--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
ev le Nree,
- VHtLL EE --- Page 6 --- --- Page 7 ---
LA M U. LATRE
COMME IL Y A
BEAUCOUP DE BLANCHES.
T 0 M E P R E M I E R. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
- PJCE --- Page 10 ---
X
*
-
(
E
déirire mutloment ct ne lui
Ne se lase til done point cachelcis sur' ma lable.
dis lapasyne Jos loltns notent --- Page 11 ---
LA M IULATRE
COI M M E IL Y A
BEAUCOUP DE BLANCHES.
OUVRACE pouvant faire suite au Nègre
comme il y a peu de Blancs.
TOM E PREI MIE R.
APARIS,
Chez MARCHAND, Libraire, Palais du
Tribunat, galeric de bois 7 près le passage
Valois, n8, 188.
Et au passage Feydeau, no, 24.
AN XI, -1803. --- Page 12 ---
- --- Page 13 ---
LA MT U LATRE 1 2e
COM M E IL Y A
BEAUCOUP DE BLANCHES.
PREMIÈRE LETTRE.
De Silvain à Mimi, du 18 mars 1773.
Vous les avez détournés, belle Mimi ,
ces yeux séducteurs, et je ne les ai plus
rencontré le reste de la soirée ; mais il n'en
était plus temps 2 tout le mal était fait ; ce
n'était qu'arracher le trait après qu'il avait
blessé, écarter l'étincelle après l'incendie.
Mais pourquoi vouloir arréter lecours d'une
si douce impression ? que ne peut-elle être
mutuelle ! Que la nature serait bienfaisante !
que vous la chéririez, si elle avait semé dans
votre coeur ce germe enchanteur de bonheur
et de félicité ! Mais elle n'a fait cetté faveur
qu'au mien', 3 vous ne m'eussiez pas privé
Tome I.
A --- Page 14 ---
Cette idée me pénètre de
de vos regards.
ne
la plus vive affliction ; carje sens qu'il
de vivre, ou tout au
me sera plus possible
vous voir
moins de vivre heureux, sans
les tendres sentiments que vous
partager
ce jour je
m'avez inspirés, et que jusqu'à
méconnaissais. Mais si le véritable amour,
fidélité, et tous les soins qu'ils
la constante
à
être de quelque prix
entrainent, peuvent
sûr de vous voir un
vos yeux , ne suis-je pas retour ? Que ne
jour me payer d'un parcil d'avance à cette
m'est-il permis de me livrer
douce espérance !
LETTRE II
Du même à la méme, du 27 mars 2 1767.
Vous n'avez donc pas daigné, , Mimi s
à ma lettre ! Quie dois-je penser
répondre silence! Pouvez-vous être insende ce cruel
m'avez inssible aux sentiments que vous
? Ah, si vous les connaissiez , que
pirés
Qu'ils sont diffévous en seriez touchée!
ressenti jusqu'à ce
rents de tout ce que j'ai
-il permis de me livrer
douce espérance !
LETTRE II
Du même à la méme, du 27 mars 2 1767.
Vous n'avez donc pas daigné, , Mimi s
à ma lettre ! Quie dois-je penser
répondre silence! Pouvez-vous être insende ce cruel
m'avez inssible aux sentiments que vous
? Ah, si vous les connaissiez , que
pirés
Qu'ils sont diffévous en seriez touchée!
ressenti jusqu'à ce
rents de tout ce que j'ai --- Page 15 ---
! moins fougueux, ils sont plus
moment
lascifs, ils sont plus doux et
vifs; moins
tendres moins emportés, ils sont plus
plus
;
continus 3 moins violents ,
stables et plus
délicieux : en
ils sont plus agréables et plus
avez totalement changé ma
un mot, vous
manière d'être et de sentir.
Ce que je voyais, ce que j'entendais
lisais de,l'amour 2 ce
conter 2 ce que je
m'avertisje sentais moi-méme 2 tout
que
je ne pouvais connaitre
sait en secret que
un oble vrai bonheur, qu'en rencontrant
de mes soins et de mon attachejet digne
creusent dans
Semblable à ceux qui
ment.
découvrir
tous les endroits de la terre, pour
renferment dans
lesi mines précieuses qu'elles
indifson sein, 2 j'ai adressé mon hommage
féremment à tous les objets agréables 2 qui
offerts à mes
mais je ne tardais
se sont
yeux; charmes seuls
pas à m'appercevoir que les
de la beauté et du printemps de l'âge ne
long-temps captiver un cceur
peuvent pour véritable amour. Les sens une
fait pour le
fois satisfaits, il ne resteplus rien qui puisse
alimenter le sentiment, et cimenter cette --- Page 16 ---
la satiété amène le déunion mal assortie 5
la nécessité dec changer.
goit ; et le dégoit
inconstance
cette
Jen'avais garded'ausibuer vient de me faire
à la cause que la réflexion
sens acà l'examen de ce que je
discerner 2
je sentais avant
tuellement, comparé à ce que
et j'étais parvenu à mettre
de vous connaitre;
les amours
nombre des fables poétiques
au
de M. de la Bédoyète. Je
de Pétrarque et
j'aimais autant
de bonne foi , que
pensais
et
mon caracpouvait le faire, 2
que
qu'on
hommes,
semblable au restedes
tère volage, >
orn'avait fait que me porter au changement
dinaire à tous les autres.
l'instant que je vous ai vue 9
Mais depuis
ne
a éclairé mon ame, je
cet instant qui
ne lui connus
reconnais plus mon ceeur : je
de ce quis'ypasse
jamais rien qui approchât
la
Je n'en eus même jamais
actuellement.
m'avez converti, ou
moindre idée ; vous
m'avez ramené à moi-même.
plutôt, vous
feu la beauté et la jeuJe desirais avec
souffrais
avec patience, je
nesse ; j'attendais
oubliais l'objet sans
habitude, et j'en
par
Si je rencontrais une
m'en appercevoir.
mon ceeur : je
de ce quis'ypasse
jamais rien qui approchât
la
Je n'en eus même jamais
actuellement.
m'avez converti, ou
moindre idée ; vous
m'avez ramené à moi-même.
plutôt, vous
feu la beauté et la jeuJe desirais avec
souffrais
avec patience, je
nesse ; j'attendais
oubliais l'objet sans
habitude, et j'en
par
Si je rencontrais une
m'en appercevoir. --- Page 17 ---
cruelle, je me tournais ailleurs 9 et peu
m'importait du personnage, pourvu que je
Ce n'était là sans doute que
me satisfisse.
les effets des feux passagers de l'âge, ces
qui, dans la véritable
ressorts voluptueux,
font le charme et la félicité de la
tendresse,
vie; mais qui, , mûs par le seul instinct des
sens 2 n'en sont que les destructeurs.
Quelle différence entre ces desirs vagues ;
inccrtains, momentanés dela première jeunesse
n'a pas encore rencontré
2 lorsqu'elle
l'objet qui doit décider de son sort, et ces
tendres, ces délicieux sentimens quiremplissent toutes les facultés de mon ame depuis
trois mois que je vous rençontrai au Bac! !
ne m'est -il possible de vous en faire la
Que
peinture ! Mais combien mes expressions
au-dessous de mon amour ! Je vous
sont
aime au point que ce n'est qu'en tremblant
quej'ose vous offrir un coeur qui pàt, en
se
aussi légérement.
apparence >
prodiguer
Cette idée, toute accablante, toute désespérante qu'elle me soit, . m'a portéà tout tenter
vaincre le penchant irrésistible qui
pour
malgré moi m'entraine toujours vers vous, --- Page 18 ---
Votre
silence à ma
même fait prendre première lettre
à
la
m'avait
vous : Mais avoir résolution de
yeux,
un ceur
renoncer
vous voir, vous
sensible, s des
nuitre sans vous
entendre, 2 vous conconstance; ; serait aimer, et vous aimer sans
voir un homme de encore plus inoui gue de
et la stupidité.
bon soût aimer la laideur
source que dela I'amour, qui ne prend sa
charmes
beauté, disparalt
quile firent
avec les
unit comme
naitre: mais
vous les
quand on
et de la taille
avantages de la
, à tous ceux des
figure
graces, et ceux bien plus
talents, des
de
l'esprit et du cuur, estimnmbles encore,
subjnguer, de fixer
n'ost-on pas sûr de
Mais tout est sans linconstance doute
même ?
d'amants se servent des contre moi, Tant
qu'il semble
mêmes
que ce ne soit
rexpresions,
langage de la routine,
plus qu'un vain
cceur que de la seule quid dépend moins du
s'allirme comme la imagination : la fausseté
manquerez
vérité mêfne.
de m'en
pas de faire cette
Vous ne
faire
remarque s et
pensée achéve Tapplication de
peut-etre;
va donc plus
me désespérer. Ma cette
étre qu'un tissu de
vie ne
peine et de
mêmes
que ce ne soit
rexpresions,
langage de la routine,
plus qu'un vain
cceur que de la seule quid dépend moins du
s'allirme comme la imagination : la fausseté
manquerez
vérité mêfne.
de m'en
pas de faire cette
Vous ne
faire
remarque s et
pensée achéve Tapplication de
peut-etre;
va donc plus
me désespérer. Ma cette
étre qu'un tissu de
vie ne
peine et de --- Page 19 ---
tristesse ! mais s'il est possible de me mettre
à quelque épreuve, Mimi, ne rejettez point
tout au monde
l'offre de mon coeur, employez
pour connaitre les sentiments de Sylyain.
LETTRE III
De. Mimi à Sylvain, 28 Mars 1767.
JAr reçu, monsieur, les deux lettres dont.
vous m'avez honorée. Je vous avoue qu'il ne
faut rien moins que votre signature pour me
persuader qu'elles sont de votre part, qu'elles
sont de M - e
au style, au langage 2 je
voisbien qu'elles sontl'ouvrage d'un homme
d'esprit ; mais la réputation d'homme vertaeux, d'homme délicat dont vous jouissez, 9
ne me permet pas de croire que votre coeur
y ait eu la moindre part; je croirais vous
faire injure. A tout autre égard qu'au vôtre,
monsieur > je n'aurais pas cru devoir une
réponse à des lettres qui, loin d'opérer l'effet
que vous en attendiez, blessent tous mes
sentiments, m'oflansentjasqu'at vif.
Quoi? le misérable préjugé contre ma
couleur autorise-t-il donc à penser que je --- Page 20 ---
puisse étre sans vertu ? Si une opinion reçue
ces lieux m'avilit à vos yeux, dois-je la
en
une conduite que vous méprisejustifier par
? Que dis -je? ne
riez dans vOS semblables
vôtre ?
suis-je pas sortie d'un sang pareil au
à la fierté de
Ah ! je ne le sens que trop
à Tindignation de mon ame :
mon cceur,
m'ait donné le jour, je n'en
qu'une négresse
la cause ; mais au moins
puis étre nullement
étes-vous le. maitre du sentiment que vous
dites queje vous ai inspiré. Cessez donc',
monsieur, , cessez de m'avilir par une espéd'un homme de bien ; cessez
rance indigne
de me molester par des démarches qui ne
très-peu de temps trouver quelpeuvent que
fait ordinaiexcuse dans le cas quel'on
que
des mulâtresses en ce pays. Persister
rement
vos torts
plus long-temps ne feraitqu'agraver
me faire sortir de mes principes. Car 9
sans monsieur si vous voulez me séduire parce
,
suis sans sentimens,
que vous supposez queje
c'est manquer à ceux qu'un homme de votre
sorte doit se faire une gloire d'avoir: si au
honcontraire vous me supposez quelque
essentiellement
neur 2 c'est manquer plus
au vôtre.
que
des mulâtresses en ce pays. Persister
rement
vos torts
plus long-temps ne feraitqu'agraver
me faire sortir de mes principes. Car 9
sans monsieur si vous voulez me séduire parce
,
suis sans sentimens,
que vous supposez queje
c'est manquer à ceux qu'un homme de votre
sorte doit se faire une gloire d'avoir: si au
honcontraire vous me supposez quelque
essentiellement
neur 2 c'est manquer plus
au vôtre. --- Page 21 ---
Votre silence 2 ou une seconde tentative - 9
donc dans quels
de votre part, m'apprendra
sentiments , et de quelle manière je dois
être, etc.
LETTRE I V.
De Sylvain à Mimi, 29 Mars 1667:
Vors-ewatidiebrkim, pourl'éteindre;
vous y avez jetté de l'huile. Chaque mot de
lettre m'enflamme d'un nouveau feu, ;
votre
m'inspire un nouveau sentiment. Mais que
mouvements
cette passion estaccompagnéede
divers qui me déchirent tour-à-tour l'ame !
non 5 un criminel qui avait quelques espérance n'apprend pas avec plus de douleur 9
plus de tourments, plus de regret l'arrêt de
en lisant cette fasa mort; 2 quej'en éprouve
tale lettre. Un homme quientend sa dernière
sentence 3 sait que tous ses maux vont finir
dans l'instant ; mais moi, au contraire, ma
condamnation: même emedécouvre une infinité
desouffrances et desupplices auxquelsje I vais
être désormais livré. Je les sens descendreen
foule dans mon coeur 2 en disputer la pos- --- Page 22 ---
adorée de l'objet qui les
session à l'image
cause:
qui. me préparait un si
Or maudit passé
affreux avenir en écartant du présent, même
! 6 feux criminels que mon'
les vrais plaisirs
d'emsemblait rechercher avec tant
cceur
desirant davantage de s'en
pressement, en
déteste ! que votre
dégager ! que je vous
coûtez
souvenir m'est amer ! que vous me
me préparez -vous
cher ! et quel'avenir
déjà
encore !
:
Mimi ! vous attribuez au' - mépris
Quoi,
de tout ce qu'il y a de plus
l'inspiration de
estimable en vous !
respectable et
plus
amouraussi pur, aussi
Vous aimerais-je'd'un
si vousler méritiez moins ? Hélas!
impérieux, arracher le trait, vous l'avez enen voulant
Votre.
foncé plus avant, et il s'y est rompu.
votre délicatesse. , T'élévation, la nostyle,
tout en vous augblesse de vos sentiments,
mes feux et mes transports. Je sens
mente
me dit que vous êtes l'objet
mon coeur qui
fairelebonheur de mes
qui seul peut et doit
vous êtes également faite pour
jours ; que
mes soins, à un
vous livrer à mes youx,
impérieux, arracher le trait, vous l'avez enen voulant
Votre.
foncé plus avant, et il s'y est rompu.
votre délicatesse. , T'élévation, la nostyle,
tout en vous augblesse de vos sentiments,
mes feux et mes transports. Je sens
mente
me dit que vous êtes l'objet
mon coeur qui
fairelebonheur de mes
qui seul peut et doit
vous êtes également faite pour
jours ; que
mes soins, à un
vous livrer à mes youx, --- Page 23 ---
consacrera tous les instans
tendre amant qui
à combler la vôtre de tout le bonde sa vie
heur et la félicité dont peut étre susceptible
la nature humaine.
et
Ah ! bien loin d'abuser de votre état,
le ciel
de vous croire sans vertu, je prends
vous respecte et vous reà témoin que je
filledu monde.
connaispourla plusestimable
vous aimeraisS'il en était différemment,
même
fais? vous écrirais - je
je comme je
aussi arcette troisième lettre ? desirerais-je
de votre coeur ? et
demment la possession
le
dites - vous 7 condamner
j'en pourrais J
fortuné dans mes sembladon précieux- : et
la
bles ! laissons à part des préjugés que
condamne et que la raison ridicujustice
espèce de Glle au monde pourlise ; quelle
à l'amour
rait être blâmable de répondre
d'un véritable amant qui ne vivrait que pour
elle-méme elle est digne de
l'aimer ,si par
sentiment suprème ? et qu'est aux yeux
ce
qui couvre
de la saine raison, T'enveloppe
l'ame la plus vertueuse et la plus distinguée
jamais ait élé? non seulement l'épiderqui
fait
la règle des senme de la peau ne
pas --- Page 24 ---
du cceur et de l'esprit, mais encore
timents
-il de distance entre les
l'amour connait
il lui plait des
ceurs ! n'unit-il pas quand
à des
rois à des bergers, et des hergers
donc mes démarches
princesses ? en quoi
ne
vous avilir ? si Thymen
penvent-elles
l'union de nos ames 3 la
peut consommer
? qu'est-ce que
nature ne lui suffit-elle pas
sinon une loi civile instituée par
le mariage,
descendants le
les hommes pour assurer aux
ascendants ? Lc véritable hymen;
bien des
mutuel de deux coeurs
c'est T'engagement
Il en est dans
s'aiment parfaitement,
qui
dans toutes les espètoutes les conditions 2
détromles hommes
ces. Croyez qu'lunjour
de leur orgueil,
reviendront des erreurs
pés
entre eux ces puériles distincet bannissant
si souvent de se
tions qui leur défendent
à des
à leur bonheur A 7 et les lient
livrer
les rendent malheureux
convenances qui feront de plus sages lois ;
toute la yie, ils
de
abandonneront les fausses jouissances 1
ils
goiter sans conleur folle imagination, pour
Ne
les délices de la pure nature.
trainte
suil'esclave des préjugés,
soyez donc plus
vez
ces puériles distincet bannissant
si souvent de se
tions qui leur défendent
à des
à leur bonheur A 7 et les lient
livrer
les rendent malheureux
convenances qui feront de plus sages lois ;
toute la yie, ils
de
abandonneront les fausses jouissances 1
ils
goiter sans conleur folle imagination, pour
Ne
les délices de la pure nature.
trainte
suil'esclave des préjugés,
soyez donc plus
vez --- Page 25 ---
vez l'impulfion de votre ame ; c'eft la meilleure, c'eft celle de la nature 3 c'eft celle
qui vous conduira au vrai bonheur, ce but
de l'être penfant & fenfible. Ne rejettez
plus l'offre d'un caeur vraiment amoureux,
Ah ! fi cette offre vous offenfe, 3 combien
ne fuis-je pas criminel envers vous ?
LETTRE V.
Du même à la même. 16 Avil 17734
L A -2 trifteffe m'abforbe ,la douleur
me
confume, mon ame eft noyée dans l'amertume > l'inquiétude m'agite fans ceffè, un
dégoûr univerfel pour tout ce qui n'a pas
rapport à vous, l'ennui pour tous les lieux
où vous n'ètes pas > votre image enchantereffe qui toujours s'offre à mes
vive impatience de voir écouler yeux les 9 une
du jour & de la nuit,
heures
d'une
qui me paraiffent
longueur extrême, tout femble conf
pirer à ma mort, que la feule incertitude
femble retarder que pour la rendre
ne
plus cruelle,
ençore
J'avais toujours penfé > en lifant la
ture des peines de
peinTamour, qu'elles ne tC
Tome Ie,
B --- Page 26 ---
dans les romans & qu'elles
trouvaient que
: mais que la le
h'étaient qtiamnaginaise m'eft dure 1 helas ! eft-il
çon du contraire
que je ne retrouve
une (eule de ces peines fond de mon ame !
mille fois plus aigués au eft devoré de la foif
femblable à Tantale qui vois à une lieue de
milieu des eaux, je
me
au
divin, Tunique objet qui puille la vie , &
moi le
les félicités de
combler de toutes
P
je ne puis le pofleder:
véria qui
fans toucher
plendinrgnsee
Hyen
jamais un coeur
que
table n'infpire
qu'en même temps
l'autre de retour ; forme des veux : il y
Tun foupire 2 l'autre
exprelle pour moi? la
a donc une exception Mimi néprouve pas fuis
car d'ou vient que
dont je
chofe des traniports l'aveu même
moindre elle ? d'ou vient que
ne peut
agité pour fentiments s hon-feolement contre
de mes
mais encorelinite
toucher fon coeur,
Mimi, que femnblamoi? mais Rexfeswos.
l'amour
& aux
eonvenanoes. reffente
ble à l'intérèt croyez-vOus qu'on eft def
peur fe tromper? pallion pour celle voit qui l'intérêt
une véritable autre ? non, , Yon celui pour
tinée à un amante des bras de
le
arracher une
née > mais
elle étoit peut-etre
lequel
mes
mais encorelinite
toucher fon coeur,
Mimi, que femnblamoi? mais Rexfeswos.
l'amour
& aux
eonvenanoes. reffente
ble à l'intérèt croyez-vOus qu'on eft def
peur fe tromper? pallion pour celle voit qui l'intérêt
une véritable autre ? non, , Yon celui pour
tinée à un amante des bras de
le
arracher une
née > mais
elle étoit peut-etre
lequel --- Page 27 ---
bonheur juftifia-t-il jamais ces cruels échanges? & n'eft-ce pas là la véritable fource de
ces unions malheureufes dont la fociété
eft remplie ?
Hélas ! ne parlé-je pas contre moi-même
N'avez-vous pas aimé avant de me connaitre, & eft-ce vous qui devez vous rendre
àmes voeux ou moi qui dois refpecter votre
choix? eft-il déjà fait? peur-il n'être pas faite
non , mon coeur me dit le contraire : nul
autre que moi n'a pu encore le toucher
où mon amour m'égare ! vous êtes fi aimable, qui aura pu vous voir fans vous aimera
Ah ! mon fort, je le vois bien, eft de gémir toute ma vie 3 de regreter érernellement la perte d'une perfonne accomplie en
tout point. Mais fi vous pouviez connaitre
la fituation de ce coeur qui vous adore, &
que le vôtre ne foit pas déja décidé pour
un, autre; fi vous pouviez voir les difpofitions de mon ame pour vous 9 pourriez-vous
être indifférente au bonheur d'ètre la plus
aimée & la plus heureufe de toutes les femmes ? Mille autres fans doute vous aimeront,
nul ne peut fe défendre du pouvoir de vos
charmes 5 mais en eft-il un feul qui faura
vous aimer autant que moi? non, Mimi, 2
B. 2 --- Page 28 ---
toute charmante, , toute
ne le croyez pas > foyez. Je fens quej'érais
adorable quervous uni à votre fort; je vous aime
fait pour être existence même 5 la vie ne
plus que mon rien fans l'efpoir de vous toume feroit plus Dieu! fi le deftin en avait
cher un jour.
à votre égard pour moi !
ordonné de mème
LETTRE VI
Du mème, Ier Mars 1773l'indifférence font donc
LA froideur &
à T'amour le plus
tout ce que vous oppolez
! & fans daitendre & le plus Falfionné toute votre réponfe
gner lire mes lettres, autres far la table. 59
eft: D mets-les avec les n'êtes point obligée
Je fens bien que vous coeur ne vous dit
d'aimer tel pour qui votre
vous ne lignorez pas,
rien ; mais 2 Mimi, d'égard & d'honnêteré qui
ily a des ufages loix, & qu'on ne peut enfteinfonrpalles en
dans la fociété, C'eft bien
'dre ouvertément tendre amant, mais accordezpeu pour un
foible confolation : dailui au moins cette
civilité, peurgnez lire mes lettres par pure s'en mèlera : qui"
être gu'a la fn la pitié
qui votre
vous ne lignorez pas,
rien ; mais 2 Mimi, d'égard & d'honnêteré qui
ily a des ufages loix, & qu'on ne peut enfteinfonrpalles en
dans la fociété, C'eft bien
'dre ouvertément tendre amant, mais accordezpeu pour un
foible confolation : dailui au moins cette
civilité, peurgnez lire mes lettres par pure s'en mèlera : qui"
être gu'a la fn la pitié --- Page 29 ---
fait jufqu'ot ce fentiment peut conduire
une belle ame comme la vôtre : On commence par plaindre un malheureux amant
T'habitude de le plaindre peut le
s
un peu. plus d'intérêt
fon changer en
quelquefois
pour
fort, &j'ai
nuait aufli bien remarqué que l'amour s'infipar la compaflion que par la
fympachie. Mais quelque fenfible
être votre ame
que puiffe
, puis-je aflez lui faire connaitre mes fouffrances
un tel point en ma faveur? pour l'intéreffer à
jamais peindre les douleurs de qui pourrait
non, les tourments les
mon coeur ?
plus affreux ne font
pas comparables à ceux auxquels il eft livre
depuis votre défefpérante réponfe, &
ont redoublé par la froide
qui
laquelle vous
tranquillitcevee
les
recevez mes lettres, Quoi ! ne
table point décacheter 3 les entaffer fur une
! il eft vrai, je ne puis
ter ; mais
que me répélemême, puifque mon amour fera toujours
puifque mon fort ne change point,
dois-je > puis-je changer de
& être
langage? Aimer
aimé, ou aimer fans
les mots qui forment
retour, > voilà
tout le
des amants, > le vafte cercle dans dictionnaire
nent tous les coeurs amoureux. S'ill lequel tourve des incidents dans leur
leur arricourfe, ils ne font --- Page 30 ---
fans rien ôter ni
que varier les circonfances aux effets : mais
ajouter foit à ia caufe, > foit
que cette
mon cceur fans penfer
Rien
j'épanche le même fort que les autres. les
lettre aura
combien peu les-vaux'
mieux
ne prouve
hommes font exances.Avant
plus ardents des
de mes lettres , je m'a
de vous envoyer une
& le prie de
drelle toujours à T'Eremnel, au moins la
vous Aéchir > de vous infpirer Caimant me
curiofité de la lire; & toujours m'en raprapporte la même reponfe. Quand main ? ah ! que
une de votre
portera-cil femble éloignée de moi!
cette faveur
VII
LETTRE
Du mâme, 20 Mais 1773.
Mimi, ,je veux ceffer de vous
Ceet fait,
réufi dans une entreécrire dès que j'aurai
vous plaire : je
prife quej'ai formée pour je veux vous
fonger à vous 5
>
veux ne plus
aimer en un mot
oublier , ne plus vous votre eftime &cvotre
mais fouvenezvous que
Je veux paf
doivent être le prix.
amitié en
aucune femme de
fer mes jours fans aimer amie > ma confila terre 5 vous ferez mon
je veux ceffer de vous
Ceet fait,
réufi dans une entreécrire dès que j'aurai
vous plaire : je
prife quej'ai formée pour je veux vous
fonger à vous 5
>
veux ne plus
aimer en un mot
oublier , ne plus vous votre eftime &cvotre
mais fouvenezvous que
Je veux paf
doivent être le prix.
amitié en
aucune femme de
fer mes jours fans aimer amie > ma confila terre 5 vous ferez mon --- Page 31 ---
dente, ma confolatrice ; je ne vous fatiguerai plus de mes complaintes comme amcnt;
encore de l'état de mon
fi je vous parle
m'épancher
coeur 2 ce ne fera plus que pour
dans le vôtre & Prendre vOS confeils : qui
mieux en donner que celle qui eft indifpeut
férente aux impreffions de l'amour ?
En effet, pourquoi m' 'obftineràaimer une
infenfible à laquelle mes feux ne peuvent
atteindre ? une ingrate qui ne daigne feuledécacheter mes lettres, une inhument pas
maine qui ne s'inquiéte pas des maux qu'elle
me fait fouffrit? Non, je ne veux plus penfer à vous comme à une maitreffe qu'on
mais feulement comme à une peradore 2
fonne que je refpecte ; comme à une digne
amie s une autre moi-mème, pour qui je ne
ne yeux avoir rien de caché.
Mais ne m'abufé-je pas : voudrez-vous
même m'accorder cette faveur ? ne poufferez-vous pas votre rigueur pour moi jufqu'à
me refuler votre amitié : je vous promets
cependant d'être circonfpedt a > difcret, de
ne plus vous entretenir de la moindre des
chofes qui ont rapport à l'amour. Jel'étouf
ferai en moi-même 5 je ne vous parlerai que --- Page 32 ---
des peines de mon cceur 3 je ne
waguement
c'eft vous qui les caufez;
vous dirai plus que
quand vous aurez un
qu'elles ne finiront que mon forts. je ne
. peu plus de pitié pour êtes mon unique
vous dirai plus que vous
êtes toute en
penfce > ou plutôr que vous tout en vous a je
mon cocur, & mon coeur de l'admiration
ne vous parlerai plus & que je vous dirai que
que vous me caulez, eft le terme des fentiments
cette admiration
Je vous dirai enfin que
que vous minfpirez. converti en l'amitié la plus
mon amour s'eft défintérellce, mes tranfports
& la plus
pure
mes défirs en eftime. *
en refpect,
vous voudrez 3
Je vous dirai tout ce que
au moins de
mais, Mimi, permettez-moi
m'endire quelque chofe > & daignez
vous tendre fi vous n'avez réfolu ma mort.
LETTRE VIIL
Du mâme, du 4 Juin 1773.
Qvor, Mimi , pas plus de réponfe pout
pour celle de mon
l'offre de mon amitié que
fentiment pur
Taminié, ce
amour ! Quoi! Thomme à la divinité, n'a aucun
qui égale
dès que c'eft moi qui yous
attrait pour vous
m'endire quelque chofe > & daignez
vous tendre fi vous n'avez réfolu ma mort.
LETTRE VIIL
Du mâme, du 4 Juin 1773.
Qvor, Mimi , pas plus de réponfe pout
pour celle de mon
l'offre de mon amitié que
fentiment pur
Taminié, ce
amour ! Quoi! Thomme à la divinité, n'a aucun
qui égale
dès que c'eft moi qui yous
attrait pour vous --- Page 33 ---
offre de le partager ! mais vous n'avez pas
lettre vous ignorez le fujet de
ouvert ma
,
fi bien
J'avois cependant
ma propolition.
recommandé à mon négre de vous protefter
cette lettre ne renfermait pas un feul
que d'amour! ! & vous la faites mettre avec
mot
fans daigner feulement jetter un
les autres >
d'ceil far l'adrefle même ! que rifquezcoup vous de me lire ? je ne vous infpire rien que
Eh bien! celle-ci ne conde la froideur...
ni de l'amour; il n'y eft
tient ni de l'amitié
queflion que d'excufes, que del proteftations
de regrets & de refpect : veuillez au moins
les recevoir. Les voici :
Mimi, votre mérite & votre beauté m'avaient trop vivement frappé ; mon coeur >
fubjugé par VOS charmes > avait ofé élever
vouloir être agréé du vôtre,'
fesvaux jufqu'à
découvrant
jaiofele dire'; votre réponfe me
une nouvelle fource de tréfor en vous > une
ame, des fentiments dont la pureté n'appardevins encore da-.
tient qu'aux anges: > j'en
même
l'admirateur: je fentis en
vantage les plus vifs regrets de n'en être pas
temps
de ne
être Theureux
plus digne, > &
pouvoir feul foupir.
mortel qui vous arrachera un
Pardonnez à la fenfibilité de mon ame --- Page 34 ---
l'amour
témérité que rien en moi que
une
Mon cceur vous.adorait par
puiffe juftifier.
l'aurel eft déja élevé,
fuprème,
ce fentinuent
&c l'homfouffrez qu'ily fafle famerl'encens Je ferai
& de l'admiration.
mage du relpedt
répondre à celle-ci; ce
plus, fi vous daignez vous éctitai, foit fur
fera la derniere que je foit fur celui de l'amile ton de lamour, fur celui de votre admiratié, foit même
teur.
fentiments que vous i'avez
Comme les
enracinés dans mon
infpirés fent trop bien
fitôt le fouvepouvoir en perdre
eft
cceur pour
image malgré moi y
nir, & que votre
fij'ofe m'en occugravée,
fi profondément
vous Vignorerez.
per encore quelquefois 2
je
de vous déplaire,
Si je ne craignais déclaration décachetées
vous enverrais cette
que je vous
mais le refpedt & la difcrétion qui d'ailleurs
dois m interdi(ent ce moyen
aveu,
rien de votre propre
ne me procurerait Yunique objet de mon
& c'est cependant
ambition.
moi y
nir, & que votre
fij'ofe m'en occugravée,
fi profondément
vous Vignorerez.
per encore quelquefois 2
je
de vous déplaire,
Si je ne craignais déclaration décachetées
vous enverrais cette
que je vous
mais le refpedt & la difcrétion qui d'ailleurs
dois m interdi(ent ce moyen
aveu,
rien de votre propre
ne me procurerait Yunique objet de mon
& c'est cependant
ambition. --- Page 35 ---
LETTRE IX.
Dumème, du 25 Juin 1773Vous n'avez pas daigné, Mimi, décacheter mes lettres, vous ne m'avez pas
encoreimpofe aucune condition, tout ce que
je puis vous marquer jufqu'à ce que vous
Vos volontés, est toujours
m ayiez prefcrit
: jufà mes prorefiarions
sans conféquence toutes mes lettres feront
qu'à votre réponfe,
inclufives aux précédentes,
cenfées toujours
vues, ne font
&mille que vous n'aurez point
pas plus qu'une. feule.
il m'eft donc permis de
Sur ce pied-là
encore une fois, & peut-être
vous parler
de
bien d'autres , de l'état de mon caeur,
aufli univerfelce coeur qui vous appartient
conftamlement & que vous dédaignez
le bon
ment. Ah !vous -
avez fans doute pris
ne vous pas laiffer toucher en liparti pour
filamour n'obtenoit rien
fant mes lettres ;
bonheur,
de votre ame, la certitude de votre
la compaffion pour mon état vous ébranlerait immanquablement. Que ne pouvez-.
le connaitre ! que ne fuis-je allez élos
yous --- Page 36 ---
donner feulement une
quent pour vous en
légere idée ! 1
abatt, trifte > :
Figurez-vous un homme
nécef
plus que lorfquela
rèveur > ne parlant arrache quelque monofité de répondre lui
cceur l'amerdans son
fllabe : > renfermant fouffrant tous les tourtume & la douleur, n'aurez encore qu'une
ments à la fois: vous fituation.
légere efquiffe de ma
de
femble
mon ame foit (éparée
Il
que
éloignée de moi-memeiisiune
mon corps,
autre ailleurs. L'air
penfée ici, j'en ai une
dans mon être
je refpire femble diftiler
que
5 mon exiftence
T'ennui & Vaccablement eft ulcéré, la
nv'imporrune, : > mon coeur
la
fenfation lui eft douloureufe;
moindre
eft toujours celle
pire pofition de mon corps de place, je veux
oà je me trouve.Je change
allis, je marche fans m'en appercevoirs
êrre
le fuie; il femble que
je cherche le lit, je
jy ai quelpart à aller, que
j'ai quelque
de fort prelle à faire.
que chofe d'importrance,
je veux me
Je me cherche en moi-mème, le dégoût,
xecueillir, & je n'y trouve que Mon cccur
linquiétude & l'agitation.
que
de mon corps de place, je veux
oà je me trouve.Je change
allis, je marche fans m'en appercevoirs
êrre
le fuie; il femble que
je cherche le lit, je
jy ai quelpart à aller, que
j'ai quelque
de fort prelle à faire.
que chofe d'importrance,
je veux me
Je me cherche en moi-mème, le dégoût,
xecueillir, & je n'y trouve que Mon cccur
linquiétude & l'agitation.
que --- Page 37 ---
m'embarraffe, , me péfe, me tiraille ; il veut
s'arracher de lui-même, > ils'élance vers votre
imagequi femble toujours le fuiratite-d'aile,
le temps parait m'échapper à 5 j'en ai une
vive impatience, > je me hâte > j'erre; 5 mes
idées fe croifent, fe choquent, s'interrompent, fe preffent, > fe multiplient tout-à-coup
en confafion, & s'anéantiffent dans l'efpace
infini de l'incertitude.
Voilà le court abrégé de mon état: il
n'en eft point d'aufli cruel, & vous pouvez
le rendre le plus heureux de la tetre ! mais
jeparle aux fourds, vous ne m'entendez pas,
& ma lettre va feulement faire nombre fur
votre table !. . e
LETTRE X.
Du même, du 2 Juillet 1773.
'AvOTRE age > Mimi, eft - on donc fi
infenfible aux douceurs de l'amourtNepuisje feulement pas vous déterminer à lire mes
lettres : Vous ne Fouvez m'aimer, rourquoi en craindre 1; ledture ? Vous verriez
du moins les maux que vous caufez. Mais --- Page 38 ---
exacte à montrer mes Iettres toutes
non,
vous refufez de lire
cachetées à mon négre,
même dans lefquelles je vous protefte
celles
aimer ou du moins de
de ne plus vous
ne
d'un amour que vous pouvez
vous parler
accueillir.
mes maux augmentent , la
Cependant
la mélancolie change
langueur me confume,
à
humeur - > & je fuis infupportable
mon
Perfonne ne ine reconnait plus >
moi-même. m'eft arrivé quelque grând reon croit qu'il
cacher. Mais qu'on eft
vers que je veux
nature du malheur
éloigné de foupconnerla & l'objet qui a
répandu fur mes jours >
autre
ainfi changé tout mon être ! Quelle
calamité, ou morale , ou phyfique, pourrait
dans un état aufli déplorable !
me plonger
vous me faites palfer à géCe temps que
pourquoi, Mimi, >
mit, à me tourmenter,
marqueraient
T'enlevez-vous aux plaifirs qui
donc
fortunés? Nimagines-vous
nos jours
: N'en
une partie de mes fupplices
point
pitié? Ne vous en vient-il
avez-vous: aucune
dites-vous,
aucun remord? Mesdémarches,
morale , ou phyfique, pourrait
dans un état aufli déplorable !
me plonger
vous me faites palfer à géCe temps que
pourquoi, Mimi, >
mit, à me tourmenter,
marqueraient
T'enlevez-vous aux plaifirs qui
donc
fortunés? Nimagines-vous
nos jours
: N'en
une partie de mes fupplices
point
pitié? Ne vous en vient-il
avez-vous: aucune
dites-vous,
aucun remord? Mesdémarches, --- Page 39 ---
bleffent VoS fentiments : eh! en quoi 2
N'aime-t-on que par convenance : Lorique
la paillion s'empare du coeur, va-t-on, avant
de sy livrer, confulter les loix, , les ufages,
les rangs > les préjugés : Celui qui peut sy
foumettre fait-il aimer? Sont-ce les hommes
ou la nature qui infpirent le fentiment? Celui qui regle le fien far l'opinion, faura-t-il
jamais ce que c'eft que l'amour ?
Vous qui avez de l'efprit, de la délicatefle, de T'élévation dans les fentiments >
quel prix mettriez-vous , Mimi, à la poffeflion d'un coeur qui fe dirigerait à volonté?
Serait-il fait pour vous aimer? Connaîtrait-.
il le bonheur de toucher le vôtre ?
Non, Mimi, un tel être n'eft pas fait
pour vous connaître. Et quel autre, cependant, doit prétendre à la félicité d'unir fon
fort au vôtre, > fi ce n'en eft un femblable 2
ou un tel que le mien : Ah! fi cette alternative vous raméne vers le fecond, pourquoi
l'aller chercher hors de moi : que manque-tilà mesfentiments pour pouvoirvous plaire e
Mais vous voulez, dites-vous > qu'un
homme 2 qui aimât fans doute autant que --- Page 40 ---
main comme a
moi, pût prétendre à votre
vorre-caur; non: vousêtes tropelairvoyante de
Timpofibilité
pour ne pas appercevoir Je ne puis douter
cette heureufe rencontre. vous aimât en vous
tout homme ne
que
fauront-ils tous vous apprévoyant, mais
tous le prix d'un cceur
cier? connaitronteils
être offert aux
tel que le vôtre > fait pour
hommes de la terre ? .
dans
premiers
trop de préfomption
Ne trouvez pas
véritable donne un
cette assertion ; l'amour
& quand il fe
mérite effectif aux cceurs ,
ie Alatter
trouve dans un homme qui peut à la fociété,
ellentielles
d'avoir les qualités
àlar modeflie, s'en
ilpeut, fans trop manquer
glorifier.
mérite m'eft conAdorable Mimi, votre
cas que
nu;j'en fais, au moins > autant,de même
de tout) le refte de votre perfonerjofe vous n'enaffirmer que (ans votre moral > L'amour
tendriez déjà plus parler de moi.
feule beauté infpire ne tient guere
que la
votre froideur me
auxquelles
aux épreuves
& qui devraient
met depuis f long-tems,
peut, fans trop manquer
glorifier.
mérite m'eft conAdorable Mimi, votre
cas que
nu;j'en fais, au moins > autant,de même
de tout) le refte de votre perfonerjofe vous n'enaffirmer que (ans votre moral > L'amour
tendriez déjà plus parler de moi.
feule beauté infpire ne tient guere
que la
votre froideur me
auxquelles
aux épreuves
& qui devraient
met depuis f long-tems, --- Page 41 ---
déformais vous répondre de ma fidélité & de
ma conftance.
Mais tout ce que je vous dis ne reftera-til
encore enfermé dans cette lettre 2
pas
Dieu 1 qu'il eft cruel de parler feul lorique
l'on brûle tant du défir d'être entendu !
Caimant vous a demandé de ma part de
de vous aller voir,
me permettre aumoins
& c'eft à quoi vous vous êtes conftamment
refufée , me faifant affurer que je ne vous
verrais pas. Quel parti donc prendre quand
on ne peut ceffer d'aimer
LETTRE XI.
Du mème, 22 Juillet 1773Voici donc le dimanche venu > ce jour
f défiré de mon coeur, ce jour f précieux à
mon amour. Quel conflitde fentiments divers
agite mon ame ! le plaifir > oui, une forte
de plaifir , la crainte - 3 l'efpoir, l'incertitude,
la partagent tour-à-tour. Voici, me dis-je,
l'inftant oû mon négre va voirl'objet de tous
mes vOeux 5 il lui parlera de mon amour > de
mes foucis 5 elle lui répondra au moins ver-, --- Page 42 ---
balement $ il en recueillera les paroles pour
la follicitera, la fupplie
me les sapponetsal
à décacheter. mes
ra, la décidera peur-êrre les traits du véritable
letres; elley verra
fait fouffrir 5 elle
amour., les maux qu'il me
fenfible. .
y fera peut-être
céde bientôt à
Mais que cette efpérance moindre incident
Ja cruelle incertitudel Le
elle
Caimant de la voir;
peut
peut empêcher
être préfente, il
être ablente, fa mere peut
peut y avoir du monde .
à
Mimi ! qu'on a de peine efliayer
Ah,
adore, & fur
quand on eft loin de cequ'on
tant
aime fans retour ! quoi!
tout lorfqu'on j'endure ne peuvent yous toude peines que
mes lettres,
à décacheter
cher & vous] porter
mon bonheur,
am'accorder une entrevue! eft-il donc fi indifou plucôt le vôtre vous
barbare? fi vous
ferent? auriez-vous le coeur
vous
me voir en ce moment > je
pouviez
me proméne
ferais au moins compafion.Je m'arrête,
à grands pas dans mon cabinet, je
une
m'affeois, je prends la plume,jécris
je
fi mon fidele
ligne, > je la laiffes je regarde crois vous voir
Caimant ne revient pas 5 je
eft-il donc fi indifou plucôt le vôtre vous
barbare? fi vous
ferent? auriez-vous le coeur
vous
me voir en ce moment > je
pouviez
me proméne
ferais au moins compafion.Je m'arrête,
à grands pas dans mon cabinet, je
une
m'affeois, je prends la plume,jécris
je
fi mon fidele
ligne, > je la laiffes je regarde crois vous voir
Caimant ne revient pas 5 je --- Page 43 ---
comme lui, j'étends les bras > je veux vous
embraffer, mais ce n'eft que votre image 5
elle s'échappe de mes mains empreffées, &c
me laifle dans l'amertume du regret o e
Mimi ! que de moments perdus : 3 pafTés
dans les douleurs , quenous pafferions dans
les plaifirs, dans la félicité fuprême !
Maistandis queje eme tourmente, Caimant
vous parle > vous prelfe, & obtient peutêtre de vous faire lire mes lettres. Idée charmante ! puiffes-tu me bercer de ta douceur
jufqu'au retour de mon zélé meflager ! puiffes-tu être un heureux préfage de ce que la
divine Mimi va me faire dire !
LETTRE XII
Du mâme, du 16 d'Aoit. 1773.
Nr fe laffe-t-il donc point d'ectire inutilement , avez-vous demandéà mon négre >
& ne lui dis-tu pas que fes lettres reftent
cachetées fur ma table ? 23 --- Page 44 ---
44 rend
trop fide-
'Ah, Mimilil ne me
que
affafcruelles
! j'en fuis
lement VOS
paroles & bientôt la raifiné,j'en perds le repos,
voudrais ne
fon. Je voudrais vous obéir, > je
aimer commeje fais, puifque vous
plus vous
mais eft-il en moi de
paraillez le défirer, fais
vous ne décaréformer la nature : je
que
je vais néanmoins
chetez point mes lettres,
encore cellemon négrevousp sporter
renvoyer réitérer les veeux les plus ardents pour
ci, &
à vous la faire ouvrir.
qu'il parvienre
écris beaucoup;
Vous trouvez que je vous
réfifter au défir de suppléer
mais comment bonheur de vous voir & d'ètre
au plaific , au
plus vivre
de vous ? hélas!j je ne peux
auprès
(ans vous ecrire ; vous
éloigné de yous
me féêtes mon ame, ma vie ; comment de fois
de vous fans foufftir, autant
parer fonge, la plus cruelle mort.
quejy
voudrois bien être aimé
Ah! Mimi, je
G vous
de vous ! mais je vous plaindrais
vous
m'aimiez autant que je vous aime 5
ni
5 vous
n'auriez plus ni repos 3
patience céderiezvivriez pas. Mais que dis-je? ne
ne
al'ardeur de votre amour?
vous pas auflitôt
e, ma vie ; comment de fois
de vous fans foufftir, autant
parer fonge, la plus cruelle mort.
quejy
voudrois bien être aimé
Ah! Mimi, je
G vous
de vous ! mais je vous plaindrais
vous
m'aimiez autant que je vous aime 5
ni
5 vous
n'auriez plus ni repos 3
patience céderiezvivriez pas. Mais que dis-je? ne
ne
al'ardeur de votre amour?
vous pas auflitôt --- Page 45 ---
trouveriez-vous les contrariétés que vous
m'oppofez ? ne volerjez-vous pas dans les
bras d'un tendre amant qui fe précipiterait
au-devant de vous > chercher, répandre dans
les délices, la volupté & la félivotre ame
mais vous ne vous en
cité fuprème ? - .
doutez feulement pas !
Mimi, je vais dans l'inftant me mettre
le
mais
-
au lit, non pour goûter
fommeil,
pour être délivré des importunes diftradtions
des affaires & des vifites qui m'empêchent
à vous. Je ne trouvede penfer uniquement
charvotre
rai pas au lit... . , mais jy porte
Ah! fije pouvais répéter cermante image.
quelquefois
tain rève que l'amour m'envoie
que je l'en bénirais! puiffe-t-il
par pitié!
de femblables ! que
vous en faire goûter
vous en défireriez la réalité
Maisj'oublie que je parle feul 1, & que je
ferai
pas plus entendu cette
ne
peut-être
fois que les autres. --- Page 46 ---
XIIL
LETTRE
mâme, du 3 Septembre 1773.
Du
Caimant
Vousnéticz point chez vous, & n'a
trouver jufqu'au Cornier,
a été vous
fept jours après fon arripà vous parler que commettre dindifcrétion.
vée,pour ne point
& de mes inquiéJugez de moni impatience quelque événement!
tudes ! lui eft-il arrivé Mimi l'a t-il fait arrèla mere ou le pere de favoir de ses' nouvelter ? f long-tems fans
l'a-t-elle pas
elle-mème > ne
les ! lingrate
de mes importuvoulu rendre refponfable
nités!
mes ennuis 5
Ces réflexions angmenrent pour touil femble que je vous ai perdue n'ai entendu
quily a un fiecle que je
jours,
j'en meurs: d'impatience.
parler de vous 5
vous a vue. , je lui fais
Depuis que Caimant
il ne peut réauxquelles
mille queltions
femblent
affez vite 5 fes réponfes
fur
pondre
un peu
venir de vous, & m'étonrdifent de vous voir 5 il n'a
la privation où je fuis lui redemande tou-.
jamais fini, parce que je
entendu
quily a un fiecle que je
jours,
j'en meurs: d'impatience.
parler de vous 5
vous a vue. , je lui fais
Depuis que Caimant
il ne peut réauxquelles
mille queltions
femblent
affez vite 5 fes réponfes
fur
pondre
un peu
venir de vous, & m'étonrdifent de vous voir 5 il n'a
la privation où je fuis lui redemande tou-.
jamais fini, parce que je --- Page 47 ---
la même chofe : >.tu l'as vuela-t-elle
jours
l'air férieux, ou
92 parlé de moi ? Avait-elle
lui
ta-t-elle répondu ? Que
32 gai2 Que
je ne puis trour
3> as-tu dit ? 93 Mais jamais
le moindre mot dans fes réponfes > qui
ver Aatter un peu mon amour de quelque
puiffe
efpoir.
quand il vous a parlé, je
Cependant,
un nouveau plaifir à le queftionner.
trouve abfence m'était donc infupportable 5
Son
Félix favoir ce qu'il était dej'avais envoyé
m'en
;
-venu 5 il n'avait pu rien
apprendre
finon
vous étiez ablente ainfi que. xotre
que &
Caimant ne vous ayant pas
maman , que
chercher, fans qu'il
trouvée, avait été vous
étiez allée.
pût me nommer le lieu oû vous
Enfin il eft fept heures du matin, Caimême
mant arrive, Alimpatiene.afepbeirs fe joint la
que fon retard m'avait caufe,
fadouleur de n'avoir aucune folution plus
Cette douvorable de vous qu'al'ordinaire. il m'a eu
leur a encore redoublé > quand Plaifance.
appris que vous alliez partir pour
du
Votre marraine eft malade > vous avez
chagtin, de linquiétude, & je les reffens --- Page 48 ---
48 vous. Si j'avais le
plus vivement encore que agréable, 3 je vous
bonheur de vous être plus
en
je diminuerais vos peines
confolerais >
les partageant.
mauvais au moins que
Ne trouvez pas nouvelles de votre marJ'envoie favoir des
puif.
l'aime déjà fans la connaitre,
raine: : je
qu'elle vous eft chere.
aimable Mimi, ne vous affligez
Mais,
(era peut-être rien :
point; fa maladie ardemment ne
le ciel. Je lui
j'en prie du moins
toujours
demande fans cefle que vous foyez le moinheureufe , que vous n'ayez jamais de mon
d'inquiétude. La quiérude
de
dre fujet
entiérement de la férénité
ame dépend
vous prendre l'enla vorre. Ah ! s'il pouvait
ma lettre, vous daignetiez
vie de décacheter
de vOs nouvelles, &
peut-être me donner chere marraine 2 dont je
de celles de votre
rérablifement.
défire G fort le prompt
vous
allez donc être, ou plutot
Vous
lieues de moi! !
voilà déjà à plus de quinze que cette diftance
Ah, Mimi! il me femble fuit par - rout.
saraille mon coeur qui yous
Qua
la vorre. Ah ! s'il pouvait
ma lettre, vous daignetiez
vie de décacheter
de vOs nouvelles, &
peut-être me donner chere marraine 2 dont je
de celles de votre
rérablifement.
défire G fort le prompt
vous
allez donc être, ou plutot
Vous
lieues de moi! !
voilà déjà à plus de quinze que cette diftance
Ah, Mimi! il me femble fuit par - rout.
saraille mon coeur qui yous
Qua --- Page 49 ---
Que ne puis * je être tellement lié à votre
fort, & vous au mien, qu'il ne foit jamais
poflible de nous féparer un inftant! Mais ce
feraittropde bonheur à la fois; il me femble
queje me contenterais de celui d'être feulement payé d'un peu de retour. Mais, que
j'en fuis éloigné ! Je fixis privé par - là des
occalions de vous être de quelqu'utilité. Je
vous aurais envoyé mon excellente monture 3 je vous aurais accompagnée > j'aurais
été avec vous en réalité.
Mais toutes mes lettres reflent'cachetées,
& tout ce que je vous dis eft en vain : vous
ne l'imaginez feulement pas. Ce n'était pas
allez, ila fallu encore que le fort vous éloignât de ma demeure !
LETTRE XIV.
De Sylvic Saur de Mimi,
Du Cap, le 5 de Septembre 1773.
L. A pelânte triftefle vient de s'étendre fir
mon ame. Que viens-je d'apprendre, Mimie
Mr. *** t'écrit fréquemment, & tu ofes recevoir fes lettres ! Ne connais-tu donc
pas
Tome Ier,
C --- Page 50 ---
5e
a tant voltigé
inconftant , qui
ce cceur
Chere faur, fille mald'objets en objets ?
ouvre les
heureufe ! Il en eft encore temps, de t'y jetter.
vois le précipice avant
yeux >
infinuant, pofTede
Mr. *** est (pirituel,
du monde qui
haut degré cet ufage
au plus
libons comédiens; il palfe
rend les hommes les livres; il connait conpour avoir lu tous
du caeur, & l'hafequemment tous les replis femmes diverbirude de vivre avec tant de
fi
-
froid, dangereux
fes lui donne ce fang
de la légéreté,
quand il eft fecondé du goût
dit qu'il a
talent féduéteur qu'on
& uni au
ce qui ne
bien écrire. Il te préfentera
de
fous une forme f naturelle,
fera que feint, fi franche & fi naive, que
tu es toi-mème
de la moinpas le (oupconner
tu ne pourras
d'ailleurs la fenfibidre fauffeté. Je connais
réfiftera que diflité de ton ame > elle ne adroit & aimable
ficilement au mérite de cet
faborneur.
même me fait tremMais cette fenfibilité cruel où les jeunes
bler pour cet avenir leur attention. Car,
ne portent jamais
çocurs
aies de l'efprit d , tu es encore
quoique tu
que
tu es toi-mème
de la moinpas le (oupconner
tu ne pourras
d'ailleurs la fenfibidre fauffeté. Je connais
réfiftera que diflité de ton ame > elle ne adroit & aimable
ficilement au mérite de cet
faborneur.
même me fait tremMais cette fenfibilité cruel où les jeunes
bler pour cet avenir leur attention. Car,
ne portent jamais
çocurs
aies de l'efprit d , tu es encore
quoique tu --- Page 51 ---
SI
fanse expérience. Ton innocente franchife
te permettra pas de douter des chofes
ne
bles & plaufibles
agréaqu'on te dira, &
aura le foin & T'habileté de revêtir du qu'on
enchanteur de la fincérité, du coloris voile
peur d'un beau jargon, qui
tromtira que de l'efprit. Tu donneras cependantne pardans le
piége en croyant l'éviter.
Que fera-ce enfuite de toi,
trifte expérience viendra
lorfqu'une
& éclairer ton
difliper l'illufion
coeur trahi? je te connais,
pourras-tu fiapporter l'idée terrible de l'infi:
délité & de l'oubli d'un amant aimable
qui tu auras placé toute ta
en
enfin,
tendreffe ? car
quoique tu aies été élevée en
tu ne peux pas te faire illufion fur le France,
rable obftacle qu'un funefte
déplotre ta condition
hazard a mis en-
& celle de Mr Tu ne
peux qu'alpirer au bonheur humiliant
fa maitrelfe P. :
d'être
Je fais, il eft vrai, que tel eft le fort
mantdes perfonnes de notre
infafont, par ce préjugé
couleur, qu'elles
renoncer
dégradant, > réduites à
aux mceurs ou au bonheur ; je faus
C 2 --- Page 52 ---
52"
douée de gentilleffe, d'efprit &
encore que
faite
un
d'éducation 5 tu es
pour captiver
délicat, & cette penfée me fait plus
homme
tout le refte pour ta licraindre encore que
malheuberté ; mais rappelle-toi toutes ces
de
reufes vidimes de Mr qui gémiffent
fon inconftance e, & qui >,. pour comble de
T'oublier. Il en eft, tu le
mifere, ne peuvent
méritent les
fais ou peux le favoir, > qui
foins d'un homme fenfible; ont-elles pu
mieux que les autres fixer ce nouveaiThéfce:
Mais, ce que je crains le plus, c'eft que
même de ton mérite & de ta
la fupériorité
ma chere feur, &
beauté ne t'aveugle >
n'aide à cet amant à enflammer ton jeune
je te plains au fond de mon ame!
cceur. Que
tems encore 5 ne
Mimi, il en eft peut-être
ni les lettres, ni les melfagers >
reçois plus
homme redoutable pour
ni les vifites. de cet
conviens S, peu
V'inexpérience. Ily a, j'en
aima.
de *** > mais ily a d'autres hommes d'une
bles, & plus faits pour le bonheur
tu
comme toi. Faite comme
fille qui penfe
de r'adreffer leurs
es, peuvent-ils manquer d'aniver dans le quarvaux? tu ne fais que
il en eft peut-être
ni les lettres, ni les melfagers >
reçois plus
homme redoutable pour
ni les vifites. de cet
conviens S, peu
V'inexpérience. Ily a, j'en
aima.
de *** > mais ily a d'autres hommes d'une
bles, & plus faits pour le bonheur
tu
comme toi. Faite comme
fille qui penfe
de r'adreffer leurs
es, peuvent-ils manquer d'aniver dans le quarvaux? tu ne fais que --- Page 53 ---
tier ; attends, un peu, le terme ne faurait
être long: déjà tous les hommes font ton
éloge, & toutes les femmes difent de toi
le mal pollible. Tu ne tarderas pas à
tout
voir fondreautour de toi une troupe d'adoralelquels tuen trouveras un digne
teurs parmi
&
à faire ta félicité.
de ton cceur ,
propre feul être fans par
La nature n'apas fait un
reil. Crois donc, crois ta tendre fmeur, une
fincere amie qui mourrait de chagrin & de
douleur fi elle te voyait malheureufe.
LETTRE XV.
De Mimi à Sylvic > fafaurs du 12
Septembre 1773.
T. lettre, chere faeur , a diftillé le poifon dans mon ame 5 je vais t'ouvrir mon
eoeur, & tu vas connaître tout mon malheur.
diffimuler, chere amie ,
Je ne puis te
lettres, mais
que Mr. *** m'a écritplufieurs
lieu de
fijel les ai décachetées, il a du moins
eroire le contraire 5 & fije n'ai pu parvenir --- Page 54 ---
décrire, 54
du moins ai-je
a le faire cesser
fes vifites , que je ne
xéulli à faire fupprimer ni autorifer ni approucrois pouvoir jamais
ver.
témoignes avoirpour moi,
L'amitié quetu
ne me
& celle que j'ai pour toi >
fe permettent paffe à cet
de te rien déguifer de ce qui
fais file
pas
foible cceur. Je ne
égard dans mon
fait fur moi toute
inérite de Mr. *** aurait mais je r'avoue
Yimpreflion que tu crains > donné le temps
mon cceur ne lui a pas
que
de l'éprouver.
je le vis au
Ce fut en fortant du Cap que occafion de
fois. Ileut
Bac pour la premiere qui ne me parurent
me faire des honnêtetés
de ce principe
rien ni forcées, ni partir
d'oren
qui fait
& de fupériorité
Il
de prétention les blancs à notre égard.
padinaire agir
faire
paffant, &
même ne me les
qu'en
rut
d'attention à ma perfans prendre beaucoup feulement quelques refonne. Je remarquai
curiofité en attire.
gards, tels que la Gmple
la feule
Iln'en fut pas de même de moi, coeur
homme imprima dans mon
vue de çet
ipe
rien ni forcées, ni partir
d'oren
qui fait
& de fupériorité
Il
de prétention les blancs à notre égard.
padinaire agir
faire
paffant, &
même ne me les
qu'en
rut
d'attention à ma perfans prendre beaucoup feulement quelques refonne. Je remarquai
curiofité en attire.
gards, tels que la Gmple
la feule
Iln'en fut pas de même de moi, coeur
homme imprima dans mon
vue de çet --- Page 55 ---
un je ne fais quoi qui n'a ceffé depuis d'y
ramener fon image.J'en fis part à Madeleine,
c'était de l'amour.
qui me fitappercevoir que
furPiquée contre mon coeur de s'être laillé
prendre le premier > je réfolus de m'en venger en lui oppofant toute ma vie la raifon
la plus rigide. Mais ce combat même a fervi Mr. *** > en décidant & en augmentant
la pallion qu'il m'avait infpirée.
Ily avait trois mois que cette premiere
entrevue avait eu lieu, lorfque je revis mon
vainqueur au bal de Mme De L... Jamais
fille ne fut plus, embarraffée que moi de l'émotion que fa vue me caufa. S'il n'avait été
mal féant, & peut-ètre de trop d'éclat >
je me ferais enfui du bal; mais la crainte
m'arrêta, & un plaifir infurmontable Y préfida dans mon coeur. Mr*** me prit plufieurs fois à danfer quoique je n'euffe pas
ofé lui rendre fa politelle une feule.
Je ne pourrais t'expliquer les différents
fentiments qui m'agiterent pendant la nuit.
La joie, le dépit, la trifteffe, le plaifir,l'espérance, > le défefpoir, 3 la douleur, mille --- Page 56 ---
déchirerent tour-à-tour mon
autres paffions
m'adreffa rien de plus
ceeur. Mi*** ne
&jen enrageais.
particulier qu'aux autres,
danfer,
S'il: s'empreffait à me prendre pour
, glorieuse,
ou pour me parler, triomphante, ame toute ma
je retrouvais au fond de mon
à fes
fierté. je voulais ne point répondre d'envie qu'il
prévenances, > & je mourais
qui ne
m'en fit. Un air triste & indifférent Je me retiY'abandonna pas, m'allafinait. tantôt de
rai confufe & déchirée de regrets
d'inéloigner, tantôt d'y prendre tant
m'en
térèt.
Mr. *** m'ouvrit fon
Le fiurlendemain,
de l'inclination
eceur, & m'affura avoir eu
lui.
your moi en même temps que moi pour de me
Flattée de T'occafion qu'il m'ofait
de lui & de moi-même, & peut-être
venger
dont il payait mes fentiments,
aufli du retour
&c le filence
je repris tout mon émiffairer courage ne > fut pas plur
fur'ma réponfe. Son
J'aurais voulu
tôt parti queje m'en repentis. qu'il ne relui répondre > & je craignais
il
à moi. Mais peu de jours après
nonçat
temps que moi pour de me
Flattée de T'occafion qu'il m'ofait
de lui & de moi-même, & peut-être
venger
dont il payait mes fentiments,
aufli du retour
&c le filence
je repris tout mon émiffairer courage ne > fut pas plur
fur'ma réponfe. Son
J'aurais voulu
tôt parti queje m'en repentis. qu'il ne relui répondre > & je craignais
il
à moi. Mais peu de jours après
nonçat --- Page 57 ---
me récrivit la lettre la plus tendre, Elle me
perfuada qu'illui était impoflible de ne plus
m'aimer. Pleine de cette perfiafion, flottant
entre la bienféance & mon penchant, je
cedai malgré moi au défir de lui répondre.
Cependant mentant à mon propre coeur > je
priai Mr. *** de me laiffer en paix, > & je
lui écrivis fur un ton que, je te jure, > mon
coeur abjurait ainfi que tout le contenu de
ma lettre. Depuis ce temps Mt*** ne cesse
de m'ecrire, mais pour ne point les autorifer, je décachete fes lettres avec précaution,
&, après les avoir lues & recachetées
, je
les montre à fon négre en les pofant fur ma
table , & en-l'affurant que je ne.les décacheterai-jamais.
Voilà, ma chere Seur, où en font les"
chofes. De te dire que je fais le facrifice'de
l'amour de Mi. *** fans effort, ce ferait
manquer à là. plus pure vérité, Je ne reçois
pas une lettre de ce pauvrej jeune homme
que.
ie ne fouffre les-douleurs les plus vives &.
les plus profondes. Mais c'eftlunique tribut.
qu'il puilfe-obtenir de mon.cocur. Ta lettre --- Page 58 ---
& me forcifiera
me fervira de préf@ervatif, mais je crains bien que
dans ma réfolution;
à ce tendre
me fairerenoncer
rien ne paiffe
fes lettres 1 , quand tu
amant. Si tu voyais
tu en aurais pitié.
n'aurais pas mon coeur,
XVI
LETTRE
du 8 Oëtobre 1773à Mimi,
De Sylvain
Mimilmes inquié0 CRUELIE & adorable celles que je vous crois
tudes redoublent par n'êtes point de retour
Vous
en ce moment.
marraine eft peut-èrre
de Plaifance > votre continuent, les miens
plusmal, vos chagrins
& me déchiter le
ne peuvent quiangmenner que vous régnez
coeur. Ah ! flle charmante, qui a G peu de prix
abfolument fur ce caeur
par vous >
! il n'exifte plus. que
à vos yeux!
font de grandes:
vos moindres contretemps
infurmonlui, des fapplices
conalarmes Quene pour puis-je vous voirtoujours dans les
tables.
heureufe , nageant
tente > roujours dans les voluptés de l'amour
délices dela vies
l'objet !.. Votre marvéritable, & en être
elle peut recowvreh
raine eft malade, mais
de prix
abfolument fur ce caeur
par vous >
! il n'exifte plus. que
à vos yeux!
font de grandes:
vos moindres contretemps
infurmonlui, des fapplices
conalarmes Quene pour puis-je vous voirtoujours dans les
tables.
heureufe , nageant
tente > roujours dans les voluptés de l'amour
délices dela vies
l'objet !.. Votre marvéritable, & en être
elle peut recowvreh
raine eft malade, mais --- Page 59 ---
la fanté: n'ayez donc aucune inquiétude. Il
mon mal qui eft fans efpoir ni
n'y a que
de guérifon, ni de foulagement.
Vous êtes abfente du quartier 2 mais votre
cette charmante illufion, ne m'a
image, abandonné.Je vous ai fuivie des yeux
point
del'amesje vous vois près de votre marraine,
lui porter Vos foins, lui prodiguer Vos caresles
! dans
ses. -
Que ne puis-je
partager
délicieufes chimeres de mon amour >
ces
j'ofe me perfuader que vous me voyez, que
moi, àla douleur dans laquelle
vous penfezà
de
je vis loin de ce que j'adore > ou plutôt
Yame de ma vie. Je vas jufqu'à me fatter:
vous reprochant vos rigueurs 1 > vous.
que, n'attendez que votre retour pour décacheter
meslettres & y répondre. Ahlfivous m'avez:
plaint une feule fois > mes douleurs ne font
fans quelque charme. Mais pourquoi
pas
plaint un homme qui ne
n'auriez-vous pas
voudrait vous rendre
fouffre que parce qu'il
laplus heureufe de toutes les femmes? poutquoi ne penferiez-vous pas au plus tendre
& au plus fidele des: amants : --- Page 60 ---
XVIL.
LETTRE
mâme, du 5 Novembre 1773:
Du
aimable Mimi ;
Vous voilà de retour , gliffer dans mon
de-joie-fe
je fens un rayon les douleurs & les inquiétucceur à travers
Vous avez daigné dire
des dont il eft rempli.
votre marraine
à Caimant à Plaifance, que
mais toutes mes chimériques
était mieux ,
évanouies, vous vous êtesefpérances fefont
ma lettre.
refafce. à décacheter
toujours
donc pasQuoi, Mimi ! ne pouriez-vous enfuite ? vous qui
les lire & me les renvoyer comment pouvezêtes Thonnèteté même, lettres d'un homme:
vous.refsfer de lire les
chofes décentes:
qui ne vous écrit que des négre ne vous dit-il
& refpechueufes ? Mon
mes dernieres 2.
donc pas ce que contiennent fois de. vous remettre:
je l'ai chargé cette pardonnez je prends:
celle-ci decachetée; telle voie pour vous
cette liberté & une
de mes fentiments.
faire connoitre une partie
vouss
& les regrets que. j'ai de ne pouvoir lire, - il:
Rechir. Mon négre. ne fait point
décentes:
qui ne vous écrit que des négre ne vous dit-il
& refpechueufes ? Mon
mes dernieres 2.
donc pas ce que contiennent fois de. vous remettre:
je l'ai chargé cette pardonnez je prends:
celle-ci decachetée; telle voie pour vous
cette liberté & une
de mes fentiments.
faire connoitre une partie
vouss
& les regrets que. j'ai de ne pouvoir lire, - il:
Rechir. Mon négre. ne fait point --- Page 61 ---
6r
capable de montrer ma lettre à
n'eft pas.
vouli décatout autre, , & vous n'avez pas Comment
cheter aucune des précedentes. entendre de la
réfifter au délir de me faire
fouveraine-de mon fort2.
Je vous ai entretenue plus au long dâns
; daignez lès lire > & vous
mes précédentes
verrez les excufes que je vous ai adrefTées >
ainfi que Jes proteftations que je vous ai faites
de ne vous plus parler de mon amour. Si
je le fais encore dans celle-ci, ce n'eft, que
vous inviter voir ces lettres qui eir
m'excufant pour
auprès de vous > me juftifient
& de mes: démarches & de mes motifs 5
car le comble de mon malheur ferait que
de mes fentiments une
vous eufliez conçu
m'en. confolemauvaife opinion,. & je ne
rais jamais,
J'ai. voulu plufieurs fois allér vous voir
m'expliquer verbalement, & vous
pour
voulais, finon vous
*.
"ORARET
tefter que je
écrire
du moins me taire & ne vous plus
rien d'amoureux ; vous m'avez fait dire de
ne le point faire. Cet ordre, tout cruel Iqu'it
aft pour moi, > m'a fait renoncer à une entrex- --- Page 62 ---
6z
adoucir un peu:
prife qui pourrait peut-étre verrais un inftant!
tourments : je vous
mes
être fi aimable , G
Mimi 3 pourquoi qu'on le (ente & qu'on
vous n'aimez pas
avoir des yeux >
vous le dife ! Pourquoi manieres fi féduifantes >
des traits S, des
qu'ils produifenr leur
&. trouver mauvais
moi feul qui m'en
effet ordinaire ? Eftce
également les
apperçoive : vous fuyez
Ef-il de
il eft vrai, mais pourquoit & d'ètre
autres, réel (ans celui d'aimer
bonheur
sécoule, vous ne jouiflez
aimé ? Le temps de T'amour & du prinpoint des douceurs ai autant de chagrin
tems de l'âge : jen
Ne
ne
adoucir VOS rigueurs.
à
de ne powvoir
mais songez davantage le
mez pas, Mimi, Vous êtes faite pour goûter forvotre félicité. heureux, & rendre le plus
fort le plus
homme délicar, & capable
tuné celui d'un
Oferais-je me nom:
de vous apprécier. ...
mer ici
é ? Le temps de T'amour & du prinpoint des douceurs ai autant de chagrin
tems de l'âge : jen
Ne
ne
adoucir VOS rigueurs.
à
de ne powvoir
mais songez davantage le
mez pas, Mimi, Vous êtes faite pour goûter forvotre félicité. heureux, & rendre le plus
fort le plus
homme délicar, & capable
tuné celui d'un
Oferais-je me nom:
de vous apprécier. ...
mer ici --- Page 63 ---
LETTRE XVIIL
à Mimi, le 7 Novembre 1773De Sylvic
Erm crois, pauvre Saur, que tu as reTu crois être fermement
noncé à Mr
lui laiffer connaître tes
réfolue de ne jamais
tu le
fentiments pour lui! tu lis fes lettres,
vivre fans lui faire conplains, & tu peux
fon amour !
naitre le retour dont tu paies
le
fes lettres, & tu crois pouvoir
tu gardes
tu ne les lis point ! quelles
perfnader que
me défole le plus, 9
font tes erreurs ! ce qui t'en retirer. Je te vois
c'eft limpofibilité de
à y tomber >
fur le bord de l'abime, prète
& tu
entrainée par une force irrefftible,
crois pouvoir l'éviter !
Ah ! tu ne connais pas tout le danger
Ce ferait affez de tor.
auquel tu es expofée.
à combattre un:
cceur > tu as encore de plus
tous les ref-.
homme féduifant, qui connait femmes. Je
far les
. forts qu'il faut faire agir
te l'ai déjà repréfenté comme un trompeur,.
un
de meeurs, & tu ne
un volage >
dépravé
&. du tienl...
me parles que de fon amour --- Page 64 ---
Oui, chere amie, je te regarde perdue Mais
Am continues à recevoir fes lettres. fans les
auras-tu le courage de les renvoyer ta raiouvrir : non : je n'ofe plus l'efpérer de > la plus
fon eft égarée, tu es l'efclave
toi! Je
Quel malheur pour
wiolente pallion.
feul. remede contre un
ne vois plus qu'un
ceft Lablence.
avenir plus. funefte encore 3 Mimi 5 fuis un
Fuis, chere & malheureufe ; viens chez
lieu qui achevera de t'aveugler Dis-moi fi tu y es
moi, viens chez ta facur.
L'air de
auflitôt te chercher.
difpofée ,firai diverfité des objets,. les fpectala ville, s la
n'en doutes pas,.
cles, tout contribuera, homme dont tu ne peux
te faire oublier. un malheur. &. le: tourment
artendre que. le.
de tes jours..
LETTRE XIX.
12. Novembre 1773,
De Mimi à Sybiele
dit chere feur ! tu as
An! que m'as-tu le coeur 2 de me déchiachevé de me percer
& je merer l'ame. Je voudrais te croire,
touk
encore davantage à me perfuader
plais
, tout contribuera, homme dont tu ne peux
te faire oublier. un malheur. &. le: tourment
artendre que. le.
de tes jours..
LETTRE XIX.
12. Novembre 1773,
De Mimi à Sybiele
dit chere feur ! tu as
An! que m'as-tu le coeur 2 de me déchiachevé de me percer
& je merer l'ame. Je voudrais te croire,
touk
encore davantage à me perfuader
plais --- Page 65 ---
le contraire. Je combats en vain contre mos
amour, il l'emporte toujours malgré moi
fur mon devoir & mna raifon.
Mr. *** un fourbe, un trompeur, un Volage, un inconftant ! quel affreux tableau &
combien il m'afflige & m'humilie ! l'amour
peur-il donc fe fuppofer ? le menfonge, le
vice peuvent-ils emprunter fon langage aufli
parfaitement : la perfidie peut-elle contrefaire l'air & les expreflions de la vérité auffi
naturellement? Oh! fi cela pouvait être , je
renoncerais à toute la terre , je renoncerais à Mr. ***
Mais s'il a paru inconftant jufqu'à ce moment, ne peut-on pas croire qu'il y a été
néceflité par les circonftances ? Tu me croiras fans doute trop préfomprueufe mais ne
puis-je pas croire que Mr. *** fpirituel, fenfible > délicat, fait pour être chéri d'une
femme fufceptible des mêmes difpofitions
n'a rencontré jufqu'à ce jour que de ces a
perfonnes fans principes > plus propres à
faire rougir un galant homme,qu'à le fixer?
Ce n'eft pas que je puiffeaflez peu m'eftimer
pour en défirer la poffeflion d'une maniere --- Page 66 ---
l'eftime trop d'ailleurs pour
eriminelle 5 je
de perdre à fes yeux le
pouvoir me décider
puiffe fe pafeul mérite dont une mulâtreffe eftimable. Mais en rerer à ceux d'un blanc
qui feule peur faire
nonçantà cette poffeffion être légale, ne
bonheur fielle pouvait
mon
confacrer à l'aimer en fecret,
puis-je pas me
ma vie ? hélas c'eft la
& le lui cacher toute
feule
reconnoillante à tes
NEarilan
Je fuis fenfiblement l'aveu que je viens de
offtes; mais d'après m'eft impollible de
te faire, tu vois qu'il le féjour de la ville
L'ablence,
les accepter.
favorifer encore Mr**
ne fervirait qu'à
de lui, la douleur
Si j'étais plus éloignée plus profondément
graverait mon amour
me pordans mon ame, & mon moi-méme. impatience La vue de
terait à me trahir ferait que me rapeller
tous autres objets celui ne de mon amour. Les
que ce n'eft pas
regretter à tout inf
fpedtacles me feraient
& Mr.*
de n'ètre pas un des acteurs, ehere
rant
je puis faire,
T'autre. Tout ce que dit, c'eft de te prometamie, je te Y'ai déjà faire l'aveu de mes fenlui
tre de ne point Ahlfi tu pouvais favoit
timents pour lui.
La vue de
terait à me trahir ferait que me rapeller
tous autres objets celui ne de mon amour. Les
que ce n'eft pas
regretter à tout inf
fpedtacles me feraient
& Mr.*
de n'ètre pas un des acteurs, ehere
rant
je puis faire,
T'autre. Tout ce que dit, c'eft de te prometamie, je te Y'ai déjà faire l'aveu de mes fenlui
tre de ne point Ahlfi tu pouvais favoit
timents pour lui. --- Page 67 ---
combien ce feul facrifice me coûte ! que tu
fort!
louerais mon courage en plaignantmon
LETTRE XX.
De Sylyain à Mimi, le 16 Novembre 1773.
Mimi! par-tout & toujours des
Q.ox,
! Caimant vous
rigueurs & de l'indifférence
remet ma lettre décachetée, > ila beau vous
c'eft un fait exprès : > qu'elle
protefter que d'éternels adieux > vous dene contient que
la
vous la
mandez froidement de
bougie 2
fa
en lui difant de me
cachetez en préfence,
ce qu'il a vu ! & je puis encore
rapporter
douleur &, le délefpoir n'ont
vivre ! quoilla
fur'la vie, tandis qu'ils
pas plus de pouvoir
en ont tant far la penfee
toutes cachetées, vont
Ainfi mes lettres, Comment vivre fans
remplir votre maifon.
d'envie
vous écrire ou vous parler ? je meurs défende vous voir, mais vous me le faites
dre d'une maniere plus abfolue que de vous
écrire ; foumis à VOS ordres, je n'ofe pas
le bonheur confolant de
même me procurer --- Page 68 ---
les lieux mêmes olil eft pervous voir dans
cette fatisfaction.
misà à tout autre de goûter homme à une plus granPeut-on réduire un
m'expofer > me
de perplexité ? n'eft-ce pas la Loi cruelle que
forcer même d'enfreindre
la
m'impolez que de m'oter jufqu'a
vous
d'une foumillion aulli
moindre récompenté le trouvez donc pas mauvais
défespérantel ne de vous voir & de vous
fije fais enforte n'ont de force qu'aurant
parler, Les loix
également aux deux
qu'elles conviennent
parties.
LETTRE XXL
même, dui 22 Décembre 1773.
Du
Mimi 1 22 ! aucun moyen ne me
CAUELLE
de vous ! que je fuis un
réuflit donc auprès
trouve à T'Eglife, un
être à plaindre ! je me conduit, je me plaheureux hazard vous y
à n'être
derriere votre banc de maniere
ce
je prends des heures,
remarqué de perfonno, adreffe la parole,
j'affecte de lite , je vous
& vous
vous vous levez tranquillemenc, loin, fous prétexte
allez vous placer plus
de parler à Madeleine:
ne me
CAUELLE
de vous ! que je fuis un
réuflit donc auprès
trouve à T'Eglife, un
être à plaindre ! je me conduit, je me plaheureux hazard vous y
à n'être
derriere votre banc de maniere
ce
je prends des heures,
remarqué de perfonno, adreffe la parole,
j'affecte de lite , je vous
& vous
vous vous levez tranquillemenc, loin, fous prétexte
allez vous placer plus
de parler à Madeleine: --- Page 69 ---
Peut-on poignarder plus cruellement un
homme qui vous adore ! toutes les fois que
je vas chez vous pour vous voir, vous me
faites dire que vous ètes imcommodée. , que
vous ne pouvez voir perfonne. Mes rivaux s
ileft vrai, fe plaignent du même traitement
de votre part ; mais, adorable Mimi, > quel
eft votre-but? pourquoi paffer Vos jours fans
vous livrer plus que vous ne faites aux charmes de la vie?y en peut-il avoir fans l'amour?
ah! vous qui êtes fi bien faite pour infpirer le véritable, comment pourriez-vous
y être infenfible ?
Je voulais vous oublier, ou plutôt ne plus
vous fatiguer du récit des fentiments qui ne
peuvent vous toucher; mais un inftant a
détruit toutes mes réfolutions : je vous ai
vue, l'amour me commande plus impérieufement que jamais > & la pallion agit trop
forrementdansmon coeur, pour que je puiffe
jamais elpérer d'en guérir. Toutesles femmes
me deviennent infipides 5 je les fuis autant
que mon coeur eft entraîné vers vous. Je ne
ferai jamais heureux, > je le fens, je languirai toute ma vie ; eh bien ! je préfere cet
état à celui de ne vous plus aimer. Eh ! le --- Page 70 ---
70 de l'ame de ma vie 2
moyen de me déracher
vois me paie de
une feule fois que je vous Ainfi; foyez aufli
toutes mes fouftrances. mes lettres, , que moi
patiente à recevoir
cruautés.
conftant à recevoir vOs
XXIL
LETTRE
Du même,15 Janvier 1774.
fubite, imprévue, & dont
Voras ablence ni le fujet ni le lieu, un
je ne puis découyrir tout m'annonce un
fecret preffentiment ,
voeux. Tous vOs
dénouement funefte à mes cacher le lieu
négres Iont d'accord pour me ni l'argent ne
oi vous êtes allée. Nil'or, fecret fi important
peuvent leur arracher ce la cruelle Madeà mon repos. Madeleine, >
a achevé de
deine, votre confidente affidée, >
des
le coeur par des je crois,
peutme percer des mais, des cela) fe pourrait s
êtres des f,
n'y a rien manqué
fi bien arrangés , qu'il
ame.
la défolation de mon
pour
qu'enfin un heureux rival
Se pourait-il votre cocur, ce coeur que
eût fu toucher
eft heureux' que
j'ai cru fi infenfible ! qu'il
la cruelle Madeà mon repos. Madeleine, >
a achevé de
deine, votre confidente affidée, >
des
le coeur par des je crois,
peutme percer des mais, des cela) fe pourrait s
êtres des f,
n'y a rien manqué
fi bien arrangés , qu'il
ame.
la défolation de mon
pour
qu'enfin un heureux rival
Se pourait-il votre cocur, ce coeur que
eût fu toucher
eft heureux' que
j'ai cru fi infenfible ! qu'il --- Page 71 ---
fon fort eft digne d'envie ! quen'a-t-il
coeur pour fentir la faveur
le
mon
fait ! : -
que
ciel lui
Ainfi, voilà ma fentence
n'ai plus rien à
prononcée 5 je
nel eft réfolu', efpérer; mon malheur éterun autre va pofféder la feule
perfonne qui pût mne faire goûter les
biens de la vie, la douceur, la
vrais
aimé d'une perfonne
félicité d'être
fonne
accomplie, d'une
que j'adore ! Mefurez,
perpoflible, Mimi,
3 s'il vous eft
3 mefurez toute
mes peines par le prix
l'étendue de
manquer de mettre dans que vous la
ne pouvez
l'amant que l'on vous deftine poffeflion &
de
doute vous aimez
que fans
> & fongez que vous
autant au-deffus de lui,
êtes
deffis de lindifférence que l'amour eft auqu'une
; vous n'aurez encore
tres-faibleridéedes tourments
chirent mon ame depuis
quidéleine.
que j'ai vu MadeIl faudra donc renoncer à la
de vous écrire ! mais
confolation
vous aimer?
comment renoncer à
unmaris'en formalifera
je dois m'y attendre ; mais lorique d'abord,
ouvrir mon coeur
j'irai lui
qu'il verra le trifte que vous avez déchiré ;
état où vous l'avez re- --- Page 72 ---
n'en doutez pas, il fera plus pitoyaduit,
& il me epermettra d'aller au
ble que vous,
dépoler mes larmes & mes
moins quelquefois fon fein. J'en ferai mon ami, >
douleurs dans
il me conconfident; il me plaindra,
mon
jour des maux que vous répanfolera chaque
dez fur ma vie.
CaiMais sje vous écris fans penfer que Vous
ne vous découvrira peut-ètre pas.
mant
allée dans quelque lieu éloiêtes peut-ètte deftinée à celle de votre
gné unir votre ! filon mourait de douleur,
amant fortuné lufliez ma lettre, je ne fe-.
avant que yous
rais plus.
LETTRE XXIIL
Mimi à Sylvain, du 24 Mars 1774.
De
Monfieur ? un an de Glence de
Qvos; obtenir de vous de le garder
ma part n'a pu
lettre n'a pu
à mon égard? ma premiere
de mon
faire connaitre les difpolitions
vous
continuez de me perfécuter !
caeur, & vous
pour fe
comment faut-il donc s'exprimer
faire entendre ? je n'y tiens Non-feulement plus.
rais plus.
LETTRE XXIIL
Mimi à Sylvain, du 24 Mars 1774.
De
Monfieur ? un an de Glence de
Qvos; obtenir de vous de le garder
ma part n'a pu
lettre n'a pu
à mon égard? ma premiere
de mon
faire connaitre les difpolitions
vous
continuez de me perfécuter !
caeur, & vous
pour fe
comment faut-il donc s'exprimer
faire entendre ? je n'y tiens Non-feulement plus. --- Page 73 ---
Non feulement vosdémarches bleffent ma
maniere d'être & de
penfer, - mais encore
elles ne font pas fans traces ; VOS domeftiques font connus, que voulez-vous que l'on
penfe à les voir venir chez moi aufli
de
fréquensment? voulez-vous. , Monfieur, me réduire
à la trifte & cruelle alternative ou de fortir
des bornes de l'honnêteté que j'ai obfervée
jufqu'à ce moment > ou de fouffrir perpétuellement une perfécution qui ne pouvant
changer mes fentiments 3 vous tourmente
aufli inutilement.
J'ai toutes les lettres que vous m'avez
faitl'honneur de m'écrire, & depuis la
miere, je ne les ai plus décachetées. Eh pre-
:
ne fais-je pas bien ce qu'elles peuvent contenir ? une répétition de la premiere fans
doute, avec des proteftations de fincérité
qui ne coûtent rien à jurer, d'un amour
ne va pas au delà de
qui
l'habirude
Imagination & que
feule d'un goût dépravé dicte,
d'une eftime qu'on n'accorde pas à une mu- 9
lâtreffe que le fort couvie d'un opprobre
peut-ètre injufteà mon égard, mais
s
a pas moins fon effet par la force du quin'en
qui la degrade aux yeux des blancs P préjugé
Tome I,
D --- Page 74 ---
Monfieur 60 2 confumezf Pourquoi donc,
vaine entreprif. çui
vou: votre temps en une votre repos fars pouvoir
ne fast cve trcubler labyme de Tereur? je
dans
ne ponger
pas que je ne guis
fais & vous ne lignorez legitames, & fi
nauds
être à vous pardes mieux, vous feriez convous me connailliez être à vous par une
vaincu que je ne puis des liens condamnables.
ni
voie mepeifable,
que m'être nuiVos démarches ne peuvent
compariffibles. Un homme comme vous, le penfer &
fant, honnète, ne doit-il pas le bruit court
: déjà
agir en confequence moi auffi bien que vous
que vous êtes avec Je ne vous fais pas l'inpuillez le défirer.
avez pu dorsaer
jure de croire que vous éres-vous y
lapremiere
lieu; mais du moins en
le poignard du
caufe. Eh pourquoi porter d'une fille qui n'a
déshonneur dans le coeur
? Ah!
de bien au monde que fa réputation digne de vous L
Monfieur, que cetaiteft peu dans ce coeur
defcendez dans votre coeur, votre confnoble, généreux 5 confultez fes
;
écoutez fes cris &
reproches vous
cience,
le caprice qui
ils crouficont-biende d'avoir porté une atteinte, *
feduit, & faché
ard du
caufe. Eh pourquoi porter d'une fille qui n'a
déshonneur dans le coeur
? Ah!
de bien au monde que fa réputation digne de vous L
Monfieur, que cetaiteft peu dans ce coeur
defcendez dans votre coeur, votre confnoble, généreux 5 confultez fes
;
écoutez fes cris &
reproches vous
cience,
le caprice qui
ils crouficont-biende d'avoir porté une atteinte, *
feduit, & faché --- Page 75 ---
peut-être mortelle, au fort d'une fille déjà
fi à plaindre par les circonftances > vous
vous emprelTerez à l'épargner davantage.
Je fas bien que je ne fuis pas faite pour
le bonheur > puifque j'ai la faculté de fentir & de juger 5 mais j'ai un certain bien
être, je puis prétendre à un établiffement
honnête dans ma couleur : vous pouvez
m'en empècher en éloignant les perfonnes
par des foupçons aufli injuftes qu'injurieux.
Mes parents en font comme moi affligés s
& ils peuvent finir par me croire coupable
d'aneintelligence avec vous. Ah! Monfieur,
dans quel embarras, dans quelle confulion,
dans quelle humiliation vous me jettez fans
cefTe ! de grâce, daignez m'accorder la paix
& le repos que vous m'arrachez, en attaquant à la fois mes fentiments d'honnerr
& la fenfibilité de mon ame, > ce funefte
préfent du ciel pour une mulâtreffe,
Da --- Page 76 ---
XXIV.
LETTRE du 28 Mars 1774
à Mimi,
De Sylvain
adorable Mimi!
A H ! une lettre de vous, ? elle ne s'effacera
j'en reconnois l'écriture
en tremblant,
jamais de ma métoitrel'ounes dévore? helas ! je ne
je lis, où plurèr je
à chaque mot,
trouve que ma condamnations de renoncer à vous.
& l'ordre le plus cruel
au monde
renoncer à la feule perfonne
cruelle
Moi
mon bonheur ! Ah,
qui puilfe faire connoillez peu le caur de
Mimi, que vous
pour vous !
fon amour
une anGlence, non pas
Non pas votre
dans le défefpoir
née, mais ma vie palfée ne faurait porvous plaire, > mon amour.
de ne pouvoir légere atteinte à
de
ter la plus
le mien peut-il ceffer
Un coeur comme fois qu'il vous a connue?
vous aimer une
dela pluse
ne
Cr.snosimasaer
payermoid l'amertume quevous poumoi avectoute. moindre retour, queje n'ai
vez me pay er du plaire, mais ne doutez
psle don de vous
& de leur pureté:
de mes fentiments maux.
point ke comble de mes
C'et
, > mon amour.
de ne pouvoir légere atteinte à
de
ter la plus
le mien peut-il ceffer
Un coeur comme fois qu'il vous a connue?
vous aimer une
dela pluse
ne
Cr.snosimasaer
payermoid l'amertume quevous poumoi avectoute. moindre retour, queje n'ai
vez me pay er du plaire, mais ne doutez
psle don de vous
& de leur pureté:
de mes fentiments maux.
point ke comble de mes
C'et --- Page 77 ---
Dès la premiere lettre que vous m'avez
écrite, j'ai connu vos difpofitions à mon
n'avez
négligé de me conégard; vous
pas
Caimant: Ah!
firmer cette cruelle lettre par
m'eutGjavaisgu ceffer de vous aimer, que
fenti icombien 1 j'allais être
il fallu encore? j'ai
malheureux par cet amour même qui pourG bien faire le charme de ma vie & de
rait
J'ai fenti combien il m'était imla vôtre.
du retour ;
polliile de réuflir à vous infpirer
cefle.
indifférence pour moi éclate fans
yotre fuis fait dès lors toutes les repréfentaJe me
du
tions, non pour ne plus vous adorer,
ceffer de vous parler d'une paf-,
moins pour
fion que votre coeur rejette & condamne,me fon;
reprochant même la perfécution dont
démarches amoureufes ; j'ai
pour vous ines
fois la rélolution de les
même pris mille
cela;
ceffer pour vous complaire au moins en
mais ma raifon a toujours cédé à ce fenti:
ment, & a fini par s'y confondre.
Comment en effet eut-elle pu fe concilier
irréfiftible qui m'entraine
avec un penchant
P cefler de
toujours malgté moi vers vous --- Page 78 ---
aime, lorfque je meurs
vous dire que je vous
à tous les inftants
du défir de vous le repéter deffus de ma naeft un effort au
de ma vie,
puis faire, c'eft de
ture. Tout ce que je
mes doredoubler de précautions pour que
foient pas même folconnés
meftiques ne
Déjà je n'y envoie que
d'aller chez vous.
-
que yous n'avez
Ca'mant, & jerfhe perfuade
& à
rien à reprocher à fa prudence
trouvé
Il ne fera jamais vu que devous
fa difcrétion.
je crois pouvoir égat
& de Pyram fur lequel
aufli d'alles
Jentaltiendni
lement compter.
chez vous . 0
avouerais mes fenAh! Mimi! Moi qui face du ciel & de
timens pour vous à la
cache à tout le
faut
je les
la terre . il
que faire de plus fort pour
mon.de. Puis-je rien
& ma foumifmon refpect
vous Frouver
prix d'un auffi grand
fion ? Au moins pour
pas de
> ne me
permettree-sous
facrifice
lirez vous pas ies lettres,
vous écrire, ne
falucr > vous patler
ne puis-je pas vous
m'en foumniclocs
loriqu'un heureux hazard ? Je ferai tout
cafion hors de chez vous mais, Mimi,
a monde pour vous plaire,
faire de plus fort pour
mon.de. Puis-je rien
& ma foumifmon refpect
vous Frouver
prix d'un auffi grand
fion ? Au moins pour
pas de
> ne me
permettree-sous
facrifice
lirez vous pas ies lettres,
vous écrire, ne
falucr > vous patler
ne puis-je pas vous
m'en foumniclocs
loriqu'un heureux hazard ? Je ferai tout
cafion hors de chez vous mais, Mimi,
a monde pour vous plaire, --- Page 79 ---
de cefler de vous
eft-il en mon pouvoir
aimer ? Ah! hors cela feul, commandez,
vous ferez obéi.
la crainte d'efNe croyez point que
cela
fuyer des duretés de votre part, quand
puille jamais m'arrêter. Que
feroit poflible,
vous fortiez s fi vous le jugez à propos,
s'il vous eft poffible, deebornes
ou plutôr
vous avez exercée, à
de l'honnêteté que
loin de m'en
mon égard jufqu'à ce moment;
avoir
plindre, j'en bénirai le ciel de vous
à quelque changement: car que pouporté
faire de comparable à cette
vez-vous me
: Vous
cruelle froideur que vous m'oppofez malm'affurez que je fuis condamné à être
heureux le refte de mes jours. Mais, Mimi,
ne s'étend pas audelà; & quoivotre empire
abfolument fur ce cceur
que vous régniez
à déchirer fi impique vous vous plaifez
toyablement, il n'eft pas en votre pouvoir
de le faire changer. Vous pouvez le percer,
le perfecuter, mais il faudra que votre cruauté s'en - 2e conrente 5 c'eft tout ce qu'elle
peut. Vous avez toutes mes lettres, vous n'en --- Page 80 ---
So
décacheté qu'une; ; eh ! bien, vous en
avez
maifon: tout le papier du
xemplirez votre
Vous vous dontez
Capsy rendra peu à peu. c'eft à dire une
contiennent,
de ce qu'elles
les unes des autres;
continuelle répétition
vous aime, &c
cela eft vrai; ; mon cccur même manière,
aimera toujours de la
vous
pourquoi pouffez-vous vos
Mais > Mimi,
mes proteftations
doutes jufqu'à penfer que font
vraies?
fincérité & d'eftime ne
pas
de
vous voir fans vous
Si l'on ne peut pas le dire fans vérité
aimer, peut-on vous
vous l'affureQuant à l'eftime, tout ne & n'eft elle
t-il pas ? En eft-on le maitre, & de la vertu e
le réfultat du mérite
n'a lieu
pas
fur un préjugé qui
La règle-t-on
& non fur l'individut
que fur le général
véritablement s
Si je ne vous aimais pas réellement, aufi je ne vous eftimais pas faire renoncer
riez-vous tant de peine à me
à vous ?
mon tems en cette
Je ne confume donc
vous la'rendez
entrepri(e que parce favorife que une forte d'uvaine. Car fi Yufage
aurait
nion entre vous & moi.pourquoiy
lieu
pas
fur un préjugé qui
La règle-t-on
& non fur l'individut
que fur le général
véritablement s
Si je ne vous aimais pas réellement, aufi je ne vous eftimais pas faire renoncer
riez-vous tant de peine à me
à vous ?
mon tems en cette
Je ne confume donc
vous la'rendez
entrepri(e que parce favorife que une forte d'uvaine. Car fi Yufage
aurait
nion entre vous & moi.pourquoiy --- Page 81 ---
Sr
il d'autres caufes qui s'y oppoferaient ? Pré
férez-vous d'aller par l'himen dans les bras
d'un homme indigne de vous poffeder, &
quicroirait encore vous honorer beaucoup,
en vous rendant malheureufe ?
Malheureufe ! Vous ? Vous, faite pour
la félicité fuprème ! Vous, pour lé bonheur
donnerais jufqu'à la derniere
de laquelle je
! Dieu ! l'idée feule
goutte de mon fang
fervirait-il
m'en fait mourir. Que nous
d'avoir des lumières fi vous n'en faifiez
le point le plus effentiel de
ufage pour
attention, adorable
votre vie? Faites-y
Mimi , réfléchillez : y plus férieufement
tandis -qu'il en eft.encore tems : ne dédaignez pas les veeux d'un tendre amant
s'occupperait que de votre félicité.
qui.ne
LETTRE XXV.
De M. de B:.. à Mrk**,
du 2 dAyril 1774:
devenu,ol.e-tu. que fais-tu?
