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LES
D ÉPUTÉS
DE LA PROVINCE DU NORD
DE SAINT-DOMINGUE,
A
MESSIEURS LES CITOYENS
DES DISTRICTS DU POrT - AU - PRINCE.
MESSIEURS, CHERS FRÈRES ET AMs,
Vorr fituation critique a vivement affecté les Membres de
la Députation de la Province du Nord, elle s'eft appliquée
férieufement à rechercher la fource de vos maux pour en découvrir le remède. Elle croit avoir réuffi. Amis, écoutez - nous
avec un defir aufli fincère & recouvrer la paix, que nous avons
de contribuer à vous la rendre.
Vos principaux griefs font renfermés dans ce petit nombre
d'objections que nous avons recueillies, tant au milieu de vos
Affemblées, que de la bouche de VOs principaux Membres.
Pourquoi M. le Général fa déclare - t-il contre nous ? Pourquoi
nous fait-il la guerre ? Pourquoi une partie de nos Concitoyens
aux
nous accabler ? Voici, Mellieurs
&
joint-ille
Troupes pour
ix, que nous avons
de contribuer à vous la rendre.
Vos principaux griefs font renfermés dans ce petit nombre
d'objections que nous avons recueillies, tant au milieu de vos
Affemblées, que de la bouche de VOs principaux Membres.
Pourquoi M. le Général fa déclare - t-il contre nous ? Pourquoi
nous fait-il la guerre ? Pourquoi une partie de nos Concitoyens
aux
nous accabler ? Voici, Mellieurs
&
joint-ille
Troupes pour --- Page 2 --- chers Frères, la folution de ce grand & terrible différend
n'exifervit pas fi vous l'aviez bien connu. Vous juriez de toutes qui
vos forces & ce:tainement de tous vos coeurs, que vous vouliez
refier fidelles à la Nation, à la Loi & au Roi; mais en méme
temps vous étiez fidelles & attachés aux opérations de l'Affemblée
coloniale & de votre Comité, ennemis déclarés de la
de la Loi & du Roi. Vous paroiffez douter encore Nation, de cette
fatale vérité, parcequ'on vous a caché ou fallifié les Décrets de
cette Aflemblée féditieafe. Vous demandez que l'on vous prouve
fes entreprifes téméraires; mais 2 Meflieurs, il faudroit vous
retracer, s prefque fans excepticn, tous fes travaux, un feul de
fes principes vous les peindra tcus. Peifonne de vous nignore
ni ne contefte, fans doute, cette bafe de la Conftitution
s'eft faite le 28 Mai, par laquelle elle fe déclare
qu'elle
voilà fon
LÉGISLATIVE;
principe fondamenral, & c'eft C2
nous
avons en horreu:. Tout ce qu'elle a fait depuis principe a été & que devoit
être conféquent à cette déclaration : voilà ce que nous voulons
punir,
Vous avez encore demandé, Meffieurs, quel droit la Province
du Nord avoit de diffoudre, par la force, l'Affemblée coloniale,
fans la participation des autres Provinces, nous vous répondons
que nous les y avons invitées, mais que fi elles ne veulent pas y
concourir, nous y travaillerons feulse, par le droit inconteftable
que chacun a de pourfirivre la deftruction de quiconque médite la
lienne, & qu: pour nous > defrutton ou efclavage font une même
chote ; nous y fommes encore déterminé par la néceffité de
venir l'ennemi publc avant quil ait acquis affez de forces pré- par
lintrigue & la fduction, pour nous affervir à fon pouvoir
Enfin
defpotique.
par la certitude d'être approuvés de la Nation Françoife notre Mère commune 2 dont nous foutenons les droits
outrages par cette criminelle coalition- Eh ! Pouvez-vous croire,
Mefieurs, que les Habitans d'une Province entière fuffent aflez
fous pour fe difputer l'honneur de coopérer à cette grande entreprife, au péril de leurs vies, fi le danger de Tafferviffement ne
leur paroiffoit pas inévitable.
Voilà, Meflieurs & chers Amis, des idées nouvelles fans doute
pour vous ; vos guides font bien coupables de vous les avoir laiflé
ignorer, 2 puifque c'eft de-là que viennent tous vos maux; en effet,
ans d'une Province entière fuffent aflez
fous pour fe difputer l'honneur de coopérer à cette grande entreprife, au péril de leurs vies, fi le danger de Tafferviffement ne
leur paroiffoit pas inévitable.
