--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
LA
F R ANCE
DEMANDANT
SES
COLONIES.
PRIX TRENTE- SIX SOUS --- Page 4 ---
Vi 30
.
a 21 --- Page 5 ---
LA FRANCE
DEMANDANT
SES
ir
COLONIES,
OU
:
RECEANATIONS
DatAgriculture, du CemertevbiNendidterit
desartiftes Gdesouvriers de tous les départemens:
eoinolo. ADRESSEES
Au Corps. Ligifatif,au Diredoire, , 6 a toutes les
Autorités Conftituées de la République Françoife,
PAR F. LIMOCHEL.
Nul ne peut être empêché de dire 9 écrire, ,
&
publier fa penfée.
imprimer,
Confitution 3 art. 353.
HOR
A P ARIS,
Cliez VOLLAND,
tigaite.gaidesAugpidis, 3 no, 256
ETSE VEND A BORDEAUX,
Chez PIERRE BEAUME, Imprimeur- - Libraire,
du' ci-devant Parlement, no,
rue
Et chez tous les autres Libraires de la 32. même Ville,
En Prairial de l'an V. ( Juin 1797. ) --- Page 6 ---
AVIS DE L'EDITEUR.
à
T
huit
De toustles/ouvrages qui ont été publics depuis
ans fur les malheurs qui afligent.nos Colopies 5 il n'en
eft pas un; F qui T. réponde auili parfaitement àfon'titre 9
& qui foit plus digne de la curiofité publique 5 que celui
que nous annoncons aujourd'hui.
L'Auteur 2 homme. auffi fenfible/que bien infruit des'
faits qu'il dénonce à fés concitoyens, ne fe borne pas à
nous affiger. par. le (pectacle-a affreux desimaux qui défoJent nos Colonies, car après les avoir tracé:d d'une:main
hardie, il nous en. préfente les remèdes. Après avoir
fuivi les délégués du Gouvernement dans nos Colonies ;
TAuteur, traite fucceffivement: : de T'importance: du com>
merce que la France faifoit avec fesi Colonies avant la
révolution > . des caufes qui ont coopéré à A leur deftruction, & cufin , des moyens qui reftént 1 la République
pour les arracher àTanarchic qui les davore. Ceft particulierement dans fon plan: gencral de reflauration. 2 que
T'Auteur. nous éclaire-fur-nos- reffources, 8-qu'll nous
confole par le bon emploi qu'il propôfe d'en faire : mais
ce n'eft que par la leaure de cet excellent Ouvrage 2
que le Public pourra juger de, fon utilité, & deda fa
Ri
M.
geffe des vues de fon Auteur.
Cet Ouvrage eft terminé par'ie Tableau comparatif des
produgions de la. Colonie de-St. Domirgue 5 dopuis Tannée 1790 à 1795, dreffé fur lesi étatsi fournis par les
Douanes. nationales; & par le Commifatre-ordaniatuk
des Isles fous le vent,
ure de cet excellent Ouvrage 2
que le Public pourra juger de, fon utilité, & deda fa
Ri
M.
geffe des vues de fon Auteur.
Cet Ouvrage eft terminé par'ie Tableau comparatif des
produgions de la. Colonie de-St. Domirgue 5 dopuis Tannée 1790 à 1795, dreffé fur lesi étatsi fournis par les
Douanes. nationales; & par le Commifatre-ordaniatuk
des Isles fous le vent, --- Page 7 ---
ATANT-PROPOS.
philofophes 9 comme les individus,
claffes, qu'il eft
LE divifent en plufieurs
du devoir de Phomme de bien de ne jamais il
parmi ces philofophes,
confondre 7 puifque diftinguer le fage qui aime
faut néceffairement
l'orgueil tient dans
fon pays, du méchant que
Tifolement.
oà tout eft modes, où tout fe
En France
enthoufialine, nous
fait de confance & par
écrits
du être inondés de tous ces
que
avons
corrompre le coeur, &
l'efprit enfante pour.
de la moderne
dans lefquels nos théoriciens des maximes & des prinfageffe ont profeffe
à mefure que la
cipes dont ils rougiffent 2
raifon & T'expérience les éclairent.
écrivoit encore 5 il ne
Si l'abbé Raynal
même langage qu'il
tiendroit pas aujourd'huile il n'invoqueroit
tenoit dans fon jeune
: trenté ans, 2 le
il le faifoit y a
S
pas, comme
des. efclaves contre les
poignard & le poifon
pas la
colons François : il ne provoqueroit il le faideftruétion de nos Colonies 2 comme des idées
foit dans un âge où il n'avoit que
& --- Page 8 ---
VI
confules de leur importance : il ne diroit pas 3
avec l'enthoufiafmne qui règne dans fes premië
res productions 2 > qu'il ne manque plus aux
>> nègres qu'un nouveau Spartacus, > qu'un chef
) allez courageux 2 pour les. conduire à la
>> vengeance & au carnage. >
Depuis que cet illuftre Ecrivain a publié
Phiftoire de fes Erreurs Philofophiques & Politiques fir les deux Indes, nous avons vu fes
profelytes fe difputer l'honneur de déraifonner
fiar. l'état civil de nos colonies, 2 & fur l'utilité dont elles pouvoient être pour leur métropole.
Les uns, fans doute profonds philofophes,
ne voudroient ni colonies, ni commerce., ni
gouvernement 3 ils borneroient leur ambition
à jouir d'une liberté abfolue &x univerfelle.
Ceux-ci confentiroient bien à nous laiffer
jouir de nos Etabliffemens des deux Indes ;
mais ils voudroient qu'ils fuffent cultivés avec
des, machines qu'ils doivent inventer, & dont
ils nous feront connoltre le mécanifme.
Les autres, en jugeant les colonies utiles
à la France, voudroient les voir travaillées
par les blanes, que l'on fubltitueroit aux nègres; ; car felon cux, le temps eft venu oùr
l'Africain doit avoir le pas fàr l'Européen.
D'autres encore voudroient transformer les
is ils voudroient qu'ils fuffent cultivés avec
des, machines qu'ils doivent inventer, & dont
ils nous feront connoltre le mécanifme.
Les autres, en jugeant les colonies utiles
à la France, voudroient les voir travaillées
par les blanes, que l'on fubltitueroit aux nègres; ; car felon cux, le temps eft venu oùr
l'Africain doit avoir le pas fàr l'Européen.
D'autres encore voudroient transformer les --- Page 9 ---
vit
efclaves d'habitation en ferfs de' Glébe, par
la raifon que Montefquieu a parlé de cette forme de fervage, dans le 3 e chapitre de fon 13. e
livre de l'Efprit des Lois."
D'autres voudroient voir périr tous les
blancs de nos coloniess parce qu'ils. fè fattent
que, 7 lorfgu'tune race aura exterminé l'autre 2
une paix durable fera la récompenfe certaine
du parti vainqueur.
D'autres voudroient, 2 par elprit de plilantropie 2 que. l'on portirlinfurredion en, Afrique, , & que le Gouvernement. donnat un afile
dans nos colonies à tousles républicains qu'ure
bonne guerre civile auroit fait éclore dans ces
contrécs.
D'autres 3 plus. humains mais tout aufli inconféquens, voudroient que le. Gouvernement
fit lui-méme la traite des efelaves, que les
vaifleaux de l'état tran/porteroient enfuite dans
nos colonies, 2 où ceshommes, 2 devenus libres,
engageroient leur temps & leurs fervices.
D'autres enfin, vous diront avec une ignorance auffi plate que leur confiance eft aveugle : tranquillifez-vousy les colonies yous feront rendues; ; tout fe réparera; Car il ne manque pas de bras en France pour cultiver nos
illes, &c.
Tels font les moyens régénérateurs qu'une --- Page 10 ---
yuj
philofophic delirante a infpiré à fes difciples;
car c'eft ainfi, c'eft par des moyens auffi ridicules, que l'orgueil philofophique prétend
gouverner les hommes & les choles; qu'il
prétend brifer des inftitutions que l'expérience
a fondé fur les localités - le befoin', pour
leur fubflituer les effais de' la prévention &
de l'ignorance.
i
Si nous demandions à nos philofophes d'un
jour-, chez quelle nation, dans quel pays ,
dans quels livres ils ont puifé la fublimité de
leur doétrine ? ils nous répondroient vraifemblablement qu'ils fc font rangés de confiance
fous la bannière des hommes de France &
d'Angleterre, qui font les ennemis des colonies ; qu'ils font les difciples bénévoles de nos"
Socrate noirs, les Wilberfoce 3 les Necker 2
les Londerdale, les Briffot, les Cooper, les
Barnave,1 les Schewartz , les Lameth, les Arthur Yong 5 les Gregoire, les Sheridham, &
d'une infinité de,f fiuperficiels écrivains, de phrafeurs & de parleurs plus fuperficiels encore 2
c'eft-à-dire, de ces êtres exaltés, de ces
hommes affolés de gloire, & qui, en
du bon fens & de la raifon, veulent dépit
diquement rogner, 2 tailler, réformer &
la
PA
ger face du genre humain.
Sans doute que ces ennemis du repos &
de la' profpérité des nations, avoient bien pris
uperficiels écrivains, de phrafeurs & de parleurs plus fuperficiels encore 2
c'eft-à-dire, de ces êtres exaltés, de ces
hommes affolés de gloire, & qui, en
du bon fens & de la raifon, veulent dépit
diquement rogner, 2 tailler, réformer &
la
PA
ger face du genre humain.
Sans doute que ces ennemis du repos &
de la' profpérité des nations, avoient bien pris --- Page 11 ---
ix
leurs mefires pour accabler à la fois & faire
périr du même coup tous les établiffemens de
France & d'Angleterre dans les deux Indes.
Mais, dira-t-on, comment fe fait-il-que l'Angleterre foit parvenue à conferver fes colonies,
lors méme que les nôtres font en proie à la
deftruétion & à la mort? C'eft qu'en Angleterre, depuis le charbonnier de Newcaftle, 2
julqu'au tifferand de Manchefter, & au banquier de Londres, tout le monde, tout le
peuple Anglois eft inftruit que fon exiftence
tient à celle de fes colonies.
C'eft qu'en France, il n'y a guère que les
villes maritimes qui'penvent en quelque forte
apprécier les grands, les immenfes avantages
que la nation retiroit de fes colonies ; car
l'on en parle dans la majorité de nos départemens avec la méme-indilference, que s'il étoit
queftion des terres Magellaniques:
Les deux peuples n'ayant donc pas vu leurs
colonies du même cil, ils n'ont pas également connu les dangers qui les menaçoient. 2
ni pris les mêmes moyens de s'en garantir.
Ainfi, tandis que l'Angleterre épioit fes ennemis & les dénoncoit à fon Gouvernement, la
Françe careffoit les fiens, & leur donnoit
toutes les armes dont ils avoient befoin pour
hâter, pour confommer la deftruction de fes
colonies, > & compléter fà propre ruine. --- Page 12 ---
Nota. L'on invite le Ledteur à Juppléer aux
aéfauts de Ryle G aux imperfections qu'il rencontrera inévitablement dans un ouvrage fait a la
hate , e par une plume nullement excrcée : mais
PAueur, puifqu'il faut qu'il en prenne le titre,
efpère gu'en favear du Jijet qu'il traite., > 6 des
motifs qui l'ont déterminé apublier fes réflexions
iZ pourra avoir quelques droits a P'indulgence de 2
tout François qui aime la vérité G Jon pays. --- Page 13 ---
TABLE
DES Chapitres 6:fommaires des Matières
contenues dans cet Ouvrage.
T
AVANT-PROPOS, page
Ve
INTRODUCTION, première partie,
Ia
SUITE de l'introduction, feconde partie, II.
CHAPITRE I. Coup-d'ail fur le commerce de la.
France avec. fes Colonies avant la révolution,21.
CHAPITRE II. Aperçu de quelgues-unes des cauJes qui ont. coopéré au bouleverfament des Colonies 2
26.
CHAPITRE III. Etat aduel des Colonies Frangoifes 3
31.
CHAPITRE 1V. De PEfclavage chez les peuples
anciens & modernes,
36.
CHAPITRE V. De l'état des Negres en Afrigue >
comparé avec celui de leur exiftence dans les
Colonies Françoifes, G en particulier à SaintDomingue,
39.
CHAPITRE VI. Queigues idées Jiur les moyens d'eviter la defruction abfolue des Colonies Françoifes, 6 de ranimer l'indufrie nationale,50.
CHAPITRE VII. De la partie Elpagnole de St.-
Domingue 2 G des avantages que la France
soit en retirer pour lc rétablifement de fes
en Afrigue >
comparé avec celui de leur exiftence dans les
Colonies Françoifes, G en particulier à SaintDomingue,
39.
CHAPITRE VI. Queigues idées Jiur les moyens d'eviter la defruction abfolue des Colonies Françoifes, 6 de ranimer l'indufrie nationale,50.
CHAPITRE VII. De la partie Elpagnole de St.-
Domingue 2 G des avantages que la France
soit en retirer pour lc rétablifement de fes --- Page 14 ---
X11
plantations ravagées,
57.
CHAPITRE VIII. Des ohftacles gue la Confitution
fembleroit apporter à la repopulation de nos
Colonies 2.
60.
CHAPITRE IX. Nouveaux éclaireifemens fur les
Colonies 2
68.
CHAPITRE X. Projet de refauration de l'agriculture Coloniale , G moyen de ramener le travailélapaix dans cesprécieux eablifumens,80.
SECTION I. Amniftie Sréconciliation; générales,ib.
SECTION II. Dangers auxquels feroient expoftes
les Colonies que PAngleterre rétrocédera à la
:
France ; G moyens d'éviter leur fubverfion 3
lorfque nous en prendrons pofelfion 2
8r.
SECTION III. De la néce/lité. oùé Je trouve le Corps
Legiflatif, de connoitre le vceu des Colons 6
celui du Commerce & des Manufadures de
France 3 pour travailler efficacement à la Légiflation des Colonies 2
84SECTION IV. Police générale 2
89.
SECTION V. Régime intérieur de Za Colonie, 9I.
SECTION VI. De la Traite à la côte d'Afrique 2
du tran/port des nègres 2 G de leur introduction dans les' Colonies 2
94.
SECTION VII. Des fecours à accorder à PAgrin
culsure Coloniale par la Métropole,
96.
CONCLUSION 2
97TABLEAU comparatif des produdions de St. Do*
mingue entreles années 17906 61755, 98.
FIN DE LA TABL E.
LA --- Page 15 ---
LA FRANCE
DEMANDANT SES COLONIES ,
O U
EXAMEN raifonné des caufes qui les ont
détruites, & des moyens qui reftent à la
république pour régénérer ces umportans
établifemens.
INTRODUCTION,
PREMIÈRE SECTION.
& a XKACE
LerAmi 1797 fera un jour bien mémorable, puifque
c'eft ce jour-là que fut figné un armiftice entre TEmpire
d'Allemagne & notre armée d'Italie; & déjà l'on nous
annonce des préliminaires de paix, que nous devons
confidérer. comme les précurfeurs d'une pacification générale ; paix dont la France, dont l'Europe, dont la
terre entière a befoin, car Ia nature 2 comme les individus, ne peut réparer fes pertes que par' le repos.
Par le repos, les États qui nous ont fait la guerre
fe releveront des maux qu'elle leur a caufes, parce que
chez eux ils n'ont point eu de ces déchiremens qui,
depuis huit ans, tiennent la France dans un bain de sang.
L'hercule François qui, dans un autre temps, auroit
A
dont l'Europe, dont la
terre entière a befoin, car Ia nature 2 comme les individus, ne peut réparer fes pertes que par' le repos.
Par le repos, les États qui nous ont fait la guerre
fe releveront des maux qu'elle leur a caufes, parce que
chez eux ils n'ont point eu de ces déchiremens qui,
depuis huit ans, tiennent la France dans un bain de sang.
L'hercule François qui, dans un autre temps, auroit
A --- Page 16 ---
( 2 )
paifiblement dormi à l'ombre de fes lauriers, ne pourra
pas, dans les circonftances aétuelles, fe livrer au fommeil;
car le repos va lui découvrir fes maux, lui faire fentir
fes bleffures, lui fignaler l'anarchie, & lui faire peut-être
connoitre de nouveaux ennemis.
A la paix de 1783, le commerce national reprit fa
première aétivité, & du moment que les vaiffeaux de
guerre: rentrèrent dans les ports pour y être défarmés,
la mer fut couverte de nos flottes marchandes, qui, en
portant l'abondance dans toutes nos colonies, en rapportèrent des richeffes qui ranimèrent totalement notre
induftrie & remplirent nos ports des pavillons de toutes
les nations. Mais hélas! combien les temps. font changés
pour nous ! Avant la révolution les étrangers étoient
nos tributaires, & ils venoient chercher chez nous les
denrées coloniales que nous achetons aujourd'hui chez
eux.
Tous les hommes qui, faute de jugement,afimilent
toutes les guerres aux mêmes caufes & toutes les paix
aux mêmes effets 2 ne manqueront pas d'efpérer & de
conclure que la pacification dont on s'occupe, va leur
procurer les mêmes avantages que la paix de 1783;
la guerre 2 felon eux, n'eft autre chofe qu'une interruption paffagère du commerce, un obftacle qui difparoit
à la paix. Mais qu'ils nous fuivent dans les réflexions que
nous allons leur préfenter , & ils verront la différence
qu'il y a entre notre pofition aétuelle & celle dans
lefquelles nous laiffèrent les paix précédentes : car en
1763 & en 1783, nous avions des colonies floriffantes,
des colonies occupant une grande population > tandis
qu'il ne nous refte aujourd'hui que des habitations dé-
interruption paffagère du commerce, un obftacle qui difparoit
à la paix. Mais qu'ils nous fuivent dans les réflexions que
nous allons leur préfenter , & ils verront la différence
qu'il y a entre notre pofition aétuelle & celle dans
lefquelles nous laiffèrent les paix précédentes : car en
1763 & en 1783, nous avions des colonies floriffantes,
des colonies occupant une grande population > tandis
qu'il ne nous refte aujourd'hui que des habitations dé- --- Page 17 ---
(3)
villes incendiées, 9 des, terres abreuvées du
truites, 9 des
de cendres
fang de leurs habitans, des plaines couvertes
& d'offemens.
Il eft vrai que les parties de nos colonies que les
Anglois nous ont prifes, n'ont pas été ravagées comme
celles qui nous font reftées ; mais ne devons-nous pas
craindre qu'en rentrant en poffefion de ces précieux
établiffemens, ils ne périffent dans nos mains ; & ce
nouveau malheur eft d'autant plus à redouter, que nous
le voyons inévitable, fi avant la rétroceffion que doit
nous en faire PAngleterre 3 nous ne changeons pas
abfolument nos maximes fur la manière de régir nos
colonies. En effet, fuppofons que fans préalables, fans
conventions. 2 fans confidérations quelconques 9 nous
rentrions aujourd'hui en, poffeflion de la Martinique s
qu'arrivera -t-il? Il arrivera que tous les blancs qui, ont
refté fous la domination Angloife, feront traités par
nous comme nos ennemis ; que ceux qui s'éloigneront
à notre approche 2 feront traités comme émigrés ; que,
fous un prétexte ou fous un autre, 2 toutes les habitations entreront dans les domaines nationaux ; que toutes
les lois infurre&ionnelles; y feront promulguées, & qu'enfin
de caufe, les hommes de couleur armés de torches & de
poignards fe détruiront, détruiront les blancs & rendront
lesconfifcations dérifoires, en détruifant la colonie!Pareille
chofe arriveroit à Jérémie, au Port-au-Prince, SaintMarc, & à. toutes les côtes de Saint-Domingue où les
habitans, pour éviter d'être, maffacrés par les nègres,
auroient appelé les forces Angloifes.
Mais > diront les trois quarts & demi des François,
le. peuple, en accepiant la confitution, a-t-il youlu,
les blancs & rendront
lesconfifcations dérifoires, en détruifant la colonie!Pareille
chofe arriveroit à Jérémie, au Port-au-Prince, SaintMarc, & à. toutes les côtes de Saint-Domingue où les
habitans, pour éviter d'être, maffacrés par les nègres,
auroient appelé les forces Angloifes.
Mais > diront les trois quarts & demi des François,
le. peuple, en accepiant la confitution, a-t-il youlu, --- Page 18 ---
(4)
a-t-il entendu accorder la liberté au nègres, & par
l'effet de cette liberté, leur donner la faculté d'égorger les blancs, & de dévafter les prapriétés nationales?
Pourquoi donc détruit-on nos colonies, lorfque notre
profpérité & notre bonheur tiennent à leur exiftence?
Pourquoi arme-t-on les gens de couleur contre nios
frères, nos amis & nos concitoyens? Pourquoi employer
la riguéur contre des Planteurs qui n'ont d'autres reproches à effuyer, que celui de s'étre occupés de leur
exiftence & de celle de leurs propriétés ? Pourquoi profcrire des colons, des agriculteurs, lorfque leurs lumières,
leurs talens, leur expérience 2 font utiles, font indifpenfables à la fociété ? Pourquoi irriter les efprits, animer
les partis, réveiller les haines, 2 lorfque nous voulons,
lorfque nous avons befoin de pardonner & d'oublier nos
erreurs mutuelles ?
Oui, braves François! telles font VOS intentions, , tel
eft votre langage. Mais fongez qu'il exifte des hommes
affez adroits pour vous féduire s affez fubtils pour furprèndre votre confiance, affez pervers, affez fcélérats
pour vous tromper ; car c'eft en votre nom que l'on
incendie vOS richeffes coloniales, c'eft en votre nom
que l'on égorge les hommes à Saint-Domingue.
C'eft au nom facré de la liberté, que les commiffaires
civils, envoyés par le Gouvernement à Saint-Domingue,
ont rendu la proclamation fuivante, qu'ils ont adreffée
à tous les commandans militaires de la colonie, & qui
a du être parfaitement exécutée 2 puifque tous les emplois de ce genre avoient été confiés, après la deftiturion des officiers Européens, à des citoyens de couleur;
car le mulâtre Lapointe étoir commandant de Larcahaie;
de la liberté, que les commiffaires
civils, envoyés par le Gouvernement à Saint-Domingue,
ont rendu la proclamation fuivante, qu'ils ont adreffée
à tous les commandans militaires de la colonie, & qui
a du être parfaitement exécutée 2 puifque tous les emplois de ce genre avoient été confiés, après la deftiturion des officiers Européens, à des citoyens de couleur;
car le mulâtre Lapointe étoir commandant de Larcahaie; --- Page 19 ---
(5) )
le mulâtre Beauvais, du Port-au-1 Prince ; le mulâtre
Labuiffonnière, à Léogane ; le mulâtre Savary, à SaintMarc ; le mulâtre Rigaud, aux Cayes. Voici la proclamation :
>> Nous ordonnons, fur votre refponfabilité, de faire
>> défarmer les blancs, de donner une grande latitude
9> aux citoyens (1) du 4 Avril,& fur-tout à ceux du (2)
5 20 Juin & 29 Août (3)5 au premier mouvement,
> mettez en infurrection tous les ateliers (4), brilez
2> toutes les habitations, & livrez aux flammes & au
>) pillage les villes & les bourgs ; ne laiffons derrière
9) nous qu'un monçeau de cendres, & périfions plutôt
> que de fouffrir que le peuple de Saint-Domingue (5)
s7 retombe dans fon ancien avilifiement.
Signé SONTHONAX (6).m
Après avoir fait incendier la ville du Cap, les mêmes
commiffaires rendirent encore cette proclamation :
3> Nous, Étienne PolvereL-& Léger-Félicité Sonthonax,
2) commiffaires civils de la république., délégués aux
> Iles Françoifes de l'Amérique fous le vent, pour y
32 rétablir l'ordre & la tranquillité publique;
> Infruits qu'il exifte fous les ruines & les décombres
(1) Les hommes de couleur déclarés citoyens par le décret du 4
Avril.
(2) Nègres brigands que les Commiffaires firent fortir des prifons de
St. Domingue, s pour en former des légions à leurs ordres.
(3) Voyez la loi du 29 Août.
(4) Par ateliers l'on entend les nègres efclaves des habitations.
(5) Ce font les nègres & les mulâtres 3 que les Commiffaires appellent le peuple de St. Domingue.
(6) Voyez la juftification du citoyen Lafalle, commandant de la
partie de POueft de St. Domingue, page 36.
fortir des prifons de
St. Domingue, s pour en former des légions à leurs ordres.
(3) Voyez la loi du 29 Août.
(4) Par ateliers l'on entend les nègres efclaves des habitations.
(5) Ce font les nègres & les mulâtres 3 que les Commiffaires appellent le peuple de St. Domingue.
(6) Voyez la juftification du citoyen Lafalle, commandant de la
partie de POueft de St. Domingue, page 36. --- Page 20 ---
(6)
s de la ville du Cap une grande quantité de cuivre;
n plomb & autres métaux,;
> Inftruits qu'il exifte pareillement fur les bords de la
35 mer une grande quantité de
planches 2 madriers,
3) bois équarris, & autres;
s Qu'il exifte dans les magafins incendiés de
>> cette ville, s des inftrumens propres aux métiers & à
s la culture; ;
99 Confidérant que ces objets deviennent journellement
n utiles à la république; confidérant
que les propriétés
5) des émigrés & non-réfidens doivent être féqueftrées
2) au profit de la république;
n Que la plupart des propriétaires de la ville du Cap
> fe font rendus coupables de haute trahifon
envers la
n république, en fuyant (:) de la colonie, après avoir
>> fouillé cette ville de tous les crimes, & l'avoir anéantie
>) en fervant les complots du traitre Galbaud & des en-
# nemis de la France;
2) Confidérant que ces métaux (2) & ces bois doivent
33 appartenir à ia république comme ayant été la
pro-
(r) Ces malheureux habitans du Cap, dont un grand nombre périrent en voulant fe fauver à bord des vaiffeaux qui fe trouvoient dans le
port, fe font encore vus indignement calomniés par les féroces Commiffaires qui 3 après l'embrafement du Cap & la deftruéion des immenfes richeffes qui furent dévorées par les flammes, ou qui furent pillées
par les nègres, eurent encore la douleur de fe voir expofés aux effets
d'une proclamation datée de leur quartier-général de Breda 9 le 24 Juin
1793 , & dans laquelle il étoit ordonné à tous les dépofitaires de la
force armée, de repouffer & détruire le convoi, qui relâcha chez les
Etats-Unis de l'Amérique 3 & qui vint après en France.
(2) Dans ces métaux les Commiffaires favoient qu'il y en avoit de
précieux.
leur de fe voir expofés aux effets
d'une proclamation datée de leur quartier-général de Breda 9 le 24 Juin
1793 , & dans laquelle il étoit ordonné à tous les dépofitaires de la
force armée, de repouffer & détruire le convoi, qui relâcha chez les
Etats-Unis de l'Amérique 3 & qui vint après en France.
(2) Dans ces métaux les Commiffaires favoient qu'il y en avoit de
précieux. --- Page 21 ---
(7)
3 priété des fcélérats qui ont échappé au glaive de'
a la loi (1);
>> AVONS ORDONNÉ ET ORDONNONS:
>) Que tous les métaux qui fe trouvent enfevelis
D fous les décombres & les ruines de la ville du Cap,
> & tous les bois qui font fur les bords de la mer,
> feront enlevés & mis à la difpofition de l'Adminiftras) tion, pour étre employés au fervice de la république;
>> nous réfervant de prefcrire le mode & les moyens à
9> prendre pour affurer leur tranfport dans les magafins
s de T'État, &c. Fait au Cap, le 18 Juillet
1793;
s de l'an 2 de la république,
> Signés POLVEREL, SONTHONAX; POITEVIN,
>> fecrétaire. 5)
Après que les Commiffaires eurent avili, 3 ruiné, ;
défarmé les blancs, 2 ils voulurent encore éloigner le
refte de ces malheureufes vidimes; mais pour leur faire
payer la vie qu'ils leur laifferent; dans l'efpoir de les
voir périr, foit en mer, 2 foit fur quelqu'autres terres,
ils eurent l'attention de leur vendre la faculté de s'éloigner de Saint-Domingue ; & par une proclamation,
inférée dans l'analyfe des débats, dans l'affaire des COlonies 2 ces commiffaires ordonnoient : ( Que tout
>) homme au-deffus de l'âge de 12 ans. 2 quelque fut
> d'ailleurs fon àge > qui voudroit fe retirer dans la
3) Nouvelle. Angleterre s payeroit 2 pour fortir de la
(:) II paroît que les Commiffaires auroient voulu faire périr les habitans du Cap fous les décombres de leurs propriétés. Il faut être
d'ailleurs bien fcélérat pour accufer les habitans du Cap d'avoir mis le
feu à leurs mailons : mais c'eft la taftique de tous nos meneurs.
quelque fut
> d'ailleurs fon àge > qui voudroit fe retirer dans la
3) Nouvelle. Angleterre s payeroit 2 pour fortir de la
(:) II paroît que les Commiffaires auroient voulu faire périr les habitans du Cap fous les décombres de leurs propriétés. Il faut être
d'ailleurs bien fcélérat pour accufer les habitans du Cap d'avoir mis le
feu à leurs mailons : mais c'eft la taftique de tous nos meneurs. --- Page 22 ---
(8))
5 colonie,la fommè de 1,650. liv. en numéraire, & les
>> femmes 1,000 liv. même monnoie. > Mais ce qui fut
plus.atroce encore, c'eft qu'à peine ces infortunés colons
eurent-ils abandonné leurs foyers pour fe retirer, foit en
France, foit chez une nation amie de la république,
qu'ils les firent porter fur la lifte des émigrés, & comme
tcb, toutes leurs propriétés furent confifquées (r).
