recueille les voix,
Confeiller, 2 qui
rêts. Les charges de 2 & prononce les archetent point; elles confeillers ne s'adonnées qu'au mérite ne doivent être
s'accordent
: mais la plupart
recommandations encore plus fouvent aux
le Miniftre de la &a la faveur. C'eft
diel les brevets. -
Ces marine, officiers qui en expe
de gages; leurs profits fe n'ont point
Fexemption du droit de
réduifent à
douze
capitation pour
émolumens Negres, avec quelques légers
juftice eftaccordée pour leurs vacations. La
qui-la réclament : sratuitementaceux &
comme ailleurs, les procès cependant, ici
très-grands frais. Je n'ofe exigent de
ces charges,
affurer que
cherchées quoiqu'elles ne foient rerent la nobleffe que pour Phonneur, 2 procuParlemens.
comme celle de nos
Le fort de la Trinité eft le
de la partie
cheflieu
Riviere- Salée feptentrionale; 9 celui de la
Dans prefque occupe celle du midi,
toutes ces petires places,
M 1] --- Page 274 ---
SU.TE DES ANTILLES.
Ia garnifon eft compolée de de quelques milice
compagnies Françoifes ou
Créoles. Ilya peu d'années, qu'onye endes détachemens d'un régiment
voyoit
à Rochefort. ChaSuiffe, en garnifon fon état
plus ou
que ville a
major,
moins nombreux, fuivant Fimportance
de la place,
fpirituelle de toute
L'adminiftration
Jacobins, aux
l'ifle n'eft confiée qu'aux Jéfuites. Ces derniers
Capucins & aux riches, &y font un comfont les plus
pourra
merce fi confidérable 9 la qu'il
& la
peut-être unj jour caufer On perte ici
deftruétion de leur ordre.
parle
d'un pere de la Valette, qui fe charge les
& paffe pour
de plus d'afaires,
tous les négomieux entendre, que slettres de change
cians des Antilles.Ses
fur Londres,
fur Lisbonne, fur Cadix,
fur
fur Amfterdam,
fur Hambourg, fur Nantes, fur Bordeaux,
Marfeille 9 lui donnent des relations
fur Paris 2
de l'Europe :
avec tous les banquiers de lire dans P'avemais, s'ileft permis étendant ainfi les
nir, crains commerce, qu'en
il ne refferre
talt de fon
celle de fa Société.
prodigieufement tous les. çurésde ela
Le Roientretient
.Ses
fur Londres,
fur Lisbonne, fur Cadix,
fur
fur Amfterdam,
fur Hambourg, fur Nantes, fur Bordeaux,
Marfeille 9 lui donnent des relations
fur Paris 2
de l'Europe :
avec tous les banquiers de lire dans P'avemais, s'ileft permis étendant ainfi les
nir, crains commerce, qu'en
il ne refferre
talt de fon
celle de fa Société.
prodigieufement tous les. çurésde ela
Le Roientretient --- Page 275 ---
SUITE DES ANTILLES. 472
Martinique ; & leurs
qui
fur le domaine , ne
paient
nent
prennent fucre brut. Les cures nouvelles
qu'en
chacune neuf mille lien ont, par an,
douze mille. Je
vres', & les anciennes,
varie ici,
ne parle point, du cafuel, 8 différence
comme ailleurs, fuivant
des lieux, &le nombre des paroifliens. militaire
civil &
Le gouvernement Saint-Domingue &
eft le même qu'à
; ce
dans toutes les Antilles Françoiles les mêmes
font auffi les mêmes ufages, des habitans
loix 2 les mêmes moeurs
& créoles. On - y exerce égalenegres envers les étrangers, cette tenment,
dont Thifdre & généreufe ho(pitalité, les antoire ne nous offre plus que
du
ciennes traditions des premiers âges
monde. Elle procure à la colonie ce ni
double avantage, qu'on n'y voit
mendians, ni voleurs.
On accufe les hommes de ce
d'être
ELRZ
prompts, leurs volontés: impatiens & Pon attriattachés défauts à
à laf foibleffe des parens,
bue ces
dès T'enfanà Phabitude de commander
des
& à la liberté
ce à
efclaves,
qu'infpirent les moeurs du pays..
A l'égard des femmes 2 leur coeûr
M 11] --- Page 276 ---
SUITE DES ANTILLES:
s'enflamme aifément, & s'attache fortement à celui, avec lequel elles font.
unies. Cepèndant dès que ce dernier
ceffe de
vivre, 7 fa mort décide bien vite
du-bonheur d'un autre. Il'n'eft prefque
point de veuve, 2 qui, malgré fa tendreffe pour fes enfans, & fon amour
pour fon époux, n'efface auffi-tôt,
un fecond mariage, le nom & le
venir
Voet
d'un homme dont elle paroiffoit
éperduement éprife. Tout entieres à
ce qa'elles poffedent, elles font rarementinfidelles à leurs maris; mais cette
pureré de moeurs eft moins foutenue
far leur verta, que par l'indolence de
caradtere, le défaut d'attaques,8
legoit dépravé des hommes pour les
Négrefles.
Ces mêmes femmes écoutent froide:
ment le récit qu'on leur fait, à tout
inftant, desagrémens de la France. Rien
ne peut émouvoir leur curiofité, ni
leurs defirs, pourles
alJer fixer leur
déerminerày
féjour. Attachées à leur
climat, ellesn'ont pas la force de rompre leurs habitudes. La plupart
rent de laiffer venir leurs maris feuls préfe- en
Etrope. Cefait, dont Qn a desexemples
fréquens, &c qui femblecontredire lcur
à tout
inftant, desagrémens de la France. Rien
ne peut émouvoir leur curiofité, ni
leurs defirs, pourles
alJer fixer leur
déerminerày
féjour. Attachées à leur
climat, ellesn'ont pas la force de rompre leurs habitudes. La plupart
rent de laiffer venir leurs maris feuls préfe- en
Etrope. Cefait, dont Qn a desexemples
fréquens, &c qui femblecontredire lcur --- Page 277 ---
SUITE DES ANTILLES.
attachement & leur jaloufie, fierté: a peut- elles
être fon principe dans leur que, fans
craignent la- comparaifon, pas de faire 2
doute, on ne manqueroit ont reçue, avec
de Téducation qu'eiles de Paris.
celle des femmes
a
n'afpirent
Les hommes au contraire France, &z font
quaprès le féjour de la de leur patrie.
tous dégoûrés
fi
penchant, fi nature! 2 général, naitre;
ont vu
B
pour les lieux qui nous dans prefque tous
ce fentiment n'a gravé nul attrait pour les Améles coeurs, de nos colonies ; & leur pays
ricains
le feul dans le monde, qu'ils
eftprefque veuillent fair. Ce dégoût fe conçoit
d'autant moins,que lear ifle eft toujours
favorifée d'un beau ciel, la campagne faifons
toujours ornée de verdure, 2 les peine
uniformes; & la terre,à
toujours femble offrir d'elle-même, en
cultivée,
à la
tout tems, de riches produélions
main qui les lui demande.
de malaHy a d'ailleurs, beaucoup eft
dies en Europe, dont on
exemptà ,la
la Martinique. La goute, 2 les la gravelle, pleuréfies 2
pierre, les apoplexies, & toutes celles
lest sfluxions de poitrine, 5
un long his
qv'entraine ordinairement M iv, --- Page 278 ---
SUITE DES ANTILLES.
272 font à peine connues dans cette
ver, contrée; maisily en a d'autres quifont
du climat : les unes attaquent
propres
les Blancs, d'autres
particuliérement
les Negres
les Noirs, & quelques-unes Une de celles qui ne
& les Créoles.
fe nomfont
communes qu'aux Blanes,
me la Maladie Matelotte 2 parce nombre qu'elle
enleve, tous les ans, un grand fe faire à
de matelots, qui ne peuvent auffi Mal de
Pair du pays. On Pappelle
fut ap:
Siam, d'ou lon prétend qu'elle
des Indes, qui
portée
un vaiffeau
Elle confifte
PERSLFS à la Martinique.
ardente,
dans une fievre opiniâtre & des hédont l'efpece eft marquée par
le
morragies qui font fortir le fang par
nez, par les yeux & quelquefois par &
tous les pores. Le fang tranquille
doux, que les Europeens apportent le
dans ce climat brilant,, lait fur éprouve le feu : it
même effet, que le & rien ne peut
bout dans Finftant ;
Quand on
l'empêcher de s'extravafer: lair de
s'embarque
aller refpirer à
la zone TerItere 2 ne feroit-il pas accou- propos, que ceux quin'y font & pas dans
tumés, fe fifent faigner purger à fencommencent:
la route, loriqu'ils
, que les Europeens apportent le
dans ce climat brilant,, lait fur éprouve le feu : it
même effet, que le & rien ne peut
bout dans Finftant ;
Quand on
l'empêcher de s'extravafer: lair de
s'embarque
aller refpirer à
la zone TerItere 2 ne feroit-il pas accou- propos, que ceux quin'y font & pas dans
tumés, fe fifent faigner purger à fencommencent:
la route, loriqu'ils --- Page 279 ---
SUITE DES ANTILLES,
tir, dans l'air, une température 273
chaude, & gu'ils renouvellaffent pius les
méunespeceautionsens arrivant
Ce feroit, A je crois,
aux Mles?
fe garantir de cette Punique moyen de
ne feroit il pas toujours maladie; fuffifant, encore
la Malgré l'exceflive chaleur du climat,
population a toujours été
breufe à la Martinique; & il en très-nom- eft
des effains qui iont fervi à
forti
tres colonies. Il eft affez peupler ordinaire d'auvoir dix à douze enfans dans
de
fon: ile eft même étonnant
une maimes, qui font meres de meilleure que les femqu'en France,
heure
tard de T'être. 2 On ceflentquelquefois plus
des
raconte, , à ce fujet,
une faitsincroyables: Indienne
: on a vu, dit-on,
- fa fille qui n'en 2 âgée avoit de cent ans, avec
A
que cinq.
l'exception du café, qu'on vante
beaucoupici depuis quelque
toire naturelle du pays n'offre tems,lhif
rien, qui differe de celle des autres prefque Antilles.C'eftdans le quartierapelidies.da
fsd'Arlet, qu'il vient le mieux,
c'eft au Macouba
comme
le plus recherché 2 de que croît le tabac
naturellement
P'Amérique. Il a
unelégere odeur de rofe,
quelquefois celle de violette
2 & eft
M v. --- Page 280 ---
SUITE DES ANTIELFS.
fousle nom du canconnu en:Europe,
ton oût on le cueille.
fait
Les grand débit du café a prefque
renoncer à toute autre produaion. La
plupart des habitans ont abandonnéle
coton, le cacao ; plufieurs même ont
arraché les cannesà tucre pour y planter cet arbufte 2 quia été, dit-on., ap. Je
porté de France à la Martinique.
tiens cette anecdote d'un homme, qui
a fait d'excellentes remarques fur ies.
produétions de cette Mle. (4 Il fut un
oùr l'on n'ofoit
>> tems 2. m'atil dit, le:café de nos CO-
> efpérer de cultiver
9> lonies. Parce que les graines que nous.
9 recevions, ne pouvoient pas germer,
les Hollandois, qui
>> on imaginoit que
aui
5 nous les envoyoient, les paffoient Ils.
> four, pour en détruire le germe.
avoient des
à Suri-.
>> en
plantations leur bon-
>> nam 3 & nous admirions
Le
>> heur, fans fonger 1 à le partager.
9> jardin du Roi nous a procurécetavan- richeffes
59 tage, devenu une fource de
le
le com5) pour
royaume. Américains L'état, en ont l'o9> merce & les
de
9> bligation à un M. Déclieux , qui
9> on raconte le trait fuivant. La provi-
% fion d'eau devint f rare dans le vaif-
nam 3 & nous admirions
Le
>> heur, fans fonger 1 à le partager.
9> jardin du Roi nous a procurécetavan- richeffes
59 tage, devenu une fource de
le
le com5) pour
royaume. Américains L'état, en ont l'o9> merce & les
de
9> bligation à un M. Déclieux , qui
9> on raconte le trait fuivant. La provi-
% fion d'eau devint f rare dans le vaif- --- Page 281 ---
SUITE DES ANTILLES:
sy feau qui le portoit en Amérique, à cha-
>> qu'ellé n'étoit plus diftribuée
>> cun que par mefure. Cependant, dont pour il
>> conferver le précieux dépôt
>>
étoitchargé, il partagea, aveclesplan- la
> tes de café qu'il avoit avec lui, 2
lui donnoit
fa
9 portion qu'on
ainfi pour dans
> boiffon 9 & les entretint
s leur fraicheur - 2 jufqu'à la Martini-
> que, oût elles fruétifierent merveile
> leufement>.
Je fuis, &c.
A Surinam, ce '3 novembre 1750
Mvji --- Page 282 ---
SUITE DES ANTILLES,
LETTRE. CXXXIL
SUITEDES ANTILLES,
LA
petite ifle de
Sainte- Alouzie, eft, Sainte-Lucie, Ot
d'un différend qui exifte, Madame, le fujet
tems, entre les François & depuis les longCeux-ci ont fait plufieurs
Anglois,
pour s'en rendre maitres, & tentatives, ont
defir pour un droit légitime fur cette pris, le
qu'ils avoient de la
ille,
ont expofé plufieurs fois leurs pofféder. Ils
tions; mais la décifion de
prétena toujours été remife ; & cette affaire
la derniere
enfin, depuis
bien voulu confentir paix, en 1748, le roi a
Commiffaires,
à nommer des
droits relpedtifs non des deux pour examiner les
car on n'en fuppofe aucun Couronnes, à
s
terre, la
mais. pour mettre en évidence PAnglelégitimité de ceux des François.
découverte Depuis que les Efpagnols Ont fait la
de Saintetrouve pas qu'aucune nation Lucie, 2 on ne
ropeyait; ait établi des
de l'Eucolonies,jufqu'a --- Page 283 ---
P'année SUITE DES ANTILL S.
277.
rent
1639,
les Anglois en
poffeffion. WE eft vrai
en tems, 2
que,
Es
doient quelques Européens y abor-
; mais les courfes
:
ou même les
paflageres S,
débarquemens de divers
roient particuliers être qui ont difparu 2 ne faubliffemens. regardés comme des étades
C'étoient, pour la
gens fans aveu, qui vivoient plupart,
me les fauvages de
fans comforme de
Tlle, 2
nulle
connoitre ni gouvernement, la Grande
& fans reFrance, ni
Bretagne, ni la
Ileft vrai aucune autre domination.
feizieme fiecle encore que, vers la fin du
d'Angleterre, 2 trois vaiffeaux, partis
firent voile vers les Antilles, & vinrent fe rafraichir à SainteLucie; mais cet armement n'avoit
objet, que la courfe contre les pour
gnols, & le pillage de leurs colonies. Elpavaiffeau Dix ou douze ans après , un autre
étoit
Anglois s dont la deftination
laiffer pour la Guiane, 2 fut obligé de:
une partie de fon
cette même ifle, n'ayant équipage dans
vivres pour retourner
pas affez de -
tout fon
en Europe avec
monde.Soixante-fepr hommes
y delcendirent, & y trouverent des
fauvages qui parloient françois & efpa;
gnols, & le pillage de leurs colonies. Elpavaiffeau Dix ou douze ans après , un autre
étoit
Anglois s dont la deftination
laiffer pour la Guiane, 2 fut obligé de:
une partie de fon
cette même ifle, n'ayant équipage dans
vivres pour retourner
pas affez de -
tout fon
en Europe avec
monde.Soixante-fepr hommes
y delcendirent, & y trouverent des
fauvages qui parloient françois & efpa; --- Page 284 ---
SUITE DES ANTILLES. Pangnol, mais aucun qui entendit
glois. Ils n'y refterent que quelques ils.
jours : & dans ce court intervalle.,. fe faufurent réduits à dix-neuf, qui
verent pendant la nuit, 9 les quarante les Cahuit autres ayant été tués par
raibes.
d'arSi des aventures particulieres
mateurs ou de commerçans pouvoient d'établiffeêtre prifes pour des titres
ment, chacune des Antilles appartiendroit en même tems 2 à toutes les na- les
tions de VEurope, puifque toutes foit
fréquentées,
ont continuellément
la traite. De
pour la courfe ou pour hommes, qui
plus, fi les foixante-fept
defcendirent à Sainte-Lucie, ne purent
fe faire entendre des habitans, que par les
le moyen de la langue françoife, 2
François l'avoient donc fréquentée
avant les fujets de fa Majefté Britannique, & auroient par conféquent plus
de droit qu'eux, de s'en regarder comme les premiers poffefleurs.
l'an
Depuis cette époque, aitété 9. jufqu'à fait au1639, on ne lit pas qu'il
ifle. On
cune tentative fur cette perite
les
s'y :
étant
fait feulemenrque Anglois,
établis cette même année 2. ne purent --- Page 285 ---
SUITE DES ANTILLES.
s'y foutenir contrelestauvages naturels la
du pays. Ces Indiens attaquerent entiénouvelle colonie, & la ruinerent mois..
rement, après un féjour de huit
Cette irruption jetta une telle frayeur
dans l'ame des Anglois 3 2 qu'ils ne fongerent plus à y revenir.
fans qu'auDix années fe pafferent,
fonder
cune autre nation entrepiit d'y neveut:
des établifiemens. Du Parquer,
de d'Enambuc 2 2 8 lieutenant général de la.
pour le Roi au gouvernement abandonMartinique, voyant le pays
né, le conquit par la force des armes,.
non fur les fujets de la Grande-Freta- mais fur
qui y avoient renoncé, étoent feuls pofRe Caraibes, qui en
faifeffeurs, & qui journellement nous en s'en:
foient la guerre. Les François, fonderent fur ce
rendant maîtres, fe
terre,.
principe de droit public, 4 qu'une
découverte &
>
poflédéerpar
quoique
fi elle a été aban-
> quelque nation,
devient au rang.
>> donnée par la fuite, 8 comme telle, 9
>> des terres vacantes; de celui qui vient
>) elle eft le partage L'abandomnement eft pré9> l'occuper.
l'ancien poffeffeur ? fe
> fumé, lorfque forçé de
le pays, ne
9 trouvant
quitter
de droit public, 4 qu'une
découverte &
>
poflédéerpar
quoique
fi elle a été aban-
> quelque nation,
devient au rang.
>> donnée par la fuite, 8 comme telle, 9
>> des terres vacantes; de celui qui vient
>) elle eft le partage L'abandomnement eft pré9> l'occuper.
l'ancien poffeffeur ? fe
> fumé, lorfque forçé de
le pays, ne
9 trouvant
quitter --- Page 286 ---
SUITE DES ANTILLES,
>> fait aucune tentative
>> & qu'il ne réclame pour y rentrer, 2
>> tiers, qui préfitmant point mieux contre de un
>> même, s'en empare
lui-
>> s'y maintient >, Voilà publiquement, &
cas oùt fe trouvént les précifément le
François,
Cependant les Caraibes ne ceffoient
de traverfer les colonies Européennes,
qui venoient s'établir dans leurs ifles.
On fentit combien il étoitimportant de
fe réunir contre ces ennemis communs
& ce fut le fujet d'un traité entre la ;
France & PAngleterre 2 dans
il
fut covenu qu'on
de lequel
contre ces
agiroit
concert
&
fi fauvages, en cas deguerre; ;
Ibient que au contraire, ces peuples vouà
vivre en paix, on leur laifferoit
eux feuls, Saint-Vincent & la Dominique. Les Caraïbes fentant bien
ne feroient pas les plus forts, accéde- qu'ils
rent au traité, par lequel ils reconnurent les droits des deux nations Européennes, fur les ifles qu'elles poffé.
doient en Amérique, Elles fe garantiffoient auffi mutuellement la jouiffance
tranquille des pays qu'elles
or nous étions alors maîtres occupoient: de Sainte.
Lucie; & l'on ne fit aucune
à cet égard.
exception --- Page 287 ---
SUITE DES ANTILLES.
Malgré un aée fi authentique, 7 Jes
'Anglois ont formé en différens Me.En tems 2
diverfes entreprifes contre cette
1664, ilsy firent une defcente, & nous
obligerent d'en fortir ; mais ils ne
tarderent pas à être moleftés par les de
fauvages, & eurent d'ailleurs difette tant à efmaladies, & une fi grande
une feTabandonnerent
fuyer , qu'ils
rentrâmes imméconde fois. Nous & il s'écoula un efdiatement après;
pace deplus de vingt ans, fans que perfonne entreprit de nous inquiéter. de la BarEn 1686, le Gouverneur
bade fit, de nouveau, attaquer la chaffa colonie; on pilla les habitans; on leurs en maiune partie ; on mit le feu à les hoftilifons; &l'on commit autorife. toutes On étoit
tés quelaguerre feule
cependant en pleine paix, & précifément dans le tems que P'Angleterre renouvelloit à Louis XIV, par un traité à
folemnel, les affurances de ne caufer,
fes fujets, aucun dommage en AmériCe prince en fit porter des plaintes
que. à la Cour de Londres : on nomma des
Commiffaires de part & d'autre, pour
terminer le différend : en attendant, ,les
François rentrerent dans leur ancien
tés quelaguerre feule
cependant en pleine paix, & précifément dans le tems que P'Angleterre renouvelloit à Louis XIV, par un traité à
folemnel, les affurances de ne caufer,
fes fujets, aucun dommage en AmériCe prince en fit porter des plaintes
que. à la Cour de Londres : on nomma des
Commiffaires de part & d'autre, pour
terminer le différend : en attendant, ,les
François rentrerent dans leur ancien --- Page 288 ---
SUITE DES ANTILLES.
Domaine, qu'ils n'avoient pas même
emi@rementabandonné.
Les divifions intérieures, qui furvinrent en Angleterre s & la guerre qui
embrafa une grande partie de TEurope,
interrompirent lar négociation, mais ne
troublerent point la paix de Sainte Lucie; car quoiqu'il n'y ait pas eu de décifion, cette ifle a toujours continué
d'être habitée par des François, fans
que les Anglois fiffent aucun mouye.
ment pour s'en rendre maitres.
- En 1722 2 on vit leurs prétentions
fe ranimer: ils publierent une proclamation qui enjoignoit à tous. les habitans. 2 ou de fe foumettre au gouvernement Britannique, ou de fe retirer
promptement. Vous jugez bien &ue
cette invafion ne pouvoit point
tolérée par la Cour de France; aufile
chevalier de Feuquiere, 2 Gouverneurgénéral de nos Ifles,eut ordre de fommer les fujets du Roi d'Angleterre de
fortir dans la quinzaine, 2 & s'ils ne le
faifoient pas, de les contraindre par
la force des armes. 7 n'obéirent qu'à,
la derniere extrêmité; & fur de nouveaux différens furvenus entre les deux
on
le parti de faire
Couronnes, 2
prit --- Page 289 ---
SUITE DES ANTILLES.
Sainte Lucie par les deux naévacuer
une décifion défitions, en attendant
nitive.
refterent dans cet état ;
Les chofes
Sa Majufqu'à la guerre de 1741, que
s'en
jeftéy fit pafler une garnifon, pour foutenir
conferver la poffefion, 7 & y A la fin
de fes fujets.
les établiffemens roi
en a,
de la guerre, le
d'Angleterre l'évacuation.
de nouveau, demandé en déclarant
Louis XV y a confenti, n'entendoit porter
néanmoins 2 qu'il à fon droit; & qu'en
aucun préjudice
il n'avoit
nommant des Commiffaires, faire cond'autre objet, que de mieux
&
noitre la droiture de fesintentions, 2
Punion enle defr fincere d'entretenir
tre les deux puiflances.
qui
Il réfulte de ce détail hiftorique,
a pu vous paroitre un peu long,
appartient
IEBLSE
Lainte-Lucie
ment à la France; & cette légitimité fur
vous voyez,
eft fondée, 2 comme
entre le modix années d'intervalle, fe font retirés,
ment oùt les Anglois
fommes éta-
& celui oùt nous nous y de flence du
blis; fur vingt-trois ans fur un traité de
côté de T'Angleterre e;
auquel
paix conclu avec les Caraibes,
pu vous paroitre un peu long,
appartient
IEBLSE
Lainte-Lucie
ment à la France; & cette légitimité fur
vous voyez,
eft fondée, 2 comme
entre le modix années d'intervalle, fe font retirés,
ment oùt les Anglois
fommes éta-
& celui oùt nous nous y de flence du
blis; fur vingt-trois ans fur un traité de
côté de T'Angleterre e;
auquel
paix conclu avec les Caraibes, --- Page 290 ---
SUITE DES ANTILLES.
elle a accédé & dans lequel elle n'a
point réclamé contre notre établiffe-
*ment ; fur un fecond abandon de fa
part & une jouidance pailible de la
nôtre, pendant l'efpace de
autres années. Si tout cela ne fuffit vingt
comment juftifiera-t-on la plupart pas des 9
poffeffions adtuelles de P'Amérique ?
L'hiftoire des Antillesfourmille d'exemples d'ifles abandonnées
tion, & occupées
par une nalégitimement
une autre, Antigoa & Mont-Serratla- par
voient étéparles François,avant que les
Anglois s'y établiffent. L'ifle de SaintEuftache n'a appartenu aux Hollandois,
& que elle par l'abandon que nous en fimes;
eft, par rapport à la Hollande 9
dans le même
à légard de la cas, France. que On Sainte-Lucie,
à cet exemple celui de Sainte- peut Croix, joindre
que nous occupons après les
les Hollandois & les Anglois. Elpagnols, Enfin, le
rétabliffement même de ces derniers
dans l'ifle de Saint-Chriflophe, eft une
nouvelle preuve du droit de
ce que les autres abandonnent, pofféder Sileurs
prétentions fur Sainte Lucie avoient
lieu, elles bouleverferoient tous les
principes de propriété,
2 détruiroient --- Page 291 ---
SUITE DIS ANTILLES,
toutes les notions du droit des 285
aftaqueroient les fondemens de gens ,
les poffeffions des puiflances toutes
Européeanes, 2 & fur-tout des poffeffions
Angloifes dans P'Amérique.
rifée lin'eft de la pas étonnant qu'une ifle favocaufé tant de nature comme celle-ci, aic
& fain,
jaloufie. L'air y eft
geur, & parce fes qu'ayant peu de EI
aflez élevées montagnes n'étant pas
d'eft,
pour arrêter les vents
la chaleur quiy foufilent continuellement,
five. Onl luidonne n'y eft prefque jamais exceffept à huit lieues de
eirconférence. longueur > fur vingt ou vingt-deux de
en divers
Quioique montagneufe
tie eft une endroits, fort bonne fa plus grande parplufieurs rivieres & d'autres terre, arrofée de
y voit de très-grands arbres, eaux. la On
part d'un bois propre aux
plubaies & fes ports font yantés édifices,Ses le
mouillage des vaiffeaux. Ce pour
nomme le petit Carénage
qu'on
le plus commode de toutes ? les pafe pour
& tire fon nom de la facilité Antilles, les
bâtimens trouvent à s'y caréner. que Les
Anglois
avoient conftruit un
que M. % Feuquiere les
fort,
bandonner,
obligea d'a-
eaux. la On
part d'un bois propre aux
plubaies & fes ports font yantés édifices,Ses le
mouillage des vaiffeaux. Ce pour
nomme le petit Carénage
qu'on
le plus commode de toutes ? les pafe pour
& tire fon nom de la facilité Antilles, les
bâtimens trouvent à s'y caréner. que Les
Anglois
avoient conftruit un
que M. % Feuquiere les
fort,
bandonner,
obligea d'a- --- Page 292 ---
SUITE DES ANTILLES.
La Barbade eft fituée à Porient de
Sainte-Lucie, dont elle n'eft éloignée
de vingt-cinq lieues. Les Portuque Phabiterent les premiers, fa fituagais tionleur offrant un lieu de rafraichiffement commode, 9 dans leurs voyages
au Bréfil. Les Anglois la leur enleverent 3 & le comte de Carlifle en obtint
la propriété fousJacques I: Ilen vendit
les terres à tous ceux qu'il trouva difpofés à s'y tranfporter; & P'agrément
du pays y attira tant de monde, qu'on
n'a point d'exemple d'une colonie, 5
dont la formation ait jamais été fi
C'eft, après la Jamaique 2 la
prompte. puiffante de toutes celles que
plus
poffede dans les Antilles.
l'Angleterre
d'aLes habitans ne s'appliquerent du
bord, qu'à àla culture du gingembre, Les
coton, de l'indigo & du tabac.
cannes à fucre leur furent long, tems
inconnues; mais quelques.colons du ayant Bretrouvé moyen d'en faire venir
fil, elles multiplierent heureufement; ni
Cependant, comme ils ne favoient,
le tems de leur maturité, ni la maniere
de les travailler, ils effayerent inutilede
du fucre ; à peine
ment
fabriquer
caflopurent-ils faire de la mauvaife --- Page 293 ---
SUITE DES ANTILLES.
nade. Ce ne fut qu'après plufieurs tentatives, & différens voyages entrepris
par des particuliers, 2 pour s'inftruire
dans cette manufaéture, 2 qu'ils
rent à
leurs
SEenomter
Cette perfectionner connoiffance fit profpérer en:
la colonie,
core plus promptement
qui
Des familles nobles d'Angleterre,
avoient été ruinées pendant les troubles des guerres civiles, attirées par
l'efpérance de s'enrichir, 2 quitterent
leur pays pour s'établir à la Barbade.
Ilsy trouverent tant de facilité, qu'un
nommé Drax, follicité par fes parens
de retournerà Londres, promit de les
farisfaire, lorfqu'il auroit acquis dix
mille livres ferling de revenu, & tint
parole fur ces deux points. attirerent tant
De pareils exemples d'années après, on
de gens, que peu dans l'ifle, il, n'y avoit
prélumoit
mille . Blancs S
pas moins t cinquante
dont plufieurs, en récompenfe de Pinduftrie qu'ils ont montrée dans la conduite de leurs travaux & de leur commerce, 2 ont mérité le titre de Chevaliers Baronnets. Ony voyoit deshabitations divifées en plufieurs grandes
parole fur ces deux points. attirerent tant
De pareils exemples d'années après, on
de gens, que peu dans l'ifle, il, n'y avoit
prélumoit
mille . Blancs S
pas moins t cinquante
dont plufieurs, en récompenfe de Pinduftrie qu'ils ont montrée dans la conduite de leurs travaux & de leur commerce, 2 ont mérité le titre de Chevaliers Baronnets. Ony voyoit deshabitations divifées en plufieurs grandes --- Page 294 ---
SUITE DES ANTILLES, bordées
rues, dont la plupart étoient
de belles maifons, & pouvoient porter
de villes. On auroit même pris
le nom
une vafte cité, tant
rifle entiere étoient pour près les uns des aules édifices & dans la maniere de bâtir,
tres ; dans les ufages, on affeétoit de
comme conformer aux modes de Londe fe
avoit des foires & des mardres. Il y
étoient remchés, dont les boutiques fatisfaire la
plies de tout ce qui les peut befoins & le
curiofité, le plaifir ,
d'admiluxe ; & rien ne caufe autant
Coration, que les progrès de années. cette
Il
lonie dans l'efpace de vingt
étaeft vrai qu'il n'en fut pas de cet
blifement, comme de ceux dont on
doit Forigine à l'indigence - 2 au chagrin habi-
& à la mifere de leurs premiers à la
former une plantation
tans : pour il falloit un fonds confidéraBarbade, alloit
pour commenble : on n'y
pas
achever de
cer fa fortune, mais pour
s'enrichir. cette Ile étoit alors fans
Comme on fe hâta d'élever quelques
défenfe, dans les lieux. oùr les côtes
redoutes
naturellement fortifiées.
n'étoient pas
Des --- Page 295 ---
SUITE DES - ANTILLES:
Environnée d'écueils dans la plus
grande partie de fa circonférence % il
eft peu d'endroits, 2 par cûi Pon puifle
aborder ; & dans ces endroits : là
y
défendues,
même, on a tiré deslignes des forts
de diftance en diftance, 2 par
garnis d'un nombre fuffiant de pieces
de Tout canon. le pays eft divifé en onze paroifles, dont plufieurs prennent le titre
de villes ou de bourgs. La capitale,
fituée au midi de PIle - 2 eft
aufi Saint
eEE
Town, qu'on appelle
chel, du nom de PArchange, auçuel
Péglife principale eft dédiée. Elle OCle fond de la baie de Carlifle;
& cupe il femble que dans le choix du terrein, on a eu moins d'égard à Ia fanté,
qu'à la commodité des habitans. Sa
difpofition, qui la rend un peu plus
baffe
le
Pexpofe à des
que
d'ou
s'éleve des vainondations, 2
TFI.
nuifibles. II eft vrai qu'à force de
peurs travailler, on eft venu à bout de deffécher les parties marécageufes 2 &
même de fermer le paffage aux eaux
de la mer. S'il refte un marais bourbeux à PEft de la ville, il vient des débordemens extraordinaires > contre
Tome XI,
N
un peu plus
baffe
le
Pexpofe à des
que
d'ou
s'éleve des vainondations, 2
TFI.
nuifibles. II eft vrai qu'à force de
peurs travailler, on eft venu à bout de deffécher les parties marécageufes 2 &
même de fermer le paffage aux eaux
de la mer. S'il refte un marais bourbeux à PEft de la ville, il vient des débordemens extraordinaires > contre
Tome XI,
N --- Page 296 ---
SUITE DES ANTILLES. trouver
lefquels on n'a pas epcore
grande
Cette
t
de défenfe.
capitale &
La
bien bâtie, bien.peuplée,
riche, maifon 2 de ville eft très-belle; &le port
eft défendu par des forts fi bien conf
truits, que la placé n'auroit rien à
craindre, s'ils étoient mieux entrete- L'é
nus, & munis aveç plus de foin; cathéglife eft de la grandeur de nos
drales ordinaires. Le- clocher en eft
majeftueux ; on ne vante pas moins
admirable, 9 & fur-tout un
un carillon orgue de fept cloches, qu'on donne
moderne, BridgeTov pour eft un la ouvrage réfidence du Gouverneur ?
le fiége du Confeil & de Paflemblée les
générale, & le centre de toutes
affaires de PHle. Les autres villes ont
toutes le nom d'un Saint, &
prefque fouvent d'un Apôtre, tels que
le Saint- plus Pierre, Saint - Jacques, SaintThomas à Poueft; Saint- André dans la
feptentrionale 3 & à l'orient
partie Saint-Jean & Saint- Philippe.
fadéCette colonie entretient pour
fenfe près de huit mille hommes,
9 de Fadminiftration politique,
A l'égard & eccléfiaftique - 2 elle eft modeçivile
de la Grandes
léc fur le gouvernement --- Page 297 ---
SUITE DES ANTILLES:
Eretagne, de même que celui des 29r
tres illes, & en particulier de la aumaique, dont vous
Japeller les détails. Le pouvez vous rapà peu près le
commerce eft aufli
pays offre de même: mais ce que ce
liqueur délicieule, particulier, c'eft cette
fous le nom d'eau de connue en Europe,
de l'écorce de citron, Barbade, extraite
avec cette écorce
On fait auffi,
fitures feches, dont 2 d'excellentes congrande quantité,
on vend une affez
A
même, il 2 s'en
l'égard du fruit
Londres
tranfporte en nature à
tous les plufieurs milliers de caiffes
eft devenu ans, à la depuis mode. que le ponche y
Le fucre raffiné dans cette ifle,
infiniment plus blanc, que celui eft
fe travaille en Angleterre :
qui
doit-on attribuer cet
peut-être
cilité
avantage à la faqu'on a ici, de le faire
au foleil. On fe fert,
blanchir
machine de trois
pour cela, d'une
haut, à plufieurs ou quatre pieds de
tiroirs, dans
on ferre le fucre. Quand le foleil lefquels
dans fà force, on tire ces tiroirs eft
la
; & à
moindreapparence de mauvais
on les referme. On n'apporte
tems,
coup de fitcre dans la Grande pas beauBreNij
antage à la faqu'on a ici, de le faire
au foleil. On fe fert,
blanchir
machine de trois
pour cela, d'une
haut, à plufieurs ou quatre pieds de
tiroirs, dans
on ferre le fucre. Quand le foleil lefquels
dans fà force, on tire ces tiroirs eft
la
; & à
moindreapparence de mauvais
on les referme. On n'apporte
tems,
coup de fitcre dans la Grande pas beauBreNij --- Page 298 ---
SUITE DES ANTILLES.
à caufe d'un droit d'entrée fore
conideralle.qwony sagne,
fait payer à cette
marchandife. Le peu qu'il en vient 2
vend pas même dans toute fa
ne s'y
du moins,il eft difficile d'en
pureté, ou
foit
altéré. Les
trouver qui ne
pas
cette
raflineurs Anglois fophiftiquent de Paris
denrée, comme les cabaretiers
Le
falfifient nos vins de Bourgogne. d'in blanc
fucre fn de la Barbade eft chofe d'ébleuâtre 2 qui a quelque d'ocil; mais
blouiffant au premier coup
il perd de fon prix à T'examen,
Les richefies que cette Iile a prodansie temsle plus
duites aux Anglois,
leur ont
floriffant de fon commerce,
valu plus que la mine d'orlap plusabion- infinité de
dante. Elle a nourri une
flottes
de grandes
,
bouches, 2 occupé
de mateformé un nombre prodigieux
& augmenté con@idérablement des ifles BriEaete ia
du fonds national
tanniques.Sous le regne de Charles 11;
la Barbade entretenoit quatre cens nawires, ce qui faifoit un embarquement
de plus de foixante mille tonneaux; alors
L'article feul du fucre montoit moitié s'en
a trente mille barriques. La
le refte
genfommoit en Angleterre : --- Page 299 ---
SUITE DES ANTILLES:
Stoit réexporté. Le prix de ces fucres des
allerà cinq millions, celui
pouvoit denrées de Fife à plus du tiers 5
autres
fommes étoient prefque
>
8z ces deux
naitttoutes payées en produélions
relles du royaume, ou en marchandifes
forties de fes manufactures.
j
fans exagération
On peut affurer, fait fubfitter, penque ce commerce a foixante mille perdant bien du tems,
&6
fonnes dans la Grande Breragne 2
autres mille à la Barbade,
cinquante
nombre de
fans compter un plus grand très-exacNegres. Par des fuppatations le bénéfice
tes, faites pour connoitre à la méque cette Colonie a procuré dans Pefpace
tropole ; il réfulte que,
de deux
de cent ans > elle a ajouté à plus la maffe des
cens quarante millions
richefles de la nation Angloife.
Cette Ile a deux agens à Londres 5
elle donne des honoraires %
auxquels
de la Cour 8 du
pour fuivre, auprès
de la colonie.
Parlement $ les affaires
de la
On leur reproche fouvent quelquefois ils fc font un
négligence; mais
fi puifant parmi les négocians
parti
der Communes, qu'ils
& la Chambre bout de forcer le miniltere
yiennent à
N ij
quarante millions
richefles de la nation Angloife.
Cette Ile a deux agens à Londres 5
elle donne des honoraires %
auxquels
de la Cour 8 du
pour fuivre, auprès
de la colonie.
Parlement $ les affaires
de la
On leur reproche fouvent quelquefois ils fc font un
négligence; mais
fi puifant parmi les négocians
parti
der Communes, qu'ils
& la Chambre bout de forcer le miniltere
yiennent à
N ij --- Page 300 ---
SUITE DES ANTILLES,
de donner, à cet établiffement, toute
l'attention effets
qu'il mérite, On en a vu des
en 1721, & dans les années fuivantes, à f'occafion du
fucre, 1
commerce du
2 qu'on laiffoit dépérir. Iis éveillerent les légiflateurs de leur nation
les inftruifiremt, & vanquirent les pré. s
jugés qui leur faifoient dédaigner ce
négoce, dans la fauffe
les terres desifles étant fuppofition, laffesde
que
re, les foins devenoient inutiles. produiCette opinion - 2. que ces terres font
ufées, eft fort ancienne : on s'en plaignoit dejà, 2 ily a plus de cent ans. Ces
plaintes étoient d'autant plus mal fondées, que les récoltes y font
d'hui plus abondantes,
aujoure
toientau
2 qu'elles ne lé-
&
commencement de ce fecle s
qu'elles pourroient l'être encore
davantage, fi les Colons avoient un
plus grand nombre de brasàe employer,
Silon vouloit fe donner la peine de
confidérer les exportations de fucre -
depuis la même époque, on trouveroit, s
dans les degrés de leur accroiffement
de fortes raifons contre le fentiment s
de ceux qui foutiennent cet épuifement prétendu. Ileft vrai que ces ex.
portations ont diminué enfuite, d'an- --- Page 301 ---
SUITE DES ANTILLES. Peffet 295
nées en années; mais c'eft moins des
de l'altération dans la fécondité du
terres 1 que du découtagement imcultivateur. Les droits exceflifs, en
fucceffivement fur le fucre;
impofés
&la Coont arrêté la confommation; trouvé le même délonie n'en a plus
clanbit. Ajoutez à cela le commerce continent
deftin; que les Anglois du avec les
entretenoient
de TAmérique la nouvelle Angleterre
Mles Françoifes:
année, 2
feule titoit de nous, chaque melafle,
plus de vingt mille barriquesde
de
pour faire, chez elle, 7 cette efpece du
rum ou de taffia, que Pon appelle défenTue-Diable. Les réglemens qui Frandent l'entrée de cette liqueur en de nos
ce, & le grand accroiflement donner à fi
plantations la faifoient
ne
grand marché, que les Anglois, leurs ifles,
s'en fournir dans
pouvant
chez nous,
au même prix,, le prenoient, fum & les melaffes,
non-feulement le fucre dont ils avoient
mais encore
befoin.
lifle de
Notre deffein, en quittant rendre en
la Barbade, étoit de nous
droiture à Surinam; ; mais une tempête 8
de relâcher à Tabaco,
nous obligea
N iv
ations la faifoient
ne
grand marché, que les Anglois, leurs ifles,
s'en fournir dans
pouvant
chez nous,
au même prix,, le prenoient, fum & les melaffes,
non-feulement le fucre dont ils avoient
mais encore
befoin.
lifle de
Notre deffein, en quittant rendre en
la Barbade, étoit de nous
droiture à Surinam; ; mais une tempête 8
de relâcher à Tabaco,
nous obligea
N iv --- Page 302 ---
SUITE DES ANTILLES.
enfuire à la Grenade, qui de toutes les
Antilles, eft la plus voifine du continent, La premiere de ces deux ifles - a
autrefois habitée, eft aujourd'hui pref
que déferte, Les François & les Anglois yont des prétentions; & elle eft
encore un fujet de dilpure entre les
deux Puiffances.
