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LES ÉTUDES
DU MAGISTRAT.
DISCOURS
PRONONCÉ A LA RENTRÉE DU CONSEIL
SUPÉRIEUR DU CAP,
LEJEUDI 5 OCTOBR E 1786.
Par M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU,
Procurcur 1 Général du Roi.
SUIVI
D'UN MORCEAU DE L'HISTOIRE CRITIQUE
DE LA VIE CIVILE, Traduit de lItalien.
Et SL alterun pedem in tumulo haberem 2 non pigeret
aliquid addifcere. (L. 20. ff. de fidei-comm. Liber.)
AU CAP-FRANÇAIS,
à NANCY, chez la veuve LECLERC,
Imprimeur-) Libraire.
Et fe trouve à PARIS, chez NEE DE LA ROCHELLE,
Libraire fur le (uai des Auguftins, près.le
Pont St. Michel.
AVEC PERMISSION. --- Page 6 --- --- Page 7 ---
EXTRAIT
D'UNE LETTRE DE L'AUTEUR,
A M. BACARD, Conseiller-Assesseur
au Conscil Souverain du Cap >
Lieutenant - général de PAmirauté
de
tte ville, cn survivance.
Au Bas - Limbé, habitation FAGE,
le I2 Octobre 1786.
Vous serez bien surpris 2 mon
cher ami et cher confrere, 2 de recevoir
de moi une lettre si prompte 3 de me
savoir si près de vous, lorsque vous
m'eit croyez si loin ; et d'apprendre
que j'ai prononcé au Conseil 2 jeudi
dernier, un long Discours. Vous serez,
bien plus étonné 2 , guand vous saurer
que cet ouvrage a été composé par
votre malheureux ami, au sortir d'un
naufrage oit toute sa fortune a été
a --- Page 8 ---
I
engloutie, tous ses effets volés, tous
ses écrits perdus et sa vie en un. grand
danger. Ce sont pourtant les circonstances, dans lesquellesjai pu ébaucher
cette faible esquisse. Le Caboteur Anglois qui nous a sauvés de Mogane
'
nous a jettés ici. Dans cet effroyable
désastre, j'ai regardé comme 1212 bonheur d'étre débargué au Limbé. Pinfortune n'a point d'azile qui lui soit
plus sacré que le temple de Pamitié.
Je me suis retrouvé dans Phabitation
de vOS respectables parens 3 accueilli,
soigné, 2 consolé, > comme le seroit 2212
enfant dans sa propre famille. Mes
larmes n'ont pas coulé seules. Mon
ami, vos dignes parens étoient plus
désolés s, plus troublés que moi-méme.
Il n'y avoit pas quinze jours qu'ils
m'avoient vu partir pour France. --- Page 9 ---
11]
Dieu! quelle terrible nouvelle, quand
on leur annonça 3 le 25 Septembre
dernier, que j'étois à PEmbarcadaire, 3
presque nu, dépouillé de tout, briilé
de trois coups de soleil ! Quel attendrissement, 2 lorsque je pus parler, et
leur conter 2 d mots rompus > une
partie de mon kistoire ! Ilfaudroit Un
volume > pour ces détails afreux 2 et
les horreurs particulieres dont j'ai seul
été la victime > passent toute croyance.
Les compagnons de mon naufrage ont
errê, comme moi, sept jours entiers, 3
sept nuits entieres 3 sur les rochers
déserts de cette isle maudite. Nous
passions tous les jours 3 sans boire et
sans manger, > et les nuits, couchés sur
la dure, en proie aux legions d'insectes
que le climat produit. Mais seulde tous
mes compagnons > j'ai été enfermé et
aij
été la victime > passent toute croyance.
Les compagnons de mon naufrage ont
errê, comme moi, sept jours entiers, 3
sept nuits entieres 3 sur les rochers
déserts de cette isle maudite. Nous
passions tous les jours 3 sans boire et
sans manger, > et les nuits, couchés sur
la dure, en proie aux legions d'insectes
que le climat produit. Mais seulde tous
mes compagnons > j'ai été enfermé et
aij --- Page 10 ---
iv
à demi-noyé dans ma chambre,
3 d.
bord du navire > depuis onze heures
et demie que Péchouement eut lieu, dans
le fort de la nuit, jusqu'à quatre heures du matin. Juger, mon cher ami,
des transes, , des affres mortelles oik
j'ai été près de cing heures, ne pouvant m'échapper, n'espérant plus aucun secours , et attendant à chague
instant le dernier de tous mes instans,
all milieu des secousses et des craguemens convulsifs du vaisseau couché
sur le roc et dans leguel Peau de la
mer s'engoufroit de tous les côtés.
C'est un prodige inconcevable, qu'avec
ma constitution dès longtems afaiblie,
et dans Pétat d'épuisement que deux
années de fièvre m'ont occasionné
>
j'aye pu résister à tant de chocs si
douloureux ; marcher, 2 tout fréte que je --- Page 11 ---
N
-suis, sur les rocs pointus de Mogane 5
yfaire par jour plusieurs lieues, sans
bas et sans souliers , et ne pas Succomber à la faim et au désespoir.
C'est ce que je ne puis comprendre.
Je conçois un peu mieux comment 2
depuis mon arrivée sur cette terre hospitalière s jai pu recueillir mes idées
et composer cette harangue pour la
Rentrée de la Cour. D'une part, voulant me distraire du sentiment cruel de
mes malheurs et de mes pertes, je n'avois rien de mieux à faire que doccuper ma téte et d'exercer ma plume.
D'ailleurs,je vous Paidit ,j'ai trouvé
dans votre famille des consolations *
qui ont aisément pénétré jusqu'au fond
de mon coeur. Dans une retraite si
chere,je me suis rappellé les sujets de
nos entretiens en des tems plus heuaiij --- Page 12 ---
vj
reux, lorsque nous méditions les principes de notre état. Et c'est un de ces
entretiens > qui m'a fourni Pidée du
Discours que je vous envoye. C'était
ici, mon cher ami, que nous lisions
Zn jour ensemble les essais de Montaigne. Nous fumes frappés Pun et
l'autre de ses remargues sur les Lois,
>
surtout de ce qu'il dit, avec tant de
raison, qu'ilyaplus de Lois en France
que dans tout le reste du monde.
Nous prenions de-la notre
texte, pour
désirer un bon ouvrage sur l'étude des
Lois. Et c'est le plan de cet ouvrage
que j'ai osé tracer. Vous n'avez pu
étre témoin du bon effer que mon Discours me semble avoir produit , puisque vous n'étiez pas à Pouverture des
Séances. Je ne m'aveugle point fir le
prix de cette harangue. Mais si ce n'est
ilyaplus de Lois en France
que dans tout le reste du monde.
Nous prenions de-la notre
texte, pour
désirer un bon ouvrage sur l'étude des
Lois. Et c'est le plan de cet ouvrage
que j'ai osé tracer. Vous n'avez pu
étre témoin du bon effer que mon Discours me semble avoir produit , puisque vous n'étiez pas à Pouverture des
Séances. Je ne m'aveugle point fir le
prix de cette harangue. Mais si ce n'est --- Page 13 ---
vij
un bon morceau, c'est un morceaul fort
singulier, par Pétat oi étoit PAuteur,
lorsqu'il s'en occupoit. Je le compare
à ces tableaux 3 que des Peintres privés par la paralysie de Pusage de leur
main droite, ont travaillés de la main
gauche. On leur sait gré de cet efort.
Cest ce qui m'a valu Pindulgence de
mes Confreres et les suffrages du Public.
Vous en jugerez, mon ami, et vous étes
bien digne de prononcer sur ces matières. Car vous aimer les livres et ne ressemblez point à ces Magistrats, ennemis des lettres et des connoissances 2
gui semblent regarder comme un titre
à leurs dignités, Pignorance honteuse
de la bonne littérature. Lorsque vous
m'aurez lu, je vous serai très-obligé
de faire parvenir cette copie de moiz
Discours à votre illustre Ami, qui --- Page 14 ---
viij
est maintenant d Paris , et f'accompagnerai cet envoi de ma Prose, des
memes vers qu'Ovide adressoit à son
livre:
Parve, nec invideo, sine me > Liber,
ibis in Urbem!
Cette élégie d'Ovide m'a paru contenir tant de passages analogues à ma
position, et sous ce point de vue,elle
m'a tellement touché
2 gue j'ai essayé
de la rendre ou de Pimiter librement.
Voici donc, s mon ami, a-peu-près
ce que ce Poëte mettoit à la téte des
Tristes. Cest la Préface naturelle d'un
écrit composé par un infortuné, qui
n'a pu revoir sa patrie au moment oi
il s'en Rattoit, et qui n'existe plus
que par des souvenirs. --- Page 15 ---
OVIDE A SON LIVRE.
(Premiere Élégie des Triftes.)
Assr donc, 6 mon petit Livre,
Tu vas dans la grande Cité,
Oi ton Auteur envain cité,
N'a point le bonheur de te suivre !
Pars, sans atours et sans orgueil: :
L'exil veut que l'on soit modeste.
Mes vers, dans mon état funeste,
Comme moi, doivent être en deuil.
De la pourpre 2 en ta reliure,
Ne fais pas briller la couleur.
L'éclat dc cette couverture
Ne siéroit point à mon malheur.
D'une peinture somptueuse
Autour d'un cèdre précieux. 9
Garde toi bien d'offrir aux yeux
L'enveloppe trop fastueuse.
Aux livres heureusement nés
Ce luxe est di, comme un hommage;
Mais toi, tu dois garder l'image
De mes destins infortunés.
moi, doivent être en deuil.
De la pourpre 2 en ta reliure,
Ne fais pas briller la couleur.
L'éclat dc cette couverture
Ne siéroit point à mon malheur.
D'une peinture somptueuse
Autour d'un cèdre précieux. 9
Garde toi bien d'offrir aux yeux
L'enveloppe trop fastueuse.
Aux livres heureusement nés
Ce luxe est di, comme un hommage;
Mais toi, tu dois garder l'image
De mes destins infortunés. --- Page 16 ---
X
La triste main qui te recueille
Ne songe pas à te polir.
J'assemble au hasard chaque feuille;
Sans la rogner, ni l'embellir.
Surtout, 3 ne conçois point d'allarmes
D'avoir tant de mots effacés: :
Tes ratures disent assez
Qu'elles sont le fruit de mes larmes.
mon livre, 2 enfin donc tu vas
Saluer la Ville si chère, 2
Qu'il ne m'est plus permis, hélas !
De visiter d'autre maniere.
De ses généreux habitans 7
Si quelques-uns me sont fidéles 5
Si, malgré l'absence et le tems 7
On s'informe de mes nouvelles 5
Répons que je vis en cffet,
Mais que mon malheur est extrême 2
Quoique mon existence même
D'un Dieu soit encor le bienfait.
Surtout ne dis pas autre chose 2
Voulut-on te faire parler.
Le silence que je t'impose, 2
Songe à ne pas le violer. --- Page 17 ---
xj
Ne vas pas, des torts que j'expie,
Avertir un malin lecteur, 2
Et réveiller sur ton Auteur
La rumeur publique 2 assoupie.
Si la dent des Censeurs te mord,
Ne cherche pas à t'en défendre :
Quand on a tort, il faut se rendre ;
Plaider 2 c'est aggraver son tort.
Peut-être qu'un lecteur sensible
Me donnant des soupirs secrets 9
Ne pourra, d'un ceil inflexible s
Voir le tableau de mes regrets.
Si nul jaloux ne lespionne 9
Alors, ce lecteur généreux
Au Ciel tout bas fera des voeux 2
Afin que César me pardonne.
Ah ! quel qu'il soit, qu'il soit heureux !
Qu'il soit heureux, , celui qui pense
Qu'on honore surtout les Dieux 2
Quand on invoque leur clémence.
Puissent ces Dieux me secourir !
Et puisse 9 au foyer de mes peres 2
César 2 fléchi par mes miscres,
Me permettre d'aller mourir ! --- Page 18 ---
xij
Peut-être aussi que des suffrages a
Mon livre, tu seras privé,
Et par la critique trouvé
Fort au-dessous de mes ouvrages.
Mais; qui veut juger nos écrits ;
Doit-il en oublier l'époque ?
Tel livre, d'un prix équivoque 7
Aux circonstances doit son prix.
Les beaux vers sont des fleurs écloses
Sous un ciel paisible et serein :
Et comment, 7 sous un ciel d'airain,
Aurois-je pu cucillir des roses ?
Le loisir dicte les beaux vers 2
Dans une douce solitude :
Et moi, je me livre à l'étude
Sous les glaçons des noirs hivers.
Les beaux vers veulent un génie
Que rien n'allarme et ne distrait :
Moi, j'écris sous un glaive 2 prét
A trancher le fil de ma vie.
Mon livre ? à des juges sensés, 2
Offre-toi, malgré ta foiblesse.
Va! quelque faute qui les blesse, 2
Ils en seront moins offensés.
2
Dans une douce solitude :
Et moi, je me livre à l'étude
Sous les glaçons des noirs hivers.
Les beaux vers veulent un génie
Que rien n'allarme et ne distrait :
Moi, j'écris sous un glaive 2 prét
A trancher le fil de ma vie.
Mon livre ? à des juges sensés, 2
Offre-toi, malgré ta foiblesse.
Va! quelque faute qui les blesse, 2
Ils en seront moins offensés. --- Page 19 ---
xiij
Qu'on me donne Homère lui-méme
En proie aux maux que j'ai soufferts!
Homère et son csprit suprême
Céderont au poids des revers.
Libre du souci de la gloire,
Mon livre, quand tu seras lu 2
Ne rougis point, 2 si l'on peut croire
Que ta lecture aura déplu.
Non. Les destins, dans leur colere 2
Ne m'ont pas assez bien traité 2
Pour me laisser la vanité
De prétendre que tu dois plaire.
Plus heureux, 7 j'eus l'ambition
Des honneurs de la renommée 2
Et l'amour dc cette fumée
Fut ma premiere passion.
Maintenant 7 je devrois sans doute,
Détester un art qui m'a nui.
Si je le cultive aujourd'hui,
C'est beaucoup, vu ce qu'il me coûte.
Va, puisqu'il t'est permis à toi,
Va voir les lieux qui m'ont vu naître:
Ah ! pourquoi ne peux-tu pas être
L'ouvrage d'un autre que moi? --- Page 20 ---
xiv
De cette rive si lointaine,
Jusqu'a Rome enfin parvenu 9
Dans cette Ville souveraine 2
Ne crois pas rester inconnu.
Aux lecteurs, sans que je me nomme 5
Ton style va me dévoiler.
Tu voudrois envain me céler 3
On me devinera dans Rome.
N'y parois que discrettement 2
Tremble que mon nom ne te nuise.
Je ne sais plus en ce moment
Si le public me favorise.
A ceux dont la sombre hauteur
Voudroit te juger, sans te lire s
Et se hâter de te proscrire
Sur le nom seul de ton Auteur: :
Tu diras : regardez mon titre ;
Je n'enseigne plus l'art d'aimer.
Mon Auteur a, sur ce chapitre,
Eu le tems de se réformer.
Peut-être, en ton audace extréme,
Attens-tu que j'ose, en ce jour,
T'élevant jusqu'à César méme,
Tenhardir d'aller à la Cour. --- Page 21 ---
XV
S'il faut en dire ma pensée 2
J'adore l'Olympe et ses Dieux 3
Mais c'est delà, mais c'est par eux,
Que la foudre me fut lancée.
L'olympe a des Divinités
Qui respirent la bienfaisance.
J'ai longtems chéri leur présence 5
Mais je crains les Dieux irrités.
Sans doute , aux foibles tourterelles
Qu'une fois blessa l'épervier 2
Il est permis de s'effrayer
Du moindre bruit que font ses ailes.
L'agneau par bonheur échappé
De la dent des loups en furie, 2
D'une juste terreur frappé 2
Ne quitte plus la bergerie.
Si Phaëton vivoit encor 9
Il fuiroit des honneurs funestes 7
Il craindroit ces coursiers célestes
Dont il ne put guider l'essor.
De Jupiter ainsi la foudre
M'a laissé la peur de ses traits:
Il ne tonne plus désormais
Que je ne tremble d'être en poudre.
échappé
De la dent des loups en furie, 2
D'une juste terreur frappé 2
Ne quitte plus la bergerie.
Si Phaëton vivoit encor 9
Il fuiroit des honneurs funestes 7
Il craindroit ces coursiers célestes
Dont il ne put guider l'essor.
De Jupiter ainsi la foudre
M'a laissé la peur de ses traits:
Il ne tonne plus désormais
Que je ne tremble d'être en poudre. --- Page 22 ---
xvj
Qu'un Pilote ait pu se sauver
Des noirs écueils de Capharée s
Il se garde bien de braver
Cette mer aux Autans livrée.
Et moi, dont le vaisseau léger
Fut battu d'un si grand orage,
Aux lieux témoins de mon naufrage
Je n'ai garde de naviger,
Sois donc plus discret, 6 mon livre !
De loin regarde les grandeurs.
Crains leur approche et ne te livre
Qu'à l'ordre moyen des lecteurs.
Icare prit un vol sublime;
Ses ailes n'y suffisoient pas 5
Icare tomba dans l'abyme
Qui prit son nom de son trépas.
Mais si les vents étoient propices,
Devrois-je alors t'intimider?
Le tems, le lieu, d'heureux auspices
Auroient droit de te mieux guider.
Si tout paroit calme et tranquile,
Mon livre, et si tu peux saisir
L'heure d'audience facile
De la clémence et du loisir ;
Si --- Page 23 ---
xvij
Si quelqu'un t'accorde la grâce
De te servir d'introducteur 2
S'il se charge de ta Préface, 9
Ose suivre ton protecteur.
Alors, plus heureux que ton Maître $
Profite d'un si doux moment 2
Et tâche, 9 en te faisant connoître,
De faire cesser mon tourment.