Par fa proclamation du 27 Février 1794, Sonthonax
s'adreflant aux nègres, qu'il appelle le peuple de SaintDomingue 3 leur dit : ( Peut-être qu'en ce moment un
3) Africain, de la dépuration du nord de la colonie s
3) a l'honneur de préfider la Convention nationale de
3 France (2)!
La Convention nationale, , que l'on n'accufera certainement pas de mollefle en fait de révolution. eut cependant horreur de la conduite que tenoient les commiffaires
civils à Saint-Domingue; ; & avant de terminer fa feffion,
elle décréta que ces commiffaires feroient rappelés, &
tenus de répondre aux chefs d'accufation portés contre
eux par les députés coloniaux. A leur arrivée en France,
Polverel & Sonthonax furent détenus ; puis moins refferrés, & enfin élargis. Cependant les forfaits dont ces
deux individus s'étoient couverts. 2 réveillèrent la vengeance nationale, & la Convention 2 voulant percer
l'obfcurité dont elle voyoit les affaires des colonies
(:) Dans la féance du 9 Floréal de l'an 5 , ( confeil des 500)1 Dumolard dénonce une lettre du Miniftre de la Marine, qui déclare émigrés les infortunés colons réfugiés aux Etats-Unis : nous reviendrons
fur cet' objet, car il paroit tenir à un fyftème qu'il nous importe de
faire connoitre,
(2) II eft réellement arrivé à Paris une députation de Nègres fe difant
les élus de St, Domingue au Corps Légiflatif de France.
enveloppées 2
il des 500)1 Dumolard dénonce une lettre du Miniftre de la Marine, qui déclare émigrés les infortunés colons réfugiés aux Etats-Unis : nous reviendrons
fur cet' objet, car il paroit tenir à un fyftème qu'il nous importe de
faire connoitre,
(2) II eft réellement arrivé à Paris une députation de Nègres fe difant
les élus de St, Domingue au Corps Légiflatif de France.
enveloppées 2 --- Page 23 ---
(9)
enveloppées ; décréta qu'il y auroit une difcuffion contradiétoire entre les accufés & les accufateurs (1), en
d'une commifion de neuf de fes membres;
préfence
défiroient les complices des
c'étoit précifément ce que
mefure un
voyoient dans cette
commiffaires 7 qui
qu'ils appréhenmoyen nouveau d'éluder le jugement
&
des débats qui ont duré 6 mois entiers,
doient, après
les
ont été renla commiffion s'eft diffoute, s
parties
dans
voyées, & les crimes des commiffaires enfevelis
neuf volumes de débats oubliés.
Par la difcuffion dont nous venons de parler, & qui
terminée le
Août
voit que les comfut
1795,on d'avoir méconnu les lois,
miffaires civils font accufés
fe trouvoient en oppofition avec leur fyftème
forfqu'elles
d'avoir fait périr les troupes que la
de deftrudtion ;
rétablir
France avoit envoyées à Saint-Domingue pour
d'avoir ufurpé à la fois la
la paix dans ces contrées ;
d'avoir
légiflative, adminiftrative & judiciaire;
puiffance
avoient faites eux-mêmes; d'avoir
fuppofé des lois qu'ils
la terreur & la guerre civile dans St.I Domingue;
organi(é canonner la ville du Port-au-Prince, qu'ils
d'avoir fait
vaiffeaux François
ont enfuite livrée. aux Anglois avec 46
de denrées de la colonie : d'avoir fait incendier
chargés
fait
les habitans, & pillé toutes
la ville du Cap, égorger
blancs
les
d'avoir profcrit tous les
après
les propriétés;
le tréfor public &
avoir dépouillé ; d'avoir dilapidé
accufateurs des Commiffaires civils étoient les citoyens
(:) Les
Thomas Millet,, Duny 2 Clauffon FondePage, Brulley s Verneuil ,
- Thibaut, & Galbaud,
veille, Deaubouneau, Sénac , Larchevefque Mais il eft bon d'oblerver
exgouvetneurgéntal de St. Domingue. détenus dans les prifons de Paris 3 pré:
que tous ces citoyens étoient être une. énigme pour perfonne,
caution dont Pobjet ne peut
ient les citoyens
(:) Les
Thomas Millet,, Duny 2 Clauffon FondePage, Brulley s Verneuil ,
- Thibaut, & Galbaud,
veille, Deaubouneau, Sénac , Larchevefque Mais il eft bon d'oblerver
exgouvetneurgéntal de St. Domingue. détenus dans les prifons de Paris 3 pré:
que tous ces citoyens étoient être une. énigme pour perfonne,
caution dont Pobjet ne peut --- Page 24 ---
ro )
envahi les fortunes
particulières; d'avoir formé des
d'armée compofés des malfaiteurs détenus
corps
d'avoir
dans les prifons;
délégué le droit de vie & de mort à T'homme le
plus cruel & le plus immoral de toutes leurs
& auquel ils conférèrent le
créatures,
grade de commandant du
Cap, qui, en vertu de leur
proclamation du 26 Juin
1793, étoit autorifé à faire fufiller arbitrairement
fans
&
jugement tous ceux qu'il jugeroit à
Toutes ces accufations font
propos
de
appuyées de; pièces probantes,
proclamations, de titres & de témoignages
Les réponfes des commiffaires font
authentiques,
futiles ; ils ne fe défendent le étudiées, équivoques,
plus fouvent
fur les
cas d'urgence', qu'ils faifoient
que
où ils étoient de
naitre, $ fur la néceffité
contenir les défordres qu'ils avoient
fufciré, les actes de féroçcité qu'ils avoient
Sans
commandé.
doute que nos lecteurs s'attendent que des
auffi coupables, que des monftres auffi altérés hommes
François, feroient mis en
du fang
jugement, & que leurs têtes
criminelles auroient été abattues en expiation des forfaits
dont ils s'étoient rendus
coupables, & dont ils étoiens
accufés par les colonies par la
Il n'en eft rien : ils furent détenus république entière.
furent accufés
pour la forme, ils
pour le fond; mais ils n'ont été ni
ni abfous; l'un, d'eux eft mort
jugés,
l'autre eft
pendant les débats, &
plein de vie. Mais, dira-t-on encore, s'il n'eft
pas tombé en difgrace, s'il n'eft pas dans le
dans l'oubli, il eft au moins
mépris &
probable que le Gouvernement ne conférera jamais de nouveaux
homme auffi
emplois à un
profondément fcélérat. Vous vous
trompez:
(:)Juftification de Lafalle, 3 page 50.
mort
jugés,
l'autre eft
pendant les débats, &
plein de vie. Mais, dira-t-on encore, s'il n'eft
pas tombé en difgrace, s'il n'eft pas dans le
dans l'oubli, il eft au moins
mépris &
probable que le Gouvernement ne conférera jamais de nouveaux
homme auffi
emplois à un
profondément fcélérat. Vous vous
trompez:
(:)Juftification de Lafalle, 3 page 50. --- Page 25 ---
( II )
Félicité Sonthonax eft de nouvean
car le citoyen Légerde la colonie de Saintaujourd'hui diétateur fuprême
Domingue -
DEUXIE ME,
SECTION
& Sonthonax furent accufés
A Tépoque où Polverel
nommés par la Convention,
en préfence des commiffaires
étoit bien détruit,
révolutionnaire
le gouvernement
Tédifice de la
mais les inftrumens dont fe compofoit
exiftoient encore en trop grand nombre > pour
terreur
nous flatter alors que le jour oùr
que nous ayons pu
abattus feroit celui de la
tots les échafauds furent
France fentira
une main de fer, & dont la
juftice 5
pefoit encore fur les gens de
long - temps les marques,
bien, 8c les forçoit au filence.
Sonthonax & compagnic,
La maifon de Polverel,
de
d'aflociés, trop de commanditaires, trop
avoit trop
de fonds , pour n'être pas
donneurs & de preneurs
blanchie à la Chabroud.
protégée, favorifée, &. enfin
les chofes fe pafferent ainfi,
Il eft préfumable que
de difliculté de placer le
puifque le direétoire ne fit pas
Sonthonax à la-tête de,la commifion qu'il,
bon, , T'humain
& qui s'emfit partir de France pour Saint-Domingue, dernière (1),
à Rochefort, vers la fin de T'année
barqua
le Gouvernement confitutionnel a envoyé
(1) La Commiffion que
de Sonthonax, préfident 5 Roume 5
à St. Domingue , eft compofée'
Raimond; Giraud ; Lebjanc,
puifque le direétoire ne fit pas
Sonthonax à la-tête de,la commifion qu'il,
bon, , T'humain
& qui s'emfit partir de France pour Saint-Domingue, dernière (1),
à Rochefort, vers la fin de T'année
barqua
le Gouvernement confitutionnel a envoyé
(1) La Commiffion que
de Sonthonax, préfident 5 Roume 5
à St. Domingue , eft compofée'
Raimond; Giraud ; Lebjanc, --- Page 26 ---
12) )
jufifient tout , jufqu'aux affaffinats;
Des perfonnes qui
du être
à un
Sonthonax avoit
préféré
ont prétendu que
qu'ils
homme probe & de moeurs plus douces 2 parce
de gagner l'eftime du
fe. difent perfuadés que 2 jaloux
Sonthonax
Gouvernement & la confiance publique 2
s'attachera à faire autant de bien à Saint. - Domingue,
qu'il lui avoit fait de mal. Voilà un beau raifonnement;
comment ce commiffaire en faveur l'aura
mais voyons
d'Afrique, qui faifoit patte
juftifié? Voyons fi ce tigre
à
du direétoire, ne fera pas, revenu
de velours auprès
du climat brûlant
fes premières inclinations, en approchant
trouvé dede Saint- Domingue ? Voyons s'il ne s'eft pas
lorfqu'il a revu les canouveau altéré du fang François,
vi@times qu'il a dévoré ?
davres des premières
avoient flatté le direcA peine ces commiffaires qui
furent-ils arrivés à Sainttoire de fi belles efpérances,
travaillèrent de nouveau à la régénéDomingue, qu'ils
mettre la dernière main
ration de cette colonie, & pour
ils rendirent une proclamation le 14
à ce grand ceuvre,
s'adreffant aux nègres,
Mai 1796 dans laquelle, en
croirez de
ainfi: > Sans doute vous en
ils s'expriment
fans doute vous vous en, rap-
> vieux & fincères amis;
font dévoués
à des philantropes (2) qui fe
9 porterez
rèclamer en faveur
>). à la mort la plus certaine pour
la proclamation datée du Cap , le 25 Floréal, an:4-
(1) Voyez
veut dire, 3 ami du genre humain 5 mais un
(2) Le mot philantrope homme
ainfi fon amitié, eft
homme de tous les pays 1 un
qui partage lui font toures également
fouvent un être fans patrie 1 car dès qu'elles aucune. C'eft bien att
chères, il- ne peut avoir de prédiledtion pour tous les jours : auffi 2
refte, , ce que nos philantrophes même nous prouvent manicre que le vieux Héfon le
ont- ils rajeuni nos colonies de la
fut par fes enfans."
Le mot philantrope homme
ainfi fon amitié, eft
homme de tous les pays 1 un
qui partage lui font toures également
fouvent un être fans patrie 1 car dès qu'elles aucune. C'eft bien att
chères, il- ne peut avoir de prédiledtion pour tous les jours : auffi 2
refte, , ce que nos philantrophes même nous prouvent manicre que le vieux Héfon le
ont- ils rajeuni nos colonies de la
fut par fes enfans." --- Page 27 ---
(13) )
2 de vos, droits ; fi les peuples d'Afrique , dont vous
s defcendez, fe fuffent conftamment atrachés à la cul-
>' ture des terres fertiles de leur pays, ils ne fe feroient
> pas dégradés en fe faifant des guerres (anglantes dont
22 l'avidité des Européens a fu profiter pour lcs réduire
22 à l'efclavage le plus dur & le plus humiliant (1).
7 Des écoles publiques feront établies dans toutes les
22 colonies ;" vos enfans iront y puifer l'inftrudtion, le
> goût du travail & les moeurs qui doivent achever leur
37 entière règénération. La république portera plus loin
3> encore fes foins pour VOS enfans; car elle veut qu'un
>> certain nombre de ceux qui auront manifefté le plus
32 de difpofition & de bonne volonté à s'inftruire, foient
3) envoyés en France pour. y être perfeétionnés dans les
>) fciences ou les arts pour lefquels ils auront montré
2 le plus de goût (2).
>) Les mêmes reffources font également offertes aux
3) enfans des blancs (3) & des hommes de. couleur ;
2) car les écoles primaires qui vont être établies feront
9 communes à tous les individus/ nés dans la colonie :
17 quelque foit leur couleur, tous les hommes font égaux
s en droits (4). >)
Nous prions le leéteur de. fufpendre fon opinion fur: les caufes
de 9 fervitude en Afrique 3 jntqu'a CC que nous lui préfentions les
moyens d'affeoir fon jugement fur un fait auffi effentiel à la juftification
des Européens, que les Commifiaires calomnient auffi atrocement.
(2) Les vaifleaux qui ont porté les Commiflaires civils' à St. Domingue, en ont rapporté, a leur retour en France, les enfans des généraux
nègres Pierrot & To.fisint-Louventure, & ces petits négrillons ont dé
fuite "été envoyésà Paris, , où leur éducation aura fans doute été con
fiée aux foins de Chénier & de Lakanal,
être admis dans l'école
(3), Voyez quelle faveur ! nos enfans peuvent
desNegres! (4) La civilifation 5 comme le fang, gagnera dans ce mélange de
couleurs ; les Commiflaires ont du éproliver de grandes jouiffances,
loriqu'ils ont vu le nègre égorgerle blanc fon égaldius.
fuite "été envoyésà Paris, , où leur éducation aura fans doute été con
fiée aux foins de Chénier & de Lakanal,
être admis dans l'école
(3), Voyez quelle faveur ! nos enfans peuvent
desNegres! (4) La civilifation 5 comme le fang, gagnera dans ce mélange de
couleurs ; les Commiflaires ont du éproliver de grandes jouiffances,
loriqu'ils ont vu le nègre égorgerle blanc fon égaldius. --- Page 28 ---
14 -
C'eft ainfi, c'eft par des paradoxes & de faux raifona
nemens 1 que les commiffaires civils ont propagé fans
ménagement des maximes refpedtables en Europe, mais
dangereufes dans un pays exafpéré par le malheur ;
dans un pays décliré par fix années de crimes, & d'une
guerre d'antropophages.
Il nous femble, n'en déplaife aux
dans un
commiffaires, que
pays couvert de ruines & de deftruéions
dans un pays, où toutes les terres font
s
faut plus de
en friche, , il
fubordination que d'égalité ; plus d'ateliers
que d'écoles publiques; plus de laboureurs que de foldats;
plus de travailleurs que de raifonneurs.
II nous femble qu'avant
d'enphilofopher un peuple
un
brut;
peuple travaillé par toutes lesi inclinations
il auroit fallu lui apprendre à fe laiffer anti-fociales,
II nous femblé qu'au lieu d'éclairer gouverner. la raifori d'une
claffe d'hommes qui jufqu'à ce jour n'a connu que la
fervitude, , l'on n'a voulu lui donner d'autre fentiment
que celui de fa force.
Il nous femble enfin, que, bien loin d'avoir rendu le
nègré digne de la liberté & de lui faire porter honorablement le titre de citoyen, l'on ne s'eft attaché qu'à
jeter la- confufion dans fes idées, le trouble & la fureur
dans fon ame, le reffentiment dans fon. elprit, la baine
& la vengeance dans fon coeur.
- Tels feront, tout nous. le fait craindre, les fruits
que le Gouvernement retirera de la conduire
de fes commiffaires, & de la proclamation coupable
meurtrière
qu'ils viennent de faire dans Saint-] Domingue, & dans
laquelle nous lifons encore ce paragraphe :
> Et vous, citoyens, qu'une coutume barbare avoit
& la fureur
dans fon ame, le reffentiment dans fon. elprit, la baine
& la vengeance dans fon coeur.
- Tels feront, tout nous. le fait craindre, les fruits
que le Gouvernement retirera de la conduire
de fes commiffaires, & de la proclamation coupable
meurtrière
qu'ils viennent de faire dans Saint-] Domingue, & dans
laquelle nous lifons encore ce paragraphe :
> Et vous, citoyens, qu'une coutume barbare avoit --- Page 29 ---
t1s ) J
d'efclaves 5 nous vous
s rendu ci-devant propriétaires
> obfervoris que. ce n'étoit que par le renverfement
& d'humanité
p le plus étrange de toute idée dej juftice
étoit venu au point de méconnoitre
3) que l'ancien régime
le réduire
3) les droits les plus facrés de lhomme, 2 pour
le
dur & le plus humiliant (2) v.
3) à Tefclavage plus
les
leur répondre : & vous
Ne pourrions-nous pas
les
de la deftruccommiffaires de l'anarchie, provocateurs
être votre but en tenant un femblable
tion, quel peut
cruautés P
langage aux aveugles infrumens de vOS
flatteriez-vous, de nous cacher la
Croyez-vous, , vous
perverfité de vos deffeins ? Vous feriez-vous imaginés,
que parce que vous avez eu l'art homicide d'envelopper
dans les expreflions de notre morale
VOS perfides projets
les François, que les colons n'aperrépublicaine 9 que
cevroient pas les projets de votre cruelle férocité?
C'eft, on le voit bien, c'eft du fang qu'il vous faut;
font de nouvelles viétimes que demandent vOS dieux;
ce
font les derniers & triftes reftes des Européens, 2 que
ce
inhumainement à leurs ci-devant efclaves,
vous défignez
aujourd'huil leurs) bourreaux. Hé bien! monftres inhumains,
Humanité ! juftice dans la bouche de Sonthonax! ! L'ancien ré-
(1) condamnoit un nègre à être pendu, 9 lorfqu'il avoit déferté trois
gime fois de l'habitation à liquelle il appartenoit : pour un femblable délit s
le vertueux Sonthonax, par fa proclamation du 16 Décembre 1792 s
ordonnoit que le nègre auroit les deux oreilles coupées, que l'on lui
appliqueroit la lettre M fur T'épaule, 9 & que de plus l'on lui couperoit
lej jarret. Que l'on juge d'après cela, s de fa forte d'humanité!
&
(2) A entendre nos philofopbes, 9 ne diroit-on pas que les hordes de
les peuplades d'Afrique feroient autant de gouvernemens réguliers, & s la
nations civilifées, chez lefquelles nous aurions porté la guerre
fervitude ? Mais pour avoir l'air d'être bons 3 il faut calomnier ceux
qui nous ont précédé,
oit
lej jarret. Que l'on juge d'après cela, s de fa forte d'humanité!
&
(2) A entendre nos philofopbes, 9 ne diroit-on pas que les hordes de
les peuplades d'Afrique feroient autant de gouvernemens réguliers, & s la
nations civilifées, chez lefquelles nous aurions porté la guerre
fervitude ? Mais pour avoir l'air d'être bons 3 il faut calomnier ceux
qui nous ont précédé, --- Page 30 ---
- 16 / )
abufez de vos
pouvoirs, , comblez la joie de vos
terminez toute
pareils;
quérelle 9 préparez un nouvel holocaufte
de nos frères, & faites
fur
périr
vos bûchers le dernier
des François quele fer de VCS affaffins auroit
En vous. adreffant enfuite
épargné..
n'aurez
aux ci-devant blancs, vous
plus befoin de leur dire ce qu'ils favoient
que vous, ce que vous ne leur auriez
mieux
tant
pas annoncé avec
d'emphafe, fi vous n'aviez pas eu le deffein de les
avilir; s que dans un état libre il faut
5) foient
que tous les bras
occupés 5 qu'ils s'attachent tous afaire valoir
s leur induftrie ; qu'ils s'occupent même de la
p des terres; (1) qu'une fauffe honte
culture
ne les retienne
>> plus; ; qu'ils fe convainquent
qu'aucun état n'avilit
> Thomme ; qu'ils fachent que chez les
s fages de l'antiquité,
peuples les plus
2 l'agriculture a toujours été le
5) premier des états (2); que les blancs fe hâtent
> de renoncer au
donc
vagabondage, que des lois
3)
févères
vont pourfuivre (3) >),
Ici le
mafque tombe, 2 & les dévorateurs de nos
Co-
(r) Voilà donc les Européens affimilés aux
champs de cannes avec leurs ci-devant
nègres, 9 & travaillant des
phie, , que tu es barbare ! que tu connois efclaves ! Oh ! maudite philofo-
(2) Les Blancs favent,
malle coeur humain !
comme les
une profeffion honorable, mais ils favent Commilfaires, auffi que Pagriculture eft
Grecs, les Carthaginois, vivoient fous
que les Romains 9 les
tempérés ; ils favent encore
un ciel doux, dans des climats
tendre faire cultiver lest qu'il eft auffi ridicule que barbare de pré.
cela, fous le foleil
terres de St. Domingue par des François, &
dévorant de la Zône torride !
(3) Pour perdre entièrement les Blancs dans
couleur, 3 il falloit bien les déligner aux
l'efprit des gens de
que des lois faites par les Commiffaires nègres comme des vagabonds, 9
avec la dernière rigueur : & comme c'eft devoient pourfuivre & punir
donné de pourfuivre les François
aux nègres que le foin a été
les intentions de Sonthonax & comme vagabonds, 3 ile eft probable que
confors auront été parfaitement remplies.
lonies
perdre entièrement les Blancs dans
couleur, 3 il falloit bien les déligner aux
l'efprit des gens de
que des lois faites par les Commiffaires nègres comme des vagabonds, 9
avec la dernière rigueur : & comme c'eft devoient pourfuivre & punir
donné de pourfuivre les François
aux nègres que le foin a été
les intentions de Sonthonax & comme vagabonds, 3 ile eft probable que
confors auront été parfaitement remplies.
lonies --- Page 31 ---
(17)
dans toute leur nudité; & ceux de nos
lonies paroiffent
être féduits par les aflucieux
leéteurs, qui auroient pu
des commiffaires, verront comme nous , que
fophifmes
ou Créoles,
la mort des blancs Européens, 2 Frànçois
réfolue : ils verront que le génie
a été irrévocablement
à Saintdeftrugteur qui dirige la commiffion envoyée
fuit avec téhacité, avec conftance, le plan
Domingue,
& qui confifte tout
qu'il s'eft formé depuis long-temps,
de la cafte
fimplement à facrifier la cafte blanche au profit
Pourroit-on en douter d'après la conduite que les
noire.
tiennent depuis fix ans dans
agens du Gouvernement Françoifes ? Par tous les faits que
toutes les colonies
n'a-t-on pas eu
nous avons rapporté jufqu'à préfent,
de. fe convaincre que nos craintes, 2 nos
les moyens
fondées? N'a-t-on pas vu, 2
alarmes ne font que trop
déjà oublié que tous, lés troubles, toutes
ou auroit-on,
ont d'abord éprouvé,
les fecouffes que nos colonies
d'autre but que le maffacre des habitans; ; que
n'avoient
aux nègres dans
ceux de fes habirans qui échappèrent
fe jetèrent dans les villes, oû un grand
les campagnes. 2 foit de fatigue, foit des bleffures qu'ils
nombre périrent,
foit du chagrin qui les
avoient reçu en fe fauvant,
cette réunion de viéimes aufli intérefdévoroit ; que,
8 que pour s'en débarraffer,
fantes déplut aux defpotes,
le
le
firent incendier, canonner & piller Cap,
ceux-ci
le Port-de-Paix, les
Port-au-Prince, le Fort-I Dauphin,
toutes les bourgades qui renCayes, & générolement fe trouvoient fous leur dofermoient des blancs 8 qui
tous les blancs qui ont fui de la colonie,
mination ; que
ont été
foit comme déportés , foit comme paffagers,
fugitifs, comme émigrés; que le petit
profcrits comme
C
nt incendier, canonner & piller Cap,
ceux-ci
le Port-de-Paix, les
Port-au-Prince, le Fort-I Dauphin,
toutes les bourgades qui renCayes, & générolement fe trouvoient fous leur dofermoient des blancs 8 qui
tous les blancs qui ont fui de la colonie,
mination ; que
ont été
foit comme déportés , foit comme paffagers,
fugitifs, comme émigrés; que le petit
profcrits comme
C --- Page 32 ---
18 )
nombre qui fe trouve encore dans la colonie,
condamnés à travailler les
, font
terres qui les
cu. confidérés commè
dévoreront,
les'
vagabonds que l'on fera périr dans
prifons; que les déportés qui fe fort refugiés en :
France, ne regoivent aucuns fecours du
& que ceux qui. font' demeurés dans les Gouvernement,
font condamnés à ne
Érats-Unis,
jamais revoir leurs foyers, & à
périr fur une terre étrangère (1).
fe débarraffer des colons à
Ainfi, pour
peaur blanche, tous les moyens
ont été faifis: en France la
guillotine en a détruit une
partie, & la faim fera périr le refte (2); chez les ÉtatsUnis, les befoins s lexil & le chagrin,
hache des bourreaux à
fuppléeront à la
; Saint-Domingue la race y eft
à-peu-près éreinte, mais l'on s'attache à
haine des
y nourrir la
neyfes, comme un moyen de garantie contre
le retour dés blancs (3).
Pour confolider ce grand ouvrage de la
des colonies, les commiffaires civils
régénération
des
n'ont négligé aucun
moyens qui pouvoient exalter la tête des
ils ont même porté l'audace
nègres;
jufqu'à violer la confitution
Françoife, en appelant tous les hommes de
foit nègres, mulâtres ou
couleur, 9
carterons, à jouir, fans diftinctions, des droits de citoyen, tandis
formellement
qu'elle rejette
tous les François en état de fervitude,
notamment ceux qui ne payeroient aucunes contriburions
direêtes (4).
(*) Voyez la hote (r) 6.
(2) Prieur de la Marne PttC a guillotiner à Breft
(3) Le 23 Frudidordernier, les
du 500 colons déportés.
duir iur la (cène & dans la falle des Agens Gouvérerent de
ont intros
colons Frangois formant l'affreux projet ipeltacies la ville du Cap, les
billets furentllvrés gratis à tous les noirs d'égorger qui le tous les nègres : les
(4) Titte it, art, VIIL.
prélentérent,
PttC a guillotiner à Breft
(3) Le 23 Frudidordernier, les
du 500 colons déportés.
duir iur la (cène & dans la falle des Agens Gouvérerent de
ont intros
colons Frangois formant l'affreux projet ipeltacies la ville du Cap, les
billets furentllvrés gratis à tous les noirs d'égorger qui le tous les nègres : les
(4) Titte it, art, VIIL.
prélentérent, --- Page 33 ---
( 19 )
a devenir
François qu'aux
Un étranger ne peut
citoyen
conditions d'un féjour de fept années en France, d'une
impofition direête, & il faut de plus qu'il poflède une
propriété & qu'il ait époufé une Françoife.
D'ou il fuit que des négocians Pruffiens, Efpagnols,
Suiffes, que des Européens civilifés, ne pourroient pas
être admis dans nos affemblées primaires , ni être appelés
à aucune des fonétions établies par la confitution 2 à
moins qu'ils n'aient les qualités qu'elle prefcrit, tandis
des Africains incendiaires, des hommes bruts, des
que fauvages dégoûtant du fang de nos frères s feroient
habiles à jouir de tous nos droits!
Le fort en eft jeté: : voilà denc les François proferits
de Saint-Domingue , où une partie de leurs propriétés
fera diftribuée, à leurs ci-devant efclaves, tandis que
l'autre deviendra le patrimoine de ceux de nos intrigans
auront concouru à là régénération de nos colonies;
qui
n'ont jamais été défintéreffés,
car indépendamment qu'ils
il eft jufte qu'ils trouvent la récompenfe que mérite leur
exclufif patriotifme.
Cependant s en attendant que nous leur fuggérions
quelques nouvelles réflexions fur la future félicité que
leut promet Saint-Domingue , nous invitons les commiffaires à nous dire au nom de la république qu'ils ont
ruiné, au nom de Phumanite.q qu'ils outragent 2. au nom
de la conftitution qu'ils violent, en combien de lambeaux ils ont déchiré la colonie qu'ils étoient chargés
de régénérer?
Nous leur demandons de nous faire cennoitre l'étendue
du bonheur dont ils font jouir les nègres leurs amis.
Nous les conjurons de nous dire fi, depuis qu'ils ont
-Domingue , nous invitons les commiffaires à nous dire au nom de la république qu'ils ont
ruiné, au nom de Phumanite.q qu'ils outragent 2. au nom
de la conftitution qu'ils violent, en combien de lambeaux ils ont déchiré la colonie qu'ils étoient chargés
de régénérer?
Nous leur demandons de nous faire cennoitre l'étendue
du bonheur dont ils font jouir les nègres leurs amis.
Nous les conjurons de nous dire fi, depuis qu'ils ont --- Page 34 ---
- a 20)
armé leurs bras & rompu les liens de la fubordination ;
les nègres font
plus humains. 2 moins enclins à l'intempérance , moins fubtils au vol, moins portés au brigandage.
Nous les prions de nous dire fi, depuis l'infurredtion,
les affranchis font mieux nourris, mieux vêtus mieux
foignés dansleurs maladies ; fi, depuis qu'ils font imprégnés des leçons des commiffaires, ils font moins pareffeux, moins dépravés (1), moins diffolus & meilleurs
travailleurs.
Nous leur demanderons encore, quel eft le degré de
profpérité & d'accroiffement auquel ils ont fait monter
la population de Saint-Domingue 2 depuis fix ans qu'ils
y entretiennent la guerre civile & l'anarchie ?
Nous leur demanderons enfin, fi la mortalité y eft
moindre & les naiffances plus nombreufes que du temps
de la fervitude. Hélas ! n'efttil pas à craindre que la
liberté > cette plante fi délicate, ne périffe dans un
climat qui n'eft pas le fien, & dans lequel nos comL
miffaires n'auront pas laiffé un homme pour la foigner
& la cultiver (2).
