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JUSTIFICATION
DE M. MILSCENT, CRÉoLE;
Deni
A
LAssemblée Coloniale de S. Domingue,
Drwwis long-tems de lâches
me cithient att tribumal du public calomniatetirs ; je n'ai
tificr; pas dédaigné mais de m'y préseriter pour me jusgens de
favais CFILS quel les honnêtescetribenal ma patrie, qui devraient composer
sacré, suffisaient
de vils
pour repousser
tait contre détracteurs, moi. J'avais , que la seuleenvie excima conduite
Cru encore que
, et. les services sans nombre
truit que jai les rendus à ma: patrie, auraient déles cris efforts absurdes de mes. ennemis, et étouffé
de mes envieux: Mais
j'apprends qu'ilstriomphent
et
est tems qu'elle se contrelavertu, défende.
C voilà donc accusé par la Patrie
j'ai défendue si long-tems contre ses que
mis intérieurs IJe. suis accusé-dans le enne- lieu
oir l'on me doit des couronnes
!
Et apiès avoir-joui dé toute la civiques considé
ration, 1 toute la
j'ose le dire s de toute recoinaissance, la vénération et, des
gens vertueur 5 après avoir étouffé la voix
A
au atoya
fnth. --- Page 4 ---
s
de l'envie par toutes les actions de ma vie;
et par les éloges qu'elles m'attiraient, je
m'en vois accusé dès que je m'en éloigne
pour venir vivre dans loubli, le silence
et le calme de la vie privée d'un bon citoyen 1 Il én coûte à Phomme droit de
parler de soi ; mais, traduit au tribunal
du public, il est forcé de le faire : je vas
remplir ce devoir avec toute la franchise
et la loyauté d'une conscience purc et sans
reprochie.
Mais de quoi suis-je accusé,?
18, D'avoir manifesté mon opinion.
le
2°, De m'être trouvé avec, Ogé lors de
-
son insurrection.
30. D'être l'auteur du Décret du 15
mai.
48. D'être à la têté des negres révoltés.
5°, De ce que ma mere, mes biens, et
ceux de ma niece, ont été épargnés.
:
Voilà les cinq chefs d'accusation contre
moi. Il suffit de connaître les licux et les
dates de ces faits, pour sentir toute la faiblesse 2 le ridicule ctl l'injustice de pareilles
accusations. Mais on s'en occupe sérieusement dans la Colonie, je dois répondre
de même. Je vais le faire selon 3: série de
ces infâmes calomnies.
y 1°. Sije n'ai pas le droit de: manifester
mon opinion, il faut que l'on: rende un
décret exprès, qui renverse,
moi seul,
la Censtitution Francaise, Eebiee sur les
Droits de l'Homme. J'ai toujours préclé
Thumanité, la.justice et la paix. : aurait
RPJCA)
la Colonie, je dois répondre
de même. Je vais le faire selon 3: série de
ces infâmes calomnies.
y 1°. Sije n'ai pas le droit de: manifester
mon opinion, il faut que l'on: rende un
décret exprès, qui renverse,
moi seul,
la Censtitution Francaise, Eebiee sur les
Droits de l'Homme. J'ai toujours préclé
Thumanité, la.justice et la paix. : aurait
RPJCA) --- Page 5 ---
on imaginé qu'il se serait rencontré un lieul
sur la terre, , encore moins un lien habité
par des Français, oùt de tels titres àl'estime
n'eussent été regardés que comme des traits
de trahison nationale ?
Réfléchissant sérieusement sur les maux
dont
voyais ma patrie menacée, si elle
mle mitair pas les heureux et
prinde sa mere 3 j'ai osé dire,
l'oreille
epite
cipes
de mes concitoyens 2 1°. qu'ils creusaient un abyme affreux sous leurs pas ;
28. qu'ils s'ouvraient une source intarissable de dangers et de calamités; 30. que
les gens de couleur libres, d'ailleurs homies
comme nous sous tous les rapports possibles, étaient traités trop durement et trop
*
injustement : 4. que le sort de ces malheureux était au point de les désespérer,
et de les porter aux derniers excès pour en
sortir ; linsurrection des Mulâtres de la
Grande Riviere, et de quatre ou cinq autres
quartiers, vousl'ontassez prouvé; 50, qu'ils
ne les traitaient ainsi
pour maintenir
un préjugé barbare a loin d'être utile
aux Colonies, serait tôt ou tard la cause.
indubitable de leur-perte ;
les gens de
couleur étaientles tenints entre nous
ét nos esclayes, 2.
seuls pouyaient
contenr ces Rratiri dans Tordre et la
subordination.
