--- Page 1 --- --- Page 2 ---
JOHN CARTER BROWN
LIBRARY
Purchased from the
Trust Fund of
Lathrop Colgate Harper
LITT. D. --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 ---
à --- Page 7 ---
LETTRE
DE L'ASSEMBLÉE GENERALE
DE L A PARTIE FRANÇOISE
DE SAINT-DOMIN. IGUE,
n
aux chambres du commerce et manufactures
du royaume.
- * LE
MESSIEURS,
L'assemblée générale des représentants de
Saint-Domingue, paroissant tout d'un coup
au milieu de la France, se transportant au
sein de l'assemblée nationale, 7 réclamant
pour une vaste et riche contrée le droit de
partager le bonheur nouveau dout jouit le
reste de T'empire, offre un de ces grands
spectacles qui ne peut manquer de fixer tous
les regards, et qui doit principalement attiA --- Page 8 ---
RPJCB
(2)
rer les vôtres. Vos immenses liaisons avec
le pays qui nous a confié ses intérêts, vous
rendent en quelque sorte habitants de ce
pays même, et il ne peut y survenir aucun
événement remarquable, 2 qu'il ne pique
votre curiosité, n'éveille votre attention, et
ne communique un mouvement à vOS fortunes.
C'est en considération de ces liens multipliés qui inous unissent, et qui rendent véritablement notre cause commune, que nous
nous empressons de vous faire part des
scenes qui viennent de se succéder dans
notre isle, de l'état- déplorable où nous l'avons laissée, et des motifs de notre démarche. Il importe que vous soyez bien instruits: et nous sommes trop fondés à croire
que vous n'avez pas reçu des renseignements
toujours fideles sur ce que nous avons fait,
et sur ce que nous nous proposions de faire.
Le moment est venu où nous devons agir
fraternellemeut, oublier toute prétention
et travailler de concert à la prosexagérée,
périté de tous.
Depuis long-temps les colons de Saint- --- Page 9 ---
(3).
Domingue reconnoissoient quela fertilité de
leur sol ne suffisoit pas pour les rendre heureux : les attentats du despotisme remplissoient leurs jours deitristesse, les forçoient
à chercher un meilleur sort au-delà des
mers, et à délaisser leurs habitations, qui
languissoient dans leur absence. Vexés par
le ministre de la marine, qui les accabloit
de sa toute puissance, par des administrateurs éphémeres, oracles impurs et toujours
écoutés, pardes réglements absurdes, fruits
de l'orgueil, de l'ignorance et de l'intrigue;
nul peuple ne soupiroit davantage après un
meilleur ordre de choses. Quand le monarque bienfaisant, qui préside aux destinées
de la France, a convoqué les états généraux pour détruire les nombreux abus dont
elle étoit couverte, ils ont tressailli d'allégresse, dans l'espérance de voir finir leurs
maux : quand ils ont appris les opérations
sublimes de l'assemblée nationale, qu'ils
ont vu renverser tous ces préjugés, vieux
enfants de la barbarie, ennemis obstinés et
absurdes du bonheur des hommes, et que
leur antiquité rendoit presque sacrés., ils.
A 2
raux pour détruire les nombreux abus dont
elle étoit couverte, ils ont tressailli d'allégresse, dans l'espérance de voir finir leurs
maux : quand ils ont appris les opérations
sublimes de l'assemblée nationale, qu'ils
ont vu renverser tous ces préjugés, vieux
enfants de la barbarie, ennemis obstinés et
absurdes du bonheur des hommes, et que
leur antiquité rendoit presque sacrés., ils.
A 2 --- Page 10 ---
(4))
n'ont point été sourds à un si grand avertissement; et suivant la route quileur étoit
leurs
ils ont marouverte par
compatriotes,
néché de leur côté vers une régénération
cessaire.
Au mois d'avril dernier une assemblée
générale a été formée par le voeu libre de
les
: deux cents douze citoutes
paroisses
et
toyens se sont éloignés de leurs foyers,
abandon de leurs intérêts
par ce premier
rendus indiparticuliers, ils ne se sont pas
de s'occuper de la chose publique 0 ; le
gnes desir d'être justes les a conduits dans une
carriere toute nouvelle; et leurs opérations
été constamment avouées par leurs
ont
Chargés de poser les bases
consciences.
à la plus florisd'une constitution propre
tardé à
sante des colonies, ils n'ont pas
que leur tàche se divisoit nas'appercevoir deux
le régime inturellement en
parties;
térieur et domestique de Saint-Domingue,
et ses relations commerciales.
forte
Quant au régime intérieur, la plus
de toutes les preuves, c'est-à-dire, une exd'un siécle, leur a appris que les
périence --- Page 11 ---
(5)
loix ne pouvoient être sagement faites qu'au,
sein même de la colonie : leur opinion étoit
appuyée sur l'exemple des peuples libres
qui honorent la terre, sur les principes SOlemnellement avoués par les législateurs de
la France, > sur cette justice éternelle et imprescriptible, quiveut que la loi soitleproduit du consentement de ceux-là qui y
obéissent, parce qu'eux seuls peuvent la
décréter praticable et salutaire.