La Grenade nous appartient depuis
l'année 1650, que nous l'avons
achetée des Caraibes. Ce fut encore
du Parquet, alors propriétaire de la
Martinique, 2 qui fit cette acquifition :
& elle ne coûta qu'une certaine quantité de merceries & d'eau-de-yie. En
échange, les fauvages 2 lui céderent leurs
droits fur cette le, & ne s'y réferverent que leurs habitations. Ily envoya.
d'abord une colonie de deux cens
hommes; & le premier établiffement
fe fit dans la partie occidentale, oùt eft
le port. Ony bâtit une efpece de fortereffe, pour contenir les Caraibes, qui
ne tarderent pas à fe repentir de leur
marché. Ils n'oferent cependant pas attaquer le fort ouvertement ; mais s'é.
tant répandus dans les bois, ils tuerent
tous les François qui s'éloignoient à la
chaffe, Du Parquet fit paffer dans PIles --- Page 303 ---
SUITE DES ANTILLES.
honmés bien armés, qui
frois cens
détruifirent une partie de ces barbares, On
les autres à la fuite.
& obligerent
de ces Sauvaraconte qu'une troupe
les Franges, ayant été poufiée, par
gois, fur une roche fort efcarpée du 2
aima niieux fe précipiter du haut
de fe foumettre aux vainroc, que Ce lieu a pris ie nom de Morne
queurs.
conferve encore
des Sauteurs 2 qu'il
aujourd'hui vendit la nouvelle CCDe Parquet de Cerillac. Ce derlonie au comte
par un
nier en fit prendre poffeflion
la
officier d'un caraéere fi dur, que
plupart des habirans, 2 révoltés contre étaabandonnerent leurs
fa tyrannie,
fe retirer à la Martiblidemens. pour
unt, fe faifirent
nique. Ceux quirefteri
de fa perfonne, lui frent fon procès
dans les formes, & le condamnerent
mais comme il repréienta
au gibet;
fe contenqu'il ércit gentithoume,ils la tête De
terent de lui faire couper
feul
stouie cette Cour de jufice, un
homme favcit lire & écrire; 8 ce
fut lui que Pon chargea de rédiger les
du procès. Cclui qui fit les in-
.pieces formations, étoit un. maréchal fers
N y
, lui frent fon procès
dans les formes, & le condamnerent
mais comme il repréienta
au gibet;
fe contenqu'il ércit gentithoume,ils la tête De
terent de lui faire couper
feul
stouie cette Cour de jufice, un
homme favcit lire & écrire; 8 ce
fut lui que Pon chargea de rédiger les
du procès. Cclui qui fit les in-
.pieces formations, étoit un. maréchal fers
N y --- Page 304 ---
SUITE DES ANTILLES.
&
rant. Il prit, pour marque, un fer
cheval, qui fe garde encore au greffe
de la Grenade, & fur lequel -
font écrits
ces mots : (f marque de M. de la Brie 5
>. La Cour de
9> Confeiller- Rapporteur
France voulut venger l'attentat commis, par cette troupe de brigands $
la vérité,
contre un officier, 9 dont, à
elle défapprouvoit les violences, mais
qui tenoit d'elle fon autorité. Elle envoya un vaiffeau de guerre, avec des
troupes pour en prendre connoiffance;
mais quand on fe fut affuré que les auteurs du crime n'étoient que des miférables, dont la plupart avoient déjà
pris la fuite, les recherches ne furent
pas pouffées plus loin: ; & perfonne ne
fut puni. Le greffier lui-même , qui
avoit dreffé par écrit toute la procédure 9 en fut gaitte pour être chaflé
de P'Hle. Il fe retira à Marie-Galante, 5
oùt ayant voulu trahir les François >
honnête
un
général Anglois,
homme,
& indignéde cette perfidie, le fit pende
2 avec deux
dre, - à la porte
Péglife
de fes fils.
Jufqu'à préfent, nous n'avons pas
tiré de grands avantages de la Grenade.
L'ifle eft pauvre; 2 peu habitée, & ne --- Page 305 ---
SUITE DES ANTILLES.
299 Les
fait qu'un très perit commerce. encore plus
maifons y. font mal bâties, même état
mal meublées, & prefqu'au
de
oû elles étoient au commencemnent
ce fiecle. Les habitans, quoiqu'aifés,
bnt l'air ruftique, & ne paroifient pas
vouloir fe civilifer; ce qui rend ce à pays s'y
agréable, & n'invite point
établir. peu
Ce n'eft pas qu'il ne foit exceibeaucoup - 2 s'il
lent, & ne produisit recevoir une
étoit aflez peuplé Laterre pour en eft bonne,
meilleure culture.
rivieres, , B plus
arrofée de plufieurs
du fort:
belle, à mefure qw'ons'dieigne
les
avec un peu de travail, on rendroit fortes
chemins commodes pour toutes
de voituires. Les eaux & la nourriture tendre
y font faines, la volaille graile,
les
& délicate; le gibier, les toriues, toutesforlamentins, & généralement trouvent en abon.
tes de poiflons s'y
arbres,
dance. Il y a de très-beaux
aux ébéniftes & auxteinturiers.
propres L'entrée du port eft dans une grande forme
baie, qui donne, à cette Ifle, la
W'uncrontantirneesiten dont la pointe,
du côté du Nord, eft plus large d'un
eft
dos
celle du Sud. Ce port roche, 8 capable
fond, fans auçune
2. N vj
généralement trouvent en abon.
tes de poiflons s'y
arbres,
dance. Il y a de très-beaux
aux ébéniftes & auxteinturiers.
propres L'entrée du port eft dans une grande forme
baie, qui donne, à cette Ifle, la
W'uncrontantirneesiten dont la pointe,
du côté du Nord, eft plus large d'un
eft
dos
celle du Sud. Ce port roche, 8 capable
fond, fans auçune
2. N vj --- Page 306 ---
SUITE DES ANTILLES.
de contenir un grand nombre de na
vires, avec cet avantage - 2 que pouvant y. être arrêtés par les feuls grapins ils n'ont pas befoin d'y mouiller
Fimere A
de diftance eft un étang
qui n'en 207e féparé que par une langue
de fable. On pourroit la couper avec
peu de travail ; & elle formeroit un
fecond port de la grandeur du premier.
Celui ci eft environné de mornes peu.
élevés, mais fi près les uns des autres >
qu'ils ne laiffent entr'eux. que de trèspetits vallons.. n'eft éloignée du conLa Grenade
lieues.-
tinent, que d'environ trente
Sa longueur du Nord au Midi, en a
neuf ou dix, 7 fa largeur 7: quatre OL
cinq, & fon circuit, 2: vingt-c cinq ou
trente. Elle eft entourée de quantité de
petites ifles appellées les Grenadins
oui l'on eft ffr de trouver une infinité
de chofes qui manquent dans la grande.
On donne à la plus apparente, le nom
de petite Martinique 2 parce qu'elle
nourrit, comme cette Ifle, beaucoup
de viperes., & que ce font prefqueles fi
feuls endroits : 2 dans les Antilles, 2
l'on en excepte encore Sainte-Lucie ,
quiproduifent de ces animaux, Entre --- Page 307 ---
SUITE DES ANTILLES:
30x
tes ifles, ily, en a cinq ou fix > dont
les plus grandes n'ont, tout au plus,
qu'une Oul deux lieues. Quelques-unes
manquent de bois, & font couveries
d'herbe femblable à nos joncs marins,
Je fuis, &c.
A Surinam 2 ce 16 noyembre 1750v --- Page 308 ---
SUITE DES ANTILLES,
LETTRE
CXXXIIL
SUITE DES ANTILLES
Jec crois, Madaine, vous avoir parlé
de la plupart des produéions propres
ii des différens pays que j'ai parcourus.
y en a de communes à toutes les
Antilles, telles que le fucre, 9 le café, s
Findigo,le tabac, le coton, le fel, le piment, le cacao,le roucou, le mais ,les
patates, le 'manioc, le gingembre, &c,
qui ont déjà fait le fujet de plulieurs
articles de mes lettres. Je me fuis
moins étendu fur le tabac, qui eft $
peut-être 5 la plante de PAmérique, la
plus généralement cultivée dans ces
ifles. On en diftingue trois efpeces
principales, la grande, la moyenne &
la petite 5 que l'on reconnoît par la
qualité & la figure de leurs feuilles.
La premiere 2. qui eft le vrai tabac
mâle, a la racine blancheâtre, fibreufe,
& d'un goût fort âcre. Elle pouffe une
tige à la hauteur de cinq à fix pieds,
- plus groffe que le doigt, velue, rem-
plus généralement cultivée dans ces
ifles. On en diftingue trois efpeces
principales, la grande, la moyenne &
la petite 5 que l'on reconnoît par la
qualité & la figure de leurs feuilles.
La premiere 2. qui eft le vrai tabac
mâle, a la racine blancheâtre, fibreufe,
& d'un goût fort âcre. Elle pouffe une
tige à la hauteur de cinq à fix pieds,
- plus groffe que le doigt, velue, rem- --- Page 309 ---
SUITE DrS ANTILLES:
plie de moëlle blanche. Ses feuilles
font amples, alternes, cotonées : 2 nerveufes, maniables 5 d'un verd pale, un
jaunâtres, glatineufes au toucher 5
peu fans queue, & d'une odeur très-pénétrante. Le haut de la plante fe divife
foutiennens
en plufieurs rejettons, qui découpées
des fleurs faites en godets,
& de couleur purpus
en cinq parties;
fuccedent font
rine. Les fruits qui
en
oblongs, membraneux 5 partagés
deux loges, & contenant une grande
&
$
quantité de graine, petite rougeâtre,
fe conferver huit ou dix ans
qui peut
& les feuilles, cind
dans fa fécondité, 2
leur force. Le
ou fix ans , dans toute d'été en Eutabac eft une produétion
il réfifte quelquefois
rope ; hiver cependant modéré dans nos jardins :
à un
qu'anmais elle n'y eft ordinairement les
nuelle; aul lieu que dans
pays
chauds, comme au Bréfil, aux Antilles, &c, elle fleurit continuellement; & la même plante vit au moins
dix ou douze années.
- 9
On nomme la premiere efpece
le petun verd, ou autrement, le grand
petun; & elle ne differe de la feconde,
fes feuilles S: celle-ci les a plus
que par --- Page 310 ---
SUITE DES ANTILLES.
étroites 2 plus pointues, 2 & attachdes
àleur tige par des queures affez longues. On l'appelle tabac à langue, 2 par
la reffemblance qu'elles ont avec une
langue de boeuf. Elles font moins remplies de fuc, que le grand petun; d'oit
ii arrive qu'elles diminuent moins à la
pente, c'eft-à-dire, lorfqu'on les fufpend à des perches % pour les expofer
à Pair & les faire fécher.
Le tabac de la petite efpece n'a fous
vent, qu'une racine fimple, comme
une carotie ; quelquefois elle eft divifee en plufeers fibres tendres, blancheâtres & rempantes. La tige qui-en
fort, &E qui ne s'éleve guere qu'à la
hauteur de deux pieds 1 eft ronde,
dure, velue, rameufe, &c gluante. Ses
feuilles font efpacées, 5 oblongues. 3
graffes &z d'un verd foncé. Cette planfe, qui vient originairement de PAmé.
rique, s'ef comine naturaliée dans
preique toute PEurope. Dès qu'une
fois elle a été tranfplanrée dans un jardin, elle y pullale tous les aus aveg
abondacce. En Portugal 8t en Eipagne,
elle demeure toujours verte 2 comme
le citronier; niais dans les pays firoids,
elle périt à la premiere gelée ; & pere
oblongues. 3
graffes &z d'un verd foncé. Cette planfe, qui vient originairement de PAmé.
rique, s'ef comine naturaliée dans
preique toute PEurope. Dès qu'une
fois elle a été tranfplanrée dans un jardin, elle y pullale tous les aus aveg
abondacce. En Portugal 8t en Eipagne,
elle demeure toujours verte 2 comme
le citronier; niais dans les pays firoids,
elle périt à la premiere gelée ; & pere --- Page 311 ---
SUITE DES ANTILLES:
Bant T'hiver r 2 on ne peut la les conferver ferres.
que très-dificilement indifiérenment dans
les
On emploie
pour
feuilles de toutes les trois efpeces,
faire du tabac en corde > > à mâcher, leur di- 5
C'eft moins par
ou en poudre. la préparation qu'on
verfité, que par
à profeur fait fubir, 9 qu'on parvient dans les diverfes
duire de la différence Tantôt on y mêle du
fortes de tabac.
tantôt
firop de fucre oul de pruneaux, ou de bois
de Peau de bois de violerte, le tems
de rofe. La nature du climat, de leflive dont
de la récolte, l'efpece du tabac d'un
on Parrofe 2 le mélange d'un autre, tout conpays, avec à luri celui donner une certaine coutribue
certaine odeur, une certaine
Ieur, une Celui de la Havanne 8z de Séfaveur;
appellé tabac d'Efville, vulgairement fans aucune drogue
pagne, eft préparé Celuide Vérine, qui tire
odoriférente.
fitué près
fon nom d'un petit village 2
d'ois
de Cumana, dansla Terre-Ferme, eft venue
Pon prétend que fa graine
y
pour le meilleur qu'il
aux ifles, paffe monde. Son odeur eft douce,
ait dansle
tirant fur celle de mufc 2
aromatique,
conferve
qu'il a naturellement , qu'il --- Page 312 ---
SUITE DES ANTILLES,
en fumée, comme en poudre 2 & quif
communi que fi facilement aux autres
efpeces, qu'un tiers ou un qutart de la
fienne, méléavccune autre, fuffit pour
transformer le tout en tabac de Vérine:
La culture de cette plante varie fuiVant les : pays. En général, elle demande
une terre graffe, médiocrement
qui ne foit; ni trop humide 5 ni fortes trop
feche, 9 ni trop expofée au grand vent
& au grand foleil: Le froid lui eft encore plus riuifible ; mais il n'elt connu
aux ifl:s,q que fur quelques hautes montagnes; Cef ordinairement en automne, qu'ony feme le tabac. On mêle la
graine avec fix fois autant de cendre
ou de fable, parce qu'auifrement, fa
petiteffe la feroit lever d'une épaifleur
qui l'étoufferoit. Dès qu'elie fort de
terre 2 on la couvre de feuillage, pourla garantir de la trop forte chaleur.
Pendant qu'elle croit, on prépare le
terrein où elle doit être tranfplantée.
On le partage en allées paralleles, éloignées d'environ trois piedsles unes des
autres, &c fur lefquelles on dréffe des
piquets de diffance en diftance. On fait
un trou en terre, à côté de
en
piquer ;
y met une plante chaque bieg
elie fort de
terre 2 on la couvre de feuillage, pourla garantir de la trop forte chaleur.
Pendant qu'elle croit, on prépare le
terrein où elle doit être tranfplantée.
On le partage en allées paralleles, éloignées d'environ trois piedsles unes des
autres, &c fur lefquelles on dréffe des
piquets de diffance en diftance. On fait
un trou en terre, à côté de
en
piquer ;
y met une plante chaque bieg --- Page 313 ---
SUITE DES ANTILLES, 307
droite, les racines étendues; ; on baffes l'en=
foncejufquala naiffance des plus
la
feuilles ; 8 l'on preffe mollement
la foutenir
terre tout autour 2 pour
dans
fans la comprimer. Elle reprend fans
l'efpace de vingt-quatre hcures, trèsles feuilles même 5 quoique
que
aient fouffert aucune altétendres, 2
ration.
les tiges font hautes d'enLorfque deux ou trois pieds 5 on en
viron
afin qu'elles fe forcoupe le fommet, arrache c-lles qui font
tifient; & l'on
veulent pours
piquées de vers; 2 ou qui les feuilles font
rir. On connoit que
facimûres, quand elles fe détachent
lement de la plante, qu'elles fe caffent, une
& qte froiflées 5, elles exhalenit cueillir les
forte odeur. On doit alors la tête, &6
plus belles, les enfiler
la
les faire fécher. On TeARe toujours
donner le tems
plante en terre, pour
aux autres de mûrir. manieres de façonIly a plufteiirs On le met en Andouilles,
ner le tabac.
Ce qu'on
en Torquettes & ent Paquets.
de
nomme Andouille e, eft une efpece fait
fufeau tronqué par lès bouts. Il fe les 9
étendant les feuilles les unes fur
en --- Page 314 ---
SUITE DES ANTILLES.
autres, en les roulant enfuite 5 & en
les couvrant d'un morceau de toile'
imbibée d'eau de'l la mer, lié fortement
avec une corde. On les laiffe dans cet
état jufqu'à ce qu'elles ne faffent plus
feul corps : & çette méthode eft
Rct ufitée à Saint-I Domingue: Les Torquettes fe font à peu près de même;
font
avec cette différence 9 qu'elles
moins preffées & plus longues. Ce
qu'on appelle des Paquets', ce font
vingt- cinq ou trente feuilles de tabac ;
attachées enfemble par la queue, pour
être tranfportées &i travaillées en Eugope. Elles ne fent alors fufceptibles
d'aucune fraude : car, comme on les
voit fous toutes leurs faces, on eft fir
qu'on nn'y'en 1a pas mêlé de fufpeêes.
Le tabac eft une produéion fi propre de PAmérique, qu'avec quelque
foin qu'on l'ait cultivé dans les autres
pays,.ona'ajamais pu en avoir d'auff
bon. En France, on lai donna d'a*
bord le nom de Nicotiane, parce
M.
notre ambafladeur à
uS
bonne, Nicot, eft le premier qui nous l'ait
fait connoître. Le cardinal de SainteCroix, Nonce en Portugal, l'a introduit en Italie, 8t le capitaine Drack 3
propre de PAmérique, qu'avec quelque
foin qu'on l'ait cultivé dans les autres
pays,.ona'ajamais pu en avoir d'auff
bon. En France, on lai donna d'a*
bord le nom de Nicotiane, parce
M.
notre ambafladeur à
uS
bonne, Nicot, eft le premier qui nous l'ait
fait connoître. Le cardinal de SainteCroix, Nonce en Portugal, l'a introduit en Italie, 8t le capitaine Drack 3 --- Page 315 ---
SUITE DES ANTILLES.
èn Angleterre. Mais- on ne s'accorde
point iur le lieu oùt les Elpagnols en
virent la premiere fois, ni iur Pétimologie du nom qu'il porte aujourd'hui le font
dans. toute T'Europe. Les uns du Mexidériver de Tabafco, province
que, où les Caflillans en trouverent ifle
Fufage établi;les autres de la petite
de Tabaco ; & d'autres enfin, comme dont
je l'ai dit ailleurs,de P'inftrument anciens
fe fervoient : pour fumer, les
habitans de Pille Efpagnole.
de vés
Jamais la nature n'a produit étendu fi
gétaux, dont Pufage fe foit
rapidement & fi univerfellement, que
le tabac: mais il a eu fes adverfaires 2
ainfi que fes partifans. Un Empereur de
Turc, un Czar de Ruffie, un Roi
Perfe, le défendirent à leurs fujets 3
fous peine de perdre le nez, ou même
la vie. Urbain VIII excommunia, par à
une bulle, 2 ceux qui en prenoient ,fe
Péglife. Jacques I, Roi d'Angletere,
contenta de compofer un gros livre; &
pour en faire connoitre les dangers;
la faculté de médecine fit foutenir une de
thefe à Paris, fur les mauvais effets
cette plante prife en poudre ou en
fumé P On raconte 2 comme quelque --- Page 316 ---
SUITE DES ANTILLES,
chofe d'aflez plaifant, que le Dogeur
préfidoit, eut fa tabatiere à la
qui main, y & ne ceffa de prendre du tabac
pendant toute la féance.
En Europe, en Turquie, en Perfe, 2
B même àla Chine on fe fert de pipe
fumer; mais les Caraibes des Anpour illes, & quelquefois les Negres & les
le tabac dans
Créoles enveloppent
de l'écorce d'arbre, mince & flexible,
comme du papier, en forment un rolleau, Pallument, en attirent la fumée
dans leur bouche, ferre les levres,
& d'un mouvement de langue contre
le palais, la font pafler par les narines. En Italie , on ie fert de la graine
priapitaie - ; &
de tabac
appaiferle
a donné à
e'eft rari dit-on, qu'on
cette plantele nom de Priapée,
dans
de France
La vigne, apportée naturalifée auffi
les ifles, ne s'eft pas
I
facilement all climat de P'Amérique 2
le tabac à celui de P'Europe. Les
que
arrivent rarement à leur parraifins y
Ce n'eft, ni faute de
faite maturité.
chaleur, ni manque de nourriture;
eft fi inégal,
mais leur accroiffement
ilfe trouque dans une même grappe, d'autres
ye des grains qui font mirs,
La vigne, apportée naturalifée auffi
les ifles, ne s'eft pas
I
facilement all climat de P'Amérique 2
le tabac à celui de P'Europe. Les
que
arrivent rarement à leur parraifins y
Ce n'eft, ni faute de
faite maturité.
chaleur, ni manque de nourriture;
eft fi inégal,
mais leur accroiffement
ilfe trouque dans une même grappe, d'autres
ye des grains qui font mirs, --- Page 317 ---
SUITE DES ANTILLES.
werds, d'autres en fleurs. Le
31F
yenu de Madere ou des Canaries, mufcat, eft
exempt de ce défaut; & l'on obferve
que les feps s'améliorent en vieillif
fant, Ce qu'il y a de plus
ble, c'eft qu'ils portent du remarqua- fruit
fois l'an.
deux
Il eft défendu aux habitans des
de Cuba, 9 de Saintifles
Portoric, & autres lieux Domingue 2 de
mis à la domination
voilins, 2 foucultiver la vigne & les Elpagnole oliviers 2 de
trement Phuile & le vin, fi
: ailen Elpagne, ydemeureroient 2
abondans
& les galions n'auroient
inutiles;
faire leur cargaifon, Sans pas de quoi
befoin d'une pareille défenfe qu'il foit
ifles Françoifes, leur
de dans les
y rend cêtte culture peu
terrein
ble; : il eft occupé plus çomme utilement impoffimême fucre, en café, en indigo, &c. Le en
du vin efpace, qu'on la
deftineroit à faire
pour
fubliftance de dix
hommes, fuffit pour en nourrir cindifes quante, s'il eft empleyé en marchandroient du pays. D'ailleurs que vienfaireiciles vailleaux
fi les Infulaires
d'Evrope, es
toutes nos
tiroient, de leur fndsy
denrées P --- Page 318 ---
SUITE DES ANTILLES.
Parmi les légumesapportés de Fran:
ce aux Antilles, les uns y, ont profpéré ; d'autres fe font affoiblis jufqu'a
changer prefque entiérement de nature. Les oignons qu'on y mange 2
arrivent d'Europe ; ceux du pays ne
font que des eipeces de ciboules qui
viennent en touffe.
On ne s'occupe point à perfeétionner
le goût des fruits : la plupart ne m'ont
paru que des fauvageons, qui, fans
-doute, 2 pourroient devenir meilleurs s
en y employant une culture plus recherchée. On néglige encore plus le
foin des fleurs. En général 2e
elles
fixeat peu l'attention ; parce qu'elles
manquent d'odeur, & que-ieurs couleurs,, fimples 8 communes, ne font
nuancées par aucun mélange.
Les bois. de haute-futaie font plus
épais & plus fombres que ceux de
France. La multiplicité des arbres rend
les forêts prefque impraticables. D'ailleurs, à chaque pas, on eft arrêté
de
par une prodigieule quantité
plantes farmenteufes & grimpantes 7 qui
fe traverfent & fe croifent d'arbre
en arbre. Ces plantes connues fous le
nom
8 communes, ne font
nuancées par aucun mélange.
Les bois. de haute-futaie font plus
épais & plus fombres que ceux de
France. La multiplicité des arbres rend
les forêts prefque impraticables. D'ailleurs, à chaque pas, on eft arrêté
de
par une prodigieule quantité
plantes farmenteufes & grimpantes 7 qui
fe traverfent & fe croifent d'arbre
en arbre. Ces plantes connues fous le
nom --- Page 319 ---
SUITE DES ANTILLES.
nom de lianes, analogue à leur flexi- 313
bilité, reffemblent à des
auroir firpendus dans les cordagesqu'on bois.
Le moindre bruit réfonne dans
épaiffes forêts, comme fous une voûte ces
fouterraine; mais il y regne
dinaire un profond filence, pour l'orfeaux n'habitent
fur
Les oicomme je crois que
les bords; &,
plus grand nombre vous n'a l'avoir dit, le
les frais que la nature a point faits de chant:
femblent avoir été
pour eux, s
ment à leur parure, employés Tout
uniqueune fecrette horreur dans infpire donc
ferts : leur folitude, leur
ces déleur filence & l'inquiétude obfcurité,
que caufent les reptiles
continuelle
Les Antilles
vénimeux,
fortes de.
produifent différentes
ferpens; & dans
unes de ces ifles, leurs piqûres quelquespour mortelles ; dans
paflent
font moins nuifibles. On d'aurres, elles
viperes jaunes, grifes & difingue des
le venin eft contenu dans rouffes, dont
veflies de la groffeur d'un de Petites
environnent les dents, Les pois, 2 qui
Pont jaune, un peu épais ; premieres & c'eft
moins dangereux : les grifes
le
Tom, XI,
l'ont
O --- Page 320 ---
SUITE DES ANTILLES:
les
comme de l'eau un peu trouble; de Peau de
troifiemes, clair comme
roche; & c'eft le plus fubtil. attirées
Les unes & les autres font
des
dans les habitations 2 & autour Si
cafes , par les rats & : la volaille.
elles rencontrent une poule qui couelles fe mettent fur les ceufs,
ve, reftent fous la mere,) jufqu'à ce que les
pouffins foient éclos, les avalent tout
entiers, & mordent'la poule, quimeurt
de la bleffure.
C'eft dans la faifon deleurs amours,
ces animaux font plus redoutables. que Mais quelles amours ! Vous ne
lirez pas fans frémir, ce qu'on raconte
deleurs effiroyables accouplemens. ( Ils
ils
fe répon-
>> Gflent ;
s'appellent Bientôt vous
>> dent, & s'approchent. enfèmble ; & ils
5> les voyez cordés les tourillons d'un
2> paroiffent cable. comme Ils fe foutiennent droits 2
$> gros les deux tiers de leur longueur,
5 fur
ouyerte, 2 com5> fe regardent vouloient tlagueule fe dévorer : puis
5> me s'ils la tête, Pun vers Pautre,
59 avançant
bavent, écument de la
9 jls fiflent,
9 maniere la plus hideufer,
approchent. enfèmble ; & ils
5> les voyez cordés les tourillons d'un
2> paroiffent cable. comme Ils fe foutiennent droits 2
$> gros les deux tiers de leur longueur,
5 fur
ouyerte, 2 com5> fe regardent vouloient tlagueule fe dévorer : puis
5> me s'ils la tête, Pun vers Pautre,
59 avançant
bavent, écument de la
9 jls fiflent,
9 maniere la plus hideufer, --- Page 321 ---
SUITE DES ANTILLES.
On ne connoît guere de
pedes dans ces
gualit
befoins & la nourriture ifles, que ceux que les
des
ou la culture des
hommes,
ner
terresy ont fait amed'Europe ; tels que les chiens, les
chats, les boeufs, les ânes, les
lets, 2 les chevaux, les brebis, les mu-
& les lapins. Les rats & les porcs,
ont auffi été apportés de
fouris y
par les vaiffeaux ; & l'on nos climats
roit jamais le dégât qu'ils n'imagine- font
le pays. Ils mangent le
dans
la pulpe, qui environne café, quand
eft encore tendre. Ils
cette graine 9
-nes à fucre; &
rongent les candont ils détruifent ily a des habitations
Les
le tiers-du revenu.
grenouilles font f groffes, dans
certaines ifles, qu'on les
fricaflée, comme des
prépare en
vent les étrangers poulets ; & fouToutes fortes de
s'y méprennent,
également bons à poiffons ne font pas
uns incommodent manger fi 2 ; quelquescroit une efpece de fort, qu'on les
ture a peint ceux de poifon. La nacomme les oifeaux, de couleurs P'Amérique bril- 2
lantes; mais, comme nourriture, ils
n'apprechent pas de ceux
>
Qusiques-uns foat bons & d'Europe. délicats
Oij --- Page 322 ---
SUITE DES ANTILLES.
tous les autres en général, ont à peu
près le même goût. Il n'en eft point
de plus abondans aux Antilles, que ce
qu'on appelle les Titiris, ou 9 pour
abréger, les Tritris. Ils font fi petits &
qu'on en mange un grand nombre
la fois, avec la cuillière. Aux pleines
& aux nouvelles lunes, 2 ils entrent en
foule dans les rivieres, Ou l'on va. les
pêcher par millions. la nature fournit enUnaliment que
&
core libéralement à ces Ifles 2
qui
fait la reffource ordinaire des Negres,
à qui des Maitres avares 8c cruels ne
donnent qu'une partie de leur fubfif
tance, font les crabes de terre, de
2 de riviere, connus ici, fous
mer ou
& de Tourloules noms de Cériques
point
roux. Les Caraibes n'ont prefque Créoles mêd'autre nourriture; & les
me ne font pas indifférens pour ce
fert fur toutes les tables.
mets, quife tourlouroux font des efpeces
Les
de cancres ou d'écreviffes amphybies, eft fur
dont Pécaille, unie & mince,
le dos 8 fur le ventre, d'un rouge
moins foncé, fuivant les lieux
plus ou
Les cériques font
où ils fe trouvent.
dont les unes fg
une autre efpecc 2
êd'autre nourriture; & les
me ne font pas indifférens pour ce
fert fur toutes les tables.
mets, quife tourlouroux font des efpeces
Les
de cancres ou d'écreviffes amphybies, eft fur
dont Pécaille, unie & mince,
le dos 8 fur le ventre, d'un rouge
moins foncé, fuivant les lieux
plus ou
Les cériques font
où ils fe trouvent.
dont les unes fg
une autre efpecc 2 --- Page 323 ---
SUITE DES ÂNTILLES:
dans Peau douce, les autres
prênnent
Elles font communémert
dans la mer.
ont quatre
groffes comme le poing,, dont elles fe
jambes de chaque côté,
fervent pour marcher & pour deux grater tela terre. Elles ont d'ailleurs
pinnailles, ferres ou mordans, qui 8
à leurs extrèmités, 2
cent vivement
oules feuilles, dont
coupentles racines
Lorfqu'ont
ces animaux fe nourriffent. ou par un
les prend par une jambe laiffent 2 cé membre
de ces mordans, ils
le tient, &z
dans la main de celui qui détachent fi
s'enfuient. Ces parties fe
ne
facilement, qu'on croiroit qu'elles revient
font que collées : il leur en
d'autres Pannée fuivante. tous les ans 2 un
Les crabes font,
changer d'évoyage à la mer, leurs pour ceufs. (4 C'eft
caille & dépofer admirable, me difoit un
% un (pedacle
les avoit obfervées
> naturalifte fois, qui de les voir defcendre
$ plufieurs
pluies:
> les montagnes aux premieres d'arbres, les
>> Elles quittent les creux le deffous des ro-
$> fouches pourries,
avoient
9> chers, & les trous qu'elles Les champs
s faits elle-mêmes en terre. Oiij --- Page 324 ---
SUITE DES ANTILLES:
>> font alors tellement couverts de
$ animaux, qu'ii faut les chaffer
ces
>> foi, pour fe faire place, & devant le
> pied fans les écrafer. La
pofer
>> rangent le long des rivieres plupart & fe
9> ravines les plus humides.,
des
>> mettre à l'abri des chaleurs. pour fe
>> emploient environ fix femaines Elles
>> voyage 1 & fe divifent
à ce
>> ment en trois bandes. La ordinaire5> comme l'avant-g garde, n'eft premiere ,
>> pofée que de mâles,
coma plus robuftes
les 2 plus gros &
que
femelles.
>> font fouvent arrêtés
le
Ils
>> d'eau,, & contraints de par faire défaus
>> toutes les fois
a de
halte,
>> changemens dans qu'ily Pair.
nouveaux
>> gros de F'armée fe tient Cependant clos
le
>> montagnes, jufqu'aux grandes dansles
>> Il part talors, & forme des bataillons pluies.
>> d'une lieue & demie de
>> larges de quarante ou cinquante longueur s
>> & fi ferrés, qu'on apperçoit à pas s
>> la terre. Trois ou
peine
>> on voit fuivre P'arriere-g quatre jours après,
>> même
garde en
ordre, & en aufi grand
5> bre, que les troupes précédentes. nom- Ine dépendamment de ces bataillons ré
les
>> Il part talors, & forme des bataillons pluies.
>> d'une lieue & demie de
>> larges de quarante ou cinquante longueur s
>> & fi ferrés, qu'on apperçoit à pas s
>> la terre. Trois ou
peine
>> on voit fuivre P'arriere-g quatre jours après,
>> même
garde en
ordre, & en aufi grand
5> bre, que les troupes précédentes. nom- Ine dépendamment de ces bataillons ré --- Page 325 ---
SUTTE DES ANTILLES.
fuivent le cours des rivieres
S
qui
les bois font encore
$ 8E des ravines,
5> remplis de traineurs. marchent lentement 5 a
>> Ces animaux
toujoursle tems
5 & choififfent prefque les
'de pluie,
* de la nuit ; ou
jours aul foleil.
> pour ne point s'expofer le ciel s'éclair5 Dès
voient que à la lifiere d'un
5) cit 5
s'arrêtent
foit
T
& attendent que la nuit
>> bois,
outre. Si quel-,
>> venue, pour paffer
du gros del'armée,
>> qu'un s'approche
2 ils font
59 & leur donne confufe Fépouvante à reculons, 9 en
>> une retraite toujours les armes en
$5 préfentant veux dire ces redoutables
> avant, je
ferrent jufqu'à em-
> mordans 5 qui Ils les frappent de
9) porter la piece. l'un contre Pautre e,
9 tems en tems 7
leur ennemi,
> comme pour menacer
avec
S & font, un fi grand cliquetis croit entendre
>> leurs écailles, qu'on qui fait Pexer-
>> le bruit d'un régiment
>> cice.
ceffe tout-à-fait, pendant
>> Silap pluie
ils font une halte gés
5 cette marche,
fon logis oit
>> nérale; & chacun prend
les
9) il peut; les uns fous des racines, &
9) autres dans des creux d'arbres, Oiv. --- Page 326 ---
SUITE DES ANTILLES.
> ceux qui ne trouvent
>> tout préparé, fe donnent point de gire
>> creufer la
la peine de
terre, & de fe faire
>> mêmes un logement.
eux-
>> nées,
Hly a des an3 où 2 par
>> pluies, ils font deux Pinterruption des
> à ce
ou trois mois
voyage; mais il ne faut
>
quelques
fois, que huit ou dix
> pour leur faire vuider leurs jours ceufs, d'eau,
>> Cette opération eft d'autant
> difficile,
moins
que ces
>> que ceux d'une
ceufs, plus petits
>> ment attachés à carpe, leur
étant légere-
>> des oeufs d'écrevifle, queue, ils n'ont comme
> la fecouer
qu'à
>> dans la
2 pour les faire tomber
mer. Auffi-tôt que les
>> font éclos, ils s'approchent des petits
>> chers; & bientôt après, ils
ro-
>> de l'eau, fe retirent fous
fortent
>> herbes qu'ils
lespremieres & fe dif-
>> pofent à partir rencontrent, avec leurs meres
>> la montagne, en obfervant le pour
>> ordre, qu'en defcendant. Il ne même faut
> pas croire que celles-ci les condui-
>> fent, comme une poule mene fes
>> pouflins; ; elles ne paroiffent
>> mel les connoître.
pas mé-
>> Les combats de ces animaux font
e cruels, fuur-tout dans le tems de lay
>> herbes qu'ils
lespremieres & fe dif-
>> pofent à partir rencontrent, avec leurs meres
>> la montagne, en obfervant le pour
>> ordre, qu'en defcendant. Il ne même faut
> pas croire que celles-ci les condui-
>> fent, comme une poule mene fes
>> pouflins; ; elles ne paroiffent
>> mel les connoître.
pas mé-
>> Les combats de ces animaux font
e cruels, fuur-tout dans le tems de lay --- Page 327 ---
SUITE DES ANTILLES.
32r
fe heurtent
y mour. Ils s'entre-battent,
à la ma5 de front à diverfes reprifes,
>> niere des béliers S ; & lorfqu'il s'agit
le mâle renverie
>> de Paccouplement,
* la femelle fur le dos, Ils s'emboitents
52 fe lient enfemble, ventre à ventre 2
>> queue contre queue; & après P'opé1e le mâle aide fa
>> ration amoureufe 2
-
à fe remettre fur fes jam-
>> compagne
> bes. crabes ainfi
tous les cruf-
>> Les
que
5> tacés & les ferpens, ont la propriété
de fe
au prin-
>> finguliere
dépouiller, robe; & alors
>> tems de leur vieille
tiennent cachées dans le fable,
>> elles
le
ce
aient recouvré un
>> jufqu'à
qu'elles
des in-
>> habit, qui, - en les préfervant
de
leur
de re-
>> jures
l'air,
permette & leur caraôtere
>> prendre des forces, voit
font tou-
>> courageux. On en
qui de la
> jours en vedette au bord
mer,
9> & ont Pinduftrie d'épier les huitres,
autres
bivalves, que
>> ou
coquillages La crabe attend
>> la marée y amene.
&
>> qu'elles ouvrent leurs coquilles tenoit 2
> y jette un petit caillou qu'elle
fes
&
les empêche
>> entre
pattes,
qui
elle
* de fe refermer: par ce moyen, fait > fon
& en
4 les attrape facilement,
- V.
2 repas >, --- Page 328 ---
SUITE DES ANTILLES.
Les crabes font une vraie manne
pourles ifles s;&la mantere de les prendre, eft d'aller la nuit autour des can-.
nes ou dans les bois, avec un flambeau. Ceft alors qu'elles fortent de
chercher à vivre; 82
leurs trous, pour flambeau les fait découla lumiere du
oil'on veut:
vrir aifément. Au moment
mettre la main deffus, 2 elles fe renverfent epréfententleurs ferres pour leur
défenfe. Mais alors on les retourne fur
le ventre, pour les prendre par-deffus: les faifir
le dos. Il faut être prompt à
;
car elles s'écartent peu de leurs trous >
& fe retirent fort vite dans les
miers
rencontrent. On
Kos
qu'elles
leur lier
avant que de les emporter,
fans.
étroitement les bras dans un fac ;
cette précaution, elles fe couperoient
les jambes, & s'entre-tueroient.
Il eft certaines façons de les accommoder qui en font une affez bonne
nourriture ; mais leur chair, quoique did'un goût agréable, eft difficile à
gérer. Les oeufs font plus délicats 7
ainfi que le taumalin, fubAance verdâtre 8 grainue, qui fe trouve fous
lécaille du dos, & dont on fait leur
affaifonnement, en y mélant de l'eau
fe couperoient
les jambes, & s'entre-tueroient.
Il eft certaines façons de les accommoder qui en font une affez bonne
nourriture ; mais leur chair, quoique did'un goût agréable, eft difficile à
gérer. Les oeufs font plus délicats 7
ainfi que le taumalin, fubAance verdâtre 8 grainue, qui fe trouve fous
lécaille du dos, & dont on fait leur
affaifonnement, en y mélant de l'eau --- Page 329 ---
SUITE DES ANTILLES:
de citron,, délayés avec un
8 dujus
Les ceufs de
de fel & de piment.
peu
tiennent les uns aux autres 2
crabes
de raifins, & rowcomme des grappes
gillent en cuifant.
Je fuis, 2 8cc.
A Surinam, , ce 19 novembre 1750i
: - a
@
-
o vi --- Page 330 ---
LA GUIA N Eo
LETTRE CXXXIV.
LA GUIA N E.
Sur des récits ampoulés de
Elpagnols vifionnaires
quelques
on s'étoit fait en Scenthotufiates,
fuperbes idées de Europe 2 les plus
parloit d'un lac
ce vafte pays. On
2 dont le fable étoit
d'or, d'une ville, dont les toits étoient
couverts du même métal, 2 : &z où regnoit la magnificence la plus éclatante.
On ajoutoit que la poudre
étoit
fi commune
d'ory
certaines
:: que les habitans, 2 dans
vroient fetes.folemnelles, s'en Coutout le corps, après l'avoir
frotté d'un beaume
tachoit cette riche gluant > auquels'atdans le palais de poufliere; & que s
felle, les meubles, PEmpereur les
* la vaifges, les lits, les armoires tables étoient 7 les fié.
pofés des matieres les plus
comfes. Ces idées, quelque
précieuqu'elles duffent paroître chimériques éveillerent
toutes les puiffances. La reine ', Elifabeth
envoya, en 1596, une flotte fous le --- Page 331 ---
L A GUI A N Ei
eommandement du favant & malheudifputer aux E(pa-.
reux Raleigh, pour dépouilles, Vous
gnols ces nouvelles Madame, de con*
ne ferez pas fâchée,
noître ce célebre navigateur doute 2 quis
fans
$
comme vous l'imaginez, ni la ville: 2 ni le
ne trouva, ni le lac,
devoient
palais oùt tant de richeffes
être rafemblées.
fameux amiral de
Walter Raleigh, naquit en 1552 3
la Grande-Bretagne, noble, dans le comté de
d'une famille
Au fortif
Devonshire en Angleterre, il fervit contre
du collége d'Oxford,
la France dans Parmée des Hugenots 2
fous P'amiral de Coligni. Onle vit ende volontaire, dansles
fuite, en qualité
fous le prince
guerres de Flandres étant 2 allé à Londress
d'Orange, d'oàt
de la Reine.
le hafard le fit connoitre
Un jour qu'il rencontra cette princeffe
dans an paflage étroit & malpropre fur Pod
il ôta fon habit, & Pétendit mettre les
droit fale, où la Reine alloit de cette
pieds. Elifabeth lui fçut gré
galanterie, & parut ne l'avoir jamais
oubliée. Ilécrivit, un autrejour, fur un
careau de vitre, dans le palais, avec
An diamant : wJe voudrois m'élevers
noitre
Un jour qu'il rencontra cette princeffe
dans an paflage étroit & malpropre fur Pod
il ôta fon habit, & Pétendit mettre les
droit fale, où la Reine alloit de cette
pieds. Elifabeth lui fçut gré
galanterie, & parut ne l'avoir jamais
oubliée. Ilécrivit, un autrejour, fur un
careau de vitre, dans le palais, avec
An diamant : wJe voudrois m'élevers --- Page 332 ---
LA GurA N E.
