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Cilmary
Bhomt lhversity --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
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L E TT -
R E
D'UN
COLON
DE SAINT-DOMINGUE --- Page 6 --- --- Page 7 ---
L E 1 1 - TT -
R 2 E
D'UN COL - N
DE SAIN T-D O MIN GU E,
A U N DE SE S A M I S.
Paris, 17 Thermidor, An 4e.
Vous me demandez, mon cher ami,
quel est le parti que nous avonsi prendre
pour arriver à la fin de nos maux. Je
n'hésite pas à vous le dire; nous y touchons, si nousle voulons; oui, je vousde
répète, il dépend absolument de nous de
voir finir nos peines, et de commencer à
réparer nos pertes.
Ecoutez-moi, et disposé comme vous
l'êtes à faire tous les sacrifices quele bien
public exigera de vous, je ne doute nullement que vous ne fassiez celui d'un
préjugé qui n'a plus aujourd'hui ni raison
A --- Page 8 ---
(2)
ni excuse 3 et d'un
-I sert qu'à
ressentiment qui ne
prolonger nos infortunes, et avee
elles les désastres de
De
Saint-Domingue.
grandes plaies ont été faites à cette
colonie. Pour être
juste 3 il ne faut en
accuser personne > il faut les
comme une suite
regarder
inséparable du développement que la révolution
donné aux
française a
grands principes qui constituent la dignité de l'espèce humaine.
Ce
développement a rencontré de plus
obstacles dans les colonies
grands
et voilà aussi
qu'en France, 2
pourquoi les colonies ont
plus souffert de la révolution
autre partie de l'empire
qu'ancune
français.
Quelle est la véritable
maux P ayons le
cause de nos
courage de nous
à nous mêmes
l'avouer
: c'est la fausse
où TOuS avons été
opinion
que les colonies
pendant long - tems 2
ne pouvaient
sister sans
pas subl'esclavage. De-là nos
eiviles : guerre avec les esclaves guerres
nous traitions de rébelles
3 que
nous étions accoutumés
s parce que
à regarder l'es --- Page 9 ---
(3)
elavage comme un droit; ; guerre avec les
hommes de couleur libres > à qui nous
refusions l'égalité politique, parce qu'un
intermédiaire entre le colon blanc et
l'esclave nous paraissait nécessaire au
maintien de l'esclavage.
Tels étaient nos préjugés 2 et il faut
convenir qu'une sorte de fatalité sem;
blait 2 pour notre malheur > légitimer
notre aveuglement t: car ceux - là mémes
qui nous en ont fait un crime, s l'ont
partagé pendant un tems avec nous.
Ainsi Saint-Domingue était le théitre
d'une double guerre civile dont le caractère offre une singularité remarquable :
c'est que tous les partis étaient fondés
à prendre les armes. Les esclaves et les
hommes de couleur libres avaient pour
eux les droits sacrés et impreseriptibles
de l'homme ; les colons blancs s'appuyaient sur une habitude que fortifiait
la différence des localités, 2 que la politique paraissait commander s et dont le
pouvoir avait presque naturalisé aux.
A 2.
le théitre
d'une double guerre civile dont le caractère offre une singularité remarquable :
c'est que tous les partis étaient fondés
à prendre les armes. Les esclaves et les
hommes de couleur libres avaient pour
eux les droits sacrés et impreseriptibles
de l'homme ; les colons blancs s'appuyaient sur une habitude que fortifiait
la différence des localités, 2 que la politique paraissait commander s et dont le
pouvoir avait presque naturalisé aux.
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(4)
yeux mêmes des Enropéens l'infraction
faite au premier droit de l'homme, 3 puisqu'en condammant P'esclavage, la France
aidait les colons à remettre leurs esclaves
sous le joug.
Mais qu'est-il arrivé? qu'un conflit inattendu de pouvoir a subitement amené
l'une des plus terribles catastrophes qu'on
ait jamais vues , et cette catastrophe a
fait éclore d'un seul corp ce queles plus
zélés philantropes n'avaient Cru possible
que par dégrés, l'abolition de l'esclavage
dans les colonies.