Qrire Jene re yois plus 2 tu me négliges > tu --- Page 82 ---
la fociété dont tu faifais le charme,
négliges
amis dont tu faifais les détu négliges tes tems où je te reprochais
lices. Il fut un
n'aurais-tu
trop de difliparion ;
un peu extrémité qué pour tomber dans
forti d'une
blâmable encore? Qui peut
une autre plus
dans une retraite
ainfi r'ifoler & te plaire
ton huabfolue? On dit même que
aufli
changée ; que tu n'as
meur eft en tout
aimable gaité qui te caradtérifait
plus cette
dans le monde 5 que tu
fi agréablemeut
diftrait. Ton
devenu rèveur > trifte >
es
littérature s'eftil converti en
goit pour la
& as-tu renoncé
fanatifime - , en fureur ,
que des
vivants pour ne r'occuper
aux
morts ?
crois moi, quelque chofe
Ah! mon ami,
hommes, leur
qu'on puiffe reprocher aux
à
eft encore mille fois préférable
fociété
Ceux mème que tu admires
leurs ouvrages.
crois-tu qu'ils ayent
le plus aujourdiui, morts ? Ceft même par
été faits pour des
vivre parmi les vise défir de toujours les ont faits, & tu
vants, que les auteurs
ayant de celler
youdrais celfer de vivre
is moi, quelque chofe
Ah! mon ami,
hommes, leur
qu'on puiffe reprocher aux
à
eft encore mille fois préférable
fociété
Ceux mème que tu admires
leurs ouvrages.
crois-tu qu'ils ayent
le plus aujourdiui, morts ? Ceft même par
été faits pour des
vivre parmi les vise défir de toujours les ont faits, & tu
vants, que les auteurs
ayant de celler
youdrais celfer de vivre --- Page 83 ---
fatisfaétion d'éf
d'ètre, pour-1 la chimérique
daris limagination de ceux
xifter un jour
que tu ne verras plus, que tu n'entendras
Que t'en reviendra-til: En fauras-tu
plus?
chole:En retireras-tu quelquejonif
quelque Me diras-tu qu'en écrivant tu jouis
fance :
fatisfaction : Eh! comd'avance de cette
quand on eft feul? Tu as trop
ment jouir
t'en.tenir à une félicité
de bon fens pour
la vie,fi
future que rien ne réalife pendant
l'on fe retire de la fociété qui feule doit
D'ailleurs c'eft làla fource des
la procurer.
c'eft la meilleure
penfées, des lumières;
école
l'homme qui veut ou étudier
pour
écrire; il eft fi difficile
fes femblables, ou
de connaitre les hommes, lors même qu'on
comment le faire loin
les fuit de l'ail,
d'eux?
donc être là la caufe de ta
Ce ne peut
Une
eft-elle :
pallion
retraite; Or quelle
affurément. Jete conamoureufe ? Oh!non
fois, quoique tu
nais, tu as aimé plufieurs véritablement
m'en aies dit, tu as aimé
fois en ta vie'; dès à le berceau, & ces
une
finira
la fin de tes jours.
amour ne
qu'à --- Page 84 ---
fufceptible de cette
Ton cceut n'elt l'amour plus
qui tranfporte
véhémence de
à lui même, & à tout
Thomme, l'arrache Les refforts de ton ame
ce qui T'environne.
fortement tendus 3
trop fouvent & trop
D'ailleurs tu
font ou doivent être affaiblis.
conftamaimes, tu es aimé tendrement, de ce côté-là.
tu n'as rien à délirer
ment,
donc pas être la caufe
L'amour ne peut
être non- plus
de ta trifteffe. Ce ne peut
fortune eft
Tembarras de tes affaires; ta Sont -ce
le fouhaiter.
telle que tu peux
ou des grades?
les chimeres de la grandeur renoncé au miNon. Tuy as entièrement carrière, en. emporlieu de la plus belle
de tout le monde.
tant T'eftime & les regrets rien. Tire moi
Ma foi, je n'y comptends
Car tu
d'inquiétude.
donc promptement impoffible de t'aller voir
fais qu'il m'eft
nouvel emploi me
de quelque tems. Mon
à l'attache. Tu
rient ici comme un Chien moi, en abjuas été bien plus fage que
wrant un tel efclavage (1)
de ces lettres tout ce qui de
11) Un fipp-ime amours de Sylvain &
eft étranger aux
Alizni,
les regrets rien. Tire moi
Ma foi, je n'y comptends
Car tu
d'inquiétude.
donc promptement impoffible de t'aller voir
fais qu'il m'eft
nouvel emploi me
de quelque tems. Mon
à l'attache. Tu
rient ici comme un Chien moi, en abjuas été bien plus fage que
wrant un tel efclavage (1)
de ces lettres tout ce qui de
11) Un fipp-ime amours de Sylvain &
eft étranger aux
Alizni, --- Page 85 ---
8,
LETTRE XXVI
De Mpx**, a Mr. de B
Du 4 d'Avril 1774.
Tu d te 2 ferais
épargné, mon
bien
des tortures, fi tum'avais
ami,
tout
demandé le fujet de la mélancolie fimplement
laquelle je fuis plongé depuis près d'un dans
& dont je.ne Fuis moi-même
an,
un compte bien clair. Le
me rendre
goût de l'étude
ne jette pas aufli fubitement dans l'état
d'abforption où l'on t'a.dit avec verité
j'étais tombé. L'étude des fciences que
jamais été pour moi
n'a
bien,
> comme tu le fais
qu'un fiujet d'amufement.
a tant
de beaux ouvrages de faits
Ily
il ne paraît
> que, en vérité,
plus poflible de glaner même
après les riches moiffons de tant de grands
hommes dans le champ des connoiffances.
Quoi plus écrire? Des rélations ? I faur
woyager, & tout eft conmu. Des.commenzaires : Ily en a'tant d'autres qui
sont fans moi! Je te le
eonuyerépete, ce gui --- Page 86 ---
mince pMlage e ;
refte a dire n'eft plus qu'un le faire fans tou-
& encore ne pourrait-on OI quelle trifte
cher au bien des autres ;
!
réduction que d'ètre un plagiaire
n'eft ni Yoccupation
Non, mon ami,ce ni l'état de mes affaires,
de la littérature, fumées des honneurs qui
encore moins les
c'eft l'amonr .
caufent ma mélancolie;
ton fentitétonnes? Sufpens un peu
tu
ment.
j'aime ou plotor Jadore Fany;
Il eft vrai, vrasfermblablement jufqu'au
8 je l'aimerai
ne Y'emportera fur
tombeau, & nul autre
nouvel obelle dans mon coeur. Mais un fes traits ont
mes yeux 2 &
jet a frappé
fond de mon cocur. Je
pénétré jufqu'au inconftance , j'en fouffre
me reproche cette
chaque fois
milletourments qui iangmentent Fany; & jene
que je vois Tincomparable fatalité je ne puis réfifter
fais par quelle m'entraine encore vers une
au charme qui
de ma mélancolie,
autre. Fany sapperçoit la caufe dans des termes
elle m'en demande
elle redouble de
qui me percent le cour;
tout ce
tendrelle pour moi, & employe
énétré jufqu'au inconftance , j'en fouffre
me reproche cette
chaque fois
milletourments qui iangmentent Fany; & jene
que je vois Tincomparable fatalité je ne puis réfifter
fais par quelle m'entraine encore vers une
au charme qui
de ma mélancolie,
autre. Fany sapperçoit la caufe dans des termes
elle m'en demande
elle redouble de
qui me percent le cour;
tout ce
tendrelle pour moi, & employe --- Page 87 ---
l'amour veritable peut mettre en ufage
que faire le bonheur de l'objet. Mon coeur
pour eft fenfible, je me promets de renoncer
y
fens
de
fuis décidé, je
que je
à l'autre , jy
véritablement que ma Fany . 3 & je
n aime
d'un
ne me puis défendre d'un penchant,
défir, qui font le malheur de ma vie.
Que je voudrais que tu euffes dit vrai;
fufceptible de reffentir
86 que je ne fuffeplus
ne me
une forte paflion'Ce que j'éprouve,
trop le contraire, &c quand je
prouve fais que connaître l'objet de mes adorat'aurai conviendras peut-être que le' 'cceur
tions, tu
une
le plus blafé pourrait encore reprendre
nouvelle fenfibilité, & aimer comme fi c'était la premiere fois. Tu connais l'hiftoire
de ma vie que tu as voulu lire deux fois;
tu fais que j'ai reffenti fortement Famour,
& que fes feux m'ont vivement embrafé;
rencontré bien des femmes
tu fais que j'ai
cela n'eft rien
aimables 5 eh bien > tout
de Mimi, fi Fany n'exiftait
en comparaifon l'amour dont je brulerai toute
pas; & fans
dirais aufli
ma vie pour cette derniere , je
que celui que je reffens pour Mimi eft --- Page 88 ---
Mimi, 88 il faut te la faire
fans pareil. .Cette
connaitre.
de feize ans s
Figure - toi une Mulitreffe
mince, faite comine une Vénus,
grande,
du monde, , les
les plus beaux yeux
ayant
réguliers & les plus piquants,
traits les plus
le plus charmant
une belle bouche qu'orne
qui femble
ratellier d'émail; une gorge l'amour & les
Y'amour, & pour
faite par
démarche noble, aifée;
plaifirs feuls; une
cultivé, orné ; un
vif, réféchi,
un efprit
égal,mefuné ; des manières
caraétère gai,
gracieufes, belles 5 un
polies, agréables,
décent, modefte,
maintien affuné,naturel, aimable, enjouée,
douce,
une converfation
une ame grande,
honnête; des moeurs bienfaifante pures;
: tu n'aurase
pieule, généreule, idée de Mimi. L'imagination,
qu'une faible même de fes illufions, ne
par le fecours
charmant,
faurait te rendre cet enfemble
entraine
fais
féduit, qui
.ce je ne
quoi-qui
le COEUT yers cette fille parfaite, t'a dit
La mélancolie dans laquelle on jame
j'étais plongé, te dit allez.que
-que
moeurs bienfaifante pures;
: tu n'aurase
pieule, généreule, idée de Mimi. L'imagination,
qu'une faible même de fes illufions, ne
par le fecours
charmant,
faurait te rendre cet enfemble
entraine
fais
féduit, qui
.ce je ne
quoi-qui
le COEUT yers cette fille parfaite, t'a dit
La mélancolie dans laquelle on jame
j'étais plongé, te dit allez.que
-que --- Page 89 ---
& peut-ètre fans efpoir d'en
fans retour s
avoir pour moi
obtenir. Mimi témoigne
indifférence. Je lui ai écrit
la plus grande
nombre de lettres depuis plus d'un an,
elle n'a décacheté que la première, & y
qui a achevé de fuba fait une réponfe
juguer mon ame. Dernièrement encore
elle vient de m'en écrire une feconde 9
m'apprendre qu'ileft inutile
toujours pour de l'efpérance : elle détruit
que je conçoive
J'en fuis démême jufqu'à la plus légère.
folé. Ah! comme elle écrit ! quelle ferait
la félicité d'un homme fenfible d'ètre aimé
d'une telle fille! tu diras tout ce que tu voumais je l'aime à l'adoration > & fans
dras,
fens
me
la poffefion de fon coeur 3 je
qu'il
ferait impoffible de vivre heureux.
LETTRE XXVIL
De Mr. de B.. à Mrx*X,
du 6 d'Avril 1774.
Toxétar m'allarme plus que jamais, mos
pauvre: ami, parce que je vois que tu ne le
connais pas toimème. Je ne te connailfais --- Page 90 ---
ferieufe
Toi, (oupirer
pas auffi romanefque. filles
trouve f
une de ces
qu'on
ment pour
fe procure G facicommunément, & qu'on j'ai peine à en
lement! Je te T'avoue que relis ta letre,
croire mes yeux: > & plus je
moins je te crois.
amoureux d'une,
Que tu fuffes devenu
dis Tèure de
blanche de la maniere que tu fans pouMimi, on aurait pu te plaindre une mulivoir te blâmer 5 mais que pour
de
reffentes une paflion au point
trefle tu
mon cher, cela
perdre l'efprit, en vérité, & Gi tune me le difais
n'eft pas concevable, autant de véhémence,
pas toi-mème avec
le fait : mais le
je nierais tout fimplement parles ne me permet
dont tum'en
ton grave
doute fur cette bizarrerie
pas le plus léger
tu m'as fait m'éétotique. Le myftere que Tu as donc des
tonne & me fache antant. lui ouvres donc
fecrers pour ton ami ! tu ne bien qu'il eft
plus ton cceur ! mais je vois voix d'un véricriminel & qu'il redoute la
comment
table ami. Carje ne puis concevoir d'aimer Fanny >
non pas ceffer
tu peux,
cette digne amie de
Tineomparable Fanny,
fur cette bizarrerie
pas le plus léger
tu m'as fait m'éétotique. Le myftere que Tu as donc des
tonne & me fache antant. lui ouvres donc
fecrers pour ton ami ! tu ne bien qu'il eft
plus ton cceur ! mais je vois voix d'un véricriminel & qu'il redoute la
comment
table ami. Carje ne puis concevoir d'aimer Fanny >
non pas ceffer
tu peux,
cette digne amie de
Tineomparable Fanny, --- Page 91 ---
mais feulement éprouver le mointon coeur,
d'infidélité contre elle.
dre mouvement
Non, tu as beau dire, tu n'en aimes pas
T'habitude du changement > ce
une autre ;
des colonies, fait ton eimalheureux goit
accoutumé à vaincre
reur:ton amour propre
la facilité d'un fultan, S 'irrite &c
le fexe avec
de la réfiftance de cette jeune
veut triompher
donc
la tête ? ne
beauté. Mais as-tu
perdu
connais-tu pas la rule des femmes qui veulent au moins dominer Timagination quand
faire paffer leur pouvoir
elles ne peuvent
il
jufqu'au coeur ? Ignores - tu combien
facilede
de tels caurs? Quoi ?
eft
conquérir
toiqui les connais mieux que perfonne > pour
les àvoir féduites fi aifement, tu peux auen éxifte une aujourd'hui te perfuader qu'il
aufli vertueufe que tu
tre > après Fany >
cela ferait,
veux me donner celle-l:Erquande à Y'eftimapourquoi préparer ce coupr mortel
ble & tendre Fany :
Je t'avoue que l'air férieux dont tu me
m'effraye pour la Otuation de ton
parles, efprit. Je fais que ces gens-là (avent feduire, --- Page 92 ---
des
à un tel point, non pas
mais non-pas connaillent fi bien.
*** qui les
iielle eft comme
Au refte que prérends-rut ce qu'il y a
:
font toutes les mulâtreffes, eft d'un fou; fielle
à parier > ta conduite
sefpeRer &y
tu dis, tu doisla
eft ce que
enfin, tu n'en veux pas firerenoncer. Car
examine mieux
ment à fa main. Crois-moi,
qu'elle
fille,. & tu verras peur-être
cette
les autres que l'art de mieux
n'a de plus que
amoureux voyent tour
jouer (on rôle. Les
de la paffion
jours en beau dans l'optique fi elle eft vertueufe
qui embellit tout. Mais
de la refpectu lui dois, tu dois à toi-même Tu n'es pas de
ter, de refpecter fes maeurs. ne font capaces gens fans principes, qui mêmes. Tu as
bles d'aucun retour fureux en as tu trop fait,
faitdes folies,8c peut-être
des difpo"
mais tu n'as fait que profiter adrefTé des
fitions des femmes à qui xuas
Tu, ne les as pas corrompues, à
hommages.
Mais dois-tu chercher
elles T'étaient déjà. celle à qui tu admets des
feduire, , à perdre
à crainveruslhonnète homme a toujours
dre les remords, d'avoir peveriianoone
Tu as
bles d'aucun retour fureux en as tu trop fait,
faitdes folies,8c peut-être
des difpo"
mais tu n'as fait que profiter adrefTé des
fitions des femmes à qui xuas
Tu, ne les as pas corrompues, à
hommages.
Mais dois-tu chercher
elles T'étaient déjà. celle à qui tu admets des
feduire, , à perdre
à crainveruslhonnète homme a toujours
dre les remords, d'avoir peveriianoone --- Page 93 ---
Ton atrachement, , pour Fany n'eft excti-
.
les circonftances, & juftifié
fable que par
fais. Lui affocier toute
par le cas que tu en
c'eft, non pas la dégrader >
autre femme,
Tun'euffes jamais
mais r'avilir toi-même.
dû lui faire la plus légere infidélité en ta VICs
Apprends-moi donc promptement, > que,
d'une erreur aufli coupable que furevenu
nefte pour toi-même, tu as renonçé pour
à Mimi, pour aimer plus que jatoujours
& malheureufe Fany, G
mais la refpedtable
tu ne l'aimes pas uniquement.
LETTRE XXVIIL
De Mr**X à Mr. de B...
le 8 d'Avril 1774.
Je vois bien, mon cher de B.., que tu es
éloigné de connaître Mimi, malgré ce
trop
t'en dire. En effet qui pourrait
que j'ai pu
s'il ne l'avait
fe figurer un être aufli parfait,
lui-mème vu & entendu, quand fur-tout cet
être fe trouve dans uneclaffeou, d'ordinaire,
le défaut d'éducation ne fait que de viles --- Page 94 ---
fGtu en-
? Ah ! fi tu voyais,
courifamnes toi-même ! que tu changerais
tendais Mimi
vite de langage !
de cette paffion
Si je t'ai fait un myftere j'ai toujours
c'eft que
qui me tourmente, Mais il n'eft pas dans
efpéré de la vaincre. fenfible de renoncer
la nature d'un homme C'eft une mortelle
à une fille aufli accomplie.
tu la ranges
injure que tu lui fais, quand
trouve fi
dans la claffe de ces filles qu'on un jour > &
facilement : tu la connaîtras
, tu lui
un tel blafphème
loin de proférer
moi. Jufques-la,
rendras autant de juftice que
f
étonné que tu ne puilfès
je ne fuis point telle file. C'eft une divipeu te figurer une
nité.
concevoir, dis-tu, que je
Tu ne peux
éptis des charmes
puiffe être ferieufement le fentiment le plus
d'une môlatreffe: quoi 2 cédet aux préjugés
pur de la nature devrait-il eft d'une clafle avilie
des hommes : Mimi combien fon mérite
felon l'opinion, mais
& même de
T'éleve au deffus de fon état, cher ami, de la
toutes les femmes ! celle, l'art n'a nulle
juger f mal; ; crois donc que
peux
éptis des charmes
puiffe être ferieufement le fentiment le plus
d'une môlatreffe: quoi 2 cédet aux préjugés
pur de la nature devrait-il eft d'une clafle avilie
des hommes : Mimi combien fon mérite
felon l'opinion, mais
& même de
T'éleve au deffus de fon état, cher ami, de la
toutes les femmes ! celle, l'art n'a nulle
juger f mal; ; crois donc que --- Page 95 ---
part à fa conduite non plus qu'aa beauté,
Elle joue un rôle! Ah! l'idée feule eft
offenfe faite à fes fentiments.
une
Non, man ami, non 5 les miens
elle ne font point une bizarrerie
pour
fls font fondés fur ce qu'il
érotique :
de plus honnête.
y a de plus pur &
Je te protefte même que je
voudraisy renoncer par eftime & par refpect
pour elle; mais fon image qui ne veut point
m'abandonner, me faitàt tout inftantoublier
ia réfolution, & un moment après, j'en
fuis plus amoureux que
même vient à mon jamais-CalledeFany
combattre
fecours, m'aide à
le
ma pallion, mais toujours je fuis
plus faible, J'en fouffre mille
je ne puis voir Fany fans
tourments s
les
éprouver tous
remords, tous les
.
cabler
fiapplices > fans m'acintérieurement des reproches les
cruels; 5 mais tout en fentant
plus
qu'elle
que je n'aime
véritablement , & que je
toute ma vie > à peine l'ai-je perdue l'aimerai de
que je me fens entraîné de nouveau à vue
nouvelle conquête,
ma
Le portrait que je t'ai fait de Mimi,
Yois bien, ne fuffit
je
pas pour te faire connai. --- Page 96 ---
à portée de juger de
tre; il fant te mettre
confond avec
que ton préjugé
- la mulatreffe
d'éducation , font fans
celles qui, privées
Je fenvoie copie de
mours & fans mérite. écrites depuis un an
deux lettres qu'elle m'a écrire. Quand tu
je ne celfe de lui en
ce
que
lues, & que tu te feras rapellé fi
les auras
tu me diras enfuite je
que je t'en ai dit,
telle fille.
puis ceffer d'aimer une
XXIX
LETTRE
De Mr. de B... a Mr
du II d'Avril 1774. plus que jaOut, cher
, aujourd'thui à Mimi.
de renoncer
mais, je te confeille
cette fille eft hon
Ilny a pas à en douter, ce font des rainête, , a des mceurs pures toi 5 de la refpecter.
fons déterminantes pour firement pas faire
Tu n'en veux
n'as pu t'oublier
puifque tu
ton époufe;
tu n'as pu oublier
pour Fany > puifque de la Colonie, nulle
pour elle le préjugé déterminer: voudrais;
autre ne pourra ty
is, je te confeille
cette fille eft hon
Ilny a pas à en douter, ce font des rainête, , a des mceurs pures toi 5 de la refpecter.
fons déterminantes pour firement pas faire
Tu n'en veux
n'as pu t'oublier
puifque tu
ton époufe;
tu n'as pu oublier
pour Fany > puifque de la Colonie, nulle
pour elle le préjugé déterminer: voudrais;
autre ne pourra ty --- Page 97 ---
t0 la corrompre, la perdre 5 en faire
Maitreffe 2 Non.
ta
Quand ton coeur feraio
affez vicieux pour t'en infpirer le delir,
fentimens t'en défendraient. Et
tes
maîtreffe
pour maitreffe, qu'as-tu encore à défirer
au monde ? Coeur ingrat &
volage ! Tu
pourrais renoncer à Fany! Tu pourrais feulement en concevoir la penfée criminelle
mn feul inftant ! ah ! je te l'avoue,
pourrais plus t'eftimer, quand
je ne
ceffer de t'aimer.
je ne pourrais
Si cette fidelle & tendre
amante favait tes démarches, barbare,
crains-tu pas qu'elle n'en
> ne
oublié
meure ! As-t tis
qu'elle ne s'eft donnée à toi
une néceflité
&
que par
même dont ablolue, que tout l'amour
elle brolait pour toi,n'eit
livrer à tes veeux fi elle avoit
pula
poffeder tout autrement.As-tu pu efpérer te
a renoncé à dix fortunes
oublié qu'elle
lui étaient
Parce qu'elles ne
pas offertes par ta main : Et c'eft
une telle femme que tu veux
une autre qui, à Ja
délaiffer, pour
de la jeuneffe,
vérité, a des charmes,
de l'efprit, mais
fous des dehors féduifants,
qui peut,
d'ambition fur toi !
cacher des vues
E --- Page 98 ---
fes lettres
n Tout ce que tu m'en dis,
je
rien ne peut détruire ce que
même s
l'infortumée Fany, qui en
te dis de Fany,
Quelle eft donc ta
mourrait de défefpoir. dans une femme?
bizaretie: Que défires-tu
faire lebonà Fany pour
fera
Que manque-t-il fenfible? Ahtatlle
heur d'un homme
à tous les yeux. Et
toujours incomparable l'homme qui les fixe
aux tiens, à ceux de
lui difputer
uniquement > une rivale peut les femmes!
qu'elle a far toutes
enun avantage
Y'avoir vue &
Tu peux encore > après aurre/Limage d'une
tendue, penfer à toute
à ton coeur > à
s'offrir encore
autre peut Celle de Fany ne les couvre pas,
tes yeux?
pas! Et tu voudtais me
ne les en défend
le feul caprice de
foutenir que ce n'eft pas la fureur ottomane
Y'amour-peopre, cuj plutôr avoir Mimi que
qui régate! Que peut mille fois fupéFany n'ait pas à un degré Y'autre noire ; voilà
rieur? Pune eft jaune &
côté eft l'adifférences mais de quel
la feule
pas le cceurde
vantage? ah! fi tu ne polfedais
le tien?
quelle femme lui difputerait
Fany,
la nature d'un homme
Il n'eft pas dans
ur ottomane
Y'amour-peopre, cuj plutôr avoir Mimi que
qui régate! Que peut mille fois fupéFany n'ait pas à un degré Y'autre noire ; voilà
rieur? Pune eft jaune &
côté eft l'adifférences mais de quel
la feule
pas le cceurde
vantage? ah! fi tu ne polfedais
le tien?
quelle femme lui difputerait
Fany,
la nature d'un homme
Il n'eft pas dans --- Page 99 ---
fenlible, dis-tu, de renoncerà Mimi: tu ofes
tenir ce langage quand tu oublies Fany ! &
tu ne fens pas ron erreur! tu dis que tes fencimentspourla premiere font fondés far l'eftime; fi cela eft, c'eft un puiffant motif de
plus pour y tenoncer fans balancer. Mais ne
erains-tu pas d'ètre montré au doigt par tous
les honnêtes gens ? Ton attachement
Fany eft non-feulement exculable
pour fes
circonftances
par
uniques s mais même
table. Mais l'abandonner
refpecpour une autre 3
c'eft en avilirla fource en affichant un liberrinage honteux & fans choix.Tu as été léger,
volage > mais je n'ai confidéré ta conduite
que comme un effet momentané de l'age &
de fa fougue. Sous ce rapport je t'ai excufé
& plaint: mais la paflion qui s'annonce chez
toi changerair ablolument ma maniere de
voir, relativement à ta conduite. 2e
Si mon eftime t'eft chere, renonce donc
pour toujours à la refpectable Mimi. Voudrais-tu que la feule peut-être qui exifte dans
cette clafle après Fany > donnât l'exemple
d'une faibleffe pareille à celles qui n'ont jamais eu ni éducation. ni fentiments de verE 2 --- Page 100 ---
: Mimi eft une flle rare dans
& dhonneurt l'adores, tule dis,8 tu voufon efpéce; tu la ravaller au taux de ces
drais la feduire, femblent faites que pour
mulatreffes qui ne
des colodes célibaraires
fervir aux plaifirs
qu'elle: a des meurs,
nies? tu l'eflimes, parce
Ah! cher ami,
& tu voudrais les corrompre! odieufe; ne
ouvre les yeux fur ton entreprife l'eftime dont tout le
te rends pas indigne de vertus : c'eft ton plus
public récompenfe tes
t'en départir! fonbeau partage, voudrais-tut
toi à caufe de
ge qu'on eft indulgent pour une autre,cef
Fany, & que l'oublier des pour debauchés vulgaidans la claffe
fe ranger délicatelfe.
res &c fans
XXX
LETTRE
Mimi. Du 12 d'Avril -774
De Sylyain à
Mimi, que
Ls bruit court, dires-vous, je puille le
fuis aufi bien avec vous que pasi c'eft
je
& vous ne me l'atribuez rendiez
défirer > feule chofe que vous me
donc en la
me Aatte
juftice. De quel air pourraisje à qui 9 1 C
d'être heureux ? le perfoaderais-je
c fans
XXX
LETTRE
Mimi. Du 12 d'Avril -774
De Sylyain à
Mimi, que
Ls bruit court, dires-vous, je puille le
fuis aufi bien avec vous que pasi c'eft
je
& vous ne me l'atribuez rendiez
défirer > feule chofe que vous me
donc en la
me Aatte
juftice. De quel air pourraisje à qui 9 1 C
d'être heureux ? le perfoaderais-je --- Page 101 ---
IOI
ce foit avec cette proforide trifteffe
fr moni vifage, avec cette fombre répandue mélancolie dont tout mon être eft enveloppé? Ah
lj'ouvrais la bouche pour parler de vous,
croyez, cruelle, > croyez que ce ne ferait >
pour me plaindre de VOS rigueurs & de que
indifference. Mais elles ne font
votre
qu'à moi, - , puilque vous
réfervées
appréhendez fi fort
que mes démarches, un'écartent les
de votre couleur. C'eft dans cette claffe foupirants
vous voulez vous choifir un mari - que Il
vous reffemblera fans doute par la couleu
mais aura-t-il le moindre intétieur ?
rapport avec alloA
& pourrez - vous jamais vous
accoutumer au caractere de ces créoles
ptivés d'éducation S font fi fouvent qui,
ineptes, & durs jufqu'à la cruauté ? vains, Ah
ciel! fi jamais un bras
!
détournez
facrilége 6 Dieu !
fervez de cette idée de mon ame, &
ce malheur l'adorable Mimi pré:
!
LETTRE XXXI
De Mr. le G.m, a Mimi fafille
;
du I5 d'Ayril 1774.
JAr
jufqu'ici, ma chere
des bruits qui font
Mimi, 3 rejetté
venus jufqu'à moi, & --- Page 102 ---
- , ni tes principes ne
que ni tes fentiments de croire, Ils redoublent
mepermettoientpase vulgarres, je ne puis plus gar-
& deviennent
der le filence.
le fais, &
Mr t'adreffe des yoeux , je
il a fans doute pris foin que tout le monde
fit imbu, afin de perdre ta réputation
en
ton coeur: Mais je
s'il ne peut corrompre
contre ce'
me perluade que tu es en garde
arradébauché qui ne cherche qu'a
jeune T'innocence du cour des filles pour
cher fubftituer les remords 8 les regrets peut- Sa
y,
& les plus amers.
être les plus longs
connue pour
conduite eft troppentralemnent éréinftruire comme tour
que tu n'en aies pas
(es démarches puifle monde, & pour que
certain point :
fent m'alarmer jufqu'a un faffit pas que
mais, ma chere fille, il faut ne encore que tu
tu fois fans reproche , il
Taasle malne puilles pas être foupçonnée. d'une négreffe, &
heur d'avoir reçu le jour
jour les regrets
tout en roi augmente chaque
de plus
quej'en ai; pourrais-tu) y en ajouter fois ma fille,
déchirants encore! quoique tu teft due 5 tu
je puis te rendre la juftice qui
quoi
as du mérite, un peu de forunesfaide à
doter honnètement: > tu peux prétendre
te
reproche , il
Taasle malne puilles pas être foupçonnée. d'une négreffe, &
heur d'avoir reçu le jour
jour les regrets
tout en roi augmente chaque
de plus
quej'en ai; pourrais-tu) y en ajouter fois ma fille,
déchirants encore! quoique tu teft due 5 tu
je puis te rendre la juftice qui
quoi
as du mérite, un peu de forunesfaide à
doter honnètement: > tu peux prétendre
te --- Page 103 ---
un établiffement convenable à ton état. Je
n'ignorepas combien il eft rare d'en rencone
trer d'heureux pour une mularreffe ; mais
quand elle portera à fon mari un coeur
un caraétere doux,
pur,
t-elle
complaifant ,n'en 3
ferapas toujours un mari tendre? ? ne doute
pas, 3 Mimi, > que le malheur des femmes
vienne prefquetoujours d'elles-mèmes. ne
veulent
Elles
exiger ce qu'elles ne devraient
chercherà mériter, & elles finiflent
que
dre même ce qu'on leur devrait.
par perCe n'eft pas que j'étende cette maxime
fur tout le genre mafculin:j je fais
des hommes
quily a
qui ne feraient pas faits
wnir leur fort au tien ; mais avec
pour
un peu de
patience, nous en decouvrirons un. Il fuffit
que la chole foit poflible
pour que tu doives
l'efpéter avec confiance, Pour donner la
fiftance nécelfaire à cet
conelpoir > il faut commencer par écarter de ta fuite un homme dont
les vifites ne peuvent que t'être nuifibles. Ne
reçois donc plus ni fes lettres, ni fes domef
tiques ; fonge, fonge que, outre ton bonheur, > tu feras encore celui de ton tendre
pere. --- Page 104 ---
XXXII
LETTRE
G. à Rofute, merc de Mimis
De Mr. le
du 15 d'Avril 1774.
Rofette, que depuis près d'un feJAPPAENDS, chez toi dans les vues de
an Mr va
Mimi. Je n'ignore pas
duire notre chere
d'ufage &t
combien un homme qui a autant
pour
de Aratagèmes
ds rufe peur employer d'une mere ; mais une
tromper la vigilance inftruite , elle peut les
fois qu'elle en eft inutiles. C'eft en fe ren
rendre abfolument fa fille, en congédiant fans
dant Y'ombre de
de la part de
héfiter tout ce qui fe préfente lui-mème eft trop
Yamant 5 & f cet amant craindre de le
affidu , elle ne doit point vifites, de quelque
prier de fufpendre confidération fes
quil puif
rang & de quelque devoir d'une mere prudente,
fe être. C'eft du
mauvais, elle
& T'homme dûr-il le trouver. facrifier àla con
ne doit pas balancer a tout le plus cher de tous
fervation de fon enfant, lui laiffer.
les biens qu'elle puiffe
& ce Mon:
Mimi n'eft qu'une multrelle,
aindre de le
affidu , elle ne doit point vifites, de quelque
prier de fufpendre confidération fes
quil puif
rang & de quelque devoir d'une mere prudente,
fe être. C'eft du
mauvais, elle
& T'homme dûr-il le trouver. facrifier àla con
ne doit pas balancer a tout le plus cher de tous
fervation de fon enfant, lui laiffer.
les biens qu'elle puiffe
& ce Mon:
Mimi n'eft qu'une multrelle, --- Page 105 ---
tog
fieur T'honore, mais beaucoup troppour que
devions sle fouffir. Je ne lui ai pas fait
nous
bonne éducation pour en faire
donner une fi
la maitreffe d'un jeune libertin qui ne cherun inftant aux dépens de
che qu'as'amufer Redouble donc d'attenla beauté crédule.
le monde. Mais
tion & défie-toi de tout
fa (enprends bien garde de heurter de front
d'irriter
de cette
fibilité ou
Yamour-propre
fille. La vanité révoltée dans une jeune perfonne d'efprit & d'une ame délicate, peut
la
à des écarts funeftes. Ne fais point
porter
fur elle; qu'elle fente ellefentir ton pouvoir
même fes devoirs, & qu'elle ne puitfejamais
les envifager comme une dépendance rigoureufe dont elle chercherait à fecouer le joug
le fentirait. La nature a des
auflitôt qu'elle le cedent en rien à ceux de la
droits qui ne
donc en mêmeconvention fociale. Ménage
l'esprit & le coeur de ta fille fi tu veux
temps
La
n'a qu'un
en refter la maitreffe.
ryrannie
la bienfaifance
empire frèle & momentané;
folide &
& la confiance ont un règne plus
durable. Si ta Glle aime, il faut un méplus
extrême pour combattre son pennagement chant. Il est f dur de renoncer à ses affections ! --- Page 106 ---
trouver un honnète
Mimi eft faite pour
servir de
parti dans fa claffe, & non pour la lifte
à la débauche, & groflir
palle-remps
Tu es aufli intéreffée que
de fes conquêtes.
auffi aimable & genmoià empêcher qu'uns faire no.nbre avec tantd'autille enfant aille le refle de leur vie une ertres qui pleurent funefte qu'elle ferait trop
reur d'autant plus Adieu: je compte fur tes
cruellement sentie.
redoublant compte
enles
foins, taprudmnce:
aufli fur l'affedtion de le G...
XXXIIL
LETTRE
à Mr. le G.
De Rofatte
du 20 Avril 1774.
fenfibilité, je n'avais
CONMAISANT votre
de Mr.
informer des tentatives
pas ofé vous
vaines. Cela
*** que Mimi a anfinéerendue plus que
empêché de la farveiller
de
ne m'a pas
des gardes, des efpions
-
jamais, d'établir
lair de me méfier de
tous côtés, fans avoir homme diffolu ait pu
rien. Je doute que cet
isquelque temps,
pénêtrer) jufgra3tumidemuing 1
ais
CONMAISANT votre
de Mr.
informer des tentatives
pas ofé vous
vaines. Cela
*** que Mimi a anfinéerendue plus que
empêché de la farveiller
de
ne m'a pas
des gardes, des efpions
-
jamais, d'établir
lair de me méfier de
tous côtés, fans avoir homme diffolu ait pu
rien. Je doute que cet
isquelque temps,
pénêtrer) jufgra3tumidemuing 1 --- Page 107 ---
ma'gré l'extrème envie qu'il parait en avoir.
Au refte, comptez que > fur vOS avis 2 je
redoublerai d'attention & de vigilance. J'ai
ici mes autres filles qui la veillent de près 5
vais encore faire venir Sylvie qui a plus
je
fur elle. Soyez donc tranquille, &
d'empire
qu'avec toute fa finefle, > Mr
croyez échouera dans fa criminelle entreprife, qui
d'ailleurs ne caufe que du mépris à Mimi.
affection feule ferait capable de me
Votre
Phonneur de ma fille
piquer d'émulation; moindre motif pour moi. Je
n'est pas un
fentiments foient d'acfuis Aattée que mes
cord avec les vôtres. Adieu.
pour Maman, Eulalie.
LETTRE XXXIV
De Mimi à fon pere, du 20 Avril 1774
Mr m'a écrit
Icese vrai, mon pere,
nombre de lettres que j'ai eu l'imprudence
décacheter, mais j'ai G bien fait > qu'il
de
&
croit rout le contraire.
l'ignore, >
qu'il
laprempieJ'avoue encore quej jai répondaà --- Page 108 ---
mars dernier je lui en écrivis
re', & qu'en
le prier de me laiffer en
une feconde pour d'en garder les minutes
paix. Ayant eu foin
befoin, je vous en
pour ma jultification au
envoie une copie.
en rien ni à
Je ne fuis donc reprochable
s'en faut
fon égard ni au votre. Mais qu'il mien ! oui,
que j'en puiffe dire autant Mimi au a été frapmon pere, la malheureufe lui d'elle; & ce
pée de Mr. *** auffitôr que affreux, d'eft
qui rend mon malheur plus remede d'un côté
qu'il eft également J'ai (ans fait tout ce qui a été
comme de T'autre.
cceur d'un penen moi pour détourner mon
les principes quejsiregas,
chantquihumiliel
d'y parvenir; je fens
il ne m'a pas été pollible combats queje me
aucontraire que les cruels
ramenant fans
fuis livrés à moi-mème, en l'image de cet
ceffe dans mon fouvenir
plus
homme, n'ont fait que Ty graver
les
MIC
fondément, & fous les traits
plus
bles.
fait la déclaration de
Avant qa'il m'eût
je mourats
fes fentiments > je languiffais,
à mpn
d'envie de favoir fa façon de penler
fens
il ne m'a pas été pollible combats queje me
aucontraire que les cruels
ramenant fans
fuis livrés à moi-mème, en l'image de cet
ceffe dans mon fouvenir
plus
homme, n'ont fait que Ty graver
les
MIC
fondément, & fous les traits
plus
bles.
fait la déclaration de
Avant qa'il m'eût
je mourats
fes fentiments > je languiffais,
à mpn
d'envie de favoir fa façon de penler --- Page 109 ---
fuijet, & j'autais voulu la deviner fans qu'il
lui-mème. Il ne m'en
ofàt me la découvrir
a pas eu plutôt fait l'aveu, que je m'en fuis
trouvée offenfée > & j'ai rejetté avec indignation des voeux après lefquels je foupirais
avant qu'on me les eut adrellés .
Je fens aujourd'hui que j'ai triomphé de
T'amour, de moi-mème . 3 J'aime encore 9
je vous l'avoue > mais l'objet n'en fera jamais inftruit. Il fe laffera à la fin, il me laic
fera, il m'oubliera peut-être. . . e Peut-être
en ferai-je autant, que fais-je? : e
Avant del l'avoir vu, je n'avaisjamais rien
fenti pour aucun homme ; pourquoi mon
coeur. ne trouverait-il pas encore (a liberté ?
mon pere le défire > que ne mettrais-je pas
en nfage pour y parvenir ! mais, ah! mon
pere, ne ceffez pas de m'a aimer > ce ferait le
comble de mes maux. Je vous ouvrirai toujours mon coeur avec une entiere confiance !
Aidez-moi, foutenez mon courage ; qu'il
eft faible auprès des tranfports, des fentiments que Mr a fu m'infpirer ! quej'ai
befoin de fecours pour les combattre avec
quelque fuccès!je crois cependant, je fens --- Page 110 ---
IIO
pour m'a-.
cetéméraire un reffentiment
pour
comme il a fait. Je voudrais
voir captivée
il vient à la maifon je
même le hair. Quand
contrainte me
le fuis avec foin, mais cette
trouble, dans une agitation
jette dans un
moi.Mon ame
qui font un vrai fupplice pour auxquels elle a
des affauts
entiere éprouve réfifter. Souvent je fuis prètoute la peine à
j'entends fes
te à (ortir brufquement quand dans fes bras.
complaintes, & de m'élancer
Je rougis de ma foiblelle > mais pour s'en
ne
S
d'inftants, & fi ce jeune homme
Ah!
lait, je ne fais ce que je ne ferais pas. même
votre fille eft perdue ! je ne puis plus
cacher mes latmes & mes douleurs.
les lettres de Mr *** que
J'ai recacheté
cet état à fon négre
j'ai foin de montrer en dix fois par jour je
qui n'en voit rien, mais
avec un
les redécachette pour les dévorer rendres!
plaifir. Comire elles font
nouveau il aime ! comme il fouffie en croyant
çomme
de retour! ! & il ferait faux!
n'être point payé
de fenfibilité!
il ferait fi pervers avec tant
l'arrère,
Non, croyons que le foul préjugé
du déshonneur combat fon
& que la crainte
foin de montrer en dix fois par jour je
qui n'en voit rien, mais
avec un
les redécachette pour les dévorer rendres!
plaifir. Comire elles font
nouveau il aime ! comme il fouffie en croyant
çomme
de retour! ! & il ferait faux!
n'être point payé
de fenfibilité!
il ferait fi pervers avec tant
l'arrère,
Non, croyons que le foul préjugé
du déshonneur combat fon
& que la crainte --- Page 111 ---
III
amour. Non, il n'eft point perfide, & c'eft
fa franchife même qui a porté les plus terribles coups à mon cceur : qu'eft-ce que le mame difait-il dans une de fes lettres?
riage >
quelle doctrine, s'eft écrié ma raifon ! mais
aufli, & peut-être un aveugle amour voudrait encore l'excufer à mes yeux de penfer
ainfi. . e Hélas! c'eft l'unique moyen que
j'apperçoive pour être a lui... -
- e Mais la vertu ! mais les mceurs) e 1 . - fi l'ufage favorife
entre nous une forte d'union , que le préjugé s'oppole à tout autre s & que je ne puiffe
aimer que lui au monde Je fuis donc
condamnée à un malheur éternel ! . .
Oui, je l'aime, mais il ne le faura jamais;
j'en enfermerai le fecret dans mon coeur . .
ily mourra avec moi; je ne recevrai plus fes
l'écouter !
lettres. . . - moi > jamais
moi,
écouter un volage qui ne m'offre que les reftes d'un cceur ufé ! moi, devenir la maitreffe d'un homme qui n'aime en apparence que
pour abufer de la crédulité des jeunes coeurs
qu'il veut féduire ! moi, me livrer à un fiborneur qui pourrait n'abandonn-rà d'éternels remords! non > : mon pere 2 non 3 ne, --- Page 112 ---
jamais capable ; & pour vous ert
môn croyez
cherchezune
donner
preuve convaincante, dans ma couleur,
moi un parti convenable, auflitôr. .. Je le puis $
& je me marierai j'en aurai la force %
n'en doutez point, tout ; celui que vous
Faites tout, arrangez
j'accepterai. . .
m'aurez choifi fera celui que lâche cceur,
S'ilfallait confulugr ce faible, ce à fe déciil ferait peut-être trop long-temps
qu'il me, fait de mal! qu'il
der. Le làche!
s'en fait à lui-mème
de grace-
: Ah! ! mon pere > expliquez-moi rélifte fi
comment il fe peut que le coeur Ce cceur fe
opiniatrément à notre raifon. tout lui dit
prend d'amour pour un objet, va fe livrer à un
qu'il court à fa perte ? qu'il
déshoncruel efclavage, à des tourments, voit au lui-memême 3 il le fent, il le
neur
de sy comme, & il ne laiffe pas dyrelter,
plaire même.
du mien, je me donMais je me vengerai choifi ma raifon &
nerai à un mari qu'anra
à Mr dont
mes parents. Je ne ferai point des motifs cril'amour n'eft fondé que fur
été fi doux
minels & méprifables. Il m'eût claffe , s'il
de Y'aimer s'il avait été de ma
, voit au lui-memême 3 il le fent, il le
neur
de sy comme, & il ne laiffe pas dyrelter,
plaire même.
du mien, je me donMais je me vengerai choifi ma raifon &
nerai à un mari qu'anra
à Mr dont
mes parents. Je ne ferai point des motifs cril'amour n'eft fondé que fur
été fi doux
minels & méprifables. Il m'eût claffe , s'il
de Y'aimer s'il avait été de ma --- Page 113 ---
I13
avait été conftant, s'il avait été fincere.. :
mais vous m'ouvrez les yeux. . . lui indif
cret & avantageux ! lui, publier ce qui n'eft
point ! qu'il m'en coûte encore pour l'en
croire capable ! ah! fes lettres, , fi vous les
voyiez ! fa conduite depuis plus d'un an
Mais vous le connaiffez fans doute mieux
que moi; comment m'occuper davantage
d'un homme qui me propofede me déshonenfuite à mes renorer pour m'abandonner
gpetsdéchirans' Ahlil ne me délaiffera pas,
i ne me polffedera jamais.
Pyrus me preffe > je fuis dans un trouble
affreux, je ne réponds que fort mal à votre
cherelettre que je tiendrai toujours fur moi,
comme un préfervatif fir & néceffaire.
LETTRE XXXV.
De Sylvain à Mr. de B
du 21 Avril 1774Qur ta lettre aagité de fentiments divers
en moi! ! moi, ceffer d'aimer Fany ! moi, >
l'oublier pour une autre ! moi, abandonner
la mere des enfans qui me font aufi chers! --- Page 114 ---
délaiffer celle qui m'a tout (acrifié,
moi,
(auver la mienne!
qui a expofé fa vie pour
capable , que
non : ne m'en crois jamais
je pérille mille fois avant.
Mimit:.. fais-tu tout ce
Mais renoncerà
& fens-tu les efforts
que tu me demandes faire 3 ? la nature humaine
qu'il me faudrait
n'ai-je pas déja tenen eft-elle capable ? que
le trait qui le
té pour arracher de mon coeur
leslettoi-mème par
déchire! tu en vasjuger de Mimi & de fon pere:
r'envoie
tres queje
dont j'avais gardé miiy joins les réponfes
que
malgré moi par les barbouillages
nute
me forcerent de les reiy avais faits & qui
combien
mettre au net. Elles te prouveront la
à vaincre pacj'ai cherché à combattre 3 fille m'ainfpirée.
fion que cetteincomparable
moiCombien ne me la fuis-je pasreprochée formé
combien de fois n'ai-je pas
même!
renoncer ! mais que j'en
la réfolution d'y
le fouvenir enétais peu capable ! toujours ramenait à mon
chanteur de cette fille me
c'eft que
irréfiftible. Tu fais ce que
penchant
n'en brife pas aifele véritable amour 5 on
ment la chaine.
fille m'ainfpirée.
fion que cetteincomparable
moiCombien ne me la fuis-je pasreprochée formé
combien de fois n'ai-je pas
même!
renoncer ! mais que j'en
la réfolution d'y
le fouvenir enétais peu capable ! toujours ramenait à mon
chanteur de cette fille me
c'eft que
irréfiftible. Tu fais ce que
penchant
n'en brife pas aifele véritable amour 5 on
ment la chaine. --- Page 115 ---
cruels
l'aereaazatrdentes
combats, & mon courage luttant contre
& la délicatelle, ne peut céder rni triommour
de l'autre. Je voudrais qu'il
pher de l'un ou
d'eft tout
me fût poflible de les concilier,
J'adore Fany, & fidolarre
ce que je puis.
oublier l'une, &
Mimi, jejure de ne jamais
Je refbannir l'image de l'autre.
je ne puis
mais je ne crois
pecte Mimi ; je l'eftime >
à la place de
point la ravaller en la rangeant
les femmets au-deffus de toutes
Fany queje
l'eftime
j'ai pour cellees de la'terre :
que
autre
c'eft honorer toute
ci me perfuade que
le fort:
de vouloir lui en faire partager
que
d'aimer, de chérir ma Fany ! ne
Ah! cefTer celler d'exifter mais renon
fexait-ce pas
facrifice! Fany en eft
cer à Mimi . quel
il eft au-deffus
fans doute bien digne, > mais
de mes forces. . -
les biens du monde
J'ai, il eft vrai, tous
dit à
dans la poffeflion de Fany 5 tout me le
inftant: mais Mimi m'infpire encore
chaque défirs
ni mon amour pour Fany, ni
des
que
ma raifon ne peuvent érouffer. .
Ceft un crime énorme à mes yeux, mais --- Page 116 ---
eym'entraine -
dans le
le charme quim'enyvre moi. J'en fens tout le danprécipice malgré l'horreur de ce partage, je m'en
ger, je vois
5 mais cet enchantefais mille reproches
m'éblouit, m'égare, fans queje puiffe.
ment
le pouvoir.
-
en empécher tremble que Fany n'en ait
- - Je crains, je redoute de lui porter ce
connoiflance; je
mortel. Déjàje l'ail furprife
coup de poignard
réveufe, & trifte quand elle me voyairrèvers
rendrefle cherche adroimais fa prévoyante.
réflexions (ans me
tement à me tirer de mes
Ah!
rien faire imaginer de fes foupçons. eft-ce à
eft-ce à moi de lui en faire naitre 2
moi de lui en canfer la plus légere inquiésude!
heureux auprès d'elle, je ne
Je me fens
le fuis que là;jy trouye la félicité fuprèmes)
tout l'univers 5 mais en
tous les délices,
de Mimi vient
la perdant de vue, l'image
L'idée
confondre ma raifon & mon caeur.
mulatreffe acheve de me
du mérite de cette
bouleverfer l'efprit. .
fouvent en reO climat fatal ! m'écrié-je
Mimi &
Fany après avoir écrit à
gardant
ès d'elle, je ne
Je me fens
le fuis que là;jy trouye la félicité fuprèmes)
tout l'univers 5 mais en
tous les délices,
de Mimi vient
la perdant de vue, l'image
L'idée
confondre ma raifon & mon caeur.
mulatreffe acheve de me
du mérite de cette
bouleverfer l'efprit. .
fouvent en reO climat fatal ! m'écrié-je
Mimi &
Fany après avoir écrit à
gardant --- Page 117 ---
fongé à fes charmes.
Depuis ta
lettre j'ouvre les yeux fur moi-même premieré
trouve ma conduite affreufe, Ton
s je
m'eft
eftie
précieufe, tesr raifonnements font convaincants, je voudrais pouvoir m'y
m'en fais la promeffe, mais
rendre, je
voir fiurnaturel m'arrête. toujours un pouPlains-moi donc, ,
plains ton ami, mais n'acheve
de
défefpérer.
pas
le
LETTRE XXXVI
De Mr. de B... a
Sylvain 3
du 23 Avril 1774.
Cie eft donc fait, cher ami , tu es enchaîné pour toujours aux charmes de Mimi,
moins tu le crois ? Eh bien
du
que de te plaindre; je n'irriterai je ne ferai plus
fure de ton cceur, Ouvre le moi plus la bleftrainte,
fans cons & compte far la part que je
à tout ce qui t'intéreffe. Après t'avoir prends
cette alflurance de mon inviolable donné
qu'il me foit permis de te parler avec amitié la
>
chile d'un vérirable ami. Tu fais
fran-
'ié ne fait point feindre. Un ami que eft l'amiun au-' --- Page 118 ---
F118
fes réflexions ne font que
cre nous-mèmes Regarde donc les miennes
les nôtres mêmes.
&
fi tu les avais faites toi-mème;
comme
ni
fais en le même ufage.
crois donc, mon pauvre ami , que tu
Tu
Mimi? non : tu t'abuaimes véritablement
T'habitude du
fes toi-même 5 ce n'eft que
le
qui t'égare & te donne
goût
changement
qui te déprave : un inftant
de la nouveauté r'arracherait à l'amour préde jouilfance
Mimi, & te remettendu que tu as pour
L'expérience te
trait dans les bras de Fany.
l'a déjà prouvé tant d'autres fois!
D'un autre côté tu calcules > tu n'aimes
cependant le mérite
pas allez cette Fany qui
d'elle un
(ibien. Quoi? tul peux rèver près devant
inftant! tu peux penfer à une autre
enchanteurs! tu te combats; dis-tu,
fes yeux de vaincre ta paflion, & tu écritu efpérais lettres à Mimi! Oh que tu t'y
vais de telles
doncpas que tu jettes
prends smal : ne vois-tu T'éteindre ?
de l'huile fur le feu pour
continue pas - moinsà m'en faire
Maisn'en de celles de cette fille fpirituelpart, ainfique
tul peux rèver près devant
inftant! tu peux penfer à une autre
enchanteurs! tu te combats; dis-tu,
fes yeux de vaincre ta paflion, & tu écritu efpérais lettres à Mimi! Oh que tu t'y
vais de telles
doncpas que tu jettes
prends smal : ne vois-tu T'éteindre ?
de l'huile fur le feu pour
continue pas - moinsà m'en faire
Maisn'en de celles de cette fille fpirituelpart, ainfique --- Page 119 ---
le: elles intéreffent, & je m'y int éreffe doutu l'aimes. Les tiennes ferblement puifque
vioncomnedargument, aux fiennes.Jet'a.
mon cher, que tu n'as pas l'art d'écrivoue,
cette eftimable fille, & que
re aufli bien que
fe Aatter de le
peu de femmes pourraient
te fépoffeder au même degré. Voilà ce qui
duit. Si elle ne t'eût pas écrit la premiere >
tu ne lui en aurais peut-étre pas écrit quatre
Mais le mérite de cette fille, fa déen tout.
mefurer fans ceffe dans
licatefle que tu as pu
fans ceffe la blec
fon ftyle, approfondillait
fes traits avaient faite à ton cceur.
fure que
il ferait bien difficile d'y reAduellement
du temps & de la
médier! ce n'eft plus que
Oui, ta
poffeflion que j'attends ta guérifon.
guérifon 5 n'en doute pas.: : on ne peut, être
long-tems infidele à Fany quand on la connait comme toi , &c quand on eft autant
aimé. --- Page 120 ---
XXXVIL
LETTRE
Mr. le G.. 2 à Mimi,
De
du 28 Avril 1774.
m'a fait verfer de larmes!
Qusaleue
eft extrème, & il
ah, Mimi! ton amour oà il veut, fans
t'aveugle & te conduit
Ton admir'en appercevoir.
que tu puilfès Aatte infiniment mon cceur
rable franchife
as fait deux fautes peut
mais, chere flle, tu
devais point écrire
être irréparables : tu ne
tes lettres ne
a M Ce n'eft pas que
à ta maoppofces
de
foient alirmarivement mais il eût été mieux
nière de penfer, difcutant les motifs de
n'écrire point. En
l'on ne peut rehomme, à qui
a
ce jeune
donnes du relfort
fufer de l'efprit t, tu
de développer
fa pallion , & des moyens ton repos, tu.
des fentimens que > pour ne dois pas les
paifque tu
dois ignorer
partager.
que tu ayes déA la vérité, il ignore mais ils'obf
cacheté toutes fes lettres,
tine
été mieux
nière de penfer, difcutant les motifs de
n'écrire point. En
l'on ne peut rehomme, à qui
a
ce jeune
donnes du relfort
fufer de l'efprit t, tu
de développer
fa pallion , & des moyens ton repos, tu.
des fentimens que > pour ne dois pas les
paifque tu
dois ignorer
partager.
que tu ayes déA la vérité, il ignore mais ils'obf
cacheté toutes fes lettres,
tine --- Page 121 ---
I2I
rinera, ilt'en écrira à l'infini; ou
pour n'en pas tarir la fource
peut-être
drait bien venir-là
2 car ilen fauil
pour ne pas fe
N
ne fera que copier la même
répétér s
dreffe de te
qu'il aura l'arenvoyer fans ceffe, fous
être une peaite forme différente,
peutpoir de parvenir à force de
3 dans l'ef
tela faire lire,Ton
perfévérance à
coeur naturellement compatiffant, infpiré de plus parl'amour,
t-il réfifter à fes complaintes,
pourra.
à fes gémiffe.
ments, à fes proteftations de fouffrance ?
Tues encore dans l'erreur, ma fille, lorfque tu me disque je peux te chercher un
tiquelconque, &c que tu. l'épouferas fans par- balancer. Ah, Mimi ! que tu te
mais
trompes !
puifque tu as été fi fincere avec
je veux l'ètre avec toi, & être
moi, 3
ton confolateur, > & non ton premier perfécuteur.
Tuaimesà un point qu'il ne t'eft
fible de fonger de fi-tôt à
pas pof
un établiffement.
Tâche de vaincre cet amour qui te ma.trife encore fi fortement ; c'eft tour ce
peux , c'eft tout ce que tu dois que tu
préfent. Pourrais-tu
pour le
d'un
porter dans les bras
époux un corps fans caur? non,je le
F --- Page 122 ---
moi a aidé ton amour
vois, ta tendrelfe pour tu n'es point capaat f'aveugler à ce point 5
.
ble d'une telle façon de penfer. fort eft deFille à plaindre ! Que ton M ne
faut-il que
plorable pourquoi rélever jufqu'à (a main! -
foit pas fait pour
deviennent des loix
Tu le fais, les préjugés dans la fociété, &c ce
dès quiils font reçus puillantes. Y manquer,
font toujoursles plus
fans lerenoncet à ce bien fuprème
ceft
d'une véritable
quel tout être eft frappé MP*K, Etil
infamie, à T'eftime facrifice? publique. Tu ne pourrais
homme à faire ce
aux maeurs
donc être à lui qu'en manquant à cette eftime qui
aufli
mal-
& en renonçant
dans la Cafte
feule peut te diftinguer trouves : & penfes - tu
heureufe où tu te
long-tems celle
M**X, puiffe aimer
? Celt l'es
que
plus eftimer
qu'il ne pourrait
la confiance, & fans
time feule qui donne
Mimi, oi
confiance e,je te le demande,
la
? :
eft le bonheur
chere enfant? le cceut
Le mal eft fait, ma feule fois.Semblable
n'aime vraiment qu'une
de la Aeur qui ne sepanouirquune
subouton
penfes - tu
heureufe où tu te
long-tems celle
M**X, puiffe aimer
? Celt l'es
que
plus eftimer
qu'il ne pourrait
la confiance, & fans
time feule qui donne
Mimi, oi
confiance e,je te le demande,
la
? :
eft le bonheur
chere enfant? le cceut
Le mal eft fait, ma feule fois.Semblable
n'aime vraiment qu'une
de la Aeur qui ne sepanouirquune
subouton --- Page 123 ---
fois, 9 la premiere inclination le rend incapable d'aimer un fecond objet. Tout ce
qu'on peut efpérer, c'eft, > lorfque les premiers feux de cet amour font un peu appaifés, de pouvoir aimer un
par eftiine
& par amitié. Il eft vrai, S fuffit
faire le bonheur d'un' 'ménage ; mais il pour faut
être en état de cette feconde forte d'attachement pour ofer y penfèr. Or, il faut te
l'avouer, ton coeur en eft encore trop éloi*
gné, ce qui peut t'aider à y parvenir plutôt,
c'eft la comparaifon même que je viens de
te faire de la fleur & du caeur : M ***
3 qui
a eu tant d'intrigues amoureufès, eft-il fifceptible d'aimer encore réellement cette cen
tième fois ? Ne te flatte pas trop 3 cher enfant, ce bien quel'on dit généralement de
Fany doit affez te dire qu'il n'a pu s'empècher de l'aimer véritablement, Aufli eft-on
d'accord par-tout qu'il luia toujours facrifié toutes les autres femmes, dis qu'il a pu
les pofféder quelques jours. e
Tu ferais donc bientôt feule de la partie!
voilà ce qui doit le plus attirer ton attention, & qui, joint à tes principes > à tes
Tome I.
F2 --- Page 124 ---
de détruire une
maeurs , ne manquera rien pas que d'orageux, de
pallion qui ne t'offre
de defefpérant >
dfhumiliant,
imalheureux,
qu'on Y'envifage.
maniere
de quelque
moins en pere
Tu vois que je te parle confie-toi à
véritable ami. Du refte
autant
qu'en
toujours avec
moi, & je te parlerai
que de tendreffe.
de douceur ,
de fincérité,
XXXVIIL
LETTRE
Mimi à Mr. le G...
De
du 3 de Mai 1774
chéri !
& f juftement
Pixs refpectable
à votre coubonté vous parlez
fuis reavec quelle
fille ! que j'en
pable & malheureufe en vous non un juconnalfinve! je trouve complailant s for,
fevere, mais un guide
Vous éclairez
ge
compatiffant.
vous
un confolateur
défillez les yeux,
mon ame, vous me
cceur dont
faites lire dans mon propre tout l'égareme
véritable état &
jignorais le
ment.
j'ai eu tort
Oui,je le fens aduellement,
é vous parlez
fuis reavec quelle
fille ! que j'en
pable & malheureufe en vous non un juconnalfinve! je trouve complailant s for,
fevere, mais un guide
Vous éclairez
ge
compatiffant.
vous
un confolateur
défillez les yeux,
mon ame, vous me
cceur dont
faites lire dans mon propre tout l'égareme
véritable état &
jignorais le
ment.
j'ai eu tort
Oui,je le fens aduellement, --- Page 125 ---
à M mais pour ne le pas
de répondre
déjà aimé "
faire , il eut fallu ne l'avoir pas
enflam-
& n'avoir jamais ouvert fes lettres
ou tout au
mées. Il s'en prévaudra peut-être,
moins s'en autorifera; ; mais c'eft tout ce
qu'il aura pâ arracher de ma foibleffe
Je goute fort le fage confeil que votre
bonté paternelle me donne de ne * me pas
n'aie détruit ce fentiment famarier que je
crains bien
tal qui me tourmente. - . Je
ce ne foit un ouvrage aufli long que péque
je veux
nible ! . : - C'eft à quoi cependant
rèuf
travailler fans relâche, . - J'efpere y
VOS fecours. paternels & géfir moyennant
néreux. Qrej'en ai befoin ! :
Après cela, vous difpoferez de ma main
comme bon vous femblera. : Cherchez un
mari que je puiffe eftimer. - . Helas il etit
été tout trouvé en M je l'aimais tant!
je lui avais donné mon ame entiere & je
ne pais être à lui! Dieu 1 il a donc fallu que
avant que je ne nales hommes, > long-tems
quille, élevallent une barrière infurmonta
ble entre ma main & celle du feul objet que
aimer ! puifqu'ils ont tant de pou-,
je puffe
e --- Page 126 ---
les barbares, n'ont-ils pas
voir 2 pourquoi, de M *** ou affaibli la
diminué le mérite
cruels
fenfibilité de mon cour! : . Les
un futile préjugé à mon
ils s'oppofent par
dis-je!6 ciel ! oubonheur!. . . . mais que
été dans
mon amant eut déjà
blié-je que
mon pere ! c'eft
d'autres bras!.. . que. . Ah!
à
terrible coup que l'on pût porter
le plus
n'eut jamais pèr
mon coeur. . . . que Sylvain qu'il n'eut jamais
me poffeder même s mais
été (ans
être à une autre, je n'aurais pas
pu
foulagement : mais en aimer une
quelque Ah! de grâce mon pere 5 fecouautre
tendez-moi 2 une main
rez-moi, aidez-moi;
de mille morts à
fecourable 5 je me meurs d'ici, à moi
- moi
la fois... e Arrachez
méme.
XXXIX
LETTRE
à Sylvain, du 7 Mai.
De M. L. G...
circonflance, MonDANS toute autre
honorable pour
feur, rien ne ferait plus moi, que les
Mimi, & plus Aatteur pour
vous a
fentimens que vous dites qu'elle
endez-moi 2 une main
rez-moi, aidez-moi;
de mille morts à
fecourable 5 je me meurs d'ici, à moi
- moi
la fois... e Arrachez
méme.
XXXIX
LETTRE
à Sylvain, du 7 Mai.
De M. L. G...
circonflance, MonDANS toute autre
honorable pour
feur, rien ne ferait plus moi, que les
Mimi, & plus Aatteur pour
vous a
fentimens que vous dites qu'elle --- Page 127 ---
elle. Car fi vous l'aimez réinlpirés pour
ellement > votre amour ne peut qu'être
d'eftime, & ce fenriment doit
accompagné fuffire dans l'ame d'un galant homme pour
le faire renoncer à une fille qui ne peut être
à lui par une voie légitime. Dun autre
coré, les mceurs de cette fille malheureufe
doivent aflez vous dire qu'elle ne faurait
être à vous que par des moyens condamnables.i
,. ce que je prendrais
: Voilà, Monfieur
Mimi était
lal liberté de vous repréfenter, > fi
fenfible à votre amour ; je me perfuade que
cela fuffirait à un honnête homme qui
joint de l'efprit, à la plus Atricte probité.
Mais, Monlieur, permettez-moi de pouffer
cesaifonnement jufque fur une vérité, dure.
fans doute autant- pour vous à entendre, que
pour, mol à vous dire, mais de néceflité
à çonnaitre : ceft que cotte pauvre fille
eft non feulement infenfible à votre paffion, mais encore excédée. de, vos démarches & de vos lettres, qu'elle ne lit.
point, comme vous n'en pouvez douter,
Je fais,que, le fort de la plàpart des --- Page 128 ---
Mulaereffes eft fouvent de
plaifirs 3 & nous devons
fervir a nos'
au préjugé qui dégrade cette dépravation
fait pourquoi; mais cette claffe, on ne
an cas qui feinble Mimi fe trouve dans
tion. Elle a un
mériter quelqu'exepe
me propofe d'étendre peu de fortune, s que je
Ant; elle a des fentimens encore en l'établics
affurent fon bonheur
de religion qai
couleur : ajouté
avec un mari de fa
fille qu'autarir
qu'on ne difpofe d'une
relpondent.
que fes difpofitions y. corVeuillez donc, je
Tic
lui accorder de
vous prie,
lui
ne plus ni lui Monfieur;
parler d'un amour
éctire, ni
aller chez elle,
qui la blefle, ni.
de bien
Vous êtes trop homme
pour vouloir de gaité
perdre la répuration d'une
de caeur
quelqu'égard
fille qui mérite
par la pureté de fes
L-y en a tant 'd'autres
fentimens.
devant de VOS recherches! qui voleraient au-:
Quoique mon improbation
peut-être de fi
vous foit"
laifferai pas de peu d'importance > je ne
cordane la
vous affurer qu'en m'acgrâce que je vous' demande
en
êtes trop homme
pour vouloir de gaité
perdre la répuration d'une
de caeur
quelqu'égard
fille qui mérite
par la pureté de fes
L-y en a tant 'd'autres
fentimens.
devant de VOS recherches! qui voleraient au-:
Quoique mon improbation
peut-être de fi
vous foit"
laifferai pas de peu d'importance > je ne
cordane la
vous affurer qu'en m'acgrâce que je vous' demande
en --- Page 129 ---
mon nom & en celui de ma fille, j'ajouterai à l'eftime qui vous eft due > la reconnaiffànce & l'attachement les plus inviolables.
LETTRE XL.
De M d M.L.G. du II Mai 1774:
Javous, 3 Monfieur, que votre charmante
fille a fait fur mon cceur une impreflion
que rien ne faurait effacer. Que n'ai-je
pas fair, que ne m'a-t-elle pas dit ellemême ou fait dire, fans pouvoir rien changer .aux difpolitions oà je me trouve à
fon égard ! J'aurais voulu, pour lui complaire, pouvoir au moins garder le filence;
mais je ne le puis: : le charme m'entraine
malgré mo1. Suis je le maître de ceffer de
l'aimer? Eh! quel ceeur > une fois blelfé
de fes traits, pourrait en guérir ?
Je fais, je vois, tout me proitve qu'elle
m'eft réellement auili indiférente que je
fuis paflionné pour elle ; qu'elle ne m'aime
pas, qu'eile ne faurait .peur-être jamais
m'ainer, puilqu'elle me voIt foulftir avet --- Page 130 ---
I3o
autant de froideur. Je me dis
je me repréfente fon
tout cela ;
préjugé ; fon
état & le mien 3 le
fes
pouvoir & fes funeftes
mceurs & mes
effets;
je me dis
moyens de la
tout ce que Thonneur polleders
gérer pour m'en
peut fugnoncer; mais fon déracher, ou Pour y retir de mon
image, qui ne peut forde fon
coeur & de mes yeux, l'idée
mérite, de fes mocurs
vous me citez, viennent
même que
toutes ies
bienzôt renverfer
plus aimer, propofitions, non pas de ne la
puifque cela ne
mon
peut être
pouvoir a mais de ceffer de
en
& de la voir:
lui écrire
Combien n'ai : je point à me
Monfieur, de la maniere
louer, 3
m'engagez à faire ce
aveclaquelle vous
f vainement
que de moi-méme j'ai
répondre
tenré déjà , & que ne
d'une façon plus
puis-jey
defirs? Oui,
analogue à vos
Monfieur, S
Telfime-du pere de Mimi votre-aprobation
ment
me feraient
précieufis : mais
infini.
favoir à quel
que ne Pouvez-vous
cher t..
prix vous voudriez les
ne me les refufea
atta--
aplindre
pas: je fais plus
que compable. Sima raifn e&
éme j'ai
répondre
tenré déjà , & que ne
d'une façon plus
puis-jey
defirs? Oui,
analogue à vos
Monfieur, S
Telfime-du pere de Mimi votre-aprobation
ment
me feraient
précieufis : mais
infini.
favoir à quel
que ne Pouvez-vous
cher t..
prix vous voudriez les
ne me les refufea
atta--
aplindre
pas: je fais plus
que compable. Sima raifn e& --- Page 131 ---
I3I
foumile à un préjugé aufli odieux
qu'impérieux, mon coeur eft encore davantage fous
mis à la nature & aux charmes de
adorable fille. Jen'aurais
votre,
dre la liberté de
jamais ofé prenvous faire confidence le
premier des fentimens qu'elle m'a
quoiqu'ils foienr fi
infpirés, s
purs, parce que des
préjugés déteftables les condamnent
ment, fous quelqu'afpect qu'on les égale- envifage; ; mais, Monfieur, je dois vous
à ma honte, que depuis bienlong-tems avouer,
coeur n'avair reffenti la joie
mon
y a fait naitre : vous m'avez que votre lettre
jet qui m'eft
parlé d'un obplus cher que la vie > je vous
en dois mille aétions de graces, & ie
prie de les recevoir ici.
vous
- Voieslégitimes, inégalitéde
que font tous ces mots
conditions &c.
> enfans de l'orgueilleufe ambition : Si les canvenances
humaines étaient dans les loix de la nature,
pourquoi tiendraient-elles fi peu contre fes
penchans ? Depuis G long-tems
celle de me les
que je ne
dans la
sappellor, & de les mette
balance aveç le feul ainous
Mimi m'ingire,
que
pourquoi ne fonr Ar elles --- Page 132 ---
pas about de le décruire ? Ces
fociales font-elles les
convenances
peuples ? Et la ou elles mêmes chez tous les
ont
nature fe relâcher
lieu, voit-on la
droits? Va-t-on pour cela d'aucun de fes
les confulrer
im objet qui féduit
pour aimer
voit-on aimer
au premier abord, &
par regle & par
que Iimclination n'y
mefure, lorf
diftance réelie
porte pas ? Ef-il de
tions,
entre les cceurs 8eles condirelativement à l'amour ?
Oui, quand on n'aime
quand on eft plutôr
point > oui,
vil intérêt que
le guidé par des vues du
par
la bienféance,
fentiment, alors c'eft
s cette impérieufe
qui décide; mais le bonheur
ridicule, >
la fuite? Il faut donc
en eft-il jamais
fa félicité,
facrifier fon penchant,
tout ce qu'on adore à
avec la certitude d'en être
l'ufage s
refte de fà vie
malheureux le
'.. -
Voilàles effets funeftes des
mon coeur en eft
préjugés. Mais
eertain
indépendant julqu'a un
point, & j'avoue
rais ni offiir la main à
que je ne pourT'adorer; je fais
Mimi, ni ceffer de
pre à m'attirer que cet aveu n'eft pas
cet atrachement
proque vous
avec la certitude d'en être
l'ufage s
refte de fà vie
malheureux le
'.. -
Voilàles effets funeftes des
mon coeur en eft
préjugés. Mais
eertain
indépendant julqu'a un
point, & j'avoue
rais ni offiir la main à
que je ne pourT'adorer; je fais
Mimi, ni ceffer de
pre à m'attirer que cet aveu n'eft pas
cet atrachement
proque vous --- Page 133 ---
m'offrez pour prix du facrifice effroyable que
demandez; mais, Monfieur, daivous me
chergnez ne pas m'en vouloir, & ne pas
cher à arracher à un malheureux un fentidont il n'eft point le maître, & qui
ment
l'effence de fa vie : vous l'avez
fait toute
la
déja Aétrie à jamais, en m'annonçant
réfolution où vous êtes d'unir le fort de
Mimi à un autre. Dieu! cette idée me pourfuit & m'affailine fans ceffe :j'en mourrai...
& vous.: aurez caufé la mort d'un homme
n'eft coupable que d'idolâtrer votre
qui
fille
les refpedte; mais,
Mimi a des moeurs ,jel
Monfieur , fi elle ne pouvait être heureufe
homme
comme moi, ne
qu'avec un
qui,
l'arrapourrait la poffeder par le mariage,
cheriez-vous à fon bonheur Non, vo
lettre décele une belle ame > une ame
tre fenfible... Mais la vertu mais l'ufage...
fuis à plaindre !..
Ah' Monfieur, 3 que je --- Page 134 ---
134.
LETTRE XLL
DeSyhah a Mimi, du
13 de Mai,
Crneoiy
pas affez de me
me l'avoir écrit, de me
F'avoir dit, de
fois par
l'avoir fait dire
Caîmant, de me l'avoir fait vingt
par
infinuer
lignifier Magdelaine,il vous restait à me le
cho
par votre pere, vous en
faire
de vOs
avez fait l'érigueurs & de votre
vous ne daignez
indifferences
même,
plus me l'apprendre vousN'aurez-vous
de me
doncpas la
porter vous seule les
compaffion
elle me feroit du
coups de la mort
moins
vous ne voudriez
plus douce. Mais
vous : il faur
pas que je tinfle rien de
que ce soit M. le G.
m'spprenne que je vous
qui
vous. obfede,
ennuie, que je
paix & le
que vous me demandez la
repos ! eft-ilrien de
que ma. pofition !
plus crueb
C'en eft done fait, je
de vous fléchir!
n'ai plus d'efpoit
ees témoignages mon amour vous bleffe :.
portunent! il faur vous irritent & vous imde vous adorer donc, fans ponvoir celler
2 me vouer 21 plus affieus
.
m'spprenne que je vous
qui
vous. obfede,
ennuie, que je
paix & le
que vous me demandez la
repos ! eft-ilrien de
que ma. pofition !
plus crueb
C'en eft done fait, je
de vous fléchir!
n'ai plus d'efpoit
ees témoignages mon amour vous bleffe :.
portunent! il faur vous irritent & vous imde vous adorer donc, fans ponvoir celler
2 me vouer 21 plus affieus --- Page 135 ---
flence!.. ne plus vous parler , vous- voir
e
ni vous écrire pouvez-vous pouffer
plus loin la barbatie, & pourriez-vous traile plus cruel de vos
ter plus inhumainement)
crime eft de
ennemis & tout mon
former sans ceffe les voeux les plus ardens
faire filer VOS jours dans le bonpour vous
& d'en être l'auteur
heur le plus parfait,
ces vacux vous rendent malheureufe, vous
fouffrez de l'amour le plus tendre, parce
feulement il eft dans mon coeur, &
que,
Favouer! !
que j'ofe vous
Ah, Mimi! concevez toute T'horteur de
mon fort. Bientôr Caîmant ne pourra plus
pénétrer jufqu'à vous 5 tout y metobftacle s
& déja il eft des femaines entieres fans pouvoir vous remettre une lettre. Toute ma
confolation eft d'aller favoir de VOS. nou-
& d'aller parler de vous
velles à yos négres,
acheve de
à l'impitoyable Magdelaine, qui
Tant d'amour mérite-cil des
me défefpérer. aufli durs ! eft-ce bien vous' >
traitemens
eft-ce bien Mimi 1e > qui pent les exercontre un homme quine fait ni ne peut
cer
Tidolâtrer! Ah! daignez, jetter un coup
que --- Page 136 ---
deil far mon état & 136
ne pourrez vous défendre votre conduite, 3 vous
teproches intérieurs.
de remords & de
LETTRE
Du mëme a la
XLIL
An,
mème, du 6 dejuin.
fur
Mimi! que vous avez de
mon ame! que j'aime à vivre pouvoirs
cruel empire qui ferait
fous ce
tuel, fi votre coeur
notre bonheur mumatin, l'idée
me payait de retour!Ce
oi
de me rendre dans un lieu
j'efpérais de jouir de la félicité de
voir, m'a tranfporté, m'a livré
vous
à l'efpoir le plus doux,
tour à tour
plus défefpérante.
& à la crainte la
faisje
Je vais la voir, me diavec un tran/port mêlé de
de trouble; je vais
plaifir &
pour les
jouir d'un inftant fait
douleur Disux... mais fij'ai la
de rencontrer dans fes
cruelle
froid, cette indifférence G
regards ce
amants, qui les
redoutable aux
mille fois & ne leur anéantifent, les tuent
de fentir toute
laiflent que la faculté
l'amertume de leurs
frances ! Dieu ! fi cela doit
foufje ne la voie
:
être, faites que
pas e
ir &
pour les
jouir d'un inftant fait
douleur Disux... mais fij'ai la
de rencontrer dans fes
cruelle
froid, cette indifférence G
regards ce
amants, qui les
redoutable aux
mille fois & ne leur anéantifent, les tuent
de fentir toute
laiflent que la faculté
l'amertume de leurs
frances ! Dieu ! fi cela doit
foufje ne la voie
:
être, faites que
pas e --- Page 137 ---
"Voila les deux (entimens qui fe combat:
dans mon cceur.
raient &es'entredétuifaient mille affaires
Cédant au premiet > je pars;
état &c
imprévues, & dépendantes de mon
non de mes intérèts perfonnels, me retar-
& j'arrive lorfque la melle
dent en route,
dans
eft commencée à moitié. En entrant
l'églife, mon coeur treffaille d'une joie mèlée de cette craintive incertitude que votre
indifférence atrache à toutes mes penfées;
de vous, je me
je vole cependant auprès
Tout
place de maniere à être vu de vous.
tremble, fiffonne, & m'avermon corps fuis
de l'objet de mes adotit que je
près ceil timide fur vous 3
rations : je fixe un
levez
hazard les votres, & nos
vous
par
Ciel! c'eft une
regards fe Rapcontrent...
s'élance dans mon coeur
féche émbraféequi fubitement le feu le plus doux
& qui coule
veines.
& le plus ardent dans toutes mes
Je cherche en vain à jouir encore une feule
fois de ce bonheur délicieux, mais je ne puis
plus rencontrer ces yeux enchanteurs qui
fauraient fi bien peindre, exprimer le bonheur , la félicité d'un amant délicat, s'il
était aim --- Page 138 ---
vois aller à l'autel : je ne fals
Je vous
admirer de vos graee que je dois le plus
beauré, de votre modeltie,
ces 5 de votre
Que. je vous aimais de
ou de votre piété. inftant! ou plutôt, que
dans, ce doux
plus
combien je vous adore-! à 3steun
je fentais
Mimi, c'en eft fait, mon
Ah! divine
dans vOS mains 5 yous
fort eft entiérement rendre le plus heuêtes la maitrefle de me de tous les homreux ou le plus à plaindre
dont,
-
Cette candeur, cette. innocence
mes.
donné des preuves en public 5;
vous avez
tout encore augmente
au pied des autels >
Elle eft (age, me
ma paflion pour vous.
elle ne pourrait.
difaisje, elle eft vertueufe, d'un veritable,
qu'augmenter le n bonheur de.lgi, del tout,
amant 5 elle feroit digne
de toute fons
fon amour, de tous fes foins,
eftime, de toute fa confiancew.
n'ont fait que m'apprendre
Ces réfexions
coeur
de bonheur anquel - mon
le degré
mais, n'en
feroit élevés Gje vous poffedaiss vous au
charmante Mimi, quand
doutezpas,
belles qualités que je viens
riez de moinsles
i ne me ferait pas
de découvrir en voys,
5 elle feroit digne
de toute fons
fon amour, de tous fes foins,
eftime, de toute fa confiancew.
n'ont fait que m'apprendre
Ces réfexions
coeur
de bonheur anquel - mon
le degré
mais, n'en
feroit élevés Gje vous poffedaiss vous au
charmante Mimi, quand
doutezpas,
belles qualités que je viens
riez de moinsles
i ne me ferait pas
de découvrir en voys, --- Page 139 ---
plus poflible de me défendre de VOS attraits;
& je n'en ferais pas moins fidèle & conftant à mon fentiment. En vain ine rebuteriez-vous, je ne pourrais que mourir...
Ah ! Mimi, fera-ce la la récompenfe du
plus pallionné des hommes ? J'ai pris un
plaifir inexprimable à Farler à votre mere > 1
quoiqu'elle m'ait fi bien donné à connoitre
qu'elle eft foufflée du même air que votre
pere. Je vous fuivais par-tout des yeux au
fortir de l'églife, & je n'ai pas pu une feule.
fois reneontrer les vôtres. Je n'ofais vous
adreffer la parole. Ah ! que le véritable
amour eft timide & relpectueux! J'ai éré
tenté mille fois de me jetter aux pieds de
votre mere, de la fupplier de me permettre
de vous reconduire chez vous 5 je ne pouvais réfifter aux defirs de mon cceur, &
au délire de mon ame ; mais toujours la
eruelle appréhenfion de vous déplaire m'arrêtait. Vous êtes la louveraine de tout mon
étre; je ne vis plus que pour vous > & je
n'exifte qu'en vous. Mimi, faudra-t-il vous
le répéter des années encore ? Je me meurs.
mille fois de mon amour --- Page 140 ---
LETTRE
XLIIL
Du même à la
même, du 17 de Mai.
Mimi, ne
Peoammes
me plaindre, fi vous
pas au moins
état ! il eft affreux, étiez témoin de mon
je vous
horrible.Je vous aime,
eft
adore, ou plutôr mon ame
paffée en vous, & vous êtes entiere
la moitié de mon êrre, le
devenue
comment ne
fiege de ma vie :
douleur,
pas gémir dans la plus amere
lorique je vois que vous
oppofez à la réunion des
vous
moi-mème, fans
deux parties de
eft fi imparfaite laquelle mon exiftence
& fi
eft-ce le fort qui fe infupportabler Quoit
que je ne puiffe joue de moi ? Se peut-il
fonne
pas toucher la feule
pour laquelle j'aie
perde T'amour, tandis
reflenti réellement
que de
nages me procuraient des
fimples badiCoeur
liaifons que mon
l'amour dédaignait, dans les cas même oir
propre & la vanité
être le plus flartés ?
pouvaient en
vez favoir,
Mimi, vous le
fans beaucoup de foin, pou- fans
amour, fans la moindre
confiance, j'ai
fonne
pas toucher la feule
pour laquelle j'aie
perde T'amour, tandis
reflenti réellement
que de
nages me procuraient des
fimples badiCoeur
liaifons que mon
l'amour dédaignait, dans les cas même oir
propre & la vanité
être le plus flartés ?
pouvaient en
vez favoir,
Mimi, vous le
fans beaucoup de foin, pou- fans
amour, fans la moindre
confiance, j'ai --- Page 141 ---
X4E
réufli auprès dequelques femmes que d'autres
Aechir.. Ahlquej je donnerais vite
n'avaientp pu
vécu
ce jour, pour
tout ce que j'ai
jufqu'a
d'unir mon fort au
le bonheurinappseciable
vôtre un feul inftant! que dis-je ? je donétoit à moi, pour vous
nerais Tunivers,s'il
être à vous le refte de ma
pofleder, pour
vie.
m'avez infpiré l'ardeur
Depuis que vous
dont je brûle pour vous,je ne connais plus
le repos, mon ame eft livrée à des maux que
peindre, Je meurs de defir
rien ne pertvous
mélancolie
de vous voir, de fortir de cette
fombre que me caufe votre abfence; & la
crainte de rencontrer dans vos regards ce
froid qui me glace de trifteffe, me rerient
dans les chaînes accablantes de l'incertitude.
Elle me livre aux réflexions les plus défef
pétantes, aux penfées les plus funeftes.
Oh! quel fatal préfent du Ciel, qu'une
ame vraiment fenfible! Que je vous plaindrais, aimable Mimi, f, avec une fenfibilité pareille à la mienne, vous étiez féparée de l'objet de tous VOS defirs! & que
ferait-ce s'il ne vous aimait pas! ... Vous --- Page 142 ---
connaitriez, il eft
& mes maux
vrai, tout mon malheur
> mais ce ferait
de votre repos, & j'aime
aux dépens
feul...
mieux foufirir
Mais fi c'étoit moi
fit
mortel
qui
cet heureux
qui vous aurait in(piré cette
fion; 3 qui vous forcerait à fouffir
pafpoferait aux
qui-s'op.
nos ames unies épanchemens, l'une à
aux délices de
rait traverfer le
l'autre ? Qui pourQui
plus tendre des amours ?
romprait des noeuds qu'un doux
penchant mutuel aurait formés dans
tranfports, dans nos momens de
nos
dans l'excès de la plus vive
félicité,
braverions jufqu'au deftin ardeur, nous
Mimi, cette fituation eft-élle même..
attrait pour vous ?
donc fans
félicité fuprème avez-vous renoncé à la
vivant
après laquelle tout être
foupire ? Le tems fuit,
années s'écoulent, la
paffe; les
belle faifon des
jeunelfe s'écliple, la
plailirs s'évanouit, &
qu'aux defirs même
juf
dissent; ; le cceur fe ferme difparaifent à la ou s'atiéjouiffances de la vie..
douceur des
Er moi, je foufire, je languis, les lar
avez-vous renoncé à la
vivant
après laquelle tout être
foupire ? Le tems fuit,
années s'écoulent, la
paffe; les
belle faifon des
jeunelfe s'écliple, la
plailirs s'évanouit, &
qu'aux defirs même
juf
dissent; ; le cceur fe ferme difparaifent à la ou s'atiéjouiffances de la vie..
douceur des
Er moi, je foufire, je languis, les lar --- Page 143 ---
mes m'épuisent, 3 la douleur me flétrit, l'incertitude me déchire, > les réflexions m'absorbent; je me meurs à chaque inftanc
fans pouvoir expirer 3 je brûle fans celle
fans pouvoir être confumé..
Vous, Mimi, vous qui êtes
vivante
de la douceur, de la
l'image
bonté, de la
bienfaifance, de la compaflion, vous
nardez
poiimpitoyablement un coeur qui eft
moins coupable à votre égard que VOS
pres charmes des fentimens
proqu'il nourrit
pour vous! ! Mimi! refuferez-vous de rendre
à la vie celui qui la donnerait
bonheur,
pour votre
pour votre félicité? Vous le
vez par un feul mot; prononcez-le, pou:
arrachez des bras de la mort
vous
qui in'aimera plus la vie
un homme
confacrer. Votre
que pour vous la
image m'accompagne
tour, je vous vois en tout ; le desir d'en par:
pofféder la réalité m'enflamme
plus
jamais . e Ah! quellé fituation cruelle que
d'aimer fans retour! le néant eft mille fois que
préférable...
Une feconde mort pour moi, c'eft Ia
néceflité de finir mes lettres : je voudrois --- Page 144 ---
toujours vous parler ou vous
du moins
écrire :
que je ne ceffe
croyez
vos
jamais
6 pieds; je fiis auprès de
d'ètre à
je vous parle, je vous
vous en elprit,
la fidélité du
jure la conftance et
plus vif & du
amour, Je vous
plus tendre
Mais
y vois fourire &
mon
applandir.
faire fentir imagination ne fert qu'à me
heur,
davantage le prix d'un tel
pour m'en rendre la
bon:
cruelle. Puiffiezvous
ptivation plus
lifer des rêves Gi
y mettre fin & réadoux
LETTRE XLIV
De Mimi à
Sylvain, du 4. Juilles,
Mowsen, quelle eft votre
quelle eft votre obftination imprudence!
ce que j'ai pu vous dire
! quoi i? tout
tant de tems
& vous démontrer,
la
paffé en vaines démarches,
conduite que j'ai conftamment
puis mon retour dans le
tenue deque j'ai eu le bonheur pays, les ptincipes
pu vous porter à m'accorder d'avoir, rien n'a
je vous-demande à
la grace que
genoux, de me laiffer
vivre
Juilles,
Mowsen, quelle eft votre
quelle eft votre obftination imprudence!
ce que j'ai pu vous dire
! quoi i? tout
tant de tems
& vous démontrer,
la
paffé en vaines démarches,
conduite que j'ai conftamment
puis mon retour dans le
tenue deque j'ai eu le bonheur pays, les ptincipes
pu vous porter à m'accorder d'avoir, rien n'a
je vous-demande à
la grace que
genoux, de me laiffer
vivre --- Page 145 ---
vivre en paix x & vous ofez dire que
vous m aimez ! Se plait-on à faire le maiheur d'une perfonne qu'on aime, à la perfécuter fans relâche 3 à empoifonner fes
jours, à y verfer, comme vous ne cellez
de faire, l'amertume & la défolation 2
-
Mais, Monsieur > je vous l'ai déja demandé, 3 8je reviendrai toujours à la même
queftion; à quoi tendent VOS démarches ?
Vous ne ceflez, > fans doute, de me répéter
dans voslettres, que je ne lis plus, que vous
m'aimez, > que vous n'aspirez qu'à faire ma
félicité . d . Hélas ! en eff-il fans l'aveu de la
vertu! Vous n'ignorez point ma condition
& la baflefle que VOS femblables y attachent 5 ilne vous eft même pas poflible
d'en avoir une opinion différente; quand
même donc j'aurois été difpofée à vous
écouter, ily y auroit entre nous des obftacles invincibles. Vous proteftez avoir pour
moi de l'eftime; & vous le penfez tel que
vous le dites s vous vous abulez vousmème; cette eftime, vous n'en pouvez
difconvenir, n'eft due qu'aux fentiments >
Tome I,
G --- Page 146 ---
mériter la vôtre, s vous voudriez
& pour
je m'en rendiffe indignel...
que
démarches me font donc injurieufes,
Vos
feul peut les autorifer > et nour-
& le mépris
Dites donc, Monfieur,
xir vos efpérances.
accoutumé à elfuyer
dites plutôt que, peu fait
votre
desrefus, le mien ne
qu'irriter une
& que vous mettez
amour-propre,
d'une Mulacrefe,
forte de gloire à triompher
étudont la vertu vous paraît une rigueur devrait
diée, & qui, felon Vos préjugés toutes
plutôr fe féliciterde vos propofitions,
avilifantes qu'elles lui font..
arrivée
Il n'ya pas deux ans que je fuis
ouï parler de vous s
dans le quartier 5 j'ai
l'occafion, &c
Monfieur, fans en chercher
vous êtes
le monde eft d'accord que
tout
inconftant, qui fe donne
un cceur volage,
avec la même légéà la premiere venue s On ajoute même
reté qu'il s'en dégotte. d'une femme faite pour
que vous êtes aimé même; & vous m'adtellez
fixer l'inconftance
des voeux ! see indépendamment de mes
Ce tableau,
me mettre en garde
fentimens, fuffirait pour
fontvos recherches 5 encore > qué
contre
vous êtes
le monde eft d'accord que
tout
inconftant, qui fe donne
un cceur volage,
avec la même légéà la premiere venue s On ajoute même
reté qu'il s'en dégotte. d'une femme faite pour
que vous êtes aimé même; & vous m'adtellez
fixer l'inconftance
des voeux ! see indépendamment de mes
Ce tableau,
me mettre en garde
fentimens, fuffirait pour
fontvos recherches 5 encore > qué
contre --- Page 147 ---
:: Elles
elles,8 fur quoi portent-elles
fuppolition tacite de votte
ne font qu'une
d'eftime pour moi, & elles ne portent
peu fur mon déshonneur. . . 9 Déja vous me
que
irréparable dans
faites un tort, peut-être,
chez
le public, foit en envoyant VOS négres
moi, foit en me parlant dans les lieux pu*
blics. Vous ne eraignites, il - y a quelque
tems ni
vous ,1 ni pour moi, & vous
, pour
derriere mon banc a
vintes vous mettre
la
l'églife, & vous me parlâites pendant
Eft-ce-là aimer? eft-ce-là eftimer :
mefle.
$
Monfieur, ce n'eft que méprifer
non,
c'elt hair... c'eft plus que je ne puis exptiSi vous voulez me prouver le conmer.
ceffez de m'écrire, de me parler;
traire >
ceflez Ah! Monfieur;
de penfer à moi 5
me donner l'occafion de vous dire -
pourquoi
que
ces chofes ! que ne puis-je plutôt,
NSj.Mais.Moafisat,e fuis une honnête
fille, &votre amour m'offenfe ; il m'offenfe
votre rang & le mien, par votre caracpar Commehomme d'honneur , vous me
tere.
fivous m'aimez, que
devez des réparations;
oui, un Glence
ne me devez-vous pas!
éternel feul peut vous excufer-y --- Page 148 ---
- Grand.Dieu ! j'avais à : me
mes fentimens, & il faur
glorifier de
ils fallent mon humiliation qulaujoard'lhui
m'avez fait de mal,
Que vous
Monfieur,!
m'en fais encore
mais je.
3 je l'augmente en
geant & en, vous l'écrivant.
y fonnom de Dieu'
Monfieur, au,
niere fois :
que ce foit pour la der-.
LETTRE XLV.
De Sylyain a Mimi, du 7 de Juillet.
Oi, adorable Mimi !
la derniere fois
que ce foit pour:
que vous
maux. Divine maitreffe, augmentiez nos
tre malheur & le
ceflez de faire vode
mien, du fujet
notre bonheur; cellez
même
nation une conftance à d'appeller obfticeffèz de la jamais
toute épreuves
rebuters
de vous adoret!
moi, celler
votre conduité que ferait-ce de ma vie :
même, > VOS
vous me citez, vous font fentiments que
traire. Que vous foyez de garants du conglace
je, ne puis m'en plaindre
pour moi,
inais que vous me taxiez d'une qu'à mon fort,
perfidie dont
bonheur; cellez
même
nation une conftance à d'appeller obfticeffèz de la jamais
toute épreuves
rebuters
de vous adoret!
moi, celler
votre conduité que ferait-ce de ma vie :
même, > VOS
vous me citez, vous font fentiments que
traire. Que vous foyez de garants du conglace
je, ne puis m'en plaindre
pour moi,
inais que vous me taxiez d'une qu'à mon fort,
perfidie dont --- Page 149 ---
:
être jamais coupable ennul ceeur ne peut
l'ame
vers vous , c'eft ce qui me perce
efMoi, j'aurais du mépris pour la plus
timable fille du monde s & je m'en autoriferaispour l'infulterlje ne yous aimerais.quer
vanité ! je ne ferais conftant que pa
par
Ah! quelle cruelle injuftice!
amour-propre! ne m'abufe pas ; j'air pour vous
non, je
& l'eftime du monde. Mais
tout le refpect
& cette eftme font-ils capables
ce refpedt - d'affaiblir mon amour s ou de
de détruire : flence
vcus en - exigez
me réduire au
que
vivre
témoignage ? Quoilje ne puis
pour
fans
à vous, fans défirer de
un inftant
penfer tairai
vous le
vous le dire, s & je me
pour
? & quel feral le prix de ce fuppliprouver
ces,"fimes démarches les plus emprelfée
n'obtiennent qué vos, dédains :
trouble la paix
Mon amour , dites-vous,
défole:
de VOS jours s vous perfécute, > vous
Hélas vous ne devez yous en prendre >
comme moi, qu'au fort qui a mis dans
'mon coetr ce que je ne puisin/pirer au vôtre
Plût au ciel que ce ne fàt que la vanité dé
vouloir triompher de votre infenfibilité qui --- Page 150 ---
foutient mon-amour :5o. !
depuis fi
que vous me prouvez f bien long-temps
vous plaire, n'aurais-je
que je ne puis
mon fouvenir jufqu'aux pas déja effacé de
de votre froideur
plus petites traces
tes au nombre par mille autres conqué.
compter quelques-unes defquelles on en aurait pu
l'ambition &
capables de fatisfaire
animé feulement lamour-propre d'un homme
d'une telle gloire
bertinage ? ne les aurais-je
& dul lites, fij'avais été f vain pas toujours fairais-je pas nommé
? ne vous en auvenues au devant de quelques D - unes qui font
glorieufes
moi, & qui font allez
geux, & pour un cocur volage & avantaque lemien a
dédaignées avec autant
d'indiftrence, du vôtre
qu'il delira la
ayed ardeur ?
Polleflion
lire dans mon ame ! que ne pouvez-vous
point vous l'avez
vous verriez à quel
changée.
Mais, non i elle n'a point
cherchais l'objet qui devait
changé; je
tant que je ne vous avais me fixer, &
je le cherchais
pas rencontrée, s
toujours, J'ai
cette ame feule capable de faire enfinrencontré
ma vie, & la plus
leb bonheur de
averti en la
prompte fympathie m'en a
Elle fe
voyant pour la premiere fois.
trouve fous une enveloppe d'une
verriez à quel
changée.
Mais, non i elle n'a point
cherchais l'objet qui devait
changé; je
tant que je ne vous avais me fixer, &
je le cherchais
pas rencontrée, s
toujours, J'ai
cette ame feule capable de faire enfinrencontré
ma vie, & la plus
leb bonheur de
averti en la
prompte fympathie m'en a
Elle fe
voyant pour la premiere fois.
trouve fous une enveloppe d'une --- Page 151 ---
15t
différente de la mienne, eft - ce
eouleur
doive moins
une raifon pour penfer qu'elle
moi,
s'en féliciter, s'en glorifier même que
& que ce foit un aviliffement pour elle ou
moi ? vous êtes née d'une négrelTe 2
pour
raifon
ne devoir compter
eft-ce une
pour
fentiments de vertu,
pour rien le mérite 3 les
vous élévent au-deffus de toula beauté,qui
tes les femmes de la terre ?