Voila mon opinion sur ce sujet important, , qu'on a cependant traitési légérement
dans la Colonie. Vous en voyez les funestes
effets : sitôt que vous avez achevé d'enlever --- Page 6 ---
la barrière qui retenait nos esclaves - , et
que cenx-ci vous ont vu désarmerl.uré épouvantail, , ils se sont soulevés. Je lavais
prévu : cette sage prévoyance dont on
eût dû faire
ce langage ae lal raison,
les principes nererde la nouvelle Constitution, que d'accord avec lasage politique, eussent dû faire accueillir, ont été, aux yeux
fascinés des Colons de S.Douingue, un
crime de leze nation. Mais à qui ai-je manifesté cette opinion ? Est-ce aux hommes
de couleur libres ? Je défie à mes lâches
détracteurs de le prouver. Est-ce aux esclaves ? Nul être , pas même à S.-Domingue,
n'oserait le penser. C'est dans Tassemblée
de la partie du Nord que je me suis expliqué, et dans.la confidence de quelques
amis. N'en avois-je pas le droit? n'étaisje pas député pour défendre les intérêts de
mes cominettans ? devais-je imiter le perfide silence de certains autres députés, ou
agir contre ma conscience? et desservir ma
patrie pour ne pas sembler heurter T'opinion de quelques uns de mes collegues ?
Je n'en al pas eu la lâcheté, et j'ai pré.
féré ma retraite.
osé
Dès le mois de mai 1790, ayant
l'assemblée provinciale da Nord
engager d'avoir égard au décret des 8 et 28 mars, s
je commençai à devenir suspect. Mes envieux ne cherchaient qu'un prétexte pour
me calomnier; ; ils crurent le rencontrer
dans cet avis : C Il approuve, disaient-ils, de
ce décret, donc il est contre le régine
lâcheté, et j'ai pré.
féré ma retraite.
osé
Dès le mois de mai 1790, ayant
l'assemblée provinciale da Nord
engager d'avoir égard au décret des 8 et 28 mars, s
je commençai à devenir suspect. Mes envieux ne cherchaient qu'un prétexte pour
me calomnier; ; ils crurent le rencontrer
dans cet avis : C Il approuve, disaient-ils, de
ce décret, donc il est contre le régine --- Page 7 ---
la Colonie; c'est donc un traître >>. Oui,
sans doute , j'étais contre le régime de la
Colonie, comme les hommes dignes de la
liberté en France étaient contre le régime
féodal et sacerdotal. Vous avez pensé différemment, et vous avez causé la ruine
de ma patrie...
Je fus cependantinstruit de l'infâme conclusion de mnes ennemis ; je piis aussi tôt
mnon parti ; je sacrifiai mes intérêts. 3 je renonçai à ma patrie quej j'aime, pour lever
toute inquiétude à mon égard. J'espérais
que d'aussi grands sacrifices m'anraient fait
oublier, et que l'envie ne m'aurait pas
poursuivi jusques dans le sein de ma famille 3 oùt je vis dans la retraite la plus
profonde : mais la Renoimée, qui se plait
autant à exalterles coeurs purs, que PEnvie
à les ravaler 7 a encore fait retentir mon
nom dans le pays oùt je Paile plus honoré;
les envieux en ont été soulevés, et ils ont
l'imbécille méchanceté de m'accuser précisément des maux que j'ai voulu prévenir,
et dont j'avais préservé ma patrie pendant
près de vingt ans.