9) mais je crains de tomber >. La Reins
elle-même mit au-deffous: ( Sile' coeuf
5> te manque, il ne faut pas
s) dre de monter >.
entreprens
Raleigh, fait pour s'avancer à la
Cour, par une figure noble, une
fionomie heureufe ; une adreffe phy. infi
nuante 5 tourna néanmoins fes vues du
côté de la mer.Ily fut encouragé
l'efpoir qui ianimoit prefque tousles'na- par
vigateurs de fon fiecle, celui de faire
des découvertes. Je paffe fous filence
fes premieres expéditions maritimes, &z
fon voyage dans la partie
nale de
feptentrioPAmérique, - oû j'ai dit ailleurs, s
qu'il avoit fondé un. éfabliffement err
Virginie. A fon retour il fut fait
taine de la garde de la Reine, & capi- contraéta une liaifon intime avec une des
filles d'honneur de Sa Majefté. Leur
amour eut des fuites trop vifibles; Elifabeth irritée le fit mettre en
Elle lui rendit la
prifon.
ordre de
liberté, mais avec
quitter la Cour 5 quoiqu'il
eût fait toutes les réparations néceffaires, en époufant fa maîtreffe.
Pendant que-ce muage obfcurciffoir
fa fortune, ii partit pour la Guiane,
jugeant, par les rapports meryeilleux --- Page 333 ---
LAGUIE N É,
eu'on en faifoit alors, que létablifle- dans cet
ment d'une colonie Angloife
feroit un contre-poids
excellent pays, de puiflance 0 2 qu'ape
à Faugmentation la conquête du Meportoit à PEfpagne
Gx femaines
xique & du Pérou. Après
dans
de navigation, il vint poftédée débarquer par les
lifle de la Trinité,
étoit un'
Caftillans. Le Gouverneur mais cruel, qui,
homme courageux. ,
occupoit
depuis plus de dix ans attiré 2 qu'il la haine des'
cette place, avoit toute fa nation. RaIndiens contre
fe faifant connoitre'
leigh efpéra qu'en deEipagnols,1
pour Vennemi
affudes
"EERE
Infolaires,
roit la confiance dans le pays. Il attareroit fes progrès lui-même dans fon
le Gouverneur
- & donna la lie
Ta le fit prifonnier 2
que les Cafberté à plufieurs captifs, dans les fers. Parmi
tillans retenoient cinq Caciques, attaeux fe trouverent
& renfermés
chés à la même chaine 2 les avoir arrodans un lieu oit, après
on les laiffés avec du lardenflammé faim. Si on 7 en croit la
foit mouriz de
ces malheureux
tradition, on pendoit Phohneur des douze
par douzaine, 2 en
Apôtres,
les Cafberté à plufieurs captifs, dans les fers. Parmi
tillans retenoient cinq Caciques, attaeux fe trouverent
& renfermés
chés à la même chaine 2 les avoir arrodans un lieu oit, après
on les laiffés avec du lardenflammé faim. Si on 7 en croit la
foit mouriz de
ces malheureux
tradition, on pendoit Phohneur des douze
par douzaine, 2 en
Apôtres, --- Page 334 ---
L A GUIA N Ei
Pour s'attacher de plus en plus ces
fauvages, Raleigh affembla leurs chefsy
& particuliérement ceux qui étoient
ennemis des Efpagnols (c'étoit le
plus grand nombre), & leur dit, qu'il
étoit fujet d'une Reine vierge & trèsu
puiflante, qui avoit plus de caciques
fous fa domination,
d'arbres dans leur ifle 5 gu'on ne voyoit
ceffe haiffoit les
; que cette prinCaftillans, à caufe de
leur tyrannie ; qu'elle en avoit délivré
les pays voifins de fes états, & les
parties feptentrionales du monde ;
étoit envoyé
qu'il
par elle, dans leur ifle, s
pour les affranchir de la fervitude, &
défendre leur patrie contre ces cruels
ufurpateurs. Enfuite, 2 il leur fit
:
le portrait de la Reine, qu'ils voir
derent avec admiration; ; & l'on regar- eut
quelque peine à les empêcher de lui
rendre les honnéurs divins.
Ces difcours, 2 & d'autres femblables, que Raleigh tint dans plus d'une
occafion, accoutumerent les habitans
au nom & auix vertus d'Elifabeth
& les attacherent aux Anglois
s
les liens d'une forte amitié,
par
vers
I's'avança
l'embouchure del'Orénoque; mais
n'ayant pu aborder à la Guiane, il rés --- Page 335 ---
LA GUIA -
N E.
cendres la ville de Cumana $
duifit en
refufé des vivres, & re*
qui lui avoit.
vint en Anglererre.
le priva d'une
La mort de la Reine Comte d'Efex
protedion puiffante. fous Le des couleurs
Pavoit repréfenté Roi d'Ecoffe 2 avec
peu favorables au
lequel il entretenoit des correlpondan- à Elifaces. Ce prince > qui fuccéda
prit
beth, fous le nom de Jacques1, contre Rade fâcheufes impreffions enfin à la vengeance
leigh, & le facrifia
à pers
des Efpagnols. I1 fut condamné
mal
dre la tête, fur des accufations de
prouvées; ; mais le Roife contenta
le faire mettre en prifon, ,ohildemeura
de fa retraite 2
treize ans, profitant hiftoire da monde,
pour compofer liberté, une
à condition qu'il
Ilfut remis en
côtes de la Guiane;
retourneroit fur les
été
mais fon expédition n'ayant fut infiruit pas de
heureufe, fon procès fentence confirnouveau 2 fa premiere la tête tranchée, à la
mée; ; & il eut
d'Efpafollicitation de PAmbafladeur moindres tagne. Ce n'eft pas une des
ches de ce regne. furent
les feuls ;
Les Anglois ne
pas
récits
qui,. éblouis par les magnifiques
de la Guiane;
retourneroit fur les
été
mais fon expédition n'ayant fut infiruit pas de
heureufe, fon procès fentence confirnouveau 2 fa premiere la tête tranchée, à la
mée; ; & il eut
d'Efpafollicitation de PAmbafladeur moindres tagne. Ce n'eft pas une des
ches de ce regne. furent
les feuls ;
Les Anglois ne
pas
récits
qui,. éblouis par les magnifiques --- Page 336 ---
LA Gu I A
E.
des Efpagnols ychercherent à
dansla Guiane, Immédiatement pénétreif
la découverte du Nouveau- Monde, aprèg les'
François y avoient déjà fait quelques
voyages. Villegagnon, Chevalier de'
Malthe > & Vice-Amiral de
livré aux opinions de Calvin', Bretagne &
a
de quelques chagrins qu'il lavoit piqué
dans lexercice de fa
efluyés
projet d'y former une charge, colonie ,. conçut de
le'
teftans. Ses deffeins furent déguifés Pro- à
la Cour, fous la fimple vue de faire, à
F'exemple des Elpagnols & des Portugais 2 un érablifement François en
Amérique, de
Sous ce prétexte, 2 il obtint
Henri II, deux Oll trois vaiffeaux
fir qu'il les remplit de Calviniftes, & arriva
côtes du Bréfil,
L'amiral de Coligni, qui defiroit
établir fa feete,
d'y
2 prit à ceeur cette enfreprife ; & Calvin faifit avidement
l'occafion d'étendre fa doétrine dans
un pays, oùr toutes les apparences lui
promettoient, pour fes partifans, une
pleine liberté. Mslheureufement, il envoya plus de prédicans, que de
foumis; ; & ces Miniftres, quivouloient fujets
dominer, comme c'eft Pufage,
avec le Commandant de eurent,
violenteg --- Page 337 ---
LA GUIA N E:
des féditions
querelles. Ils exciterent Colonie; les Portuqui diviferent la
la détruires
gais en profiterent pour à Calvin, traita'
Villegagnon renonça pétturbateurss ceuxfes Miniftres.de d'athéifme 5 8c tous ces
ci P'accuferent s'évanouirert.
beaux projets
le Bréfl, ceux des
Forcés de quitter
à 1e leur patrie 9
Frangois quirenoncerent dans la Guiane; mais ce
fe retirerent
après 7 qu'en
ne fut que long-tems avoués par %
fonda des étalblifemnens de Rouen
nation. Des marchands cclonie de vingt R
envoyerent une vinrent habiter les bords
hommes, qui d'autres fe fixerent fur la
du Sinamary;
& ces deux
riviere du Conamarac; de nouveaux
troupes s'accrurent par & de munitions,
renforts d'hommes
Enfin, il fe forma une compagnie
qui
TSERE
avec des lettres patentes
de la'
foient à faire feule le commmerce lesborGuiane, dont elles marquoient
8c
nes entre les rivieres des Amazones
de rOrénoque.
devint fameufe 9"
Cette Compagnie
Vintérêt que la Cour permit d'y
par
à des perfonnes de qualité 2
prendre leur accordant de nouveaux prien
es s'accrurent par & de munitions,
renforts d'hommes
Enfin, il fe forma une compagnie
qui
TSERE
avec des lettres patentes
de la'
foient à faire feule le commmerce lesborGuiane, dont elles marquoient
8c
nes entre les rivieres des Amazones
de rOrénoque.
devint fameufe 9"
Cette Compagnie
Vintérêt que la Cour permit d'y
par
à des perfonnes de qualité 2
prendre leur accordant de nouveaux prien --- Page 338 ---
LA GUIAN E.
vileges. Elle eut le titre de Compa?
gnie de la France équinoxiale, nom
qu'on donnoit alors à la Guiane,
les François appelloient
que
L'abbé de Marivaux, doéteur Cayenne, de Sorbonne, Roiville, gentilhomme de Normandie, & Laboulaie, Intendant de la
marine, quoique pouffés par des motifs
différens, fe réunirent pour la mêmé
entreprife: Lez zele de la converfion des
Américains,animoit, feulle vertueux abbé de Marivaux : Roivilleavoit,d
formé le deffein de fe créer une dit-on,
de fouveraineté: Laboulaie
efpece
qu'à faire fleurir le
ne penfoit
commerce & la
marine de France, dont il avoit la diredtion fous M. de Vendôme.
Ces trois hommes, à la tête de fix
cens autres, engagés au fervice de la
Compagaie, devant le
s'embarquerent à Paris : S
jardin des
defcendre la Seine, dans Tuilleries, de grands pour bateaux, jufqu'à Honfleur. Mais le fuccès fut malheureux dès
ment: Marivaux, , qui avoit T'embarque- été l'âme
de Pentreprife, & qui devoit fe rendre
à Cayenne 2 en qualité de Direéteur général, tomba dans la riviere en donnant fes ordres 2 & fe noya devant la --- Page 339 ---
L A GUI A N E.
Roiville fut
porte de la Conférence.
poignardé dans une fédition quis'éleva
lur la route ; & de tout ce monde,
il ne reftoit plus, fix mois après,
ou fix cens
Acas
les cadavres de cinq
les
mes morts de maladie, ou par
2 des
Une autre Compaarmes
fauvages. titre, & fous la
gnic, fous le même Maître des Redireétion de la Barre,
dans cette
quêtes, rétablit la nation
Hollanpartie de Amérique, dont les
dois s'étoient déjà emparés ; & cette
nouvelle Colonie devint bientôt trèsfloriffante. Ces mêmes Hollandois, qui nous
avoient fuccédé dans la Guiane, ve-,
noient d'y former un magnifique établiffement. Forcés, comme nous, paf
d'abandonner le Bréfil,
les Portugais, 9 fait d'abord des conquéoùt ils avoient
à fe dédom1es brillantes, ils fongerent fondant une
mager de leurs pertes, la en riviere de Suricolonie nouvelle fur
s'énam. Dèsl'année 1640,les François
toient rendus maîtres de cette contrée;
mais les terres y. étant marécageufes &
mal.faines, ils la quitterent bientôt;
8 les Anglois qui s'en faifrent, n'en
frent guere plus de ças. Les Hollan-
éoùt ils avoient
à fe dédom1es brillantes, ils fongerent fondant une
mager de leurs pertes, la en riviere de Suricolonie nouvelle fur
s'énam. Dèsl'année 1640,les François
toient rendus maîtres de cette contrée;
mais les terres y. étant marécageufes &
mal.faines, ils la quitterent bientôt;
8 les Anglois qui s'en faifrent, n'en
frent guere plus de ças. Les Hollan- --- Page 340 ---
LA GUI A N E,
dois, dont la patrie n'eft elle-même
qu'unvafte marais,s'en accommoderent
smieux; & l'Angleterre n'eut pas dep peineàs'en défaire en leur faveur. Le terrein n'étoit alors fi mal-fain, que par
la multitude d'épaiffes forêts, qui empêchoient le vent & le foleil de le deffécher: mais lorfqu'on vit qu'on en
voit tirer beaucoup de fucre, on y fit pou- un
fi grand abattis de
bois, 9 qu'on ne tarda
pas à refpirer un meilleur air.
Cette nation frugale
2 économe s
induftrieufe, deftinée à faire naître
des campagnes fertiles, où les autres
peuples ne trouvent que des terres ingrates, porta à Surinam, le génie
de fon pays, coupa des canaux s &
y fit, comme à Batavia une nouvelle Amfterdam. Sur un fol humide
& fangeux, elle batit un fort nommé Zelandia, proche de la ville de
Paramaribo ; & cette Colonie 9 accrue par. des François réfugiés, s'eft
étendue du Nord au Sud, le long de
Ia riviere dont elle porte le nom.
Quelques particuliers ont auffi commencé d S habirations fur le Berbice,
à lOu ER de Surinam; mais CES derniers établiffemens,
2 moins encoura-. --- Page 341 ---
LA G U I A N E,
aucun progrès, tangés, ne faifoient
en
dis
les premiers envoyoient quantité de
Padrr une très-grande
onaa auffi
fucre. Depuis quelque du café tems qui >
a bien
effayé de planter
encore meilleur,
réuffi, & deviendra
culture,
en perfedionnantfa viens de dire ,
D'après ce que je la Guiane fe divous concevez que la Françoife ,apvife en deux parties, & la Hollandoife,
pellée la fous Cayenne, le nom de Surinam. M.
connue Mauritius, qui en eft le gouverneur,
me procurera les moyens d'entrepren- dois
dre différentes courfes 2 que je
faire encore fur les côtes de TerreFerme. En attendant je vais vous parler de ces deux parties de la Guiane,
même de trois, même de quatre; car
les Portugais 8z les Efpagnols y ont
auffi des poffeffions. Je commence par
Surinam. fondement de cette colonie fut
Le comme je l'ai dit, ,parles François.
jetté, adivité les portoit alors dans difLeur climats; & leur légéreté les emférens pêchoit de fe fixer dans aucun. Ilsabandonnerent cet établiffement, & y fuAnglois, Ces derrent remplacésparles
,
même de trois, même de quatre; car
les Portugais 8z les Efpagnols y ont
auffi des poffeffions. Je commence par
Surinam. fondement de cette colonie fut
Le comme je l'ai dit, ,parles François.
jetté, adivité les portoit alors dans difLeur climats; & leur légéreté les emférens pêchoit de fe fixer dans aucun. Ilsabandonnerent cet établiffement, & y fuAnglois, Ces derrent remplacésparles --- Page 342 ---
L A GUIA N E.
miers pouffoient leurs travaux avec
fuccès, lorfqu'ils furent attaqués par
la Hollande qui les obligea de lui céder
le terrein; & la Colonie fut affurée à
la République. Les premiers qui Thabiterent, furent quelques Zéelandois,
fous la proteéion des États de cette
province. Ces États les céderent à la
Compagnie des Indes occidentales 9
qui ne fe trouvant pas en état d'y enles fecours néceflaires, en acKoMEr un tiers aux magiftrats d'Amfterdam, un tiers à un particulier , & fe
réferva le refte. C'eft de ce partage
qu'eft yenu le nom de Société de Surinam, qui a toujours été depuis, fous
Fadminiftration de ces trois propriétaires.
Uniquement occupés du commerce,
les. Hollandois n'avoient jamais eu la
paffion de Pagriculrure, La colonie fe
reffentit 2 pendant quelque tems, 2 du
goût exclufif de fes nouveaux poffefieur.. A la fin, la Compagnie qui idonnoit des loix au pays, fit abattre des
du fol aux
bois - 4 partagea une partie d'efclaves; &
habitans, les pourvut
tout ceux qui voulurent occuper ces
serres, en obtinret la.propricté, en
s'engageant --- Page 343 ---
LA Gu I A N E.
s'engageant à payer fucceffivement 337
leurs produétions
de
de chaque
annuelles, le prix
poffeffion. Les difficultés
gui s'oppofoient à ce défrichement,
demandoient ce courage extraordinaire, qui ifaittout braver, cette conftance
plus gu'hiimaine, qui fait tout
ter. La plupart des terres
furmonde mettre en valeur, étoient qu'ils'agiffoit
de quatre ou cinq pieds d'eau couvertes à
marée; en multipliant les foffés chaque & les
éclufes, on eft parvenu à
fol humide &
deffécher ce
landois
marécageux; & les Holont eu la gloire de
l'océan dans le nouveau
dompter
l'ancien monde.
comme dans
La riviere, dont cette Coloniea
le nom, eft une des principales de pris
contrée. A deux lieues de fon embou- cette
chure, font placées, 9 de côté &
tre, des redoutes, plufieurs
d'au-
& autant d'hommes
batteries,
qu'il en
pour défendre ce paflage en tems faur, de
guerre. Ces redoutes font face
vaiffeaux qui voudroient
aux
fleuve, & avertiffent
monter le
qui eft au deffus de une fortereffe
fe tenir fur fes
gardes. On Pappelle le fort d'Amfterdam; e'le eft fituée aul confluent de
Tome XI,
p
ufieurs
d'au-
& autant d'hommes
batteries,
qu'il en
pour défendre ce paflage en tems faur, de
guerre. Ces redoutes font face
vaiffeaux qui voudroient
aux
fleuve, & avertiffent
monter le
qui eft au deffus de une fortereffe
fe tenir fur fes
gardes. On Pappelle le fort d'Amfterdam; e'le eft fituée aul confluent de
Tome XI,
p --- Page 344 ---
LA G UI A N E,
deux bras de la riviere, & en face des
redoutes. On y a çonftruit des magafins néceffaires pour toufes fortes de
munitions, & jufqu'à des moulins à
de la
vent 1e 3 pour moudre le grain
entre- garnifon. En tems de paix, on n'y
tient guere que cent hommes, 2 fousles
ordres d'un capitaine d'artillerie, qui
a le titre de Commandant. voulit faire de vioPour peu qu'on
les redoutes,
lence, après avoir paffé
arriver à ce Fort, on pourroit
pour de
rifques au milieu de
çourir
grands
vaiffeau ences trois feux. Lor(qu'un
fon
tre dans la riviere, il doit envoyer
.pafleport, & faire demander la permiflion de fuivre fa route. S'il manà ce cérémonial, on luitire un bouque
lequel il eft obligé de payer
let, pour florins. S'il perfifté, il en reçoit
quinze
dont le
double, & trir
un fecond,
s'il prix s'obftine. Unp plus
ple au entêtement troifieme, le feroit couler à
long
fond. S'il obtient le paffage, ildoit,
neuf coups de canon - 2 faluer le
Fort par qui lui en rend trois pour le ree
mercier. des branches de la riviere, oit
ef Une conftruite cette citadelle, a, d'un
des plantations de café; de l'aucôté, --- Page 345 ---
tre,des L A Gu I A N E.
maribo forêts jufqu'à la ville de 339
2 près du fort de Zclandia, Parainfinitéde continuant de monter 2 on trouve En
diflance de canaux, dont les bords, à une la
d'arbres qui plufieurs forment lieues, font ornés
verdure perpétuelle. une perlpedive de
les,on refpire un air Danslesinterval.
de parfums
frais, & embaumé
que répandent les
Plushaut, &
on découvre un orangers.
au deffus, un
petit tbourg,
occupés que
des village, Juifs. qui ne font
lieues plus
eft
Enfin, à fix
une
Tdar
tagne, avec des
grande mondes foldats, toujours Corpr-de-garde, où
furla conduite des Indiens. armés, veillent
fuivi le cours des autres
Je n'ai pas
les que la Copemane, la rivieres, telComovine, la Cotica, la Sarameca, la
&c; maisje fais que par Margwine,
des terreins
tout, ce font
cultivés, des
fertiles, de riches
plantations
plus charmans
habitations, & les
La ville de points de vue.
tout ce
Paramaribo, étoit
> capitale de
village OAéN par les Indiens. anciennement Elle
un
tuée ainfi quela
efti fide Surinam
fortereffe, &
fuur la riviere
douze milles dela 2
éloignée d'environ
mer, Elle ne contient
Pij
des terreins
tout, ce font
cultivés, des
fertiles, de riches
plantations
plus charmans
habitations, & les
La ville de points de vue.
tout ce
Paramaribo, étoit
> capitale de
village OAéN par les Indiens. anciennement Elle
un
tuée ainfi quela
efti fide Surinam
fortereffe, &
fuur la riviere
douze milles dela 2
éloignée d'environ
mer, Elle ne contient
Pij --- Page 346 ---
$40
LAGUIA N E,
guere que huit 1 cens maifons, ayant de
chacune un jardin. A Pexception
celles du Gouverneur & du Commandant, elles font toutes bâties de,bois,
mais avec beaucoup de
quoique fans fenêtres, à caufe de
15-45
grande chaleur.. Elles coûttent depuis
cinqjufqu'à vingt cinq milleflorins,tant
par l'énorme cherté du bois, que par
la néceffité de tranfporter d'Europeles
matériaux néceffaires à la conftrudion.
La pierre eft encore plus rare & plus
chere ; & la chauix manque totalement,
Le gouvernement occupe un des
corés de la place d'armes 2, près de
l'endroit oùt débarquent les étrangers.
Derriere, eft un fort beau jardin, par
lequel le Gouverneur. peut fe rendre att
fort de Zélandia, qui, comme je Fai
dit, n'eft pas loin de la ville, On voit,
dans prefque toutes les rues, des allées
d'orangers qui fleuriffent deux fois
lan, & répandent, en tout tems, une
odeur délicieufe. La rade' eft une des
plusbelles de P'Amérique :on y compte
aétuellement près de foixante vaiffeaux,
outre une infinité de : barques 9 qui
donnent à ce lieu un air très-animé.
Onnep peut difçonvenir néanmoinsque --- Page 347 ---
LA GUIA N E:
redoutable
Surinam ne foit un féjour fuceffivepourl la fanté. On y éprouve de fécherefle,
ment quatre faifons, deux rendentla tem-
& deux de pluie, qui faine. en Il y regne un
pérature très-mal
& les nuits font
équinoxe perpétuel;
s'expofent au
très-funeftes à ceux qui
Lorfferein après les chaleurs du haut jour.
le foleil eft à fon plus
degré,
que
embrafée produit, dans
T'atmofphere une fi forte diffolution,
les humeurs, 2
fi
& dans le corps, une tranfpiration toute
continue 9 fi abondante, dans 2 que Finftant au
Peau qu'on boit paffe comme, fi elle fortravers des pores,
Les mafoit d'une éponge comprimée. moins pur
telots refpirent un air encore
étouffur les vaiffeaux: : la chaleuryeft
du
fante, fur-tout lorfqu'on y a chargé enflamfucre, dont tles vapeurs prefque
Joila relpiration.
mées, interceptent
du climat,
gnez à cela T'inconftance
faifons fe
qui eft telle, que les quatre toutes dans le
fuccedent quelquefois
même jour. Les vents y font fréquens, violes tonneres des plus
impétueux & fouvent, 2
au milieu de la plus
lens ;
tous les météores
grande férénité 2
P 1i]
é enflamfucre, dont tles vapeurs prefque
Joila relpiration.
mées, interceptent
du climat,
gnez à cela T'inconftance
faifons fe
qui eft telle, que les quatre toutes dans le
fuccedent quelquefois
même jour. Les vents y font fréquens, violes tonneres des plus
impétueux & fouvent, 2
au milieu de la plus
lens ;
tous les météores
grande férénité 2
P 1i] --- Page 348 ---
L A: GuI A N L.
réunis femblent avoir confpiré ladef
truéion totale de la Colonie.
Ici, comme aux Antilles,
prefque toutes les contrées 3 de & dans
rique méridionale
PAméfortes
2 on compte trois
d'habitans: les
Noirs
& les naturels du
Blancs,les
different
pays.. Ces derniers
peu des autres fauvages, &
principalement des Caraibes, dont ils
la portent le nom, & paroiffent avoir
même origine, Ce font les mêmes.
traits, 9 la même couleur, la
taille, les mêmes
même
ornemens, la même
les parure. A légard des moeurs, ce font
mêmes vices & les mêmes vertus 5
même refpeét pour les vieillards, même
fimplicité, 3 même indolence 7 même
cruauté envers leurs prifonniers, même
amour pour la liberté, même
ment pour le Chriftianifme. Ils éloigne- ont auff
les mêmes ufages, les mêmes amufemens 9 les mêmes cérémonies les
mêmes armes', la même nourriture 2
mémeslogemens, mêmes
en un mot, ce que j'ai dit occupations; des fauvages des Antilles, convient
à
ceux de la Guiane, Ils vivent également en
avec les Hollandois, par le foin qu'on paix --- Page 349 ---
LAGUIA N E.
à de leur faire rendre juftice, moleftés. 2 & d'em- Ils,
pêcher qu'ils ne foient
fecours,
font d'ailleurs d'un très-grand d'occafions,
& même dans une infinité
abfolument néceffaires à la Colonie:
forment la partie la plus
Les Negres des habitans de Surinam.
nombreufe ils font tirés des mêmes réComme ceux de nos ifles, il n'y a
gions que
celle qui
de différence entfeux , que
fous
peut provenir du gouvernement exemple, fi
lequel ils vivent, affranchir Ici, par fon efclave $
un Maitre veut
fait du prix de fon
outre la perte qu'il
d'acheter
Negre, il eft encore obligé franchife, fans
fort cher des lettres de
être infaucun Noir ne peut
lefquelles fruit dans la religion chrétienne 2 5 ni
baptifé. Il faut de plus 3 que &z F'efclave foit en
ait appris une profefion, fans
c'eft
état de gagner fa vie ;
quoi, de
encore au Maitre à Pentretenir , Coqu'il ne foit à charge aux de NeRear De-là il réfulte que gC" chriftiagres font ici profeffion confifte à croire
nifme. Leur religion
qu'ily a un Dieu : mais ils ne de peuvent fe lis'empêcher en même tems, idolâtres. Ils
vrer à des fuperftitions
Piv.
ris une profefion, fans
c'eft
état de gagner fa vie ;
quoi, de
encore au Maitre à Pentretenir , Coqu'il ne foit à charge aux de NeRear De-là il réfulte que gC" chriftiagres font ici profeffion confifte à croire
nifme. Leur religion
qu'ily a un Dieu : mais ils ne de peuvent fe lis'empêcher en même tems, idolâtres. Ils
vrer à des fuperftitions
Piv. --- Page 350 ---
L'A GUI AN E.
font choix d'un animal qu'ils adorent;
& chaque famille a le fien; car le fils
n'en connoit pas d'autre a , que celui de
fon
Ce culte abfurde ne s'éteint
PENs ceux qui, éclairés des luque mieres de la foi, ont demandé & reçu
le baptême. Le nombre en eft petit,
par les difficultés qu'ils trouventà obtenir leur liberté.
d'un
Lorfqu'un Negre devient pere
enfant mâle, il va prier fon Maitre de lui
donner un nom ; fi c'eft une fille, il
s'adreffe à la Maitreffe. Le premier
mot qu'on leur apprend à prononcer >
eft, Bon jour, Maitre;1 le premier fenti-,
ment qu'on leur infpire,c'ef de re(pecCe refpeêt.va f
ter leurs fupérieurs.
de leurs
loin, que quoique très-jaloux
d'en
femmes, les Negres fe font gloire
être trahis, fi c'eft avec leurs Maitres
qu'elles ont à faire; au lieu qu'ils les
empoifonneroientheles & leurs amans,
de
liaifon,
s'ils s'appercevoient quelque e Noir.
foit avec un Indien, foit avec un
Jufqu'au moment de leur délivrance 2
les Négreffes ne font jamais incommodées de leur groffeffe; & il ne leur arrive aucun des accidens fi communs
à nos femmes d'Europe. J'ai vu une --- Page 351 ---
LA GUIA N Ei
pour avoir comde ces efclaves, qui,
cinq ou
mis une faute grave; d'accoucher, , reçut',
plus
fix heures avant que de fouet fur les
de cinquante coups
fon enfant au
fefles, & n'en mit pas
monde moins heureufement. quis'eft for:
J'eftime que la population de Surinam, ou à pen
mée fur lesbords
fe monte à plus
de diftance dece fleuve, Noirs 8 de quatre
de cinquante mille
césdermille Blancs. On compte, parmi des freres
niers, des rettestrancolt des Juifs. Il In'eft
Moraves, & fur-tout
fur la terre,
peut-être pas d'empire foit fi bien traitée.
oùr cette nation feulement laiffé la liOn ne lui a pas fa religion, d'avoir
berté de profeffer
de terminer
des terres en propriété 2
s'élevent
elle-méme-les différends.qui elle jouit encore
entre fes membres à , tous les citoyens 9
du droit commun
généd'avoir part à ladminiftration de l'efprit
rale. Tels font les progrès fait taire tous
de commerce, nation quil & de religion
les préjugés de
qui doit lier
devant Pintérêt, général
tous les hommes. Marons forment un
les redoutable, Negres
qui a fouvent mopeuple
Pv
s'élevent
elle-méme-les différends.qui elle jouit encore
entre fes membres à , tous les citoyens 9
du droit commun
généd'avoir part à ladminiftration de l'efprit
rale. Tels font les progrès fait taire tous
de commerce, nation quil & de religion
les préjugés de
qui doit lier
devant Pintérêt, général
tous les hommes. Marons forment un
les redoutable, Negres
qui a fouvent mopeuple
Pv --- Page 352 ---
L A Guri N
lefté la Colonie. Le
fait les plus grands efforts gouvernément a*
tre leur tête à prix,
3 jufqu'à metl'obéiflance. Ils s'en font pour les ramener à
cageant les plantations vengés, en facen engageant les autres pendant la nuit,.
dre. ger leurs Maitres, & à efelavesaégore les venir
Ils ont barré les chemins à joinont voulu les attaquer;ils
ceux:
R de tous les
ont propour multiplier avantagas les
du terrein 2
menter la dificulté obftacles, de les 9 & augCes peuplades errantes tombent pourfuivre.
pinément, tantôt fur un côté de ino- las
Colonie, tantôt fur un
piller des
autre, pour
terles richeffes fubiftances, de
pour y MoUeE
les troupes font dans leurs tyrans, En vain:
nuelle,
une activité contidre un pour ennemi contenir fi
ou pour furprenfecrets le mettent dangereux. à labri
Des avis.
pieges, & dirigent
de tous les.
les lieux fans défenfe, fesincurfions Il
vers.
voir ce peuple efclave dans me femblequi, réfugié dans les déferts l'Egypte de
>
rabie
PAtâta tous 2 erra les durant quarante ans 2cela, les entama peuples voifins, 2- les hartour à tour,
légeres & fréquentes
&iparde
para l'invafion de la Paleftine, incurfions, On préeft --- Page 353 ---
N E.
L A GUIA à négocier avec
aduellement occupé de paix ; & lon
ces Negres un traité leur envoyer 7 par un
parle déjà de
de Paradétachement de la garnilon
Voiconvenables.
maribo, les préfens
doivent être
ci, m'a-t-on dit, quels
de
& les conditions
les préliminaires
ce traité, Confeillers & un Secretaire
< Six
la Régence; &
5> feront députés Marons, par il y aura feize
5) du côté des
habiter la
dont fix viendront
> Chefs,
fervir d'otages 5, avec
5) capitale femmes s- pour &cleurs enfans. On
9> leurs
de ne
TRRAC
à leur nation,
plus
> mettra 8 il fera permis à chacun
5> quiéter ; s'établir oi ilvoudra. Mais
5> d'eux, de
à ne pas augmenter
>> ils s'engageront à rendre les déferteurs
5 leur nombre, fe joindre à eux, &
> qui voudroient fecours à la Colonie en
>> à fournir du
On Ieur permettra
5 tems de guere.
avec les Blancs ;
5> auffi de commercer comme une na5) &ils feront regardés & libre, avec laquelle
5) tion voifine de vivre en bonne intelli-
>> On defire
$ gence >.
vingt - fept mille de
On compte
ils peuvent deges Negres Marons;
Pvj
rendre les déferteurs
5 leur nombre, fe joindre à eux, &
> qui voudroient fecours à la Colonie en
>> à fournir du
On Ieur permettra
5 tems de guere.
avec les Blancs ;
5> auffi de commercer comme une na5) &ils feront regardés & libre, avec laquelle
5) tion voifine de vivre en bonne intelli-
>> On defire
$ gence >.
vingt - fept mille de
On compte
ils peuvent deges Negres Marons;
Pvj --- Page 354 ---
L A. G UIA N E:
venir plus nombreux; car ils ont prefque tous des femmes; 8 au défaut des
Négreffes, les Indiennes ne les rebutent Les pas. Européens établis à Surinam n,
ou cetix qui font nés de peres Européens,compofent la troifieme claffe des
habitans. Iiregne entr'eux une liberté
que nous ne connoiffons point dans
nos pays. A la ville, comme à la campagne, en compagnie, comme dans
comme chez
fon particulier, 2 ailleurs,
ni moins
foi, rien n'eft plus fimple,
recherché, que la maniere générale.de
fe vêtir. L'habiliement ordinaire e, à
moins qu'on ne faffe des vifites de cérémonie, eft une vefte blanche, un
bonnet de coton, 82 un chapeau par- 1
deffus. Il eft pourtant des occafions,
oit l'on étale le luxe & la fomptuofité
dansles habits. Nos modes fe répandent
dans ces contrées, peu de tems après
qu'elles ont étéinventées en Europe; &
cette efpece de femmes, à qui le defir
de plaire ne permet pas de fe négliger,
ne font, nil les feules, ni même toujaurs
les premieres àles fuivre. Aufliya-t-il;
dansla ville, un grand nombre de boutiques très-bien fournies en tout genre --- Page 355 ---
L A GUI I A N F;
349 -
Le drap, le velours 5
de marchandifes.
d'or & d'argent s
les étoffes, les galons mais tout y eft à un
tout y abonde ;
vient de
prix exceffif, parce que touty," ici de madehors, & qu'on n'a point fur-tout la
nufaétures. Vous admireriez
de tablancheur éblouiflante du linge
les
ble, & du linge de corps ; ce.font
Négreffes quile lavent & le repaffent.
les cordonOn vante 9 en Amérique, de la Jamainiers de Saba, les tanneurs
& les blanchiffeufes de Surinam.
que, Les tables y font fervies abondam- trèseles vivres y foient
ment, quoiquiel La viande de boucherie fe vend
chers.
fols la livre de pain : la
dix fols; cinq
coûte le
volaille n'eft pas ce qui
plus.
Les riches ont, dans leurs plantations, 7
& chaffeurs, qui
des Negres pêcheurs
ni de poiffon
ne leur laiffent manquer,
ni de gibier : & quoiqu'on ne recueille en
point de vin dans le pays, O1l n'y moins
confomme pas moins., ni colonie. de
La
bon, que dans toute autre de ces tables
délicateffe & Pabondance
nombre
font encore relevées par un
Hold'efclaves, qui donnent à cesgros
l'air d'opulence 82 de fafte,
landois,
feis
qu'on ne pardonne qu'aux grands
gneurs.
on
ne leur laiffent manquer,
ni de gibier : & quoiqu'on ne recueille en
point de vin dans le pays, O1l n'y moins
confomme pas moins., ni colonie. de
La
bon, que dans toute autre de ces tables
délicateffe & Pabondance
nombre
font encore relevées par un
Hold'efclaves, qui donnent à cesgros
l'air d'opulence 82 de fafte,
landois,
feis
qu'on ne pardonne qu'aux grands
gneurs. --- Page 356 ---
LA G UIA N É,
Un Surinamois fe leve avecle foleily
e'eft-à-dire, à fix heures. A peine il eft
debout
prend fon thé ou fon
5 qu'il
fes Negres couvrent
eafé,pendant que
la table, pour fervir le déjetiné, quife du
fait dans toutes les maifons, avec
jambon,ou autres viandes falées, accompagnés debeurre, de fromage, de
bierre forte & de vin de Madere. Cette
table refte ainfi dreffée jufqu'à neuf
heures, pour tousles amis quife pré- il
fentent. Après ce fecond déjehne, dans fa
s'occupe de diverfes affaires & fe
maifon, jufqu'à onze heures,
rend à labourle. C'eftune efpece de cabaret, oûi il boit du ponche , du vin
ou de la bierre 5 jufqu'à une heure Ce 5
qu'il fe retire chez lui pour diner.
fepas eft bientôt fuivi de la méridienne, à
A quatre heures on fert Te thé; &
cing, il retourne à la bourfe, s'amufe
àdifférens jeux, ou fe promenejufquar les
fouper. Il va rarement en caroffe Suri- ;
voitures font peu communes à
nam; il faut les faire venir d'Europe ;
& les frais, ainfi
l'achat & l'entretrès-conteux. Je
tien des chevaux, 2
Jont
& cinq
ne connois quele Gouverneur,
ou fix des principaux de la ville > qui --- Page 357 ---
LA GUI A N E.
35F
aient équipage. Quelques autres ont
la camune chaile, uniquement pour marche dans
pagne ; mais perfonne ne
lui
les rues, fans avoir un Negre qui de
porte un parafol.-Les femmes ont
plus, quelques fuivantes quiles accompagnent. En parlant autrefois des dafait le
mes de Batavia, , jai prefque même
portrait de celles-ci; c'eft le
falte, le même orgueil, la même
la même dureté
leurs
Iete
rance,
pour la mêclaves, la même nonchalance,
me moleffe.
Il n'eft permis qu'aux Anglois, ou à
de la
ceux qui dépendent uniquement
Société de Surinam, de faire le coumerce dans la prentcrAucunvailisus
de quelque nation qu'il foit, pas même
ceux des autres états de Hollande, ne'
peuvent entrer dans le port 2 pour
de %
négocier. Les Anglois apportent
viande, du poffon falé, du tabac en
feuilles, des planches de fapin, de la
farine des chandelles, &c; ils reçois
vent en 2 échange de la mélaffe pour faire'
Ieur rum : c'eft la feule marchandife
qu'ilspuiffent emporter; fans cette condition, l'entrée du port leur ferpiting
terdite,
ne'
peuvent entrer dans le port 2 pour
de %
négocier. Les Anglois apportent
viande, du poffon falé, du tabac en
feuilles, des planches de fapin, de la
farine des chandelles, &c; ils reçois
vent en 2 échange de la mélaffe pour faire'
Ieur rum : c'eft la feule marchandife
qu'ilspuiffent emporter; fans cette condition, l'entrée du port leur ferpiting
terdite, --- Page 358 ---
LA GUI A: N E.
de la
Les Hollandois 2 dépendans
fourniffentle
de vin,
Compagnie, de
fortes, PrE beurre,
de bierre, liqueurs
*
de bas,, de
de fromage 2 d'épifferies, de toile & d'hafouliers, de chapeaux,
nécefbits, toutes chofes d'autant plus
faires, qu'on n'a ici, que deux bou-: cordonniers, deux tailleurs, deux
deux charpentiers 1 5 un maTangers $
mais en récomçon, & un maréchal;
de médepenie, on y voit beaucoup
cins, de schirurgiens 82 d'apothicaires. efclaves à
Il eft vrai qu'on forme les commeils
soutesfonteidemeieng mais
fervir
leurs Maîtres, le
ne peuvent
que.
rrecours
reftedela ville eft obligéd'avoir
àce peu d'ouvriers qui font dans,la capitale, Il eft facile de juger que cej petit de
nombre ne peut fuffire à P'entretien Europlus de quatre mille habitans ,
péens ou Créoles, fans y comprendre
onze ou douze censhommes de troupes
réglées, qui font au fervice de la Colonie.
fous les ordres dut
Ces troupes nommé 3
Colonel en chef
Gouverneur,, la Société, 8c breveté par leurs
par
font divifées en
Hautes- Puifances,
chacun à leur
deux bataillons. Ils ont --- Page 359 ---
N É.