Vous avez entendu parler de moi comme
d'un inconftant qui fe donne à la premiere
venue avecla même facilité qu'ils'en dégoûte, & ce tableau aurait fuffi pour vous faire
rejetter mes veux! Quoi : Mimi, parce que
je n'avais point encore aimé,parce qu'aucune l'amour
femme n'avait encore pu m'infpirer
dont je brûle pour vous, vous m'en voudriez
faire un crime !
J'ai, il eft vrai, eu des égarements; mais
on doit moins les attribuerà mon caraétere,
qu'àla pérulence d'un tempéramment robufte que le feu de l'âge & l'ardeur du climat
mirent encore en a plus grande activité. J'y
ai cédé ,j'ai fuivi cette impulfion de la nal'euffé-je pas fait:à qui
ture ; comnentne --- Page 152 ---
I52
devais-je fidélité ? vous
jepreffentais
connaiffaisje alors?
un
que j'aurais pu vous
jour > mais
rencontrer
idée pofitive, pouvais-je en avoir
& ce
aucune
devait-il pas contribuer prelfentiment à
même ne
Mimi,
mon inconfance P
vous avez de
un inftant far lcs
l'efprit, réféchiffez
tes, & vous verrez reproches que vous me faiEh
que je neles mérite
comment pourrais-je
point:
ziter!
défomais les méquelle autre femme pourrait
puter mon coeur?
vous dif
que
que je ne retrouverais chercheraisje ailleurs
la
pasi réuni en vous dans
je n'avais pesfection : oui, mon fort eft tout
jamais aimé
décidé;
aimer
> je ne devais
que vous, .
jamais
Et cet amour vous fait du mal
l'augmentez en me le difant
! & vous
me payiez du moindre
! Ah! fi vous
loin d'être une fource retour, mon amour,
vous, s n'en ferait-il amere de maux pour
de douceurs!
pas une de félicité &
urs
la
pasi réuni en vous dans
je n'avais pesfection : oui, mon fort eft tout
jamais aimé
décidé;
aimer
> je ne devais
que vous, .
jamais
Et cet amour vous fait du mal
l'augmentez en me le difant
! & vous
me payiez du moindre
! Ah! fi vous
loin d'être une fource retour, mon amour,
vous, s n'en ferait-il amere de maux pour
de douceurs!
pas une de félicité & --- Page 153 ---
LETTRE LVI
De Sylyain à M. de B.
du 14 Juillet 1774.
An 2 ! cher am > un rayon d'efpérance
femblait vouloir pénétrer jufqu'à mon coeur;.
mais en même temps je redoute une erreur
acheverait de m'anéantir. C'eft à toi,
qui G'eft à un ami de fang-froid à juger pour
moi fi Mimi ne me paye pas au moins d'un
& peut-ètre même de
peu de compallion,
quelque retour. Elle femble me reprocher
- n'eft-ce pas vouloir que jen'en
ma légereté,
aie plus ? elle finit fa lettte par me dire ;
m'avez >
fait de mal ! 7> Eh! ! de
que vous
fi ce n'eft le même
quel mal parlerait-elle,
qu'elle me fait fouffrir depuis fi long-temps?
Mais pour te mettre mieux à portée d'en
décider, je t'envoie copie de deux lettres
qu'elle m'a écrites depuis ma derniere 5 jy
joins celles des miennes qui les précédaient
ou les fuivaient. Tu feras plus que jamais
convaincu qu'il s'en faut beancoup que j'aie
l'art d'écrire comme cette adorable flie. Si --- Page 154 ---
je le poffedais; ferait-elle
rendre à mes inftances
fi difficile à fe
mieux ce
P en lui
que je fens, ne ly
peignant
déjà rendue fenfible
aurais-je pas
Cependant je ne puis te
fes lettres,
diffimuler
*
3 jointes à fon
me
que
te
air,
fonr
qu'elle ne m'eft pas
croirente, Elle eft toute
tout-à-fair indiffélie eft répandue
changée ; la melancolui : donne
firr toute fa perfonne,
de nouveaux
&
même lui remarquer
charmes, J'ai cru
cherchait à
quelques larmes qu'elle
en m'en cacher,. . Mais, m'abuife-je
rait-elle attribuant la caufe, & en
an autrel Ne ferait-ce aimeobfeffion qui la
pas mon
rait cet air tourmenterair & lui caufechagtin ! Dieu
mourir ! - .
! il faudrait
En
s'eft effet,jer ne puis me le
adreffée à fon
diffimuler, elle
la laiffer en
pere pour
de
-
m.implorer
fupplice.
paix,
j'en fais défolé, au
amour Souvent, par un excès de
> je forine la réfolution
mon,
cer, & de garder le filence
d'y renona,
plaire ; mais l'infant
pour lui comparience de lui
apres je céde à l'im.
écrire,
! il faudrait
En
s'eft effet,jer ne puis me le
adreffée à fon
diffimuler, elle
la laiffer en
pere pour
de
-
m.implorer
fupplice.
paix,
j'en fais défolé, au
amour Souvent, par un excès de
> je forine la réfolution
mon,
cer, & de garder le filence
d'y renona,
plaire ; mais l'infant
pour lui comparience de lui
apres je céde à l'im.
écrire, --- Page 155 ---
I55
Et.tu as pu croire , cher ami, que la
fouiffance attiédirait une telle paflion ! Que
tu es loin d'en connaître toute l'étendue!
Moi, que je m'abuse quand je crois tant'
ceffer de la tant'
T'aimer,. ou que je puifle
La
de cette objee
aimer ! Non.
poffeflion
cine feroitque me le rendre plus cher, que
menter le noeud qui m'unirait à elle. Laiffe
donc la morale de côié,-& dis moi frantu
du fens de fes
chement ce que
penses
lettres, & fur-tout de la dernière.
LETTRE XLVIL
De M. de B.
-
à Sylvain 3
dii 17 Juilet 1774
Ceft de mon devoit > cher ami, dt
devoir de l'amitié de chercher à te défiller les yeux fur une paflion que je re-.
garde fi funefte à trois personnes égaleelimables & à plaindre. Aider à te
ment le bandeau ce ferait être ton en
mettre
nemi.
véritablement Mimi,
Tu'crois aimer
fait réellement
& cette vive persuafion --- Page 156 ---
dans ton coeur le méme effet
même. - Tu en fouffres de la paflion
malheureux. Mais
> tu ên es
diflipé par la
lorsque le charme fera
ceflerai de
poffeffion de l'objet, je
te le
ne
étonné toi-méme répéter, tu feras bien
de ton
de ne retrouver au fond
cceur que l'amour véritable
t'attache à Fany
qui
ne
> par des liens que
peut rompre.
rien
Voila la vraie, l'unique,
de ton cceur : nulle
l'étemnelle reine
rait. l'en bannir,
autre femme ne faudire P Ne le fais-tu Ai-je besoin de te le
d'expériences P N'as-tu pas bien par affez
d'autres femmes P Ne pas eru aimer bien
cellivement
les as-tu pas fucabandonnées
ta vertueuse & adorable pour revenir à
Tant
Fany ?
que tu n'as reffenti des defirs
pources femmes qui femblent être
que
par leurs fentimens
deftinées
fabir le fort
& leur écudation à
auquel elles fe livrent ellesmémes, je ne t'en ai rien dit
tendu avec patience
; j'ai atmême les
que tu ouvriffes toiyeux fur des
feal pouvai: excufer; égaremens que l'age
miis après avoir lu
use & adorable pour revenir à
Tant
Fany ?
que tu n'as reffenti des defirs
pources femmes qui femblent être
que
par leurs fentimens
deftinées
fabir le fort
& leur écudation à
auquel elles fe livrent ellesmémes, je ne t'en ai rien dit
tendu avec patience
; j'ai atmême les
que tu ouvriffes toiyeux fur des
feal pouvai: excufer; égaremens que l'age
miis après avoir lu --- Page 157 ---
les lettres de Mimi, après en avoir entendu faire tant d'éloges S3 je t'avoue que
le corur me faigne des pourfuites que tu
t'obltines à faire auprès d'elle. Tun'es pas
méchant ni corrompu ; l'ulage, l'exemple
du lieu t'ont entraîné fouvent loin de tes
propres fentiments. Mimi eft de bonne foi,
tu l'es audi ; mais tu es dans l'erreur, &
tu te prépares des remords & des regrets
déchirants., ainfi qu'à cette pauvre fille.
Oni-je vois comnme toi, que tu as fléchi
cette malheureufe enfant, & que tu vas faire
le malheur de fa vie, ou celui de ta Fany...
de Fany ! Cette penfée ne peut-elle donc
past'arrêter ! tu pourrais plonger le poignard
dans le fein de cette femme fi recommandable, & qui doit tant t'intéreffer ! remarque, > malheureux ami, dans quelle affireufe
& criminelle alternative t'expofe ton gout
inconftant; fi tu rends Mimi fenfible à tes
foins, comme il n'eft plus poflible d'en douter > & que tu contimues d'aimer Fany :
comme tu ne faurais t'en défendre > voilà
deux femmes malheureufes pour le refte de
leur vie, > livrées aux fureurs de lajaloufie's
& quelles femmcs ! e : --- Page 158 ---
158"
une pour l'autre ?
En abandonneras-tu
Fany elt au
mais déjà, ne vois-tu pas que
! au-
? l'amour eft G clairvoyant
fupplice
Fany,1 la tendre Fany
rais-tu pu penfer que
de ton inaurait manqué de s'appercevoir ? fon airrèfidélité, elle qui t'aime tant elle fe taît
ne te le dit-il pas- allez :
veur
t'aime, maiselle n'en doit foufparce qu'elle
tourments; Et tu:
fir que de plus grands
être infenfible ! des circonftances
pourrais y
c'eft un malFany dans tes bras;
ont jetté
dont elle fent tous les
heur , tu le fais,
le fien ne t'exmaux ; ton exceflif amour,
le juftique la conftance
cufent qu'autant
voudrais-tu de fang-froid perverfie; mais
& la plonger dans un
tir une innocente';
le fort l'avait
érat plus bas encore que
d'automalheur de Fany ,-loin
placée Le Mimi & tes démarches 1 2 ne
rifer celui de
t'arrêter dans tes
deveait-il pas au contraire
coupables deffeins ?
de le
Non 5 je ne te ferai pas T'injure dont la
croire; celfe donc des pourfuites femmes
réuflite ferait le malheur de deux
aimes & eftimes, & qui méritent in
que tu
tu voudrais sles
fort G oppofe à celui auquel
,-loin
placée Le Mimi & tes démarches 1 2 ne
rifer celui de
t'arrêter dans tes
deveait-il pas au contraire
coupables deffeins ?
de le
Non 5 je ne te ferai pas T'injure dont la
croire; celfe donc des pourfuites femmes
réuflite ferait le malheur de deux
aimes & eftimes, & qui méritent in
que tu
tu voudrais sles
fort G oppofe à celui auquel --- Page 159 ---
réduite.. Je fens queje ne flatte pas ton caeur
brâlant de défir, mais du moins je remplis
les devoirs facrés d'un véritable ami, Que
morale ne t'empêche pas de me concette
: tu dois favoir que tout
fier tes fenti.nents
je t'en dis ne vient que de l'intérêt
ce que
à ton fort & à ta gloire.
que je prends
LETTRE XLVIIL
De Sylvain 2 Mimi s
du 3 Septembre 1774U NE - lueur d'efpérance avait brillé un inftant à mes yeux, & le tems l'a diflipé comme
vaine. fumée par le vent. J'ai ofé elpéune
de ma derniere lettre, vous
rer questouchée
mais votre
auriez daignéadoucir mes maux,
filence depuis un mois en m'apprenant mon
vous êtes inébranerreur > me prouve que
lable dans vatre froide indiférence..
Il faut donc retomber dans mon premier
état, & fubir le même fort qui me perfefi
penfer à vous fans
cute depuis long-temps! du feu le
décelfe, brûler pour vous
plus.
former les vaeux les plus ardents
vorant, --- Page 160 ---
de vous plaire,
de la douleur de mourir mille fois par jour
ne pouvoir
languir dans le cruel
vous attendrit, :
être a VOS pieds à ennui de ne pouvoir
le plus tendre, déchiré vous prouver l'amour
affreux
à la fois par le
déferpoir et lincertitude la
plus
cablante; telle eft en raccourci plus action de ma vie depuis l'inflant Toccupavis en passant le Bac.
que je vous
Fallait-il que le feul objet qui pût faire
monbonheur, fit au contraire
de mes jours I vous auriez le tourment
barbarie de voir
la cruauré, la
aufli fec et auffi mon malheur d'un cil
ame s un coeur indifferent! fi bien
une aulli belle
fait pour l'amour
n'aurmitilque des fentiments de
de dureté ! non,
rigueur et
pas; vous n'êtes > Mimt, cela ne fe peut
pas le coeur de bronze; pasde marbre, vous n'avez
infenfible à la félicité ; vous ne ferez pas
voudrait vous faire
qu'un tendre amant
défelpoir G
goûter: quel ferait mon
je vous voyais
pour couronner ceux
rejetter mes veeux
naitrait moins le
d'un autre qui conah ! çette feule
prix d'un tel bonheur!.
fondeurs du idée m'abime dans les prodélefpoir,
peut
pas le coeur de bronze; pasde marbre, vous n'avez
infenfible à la félicité ; vous ne ferez pas
voudrait vous faire
qu'un tendre amant
défelpoir G
goûter: quel ferait mon
je vous voyais
pour couronner ceux
rejetter mes veeux
naitrait moins le
d'un autre qui conah ! çette feule
prix d'un tel bonheur!.
fondeurs du idée m'abime dans les prodélefpoir, --- Page 161 ---
I61
Non, charmante Mimi, ne dédaignez
le coeur d'un amant qui ne vit que
pas
le bonheur d'ètre à vous tant qu'il
pour
la douceur de vous faire
exiftera, que pour
couler les jours les plus heureux. Ne foyez
plus long-temps la trifte vidtime d'un
pas
far rien de fenfé; ne
préjugé qui ne porte
réglez pas votre cceur furl l'opinion d'autrui;
fuivez la pente de votre ame > la premiere
fouveraine du monde; ellea fesloix; croyons
qu'elles valent bien celles que les hommes
ont voulu lui oppofer, & qu'ils démentent
fi bien & fi vite eux-mèmes à la premiere
occafion qu'elle leur préfente.
Mais Gi vous ne me lifez pas, tout ce
que je vous marque eft fans effet; j'ai chargé Caimant de vous demander un feul inf
tant d'entretien. Veuillez me l'accorder;
que je puiffe m'expliquer, vous entendre;
vous jurer la fidéliré la plus
vous répondre,
inviolable, & recevoir l'aveu de votre re
tour. Grand Dieu! quel mot ! quel mot;
Mimi, s'il fortait de cette bouche quej'adorelq quel enchantement, quel plaifir d'aimer!
quel charme de partager fon caut avec un --- Page 162 ---
amant qui aime 162
prix de l'amour véritable réellement & connait le
cceur ne vous le dife
! faut-il que votre
que - de doux
pas aufli! ah, Mimi!
moments perdus
négligent les fayeurs de pour ceux.qui
pur amour qui fait feul l'amour ! de ce
tants de la vie!
embellir les inf
LETTRE
XLIX
De Sylvain a M. de
du 12
B
Tonw
Septembre 1774
parlé en véritable
toute la julteffe de
ami; j'ai fenti
tous mes efforts.
tes confeils ; j'ai fait
fois pris la réfolution pour les. fuivre; j'ai mille:
plus ni écrire, ni de me taire, de ne
Mimi; mais,
voir même l'adorable
acte au-deffus je te le répéte, c'eft
chantereffe
de mes forces,
un
de cette fille, L'image ens'effacer de la rétine de
qui ne fauraic
moins de mon
mes yeux, s encore
raifon, me plonger cceur,. vient troubler ma
violent amour, Ecen dans le délire du plus
de, ami, quel
cetérat je te le demancaeur réfifte à fes déGirs
,
voir même l'adorable
acte au-deffus je te le répéte, c'eft
chantereffe
de mes forces,
un
de cette fille, L'image ens'effacer de la rétine de
qui ne fauraic
moins de mon
mes yeux, s encore
raifon, me plonger cceur,. vient troubler ma
violent amour, Ecen dans le délire du plus
de, ami, quel
cetérat je te le demancaeur réfifte à fes déGirs --- Page 163 ---
T'impatience augmente, on ne fent plus qus
le tourment de la privation, l'on prend
la plume fans trop favoir ce que l'on va
amarquer, & iln'en fort que les expreflions
de la pallion qui fait agir.
C'eft ce qui im'eft arrivé.Frappé de laf for
ce de tes raifons, plein d'horreur pour moi*
mème, je formai la réfolution de renoncer à jamais à Mimi, & je fus quelques
jours fans lui écrire, ni envoyer favoir
de fes nouvelles. Mais c'eft alors que je
fentis toute la force du fentiment qui
m'entraine vers cette fille. Je ne vivais
plus ; mon efprit était dans une agitation
continuelle - : mon coeur dans des déchiremens perpétuels, ne me laiffait pas um
inftant de relâche. Tourmenté fans ceffe
de plus en plus, il m'a fallu céder à mes
défirs.
Mais à peine ma lettre était-elle par*
tie, que revenant à tes juftes repréfentations, j'ai été livré à de nouveaux combats. 23 Moi, me difais-je avec honte s
moi, un vil fuborneur.! moi, corrompre
fent tout le prix
une jesne innocente qui
de la vertu & qui la chétit! > cette rég: --- Page 164 ---
Aexion
16t
après Caimant m'anema; je voulus faire courir
un charme
pour ravoir ma lettre
fapérieur
> mais
autre voix plus
m'arrèroit encore. Une
de mon
feduifante difait au
coeur: : s Tu aimes,
fond
grand crime ? tu ne
eft-ce un fi
de ton amour par les peux t'unir à l'objet
eh bien? n'eft-ce
liens de Thymen 5
de coulenr? et Gi pas le fort des
de Mimi, la
tu peux faire le bonheur femmes
tres
lailferas-tu
bras ? e
a
paffer dans d'au
Voilà l'idée qui
fnes réflexions' & venait renverfer
confitde
tés confeils. Mais toutes
penfées
quel
efprit!
diverfes bouleverfent e
femble l'image de Fany
mon
me reprocher une trifte, morne 2
mérite fip peu, &
infidélité qu'elle
tant de répugnance que je ne lui fais qu'avee
Moi, cefler d'aimer pour peu quej'y fonge.
ble ! eft-il en mon cette négrefle adoraquandfen pourrais pouvoir de le faire
fein !.. mais l'amour concevoir l'odieux def
comment péut-il exifter que j'ai pour Mimi,
tant ma charmante en voyant ur inf
Fany2...
> mon incomparable
fes charmes, n'aimersis-je pas la premiere ?
Phabitude, comme tu'dis
ugnance que je ne lui fais qu'avee
Moi, cefler d'aimer pour peu quej'y fonge.
ble ! eft-il en mon cette négrefle adoraquandfen pourrais pouvoir de le faire
fein !.. mais l'amour concevoir l'odieux def
comment péut-il exifter que j'ai pour Mimi,
tant ma charmante en voyant ur inf
Fany2...
> mon incomparable
fes charmes, n'aimersis-je pas la premiere ?
Phabitude, comme tu'dis --- Page 165 ---
ne m'égareraiect-ils pas?.. mais déjà j'ai
cru, & tu l'as cru comme moi, que
Mimin'était point infenlible à mes demarches 5 comment y renoncer adtuellement?
cominent mème me taire & ne lui plus
parler d'un amour dont je prends tant de
plaifir à l'entretenir ?.. Mais ne puis-je
pas me reftreindre aux termes de la pure
a nitié?.. eh bien oui, je veux me tenir
à ces bornes; jele lui dirai,je lui demanderai d'être mon amie... . Elle eft fi bien.
faite pour partager ce fentiment !.. mais
Fany penfera toujours que j'aime fa rivale par amour, &t elle en fouffrira. Que
je fais malheureux! & je puis être fi heureux avec ma feule Fany ! ah! fans doute
je n'ai jamais aimé qu'elle, & ce fera
jufqu'à ma mort l'unique divinité de mon
ame... e . Et Mimi: que deviendra-t-elle
fi elle m'aime : . . . et quand je veux m'en
tenir avec elleà la fimple amitié, ne m'abusé-je pas? les fentiments que j'ai pour elle
font-ils de fimples effets de la pallion des
fens, ou du goût du changement ? Oh,
non ! ils partent de l'ame méme. Mimi
et G aimable & fi eftimable ! fes traits
fuffifent fans doute pour fubjuguer les feus --- Page 166 ---
de l'homme le plus 166
n'eft-elle
froid, mais fon ame
pas feule capable auffi
ver celle d'un galant homme
de caption connaît Fany,
? mais quand
peut-on lui en aflocier quand on en eft aimé,
Ah! cher
une autre t...
regarder
ami, que tu as raifon de me
comme bien à
tous mes crimes, &
plaindre ! je fens
ter dans le coeur
je ne puis les abju-,
Ce n'eft donc comme dans le jugement.
l'iffue d'une que du temps que j'attends
de t'inftruire paffion aufli fatale. J'aurai foin
bon ami,
de toutes fes fuites. Tu
, tu meplains fans me
es
rejetter.
LETTRE L.
De Syivain 2 Mimi, du
Disei
7 Odtobre 1774.
Theureux
ai vue, que.je vous inflant ai
que je vous
image s'eft
entendue, votre
C'eft la feule gravée au fond de mon cceur.
l'amour, mais c'eft faveur que j'aie reçue de
qu'il puiffe faire à
aufli la plus grande
seux, réellement un coeur vraiment amoumien. Vos traits paflionné font
comme eft le
teres de feu dans y la
deflinés en caracplus grande exadi-
Theureux
ai vue, que.je vous inflant ai
que je vous
image s'eft
entendue, votre
C'eft la feule gravée au fond de mon cceur.
l'amour, mais c'eft faveur que j'aie reçue de
qu'il puiffe faire à
aufli la plus grande
seux, réellement un coeur vraiment amoumien. Vos traits paflionné font
comme eft le
teres de feu dans y la
deflinés en caracplus grande exadi- --- Page 167 ---
tude, C'eft une forte de bonheur, de
licité ou du moins de confolation, fé4
d'avoir toujours devant foi
que
aufli charmante, d'un objet
une image
l'adoration.
qu'on aime à
Ce fourire gracieux qui enchante,
yeux raviffants qui pénétrent
S ces
de
jufqu'au fond
l'ame, ce fon de voix fi touchant
met tous les fens en mouvement, qui
phyfionomie où la douceur, la
cette
la modeftie,
candeur,
leur
3 les ris ont à l'envi établi
trône, ce ratelier d'ivoire qui
ce la gaité et les tendres ébats de anoncette gorge ornée de deux globes l'ame :
ques qui femblent avoir été arrondis élaftiTamour même, cette taille fvelte,
par
qui femble avoir été
élégante,
main des Grâces &
découpée par la,
de
parée de la ceinture
Vénus; en un mot, tout en vous indique les plaifirs, 3 les délices, les félicités,
les voluptés, & mille autres fentiments
de jouiflance qu'on ne faurait
& qu'une feule ame ne faurait en exprimer, mêmey
tems fentir entiérement
Comment ne vous pas aimer
thoufiafme 0
julqu'al'en:
> julqu'au délire ! Ah, Mimi! --- Page 168 ---
que ne puis-je vous plaire !
je jouir de tant de charmes que ne puisvez enyvrer mon ame en dont vous poumême de fi doux
en goitant vousperdus
effets ! Que de
pour
moments
pour le bonheur Tameur, pour le bel age,
des miens !
fuprème de vOS jours &
pirer la centieme que ne puis-je vous inf
m'embràfent
partie des défizs
driez
pour vous! vous
qui"
pas; le cacur vous
n'y tienun torrent impétueux entrainerair comme:
l'amour. Comment
vers les plaifirs de
mien! quand à tant pouvez-vous de
douter du
on joint encore
charmes extérieures
de T'elprit,
tous ceux de l'ame &
que
un homme fenfible manque-r-il pour captiver
& comment
& en faire le bonheur ?
jet du monde pourrait-il le
ceffer d'aimer l'obtions : Quand
plus digue de fes adoraje réflechisa
qui vous éleve G au-deffis votre mérite,
frémis du danger que
des autres , je
ber dans ce
vous courez de tomqu'un
pays entre les mains de
qui ne fache pas vous
quelqui pourrait ne vous
apprécier , &
une femme ordinaire confidérer que comme
voulez, dites-vous,
de ménage. Vous ne
de votre couleur; vous unirqu'a quelqu'un
que verra-t-il de plus
en
plus digue de fes adoraje réflechisa
qui vous éleve G au-deffis votre mérite,
frémis du danger que
des autres , je
ber dans ce
vous courez de tomqu'un
pays entre les mains de
qui ne fache pas vous
quelqui pourrait ne vous
apprécier , &
une femme ordinaire confidérer que comme
voulez, dites-vous,
de ménage. Vous ne
de votre couleur; vous unirqu'a quelqu'un
que verra-t-il de plus
en --- Page 169 ---
en vous avec fes yeux profanes ? vous
favez combien il eft rare d'en rencontrer
d'éclairés e Ah, Mimi ! le ciel vous
a deftinée pour un coeur comme le mien,
pour le bonheur d'aimer & d'être véritabiement aimée toute votre vie, d'unhomme
qui fache tout ce que vous valez ; livrezvous donc à la douce & heureufe influence d'un fort qui doit vous faire couler vos
jours dans le fein des plaifirs & de la félicité.
Mais pour le goûrer, ne faut-il pas aimer,
& le coeur peut-il fe donner par raifon!.
fi vous ne m'aimez pas.. . ah! quelle cruelle
penfée !.. Eh bien, je ne veux vous aimer que
par: amitié.. ne refufez pas aumoins de m'accorder ce titre auprès de vous, j'en remplirailes devoirs facrés.. le refpect qui l'accompagnera n'eft point contraire au véritable
amour; la confiance qu'elle admet eft aufli
conforme à l'autre fentiment... Mais vous
ne lifez point mes lettres, 3 que fert-il
je vous falle des propofitions : Madelaine que
à qui je les répete > ne vous les rend fans
doute pas > ou vous les méprifez trop
yenant de moi
Tome I,
G --- Page 170 ---
2.11 170
O0Và -
EUOV 4 2aumoi
LETTRE LL
A
à la méme, du 2 Décembre
Du méme
CY 2 Mimi, inhansinelten
Mii. cruclle
en plus 3 je ne me
gagne, 4 de. plus
tout me déplait,
2 nui.me, connais plus moi-meme, exiftence même.
jufqu'à mon
me dégoute, livre m'était un délatfement,
Autrefois un agréable 5 : la mufique un
une occupation
un palle
e doux dovenilfentens. mes travaux lcs heures de la
qui accourcillit.
je lailTe
e remps achuellemens, je prends, le lire;
sjournées fois un livre fans pouvoir travaux me
-yingt:
mes
fociété
la.x ebamesnet &-la
t, la converdiation s'offre foit à
fariguent
Tout; ce qui femble venir
S mimponunent foit à mon efprit,
m'arta11 mes.yeux, de ma mauvaife éroile pour dès-lors me
exprès
chere jmage, &
scher votre
devient infapgortable.
devenir fi vous
Ah, Mimi ! que vais-je fort! jena 2
plus rien
n'avez pitié de mon aufli agreablemenr que
qui puilfe mn'occyper:
diation s'offre foit à
fariguent
Tout; ce qui femble venir
S mimponunent foit à mon efprit,
m'arta11 mes.yeux, de ma mauvaife éroile pour dès-lors me
exprès
chere jmage, &
scher votre
devient infapgortable.
devenir fi vous
Ah, Mimi ! que vais-je fort! jena 2
plus rien
n'avez pitié de mon aufli agreablemenr que
qui puilfe mn'occyper: --- Page 171 ---
I71
vous, & vous éctire eft toute la diftraétion
que fouffremon coeur. La nuit, le fommeil
fuit loin de moi; & fi la nattire
à la
3 cédant
néceflité, veut tomber dans cette efpéce d'accablement qui tient lieu du dormir, un fonge défagréable aufli-tot
veille, & il ne m'eft plus
me remer l'aeil. Votre
pollible de ferimage eft devant
& l'air de rigueur, de froideur
moi,
trouve, acheve de
que je lui
de la nuit,
me tourmenter le refte
Que faire dans un tel-
?
Mimi! aurez-vous donc
fapplice
toujours la cruauté
dem'ylaiffertje fens que je vous
mes complaintes;
fatigue par
que je
mes réflexions
vousimportune par
nuelles
triftes, & par mes contirépétitions ; mais puis-je
de ton ni de langage fi
changer ni
toujours la même,
votre rigueur eft
des mêmes
& mon caeur. rempli
fentiments? eh! quels autres
Je pourraient jamais plus y trouver place ?
vous ai propofé une liaifon intime
ne ferait fondée que fur la
qui
vous ne daignez feulement pure amitié;
Quoi ? un véritable ami
pas Taccepter.
eft-il donc à
jetter : fongez donc
Tequ'en cet ami vous --- Page 172 ---
auriez encore un homme 172
l'amitié la plus
qui ajouterair à
plus vif encore refpectueufe un intérét
LETTRE LIL
De Mimi à Saintie, du 6 Décembre
SAIRTEE, chere
1774:
jour je ne t'ai
amie, 3 G jufqu'a ce
événements les pas fait confidence d'un des
ne penfe pas plus simportants de ma vie,
confiance
que ç'ait été par. manque de
en toi; tu connais
mon amitié pour toi
trop bien
voir le moindre doute pour pouvoir concen'ayant d'abord envifagé là-deffis. C'eft que
comme de ces circonftances les chofes que
femblent arriver exprès
pallageres qui
moments, javoue
pour diverfifier nos
férieux
queje n'y mis pas tout le
qu'elles ont acquis depuis,
que, non-feulement je ne
parce
à combattre
penfais pas avoir
moins de pouvoir long-emp,fefpermais plus
tout au
dans un combat ou
facilement vaincre
était moi-mème,
mon moindre ennemi
& qui n'auront Les bruits qui ont couru
qu'à toi, t'auront pas manqué d'arriver juf
fais d'avance
déjà prévenue, & tu
fois,je
ce que je veux te dire, Mais
teptie, indulgente & complaifante
parce
à combattre
penfais pas avoir
moins de pouvoir long-emp,fefpermais plus
tout au
dans un combat ou
facilement vaincre
était moi-mème,
mon moindre ennemi
& qui n'auront Les bruits qui ont couru
qu'à toi, t'auront pas manqué d'arriver juf
fais d'avance
déjà prévenue, & tu
fois,je
ce que je veux te dire, Mais
teptie, indulgente & complaifante --- Page 173 ---
pour ton infortunée amie, &
les chofes jufqu'à leur origine. reprenons
Enme parlant de tes amours, s tu m'avais
toujours demandé fi mon ceeur n'avait
la julqu'alors parlé pour perfonne; je te dis
pure vérité en talfurant que non. J'avais
été en effet fort indifférente
bien des hommes
aux foins de
capables d'infpirer du
retour, & rien, heareufement,
faire illufion à mon coeur à
ne put
jamais fu mentir. Sans
qui je n'ai
devait le toucher
doute que celui qui
n'avait pas encore paru.
Enfin, en quittant le Cap pour venir
demeurer avec ma mere > je le
trai au Bac. A la
renconblement
premiere vue un tremme failit, & mon cour fentit
pour M. *** un intérêt dont il n'avait
encore été agité pour perfonne , > &
femblait déjà être l'effet d'une
qui
particuliere connaifance,
longué &
Cet homme fi
poli, eut occalion de me faire des honnêtetés d'une maniere
qui me fit
qu'il ne devait pas avoir pour les
juger
de notre couleur cet efprit
perfonnes
& de fuprématie qui rend fi d'infuffifance
délagréables les jeunes blancs ridiculement
que leur couleur doit leur tenir qui penfènt
lieu de tour --- Page 174 ---
mérite; & même les 174
égard envers nous,
exempter de tout
Cette
me captivait remarque dans un homme qui
pas peu à
déjà le cceur, ne contribua
timents dont augmenter & à fortifier des fenencore que confufément cependant je ne démélais
Qaund on aime,
la vraie caufe,
yeux; je trouvai M. s tout *** s'embellit à nos
& d'efprit, de douceur plein de mérite
Il m'adreffa la
& de modeftie,
fa converfation parole fans prétention, &
en fa faveur. Jamais détermina mon opinion
werlé la riviere
le Bac n'avait traje n'eus
avec autant de
que le temps
rapidité;
d'entendre M. ***
d'appercevoir &
gner, Je ne
> il fallut le voir s'éloiqui me remplirent puis te peindre les regrets
yeux, enfiite
l'ame, Je le fuivis des
d'elprit; &
image ne m'a plus abandonnée. depuis, fon
Cette premiere impreflion
dans mon ame,
fut Gi vive
vilage un air de , triftelle qu'elle répandit fur mon
bua au chagrin d'avoir que Maman attriagréable du Cap, Cette quitté le fejour
été en
trifteffe a toujours
augmenrant, & mon
jouée en elt totalement
humeur enchangée. Mille
ite
l'ame, Je le fuivis des
d'elprit; &
image ne m'a plus abandonnée. depuis, fon
Cette premiere impreflion
dans mon ame,
fut Gi vive
vilage un air de , triftelle qu'elle répandit fur mon
bua au chagrin d'avoir que Maman attriagréable du Cap, Cette quitté le fejour
été en
trifteffe a toujours
augmenrant, & mon
jouée en elt totalement
humeur enchangée. Mille --- Page 175 ---
inquiérudes m'accablaient jour et nuit, &
je mourais d'ennui de ne plus' entendre
parler de l'objet de mes penfées. 9) M'at-il feulement remarqué - > me difais'-je
fouvent ? penfe-til encore qu'il m'ait feulement vue ? mais non, reprenais-je > s'il
fongeait à moi, ne me l'eut-il pas déjà
dit ? 92
- Ces triftes réflexions, qui fe multipliaient
à T'infini, m'abimaient dans des rèveries
perpétuelles, & une vraie douleur ; je n'y
réfifter, j'en fis confidence à Madelaine pus qui ne ceffait de m'en demander le
fujet. Elle me fit une peinture" fi effrayan.
te du caraétère, des moeurs > & de la
conduite de M que, honteufe dé
ma faiblelle, je lui promis de faire tous
mes efforts pour m'en détacher, &c l'oublier. Madelaine avait porté la mort dans
mon ame. Il me tardait qu'ellé fit enallée pour m'occuper de mes peines &
en bannir l'objet de mon fouvenir.
Mais je ne tardai pas à fentir que ce
que j'en avais appris n'avait fervi qu'à
empoifonner la faible lueur d'efpérance
qui me faifait vivre, & la forte de plaifir que je goutais à l'aimer en fecret, --- Page 176 ---
en y mélant le 176,
mais être ni aimée défefpoir de Pouvoir jani être à lui d'une véritablement de lui,
>) Quoi? ? me
manière quelconque.
difais-je en verlânt
larmes, avec cet air de
d'ameres
chie, n'ètre qu'un
candeur, de franpervers. >>
volage , qu'un
C
coeur
Le dégoût - de moi-méme
mes chimériques
fuccédant à
dans mon
efpérances, fe
ame , & en
répandit
mois je n'étais plus
moins de trois
tais mon mal, & connaiflable. Je fenMadelaine
je n'en pouvais guérir,
avait beau m'aider à
mon penchant, il m'entrainait combartre
mèrce. Il femblait
malgré moinaient à la maifon que fe tous ceux qui vepour ne parler
donnaffent le mot
lais bannir de que de celui que je voufaire
men fouvenir, &
un éloge
pour en
étendu, tantôr
bienfaifance - tancôt de fon
de fa
tôt de fa
équité, tande fon fenfibilité, de fon humanité &
courage à tout braver
braffer la caufe des malheureux. pour emlais à madelaine dès
J'en parles ; cela eft
que nous étions feu.
il a toutes les virai, me repondait - elle,
qualités > mais en fait
d'amour, on lui reproche tous les écaits.
>
ge
pour en
étendu, tantôr
bienfaifance - tancôt de fon
de fa
tôt de fa
équité, tande fon fenfibilité, de fon humanité &
courage à tout braver
braffer la caufe des malheureux. pour emlais à madelaine dès
J'en parles ; cela eft
que nous étions feu.
il a toutes les virai, me repondait - elle,
qualités > mais en fait
d'amour, on lui reproche tous les écaits.
> --- Page 177 ---
cherchais
Il eft fi jeune, lui difais-je! je
toujours à l'excufer à mes propres yeux
fondais fur les vertus qu'on lui
& je me
les concilier
admettait, & je ne pouvais
difait lui
avec les vices que Madelaine était aimé
connaitre, ajoutant même qu'il
de la négreffe la plus aimable à laquelle
cependant refter fidele, quoiil ne pouvait
qu'il l'aimit en apparence. a
Ce mot fut un coup de foudre pouf
Comment le juftifier là ! il l'aimoit
moi.
! . il ne lui était pas fien apparence
Yaimer En vain
dele ,mais il paraiffait
n'aimon amour me portait à croire qu'il
l'efpèce
mait pas cette négrefle, > attribuant elle, à
de conftance qu'il conferve pour femme
la beauté & à la jeuneffe de cette
d'ailleurs, d'après le rapport de Maqui delaine, eft pleine debelles qualités; en vain
cherchais-je à écarter de mon efprit ces
ficheufes idées, elles y revenaient toula plus malheujours, & me rendaient
reufe de toutes les femmes:
Enfin Mde. de L.. nous ayant priées
à ce bal dont tu as entendu parler, fceurs elle
nous engager, mes
ajouta > pour
ferait, & que
& moi, que M - y --- Page 178 ---
ferions farement pas fachées de
mous ne
devant exécuter de vingt
de voir danfer, différentes. Si Mde. de L..
fortes de danfes
elles
faeurs
euffent pris garde >
& mes
y
de l'extrême
fe fuffent aifément apperçues
embarras oû ce feul nom me jetta : je
& qu'on lifait dans
crus tout découvert; s'étant mife à dil-
-mon ame. Mais Sylvie
& la légéreté
courir avec feu fur les graces
dans la danfe, j'eus le tems
de M
& à la faveut
de.me remettre un peu';
point du
de ma couleur on ne s'apperçut
fang qui m'était monté au vifage & qui
-en pareil cas ne produit pas cette rougeur
qui décele fi vite les affections des blanches.
jours à attendre
Ily avait encore quelques
allerà ce bal; ah ! quilden faut qu'ils
pour
la
da pallage
s'écoulaffent avec
rapidité
sdu Bac pourappaifer un peu monimpatien à Sylplaifir à faire raconter
Sce : je prenais dont mon amant exécutait
vie la maniere
je par-
-fes danfes, & par cette fupercherie mot
lais de lui fans me découvrir. Chaque
Soeur
le trait plus avant
de ma
enfonçait foufait le feu dont
sdans mon coeur > &
g'étais déjà confumée.
Le jour-que j'avais tant fouhaité venu,
rapidité
sdu Bac pourappaifer un peu monimpatien à Sylplaifir à faire raconter
Sce : je prenais dont mon amant exécutait
vie la maniere
je par-
-fes danfes, & par cette fupercherie mot
lais de lui fans me découvrir. Chaque
Soeur
le trait plus avant
de ma
enfonçait foufait le feu dont
sdans mon coeur > &
g'étais déjà confumée.
Le jour-que j'avais tant fouhaité venu, --- Page 179 ---
je fus bien furprife d'éprouver en moi;
au lieu de cette joie excellive dont j'avais
déjà gouté jufqu'au délire en me figurant
la vue feule de M > je ne fentis;
dis-je, qu'un fentiment de trifteffe, de dégoût, de mélancolie auquel je ne m'étais
alfurémentpas attendue. Je m'étais propolée
d'emprunter de la toilette tout ce qui aurait
été capable d'ajouter aux agréments naturels, & je ne voulus plus qu'une fimplicité d'ajuftements qui n'étonna pas moins
mes foeurs qui m'avaient vue > quelques
jours auparavant, faire des apprèts bien
différents. Elles m'en firent des plaifanteries qui ne fervirént qu'à me maintenir
dans mes difpofitions. Il femblait que mon
coeur ne cherchât à infpirer que de la compallion, par la chagrinante perfualion oû
j'étais d'aimer fans l'être.
T
La toilette de mes feurs, & fur-tout
de Sylvie, infiniment plus étudiée, prenant beaucoup de tems > nous arrivâmes
'un peu tard chez Mde de L... Le premier
objet qui s'offrit à mes yeux, qui le chetchaient peut-être > fut M > il tenait
ané chaife à la main, & fe préfencait pour
nous defcendre de cheval. Jugeint de fan
2.4 --- Page 180 ---
je crus
la fituation du mien,
ccur par s'adrelfer à moi, & déjà j'en
quil allait
fecret & doux plaifir, dans
reffentais un
ne m'avait peut-être
la Aaateufe idée qu'il
tout-à-fait oubliée.
pas
& ma douleut!
Quelle fut ma"furprife la main, & la
il va à Sylvie, lui donne jeune homme me
Un autre
Tromfait defcendre. chaife & me defcend.
préfente une'
le trouble s'empée dans mon attente, à peine puis-je remerpare de mes fens, fon honnèteté. Sylvie
cier le cavalier de rémerciments à M
faifait de grands
fut de remarquer
& toute ma confolation
de grandes &
qu'il n'y répondait: que par même m'apperfroides révérences: Je crus de le tourner pour
cevoir qu'il s'empreffait -
chaife. Mais me voyant
la
me préfenter d'un autre, il ne me fit que
dans les mains
froideur à glacer. Dieu!
des révérences d'une entrer dans un bal !
quelle fituation pour
machinalement.
Je m'y laiffai conduire compliments s, on fc
Après les premiers
étant mon ainée,
danfer Sylvie comme M était dans
puis lon vint à moi.
mal de tête, &
la galerie; je prétextai un de remettre la
je priai 'de me permettre
voyant
la
me préfenter d'un autre, il ne me fit que
dans les mains
froideur à glacer. Dieu!
des révérences d'une entrer dans un bal !
quelle fituation pour
machinalement.
Je m'y laiffai conduire compliments s, on fc
Après les premiers
étant mon ainée,
danfer Sylvie comme M était dans
puis lon vint à moi.
mal de tête, &
la galerie; je prétextai un de remettre la
je priai 'de me permettre --- Page 181 ---
18r
partie à T'après-diner. En vérité,je n'étais
point en état de danfer dans ce
mes jambes me fiupportaient à peine, moment,
Nous étions placés à table, M &
moi, de maniere à ne pouvoir nous voir,
étant fur la même ligne d'une file de
vingts couverts. J'en fentis d'abord quatreforte de foulagement. Je redoutais les une
gards de M
re-
> qui ne cherchait
me regarder. Mais bientôt
pas à
vivement
je fentis trop
qu'il manquait quelque chofe à
mon coeur, à mon être, & le temps du
repas en fut un pour moi de
d'ennui & de douleur, Je favais longueur,
amant était placé entre Ninite que mon
ces deux faurs charmantes
& Laure,
rite & les charmes
dont le méte font connus,
cruelle fituation
Quelle
point à table; pour moi! on ne fe laffait
chaque fervice dura
d'une heure.. 1 Tout le monde était plus
gaité qui me défolair. Plufieurs
d'une
meflieurs
s'apperçurent du peu de part que jy
nais, & m'en firent d'obligeants
preauxquels je fus peu fenfible. Je reproches n'avais
l'attention tournée que du coté de M
& je ne l'entendais
n'avair-ilà dire à
pas. Parlait-il bas 2
ces deux aimables femmes --- Page 182 ---
que des chofes qu'il ne voulait
entendit ? :
pas qu'on
Cesidées me tiraillaient fans
ceffe l'imagination jufqu'à la fin du
qui ota de deffits mon ceeur un poids énor- repas
me. Je ne fais fije ne cherchais pasles
de M 3 mais je les rencontrais yeux
levant de rable, & je n'ofai les fixer en me
feul inflant far lui.
un
Il n'y avoit à ce bal que des hommes
blancs, à la réferve du frere de Ninite &
Laure, & des coufins de Mde de L
dontlun m'a peu de jours après
dé en mariage. J'étais
demanvée dans le
nouvellement arriattentions
quartier, les politeffes & les
faurs
furent partagées entre les deux
& moi. Le rang & le mérite de
M Jui en attira autant des femmes
qui femblaient le diftinguer des
hommes. Je t'avoue
autres
les
que, > comme toutes
femmes, ma vanité en fut d'abord
bien flattée, mais réféchiflant enfuite
j'aimais feule, > la confafion fuccéda que
tôt à cette petite fatisfaction
bienje voyais briller mon
paffagere. Plis
-contriftée,
amant, plus j'étais
mable
Tout ce que j'appercevais d'aien lui paraiffait l'éloigner d'autant
sdemes efpérances. Quand il ferait de ina
femmes, ma vanité en fut d'abord
bien flattée, mais réféchiflant enfuite
j'aimais feule, > la confafion fuccéda que
tôt à cette petite fatisfaction
bienje voyais briller mon
paffagere. Plis
-contriftée,
amant, plus j'étais
mable
Tout ce que j'appercevais d'aien lui paraiffait l'éloigner d'autant
sdemes efpérances. Quand il ferait de ina --- Page 183 ---
13;
eouleur, me dis-je en moi-mème > s'il
ne m'aimait pas
Le bal recommença peu d'instans après
le caffé. Ninite l'ouvrit avec M j'étais
ils danferent à ravir. Que
au fupplice ;
l'air
j'eulle voulu être Ninite! cependant
fur le vifage de
de férénité quit régnait
n'aimait
mon amant me perfuada qu'il
A peine eut-il achevé qu'il vint me
pas.
il parut
prendre pour une contre-danfe.
même danfer avec moi de préférence dans
le cours du bal. J'en fus fecrettement Aatée,
mais fon filence fur le point ellentiel m'anéantiffait.
Ce fut bien autre chofe lorfque Mde
de L., & à fon appui toute la compagnie, m'engagea de danfer le menuet avec
cet homme dont les regards m'étaient fi
redoutables. Je faillis à me faire prier, >
mais la difcrétion &c la prudence T'empor
tant fur toutes les craintes,je m'y préfenr
tai comme un patient à T'exécuteur. Jamais
je crois, > 011 ne fit plus mauvaife contetenance, & le menuet > qu'on s'était attendu fans doute de me voir danfer avec
gràce, ne me.parut qu'un zigzag infipide : --- Page 184 ---
les
on n'a pas
Dans une contredanle, danfeur, on {e tire aiyeux fixés fur ion
2.. c'eft
fément d'affaires mais ce menuet
qui
critique des amants
le quart-dheure
déclaré leur penne fe font pas encore contraire > je les ai
chant. Car dans le cas
M.**
déleéter. Je ne fais ce que
vu s'y
& dans mon
apperçut dans mes regards, il conferva une tranair gêné 5 pour lui,
Hélas!
quillité qui acheva de me défefpérer. il ne ferait
il ne m'aime pas,
me difais-je, ni fi raffuré devant moi. Il
ni fi calme,
& j'aurais
fit l'admiration des fpedlateurs, un écolier.
voulu qu'il ett danfé comme
Ninite
à Mde de L..,
Il avait promis diverfes danfes de ca-
& Laure de danfer
trouva qu'il s'était
raétere, tout le monde
par dépit,
furpalle lui-même. Cependant j'érais fure
je ne le regardais que quand J'affedais de
qu'il ne pouvait me voir. de tems en tems 3
caafer avec Laure qui
légereté,
donc quelle
me difait : regardez précifion, quel jarrèt.
quelle grâce, quelle indifferent pour moi,
Je croyais M même avoir T'air de
je ne voulais pas de danfer les danles
l'admirer. On le prie
dit qu'il excelle
créoles dans lefquelles or
j'érais fure
je ne le regardais que quand J'affedais de
qu'il ne pouvait me voir. de tems en tems 3
caafer avec Laure qui
légereté,
donc quelle
me difait : regardez précifion, quel jarrèt.
quelle grâce, quelle indifferent pour moi,
Je croyais M même avoir T'air de
je ne voulais pas de danfer les danles
l'admirer. On le prie
dit qu'il excelle
créoles dans lefquelles or --- Page 185 ---
encore mieux ; mais il fe dit fatigue &
n'en voulut rien faire. J'en eus malgré
moi du regret. Quand il fe faifait applau-,
dir, j'en enrageais ; & - quand il ne paraiffair plus ,j'en fouffrais mille maux.
Cependant deux jours après ce bal, il me
fit une tendre déclaration d'amour qui fut
bientôt fuivie d'une feconde lettre paflionée, capable d'infpirer de l'amour à un
coeur moins difpofe que le mien. Quoique
mon coeur brulat peut-èrre plus que le
fien encore, 5 cette déclaration en me raf
furant fur mes craintes de n'être pas aimée ;
me rendit une partie de mon jugement.
J'ouvris les yeux fur les conféquences de
cette pallion qui ne m'offrait de tous côtés
que des maux, & pas un feul reméde, à
moins que de le puifer dans le mépris des
vertus. Cette lumière me confondit, en
me laiffant voir dans l'avenir le plus affreux,
de quelque maniere que puffent tourner
les choles. Aurais je facrifis mes devoirs à
l'amour ! aurais-je facrifié l'amour à mes
devoirs : voilà cependant la feule alternative que .
m'offrirent mon état, celui de
M > & le préjugé contre notre couleur. O1 miférable préjugé ! pourquoi n'as; --- Page 186 ---
auffi de pouvoir fur les cours?
fa donc pas
les chaines de la napourquol, rompant détournes-ru pas aufli les penture, n'en
chants?
du préciQuoi qu'il en foit, effrayée : à la
fe creulait fous mes pas ,
pice qui lettre - de M j'avais limpleprémiere
de lui dire
ment chargé fon dometique que dans
que je ne T'avais décachetée de fon contenti; ; 3 à
Tignorance où j'étais la
dont je
la feconde je lui fis
réponfe J'eulle le foin
r'envoie la copie, quoique en eût conde la lire fans que le coutait negre pour lui éctinaiffance. Qu'il m'en main mentait à mon
fe ainfi! Combien ma coutait une larme,
caeur! chaque mot me fond de mon ame.
& je T'abjurais jufqu'au voulait arracher la
L'amour vingt fois
me diéter ce qu'il
plume de mes mains ou devoir, mes prinm'infpirait , mais mon
des hommes
cipes, ou plutor les erreurs
& je lui
lemporterent,
& de l'éducation
j'aurais voulu l'infenvoyai une lettre que
après effacer de mon (ang.
tant
produit aucun
Cette lettre n'a cependant
Depuis ce
ralentifiement à fes démarches.
jufqu'au voulait arracher la
L'amour vingt fois
me diéter ce qu'il
plume de mes mains ou devoir, mes prinm'infpirait , mais mon
des hommes
cipes, ou plutor les erreurs
& je lui
lemporterent,
& de l'éducation
j'aurais voulu l'infenvoyai une lettre que
après effacer de mon (ang.
tant
produit aucun
Cette lettre n'a cependant
Depuis ce
ralentifiement à fes démarches. --- Page 187 ---
tenis il ne ceffe de m'en écrire de capables
de toucher un CEUr de roc. Juge des effets
produifent fur le mien qui adore
qu'elles
je ne les lis qu'en
Fauteur ! cependant émiffaire à qui j'ai le foin
l'abfence de fon
lui difant
de les faire voir cachetées, 3 en
les
avec une froideur apparente que je ne
décachete pas 2 & que je ne veux pas
les lire. Il parait en fouffrir mille tourdoublement.
ments que mon coeur partage
Cependant, ne pouvant me diffimuler
m'hules motifs de ce jeune homme, qui
la framilient autant qu'ils m'apprennent
gilité des liens qu'il peut avoir en vue &
lefquels feuls nous pouvons être l'un
par
réfolue de conferver le feul bien
à l'autre;
puilfe me rendre eftimable à fes yeux, >
qui
devoir
mon pere à mon
j'ai cru
appeller
&
fecours. Je lui ai ouvert mon cceur,
je lui ai avoué ma faiblelle.. Ce bon pere,
n'a fait que me plaindre & me donner des
sonfeils d'amis ; mais il a établi autour
de moi une furveillance qui me chagrine
en rendant difficiles les occaen fions éloignant, de recevoir des lettres de mon amant.
Il lui a même écrit, en mon nom, pour --- Page 188 ---
de me laiffer en repos.. . e Je r'avoue
le prier
attendue à une telle
que je ne m étais pas
défavoue. Mais
démarche que mon coeur fibon pere ? Mes
comment démentir un
mon amant
larmes & mon filence ont vengé le fait
&
5 mais il ne
pas,
de moi-mème d'eft moi qui ai chargé mon
il croit que
Il en eft
de lui faire cette priere.
pere aéfolé, j'en fuis au défefpoir.
m'a fait une autre plaie au
Mon pere
M aimait
caur; il m'a marqué facrifiait que
toutes les
Fany , & qu'il lui m'a percé l'ame avec
femme...C nom
m'empécher
fer
Je n'ai pu
un
rouge... quelque chofe à M.K*
d'enlailler entrevoir
rien. Puis-je l'en
mais le cruel n'y répond
il eft fincere...
blâmer? il l'aime peutêtre, lui!.. Eh! où
Il faut donc rénoncer à
eft la force en moi pour le faire!
avoir mal fait de ne lui avoir
Je crois
avoué que je lifais fes
pas tout fimplement répondre, lui faire
lettres; j'aurais pu combattre y
fes principes,
des objedtions ,
de penfer; fi elle
pénétrer fa vraie façon
à la vertu,
conforme ala mienne,
n'eft pas
l'oublier & à rénoncer à
elle m'aidera à
confeils.
lui. Donne-moi la-delfus tes
en moi pour le faire!
avoir mal fait de ne lui avoir
Je crois
avoué que je lifais fes
pas tout fimplement répondre, lui faire
lettres; j'aurais pu combattre y
fes principes,
des objedtions ,
de penfer; fi elle
pénétrer fa vraie façon
à la vertu,
conforme ala mienne,
n'eft pas
l'oublier & à rénoncer à
elle m'aidera à
confeils.
lui. Donne-moi la-delfus tes --- Page 189 ---
IS9
Ilm'a d'abord demandé une entrevue, mais
fa préfence, je la lui ai
redoutant trop refufée : il aurait bientôt péconftamment le fecret de mon cceur que je dois
nétré
cacher toute ma vie. Il m'a
peut-être lui
& il prodemandé au moins mon amitié, facrés de cette
tefte de s'en tenir aux termes loin de la lui accorfainte union 5 mais
mon caeur
der , j'en ai une vive douleur; il
eft même jaloux. Quoi :
pourrait
en
à ce coeur comme amant > pour
renoncer
comme amil...
ne le vouloir qne
forte exMais n'eft-il pas en quelque obtenir
cufable? il voit qu'il ne peut rien
il veut être à moi d'une
de moi autrement,
être efperemaniere ou d'autre, & peut
t-il réuflir par là de m'attendrir un jour.
Car il croit que je vois fes fouffrances d'un
cilindifférent. Combien il fe trompe! Comcontraire je les reffens plus que
bien au
Eh! comment ne eroirait-il pas
lui encore!
aimé? Madelaine, qui
qu'il n'est point
combat
eft dans ma confidence, &c qui
fois
mon amour, s a été chargée plufieurs lui
d'effayer de lui impofer Glence > en
difant nettement qu'il déplaifait t: il en --- Page 190 ---
mourait de défefpoir fans pouvoir ni changer ni fe taire.
Je fouffre tant de fes douleurs, je fuis
fans ceffe tentée de le lui avouer.
me
Qu'il
plaindrait, me dit-il, fi j'avais fa
fenfibilité ! plàt au ciel que je ne l'euffe
pas ! Je ne ferais pas livrée à tant d'incertitudes, à tant de combars oppofés
déchirent tourà tour. Derniérement qui me
la veille de pâques, j'étais
encore,
l'aurel,
prête à aller à
& je l'apperçois... - a hélas ! me
dis-je, s'il faut le facrifier, s'il faut effacer
de mon coeur l'amour que j'ai pour lui
pour être en état de grâce, combien je fuis
coupable e! Envain demandais-jé à Dieu ce
facrifice, je ne pus l'obtenir... j'ai manqué deme trahir moi-même en ce moment;
un des regards de M m'a
a attiré toute mon attention confondue, 8c
d'ail qui me décelait
un coup
En fortant de l'églife cn me remit
Jettre de lui; qu'elle était
une
était mille fois
paflionnée ! il
fe
prét, me marquait-il, de
jetter aux genoux de Maman pour lui
demander la permiflion de nous reconduire.
Je frémis à chaque inftant
qu'il n'ailie
moment;
un des regards de M m'a
a attiré toute mon attention confondue, 8c
d'ail qui me décelait
un coup
En fortant de l'églife cn me remit
Jettre de lui; qu'elle était
une
était mille fois
paflionnée ! il
fe
prét, me marquait-il, de
jetter aux genoux de Maman pour lui
demander la permiflion de nous reconduire.
Je frémis à chaque inftant
qu'il n'ailie --- Page 191 ---
191 indifcrétion femblable
commettre quelque
de lui interdire tout
qui acheverait peut-être jufqu'à moi par fes
moyen de pénétrer
jettres ou autrement.
Ainfi, il fe plaint de mes rigueurs, &
celle de me reprocher ma faiblelle
je ne
Tu connais les difpofitions de
pour lui...
à mon érabliffemes parents par rapport croit
de vertu
ment 5 mon pere me
plus
bonté
je n'en ai; it m'écrit avec une
que
de reconnoiflance 1 s
qui,en me pénétrant
Je fuis
me fait honte fur mon égarement. voudrais
la plus embarallee du monde 5 je
confeillafles
m'aider à me
que tu me
pour
vaincre, s'il eft poflible, fur cette paflion
fi fort, afin de fatisfaire les
qui me maitrife
qui, en vérité, ne
vues de ce digne lui pere delobéille en la moinmérite pas qu'on
coté,
dois
dre des chofes. D'un autre
je
1 t'avouer que le facrifice que je fiis réfolue de faire, me causera la mort... Mon
mille fois fur ma raifon
amour J'emporte
donne-moi
Aye donc pitié de ton amie;
tes confeils; 2 mets tout en ufage pour
tirer de la cruelle Gtuation où je me
me
trouve. --- Page 192 ---
LETTRE LIIL
à Mimi, du 10 Décembre
De'Saintic
1774.
récit que tu me fais de
Lstassar
de ton amour,
la naiffance & des progrès ton coeur eft enme dit affez à quel point
en comprant
chainé. Tu me rends juftice à ton fort;
fur tout lintérèt que je eft-ce prends à moi que tu
mais, chere Mimi, confeils! y as-tu bien
dois demander des raifon de compter far
penfé: tu as bien eft-elle affez éclairée
mon amitié, mais
cependant
fervir de guide à ton caur? de cette
pour
donner un témoignage
pour te
à cccur ouvert.
amitié, je vais te parler
je te dinéanmoins de ce que
Ne prends
t'en paroitra à propos. Car,
rai, que ce qui
pas, chete
tu re l'ignore
je te Tavoue,8 confultes fur un point cà j'ai
amie, tu me
de prudence que perprouvé bien moins
Ionne.
maldonc encore me tromper
Je pourrais
; mais du moins
gré une facheufe expéiience
te
te
à cccur ouvert.
amitié, je vais te parler
je te dinéanmoins de ce que
Ne prends
t'en paroitra à propos. Car,
rai, que ce qui
pas, chete
tu re l'ignore
je te Tavoue,8 confultes fur un point cà j'ai
amie, tu me
de prudence que perprouvé bien moins
Ionne.
maldonc encore me tromper
Je pourrais
; mais du moins
gré une facheufe expéiience
te --- Page 193 ---
de bonne foi. Confultant plutôt le
lerai-je
quelque foulagement à tes
défir d'apporter
la fource, je te
peines en en affaiblillant
inftruite
parlerai en amie fincere &
par
malheurs. Si j'aigris tes doufes propres j'aurai du moins fait mon devoir,
leurs, devras m'en favoir gré. Souvent les
& tu
charment la vue, cachent un ferAleurs qui
tandis que le retour de
pent prèt à piquer,
des remedes.
la fanté eft dà à l'amertume
Oui, chere Mimi, j'avais entendu parler
de tes amours, & j'attendais que tu m'ert
euffes parlé la premiere. Ton filence ne
m'a point fait craindre d'avoir perdu ta
confiance. J'ai plutot penfe e ce que
lavule publique était faux,
'apprenais tu par me le dirais loriqu'il en ferait
oa que Je me loue infiniment de cette
temps.
puifqu'elle était (i bien fondée.
réfignation combattais, tu étais incertaine de la
Tu
T'avoir, &
vidtoire, tu elpérais peut-être
tu voulais avoir la gloire de me l'apprendre; mais d'après ta lettre, il ne me refte
aucun doute > tu es vaincue s puifque tu
appelles à ton fecours.
Te confeiller de tout facrifier, & de
Tome I.
I --- Page 194 ---
à un amant aimable - , qui ita frenoncer (erait-ce pas te demander beauduite, ne
tu n'es en état de faire en
coup plus que lorlqu'on recourt, ma chere,
ce moment; en pareil cas: > ils ne font
aux confeils, de faifon pour peu qu'on
prefque plus
tu t'attaches trop
aime. Je te connais,
revenir fur tes
difficilement pour pouvoir faifit plus par
D'ailleurs l'amour qui
pas.
par les yeux, eft toujours
les oreilles que
pelqindincinable
à préfent te confeiller,
4: Ainfi, que puis-je de toute la prudence,
f ce n'eft de f'armer
de faire un
de route la circonfpedtion, >
& de
mur exaaneir 3- de ton : caraétere e, état refcelui de ton amant, & uc -nrre
de t'affurer de ce que tu pourrais
pectif; puis
à tout évédans toutes les circonftances, malheureufe amie - > que
nement. Tu fais,
le maringe dans
tu n'es point née ponr
borne nos
oà un funelte préjugé
un pays
feule efpèce. Placées
prétentions à notre
privés, la
coté, entre des homames
d'un
d'éducation, * fans mceurs,
rlupart,
à copier de
Ritoe
quits n' ont que des vices
& fuivent
Aupérieurs dont ils refpectent
conftances, malheureufe amie - > que
nement. Tu fais,
le maringe dans
tu n'es point née ponr
borne nos
oà un funelte préjugé
un pays
feule efpèce. Placées
prétentions à notre
privés, la
coté, entre des homames
d'un
d'éducation, * fans mceurs,
rlupart,
à copier de
Ritoe
quits n' ont que des vices
& fuivent
Aupérieurs dont ils refpectent --- Page 195 ---
l'exemple; des hommes cependant les feuls
à titre
auxquels nous puillions prétendre
d'époufer; & d'un autre coté des hommes
leur éducation, feraient, capables
qui, par
bonheur, mais auxquels nous
de faire notre
qu'au frèle titre de
ne pouvons prétendre fommes réduites à
leurs materefess nous
la cruelle & inévitable alternative de nous
donnerdes maitresbrutauxq qui, nousjugeant
femblables
s'eftiment fi peu
par nos
vulgaire, qui nous traitent pire
d'aprèsl l'opinion
leurs elclaves, ou de nous donner,
amants à la vérité, mais qui,
le
Eam
de nos fentiments que' par
ne facrifice jugeant mème que nous leur en faifons,
hélas avec quelque forte
nous regardent,
de raifon, comme des coeurs corrompus
qui ne font fufceptibles d'aucune offrant vertu,
& toujours prèts à fe donner au plus
& dernier enchériffeur. Ils ne voyent pas, 9
les ingrats, que c'eft l'opinion qu'ils ont
de nous qui nous perd ainfi.
Nb.liamdommspaurcadled squilfaudraic
excepter de cette opinion Aétriflante, iln'y
foit
défaut de princis
en a que trop qui,
Par
ne
foit à caufe de cet avilillement, le
pes,
amplement, Comment
juftifient que trop --- Page 196 ---
un déshonneur fans honte
ne pas préférer
relégue
& fans mépris, à une fageffe qui claffe
dans un état d'opprobre > dans la
abjecte de fang-melés 0 !
Mimi eft bien éloignée de reffembler à
femmes qui préférent un vice honoré
ces
& fortune, à la
qui procure proteétion cela feul qu'elle eft fous
vertu ravallée, par
la blanche 5 mais
une autre couleur que d'infpiter un fentipourra-t-elle fe Alatter
différent à fon égard : Tu es jolie,
ment
& peut - être trop pour ton
ma chere,
j'en oferais dire auage, & pour ton rang; Tous les hommes font
tant de ton mérite.
l'obtention de ce
volages, fur-tout après Peut-être ne fontqu'ils défirent de nous.
eft-il
ils pas de mauvaile fois peut-étre de toute
dans la nature que la jouiffance & le dégoût.
chofe en amene la fatiété
caufe de
Alors les hommes ne feraient pas
ni fourbes loriqu'ilsi jurent
leur changement, dont ils ne feront pas les
une conftance
eft-il vrai qu'ils font
maitres. Mais toujours
toi;
défefpoir affreux pour
même, Quel
les
que je
néanmoins, f, avec
principes
de ton cocur,
connais : > avec la fenfibilité
ame
avec la confiante crédulité de ton
fe en amene la fatiété
caufe de
Alors les hommes ne feraient pas
ni fourbes loriqu'ilsi jurent
leur changement, dont ils ne feront pas les
une conftance
eft-il vrai qu'ils font
maitres. Mais toujours
toi;
défefpoir affreux pour
même, Quel
les
que je
néanmoins, f, avec
principes
de ton cocur,
connais : > avec la fenfibilité
ame
avec la confiante crédulité de ton --- Page 197 ---
Ah! cette pen(ée me défole d'avance pour
nia fenfible amie.
Car, il n'y a point à fe faire illufion
fur les vues de Mekx*, > il ne te recherche
faire de toi fon époufe: quand
pas ille pour voudrait, tu le fais, ouj je te l'apprends,
lès ordonnances s'y oppofent. D'ailleurs
I'amour a beau être véhément dans un
homme que l'opinion publique appelle aux
honneurs, l'ambition l'aveugle toujours...
je m'explique mal, je dois dire, l'éclaire
toujours far ce qu'il doit faire. Et croisT'amour d'un blanc puille acquérir,
tu que mulâtreffe
le
ternit
pour une
que préjugé
malgré lui à fes yeux, ce degré fublime,
divin, qui donne aujourd'hui un air de Ro4
man aux vérités les plus authentiques? Nong
un blanc a beau le reffentir pour une
femme de couleur, l'abaiflement attaché
à fa claffe affaiblic fon fentiment - > retient
l:s élans de fon ame , &. de la paflion la
la
vive, ne fait plus que
plus pure, >
plus
obfcurcis
l'idée
des défits matériels &
par
d'une infamie qui, toute illufoite qu'elle
foit aux yeux de la raifon, ne laille pas
de produire le même effet de la réalité.
C'elt chez le français (ar-tout que T'hon- --- Page 198 ---
enfante ces maux qui divifent les
neur
brifent les liens les plus factés
cceurs, &
fommes (ous les
de la nature ; & nous
n'en avons
loix françailes, ou plutér nous
que le mauvais.
contre notre couleur
L L'imbecile p:éjugé
n'en fommes
far elle ; nous
ne porte. la que caufe ; il eft plus reprochable
point
aux blancs qu'à nous - > & nous pouvons Les
le méprifer jufqu'à un certain point,
blancs même les plus injuftes, feront touforcés d'eftimer ceux de nous qui
jours
au moins intérieurement.
le mériteront',
mais la vertu
C'eft fans doute bien peu! Notre confa récompenfe avec foi.
porte
contraire, eft notre propte oudaite, au
nous en demanvrage s & chacun peut verrueufe, quand
der compte. Une femme
préjueé
elle eft de couleur, n'a qu'un
elle; mais il en eft un autre non
contre
c'elt celui d'être à un
moins funefte 5
de la loi: nuile femme
homme fans l'aveu
de celui-là 5 &
ne peut braver les coups
vile conMulitreffe n'eft plus qu'une
une
cfe céder au penchant
cubine > dès qu'elle
le fancde fon cour, fi Thymen ne peut
, quand
der compte. Une femme
préjueé
elle eft de couleur, n'a qu'un
elle; mais il en eft un autre non
contre
c'elt celui d'être à un
moins funefte 5
de la loi: nuile femme
homme fans l'aveu
de celui-là 5 &
ne peut braver les coups
vile conMulitreffe n'eft plus qu'une
une
cfe céder au penchant
cubine > dès qu'elle
le fancde fon cour, fi Thymen ne peut --- Page 199 ---
tionner. Te fens-tu capable de réfifter à
ce double coup du fort ? e
Mais au lieu de te confoler, pauvre
amie, je ne fais qu'augmenter tes incertitudes en arrachant un voile, peur-être
trop néceffaire déjà à ta fituation. Que
fuis malheureufe d'être aufli caufe des
je
moments de chagrin que tu ne manqueras pas d'avoir ! mais ce malheur ferait
bien plus grand , fi, te cachant des
vérités, dures fans doute', mais infépa-.
rables de la fincere amitié ,je m'expolais
à de jultes reproches dans un avenir qui
te ferait funefte. Semblable au chirurgien
qui caufe d'abord des douleurs. par des incilions utiles pour prévenir le progrès d'une
dois moins confidéplaie dangereule 3 je
rer la peine que je putis t'occalionner ac-
- tuellement, que les remords cuifans dont
ra vie pourrait être Rétrie par la fite.
Cas, Mimi, n'en doute point, Mc***
eft un homme très-aimable, 2 mais il ne
ne te traitera pas nieux que toutes ces
infortunées qui gémiflent en ce moment
de fon inconftance qu'elles femblent fupporter bien moins qu'elles ne feraient --- Page 200 ---
Cette facilité avec laquelle
de tout autre.
celle qu'il délaille 5
il remplace toujours
frapper ton atteneft ce qui doit davantage certaine de Y'adrelle
tion. C'eft une preuve
à féduire une
de ce créole à perfuader,
tout
femme, & qui doit te faire penfer que
te dire de probable n'eft en
ce qu'il peut
de fon imagination que
effet qu'un jeu
facile.
T'habitude lui a rendu encore plus
chete amie, tu as
Tu es aimable 2
exercé dans
mille côtés par où cet homme
r'attaquer fans que tu
l'art de plaire peut
t'en défier. Quand il donnera pour
puilles de fon amour, & de fa conftance,
motifs
tes grâces, tes
ta beauté, ton efprit,
Mimi,
talents, ton caractère, le moyen,
fa franchife? car
le moyen de foupçonner
Mais
tout cela en perfedtion.
tu poffedes t'en dirait autant, & en fentcut autre
davantage la vérité.
tirait peut-ètre
Oui, chere amie, plus tu as de quoi
homme de mérite, plus tu dois
fixer un
celui-lh. Tu le fais,
être en garde contre
malheureux exemMimi, & j'en fuis un
eft
ple, le repentir pour une Mulitretle
toujours fans retour comme funs reflource..
foupçonner
Mais
tout cela en perfedtion.
tu poffedes t'en dirait autant, & en fentcut autre
davantage la vérité.
tirait peut-ètre
Oui, chere amie, plus tu as de quoi
homme de mérite, plus tu dois
fixer un
celui-lh. Tu le fais,
être en garde contre
malheureux exemMimi, & j'en fuis un
eft
ple, le repentir pour une Mulitretle
toujours fans retour comme funs reflource.. --- Page 201 ---
le bonheur ne porte que fur une
Lorlque
bafe aufli précaire que les goûts paffagers
homme
ne femble aimer que la
d'un
qui
offrir dans le
nouveauté, tout ce qu'il peut
de Aatteur & de fenfibles
moment préfent
d'un certain eneft toujours accompagné crainte, d'un certain
nui, d'une certaine loin de foi cette fatrouble, qui écartent
tisfaction du coeur & de l'ame qu'on appelle le bonheur, & qui doit'le conftituer.
Quelle folie alors de vonloir s'y livrerle
Ne crois pas s ma chere Mimi, que
je cherche à empoifonner ton fentiment;
mais le Gilence que Mrk*K garde fur Fany
ne te dit-il pas aflez qu'ill'aime toujours, de &
effecticement fe détachernit-il
comment femme fi eftimable & fi aimable >
cette
des enfants
chérit tant a
dont il a
qu'il
une feule autre reflexion : quel fond peuxfaire fur la conftance d'un homme qui
tu
une telle femme 2 mais it
n'en a pas pour & s'il ne lui eft pas plus
l'aime toujours >
malgré lui, le préfidele , c'eft parce que
eitime, c9
jugé contre nous lui ore cette
relpect qu'on n'a que pour une époule
qu'on peut chérir aux yeux da ciel & dg --- Page 202 ---
hommes. Oferais-tu en attendie un autre
fort ? .
Il te refte une porte falutaire pour PE
des jacs. de ta paflion : ; Mre
chapper
de s'en tenir à l'amitié avec
t'a propofé
fur fa parole i fais-lui tes
lui ; prends-le
ne
conditions; exige une promelfe qu'il
enfreindre fans t'offenfer: Mais furpuille crains une entrevue avec ce jeune
tout
ce ferait ta perte: Tu fais comme
homme;
tu laimes. ? e a
Jet'ai ouvert mon cceur, chere Mimis
le voile fémais je ne t'ai qu'entrouvert
cache les cruels remords qui
duifant qui fouvent à la légéreté d'un
fuccédent fi
Aie fans ceffe mon hif
premier devant choix. les yeux, &. ta: prévoyance
toire découvrira le refte. Ne néglige pas ces
te
tendre & fincere amie qui en*
avis d'une
bonheur à venir , plus qu'un
vifage ton
fi équivoque, fi diffiplaifir momentané, à allier un bon fort, &
cile d'ailleurs
dont le fouvenir paffe eft d'autant plus
été
de plus
amer, qu'il a
accompagné
envid'attraits. Au furplus en te faifant
les inconvénients du parti que
fger tous
te. Ne néglige pas ces
te
tendre & fincere amie qui en*
avis d'une
bonheur à venir , plus qu'un
vifage ton
fi équivoque, fi diffiplaifir momentané, à allier un bon fort, &
cile d'ailleurs
dont le fouvenir paffe eft d'autant plus
été
de plus
amer, qu'il a
accompagné
envid'attraits. Au furplus en te faifant
les inconvénients du parti que
fger tous --- Page 203 ---
20;
: tu pourras prendre, > je te mets à même de
mieux fonder ton propre cccur, de mefutrer
tes forces, & de te décider avec plus de
connaiffance de caufe. Tu t'attendras à
tout. C'eft le vrai moyen de moins fouffrir
des événements, > & de les fipporter avec
plus de courage & de rélignation.
LETTRE L-I V.
De Mimi à Saintie, du 16 Décembre
1774.
JE ne puis, ma chere amic > me ren
dre à moi-mème un véritable compte de
tout ce que ta lettre produit fur moi. Tour
ce tu me dis, eft le plus fenfédu monde,
& ma raifon en et vivement convaincue :
mais >je te l'avene, Saintie, il ne peut
pénérrer jufqu'à mon cceur: l'amour en
défend l'entrée à tout ce qui ne le Aatte
pas. IL femble qu'il y ait deux grandes
puiffances qui fe difputent non être &
qui le partagent tour à touf J & je palle
toujours du cêté le plus forr. Cependant
mon aine eft déchirée de tCs réllexions, --- Page 204 ---
dont la jufteffe me frappe jufqu'à In terreur
même. Tes (ages confeils m'ouvrent les
fur les dangers que j'accumule moiyeux même fur ma tête... Je veux les fuivre
qu'il m'enpuiffe cofter, & en faire
quoi
Eh' fans eux que puis-je 2
mon égide. vainement effayé de mne vainN'ai-je pas
fur la paflion qui m'aveugle : Ne lui
cre
oppolé la plus auftere vertu? Mais,
ai-je pas
une feule
hélas ! f cette vertu a t:iomphé
fuicfois, combien d'autres n'a-t-elle pas
combé!
efl fait; non, je ne céderai
Mais, çeri
Sije foupire encore, ce
plus à Pamour...
mourrai, mais
ne fera qu'en fecret. J'en
dur moins je n'aurai rien à me reprocher.. .e.e
Quilm'en coûtera pour cacher, pour con
centrer en moi un feu auffi dévorant! j'en
ferai confimée en peu de tems J'aime
tant M*KK! : il parait tant m'aimer! il paraic
& je vas le laiffer dans fes
tant fouffrir! il faut donc renoncer à lui ! it
tourmens !
Ehlle puisfaut donc ceffer de Yaimer..
je? tout mon être n'eft-il pas paffé en luie ne
difpole-t-il pas de toutes mes faculrés
Ab! nois en mourrons 5 oui, il en mourca
aufli.u.-
ferai confimée en peu de tems J'aime
tant M*KK! : il parait tant m'aimer! il paraic
& je vas le laiffer dans fes
tant fouffrir! il faut donc renoncer à lui ! it
tourmens !
Ehlle puisfaut donc ceffer de Yaimer..
je? tout mon être n'eft-il pas paffé en luie ne
difpole-t-il pas de toutes mes faculrés
Ab! nois en mourrons 5 oui, il en mourca
aufli.u.- --- Page 205 ---
zos
1 Tu n'en crois rien ; tu le crois léger;
inconftant fe pourrait-il qu'un homme
fit capable de feindre, d'un airaulli fincere,
ce que fon cocur ne lui aurait pas diété! Si
tu voyais fes lettres, tu en ferais touchée
jufqu'aux larmes. Je conviens qu'avec de
de belles phrafes 5
Tefprit on peut compofer
air de vraileur donner même un certain
femblance, & des rapports trompeurs 5 mais
en matiere de fentiment > ne fant-il pas
plus que de leiprit pour perfuader ? L'élocrois, n'a lieu que dans les
quence , je
& l'amour feul
chofes de pur raifonnement,
fait infpirer ces tendres expreflions s ces
touchantes dont les lettres de
complaintes
M*KK font remplies depuis f long-tems.
Il a été volage , il eft vrai, & il l'avoue
lui-mème 5 mais s'il n'avait jamais aimé
réellement avant de m'avoir connue > feraitil donc G blâmable : Je ne prétends pas me
placer au-deffus de quique ce loit; mais entre
Saintie, quelles fontles femmes
nous foit,
ce moment ? tu
qu'il'a courtifées jufqu'à
Ies connais comme moi, & fi nous en exceptons une feule, le refte n'eft-il pas indigne
des foins d'un tel homme : &sileft
chole, n'eft-ce pas
siec
chable en quelque --- Page 206 ---
lement de s'être abandonné à de tels perfonnages : Je le répéte, fon âge l'excule,
fon inconftance même prouve qu'il a
&
plutôt à fes' fens qu'à fon
dû fes écarts
coeur.
d'inconftance hélas!
Que parlé-je
celfé d'aimer
oublié-je qu'il n'a jamais
1 M*** a,
Fanyl.. Dieu! ce nom m'accablel
toujours facrifié toutes les femmes
dis-tu,
à celle-làl.. il m'aurait tompéstilfaime
rait eh puis-je douter ! mais fon cceur
2 moi, partager avec une heune peut-il
au prix
reufe rivale un Cur quefacheterais
&
Il aime Fany,
de tout mon fang il abulerait de ma bonne
it dit m'adorer !
foi, & du nom de l'amour à ce point!
pas à Fany qu'il l'aime
mais ne jure-t-il
! Serait -elle encore
d'un véritable vivrait-elle amour encore s'il ne l'adofon amonte, il l'aime donc ! le cceur peut-ik
rait pas!
ainfi fe partager h
Oh! quels affreux tourments me déchir
rent l'ame! devais-je m'actendre à cette perfdie d'un homme qui parait aufli candide !
fonder fur fa franchiles
mais fi je ne puis
parce que je la mérite autant qu'aucune
ne jure-t-il
! Serait -elle encore
d'un véritable vivrait-elle amour encore s'il ne l'adofon amonte, il l'aime donc ! le cceur peut-ik
rait pas!
ainfi fe partager h
Oh! quels affreux tourments me déchir
rent l'ame! devais-je m'actendre à cette perfdie d'un homme qui parait aufli candide !
fonder fur fa franchiles
mais fi je ne puis
parce que je la mérite autant qu'aucune --- Page 207 ---
autre femme, comment devrai-je davantage
compter fur celle d'un autre 2 Tous les
hommes ne font-ils pas les mêmes 2 Ah!
fije dois fouffrir, que ce foit au moins
pour celui auquel je facrifierais tout mon
ètre. Mes maux en feront plus fupportables. Que dis-je? il me femble que je les
chérirais plus que la quiérude dont un
autre pourrrait me faire jouir... -
A quels égaremens m'entraine mon
amour! quel eft mon fol efpoir ! Je ne
fais point née pour le mariage! ferais-je
donc la ccncubine d'un homme qui pourra
m'abandonner au plus affreux fort, & me
faire rentrer dans la claffe de ces femmes
fans mceurs > que le vice feul détermine, >
& qu'un jutte mépris fettit Eh! pourquoi ne ferais-je pas née pourle mariage > fi
c'eft l'état des femmes honnêtes : mais le
préjugé Dieu jufte! faut-il donc, pour
être honnête, fe confacrer a un malheur
éternel? Quoi,! enfans de la même patrie >
nous n'en avons pas aufli la tendrelfe &
les bicnfaits ! un préjugé barbare nous
prive de l'appui des loix, nous voue également au malheur & au mépris ! Eh !
qu'avons nous fait à nos peres pour nous:
châtier aulli rigoureufement: nous ont-ils --- Page 208 ---
eonfulré avant de nous donner l'être ? les
cruels! ils nous abandonnent aufli inhumainement à T'opprobre & à Vinfortune,
& nos cacurs ne fauraient les hair : .
Ils favent qu'ils vont faite des malheureux, & ils peuvent leur donner une exiftence aufli déteftable ! Ils ont pu ainfi
flétrir d'avance leur fang dans des êtres
auxquels its n'ont à reprocher que ce feul
crime qui leur eft uniquement propre!
Mais quel eft donc la bizarerie de cette
loi inouie & incroyable ? Quoi! je ne
puis fans crime me donner à celui que je
& fi je cede au penchant
ne puis aimer,
Une lot
de la nature je fuis criminelle.!
me défend de me donner à celui que
mon cceur n'a point choifi, 8c une autre
défend
d'ètre à celui que
me
également
obéir
j'aime à l'idolâtrie ! & je pourrais
à des loix aufli cruelles, aufli injuftes, &
aufli contradictoires! Mais, comment obéir
à l'une fans enfreindre l'autre? ? Ah! s'il
faut être coupable, ne vaut-il pas mieux
que ce foit en fuivant le plus innocent
&le plus puilfant penchant de la nature 2...
cette troifieme loi, ce juge
Et l'opinion, 5 les hommes ont eu la crityrannique que
ginelle adrelle d'établis entre eux pous
à des loix aufli cruelles, aufli injuftes, &
aufli contradictoires! Mais, comment obéir
à l'une fans enfreindre l'autre? ? Ah! s'il
faut être coupable, ne vaut-il pas mieux
que ce foit en fuivant le plus innocent
&le plus puilfant penchant de la nature 2...
cette troifieme loi, ce juge
Et l'opinion, 5 les hommes ont eu la crityrannique que
ginelle adrelle d'établis entre eux pous --- Page 209 ---
leurs moindres penfées, &
foruter jufqu'à
les plus purs
trouble leurs plailirs
$ l'amour le plus pallionné qui remplit
mon être Dieu! ! ne m'avez-vous
tout rendue auffi fenfible que pour mieux me
fentir rant de fupplices à la fois ! Je
faire
échapper ni au malheur, ni à
ne puis de quelque maniere que je me
l'opprobre
détermine. Ici une loi, là un préjugé,
plus loin une opinion : Si, pour éviter
la premiere je renonce à ce que j'aime, >
me voilà condamnée à un tourment per
pétuel; fi je veux éviter les coups de la
troifieme, le fecond m'en ôte tout le mérite. Rien, rien qui foulage les maux qu'ils
entrainent après eux pour nous 5 rien qui
récompenfe de tant de facrifices quils
exigent de nous
Ce n'eft donc que dans le fein de Ia
religion que je puille trouver des confolations Mais cette religion, ceux, qui
à la fuivres
me l'enfeignent m'engagent-ils
M'en font-ils voir la vérité par leur conduite? Ne dir-elle pas avec la nature. que
les hommes font freres ? Ils font
tous tous freres, & il y en a que des lois --- Page 210 ---
du fein de la fociété..:
Aétiffent & rejettent
combattre ces
A-t on vu fes miniftres Ne les voit-on pas
odieufes difinaions? refufant de préter
feconder ces loix en
des blancs
leur miniftere à l'union légale
de couleur ? quelle con*
avec les femmes
religion qui
folation m'offre donc cette
élevée
la barriere" que Y'orgueil a
approuve main & celle de mon amant,
entre ma homme au monde avec lequel
du feul
je puilfe goiter le bonheur.
des hommes en France, dans
J'avais VIl
d'aimables tant
la Colonie ; j'en avais Yu
mon
parmi les blancs que les Sang-mélés; d'eux:
cceur n'avait rien éprouvé pour auçun n'en
rencontre un par hazard; je
j'en
ni le nom ni la qualités je fens
connais
nouvelle s'emparer de
auflitôr une ame
toutes mes affectout mon être, changer des fenfations dont
tions > &c j'érrouve
d'idée auparavant,
je n'avais pas même eu
entenmême d'après tout ce que j'avais
vois
du dire des effets de Pamour : Je ne
plus je ne fens plus que la douceur
d'aimer & le défir d'être aimée. Je combats
fans celle ce fentiment qui me domine >
fais
le fortifier & T'enraciner
&je ne
que
outes mes affectout mon être, changer des fenfations dont
tions > &c j'érrouve
d'idée auparavant,
je n'avais pas même eu
entenmême d'après tout ce que j'avais
vois
du dire des effets de Pamour : Je ne
plus je ne fens plus que la douceur
d'aimer & le défir d'être aimée. Je combats
fans celle ce fentiment qui me domine >
fais
le fortifier & T'enraciner
&je ne
que --- Page 211 ---
dans tout, T
mon être. Je me rappelle en vamn
tout ce qu'on nomme vertu, devoir, loi;
tout céde à.la feule image de l'objet qui
me feduit, &: je ne vois plus rien des
mêmes yeux : ma conception eft changée,
tout prend une nouvelle acception à mon
fens.
a Ai-je pu empècher cette fubite métamorphofe ? En fuis-je coupable : Mais, s
Saintie,
f Mr était
remarque >
que
Mulâtre ou mnoi blanche, tout ferait dans
l'ordre. . . Eh! le cceur, l'ame font-ils
de quelque couleur? fuis-je caufe des loix
que les hommes fe font impofées contre
leur propre bonheur ? quel droit ont-ils
d'empècher les effets de la nature: > s'ils
n'en peuvent arrêter la caule ? Hélas ! le
légiflateur peut-il trouver quelque fatisfaction à faire tant de plaies à Thumanité...
La plus cruelle à mon caeur ferait que,
foumis à ce méprifable préjugé, 2 mon
amant ne pit pas m'eftimer , & que fon
amour fût contraint en un feul point.. e
Il n'eft aucun bonheur pour moi, s'il ne
peut m'aimer comme je l'adore : il faudrait renoncer à la vie. Tu me l'as repé- --- Page 212 ---
& Madelaine ne
té, Saintie > Sylvies
m'en
ceffent de me le dire, & mon pere
n'eft point confant...
a avertie ; Mr.** à le juftifier; mais
Je ne cherche point s'il a fi facilement
s'il a été fi volage,
faut-il pas pluféduit tant de femmes, ne du pays & au
tôt T'attribuer aux mceurs
Les blanches
préjugé contre notre couleur?
dans un
font fi ailes d'avoir un amant
lieu où les hommes difpofent fi impérieu-
! Les femmes de cou*
fement des elclaves
de captiver un de
leur font fi glorieules affectent tant de mépris
ceux-là même qui
fur-tout lorfque ce.
pour leur claffe, &
& par
blanc date dans l'eftime publique, de con-
- là nait le peu
des emplois 1De des unes & des autres;
fance pour la vertu
le
d'attade confiance, 2 peu
& dece peu
chement pour elles.
La-tinconftance, Mr
Mais cette
l'a convainil pour Fany Le temps
être
de fa (agelle, il ne peut que s'y
çu
Pourrait-il celler de Faimer).
attach Je
donc que des maux >
Oh! non.
n'ai
à attendre de mon amour,
des tourments
pûc faire le bonheur
du feul fentiment qui
duffes-je n'être à
de ma vie l.a Eh bien,
confiance, 2 peu
& dece peu
chement pour elles.
La-tinconftance, Mr
Mais cette
l'a convainil pour Fany Le temps
être
de fa (agelle, il ne peut que s'y
çu
Pourrait-il celler de Faimer).
attach Je
donc que des maux >
Oh! non.
n'ai
à attendre de mon amour,
des tourments
pûc faire le bonheur
du feul fentiment qui
duffes-je n'être à
de ma vie l.a Eh bien, --- Page 213 ---
Mr qu'un feulinftant, jc mouriai con!
folée... Ne fuis-je pas déjà avilie par une
tache inefaçable ? je ne fuis rien aux yeux
des blancs dont l'opinion eft la dominante;
femme vertueufe d'un mulâtre, je ne fuis
peuventils m'abaiffer
pas moins dégradée;
la maitreffe
plus bas 12 > lorfque je femblables {erai
? Si je
de l'un de leurs
éviter l'infamie en renonçant à tout
ne puis
au feul objet
ce que j'aime au monde s
fautqui puiffe donner du prix à ma vie,
il vainement leur en faire le facrifice ? le
pourrai-je même 2 Ah! que ne donnerai;
le bonheur d'être à lui!. .
pas pour
aufli conftant, aufi
Mals lui!. eft-on
opiniâtre, après de telles épreuves auxquellesje l'ai foumis, fans aimer Comme
je m'abufe moi-même ! Il donnerait, me
protefe-til,Tanivets entier pour me pofféder, &c il ne me donnerait pas fa main.. Ne
m'aime!
& je puis croire encore qu'il
? Que
me facrifierait-il pas un vil préjugé le doit il? &
dis-je ? en eft-il le maitre :
de le voir
n'eft-ce pas à moi à défirer dele voir
s'éleverjufque fur un trône, &non
jufqu'à l'abjedion de ma clafle?
defeendre
eft donc le pouvoir de
O défefpoir ! quel --- Page 214 ---
lemporte fur
fentiment infenfé qui
ce
même ? Ne naillons-nous pas les
l'amour
droits ont réellement les
mèmes? Quels
Quelles facultés ont de
uns far les autres? fur les noirs? S'il exifte une
plus les blancs
mette la fiupériodifférence entre eux qui
d'un côté, les Sang-mélés ne devraientrité
les avantages
ils pas aut moins en partager Yauraient?
pufque ce ferait nos peres qui
foit l'effet de la
Que cette fupériorité foree, elle n'en exifte pas
jullice ou de la
relégue pas moins
moins, ne nous humilianfes en,
de la plus indans les bornes
les
fame diftinétion, Si nous ne pouvons
nous élever jufqu'à nOS peres,
franchirpour
mieux defcendre de fon
un blanc peutil s'avilir dans le nôtre ?
rang pour venir
le calme
Cellant de s'eftimer lui-mème 5
venant à lui ouvrir les yeux
de la palfion
fur fon 'état, les remords ne viendrontbientôt refroidir fon cceur, & ;
ils pas même le dégoût?.. Ah! Saintie,
fubftituer
attiédir celui de
quelque chofe pourrait
Non: je ne - l'y expoferai
mon amant!..
faut fuivre
pas ; je préfere... . . hélas! il
confeils, renoncer à l'amour & m'en
tes P
venant à lui ouvrir les yeux
de la palfion
fur fon 'état, les remords ne viendrontbientôt refroidir fon cceur, & ;
ils pas même le dégoût?.. Ah! Saintie,
fubftituer
attiédir celui de
quelque chofe pourrait
Non: je ne - l'y expoferai
mon amant!..
faut fuivre
pas ; je préfere... . . hélas! il
confeils, renoncer à l'amour & m'en
tes P --- Page 215 ---
tenir à T'amitié qu'il m'offte: fous ce titre
je pourrai l'aimer fans crime, il pourra
n'eftimer, 2 & peutétre... - e Conçois-tu;
Saintie, tout le malheur de ton amie
Dequelque côté quej'envifage mon fort,
je le trouve affreux. Quoi! fi j'étais la
maitrelle deMr > fi je lui étais fidelle
jufqu'à la mort, fij je n'aimais que lui au
monde; G j'ai toutes les vertus de mon
fexe, je ferais encore coupable aux yeux
de la fociété, parce que l'hymen n'aurait
pas pu cotronner une union aufli fainte
Eh! fi mon cocur ne peut fe donner à un
autre, faut-il que je lui en impofe, que je
commette un facrilége odieux, queje mente
à moi-mème, à Dieu, aux hommes, aux
pieds des autels ! que je trahifle la foi de
- celui qui unira fon fort au mien, que je
lui jure une tendreffe que je ne puis reffentir : Et faudra-t-il, pour éviter ces deux
cas, plus infames que l'afranchiffement de
T'opinion, que je tombe fur un autre écueil
hon moins funefte ? Faut-il que je'renonce
au bonheur de la vie, au premier ordre
du ciel, intimé à mon coeur par l'impul:
lion irréfiftible de la nature 2..ste
- --- Page 216 ---
reviendras toujours peut - être à
Tu en
dire que Mr. *** ne peut m'aimer, puifme
été un volage ; mais f
qu'il a toujours
mûr, d'une fades hommes d'un âge plus
confommée, n ont pu être exempts
gelfe
dans toutes les circonftances
de reproches
donc rien à la
de leur vie, ne paffera-t-on
Si les écarts
fougue de la premiere jeunelle?
devaient être la mefure du mérite
de l'àge
&c de l'eftime de leurs femdes hommes,
tous condamnés
blables, ne feraient-ils pas
à ne l'avoir jamais :
encore en faveur de M
Cequiplaide depuis qu'il m'a déclaré fon
c'eft que
plus fa cour à nulle
amour > il n'adrefle abfolument retiré, Juf
autre femme 5 il vit
n'eft
mème, dit-on, il
plus
qu'à Fany
comme un ami > & non
avec elle que
N'eft-ce pas la une
comme un amant
retour à la fagrande preuve d'un parfait
gefle, d'après ce que je viens de r'obferver?
t'avouer franchement jnfEnfin, pour
qu'ou va ma faiblelle ou mon égarements Semmon coeur ne craint plus le danger. voit
nocher
de la place,
blable au
qui,
fravenir à terre les débris de vaiffeaux
callés
me un ami > & non
avec elle que
N'eft-ce pas la une
comme un amant
retour à la fagrande preuve d'un parfait
gefle, d'après ce que je viens de r'obferver?
t'avouer franchement jnfEnfin, pour
qu'ou va ma faiblelle ou mon égarements Semmon coeur ne craint plus le danger. voit
nocher
de la place,
blable au
qui,
fravenir à terre les débris de vaiffeaux
callés --- Page 217 ---
la tempête, & qui n'en leve pas
caffés par fes voiles pour fe mettre en mer 2
moins
fubir le fort des autres plutôt
je préfere
plus long-tems & mon
que de laiffer gémir demon amant > fans avoir
cceur, & celui
Eh! qui pourrait
rien qui m'en dédommage.
me le faire oublier !
Plains-moi donc, chere amie, confole
Saintie, > encourage ta
moi ou plutôt, aide-lui à ie faire illumalheureule amie ;
Ne.voit-on
fion far l'avenir qui l'attend. la hardieffe du
pas le fuccès couronner s'expofe après la perte d'un
navigateur qui
des hommes inçonf
autre'? Ne voit-on pas
ceffer enfin de l'ètre en rencontrant
tans
doit les captiver? Mr.**F a deux
celle qui
n'avait avant de me conans de plus qu'il
a eus à furmonnaitre ; les obftacles qu'il
combattus ;
ter, &c qu'il a fi obftinément
Ma
ont pu en outre enraciner fa paffion.
conduite & mes façons acheveront peutêtre de me le fixer. Ah 5 Saintie, conçoishafartu ce bonheur! que ne feraitillpas m'en
der mais attachée à tes avis, je
tiendrai à l'amitié.. que c'eft peu pour un
coeur comme le mien
Tome I.
K --- Page 218 ---
LETTRELY
01 2 Mimi, du 2I décembre 2
De Saintic
1774.