Un seul, dans les maux que j'endure 9
Un Dieu seul peut me secourir.
L'Achille qui fit ma blessure
Est celui qui la doit guérir.
Tremble qu'une vaine apparence
Ne me perde, aulieu de m'aider :
Car dans mon ame l'espérance
A la crainte est prête à céder.
D'une colere qui repose
Ne vas pas réveiller les coups ;
Et ne sois pas une autre cause
Qui rende aux Dieux tout leur courroux.
Lorsqu'au sein de mon domicile
On aura pu te recevoir,
Et la, pour ton dernier asile,
T'assigner le coin d'un tiroir 5
--- Page 24 ---
xvilj
Tu verras la nombre de freres ;
Ainsi que toi, tous mes enfans 2
Rangés, suivant l'ordre des tems 7
Dans mes archives littéraires.
La plâpart, du Peuple approuvés,
Peuvent à son regard propice 2
Étaler leurs titres gravés
Au devant de leur frontispice.
Trois autres se font renfermer
Sous une clé trop peu fidèle,
Et le Public 2 en dépit d'elle,
Sait trop qu'ils montrent l'art d'aimer.
Tu dois éviter ces perfides ;
Tu dois leur donner à tous trois, 9
(Sil'on peut entendre ta voix )
Le nom des fameux parricides.
Si mon destin peut te toucher 2
Songe qu'ils ont perdu leur pere.
Aucun d'eux ne doit t'attacher,
Quoiqu'il enseigne l'art de plaire.
Quinze autres 2 tes freres ainés,
Peignant le changement des choses,
Sont les chants des métamorphoses
Qu'à périr j'avois condamnés.
dois éviter ces perfides ;
Tu dois leur donner à tous trois, 9
(Sil'on peut entendre ta voix )
Le nom des fameux parricides.
Si mon destin peut te toucher 2
Songe qu'ils ont perdu leur pere.
Aucun d'eux ne doit t'attacher,
Quoiqu'il enseigne l'art de plaire.
Quinze autres 2 tes freres ainés,
Peignant le changement des choses,
Sont les chants des métamorphoses
Qu'à périr j'avois condamnés. --- Page 25 ---
xix
Tu leur diras que le plus ample
De tous leurs changemens divers 2
Le cede aul funeste revers
Dont ma fortune est un exemple.
Elle eut le front couvert de fleurs;
Les yeux gais, la mine riante 5
En un moment. 2 cette inconstante
N'a plus que soupirs et que pleurs.
J'aurais, 9 si tu voulois m'entendre;
D'autres ordres à te donner.
Mais je crains de te faire attendre:
C'est trop ici t'emprisonner.
De tout ce qui me reste à dire;
Si tu devais être chargé >
Tu serais si fort allongé
Qu'un courier n'y pourroit suffire:
Hâte-toi. Loin de ces déserts ;
Va, mon livre, 2 dans ma Patrie.
Pour moi, je traînerai ma vie
A l'autre bout de l'univers. --- Page 26 --- --- Page 27 ---
DISCOURS
S U R
LES ÉTUDES DU MAGISTRAT,
PRONONCÉ AU CONSEIL DU CAP,
LE 5 OCTOBRE 1786.
MESSIEURS,
Lsc Orateurs fameux qui ont honoré
dans les Cours la carrière épineuse où
nous osons les suivre, ont épuisé depuis longtems presque tous les aspects
sous lesquels on peut présenter la
morale du Magistrat. Dans leurs discours sublimes, tous préscns à votre
pensée, ils ont détaillé tour-à-tour
les divers caractères auxquels on reconnoit l'intégrité des juges et les
divers obstacles qu'elle doit tsurmonter,
Ainsi, d'une part, le courage, le
A --- Page 28 ---
désintéressement, 3 la fermeté, l'attention, le zèle et
l'assiduité, ont
la couronne qui leur est si bien duc. reçu
De l'autre, la
prévention, la foiblesse et les vices qu'elle traine à
suite, la
sa
négligence ct ses malheurs,
l'esprit personnel et ses
crimes, ces
monstres ennemis de l'ordre et destructeurs de la justice, ont étéimmolés à la gloire du Magistrat.
Dans ce champ moissonné
d'autres mains
par tant
plus habiles, que restet-il à recucillir?
Mais nous croyons trouver dans cet
embarras même, la source d'un sujet
nouveau, digne d'être traité avec plus
d'importance ; qu'il nous suffira cependant de vous faire entrevoir,
vous mettre à Portéc desuppléer pour
VOS lumières à l'ébauche
par
imparfaite
que nous aurons tracée.
Jugez-en, Messicurs, il s'agit des
études du Magistrat,
tant
plus habiles, que restet-il à recucillir?
Mais nous croyons trouver dans cet
embarras même, la source d'un sujet
nouveau, digne d'être traité avec plus
d'importance ; qu'il nous suffira cependant de vous faire entrevoir,
vous mettre à Portéc desuppléer pour
VOS lumières à l'ébauche
par
imparfaite
que nous aurons tracée.
Jugez-en, Messicurs, il s'agit des
études du Magistrat, --- Page 29 ---
Écartons, , avant tout, la ressemblance dangereuse que l'on Pourroit
saisir entre la question des études du
Magistrat, et le discours sur la science,' chef- d'ceuvre inimirable de
homme immortel, dont le
cet
nom est
pour ses lecteurs le nom même de
l'éloquence 9 comme il fut pour les
Tribunaux le nom même de la
Oui, Messieurs,
vertu.
d'Aguesseau a dit
aux Magistrats ce que la science
pour eux 2 et ce qu'ils sont
est
science. Il l'a dit, ce seroit
sans la
de sacrilége
une cspèce
d'oser le redire après lui.
Nous ne commettrons point le crime de toucher à l'ouvrage de ce
grand
orateur: nous nous
traire,
appuyons au con-
> sur cette vérité qu'il a mise
dans tout son jour. Et de la démonstration de la nécessité de la
nous passerons à la recherche science, 3
des vrais
moyens de Pacquérir.
Nous savons que dans Forigine
Az --- Page 30 ---
chez des pcuplcs encore simples,quand
les juges n'étoient que peres de famille
les loix et les différens
que
le mérite
étoient en petit nombre, >
du Magistrat devoit consister seulement dans les qualités de son cceur.
Il pouvoit n'être pas question d'études, ni d'esprit, pour former un bon
juge. C'est en ce sens et dans ces tems
Péquité suffisoit seule, que l'aque de la vérité tenoit lieu de toute
mour
avec honscience, et qu'on pouvoit
et opiner dans le conseil
neur s'asseoir
des juges, avec le seul secours d'un
sens droit et d'un cceur honnête.
Mais aujourd'hui, Messieurs 2 2 ces
si précicuses ont besoin de se
qualités
joindre à des lumieres non moins
rares.
Les problèmes de la justice sont
:
devenus si compliqués ; et Pintrigue
la fraude se couvrent de tant de
et
même de la
nuagés ; la perfection --- Page 31 ---
société , des arts et des esprits ; a
tellement croisé les intérêts divers,
et tellement multiplié les semences-de
la discorde ; à tant d'abus, à tant de
vices qui renaissoient les uns des au-.
tres 3 il a fallu, de jour en jour 3
opposer tant de règlemens ; la nature
elle-même subit tant de métamorphoses et produit tant de nouveautés,*
suivant Pexpression des loix 9 qu'à
mesure que les états ont suivi la marche des siècles 3 leur législation est
devenue avec le tems un labyrinthe
immense, tortueux 3 difficile. Il ne
peut plus être permis de s'engager
dans ce dédale, sans en avoir connu
et pratiqué tous les détours. Les meilleures intentions, 2 la probité la plus
austère ne garantiroient pas des piéges
de l'erreur.
*Multis undique natura novitatibus utisur. Nov.
84- Justinien a dit ailleurs : Multas enim formas edere
natura novas deproperat.
A3
A
tems un labyrinthe
immense, tortueux 3 difficile. Il ne
peut plus être permis de s'engager
dans ce dédale, sans en avoir connu
et pratiqué tous les détours. Les meilleures intentions, 2 la probité la plus
austère ne garantiroient pas des piéges
de l'erreur.
*Multis undique natura novitatibus utisur. Nov.
84- Justinien a dit ailleurs : Multas enim formas edere
natura novas deproperat.
A3
A --- Page 32 ---
Ce n'est donc pas pour vous
de VOS
assez
vertus, et pour être un bon
juge, il faut être un juge éclairé.
Mais quelles sont CCS
- quelles sont les études, connoissances, dont
beau doit luire devant
le flamle
Le même
Magistrar?
d'Aguesseau en a tracé
P'esquisse, dans une double instruction
destinéeà P'un des ses fils, qui devoit
s'essayer dans le ministère
Le cadre en est si
public.
qui le mesure
vaste, que l'oeil
en est épouvanté.
Cependant, de l'aveu de Pillustre
auteur même, 2 le cadre n'en est
complet. Et loin
pas
l'ait
que son exactitude
porté à exagérer le fardeau des
devoirs, son indulgence
a plutôt restreint
Paternelle en
et adouci le
Ce n'est même
poids.
études du
qu'une partic des
Magistrat.
songeoit
D'Aguesseau ne
qu'à fixer la mesure des travaux imposés à notre ministère
près d'un siége inférieur.
> auEt notre --- Page 33 ---
qu'il soit ?
ministère 9 quelqu'étendu
n'emmême en premiere instance
de
brasse dans ce cas qu'une partie
la carriere ouverte aux Magistrats.
Nous suivrons donc une autre marche, qui nous est indiquée par la nature même du sujer de notre Discours.
Messieurs, notre siècle
A cet égard,
avancé que ne le feroit esest moins
des lumières et la
pérer le progrès
de
multitude des livres. Il n'est point
n'ait de nombreux éléscience qui
lon
mens; point de profession que
n'ait réduite en système; point d'érat,
si borné qu'il soit, dont quelque traité
spécial ne donne les principes et ne
facilite les règles. Les études du magistrat sont les seules, jusqu'à présent,
Pon n'ait pas même effleurées.
que Ce seroit le sujet d'un livre; mais
faisons
discours, et
nous ne
qu'un
le titre
nous ne pouvons qu'indiquer séroit fordes chapitres dont ce livre
A4 --- Page 34 ---
mé,silse trouvoit un homme en état
de le faire avec le même soin
qu'en
apporta Fleuri au traité du choix des
études. *
Les études du
magistrat nous paroissent, Messieurs, avoir deux objets
principaux.
Ou bien elles luisont communes
les autres citoyens jaloux de s'éclai- avec
rer, et ne tiennent, par conséquent,
que d'une maniere indirecte à l'essence de son état. Ou ellcs lui sont
/péciales, et tiennent à son état même.
Les études communes sont celles qui
forment et perfectionnent à la fois P'esprit et le ceur, qui complettent P'ouvrage de l'éducation classique, achèOuvrage de l'abbé Fleury 2 publié en 1688,
qui n'est pas ausssi connu et aussi lu qu'il derroit
l'être, suivant M. de Marmontel. L'auteur en donnoit
un extrait, dans le livre qu'ilavoit préparé (avant son
malheureux naufrage) sous ce titre : Table des articles qui manguent à PEneyclopédie.
à la fois P'esprit et le ceur, qui complettent P'ouvrage de l'éducation classique, achèOuvrage de l'abbé Fleury 2 publié en 1688,
qui n'est pas ausssi connu et aussi lu qu'il derroit
l'être, suivant M. de Marmontel. L'auteur en donnoit
un extrait, dans le livre qu'ilavoit préparé (avant son
malheureux naufrage) sous ce titre : Table des articles qui manguent à PEneyclopédie. --- Page 35 ---
vent un homme privé, et préparent
d'avance, dans un homme public, le
sens supéricur et l'héroique probité
qui doivent le caractériser. Le bon
sens ordinaire, la probité vulgaire ne
lui suffisent pas. Elevé au-dessus des
autres citoyens par un rang éminent,
il dégraderoit sa noblesse, s'il n'ajoutoit à son éclat par le mérite personnel
dont l'érude des belles-lettres fait une
si grande partie.
Ce sont les lettres qui distinguent
les nations civilisées d'avec les peuplades barbares. On ne sauroit voir sans
frémir dans les archives de Phistoire,
le tableau atroce et fidele des siècles
d'ignorance. On détourne les yeux de
ces peintures dégoutantes, et l'on est
pénétré de la raison profonde de ce
peuple ancien, dont Ia loi n'imposoit
aux malheureux vaincus d'autre peine
que la défense de former leurs enfans
à la connoissance des lettres. --- Page 36 ---
IO
Nous avons dit que ces études
frappoient pas directement
ne
de notre érat. En
sur l'essence
effet, elles
nent à chaque état età
appartienCe sont les
chaque homme.
instrumens qui servent
tous les esprits
à
facultés,
9 pour cultiver leurs
les déployer et les étendre:
mais ces instrumens mêmes,
qués à VOS fonctions,
appliappropriés
doivent y être
d'une manicre
pour que le Magistrat s'en spéciale, 2
plus de succès.
serve avec
Eclaircissons cette pensée par quelques exemples choisis dans la foule des
connoissances qu'on peut nommer préparatoires.
Nous avons distingué deux
d'études ou d'instructions de espèces
Celles quiont trait à
ce genre,
T'esprit: celles
ont rapport au coeur.
qui
Dans lesunes et dans les autres, tout
ce qui tend à la justesse, ainsi
la
droiture,appartiont
qu'à
plus naturellement --- Page 37 ---
II
Ainsi, Mesau plan qui nous occupe.
lP'étude
sieurs, relativement à Pesprit,
convenable aux ministres de-la
la plus
celle de la logique et des
justice sera
les
mathématiques. Quant au coeur s
nécessaircs seront la morale et
plus
Phistoire.
Entrons dans le détail.
ici la logique dans
Nous prenons
comprend à la
un sens étcndu, qui
fois et la dialectique, et la métaphysique. Ce n'est pas donner à ce mot
latitude. Ce n'est que
une trop grande
qui se
rapprocher des connoissances
tiennent, et qu'on a tort de séparer.
Nous estimons aussi que la morale
enferme dans son domaine naturel,
toute la politique et presque
presque
C'étoit Tidée de
tout le droit public.
sciences
divisoit les
Locke, lorsqu'il
naturelle, philosophie
en philosophie
morale, philosophie logique.
Messieurs, la logique
Cela posé,
pas donner à ce mot
latitude. Ce n'est que
une trop grande
qui se
rapprocher des connoissances
tiennent, et qu'on a tort de séparer.
Nous estimons aussi que la morale
enferme dans son domaine naturel,
toute la politique et presque
presque
C'étoit Tidée de
tout le droit public.
sciences
divisoit les
Locke, lorsqu'il
naturelle, philosophie
en philosophie
morale, philosophie logique.
Messieurs, la logique
Cela posé, --- Page 38 ---
I2
est l'art de penser, de fixer la valeur
des mots, de décomposer les idées,
de pèscr les perceptions, de juger les
raisonnemens, de comparer entr'elles
les objections et les preuves; d'arriver
en un mot, de conséquence en conséquence, jusqu'à la vérité.
Cet art passoit jadis pour une étude
difficile, vain aliment de la dispute,
parce que SCS préceptes, trop nombreux, trop confus, n'étoient, pour
ainsi dire, qu'une collection d'enigmes, un tissu de sophismes, une charlatanerie savante, 2 ou plutôr pédantesque. Dans cet état, P'étude devoit
en être ensevelie dans-la poussière de
T'école, et c'eût été un grand malheur de le transporter au barreau, où
les logomachies ne sont déja que trop
en vogue.
Mais il faut l'avouer. La philosophie a changé la face de cette science.
Ramus fut le premier qui attaqua --- Page 39 ---
l'idole de Paristotélisme. Et le nouvel
organe du chancelier Bacon; les méditations et la méthode de Descartes; et les livres de Port royal (quoiqu'ils fussent encore trop remplis
d'Aristote) et les essais de Locke, et
les traités de Condillac * éclairant successivement les opérations de l'ame
et Ia marche longtems douteuse de
notre entendement humain, 3 ont fait
de la logique Pinstrument de la vérité,
de l'évidence et du bon sens.
Cet instrument est nécessaire dans
toutcs les conditions. Il l'est surtout
aux Magistrats.
Car dans quel autre état auroit-on
plus besoin d'apprendre à reconnoitre
les sources de P'erreur? à rectifier ses
*On pourroit ajouter à ces divers ouvrages la médecine de P'esprit, 9 ouyrage latin de Tschimnaus, et
le Trai:é de Werenfels sur les Logomachies, ou disputes de mots : deux écrits excellens et qui auroient
bien mérité d'être mis en françois. --- Page 40 ---
idées? à définir sans cesse tout ce
qu'on veut comprendre? à se rendre
raison de toutes ses pensées, et enfin
à se préserver des subtilités du
mensonge et des piéges de l'esprit faux?
La passion et Pintérêt
assiégent sans
relâche toutes les avenues qui menent
au temple des loix. La passion et Pintérêt ont l'art de mettre en euvre les
sophismes les plus puissans, les détours les plus
capticux, - les adresses
les plus profondes. Chaque plaideur
soutient que la raison, que le droit,
quela vérité parlent en sa faveur. Chacun les cite et les appclle au secours
de sa cause. Chacun s'en prévaut tourà-tour. C'est une armeà plusieurs tranchans, * si l'on ose le dire, qui sert
On prête à Louis XII une comparaison moins
noble, mais beaucoup plusexpressive. Il disoit que les
loix étoient pour les Jurisconsultes ce qu'est le cuir
aux cordonniers. Si le cuir est trop court, ets'il est
trop épais, les cordonniers, avec leurs dents, , le ti-
secours
de sa cause. Chacun s'en prévaut tourà-tour. C'est une armeà plusieurs tranchans, * si l'on ose le dire, qui sert
On prête à Louis XII une comparaison moins
noble, mais beaucoup plusexpressive. Il disoit que les
loix étoient pour les Jurisconsultes ce qu'est le cuir
aux cordonniers. Si le cuir est trop court, ets'il est
trop épais, les cordonniers, avec leurs dents, , le ti- --- Page 41 ---
I5
dans le même combat à tous les combattans. Dans cette incertitude, 2 le
juge qui doit prononcer ne sauroit
être trop habilc.