2. La seconde accusation est encore plus
dénuée de vraisemblance. Les méchans 7
emportés par le desir de faire le mal, et
l'espérance perfide d'y réussir 2 ne peuvent
pas tout prévoir; ils ne furent pas plutôt
instruits du projet d'Ogé, qu'ils répandirent, comme un fait avéré, que j'etais le
chel de l'insurrection, que j'étaisa la tête
des rébelles, déguisé en negre 5 que lon
seconde accusation est encore plus
dénuée de vraisemblance. Les méchans 7
emportés par le desir de faire le mal, et
l'espérance perfide d'y réussir 2 ne peuvent
pas tout prévoir; ils ne furent pas plutôt
instruits du projet d'Ogé, qu'ils répandirent, comme un fait avéré, que j'etais le
chel de l'insurrection, que j'étaisa la tête
des rébelles, déguisé en negre 5 que lon --- Page 8 ---
m'avaitvn, etc.; et cela parce qu'ilsne firent
aucun degat sur mon habitation. In'yavait
que deux difficultés à résoudre sur cette
accusation, mais personne ne s'en avisa :
IY. Ogé était parti de France en juin
se rendre à la Nouvelle Angleterre pour et
j'étais embarquéle: 2 juin pour la France 3 $
28, Ogé était arrivé dans la Colonie en
octobre, et l'on avait reçu, 3 sur la fin de
septembre, des nouvelles de mon arrivée
à Bordeaux. A ces deux difficultés j'en
ajouterai encore une
grande, mais je
ne serai entendu que Piee gens de bonne
foi; c'est que l'on ne quitte pas sa patrie
-
quand on veut lui faire du mal Cette
calomnie était sans doute bien absurde, et
cependant on n'en agissait pas moins avec
tous les complices de
comme
Phorribleprojet d'Ogé,
si lon eût voulu me convaincre de
complicité : on osait, grand Dieu! on osait
demander à tous les Mulâtres prisonniers :
commaissez-vous M. Milscent? Pavez-vous
vy? en avez - vous entendu parler 2 Et
c'était au Cap, dans cette ville où j'avais
déposé tant de preuves glorieuses de mon
patriotisme, et de mon zele ardent pour
le bien public, que l'on faisait ces questions! Et c'est-là que ces ames de boue
sont ainsi parvenues à calomnier mes vertus ! O0 patrie malheureuse! ! tu ne dois tes
malheurs qu'an crédit dont y ont joui de
vils soclérats; je me bannis pour toujours
de ton sein : mais tu n'auras jamais à rougir
de m'y avoir donné lejour. La vérité me
uses de mon
patriotisme, et de mon zele ardent pour
le bien public, que l'on faisait ces questions! Et c'est-là que ces ames de boue
sont ainsi parvenues à calomnier mes vertus ! O0 patrie malheureuse! ! tu ne dois tes
malheurs qu'an crédit dont y ont joui de
vils soclérats; je me bannis pour toujours
de ton sein : mais tu n'auras jamais à rougir
de m'y avoir donné lejour. La vérité me --- Page 9 ---
vengera tôt ou tard de la calornie, et de 2
ises lâches protecteurs.
Le troisieme - trait que la calomnie a
lancé contre moi, c'est d'avoir fait rendre
le Décret du 15 mai; c'est du moins ce
que l'on entend en mn'accusant d'avoir
donné lieu à l'Adresse de la Société des
Ainis de la Constitution d'Angers. Je coinmence par dire hautement que je n'en suis
ni l'auteur nile rédacteur, et Pon connaît
ma véracité ; je la conserverai au péril
de ma vie. Maisje déclare, , en inême tems,
que si j'avais été'l l'autenr de cette piece si
lonorable pour les membres de cette.Société, 3 j'aurais Crii pouvoir m'en glorilier
duprès delAssemblée Coloniale, comme
d'un service de plus que j'aurais eu le bonheur de lui rendre, parce que je suis certain qu'il: n'y a que'les gens de couleur
libres qui puissent conserver, entre nous
et nos esclaves, cet heureux équilibre sans
lequet vous venez de le voir par leur.
impolitique désarmement, les Colonies
courent les risques d'uhasubversion totale.
C'est ce
je dis- au Club d'Angers, lorsque j'y tndiritis agiter cette importante
question sur laquelle TAssemblée Nationaleallait prononcer. La Société d'Angers,
et tant d'autresque l'on ne cite pas parce
je n'habitepas leur ville, sentant l'éviSundedt cette vérité pressante, 2 demanderent que les seuls hommes, qui fussent
capables de conserver les richesses du nouveau monde, eussent au moins la consos --- Page 10 ---
lation d'étre traités comme des hommes
atiles et nécessaires.