Paovas Mimi! que je te plains ! tu es
fubjuguée, tu es vaincue: Tuas fait comme
moi, tu as donné trop d'accès au principe
il-s'eft entiché dans tout ton
de ton amour,
t'en défendre: On
êtte, tu ne peux plus
mais
enleve aifément la plante naillante, >
faut bouleverfer un grand efpace de teril
à fon
-
arracher l'arbre parvenu
rein pour degré de force ; & encore n'en
dernier
orer toutes les racines,
peut-on CH amie tu vois le
Ainfi, malheureufe
s
danger, & tu y ccurs ! Semblable à cet
de fe précianimal qui ne peut s'empècher
tu veux
piter dans la. gueule du ferpent,
rifquer de fonder l'abiame 1Serais-tu, Mimi,
de cette Princeffe, dont nous
du fentiment
Thiftcire, qui préférait un
lifions enfemble
de
Mais
inftant de plaifirà cent ans combien repos? n'en
à cet inftant de fatisfiction,
fuccéder de regrets ! It'entefpeur-il pas
A
de fe précianimal qui ne peut s'empècher
tu veux
piter dans la. gueule du ferpent,
rifquer de fonder l'abiame 1Serais-tu, Mimi,
de cette Princeffe, dont nous
du fentiment
Thiftcire, qui préférait un
lifions enfemble
de
Mais
inftant de plaifirà cent ans combien repos? n'en
à cet inftant de fatisfiction,
fuccéder de regrets ! It'entefpeur-il pas
A --- Page 219 ---
terait, il eft vrai, le fouvenir ; mais, chete
Mimi, ce fouvenir ! ce fouvenir!.. as-tu
donc oublié mes malheurs ? Mais tous les
exemples du monde ne fauraient balancer
l'amour, & affaiblir fes Aatteufes illufions 5
tu vas faire, je le vois, ce que je fis malgré
les lumieres d'une bonne éducation, , &
les foins d'une teidre mere. Plaife au ciel
les mêmes fuites !
que tu n'éprouves pas
-
combien il eft doux, combien
: Je fens
il eft glorieux même, d'être aimée d'un
homme bien né, dont mille vertus précieufes rachetent les défauts : mais conviens
aulli qu'il re l'eft gueres d'avoir tant de
prédécelleufes, fi l'on n'eft pas toujours
triomphante.
Le coeur ferait-il la feale chofe fur laquelle la lime du tems ferait fans effet? En
tendre fi (ouvent les refforts fans
peut-on les ufer ou les affaiblir : C'eft ce que l'événement ne dément que tropuniver@illements
mes chagrins en font de triftes preuves.
Mais tu prétends que Mr n'a jamais
aimé que toi je le fouhaite de toute mon
ame 5 mais ce fouhait, je re le jure, eft
accompagné de bien peu d'efpoir! On eft
Ka --- Page 220 ---
"dlifpofe à excufer ce qu'on aime, & comdouter de ce qu'un amant dit, quand
ment
d'un. amour
l'on vouil ne parle que
Ton : On eft
drait voir pouffer encore plus
auporté à croire fes expreffions
plutôt de la vérité de ce qu'elles font. Tues
delfous dans l'erreur, pauvre amie, fi tu crois
encore t'en tenir avec lui aux termes de la
pouvoir
l'amour ne fait point fe borfeule amitié ;
arriver à fes fins.
r ner ; il veut toujours naiffance, il mourra
C'eft un être quia reçu à toi, ru es toute
Tu n'es plus
un jour.
Oui, Mimi, tout eft décidé,
a à ta pallion.
ne teft plus pofà un point qu'il
( tu aimes
mêmie., Voilàle fort de
fible de te contenin
donné un
a-t-on
perit
toute la terte. -
de toute l'ame.
accès à Tamour, il s'empare filet d'eau comC'eft une petite iffue oà un
à miner 3 filon n'y remédie prompmence
s'y jette bientôt, &
tement, le torrent
Songe du moins à
rompt toute la digue. feule avec ton amant >
ne jamais te trouver lui jamais parler que
ou même tâche de ne
au
écrit Mais en es-tu capable?
par
tàche de retenir ce papillon, ou
moins, Protée. Non - feulement il y va
plutér ce
mais encore de toute ta
de ta gloire,
félicité,
un
à miner 3 filon n'y remédie prompmence
s'y jette bientôt, &
tement, le torrent
Songe du moins à
rompt toute la digue. feule avec ton amant >
ne jamais te trouver lui jamais parler que
ou même tâche de ne
au
écrit Mais en es-tu capable?
par
tàche de retenir ce papillon, ou
moins, Protée. Non - feulement il y va
plutér ce
mais encore de toute ta
de ta gloire,
félicité, --- Page 221 ---
J'aurais pu répondre bien plus longuement a ta lettre par des objections fortes',
mais tu as allez de mal, il ne faut pas trop
y ajouter.
LETTRE LVI
De Mimi à Mr du 25 décembre,
1774.
Jup pris vingt fois Ia plume pour feindre
encore mos vrais fentimens, 2 mais toujours
elle les décelle malgré mes foins. Je le
vois', il faut que j'cn convienne, Mimi ne
fait point faire un aveu à demi. Sachez donc
tout l'avantage que vous avez fur moi...
Oui, Monfieur, je ne fuis plus qu'une
trifte mulâtrefle que votre perfonne, que
ont fait rentrer dans fa vévos démarches,
ritable fphere. Je fens, > je fens que je vousaime autant que vous dites m'aimer 3 &c
je ne fens que trop bien le rang que m'af.
figne un amour qui ne peut avoir aucun
motif même excufable
Me voilà donc avilie à la fois par un
préjugé déshonorant, & par mes propres
K 3 --- Page 222 ---
fentimens! ! Y aura-t-il eu au monde une
plus grance de la force & du poupreuve voir de Yamour ! Mais, que dis -je? en
fera-ce une à vOS yeux? ne trouverez-vous
à une fille de ma clalle
pas encore glorieux
& de
d'être honorée de votre attention,
répendre à vos voeux : Si le tendre fentiéleve cette
ment que vous m'avez infire
moins
opinion dans votre ame, j'efpere du
la caute, & d'en rallentir
n n'en Fas juftifier
les effets par ia conduite.
Votre amour a triomphé de mon coeur; ;
mais, ree Monlieur > croyez, & T'expérience
9. le démontrera, que c'êft toute la vicvous
fur moi,
toire que vous aurez remportée
Votre premiere vue m'avait décidée en votre
faveur, & votre conftance, la pureté dont
femble revêtu votre amour, aitant que votre
mérite ont achevé de m'attacher à vous'
toujours. 3
Je vous le déclare avec d'aupour tant plus de plaifir, > que je me perfuade que
yous m'eftimez allez pour n'en pas exiger
davantage.
L'aveu libre & illimité que je vous fais
de mes fentimens s pourra peutérre vous
porter à quelque erreur fur mes principes;
ur, & votre conftance, la pureté dont
femble revêtu votre amour, aitant que votre
mérite ont achevé de m'attacher à vous'
toujours. 3
Je vous le déclare avec d'aupour tant plus de plaifir, > que je me perfuade que
yous m'eftimez allez pour n'en pas exiger
davantage.
L'aveu libre & illimité que je vous fais
de mes fentimens s pourra peutérre vous
porter à quelque erreur fur mes principes; --- Page 223 ---
mais l'avenir faura toujours bien me réhabiliter dans votre jugement. J'aime; je le
dis avec la même franchife que je vous
répete que l'aveu queje vous en fais, eft tout
ce que aurez: obtenu de ma faibleffe. Vous ne
delirerez pas, j'elpere, queje me rende méprifable pour vous prouver de l'amour
Si le vôtre eft fondé fur l'eflime, comme
vous mel'avez toujours protelté, & comme
j'aime tant à le croire, vous cellerez de
m'éctire, de me voir, de me parler 5 vcus
yous contenterez d'être payé du plus tendre
retour Pouffer plus loin VOS vaeux , ils
m'ofienferaient, puifque vous me prouvesiez que votre amour ne ferait fondé que
fur des vues criminelles..
Nous ne fommes pas fairs pour être unis
Tun à l'autre... Nos coeurs le font par les
plus "doux rapports, mais le fort, le fatal
fort nous fepare à tout jamais Si vous
étiez capable d'elpérer un avenir plus heureux > en ceflant de vous eftimer, mon
amour s'éreindrait comme une lampe faute
d'huile. Efpérer me féduire, & faire de
moi votre maitrefle felon l'ufage infâme du
pays, ce ferait l'efpoir le plus lâche, 2 le
K 4 --- Page 224 ---
d'un homme d'honneur 5 il
plus indigne
dans le cceur de Mr. *** : >
ne peut entrer
d'une maniere légiefpérer me pofféder
déshonorer
time,, ferait efpérer de vous
, en méprifant un préjugé refpecun jour
tout infenfé qu'il foit
table pour vous >
de la raifon, & tout injufte qu'il
aux yeux m'ètre à certains égards ; & ceft
pourrait
vous foupçonner capace dont je ne peux
vous aimer
ble': mon coeur n'aurait pas pu
il fait, s'il vous avait cru fufceptible
comme
vous vous devez à vousd'oublier ce que
à Yhonneur, de
même. Qui peut manquer
honneur fouquelque fource que parte cet
fait
vent fi vain en lui-mème, n'eft poinr
connaitre le vétitable amour
pour
Nous nous aimons donc fans nul efpoir
d'être jamais l'un à l'autre Il faut que
l'avoue
Monfieur > cette idée
je vous
déchire >
fans celle le coeur,
m'anéantit, me
de toute ma vie qu'elle
& fera le tourment
le momént que je
empoifonne déja depuis fois, & qai eft
vous vis pour la premiere
cruelle à fupporter
( evenue toujours plus
s'eft identifié
à mefure que mon amour
avec mon être.
fans nul efpoir
d'être jamais l'un à l'autre Il faut que
l'avoue
Monfieur > cette idée
je vous
déchire >
fans celle le coeur,
m'anéantit, me
de toute ma vie qu'elle
& fera le tourment
le momént que je
empoifonne déja depuis fois, & qai eft
vous vis pour la premiere
cruelle à fupporter
( evenue toujours plus
s'eft identifié
à mefure que mon amour
avec mon être. --- Page 225 ---
Ofanefte pafion! ! paflion impérieufe que
je ne puis vaincre > que je ne combats
qu'avec un égal defir de ne pouvoir en
triompher! Pourquoi t'ai-je pu reflentir
celui qui ne devait pas en recueillir
pour les effets! On dit, hélas!j'ai oui dire
tous
l'amour était volontaire, qu'on pouque
d'aimer, ou s'efforcer d'aivaits'empècher
la fauffeté
mer à fon gré : que j'éprouve
de cet axiome ! Que n'ai-je pas fait pour
détruire
détourner le penchant qui
s pour
vers un objet dont je
m'entraine toujours
ne puis attendre que la perte de mon repos,
de quelque maniere que puiffent tourner
les chofes Deux ans palfès dans les
plus rudes combats de la raifon 8c de l'éducation, n'ont fait que graver plus avant
dans mon ame un fentiment que je chéris
malgré mo
Mais, Monfieur, rappellez-vous toutes
vos lettres 5 fouvenez-vous des promelles,
des propofitions que vous m'avez faites de -
vous en tenir avec moi à la feule amitié
J'y confens 5 je fens déja que vous ne
pourrez féparer de ce fentiment un autre
plus vif & plus tendre que du moins il
K 5 --- Page 226 ---
ferrer un naudinnocent, qui,
ne ferve qu'à
verfant quelque charme fur nos jours,
en
les remords &la honte
n'y répandra pas
Adieu donc, Monfieur ; plaignez-moi,
les larmes de votre amante inforpartagez mais ne cherchez pas à en changer
tunée,
Ah! laiffez-moi la faible conla nature...
folation de ne les verler que pour yous
a
LETTRE LVIL
De Sylyain à Mimi - > du 27 décembre,
1774Mixit divine Mimi! quel changement
fubit venez-vous d'opérer dans tout mon
être, & comment vous en exrliquer toutes
diverfes fenfations ! Que de fentimens
les
& de crainte, de plaifir
différens d'efpérance
mon ame tour
8c de douleur, ont partagé
lettre m'a
à tour ! La vue feule de votre incertitude. Je
précipité dans la plus cruelle
hélas!
m'artendais fi peu à fon contenu !
préfent vous n'aviez verfé dans mon
jufqu'à
coeur que l'amertune.
Mais, ce matin, 6 jour à jamais mémo:
de fentimens
les
& de crainte, de plaifir
différens d'efpérance
mon ame tour
8c de douleur, ont partagé
lettre m'a
à tour ! La vue feule de votre incertitude. Je
précipité dans la plus cruelle
hélas!
m'artendais fi peu à fon contenu !
préfent vous n'aviez verfé dans mon
jufqu'à
coeur que l'amertune.
Mais, ce matin, 6 jour à jamais mémo: --- Page 227 ---
Ce matin, un de mes
rable à mon caur! lettre fans adreffe. Un
negres, me remet une de mes fens; je defaitillement s'empare
écrit
je n'ofe
mande d'oà me vient cet
que
a été le coup, le choc que
ouvrir; quel
dans mon ame ! c'eft
la réponfe a porté
qui a remis cette lettre précieule.
Pyram
s'eft réDieu ! à ce nom, un tremblement coeur
pandu dans tout mon corps > mon fuis
& je
eft ferré, je ne puis refpirer,
prèt à perdre connaiffance.
Je me retire dans mon cabinet, je. baife
mille fois cette chete lettre que je craignais
encored'ouvrit, tantvous m'aviez accoutumé
de vous que des cruautés. Enfin
à ne recevoir
brife
fur la crainte > je
le delir l'emportant
en me difant : elle ne m'a pas
l'enveloppe écrit fans adrefTe 5 que me préfage
encore
? va-t-elle encore ajouter au
ce changement
a déjà porté à mon
coup de la mort qu'elle
Aéau des vrais
coeur : Ah! l'incertitude , ce
eft, eft
toute déchirante qu'elle
amans 2
à la douleur anéantifmille fois préferable
l'objet
fante de s'entendre condamner par
nous eft le plus cher au monde.
qui
Car, adorable
Telles étaient mespenices.
K 6 --- Page 228 ---
Mimi; comment aurais-je pu me Aatter du
bonheur de vous avoir Aéchie, & d'en obrenir le tendre aveu, de votre propre main,
après toute la rigueur & l'indifférence que
à mes foins?
vous avez toujours oppofées fi douloureux
Déchiré donc par ce conflit
mort à demi,
de crainte & d'efpérance,
m'enflamje lis cette adorable lettre qui
merait encore fi mon amour n'était déja
dernier degré où le fentiment puilfe
au
atteindre.
Oui, charmante Mimi, votre lettre , en
juftifiant les tendres fentimens qui m'attachent à vous pour toujours, me prouve
jamais combien il me ferait
mieux que de vivre heureux fans partager
impoflible
A
le
ma vie avec vous.
juger par
plailir
inexprimable que me caufe cette cherel lettre,
délice ne goûterais-je pas à vous enquel vous-même ! Ah! Mimi! que feraittendre
cet aveu de votre bouche
eefij'entendais
mêle-t-il, au
Mais, cet aveu, pourquoi
une forte
plaifir de le lire dans votre écrit,
de douleur qui diminue & trouble encore
mon bonheur ? Vous ne favez point, ditesvous, le faire à demi i, & vous pouvez
aimer conditionnellement l..sss
que me caufe cette cherel lettre,
délice ne goûterais-je pas à vous enquel vous-même ! Ah! Mimi! que feraittendre
cet aveu de votre bouche
eefij'entendais
mêle-t-il, au
Mais, cet aveu, pourquoi
une forte
plaifir de le lire dans votre écrit,
de douleur qui diminue & trouble encore
mon bonheur ? Vous ne favez point, ditesvous, le faire à demi i, & vous pouvez
aimer conditionnellement l..sss --- Page 229 ---
déja d'aimer
Quoi! vous repentiriezvous hommes ? Ah! le
le plus paflionné des
véritable amour fait-il regretter ce qu'il
Mais, eft-ce de Yamour
accorde à l'objet?
Non; ilne
que vous reffentez pour moi :
de l'amidelire jamais de prendre la place
n'en eft que la fuite. Je vous en
tié, qui
fait la propofition dans un
ai, il eft vrai,
fentiment
moment od, brûlant d'obtenir un
d'intérêt de votre caeur, celuiquelconque
le feul que je puffe vous
là me paraiffait
demander; mais pouvez-vous vous prévaloir
moi d'un effet du defefpoir, de l'égacontre
, & m'en faire
rement oà vous m'avez jetté,
une loi funefte ? Nem'aurez-vous: appris que
vous êtes fenfible à mon amour, que pour
m'ordonner de renoncer au retour de votre
cceur ? Eft-ce là la premiere preuve que vous
m'e en donnez! !
Ah ! Mimi ! pourquoi empoifonner en
même tems une fi douce joie que vous caufezà mon cceur! & pourquoi moins écouter
les futiles loix d'un préjugé
le vôtre, que
être à vous , il eft
ridicule ? Je ne puis
les droits de T'hymen n, puifvrai , par
ceux de mon rang & de ma
qu'en perdant --- Page 230 ---
claile, vous n'en feriez
aux yeux de mes femblables pas-plus ennoblie
perdant ces droits illufoires
; car, G en
les tranfmettre, n'en
je pouvais vous
j'en croirais le facrifice doutez ras, Mimi,
fous, & mon
mille fois au-def
grands;
amour vous en ferait de
mais en eft-il de même à
plus
titre de votre
ce doux
avilifant? -N'eft-ce amant que vous trouvez fi
vous ne puilliez
donc pas affez que
d'un
pas fecouer le joug odieux
préjugé, 5 faut - il encore
vous en impoliez un fecond que vous
Er parce que vous auriez pu vous en abltenir,je cefferais de vous
vous croire honorée de eftimerije pourrais
pourrais celler de
mon amour ! je
vous eftimer
vous m'aimeriez
parce que
jugé
davantage ! AhlG le
vous eft fifunefte, 3 combien ne m'eft-il prè--
pas plus fatal encore en
à
Voeux les plus
s'oppolant mes
à douter de la chers, & en vous portant
pureté & de la fincérité de
mes fentimens ! De grace, adorable
ceffez d'ètre f injufte à mon égard; Mimi,
croyez-moi,
&,
n'eft au fond mépaf@zintéreuremen ce qui
qu'une chaine odieufe dont
on a enyeloppé la nature, Livrez-vousà fa
prè--
pas plus fatal encore en
à
Voeux les plus
s'oppolant mes
à douter de la chers, & en vous portant
pureté & de la fincérité de
mes fentimens ! De grace, adorable
ceffez d'ètre f injufte à mon égard; Mimi,
croyez-moi,
&,
n'eft au fond mépaf@zintéreuremen ce qui
qu'une chaine odieufe dont
on a enyeloppé la nature, Livrez-vousà fa --- Page 231 ---
2 , Sc aux vaux d'un amant
douce impulion, affre. Vous en avez une
qu'elle même vous
le
irrévocable : en nous voyant 2
preuve
àl'autre
même fentiment nous enchainalun
même tems > fans nous être connus s
en
En
fans nous être jamais vus auparavant. deftinés
eût-il été ainfi fi nous n'avions été
Yun pour l'autre par la nature même :
voudriez m'impoler la rigouEt loi vous de celler de vous écrire, de vous
reufe
voir, de vous parler ! Cruelle! pouvezvous me livrerà un pareil tourment ! Quoi?
parce que je vcus adore, que mon amour il
eft fondé fur la plus parfaite eftime,
fera
de vous lé dire;
ne me
pas permis
ma
je ne pourrai plus vous communiquer à celle qui
penlée, adreffer mes complaintes feulement
caufent mes maux ! je ne pourrai
aller puiler une feule confolati n dans
pas fes
enchanteurs, , en y lifant un peu
de yeux compaflion ! IP faudra que je concentre
tout en moi un volcan qui ne s'exhale pas
allez déja par mes écrits!..
Non, Mimi, > non 5 vous n'aurez pas
l'ame affez dure pour ne pas lever un pareil
ordre qui me ferait expirer de tourment. --- Page 232 ---
Vous cefferez de refufer à n10S
félicité qui leur était
coeurs la
du plus
préparée par les mains
pur amour, Achevez donc de
noncer mon bonheur. Quoi,le vôtre proferait-il pas abfolument attaché.
n'y
LETTRE LVIIL
Du même à la mëme, du 30 de
décembre,
1774.
AH que la privation d'une faveur
a ofé attendre eft cruelle à
qu'on
tablement
un cceur-vériamoureux! ! Votre lettre m'avait
faitnaitre un doux elpoir, & votre
joint à la fin cruelle de cette
filence; >
vient encore réveiller
même lettre >
&
mes incertitudes.
augmenter toutes
N'ai-je donc pas affez fouffert ! vous
m'a 'aimez, dites-vous, & vous
core prolonger mes tourmens ! pouvez Vous enpenfé à moi, 9 m'avez - vous fait dire avez
Caimant,
par
pourquoi ne me l'avoir pas dit
vous-mème, ne fit-ce que fur une carte ?
Pouvez-vous aufli patiemment rendre mes
jours malheureux,
moi.qui ne relpire que
ient encore réveiller
même lettre >
&
mes incertitudes.
augmenter toutes
N'ai-je donc pas affez fouffert ! vous
m'a 'aimez, dites-vous, & vous
core prolonger mes tourmens ! pouvez Vous enpenfé à moi, 9 m'avez - vous fait dire avez
Caimant,
par
pourquoi ne me l'avoir pas dit
vous-mème, ne fit-ce que fur une carte ?
Pouvez-vous aufli patiemment rendre mes
jours malheureux,
moi.qui ne relpire que --- Page 233 ---
des votres? Ah, Mimi! fi jai
la félicité bonheur de vous plaire , fi vous vous
eu le
fort, tirez-moi du fupintérellez à mon
mes jours depuis
plice dans lequel je paffe
infpiré
Vous ne m'avez pas
fi long-tems. auffi tendre, aufli douce, aufli
une pallion
la pas partager entiéimpérieufe, pour,ne
5 eft-ce
Vous m'aimez, 2 dites-vous;
rement. fuffifant de le dire, & le coeur fe
donc
d'un aveu qui ne fait qu'en-,
contenre-c-il
fes delirs ?
Aammer davantage
avoue que je ne puis concilier le
Je vous
& les fentimens impétueux
tendre amour
cette longue patience
qu'il infpire, avec avez vu tous les touravec laquelle vous foufferts. Votre cceur eft fait
mens que j'ai
amour; il rencontre un
pour le véritable les fentimens en rendent
objet dont tous
contentez de lui dire
digne, & vous vous
voulez même lui
que vous l'aimez! Vous
vous parler
impofer la cruelle loi de ne plus
fe
ni vous écrire! & votre coeur pourrait d'aimer
contenter de cette maniere nulle
vous
Ah! fortez de la funefte erreur qui
écarte fi loin du bonheur & des douceurs
de l'amour, Il ne vit que de fes épanche- --- Page 234 ---
mens ; & quand Rouffeau dit gu'il s'endort s'il eft content s il entendait,
3 fans
doute, au fein de la voluptucufe féliciré,
ou ce ne ferait point un fentiment du caeur,
mais feulement une fimée de
tion. Serit-ce ainfi
limaginaque vous le concevriez
Ah! fije le croyais, j'en mourrais. Ne
lailfez donc ples rerdre un tems précieux
dans les triftes réflexions de l'incertitude 1
& les déchiremens des plus grands defirs, 9
Non; vous avez de l'etprit, vous avez le
coeur fenfible, TOLS fentez mieux
fonne la douce, la
que perpuiffante néceflité de
partagerun fentiment qui fair tout lecharme
de la vie. Vonseraianez, m'a dir
& cette
Caimant,
crainte vous arrête; vous craignez
que VOS Farens ne viennent à favoir mon
bonheur,
Je commence par vous protefter que G
vous ne voulez pas que mon amour éclare,
ce fera un fecret impénétrable 5 mais fi >
vous le vouliez, > je laifierais favoir à tout
Tunivers les fentimens qui m'attachent à
vous > & j'en ferais l'aveu à toute la
terre, II me ferait fans doute aufli glorieux
Caimant,
crainte vous arrête; vous craignez
que VOS Farens ne viennent à favoir mon
bonheur,
Je commence par vous protefter que G
vous ne voulez pas que mon amour éclare,
ce fera un fecret impénétrable 5 mais fi >
vous le vouliez, > je laifierais favoir à tout
Tunivers les fentimens qui m'attachent à
vous > & j'en ferais l'aveu à toute la
terre, II me ferait fans doute aufli glorieux --- Page 235 ---
que doux de publier tourl'empire que vous
avez fur moi; mais fi vous jugez à rropos
que je le cache aux autres, le defir ne
m'en viendra jamais. Qu'aije befoin d'autrui pour jou:r de ma felicité? Mon bonconcentré tout entier
heur me fuffirait; &,
dans mon ceur, en ferait-il moins doux &
moirs grand ? Que rien ne vous arrête
donc quand vous êtes fi bien la maitreffe
de diriger ma conduite à votre gré. Ordonnez, & vous ferez obéie aufli ponétuellemais, Mimi s
ment que promptement 5
ordonnez...
Je fens qu'ily aurait cuelques obftacles
à furmenter pour vous voir, pour vous
parler, puifque vous voulez que ce foit
fous le fecret; mais G vous'l'agréez, y-a-til
un cbltacle dont l'amour ne puiffe venir à
bout : Il facilite f bien les coeurs qu'il fe
plait à foumettre à fon empire ! Ily a mille
inftans > mille occafions pour voir fon
amant quand on le defre. Ne les négligez, ne les différez pas. J'ofe artendre une
réponfe fatisfaifante de votre part; ne me
refufez pas la faveur de me la faire : elle
comblera mon ame d'une douce efpérance,
en attendantles délices de I amour véritables --- Page 236 ---
LETTRE LIX
Du même à la mâme, du
Dicenbre:
1774.
Esr-x bien vrai, aimable
vous ayez penfé à
Mimi, que
chargé
de moi, que vous
Pyram
me le dire ? Ce
ayez
connaiffant mes fentimens
negre ,
me l'a t-il pas dit de fon pour vous, ne
ma
chefpour exciter
générofité en fa faveur ? Il
telté encore
m'a
yue vons l'aviez
prom'affurer que vous m'auriez
chargé de
en aviez pu trouver linftant; écrit G vous
quelques jours vos
& que depuis
épiaient
mere & faurs vous
particuliérement. Je n'ofe
ter de tant d'attention de
me flatpendant, pourquoi ne feriez-vous votre part. Cefible à mes foucis :
pas fenle caeur de bronze non, vous n'avez pas
5 vous
maux vous.touchent, & m'aimez, mes
penfées fe
nos vaeux & nos
Vous fouffrez rapportent les uns aux autres,
des
donc pour moi! je vous caufe
peines, , moi- qui donnerais tout mon
bonheur fang pour vous faire couler VOs jours dans le
le plus parfait! On vous furveille
attention de
me flatpendant, pourquoi ne feriez-vous votre part. Cefible à mes foucis :
pas fenle caeur de bronze non, vous n'avez pas
5 vous
maux vous.touchent, & m'aimez, mes
penfées fe
nos vaeux & nos
Vous fouffrez rapportent les uns aux autres,
des
donc pour moi! je vous caufe
peines, , moi- qui donnerais tout mon
bonheur fang pour vous faire couler VOs jours dans le
le plus parfait! On vous furveille --- Page 237 ---
des 257 marques de votre foupour me priver fouffre doublement.
venir! Ah!j'en
Mais, adorable Mimi, puifque nos ames
languiffons - nous
font d'accord, pourquoi
différer
dans lennui de lattente ? pourquoi : Ah !
de jouir du printems de notre âge
furmontez de vaines craintes, >
croyezmoi,
& livrons-nous aux
prenons nos mefures,
N'attendons pas
douceurs du tendre amour.
nous des
le tems vienne élever entre
que obftacles rendus fouvent infurmontables par
l'imprudente & tardive précaution. Déjà -
cherchent à gêner votre liberté:
vos parens
tromponsleur
rendons leurs foins inutiles;
vigilance. Quand on aime véritablement, de
apprchender de plus que
que peut-on
de le confumer
faire languir fon amant >
en de vains defirs?
l'ai déjà dit, charmante maiJe vous
on
.
on
méprife
trelle, on rifque,
les brave, bras de ce qu'on
tout pour courir dans
favoir,
aime. Hélas ! que ne pouvez-vous l'état de
que ne puis -je vous peindre de votre fouvemon ame fans ceffe agitée
je
nir ! Je fuis dans un trouble perpétuel, plus; un
me meurs fur pied, je n'exifte --- Page 238 ---
feul efpoir me foutient. Tout m'elt
horreur, tout me chagrine; je voudrais être en
à vos pieds ou au milieu d'un défert à
penfer qu'à vous. Ah! que vous m'avez ne
peu rendu de juftice lorique vous m'avez
marqué que j'avais indifferemment
toutes les femmes! Dites, chere
aimé
dites plutôt que je n'avaisjamais aimé amante, )
de vous connaitre. Cen'eit
avant
que je fens
qu'aBuellement
ce que c'eft que
mon coeur a tout dédaigné
Tamour, &c
per que de vous feule.
pour ne s'occu.
fances, des
J'y trouve des jouifplaifirs, des
dont
n'avais jamais eu la moindre délices, idée
je
C'eft une félicité fuprème ! Ah! jufque-la. la
tais dansvos bras Adorable fije godde charmes
Mimi! Ique
Nos
nouveaux elle y acquerrait !
ames, confondues dans les plus doux
tranfports, n'en formeraient
qui n'exifterair que l'une
plus qu'une, 3
l'idée d'un tel bonheur par T'autre. Quoi ?
elle
ne vous en faitpas avancer le moment fortuné!
Si Pyram m'a dit la vérité,
aurai-je cette fois une réponfe,p peut-être
de votre main alorable.
par Caimant,
ce fidele
Que le retour de
domeftique va me caufer de defir
ames, confondues dans les plus doux
tranfports, n'en formeraient
qui n'exifterair que l'une
plus qu'une, 3
l'idée d'un tel bonheur par T'autre. Quoi ?
elle
ne vous en faitpas avancer le moment fortuné!
Si Pyram m'a dit la vérité,
aurai-je cette fois une réponfe,p peut-être
de votre main alorable.
par Caimant,
ce fidele
Que le retour de
domeftique va me caufer de defir --- Page 239 ---
& d'impatience ! Mimi, mon attente ferat-elle encore trompée ? Vos farveillantes
impitoyables ne vous auront-elles pas abandonnée un feul inftant ? Jugez, jugez donc
quelle eft ma douleur, mon
défelpoir, 3
lorique je crois recevoir un mot de vous
ce mot fi précieux, & que mon émiffaire >
n'en a fouvent pas un feul à me donner,
même verbalement ! Rien, > Mimi, rien
ne peut exprimer la fituation de mon ame
en ce moment. Je queftionne mille fois ce
negre attrifté; & quoiqu'il me réponde toujours qu'il n'a pu vous voir, je ne laiffe
pas de le queftionner encore. Je fuis quelquefois prêt à le ren oyer, fans fonger qu'il
ferait alors plus de minuit, & qu'il vous
verrait encore moins. Ne
pourriez-vous 9
Mimi, épargner ces douleu S, cesfouffrances,
à un amant G rallionné & Gi fenfible ? Ilre
faut qu'un mot, qu'un feul de votre main,
fur deux doigts de papier ; vous le connaiflez ce mot qui verfe des torrensde
douceurs dans mon ame. Ne pourriez-vous
pas trouver l'inftant de me l'écrire Pas il
m'eft G cher ! --- Page 240 ---
LETTRE LX.
Du même à la même > d décembre,
1774.
V, IVRE 0e
éloigné de vous, Mimi, eft un
un tourment > un fupplice que
ennui >
vous
mon coeur ne peut fupporter qu'en
écrivant,qu'en m'occupant de vous, qu'en
à vous fans cefle. Mais fi votre
penlant chérie m'eft une fi douce confolaimage
me faire fentir
tion, encore ne fert-elle qu'à
vivement combien la réalité me ferait
plus
de douceur. Faudra-t-il donc, trop
goûter craintive amante, que je languille, que je
toujours dans les
foupire, que je gémille
?
dans les longueurs de l'ablence
peines >
de vous feule de les
Ne dépend-il pas que
faire finir 2 Que ne tenterais-je pas pour
voir, fi vous m'en accordiez la faveur,
vous même randis que votre maman & vOS faeurs
font à vous veiller! Quand on aime autant
moi, eft-il rien qui ne foit pofible,
que foit ailé même : Le véritable amour
qui ne
leve les difinftruit, protege > encourage, & les amans
ficultés, détruit les obftacles;
qu'une
ule de les
Ne dépend-il pas que
faire finir 2 Que ne tenterais-je pas pour
voir, fi vous m'en accordiez la faveur,
vous même randis que votre maman & vOS faeurs
font à vous veiller! Quand on aime autant
moi, eft-il rien qui ne foit pofible,
que foit ailé même : Le véritable amour
qui ne
leve les difinftruit, protege > encourage, & les amans
ficultés, détruit les obftacles;
qu'une --- Page 241 ---
2n4I
qu'une même paflion anime, font
habiles à tromper la vigilance des toujouts
Mercure fat endormir Argus
parens,
amans ont leur
; tous les
Mercure, & tous
pas une Junon à tromper, L'or fit n'ont
trer Jupiter dans le cachot de
pénéne faut que le vouloir,
Danaé, Il
mettre,
3 que me -le
3 que vous y.prèrer, & vous per-,
avec quelle adreffe, quelle difcrétion, verrez
myltere, , quelle facilité même,
quel
verrons aufli fouvent
nous nous
derez l'infigne faveur. que vous m'en accorVous voir! vous
lire daris
parler! vous entendre!
VoS yeux enchanteurs le retour
tant d'amour ! Ah, Mimi!
de
différente à la
étes-vous inL ment
douce volupté que renferces mots 1 Si votre bonheur
eft cher, fi le mien vous
vous
intérefle, s vous
refuferez-vous de vous rendre à mes ardens
defirs? Mel refuferez- vous d'alier à
pieds vousporter les fermens du plus
vos
du plus paiflionné & du plus' conflant tendre,
qui fit jamais? Non; ; j'ofe me
amour
que vous vous emprefferez
perfuader
n'en donner la
vous-même à
permiflion. Si vous-m'ai.
fnez autant queje vous aiu.e, ne touveryzTome I,
L --- Page 242 ---
charme infini à m'en affurer
vous pas un
vous-mème?
délicieux ! quand le ferezQuel moment 6 divine Mimi ! Penfez, adovous naître,
penfez que le fommeil a
rable amante >
que le répos m'a
fui loin de mes paupieres, eft en
à
abandonné , que mon ame
proie
les foucis de la cruelle incertitude 3
tous
amant traine une vie lan*
penfez que votre
& que C le defir
guillante loin de vous, bonheur de votre
d'entendre prononcer fon
;
bouche même le fait mourir d'impatience
vous perdez un tems précieux
penfez que
à faire attendre un
à Y'amour, aux plaifirs, > bien mieux à vous
.
amant qui lemployerait dans la fclicité ,
faire couler vOS momens les délices &. les
& marquer VOS jours de par la belle faifon où
charmes de la vie &
ne
êtes. Ah ! croyez - moi, Mimi,
vous
Pheure. des jouiffances : la
remettez jamais
femée de revers >
vie eft trop courte > trop
inattendus.
-
de contre tems , d'éyénemens
c'eft
d'elt le voeu de la nature ,
Jouilfezs
ceft l'ordre du ciel.
le cri de la raifon,
aller voir , je
Si j'avais la liberté de vous
vocre
des nouvellesde
A faurais de vouis-même,
:
Ah ! croyez - moi, Mimi,
vous
Pheure. des jouiffances : la
remettez jamais
femée de revers >
vie eft trop courte > trop
inattendus.
-
de contre tems , d'éyénemens
c'eft
d'elt le voeu de la nature ,
Jouilfezs
ceft l'ordre du ciel.
le cri de la raifon,
aller voir , je
Si j'avais la liberté de vous
vocre
des nouvellesde
A faurais de vouis-même,
: --- Page 243 ---
fanté dont dépend la mienne.
Caïman
Pyram a dit a
qu'elle était un peu altérée ; je
meurs d'envie & d'impatience de favoir
eft rétablie. Si le zélé Caimant
fielle
informer comme moi! hélas! il pouvairs'en a au moins
le mérite de toutes les démarches,
je l'envoie ohez vous, je fais jaloux Quand dc fon
Fort; je voudrais an'il rut pour cet inftant
le mairr. & moi l'efclave,
commiffion felon
s pour faire la
ferais!
mes delirs. Comme je la
comme je la
ferais! Mimi!
vous peindrais mon amour, mes feux, je
Kouffancei; je toucherais
mes
vous
votre cceur, je
attendrirais, & vous partageriez mes
tranfports. te
Que ne voudrais-je pas être à
prix! que ne voudrait-on pas être
woir, pour entretenir ce qu'on adore pour
Le maître des Dieux fe transforma
l
en homme, en taureau
en plhie,
jouir du bonheur de voir fes s en cigne, pour
he répugne aux coeurs vraiment amantes. Rien
pn vainc les
pallionnés:
préjugés, on brave les dangers, on méprife la morr: ( Gi Léandre
pouvait renaître - 11 traverferait encore
Hellofpunt pour aller voir fa chue
Héro. On donnerait mille fois fa vie
voir un feul inftant. l'objet de fes pour
defirs;
L 2 --- Page 244 ---
Hélas ! Mimi, que vous êtes encore élo
gnée de ce point de tendreffe!..
LETTRE LXL
Du même à la mâme, du 3 de janvic
Qumemond chagrinle retour de Caima
de me caufer! Je m'étais Aatté qu
vient
yotre abfence I
touchée des peines que
cherché à
fait fouffrir - 3 vous auriez
en me PrCS
: le bd
adoucir un peu
itant,
heur de vous voir, nefit-c de vous enté
vous parler de mon amour, un feul de
dre m'en jurer le retour 5
oublier
regards eût fuffi pour me faire
de fouffrances, au moins tan
années
Je m'étais même abufe
quej j'en jouirais. je touchais au mom
point de croire que
tourmens d
fortuné d'effacer tous mes
vos bia. pour ne plus reffentir que
délicieux mouveinens de l'amour parta
Mais Pyram m'avait troupe.ou le fort
ordonné, Je n'ai feulein
a autrement feul mot de vous. Toutes
pas reçu un
uffi pour me faire
de fouffrances, au moins tan
années
Je m'étais même abufe
quej j'en jouirais. je touchais au mom
point de croire que
tourmens d
fortuné d'effacer tous mes
vos bia. pour ne plus reffentir que
délicieux mouveinens de l'amour parta
Mais Pyram m'avait troupe.ou le fort
ordonné, Je n'ai feulein
a autrement feul mot de vous. Toutes
pas reçu un --- Page 245 ---
ardes du monde pourraient-elles m'empèher de vous écrire un mot? & vous dites
'aimer ! vous, Mimi ! comment puis-je
Y'en fatter, quand je vous vois fi indifErente au bonheur de ma vie, fi peu emrellée à l'accomplir : A combien de maux
livrez-vous mon ame accau contraire,
lée !
Je fuis comme un défefpérés mon fang
( calciné. En me couchant, vous êtes ma
lerniere penfée ; en n'éveillant, vous êtes
S s'offre à mon efpiit & à
e1 premier objet qui
eft devenue mon
non cair. Votre image
pmbre. Tour ce que je fixe en eftauffi-tôt
Ah! aimable mais trop froide
nveloppé. me meurs d'amour & de delirs',
Amante, je
& vous n'avez nulle pitié de moi...
Je vais accompagner cette lettre; je la
remettrai moi-mème à Pyram ou Fédalie.
Te lui parlerai de vous, je verrai votre
Remeure : ce me fera une forte de leninf:
Puifque je ne puis fommeiller, ne vaut-il
pas mieux que je paffe la nuit à aller parler
de vous à votie domeftique, à deux pas"
de vous : Songez donc, fongez, adorabie
Mimi, que votre tendre amant, le cccur-.
L 3 --- Page 246 ---
aura été fi près de vous ,
brilant damour,
s'en
& n'aura pu vous voir; fongez qu'il fans
fera retourné déchiré de mille regrets,
& qu'il eût pu G vousl'euffiez
vous parler,
voulu..
Magdeleine a fait une autre plaie à mon
cceur déja G ulcéré ; elle m'a alfuré que fuis
vous aviez fait une chûte de cheval. Je
encore tranfi de cette facheufe nouvelle s
m'ait bien protefté que vous
quoiqu'elle
écorchure
en aviez été quitte pour une petite
fouau bras. Je frémis à tout inftant au
fi
pouvait m'être
venir de cet accident qui
funefte Ah! Mimi, de grace, ménagezménagez des jours fi précieux à mon
vous ,
être adorée du plus pafcour; vivez pour
fionné des amants.
LETTRE LXIL
Du même a la mâme, du 8 de janvier ;
1775.
J'A donc été jufqu'à votre - bartiere !
j'étais à deux pas d'une perfonne que j'aime Ah I
fans pouvoir la voir !
à T'adoration,
pouvait m'être
venir de cet accident qui
funefte Ah! Mimi, de grace, ménagezménagez des jours fi précieux à mon
vous ,
être adorée du plus pafcour; vivez pour
fionné des amants.
LETTRE LXIL
Du même a la mâme, du 8 de janvier ;
1775.
J'A donc été jufqu'à votre - bartiere !
j'étais à deux pas d'une perfonne que j'aime Ah I
fans pouvoir la voir !
à T'adoration, --- Page 247 ---
il ne m'arriMimi ! jamais > non, jamais
vera plus de céder à un tel delir, quelque
grand qu'il puille être. A quelle épreuve
Dieu! Combien
me fuis-je foumis > grand
ne m'a-t-il pas fallu faire de violence à
moi-mème pour me retenir & m abltenir
de vous parler ! Si 1 je ne m'étais pas reffouvenu de la défenfe que vous m'avez fait
faire de rien laiffer favoir à VOS parens s
j'aurais tout hafardé, tout ofé pour jouir
une feule minute d'un de vOS regards. La
crainte de vous déplaire ferait - elle plus
forte que mon amour? Mais non, elle n'en
-n.
nécelfaire.
CIL que l'effer
A quelle peine, > à quel tourment me
réduifez- vous ! Quoi ? fi 1 j'avais appellé
votre mere , fi javais fait à fes genoux
l'aveu de mon amour pour vous > fi je lui
avais ouvert cC coeur déchiré par vos rigueurs, fi je lui avais peint la trifte fituation de mon ame, aurait-elle eu le courage > ou plutôcla barbarie de m'en blâmere
Non; je lui crois le coeur trop fenfible
pour être capable de tant d'inhumanité, &
L 4 --- Page 248 ---
?n fuppofant le contraire
à mille
, je m'expofcraismorts pour jouir un feul
de vous voir, s'il ne devait
moment
pas vous
parer quelqu'inquiétude,
pré-.
Quelle nuit ! quelle affreufe nuit je paffailJ'avais toujours foupçonné
que Caimant
négligeait mes plus chers intététs, &
ne faifait que remettre mes lettres à l'indiffé- qu'il"
rente Fédalie, 5 que l'or même ne peut réveiller de fa léthargique
vue,
apathie; mais jel l'ai
> cette négrelle-déteflable, ce caeur mort
que rien n'émeut, & je me fuis convaincu
par mes yeux de fon étonnante infouciance.
En.vain lui ai-je demanda G
-
: vons jouiliez"
d'mne meilleure fanté, fi vous penfiez quelquefois à moi, G elle vous
vous
A
par'e de moi, 6.
ne lui en avez jamais rien
fi
vous aviez été beaucoup blellée de dit,
chûre 5 plus qu'a demi.
votre.
endormie, 3 elle m'a.
conftamment & froidement, défolé
par des
monofyllabes qu'elle bégayait en baillant..
Dieu ! quelle négrelle vous
je la hais!.
avez-l; que.
Mais vous, cruelle amante ; pourquoi-
fiez quelquefois à moi, G elle vous
vous
A
par'e de moi, 6.
ne lui en avez jamais rien
fi
vous aviez été beaucoup blellée de dit,
chûre 5 plus qu'a demi.
votre.
endormie, 3 elle m'a.
conftamment & froidement, défolé
par des
monofyllabes qu'elle bégayait en baillant..
Dieu ! quelle négrelle vous
je la hais!.
avez-l; que.
Mais vous, cruelle amante ; pourquoi- --- Page 249 ---
ne m'avoir pas écrit un mot de contolation
fur votre état & fur celui de votre caur!
Votre bras, ce bras e11 écharpe 1e > & que je
ne puis aller to:icher, couvrirde mesbaifers,
eft un tifon ardent qui mne brôle continuellement le coeur & l'efpric. O mal cruel
qui fait fouffrir ma maîtreffe en même tems
que tu me prives de fes lettres"! que n'ai-je'
pu te détourner fur moi! !
Ma-lettre vous fera peut-êtte remife par
l'adroit & zélé Catinanr, qui faura du
moins trouver l'inftant de vous parler & de
me donner de VOS nouvelles. Qu'il eft heu--
teux ! il peut vous voir, > vous entendre! &:
fon maître n'en peut obtenir la faveur 2x
Que vous le vengez bien du fort qui l'afoumis à l'efclavage ! Hélas! devrais-je en
être puni aufi-sigoureufement! ne fais-jepas tout ce qui eft en moi pour l'adoucir?-
Mais >: ce mellage > en connait-il le prix.
célefte P..e --- Page 250 ---
25o
LETTRE LXIIL
Mimi à Sylyain s du II de janvier
De
1775.
de
malgré
V. ous continuez donc m'écrire,
de n'en rien faire! & ce qui
mes ptieres
c'eft le plaifir que
me confond davantage,
ne
reffens à vous lire. Mais pourquoi
je
fans trouble & fans remords ?
peut-il être
fûre mefure de
La confcience eft la plus
nous mannos adtions ; mumure-t-elle, devons. Je vouquons à ce que nous nous de la mienne,
lais n'écouter que les ctis
malheur décacheté toutes
mais j'ai pour mon
de VOS
vos lettres ; ces tendres exprefliens toute
j'aurais dû ignorer
fentimens s que
d'étouffer
ma vie, ont achevé de me perdre, déja fi
la voix de cette (agelfe qui foutenait
-
contre mon amour. Mais 9
mal mon courage
n'être pas aimée
que dis-je? hélas! voudrais-je
douceur,
vivre fans cette
devous ! pourrais-je
déforfans cette félicité! Non; -
ma vie tient
fortement à la poffeflion de votte,
pais trop
aurais dû ignorer
fentimens s que
d'étouffer
ma vie, ont achevé de me perdre, déja fi
la voix de cette (agelfe qui foutenait
-
contre mon amour. Mais 9
mal mon courage
n'être pas aimée
que dis-je? hélas! voudrais-je
douceur,
vivre fans cette
devous ! pourrais-je
déforfans cette félicité! Non; -
ma vie tient
fortement à la poffeflion de votte,
pais trop --- Page 251 ---
25I
Je vous en avais déja fait l'aveu, &j je
cceut.
charme à vous le répéter.
goûte un nouveau
Cependant vous en êtes, dites - vous ;
incertain. Eft-ce à vous à douter de mes
fentimens, lorfque vous me voyez facrifier pour vous tout ce qui peut m'ètre le
cher au monde, fi vous n'y étiez pas ?
plus
l'amour
Pourrais-je vous aimer davantage!
peut-il aller plus loin!Je ne puis cependant
de votre injuftice, puifque c'eft
me piquer
l'amour qui la caufe. Si vous m'aimiez
moins, craindriez - vous de ne l'être pas
affez 2
Cette peniée Aatte (inguliérement mon
cceur 5 il dévore avec avidité le moindre
de I'atrachement du vôtre. Mais
témoignage
fes
ne doit - il pas avoir
cet actachement
me confeiller de manbornes? Pouvez-vous
aux moeurs pour vous prouver que je
quer aime? N'eft-ce pas exiger queje perde, 9
vous
facrifie le feul bien dont je puifle
que je vous
: Et fi je le perdais s 1
me glorifier à vos yeux
ferais-je 2 Je ne pardonne ces égaque
délire de T'amour, Moi, vous
rement qu'au
L 6 --- Page 252 ---
voir -
en fecret ! moi qui crains tant de vous
même dévant témoin ! Eh! ! ne fais-je
voir
rifque ? Ne nous
pas bien tout ce: que je
laiffons pas aveugler par notre pallion -plusi
de nous voirieft granide,
notre impatience
abftenir. Rien,
plus nous devons nous en
vraiment
dites-vous, ne répugne aux coeuIs.
pallionnés, & l'on doit rout braver pour.
aime : mais peut-on aimer fans:
ce qu'on
eftimer celle qui, méetime : Et peut-on.
fe Aétrit yoprifant fes devoirs, la vertu,
lontairement dans Yopinion publique : On doit fe conferver pour cequ'on aime
foi-mème, & c'eft fc conferver
plus que
ce qui'
pourlii, que de ne pas perdre moi-1
Fattache. Déjà je ne fens" plus pour
eftime confolante dont Yétais
même cette & dont je me falfais une égide"
f fiere,
Je fens s'élever fans ceffe,
contre lè préjugé.
dont
au fond de mon ame, des inquiérudes
difcerner le véritable objet:
je ne peux plus
lès tendres, lesi
Me pourrais-je reprocher
délicieux mouvemens que vous m'infirezs
d'àn fentiment. t-qui fait
Puis-je me repentit
a
pour
eftime confolante dont Yétais
même cette & dont je me falfais une égide"
f fiere,
Je fens s'élever fans ceffe,
contre lè préjugé.
dont
au fond de mon ame, des inquiérudes
difcerner le véritable objet:
je ne peux plus
lès tendres, lesi
Me pourrais-je reprocher
délicieux mouvemens que vous m'infirezs
d'àn fentiment. t-qui fait
Puis-je me repentit
a --- Page 253 ---
D'oà vient donc n'eft:
l'ellence de ma vie?
il fans quelque amertume : Sont-ce mes
premiers principes > font-ce les premieres'
m'avait infpirées, qui cor *
maximes qu'on
contre la nature qui
battent aujourd'hui
réclame fès droits ?: -
font faibles, ces cris de raifon'
Mais qu'ils
entendre à
& de morale qui fe font encore
des doux transports qui
mon caeur, auprès
cher
agitent mc 11 ame pour vous ! Ah!
Syl-:
vain, jouiffez de tout votre triomphe. Que
crains de.mon état, de ma faiblelle L
je
dont
Mais puis-je oublier que ce triomphe,
fe glorifie mon coeur', dont je pourrais,
m'énorgueillir dans toute autre circonftance,
ne fait que me defcendre du petit degré
d'clévation où m'àvait pu plâcer ia yertu 9
dâns la baffeffe de ma
pour me remettre
verpremiere condition 1 : Une Mulatreffe
tueufe pouvait bien mériter quelques égards'
dés
mais à quoi peut préaux yeux
fases; couleur
n'a dé pluis
tendre une fille de
qui
le trife avantage de fentif"
que lés autres que
I
plas vivement fon infainie 2 --- Page 254 ---
le plus tendre amour ; ce fentiQuoi?
vivifie tous les êtres animent divin qui adtivité la terre entiere s :
més, qui met en
puilfent
s'empare des coeurs fans qu'ils
qui
couvrir d'un
s'en défendre , me pourrait
I s'il
nouvel opprobre ! O loix L 6 préjugés
que mon cceur accomfaut vous refpeckter, haine & d'averfion !
pagne ce refpect de
daHélas ! faut-il que je chériffe encore
le fentiment qui me dépare de
vantage bien dont je puffe me glorifier !
Tunique
m'êtes donc mille fois plus
Sylvain, vous
cher que'tout ce qui exifte 2.s
Oui, Monfieur, je préfére mon aviliffement au malheur de ne pas vous aimer
je fais; la mort me ferait mille
comme
O nature ! mere cruelle
fois préférable.
contre le but oà ils
qui dirigez les coeurs
d'accord
doivent tendre ; que n'êtes-vous
le devoir ! Mais, non; aux tendres
avec
aux doux penchans que vous
fentimens >
délices que vous faites éprouimprimez; ; aux
au bonheur que vous faites preffentir, 3
ver >
être injulte : vous
yotre empire ne peut
; la mort me ferait mille
comme
O nature ! mere cruelle
fois préférable.
contre le but oà ils
qui dirigez les coeurs
d'accord
doivent tendre ; que n'êtes-vous
le devoir ! Mais, non; aux tendres
avec
aux doux penchans que vous
fentimens >
délices que vous faites éprouimprimez; ; aux
au bonheur que vous faites preffentir, 3
ver >
être injulte : vous
yotre empire ne peut --- Page 255 ---
eommencares avant qu'on ne convint des
& des devoirs. Ce font les hommes
regles
leurs folles erreurs, ont établi
qui, dans
& fauffes, qui s'écartent
desloix tyranniques
auraient-ils
des vôtres. S'ils étaient fages,
d'autre guide'e
Il me vient à ce fujet des réflexions que
n'ofe communiquer. Il ne faut pas romje
vifiere avec les ufages reçus; on
pre en beau les fronder , on ne les réforaurait
dans fa feule 'opinion, &l'on
merait que
fans l'altérer.
choquerait celle du public
Une feule légiflation fage, naturelle, > pourconcilier la nature avec les regles de
rait
de
la fociété. Il faut donc me contenter
détefter dans mon cceur. Mais elles n'en
les
le tourment de ma vie ;
font pas moins
moins les fenelles n'en empoifonnent pas
timens les plus délicieux de mon ame.
Monfieur > ceffons, fi
Ceffons donc,
occus
vous eft cher, de nous
mon repos
malheureux, & fait pour
per d'un amour
au
l'être toujours 3 ou du moins gardons-le
fond de nos ceurs. Tout ce que fentira --- Page 256 ---
dites-vous auffi -tbt, c'eft ainfs
le votre, >
Mimi, & peut-êtte plus
que fent cclui-de
vivemenr encore..
Ne plus nous le dire! ne plus nous comI'renoncer à la doumuniquer nos penfées
ceur de vous entendre dire que vous n'avez
moi.. Ah ! il faut donc
jamais amé que ! mais le facrifice m'en:
renoncer àl la-vie
donc quelcoûterait moins. Ecrivons-nous fentiment du.
quefois. Je crois l'amour un
befoin:
cceur; j'en crois Tépanchement un
de-lame; mais-la vertu! la vertu! comnous' excufer àfesy yeux ? quel motif
ment donner à un entretien qui ne peut nous:
conduire à rien de légal : Mais l'amitié.
& permis:
n'eft-elle pas un- (entiment pur
à tous les caeurs : Mais les amis fe voyent s.
fe parlent, & nous ne le pouvons pas 5 ce,
aulli-tôr à. ce fentiment
ferait manquer
légitime..
Sans nous voir donc, couvrons cet accord:
nouveau du. voile impénétrable du mylteres
puifqu'il ne peut être (ceilé par l'appro-:
bation publique..
de légal : Mais l'amitié.
& permis:
n'eft-elle pas un- (entiment pur
à tous les caeurs : Mais les amis fe voyent s.
fe parlent, & nous ne le pouvons pas 5 ce,
aulli-tôr à. ce fentiment
ferait manquer
légitime..
Sans nous voir donc, couvrons cet accord:
nouveau du. voile impénétrable du mylteres
puifqu'il ne peut être (ceilé par l'appro-:
bation publique.. --- Page 257 ---
L'article de votre lettre qui m'apprend
vous êtes venu' fi près de mois,m'a
fait que fouffrir autant que vous. De grace, , ne
puifque nous devons
vous y expofez plus,
coûte tant de
éviter de nous voir. Il en
déplaire à une mere ! d'ailleurs c'eft une
imprudence qui peut me perdre dans T'opinion du monde, & vous ne le voudriez
Une autre raifon non moins forte doit
pas.
vous expofez votre fanré,
vous y engager ;
celle à
& vous - devez vous ménager, pour
déformais comme elle
qui vous appartenez citation de Léandre.
vous appartient. Votre
ne me plait point du tout : certe pauvre
Héro! que. dût-elle devenir!
Ce que vous dites de Jupiter > tranf
d'or, ne me plait pas daformé en pluie
de"
vantage; 5 votre cceur ferait-il capable
fonder quelque efpérance fur ce métal cor-
(ans
& vous
rupteur ?: Oh 1 non: 5
doute,
des efclaves de ma
n'entendez parler que
mere.
Au farplus, s'il m'était permis de vous
voir, je ferais comme Sémélée; au rifque --- Page 258 ---
je voudrais voir mon
d'ètre confumée.m eft, & non fous une autre
amant tel qu'il tel que jel l'ai vu au Bac,
forme. Mr.
Mme, de Lw.., à l'églife, me plaira
chez
que fousl'habit
toujours mille fois davantage
Jude Et puis , je n'aime point votre
qui voyait tant de maitrelles...
piter
d'une de vos lettres fur
1l eft un article
de revenir.
lequel je ne puis m'empêcher vites aller à lautel,
C'eft lorfque vous me
dont mon coeur était fii indigne,
Cetate,
fur
vous jetter dans l'enthoulialme
parut
Vous en doutiez donc? &
mes principes.
donc en moi? les agréqu'ellimiez-vous de-ma figure & de mon
mens paffagers n'oubliez pas que la reliâge ? Au refte,
& que
gion eft l'ouvrage de T'éducation,
amour eft le produit de la nature >
mon
ou plutét yotre ouvrage. --- Page 259 ---
LETTRE LXIV
à Mimi, du 12 de janyich, -
Dc Sylyain
1775.
Qur ne me permettez - vous , adorable
d'aller me jetter à vos genoux, les
Mimi,
embraller mille fois pour la faveur inapprévous venez de me faire en m'écriciable que
baile avec les tranfvant une lettre que ie
doux ! qu'elle
les plus vifs & les plus
ports
eft aimable, cette lettre
eft tendre, qu'elle
me caufe
ne cefferai derelire : qu'elle
queje
de joie & de fatisfaction!
charmante Mimi,j'avais
Je vousl'avoue, d'une telle lettre pour
un extrême befoin
tirer mon ame de cette trifteffe profonde,
ennui cuifant, de cette déchirante
de cet
dévorent depuis fi
incertitude s qui me
fatiflong-tems. Mais comme vous > ma
eft encore troublée par des idées
faétion
extriquer le vrai fens 2
dont je ne puis
encore moins la caufe,
de joie & de fatisfaction!
charmante Mimi,j'avais
Je vousl'avoue, d'une telle lettre pour
un extrême befoin
tirer mon ame de cette trifteffe profonde,
ennui cuifant, de cette déchirante
de cet
dévorent depuis fi
incertitude s qui me
fatiflong-tems. Mais comme vous > ma
eft encore troublée par des idées
faétion
extriquer le vrai fens 2
dont je ne puis
encore moins la caufe, --- Page 260 ---
Cependant je ne puis plus douter de
mon bonheur; vous dites payer mon amour
du plus tendre rerour : mais pourquoi ce
aurait-il encore des bornes ? Le.
bonheur
&
defir de vous voir accroit chaque jour,
ne me laiffe plus un momon impatience
de
Tout m'importune &c me
ment
repos.
j'évite tout le monde
dégoûte. Je fuis,
aller penfer à vous dans la folitude.
pour
troubler dans
J'abhorre tout ce qui peut
ame la douce penfée de ma divine
mon
maitrelfe. Rien, Mimi, rien ne peut plus
l'empire de ce cceur oû vous'
vous difputer
abfolument ; la mort ieule peut
régnez
tendre amour dont je brûie
mettre fin au
faire le bonpour vous, & qui feul peut
heur de ma vie; mais loin de vous, c'eft
qui me tue. Quoi : eft-ce
un touiment
devoir fon amant,
manquer aux mocurs que
de le confoler? Ah : je vous
de lui parler ,
aime tant! n'eft-ce pas un garant de mo11
vous? Ne
eftime & de mon refpeét pour
votre
nous voyons pas en fecret, puifque
eft allarmée; jy confens ; mais
ame en
du moins, Mimi, que je puilfe, en pré- --- Page 261 ---
à
aller
fence de qui vous jugerez propos,
l'amour le plus conftant,
jurer à vos pieds
dire le public?
le plus fidele. Qu'en pourra
l'en inftruira G vous voulez qu'i
Et qui
l'ignore 2
Vous craignez donc plus ce public que
Y'amour ! Eft-ce ainfi que
vous n'écoutez
le bonheur devous voir
je vous aime? non; 5
de
un feul inftant eft pour moi au-delfits
du monde. Et vous
rontes les confidérations ecffalla de m'ca occuper !
voudriez.que Je
voudriez même que je m'en tinffe ou
vous
entretien par écrit, ou même
à un fimple
à ce
à la feule amitié! ! que je renonçaffe
parfait mon ètre ! Une telle penfée
qui
entrer dans le coeur d'une véria-t-elle pu
table amante :
Non, Mimi, ce n'eft qu'un refte des
de votre éducation. N'y ayez plus
préjugés livrez-vous aux.douces impreflions
d'égard ,
qui difpola fi bien nos
de la fage nature,
du
lYun
Yautre. Si la poffeflion
coeurs
pour
mien vous efti fi chere, fi effentielle, croyez
aufli qu'elle vous eft affurée pour toute ma
'une véria-t-elle pu
table amante :
Non, Mimi, ce n'eft qu'un refte des
de votre éducation. N'y ayez plus
préjugés livrez-vous aux.douces impreflions
d'égard ,
qui difpola fi bien nos
de la fage nature,
du
lYun
Yautre. Si la poffeflion
coeurs
pour
mien vous efti fi chere, fi effentielle, croyez
aufli qu'elle vous eft affurée pour toute ma --- Page 262 ---
Comment vous l'arracher : il n'eft plus
vie.
il eft tout identifié au vôtre. Et
en moi,
encore difpofer, ce ne ferait
fjen pouvais l'offrir tous les inftans de
que pour vous
ma vie,
Chériffons donc fans réferve une fi douce
fi étroite union, & ceffez de la traiter
'&
ceffez d'aturibuer, au fentide faiblefle ;
d'abaif
pouvoir
ment le plus pur 2 l'indigne
épure, qu'il
fer, de dégrader les cocurs qw'il La véritable
pénetre de ia divine effence.
c'eft la foumiflion & la fidélité aux
vertu,
& le vrai fage, c'eft
veeux de la nature ;
qui nous
celui qui fait mépriser les préjugés
Croyez, > Mimi, croyez que
en écartent.
eft accompagné. d'inplus fouvent Thymen véritable amour n'en fut
fimic, et que le Sachons le difcerner de
jamais fufceptible.
fans fixer à
brutale qui,
cette paffion
porte en gén6aucan objet en particulier, honteux. Croyez que
ral à un libertinage
les hommes
la nature n'a pas beloin que
reétifient les fages loix. Si leurs caprices
en
ou leur jaloufie, leur
ou leur ambition, 2 --- Page 263 ---
de contraires ;, ne lug
en ont fait oppofer
mieux
blafphème qu'ils ont pu
faifons pasle
conftitue & la vertu
favoir qu'elle, > ce qui
& le vice. :
Je fens les réfexions qui peuvent vous
à ce fujet, & je ne cefle de
être venues
côté; mais comme elles
les faire de mon
le bonheur
n'importent qu'à ceux qui ont
pour la quiétude
de les faire, gardons-les
de nos ames.
Ceffez donc de croire que les combats
de votre amour & de votre raifon, contre
des hommes , foient des reles préjugés
vous faire
mords de la vertu. Qui pourrait
eft
l'eftime de vous-mème? L'amour
perdre
ile nôtre ferait-il fait pour
fi pur ! Pourquoi
Ne me parlez
2 être toujours malheureux?
condiplus de la prétendue bafleffe de votre
de
tion : eh! n'êres - vons pas au - deffis
les femmes par VOS vertus ? Qu'efttoutes
contre votre couleur :
ce que le méprifage
Peut ilexifter dans l'ame des hommesjultes?
la raifon T'extirpera à la
Ah! croyez que
longue.
ile nôtre ferait-il fait pour
fi pur ! Pourquoi
Ne me parlez
2 être toujours malheureux?
condiplus de la prétendue bafleffe de votre
de
tion : eh! n'êres - vons pas au - deffis
les femmes par VOS vertus ? Qu'efttoutes
contre votre couleur :
ce que le méprifage
Peut ilexifter dans l'ame des hommesjultes?
la raifon T'extirpera à la
Ah! croyez que
longue. --- Page 264 ---
En relifant votre charmante lettre, je
m'apperçois que je n'y ai répondu que faiblement. Pourquoi donc ne peut-on pas
rendre ce qui fe paffe dans l'ame : La joie
mes fens
de mon coeur m'égare, plonge
dans un doux délire, 1 dans des tran(ports,
extafc, qui m'ôtent
dans une voluptueufe
toute la préfence d'efprit. Je fens jufqu'au
fond de l'ame que je vous aime, que je
et je fens -en même tems
vous idolitre,
* en
qu'il n'y a point de terme qui puiffe
exprimer la maniere. Leglailit, la crainte,
troublent également l'ame. Mais
le delir,
les tendres affections de
fije ne puis rendre
mon ame, au moins fens-je Iqu'il n'y.en
ne fe rapporte à 3 ma divine
a aucune qui
Mimi. D'après cela, G je melure vos fentimens pour moi fur les miens;, que vous
maimez, chere Mimi!
Fin du Tomne premier. --- Page 265 ---
RPJKC
SEEDR --- Page 266 ---
A
Mu mavwima mere!
nose domwurnlbo. engrinepnuwec
vauvex voontile lgrany yuc, /C --- Page 267 ---
LA M ULATRE
CO M M E I L Y A
BEAUCOUP DE BLANCHES.
OUVRAGE pouvant faire suite au Nègre
comme il y a peu de Blancs.
TOME SECOND.
A PARIS,
Chez MARCHASD, Libraire, Palais du
Tribunat, galerie de bois, 2 près le passage
Valois, no, 188.
Et au passage Feydeau, no, 24.
AN XI. - 1 803. --- Page 268 ---
--- Page 269 ---
LA MULATRE
C O M M E IL Y A
BEAUCOUP DE BLANCHES.
LETTRE LX V.
De Mimid Silvain, du 20 dejanvier 1775.
Qoass 1 je semble abjurer le tendre
amour dont je couronne vos soins, n'estce pas assez vous prouver qu'il me transporte bien au-delà de ma raison et de mon
devoir ? Si j'aimais tout autre que vous
de la même manière, je sens quej'en serais
malheureuse, parce qu'ilnes sauraitpasverser,
dans mon ame, les douceurs que vous savez
si bien y distiller, et je ne pourrais que
Tome II.
A
dejanvier 1775.
Qoass 1 je semble abjurer le tendre
amour dont je couronne vos soins, n'estce pas assez vous prouver qu'il me transporte bien au-delà de ma raison et de mon
devoir ? Si j'aimais tout autre que vous
de la même manière, je sens quej'en serais
malheureuse, parce qu'ilnes sauraitpasverser,
dans mon ame, les douceurs que vous savez
si bien y distiller, et je ne pourrais que
Tome II.
A --- Page 270 ---
mon sort, sans pouvoir y porter
plaindre
donc de la durée de cet
remède. Jugez
amour,
le cceur
erAPURNeebee
flatter
sement. Tout ce qui peut
d'une femme sensible, se trouve
et l'esprit
j'ai adoré au
réuni dans un homme que
coup-d'ail, avant même d'en conpremier
le rang et le mérite. Quel
naitre le nom,
encore de ma
garant vous manque-t-il fidélité ? Ah! mon cceur
constance et de ma
seul devrait vous suffire.
qui part de mon amour 7
Cet exorde,
ici,
pas si mal- à-propos
n'est peut-être
d'une lettre que j'ai
ayant à vous faire part
maman et mes sceurs ont déreçue, 2 et que
instantes prières de
cachetée malgré mes
venait du
n'en rien faire, sachant qu'elle
ails de Joute. Ne prenez pas cette faible
de ma confance en vous comme
marque sacrifice que je crois vous faire :
un grand
vous à l'univers entier,
je renoncerais pour fait dont mon amant ne
sans croire avoir rien
soit plus que digne.
Cc refus de ma part d'ouvrir cet écrit, > --- Page 271 ---
n'a pas plu à ma mere & mes frurs. Elies
me font la guerre fur mon
à laquelle elles n'ont garde de indifirence,
me blànent
croire, &
férieufement de ne pas répondre
aux vaeux de ce jeune homme
blé des faveurs de la fortune, > qui, coml'être
penfair devoir
également de celles de l'amour, ou att
moins de la cupidité, Il me dit prefque
qu'il ne s'attend pas à rencontrer d'obitacle
dans l'offre qu'il me fait de fa main. Il
eft
pardonnable, 3 le pauvie jeune homme
il ne vous connait
> -
peut-être pas, ou il ne
vous croit pas auffi bien connu de votre
amante,
Qu'on eft ridiculement
eft riche, &
vain, > lorfqu'or
qu'on veut prendre femme !
On femble acheter les coeurs comme des
poulets au marché > fans fonger que les
fenimes, qui fe donnent à la
fortune, né
prérendent jamais avoir rien promis à
l'amour. Auffi, eft-ce dans ces fortes
mens qu'on voit l'union des ames d'hyaccord fans
> cet
lequel on ne peut ni être heureux, ni fe complaire même emfemble e
Oh! que fi j'étais homme riche je craindrais le mariage! Mais les filles fortunées
A 3
eurs comme des
poulets au marché > fans fonger que les
fenimes, qui fe donnent à la
fortune, né
prérendent jamais avoir rien promis à
l'amour. Auffi, eft-ce dans ces fortes
mens qu'on voit l'union des ames d'hyaccord fans
> cet
lequel on ne peut ni être heureux, ni fe complaire même emfemble e
Oh! que fi j'étais homme riche je craindrais le mariage! Mais les filles fortunées
A 3 --- Page 272 ---
F6
alfurées du coeur de ceux
font-elles plus
qui les recherchent P
Quoi qu'il en foit > je vous avoue que
fuis vraiment afligée de l'intérêt que
je
amoureux :
Maman met à mon prétendu
elle ne me pardonnera jamais du peu que
j'y mets. Je fuis perfuadée que dans toute
circonftance elle chercherait moins
autre
le fien eft fareà contraindre mon gout;
de m'arracher à mon penchant, &
ment
a caufe
'elle ne ceffera de me perlecuter
certainement
de cela; mais dlles'enlaillera
je ne celle de penler à yous un
avant que
feul inftant.
ED On rol, voulait f que je fiffe au moins une
honnète; mais jugez Gi Mimi aurait
réponfe fa main à écrire à tout autre >
profané
l'avoir confaèrée. Cela n'arriaprès vous
tout ce qui
vera jamais, du moins pour
Je
regarder les fentimens du coeur.
peut
ferment. Mon
vous en fais ici un éternel
bras en écharpe a été le prétexre plaufible
même tems fauvée de mes vrais
qui m'a en
d'y manquer.
motifs > & de l'obligation
été chargée de marquer à ce g4
Sylvie a --- Page 273 ---
lant ; que je ne fonge point au mariage
pour le préfent.
Je vous protefte, en effet, cher ami;
qu'il n'y avait que vous au monde qui
pulliezme faire écrire dansl'état où eft mon
bras : la contufion me fait un mal fort
génant. Je n'en fuis point fâchée puisque
c'eft ce qui me procure la facilité de vous
écrite cette lettre, dont je veux me faire
un double métite à vos yeux. Mes furveillantes n'ont point imaginé que je puffe
la faire dans cet état. L'amour profite de
tout.
N'allez pourtant pas vous inquiéter 5
mon mal', aflcz incommode, n'eft en rien
dangereux.
V à
Ce que vous me dites de votte repos a
plus lieu de m'inquiéter. Songez que vous
êtes tout à moi 5 que vous devez ménager
un corps qui renferme mon coeur > & un
efprit où jai placé mon image. Pour vous
tianquillifer un peu, 5 & peut -ètre' moimême, je voudrais pouvoir, vous voir un
moment 5 mais je ne puis bannir mes
craintes. Non, cher ami, > non, votre
A 4
.
V à
Ce que vous me dites de votte repos a
plus lieu de m'inquiéter. Songez que vous
êtes tout à moi 5 que vous devez ménager
un corps qui renferme mon coeur > & un
efprit où jai placé mon image. Pour vous
tianquillifer un peu, 5 & peut -ètre' moimême, je voudrais pouvoir, vous voir un
moment 5 mais je ne puis bannir mes
craintes. Non, cher ami, > non, votre
A 4 --- Page 274 ---
amour n'eft point un garant fuffifaut de
lui-mème. L'hiftoire & les confeils d'une
amie fage m'ont appris à connaitre tout cè
je dois craindre de ma faibleffe. Eh!
que.
aufli !
mon cceur ne me le dital-pas
D'un autre cbtéy n'oublions pas que le
public eft toujours porté à mal juger des
démarches les plus innocentes. Il.n'ignore
ne
être l'un à l'autre
pas que nous
pouvons libres; il fait, ou il
que par des moyens le fort des mulâtreffes - à
croit que c'eft
du
il ne
l'égard des blancs-, Tufage
pays;
manqueralt pas de me contondre avec ces
femmes malheureufes que le préjogé précipite dansl l'opprobre 2 après les avoir accoutumées à fe regarder au-deflous de toute
en fentir
bonte, fans qu'elles puilfentmème l'éten
-Pénormité. Mais moi, fentant toute
due d'une telle-infamie, je redourejulqu'au
foupçon mête. L'amour a beau combattre
en faveur de votre demande qui > j'aume
à le croire, > n'a aucun motif coupable pour la
objet; mon coeur luttant entr'elle &
céder ni à l'une ni à l'autre.
vertu, ne peut
des deux côtés, il foufTiraillé également
fre, & ne peur que cela. Vous n'avez pas --- Page 275 ---
J
les mêmes confidérations que" moi ; un
homme eft exempt >. dans ce pays fur-tour,
& grace au préjugé infime contre nous >
de ce refpect & de cette circonfpection
quidoiventêtre notreregle. Mais f, comme
je ferais fi humiliée d'avoir à en douter,
votre amour eft fondé fur l'eflime, 3 cu fi
elle en eft une fuite, les mêmes confidérations vous feront renoncer à la douceur
der nous parler.Jene puis m'oppoler à ce que
vous me voyiez en public, mais j'efrerequel'amour vous apprendra la maniere qu'il
faut vous y conduire. Il nous en coûtera,
fans doute, mais que n'eft-il pas poflible
aux cours vraiment amoureux, T'oublit des,
vertus excepré 62. 1
Je ne vous ai jamais révélé 171 fecret:
qui pele tropà mcn coeur pour le garder:
plus long-tems ; c'eft que je vous ai embraffé en efprit plus de milie fcis depuis.
que je vous ai Vui au Bac; je vouS en fais
l'aveu à la mille & unieme ; aufl-bicn le.
fais-je du Flus profond de non cccur:::
c'eft mon ame entiere qui fe colle fur vOS.
levres
A
62. 1
Je ne vous ai jamais révélé 171 fecret:
qui pele tropà mcn coeur pour le garder:
plus long-tems ; c'eft que je vous ai embraffé en efprit plus de milie fcis depuis.
que je vous ai Vui au Bac; je vouS en fais
l'aveu à la mille & unieme ; aufl-bicn le.
fais-je du Flus profond de non cccur:::
c'eft mon ame entiere qui fe colle fur vOS.
levres
A --- Page 276 ---
1O
LETTRE LXVL
De Sylvain à Mimi,, du 22 de janvier
1775.
aller plus loin ;
Sr mon amour pouvait
lettre enchanterelle Yaugmenterait
votre
& le facrifice que vo.s me faites
encore lettre s
du fils de Joute y mettrait le
de la
Mimi, vous n'avez plus
comble. Mais,
amant aime comme il
rien à faire 5 votre
Comme
n'eft paspollible d'aimer davantage.
redemander cette lettre, je
on peut VOUS
T'avoir atientivevous la renvoie, après
ment lue.
Eft-ce là, divine Mimi, efl-ce I, 2 adorable maitrefle, un cceur qui dût jamais
ofer prétendre au vôtre ? Sait-il allez aimer
pour s'y préfenter ? Saurait-iljamnis ce que
c'eft que ce tendre amour > ce feu véhément qui embràfe l'ame > ce fentiment
doux & impétueux en même tems qui la
de cette douceurinexptitranfpor: ce, > F'enivre
emmable, l'éleve à cet enthoufiafine qui
bellit tous les inftans de la vie, infpire --- Page 277 ---
délicieufes qui font la félicité
ces penfées
firprème des vrais amans : Saurait-il vous
les infpirer ? Connaitrait-il jamais ces voluprueufes fenfations que vous me faites fi
bien éprouver : Et vous auriez pu unir
votre deftinée à la fienne ! Ah ! quelle
chaine longue & infupportable pour un
coeur tel que le vôtre ! que je vous aurais
plainte, quand je vous eufle été indifférent !
Louons le ciel, charmante amie, > du
bonheur que vous avez eu d'échapper à un
pareil efclavage. J'en ferais mille fois mort
de douleur &c de détefpoir. Mais votre ma*
niere d'ètre en eft trop éloignée. Le fytême
de votre mere me chagrine. Quoi ! elle
pouvait vous preffer de contraéter un engagement aufli indigne de vous : Eh! fi votre -
amour pour moi écait un'crime, faudrait-il
le racheter par le malheur éternel de toute
votre vie ?
Non, mon incomparable amie > vouis
n'êtes point faite pour ces êtres inanimés,
qui ne parlent d'amour que par un, inftinct
machinal dont ils n'ont puifé l'idée que
dans l'exemple du libertinage, o0 par un
A 6
vous preffer de contraéter un engagement aufli indigne de vous : Eh! fi votre -
amour pour moi écait un'crime, faudrait-il
le racheter par le malheur éternel de toute
votre vie ?
Non, mon incomparable amie > vouis
n'êtes point faite pour ces êtres inanimés,
qui ne parlent d'amour que par un, inftinct
machinal dont ils n'ont puifé l'idée que
dans l'exemple du libertinage, o0 par un
A 6 --- Page 278 ---
I2
prémédité de convenance. Le ciel
projet avait deftinée pour paller vos jours
vous
dans les bras d'uu véritable amant >: qui
Ila permis , ou plutôti til
fit vous apprécier.
ordonné
vous eufliez une éducation.
a
que faifant connaitre la vraie fécilité,
qui, en vous
de faite aufli celle de
vous rendit capable
fortuné. Im'avait deftiné à cette
cet amant
à tous les.
fayeur infigne, que je préfere
biens de la terre.
C'eft donc notte fort d'ètre unis lun
a l'autre le refte de nos jours. Ce lien du
coeur & de la nature ne vaur-il pas bien.
tous les autres ? La chaîne du mariage eft
forcée; le naend que tifle le vérirable', le
eft libre comme lui, Plus
tendre amour,
de
il fe ferre 5 plus il nous rappreche
l'objet de nos defrs,'plus il nous eft cher.,
tendre Mimi, du
Aimons - nous donc,
de
plus parfait amour. Mais que ferait-ce
s'aimer fans jouir des douceurs de cettc
teridre union ? Nous avons les moyens de
bonheur, d'en goiter les char-.
faire notre
les négliger : Si vous,
mes infinis, pourquoi
devez:
brolez du même feu que moi, ne
yous pas êtrea agitée des mcmesdefirs,6cda --- Page 279 ---
1j
de les fatisfaire : Chertant d'empreffement
chez-en don- les occalions, > & ne perdez:
pas en une vaine attente un tems précieux
Le prinrems de la vie doit
aux plaidirs. dans les délices de l'amour. Jeêtre palfe
vous avoue .que votre natierce à vOuS enpriver me confend. Quelle crainte ne devrait
céder à l'amour? Je n'ai pas, ditespas vous, les mêmes confidérations que vous :
eft-il rien de vous que ne partage pas mon
carur ? Et penfez-vous que votre farisfaction & votre repos ne m'intéreffe pas plus
les miens propres ? En aurais-je fi vous
que en étiez privée ? Mais je fens que vous
êtes la viétime des préjugésume N'importes.
VOS erreurs : oui,.
je veux refpecter juiqu'a
.
quoi qu'ilm'en puiffe coûter,je vousobéirai.
Je ne vous verrai que dans les lieux
me. contiendrai, je ne
autes
blics 5 je
échapper aucun mouvement indifcret qui
puille nous déceler; je renfermerai en moi,
s'il eft pofible >. rout mon amour. Mais
queile viclence ne me faudra-t-il pas faire !
quelle conurainte pour cacher tant d'ardeur !
Mes yeux, les vôtres, l'air feul qui nous
environnera, tout ne nous trahira-t-il pas! !
Ce. bias n'eft donc forti de l'écharpe que.
utes
blics 5 je
échapper aucun mouvement indifcret qui
puille nous déceler; je renfermerai en moi,
s'il eft pofible >. rout mon amour. Mais
queile viclence ne me faudra-t-il pas faire !
quelle conurainte pour cacher tant d'ardeur !
Mes yeux, les vôtres, l'air feul qui nous
environnera, tout ne nous trahira-t-il pas! !
Ce. bias n'eft donc forti de l'écharpe que. --- Page 280 ---
pour m'éctire! Mais faut-il vous faire
d'un fentiment
l'aveu
tout criminel que je ne puis repouffer 3
qu'il foit : Mon
coeur qui facrifierair tout
ccur, ce
fe réjouir de votre état, pour vous > ole
déchire. Il eft glorieux, qui cependant le
vous entendre dire
joyeux même de
aie pu vous faire écrire qu'il In'y a eu que moi qui
chere & adorable
en cet état, De grace,
puilque je ne puis amante, avoir foignez. vous >
moi-mème; ; guériffez-vous cette fatisfaétion
vous voulez que jene fouffre promptement fi
beau me recommander
plus. Vous avez
de la
mes fentimens m'agitent
tranquillité >
le repos. Votre mal acheve trop pour gotter
le caur, & de me contrifter de me faner
l'ame,
Votte-a adorable épitre finit
que vous m'avez embraffe mille par me dire )
du plus profond de
fois, &
n'ai cellé d'avoir
votre cceur 5 ah! je
les vôtres. Ce
mes levres collées fur
dans
mot de votre lettre verfe
mon ame la félicité & la
à
grands Hots. Mais, Mimi
volupté
n'eftq qu'en efprit, Que
, penfez que ce
grande; maîtreffe
cettejouillance feraic
liliez .
chérie , fi vous la réa:
sese --- Page 281 ---
tj
a g6r
LETTRE LXVIL
De Mimi à Sylvain, > du 29 de janyier
1775.
3a1 eu toutes les peines à trouver cet
vous éctire, & je ne fais fi
inftant pour
long-tems. Je fouhaité
jen pourrai jouir
achever ma
bien cependant de pouvoir
lettre. Mais plutôt que de vous en priver 3
la recevoir à moitié par
vous pourriez l'attend à ma fenètre.
Pyram, qui
En voici encore une autre. Celle-ci eft
différente 5 elle m'humilie autant
toute m'offenfe. Faites -en T'ufage que
qu'elle
Maman, heureuvous jugerez à propos. occafion de mon
fement, a été en cette
fentiment, & le domeftique de M. Ar...
a été chargé de lui rapporter verbalement
I'on ne vendait point ici des coeurs 2
que
vendait, fa fortune,
& que Gi l'on en
fuiffifaic
toute confidérable qu'elle eft, ne
en payer un feul. Son negre a
pas pour
furpris de cette réponfe,
paru Angaliérement
Maman, heureuvous jugerez à propos. occafion de mon
fement, a été en cette
fentiment, & le domeftique de M. Ar...
a été chargé de lui rapporter verbalement
I'on ne vendait point ici des coeurs 2
que
vendait, fa fortune,
& que Gi l'on en
fuiffifaic
toute confidérable qu'elle eft, ne
en payer un feul. Son negre a
pas pour
furpris de cette réponfe,
paru Angaliérement --- Page 282 ---
qu'il prétend n'avoir jamais été faite à
maitre, ni pour fon maitre, Un
fon
rire a été notre
éclat de
réplique à l'eflave.
N'eft-ce pas plaifanrque les blancs
gardent ia clalle des hommes
re-:
qu'ils ravallent
de couleur,
la fource,
tant, quoiqu'ils en foient.
dellinés à comme une pépiniere de fujets
garnir leur férail!
cet inf.me
Et commentainfi dire ufage ne ferait-il pàs
en loi, puifque
paffe pour
blit fur les bales éblouillantes l'opulence T'éras
& que les gens en place des richefles s,
l'exemple qu'ils en donnent l'autorifent les
par
Ercomment, des femmes
premiers 2:
cipes,
dénuées de ptin--
languilfantes dans une craèlle
gence au milieu des riches,
indifeux du climat, féduires
brôlantes des:
par les honneurs:
prodigués au vice, & le mépris à la
portées au fafte & au luxe Gi
vertu,.
notre fexe, comment,
ordinaires à
elles réfifter à T'or étalé dis-je, à leurs pourraient-.
au goûr des plaifirs
yeux, &-
elles ? Cependant
que tout réveille en
enfans.. abandonnés qu'en réfulte-t-il? des:
étre, à la honte,
des auteurs de leur
vain, que de chofes àl'infamie... Ah ! Sylplaident contre vous I --- Page 283 ---
l'amour triomphe de toutes. N'efMais
l'excufe des autres ?
ce pas
thétorique vous
J'admire avec quelle
démontrez cet amour, & comme vous en
faififfez toutes les occafions. Vous devez
la fatisfaction quej'en ai, puifque
imag:ner
à vous aimer &
je mets toute ma félicité
cher ami,
à être payée de retour. Mais,
de
abufez-vous pas fur la maniere
ne vous
- vous la
jouir de ce bonheur? Comparez
douce
fatisfaction pallagere des fens à cette
de l'ame à fentir Y'amour : Je ne
volupté
me
fais pourquoi - ce VOEU de votre cceur
chagtine fi fort. Il me femble que votre
fe
à toute autre, & je
amour
rapporté fi douce habitude de penfer
me fuis fait une
le contraire ! Aimons-nous ; n'eft-ce pas
allez
être heureux ? On dit que toute
pour
attiédit P'amour... Ah! f.
autre jouiffance
il faudrait Y renoncer
c'était une vérité,
même me ferait
pour toute la vie. L'hymen
d'avoir le
en horreur. Que m'importersicil
vain titre de Tépoufe de celui que mon
adorerair, fans qu'il eût pour moi
coeur les fentimens de mon amant ? Comtous
à l'idée du refroiment me ferais-je jamais
On dit que toute
pour
attiédit P'amour... Ah! f.
autre jouiffance
il faudrait Y renoncer
c'était une vérité,
même me ferait
pour toute la vie. L'hymen
d'avoir le
en horreur. Que m'importersicil
vain titre de Tépoufe de celui que mon
adorerair, fans qu'il eût pour moi
coeur les fentimens de mon amant ? Comtous
à l'idée du refroiment me ferais-je jamais --- Page 284 ---
diffement du cceur de mon cher
!.:
Oh ciel! il pourrait m'aimer moins Sylvain
que je lui aurais tout facrifié!,
Ceffez parce
donc, > fi vous ne voulez plus entretenir
inquiétudes dans mon ame, , de me
ces
de ces prétendues douceurs de l'amour. parler
Mais il faut ceffer
gardes ; adieu, Croyez d'éerire,fentends qu'il exifte
meg
table amante
une véri-
> & c'eft la vôrre,
LETTRE LXVIIL
De Sylvain à Mimi s du 2 de fevrier
1775.
:
A quels affauts va fans celfe
-le myftere
me livrer
que vous m'ordonnez
dans nos amours ! Il pleuvra d'oblerver
ment chez vous de ces amoureux perpétuelle. de
mande, Votre
combeauté, votre jeunefle, votre
elprit , mille
ment dans
charmes, qui vous procla.
en attirera. l'opinion Vous
publique, tout vous
doute
ne les écouterez fans
glorifier pas, & je fens que je devrais me
de mon triomphe qui me prouve --- Page 285 ---
votre amour ; mais fije m'en tiens fuffifam:
ment convaincu, n'eft-ce
pour. moi, de voir ainfi pas une douleuz
qui n'eft point fait
profaner un autel
vice & du
pour recevoir l'encens du
libertinage ?
Je ne trouve pas blamable que le fils de
Joute ait eu le ridicule de chercher à
poffeder;
vous
quoiqu'il ne foit nullement fait
pour acquérir un tel tréfor, il n'eft
coupable d'avoir afpiré à un bien fait pas
les Dieux, puilqu'il s'y offrait d'une pour
niere légitime. Mais ce
mapeut
que mon coeutr ne
fapporter, , ce qui révolre mon
c'eft la téméraire audace de
ame, 2
vil féduéteur
cet Ar... > ce
qui ne cherche qu'à jouir des
prémices des jeunes coeurs pour les abandonner, ou plutôr pour les livrer aux lâches
quile protégent, 8: dont il eft le digne
commillionnaire en amour , comme
commode en agiotage !
l'agent
Ah! Mimi, de quel malheur
nelle a-t-elle été menacée
votre jeu-
! Quelles autres
que vous auraient été infenfibles aux fommes
& aux avantages que ce gueux parvenu a
fait briller à VOS yeux ? Mais mon coeur
que fit-il devenu, fi vous aviez été d'une
rer aux lâches
quile protégent, 8: dont il eft le digne
commillionnaire en amour , comme
commode en agiotage !
l'agent
Ah! Mimi, de quel malheur
nelle a-t-elle été menacée
votre jeu-
! Quelles autres
que vous auraient été infenfibles aux fommes
& aux avantages que ce gueux parvenu a
fait briller à VOS yeux ? Mais mon coeur
que fit-il devenu, fi vous aviez été d'une --- Page 286 ---
autre trempe ? Que cette idée ine fouleve
contre cet idiot richard, qui croit
s'autorifer de fes immenfes
pouvois
richefles" pour
corrompre une ame qui vaut un
de plus que lui, & tout ce qu'il million
féder ! J'en aurais eu un mortel peut poffans une. lettre comme celle
chagrin
vez à ce fujet. Vous
que vous m'écriaufli-tôt
avez donné le remede
que le mal a attaqué..
Ah! chere amante!
ont de charmes
que vOS expreflions
fouvent
pour moi! Répétez - les
quoiqu'elles foient gravées en
caracteres de feu dans mon
gros
dis-je? ne
ame, Que
de tréfors connais-je pas la vôtre P Y-a-t-il 6
capables d'y remplacer un ceeur
digne du véritable amour ? Vous le
fédez, adorable amnie
pofpallionné, fidele
3 ce coeur tendre s.
&
ma
vie :
conflant, pour toute
repoulfez tous les autres. Je fais.
que VOS attraits vous en
mais fauront-ils
attirerontàl'infinis
vous aimer commele mien?
Non, Mimi, jamais on n'aime comme
je vous aime : & quand il y en aurair
autre qui pût porter l'amour
un
degré,
au même
zard
pourquoi en courriez-vous le hal'ayant tout trouvé? Nous fommes --- Page 287 ---
abandonnons-nous
faits l'un pour T'autre, 2
ciel. Et vous
toujours à ce doux décret du
la jouissance des
pourriez croire encore que
atlachées à celte union céleste en
douceurs l'ardeur? Oui, si c'était les sers
attiédirait
fait naitre, et que lor
seuls qui l'eussent
mais
la possession de l'objet;
aurait procuré
de l'ame, une
quand c'est un doux rapport
irrésistible, touts sert à les cimensympathie
les deux ames ensemble.
ter, en confondant
de votre bras.
Vous ne me parlez pas
Fasse le
Caimant m'assure qu'il est mieux.
toujours d'une parciel que vous jouissiez
inaltérable
faite santé, et d'un bonheur
LETTRE LXIX.
Du méme à la mémes > du 6 defévrier, 1775.
Caixaxramnt toutes les pcines du monde
et encore n'aà vous remettre ma letire,
d'instans.
très-peu
t-il pu vous parler que
donc faità vos sarveillantes, pour
Qu'ai-je
de soin et de zèle à m'inter-.
mettre tant
avec vous ?
cepter toute communication
nos
xuais elles ont beau faire, nos cceurs,
'un bonheur
LETTRE LXIX.
Du méme à la mémes > du 6 defévrier, 1775.
Caixaxramnt toutes les pcines du monde
et encore n'aà vous remettre ma letire,
d'instans.
très-peu
t-il pu vous parler que
donc faità vos sarveillantes, pour
Qu'ai-je
de soin et de zèle à m'inter-.
mettre tant
avec vous ?
cepter toute communication
nos
xuais elles ont beau faire, nos cceurs, --- Page 288 ---
ames seront toujours
toujours de
ensemble, agiront
concert, et seront
parles mêmes sentimens,
toujours mues
Ar... revient à ma-mémoire
Que mon cceur sent de
malgré moi.
ne puis revenir de dépit contre lui; je
cause l'audace de cet lindignation que me
indigne
vous receviez de
homme ! Que
n'est-là
toutes parts des
qu'une suite de
lettres, ce
l'effet nécessaire
votre mérite, que
de vos charmes
qu'un Ar... ose élever
: mais
jusqu'àma divine
ses veeux coupables
Mimi, c'est ce
mon ceeur jusqu'à la colère.
quisoulève
bécile,
Ar cet imparvenu par ses
!
aura écrit
rapines mais qui
pour lui.! son valet? car il
pas mettre sa
ne sait
signature; et sur quoi
osé, cet être sans
a-t-il
espoir envers
consistnnce, fouder son
lui?
une personne si peu faite
sur son immense
pour
autre sorte de
fortune ? de quel
mérite peut-il
a donc pu vous
s'appuyer? il
vendre ces charmes supposer capable de lai
qui n'ont
et qu'on ne
pas de prix,
mens
peut obtenir que par des sentique son cocur ne
e
Ses démarches
commutjamais ?
moins
ne vous auront pas été
outrageautes que celles des autres --- Page 289 ---
fades: mais enfin, ,adorable amie, il peut s'en
un dans le nombre qui méritera plus
trouver
d'attention, qui... hélas! cetteidéem'allarme
medis devoss sentimens.
malgré tout ce queje
Comment vous voir sans être frappé de vos
traits ? comment vous connaitre sans s'attacher à vous pour toujours ? quen'avez-vous
tenté sur mon coeur , que n'ai-je pas espas
cesser de vous
sayé moi-méme sans pouvoir
idolâtrer ? un seul de vOs regards est capable
de fixer pour toujours.
Vous m'avez ordonné le secret, on ignore
le bonheur d'être aimé;on ne cessera
quej'aic
m'avez, il est vrai,juréde
de le tronbleryvous
m'être fidèle ; j'ai ces tendres, ces adorables
ne cesse derelire, et votre calettres queje
ractère écarte la comparaison inquiétante
aurait à faire ici du billet de Ninon à
qu'ily
le
de conla Châtre ; malgré tout cela, peu
fiance en moi, les sentimensq que vous pouviez
m'inquiltentencore.6 O charmante
m'inspirer
amie ! n'oubliez jamais cette promesse qui
de ma vie. Songez que
fait toute l'espérance
vousavez promis: au plastedre,amplacotant de tous les amans de l'aimer toujours.
Mais songez aussi que cette promesse doit
du billet de Ninon à
qu'ily
le
de conla Châtre ; malgré tout cela, peu
fiance en moi, les sentimensq que vous pouviez
m'inquiltentencore.6 O charmante
m'inspirer
amie ! n'oubliez jamais cette promesse qui
de ma vie. Songez que
fait toute l'espérance
vousavez promis: au plastedre,amplacotant de tous les amans de l'aimer toujours.
Mais songez aussi que cette promesse doit --- Page 290 ---
être suivie des preuves de l'amour,
voulez que je sois heureux
2 si vous
parfaitemeht,
Il vint hier trois messieurs
née ayec moi,
passer la jourdes
expressément pour exécuter
morceaux d'une musique nouvelle; l'un
joue du violon, > l'autre de
sième de la basse.
Talto, le troitions
Autrefois nous concersouvent ensemble, j'espérais
petite diversion aurait
que cette
un peu accourci Ia
journée du
dimauche, jour où j'attends
Caimant ; mais malgré la mélodie
bonne musique ; malgrél'accord
d'une
instrumens
de quatre
assez bien conduits,
s'est pas moins
2 l'ennui ne
baillais
emparé de mon ame. Je
au milieu d'une harmonie
enchanté dans,
qui m'edt
toute autre circonstance.
Iln'est pour moi, chère
plaisir, hors celui
maîtresse, aucun
qui me vient de vous
ou qui a du
à
rapport
vous. Une lettre
qui m'en vient vaut mieux
tous les
pour moi que
amusemens du mondo
ble;r rien ne peut
ensemremplacer , loin de vous,
l'occupation de vous écrire, tout
m'en distrait est
ce qui
une anticipation à mou
plus --- Page 291 ---
:5
flus cher & plus doux plaifir. C'en eft
de moi,s'il faut que je fois privé
fait
tems du bonheur de vivre
plus longou du moins de
auprès de vous ;
vous voir de tems
tems. Je deviens réveur,
en
filencieux avec tout le s monde penfif, morne 2
appérçoit aufli-tôt, & l'on materibae ; on s'en
que gros chagrin caché, Bientôt
quelplus fipportable à
je ne ferai
je ferai fervi felon perfonne. Mais en cela
feul avecà
mes vaeux : On me laiffera
votre image. J'aurais défiré
vous eufliez pu dire à Cafmant le
cue
vous devez aller à la. paroiffe. jour que
long à venir à mes yeux /
Qu'il fera
a Vous avez dit à ce bont
m'embraffiez i & moi, negre que vous
vous'embraffe
> tendre amie, je
ferrée dans mes! comtinudlieneneJevosr tiens
êtes la vie de bras, dans mon coeur. Vous
ma vie. Malgré tout cela,
quelles cruelles nuits paile-je!Non,
il ne m'eft pas poflible de vivre
Mimi,
fence, le défir de vous
ainfi:Tables douces chimeres
voir, de réalifer
fairo tout
que je ne ceffe de me
s
me dévore, > me déchire
pétuellement. Quand donc
Ferfn , cruelle amie : Eil y mettrez vous
rien. de difficile
Tome II.