Qu'un défaut de justesse est terrible , en cffet , dans l'exercice d'un
état, oùt lcs moindres erreurs ont une
si grande influence ! Il n'en est pas
ici d'un raisonnement vicieux comme
dans les disputes et les systèmes ordinaires. Presque par-tout ailleurs, les
erreurs sont indifférentes. Mais pour
vous, Magistrats 2 frémissez à la vue
du danger qui vous environne ! Vos
suffrages font les arrêts. Vos opinions
sont des loix. Un seul faux argument
ruine, deshonore 2 assassine des citoyens. Oui, Messieurs, il les assassine.
rent, l'allongent 7 le tournent suivant leur volonté.
Ainsil les Juristes étendent et contournent les loix suivant le besoin de leur cause. Personne n'ignore le
mot de notre grand Roi Henri IV, après avoir oui
plaider deux fameux Avocats. --- Page 42 ---
Car les tuer de
guet-apens > ou causer leur trépas par votre négligence,
ce sont deux crimes presque
égaux 5
du moins aux regards de la loi. Quelque indulgente qu'elle soit, elle n'excuse point, par la foiblesse humaine,
Pimpéritie qui tourne au péril de Phumanité. * La fortunc
2 Phonneur, > la
vie, la vie de VOS semblables, quelquefois le salut public, toutcela tient
à VOS pensées. La logique la plus savante ne le sera jamais assez pour rassurer VOS consciences contre les risques infinis d'un mauvais syllogismc,
ou d'une fausse induction.
C'est donc à vous, Messicurs, de
désirer que Locke ait eu raison de
soutenir que l'on peut démontrer les
règles
* Nibil.inxerest occidat quis , an causant mortis
prabeat. (L. I5. ff. ad. L. Cor. de Sic.)
Pratextu humana fragilitatis, delictum decipientis, in periculo hominis 3 innoxium. esse non debct.
(L. 6.5 7. ff. de off, Pres.) --- Page 43 ---
règles du juste et de P'injuste comme
les règles de l'algebre.
Heureusement, Messieurs, Part du
raisonnement a trouvé de nos jours
un supplément et un appui dans la
science du calcul. L'étude des mathématiques, la plus propre de toutes à
la justesse de l'esprit, cette étude sévere et qui marche toujours sur la
route de Pévidence, cette étude vient
au secours de P'homme destiné à juger
les hommes.
Onn'a songé que tard dàl'application
heureuse dont les mathématiques devenoient susceptibles , en leur soumeta tant les problèmes de la jurisprudence
ou de la politique. Platon et Aristote
n'avoient eu que le germe de cette
grande idée. De nos jours seulement
le calcul'adapté par la philosophic à la
législation même, a donné des résultats sûrs et des combinaisons profondes. Bernouilli, le premicr,réduisit
B
er
les hommes.
Onn'a songé que tard dàl'application
heureuse dont les mathématiques devenoient susceptibles , en leur soumeta tant les problèmes de la jurisprudence
ou de la politique. Platon et Aristote
n'avoient eu que le germe de cette
grande idée. De nos jours seulement
le calcul'adapté par la philosophic à la
législation même, a donné des résultats sûrs et des combinaisons profondes. Bernouilli, le premicr,réduisit
B --- Page 44 ---
en systéme les conjectures
sur la mort des absens.
juridiques
soumis au calcul
D'autres ong
tous les hasards du
jeu, toutes les probabilités,
qu'aux caprices de
tout jusIl
l'opinion même. *
est à souhaiter
que cette méthode
nouvelle se propage et s'étende
core, et que ce soit toujours enréunion d'une saine
par la
logique à la ri-.
gueur
mathématique , qu'un jeune
Magistrar dispose son esprit à la recherche de la vérité. Qu'il
raisonne
avec la premiere 7 et calcule
seconde. Car
avec la
raisonner et calculer
ce sont là les deux
points sur qui roule
toute la vie 2 et principalement
du Magistrat. * *
celle
Voyez l'ouvrage de M. le
de
sur les probabilités.
marquis Condorcer
** C'est le sens de ces vers du Sicilien
dans une comédie intirulée la
Epicarme, -
Politeias.)
République, 3 ( en grec --- Page 45 ---
Ce seroit peu pour lui de former
son esprit, s'il ne joignoit à ces études
un peu séches peut-être, 2 les études
substancielles qui nourrissent le coeur.
La premiere de toutes, celle qui lui
convient le mieux pour lui-même et
pour ses devoirs, c'est l'étude de la
morale, science malheureusement trop
négligée dans nos écoles s et sans laquelle néanmoins on ne seroit pas
digne du nom de Magistrat.
Les principes de la morale sont les
sources de la justice 2 les fondemens
du droit, soit de celui de la nature 2
soit de celui des mations, et les bases
Junge.cum ratione numerum 3
Queis homo solis eget.
Vivimus ratione numeroque :
Hac duo hominem sospitant.
Bien raisonner, bien supputer
Cest toute la philosophie :
On ne doit cesser 2 dans la vie,
De réfléchir et de compter.
B2 --- Page 46 ---
essentielles sur lesquelles
l'ordre social.
repose tout
La morale spéculative
apprend au
Magistrat à connoitre les hommes
leurs relations diverses. On
et
sent
cette connoissance doit être la que
miere qu'exige l'exercice du droit pre- de
les juger.
La morale pratique
dispose en même
tems le ceeur du Magistrat à
les vertus
toutes
que suppose le sacerdoce
dont il doit être décoré, Je dis le
sacerdoce et je me sers ainsi de l'expression de la loi, qui, dans les fonctions des juges, voit quelque chose de
divin, et les appelle en
Prétres de la justice, à conséquence
T'exemple des
sages de la secte stoique, surnommés
autrefois Prétres de la vertu.
Cette idée est sublime. Mais à cette
hauteur où elle vous élève,
ô
comment,
Magistrats, vous
si vous
soutiendrier-vous,
n'étiez pas pénétrés des pré-
me sers ainsi de l'expression de la loi, qui, dans les fonctions des juges, voit quelque chose de
divin, et les appelle en
Prétres de la justice, à conséquence
T'exemple des
sages de la secte stoique, surnommés
autrefois Prétres de la vertu.
Cette idée est sublime. Mais à cette
hauteur où elle vous élève,
ô
comment,
Magistrats, vous
si vous
soutiendrier-vous,
n'étiez pas pénétrés des pré- --- Page 47 ---
ceptes de la morale, c'est-à-dire, de
cette révélation naturelle, qui apprend
à Phumanité ses
rapports 2 son but,
ses devoirs ; qui développe en nous
l'amour que nous avons pour la perfection ; qui nous fournit des armes
contre notre foiblesse ; et de toutes
nos connoissances, cst la seule, sans
contredit, > qui rende Thomme plus
heureux en lc rendant
meilleur, 2 en
éclairant son intérêt, en dirigeant ses
facultés, en épurant sa conscience
en le préparant, pour tout dire, àce >
que lui prescrit la révélation divine.
Oui, Messieurs, c'est là proprement
la doctrine des Magistrats. Dépositaires et garants de P'ordre et du bonheur publics, vous êtes appellés, vous
êtes consacrés à faire respecter les
mceurs. La morale est votre science.
Vous réprimez tous ceux qui en enfreignent les maximes par des actions
violentcs. Vous anéantissez tous les
B3 --- Page 48 ---
actes 2 toutes les
stipulations 3 qui
répugnent aux bonnes mccurs. *
les premiers
Dans
mots de la
trouvez les
loi, vous
préceptes de la saine morale. Les
préceptes du droit -
elle 3 sont de
3 ditfaire
régler sa vic, de ne
tort à
à
personne et de rendre
chacun le sien. * * Ailleurs,
vous dit
2 elle
que ce qui cst permis n'est
pas toujours honnête. *** Ces
de délicatesse
leçons
que renferme la
sont transmises
loi,
par vous au reste des
humains: VOS arrêts les forcent
d'agir
conformément à ces principes.
C'est à vous de fortificr la
par l'exemple. C'est à
leçon
vous de veiller
pour l'entretien du feu
sacré; et s'il
vel in Omnia qua contra bonos mores vel in pactum
sunt, stipulationem deducuntur 3 nullius momenzi
(Cod. 1. 8. 1.
** Juris
14-)
pracepta sunt hac; huneste
rum non ladere, > suun cuigue tribuere. vivere, alteI. ff. de Just. et jur. )
(L. Io. 5.
*** Non omne quod licet, honessum est.
(L. 144.)
ien du feu
sacré; et s'il
vel in Omnia qua contra bonos mores vel in pactum
sunt, stipulationem deducuntur 3 nullius momenzi
(Cod. 1. 8. 1.
** Juris
14-)
pracepta sunt hac; huneste
rum non ladere, > suun cuigue tribuere. vivere, alteI. ff. de Just. et jur. )
(L. Io. 5.
*** Non omne quod licet, honessum est.
(L. 144.) --- Page 49 ---
à séteindre parmi les
venoit jamais
hommes, dans ces tems de corruption
où la vertu semble les fuir, 2 où pourroit-on la retrouver que dans le coeur
du Magistrat ?
Parmi les gens du monde 7 un
homme sans morale peut être reçu
dans un ccrcle ou tout le monde le
méprise. On Padmet en Tappréciant,
le
même par ces épien
désignant
attachent d'athètes affreuses 2 qui
Aétrisvance aux ceeurs pervers la
infames dont ils
sure des supplices
rendent dignes. Cest une espèce
se
Popinion générale sC
de justice c, que
d'excrcer sur le coupable qui
permct
des loix. Mais
échappe à la vigilance
si le défaut de morale excite tant
d'horreur dans un monde frivole et
n'a guèrc d'autre frein que celui
qui
seroit - ce 9
de la bienséance 2 que
Messieurs, d'un homme sans morale
seroit par malheur revêtu du pouqui
B4 --- Page 50 ---
voir et placé sur les fleurs - de-lys ?
Comment pourroit - on appeller un
monstre de ce genre! les mots manquent pour T'exprimer, , et mon génie
épouvanté se refuse à chercher ceux
qui peuvent lui convenir.
Notre siècle, Messieurs, n'a pas été
aussi fécond, ni aussi fortuné
pour
l'étude de la morale que pour les autres connoissances. Le premier des
corps littéraires vient de l'avouer hautement dans le programme de ses
prix. *
Il est bien étonnant que malgré les
lumières qu'une religion plus pure a
répandues sur nos devoirs et sur leur
vrai principe, on n'ait rien produit de
nos jours qui ne soit au-dessous des
* L'académie de Dijon a couronné dès 1766 un
Traité élémentaire de morale à l'usage des
traité dans lequel elle avoit demandé que les colléges devoirs 7
de l'homme envers la société 9 et les principes de
Thonneur et de la vertu fussent développés. --- Page 51 ---
dernicrs discours de Socrate, des principcs de Marc-Aurele et sur-tout du
livre admirable des officcs de Ciceron,
qu'on peut appcller T'Evangile de la
loi naturelle.
Socrate > Ciceron, , Marc-Aurele 1 2
Mcssieurs, qucls noms ct quels exemples ! O1Magistrats, dc tels modcles
sont sculs dignes de vous.
Cc n'est pas sculement à VOS mceurs
personnelles que cette étude est consacréc. Elle doit vous apprendre aussi
à connoitre les moeurs, les passions
et lcs penchans du reste dcs humains.
Elle doit vous donner la clef de lcurs
affections diverses. Vous cn avez
besoin, pour descendre au fond de
leurs cceurs et pour juger leurs actions. C'est une cxpéricnge qui vous
est nécessaire en entrant dans lc Tribunal, et que la morale vous prête,
avant quc l'àge vous la donne.
A son défaut, Messicurs, les lcçons
acréc. Elle doit vous apprendre aussi
à connoitre les moeurs, les passions
et lcs penchans du reste dcs humains.
Elle doit vous donner la clef de lcurs
affections diverses. Vous cn avez
besoin, pour descendre au fond de
leurs cceurs et pour juger leurs actions. C'est une cxpéricnge qui vous
est nécessaire en entrant dans lc Tribunal, et que la morale vous prête,
avant quc l'àge vous la donne.
A son défaut, Messicurs, les lcçons --- Page 52 ---
de Thistoire peuvent vous éclairer:
hommes ordinaires
les
si grand besoin.
n'en ont pas un
devez
Mais la Part que vous
prendre aux affaires
vous met dans la nécessité publiques,
fondir cette science.
d'approNous sommes en ce genre infiniment plus richcs. Nous avons
d'hui beaucoup
aujourd'ouvrages
sur diverses
excellens
partics d'histoire, ancienne
ou moderne, dont T'étude est indispensable pour tous les Magistrats
veulent connoître les
qui
siècles
hommes, les
et les nations.
Il seroit bien à desirer qu'un habile écrivain eut
rempli en notre faveur le voeu que fait en général,
la perfection de tous les livres histo- pour
riques, le docte instituteur de PInfant Duc de Parme. Le
Condillac vouloit que l'on choisit sage dans
Vastes dépôts des annales du
lcs
les faits
monde,
particuliers, qui intéressent --- Page 53 ---
nommément telle ou telle profession.
d'histoires qui
On a déjà beaucoup
des batailles, 3 des guerne parlent que
des écrits
res et des siéges, et qui sont
gilitaires. Pourquoi donc
purement
des Jun'en auroit-on pas, à Pusage
qui seroit purément civiles?
ges,
On sait
Le Clergé a cet avantage.
la lecture d'une histoire ecclésiasque
vaut le
avec soin, 3
tique, 2 composée
et le
cours de théologie le meilleur
complet. On pourroit dire aussi
plus
seroit
le livre dont nous parlons
que
tous les systêmes
plus instructif que
*
de droit en forme dogmatique.
* Un savant Allemand a donné en latin la Juris- à déprudence historique , ou Dissertation tendante conmontrer qu'une grande partie de la jurisprudence
siste moins dans le raisonnement de la philosophie Vhistoire
dans les connoissances qu'on tire de
que
les progrès et la décadence des
sur l'établissement,
Jurisprudentia
loix et des usages. Ant. Schultingii historicà 1737,
anti Justinieneasoratio dejurisprud. briévement énoncé
in-40. Le savant Vossius avoit
is- à déprudence historique , ou Dissertation tendante conmontrer qu'une grande partie de la jurisprudence
siste moins dans le raisonnement de la philosophie Vhistoire
dans les connoissances qu'on tire de
que
les progrès et la décadence des
sur l'établissement,
Jurisprudentia
loix et des usages. Ant. Schultingii historicà 1737,
anti Justinieneasoratio dejurisprud. briévement énoncé
in-40. Le savant Vossius avoit --- Page 54 ---
combien seroit digne des méditations de tous les Magistrats, la suite
des portraits des célèbres législateurs
et des fameux jurisconsultes, dans
tous les temps, chez tous les
peuples ! Quel magnifique ensemble résulteroit de ces tableaux, rangés suivant l'ordre des siecles'Quelles hautes
leçons nous pourrions tous puiser dans
l'étude de ces modèles et
que l'aspect
de ces grands hommes ainsi exposés
sous nos yeux, imprimeroit profondément dans l'ame d'un bon Magistrat le desir de leur ressembler ! *
Je résiste, Messieurs, à la tentacette idée, en disant que la connoissance des antiquités romaines étoit la clef du droit. Etiam romance
antiquitatis notitiam veré dixeris incunabula jurisprudentia. (De natur. art. 1. 2.. 14.)
* J'ai eu en vue dans ce morceau, le beau
de Senéque sur la nécessité de se donner un passage grand
modèle, enp présence duquel on croye être sans cesse:
aliquis vir bonus nobis eligendus est, ac semper antè
oculos habendus 3 LE sic, tanguam illo spectante 2 --- Page 55 ---
tion de
développer ce projet. Je sens
que sa beauté m'égareroit loin de
but.
mon
Jc me hâte d'y revenir.
- Nous avons crayonné les études du
Magistrat qui peuvent lui être communes avec les autres citoyens. Passons maintenant aux études
qui sont
propres à son état.
Deux considérations nous
frappent
dans ces études spéciales de la
magistrature.
C'est qu'il en est de générales
pour
tous les juges du
royaume, 3 et le détail en est immense.
vivamus et omnia, tanquam illo vidente, , faciamus.
(Senec. epist. II.)
Et ce morceau de Ciceron dans le discours
Archias: Quo scilicet illis imaginibus
pour
ad
3 non solim
intuendum, verum etiam ad imitandum
sitis > animi mentesque civium, ipsd
propohominum excellentium
cogitatione
> ces
3 conformentur. >) Afin que
portraits ne soient pas seulement offerts
> notre vue 2 mais à notre imitation
à
> esprits et les caeurs des
1 et que des
> plent, s'élevent
citoyens qui les contem.
naturellement de la
de
>> grands hommes au desir de leur pensée ces
ressembler.e
, verum etiam ad imitandum
sitis > animi mentesque civium, ipsd
propohominum excellentium
cogitatione
> ces
3 conformentur. >) Afin que
portraits ne soient pas seulement offerts
> notre vue 2 mais à notre imitation
à
> esprits et les caeurs des
1 et que des
> plent, s'élevent
citoyens qui les contem.
naturellement de la
de
>> grands hommes au desir de leur pensée ces
ressembler.e --- Page 56 ---
Il en est de locales pour les
des
juges
Colonies, et le détail n'en est
moindre.
pas
Parcourons d'abord les premiercs.
Ici, Messieurs, notre sujet, loin de
se retrécir, s'aggrandit devant nous.
