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Al, sans doute, de tels décrets avoient besoin d'etre ravis à
l'assemblée nationale. La réflexion est leur tombeau; et voilà
pourquoi le rapporteur du comité et les députés quil'ont appuyé,
ont tenté jusqu'a des menaces inexplicables , jusqu'à des allégations inintelligibles 2 pour arracher du silence de l'assemblée,
ce qu'ils ne peuvent pas espérer de sa raison. Est-il possible de
présenter à l'univers entier un spectable plus révoltant ? Est-ce
à la face des nations 2 qu'on ose proposer à une assemblée législative, de faire sans réflexion, les lois les plus importantes) pour
un million d'hommes, et de s'appuyer sur une prétendue promesse, qui en la supposant aussi vraie qu'elle est fausse , seroit
elle-méme une surprise faite à l'assemblée, de la même manière
qu'on a voulu aujourd'hui surprendre le décret de leur indépendance?
Le non-succès de cette tentative nous remplit d'espérances.
L'acharnement des colons pour la faire réussir, prouve qu'ils ont
senti leur foiblesse. L'assemblée nationale s'affermira sur les
principes ; les derniers événemens lui ont prouvé qu'il n'étoit
qu'un moyen de salut pour les colonies : celui d'y mettre en viles droits de l'homme et du citoyen. Le sang versé les
réclame; gueur la conduite des soldats trompés appelle à la garde des
colonies et au maintien de l'ordre, des citoyens soldats 7 des
natifs qui ne peuvent protéger la chose publique, sans protéger
en méme-temps, les uns leur propriété, les autres. leur industrie,
et tous' leurs femmes, leurs enfans et leurs parens. C'est sous
la sauvegarde de ces créoles 9 dont l'intelligence accompagnera
la fidélité, et qu'il faut craindre d'avilir, que les colons blancs
leurs
le commerce
verront se calmer toutes
inquiétudes ; que
prendra le plus grand essor, et que se màriront ets'exécnteront
les
que T'humanité et l'intérêt réclament en
avec sagesse, projets
la traite, s'achefaveur' des esclaves, dont le recrutement par
mine nécessairement à sa fin,
Signé CLAVIERE, Président.
BRISSOT, Secrétaire.
Paris, 20 Mai 1791. --- Page 3 ---
DEl
LETTRES IMPORTANTES,
RELATIVES
A LA QUESTION DES CITOYENS DE COULEUR:
Lns deux lettres suivantes 9 dont T'authenticité est garantie. 9
n'ont pas besoin de commentaires ; elles dévoilent un des artifices
dont on s'est servi pour effrayer et égarer l'assemblée nationale.
LETTRE de M. Baux,députt extraordinaire du commerce
de Bordeaux.
RETENU au lit ou à la campagne par une maladie douloureuse,
pendant qu'on agitoit, à l'assemblée nationale 2 la question des
droits des gens de couleur libres, ce n'est qu'à mon retour à
Paris 2 dans le moment méme, que j'apprends que cette question
a été traitée; qu'après del longues discussions ct un appel nominal,
il a été décidé qu'ilya avoit lieu à délibérer sur le projet du comité,
et que cette décision a peut- être obtenu quelques voix, d'après
ane adresse des députés extraordinaires du commerce et des
manufactures de France > répandue ce matin à l'assemblée
nationale. Je croirois manquer essentiellement à mon devoir de
2 dans le moment méme, que j'apprends que cette question
a été traitée; qu'après del longues discussions ct un appel nominal,
il a été décidé qu'ilya avoit lieu à délibérer sur le projet du comité,
et que cette décision a peut- être obtenu quelques voix, d'après
ane adresse des députés extraordinaires du commerce et des
manufactures de France > répandue ce matin à l'assemblée
nationale. Je croirois manquer essentiellement à mon devoir de --- Page 4 ---
député extraordinaire du commerce de Bordeaux, et envers
l'assemblée nationale et plus encore envers "lesinégoci nsde
Bordeaux, qui m'ont honoré de leur confiance et dont
la
majorité est bien éloignée d'adopter de parcils principes, si je
ne m'empressois de prévenir l'assemblée nationale avant qu'elle
prenne une détermination définitive, et de l'assurer qu'il y a
tout au moins, dans cette adresse, une erreur bien grave dans
les signatures qui se trouvent apposées au bas, puisque je vérifie
dans l'instant même que la séance des députés extraordinaires,
dans laquelle on a pris cette détermination 7 étoit très -
nombreuse ; qu'aucun de ceuc dont la
peu
signature est indiquée
ne Ta signée 2 excepté M. Béchade, comme président, et le
secrétaire ; qu'une grande partie de ceux indiqués comme ayant
signé étoient absens , et que MM. Demontmeau et Dufour
particulièrement sont à Rouen. D'ot il résulte que cette adresse
est donnée par la minorité et non la majorité des députés du
commerce.
Paris, le 12 mai 1791.
J. L. BAUx.
LETTRE de M. GENSONNÉ, membre du tribunal de
cassation, élu par le département de la Gironde,
Tarpasses,monuisur, qu'on a conçu des doutes sur T'opinion
des citoyens de Bordeaux, quant à linitiative que démandent
les colonies, et aux droits de citoyens actifs que réclament les
citoyens de couleur libres. Je vous atteste que sur l'une et l'autre
question, l'opinion des Bordelais est fortement prononcée : ils --- Page 5 ---
regardent comme une dérogation improposable à la déelaration
des droits 1 de priver les citoyens de couleur libres des droits
imprescriptibles que leur assure leur qualité de citoyens ;
l'initiative que réclament les colons leur paroit également
contraire aux droits et à l'intérét de la métropole. Cette opinion,
à Eordeaux, ne peut être douteuse; et à l'exc-ption d'un tréspetit nombre de négocians, séduits par les caresses des colons,
ou abusés sur les vrais intéréts du commerce, il n'est personne
qui ne convienne de la nécessité où l'on est, de reconnoitre les
droits des citoyens de couleur libres 2 et de ne pas donner aux
colons un privilège funeste qui anéantiroit bientôt toutes les
relations commerciales que la métropole entretient avec eux 2
cu du moins qui livreroit à leurs caprices ou à leurs intéréts le
sort de notre commerce.
GENSONNÉ
DE L'IMPRIMERIE DU PATRIOTE FRANÇOIS,
Place du Théâtre Italien, No, 2, --- Page 6 ---
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