(:) Les nègres vendent aujourd?hui aux Américains les prifonniers
de Jeur couleur, qu'ils font dans les combats. Ils vendent, , le dironsnous ! oui! nos républicains de St. Domingue vendent leurs propres
enfans aux navires qui leur portent des munitions & des vivres.
(2) J.J. Rouffeau ne trouvoit pas le peuple Polonois affez fage &
affez mir pour la liberté ainfi, nous le demandons, qu'auroitsl donc dit des habitans de nos colonies 2 --- Page 35 ---
LA FRANCE
DEMANDANT SES COLONIES,
OU
EXAMEN raifonné des- caufes qui les ont
détruites, & des moyens qui reftent à la
république pour régénérer ces importans
établifemens.
CHAPITRE PREMIE R.
Coup-d'cil fur le commerce de la France avec fes
Colonies 3 avant la Révolution.
DE CE LANXLT
AvANT la révolution, la France expédipit pour fes
érabliffemens des Antilles & d'Afrique 2 entre 6 à 700
vaifleaux (:) montés par 18 ou 20 mille marins, & qui,
en retour des produétions de fon induftrie & de fon fol,
luirapportoient annuellement:
En fucre, 240 à 250 millions de livres pefant.
En café , 80 à 90 millions de livres pefant. .
En coton s 6 à 7 millions de livres"pefant.
(:) En 1784 ils'expédia pour St. Domingue du feul port de Bordeaux 152 vaiffeaux portant 52 mille tonneaux de chargement, , c'efi-àdire, la fomme énorme de cent quatre millions pefant de toutes eipèces
de marchandiles.
uellement:
En fucre, 240 à 250 millions de livres pefant.
En café , 80 à 90 millions de livres pefant. .
En coton s 6 à 7 millions de livres"pefant.
(:) En 1784 ils'expédia pour St. Domingue du feul port de Bordeaux 152 vaiffeaux portant 52 mille tonneaux de chargement, , c'efi-àdire, la fomme énorme de cent quatre millions pefant de toutes eipèces
de marchandiles. --- Page 36 ---
( 22 )
En indigo, , I à 2 millions de livres pefant.
En cacao, I à : 2 millions de livres pefant.
Dans l'année 1790 la France reçut de la feule COlonie de St. Domingue pour plus de deux cents millions
de denrées, dont voici le tableau :
93,177,512 1. de fucre brut, à IO f. 46,588,756 L
70,218,699 1. de fucre terré, 20 f 70,218,699 1.
68,151,181 1. de café, e . à 20 f. 68,151,181 1.
930,016 1. d'indigo ,2 à 1ol.
9,300,160 I:
6,286,126 1. de coton , - . à 3of 9,429,189 1.
238,763,534 1. de denrées montant à 203,687,98; 1:
La partie de ces marchandifes, , que le commerce
exportoit à l'étranger 3 s'élevoit annuellement à plus
de 120 millions de livres en écus, & laiffoit à la
France une balance en fa faveur de plus de 60
millions.
Indépendamment d'un commerce auffi intéreffant, la
France armoit en- outre 3 à 400 bâtimens qu'elle envoyoit à la pêche de Terre-Neuve, & qui lui rapportoient chaque année de 3 à 400 mille quintaux de
morue ; cette pèche occupoit plus de douze mille
marins, robuftes, courageux & continuellement exercés
à braver les élémens.
La navigation des grandes Indes auroit encore conC
couru elficacement à la fplendeur de notre commerce,
fi par des alliances dans les deux prefqu'ifies, l'on fe
fut ménagé les moyens d'augmenter la confomination
des productions de nos arts & de notre induftrie.
Nos draperies 2 nos toiles, nos merceries, nos mé.
tlux, nos quincailleries, notre horlogerie, nos bijoutcries,
courageux & continuellement exercés
à braver les élémens.
La navigation des grandes Indes auroit encore conC
couru elficacement à la fplendeur de notre commerce,
fi par des alliances dans les deux prefqu'ifies, l'on fe
fut ménagé les moyens d'augmenter la confomination
des productions de nos arts & de notre induftrie.
Nos draperies 2 nos toiles, nos merceries, nos mé.
tlux, nos quincailleries, notre horlogerie, nos bijoutcries, --- Page 37 ---
& tout ce qui eft
(23 )
ces riches
objet de néceffité ou de luxe chez,
Orientaux, auroient été autant de
avec lefquelles nous aurions
monnoies
les mouffelines
payé les poivres du
du Bengale, les mouchoirs de Malabar,
del, les cotons de Siam, la cannelle
Coromanépiccries des
de Ceylan s les
Moluques, & enfin les thés,
& les foies de la Chine. Mais
3 les nankins 2
la mobilité des
ayant fuivi celle des hommes
projets
ont du fe
en place, 9 les négocians
de Bonne-E découragér, & nos relations au - delà du Cap
Elpérance, 2 fe font , pour ainfi
aux Iles-de-E France & de la
dire, bornées
notré
Réunion ; en forte que
commerce, dans les parages Indiens;,
guère au- delà de 30 à 40 bâtimens
n'occupoit
deux mille marins.
montés par environ
Les trois branches de navigation dont
de parler,
nous venons
de
employoient donc plus de trente mille
mer, conflamment
hommes
de
occupés, fur plus de mille vaiffeaux
commercé s à l'échange des
contre celles de nos colonies, productions nationales
mains,n'en fortoient
qui, une fois dans nos
le jufte falaire
plus fans laiffer à chacun de nous
du à fon induftrie.
Le commerce maritime de France
truction annuelle de
exigeoit une confavec les radoubs
près de I5o vaiffeaux neufs s
& les réparations
qui;
une activiré continuelle
ordinaires, maintenoit
Ce
dans tous nos ports.
commerce entretenoit une fomme de plus de
cinquante millions dans une circulation
cent
qui, en vivifiant toutes les branches perpétuelle, , &
moir aux. tranfactions
d'induftrie, impriénergic auffi
particulières une force & une
avantageufe au
à la confiance,
Gouvernement que falutaire
ès de I5o vaiffeaux neufs s
& les réparations
qui;
une activiré continuelle
ordinaires, maintenoit
Ce
dans tous nos ports.
commerce entretenoit une fomme de plus de
cinquante millions dans une circulation
cent
qui, en vivifiant toutes les branches perpétuelle, , &
moir aux. tranfactions
d'induftrie, impriénergic auffi
particulières une force & une
avantageufe au
à la confiance,
Gouvernement que falutaire --- Page 38 ---
(24) )
Les contrées de France les plus éloignées des mouvemens maritimes & de toutes relations direêtes avec nos.
colonies, éprouvoient également les' bienfaits du commerce, que ces précieux établiffemens procuroient à leur
métropole ; car l'Amérique confommoit à la fois les
peignes des montagnes des Pyrenées; les flûtes du
Jura; les couteaux du Forez; les cifeaux de l'Auvergne;
les épingles de l'Aigle ; les mouchoirs de Rouen; les
toiles de' Bretagne ; les foieries de Lyon ; les gazes de
Paris ; les vins de Bordeaux ; & jufqu'aux fottifes de
nos chanfonniers, & aux rêves creux de nos philofophes,
y trouvoient des acheteurs.
Les individus dont étoit compofée la population de
nos colonies, n'étoient pas dans ces contrées les feuls
confommateurs de nos produdtions; car fi les marchandifes de tout genre, que la mer englouriffoit, ramenoient de nouvelles commandes dans nos fabriques, le,
climat fervoit encore plus utilement notre induftrie 9:
puifqu'il eft démontré qu'en très-peu de temps les
comeftibles s'y .corrompent ; les étoffes s'y gàtent; &
les métaux s'y détruifent ; en forte que les, élémens,
fembloient concourir 2 avec les befoins de Phabitant,
à la multiplication de nos envois & de nos jouiffances.
Toute la population de la France 2 toutes les clafles
de la fociéré, tous les genres d'indufrie, concouroient
& participoient, foit direGtement, foit indiredtement,
au commerce des colonies ; les riches, les rentiers, par,
leur luxe & leur confommation ; l'agriculteur, par fes
denrées : le banquier, par les facilités qu'il procuroit
aux tranfaéions commerciales ; le négociant , par fes
relations ; le marchand, par fes échanges,;, l'armateur',
par
clafles
de la fociéré, tous les genres d'indufrie, concouroient
& participoient, foit direGtement, foit indiredtement,
au commerce des colonies ; les riches, les rentiers, par,
leur luxe & leur confommation ; l'agriculteur, par fes
denrées : le banquier, par les facilités qu'il procuroit
aux tranfaéions commerciales ; le négociant , par fes
relations ; le marchand, par fes échanges,;, l'armateur',
par --- Page 39 ---
(25) )
par fes expéditions ; le marin, par fes voyages ; l'artife;
par fon goût; ; le fabriquant, par (es productions; ; l'ouvrier, par fon induftrie ; le mercénaire. , par fon travail;
le pauvre méme trouvoit dans le iuperflu que procure
T'aifance, des fecours qui adouciffoient chaque jour fes
malheurs.
Les grands, comme les petits
propriétaires, 2 fe font
donc étrangement trompés 2 lorfqu'ils donnèrent leur
adhéfion à des mefures qui devoient engloutir les colonies & le commerce de France; mais hélas ! comment
les cultivateurs fe feroient-ils garantis dès pièges
que
nos. ennemis leur ont tendu, puifque nous avons vu
des marins, des armateurs & des colons même, aller
au-devant des calamités qui devoient paralyfer leur
exiftence, & provoquer leur defruétion (r).
(1) Par fon meffage du 4 Floréal, an 5 3 (23 Avril 1797.) le Di
reétoire annonce au confeil des 500 3 que la plus parfaire harmonie
règne à St. Domingue 3 que le calme y eft rétabli; que les habitations
fe peuplent de nouveau ; .que les fucreries roulent avec adtivité ; & le
Gouvernement penfe que le temps eft venu de mettre la conftitution en
activité dans, les colonies, &c.
En obfervant que le Direétoire a fans doute voulu parler de la partie
de St. Domingue foumile aux Anglois l'on trouvera la confirmation
des détails qu'il a donné au Corps Légiflatif, dans une dépêche que le
géneral FORBES a adreffée à fon Gouvernement, s datée, du Port-auPrince, le 9 Octobre 1796 ; VOICI CETTE LETTRE : >> Je reffens
99 une.fatisfaction extrême en pouvant aujourd'hui vous affurer avec
99 confiance que notré fituation à St. Domingue. eft meilleure qu'elle,
s n'aj jamais été, depuis que les troupes de S. M. y ont mis le
9 Les fuccès qui ônt été la fuite des mefures judicieufes prifes par pied. le
93 Major-général BOWYER à Jérémie, & les divifions qui ont éclaté
99 parmi les ennemis de la partie du fud, ou la prefque- totalité
25 blancs a été maffacrée après leur défaite 1 ont affuré la tranquillité des
p du quartier important de la grande Anfe.
Le même efprit de difcorde qui prévaut depuis quelque tempg
D
ès qui ônt été la fuite des mefures judicieufes prifes par pied. le
93 Major-général BOWYER à Jérémie, & les divifions qui ont éclaté
99 parmi les ennemis de la partie du fud, ou la prefque- totalité
25 blancs a été maffacrée après leur défaite 1 ont affuré la tranquillité des
p du quartier important de la grande Anfe.
Le même efprit de difcorde qui prévaut depuis quelque tempg
D --- Page 40 ---
(26))
CHAPITRE
SECOND.
Aperçu de quelgues-unes des caufès
qui ont
aul
coopéré
bouleverfament des Colonies
Françoifts.
LES Pafions, en multipliant les befoins de
ont dà néceffairement le rendre
Thomme;
moyens de les fatisfaire
peu délicat fur les
; l'homme brut voit
fa propriété, & la faifit fans
par tout
injuftice ; T'homme
penfer commettre une
civilifé,.a au
eft
à des règles qu'il doit
contraire, alfujetti
refpeSter ; mais
fement l'efpèce humaine n'eft
malheureuconditions.
pas e bornée à ces deux
L'oifiveté a fait fortir du fein de la dernière
race mixte, qui, femblable à ces monflres
une
portent l'effroi & la mort dans deux amphibies qui
élémens , ne fe
99 dans la partie du nord parmi les
99 troupes ont obtenu fur les frontières François, 9 & les fuccès que nos
27 refles de l'armée de JEAN -
Eipagnoles ont déterminé les
99 nous, ont déjà envoyé un affez FRANGOIS à fe joindre à nous 1 & ils
9) plufieurs rencontres
grand nombre de prifonniers faits dans
>> Le
qu'ils ont eu avec les républicains.
quartier de St. Marc & le môle
9 de la plus parfaite fécurité ; la
Saint-Nicolas jouiffent auffi
3) jamais été dans un état de culture paroiffe de Larcahaie fur-tout n'a
2) ont jamais été ni plus
auffi floriffante , & les nègres n'y
7 fiance y eft rétablie tranquilles, ni plus laborieux. Enfin, la con95
au point que les colons ont
Jamaique un nombre confidérable de
déjà importé de la
99 La défaite que l'ennemi a
houveaux nègres.
97 quillité de ce pofte
effuyé à Jérémie, 3 affure auffi la tran29 qui eft à la tête des important, noirs
d'autant qu'il eft certain que Rigaud
27 claré contre Sonthionax dans la partie du fud, s'eft décidément dé
3 blançs qui étoient & la république, & a fait maffaçrer tous leg.
en fon pouvoir se
de la
99 La défaite que l'ennemi a
houveaux nègres.
97 quillité de ce pofte
effuyé à Jérémie, 3 affure auffi la tran29 qui eft à la tête des important, noirs
d'autant qu'il eft certain que Rigaud
27 claré contre Sonthionax dans la partie du fud, s'eft décidément dé
3 blançs qui étoient & la république, & a fait maffaçrer tous leg.
en fon pouvoir se --- Page 41 ---
(27 a )
couvre du manteau focial que pour préparer des crimess
confomme enfuite avec la férocité de Phomme
qu'elle
fauvage.
Si le charlatan Necker, que Mirabeau appeloit le,roi
matériellement les bras de
de la canaille, ne dirigea pas
la race dont nous venons. de parler , il lui fit au moins
attendre du cahos dans
connoitre tout ce qu'elle pouvoit
lequel il avoit projeté de jeter la France & fes colonies;
homme lc premier alluma les torcar c'eft ce grand
qui
ches qui ont embrafé nos établiffemens, 2 puifque fans
crainte
fa fortune qu'il avoit mife à couvert,
aucune
pour
vouloit
comme fans pitié pour les propriétaires qu'il
fans humanité pour les colons qu'il faifoit
dépouiller,
affaffiner, il faifit l'inftant de faire Fouverture des Étatspropofer l'abolition de la fervitude dans
généraux, pour
tous les établiffemens François des deux Indes
inftant, grand Dieu ! ce fléau : de la France
Quel
nous gratifier des dons de fon mauvais
choifit-il pour
génie7-celui où la nation, d'accord alors avec fon chef,
n'avoit d'autres défirs, ni", d'autres "volontés que celles
de réformer les abus, de reftaurer les finances, d'enles arts, de ranimer lindufrie, de vivifier le
courager celui oùr les difcuflions politiques fur l'adcommerce ;
avoient
le
miffion des néutres dans nos colonies 2
aigri
colon contre le commerce de France, & les négocians
François contre les planteurs de nos établiffemens de e
T'Amérique; celui où fon aftucieufe popularité trompoit
la multitude en la careffant ; celui où M. le baron de
(1) Voyez fon difcours al'ouverture des Etats-généraux, le 9 Mai
1789, page 35 893.
fur l'adcommerce ;
avoient
le
miffion des néutres dans nos colonies 2
aigri
colon contre le commerce de France, & les négocians
François contre les planteurs de nos établiffemens de e
T'Amérique; celui où fon aftucieufe popularité trompoit
la multitude en la careffant ; celui où M. le baron de
(1) Voyez fon difcours al'ouverture des Etats-généraux, le 9 Mai
1789, page 35 893. --- Page 42 ---
(28 )
Coppet (r), 2 joint à fon ami d'Orléans, , égaroit le peuple
en tournant fes armes contre lui-méme.
Dans quel temps l'oracle de Coppet invoqua-t-il la
liberté des efclaves de nos colonies ? dans celui oùr il
méditoit fur les moyens de la ravir au peuple François;
car ce faint homme, 2 une fois dépouillé de fon hypocrifie, n'a plus montré que le fquelette infame du defpotifme le plus abfolu; & ce ne fut qu'après avoir. été
connu & jugé par cette même opinion publique dont
ila fi long-temps abufé, qu'il fortit de France, emportant fes tréfors & la, haine nâtionale (2).
Point affez tôt démafqué, ce chef des incendiaires
eut' malheureufement le-loifir de propager fa doétrine;
& fes' dignes émules, une fois armés du plan deftrugeur
de leur maitre, fe répartirent nos colonies, & à force
d'intrigles & de calomnies, ils parvinrent à y allumer
à la fois, le flambeau de la guerre civile & la torche
de la deftruétion. Dès-lors, il n'y eut plus de falut
pour perfonne ; la force du Gouvernement devint impuiffante, & la fortune nationale & les colons qui en
étoient les dépofitaires, périrent du même coup.
La tyrannie décemvirale dont le trône ne devoit
être élevé que fur les débris fumans de toutes les
propriétés nationales, 2 travailla encore dans le même
objet; & pour que rien ne furvive à fa fureur, elle
envoya de nouveaux bourreaux dans nos colonics, qui,
auffi officieux que ces voleurs qui fuivent les édifices
incendiés, profitèrent des défordres qu'ils faifoient naitre,
(:) Necker eft propriétaire de la baronnie de Coppet, en Suiffe,
(2) Voyez le difcours de Necker, le 9 Mai 1789 s Rage 66 & fuiy.
illa encore dans le même
objet; & pour que rien ne furvive à fa fureur, elle
envoya de nouveaux bourreaux dans nos colonics, qui,
auffi officieux que ces voleurs qui fuivent les édifices
incendiés, profitèrent des défordres qu'ils faifoient naitre,
(:) Necker eft propriétaire de la baronnie de Coppet, en Suiffe,
(2) Voyez le difcours de Necker, le 9 Mai 1789 s Rage 66 & fuiy. --- Page 43 ---
(29)
pour s'approprier toutes les richeffes que lcs flammes
n'avoient pu. dévorer.
Les colons eux-mêmes, en fc laiffant défunir par. les
émiffaires de'leurs ennemis > ont aufli concouru à leurs
malheurs ; ils ont à fe reprocher d'avoir levé l'étendard
de la guerre civile, & au lieu de contenir lcurs ateliers
dans le devoir 2 de fe préter de mutuelles forces, d'éclairer, la nation fur les danger's qui les menaçoient , de
venir eux-mêmes au-devant de certaines réformes que
les circonftances exigeoient, 2 ils ont formé des cabales,
des partis, des faétions ; les grands mots, de pompons
blancs & de pompops rouges ont été proférés avec
l'accent de la fureur ; les épithères magiques de Démocrate
& d'Ariflocrate n'ont plus fervi qu'à donner le fignal
des combats & de' la mort.
Si c'eft une chofe douloureufe.de lire les innombrables
brochures qui ont été publiées fur les malheurs des Ifles
Françoifes, il eft bien rifible , d'un autre côté, d'entendre difcourir les hommes fur l'origine & les caufes des
évènemens qui les ont anéantics. Le créancier François
accufe fon débiteur colon de vifer à l'independance par
l'infurredtion qui le dépouille & l'immole avec, fa famille;
l'Américain s'épuife en injures contre des agens qui font
exécuter chez lui des mefures ordonnées par la puiffance
qui gouverne la France ; certains républicains qui ne
rèvent que confpirations. , & qui ne voient par tout que
des thiares, des fceptres , des croix, 9 des couronnes, , T
placent à la tête des deftruêeurs de nos plantations, que
des rois 3 des prêtres & des nobles ; à leur tour les
royaliftes en accufent les Briffotins, les Rolandins, les
Pétioniftes, les Hébertiftes. Dans les colonies, Pha-
la France ; certains républicains qui ne
rèvent que confpirations. , & qui ne voient par tout que
des thiares, des fceptres , des croix, 9 des couronnes, , T
placent à la tête des deftruêeurs de nos plantations, que
des rois 3 des prêtres & des nobles ; à leur tour les
royaliftes en accufent les Briffotins, les Rolandins, les
Pétioniftes, les Hébertiftes. Dans les colonies, Pha- --- Page 44 ---
(30 )
bitant accufe le citadin ; les négocians accufent les petits
blancs (1); les petits blancs accufent T'homme de couleur, qui à fon tour accufe tous les individus que les
réénérateurs lui ont fignalé comme fes ennemis.
Ainfi, pendant que dans l'ancien comme dans le
nouveau monde, chacun difcute & cherche à connoitre
la main qui a porté la première étincelle dans nos COlonies, l'incendie s'accroit de plus en plus, & le mal
devient d'autant pluis grand, ; que l'on ne fait rien pour.
arréter fa violence ; bien loin de-là, tous les partis,
toutes les feôtes, toutes les faétions fourniffent de
nouveaux alimens- à la flamme qui les brûle, & perfonne n'ofe remonter à la fource de ce torrent de feu,
qui, du moment que l'on eut rompu la digue qui le
tenoit enchainé, a tout dévoré, tout embrafé, ,' tout
confumé.
La profpérité dont la France jouiffoit , engendra
l'amour propre; l'amour propre engendra une nouvelle
philofophie ; cette philofophie engendra l'athéifme ;
l'athéifme engendra l'orgueil ; l'orgueil engendra les
philantropes; ; les philantropes engendrèrent les économiftes; les économiftes êngendrèrent l'audacé ; l'audace
engendra les réformateurs; les réformateurs engendrèrent
les révolutionnaires ; les révolutionnaires engendrèrent
les niveleurs ; les niveleurs engendrèrent les jacobins ;
les jacobins engendrèrent la' propagande ; la propagande
engendra a
lès anarchiftes; les anarchiftes engendrèrent la
terreur; la terreur engendra la peur ; la peur engendra
(1) Dans les colonies P'on appeloit de ce nom cette claffe intéreffante
de la fociété 3 que l'on défignoit ci-devant en Françe, , par artifans.
naires engendrèrent
les niveleurs ; les niveleurs engendrèrent les jacobins ;
les jacobins engendrèrent la' propagande ; la propagande
engendra a
lès anarchiftes; les anarchiftes engendrèrent la
terreur; la terreur engendra la peur ; la peur engendra
(1) Dans les colonies P'on appeloit de ce nom cette claffe intéreffante
de la fociété 3 que l'on défignoit ci-devant en Françe, , par artifans. --- Page 45 ---
t3r)
ies incèndiaires :
les fripons : les fripons engendrèrent monftre fous la
& les incendiaires engendrèrent le
enfin fucdent & les griffes duquel nos colonies ont
combé. Telle eft la filiation, de cet' ogre deftruéteur,
dans l'efpace de fix ans, a dévoré Saint-Domingue
qui,
& fes habitans.
TROISIE M E.
CHAPITRE
DE Tétat aduel des Colonies Françoifes.
LM VUA
Chandernagor, Mahé, la Martinique;
PONDICHERY,
Sainte-Lucie & Saint-Pierre de Miquelon, 2 font
Tabago ,
avoir été
de l'ennemi ; la Guadeloupe 2 après
aut pouvoir
& reprife fur eux, ne s'eft gaprife par les Anglois
domination, qu'en demeurant
rantie de repaffer fous leur
fous la tyranrie du fameux Viétor Hugues,
engouffrée
collégue des Sonthonax & compagnie.
ce digne
de
fe
La grande partie de Toueft Saint-Domingue
Angloife, tandis que les parties
trouve fous la puiffance
colonie font encore
du nord & du' fud (1) de la même
fur
dans les mains de la république, ainfi que Cayenne
d'Amérique, , & les Iles de France & de
le continent
la Réunion fur là côte orientale d'Afrique.
la population des Ifles Françoifes
Avant la révolution,
s'élevoit à environ fept cent mille habitans
des Antilles couleurs & de tout fexe ; de ce nombre l'on
de toutes
annoncent que la bande du fud eft en feu, &
(i) Tous les avis dernier les Anglois. font maîtres des Cayes, de
quie depuis le 6 Mars
la côte méridionale de l'ifle,
Jagmel, d'Acquin, & de toute
union fur là côte orientale d'Afrique.
la population des Ifles Françoifes
Avant la révolution,
s'élevoit à environ fept cent mille habitans
des Antilles couleurs & de tout fexe ; de ce nombre l'on
de toutes
annoncent que la bande du fud eft en feu, &
(i) Tous les avis dernier les Anglois. font maîtres des Cayes, de
quie depuis le 6 Mars
la côte méridionale de l'ifle,
Jagmel, d'Acquin, & de toute --- Page 46 ---
(32) )
comptoit que celui des blancs, des mulâtres libres &
des nègres affranchis, 2 s'élevoit à 140 mille individus;
en forte que les Ifles fufdires renfermoient 560 mille
efclaves.
Depuis fix ans que la gucrre civile exerce fes ravages
dans ces malheureufes colonies, l'on peut, fans exagération, eftimer la perte de leurs habitans à la moitié de
leur population : le fer, le feu, le défaut d'alimens,
les marches militaires, les maladies
2 les combats, les
bleffures, le manque de foins, l'éloignement des fexes,
& toutes les calamités qui font les fruits inféparables
d'ane guerre auffi cruelle qu'elle eft opiniâtre, auroient
donc moiffonné 350 mille individus. Perte auffi fenfible
à l'humaniré qu'elle eft irréparable pour
l'agriculture ;
car chez les nègres, comme chez les blancs, ce font
les jeunes gens, les hommes les plus robuftes,
2 qui
portent les armes & qui périffent dans les combats. 4
Dans le temps de la plus profonde paix, c'eft-à-dire;
à des époques oùt les habitans étoient les plus en
moyen
de réunir les fexes & de faciliter la population, le calcul
des naiffances, dans nos:Hles; étoit dans le rapport de
I à 60, &z la mortalité dans celui derr'àzo; en forte
que l'on y comptoit; trois décès contre une naiffance.
L'efpèce humaine n'ayoit donc pas befoin de hâter fa
deftrustion dans ces contrées,puifquela durée del l'homme
y. étoit'tellement circonfcrite, que dans l'efpace de 30
ans.Ja faux de la mort auroit moiffonné l'entière
lation de toutes nos colonies, fi FEurope, fi les popu- côtes
d'Afrique n'y euffent tranfporté chaque année 15 à 2Q
mille: individus.
Forcée de fe défendre contre fes nombreux erinemis;
l4
fa
deftrustion dans ces contrées,puifquela durée del l'homme
y. étoit'tellement circonfcrite, que dans l'efpace de 30
ans.Ja faux de la mort auroit moiffonné l'entière
lation de toutes nos colonies, fi FEurope, fi les popu- côtes
d'Afrique n'y euffent tranfporté chaque année 15 à 2Q
mille: individus.
Forcée de fe défendre contre fes nombreux erinemis;
l4 --- Page 47 ---
33 )
la France a fupporté une guerre terrible ; mais elle
trouve dans la mafle de fa population,
comme dans
l'énergie de fon gouvernement, les moyens de cultiver
& d'enfemencer fes champs.
A l'Amérique, il en eft tout autrement ; les colonies
Françoifes ne préfentent plus à l'oeil
épouvanté s que
l'image de la deftruétion & du chaos; par tout la terre
eft ftérile 2 par tout dans le nord & le fud de SaintDomingue l'on ne voit, , l'on n'aperçoit que des débris
fumans, que des ateliers dévorés, que des plantations
dévaftées, que des habitations détruites, que des monceaux d'offemens & de ruines s parmi lefquelles l'on
voit que'ques colons errans qui ne font que prolonger
leurs fouffrances en fuyant le fer qui les pourfuit (1).
- La zizanie, ce monftre qui enfanta les guerres civiles,
vient encore augmenter les moyens dépopulateurs: dans
l'origine des troubles de nos colonies , la guerre éclata
entre les blancs d'une part, les mulâtres & les nègres
de l'autre. Mais aujourd'hui que les Européens font
la plupart détruits ou
pour
déportés, ce font les nègres qui
font une guerre à mort aux mulâtres, & cette dernière
race, qui a fi impérieufement reclamé fes droits politis
ques, les perdra avec la vie,
Les nègres qui auront furvécu à tant de deftructions;
(1)- Le renvoi impolitique du Commiffaire Sonthonax à St. Domingue , a porté l'effroi dans l'ame de tous les François qui ont
ques idées de l'état intérieur de cette infortunée colonie. Déjà Pon quelque les dévaftations & les aflaffinats ont repris leur
& fait
cert trente-cing citoyens blancs ont été égorgés en O8tobre cours, dernier que
Port-de-Paix, par par les citoyens noirs, Par les nouvelles les au
récentes, l'on a appris que les nègres viennent d'incendier le refte plus
habitations des quartiers des Cayes, Jacmel & d'Acquin.
des
E
at intérieur de cette infortunée colonie. Déjà Pon quelque les dévaftations & les aflaffinats ont repris leur
& fait
cert trente-cing citoyens blancs ont été égorgés en O8tobre cours, dernier que
Port-de-Paix, par par les citoyens noirs, Par les nouvelles les au
récentes, l'on a appris que les nègres viennent d'incendier le refte plus
habitations des quartiers des Cayes, Jacmel & d'Acquin.
des
E --- Page 48 ---
(34)
demeureront donc les maitres abfolus d'un fol qui na3
guère étoit fi riche & fi floriffant 2 mais duquel ils
n'exigeront rien ; car la patate 9 la banane, ligname ;
la caffave, & tous les autres fruits que la terre produit
fans culture, fuffiront, avec la péche & la chaffe, à
tous leurs befoins.
Les noirs, vainqueurs des Européens & des mulâtres;
n'en feront ni plus heureux, ni plus humains : toutes
Jeurs inclinations annoncent au contraire qu'ils fe régiront d'après les ufages de T'Afrique, leur première patrie;
alors s les chefs de leurs guerriers deviendront chefs
d'autant de tribus, qui à l'infar de celles de la côte
de Guinée, fe feront une guerre qui ne s'éteindra
qu'avec leur efpèce.