Quant aux relationsde commerce, les repré.
sentants de S. Domingue ont reconnu que le
sort de leurs constituans étoit étroitement lié
avec celui de la mere patrie ; ils ont ressenti
quelque orgueil en voyant à quel point l'industrie coloniale influoit dans la balance
politique, en s'appercevant qu'elle assuroit
à la France l'avantage dans tous les marchés de l'Europe; ;qu'elle entretenoitla grandeur et la force dans toutes les villes maritimes ; qu'elle excitoit l'émulation dans un
grand nombre de manufactures; qu'elle ouvroit un débouché aux productions territoriales du royaume; qu'elle alimentoit enfin
une classe deplus de six millions d'hommes.
Combien ces idées ont redoublé notre paA3
influoit dans la balance
politique, en s'appercevant qu'elle assuroit
à la France l'avantage dans tous les marchés de l'Europe; ;qu'elle entretenoitla grandeur et la force dans toutes les villes maritimes ; qu'elle excitoit l'émulation dans un
grand nombre de manufactures; qu'elle ouvroit un débouché aux productions territoriales du royaume; qu'elle alimentoit enfin
une classe deplus de six millions d'hommes.
Combien ces idées ont redoublé notre paA3 --- Page 12 ---
-- -
(6)
triotisme! Comme nos coeurs ont été satisfaitsen Lnameloatas-oat
et
le dessein de tarir
à nos compatriotes! que
étoitloin
euxla source de nos trésors,
pour
de nos cocurs et de nos pensées.
Concourir de plus en plus à la gloire de
François, dontnons faisons partie,
I'empire
sélever à la place
le voir inajestueusement
quela nature et sa constitution lui assignent,
sa félicité actuelle, n'obéir qu'à des
partagers
a notre position,
Ioix paternelles appropriées
à notre sol, à nos habitudes, voilà tous nos
et toute notre ambition; et voilà ce qui
voeux
décret du 28 mai dernier, que
a dicté notre
connoître, et dont nous
vous pouvez déja
Ce décret n'est
joignons ici quelques copies.
de
notre simple ouvrage, il est celui
plus
entiere
lui a donné l'adhéla colonie
qui
sion la plus formelle.
Nous ne nous attendions pas à parcourir paisiblement la carriere de nos travaux;
nos ennemis naturels, les agents
en effet,
et ceux dont les avidu pouvoir arbitraire,
balance
des mains tiennent et profanent, la
leurs efforts
de la justice 2 2 ont dirigé tous
contre nous ; mais s'ils sont parvenus à se- --- Page 13 ---
(7)
mer notre route d'épines, ilsn'ont pua abattre
notre courage: inutilement ils ont ourdi des
trames ténébreuses: ; ils ont vomi l'injure et
la calomnie; ils ont supposé des projets
destructeurs: ; nous avons triomphé de leurs
menées sourdes eth honteuses, et nous avons
forcé ces ennemis du bien public à manifester leurs crimes en déployant la force
des armes, et se livrant à des assassinats
nocturnes.
Pouvez-vous croire à ce dernier attentat
du despotisme? Le gouverneur a poussé
l'oubli de ses devoirs jusqu'à déclarer notre
assemblée dissoute ; jusqu'à envoyer des
troupes armées contre nous, et contre la
ville qui nous avoit ouvert son enceinte, et
qui se félicitoit d'être le lieu de nos séances. Nous avons gémi sans doute de voir
que des soldats parjures tournoient leurs
armes contre ceux qu'ils devoient défendre;
mais ce qui a comblé notre désespoir, c'est
queleurt Vengehomi.adeduligouen par des
citoyens qui, dans leur délire, sembloient
se glorifier de cette réunion atroce, et l'ont
célébrée par des fêtes.
Il faut bien vous l'avouer, ce sont vOS
le lieu de nos séances. Nous avons gémi sans doute de voir
que des soldats parjures tournoient leurs
armes contre ceux qu'ils devoient défendre;
mais ce qui a comblé notre désespoir, c'est
queleurt Vengehomi.adeduligouen par des
citoyens qui, dans leur délire, sembloient
se glorifier de cette réunion atroce, et l'ont
célébrée par des fêtes.
