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L E T T R B
DES COMMISSAIRES DE LA COLONIE
DE SAINT-DOMINGUE, 3 AU ROI,
SIRE,
A L'INSTANT où VOTRE MAJESTÉ a témoigné à fes
Sujets la plénitude de fa tendreffe, en manifeftant l'intention oi elle était, de les réunir autour de fon Trône,
une fenfation délicieufe a preffé tous les coeurs Français,
&c prompte comme l'éclair, cette commotion fi douce
s'eft propagée AU-DELA DES MERS.
Vos COLONS DE SAINT-DOMINGUE n'attendaient
que ce fignal, pour voler aux pieds de leur Souverain.
S'ils n'ont pas le bonheur de vivre fous fes yeux ils
* Cette Lettre a été remife le 4 Septembre 1788, par les Commiffaires foulflignés, â M. LE COMTE DE LA LUZERNE, Miniftre
de la Marine, qui s'eft chargé de la préfenterauROI, --- Page 4 ---
n'en font pas moins fes Sujets les plus fidèles, & ch2que jour, lorfque fous un Ciel brûlant ils fécondent
une terre defféchée en l'arrofant de leurs fueurs, 3 ils
fongent avec délices, que l'oeuvre de leurs mains tranfportée dans la Métropole, produit Pheureux effet, ou
de foulager le pauvre, ou d'augmenter les jouiffances
du riche, & fur-tout, de doubler par une circulation
rapide, les richeffes du PERE COMMUN qui mel les prife
que pour les reverfer fur SES ENFANS.
C'ESTa ainfi, qu'au commencement du fècle dernier 3
des milliers d'hommes eurent le courage de renoncer
aux douceurs de la MÈRE-PATRIE, de braver les dangers des tempêtes, & ceux d'un climat rigoureux ,
pour ailer fonder dans un autrehémifphère une PATRIE
NOUVELLE, dontl'organifation fittelle, qu'ellenecefliat
jamais de correfpondre avéc la Métropole, &: de lui
devenir néceffaire, en augmentant fon territoire 3 fes
produétions, fes échanges & fes rapports.
Nous fommes, SIPE, les defcendansde ces Enfansqui
ont formé une NOUVELLE BRANCHIE dans votre Empire.
Nous avons reçu de nos Pères, comme un dépôt précieux, les Moeurs 3 les Loix, les Coutumes qui régiffaient votre Royaume : ils les adaptèrent aux nouvelles
Provinces qu'ils venaient de foumettre à votre domination : noits les avons confervé comme le feu facré;
& c'eft à ce figne non équivoque, qu'ilnous feratou-
ommes, SIPE, les defcendansde ces Enfansqui
ont formé une NOUVELLE BRANCHIE dans votre Empire.
Nous avons reçu de nos Pères, comme un dépôt précieux, les Moeurs 3 les Loix, les Coutumes qui régiffaient votre Royaume : ils les adaptèrent aux nouvelles
Provinces qu'ils venaient de foumettre à votre domination : noits les avons confervé comme le feu facré;
& c'eft à ce figne non équivoque, qu'ilnous feratou- --- Page 5 ---
jours facile de prouver notre confraternité avec le
Continent, fi les liens qui nous ont rapproché dèsIors, & que nous avons fn doubler depuis , n'étaient
pas une preuve vivante de Punion intime, que le befoin,
& des intérêts réciproques refferrent tous lesjours.
DEPUIS cetteépoque éloignce, depuistagsnégationde
ces nouvelles PROVINCES que l'on appelle COLONIES,
les. Rois vOs auguftes prédéceffeurs, empèchés par le
malheur des tems, ou par des guerres étrangères 3
n'ont jamais réuni leurs Sujets, pour conférer fur ics
affaires communes. De cette longue privation pour les
Peuples 5 avoit réfulté une langueur qui aurait dégénéré
en une maladie nationale, fi VOTRE MAJESTE ne
s'était hâtée d'y porter remède sil vous était réfervé,
SIRE, d'entrevoirle mal, , d'en chercher la fource, &
d'adopter le meilleur de tous Jes moyens pour la tarir..
Vous avez réfolu d'appeller VOS Sujets autour de Vous;
Vous avez réfolu de donner à l'Europe le fpectacle
impofant de 24 MILLIONS D'HOMMES,. délibéraat tavec
franchife devant leur Souverain.
AU moment de convoquer. cette Affemblée augufle, 5
VOTRE MAJESTÉ, par une fuite de fa bonté prévoyante 5 a fenti que les formes anciennes pouvaient
étre infufifantes. Le changement des tems 5 l'augmentation de VoS Domaines, femblaient exiger une modiEcation effentielle dans la compofition du Sénat dé la --- Page 6 ---
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France. Vous avez cru ne devoir confulter 3 fur un.
objet auffi important, que la NATION elle-méme, &
les intentions paternelles que Vous lui avez manifeftées à ce fujet, le 5 Juillet &le 8 Aoit dernier, refteront à jamais gravées dans le coeur de tous les
Français.