( Frappé de cette vérité qu'appuyaient l'Aségalement la politique et la Justice,
semblée nationale rendit ce fameux Décret du 15 Mai, et je, le regardai comme,
le salut des, colonies, le garant de toutes
nos fortunes, 3 et le rempart des blancs.
contre los noirs. Cette opinion ne pouvait:
pas alors m'étreimputée comme un crime;
comment mele erdhelbepartieitvas
n'est mnalheureusement que tropjustifice
Je ne vous
AUmE
les désastres de la colonie?
point l'énumération de mes services : tous
les efforts réunis de mes envieux ne sauraient ni en ternir l'éclat, ni en affaiblir:
les souvenir dans les coeurs des hommes.
vertueux qui les ont éprouvés : Je vous
dirais seulement,. si vous étiez capables
de les perdre un instant de vue : ouvrez.
vos
et parcoures tous les quartiers.
oi
défait des negres rébelles et arT'enthousiasme
.
prg
més. : . Vous. connaissez à cet
ct les cris
de mes concitoyens
égard,
m'ac-)
de la reconnoissance publique pour
corder des récompenses bien méritées s
mais quele mérite n'obtient presquejamais. siMais en me glorifiant de ces services
devais-je oublier ceuxqui m'avaient
bien secondé par leur valeur et leur
de leur zèle
E
désinteressomment? je rendis
et de leur intelligence le témoignage
je. devais comme lunique récompense "
laquelle ils dustent.s'atvendre. : helas ! on
m'en
reconnoissance publique pour
corder des récompenses bien méritées s
mais quele mérite n'obtient presquejamais. siMais en me glorifiant de ces services
devais-je oublier ceuxqui m'avaient
bien secondé par leur valeur et leur
de leur zèle
E
désinteressomment? je rendis
et de leur intelligence le témoignage
je. devais comme lunique récompense "
laquelle ils dustent.s'atvendre. : helas ! on
m'en --- Page 11 ---
m'en fit un crime, ct on chercha i ravaller ces hommes parce
je les représentai comme ntiles i Tortite public. L'esclave attentif à tous nos monvemens, vit
avec plaisir cette impolitique qui lui faisait entrevoir lespoir de briser ses chaînes,
et concerta dais lombre du mystere les
inoyens de le réaliser. C'est ainsi qu'un
orgucil inal cntendu nous aveugle et nous
plonge prèsque toujours dans les précipices. Ceux que nous creusent nos esclaves
sont d'une profondeur incommensurable.
Les seuls hommes de couleur libres peuvent
les combler. On pourrait, sans eux, balancer
encore quelque tems les succès des premiers
avec des troupes blanches, mais de deux
choses il en résulte une également impraticable : 10., il faudrait absorber et audelà les revenus des Colonies pour entretenir suffisamment des troitpes de ligne
capables de contenir les esclaves; 20, ou,
il faudrait que les colons blancs fussent
continuellement sous les armes pour maintenir l'ordre ; et encore comment y parvenir lorsque l'on compte plus de trentetrois negres pour un blanc? Quiempechera
T'insurrection dans tous les lieux à 'la fois ?
on vient d'avoir des preuves de ce malheur qui ne peut s'éviter qu'en accordant
un état civil aux gens de couleur libres,
et qu'en les tenant toujours armés. Ce n'est
pas toutt ; les affranchissemens qu'on &
impolitiquement supprimés ou restraints,
sont un second frein 11on moins puissans
B --- Page 12 --- contre lc soulévement des esclaves. Il faut
laisser à Pesclave un espoir de sortir de
la servitude par ses bons services; si l'on
veut les obtenir constamment de lni; il
lni iaut des exemples perpétuels qui entretiennent dans son ame. cette fattense
perspective. C'est mon opinion, je la dis,
parce que je dois tout dire pour servir ma
patrie ; ce sera sans doute un nouveau
crime que l'on m'imputera ! Que lon
donc des principes dun lieu où un RE
salutaire à la patrie 7 peut être regardé
comme un crime 2 comme un attentat
public 2 comme un complot horrible :.