Il faut bien vous l'avouer, ce sont vOS --- Page 14 ---
(8)
agents, ceux auxquels vous avez donné votre
confiance, les capitaines de VOS navires,
quelques négociants de Saint-Domingue,
entrainés sans doute par les instigations des
tyrans, et victimes d'une erreur affreuse,
qui ont trempé dans ces complots abominables, sous le prétexte insensé que nous
voulions faire scission avec la France, qui
nous est si chere; ils ont assez méconnu
VOS intérêts ponr nous déclarer une guerre
ouverte, et. ont, allumé un incendie qui pouvoit tout dévorer. C'est alors que, recueillant tout notre sang-froid et toute notre raison, nous avons senti qu'un dévouement
absolu de notre part, pouvoit seul arrêter
les maux prêts à fondre sur l'isle malheureuse que nous représentons. Alors nous
avons détourné nOS regards de tout ce qui
nous est cher et précieux, et nous nous
sommes déterminés a traverserles mers dans
led dénuementle plus absolu, exposés à tous
les besoins, et au péril de notre existence
et de notre fortune.
Puisse cette grande résolution en avoir
imposé aux oppresseurs de Saint-Domingue, avoir appaisé les feux de la guerre --- Page 15 ---
(9)
civile, sauvé les propriétés de nos concitoyens et les vôtres! mais nous ne
vous dissimuler que le péril est
pouvons
qu'il faut y porter un
extrême, et
prompt remede.
Qaelle est la fatalité qui regle notre sort!
Comment arrive-t-il que la discorde s'intro.
duiseparmi ceux qui devroient être les
umis? personne
plus
n'ignore ces vérités
res, que les intérêts de
premiePagriculteur et du
commerçant sont communs, qure leur al.
liance est nécessaire, que leur division
funeste, que la terre ne vaut
est
consommation de
que par la
ses productions, que le
commerce ne s'exerce que sur les
tions de la terre: cessons donc de producvrer de perpétuels
nous licombats, n'oublions
que nous nous devons une aide
pas
et ne cherchons plus à
réciproque,
surles autres de
remporter les uns
désastrenx avantages. Ah!
peut-être que nous aurions toujours vécu'
dans cette union desirable
sans l'intervalle
qui nous sépare et qui nous livre à des intermédiaires. Peut-être
niers
que ce sont les derqui s'élévent sur nos ruines, et
profitent de notre
qui
dépouilles.
mésintelligence et de nos
ions
que nous nous devons une aide
pas
et ne cherchons plus à
réciproque,
surles autres de
remporter les uns
désastrenx avantages. Ah!
peut-être que nous aurions toujours vécu'
dans cette union desirable
sans l'intervalle
qui nous sépare et qui nous livre à des intermédiaires. Peut-être
niers
que ce sont les derqui s'élévent sur nos ruines, et
profitent de notre
qui
dépouilles.
mésintelligence et de nos --- Page 16 ---
-
(10)
de Saint-DoEcoutez les représentants
qui vous font entendre une voix
ningue
Au nom du pays que
loyale et véridique.
laissé dans le deuil, et auquel
nous avons
bientôt porter la tranquillité
nous espérons
déclarons que vos
et le bonheur, nous vous
sacrés, que nos
droits nous seront toujours
envers vous ne sont point un
obligations
nous nous soufardeau pour nos coeurs,que
que yous nous
venons avec reconnoissance
biens
avez aidés à créer ou agrandri nos
,
consacrer le connous ne demandons qu'à
la colotrat tacite qui existe entre vous et
insérant les clauses les plus légitinie, en y
la forme la plus impomes et en y donnant
témoin
Nous
le ciel à
que
sante.
prenons
loix auxjamais nous ne transgresseronsles
l'équité nous aura fait souscrire.
quelles
allez sans doute mettre
De votre côté vous
dans
à profit les circonstances prosperes
se trouve le royaume. Certains
lesquelles
sur toutes
votre pavillon sera respecté
que
allez rétablir Phonnenr du
les mers 1 vous
proudans tous les parages,
nom françois
vicieux avoit seul
ver qu'nn gouvernement
sur les auarrêté votre essor, et remporter --- Page 17 ---
( 11 )
tres nations le prix du courage, de la sagesse
et de l'industrie.
Nous avons l'honneur d'être, 2 avec un
fraternel attachement,
MESSIEURS,
Vos très humbles et très
obéissants serviteurs.
Les membres de l'assemblée générale de
la partie françoise de S.-Domingue,
Signé, Daugy, 9 président.
De Bourcel, vice-président.
LE Ravdela CLARTAIS,
VENAULTDE CHARMILLY, 2 Secrétaires:
DAURONXEAU,
DENIX,
Al bord du Léopard, en rade de Brest,
le 13 septembre 1790.
De l'imprimerie de DIDoT FILS AINÉ, rue Pavée, --- Page 18 ---
04-713
4 mai
TL --- Page 19 --- --- Page 20 ---
--- Page 21 --- --- Page 22 --- --- Page 23 ---
EB
S137 a --- Page 24 ---