B
dans mon coeur. Vous
ma vie. Malgré tout cela,
quelles cruelles nuits paile-je!Non,
il ne m'eft pas poflible de vivre
Mimi,
fence, le défir de vous
ainfi:Tables douces chimeres
voir, de réalifer
fairo tout
que je ne ceffe de me
s
me dévore, > me déchire
pétuellement. Quand donc
Ferfn , cruelle amie : Eil y mettrez vous
rien. de difficile
Tome II.
B --- Page 292 ---
le véritable amour ? Et ce bras, fonpour Mimi, fongez que ce bras en écharpe
gez,
m'oppreffe le cceur; faime barre l'efprit, nouvelles
eft
tes m'en donner des
> s'ilvous
de m'écrire; penfez le avec foin.
impollible
me livrer à la douceur d'alQue ne puis-je les miens, ou plutôt ceux
ler vous porter
de l'amour !
LETTRE LXX.
Du même à la mème, du IO de février a
1775.
Av lieu d'une lettre de votre part, Cai
mant m'a apporté une nouvelle inquiétude
Il m'allure que vous avez un panaris au
de la main droite; il n'a pu vous
pouce c'eft Fidalie qui le lui a dit; cette
voir,
perfide négreffe dont je ne puis mn'empéched
eft
- être capable de
de me méfier >
peut
On dit
tout inventer pour me perfecuter. avec fon
votre amie Magdelaine au Cap chez elle; de
pere, fans quoi j'aurais été
chere amie, , tirez-moi d'inquiétude
grace >
pollible ; fi vous ne
le plus promptement
fervez-vous
pouvez profiter de Caimant,
e --- Page 293 ---
plutôt de Piram que de Fidalie :
dernier dit affidée à
s que ce
je aller moi-mème Sylvie ; que ne puistendre! Qu'il faut vous voir & vous en-
&
vous aimer, chere Mimi,
qu'il faut craindre de vous
pour réfifter, commej je fais, au défir déplaire 2
me jetter à VOs genoux, > à ceux de d'aller
mere, & lui tout déclarer.
votre
Mais, cette maman > qu'eft - elle donc
pour vous infpirer tant de crainte
fache que vous êtes adorée d'un homme qu'elle
qui a le bonheur de vous
le coeur de
plaire ? A-t-elle
bronze ? Et quand ellel'aurair,
pourrait-elle conferver fa dureté au tendre
récit que je lui ferais de mes
de mes tourments
peines 9
> de l'amour pallionns
quiles caufe, &, fur-tout, fi elle favait
vous les partagez : Non, tremblante que
ne le croyez pas 5 elle a
amie, ,'
qu'une autre 5 car la fenfible aimé, & plus
qu'être l'heureux fruie du
Mimi ne peut
Votre
plus tendre amour,
mere en a donc connu les douceurs;
peut-être en connait-elle les
Elle
contrariétés.:
peut mieux juger que perfonne de
l'état de nos coeurs 5 & comment ne lui
infpireroit-il pas au moins de la pitié?
B:
que
ne le croyez pas 5 elle a
amie, ,'
qu'une autre 5 car la fenfible aimé, & plus
qu'être l'heureux fruie du
Mimi ne peut
Votre
plus tendre amour,
mere en a donc connu les douceurs;
peut-être en connait-elle les
Elle
contrariétés.:
peut mieux juger que perfonne de
l'état de nos coeurs 5 & comment ne lui
infpireroit-il pas au moins de la pitié?
B: --- Page 294 ---
Ces réflexions m'ont mille fois porté à
m'aller jetter à fes pieds, & lui fairel'aven
le plus fincere de mes fentiments
adorable fille ; mais la défenfe pour fon
m'en avez faite
que vous
> me retient dans les
cruelles fouffrances du délir & de
Plus heureux
l'attente,
que fon maître, Ca'mant
vous voirp peut-êire dans deux heures il va
près de vous, il aura la liberté ; fera
parler, il vous entendra...
de vous
tel! Que j'envie fon fort Je L/heureux mora
ne doute
que ce fidele meffager ne
pas
cocur mes intérêts
prenne bien à
; mais comment
-
rait il jamais de tout ce
s'avifemême ne faurait
que mon caeur
lui qui n'a d'autre exptimer par ma plume ,
motif,
l'intérêt pécuniaire : Mais peue-être, que
guandreviendra
ce negre zélé, >
til Mapportera t-il un mor
de votre main pour me prouyer fa
& fon intelligence 2
vigilance
Votre doigt va-t-il mieux ?I N'avez
plus d'inquiétude fur la fanté de votre vous
te ?Votre maman va-t-elle bientôr tanvenir
chez Fany ? Olerai-je lui laifler au moins
:. --- Page 295 ---
entrevoir quelque chofe de mes fentiments?
Pourrais-je les lui cacher ? Ne verra-t-elle
pas l'intérêt que je prendrai en elle, tout
celui que vous m'infpirez?
Ah, Mimi ! chere Mimi! que de combats entre mon elprit & mon cceur, l'amour & la crainte ! j'en fuis harcelé, déchiré. Quand donc les ferez vous ceffer 2
Quand conelienez-vousvoter raifongvotre
amour? -
On m'annonce un voifn qui vient
encore me calTer la tête de mafiqutroable les douces pencette musique qui
fées qui me viennent de vous & de l'ad'autres
mour. Que fert - il de m'occuper
chofes, puifque rien ne peut me dédommager que ce qui eft relacif à ma charmante maitreffe ? Tout le monde devraitêtre averti de ne jamais vifiter les amants >
à moins qu'ils n'eullent la liberté de parler
de l'objet de leurs foins. Mais il faut finir,
& aller faire un duo en dépit que j'en
aie. Ah! belle & aimable Mimi! fic'érait
avec voust...
B 3
mour. Que fert - il de m'occuper
chofes, puifque rien ne peut me dédommager que ce qui eft relacif à ma charmante maitreffe ? Tout le monde devraitêtre averti de ne jamais vifiter les amants >
à moins qu'ils n'eullent la liberté de parler
de l'objet de leurs foins. Mais il faut finir,
& aller faire un duo en dépit que j'en
aie. Ah! belle & aimable Mimi! fic'érait
avec voust...
B 3 --- Page 296 ---
LETTRE LXXL
Du même à la même, du 14 de
fariers s
1775.
3. fais, je fens, chere amie
fouffrez, &
> que vous
qu'avec un panaris on n'éc:it
pas aifément ; j'aurais néanmoins bien défiré d'avoir de VOs cheres nouvelles
d'hui, Une petite réponfe de
aujourfur le fujet de mes
votre part 3
précédentes
rait de la plus grande
lettres, feimportance à mon
repos. Je vous priais fi inftamment de
la faire! J'en ai tant
me
d'inquiétude & d'impatience, que je ne puis refter en place;
fouvent on me parle des quarts d'heure.
entiers, fans que jy fafle la moindre attention. Cette diftraction fe répand julque far
mes affaires : j'oublie tout pour ne
fer qu'à vous 3 pour-he fonger qu'au penment de mon bonheur
mocruauté
que vous avez la
de toujours reculer. Mimi,
froide amante
trop
> quelle différence dans notre
maniere d'aimer ! Vous attendez tranquil- --- Page 297 ---
lement que le hazard amene quelque chan.
à notre fort, & moi, j'en meurs
gement
& de défir. Je rifquerais tout
d'impatience
monde
paller au moins quelques
au
pour de vous > & la crainte feule
inftants auprès fuffit
vous en ôter
de VOS parents
pour
l'envie. Je vous donne à décider vousde nous deux aime plus vive"
même lequel
tendrement & plus paflionément , plus
ment.
Combien de perfonnes , non feulement
même, au féjour des
ici, mais en Europe
des vertus > par toute la terre 3
moeurs >
leurs pan'ont pas craint de courroucer
elles
faire le bonheur
rents contre
pour
aimede celui qu'elles aimaient ? Ah lelles
raient comme moi!.. Mimi , quand m'aimerez vous de même ? Mais peut-ètre ai-je
m'allez vous donner une
tort ; peut-être
de Caimant
réponfe favorable. Le retour
5 il va me combler de
va me l'apprendre
avant dans
fatisfaction ou m'enfoncer plus
fombre triftelle dont je ne puis me
cette
les tendres affurances que
défendre malgré
B 4
aimede celui qu'elles aimaient ? Ah lelles
raient comme moi!.. Mimi , quand m'aimerez vous de même ? Mais peut-ètre ai-je
m'allez vous donner une
tort ; peut-être
de Caimant
réponfe favorable. Le retour
5 il va me combler de
va me l'apprendre
avant dans
fatisfaction ou m'enfoncer plus
fombre triftelle dont je ne puis me
cette
les tendres affurances que
défendre malgré
B 4 --- Page 298 ---
vous m'avez données de votrea amour,
donc > chere amie, G je ne mourrais Jugez
de défelpoir,fije n'avois
pas
lettres de
pas ces adorables
vous ! Il n'y a qu'elles
fallent vivre.
qui me
LETTRE LXXIL
Du même d la méme, du 18 de
farier;
1775.
Eis veulent donc
petit feu ! Caïmant
me faire mourir à
ne peut bientôe plus
Pénétrer julqu'à vous ; s'il vous a
ma lettre en mains
remis
dire un
propres, il n'a pu vous
mot, ni en recevoir un feul
moi, Que
pour
monde
prétendent-elles ? En-il rien. au
qui puiffe brifer les liens
uniffent nos ames : Quel plaifir
qui
fécurer aufli inutilement
ont-elles à perdes coeurs
ne pourront jamais refroidir Fun qu'elles
l'autre? Laiffons-les faire;
pour
aimons-nous davantage, s'il eft polible, & attendons
de l'amour & du tems.
tout
Pardonnez, > chere amie, fi je n'ai
pas --- Page 299 ---
répondu précifément à votre lettre du 29
du paffé, Celle de cet Ar en eft la
caufe. En relifant cette chere vôtre pour
calmer l1 peu mes ennuis & mes regrets
de n'en pas recevoir d'autres > je m'apperçois que je n'y ai, prefque pas répondu ;
& jy reviens. Cette feconde lecture, ou
phutôt cette centieme, 3 a achevé d'allumer
le feu dans mes veines : j'en fuis dévoré,
A Quelbonheur, quelle félicité d'être aimé
d'une fille telle que vous, & que ce bonheur augmente encore le defir de voir couronner mon amour de cette derniere preuve
du vôtre ! Etyous pourriez penfer, Mimi,
que ce défir ferait une erreur, & quelunion
de deux ames, fi bien alflorties, ne : fir
qu'une fatisfaction palfagere des fens! Non,
amable amie, ce n'eft point une méprife;
c'eft un fentiment de la nature, une infpiration du véritable amour, linftinét de
la pure volupté. Pourquoi être f ingénieule
à combattre les plus doux penchants de nos
ames ! Vous voudriez que le dernier rapprochement du noeud qui nous unit, de
cette faveur du véritable amour s pût attiédir les coeurs qui en retlentent les douces
B 5
des fens! Non,
amable amie, ce n'eft point une méprife;
c'eft un fentiment de la nature, une infpiration du véritable amour, linftinét de
la pure volupté. Pourquoi être f ingénieule
à combattre les plus doux penchants de nos
ames ! Vous voudriez que le dernier rapprochement du noeud qui nous unit, de
cette faveur du véritable amour s pût attiédir les coeurs qui en retlentent les douces
B 5 --- Page 300 ---
influences ! Quand on ne defire que les
charmes de la beauté, , la poffeflion doit,
les defirs; mais lorfen effet, en éteindre
l'on aime par eftime, > par fympathie, >
que c'eft l'ame qui brile de s'unir à celle
que
adoré, peut-on ceffer de l'aimer ?
de l'objet fert à ciménter encore cette
Non; tout
union indiffoluble,
Que vous connaiffez peu ce coeur qui
eft tout à vous ! Il pourrait s'attiédir audu feu qui le vivifie ! Il pourrait
près
en fait toute
exifter fans cet amour qui
lui
Teffence! Non, divine maitreffe, ne
l'injuftice de le croire. Quoi,
faites plus
dit-il qu'on peut ceffer
votre coeur vous
véritablement? Ah!
d'aimer quand on aime
ferait
fans l'amour que j'ai pour vous > que
la vie pour moi!
P.S. Si vous ne pouvez trouver linftant
faites-moi dire au moins, quand
de m'écrire,
yous devez aller à la paroiffe. --- Page 301 ---
LETTRE LXXIIL
de
>
De Mimi à Sylvain, du19
février;
1775.
ON me veille de plus près que jamais:
femble avoir pris à tâche de m'ôter
Sylvie les inftans oû je pourrais vous écrire.
Il tous faut donc les faifir à la volée comme
Soyez fûr du moins que fi elles
on peut.
furveiller, mon cceur &
font cinq à me
leur vigil'amour (uffifent pour tromper
lance. Ils ne laifferont échapper raucune OCcalion de vous donner un témoignage de
leur fouvenir. Ils feront plus adroits que
tous les furveillans du monde s parce qu'ils
ne dorment jamais.
Cependant, cher ami, qu'il me foit permis de vouse engagerà unp peu plus de calme 8c
Vous connaiffez mes fentide patience.
vous ai juré de n'être
mens pour vous 5 je
jamais qu'à vous, & de vous aimer jufqu'à
la mort. N'elt -ce pas l'amour qui vous
a fait ce ferment? Ne vous le répete-til
B6
ont plus adroits que
tous les furveillans du monde s parce qu'ils
ne dorment jamais.
Cependant, cher ami, qu'il me foit permis de vouse engagerà unp peu plus de calme 8c
Vous connaiffez mes fentide patience.
vous ai juré de n'être
mens pour vous 5 je
jamais qu'à vous, & de vous aimer jufqu'à
la mort. N'elt -ce pas l'amour qui vous
a fait ce ferment? Ne vous le répete-til
B6 --- Page 302 ---
pas 1 tout inftant par fa durée feule?
vous ai juré d'être fidelle &
Je
eh! ferais-je la maîtreffe d'y
conftante >
fi je l'étais, je voudrais
manquer: Ah!
mérite, Mais O1I devient encore en avoirle
geant à mefure qu'on toujours plus exiRappellez-vous la joie obtient davantage.
mant, en vous
que vous caufa Caidire feulement rapportant queje Vous faifais
quei ma maraine allait
rappellez - vous encore les inftances mieux;
que vous me faifiez de.vons faire dire vives
feul mot, verbalement.
U1
une
demande à
Acuellement c'eft
penfé il
Jaquelle vous n'euffiez pas
y a quelques mois; mais
c'eft Famour
comme
qui vous égare, > je ne
que vous plaindre fans pouvoir
puis
excufer.
top vous
l'état des Croyez-vous être feul à fouffrir de
de
chofes ? Ne fens-je pas la
mon fort cotnme vous : Ahr dureté
pouvez-vous lire dans ce caeur que ne
chérit tant! vous eny
qui vous
plus la fenfibilité,
ménageriez uh peu
Oui,"mon état eft pire
le
Sans ceffe tyrannifée
que
vôtre.
irréfolutions,
par les plus cruelles
plus orpofes, tourmentée par les defirs les
apidement de l'amour paffant fuccelivement &
le plus enflammé --- Page 303 ---
aux craintes les plus 37
titude,
accablantes de
> effrayée d'un avenir
l'incer:
ne préfage que des
ténébreux qui
le poids écrafant
peines, 3 affaiffée fous
d'un
aucun elpoir confolant, préjugéqui ne permet
reffource honnéte
qui n'offe aucune
ture,
; cédant tantôt à la
> tantôr à léducation,
nalivrée à tous les fupplices
ne fuis-je pas
foit
dont Themanité
fufceprible ? Quel fardeau firr
aufli fenlible qué le
un cceur
réfléchis au fore qui mien! Et quand je
dans la fuite du
m'attend fans doute
tems, j'en fuis
Puis-je me diflimuler
épouvantée,
mes pas ? Ne le
l'abyme creufé fous
moi ? Et vous voyez - vous pas comme
dir,
me preffez de
d'ajouter à l'énormité d'une lapprofonne peut être exculable
faute qui
ferait point fcellée de la qu'autant qu'elle ne
marche ! Ah! ! laiffez-moi plus criminelle défolante idée de n'être
du moins la conde fenfibilité. Cette faute coupable que de trop
qu'à la nature,
n'eft reprochable
Voudriez : vous qu'en la
confmant.Tysfomafe encore
dont je fuis la maîtreffe?
uneinfanie
m'eftimer, la paflion
Non; vous dites
inftant; 5 l'amour méme peus vous égarer UI
ce que vous deyez à l'objet, vous ramenera à
oi plus criminelle défolante idée de n'être
du moins la conde fenfibilité. Cette faute coupable que de trop
qu'à la nature,
n'eft reprochable
Voudriez : vous qu'en la
confmant.Tysfomafe encore
dont je fuis la maîtreffe?
uneinfanie
m'eftimer, la paflion
Non; vous dites
inftant; 5 l'amour méme peus vous égarer UI
ce que vous deyez à l'objet, vous ramenera à --- Page 304 ---
Je vous ai permis, 3 fous des conditions
vous avez acceptées > qu'il ne faut
que perdre de vue > & fans lefquelles je
point retracterais, je vous ai permis de me
me dans les lieux publics. Je comptais
voir
aurait été à la paroiffe cette
que maman mais elle femble deviner notre
femaine;
d'aller à l'églife.
projet; elle ne parle plus
eft
Soyez tranquille fur cela; Pyram
vous en donner avis >
EE
venu pour
Mais fongéz que > pour me
mèmeafminuit.
il faudra n'en point
prouver votre amour >
faire paraitre.
Revenons à VOS lettres, puifqu'on me
laiffe le tems de vous entretenir quelques
momens.
Nous avons affez diverfement vu, vous
& moi, fur les démarches du confiant Ar...
Vous en parlez comme de quelque chofe
qui a attiré toute votre attention, & je ne
T'avais envifagé que comme un de ces ridicules qui ne doivent exciter que le vire. Je
fens que, quand on aime vivement, tout
inquiete, tout allarme. . 2 & peut-ètre
qu'en pareil cas votre amante ne ferait pas
plus fage que vous... e e Sans donc top --- Page 305 ---
blâmer du férieux que vous y avez
mis, vous je vous exhorte, , pour vous guérir
de toute crainte à ce fujet, de confidérer
cetteimpertinente démarche eft d'Ar.., 2
que s'eft adrefTé à Mimi, & que cette
qu'il Mimi eft l'amante de Sylvain. Cette remars'étendre indifféremque devra, jefpere,
ment fur tous les amoureux qui pourront
s'y préfenter.
Oui, cher ami, nous fommes faits lun
Tautre, & rien ne peut plus détourpour le
de nos cacurs. Ne eraignez
ner penchant rien du fecret que je vous recomdonc plus
jamais, de garder jufqu'à
mande, plus que
bonheur. Il eft effennouvel ordre far notre
tiel au repos de votre amante 2 vous ne
pourrez pas le lui refufer.
Vous avez eu raifon de rejetter la com*
du billet de Ninon avec mes letparaifon
que j'aurais
tres; je vous avoue cependant
mémoire
été bien plus fattée que votre occalion.
vous eût moins bien fervi en cette
de cette célebre libertine était
La profellion heureufe
le changement >
de fe rendre
par
avoir
& l'idée feule de tout ce qui peut y
me fait frémir... Soyez donc tran:
rapport
lui refufer.
Vous avez eu raifon de rejetter la com*
du billet de Ninon avec mes letparaifon
que j'aurais
tres; je vous avoue cependant
mémoire
été bien plus fattée que votre occalion.
vous eût moins bien fervi en cette
de cette célebre libertine était
La profellion heureufe
le changement >
de fe rendre
par
avoir
& l'idée feule de tout ce qui peut y
me fait frémir... Soyez donc tran:
rapport --- Page 306 ---
quille & fir ma conftance; & fur le ferment que je renouvelle ici de n'être jamais
qu'à vous > & de ne jamais aimer que
vous.
Pourquoi donc femblez-vous toujours en
defirer des preuves qui y feraient peut-être
plus contraires P Je fitis trop fincere pour
pouvoir vous dilimuler que je fens également qu'il manque quelque chole à notre
banheur; mais faut-il payer de fon repos
une fatisfaction qui ne pourra qu'être trottblée par des fentimens ineffaçables dans les
ames vertucules. ? La nature a fans doute
fes loix; elles parlent à notre coeur ; mais
Féducation a aufli fon empire fur nous, &
les loix que les hommes fe font impolées
ne font
moins impérieufes. Il en eft
une,
qu'on ne peut braver
Ealiene
: c'eft
l'opinion. L'opprobre, attaché à la liberté
de Tamour, tache jufqu'à notre manicre
même de voir & de fentir; & quand on
n'eftpaslemaitre deméfeftimer celui quis'elt
écarté de la regle établie, l'eft-on de l'aimer
encore après qu'il y aura manqué: On a
bean vouloir fe farmonter, & n'écouter
que fon Amour, On fent intérieurcment, --- Page 307 ---
pour foi-mème, un mépris qui dépare
fentiment le plus doux.
ls
Je perfifte donc à foutenir
dans l'erreur. Les
que vous êtes
jouiffances de
autorifées par T'hymen, font le lamours
la vie, felon tout ce
bonheur de
par le rapport de
que j'en puus favoir
quelques amies,
mes propres defirs; mais
, & de
privées de cette
fancion, en diflipant le
elles'
peuvent que les ternir à charme, nos
ne
Et quand l'amour n'a
yeux mêmes,
le nourrit, De doit-il plus cet appas qui
s'affaiblir. S'affaiblir
pas tout au moins
dans mon amant Il
faudrair, il faudrait s'enterrer..
Je fens' que je ferai malheureufe
ma vie 5 mais je fens en même
toute
je ne puis defirer un bonheur tems que
graderait à mes
qui me défi peu de chofe propres le yeux. Je fuis déja
fi fort abaiffée Far préjugé dont je fuis
parmi les
du
defquels je fuis
blancs, fang
pourtant fortie !
vous élever, & non vous abaiffer Jevoudrais
moi Je me regarde digne d'être julqu'à
amie, en nous renfermant frictement votre
les bornes de ce fentimenti 1 innocent
dans
dont je fuis fufceptible;
& divin,
je ne me croirais
e propres le yeux. Je fuis déja
fi fort abaiffée Far préjugé dont je fuis
parmi les
du
defquels je fuis
blancs, fang
pourtant fortie !
vous élever, & non vous abaiffer Jevoudrais
moi Je me regarde digne d'être julqu'à
amie, en nous renfermant frictement votre
les bornes de ce fentimenti 1 innocent
dans
dont je fuis fufceptible;
& divin,
je ne me croirais --- Page 308 ---
-
pas indigne du titre de votre époufe
le feul préjugé me défend; mais
que
votre materefe.m je me regarderais aflimilée à
ce qu'il y a de plus vil dans mon fexe tout
dans ma claffe, En effet,
&
qui m'en dif
tinguerait encore ? Le public, ce juge f6vere, touché de mon amour, de mes fentimens, de leur pureté, condefcendraitil
julqu'à la commifération & à lindulgence
pour moi feule ? Non; il me rangerait
nombre des autres femmes
au
je n'aurais que la honte & libertines, les
&
lui oppofer
remords à
lons-nous pour toute objection Parde
done en amans, aimons - nous
même ; mais conduifons-nous en amis,
Ce public, trop rigoureux fouvent,
'mal juger de
pourra
nous, , mais notre témoignage
intérieur nous défendra de fes coups. Et
quand toute la terre me
condamner.it,
mépriferait, me
time de
n'aurais-je pas affez de l'efmon amant & de la mienne, pour
m'en dédommager ?
Votre extrême mélancolie m'inquiete, &
finiraparm'eni infpirer. Pourquoi
les amufements qui
fuyez-vous
fentiments
n'anticipent rien fur les
que vous me portez? favez-vous --- Page 309 ---
fuis auffi femme que qui que ce foit
que je
vous vous remetde ce coré-là : J'exige que
& à tous
tiez à la fociété, à la mufique,
amufements. Ce n'eft pas que
vos autres
mais douje vous aime pour VOS talents,
tez-vous que je ne les aime pas beaucoup
? Je ne fais affurément pas un méen vous elfentiel à mon amant de favoir briller
rite
les talents d'agrément;
dans le monde par
forte de
mais les autresy mettent une
gloire;
fuis
fachée que cela fe rencontre
je ne
La pas fociété prendra le foin de vous
en vous.
moi de ce côté 6-l, tandis
admirer pour
fe fixera fur les feules
que mon admiration Je veux néanmoins
qualités de votre ame.
une de mes
vous continuiez à préférer
que lettres à tout le refte. Je veux encore que
davantage votre fanté pour
vous ménagiez
elle fait de la fienne
votre amie > comme donc, le veux abfopour vous. Dormez
je attendre avec
lument. Ne pouvez-vous pas
devez
quelque patience les jours que vous
recevoir mes lettres ou mne voir ? N'êtesvous pas sûr du foin que jy mets?
mais de peu de
J'ai en effet un panaris, d'abord gêné beau:
conféquence 5 il m'a
. Je veux encore que
davantage votre fanté pour
vous ménagiez
elle fait de la fienne
votre amie > comme donc, le veux abfopour vous. Dormez
je attendre avec
lument. Ne pouvez-vous pas
devez
quelque patience les jours que vous
recevoir mes lettres ou mne voir ? N'êtesvous pas sûr du foin que jy mets?
mais de peu de
J'ai en effet un panaris, d'abord gêné beau:
conféquence 5 il m'a --- Page 310 ---
eoup; il me laiffe ackuellement la liberté
d'éctire, il n'eft plus queftion du bras
écharpe.
en
Vous êtes bien avant dansl'erreur,
croyez qu'il ferait pollible de fléchir fivous
& d'en obtenir la
Maman,
Ne T'efpérez
permiflion de nous voir :
la
jamais; quel motiflui donner?
pureté de nos intentions sPI
notre amitié ? Y croirait-elle l'innocence de
? Sont-elles
préfimables, entre deux cceursfi
fur-tour à notre age, & plus pallionnés,
un blanc & une
encore entre
où la vertu femble mulaereffe, dans un pays
un problème infoluble?
commentlelui
nous ne
pertiaderions-nous, , lorfque
pouvons peut-êrre pas répondiede
nous-mêmes? Bréler fi fort de loin,
feroir-ce (i nous étions près de l'un que
l'autre : Quand je penfe feulement & de
ment ot je renconererai
au mdblic > le tremblement 'vos yeux en puj'érais d'un teint
m'en prend, & G
couvrir
blanc, O1l verrait la
mon vilage,
paleur
Il faut donc renoncer à
ne plus fonger à rien
ce projer 3 &:
de ce qu'elle ne fait découvrirà cette mere
l'ai permis
déjà que trop. Je vous
> faifons l'ellai d'une entrevue --- Page 311 ---
en public. J'en tedoute autant
firelheureux
que j'en démoment; jel'epiérai. avec foin;
fiez-vous-en à votre tendre amie
fur-tour, contraignez-vous
; mais;
Les meres ont beau avoir devant maman.
rems, elles s'en
aimé dans leur
appuyent au contraire
empêcher leurs filles de payer le
pour
but àla nature: Les
même triblâment fans
unes & les autres fe
étre raifon
imaginer qu'elles ont peutégalement,
Vous avez bien raifon de
à Caimant. II vous vaut
vous en ficr
ble lertre 2
toujours une dou-
> ou plutôt il les
l'infini. Jamais
commente à
plusdiferet
meffager ne fur plus adroity
fans être vu ni fia. Il
LETESEEe
autant de naturel
joue l'imbécile avec
meffage avec efprit, qu'il-entend Je
à faire un
l'aime
me parle fi bien de
bien, puifqu'il
mon ami,
maman l'a rencontré chez
Depuis que
s'en tira fi finement
Fidalie, & qu'il
furprendre,
> on ne peur plus le
Ma tante va mieux ; l'intérét
y prenez fe rapporte tout à
que vous
vous ne la connaiffez
moi, puifque
dera pas d'aller chez pas. Maman ne tar
Fany..
prit, qu'il-entend Je
à faire un
l'aime
me parle fi bien de
bien, puifqu'il
mon ami,
maman l'a rencontré chez
Depuis que
s'en tira fi finement
Fidalie, & qu'il
furprendre,
> on ne peur plus le
Ma tante va mieux ; l'intérét
y prenez fe rapporte tout à
que vous
vous ne la connaiffez
moi, puifque
dera pas d'aller chez pas. Maman ne tar
Fany.. --- Page 312 ---
Je m'appetçois que mes furveillantes ne
m'ont pas empèché cette fois de
un peu par ordre à toutes vOS dernieres répondre lettres. Ce m'eft une douce fatisfadtion
que la mienne vous en caufera sûrement. en ce
LETTRE LXXIV.
De Sylyain à Mimi, du 27 de féyrier
1775.
Toures les gardes font infuffifantes &
inutiles, dès que les coeurs font d'accord.
Cependant, je ne fens que tropt bien
peut leur rendre plus rares les occalionsde qu'on
fe voir & de s'écrire,
aufli
> lorique l'amante eft
craintive que vous'Pourquoi leur
ner cette fatisfaction, lorfqu'on
donment la leur difputer? Vous
peut fiaiféje vous aime,
m'aimez comme
s je n'en faurais
chaque mot de vOS adorables lettres douter,
finue julqu'au fond de
me l'inamie
T'ames mais, tendre
, encore ne puis-je bannir de mon
coeur les défirs brûlans dont il eft fans ceffe
agité, Nem'en blâmez
pas, 2 iln'en eft aucun
gui ne vienne de VOS attraits. Je voudrais --- Page 313 ---
vous obéir > mais en fuis - je le
vous avez converti tout mon être maitre :
toute ma vie en défir. Et
en amour >
je fois le maître de cacher vous voulez que
dont tout mon fang eft
un fentiment
rempli,
Mais vous m'en ordonnez le
ferai de continuels effoits
fecret, je
L'amour pourra le trahir pour l'oblerver.
n'en fera-t-il
dans mes yeux 5
Pourquoi,
pas autant dans les vôtres ?
Mimi, lui impofer une
cruelle contrainte ?
aufli
livrer aux
Pourquoi ne pas vous
vaeux & aux foins de votre amant ?
Qu'auriez-vous plus à craindre :
voudriez lui
Quoi, vous
titre
changer ce doux, ce glorieux
pour celui d'ami ! Si vous avouiez
hautement fon bonheur,
parens contre
que pourraient vos
vée des
vous ? Le fort vous a-t-il pri- 1
jétir
droits de légitimité pour vous affizencore à une domination
être tolérée
qui ne peut
raient-ils que par eux ? Vos parens pour4
faire valoir le
vous contre r ceux
peu qu'ils ont fur
que vous me
fur: - vôtre: : coeur 2
donneriez
Il me femble, - chere amie,
expliquez mal les droits des > que vous
fur leurs
peres & meres
enfans, & fur F tout lorfque dea
1
jétir
droits de légitimité pour vous affizencore à une domination
être tolérée
qui ne peut
raient-ils que par eux ? Vos parens pour4
faire valoir le
vous contre r ceux
peu qu'ils ont fur
que vous me
fur: - vôtre: : coeur 2
donneriez
Il me femble, - chere amie,
expliquez mal les droits des > que vous
fur leurs
peres & meres
enfans, & fur F tout lorfque dea --- Page 314 ---
48 1
foirypeurete injuftes, mais
la fociété, ne leur donnent convenues dans
ils ces droits ? Ef-ce de pas. Quels font-,
de leurs enfans ? Ceux-ci tyrannifer le cceur
aiment-ils
ou pour eux.?L'éducation
par eux
dans la fociété; la
a tout corrompu
le coeur de I'homme nature n'yeft plus rien, &
y eft fans ceffe
entre l'une ou l'autte, Or, je voudrais tiraillé
vous me le difiez, à qui eft-il plus que
& plus fenfé d'obéir.
jufte
Je voudrais pouvoir ne revenir
fir cetarticle, puifque vous le défirez jamais
je n'en fuis pas le maître. Ah !
; mais
rais à plaindre, fi vous
que je fef douces affurances
ne me donniez de
Qu'il eft
d'un fincere retour :
confolant,e ferment
me faites de toujours
que vous
jamais qu'à moi ! il m'aimer, & den'être
me Jaifle un rayon
d'efpérance au fond du coeur.
peut être ni perfide ni parjure Mimi"ne le
laiffera pent-étre féchir.un
;
fort fe
heureux.
jour, & je ferai:
Car.,. je: vous fais. icile
ferment de vous aimer jusqu'au.
même
B de n'ètre à perfonne,
tombeau,
être à vous...
puifque je ne puis
Il femble
qu'après cette
Auelle de notre confiance' &'de alfirance munotre fidélité,
jo --- Page 315 ---
je devrais être plus
revenir fur une demande tranquille, & neplus
G loin ; cependant cette que vous rejettez
ne peut fortir devmnon voluptueufe penfée
même ne me femblent ame, Nos fermens
res de notre union, que les préliminaide me dire qu'ils
& mon cceur ne ceffe
les délices
doivent être ratifiés
del'amour. Ce
par
fe contenter du voile de fentiment ne peue
même bleffé, Vous
l'amitié ; il en eft
m'avouez
vous en dit autant;
que votre cceur
priver d'un bien dont 5 pourquoi donc nous
de charme
le défir feul a tant
pour nous ? Quelle
encore vous arrêter
crainte doit
nous nous fommes après les feunens que
faits :
vous prouver à votre
Mimi, voudriezêtes moins dévouée amant que vous lui
fenfé,
qu'à un
ou plus foumife à la préjugé inVOS parents , qu'à l'amour ? crainte de
au monde que je ne fois
Et -il rien
pour vous : Et vous
prêt à facrifier
le facrifice d'une
ne pouvez lui, faire
confentir à fon illafion ; vous ne pouvez
té? Chere
bonheur & à votre féliciMimi, ne foyez
tems en contradicion
pas plus long-
& celfez de penfer
aveci vous - même ,
puifle jamais être que le véritable amour
Tome II,
attiédi par fon propre
C
'à l'amour ? crainte de
au monde que je ne fois
Et -il rien
pour vous : Et vous
prêt à facrifier
le facrifice d'une
ne pouvez lui, faire
confentir à fon illafion ; vous ne pouvez
té? Chere
bonheur & à votre féliciMimi, ne foyez
tems en contradicion
pas plus long-
& celfez de penfer
aveci vous - même ,
puifle jamais être que le véritable amour
Tome II,
attiédi par fon propre
C --- Page 316 ---
-5o
du tems & des
aliment. Il eft indépendant
à le forévénemens ; tout fert au contraire
des
tifier. Ne pourrait - on pas vous citer cilibres que le tems n'a fait que
unions
embellir de tous les charmes de
menter &
des douceurs de T'habitude?
la confiance &
&
donc à celle de nos ames,
Livrez-vous
d'en effayer le pouvoir. Il
ne craignez plus le
loin, vous
n'eft pas poflible de ponfferplus fur tout mon être 2
régnez fouverainement exifter fans vous..
&c je ne pourrais
craintes amoureufes ;
L'excès de mes
en vous
in'a fait commettre une incongruité de vos
le billet de Ninon, au fajet
citant
Croyez, adorable maitrelle,
divines lettres.
qu'à ma
cette faute n'elt applicable
que
mon caeur n'y a pu
mémoire > & que
5 au talent d'émettre aucune comparaifon célébre lais, vous
crire aufli bien que cette
connut jades qualités qu'elle ne
joignez D'ailleurs mon coeur peut - il vous
mais.
femme !
comparer aucune
moi apprécier
Vous avez fu mieux que
ridicule
hardieffe aufli téméraire que
- la
de pitié que de
d'At's elle eft plus digne
d'honneur
& je lui ai fait plus
courroux, mérite, Mais comment ne pas
qu'il ne --- Page 317 ---
ST
trembler toutes les fois qu'on voit tenter
P'enlevement de ce qu'on a de plus cher
& de plus précieux > Cependant je crois que
la ialoulie moins que lindignation m'a exciré contre la folle prétention de cethomme
méprifable. C'eft la derniere fois que jen
pailc, n'y revenons plus.Te dois vous avouer,
cependant, que ce que vous me dites de
tendre à D ce fujet, n'et guere propre à me
faire regreter d'en,avoir parlé.
Quand vous ordonnez, je ne fais qu'ox
béir. Il fuffit que mes faibles talens puit
fent vous être agréables, pour que je tâche
de m'y remettre du mieux quil me fera
poflible. Si Fennui vient me donner diz
dégoit, je me dirai: c'eft Mimi qui le
veut ; & aufli-tôt mon émulation renaitra.
Mais aucune occupation ne peut remplacer
le plaifir délicieux de penfer à mon adorable maîtrefle. Je ménagerai ma fanté
vous; 5 mais comment dormir loiri de
pour chere Mimi ? Mes efprits, femblavous, ,
de l'aimant
le fer fait
bles aux pointes
que
hériffer, & agite à une certaine diltance',
& qui vont sly repofer en y rouchants
a
réunis al'objet de mes
mes fens,," dis-je :
C 2.
remplacer
le plaifir délicieux de penfer à mon adorable maîtrefle. Je ménagerai ma fanté
vous; 5 mais comment dormir loiri de
pour chere Mimi ? Mes efprits, femblavous, ,
de l'aimant
le fer fait
bles aux pointes
que
hériffer, & agite à une certaine diltance',
& qui vont sly repofer en y rouchants
a
réunis al'objet de mes
mes fens,," dis-je :
C 2. --- Page 318 ---
faux, éprouveraient un doux
fixant, &s s'y confondant.
repos en s'y
dre cet inftant avec
Comment attenfavez, Mimi,
patience ? Si vous le
apprenez-le moi.
Vous voulez donc que je renonce à l'efpérance de pouvoir fléchir votre
Elle viendra chez
mere !
pas feulement lui faire Fany, & je ne pourrai
adore! Mais cette cruelle entendre que je vous
néceflité
ne permet-elle pas, ne nous commande- même
t-elle pas de faire, par
bonheur que nous devrions nous-mêmes, s notre
tenir d'elle :
Ce que vous me dites de Caimant
double mon affection pour lui.
reêtre perlmuadée
Vous devez
que je ne fuis
envers lui, Ces gens -là,
pas. ingrac
lent dans ces fortes
dordinaite, excel.
rare d'en
d'emplojs ; mais al eft
rencontrer qui les
autant de zele & d'intelligence, rempliffent aveç
Vous voyez, tendre amie 5 quej j'ai auffi
répondu par ordre à votre lettre : c'eft le
moyen le plus sûr pour ne pas faire
je fis, lorique je répondis à votre lettre comme
29 du paffé. On lit, on dévore une du
de l'objet de fon
lettre
amour; on n'en faifit d'a --- Page 319 ---
bord que l'enfemble; 33
&
on ne prend que ce qui lotfqu'onyr a
répond;
ment; & l'amour aime les frappé plus vivetitude, Le mieux eft de détails & T'exac
par article, & d'y
reprendre la lettfe
de, quelque
répondre de même, Mais
aux
maniere que je puiffe
le vôtres, > croyez que ce fera répondre
tendre, le véritable
toujours
dicté.
amour qui l'aura
LETTRE LXXV.
De Mimi a
Sylvain 5 du 29 de féyrier
1775.
Loasovs je reçois une de vos
mon coeur fent un
lettres, ;
une fatisfaction telle foulagement, ou plutôt
la réception de tout que peur la procurer
rer de plus heureux, ce qu'on pouvair défin'eft pas aufli
L'ambitieux armateur
bâtiment de
joyeux de voir arriver fon
fur fon fort. l'Inde, > après de mauvais - bruits
Jettres,
Mais après avoir lu ces tendres
pourquoi faut-il
pas me diffimuler
que je ne puiffe
tices, G je
qu'ily a quelques interspuis m'exprimer ainti, dans
C3
la réception de tout que peur la procurer
rer de plus heureux, ce qu'on pouvair défin'eft pas aufli
L'ambitieux armateur
bâtiment de
joyeux de voir arriver fon
fur fon fort. l'Inde, > après de mauvais - bruits
Jettres,
Mais après avoir lu ces tendres
pourquoi faut-il
pas me diffimuler
que je ne puiffe
tices, G je
qu'ily a quelques interspuis m'exprimer ainti, dans
C3 --- Page 320 ---
j4
fatisfaltion qu'elles me procurent ?
tette
font que les interprètes de l'objet
Elles ne
fi
; & a juger par
.qui les rend précieufes
en recevant
le plaifir que vous témoignez f faiblement
les miennes > qui expriment
que ces
cependant ce que je fens, je penfe
font bien au-deffous de l'inteninterprètes
& de' ce qu'elle ferait
tion de la perlonne,
elle même.
vous avoue > plaide forTout cela, s je
mais mille
tement en faveur de vos raifons : franchir
m'arrêtent lorfque je veux
autres
entre mon cacur
la barriere qui fe - trouve fauter de haut en
& mes ptincipes. Il faut
de revenir
bas, & l'on n'a plus d'efpoir foit mon
en arriere. Quelqu' amoureux soujour.Jefens que
caur, ceredelintimidera devez (ouffir, mais
aflez combien vous en
fais fe trouve
l'excufe du tort que je vous
moins,
dans ce tort même ; fije vous aimais craindrais
j'aurais moins à rifquer, & je defir & de
moins aufli. Ce conflit de
de
crainte ne me laiffe pas un moment
relache.
de
Le fort, dites-vous > ne m'a pas privée domim'affujettir rà une
la légitimité pour --- Page 321 ---
nation qui n'en dépend pas : quoi, l'exem?
ple du pays vous aurait-il aufli corrompu
quoi, je ne connaitrais pas ma mere, &
elle n'aurait pas de droit fur moi, parce
ufage paffe en loi l'aurait réduite à
qu'un donner le jour fans la fanétion de
me
Eh, fi j'avais le malheur d'avoir
T'hymen.
des enfans de la même maniere,-ils pourraient aufli penfer qu'ils ne me devraient
ni les devoirs de
rien ! Ils ne connaitraient
!
la filiation, ni les droits de la niaternité
s'affranchir de tous ceux du
Ils pourraient
Ils
fang par la privation de la légitimité!
feraient pas mes enfans, je ne ferais
ne
fur
leur mere Ah! vous m'éclairez
pas
j'allais me
! j'allais
les maux que
préparer
moi-mème déchirer mon fenfible coeur par
les
cruels Dieu ! ii les
les coups
plus
fruits d'un amour
enfans de Sylvain, fi les
fi chéri J'en frémis!
cher ami, ne me
Ne me parlez plus,
parlez plus de manquer à ma mere, d'ert
oublier les droits facrés. En manquant aux
éprouverais les plus grands
moeurs > f'en
C 4
j'allais
les maux que
préparer
moi-mème déchirer mon fenfible coeur par
les
cruels Dieu ! ii les
les coups
plus
fruits d'un amour
enfans de Sylvain, fi les
fi chéri J'en frémis!
cher ami, ne me
Ne me parlez plus,
parlez plus de manquer à ma mere, d'ert
oublier les droits facrés. En manquant aux
éprouverais les plus grands
moeurs > f'en
C 4 --- Page 322 ---
Ehatimens parlindiftrence,
ler méprisdes enfans du
que dis-je, pas
duit. Je le fens mieux vicequinauitconzure nous
que jamais, la naégare 8c. peut nous conduire aux
plus grands crimes, Graignons-en
fion f elle ne nous
l'impulvertus. L'union libre guide pas vers les
xotalement.
des coEurs en écarte
Le penchant peut être innocent,& le moyen de le fatisfaire,
II faut donc.., Oh,
criminel,
heureux!
que nous fommes malLe fort d'unej jeune fille eft de
des
recevoir
c'eft propofitions de mariage de toutes
un tems d'agiation
parts;
printems de la
inféparable da
vie, & qu'il faut laiffer
palfer. Voici encore une lettre d'un jeune
homme du Cap, qui m'avair
une de mes amies, Maman connue chez
tant que vos lettres vous fallent qui voudrait
cacherées s fans même me
renvoyées
permer pas qu'il en foit de même parvenir, de ne
sui parlent de mariage. Elle femble, ceux
que mes faurs, voler au contraire ainti
Nant d'eux. Il a fallu
au-demalgré moi lire, & --- Page 323 ---
jai lu.m. C'elt, vous
tout ce
pouvez bieh penfery
qu'il en pouyait être,
différent cette lecture fait fur Quel effet
bien. elle vous donne
moi ! Comce coeur qui ne
davantage encore fur
feul! Ma
peut plus être qu'à vous
mere m'a preflée de
cette épitre foi-difant
répondre à
m'y fais nettement amouteufe, mais je
je retrouve une
refufée, En pareil cas
à la réfexien, énergie &, un courage dont,
tible
je ne me croirais pas
auprès de ma mere,
fiufcepde faire la réponfe,
Sylvie a été chargée
bon luia femblé,
& elle l'a faite comme
jel la lui renverrai Renvoyez-moi fous
cette lettre
y mertrez, > &c vous Tenveloppe que vous
çar
y joindrez l'adreffe
s'il-n'a pas le dedans, pourquoi
il le deflus? Ma main ne
aurais
plus éctite qu'à
veut & ne peut
Sylvain.
a
J'ai bien mal commencé
rélolue de vous
ma lettre !j'étais
gtonder bien
coeur m'a déçue
fort, & mon
5 mais il vaut mieux
que jamais 5 auffi-bien eft-ce la
tard
niere que de conmencer
bonne magu'on a intention de par flatter les gens
bien facher. Quci3
L3
il le deflus? Ma main ne
aurais
plus éctite qu'à
veut & ne peut
Sylvain.
a
J'ai bien mal commencé
rélolue de vous
ma lettre !j'étais
gtonder bien
coeur m'a déçue
fort, & mon
5 mais il vaut mieux
que jamais 5 auffi-bien eft-ce la
tard
niere que de conmencer
bonne magu'on a intention de par flatter les gens
bien facher. Quci3
L3 --- Page 324 ---
le
cher ami, qu'après la promeffe peut-il, m'avez faite de ménager votre
que vous
nuitamment
fanté, vons vous foyez expofe
accompagner Caimant jufqu'à notre
pour
Eft-ce ainli que vous gardez la
barricre?
croire au
: le vos fermens"? N'allez pas
nis que ce foit Fédalie qui me T'ait rapBortô, puilque vous' lui en avez fermé la
bouche par le moyen de quelques gourdes:
contraire, je lui en : veux pour avoir
au
& je n'èn fais pas
entré dans ce complot,
J'en ai
moins mauvais gré à ce Caimant.
)
été inftruite par un autre dont vous 2 nevous E
d
doutez point.
cet acte
A Je ne me pardonne pas, après
d'infraétion & d'imprudence de votre part *
encore d'ètre venu f près
de vous plaindre
Je
de ma demeure fans pouvoir me voir.
ne voudrais pas pour beauvous jure Favoir queje fu le foir même ; c'en était
coup
&cj'aurais été privée
fait de mon fommeil,
des doux fonges dont l'amour la favorifé.
Tandis qu'un heureux menfonge me comblait de mille douceurs dans les bras demon --- Page 325 ---
amant, il était, en plein air;
toutes fes injures,
expofé a
Qu'on dife après cela, qu'on a des
fentimens de la proximité des
prefqui nous font cheres : mon coeur peifonnes
rait-il pas avertie
ne m'anque Sylvain était à
pas de ma fenêtre
deux
tendres rêves
Mais, en effer, ces
n'en feraient - ils pas une
preuve : Jen'en fais rien. Je fens bien
ment feulement,
fi
vivecaufe des
que mon abfence vous
peines, la vôtre ne m'en coûte
pas moins, Cette
jours à la traverfe crainte, qui vient toud'autant
de nos delirs > m'elt
plus douloureufe,
ni la
ni
que je ne puis
vaincre,
ceffer de la combattre;
&je fensa aujourd'hui qu'elle eft bièn
;
de perdre votre tendreffe
moins
qui,
que votre eftime
malgré votre raifon, tient à celle du
public. Jugez, quand à cette idée de chagriner fes parens, vient fe joindre celle de
voir refroidir le coeur de fon
ce que
amant, jugez
- bonne peut une tendre amante & une
fille.
1e Je fens, que je pourrais même
pouffer
C6
attre;
&je fensa aujourd'hui qu'elle eft bièn
;
de perdre votre tendreffe
moins
qui,
que votre eftime
malgré votre raifon, tient à celle du
public. Jugez, quand à cette idée de chagriner fes parens, vient fe joindre celle de
voir refroidir le coeur de fon
ce que
amant, jugez
- bonne peut une tendre amante & une
fille.
1e Je fens, que je pourrais même
pouffer
C6 --- Page 326 ---
la tendreiffe pour vous jufqu' m'affranchir
de leur pouvoir 5 mais cet amant dont la
perte peut me venir de fa polfellion même
Orphée perdit Euridice à force de l'aimer.
Ces feux même que vous me citez, le
delir feul des fens peut en être l'aliment,
& vous, Tignorer.Je vous
icela rend
protefte que tout
ma polition cruelle & infupportable. Ce n'eft plus un préjugé infenfé qui
m'arrête; je penfe quelquefois comme vous
sque le créateur en fair bien autant que la
xréatures qu'il ne Iui a fans doute pas
donné un penchant pour qu'elle ne le fuivir
pas i mais cette crainte de tout perdre, en
voulant tout pofléder, me bouleverfe dans
toutes les incertitudes. II faut que je vous
Iavoue, à ma honte peat-être, fouvent
je fens que s'il n'y avait
plus que mes
parens & mes principes à oppofer à Vos
zendres empreflemens, & far-tout à VOS
fouffrances, > Mimi ferait déja fur le bord
du précipice Son coeur n'y eft-il
déja depuis le premier inftant
pas
vit ? mais
qu'elle vous
l'expérience de mes faeuts, de
mes amics, me fait trembler, Si vous m'ai- --- Page 327 ---
mez comme je vous aime, vous la craindrez comme moi,"& vous ménagerez la
faiblefe d'une fenfible amante
déchirez
que vous
par routes les fouffrances de la
crainte & de l'amour,
Mais ne vous ai-je pas bien grondé 2
Ah!jai beau faire, ce coeur me ramene
toujours à VoS pieds.
LETTRE LXXVI
De Sylyain à Mimi, du 2 de mars
1775.
J UE vous êtes aimable, Mimi!
êtes tendre &
que vous
que je vous aime. ! que ne
puis-je vous exprimer jufqu'à quel
je vous idolâtre!
point
vous avez comblé mon
ame de la plus douce joie. Loin de vous
il n'y a que VOS lettres qui puiffent m'en
faire éprouver. Qu'elles font charmantes!
que je les baife de fois dans tous les in(
tans! Mais il faut tâcher d'y
ordre; car mon
répondre par
caur a trop agité de tanr
&
que vous
que je vous aime. ! que ne
puis-je vous exprimer jufqu'à quel
je vous idolâtre!
point
vous avez comblé mon
ame de la plus douce joie. Loin de vous
il n'y a que VOS lettres qui puiffent m'en
faire éprouver. Qu'elles font charmantes!
que je les baife de fois dans tous les in(
tans! Mais il faut tâcher d'y
ordre; car mon
répondre par
caur a trop agité de tanr --- Page 328 ---
de fentimens à la
dans
fois, met de la confulion
toutes mes idées.
Ces intervalles de joie &
que mes lettres vous
d'inquiénude
caufenr, n'en doutez
pas, chere amie J ne font qu'un refte de
VOS préjugés : ils
fentimens
empoifonnent encore les
de l'amour dans votre ame. Ah!
fij'avais l'art de vous exprimer les chofes
comme je les fens, ne vous aurai-je
déjà fait fecouer le
de
pas
joug
ces furies de
l'ame ! Mais, comme vous obfervez
vousmême, mes écrits ne font que de trèsfaibles interpretes de mes fentimens
; &
snalheureufement, VOS craintes portent fur
un objet qui n'eft fufceptible d'aucune
garantie que celle même
autre
l'expérience
que peut donner
qui vous les infpire.
Cependant, chere amie, fi l'on devait
être arrêté par les rifques de
eft celui
Tavenit, quel
qui ne dût pas fe priver des
mens même les plus naturels, foit alicrainte
par la
qu'il ne s'y trouve un corps étranger & malfaifant, foit par celle d'une
mauyaile digeftion? ? Car quelques individus --- Page 329 ---
6;
événemens les plus funef
en ont éprouvéles
fe
Il eft certain que fi I'on ne peut
tes.
tendre amour, à la confarce
fier au plus
d'ailIa mieux éprouvée, on ne pourrait
Jeurs en avoir aucune autre forte de preuve
d'avance. L'on aime, ou l'on n'aime pas;
le parti du coeur eft tout aufli décidé > que
Iune ou l'autre de ces deux alternatives eft
abfolue. C'eft à vous de prouver celui du
& à moi à trembler
vôtre à cet égard,
jufqu'àce que vous en ayez prononcé..
A Dieu ne plaife que je pniffe jamais
chercherà vous induire au mépris de ce que
vous devez à la nâture 5 quand je dis que
pouvoir liles peres & meres in'ont qu'un
mité far leurs enfans, , je ne rarle que relarivement au fort de leurvie. S'ils exigcaient
leur foumiffent jufqu'au penchant de
qu'ils
ils feraient auili tyrans qu'in.
leurs ames 5
(eraient fondés à ne pas
juftes, & ceux-ci les loix de la narure, les
y foufcrire 5 par
d'ètre avant leurs
peres & meres ceffent
leur
enfans 5 pourquoi d s avant de mourir,
des regrets &
auraient - ils voulu préparer
, je ne rarle que relarivement au fort de leurvie. S'ils exigcaient
leur foumiffent jufqu'au penchant de
qu'ils
ils feraient auili tyrans qu'in.
leurs ames 5
(eraient fondés à ne pas
juftes, & ceux-ci les loix de la narure, les
y foufcrire 5 par
d'ètre avant leurs
peres & meres ceffent
leur
enfans 5 pourquoi d s avant de mourir,
des regrets &
auraient - ils voulu préparer --- Page 330 ---
des répentits amers, dontils n'avaient à tiref
même de leur vivant :
aucun fruit > pas
enfans leur eft-il donc
Le bonheur de leurs
findifférent qu'ils puiffent le facrifier à une
yaine fatisfaction ?
On n'eft point maître de fes affeétions ;
comment nos parens le feraient-ils davantage? Quand on dit que les enfans doivent
refpect &c foumiflion à leurs peres & me*
on entend fans doute fur toute autre
res; >
fentimens du caeur; tout feroit
chofe queles
fi chacun ne voulait
bien dans la fociété,
a
anticiper fur les droits des autres. Que
pas
jamais l'imles peres & meres n'éxigent
pollible de leurs enfans, ceux-ci les aimeles -regarderont en même
ront davantage, l'auteur de leur exiftence.. &c
zems) comme
a faire la
de leur felicité, & s'étudieront
(
leur. Eh, que doivent les premiers délirer de
donner la vie a des êtres
plus ! Pourquoi
dans leur
pour en faire. des efclaves jufque
inoral même ? Si les parens avaientquelque
pouvoir fur nos fentimens > pourquoi en
- nous jamais de contraires à
éprouverions y
0V --- Page 331 ---
leurs volontés ? Chaque homme appartient
à la nature avant tout ; c'eft elle feule qui
le fait naitre à fon gré,cef à elle (enle
qu'il doit la premiere foumiffion: eh,que
même les loix fur les coeurs ! On
peuvent contraint l'extérieur humain > mais Y'ame
faurait fortir du cercle que l'auteur a
ne
d'elle. La fujétion eft donc
tracé autour
& lesl loix doivent
un crime contre nature s
être felon celle-ci, qu'elle felon les
plutôt
combattrontpremieres. Mimi, les préjugés
ils encore ce raifonnement dans votre
ame ?
Je vous remercie 2 adorable amie, du
fond de mon caur, de la lettre que vous
m'avez fairpaller du nouvel amoureux ! ileft
heureux de n'avoir pas le coeur aufli fenfible
& aufli épris que le mien; fon fort ferait
de
déplorable, & je ne pourrais m'empécher
le plaindre de n'ètre pas payé de retour :
mais, heureufement pour le pauvre garçon,
il n'a que des yeux. J'admire le prix que
les hommes mettent à l'or qu'ils eftiment
infiniment plus qu'eux - mêmes : c'eft de
oureux ! ileft
heureux de n'avoir pas le coeur aufli fenfible
& aufli épris que le mien; fon fort ferait
de
déplorable, & je ne pourrais m'empécher
le plaindre de n'ètre pas payé de retour :
mais, heureufement pour le pauvre garçon,
il n'a que des yeux. J'admire le prix que
les hommes mettent à l'or qu'ils eftiment
infiniment plus qu'eux - mêmes : c'eft de --- Page 332 ---
quoi ils appuyent davantage leurs prétentions. Mais quelle faible reffource auprès
de la divine Mimi!
Je vous renvoie cette lettre, & vous
fort de vouloirla lui renvoyer fans
approuve
mis une
réponfe 3j jy ai, en conféquence,
&cl'adreffe. Combien je fuis fenenveloppe
de votre tendre'fe !
fible à ces marques
combien je le fuis aux facrifices fans nom-
!
Mimi, j'en fens
que vous me faites ah,
tout le prix 1Je ne puis cependant vous en
aimer davantage > mon amour étant au
dernier terme oà le coeur puiffe le porter.
C'eft tout ce que je puis vous offrir pour
tout ce que vous ne cellez de faire pour
moi, aufli n'y manque-t-il Irien; quelle autre
chofe pourrait feulement payer le facrifice
vous me faites de votre liberté que
que
ôtent aufli cruellement par
vos parens vous
rapport à moi? il en eft un autre cependant, vous le favez, Mimi , pour lequel
mon coeur ne laiffe pas de foupirer encore...
Il réaliferait tous les autres, & y ajonterair
un nouveau prix. --- Page 333 ---
fvis
moins fenfible à Tintérêt
Je ne
pas la confervation de ma
que vous prenez à
d'avoir
fanté. Vous devez me pardonner
du feu qui vivifie ma
cherché à m'approcher
mal ne me ferait pas
vie; à ce prix, quel
indifférent 2 Ah!s s'il n'y avait que l'apprédes maux à m'empêcher de vous
henfion
je jouirais fans ceffe
voir, de vous parler,
l'altération de
de ce bonheur infini. Mais
ma fanté vous étant un fujet d'inquiétude,
facrifie, à fa confervation, jufil faut queje
calmerles ennuis dans
qu'a ce qui feul peut
Vous m'avez
l'abfence où je vis de vous.
plaint, aimable amie, lorfque vous avez
f
j'avais été fi près de vous, fans vous
que intérêt
vous y avez pris, ne
voir 5 cet
que
confolation:Il
m'en eft-t-ilpas laplus douce
vous l'avouer, fivotre intention
faut pourtant
fachez que vous avez
a éte de m'en gronder,
les tourété fervie au gré de vos défirs par
j'en ai foufferts. Non, jamaisje
mens que Mimi, des défirs qui me déne guérirai,
chirent loin de l'objet de mes adorations.
SiFédalie ne vous avait pas appris que
pris, ne
voir 5 cet
que
confolation:Il
m'en eft-t-ilpas laplus douce
vous l'avouer, fivotre intention
faut pourtant
fachez que vous avez
a éte de m'en gronder,
les tourété fervie au gré de vos défirs par
j'en ai foufferts. Non, jamaisje
mens que Mimi, des défirs qui me déne guérirai,
chirent loin de l'objet de mes adorations.
SiFédalie ne vous avait pas appris que --- Page 334 ---
J'avais été chez vous, aurais-je
diffimuler,
pu vous le
> nulle autre qu'elle,
n'a pu vous le dire. Le déguifement sirement,
lequelj'étais travefti, l'a
fous
trompée la
re, & en chemin un de mes
premieves m'a pris
propres efcla:
Caîmant
pour un negre libre du canton,
même ne pouvait revenir de fon
étonnement en me voyant fous ce coftume
créole. Ne penfez
j'aie penfe
pas 1 tendre amie, que
de
expofer ma fanté en marchant
nuit; car en ce cas je me ferais
ma promeffe : mais la chaleur du rappellé
depuis long-tems fait contracter jour m'a
de
Thabitude
voyager plutôt de cette maniere
trement. Vous favez d'ailleurs
qu'aul'emploi
que dang
que j'occupe, c'eft une néceflité,
Jevous: avoue cependant que je me ferais repenti d'avoir accompagné Caimant, fi vous
nemlaviczappris que la fimpathie vous avait
fait faire d'aufli heureux
féliciterais
fonges, Je m'en
bien davantage, cruelle amante,
s'ils pouvaient fervir à vous en faire défirer
la réalité,
f Fédalie m'a dit que vous aviez mal aux --- Page 335 ---
dents. Il femble que toures les mienned
s'arrachent les unes après les autres
fens des douleurs
; j'y
amie
infupportables, Chere
- j'en connais le remede
en différez-vous
> pourquoi
lufage ?
LETTRE LXXVIL
De Mimi à
Sylvain 3 du 5 de mars
1775.
que ce
Jenai
& jé
petit inftant à vous éctire ;
l'emploie à la hâte à vous
avis qui adoucira
donner un
nes, Je dois aller peut-être un peu VOs peivie , chez
demain matin avec Sylchez Mme, Magdelaine 5 nous déjeûnerons
de L... N'allez point chez la
premiere, , mais tâchez de, trouver
texte pour être chez l'autre
un pré;
Nous ne
avant nous,
nous
pourrons pas nous parler > mais
nous verrons ; c'eft quelque chole
pour deux coeurs qui s'aiment.
n10S yeux en feront les tendres D'ailleurs
Adieu, on vient..,
interprètes,
demain matin avec Sylchez Mme, Magdelaine 5 nous déjeûnerons
de L... N'allez point chez la
premiere, , mais tâchez de, trouver
texte pour être chez l'autre
un pré;
Nous ne
avant nous,
nous
pourrons pas nous parler > mais
nous verrons ; c'eft quelque chole
pour deux coeurs qui s'aiment.
n10S yeux en feront les tendres D'ailleurs
Adieu, on vient..,
interprètes, --- Page 336 ---
LÉTTRE LXXVIIL
De Sylvain à Mimi, même date.
LA bien lu, adorable maitreffe de
ame 2 Vous me permettez de vous
mon demain ! quel jour! quel bonheur!
voir
va tarder, & que le tems va
que l'heure
moi! La nuit me
encore s'allonger pour
mais en
paraitra un fiecle de privation 5
Cet
revanche, que ma felicité durera péu'!
paraitra avoir raflemblé à
inftant rapide
le difliper avec
ues yeux tout T'univers pour
le feu de
la vélocité de l'éclair, tel que
brille avec éclat à nos yeux,
la foudre qui
l'avait formé. Je ne
diflipe le nuage qui
ferai que vous voir, fans pouvoir vous parler
Je tàcherai du moins de
de mon amour.
lettre, fi les yeux
vous faire donner cette
fe
multipliés de cet infatigable argus ne
collent pas fur vous."
Je vais donc vous voir, divine Mimi!
fixer les vôtres !
lies yeux vont pouvoir --- Page 337 ---
J'y lirai le retour du tendre amour que
lire dans les miens ! quel
vous pourrez
délice ! Mimi, il en eft cependant un autre
quile furpafleraits ce ferait celui de vous
voir, de vous entretenir en liberté, de
palfer quelques infans près de vous. Charmante amie, ne touche-t-il donc pas votre
être aufliindifferente ! Il ferait
coeur , peur y
le véritable
fi aifé de nous le procurer !
connut-il jamais d'entraves : C'eft
amour
lui, oui, c'eft lui qui fait les plus grands
miracles du monde. Puiffe-t-il me procurer
le doux inftant de vous dire & de vous
prouver combien je vous adore !
LETTRE LXXIX
De Mimi à Sylvain, 3 du 5 de mars
1775.
Uwe vilite imprévue que Maman & Sylvie
à faire à Mme, *** 2 me donne
ont eu
écrire encore cette lettre s .
l'occafion de vous
vous être remile
qui ne pourra cependant
que demain.
lui qui fait les plus grands
miracles du monde. Puiffe-t-il me procurer
le doux inftant de vous dire & de vous
prouver combien je vous adore !
LETTRE LXXIX
De Mimi à Sylvain, 3 du 5 de mars
1775.
Uwe vilite imprévue que Maman & Sylvie
à faire à Mme, *** 2 me donne
ont eu
écrire encore cette lettre s .
l'occafion de vous
vous être remile
qui ne pourra cependant
que demain. --- Page 338 ---
Des événemens nouveaux font
la traverfe de mes projets
venus à
plongar dans la tciftelfe.
fatteurs > & me
Hélas !
donc
n'aurais-je
jamais u1l inftaitt de bonheur ! Je
n'ofe plus l'efpérer, il faur y renoncer.
Sans l'extrême confolation de
& la crainte de vous défoler
vous voir,
à un rendez-vous
en manquant
que je vous ai moi-mème
donné, je vous jure, > cher ami,
n'irais point chez Magdelaine
que je.
me l'étais propofé. Mais
comme je
leur de
ce ferait une douplus - à nos coeurs > & ils en
rant déja
ont
Il faut vous dire
ce matin
qu'après mon billet de
parti , maman a reçu une lettre
encore d'un jeune Quarteron dece
qui me demande
quartier,
preffamment en mariage.
Caété, comme ce fujet eft toujours, celui
d'une grande querelle, tant de la
de
Maman, que de mes
part
dent fi bien fr
faurs, qui la feconce point, On a mis au
jour tous les reproches du préfent
paffe, & votre nom n'a
& du
miere fcène. La
pas été à la derlettre du jeune homme était
accompagnée --- Page 339 ---
accompagnée d'une de mon pere qui a
achevé de me percer le caur. Ils me font
tourner l'efprit.
Mais, cher ami, n'y a-t-il pas moyest
de concilier en même tems n10S voeux &
les vues de mes parens ? Ils ne celfent de
me repréfenter le tort que je fais à Fany
Qu'efpéres-tu, me difent-ils, fur un caeur
ou elle régne aufli fouverainement ?. -
Cette idée m'accable - > me déchire Voudrais-je enlever à cette femme eftimable un
bien dont la perte > en pareil cas, me coûterait la vie Mais vous, s avez-vous la
dureté de lui porter le coup funefte
Tout le monde s'accorde à dire qu'elle le
mérite fi peul.. Non, confervez-la, confervez-lui la vie, aimez-la Ah! que ce
fujet a coûté de Jarmes & de tourmens à
vous aime ! Je ne
mon coeur depuis qu'il
m'en
mais on
vous en auraisjamais parlé...
fait fentir la nécellite il y a long-tems
Fany vous eft attaché des fruits
que
cimenté... ne lui
de cette union l'ont
facridéchirez pas le coeur, , factifiez-moi, fera
fions-nous... Soyons jultes ; la vertu
notre récempenfe.. Ne nous en aimons
Tome II,
n
de tourmens à
vous aime ! Je ne
mon coeur depuis qu'il
m'en
mais on
vous en auraisjamais parlé...
fait fentir la nécellite il y a long-tems
Fany vous eft attaché des fruits
que
cimenté... ne lui
de cette union l'ont
facridéchirez pas le coeur, , factifiez-moi, fera
fions-nous... Soyons jultes ; la vertu
notre récempenfe.. Ne nous en aimons
Tome II,
n --- Page 340 ---
7+
moins ; vous favez que mon amour eft
pas
dans.mon ame
gravé trop profondément l'en effacer, ni
pour que je puilfe jamais
veuun autre : mes parens
en introduire
je m'établiffe ; moilent abfolument que le dois autant à mon
même je fens que je
crains
devoir qu'à mon pere fur-tout que je
de délobliger.. Mon corps paffera dans
tant d'autres bras ; mais ce coeur > vous l'avez
reftera jufqu'à ma mort...
toutentier , ilvous
vous
elle ne tardera pas de venir... Fany
confolera, elle mérite ce bonheur
Quil m'en coûte de vous tracer ces
choles ! & qu'il en coûte bien plus encore
d'y
! que le, fort me
à mon coeur
fonger! la
de mes
traite cruellement ! que tyrannie ! le fort
m'eft en averfion ! Hélas
parens
d'une rivale femble les intéd'une autre,
le mien! Je fuisabandonnée
relfer. plus que
Sans vous, Sylvain,
de tout au monde.. fouftraire à tant de maux, >
je faurais bien me
fucfous le poids- defquels mon courage renoncer
combe. Mais ne plus vous voir!
Ah!
à vous & vous favoir exiltant mèlez
votre malhemieufe amante 5
plaignez larmes, au moins de pitié, à
quelques
celles qu'elle veile en ce moment... --- Page 341 ---
le bonheur eft précaire ! Il 1 n'y avait
Quel
heures que je venais de nager
que quatre la
douce elpérance e > & elle eft
dans
plus
les plus déchiauffi-tôt empoilonnée par
avoir:
rantes penfées qu'on puille jainais douce
Mon ame était dans I'attente d'une
jouilfanee, & la voilà plongée dans toutes
Ce qui redouble mes dou-.
les amertumes.
vous les partaleurs, c'eft de penfer que
la
Demain vous deviez lire
joie
gerez.
la
dans mes yeux, & vous n'y verrez'que dans
défolation Sylvain, j'ai la mort
le caeur > vous feul_y vivez
LETTRE LXXX
Dc Sylvain à Mimi, du 6 de mars
1775.
3aai palfe la nuit à rèver au doux
moment de vous voir, elle m'avait paru
Giecle
dans l'impatiençe des delirs
un
vifs paffé j'étais arrivé chez Mme, L.
les plus
;
! Vous pai
Que de plaifir je me promettais
délire
de moi, mes
raiflez, s- le
s'empare
fe troublent, mon, ame fotte dans
yeux
DE
du 6 de mars
1775.
3aai palfe la nuit à rèver au doux
moment de vous voir, elle m'avait paru
Giecle
dans l'impatiençe des delirs
un
vifs paffé j'étais arrivé chez Mme, L.
les plus
;
! Vous pai
Que de plaifir je me promettais
délire
de moi, mes
raiflez, s- le
s'empare
fe troublent, mon, ame fotte dans
yeux
DE --- Page 342 ---
un fleuve de douceurs. Je vole à
vous offrir la main, je la touche... vous pour
s'allume dans toutes mes veines.
le feu
cette main que je ne voudrais
Je preffe
un feul inftant ; elle ferre la jamais quitter
mon être eft électrifé, & mienne, tout
embrafemént univerfel.
je fuis dans un
d'amour
Dieu ! qu'il faur
pour cacherqu'on aime fant!
bien il en coûte pour fe contraindre Comtel point ! Quels combats terribles à un
l'amour & l'obéiffance!
entre
Ah ! Mimi, quelle
quels cruels efforts!
épreuve ! je ne
plus voiler mes
pouvais
était trop forte, tranfports, J'étais
mon émotion
dans un
qui mettait le comble au défordre faviffement de
ame. Je n'ofais fixer ces
mon
tant defiré de voir il
yeux que j'avais
n'y avait
tant. Je
qu'un infciel! m'eforee, je leve les miens.. 0
quapperçois-ie: les vôtres font humides, &c une fombre mélancolie eft
due fur cette phyfionomie
répana
Toutes mes idées fe bouleverfent enchantereffe,
penfées délicieufes font place à
5 mes
anxiétés, elles defcendent
toutes les
mon ame, &j'en fuis
en foule dans
anéant La foudre
n'opere pas un plus prompt effet
fyscefiop de ma joie à mon
que la
chagrin, --- Page 343 ---
Je n'étais encore qu'au
coup inortel qui devait me preffentiment du
que j'éprouvais tant de frapper, Tandis
remettait à Caimant la douleur, fatale
Pyram
vous m'avez écrite après le billet lettre que
pellait à un rendez - vous
qui m'apcombler de tant de féliciré. qui devait me
avez-vons
Quelle lettre!
aufli
pu, Mimi, l'écrire à un amant
paflionné & aufli fincere ? Vous
que vous m aimez, & vous me parlez dites
cepter un mariage qu'on vous
d'accomplaire à vos parens ! Elt-ce propofe, pour
langage de Mimi, de
bien la le
de ce coeur tendre & cette adorable fille ,
pure, élevée,
délicat, de cette ame
toujours ! M'éctire quis'étair donnée à moi pour
heures
fi tendrement quatre
fein aufli avant, pour enfuite me percer le
cruellement!
Vous ne vous marieriez,
pour contenter VOS
dites-vous, que -
m'ôter le bonheur, parens ! Quoi, s'ilf fallait
des parens durs
m'arracher la vie pour
Ah, Mimilquel > injuftes, vous le feriez à
vous donc oublié changement affreux! Avezjuré de m'être fidelle fi-tôr, qne vous m'avez
Tavez oublié,
toute la viez.Si vous
fouvenez-vous du moins que
D; 3
ieriez,
pour contenter VOS
dites-vous, que -
m'ôter le bonheur, parens ! Quoi, s'ilf fallait
des parens durs
m'arracher la vie pour
Ah, Mimilquel > injuftes, vous le feriez à
vous donc oublié changement affreux! Avezjuré de m'être fidelle fi-tôr, qne vous m'avez
Tavez oublié,
toute la viez.Si vous
fouvenez-vous du moins que
D; 3 --- Page 344 ---
la veille que vous irez àl aléglifesj'en mourrai
de douleur & de défefpoir..
Cruelle penfée qui ne fortira plus de mon
ame déchirée
Mimi ! & c'eft vous. qui
avez pum'écrire ainfi ! Ah ! diflipez
tement mes allarmes, fi ma vie vous promp- intérefle. Faites plus, jurez-moi de nouveau
que tant que je ferai au monde vous
vous marierez pas. Me refufer cette > ne
mefle, ce ferait me refufer la vie même... proVotre lettre me tue ; & vous ofez dire
encore que vous ne m'onblierez jamais !
Vous pourriez vous marier, vOuS pourriez..
ciel! quelle horrible penfée!
que m'avezvous appris là, Mimi A quel affreux
fupplice vous venez de me livrer! vous me
parlez de Fany La reconnaiffance m'attache à elle autant que deux enfans chéris;
mon caeur n'eft. point fait pour vivre du
poifon de l'ingratitude : je dois la vie deux
fois à Fany je.lui dois les douceurs de
la paternité... Ah! fi vous les connaifliez ,
Mimi, ces fentimens irréfiftibles de la nature Mais empéchent-ils ceux
m'avez infpirés? Je vous aime
que vous
lâtrie
jufqu'a l'ido-
; vous ne pourriez révoquer cette --- Page 345 ---
Je votis aimerai toute
vérité en doute..
difnulle autre ne pourra vous
ma vies
vous avez fubjugué &
puter ce cccur que
fixé. J'eftime Fany, je refpecte fes mceurs s
fa conduite ; j'admire fes fentimens : mais
vous aime à l'adoration. En pourriezje
le facrifice de tout
vous exiger pour preuve
conftitue Thonneur 8 la délicatefle?
ce qui
d'ame m'eft trop conNon; vrotre grandeur
le
Vous ne défapprouverez
nue pour penfer.
f bien
pas une eftime & une reconnaiffance
dues, & vous jouirez d'un amour pur qui
n'eft que pour vous.
Il n'eft point étonnant que vOS parens
cherché à vous donner des foupçons
ayent
en vous affurant qu'une
fur mes fentimens,
mais
rivale poffede uniquement mon cceur ;
illedt qu'une perfonne d'elprit comme vous
ait donné dans leur piége groflier. Et ce
font de tels parens que vous voulez ménager ! Ils veulent nous percer le fein, &
vous cherchez les moyens de concilier nos
voeux avec leurs criminelles vues ! Mais
Mimi, me tenir un tel lanpouvez-vous >
gage ? Je pourrais vous, voir à un autre s
de fa
partageant fes plaifirs, > dépendante
D 4
ur ;
illedt qu'une perfonne d'elprit comme vous
ait donné dans leur piége groflier. Et ce
font de tels parens que vous voulez ménager ! Ils veulent nous percer le fein, &
vous cherchez les moyens de concilier nos
voeux avec leurs criminelles vues ! Mais
Mimi, me tenir un tel lanpouvez-vous >
gage ? Je pourrais vous, voir à un autre s
de fa
partageant fes plaifirs, > dépendante
D 4 --- Page 346 ---
8ovolonté, & je pourrais encore...
vous avez enfoncé le poignard Cruelle!
caur, dans ce coeur où vous régnez dans G mon
ablolument, qni vous chérit fi tendrement
fuis perdu. Cette
: je
fang
penfée va me briler le
à
julqu'à votre réponfe > qui va décider
jamais de mon fort..,
Vous dites que je fis gravé
fondément dans votre caeur
trop proautre puiffe y entrer; ah! f cela pour eût qu'un
m'auriez-vous
été,
pu porter de fi terribles coups?
Penfe-t-on à paffer dans d'autres bras
on aime vraiment P
quand
dites plutôr
Dites, cruelle, 3
le vain
que Vos parens n'en font que
fenfible prétexte, & que votre coeur eft
aux foins du jeune homme...
Mimi ! de grace, tirez-moi
Ah,
dent
ce charbon arqui me dévore; arrêtez le
de
Çe mortelpoifon qui circule dans mes Frogrès veines.
Hélas ! fijoyeux hier, & être frapré aujourd'hui d'un tel coup 6
Mais d'ou vous eft venu une telle idée
Vous m'avez toujours facrifié tous vos afpirans, vous m'avez envoyé leurs
& vous ne me nommez feulement lettres, >
pas --- Page 347 ---
8r
celui-ci... Non, perfide,
pas abufer de ma crédulité; non, ne croyez
pas les autres
vous n'aimiez
Il
> & ce dernier vous
vous plait O mort!
plait.
à porter tes derniers
que tardes-tu
il n'eft plus rien coups ? Viens, viens;
Mimi en aime
qui m'attache à la
plus douter;
un aurre je n'en faurais vie,
; la rage me dévore
LETTRE
LXXXL
Du même 2 la mâne, du 8 de
mars
1775.
Tusinan avoir
& je ne l'ai
une réponfé de vous s *
pas Fédalie
je vais ce foir, je pourrai m'affare que f
rai-je y manquer ! Mais vous voir, Pourun tel bonheur
puis-je compter far
l'air répandu fir votre après votre lettre, , après
de mon malheur! ! Si vifage, cette fentence
dant, fi je
je vous voyais
vous
cepenintérefferais-je à parlais > peut-être vous
jureriez- vous
mon fort ; peut-être me
pour toujours de ne
fonger au maringeu.
jamais
Que le véritable
amour coûte cher quaga
D:;
quer ! Mais vous voir, Pourun tel bonheur
puis-je compter far
l'air répandu fir votre après votre lettre, , après
de mon malheur! ! Si vifage, cette fentence
dant, fi je
je vous voyais
vous
cepenintérefferais-je à parlais > peut-être vous
jureriez- vous
mon fort ; peut-être me
pour toujours de ne
fonger au maringeu.
jamais
Que le véritable
amour coûte cher quaga
D:; --- Page 348 ---
S2
il n'eft pas partagé! Votre derniere
m'a tue ce mille mnorrs ; ou
lettre
m'aliwe a toutcs les furies del l'enfer. plutét elle
Ih cn corrmui toute la nuit, &
Elles
jin
oux G enflaminés,
ce matin
o.ti de ia chambre,
que je ne puis
d'ehjécris à peine.
Quej'ai de chofes à vous dire, &
me faura:s vous exprimer dans
que je
La vôtre, Mimi,
une lettre !
eft
va m'arracher la vie. Il
queftion de vous marier, & vous
e ditespas avec qui Dès qu'un homme ne
fe.préfentait à vous, non-feulement
me le nommiez, mais vous vous
vous
fiez à m'en faire le facrifice. Cette emprefvous
m'en taifez le
fois-cis
de
nom, & vous parlez
l'accepter Ah, Mimi! vous
vous rendre efclave de quelqu'un pourriez
plaire à VOS parèns
pour comdraient
> qui ne vous en tienaucun compte-; & vous leur facrifieriez votre bonhenr, & celui de votre
véritable amant à ce prix
Si vous m'aimez comme vous dites ;
Mimi, Gi mon repos vous intéreffe, 6 ma
vie vous eft chere,
en conjure, hâtez-vous hatezvous., je vous.
de m'affurer, de
mejurer que vous ne vous marierez jamais --- Page 349 ---
Mais ne me
fans mon confentement
l'aviez-vous pas déja juré? n'y comptais-je
?
fondais-je pas mon bonheur >
pas n'y
m'aviez aimé, auraisvotre félicité ? Si vous
ce ferment qui faifait
je eu à vous rappeller
le repos de mes jours? Non, vous ne
n'aimiez point ; vous en aimez un autre s
cherchez qu'à voiler le motif
& vous ne infidélité fous le vain prétexte de
de votre
votre déférence pour VOs parens. Et quand
leur volonté en ferait la
ce refpect pour ferait-il moins vrai qu'il
vraie caule > en
moi ?
ne l'emportit fur votre, ameur pour
Or, qui ne fait pas que le véritable amour
far toutes les confidéne l'emporte toujours
rations du monde ? Ah ! que ne pouvezvous favoir le tourment quej'endure depuis
j'ai lu cette fatale lertre ! Vous ne
que
pourriez vous empêcher de me plaindres
vous feriez plus, vous vous emprefferiez de %
me tirer de l'enfer oû je fuis depuis hier.
J'envoie Caimant avec toutes Ies recommandarions de m'apporter un mot de réponfe de votre part : me la xefuferez-vouss
Mimiz
D 6
rations du monde ? Ah ! que ne pouvezvous favoir le tourment quej'endure depuis
j'ai lu cette fatale lertre ! Vous ne
que
pourriez vous empêcher de me plaindres
vous feriez plus, vous vous emprefferiez de %
me tirer de l'enfer oû je fuis depuis hier.
J'envoie Caimant avec toutes Ies recommandarions de m'apporter un mot de réponfe de votre part : me la xefuferez-vouss
Mimiz
D 6 --- Page 350 ---
LETTRE LXXXIL
Dur mème ila mâme, mâme datc.
CaiMAxT arrive, &il n'ap pas pu pénétrer
julqu'a vous. Mes tourmens
je fuis au dernier fupplice. Il augmentent, 3
qu'un efpoir; Fédalie allure ne me refte
verrai ce foir: cela ferait-il que je vOuS
bien
Oh, non ! le fort me traite trop mal pofible!
ofer attendre ce bienfait de lui.
pour
J'avais tant de douceurs à vous
a vous l'écrire ! Que puis
aimer,
vous dire fivotre cacureft
-je déformais
Je n'avais
occupé d'un autte 2
de
pas eu encore le bonheur infini
converfer avec vous, Vos graces,. votre
beauté, votre elprit, VOS manieres, votre
éaradere, m'étaient inconnus ; &
danr je vous aimais à l'adoration.
cepensonc rant de charmes de
Combien
plus doivent
menter un amour porté déja à imn f haut augdegré? Maisj'ai fenti que tout cela
fait que le flatter de
n'aurais
gue le vôtre, fans
pofféder un coeur tel
pouyoir rien ajouter à
fer avec vous, Vos graces,. votre
beauté, votre elprit, VOS manieres, votre
éaradere, m'étaient inconnus ; &
danr je vous aimais à l'adoration.
cepensonc rant de charmes de
Combien
plus doivent
menter un amour porté déja à imn f haut augdegré? Maisj'ai fenti que tout cela
fait que le flatter de
n'aurais
gue le vôtre, fans
pofféder un coeur tel
pouyoir rien ajouter à --- Page 351 ---
des fentimens
85,
peut-être
qui étaient à un point
jamais homme les
of.
C'eft de cet état de
pouffa.
faction,
bonheur, de
> de gloire même,
fatisprécipitez dans les
que vous me
Tandis que j'attribuais abymes du défefpoir !
à la contrainte &
votre air de triftelfe
m'ouvrir un
au regret de ne
coeur rempli
pouvoir
une lettre devait me tirer d'amourpours moi,
faifait mon bonheur
d'une erreur qui
j'en mourrai...
Oui, Mimi,
II n'eft plus de
oui,
moi, je fais anéanti..
repos pour
En arrivant ici je trouvai
dinerent avec moi. Ils
MM 3 qui
pliment
me firent le comfi fombre. qu'ils ne m'avaient jamais. trouvé
triftes
J'eus beau vouloir chaflér
réflexions > en me
mes
image chérie qui réjouiffait rappellant cette
cceur avant ce
f bien mon
phylionomie jour, en me rappellant cette
de dévorer adorable que; mesyeux venaient
poflible de avec feindre avidité, il ne me fir pas
Toujours l'idée
même un air de gaité.
venait
accablante du
me replonger dans le néant mariage le
douloureux.
plus
On ine pria de jouer un air de violon
--- Page 352 ---
S'elfayai fucceflivement tous ceux qui pouvaient jadisplaire à mon goût, jen'y trouvai
plus qu'une fadeur infipportable, & il me
fallut quitter Yinftrument fous prétexte que
le mauvais tems le faifait crier.
Ah ! Mimi, je fens que je n'exifte plus;
je ne vivrai plus jufqu'au moment heureux
que vous prononcérez elairement que vous
ne vous marierez jamais Vous craignez,
dites-vous, fur-tout votre pere : il a donc
changé bien vite ? Magdelaine m'avait dit
qu'il vous aimait tant! Mais cette crainte
eft donc plus puiffante dans votre caeur que
celle de me caufer la mort? Et vous vouvous m'aimez ! Si
driez me perfuader que
vous voulez que je vous croie, changez
donc de langage. Vous feriezà un autre, &
vous voudriez que je me crufle aimé! Je
pourrais, fans inourir mille fois,. voir paffer
dans d'autres mains un tréfor auque! je ne
voudrais pas qu'aucun autre au monde touehât! ! Et vous pourtiez livrer à un autre
un bien que je mets au-deffus de ma vie >
& que vous aviez juré de me conferver
toute votre vie! Et c'eft-là ce que vous
appelletiez. aimer? Non, Mimi, ne vous
voudriez que je me crufle aimé! Je
pourrais, fans inourir mille fois,. voir paffer
dans d'autres mains un tréfor auque! je ne
voudrais pas qu'aucun autre au monde touehât! ! Et vous pourtiez livrer à un autre
un bien que je mets au-deffus de ma vie >
& que vous aviez juré de me conferver
toute votre vie! Et c'eft-là ce que vous
appelletiez. aimer? Non, Mimi, ne vous --- Page 353 ---
vous n'aimez
abufez pas plus long-tems,
point votre amant 5 vouts ne balanceriez pas
un feul inftant à lui accorder une grace qu'il
n'eit dû jainais avoir à vous demander.
LETTRE LXXXIIL
Du même à la même, du 9 de mars
1775.
A peine eft-il jour, que je vole à ma
plume, cette faible mais complaifante interprète de mes peines. Comment pourraitelle jamais! les tracer toutes ? Jamais on n'en
éprouva tant; il faudrait une nouvelle langue
pour les exprimer.
Mettez-vous, Mimi, pour un moment;
à la place de votre. malheureux amant, de à
qui vous aviez fait donner T'efpérance de
vous, voir,i1 lui qui avait tant d'intérèr
vous parler & de vous entendre, n'ayant
avoir de réponfe fur le point le plus
pu important pour fon cceur ; voyez-le partir
de chez lui dans la Aatteufe efpérance de
voir le cher objet de fes adorations, bràlant-du defir de lui entendre lui rendre --- Page 354 ---
fon bonheur; figurez-vous aéluellement
fituarion de fon ame lorlqu'il
la
cet objet chéri eft au lit, fouffrant apprend que
n'aurez encore qu'une très-faible : vous
la douleur qui s'eft
idée de
être. La triftefle la emparée de tout mon
la plus douce
plus noire a fuccédé à
j'ai tombé dans elpérance; Tanéantiffement pour mieux dire,
total.
Non, rien ne peut exprimer tous les
regrets dontj'ai été
je, voilà la demeure déchire.Voill, de
me difaisqu'une cloilon
Mimi ; il n'y R
entre elle &
ne la verrai pas 4 elle fouffre mci, & je
peut-étre la
&
: jen fuis
confoler,
caufé,
je ne puis l'aller
l'amour 3 lui porter mes foins, ceux de
! Ah, Mimi! quel moment cruel!
quel coup mortel pour un homme
fionné que à moi! ! jamais je n'en aufli pacpareil, &
effuyai un
le'r reffentir ilnya.que dans
mon coeur qui puifle
toute fa dureté.
triftés réflexions m'ont affailli à la fois Que de
Cet état de perplexité !
dans
vais une forte de fatisfactionà Quelquefsisjetrofeule dans votre hit, à un
vous favoir
ne pouviez ignorer
moment oit vous
prous,
que j'étais f près de
Peut-éure, nae difais-je, elt:elle à
uyai un
le'r reffentir ilnya.que dans
mon coeur qui puifle
toute fa dureté.
triftés réflexions m'ont affailli à la fois Que de
Cet état de perplexité !
dans
vais une forte de fatisfactionà Quelquefsisjetrofeule dans votre hit, à un
vous favoir
ne pouviez ignorer
moment oit vous
prous,
que j'étais f près de
Peut-éure, nae difais-je, elt:elle à --- Page 355 ---
à fon malheureux amant Cette
penfer Aattait d'autant plus, que Fédalie
idée me
Tinftant avant de vous
m'avait alluré que
chargée de dire que
coucher > vouslaviez vraie peine de ne pouvous reffentiez une donc fongé à moi,
voir me voir. Elle a
n'écriai-je avec tranfport! !
lueur de joie était bientôt
Mais cette le fouvenir de votre mal, &
obfcurcie par malheur. Vous aviez beaucelle de mon
aviez la fievre & mal
coup pleuré, vous
à moil..
à la tête 5 était-ce par rapport auriez-vous
Mais fi vous ne m'aimiez pas, > caufe donc
à répandre des larmes t.Je vous
étaient
des maux ! Ces penfées
du chagrin,
quelque efpoir;
prètes à me faire éptouver derniere lettre
mais le fouvenit de votre
réflexions
venait les empoifonner par les
ameres, par mille inquiétudes conles plus
de mariage, de parens >
fules. Ces mots
fortir de mon
de complaifance, ne peuvent feu
me brâle
efprit; c'eft une trace de
qui
continuellement. Vous marier! y avez-vous
bien penfé, Mimi ! avez-vous pu tracer de
accablant, affommant? Ily a
ce mot
quoi en mourir. --- Page 356 ---
Encore fi j'avais pu vous voir, vous
douleurs déchirantes; vousm'auconter mes,
vous auriez diflipé
riez lûrement confolé s
de recruelles allarmes en me jurant
mes
toujours au mariage. J'attends
noncer pour
que rien
avec une impatience
cette promelfe
Fédalie de vous préven'égale. J'ai chargé
j'irai ioi-mème demain vous porter
nir que lettre; de vous prier , au nom d'un
cette
avoir quelque charme pour
amour qui parut
de me
vous, au nom de mes fouffrances,
le bonheur de vous voir, de vous
procurer
feul inftant. Pourriez - vous
entretenir un
d'où dépend mon
me refufer cette grace
encore tout
repos 2 Si votre fanté retenait
donnez
de vous, au moins
ce mondeauprès
me remettre.
un mot de confolation pour
Le prétexte du fommeil, dent vous pouvez
àvoir befoin, peut vous en fournir l'occafion. Et f l'amour n'eft point banni de
fi vous penfez encore à votre
votre coeur,
faurez-vous pas trouyer
tendre amant > ne
l'inftant de lui dire un feul mot?
ore tout
repos 2 Si votre fanté retenait
donnez
de vous, au moins
ce mondeauprès
me remettre.
un mot de confolation pour
Le prétexte du fommeil, dent vous pouvez
àvoir befoin, peut vous en fournir l'occafion. Et f l'amour n'eft point banni de
fi vous penfez encore à votre
votre coeur,
faurez-vous pas trouyer
tendre amant > ne
l'inftant de lui dire un feul mot? --- Page 357 ---
LETTRE LXXXIV.
môme à la mêmc, du IO de mats
Du
1775.
IL nem'a donc pas été pofible ni de vous
voir,-ni d'avoir un mot de votre main!
votre mal ef ceflé. Je fais qu'on
cependant lans ceffe les yeux far vous, mais un mot
a
fi difficile à jetter à la dérobée fur
eft-il
N'avez-vous pas trouvé l'inftant
une carte? à Fédalie : En fallait-il davantage
de parler dire
écrit que vous m'aimez
pour me
par toujours à moi? Mais
& que vous penfez
& oà veut-e'le.
où va donc votre Maman,
c'eft-au
emmener 2 Fédalie dit que
vous & encore en quelqu'autre part, ne
Cap,
vous laiffer oà elle ne fera pas.
voulant Mimi plus ! que vais - je devenir fi vous
An, fans que je vous voie, ou que vous
partez
confolation ! De grace,
m'écriviez un motde
moijulqu'au
@ vous n'avez pas perdu pour
fentiment de la pitié s Mimi , prétextez diftoujours quelque caufe qui puiffe vous
d'aller loin de moi. Une demi-lieue
penfer --- Page 358 ---
ROUS fépare déja; ce court
prouve que trop ce qu'en ferait elpace ne me
grand, par les obftacles
un plus
defirs. Chere maîtreffe, qu'il met à mes
paffer plus d'un
dès qu'il s'agira de
jour hors de chez vous
feignez une indilpofition
>
fortir. L'ablence de
pour n'en pas
cette
longe mes ennuis,
Maman, qui proune occafion
ne peut que nous être
favorable
Mais quel droit e ai -je de
vos goûts? Peut-être
vouloir génés
de vous
feriez-vous charmée
promener, de revoir la ville
Cap, vos connaillanices..
du
Vous
pas plutôr quel les adorateurs
n'y ferez
vous
reront, e
Si au moins j'étais
entouvous ! Quand viendra le
auprès de
poflédant, je
tems ou, vous
de vous
pourrai goûter le bonheur
voudriez accompagner par - tout où vous
aller Il viendra,
tant fi defiré de mon
cet inf
n'en doutons
cceur, il viendra,
tant de
pas. La nature n'a pas mis
rapports entre nos
pas les
ames, pour ne
rapproçher un jour;
cera mes vacux > il unira notre l'amour exauil a déja uni nos
fort comme
caeurs...
Hélas ! pourquoi
faut-ailque malgré ces
vous
pourrai goûter le bonheur
voudriez accompagner par - tout où vous
aller Il viendra,
tant fi defiré de mon
cet inf
n'en doutons
cceur, il viendra,
tant de
pas. La nature n'a pas mis
rapports entre nos
pas les
ames, pour ne
rapproçher un jour;
cera mes vacux > il unira notre l'amour exauil a déja uni nos
fort comme
caeurs...
Hélas ! pourquoi
faut-ailque malgré ces --- Page 359 ---
réflexions, dont
confolantes ; ces agréables
être
Tefpérance me berce, > je ne puiffe pas
tranquille ! Je vous avoue > Mimi, que
d'envie de vous entendre dire que
je meurs
abfenterez point du quartier
vous ne vous fur-tout > que vous ne vous
fans moi, &,
Cette promelle diflipemarierez jamais... d'inquiétudes qui viennent
rait un million
flatteufes chimeres.
toujours ttoubler ces
à trouver une
Nous avons tant de peines
encore
occafion de nous voir, auriez-vous
de
l'indifférence de nous en faire manquer
D'ailleurs, qu'iriez-vous faire au
G fûres ?
tendre amant, s'il vous eft
Cap fans votre Vous rencontrerez > fans
encore cher-?
mais faudes adorateurs,
doute, par-tout
moi? Seront-ils
ront-ils mieux aimer que
le vôtre ?
même dignes d'un coeur comme Alatter ? Sauvous
Leut cour pourrsit-elle
moi tout ce
ront-ils apprécier mieux aura-t-il que
pas que
que vous valez a N'y
les attireront?
votre âge & votre figure qui auriez-vous la
Quand cela ne ferait pas, véritable, que
eruauté de défoler un amant tendre retour ,
yous avez déja Aatté d'un
languit dans tous les inftans qu'il
& qui
galle loin de vous : --- Page 360 ---
Ah, Mimi! ! que j'ai beloin d'être raffiré fur tout cela ! Quejai befoin de confolation de votre part, après une lettre
votre derniere : Que mon fort
telle que
de vous ! Votre empire far
eft dépendant
aucune borne. Que yous
tout mon être n'a
vous adore
aurez pitié de ce ceur qui
le
comme fa premiere divinité ; que vous
plaindriez fi vous pouviez imaginer jufqu'à
vous l'aviez afflige, & dans quel
quel point
ce mot attérant de votrel lettre!
étatlaplongé
l'oublier, l'effacer de
Je voudrais pouvoir
malgré
mon ame, & il me revient toujours
moi. Comment être infenfible à une penfée
la plus aimable perfonne
qui me repréfente s'eft dite fenfible à mon
de la terre, , qui
de
à tomber en la poffeflion
amour, prète
beau
je n'ole
xout autre ? Fédalie a
dire, mari ferait
plus me Aatter de rien. Votre
il
yetre maitre, tout ferait dit pour moi, défef
faudrait expirer dans le plus affreux
poir. Car, en fuppolant que vous m'aimacfiez encore, comment pourrais-je me faire
à certe idée déchirante, comment oublier
autre jouit du bonbeur de vous pola
qu'un féder, de polfeder des appas qai deyraient
être toute votre vie le prix du plus paf:
ait
plus me Aatter de rien. Votre
il
yetre maitre, tout ferait dit pour moi, défef
faudrait expirer dans le plus affreux
poir. Car, en fuppolant que vous m'aimacfiez encore, comment pourrais-je me faire
à certe idée déchirante, comment oublier
autre jouit du bonbeur de vous pola
qu'un féder, de polfeder des appas qai deyraient
être toute votre vie le prix du plus paf: --- Page 361 ---
fionné & du plus conftant amour qui fut
jamais 2
feule m'anéantit... Ah!