Mais ce ne sera pas dans une assemblée
composée del'élite des colons, que l'on aura
à craindre une telle inquisition. Il nie doit
plus y subsister le moindre douté contre
mon opinion. Vous avez vu ces braves
de couleur libres, au premier bruit
vous étiez
GTa
dlanger auquel
tous en proie 2
oublier tout motif de ressentiment, vous
offrir en otage leurs femmes, leurs enfans,
tout ce qu'ils ayaient de plus cher au
monde
obtehir de vous la faveur de
justifier Rerde décrét du 15 Mai, en mourant
pour votre défense;, vous avez vu les actes
multiplices de leur yaleur contre VOS ennemis : l'enthousiasme s'est emparé de VOS
ames à la vue de tant de courage et de
loyauté : eh! qu'eussiez-vons ressenti pour
eux si, comme moi, vous aviéz été témoin de leur intrépidité, de leur patience
à supporter la fain ét la soif, et la fati-
aveur de
justifier Rerde décrét du 15 Mai, en mourant
pour votre défense;, vous avez vu les actes
multiplices de leur yaleur contre VOS ennemis : l'enthousiasme s'est emparé de VOS
ames à la vue de tant de courage et de
loyauté : eh! qu'eussiez-vons ressenti pour
eux si, comme moi, vous aviéz été témoin de leur intrépidité, de leur patience
à supporter la fain ét la soif, et la fati- --- Page 13 ---
I1
pour servir une Patric ingratte
Re rejettait de son sein ! Si vous
PCTES
VIl comme moi, oubliant letirs intérets les )
chers, abandonner leurs femmes >
Lun enfans au
leurs
dans
la caducité de l'âge, Henare et petit Llenqnu qu'eux
seuls cultivaient de leurs bras pour fairé
substiter cette indigente famille, 9 passer des
mois entiers dans les montagnes les plus
nibles, pour faire rentrer vos esclaves
ala
Tordre je l'ai à vu, et dansl'effusion demon
coeur je l'ai dit publiquement, des mnonstres
d'ingratitude m'en ont fait un crime ! ils
ont osé publier, ces êtres méprisables 3 que
c'était être l'ennemi des blancs que derendre justice à ceux qui sacrifient tout pour
les servir. O mna déplorable Patric ! ton
climat opere-t-il donc dans les humains
un tel renversement de principes.
40. C'est ici oùle coeur le plus innocent,
où Pame la plus vertueuse 3 sont entrainés
comme malgré eux hors du sang-troid de
la raison. Moi, me justifier sur les forfaits
les plus atroces !.:
Ma plune se refuse
à tracer les traits dont on voudrait ternir
cettc conduite sans reproche, et cette brillante réputation dont j'ai toujours joui à
si juste titre. Qu'on m'ent enlevé ma fortune 2 je mfen serais aisément consolé ; mais
attaquer mes sentimens d'humanité, ces sentimens qui m' ont si fortillustré dans ma patrie même , et qui m'ont mérité par - tout
l'estime des gens vertueux !
Ah ! vous
nel'avez que trop bien senti, lâches ct per
les traits dont on voudrait ternir
cettc conduite sans reproche, et cette brillante réputation dont j'ai toujours joui à
si juste titre. Qu'on m'ent enlevé ma fortune 2 je mfen serais aisément consolé ; mais
attaquer mes sentimens d'humanité, ces sentimens qui m' ont si fortillustré dans ma patrie même , et qui m'ont mérité par - tout
l'estime des gens vertueux !
Ah ! vous
nel'avez que trop bien senti, lâches ct per --- Page 14 ---
fides détracteurs! Vousn'avezo que
que le moyen le plus sûr de
tropsenti
coeur était d'en calomnier les déchirer sentimens mon
Tandis queje ne cessais de tonner !..
contre Gustave, et queron trouvait dans ici le
camp fraichement des negres rébelles desy pieces de canon
mesimbéciles coulées aux armes de Suède,
j'étais le motenr contempteurs principal pependatentqud de
des esclaves ; et bientôt la renommée Tinsurrection
sant ce bruit ridicule, on disait
grossisvérité avérée quej'étaisàla têtedes comme une
Ona pu às.
rébelles..
Dominque, au
une telle infamie ! Ellea Cap, accréditer
TAssemblée Coloniale !
pénétrer dans
de
mes
TE fallu y déposer
lettres, datécs
étaient venues d'Angers, 3 constater
riene France,
par un navire arrivé
dans la colonie pour ! prouver Et cela
je n'étais pas
a
que
encore chargé sécretement la pas suffi; on
de TAssembléc coloniale auprès de dépntation
blée Nationale de s'assurer de ma PAssemet de mon séjour dans cette ville ! présence
ront sans doute parfadsesrentinstraits Ils en sepassage, 7 et la confusion qu'en
àleur
mes ennemis, quand ils
ressentiront
nouvelle, suffirait seule apprendront cette
leurs
pour me venger de
voir les calomnies, choses 2 s'il était possible de faire
hommes
les plus évidentes à des
qu'ils refusent qui ne sont aveugles que parce
l'ai
d'ouvrir les yeux.