Dans les Iiles du vent, la deftruétion a moins été
l'effet de nos diffentions intérieures, que celui de notre
guerre avec les Anglois. Autrefois 2 les troupes Européennes cherchoient des conquêtes, faifoient des prifonniers, refpedtoient le vaincu ; mais aujourd'hui c'eft le
fer & la torche à la main, que nous allons chez l'ennemi
& qu'il vient chez nous. La haine politique, en divifant
les colons, 2 fait qu'ils s'expofent tour à tour à la vengeance du parti qui triomphe & qu'ils deffervent ; d'où
il réfulte des aétes de barbarie qui révoltent la raifon
& l'humanité,
Si d'un côté, la foibleffe de nos moyens maritimes
donne de grands avantages aux Anglois, de l'autre, le
ferment de difcorde qui exifte dans nos colonies , les
obligera, pour conferver les leurs, à y entretenir à
grands frais des forces capables de les contenir dans
la foumiflion,
triomphe & qu'ils deffervent ; d'où
il réfulte des aétes de barbarie qui révoltent la raifon
& l'humanité,
Si d'un côté, la foibleffe de nos moyens maritimes
donne de grands avantages aux Anglois, de l'autre, le
ferment de difcorde qui exifte dans nos colonies , les
obligera, pour conferver les leurs, à y entretenir à
grands frais des forces capables de les contenir dans
la foumiflion, --- Page 49 ---
(35) )
D'un autre côté, la conduite que nos commiffaires
tiennent dans le Nouveau-Monde (1), en portant la
haine & le reffentiment dans le cabinet de Saint-James,
éloignera la paix avec la Grande-1 Bretagne ; car nous
ofons le prédire, jamais l'Angleterre n'y confentira,
que nous ne renoncions à nos colonies, ou que nous
n'en changions la forme du gouvernement, 2 ou qu'enfin
nous la dédommagions de fes craintes par la ceffion de
quelques-unes de nos propriétés.
Renoncer à avoir des colonies, ce feroit renoncer à
Ia fois au jugement 2 à la raifon & à l'exiftence politique de la France ; ce feroit détruire notre navigation,
paralyfer l'agriculture 2 engloutir la moitié de la nation;
ce feroit défefpérer lc peuple , tromper fon attente, &
affermir pour jamais le fceptre des mers dans la main
de nos rivaux.
Changer la forme du gouvernement de nos colonies,
c'eft-à-dire, leur donner le gouvernement qui feroit le
plus propre à les rendre heurcufes 2 feroit un aûte de
juftice & de raifon ; car la liberté, dit J. J. Rouffeau,
9) eft un aliment de bon fuc, mais de forte digeftion ; il
2) faut des eftomacs bien fains pour le fupporter (2). 22
(1)1 Les Commiffaires François à St. Domingue, s par toutes leurs proclamations , invitent les nègres des colonies Angloifes à s'infurger 9 &c.
(2) Voyez fes confidérations fur le gouvernement de la Pologne s
chap. 6, page 308.
liberté, dit J. J. Rouffeau,
9) eft un aliment de bon fuc, mais de forte digeftion ; il
2) faut des eftomacs bien fains pour le fupporter (2). 22
(1)1 Les Commiffaires François à St. Domingue, s par toutes leurs proclamations , invitent les nègres des colonies Angloifes à s'infurger 9 &c.
(2) Voyez fes confidérations fur le gouvernement de la Pologne s
chap. 6, page 308. --- Page 50 ---
(36)
CHAPITRE QUATRIE ME.
De Tefelavage chez les peuples anciens 6 modernes.
ASNE Eo
L'ESCLAVAGE, 2 dit Voltaire 3 eft auffi ancien que la
guerre, & la guerre auffi ancienne que la nature.
> Aucun légifateur de l'antiquité n'a tenté d'abroger
9) la fervitude ; au contraire, lcs peuples les plus en-
> thoufiaftes de la liberté 3 les Athéniens, les Lacédé7 moniens, les Romains, les Carthaginois, furent ceux
2) qui portèrent les lois les plus dures contre les ferfs.
22 Le droit de vie & de mort fur eux étoit un des
5) principes de la fociété (1).
>> Il y avoit de deux fortes de ferviteurs dans la rés publique d'Athènes; les uns 2 qui étoient de condi9) tion libre, ne pouvant gagner leur vie par le travail
9> de leurs mains, fe trouvoient obligés, par le mauvais
1> état de leurs affaires, à fe mettre en fervitude: & la
>) condition de ceux-là étoit plàs honnéte & moins
>> pénible. Le fervice des autres étoit contraint & forcé:
27 c'étoient des efclaves, ou qu'on avoit fait prifonniers
> de guerre, ou qu'on avoit acheté de ceux qui faifoient
> publiquement ce trafic. Ils faifoient partic du bien de
5) leurs maitres qui en difpofoient abfolument, mais qui
2) les traitoient s pour l'ordinaire, avec beaucoup de
p douceur (2).
L'on vient de voir qu'aucuns légiflateurs de l'antiquité
(1) Queftions fur l'Encyclopédic, aul mot Efclaves.
(2) Hiftoire ançienne de Rollin, tome 4, page 5c6.
ient
> publiquement ce trafic. Ils faifoient partic du bien de
5) leurs maitres qui en difpofoient abfolument, mais qui
2) les traitoient s pour l'ordinaire, avec beaucoup de
p douceur (2).
L'on vient de voir qu'aucuns légiflateurs de l'antiquité
(1) Queftions fur l'Encyclopédic, aul mot Efclaves.
(2) Hiftoire ançienne de Rollin, tome 4, page 5c6. --- Page 51 ---
(371)
n'ont tenté d'abroger la fervitude, & que les peuples;
les plus enthoufiafmés de la liberté, avoient auffi des
efclaves.
Voyons maintenant fi dans nos Républiques modernes,
fi dans les gouvernemens qui fe rapprochent le plus des
formes populaires 2 nous y trouverions des exemples
propres à vaincre les préjugés qui femblent s'oppofer à
ce que la France repeuple Hes colonies, par les feuls
moyens que la raifon, la politique & le befoin lui
prefcrivent impérieufement.
Les républiques de Venife & de Suiffe ont des amis,
des alliés; mais elles ont de plus des fujets qui n'ont
aucune part à leur gouvernement.
La république des Provinces. - Unies, , en attendant
qu'elle nous faffe connoître la nouvelle forme de fon
gouvernement , a des fujets en Europe & Jes efclaves
dans fes établiffemens d'Afie, d'Afrique & d'Amérique(s).
Quant à la république des États-Unis de l'Amérique,
voici ce que nous trouvons de relatif à l'objer de nos
recherches. )) En admettant un répréfentant par trente
>) mille individus, la population des États-Unis s'éléve37 roit, dès à préfent 2 à fept millions cing cent mille
> habitans, qui, avec fept cent mille efclaves qu'on
>) compte dans les treize États, formeroient en tout
> huit millions deux cent mille habitans (2)-
(:) Si par l'effet de l'influence de nos prétendus amis des noirs
le peuple Hollandois faifoit la folie d'abolir la fervitude dans fes colo- p
nies, la nation Angloife deviendroit le même jour où cette abolition
feroit prononcée, 9 Ja maitreffe abfolue de tout le commerce des Indes.
Nous le demandons : eft-ce que nos intérêts &c ceux de nos alliés ne
s'oppoferoient pas à l'agrandiflement d'une puiffance déjà auffi formidable !
(2) Conftitutions des principaux Etats de l'Europe & des Etats-Unis
abolir la fervitude dans fes colo- p
nies, la nation Angloife deviendroit le même jour où cette abolition
feroit prononcée, 9 Ja maitreffe abfolue de tout le commerce des Indes.
Nous le demandons : eft-ce que nos intérêts &c ceux de nos alliés ne
s'oppoferoient pas à l'agrandiflement d'une puiffance déjà auffi formidable !
(2) Conftitutions des principaux Etats de l'Europe & des Etats-Unis --- Page 52 ---
(38y
Les Américains, nos modèles & nos émules, n'ont
donc pas banni la fervitude de chez eux 2 puifqu'ils
comptent fept cent mille efclaves dans leurs treize
Provinces.
Tous les gouvernemens, 2 toutes les républiques anciennes & modernes', tous les légiflateurs I , tous les
siècles, tous les pays, ont eu des fujets, des ferviteurs,
des efclaves ; & peut-étre qu'il n'a jamais exifté de
nation qui en eut autant de befoin quc la nôtre, &
dont ce befoin fut plus en oppofition avec nos nouveaux
préjugés.
Pour confoler ces hommes qui aiment jufqu'à leurs
deftruêions, nous croyons devoir tranfcrire ici un
paragraphe de l'ouvrage déjà cité, & qui rend parfaitement l'idée que tous les citoyens devroient avoir fur
la légiflation de leur pays.
>> Toutes les lois étant inftituées pour le bonheur de
3 tous, toutes les fois que la majorité du peuple s'en
3) plaindra, elles feront changées conformément au voeu
32 de cette majorité, Jorfque ce voeu fera bien conftaté 37.
Nous ajoutons que le voeu du peuple François ne feroit
point équivoque fi, dans fes affemblées primaires, l'on
lui demandoit s'il veut des colonies ?.
de l'Amétique. par le citoyen Delacroix 3 tome 2 1 page 359, & 360.
Indépendamment des efclaves , les Etats-Unis reçoivent encore chez
eux des Européens qui, fous le nom d'engagés, fe vendent pour tant
d'années aux Capitaines qui les tranfportent fur les plages Américaines,
oi ils les revendent pour le même nombre d'années qu'ils les ont acheté, Le nord de l'Earope > l'Ecoffe 9 l'Irlande même > fourniffent des
cargaifons de ces malheureux. Oh ! France, ma patrie ! crains que tes
concitoyens ne foient réduits au même fort, fi tu ne leur rends pas
leurs colonies,
'engagés, fe vendent pour tant
d'années aux Capitaines qui les tranfportent fur les plages Américaines,
oi ils les revendent pour le même nombre d'années qu'ils les ont acheté, Le nord de l'Earope > l'Ecoffe 9 l'Irlande même > fourniffent des
cargaifons de ces malheureux. Oh ! France, ma patrie ! crains que tes
concitoyens ne foient réduits au même fort, fi tu ne leur rends pas
leurs colonies, --- Page 53 ---
(39 )
CHAPITRE
CINQUIE M. E.
DE Tétat des
celui
Nigres en Afrique 2 comparé avec
de leur exifence dans les Colonies
Fransoifes, 6 en particulier 2 St.
Domingue.
rAe
C'eft fans doute en comparant la condition
cains avec celle des
des Afri:
efclaves dans
Européens s en comparant l'état des
nos ifles, avec celui des colons
que la fenfibilité de nos
François, ;
philantropes s'eft enflammée
que leur amour des hommes s'eft exalté,
s
gination s'eft
9 que leur imajets
pontanément remplie de ces beaux
qui devoient régénérer le monde !
proEn partant d'un tel point de
tâche de nos réformateurs
vue, , de combien la
ne s'eft-elle
& de combien de réformes la
point agrandie ,
feroit-elle
France 2 république s ne
pas encore fufceptible à leurs yeux ?
En effet,
pourquoi cette différence de climats
jours, & de procuéions :
s de
fages, de
Pourquoi cette différence d'upratiques & de langages P Pourquoi
nous des hommes blancs
voyonscertains
2 noirs & olivâtres ? Pourquoi
hommes ont-ils des cheveux liffes &
tandis que les habitans de la
nuancés 2
noire & frifée?
Nigritie n'ont qu'une laine
Pourquoi FEskimaux eft-il réduit à boire de l'huile de
poiffon ; le Lapon à faire du
Samoyede à vivre
pain avec fes arêtes ; le
cheval
fous terre; ; le Tartare à manger du
cru ; tandis que nos direêteurs habitent
lais > que nos miniftres boivent du
un pavin de
Bourgogne 2
ans de la
nuancés 2
noire & frifée?
Nigritie n'ont qu'une laine
Pourquoi FEskimaux eft-il réduit à boire de l'huile de
poiffon ; le Lapon à faire du
Samoyede à vivre
pain avec fes arêtes ; le
cheval
fous terre; ; le Tartare à manger du
cru ; tandis que nos direêteurs habitent
lais > que nos miniftres boivent du
un pavin de
Bourgogne 2 --- Page 54 ---
40 )
que nos députés mangent du pain de froment , & nos nou
veaux riches des viandes cuites & affaifonnées?
Pourquoi les Patagons ont-ils 6 à 7 pieds de haut ;
tandis que les habitans du Cap nord n'ont que 50 à 60
pouces?
Pourquoi y a-t-il dans le monde des puiffans & des
foibles , des riches & des pauvres, s des favans & des
fots, des fripons & des dupes ?
Pourquoi l'anatomie nous a-t-elle découvert. qu'entre
les nègres & les blancs il exifte des différences qui tendent à prouver que les premiers ne font pas de notre
même & femblable efpèce ? Car chez le nègre les germes de la génération 1 la fubftance du cerveau, la glande
pinéale 2 le fang même. 2 tout eft différent que chez nous.
Allons. 2 meffieurs les niveleurs, pofez votre incomparable niveau fur toutes les inégalités que nous vous préfentons, & que le fabre de votre philantropie débarraffe
ce monde de toutes les variations & de toutes les bi-,
zarreries qui s'oppofent au bonheur que vous promettez
aux hommes de tous les pays 2 de toutes les couleurs 2
car votre bienfaifance eft univerfelle.
Plus humains que vous, mais moinsphilofophes, nous
allons mettre en parallèle les conditions des nègres en
Afrique, avec celle des nègres en efclavage dans les co-:
lonies Françoifes du Nouveau-Monde, & le le@teur impartial jugera entre vous & nous.
En Afrique, la fervitude y eft auffi ancienne que le
monde 2 & toutes les contrées de cet immenfe pays fe
trouvent affervies à un ou à plufieurs defpores, qui,
mille ans avant la découverte du Nouveau - Monde 2
vendoient leurs fujets aux marchands Arabes & Barbarefques,
celle des nègres en efclavage dans les co-:
lonies Françoifes du Nouveau-Monde, & le le@teur impartial jugera entre vous & nous.
En Afrique, la fervitude y eft auffi ancienne que le
monde 2 & toutes les contrées de cet immenfe pays fe
trouvent affervies à un ou à plufieurs defpores, qui,
mille ans avant la découverte du Nouveau - Monde 2
vendoient leurs fujets aux marchands Arabes & Barbarefques, --- Page 55 ---
74r)
refques ; qui, en retour des efclaves qu'ils emmenoient
chez eux, donnoient des chevaux, des vivres, des étof,
fes, & quelques merceries de peu de prix.
L'introduaion du Mahométifme > joint à la dépravation des moeurs qui exiftoit déjà dans ces brûlantes
contrées, ayant attaché du luxe & de la gloire pour l'homme
qui fe trouveroit avoir le plus de femmes & le plus
grand nombre d'enfans, il en eft réfulté un furcroit de
population, , qui, fe trouvant excéder les moyens naturels de fubfiftance, donna un nouvel effor au commerce
des efclaves, & un nouvel aliment à la guerre
raifon
9 par la'
qu'un peuple affamé eft toujours prêt à vivre aux
dépens de fes voifins.
Dans les contrées où les
Européens vont faire la
traite des nègres, les hommes y font divifés en plufieurs
claffes; les perfonnes de
qualité 2 les artifans & les efclaves. Ces derniers font deftinés à la fervitude de
père
en fils, & font les premiers vendus par leurs maîtres.
Il en arrive autant des deux autres, & même des reines & des princeffes (1); car les caprices, comme le
droit de la guerre, 2 confondent toutes les conditions.
Ilya encore plufieurs autres fortes d'efclaves que les
Africains vendent à nos vaiffeaux : ce font les mauvais
fujets ; ceux qui, nés libres, , ont eu le malheur de déplaire à leurs chefs ; les enfans qui ont déplu à leurs
pères; ; les femmes qui n'ont plus le bonheur de plaire
à leurs maris s ou qui les ont offenfé ; l'ami vend fon
ami ; le ferviteur rufé vend fon maître ; les courtiers
prennent & vendent tous les enfans
b
qu'ils peuvent attra-
(:) En 1693 9 le roi de Juida yendit 3 à 400 de fes propres fommes
gux Européens,
E
plaire à leurs chefs ; les enfans qui ont déplu à leurs
pères; ; les femmes qui n'ont plus le bonheur de plaire
à leurs maris s ou qui les ont offenfé ; l'ami vend fon
ami ; le ferviteur rufé vend fon maître ; les courtiers
prennent & vendent tous les enfans
b
qu'ils peuvent attra-
(:) En 1693 9 le roi de Juida yendit 3 à 400 de fes propres fommes
gux Européens,
E --- Page 56 ---
(42 j
per ; dans les chemins, 9 & même dans les
dans les villes.
bourgades &
Le fanatifme & les préjugés religieux
core à entretenir ce peuple dans
concourent enla
une féroce barbarie. A
mort d'un fouverain, , plufieurs de fes femmes, de fes
oficiers, &c un grand nombre de fes efclaves font immolés en fon honneur. Un roitelet
d'Afrique eft-il en
paix, en joie , en profpérité ? il faut facrifier
uns de fes fujets pour conferver les faveurs quelquesnité. Eft-il malade, fon
de fa divipays eft-il affligé de
calamités ? il faut faire des facrifices
quelques
réconcilier avec fa Fétiche.
humains pour le
faut rechercher
Doit-il faire la guerre ? il
les faveurs de fa cruelle divinité,
immolant un grand nombre d'hommes.
en lui
eft-il
Le combat livré;
vainqueur P c'eft le cas où l'on facrifie en
de
action
grâces 2 à la même divinité, un nombre
grand de prifonniers faits fur
plus ou moins
l'ennemi ; & fouvent l'enfance, Tinnocence, la jeuneffe, le fexe ou la beauté
font les premiers facrifiés.
>
La condition de l'homme en Afrique eft fans
dit la plus abjedte & la plus miférable
contreou ne foit pas né dans la
; car, qu'il foit
fervitude, il fe voit
ment à la veille d'être vendu ou d'être
conftamparcils
égorgé par fes
2 fur l'ordre de fon chef; auffi, fes facultés intelleéuelles érant prefque conftamment
débauche & émouffécs
épuifées par la
par la peur, il n'a ni mémoire,
ni intelligence, ce qui le rend foible,
&
2 pareffeux, efféminé, par conféquent 2 plus, propre à l'efclavage
gu'il fupporte d'autant plus volontiers,
:
peut le di(penfer de travailler
lorfque cet état
& de pouryoir à fon exif;
tence.
fes facultés intelleéuelles érant prefque conftamment
débauche & émouffécs
épuifées par la
par la peur, il n'a ni mémoire,
ni intelligence, ce qui le rend foible,
&
2 pareffeux, efféminé, par conféquent 2 plus, propre à l'efclavage
gu'il fupporte d'autant plus volontiers,
:
peut le di(penfer de travailler
lorfque cet état
& de pouryoir à fon exif;
tence. --- Page 57 ---
(43 )
e Dans les colonies Françoifes l'on diftingue l'efclavagé
en trois conditions : celle des efclaves-domeltiques; celle
des efclaves- ouvriers ; & enfin, celle des efclaves-agriculteurs 2 ou travaillant dans les manufaétures coloniales.
Les efclaves domeftiques furent toujours les plus heureux dans leur fervitude, , car c'eftifur eux que les maitres déployoient le zuxe de leur vanité & de leur libéralité.
Bien nourris, bien vêtus, bien foignés dans leurs maladies, les domeftiques de nos colons étoient , à tous
égards, auffi heureux que ceux de nos ci-devant grands
Seigneurs 3 & la fidélité d'un valet de chambre 9 d'un
cuifinier, d'une nourrice,d'un cocher, étoit le plus fouvent payée par. la liberté.
Les efclaves-ouvriers, foit charpentiers , maçons, , ferruriers , menuifiers, forgerons > charrons 31 étoient par
leur profefion.affujettis à des travaux plus rudes ; mais, ,
ainfi que chez nous, l'affiduité 9 la bonne conduite 3 lintelligence 9 étoient des moyens affurés pour obtenir des
des
& Taffranchiflement.
égards, 2 récompenfes,
Les efclaves-agriculteurs étoient, comme les payfans
& les journaliers font chez nous 2 la claffe la plus intéreffante , & fouvent la plus maltraitée 2 felon. la nature
des travaux à laquelle elle fe trouvoit condamnée, Il eft
vrai que la condition de ces agriculteurs étoit plus ou
moins dure, felon que les habitans étoient plus ou moins
bons
ou moins avarcs 2 plus ou moins opulens ;
2 plus
felon que les habitations font bien ou mal fituées, felon
qu'elles étoient adminiftrées par les propriétaires euxmêmes, ou par des géreurs & des économes unique-,
ment occupès de leurs intérêts.
à laquelle elle fe trouvoit condamnée, Il eft
vrai que la condition de ces agriculteurs étoit plus ou
moins dure, felon que les habitans étoient plus ou moins
bons
ou moins avarcs 2 plus ou moins opulens ;
2 plus
felon que les habitations font bien ou mal fituées, felon
qu'elles étoient adminiftrées par les propriétaires euxmêmes, ou par des géreurs & des économes unique-,
ment occupès de leurs intérêts. --- Page 58 ---
( 44 )
Pour terminer notre parallèle, nous n'avons pas 6efoin d'aller chercher des
exemples au - dehors , car la
France nous fournira affez de points de comparaifon.
TRAVAIL: en France, comme à Saint-Domingue, ;
les travaux de l'agriculture commencent avec le jour
& finiffent au coucher du foleil.
REPOS : à Saint-Domingue, comme en France, les
travailleurs ont les dimanches & les fêtes pour fe repofer, fe divertir, ou vaquer à leurs affaires perfonnelles;
le nègre a de plus deux heures par chaque jour de travail,
qu'il emploie à cultiver fon jardin, à foigner fes cochons,
fes poules, ou à vendre les produits de fon induftrie.
NOURRITURE : le payfan reçoit un falaire prefque
toujours infuffifant aux befoins de fa famille, tandis
dans nos colonies le nègre eft exempt de tout fouci que à
cet égard ; l'habitant fourniffant lui-même à l'exiftence
de tous fes efclaves (1).
LOGEMENT : nos payfans font bien logés dans nos
riches départemens, tandis que fur nos montagnes, dans
nos landes & nos marais, 9 ils font réduits à habiter de
mauvaifes cabanes de torchis & couvertes de chaume.
A Saint-Domingue, comme en France, les belles plaines,
les pays abondans & riches favorifent l'aifance de ceux
qui les habitent; auffi les nègres de la plaine ont ils des
cafes bâties en maçonne 2 des logemens commodes &
(1) Dans les ifles du vent 1 & dans les quartiers de l'intérieur de St.
Domingue, les habitans nourriffent abfolument leurs nègres, &
cet effet, ils font leur approvifionnement en boeuf falé, morues, pour
Quant aux autres parties de St.
3 &c.
Domingue - chaque nègre a fon jardin
particulier dont le produit, excédant fes befoins, fournit abondamment les marchés ; & le prixqu'ilretire de fes denrées, fert à lui procitrer des habits pour fa femme & des jouiffances pour lui-même.
- B 4
, les habitans nourriffent abfolument leurs nègres, &
cet effet, ils font leur approvifionnement en boeuf falé, morues, pour
Quant aux autres parties de St.
3 &c.
Domingue - chaque nègre a fon jardin
particulier dont le produit, excédant fes befoins, fournit abondamment les marchés ; & le prixqu'ilretire de fes denrées, fert à lui procitrer des habits pour fa femme & des jouiffances pour lui-même.
- B 4 --- Page 59 ---
(-45 ) à
falubres, randis que fur les mornes, dans les gorges des
leurs habitations ne font le plus fouvent
montagnes 3
les
à peine
que de miférables cahutes qui
garantiffent
des injures du, temps.
MALADIES : nos payfans , dans l'état de maladie ,
font infiniment plus à plaindre que les efclaves de SaintDomingue, puifque tous leshabitans ont des hôpitaux bien
des
bien fournies, & des chirurgiens
tenus, apothicaireries
& médecins à l'année.
PUNITIONS : à Saint-Domingue, la pareffe eft punie
par le collier ; le vol , par le nabot ; la débauche, par
le fouet ; la défertion, par le fouet & la marque, &
quelquefois par la corde ; le poifon & l'affaffinat,
&c. En
le premier délit eft puni
par la mort, ,
France,
la privation; ; le fecond, par la prifon & le poteau; 5
par
les galères ; le quatrième s par la
le troifème , par
guillotine, &c, V
de dire, l'on doit être
D'après ce que nous venons
convaincu qu'il eft conftant qu'avant la découverte de
la
ce fléau de tous les pays, ravaT'Amérique, , guerre,
de
geoit TAfrique, où les vainqueurs ufoient cruellement
vi8toire
dans certaines régions les prifonniers
la
s puifque
étoient vendus aux négocians Arabes (r), tandis que
dans d'autres les vaincus étoient impitoyablement facrifiés fur le champ de bataille, ou devenoient la pâture
journalière de leurs ennemis.
Il y a plus de I5o ans, que Truro-Audati, roi de
Dahomai, fit une irruption dans les royaumes d'Ardra,
(1) Pour un cheval batbe , le marchand Arabe recevoit de quinze
fufqu'à vingt-cinq nègres efclaves, qu'il emmenoit en captivité à Tunis
& fur les autres côtes de Barbarie.
ifiés fur le champ de bataille, ou devenoient la pâture
journalière de leurs ennemis.
Il y a plus de I5o ans, que Truro-Audati, roi de
Dahomai, fit une irruption dans les royaumes d'Ardra,
(1) Pour un cheval batbe , le marchand Arabe recevoit de quinze
fufqu'à vingt-cinq nègres efclaves, qu'il emmenoit en captivité à Tunis
& fur les autres côtes de Barbarie. --- Page 60 ---
46) )
de Wymey ; de Jacquin & de Juida , qu'il conquit;
ravagea &z dépeupla avec la férocité la plus barbare &
la plus inouie..
> Les cruautés que les nègres commettent dans leurs
9> guerres : font frémir d'horreur; & ceux qui tombent
3) vivans entre les mains de leurs ennemis,
7 doivent
> s'attendre à toutes fortes de barbaries. Après les avoir
2) long-temps tourmentés, on leur coupe, ou plutôr on
>> leur déchire la machoire d'en bas; & fans égard pour
9 leurs larmes on les laiffe périr dans cet état.
>) D'autres, après avoir coupé le vifage à leurs pri.
9) fonniers, leurs appuyent le genou contre l'eftomac
3) & leur arrachent de force la mâchoire inférieure qu'ils'
3) emportent en triomphe.
>> D'autres encore ont la cruauté d'ouvrir le ventre
# des femmes enceintes, & d'en tirer l'enfant pour l'écra92 fer fur la tête de la mere.
> Les nations de Juafo &x d'Akkanez ont tant d'hor5) reur l'une pour l'autre 2 que leurs batailles font de
>) véritables boucheries, après lefquelles ceux qui leur
>) furvivent, n'ont pas d'autre paffion que de fe raffafier
2) de la chair de leurs ennemis dans un horrible feftin,
9) & de prendre leurs mâchoires & leurs crânes pour en
> orner leurs tambaurs & la porte de leurs maifons (1).>
II y a plus d'un fiècle que les Iroquois ont détruit les
Hurons, 2 les Ericz, les Outahoucs & plufieurs autres
peuples del l'Amérique feptentrionale,
Mais les Européens, fans diftinétion de nations, n'ontils jamais fait de guerres injuftes, n'ont-ils jamais répan-
(:) Voyez Hiftoire générele des Voyages, par. Laharpe, tome 3a
page 163.
leurs maifons (1).>
II y a plus d'un fiècle que les Iroquois ont détruit les
Hurons, 2 les Ericz, les Outahoucs & plufieurs autres
peuples del l'Amérique feptentrionale,
Mais les Européens, fans diftinétion de nations, n'ontils jamais fait de guerres injuftes, n'ont-ils jamais répan-
(:) Voyez Hiftoire générele des Voyages, par. Laharpe, tome 3a
page 163. --- Page 61 ---
(471
innocent P La France n'a-t-elle pas eu fes
du le fang
n'ont ils pas
Iroquois & fes Africains? Nos départemens
d'Ardra & de Juida?
été traités comme les royaumes
avilir l'armée
De féroces décemvirs n'ont-ils pas voulu
ordonnant d'égorger fes prifonniers? ?