Et T'horison qui SC découvre ne
met pas à nos regards d'en déterminer perl'étendue, ni d'en appercevoir les bornes.
Les premieres loix des Romains,
empruntécs de celles des Grecs, étoient
gravées sur douze tables, que Ciccron mettoit au-dessus des écrits de
tous les philosophes, * et que Titelive regarde comme la source
de tout
unique
droit, public et privé. * *
Les codes des peuples barbares ont
été renfermés depuis dans un volume
* Legibus duodecim tabularum, , er quibus
omnes fuxerunt s omnium philosophorum bibliotheca relique
superantur.
** Fonten onnispubiniprivatigue, juris. (Liv.1.3.) --- Page 57 ---
unique et peu considérable
enfans
, que des
pouvoient écrire de leur main
et retenir par cceur. *
Les peuples de PAsie n'ont
encore
aujourd'hui qu'un livre, et ce livre est
tout à la fois le dépôt de toutes leurs
loix religieuses,
politiques, et civiles,
et criminelles.
Cette simplicité paroit digne d'cnvie. Le fameux Grotius
en étoit si
frappé, que dans Pavant-propos de
Phistoire des Goths, des Vandales
des Lombards, il n'hésite
et
pas d'avancer que les codes des
Visigoths ont
eu et mérité jadis une sorte de
férence sur le droit civil des
préRomains.
Cette
simplicité sans doute a de
grands avantages, avec des inconvé-
* Ilen étoit de même à Rome des loix des douze
Tables, qu'Horace appelle les Loix Saintes. Ciceron
nous atteste que les enfans les
un poëme nécessaire. Discebamus apprenoient comme
ut carmen necessarium. ( Cicer. de Orat. pueri 1. duodecim 3
I.) --- Page 58 ---
niens peut - être aussi considérables.
Nous ne sommes plus guère à
tée d'en
porjuger; ; nous en sommes trop
loin. Nous sommes mêmes
à l'extrêmité
parvenus
opposée.
Ciceron, Pompée et César avoient
desiré tous les trois de réduire les
loix romaines, dont l'amas
monstrueux est si bien pcint par Tite-live *
un immense fatras de décisions
tassécs les unes sur les autres.
cnTacite s'écrioit dans son style énergique : ce ne sont plus les crimes, ce
sont les loix qui nous accablent. **
Dès le tems de
Justinien, un philosophe assure qu'il y avoit de quoi
charger plusieurs chameaux du seul
texte des loix de ses prédécesseurs.
Rome avoit plusieurs codes
> sans
compter
* Cet historien appelle le droit romain: Immensum aliarum super alias acervatarum
** Ut anteà flagitis, sic nunc legibus legum laboratur. cumulum.
énergique : ce ne sont plus les crimes, ce
sont les loix qui nous accablent. **
Dès le tems de
Justinien, un philosophe assure qu'il y avoit de quoi
charger plusieurs chameaux du seul
texte des loix de ses prédécesseurs.
Rome avoit plusieurs codes
> sans
compter
* Cet historien appelle le droit romain: Immensum aliarum super alias acervatarum
** Ut anteà flagitis, sic nunc legibus legum laboratur. cumulum. --- Page 59 ---
compter deux mille volumes des anciens Jurisconsultes, ou plus de trois
cent mille versets ou paragraphes,
ayant force de loi. Cet Empereur enfin fut si fort cfirayé de cette masse
épouvantable de décisions souveraines,
qu'il y rêvoit sans cesse et qu'il en
perdoit le sommeil.
Qu'auroit-il donc fait de nos jours,
s'il eût vu ce que plusicurs siècles
écoulés depuis lui ont ajouté à ce
cahos, dans lequel se perdoit alors
l'imagination! Qu'auroit-il dit; Messieurs, de voir le droit commun du
royaume de France formé de l'assemblage des ordonnances de nos Rois,
d'une partie du droit romain, et des
textes mal combinés de cinq cent
cinquante coutumes?
N'attendez pas, Messieurs, que je
dénombre ici la liste interminable de
nos diverses loix. et linnombrable cataloguc des livres sur nos loix. IlfauC --- Page 60 ---
droit fairc le détail d'une
entière : on a
bibliothèque
essayé CC détail dans
un livre moderne. Nous
nous bornons à observer que l'auteur de
ce
spicilége se contente de
titres des livres
rapporter les
choisis, regardés comme indispensables à tout élève du Barreau, et que ces titres
petit caractère,
imprimés en
d'un
occupent un espace
peu plus de cent pages, tellement qu'il n'est pas possible à la plus
robuste mémoire de retenir
le simple intitulé des
par ceeur
ouvrages indispensables aux ministres de la justice.
Comme si c'eût été
nos auteurs et
trop peu que
nos recueils fussent
portés à un tel nombre, il falloit
pour le malheur de la
que
tous
jurisprudence,
ces auteurs et ces
du moins
recueils, ou
presque tous, bien différens
à cet égard des jurisconsultes
romains,
ajoutâssent encore aux épines de, la
matière par les ronces du style et les --- Page 61 ---
incohérenccs de la rédaction ; qu'ils
fussent la plàpart hérissés de termes
barbares, à- peu - près inintelligibles
pourle commun des hommes ; qu'ainsi
la destinée des peuples fut écrite dans
un langage mystérieux et rebutant;
que chaque citoyen ne pût absolument s'instruire par lui-même de ses
devoirs et de ses droits ; et que les
interprètes de ces droits et de ces
devoirs fussent embarrassés eux-mèmes d'éclaircir les Hiéroglyphes et de
concilier les contradictions de la multitude des règles inscrites sur les tables de notre législation.
Voilà pourtant, Messieurs, voilà
les sources ou vous devez puiser les
connoissances spéciales, les institutions de la magistrature. Voila, si
nous osons le dire, les picrres qu'il
faut dévorer, dont il faut exprimer le
suc, pour en tirer lesprit d'un juge.
Des innovations heureuses ont eu
C2
èmes d'éclaircir les Hiéroglyphes et de
concilier les contradictions de la multitude des règles inscrites sur les tables de notre législation.
Voilà pourtant, Messieurs, voilà
les sources ou vous devez puiser les
connoissances spéciales, les institutions de la magistrature. Voila, si
nous osons le dire, les picrres qu'il
faut dévorer, dont il faut exprimer le
suc, pour en tirer lesprit d'un juge.
Des innovations heureuses ont eu
C2 --- Page 62 ---
lieu parmi nous, dans les autres
ties des sciences
parabstraitcs, et les ont
rendues populaires.
Laphysique céleste est descendue de
TEmpyrée, 3 pour révéler même à des
femmes,les mystères profonds de la
pluralité des mondes.
Une femme a développé lc systême
de l'univers.
Lc confident du créateur, le sublime Newton a été mis à la portée
du commun des lecteurs.
Un génic aussi étendu 2 aussi brillant que la nature, en a reproduit les
richesses dans un tableau dont les couleurs sont sensibles pour tous les yeux.
Sous un autre pinceau, P'histoire
de Pastronomie, > quoique fidélement
tracée, a presque acquis dans notre
langue le charme d'un roman.
La finance a caché l'aridité de ses
calculs et a su leur préter un intérét
universel. --- Page 63 ---
Il n'cst pas jusqu'à la tactique, cet
art terrible et meurtrier, qui n'ait vu
ses foudrcs couverts des fleurs de
l'élégance.
Et cependant, 6 barbarie! nos loix
dorment encore dans la rouille gothique de leur vieil idiome, ou sous la
profonde cnvcloppedunlaungage étranger. C'est un des principaux obstacles aux études du Magistrat ;7 car le
tems qu'il consume à percer ces ténebres, il pourroit l'employer d'une
manière plus utile, si des livres mieux
faits avoient accéléré la marche de
son instruction.
Le citoyen n'y perd pas moins.
Soumis à des maximes qu'il ne peut a
pas connoitre, il est comme étranger
dans son propre pays.! Son éducation
ne lui apprend rien sur les loix qu'il
doit suivre pour tout le reste de sa
vie. En vain l'illustre Fénélon avoit
recommandé de donner aux enfans
C3 --- Page 64 ---
de l'un et l'autre sexe, des
notions
élémentaires sur les
cngagemens, les
conventions et les droits qu'ils doivent
exercer un jour. Cc conseil du
tor moderne n'a pas été
menne le sera
rempli. Il
pas, tant que notre jurisprudence demeurera couverte du voile
qui la cache et qui la
les français
défigure; et
continucront de vivre sous
l'empire de loix, qu'ils ne connoîtront
point et qu'ils
noitre
n'apprendront à conque par des condamnations.
On s'étonne souvent,
Messicurs, de
cette supériorité des anciens
modernes dans
sur les
tant de genres différens. La nature n'a pas changé. Les
hommes sont les mêmcs. Mais
doit convenir de
on
lavantage immense
qu'avoient les anciens, du côté de
leurs langues. Pour savoir
chose,
quelque
2 nous sommes obligés de consumer beaucoup de tems dans l'étude
des idiomes qui ne sont plus d'usage,
des condamnations.
On s'étonne souvent,
Messicurs, de
cette supériorité des anciens
modernes dans
sur les
tant de genres différens. La nature n'a pas changé. Les
hommes sont les mêmcs. Mais
doit convenir de
on
lavantage immense
qu'avoient les anciens, du côté de
leurs langues. Pour savoir
chose,
quelque
2 nous sommes obligés de consumer beaucoup de tems dans l'étude
des idiomes qui ne sont plus d'usage, --- Page 65 ---
Nous y passons notre jeunesse, et
nous n'apprenons que des mots. Plus
fortunés à cet égard, les Grecs et les
Romains apprenoient des pensées.
Avec quelle facilité leurs enfans devoient-ils marcher dans les chemins de
la raison et dans ceux du génic, dé
barrassés, comme ils l'étoient, du fardeau qui opprime nos premières années. * Ne sommes-nous pas, au contraire
aussi entravés dans
> presque
l'étude des langues, que les Chinois
le sont et le seront toujours, par la
* Voici ce qu'en pensoit le fameux Vossius, qui
ne sauroit être suspect dans son opinion.
Hac doctrina de Sermone bonam nobis prima
atatis partem absumit. Quod olim non erat necesses
prasertim in Gracia: quia ut dizimus, linguan
gracan, qua artes omnes ac philosopkia ipsa tradita est, pere cum lacte hauriebant. Eaque potissima
est ratio, cur olim ad tantun fastigium pervenerint
philosophi in Gracid. Nam bonos annos quos in latina 2 gracaque lingua studio insumimus, illi Mashesi ac philosophiae impendebant. (Vossius, de n2tura artium. Lib. 2. C. 7.)
C 4 --- Page 66 ---
torture préalable et la difficulté de
leur propre langage! Nous plaignons
les Chinois d'employer dans leur alphabet quatre-vinge mille caractères,
au licude nos vingt-quatre lettres. Mais
voulons-nous, comme ce peuple admirable d'ailleurs, reculer éternellement la maturité des esprits, par cette
superstition qui ne veut pas souffrir
la réforme des livres?
Cette réforme est commencée.
L'esprit des loix, Messieurs, a donné le signal au monde, et Montesquieu, dans ce chef-d'auvre, a préparé pour nos études la révolution
qui s'y fait déjà ressentir.
La république de Platon et la Cyropédie qui l'avoit précédée, furent
des romans pour les Grecs, qui n'en
étoient pas dignes.
Aristote fit un systême; nous n'en
avons qu'une partic, et ne pouvons
juger du tout. --- Page 67 ---
LePrincede Machiavel n'étoit qu'un
tyran détestable.
La république de Bodin renfermoit
trop d'écarts et de digressions.
Grotius n'avoit guère écrit que
pour des érudits.
Puffendorf avoit travaillé plus généralement pour des citoyens et des
hommes.
Bacon avoit donné un petit nombre d'aphorismes.
Leibnitz avoit tracé un plan.
Mais lc seul Montesquieu les a tous
effacés: ce qu'ils avoient dit, ill'a fait.
Son ouvrage sans doute appartient
aux Législateurs plutôt qu'aux Magistrats; occupé des loix politiques, 2 il
a du moins frayé la voie à quiconque,
après lui, voudra traiter de nos coutumes si nombreuses et si obscures, 2
et de nos loix civiles aussi multipliées,
aussi peu concordantes. Il a tourné
les bons esprits vers la jurisprudence.
tous
effacés: ce qu'ils avoient dit, ill'a fait.
Son ouvrage sans doute appartient
aux Législateurs plutôt qu'aux Magistrats; occupé des loix politiques, 2 il
a du moins frayé la voie à quiconque,
après lui, voudra traiter de nos coutumes si nombreuses et si obscures, 2
et de nos loix civiles aussi multipliées,
aussi peu concordantes. Il a tourné
les bons esprits vers la jurisprudence. --- Page 68 ---
Il a sonné l'alarme 42
sur les loix criminelles: graces en soient rendues
mânes de ce
aux
dans
Magistrat ! Il a semé
ses écrits des germes de raison
et de félicité
publique s dont nous
avons déja recueilli des fruits
Nous avons vu, Messieurs, précieux!
dans les Tribunaux la
, abolir
question préparatoire, qui trop longtems, hélas ! a
souillé le glaive des loix du
sang des
innocens, en rendant le sort de ceuxci pire que celui des coupables.
C'est un premier bienfait,
en promet d'autres.
qui nous
Les Chinois qui ne changent rien,
les Chinois si servilement
tous leurs
attachés à
usages, les Chinois qui restent les mêmes depuis
quatre mille
ans, les Chinois ont Pourtant réformé
leur code pénal. Un
la
Empereur a aboli
coutume barbare de
couper par morceaux les hommes condamnés
crimc, Ila substitué à
pour
cette atrocité --- Page 69 ---
plus humaine : ce grand
une police
exemple de TAsie ne sera point perdu
pour PEurope et pour PAmérique.
Gouvernemens entendront la voix
Les
de la sagesse et de Thumanité.
Messieurs, livrons-nous à cet
Oui,
consolateur ! Fions - nous au
espoir
doivent obtenir sur tout
crédit que
les oracles de Monle genre humain
résultats
tesquieu 9 et attendons les
fermentation excitée dans
de cette
l'ouvrage de ce
tous les esprits par
grand homme.
Ce n'est pas que nous approuvions
excès vraiment incroyables où lon
les
depuis contre le droit
s'est emporté
Romain, qu'il avoit toujours respecté.
Ce droit sans doute a ses défauts.
L'exagération de ses panégyristes a
révolté quelques esprits ; mais celle
de ses adversaires est plus intolérable
encore.
dans le
Si Pon prétend trouver 2 --- Page 70 ---
corps de CC droit, un système suivi
et non contradictoire de toute la jurisprudence, on se trompe sans doute.
Non : tout n'est pas dans les Pandectés, quoique le titre de Pandectes
paraisse l'annoncer. Cette grande collection est le fruit successif des différens états par lesquels a passé la nation Romaine.
Numa donna d'abord à Rome les
institutions de Sparte, transmises aux
Sabins. Les Décemvirs ensuite emprunterent les loix d'Athènes. Sur
cette base primitive s'éleva l'édifice
d'une autre législation, dans laquelle
influerent tour-à-tour, bien différemment, lcs cfforts des Patriciens contre la multitude, les tentatives que le
peuple fit contre ces Patriciens 3 les
coups du dictateur Sylla contre le
pouvoir des Tribuns, les sectes des
Jurisconsultes, etc. Cette forét de loix
antigues, > comme Tertullien l'appelle,
ix d'Athènes. Sur
cette base primitive s'éleva l'édifice
d'une autre législation, dans laquelle
influerent tour-à-tour, bien différemment, lcs cfforts des Patriciens contre la multitude, les tentatives que le
peuple fit contre ces Patriciens 3 les
coups du dictateur Sylla contre le
pouvoir des Tribuns, les sectes des
Jurisconsultes, etc. Cette forét de loix
antigues, > comme Tertullien l'appelle, --- Page 71 ---
subit de nouveaux changemens sous la
cognée des Empereurs, dont les édits
contradictoires se détruisoient les uns
Ics autres.
Le corps du droit Romain est formé de Centons pris dans toutes ces
loix. Malheureusement ces Centons
ont été recueillis un peu trop à rà
hâte, et dans un tems de décadence
trop voisin de la barbarie. Ce sont
des pièces de rapport dont on a fait
un tout, qui n'est pas bien lié,
Mais aussi c'est T'ouvrage des hommes les plus consommés du premier
des peuples du monde. C'est le produit consécutif d'une expéricnce suivie pendant nombre de siècles. C'est
en un mot 2 la seule école Où nous
puissions encore renvoyer avec confiance tous ceux qui se destinent à
paroitre au Barreau, ou qui veulent
avoir des notions élémentaires sur le --- Page 72 ---
droit, c'est-a-dire, sur la science qui
discerne ce qui est équitable et bon. *
II seroit mieux peut-être 3 il seroit
moins honteux aussi pour des Français, (d'ailleurs si éclairés et pourvus
de tant de bons livres,) de trouver
les principes de leur jurisprudence
dans un livre français 2 qui fut aussi
clair pour le style 2 y aussi pur pour
lexpression, aussi noble pour les tournures 2 aussi intéressant enfin dans
toutes ses partics 2 que l'est presque
partout le corps du droit Romain.
Voilà ce qui nous manque.
Et voilà ce qu'on trouve dans ce
monument admirable! Les modernes
l'ont décoré du beau nom de Raison
écrite, et ce n'est pas sans fondement
que PEmpereur Justinien a écrit ces
belles paroles: Ce qui est raisonnable,
* Jus est ars boni et aqui. --- Page 73 ---
ce qui est évident, c'efce gui
titue la
consperfection de nos loix. *
On aime également à lui entendre
dire, que le législateur rend un culte
à la vérité, et s'attache à ne
der que ce qu'elle
commanenseigne elle-méme. **
Ilya plus , Messieurs 9 quiconque
s'est un peu familiarisé avec l'étude
de CC droit, y rencontre les types de
mille idées, plus ou moins grandes,
dont on s'est emparé dans nos siècles
modernes et quelon a données comme
des découvertes.