Cette penfée
voir
defi jétais certain de vous
jamais
de
de paffer
venir
l'époufe
quelqu'autre,
d'autres bras que les miens, dès cet
dans même le défefpoir & la rage me
inftant
le fang dans les veines. Non,
glaceraient
- vous n'enMimi, vous ne verriez plus >
tendriez plus parler de votre amant, percé
les coups les plus terribles; & fa
de tous bien de peu de tems > vous excimort, en
des regrets & des remords..
terait peut-être
d'aufli cruelles
Par pitié, diflipez au plutôt
craintes. Pourquoi faut-il que vous les ayez
méléesà ces tendres > à ces Aatteufes expref ! Ma
fions dont votre lettre était remplie
fatisfaction était extrême ; je me perfaadais
m'aimiez,
vous me feriez fique vous
que m'en aviez donné la
delle, comme vous
finis par trouver ce
douce efpérance, & je
mortel corredtif! Iln'eft point de coup aufli
attérant. Chaque trait en parait un feu
dévorant qui me paffe au caeur, de-là dans
toutes les veines, La plus douloureufe fenfation s'en ett répandue dans toute mon
ame. Depuis cet inftanit je ius çomme un --- Page 362 ---
poffedé 3 je n'ai point de pofition fupportable 5 je ne puis refter en place qu'en vous
éctivant. Sijene craignais de vous déplaire,
j'irais me jetter à vOs genoux > vous demille
anander la fin de mon tourment, pire
celui des- damnés. Permettez - lefois que
moi au moins, fi vous ne pouvez m'écrire. elle
Votre Maman fit-elle une tigrefle >
aurait pitié de moi.
LETTRE LXXXV
Du même à la mêmes du 13 de mars
1775.
fur lequel
Voier encore un jour, Mimi,
fonder un faible efpoir de vous voir.
j'ofe
trompé : L'amour exauSera-t-il encore
je ne ceffe de lui
cera-t-il les prieres que
A-t-il fixé
faire de m'être enfin propice :
de mon bonheur, de ma félicité s
l'époque Mais ne ferait-ce pas une trop
à ce jour?
d'un coup? Etre aimé
grande faveur tout
dire dans les plus
de Mimi, fe Y'entendre
n'eftgendres & les plus aimables lettres,
d'abord allez pour yn mortel, pour
s pas
le
-il encore
je ne ceffe de lui
cera-t-il les prieres que
A-t-il fixé
faire de m'être enfin propice :
de mon bonheur, de ma félicité s
l'époque Mais ne ferait-ce pas une trop
à ce jour?
d'un coup? Etre aimé
grande faveur tout
dire dans les plus
de Mimi, fe Y'entendre
n'eftgendres & les plus aimables lettres,
d'abord allez pour yn mortel, pour
s pas
le --- Page 363 ---
le foutenir contre.) les peines de l'ablencer
Maisquipeutles ostliergendalanvenoent
-d'un tel objet 2 Ne renourellent-elles pas
à chaque inftant? Non, divine maitrefle, s
rien ne peut effacer l'ennui de ne pas vous
voir,de ne pas pouvoir aller expirer, dauns
vOs bras, d'amour & de plaifir.
Je vais néanmoins me rendre chez vous
ce foir, accompagné de bien peu d'efpérance
& de beaucoup de crainte de ne pas réuffir. Il eft pourtant fi effentiel pour mon
exiltence que je vous voie! Tant que je
n'entendrai pas de votre bouche même le
ferment que je vous demande 3 je ne ferai
que végéter dans la plus trifte langueur:
Vous me dites cependant, dans la même
lettre qui m'a percé le coeur, des chufes
capables de me perfinader que vous m'aimez
affez pour ne faire que ce qui peutcontribuer
à notre bonheur commun : il n'y a que
n'eit jamais dû fortir
ce mot mariage qui
de votre plume - 2 encore moins entrer dans
votre pence. Je donnerais une pinte de mon
fang pour ne l'avoir pas lu tracé de votre
main, cette main que vous m'aviez toute
gonfacrée; il déchire fans cefTemon amea
E
Tome I, --- Page 364 ---
Efacez-le, tendre amie, empreffez-vous de
le mal que vous avez fait à un
réparer
vit
de l'efpérance de
amant qui ne
que
donnerait fa
vous poflederi un jour ,' qui
votre bonheur > pourvu qu'un autre
vie pour
La peinture queje
n'en foit point chargé.
fentimens
vais effayer de vous faire de mes
vous, yous fera juger fi je pourrais,
pour
mille fois de défelpoir & de
fans expirer
voir palfer dans d'autres
tourment, > vous
bras.
fois que je vous vis, ce
La premiere
de votre
fut au milieu de cinq perfonnes
elles
réputées des beautés du Cap;
couleur,
au delà
étaient venues vous accompagner enfemble. En
du Bac, que nous palsimes crus avoir reçu
renconrrant vos regards, je
ainfi
au coeur un coup aui m'ôra, Je pour
l'ufage de la parole.
m'efforçai
dire,
des
mais le trouble
de vous faire
politelles,
me rendit, contre ma coutume 3
oà j'étais
Les negres du Bac, s
timide & mal-adroit.
faifaient tant languir d'ordinaire >
qui me
l'eau,
eraverferent fi rapidement
quejen'eus
feulement pas le tems de me reconnaître,
mais la
J'aurais voulu vous accompagner,
'ôra, Je pour
l'ufage de la parole.
m'efforçai
dire,
des
mais le trouble
de vous faire
politelles,
me rendit, contre ma coutume 3
oà j'étais
Les negres du Bac, s
timide & mal-adroit.
faifaient tant languir d'ordinaire >
qui me
l'eau,
eraverferent fi rapidement
quejen'eus
feulement pas le tems de me reconnaître,
mais la
J'aurais voulu vous accompagner, --- Page 365 ---
m'arrèta. Je me rendis chez moi
crainte
de triftelle, dont je ne
accablé d'un fond J'eus beau chercher à
fus plus le maitre. vraie caule, il ne me fut pas
en pénétrer) la
fois quej'éproupoflible : c'eaiclapemiere
vais les effets du véritable amour.
Votre image, qui fe repréfentait continuellement à mon efprit, & toujours en
émotion pareille à celle
me caufant une
bientôt
fentie au Bac,m'apptit fois.
quejavais j'aimais enfin pour la premiere
vous voir en réalité; je tremT croyais fouvenir feul de vOS regards, qui
blais au
font capendant fi doux.
fus invité, deux mois après, 2 à pluJe
fe donnaient, entre les per
fieurs bals qui
dans le quartiers
fonnes de votre couleur s
fit allers
l'efpoir de vous y rencontrer chez m'y Mme, de
& enfin, je vous vis vehif
L... Un tremblemene univerfel me failits & le
la crainte de m'approchor de vous, combat
defir de vous parler, me livrerent un
Moi
auquel mon cacur ne put réfifter. crainte
trembler devant une jeune fille,de
! Moi redouter fes regards
d'en approcher
changement extrème dans
enchanteurs! Quel
E a --- Page 366 ---
IOO
mon caraétere ! Eh ! qui pouvait l'opérer
fi ce'n'avait été le véritable amour, quieft
toujours fuivi du refpect?
Un peu remis de ce trouble qui m'étonnait, parce qu'aucune femmè avant vous
d'un
ne me l'avait occalionné, j'avançai
incertain, & vous priai à danfer. Je
pas ne fais encore > au. moment que je vous
parle > comment je pus finir le menuet.
J'étais fur un brafier ardent, ou plutôt VOS
féduéteurs étaient deux verres qui réyeux Aéchillaient fur mon ame tous les feux de
l'amour : : j'en étais confumé.
Jek vous repris plufieurs autres fois S
danfer , & mon embarras redoublait à
mefure que j'oblervais que vous ne me
rendiez pas mes priments. J'en avais la défolation dans le coeur. Je vous vis prendre
le frere de Ninite &x Laure'; le mérite de
ce mulâtre 5 & votre politefle, furent uni
coup de foudre pour moi. Quand vous etites
fini la: contredanle, je me plaçai à VOS
côtés, mais je n'ofai vous parler que de
chofes fort étrangeres à mes fentimens,
Woumneramailiszdela; aplus profondeindité,
J'en avais la défolation dans le coeur. Je vous vis prendre
le frere de Ninite &x Laure'; le mérite de
ce mulâtre 5 & votre politefle, furent uni
coup de foudre pour moi. Quand vous etites
fini la: contredanle, je me plaçai à VOS
côtés, mais je n'ofai vous parler que de
chofes fort étrangeres à mes fentimens,
Woumneramailiszdela; aplus profondeindité, --- Page 367 ---
IOI
rence ; je me retirai plas frappé que jamais
de VOS attraits.
Depuis ce jour, il n'y avait plus pour
moi que de penfer à vous , & rien n'a
m'en difraire jufqu'à ce moment. Cette
pu hardicffe, ou pluioe cette effronterie que
j'avais auprès de toutes les fmmes, de toutes
de toutes les couleurs, >
les conditions 2
feule
clle
tomba au pied de votre
image:
faifait trembler d'amour & de refpect.
me
fut
de réfifter au defir
Il ne me
plus poflible
brûlant de vous faire connaitre ma paflion.
Cependant la tentative m'ei paraidlait chaque jour de plus en plus difficile; fans
rien
il me
ane
je vous euffe encore
dit,
blait déja que je vous avais courroucée
contre moi par des fenthmens que j'avais
femblé éprouver déja pour d'autres. Je les
abjurais au fond de mon cceur, je ne celfais
de me reprocher les premieres années de
laymalheureufe carriere oû la
ma vie, &
je
fougue de la jeuneffe m'avait précipité,
ne fais comment.
vivre fans
Je ne pouvais cependant plus
vous déclarer mon amour. Vingt fois je
montais à cheval, j'allais jufques devant
E: --- Page 368 ---
votre maifon, fans ofer m'y préfenter. Ce
que j'avais tant de fois dit en badinant &
de fi grand fang-froid aux autres
fentir que de ces defirs dont la > fans rien
uniquement dans
caufe était
mon tempéramment, me
paraiffait à votre égard fans aucun
& même fans excufe,
moyen s
je, lui déclarer les Comment, me difaisfentimens qu'elle m'infpire? Quel en fera le motif? Comment
prendre fans lui déplaire? Mais auffi m'y
ment en garder le fecret fans en mourir? come
Jene favais à quoi me décider. Comment
n'aurais-je pas été embarraffé ? c'était la
premiere fois que j'avais à parler réellement d'amour, je n'en connaiffais nile ton
ni le langage. Cependant le malheur même
de me voir condamné par vous, me
à la fin préférable à la cruelle incertitude parut
ou je vivais. Je pris la réfolution de m'expliquer par écrit. Aurais-je jamais pu le faire
verbalement ! Un feul de VOS regards m'edt
enchainé la langue & les efprits.
Vous favez le refte de cette hiftoire
fi cruelle d'abord pour moi, dont la firite
femblait me promettre le bonheur de nos
jours, & dont votre derniere lettre a failli
€
à la fin préférable à la cruelle incertitude parut
ou je vivais. Je pris la réfolution de m'expliquer par écrit. Aurais-je jamais pu le faire
verbalement ! Un feul de VOS regards m'edt
enchainé la langue & les efprits.
Vous favez le refte de cette hiftoire
fi cruelle d'abord pour moi, dont la firite
femblait me promettre le bonheur de nos
jours, & dont votre derniere lettre a failli
€ --- Page 369 ---
faire la caufe de ma mort. Hàtez - vous
donc, adorable Mini, de me tirer de cet
abyme de tourmens. Songez que I'incertitude eft le plus cruel de tous les maux.
LETTRE LXXXVL
D: Mimi à Sylyain, du 15 de mars
1775.
P.AIGxEz, mon digne ami ! plaignez
malheureufe amante ; plaignez z-la de
votre
fouffre
vous avoir fait fouffir, puilqu'elle
de vOS douleurs bien plus encore que des
fiennes, qui font cependant fi ameres. Que
cher le fatal inftant où je m'avifai
je paie écrire cette lettre mille fois défade vous
coeur!
n'ai-je pu vous
vouée de mon
Que
me"ferais
le dire la minute d'après ! que je
épargné de tourmens en tranquillifant mon
cher ami! Mais il femble que ce foit un
événemens inévitables attachés au
de ces
faut
effuyent
fort des gens, & qu'il
qu'ils tourné
malgré qu'ils en ayent. On m'ayait
la tête, je ne favais plus ni ce que je voufaifais. Les cruels! ils
lais, ni ce que je
favaient bien le-moyen de me défefpérer,
E 4 --- Page 370 ---
"104
d'égarer ma raifon! Ils m'ont percé le coetir
de mille traits empoifonnés, & ils ont
réufli à me perfader que je mérite mojns
de reproches que vous
Cependantle mal n'a pas été plutôt fait;
quej-lanefinutiufgdas fond de mon ame,
& je me le fuis reproché million de fois.
Je vous avais affligé, j'avais affligé mon
ami, un véritable amant que je chéris plus
que mon être ; j'eufle voulu, réparer mes
zortS, maisje n'en pouvais trouver l'inftant.
De défefpoir la fievre m'en a prife : ç'a
été un nouveau fujet de chagrin pour moi;
car, fous le prétexte de cette
indifpofition >
onne m'apas voulu lailferun feul moment.
C'étair l'une > c'était l'autre, & toujours
des argus. Jugez > cher ami, combien mes
douleurs augmentaient, lorlque je recevais
vOS complaintes & VOS reproches! Ah! fi
je les avais pu mériter un feul inftant,j'en
ferais morte de douleur. Mais mon coeur
n'avait en rien trempé dans ce délire de
ma tête 5 j'avais une forte de confolation.
Je vous avoue même que fi vous aviez
moins fouffert > je me ferais félicitée de
ce e mal-entendu, qui.me découvrait, fort
douleurs augmentaient, lorlque je recevais
vOS complaintes & VOS reproches! Ah! fi
je les avais pu mériter un feul inftant,j'en
ferais morte de douleur. Mais mon coeur
n'avait en rien trempé dans ce délire de
ma tête 5 j'avais une forte de confolation.
Je vous avoue même que fi vous aviez
moins fouffert > je me ferais félicitée de
ce e mal-entendu, qui.me découvrait, fort --- Page 371 ---
IO5
les replis de votre ame, & comà propos,
bien vous m'a aimez.
vous ne
pas douter
Au furplus, >
pourrez
de
de ce que je vous dis 2 paifqu'avant lettre,
vous avoir écrit cette déteftable
affitmativement rejetté la popofition
j'avais
Si vous aviez bien
du jeune Quarteron.
vous avait
pris garde à ce que ma négrefle
dit, vous auriez fenti que toute cette que- Ma
venir que de ce refus.
relle ne pouvait
laiffait entrevoir. Mais,
lettre même vous le
fortement de tout ce qu'on
préoccupée trop
pour Fany,
mavait dit de votre attachement
dis, dans le trouble où j'étais, ce
je vous
Je ne
que mon coeur ne penfait point.
fens
plus de cette femme, je
vous parlerai
jamais ni vous blâmer,
que je ne pourrais de lui ètre toujours attani vous approuver
m'en parlerez
ché J'efpère que vous ne
plus de votre côté C'eft une grace que
je vous demande
Fédalie, un peu à la hâte
J'avais chargé
il eft vrai, de vous dire d'être tranquille,
écrire
n'était ni
que j'allais vous
puifqu'il
à propos, ni poflible que nous nous vif
Es --- Page 372 ---
fions; mais, comme vous l'avez
qué, cette négreffe eft fans
remarame,
Voila, cher ami, ma
où eft la vôtre ? Avez-vous juftification; mais
je vous avais déjà juré
pu oublier que
qu'à vous? Vous
queje ne ferai jamais
n'avez donc
de
en mes fermens ? Et fi
pas
foi
une fois,
vous en avez douté
y aurez-vous plus de
une autre ? Vous avez donc confiance
que je pouvais les oublier
pu penfer
donner à un autre ! Mimi au point de me
autres bras que de
aller dans tous
vous êtes-vous
Sylvain ! Au moins
en cela bien vengé du mal
que je vous ai fait, & je ne fais
-
celui de nous deux qui doit des
quel eft
à l'autre.
réparations
Ileft vrai que, dans le
ment de défe(poir ou l'on premier mouvemalice de
avait eu la noire
contraire me plonger . > je vous écrivis le
de mes promeffes; mais ne
vous pas me rendre plus de
deviezpour impoflible
juftice, & tenir
que je puiffe
ter un pareil deffein,
jamais exécu-
, quand
pu former réellement?
mêmeje l'aurais
mon caeur &
Oà aurais -je mis
vos fentimens? votre image, mon amour &
Méchant! fachez donc une
vemalice de
avait eu la noire
contraire me plonger . > je vous écrivis le
de mes promeffes; mais ne
vous pas me rendre plus de
deviezpour impoflible
juftice, & tenir
que je puiffe
ter un pareil deffein,
jamais exécu-
, quand
pu former réellement?
mêmeje l'aurais
mon caeur &
Oà aurais -je mis
vos fentimens? votre image, mon amour &
Méchant! fachez donc une --- Page 373 ---
Mimi eft touté à vous > *
bonne fois, qure
&c
qu'elle n'a plus de droit fur elle-même,
vous feul pouvez en difpofer. Sachez
que
fi elle pouvait recouvrer fa
encore que, ferait
vous la co1liberté, ce ne
que pour
facrer encore. Que, defiré-je au monde?
le bonheur ? Qui peut, comme vous, me
le procurer, & me le rendre fi doux?
Mais ces affurances finceres ne vous fuffifent pas 5 il vous faut de nouveaux (ermens : eh bienlje jure par tour ce qu'il y
facré, & par tout ce que j'ai de
a de plus
caution
plus cher (c'eft vous prendre
vous-mème) que jamais je ne serai
pour vous, ou à perfonne. Je jure de plus
qu'à je me fuis mille fois répété ce ferment
que
coeur, &
m'eft aufli
à mon propre
qu'il
des
facré que fije l'avais prononcé au pied
autels. Eh! ne le fis-je pas à la face du
ciel & de la terre Que dis-je : Dieu!
quelle faibleffe ! je crains plus de manquer
toutes les lois de
à mon amant 5 qu'à
Punivers
Etes-vous tranquille actuellement? non:
Jene vous ai pas encore nommé celui qui
a donné lieu à VOs allarmes : eh bien,
E6 --- Page 374 ---
tos
rien, fon
c'eft Gédéon. Je n'y ajouterai
nom dit tout le refle
à vous demander, &
J'ai une grace
fans
j'ofe me Aatterque vous me l'accorderez
tergiverfation ; c'eft de me renvoyer toutes
les lettres que je vous ai écrites jufqu'à ce
de vous les faire
jour, vous promettant
que
oublier par mille autres, moyennant lecture.
vous me le renvoyiez toujours après
faites trembler toutes les fois
Vous me
de votre defir d'aller
que vous me parlez
fentimens, Si vous
parler à Maman de vos
me voulez du bien, vous n'y penferezjamais
plus. Elle eft plus courroucée que jamais le
& contre vous, & contre moi, depuis dont elle
refus que j'ai fait à ce Gédéon,
n'envifage que la fortune. Je vous engage
de recommander plus particulièrement que
à Caimant, d'être encore plus myfjamais térieux, s'il eft poflible. Sylvie parait me
veiller de plus près que jamais. Quelques
dans fes reproches au fujet
mots échappés
de prendre
de Gédéon qu'elle me prellait
époux, ne me laiffent plus douter que
pour foit la jaloufie qui la fait agir. Elle
ce ne
aimerait
yous aime Qui ne vous
pas
recommander plus particulièrement que
à Caimant, d'être encore plus myfjamais térieux, s'il eft poflible. Sylvie parait me
veiller de plus près que jamais. Quelques
dans fes reproches au fujet
mots échappés
de prendre
de Gédéon qu'elle me prellait
époux, ne me laiffent plus douter que
pour foit la jaloufie qui la fait agir. Elle
ce ne
aimerait
yous aime Qui ne vous
pas --- Page 375 ---
J'ai donc pour furveillante une rivale, &
une rivale eft mille fois plus clairvoyante
qu'un argus. Mais voyent-
& plus foigneule
foupçonner
jls nos cccurs ? Les peuvent-ils font l'un pour
feulement d'ètre ce qu'ils
connaitre
l'autre? Ils (ont fi éloignés de
c'eft que ce tendre, ce véritable
ce que
amour qui les unit
Quoi qu'il en foit, Maman a cru devoit
changer de deffein & de route 5 elle ne
va plus au Cap : elle doit aller au Dondon,
& me laiffer en paffant chez une dévote
du Joli Trou, chez Bonne-femme. Il ne faut
favoir le jour, & le mettre fubiplus que
avant
ait le tems
tement à profit,
qu'elle
de s'en avifer ; car je n'en ferai inftruite
l'inftant du départ. Je ne m'alamqu'à
des moyens que vous embiquerai pas l'amour n'en laiffe jamais man
ployerez;
quer.
,je n'irai nulle
Du refte foyez tranquille,
aller voir,Tout
part fi vous ne pouvez m'y fera toujours mon
ce qui peuc vous plaire, 3
eft celui
goiit ; le lieu que vous habitez, moi. Il n'eft
qui a plus de charmes pour
la dous pas
de promenade qui puilfe augmenter --- Page 376 ---
IIO
de
à vous, & une feule de vos
eeur
penfer
toutes les jouiffances.
lettres me procure
avant de vous conLe Cap me plaifait
êrre
mais aujourd'hui que peut-il
naitre 2
? Je n'y ai plus que Saintie de
à mes yeux elle doit venir fous peu me voir.
cher, &
s'il exifte d'autres hommes
Je ne fais plus
l'univers pour moi ;
au monde, vous êtes
fans vous, je
ma vie eft toute en vous 5
ferais fans exiftence. Votre image s en votre
abfence, défend mon coeur de toute autre
Vois-je un homme, c'eft pour me
penfée.
dire : ce n'eft pas Sylvain, & cette penfée
me le rend importun.
Ne craignez donc pas que je m'abfenre
du quartier plus d'un jour. Si je confens
Joli Trou, c'eft que là il fera
d'aller au
de me remettre une
plus aifé à Caimant
lettre de vous s & à moi d'y répondre.
d'aller encore Gj'étais auOà delirerais-je
même qu'il y
près de vous? Songerais-je
Ne feraiteût d'autres lieux fur la terre?
elle
toute ralfemblée en mon amant 2...
pas
ferait-il une vaine illufion
Cet efpoir
fuis-je
Hélas! en puis-je dourer! que
à vous faire fur le ton
J'ai un reproche
aimant
lettre de vous s & à moi d'y répondre.
d'aller encore Gj'étais auOà delirerais-je
même qu'il y
près de vous? Songerais-je
Ne feraiteût d'autres lieux fur la terre?
elle
toute ralfemblée en mon amant 2...
pas
ferait-il une vaine illufion
Cet efpoir
fuis-je
Hélas! en puis-je dourer! que
à vous faire fur le ton
J'ai un reproche --- Page 377 ---
III
auprès de moi dans
que vous employez
implorer la piété
votre lettre : pourquoi
quandl'amourt parle fi fortement pour vous?
vous vous adrefliez
Je ne veux plus que
fouvenezà aucun autre fentiment en moi;
vous-en.
Ce que vous me dites, de ce que vous
au bal de M.me de L.., eft
avez éprouvé
eft
dans mon
l'hiftoire de ce qui s'y
paffé
à nous trouver d'accord
caeur. Que j'aime
fur ce qui nous intéreffe tant!
Votre bleffure m'inquiete 5 vous ne me
comment elle vous a été faite.
dites- pas croit
c'ett un bois qui vous
Caimant
que
le foin que
a frappé. Ah! n'oubliez pas
eft à
vous devez prendre d'un corps qui
votre tendre amante.
Lifez bien cette lettre ; car fi vous alliez
oublier mon amour, vous ne pourrez pas
caufe d'ignorance de mes fermens...
prendre ferais-je
là pour vous les renouMais ne
pas
veler --- Page 378 ---
I12,
LETTRE LXXXVIL
De Sylyain à Mimi, du 16 de mars
1775.
- haifable Fédalie! 6 déteftable
qui n'est faite que pour défoler mon négrelfe
& contrifter mon ame! Un coup de foudre caeur
ne frappe ni plus violemment
ni
fubitement
s
plus
que je l'ai été par la
cette efclave. Vous
réponfe de
rable
en allez juger, adoamie, voici fes propres mots.
$ Mamzelle dit comme
92 viniz moi
ça > fi vous
>
dire vous n'a pas la
2> vous perdiz chimin
peine
>> li encore li
davantage, ni crire
; pas veler lire lettres
>> li chonger marier, li
à vous,
33 toutes cilà,
va tourné renvoyer
vous crire li déjà>.
Voilà, Mimi, les paroles de cette
fide-dervanre. Je vous laifle à penfer de per- leur
impreflion furun coeur'a auffi
&
fi maltraité; fur
paflionné, dejà
un amant qui croyait être
aim:, qai l'avaic lu dans les termes les
tendres &cles
plus
plusperfualifs, dela main de fon
marier, li
à vous,
33 toutes cilà,
va tourné renvoyer
vous crire li déjà>.
Voilà, Mimi, les paroles de cette
fide-dervanre. Je vous laifle à penfer de per- leur
impreflion furun coeur'a auffi
&
fi maltraité; fur
paflionné, dejà
un amant qui croyait être
aim:, qai l'avaic lu dans les termes les
tendres &cles
plus
plusperfualifs, dela main de fon --- Page 379 ---
'115
Jene me poflédaispas de rage& de
amante. Je fis dans Tinfant mille queftions
défetpoir.
parlant, qui n'y répondit que
à cetautomate
achevaient
par des, moi pas connais, qui
même
de me griller vif. Ah ! la mort
>
eft mille fois préférable à l'état de
la mort
difaisperplexité où je me trouvais. Quoi?
Fédalie, qu'eft-il donc arrivé 2
je à cette
demandé ta maitreffe
Quel eft celui qui a
inSes réponfes équivoques,
en mariage?
achevaient de me bouleverfer
certaines,
P'efprit.
de fouffrance vint fe joindre
A tant
maudit mariages
encore le fouvenir de ce
le
me glaça. Enfin *
le filfon me prit, fang
inuaprès une demi - heure de queftions
Fédalie, 6 Vimbécille els'avife de me
tiles,
lettre en me difant que
remettre une
,
c'était la derniere que vous me renvoyiez.
Laplus froide émotion me tranfit, je n'ofe
toucher à cet écrit que je me figurais la
de mon malheur. Ah !
derniere chere preuve & adorable amie ! pardon
Mimi, fois... J'ai ofé vous accufer dans c0
mille
eft comble d'amour pour vous...
ceur, qui
brufquement Fédalie, je hatai
Je quittai --- Page 380 ---
I14
le pas pour me rendre promptement. Caimant 3 aterré de ce qu'il avait entendu,
effrayé de mon filence ténébreux, n'ofe le
rompre. Quoique je craigniffe f fort de
voir ce fatal écrit, l'arrêt de ma
fecret defir 'mé
mort, un
portait encore à me
cre de toute I'horreur de mon fort. convainavait eu toutes les peines à
Caimant
qu'à votre demeure
pénétrer jufPyram qu'Aignan
> étant prévenu par
nir
l'épiait pour en préveSylvie Il vous avait vue à
avec une autre perfonne
table
pas. Quelle
qu'il ne connait
Mes
pouvait être cette étrangere?
fans inquiétudes en avaientredoublé: c'eft
doute, me difais-je, la fceur de
reux Quarteron
l'heudeMimi... Je qui a fait changer le coeur
tience
redouble de vitelle & d'impapour me rendre. Dans cet inftant,
f'apperçois beau.
un negre qui péchait au flamJe vole à cette lumiere 5 mon
preffement fait
emjuger mon intention
autre ; l'efclave
toute
pécheur, faifi de
jette le Aambeau dans
terreur,
riviere de toute fa
l'eau, & traverfe la
force.
Me voilà privé d'une reffource fur
quelle J'avais.fondé
lal'elpoir de me fatisfaire.
me rendre. Dans cet inftant,
f'apperçois beau.
un negre qui péchait au flamJe vole à cette lumiere 5 mon
preffement fait
emjuger mon intention
autre ; l'efclave
toute
pécheur, faifi de
jette le Aambeau dans
terreur,
riviere de toute fa
l'eau, & traverfe la
force.
Me voilà privé d'une reffource fur
quelle J'avais.fondé
lal'elpoir de me fatisfaire. --- Page 381 ---
SI5
contintter de me rendre : j'allais
Il taut
& il femblait que je n'avanà grands pas, Enfin, j'anive, je cours à ma
çais point.
l'adreffe...
lampe, je regarde en tremblant Dieu ! elle eft de
Qu'appergoisje, grand
réflexion m'invotre main... Mais une
encore, & fufpend mon empreflequiete elle m'écrit peut-être > penfais-je 9
ment;
m'a fait dire
pour me répéter ce qu'elle idée m'accable e,
par fa domeftique.n. d'ouviir cette cette lettre : le
& m'ôte la force fur la crainte, je romps le
defir l'emporte
rendre le fubit, s
cachet Qui pourrait
que
lagréable . > le déleétable être! changement Mon fangs
j'éprouvai dans tout mon
vivetout-à-coup réchauffé, reprenant trop bouilment fon cours , fe précipite à fi gros bouche le
lons dans mon coeur > qu'il en trembleJ'étouffais, éprouvant un
paffage. battement que je n'avais jamais
ment, un
revient
de plus loin d'un
fentis. On ne
pas
évanouiffement total.
Enfin, charmante amie, pour ne laille pas à
allonger ma lettre, je vous
trop
toutes les fenfations différentes
imaginer
fuccellivement en lifant la
que jéprouvai --- Page 382 ---
$18 -
votre. Cette promeffe, ces fermens
me faites de ne vous jamais
que vous
tranfpotté de la plus. vive marier 3 m'ont
fans doute cruellement
fatisfaction J'ai
lire., mais
fouffert avant de les
pouvais -je payer trop cher ce
qui remet dans mon coeur la vie & le
heur?
bonQuej'avais beloin de ces fermens !
Combien ne devrais-je pas vous en aimer
davantage ! Mais je dois vous avouer
fije n'aique ce moyen de vous tenir
que
de tous les facrifices que vous me compte
je fuzis hors d'état de m'en
faites,
qu'on ne peut porter l'amour acquitter, au-delà puic
terme du mien. Au moins
du
jurer une éternelle
puis-je vous
lité à toute
conftance, & une fidécroire
épreuve. E: vous pourriez
que je métite Vos reproches en quelque chofe! Vous m'aviez
il
de n'être jamais qu'à: moi, juré, eft vrai,
je penfer en lifant
mais que devaistant de
votre lettre ? On craint
perdre ce qu'on prife tant !
viendrai, fi vous voulez,
Jeconque mes doutes étaient
que j'ai tort,
timens; mais
injurieux à vOS fen-.
ces torts ne
nables à l'état de
font-ilspas pardonm'avait
défefpoir où votre lettre
jetté P
Vous avez eu rifon, chere & aimable
jamais qu'à: moi, juré, eft vrai,
je penfer en lifant
mais que devaistant de
votre lettre ? On craint
perdre ce qu'on prife tant !
viendrai, fi vous voulez,
Jeconque mes doutes étaient
que j'ai tort,
timens; mais
injurieux à vOS fen-.
ces torts ne
nables à l'état de
font-ilspas pardonm'avait
défefpoir où votre lettre
jetté P
Vous avez eu rifon, chere & aimable --- Page 383 ---
(17
amie, de me plaifanter fur les fermens qae
je vous redemandais 5 mais que direz-vous
lorfque vous faurez que je voudrais vous
les entendre répéter à chaque inftant? Ah!
être toujours heureux > ne faudraic-il
pour
toute votre vie fit une preuve collpas tinuelle que de votre amour pour moi ?
c'était Gédéon qui vous
Je favais que
avait écrit, Caimant l'avait découvert s
& je me doutais bien que ce ne ponvait
être que luià qui vos parens euffent voulu
vous marier : fa fortune leur fuffifait. Ah,
Mimilqu'ils vous CommifentpanEn.e
de faire le bonheur d'une
un homme capable
perfonne telle que vous ! Ef-il fait pout
félicité
faurait connaître ? Vous
une
qu'ilne
& les maeurs des
eonnaillez le caraôtere
Créoles fans éducation 2- Maisheurenfement
vous êtes à l'abri du malheur de leur jamais
appartenir.
lettres, Mimil..
Vossmereiemandesvos
je vous les renvoie ; mais je me
J'obéis, aufli
vous ne me refuferez pas
Aatte
que telles qu'elles font, pour
de les conferver
& que vous me direz
ie les rendre unjour,
ayez voula
plors la rifon pourquoi yous --- Page 384 ---
les revoir. Cette demande de
m'eit cruellement
votre part
effrayé fi elle
venue à la fuite d'une telle lettre. n'était
chere amie 1e > pourquoi vouloir
Car, s
ces douces confolations
m'arracher
qui,
vent m'aider à fiupporter lès feules, peuabfence? Que
peines de votre
craignez-vous !
pas voulu me dire tout ce
n'avez-vous
nent ? Vous en
qu'elles contienexpreflion 2
reprocheriez-vous une feule
d'un tel Pourriez-vous me croire indigne
dépôt 2 Mais, vous me les avez
demandées, je commence par vous les renvoyer, elpérant que vous me les rendrez,
Vous n'y trouverez ni la
la derniere. J'avais
premiere, ni
qu'à la deuxieme gardé cette premiere jufan après. Elle était que G vous m'écrivites un
que dès
terrible à mes yeux, s
jettai au que feu. j'eus reçu la feconde , je la
amle s ALUIL Lcul Pardonnez-moi, 1c shorohait charmante
julqu'a la moindre
qu'à effacer
trace des
ce tems malheureux lui fit tourmens que
l'égard de celle d'hier,
éprouver. A
vais, Mimi,
ne trouvez pas mauque je la garde
j'en aie reçu une autre, Je jufqu'a ce que
yousT'exigez, de
vous promets, fi
vous renvoyer à l'avenir
la
amle s ALUIL Lcul Pardonnez-moi, 1c shorohait charmante
julqu'a la moindre
qu'à effacer
trace des
ce tems malheureux lui fit tourmens que
l'égard de celle d'hier,
éprouver. A
vais, Mimi,
ne trouvez pas mauque je la garde
j'en aie reçu une autre, Je jufqu'a ce que
yousT'exigez, de
vous promets, fi
vous renvoyer à l'avenir --- Page 385 ---
c'eft-àtoutes celles que vous m'écrirez,
la
dire, la précédente, gardant toujours
derniere pour me fetvir de préfervatifcontre
l'ennui. Car, vous le favez, un rien peut
retarder loccalion de m'écrire s & que ferait-ce de moi fi, ne pouvant vous voir,
je n'avais pas une lettre de vous pour lire?
Sans cette confolation, dont mon coeur a
fi grand beloin loin de vous, je ne vivrais
pas ; je ne ferais que trainer des jours languiflans dans la trifteffe & la douleur.
J'ofe me Aatter que vous m'aimez allez
pour ne me pas blâmer de cette précaution
fi néceffaire à mon repos. Vous ne voudriez pas me faire paffer plus triftement des
jours qui ne font déjà que trop longs par
notre féparation.
maitreffe fouTout ce que m'ordonnez,
veraine de mon coeur > fera exécuté avec
ponétualité. Quelqu'envie que j'aie d'inftruire votre Maman de mes fentimens, il
fuffit que vous me le défendiez pour que
iy renonce. Je fuis toujours prèt à vous
facrifier tout ce qui pourrait ne pas vous
complaire. Mais, chere amie, permettez-.
moi de revenir toujours fur çe chapitre; je --- Page 386 ---
ie puis bannir de ma penfée l'image enchan:
tereffe des douceurs que l'amour verferait
dans nos ames, Avous cédiez à mes
femens. Je me perfuade
emprefaimeriez
que vous m'en
davantage, & cette idée
fir toutes les autres. Peut-être l'emporte
fentirait-il aufi plus vivement mon coeur
lui
ce que vous
infpirez; au moins en ferais-je plus heureux, parce que nulle appréhenfion de l'incertitudene: pourrair pius
de nos caeurs. Vous
stroublerlebonheur
craignez VOS
& vous ne craignez
parens ;
pas l'amour ! : Vous
craignez l'opinion des hommes, & vous
défobéiffez à la nature ! Mais la loi
des hommes n'a-t-elle
même
érréfiftible
pas fenti le pouvoir
de cette nature, & n'a-t-elle
permis qu'après toutes les prieres & pas les
dupplications, un enfant pât faire des foumiflions relpecueufes à fes pere
pour pouvoir fuivre le
&cmere,
coeur? Et
penchant de fon
pourquoi ne ferait-on
des foumiflions
pas aufli
re/pectueufes à la loi ellemême, loriqu'elle veut brifer le
les décrets de la nature' ?
pouvoir &
doit étre foumife à
Laquelle des deux
l'autre ? Le
pofe à notre félicité ; eh
préjugé s'opgrime de le refpecter,
bien, eft-ce u12
quant à la forme,et
da
&cmere,
coeur? Et
penchant de fon
pourquoi ne ferait-on
des foumiflions
pas aufli
re/pectueufes à la loi ellemême, loriqu'elle veut brifer le
les décrets de la nature' ?
pouvoir &
doit étre foumife à
Laquelle des deux
l'autre ? Le
pofe à notre félicité ; eh
préjugé s'opgrime de le refpecter,
bien, eft-ce u12
quant à la forme,et
da --- Page 387 ---
1an
au fond, à notre X
de nous livrer , quant Ne ferait - ce pas un
innocent ?
penchant
de vous vouer à la pricrime au contraire
cette mere nature
vation de tout ce que
ce
commander le plasimpérdeudemencs
femble
cocur ne vous dit-il donc
Ah! Mimi, votre
pas tout cela
fceur veut donc tou2
Votre impitoyable Qu'y peut-elle gagner: :
jours: nous traverler?
à mon égard 2 Elle
Que peut-elle prérendre m'a donné déja locn'ignore pas-q qu'elle affez nettement avec
cafion de m'expliquer
devoir vous le
elle fur ce fujet : j'avais cru allez vaine pour
taire. Serait-elle encore difputer un ceur 3 &:
croire pouvoir vous
fon erreur ferait
fur-tout le mien? Que
! Ni elle, ni le refte des femmes,
grande
toucher à ce coeur fur lene peut plus
abfolu. Qu'elle
quel vous avez.un empire
donc fes tentations & fes perfécutions,
ceffe
fur les foins delin
Du refte, repo(ez-vous
telligent Caimant.
lettres vont donc partir ! vont fortit
Vos
je les relife encore une
de mes mains-! - que
F
Tome II. --- Page 388 ---
fois, ces tendres, ces adorables
qui feront éternellement
expreflions
gravées dans
coeur, Qu'il faut vous aimer,
mon
faut vous être foumis
Mimi, qu'il
tréfor
pour vous rendre ce
feul précieux, & me contenter de fon
fouvenir! Songez au moins
me promettez de m'en écrire que vous
m'étourdir fur une aufli fenfible affez pour
P
privation.
Adtuellement mes veeux fe tournent du
côré du Joli Trou. Quelles idées
ce lieu me fait naître !
charmantés
recevoir mes
vous pourrez y
lettres, y répondre !
rais-je pas auffi vous y voir? Il ne Nepour- faudrair
que le. vouloir
LETTRE LXXXVIIL
De Mimi à
Sylvain > du 17 de mars
1775DE crainte que Fédalie ne me trahît
de Sylvie, dont je ne dois
auprès
défier, je lui avais dit
plus que me
plus recevoir
que je ne voulais
vOs lettres, que même je vous
genvoyaisladerniere, fans vouloir en prendre
je pas auffi vous y voir? Il ne Nepour- faudrair
que le. vouloir
LETTRE LXXXVIIL
De Mimi à
Sylvain > du 17 de mars
1775DE crainte que Fédalie ne me trahît
de Sylvie, dont je ne dois
auprès
défier, je lui avais dit
plus que me
plus recevoir
que je ne voulais
vOs lettres, que même je vous
genvoyaisladerniere, fans vouloir en prendre --- Page 389 ---
lecture. Voila la caufe du quiproquo qu?
fait
un G cruel moment. Vous
vous a
palfer
vous avez foufdevez me pardonner ce que
de l'agréable furptife que
fert en faveur
a caufée : vous en
cette fupercherie vous
rellenti mille fois plus de joie.
avez
J'ai ri de la frayeur du pauvre negre :
Comment ne craindraient-ils pas
pêcheur. fans cefle ? ils n'ont que des ennemis au-
&s'ils font rencontrés la nuit
tour d'eux,
des dérachements, ils font impitoyapar
ou fouëttés
blement fulillés s'ils fuyent , :
s'ils font pris. Maman & mes fceurs pré;
tendent que je m'habituerai aux mauvais
traitemens que je vois exercer contre ces
miférables; en ce cas-làje changerai bien!
car le coeur m'en faigne à y penfer feulei
ment. M gel
C'était cette bonne femme, dontje vous
avais parlé, qui était à fouper avec nous
Caimant apporta votre lettre : elle
lorfque
chercher
aller chez
était venue nous
pour
elle. J'en reffentais déja du plaifir 5 cat
j'artends ce voyage avec autant- d'impa;
F 2 --- Page 390 ---
tence que. vous 3 mais Maman : eft trop
prévenir à l'avance du jour de
avifée pour qu'elle a renvoyé à un autre
fon départ. faudra donc tàcher de le deviner,
tems.- Il,
l'amour n'eft jamais averti
En tout cas ,
trop tard. 21
Votte ehipreffémient à me remettre mes
Mettres, & la maniere dont vous le faites i
Hattent infiniment. Ne croyez pas que
ie
fuite de ce caractere domice foit par une
femmes , que je
hant qu'on reproche aux
de votre
vous les ai redemandées. Jugeant
le mien, je crois que cette em>
ccur par
venir que de l'amour;
preffament ne peut foumis, &c c'eft tout
& l'amour eft toujours
le mien. Je
Aarter le plus
ce qui pouvait
fans rien
vous rendrai ces lettres un jour,
compter fur cettè
Y changer, vous pouvez
même tems la
prometles je, vous dirai en -
laquelle j'ai voulu les ravoir,
gaifon pour
joindrai la copie de la premiere s que
J'y confervéc, tantjai voulu me rendre
j'avais
exact, de, tout ce qui concernair a
un compte
les
se fujet.ou : Je yeux que yous e a)e4
S
plus
ce qui pouvait
fans rien
vous rendrai ces lettres un jour,
compter fur cettè
Y changer, vous pouvez
même tems la
prometles je, vous dirai en -
laquelle j'ai voulu les ravoir,
gaifon pour
joindrai la copie de la premiere s que
J'y confervéc, tantjai voulu me rendre
j'avais
exact, de, tout ce qui concernair a
un compte
les
se fujet.ou : Je yeux que yous e a)e4
S --- Page 391 ---
toutés... Les fuivantes ne vous en paraitront
agréables. J'approuve Vingénieule
que plus
pour toujours en
rufe que vous employez J'aurais (eulement
avoir une à I'avance.
moins engagée a
voulu que vous m'eulliez
aflez
Me croiriez-vons:
vossenéenrtedautres. pour me priver de
Tennemie de moi-même
avoir contre
l'unique
conbolastonqerkepaifias
ablence 2 Ce ferait bien mal connaitre
le votre cceur de votre amante ! 1
).
dans mon
Vous ramenez donc toujours C fouf:
le fouvenir d'un mal dont nous
elprit
! Mais vos raifonnemens
frons également!
des loix humaine détruifent pas le pouvoir
La
en eft une des premsieres.
nes : Thymen beau ètre la plus forte , nous pornature a
nous, une teinte
tons toujours, & malgré
n'aurait fait
Votre amante
de nos préjugés. nécellité & à l'amour, que
que céder à la
vous-mème le premier, vous ne pourriez
de penfer, de craindre qus
vous empècher
à la regle pour vous a 9
telle qui a manqué
tout autre. Là
relle y manquerait la pour mefure de nos aétions
nature n'eltj amais
F 3 --- Page 392 ---
126,
aux: yeux de la fociété 5 c'eft
l'on confulte, & ce qui n'eft l'opinion que
fage obéiffance du
fouvent qu'une
nature,
coeur au pouvoir de cette
ineffaçable cependant,
en nous que comme
n'eft regardée
que comme la
une indigne faibleffe 3
comme
domination du vice. Je fens
yous, que tout cela eft
barbare, mais vous ne
ridiculement
que les chofes étant de pouvez difconvenir
néceflité de s'y
même, c'eft une
conformer. Vous
ajouter que l'on voir plus fouvent pourriez
le vice, & que les circonstances couronner
vorifent & deflervent dans le
feules fatoujours eft-il
monde ; mais
de toutes les qu'elles font contre nous, 3
façons..
: Nous ne pouvons donc
être
l'autre: par d'autres-liens pas
l'un à
& de Tame eh
que ceux du caeur
bien ! nous ferons
deux amis intimes d'un même
comme
frere & feur Frere
fexes comme
timent
& feur haie ce fenfuffit-ilà nos cceurs ! Que
femble faible auprès de
T'amitié
la
mon amour! Que
confanguinité eft loin d'atteindre à
état de félicité que Tunion del'amour
cet
femble
d'autres-liens pas
l'un à
& de Tame eh
que ceux du caeur
bien ! nous ferons
deux amis intimes d'un même
comme
frere & feur Frere
fexes comme
timent
& feur haie ce fenfuffit-ilà nos cceurs ! Que
femble faible auprès de
T'amitié
la
mon amour! Que
confanguinité eft loin d'atteindre à
état de félicité que Tunion del'amour
cet
femble --- Page 393 ---
cccurs Mais ne peut-ort
- promettre aux deux amans, fans ces pris'aimer comme
dit-on, peuvent
vautés de l'amour qui,
tout
l'attiédir? Nos coeurs ne font-ils pas
? n'en fommes-r nous
entiers lun à Pautre
à notre bonfaut-il de plus
pas fors? que
chaque jour que
heur ? nous nous jurerons N'eft-ce donc pas un
nous nous adorons...
vraie félicité ? ne
plaifir délicieux > une
le difant & en
Téprouvez-vous pas en me
T'entendant protelter? Ahlsil provous
coeur les mêmes fenfaduifait dans votre
encore ? Ce que
tions, que defireriez-vous
beau
defireriez ! hélas! je ne fais, j'ai
vous
diflimuler qu'il manfaire, je ne puis me
exiftence.. Mais
quelque chofe à mon
que
c'eft votre feule préfence. Et
je crois que
fuisindifencore croire queje
vous pourriez douceur de vous voir, de vous
férente à la
lire dans ce
entendre ! Que vous favez peu
!
vous occupez fi abfolument
coeur . que
jamais d'allonger trop vos
Ne craignez
6 j'avais autant de
lettres en m'écrivant 5
finiraient
les miennes n'en
lberté que vous 2
F 4 --- Page 394 ---
r28
point. C'eft fi doux de s'entretenir
qu'on aime ! Mais je ne puis étendre avec ce
jouiffance bien loin 3 fort heureufe cette
Bonne-Femmes
que
foiticipour vous écrire celleci telle qu'elle eft, > c'eft-à-dire,
& fort à la hâte, Mais fi
3 fort courte
de
je vous dis fi peu
chofes, croyez du moins que mon coeur
en eft rempli, Quand pourrai-je les verfer
dans le vôtre..
LETTRE LXXXIX
De Sylyain à Mimi, du 18 de mars
1775.
Ocr.je reviendrai
toujours au point le
plus effentiel à notre bonheur : l'amour
n'eft point illufoire comme vous voudriez
dle croire; il veut vivre de fes propres douceurs, comme l'abeille de fon miel, Quelle
loi contraignit jamais ce fentiment dans le
coeur qui le relfent réellement dans toute
fon étendue ? On voit.fans doute les loix
de la fociété s'oppofer à l'union de deux
coeurs faits l'un pour l'autre, mais c'eft en :
bonheur : l'amour
n'eft point illufoire comme vous voudriez
dle croire; il veut vivre de fes propres douceurs, comme l'abeille de fon miel, Quelle
loi contraignit jamais ce fentiment dans le
coeur qui le relfent réellement dans toute
fon étendue ? On voit.fans doute les loix
de la fociété s'oppofer à l'union de deux
coeurs faits l'un pour l'autre, mais c'eft en : --- Page 395 ---
-
failant le malheur & le tourment touté
en
à une ldi
leur 1
vie : & qui doit m allujettir
des
nôter la premiere
aflez crueile pouf
avec le feul objet
jouilfances, mon union
Quelle puic
qui puiffe faire ma felicité? d'enchainer ainfi juf
(ance a eu le droit
fentima liberté morale > jufqu'aux
qu'à
effacer de mon ame?
mens' que je ne puis
fecouer le
Oh! s'il en eft unne > j'en puis la yertu.
joug ryrannique 3 fans manqueràl
que la vertu : Me dira-t-on
Mais.qu'eft-ce
des loix de la fociété?
c'eloblervance
que
les calque donc fur
En ce cas-là, qu'on
ne me livre
celles de la nature , & qu'on fuccomberai
à un combat auquel je
pas
dont la victoire fera encore
toujours, ou
fociales, étais-je lorfpire. Mais ces loix
donné y, mon conqu'on les fit : Leur ai-je
moi des
fentement 2 Qui peut faire pour
auxquelles je ne puis manquer
conventions Oui
il ne s'agit que
fans crime 2
quand
d'ordres,
des loix de police & de réglemens
d'attenter aux miens;
mhais nul n'a le droit Jo - ils tiennent 64 -
a
je les tiens de la nature, >
Fs --- Page 396 ---
13o
mon être. La premiere vertu , c'eft de refpecter ces droits dans mes femblables; ; la
feconde, c'eft de ne jamais m'en écarter.
En un mot, tout ce qui peut ne point
nuire aux autres, eft plus que permis à
celui qui le defire; il lui eft ordonné
la nature, la fouvetaine du monde. par
Or, l'amour que j'ai pour vous > peutil nuire à quelqu'un : En en fuivant. le
doux penchant > faifons-nous tort à
fonne ? S'il bleffe quelques préjugés abfur- petdes; devons-nous P en être les victimes ?
Non, Mimi, l'amourn'eft point un
le fatisfaire encore moins, Combattre crime,
ces
principes, c'eft réfifter au plus doux fensiment, ou plutôt c'eft ne l'avoir
Quelle penfée, Mimi
pas.
En vain, pour excufer votre
vous rejetterez-vous fur la crainte frojdeur.
avez qu'en cédant à ines
que vous
détruire
voeux s c'eft en
T'objet, c'eft affaiblir les reffurts
de mon ame : elle eft toute paffée en vous,
elle y reprendra toujours une nouvelle
2 :
Silet G soux de fe dire
vie,
qu'on saime,
eft ne l'avoir
Quelle penfée, Mimi
pas.
En vain, pour excufer votre
vous rejetterez-vous fur la crainte frojdeur.
avez qu'en cédant à ines
que vous
détruire
voeux s c'eft en
T'objet, c'eft affaiblir les reffurts
de mon ame : elle eft toute paffée en vous,
elle y reprendra toujours une nouvelle
2 :
Silet G soux de fe dire
vie,
qu'on saime, --- Page 397 ---
donc pas combien il T'eft
n imaginez-vous
donner des preuves !
davanrage de s'en
me les refufer; vous
Non, vous ne pourrez
cruelle
me retenir dans cette
ne pourrez plus
mes prome confume par
privation > qui
pres defirs.
J'ai toujours héfité, je ne fais pourquoi,
de vous faire part d'un fait
chere amie, m'a caufe les plus vives inqui, d'abord, &
je ne vous révéle que
quiétudes,
que
D'ailleurs
qu'il ne m'affecte plus.
parce
eft le vôtre, je ne puis"," je ne
mon coeur rien de caché pour ma digne
veux avoir
elle faura julqu'à na plus petite
maitreffe 5
penfée.
Mme, C..i
J'ai et à diner aujourd'hui
dit
une chofe qu'elle me
Cela me rappelle
Elle avait été
lors de la mort de M. R
à fa venre, elle me dit qu'elle vous Y avait
de
vue avec votre Maman, & > s'efforçant fes
éclatait dans
cacher un air perlide qui
indifféelle ajouta, avec une feinte
yeux,
était dommage que vous vous
rence > qu'il
d'être psète d'ac;
folliez oubliée au point
F 6 --- Page 398 ---
coucher... A ce mot, le friflon fe
dans mes veines : feignant
répandir
tranquillité
cependant une
que je n'avais.affarement
d'accoucher,
3 lui répliquai - je :
pas:
doute; 5 je lui en ai fait
Sans
& je n'ai
mon compliment,
pas été peu furprife de
cette fille, dont on avait dit
voir que
n'en ait pas été plus
tant de bien,
fa mere
émue, non plus que
préfente à cette
: Mais l'avez-vous bien
converfation.
exaninée ? -- Af
furément, & quand je vous dis prête d'accoucher, c'eft qu'elle a le ventre
bec.
jufqu'au
- Malgré les difpofitions où
était alors plus
mon cocur
s'allarmer de
que jamais de toujours
lui,
tout ce qui pouvait être contre
je ne pus cette fois me
que j'entendais affirmer auffi perfiader ce
fis d'abord réflexion à
fortement. Je
daine pouvait avoir de lintérêt que cette
vous dénigrer
mnon elprit, & au laps de tems
dans
vous avais vue, & je finis
que je ne
ment convaincu de la
par être pleineabominable,
faufleté de ce; propos
"Cepandant, j'avoue
que je ne fus pas Ie
ne pus cette fois me
que j'entendais affirmer auffi perfiader ce
fis d'abord réflexion à
fortement. Je
daine pouvait avoir de lintérêt que cette
vous dénigrer
mnon elprit, & au laps de tems
dans
vous avais vue, & je finis
que je ne
ment convaincu de la
par être pleineabominable,
faufleté de ce; propos
"Cepandant, j'avoue
que je ne fus pas Ie --- Page 399 ---
mille perfonnes fir
maitre de queftionner bannir de mon elprit
ce fujet. Je voulais
tout détruijufqu'au plus petit doute que de la jaloufie
fait, mais toujours le démon
déchirer l'ame, en vous reprévenait me
dans votre fein
fentant à mes yeux portant
fruit d'un autre amour. Je ne m'en rapr
le
Caimant même, qui
portais à perfonne 5
cruelles, fon tériait de mes inquiétudes
au moins nul:
moignage me paraiffait tout
& en
il pouvait ne vous avoir vu qu'allife & tous
peignoire > vous pouviez gagner, la crainte
les &c. d'un amant égaré par
de n'être pas
fortifiée de lidée défepérante
aimé.
furvint votre indif
Peu de tems après
J'enqui ie caufa tant de chagrin.
pofition
affiduement chez vous > avec
toyai Caïmant
récompenfe s'il poupromefle d'une groffe
je redoutais
vait découvrit la vérité que
d'ailleurs, ce que
tant. Ce que f'apprenais adroit émiffaire ne me
me rapporiait cet
mais
laiffait aucun lieu de vous foupçonner,
ili
trouvait extrémerment changées
i yous. --- Page 400 ---
n'en fallur pas davantage pour nourrir une
crainte fecrette dans mon caur, quoique
phyliquement certain de la calomnie de cette
améchante femme, qui n'avait cherché
me percer le cceur, ce que j'ai fii depuis. qu'à
Vos morurs 3 votre conduire."vos principes eullent dû me fuflire, > mais vous ne
paraiffiez point me payer de retour, vous
refufiez en apparence de lire mes lettres;
péur-érre, me difais-je touiours intérieurement > peut-être n'eft-ce que parce
autre eft plus heureux. Ce n'a été
qu'un
que quelques mois après que j'ai eu des preuves fi
évidentes de la perfidie de cette femme, , qui
penfait, qu'en celfant de vous aimer, j'aurais
pu lui être plus fenfible,. que j'ai bannide
mon ame jufqu'à la plus petite trace de
çe menfonge, fur lequelvotre aveu a G bien
paffe encore léponge.
Je ne m'en rappelle qu'à l'occalion de
cette damne, & en la voyant aujoard'hui.
La perfide > j'ai fa depuis, ne favait que
trop combien elle était inftruite de la maaiere donr vous me traitiez alors. J'ai pris
imer, j'aurais
pu lui être plus fenfible,. que j'ai bannide
mon ame jufqu'à la plus petite trace de
çe menfonge, fur lequelvotre aveu a G bien
paffe encore léponge.
Je ne m'en rappelle qu'à l'occalion de
cette damne, & en la voyant aujoard'hui.
La perfide > j'ai fa depuis, ne favait que
trop combien elle était inftruite de la maaiere donr vous me traitiez alors. J'ai pris --- Page 401 ---
plaifir à lui demander à mon tour, d'un
air d'aifance qui n'a pas dû l'amufer, ce
qu'était devenue cette prétendue groffelle;
elle n'en fait ni vent , ni nouvelle, 3 m'at-elle répondu 1, mais elle a eu l'impudence
d'en inférer, (oi-difant, qu'elle était devenue ce que deviennent toutes les groffeffes..
Elle m'a encore répéré ce que je viens de
Dites-moi donc s'il eft vrai
vous conter.
qu'elle vous ait jamais fait compliment,
a
donner lieu. Grand Dieu!
& ce qui pu y
fruit de
fi vous portiez dans votre fein un
amours !
cette idée feule rennos
Que
ferme de délices pour moi .
2 Souvenez-vous, adorable maitrefle, que
je vous ai renvoyé toutes vOs lettres, &
vous m'avez promis de m'en effacer le
que fouvenir par mille autres. Vous ne me dites
fi l'on vous aremis le paquer précieux.
pas : -
du
N'oubliez, pas. non plus le voyage
Joli Trou : s'il était polible que je vous
viffe un feul mftant lesssss --- Page 402 ---
LETTRE XC
De Mimi à
Sylvain, y du 19 de mars
1775.
JL eft très-vrai, cher
euravèc moi la
ami, que Mme C..
rendu
converfation dont elle vous a
compte. Je vous fais bon
votre confiance & de
gré de
je m'applandis de n'en votre franchife > &
être pas
Vous en allez juger, voici le fait. indigue,
J'étais aflife près de Maman,
certain endroit vers lequel
regardant
toujours tourner
mon coeur fait
mes yeux, oubliant, comme
al'ordinaire, T'univers. entier pour ne
qu'à ce qui eft tout
fonger
Mic C... me dit, de pour moi, à vous;
ce, ton de blanche à
molirrelle: vous êtes bien reveufe, Mimi,
qu'avez-vous donc 7 Surprife
de
queftion
d'une telle
> autant que de l'air dont elle était
faite, je répondis avec toute
& la douceur dont je fuis
Thonineteté
Nous êtes
capable : Madame,
trop bonne, aje ne mérite pas votre
pour ne
qu'à ce qui eft tout
fonger
Mic C... me dit, de pour moi, à vous;
ce, ton de blanche à
molirrelle: vous êtes bien reveufe, Mimi,
qu'avez-vous donc 7 Surprife
de
queftion
d'une telle
> autant que de l'air dont elle était
faite, je répondis avec toute
& la douceur dont je fuis
Thonineteté
Nous êtes
capable : Madame,
trop bonne, aje ne mérite pas votre --- Page 403 ---
attention. Cen'elt pas > me répliqua-telle
fourire infultant, queje m'occupe
avec un
mais j'ai vu cela en palfant.
de vous,
humiliée de
J'avoue que je fus un peu foudain le
cette réplique > qui me fuggéra
fuivant : Madame, lui dis-je,
calembour
vous n'êtes
comme en déclamant un peu,
fi facipoint de ces perfonnes qui paffent
lement ! Outrée de l'équivoque > elle me
froideur étudiée & comme
dit avec une
il
réminifcence : parlant de paffer >
"par
votre tems!
parait que vous ne pallez pasmal feinte furEh mais, ajouta-t-elle avec une
prife, fi je ne me trompe, à faire paffer
la moitié de vous - même dans un petit
rejetton ? Il m'était aife d'appercevoir que
in(pirait cette dame, dont Sylvie
la paflion
fois en ma préfencew
avait parlé plufieurs
blanche de nous
Mais eft-il permis à une
&
lancer des (arcalines aufli outrageants,
devais-je les fouffrir en Glence ? La prudence
mais l'humanité
leût peut - être voulu,
révoltée en décida autrement : je l'efpere,
à cette blanche - > je vois quo
répondis-je --- Page 404 ---
13S
toutes les
fe
efpeces, > jufqu'aux plus ftupides,
tranfinetrent, j'en puis bien faire
autant.
Le notaire jettant
yeux fur le
Ies
involontaitemenr
nourriçon de la
que mes réponfes étaient dame, me dit
fieur, lui
déplacées. Mon
dis-je, je fuis flartée de
neur que vous me faites de
T'honon ne manque que faute
me reprendre;
d'éducation.
réponfe fit fourire le tabellion,
Cette
ter le rouge fir le
&. augmenvifage de Mme. Cum,
qui, par un tour de chaife,
le dos pour dernier
me préfenta
mot,
Voilà tout ce qui en a été, & le
unique de cette calomnie
fujet
timent d'une
digne du reflend'autres,
blanche qhi, comme tant
> n'ont d'avantage fur
leur couleur. Je
nous que
vous avoue
encore été moins
que j'en ai
que du notaire, indignée que de la remarComme on nous
en ce pays ! 6 humaniré!
regarde
te déshonnorons-nous
en quoi donc
rejette ainfi des droits tant, pour qu'on nous
autres !
que tu accordes aux
Jecrois bien que votre raifon vous a
prèché
igne du reflend'autres,
blanche qhi, comme tant
> n'ont d'avantage fur
leur couleur. Je
nous que
vous avoue
encore été moins
que j'en ai
que du notaire, indignée que de la remarComme on nous
en ce pays ! 6 humaniré!
regarde
te déshonnorons-nous
en quoi donc
rejette ainfi des droits tant, pour qu'on nous
autres !
que tu accordes aux
Jecrois bien que votre raifon vous a
prèché --- Page 405 ---
mais sJ'entrevois que Yamous
en ma faveur,
J'admire combien les
la combat un peu.
tracaffès que les
d'efprit font plus
gens.
Ils font ingénieux
autres. en fait d'amourt
fur des chofes
eux-mêmes
à fc tourmenter
de félicité. J'en
a qui devraient les combler
des
conclus que, ainfi que le royaume
la paix des coeurs n'eft que le parcieux,
Mais cette paix faitrage des pasvresd'dfptit.
cesjouifelle le vraibonheur 2 Procure-telle
s'ètre
fances, piquantes que l'on goiite après vient à fe
bien martelé la tête, & qu'on
je
ralliurer fur de fauffes peurs ? C'eft ce que
ne trouve pas bien poflible.
Je crois comme vous, cher ami, que
tEN
être bonne > fi elle peut
nulle loi ne peuc
lefténdre à faire le malheur de ceux pour leurs
quels elle eft faite,, en contraignant
innocents , & qui ne les portent
penchants
but
leur a marqué la
que vers le
que 8ctendre mere qui
nature > cette bonne des enfans pour les
n'a firement pas fait
à des fouffrances aufli tyranniques
alfujettir
de la
a
qu'inutiles; mais enfin Yopinion --- Page 406 ---
Tociété l'emporte fur certe nature, en forl
çant, par d'autres loix, injuftes je crois,
mais inévitables, de facritier fes goûts à
la volonté générale.
Or, cette volonté générale étant ce
qu'on appelle Patrie, la premiere vertu
c'eft Hlobéiffancea ces loix. D'après ce principe qui eft, finon de la raifon, du moins
de la néceflité & confequemment de la
prudence, votre morale paraitrait à tout le
monde tendre à la licence, & dès-lors
ne puis l'adopter, quoique
je
fâns
je vous aime
aucune forte de rélerve, Non-leulement je vous aime, mais encore je veux
que vous m'aimiez & m'eftimiez, & vous
ne pourriez le faire fi je m'affranchiffais de
mes devoirs. S'ilin'érair permis de hazarder
une figure, > je dirais quela vertu des femmes
eft à l'eftime & à l'amour des
qu'eft le fang à la vie : donnez hommes, ce
le. corps ceile d'exifter.
ce fangs
Cette idée de la perte de votre
me
qui
ferait alfurée
eflime,
ferait mourir,
malgré vous - me
après avoir terni, à mes
riez le faire fi je m'affranchiffais de
mes devoirs. S'ilin'érair permis de hazarder
une figure, > je dirais quela vertu des femmes
eft à l'eftime & à l'amour des
qu'eft le fang à la vie : donnez hommes, ce
le. corps ceile d'exifter.
ce fangs
Cette idée de la perte de votre
me
qui
ferait alfurée
eflime,
ferait mourir,
malgré vous - me
après avoir terni, à mes --- Page 407 ---
14T
mes fentimens les plus dote
propres yeux, >
& les plus beaux.-
renfermer des:
Votre logique me parait
ne me fens pas en état d'explifubtilités queje
mon ceur, &
quer; 5 je ne confulte que quand il tremble
ce coeur me fait trembler de tous fes vceuxa
lui-même de perdre l'objet
n'éprouvecroire que je
Et vous pourriez
qu'il
le pouvoir de Yamour, parce
rais pas
la plus fervile crainte !
me domine jufqu'à
qui pouvez
Eft-ce bien vous , Sylvain excufe >- auprès de
m'acculer de chercher une
de la froivous, & encore pour cacher jouer. ainfi du
deur ! Pouvez - vous vous Oh'je me plais
malheur de votre amante ! fouffrances qui
à croire que ce font VOS
Si c'eft une
vous ont égaré à ce point.
mis
laiflez-moi. penfer que 7.
par
erreur., fentimenre & de la même force,
le mème
Iun & T'autre a
nous ne (ommes coupables,
des fautes de I'amour.
quie
defits; ils nous con2
Réfftons donc à nos
mienne ferait
duiraient à notre perte. La
pas;
Sylvain, ne nous voyons
certaine
de --- Page 408 ---
Éerivons-nous fouvent que nous nous chés
riffons, que nous nous aimerons
mort, Eh ! n'eft-ce donc rien
jufqu'à la
comme les nôtres a N'eft-ce pour des coeurs
fance continue? En
pas une jouifvoudriez-vous
qui ne le fuflent pas, & qui
d'autres
contraire tarir leur
pourraient au
propre fource
Le paquer de lettre me fut
remis. Il faudrait deux
exadtement
écrivant : vous rempliffez mémoires en vous
toute la mienne. :
Iln'eft, pour l'inflrant, queftion d'aucun
voyage : repofez-vous fur
eft dans un coeur
l'amour, > loriqu'il
comme celui de Mimi,
LETTRE XCI
De Sylyain à Mimi, du 20 de mars
1775.
Fioxoaum, chere amie
eut aufli mis fon
s' que le notaire
grain de fel dans
de Mme, C Qu'une
l'avanture
droit que lui donne fa blanche, abulant du
des
couleur, fe
propos durs à l'égard d'une Glle permette de la
ez-vous fur
eft dans un coeur
l'amour, > loriqu'il
comme celui de Mimi,
LETTRE XCI
De Sylyain à Mimi, du 20 de mars
1775.
Fioxoaum, chere amie
eut aufli mis fon
s' que le notaire
grain de fel dans
de Mme, C Qu'une
l'avanture
droit que lui donne fa blanche, abulant du
des
couleur, fe
propos durs à l'égard d'une Glle permette de la --- Page 409 ---
c'eft un tort bien grand fans doute
votre, de la raifon ; mais qu'un blanc > .
aux yeux
oublie ce qu'al doit au fexe,
un Français,
l'excufer, pas même
il n'eft rien qui pailfe
dont la blanche
aux yeux du préjugé honteux Mais vous concroic pouvoir s'autorifer.
fon édunaiflez farement ce garde-note 5
cation, aufli bien, que fa réputation , vous.
de fa grofliéreté. Et combien votre
vengent caraétere &c votre efprit ne vous en dédommagent-ils pas encore!
Vous taxez ma logique de fibtilités ;
ferait-ce pas plutor à moi à faire'
Mimi, ne
vôtre? Comme vous êtes
ce reproche à la
!
ingénieule à fapper toutes mes elpérances chofe
Quoi? il pourrait y avoir quelque
monde qui pit me reftoidir pour mon
au
chofe ferait
adorable Mimi ! Et ce quelque rendre la
précifement ce qui devrait me la
mon aimable amie s
plus chere ! Non, 5
T'excès de vos
vous ne le croyez, pas, ou
la raifon.
craintes vous égare totalement font mourit
Dites donc aufli que les alimens
d'inanition. --- Page 410 ---
* Vous voulez abfolument
bomions à nous répéter
que hous nous 7
faur vous obéir s'il eft
notre ainour ; il
Mimi ! ce plaifir fi doux pollibiz. Mais, cruelle
à nous redire incelfamment que nous goitons
aimons, que ne
que nous nous
quel charme il ferait pouvez-vous imaginer de
preuves de cet
encore fuivi, f les
amour le précédaient
Tout ce' qui vous concerne,
fait toujours le
> chere Mimi,
pation.
premier objet de mon OccuSuis-je dans
ble à votre égard, quelqu'attente agréaje ne me poffede
d'imparience & d'une joie
pas
ne-me laiffe aucun
anticipée quir
penfée.
moment pour toute autre,
Suis-je au contraire dans
crainte relative à vos intérêts
quelque
les nôtres, je fuis dans des
> ou plurôe
qui me confument à
tranfes cruelles.
petit feu.
A Tel eft l'état ou je me
votre demande de vous
trouve depuisi
Jeles avais remifes à renvoyer vos lettres.
mandation de
Calimant, avec recommême,
vous les prélenter à vouscable craignant l'arrivée de votre
leur, à qui l'imbécille,
impla-
& peut-érre
traitrelle
êts
quelque
les nôtres, je fuis dans des
> ou plurôe
qui me confument à
tranfes cruelles.
petit feu.
A Tel eft l'état ou je me
votre demande de vous
trouve depuisi
Jeles avais remifes à renvoyer vos lettres.
mandation de
Calimant, avec recommême,
vous les prélenter à vouscable craignant l'arrivée de votre
leur, à qui l'imbécille,
impla-
& peut-érre
traitrelle --- Page 411 ---
Fédalie, qui lui eft toute dévouée
traitteffe
aurait pu les remetmalgré mes largelTes >
mon
tre. Je voulais d'ailleurs vous prouver deà contenter vos
"extrème empreffement
aux miens.
(rs., même les plus oppofés fur le fort
Le Glence que vous aviez gardé
me faifait tout appréhender
de ce paquer,
malgré mes précautions
de votre fervante,
pécuniaires auprès d'elle.
a cet égard, mais
Vous me tranquillifez
non moins
il eft une autre inquiétude bannir de mon ame 5
grande, queje ne puis
vous
c'eft de favoir la raifon pour laquelle étaiert
avez voulu ravoir ces lettres , qui de foin
tréfor que je confervais avec tant
un
Vous m'aimez > maitrefle
& de plaifir.
ainli
chérie, & vous avez pu me dépouiller loin de
de plus précieux
de ce que j'avais
fi fouvent & avec tant
! Je les relifais
2 vous
c'était ma plus chere occupation.
de plaifir!
les rendrez, vous n'avez pas
Ah! vous me
m'en priver longle coeur affez dur pour
m'écrivez me
Toutes celles que vous
- tems.
mais delirant de
difent que vous m aimezs continuellement, &c
me l'entendre répéter différentes, je trouvaie
dc mille maiietes
Tome II.
G --- Page 412 ---
cette fatisfaction en recommençant
par la premiere, & en obfervant toujours le
grès de cet amour & fes diverfes
pro*
fions.
exprefAprès mna lettre de hier,
à
heures après midi > un orage partie affreux cinq
venu, & a fait iciles plus grands
eft
Le vent le plus
ravages.
force
impétueux a foufflé d'une
maifons effrayante, renverfânt des arbres, des
de tous côtés. La grèle tombait
sbondammenr, & la plus forte pluie
fuccédé. Ma maifon, totalement
y a
verte, > ne nous offrait pas le moindre découc'étair par-tout une défolation.
abri;
A quoi croyez-vous quej je
ce moment défaftreux P A
penfaffe dans
treffe adorée ; je tremblais vous feule, maimaifon eft
pour vous. Votre
j'en avais vieille, > le vent était furieux' s
une vraie frayeur. Ah ! fi
pu voler auprès de vous
j'avais
ma fatisfaction! ! Je
3 quelle eût été
j'euffe pris de-là occalion vous euffe raffurée, 3
de faire
mes ouvriers à votre mere
aecepter
fa maifon neuve,
2 pour achever
Se qui ne me fait pas moins de peine 1
ule, maimaifon eft
pour vous. Votre
j'en avais vieille, > le vent était furieux' s
une vraie frayeur. Ah ! fi
pu voler auprès de vous
j'avais
ma fatisfaction! ! Je
3 quelle eût été
j'euffe pris de-là occalion vous euffe raffurée, 3
de faire
mes ouvriers à votre mere
aecepter
fa maifon neuve,
2 pour achever
Se qui ne me fait pas moins de peine 1 --- Page 413 ---
c'eft l'idée du retard de ce voyage du Joli
Trou. Moi qui y fondais de fi douces efpérances! ce tems les recule peut-être encore
bien long-tems! ! Avouez, chere amie,
pour le fort fe plait bien à traverler mes
que les
chers ! Ce Joli Trou devait
vecux
plus
l'occafion de vous voirs
& me promettait
de félicité !
&.j'en efpérais tant
finirai
ma lettre, chere amie :
Je ne
pas
une
fans vous dire que j'ai eu aujourd'hui
difcuflion avec un de VOs anciens amoude votre Maman, dont il
reux, au fujet
mauvais termes. Quoia parlé dans d'aflez
mon
je lui en aie dit clairement
que
fuis reffouvenu qu'il ne
fentiment, je me
vivefallait pas avoir T'air de prendre trop
le
de la mere de Mimi, & je
ment parti
bonne caufe.
n'ai eu que celui de défendrela confus du ton
Ce Monfieur a été un peu
je lui
froid, en apparence > avec lequel
ai fait fentir la vérité. Nous nous en.
fommes quittés très - peu amis, ce qui,
bien, m'eft fort indifférent.
vous penlez
pas pour la
'Avec qui ne me brouillerais-je
juftice, lors même que ce ferait pour une
pour la mere de ma divine amiel
autre que
G 3 --- Page 414 ---
Ne me demandez pas ce
cêt homme injufte,
que m'a dit
je ne puis vous le dire
qu'à l'oreille. Le Joli Trou en
f'occalion, ainfi que de bien d'autres amenera choles
qu'on ne peut dire que verbalement.
Adieu, adorable maîtrelle;
réfifter à
je ne puis
l'impatience de favoir fi le maus
vais tems vous a caufé quelque
j'envoie Calixte demander à dommage :
même des nouvelles de chez votre Maman
vera l'inftant de
vous. Il trouvous gliffer ma lettre.
Quand trouverai-je celui de vous couvrit
des doux baifers que jeg vous donne dans
mon coeur 0e
LETTRE XCIL
Du même a la mème, du 21 de
mars
1775.
Qcorour je brûlaffe d'envie d'avoir
réponfe de vous > je n'ofe vous faire une
reproche de n'avoir
un
je fais
pas eu un mot de prét:
que Vos argus ne vous donnent
gueres le tems," &cj'aime tant à croire que
ai-je celui de vous couvrit
des doux baifers que jeg vous donne dans
mon coeur 0e
LETTRE XCIL
Du même a la mème, du 21 de
mars
1775.
Qcorour je brûlaffe d'envie d'avoir
réponfe de vous > je n'ofe vous faire une
reproche de n'avoir
un
je fais
pas eu un mot de prét:
que Vos argus ne vous donnent
gueres le tems," &cj'aime tant à croire que --- Page 415 ---
fi vous Taviez, > vous ne manqueriez pas
entretenir avec moi ! Je renvoie
de vous
plus heureux.
Caimant, il fera peut-être
J'avais oublié, ma tendre amie, de vous
faire dire par Calixte que je devais aller
aujourd'hui à Bellevue; mais cet oubli nous_
favorable par fes fnjtes :
fera, j'efpere >
mon décar votre Maman eft venue après
pour me confulter, & peut-être pour
part
dans fa finguliere affaire > que
m'employer
Magdelaine m'a racontée. Ne m'ayant pas
trouvé, & défirant cependant avoir ou mon
mon
elle a diné chez Fany s
avis ou
appui, fort tard. Je viens de
où elle m'a attendu
la. rencontrer à peu de diftance de mabarriere. La nuit eft fi obfcure que nous ne
fommes pas reconnus : c'eft Calixte
nous
D'ailleurs, je n'aurais
qui m'en a prévenu.
deux grandes
point cherché à l'arrêter, par
défendu
raifons ; l'une , que vous m'avez
fentide lui rien faire connaître de mes
de peine à cacher;l'autre,
mens quejaitanto occafion favorable que ma
que c'eft une m'offre de vous voir, en lui
bonne étoile
à favoir le
témoignant mon emprellément
D3 --- Page 416 ---
I5o
fujet de fa vifite, & le defir de lui être
utile.
Ainfi, fans craindre de vous déplaire ni
qu'elle me défapprouve, j'irai demain lui
demander ce qu'elle fouhairait de moi. Ne
penfezpas, de la
Mimi, que je puiffe me réjouir
caufe de ce plaifir extrême; je youdrais fervir vos parens fans le moindre motif
perfonnel: mais ne me ferait-il pas permis de
defirer en même tems de vous voir plus
librement? ? Cette occafion, dont le
ge peine cependant, me parait permife fujet
fouftrez que j'en. profite,
Je vous verrai donc ! je verrai ces
quim'enflamment tant d'amour! Ah! quelle yeux
felicité, fi nous pouvions en partager tous
les effets ! Et que ce bonheur ferait bien
plus grand & plus réel s'il devait être
durer jufqu'à la fin de nos jours ! Mais pour
court inftant adoucira au moins l'amer- ce
tume & les peines de l'abfence pour quelques jours.
Du haut de la Montagne Noire j'ai diftingué votre demeure entre toutesles autres,
verrai ces
quim'enflamment tant d'amour! Ah! quelle yeux
felicité, fi nous pouvions en partager tous
les effets ! Et que ce bonheur ferait bien
plus grand & plus réel s'il devait être
durer jufqu'à la fin de nos jours ! Mais pour
court inftant adoucira au moins l'amer- ce
tume & les peines de l'abfence pour quelques jours.
Du haut de la Montagne Noire j'ai diftingué votre demeure entre toutesles autres, --- Page 417 ---
15*
réfide le cher
C'et-la, me difais-je, fentimens. que
Elle eft
objet de mes plus doux
font fur elle,
la, feule peutêtre, mes yeux & je ne puis être
mon coeur à fes côtés,
> -
à fes pieds ! Ah, Mimi ! concevez-vous,
d'une tellepenf@el.
Zomsemoi.lanemume
XCIIL
LETTRE
même date.
De Mimi à Sylvains
tard, mais l'amour ne dort
Ii eft fort
raifons faciles à depoint: J'ai, pour des de toujours lire plus
viner, établi l'ufage
coucher 1 > malgré
d'une heure avant de me
qui en ont
Maman & Sylvie,
tout ce que
motif, ont pu me dire de
pénétré le vrai
comment vous réponcontraire. Sans cela,
me veille
dre comme je fais, quoiqu'on
s'en-.
? Mais, Argus
encore en ce moment
fuis
Merdormit 5 & moi, qui ne d'écrire. point Ceft tout -
cure, je me contente - avec celle de
ce que j'ai de jouiffance >
yous lire.
à mon ame cette
Vous avez communiqué
dans
que vous éprouvez
vive impatience
G 4 --- Page 418 ---
T52
l'attente de mes nouvelles : les vôtres font
devenues pour moi un befoin de premiere
néceflité. Mettez-donc, cher ami, le moins
d'intervalle pollible entre VOS lettres. Je les
attends avec un plaifir mélé d'inquiétude
je les reçois avec une joie toujours
>
velle & plus grande
plus nou-
> je les dévore avec
avidité, > & je les relis toujours avec plus
de volupté. Je fens un plaifir pur, > fenfible,
defcendre dans mon caeur , comme une
liqueur délectable, de-là fe répandre dans
toutes mes veines, en y excitant un délice, une titillation que rien ne peut expliquer. C'eft ainfi donc, me dis -je dans
l'émotion, dans l'ivreffe de mon ame
c'eft donc ainfi que mes lettres agiffent fur >
le coeur de mon amant! Ah!
raifon, & qu'il ferait
qu'il a bien.
de telles fenfations
impoflib'e de rendre
! Que ne puis-je les lui
procurerplus fouvent ! Mais, cher
vous le favez, il faut faifir l'inftant Sylvain,
paffage, & il eft toujours
au
trop court. Tout
mon tems ne fuffirait pas pour vous dire
tout ce que vous
&
ne
m'infpirezum
Sylvie
s'endort pas. facilement.
D'après cet aveu de mon carur > vous
qu'il a bien.
de telles fenfations
impoflib'e de rendre
! Que ne puis-je les lui
procurerplus fouvent ! Mais, cher
vous le favez, il faut faifir l'inftant Sylvain,
paffage, & il eft toujours
au
trop court. Tout
mon tems ne fuffirait pas pour vous dire
tout ce que vous
&
ne
m'infpirezum
Sylvie
s'endort pas. facilement.
D'après cet aveu de mon carur > vous --- Page 419 ---
devez croire qu'il m'en a bien coûté pour
redemander mes lettres, & que je
vous
de ne pouvoir encore
fouffre véritablement
vous les rendre : cela ne peut tarder, votre
amie le defire autant que vous-mème. Je
e
concourir à votre felicité;
ne cherche qu'à
fur
&, à juger par Yeffet de vOS épitres
mon ame, , ce n'en peut être qu'une pour
de lire les miennes. Elles vous
vous donc rendues, & vous n'en délapferont
vous le conprouverez pas le motiflorfque
releve de
naitrez. En artendant, je vous
la promeffe de me renvoyer les autres 5
mes précautions en conféquence..
je prendrai
déformais toutes celles que
Gardez donc
vous recevrez de moi.
viens de vous dire doit aflez
Ce que je
je
faire connaitre la fatisfaction que
vous d'avance de vous voir. Mais je crains
golite l'indiferérion de nos caurs. Tachez donc
vorre (ang-froid 1 : foutede garder un peu
Je
nez mon courage par votre exemple. de
tremble déja, je braie de defir; jugez
Votre voix va comT'infant ctiriquela
bler moi coeur de rant de douceurs, que
GS --- Page 420 ---
j'en fuffoquera.. Mais le pire ferait de he
pas vous voir.
Je vois bien que tous les blancs blâment
ma mere; rien n'eft plus propre à
les défagrémens attachés à la condition augmenter humiliante des hommes de couleur. II
demble
me
cependant que ceux qui font les fuspérieurs en rang 2 devraient trouver
de gloire encore à l'être en
plus
l'ètre bien
raifon; & c'eft
peu que de s'arrêter. à la couleur
de la peau pour juger les actions des'nommes.
JI n'eft peut-être pas féant de donner des
éloges à celui même qui les mérite,
Jui
mais
en
de parlant,
je ne puis me défendre
vous rendre en paffant une jultice
wous eft due, & que tout le public qui
rend : c'eft que je ne vois
vous
parlant
> frictement
claffe > que vous d'équitable envers notre
comme envers la vôrre, Qu'il eft
doux, qu'il eft flatteur
pour un ceeur délicar, qui aime comme le mien,
faire, > al'unanimité,
d'entendre
Fcloge de fon
lorfque l'on eft fûre que ce n'eft amant,
es vues de le fatter
pas dans
goinerie donr
par cette indigne flales COEHIS bas nourrillent
ictement
claffe > que vous d'équitable envers notre
comme envers la vôrre, Qu'il eft
doux, qu'il eft flatteur
pour un ceeur délicar, qui aime comme le mien,
faire, > al'unanimité,
d'entendre
Fcloge de fon
lorfque l'on eft fûre que ce n'eft amant,
es vues de le fatter
pas dans
goinerie donr
par cette indigne flales COEHIS bas nourrillent --- Page 421 ---
! Carles envieux
la vanité des gens en place
donnent des louanges à votre imparmême
tialité.
doute bien quel eft ce Monfieur
Je me
à
s'eft brouillé avec vous par rapport
qui Maman, & je devine > à peu près., ce
vous en dire. Je ne fuis pas
qu'il a pu
l'ayez un peu mortifié ,
fachée que vous
je ne vous dirai qu'au
pour des raifons que
révélerez tout ce
moment que vous me
Il y a des gens
qu'il vous a dit à ce fujet. fe difpenfer de
qui croyent qu'on ne peut
nature
à leurs vues, de quelque
répondre
& ces gens-là fe renconqu'elles fcient, les blancs à qui il prend
trent dans tous adrelferwww non pas leure
fantaifie de nous
indignes 55
hommages, ils nous en regardent
bien leurs infultantes propofitions.
mais
infime préjusé, contre
Oh! comme cet
affujettic à d'huminotre couleur, nous
liarions !
chez
I'orage n'a pas porté ici comme fémirs
Le iécit m'en a fait d'abord
vous.
dilaré mon coeur anfli-tét,
mais vous avez
à moi dans
en y difaut que vouS penfiez Que f'aime à
le moment de la teunyète. G6 --- Page 422 ---
voir que rien ne peut diftraire cette occt-'
pation de votre cceur ! Cependant,
réflexion, vous penfez combien je fouffre par de
tout ce qui peut vous arriver de facheux.
Maman nous a fait un tableau de ce
eft arrivé chez vous, qui m'afligerait qui
bien même il regarderair
quand
mon amant chéri, Il eft étonnant tout autre que
demi-lieue le tems foit Gi différent. qu'à une
Calixte a fiupérieurement bien fait lacommiflion 5 mais il ne m'avait pas été
d'écrire. Je vous permets > - € je vous poflible
même de venir voir
engage
de la défendre
Maman, & fur-tour
contre l'oppreflion & l'injuftice. Je ne vous ferais pas cette priere f
Maman avait tort; mais vous favez
ne l'a pas, chacun devant être maître qu'elle
foi, & lui étant permis
chez
de fe défendre d'un
par toutes les loix
voleur.
Je n'aurais pas voulu vous favoirà Bellevue, jy aurais eu les yeux continuellement
tournés. Mais ne font-ils
yous, & votre image
pas toujours fur
en peut-elle fortire
oppreflion & l'injuftice. Je ne vous ferais pas cette priere f
Maman avait tort; mais vous favez
ne l'a pas, chacun devant être maître qu'elle
foi, & lui étant permis
chez
de fe défendre d'un
par toutes les loix
voleur.
Je n'aurais pas voulu vous favoirà Bellevue, jy aurais eu les yeux continuellement
tournés. Mais ne font-ils
yous, & votre image
pas toujours fur
en peut-elle fortire --- Page 423 ---
LETTRE XCIV.
à Mimi, du 22 de mars
Dc Sylvain
1775.
ExrIN vous me le permettez donc! je
donc vous voir un inftant ! Que en'ai-je
puis
être plutôr auprès de vous L
des ailes pour
tandis qu'on arrange
Il eft à peine jour 5
éctire pour dimes chevaux ; je vais vous
s'il eft pofible, ma vive impaminuer,
tience.
Mimi, qu'en effet Pamour
Vous voyez, tard averti; pourvu, qu'il
n'eft jamais trop
mettre à profit les
le foit, il fait toujours
inftans qu'on lui confacre.
charmante amie, je ferai tous mes
Oui,
j'affecterai auefforts pour me contraindre,
le feu
dehors de Ja froideur, tandis que
brilera les entrailles ; deft ainfi que e
me
couvertes de glaces recelent
ces montagnes allumés dans leur fein. Mais
des volcans
ce qui eft fi éloigné
pourrai-je bien montrer
foutenir votre
de mon être : Et comment --- Page 424 ---
T,8
tourage, lorlque je fens trembler tout le
mien devant vos charmes vainqueurs !
Enfin, effayons Ne vaut-il pas mieux
nous trahir que de ne pas nous voir ?
Mais aufli pourquoi tant craindre? Que
de délices perdues pour nos fenfibles
cceurs
Vous avez donc, Mimi, anticipé habituellement far votre fommeil - 3 pour pouvoir trouverlinftant de vous entretenir avec
votre amis Mais le plaifir' que j'en reffens
eft un peu troublépar la crainte que j'ai que
vous n'en foyez incommodée.
tendre maitreffe,
Songez s
que ma fanté eft toute
attachée à la votre, & que la douleur de
ne pas recevoir une lettre de vous eft moins
forte encore que de vous favoir malade.
C'eft votre trop de timidité qui nous place
ainfi entre des alternatives égaiement défagréables. Si vous aviez le courage de tout
dévoiler ce qu'ch fait déjà fans que vous
en conveniez, vous auriez la liberré de
m'écrire dans le jour, & vous repoleriez
la nuit. Vous recevriez aufi plus fouvent
de meslettres. Quelle ferait alorsnotreconfolation!
ne pas recevoir une lettre de vous eft moins
forte encore que de vous favoir malade.
C'eft votre trop de timidité qui nous place
ainfi entre des alternatives égaiement défagréables. Si vous aviez le courage de tout
dévoiler ce qu'ch fait déjà fans que vous
en conveniez, vous auriez la liberré de
m'écrire dans le jour, & vous repoleriez
la nuit. Vous recevriez aufi plus fouvent
de meslettres. Quelle ferait alorsnotreconfolation! --- Page 425 ---
vous 0 ai d'obligation, mon aimable
Queje de la permillion que vous me donnez
amie,
lettres ! & qu'il me tarde de
de garder vos
lequel vous avez retiré
favoir le motif pour
la pofles autres ! J'en regrette toujours
de
fellion, mais je ne fuis plus inquiet
pique ma curiofité.
la caufe, quoiqu'elle
blâmer votre
Les blancs qui pourront affaire, ne font
Maman dans une pareille Mais il y en aura
pas dignes de Yêtre. lui rendre la juftice
d'autres qui fauront
fans doute
qui lui eft due. Ils n'auront
s'énorpoint à s'en glorifier : > ce ferait
des
gueillir de n'ètre pas des brigands OLr fatistyrans. Je le répete avec une grande
fadion, tous les blancs ne font pas tous
infeftés du vice du préjugé contte la claffe
hommes de couleur. Si ceux qui en
des
voulaient,
font la regle de leur jugement
confalterla raifon & Yéquité,
ou pouvaient fais nul doute qu'ils n'en ronugillent
je ne
Croyez - vous que fi
jufqu'à la confufion.
vos
Mme, C... avair en un peu d'ame,
Yeuffent
anéantie : Mais
réponfes ne.
pas
ne
tel qui fe plait à molefter fans fujet 2
jamais pi la fenfibilité ni la hopre,
çonnut --- Page 426 ---
Qu'elle a da cependant fe voir bas audellous de ma divine Mimi!
Je ne fuis jamais de votre avis fur le
bonheurs il ne fut jamais fait pour ceux
qui ne favent point en mefurer l'étendue,
& en connaitre la délicateile. Ces inquiétudes mêmes qui affaillent les ames fenfibles, font peut-étre, comme vous l'avez
obfervé, ce qui vivife leur fécilité; & fi
le royaume des cieux & la paix des coeurs
ne peuvent être que le partage des ftupides, les autres ne le leur envieront jamais.
Mais on m'avertit que mes chevaux font
prêts ,il faut ceffer de vous écrire pour
aller vous voir. Tandis que j'entrétiendrai
votre Maman > Caimant trouvera peutêtre l'inftant de vous remettre ma lettre, ;
ou il la remettra à Fédalie.
LETTRE XCV.
Dumême à la même, même date,
bonheur! 6 félicité ! comment vous
exprimer? Et vous, > tendres mouvemens de
mon ame > qui c'illiez les plus grandes
que mes chevaux font
prêts ,il faut ceffer de vous écrire pour
aller vous voir. Tandis que j'entrétiendrai
votre Maman > Caimant trouvera peutêtre l'inftant de vous remettre ma lettre, ;
ou il la remettra à Fédalie.
LETTRE XCV.
Dumême à la même, même date,
bonheur! 6 félicité ! comment vous
exprimer? Et vous, > tendres mouvemens de
mon ame > qui c'illiez les plus grandes --- Page 427 ---
dans mon caeur, comment pour*
délices
décrire : Ah, Mimi ! que je
rais-je vous
vos traits > que yos yeux
vous aime! que
tout mon être! que
ont de pouvoir fur fur tous mes - fens : je
vos charmes en ont contenir, tant la joie
ne pouvais plus me
m'avait enivré.
enchan-"
Je les ai donc vus, ces yeux de plus'
m'enflamment toujours
teurs qui
font beaux ! qu'ils iont
en plus! Qu'ils
& exprellifst
doux ! qu'ils font fpirituels de plaifir & de;
qu'ils favent annoncer ah! s'il fallait renoncer
volupré! Mimi,
& d'être aimé,
au bonheur de vous aimer, ferait anlli-tot la
de vous, la mort en
I
fuite.
doux tranfles
C
J'étais en route >
plus renfées que
prélidaient aux délicicufes
ports
voir minfpirait 5 jallais
l'efpoir de vous
croyais que mon:
le grand galop, & je J'anive chez vous
cheval n'avançait pas.
m'agite en.
Yinquiétude
avec précipitation,
je vous crois
ne vous appercevant demande pas ;
de VOS noudans la chambre ; je
doulouvelles à votre Maman 5 quel coup coeur! La
reux m'a frappé tout-à-coup au --- Page 428 ---
plus grande trifteffe a faccédé à ces
idées qui venaient de bercer
tendres
lorfque j'apprends
mon ame >
Mme, de L
que vous êres allée chez
J'ai refté immobile &
un inflant, & ce n'a été
la muet
de faire remarquer le trouble que de
crainte
qui m'a fait affecter,
mon ame >
l'air de tranquillité 3 comme j'ai pu >
d'éprouver.
que j'étois fi éloigné
J'écoutais prelque fans attention les détailslque votre Maman me faifait de fon
affaire. Enfin je vous ai apperçue à la
bartiere,.oh j'avais toujours les yeux. La
vie, avec la plus vive
cendu aufli-tôr dans allégreffe, a defLa circonftance
mon coeur anéanti.
volé au-devant
m'était favorable > j'ai
de ma charmante maitreffe
àqui l'ufage me permettait d'offrir la
>
dans cette
main,
fes
occalion, en préfence même de
argus.
J'ai touché cette main chere
mon bonkeur, le bonheur
qui a tracé
l'adorable
d'ètre aimé de
Mimi, qui a tracé 3 dans
ternies les plus doux, la
les
de charme de m'être
promeffe pleine
toucher raviffant
toujours fidelle. A ce
, Dieu ! quelles volup:
ait d'offrir la
>
dans cette
main,
fes
occalion, en préfence même de
argus.
J'ai touché cette main chere
mon bonkeur, le bonheur
qui a tracé
l'adorable
d'ètre aimé de
Mimi, qui a tracé 3 dans
ternies les plus doux, la
les
de charme de m'être
promeffe pleine
toucher raviffant
toujours fidelle. A ce
, Dieu ! quelles volup: --- Page 429 ---
16;
mon carur;
tueufes Tenfations a éptouvé
!
d'en avoir de fi differentes
qui venait
faurait exprimer ce quejai
Non; rien ne
fi fortuné que Yamour,
fenti en ce moment
ménagé pour me
je vois bien > m'avait
votre ablence
récompenier des peines que
m'a fait foufftir.
fi le bout de Vos doigts ;
Ah, Mimi!
des miens,
àla tendre preflion
été
en répondant de délices, qu'aurait-ce
m'a caufé tant amoureules avaient pu fe
fi mes levres
jen avais le defir:
coller aux vôtres, comme feule m'égara dans:
brilant! Cette penfÉce l'amour. Je ne pouvais
tous les délires de
& malgré
m'e empècher de vous regarder, rémoins des
tant de regards > profanes vous admirer.:
nôtres,je ne (ongeais qu'à
fans bien
On me parlait - > je répondais
je
difais. Je ne voyais,
favoir ce que je
n'entendais que vous.
de beautés à la fois
Aimable Mimi! que
eft
réuniffez! que votre air gracieux
vous
Ah ! fje ne vous avais pas déja
féduifant!
inftant feul eût fuffi pour
tant aimée, cet
roujours.
foumettre mon coeur pour
vous
donc, me difais s-jel la voilà
La voilà --- Page 430 ---
cette maitreffe idolâtrée que j'aime mille
foisplus que ma vie! voilà cet unique objet
de mes premiers vaeux ! le voilà devant
moi, à fi.peu de dillance, & je ne
ni lui parler, ni la couvrir de mes doux puis
baifers! mais c'eit été obtenir trop de
faveurs à la fois de T'amour, & mon ame
a befoin d'ètre ainfi conduite à la félicité
fuprème par degré; elle n'eft pas allez forte
pour en fentir davantage en même tems,
Cependant s que je brûlais de delir de
pouvoir vous dire un mot de mes fentimens ! Vous ne m'avez donné que deux
de ces regards qui attendrirajent & réchaufferaient le marbre même. Mais ces deux
feuls coups d'ail ont fuffi pour lancer le
feu le plus doux, & en même tems le plus
dévorant dans toutes mes veines. Encore
une fois, Mimi, s'il fallait que je renon-,
çaffe au bonheur de vous avoir pour amante,
la mort ferait ma feule reffource. Confervez - moi donc les fentimens dont vous
m'avez Juré la durée, fi vous voulez que
ie vive & que je vive heureux.
