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t.
L E T 1 T R E
DES COLONS RÉSIDENS A Sr-DoMINGur
AU
RO I.
Le 31 Mai 1788,
SIRE,
VOTRE MAJESTÉ s'eft montrée jufqu'ici trop
attentive à procurer le bonheur de fes Peuples, pour
que ceux d'entre eux qui font le plus éloignés d'Elle,
ayent éprouvé la plus légère furprife en apprenant la
réfolution qu'Elle avait manifeftée de s'entourer de
fcs Sujets, pour opérer une reftauration que les circonf
tances femblaient rendre néceffaire, & dont le fuccès
dépend en entier des bons vouloirs du Souverain, &
de l'amour de la Nation.
Mais fi l'étonnement n'a pas frappé nos efprits, la
reconnaiffance la plus vive a rempli nos cocurs, & c'eft
un befoin pour nous > SIRE, d'en mettre l'expreflion
aux pieds de VOTRE MAJESTÉ: puiffent les bénédiétions de la Providcnce récompenfer pendant un long
Règne. > l'idée paternelle que votre ame a conçue! puiffe
l'amour de vos Sujets dans les deux Mondes, vous déA
Colift 7
milash
mi2e Guuy
woswunaine --- Page 4 ---
Da1
dommager de tous les foucis qui environnent le Trône!
puiffe la poftérité, en recueillant les fruits de ce bienfait, confacrer à jamais le nom de ce Monarque populaire qui a voulu jouir d'un bonheur que n'ont point
goûté fes deux auguftes Prédéceffeurs , pendant les
deux plus longs Règnes de la Monarchie!
Vous allez donc, SIRE, appeller toute la France
auprès de vous: : déjà la trompette fonne; déjà fon cri
perçant a traverfé les mers : déjà il s'eft fait entendre
à nos coeurs, 8x déjà nos coeurs font à vos pieds.
Cet empreffement ne faurait déplaire à VOTRE
MAJESTÉ; peut-ètre eft-il contraire à l'ufage des
Cours 5 mais depuis cent cinquante ans , nous vivons
loind'elles, nous enignorons le langage & les détours; 5
nous ne favons qu'une chofe, c'eft que nous fommes
Français, qu'à. ce titre nous adorons notre Maitre 5
& lorfqu'il conyoque les Français, nous gémiffons que
lOcéan nous empêche d'arriver les premiers fur les
degrés de fon Trône.
Cependant, SIRE, nous arriverons, car VOTRE
MAJESTÉ ne peut pas plus fe paffer de nous 3 que
nous ne pouvons nous paffer d'Elle: nous fommes fes
Enfans, notre état eft inconteftable notre caraétère
indélébile 5 mais nous n'avons pas vu notre Père, depuis notre naiffance, & fans lés fréquens rapports qui
empêche d'arriver les premiers fur les
degrés de fon Trône.
Cependant, SIRE, nous arriverons, car VOTRE
MAJESTÉ ne peut pas plus fe paffer de nous 3 que
nous ne pouvons nous paffer d'Elle: nous fommes fes
Enfans, notre état eft inconteftable notre caraétère
indélébile 5 mais nous n'avons pas vu notre Père, depuis notre naiffance, & fans lés fréquens rapports qui --- Page 5 ---
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ont exifté entre lui & nous, à peine pourrait-il nous
reconnaitre.
Alors, SIRE, 3 nous étions faibles s languiffans > nous
avions la maladie de l'enfance, nous étions abandonnés
à nos propres forces & à la Nature: aujourd'hui nous
fommes forts, vigoureux, nous avons la fanté de
l'adolefcence, la Mère-Patrie charmée de nos efforts,
nous a prodigué fes fecours, &: la Nature a emprunté
ceux de l'art.
Les réfultats les plus heureux ont été la fuite de
ces rapports. La Colonie de Saint - Domingue eft
devenue la plus précieufe Province de France. Sans
être à charge à la population de la Métropole, elle a
trouvé le fecret pour doubler fes jouiffances & augmenter les revenus du Monarque, de défricher un
fecond Royaume 5 elle a appellé l'Afrique à fon fecours,
& elle a forcé l'admiration de IUnivers, en lui montrant que cinq mille Planteurs Français étaient capables
à eux feuls de cultiver DEUX CENTS LIEUES de côtes, de
former des MILLIERS de matelots 2 de vivifier le CoMMERCE, &z de faire circuler plus de DEUX CENTS MILLIONS chaque année d'un pôle à l'autre.