BIENTÔT, chaque Province a ouvert le dépôt de fes
Chartes : les Savans ont interrogé les anciens Manufcrits : chaque Ordre a mis en avant fes prétentions 3
fes titres..
Nous, SIRE, nous n'en avons d'autres que d'être
les ENFANS de VOTRE MAJESTÉ. Nous tenons dans
nos mains les DEUX ARRÈTS qu'elle vient de rendre.
Forts de ces titres précieux, enhardis par les droits
qu'ils nous donnent, nous venons offrir à notre Père,
notre amour , à notre Souverain,notre fang : dès longtems déja, nous avons fu le répandre pour fon fervice:
mais, ce n'eft qu'aujourd'hui feulement, qu'il nous eft
libre de lui en préfenter, EN CORPS, le refpectueux
hommage.
EN effet, lors des derniers Etats, nos Ayeux n'avaient
pas encore traverfé les mers, 3 & la BRANCHE vigoureufe
que nous forinons aujourd'hui n'étoit point encore
féparée du TRONC.
QUEL accroiffement, SIRE, dans un fècle & demi)
pour fon fervice:
mais, ce n'eft qu'aujourd'hui feulement, qu'il nous eft
libre de lui en préfenter, EN CORPS, le refpectueux
hommage.
EN effet, lors des derniers Etats, nos Ayeux n'avaient
pas encore traverfé les mers, 3 & la BRANCHE vigoureufe
que nous forinons aujourd'hui n'étoit point encore
féparée du TRONC.
QUEL accroiffement, SIRE, dans un fècle & demi) --- Page 7 ---
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nous avons été défricher des terres inconnues ; nous
avons bâti des Villes ; nous avons prefque fondé unl
Empire. Viétimes du climat, nous avons bravé la mort
pour augmenter VoS Poffeffions, &c quand enfin , il a
été bien reconnu que la nature refufait aux Français la
force de corps néceffaire pour cultiver un fol brûlé fous
une zone ardente, nous avons confervé nos têtes pour
ordonner les travaux, & nous avons été chercher au
fein de l'Afrique un Peuple entier d'habitans acclimatés: nous leur avons prefcrit d'enrichir la Métropole
& notre Souverain, & pour prix d'un travail, tribut
que le pauvre paie par tout aux riches 3 nous les traitons par humanité & par intérêt. > comme nos Enfans,
en dépit des affertions erronées de quelques Philofophes noyateurs.
AUJOURD'HUI, SIRE, nous mettons à vos pieds le
réfultat heureux de tant de peines, de tant de travaux s
det tant de courage, 5 detant d'amour; AGRÈEZ LE SUCCÈS
DE DEUX SIÈCLES, & daignez un moment en apprécier
la valeur :
Du haut de votre Trône, 3 promenez VOs regards fur
toutes les Provinces del la France; mefurez leur étendue;
que votre ceil, enfuite, firanchilfel'Océan: qu'ilembraffe
l'immenfe Pays que nous repréfentons ; qu'il compte
SOIXANTE VILLES ou Bourgs, SIX MILLE HABITA- --- Page 8 ---
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TIONS, qui font autant de Villages 3 200 LIEUES de
côtes:qu'il voie la NAVIGATION entretenue par nous,
LE COMMERCEvivifé par nous,DEUX CENTS MILLIONS
mis en circulation par nous 5 qu'il voie > en tems de
guerre,. nos biens, nos perfonnes, les premières VICTIMES. DE L'ENNEMI 5 qu'il nous voie alors les PREMIERS DÉFENSEURS DE L'ETAT, &c daignez, à CCS
titres, nous affigner, comme à vos autres Enfans, NOS
FRÈRES, une Place dans l'Affemblée prochaine de la
GRANDE FAMILLE..
LE choix de nos Députés ne faurait être embarraf fant:
nous fommes tous propriétaires > tous égaux, tous
Soldats, tous Officiers., 5 tous nobles 3 nous ne formons
qu'un feul ordre s comme nous n'avons qu'un coeur à
vous offrir.
CEPENDANT, > SIRE 3 nos intérêts font tellement
importans, notre territoire fi vafte, les différences de
climats 8z de productions fi variées, que ce ferait
tromper VOTRE MAJESTÉ, que de ne pas lui faire
connaître, que TROIS DÉPUTÉS, AUMOINS, de chacune des grandes divifions de la Colonie 2 font indifpenfablement néceffaires pour lui apporter dans toute fon
intégrité, le voeu de Saint-Domingue, car CE NE SONT
PAS DES DOLÉANCES, CE_SONT DES VOEUX que nous
avons à faire entendre.