J'ai fait à votre Maman toutes les offres
qu'il pouvait être en moi de réalifer, &
u le plus doux, & en même tems le plus
dévorant dans toutes mes veines. Encore
une fois, Mimi, s'il fallait que je renon-,
çaffe au bonheur de vous avoir pour amante,
la mort ferait ma feule reffource. Confervez - moi donc les fentimens dont vous
m'avez Juré la durée, fi vous voulez que
ie vive & que je vive heureux.
J'ai fait à votre Maman toutes les offres
qu'il pouvait être en moi de réalifer, & --- Page 431 ---
IG5
j'ai eu le regret de ne lui en voir acceptef
celle qui eft relative au fujet de fa
que vifite de hier. J'avais déja vu le procureur
je n'aie voulu lui en rien
du roi, quoique de lui faire connaitte que
dire, de crainte
affaire
de vous.
je n'ai pu favoir cette
que des foins
Enfin,j'efpere qu'avec le tems >
;
de l'empreflément à
des complaifances cccafions >
de lui être utile
failir toutes les
libremént
ou agréable, elle en ufera plus
moi. Heureux mille fois fi je puis
avec
fa confiance ! Ah, Mimi! f elle
m'attirer
regarder comme fon fils
me pouvait
Adieu, chere amie que mon coeur adotombeau : fongez que je ne
rera jufqu'au
c'eft
puis vous voir que trop rarement: 5 que
douce confolation, mais qui fert même
-une encore à nous faire connaître davantage
combienun entretien particulier eftau-dellus
que vous m'avez
de cette jouiffance. Songez
promis de me faire favoir lorfque je pourrai
goûter ce bonheur inappréciable. Songez,
zendre amie, combien ilen a coûté à mon
ceur pour me feparer de vous 5 fongez au
du Joli Trou 5 fongez aufli que
voyage devez m'écrire fouvent., & quune
vous --- Page 432 ---
lettre de vous eft la feule chofe qui puifle
foutenir mon cceur contre T'ennui de l'abde
cher au monde
fence de ce qu'ilya plus enfin.
de
lui; fongez.. à tout
Que
pour chofes à vous dire lorfque je vous verrai,!
Quand donc en viendra le tems fortuné?
amour ! acheve de m'exaucer lo.sss.
LETTRE XCVI
De Mimi à Sylvain s du 23 de mars
1775.
JE mourais d'envie de vous tenir prét au
moins un billet, mais il femblait qu'un
méchant efprit fit venu exprès pour tradefirs, en m'ôtant tous les infverfer mes m'a
laiffée & pour furtans. On ne
pas
:
fous
croit de malheurs le foir, Maman, chez
prétexte de fatigue pour avoir été
vous n'a pas voulu me permettre de
>
difant qu'elle l'empêcherait de
la lumiere,
de réparer ce tort ce
repofer. J'efpérais
vilite
l'on
matin; point du tout, une
que
me force de faire enla compagnie de BonneFemme, m'en ôte tqus les moyens. Jugez
furtans. On ne
pas
:
fous
croit de malheurs le foir, Maman, chez
prétexte de fatigue pour avoir été
vous n'a pas voulu me permettre de
>
difant qu'elle l'empêcherait de
la lumiere,
de réparer ce tort ce
repofer. J'efpérais
vilite
l'on
matin; point du tout, une
que
me force de faire enla compagnie de BonneFemme, m'en ôte tqus les moyens. Jugez --- Page 433 ---
quel ennui a pefé fur mon coeur jufqu'at
moment où je vous ai vu.
Si vous avez pafTé un cruel inftant en
à la maifon, heureune me trouvant pas
tems
fement qu'iln n'a pas été plus longquele
d'aller jufques chez Mme, de L & de
revenir. Maman avait appris fa maladie;
elle m'avait envoyée la voir, fous la garde
de Bonne-Femme, me recommandant un.
retour. Jamais elle n'avait été fi
prompt bien obéie. Elife était étonnée de mon
empreffement dont ma compagne m'a fait
un mérite auprès de Maman, après votre
départ. Je favais que vous deviez être déja
venujj'ena avais la plus vive inquiétude. Il ne
trouvera
me difais-je fans cefle ;
me
pas,
m'en
ilen aura de la douleur ; cette penfée
caufait de réelles. Jugez de ma joie lorfque
je vous ai vu venir m'offtir une chaife pour
defcendre de cheval ! Je ne fais fi je vous
ai ferré la main, je fais feulement que je
ne favais plus ni ce que je faifais, ni ce
je difais. Oh quel moment ! quelle
que
ivreffe dans toutes les facultés
voluptueufe de mon ame ! Un feul de VOs regards de
plus m'eût entiérement oté l'ufage de tous --- Page 434 ---
r68
les fens.m. Mon
caur, mon ame, tout
mon être était fur mes levres
m'échapper
3 préc à
pourpaffer tout en mon amant.
On'a beau faire, on ne peut cacher
amour. Moi qui vous avais fi bien
cet
à vous contraindre, hélas! j'étais engagé la
faible. Mon trouble
plus
la préfence d'une augmentait encore par
mere & de deux faurs,
qui ne ceffaient de me regarder. Je n'ai
ileur dérober que deux
pu
avez heureufement recueillis. regards, que vous
J'étais
dans les délices ; je fentais des élans abymée de
l'ame de me précipiter dans VOS bras, &
d'y expirer de mon bonheur. Le fon de
votre voix caufait à toute mon ame une
douce vibration, commel loriqu'on agite les
cordes d'un inftrument à l'uniffon d'un
autre > celles de celui-ci y répondent
un frémiffement plaintif,
par
befoin d'y méler,
, comme par le
d'y unir leurs fons. Dieu!
vous me parlez de tête à tête ! eh! n'en
mourrais-je pas 00se
J'étais déchirée par les combats cruels
de l'amour & de la crainte. Ces. cruelles
parentes ! : ces coeurs impitoyables! quelle
fatisfaction trouvent-elles à me perfecurer
ainliz
autre > celles de celui-ci y répondent
un frémiffement plaintif,
par
befoin d'y méler,
, comme par le
d'y unir leurs fons. Dieu!
vous me parlez de tête à tête ! eh! n'en
mourrais-je pas 00se
J'étais déchirée par les combats cruels
de l'amour & de la crainte. Ces. cruelles
parentes ! : ces coeurs impitoyables! quelle
fatisfaction trouvent-elles à me perfecurer
ainliz --- Page 435 ---
vouloir me priver de ce
ainfi? Pourquoi faire le bonheur de ma vie!
qui peut feul
rebuter & de me faire
Efpérent-elles de me
ais? Avant de vous avoir parlé,
changer jan
tendres lettres , je vous
d'avoir reçu vOS
dire que ce peu d'infaimais tant! Je puis
la
nons avons paffes en
préfence
tans que
un nouvel amour
l'un de l'autre, m'in(pire
voilà
Cher Sylvain,
encore plus pallionné. eft décidé dans la
qui eft fait, voilà qui même je mourrai
nature de mon être
>
amante Je vous l'avais déjàjuré,
votre
à chaque inftant. Et vous
& je me le jure
de changement de
pourriez jamais craindre
amie! Ne connait - elle donc pas, 3
votre
donc pas fa félicité!
n'aime-t-elle
Vous avez dû voir l'état de mon ame; 5
avez dû voir tout l'empire que vous
vous fur elle. J'ai manqué même de tout
avez
émotion me trahiffait malgré
gâter ; mon
par une
tous mes efforts ; mes regards,
fenattraction irréfifible, peignaient mes
timens tous les mouvemens de mon coeut
> feu du véritable amour 5 je n'y
avec ce
les Aammes me bouvoyais plus goute,
Syivie, occu:
caient la vue. Heureufement,
H
Tom IL. --- Page 436 ---
pée à vous faire honnêteté , ne pouvais
prendre garde à tout, non plus que Maman
trop préoccupée de fon affaire. Je ne favais
pas fi je devais admirer votre préfence d'efprit, ou me plaindre d'une quiétude
je crois incompatible avec l'amour. J'avais que
beau me dire que c'était par mes ordres,
j'euffe voulu vous les voir refpecter un
moins, &j'aurais peut-être préféré
peu
à vous
d'avoir
gtonder, qu'à ine louer en ce cas de
tant de foumiflion à ma volonté, En un
mot, je ne favais alors ce que j'euffe voulu
moi-mème,
Mais adtuellement je vois différemment;
je vous loue d'une conduite néceflaire dont
je vous ai impofé la loi, & qui nous ménage plus de facilité pour l'avenir. Je vous
recommande en pareille occalion la même
obcillance; car vous pourriez bien pour
l'inflanc me faire
plaifir > mais enfuite ;
je fens que je ne voas le pardonnerais
à la réflexion Nous ne ferions
pas
que nous
préparer des peines & doubler nos entraves:
vous ne voudriez pas augmenter les
de votre bonne amie, ce ferait vous peines
faire à vous-même. Songez
en
queje ne prends
pour l'avenir. Je vous
recommande en pareille occalion la même
obcillance; car vous pourriez bien pour
l'inflanc me faire
plaifir > mais enfuite ;
je fens que je ne voas le pardonnerais
à la réflexion Nous ne ferions
pas
que nous
préparer des peines & doubler nos entraves:
vous ne voudriez pas augmenter les
de votre bonne amie, ce ferait vous peines
faire à vous-même. Songez
en
queje ne prends --- Page 437 ---
(ommeil que parce que je fuis déjà
far mon furveillée, & que l'on pourrait encore
trop
m'obftacler, fans me réduire à
davantage à vous écrire. Il faudrait peutrenoncer
expédient
être s'avifer de quelqu'autre attaquerait ma
plus fatiguant encore, qui
le foin,
fanté dont vous me recommandez raifon, doit être
& qui, par cette feule
ménagée.
fachez aucun gré, cher ami, de
Ne me
vous ai accordée de
la permiflion que je
de l'intérêt de
garder mes lettres: il ya
toute
dans ce fait; dell qu'érant
ma part
fouffre de toutes vos
paffée en vous 2 je les diminuant, je me
douleurs, & qu'en
foulage d'autant.
donc, Sylvain, n'être pas
Vous croyez avis fur la nature du bonheur ? Et
de mon comuence à croire, au contraire, >
moi, je
différons que far la manière
que nousn'en
donc pas éprouvé
-
d'en ufer. N'avez-vous de la vie à la fois, tandis
toutesles délices
nous étions près T'un de l'autre? Que
que faut-il de plus, fi nous pouvions en jouir plus
fouvent? Mais l'on ne ceffe de mé répéter
quele plaifir même def fe voirsufeparlkabis
H2 --- Page 438 ---
tude Quoi! ce que votre préfence me
faifair fentir G fortement , pourrait jamais
la jouifance mème, d'ètre aulli
celfer, par
aufli
Ah ! 6 cela
doux, aufli vif,
piquant?
eft, cher ami, ne nous voyons que peu
fouvent: calculons, s'ileft poflible, combien
cette félicité peut durer par l'ufage, pour
far tous les
en faite une jufte répartition
inftaos de nos jours. Mais elle eft fi grande!
Quand nous vivrions au - delà de l'age
- nous la confumer?
d'homme, > pourrions
Oh! non 5 la fource en eft intariffable,
du moins dans mon cceur... Et le vôtre
fait fi bien fentir comme lui!
Cet aveu vous eft une fûre atteftationt
combien il me ferait inpollible d'exifter
fans la poffeflion de votte COeur. Quelque- fur les
fois, voulant jetter un ceil curienx
de l'avenir, j'en frémis,& je
profondeurs le retire auffi-tôt Nous féparer jamais..
Vivre fans vous Ne plus avoir lefpoir
de vous voir, de recevoir VOS tendres expref-
& vivre ... Vous laifler feul en ce
fions,
déteftables
monde l.. Oh! quelles
pendévorantes pour un
fées ! quelles harpies
egur fenlible & smmjofapatadolinele
fois, voulant jetter un ceil curienx
de l'avenir, j'en frémis,& je
profondeurs le retire auffi-tôt Nous féparer jamais..
Vivre fans vous Ne plus avoir lefpoir
de vous voir, de recevoir VOS tendres expref-
& vivre ... Vous laifler feul en ce
fions,
déteftables
monde l.. Oh! quelles
pendévorantes pour un
fées ! quelles harpies
egur fenlible & smmjofapatadolinele --- Page 439 ---
l'attention d'un
Détoumnons prompreiient
tableau aufli effroyable.
été plutôr parti, que
Vous n'avez pas
en éloges fur
Bonne-Femme s'eft répandue comblé tout
lés honnêtetés dont vous avez Meffieurs
honte pourvos,
le monde. Quelle
vous
de caufer deléronnemenrà
les Blancs,
avec nous ! C'eft que 2
trouver honnêtes
préjugé, vous ne nous
efclaves d'un aveugle
felon cette efpece
traitez d'ordinaire que
nous pouvons
de loi, & non felon ce que
mériter individuelement.
ait été des louanges de
Quoi qu'il en la conduite & les fenBonne-Femme fur
cela n'a pas emtimens de mon amant, longuement à fonpèché de me quereller faire de la peine ,
fujet. On croyoit nie
l'on me parlait
& l'on ne fentait pas que cher au monde.
de ce que j'ai de plus
toutes nos
Qu'il m'eft doux de voir que exactement fur
penfées fe rencontrent aufli
ce fujet !
vifite chez Mme, de Lw eft caule
TIa
d'attend'un malheur qui fait augmenter
de
de moi. Sans la préfence
tion autour
H 3 --- Page 440 ---
Bonne - Femme, 3 qui n'a pas le
intérêt à la chole, je n'aurais
même
l'inftant de vous écrire
pu trouver
croit à caufèr avec moi cette lettre. On la
& elle dort. Moi,
dans la chambre,
j'écris.
que l'amour éveille >
C'eft une lettre de vous
trouvée dans une boîte
que Sylvie a
qui a donné lieu à
> fur ma table >
C'eft celle
ces nouvelles crifes,
Paques. Vous que vous m'envoyares le jour de
tiez du
favez que vous vous féliciCette retour dont VOS voeux font
lettre a rallumé la
payés..
maifon. Sylvie refufe de
guerre dans la
lant l'envoyer à
me la rendre 3 vouqu'il en fera; 3 mais mon pere. le Je ne fais ce
feul
je
defire : c'eft le
moyen qu'elle me foit rendue,
Maman a un peu moins crié
coutume ; ce que j'artribue au fervice que de
portant qu'elle attend de vOS foins officieux; imcaronl'affure
eft fort mauvaife eichaqueinlantquer fon affaire
ne
aux yeux des blancs,
peuvent fe perfuader qu'une
qui
puiffe avoir droit . contre un des négrefle
Quelle honte pour
leurs.
votreclaffe, fi
cependant ! Maman compte fur orgueilleufe
vos bons
rendue,
Maman a un peu moins crié
coutume ; ce que j'artribue au fervice que de
portant qu'elle attend de vOS foins officieux; imcaronl'affure
eft fort mauvaife eichaqueinlantquer fon affaire
ne
aux yeux des blancs,
peuvent fe perfuader qu'une
qui
puiffe avoir droit . contre un des négrefle
Quelle honte pour
leurs.
votreclaffe, fi
cependant ! Maman compte fur orgueilleufe
vos bons --- Page 441 ---
qu'elle les"
offices.. Mais ne croyez pas
prix; elle m'a comblée
mette à quelque fatisfaction en s'expliquant
de la plus douce Bonne-Femme ayant eu la fimla-delfus :
la tranquillifer fur ce
plicité de lui dire, pour
Y'amour
qui pouvait lui en arriver, que
for.
vous aviez pour moi lui ferait un
que
Ce Non, a-t-elle
rempart contre T'injuftice.
indifrépondu avec perfualion, il s'intéreffe
feremment pour tous ceux que l'on veut
fi je n'en
opprimer ; &, ajouta-t-elle, n'aurais
avais pas été aufli convaincue., je
S été m'adrelfer à lui > étant fûre qu'il
pas
Cette
n'abufera pas de cette confiance ?.
juftice rendue à votre équité délintéreffée 3
eft tout ce qui pouvait me Aatter le plus,
& fait le plus bel éloge de votre caractere.
Cependant la vigilance n'en eft pas moins
grande de fa part pour me furveiller. Je
crains même que cette aventure ne tourne
contre nous par la fuite. Sylvie eft
trop toujours la plus intraitable. Il eft étonnant
à quel point l'amour peut aveugler une
femme. Elle me blâme e-de vous écouter *,
cacher
Bras
&c elle ne peut me
qu'elle
pour vous. Elle devrait au moias prècher
H 4 --- Page 442 ---
un peu plus d'exemple, comme mon
1& déja veuve 5 & je vous
ainée
ui en voudrais bea
avoue - que je
être fûre du
ucoup moins, Ona'l beau
coeur de fon amant, on n'aime
point à le voir briguer
par une autre
Quoi qu'il en foit, ne perdez
vue l'affaire de Maman; fa
pas de
chere,
tranquillité m'eft
3 & je crains, ainfi
ne cherche à la châtier
qu'elle, , qu'on
la bourle. La
tout au moins par
juftice eft fi précaire!
on a le malleur d'avoir
Quand
déméler
quelque chofe à
avec elle, il faut trembler - à
moins qu'on n'ait de quoi il'acherer
>
plus cher
que ne vaut l'objet en lui-mème,
quand il s'agit de nous Vos Jugez,
la-deffus, connus
principes
font autant
par votre conduite, vous
à
d'honneur, que de fatisfaction
mon ame enorgueillie, Mais il en effi
comme vous! Votre courage
peu
bité
& votre
l'emporteronr - ils fur la cabale pro- des
autres C'eft ce que je demande
à genoux,
au ciel,
Adieu, > mon eftimable ami, croyez
vous en avez une véritable en Mimi. que
P.S.Je n'ai pu tenit une lettre
pour
font autant
par votre conduite, vous
à
d'honneur, que de fatisfaction
mon ame enorgueillie, Mais il en effi
comme vous! Votre courage
peu
bité
& votre
l'emporteronr - ils fur la cabale pro- des
autres C'eft ce que je demande
à genoux,
au ciel,
Adieu, > mon eftimable ami, croyez
vous en avez une véritable en Mimi. que
P.S.Je n'ai pu tenit une lettre
pour --- Page 443 ---
pas
artivée : > vous ne manquetez celle-ci
votre
aujourdhui, vous aurez
d'envoyer
le fommeil de mon
qui eft autli longue que Vous me dites de
indolente gardienne. oh! s'il ne fallait que fonfonger à tout; ;
2
ger! qué yous manquernitil
XCVIL
LETTRE
à Mimi, du 23 de mars
De Sylvain
1775chere Mimi, de vous
JE m'empreffe >
auprès de M. de...
faire part de ma réuflite du roi. On a rendu juf-
& du procureur cet homme a été arrêté
tice à votre mere 5
la dépofition
hier d'après ma déclaration, aveu qui le
des témoins & fon propre mois en prifon.
condamne : il palTera un
au crimiOn voulait lui faire fon procès debtenix de
nel, mais j'ai eu le bonheur
militaiM. de.n, qu'il ne fit puni que une voie de
rement: > comme ayant commnis comme ayantvolé
fait, &iomjuodiquement. On ajugé qu'un fcélérat
& voulu aflaliner.
relasivement à celui
n'éaitd'aucune couleur
H 5 --- Page 444 ---
envers lequel il a commis le crime
votre mere avait été en droit de le ; que
mettre aux fers pour s'en
faire
qu'elle foit une négreffe, la allurer, loi
quoilement
devant égaprotéger tout le monde.
Voila la tournure
prendre
qu'il nous a falla
pour empécher les clabaudages de
Y'orgueil Avec les témoins
mere avait, fi j'avais mis
que votre
ce malheureux
àlarequète du procurcur du roi,
rien moins que la corde
ilnerilquait
mere, ni
ni
; ce que ni votre
vous,
moi, n'euflions voulu.
Enfin, l'affaire eft heureufement
&ce feraun fujetde vifire chez
terminée,
fera doux d'aller
vous. Qu'ilme
velle à la
annoncer une bonne noumere de ma maitreffe
& de la voir en méme
chérie >
tems ! Quel
pour un fi léger fervice ! ou platôt prix
une démarche qui eft du devoir de
nête homme! !
ident
Ainfi, chere
la juftice;
amie,xéconciliervous: avec
vous vovez qu'elle n'eft
à fait bannie de la terre. Il
pas tout
faire entendre le cri de la raifon. ne faut que
Voure mere m'a rendu
juftice ; nulmotif
ffe
& de la voir en méme
chérie >
tems ! Quel
pour un fi léger fervice ! ou platôt prix
une démarche qui eft du devoir de
nête homme! !
ident
Ainfi, chere
la juftice;
amie,xéconciliervous: avec
vous vovez qu'elle n'eft
à fait bannie de la terre. Il
pas tout
faire entendre le cri de la raifon. ne faut que
Voure mere m'a rendu
juftice ; nulmotif --- Page 445 ---
me'm'a animé que l'équité. Je puis dire $
au contraire > que cette petite obligation Mame rendra plus circon/pedt avec votre
man. Je ferais fi afiligé fi elle pouvait penfer que je pourrais m'en érayer auprès d'elle
avoir accès dans fa confiance ! Je ne
pour
devoir
l'amour ; c'eft de lui
veux rien
qu'a
c'eft
fes foins
feul que je m'appuie,
par
feuls que j'efpere.
Que votre lettre eft aimablelqu'elleverfe
de douceurs dans mon ame ! Chaque mot
trait de
chaque ligne eft
eft un
flamme,
trouve
une chaîne de délices. Cependantjy feliquelqw'imperfcction de notre
toujours
difparité de fentimens. Difcité, quelque
d'ufer du bonheur ,
féter far la maniere
n'eft-ce pas en être privé l'un ou T'autie?
Si vous croyez en jouir 2 vous me pourriez
dire, c'eft être heu:eufe; mais moi, puisd'être heureux, lorlque de
je me perfuader
à peine en eft-il un
mille defirs par jour,
feul de farisfait? Vous avez tout fiippolé
du contenteen difant que nous jouirions
voir plus
ment, ii nous pouvious nous
même,
fouvent. Mais ce plailir, Ginnocent
qu'il peuc salaiblir par Thabi;
vous croyez
H 6 --- Page 446 ---
tude. Que les perfonnes C
de l'amour & de fes effers qui vous parlent
peu! Ne
le connaiffent
ne vous dit-il voyez-vous donc donc pas > votre caeur
pas qu'elles n'ont
connu que ces feux momentanés
jamais
qui fe confument
des fens, 3
propre fatisfadtion d'eux-mèmes par leur
zitable
? Eft-ce-là l'effet du véamour? La paflion matérielle
s'ufer comme la matiere dont elle
peur
être ; mais ce fentiment
tire fon
inépuifable
pur de l'ame, eft
comme elle eft
c'eft une flamme
immortelle :
peut même
inextinguible que tienne
contraire des afaublir, qui fe nourrit au
jouiffances de
eft le créateur, & fe
T'amour qui - en
de l'objet. Et
régénere dans les yeux
les doux effets je pourrais ceffer de relfentir
en voyant fouvenrles
Non, adorable Mimi;
vôtres!
nos
tous les inflans de
jours ne fuffiraient
zager les douceurs
pas pour en parrenaiffantes.
Mais lorfque vous
fais qu'obéir,
commandez, je ne
kourmens.
daffé-je en foufftir mille
caoindre Non, je ne pris vous caufer la
canfe
peine fciemment ; celles que vous
cruelles mon amour en font déja de
à mon ceear.
trop.
Mais, vous êtes
Non, adorable Mimi;
vôtres!
nos
tous les inflans de
jours ne fuffiraient
zager les douceurs
pas pour en parrenaiffantes.
Mais lorfque vous
fais qu'obéir,
commandez, je ne
kourmens.
daffé-je en foufftir mille
caoindre Non, je ne pris vous caufer la
canfe
peine fciemment ; celles que vous
cruelles mon amour en font déja de
à mon ceear.
trop.
Mais, vous êtes --- Page 447 ---
expofée à fouffirir des miennes.
également
tant, fi vous
Cet avenir qui vous inquiete
des felivouliez, vous n'y préfageriez que à nos
cités & des délices. Qui s'oppolerait ? Qui
fi vous vouliez Jes exaucer
vaeux,
de nous voir, d'être ennous empècherait feule... Mais cette cruelle
femble:) la mort
les liens
mort !.. elle peut donc rompre !.. Ociel!
de nos cceurs ! elle pourrait Comment fe
penfée anéantifante! !
quelle
de fe féparer de ce qu'on
voir au moment
fans être déchiré par
aime plus que la vie,
aux
affreux défefpoir, en fongeant
le plus
Et fi les morts
peines qu'il en éprouverair! lieu pourrais -je
fentent encore >: en quel
de notre
être fans fouffit continuellement
féparation ? Encore fije vous percruelle
je ne tarderais pas de vous
dais le premier, de faire ceffer un refte de
rejoindre, ou
détournons Yartention
vie inutile Mais
d'une image auffi défolante.
fceur a donc enlevé la lettre que
Votre écrivis la veille de Paques : Elle
je vous
me
d'un tendre
voit donc que vous
payez
:PourQu'en avez-vous à craindre
retour? faites-vous Vinjuftice de redoutes
quoi yous --- Page 448 ---
de cette femme : Elle l'a e
la futile paffion
je
fi
cette lettre dans laquelle
peins
prife,
la plus forte pallion qu'on ait
faiblement reffentie; mais a-t-elle pu réellement
jamais
l'idée de vous enlever le coeur
concevoir
eft tout à
qui l'a diétée > ce coeur qui
vous :
vous, & qui ne refpire que par à la
Laiffons-lui un écrit que J'avouerais
La fource des fentimens,
face de Yunivers.
dans vOS
dont il eft rempli, n'eft-elle pas
enchanteurs : > dans votre ame divine?
yeux
en eft touché, ne vous refteLe coeuf, qui
? C'elt enlever une
t-il pas pour toujours
goutte d'eau à l'Océan.
vois qu'un mal, & il ne doit
Je n'y
moi ; deft de ce que vous
être que pour Si vous les braviez comme
en êtes inquiete.
éleviez au - deffus de
moi, f' vous vous
ayoner hautoutes ces vaines craintes pour
crier
tement votre amant 5 on pourrait
d'abord, & l'on finirait par s'y habituer.
Quelle en ferait ma, joie & notre felicité
commune! ce ne ferait pas ailez de toutes
facultés
goiter tant de douceursmes
bonheur pour ferait inalrérable 5 mon
Votre
ame m'en font garants. En
çour & youe
- deffus de
moi, f' vous vous
ayoner hautoutes ces vaines craintes pour
crier
tement votre amant 5 on pourrait
d'abord, & l'on finirait par s'y habituer.
Quelle en ferait ma, joie & notre felicité
commune! ce ne ferait pas ailez de toutes
facultés
goiter tant de douceursmes
bonheur pour ferait inalrérable 5 mon
Votre
ame m'en font garants. En
çour & youe --- Page 449 ---
18;
effet, qui pourrait troubler le calme & les
délices de vos jours, fi vous preniez pour
les foutenir , pour les défendre, le plus
tendre des amans, un amant conftant qui
ne s'occuperait que de votre fatisfadtion,
& du foin d'écarter tout ce qui pourrait
l'altérer. Non, charmante amie > vous
n'auriez plus rien à craindre. Que vous
importe l'opinion des autres fur votre fort
lorique c'eft votre goût feul qui doit le déterminer? N'eft-ce pas votre coeur quidoiten
décider ? Prenez-le donc pour votre guides.
fuivez-en les douces impulfions : s'il vous
égare du fentier des préjugés, > ne fera-ce
remettre dans celui du vrai
pas pour vous
bonheur?
Je ne puis vous difimuler la peine chez que
me fait le féjour de Bonne-Femme
vous. Son intimité avec votre mere ne
pourra que nous être préjudiciable. Vousne elle. Je
fauriez trop être fur vos gardes avec
la connais depuis affez long-tems pour pouainfi. C'eft une femme
voir vous en parler
entier
&
capable de brouiller l'univers
>
qui eft d'autant plus dangereufe, qu'elle
fait affecter un air d'innocence & de bon; --- Page 450 ---
hommie ; qui tromperait les plus fins. Défiez-vous-en, encore une fois; ; mais
vous bien de lui en rien
gardezferait gâté, tandis
témoigner, tout
tirer
que vous pouvez en
avantage pour notre
fi elle vous croit çonfiante correlpondance, à fon
égard,
Vous ne me parlez jamais, Mimi, du
préjugé, fans me retracer la foule de mes
douleurs : ne les fens-je pas aflez ? Hélas
il me prive de tout ce que je demande !
ciel de plus cher & de plus doux au
Caimant allant dans votre
lui donne malettre. S'il
voilinage, je
il la remettra à
ne peut vous voir,
ferez
Pyram. Du moins vous
prévenue que je vais cet
chez vous
après-diner
Mimi! a fentez-vons tout ce
que ce mot annonce de félicité à mon ame)
Mais il ne faudra pas oublier VOS ordres..
Qu'il m'en coftera cependant
taire !
pour mne
plus cher & de plus doux au
Caimant allant dans votre
lui donne malettre. S'il
voilinage, je
il la remettra à
ne peut vous voir,
ferez
Pyram. Du moins vous
prévenue que je vais cet
chez vous
après-diner
Mimi! a fentez-vons tout ce
que ce mot annonce de félicité à mon ame)
Mais il ne faudra pas oublier VOS ordres..
Qu'il m'en coftera cependant
taire !
pour mne --- Page 451 ---
XCVIIL
LETTRE
même date.
De Mimi à Sylvain,
les
JE ne fais comment vous exprimer & s'entrefentimens qui fe combattent Tantêt n'envidétruifent dans mon ame. de Yamour s je
fageant que les intérèts à penfer que Maman
trouve mille douceurs
chofe. On a
vous elt obligée en quelque lingratitade ré*
beau avoir le coeur dur, n'ofent fe livrer
puigne à ceux-mêmes qui qu'un fervice leur
à toute la recomnailfance fans doute ce qui rénd les
infpire. C'elt
des Remnesinene
amans maigtifinuetauprds donc pas oublier
fibles. Maman ne pourra d'un mauvais pas, &
que vous l'avez tirée nous en trouverons
dans l'occafion nous ne
pas mal.
d'un cceut dominé par
Voila le langage bientôt la réflexion vient
fa paflion 5 mais lueur d'efpérance. Hélas!
empoifonner cette
bien bonne grace de
me dis-je, n'ai-je facheux pas
événement arrivé
me feliciter d'un qu'il doit me proçurer le
a Maman, parce --- Page 452 ---
plaifir de voir mon amant ? Il eft
il a été fans aucune fuite mauvaife, vrai,,
Maman n'en a pas moins eu de
mais
tude, Cette penfée altere nécellairement Tinquiéjoie que je goûte d'avance de vous voir. la
N'elt-il pas affez plaifant qu'un voleut,
ait. ofé mettre à la reqnête du
du roi la perfonne volée? Mais procureur c'eft
blanc, Maman n'eft qu'une
un
elle fe
négreffe; doit-.
plaindre contre lui. Le jugement de
Çes Mellieurs ne me réconcilie pas. avec la
juktice. Si elle n'elt pas. totalement bannie
de,c ce monde, convenez du moins
eft toute à la difpolition des hommes qu'elle
places & riches.
en,
Car, comment l'a t-on
obtenue 2 Si l'on avait vu à la tête de
cette affaire quelqu'un, de confidération,
penfez-vous qu'elle eût été jugée de même 2
Çe,n'el donc pas au bon droit qu'on l'a
accordée, mais feulement à la faveur d'un
homme en place & eftimé.
Je ne fais fi je dois vous donner plus
d'cloge dans la conduite que vous avez
tenue à cet égard. Examinons les chofes de
fang-froid. Avez-vous bien fait en ne laiffant
pas la juftice avoir fon cours : Premiére-
, de confidération,
penfez-vous qu'elle eût été jugée de même 2
Çe,n'el donc pas au bon droit qu'on l'a
accordée, mais feulement à la faveur d'un
homme en place & eftimé.
Je ne fais fi je dois vous donner plus
d'cloge dans la conduite que vous avez
tenue à cet égard. Examinons les chofes de
fang-froid. Avez-vous bien fait en ne laiffant
pas la juftice avoir fon cours : Premiére- --- Page 453 ---
187.
qu'un homme capable de
ment, je penfe du vol par violence envers
l'infane adtion Teft de tous les forfaitss conune négrelle,
tel homme mérite d'ètre
fequemment un puni 5 le cas d'indulgence
exemplairement légeres, & non dans les
eft dans les fautes En fecond lieu, l'ayant
attentats prémnédités.
c'eft d'abord le
fait punir militairement ,
faire
> ce qui peut
faire ténébreufement qu'il. T'a été par faveur,
naitre le foupcon, m'a aimez > on n'ignore
On fait que vous
employé pour ma
pas que vous Yous foyez faire fufpeéter, & faire
mere, deft vous
La calomnie eft
inculper votre proteéteur.
vraifemf aife de trouver des apparences les gens de bien a
blables pour noircir les aétions les plus
& pour empoifonner
louables !
demander, mettre en pratique
Enfite,
veut dire arbila punition militaire > qui tribunal oculte &c
traire, c'eft autorifer un
qui eft de la plus dangereule fenté
defpotique,
je
con(équence. En un mot, quoique dans cette
bien que nos coeurs ont gagné
vos
occurrence 2 je ne puis approuver il
: vous en aviez de legitimes,
moyens --- Page 454 ---
Fallait, les employer : vous auriez peut-èrre
réufli; & dans le cas contraire,
également n'aurions rien eu à nous reprocher ,
nous I'honneur doit aller avant tout; > fur-tour
&
êtes de cette clafle qui veut
pour vous qui
fupérieure aux autres.
toujours fe montrer
la loi de ne pas
Lhonneur vous impofait fi notre caufe était
folliciter une injuftice;
imvous pouviez tout au plus
mauvaife >
Maman.
plorer la grace de
Et cependant , vous prétendez que je
réconcilier avec la juftice ? Pourdois me
fait? Vous avez arrêté
quoi? qu'a-t-elle
du roi n'eftles pourfuites du procureur
, doit
une tache à l'impallibilité qui
ce pas
! Vous l'eufliez ézalement
être fon caraétere
toute
fair, ils'y feraitégalement prèté pour
chofe. Vous avez obtenu du général
autre
n'a t-il pas
de le faire punir militairement,
fallu avoir fa confidération pour Y parvenir:
D'un, autre côté, remettre le pouvoir de
la juftice entre les mains d'un chef qui en
réunit déja tant d'autres, il finira par le
fait
l'exercer felon fes
garder tout à
pour
alors?.
yues. Et où eft la fireté des gens
Ily a une remarque encore qui m'aflige
chofe. Vous avez obtenu du général
autre
n'a t-il pas
de le faire punir militairement,
fallu avoir fa confidération pour Y parvenir:
D'un, autre côté, remettre le pouvoir de
la juftice entre les mains d'un chef qui en
réunit déja tant d'autres, il finira par le
fait
l'exercer felon fes
garder tout à
pour
alors?.
yues. Et où eft la fireté des gens
Ily a une remarque encore qui m'aflige --- Page 455 ---
c'elt
(ans la protedtion
infiniment :
que (erions donc toude quelque blanc, des nous autres : Il faut dona
jours les victimes deux fois raifon pour obque nous ayons Con:ment nos maeurs ne
tenir juflicetu
les
fe corrompraient - elles pas? Comment
filles de couleur ne fe jetteraient-elles pas,
elles font, dans les bras des blancs?
comme Comment ceux-ci ne s'en prévaudraient ils
nous? Quel eft le pere, quelle
pas contre d'une fille de couleur qui,
eft la mere bien riche, ou s'il n'a pas un
s'il n'eft
de verru, ne s'emcaraétere bien prononcé la livrer? Et il peut
prefle pas de vous
des
exifter un lieu fur la terre 2 parmi
peufoi-difant éclairés, oà des
ples policés, enfans de ces efprits cultivés,
hommes, 3 les
n'être
font obligés de fe profterner pour èrre
écrafés fous le defpotifine, après
pas
fous le poids de l'ignominie ; &
abymés
je ferais réconciliée avec vorre juftice
Ah! fi vous leur relfembliezl... je ferais
perdue...
Mais, non; vous voulez, dites vous 3
tout devoir à l'amour, à l'amour feul...
Ah! n'oubliez jamais combien vous lui --- Page 456 ---
devez de retour : vous êtes tant
Votre
aimé!
fuffit-il coeur, votre ame, tout votre être
pour contenir tant de tendreffe
je' reffens pour vous ! Il me femble que
non; ; il me femble
que
vousaimer eft
que ma manière de
Vous
plus délintéreffée que la vôtre.
avez beau la blâmer, je crains toujours que vous n'aimiez en moi toute autre
chofe que ce doux fentiment qui doit fuffire à notre bonheur. Je fens
cependant,
comme vous,
que l'ablence eft un tourment
pour deux vrais amants; mais je fens
même tems que ce tourment même eft en
jouiffance pour l'amour; 3 on lui en une
pare de plus grandes. Il me femble
préque fi vous étiez près de
encore
moi, vous n'auriez
plus ces tendresinquiérudes qui tiennent
penfées en. activité, S les
vos
jours vers notre amante
tournent toufentiriez
; que vous ne refplus ces defirs ardents qui attifent
toujours vos feux La peinture enchanteufe que vous faites du contraire
infiniment mon caeur ; mais
s flate
de me dire
je ne laifle pas
encoré en foupirant, avec une
donce crainte : hélas! s'il était près de
il n'aurait pas occafion de
moi,
chofes...
me dire ces
ité, S les
vos
jours vers notre amante
tournent toufentiriez
; que vous ne refplus ces defirs ardents qui attifent
toujours vos feux La peinture enchanteufe que vous faites du contraire
infiniment mon caeur ; mais
s flate
de me dire
je ne laifle pas
encoré en foupirant, avec une
donce crainte : hélas! s'il était près de
il n'aurait pas occafion de
moi,
chofes...
me dire ces --- Page 457 ---
Cette réfexion me rend toujours plus
D'ailleurs ,il m'elt impoflible de
craintive. faire illufion fur le bonheur après lequel
me
Qui, dites-vous 3
hos coeurs foupirent...
fi je voulais
s'oppolerait à nos veeux >
: L'honneur, la vertu, en un mot
les exaucer
m'importe l'opinion
les bonnes mceurs. Que
les
des autres Le public eft tout pour
bien nées ; fon jugement eftl leur regle.
ames donnez-vous pas le premier Y'exemN'en
au préjugé contre
ple, en vous affujérifant
les
notre couleur? Mais ce préjugé
blancs, nos peres, ne nous croyent-ils-pas
au-dellous? Ne nous croyent-ils pas
même
encore de nous avoir fait
trop heureux calte
rien ne Aétrit que
naitre d'une
que
quelle idée! &
leur feule volonté? Ah,
du
qu'elle éloigne de mon coeur l'efpoir
vrai bonheur! L'amour ne connait point
de diftinction, & la vanité peut aller juf:
vouloir commander aufli à ce fentiqu'à
ment divin
Ce que vous me dites de la lettre que
Sylvie m'a enlevée, eft bien propre à m'en
confoler ; mais je ne voudrais rien perdre
de ce qui vient de mon amant. Détrompez- --- Page 458 ---
vous, mon digne ami, G vous ne
de mal, dans cet
voyez
inquiérude :
enlevement, que mon
ily en a mille autres.
avez fait une grande faute
Vous
en écrivant
cette rivale, 3 comme vous avez fait
à
votre départ, Elle a fort pefté
avant
& fur-tout contre moi. Je crains contre vous,
cette imprudence ne me prive bien que
jours de cette lettre chérie.
pour touSylvie
que vous l'avez moleftée : de-là les prétend
ches les plus amers m'ont été
reprofans ménager les épithetes.
prodigués,
tena de votre écrit; il faur J'ignore le conlement bien mortifiant
qu'il foit réel-
> pour lui avoir
infpiré une teile furie, que rien ne
calmer depuis fix jouis, Il eft vrai peut
dépit Gffi: pour l'entretenir.
que le
Je fens
j'ai tort de m'arrêrer à la crainte d'une que
fionqui ne peur rien fur votre coeur pac.
on a beau faire, le poifon de la
; mais
gliffe toujours dans les
jaloufie fe
Plàt
caeurs bien
au ciel que le mien ne crût épris,
avoir d'autre fujetlw.
pas en
Je ne puis en effet me diffimuler
ferais peut-être mieux d'avouer
rque je
mon
hautement
penchant; mes parens m'en feraient
d'abord
à la crainte d'une que
fionqui ne peur rien fur votre coeur pac.
on a beau faire, le poifon de la
; mais
gliffe toujours dans les
jaloufie fe
Plàt
caeurs bien
au ciel que le mien ne crût épris,
avoir d'autre fujetlw.
pas en
Je ne puis en effet me diffimuler
ferais peut-être mieux d'avouer
rque je
mon
hautement
penchant; mes parens m'en feraient
d'abord --- Page 459 ---
mais enfin ils
d'abord un grand crime 3
je ne fauapprendraient en même tems que
rais ni'en empécher 5 &c Sylvie renoncerait moi.
qui me tracalle malgré
à un efpoir
m'enhardit, mais il
Cette derniere raifon
elt Gi difficile à une fille, qui n'elt pas per1
vertie, de fecouer le joug du pouvoir paternel & maternel
cet air de franSe peut - il qu'avec
vous
clile, Bonne - Femme foit ce que
ferait déteftable ! mais votre
dires? Qu'elle
Aambeau à cet égard ,
expérience fera mon
rien
& je ferai enforte qu'elle ne poiffe d'avancé
furmoi. Cependant tjelaipardonned la fuité
me faire par
tout ce qu'elle pourra fa moleffe me proen faveur du tems que
1 : vous écrire. Une feule chofe me
ture poor
comment 1
jouer
répusne & m'embartaffe 5
T'able rôle odieux" de trompeule, inoi qui
horre tant dans les autres? Affecter ce qu'oa
fent
oh! quel crime énorme aux
ne
pas!
-
- 1
d'une amante , qui n'ofe pas mêie
yeux
n
exprimer .
le quart de ce qu'ellé (enel'Mais
Xans affecter de la confiance à ma mouches
I
Tome II. --- Page 460 ---
je faurai être, prudente & réfervée
tout ce je puis. La pareffe
: voila
de ma furveillante
& le fommeil
feront bien le refte.
Voici encore deux lettres. Ceci
badinage; ce font deux rivaux
paffe le
querice,
de conféprenez-y bien garde. A une belle
éducation, de l'elprir, unir de la
de la jeuneffe, de
beauté,
gros biens, un nom
fonore 5 que faut-il de plus
Ce qu'il faut?
pour plaire
s'adreffer à toute autre
votre amante.. Quoi? ne l'ont-ils qu'a
pas fenti: c'eft tout ce
donc
plus dans
qui me fâche le
cette impertinente
C'eft donc notre fort
démarche.
de la part de tout blanc d'effuyer des artaques
allez
pour fe croire tout permis à avantageux
c'eft du moins à leur honte. notre égard ;
la vertu
Ils font rougir
2 en. humiliant, ainfi Thumanité,
Mais ce qui m'a
f
fi doux' de - paru excufable, fi beau, .
votre parc ; que dis-je, hélas
ce que je defirais tant de
!
n'eft plus à mes
vous infpirer,
de la
yeux qu'une lâche infulre
Part de tout aurre 5 ce qui en vous
Ba infpiré tant
d'intérér, ne minfpire,
. notre égard ;
la vertu
Ils font rougir
2 en. humiliant, ainfi Thumanité,
Mais ce qui m'a
f
fi doux' de - paru excufable, fi beau, .
votre parc ; que dis-je, hélas
ce que je defirais tant de
!
n'eft plus à mes
vous infpirer,
de la
yeux qu'une lâche infulre
Part de tout aurre 5 ce qui en vous
Ba infpiré tant
d'intérér, ne minfpire, --- Page 461 ---
& da
dans les autres, que de Tindignation m'en
je ne dois point
mépris Au (urplus,
blanc une fois
faire un mérite : aimer un délicate, c'eft un
une fille de couleur
du vér
pour malheur s'il n'eft pas digne
grand
maisiln'elt permis de répéter
ritable amour;
lorfqu'on n'eft pas (foi-,
ce fentiment que
même digne d'eftime.
aurez lu ces lettres, renQuand vous elles (eront toute ma révoyez-les moi ;
bien quecetladroite
pon(e: Vousimaginez' décachetées. Elle eût fort
Sylvie qui les a
moins à l'une
répondu au
defiré quejyente
avait fans doute une
des deux; 5 elle en
de vous par
double raifon : en fe vengeant
a
elle fe ferait chargée de répondre
moi,
faitcommeàl V'ordinaire;
Yautre, & ellel'edr
un bien qui
cherchant à sapproprier
en
offert. Au refte, elle aura
ne lui était pas
reffources pour une 5
par mon refus deux
(erait une grande
puille-t-elle réuflir ! ce
de moins dans mon pied.
épine
fait en me préveVous avez fagement
jointe
de votre vifite 5 ma furprife,
nant
Ia --- Page 462 ---
à l'excès d'ane joie 196
imprévue, m'aurait été
funefte, en donnant lieu à quelque fcène
trop tendre. Aulli trouverez-vous
prète, f Caimant n'a
cette lettre
maniere
pas oublié au Cap fa
accoutumée, On vous
core en ville, s on m'a laiffé croyait end'écrire. Fédalie
tour le tems
remettra mon
fidele & habile mellager. Si épitreàvotre
vous pouviez
m'entendre, I
ou me voir, je vous crierais
ou vous ferais figne de la main, de
hâter. Mon coeur eft
vous
fituation
cependant daus une
à
inexprimable; je ne puis
l'aife : le delir, la crainte, la refpirer -
quiétude, le raviffement
joie, l'infois. Faut-il enfin le
m'érouffent à la
&
dire? je meurs d'envie
d'impatience de vous voir, Qui pourrait
oublier les effets de votre derniere
Je m'en retrace fans ceffe
vifite?
toutes les circonftances, & ce fouvenir m'eft une douce
jouiffance. Venez-donc, accourez
verfer les délices
; venez
danslame de votre amante;
venez lire dans fes yeux le plus pur & le
plus vifamour Mais, hélas! fe voir fans
pouvoir fe dire feulement une fois
faime tant..,
qu'on
patience de vous voir, Qui pourrait
oublier les effets de votre derniere
Je m'en retrace fans ceffe
vifite?
toutes les circonftances, & ce fouvenir m'eft une douce
jouiffance. Venez-donc, accourez
verfer les délices
; venez
danslame de votre amante;
venez lire dans fes yeux le plus pur & le
plus vifamour Mais, hélas! fe voir fans
pouvoir fe dire feulement une fois
faime tant..,
qu'on --- Page 463 ---
XCIX
b
LETTRE
du 8 avril
à Mimi,
De Sylvain
1775.
on felle mes chevaux;
LEjour va paraitre,
Il faudra
Caîmant fe preffe > & je languis. heures avant
attendre deux mortelles
encore
aller chez vous. Le tems paraît
de pouvoir
intérelfant anjourd'hui 5
plus beau & plus
plus de gaieré
les Pipiris chantent avec un air * frais ;
de coutume 5 il régne
& y
que
dans les veines,
doux, qui pénetre frémilfement, qui pré*
répand ce délicieux
excellive joie. Mes
cede & accompagne une
mon cocur eft
idées font en fermentation, fentimens à la fois S
comble de tous les
l'amour, l'impail ne peut rout contenir: lincertitudé, s'en difputience, le delir, tour-à-tour. Dans cette
tent la poffelion
fais f ceft du
lutte inexplicable 2 je ne
reffens. La
plaifir ou de la peine que je
la verrai-je pas ? lui parleraiverrai-je? ne
qui ne cefTent de
je ? voilà les quellionsI3 --- Page 464 ---
fe répéter dans ma penfée. Je voudrais
être
déja en route > mais on dort chez
En attendant l'infant de
vous.
répondre à votre adorable paitir, je vais
lettre.
Votre exceflive délicateffe, chere & aimable Mimi, m'ôte tour le prix de mon
empreffement à fervir votre Maman, Il
m'eft fans doute bien doux & bien fatisfailart de lui rendre
fervice, mais je vous
avoue que votre réflexion m'en enleve toute
la douceur. C'eft vous , chere amie
en êtes la caufe 3 fi je vous
> qui
ne pourrait plus m'attribuer de polfedais, motifs on
térêt dans ce, que je pourrais faire d'invotre famille. Si vorre Maman en avair pour la
méme idée, j'en ferais défolé. Ce
Tait pour la mere de Mimi
que j'ai
dans les
> n'eft point
vues indignes d'exciter la reconnaiffance. Ah! loin de moi, ce fentiment
abject qui fait abandonner l'objet
çourir après fon ombre. Je veux plaire pour à
mon amante, je veux la mériter par mes
fentimens, & non lacquérir par des bienfaits. Je puis vous protefter, chere Mimi,
idée, j'en ferais défolé. Ce
Tait pour la mere de Mimi
que j'ai
dans les
> n'eft point
vues indignes d'exciter la reconnaiffance. Ah! loin de moi, ce fentiment
abject qui fait abandonner l'objet
çourir après fon ombre. Je veux plaire pour à
mon amante, je veux la mériter par mes
fentimens, & non lacquérir par des bienfaits. Je puis vous protefter, chere Mimi, --- Page 465 ---
&j'en attefte le ciel, que G vous pouviez
de vous rendre à ce prix,
être fufceptible
mettre dans la pofje n'en pourrais plus
doifeflion de votre caeur. Mes fervices ne
être
pour rien > puifque je
vent
comptés
n'agis
me donne tout à vous, & que je
vous. Je 1 plains ceux qui recourent
que par
plaire. Qu'ils acheà la magnificence pour
fe donner
tent les cceurs allez vils pour
de l'or & à l'éclat des préfens ;
au poids des fentimens du coeur , c'eft
plus épris
crois devoir offrir à mon
tout ce que je
Mais je fens que tout
adorable maitrelfe.
la
Ie monde n'eft pas Mimi, n'en a pas
d'ame & la délicateffe du ccur:
grandeur
des motifs indignes
on pourra m'imputer n'en dois pas moins
de mon coeur > mais je
a
à l'objet de
fervir tout ce qui appartient
mes adorations.
cependant, charmante amie ;
Permettez
fentiment fur mes dé- s
que je réfute votre
marches. Il me femble que vous envifagez
les motifs de la juftice d'un ceil trop
févere, & que vous n'appellez protection
I 4 --- Page 466 ---
& favear que ce qui doit être accordé à
lac f contiance due aux gens de bien.
ont toujours beloin d'être éclairés Lesjuges
ames vraies, & s'ils les euffent par des
confultés,ils
toujours
n'ealfentpeut-ée pas commis
tant d'erreurs 2 que le public, tranquille
fpedlateur, > traite d'injuftice. II fe peut, aufli
qu'ils ayent été quelquefois
un mal attaché à toutes les corrompus; c'eft
hommes ne doivent
places où les
feule
agir que d'après leur
confcience, Il ne devrair point en
exifter de femblables.
D
Vous ne me paraiffez pas moins
dans votre maniere de confidérer la rigide
tion de cet homme. Je conviens punidans l'ordre de châtier les
qu'il eft
tout
feclérats; mais
ce qui porte une teinte de fang
pugne à mon ame, Je trouve bien réfage votre fyftème politiqué
plus
tion des loix, & je fuis dans pour l'exécucomme vous, que laj jultice, partagée T'opinion
le pouvoir adminiftratif & le
entre
ciaire, ferait fans ceffe.
pouvoir judientravée. Mais
ou balancée, ou
je ne fuis pas le premier
les
qu'il eft
tout
feclérats; mais
ce qui porte une teinte de fang
pugne à mon ame, Je trouve bien réfage votre fyftème politiqué
plus
tion des loix, & je fuis dans pour l'exécucomme vous, que laj jultice, partagée T'opinion
le pouvoir adminiftratif & le
entre
ciaire, ferait fans ceffe.
pouvoir judientravée. Mais
ou balancée, ou
je ne fuis pas le premier --- Page 467 ---
ai fait ufage. Vous me direz que
qui en du mal ne l'excule pas ; au moins
l'exemple conviendrez-vous qu'un ufage généralement
a force de loi; peut-être celui-ci en
reçu,
fa fource dans Yarbieft-il un qui prend
de
traire du miniftere far le gouvernement *
colonie. Au furplus, la calomnie ne
cette
des'exercer dans le cas qu'onr
manquerait pas
militaireeût jugé judiciaitement comme fe taire fur
ment, parce qu'elle ne peut
-
rien. Mais quand on a fa confcience nette, >
on la dédaigne > & elle meurt de fa propre
mort.
Cependant, VOS fcrupules à cet égard'
la délicateffe de votre belle ame,
prouvent
d'efime qui fer-
& juftifient les fentimens
vent de bafe à mon amcur, Quel bonheur
de pouvoir fe Barter d'ètre aimé d'une fille
aufli rare ! Ah!s'il failait y renoncer, c'eff
moi qui en périrais de toutes les douleurs:
Neme confondez Anciamihaseclaaumes
far leurs principes & leurs opinions. Si
j'avais pu en être atteint > ne m'autiéz-
: Croyez, adorable
vous pas: épuré.Tame
I 5 --- Page 468 ---
Mimi, croyez que je ne fuis pas
de la vôtre, > puifque je fais
indigne
vertus. Non, je vous le
apprécier VOs
jure mille
non', je ne veux rien devoir qu'au véritable fois;
amour; loin de moil'indigne penfée d'acheter un - coeur qui eft fi élevé au-deffus de
tous les tréfors du monde! Cen'eft
moi, divine amie, , qui vous dois du point
vous ne fauriez porter Famour retour;
plus loin
que mon coeur. Difons plurôt, que la nature avait fait nos ames de maniere à devoir
un - jour fe réunir > & qu'à la
vue elles fe font élancées l'une
premiere
comme le fer & l'aimant fe vers l'autre,
pour s'unir. Difons
rapprochent
était
que l'amour véritable
chargé de cette heureufe réunion,
que c'eft par fes foins bienfaifans
&
afair rencontrer
qu'il nous
Neuffions
au Bac : difons que nous
jamais connu ce fentiment fuprème fi nous ne nous étions jamais
difons encore
vus :
qu'il nous ferait
même de nous aimer moins. impollible
Je crois pourtant, aimable
sous vous mépregez fur les effets amie, que
& la
ent
était
que l'amour véritable
chargé de cette heureufe réunion,
que c'eft par fes foins bienfaifans
&
afair rencontrer
qu'il nous
Neuffions
au Bac : difons que nous
jamais connu ce fentiment fuprème fi nous ne nous étions jamais
difons encore
vus :
qu'il nous ferait
même de nous aimer moins. impollible
Je crois pourtant, aimable
sous vous mépregez fur les effets amie, que
& la --- Page 469 ---
véritable amour. Vous croyez
caufe de ce
le mien; eh!
le vôtre plus defintérefft que
: Que
être jaloufe de vous-même
n'elt-ce pas
foit de vous, qui ne foit
defiré-je qui ne
? Cetinne foit vous-même
en vous , qui
Croyez-done, cruelle
térêt eft-il blâmable:
cherche à s'épan*
Mimi, que fi mon amour
être ne : fuffic
cher en vous," c'eft que mon
eft-ce
le contenir tout entier :
de
pas pour chofe que yous > de defirer
aimer autre
Peut-on aimer
vous pMnarveatimemt
de
(ans defirer cette poffellion
vraiment
le dernier acte par
l'objet ? N'eft-ce pas Yunion de deux ames
lequel T'amour fcelle
tous les rapports
qu'il enchaîne déja par identifie pour n'en
lesplus doux, & quillesi
c'oft-là le
faire qu'imne? Ah ! Mimi,
de
plus
bonheur, c'elt-là Tinftant
fceau du vrai
de toutes les félicités..
toutes les délices &
feule au monde
Vous feule, Mimi, vous elies font infepouvez me les procurer ; les defizs de
parables de vous , comme Le mien étant
T'amour que vous infpirez. toujoars renaiféternel, ces defirs feront
L'abfence
fants, alimentés par les voluptés. I6 --- Page 470 ---
K toutes fes
ptivations ne font que toirs
menter un amant véritable, que le faire
languir, Et c'eft-là,
voudriez réferver
Mimi, ce que. vous
au vôtre ! Vous vondriez
qu'il pafsâr dans d'aufligrandes
jours que le fort a deflinés à peines, des
jouiffances ! N'eftce
toutes les
amour que de croire pas douter de mon
vif& moins tendre,
qu'il ferait moins
s'il était plus
Mais s'il n'érait pas audli durable heureuxa
pur, croyez-vous qu'il
& aufli
venir, en le
pûr jamais le deTépreuve? S'iln'eft mettant plus long a tems : à
doncèrre
que feint, vous'y voudriez
toujours dans l'erreun:
tout vous parle en faveur de Ah,Mimit
votre bonheur y eft attaché mes vaeux; $
vous le dit comme
: votre cceur
impullion.
moi; fuivez-en la douce
préjugé odieux Ne vous appuyez. pas, fur un:
cruelle &
que jabhorres far une loi
la vôtre, déteflable qui fépare ma main de
fans pouvoir arracher
au fecment qu'il s'eft fair d'étre. mon COeur:
Fous, Ne fuis-je.
toujours à
pas allez
ne pouvoir vous donner
malheureux de
selui de ma
un autre titre que
majtreffe Ah, Mimi ne:
ullion.
moi; fuivez-en la douce
préjugé odieux Ne vous appuyez. pas, fur un:
cruelle &
que jabhorres far une loi
la vôtre, déteflable qui fépare ma main de
fans pouvoir arracher
au fecment qu'il s'eft fair d'étre. mon COeur:
Fous, Ne fuis-je.
toujours à
pas allez
ne pouvoir vous donner
malheureux de
selui de ma
un autre titre que
majtreffe Ah, Mimi ne: --- Page 471 ---
encore notre tyran par la riguenr
foyez pas
ne manque
de vos principes : croyez qu'on lorfque les feuls
aux bonnes mceurs que
Ne
matériels animent & conduifent.
defirs
T'union la plus pure', la
confondez point
abandon des fens qui
plus douce, avec cet l'ame. La nature a
mene aux défordres de
les uns'
difpofé nos coeurs , nos caradteres, contrevenir
voudrions-Nous
pour les autres;
notre
à cette loi facrée ? Sacrifierons-nous
bonheur aux chimériques
repos & notre hommes? L'opinion puconventions des
vous ne parailfez
blique eft plus faine que dilcerner. une paiion
le croire 3: elle fait
honteux. Le manoble, d'un commerce
de la loi'
riage n'éf que Tapprobation Cans celle-cis
civile à T'union de la nature.
qu'un
n'eft qu'un lien malkeurenx,
Thymen
Mimi'; vous qui renfex
odieux elclavase. connaiffez le véritable
fr bien > vous qui différemment: Vous
amour , pentez-vous henreufe des feules
nepaederez-vous encore
fouffrances de votre amanta
blamez, chere: amies d'avois
Yous me --- Page 472 ---
écrit à votre fur comme-j'ai fait; ; mais
avez-vous lu ma lettre ? Je le voudrais ;
vous: eufliez vu qu'il n'y a rien de mal.:
Je ne fais que lui reprocher fon indifcré-,
tion, ou plutôt fa trahifon qui n'aboutit:
à rien. Ne craignez jamais, Mimi , que
je comprométte nos intérêts en la moindre:
des chofes. Ce que j'ai marqué à Sylvies
peut fe montrer à tout l'univers
s fans;
qu'on puiffe y rien deviner relativement à
vous. Au refte, tâchez de voir cette lettres
par rufe Ou autrement, Ne me croyez
capable non plus de molefter une femme, pas.
bien moins encore votre faur 9 quoiqu'elle!
nous foit fi défavorable. J'ai un reproche
à vous faire à cet égard; être jaloufe de
la rifible paflion de Sylvie, c'eft envier à
une ftatue les regards qu'on lui voit
Mimi n'aura jamais fujet d'êtie porter.
jaloufe,
encore moins de Sylvie. Qui vous difputerait un coeur que vous occupez fi bien -
M'arrèter plus long-tems fur cet article,
ferair y mettre plus d'importance qu'il ne.
mérite,
Voilà donc encore deux rivaux fur lee
reproche
à vous faire à cet égard; être jaloufe de
la rifible paflion de Sylvie, c'eft envier à
une ftatue les regards qu'on lui voit
Mimi n'aura jamais fujet d'êtie porter.
jaloufe,
encore moins de Sylvie. Qui vous difputerait un coeur que vous occupez fi bien -
M'arrèter plus long-tems fur cet article,
ferair y mettre plus d'importance qu'il ne.
mérite,
Voilà donc encore deux rivaux fur lee --- Page 473 ---
207" redoutables ! De
& deux rivaux
des
rangs > de la beauté, de la jeunelle,
lelprit,
richelles, un nom forore s
manieres, des
lefquelles on veut comvoilà les armes avec
Jugez, Mimi,
battre le véritable amour.
une femme,
quand un amant fait combieni apprécier il doit trouver
& qu'il elt délicat, du facrifice que le cceur
fon fort heureux fait avec tant de généde fa maitrelle lui
ajouter de prixrofité. Qne vous favez y faites'Je hairais
maniere dont vousle
toucher
parla
s'ils avaient pu vous
ces Mellieurs, mais vous les dédaignez,
en leur faveur;
leur en vouloir
comment > & pourquoi comment ne pas les
Comment les blâmer, fentiment dont o11 ne
plaindre même d'un
voyant. Vous
fe défendre en vous ceft
peut
on vous a vue '
refpirer
aimer quand
Comment voir vOS yeux
en recevant la vie.
feduit, vOS traits
enchanteurs fans en être
roujours :
divins fans en être frappé pour trouve l'excufe
Il faut être de bonne foi, je & dans mon
rivaux dans vos attraits
de mes
ne fuis je auffi équitable
cceur. Peur-être
que parce que vous
& aufli compatillant, --- Page 474 ---
sh'avez juré un amour éternel, & que vous
n'êtes point capable de partage : car je nai
pas oublié tout ce que le mot mariage avait
opéré fur mon ame. Quoi qu'il en puiffe
être, chere & digne amie, , je vous renvoie
les lettres de ces Meflieurs, & vous prie
d'exécuter promptement votre deflein de
les leur renyoyer. Je vous dirai, en paffant, que voilà plus d'un mois que, contre
leur coutume, ils ne font venus manger de
ma foupe, Ils auraient tort de m'en vouloir; ne font-ce pas eux-mêmes qui cherchent à m'enlever tout ce que j'ai de
cher au monde?
plus
Mais l'heure eft venue > je quitte la
plume pour voler chez vous. Dieu ! quel
jour pour un véritable amant qui meurt.
d'envie de Yoir fa maitrelle adorée!
, en paffant, que voilà plus d'un mois que, contre
leur coutume, ils ne font venus manger de
ma foupe, Ils auraient tort de m'en vouloir; ne font-ce pas eux-mêmes qui cherchent à m'enlever tout ce que j'ai de
cher au monde?
plus
Mais l'heure eft venue > je quitte la
plume pour voler chez vous. Dieu ! quel
jour pour un véritable amant qui meurt.
d'envie de Yoir fa maitrelle adorée! --- Page 475 ---
LETTRE C.
du 9 ayril
De Mimi à Sylyain 3
1775.
ami! quel jour > que le jous
AH, cher
exprimer tout ce
de hier! Contment vous fentir à la fois ! Je
que vous m'avez fait
de volupré & de
fentais un torrent rapide dans mon cccur , Y
douceur fe précipiter délices à la fois 5 je fen*
verfer toutes les
mais delicieutais des Bammes brolantes, & animer tous
fes, parcourir mes veines déledable opprefje fentais une
de
mes fens;
qui eft tout rempli
fion fur ce cour
les defirs exciter dans
vous ; je fentais tous d'émotion qui mé plonmon ame une (orte voluptueule yvreffe 5 les
geait dans la plus
plus agité que
mouvemens de mon caur,
far mes,
fentis jamais, fe répétaient
je ne
une vibration enchanihoindres fibres par
de toutes les fen-.
terelle; j'étais élearifce
entrainée par
fations les plus agréables,
ne s'en eft
& peu
une force fupéricure, --- Page 476 ---
fallu que je me jettaffe dans VOS bras
expirer de plailir & d'amour. J'en pour
depuis en me
frémis
rappellant une tentation fi
paflionnée. Ah, cher Sylvain! faudra-t-il
donc renoncer au bonheur de vous voir
parce qu'il eft trop grand, &
ne peut être plus libre & plus durable? parce qu'il
ne fais plus à quoi me décider. Votre Je
départ m'a arraché le caeur, & une trifte
mélancolie a fuccédé à la plus excellive
joie : j'ai perdu la moitié de mon être. Je
n'avais jamais fenti une exiftence aufli
faite 3 ce qui me refte de moi-même parpeur plus goûter de douceur, il eft incom- ne
plet, & je fuis totalement
l'abfence de toutes
déforganifée par
mes facultés morales,
Dieu!.eft-il un état pire dans le
entier ! Ce torrent de félicité
monde
dans mon coeur
ne verle plus
que les plus grandes amertumes. Je crois, oui, cher & aimable
je crois que vous m'aimez
ami,
& vous m'avez inoculé
véritablement,
uli nouveau feu
je n'avais point fenti encore,
que
Que ma mere eft cruelle ! que ne me
'abfence de toutes
déforganifée par
mes facultés morales,
Dieu!.eft-il un état pire dans le
entier ! Ce torrent de félicité
monde
dans mon coeur
ne verle plus
que les plus grandes amertumes. Je crois, oui, cher & aimable
je crois que vous m'aimez
ami,
& vous m'avez inoculé
véritablement,
uli nouveau feu
je n'avais point fenti encore,
que
Que ma mere eft cruelle ! que ne me --- Page 477 ---
211 facrifice m'en eût
demande-t-elle la vie? le
de vous conbien moins grandravane moins je peux
paru naitre. Plus je vous vois, charme de votre
de vous voir. Le
me
me paffer
de votre entretien,
voix, la douceur
tient du délire
féduifent à un point ferait-ce, qui
grand Dieu !
le plus grand. Que
liberté ! Ah ! ne
en jouir en
f je pouvais
ou ne nous revoyons
nous voyons plus, > jamais plus quitter.
plus que pour ne nous & ma mere! ne feraitMais, que dis-je? poignard dans lecaure
lui enfoncerlep
eh n'eft-ce
ce pas (évere à mon égard ; !
Elle eft
fur le bord du précipice
pour m'arrèter
Hélas! je ne
pas
m'entraine, 3
f fort
où ma pallion
contrarie
puis la blâmer quoiqu'elle jai vu, j'ai penfé
plus chers veeux 5
mes
vous
nachevaliez
comme elle avant que raifon même 00
de me ravir jurqu'à ma dit 5 je ne vois ;
Mais voilà qui eft tout Y'amour qui me lie à
je ne fens plus que
devient
amant, & toute oppofition cette
mon
fur mon fort. Cependant
une ryrannie
Ie jour, elle m 'aime
mere m'a donné
Dieu I
f refpedableu
Ce pere fi tendre, --- Page 478 ---
que ma fituation eft à plaindre :
feule foutient mon exiftence. l'efpérance
Depuis le cruel inftant où je vous ai
vu partir, fans avoir pu vous dire un feul
mot de mes fentimens, je fuis plongée dans
une trifteffe affreufe. J'ai votre derniere
lettre à la main S je la relis fans celfe, mais
elle ne peur me faire oublier la douceur
d'être auprès de vous s & de vous entendre,
Je vais m'occuper à y répondre, pour m'arracher à mes regrets quelques inftants, s'il
eft poflible. Je ferai encore avec vous en
elprit, 3 puilque la nécellité m'en ôte la
téalité.
Que j'aime à voir l'élévation de
ame, & combien peu elle reffemble votre
autres ! Je fais, mon
aux
incomparable ami,
que vous ne mettez point à un vil prix la
polleffion d'un coeur que vos fentimens vous
ont fi bien mérité; auli n'ai-je
relativement à l'opinion
parlé que
commune 3
que ce n'eft plus de moi dont
parce
bonheur, Je connais la
dépend notre
pureté de vOs fentimens, c'eft alfez pour moi; mais nous
reffemble votre
autres ! Je fais, mon
aux
incomparable ami,
que vous ne mettez point à un vil prix la
polleffion d'un coeur que vos fentimens vous
ont fi bien mérité; auli n'ai-je
relativement à l'opinion
parlé que
commune 3
que ce n'eft plus de moi dont
parce
bonheur, Je connais la
dépend notre
pureté de vOs fentimens, c'eft alfez pour moi; mais nous --- Page 479 ---
obligés d'agir d'une autre maniere
fommes
qui ne voient pas avec des
avec les profanes nôtres. Il faut préfenter
yeux femblables aux
convient.
à chacun le morceau quilui
notre difcufJe ne veux pas prolonger ferait aifé de vous
fion fur la juftice; il me affertions , que
par Vos propres
prouver,
vouloir me réconci-.
j'ai raifon de ne pas
à la
lier avec elle. Si un juge s'en bientôt rapporte Thypoparole d'un galant homme, ,
(ervir fes
l'égarera pour
crite en probité
celles d'un ami. S'il
ou
vues perfonnelles, radical attaché à une places
y a un vice
deft la réforme.
je ne vois qu'un moyen, fanguinaire que vous; 3
Jenai pasl'ame plus
fe fatle : c'eft-la
mais j'aime que juftice
& le frein des
T'abri des honnêtes gens >
fur les
Mais fe fait - elle jamais
autres.
Prefque toujoursles preuves
grands fcélérats?
5 donc les
xeflimoniales font pécuniaires
Voilà
fauraient être condamnés.
riches ne
vous voudriez me
Ja juftice avec laquelle
auffi un ufage
réconcilier. N'eft-ce Fant-il pas
aufi trouver
ginémleuent établi: --- Page 480 ---
fon excufe dans fa pratique?
cher ami , les ufages, & ne Laiffonsl; fuivons
les regles de la raifon, & laiffons
que
la calomnie s'évertuer fur
enfuite
Ne cherchez
à
nos intentions.
plus me porter à vous confondre avec les autres. Le pourrais-je
jamais !
oh, non ! mon cocur vous divinile, & je
vois dans les autres que des êtres matériels ne
& nuls pour moi. Je ne devais jamais aimer
que vous 3 avant de vous connaître,
les hommes
tous
m'@raientindlifizents, &
toutes les femmes chérir
voyant
m'étonnais de
un amant > je
ne point fentir ce vifintérêt pour quelqu'un. En vous
clin d'ceil
voyant, en un
mon coeur avair déja parcouru
tous les degrés de l'amour : qu'efl-ce
je vous ai connu! ! oui, j'ofe le dire quand hautement, fi je ne vous avais jamais connu
je n'aurais jamais connu l'amour
:
parole. Mes
que fur
parens m'auraient fans doute
mariée au premier qui leur eût
j'aurais pu être une bonne femme plu, &
de ménage > fans avoir jamais été amante..
Mais cette idée même
m'afilige : moi, devenue lépoufe d'un autre que de Sylvain 4
'efl-ce
je vous ai connu! ! oui, j'ofe le dire quand hautement, fi je ne vous avais jamais connu
je n'aurais jamais connu l'amour
:
parole. Mes
que fur
parens m'auraient fans doute
mariée au premier qui leur eût
j'aurais pu être une bonne femme plu, &
de ménage > fans avoir jamais été amante..
Mais cette idée même
m'afilige : moi, devenue lépoufe d'un autre que de Sylvain 4 --- Page 481 ---
(
ètre au pouvoir d'un autre
Quoi? j'euffe pu
aimé, & je n'ofe être
que je n'euffe point & pour lequel la naà celui que j'adore,
cher ami,
m'avait fait naître ! Jugez,
ture
réflexions foutiennent votre
combien ces
faiblefTe!
logique contre ma
votre lettre avec
Mon pere m'a renvoyé fans le moindre reprc e
de fimples réflexions, eft refpectable &
che. Quel pere! qu'il
fentimens pour
aimable! il connait mes blâmer, il ne fait
vous , & loin de m'en confeils d'ami pour
que me donner des
être heureufe
être toujours aimée, & pour
dit-il, le
en faifant un jour peut-être ,
choifi.
bonheur de celui que mon cceur aura
?
veutil parler fi ce n'elft de Sylvain
De qui
bien qu'il ne m'eft plus poflic
Ne fait-il pas
n'euffejamais pui m'emble, ou plutèrque je le refte de mesjours 3
pècher del'aimer pour
de même ! mais
Dieu ! G Maman penfait
elle nous fera
il nele faut jamais efpérer, bon
pouri
contraire. Mais ce
pere,
toujours
encore au futur & en généquoi parle-t-il
clairement, fois
ral? Que ne me dit-il heureule plus
:
à Sylvain pour être --- Page 482 ---
C Avec le
précepte vous avez voulu me
donner l'exemple. La maniere, confiante
dont vous envifagez la cour de ces Mef
fieurs, eft fans doute une indication
moi à l'égard de ce que je vous ai dit pour de
Sylvie. Ce n'eft pas que j'aie craint
puilfe m'enlever votre coeur
qu'elle
une forte d'humiliation
s mais je fens
de la voir y
tendre. Paffez-moi cet excès
préd'amour-propre qui ne s'appuie que de mes fentimens
pour vous. Je vous avoue errcore
fécurité, far la
que votre
prétention de vos
ne me plait pas davantage
rivaux;
intention de ne
malgré mon
pas troubler votre
Je ne fais comment concilier
repos,
ce petit
avec la confiance
dépit
que je cherche à mériter
dans votre coeur par ma franchile. Si
granquillicé que vous témoignez n'étair cette
accompagnée de chofes auffi tendres pas
vous me dites, j'en ferais vraiment que
mée, L'amour véritable eft
allarune fentinelle
toujours éveillée. On a beau lui donner des
firetés, on ne détruit jamais fes craintes.
Mais mon amant n'eft aulli tranquille
parce qu'il compte fur mes fentimens que
&
mes
votre coeur par ma franchile. Si
granquillicé que vous témoignez n'étair cette
accompagnée de chofes auffi tendres pas
vous me dites, j'en ferais vraiment que
mée, L'amour véritable eft
allarune fentinelle
toujours éveillée. On a beau lui donner des
firetés, on ne détruit jamais fes craintes.
Mais mon amant n'eft aulli tranquille
parce qu'il compte fur mes fentimens que
&
mes --- Page 483 ---
Combien ne devez-vous pas
mes principes.
hommepeut efpérer de
en être fûr! quelautre eft pallee toute entiere
plaire à Mimi, qui Oui, cher Sylvain, je
dans votre ccur?
vous, & je m'of:
dédaigne tout autre que à un cceur qui
fenfe de les voir prérendre Ce n'eft point un
vous eft tout confacré. puifque. je n'ai jamais
facrifice que je fais, autre. Je vous dirai
rien fenti pour aucun de toute pallion, > j'étais
plus 5 fi, dégagée
vous feriez encore
en liberté de choifir,
-
l'amant préféré.
ami, de voit
Je ne defire point, cher écrite à Sylvie:
la lettre que vous avez que j'ai far vous
Je vous dirai feulement
écrit à d'autre
l'avantage de n'avoir jamais mon frere 5 &c
homme que mon pere &
cette main ;
je vous jure que je tacherai spenfées, que
ne ferve
confacréeà vous tracer'mes à traiter de quelqu'à la derniere nécellité pécuninire: eavèc
que affaire vague ou d'intérèt Mellieurs font
autre. Les lettres de ces
tout
l'adroite Sylvie en a ajouté une
parties, & chacune : c'eft fans doute une
de fa main à Hélas ! & c'eft ma feurlacirculaire.w.
venis
Vous avez fini votre lettre pour
K
Tome II. --- Page 484 ---
me voir; & moi, en finiflant la
je vais aller pleurer votre
mienne;
de votre ablence.
départ & gémir
LETTRE CI
De Sylyaix à Mimi, du IO avril
1775.
Vous avez pu, divine Mimi,
ce que vous fentiez pendant
exprimer
fe parlaient un f doux
que nos yeux
langage; mais quelle
exprefion pourrait vous faire connaître tout
ce qui fe paffait dans mon ame dans
moment de tranfport & de délice ? Comme ce
vous je fus mille fois tenté de tout hazarder pour jurer à VOS pieds l'amour
yous deviez lire dans mes
que
ine précipiter
yeux; je voulais
aux genoux de votre impitoyable Maman, & la
de votre bonheur
conjurer, au nom
> du fien, du
nom du ciel, de m'étreplus favorable mien, au
l'excès même de mon
5 mais
amour m'a arrêté
je me fuis fouvenu, dans cet état de délire ;
que vous ne m'en aviez pas encore accordé >
la; permiflion, & je me fuis contenu. Mais,
que
ine précipiter
yeux; je voulais
aux genoux de votre impitoyable Maman, & la
de votre bonheur
conjurer, au nom
> du fien, du
nom du ciel, de m'étreplus favorable mien, au
l'excès même de mon
5 mais
amour m'a arrêté
je me fuis fouvenu, dans cet état de délire ;
que vous ne m'en aviez pas encore accordé >
la; permiflion, & je me fuis contenu. Mais, --- Page 485 ---
me vaincre
Dieu! 5 qu'il m'en 1
a coûté pour il m'a fallu faire
en cet état! quels eforts n'y était pas ;
contre mon coeur ! commencé Sylvie
à me parler
votre Maman avait eût voulu me commud'un écrit qu'elle
à fe lever pour Y'aller
niquer; 5 elle était prète déja d'aile & d'efchercher 5 j'en tremblais 3 étant fOrement douté s *
pérance ; mais S en vouloir me l'apporter
de
elle a prétexté faire des remerciments. Oh!
en venant me
la à Yamour!
quelle occalion elle a enlevé fe redifaient ce que
Nos yeux fe parlaient, & nous ne pounos coeuIS éprouvaient, de choles étrangereg
vions que nous parler j'entendais cette voix
à nos intérèts. Mais,
jufqu'aux plus
elle pénétrait
touchante ,
ame, 3 & achevait d'y
petits replis de mon
fixer ces
le défordre ; je pouvais plus renporter enchanteurs que je n'avais du Bac;
yeux
liberté depuis le palfage
contrés en
regard agitait tous mes
chaque mot, chaque les feux dans mon
allumair tous
fens s
dû reffentir lorfque
cccur. Jugez ce que j'ai retirer! je m'en
V'heure m'a forcé de me le coeur : j'aime
fuis revenu la mort dans
depuis cet
mille fois plus
- & je fouffre
inftant.
K 2 --- Page 486 ---
Ce matin j'ai envoyé Caimant chercher
la réponfe à ma
&
lettre,
je vous avoue
que j'ai pris & repris la plume vingt fois
fans pouvoir tracer un feul mot, J'étais
anéanti fous le poids de la douleur & de
tous les regrets, Ah! Mimi,
me retenir fi long-tems dans de pouvez-vous tels
mens ! pourquoi
tourchercherions - nous à ne
nous plus voir, tandis qu'en nous mettant à
mème de nous toujours voir, nous éviterions
les fouffrances de la féparation ?
Déja votre
pere vous indique le chemin du bonheur,
& celui qui doit vous le faire goûter
#ous héfitez encore !
: &
Votre lettre ne pouvait venir plus à
propos pour calmer un peu mes inquiétudes,
& j'en ai de grandes. Que j'aime à vous
entendre dire que vous dédaignez la cour
de mes rivaux, & que VOus n'êtes fenfible
qu'à mon amour !
Cependant > que vous
vous trompez quand vous dites que je fuis
dans la fécurité à cet égard! Je connais
votre ame, & j'ai toute la confiance en
vos promelfes 5 mais je redoute néanmoins
l'avenir.. J'ai (ans doute tort; vous m'aimez,
vous n'aimez que moi. Dieu! quelle felis
dire que vous dédaignez la cour
de mes rivaux, & que VOus n'êtes fenfible
qu'à mon amour !
Cependant > que vous
vous trompez quand vous dites que je fuis
dans la fécurité à cet égard! Je connais
votre ame, & j'ai toute la confiance en
vos promelfes 5 mais je redoute néanmoins
l'avenir.. J'ai (ans doute tort; vous m'aimez,
vous n'aimez que moi. Dieu! quelle felis --- Page 487 ---
la gottais près de vous ! Adorable
cité, fje
n'avez donc jamais aimé que
Mimi, vous
affurance
moi que
moi! Ah! c'eft une
d'autre. pour Mon
vous n'en aimerez jamais conftance m'en
amour, mes foins & ma
fentifont de furs garants, ainfi que vos aflez.
Vous me l'avez juré, c'eft
meis. chere lettre fera ma confolationjuf
Cette
vous avez dità Caïmant
qu'à dimanche que Deux jours fans pouvoir
d'aller chez vous.
Concevez-vous >
recevoir un mot de vous.
: Plus je
combien c'eft long
chere amie, >
fupporter l'ennui de
vais, moins je puis
mes affecvivre loin de l'objet de toutes
Le
de tems que je vous ai vue
tions.
peu
d'un feu
mercredi, a achevé de m'embrafer
de
Je fouffre, > je languis
qui me confume.
de vous à favourer
ne pouvoir refter près
le bonheur de vous voir, de vous parler,
de vous adorer, d'ètre
de vous entendre, mille cruels fiupplices
aimé : j'en fouffre
depuis que je l'ai goûté un moment.
Dans la triftelfe de mon ame > je ne
de confolation qu'à lire vos tendres
trouve lettres, & à vous écrire : je voudrais y e
être toujours, & je ne troquerais le plaidis
K 3. --- Page 488 ---
de vous lire ou devous écrire que pour la dott
ceurinappréciable d'ètreà VOS côtés. Encorefi
vouspouviezm'écrire chaque jour, voslettres
aideraient à m'étourdir un peu fur le trifte
fouvenir de l'efpace & des circonftances
qui nous féparent 5 & me mettent dans le
cas fâcheux de toujours vous adreffer des
complaintes. Mon cceur eft fi oppreffé du
poids de fes maux! Votre Maman ne ferat-elle donc jamais le voyage projetté ?
N'a-t-elle nulle autre part à aller? Voici des
fêtes qui approchent, n'ira-t-elle point à
l'églife? Si elle y va, refterez-vous feule?
Pourrais-je en ce cas vous aller voir ? Si
vous l'accompagnez, me permettrez - vous
de m'y trouver? Voilà, chere amie. des
chofes trop effentielles à favoir
>
pour votre
amant, & pour vous-même, fi fon bonheur vous intérefle, pour que vous ne vous
emprefliez pas à l'en inftruire.
De tems en tems le fouvenir de tant
d'amoureux, qui ont afpiré à votre ceeur >
revient à mon elprit; mais quand je fonge
combien peu ils font tous faits pour prétendre au bonheur de vous pofféder, j'avoue
que mes allarmes en diminuentde beaucoup.
ielles à favoir
>
pour votre
amant, & pour vous-même, fi fon bonheur vous intérefle, pour que vous ne vous
emprefliez pas à l'en inftruire.
De tems en tems le fouvenir de tant
d'amoureux, qui ont afpiré à votre ceeur >
revient à mon elprit; mais quand je fonge
combien peu ils font tous faits pour prétendre au bonheur de vous pofféder, j'avoue
que mes allarmes en diminuentde beaucoup. --- Page 489 ---
aurait pu
eft celui de tous qui
SontCar, quel réellement de lombrage?
me porter
du Cap, quinaraient
ce ces AmoliSang-ntlés à vous offrir : Sont-ce
qu'un beau corps de la même ville, > qui
ces petits maitres
pincé qui ne peut
nont que leur jargon caur? Eft-ce ce richard
aneindre à votre Noire qui n'a ni bouche
de la Montagne n'a que de T'or à vous
ni éperon, & qui votre voifin s cet être
Eft - ce
(entimens : Eftpeéfentert répugne à vos
honneur?
vicieux qui quielt fans coeur ni
ce cet officier
Mellieurs qui-fe fontpréSont-ce ces deux lieu 2 Non 5 aucun de tous
fentés en dernier
caufer de linquiétude.
ceux-la ne peut me
quand je me figure
Mais, adorable Mimi, votre mérite, , vos
vos yeux, > vOS traits , craintes xedefcendent
graces, ah! toutes les
Comment vous
foule dans mon cceur.
charmes
en
fe laiffer prendre à vos
fans
voir ians
tendre & chere amante,
divins : Ah !
vous m'avez faite
cette douce promefle fidelle,je que mourrais d'inde m'ètre toujours ferez aimée de tant d'homquiétude, Vous
s'en renconter un qui
mes, qu'il pourrait
Et comment fupmériterait vOs regards. de la perte d'une
porter la feule penfte
K 4 --- Page 490 ---
maîtreffe telle que Mimi, quand on l'aime
àl'adoration ? Ce ferait mon anéantiflement.
Mais votre charmante & tendre lettre
Youtient mon courage & mes
Mimi ne faurait être une
elpérances.
trompeufe; elle
a une trop belle ame pour être capable de
perfidie, & elle a trop d'efprit pour aller
chercher, dans un autre amant, ce
trouve en moi au fuprème degré; l'amour qu'elle
& la conftance, Mais
pourquoi vous laiffezvous, cruelle, confumer en de vains défirs?
Votre pere ne prouve-t-il pas s'être rendu
à nos voeux ? Voulez-vous qu'il vousl le dife
plus clairement ? Et devez-vous être
long-tems la viétime de votre foumillion plus
pour une mere trop dure, qui ne vous en
tient aucun compte : Et penfez-vous
ce ne foit pas Sylvie qui l'entretient dans que
cet éloignement qu'elle témoigne contre
notre vaeu ? Voulez - vous être encore le
jouet de la folle paflion d'une faeur jaloufe,
qui ne veut vous priver de votre amant
que dans l'elpoir de fe l'approptier? Et: >
n'êtes-vous donc pas fuffifamment touchée
des tourmens de cet amant? Que ne pouvez-
en
tient aucun compte : Et penfez-vous
ce ne foit pas Sylvie qui l'entretient dans que
cet éloignement qu'elle témoigne contre
notre vaeu ? Voulez - vous être encore le
jouet de la folle paflion d'une faeur jaloufe,
qui ne veut vous priver de votre amant
que dans l'elpoir de fe l'approptier? Et: >
n'êtes-vous donc pas fuffifamment touchée
des tourmens de cet amant? Que ne pouvez- --- Page 491 ---
connaitre la vie que je mene i
vous bien
des maux que vous
jour & nuit à foupirer feul mot, Penfezfaire ceffer par un fit
- tems
pouvez
votre mere * en
long veut
vous que
bien qu'elle ne
fachée ? Croyez-donc donner fon confenpas avoir l'air de vous delire dans fon ame
tement,. mais qu'elle
vous le nécelitiez.
que
CIL
LETTRE
du II ayril
Du même à la mâmes
1775.
Mimi! quel délicieux rève
O,ma tendre
le répéter
jai fait cette nuit! que ne puis-je loin de vous ?
dans toutes celles que je palfe jour ! quand
le réalifer chaque
ou plurôr
donc le bonheur
- vous
m'en procurerez
fuprème !
touchée enfin de mes
Je fongeais que,
donné un rendezvous m'aviez
(eule.
peines > avais volé : vous étiez vous
vous ; jy
belle & attrayante !
Que vous étiez modeftie & de décence
aviez cet air de
Ki --- Page 492 ---
qui ajoute fi bien aux charmes de
figure. Quoiqu'animé de mille brôlants votre
firs, je n'olais avancer. Vos
deamoureux,
yeux tendres,
tirer; cependant fentlsiecmiencommgre &cm'attion me faifait une tendre & vive émotrembler & rallentiffait
pas. Mon cceur, impatient de
mes
dité, brôlait d'envie de s'unir ma timi-
& me preffait. Vous aviez
au vôtre,
embarras, s vOUs m'aviez tendu apperçu la mon
Ah ! pour le coup je m'étais
main.
FOS pieds, d'où je ne m'étais précipité à
pour vous donner le doux bailer relevé que
Ah! Mimi, quelles délices
del'amour.
tement s'efl emparé de
> quel enchanpouvais proférer
mon ame ! Je ne
pouvais
une feule parole, je ne
Je fentais que la forte vous preffer contre mon fein.
& deux globes palpitation de votre coeur,
cité, de me bercer achevaient, par leur élaftifirs les plus vifs,
dans l'ivreffe des plaiVos levres étaient brélantes &
encore. le feu qui me dévorait, Alors irritaient
prenant pitié de noie
l'amour,
introduits dans le
état, nous avair
temple de fa
nous faire éprouver tous les mere > pour
tranfports de
la forte vous preffer contre mon fein.
& deux globes palpitation de votre coeur,
cité, de me bercer achevaient, par leur élaftifirs les plus vifs,
dans l'ivreffe des plaiVos levres étaient brélantes &
encore. le feu qui me dévorait, Alors irritaient
prenant pitié de noie
l'amour,
introduits dans le
état, nous avair
temple de fa
nous faire éprouver tous les mere > pour
tranfports de --- Page 493 ---
Que vous faviez, > Mimi, y
la volupté.
Que n'ai-je refté éterajouter de douceur! fommeil aufli doux 3
nellenent dans un
mon
autli délicieux'! Mais mon coeur >
n'étaient pas aflez pour contenir
ame, les félicités que je goûtais dans vos
toutes
l'excès de l'amour même
bras S l'amour, >
réveillé, ne me laif-
& fes délices m'ont enchanteur de ce mofant que le fouvenir
le
fortuné. Chere amante > quand
ment réaliferons-nous donc? Que ne pouvez-vous
de femblables fonges
au moins éprouver inftant fi defiré de mon
en attendant cet
n'eft point un rève 1
ceur! Mais ce qui
fait vivre, ceft
ce qui me confole & me
defirez
vous m'aimez, c'eft que vous
que
bonheur. Je l'ai lu
d'achever enfin notre
fi tendres & fi exptellifss
dans ces yeux Mimi! fij'ai mal vu, ne
j'ai lu... Ah,
heureufe erreur.
me tirez pas de mon
K 6 --- Page 494 ---
LETTRE CIIL
De Mimi à Sylyain, même date,
donc, >
Piwonz-vous
tendre ami, que vOS
complaintes me foient importunes?
ce pas autant d'effets de
Ne fontque
votre amour? Eh!
pouvez-vous préfenter de
votre amante : Continuez
plas doux à
ce coeur dans lequel
donc à m'ouvrir
à lire. Faites-moi je goûte rant de plaifir
part de la
vos penfées ; n'oubliez
moindre de
qui fe paffe en vous
pas que tout ce
ne pourriez fans
m'appartient : vous
c'eft à moi
injuftice m'en priver, &
qu'il appartient de vous tranquillifer. Je n'ai point d'effort à faire
ecla, la vérité & l'amour
pour
me fuffifent.
Je ne fais que vous dire du
Joli-Trou ; on n'en parle
voyage du
fence
plus en ma
> & il n'et non plus
préd'autres forties que G j'érais
queftion
ne plus pafer le pas de la condamnée à
fouffire
porte Jen'en
que parce que je fuis
de vous voir,
privée par-là
Cependant , ccnime
Avez remarqué, ces fites ne
vous
peuvent pag
our
pour
me fuffifent.
Je ne fais que vous dire du
Joli-Trou ; on n'en parle
voyage du
fence
plus en ma
> & il n'et non plus
préd'autres forties que G j'érais
queftion
ne plus pafer le pas de la condamnée à
fouffire
porte Jen'en
que parce que je fuis
de vous voir,
privée par-là
Cependant , ccnime
Avez remarqué, ces fites ne
vous
peuvent pag --- Page 495 ---
fe paffer ainfi fans quelque vilite paroif:
fiale. Je crois qu'il eft inutile de vous allitrer
pas de profiter des
qu'on ne manquera
de votre
moindres occafions : vous avez près
tendre amante un avocat preffant : l'amour.
C'eft la faute des peres & meres fi les enfans cherchent à les tromper, & c'eft une
réfexion dont je ferais mon profit dans
Y'occalion. Quoi qu'il en foit, fi l'on me
ah ! vous devinez bien que
laille feule, 2
Sil'on m'emvous en ferez bientôtprévent.
Famour
mene s vous me verrez au bourg :
vous en inftruira, > comme de tout ce qui
être
Le coeur de votre
pourra vous
agréable.
amante en eft garant.
Le fouvenir de vos rivaux devrait entié-,
s'effacer
celui de mes fentimens
rement
par
à vous voir
pour vous. Je n'aime- point
chercher des (Gretés dans le mérite des au-
& je vous le répétres 5 je vous l'aijuré,
aimé fi
terai fans ceffe; je n'euffe jamais
avais
connu, & fi le fort
je ne vous
pas
coeur ferait
vous enlevait à mes voux, mon
fermé au refte de la terre. Perfuadez-vous
donc bien, mon injufte ami, que je me
dis, pour le moins, tout çe que vous --- Page 496 ---
pourriez me dire à ce fujet. Ainfi,
nous affirons l'un deT'aurre
nous
pres craintes, ouplutôr
les par nos profolables de l'amour
par
liens indifde la
& de tous les
.
nature, Quand je ferais affez rapports
pour vouloir me détacher de
infenfce
rais-je? Et quand je voudrais vous, le pourautre, avec quoi laimerais-je? en aimer un
votre image qui a
Eft-ce avec
eft tout en vous : Quand remplacé ce coeur qui
l'amour eft
ment mutuel ,
réelleque devrait - on
encore : Mais plus il eft vif, & redouter
foupçonneux. C'eft la
plus il eft
pallion, rien
maladie de cette
ne faurait l'en
fi vous voulez
garantir; &,
que je vcus parle avec fianchife, c'eft peut-être le bonheur des
amants : ils font par-là tenus
vrais
Mais qu'il leur en coûte,
en haleine.
cruel ! Au refte,
dans cet exercice
idée
vous vous êtes fait une
trop avantagenfe de mes
foyez for qu'ils n'ont pas fur
charmes;
le même pouvoir
tous les caurs'
fiis fachée,
que' fur le vôtre, J'en'
fices
3 parce que cela borne les facri-.
que je voudrais avoir à vous faire
chaque jour., Vous vous louez de la
melle que je vous ai faite, &
proocur fe répete f
que mon
fouyent, & moije bénis
ice
idée
vous vous êtes fait une
trop avantagenfe de mes
foyez for qu'ils n'ont pas fur
charmes;
le même pouvoir
tous les caurs'
fiis fachée,
que' fur le vôtre, J'en'
fices
3 parce que cela borne les facri-.
que je voudrais avoir à vous faire
chaque jour., Vous vous louez de la
melle que je vous ai faite, &
proocur fe répete f
que mon
fouyent, & moije bénis --- Page 497 ---
fort de vous voir aufli empreffé à
mon
Ce ferait bien mal entendre mes
l'exiger.
d'aller chercher ailleurs ce qui
intérêts que
& qui fe rencontre
fe trouve fi rarement,
d'ètre
f exaétement en vous, s la felicité
d'un vrai retour par un homme qui
payée connait le prix de l'amour.
D'après cette explication de mon cour,
devez
douter du defir que j'ai
vous ne
plus
les
doux;
de combler enfin nos voeux
plus
Mais, cher Sylvain, de grace > laiflez-moi
encore quelque tems me familiarifer un peu
avec l'idée de la défobéillance
davanrage
& de renoncer à des
envers ma mere,
defirs. Hélas !
principes fi oppofès à nos
oublier
que dis-je !le puis-je jamais'! puis-je bonheur 1
la honte attachéeà cette forte de
n'avez-vous donc pas
Mais vous > Sylvain,
pitié de votre amante ? Ne voyez-vous Eas
le précipice que vous voulez creufer heufes pas : Ne pouvons-nous pas être humireux fans nous expofer à des remords
liants? On ne ceffe de m'en faire prélaget
de mortels même. Ma raifon me
de cruels,
Accordez - moi donc,
le dit également.
de ne
cher & tendre ami, accordez-moi --- Page 498 ---
m'en plus parler, & de nous en tenir à
notre tendreffe, à nous redire fans ceffe
que nous nous aimons. Je vous jure alors
de vous voir le plus fouvent poflible. Vous
rendriez le calme à mon ame par cette
promeffe : pouriez-vous la refuler à votre
tendre amie 2
Je ne doute pas que Sylvie n'entre
beaucoup dans le refus de Maman, mais pour
c'eft un mal fans remede. Sylvie m'en
dra toute la vie, & l'amour
vouj'en ferais peut-être bien
me dit que
ce qui m'en fâche le
davantage: Tour
plus, c'eft
dans laquelle vous
l'impatience
paflez VOS jours, Je voudrais, ou que vous vous miffiez à la
ou que mes craintes & mes fcrupules raifon, fuffent
moins grands. Hélas! peut-on fe tourmenter
encore, quand on eft fi fàr du coeur de ce
qu'on aime ! Que vous nous rendriez
d'un coup heureux
tout
fi, vous en tenant à
fentir, à exprimer votre amour, & à
tendre - les proteftations du
,
enmien, vous viviez
plus tranquille ! Ne penfez pas
pere ait voulu parler d'un lien que mon
em me parlant de celui qui devair illégitime faire
jour mon bonheur. Je ne puis le croire : un &
>
ore, quand on eft fi fàr du coeur de ce
qu'on aime ! Que vous nous rendriez
d'un coup heureux
tout
fi, vous en tenant à
fentir, à exprimer votre amour, & à
tendre - les proteftations du
,
enmien, vous viviez
plus tranquille ! Ne penfez pas
pere ait voulu parler d'un lien que mon
em me parlant de celui qui devair illégitime faire
jour mon bonheur. Je ne puis le croire : un &
> --- Page 499 ---
233 Il doit venir fous
j'en tremble d'avance. voir, je ferai enforte
peu de jours nous fecret. Mais, polurquoi
de lui arracher fon
faire ufage !
vous abufer? en pourrai-je
vous avez faite de votre
La peinture que
me bercent
rève eft celle de tous ceux qui donc pas un
dans le fommeil. N'eft-ce de vraies jouifbonheur ? ne font-ce pas
celles que
m'alfure que
fances ? Magdelaine
font
plus vives, >
l'on gotite éveillé, ne
pas Il n'y a donc
de mème.