Je n'en citerai qu'unc.
Personne n'ignore la vogue des
observations sur les synonymes français, 3 ouvrage, dont on a lié T'existence et le sort au sort même de
* Quod er re ipsa rationabile est, koc in jus
perfectum **
deducitur. (L.I. Cod. del la I. Libr.
Nos qui Veritatem colimus > ea tantum toll.) modô
volumus in nostris esse legibus, que re ipsa obtinent.
(L. I. Cod. de dedir.)
Je n'en citerai qu'unc.
Personne n'ignore la vogue des
observations sur les synonymes français, 3 ouvrage, dont on a lié T'existence et le sort au sort même de
* Quod er re ipsa rationabile est, koc in jus
perfectum **
deducitur. (L.I. Cod. del la I. Libr.
Nos qui Veritatem colimus > ea tantum toll.) modô
volumus in nostris esse legibus, que re ipsa obtinent.
(L. I. Cod. de dedir.) --- Page 74 ---
notre langue. Son succès est bien légitime, et son idée étoit heureuse.
Or, Messieurs, cette idée primitive
de distinguer les mots dans leurs
moindres nuances est un emprunt visible des jurisconsultes Romains.
Vous
connoissez, Messieurs, les
titres de la loi sur la valeur des termes * Cest là que la premiere fois
on Vit l'esprit humain analyser les
mots, remonter à leur origine, les
comparer entr'eux; éclairer la grammaire par la métaphysique et par l'analogie; et du choc des mots opposés,
et du rapprochement des expressions
similaires et des degrés divers de leur
force ou de leur foiblesse, tirer des
règles
* De significatione verborum. Le commentaire de
Brisson sur ce seul titre de la loi est le meilleur dictionnaire que l'on ait sur le droit romain. Il a été
réimprimé dans ce siècle, à Léipsick. --- Page 75 ---
règles sûres pour Pintelligence des
actes et l'explication des loix.
Que dirons l nous de cette suite
d'axiomes si clairs, si précis, si frappans qui terminent le corps du droit
et qui renferment sa substance dans
un petit nombre de règles aisées à
retenir? Chacun sait au Palais de quelle
utilité sont ces règles fameuses,
aider à trouver le vrai noeud des pour
lutions. *
SOIl n'est pourtant pas impossible de
s'en approcher de plus près. Les Romains et les Grecs ont été nos modeles dans des genres plus difficiles.
C'est en les imitant que nos grands
* Pothier a complenté cette collection à la fin des
pandectes; mais pour en bien sentir le prix, il faut
joindre à ce grand recueil ce que François
Romain a publié à Wittemberg en 1728, sur les Charles
du droit et le soin qu'apportoient à leur règles
les anciens jurisconsultes: : De jurisprudentia rédaction
Romanorum, > et veterum Ictorum studiis circà regulari
gulas juris.
reT --- Page 76 ---
5o
écrivains les ont quelquefois surpassés et souvent égalés. Pourquoi désespércrions-nous de voir dans la jurisprudence, ce que nous avons vu
dans la philosophie et dans tous les
beaux arts? Gardons-nous de
poser
les bornes de l'esprit humain, et n'allons pas couper les ailes du génie.
En attendant, Messicurs, que nos
souhaits soient accomplis et que le
Magistrat trouve pour ses études tous
les secours que notre plan vient de
vous montrer nécessaires, quel surcroit de travail ne luii impose pas cette
nécessité de suppléer par ses propres
cfforts, aux livres qui lui manquent?
De se débarrasser, par SCS propres
extraits, du superflu des livres qui le
surchargent au contraire? Enfin, de
se former, par sa propre industrie,
un systême des connoissances les plus
propres à son état?
Peut-être, il faut le dire, peut-être
tous
les secours que notre plan vient de
vous montrer nécessaires, quel surcroit de travail ne luii impose pas cette
nécessité de suppléer par ses propres
cfforts, aux livres qui lui manquent?
De se débarrasser, par SCS propres
extraits, du superflu des livres qui le
surchargent au contraire? Enfin, de
se former, par sa propre industrie,
un systême des connoissances les plus
propres à son état?
Peut-être, il faut le dire, peut-être --- Page 77 ---
5I
aussi que ce travail tourne au profit
de la solidité de sOn instruction. La
peine que l'étude donne, rend Pétude
plus fructueusc. Ons'attache bien plus
à ce qu'on a conquis. On peut croire
que les méthodes, les abrégés 9 les
élémcns, 2 et cette foule de lexiques,
tous superficiels, qui rendent si faciles certaines connoissances, ont l'inconvénient de favoriser la paresse 2 de
multiplier beaucoup trop les demiconnoisseurs 2 et d'avilir en quelque
sorte les trésors de l'esprit 2 qui ne
valent qu'autant qu'ils coûtent.
Quoiqu'il en soit 2 Messicurs 2 le
Magistrat français 2 formé sur CCS
principes 2 initié au droit Romain 2
imbu des ordonnances, des règlemens
et des coutumes 2 familiarisé avcc la
Procédure > son ordre et ses formalités ; ce Magistrat sans doute peut
passer pour très-éclairé. Il mérite la
confiance des peuples et du Souverain.
D 2 --- Page 78 ---
Mais s'il sort- des Cours du
royaume, ;
pour occuper un rang dans les Sénats
des Colonies, ce
Magistrar instruit
ne sait encore presque rien de
ce qu'il
doit savoir.
C'est ma derniere réflexion.
On a soumis les Colonies à la
coutume de Paris ;
quoique cette coutume fut reconnue insuffisante
les lieux mêmes où
pour
ses articles ont
été rédigés. * Ona chargéleurs
Cours
* Charles VII ordonna en 1453, qu'on rédigeroit
par écrit les coutumes et les usages de chaque
du royaume. Les Rois ses
pays
successeurs ont suivi cet
exemple. Cette idée étoit un bienfait que Ja France
doir à ses Rois. Mais peut-être la nation n'étoit-elle
pas mûre pour profiter de ce bienfait. On n'étoit
assez éclairé dans le tems de la rédaction des pas
et coutumes. Aussi la pldpart des cahiers,
styles
et insuffisans, ont-ils été bientôt
incomplets
refaits, et auroient
grand besoin d'une réforme ultérieure, On pourroit
faire un gros recueil des singularités et des absurdités
dont on a rempli les coutumes. Nos Rois en ont
déja corrigé un grand nombre par d'excellentes ordonnances. Mais il reste encore des traces de l'an-
éclairé dans le tems de la rédaction des pas
et coutumes. Aussi la pldpart des cahiers,
styles
et insuffisans, ont-ils été bientôt
incomplets
refaits, et auroient
grand besoin d'une réforme ultérieure, On pourroit
faire un gros recueil des singularités et des absurdités
dont on a rempli les coutumes. Nos Rois en ont
déja corrigé un grand nombre par d'excellentes ordonnances. Mais il reste encore des traces de l'an- --- Page 79 ---
exécuter les mêmes ordonde faire
observoient
les Parlemens
nances que
le règne de Louis XIV.
sous
données, on
D'après ces premieres
à croire que la jurisprudence
est porté
absoludevroit être dans TAmérique
la même que dans la Métropole:
ment
de
les
ne manquent pas
et
Européens
s'étonner quand ils y apperçoivent
différences dont ils ne peucertaines
les motifs.
vent pas pénétrer
Avant de condamner cCs usages
cienne barbarie. Hodië que manertt vestigia ruris. ordiDans le silence des coutumes 3 on renvoye
à celle de Paris; mais celle de Paris est
nairement
de la
mais de Fimloin, je ne dis pas
perfection, devroit offrir. Aussii,
régrité des dispositions qu'elle dans la conférence
remarque-t-on avec surprise que
partie contient
des coutumes de France, la premiere
dont Ia
26 chapitres sur des matieres principales, dans
de Paris ne fait aucune mention ; et,
coutume
aux seize titres de *
la seconde partie qui se rapporte des additions de cas
la coutume de Paris, il y a dans la loi de la Czparticuliers, également obmis
pitale.
D3 --- Page 80 ---
particuliers 2 > il seroit plus sensé de
les examiner et de bien s'informer des
raisons sur lesquelles leur introduction a pu être fondéc. Mais l'examen
est une peine que l'on prend rarement;
car il est plus commode de juger que
de s'enquérir.
De-là viennent 2 Messieurs 3 tant -
d'erreurs et de préjugés qui règnent
encore en Europe sur tout ce qui concerne les Colons et les Colonies.
Les ouvrages les plus célèbres n'en
sont pas même exempts.
On pourroit pardonner à des compilateurs obscurs les fautes ridicules
dans lesquelles ils tombent, en traçant
le tableau des isles de
e
PAmérique 3
d'après les esquisses grossieres ou des
Labat ou des Touron. Mais comment
a-t-ilpu se faire que, dans la seconde
cité du royaume de France, on ait,
en pleine Académie, accusé les Colons
d'avoir fait une loi pour brûler dans --- Page 81 ---
lcs fours toutes les graines de café,
par un motif absurde? *
Mais comment a-t-il pu se faire que
l'estimable auteur d'un dictionnaire
moderne d'histoire naturelle, copiant
d'antiques récits, transforme, de sang
froid > en d'abominables partics de
chasse et de plaisir 2 les guerres légitimes que la nécessité - 3 que la loi
autorisent les habitans des Colonies à
livrer à des troupes de malfaiteurs et
de brigands ? *
Mais comment a-t-il pu se faire que
Téloquent auteur d'une histoire fameuse, le premier des Rétheurs modernes, se soit permis sans fondement
dlorcblesimpréations contre les administrateurs des deux maisons de
providence ?
* Discours sur le café, ld à fAccadémie de L**
par M. rAbbé p***
* Dictionnaire d'Histoire naturelle, par M. Valmonc
de Bomare, au mot négre,
D4
troupes de malfaiteurs et
de brigands ? *
Mais comment a-t-il pu se faire que
Téloquent auteur d'une histoire fameuse, le premier des Rétheurs modernes, se soit permis sans fondement
dlorcblesimpréations contre les administrateurs des deux maisons de
providence ?
* Discours sur le café, ld à fAccadémie de L**
par M. rAbbé p***
* Dictionnaire d'Histoire naturelle, par M. Valmonc
de Bomare, au mot négre,
D4 --- Page 82 ---
Je m'arrête, Messieurs
3 sije voulois citer les traits du même
genre 2
j'en pourrois rassembler une foule incroyable. Tous prouvent à quel point
on est trompé en France par les fausses idées qu'on a des Colonies. On
n'a que trop calomnié les habitans de
Saint-Domingue : leur apologie est
facile. Il s'agit seulement de les faire
connoitre ; de peindre avec fidélité
les obstacles de tous les genres qu'il a
fallu qu'ils surmontassent, pour créer
dans cette Isle des trésors dont la
Métropole s'enrichit tous les ans ; de
montrer leur courage et leur persévérance à luttér contre le climat
à
combattre
avec les torrens, à dessé-.
cher les marécages, à porter la culture sur des roches inaccessibles, à
vivre de privations ou à risquer même
leur vie, pour transformer en sol fertile cette terre si prompte à dévorer
ses habitans. --- Page 83 ---
C'est-là ce que jai vu ; c'est-là ce
que je voulois rendre.
retentira
Hélas! ma foible voix ne
au milieu des clameurs qu'époint 2
et que des raplève la prévention
infideles ont trop accréditées.
ports
de désaQui donc aura cet avantage
buser les Français habitans du royauaffreuses qu'on
me, > des imputations
des
leur fit adopter sur les Français
Colonies ? O combien devra s'applaudir celui qui sera digne de justifier
sans nul autre intérêt,
ces derniers, d'éclairer les autres sur Poque celui erronée où les jette leur ignopinion
rance !
Peffet de ces moAlors, on sentira
lodifications - 7 que les circonstances
ici à des loix, à ses
cales impriment
formalités, à des pratiques différentes.
L'empreinte du climat se grave sur
conséquemment sur leurs
les hommes,
entr'eux, sur les liens, sur
rapports --- Page 84 ---
les contrats d'ou naissent les affaires
que le Magistrat doit juger. La nature elle-mêmc subit ici des changemens qui en exigent d'autres dans l'état social et dans la législation.
Cest un grand avantage de l'état de
nos Colonies, de pouvoir se prêter plus
aisément que le royaume à l'admission
des réformes utiles. Les
préjugés et
les abus n'ont pas eu le tems de jetter
sur une terre toute neuve ces racines
profondes, quisemblent dans PEurope
faire la base des Empires. Le code de
la Colonie peut s'améliorer sans résistance et sans secousse. C'est une puissante raison de ne pas différer un
ouvrage si nécessaire.
Vous le savez, Messieurs, les trois
quarts des articles de la coutume de
Paris ne peuvent convenir ni s'appliquer en aucun sens, aux biens et'aux
personnes de cette Colonie. Il a fallu
chercher d'autres raisons de décider
ve ces racines
profondes, quisemblent dans PEurope
faire la base des Empires. Le code de
la Colonie peut s'améliorer sans résistance et sans secousse. C'est une puissante raison de ne pas différer un
ouvrage si nécessaire.
Vous le savez, Messieurs, les trois
quarts des articles de la coutume de
Paris ne peuvent convenir ni s'appliquer en aucun sens, aux biens et'aux
personnes de cette Colonie. Il a fallu
chercher d'autres raisons de décider --- Page 85 ---
et se faire d'autres principes. Le Souverain lui - même a successivement
dérogé aux loix primitives étrangères
à ce pays, par des décisions plus analogues à l'état de ses biens et des
personnes. Mais il reste un grand
nombre d'objets intéressans
qui ne
sont pas fixés avec assez de convenance.
Jusqu'a ce que l'on donne à cette
Colonie un code fait pour elle le
Magistrat de Saint -
Domingue est
chargé d'une double étude, puisque
la science ordinaire de la jurisprudence n'est pour lui qu'un préliminaire à l'étude considérable des
titutions locales.
consEn récapitulant les articles divers
du plan que nous venons de mettre
sous VOS yeux, ce plan peut étonner
l'esprit par sa grandeur et ses difficultés. Mais ce qu'il y a de trop immense ne peut être cffrayant que dans --- Page 86 ---
la théorie. Des exemples
heureux
prouvent la possibilité de la mettre
pratique. Et si je ne craignois d'offen- en
ser aujourd'hui la modestie de la
en déchirant le voile qui
vertu,
état et qui
couvre son
seroit aisé tempère ses rayons, il me
, Messieurs, > de trouver
dans le sein de cette
de
Compagnic, et
remarquer à sa tête, la réalité du
tableau que j'ai voulu vous peindre.
Vingtans d'expérience et d'assiduité
dans les travaux pénibles et non interrompus de la
Magistrature sous
cette zone si voisine de la zone
torride; une tradition fidèle de tout
qui s'est fait dans CC long intervalle ce
un fond de connoissances
;
la réflexion et mûri
accru par
par le tems; un
esprit d'indulgence et de philosophie,
qu'il est rare de conserver, en
de si près les torts et les vices voyant des
hommes ; les lumières enfin réunies
aux vertus : ce sont des traits sans --- Page 87 ---
doute qu'il n'est pas ordinaire de trouEt ces traits néanver rassemblés.
Pimoins ne seroient aujourd'hui que
du modèle des Mamage imparfaite
gistrats. *
de rendre
Mais ce n'est pas Pusage L'amitié
ainsi justice au mérite vivant.
le loue est suspecte de flaterie >
qui
cruel, et qui fait
et par un sentiment
espèce hud'honneur à notre
peu
c'est, entre tous les hommes,
maine,
tacite de ne laisser
une convention
faire taire T'envie,
parler la gloire et ne
la mort de ceux qui ont pu
qu'après
Forcé,
mériter et l'envie et la gloire.
regret, de nous assujettir à
quoiqu'à
nous nous
cette loi si ryrannique
un silence pénible sur les
imposerons bien
existent. Mais pour
gens de
qui
remnous consoler, autant que pour
Président du Conseil su-
* M. de TREUILLET,
péricur du Cap.
taire T'envie,
parler la gloire et ne
la mort de ceux qui ont pu
qu'après
Forcé,
mériter et l'envie et la gloire.
regret, de nous assujettir à
quoiqu'à
nous nous
cette loi si ryrannique
un silence pénible sur les
imposerons bien
existent. Mais pour
gens de
qui
remnous consoler, autant que pour
Président du Conseil su-
* M. de TREUILLET,
péricur du Cap. --- Page 88 ---
plir un devoir cher à notre cour, il
nous sera permis de nous étendre
davantage sur le mérite de celui que
nous avons perdu.
Vous savezà combien de titres nous
devons cet hommage à la mémoire
précieuse de lun de nos prédécesseurs 2 mort dans le cours de cette
année. Annoncer au Cap un éloge
des vertus de M. le Gras, * c'est acquitter en quelque sorte > une dette
publique. Et ce qui nous rassure, c'est
que pour la payer, 2 il n'cst pas besoin
d'éloquence. Le nom seul de M. le
Gras suffit à son panégyrique ; parce
que ce nom seul réveille dans ces lieux
les idées de la bienveillance, de l'espric d'union, de l'amour de la paix,
de la douce philantropie qui composoient son caractère, qui le rendoient
* Procureur-général honoraire au Conseil supérieur
du Cap, associé du Cercle des Philadelphes. --- Page 89 ---
heureux lui-même par le bonheur des
autrcs 2 et qui sembloient toujours
répandre autour de lui la sérénité de
son ame.
M. le Gras eut l'avantage de remplir dans la Compagnie des emplois
différens, qui le menerent par dégrés
aux suprèmes honneurs de notre ministère.