L 1e A GUtA Colonels, quatre
tête deux! Lieutenans de Lieutenans, &
Capitaines, autant fubalternes, le tout à
d'autres officiers
& de la Compala folde de la Hollende indépendamment de
gnie de Surinam.
les habitans
ces troupes régulieres, un
de
entre eux
régiment doit
compofent
dans un befoin 2
milice, qui,
étant
à combattre,
fe trouver prér d'armes, de plomb &
toujours muni la défente de la
de poudre 5 pour
ROX
vince. C'eft à quoi les vifite Capitaines générale. 2
vent veiller par une Vannée, fuivantles
quife fait deux fois
Il en eft de
Ordres du onvernensty rivieres oi ily, a des
mème des
Jane
tations: chaque fleuve a plufieurs corps défions , qui forment de fe petits rendre à leurs
tachés, & doivent
de ca
départemens a 7 aul premier coup
non tité en figne d'alarme. de la CoDans les commencemens & quelques
lonie 2 le Gouverneur
de tous
membres du Confeilingeoienr dernier reffort &
les différends, en nombre des Colons
fans appel. Maisle
font deveayant augmenté, 2 les procès les affaires plus
nus plus importans conteftations 9
plus fré:
mulnplices, les
rendre à leurs
tachés, & doivent
de ca
départemens a 7 aul premier coup
non tité en figne d'alarme. de la CoDans les commencemens & quelques
lonie 2 le Gouverneur
de tous
membres du Confeilingeoienr dernier reffort &
les différends, en nombre des Colons
fans appel. Maisle
font deveayant augmenté, 2 les procès les affaires plus
nus plus importans conteftations 9
plus fré:
mulnplices, les --- Page 360 ---
LA GUIA N E.
fant quentes. la Les nouveaux venus, en par
mer, apporterent avec eux l'efprit de chicane , qui obligea d'établir
divers tribunaux,oh ils puflent
d'un premier jugement à une Cour appeller fupérieure. Ce n'eft pas que les membres
de ces différens Confeils foient fort verfés dans l'étude des loix. Ce font des
hommes fages, honnêtes &
qui, comme nos Confuls ou nos integres Baillis, s
&les jugent fuivantla droiture de leur coeur s
lumieres d'un gros bon fens.
Le Gouvérneur eft le Préfident né
de tous ces tribunaux de
Le
judicature.
de premier,appellé Juftice
Cour de Police &
criminelle, ef compofé de
douze perfonnes choifies entre les prinEipaux habitans, & nommées par eux,
On 'ne peut alpirer à ces places, fans
avoir des biens fonds dans le
Elles font toutes à vie, & ne
pays,
tent que de lhonneur. Le
rappora le titre de juftice civile, eft fecondrqui formé de'
douze membres élus par ceux du
mier tribunal. Ily a appel de leurs PAC:
cilions en Europe, au Confeil de leurs
Hautes-Pufances, Auffi font-ils totalement indépendans des premiers; & ils
fequalifent,comme eux, de Cour fou --- Page 361 ---
LA GU I A N E
veraine. Le troifieme enfin, eft une pex
oùt fe portent les affaitite jurifdiction, inftance, ou de peur
res en premiere
a droit de
de valeur. Le Gouverneur derniers Gonpréfider auffi à ces deux être changés
feils; &, les juges peuvent Sans être excédé si
tous les qhatre ans.
cette foule de
comme en France dévorent 5 par
la fublance
gens de loix, qui & fondent For desi
de leurs cliens,
il
dansle creufet delajuflice,
plaideurs
encore ici un affez
y en a cependant fatisfaire le goit
grand nombre, pour chicane.
de ceux qui aimentla qui aient cours à
Les feules efpeces de Hollande, à-la
Surinam, font celles
de trois fols,
réferve d'une perite piece
:
ont introduite
que les Portugais ela plus y bafle; & l'on ne
ceftlamonnoic acheter au-deffous de cette
peut rien
font réglés dans les
valeur. Les repas fous par tête, fans
auberges à quarante
trente.
le vin ; & la bouteille en coûte
eft pasa cher, parce:
Le logement n'y dans des hamacs.
qu'on ne couche que
des
Le marché des fruits,
légumes la mai-
& des efclaves, fe tientdevant & belle
fon de ville, 2 dans une grande haut de
place garnie d'orangers.Le
onnoic acheter au-deffous de cette
peut rien
font réglés dans les
valeur. Les repas fous par tête, fans
auberges à quarante
trente.
le vin ; & la bouteille en coûte
eft pasa cher, parce:
Le logement n'y dans des hamacs.
qu'on ne couche que
des
Le marché des fruits,
légumes la mai-
& des efclaves, fe tientdevant & belle
fon de ville, 2 dans une grande haut de
place garnie d'orangers.Le --- Page 362 ---
LA
cette maifon eft GUIA N E.
vin. lis'y faitle deftiné au fervice di
landois,
dimanche matin en hol
a des minifres : P'après-midi en françois:
de P'une & del'autre Ily
tion; à quilon donne d'affez bons napointemens. Les Luthériens ont apéglife fuperbe, & les Juifs
une
&.1 Portugais, detix
Allemands
auffi établi une
finagogues. On a
l'on reçoit les efpece d'hôpital, oùt
orphelins
perlonnes agéesy & les
né,
indigens.Ile eft fi bien
qu'on n'eft point.accablé gouvera
multitude de mendians
par cette
millent la plupart de , dont fourrope, Les Direéteurs font nos villes d'Eugés de veiller fur ceux qui encore charteftament : ils avertiffent les meurent fans
& leur remetttent les
hénitiersy
avoir tiré, pour leur falaire, fonds, dix après err
Cent de provifion.
pour
Les tevenus de la Société de
nam confiftent en différens
Suriles habitans doivent payer impôts, à
reaux. Dans
divers Buc
impofés fur Fun, on perçoit les droits
merce, fur toutes les parties du comrées qui 7 fortent les vaifeaux, fur les dencharpente,
du pays, furle bois de
Rie, On quife fabrique dans la Colocommence par prélever l'ar- --- Page 363 ---
L A GUIA N E.
gent néceflaire pour payer la garnilon;
le refte eft remis aux eft Allociés. celui de la caLe fecond bureau
hapitation, pour lequel on prend par fols,
bitant, blanc ou noir, vingt-cing
année, depuis trois ans julqu'à
chaque
fols, depuis douze
douze ; & cinquante Les Blancs, qui ne
jufquatoixante ans.
en font
font point nés à Surinam 9
anpendant les dix premieres
exempts
dans la province. La
nées sde leurféjour
ou en fucre,
taxe fe leve ou en argent,
le
fur le pied d'un fol la livre, 9 dont toute
Bureau tient compte eaux admife.Le Aflociés; Gou4 autre denrée n'eftpoint de ces recettes, 2
verneur peut difpofer & n'eft comptable
comme il lui plait,
qu'envers la Compagnie.
les
Les autres i ureaux regardent l'entrée
achats, les.ventes, Pinduftrie, fortes, Pimpôt
des vins, des liqueurs
les beffur'les maifons, les vendeur équipages, eft tenu de
tiaux, &c. Tout
& l'achèteur
payer un certain droit', 7
un fol par livre, pour ce qu'ila de acquiert. déclarer
Chaque habitant eft obligé qu'ilfat dans,
par ferment, le gain clair & d'en donner
le courant de Vannée, fubvenir aux frais des
pne partie pour
, Pinduftrie, fortes, Pimpôt
des vins, des liqueurs
les beffur'les maifons, les vendeur équipages, eft tenu de
tiaux, &c. Tout
& l'achèteur
payer un certain droit', 7
un fol par livre, pour ce qu'ila de acquiert. déclarer
Chaque habitant eft obligé qu'ilfat dans,
par ferment, le gain clair & d'en donner
le courant de Vannée, fubvenir aux frais des
pne partie pour --- Page 364 ---
LA GUIA A N E.
détachemens qu'en envoie contre les
Negres Marons. L'argent
la taxe fur les maifons & provenant fur
de
tiaux, eft deftiné à l'entretien les bef.
mins & des piaces
des chefions du clergé
publiques. Les penniftres, fe
2 ceftà-dire, des Mide
prennent fur limpôt du vin,
boiffons l'eau-de-vie, de la bierre, & autres
enivrantes.
Je fuis, &c.
A Surinam, ce 24 novembre 1750.
P.S.Je pars demain
la
ne avec un chien, un pour Cayenraibe, à pied comme Negre, un Caeux, ou n'ayant, de plus éux, nud comme
gillet de coton, & un caleçon qu'eux de qu'un
Nous irons en - chaflant , & ne toile.
vrons de route que celle du
fuiLes bêtes que nous
caprice,
* nous ies
tuerons, le Negre
cuifinier; apprérera le
; il me fervira de
Sauvage,
chien, de compagnie ; le
d'interprete.
6 - he
D --- Page 365 ---
SUITE DE LA GUIANF.
LETTRE CXXXV.
SUITE DE LA GUIANE,
Mucxt les courfes des Européens
& de e quelques Miffionnaires 9 l'intérieur de çe pays n'eft connu que trèsimparfaitement, C'eft encore une terre
vierge,, qu'aucun prince jufqu'à préfent, n'a tenté de conquérir. A'mefure
nous nous éloignions de la côte 9
que
fembloit s'élever; & nous
la trouvions campagne entre les arbres 2 des ter2 découverts, mais
reins plats
quelquefois des
prairies marécageufes, quifer
vent de retraite aux caimans. Les fauts,
qui interrompent le cours des fleuves,
font un fpeétacle pour les voyageurs, à de
Vous favez qu'on donne ce nom
rochers, qui barrent le lit des rigros vieres, & forment des chûtes d'eau
plus ou moins grandes, fuivant la hauteur des terres. Ils s'étendent quelque- oblifois à plus d'un quart de liene, &
gent les Indiens de quitterleurs canots,
de les iffer, & de les tranfporter beau-
de retraite aux caimans. Les fauts,
qui interrompent le cours des fleuves,
font un fpeétacle pour les voyageurs, à de
Vous favez qu'on donne ce nom
rochers, qui barrent le lit des rigros vieres, & forment des chûtes d'eau
plus ou moins grandes, fuivant la hauteur des terres. Ils s'étendent quelque- oblifois à plus d'un quart de liene, &
gent les Indiens de quitterleurs canots,
de les iffer, & de les tranfporter beau- --- Page 366 ---
SUITE DE LA GUIANE:
coup au delà. Ily en a, &, qui, pour s'é:
pargner cette peine, ont la hardieffe de
franchir ces cafcades, dont la rapidité
caufe de.l'effroi. Il en coûtte fouvent la
vie aux Européens qui veulent les
imiter.
Après plufieurs jours de marche ,
nous arrivâmes dans une bourgade de
-fauvages, dont le Chef, âgé de cent
à une longue expérience,
ans,joignoit -
une fanté robutte, & une préfence d'efpricadmirable, Ilavoit été, dans fa jeuneffe, à l'ifle de Cayenne, oû le.commerce des François lui avoit appris à
connoitre" la différence des nations
-& celle des hommes. Il parloit notre
-langue avec affez de facilité ; & la
quaiité de François me procura un
accueil
me charma. 4 J'ai, tou5 jours ae votre nation, me dit il;
> . vous n'êtes point venus dans ces contartrées éloignées, 2 comme les autres
"$ Européens, s pour y détruire notre
>> race. Vous n'avez pas mêine attenté
9> à notre liberté; & en devenant nos
>> voifins., vous n'avez pas entrepris de
> nous rendre vos efclaves. Vous nous
2 avez traités çomme des hommes ; 8c
> nous --- Page 367 ---
SUITE DE LA GUIANE:
36E
comme nos
9 nous vous regardons freres >.
> amis, comme nos
favoJe profitai de ces difpofitions
m'infinuer de plus en plus
rables, , pour
du Vieillard.Son
dans les bonnes graces & l'excellence de
grand age, fon efprit
des éclair.
famémoire, me firentefpérer
ciffemens fur Pintérieur du pays - 2 &
fur la fameufe ville d'Elfpécialement dont les Elpagnols ont raDorado, tant de merveilles. ( Vous n'êtes
conté
9> pas,reprit il,le premierFrançois
de cette
ase
région
55 m'ait parlé
donner
& pour vous
quel-
> leufe ;
voici, continua-til,
* que fatisfattion,
d'avoir fouvent
9> ce que je me rappelle dans mon enfance,
% entendu vieille répéter femme, qui paffoit pour
9 à une
&
nous appellioss la
>> forciere,
que
Ouaco, difoit-
> folle. Mon pauvre le nom de fon mari)
* elle (c'étoit des hommes à longues
>> fut pris par Elpagnols ), qui venoient
>> barbes (les 8 obligé de leur fervir
> de POrient, & de guide dans la re5 d'interprete d'une ville toute d'or. lls
> cherche
d'abord dans un
>. arriverent habitans ontles
ERa
>> dont les
bouche dahs yeux la- poitrine 5
s épaules. 9 la
Q
Tome XI,
de fon mari)
* elle (c'étoit des hommes à longues
>> fut pris par Elpagnols ), qui venoient
>> barbes (les 8 obligé de leur fervir
> de POrient, & de guide dans la re5 d'interprete d'une ville toute d'or. lls
> cherche
d'abord dans un
>. arriverent habitans ontles
ERa
>> dont les
bouche dahs yeux la- poitrine 5
s épaules. 9 la
Q
Tome XI, --- Page 368 ---
361 SUITE DE LA GU:ANE, c'eft la
$ & les cheveux fur le dos :
redoutable de toutes les nations,
9 plus
font des arcs & des
9 Ses armes qui trois fois la
des
9> fleches, ont
grandeur elle
>> nôtres. Le poifon dans lequel &
les
eft toujours mortel,
trempe, des douleurs effroyables, qui
9 caufe les bleffés dans une efpece de
9 jertent Ils deviennent noirs ; & la
* rage,
exhalent s eft infup-
> puanteur qu'ils Je n'oblige perionne à me
> portable.
s çroire,
ne firent point de mal
m Cespeuples
& les laifferent paffer
9 aux Elpagnols, fur leurs terres. Mais
s tranquillement
des hom9 plus loin, ils rencontrerent firent périr
$ mes plus méchans, quien effort,
99 une partie 9 fans autre
& que de
5 de les inveftir dans une vallée, la fu9 mettre le feu aux herbes, dont
Je
la flamme les étoufferent.
99 mée &
croire.
$ n'oblige perfonne à me frontiere de la
> Cette vallée eft
font
* ville d'or ; & les habitans ne
en éloigner les étran9 occupés qu'à
ne font
Mais fi ces derniers
pas
$ gers.
d'armée 9 & qu'ils
* réunis en corps être attirés que par la
# paroiffint n'y l'envie de faire fortune,
P curiplité, ou --- Page 369 ---
SUITE DE LA
9 ils ne
GUTANE: 363
> tement. reçoivent On fe aucun mauvais trai9) cher les
contente de leur bou-
>) gardes yeux, > & de leur donnerdes
pour les
9> renvoie enfuite accomp: gner, Onles
N métal y eft
chargés d'or; car ce
9 des montagnes nicommun, qu'ony voit
9) Les
quicn iont couvertes,
Efpagnols en
9) de fort loin, toute apperçurent une, 9
9> mans & de
éclatante de dia-
> perfonne à me pierreries. creire. Je n'oblige
> Cette vue anima leur
9 firent une marche
ccurage; ils
p la crainte
fo:cée ; & dans
9 vinflent avec que d'aurres Européens ne
9)
eux
ces
fors, leur général mit partager
tré9) en corps de bataille, & tour le monde
S fion du pays,u nom du prit poffef9> que d'E/pagne. 4
grand Caci9 foldats, vcus favez Amis, dit-1, fes
9 fuis
quels foins mie
donnés, 2
je
a fant état de la pour découv.ir le puif
s me d'El-Dorado: Gurane, le richercyett9 d'en recueillir le voici le moment
$> charge, vous,dom fiuir; airfi je vous
$9 mon lieutenant, de François lever
Carillo,
3 qui ieft à terre, & de la cette croix,
a FOrient P. Carillo
tourner r vers
> mée fe mit à
obéit; ; toure l'argencux, fit fa priere; le
Q ij
je
a fant état de la pour découv.ir le puif
s me d'El-Dorado: Gurane, le richercyett9 d'en recueillir le voici le moment
$> charge, vous,dom fiuir; airfi je vous
$9 mon lieutenant, de François lever
Carillo,
3 qui ieft à terre, & de la cette croix,
a FOrient P. Carillo
tourner r vers
> mée fe mit à
obéit; ; toure l'argencux, fit fa priere; le
Q ij --- Page 370 ---
SUITE DE LA GUIANE.
$64
prit une taffe pleine d'eau;
97 général la but. On lui en préfenta une fe-
$ &
il jetta l'eau à terre, auffi
> conde;
tira fon épée, & cou-
$ loin qu'il put, étoit autour de lui,
>>
Pherbe qui de Dieu,je me rends
s> Trat dit; ( Au nom
ma
maitre de cette contrée 9 pour
9)
& pour le Roi mon fouverain
> nation, Après quoi lon fe remit à
9 feigneur. & tous les affiftans répon9
;
défendroient cette con-
>>
qu'ils
de
SarT
la derniere goutte
S>
jufqu'à
fang,
lieues
STE
>> Le Général pénétra deux
loin, & arriva dans un village;
>> plus
trouvant le plus fort, il fut
> olt, fe
d'amitié par le
> traité avec beaucoup fit préfent de quan2>
Cacique, quilui
ordre de luide-
> tité d'or. Ouaco eut
métal. Ilréd'oà il tiroit ce
>> mander
voifine, oit
d'une province
S> pondit:
Pherbe avec fa racine
>> en arrachant tient après, on jette
5 & la terre qui dans de grands vaif-
$> Pune &z Pautre on les a bien lavées, on
$9 feaux : quand lor le plus pur, Je n'oblige
Sp en tire
croire,
# perfonne à me habitans en avoient des
*> Tous les
& des pendans
sfur Teftomac,
9 plaques --- Page 371 ---
SUITE DE LA GUIANÉ. 365 G
9 d'oreilles. Le Cacique ajouta haches que
lui
des
9 on vouloit
apporter
il don-
> des fabres, ou des couteaux 9 d'or.
5 neroit en échange des lingots & pour
* Onl lui en fit venir auffi-tôt; il donna un
de fer,
9 chaqueinftrument d'or fin de la
du
>> morceau
groffeur
Le Général fe rendit maitre de
>> bras.
affeéta de ne té5 fa joie ; & fa troupe
à la
> moigner aucui empreffement Je n'o-
>> vue de toutes ces richeffes.
>> blige perfonnel me croire.
étoient tranquilles s
>> Les E/pagnols
efpérances 5
>> dans les plus agréables. de la
on vint
$> lorfqu'au milieu
nuit,, de la mon-
>> leur dire que les peuples
fe mettoient en mouvement
> tagne
: Ici, la for-
> pour les attaquer. G elle n'eût plus été
> ciere, comme du fort de fon cher
>> occupée fe que livroit à des hurlemens 5
> Ouaco,
d'achever
> qui ne lui permettoient pas
> fon hiftoire.
contiwlly a bien de Papparence Caftillans
>> nua le vieillard, que la réfiftance les
des
> furent arrêtés par
à moins ?
> peuples de la montagne ;
le
> ajouta-til, qu'on ne prenne croire de parti ces
* plus fage, de ne rien
Qiij
comme du fort de fon cher
>> occupée fe que livroit à des hurlemens 5
> Ouaco,
d'achever
> qui ne lui permettoient pas
> fon hiftoire.
contiwlly a bien de Papparence Caftillans
>> nua le vieillard, que la réfiftance les
des
> furent arrêtés par
à moins ?
> peuples de la montagne ;
le
> ajouta-til, qu'on ne prenne croire de parti ces
* plus fage, de ne rien
Qiij --- Page 372 ---
366 SUITE DE LA
9 contes de vieilles GUIANE.
9> dis je, ce que n'ont femmes. C'eft, lui
9 gnols; car On
pas fait les Elpa-
>) tretenoient
prétend qu'ils nes'en9) de la découverte alors, à Carthagene, que
9> d'entr'eux écrivoit d'El] Dorado. Un
>> qu'il étoit arrivé à un de fes amis, 9
>> une
une frégate 9 avec
5> du poids bus-Bisanterque de
d'or maffif,
9 C'étoit,
quarante-fepr quintaux.
$ grande difoit-on, la divinité d'une
9 ayant pris province, la
dont les habitans
réfolution
>> le chriftianifme,
d'embraffer
>> par fe défaire de leuridole. avoient commencé
s Ce qui doit le
9 qui connoiffent le plus étonner ceux
> de
génie des peuples
TEurope, 9 c'eft
9) eux - mêmes aiect
des Anglois
9)
dans
domnd
chimeres,
ces
>> leigh, n'a Raleigh 2 le célebre Ra9 cette folleidée.Son jamais voulu revenir de
>> extrême; & cethomme entêtement étoit
9> folliciter la
ne ceffoit de
>> pagnies de Cour, & toutes les com-
>> derniers efforts commerce, de faire les
9> riche & chimérique pour s'établir dans ce
> toit
pays. II protef.
5 lontiers fouvent, à
qu'il emploieroit VOD desfa fortupe cette & entreprife, de
2 le refte
fa vie ; & dans --- Page 373 ---
SUITE DE LA GUIANE. 367
mémoire
fit publer à Lon5) un
quil Pévaluation du pro9> dres, il donnoit
nuncrais
9> fit des matcaffites & d'autres difoit il, ex-
>> de la Guiane,quilavoit, desinci éduies -
s.
>> pofés à ia curiofité
Dans les divers entretiens que il j'eus fut
avec mon vieillard centenaire, de cette
fouvent queftion des fauvages
contrée. Vous lirez avec étonnement,
m'a raconté, touchant la mace qu'il
font leurs Caniere dont ces peuples Médecins. (< Les prepitaines & leurs
font les Chefs de
>> miers 2 me dit-il, & les
de
9> nos
,
bourgades
généraux
Celui qui alpire à cette
9> nos armées.
fon intention,
9> qualité, fait connoître rondache fur fa tête 2
9) en portant les une
& gardant un pro-
>> baiffant
Il fe retire dans un coin
9> fond
raVTe
>> de fa cafe, 2 & s'y fait faire donne un perit à
>> retranchement , qui lui
Ii ne
> peine la liberté de fe remuer. les né-
> fort de ce lieu, que pour
fubir
9) ceffités de la nature, & pour
>> des épreuves terribles, par lefquelles fuc5 les autres capitaines le font paffer
9 ceffivement. Il obferve s pendant
un
des plus
2 quarante jours,
jeîine
on
& durant ce temslà,
D rigoureux 3
Qiv
un perit à
>> retranchement , qui lui
Ii ne
> peine la liberté de fe remuer. les né-
> fort de ce lieu, que pour
fubir
9) ceffités de la nature, & pour
>> des épreuves terribles, par lefquelles fuc5 les autres capitaines le font paffer
9 ceffivement. Il obferve s pendant
un
des plus
2 quarante jours,
jeîine
on
& durant ce temslà,
D rigoureux 3
Qiv --- Page 374 ---
368 SUITE DE LA GUIANE,
5) vient, matin & foir, lui faire une
2> longue harangue, qu'il écoute fort
>> patiemment. Il fe tient debout, les
5> mains croifées fur la
& chaque
>>
tête;
capitaine lui décharge trois grands
>> coups de fouet. On le frappe en
9> trois endroits du corps, aux mam-
> melles, au ventre & aux
&
>>
cuiffes;
ce traitement a lieu deux fois par
5> jour. Dans la plus vive douleur, il
>> ne doit
faire le moindre mouve-
>> ment, Rrdd donner la plus légere mar-
>> que de fouffrance.
>> Cette épreuve finie, il faut qu'il
>> en fubiffe une feconde, 9 précédée
9> d'une nouvelle harangue, On amaffe
55 autour de lui quantité d'herbes très-
>> fortes & très-puantes, auxquelles on
>> met le feu, fans que la flamme puiffe
>> le toucher. La feule fumée quile pé-
>> netre de toutes parts, lui fait fouffrir
>> des maux étranges. II devient à moi-
>> tié fou, & tombe enfuite dans de
>> fi grandes pamoifons, qu'on le croit
5> mort. On lui fait prendre qual-
>> ques liqueurs, pour rappeller fes-for-
>> ces ; mais il n'eft pas plutôt revent à
5> lui-même qu'on redouble le
>
feu,
avec de nouvelles exhortations. --- Page 375 ---
SUITE DE LA GUIANE. 369
9 Tandis qu'on le tourmente ainfi, 2
le
% tous les autres capitaines lui. paffent
$> tems à boire autour de
Enfin,
s lorfqu'ils le croient au dernier degré
ils lui font un collier &
> de langueur,
rem9 une ceinture de feuilles,. qu'ils dont la
fourmis,
> pliffent de groffes
vive, le ré-
>> piqûre, extrêmement
dou-
> veille bientôt par de nouvelles
>> leurs. Il fe leve alors; & on lui verfe
>> fur la tête une liqueur fpiritueufe dans. aut
>> travers d'un crible. 1l va fe laver
> la riviere la plus voifine, & retourne
9 dans fa cafe, pour y prendre un peur
encore de gar-
> de repes. On.T'oblige
moins de
> der fon jetne, mais avec
; & lorfqu'il ai
>> rigueur qu'auparavant: forces, il eft
>> repris toutes ces
2 lesarmes. pro9> dlané Capitaine, & reçoit
5> convenables à cette dignité,
une méthode
> On n'obferve pas
la récéption
> moins rigoureufe, pour
Médecin.
I le tems sdelé9 d'un
Lorique fait
le
5> preuve eft arrivé, on
jeûner
Aridement encore:
59 récipiendaire plus mais aulieu de le
% que les Capitaines; à danferavec fi
>> fouetter on l'oblige
de laflitu-
> peu de relache,quaccablé
Ire2 de,i il tombe fans connoifanes.11
Qv
ve pas
la récéption
> moins rigoureufe, pour
Médecin.
I le tems sdelé9 d'un
Lorique fait
le
5> preuve eft arrivé, on
jeûner
Aridement encore:
59 récipiendaire plus mais aulieu de le
% que les Capitaines; à danferavec fi
>> fouetter on l'oblige
de laflitu-
> peu de relache,quaccablé
Ire2 de,i il tombe fans connoifanes.11
Qv --- Page 376 ---
370 SUITE DE LA GUIANE:
>> vient bientôt à lui, par le moyen
coliers & des ceintures de four-
>> des
: enfuite, pour
> mis qu'on luiapplique
>> le familiarifer avec les plus violens
on lui met dans la bouche
5> remedes, d'entonnoir,par lequel on
>> une efpece
vaifleau
>> lui fait avaler plein un grand
lui
> de jus de tabac. Cette médecine
des
qui vont juf
>> caufe
évacuations,
jours.
durent plufieurs
>> qu'au fang,& le déclare revêtu. de la
a Alors, on
toutes forres de
>> puifance de guérir
il doit
> maladies. Pour la conferver,
de
>> jetiner encore pendant Peipace à la
> trois ans, & ne peut êtreappellé avoit
>> vilite d'aucun malade, qu'après
&
>> achevé ce long cours. d'épreuves
>> de pénitences >, récits fe
Quoique tous ces
fienten.
fançois par notre vieux fauvage, cependant le peu.chabinde qu'il avoit,
depuis long-tems, de parler notre lanlui fatfoit employer quelquefois
E expreffions, & iur tout des conftruétions de celle du pays. Par exemple, dans cette pariie de la Guiane, ils
ont bien, comme nous, des fubftantifs de
& des adjedtifs ; mais fans diftination S'ils
nombre, fans cas & fans artiçles, --- Page 377 ---
SUITE DE LA GUIANE.
37*
cette caveulent vous apprendre que ils difent:
bane appartient à leur pere 3
ils fe
cabane pere. Au lieu du pluriel, dire
fervent du mot papo 9 qui veut homplufieurs
tout. Ainfi, pour lignifier
homme
femmes, on dit,
mes, plufieurs
S'ils
un
tout.
repréfentent
tout 2. femme
ils montrent leurs
nombre fort grand,
beau-.
cheveux, , en prononçant ce terminaifon mot:
coup. Ils n'ont qu'une feule S'ils veulent expour tous les genres. contraires à celles
primer des qualités
la négation
des adjectifs, ils ajoutent
bons
non ; par exemple, les Anglois méchans. font
A
non: s pour dire qu'ils font
légard des nombres, 2 ils ne comptent celui
jufqu'à quatre ; pour marquer
ils montrent les cinq doigts
2 cinq,,
celui
de la main ; les deux mains pour cede dix; les mains & les pieds, pour
Iui de vingt.
des fauvages de Ia
Les autres ufages
Guiane, à quelques d férences près 9
font les mêmes que ceux des Caraibes, vieilLorfque la mort leur enleve cafe un ouil 2u
lard, ils l'enterrent dans la
de
vécu, fans autre cérémonie, que
s'enivrer en fon honneur. Ils croiens S
par là, lui témoigner rle pluageand o
resz
Qvj
s, pour
Iui de vingt.
des fauvages de Ia
Les autres ufages
Guiane, à quelques d férences près 9
font les mêmes que ceux des Caraibes, vieilLorfque la mort leur enleve cafe un ouil 2u
lard, ils l'enterrent dans la
de
vécu, fans autre cérémonie, que
s'enivrer en fon honneur. Ils croiens S
par là, lui témoigner rle pluageand o
resz
Qvj --- Page 378 ---
372 SUITE DE LA GUIANE,
peét. Mais lorfqu'ils
chairs font
jugent que les
leursvoilins, confumées, ils affemblent
&
déterrent les os, les brizlent, leur
en mettent les cendres dans
fête boiffon, éclatante. pour les avaler dans une
Après avoir quitté notre
nous nous
vieillard,
des terres enfonçâmes &
dans l'intérieur.
coup de gibier, 5
nous En y trouvâmesbeaunous vimes des cerfs, traverfantles des
forêts,
nous ne tirâmes pas; ; ils euflent fangliers été que
dificiles à emporter. Nous
trop
zentâmes de tuer des
nous conanimaux qui terrent
agoutis, petits
lis font de la groffeur comme nos lapins.
la coule ur du cerf, le d'un mufeau lievre, ont
de petit es oreilles, les
pointu,
& men ues.Les canards jambes courtes
les bécafles, les
2 les farcelles,
xelles, les
ramiers, 2 les tourteperdrix, les faifans, les
roquets de toutesles
autour de nous
efpeces,
vetfert
barraffss
; & nous n'étions emque du choix. C'eft vous
9 ue nous euffions pu faire bonne dire
finous avions eu la commodité chere,
prêter toutes ces différentes fortes dapviandes - Lesrivieres nous offroient de
égale va riété de poiffons, Mon
une
Negre --- Page 379 ---
SUITE DE LA GUIANE. 373
fouvent manger du Paka: :
me faifoit
qu'on
c'en eft an fort
à la Dorade
i Pepet
compater Onie trouve dans le plus fort du coutellement attarant. Ileft, d'ordinaire, de mouffe qui
ché à fucer une efpece
peut
nait contre les rochers 2 qu'on fans
de fort
qu'il
en approcher
près,
s'en apperçoive. Mon autre Compa- des
gnon mangeoit auffi quelquefois c'étoit un
ferpens, & m'affuroit que
mets délicieux. Nous en vimes depuis &
huit, jufqu'à vingt pieds de long,
comme la cuifle d'un homme,
gros Nous paffames fur les terres
nations
els
de quinze
diférentes, du chrifquelques-uines font profeffion d'un Mifiontianilme, fous la conduite
naire. C'elles qu'on appelle les Longues
Oreilles, les ont en effet pendantes juc
fur les épaules. C'elt à Part, non
ques
font redevables
à la nature 2 qu'elles horrible ornemem.
de ce bizarre oreilles &
des enfans ; on y
Onperce les morceaux de bois,
paffe de petits
pour
empêcher que le trou ne fe referme ;
Fon augmentele volume,jnfqu'à ce que de
Pouverture ait deux ou trois pouces bois 1e des
diametre. On grave, fur ce
>-
Oreilles, les ont en effet pendantes juc
fur les épaules. C'elt à Part, non
ques
font redevables
à la nature 2 qu'elles horrible ornemem.
de ce bizarre oreilles &
des enfans ; on y
Onperce les morceaux de bois,
paffe de petits
pour
empêcher que le trou ne fe referme ;
Fon augmentele volume,jnfqu'à ce que de
Pouverture ait deux ou trois pouces bois 1e des
diametre. On grave, fur ce
>- --- Page 380 ---
374 SUITE DE LA GUIANE:
figures en
grctefques, peintes en noir ou
les, rouge, & qui, attachées aux oreildonnent à celui
les
air auffi étrange
porte, un
au
que
: mais
aies
gré de ces bonnes
c'eft,
leurs plus belles
gens, une de
que ce goût n'eft parures. Vous avez vu
point particulier aux
fauvages; ; plufiéurs nations
comptent auffi
Afiatiques
vantage de
pour un agrément, l'aporter de longues
comme autrefois en France oreilles, 9
d'avoir un grand pied, avoit fait 2 l'envie imaginer ces fouliers ridicules
pelloit à la Poulaine,
qu'on apMon Negre s'étant trouvé
modé pendant la nuit,
incomdemain voir un médecin voulut, le lenà quelque diftance de la quidemeuroit
nous avions
bourgade où
que cet homme couché; laiffoit mais on lui dit
mourir d'inanition, ceux qui l'alloient confulter, &
propofoit eniuite à leurs veuves de les
époufer. Il étoit en effetle maride trois
femmes qu'il n'avoit eues
moyen.Vousjugez bien
que par ce
de n'eut plus envie de fes que notre malaLe Chef de cette même ordonnances.
venoit de recevoir du Gouverneur bourgade
de
Cayen t
nne, un brevet d'officier,
e ayec --- Page 381 ---
SUITE DE LA GUIANE, Cette 379
la canne de commandement.
canne eft un jonc orné d'une pomme fe
d'argent, aux armes de France, qui
donne, de la part du Roi, aux Capitaines fauvages.
fort tourCet homme me voyant
de me
menté des coufins, me propofa la Tomener dans ce qu'il appelloit écartée dans le
caye. C'eft une cale,
Pour
bois, quireffemble à nos glacieres.
les Indiens
fe garantir de ces infeétes, huit heures du foir,
s'y rendent vers les
de
que ces animaux
& en filence,
peur
quelebruit
neles fuivent;caron préiend
les attire. La tocaye renferme quelque- & it
fois trente ou quarante perfonnes; Ces
y fait une chaleur infupportable. les nôtres,
coufins,un peu plus gros fi
nombre 3
font
en
phcd
quelquefois fes
il faut fe
que pour prendre
repas, coin obfcur, ou
retirer dans quelque
On en difmanger en fe promenant. connues fous
tingue de deux fortes, 8 de Marinles noms de Moufliques bourdonnent fans
gouins. Ces derniers
fans. faire
ceffe ; les premiers femblent piquent vous avertir
de bruit. Les uns
L'attaque des
d'être fur vos gardes.
autres étant imprévue - 2 s'évite plus
il faut fe
que pour prendre
repas, coin obfcur, ou
retirer dans quelque
On en difmanger en fe promenant. connues fous
tingue de deux fortes, 8 de Marinles noms de Moufliques bourdonnent fans
gouins. Ces derniers
fans. faire
ceffe ; les premiers femblent piquent vous avertir
de bruit. Les uns
L'attaque des
d'être fur vos gardes.
autres étant imprévue - 2 s'évite plus --- Page 382 ---
376 SUITE DE LA GUIANE.
dhiftcilement.
bourdonnement Cependant, foit que le
n'aime pas à être fatigue menacé 3: ou qu'on
ment, les maringouins
continuelle:
de tout le monde,
font, de l'aveu
les moufliques.
plus déteftés que
Nous avancions, à
la hauteur de la riviere grands pas, vers.
& nous nous trouvâmes d'Ouy-d-Pok;
trois nations
au milieu de
Pirious, les nombreufes, qui font les
Ces derniers Acoquas, & les Palicours.
font dans l'ufage de fe
des graver, 3 fur la figure, des barres, ou
lignes circulaires,
le
qui, traverfant
Ils menton, donnent vont d'une oreille à l'autre.
le
à cette efpece de
nom de Jouparae, & les mafque,
celui de Barbe a la Palicour. Chez François
mêmes Indiens, les enfans mâles ces
tout nuds, jufqu'à
de
vont
alors ils reçoivent la l'âge camifa. puberté s
vous avoir dit,
c'eft
Je crois
de toile, que les que
un morceau
leurs cuiffes, & fauvages paffent entre
devant &
qu'ils. laiffent pendre,
corde
derriere, par le moyen d'une
que de qu'ils le
ont à la ceinture. Avant
is font prendre, chez les Palicours,
dures affujettis à des épreuves fort
: on les oblige à jeiner pendant --- Page 383 ---
SUITE DE LA GUTANE. leurs 377
plufieurs jours, & à refter dans malades.
hamacs, comme s'ils étoient ; & ces
On les fouette fréquemment fervent, dans leurs
petites cérémonies
de la bravoure :
idées, à leur infpirer
ils deviendès qu'elles font achevées,
nent des hommes faits. plus extraordiUne autre coutume
ceft que
naire, chez le même peuple, font abfolument
les femmes mariées étant filles, une
nues. Elies portent d'environ 9
un pied en
efpece de tablier
qu'elles ont
quarré; mais du moment entiérement déun mari, elle reftent
leurs charcouvertes,. perfuadées 15 la vue d'un
mes, une fois expofés iêtre indifféremment
homme, peuvent de tous les autres.
aux Jufqu'à yeux préfent, , je n'ai nommé que des
les nations Indiennes, des connues côtes. Celles
François, & voifines dans les terres, doiquifont enfoncées nombreufes ; mais leur
vent être plus des autres, &la diffidiftanceles unes
dans une région fi
culté de pénétrer déferts, des forêts
vafte, par lieues, d'affreux & des rivieres innavide cent
guere de fe progables, ne permettent qu'on delire,
curerles informations
je n'ai nommé que des
les nations Indiennes, des connues côtes. Celles
François, & voifines dans les terres, doiquifont enfoncées nombreufes ; mais leur
vent être plus des autres, &la diffidiftanceles unes
dans une région fi
culté de pénétrer déferts, des forêts
vafte, par lieues, d'affreux & des rivieres innavide cent
guere de fe progables, ne permettent qu'on delire,
curerles informations --- Page 384 ---
378 SUITE DE LA GUIANE.
moins encore 2 d'y tenter quelque
commerce. Joignez à cela
des langues, & futr-tout la lignorance
1e
habirans
férocité des
, qui n'ayant jamais vu d'Européens, tueroient également un voyafes geur, pourle plaifir 9 Oli de lui enlever
habits, ou de le manger. A
de ceux qu'on nomme les Indiens l'égard des
côtes, leur nombre ne monte pas à
plus de douze ou quinze mille.
un fiecle, on s'efforce de leur Depuis
des principes de religion & d'huma- infpirer
nité, Les Jéfuites en ont raffemblé une
partie dans des habitations
où ils ne ceffent d'exercer régulieres, leur zele.
Les Palicours, 2 amis des
.
nous
François 3
fournirent un canot pour defcendre l'Ouy-i-Pok. C'étoit le tronc
d'un arbre creufé, terminé en
& qui pouvoit contenir
pointe,
cinq ou fix
perfonnes. Nous trouvâmes plufieurs
faurs, qui nous donnerent d'abord beaucoup de peine; mais enfuite notre navization n'eut plus rien de difficile.
Nous rencontrâmes une bande nombreufe
d'Acoquas 9 qui enivroient la
riviere; c'eft le terme dont fe fervent
ces fauvages, pour exprimer le fecret
qu'ils ont de prendre le poiffon,.en --- Page 385 ---
SUITE DE LA GUIANE. 379
Pétourdiffant par le moyen d'un certain dont
dans leau, &
bois qu'ils jettent
il eft très-friand.
entretenir trop
Pour ne pas vous détails, je fuplong tems de ces petits
de notre
prime d'autres circonftances
Cette
route,julqu'au fortd'Ouy-4-Pok.
place étoit dans un état lamentable,
avoit effuyés
par les malheurs qu'elle La fenfibilité
dans la derniere guerre.
témoin
avec laquelle un Miffionnaire, l'a raconté, ne
de cet événement, me
d'altérer fes exprefions.
me permet pas fut à peine rompue entre
wLa paix
que
5 la France 8cl la Grande-Bretagne, vinrent croifer
5> des corfaires Anglois
1 dans l'ef9> fous le ventde Cayenne des 2 vaiféaux,
> pérance de prendre
Comme
>> & de piller nos habitations. ils
9> ils manquoient d'eau, 9
approche- Quels rent dela riviere d'Ouy-a-Pok. donnerent des con9y ques Indiens leur
Colonie; d'au-
>> noiffances fur cette
& tout
>> tres leur fervirent de guides;
à la
de ce pofte.
* concourut
perte
de l'année
> Ce fut le 6 novembre vinrent mouil-
>> 1744,quel les Anglois
nom
>> ler à la montagne d'Argent intérieure 2
s que l'on donne àla pointe
, 9
approche- Quels rent dela riviere d'Ouy-a-Pok. donnerent des con9y ques Indiens leur
Colonie; d'au-
>> noiffances fur cette
& tout
>> tres leur fervirent de guides;
à la
de ce pofte.