Ce font là, SIRE, nos fuccès & notre gloire. Nous
les mettons aux pieds de votre Trone, & nous fupplions VOTRE MAJESTÉ de nous aider à en doubler l'avantage & l'éclat. Depuis long-tems nous avions
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formé ce projet important. Mais féparés par les mers, 3
& plus encoreo quelquefois parl'autorité, nous nei favions
comment faire entendre les réclamations de notre
longue expéricnce pour le bien de la Commune. Cependant le moment preffait, 8z nous avions bien des
chofes à dire à VOTRE MAJESTE:
Nous voulicns luirepréfenter que toute la force d'une
Colonie & fon utilité pour la Métropole, réfident dans
fs richefles; que les richeffes viennent de la perfection de la culture; que la culture ne peut fe perfectionner que dans le calme & la fécurité; que la fécurité
ne fe trouve qu'à l'abri des Loix; que la Loi ne peut
prorége: que ceux qui s'adreffent à fes organes 5 que
les organes de la Loi font des Magiftrats éclairés 5 que
là oliln'y a point de Magiftrats, la Loi devient muette,
fa proteétion nulle, le défordre affreux, que la culture fe néglige. > que les richeffcs font bientôt abforbées; que toute affociation d'hommes a donc un befoin
réel de Juges intègres qui puiffent à chaque inftant
entretenir parmi eux, fans embarras, ni frais, L'ORDRE
fur lequel repofe la félicité publique 5 que cet avantage
que gottaient jadis VOS Colons eft perdu pour eux >
depuis que leurs Magiftrats, les Patriarches de la famille Coloniale font difperfés 5 depuis qu'un feul
Tribunal , évoque à lui toutes les Caufes d'un
grand Empire 3 & force tous les Propriétaires à
gres qui puiffent à chaque inftant
entretenir parmi eux, fans embarras, ni frais, L'ORDRE
fur lequel repofe la félicité publique 5 que cet avantage
que gottaient jadis VOS Colons eft perdu pour eux >
depuis que leurs Magiftrats, les Patriarches de la famille Coloniale font difperfés 5 depuis qu'un feul
Tribunal , évoque à lui toutes les Caufes d'un
grand Empire 3 & force tous les Propriétaires à --- Page 7 ---
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quitter leurs Manufactures > leurs efclaves, leurs
femmes 5 leurs enfans , Jeur Commerce, pour entreprendre par mer ou par terre, aux rifqucs des tempètes d'un élément furieux, ou des ardeurs d'un foleil
brilant, des voyages périlleux qui ruinent à la fois la
fortune & la fanté des malheureux qui ont une propriétéà défendre 5 que dece Règlement fait dans de bonnes vues, fans doute, > il a réfulté des malheurs affreux,
des pertes irréparables, des vexations inouies ; que
pas une voix ne s'eft élevée en fa faveur, que toutesle
condamnent à l'uniffon 3 & que Iéloignement des Magifrats deflinés à faire fleurir la paix, eft une vrffe
calamité pour le Peuple. Et que dirait VOTRE MAJESTÉ d'un Commandant de Province, qui, pour
entretenirle bon ordre dansl la Ville de fa réfidence, cnverrait fes troupes à quatre-vingt lieues de lui.
Nous voulions repréfenter à VOTRE MAJESTÉ que
la Population > la Culture, le Commerce de SaintDomingue portés à un point d'accroiffement qu'il eit
été impoffible de prévoir, rendant les affaires pius
communes 8x les difcu@ions plus frécuentes, il devenait indifpenfable, non pas feulement de laiffer fubfifler
le Confeil du Port-au-Prince que Louis XIV donna
à la Colonie miffante, non pas feulement de rétabiirle
Confcil du Cap que ce même Prince accorda alaColonie
croiffante, mais encore de créer aux Cayes Saint-Louis
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iffement qu'il eit
été impoffible de prévoir, rendant les affaires pius
communes 8x les difcu@ions plus frécuentes, il devenait indifpenfable, non pas feulement de laiffer fubfifler
le Confeil du Port-au-Prince que Louis XIV donna
à la Colonie miffante, non pas feulement de rétabiirle
Confcil du Cap que ce même Prince accorda alaColonie
croiffante, mais encore de créer aux Cayes Saint-Louis
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un troifème Confeil que le befoin des Habitans y
appelle tous les jours : que ce troifème Confeil, pouvant, ainfi que les deux autres > devant méme s pour
le bien de la Colonie. > n'être compofé que de Propriétaires aifés, non ftipendiés, fervant par honneur, >
recrutés fans ceffe par le patriotifme 2 il n'en cotterait rien au Gouvernement, il n'en coûterait rien aux
Colons. Leurs Caufes difcutées fans intérêt, feraient
jugées fans paffion, & cet établifiement ferait le bienfait de VOTRE MAJESTÉ, le plus précieux pour nous,
fans doute , puifqu'il comblerait nos voeux, 5 fans augmenter les charges de l'Etat.