Il entra d'abord au parquet en qualité de Substitut. Et comme ici nos
Substituts remplissent à-peu - près la
placedes Avocats-généraux de France,
c'est pour lhomme à talens qui veut
entrer dans le Barreau, c'est, dis-je,
la premiere école et le rôle le plus
brillant.
M. le Gras s'en acquitta de maniere
à se rendre digne du prix le plus flatteur: il devint Conseiller.
Ses fonctions étoient changées. Son
mérite et son caractere ne changerent
jamais > et le genre de ce mérite et --- Page 90 ---
celui de ce caractère, étoient
sur-tout
tres-propres à lui concilier l'estime
Pamitié de ses confreres,
et
confiance des Avocats
comme la
et des Parties.
La candeur, la bonté,
peintes sur sa
figure et retracées dans sa conduite,
sont dans toutes les
Compagnies des
qualités inestimables.
Il n'est que trop d'esprits
inquiets 3
tourmentans, jaloux de régner sur
les autres, d'enchaîner les
de faire
opinions et
prédominer leur raison orgueilleuse. Des hommes de ce naturel,
même avec du génie, sont des fléaux
à craindre au sein d'un tribunal. Prêts
à troubler sans cesse l'ordre des délibérations, ils tyrannisent les suffrages,
ils ne saventjamais sacrifier leur
amour
propre à la pluralité des
besoin de la concorde.
voix, ou au
L'excès de leurs
prétentions fait éclater souvent dans
l'intérieur du Sénat, une division
nuit au Sénat même,
qui
autant qu'elle,
est
avec du génie, sont des fléaux
à craindre au sein d'un tribunal. Prêts
à troubler sans cesse l'ordre des délibérations, ils tyrannisent les suffrages,
ils ne saventjamais sacrifier leur
amour
propre à la pluralité des
besoin de la concorde.
voix, ou au
L'excès de leurs
prétentions fait éclater souvent dans
l'intérieur du Sénat, une division
nuit au Sénat même,
qui
autant qu'elle,
est --- Page 91 ---
6;
est contraire au bien de la justice.
Et si les circonstances deviennent
difficiles, s'il y a des tempéramens à
indiquer ou à choisir, ils en sont incapables. Ils se jettent aveuglément
dans les partis extrêmes, sans en prévoir les suites, et d'écarts en écarts,
ils sont réduits à aggraver le tort des
plus fausses démarches, par des torts
plus graves encore, pour n'avoir
su calculer jusqu'ou devoit les
pas
ter Pimpétuosité d'un
emporpremier mouvement. Que deviendroient alors les
affaires publiques, si la même assembléc, où ces volcans vomissent leurs
feux incendiaires, n'opposoit à leur
turbulence quelques-uns de ces bons
esprits qui ramenent le calme dans
les coeurs et dans les idées? M. Le
Gras étoit un de ces bons génics.
Ce fut à ces vertus paisibles
dût son élévation à notre
qu'il
ministère,
dans des tems orageux, où ces vertus
E --- Page 92 ---
peut-être étoient les seules canvenables, quoique moins adaptées à cette
activité qui fait le caractère de la
tie publique.
parM. Le Gras n'ignoroit
pas que
cette dignité nouvelle n'étoit qu'un
écueil plus brillant, Où le Magistrat
isolé se trouve en évidence, cxposé,
s'il est trop sévère, aux conspirations,
aux ligues, au déchaînement de la
troupe nombreuse des pervers, dont
il est par état l'ennemi, l'accusateur.
ct le fléau; ; plus exposé, s'il est trop
foible, aux murmures, aux plaintes,
aux censures peu réfléchies de cette
multitude qui souffre des abus, et qui.
semble lui imputer tous ceux qu'il.
n'a pas réprimés; placé par conséquent dans cette alternative, ou de.
faire hair et craindre sa
s'il
personne, 3
ne veut que remplir sa place, ou
de voir avilir et dégrader sa place,
s'il ne songe qu'à sa personne; éga- --- Page 93 ---
lement à plaindre, soit qu'il s'abandonne à son zèle, soit qu'il n'ose pas
livrer; et souvent mal apprécié
s'y dans Pun et Pautre cas, parce que
le jugent sur cC
ceux qui Papprécient
sans calculer les résistanqu'il a fait,
s'il peut
ces et sans savoir au juste
toujours tout ce qu'il doit.
On dit qu'un des anciens sages avoit
mis la vertu sur une ligne étroite et
deçà et hors de la, tout lui
qu'en
vice. Cette ligne si difficileà
paroissoit
suivre constamment sans s'écarter jamais d'un point, représente à- peuTimage de ce qu'est notre miprès
:
pareilnistère dans les circonstances
les à celles où M. Le gras eût Phond'en être revêtu. Sa
neur dangereux
modération, sa politesse et sa prudence
en firent disparoitre, en quelque sorte,.
les
ha-
* les périls. Les Médecins
plus
ceux qui
biles ne sont pas toujours
à leurs malades des reprodiguent
E2
amment sans s'écarter jamais d'un point, représente à- peuTimage de ce qu'est notre miprès
:
pareilnistère dans les circonstances
les à celles où M. Le gras eût Phond'en être revêtu. Sa
neur dangereux
modération, sa politesse et sa prudence
en firent disparoitre, en quelque sorte,.
les
ha-
* les périls. Les Médecins
plus
ceux qui
biles ne sont pas toujours
à leurs malades des reprodiguent
E2 --- Page 94 ---
mèdes aussi violens que leurs maux.
Un corps blessé ou épuisé se remet
beaucoup mieux par un régime ménagé, et telle fut l'adresse heureuse
dont se servit M. Legras, sans autre
politique que de laisser couler tout naturellement ce qui émanoit de son ame.
Cette marche lui réussit. Il sortit
avec gloire de cette carrière épincuse.
Il resta depuis attaché à cette Compagnie, et par le titre d'honoraire qui
fut sa récompense, et par le noeud
sacré de l'estime et de P'amitié, récompense plus douce et dont il étoit
aussi digne.
En payant ce foible tribut aux mânes de M. Le Gras, nous avons fait
plus d'une fois un triste retour sur
nous-mémes. Nous ne nous dissimulons pas combien nous sommes loin
des vertus que nous célébrons, et
nous avouons à regret que le fardeau
d'unr ministère, si léger ct si doux pour --- Page 95 ---
ce grand Magistrat > contraste trop
avec nos forces et nous accable de
son poids. Forcés de le porter, 3 nous
aurons toujours le chagrin de rester
au-dessous de l'idée que nous nous
faisons d'une place aussi difficile. Mais
une seule chose est à notre avantage. Si nous n'avons pas le bonheur
d'offrir à cette colonie la
longue expérience et les autres mérites qui dise
tinguoient M. Le Gras, nous
vons nous flatter d'être placés du moins poudans un moment plus favorable.
Les cent voix de la renommée ont
annoncé à ce ressort les vertus et la
bienfaisance du militaire-citoyen
le Roi a nommé
que
Gouverneur-général
des isles sous le vent. * Le descendant des Lamoignons et Phéritier de
leurs vertus, promet à la magistrature
des jours plus clairs et plus sereins.
* M. le Comte DE LA LUZERNE,
E; --- Page 96 ---
Tout nous atteste qu'il respire cet
esprit de sagesse, cette noble simplicité, cette bonté de coeur pour les
particuliers et cet amour du bien public, caractères sacrés auxquels on
reconnoit ses illustres ancètres, dans
l'histoire des tribunaux dont ils furent
T'honneur. Ces caractères si touchans
sont empreints à jamais dans un des
plus beaux monumens du grand siècle
dernier. Je veux parler, Messieurs,
de ce fameux procès-verbal des conférences que l'on tint par ordre de
Louis XIV,pour l'examen de ses deux
codes, civil et criminel. C'est-là
que
nous voyons la philosophie indulgente
et la fermeté éclairée du sage Lamoignon, contraster si heureusement avec
la dureté de nos loix anciennes, et
devancer d'un siècle les lumieres qui
doivent les changer et les adoucir,
C'est à l'ombre de ce beau nom que
s'éleva l'enfance de notre Gouverneur.
l'on tint par ordre de
Louis XIV,pour l'examen de ses deux
codes, civil et criminel. C'est-là
que
nous voyons la philosophie indulgente
et la fermeté éclairée du sage Lamoignon, contraster si heureusement avec
la dureté de nos loix anciennes, et
devancer d'un siècle les lumieres qui
doivent les changer et les adoucir,
C'est à l'ombre de ce beau nom que
s'éleva l'enfance de notre Gouverneur. --- Page 97 ---
C'est sous de tels auspices qu'il vient
régir la colonie. On l'a pénétré de
bonne heure des principcs sacrés et
des maximes qui fondent l'empire des
loix: : il sait que cet empire fait régner les loix sur les armes, * que
rien n'honore plus les chefs, n'afferT'observation
mit plus Pautorité, que
des loix. ** Que c'est une parole dide la majesté même du Souvegne rain, de se reconnoitre lié par les
chaînes de lajustice. *** Que tout gouvernement doit détester la violence,
laquelle ne consiste pas sculement dans
les attentats d'une force arbitraire,
mais dans toutes les voies de récla-
* Leges etian in ipsa arma imperium habere volumus. (Nov. 35. C. 5.)
** Nihil tam proprium imperit est quam legibus
vivere. (L. 3. Cod. de Test.)
*** Digna vor est majestate regnantis 2 legibus
allegatum principem profiteri. (L. 4- Cod. de Leg.)
Adeô de auctoritate juris, nostra pendet auctoritasl
E4 --- Page 98 ---
N:
mation et de protection,
qui ne sont
point celles de droit. * Qu'ainsi
dre des tribunaux établit
lorl'ordre SOcial, et que troubler les juges, c'est
troubler la société,
L'autorité remise en de parcilles
mains n'en sera que plus respectable,
parce qu'elle sera plus chere; et c'est
en choisissant de tels
représentans,
que notre auguste
Souverain, enchainant les Colons par la reconnoissance, encouragera votre zèle, et régnera dans tous les cceurs.
* Tu vim putas esse solum si homines
vis est et tunc quoties
vulnerentur;
quis > id quod deberi sibi
putat, non per Judicem reposcit, (L. I3. ff,
Met. Caus.)
quod --- Page 99 ---
EXTRAIT
D E
L'HISTOIRE CRITIQUE
DE LA VIE CIVILE,
Traduite de Italien, de VINCE N T
M A R T 1 N E I L 1,
PAR M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU.
CAPITOIO XV. delle Legis(Tomo /econdo,p.75)
CHAPITRE XV des Loix, (page 75 du Tomc 2
de la troisieme Edition, à Naples, chez Gravier,
1764, in-8°.)
CICkkOx, dans ses Dialogues sur
du présent
dit
l'objet
chapitre 2
qu'il manquoit à
Rome un corps de Loix méthodiques et radicales, tel que pouvoit le desirer une si grande
République.
En effet, qu'avoient les Romains, outreleurs
loix des douze Tables?
Ces loix étoient en quelque sorte
les fondemens de
7 comme
cette liberté que le peuplo
Romain 3 secouant le joug des
avoit
sû se donner. Tout le
Tyrans 2
reste du Corps civil
chapitre 2
qu'il manquoit à
Rome un corps de Loix méthodiques et radicales, tel que pouvoit le desirer une si grande
République.
En effet, qu'avoient les Romains, outreleurs
loix des douze Tables?
Ces loix étoient en quelque sorte
les fondemens de
7 comme
cette liberté que le peuplo
Romain 3 secouant le joug des
avoit
sû se donner. Tout le
Tyrans 2
reste du Corps civil --- Page 100 ---
n'étoit qu'un vrai déluge de Plébiscites de
Senatus- Consultes, d'Édits de Magistrats, et
de réponses des Docteurs 7 que les Romains
nommoient Prudens. *
Cette foule de Loix nouvelles avoient eu
pour objet de pourvoir successivement aux cas
particuliers qui s'étoient présentés, 2 à mesure
des occurrences. Dans la suite des tems, lorsqu'il s'offroit des cas semblables, on recouroit pour les juger , aux premicres décisions.
Mais ceux qui devoient prononcer, abondans
chacun dans son sens 2 les mêmes règlemens
furent entendus tour-à-tour de
plusieurs manieres diverses.
C'est ainsi que naquirent ces contradictions
des loix, qu'on nomme Anti-logies, et qui,
Laurent Valle s'emporte contre Justinien et lui
reproche avec chaleur d'avoir supprimé les ouvrages
de Scevola, de
Paul, d'Ulpien, ? de Sulpicius , etc.
> Ce sont autant de Cygnes, dit-il, que l'aigle de
> cet Empereur a sourvent étranglés. A ces Cygnes,
> ont succédé une foule d'Oisons ; Bartole, Balde,
> Accurse et d'autres, dont les volumes trop épais
> pour être portés par des hommes 7 ne sont bons
>) qu'à charger des ânes. >> Quorum volumina non
viris, ita enim grandia sunt et vasta,sed ab asin
nis portanda. --- Page 101 ---
subsistent dans-le
même encore aujourd'hui 2
droit Romain.
avoit été, Rome devint
De libre qu'elle
à ces loix dont
impériale. A ces décisions ,
vinrent se joindre, en très-grand
on a parlé,
dites communombre, celles des Empereurs,
DES PRINCES.
nément LES PLACITÉS
(Principum Placita.)
Ces loix des. Empereurs et de la Républiformerent une masse et si énorme et si
que,
T'Empereur Justinien fut touché
confuse 9 que
et qu'il
du malheur des parties litigantes 2
voulut les soulager.
faisant faire de ces
Il crut y parvenir 2 en
le soin
loix un recueil régulier, dont il donna
la
e'et Dotothée, avec
à Tribonien 2 Théophile
faculté d'y faire tous les changemens
pleine
convenables pour faire
qui leur paroitroient bref, aussi clair qu'il
un corps de loix aussi
leur seroit possible. Il défendit aux Magistrats
d'admettre désormais aucune autre explication. 1,
éviter tout subterni aucune autre loi, pour
fin des profuge et tout obstacle à la prompte
cès.
Tribonien et les autres
Mais par malheur,
l'attention
Compilateurs, ou ne donnerent pas
auroient due à Tobservation de T'ordre
qu'ils
pour faire
qui leur paroitroient bref, aussi clair qu'il
un corps de loix aussi
leur seroit possible. Il défendit aux Magistrats
d'admettre désormais aucune autre explication. 1,
éviter tout subterni aucune autre loi, pour
fin des profuge et tout obstacle à la prompte
cès.
Tribonien et les autres
Mais par malheur,
l'attention
Compilateurs, ou ne donnerent pas
auroient due à Tobservation de T'ordre
qu'ils --- Page 102 ---
qu'avoit prescrit. Justinien, (car cette
ce
dans l'exécution
négligen2 détruit presque toujours
l'effet des bonnes vues de tous les Souverains,)
ou le tems leur manqua pour un si
grand ouvrage ; ou, par quelqu'autre cause 2 il arriva
que l'Empereur croyant donner sa sanction à
des loix bien complettes et bien
de
dignes
cet
honneur 2 ne ramassa, 3 pour ainsi dire 2
des fragmens de loix.
de
que
L'assemblage
CCS débris forma donc un Tout imparfait.
Aussi, bon nombre de ses loix sont fic contradictoires 2 que Cujas, le plus érudit et peutétre le plus habile des auteurs sur le droit
Romain, a été forcé d'employer plusieurs infolios épais, pour tâcher d'arranger ces loix,
de les conciliér ensemble et de les réduire en
systéme. Mais malgré son travail et sa sagacité, la compilation de ce code Justinien est
toujours embrouillée.
Tous ces gros tomes de Cujas et d'une foule
d'autres interprêtes du droit 2 ou ses rivaux
ou ses confreres, n'ont fait absolument
fournir aux Docteurs ample matière de dis- que
pute, 9 sans que les Nations en ayent encore
reçu aucun soulagement, soit pour retrancher
les procès, soit pour les abréger.
En 1741, l'Abbé Antoine Muratori
pu- --- Page 103 ---
blia un savant
ouvrage 2 oir plein d'un zèle
respectable pour la tranquillité
dépeint vivement le misérable publique, il
état de la Jurisprudence parmiles peuples d'Italie. Il en prend
sujet d'implorer la sagesse
paternelle de
supérieure et la piété
quelque Prince bienfaisant,
ordonner une
pour
les Plaideurs réforme, au moyen de laquelle
la
sertent des filets que leur tend
chicane, et soient en même tems affranchis des longueurs de la procédure,
si fort
longueurs
dispendieuses, et si fort
surtout à la classe des
préjudiciables,
Ce livre de Muratori pauvres.
jour, que dans mainte avoit à peine vu le
Université, des Professeurs Se mirent à en publier
tâcher de le réfuter. Les
d'autres, pour
sur le sens
uns le reprenoient
qu'il avoit donné à de
loix qu'il avoit prises
certaines
tres, s'attachant
pour exemples. Les atlaux mots, 2 lui faisoient
que uniquement des morsures
presAucun d'eux
grammaticales.
dire le
cependant ne s'avisa de contreprojet de réforme tracé par ce
ni surtout les motifs
Savant,
qu'il en avoit donnés. *
Observons ici, à la gloire des
en France, que leurs illustres
facultés de Droit
cus les premiers des vices actuels Professeurs, de
convain.
leur enseigne-
attachant
pour exemples. Les atlaux mots, 2 lui faisoient
que uniquement des morsures
presAucun d'eux
grammaticales.
dire le
cependant ne s'avisa de contreprojet de réforme tracé par ce
ni surtout les motifs
Savant,
qu'il en avoit donnés. *
Observons ici, à la gloire des
en France, que leurs illustres
facultés de Droit
cus les premiers des vices actuels Professeurs, de
convain.
leur enseigne- --- Page 104 ---
Pour moi , non-seulement je suis de son
avis sur la nécessité d'une réforme
dans la
entiere
Jurisprudence de notre moderne Italie ; mais je vais bien plus loin
lui.
crois que le désordre a des racines que
Je
fondes, des effets plus sinistres
plus proet des suites
plus malheureuses pour la société, J'estime
en
conséquence, qu'il faut à des maux si
des-remèdes plus radicaux,
pressans. 2
il s'est bornés.
que ceux auxquels
Les défauts dont Muratori accuse la Jurisprudence reçue en Iralie, roulent sur
cas que les loix n'ont pu décider plusieurs
précision qui pourroit enlever
avec cette
occasion
aux juges toute
d'équivoque, et désarmer les Procument,n'ont point eu l'injustice
de s'élever
contre les bons ouvrages oû l'on décrire,ni a relevé des abus,
dont ces Professeurs sont, à quelques
instrumens involontaires.