Françoife , en lui
préféré la capQuel eft le François qui n'auroit pas
de les
tivité de fes parens & de fes amis, plurôt que
fous fes yeux ? Captifs chez le peuple le
voir affaffiner
moins nourri de l'efpoir
plus barbare , il fe' feroit au
fers & de les
de racheter leur liberté, , de brifer leurs
Quelle eft l'époufe qui
rendre à leurs foyers (1).
eft le fils qui
fon mari ? Quel
n'auroit * pas, racheté
Oh! cités inforn'auroit pas pris la place de fon père?
facrifices n'auriez-vous pas fait pour fauver
tunécs! quels
concitoyens dont le fang a
la vie de vos malheureux fur le feuil même de vOs
été verfé dans vos murs -&
eft la nation qui n'auroit pas préféré
portes ! Quelle
vidimes de la férocité des hommes 2 plutôt
acheter les
d'Avignon, ou
de les voir périr dans les glacières
que
Job, fils de Ben-Salomon, , grand-Prètre de Bunda 1 en
(1) Le nègre
de
3 qui , le vendiété faifi par une troupe Mandingos,
Afrique 9 ayant efclave, le 27 Février 1730; s au Capitaine Anglois Pike,
rent, comme
dans la
de Maryland, oii il
lequel le tranfporta à Anapolis, 9
province fon nouvel efclave au trafut vendu au nommé Tolfey, qui employa bientôt le malheureux Job n'évail du tabac. Mais s'apercevant il rendit fa fituation que plus douce , en le
toit pas propre à la fatigue beftiaux. , Job ayant été outragé & troublé dans
chargeant du foin de fes
le parti de s'échapper ;mais il fut arl'exercice de fa religion 9 il prit le bonheur de faire connoître fa nailrêté & mis en prifon, ou il eut bientôt des amis difingués qui le confance & fes malheurs. II eut
fa liberté, le comblèrent de cas
duifirent en Angleterre , rachetèrent
dans fon pays, où
reffes, , lui Grent des préfens, 3 & le reconduifirent Hiftoire générale, de la
il arriva à la fin de Février 1735. Yoyez
Harpe, tome 2, page 163 & fuiv,
en prifon, ou il eut bientôt des amis difingués qui le confance & fes malheurs. II eut
fa liberté, le comblèrent de cas
duifirent en Angleterre , rachetèrent
dans fon pays, où
reffes, , lui Grent des préfens, 3 & le reconduifirent Hiftoire générale, de la
il arriva à la fin de Février 1735. Yoyez
Harpe, tome 2, page 163 & fuiv, --- Page 62 ---
fes )
dans les prifons de Paris ? Quel eft celui de nous qui
n'auroit pas préféré être vendu aux Algériens ;1 plutôt que
d'être noyé ou guillotiné (x)?
Oui, nous ofons le dire, nous aurions défiré voir
en captivité dans nos colonies tous les prifonniers
les barbares ont facrifié, foit à leur dégoûtante divi- que
nité, foit à leur. infatiable fureur (2). Nous voudrions
voir efclaves dans nos Ifles tous les malheureux
l'infame droit de la guerre deftine à la
que
mort; mais, s
comme nous l'avons déjà dit, nous voudrions qu'à la
faveur de lois auffi fages que févères, le fort de ces
infortunés fut auffi adouci que leur état pourroit le
comporter.
Nous défirerions connoitre une contrée
d'Afrique $
où les habitans feroient civilifés, oùr la captiviré feroit
inconnue, & où la force", la violence, feroient réprimées
par les lois ; alors nous demanderions qu'il fut interdit
aux Européens de fe préfenter dans un femblable
fous d'autre rapport que celui de la bienveillance pays, & 9
d'une convenance réciproque ; car il feroit barbare
injufte & fouverainement inhumain, de troubler la 2
paix
& le bonheur dont un tel peuple jouiroit.
A entendre les prétendus amis des noirs &i les véris
(:) Un captif à Alger obtient fa liberté pour 2 ou
tandis qu'un fédéralifte prifonnier de nos commiffions militaires, 3000 piafres, n'expioit pas fon prétendu crime par la mort la plus infame s il falloit encore que fa famille fut traînée dans les cachots, & fut dépouillée
qu'à fon dernier morceau de pain.
juf-
(2) Après la conquête de Juida , les nègres d'Ahomay firent
à
la fois quatre mille prifonniers qu'ils facrifièrent à leurs
périr &
dont ils avoient réuni les têtesfur deux grands échafauds. divinités, Voyage de
Senelgrave, commandant lel vaifleau la Catherine 3 arrivé à la côte de
Guinée, à la fin de Mars 1727.
tables
illée
qu'à fon dernier morceau de pain.
juf-
(2) Après la conquête de Juida , les nègres d'Ahomay firent
à
la fois quatre mille prifonniers qu'ils facrifièrent à leurs
périr &
dont ils avoient réuni les têtesfur deux grands échafauds. divinités, Voyage de
Senelgrave, commandant lel vaifleau la Catherine 3 arrivé à la côte de
Guinée, à la fin de Mars 1727.
tables --- Page 63 ---
(49)
tables ennemis de la France,
> TAfrique ne
que des hommes doux, juftes, humains renfermeroit
l'état de la plus cordiale
> vivant dans
amitié : felon ces
chaque région de cet immense continent
impofleurs,
de républiques dans lefquelles les droits de formeroit autant
feroient religieufement
chaque citoyen
obfervés, fi les marchands Européens pouvoient ceffer, difent-ils, d'y exciter les
à fe faire une guerre qui
peuples
procure des prifonniers aux
vainqueurs & des efclayes à nos colonies.
a Oh ! hommes faux autant que vous êtes
race doublement impie, triplement
inhumainst
trompezlep peuple,
barbare; quoi! vous
parce qu'il eft confiant; vous
le commerce , parce que vous vous étes enrichis calomniez
de fes
dépouilles; vous immolez les habitans de nos Ifles,
qu'ils ne vous délignent pas comme leurs
pour
vous incendiez nos villes pour avoir
bourreaux; ;
&"
nos métaux
après vous étre, gorgés, de fang & de richeffes, (i),
demandez l'abolition de la fervitude dans
vous
tous nos établifemers; c'eft-à-dire, que par la forte d'humanité
vous dévore 2 vous voudriez voir la France
qui
fes colonies abandonnées, &
ruinée,
VOS frères, les tyrans
d'Afrique 2 boire de nouveau le fang de leurs
niers (2)!
prifon,
Non, hommes auffi barbares
que VOS protégés, la
-
(1) Voyez la proclamation du 18. Juillet 1793.
(3) Parmi les,barbares d'Afrique, les
tions vraiment révolutionnaires d'an chef voyageurs parlentdes inclinaami de nos philofophes modernes s'étant faifi nègre de nommé Auqua. Cet
cipaux de fes ennemis, il prir plaifir de fang froid cinq à leur ou fix des prinpropre main' une infinité de bleffures, enfuite il huma leur faire de fa
une brutale fureur, Voyez Hifloire générale des
fang avec
kome 3, page132.
voyages, par la Harpe, s'
G
volutionnaires d'an chef voyageurs parlentdes inclinaami de nos philofophes modernes s'étant faifi nègre de nommé Auqua. Cet
cipaux de fes ennemis, il prir plaifir de fang froid cinq à leur ou fix des prinpropre main' une infinité de bleffures, enfuite il huma leur faire de fa
une brutale fureur, Voyez Hifloire générale des
fang avec
kome 3, page132.
voyages, par la Harpe, s'
G --- Page 64 ---
(5o j
France ne périra pas; fes repréfentans lui rendront fes
colonies, 2 & la nation, , en faifant juftice de vos blaf-,
phémes politiques, reprendra toute l'étendue de fon
commerce 8c de fon induftrie ; mais, encore une fois,
hâtons-nous de rendre des lois qui, en arrêtant les
flammes qui dévorent nos colonies, fixent irrévocablement le fort de leurs habitans.
Imitons, furpaffons même l'humanité des Athéniens,
& prouvons à l'efpèce d'hommes que nous irons arracher des mains de leurs
bourreaux, que nous favons
concilier les intérêts de notre
patrie s avec tous les
égards qu'exige le malheur.
CHAPITRE SIXIE M E.
Quelgucs idéesfur les moyens d'éviter la deftrudion
abfolue des Colonies Françoifes, & de ranimer
Tindufrie ndtionale,
Sr dans l'état aétuel des chofes, la France ne
fe lafer d'envoyer des guerriers dans nos colonies, peut fon
gouvernement ne doit pas perdre de vue qu'elles lui
demanderont bientôt des cultivateurs & des lois appropriées aux caraétères des hommes qu'elles devront
y
régir.
L'on a déjà vu que la guerre a moiffonné dans nos
Ifles tous les hommes vigoureux , tous les bras' qui
étoient l'efpoir de l'agriculrure 5 c'eft-à-dire, qué la paix
une fois rétablie dans ces malheureufes contrées, il n'y
reftera plus que des vieillards, des infirmes, des guerriers
ôt des cultivateurs & des lois appropriées aux caraétères des hommes qu'elles devront
y
régir.
L'on a déjà vu que la guerre a moiffonné dans nos
Ifles tous les hommes vigoureux , tous les bras' qui
étoient l'efpoir de l'agriculrure 5 c'eft-à-dire, qué la paix
une fois rétablie dans ces malheureufes contrées, il n'y
reftera plus que des vieillards, des infirmes, des guerriers --- Page 65 ---
(st) j
bien loin de rendre des fervices à TÉtar;
mutilés; qui,
le farferont à la charge de la nation & augmenteront
ce qu'enfin la mort
deau de la dépense publique , jufqu'à
nous
reftes d'une popularion que
ait enlevé ces dérniers
dit Rouffeau,
avons facrifiée, & qui n'avoit pas, comme
l'eftomac affez fain pour fe nourrir de liberté.
rétablirons-nous donc
Comment & par quels moyens
rendronslagriculture dans ces riches contrées? Comment
nous la fertilité à ces belles plaines de Saint-Domingue,
fleuries, oul'art,en
à ces côteaux rians , à ces monragnes
admifourniffoit avec une
embellifant la nature 2 nous
les richeffes néceffaires à nos I
rable profufion toutes
les matières utiles à
échanges aveci l'érranger, & toutes
& ànos befoins (1)3
nos manufaétures
ateliers, ces
Comment releverons-nous ces immenfes
qu'unigenic bienfaifant avoit créées,
admirablès machines,
de T'homme, fervoient
& qui, en économifant la force
aufli utilement Tinduftrie coloniale (2)
le pays du monde le
Comment repeuplerons-nous
aufi intéreffante de l'empire
plus fécond, , cette partie
la nation
& de la reftauration de laquelle
François ,
annuellement de 6
() L'on a vu que nos colonies nous fournifloient les innombrables maà 7 millions pefant de coton > qui, en alimentant verfoit dans la claffe inténufaétures réparties dans toute la France ,
des ouvriers plus de dix-huit millions en efpèces par an, s puifreffante livre de coton en rame donnoit 3 liv. de falaire à l'induftrie. de
qu'une
de France employoient près de 60 mille barriques
Nos raffineries
fucre chaque année. fans doute que de faifeurs de carmagnoles vou-
(2) L'on fe rappelera
des colonies, firent répandre l'exlant confoler le peuple far la perte
à fucre réuffiffoit parfaitecellente nouvelle que la culture de la canne
la
& la commune d' Orlcans en approvifionneroit
ment en. France 1 que
sépublique,
de France employoient près de 60 mille barriques
Nos raffineries
fucre chaque année. fans doute que de faifeurs de carmagnoles vou-
(2) L'on fe rappelera
des colonies, firent répandre l'exlant confoler le peuple far la perte
à fucre réuffiffoit parfaitecellente nouvelle que la culture de la canne
la
& la commune d' Orlcans en approvifionneroit
ment en. France 1 que
sépublique, --- Page 66 ---
(52)
entière attend le retour de fon exiftence & de' fon
bonheur P
Toujours extrêmes dans nos moyens, 2 enleverons-nous
les bras qui cultivent nos champs, ferons-nous tranfmigrer' les habitans de la France à l'Amérique (1)? ou
comme les États- Unis y attirerons-nous des engagés d'Europe? ou encore comme les Athéniens, nos
modèles à tant d'égards, mettrons-nous en captivité 8c
vendrons-nous, fur les places publiques, ceux des étrangers' qui, vivant parmi nous, n'auroient pu nous payer
les douze dragmes de tribut que les Grecs exigeoient
en pareil cas (3)?
Par la conceffion que TEipagne nous a faite de la
partie de Saint Domingue qui,hui appartenoit, la France
a bien acquis la certitude que foni gouvernement avoit
l'intention de raviver & proséger lagriculture coloniales
mais, comme Tintention de faire le bien ne le produit
pas toujours > la nation ne doit pas avoir perdu le droit
de s'occuper de fon, fortyror, quelles font les reffources
qu'auroit le Directoire pour réparer autant de maux :
Il faut avoir le courage de le dire : c'eft en changeant
le régime de. nos colonies, que nous parviendrons à y
(1) Philadelphie fe trouve environ par le 40me, degré de latitude
nord, c'ef-à-dire, fous un climat tempéré,
(2) Nos Etabliffemens de PAmérique fe trouvant entre le Sme. & le
2ome. degrés de latitude nord, , & par conféquent 3 fous la Zôpe torride,ce feroitinhumainement facrifier les Européens, que de les deftiner à la culture de nos colonies, qui re peuvent être travaillées
par des êtres acclimatés, par des hommes nés dans les brélantes régions que
d'Afrique.
(3) Le philofophe Xenocrate auroit été vendu par les Grecs, fi
F'orateur Lycurgue ne l'eut tiré des mains des fermiers s en payant fa
taxe, V.Hiftoire ançienne de Rollin, > moeurs & coutumes des Grecs,
les Européens, que de les deftiner à la culture de nos colonies, qui re peuvent être travaillées
par des êtres acclimatés, par des hommes nés dans les brélantes régions que
d'Afrique.
(3) Le philofophe Xenocrate auroit été vendu par les Grecs, fi
F'orateur Lycurgue ne l'eut tiré des mains des fermiers s en payant fa
taxe, V.Hiftoire ançienne de Rollin, > moeurs & coutumes des Grecs, --- Page 67 ---
53' )
rétablir le travail & la paix
c'eft
nous leur
(r);
en.. Afrique que
trouverons des bras (2), comme c'ef
l'induftrie Françoife
par
En
que nous les remettrons en valeur.
effet, 'fi, au lieu d'adopter notre
vouloit maintenir la liberté
opinion, 2 l'on D
l'on
aux nègres de nos colonies,
prépareroit infailliblement
car ne nous
l'efclavage à la France;
y trompons pas; avec
des
noirs, il n'y a plus de colonies; l'indépendance
; fans
il ne
peut y avoir de commerce fans colonies;
n'aurons point de marine ;
commerce 2 nous
; fans marine & fans commerce, il ne peut y avoir d'induftrie, & la
manquant de tous les' élémens qui
république,
finiroit
conftituoient fa force,
par étre vainçue,
Ici,noust mousyattendons, lesi fedaires Anglois
Wilberioce, ainfi que tous fes difciples
sdelapôtre
lui de la
travaillés comme
confomptior; les Neckériftes de France & les
Créfusd'ancienned & moderne fortune ;
les ennemis des
lestamis des noirs;
blancs, les ennemis de la
tous voat faire chorus & crien à
Erance, enfin
T'infamie
au facrilège , à la confpiration.
auemeurtre,
Nous, pourrons peut-être encore encourir le
d'une claffe de citoyens infiniment
blâme
avec laquelle l'on fe réconcilie
intérefante 2 mais
fa
auffitôr qtic l'on éclaire
raifon; nous voulons parier de ces hommes
une ame
nés avec
confiante, ardente pour le
d'amour pour la conftitution
bien, brûlant
dans laquelle
trent toutes leurs affeltions,
ils concenils attendent
mais de laquelle
le bonheur de leur
cependant
patrie.
(1) Plus l'on aura détruit, , plus ilfaudra rétablir.
(2) Raffurez-vous, 3 hommes humains, car
à la France, ef, comme
celui qui donne ce confeil
fans paflions,
wous, l'ami de Thumanité : mais jugez-le
ftitution
bien, brûlant
dans laquelle
trent toutes leurs affeltions,
ils concenils attendent
mais de laquelle
le bonheur de leur
cependant
patrie.
(1) Plus l'on aura détruit, , plus ilfaudra rétablir.
(2) Raffurez-vous, 3 hommes humains, car
à la France, ef, comme
celui qui donne ce confeil
fans paflions,
wous, l'ami de Thumanité : mais jugez-le --- Page 68 ---
(54)
Ces derniers loueront notre zèle s'ils approfondiffent;
s'ils méditent notre travail ; car ils feroient alors intimément convaincus de la pureté de nos intentions ;
mais pour les autres, ils peuvent, à l'inftar de leurs chefs,
parler de leur prérendue vertu s de leur prétendue
philantropie, le fol Américain dépofera éternellement
contre eux, & les mânes des François égorgés par les
noirs, attefteront à la poftérité les crimes : qu'ils ont
commis en propageant leurs fanguinaires maximes.
Les apôtres qui ont fi heureufement & fi efficacement préché la mort des blancs, la liberté des noirs,
la deftrusion des colonies, & par conféquent la ruine
de la France, ont bien fu, pour arriver à leurs fins,
calomnier les habitans de nos Ifles 2 &i leur attribuer
tous les, maux, toutes les cruautés qui fes font commifes depuis la fondation de nos établiflemens en
Amérique (1).
S'ils euffent eu quelques-unes des vertus du fenfible
Lafcazas, s'ils euffent été fincèrement" dévoués à la
caufe de Thumanité, ils avoient la plus belle carrière à
parcourir, la plus honorable des miffions à remplir;
c'étoit fans doute de mettre a profit l'efprit d'exaltation
qu'ils ont eu le talent de faire naitre dans le coeur de
leurs difciples alors, fondateurs d'une religion nouvelle,
ils auroient, comme la propagande de Rome, établi des
miffions qui auroient parcouru la Guinée, le
Congo ,
le pays des Hottentots 3 celui des Caffres, & la côte
(1) Avant Pinfurredtion de nos colonies, l'on y, voyoit une infinité
d'habitans qui avoient des foins véritablement paternels pour leurs efclaves 5 & dans un très-grand nombre d'ateliers, 3 ces hommes étuient
plus heureux que beaucoup de nos payfans.
comme la propagande de Rome, établi des
miffions qui auroient parcouru la Guinée, le
Congo ,
le pays des Hottentots 3 celui des Caffres, & la côte
(1) Avant Pinfurredtion de nos colonies, l'on y, voyoit une infinité
d'habitans qui avoient des foins véritablement paternels pour leurs efclaves 5 & dans un très-grand nombre d'ateliers, 3 ces hommes étuient
plus heureux que beaucoup de nos payfans. --- Page 69 ---
s5 )
de Mozambique ; ces miffionnaires ; comme autant de
auroient travaillé à humanifer
nouveaux évangéliftes 9
tous les roitelets d'Afrique, auxquels ils auroient fait
comprendreiks beaux difcours de Briffot de Warville,
les dogmes du grand cophte Necker, & les incomparables paradoxes du doéeur du comté d'Yorck.
Ils auroient repréfenté à tous ces defpotes combien
ils font coupables aux yeux même de leurs ferpens, de
leurs fétiches (1), & de leur grand prophète Mahomet ;
de fe.faire perpétuellement la guerre > & fur-tout d'immoler (2) impitoyablement les prifonniers qu'ils fe font
La mer , les tivières, les arbres 2 les montagnes, un caillou, un
oS a () de poiffon ou de volaille, les oifeaux, les ferpens, les idoles de bois
& de terre, font autant de fétiches ou de divinités que les nègres de
Guinée révèrent & invoquent, , & auxquelles ils facrifient des hommes,
des femmes & des'enfans.Le Capitaine Senelgrave rapporte un exemple
remarquable de Pun de ces facrifices humains , près de la rivière du
vieux Kallabar 1 fur Ia Côte d'Or, & quer nous allons rendre à nos lecteurs. Après avoir, été préfenté à Akqua, chef ou roi du canton 9
29 Senelgrave vit un petit negre attaché par la jambe à un pieu fiché en
> terre. Ce petit miférable , àgé de douze mois 3 étoit couvert de mou95 ches & d'autres infeêtes : deux prêtres qui failoient la garde près de
22 1ui,' paroiffoient ne le pas perdre de' vue. Le Capitaine furptis de ce'
4 fpeétacle, , en demanda au roi P'explication. Ce prince répondit que
9* c'étoit une vidime qui devoit être facrifiée la nuit fuivante, au Dieu
29 Egho , pour la profpérité de fon royaume. Le Capitaine Anglois re99 préfenta au Prince, 9 qu'au lieu des bénédidions du ciel, it alloit s'at92 tirer la haine du dieu tout-puiffant que les Blancs adorent. Enfin', , il
3y offrit d'acheter ce malheureux enfant qui étoit 9 dit-il, auffi joli qu'un
21 nègre peut l'être. Sa propofition fut acceptée, s & en payement 1 le
collier de verre bleu, qui ne valoit pas
29 roi ne lui demanda qu'un
trente fous. Voyez le voyage de Senelgrave , Capitaine da vaiffeau
39 la Catherine , à la côte de Guinée 4e
(2)1 Les prifonniers mutilés 9 les vieillards, s ceux enfin que les traitans
ne veulent pas font mis à mort par.le yainqueur. Avant ce commerce
& m@me encore dans Jes contrées trop éloignées des çomptoirs Euro:
de verre bleu, qui ne valoit pas
29 roi ne lui demanda qu'un
trente fous. Voyez le voyage de Senelgrave , Capitaine da vaiffeau
39 la Catherine , à la côte de Guinée 4e
(2)1 Les prifonniers mutilés 9 les vieillards, s ceux enfin que les traitans
ne veulent pas font mis à mort par.le yainqueur. Avant ce commerce
& m@me encore dans Jes contrées trop éloignées des çomptoirs Euro: --- Page 70 ---
(s6 )
reipedtivement, lorfqu'ilsi ne voyent pas des Européens
pour les leur acheter ; alors, , affoibliffant le commerce des
efclaves, coupant méme cette traite dans fa racine
ils auroient' eflicacement fervi la caufe des noirs, & nos
colons de. leur côté auroient été les premiers à
provoquer des lois favorables à la repopulation de leurs ateliers.
1 Mais non , c'ef: du palais. enchanté de
Markington 9
(2) c'eft du château doré. de Coppet
, que Wilberfoce &
Necker (3) nous ont donné leur légillation, & qu'ils
jettent des foupirs fur la pauvre humanité ! C'eft environnés des biens de ce monde, 2 c'eft dans le centre des
jouiffances Européennes, que nos hommes fenfibles, , s'il
en fut jamais, s'abandonnent a la douleur &. à la défenfe
des Africains. Maudits philofophes ! race dénaturée ! ne
péens, les,rois nègres font couper les jarrêts de leurs prifonniers, &
dans cet. état ils les font jeter dans' des précipices où ils font bientôt dé-,
vorés par les tigres & les autres animaux féroces, dont ces pays font
remplis. Voyez Hiftoire générale des Voyages.
(1) La ceflation dela traite Françoife n'a fait que donnerp plus d'encouragement à celle"des autres nations; mais en admettant Wilberfoce auroit eu la même influençe. dans le Sénat
que
&
Britannique, > que Briffot
conforts en ort obtenu dans celui de la France, il en feroit fans
doute réfuité la defruétion des Colonies Angloifes, & par
la perte de leurs habitans, fans diftinétion de couleurs ; conféquent,
demandons à cette feéte d'imbécilies qui fe difent les amis alors, des 2 nousle noirs,
quels biens, ou, plutôt quels maux' n'ont-ils pas procuré à ces malheu- $
reux? A PAmérique, ils les ont renda plus féroces que les animaux ;,
ils leur ont fait commettre des crimes dont, l'hiftoire de leur pays ne
fourniffoit pas d'exemple ; après quoi, ces malheureux ont travaillé à
leur propre defrugion, en tournant contre eux le même fer dont ils
avoient affaffiné nos concitoyens. En Afrique s bien lein d'adoucir. le
fort des noirs, l'abolition de la traite n'auroit d'autre fruit, que celui
de rétablir l'infame ufage de faire périr un ennemi que l'on ne peut plus
vendre.
(2) Campagne de M. Wilberfoce dans le comté d'Yorck,
G) Réfidence de M. Necker , près Genève,
favez-vous'
même fer dont ils
avoient affaffiné nos concitoyens. En Afrique s bien lein d'adoucir. le
fort des noirs, l'abolition de la traite n'auroit d'autre fruit, que celui
de rétablir l'infame ufage de faire périr un ennemi que l'on ne peut plus
vendre.
(2) Campagne de M. Wilberfoce dans le comté d'Yorck,
G) Réfidence de M. Necker , près Genève,
favez-vous' --- Page 71 ---
(57)
favez-vous donc pas que le premier devoir de
eft d'être humain pour fes
l'hommé
fes concitoyens ? Ne
proches, pour fes amis : pour
du citoyen eft de favez-vous donc pas que le devoir
ler P Jouiflez
défendre fa patrie , & non de l'immomaintenant de votre gloire, car en femant
T'infurreétion dans nos colonies, & en y donnant
de la mort, vous avez anéanti
le fignal
Tinduftrie
nos ateliers, brûlé nos vaiffeaux,
nationale, 2 brifé
tari la fource qui donnoit
comblé nos ports 2 &
François.
l'exiftence à dix millions de
Jouiffez, hommes dénaturés!vos fuccès font
sables, car'du moment que la paix
incontef.
mouvement des armées, , & fermé les aura fufpendu le
re, vous aurez la fatisfaction
arfenaux de la guerfamilles d'ouvriers
de voir cinq cent mille
(1) fans travail & fans
nous vous le
pain : qui ,
Ah!
demandons 2 leur donnera l'un & l'autre P
taifez-vous : bornez vOs foins à
cheffes : fermez, fermez VOS
conferver vos rila boîte de Pandore.
cahiers, ils font pour nous
CHAPITRE
SEPTIE ME.-
De la partie Efpagnole de St.
avantages que la France
Domingue 2 6 des
doit en retirer pour le
rétablifement de fes plantations
ravagées.
TATANASSNO
PAR lacquifition 'de la partie
Efpagnole de SaintDomingue, cette intéreffante colonie donne à la France
(r) C'eft un fait connu 5 la' plupart des ouvriers de
manquent de trayail, manquent aufitot' de pain,
France, 3 lorfqu'ils
H
fpagnole de St.
avantages que la France
Domingue 2 6 des
doit en retirer pour le
rétablifement de fes plantations
ravagées.
TATANASSNO
PAR lacquifition 'de la partie
Efpagnole de SaintDomingue, cette intéreffante colonie donne à la France
(r) C'eft un fait connu 5 la' plupart des ouvriers de
manquent de trayail, manquent aufitot' de pain,
France, 3 lorfqu'ils
H --- Page 72 ---
(58)
uce ile d'environ 400 lieues de circonférence;
; en forte
que tous nos établiffemens dans le Nouveau-Monde
nous préfentent une étendue, de pays auffi vafte
la France (1).
que
Selon un auteur moderne > la partie de St.. .Domingue
Efpagnole embraffe a-peu-près les trois cinquièmes de
Tétendue de cette colonie 5 elle eft déferte vers le
centre, & nonobflant quelques érabliffemens qu'elle
poffede dans les environs de Santo- - Demingo, fa ville
capitale 2 il prétend, généralement parlant, qu'elle eft
dépeuplée & inculte; fes mornes font couverts de forêts'
antiques, & fes plaines ou vallées, au lieu"de produire
le coton, le fucre &
l'indigo, s forment de vaftes hattes
où paiffent de nombreux troupeaux de bêtes à cornes
& cavallines. Il règne, ajoute-t-il, à Saint-Domingue
un grand préjugé en faveur de la fécondité de ce fol
vierge;ily a lieu de croire que cette opinion eft fondée
à l'égard de tout ce qui avoifine les côtes maritimes
mais il penfe, non fans quelque apparence de
;
fondement,
que l'éloignement de la mer, le défaut d'eau & de communicationsferont toujours des parties fituées au centre,
un défert ftérile & inhabitable (2).
Selon d'autres obfervateurs, , la partie Efpagnole renfere
meroit des mincs très-abondantes & de facile
extraction,
(:) La circonférence de St. Domingue eft de 400 lieues ; celle de la
Guadeloupe, de 60; celle de la Martinique, de 40; celle de
Lucie, de 455 celle de Tabago 3 30 ; celle de la Défirade, Saintede Made-Galande,10; celle des Saintes, 7; celle de la 1o;'celle
geife de St. Martin, 8; ceile de Cayenne & dela Guyane partie Fran.
200 lieues.
Françoiles,
(2), Voyez réfexions fur lalcolonie-de St.
page 278,
Domingue, tome I T
adeloupe, de 60; celle de la Martinique, de 40; celle de
Lucie, de 455 celle de Tabago 3 30 ; celle de la Défirade, Saintede Made-Galande,10; celle des Saintes, 7; celle de la 1o;'celle
geife de St. Martin, 8; ceile de Cayenne & dela Guyane partie Fran.
200 lieues.
Françoiles,
(2), Voyez réfexions fur lalcolonie-de St.
page 278,
Domingue, tome I T --- Page 73 ---
(59)
donneroient de lor; du cuivre', du talc & du
qui nous
de l'utilité que la
criftal; en forte qu'indépendamment
république pourroit retirer. un jour des richeffes que cette
dans fon
nous jouirions de faite
terre renferme
fein,
des produltions que nous préfente fa fuperficie.
La révolte des nègres ayant non-feulement détruit la
Françoife, mais encore tous les animaux qui
partie étoient fur les habitations 2 il feroit bien effentiel fans
doute d'utilifer ceux que nous offre la partie Elpagnole,
foit
les falaifons, foit pour les cuirs, foit pour les
pour
travaux de l'agrieulture ; mais combien ne devra-t-on
pas prendre de précautions pour éviter que ces troupeaux
ne foient détruits & dévorés fans fruit pour le rétabliffement de la colonie. C'eft cependant ce gui arriveroit
inévitablement, fi le Gouvernement re prend pas de
bonne heure des mefures propres à éviter cctte nouvelle calamité : car c'cn feroit une calamité, fi faure*
d'avoir utilife.les chofés qui font fous nos mains, nous
étions forcés à avoir recours au commerce étranger,
en avoir les vivres &e les matériaux qu'une partic
pour
offre
rétabliffement de P'autre.
de PIe nous
pour-le
Mais," nous le demandons au Gouvernement, à quoi
nous ferviroit cette étendue de nos Eropriérés coloniales,
cette conceflion de terre que nous nous a fait TEpagne,
fi Pinduftrie nationale', fi la marine & le commerce de
France devoient demeurer ongloutis dans les fatras d'une
homicide philantropie ?