& qu'elles paffent
aimer eft donc le
que Y'amour qui refte ; Magdelaine dit
bonheur le plus durable?
à jamais
encore que les jouilfances Sylvain, privent aimons
délicieux.
de ces fonges
puifque la durée de
toujours réellement 3
l'amour en faitla force ; mais ne jouiffons là ils
rève, puifque
de fes plaifirs qu'en
font
fuivis de remords,
ne
jamais --- Page 500 ---
234"
LETTRE CIV.
De Sylvie à
du
Sylvain,
12 avril
1775.
Scvmusvexr touchée de la
Mimi oppofe à la conftance d'un perfidie que
homme, je ne puis réfifter au defir galant- de
inftruire. Je fens bien
l'en
àfc flatter, un amant que, fe toujours porté
lément que fa tendreffe n'eft perfurade difficid'ingratitude, & encore moins payée que
qu'une jeune
perfonne, qui ne manque ni
ni d'efprit, ni de fentiment, d'éducation,
une pallion comme fait la puiffe feindre
pour fe jouer de fes
maligne Mimi,
à votre
foins; mais j'en aprelle
propre jugement; eft-on
tems à jurer du retour fans aufli longune feule preuve ? Aime-t-on en donner
fang-froid pour fe refufer le
d'affez de
l'objet de fes defirs?
plaifir de voir
commande
Et quand la raifon
avec empire, Tamoura-il
ceup de pouvoir ? Je ne doute
beaufille n'aitbeauj
pas qu'une
jeuaprétexer la crainte
mere i mais ne faur-il
d'une
pas que cette crainte
jugement; eft-on
tems à jurer du retour fans aufli longune feule preuve ? Aime-t-on en donner
fang-froid pour fe refufer le
d'affez de
l'objet de fes defirs?
plaifir de voir
commande
Et quand la raifon
avec empire, Tamoura-il
ceup de pouvoir ? Je ne doute
beaufille n'aitbeauj
pas qu'une
jeuaprétexer la crainte
mere i mais ne faur-il
d'une
pas que cette crainte --- Page 501 ---
235 n'aton pas tout
excede fon amour : Et à l'autre :
jours vu l'une céder
&
Monfieur, Mimi vous joue,, créOui,
& de votre
s'amule de votre paflion bien, mettez - la à
Connaillez -la
dulité.
prenez-en pour prérexte
épreuve,
lettre, 8c vous
quelque même de cette
dis. Envers
le fujet
de ce que je
révéler
vous convaincrerez
bien de
tout autre > je me garderais de ma four, & fi je
complot
rire de cette
un pareil
ma part de
lui
ne prenais pas du moins ne ferais-je que
mitification.
: mais quoique
eii faire des tepstefentations fentimens > je ne puis
vous dédaigniez mes venez de faire pout
oublier ce que vous
me fait haMaman, & la reconnaillance de vous. Peutdémarche auprès
zarder cette
porté à excufer Mimi;
être ferez-vous encore
en vous deflilun jour 2
tort, &
mais Yexpérience dira fjavais
lant les yeux, vous alors cette flle en qui vous
vous connaitrez
pureté de fentimens.
admettez une fi grande comment elle peut
Je ne peux concevoir Demniéremenr elle me
y être autinfen@ble lettres pour en faire un
remit une de vos
Yenvoyai à fon pereindigne badinage; je --- Page 502 ---
pour lui en faire une réprimande
en écrivit
; ellc vous
aufli-tôt, & vous donnâtes
une aveugle confiance dans tout
avec
voulut vous dire ; nouvelles
ce qu'elle
fa; part, Cependant vous m'en moqueries de
écrivites avec
aigreur, je ne fis que vous en
Jufqu'à quand ferez-vous donc ainfi plaindre, la
de vous-même ?
dupe
L'intérêt que jy prends, je vous
tefte, n'eft plus celui d'un
proreux; vous ne m'avez
elpoir amoucombien je ferais
que. trop bien appris
croirais être aufli
peu fondée : mais je
G je ne vous informais coupable que Mimi même
& du divertiflement
pas de fa perfidie 3
VOS écrits
dont elle fe fait de
s qui n'ont peut-être de
chable que la fufcription.
reproJe m'expofe donc à tout ce
en réfulter, & je me fatisfais qui la peut
ture de mes intentions.
par droile
Montrez, fi vous
voulez, ma lettre à Mimi; elle ne manquera pas de donner, à cet avis, telle tournure qu'exigera fon plan; difpofé
vous l'êtes à fon égard, & fine
comme
eft, ellevons fera fans doute donner comme elle
dans
encore
fespièges, en vous prouvant fans peine
'expofe donc à tout ce
en réfulter, & je me fatisfais qui la peut
ture de mes intentions.
par droile
Montrez, fi vous
voulez, ma lettre à Mimi; elle ne manquera pas de donner, à cet avis, telle tournure qu'exigera fon plan; difpofé
vous l'êtes à fon égard, & fine
comme
eft, ellevons fera fans doute donner comme elle
dans
encore
fespièges, en vous prouvant fans peine --- Page 503 ---
l'effet de la
que ce n'eft de ma part que
jaloulie, puifqu'elle peut vous prouver que
aime autant que vous l'aimez. Mais
je vous
fier à l'avis que je vous
fans trop vous
profit
donne, râchez zau moinsd'enfairevotrer
: mcomerignelquépiemne
parquolqueetai:
vous-mème. Alors
& vous en jugerez par
je ne vous demande pour toute récompenfe,
que de plaindre Sylvie.
LETTRE CV.
à Mimi, du 13 avril
De Sylvain
1775.
entrer dans ma façon
Ir ne peut point
rien diflimuler,
de penfer, Mimi, de vous
de la
encore moins de vous foupçonner
moindre duplicité; 5 je fuis perfuadé que
êtes
que c'eft l'amour même
vous
fincere, diété
ce jour : mais ;
qui vous a
jufqu'à
réfexions
Mimi, permettez-moi quelques
fur le laps de tems qui s'eft écoulé depuis
vous m'avez juré du retour. Comment
que fe peut-il que vous l'ayez pu paffer ainfi
attente aufli quiete, & de voir
dans une --- Page 504 ---
avec autant de fang-froid les fouffrances du
plus paflionné des amants ?
Suivant ce que vous m'avez
votre pere ne défapprouve
marqué ,
nation
pas votre inclipour moi; & cependant je ne
encore me flatter d'une certitude
puis
notre bonheur
qui ferait
commun 3 de cette derniere
preuve qu'on ne peut révoquer en doute.
Ce n'eft pas que j'en forme fur VOS fentimens 5 mais > Mimi, que
autre à ma place : Une fille penferait tout
gênée &: craintive au point d'y peut-elle facrifier être
douceur de combler les varux de fon
la
fi elle l'aime
amant,
véritablement : Quand cette
crainte furmonte T'amour, quel eft le plus
puiffant des deux? Ah, Mimi! que la conclufion de cette queftion eft cruelle à
ccur! me la laifleiez - vous tirer? mon
votre bouche adorable
Non;
réfervée le plaifir
ne peut pas s'être
Amant qui
perfide de tromper un
vous le vousadore, & meurt du delir de
m'aimiez prouver, Vous m'avez juré que vous
comme je vous aime; ; Mimin'eft
point une parjure, Vos lettres font Gi
dres, fi naturelles!
tennaives! Pourrait-on Vos expreflions font G
feindrel'amour: aulli in-
tirer? mon
votre bouche adorable
Non;
réfervée le plaifir
ne peut pas s'être
Amant qui
perfide de tromper un
vous le vousadore, & meurt du delir de
m'aimiez prouver, Vous m'avez juré que vous
comme je vous aime; ; Mimin'eft
point une parjure, Vos lettres font Gi
dres, fi naturelles!
tennaives! Pourrait-on Vos expreflions font G
feindrel'amour: aulli in- --- Page 505 ---
fans en relfentir toute la puifgénuement
ne le croirai jamais que
fance? Non, > je
d'une indigne courtifanne.
Mais, d'un autre côté , peut-on fi long:
voir ou faire fouffrir un amant dont
tems
facilement achever le bonheur?
on peut fi
du Joli-Trou n'a plus lieu,
Si ce voyage fi difficile de nous voir quand
eft-il donc
Vous m'avez fait des facrivous le voudrez?
fices- dont je ne puis douter, ; cependant,
bannir de mon ame une certaine
je ne puis
du véritable
crainte qui eft inféparabie
Vous le favez,, Mimi, les événeamour. de la vie rendent le bonheur fi
nemens ! Hélas! fi je venais à perdre la
précaire
d'avoir eu la derniere marmienne avant tendreffe, le plus affreux déque de votre
le cruel inftant. Vous
fefpoir en précéderait
familiarifer davoulez, dites-vous > vous défobéiffance
avec l'idée de la
vantage
Maman 5 quoi : cette idée
envers votre les
& les peines de
l'emporte fur
prieres voulez que je me
votre amant : Et vous
vain rêve
borne à l'efpoir de répéter un
rendez la réalité fi éloignée?
dont vous
m'elt plus pollible de
Non, Mimi; il ne --- Page 506 ---
-
fouffrir plus long-tems fans périr, & il ne
l'eft plus que vous reculiez encore mon
bonheur fans vouloir me plonger dans une
abyme d'incertitudes douloureufes & défefpérantes.
LETTRE CVI
De Mimi à Sylvain, même date.
ILm'eit été difficile, certes ! de deviner
la caufe de la lettre que vous venez de
m'écrire, fi je ne connaiffais Sylvie, &fi
je ne l'avais vue aller au chemin ot elle
n'aura pas manqué de remettre une lettre
à Caimant. On voit d'abord qu'un tiers
vous l'a fuggérée. Et vous avez pu vous
laiffer furprendre de la forte! Et vous avez
pu douter de la franchife de Mimi, d'une
amante qui vous aime peut-être mille fois
plus qu'il ne vous eft poflible de l'aimer !
Ainfi ies lettres, , ces lettres que m'a
diétées l'amour le plus vif & le plus tendre, ne font, que l'ouvrage de la diflimulation la plus perfide, > & en même tems
la plus infeniée & la plus'
imprudente !
Devais-je
prendre de la forte! Et vous avez
pu douter de la franchife de Mimi, d'une
amante qui vous aime peut-être mille fois
plus qu'il ne vous eft poflible de l'aimer !
Ainfi ies lettres, , ces lettres que m'a
diétées l'amour le plus vif & le plus tendre, ne font, que l'ouvrage de la diflimulation la plus perfide, > & en même tems
la plus infeniée & la plus'
imprudente !
Devais-je --- Page 507 ---
in'artendre 24T à une telle injaftice
Devais-je
de votre part! Je
&c cà un tel égarementi
la vertu, mais
fais craintive; retenue par. Et quel ferait donc
puis-je e'être.une fourbe? à feindre fi long-.
le motif qui me porterait: vous ai juré à la
rems un amour que de la. je terre , & que j'ai
face du ciel -&
figné de ma main? Ne craignez-vous les pas,
de me faire naitre
foup:.
au contraire, rémoignez avoir fur moi?
çons que vous
moins m'aimer
Oui, vous parailfez de ce. qui vous
qu'avide de la pofféllion
rendit fi volage avant de me connaitre: faire ? Je
Mais eft-ce une demande à me
:
concevoir, moi-mème, en, ce mone - a4 puis comment il fe. peut faire que.je
ment.,.
donner quelque elpérance à
vous aie pu
malheureufe!, qu'en
cet, égard. Oublié-je, tout ce qui conftitue
yous abandonnant (erais, plus rien à vos
mon mérite, je.ne
miens pro"
yeu.augJent du le pablic.iaux ciel à témoin des compres? Je prends na cellé-de me livrer S
bats. que mon cCur fouffrances
refal (ait toutes les réfifer, que,jai & pour vous
fenties, pour vous
qui m'humilierair
entendte, me propolet.ce
L
Tome II. L
a --- Page 508 ---
fir fort, ce qui me révolterait jufqu'à la
forte indignation. dans tout autrei,
plus
fu maccoutumer à mientendre:
Vous avez
de renoncer à la vertu... Jen'aiy
propofer
vous dire combien j'en
pas voulu jufqu'ici
de troubler
fouffrais, parce que je craignais
de celui que je mets au - deffus ,
le repos
mème 5 mais je
hélas ! de ma réputation
moins:
n'ignorais point, je ne fentais pas
Ils m'often:
que ces defirs m'of#fenfaient... de femblables?
faient! ah! n'en avais-je pas
Ne m'avez- vous pas corrompue au point
aviliffement même 2 Etc'eft
de chérir mon
foupçonner mon cceur!
vous qui pouvez
à ce mépris
Ah! je devais bien m'attendre
j'aie
Dieu! faur-il que
de votre patt telle lettre! que ne pouà répondre à une
vous faites
vez-vous favoir tout le mal que
je
à mon cceur! Je ne me pofféde plus,') voune fais à quel fentiment m'arreter: je de
drais acheter votre bonheur aux dépens
plus cher au monde 5
rout ce que jai-de vie
mais je ne
aux dépens de ma
même;
horiécarter de mon ame la' penfée
puis
de mon amant, qui doit
ble du. mépris
devenus
être la fuite de Y'oubli des préjugés feront
de fi rigoureules loix: Mes parens
de leur fein."
Es premiers à m e rejetter
m'arreter: je de
drais acheter votre bonheur aux dépens
plus cher au monde 5
rout ce que jai-de vie
mais je ne
aux dépens de ma
même;
horiécarter de mon ame la' penfée
puis
de mon amant, qui doit
ble du. mépris
devenus
être la fuite de Y'oubli des préjugés feront
de fi rigoureules loix: Mes parens
de leur fein."
Es premiers à m e rejetter --- Page 509 ---
ai dit, il eft vrai, que mon
Je vous
votre in-
(emblait ne pas défapprouver
- pere
moi; nais ce n'eft qu'une
clination pour
&
elle ferait
conjedure de ma part; ; croire quand qu'ila approufondée, , dois-je, puis je raifon me reprovât de même ce que ma
il pourrait
cherait toute la vie? Et quand puis-je me
comme vous fur cela,
penfer l'éloignement de Maman pouf
diflimuler
Il n'y a nulle efpérance de
vOS recherches? changer. Si elle pouvait conla faire jamais
devinfle la maitreffe de
fentir à ce que je bien que ce ne ferait pas
quelqulun, croyez croirait perdue, , abanla vôtre : elle me
mois. Abandonnée
donnée en moins d'un
! abandonnée
de lobjet de mes adorations confiftance &
après avoir perdu toute ma confoler ! Oh!
m'en
tout ce qui pouvait
dans ce cas-là, du
fi je pouvais me mettre délivrer d'une exiftence
moins faurais-je me
odieufe & douloureufe.
ceffez cependant d'infifter fue
Vous ne
la derla demande de ce que vous appellez
de l'amour 3 cette preuve >
niere preuve
révoquer" en
dites-veus , qu'on ne peut
eft aimé.
doute, pour être certain qu'on
L 2 --- Page 510 ---
Ne peut-on donc
fe chérir
fe déshonorer? Ah! s'aimer,
fans
me prouve fi bien le mon coeur me dit &
contraire ! Mais vous
imaginez-vous que cette preuve foit irrévocable P Ne voit-on
du contraire ? Ne
Fas mille exemples
& plus facilement voit-on pas plus fouvent
l'obtenir de
même qui connaiffent moins celles-là
Voilà ce qui doit vous raffbrer l'amour ?
égard, fi vous n'avez
à mon
fiance en
pas affez de conmes principes & à mes fentimens
pour vous. Mais où font mes fOretés
celui qui pent me foupçonner de la envers.
die la plus noire ? Si vous attendez perfivous perfitader que je vous paye d'un pour
cere retour > que je vous aie donné finmarque irrévocable ne puis-je
cette
auffi,
pas croire
moi, que lorlque vous Taurez
votre coeur s'endormira dans le calme eue,
la fatisfadtion,
de
fatiété
qui tient de fi près à la
: Vous n'eu feriez pas le
on dit que ce réfultat n'eft
maitre;
table que la vieilleffe
pas plus éviaprès le jeune
En effet,n'eft-il pas naturel de croire âge,
amant qui a
qu'un
obtenu, 3 n'eft plus l'amant
qui demandait.
Ces idées
/
me tuepr d'avance, Si vous
ormira dans le calme eue,
la fatisfadtion,
de
fatiété
qui tient de fi près à la
: Vous n'eu feriez pas le
on dit que ce réfultat n'eft
maitre;
table que la vieilleffe
pas plus éviaprès le jeune
En effet,n'eft-il pas naturel de croire âge,
amant qui a
qu'un
obtenu, 3 n'eft plus l'amant
qui demandait.
Ces idées
/
me tuepr d'avance, Si vous --- Page 511 ---
amour autant que moi ;
chériffez votre
furle coeut
>
comptez davantage
croyez-moi,
amante,. & moins fur un
de votre tendre
l'inftant; qui
aéte qui ne certifie que pour matériels, qui
certifie également les defits
des fens
l'effet du défordre
elt également
les éteint l'un
& du pur amour > & qui
vous le con
& l'autre. En fuppofant avec
à l'amour
traire, que peut cet acte ajouter coeurs;
connaiffons déjanos
vérirable?Nous fans cela 5 nous (ommes heuils s'aiment maniere de nous aimer; pourreux de cette
certitude contre un peutquoi hazarder une
être fi précaire ?
Vous avez beau me dire que vous ne
doutez
de mes fentimens, > cette allupas
vous dément le
rance eft juftemenr ce qui véritable amant
mieux. Les veeux d'un
doivent être de fe yoir aimé 5 or > que
laccomplilement des vôtres ?
manque-tilal
vous troiviez
Tout, dites-vous > quoique
lettres naturelles, & mes expretlions
mes
ne me Aatte
naives. Cette contradilien
excufer
mais mon amour fc plait à vous
pas 3
certain
011 vous
encore jufqu'a un
point ;
fait tourner la tête, C'eft ce qui m'étonne
L 3 --- Page 512 ---
le plus : Sylvain devait moins
être. injufte envers fon
que perfonne
devait-il l'être
amante, encorei moins
par les artifices d'une rivale
peu délicate. Avouez-moi la vérité? n'eft-il
pas vrai que Sylvie a cherché à nous troubler dans notre bonheur ? Son motif n'a
lien d'étonnant à mes yeux ; mais je ne
puis revenir de la farprife que me caufe la
facile crédulité qu'elle a rencontré en vous,
Peut s'en eft fallu qu'elle n'ait réulli
de fes defirs en
au gré
ou au moins en m'indifpofant contre vous >
m'inipirant le deffein de
renoncer à tous les hommes, Maisl'amour
vous excufe dans mon coeur, & fi c'eft fon
excès qui vous a rendu fi crédule,
êtes plus
> vous
que pardonné. Quoi qu'il en
être, > cherami, foyez donc moins puife
à l'avenir à vous en rapporter à prompt
capable de tout
une rivale
indifférent
pour traverfer un amant
à fes foins, & une faeur
férée. Ne
préperdez plus un tems aufli
cieux à vous exhaler en de vaines
préplaintes :
employons-le dire,
à nous ainer, & à nous le
dule,
êtes plus
> vous
que pardonné. Quoi qu'il en
être, > cherami, foyez donc moins puife
à l'avenir à vous en rapporter à prompt
capable de tout
une rivale
indifférent
pour traverfer un amant
à fes foins, & une faeur
férée. Ne
préperdez plus un tems aufli
cieux à vous exhaler en de vaines
préplaintes :
employons-le dire,
à nous ainer, & à nous le --- Page 513 ---
CVIL
LETTRE
à Mimi, du 14 avris
De Sylvain
1775*
Mimi, vous avez deviné
Ou; adorable
& je n'ai pas été
la caufe de ma lettre, je devais Têtre :
avec vous aufli franc que & je ne fuis
l'amour même m'a égaré,
Je
de l'excès de ma paftion.
coupable que
lettre funeRe qui m'a
vous l'envoie, cette
: quel amant
bourrelé le cceur & l'efprit eût pas été auffi
vraiment amoureux Je n'en fais tout ce que peut
allarmé que moi ?
flle fans délicala jaloulie à une
font. en
furgeret dont la vanité & le cceur
telle, &
mais autant on eft facile
même tems irrités ;
amante > autant
à être perfiradé par une
par la feule
eft prèt à la croire volage, ,
!
-on
qu'on en a. Mimi, me tromper. à
crainte
un homme
elle, jouer avec fang-froid qu'un excellif
qui elle ne peut reprocher devait jamais me
amour ! Non; rien ne
craindre. Vos tendres proteftations,
le faire
lignées de votre main,
vos adorables lettres
L 4 --- Page 514 ---
la droiture de votre ame, tout m'en.
garant 3 tout dément, détruit les abomi- étaie
nables artifices de Sylvie, & les efface
tiérement de mon fouvenir. Mon
enfut cependant fi troublé,
coeur en
tronvé dans un état de
que je melfuis
in'a pas laillé le tems perplexité d'y
qui ne
inftant.
réfléchir un
: Sic'eft un crime > il porte fon excufe
avec lui; mais devez-vous m'en
d'autres? Faut-il,
fuppofer
laiffé
parce que je me fuis
furprendre par la crainte de
tout ce que j'ai de plus cher
perdre
im'enpunillezpar
>: que vous
n'avez rien à d'injuftes foupçons ? Vous
lettre
m'imputer > & j'avais une
capable de jetter tout autre
moi
dans la même erreur, Quoit: defirer que auffi
pallionnément de vous pofféder. entiérement ferait un crime : Quoi! pour prix
d'un bonheur dont je ne cherche qu'à réaliferla jouillance, &à m'affurer des moyens
d'ent multiplier les occalions, je
de le goûter ? A-t-on jamais de cellerais l'amour
fans alpirer à cette union. du corps,
eft toujours le fceau de celle des
qui
Si des. loix injuftes,
carurs 2
que-les hommes olt
auffi
pallionnément de vous pofféder. entiérement ferait un crime : Quoi! pour prix
d'un bonheur dont je ne cherche qu'à réaliferla jouillance, &à m'affurer des moyens
d'ent multiplier les occalions, je
de le goûter ? A-t-on jamais de cellerais l'amour
fans alpirer à cette union. du corps,
eft toujours le fceau de celle des
qui
Si des. loix injuftes,
carurs 2
que-les hommes olt --- Page 515 ---
fanationnées parle tems, s'yoppofent, > en
parle bonheurde
devons-nous payerlerearg la loi condamne à des
nosjours : Ecquand la nature a faits pour
tourmens ceux que
foulcrire ? Quoi!
la felicité, eft-il lage d'y
livrer à
aurions la liberté de nous
nous
impérieux, qui ne comporte
un penchant
en
&
que
-
iien de blâmable
foi,
parce
l'ambition & la jaloulie des hommes ont
fait des loix contre notie liberté, > nous la
facrifierons à leurs folles maximes ? Quoi!
miniftre prérendu du ciel,
parce qu'un fanétionné l'anion de la nature,
n'aura pas d'étre lègale 2 Et T'union conelle ceffera alfortie, le mariage qui, le
jugale, mal n'elt que le manteau de tous
plus fouvent, fera jultiné aux yeux des homles vices,
eft fi pur, faute
mes > tandis que ce qui
cellera
de cette feule cérémonie publique,
d'être vertueux & permis? Mimi, ne voyezvous donc pas comme moi, que Thymen
loi civile qui n'ajoute rien auxn'eft qu'une
da-,
di(pofitions des cceurs, ni ne légitime
ce qui était fi long-tems déja,
vantage
auparavant que cet aéte
dans la nature, dans la fociété? ? Et croyezeut éréintroduit
Thymen allure une plus grande:
vous que
L: 5) --- Page 516 ---
25o
conftance qu'une union libre, quand celle-ci
eft une fuite de rapports fi parfaits ? Dans
le cas où l'on cefsât d'aimer en poffedant
I'objet, Thymen n'ajouterait-il point, par
le droit qu'il donne au mari, cette fatiété
que vous redoutez tant ? Tour, Mimi,
tout milite en faveur de ma demande,
hors les préjugés 3 , & les préjugés font des
fottifes. L'emporteront - ils toujours dans
votre coeur fur mon amour > que rien ne
faurait affaiblir 3 & que la pofleflion réelle
de fon objet ne ferait que fortifier. Aimer
fans fe pofleder, ne ferait-ce pas la folie
de Dom Quichotte ?
Si l'on voit les femmes fans amant être
plus faciles, & toujours méprifées enfuite,
n'eft-ce pas précifément parce qu'elles ne
ne connaiflent point l'amour ? Ce fentiment eft-il jamais fufceptible d'êtie dédaigné quand il eft vraimentr mutuel? Quoi!
il poarrait y avoir une puiffance capable
de refroidir mon C ceur pour Mimi? Et cette
puiffance ferait précifément ce qui devrait
me la rendre plus chere ercore s'il était
pollible? Quelle opinion, Mimi, on vous
a donnée de l'amour véritable! Se peur-il
ément parce qu'elles ne
ne connaiflent point l'amour ? Ce fentiment eft-il jamais fufceptible d'êtie dédaigné quand il eft vraimentr mutuel? Quoi!
il poarrait y avoir une puiffance capable
de refroidir mon C ceur pour Mimi? Et cette
puiffance ferait précifément ce qui devrait
me la rendre plus chere ercore s'il était
pollible? Quelle opinion, Mimi, on vous
a donnée de l'amour véritable! Se peur-il --- Page 517 ---
avec
puilliez ainfi le confondre
que vous des fens! ! L'amant qui demande
le feul feu
de fa demande 5 l'amant
ne s'occupe que
qu'à jouir & qu'à
qui a obtenn ne s'occupe de Tamour, ou il
faire jouir des félicités
vous devez
n'aimait pas. Or, voilà ce que n'aime pas
rechercher, fi j'aime ou fi je
eft-ce un problème
véritablement : Mimi,
pour vous 2
jamais d'une
Mais , j'ai plus befoin que nom de ce que
entrevue avec vous : au
au
avez de plus cher, > accordez-moi
vous
voir un feul inftant; je ne
moins de vous
defir de vous parler,
peux plus réfifter au de vous entendre : j'en
de vous voir &
Ah! vous verrez
fouffre mille tourments.
violente pafamant brolant de la plus
un
mourrait de douleur s'il
fion, mais qui
des chofes.
en la moindre
vous déplailait fans doute empreffé > expreflif
Je ferai
& prudent. Que
même > mais refpectueux
jufqu'à votre
je vais languir d'impatience
réponfe !
Caimant , en effet, avait été vd
P. S.
mais il l'a jouée fort adroitepar Sylvie ;
de la fervir. C'eft firement > en feignant
L 6 --- Page 518 ---
ment Fédalie qui l'a trahi; je m'en défie.
comme vous. Heureufement qu'ellea affaire
à un negre comme elle, & que ces genslà font fi rufés, fur-tout dans
l'emploi de
commifionnaire,
LETTRE CVIIL
De Mimi a Sylvain 2, > du 15 ayril
1775..
JE vous renvoie la lettre dé Sylvie. Jevous avoue que je ne la croyais pas
de pouffer à ce point la rufe &! la capable
e 1 Je ne m'arrêterai- point à vous en malice.
vous étiez tout excufe dans
parler >
s'il m'avait
mon coeur ; &
pu refter la moindre réminifcence de Vos foupçons 3 cette déteftablelettre, & plus encore la vorre, aufaient
achevé de me faire tout oublier.
Je paffe de fuite à. votre 7
mande
preflante de-
> avant de vous parler de la
de mon pere, qui eft venu
vilite
mon amie. Saintie',
accompagner
pour remplacer apparemment Bonne - Femmey 4 qui eft partie
pour aller voir fa faur, qu'on dit fort mal..
indre réminifcence de Vos foupçons 3 cette déteftablelettre, & plus encore la vorre, aufaient
achevé de me faire tout oublier.
Je paffe de fuite à. votre 7
mande
preflante de-
> avant de vous parler de la
de mon pere, qui eft venu
vilite
mon amie. Saintie',
accompagner
pour remplacer apparemment Bonne - Femmey 4 qui eft partie
pour aller voir fa faur, qu'on dit fort mal.. --- Page 519 ---
2j3
La préfence de cette bonne amie me décide
à me rendre au defir que vous parailfez fans réavoir de me voir. Je vous avoue ,
je vous fais un gré infini
pugnance s que
demande précifément
de m'avoir fait cette
moment où je pouvais fans danger vous
au laccorder. Car, cher ami, ne nous faifons
illufion fur notre faibleffe ; - & quand
pas
comment réfifter
nous ferions plus forts s
2 On m'a
à T'impéruofité de notre. paflion
de fois répété de me défier des tête-àtrop
j'ai moi-même éprouvé en
tête, & ce que
m'a aflez appris compréfence de Maman
bien j'aurais à craindre de moi-méme, pour
m'y expoler. Saintie, qui a de T'expérience,
achevé de me mettre en garde contre
a
forte d'entretien.. Vous avez beau
cette
je fens en moi
dire que c'eft un préjugé,
&
.quelque chofe qui me dit que non,
que
tenez à des préjugés bien plus réels
:vous Harbares. Maman, demain, va au
& plus dans la voiture de mon pere; S Sylvie
Cap de la
fans quci tour ferait gâté.
eft
partie;
neuf heures.
Ne venez pas avant
T'etreur où
Il eft tems de vous tirer-de
de
étiez, & peut - être moi aufli,
yous 14 --- Page 520 ---
Croite que mon pere n'était
à notre union libre : il ne m'en pas contraire
reproche direét
a fait aucun
, mais il m'a
ment déclaré qu'il n'y confentirait cathégoriquefon intention était de
pas ; que
franchife
me marier. Cette
a encouragé la mienne :
ai dit alfez clairement
je lui
à Mr. ***
quef fije n'étais jamais
> je ne ferais non
à
autre. Ah, mon
plus aucun
des larmes
pere, ajourai-je en verfant
linceres, fi vous faviez ce
fouffre! -- Je le conçois, me
qu'il
fon état & le tien me touchent répondit-il;
degré de fentibilité
au dernier
: il parait t'aimer véritablement, & avec
bien
conftance, ou je fuis
trompé. - Non, mon
vous ne vous
pere, non,
delà de
trompez pas 5 il m'aime aul'exprellion.
Mais qu'y a-til à
efpérer ? Quel dommage
ou plutôr
qu'il ne foit
que tu ne fois pas de fa
pas...
Oui, je crois
claffelwi.
que tu ferais heureufe
lui, ou c'eft le plus grand
avec
terre, ou encore il eft
fourbe de la
plus grande de toutes les lui-mème dans la
mon pere qui m'aime erreurs - Quoiz
mis à cet odieux
tant, ferait aufli fou-
& cruel
de
préjugé ! Avec
lelprit, > de la raifon, de
de la probité, il ferait
lhumanité &
auli l'efclave d'un
je crois
claffelwi.
que tu ferais heureufe
lui, ou c'eft le plus grand
avec
terre, ou encore il eft
fourbe de la
plus grande de toutes les lui-mème dans la
mon pere qui m'aime erreurs - Quoiz
mis à cet odieux
tant, ferait aufli fou-
& cruel
de
préjugé ! Avec
lelprit, > de la raifon, de
de la probité, il ferait
lhumanité &
auli l'efclave d'un --- Page 521 ---
fentiment imbécile & barbare 2 qui Aétrit
indiféremment & l'homme de mérite, &
la femme vertueufe, > & la
le ftupide, > &
feul
font d'une
fille vicieule, par cela
qu'ils criminels
rouge ou noire! Les blancs,
peau
forfaits, peuvent, en chandes plus grands
à recouvrerl'eftime
geant de lieu, prétendre
honode la fociété 2 &y occuper une place
ans de domicile - paffés
rable; & nous: > vingt les vertus > ne nous
dans l'exercice de toutes
même de
empèchent pas d'ètre rejettés, conduite & aux
la confidération due à la
les plus pures ! 1 Je gémis comme
moeurs
s'il détoi, ma fille, de ce faral préjugés
de moi, il ferait bientôt anéanti :
pendait
en fecouer
maisi il exifte, je ne puis pas plus chafteté; &
le joug, que toi celui de la
le peut-il moins que
peut ètre ton amant lui ily y tient au moins
moi encore. Malgré
l'on exige
àl'extérieur, & cet extérieur que
dans le monde, s'il te poffedait, peut-être Au
tiendrait-il encore bien davantage.
y
Mimi, préjugé à part, pourrais-tu, 1,
refte,
te donner à un homme 2...
hors le mariage,
Ah, mon pere ! que me dites - vous
renoncer, mais parje voudrais pouvoir malheureufe y
fille, & ayez
donnez à yotre --- Page 522 ---
pitié de fon amant Le tems peut être..
Si vous voyez fes lettres, comme il fouffre!
comme il eft délefpéré ! & il n n'aimerait
pas! & il ferait faux ! Mais que dis-je"?
eft-ce bien moi qui défend la caufe d'un
fuborneur Lui, fiborneur ! Ah ! quie
le préjugé fait de mal, & corrompt de
vertus à la fois !
Je pleurais à.chaudes larmes en parlant
ainfi àce tendre & bon pere; il ne pouvait
retenir les fiennes. Ili me laiffa avec Saintie
après l'avoir priée de me confoler , & de
tâcher de me ramener à des fentimens plus
conformes à fes vues &à mes devoirs: Mais
Saintie eft mon amie,- elle fait que
me confoler, il faut me' parler de pour mon
amant chéri, Que je déteite ce fentiment
qui met un fi grand obftacle entre nos
mains ! Mais ce préjugé odieux., où &
quand a-t-il lieu? en public feulement, &
far les feuls hommes de couleur. Cat en
particulier, il n'exifte, pour ainG dire point,
ce qui prouve que les blancs ont befoin de
fe coalifer & de s'étayer de l'exemple les
uns des autres, pour ofer l'afficher, Chaque
blanc en particulier traite les fenmes de
Que je déteite ce fentiment
qui met un fi grand obftacle entre nos
mains ! Mais ce préjugé odieux., où &
quand a-t-il lieu? en public feulement, &
far les feuls hommes de couleur. Cat en
particulier, il n'exifte, pour ainG dire point,
ce qui prouve que les blancs ont befoin de
fe coalifer & de s'étayer de l'exemple les
uns des autres, pour ofer l'afficher, Chaque
blanc en particulier traite les fenmes de --- Page 523 ---
eouleur avec honnèteré & fimiliafité. Mais
font-ils affemblés, foit pour agir ou commander * ce ne font plus que de fers defQuelle fottife!
potes; > des eyvansimpérioux. enfemble ce que vous
n'étes-vous donc plus
êtes féparément : Et pourquoi ce' préjugé des
ne yous éloigne-t-il pas pour toujours voit-on tant
femmes de couleur? Pourquoi
c'eft
de blancs les époufer fans fcrupule ?
font riches. Les richelTes effacent
qu'elles
: hélas ! oui. Nous avons
donc ce préjugé
parvenir à fe faire reconnaître
vu les
tandis que la feule
pour blancs en jultice,
les condamnait.
obligation de le prouver
Ce mélange n'a donc qu'une tache conventionnelle, & rien de réel n'en indique
humiliantes que la couleur : Mais
les traces
puilque les blancs I'ont admis, pourquoi ainfi leur
ont-ils donc la balleffe d'avilir
fang? Pourquoi leur (ang n'a-t-il pas plutôt
le pouvoir de purifer celui du negre? :
Quoi qu'il en foit, je ne puis me dicfimuler que ce préjugé ne T'emporte de
beaucoup dans votre coeur fur l'amour &
la raifon. J'admire fa force irréliftible fur
des milliers de leurs
les. blancs en général; --- Page 524 ---
enfans en font les malheurenfes
& pas un ne s'avife de faire
vidimes,; ;
préfantation far leur état
une feule reaméliorer leur fort infimant, civil, & pour
flexions troubleront
Ah! ces ré-
& mon bonheur. toute ma vie mon repos
On'm'a beaucoup
de mon pere, de reprôché, 3 en préfence
chrétienne. On voulait négliger mes devoirs de
favoir
ne parlais plus d'aller à confeffe. pourquoi je
ofé nommer mon confeffeur
Styavais
pas produit l'effet
Cela n'a
qu'on attendair
pere a répondu que c'était l'affaire :.mon de
confcience.
ma
Ce que vous me dites de la rufe de
Caimant eft contre
dégrade en tout les 'olclavage; cet état
fourbes, des
hommes, & en fait des
êtes les maîtres traitres, des méchants. Vous
voulez,
d'en faire tout ce que vous
& vous les avilifez par d'indignes
emplois ; vous femblez encorcinfulteral leur
malheur ! Oh ! cela n'eft pas généreux,
Mais détournons
attention de ces
quelque tems notre
objers
chagtinants > &
livrons-nous au charme de l'entretien
que
avage; cet état
fourbes, des
hommes, & en fait des
êtes les maîtres traitres, des méchants. Vous
voulez,
d'en faire tout ce que vous
& vous les avilifez par d'indignes
emplois ; vous femblez encorcinfulteral leur
malheur ! Oh ! cela n'eft pas généreux,
Mais détournons
attention de ces
quelque tems notre
objers
chagtinants > &
livrons-nous au charme de l'entretien
que --- Page 525 ---
259 fais
je
allons avoir. Je ne
pourquoi
nous
autant que je le delire.
le redoute
LETTRE CIX
à Mimi, même date.
De Sylvain
je relis fans
3E n'ofe en croire mes yeux, l'idée de mon
adorable lettre,
celle votre
d'avance. Vous voir, être
bonheur nYenivre
&c vous entendre!
avec vous, vous parler
d'une
mefurez, s'il fe peut > l'étendue comAh!
aimable Mimi,
telle félicité. Mais 3
grande encore s
bien ne ferait-elle pas plus des bornes aufli
fi vous n'y aviez pas vouloir mis
un tiers dans
Pourquoi
genantes: qui ne doit point en fouffir?
un entretien de chofes de plus à {e dire quand
On a tant
Pourquoi nousréduire
on eft feuls enfemble!
qui ne pourra que
à une cruelle contrainte de notre entretien?
diminuer les douceurs
une loi aufli
Pouvez - vous nous impofer de votre amant?
févere ! Que craignez-vous
! il eft fi
Il eft fi tendre & fi re(pectueux
rien
! voudrait-il
foigneux de vous plaire
facher contre
entreprendre qui pit vous --- Page 526 ---
fui! Non; Mimi, je VOLIS le
vous favez
promets , &
que je ne vous promets
vain. Saintie eft votre amie,
pas en
tiers, & l'amour n'en
mais c'eft un
le demande donc à peut fouffrir. Je vous
préfence de tout
genoux, barmiffez la
autre dans une entrevue
qui aura tànt de charme
l'amour feul eft
pour nous > fi
notre témoin,
Quelle nuit vais-je
paffer! un fieclen'eft
pas plus long.
Je ne puis être de votre avis fur le fertiment de votre pere ; il vous en dit autant
que peut un pere, & il vous laiffe à
le refte. Il fait, ainfi
penfer
Saintie eft
que votre mere, que
votre intime amie; que
nous fi leur abfence...
favonsréfexions
Pardonnez G mes
m'égarent dans des idées un peu
extravagantes; mais il me femble
n'ont pas cherché à
que s'ils
belle
nous lailler une aulli
occalion, du moins l'amour nous
vite à en profiter, Hélas!
inretrouvera-telle
peut être ne fe
plus jamais. Cette
me déchire l'ame. Le plaifir, la penfée
mille autres
crainte', 3
fencimensl'occupent en'ce moment, & à peine puis-je vous tracer ce
peu de lignes.
il me femble
n'ont pas cherché à
que s'ils
belle
nous lailler une aulli
occalion, du moins l'amour nous
vite à en profiter, Hélas!
inretrouvera-telle
peut être ne fe
plus jamais. Cette
me déchire l'ame. Le plaifir, la penfée
mille autres
crainte', 3
fencimensl'occupent en'ce moment, & à peine puis-je vous tracer ce
peu de lignes. --- Page 527 ---
LETTRE CX.
à Mimi, du 17 Ayril
De Sylvain
1775.
maitreffe G chérie ! queljour
AHI Mimi,
a enlevé à
précaution
votre imprudente
& tout
l'amour! Comment vous exprimer, embràfés,
fouffrais de mes delirs
ce queje
d'ètre auprès de
&c le plaifir que je goûtais de nouveaux
yous ! Il faudrait imaginer dont je connais la
termes, nul de ceux
donner une idée.
valeur ne peut vous en baifer enflammé que
Ce doux baifer, ce rendu avec tant de tranfvous avez reçu &
dû finir; ces levres
port, & quin'eit jamais amoureux dans lefbrilantes, , ces regards
d'ètre vraiment
quels je lifais le charme
nélarmes qu'arrachaitla
aimé, ces douces de nous féparer ", & dans
ceffité prochaine
inftant que
le plus bel inftant de nosjours,
volupté allait couronner , peutla plus
facheufe d'une amie
ête, EuC la rréfence
prudente 5 tout, en un mot, m'avait
trop.
égale à l'égarement
plongé dans une yvrelle --- Page 528 ---
total de la raifon. Cer état
m'a pas pernis de vous d'abforption ne
fentimens
exprimer tous les
que vous avez agités dans
coeur. Ah, Saintie!
mon
de
que vous m'avez fait
mal! vous m'avez enlevé le plus beau
moment de ma vie. Le tems s'eft
en vain en de tendres
écoulé
j'eulle bien mieux
proteftations que
filence du
exprimées par le doux
plaifir Les defirs redoublaient
à chaque inftant; 3 & c'eft au moment où
je crois pouvoir y céder, c'eft au
ouj'ofe vous donner ce baifer,
moment
m'arrache à mon bonheur,
3 que Saintie
dans la
pour vous laiffer
privation de VOS fens : je veux réfifter, elle m'effraie en me difant
vous expofais à de ficheux accidens que je
faut céder à cette crainte,
Il
la mort dans le
je m'éloigne,
affreufe
caeur.. e
Quelle nuit
j'ai paffée- ! L'état dans lequel
vous ai laiffée, toutes
je
mes efpérances fiuf
trées, tout m'agita & me tourmenta
violence, Dieu-! fi vous avez fouffert avec le
quart de mes maux, que je vous plains !
que Saintie eft cruelle! n'était-ce
à elle
à fe retirer en ce
pas
elle
moment, & ne devairpas me céder le foin de rappeller vOS
fens
.. e
Quelle nuit
j'ai paffée- ! L'état dans lequel
vous ai laiffée, toutes
je
mes efpérances fiuf
trées, tout m'agita & me tourmenta
violence, Dieu-! fi vous avez fouffert avec le
quart de mes maux, que je vous plains !
que Saintie eft cruelle! n'était-ce
à elle
à fe retirer en ce
pas
elle
moment, & ne devairpas me céder le foin de rappeller vOS
fens --- Page 529 ---
adorable amie, qu'un
C'eft aétuellement,
co:p-d'ail fur
retour fur mci-même, qu'un font voir mieux que
toute ma vie pallée me
le véritable
jamais que je n'avais connu me l'avez infamour que depuis que vous
Pendant que j'étais à voS côiés, que
piré.
le bonheur de ma
je lifais dans voS yeux fi tendrement le
vie; que vous me juriez mes fentimens 2
retour dont vous dans payiez la douce extafe de
mon ame noyée laiffait que faiblement
la félicité, ne me
Le fouvenir de ce
l'ufage de la parole.
mon
moment fortuné fera toujours préfentà fituadans: la même
ame. Je vous voyais. à céder aux defirs les
tion de coeur, prète:
plus doux
eft - donc, Mimi, la bizarN Mais quelle
de,l Tamour? Mon coeur
rerie des caprices
content d'une telle
ne devinicil pas,e être m'aimez,. vous me le
2 Vous
jouilfance - . le prouvez. d'une maniere à
dites, &. me
d'un tel-bonheur, & ce
augmenter le prix
félicité eft
cecur -i ofe encore foupirer ! Ma facheufes
fans ceffe altérée par les plus
eft un
T'incertitude de l'avenir
réflexions;
moi,: & je jouis de mop
tourment pour
- --- Page 530 ---
bonheur moins dans le cceur que dans l'efprit. J'ai beau vouloir penfer comme vous 2
& me fatisfaire de cette maniere de
>
nous
prouver notre amour, je fens malgré moi -
que l'on n'eft vraiment poffelfeur de fa
maitrefle, que quand elle ne peut plus
à un autre.
être
D'un autre côté, je ne puis oublier
vous avez des
que
peines > & que c'eft moi
qui les caufe, Et vous pourriez croire
Mimi, que je ne prévois pas les défagré- >
mens que votre Maman vous fait éprouver !
Pourriez-vous reffentir la plus légere peine
qui ne, me devienne un vrai fupplices Ah!
l'idée feule en eft un pour mon cceur. La
plus petite affectation qui vous arrive ou
qui peut vous arriver > eft gravée
fond de mon ame en caracteres jufqu'au
brâlants. Mais
aigus &
pourquoi fouflrezvons-lorc
qu'il Ivous eft Ai facile d'éviter tous C 1és maux
& les' foucis dans-les'bras de yotre ort o tendre
amant ? Ali! fvotte paffion était auffi de
cidée que la micane. eft véhémenre, 1N
n'auriez-vous pas facrifié déja pour la farif- que
faire 2 La crainte de ficher votre Maman
gurait-elle Pu Balancer an inftant'les deflis
de
vons-lorc
qu'il Ivous eft Ai facile d'éviter tous C 1és maux
& les' foucis dans-les'bras de yotre ort o tendre
amant ? Ali! fvotte paffion était auffi de
cidée que la micane. eft véhémenre, 1N
n'auriez-vous pas facrifié déja pour la farif- que
faire 2 La crainte de ficher votre Maman
gurait-elle Pu Balancer an inftant'les deflis
de --- Page 531 ---
Non, Mimi 3 on quitte
de votre caur :
aime : avec lui
tout pour fuivre ce qu'on
fi cet unioublie le refte de Tunivers,
or
defir de le rendre heureux.
vers s'oppole au
veul jufqu'ici vou parler
Je n'avais pas
Se reut-il qu'on ait pu
de cette confellion. jufqu'à ce point d'imamener les hommes
comme moi aurait
bécilité! Quoi!t un autre
de
de mes crimes,
le droit de m'abfoudre fautes, de me rendre ;
me laver de mes reproche , & forcer la
en un mot , fans
punir? N'eft-il donc
divinitéà ne m'en plus
n'eft qu'une
trop vifible que la confellion
hommes
pas
guider les
politique des prètres pour
l'abus qui
leur but? Ne fait-on pas
vers
réfulié rant de fois? N'a-t-on pas
en eft
de la confellion pour préparer
vu fe fervir
grands, forfaits?
des hommes aux plus
les hommes font ce que
Croyez - moi, fuffent ; tout ce quile
Dieu a voulu qu'ils
eux feuls. C'eft
font eft peur ou contre d'eux de la droidonc leuri intérêt qui exige cCS liens facrés
tute & de la bienfaifance, Il faut donc des
de toutes les fociétés.
une religion,
moeurs pures > & non pas
M
Tome II. --- Page 532 ---
pour le benheur des hommes : elle n'eft
que leur ouvrage; & parcourez Thiftoire de
toute la terre, vous verrez
que l'intérêt
que ce n'eft
qui en eft toujours
motif. N'eft-il pas honteux d'aller l'unique
à genoux, fon argent à un
offrir,
d'un air de gravité
prètre qui,
qui tient de la plus
impudente morgue, le reçoit comme
grace qu'il vous fait ? A Diea ne ;laife une
que je blâme l'aumône, mais nc rais : la
faire moi-même :
Si la religion étoit l'ouvrase de Piea,
I qui ne peut fe tromper, il n'y eu aurut
jamais eu qu'une depois que le monde cit
créé,s'ill'a été, & Ct ferai
peuples.
reus detous - les
Or, on en compre des miliiers,
& toujours la
derniere, julqu'à celle de
Mahomet, fe dit la meilleure, & fait des
profélytes , comme cela doit être,
renverfer la précédente. Er.les,
3 pour
mains ne fentent
pauvres hupas cela! Mais vous 3
Mimi, vous qui raifonnez,
aufli être dupe de la fottife & pouvez- de la - vous
berie : Non ; abandonnez la
four-
& tenez-vous en à ce confelleur confeflion,
youlu vous voir
que j'euffe
nommer à YOS parens.
, fe dit la meilleure, & fait des
profélytes , comme cela doit être,
renverfer la précédente. Er.les,
3 pour
mains ne fentent
pauvres hupas cela! Mais vous 3
Mimi, vous qui raifonnez,
aufli être dupe de la fottife & pouvez- de la - vous
berie : Non ; abandonnez la
four-
& tenez-vous en à ce confelleur confeflion,
youlu vous voir
que j'euffe
nommer à YOS parens. --- Page 533 ---
LETTRE CXI
même date.
De Mimi à Sylyain,
m'en croirez - vous
EH bien, cher ami,
aétuelleune autre fois? Connaifler-vous courons à nous
ment le danger que nous Ah! quel tourment
trouver tête à tète? combat entre mon
j'ai fouffert! Quel rude Sans la préfence de
coeur & ma raifon! !
Elle m'a raconté
Saintie, j'étais perducum évanouie, & comment,
comment je m'étais
donnant un baifer trop pallionné,
en vous
s'était échappée de mes levres
mon ame
entiere en vous. En repour paffer toute
& ce ne fut que fort
prenant mes efprits >
fortir du plus
long-tems après, je croyais
fouvenais
doux de tous les fonges 3 je me avoir parlé,
d'avoir vu mon amant > de lui m'avait fufd'en avoir reçu un baiser qui
idée
mais je n'en avais qu'une
foquée,
heures
confufe. Ce n'a été que quelques Saintie me
après, & à l'aide de ce que
que
rappellait de ce moment fienchanteur, toutes les
je fuis parvenue à me rappeller Ah! mon
douceurs que j'y avais goûtées. --- Page 534 ---
coeur femblait fi comble de
je ne rouvais plus les
délices, que
le
diftinguer. Le feu
plus vif & le plus atdent
mes veines & me brûlair; mille parcourait fentimens
déledlables rempliffaient tout mon étre. Un
mot de votre bouche était une jouiffance
pour moi. Je n'étais plus à moi, j'étais
dans les tranfports de la félicité. C'eft alors
que vous m'avez donné un bailer. dont la
fenfation
wensrinconmehufqpell L'électricité n'eft ni plus vive ni plus violente;
une forte commotion brile mon
&
tous mes fibres tombent en défaillance... ame,
Dieu! quel état ! oh! s'il pouvaic toujours
durer Maisje ne jouillais plus de tant
de bonheur, je n'exiftais plus, j'étais noyée
dans les délices. Elt-il encore de plus grands.
plaifirs ? J'en doute ; mais s'il y.en avait,
ilse excéderaient mes facultés : ce feul baifer
était déja au-deffus de mes forces
Cependant, > Saintie m'affure que c'eft-là
le dernier état du danger auquel une femme
puiffe s'exposer; qu'alors elle ne peut plus
éviter le piége où l'amour a entrainé fa
vertu. J'en tremble de frayeur en y fongeant. Ceffons donc > cher Sylvain, de
irs ? J'en doute ; mais s'il y.en avait,
ilse excéderaient mes facultés : ce feul baifer
était déja au-deffus de mes forces
Cependant, > Saintie m'affure que c'eft-là
le dernier état du danger auquel une femme
puiffe s'exposer; qu'alors elle ne peut plus
éviter le piége où l'amour a entrainé fa
vertu. J'en tremble de frayeur en y fongeant. Ceffons donc > cher Sylvain, de --- Page 535 ---
hafarder ainfi à un péril aufli imminous
quand on eft abforbé
nent; que peut-on du monde? Ne nous
dans tous les plaifirs
préfence de quelvoyons fur-tour qu'en
plus
quun, & n'oubliez pas de ne jamais
m'expofer à pareil baiser.
Ma lettre ne fera point longue; à peine
écrire aujourd'hui. Je penfe que
ai-je pu
la chercher. Tout le monde
vous enverrez Nos jouiffances ont eu la
revient ce foir.
durée & la réalité d'un rêve.
LETTRE CXIL
De Sylyain à Mimi,-du 19 ayril
1775.
(Nota. Il parait qu'il y a ici une lacune
de deux lettres,)
CAMANT a été hier au foir pour vous
lettre
lui avais bien recomportér une
enforte 5 je de vous voir', mais
mandé de faire
faire à Fédalie >'
quelque priere qu'il ait pu
il n'a pu obtenir d'elle de vous prévenir &
de fon melfage. J'aurais bjen deliré,
vu, & que vous
lui aufli, que vousl'eulliez --- Page 536 ---
lui euffiez dit ces prétendus bruits dont on
l'a accufé être l'auteur. Il en eft aufi chagrin que j'en fuis faché. J'efpérais du moins
que s'il n'avait pu vous voir, il m'aurait
du moins appo orté une tendre lettre de vous,
delirant une réponfe fur ma derniere : mais
au lieu de cette lettre tant defirée, il ne
m'a apporté que le très - court billet que
vous m'avez écrit en allant vous coucher,
& dont le férieux me défelpere.
Ah, Mimi! elt-ce ainfi que l'on donne
le bon foir à fon amant! Je veux bien que
vous ayez été gênée par la furveillance de
cette maudite faur, mais eft-ce une raifon
pour prendre un. air aufli fec avec votre
tendre ami, & encore à la fuite des allarmes
dont il avait été travaillé? Ah! charmante
amie, rendez-moi mon bonheur, rendezmoi ces charmes que vous répandiez fur ma
vie 5 rendez-moi ces penfées fi déledtables
qui me berçaient dans les ennuis de l'abfence.
Depuis ce cruel biller, que j'ai déchiré
fir le champ, > je ne fuis plus à moi 5 mon
ame, > troublée par les penfées les plus Gnifmes,agiéepariesplus vivesinquiéuides, ac-
é? Ah! charmante
amie, rendez-moi mon bonheur, rendezmoi ces charmes que vous répandiez fur ma
vie 5 rendez-moi ces penfées fi déledtables
qui me berçaient dans les ennuis de l'abfence.
Depuis ce cruel biller, que j'ai déchiré
fir le champ, > je ne fuis plus à moi 5 mon
ame, > troublée par les penfées les plus Gnifmes,agiéepariesplus vivesinquiéuides, ac- --- Page 537 ---
de la froideur de cet écrit, eft plongée
cablée
dans la
& la mélancole,
dans la trifteffe
Votre image même
douleur) la plus profonde.
air de douceur
a changé à mes yeux 5 cet réjouit le cceur
qui enchante, de gaité qui
& nourrit
&cl'ame, de tendrelfe quiin(pise vous s'eft
l'amour 5 en un mot , tout en troublée
converti dans mon imagination m'affailfe, de
en un air de févérité qui d'indiffétence qui
froideur qui me confond,
J'aibeau vouloir vous repréfenter
me défole. étiez dans mon cceur, comme
comme vous trouvée il y a fi peu de jours,
je vous ai brillant de la beauté, cet air
avec cet air
ajoute fi bien à vos
riant & gracieux qui
vous retrouve
charmes l'attrait du plaifir > je
malgré moi, malgré le pouvoir
toujours,
amour, je vous re-
& Yillufion du tendre
du faral billet
trouve cet air défelperant
julque dans
qui m'anéantit. Il me pourfuit minutes de
le fommeil; je ne dors pas dix
rève facheux vienne me
fuite, fans qu'an
glacé de
réveiller en furfaut. Mon fang,
lenmille craintes 2e > ne coule plus qu'avec
n'a
d'activité,
teur; mon ame attriftée
plus
Aeuve
mon coeur eft amorti-, 2 noyé dans un
d'amertume. Sans la douleur que j'éprouve --- Page 538 ---
en cet état de perplexité, & qui m'aiguillonne fans cefle, je ferais privé de toute
exiftence.
Ah! Mimi, fi vous faviez tout le mal
que vous me faites fouffrir, fans que je
fois coupable de la plus légere faute à votre
égard, que vous en feriez fachée vousmême ! Quelle différence de cet état à celui
de bonheur où je nageais il n'y a que trois
jours ! Rendez moi donc la vie, chere mai-,
treffe de mon être, rendez-moi la vie
deux mots différens du dernier billet qui par
roule dans ma mémoire comme un feu bràlant qui la dévore perpétuellement fans la
pouvoir confurmer, Effacez-le
promptement
par un autre où il n'y ait plus ce mot froid
& glaçant de
mais
Monfieur, qui ne devait jafuccéder à l'entretien que nous avons
eu. Il ne peut fortir de mon elptit, il l'offufque & l'excede. Il eft également dans
mes yeux > & je le vois fur tout ce queje
regarde.
J'avais penfé qu'en déchirant ce cruel
billet, ce billet G funefte à mon
j'en aurais été un
repos s
peu confolé, mais. le
roid
& glaçant de
mais
Monfieur, qui ne devait jafuccéder à l'entretien que nous avons
eu. Il ne peut fortir de mon elptit, il l'offufque & l'excede. Il eft également dans
mes yeux > & je le vois fur tout ce queje
regarde.
J'avais penfé qu'en déchirant ce cruel
billet, ce billet G funefte à mon
j'en aurais été un
repos s
peu confolé, mais. le --- Page 539 ---
eft auffi préfent que G je,
fouvenir m'en
la main. Mimi, conl'avais toujours dans le
que vous
naillez donc bien tout pouvoir le défolez plus
fur votre amant, & ne
avez
aufli impitoyablenwent.
foir Coimant, il pourta
Je renvoie ce
Je brûle d'envie de
peur-èrre vous voir.
dans le dellein
favoir G vous êtes toujours
& f vous
dimanche à la paroiffe,
d'aller
trouver. Mais pourde m'y
me permnettez refufer cette douce (atisfacriez-vous me
le beloin. J'aurai tant
tion? j'en ai tout voir! Si je ne puis trouver
de joie à vous dire un' mot de l'amour,
Y'occalion de vous
de vous
j'aurai du moins la confolation touchants :
voir, de rencontrer vos yeux fi févères que
ils ne (eront peut-êrre m'obferver pas
& em-.
votre plume. Je faurai trahiffent notre (epêcher que les miéns ne eft le mien ! être à
creti Quel cruel fort
de mes plus chers
demilieue de l'objet
une
& ne pouvoit
Taimer à T'adoration,
vocux,
le delire, & ne pouvoic
la voir quand je
laiffer éclater la joie
encore, en la voyant, 2
N
Tome II. --- Page 540 ---
refens! ! Que de momens délique j'en
palfer dans le fein de
cieux nous pourrions de la
grande volupté 2
1a plus pure &
plus dans l'attente &
& que je paffe à gémir
de l'enl'ablence, deux fources G grandes
mui & de la trifteffe! Non, depuis plus
n'ai
deux jours
de quatre ans je
pas.exifté
veniez
entiers : & il faut encore que vous
à tant de maux un ton, un ftyle
ajouter
après m'aqui achèvent de me désespérer,
!
voir bercé dans de fi Aatteufes efpérances
foyez moins cruelle à un
Ah! Mimi,
qu'il fe croit
amant qui ne vit qu'autant
aimé de vous.
-
LETTRE CXIIL
De Mimi à Sylyain, du 22 ayril
Mow AMI! je vous ai mis au désespoit;
a été le mien lorique, revenue à
et quel
j'ai réfléchi - aux ! expreflions
moi-même, m'étais fervie 5 mais deviez-vous
dont je
Sylvain! e cruel Sylvain,
me les reptocher?
un
Ah! Mimi,
qu'il fe croit
amant qui ne vit qu'autant
aimé de vous.
-
LETTRE CXIIL
De Mimi à Sylyain, du 22 ayril
Mow AMI! je vous ai mis au désespoit;
a été le mien lorique, revenue à
et quel
j'ai réfléchi - aux ! expreflions
moi-même, m'étais fervie 5 mais deviez-vous
dont je
Sylvain! e cruel Sylvain,
me les reptocher? --- Page 541 ---
n'avez-vous pas compris que ma
eomment
de vous > que
fcur venait de me parler
le mot de
fois elle avait prononcé
vingt
ce mot était dans mon
monfieur ; que dans mon cocur, & que s
oreille, non ils'eft trouvé sous ma plumer;
malgré moi,
mon malheuQue n'ai-je retenu > gardé Caimant n'a-t-il pas
reux, billet! Pourquoi allait vous faire; pour.
deviné le mal qu'il refufé de le prendre S
quoi n'a-t-i il pas
ne T'a-til pas perdu en chemin!
pourquoi
la liberté de m'écrire toutes
Vous avez
le defirez ; seul, avec
les fois que yous
l'image
amour, vous ne voyez que
votre
vous adore ; personne
de l'objet qui
de laimer 9
ne vous crie : tremblet & moi, malde le lui dire, de le voir; jour, la nuit,
heureufe! accupée de vousle
fommeil, dans mes rèves, j'ardans mon
l'inftant de pouvoir, d'otends du hafard
répéter que je ne re(pire que pour
fer vous
bruit m'effraye, m'arvous. Le moindre cacher la plume ou le crayon
rète, me fait déchirer Ou jeter au feu
fervi;
guima
N 3 --- Page 542 ---
le papier fur lequel j'ai tracé
lignes !
quelques
On prétend que l'amour s'irrite
les
obltacles, mais ne croyez
par
en ait befoin. Je
pas que le mien
je vous verrais fans ferais auprès de vous 3
je voudrais
ceffe, que fans ceffe
charme
vous voir Quel eft donc le
irréfiftible qui enchaine mon exiftence à Ja vôtre,
à
qui me rend
tout ce qui n'eft pas
infenfible
me fait dire
vous, qui tout bas
avec orgueil : je fuis a
jamais je ne ferai qu'a lui.
lui,
Vous me demandez G j'ai
deffein d'aller dimanche
toujours le
vez-vous
à la paroiffe : deen douter? Ef - il
vous ayez un defir
poflible que
qui ne foit
mon cceur? Vous vous
pas dans
vous, dans la crainte oblerverez, ditestrahiffent
que VOS regards ne
notre fecret. Cruel!
donc
Faudra-t-il
que mes yeux ne rencontrent
vôttes, qu'il me foit défendu
pas les
l'amour
d'y lire tout
que vous lirez dans les miens 2
Quel pouvoir vous avez fur
vous-mémes
- il
vous ayez un defir
poflible que
qui ne foit
mon cceur? Vous vous
pas dans
vous, dans la crainte oblerverez, ditestrahiffent
que VOS regards ne
notre fecret. Cruel!
donc
Faudra-t-il
que mes yeux ne rencontrent
vôttes, qu'il me foit défendu
pas les
l'amour
d'y lire tout
que vous lirez dans les miens 2
Quel pouvoir vous avez fur
vous-mémes --- Page 543 ---
& quand je foupire après le
je pourrai
moment ol
envoyer jufqu'à vous
étincelles du feu quic circule dans quelques
vous aurez affez de raifon
mes veines,
craindre ! Eft-ce ainfi
pour vous conTéméraire
que vous aimez
heur,
que je fuis! c'eft pour mon bonpour ma gloire, que vous me
mettez de diflimuler, de fouffir!
peraccufe! Ah!
& je vous
pardon, cher ami,
mais fi
pardon 3
j'échappe aux obfervations de maman, à celles de l'impitoyable
eft un aeil
Sylvie, il
traire,
auquel rien ne peut me foufc'eft celui de l'être fuprème à
vous difpurez mon adoration
qui
fans rougir, fans le
5 je l'avoue
lui qui m'a donné craindre; ; n'eft-ce pas
s'élance
cette ame brdlante
yers la vêtre, & fi je fuis qui
pable, eft-ce à lui de m'en
coupuniri
J'apperçois Caimant 0e > fa préfence
rappelle tous les tourmens
me
vous a fait endurer
que mon billet
n'ai pu les
; depuis trois jours je
en
adoucir, une minute de plus
augmenterait l'amertume : qu'à
même votre fidèle ferviteur
l'inftant
parte avec ma
N 3 --- Page 544 ---
lertre; qu'il foit aufli prompt que le defir
qui me preffe d'effacer jufqu'au fouvenir du
chagrin que j'ai eu le malheur de vous
caufer,
LETTRE CXIV.
DeSylvain à Mimi, le 29 avril 1775.
L'AGITATION dans laquelle m'avait
le bon Caîmant,
laiffé
l'inquiétade qu'il a remarquée dans VOS yeux lorfqu'il eft arrivé
chez vous, > le regard que lui a donné Fédalie, le mot que vous avez prononcé,
& dont lui feul pouvait deviner le
tout lui a fait fentir le besoin
fens,
de reçevcir
que j'avais
votre Jettre, & à peine étairelle fortie de VOS mains, qu'il eft accouru
la remettre dans les miennes.
1 mon unique amiel comment, fans
expirer de plaifir, paffer aufli
de l'excès de la peine à l'excès rapidement du bonheur! un faififfement involontaire s'efl
paré de tous mes fens, mon coeur a pal: em-
fentir le besoin
fens,
de reçevcir
que j'avais
votre Jettre, & à peine étairelle fortie de VOS mains, qu'il eft accouru
la remettre dans les miennes.
1 mon unique amiel comment, fans
expirer de plaifir, paffer aufli
de l'excès de la peine à l'excès rapidement du bonheur! un faififfement involontaire s'efl
paré de tous mes fens, mon coeur a pal: em- --- Page 545 ---
pité, vingt fois mes yeux font revenus
fur les mêmes phrafes, les mêmes expreffions ; ma bonche a voulu les prononcer; ;
arriver fur mes lèmais avant de pouvoir
fe
chacune d'elles eft allée
graver
vres ,
ame.
Ec
dans le fond de mon
de
minutes avant , j'ofais douter
quelques fermens j'ofais repouffer votre image!
yos
oui, Mimi, je n'ai pas rougi de
Ingrar!
que j'en fais
l'ètre, & c'eft à vOs genoux
je preffs, que
l'aveu, à vos genoux que j'ai fait à la
je veux expier l'outrage que
vérité, à l'amour.
Mais cette lettre que votre caeuir a dictée,
fur mon fein,
cette lettre que j'ai dépofée
à
qu'elle fuffife à ma félicité,
perfez-vous Confultez, écoutez l'attrait qui
la vôtre ?
fans cefle nous ranous a réunis, & qui
vous
mène lun à l'autre ; le penchant que
avez combattu fans pouvoir en triompher,
avec laquelle j'ai fupporté voS
la conftance
ferez forcée
rigueurs, vos refus; & vous
les
de convenir que vous me devez tous
inftans de votre vie, comme je vous
dois tous les inftans de la mienne.
N 4 --- Page 546 ---
Quand cefferez-vous donc de m'oppofer
les droits de vos parens ? Je les révère
mais ceux de l'amour font - ils moins fa- ;
crés ; & fi la nature nous attache à
dont nous avons reçu le jour, n'eft-ce ceux
elle aufli qui nous enchaine l'un à l'autre? pas
C'eft la trahir que de lui réfifter; en vain
vous croiriez y paivenir, & malgré vous
après des efforts qui feraient à la fois & >
mon tourment & le vôtre, malgré
il faudrait lui céder. Si
vous,
vous le fentiez
aufli vivement que je le fens, fi, comme
moi, vous étiez convaincue que le véritable amour eft l'entière abnégation de foimême, 2 ne craindriez-vous pas déjà d'avoir
manqué atl ferment que vous avez prononcé de ne vivre, de ne penfer, de n'agir
que pour moi. Eft-ce à Mimi d'êre 1
jure, à voir fans pitié les
parmaux qu'elle
seule me caufe, & dont elle feule
peut
me guérir! La douceur eft dans VOS
la fenfibilité ferait-elle loia de
yeux,
votre ceeur!
Non, > non, l'amour & la nature n'ont
point commis ane pareille erreur : Mimi
réunit tous les charmes, elle doit avoir
toutes les vertus
que pour moi. Eft-ce à Mimi d'êre 1
jure, à voir fans pitié les
parmaux qu'elle
seule me caufe, & dont elle feule
peut
me guérir! La douceur eft dans VOS
la fenfibilité ferait-elle loia de
yeux,
votre ceeur!
Non, > non, l'amour & la nature n'ont
point commis ane pareille erreur : Mimi
réunit tous les charmes, elle doit avoir
toutes les vertus --- Page 547 ---
CR
Troisjours encore, oll plutôt trois Gècles
fouffrance avant de voir arriver le dide
les fêtes !
manche ! Ne doublera-t-on pas
Ah! que l'on m'en laiffe le maitre, & fept
fois dans la (emaine votre maman fera obligée de vous conduire à la paroiffe J'y
ferai avant vous, mes yeux vous y verront
entrer 2 les vôtres, me chercheront; une
aimable fe répandra fur vos joues
rougeur
votre
au moment où vous m'appercevrez:
je le fentirai à Pémotion
coeur palpitera, fiez-vous l'amour du foin de
du mien, &
faifir & denous rendre nos regards. Que cet
inftant eft encore éloigné.. .. e Mais quel
avenir j'ofe entrevoir! quels preffentimens
adoucillent mes peines, , irritent mes defirs!
Mimi ! Mimi les partage.
LETTRE CXV.
De Marthe à Sylyain, le 3 mai 1775Mine & fceur être ablentes demain tout
le jour : venez fi pouvez, mais pas entres
N S --- Page 548 ---
pas non plus. dire
fi êres vu par quelqu'un;
(erais gronà Mimi que vous Tai marqué,
dée trop fort,
LETTRE CXVL
De Sylvain à Mimi , le 5 mai 1775:
une illufion! Mimi;
Esr-cr un (onge,
adorable Mimi! les expreflions me manQue l'orage & les vents relpectent
quent!
tu embellis; qu'un printens
le féjour que.
fruits & de Aeursle boéternel couvre de
le frais; que
cage dans lequel tu respires
ta
dans tous les tems un ciel pur couvre
l'amour y repofe; hier ily a commaifon :
tous mes tranfb'é tous mes voeux, > partagé
commencé
ports, & c'eft d'hier que j'ai
à vivre.
quel beau jour
Quelle nuit jai paffée,
toi ;
!
d je n'ai vu que
lui a fuccédé Éveillé,
rèves,
endormi, je t'ai retrouvée dans mes
telle
venais de te quitrer. Agitée
&
que ie
la crainte, attendrie par mes foupirs,
par
ily a commaifon :
tous mes tranfb'é tous mes voeux, > partagé
commencé
ports, & c'eft d'hier que j'ai
à vivre.
quel beau jour
Quelle nuit jai paffée,
toi ;
!
d je n'ai vu que
lui a fuccédé Éveillé,
rèves,
endormi, je t'ai retrouvée dans mes
telle
venais de te quitrer. Agitée
&
que ie
la crainte, attendrie par mes foupirs,
par --- Page 549 ---
baifers; la pudeur fur
enflammée par mes
les joues
le front, le defir dans les yeux,
de ces larmes que le plaifir feul
inondées
larmes del'amour, plus
fair répandre, ces
douces
les ris ; & dans le moment
que
couvrais de baifets, où
même où tu me:
mien! deux
tu confondais ton être avec le
Mais
ou trois fois tu as paru me repoulfer! m'as
quelle ivrefle tu
avec quel transport,
étroitement !
(erré plus
aufli : tôt rappelé,
quel feu
Quelle volupré dans tes foupirs,
quelle agitation dans ton
dans tes regards,
Ie mien !
bralant contre
coeur palpitant,
Non, Mimi, plus de délai, plus de lien
Viens habiter les lieux que
qui te retienne.
viens refpirer l'air que je refpire;
j'habite,
feu me dévore ; mes delirs s
un nouveau
defirs (ont les tiens 3
tu me l'as dit, mes
ne m'as : tu
r'arrèter? comment
qui peut
n'es-tu pas encore dans
pas, fuivi? pourquoi
mes bras!
- tu jamais mon
Conçois - tu, concevrasquand j'ai appris
délire, mon efpérance,
N 6
& --- Page 550 ---
que tu serais feule toutle jour?
cachais ; mais l'amour
ta me le
qui voulait mon
bonheur, le tien; l'amour a f m'en inftruire, & auflitôt j'ai formé le
voler à la barrière
projet de
de la
qui ferme ta maifon,
franchir, d'épier le moment où tes
négreffès feraient au travail; car, fans
doute, Ja pudeur, l'effroi,
fentimentraurait
je ne fais quel
f elles avaient
empêchée de me recevoiz
été avec toi,
Tout m'a réufli, le ciel me le
Sans être vu, je fuis
devait.
chambre
parvenu julqu'à ta
; tu as voulu fuir, j'ai faifi ta
main, ma bouche l'a
treffailli; ; la
preffée, ton ceeur a
parole a expiré fur tes
mes baifers les Ont
lèvres,
délice
convertes. Avec quel
je me rappèle tous ces détails!
n'as pu les faifir, ton émotion
Tu
était
forte; & quel trouble, quels
trop
m'as fait éprouver Ah! tranfports tu
point de l'anéantiffement
ne' m'accule
fommes
dans lequel nous
tombés, de l'oubli de tout ce
nous environnait; quel
qui
rait féparés,
Fonvoir nous auquelle divinité aurair rompu
lice
convertes. Avec quel
je me rappèle tous ces détails!
n'as pu les faifir, ton émotion
Tu
était
forte; & quel trouble, quels
trop
m'as fait éprouver Ah! tranfports tu
point de l'anéantiffement
ne' m'accule
fommes
dans lequel nous
tombés, de l'oubli de tout ce
nous environnait; quel
qui
rait féparés,
Fonvoir nous auquelle divinité aurair rompu --- Page 551 ---
P
25;
enchainait Pun à T'aule charme qui nous
(ans toi, je pattre Et loin de toi,
Seraisferais une feule minute de ma vie!
le
affez barbate pour le vouloit, pour
tu
affez timide, afdefirer? Si tu es encore
de
fez aveugle pour ne pas t'énorgucillit
& du mien aux yeux de ta faton amour
des habitans de cette ile,
mille, aux yeux
moi dans les déferts
viens t'enfoncer avec
refpecteront
les plus arides ; les fauvages
ils tomberont à tes pieds >
notre union ; l'amour & la conftance.
ils connaitront
la verferas far eux :
Ma fortune eft à toi, tu
ils bâtiront la cabane que nous occuperons 5
la nuit, ils la défendront des bètes
le jour,
la fouveraine des êtres
féroces 5 tu feras
titre ne te feraque tu auras civilifés, & ce c'eft à toi qu'ils
t-il pas bien dû, puifque
devront leur bonheur!
d'hier a décidé ton fort, &
La journée
j'irai t'arracher
fi tu balances, fonge que
nous fépare 5 ta mère, ta mère
de Yafyle qui
droit de te retenir : n'amême n'a pas le
& fi elle arait
t-elle pas cédé à ton père, --- Page 552 ---
eu la faibleffe d'écouter le préjugé ridicule
dont tu es la vidtime,
fe'glorifierait - elle
d'avoir donné le jour à Mimi?
Le foleil n'a pas fourni la moitié de fa
carrière, & cen'eft que ce foir qu'il m'elt
pollible de faire partir Caimant,
ce n'eft
que ce foir que tu auras ma
tu fongeras à venir me
lettre, que
trouver... Que disje ! il eft impollible que ce projet
pas dans ton coeur PLe mien
ne foit
t'appèle : c'eft
danstes bras même que j'ai reçu le titre de
ton époux, tu n'es plus à toi.
LETTRE CXVIL
De Sylvie a Sylvain, le 6 mai 1775:
êtes venu
Vous
voir ma fceur pendant
notre abfence, monfieur ji'en fais inftruite,
ma mère le fair, & nous ne l'avons
pris ni de la perfide négreffe
aprez
que vous n'aupas manqué de feduire, ni de la bouche de Mimi,
3 mais de l'égarement dans
lequel nous l'avons trouvée à notre
retour,
plus à toi.
LETTRE CXVIL
De Sylvie a Sylvain, le 6 mai 1775:
êtes venu
Vous
voir ma fceur pendant
notre abfence, monfieur ji'en fais inftruite,
ma mère le fair, & nous ne l'avons
pris ni de la perfide négreffe
aprez
que vous n'aupas manqué de feduire, ni de la bouche de Mimi,
3 mais de l'égarement dans
lequel nous l'avons trouvée à notre
retour, --- Page 553 ---
287 demander la caufe:
& dont je n'ai ofé lui
fen (omToute la nuit, plus agitée pendant lors même
qu'on ne l'eft en veillant, 2
cruels;
meil
fouffie les maux les plus
que l'on
Y'ai entendue piononcer
toute la nuit je
vous secevoir,
votre nom, vous appeler, d.re en fanglotant :
vous repoulfer, vous
lignifie ces malfaic! Que
ciel que je
Qrnons-nou ? Plaife au
heureufes paroles l'étar de Mimi ne foit
me trompe 3 que funefte pallion que vous
que la fuite de la
a eu la fai-
& qu'elle
éré.
lui avez infpirée, mais fi vous aviez
bletle d'entret: nir;
Aétrir le coeur le
capable d'en abufer, de
Non,
le ciel ait formél
plus pur que
horrible idée n'a pu enmonfieur, cette
trer dans votre ame.
CXVIIL
LETTRE
le 9 mai 1775:
De Mimi à Sylvain,
de tous les hommes :
C le plus inhumain
pour me
m'avez donc aimée que
vous ne
! Pendant deux ans 2
plonger dans labyme --- Page 554 ---
28S
la tendrelfe de ma mère, de ma feur,
me dérobe à vOS coupables
s
feule
projets; je fuis
un inftant, vous en êtes averti par
la plus vile, la plus criminelle des efclaves,
& vous confommez l'attentat que vous méditiez depuis fi long-tems! L'aurais-je
tagé f, de l'inftant où j'ai eu le malheur parde vous rencontrer au Bac, vous n'aviez
verfé dans mon ame le poifon dontla vôtre
était remplie ? N'eft-ce pas vous qui m'avez persuadé, car je l'ai cru, , quim'avez
persuadé que l'amour était le premier des
fentimens? : Sans vous, l'aurais-je connu?
fans vous, aurais-je été fourde au cri de
T'honneur, aux repréfentations de ma famille, qui va me demander compte de fes
chagrins, de fon déshonneur? Et c'eft moi
que l'on propofait comme un modèle de
fageffe! c'eft moi que vingt partis deliraient
obtenir en mariage ! Qu'avais - je à
leur offrir P un coeur corrompu, une ame
pervertie, indigne de l'attachement du plus
méprifable des amans J'ofe encore parcourir votre dernière lettre; elle ne dément
point ce que vous êtes. C'eft peu pour
compte de fes
chagrins, de fon déshonneur? Et c'eft moi
que l'on propofait comme un modèle de
fageffe! c'eft moi que vingt partis deliraient
obtenir en mariage ! Qu'avais - je à
leur offrir P un coeur corrompu, une ame
pervertie, indigne de l'attachement du plus
méprifable des amans J'ofe encore parcourir votre dernière lettre; elle ne dément
point ce que vous êtes. C'eft peu pour --- Page 555 ---
m'avoir avilie à mes propres yeux;"
vous de
m'ordonnez d'affivous me prellez, vous
de tout ce
cher ma honte, de me féparer oui tout
mlenvitonne Je le dois,
qui
écouter, de m'éloime prefcrit de vous
dont j'ai creufé
gner a jamais d'un père
de fon feins
la tombe, & qui me rejette
de tromd'une mère que je n'ai pas rougi
m'en-
& qui ne doit, qui ne peut facur
per,
indignation ; d'une
vifager qu'avec
injufte >
je n'ai cessé de nommer
que
elle ne s'eft occupée que
barbare, quand
bonheur. Oui,je
de ma gloite, de mon
croire que
les quitterai 5 mais pouvez-vous m'abance foir pour vous (uivre, pour baibare que
donner à un être qui, plus
il veut
au milieu defquels
les fauvages
tarderait pas à y chetme conduire, ne victime je m'égare,
cher une, nouvelle
! je te
Sylvain 5 mon ami ! mon époux
et c'eft moi qui fuis coupacondamne,
raison quand tu es
ble ! j'avais toute ma
c'était à moi à
entré dans ma chambre,
dans ton ame..
lire dans tes yeux...
vous fuf
redouter que
Babare ! pouvaisje --- Page 556 ---
fiez capable de facrifier à un inftant de
jouillance le
repos, > la vie de celle
vous prétendiez adorer! Aveugle
que
tais ! avez-vous épargné les
que j'édevais-je attendre
autres, et que
du féductear de
Je le
Fany?
favais, et je ne vous ai
à fes larmes! J'ai
pas rendu
encouragé votre
en recevant vOS
perfidie
lettres, en les autorifant
par mes réponfes, enl vous rendant indigne d'être à ellè, au moment où
n'avez pas ciaint de vous donner à vous
autre. Qu'elle jouiffe de mon
une
Défhonorée,
bumiliation !
confondue avec la dernière
des mulâtres, je fuis l'efclave des
des caprices d'un blanc
defirs,
venir
qui ne peut demon époux > qui le favait,
m'a pourfuivie
qui ne
que pour jouir de fon
triomphe
Une fièvre ardente circule dans
nes, et ce n'eft
mes veiplus cette fièvre d'amour
qui m'a entrainée dans tes bras,
feu qui me détruit,
mais un
confume...
un poison qui me
Grand dieu! ma tête
s'eft égarée > :
fuis l'efclave des
des caprices d'un blanc
defirs,
venir
qui ne peut demon époux > qui le favait,
m'a pourfuivie
qui ne
que pour jouir de fon
triomphe
Une fièvre ardente circule dans
nes, et ce n'eft
mes veiplus cette fièvre d'amour
qui m'a entrainée dans tes bras,
feu qui me détruit,
mais un
confume...
un poison qui me
Grand dieu! ma tête
s'eft égarée > : --- Page 557 ---
-
fe font fermés.. Et votre let:
mes yeux
vous vous
tre... cette lettre dans laquelle
fait mon désespoir
félicitez de ce qui
elle fera
qui me l'a ravie? Malheureufe!
de ma
tombée dans les mains de maman,
A
la redemander ? non pour
foeur !
qui
& je la mérite ;
moi, la honte m'attend,
! s'il vous demande venmais mon père
l'audace
aurez-vous le courage s
geance s
contre lui Je te hais ,
de vous armer
ncm feul me
te détefte; ton nom, ton encore-chère !
fait horreur, & ta viem'eft
de
vivrais-tu : pour gémir
Mais pourquoi
s'il tei relte
de mes remords >
mes douleurs,
de fentir toute l'étendue
une ame capable
ciel
forfait... Et vous voulez qu'un
de ton
Aétrie! Ah!
couvre la maison quej'ai
pur
la vertu Y'haque ma famille en forte,
n'écrivez
Ne
bitait, le crime y relpire..
qui
plus ce Caïmant
plus, ne m'envoyez (ervi votre amour et
n'a que trop bien
de force que pour
le mien... Il ne me reste
Ce fera la dervous envoyer cette lettre...
recevrez de celle que vous
nière que vous
condamnée à la mort.
avez --- Page 558 ---
LETTRE CXIX.
De Sylvain à M. de B. le 12 Mai
1775.
Nox, mon ami, je ne verrai , je n'entendrai personne. Puis-je defirer quelque
foulagement à mes maux, quand chaque
jour, chaque heure, chaque minute ajoutent à ceux de l'infortunée que jamais je
n'aurais du connaître ! Pouvoir invincible
de la vertu ! il eft donc plus fort que tous
les fentimens.. quecelui del'amour même!
11 était réfervéà Mimi de me l'apprendre,
de me faire fentir les tourmens qu'un
feul moment de faibleffe peut caufer à
une ame pure. C'eft moi qui la tue > moi
dont Ja féduction a creufé l'abime
la
qui me
dérobe... et tu prétends calmer mes
peines ! Tu me les avais prédites, je
n'ai rien écouté.. qu'attends-tu d'un ami
qui peut-être n'a plus que quelques instans à vivre. Va,je fuis prèr, le jour m'eft
odieux ; puis-je le fupporter , maintenant
que je fuis féparé de Mimi, que l'entrée
moi qui la tue > moi
dont Ja féduction a creufé l'abime
la
qui me
dérobe... et tu prétends calmer mes
peines ! Tu me les avais prédites, je
n'ai rien écouté.. qu'attends-tu d'un ami
qui peut-être n'a plus que quelques instans à vivre. Va,je fuis prèr, le jour m'eft
odieux ; puis-je le fupporter , maintenant
que je fuis féparé de Mimi, que l'entrée --- Page 559 ---
maifon n'eft interdite, que mes letde fa
pénétrer : Mes yeux
tres ne peuvent plusy
qu'elle m'écrifont atrachés fur la dernière
la dernière Je l'arrofe de mes
ra elle ne renferme pas une phrafe,
larmes 5
mes remords.
un mot, qui n'augmente
Fany.
Il ne refte que toi à la malheureufe
les
Veille fur elle, fur fes enfans qui font
Tu trouveras dans mes papiers le
miens. t'autorife à la mettre en poffeffion
titre qui
de mes biens : f je lui coûte
d'une partie
hâte-toi de les elencore quelques pleurs,
Caimant m'a
fuyer; je ne les mérite plus.
il était
rendu de bien funeftes fervices 5
fon
loin de le deviner, j'ai pris foin de
... c'eft un des
fort. : - e On me demande
bravé fon
nègres du père de Mimi... J'ai
j'ai Aétri l'objet de fes plostendres
pouvoir,
lui offrir : ...
affections.. e Que puis-je
mon.remords. . ma vie... adieu. --- Page 560 ---
LETTRE CXX.
De M.le G. à Sylvain, le 12 mai
1775.
Jaren le courage, monfieur 2 - de lire
jufqu'au bout la lettre que vous avez écrite
à ma fille, le lendemain du jour affreux où
vous l'avez enrrainée dans le piége que
vous lui prépariez. Avec quelle perfidie >
quelle fcélérateffe vous avez médité, accompli ces crimes que vous n'aviez nul
efpoir de réparer, puifque vous étiez convaincu que rien au monde ne ferait capable de furmonter l'obftacle que la nature
& le préjugé avaient mis entre vous &c
Mimi. Je fuis inftruit de fes remords; plus
ils font profonds, plus ils dépofent contre
vous
Demain, au point du jour, je
ferai à l'entrée de la forêr: j'ole croire que
je n'ai pas befoin de vous demanderl'exacs
titude & le fecret, --- Page 561 ---
LETTRE CXXI
à M. de B le 16 Mai
De Fany
1775.
êtes l'ami de celui
Au! Monfieur, vous
le cruel abanque j'aimais encore > malgré laisse depuis longdon dans lequel il me
être devenu ?
tems. Où eft-il? Que peut-il
& per-,
le cherche,
Voilà trois jours qu'on la trace de fes pas.
fonne n'a pu découvrir la maifon de cette
Serait-il renfermé dans
?
Mimi, que l'on dit expirante
malheureule
déselpoir que lui
Aurait - il fuccombé au
je plains, 2 :
caufe la perte de cette fille, que rien ne
m'ait fait des maux que
quoiqu'elle
je vous
adoucir ?.. - Découvrez-le, haille
peut
vive, qu'il me
en conjure 5 qu'il
mais que je le voie,
pu découvrir la maifon de cette
Serait-il renfermé dans
?
Mimi, que l'on dit expirante
malheureule
déselpoir que lui
Aurait - il fuccombé au
je plains, 2 :
caufe la perte de cette fille, que rien ne
m'ait fait des maux que
quoiqu'elle
je vous
adoucir ?.. - Découvrez-le, haille
peut
vive, qu'il me
en conjure 5 qu'il
mais que je le voie, --- Page 562 ---
LETTRE CXXII
De M. G. d Rosette, mère de Mlimi;
le 17 mai 1775.
Lis & brûle ma lettre. Sylvain s'eft rendu
à l'entrée de la forêt, & au moment ou
je me dispofais au combat, il s'eft empressé de m'adreffer les paroles fuivantes :
à quel point je fuis
cc Je fais, Monfieur,
coupable, & je ne réparerai point un crime
par un autre 32, A ces mots 2 il appuie fon
piftolet fur fon front,'8 & tombe à mes
pieds, avant qu'il m'ait été poflible de prévoir fon deffein. ce Vous êtes vengé, m'at-il dit.en expirant . & je ne peux rendre
à Mimi ni la gloire, ni le bonheur Que
ma mort eft affeufe
Je me fuis retiré fans ètre vu- de perfonne, & le perfide ferait tombé fous mes
le repentir n'entrerait pas dans
coups > que
n'aura pas
mon ame. Périffe quiconque
rougi d'abufer l'innocence > de porter la
délolation --- Page 563 ---
( - 297 1
hondéfolation dans le fein d'une famille
nête.
de montrer ma lettre à Mimi...
Garde-toi
eft le pouvoir de la (6L'inforrunée! quel
Je ne la verduétion fur un jeune caeur!
les fuites
rai point encore : puis-je calculer
!
que lui ferait ma préfence
de l'impretlion
la rendre à la vie ; &,
N'épargne rien pour
pardonnons - lui ( quelquefois
d'avance,
Donneelle regrette celui qui l'a perdue...
Crois - tu qu'elle
moi de fes nouvelles.
ait la force de
échappe à la mort 5 qu'elle
Fafurvivre à fa vertu Renvoie-moi accroitre
qu'il vienne
bio fur-le-champi
qui
calmer l'horreur des preffentimens
ou
me déchirent.
LETTRE CXXIIL
Sylvie à M. le G. le 19 mai1775!
réponfe à votre lettrel
mon père! quelle
la demeure de
Un crépe funèbre enveloppe
malheureufe famille, & autant que
votre
échappe à la mort 5 qu'elle
Fafurvivre à fa vertu Renvoie-moi accroitre
qu'il vienne
bio fur-le-champi
qui
calmer l'horreur des preffentimens
ou
me déchirent.
LETTRE CXXIIL
Sylvie à M. le G. le 19 mai1775!
réponfe à votre lettrel
mon père! quelle
la demeure de
Un crépe funèbre enveloppe
malheureufe famille, & autant que
votre --- Page 564 ---
(298 y
mes larmes pourront me le permettre, je
vais vous faire le récit de ce qui vient de
fe paffer.
: La fèvre de Mimi avait diminué depuis
quelques heures, & fes médecins nous donun
maient
peu d'efpérance, lorsqu'en fortant de l'efpèce d'anéantiflement dans lequel elle était plongée, ma fceur a demandé
qu'on les priât de ne pas revenir. es Leur
art, nous a-t-elle dit, leur art ne peut rien
far moi. Daignez approcher, maman, &
vous, ma chere Sylvie, vous qui avez tout
fait pour m'éloigner du précipice que l'amour avait creufé fous mes pas: J'ai voulu
y fuccomber, &j'emporte avec moila confolation de favoir que je fuis la {eule coupable Vous avez furpris la lettre qui
artefte mon crime, & je vous en remercie. Livrée au fatal penchant qui chaque
jour prenait fur moi de nouvelles forces,
que de chagrins ne pouvais - je pas encore
vous caufer ! A peine ai-je fenti ma faute,
que le remords m'a pourfuivie; mais de
quel repentir n'aurait pas triomphé l'excès
de la paflion qui m'a fubjuguée !.. Ah! --- Page 565 ---
-
( 299 )
refte encore quelque pouvoir fur
s'il me
point de vos regrets s
vous, ne m'honorez des foins auxquels
ne me prodiguez pas droits... Oubliez Sylj'ai perdu tous mes
je
faites
de reproches,
vain, ne lui
point
de ma mort
les mérite tous.. - e La caufe
empoifonnera vos jours : ne la difimulez
ferve d'exemple à mes compas; qu'elle
t-elle ajouté, il ef
pagnes, Il cft,
de proun noin qu'il ne n'eft plus permis
ètre dont la tendrefle a daigné
nonce, un
m'attendsit...
n'avertir de la honte qui
l'avoit
Je vais defcendre au tombeau fans
la
fans avoir prelTé fa main dans
vu,
Mais
mienne, , je n'en fais plus digne
paraitre au tribunal du juge finprème,
chargée de la haine, de la malédiction
inité Ma mère!
d'un père juftement preffez la grace que
ma mère ! implorez,
fille... O
je n'ose demander; fauvez vctre
chère Mimi, lui a répondu maman s
ma
dans mon caur, dans
tu feras toujours
reviens à la
celui de ton père. Reviens,
exiftence e(t nécellaire à notre
vie : ton
bonheur >,
repos, à notre
O 2
haine, de la malédiction
inité Ma mère!
d'un père juftement preffez la grace que
ma mère ! implorez,
fille... O
je n'ose demander; fauvez vctre
chère Mimi, lui a répondu maman s
ma
dans mon caur, dans
tu feras toujours
reviens à la
celui de ton père. Reviens,
exiftence e(t nécellaire à notre
vie : ton
bonheur >,
repos, à notre
O 2 --- Page 566 ---
( 3co de ) -
Ce peuds mots a fufpendu le tremble:
qui agitait fes fens ; le
ment univerfel
Mimi les
calme a reparu dans ses yeux,
la
a fixés fur nous. . e hélas! c'était pour
dernière fois; il femblait que son ame
n'eût attendu que l'affurance de votre pars'envoler dans le fein de l'éterdon pour
de
nel. : O mon père! la tranquillité
dernier moment lui a rendu tous les
fon
T'embelliffaient : la candeur eft
charmes qui
repofe fur fon
fur fes lèvres, l'innocence
front, mais fon fang eft arrèré > fon pouls
la
eft éteint. . e e la terre 'va reprendre
Mon papier fe couvre de larmes. - : la
échappe de mes mains. . e Ma mère
plume
befoin de vous voir. Vous
vous appèle,j'ai
partagerez nos regrets, > vous les adoucirezs
mais vous ne fecherez point nos pleurs. ..
! Faut-il que ce fois
Mon père! ! mon père
Sylvie que le fort vous a laiflée! --- Page 567 ---
(30t) )
CXXIV."
LETTRE
De NI. B. à Fany, le 22 mai1775.
ma chère Fanys
VorRE ami n'eft plus,
la caufe de
cherchez point à découvrir
ne
la lui a donnée 9
fa mort : f la vengeance
les modevons-nous en relpeéter
peut-êire voulu celfer d'être, regrettons
tifs : s'il a
nous le charme
qu'il n'ait pas trouvé en la vie. Vous devez
l'aurait atraché à
des
qui
enfans. Je suis chargé
la vôtre à vos
de leur père $ elles vous
dernières volontés bonheur luia toujour S
prouveront que votre altéra fon amour, * il
été cher. Sil le tems fentimens plus purs
fut fans pouvoir fur des de la tendreffe &
& plus confolans, ceux
de la, reconnaiffance.
- hier votre
qu'avant
Vous me marquez fon de la cloche funtbres
cceut a palpiré au derniers foupirs de Mimis
elle annonçaitl les
fon convoi me rap*
j'érais perfuadé que déchirans,8 je n'ai
pellerait des fouvenirs le voir : blancs et
réfifter au delir de
pu
le tems fentimens plus purs
fut fans pouvoir fur des de la tendreffe &
& plus confolans, ceux
de la, reconnaiffance.
- hier votre
qu'avant
Vous me marquez fon de la cloche funtbres
cceut a palpiré au derniers foupirs de Mimis
elle annonçaitl les
fon convoi me rap*
j'érais perfuadé que déchirans,8 je n'ai
pellerait des fouvenirs le voir : blancs et
réfifter au delir de
pu --- Page 568 ---
302 )
noirs, tous les habirans de l'ile bordaient
les deux côrés de la rue que le cortége a
traverfée: avecquelle aiertume leur muette
& profonde douleur m'a fait fentir les
maux qu'entraine après lui un feul inftant
de féduction ét de faibleffe!
Le cercueil était couvert d'un drapblanc
parfèmé de fleurs & de larmes : lesjeunes
filles le fuivaient, une branche de cyprès
à la-main : celles - ci regardaient en pleurant les triftes reftes de leur compagne a
celles-là les fixaient dans un morne filence.
Quelle leçon pourles unes et pourlesauxes!
Entrainé malgré moi, j'ai accompagné
le corps jufqu'an bord de la foffe qui allait
le renfermor; .
ily elt defcendu, & avec lui
Totgitlls/a.confoltion de fa famille.
Votre ainée a quinze ans s eile embellit
tousles jours, & tous les jours elle recevra
de nouveaux hommages. Menez-la quelquefois fiur la tombe de Mimi.
Fin du dernier Volume; --- Page 569 --- --- Page 570 --- --- Page 571 ---
E803
M9S4C
Vil-a --- Page 572 --- --- Page 573 --- --- Page 574 ---