Il fallait cette secousse pour changer
nos idées ; il fallait que l'esclavage des
noirs fut aboli, ponr que nous en reconnussions l'imutilité. C'est ainsi que nons
avons reconnu l'inutilité du préjugé de
Ja couleur dès l'instant que la loi du 4
avril a été rendue. Tant il est vrai qu'il
ne faut janais raisonner avec les préjugés !
L'esclavage des noirs, nous semblait
nécossaire , parce que la manic de l'or- --- Page 11 ---
(5)
ue'l et de l'intérêt nous faisait mettre
ur le compte de leur organisation pariculière ce qui était purement l'effet de
a servitude sous laquelle nos anciennes
ois les tenaient courbés Nous nous trompions bien cruellement pour eux et bien
péniblement pour nous. Une expérience
rapide nous apprend que leurs facultés
morales se développent avec la plus grande
énergie: déjà ils nous égalent en vertus,
et dans peu d'années ils auront acquis
par l'instruction Ge qui leur manque du
côté des talens et des connaissances.
L'homme est donc le même par - tout
où il est libre, par-tout où il n'est point.
ravalé par d'injustes préjugés. O mon
cher, quelle joie pour nous de retrouver
des hommes, , des frères 3 des amis 2 là
oùl un régime barbare et contre nature
ne nous laissait voir que des troupeaux
de tigres jour et nuit altérés de notre
sang!
Abjurons donc pour jamais de trop
fatales erreurs. Jettons-nous dans les bras
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(6)
de.nos nouveaux concitoyens. Formons
avec eux, et avec ceux dans les veines
de qui notre sang se méle au sang africain, un triple lien que le démon de la
discorde désespère de rompre. 11 sera beau
d'offrir à l'univers le spectacle d'une famille anssi intéressante
par son union 3
que par les différentes teintes que la nature a répandues sarMes membres qui la
composent. Effaçons jusqu'aux moindres
traces de ces démélés sanglans qui ont déchiré la plus belle des colonies.
Que
l'histoire elle - même onblie
que nous
fûmes ennemis
$ O1l 3 si ses pages rappellent nos absurdes divisions, qu'en la
lisant on ne puisse pas croire ce qu'elle
en racontera aux races futures. Confondons toutes nos vaines distinctions sous
le titre glorieux de Citoyens Frangais.
Unissons nos forces pour repousser de
notre isle nos véritables, nos implacables
ennemis, los artisans cachés de nos maux,
ces féroces Anglais, dont la sombre
poJitique jalcuse la prospérité de toutes les
si ses pages rappellent nos absurdes divisions, qu'en la
lisant on ne puisse pas croire ce qu'elle
en racontera aux races futures. Confondons toutes nos vaines distinctions sous
le titre glorieux de Citoyens Frangais.
Unissons nos forces pour repousser de
notre isle nos véritables, nos implacables
ennemis, los artisans cachés de nos maux,
ces féroces Anglais, dont la sombre
poJitique jalcuse la prospérité de toutes les --- Page 13 ---
(7)
mtions') et dont la dévorante ambitiont
voudrait envahir à force, de destruction
le commerce àu monde entier. Unissons
en même - tems nos travaux, pour faire
renaître nos riches.cultures des cendres
qui couvrent le sol le plus fécond 1 , et
pour relever sur leurs ruines ces bâtimens somptuensement utiles 2 qui présentaient dans le nouveau monde aux regards de l'Européen étonné l'agriculture
coloniale dans toute sa splendeur. Nos
anciens cultivateurs sont prêts à nous prouver que l'amour de la patrie, ce mobile
dé l'homme libré; substitué à une crainto
servile, est un aiguillon bien plus puissant pour les excitér au travail, que tout
cet appareil de terreur dont les environnait le stupide systême de l'esclavage. En
un mot, laissons faire la liberté , l'égalité ; elles portent avec elles le remède
aux manx qu'elles causent. Embrassons
sincèrement leur culte, et bientôt Saint-,
Domingue devenu tout français versera
au sein de sa métropole des trésors in- --- Page 14 ---
(8,)
connus aux plus beaux jours de l'ancien
régime.