Nous voulions repréfenter à VOTRE MAJESTÉ,
que depuis 5o ans la Colonie de Saint -Domingue a
été affez malheureufe pour avoir été gouvernée par 24
Gouverneurs, &: par 16 Intendans > les uns après les
autres : que la plupart d'entre eux en arrivant, ne connaiffait rien au Gouvernement de T'Ille, à fa culture, , à
fes ufages, que chacun d'eux a été rappellé au moment
ol il commençait à être inttruit; qu'avant de l'ètre 3
chacun d'eux avait ordinairement fupprimé toutes les
infitutions de fes prédéceffeurs: que de ce changement perpétuel de fyftème, il en avait réfulté tant de
maux, que l'exiftence de la Colonie était une efpèce
de problème : que le feul moyen de remédier à cet
inconvénient, vice radical, qui s'oppofe à la profpérité
ençait à être inttruit; qu'avant de l'ètre 3
chacun d'eux avait ordinairement fupprimé toutes les
infitutions de fes prédéceffeurs: que de ce changement perpétuel de fyftème, il en avait réfulté tant de
maux, que l'exiftence de la Colonie était une efpèce
de problème : que le feul moyen de remédier à cet
inconvénient, vice radical, qui s'oppofe à la profpérité --- Page 9 ---
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des habitans, & au plus grand bien de la Métropole,
était d'établir à Saint-Doningue des Affemblées Provinciales permanentes > & des Aflembiées Coloniales
périodiques, compofées les uncs & les autres de Propriétaires choifs librement par les Colons, 8 non de
Magitrats & de Commandans de Quartier appointés
par la Cour; que dans ces Affemblées qui n'auraient
point de pouvoir exécutif, mais qui connaitraient à
fond les intérêts de la Colonie, un Gouverneur &c un
Intendant trouveraient en débarquant, des Confeillers
des avis
celui fur-tout de
éciairés, 2 intègres,
falutaires,
s'en tenir à un fyftême fuivi, établi dès long-tems pour
le bien de tous, celui de rien innover que pour le
mieux, & que de cet Erabliffement réfulteraient deslumières qui ne permettraient plus aux Adminiftraceurs,
lorfqu'iis auraient vexé la Colonie pendant leur geftion,
de dire : ce n'ef pas ma faute , je n'étais pas inferuit.
Nous voulions faire repréfenter tout cela à VOTRE
MAJESTE, & encore bien d'autres chofes dont pas tine
ne tend à diminuer l'autorité de fes Officiers que nous
béniffons quand ils n'en ufent que fuivant le cocur
du Roi : nous nous Alattions qu'eile aurait accueilliavec
bonté ces fupplications faites avec refpect; déjà nous
lesavions rédigées & expédiées en France 3 lorfque la
grande nouveile de la PROCHAINE ASSEMBLÉE DES
ETAIS-GENERAUX a paffé jufqu'à nous.
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tine
ne tend à diminuer l'autorité de fes Officiers que nous
béniffons quand ils n'en ufent que fuivant le cocur
du Roi : nous nous Alattions qu'eile aurait accueilliavec
bonté ces fupplications faites avec refpect; déjà nous
lesavions rédigées & expédiées en France 3 lorfque la
grande nouveile de la PROCHAINE ASSEMBLÉE DES
ETAIS-GENERAUX a paffé jufqu'à nous.