Quels fruits retirerions-nous des établiffemens que les
colons Efpagnols ont formé dans les environs de SantoDomingo. , de Seibo, de Cotuy 2 de la Vega , de St. Yago,
de Monte- Chrifto, de Saint-Jean-d de- Goava, 8: dans --- Page 74 ---
( f 60 )
toutes les parties de la circonférence de l'Ife qui leur
ont préfenté
quelques avantages 2 ou la commodité de
quelques ports > f, en prenant poffeffion de la colonie,
nous lui faifons fubir l'infame régime qui a dévoré les
nôtres.
Faudra-t-il que ceux des habitans Efpagnols > que la
confiance dans notre Gouvernement auroit fait demeurer
fur leurs foyers, périffent vidimes de leur loyauté &
de notre perfidic? Tout le fait craindre; & la conduite
que nous avons tenue en prenant poffeffion du diftriét
de Banica (1), qui; en affeétant douloureufement le
refte de la colonie, n'a déjà que trop démontré qu'elle
ne pourra devenir Françoife, qu'après avoir été purifiée
par le feu dévorant de notre liberté. .
CHAPITRE HUITIE M E.
Des ohfacles gue la Conftitution Frangoife fembleroit apporter à la repopulation de nos Colonies,
5 N
IL exifte parmi nous des hommes qui, depuis
du diftriét
de Banica (1), qui; en affeétant douloureufement le
refte de la colonie, n'a déjà que trop démontré qu'elle
ne pourra devenir Françoife, qu'après avoir été purifiée
par le feu dévorant de notre liberté. .
CHAPITRE HUITIE M E.
Des ohfacles gue la Conftitution Frangoife fembleroit apporter à la repopulation de nos Colonies,
5 N
IL exifte parmi nous des hommes qui, depuis qu'ils
(:) Le diftriet de Banica fur P'Artibonite, eft le premier établiffement
Elpagnol que l'on trouve en s'y rendant du Mirebalais par l'oueft, 3 &
du Fort-Dauphin par le nord de la partie Françoife de St.
Selon les nouvelles de St.
Domingue,
Domingue, 9 publiées dans les journaux, il
paroitroit que les Commiffaires civils avoient fait prendre poffeffion de
Banica, , dans le fort dyquel ils avoient mis une garnifon Françoife, &
qu'aprèsy avoir publié leurs principes de liberté, les nègres des deux
nations ont travaillé à incendier, piller & dévafter les propriétés de
cette partie de notre acquifition i ce qui détermina nos nouveaux frères
Efpagnols à appeler les forces Angloifes, qui; jointes aux leurs, nous
ont repoufé & chaffé de toutes leurs limites, &c. --- Page 75 ---
(61 )
convoitoient, feroient affez
ont acquis la fortune qu'ils
civile & la deffanatiques (1) pour préférer la guerre
que de renoncer à quelquestruétion de la France, plurôt
bien
principes, mot qui,
unes des idées qu'ils appellent éternelles de la juftice,
loin de nous rappeler les bafes
ont
dans leur langue que ceux qu'ils
ne fignifié plus
d'autrui : car le
profeffé pour s'enrichir des dépouilles
léfiondilapidateur de la fortune publique. 2 Tacquéreur & les
nationales, les pofeurs
naire des' propriétés
de
les
2 les'riches
leveurs de fcellés,
réquifitionnaires de la tyrancréation révolutionnaire s tous les fuppôts
Tobfervation des principes toutes
nie enfin, invoqueront
de pérdre la moindre
les fois' qu'ils fe croiront en danger
forte de confide leur fcandaleufe fortune 7 8 la
partie
leur procure ; en forte que pour exdération qu'elle
ils infoit la nation, foit leurs concitoyens,
proprier,
force les. .principes ; & que pour convoqueroient avec
c'eft encore les principes qu'is
ferver les bien volé,
à grand cris à leur fecours. Ainfi, ne perdons
appellent
qu'ils avoient projamais de vue que c'eft par principes
détruit
clamé Panarchie; que c'eft par principes qu'ils ont ruiné la
;
c'elt par principes qu'ils ont
nos colonies que
des
qu'ils fe font
France ; que c'eft à là faveur principes voudroient
enrichis, & que c'eftàl l'aide des principes qu'ils
nationale.
confernveramnjosif@iacesd & éluderlavengeancer
Obfervons auffi que les hommes dont nous parlons,
fi imbus de. leurs lois révolutionngires, 2 de
font encore
de leurs mefures de Tureté, qu'ils
leurs formes acerbes,
ici du mot fgnatique, 7 car nous avons bien
(1) Nous nous fervons eft aufli dangereufe en politique, qu'en maéprouvé que çette maladie
tière religieufe,
.
confernveramnjosif@iacesd & éluderlavengeancer
Obfervons auffi que les hommes dont nous parlons,
fi imbus de. leurs lois révolutionngires, 2 de
font encore
de leurs mefures de Tureté, qu'ils
leurs formes acerbes,
ici du mot fgnatique, 7 car nous avons bien
(1) Nous nous fervons eft aufli dangereufe en politique, qu'en maéprouvé que çette maladie
tière religieufe, --- Page 76 ---
(63)
ne peuvent pas fe faire à l'idée
l'empire des
que nous vivons fous
lois, & que leur bonne mère, Ja Convention,
n'exifte plus ; auffi 2 toutes les' fois que l'occafion fe
préfente pour violer la conftitution à leur
la faififfent, tandis
profit, ils
qu'ils jettent les haut cris, fi l'interprétation de
quelques- unes de fes difpofitions.
fauver la
pouvoit
république ; car c'eft alors qu'ils renouvelleroient leurs blafphèmes
pérififent
politiques s& qu'ils diroient encore:
mille fois les colonies plutôt que de facrifier un
feul principe !
Que leur importe en cffet les colonies & l'activité
qu'elles donnoient à l'induftrie nationale
fcs richeffes
par lcs immenqu'elles lui procuroient annuellement (1)
Quelles que foient les privations de leurs
les impôts qu'ils auront à
concitoyens,
qu'ils
payer, les familles indigentes
devront foutenir, ne font-ils pas au- deffus du
befoin, ne font t-ils pas poffeffeurs de ci-devant
terres
feigneuriales, de ci-devant. abbayes, de ci-devant
Hé bien! que leur manque-t-il
évéchés?
aujourd'hui pour devoir
réclamer. en favcur d'une nation
fans doute
qu'ils Ont ruiné? Ah!
qu'ils diront que cette nation ne mérite
que l'on facrifie un feul
plus
principe pour fon bonheur !
Il eft cependant démontré &
2 les hommes les plus
(1)Surl la fomme énorme d'environ 6co millions à laquelle
annueilement les denrées coloniales que toutes les
s'élevoient
rope recevoient du Nouveau-Monde,
Puiffances de PEuviron 280 millions : celle de
s la part de la France étoit d'engleterre, S5 milions : celle P'Efpagne, du
127 millions : celle de l'AnHollande, 35 millions : celle du Portugal, 60 millions : celle de la
fuit que les colonies Françoifes Dannemarck, 15 millions : d'oi il
rées que toutes les pollefions réunies produifoient ellcs feules autant de denlande 3 &c:
d'Efpegne, d'Angleterre, : d'Hol
: celle de
s la part de la France étoit d'engleterre, S5 milions : celle P'Efpagne, du
127 millions : celle de l'AnHollande, 35 millions : celle du Portugal, 60 millions : celle de la
fuit que les colonies Françoifes Dannemarck, 15 millions : d'oi il
rées que toutes les pollefions réunies produifoient ellcs feules autant de denlande 3 &c:
d'Efpegne, d'Angleterre, : d'Hol --- Page 77 ---
(63)
bornés en font convaincus 2 que le plus grand malheur
un état eft, fans contredit, celui d'avoir une grande
pour
fans travail & dans l'indigence; car c'eft
maffe de peuple
bien alors que tous les principes font en danger.
Les principes ne feroient pas feuls en danger ; car
l'ordre public feroit interverti, les lois demeureroient
impuiffantes contre le befoin, le Gouvernement même,
fut fa force, feroit méconnu s & le chaos
quelle que
deviendroit d'autant plus affreux ,qu'alors la guerre civile e
auroit un libre cours.
Pour éviter de femblables malheurs, que nos nouveaux
riches devroient favoir mieux apprécier s il faut à un
grand peuple qui étoit habitué à vivre dans l'aifance. ,
du travail & du pain ,' car d'après tous les facrifices
qu'il a fait deçuis huit ans s il a bien acquis le droit
d'exiger l'un & l'autre.
Pour occuper Tacivité du peuple François, il faut
lui procurer un débouché aétif de, toutes les produdtions
de' fon induftrie, & ce débouché ne fe trouvera que par
le rétabliffement de fes colonies : car c'eft à l'Amérique,
c'eft dans TInde qu'il ira oublier fes malheurs.
Pour rétablir les colonies 2 il faut remplacer la population que l'anarchie a dévoré ; il faut des hommes acclimatès, des agriculteurs que l'Europe ne fauroit fournir;
il leur faut des têtes Françoifes & des bras Africains ;
car nous le demandons à nos philantropes, ( mais non
à ceux dont la fortune eft faite ) quels font leurs
pas
fertilifer & utilifer nos Ifles, fi nous devions
moyens pour
renoncer aux reffources que nous offre la traite des
nègres ?
Mais, diront ils, la conftitution oppole, puifqu'elle
sy
des hommes acclimatès, des agriculteurs que l'Europe ne fauroit fournir;
il leur faut des têtes Françoifes & des bras Africains ;
car nous le demandons à nos philantropes, ( mais non
à ceux dont la fortune eft faite ) quels font leurs
pas
fertilifer & utilifer nos Ifles, fi nous devions
moyens pour
renoncer aux reffources que nous offre la traite des
nègres ?
Mais, diront ils, la conftitution oppole, puifqu'elle
sy --- Page 78 ---
( 64)
dit formellement : 3) Tour homme peut engager fon
temps
>> & fes fervices, , mais il ne peut fe vendre ni être vendu;
5) fa perfonne n'eft pas une propriété aliénable (1)-
Elle dit ailleurs :
>> Les colonies Françoifes font partie intégrante de
3 la république s & font foumifes à la même loi conftis tutionnelle (2).
Elle porte encore : c fi l'expérience faifoit fentir les
7 inconvéniens de quelques articles de la conftitution,
> le confeil des Anciens en propoferoit la: révifion au
n confeil des Cinq Cents ; mais elle ajoute : lorfque
>> dans un efpace de neuf années, la propofition da
s confeil des Cing Cents a été faite à trois époques
5 éloignées l'une de l'autre de trois années au moins,
3) une affemblée de révifion eft convoquée (3). >>
A prendre les trois articles que nous venons de râpporter dans leurs fens littéral, il- s'enfuivroit donc,
1. que le commerce de la traite eft interdit aux
François; 2.0 que les habitans de la zône torride
feroient gouvernés par nos. lois ; 3.° que l'on ne
pourroit obtenir ni changement, ni amendement à l'aéte
conftitutionnel, que dans neuf ans, à compter du jour
que le confeil des Anciens en feroit la première def
mande (4).
(i) Droits de l'homme, : art. 15.
(2) Divifion du territoire, art. 6.
(3) Révifion de la Conflitution, , art. 336 & fuivans.
(4) Lorfqu'une habltation eft mal-affife, , qu'elle fe lézarde, perd fon
à-plomb ,&c menace d'une ruine auffi prochaine qu'inévitable, les habitans de cette maifon doivent -ils attendre la fin de leur bail, pour
demander aux architedtes d'elçorer l'édifice qui menace de les enfevelie
fous fes décombres
A
.
(3) Révifion de la Conflitution, , art. 336 & fuivans.
(4) Lorfqu'une habltation eft mal-affife, , qu'elle fe lézarde, perd fon
à-plomb ,&c menace d'une ruine auffi prochaine qu'inévitable, les habitans de cette maifon doivent -ils attendre la fin de leur bail, pour
demander aux architedtes d'elçorer l'édifice qui menace de les enfevelie
fous fes décombres
A --- Page 79 ---
(65)
nous ayons Tintention crimiA Dieu ne plaire que
avoir tous les
nelle d'affoiblir le refpe&t que doivent
& que nous
François pour leur charte conftitutionnelle,
fa
blâmions la févérité du mode qu'elle prefcrit pour
réformation.
que par ces expreflfions: : T'homme
Mais nous penfons
fe vendre ni être vendu 2 le légillateur a voulu
ne peut
(1) & non des Africains ; car il ne
parler des François
donner des lois à l'univers.
peut avoir eu l'intention de
opinion eft que les François pourront, $
Alors , notre
arracher à la mort des
fans violer les droits de Thomme,
malheureux captifs que les tyrans d'Afrique immolent
à les échanger contre nos
quand ils ne trouvent pas
merceries d'Europe.
déclarant que les colonies
Nous penfons auffi qu'en
feroient régies par les mêmes lois de la France;
Françoifes voulu dire autre chofe 2 finon > que les col'on n'a pas
& que leurs
lonies recevroient les lois de leur métropole 2
du droit de
habitans, , libres & propriètaires s jouiroient
François; car ce feroit une abfurdité d'imaginer
citoyen
lefclave puiffe jouir d'un droit I
que Phomme brut, que
liberté dont il abufe (2).
qu'il ne connoit pas, & d'une
lc Corfaire Barbarefque prend un vaiffeau François 1
(:) Quand navire ne viole pas la Confitution de fon pays s car
léquipage de ce vendent pas ; mais ils font vendus, auffitôt! leur arces infortunés ne fe Barbarie. Avant la révolution , il y avoit une
rivée fur la côte de
ne s'occupoit qu'à racheter nos
Miffion (les P.P. de la Merci.) qui
chez les Maures. Cette
malheureux concitoyens qui étoient en captivité
Miffion violoit-elle les droits de l'homme du Vent, , après avoir
civil aux Ifles
(2) Viétor Hugues, 9 Commiffaire & avoir fait propager fa do8trine des
armé les noirs contre les blancs 1 s'eft vu réduit à faire périr pludroits de Phomme- parmi les nègres, forcer les ateliers à travailters
Geurs milliers de çes derniers, pour
I
heureux concitoyens qui étoient en captivité
Miffion violoit-elle les droits de l'homme du Vent, , après avoir
civil aux Ifles
(2) Viétor Hugues, 9 Commiffaire & avoir fait propager fa do8trine des
armé les noirs contre les blancs 1 s'eft vu réduit à faire périr pludroits de Phomme- parmi les nègres, forcer les ateliers à travailters
Geurs milliers de çes derniers, pour
I --- Page 80 ---
(66 )
La méme conftitution admet bien la faculté d'écrire
& de manifefter fa penfée; mais fi les ennemis du dehors
confpirent avec ceux del l'intérieur, faudra-t-il fuivre les
règles de la conftitution pour déjouer les trames faites
contre la fureté de l'État ? Faudra-t-il que le Gouvernement attende 9 pour agir & faire intercepter la correfpondance des confpirateurs, que les deux confeils aient
ordonné une affemblée de révifion pour en obtenir la
faculté conftirurionnelle de violer le fecret des lettres
& fauver la France ?
Faudra-t-il laiffer périr le vaiffeau que l'eau fubmerge;
ou que le feu dévore 9 parce que les conftrudeurs ne
font pas là pour procéder méthodiquement à la fau:
vation & au falut de l'équipage ?
Hé bien! c'eft le vaiffeau de l'État, c'eft la nation
entière qui périt fi l'on ne Jui rend pas fes colonies &
toutel l'étendue de fon commerce.
Que l'on ne nous parle donc pas de formes (1);
lorfqu'il s'agit du falut & de l'exiftence du premier
du monde ; car ce peuple a montré qu'il ne veut peuple
de dévots pour toutes les inflitutions humaines pas
qui ne
feroient pas fon bonheur.
La nation ne doit donc pas douter de la volonté oûi
eft fon gouvernement de lui r'ouvrir, tous les canaux
de fa première induftrie ; mais elle défire, elle a befoin
Combien y a-t-il de nègres qui préféreroient la fervitude des habitans
à la liberté de Vietor Hugues!
() Nous foutenons que l'acte conftitutionnel ne dit rien en
des peuples d'Afrique , & qu'il n'y a que les ennemis de la profpérité faveur
Frangoife, 3 qui, en forgant le fens de nos lois, 3 en tirent des indudtions
favorables à leurs projets deftruéteurs,
I
in
Combien y a-t-il de nègres qui préféreroient la fervitude des habitans
à la liberté de Vietor Hugues!
() Nous foutenons que l'acte conftitutionnel ne dit rien en
des peuples d'Afrique , & qu'il n'y a que les ennemis de la profpérité faveur
Frangoife, 3 qui, en forgant le fens de nos lois, 3 en tirent des indudtions
favorables à leurs projets deftruéteurs,
I --- Page 81 ---
(67 02 )
qjue fcs repréfentans lui expliquent l'article XV. des
droits de T'homme, & l'article VI. fur la divifion du
territoire: ; alors fixée, raffurée fur le fort de fes colonies,
elle provoquera, clle demandera avec inftance à fes légiflateurs de révifer une des meilleures lois de l'ancien régime fur la légiflation des habitans des colonies (1);
elle leur demandera de graduer les récompenfes fur les
fervices, & de fixer la conduite à tenir pour mériter,
les bienfaits de la liberté.
s Quand, dans la République d'Athènes, les efclaves
5 étoient traités avec trop de dureté & d'inhumanité,
D ils avoient aStion contre leurs maitres, qui étoient
de les vendre à d'autres, fi le fait étoit bien
9) obligés
ils
fe racheter, même malgré leurs
7 prouvé;i pouvoient
ils avoient amaffé une fomme affez
p maitres, 2 quand
s confidérable pour cela.
> La manière humaine &réquitable dont les Athéniens
5 traitoient leurs ferviteurs & leurs efclaves, étoit un
la douceur naturelle à ce peuple, bien éloigné
>> effet de
& cruelle fevérité des Lacédémoniens à
S) de l'auftère
s l'égard des Ilotes, &c. (2) >
Hâtons-nous donc, car le temps preffe, hârons-nous
de profcrire le fyftème qui ne fait confifer la liberté
chez les noirs, que dans la fervitude & la deftruétion
des blancs (3).
(:) Code Noir, de Louis XIV.
& 508, de
(2) Mceurs & Coutumes des Grecs, tome 4, page 507
PHiftoire ancienne de Rollin.
(3) Ce fyftème eft çelui des amis des noirs;
. (2) >
Hâtons-nous donc, car le temps preffe, hârons-nous
de profcrire le fyftème qui ne fait confifer la liberté
chez les noirs, que dans la fervitude & la deftruétion
des blancs (3).
(:) Code Noir, de Louis XIV.
& 508, de
(2) Mceurs & Coutumes des Grecs, tome 4, page 507
PHiftoire ancienne de Rollin.
(3) Ce fyftème eft çelui des amis des noirs; --- Page 82 ---
(68)
CHAPITRE NEUVIEME
Nouveaux éclaircifemens fiur les Colonies.
RANNN
IL n'y a pas, dit le proverbe > de plus grands fourds
& de plus grands aveugles, que ceux qui ne veulent ni
entendre, ni ouvrir les yeux. Tous les partis, toutes les
factions veulent des coloniess. la France entière attend,
dans un douloureux filence,le moment de développer
fon induftrie ; & lorfqu'elle jouira des douceurs de la
paix, elle fe verra fans commerce, fans débouchés.
Le SPHINX BARRERE, ce dernier des DIEUx du
PARNASSE MONTAGNARD, femble encore diriger
les délibérations de tous nos philofophifes jacobins 5 car
plus la voix de la raifon fe fair entendre, plus le fentiment du befoin devient preffant, 2 plus ils s'attachent à
fuivre les inconféquentes maximes de leur coryphée.
Dans fon livre de la Penfée du Gouvernement (1);
Bertrand Barrere voudroit que les attributs de la république fuffent compofés d'un vailfeau 6 d'une charrue ;
>, la marine exportera 2 dit-il, l'excédant des produits
2> de l'agriculture & les créations de notre. induftrie;
3> elle obtiendra, par les rerours, la balance du com3) merce de l'Europe en faveur de la. république ; mais
(2) Environné de livres, Bertrand Barrere en a fort adroitement dé:
eaché une foule de penfées qu'il a coufues : tiffues, & très-habilement
entre-lacées 9 de manière à en compofer une robelégillative, ou tout
au moins un manteau taillé à la Vadier ; mais efpérons quercette biZarre draperie lui fera auffi inutile en France qu'à Cayenne, oi la loi
yeut qu'il foit déporté,
) Environné de livres, Bertrand Barrere en a fort adroitement dé:
eaché une foule de penfées qu'il a coufues : tiffues, & très-habilement
entre-lacées 9 de manière à en compofer une robelégillative, ou tout
au moins un manteau taillé à la Vadier ; mais efpérons quercette biZarre draperie lui fera auffi inutile en France qu'à Cayenne, oi la loi
yeut qu'il foit déporté, --- Page 83 ---
(69) )
b pour cela 3 ajoure-t-il, il faut des
qu'il venoit de dire
colonies. 3) Oubliant
que la France a beloin de fes colonies, Barrere confeille au diredtoire: 2) de faire
a) avec une forte fageffe, dans nos colonies exécuter,
> le décret du. 16 Pluviôfe de l'an
d'Amérique,
a
2, qui, en aboliffant
l'efclavage des noirs, a. détruit les colons & les
2) nies. L'archipel Américain dit-il
colo-
>) une révolution
encore , doit fubir
politique & agricole par la
D tion déjà faite de la liberté des
proclamaD
noirs. Cette idée de
liberté, - des Africains ne
s circulation
peut plus être retirée de la
en Amérique 3 quand même l'on
D l'en retirer en
voudroir
Europe. 7)
Après avoir careffé &c blâmé les
chanté & frondé les inftitutions
révolutionnaires;
par nous donner une
nouvelles, Barrere finir
très-jolie nomenclature de
qui refte à faire
tout ce
pour complérer notre bonheur ; laiffons-le
parler lui-même. >) Oh! combien feront
3 délicieufes, les
bienfaifantes &
jouiffances de l'autorité
s que de la pacification
fuprême à l'épo32 faire, & quelles
générale! que de bien elle peut
fonétions touchantes & fublimes
3 à exercer le corps légillatif & le
auront
> navigables à ouvrir dans
direétoire! : des canaux
toute la
s pour confirmer fon unité
république, 9 comme
2) & du
par les liens de l'induftrie
commerce; ; des fleuves à affranchir; des
s à reftituer à la
rivières
navigation libre ; des chemins
D conftruire ou à
à reréparer ; les landes de
1 Aquiraine à défricher ; les
l'ancienne
1 à confoler, à
départemens de l'Oueft,
repeupler ; les départemens réunis à
p nationalifer par la population & le
2 de la France à
bonheur ; le midi
pacifier 3 à raffurer ; les côtes de
1 mer de fla ci-devant Normandie
la
à policer ; le com-
navigation libre ; des chemins
D conftruire ou à
à reréparer ; les landes de
1 Aquiraine à défricher ; les
l'ancienne
1 à confoler, à
départemens de l'Oueft,
repeupler ; les départemens réunis à
p nationalifer par la population & le
2 de la France à
bonheur ; le midi
pacifier 3 à raffurer ; les côtes de
1 mer de fla ci-devant Normandie
la
à policer ; le com- --- Page 84 ---
X701)
b merce à rétablic; l'induftrie à nourrir les
;
2) tures à perfedtionner; les arts de luxe à
manufac:
9) notre balance de commerce
remonter, pour
; les colonies à rétablir,
>> à alimenter, à repeupler de proprictaires raffurés, d'hommes
> laborieux, & de capitaux féconds; la marine à
3 les marins à former à
réparer;
s encourager ; T'agiorage à rui3) ner; ; la richeffe à impofer; les contributions à
3> la banque à contenir
exiger; ;
; l'éducation nationale à entre22 prendre ; l'inftruéion publique à
organifer ; la police à
39, perfedtionner ; les lois civilés à
fimplifier ; le code
32 pénal à adoucir; ; les campagnes & les ateliers à
9) garnir ; les biens nationaux à
redéblayer ; les papierss monnoies à repouffer par les métaux ; le crédit
3) à rendre inutile par la balance des
public'
recettes avec les
32 dépenfes ; le peuple à rappeler au travail ; l'amour
8) immodéré des richeffes à éteindre ; la vénalité à faire
a difparoitre ; le patriotifme à défendre ; l'égalité à réd
9 gularifer ; la mendicité à extirper ; les inftitutions
3) républicaines à établir ; le temple de la concorde à
>> élever : enfin le dépôt d'une conftitution libre & fage
9> à tranfmettre avec fidélité aux générations reconnoif-
> fantes qui vont fe fuccéder & nous bénir. >
Suivant Barrere, tout eft donc à faire, tout notre
édifice focial doit être repris en fous-ceuvre, & ce ne fera
qu'après avoir tout rétabli à neuf, rout créé de nouveau,
que nous pourrons enfin jouir de cette précieufe félicité
lui & fes' pareils nous ont fi conftamment
que
huit
Mais
promis depuis
ans!
au lieu de nous étendre dans la forte'
de difcuffion, qu'une légitime incrédulité feroit
naitre. 9
nous nous bornerons aux objets qui ont trait aux
colonies,
ous-ceuvre, & ce ne fera
qu'après avoir tout rétabli à neuf, rout créé de nouveau,
que nous pourrons enfin jouir de cette précieufe félicité
lui & fes' pareils nous ont fi conftamment
que
huit
Mais
promis depuis
ans!
au lieu de nous étendre dans la forte'
de difcuffion, qu'une légitime incrédulité feroit
naitre. 9
nous nous bornerons aux objets qui ont trait aux
colonies, --- Page 85 ---
t7)
Barrere; tout en jugeant que la république ne peut
le rétabliffement
fe' difpenfer d'avoir des colonies, 9 pour
de fa marine & de fon commerce S
de fon induftrie 2
faire
le dire@toire déploie une forte fagelfe, pour
veut que
la liberté des efclaves 2 qui ne favent
exécuter 6 circuler
n'ont pas befoin d'être libres, & qui
pas être libres, qui
de lois aux
veulent
de notre liberté; car, , parler
ne
pas
c'eft
difent les délégués du Gouvernement,
>9 nègres,
métaphyfiques & inintelligibles
27 les occuper d'objets ajoutent-ils,eft tout pour eux;
9) pour eux ; un homme, entrainer, & fon nom eft
à fa voix ils fe laifTent
s2
le
de celui de patrie (1)-
2> pour eux fynonyme
les alimenter &
Barrere veut rétablir les colonies,
fous la condition que le
y raffurer les propriétaires 2
& la licence
Gouvernement entretiendra les défordres
de la liberté a fait naitre dans ces
que la circulation
contrées; tandis que Leblanc, collégue de Sonthonax,
la crédulité & l'ignorance des nègres 7
écrit : 29 que
la
de leurs
jointes à la perverfité & à dépravation
néceffitent des mefures bien différentes de
39 moeurs 2
c'eft-àcelles que l'on peut employer en France,
>;
état où les bornes de la fociabilité
>> dire, dans un
>> font pofées (2).
& leur fournir
Barrere veut. repeupler les colonies
féconds pour le rétabliffement des plantades capitaux circulation de la liberté a fait incendier;
tions 1 que la
écrit le
Pluviofe :
lorfque l'ordonnateur Perroud
les hommes qui font reftés maîtres de Saint99 que
font accoutumés aux crimes; ; l'honneur
5> Domingue,
(1) Rapport de Marec, fait au Confeil des 500. de
(2) Difcours de Vaublanc 3 féance du II Prairial l'an,s
conds pour le rétabliffement des plantades capitaux circulation de la liberté a fait incendier;
tions 1 que la
écrit le
Pluviofe :
lorfque l'ordonnateur Perroud
les hommes qui font reftés maîtres de Saint99 que
font accoutumés aux crimes; ; l'honneur
5> Domingue,
(1) Rapport de Marec, fait au Confeil des 500. de
(2) Difcours de Vaublanc 3 féance du II Prairial l'an,s --- Page 86 ---
(72 )
9 & la patrie ne font rien pour eux ; comptez y.
p5 bien (1).
Barrere veut envoyer aux colonies des hommes, des
cultivateurs laborieux, 5 que T'Europe ne fauroit leur
fournir, que la circulation de la liberté ne permet plus de
demander à l'Afrique > tandis que le général Lavaux
écrit le 24 Nivôfe dernier: : < que les citoyens de couleur
font au défefpoir de ce que ce n'eft pas un d'eux qui
foit
de Saint-Domingue; ils fe permertent
gouverneur
s9 de dire: c'eft notre pays, pourquoi nous donner des
>2 blancs pour gouverner notre pays?
Barrere veut faire fympathifer le travail avec la loi
du '16 Pluviofe, dont il réclame le maintien & la
circulation dans nos colonies, lorfque, par fa-lettre du'
29-1 Brumaire dernier 2 le général Mirdouday écrit :
ne refte plus rien à faire aux troupes Euro29 qu'il
que Touffaint- Louverture , général, noir,
9> péennes;
s'eft
au Port-de-paix, a forcé les arfenaux de
2>
porté
la
& s'eft emparé de toutes les armes &.
22 république,
de toutes les munitions que nous avions reçues de
France
la défenfe de Saint-Domingue.