* concourut
perte
de l'année
> Ce fut le 6 novembre vinrent mouil-
>> 1744,quel les Anglois
nom
>> ler à la montagne d'Argent intérieure 2
s que l'on donne àla pointe --- Page 386 ---
380 SUITE DE LA GUIANE,
9) de la baie d'Ouy- -à-Pok. Après avoir
> reconnu la fituation, les forces, &
44 généralement tout ce qui
le
>
regarde
fort, ils fe déterminerent à le fur-
>> prendre; & la nuit du II, ils def-
>> cendirent, à cinquante toifes de la
>> paliffade, La fentinelle de la
9> les prit pout des Indiens ou porte des
9> Negres domefiques, qui vont &
5> viennent affez fouvent pendant la
>9 nuit. Elle cria; on ne répondit
5 elle donna l'alerte dans la
point & ;
>>
place;
chacun s'éveilla en furfaut. Mais les
> Anglois étoient déjà dans le fort; &
>> à la faveur des cris effroyables, &z
>> d'un feu très-vif de leur
>> terie, 9 ils jetterent une telle moufquet-
>> vante dans les efprits, que chacun épou-
> connoiffant la foibleffe du pofte, ne
>> vit d'autre
dans le
>>
reffource,
mier mouvement de fa
pre-
> la fuite, Le Commandant terreur, tira que
>> tant, & bleffa au bras le
pour-
>
capitaine
Anglois, le feul, des deux côtés,
> reçut une bleffure. Tout fut livré qui aul
>> pillage; & moi-même, continue le
> Miftionnaire, je fus mis aul rang des
>> prifonniers. Sur quelques
tations que je voulus faire, repréfen- on e me --- Page 387 ---
SUITE DE LA GUIANE. 38r
c'étoit le Roi de France
wrépondit que avoit déclaré la guerre
5> qui le premier
- les
$) aux
;
Anglois: qu'en conféquence
avoient déjà fait au Cap-
>> François
les fujets de la Gran-
>> Breton, contre
leur arrivoit à
>. deBretagne, ce qui
avec cette
* eux-mêmes aOuy-a-Pok;
différence, ajeutoientils 2 2 qu'ayant
>,
ii y eut
9> mis le feu atl fort Anglois, fur-tent des
> plufieurs perfonnes, 2. &
>> enfans étouffés dans lincendie.
fut
le
re-
>> Dès qu'il
jour, pillage 1
chacun
2 &
>> commença ;
apportoit lui tomboit
9 jettoit en tas, ce arrivoit, qui
revêtu
>> fous la main. L'un
lautre, avec
>> d'une de mes foutanes;
ou un tablier; un troifieme,
>> une jupe
fur la tête. Il
$) avec un bonnet quarré
>> en étoit de même de ceux qui dans gar9> doient le butin ; ils fouilloient ils
de hardes; & quand
$> ce monceau
chofe qui leur
>> trouvoient quelque
>> faifoit plaifir 9 comme une perruque, une
>> un chapeau bordé, 5 un habit, aufli-tôt,
# culotte, ils s'en revêtoient tours de
ou cinq
>> faifoient quatre s'examinant avec com9 chambre, en
& enfuite reprenoient
s plaifance haillons. 2
C'étoit comme une
5) leurs
fouilloient ils
de hardes; & quand
$> ce monceau
chofe qui leur
>> trouvoient quelque
>> faifoit plaifir 9 comme une perruque, une
>> un chapeau bordé, 5 un habit, aufli-tôt,
# culotte, ils s'en revêtoient tours de
ou cinq
>> faifoient quatre s'examinant avec com9 chambre, en
& enfuite reprenoient
s plaifance haillons. 2
C'étoit comme une
5) leurs --- Page 388 ---
382 SUITE DE LA GUIANE.
5 troupe de finges, ou comme des fau9 vages 2 qui ne feroient jamais fortis
> de leurs forêts *e
Les miffions érablies à Ouy aPok,
fous la direétion des Jéfuites, comprennent différentes natiens, gouvernées, comme celle du Paraguay, &
affujetties à des exercices Diricuels,
auxquels préfident les Miffionnaires.
Ceux-ci font le bonheur de ces barbares, en établifiant entr'eux la paix
& Punion, en leur procurant une infinité de commodités, d en les mettant
à l'abri des ma a lies & de la mifere.
Mais c'eft à quoi te bornent aujourd'hui tous leurs foins ; car on ne leur
connoit plus cette glorieufe curiofité, 9
qui, alliée autrefois avec les devoirs
de leur érat, leur a fait rendre, aux
fciences humaines, autant de fervices
qu'à la re ligion. lls croient en avcir
aflezdit, dans leurs relations, en nomqu'ils ont formant quelques églifes
fur d'aumées, lans jetter leurs regards
tres obje tts.
Malgré de vives inftances pour
nous retenir encore quelques rendre jours, à
nons par imes pour nous
Cayenne, Par Ce nom, on peut entene: --- Page 389 ---
dre SUITE DE IA GUIANF,
l'ifle, ,le
38#
Le
gouvernement, ou laville,
cen: gouvernement licues fur le
s'tand à plus ( e
à
contin-nt;ilef iboiné,
qui TOeeidents, le
par la riviere de Marc ni,
&
fépare de la colonie de
au midi, par la rive
Surinam,
du fleuve des Ai mazones, feptentrionale où les Portugais ont des établiffem-ns. Les Hollandois, $ malgré les bornes
par cette riviere, 9 nous difputent marquées
core quelques terres; & les
ende leur côré, s'emparent Porrugais,
ment de ce qui nous appartient. irfenfbles
trente ans,quils poufferent linfolence, lya
jufqu'à venir faire un abartis
fur le Ouy-a-Pok, & à
d'arbres
ériger, fur un
poteau, 2 les armes de Portugal,
L'ile, qui donne fon nom à tout le
gouvernement, n'en eft
que la
la cinquieme partie. Elle eft
riviere de
frege
par
en deux bras, Cayenne, dont le qui fe fépare
garde fon nom, fe jette dans principal la qui
FOu-E.Lautre coule du côté mer à
& fe nomine Mahuri, d'une de TEG,
terre, où il fe joint à l'Océan. pointe de
prefque entiere, à quil'ondonne L'Ile
lieues de circuit, eft une terre fablon- quinze
neufe, relevée de collines, fur lefy
quieme partie. Elle eft
riviere de
frege
par
en deux bras, Cayenne, dont le qui fe fépare
garde fon nom, fe jette dans principal la qui
FOu-E.Lautre coule du côté mer à
& fe nomine Mahuri, d'une de TEG,
terre, où il fe joint à l'Océan. pointe de
prefque entiere, à quil'ondonne L'Ile
lieues de circuit, eft une terre fablon- quinze
neufe, relevée de collines, fur lefy --- Page 390 ---
384 SUITE DE LA GUTANE. de
quelles on cultive des cannes
fucre, du
du roucou,, de l'indigo, 2 du &c.Lerefte cacao.,
café, du mais, du manioc,
de tant
eft un terrein bas & entrecoupé
de marais, que les communications Auffi eft- y
font prefque impraticables. de faire de longs
on fouvent obligé
détours, pour fe rendre aux planta- furtions. Ily a pourtant des cantons,
tout du côté de la mer, où ces marais
font couverts de mangliers fi épais, ef- 2
forme une
que leur entrelacement fur laquelle on peut
pece de chauffée,
endroits, commarcher, en quelques ferme. Le manglier eft
me fur la terre
femblable au faule, qui
un arbrifleau dans Peau de la mer, emcroît jufques
de fes racipêche, par la difpofition desvaiffeanx, & affure
nes, Tabordage une retraite contre les pêaux poiffons
cheurs.
autrefois fort malL'airde rendoit Cayenne, les maladies très-fréfain, y Les enfans mouroient prefquentes. moment qu'ils voyoient le jour ;
qu'au
le pays eft défriché,
mais depuis que
Onne
on commence à fe mieux porter. mal de
connoit pas même cet affreux à la MartiSiam, qui fait tantde ravages
nique, --- Page 391 ---
nique & SUITE à
DE LA GUTANE,
malignes & gtat-Domingntss la
; les fievres 385
res, & lon n'y petite refent vérole y font rachalcurs, qui fontla point ces vives
modité des autres. ifles. principale incomqui s'éleve chaque
Un vent d'ER,
dur
jour à huit
Le matin, y rafraichit l'air.
heures
commerce de Plle
cipalement en fucre & confifte
core s'en fait il peu de Pun en roucou; prin- ; enEmce que les habirans & de - lautre,
y paffent pour % travailler. Auffi manquent les
de
quelquefois
navires
pour attendre leur
près d'un an,
chandifes qu'on.y cargailon. Les marfont le vin,
apporte de
la viande Teaurde-vie, la farine, France,
ferremens, falée, des merceries 9 de
diens. Les baeufs pour négocier avec les > des Inmême défendu d'en y font rares; il eft
miflion expreffe, tuer, fans
tems de multiplier. 9 pour leur laifter uneper- le
tité de chevaux, On y trouve
de Bofton & la depuis que les Anglois quantent avec la Colonie. Nouvelle Yorck traides moutons & des On nourrit auffi
foin, que de mettre chévres, le'feu fans autre
vanes. Ces terres
dans les fades pluies,
brbléesavant la faifon
Tome XI, prodaifenrunerbere excelR
lion expreffe, tuer, fans
tems de multiplier. 9 pour leur laifter uneper- le
tité de chevaux, On y trouve
de Bofton & la depuis que les Anglois quantent avec la Colonie. Nouvelle Yorck traides moutons & des On nourrit auffi
foin, que de mettre chévres, le'feu fans autre
vanes. Ces terres
dans les fades pluies,
brbléesavant la faifon
Tome XI, prodaifenrunerbere excelR --- Page 392 ---
$86 SUITE DE LA GUIANE. & le boeuf fontlente: Aufli le mouton
dans les
ils meilleurs à Cayenne 2 de que boucherie
autres ifles, oit la viande
eit déteftable. obftacle à la multiplicaLe plus grand
furtion des beltiaux, 2 vient destigres, le
pays,
tout de ceux qu'op nomme,dans! du contitigres rouges, & qui paffent chercher leur
nent à la nage 2 pour
d'affemproie. On eft fouvent obligé
bler les Negres & les Indiens, pour
donner la chafle à ces furieux animaux.
L'ufage eft de promener en mâchoire triomphe, du
dans les habitations, la
à celui
& chacun fait fon préfent
tigres
qui ila tué.
nomme
La faifon des pluies, qu'on méridiohiver dans toute FAmérique
nale, commence ici au moisd'o@tobre.
d'Acajou, parce
On les appelle mûriffent pluies alors; & elles
que ces fruits
fi abondantes,
font fi continuelles 2
les meubles
qu'on a peine à conferver elles caufent
dans les maifons, aufli tant c'eft le tems oùr
d'humidité. Mais de bons pâturages :
le bétail trouve
font fi arides,
car en étéles campagnes beftiaux périfent de
que la plupart des
ioif 8 de fain. --- Page 393 ---
SUITE DE LA GUIANE. 387
Les mouftiques 2 les maringouins les four- S ,
les coufins, les poux de bois,
femis, les (carabées, 2 les crapauds leur nombre
roient d'attres fléaux par
8i leur voracité, fi tous ces infeêtes, les 2
toujours en guerre les uns contre
autres, ne fe détruifoient réciproque- qu'une
ment. Rien n'eft plus meurtrier vulgairefourmi paflagere , appellée Auffi-tôt qu'elle
ment Fourmi Courcufe. elle y tue tout
arrive dans un canton,
trouve 5 mouches, 5 guépes,
ce qu'elle & jufqu'aux rats : de quelaraignées, qu'ils icient, elles en font
groffeur
g", véritables iquelettes.
de la ville de Cayenne
La fituation de lHle, oit la nature
eft à TOccident
contribué à la
& l'art ont également
irréfortifier. Elle forme un exagone
défendu par un fort qui comgulier, mande de toutes parts 2 & par diffébatteries de plufieurs pieces de
rentes On
compte deux ou trois
canon. maifons y bâties de terre ou de
cens
comme les
bois; les plus apparentes, du Gouverplus commoden.fogicells Ces derniers defneur & desJéfuites. dont légli(e , quoifervent la paroiffe, eft le plus bel édifice
qu'affez petite 2
Rij
fendu par un fort qui comgulier, mande de toutes parts 2 & par diffébatteries de plufieurs pieces de
rentes On
compte deux ou trois
canon. maifons y bâties de terre ou de
cens
comme les
bois; les plus apparentes, du Gouverplus commoden.fogicells Ces derniers defneur & desJéfuites. dont légli(e , quoifervent la paroiffe, eft le plus bel édifice
qu'affez petite 2
Rij --- Page 394 ---
388 SUITE DE LA GUIANE.
du pays. La garnifon eft adluellement
compofée de deux cens hommes; on
parle de l'augmenter de quelques compagnies. Outre l'Etat Major, ily a un
Confeil Souverain, oùt le Commiffaire
Ordonnateur préfide dans l'abfence du
Gouverneur & de l'Intendant.
La néceffité de faire valoir les terres,
oblige les propriétaires de fe tenirdans
leurs plantations ; & ils préferent ce
féjour à celui de la ville. L'abondance
à l'arrivée
regne particuliérement
des vaifleaux. On
fait très-bonne
chere; & ilr n'y a polat d'habitant aifé,
qui n'entretienne une baffe- cour, oà
lon éleve de la volaille. L'lle produit
toutes les efpeces de gibier qui fe trouvent dans le continent;, & le poiffon
eft excellent dans les rivieres & fur la
côte. Chaque plantation a fon jardin 2
qui fournit toutes fortes de légumes;
& quoiqueles fruits d'Europe s'accommodent peu du climat, on ne laiffe
pas d'y manger d'affez bonnes figues.
La vigne y vient à merveille; ; mais on
de
à fauver le raifin
a beaucoup
peipe
des fourmis.
des oifeaux, & fur tout
L'agrément qu'on goûte à la camparend la ville aflez déferte, Ce
gne, --- Page 395 ---
SUITE DE LA GUIANE. 389
n'eft qu'aux grandes fêtes, ou dans le
eft
tems
des revues, qu'elle
paffablement habitée. On voit alors arriver
tout le monde, les uns dans des canots, les autres dans leurs hamacs 3
avec une fuite de Negres & de Négreffes,qui portent les provifions.
La Colonie françoife de Cayenne a
éprouvé, en diférens tems, & de nos
jours même, des échecs & des saccroiffemens. Au commencement; les habitans s'attachoient à cultiverleurs
tations ; & le profit qu'ils
ROHRE
avec nos navires, excita d laj jaloufie des
Hollandois, en poffefion de nous vendre leurs denrées. Ils envoyerent des
vaiffeaux pour fe rendre maitres de
PIlle; & lorfqu'ils s'en furent emparés 9
les fortifications &c
ils en augmentérent Une efcadre, fous le comPartillerie.
les en
mandement de M. d'Eftrées, 2
chaffa ; les François y rentrerent; &
de nouvelles familles vinrent s'y établir. Tout ce quipouvoit être un objet
de commerce, fut de nouveau cultivé
avec ardeur ; les Flibufiers y, apporterent les richeffes de la mer du Sud;
& enfin la province redevenoit floriffante
dans la vue de furpren7 lorfque,
R 1]
fcadre, fous le comPartillerie.
les en
mandement de M. d'Eftrées, 2
chaffa ; les François y rentrerent; &
de nouvelles familles vinrent s'y établir. Tout ce quipouvoit être un objet
de commerce, fut de nouveau cultivé
avec ardeur ; les Flibufiers y, apporterent les richeffes de la mer du Sud;
& enfin la province redevenoit floriffante
dans la vue de furpren7 lorfque,
R 1] --- Page 396 ---
390 SUITE DE LA GUIANE:
dre Surinam, les habitans s'engagerent
dans une entreprife contre les Hollandois. L'expédition fut malheureufe :
& les Cayennois, faits prifonniers,
furent tranfportés aux iles Françoifes 5 3
oùt d'autres efpérances les inviterent à
fe fixer.
mis la Colonie dans
Cette difgrace a
dont il lui fera
un état de foibleffe, 2
difficile de fe relever. On parle cepende
dant de la rétablir, en y envoyant
nouveaux fecours de France, & principalement beaucoup de familles Allemandes. Le fuccès dépendra des
le Miniftere, 2
moyens qu'emploiera fubfifter, ainfi
du
pour les faire
que
choix de ceux qu'il mettra à la tête'de
cette entreprife. S'ils manquent d'activiré, de prudence ou. de zele; fi plus
occupés de leurs querelles particulies
res, que du bien général - 2 ils agiffent
par des vues & des intérêts oppolés,
la Colonie retombera dans fon : ancienne difgrace; & les millions definés à repeupler ce pays, n'auront fervi
qu'à le dévafter. L'Etat déplorera cette
& en punira les auteurs ; mais
perte 2
il 2 n'en fera pas moins douloureux pour
la
toutes les ames avares
patrie, 2 pour --- Page 397 ---
SUITE DE LA GUIANE. 391
du fang humain, dele voir prodiguer On fe
à des entreprifes ruineufes. des Eurotrompera en croyant fous que la zone torpéens foutiendront
défricheride 9 les fatigues qu'exigele &
des hommes
ment des terres ;
que
quine s'expatrient que dans Pefpérance
d'un meilleur Hiematcomtumeoetal
fubfiftance précaire d'une vie fauvage,
moins fain
celui
dans un climat
que
fe
qu'ils auront quitté, Le Miniftere
laiffera entraîner par des hommes qui
ni le pays qu'il s'agit
ne connoîtront
fonder
de peupler, ni la maniere d'y
des colonies. En vain le Gouvernement Ccfe chargera de la fubfiftance des fera
lons pour plufieurs années; ce elles fe
de provifions à la fois ;
trop
foit dans le tranfport, foit
gâteront, du
Un climat chaud,
au terme
voyage.
de
humide feront un principe
un pays
les alimens 2 & de
corruption pour les hommes. Avant que
mortalité du pour monde à Cayenne, on oudejetter bliera de s'affurer d'une certaine multiplication de grains & de beftiaux proà le nourrir ; on oubliera de bâtir
pre des cafes pour le mettre à l'abri de Pintempérie des climats.Ilfaut quela popuR iv
it
gâteront, du
Un climat chaud,
au terme
voyage.
de
humide feront un principe
un pays
les alimens 2 & de
corruption pour les hommes. Avant que
mortalité du pour monde à Cayenne, on oudejetter bliera de s'affurer d'une certaine multiplication de grains & de beftiaux proà le nourrir ; on oubliera de bâtir
pre des cafes pour le mettre à l'abri de Pintempérie des climats.Ilfaut quela popuR iv --- Page 398 ---
SUITE DE LA GUIANE.
des
Lien
troupeaux précede celle des
hommes; il faut accroître l'un &l'autre
par degrés, jetter les germes de la cultute, avant que d'y multiplier les habitans. On ne fera point ces réflexions;
& des milliers d'hommes feront débarqués fur des plages défertes & impratiquables, oii, livrés à Finadtion, à
l'ennui, à la mifere, aux maladies, ils
verront finir leur trifte deftinée dans
les horreurs du défefpoir. Tous y
riront fans laiffer aucun germe de YieC
poftérité, & leurs cendres crieront vengeance contre les impofteurs qui auront abufé de la confance du Gouvernement, pourimmoler à fig grands frais
tant de malheureufes viétimes,
Je fuis, 8zc.
A Cayenne, ce 17 décembre 1750.
mtdas --- Page 399 ---
SUITE DE LA GUIANE. 393
LETTRE CXXXVL
SUITE DE LA GUIANE.
de retourner à SuriArAxr promis
le long de la
nam, fai fait ce voyage
parmi des
mer, pour être toujours tle pofte de CouFrançois. Ils occupent! lieues de Cayenne
rou, à quatorze
Pun &
& plus loin celui de Sinamari, des forts 82 du
Pautre défendus par
après beaucanon. Les travaux Mifionnaires, & de foins 2 pour apcoup de
des différentes naprendre la langue habitent ces contions barbares qui
un aflez grand
trées', en convertirent
à fe
nombre, & les déterminerent bâtiffant un
fixer auprès d'eux 2 en. Ce qu'il y eut
village & une c'eit églife. n'ayant point
de fingulier,
que
qui end'argent pour ayen/Anclitede conftruéion desbatreprit & dirigeala affez d'éloquence - *
timens, ils eurent
à faire
pour engager ces fauvages contenir ,
chacinq pirogues, propresà
Ry
nt
à fe
nombre, & les déterminerent bâtiffant un
fixer auprès d'eux 2 en. Ce qu'il y eut
village & une c'eit églife. n'ayant point
de fingulier,
que
qui end'argent pour ayen/Anclitede conftruéion desbatreprit & dirigeala affez d'éloquence - *
timens, ils eurent
à faire
pour engager ces fauvages contenir ,
chacinq pirogues, propresà
Ry --- Page 400 ---
394 SUITE DE LA GUIANE:
cune cinquante hommes,
gu'il prit ert
paiement. Les femmes d 2 de leur
filerent 2 entr'elles
côré,
huithamacs,
2; du coton pour
faire
qui acheverent de fatiseft fituée PEntrepreneur. dans
Cette peuplade
par la riviere de une belle anfe s arrofée
par des
Courou, & fortifiée
& des paliflades, de petites redoures,
efpeces de baftions. Toutes les
rues, tirées au cordeau, aboutiffent à
une place, au milieu de laquelle eft
Véglife, dent
où les fauvages Calibis fe rendeux fois par jour pour la
Cette partie dela Guiane eft, fans priere. contredit, la plus agréable, la plus fertile,l la
plus abondante en chofes néceffaires
la vie. Les
à
faitement.Les étrangers y font reçus par-
& la
femmes y ont de Pefprit;
propreté qui leur eft naturelle,
contribue à la fanté dont ellesjouiffent.
Peut-être portent elles trop loin le
goit de la parure; car
comme
dans toutes les colonies, ici, les maris font
obligés de faire, 2 pour elles 2 une dépenie extraordinaire à P'arrivée des
vaiffeaux. Une loi qui
le
luxe des familles, feroit éloigneroit la richeffe
la province.
de
Malgré la multitude de fes producs --- Page 401 ---
SUITE DE LA GUIANE. 395
tions naturelles,je doute qu'elle
fe
des fecours d'Europe, parIr
paffer
la
ticuliérement de nos farines, pour
fubfiftance des troupes, des colons
& des efclaves. Pour augmenter les
vivres que fournit le pays même > lai
Cour recommande aux Intendans, aux
Gouverneurs , d'en encourager la culture ; mais comme l'événement il feroit peut
ne pas répondre à leurs foins, de cette
important d'aprécierfétenduc
reffource. Elle confifte, en général 2
dans trois fortes d'alimens, 2 les grains s
& les racines. Parmi ces
les fruits, 2 le manioc tient le premier
dernieres, 2
rang dans prefque toute PAmérique
méridionale. Onl le diftingue en rouge
& blanc: celui-ci, quoique plus beau- rare 2
croît plus promptement 2 rend facilecoup moins 2 & fe pourrit plus
ment en terre. Il n'a pas beloin, comd'être rapé & exprimé 2
me Pautre,
abfolument
pour être mangé. On peut
le faire cuire fous la cendre.
tout
Le manioc rouge fe plante en
& réfifte affez bien aux variatems, tions du climat. Il fe plait dans les
terres légeres, 8x vient dificilement
dans les terres graffes. On le fouille,au
R vj
2 & fe pourrit plus
ment en terre. Il n'a pas beloin, comd'être rapé & exprimé 2
me Pautre,
abfolument
pour être mangé. On peut
le faire cuire fous la cendre.
tout
Le manioc rouge fe plante en
& réfifte affez bien aux variatems, tions du climat. Il fe plait dans les
terres légeres, 8x vient dificilement
dans les terres graffes. On le fouille,au
R vj --- Page 402 ---
SUITE DE LA GUIANE;
d'un
2oo
ilef plus de an, dans les bons terreins ;
tems à donner, & produit
moins, dans les médiocres. Le
pluie le fait pourrir; la fécherefle trop de
conferve en terre plufieurs mois
le
avoir acquis fa
après
-
maturité,
Il y a deux manieres de
cette racine s en farine & en préparer
Dans l'un & l'autre
caflave,
Ia laver, la
cas, il fautlapeler,
des efpeces de raper, facsou & la mettre dans
en exprimer & faire fortir de chauffes, pour.
qui eft un poiloa des tout le fitc,
Après cette
plus fubtils.
faire de la farine préparation de
2 fi Pon veut
che, fur le feu, cette manioc, on deffe-.
fans ceffe,
rapure, enl'agitant
de s'unir. pour empêcher les parties:
mieux la Si, au contraire 2: on aime
caffave, on étend la
delépaifleur d'un
rapure,
platine de fer; le demi-doigt, feu en lie
fur une:
différentes parties ; on la bientôtles.
un inftant après, on a une galette retourné; &
large & ronde, qu'on appelle mince,
mais la farine a, fure elle cet caffave;
qu'elle s'arrange plus aifément avantage, dansles
fe magafins, fe tranfporte plus
conferve plus long-tems. facilement,
Plufieurs inconyéniens
empéchent --- Page 403 ---
SUITE DE LA GUIANE. fubnif- 397
'de faire, de cette nourriture une en tems
tance affurée, principalement lenteur de cette producde guerre: : la
de fa préparation 2
tion, la longueur de la tenir feche, foit en
la difficulté
la répugnance
caffave, foit en farine;
&
elle, les Européens,
qu'ont, pour
qui étant froide
enfin fa qualité 2 néceffairement RE
fa nature, relâche
tomac.
le fuc de manioc eft un
J'ai dit que des faits que je tiens
poifon : voici
Il en mit
d'un médecin de Surinam. chat tPeutdans un vafe; & à peine un confidérafit des efforts
il avalé, gu'il
vomir. Deux
bles, mais inutiles, il ne pour fit que tourner
minutes après,
de côté & d'autre - 2 avec des il anxiétés au
& expira
fuivies de convulfions; minutes. Le même
bout de vingr-deux donna à un chien de boucher 2
médecin même fuc: : l'animnal fit d'abord
de ce
terribles, & mourut une
des hurlemens
avec des mouvedemie heure après,
mens Pouverture convulfifs. de chaque corps 2 on
A
trouva,dans! slesdeux xefomacs,lamime animaux
quantité de liqueur que ces changeavoient avalée 2 fans aucun
fuivies de convulfions; minutes. Le même
bout de vingr-deux donna à un chien de boucher 2
médecin même fuc: : l'animnal fit d'abord
de ce
terribles, & mourut une
des hurlemens
avec des mouvedemie heure après,
mens Pouverture convulfifs. de chaque corps 2 on
A
trouva,dans! slesdeux xefomacs,lamime animaux
quantité de liqueur que ces changeavoient avalée 2 fans aucun --- Page 404 ---
398 SUITE DE LA GUIANE.
ment de couleur, fans la moindre
ration dans les vifceres, fans nulle alté;
flammation, ni
inmaffe du fang: coagulation dans la
d'oile.Dodeur
que le poilon n'avoit
conclut,
genre nerveux &
agi que fur le
dans
;
qu'étant une fois
à moins l'eftomac, la mort eft inévitable,
conflaté d'avoir recours à un remede
Il fit par lépreuve fuivante.
prendre à un chat du jus de
manioc; & après les
convulfions, les efforts tournoiemens, les
il lui fit avaler de P'huile pour vomir,
navette.
chaude de
9 que l'animal rejetta auffi-tôt
avec une partie du poifon. Se
un peu
trouvant
foulagé,ilrepofa deux minutes,
recommença à vomir avec une
cuation abondante d'urine & d'excré- évamens; & quand On l'eut détaché, il
fauva à toutes jambes. Cette
fe
rience montre,
expé.
même
2 qu'on peut, par le
moyen, 2 fauver un homme
aureit mangé de cette racine.
qui
Mais voici une épreuve d'une toute
autre importance, & que je
raide mêie, non pour prouver rapporte- la fubtilité de ce poifon, elle n'eft malheureufement
mais
que trop reconnue 2
pour vous apprendre jufgu'oi le --- Page 405 ---
SUITE DELLA GUIANE. 399
un Médeplaifir de tuer , peutp pouffer.
concin. 4 Un de mes amis, dit-il, me de
vouloit
de mort. un
>> fia qu'il
punir
Comme
>> fes efclaves très-coupable. toujours
wjétois curieuxde connoitre
le dé-
>> mieux Peffet de ce poifon 2 je fe dé-
>> terminai à l'employer 2 pour
>> faire de fon Negre, avec promeffe le
> d'une fidélité inviolable à garder l'exé-
>> fecret, d'affifter moi-même à
de faire enfuite Fouver-
> cution, 2 &
trente-
> ture du cadavre. Je luidonnai & à
nicinq gouttes de çette liqueur ; miféN peine les eut-il avalées, que ce hur-
> rable fit des contorlions & des d'é-
>> lemens horribles. Ils' furent fuivis
4 vacuations, de mouvemens convul-
> fifs; & en fix minutes, mon homme
>> fut expédié. Trois heures après jen
>> fis Pouverture, & ne trouvai aucune
aucune inflam-
>> des parties offenfées,
>> mation, excepté Peftomac quis'étoit
de moitié. J'ai renou-
>> retiré de plus
;
>> vellé depuis toutes ces expériences de
>> & elles ont toujours réuffi aul. gré
> mes defirs. des homicides fi réels 9
fi Pourjuftifier volontaires, f criminels, le Médecin de Surinam ajoute : K aucun pro-
après jen
>> fis Pouverture, & ne trouvai aucune
aucune inflam-
>> des parties offenfées,
>> mation, excepté Peftomac quis'étoit
de moitié. J'ai renou-
>> retiré de plus
;
>> vellé depuis toutes ces expériences de
>> & elles ont toujours réuffi aul. gré
> mes defirs. des homicides fi réels 9
fi Pourjuftifier volontaires, f criminels, le Médecin de Surinam ajoute : K aucun pro- --- Page 406 ---
400 SUITE DE LA GUIANE:
font
>> priétaire ne peut faire mourir
>> efclave, fous quelque prétexte que
> ce foit; mais comme il fe trouve,
2> parmi ces malheureux, un grand nom- à
fi lon vient
>> bre d'empoi(onneurs, 2
on doit le
9> en découvrir quelqu'un mains 2 de la juf9 remettre entre les
le cou19 tice. Ilarrive fouvent , que
n'avoue
fon crime, & que
>> pable
pas
fuffifantes
2 les preuves ne font pas de mort.
>>
prononcer la peine le châti-
$) EU Juges alors décérnent
&
eft le fouet;
>> ment ordinaire, qui
trois ou
> après que le Maitre a payé
ces
>> quatre cens florins, pour toutes efclaveonlui irenvoie fon
>> formalités,
habitant, à
>> Peut-on fuppofer qu'un coûté douze à
9> qui fon Negre livres, aura veuille le perdre
9> quinze cent
? Pour-
>> fans des caufes très-graves fur fa
donc n'en eft-il pas cru
9> quoi
il l'accufe d'un crime
> parole, quand
cetabus, con-
>> capital? Pour prévenir
tinue le
il eft d'ufage qu'un
>>
Do@teur, malheur d'avoir chez
>> Maitre, qui a le
> lui un de ces coquins - 2 fe rende juf- la
9 tice à lui-même, & faffe trancher
> tête au fcélérat. Ileft vrai, que Pexécution doit être fecrete, 8x n'a-
* --- Page 407 ---
SUITE DE LA GUIANE: 40r
Blanc
témoin, fans
9 voir aucun
pour
>> quoi on encourt le banniffement.
9) Auffi ne fe fait-elle qu'en préfence
dans aucun cas, ne
> des Negres, qui, contre un Blanc. Le
> peuvent dépoler
affemble fes efclaves; &après
> Maitre
le
il or-
> avoir convaincu
coupable, officiers de la
> donne aux premiers lui abattre la tête. On
>> troupe - 2 de
&
> P'enterre fur le champ;
perfonne le cri-
>> ne prend fait & caufe pour craindre eles
>> minel. J'aidonc
fans
de
juftice, ce qui,
>> recherches
EN
vous
eft un privile de
> comme
favez,
mon mi-
>> notre profeffion, prêter de ce malla deftruction
>> niftere pour
>> heureux >.
le fuc de
Vous remarquerez que de mort dans
manioc, cet inftrument devient, trala main d'un Médecin,
faufle
vaillé par les Créoles, une
avoir appétiffante & falutaire. Après en fubtifait évaporer rles parties les plus affailes par la cuiffon, ce qui refte, forme un
fonné de fel & de piment,
du Cacoulis agréable, qu'on appelle
biou. Ce fuc, loriqu'il left exprimé nouvellement, a la blancheur & l'odeur
du lait d'amande. En le laiffant repo:
'un Médecin,
faufle
vaillé par les Créoles, une
avoir appétiffante & falutaire. Après en fubtifait évaporer rles parties les plus affailes par la cuiffon, ce qui refte, forme un
fonné de fel & de piment,
du Cacoulis agréable, qu'on appelle
biou. Ce fuc, loriqu'il left exprimé nouvellement, a la blancheur & l'odeur
du lait d'amande. En le laiffant repo: --- Page 408 ---
402 SUITE DE LA GUIANE:
fer,on en obtient une fubftance
riflante, quife trouve au fond du nours
elle a l'apparence de
vafe; ;
l'emploie aux mêmes l'amidon, & on
la longue, cette
ufages ; mais à
veux. On en fait poudre aufi brûle les che.
des efpeces d'échaudés, ou de
tant du fucre ; maffepins, &
en y metfe nomme
cette préparation
Langou, n'eft Cipipa. Ce qu'on appelle du
fave
autre chofe que de la cafdétrempée dans de l'eau
lante : mêlé de fucre
bouildevient du Mateté, ou de fyrop, il
En diftillant, à un feu gradué,
quante livres de fucrécent de
cinla vertu du
manioc,
les trois ou poifon ne paffe que dans
l'elprit
quatre premieres. onces de
qu'on en retire, L'odeur en eft
infupportable; rible,
2 & c'eft de cet élixir terque ce fervit le médecin de Surinam, pour envoyer le
efclave dans l'autre monde, malheureux
tend que le fuc de roucou eft On préfant antidote contre celui de un puif
mais il faut le prendre fur le manioc ;
car il n'auroit aucun
champ;
roir de
effet, fi on diffél'employer.
La Patate, dont je vous ai
trefois 2 eft auffi une racine parlé auconnue --- Page 409 ---
SUITE DE LA GUIANE: 403
comme dans les auans la Guiane 2
méridiotres contrées de PAmérique amas dans des
nale. On n'en fait aucun fouille qu'à megreniers : & on ne la
fois hors de
fure du befoin ; car une bout de quelelle fermente au
terre, jours, & fe corrompt.
des
ques L'igname, autre racine à Pufage
Pavantage
Negres,a, furla précédente,
Elle
de fe conferver plus long-tems. facile à dieft même plus' légere, & plus
gérer, fans être moins nourriffante. & les
donne
fois l'an ;
Elle ne
qu'une
que
récoltes n'en iont abondantes,, 'défridans les terreins nouvellement
chés. Quand on en fait des provifions
dans les magalins, il faut empécher elle
Phumidité ne la gagne ; car
fermente que
alors, & végete, comme les
L'igname eft une efpece de
oignons. betterave, dont la peau eftépaille, rude, de
inégale, & couverte de beaucoup foit
flamens. Le dedans, foit qu'elle de
tire fur la couleur
cuite ou crue,
ou avec de la
chair. On la mange, fous la braife. Avec
viande; Ou rôtie
on peut
'cette plante &c des patates 2
abfolument fe paffer de pain.
On.cultive peu de grains à Cayenne;
une efpece de
oignons. betterave, dont la peau eftépaille, rude, de
inégale, & couverte de beaucoup foit
flamens. Le dedans, foit qu'elle de
tire fur la couleur
cuite ou crue,
ou avec de la
chair. On la mange, fous la braife. Avec
viande; Ou rôtie
on peut
'cette plante &c des patates 2
abfolument fe paffer de pain.
On.cultive peu de grains à Cayenne; --- Page 410 ---
404 SUITE DE LA GUIANE,
ainfi que dans le refte de la Guiane, Les
riches y confomment des farines dudehors; les pauvres & les efclaves fe
nourriffent de racines, de légumes & de
fruits du pays. L'entretien des colombiers & des baffes-cours eft le feul objet
qui exige effentiellement le fecours.des
grains.Ceux qui viennent
le ris,le mais,les pois & le mil. lemieux,font Iieft inutile de rechercher fi nos autres efpeces
réuffiroient également : la difficulté de
ce travail doit ditpenfer de cet examen,
Oane les
laboure point les terres ; on ne
fume point; on ne les laiffe point
repofer. On n'y apporte d'autre prépararion, que de les farcler; on prend
même la précaurion de le faire avec un,
gratoir, Les
pourn n'emporter que les herbes.
pluies abondantes entraîneroient
toute la terre qu'un l'abour plus
fond auroit détachée; &1 les
profe trouveroient bientôt épuifées. campagnes On
n'y feme, à proprement parler,
des graines porageres. Pour toutes Ses
autres, on fait un trou en terre ; &
Fonyr met des pois, du café, du
du mil, &c.
mais,
On diftingue le mil ordinaire, & le
petit mil. Ce dernier differe de celui --- Page 411 ---
SUITE DE LA GUIANE. 405
la forme de fon épi, par"
d'Europe par de fon grain, &x par fa quala petitelfie
au
Le
lité, qui eft plus agréable goit. eft fa
inconvénient de ce grain,
grand
il lui faut un
culture & fa préparation. la fleur eft fujette à
tems favorable; oifeaux ravagent les épis,
couler; & les
Pour le préparer,
loriqu'ils mûriffent. on l'écrafe entre deux
faute de moulin, comme vous voyez,
pierres ; ce travail, un grand nombre
ne peutfe faire pour cette méthode, il
de. bouches. Avec du monde, pour apfaudroit la moitié
prèter à l'autre fa nourriture. fruit, dont
Labanane eft le principal
fe nourriffent les habitans de Cayenne.
porte., eft de la groffeur
L'arbre quile
de la cuiffe de 1e 2 enveloppé de monte plufieurs à la
écorces écailleufes. La tige & meurt
hauteur de dix à douze fruit. pieds, Ses feuilles
après avoir donné fon
de celles
font plus longues qu'aucunes ; & l'on croit,
que nous connoiffons raifon, qu'elles couvrirent
pour cette
peres. Du
ia nudité de nos premiers s'éleve un feul &
fommet de la plante,
des fleurs
grand rameau $ qui porte fuccedent des
rougeâtres, auxquelles
ailleufes. La tige & meurt
hauteur de dix à douze fruit. pieds, Ses feuilles
après avoir donné fon
de celles
font plus longues qu'aucunes ; & l'on croit,
que nous connoiffons raifon, qu'elles couvrirent
pour cette
peres. Du
ia nudité de nos premiers s'éleve un feul &
fommet de la plante,
des fleurs
grand rameau $ qui porte fuccedent des
rougeâtres, auxquelles --- Page 412 ---
406 SUITE DE LA GUIANE:
fruits de la longueur de nos concombres. La chair en eft moëlleu(e, pleine
d'un fuc humeétant 9 & d'un goût
On-les mange cruds à leau 1
agréable. ou au fel; ou cuits au four,
au vin,
fous la cendre, fur le
dans une poele, D'autres en font de
gril, ou au foleil.
de PEmla bouillie, qu'ils appellent
bagnon. Ce qu'on nomme la figue banane,
dont les
eft une efpece parti@uliere, délicats.
fruits font plus petits & plus la maLes fauvages, pour en avancer de feuilles
turité s les enveloppent & les metprifes de la plante même,
tent dans un coin de leurs cafes; quelaprès, ils les retirent mûrs,
ques & d'un jours beau jaune. Les Cayennois les
& au deffert.
fervent en entre-mets,.
comme l'aLe bananier fe multiplie
naiffent
des rejettons qui
nanas,, par On le plante en tout tems &
au pied.
mais
le
en toute terre 2
principalement
long des ravines & des
ce
fe
dans les lieux
tmue
qu'il plait bout d'un
& exige
Il rapporte au
faut an, d'autre foin,
peu de culture: il ne
de farcler la terre, 8 d'empêcher
que --- Page 413 ---
SUITE DE LA GUIANE. 407
les lianes de P'entourer. La lenteur de
&
de
cette
produétion,
l'impoffibilité
qu'on ne
la conferver 2 empêchent
puiffe en faire un objet de fubfiftance
affurée en cas de guerre.
D'après cela, comment fe paffer
des fecours d'Europe, pour la nourriture des troupes & des habitans de la
Colonie, 2 puilque fes propres denrées des
ne fuffifent pas même pour celle
efclaves?Ils confomment annuellement
de groffe farine, &
une grande quantité
prefque toutes les falaifons en boeuf,
en morue, en poiffon, 2 qu'apportent
les vaiflfeaux. L'ufage de ces falaifons
eft même néceffaire pour leur fanté, il
corrige les mauvaifes qualités des vivres Comme du pays. la caffave eft leur pain ordinaire, leur boiffon la plus commune
eft T'Ouycou, dont ils ont appris Pufage & la compofition des Indiens. On
emploie de grands vafes de terre 9
appellés y
Canaris, qu'on remplit d'eau,
jufqu'à neuf ou dix pouces du bord.
On y jette deux groffes caffaves'rompues, , avec une douzaine de patates de bacoupées par quartiers; ; autant
res Comme du pays. la caffave eft leur pain ordinaire, leur boiffon la plus commune
eft T'Ouycou, dont ils ont appris Pufage & la compofition des Indiens. On
emploie de grands vafes de terre 9
appellés y
Canaris, qu'on remplit d'eau,
jufqu'à neuf ou dix pouces du bord.