Voilà, Meflieurs & chers Amis, des idées nouvelles fans doute
pour vous ; vos guides font bien coupables de vous les avoir laiflé
ignorer, 2 puifque c'eft de-là que viennent tous vos maux; en effet, --- Page 3 ---
n'eft-il pas affreux
vous & voir une partie de vos Concia
2 mieux RER.BOTE de la V vérité, obligés de fe féparer de
2T la Loi Françoife à la main, fommer M. le Général de vous, leur
prétr l'appui du pouvoir exécutif pour le maintien de cette Loi,
& par une conféquence nécefTaire contre votre Comité antiNational, contre vous : mémes infortunés Citoyens, aflez abufés
pour vouloir le maintenir. Oh ! Combien cet aveugle attachement
vous a été funefle ! Combien il doit en CO ûter à vos coeurs,
bons François fans doute 9 que ce foit comme ennemis de la
Nation Françoife, qu'on ait pu vous pourfitivre! Quelle haine
ne devez-vous pas concevoir contre une Aflemblée qui vous
cure de fi grands maux & un fi douloureux affront ! Enfin quels proregrets feront les vôtres lorfque vous concevrez que bien loin d'être
oppr més, comme vous croyez l'être par les aétes rigourcux de
M. le Gouverneur général, vous auiez joui de tout
de
Thonneur,
toute la dignité qui appartient à un Peuple fage, fi vous aviez 2
été affez bien confeillés pour vous couvrir de F'Erendard national,
en abjurant la criminel'e affociation de Saint-Marc ! Alors votre
caraéère François n'étant plus équivoque quiconque auroit
déployé contre vous des forces Miltaires, ie feroit rendu coupable du crime de lèfe-Nation.
Mais, Meflieurs, tout n'eft pas défefpéré, hâtez-vous de faire
votre profeffion de foi , & vous rentrez auffitôt dans tous vos
droits. Ne vous y trompez - pas cependant, ce ne font plus ces
paroles de fidélit à la Nations la Loi 6 au Roi, que PAffemblée de Saint - Marc a fu rendre vaines à force de les profaner,
qui peuvent attefter déformais votre croyance : fi vous ne reconnoiflez pas la forfaiture de l'Affemblée de Saint.Marc, vous
prouvez, fi vous l'approuvez 2 vous n'êtes plus François.
vouez-là
ibatc
hautement, vous reprenez votre caradtère, vous recouVvrez le caime & la paix.
Voilà Meffieurs, chers Frères & Amis, le point fondamental
où voys devez vous rallier. N'allez point vous égarer dans ces idées
ennemies de votre repos & de votre bonheur ; ces idées de haine
ou de crainte que vous infpirent les noms de
de
Poufs , de Pempons, & autres chofes femblables. Corporations
cette première condition, néceffaire à votre bonheur autant Rempliffez
votre fuarcté, rempliffez-là fincèrement & de bonne foi, & nous qu'à
fondamental
où voys devez vous rallier. N'allez point vous égarer dans ces idées
ennemies de votre repos & de votre bonheur ; ces idées de haine
ou de crainte que vous infpirent les noms de
de
Poufs , de Pempons, & autres chofes femblables. Corporations
cette première condition, néceffaire à votre bonheur autant Rempliffez
votre fuarcté, rempliffez-là fincèrement & de bonne foi, & nous qu'à --- Page 4 ---
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ofons vous promettre que tous les fujets de mécontentement, quels
qu'.ls foient, difparoitront à l'inftant. Nous allons plus loin &,
fi, vous étiez trompés dans votre attente 3 lorfque vous vous
ferez revêtus de tous ies cara@tères nationaux & pacifiques des
bons Citoyens 2 interpellez notre Députation, quelque part qu'elle
fe trouve, elle fera, ainfi que la Province que nous repréfentons,
votre confeil & votre appui.
Quelle fatisfaction pour nous, Melieurs, pour notre Province
& pour vOs généreux Voifins, les Députés de la Croix-desfi nos efforts communs pouvoient vous rendre la
Ev paix & bonheur dont nous ne jouiffons nous-même que par
les principes que nous vous propofons d'adopter.
Nous avons l'honneur d'être avec un fraternel & fincère
attachement,
MESSIEURS ET AMIS,
Vos très-humbles & trèsobéiffans ferviteurs,
Les Députés de la Province du Nord.
Signé, Bouvssov, GAUVAIN, COUET DE MONTARAND
& CHESNEAU DE LA MÉGRIÈRE, Commiffaires de l'Affemblée
provinciale ? DE LA CORÉE pour le Corps des Grenadiers 2
FADEVILLE, pour le Corps des Dragons 9 BRARD 2 pour le
premier Bataillon, PAILLIEUX, pour le deuxième Bataillon,
DE LA CHAISE. pour le Corps des Volontaires, HARDIVILLIER,
pour le Corps des Mulâtres, DE PONT-LEVOYE, pour le Corps
des Nègres libres; CAR, pour les Commiffaires de Rade.
.
Au Port-au-Prince, de PImprimerie de Mozard. 1790.