2>
pour
Barrere & les fiens pourroient- t-ils bien s'imaginer
d'avoir adouci la fervitude des nègres, en leur donnant
la liberté & en leur facrifiant la vie, l'exiftence & la
propriéré des blancs, lorfque le nommé le Borgne, qui
fe glorifioit d'être le Marat des Antilles, écrit à Sonthonax, le 29 Meffidor de l'an 4: < que les nègres ne
font plus foumis à un feul maitre, mais à un grand
abfolus
les
29 nombre de maitres nouveaux, plus
que.
anciens; que ce n'eft pas feulement aux gérans, aux
(1) Mopiteur., des 12, 13,14815 Prairial.
propriétaires a
que le nommé le Borgne, qui
fe glorifioit d'être le Marat des Antilles, écrit à Sonthonax, le 29 Meffidor de l'an 4: < que les nègres ne
font plus foumis à un feul maitre, mais à un grand
abfolus
les
29 nombre de maitres nouveaux, plus
que.
anciens; que ce n'eft pas feulement aux gérans, aux
(1) Mopiteur., des 12, 13,14815 Prairial.
propriétaires a --- Page 87 ---
(73 )
de
, aux conduéteurs, aux infpedteurs
5 propriétaires
doivent foutoutes les claffes, que les cultivateurs
mais à tous les militaires de
s, miffion & obéiffance ,
leur couleur s depuis le foldat jufqu'au commandant. 32
le Rey , ajoutent : 6 ce qui
Le Borgne & fon collégue
n'avons
vous étonnera peut- être, c'eft que nous
3,
les cultivateurs
trouvé la fatjsfastion 6 la joie que parmi
des blancs, & fur les habitations où réfident
>5 conduits par
> des propriétaires blancs. 39
des colonies;
Toutes les lettres que nous recevons
comme toutes les perfonnes qui en arrivent, confirment:
les avis tranfmis au Gouvernement: ; c'eft-àpleinement
cultivateurs ne défirent que la paix,
dire, que les nègres
dans les habitations,
ne font des voeux que pour rentrer
leurs occupations fous la direétion pa-
& y reprendre
ternelle des colons.
Ils préferent un état qui les nourrit, qui les confole;
ne favent pas apprécier, 2 & qui les
à une liberté qu'ils
défefpère & les immole.
de
une fervitude tempérée , & que
Ils préfèrent
adoucir à une liberté
nouvelles lois doivent encore
>
dont ils ne favent pas & dont ils ne peuvent pas jouir.
être efclaves chez les blancs, dont ils
Ils préférent
que de
connoiffent le caraâtère & T'humanité 2 plutôt
leurs
à des hommes de leur couleur, 2 dont
louer
fervices
ils connoiffent la brutalité & les fureurs.
fervir les blancs, qu'ils font accoutumés
Ils préfèrent
confidèrent comme des êtres doués
à refpecter & qu'ils
de
fupérieure à la leur', plutôt que
d'une" intelligence
devenus
vivre fous la dépendance de leurs égaux
proqu'ils font humiliés de
priétaires; car indépendamment
K
:
hommes de leur couleur, 2 dont
louer
fervices
ils connoiffent la brutalité & les fureurs.
fervir les blancs, qu'ils font accoutumés
Ils préfèrent
confidèrent comme des êtres doués
à refpecter & qu'ils
de
fupérieure à la leur', plutôt que
d'une" intelligence
devenus
vivre fous la dépendance de leurs égaux
proqu'ils font humiliés de
priétaires; car indépendamment
K
: --- Page 88 ---
(74)
fe voir gagés par des hommes de couleur, , ils favent
apprécier la dure foumiflion
qu'exige un valet devenu
maître.
Ce qui confirme tout Ce que nous venons de dire
des nègres cultivateurs, c'eft fans doute la joie qu'ils
témoignent aux Européens qui rentrent fur les habitations, & l'empreffement avec lequel ils ont repris leurs
travaux dans toutes les parties de Saint-Domingue dont
les Anglois fe font emparés (r).
Quel eft donc le motif de cet étrange acharnement
avec lequel, l'on tourmente Ics nègres
leur faire
cultivateurs, pour
comprendre des chofes qui font au-deffus de
Jeur entendement; ; pour les forcer à recevoir des maximes politiques qu'ils ne comprennent pas; pour les contraindre à recevoir une liberté dont ils ne connoiffent
que les abus; ; pour les obliger à careffer, à admirer
forme de Gouvernement dont ils ne
une
peuvent pas fe faire
une idée. P
Que dirions-nous donc d'un père de famille qui feroit
affez fou de martyrifer fes enfans pour leur faire
des fardeaux au-deffus de leur force,
porter
pour leur faire
apprendre des chofes au-deffus de leur âge ?
Que dirions-nous d'un inftitutcur affez barbare
immoler ceux de fes élèves qui
pcur
de la
n'apprendroient pas l'art
tachygraphie s avant d'avoir connu les premiers
élémens de l'écriture s ou qui ne fauroient pas lire l'écri-
(:) L'on eflime que les Anglois récolteront plus de trente millions
pefant en denrées, des quartiers de St. Domingue
dis que d'après l'état de culture que les Agens du qu'ils occupent, tanétabli', toute la partie du nord ne fournit pas
Gouvernement ont
cinq de nos anciennes habitations.
aujourd'hui le produit de
ie s avant d'avoir connu les premiers
élémens de l'écriture s ou qui ne fauroient pas lire l'écri-
(:) L'on eflime que les Anglois récolteront plus de trente millions
pefant en denrées, des quartiers de St. Domingue
dis que d'après l'état de culture que les Agens du qu'ils occupent, tanétabli', toute la partie du nord ne fournit pas
Gouvernement ont
cinq de nos anciennes habitations.
aujourd'hui le produit de --- Page 89 ---
( 75 )
avant de connoître T'alphabet de cetté
ture hébraique ;
langue ?
Hé bien ! les opérateurs nationaux , les délégués du
Gouvernement ont commis les mêmes errcurs 2 fe font
rendus coupables des mêmes crimes, & ils font les uns
des effets de la guerre civile
& les autres refponfables
allumé dans nos colonies; c'eft fur leurs têtes
qu'ils ont
criminelles que les mânes des François immolés appellent
la vengeance nationale ; c'eft fur eux que pèfe toute la
refponfabilité du fang & des larmcs qui coulent encore
à Saint-I Domingue !
Valoit-il bien la peine en effet de facrifer les' troisde la population de nos Ifles, pour caffer inuri-'
quarts
& râcher de leurlement la tête à quelquès individus,
font libres dans les fers, égaux
faire comprendre qu'ils
dans la mifère qui les ronge, & membres d'une fouveraineté qu'ils donneroient pour un verre d'eau-de vie?
Aufi les : prédications de nos charlatans politiques
n'ont-elles produit que-le défefpoir 8 la vengeance chez
les blancs; lincertitude, les regrets & le découragement
culivareurs; l'orgueil & le cannibalifme
chez les nègres
fe font rangés fous la
chez les hommes de couleur qui
bannière de profcription de nos délégués.
Les hommes fanguinaires s' que les commiffaires apflatterie le peuple de Saint-) Domingue 2 &
pellent par
préfente les colons
aux yeux defquels le Minifre Truguet
fous le ncm odieux de négrivores, s font les
François
individus qui font au défefpoir de ce que ce n'eft
mêmes
gui
Gouverncur-g@niral de Saint-Doningue;
pas un d'eux foir
ils ont la prétention de repréfenter l'entière popucar
10S jacobins avoient
lation de cette colonie, 2 comme
par
préfente les colons
aux yeux defquels le Minifre Truguet
fous le ncm odieux de négrivores, s font les
François
individus qui font au défefpoir de ce que ce n'eft
mêmes
gui
Gouverncur-g@niral de Saint-Doningue;
pas un d'eux foir
ils ont la prétention de repréfenter l'entière popucar
10S jacobins avoient
lation de cette colonie, 2 comme --- Page 90 ---
(76)
celle de ftipuler au nom du peuple
François:
L'éloquent Vaublanc, le courageux Tarbé, le modefte
Villaret-Joyeufe, & quelques autres hommes
font les feuls qui aient eu la vertueufe
fenfibles, 2
fermeté d'attaquer & de combattre les véritables ennemis de T'humanité & de la profpérité
truéteurs de
nationale, c'eft-à-dire, les defnos colonies ; car ceux-ci font des ennemis
d'autant plus dangereux, , qu'ils nous affaffinent
propres lois, qu'ils dépouillent & ruinent l'état avec nos
de fes intérêts.
au nom
Comment fe fait-il donc que, dans une réunion de
500 légiflareurs,,il n'y ait eu que quelques membres
qui aient fait ufage de la parole pendant fix
difcuffions, & de débats fur les
jours de
colonies P Nous
que la matière eft abftraite, qu'elle demande convenons
lement, des
du recueil:
réflexions, des lumières, des
de l'inftrudion ; maisil faut bien auffi
connoiflanices,
avec
que l'on convienne
nous, que de routes les queftions politiques, il n'en
eft pas de plus importantes, ni de plus dignes de la méditation d'un fage légiflateur, que celles
à l'exiftence &c à la
qui ont rapport
profpérité d'une grande nation.
Le premier devoir d'un commandant, d'un
d'un amiral, c'eft fans contredit de
général,
les
pourvoir de vivres
places s les magafins & les flotres; car fans
les garnifons, les armées, les
cela,
fe fouleveroient
équipages fe mutineroient,
& rentreroient dans leurs
Il en eft de même des chefs d'un
foyers.
foins, tout leur zèle,
état ; tous leurs
toutes leurs follicitudes
tendre conftamment vers les
doivent
leur
moyens d'affurer aux peuples
exiftence; ; car il ne peut y avoir de bonheur & de
foumifion là où l'homme eft fans trayail, & oi le
père
, les
cela,
fe fouleveroient
équipages fe mutineroient,
& rentreroient dans leurs
Il en eft de même des chefs d'un
foyers.
foins, tout leur zèle,
état ; tous leurs
toutes leurs follicitudes
tendre conftamment vers les
doivent
leur
moyens d'affurer aux peuples
exiftence; ; car il ne peut y avoir de bonheur & de
foumifion là où l'homme eft fans trayail, & oi le
père --- Page 91 ---
1?
(77 )
donner du pain à fes enfans:
de famille ne peut,
le jour même
Légiflateurs de la montagne, fongez que
êtes alloué fix cents quintaux (1) de blé
où vous vous
tacite de pourà chacun, vous avez pris T'engagement
lui
voir à la fubfiftance du peuple ; c'eft-à-dire, que vous
d'encourafolennellement promis tous les moyens
avez
& fon induftrie peuvent être
gement dont fon commerce
afin de lui donner la faculté de vivre par
fufceptibles,
honorablement aux befoins de
fon travail, & de fournir
la république.
1 vous aimez
Et vous les ennemis des colonies 2 quoi
aimez les richefles, vous ambitionnez les
le luxe, vous
recherchez
places, vous convoitez les honneurs, vous
de multiplier VOS jouiffances, & lorfque
tous les moyens
ambition, vous avez
vous êtes parvenus à affouvir votre
làcheté d'abandonner Ia caufe de ce même peuple que
la
baffeffe lorfque vous aviez befoin de
vous carefliez avec
lui : Ah! meffieurs les jacobins, que vous êtes égoiftes!
peuple auffi magnanime que
Et toi peuple François!
donc les yeux, & tu connoitras tes
malheureux, ouvre
amis & tes ennemis ; car ils font tes cruels' ennemis 2
abufant de ton nom &z de ta confiance, veulent
ceux qui,
les défordres qui déperpéruer ta mifère en perpétuant
vorent tes colonies.
Ils font tes ennemis, ceux qui ne demandent la parole
lorfqu'il s'agit de détruire tes propriétés, , de profque
colons & de r'accabler d'impôts, 2 lors même
crire tes
de pourvoir à tes
qu'ils' t'ont mis dans T'impuiffance
befoins journaliers.
(:) Conditution, art. 6S.
veulent
ceux qui,
les défordres qui déperpéruer ta mifère en perpétuant
vorent tes colonies.
Ils font tes ennemis, ceux qui ne demandent la parole
lorfqu'il s'agit de détruire tes propriétés, , de profque
colons & de r'accabler d'impôts, 2 lors même
crire tes
de pourvoir à tes
qu'ils' t'ont mis dans T'impuiffance
befoins journaliers.
(:) Conditution, art. 6S. --- Page 92 ---
(78 )
Ils font auffi tes ennemis, ces hommes lâches & pufillanimes, qui ne fe rendant à leur pofte que comme
nos ci-devant chanoines fe rendoient au choeur ne
prennent leur rang dans ton fénat, que pour y calculer
les jouiflances du lendemain, dormir fur les bancs légiflatifs, & groffirles votes montagnards, lorfque la tribune
les réveille.
Ils font encore tes ennemis, 2 ceux qui, pour faire
preuve d'érudition, parlent fans méditation , fans réflexion, fur toute efpèce de matières, & qui, à la faveur
de phrafes ampoulées & d'une organe forte ou mélodieufe,
n'ont que trop fouvent réufli à donner une fauffe direction au génie des légiflateurs.
Et vous les fincères amis de votre
patrie, 9 les véritables défenfeurs de fes droits & de fa 1 conftitution !
fouffrirez-vous encore, que lorfque vous entamerez une
nouvelle difcuffion fur les coionies, les apôtres de
l'anarchie ofent fouiller le fanétuaire des lois, & ne
vous répondent que par des injures groffières & par de
dégoûtantes vociférations ?
Vous les amis du peuple & qui voulez fon bonheur;
vous les amis de la France & de fa profpérité; vous les
amis des lois & de la confitution; ; vous les amis de la
liberté cploniale & du bonheur univerfel ; vous les ennemis des blancs & les amis des noirs; vous les partifans de la fervitude en Amérique & de la liberté en
France; vous tous enfin, dont les idées font difparares,
& dont la divergence d'opinion irrite les intérêts, , inquiette les efprits, foulève les paffions, entrave les légiflateurs & alarme les deux mondes, écoutez ! Peut-étre
parviendrons-nous à vous rapprocher, à vous concilier;
iverfel ; vous les ennemis des blancs & les amis des noirs; vous les partifans de la fervitude en Amérique & de la liberté en
France; vous tous enfin, dont les idées font difparares,
& dont la divergence d'opinion irrite les intérêts, , inquiette les efprits, foulève les paffions, entrave les légiflateurs & alarme les deux mondes, écoutez ! Peut-étre
parviendrons-nous à vous rapprocher, à vous concilier; --- Page 93 ---
(79 )
peut-étre qu'à la voix de votre patrie expirante, ferez:
vous le facrifice des fentimens & des opinions qui vous
défuniffent, vous exafpèrent & vous. éloignent de la
raifon ; peut-être qu'en abjurant vos prétentions 9 vOs
chimères & vos folies, accueillirez-vous favorablement
le plan de reflauration que nous foumettons aux lumières
du corps légiflatif & à votre méditation.
Examinez-le ce plan, étudiez-en l'enfemble, calculezen les avantages, mûriffez-en les effets, 2 approfondiffezen les conféquences, & f, après vous être rendu compte,
des befoins & de la fituation de la France, vous ne
renoncez pas à vos principes & à VOS innovations coloniales (1), nous vous déclarons la chofe publique perdue
fans reffource, & la France qui jadis étoit fi floriffante
par fon induftrie, fa marine & fon commerce, ne feroit
plus qu'une puiffance fecondaire, un pays exténué &
fuccombant fous le poids de fes folies philofophiques &c
révolutionnaires.
(r) Des lettres récemment arrivées de St. Domingue 1 confirment
l'état d'abjection, de fouffrance , de dénuement & de mifère, où les
nègres cultivateurs fe trouvent réduits ; manquant de tout, on les voit
errans dans les bois, fur les mornes. 1 dans les favannes, fur les chemins ; & par tout ils (ont fi las de la guerre & de la liberté > que ces
malheureux demandent à grands cris leur ancienne fervitude 3 & des
maîtres qui ne peuvent ni les entendre 9 ni les fecourir : d'autres fe
refugient fur les habitations incendiées, contre les mafures
ils élèvent de fimples appens 9 ou leurs femmes , leurs enfans defquelles & leurs
malades viennent gémir fur leur fort & pleurer des maitres
que l'infurredtion & la liberté ont affaffiné, Mais ce qui contrafte humains, dou- 8
loureufement ayec ces tableaux, , c'eft le luxe brutal & infultant que
déploient les nègres jacobins; : ceux-ci, comme leurs collégues de Fran:
çe 3 vivent dans toute l'aifance que leur procure leur brigandage,
leurs femmes , leurs enfans defquelles & leurs
malades viennent gémir fur leur fort & pleurer des maitres
que l'infurredtion & la liberté ont affaffiné, Mais ce qui contrafte humains, dou- 8
loureufement ayec ces tableaux, , c'eft le luxe brutal & infultant que
déploient les nègres jacobins; : ceux-ci, comme leurs collégues de Fran:
çe 3 vivent dans toute l'aifance que leur procure leur brigandage, --- Page 94 ---
( 2 80 )
DIXIE M E.
CHAPITRE
refauration de Lagriculture Coloniale 2
Projet.de
le travail & la paix
& moyens de ramener
dans ces précieux établifemens.
SECTION PREMIERE.
Amniftie & réconciliation générale.
CREAYESN
l'avons déjà dit, le peuple François a befoin
Nous
ceux qui les lui ont
d'oublier fes maux, & en pardonnant
voulut
caufés, il verroit avec douleur que quelqu'un
au-delà des bornes que la paix
porter le reffentiment
car il feroit aufli
générale fixera pour tous les partis ;
rèque le jour où nous nous
abfurde qu'inconféquent,
& tous
concilierons avec les Impériaux, 2 les Anglois,
extérieurs, nous euflions encore des vennos ennemis
à exercer fur nos frères, nos concitoyens.
geances
tant défirée par PEurope en pleurs;
Que cette paix,
foit donc pour nous un jour
par T'humanité expirante, 2
toutes les paffions
d'allégreffe & de réconciliation; que
tous les réffentimens s'oublient 2 que
s'éreignent 2 que
& qu'enfin chacun fe
toutes les haines s'évanouiffent,
rende digne d'une amniftie générale & réciproque.
le Direétoire lui-méme
Que le Gouvernement s que
de
donne l'exemple de la juftice, en s'environnant
nous
; qu'il nous donne
miniftres plus citoyens que patriotes
révol'exemple de la modération en brifant fon glaive
nous donne T'exemple de la prudence
lutionnaire ; qu'il
en
'enfin chacun fe
toutes les haines s'évanouiffent,
rende digne d'une amniftie générale & réciproque.
le Direétoire lui-méme
Que le Gouvernement s que
de
donne l'exemple de la juftice, en s'environnant
nous
; qu'il nous donne
miniftres plus citoyens que patriotes
révol'exemple de la modération en brifant fon glaive
nous donne T'exemple de la prudence
lutionnaire ; qu'il
en --- Page 95 ---
78r)
ên fe dépouillant de fon écharpe conventionnelle;
qu'if
nous donne l'exemple de T'humanité en évitant
le
char conftitutionnel ne devienne dans fes mains que le
chariot de Jagrenat (1); qu'il nous donne enfin l'exemple
de la compaffion, de l'urbanité & de la clémence,
s foit
en provoquant le rapport des lois qui lui paroitroient
plus rigoureufes que falutaires; foit en ayant pour lcs
colons fugitifs ou réfidans tous les égards que méritent
de malheur & l'empire des circonftances.
Que le gouvernement, fans ceffer de diriger le méchanifme de nos lois, jette fes regards fur l'étendue de
nos maux & fur les traces qu'a laiffé la guerre.
Que le ccrps légiflatif fufpende pour un inftant fes
honorables
foncions, 2 & que rendu par. fon renouvellement-au calme des paflions, il médite fur les deftinées
de la France. 2 & fur les promeffes faites à un grand,
peuple ; alors il fera convaincu que, fi une paix
& honorable eft l'objet de tous les voeux, la paix prompte fans
colonies feroit le tombeau, de la nation & de fa gloire.
SECTION DEUXIE M E.
Dangers auxquels feroient expoftes les Colonies ,
que LAngleterre rétrocédera à la France,
s G
moyens d'éviter leur fubverfion 2 lor/que nous en
prendrons polfeffion.
NAS
Tour le fait craindre, tout nous le fait preffentir;
(1) Ce chariot eft une machine immenfe s que 6 ou 7 mille Indiens
trainent, & fous les roues meurtrières de laquelle périffent des hommes, des femmes & des enfans. Voyez au refte le Voyage aux Indesa
dSonnerat, tome 2, page 61,
L
a
moyens d'éviter leur fubverfion 2 lor/que nous en
prendrons polfeffion.
NAS
Tour le fait craindre, tout nous le fait preffentir;
(1) Ce chariot eft une machine immenfe s que 6 ou 7 mille Indiens
trainent, & fous les roues meurtrières de laquelle périffent des hommes, des femmes & des enfans. Voyez au refte le Voyage aux Indesa
dSonnerat, tome 2, page 61,
L
a --- Page 96 ---
(82) )
le jour où la France prendra poffeffion des colonies
que T'Angleterre doit lui reftituer , fera encore un jour
de deuil, de carnage & de profcription, fi le corps
légiflatif ne fe hâte pas de prefcrire au Gouvernement
& à fes agens la conduite qu'ils auront à tenir, foit à
l'égard des perfonnes, foit à celui des propriétés; : car.
fans cela, fans le fecours d'une loi fage & proteâtrice,
les colonies 2 comme leurs habitans s vont être en
proie à toute la fureur des mefures révolutionnaires &e.
conventionnelles.
En vertu de décrets auffi multipliés qu'ils font inco:
hérens, la puiffance exécutive pourroit à fon gré immoler la population & faire faccager ces précieux reftes
de nos propriètés coloniales.
A la faveur de telle ou telle loi, de tel ou tel
décret, de tel outelarrêté, de telle ou telle proclamation ,
tousles individus qui vivent en ce moment fous la puiffance de nos ennemis peuvent être traités comme émigrés,
traitres ou rebelles, & comme tels, ils feroient infailliblement incarcérés, déportés, expropriés ou fufillés.
La colonie entière de la Martinique, celle de Sainted
Lucie, celle de Tabago, toutc la côte occidentale de
Saint-Domingue, tous nos érabliffemens des Indes orienj
tales > toutes les propriètés nationales que l'ambition Angloife auroit conquifes 8 confervées, 8 dont la reftitution intagte forme aujourd'hui le premier efpoir de la
France, feroient donc faccagées, brûlées, dévaftées, fousle
prétexte auffi frivole que barbare, que nos frères habitant
Ces contrées, auroient refté fur leurs foyers, capitulé
avec nos ennemis 2 ou porté les armes avec. eux pour
ètés nationales que l'ambition Angloife auroit conquifes 8 confervées, 8 dont la reftitution intagte forme aujourd'hui le premier efpoir de la
France, feroient donc faccagées, brûlées, dévaftées, fousle
prétexte auffi frivole que barbare, que nos frères habitant
Ces contrées, auroient refté fur leurs foyers, capitulé
avec nos ennemis 2 ou porté les armes avec. eux pour --- Page 97 ---
(83 )
répouffer les nègres révoltés, & évitér le fort affreu
qu'ils ont fait fubir au refte de nos colonies.
Et comment 2 en effet, n'avoir pas de femblables.
craintes 3 lorfque nous voyons qu'à la vcille de rentrer
en poffeffion des pays conquis par l'ennemi, le Gouvernement provoque déjà la vengeance nationale contre
les colons François qu'il défigne au confeil des CinqCents comme des ennemis de la république, comme des
amis desl'Angleterre (1).
Comment ne craindrions-nous pas de nouveaux malheurs, 1 lorfque le Gouvernement profcrit comme émigrés,
tous les colons que l'incendie du Cap & toutes les Calamités dont fes agens ont fouillé Saint-Domingue,
ont forcé à s'exparrier chez un peuple hofpitalier (2)?
Siles malheureufes vi× de l'infurredtion des nègres,
qui ont fui la mort dont elles étoient ménacées, font
confidérées comme des émigrés, quel fera donc le fort
gue le Gouvernement réferve aux colons que la force
des armes auroit fait paffer momentanément fous la
puiffance ennemic?
Dira-t-on de nos Directeurs comme l'on difoit de nos
ci-devant Rois ! qu'ils font environnés de vils flatteurs,
circonynus, careffés par des intrigans qui trompent leur
confeience & furprennent leur religion ? Non! l'on ne proférera pas de tels blafphémes, & la juftice du Directoire
nous eft un fûr garant de celle qu'il fera toujours empreffé
de rendré fans diftinétion à tous les François ; mais entravé lui-même par cette multitude de lois qui fe heurtent
(*) Meffage du Direétoire au Confeil des 5co, féance du 4 Floréal
an 5.
() Meffage du 20. Floréal an 5.
nent leur religion ? Non! l'on ne proférera pas de tels blafphémes, & la juftice du Directoire
nous eft un fûr garant de celle qu'il fera toujours empreffé
de rendré fans diftinétion à tous les François ; mais entravé lui-même par cette multitude de lois qui fe heurtent
(*) Meffage du Direétoire au Confeil des 5co, féance du 4 Floréal
an 5.
() Meffage du 20. Floréal an 5. --- Page 98 ---
C (84)
les unes & les autres, ce ne fera qu'après que la hachd
légiflative aura abattu la forêt des abus, quele Dire@toire
pourra enfin nous montrer le majeftueux édifice de notre
confitution 2 & tout ce qu'il veut faire pour nous la
faire aimer.
C'eft donc au corps légiflatif aétuel qu'il appartient
de frapper promptement & hardiment toutes les mefures
acerbes qui dévorent à la fois notre population & nos
richeffes; ces mefures de fureté qui alarment lesecitoyens
au lieu de les protéger ; ces lois révolutionnaires qui
pourfuivent les propriétés, & contre la fureur defquelles
la vertu, l'enfance, 2 l'innocence, le malheur, ne peuvent
trouver de refuge dans le fein même de notre charte
conflitutionnelle.
SECTION TROISIEME.
De la nécelfité oik /a trouve le Corps Légifatif,
de connoitre le voeu des Colons 7 6 ceux du
Commerce & des Manufadures de France, pour
travailler efficacement à la Legifation des Colonies,
ai -
PoUR débrouiller le chaos dans lequel une faation
facrilège a plongé nos colonies 2 il faut non-feulement
des intentions pures, une volonté franche de faire le bien;
mais il faut encore des lumières pofitives, des renfeignemens certains, & par deffus tout une force & une énergie.
de caraétère qui, en faifant pâlir le crime, affure le
triomphe de la profpérité nationale.
efficacement à la Legifation des Colonies,
ai -
PoUR débrouiller le chaos dans lequel une faation
facrilège a plongé nos colonies 2 il faut non-feulement
des intentions pures, une volonté franche de faire le bien;
mais il faut encore des lumières pofitives, des renfeignemens certains, & par deffus tout une force & une énergie.
de caraétère qui, en faifant pâlir le crime, affure le
triomphe de la profpérité nationale. --- Page 99 ---
(85 2 )
Sans doute que la légiflature aéuelle nous promet des
talens, des lumières, des connoiffances, de l'intégrité,
& toutes les vertus dont la France a befoin pour voir
perfectionner fa légiflation locale ; mais quand il feroit
vrai que notre nouvel aréopage renfermeroit toutes les
lumières de ceux de Sparte & d'Athènes, toutes celles
des fénats de Carthage & de Rome, ne nous refte-t-il
pas démontré qu'il lui manqueroit encore toutes.les. induétions > tous les documens s toutes les chofes d'expérience, qu'une foible théorie ne dévoilerajamais, même
aux yeux les plus clairvoyans, & aux coeurs les plus
purs & les mieux intentionnés.
Il s'agit de régir un peuple nouveau, un peuple compofé d'Européens s d'Américains, 8c des individus fortis
de toutes les régions de l'Afrique ; il s'agit de donner
des lois à des pays éloignés de deux & trois mille lieues
de la France; il s'agit de régler les deftinées d'une population dont les qualités phyfiques & morales diffèrent
effentiellement des nôtres ; il s'agit de gouverner une
maffe d'hommes, dont les goûts, les inclinations, , les
habitudes, les penchans, différent autant de nos moeurs,
que la rempérature de la zône torride diffère de nos
climats.
La légiflation de nos colonies, fi toutefois lon peut
donner ce nom à cet amas d'extravagances qui les ont
dévaftées, demande fur-tout à être abfolument détruite,
entièrement rapportée; ; il faut, 5 quand le corps eft épuifé,
ceffer de le tourmenter, de le fatiguer, fans quoi l'on
lui donne bientôt la mort.
C'eft par des lois toutes nouvelles çue nous rendrons
la vie, la force & la profpérité à nos colonies ; mais
nos colonies, fi toutefois lon peut
donner ce nom à cet amas d'extravagances qui les ont
dévaftées, demande fur-tout à être abfolument détruite,
entièrement rapportée; ; il faut, 5 quand le corps eft épuifé,
ceffer de le tourmenter, de le fatiguer, fans quoi l'on
lui donne bientôt la mort.
C'eft par des lois toutes nouvelles çue nous rendrons
la vie, la force & la profpérité à nos colonies ; mais --- Page 100 ---
(8 86) )
une expérience de huit années d'erreurs, de fottifes &i
de malheurs 2 doit nous avoir appris qu'ainfi que l'on
parle mal une langue que l'on n'entend pas, de même
l'on ne fera jamais de bonnes lois pour un peuple que
l'on ne connoît pas.
J.J.Rouffcau n'étoit qu'à deux cents lieues de Varfovie,
8 malgré la profonde connoiffance qu'il avoit du cceur
humain, 2 & les rapports qu'il favoit exifler entre les
différens peuples de lEurope, il ne voulut donner fes.
confidérations fur la Pologne, que lorfqu'il etit reçu du
comte Wielhorski des inftrudtions fur les moeurs & le
Gouvernement de cette célebre nation.
Lycurgue voyagea & vécut chez les nations étrangeres,
afin de s'inftruire de leurs moeurs 2 de leurs ufages; & ce
ne fut qu'après une expérience longue & difficile, , qu'il
publia le code des lois qu'il fit adopter à Lacédémone.