On y jette deux groffes caffaves'rompues, , avec une douzaine de patates de bacoupées par quartiers; ; autant --- Page 414 ---
408 SUITE DE LA GUIANE.
& une certaine quantité
nanes écrafées, de cannes. On bouche avec
de fyrop Touverture du canaris 2 1e pour laiffer
foin
deux ou
fermenter ce mélange pendant
trois jours ; enfuite on en enleve;
le marc qui a foravec une écumoire, au-deffus. La liqueur
mé une croûte
reffemble à de
quirefle dans le vafe,
rala bierre forte. Elle eft rougeâtre, C'eft
fraichiflante, & enivre aifément. fort
dans l'ivreffe de ce breuvage, les Cacommun dans les ifles, que
ofraibes fe fouvenant des moindres maffacrent
fenfes qu'ils ont reçues 2
leurs ennemis fans miféricorde.
eft une autre boiflon, qui
Le Maby moins en ufage. On met,
n'eft guere
vingt ou trente pots
dans un canaris, de fyrop clarifié, &
d'eau, deux pots
avec autant d'odouze patates rouges, 9
quartiers.
ranges aigres 2 coupées par
de
fermente en moins
Cette liqueur heures, & fait un vin clairet
trente
le meilleur cidre de Norauffi fin, que
mandie.
de Surinam par une
En approchant
me laffer
route nouvelle, je ne pouvois quelle in:
d'admirer avec quel travail,
duftrie --- Page 415 ---
duftrie, SUITE DE LA GUTANE.
habitables-6e les Hollandois Cant içu rendre 409
fois fi
fertiles, des lieux autreinacceflibles. marécagens, Pour couverts de forêts
idée de la maniere vous denner une
changement, je vais dont s'efl fail ce
détails d'ane nouveile entrer dans les
pliquer commenr on la habitatson, exparler de tout Ce qui fert défriche, à la
&c
Dès qu'on a obtenu la former,
d'un terrein, On
concefion
la maifon du Maitre. commence On
pary bàtir
droit élevé, afin qu'eile choifit un en-
& qu'on puife voir
ait de Pair,
iravail des eiclaves, Oa plus aifément le
petite diftance de la
la; place à une
portée d'avoir de l'eau. tiviere, , pour être
enfuite quelques
On confiruit
Negres, avec une partie baracues du
les
ont
on
CAngE
abuttu;
en réferve
qu'ils
tres bauimens; cn fait fécher pour d'aupour y mettre le feu 86 le le iefle,
Par-1a, le terrein fe
ccnimer.
que les pluies font nettoies. & lorfles bananiers, les atrivées, on pleate
res, le mais, & tout ignames, les pataprincipale Bourriture des ce qui fair l2
roujours par-là qu'it faut efclaves.Ccf
Tom, XI,
commencer;
$
abuttu;
en réferve
qu'ils
tres bauimens; cn fait fécher pour d'aupour y mettre le feu 86 le le iefle,
Par-1a, le terrein fe
ccnimer.
que les pluies font nettoies. & lorfles bananiers, les atrivées, on pleate
res, le mais, & tout ignames, les pataprincipale Bourriture des ce qui fair l2
roujours par-là qu'it faut efclaves.Ccf
Tom, XI,
commencer;
$ --- Page 416 ---
41P SUITE DE LA rifque GUIANE: de les pers
autrement on la court mort, ou par la déferdre, ou par
ne fauriez croire comfion; car vous les rendent affaméss
bien ces travaux
de ne les laiffer
& il eft important
la récolte des
manquer de rien jufqu'à
nouveaux fruits. denrées de
néAprès les
premiere
ceffité, on doit fonger à celles
font
du
de la
SRES
Tobjet
le.fucre, çommerce le café ,le tabac,
Findigo, telles que le cacao 8zle coton.Jai parlé lefde toutes ces produchons, pour
quelles il faut choifir des terreins la pro-
& s'attacher à la culture
pres,
ces travaux ne
B
convenable. Mais
encore que les premiers habiation, préparatifs qui
pour fonder d'autres une riche bâtimens ; car jufs
exige bien
le Maitre eft mal logés
qu'à préfent,
belle maifon avec
i1 lui faut une plus offices, & mille autres
un jardin 9 des Elle doit être tournée de
commedités. les vents ordinaires n'y,
façon, que de biais; car ils font infupentrent que lorfqu'ils battent à plomls
portables,
qu'ils obligent de
contre les fenêtres,
qus
tenir toujours fermées. Onprétend --- Page 417 ---
SUITE DE LA GUTANE: faines 419
bois font plus
fes : maifons de de
mais ces derque les édifices pierre; durent pluslongniers font plus fars,
de
demandent moins
réparatems, font moins fujets aux incentions,, dies; les ouragans n'y caufent pas tant
de dommages ; & enfin, Tépaiffeur
eft
de réfifter au
des murs
plus capable fe fait fentir vers
froid piquant, nuit. qui il eft vrai que dans un
ia fin dela de terre, ils font plus extremblement les bâtimens de charpente.
pofés que les vois ici prefque tous
Au refle,je fur un fond de brique de deux
élevés
de hauteur, afin que les
Oil trois pieds
en terre.
poteaux ne fe pourriffent de pas la maifon,
A quinze ou vingt Eile pas doit être muon place la cuifine.
cuire le pain
nie d'un four ; pour y font vis-àde ménage. Les magalins du Maître
vis,tant pour les provifions les inftru-
& des E(claves, que pour
A quelmens stcnfarealagrieuhue fe trouvent les écuries
que diflance, le
-B le menu bétail, les
pour
gros
la volaille, linfirbafles-cours pour
le moulin,
merie pour ies malades, 2
fabrical'étuve & la purgerie pourla
les
sion du fucre. Plus loin, on place
S y
age. Les magalins du Maître
vis,tant pour les provifions les inftru-
& des E(claves, que pour
A quelmens stcnfarealagrieuhue fe trouvent les écuries
que diflance, le
-B le menu bétail, les
pour
gros
la volaille, linfirbafles-cours pour
le moulin,
merie pour ies malades, 2
fabrical'étuve & la purgerie pourla
les
sion du fucre. Plus loin, on place
S y --- Page 418 ---
412 SUITE DE LA GUIANE.
doivent toujours
cafes desNegres,qui
édiêtre fous le vent des principaux les accifices, par précaution contre
des
dens du feu. Quoique compofées néplus vils matériaux, il ne faut pas
giger de les bâtir avec ordre, (éparées
les unes des autres, dans un lieu fec 2
avec un foin extrême d'y faire régner
la propreté. Elles forment quelquefois
une file de quatre-vingt à cent pieds
de longueur ; & quand le nombre des
cfclaves eft au delà de quatre cens, on
vis-à-vis de
en conftruit une femblable
les
la premiere: 5 mais il n'y a que
gens étatres-riches,qui poffedent de pareils
bliffemens. Le
oit l'on enferme les befliaux
pendant parc la nuit, eft à côté de cette
longue fuite de bâtimens; tous lesefclaves en ont la garde, & en fontrefponfables. Moins on éloigne le moulin
des champs de cannes, 2 plus on diminue A
le travail, & l'on facilite le charroi.
mefure que lon coupe du bois pour
brûler, on tire parti du terrein, pour
Si le pays eft
une nouvelle plantation.
propre au cacao, il ne faut pas négliger cette produétion : c'eft une marchandife également précieufe, & pax --- Page 419 ---
SUITE DE LA GUIANE. 413
la facilité de la cultiver, & par le
fit qu'on en retire. Un
SEPAET
fans autres frais qu'une augmentation entretient
de quinze à vingt Negres,
fon
cent mille cacaotiers, & grofit
de trente mille francs de plus.
revenu
n'eft pas employé en
Le terrein qui
être mis en favanes.
plantations,peut On n'a jamais trop de pâturages boeufs dans
habitation, cit ies
une grande
les voitures, &
font néceffaires pour avoir des veaux qui
les vaches hert boeufs. Si l'on a des
remplacent moulins à chevaux, c'eft un nouveau
nombre de bêtes à nourrir. On ne peut
fe difpenfer d'entretenir, un troupeau
de moutons & de chevres ; fans quoi &
la dépenfe de la table augmente ;
lon eft toujours mal fervi. habitations de ce
Comme toutes les
il
font fituées fur des rivieres,
pays
d'avoir un bateau mené à la
convient
rame par cinq ou fix Negres, pour
tranfporter le Maitre 2 de fa plantation
à la ville, & de la ville à la campagne, terre. Il
quand il ne peut s'y rendre par
en faut un autre pour les provifions ;
petites pirogues
fans compter quelques vont à la pêpour les efclaves qui
S ilj
fervi. habitations de ce
Comme toutes les
il
font fituées fur des rivieres,
pays
d'avoir un bateau mené à la
convient
rame par cinq ou fix Negres, pour
tranfporter le Maitre 2 de fa plantation
à la ville, & de la ville à la campagne, terre. Il
quand il ne peut s'y rendre par
en faut un autre pour les provifions ;
petites pirogues
fans compter quelques vont à la pêpour les efclaves qui
S ilj --- Page 420 ---
414 SUITE DE LA GUIANE:
che, ou qu'on envoie en commiffiont
Vous
de chofe,. voyez
ce n'eft pas peu
que dE former de
établifemens; ; mais
pareils
heur de réuffir il lorfqu'on eft
a le bonquinze à dix. huit
aifé de tirer
du fonds
pour cent d'intérêt
qu'on a mis.
ne confeillerois %
Cependant je
mencer unperfonne d'en comfoimème, par les
qu'y court la fanté,
rifques
2 & les
que caufe la perte des
dommages Je
férerai toujours d'en Negres, acheter
prés
fait, qui mette
un tout
de percevoir
Pacquéreur à portée
nus, fans en courir-les tranquillement fes reve.
dangers & fans
s'expofer aux chagrins,
eft livré
auxquels on
les plantations continuellement, foient
avant que
l'intérêt du
en état de rendre
capital,
Le café eft
principalesrichefies aujourd'hui une des
Guiane. Dans les
des colonies de la
celle de Surinam, premieres années de
femer les
2 ona commencé par
pépinieres. graines, On
pour en former des
les feves dans faifoit l'eau d'abord tremper
heures; enfuite pendant vingtSuatra des caiffes
on les plantoit
terre ; on-les
remplies de bonne
plaçoit à deux pouces de --- Page 421 ---
SUITE DE LA GUIANE: & 4T5 lon
diftance les. unes des autres :
de
avoit foin de les arrofer, au défaut les
pluie. Au bout de quinze jours.,
produifeient de petites tiges; avoir
germes
à
& quand elles commençoient choififfoit un tems
des feuilles, on
dans
pour les tran/porter
pluvieux 5
On fuivroit, fans
un terrein préparé.
cette médoute, encore aujourd'hui étoit befoin ; mais les
thode 7 s'il en fourniffent aflez de rejetvieux arbres entretenir les plantations,
tons, pour
.
ou les renouveller
cette culture - à
On n'a commencé
Plufieurs àe
Cayenne, qu'en 1721. étoient à Suriferteurs François, 2 qui d'obtenir leur amnam, fe flatterent des feves de café.
niftie, enapportant
tiOn les mit en terre 3 quelques furént difges
leverent les bientôt, habitans : & dans
entre
en fut
EE
de tems, toute l'ifle
mais pour- ce
peu Cet arbre croit fort vite ;
vue.
la troifieme année, qu'il
n'eft affez que de fruits, pour
ASigr
duit
annuels de fa culture. L'exdes frais féchereffele fait périr; les pluies
trême
empêchent que les feves ne
exceffives
d'ailleurs beaucoup de
marifient; ona
Siv.
ôt, habitans : & dans
entre
en fut
EE
de tems, toute l'ifle
mais pour- ce
peu Cet arbre croit fort vite ;
vue.
la troifieme année, qu'il
n'eft affez que de fruits, pour
ASigr
duit
annuels de fa culture. L'exdes frais féchereffele fait périr; les pluies
trême
empêchent que les feves ne
exceffives
d'ailleurs beaucoup de
marifient; ona
Siv. --- Page 422 ---
416 SUITE DE LA GUIANE,
peine à garentit les nouveaux
des fourmis & autres infectes plants,
dévoreat.
qui les
foins, Aux dépenfes qu'exigent toas ces
2 ajoutez encore celies du bârimeni ol le café doit fe
être mis en
: préparer, pour
barriques 2 & envoyé en
Europe. Ceft une grande loge de quatre-vingt pircis deiong, fur trente ou
quarante de large, furmontée d'un
nier de la mêne étendue. De
grecôté, font des eipeces de tiroirs chaque
fur des couliffes, pour les ôter pofés de la
loge quand il fait beau, & les
faire
rentrer quand il pleut. Ces tirofe font
remplis de café; & ily a dans le
nier, de côté & d'autre, de
grefenêtres qui donnent de l'air, grandes &c
pêchent que les feves ne
emne s'échauffent. On les pile germent dans des ou
pieces de bois, creufées en forme d'auge; on les vanne enfuite, comme le
bled; on les remue fouvent avec la
pelle; on les met dans des paniers
les tranfporter ; on les étend devant pour la
loge, dans un: quarré revêtu de
& expofé au foleil pour les fécher.On brique,
a des balances & différens
prendre la tare des
poids, s pour
barriques,- & les --- Page 423 ---
SUITE DE LA GUIANE. Il n'elt 417
pefer quand elles font pleines. de Suripermis, à aucun fon propriétaire café en Amérique.
nam, de vendre
doit être livrée en
Cette marchandife
de Hollande.
nature aux correfpondans a fes producComme chaque P71 lon ne trouve
tions pariculieres, mêmes fruits qu'en Europe,
pas ici les d'autres à qui vous donneriez
on en a
Tels iont erf particulier 2
la préférence. mamis, &c. L'arbre qui
l'ananas, les derniers eft afez grand; 8
produit ces
de feuilleslongues
fes branches, garnies beaucoup d'om-
& épaiffes, fourniffent reflemble à un boulet de
bre. Le fruit
fix jufqu'à huit
canon 2 8z a depuis Ileft couvert d'une
pouces de diametre. de Tépaiffeur d'ua
écorce rouffeâtre, , comme du cuir, 8z
demi doigt, (ouple la pelure d'une pêqu'on leve comme
tranches : &z il
che. On le coupe le par goût & Podorat,
fatisfait également
des confiOn en fait des marmelades, furpaffent tout
tures, des tourtes connoiflez qui de plus exquis
ce que vous Les différentes efpeces de
en ce genre.
dans la Guiane,
melons qu'on mange fur les nôtres, par
Femportent encore & le parfum.
la grofleur, le goût
S V.
ouple la pelure d'une pêqu'on leve comme
tranches : &z il
che. On le coupe le par goût & Podorat,
fatisfait également
des confiOn en fait des marmelades, furpaffent tout
tures, des tourtes connoiflez qui de plus exquis
ce que vous Les différentes efpeces de
en ce genre.
dans la Guiane,
melons qu'on mange fur les nôtres, par
Femportent encore & le parfum.
la grofleur, le goût
S V. --- Page 424 ---
SUITE DE LA GUIANE. dont ont
Le calebaffier eft un arbre
ne fauroit fe paffer dans une plantations.
Il reffemble à nos plus grands
miers &le fruit qu'il porte, ala
Eoe
;
On le creufe en
de nos citrouilles..
aze
verfant de Peau bouillante, pour
macérer la moëlle; & onl'en tire avec
un bâton. Les Negres 2 après lavoir des
ainfi vuidé, en font des bouteilles, fortes
plats, des écuelles, & toutes domeftid'uftenfiles pour les ufages
gravent des comques. Quelques-unsy & des groteiques à leur mapartimens
n'emploient ni la:
niere ; & quoiquils leurs deffeins fe
regle, ni le compas,
trouvent quelquefois aflez juftes. étoit
J'ai dit ailleurs 9: que la liane
commune dans la Guiane.
une plante
On en- diftingue de plufieurs habitans-à fortes;. faire
les unes fervent aux.
défaltérerles
des cordages,lesantrerl Les
voyageurs & les. chaffeurs.
premieres montent, en ferpentant, autour
des arbres ; & après être parvenues. elles
jufqu'aux branches-les plus hautes,
jettent des filets qui retombent Reets dans
diculairement 2 s'enfoncent
de:
terre, y. prennent racine, S s'élevent
nouveau 2: montent &. redefcendent: --- Page 425 ---
SUITÉ DE LA GUIANE: 419
glternativement.: D'autres filamens 2
portés obliquement par le vent, ou par
halard,s'atachent aux plantes
quelque voifines, & forment une confufion de
cordages, qui offrent le même afpeêt
les agrêts d'un vaiffeau. Ily: a de
que
auffi
que le bras, qui
ces lianes
groffes
embraffent à
étouffent l'arbre qu'elles arbre alors feche
force de le ferrer.Cet fe confume; &
fur pied, fe pourrit, les
de la liane,
ilne refte que
ipires de colonne
qui préfente une efpece Part-auroit
torle, 2 ifolée & à jour, que
peine à imiter.
forte de liane, qui
Ileft une autre
&
étant coupée 1e 9 rend une eau claire Ce
pure, dont on ufe dans le befoin.
qu'il y a d'admirable, c'eft qu'en quel- au
expofition que foit la branche,
que foleil ou à r'ombre > en quelque tems
qu'onla coupe., lejour ou la nuit, leau
fraiche & limeft toujours également altérés fe fervent
pide. Les voyageurs
la recevoir. Ils
de leur chapeau 1, pour
de
trouvent dans une feule tige,
quos de
étcindre la foif d'un grand nombre à
perionnes. J'ai fouvent eu recours
82 j'elpere que ce fecet sxpédient;
dans ler'
çours ne me manquera pas
Svy
'ombre > en quelque tems
qu'onla coupe., lejour ou la nuit, leau
fraiche & limeft toujours également altérés fe fervent
pide. Les voyageurs
la recevoir. Ils
de leur chapeau 1, pour
de
trouvent dans une feule tige,
quos de
étcindre la foif d'un grand nombre à
perionnes. J'ai fouvent eu recours
82 j'elpere que ce fecet sxpédient;
dans ler'
çours ne me manquera pas
Svy --- Page 426 ---
420 SUITE DE LA GUIANE:
courfes qui me reftent encore à
pour me rendre, de
faire,
province de Terre-Ferme. Surinam, dans i
partir avec deux Hollandois Je compte
Gouverneur envoie à
9 que le
devrai à fon amitiéles Carthagene. Je
ger avecagrément. En moyens de voyaextrémité de la Guiane, traverlant cette
bouchure de
jufqu'à l'emcherai
P'Orénoque 2 je m'attanoître principalement les différentes à vous faire conbitent les bords de
nations qui hadant, je vous
ce fleuve. En attenparlerai d'une chaffe aux
nombreufe perroquets, 2 que je fis hier avec une
plus de deux compagnie, Nous tuâmeg
qu'on
cens de ees animaux,
mange comme des perdrix, On
agita,p pendant le fouper, de
niere on lesappréteroit
quelle mamain. On décida
pour le lendequ'on
par en prendre toutes les commencerois
en faire un pâté. Il fe trouva langues, fort pour
vais à la vérité; mais du moins maupimes nous Vanter d'avoir goûté nous
mets qu'on n'auroit en
d'un
pour des fommes exorbitantes. Europe, On que
vingt de ces oifeaux dans un
mit
& Pon en fit une affez
marmite 5
/
D'autres, cuits
bonne foupe.
en fricallée, fe irous --- Page 427 ---
SUITE DE LA GUIANE; 427
verent tendres & délicats : mais ceux
fit rôtir, devinrent fi fecs, qu'ils
qu'on
de
Je puis dire
n'avoient plus
goût, fois dans ma vies
avoir mangé, une
de
d'un pâté de langues
perroquets accom-
& le corps même de Panimal, diffémodé de trois ou quatre façons
rentes.
le fuis, 8c.
A Surinam > ce 9 Janvier 1751 --- Page 428 ---
422 SUITE DE LA GUIANE
LETTRE CXXXVIL
SUITE DE EAGUIANE
Lr peu de
mieres
raifon, 2 d'efprit, de Iuqu'on rencontre de Surinam à
Carthagene, tête de
ne fe trouve que dans la
les feuls quelques Miffionnaires. Ce font
puiffe
hommes, avec lefquels on'
parler, 2 les feuls du
dont
on tire quelques connoiffances. moins, Ils ont
été ma. reffource chez les fauvages,
comme, dans nos villages
p
on ne voit, on'ne
d'Europe 5'
coute que le Curé.. confulte, on' n'éécris Aujourd'hui, Madame,je ne vous
Jéfuite que d'après le:t témoignage d'un:
la
Efpagnol, dont vous allez lire'
relation. lidirige, depuis
une peuplade d'Indiens quinze fur la ans,
droite de
rive
le
TOrénoque ; & - il a fait fur,
cours de ce fleuve, des recherches.
particulieres, qu'il a bien voulu me
communiquer, Hy a joint des détailscurieux far différens peuples qu'il a:
sclairés des lumieres de la foi, & fur
d'après le:t témoignage d'un:
la
Efpagnol, dont vous allez lire'
relation. lidirige, depuis
une peuplade d'Indiens quinze fur la ans,
droite de
rive
le
TOrénoque ; & - il a fait fur,
cours de ce fleuve, des recherches.
particulieres, qu'il a bien voulu me
communiquer, Hy a joint des détailscurieux far différens peuples qu'il a:
sclairés des lumieres de la foi, & fur --- Page 429 ---
SUITE DE LA GUIANE: con- 423
H'autres qu'il n'a pas encore pu les
vertir. Je me fuis attaché aux objets
plusinrérefans. s ou les plus finguliers,
que je traduis en les copiant. c'eft le nom de ce
Le pere Mugilla,
fon récit pat
Miffionnaire, commence
découverte de TOrénoque 2 qu'il
la
Colomb; mais
attribue à Chriftophe ft
ainfi dire T
ce navigateur ne Trenre-fix r-pour ans après,
quelappenceyoit.
de fon emDiego de Ordazapprocha une partie de
bouchure, & y, perdit fes vaifleaux. Cet
fon monde & de
point ;. il
accident ne le découragea fecours, 88
revint avec de nouveaux
fonda-une ville, connue aujourdhui de la
fous le nom de Saint-Thomas François, AnGuiane:Des navigateurs effayerent de s'y
glois s: Hollandois
eft toujours
établir ; mais PE(pagne de cette contrée. Elle
reftée maitreffe
poar y prêcher
envoya des religieux miffions furent parta:
Tévangile; les
les Cordegées entre les Capucins mais 2 ces derniers
liers & les Jéfuites ;
éténdue de:
occupentune plus grande
pays.
fejette dans la mer pat
L'Orénonue euboughurgs, S2 & forme us
gluficurs. --- Page 430 ---
424 SUITE DE LA GUIANE, -
tel labyrinthe de petites
n'eft
illes, qu'il
pas poffible d'en déterminer le
nombre. Les habitans fe perdent quel.
quefois eux-mêmes dans ce dédale
aquatique, & font obligés de
le golphe, pour redreffer leur gagner route,
En mélant fes eaux avec celles de
l'Océan, il l'adoucit pendant
de plufieurs lieues, s'étend le long l'efpace des
côtes, & oblige la mer à les abandonner. Voici une autre fingularité : il
croît pendant cinq mois, ie maintient
trente jours dans fon plus grand accroiffement 2 diminue pendant
autres mois, 2 & refte trente autres cinq
jours dans ce dernier degré. Ile
ainfi le cours d'un an à s'élever emploie & à
defcendre graduellement
fes diverfes hauteurs
2 les marquant
qu'il laiffe fur les rochers 2 par
traces
arbres
ou fur les
qui bordent le rivage.
un peuple éclairé habitera les Quand bords
de ce Aeuve, il faura, ou du moins
il cherchera les raifons de ces phénomenes.
En remontant POrénoque,
fon
depuis
la riviere embouchure, 2 on trouve d'abord
de Caroni, quis'y précipite
avec tant de violence, 2 que le courant
quant
qu'il laiffe fur les rochers 2 par
traces
arbres
ou fur les
qui bordent le rivage.
un peuple éclairé habitera les Quand bords
de ce Aeuve, il faura, ou du moins
il cherchera les raifons de ces phénomenes.
En remontant POrénoque,
fon
depuis
la riviere embouchure, 2 on trouve d'abord
de Caroni, quis'y précipite
avec tant de violence, 2 que le courant --- Page 431 ---
SUITE DE LA GUIANE. 425
du fleuve remonte plus de trois cens
vers fa fource. On diftingue trèspas
leurs eaux : - celles de la
long-tems
noires, parce qu'elles
rivie # paroiffent fable de cette couleur ;
coulent far un
met dans un vale, on
mais lorfqu'on en
comme du
la voit claire & brillante
concrylal: celles de l'Orénoque au
traire font toujours troubles. [la plus
de foixante braffes de fond, dans quel-
&
de-quatrequelques endroits, 7
près font dans leur
vingt, lorfque élévation. les eaux Ce que j'ai vu
plus grande
de fa largeur, de fa
de fon étendue,
comprofondeur 7 me le fait fleuves regarder du monme un des plus grands neuf cens lieues de
de. Il parcourt le tribut d'une infinité
pays, & reçoit dont les berds font
d'autres rivieres,
des Indiens de différentes
occupés par
nations.
ceux
On appelle Gaurauniens 2
qui
habitent les petites ifles, 2 formées
Il eft
béar
les bouches de l'Orénoque.
qu'ils puiffent y.
tant plus furprenant inonde leur pays,
vivre, que ce fleuve
fix mois
fans interruption., pendant
le
confécutifs 2 & deux fois par jour --- Page 432 ---
426 SUITE DE 1 EA
refte de l'année. Leur GUIANA,
de dur; & les étrangers langage n'arien'
avec facilité, Ils font Fapprennent
& très- attachés
doux, affables,
aux Efpagnols. Dès
apperçoivent un de deurs vaif3 ils
E
les plus vives accourent fur le rivage avec
& dès cet inffant, démonftrations de joie :
marqués, chez
tous les jours font
- veau divertifement, eux, Ear quelque noupeuvent vivre dans leurs Européens ne
d'une quantité
ifles 2 à caufe
rons, qui rendent incroyable de mouchétable. De leur côté, ce féjour les infapporveulent pont en
:
habitans ne
fances qu'on leur fortif,, faffe. Leurs queiques inf
font élevées au-deffus dufol affez maifons
pour que le fleuve ne puiffe haut,
inonder dans fes plus grandes pas les
L'architeéture en eft affez folide, cres,
réfifter raux courans.
2 pour
des pilotis
Après avoir planté
autres,
9: foutenus les uns fur les.
verfes,ils 3. par de longuès & fortes trade bois de y conftruifent un plancher
bârit fa cabane, palmier, > fur lequelchacun
Ce même arbre, le feul
dans ces ifles, leur fournit qui croiffe:
ment tout ce quieft néceffaire abondam- à la vier
en eft affez folide, cres,
réfifter raux courans.
2 pour
des pilotis
Après avoir planté
autres,
9: foutenus les uns fur les.
verfes,ils 3. par de longuès & fortes trade bois de y conftruifent un plancher
bârit fa cabane, palmier, > fur lequelchacun
Ce même arbre, le feul
dans ces ifles, leur fournit qui croiffe:
ment tout ce quieft néceffaire abondam- à la vier --- Page 433 ---
SUITE DE LA GUTANE: difois autrece que la côte je de Malabar.
Rappellez-vous fois du cocotier de
cette partie de
Le palmier eft, pour Pautre eft pour les
ce que tronc fert à faire
TAmérique,
Le
des muIndes orientales. ; les branches 5
des
des planchers: les feuilles, 9 des cordes; des habits ;
railles des ; voiles, des filets, chaffer les mouz
lits, & des éventails pour
ne dépouil- tiré
eheronsi Les Guarauniens en avoir
lent le palmier, qu'après de la viande. Lorfdu pain, du eftà vin fon 2 point de maturité; La li-.
que Varbre
coups de haches.
eft
on le faignea coute avec abondance, Elle'
2 douce comme du force (yrop. que le
E enfuite la: même
elle" deacquiert
tems après',
vin; & quelque
que le vinaigre: cuire
vient auffi piquante alors,
faire
On s'en fert
naiffent dans
de vers
de'
t
des elpeces lorfquil ne refte plus
le palmier; Cette nourriture eltexcellentes un peu de
liqueur.
infpire d'abord fait avec une pâta
quoiqvelle Le pain fe
de Parbre %
dégoht.
dans-le coeur
qui fe trouve féchée au foleil, elle produit
lavée 8z
farine. Enfin les Indiens de
une très-belle fruit,. qui confifte en
sucillent le --- Page 434 ---
SUITE DE LA GUIANE.
belles grappes de dattes
la groffeur d'un ceuf, & rondes, d'un
de
tirant fur le rouge. Ils les pilent, en jaune eXpriment le jus, & en font une boiffon
très- faine & tres-agréable. Enfin,
ne rien perdre de cet arbre merveil- pour
leux, ils caffent les noyaux & en
tirent une efpece d'amande à 2
femblable à celle de la noifette. peu, près
Outre les Guarauniens . 2
habitent près de l'embouchure de qui POré
noque, on trouve 9 en remontant le
feuve, les Mapuyes, les
Salivas, les
Guamos, 3 les
les
Othomacos, les Achaguas,
Caribes, les Araucas, 8c. 4 Il eft
D difficile de connoître
>> toutes ces nations, dit le l'origine de
7 gilla. Il y en a parmi
pere Mu-
* croient fort
elles, qui fe
au-deffus des autres, Be
>.ont, en effet, l'avantage fur le
>> grand nombre, par la
plus
>> la taille, & la douceur figure, du
lair, 3
S Les Caribes, par exemple, font langage, tous
>> bien faits, grands & de bonne
>> Ils parlent auffi librement à un étran- mine,
>> ger, la premiere fois qu'ils le
>> que s'ils lavoient connu toute voient, leur
> vie. On ne trouve 9 chez eux ni
9 peintures, ni hiéroglyphes, ni 2 au-
'avantage fur le
>> grand nombre, par la
plus
>> la taille, & la douceur figure, du
lair, 3
S Les Caribes, par exemple, font langage, tous
>> bien faits, grands & de bonne
>> Ils parlent auffi librement à un étran- mine,
>> ger, la premiere fois qu'ils le
>> que s'ils lavoient connu toute voient, leur
> vie. On ne trouve 9 chez eux ni
9 peintures, ni hiéroglyphes, ni 2 au- --- Page 435 ---
9 cune SUITE DE LA GUTANE,
autre
99 qui puiffe
cipece de
%
le
répandre
monumens,
fur leur hiftoire.
moindre jour
$ infruire, en leur Lorfqu'on veut s'en
>> tions, is
failant des quef.
8 nous feuls fommes répondent avec hauteur:
3 autres ne font
des des hommes; les
9 fierté ne leur que
efelavesw. Leur
> d'autres
permet pas de donner
# tion porte éclaircilfemens. Leur tradi.
$5 defcendre fon 2 que fils rÉtre fuprême fit
> un ferpent
du ciel, pour tuer
9s vaincu, il fe horrible ; & que l'ayant
$ les
forma, dans les - entraildel'animal, des
>> firent chacun
vers qui" produi-
> femme,
un Caribe avec fa
s une guerre Commece cruelle monftre eavoit fait
9) fines, 9 les
aux nations voi9 le jour, les Caribes, 2 qui lui doivent
9> des peuples regardent toutes comme
>> Les Salivas ennemis. fe
>> non moins abfurde, donnent une origine
> la terre
Ils croient
engendra des hommes & des que
femmes, comme
> plantes & des
elle produit des
> arbres portoient fleurs, & que certains
A créatures humaines. pour fruits' 2. des
> s'élevent jamais
Leurs penfées ne
> terre qu'ils habitent plus haut que la
; & ils n'ont --- Page 436 ---
430 SUITE DE LA GUIANE.
leur
3 d'autres idées, que celles qui Ils
S font communes avec les animaux. homa des
5 n'apprennent qu'il-y
Mif-
> mes vêtus ' que lorfgu'un
la
3) fionnaire arrive chez eux pour
fois. Ilsen font effrayés, &
8 premiere fe cacher dans les bois en
9 courent
horribles:
>> pouffant des :hurlemens leJéfuite, font
9 Nos peres, continue de l'entiere me
59 fur-tout effarouchés femmes & des filles 9
> dité des
qui
9 ne voilent aucun de leurs attraitsa lorf-
>> Elles n'en rougiffent point ; 8
leur diftribue des mouchoirs
$ qu'on
dans
S pour fe couvaroallalesjetens demande
S) ia riviere ; &fi on leur. en
vê.
> la raifon, elles répondent que ces
temens leur caufent de la honte 3
S
fi elles fentoient
2 comme
qu'effedtides
voilés font plus
9 vement, d'irriter appas les defirs , qu'une
9 capables
nudité. C'eft par ce mêi
>> dégoitante
chez
5) me fentiment de pudeur 2 que
d'autres nations Indiennes 2. nul ne
9>
s porte des habits que les.courtifannes, de
> dont l'état eft de manquer
les defirs. Les
Tiemc
9 deur; & d'irriter
elles font
A mes de POrénoque, quand
des
de notre req
* infruites
myfteres
'une
9 capables
nudité. C'eft par ce mêi
>> dégoitante
chez
5) me fentiment de pudeur 2 que
d'autres nations Indiennes 2. nul ne
9>
s porte des habits que les.courtifannes, de
> dont l'état eft de manquer
les defirs. Les
Tiemc
9 deur; & d'irriter
elles font
A mes de POrénoque, quand
des
de notre req
* infruites
myfteres --- Page 437 ---
sligion, SUITE DE LA GUIANE.
devenues plus
# connoifent leur nudité, éclairées, rea
: $ tous lesvétemiens
& reçoivent
# leur donner. Elles que nous pouvons
9 même plus
en demandent
a nous avons de qu'il la ne leur en faur; &
B. barraffer.
peine à nous en dés
>> La parure de ces
9 jours ordinaires, peuples, pour les
B colliers de dents confifte de
en plufieurs
9 parmi eux comme moris, la
regardés
M grand courage.Les
marque d'un
3) enduifent d'une
jours de fête, 9 ils
P petites nattes minces efpece de réfine, 9 de
$ couleurs
de différentes
s corps avec 9 qu'ils s'appliquent fur le
* qu'étant
fymméttie; - ; de maniere
> gnement, placés dans un certain
2 un
éloi3 pas
étranger qui ne feroit
2 toffes prévenu, brillantes. 2 les croiroit vêtus d'é9 des plumes de toutes D'autres s'attachent
2 s'en font des
les nuances, &
% dans les travaux perruques qu'ils portent
9 gne; car., outre même de la campa9
qu'elles leur fervent
>> donmemere encore du
elles les
foleil & de la garantiffent
8 n'eft plus
pluie. Rien
$ fauvages nuds, plaifant,
de voir ces
2 rure, labourér tous Rer de leur
P perruque,
la terre en grande Pa --- Page 438 ---
432 SUITE DE LA GUIANE.
) Dès qu'une fille vient au monde,
> on lui met au deffous des genoux 7
de la cheville du
>> & un peu au-deffus bandes
& épaiffes 2 s
9> pied, des
larges
$ qui icur font groffir extraordinaire-
$> ment les gras de jambe ; ce que nous
5 regardons comme un énorme défaut
eft à leurs
de
2 dans une femme,
yeux
>> la plus grandebeauté.
>> iln'y a point de fourmilliere, qui
S ne fe gouverne avec plus d'ordreu
9> que ces peuples : ils obfervent ce-
> pendant certaines loix, 2 & fpéciale-
>> ment au fujet de l'adultere; 5 les uns
> font mourir les coupables au milieu
> de la place publique: chez d'autres,
9 le mari offenfé fe contente - 2 pour
A toute réparation, de coucher autant
>> de fois avec la femme de l'époux
$> adultere. 2 que celui-ciaeu commerce
>> avecla fienne. Par cette loidu talion,
fe trouvent fatisfaites,
> les parties
chan-
>> D'autres, par un troc mutuel,
S gent de femmes pour un. tems ; le'
* terme expiré, chaque époufe revient
2? à fon mari, & n'en eft que plus aimée,
9 & même plus aimable. Queiquefois,
réciproque,1 les
# par un confentement
7 troqueurs
'époux
$> adultere. 2 que celui-ciaeu commerce
>> avecla fienne. Par cette loidu talion,
fe trouvent fatisfaites,
> les parties
chan-
>> D'autres, par un troc mutuel,
S gent de femmes pour un. tems ; le'
* terme expiré, chaque époufe revient
2? à fon mari, & n'en eft que plus aimée,
9 & même plus aimable. Queiquefois,
réciproque,1 les
# par un confentement
7 troqueurs --- Page 439 ---
9 troqueurs SUITE DE LA GUIANE,
*piration du rompent terme, le bail, avani lex #33
>> Les peres ne
>> trudion à leurs donnent aucune inf
> ne font tenus à entans ; & ceux-ci
9> Tant qu'ils font aucune
>>
obéillance.
avec une
petits, ils ioni
2 dans un tendrefle
ain:és
9 les autres dge-plus avancé, xxerfive: Ies mais
s connus;il femblent ne s'être uns &
> ple,de voir n'ef-pas des
même fans exem- jamais
>-les Auteurs de fis porter la nain fur
$ plufieurs de ces
>
Indiens
Peam-tioreer
pés à élever la
étcient cccu- que
wife, un jeune charpente
< l'endroit où homme dit à dune-égli- fon
>
tu
pere:
tient; c'eft la travailles,
9 guée. Tu te tâche qui-m'a w'spar. été
9) c'eft moi
trompes 2 dit le mar-
> fogne 99. Le quifuis fils fe chargé . de cette peres be-
* donna au
mit en
&
>
vieillardun
colere,
entendu de tous
foufler gui fut
9) fut quitte
les cuvries. Il en
>> difcipline, pour quelques coups de
>1 naire.
ordonnés par le Miffion-
>> Ces
>> leurs filles, peuples, les , avant que de
* fix femaines à afljetifient, marier
9> que le jour de unjelne
pendant
Tome XI,
leur noce, feigonreuse 2 elles ref
T --- Page 440 ---
SUITE DE IA GUIANE.
des fquelettes, qu'à
5) lemblent plutôrà mariées. Ils difent, pour
-5> de jeunes
lorfqu'elles étoient dans
#$ raifon, que,
elles corrom-
$ leurs jours critiques, touchoients
*> poient tout ce qu'elles pofoit fes pieds
$ que fi un homme
marun endroit oût ellesavoient
.69 dans
devenoient d'une
$ ché, fes monfrueufe, jambes
& que fou59 groffeur
Pour éviter ce
99 vent il en mouroit. ces filles bien
-5> danger., & remettre mains de leurs futurs
:5> pures entre les
& on ne
on les enferme;
$ maris,
trois dattespar jour,
59 leur donne
caflave, & de l'eau.
onces
3e
S) trois
le mariage 9
> La nuit qui précede & à emplu5) eft employée à peindre
Dès
$9 mer le corps de ces momies. de
foleil paroit 2 une troupe
57 que'le
& de danfeurs, ? au fon des
$9 muficiens font plufieurs fois le tour
5) inftrumens, On leur préfente un
S) de la maifon.
ils le prennent 2
pY plat de viande ;
& le jettent
dans le bois,
$ s'enfuient criant: 4 tiens : prends
99 à terre en
& laifie-nous
chien de démon;
9 cela,
du moins pour aujour-
$ tranquilles, reviennent enfuite coua d'hui >. Ils
tenant unbouquet
$ ronnés de feurs,
font plufieurs fois le tour
5) inftrumens, On leur préfente un
S) de la maifon.
ils le prennent 2
pY plat de viande ;
& le jettent
dans le bois,
$ s'enfuient criant: 4 tiens : prends
99 à terre en
& laifie-nous
chien de démon;
9 cela,
du moins pour aujour-
$ tranquilles, reviennent enfuite coua d'hui >. Ils
tenant unbouquet
$ ronnés de feurs, --- Page 441 ---
$ d'une SUTTE DE LA GUtANF,
*
main, & de
nettes, *
l'autre des
5)
A13
Alorsla
99 un état à mariée faire paroît, mais
>> quarante
I
dans
jours compaifion
>) nuit paffée fans d'abflinencs, & après une
s côté d'eile
avoir
ferméloeil.
95 femmes
marchent deux
A
9> chantant qui pleurent & rient, vieilles
>> plets. 4 Hélas! atermivermenr ces
en
>> pleure, f tu ma fille, dit celle cou99 de
connoiffois les
gui
> certainement reniantenats tu ne te douleurs
pas.
marierois
tre, que tit
>>
auras
P'auAhtreptend
riée, quand tu
de joie d'êrre
>) précede les goiteras le plaifir ma-
> ment !
douleurs de
>>
ReEL2s
Que les
>
mauvais
n mari, continue la
traitemens
>> hélas!
Pleureufe,
d'un
>> une
d'amertume & de caufent,
9> careffes, malheureufe femme ! chagrin à
>> jeune
que les embraflemens Que les
> font oublier époux de répond la Rieufe dun
* vais traitemens ! chagrins & de
s
9) Hélas! ma
mau9> miere : que les fille, reprend la
> tre longs, fous jours vont te pre5 qu'on
le poids des
t'obligera de
ELAESE
porter! Va, mon
Tij --- Page 442 ---
436 SUITE DE LA GUIANE: les nuits te
wentant, dit la feconde,
avec uu
bien courtes 9,
-9? fembleront
couchera à côté de
99 jeune mari qui
* toi. ainfi
les uns pleurant,
> C'eft
riant, que les muficiens faie
$ les autres
affreux., les enfans
>> fant 1n vacarme leurs forces, & les
>> criant de toutes mariés ne fachant quelle
>) nouveaux tenir au milieu de cette
>> contenance fe met autour d'une table
>) orgie, on
& de tortues :
s chargée de poiffons
chante,
won mange, on s'enivre,.on bruit
>.on danie, on fait un
épouvanVendemain.
>> table jufqu'au
des.mèmes con-
> Qnoigebabsilans
n'ont pas les
# trées, tous ces Un peuples des plus finguliers
* mêmes ufages. lesgarçons d'épouweft celui qui oblige les plus
& les
les veuves
agées;
3 fer
les vieillardsles plus décrépits,
$ filles, difent-ils, chacun remplit les
> Par-la, devoirs du mariage. Les jeunes gens
4> :
font
pari
>)
excités Fieurmperaments
y
attraits des jeu-
* les vieillards, trouvent parles les plaifirs de
$) nes filles. Ils
veulent en
57 P'amour fi doux bord 2 qu'ils du tombeau. Une
6 jouir jufqu'au
apportent de gette
2 autre railon qu'ils
plus décrépits,
$ filles, difent-ils, chacun remplit les
> Par-la, devoirs du mariage. Les jeunes gens
4> :
font
pari
>)
excités Fieurmperaments
y
attraits des jeu-
* les vieillards, trouvent parles les plaifirs de
$) nes filles. Ils
veulent en
57 P'amour fi doux bord 2 qu'ils du tombeau. Une
6 jouir jufqu'au
apportent de gette
2 autre railon qu'ils --- Page 443 ---
SUITE DE LA GUTANE,
pratique, c'eft qu'en
43*
>> garçon avec une
mariant un jeune9> enfemble deux jeune file, on unit:
9 comment ils doivent fous, qui ne favent
9 au lieu qu'une femme fe gouverner 5.