Sur toutes choses, mcn cher,
nous fortement
rallionsanx autorités qu'un gouvernement aussi sage, que bien
tionné a créées
intenbien
pour notre colonie. Je vois
ce qui vous retient : c'est le
de Sonthonaz. Eh
nom
quoi seriez - vous donc
assez peu philosophe
pour ne pas savoir:
apprécier l'ascendant d'une
ou
assez
révolution s
la force peu généreux pour ne pas avoir
d'immoler VOS ressentimens
bien de la patrie P
au
le tourbillon
Ignoreriez - vous que
révolutionnaire maîtrise lcs
évènemens, et entraine quelquefois malgré lui aux plus fortes détonations
litiqnes
po-.
l'administrateur le plus
et
le plus modéré P A la
sage
vue : des
portés à notre caste
coups
les
par Sonthonaz dans
tems postéricurs de sa première mission, je l'ai cru coupable, et je me suis
rendu son accusateur. Il faut
le sentiment de
vousl'avower:
mis lui avaient l'injustice que mes ennefait ccmmettre envers moi,
ènemens, et entraine quelquefois malgré lui aux plus fortes détonations
litiqnes
po-.
l'administrateur le plus
et
le plus modéré P A la
sage
vue : des
portés à notre caste
coups
les
par Sonthonaz dans
tems postéricurs de sa première mission, je l'ai cru coupable, et je me suis
rendu son accusateur. Il faut
le sentiment de
vousl'avower:
mis lui avaient l'injustice que mes ennefait ccmmettre envers moi, --- Page 15 ---
(9)
ne mc disposait que trop à le jugar défavorablement. La pointe de mon malheur
s'est émoussée avec le tems, et le calme
rendu à mon csprit m'a permis de réfléchir. Je me suis dit : Sonthonax est tombé
a mon égard dans une bien grande erreur ;
peurquoi ne me tromperais s-je pas aussi
sur son compte P Cette seule réflexion
m'a conduit à l'état d'impartialité oût je
suis. Dégagé de toute personnalité 3 de'
tout esprit de parti, je ne vois plus dans
Sonthonax l'homme qui mn'a déporté ; jy
vois T'homme qui a fait faire un grand
pas à la révolution dans l'autre hémisphère. Un tel homme ne peut qu'être
l'ami de la France, > berceau et foyer de
cette révolution : et en effet vous êtes
forcé de, convenir, d'après les dernières
nouvelles, que les Anglais, dont on le
disait l'agent et le coopérateur 2 n'ont
pas d'ennemi plns déterminé que lui.
Dès-lors qu'importent les torts qu'il peut
avoir envers quclques individus, s'iln'en
a point envers la patrie P n'envisageons
( --- Page 16 ---
(1o)
qu'elle, mon cher ; n'ayons
seule passion, celle
plus qu'une
de faire
notre mère commune de
triompher
et regardons
tous ses ennemis,
qui
comme nos amis tous ceux
nous aideront dans cette noble
prise. Sonthonaz
entrebonheur
veut -il la gloire, le
de la France P De cela seul il est
notre homme, et nous devons
autour de lui. Belle
nous, ranger
de savoir
question que celle
leguel des différens
qui ont bouleversé
partis
Saint -
est le seul
Domingue 3
coupable., ou le premier
coupable, ou le plus
coupable : Eh
faisons - nous autre
que
chose, pendant
nous agitons cette
que
qu'attiser de
question insipide 2
plus en plus le feu de IIOS
haines et de nos dissentions?
il en est tems, toutes
Étouffons,
ces abominables
querelles, et pour que notre retour â des
sentimens de paix et de réconciliation
soit bien prononcé,
le sacrifice de celui commençons par faire
de tous nos ressenzimens qni nous coûte lej plus à éteindre,
En agissant de concert avec Sonthonaze
pendant
nous agitons cette
que
qu'attiser de
question insipide 2
plus en plus le feu de IIOS
haines et de nos dissentions?