Si nos légiftes jacobins euffent eu la prudence & la
modeftie de Jean-Jacques, 2 la prévoyance & la fageffe
de Lycurgue, nous n'aurions pas aujourd'hui autant de
lois à détruire, autant de maux à réparer; mais au lieu
d'avoir été, comme ils le prétendent, les légiflateurs de
l'univers, ils n'en furent que les bourreaux ; car felon
ces bons fans-culottes, la fcience du Gouvernement n'eft
autre chofe que celle de tailler tous les haut-de-chauffes
fur un feul & méme patron, fauf à fe fervir du fabre
révolutionnaire pour ramener toutes les tailles à la
mefure de leurs fanguinaires cifeaux.
Nous l'avons dit ailleurs: tous les pays doivent avoir
leurs lois, leurs ufages, comme tous les climats ont leurs
produétions. Nous ne voyons en Europe de tigres, des
lions, des chameaux, des éléphans, qu'en peinture ol
ofe que celle de tailler tous les haut-de-chauffes
fur un feul & méme patron, fauf à fe fervir du fabre
révolutionnaire pour ramener toutes les tailles à la
mefure de leurs fanguinaires cifeaux.
Nous l'avons dit ailleurs: tous les pays doivent avoir
leurs lois, leurs ufages, comme tous les climats ont leurs
produétions. Nous ne voyons en Europe de tigres, des
lions, des chameaux, des éléphans, qu'en peinture ol --- Page 101 ---
787)
dans nos ménageries; tandis que l'oni rêncontré ces anis
maux en troupeaux dans les forêts de l'Afrique.
Quand une nation fe compofe d'individus de différens
climats, de différentes moeurs, de différens ufages > la
légiflation de cette nation doit auffi fe compofer des
élémens puifés dans les inftitutions de chacun de ces
peuples; fans quoi nous provoquerions la rebellion à
nos lois & la diffolution du gouvernement que nous lui
aurions fait adopter.
Le befoin d'approprier les lois au caraétère des hommes
devient plus grand, plus preffant, lorfqu'à une légiflation
compofée de manière à faire le bonheur de plufieurs
peuples réunis s nous devons encore trouver dans fes
effets des avantages pour nos arts 2 notre commerce &
notre exiftence politique.
Ainfi, fans pouffer le raifonnement au-delà des bornes
que nous nous fommes prefcrites, nous croyons avoir
fuffifamment démontré que nos lois 3 prifes en maffe,
ne conviennent pas plus à nos: colonies, que l'habit d'un
Lapon ne conviendroit à un Patagon.
D'ou il fuit qu'il faut avoir des infructions pofitives
fur l'état, & les befoins de nos colonies 3 fi l'on veut
parvenir à faire des lois propres à les arracher de l'anarchie qui les dévore. 2 & du néant qui menace de les
engloutir fans retour.
Que pour avoir des lumières certaines, tant fur nos
colonies en général, que fur les befoins du commerce &c
des manufaétures de France en particulier,, il faut confulter les perfonnes qui font intéreffées à déchirer le
Yoile ayec Icquel une main perfide couvre leurs malheurs.
Que pour avoir le voeu des François &. des colons,
propres à les arracher de l'anarchie qui les dévore. 2 & du néant qui menace de les
engloutir fans retour.
Que pour avoir des lumières certaines, tant fur nos
colonies en général, que fur les befoins du commerce &c
des manufaétures de France en particulier,, il faut confulter les perfonnes qui font intéreffées à déchirer le
Yoile ayec Icquel une main perfide couvre leurs malheurs.
Que pour avoir le voeu des François &. des colons, --- Page 102 ---
(88) )
il faut que les parties intéreffées à faire entendre la voix
de la vérité, puiffent fe réunir légalement & par des
commiffaires qu'elles choifiroient librement.
Que la loi que nous invoquons détermine le mode à
fuivre pour la nomination, le nombre des commiffaires,
le lieu de leur réunion 2 la durée de leurs féances , &
les queftions fur lefquelles ils feroient appelés à donner
leurs avis.
Selon le nôtre, ce bureau devroit être compofé pour
la France d'un commiffaire nommé par chaque ville
maritime ou manufadturière, telles que Paris, Lyon,
Bordeaux, Marfeille, Rouen, le Hâvre, Saint-Malo,
Rheims Strasbourg, Dunkerque, Anvers, &c.
Troyes, ,
,
Pour les colonies, de fix commiffaires pour St. Domingue;
de quatre pour la Martinique 2 la Guadeloupe & autres
iles du vent ; de deux pour la Guyane & Cayenne ; &
de quatre pour les établiffemens François fitués au-delà
du Cap de Bonne -Efpérance.
Pour éviter des lenteurs qui ne feroient qu'aggraver
nous penferions
feroit néceffaire de
nos maux,
qu'il
donner aux nombreux colons qui font en France, la
faculté de choifir entre eux les commiffaires que les
colonies devroient fournir.
Nous penferions égalément que la durée des féances
des commiffaires dont nous parlons, devroit être fixée
au terme de trois mois, à dater de leur réunion.
Les plans de reftauration des colonies, de l'agriculture, du commerce & des manufaôtures de France,
qui auroient été arrêtés par l'affemblée des commiffaires,
feroient enfuite portés au corps légiflatif, qui, parfaitement éclairé fur des queftions auffi importantes qu'elles
font
.
Nous penferions égalément que la durée des féances
des commiffaires dont nous parlons, devroit être fixée
au terme de trois mois, à dater de leur réunion.
Les plans de reftauration des colonies, de l'agriculture, du commerce & des manufaôtures de France,
qui auroient été arrêtés par l'affemblée des commiffaires,
feroient enfuite portés au corps légiflatif, qui, parfaitement éclairé fur des queftions auffi importantes qu'elles
font --- Page 103 ---
(89)
Tont délicates, travailleroir alors au grand oeuvre de la
légiflation coloniale ; car c'eft à la légiflature acuelle
qu'il appartient de fauver la France & fes colonies.
SECTION QUATRIEME,
Police générale des Colonies.
FANa
LE code des lois appropriées aux colonies, une fois
arrêté & promulgué 2 toutes les mefures adoptées juc
qu'alors feroient rapportées, révoquées & annullées.
Le Direétoire exécutif de France feroit, felon le voeu
de la loi, le choix d'un nombre d'hommes prefcrit, & qui
fe rendroient dans nos
colonies, 2 dans lefquelles ils déployeroient le caradèreauffia augufte qu'impofant de commiffaires nationaux de la république
Y
Françoife, délégués
dans fes établiffemens des deux Indes.
Les commiffaires nationaux feroient accompagnés de
tous les attributs de la puiffance, de la force & de la
juftice ; ils auroient avec eux & fous leur commandement
des forces impofantes de terre & de mer; des vivres &
des fecours en tout genre ; des adminifrations
compofées des hommes les plus probes, les plus fages, les plus
éclairés, & qui feroient de préférence choifis parmi ceux
des colons dont les moeurs & l'humaniré feroient en
vénération chez les hommes de couleur.
Arrivés dans nos colonies, ils feroient proclamer leur
miffion par des hérauts d'armes à grand coftume & au
bruit d'une mufique militaire, accompagnés de toute la
pompe de la puifance. Les autorités exiftantes feroient
plus probes, les plus fages, les plus
éclairés, & qui feroient de préférence choifis parmi ceux
des colons dont les moeurs & l'humaniré feroient en
vénération chez les hommes de couleur.
Arrivés dans nos colonies, ils feroient proclamer leur
miffion par des hérauts d'armes à grand coftume & au
bruit d'une mufique militaire, accompagnés de toute la
pompe de la puifance. Les autorités exiftantes feroient --- Page 104 ---
(90,)
deftituées' & renvoyées dans Ies chefs-lieux pour y rendré
compte de leur geftion & de leur conduite.
Tous les chefs militaires & foldats de couleur feroient
rappelés & défarmès; feroient déclarés libres & François
tous ceux d'entr'eux qui auroient eu des grades dans
l'armée; ceux qui auroient rempli quelques fonétions
publiques ; ceux qui fauroient Jire, qui auroient une
profefion manuelle quelconque (1), qui auroient une
propriété légitime : ceux enfin qui feroient reconnus
avoir la confiance des noirs & de l'influence fur leur
efprit.
La prife de poffeffion des colonies qui fe trouveroient
fous la puiffance Angloife, feroit effeétuée par les troupes
de ligne qui les conferveroient intaétes fous la refponfabilité des chefs civils & militaires ; les troupes Européennes auroient pareillement la garde de tous les poRes
importans de chaque, colonie.
Il feroit formé une force armée pour l'intérieur de
chaque colonie, & dans laquelle ne pourroient être admis
que ceux des hommes de couleur qui feroient reconnus
les plus braves, les plus fages & les plus foumis aux
lois de la difcipline; les officiers de ces corps feroient
pris entre les habitans colons & les anciens ferviteurs
des troupes de ligne.
L'on établiroit des chaines de pofte fe foutenant &i
fe communicant par des fignaux ; dans chaque colonie
l'on établiroit des lieux de répreflion 2 dans lefquels
feroient déportés les mauvais fujets qui feroient forcés à
travailler, nour le compte du Gouvernement, & ce,,
(1) Par profelfion manuelle, , nous entendons parler des états de fory
geron charpentier, maçon, &c.
es de ligne.
L'on établiroit des chaines de pofte fe foutenant &i
fe communicant par des fignaux ; dans chaque colonie
l'on établiroit des lieux de répreflion 2 dans lefquels
feroient déportés les mauvais fujets qui feroient forcés à
travailler, nour le compte du Gouvernement, & ce,,
(1) Par profelfion manuelle, , nous entendons parler des états de fory
geron charpentier, maçon, &c. --- Page 105 ---
791)
pendant toute la durée du temps de la fervitude a laquelle
ils auroient été légalement condamnés.
Ces lieux de réprcffion devroient 2 autant que faire
fe pourroit, être ifolés de chaque colonie , afin d'éviter
à la fois les communications 2 la défertion, 3 & de plus les
inconvéniens d'avoir fur pied une force armée nombreufe
& difpendieufe.
Pour Saint-Domingue 2 par exemple 2 les lieux de répreflion pourroient être érablis, pour la partie Françoife, daris l'ile de la Tortue, 2 au nord, 8 la Gonave,
à l'oueft; & pour la partie Efpagnole,les iles de Samana
& de la Saôna.
Lorfque la force publique feroit organifée , lorfque
toutes les mefures feroient prifes & tous les moyens de
fuccès affurés, lcs délégués nationaux proclameroient la
paix générale 2 & promettroient le pardon abfolu pour
tous les infurgés qai, dans un délai prefcrit, fe foumettroient aux lois & rentreroient, foit dans leurs foyers,
s'ils font libres. & propriéraires; foit dans leurs ateliers,
s'ils ne font ni l'un ni l'autre; mais une fois Ic délai
prefcrit expiré, il feroit fait une battue auffi prompte
que. vigoureufe, & les rebelles feroient punis fuivant la
gravité de leur opiniatreté & celle de leur réfiftance.
SECTION CINQUIEME.
Régime intérieur des Colonies.
REA
LA juitice, la religion , linftruétion 2 le travail, la
glémence & la force, feroient les bafes fur lefquelles
ni l'autre; mais une fois Ic délai
prefcrit expiré, il feroit fait une battue auffi prompte
que. vigoureufe, & les rebelles feroient punis fuivant la
gravité de leur opiniatreté & celle de leur réfiftance.
SECTION CINQUIEME.
Régime intérieur des Colonies.
REA
LA juitice, la religion , linftruétion 2 le travail, la
glémence & la force, feroient les bafes fur lefquelles --- Page 106 ---
(9:1
doit étre fondé tout le régime intérieur des colonies:
Les hommes libres & propriétaires , fans diftinction
de couleur , jouiroient de tous les droits que la' confitution leur affure.
Les hommes libres, mais qui feroient fans propriétés,
ou fans état fufceptible de pourvoir honorablement à
leur exiftence, & qui par cette raifon ne feroient pas
claffés aux rangs des contribuables de la colonie, feroient
protégés par toutes les lois, mais ils ne feroient pas admis
à jouir des droits politiques.
Les hommes, tenus en état de fervitude ou de domefticité, ne pourroient jouir des droits de citoyen qu'après
avoir obtenu la liberté qui fera la récompenfe de leur
bonne conduite, qui leur méritera de la part du Gouvernement des conceffions de terres, qui feront le prix
de leur capacité & de leur intelligence.
Tous les colons François devant, par l'effet de l'armiflice,rentrer dansl'entière poffeffion del leurs propriétés,
les conceffions que le Gouvernement feroit aux affranchis, feroient prifes dans les terres vacantes de la partie
de Saint-Domingue E(pagnole,pour les Iflesfous le vent,
& dans Sainte-Lucic, pour les Ifles du vent.
Le nègre fage 2 induftrieux 8 économe s deviendra
libre en rembourfant à fon maitre le prix de fa fervitude.
Le nègre d'ancienne traite, après dix ans de fervitude
nouvelle, auroit acquis de droit fa liberté; mais s'il veut
refter chez fon maitre, celui-ci feroit tenu de lui payer
le falaire qui feroit déterminé chaque année.
Il en feroit de même pour les nègres de nouvelle
traite; mais ceux-ci ne fe trouvant pas en état de rendre
des feryices fufceptibles de dédommager les colons qui les
prix de fa fervitude.
Le nègre d'ancienne traite, après dix ans de fervitude
nouvelle, auroit acquis de droit fa liberté; mais s'il veut
refter chez fon maitre, celui-ci feroit tenu de lui payer
le falaire qui feroit déterminé chaque année.
Il en feroit de même pour les nègres de nouvelle
traite; mais ceux-ci ne fe trouvant pas en état de rendre
des feryices fufceptibles de dédommager les colons qui les --- Page 107 ---
( 93 )
admettroient dans leurs-ateliers, leur fervitude feroit
portée à quinze ans.
Les hommes devenus libres, qui voudroient de Pemploi dans les habitations & dans les manufa@tures, feroient
falariés en raifon de leur talent & de leur capacité.
Le falaire d'un homme libre feroit fixé & déterminé
par les magiftrats de chaque paroiffe, fur les expofés que
leur feroient chaque année les propriétaires d'une part,
& les journaliers ou mercénaires de l'autre.
Une femme en fervitude, qui auroit fix enfans de fa
couleur, feroit libre > - elle, fes enfans & fon mari; &
le Gouvernement s'emprefferoit d'encourager & de ré.
compenfer cette famille par des fecours & des conceffions.
Une mère dans le même cas, mais qui, au lieu d'avoir
des enfans de la couleur qu'elle devroit tenir de l'homme
avec qui elle feroit mariée, en auroit mis au monde de
ceuleur différente 9 feroit libre ainfi que fa famille ; &
dans ce cas les faveurs du Gouvernement fe borneroient
à une fimple conceffion de terres.
Les conceffions qui feroient faites au nom du Gouvernement , feroient réglées & limitées dè manière à
accélérer le rétabliffement de l'agriculture.
Les hommes mutilés par la guerre, feroient occupés
en raifon des facultés qui leur refteroient, foit pour les
travaux dc l'agriculture 9 le fervice des habitations ou
la: garde des troupeaux.
C Il feroit interdit aux colons, n'importe le fexe & la
couleur, 2 d'avoir au fervice de leur maifon ou de leur
perfonne un nombre de domeftiques excédant celui qui --- Page 108 ---
(94)
feroit déterminé par des règlemens faits dans les intérêts
des arts & de l'agriculture.
Tous les colons qui fe trouveroient abfens des COlonies, feroient tenus de s'y rendre le plus promptement
que leur fanté & leurs affaires pourroient le permettre;
& le Gouvernement faciliteroit ceux qui auroient befoin
d'étre fecourus.
Les gens de couleur qui font en France, notamment
ceux qui y font en état de domefticité, & qui dans les
colonics n'auroient aucun état, ni aucunes propriétés,
fe rendroient fur les terres que le Gouvernement leur
concéderoit.
Le vagabondage & l'oifiveté feroient défendues &i
punies, car les colonies ne peuvent pas nourrir des
perfonnes oifives.
Le vol, la révolte 2 le meurtre, l'incendie & tous
les défordres feroient (évèrement punis ; mais il y auroit
dans chaque colonie des tribunaux & des juges intègres,
qui, en recherchant le crime, feroient les défenfeurs de
l'innocence & les protedteurs de la vertu.
SECTION SIXIEME.
Dela traite à la côte d'Afrique 2 du tran/port des.
efelaves, & de leur introduction dans les Colonies Françoifes.
AINCETUE
LA France auroir des établiffemens, des comptoirs,
& par conféquent des forts fur les côtes d'Afrique
oû fe feroit la traite des noirs.
Le Gouvernement entretiendroit des gouverneurs &
défenfeurs de
l'innocence & les protedteurs de la vertu.
SECTION SIXIEME.
Dela traite à la côte d'Afrique 2 du tran/port des.
efelaves, & de leur introduction dans les Colonies Françoifes.
AINCETUE
LA France auroir des établiffemens, des comptoirs,
& par conféquent des forts fur les côtes d'Afrique
oû fe feroit la traite des noirs.
Le Gouvernement entretiendroit des gouverneurs & --- Page 109 ---
as NAE
(95) )
Bes agens probes & connoiffant le régime Africain, qui,"
furveilleroient le
en failant refpeaer notre pavillon,
commerce de la traite, de manière à éviter, empécher,
des infruétions qu'ils
& punir tout ce qui s'éloigneroit
aurcient reçues, ou qui blefferoient les règles de l'efpèce
de juftice qu'exigeroit encore ce trafic.
Ces
s'attacheroient fur-tout à éviter qu'il, foit
agens
porté d'atteinte à la fureté des hommes libres, des enfans
en bas àge, des femmes enceintes ou nourrices; ils veilleroient aux traitemens que les Traitans feroient éprouver
à leurs captifs; ; à la nourriture qu'ils leur donneroient;
à la propreté qui leur convient ; & à la capacité des
prifons ou des vaiffeaux deftinés à les contenir.
Chaque vaiffeau allant à la traite feroit tenu d'avoir
indépendamment des commodités. qui feroient prefcrites;
un nombre déterminé de nègres marins 2 qui raffureroient
leurs compatriotes, & les récréeroient par / des divertiffemens de leur pays.
A l'arrivée des vaiffeaux dans nos colonies, l'on conferveroit toutes les règles de la pudeur 5 les nègres de
traite auroient le repos néceffaire à les remettre des
farigues du voyage; des logemens commodes & falubres;
une nourriture faine & nourriffante 5 arrivés dans une
habitation, le nouveau venu feroit préfenté à l'atelier,
afin de lui faire connoitre les nègres de fa tribu,, de fa
langue , qui le raffureroient 9 le confoleroient & lui rendroient la forte de tranquillité dont il auroit befoin.
R h
ke
TE
néceffaire à les remettre des
farigues du voyage; des logemens commodes & falubres;
une nourriture faine & nourriffante 5 arrivés dans une
habitation, le nouveau venu feroit préfenté à l'atelier,
afin de lui faire connoitre les nègres de fa tribu,, de fa
langue , qui le raffureroient 9 le confoleroient & lui rendroient la forte de tranquillité dont il auroit befoin.
R h
ke
TE --- Page 110 ---
t96)
SECTIO N SEPTIEME.
Desfecours, à accorder à lagriculture Coloniale 2
par la Métropole.
rétablir nos colonies, des veeux, des lois, des
PoUR
fufifent
il faut des moyens réels;
règlemens ne
pas';
8 fi les égoines
des fecours auffi prompts qu'eflicaces;
fe tenir à l'écart & ferrer, le cordon de leurs
veulent
d'eux, & la nation déliera
bourfes, nous nous pafferons
la fienne.
fera, nous n'en doutons pas, la
Le corps légifatif
befoin,
fource falutaire & vivifanté dont nous avons
découleront les confolations, & les fecours
& de laquelle
fauroient fe paffer ; car les bonnes
dont nos colons ne
naitre la fécurité
la confiance, feront
lois, en infpirant
fans laquelle le commerce demeureroit paralyfé.
du moment qu'elle fera
La marche du Gouvernement,
éclairée
les lois que. nous invoquons 3 fera jufte,
par
8c affurée ; les tournures migrande, ferme 2 prompte
les mefures deftruêtives, mifes en pratique
niftérielles,
n'auront plus lieu ; tout
par des agens dèvorateurs,
tout fera remplacé 2 tout fera réparé.
difparoitra ,
de
le commerce & les manufaétures
L'agriculture s
de fournir des fecours à TagriFrance 1 s'emprefferont
trouveront
culture &. au commerce des colonies, qui
des bois, des vivres & des
dans la partic E'pagnole
animaux nécefaires à leur exploitation.
Par le fecours d'une banque ccloniale, 2 fagement
adminiftrée, il feroit poffible de
combinée, fagement
concilier
.
difparoitra ,
de
le commerce & les manufaétures
L'agriculture s
de fournir des fecours à TagriFrance 1 s'emprefferont
trouveront
culture &. au commerce des colonies, qui
des bois, des vivres & des
dans la partic E'pagnole
animaux nécefaires à leur exploitation.
Par le fecours d'une banque ccloniale, 2 fagement
adminiftrée, il feroit poffible de
combinée, fagement
concilier --- Page 111 ---
K -
CA de
( 97 )
concilier les intérêts des aétionnaires avec le bien-étre
qu'elle procureroit aux colonies.
>
N CI U SIO N.
Nous venons de remplir la tâche que nous nous:
étions impofée ; tâche infiniment pénible, puifqu'elle
nous a fourni la défolante occafion de, fonder, de juger,
de voir, de fentir les maux qu'une horrible philofophie
a fait à notre patrie. O Dieu ! il faut que la France
t'ait paru bien coupable, bien criminelle pour que tu te
fois décidé à la chatier'aufi-crucllement, en confiant le
foin de ta vengeance à dés philofophes de 89, 2 à des
:
philantropes de 93 !
Si encore ces. affaffins de leur pays, en dilapidant;
en livrant aux flammes les propriérés publiques & part
ticulières 2 avoient négligé leur intérêt perfonnel >
nous pourrions peut-étre trouver leur juftification dans
leur rage & notre fupeur; dans leur exaltation & notre
indifférence ; car les foux 2 les énergumènes ne font,
dals tous les pays; que les maux 2 ne commettent que
les défordres quê la fociété, ne prévoit pas ou ne fait
pas réprimer. C
Bien loin d'être auffi défintéreflés, les chevaliers de
notre philofophie révolutionnaire ont fuivi l'exemple de
nos ci-devant moines du fameux temps des croifades ;
ils ont préché le fans-culotifme > la pauvreté 2 l'abandon
des richeffes 2 les privations,, les facrifices de tout genre >
& pendant que les citoyens fe dépouilloient par crainte
ou par amour pour la patrie, 2 nos nouveaux chevaliers
pilloient l'État & s'approprioient toutes les fortunes
particulières.
philofophie révolutionnaire ont fuivi l'exemple de
nos ci-devant moines du fameux temps des croifades ;
ils ont préché le fans-culotifme > la pauvreté 2 l'abandon
des richeffes 2 les privations,, les facrifices de tout genre >
& pendant que les citoyens fe dépouilloient par crainte
ou par amour pour la patrie, 2 nos nouveaux chevaliers
pilloient l'État & s'approprioient toutes les fortunes
particulières. --- Page 112 ---
(98)
Le 9 Thermidor ayant déchiré le rideau dégourant da
fang qui couvroit les crimes de la chevalerie nouvelle,
il fallut bien changer de ton & de cothurne ; ceux de
fes membres, > dont Ta fortune étoit faite ; prirent de
fuitele mafque du patriotifme régénéré, &à force de
fouplefles &c de prévenances, ils parvinrent à fe faire
pour. le moment oublier ; tandis que les autres,. dont
le patrimoine n'étoit ni affuré, ni copieux, furent le
chercher dans nos colonies, & dans lefquelles ils ont fi
bien & fi long-temps travaillé la marchandife, que leur
fortune leur donne en France de hauts & puiffans
défenfeurs.
Si jamais les voleurs, 2 les chauffeurs, les garrotteurs,
parvenoient à rédiger le code. de leur brigandage. , quel
eft celui de nous, qui ne s'y verroit pas fignalé comme
fufpeêt, s'il fe tenoit fur fes gardes; comme alarmitte,
s'il témoignoit quelques craintes ; comme égoifte, 2 s'il
fermoit fes portes ; comme rebelle, s'il les barricadoit;,
comme traitre, s'il fe défendoit? Telles ont été cependant les maximes de notre nouvelle philantropie ; & les
maffacreurs des deux mondes n'ont jamais pu entreprendre la juftification de leur exécrable conduite qu'en injuriant les familles qu'ils dépouilloient, en calomniant
les viétimes qu'ils immoloient ; & après avoir couvert
la France d'échafauds & de bourréaux 2 ils s'amufent
maintenant à couvrir fes colonies de fang & de ruines.
Lorlque dans les premiers orages de Ia révolution
le peuple demandoit du pain, l'on étanchoit fes befoins
avec des rames d'afignats; mais aujourd'hui que le même
peuple damande par tout du travail, que lui donnerat-on ? Que donnera-t-on à T'artifte, pour féconder fon --- Page 113 ---
(9 99 )
génie; à l'agriculteur 2 pour l'encourager à cultiver fes
champs ; au manufaéturier, pour le foutien des innombrables familles qu'il occupe dans fes ateliers P Que
donnerons-nous au commerce pour foutenir, encourager
& étendre fes opérations ? Dans une. année de diferte
& de calamités, que donnerions-nous à l'étranger qui
nous fourniroit fes grains & tous les objets de néceffité
dont nous nous trouverions dépourvus ? Mais hélas ! le
nombre effrayant des contribuables en retard, n'eft.il
pas fuffifant pour démontrer la mifère publique, & les
inconvéniens que le Gouvernement éprouvera de plus
en plus, pour percevoir des impôts, dans le rapport de
fes befoins?
Nous ne pouvons trop le répéter: c'eft dans les colonies régénérécs par de bonnes lois, c'eft par le fecours
de l'agriculture coloniale rétablie par la traite, que. la
France & fa conftitution fortiront vi@torieufes du chaos, p
de la détreffe & du défefpoir.
FIN.
a P
ens que le Gouvernement éprouvera de plus
en plus, pour percevoir des impôts, dans le rapport de
fes befoins?
Nous ne pouvons trop le répéter: c'eft dans les colonies régénérécs par de bonnes lois, c'eft par le fecours
de l'agriculture coloniale rétablie par la traite, que. la
France & fa conftitution fortiront vi@torieufes du chaos, p
de la détreffe & du défefpoir.
FIN.
a P --- Page 114 --- --- Page 115 ---
TABLEAU de comparaifon des produdions de la partie Frangoife de St.
les
Domingue, 3 entre les années
2790 8.1795, drefe fiur États fournis, d'une part, par les Douanes nationales, & de
HENRY PERROUD,
l'autres par
Ordomateur-gendial des IRes fous le vent i d'après lequel l'on voit
coup-d'ail la différence de rapport
d'un
qui exifte entre la nouvelle & l'ancienne manitre
Colonies.
d'adminiftrer nos
ESPÈCE
DES
DIFFERENGE,
DES DENRÉES.
ÉPOQUES
ADMINISTRATION S,
DIFFERENCE
DESPRODUITS, ENMOINS.
SUCRE. :
En 1790 : La France regut de St -Domingue, > en Sucre, -
103,396;211 1. I
En 1795 : St. Domingue n'a fouri.àinos Commiffaires cn même Denrée, que
3,469,668 I. 1593926,543 1.
CAFE. : En 1790: La France regut de la méme Colonie, en Café. .
En
68,151,181 1.
1795 : Cette Colonie n'a plus fourni que .
9,595,405 I. - 58,555,775 1.
CoTON... En 1790 : La France reçut de Jadite Colonie, en Coton:
En '7.95 : Cette Colonie n'en 3 plus fourni
6,786,126 1. 1
L
que
512,609 1. J 5,773,517
Ixprco... En 1790 : La France reçut de St. -Domingue > en Indigo.
En1795 : Cette Colonie n'en a donné cette année
930,0161.
2 que .
12,747 1. J 917,:69 1.
N.-B. L'Agriculture Coloniale de St. Domingue eft donc diminuée
de -
Mais pour nous rendre un compte plus exaét de fa
nous
25,'73,105 1.
la maffe
production > déduifons de la fomme
ei-contre 1
des denrées que les Anglois ont retiré des partics de la Colonic.culileoccspoient.en 1795, & que l'on eftimoit :
20,050,000 1.
Déricin
20j,173,105 I
Alors ile en réfulte évidemment que toute la production de lâ partie Frangoif de St.
énorme de deux cent trente-huit millions cent
Domingue 1 qwis'desoit en 1790,l maffe
plus en 1795, qu'à celle de
> fepr foixante-trois mille, > cing cent (rente-quatre livres de toutes denrées p-ne s'élevoit
étre
33,590,420 1.; en.forte que le dépéciffament de
dejà en 1795, de 205,173,105 1; c'eft-à-dire,
nomeAgriculture Colonialede St. Demingue, fe trouvoit
huirième partie de fon ancienne richefe
que cette infortunée Colonicn'avoit plus à ladite époque 7 Ja.
: Car la même différence exiffoit aufli dans le nombre
que feptième ou la
dans tous les objets d'exploitation. Depuis l'année
des homines, dans celui des animaux, &
dévaftées; de nouveaux
1795 jufu'à ce jour, les mauxfe font encore accràs 5 de nouvelles
quartiers ont étédévorés par les flammes; & pour BouS ferur.des
habitations font
une quantité de terres qui Je bonifient parle repos.
expreffons de POrdemmam-Fureus, il exiGe
nombre
que feptième ou la
dans tous les objets d'exploitation. Depuis l'année
des homines, dans celui des animaux, &
dévaftées; de nouveaux
1795 jufu'à ce jour, les mauxfe font encore accràs 5 de nouvelles
quartiers ont étédévorés par les flammes; & pour BouS ferur.des
habitations font
une quantité de terres qui Je bonifient parle repos.
expreffons de POrdemmam-Fureus, il exiGe --- Page 116 ---