>> jeune mari au fait du âgée met fon
>> donne de bonnes
ménage, & lui
>> dées fur une
inflructions, fon95 coutume longue expérience. Cette
>> mais ils trouvent déplait aux jeunes gens 5
97 ger, & de
moyen de fe ven99 vieillards. Ceux-ci chagriner à leur tour les.
> par leur jaloufie; & ferendent.odieux
9 fes en deviennent lesjeunes épou99 les tromper. La plus dilpolés à
9) fionne auffi
polygamie occawfanglantes. La quelquefois des guerres.
99 entre des femmes querelle commence
> vivre enfemble,
qui, forcées de
>> de
ne manquent guere
>> mélent; & ce
>>
CCIIEe
ne tracaflerie quin'étoit d'abord qu'us-mes à la main domeflique, à
met-les ar-
>> qui ne les
plufieurs nations >
99 truéion totale quittent, de
qu'après la def
>
P'une Gu de l'autre,
97 gardent Quelques-ums des Ces Indiens re
55 honneur comme un très-grand déswide deux enfans pourlesmaris, à la fois. d'être peres
Cette folie
T iij --- Page 444 ---
438 SUITE DE LA GUIANE?
9> va fi loin, que les autres femmes,
s5 fans penfer qu'il peut leur en arriver
2 autant à elies-mémes 2 fe rendent
5 chez PAccouchée, pour fe moquer
>> d'elle 9 en la comparant aux-fouris,
$) qui font leurs petits quatre à quatre.
55 Cequilya d'afireux,c'eft qu'une mere
2> qui vient d'être délivrée d'un enfant,
>> & en attend un fecond, enterre au
2 plutôt le premier, pour n'être
>) fée ni à la raillerie de fes voifines,
caror
> aux reproches de fon mari, qui ne
2), peut pas croire que ces deux enfans
59 foient de lui. Il veut bien en adopter
21 un 3 mais il regarde l'autre comme
de fa femme..
97 le-fruit de. linfidélité
eft relevée, il la
>> Aufli, dès qu'elle
de fa
99 faitavenir devant la porte
ca--
>> bane ; & après Pavoir blâmée pude
il prend
>> bliquement
faconduite,
de.
& la fouette
9> un faifceau
verges, exhortant tous les
>> jufqu'au fang,
le
>> maris à fuivre, 2 en pareil ças,
> bon exemple qu'ill lleur donnea
>) Chez ces mêmes Indiens , dès que
>> la faifon des labours eft arrivée, on
> affemble lesjeunes gens : on les ran-
& des vieillards armé
57 ge, par fie;
fur.leurs épaus de fouets,fonttomber:
.
& la fouette
9> un faifceau
verges, exhortant tous les
>> jufqu'au fang,
le
>> maris à fuivre, 2 en pareil ças,
> bon exemple qu'ill lleur donnea
>) Chez ces mêmes Indiens , dès que
>> la faifon des labours eft arrivée, on
> affemble lesjeunes gens : on les ran-
& des vieillards armé
57 ge, par fie;
fur.leurs épaus de fouets,fonttomber: --- Page 445 ---
-SUITE DE LA GUIANÉ. 439
> les nues, une grèle de coups :
la
O
wfouvent leur enlevent témoin peau: dei
>> premiere fois que je-fus
terrible
1e je deman-
>
cette
exécution, commis les
wdai quel crime avoient
> coupables P 4<. Aucun, me répondit eft
mais
tems
commele
un vieillard;
terre:
> venud'arrofer & de nettoyerla
femer du
nous dions 2*
> pour y fouets, mais, la
à cette:
>> avec ces
pareffe fans cela refte-
>> jeuneffe oilive, qui,
>> roit dans Pindolence.
leurs
99 L'amour de ces peuples pour le plus.
9> enfans, leur periuade que
>> grand bien qu'une mere puiffe mourir pro9) curer à fa fille, eft de la faire
la
voit le
Ecoutez
5> dès qu'elle
jour. Indienne, a
wréponfe que me fit une
cette inhumanité.
s qui je reprochois
fans lever les.
>-Elle m'écouta.d'abord
&
ceffé de par4 yeux ;
lorfque j'eus
veux-le
>> ler, elle me dit: ( Pere, fitu
r'avouerai ce que j'aix
33 permettre, le coeur. je Plit à Dieu que ma
*Y dans
eût:
5 mere, en me mettant aul monde, & de
9) eu pour moi affez d'amour les
>>
compafion, pour m'épargner pei--
>> nes quej'ai endurées jufqu'à fouffrir préfent, :
encore à
juf-
> & que j'aurai.
Tiv --- Page 446 ---
SUITE DE LA GUIANE.
>. qu'à la fin de mes jours! : Sielle m'eiit
. enterrée ea naiffant ? je n'aurois
9> point fenti la mort ; & elle m'auroit
>. exemptée de celle,
fuisin-
>>
,àlaquelleje
di(penfablement affujeitie, ainfi
9 des. travaux auffi amers
que
> que la mort même. Ah! pour. fait. moi, le
>> nombre des peines qui
>.encore
SORE
avant: qu'elle arrive ! Repré9. fente-toi bien, Pere, les maux aux-
> quels une femne.eft
nos ma31
fiijette;
ris. vont à la chaffe avec leurs arcs &z
>). leurs fleches; & c'eft à quoife borne
>> toute leur fatigue : nous 9 au con:
> traire 2- nous y allons chargées d'une
>) corbeille 9. - d'un enfant qui pend à
9> nos mamelles 2. & d'un autre
>> nous portons dans ce: panier. Nos que
$) hommes vont tuer un oifeau ou un
>> poilfon; & nous, nous bêchons. la
9> terte, & faupportonstousles travaux
>> du ménage. Iis reviennent le foir fans
91 aucun fardeau; & nous 2 outre celui
> de nos enfans : 2 nous leur apportons
> des racines & du mais. En arrivant
9> chez eux 2 ils vont s'entretenir avec
9> leursa amis; & nous allons chercher du
99 bois & de l'eau,, pour leur préparer
>> à fouper. Ont-ils mangé ? ils fe met-
9> terte, & faupportonstousles travaux
>> du ménage. Iis reviennent le foir fans
91 aucun fardeau; & nous 2 outre celui
> de nos enfans : 2 nous leur apportons
> des racines & du mais. En arrivant
9> chez eux 2 ils vont s'entretenir avec
9> leursa amis; & nous allons chercher du
99 bois & de l'eau,, pour leur préparer
>> à fouper. Ont-ils mangé ? ils fe met- --- Page 447 ---
3 tent à SUITE DE LA GUIANE,
9> fons dormir; ; au lieu.que nous 441
9> boiflon prefque toute la-nuit à faire
; & à
EeC
9 nos veilles? Ils eralboutifientiounes
> & tout hors boivent & s'enivrent;
9 rouent de
d'eux-mèmes, : 3 ils nous
>> les cheveux, coups, & nous-trainent par
9) pieds.
nous foulent aux
>> Ah! Pere, plit à
9> mere m'eft enterrée Dieu que ma
9 gu'elle m'a mife
dès Finfant
>) toi-même
au monde ! Tu-fais
9> avec raifon, > que nous nous plaignons
5) les jours,la vérité puifque tu vois, tous
> de te dire; mais de ce queje viens
> encore notre
tu ne connois pas
9) Qu'il eft trifte de plus voir grande peine L
> diennne fervir fon. une pauvre Ins une
époux comme:
>> de efclave, 2 aux champs accablée
s-meil, fueur,. tandis & au.logis privée. de fom-
> fa premiere
ce mari, dédsignant
9)
auLere
de vingt ans de
prend, au bout
> plus jeune
mariage, une époufe
>> nous maltraite 9 qui bat nos- enfans, &
> nous ofons nous nous-mêmes ! Et fi
> impofe filence plaindre, on nous
> mere peut-elle avec un fouet, Une.
* bien à fa fille, procurer un plusgrend
que de l'exempter de
Ty --- Page 448 ---
42 SUITE DE LA GUIANE. tirer d'une 2
toutes ces peines, & de la
-
la' mort.? n Plût à:
2> fervitude pire . que le répete:, , plàt à
>> Diet, Pere, je m'adonné la vie,:
>> Dieu, que celle qui
en me
9> m'eût témoigné fon amour Mon coeur.
>> l'ôtant dès ma naiffance!
moins à fouffrir, & mes yeux
> auroit
bein
>> moins à pleurerw! enfans font malades : 9
9> Lorfque les
avec
>> leurs meres fe percent lal langue ces:
9 des OS de poifions. Du fang elles que arro9) bleffures leurf fontperdre, enfans tous les
$> rofent le corps de ces
meurent ou:
> matins, jufqu'à ce Sil qu'ils arrive qu'une:
5. qu'ils guénifent.
afflige toute une
>> maladie épidémique
eft le Chef,
> peuplade I celui qui en
fou-.
de
le même
9 eft obligé
procurer habitant. Il leur
> lagement à chaque
s'être percé
après
>> frotte T'eflomac,
Je ren-
* les chairs avec des lancettes.
> contrai un jour un de ces Capitainess. & défait,
maigre
> &-le voyant pâle, des nouvelles de fa-
>> je lui démandai
aflez bien,
99 fanté? wJe me porterois malades
mais mes
$7 me répondit-il; font
>. Ce devoir r, qui fou7 me
périr
n'empêche pasde
9 vent cau'ela mort, honneur d'être à
9> briguer le funefte
# la iète de la nation.
> contrai un jour un de ces Capitainess. & défait,
maigre
> &-le voyant pâle, des nouvelles de fa-
>> je lui démandai
aflez bien,
99 fanté? wJe me porterois malades
mais mes
$7 me répondit-il; font
>. Ce devoir r, qui fou7 me
périr
n'empêche pasde
9 vent cau'ela mort, honneur d'être à
9> briguer le funefte
# la iète de la nation. --- Page 449 ---
SUITE DE LA GUIANE. 443
> Le Chefde chaque bourgade dit-
* tribue all peuple fes occupations. Dès à
9 le matin, il en envoie une partie
y la pêche, 2 une autre à la challe, une la:
labourer
> autre aux champs les pour biens font çom-
>> terre ; car tous
à plu9> muns. Les femmes travaillent & fur
;
> feurs ouvrages domeffiques
>> le midi, elles vont jouer à la paume.
le batoir à deux mains,
* Elles tiennent la balle avec tant de
> & pouffent
point
>> force & de roideur, quiln'ya
d'Indien
ofe la
fans s'ex9
qui
parer, démife. Cet:
9> pofer à avoir T'épaule
& di-
>> accident arrive quelquefois, 9
les
Les parties
>> vertit fort
joueules.
9) font de douze ou de vingt-quatre 2
Les maris,
>> contre un pareil nombre.
>> fimples fpectateurs *. parient pour:
>> leurs femmes. Quand ils jouent euxils ne fe fervent point de:
9 mêmes ;
l'épaule
w-batoirs : ce n'eft qu'avec
lai
doivent renvoyer
> droite, qu'ils
>balle; & S elle vient à toucher quelautre
du corps', on perdi
> que
partie une raie. On ne
>un point ou
peut:
d'admirer l'adreffe, avec
>-S s'empêcher ils la rechaffent dix à douze
w-laquelle de fuite mais ce qui étonne le
2> fois
;
Tvj --- Page 450 ---
444 SUITE DE LA GUIANE..
la balle venant à-ra-
** plus, c'eft que
ventre. à
2) fer le fable, ils fe jettent
>> terre, & la relevent de l'épaule avec
Echauffés par
>> unea agilité furprenante. l'ardeur du foleil,
2>. cet exercice & par
aux
99 les joueurs fe font des incifions
aux
aux bras ; &
9 cuifles
jambes, affez de
9 lorfqu'ils ont répandu
fang, fe-
> ils entrent dans la riviere $ ou
> roulent fur le fable. Pendant ce tems-.
>> là, 2. ils.tiennent une poignée deterre,. hommes:
>> qu'is lechent & favourent,
>> & femmes, avec un plailir infini,
eft
de graifle
> parce qu'elle
imprégaée
nour-
>> de tortue ou de caiman, quiles avides. Auffi.
>> rit, & dont ils font très
leurs
5) les meres. qui veulent.appaifer morleur donnent-elles un
>> enfans ,
fucent.
> ceaul de cette terrre 9 qu'ils
7 comnme une dragée. les pêcheurs ar-
>> A quatre heures, rentre dans fa ca--
5 rivent; & chacun. &c les enfans vont
9> bane. Les femmes
&le
9 prendre le poiffon ou le gibist,
9> portent asl Capitaine, qui le partage
entre toutes les familles.
9) également on va fe baigner de nou9> On foupe;
danfe
ce qu'on
> veau : & Pon
jufqu'à fe tiennent
4 fe couche. Les hommes
nme une dragée. les pêcheurs ar-
>> A quatre heures, rentre dans fa ca--
5 rivent; & chacun. &c les enfans vont
9> bane. Les femmes
&le
9 prendre le poiffon ou le gibist,
9> portent asl Capitaine, qui le partage
entre toutes les familles.
9) également on va fe baigner de nou9> On foupe;
danfe
ce qu'on
> veau : & Pon
jufqu'à fe tiennent
4 fe couche. Les hommes --- Page 451 ---
SUITE DE LA
9 par la main, & GUIANE, 445
9) Les femmes en font forment un rond..
$ les enfans renferment un fecond; &
> miers, dans
les deux
:.
un troifieme
pre-.
> Le lit de
cercle.
9)
ne confifte quelques-uns de ces peu-.
9A ST fable,
qu'en un monceau:
2 rivage, & 7. qu'il dans vont chercher fur le
9) mari 2 femme lequelils
>:
S'enserrent,.
9 moitié du. corps, enfans, jufqu'à la:
$ ceaux. Leur coutume comme. des pour9 dès la pointe du
eft de pleurer9) du foleil, l'ablence jour, 2 julquiaudever
9) mort leur: a ravis. Au des pareas que lai
9> du coq, on entend un premier chant.
9) fus de foupirs & de murmure con3 compagnés de larmes sénuifemens, ac-
% de douleur.
& de marques
a Les Indiens de
9) dent comme un : très TOrénoque regar..
2 les éclypfes de lune.. grand malheur
>)
cet aftre eft
Les uns croient
S ansa d'autres à.lagonic & prêt à.
9* ccntre eux. : gu'il ie retire qu'il eft irrité.
*-les plus éclairer ; &,
pouz ne
SA occafion.,. fe livrent tous, dans cette.
SA
àmille extrava-
* Em Ceux-cifortent &
de leurs ca-.
* bles, Ceux-là pouffent des.cris efftoyacourent 2. éplorés
> --- Page 452 ---
446 SUITE DE LA. GUIANE.
9> tenant chacun un tifon à la main;
>qu'ils vont cacher dans la terre ou:
fi la
* dans le fable; perfuadés que
> lune mouroit, il ne refteroit de feu,
auroit dérobé à fa
> que celui qu'on
au bruit d'un:
>> vue. Les uns s'affemblent
de
>>
ou d'autres infrumens
>> EmetA guerre s
rangent en file , préfen-
* tent leurs armes à Paftre malade, &c
$Y offrent de le défendre contre fes en9) nemis', tandis que leurs enfans fe:
9) mettent fur deux. lignes, &. que-les
> vieillards les fouettent avec des cour9) roies. Les autres prennent les outils'
vont défricher un:
9> du labourage,. - &
à
.
>> terrein, pour femer du mais Pufage
afin de l'engager à ne
5 de la lune,
5 point les abandonner. Voyant
efforts font inutiles,
>* tous leurs
à
fa lumiere,
>> qu'elle perd
peu
&
> ils rentrent duoi les cabanes, gron-
>> dent leurs femmes , de ce qu'elles fe
fi
fenfibles à fa maladie.
9> montrent font peu femblant de ne pas les
9). Celles-ci
rien.
>> entendre, 8z ne leur répondent les
>> Alors ils adouciffent leur ton 9
>> fupplient de pleurer 8 de prier, pouri
fes
& ne fe
>> qu'elle reprenne
forces,
ne
mourir. Leurs prieres
** laiffe point
oi les cabanes, gron-
>> dent leurs femmes , de ce qu'elles fe
fi
fenfibles à fa maladie.
9> montrent font peu femblant de ne pas les
9). Celles-ci
rien.
>> entendre, 8z ne leur répondent les
>> Alors ils adouciffent leur ton 9
>> fupplient de pleurer 8 de prier, pouri
fes
& ne fe
>> qu'elle reprenne
forces,
ne
mourir. Leurs prieres
** laiffe point --- Page 453 ---
afont SUITE DE LA GUIANE:
% naces, pas Les plus d'effet que leurs : me-. 447:
maris, pour vaincre cettewinnsibiliné, woc.de
les comblent de carefles.
>> ont tiré préfens. d'eux Lorique les femmes.
w-haitent
tout ce qu'elles fou-.
9) bracelets 9 elles de offrent, à la lune, des.
>> dents de
verre, des colliers de
>> fuite pour finges, la
&c. Elles fortent en..
> d'une voix faluer, & lui
brè de
plaintive, un grand adrefient,. nom-.
>>
prieres. L'aftre éclipfé éreprend;
infénfiblement fa
9 roit bientôt dans lumiere, & repa-
> alors les maris font tout. fon éclat 5
9 mens àdeurs
mille remercie-.
>. engagé la lune femmes, à
d'avoir ainfi.
> fa clarté,
conferver fa vie &
9> Les cérémonies
les' mêmes chez. funéraires ne font:
:Re
tous les peuples
9 paffe FOrénoque ;i en voici. une
pour la plus
qui
9. que le, Chef eft
honorable. Dès.
> corps dans un hamac mort, ,.on met fon.
9. pendu par les deux de coton, fuf-
>> femmes du défunt extrémités. Les.
>> & fe relevent
fe placent auteur,
>> me il
alternativement. Com-.
9 davre faitextrémement n'ef
chaud, le ca9). dans cet état, pas fans vingt le quatre heures
cozrompre, 2 ni --- Page 454 ---
448 SUITE DE LA GUIANE:
de
>> attirer une quantité prodigieufe femmes
> mouches. Ces malheureufes
de les-chaffer pendant
9> font obligées
fans fouffrir qu'au
9> quarante s'arrête jours, fur le corps. Le fils
>> cune du défunt- fe met en poffeflion
>> aîné
de-fon-pere 7 & époufe
9 de Phéritage
>> toutes fes femmes, exceptéfa
,
> mere ,
par un privilege
ZAT
qui,
inhumée avec fon mari:
> eft
les ufages de ces
9> En rapportant nations, je n'ai voulu parn-différentes de celles
n'ont point em-
$ ler
qui
car. il eft rare
9 lerdet le chriftianilme; ;
avoir été inftruites 8cbapti9 qu'après
dans leurs ancien9 fées, elles perfiftent Il eft vrai qu'il faut les
2 nes coutumes.
tant il eft diffi9. obferver avec foin,
entiérement
9 cile de leur faire perdre
Un Mif-
> leurs premieres habitudes. converti un de ces:
> fionnaire ayant
le nométoit à l'agonie s
* fauvages qui & lui dit, pour le con-
>> ma algnace,
mon ami, tu iras
9 foler : 4 courage 2 dans le ciel-avec
s bientôt te repoler Sur cela. les
92.
parens
>> ton patron la foffe au pied de fon.lit,
5 creuferent P'enterrer,, du coafentes & alloient malade. Le Jéfaite rentra..
>-ment. du
i un de ces:
> fionnaire ayant
le nométoit à l'agonie s
* fauvages qui & lui dit, pour le con-
>> ma algnace,
mon ami, tu iras
9 foler : 4 courage 2 dans le ciel-avec
s bientôt te repoler Sur cela. les
92.
parens
>> ton patron la foffe au pied de fon.lit,
5 creuferent P'enterrer,, du coafentes & alloient malade. Le Jéfaite rentra..
>-ment. du --- Page 455 ---
s Que faites SUITE DE LA GUTANE.. 449
was die,
vous-là, leur ditil? Tu
> qu'lgnace répondirent alloit
les
au
fauvages,
> P'enterrer
ciel; nous allons
>> Doucement, pour qu'il y aille plus vite.
> il faut attendre reprit-le Miffionnaire ;
9 nous ie
qu'il foit mort ; &z
>. ne fera porterons au cimetiere. Cela
pas,
> car comme ce répliquerentles lieu n'eft
parens :
99 bien couvert,1
pas encore
9) mouillé ",
.lepauvrelgnace feroit
> Un vieillard qui étoit au
9 long tems
lit depuis
% à Ja
3 pria fes fils de le mener
campagne,
5) Dès
y. fut poury prendre P'air,.
* leur 3a il,
arrivé, 4 mes
w.barrafler je ne fais que vous enfans, emdans ce monde;
9 en bon chrétiens; &j
j'ai vécu
w.repofer dans.le ciel: je veux aller me
S fépulture >.. Ses fils creufez-moi ma
9. une foffe, &y
obéirent, fireat
9 qui leur ordonna placerent de le le malade s
9* terre,exceptéle
couvrir de.
$) déjà jetté une grande vifage. Isenavoient
9. quil leur dit : 4
quantité, lorf-
>.cette terre eft attendez.un
pefante ;
w.refpirer un
tuiafeet
> hilapendant moments, Il fe tranquil9. fuite à. fes fils quelque :.wa tems, & dit enadieu,, mes enfans 2. --- Page 456 ---
450 SUITE DE LA GUIANE,
9> foyez auffi bons chrétiens,
l'a
>> été votre pere ; & achevez que de me
99: couvrir >. Ses ordres furent exécu-
>> tés ; & malheureufement le Jéfuite
9. n'arriva pas affez tôt 2? pour
9) cher ce pieux parricide..
empê-.
> Un Mifionnaire qui veut
S voifer & convertir les fauvages, appri-. doit
>> bien s'inftruire des moeurs & du
>> de ceux, chez lefquels ila.deffein.-de. génie
9 voyager. Il leur envoie d'abord des
>> préfens par des Néophites ; mais il:
5 faut bien fe garder de dire que le Pere9> noir viendra les voir : on les affureS) feulement, qu'ileft leur ami. On re9 nouvelle plufieurs fois cette même:
99 ambaffade; on leur dit que fi le Jé.
>-fitite avoit le tems, il les viliteroit:
* Alorsils témoignent une grande en-
$) vie de le recevoir 9 & marquent à
K quellelune ils fouhaitent qu'ii arrive..
> Le Miffionnaire qui n'attendoit
>> ce moment, fe meten chemin, em- que-
>> porte avec. lui quelques bagatelles.
> pour des préfens, & fe fait efcorter
>> de plufieurs foldats. La veille de fon.
>> arrivée 2 on en donne avis au Chef
9> de la nation, qui lui prépare un
*
logement. C'eft. une cabane ouverte de:
de le recevoir 9 & marquent à
K quellelune ils fouhaitent qu'ii arrive..
> Le Miffionnaire qui n'attendoit
>> ce moment, fe meten chemin, em- que-
>> porte avec. lui quelques bagatelles.
> pour des préfens, & fe fait efcorter
>> de plufieurs foldats. La veille de fon.
>> arrivée 2 on en donne avis au Chef
9> de la nation, qui lui prépare un
*
logement. C'eft. une cabane ouverte de: --- Page 457 ---
SUITE DE LA GUIANE.
tend fon
9 tous côtés. Le pere y.
couche..
>> mac entre deux pieux, &s s'y
tems
le Cacique
>> Quelque
après,
9-
( te voilà
uster
9 roît & lui crie 9
Oui, répond:
>> Pere;te voilà arrivé.
te voir,
>> le Jéfuite; je (uis venu pour Le Chef fe
>> comme tu l'as defiré >.
habitans
>> retire & s'affied. Les autres lui font
>> fe préfentent tour à tour 9 la même:
> même demande, reçoivent s'affeoir de même.
33. réponfe, & vont arrrivent enfuite, por-
>> Les femmes
de viande, un
> tant chacune un plat
ef-
& une bouteille de chica,
2 pain, de biere du pays >. qu'elles.
>> pece
du Miftonnaire, fans
% mettent auprès Celui-ci demande le plat
s dire mot.
&
* qu'il aime le mieux, en mange Les
>> goilte à toutes les bouteilles. felont accompagné,
>. hommes qui
dé-
>> faififfent des autres mets quils des.
dans L'inftant, & boivent
>> vorent
ce qu'ils foientivres.
>> liqueurs jufqu'à
le Caci--
> Lorfque tout a difparu.,.
>> que fe leve & fait fa harangue. ly à.
>> mèle plufieurs aventures arrivées
fes
les raconte d'un ton.
>
ancêtres, & tous les Capitaines.
> lamentable ;
deux fois.
9. T'interrompant, répetent --- Page 458 ---
SUITE DE LA GUIANR.
452 9 de fuite: 4 cela eft vrai, coufinycela
> eft vrai. Le difcours fini, POrateur
le Miffionnaire s'accroupit
> s'affi:d; fon hamac, & pérore à fon
9: dans
de 2 tout ce qui lui eft
* tour: Il parle
du:
s arrivé dans la route,
gibier qu'il des
99 a tué, des bêtes qu'il-a.attaquées, 1 leur dit
9> dangers qu'il a courus.. éloignée de
9> qu'il a quitté une mille patrie lieues, pour
9> quatre ou cinc
du dé9 venir les. tirer de F'efclavage
$> mon. Ce traitde générofitéles S
frappe,. en fa
>> & les prévient inguliérement diftribue fes
faveur. Enfuite il
pré-
>
& c'eft ainfi que fe paffe lai
9> fens ;
>: premiere entrevue. le monde eft forti,,
w-Lorique tout les.malades ; & dans
> le Pere va. voir
en.
9 ces vifites, il baptife moribond. toujours, Pour
wpaflant , Famitié quelque des fauvages 2 ill
ws'attirer careffer les enfans qui le fuivent,
wdoit
entre fes bras, leur don-
>> les prendre morceaux de verre, &c.
>> ner quelques
de lai pré-
>> Les femmes s'empreffent
une
> fenter ceux qu'elles portent.Mais le Mifpour:
> circonftance critique où font. ces.
9 fionnaire 7 eft Pufage des femmes..
wpeuples : de lui offrir
Pour
wpaflant , Famitié quelque des fauvages 2 ill
ws'attirer careffer les enfans qui le fuivent,
wdoit
entre fes bras, leur don-
>> les prendre morceaux de verre, &c.
>> ner quelques
de lai pré-
>> Les femmes s'empreffent
une
> fenter ceux qu'elles portent.Mais le Mifpour:
> circonftance critique où font. ces.
9 fionnaire 7 eft Pufage des femmes..
wpeuples : de lui offrir --- Page 459 ---
SUITE DE LA GUTANE: & il 45$ ne
Tls croient lui faire plaifir ;
$
rejetter cette offre brufque9 doit pas
de-les offenfer, mais
9 ment, de peur d'une maniere honnête
nfe défendre
n.& modefte. le plus rude de cest hom-
* Le travail
eft, fans contredit
9 mes apoftoliques, les différentes langues
a d'apprendre
unsprononcent
>> des indiens,donties de la gorge, les.autres
> abfolument
du bout des
9 du nez, quelques-uns d'autres enfin parlent avec
s levres;
Rextraordinaire, qu'ils
>> unevolubilincie mot de neuf ou dix
warticulent un moins de tems 2. que
w-fyllabes 2 en
un.de trois ou
>> nous n'en prononçons On eft cependant
lettres.
2> quatre de s'attacher à la prononcia-
> obligé
fe faire entendre de ces
9> tion, pour
> fauvages.
la variété 9 1
>> Quand on confidere de ces diffé-
& la régularité
>> Pénergie
on eft tenté de re9 rentes langues, la confufion de la tour de
>> monter à
trouver! l'origine; car
>> Babel, pour en
des
f
croire que
gens grof-
>> comment
fi barbares, aient
> fiers, fi ftupides, de les inventer ? Je ne
# été capables
de voir ces
£ fuis pas moins furpris --- Page 460 ---
SUITE DE LA GUIANE.
compofer des
"5) mêmés peuples fubtilité, la force E:
>> fons, dont la
le plus habile
9) durée étonneroient des Caverres, la
s) chymifte. La nation
féroce, la
la plus
>> plus inhumaine,
cruelle de toutes : celles de rOré
> plus
un terrible,dont
> noque, en poffede le fecret. Elle le vend
>> elle fe réferve
& s'en fait un
>> aux autres confidérable. fauvages, Ce poifon 5
> bénéfice
Curare , fe diftribue
'3)
appelle
de terre , & ref99 Tcora de petits pots
à du fyrop:
>> femble, par fa couleur,
Il n'a aucune acrimonie
particulieres
>>
mettre dans la bouche, 2 &
>> on peucie
fans nul danger, pour*
>> mêmelavaler,
ni au
5> vu qu'il n'y ait aucune plaie car : n'ea> palais 2 ni aux gencives; ; fur le fang-
> xerce fon pouvoir que .touche une
>> Mais il fuffit qu'il en
fur le
en
>> goutte 2 pour qu'il
fige, homme
toute la maffe. Qu'un
$> champ,
une flèche frottée de
>> foit bleffé avec même la plaie n'excé-
>> curare, quand
d'une épingle - 9
>> deroit pas la piquure dansle moment;
5) tout fon fangle glace fans avoir eu le
>> & Phomme meurt
5 tems de prononcer quatre paroles. vis faire
>> Le premier ufage que je
fur le
en
>> goutte 2 pour qu'il
fige, homme
toute la maffe. Qu'un
$> champ,
une flèche frottée de
>> foit bleffé avec même la plaie n'excé-
>> curare, quand
d'une épingle - 9
>> deroit pas la piquure dansle moment;
5) tout fon fangle glace fans avoir eu le
>> & Phomme meurt
5 tems de prononcer quatre paroles. vis faire
>> Le premier ufage que je --- Page 461 ---
$) de ce SUITE DE LA GUIANE,
4) Il étoit poifon, debout fur contre un 455
>> palmier, &
fur une branche finge. de
9 gauche
empoignoit de la
>> deffus. La 1 une feuille qui étoit main
> de l'eflomac fleche Fatteignit au milieu au-
> qu'il tenoit ; il leva le bras droit
> racherla fleche; pendant : & effaya d'ar9) il porté la
mais à peine y eut-
>> au pied de main, qu'il tomba mort
> tôt pour le l'arbre. Je courus aufi-
> vant aucune prendre; & ne lui trou-
> mités du
chaleur dans les extrêa vis avec corps, je le fis ouvrir, &
9> étoit froid, étonnement, &ie
que l'intérieur
> fang figé.
coeur environné de
> Le curare
>> tivité fur les agit avec Ia même ac5 lions, &eles tigres, les bufles, les
> Un Indien eft autres animaux
> fufit
fir de leur féroçes.
qu'il en tire
mort?
>> fang,
quelques
il:
>
pour gu'ils
gouttes de
moment même,
expirent dans le
9) ce
On a
poifon ne
découvert
> quiont du fel caufe dans aucun mal à ceux que
> ii a prefque
la bouche. Mais
> effer, avant toujours produit fon
9) ufage de ce remede. qu'on ait le tems de faire
* Le curare fe tire d'une
racine qui --- Page 462 ---
456 SUITE DE LA GUTANE,
s comme la truffle, ne pouife ni feuilElle fe tient tott-
# les, ni rejettons.
fi elle crai-
$ jours cachée 9 comme
Elle
s gnoit de manifeferfa malignité.
9 ne croit point comme les autres
> plantes 9 dans la terre ordinaire 2
9 mais dans la vafe corrompue, des
>> lacs & des étangs. Les Indiens la ra-
* maffent, la lavent, la coupent par
& la font cuire dans de
> morceaux, marmites. Mais comme cette
>> grandes eft infiniment dangereufe >
> opération
de
>> mortelle même, ils en chargent
>> vieilles femmes 9 qui ne peuvent le
>> être d'aucune autre utilité dans
> monde. Il eft rare qu'elles furvivent
rare encore qu'elles
>> à ce travail, plus
fa-
> refufent cet emploi, quoiqu'elles la
s chent qu'elles doivent y. perdre à
s vie. Ils n'en mettent jamais qu'uné &
> la fois auprès de la chaudiere ;
la
périt par la vio-
>> lorique
premiere
9 lence des vapeurs 2 ils la remplacent
>> par une autre qui fubit ordinairewment le même fort, fans qu'aucune
d'elles s'en formalife, fans que ni les
>
ni les voifins
trouvent à
>> parens,, redire : ils favent que LA1 la deftinée
a.des.femmes >
de cet âge ; & celles-ci
>) fe
'uné &
> la fois auprès de la chaudiere ;
la
périt par la vio-
>> lorique
premiere
9 lence des vapeurs 2 ils la remplacent
>> par une autre qui fubit ordinairewment le même fort, fans qu'aucune
d'elles s'en formalife, fans que ni les
>
ni les voifins
trouvent à
>> parens,, redire : ils favent que LA1 la deftinée
a.des.femmes >
de cet âge ; & celles-ci
>) fe --- Page 463 ---
SUITE DE LA GUIANE. 457
9 fe croient honorées de pouvoir, en
fervir encore la nation.
2> mourant,
P'eau s'eft refroidie,
>> Après que tout le fuc de la ra5 elles expriment & elles le font bouillir de noue
>> cine;
ce qu'il ait pris la con-
>> veau,jufqu'à
du
Penfiftance & la couleur
fyrop.
le coeur
>> dant la
premiere opération,
à leur manquer ; & la
>> commence les
avant qu'elles en
9 feconde la fin. tue, Il ne faut pas moins
2> voient facrifice fucceffif de trois ou
>> que le
infortunées cuifinieres,
9> quatre de ces
Curare le
de
donner au
degré
.> pour néceffaire à fa perfection. La
N cuiffon étant diminuée d'un tiers, la
P liqueur
- 2 crie pour en
>> vieille, en expirant Aufli-tôt les principaux
29 donneravis. viennent faire Tépreuve du
* chefs
le bout d'une
> poifon. Ils y trempent enfant fe fait une petite
>> baguette ; un bras ou à la jambe
*
au
;-&
> bleffure
à Pou-
> mefure que le fang fe - préfente
de la
on y, approche
>
verture
fans plaie, le toucher. Si ce
: 9> la baguette étoit fur le point de fortir s
- > fang qui dans la chair, on juge que le
2> rentre
p Curare a toute la perfeéion il requifes doit lc
f mais s'il coule 2 çomme V
Tome XI --- Page 464 ---
#58 SUITE DE LA GUTANE. a en:
faire naturellement, la liqueur
befoin de cuiffon; & Pon donne
5> çore à une autre infortunée, d'y
wordre
de fa vie. Que
5) procéder au péril
à force de rai-
>> d'habiles chymiftes,
euffent
2) fonnemens & d'expériences, & funefte
59 trouvé cette étonnante n'en feroit peut:-
5> compofition, étonné; 2 on mais qui croiroit
$> être point
de la nation
$> qu'elle pût êtrel'ouvrage
de
la
la plus grofliere
>> plus aveugle,
9) TOrénoquer
un jour fur cette
>> M'entretenant aveç un de nos Miffionnai2 matiere arrivoit des ifles Moluques,
5) res, qui
d'un.arbre de Macalar,
$> it me i parla fort des vapeurs fi malignes,
2> dont
a le malheur de le
$) que quiconque tombe mort dans linftant.
$> toucher, Infulaires en expriment un fuc
$> Les
dont ils frottentles poin2 venimeux, de leurs armes. On n'emploie ?
2) tes le tirer de la plante 2 que des
5> pour
condamnés à mort - ; 8e,sils
>> criminels
ils obtiennent la vie
>> en réchappent, Auffi mettent-ils tous
5) 8c la liberté. ufent-ils de tous les pré22 leurs foins,
fe
fervatifs imaginables s, pour gatan2
Ils
# tir de ces vapeurs pefilentielles. habits fc
fe çouyrent de plufieurs
#
?
2) tes le tirer de la plante 2 que des
5> pour
condamnés à mort - ; 8e,sils
>> criminels
ils obtiennent la vie
>> en réchappent, Auffi mettent-ils tous
5) 8c la liberté. ufent-ils de tous les pré22 leurs foins,
fe
fervatifs imaginables s, pour gatan2
Ils
# tir de ces vapeurs pefilentielles. habits fc
fe çouyrent de plufieurs
# --- Page 465 ---
SUITE DE LA GUIANE.
9)
honehenties
quoique
yeux &cles
> à percer le tout leur travail narines; fe
&
5 vrille, à trou de l'arbre -
avec réduife
>> placer deffous y introduire un
une
s voir la-l
un vaiffeau tuyau, à
"s rare
liqueur, ileft
pour recequ'ils en
cependant
> ne perd jamais reviennent. Ce très3 & au bout de rien de fon poifon
>> qu'on y a
vingt ans, les activité;
# core toute trempées, la
confervent armes
a ce fuc venimeux, force & la fubtilité en- de
>> Ce n'étoit
s
pas aflez aux
S
peuples de
fe
rorerinefaneds
pour
trouvéle
>
détuire; ils ont
Curare
ques dans les
cherché
>> fons que la animaux, s d'autres juf
99 leur cacher, nature avoit eu
poi.
$
Le hafard
foin de
préndre un
m'én a
p quantité, ôte qui, étant pris en
> ceuxà
la
etr
intailiblement
> occafion qui on le donne. Voicià vie a
>
j'en eus
quelle
promenant au
connoiffance. Me
a j'allai m'affeoir bord d'une
>> en m'amufant fur un tronc riviere,
9) tues. Je vis à voir pêcher d'arbre, des
9) fourmis d'une venir à moi
tor-
> re, que
groffeur
plufieurs
7 pour n'être j'écartai avec exirsordinats mon
point obligé de bdton,
quitter
Vij --- Page 466 ---
460 SUITE DE LA - GUIANE.
>> ma place. Dans ce moment "il arriva
>* un Indien qui jetta un çri effrayant,
5) & me dit: (
fais-tu, Pere? Ces
>> petites bêtes dort remplies de*venin.
9) fi une feule vient à te piquer, elle
2 te çaufera une fievre d'ua jour. Si
>> deux te mordent à la fois, tu fouf2) friras davantage, Mais, fi 4 le nombre
> en eft plus grand, tu mourras infailli-
> blemient. Quoique ces fourmillieres
>) foient peu nombreufes, çomme tule
> vois, car elles ne : contiennent guere
2 plus de trente ou de quarante de ces
elles fournifient
22 infeétes, cependant
2 affez de poifon, pour tuer beaucoup
>X de monde. Quant àla maniere de le
>) préparér, ajouta le fauvage, on prend
% ces fourmis, les unes
les ay22
avec du cotoni, on, :
pole fur
aie
ties,
9> le bord d'un vafe oir il 'e Y a de l'eau;
5) on.l les coupe par la moitié du. çorps;
S> 8z lon fait tomber la partie infe-
$ rieure 3. Panimal. Après que toutes
59 ces moitiés ont bouilli pendant quel99 que tems, àp petit feu, on les retires
2 &il s'amaffe: eau-deffus de l'eau, lorf29 qu'elle eft refroidie, une grailfe figée,
9 qui forme le poifon.
22 Et fais-tu, dis-je à PIndien, lA
L
.l les coupe par la moitié du. çorps;
S> 8z lon fait tomber la partie infe-
$ rieure 3. Panimal. Après que toutes
59 ces moitiés ont bouilli pendant quel99 que tems, àp petit feu, on les retires
2 &il s'amaffe: eau-deffus de l'eau, lorf29 qu'elle eft refroidie, une grailfe figée,
9 qui forme le poifon.
22 Et fais-tu, dis-je à PIndien, lA
L --- Page 467 ---
SUITE DE LA GUIANE: 461:
de s'en fervir ? Oui, Pere,
b façon
mais je te prie de m'en
5> répliqua-t-il; le fecret: mes, camarades me
>> garder
s'ils favoient que je te
> tueroient, révélé. Ne crains rien, lui
5 Peuffe
fans défiance.
>> disje ; & parle-moi
lorfque
il, que,
>> Tu fais, continua-t
boire en-
>> nous nous réuniffons pour nous nous
$> femble, Tufage veut les que uns aux au-
$ préfentions le verre
perdre
$ tres. Un homme 7
yeut
du
3 met
T'ongle
2ot,
9 fon ennemi, de cette
&,
un
graifle;
>> pouce, fon peu tour eft venu de donner
> lorfque
fans faire fem-.
> le verre, il trempe, fon
dans la
> blant de rien,
pouce à boire
Comme il préfente
9) liqueur.
& que les autres
>> à tout le monde, 2 le coupable refte
>> en font de même, ennemi meurt em-
> inconnu ; & fon
9 poifonné ici >. le lieu de vous parler
>> C'eft
resmarquable par la va9> d'un ferpent
la viteffe de fa
> riété de fes couleurs,
encore
&
fe diftingue
>> marche, 2
qui touffe de
déliés,
une
poils
>> plus
croit fur la tête, lorfqu'il eft.
>>
Ne
qui
extrême vieilleffe. Qui
> parvenu à une
de
avoir appris aux peuplés
27 peut
Vij --- Page 468 ---
462 SUITE DE LA GUIANE:
9), POrénoque, que- ces poils font un
5> poifon cruel & fanglant, dont nul re-
>> mede ne peut arrêter la violence ? A
>> peine en a-t-on avalé un, ou entier s
morceaux dans la
9), ou coupé par
>> boiffon, ou avec les alimens, qu'on
>> commence à vomir le fang à pleine
ne finit
>>
gorge; & Thémorragie
qu'a-
> vecla vie.
>> Il eft un autre ferpent plus extraor.
nommé le Buio animal
5> dinaire 7
à 2 un vieux
A monftrueux, quireffemble
>> tronc d'arbre. Il a autour de lui une
de mouffe. Sa longueur eft de
>> efpece
>> huit aunes, & fon mouvement prefSon corps fait,
>> que impercepuible.