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Alors, SIRE, un cri unanime s'eft élevé; nous
avons dii : notre Père a deviné nos maux 3 il a fenti
que ni la furvcillance de fcs augufles Prédéceffeurs, ni
fa propre vigilance, 3 n'avaient pu 3 pendant un fiècle &
demi, prévenir tous les abus, ou en extirperles racines;
qu'après tin tel laps de tems, il falloit fevoir, fe parler,
s'entendre; que fans cctte mefure toute reftauration
était impoflible, & il veut être le Reflaurateur de la
France Nous n'aurons donc plus befoin de protection
pour approcher de fon Trônc ; il y invite lui-même
toutes fes Frovinces. Nous nous y préfenterons comme
a plus grande d'elles toutes > fans contredit, comme
la plus produstive > fans aucun doute, & nous difputerons à aucunc autre d'être plus fidele que nous.
Cc cri a,été celui du coear, & c'cft Thommage le
plus digne de VOTREMAJESTÉ que nouspuiffions lui
offrir. La réfexion a fuccodé à ce premier élan de nos
amcs; nous avons obfervé que nous n'exiftions pas
encore lors do la dernière Affemblée des Etats-Généraux, & nous avons eu un moment d'inquiétude fur
la manière dont nous ferions repréfentés à ceux qui
vont s'ouvrir. VOTRE MAJESTE ne s'eft point encore expliquée fur ce point, & nous fommes fi loin
d'Elle, que nous avons tremblé de ne point nous trouver en mefure avcc les Provinces du Continent, lorfque
notre amour nous forait défirer de lcs devancer toutes. --- Page 11 ---
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Dans cette pofition qui a tempéré notre allégreffe,
Vos Colons de Saint-Domingue ont cru devoir fei réunir;
ils fe font affemblés non ILLÉGALEMENT, puifque toute
affemblée eft LICITE, quand fon but eft honnête > mais
très-légalement s puifque l'objet de cette réunion n'était autre que de demander à VOTRE MAJESTÉ la
permiflion de fe réunir.
Là, nous avons tous fenti que quel que fût notreprévoyance, , l'Océan entre nous & le Trône était un
obftacle prefqu'invincible au fuccès de nos démarches,
que le feul moyen de les rendre utiles, était de: faire
difparaitre cet efpace immenfe ; & ce moyen, nous
l'avons 1 trouvé, SIRE, & ce moyen,noscocursTont faifi:
De l'autre côté des mers > au fein du Continent
fur lequel VOTRE MAJESTÉ règne, fe trouve une
partie de notre propre famille, un nombre confidérable de nos frères, une moitié de nous-mémes; les
uns nés comme nous fous le Tropique, ont voulu
goûter rlesinfluences bienfaifantes d'un climat plus tempéré; les autres ont voulu jouir tranquillement 3
dans la Capitale, du fruit de leurs travaux; les derniers enfn nés en France > ont voulu refferrer les
noeuds qui nous uniffent déjà à la Métropole ; ils ont
recherché notre alliance, ils fe font chargés du bonheur de nos enfans, & Ces gages précieux que nous
les
uns nés comme nous fous le Tropique, ont voulu
goûter rlesinfluences bienfaifantes d'un climat plus tempéré; les autres ont voulu jouir tranquillement 3
dans la Capitale, du fruit de leurs travaux; les derniers enfn nés en France > ont voulu refferrer les
noeuds qui nous uniffent déjà à la Métropole ; ils ont
recherché notre alliance, ils fe font chargés du bonheur de nos enfans, & Ces gages précieux que nous --- Page 12 ---
Elo]
leur avons confiés, ont tellement confondu les propriétés & les intérêts > que l'Amérique & l'Europe,
Saint - Domingue & la France > peuyent mutuellement fe dire ayec vérité : je ne fais plus quel ef le
mien.