égards 2 les
M. Boucher d'Argis , Magistrat estimé dans le
Châtelet de Paris, a publié des Lettres, dignes d'attention, sur la réforme des études dans la partie du
Droit. Les Universités n'ont point réclamé contre
et je sais, à n'en pas douter 2 que les Docteurs- ;
Régens de ces différens Corps se préteroient euxmêmes à une révolution 2 qui rendroit leurs Ecoles
moins désertes et plus utiles. (Note du Traducteur.) --- Page 105 ---
reurs de tous les moyens de chicane. Il
droit que ces cas 2 douteux et arbicraires voufussent examinés par un nombre d'hommes 7
loi, d'une érudition
de
profonde et d'une probité
connue, qui auroient soin de les fixer si positivement et d'une maniere si claire,
Juge 2 en des Cas semblables
que tout
premier coup d'aeil.
2 prononçàt au
Notre Jurisprudence réunit
Timperfection notée
2 selon moi, 2
voit voulu
par Ciceron, celles qu'adétruire Justinien, celles contre
lesquelles s'est élevé
Muratori, et d'autres
core en grand nombre.
enEn premier lieu 2 j'attaque le
ger pour nous, dans
langage, étranlequel nos loix sont écrites, et qui n'étoit pas un défaut pour le siécle
de Ciceron et de Justinien,
la langue naturelle
puisqu'alors c'étoit
et des Juges et des Parties.*
* Jajoute à ce que dit
assez pour entendre le FAuteur, que ce n'est plus
langue Latine
Corps du' Droit, de savoir la
;le Grec n'est pas moins
Loix des douze Tables,
nécessaire. Les
ont gardé T'empreinte. apportées de la Grèce, en
employé des mots
Les Jurisconsultes latins ont
qui sont purement Grecs, comme
Hypothéque s Chirographe,
d'autres. Les Pandectes Emphitéose, et beaucoup
plus ou moins forts.
fourmillent d'hellénismes, 2 .
Lorsque la Grèce fut réduite sous
it, de savoir la
;le Grec n'est pas moins
Loix des douze Tables,
nécessaire. Les
ont gardé T'empreinte. apportées de la Grèce, en
employé des mots
Les Jurisconsultes latins ont
qui sont purement Grecs, comme
Hypothéque s Chirographe,
d'autres. Les Pandectes Emphitéose, et beaucoup
plus ou moins forts.
fourmillent d'hellénismes, 2 .
Lorsque la Grèce fut réduite sous --- Page 106 ---
La République de Venise est
d'hui, le seul État de l'Italie jusqu'aujourqui ait senti le
très-grand mal de cette
usage
et sa
monstrueux 9
sagesse y a pourvu d'une maniere
nelle, 2 par un Code Vénitien, à la
paterportée de
tout
le joug des Romains, 3 il se glissa dans leur
beaucoup de termes empruntés de celui des langage
vaincus. Tribonien eut soin qu'on transcrivit peuples
ce qu'il trouvoit écrit ainsi dans les
en Grec
Le fameux exemplaire des
Jurisconsultes.
Pandectes
Pandectes, qu'on nomme
Florentines, contient plusieurs
caracteres Grecs > etc, Je supprime d'autres passages en
tout aussi concluantes, d'oà ilrésulté
raisons
nous avons encore besoin de suivre le qu'zujourd'hui conseil
Ciceron donncit autrefois à son fils, de réunir l'étude que
du Latin et du Grec, si nous voulons lire
les monumens du Droit Romain.
avec fruit
Cequi ajoute, comme
on vcit, aux embarras de cette étude dans
od la langue
un siécle
Grecque est si fort négligée
hommes instruits
> que des
d'ailleurs, sont forcés de
pour eux ces mots des Glossateurs des siécles prendre
d'ignorance, qui mettoient à côté des passages écrits
caracteres Grecs. Gracum
en
est, non legitur.
Théophile a traduit en Grec les Institutions de
T'Empereur Justinien ; et quoiqu'il y ait fait des fautes, cependant cette paraphrase est le meilleur ouvrage dont on puisse s'aider pour entendre Justinien.
(Voyez le livre d'Antoine Augustin, Emendat, Jur.
Civil.) Note du Traducteur.) --- Page 107 ---
8r
tout le monde, ou les objets particuliers à son
Gouvernement sont combinés avec les dispositions du corps du droit Romain 2 ou supplées par les loix propres de T'Etat.
Je traite avec raison de monstruosité cet
abus par lequel, nous, modernes Italiens,
nous laissons nos actes civils sous l'empire de
loix et de régles écrites en latin
le latin ne soit
2 quoique
plus d'usage en Italie 2 depuis lépoque trop fameuse du déchirement de
T'Empire.
Et je demande, à cet égard, si quelque
voyageur 2 arrivant des Terres Australes
venoit nous rapporter que les peuples de ce >
pays se réglent par des loix écrites dans un
idiome qu'ils ne comprendroient pas, en latin, par exemple, je demande, disois - je, si
nous ne regarderions point cette police australienne comme un excès de barbarie?Un tel
récit nous surprendroit et nous révolteroit;
nous le traiterions de fable.
Et cette fable est notre histoire.
Dans un Chapitre précédent, sur l'éducation, j'ai proposé, et j'en conviens, de faire
commencer l'étude de la langue latine par les
loix des Romains, et de mettre ces loix dans
les mains des enfans. Ce que je dis ici contre
F
- je, si
nous ne regarderions point cette police australienne comme un excès de barbarie?Un tel
récit nous surprendroit et nous révolteroit;
nous le traiterions de fable.
Et cette fable est notre histoire.
Dans un Chapitre précédent, sur l'éducation, j'ai proposé, et j'en conviens, de faire
commencer l'étude de la langue latine par les
loix des Romains, et de mettre ces loix dans
les mains des enfans. Ce que je dis ici contre
F --- Page 108 ---
8z
le Droit civil 2 , n'est pas contraire à
premier systéme. Ma proposition n'en mon
plus solide et plus recommandable. est que
En effet,
d'une part, la rédaction de ces loix est
que par-tout d'un bon style; c'est le seul presdu
qui,
moins, nomme tout ce qu'il veut
dise
nommer,
toujours ce qu'il veut dire, avec les termes les plus propres s sans embarras de périphrase 2 sans recherche et sans métaphore.
C'est le vrai langage des loix, qui doivent
éviter jusqu'à l'ombre d'une équivoque. *
D'un autre côté, la science des loix civiles
des Romains,, est si ardue, si compliquée
la relation qui existe entre leurs motifs par
tant d'événemens passés dans des
2 et
siécles si reculés 2 que je crois nécessaire d'employer
cialement à une étude si
spépénible, 2 les loisirs de
* L'excellonte latinité qu'on remarque dans les
Pandectes, a été le fujet de dissertations utiles
les savans Ailemands. On cite avec éloge celle parmi de
Kircmaier, à Vittemberg 2 et les Dialogues Allemands de Tenzel, Taubmann a fait à ce sujet un
distique fameux.
Credo ego, si lingua Ciceronis imago perisset >
E Juris posset corpore restitui.
F
Ciceron ! sita langue avoir été
L'éloquence du Droit nous l'eût presque perdue 9 rendue.
(Note du Traducteur.) --- Page 109 ---
ce premier age où nos parens se trouvent
maîtres de nous assujettir et de nous appli-.
quer à des travaux longs et suivis.
Dans le fait, la langue latine n'a plus d'utilité pour les Italiens, qu'autant qu'elle peut
les conduire à l'intelligence des loix; et l'étude
des loix, suivant notre systéme, est de toutes
les connoissances, celle dont aucun hommc,
dans la société civile, ne peut se dispenser.
Donc, entre le projet de faire étudier ces
loix par les enfans, et l'absurdité que je trouve
à cC que nous suivions ces loix (absurdité
qui saute aux yeux, par la comparaison que
je fais de notre sottise avec le récit supposé
de la même sottise aux Régions australes),
il n'y a pas de disparate.
A Tinconvénient du langage des loix romaines, se joint celui des interprétes, des
auteurs de traités, de maximes ct de conseils; parvenus dès longtems à un nombre si
excessif, que CC ne seroit pas assez pour se
les procurer, d'y employer les honoraires
qu'un travail de soixante années vaudroit à
un bon Avocat.
Nos tribunaux Italiens ont tant de déférence pour ces sortes d'auteurs, que si c'ctoit
T'usage d'imprimer en Ethiopie les jugemens
Fz
romaines, se joint celui des interprétes, des
auteurs de traités, de maximes ct de conseils; parvenus dès longtems à un nombre si
excessif, que CC ne seroit pas assez pour se
les procurer, d'y employer les honoraires
qu'un travail de soixante années vaudroit à
un bon Avocat.
Nos tribunaux Italiens ont tant de déférence pour ces sortes d'auteurs, que si c'ctoit
T'usage d'imprimer en Ethiopie les jugemens
Fz --- Page 110 ---
des Mores, tous ces arrêtistes moresques seroient bienvenus parmi nous et cités dans
nos Cours, comme le sont déjà ceux de tant
d'autres peuples à qui nos Libraires modernes
font sans cesse passer les monts.
La masse de ces interprétes, commentateurs, compilateurs, est donc la base essentielle, le capital de notre droit. Cet excès
est porté plus loin que je ne saurois l'exprimer. La profusion des auteurs est tellement
un luxe dans le Barreau italien, qu'il ne sauroit se présenter ni affaire, ni incident, oir
l'on ne fasse intervenir d'innombrables citations. Cette méthode est devenue T'habitude
des Tribunaux. Chaque Avocat croiroit avoir
perdu sa cause, s'il faisoit autrement. L'effet
que produit ce fatras d'autorités accumulées,
est celui qu'on doit en attendre. Bien loin
d'éclaircir la matiere et d'éclairer le juge
pour le conduire au vrai, tout cela l'embrouille
si bien, tout cela le rend si perplexe,
que
tous les cas possibles 1 discutés devant lui,
sont des problèmes ambigus : si bien qu'à
chaque opinion qu'il a pu embrasser, il peut
en substituer une diamétralement opposée,
sans le moindre scrupule.
Ce que j'avance en ce moment est si vrai --- Page 111 ---
-7 -
8;
qu'on voit maintes fois la méme question décidée un jour par un juge, d'une manière
affirmative, tandis que la veille, ce juge a,
sur le méme objet, tranché la négative; et
cela, d'après les raisons de ce même Avocat,
qui,suivant l'importance de ses cliens, la veille
soutenoit le pour 2 le lendemain plaide le
contre. La raison en est simple. Chaque dif
culté a, pour l'affirmative et pour la négative, tant de docteurs tout à la fois, qu'un
habile praticien, dans tous les cas possibles,
a de quoi se pourvoir d'autorités en abondance, pour défendre à son choix lopinion
qui s'accommode aux intérêts de son client.
Du tems de Ciceron, le témoignage des
auteurs étoit déja d'un très-grand poids. Mais
sous Justinien, les loix impériales avoient si
fort accru le corps du droit civil, et le nombre des Glossateurs devenu si exorbitant,
le Prince ne conserva d'autorité
que
qu'aux ar-.
ticles compris dans sa collection. Il défendit
d'en citer d'autres, et d'en admettre de nouveaux,
La république de Venise, guidée par la
prudence qui lui a fait dresser un code propre à ses sujets, en langage vénitien, a exterminé pour toujours cette hydre des citations
F3
ix impériales avoient si
fort accru le corps du droit civil, et le nombre des Glossateurs devenu si exorbitant,
le Prince ne conserva d'autorité
que
qu'aux ar-.
ticles compris dans sa collection. Il défendit
d'en citer d'autres, et d'en admettre de nouveaux,
La république de Venise, guidée par la
prudence qui lui a fait dresser un code propre à ses sujets, en langage vénitien, a exterminé pour toujours cette hydre des citations
F3 --- Page 112 ---
des docteurs. Un avocat Ve
et cet empire
dans les Tribunitien ne peut plas alléguer,
celle des
naux du pays, aucune autorité que
choses jugées dans le tribunal même.
Mais outre T'embarras ou sont jettés nos
toutes ces citations dont nous avons
juges par citations ont encore bien d'autres
parlé, ces
,de deux choses Tune,
inconvéniens. Le juge,
-le
ou instruit. Supposons
est ou ignorant,
écritures héignorant: plus il étudiera ces
rissées d'autorités et de pascages,et plus grande
la confusion qui doit remplir sa tête
sera
S'il est savant, s'il
après une telle - lecture.
à l'examen de
veut donner le tems qu'il doit
savoir si elles sont justes,
ces autorités, pour
non à la cause à
et si elles s'appliquent ou
dans une
juger, alors il se perd tout entier
seule affaire, et en suivant cette méthode,
il fandroit établir des juges aussi nombreux
que les procès.
dans notre
Ces premiers vices remarqués obstacles à la
Droit italien, ne sont que des
des tribunaux. Ce ne
facilité des jugemens
sont pas les sources des contestations.
Les sources des procès chez les Italiens,
sont principalement:
1o. Les testamens. --- Page 113 ---
N
23C a
2°. Les fideicommis.
ou droits d'ai3°. Les primogénitures
nesse.
4°. Les droits des fiefs.
5°. Les prescriptions.
6°. Les dettes.
(N.B. On ne rapporte pas le détail que
Pauteur donne sur ces objets, comme trop
aul sujet du disétendu et trop petl relatif
On
à la conclusion et aux
cours.
passe
des loix,
se
autres parties du chapitre
qui
dayantage des études du Murapprochent
gistrat. )
Que résulte-t-il de mes vues?
Qu'il nous faudroit d'abord former un Code
italien dans notre langue maternelle, comme
avons dit
T'a sagement fait le Sénat
nous
que
de Venise.
être bien ordonné, ce code doit
Que pour
*
être conforme au plan de Ciceron.
Qu'ensuite il faut proscrire absolument Pautorité des interprètes, comme ont fait les
* Aulugelle fzit mention d'un ouvrage de ce grand
homme intitulé: De la rédaction du drcit civii en
art. De jure civili in artem redigendo.
F 4
ernelle, comme
avons dit
T'a sagement fait le Sénat
nous
que
de Venise.
être bien ordonné, ce code doit
Que pour
*
être conforme au plan de Ciceron.
Qu'ensuite il faut proscrire absolument Pautorité des interprètes, comme ont fait les
* Aulugelle fzit mention d'un ouvrage de ce grand
homme intitulé: De la rédaction du drcit civii en
art. De jure civili in artem redigendo.
F 4 --- Page 114 ---
Vénitiens; régler les testamens; rendre les
fideicommis à leur simplicité premiere, ainsi
que TEmpereur l'a fait dans son grand Duché
de Toscane; proportionner mieux les primogénitures,su'yant les convenances des differens
états ; régler la matière des fiefs, comme
la fait en Angleterre; mettre
on
un ordre meilleur dans celle des prescriptions et dans celle
des dettes.
Alors, notre Jurisprudence seroit réduite à
un dégré de clarté, de simplicité et de briéveté, que les procès perdroient, sil'on ose le
dire, quatre-vingt-dix pour cent.
Leur nombre ainsi diminué, on prescriroit encore un terme à leur durée, comme
la fait le Roi de Prusse.
Il faudroit moins de tribunaux et beaucoup
moins de gens d'affaires.
Ainsi, l'on pourroit parvenir, dans la partie judiciaire, à cet ordre nouveau, dont
la nécessité universelle en Italie a été démontrée par le sage Muratori. *
* Muratori, Marrinelli ne sont pas les seuls écrivains qui ayent desiré la réforme du droit romain.
Voici ce qu'on lit sur ce point dans la bibliothéque
latine de Fabricius: >> Les hommes sages d'aujour- --- Page 115 ---
Mais dans la majeure partie de nos Etats
italiens, il y a un autre défaut. Les formes
> d'hui souhaiteroient également qu'un moderne Jus-
> tinien vint remettre le droit dans de justes limites
> et en ôter le superflu. Saavedra, dans un songe
> assez ingénicux, qu'il a intitulé la Rerublique lit-
> téraire, introduit un censeur de livres et le fait
> s'écrier, àl'aspect des Traités, des Décisions, des
> Conseils et des autres volumes enrassés sans me-.
> sure par les jurisconsultes: 0 Jupiter, si tu prens
> soin des choses d'ici bas s pourquoi donc ne faiss tu pas naitre, de cent ans en cent ans, un Em-
> pereur Justinien, ou une armée deGoths, qui vien-
> nent délivrer le monde de ce dibordement efroyable
> de livres, dont chaque siècle est inondé?
O Jupirer, si cuidas de las cosas inferiores, por
que no das al mondo de cien en cien annos un
Emperador Justiniano 7 a derramas exercitos de
Codos, que remedien esta universal inundacion de
libros !
Ainsi voilà les Espagnols 1 les Allemands et les
Iraliens d'accord 2 pour solliciter la réforme de la
jurisprudence.
Il n'est pas inutile de remarquer que cette note
est tirée de la cinquieme édition de Fabricius (in-.
g°. Hambourg 1721) et que tout le passage a été
retranché, ainsi que beaucoup d'autres, dans l'Edition de Leipsick, sans qu'on en sache la raison.