8z de productions fi variées, que ce ferait
tromper VOTRE MAJESTÉ, que de ne pas lui faire
connaître, que TROIS DÉPUTÉS, AUMOINS, de chacune des grandes divifions de la Colonie 2 font indifpenfablement néceffaires pour lui apporter dans toute fon
intégrité, le voeu de Saint-Domingue, car CE NE SONT
PAS DES DOLÉANCES, CE_SONT DES VOEUX que nous
avons à faire entendre. --- Page 9 ---
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VOTRE MAJESTÉ, en prefcrivant les formes de
l'élection 3 ordonnera que les NEUF DEPUTES foient
choifis librement, ou par les Propriétaires réfidens à
Saint-Domingue 3 fi le tems le permet : ou, ce qui
reviendrait au même, par PAffemblée générale des
Colons réfidens en France, qui forment le plus grand
nombre des grands Propriétaires, & dont la plupart ont
l'honneur d'approcher tous les jours de votre perfonne.
OUI, SIRE, les liens du fang, ces - liens que rien ne
faurait rompre > ont uni pour jamais votre nobleffe
ayec Saint - Domingue. Votre Cour eft DEVENUE
CRÉOLE par alliances 2 8x nous nous félicitons de penfer que nulle Province du Continent n'a l'avantage
d'entourer VOTRE MAJESTE d'auffi près que fes
Colonies de PAmérique.
QUANT à nous, , SIRE, que tous les Colons de ce
fecond Royaume ont honoré de leurs fuffrages, chargés de mettre fpécialement leurs hommages aux pieds
de VOTRE MAJESTÉ, nous approchons de votre
Trône 3 avec cette confiance qui accompagne toujours
des Enfans foumis, lorfqu'ils adreffent à un Père tendre une demande jufte. Nous nous glorifierons à jamais
de notre miffion, fi nous avons le bonheur d'annoncer
à nos Conftituans > que VOTRE MAJESTE a daigné
jetter fur eux un regard paternel; & pénétrés de cette
douce efpérance, nous la fupplions d'agréer le feul --- Page 10 ---
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[SJ
tribut digne d'Elle que nous puffions lui offrir, celui
d'une gratitude fans bornes, 8c d'un abfolu dévouement.
Nous fommes, avec refpect,
SIRE,
DF VOTRE MAJESTÉ,
Les tres-humbles, tres-foumis
& très-fideles Sujets.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN,
LE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY.
LE Duc DE CERESTE-BRANCAS.
LE COMTE DE REYNAUD.
Signé :
DE PEYRAC.
LE COMTE DE MAGALLON.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE CHEVALIER DoUGÉ.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
Paris, ce 31 Aoitt 1788.
A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne.
les Sujets.
LE Duc DE CHOISEUL-PRASLIN,
LE MARQUIS DE Gouy-D'ARSY.
LE Duc DE CERESTE-BRANCAS.
LE COMTE DE REYNAUD.
Signé :
DE PEYRAC.
LE COMTE DE MAGALLON.
LE MARQUIS DE PAROY.
LE CHEVALIER DoUGÉ.
LE MARQUIS DE PERRIGNY.
Paris, ce 31 Aoitt 1788.
A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne. --- Page 11 ---
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M E M O I 1e R E
SUR l'importance, pour la Colonie de St.-Domingues
d'avoir des Repréfentans à P'Alemblée des ÉtatsGénéraus, & fur la forme la plus légale de
procéder à l'élection de fes Députés,
a
*
Sniet de l'intérêt de toutes les Provinces de France,
qui font fous la fauve-garde des Loix, fous la protedtion
immédiate des Parlemens, & qui peuvent dans tous les
temps invoquer la Juftice du Roi, de fe réunir en Corps
pourobtenir le redreffement deleurs griefs 8zparvenir à une
Adminiftration moins arbitraire 5 combien cet intérêt
n'eft-il pas plus puiffant 3 à l'égard d'une Colonie féparée
par les Mers de fon Souverain, de fon Miniftre, & qui fe
voit fans ceffe expofée à des changemens dans fon régime,
dans fa conftitution, fans qu'aucun Repréfentant puiffe fe
plaindre & arrêter les effets fouvent irréparables d'une
autorité furprife par de faux rapports ou égarée par des
fyftèmes infenfés ?
La Colonie de Saint- Domingue 5 ne peut trouver une
occafion plus favorable de fe réintégrer dans fa première
conftitution, 3 que celle où Sa Majefté veut bien appeller
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