Eh bien , SIRE, c'eftà ces frères éloignés de nous >
& qui ont le bonheur de vous entourer > que nous
nous fommes adreflés avec toute la confiance qu'ils
méritent. Le fang créole coule dans leurs veines, ou
dans celles de leurs enfans. Ils ont mêmes propriétés >
mémes intérêts, même attachement pour la Métropole & la Colonie > même amour pour VOTRE
MAJESTÉ.
quels Repréfentans plus zèlés pouvionsnous choifir P
Nous leur avons dit, avec ce fentiment qui perfuade:
O1 vous qui avez le bonheur d'approcher fouvent notre
Père commun > vous qui favez à Pinftant tout ce que
fa bonté lui infpire pour le bonheur de fon Peuple >
vous qu'une mer immenfe n'empêche point de vous
préfenter chaque jour à fes yeux, volez vite aux pieds
de fon Trône; là, revêtus de vos propres droits pour
luiparlerenvotre nom. , & de tous nospouvoirs, carNOUS
VOUS LES DONNONS TOUS SANS RESTRICTION AUCUNE, dites-lui que fes Colons font fes fujets les plus méritans & les plus fidèles, que nous aurons peut-être quel- --- Page 13 ---
In ]
que jour des graces à lui demander, mais qu'aujourd'hui
nous ne réclamons que fa juftice, que nous fommes
fes enfans ni plus ni moins que les Habitans de fa
bonne Ville de Paris, & que nous le conjurons de
nous affigner bien vite la piace que nous devons occuper dans l'Affemblée de la grande famille. N'oubliez
pas de lui dire que nous ne connaiffons pas ces trois
divifions d'ordres obfervés dansle Continent. Que nous
fommes tous égaux, mais que nous fommes tous foldats, tous les premiers défenfeurs de notre Province,
8 par conféquent tous nobles ; qu'il n'efl pas plus
polfible de nous placer dans l'ordre du Tiers, que dans
celui du Clergé 3 que Saint-Domingue eft le plus beau
Fiefdel'Empire Français, 8x que ceux quil'ont conquis,
déffiché, cultivé, fécondé, que ceux dont l'alliance
n'a point été dédaignée par les premières Maifons de
l'Etat, ne peuvent 3 ne doivent voter qu'au milieu de
l'ordre de la Nobleffe avec lequel ils ont tant d'aétes
communs. Dites-lui,fur-tout, que nous favons bien que
la France a de grands befoins > &: que cette raifon
feule nous eût déterminé à la démarcheque nous faifons 5
que le fang Français n'a point dégénéré en Amérique,
qu'il ferait honteux pour nous de chercher à nous
cacher, lorfque tout TEmpire vient au fecours de luimême 5 que nous commencerons par prouver que de
toutes les Provinces, celles que l'on appelle Colonies,
,fur-tout, que nous favons bien que
la France a de grands befoins > &: que cette raifon
feule nous eût déterminé à la démarcheque nous faifons 5
que le fang Français n'a point dégénéré en Amérique,
qu'il ferait honteux pour nous de chercher à nous
cacher, lorfque tout TEmpire vient au fecours de luimême 5 que nous commencerons par prouver que de
toutes les Provinces, celles que l'on appelle Colonies, --- Page 14 ---
[r ]
ont depuis le commencement du fiècle, contribué le
plus noblement aux befoins de IEtat, & qu'après
nous être glorifiés de ce défintéreffement, & avoir foumis à la Nation affemblée la queftion de favoir s'il ett
de fon intérêt que les Colonies payent à l'avenir autant qu'elles ont payé jufqu'à ce jour, nous ne réculerons jamais quand le Peuple Français tout entier. 3
que nous devons regarder com.me infaillible 5 aura dit:
cecief la part que chacun doit au foulagement de la Patrie.
Voilà,SIRE, ce que nous avons expreflément chargé
nos Frères, nos Compatriotes > de dire à VOTRE
MAJESTÉ. Mais nous avons bien fenti que mille Colons réfidens dans Ja Capitale ou dans les Ports, ne
pouvaient pas fans rifque de confufion s'adreffer tous
enfemble à leur Souverain 3 nous leur avons enjoint
de fe réunir, & de nommer entre eux, parmi eux,
des COMMISSAIRES, propres par leurslumières 8z leur
rang, à répondre à la miffion flatteufe deREPRÉSENTER
toute la Colonie. Nous conjurons VOTRE MAJESTÉ
d'accueillir avec bonté ceux de fcs Sujets qui, REVÉTUS DE TOUS LES POUVOIRS de Saint-Domingue 5
mettront à fes pieds les refpects & les voeux de ce
fecond Royaume. Plus heureux que nous, , ils verront
notre bon Maitre, plus heureux que nous, ils recueilleront les paroles de bonté qui fortiront de fa bouche, --- Page 15 ---
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& ils auront la fatisfadtion de nous en communiquer
la douceur!