>> fur la terre 2 la même impreffion
>> qu'un mât de vaiffeau, ou un gros.
traineroit. Lorlqu'il
> arbre qu'on
illeve la
Pa-
>> entend du Ende,
tête,
>> longe de trois ou quatre pieds, 7 fe
>> tourne versle lion, le tigre oul Phom-
>> me dont il veut (e faifir;. 8z ouvrant
il
un fouffle veni-
>> fa gueule, éiourdit pouffe la perfonne Ol
>> meux 2: qui les force de s'avancer à
>> lanimal, & de venir fe préfenter à fa
>> lui,
de détourner Pef-
>> queule. Le moyen
* fet de ce poilon, c'eft de rompre
quatre pieds, 7 fe
>> tourne versle lion, le tigre oul Phom-
>> me dont il veut (e faifir;. 8z ouvrant
il
un fouffle veni-
>> fa gueule, éiourdit pouffe la perfonne Ol
>> meux 2: qui les force de s'avancer à
>> lanimal, & de venir fe préfenter à fa
>> lui,
de détourner Pef-
>> queule. Le moyen
* fet de ce poilon, c'eft de rompre --- Page 469 ---
SUITE DE LA GUIANE. 463 la
9 avec un chapeau, ou autrement, le fouffle
d'air,
par
colonne
empeftée Alors cette
>> de ce monftre venimeux. eft détruit; &
>>
efpece d'enchantement libre. Pour fe garantir
> l'on devient
les Indiens
>> de ce reptile dangereux., feuls. 2
>ne voyagent jamais
furent moins
> Les plaies del'Egypte fléaux terribles
> 6 nombreufes, que les
habitans des
> qui affligent les pauvres Ce qu'on ap-
>> rives de T'Orénoque. verd, eft une cf-
> pelle le mofquite
- dans
>>
de mouche 0e 2 qui dépofe Cet
9> ioa chairs, un oenfampercepubie velu, qui en-
>> ceuf produit un infecte l'endroit oùt il fe
>> flamme , tuméfie occalionne une fievre
>> trouve 2 &
dont il eft cott-
>> violente. Les poils
toutes les
>> vert, font fi roides, : que
il caufe
9> fois qu'il fait un mouvement, Au bout de
> une douleur exceffive. dix ou douze
>> huit jours, il engendre de tems, dé-
>
qui, en
:
mo(quites,
Une infinité
d'autres
CREL
>> polent
la vie.
>> de perfonnes en perdent font encore un
>> Les chauyes-fouris contrée. Ily en
>> des fléaux de cette les unes font de
>> a de deux efpeces celles: ;
d'Europe ; les
> la groffeur de
V Iv --- Page 470 ---
464 SUITE DE LA GUIANE:
s autres ont, d'une aile à l'autre,
>> d'une aune de longueur. Elles rodent psès
>> la nuit,. autour des
9) s'abreuver du fang des cabanes, hommes pour.
9 des animaux, Sifon n'a
Otl:
* précaution de fe couvrir de pas la eu tête. la:
> aux pieds, on en eft ffirement
>> qué; & fi, par hafard, elles touchent pi-
>> à une veine, on pafle 2 des bras du:
>> fommeil, 2. dans ceux de la mort..
>> Cette piquure eft imperceptible;
> des perfonnes à qui cet accident eft. &
9> arrivé s m'ont
> qu'elles euffent affuré, tardé que à s'éveiller, pour peu
5> elles auroient dormi éternellement, 2
>> Ellesavoient déjà perdu tant de
>> qu'il ne leur feroit pas refté affez fang, de.
>> force, pour arrêter celui qui conti-
> nuoit à fortir par l'ouverture. Il n'eft
>> pas étonnant qu'on ne fente
>> la piquure ; car, outre la fubtilité point du
9) coup, l'air agité par les ailes de P'oi-
>> feau, rafraichit le dormeur, & rend
99 fon affoupifement plus profond. On
9 dit qu'un Elpagnol, à quilon n'avoit
>> pu trouver la veine pour le
>> fut piqué par une de ces chauves- faigner,
> fouris. Le fang fortit avec tant d'a-
> bondance, qu'il fut guéri d'un mal
iquure ; car, outre la fubtilité point du
9) coup, l'air agité par les ailes de P'oi-
>> feau, rafraichit le dormeur, & rend
99 fon affoupifement plus profond. On
9 dit qu'un Elpagnol, à quilon n'avoit
>> pu trouver la veine pour le
>> fut piqué par une de ces chauves- faigner,
> fouris. Le fang fortit avec tant d'a-
> bondance, qu'il fut guéri d'un mal --- Page 471 ---
SUITE DE LA GUIANE: 465
mettoit fa vie en danger.
s de côté, qui
certains
>> Ilya, dans T'Orénoque, s"de chair huavides
> gros poiffons n'attaquent que les per-
>> maine, qui
:
bleffées. Un homme qui a le
>> fonnes
& fans aucune plaie,
>> corps fain, 2 librement aur milieu de ces
>> peut nager
ait la précau9> animaux, pourvu qu'il fardines. Ce-petit
les
9 tion d'écarter
& dès qu'il
>> poiffon fuit les nageurs; & leur tirer une
> a pu les piquer 2
ces malheureux
5) feule goutte de fang,
$ font à Pinftant dévorés. d'autres ennemis 2
>> Les finges font
être
il faut toujours
>> contre leiquels
en
nomlis viennent grand
>> en garde.
dans les campagnes
9> bre & en filence,
du haut
5 femées de mais. Ils examinent
:
s'il
a perfonne dans
s des arbres,
n'y
un de leurs
> les environs. Ils laiffent dans un lieu
5 camarades en fentinelle dan'sles champs,
>> élevé, ferépandent chactn cinq épis, un
* & emportent
deux fous les bras,
> dans la bouche, main. Si, dans ce
9) & un à chaque
celui
un homme paroit 2
9> moment, fait le
crie : & tous les au-
>) qui
guet mais fans jamais là-
> tres fe fauvent, volc": ils fe laiile:
2 cher ce qu'ils ont
Vv --- Page 472 ---
466 SUITE DÉ LA GUIANE de s'en.
affommer,
2> roient plutôt
que a fait ima-
> deffaifir. Cette opinidtreté de les pren9 giner un moyen fingulier la
des
9> dre. On met, dans dont
col eft
bouteilles de terre 9
ETEEA
,
de mais. Les
9 étroit ; & onles remplit
enles examinent,
>> finges arrivent,
ce qu'il
9> foncent le bras pour prendre leur main;
$ y a dedans, & rempliffent retirer. Ils font
9) qu'ils ne peuvent plus 8zjettent des cris
2> des efforts inutiles, fans vouloir lA-
>> de défefpoir 5 mais
les In-
>> cher prile, Ces cris avertiffent des bâtons;
viennent avec
5> diens, qui
avides fe laiffent tuer,
5> & ces animaux d'abandonner leur proie
> plutôt que la main.
9) en ouvrant
oublier de parler
>> Je ne dois pas
fort mal-hon-
$) d'un autre quadrupede de
chien,
>> nête. C'eft une efpece petit ne craint
hardi, & qui
>> vif, méchant,
féroce qu'elle
>> aucune bête, quelque
dont
5> foit. Il fe fie fur fes armes,
j'ai
l'effet, au point:
59 moi-même éprouvé Dès qu'il voit ap-
>> d'en être fuffoqué.
un homme - 2 un tigre, un
5 procher &c, il l'attend de pied ferme;
99 lion,
fon ennemi eft à une
9> & lorique
illui tourne. le tos,
8 tée convenable,
if, méchant,
féroce qu'elle
>> aucune bête, quelque
dont
5> foit. Il fe fie fur fes armes,
j'ai
l'effet, au point:
59 moi-même éprouvé Dès qu'il voit ap-
>> d'en être fuffoqué.
un homme - 2 un tigre, un
5 procher &c, il l'attend de pied ferme;
99 lion,
fon ennemi eft à une
9> & lorique
illui tourne. le tos,
8 tée convenable, --- Page 473 ---
1 SUITE DE LA GUIANE. 467 eft
>> & lâcheun vent f empefté 2 qu'il
réfifter. Il continue
>> impoffible d'y
fon chemin,
>> enluite tranquillement
tenté dele
fera plus
>> perfuadé qu'onne
>> fuivre. d'autres animaux extraor-
> Parmi
on diftingue
>> dinaires de l'Orénoque, de chat qui n'a
>> le Cuficuli, efpece & dont la laine
>> point de queue celle 2 du caftor. Il dort
>> reffemble & à la nuit il va à la chaffe
> le jour;
& des ferpens. Il eft fort
>> des oifeaux
le porte dansles -
>> doux; & lorfqu'on
fa place
maifons, il ne quitte dès point le foir
mais
que
>> de la journée;
fes courfes
> arrive, il recommence fa
qui
Il fourre
langue,
>> noéturnes.
dans tous les
>> eft longue & mince, dans un lit, oi
> trous; & s'il entre la bouche ouverte,
>> quelqu'un dorme de la vifiter.
> il ne manque pas lon appelle la grande
>> L'Ante,que
reflemblance,
> bête, & qui n'a aucune
nous con-
>> avec les quadrupedes que eft de la grof
5 noiflons en Europe, Ses
font fort
2> feur d'un mulet.
pieds
on-
>> courts, & terminés deux par fourcils, quatre un
> gles. Ila, entre les il brife tout ce qu'il
9 OS, avec :a lequel
V.vj --- Page 474 ---
468 SUITE DE LA GUIANE, eft tou2
M rencontre dans les forêts. Il
>> jours en guerre avecle ngre.quitae lui fauter
s tend en embufcade, pour
9a la tête ou fur le dos. Si le combat-
>> fe livre dans la
ou dans une
libre, le
viétorieux ;
5)
Rerrar
efpace
eft tigre couvért d'arbres
> mais fi le pays PAnte court avec
5> ou de buiflons, dans Pendroit le plus
$ tant de furie
ennemi eft déchiré
> touffu, que fon
broflailles.
5) dans le moment par rles
inde la quantité
>> On peut juger
de tortues que produit
S) nombrables
la confommation
4> l'Orénoque, par qui s'en fait dans le
$ extraordinaire les nations voilines de
>> pays. Toutes & même celles qui en font
>> ce fleuve,
rendent avec leurs
>> éloignées 2: s'y
faire la récolte.
2> familles, 2 pour en
elles s'en nourriffent
9 Non-eulement
9> tout le tems que dure cette pêche; les
>> mais elles en font fécher pour infinité
$). emporter, & y joigaent une
remplifent
9 de corbeilles qu'elles les avoir fait cuire.
9 d'oeufs, après
commence à
le fleuve
>> Auffi-tôt les que tortues vont pondre edans
9) baiffer,
laiffe à découvert.
> les plages qu'il
de
e Ces ceufs, qui n'ont point
coque
Non-eulement
9> tout le tems que dure cette pêche; les
>> mais elles en font fécher pour infinité
$). emporter, & y joigaent une
remplifent
9 de corbeilles qu'elles les avoir fait cuire.
9 d'oeufs, après
commence à
le fleuve
>> Auffi-tôt les que tortues vont pondre edans
9) baiffer,
laiffe à découvert.
> les plages qu'il
de
e Ces ceufs, qui n'ont point
coque --- Page 475 ---
SUITE DE LA GUIANE. 465 de
5 comme les nôtres, font revêtus l'une eft
membranes * dont
9 deux & l'autre plus forte.
n mince,
tortues
cin-
.
pefent
>> Les groffes livres à
de trois ans,&
5) quante
Pâge
entre cinPordinaire, 7
> font 9 pour foixante oeufs. Une feule
9> quante & nourrir une famille nom-
> fuffit pour & fa chair eft préférable à
>> celle
veau. II en a d'une efpece
>>
y
emri
qui ne dépofent que
>> plus petite 7
oeufs dans
5> vingt, ou vingt il quatre s'en trouve tou-
> chaque nichée ;
les autres ;
>> jours un plus gros fort le que mâle; les
$> c'eft celui d'oit
des
ne
que
Camfer
4 tits
renferment chaleur du foleil fait mou-
> Comme la
elles profitent de
9 rir les tortues
dépofer
de la Puit 9
9 Parrivée
mais elles
;
oeufs
préfentent
RETE
$ leurs
en G grand 'nombre 2
$ quelquefois
les upes les au-
$ qu'elles d'avancer s'empéchent : on en voit une in9> tres
la tête hors de l'eau, qui at9 finité, 9
sleur faffent
tendent que les premieres
D place.
avoir recueilli une certaine
9 Après de ces ceufs 9 on les lave 9
5) quantité
plus de fable,
e jufqu'à acequilnyrele --- Page 476 ---
470 SUITE DE LA GUIANE.
9 ni. de terre ; on les jette dans des
oùt il
de Peau ; on les.
> barques, les
comme le rai-
>> foule avec
La
le foleil a donné def-
% fin ; & lorfque
il s'éleve
>> fus pendant quelque tems,
> fur la furface une liqueur lègere, qui
$> eft l'huile qu'on veut en tirer. A me-
>> fure que la chaleur la fait monter 9
la
avec des Co-
>> les Indiens
verfent,
font
9 quilles, dans des chaudieres qui
Elle
eu bouillant,
$> furle feu.
s'y purifie claire, plus
> devient plus belle, plus
9) fine que Phuile d'olive.
beau-
> Les tortues creufent, avec
de travail, le trou dans lequel
>> coup
& elles ont
9 elles veulent pondre;
>> foin de le boucher; de façon, qu'on
le reconnoitre. Pour cet
$> ne puiffe
la
& la
9> effet, elles uniffent
place, le refte 2
du
>> mettent de niveau avec
de
que les traces qu'elles
>> terrein, peur fable, ne les faffent dé9 laiffent furle
eft
$> couvrir. Mais cette précaution n'étant
>> inutile; car ce même fable
affermi, il cede fous les pieds
>> point
& décele toute la ponte.
>> des paffans,
être for-
> Les jeunes tortues, attendent après la nuit
9 ties de leurs ceufs,
&fe rendre
trous,
# pour quitterleurs
mettent de niveau avec
de
que les traces qu'elles
>> terrein, peur fable, ne les faffent dé9 laiffent furle
eft
$> couvrir. Mais cette précaution n'étant
>> inutile; car ce même fable
affermi, il cede fous les pieds
>> point
& décele toute la ponte.
>> des paffans,
être for-
> Les jeunes tortues, attendent après la nuit
9 ties de leurs ceufs,
&fe rendre
trous,
# pour quitterleurs --- Page 477 ---
-
SUITE DE LA GUIANE. 471
la riviere. Elles y vont par la voie
9 à
& il ne leur arrivé
$ la plus courte ; écarter. J'en ai quel-:
5 jamais de s'en
diftance
à une grande
5> quefois porté
couvert; &
> du fleuve, dans un panier faire
leur avoir fait
plufieurs
>> après
le cheelles ont toujours pris
>> tours, l'eau, fans s'égarer. Rien ne
>> min-de
la multitude
5> m'a tant furpris 2 que ont dans le
> d'ceufs que les tortues
doi-
>> corps; car outre ceux qu'elles ily en a
dans' Tannée,
>> vent pondre dont la groffeur va tou5) d'autres, 7
les plus petits
> jours en diminuant;
de millet :
>> font comme des grains ces animaux
>> d'oit lon peut jugerque les femences
dans leur fein,
>> portent les tortues qui doivent nai-
>> de toutes
fuite d'années S>.
>> tre dans une longue
ajouterà fa
Le Pere Mugilla pouvoit m'a fait dérelation, ce que le hafard fourmis de
couvrir au fujet de cetraines veulent aller
TOrénoque. Lorfqu'elles lieu, dont le pallage eft
dans quelque
elles fainterrompu par une riviere, leur 2
vent fe faire des ponts de
bord propre de
La premiere fe met au
corps.
morceau de bois 2
l'eau fur un petit dans fes dents. Une
qu'elle tient ferré --- Page 478 ---
472 SUITE DE LA GUIANE.
feconde s'attache à la premiere - une
troifieme à la feconde, une quatrieme
à la troifieme, 82 ainfi fuccellivement,
jufqu'à ce que la derniere foit portée
a l'autre bord, oli elle trouve auffi
moyen de s'attacher; ; & cette chaîne
fert de pont à toutes les autres.
Je finis par certains gros rats de bois,
fort commus dans la Guiane 2 & que
je n'avois point vus dans d'autres
vont chercher leur
Rederte
Lorfqu'ils ils font fuivis de leurs petits ;
ture 7 -moindre bruit qui les effraie,
mais ceux-ci au fautent fur le dos de la nrere 9
s'attachent à fa queue pat la leur, &
font ainfi portésjufqu'à leur retraite.
Je fuis, &c.
A Saint-Thomas de la Guiare,eera
Janyier 1751.
Fin du Tome XL.) --- Page 479 ---
+ A * 7C05 *(P AM ++ *
* * 2 22
TAB LE
DES
R ES
M A TIE
Contenues dans ce Volume.
LETTRE CXXIV.
T'ISLE DE SAINT- DOMINGUE:
de Thiftoire de cette ifle.
pages 5
Asnéot
Colomb.
Hiftoire de Chriftophe d'un nouvel hémifphere,
Connoilfance Comment Colomb le découvre.
Hs'adrefle à Iabelle de Caftille.
1O
à fon projet, - II
Obftacles qui s'oppofent
ibid.
Murmure de fes gens.
Comment il les appaife.
H apperçoit la terre le premier. à fon arrivée,
IS
Etonnement des fauvages
H prend poffeflion de San-Salvador.
17,
Il découvre Saint-Domingue,
.
Hiftoire de Chriftophe d'un nouvel hémifphere,
Connoilfance Comment Colomb le découvre.
Hs'adrefle à Iabelle de Caftille.
1O
à fon projet, - II
Obftacles qui s'oppofent
ibid.
Murmure de fes gens.
Comment il les appaife.
H apperçoit la terre le premier. à fon arrivée,
IS
Etonnement des fauvages
H prend poffeflion de San-Salvador.
17,
Il découvre Saint-Domingue, --- Page 480 ---
TABLE
Defeription 474
de cettei ifle, fes habitans.
Vie de ces Indiens. .
Leurs débauches.
le mal véné- 21
C'eft d'eux que nious eft venu
Avec rien. quelle facilité il fe communique,
Ila remplacé la lepre.
26 25
Les anciens habitans deSaint-Domingue.
Leur religion, leurs prétres.
28 27
Prédiations fur leur deftruction.
Prophétie répandue chez les Américains. 29
Origine de cette opinion.
LETTRE CXXV.
SUITE DE SAINT-DOMINGUE
Lei infulaires fuient les Epagmols.
Peua peu ils s'apprivoifent avec eux.
Ils échangent leur or pour des bagatelles. 34
Colomb bâtit un fort dans cette ifle.
ibid.. 35Il part & eft affailli d'une tempête. découvertes..bid.
Moyens de faire connoitrefes
Il aborde à Lisbonne.
Comment il eft reçu en E(pagne.
Laligne de démarcation.
Colomb.
Second voyage de Chriftophe
Etat lamentable de la colonie. lieu de Pille. 43
Il bâtit une ville dans un autre de l'or.
Il cherche des terres où ily ait
Il foumet toute l'isle de Saint-Domingue, 45
lle en va rendre compte en Efpagnc.
--- Page 481 ---
DES MATIERES.
Troifieme voyagé de Colomb.
46 47
Faufle découverte d'Americ Vefpuce.
Fondation de la ville de Saint-Domingue, divifés.
Colomb trouve les Caftillans
ibid.
Ses ennemis en Efpagne.
5I
Inforniations far fa conduite,
5*
Ileft mis dans les fers. fes chaines,
Revient en Efpagne avec à la Cout.
ibid.
Comment il eft reçu Colomb.
Difcours de la reine à
Autre gouverneur de Saint-I Domingue. ibid,
ilp part pour de nouvelles la flotte découvertes. Efpagnole. 57
Ouragan qui fait périr
ibid:
Hiftoire d'un morceau d'or. Colomb.
Lettre à Ferdinand, par
Ses nouveaux dégoûits à Saint-Domingue. ibid.
Sa mort, fes obleques, fon épitaphe.
CXXVI
LETTRE
SUITE DE SAINT- DOMINGUE.
Haass maltraités par les Efpagnols. 65. 66.
Vennture de ces traitemens affreux.
Hiftoire de la reine Anacoana. Croifés,
Epagnols comparés avecles
Font périr touslesinfalaires.
Les Dominicains veulent s'y des oppofer. Indiens.
74:
Las Cafas plaide la caufe contre eux.
Lévéque de Darien plaide
76:
Répoinfe de Las Calas.
79.
Charies-Quint ne prend aucun parti,
UE.
Haass maltraités par les Efpagnols. 65. 66.
Vennture de ces traitemens affreux.
Hiftoire de la reine Anacoana. Croifés,
Epagnols comparés avecles
Font périr touslesinfalaires.
Les Dominicains veulent s'y des oppofer. Indiens.
74:
Las Cafas plaide la caufe contre eux.
Lévéque de Darien plaide
76:
Répoinfe de Las Calas.
79.
Charies-Quint ne prend aucun parti, --- Page 482 ---
TABLE
Nouvelle ville bâtie à Saint-Domingue, ibid.
Defcription de la capitale,
Maladie particuliere de ce pays.
8z
Gouvernement eccléfiaftique.
ibid.
Son gouvernement civil& militaire,
Ville de San'Yago.
Ville de la Conception.
Maniere de vivre des Efpagnols.
.87 86
Leur caractere.
Nature du terrein foumis aux E(pagnols,
89.
Ses rivieres & fes lacs.
Vue de l'isle de Saint-Domingue,
91,
LETTRE
CXXVIL
SUITE DE SAIST-DOMINGPE;
Piam françoi.e de cette isle.
Premiers fondateurs de cette colonie,
ibid.
Hifoire des Boucaniers.
Leur religion.
Leurs chaffes, leur nourriture,
Leur chefnommé le Vaffeur.
97.
Ses cruautés & fa mort.
Fontenai gouverne la colonie.
JOS 99
D'Ogeron lai fuccede.
ibid.
Ony envoie des filles quis'y marient,
IOI
Arrivée des François de S. Chriftophe. 103
Adminiftration de la colonie.
Elle eft érigée en gouvernemen: général. 103 104
Defcription de la ville du Cap.
IO5
Divilion des poffellions Françoifes.
--- Page 483 ---
=
DES MATIERES. 477
beauté des campagnes.
1o8
Ferilité, 9
La ville de Léogane. Léogane.
Confeil fupérieur de
du
I1I
Réflexions fur la milice pays.
Ancienne principauté de Léogane,
Autres villes & place; Françoiles,
ibid,
L'isle de la Tortue.
François habisans de Saint-Domingue. 116
Leur bienfaifance,
Caraétere des femmes.
e
Richeiles de cette colonie.
Produaions de la partie Françoife,
12Q
Les caimans & les lamentins. animal,
Singularité de ce dernier
Les oifeaux.
Les quadrupedes.
Chaleurdu climat.
Incommodité des moucherons:
Abondarce des pluies.
faifon.
ibid. 127,
Le printems fuccede à cette
Maniere de donner les terreins.
A quelle condition on les accorde,
129,
LETTRE CXXVIIL
SUITE DE SAINT-DONINGUE
Ls fucreries de Saint-Domingue,
Les cannes de fucre.
13Z
Comment fe fait la récolte.
Defcription d'un moulin à fucres
Cgmment fe fait le fucre.
--- Page 484 ---
TABLE
Del la mélaffe ou miel de facre.
13t
Comment on raffinele fuere.
Vied'un propriétaire à Saint-Doringue, 138
Des negres de nos colonies.
Nourriture, 3 habillement, logement.
Comment les traitent les François,
Préçautions des Hollandois & des Anglois,
Comment fe fait le commerce des noirs. 143
Comment fe font les efclaves.
Cas de confcience au fujet des negres.
Réponfe des doéteurs de Sorbonne.
itid.
On juftifie l'efclavage des negres.
Quel parti on pourroit en tirer.
Negres embarqués pour les isles.
Comment on les traite en y arrivant.
I5 4
Comment on les accoutume au travail.
Comment on les difpofe au baptême,
Différentes opinions fur leur bapteme.
Qui font ceux qui les inftruifent.
Anglois moins zélés que les François.
ibid,
Les idées des negres fur la religion.
Ils redoutent les maléfices.
1;8
Ils font fort difcrets
Ils font rulés dans ce qui les intéreffe.
LETTRE 'CXXIX.
SUITE DE SAINT-DOMINGUE,
Bowrs qualités des negres.
Loix corcernant leurs mariages,
a6;
difpofe au baptême,
Différentes opinions fur leur bapteme.
Qui font ceux qui les inftruifent.
Anglois moins zélés que les François.
ibid,
Les idées des negres fur la religion.
Ils redoutent les maléfices.
1;8
Ils font fort difcrets
Ils font rulés dans ce qui les intéreffe.
LETTRE 'CXXIX.
SUITE DE SAINT-DOMINGUE,
Bowrs qualités des negres.
Loix corcernant leurs mariages,
a6; --- Page 485 ---
DES MATIERES.
Concubinage avec les négrefles. femmes. ibid. 164
Conduite des negres enyers leurs leurs efclaves. 165
Cruauté des Anglois envers
Les negres font fenfibles conduire aux bjenfaits. à leur
Comment il faut fe
égard. 168
Les negres marrons 2 ou déferteurs. defertion,
Moyen d'empécher cette,
Punition des coupables. ramenés à la colonie. ibid.
Negres marrons
c'eft qu'étamper un negre.
RLES contre la défertion,
174:
On vit en fhreté parmi les leur negres. fanté,
Combien il faut veiller à
ibid,
"Maladie que leur çaufe la Chique.
Autres maladies particulierosaux negres, 177
Ils en meurent prefque toujours. mal vénérien. 178
Les pians, autre chofe dans queje les colonies.
ibid.
Utilité des negres commandeur de negres.
Qualités d'un
& de la maifon. 180
Travail de la campagne métiers.
On leurapprend tous les les elelaves. 182
Devoirs des maitres envers les animaux morts. 183
Goût des negres. pour boillons,
Ils compofent différentes de fêtes,
Ils fe régalent les jours
Danfe & mufique de leur
ibid.
Leur
leur
DemirIEa
poéfie,
Calanda.
Ce quec'eft quela la danfent dans les églifes: 188
Les Ordre Efpagnols des negres dans leurs cafes.
Habillement des negres & des négrefles. 190 I
Les efclaves n'ont rien ên propre.
191 192
En quoi confifte la beauté des négreffes. 193
Golt des blancs pour les négreiles,
Negres enclins au fuicide, --- Page 486 ---
TABLE
Exemple d'un Anglois à ce fujet,
Stratageme pour les empécher de fe tuer. 196
Ils font exercés à compofer des poilons. 198
Sur quiils les exercent, & pourquoi?
ibid.
Génie, & caragere des negres.
LETTRE CXXX.
LES ANTILLES
Rourz d'unc Antile à l'auxre:"
Cequ'on; yoit dans les Antilles en général. 20%
L'isle de Portorico.
ibid.
Efpagnols mallacrés par les Indiens.
Chien, ennemi des infulaires.
Des projugions naturelles de cette isle. 2Q6
Defcription de la capitale.
Difficulté du commcrce.
ibid.
Ufages finguliers à cet égard.
Combienil faut étre fur fes gardes,
L'isle de Saint-Thomas.
21I
Defcription de cette isle.
Defcription de la ville,
Commerce qui sly fait & par qui,
ibid.
Eloge du roi de Danemarck.-
Ce qu'il a fait pour fes peuples,
De'la petite ifle qu'on nomme les Vierges.216
L'isle Neyé, oul'Anégada.
Sombrera, Sainte-Croix, Anguilla,
L'isle de Saint-Martin.
ibid.
L'isle de Ssins-Barthelemi,
Lisle
L'isle de Saint-Thomas.
21I
Defcription de cette isle.
Defcription de la ville,
Commerce qui sly fait & par qui,
ibid.
Eloge du roi de Danemarck.-
Ce qu'il a fait pour fes peuples,
De'la petite ifle qu'on nomme les Vierges.216
L'isle Neyé, oul'Anégada.
Sombrera, Sainte-Croix, Anguilla,
L'isle de Saint-Martin.
ibid.
L'isle de Ssins-Barthelemi,
Lisle --- Page 487 ---
DES MATIERES. 48r
L'isle de Saba,: fameufe pouries fouliers. ivid.
L'isle de Saint-Euflache.
L'isle de Saint Chriftophe:
ibid.
Berceau de nos colonies.
Defeription des ouragans dans ces isles. 224
Les Anglois vivent dans leurs plantations. 227
Les Caraibes déteftent les Anglois.
ibid.
Ils aimentles François.
ibid.
Defcription de l'isle de Saint-Chriftophe.
Politeile des femmes de cette isle.
Beauté des mailons.
Les isles. de la Barboude & de Nevis.
ibid.
Les isles d'Antigoa & de Montferrat.
Défirade, Marie-Galante, les Saints.
LETTRE
CXXXL
SUITE DES ANTILLES,
L. Guadeloupe.
La Dominique appartenant aux Caraibes. 236
Origine de ce peuple.
Portrait des Caraibes.
ibid.
Combien leur efpriteft borné.
Ils nous cedent leurs poffeffions.
La vengeance eft leur paffion favorite.
ibid.
Maniere de vivre de ces peuples.
Les armes des Caraibes.
Maniere dont ils prennent les perroquets. 244
Quel commerce ils font dans nos isles. 245
Comment il faut commercer avec eux.
Leur maniere de voyager.
ibids
Tome XI,
X --- Page 488 ---
>
TABLE
Les meubles dont ils fe fervent.
ibid.
Leur habillement, l'amour dans un Caraibe. 248
Ce que c'eft les que Caraibes fe marient.
Comment Leur religion, en quoi elle confifte.
aso
s'arrogent leurs médecins, 251
Pouvoir que
le chriftianifme.
Eloiznement pour
ibid.
Vénération pour les Capucins.
Obftacle à leur converlion.
Averlion pour obfervées la langue à angloife. leur mort,
Cérémonies militairé des Caraibes.
Gouvernement maniere de traiter les prifonniers. 257
Leur
Defcription de la Dominique. la
Précautions des Caraibes pour garder. ibid.
Les Caraibes negres, leur fon origine. tabac,
L'isle de Saint-Vincent, àla France,
La Martinique acquife
ibid.
Sa defcription, fes montagnes.
Ses rivieres, de la ville de Saint-Pierre.
ibid.
Defcription
Le fort! Royal. Trinité.
Le fort dela eccléfiallique & civile.
Adminiftration
Caradere des habitans.
Maladies communes à la Martinique,
La popilation y eft nombreufe,
ibids
Ses producions naturelles.
ibes negres, leur fon origine. tabac,
L'isle de Saint-Vincent, àla France,
La Martinique acquife
ibid.
Sa defcription, fes montagnes.
Ses rivieres, de la ville de Saint-Pierre.
ibid.
Defcription
Le fort! Royal. Trinité.
Le fort dela eccléfiallique & civile.
Adminiftration
Caradere des habitans.
Maladies communes à la Martinique,
La popilation y eft nombreufe,
ibids
Ses producions naturelles. --- Page 489 ---
DES MATIERES.
LETTRE CXXXIL
SUITE DES ANTILLES:
Lsr de Sainte-Lucie, abordé.
277.
Plufieurs Européens y ont
Les Anglois y ont elluyé des malheurs.
Les Françoiss'en rendent maitres.
28x
Les Anglois s'cn emparent.
ibid.
Les François la reprennent. lévacuation, 183
Les Anglois en demandent
ibide
Preuves en faveur des Frarçois.
Defeription de Sainte-Lucie.
La Barbade enlevée aux Porugais.
$87
Progrès de la colonie Agloile,
Richeffe de cetteisle. delisles
Bridge- Town, capitale
Autres villes. Barbade.
Commerce de la
Ce qu'elle produit aux Anglois.
Agens de cette isle à Londres. isles foient ufées.
Ilef faux que les terres des
Leur, commerce eft diminué, France.
ibid. 296
T/isle de Grenade acquife commandant, ala
297,
Hiftoire de fon premier Grenade.
Pauvreté de Pisle de
ibid.
Defcription du port.
Les Grenadins 3 petites isles du voifinage. 300
Xij
Autres villes. Barbade.
Commerce de la
Ce qu'elle produit aux Anglois.
Agens de cette isle à Londres. isles foient ufées.
Ilef faux que les terres des
Leur, commerce eft diminué, France.
ibid. 296
T/isle de Grenade acquife commandant, ala
297,
Hiftoire de fon premier Grenade.
Pauvreté de Pisle de
ibid.
Defcription du port.
Les Grenadins 3 petites isles du voifinage. 300
Xij --- Page 490 ---
TABLE
LETTRE D CXXXIIL
SUITE DESANTIEEEX
Lrmnbac, fes différentes efpeces.
3oz
Comment on travaille le tabac.
305 306
Comment on le cultive.
Hiftoire de la découverte du tabac.
309.
lla eu fes partifans & fes adverfaires.
Dela vigne & des raifins des isles Antilles: 310
On n'y fait point de vin, & des pourquoi. Antilles. 311 312
Légumes, fruits, & fleurs
ibid.
Autres produdions.
Les amours des ferpens.
P 315
Quadrupedes des Antilles, poiflons:
Crabes, dont les negres fe nourriffent.
Vovage qu'elles font à la mer. ceufs.
Comment elles dépofntleurs
Combat des crabes, leuraccouplement. 322
Commentles negres les apprétent,
LETTRE CXXXIV.
LA GUIA N E.
Ioérs magnifiques de ce pays.
324 325
Hiftoire du voyageur lisle Raleigh. de la' Trinité,
Il débarque. dans
--- Page 491 ---
DES MATIERES. 48;
Il Pindifpole contre les Efpagnols.
Il revient en Angleterre.
François, fous Villegagnon.
ibid. 339
Ils fondent des établiffemens.
Les Hollandois à Surinam,
Succès de leurs travaux.
Propriétaires de la colonie Hollandoife. 336
Forts conftruits fur la riviere.
Ce qu'on obferve en y arrivant.
Beauté de la campagne.
ibid. 339
Paramaribo, capitale de la colonie.
Séjour dangereux pour la fanté.
Caraaere des naturels du pays.
Negres de Surinam.
ibid. 344
Sentimens qu'ils infpirent à leurs enfans.
Accouchemens des négreffes.
Les negres marrons à Surinam.
Traité qu'ils font avecla colonie.
Peinture des Européens établis à Surinam, 348
ibid.
Leurs habits, 2 leurluxe,
Leurs tables.
Leurs occupations.
Leur commerce. militaire.
Gouvernement
Tribunaux dejuftice, civile & criminelle. 353
Monnoie de Surinam.
Gouvernement eccléfiaftique.
Emploi des revenus de la colonie,
357.
a
Kiij
ffes.
Les negres marrons à Surinam.
Traité qu'ils font avecla colonie.
Peinture des Européens établis à Surinam, 348
ibid.
Leurs habits, 2 leurluxe,
Leurs tables.
Leurs occupations.
Leur commerce. militaire.
Gouvernement
Tribunaux dejuftice, civile & criminelle. 353
Monnoie de Surinam.
Gouvernement eccléfiaftique.
Emploi des revenus de la colonie,
357.
a
Kiij --- Page 492 ---
TABLET
LETTRE CXXXV.
SUITE DE LA GUIAN E.
LINTEaTOR de la Guiane.
359 -
Sauts des rivieres.
ibid.
Sauvages de la Guiane.
360.
Le célebre royaume d'E1-Dorado.
Peuples de ce royaume prétendu.
Voyage des E(pagnols dans cette contrée. 363
Crédulité. des Eipagnols &'des Anglois. 366
Comment les fauvages font leurs capitaines.
367.
De quelle maniereils font leurs médecins. 369
Le langage de ces peuples.
Leurs cérémonies funéraires.
Grande quantité de gibier,
Abondance de poiffon.
:
Peuples appellés les longues oreilles.
Brevet d'officier donnéà un fauvage.
Importunité des moucherons.
La nation des Palicours.
Comment les enfans reçoivent. la camifa. ibid.
Les femmes mariées font nues.
Les peuples de l'intérieur de la Guiane. 378
'Ce que C'eft que d'enivrer une riviere.
ibid.
Le fort d'Ouy-à-Pock.
Relation de cet événement.
ibid.
Les miffions établies à Ouy-à-Pok.
Le gouvernement de Cayenne.
1 L'isle de Cayenne ; fa defcription.
--- Page 493 ---
DES MA' TIERES. 487
Air, climat, commerce de Cayenne,
38;
Combien les tigres nuifent aux beftiaux. 38t
Incommodités des pluies, des infedtes. ibid.
La fourmi coureufe.
Situation de l'isle de Cayenne.
ibid.
Produdions naturelles de cette isle.
Révolutions arrivées dans cette isle.
Projet de relever cette colonie.
Ce qui peut en empécher Pexécution.
LETTRE CXXXVL
SUITE DE LA GUIANE,
Posrs de Courou dans la Cayenne,
Caraétere des habitans.
Reflource des vivres du pays.
Le manioc banc & le manioc rouge.
ibid.
Comment on prépare la racine du manioc. 396
Inconvéniens de cette nourriture.
Le fuc de manioc eft un poifon.
ibid.
Epreuve faite fur un negre.
Un médecin juftifie cet empoifonnement, 400
Comment on fe défait des negres.
401La racine de manioc fert à une faufle.
Le fic de roucou eft un antidote.
ibid.
La patate, autre racine de la Guiane.
ibid.
L'igname, autre racine du pays.
Diverfes fortes de grains de la Guiane.
Le mil ordinaire & le petit mil.
ibid.
La banane, efpece de
de la Guiane, 405
Le bananier 2 maniere le cultiver.
E
ifie cet empoifonnement, 400
Comment on fe défait des negres.
401La racine de manioc fert à une faufle.
Le fic de roucou eft un antidote.
ibid.
La patate, autre racine de la Guiane.
ibid.
L'igname, autre racine du pays.
Diverfes fortes de grains de la Guiane.
Le mil ordinaire & le petit mil.
ibid.
La banane, efpece de
de la Guiane, 405
Le bananier 2 maniere le cultiver.
E --- Page 494 ---
TABLE
L'ouycou, boiffon des negres de la Guiane. 407.
Maniere dont fe fait cettel liqueur.
ibid.
boiffon.
Le maby, > autre
habitation.
Comment on forme une
Quels font les bâtimens néceffaires.
Quelle doit en être la diftribution.
Le parc qui renferme les beftiaux.
Les favanes pour les beftiaux.
Travaux d'un établiffement, leurs dangers. ibid. 414
Café, richeffe des colonies de la Guiane.
Depuis quel tems on le cultive à Cayenne, 415 416
Bâtiment qu'exige la culture du café.
ibid.
Comment on le prépare pour l'Europe.
Les mamis, fruits de la Guiane.
417,
Le calebaffier; ufage qu'en font les negres.
La liane, plante commune dans la Guiane. ibid.
Autre forte de liane qui fournit de l'eau.
Chaffe aux perroquets.
Pâté de langues de perroquets.
LETTRE CXXXVIL
SUITE DE LA GUIAN E.
D.a fleuve de T'Orénoque.
Diverfes embouchures de ce fleuve.
La riviere de Coroni.
ibid.
Les Guaraniens 7. peuples.
Singulieres propriétés du palmier.
Habitans des bords de l'Orénoque.
Nudité des femmes & des filles.
--- Page 495 ---
DES MATIERES.
Parure des habitans du bord de ce Aleuve. 431
Loix de CCS peuples au fujet de l'adultere. 432
Les peres maltraités par les enfans.
ibid. 433
A quoi ils affujettillent leurs filles.
Cérémonies nuptiales.
mariée.
Ce quife chante à une jeune
Coutume Gnguliere furles mariages.
Querelles qu'occafionne la polygamie. enfans.
Femnies qui accouchent de plufieurs 438
ibid.
Ufage obfervé au tems des labours. filles.
Amour des meres pour leurs
ibid.
Plainte d'une femme à un miffionnaire. 442
Remede dans la maladie des enfans.
Occupations & amufemens de ces peubles. ibid.
Leur adrefTe à un certain jeu de paulme; 444
Autres ufages particuliers. les éclypfes.
Ceq quife palie pendant
Cérémonies funéraires, miffionnaire.
Ce que doit faire un
Comment il eft reçu chez eux.
Comment il gagne leur amitié.
Difficulté d'apprendre leur langue.
Leur habileté à compofer des poifons.
ibid.
Ce que c'eft que le poifon appellé curare. 455
Ativité & propriété de ce poifon. femmes.
Ilsl le font faire par de vieilles
Arbre dont il fort des vapeurs empoifonnées. 458
Fourmis venimeufes de la Guiane.
Comment on en tire du poifon.
460 461
Comment les Indiens s'en fervent.
Serpent venimeux. excraordinaire.
ibid.
Autre ferpent plus
ur habileté à compofer des poifons.
ibid.
Ce que c'eft que le poifon appellé curare. 455
Ativité & propriété de ce poifon. femmes.
Ilsl le font faire par de vieilles
Arbre dont il fort des vapeurs empoifonnées. 458
Fourmis venimeufes de la Guiane.
Comment on en tire du poifon.
460 461
Comment les Indiens s'en fervent.
Serpent venimeux. excraordinaire.
ibid.
Autre ferpent plus --- Page 496 ---
490 TABLE DES MATIERES,
Mofquite qui produituninfed- dangereux. 463
Piquure mortelle des chauves-fouris.
Poiffons qui dévorent les hommes.
ibid,
Elpece particuliere de finge.
Petit animal mal-honnéte.
La cufi-cufi, efpece de chat.
L'Ante, appellé la grande béte.
ibid.
Quantité inombrable de tortues.
Huile excellente avec des ceufs de tortue, 469
Maniere dont elles pondent leurs ceufs.
Fourmi finguliere.
ibid.
Elpece particuliere de rats.
47*
Fin de la table des matieres, --- Page 497 --- --- Page 498 ---
Oci-26/20
Ofosauge --- Page 499 ---
E715
L3ISV: --- Page 500 --- --- Page 501 --- --- Page 502 ---