il en est tems, toutes
Étouffons,
ces abominables
querelles, et pour que notre retour â des
sentimens de paix et de réconciliation
soit bien prononcé,
le sacrifice de celui commençons par faire
de tous nos ressenzimens qni nous coûte lej plus à éteindre,
En agissant de concert avec Sonthonaze --- Page 17 ---
(Ir)
pour le rétablissement de's Saint-Domingue,
nous nous vengerons bien mieux des
imjures du sort qui nous a si cruellement
poursuivis, que nous ne le ponrrions pas
l'opiniatreté la plus invincible à faire retentir l'univers de nos plaintes. C'est la
seule vengeance qui convienne à des
hommes sensés. Quand un ouragan furieux
imprime à nos climats ses affreux ravages,
nous sommes tentés d'accuser la nature
d'être devenue marâtre envers ses enfans 5
mais, après cesj jours de deuil et d'effroi,
se montre-t-elle plus libérale envers nous?
nos murmures font place à la reconnaissance, et nous ne songeons plus qu'aj jouir
de ses bienfaits.
Il me reste à vous donner un dernier
conseil, mon cher ami: c'est de vous rapprocher de la députation de Saint Domingue : en la voyant, vous sentirez,
comme moi, le reste de VoS préjugés
s'évanouir, et une douce confiance, a vantcoureur d'une réunion parfaite, amortira
choz vous cettelninemachinalequ'on porte --- Page 18 ---
(r2)
à ceux que l'on ne connait pas, lorsqu'on
croit y trouver des ennemis.
Je vousai ouvert mon ceursans réserve.
Mes conseils ne sauraient vous être suspects : ce sont ceux d'un colon créole et
propriétaire, doublementintéresséan salut
de son pays. Heureux, sijeféussis à fixer
vos irrésolutions !
Adieu. Souvenez-vons, au reste, qu'on
uous a accusés de viser à rendre notre
colonie indépendante : projet absurde ;
projet qui, s'il a jamais existé, n'a pu
1omber que dans la tête de quelques insensés ; projet perfidle, dont l'exécution 1. 9
si elle était possible,tendrait à nous rendre
plus que jamais dépendans, nol pas de la
France, mais bien de lAngleterre, qui ine
ananquérait pas de nouS asservir dès que
nouS serionslivrési nowe-menes.Musvons
zous de vrais français en secondant les
efforts de ceux que le gouvernement a
envoyés à Saint-Domingue pour rattacher
cette colonie à la France. C'est le plus sûr
mnoyen de faire tomber pour toujours cette --- Page 19 ---
(13),
odieuse imputation, qui a été entre les
aains de nos ennemis l'arme la plus dangereuse 3 parce qu'elle était empoisonnée
avec tout l'art que l'animosité sait donner
à l'esprit de parti. Adieu derechef.
Tout à vous.
Signé, LARCHEVESQUE-THIBAUD
De l'Imprimerie de Ch. DESBRIERE, rue et place
Ste.-Croix, Chaussée d'Antin. --- Page 20 ---
:
--- Page 19 ---
(13),
odieuse imputation, qui a été entre les
aains de nos ennemis l'arme la plus dangereuse 3 parce qu'elle était empoisonnée
avec tout l'art que l'animosité sait donner
à l'esprit de parti. Adieu derechef.
Tout à vous.
Signé, LARCHEVESQUE-THIBAUD
De l'Imprimerie de Ch. DESBRIERE, rue et place
Ste.-Croix, Chaussée d'Antin. --- Page 20 ---
: --- Page 21 ---
CORPS LEGISLATIE
CONSEIL DES CINQ - CENTS.
R APPORT
F A I T
A U non de la Commission des ColoniesOccidentales (1),
SUR
LA SITUATION DE L'ISLE SAINT-DOMINGUE,
P A R
M A RE C.
Séance du 11 Ventôfe an 5.
CrrorENS REPRÉSENTANS,
L'IMTORTANCE des colonies françaifes de l'Amérique ne
auroit être conteftée. Cc font les plus riches 2 les plus
ertiles, les plus produétives qu'aucune puiffance de F'Europe
(1) Compofée des repréfentans Bergoing, Villers, Marcc, GarranCoulon, Lecointe, Efchaferiaux ainé & Riou,
Rapport de Marec,
A --- Page 22 --- --- Page 23 ---
E797
L133 a --- Page 24 ---