Ils fe hâteront, SIRE, de nous faire paffer vos
ordres pour la convocation d'une Affemble Coloniale &c
libre qui nommora nos DEPUTÉS aux Etats-Généraux.
Il ne leur faudra pas plus de fix mois pour vous
rapporter cette nomination, & nous efpérons qu'avant ce terme, VOTRE MAJESTÉ, n'aura pas encore réuni les Députés de toutes fes Provinces.
Cependant, SIRE, léloignement où nous fommes de
la Métropole, nous ayant dès Jongtems forcé de mettre
la prévoyance au nombre des vertus néceffaires, c'eft
dans une circonitance fi importante , que nous devons la développer toute entière aux yeux de VOTRE
MAJESTÉ.
S'il arrivait qu'elle jugeât à propos, > dans fa fageffe,
d'avancer l'époque des Etats-Généraux, il ferait égaJement douloureux pour nous > SIRE, ou d'être un
obflacle à vos vies bienfaifantes, ou d'ètre privés
d'un droit de préfence qui, peut-être même , rendrait
l'Aflemblée incomplette. Dans ce cas feul, NOUS REMETTONS TOUS NOS DROITS A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE NOS FRÈRES RÉSIDENS EN FRANCE. Nous
fupplions VOTRE MAJESTÉ de les réunir, & nous
déciarons d'avance, fans préjudicier à nos droits, & fans
bienfaifantes, ou d'ètre privés
d'un droit de préfence qui, peut-être même , rendrait
l'Aflemblée incomplette. Dans ce cas feul, NOUS REMETTONS TOUS NOS DROITS A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE NOS FRÈRES RÉSIDENS EN FRANCE. Nous
fupplions VOTRE MAJESTÉ de les réunir, & nous
déciarons d'avance, fans préjudicier à nos droits, & fans --- Page 16 ---
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conféquence pour l'avenir > que nous entendons, pour
cette fois feulement, , APPROUVER ET RATIFIER dans
toutefonétendue le choix qu'ils feront del DÉPUTÉS pour
nous repréfenter à l'Affemblée Nationale; nous SANCTIONNONS de même les inftructions qu'ils donneront à
ces Repréfentans, auxquelles-viendront fe joindre ceiles
que nous leur feront paffer inceflamment, 8z NOUS
REGARDERONS COMME FAIT PAR NOUS-MEMES,touE
ce qu'ils auront fait & arrêté librement en face de
la Nation & de fon augufte Chef.
Que rien donc ne fufpende déformais les intentions
patriotiques de VOTRE MAJESTÉ, qu'elle fe livre
au bonheur de fe voir environnée d'un Peuple entier
qui adore fes Souverains , & qui n'oubliera jamais
qu'il doit à LOUIS SEIZEle bienfait de fa réunion:
qu'elle écoute de fes propres oreilles la voix de ce
Peuple qui, depuis tant d'annécs, n'a pu fe faire entendre. Qu'entourée de fon augufte Famille, des Pairs
du Royaume & de fes Miniftres, elle pefe dans fa
prudence les réclamations de fes Sujets 3 qu'elle leur
expofe avec franchife les DETTES, les BESOINS del'Etat,
LES ABUS.. qu'elle compte fur fes Français pour fatisfaire aux deux premiers articles; qu'une févérité
bienfaifante fe charge de réformer le dernier ; que
des Loix fagement combinées avec les Capitulations, a
les Priviléges, les intérêts des différentes Provinces, --- Page 17 ---
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préfentées à la Nation, fanctionnées par fes repréfentans, viennent mettre un fceau irréfragable à la reftauration de I'Empire. 3 & rien ne pourra plus s'oppofer à la profpérité de la France s & les bienfeits
de VOTRE MAJESTÉ fe graveront dans tous les
coeurs : & fon nom ne fe prononcera point fans enthoufiafime, & nous bénirons tous avec tranfport notre
Père dans notre Légiflateur.
Nous fommes avec refpect,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTÉ,
Les très-humbles, très-obéiffans
& très-fideles Sujets.
Les Propriétaires Planteurs de la Colonie de SaintDomingue
(*) Suivent fur la Minute plus de TROIS MILLE fignatures
CRIGINALES, dépofécs au Burcau du Comité Çolonial réfident à
Paris. --- Page 18 ---