(Note du Traducteur.)
libros !
Ainsi voilà les Espagnols 1 les Allemands et les
Iraliens d'accord 2 pour solliciter la réforme de la
jurisprudence.
Il n'est pas inutile de remarquer que cette note
est tirée de la cinquieme édition de Fabricius (in-.
g°. Hambourg 1721) et que tout le passage a été
retranché, ainsi que beaucoup d'autres, dans l'Edition de Leipsick, sans qu'on en sache la raison.
(Note du Traducteur.) --- Page 116 ---
tribunaux et de leurs jugemens conde nos
à éterniser les affaires et
tribuent beaucoup
Les méthodes que j'ai trouà les compliquer.
comme
vées les meilleures jusqu'à présent,
les
simples, 9 sont celles de Venise et
étant plus
celles d'Angleterre.
A Venise, les causes se discutent publiquement.
vénitien,
C'est un crime d'état pour un juge
d'aucune affaire dont il lui a été
de connoitre
dans le particulier, soit par les Avocats,
parlé
même. Etablissement adsoit par les cliens
divine, qui ferme
mirable et loi vraiment
à
la porte a toute partialité et
exactement
! *
toute corruption
de ces visites
Au lieu de ces sollicitations,
qui ailleurs égarent les juges 2
ténébreuses,
des Magistrats exprès, pour
Venise a établi
la même loi étoit jadis suivie en
* Il paroit que
TAbbé Millot dit, dans ses
France. Voici ce que France, à Tépoque oi le
élémens de Thistoire de
Pour écarter jusqu'au
Parlement devint perpétuel: : >
recevoient ni
les juges ne
> plus léger soupçon, ni messages relatifs aux procès
> visites, ni lettres,
et les Parties ne
> dont ils étoient Rapporteurs Y'audience. ,
(tome 2
leur parler qu'à
> pouvoient
page 223 de la cinq. édit.) --- Page 117 ---
a 1
vérifier tous les actes produits par les parties,
examiner les témoignages, etc.
Quand ils sont d'accord sur les faits et que
les pièces sont produites, on les fait imprimer
par ordre de ces Magistrats, et on les donne
à tous les juges qui doivent en connoitre.
Alors, les Avocats n'ont autre chose à faire
d'exposer aux juges le droit de leurs parque
ties.
Dans les causes de quelque poids, il n'y
a pas moins de dix juges.
Dans les affaires importantes, il n'y a pas
moins de vingt juges.
Dans les causes majeures, il n'y a pas moins
de quarante juges.
Avec tant de précautions, celui à qui justice est due, est moralement str qu'il obtiendra justice.
Telle est la renommée que les formes vénitiennes ont acquise depuis longtems et conservée auix tribunaux de cette République,
qu'on a vu plusieurs fois s'en remettre à leur
des Princes qui avoient des difféarbitrage 2
rens sur des limites, oul sur d'autres objets.
Le dernier de ces grands exemples fut unjugement solemnel, prononcé par la Quarantie,
les confins du tersur une contestation pour
à qui justice est due, est moralement str qu'il obtiendra justice.
Telle est la renommée que les formes vénitiennes ont acquise depuis longtems et conservée auix tribunaux de cette République,
qu'on a vu plusieurs fois s'en remettre à leur
des Princes qui avoient des difféarbitrage 2
rens sur des limites, oul sur d'autres objets.
Le dernier de ces grands exemples fut unjugement solemnel, prononcé par la Quarantie,
les confins du tersur une contestation pour --- Page 118 ---
ritoire entre le Grand Duc de Toscane et
le Duc de Parme.
A ce sujet, il faut noter qu'en ce moment
la République étoit en guerre avec les Turcs,
et que le Grand Duc de Toscane fournissoit
à Venise un secours de galères ct de soldats.
L'arrét fut contre le Grand Duc.
Ce qui démontre bien que les yeux de la
Quarantie s'étoient fixés uniquement sur le
droit et sur la justice, sans égard à la politique qui sembloit devoir T'engager à procéder
différemment.
Les jugemens en Angleterre sont publics,
à-peu-près comme ceux de Venise; les formalités aussi simples, et -les juges, en général, non suspects de corruption. Mais ily
a des différences. Cette simplicité, cette incorruptibilité n'abrége pas les causes, autant
que l'on pourroit le croire. Les tribunaux
sont en trop petit nombre 2 pour un Royaume
aussi peuplé. Ils ont de trop longues vacances.
Aussi les procès trainent sur-tout par l'art
extrême qu'ont tous les gens d'affaires, de
ruiner, à qui micux mieux, leurs cliens respectifs, ct de leur faire dépenser dix fois plus
que ne vaut T'objet en contestation, et c'est
une chose remarquable, quoiqu'elle soit com- --- Page 119 ---
muhe dans les Cours de justice anglaises, de
voir un Avocat célèbre, par le seul exercice
de sa profession, se faire un capital de cent
mille livres sterlings. *
Ce que j'ai dit des vices de la jurisprudence qu'on suit en Italie, excitera certainement des murmures universels, et me vaudra peut-être des malédictions de la part d'un
grand nombre de Professeurs ès droits, Docteurs des Universités, Juges, Avocats, Procureurs, etc., cela est assez naturel.
Car, 2
plus on veut simplifier une profession quelconque 2 et moins ceux qui l'exercent sont
considérables alors dans la société ; ou, pour
mieux dire, ils sont moins à portée d'abuser
* Il est bon d'opposer ce témoignage impartial d'un
étranger, admirateur du péuple anglais, aux éloges
outrés que nos écrivains Anglomanes ne cessent de
donner à la juftice Britannique.
L'Angleterre a quelque
avantage du côté des loix criminelles, pour la forme
des jugemens; mais son code eft d'ailleurs
et la rédaction des actes des Notzires et les barbare, loix des
procès civils y sont beaucoup plus vicieuses et
nuisibles au public 2 que dans le Continent. Nous plus
avons moins à faire qu'eux pour nous former un
code digne d'un siècle et d'un peuple éclairés. (Nota
du Traducteur.)
ftice Britannique.
L'Angleterre a quelque
avantage du côté des loix criminelles, pour la forme
des jugemens; mais son code eft d'ailleurs
et la rédaction des actes des Notzires et les barbare, loix des
procès civils y sont beaucoup plus vicieuses et
nuisibles au public 2 que dans le Continent. Nous plus
avons moins à faire qu'eux pour nous former un
code digne d'un siècle et d'un peuple éclairés. (Nota
du Traducteur.) --- Page 120 ---
de la confiance que le reste des hommes
donne à leur ministère.
Aussi, n'ai-je point d'espérance que jamais
aucun Prince, aucun Gouvernement, touché
des maux du peuple et disposé à se servir
des remedes que je propose, trouve des Conseillers qui secondent ses vues. Ces Conseillers doivent être choisis dans la classe des
de loi; et ceux-ci sont si dévoués à
gens leur métier, dont si longtems ils furent les
oracles, qu'ils feront une guerre obstinée 2
implacable, à toute nouveauté, qu'on voudra
introduire.
Oui! quand même il arriveroit qu'un Prince
eût pour ministre un Magistrat profond, sage,
vrai, désintéressé, passionné pour le bonheur
du peuple et pour la gloire de son maitre,
eit-il l'autorité d'un Visir de Turquie, il
n'oseroit prendre sur lui l'événement d'un
tel dessein ; sa bonne intention céderoit à la
de voir soulever contre lui l'opposition
peur
unanime du nombre immense des légistes 7
leur influence sur tous les autres ciqui par
semblent concentrer en eux-seuls
toyens 2
tonte la République.
Je me mets peu en peine, au reste, des
injures qui vont, ainsi que je l'ai dit, pleu- --- Page 121 ---
3A
-
voir sur mes remarques. La critique échouera
contr'elles. A ses traits quels qu'ils soient,
j'opposerai toujours, comme un égide impénétrable, le respect dà aux sources, oùt ces
remarques sont puisées 5 à la sagesse des
grands hommes qui me les ont fournies, et
à la majesté des exemples qui les confirment.
Après avoir parlé de la jurisprudence qui
regarde les choses 2 disons un mot de celle
qui a trait aux personnes.
Tous les délits des hommes peuvent se
réduire a trois chefs.
Les homicides, ou attentats sur lexistence
physique, c'est-à-dire, sur les personnes.
Les vols. 2 ou attentats sur l'existence sociale,
c'est-à-dire, sur la propriété.
Les injures, ou attentats sur l'existence morale, c'est-à-dire, sur l'honneur.
N. B. On fupprime ici.ces détails, pour
se borner à quelques mots sur le banissement,
sur l'aveu des coupables, et sur la question-)
Du Banissement. (Tome 2 page 224.)
Cette méthode insouciante d'exiler les coupables, me semble une des plus impies qu'un
Gouvernement puisse suivre.
'existence sociale,
c'est-à-dire, sur la propriété.
Les injures, ou attentats sur l'existence morale, c'est-à-dire, sur l'honneur.
N. B. On fupprime ici.ces détails, pour
se borner à quelques mots sur le banissement,
sur l'aveu des coupables, et sur la question-)
Du Banissement. (Tome 2 page 224.)
Cette méthode insouciante d'exiler les coupables, me semble une des plus impies qu'un
Gouvernement puisse suivre. --- Page 122 ---
Un voleur, par exemple, qu'on laisse ainsi
en liberté, ayant besoin de vivre, n'en a
d'autre moyen bien prompt que de recommencer ses vols. Assailli par la faim, le crime
lui devient une arme nécessaire pour se défendre de la mort. Ainsi donc un Gouvernement, qui bannit un tel criminel, semble
lui dire, en le chassant > Tu ne dois plus
> voler ici: vas dérober ailleurs. >
C'est faire exactement comme ce laboureur
qui trouvant dans son champ, des vipères
venimeuses, prenoit soin de les ramasser, les
mettoit dans un sac, et pour s'en delivrer,
alloit jetter ce sac dans le jardin de son
voisin. *
Delaveu et de la torture. (Ibid. page 225-)
Par la forme des jugemens, les voleurs et
les
* Jai proposé ailleurs de subsutuer aux supplices
actuellement en usage la transportation des sujets
condamnés, dans une partie d'Amérique non encore
établie par des Négres esclaves. Voyez les lettres à
M. le Président DUPATY, à la suite du diccours sur
le numéraire des Colones, dont il a été rendu compte
dans le supplément au Mercure de France, No. 31.
(Note du Traducteur.) --- Page 123 ---
a -
N
les homicides, trouvent en Italie une grande
protection dans leurs délits.
Généralement parlant, un homme ne peut
être condamné au dernier supplice, à moins
qu'il ne confesse, c'est-à-dire, à moins qu'il
n'avoue le fait dont il est accusé.
Lorsque le criminel s'obstine à ne pas convenir du crime, malgré les témoins et les
preuves qui l'en ont convaincu, les tribunaux
alors combattent avec ce coupable par le
moyen de la torture, laquelle est différente
dans les divers Gouvernemens.
Cette torture, qui doit être, suivant Pintention des juges, la mere de la vérité, conduit presque toujours à deux grandes erreurs,
l'une contraire à l'autre, mais toutes deux
également horribles.
Ou l'accusé, à qui l'on fait donner la question, est un homme ferme d'esprit et robuste
de corps 5 et soutenant, sans avouer, la dose
de tourmens que le Tribunal lui assigne ?
termine son procès comme s'il étoit innocent.
Ou l'infortuné patient, doué de peu de force
et de peu de courage, ne peut endurer ces
souffrances, et pour les éviter, se reconnort
coupable, quoiqu'il soit innocent.
Ce dilerme est si naturel, que je crois
nutile d'apporter des exemples de ce double
G
d'esprit et robuste
de corps 5 et soutenant, sans avouer, la dose
de tourmens que le Tribunal lui assigne ?
termine son procès comme s'il étoit innocent.
Ou l'infortuné patient, doué de peu de force
et de peu de courage, ne peut endurer ces
souffrances, et pour les éviter, se reconnort
coupable, quoiqu'il soit innocent.
Ce dilerme est si naturel, que je crois
nutile d'apporter des exemples de ce double
G --- Page 124 ---
danger. Ces exemples sont trop connus. Dans
tous les tribunaux, on a vu malheureusement
de ces fatales aventures, oût des innocens,
foibles
appliqués à la question préalable, trop
résister, ont cédé à Teffroi, à l'horpour des y
et se sont déclarés coureur
tourmens 2
ils n'avoient
pables de crimes, que pourtant
commis. Et quelque tems après que ces
pas
infortunés ont subi leur arrêt de mort,
hommes
la justice apprend sa méprise et retrouve les
vrais coupables.
L'usage de la question n'est pas connu
chcz les Anglois. *
*Jajoute à ce que ditlauteur surles! loix criminelles,
et digne d'ètre répétée.
une anecdore remarquable
>) Il est peu de pays en Europe oà l'on employe
de formalités
Venise. Voici pourquoi.
>> plus
qu'à
fut trouvé dans
) Il arriva autrefois qu'un Boulanger
ville
d'un homme qui avoit été poi-
> cette
près étoit resté dans le corps mort.
> gnardé. Le couteau
Le Boulanger avoit dans sa poche une gaine qui
>
Il fut arrêté
> sembloit être faite pour ce couteau.
le
condamné et pendu. Peu de tems
> sur champ,
Cet événement
> après, on découvrit son innocence.
lieu à une coutume qui 2 duré pendant
> donna
auroit dû conserver.
> plusieurs siècles, et qu'on
les
étoient sur le point de prononcer
>) Lorsque juges
leur crioit:
> un arrêt de mort, un Officier
Ricordatevi del povero Fornaro!
it être faite pour ce couteau.
le
condamné et pendu. Peu de tems
> sur champ,
Cet événement
> après, on découvrit son innocence.
lieu à une coutume qui 2 duré pendant
> donna
auroit dû conserver.
> plusieurs siècles, et qu'on
les
étoient sur le point de prononcer
>) Lorsque juges
leur crioit:
> un arrêt de mort, un Officier
Ricordatevi del povero Fornaro! --- Page 125 ---
du pauvre Boulanger ). Depuis
(Souvenez-vous
très-dificiles sur le choix
certe époque, les juges sont
à la
doivent conduire quelqu'un
des preuves qui
formalités employées
mort. De-là, dit-on, les longues
Cours de PEudans les procès criminels (Etat des
rope pour 184, page 277).
morceau remarCette anecdote me rappelle un
mieux déd'un écrivain Français, qui nous a
quable
T'ordre judiciaire
veloppé qu'aucun autre avant lui,
que lon suit à Venise.
dans la vie de M. Grosley,
Je retrouve, en effet,
mcilleures idées
(page 323) un résultat précis des
étoit
modernes sur nos loix criminelles. M. Grosley de
un Avocat instruit, juge de plusieurs seigneuries,
homme de lettres, qui avoit voyagé, observé,
plus,
toute sa vie. Voici donc ce qu'il
comparé et réfléchi
et
donne comme un avis, fondé sur son expérience
déja énoncé par lui dans un de ses ouvrages.
criminelle (dont j'ai dit ce que
> Notre procédure
d'Italie, article de
> je pensois dans mon voyage
toujours
> Venise) est un instrument tres-dangereux,
contre Taccusé, et formé de ces captions que
>> tourné
à la forme de procéder des inqui-
> l'on reproche
> siteurs. Par exemple: :
dans
Le serment
l'on prend de Faccusé,
> o,
lon que fait avec lui. Dans la bouche
> tous les actes que
des scélérats, ce serment est illusoire et même
> dérisoire. De la part d'un homme qui croiroit devoir
>
> y déférer, il est contraire aux premiers principes
> du droit naturel.
communica-
> 20. Le défaut de défenseur et de
2 tion de toute la procédure.
> siteurs. Par exemple: :
dans
Le serment
l'on prend de Faccusé,
> o,
lon que fait avec lui. Dans la bouche
> tous les actes que
des scélérats, ce serment est illusoire et même
> dérisoire. De la part d'un homme qui croiroit devoir
>
> y déférer, il est contraire aux premiers principes
> du droit naturel.
communica-
> 20. Le défaut de défenseur et de
2 tion de toute la procédure. --- Page 126 ---
14-217
IOD
> 3°. La récusation de tout fait justificarif, avant
> l'entiere instruction de la procédure à charge.
> 49 Les procès-verbaux sur le délit et sur le corps
> de délit, toujours faits sans le concours de l'accusé.
> 5° La tournure de tous les actes, dont le juge
> est toujours le maitre absolu.
55 De tout cela, et des procédures criminelles que
> j'ai instruites moi-même, j'ai conclu que tout git
> dans la probité et dans l'impartialité du juge, qui
>) a condamné ou absous le plus souvent avant l'ins-
>> truction. Cètte instruction lui donne rarement de
> nouvelles lumieres, et, entre les mains d'un juge
> inique ou prévenu , elle ne sert souvent qu'à faire
D périr en règle l'accusé le moins coupable. (
Ce n'est point là le verbiage 2 la déclamation >
l'exagération de ceux qui veulent prononcer sur la
jurisprudence, sans en avoir la moindre idée, ou
d'après une théorie trop superficielle. C'est l'aveu
raisonné d'un juge, et d'un juge éclairé par une assez
longue pratique. (Note du Traducteur).
N. B. On devoit placer a la suite de cet exirait Italien ,
'e plan de 1'histo:: e critique d.c cél:bres 1'girlateurs, Magistrats et Jurisconsultes, cvec Pidle de leurs ouvreges. Mais
cc plan, trop considireble pour ertrer dans cette brochure, formeroit un ouvrage à part, qui serviroit de suppliment d la rartie
juridique de L'Encyclopldic par ordre de matieres. Et l'Auteur se propose de le pubtier in-quarto, s'it en a le loisir &
si l'infortune marguée, dont il est la victime, lui laisse le
courage de revenir sur ses écrits. --- Page 127 --- --- Page 128 --- --- Page 129 ---
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