lonie presque toute ma fortune dans la CO-
; j'étais aussi intéressé que personne à
conserver l'esclavage des negres, dans un
qu'en
àleur
mes ennemis, quand ils
ressentiront
nouvelle, suffirait seule apprendront cette
leurs
pour me venger de
voir les calomnies, choses 2 s'il était possible de faire
hommes
les plus évidentes à des
qu'ils refusent qui ne sont aveugles que parce
l'ai
d'ouvrir les yeux.
lonie presque toute ma fortune dans la CO-
; j'étais aussi intéressé que personne à
conserver l'esclavage des negres, dans un --- Page 15 ---
lieu où l'on ne croit pas possible de conserver ses possessions sans les bras de la servitude dont O11 se passe ailleurs. Par quelle
extravagante folie eussé-je donc pu chercher
à donner lieu à une insurrection qui, nont
seulement me ruinait et ruinait Intes parens
(1), mes amis ct mes concitoyens, mais ne de
pouvoit encore que faire couler des flots
sang dans toute ma Patrie ? Quel être assez
infime pourrait m'en croire capable ? Mes
principes sont connus 3 ils sont consignés
dans cent écrits de ma main : ils-ne respirent
la douceur 2 la paix, la tolérance,
Phumanité : et c'est avec de tels
Nrae,
sentimens que Pon va allumer la torche de
la sédition du carnage et de toutes les
horreurs dans le lieu même ou, ne fut-on
l'on a toutes les raisons du
qu'égoiste monde
? désirer le contraire ! O coeurs
corrompus pour et féroces ! croyez - vous me
noircir en me prétant vos détestables principes?
5.0 Cestici
m'attendoient : Cc votre
mere et VoS ipetler disent-ils, 9 ont été les
seuls épargnés entre tous les autres >>,
Ainsi l'envie n'a même pas su voiler ses
motifs dans ce reproche odieux; ainsi il eut
fallu, pourquejenefi fusse pasregardé comme
suspect, que ma respectable, ma vertueuse, >
ma bienfaisante mere eût été égorgée ! . e
Ainsi on regrette que mes biens n'ayent pas
(:) Plus de quinze de mes parens ont été massacrés
par les negres, --- Page 16 ---
Bté pillés, saccagés et incendiés ! Au
mier coup-d'oeil ce reproche paraît spécieux preà des persounes peu clairvoyantes: ; mais
désillons - leur les yeux, et examinons si
Cete érenementsingalier dont on me fait un
crime capital, n'est pas au contraire un
témoignage aussi glorieux qu'authentique
rendu à ma conduite et à mes sentimens,
et si mon sort n'est pas celui d'Androclus
épargné par le lion auquel on l'avait livré.
Pour mettre tout le monde en état d'en
juger, je suis forcé de reprendre les choses
de plus loin, et. de faire
d'une
mere dont les vertus sont
même
à
ainer
Saint-Domingue, et par mes plus grands
ennemis.
Tonjours juste et compatissante envers
ses esclaves comme enversles gens de couleur libreset des pauvresblancs, cette femme
estimable a indistinctement exercé ses sentimens bienfaisans envers tous les misérables.
Satisfaite des bons services de ses esclaves,
elle a cru dévoir les en récompenser par
leur affranchissement 2 et l'on en pent
compter quatorze qui tiennent d'elle leur
liberté : elle: n'a jamais fait sentir aux autres
étoit leur maitresse, que pour leur
goûter les
Ritele
douceurs d'une vie paisible.
Est-il étonnant après cela, que dans un
moment où les esclaves se soulévent contre
des maitres dont ils supportaient avec peine
lejoug, ils aient reconnu dans ma mere
une bonne maîtresse , qui ne les a jamais
gouvernés qu'ayec justice et humanité ?
ze qui tiennent d'elle leur
liberté : elle: n'a jamais fait sentir aux autres
étoit leur maitresse, que pour leur
goûter les
Ritele
douceurs d'une vie paisible.
Est-il étonnant après cela, que dans un
moment où les esclaves se soulévent contre
des maitres dont ils supportaient avec peine
lejoug, ils aient reconnu dans ma mere
une bonne maîtresse , qui ne les a jamais
gouvernés qu'ayec justice et humanité ? --- Page 17 ---
Co.que je viens de dire de ma mere, peut
Sappliquer à ma conduite et à mes sentimens; et je me flatte que mes plus'g grands
détracteurs même seront forcés de se rendre
aux preuyes irréfragables que je vais er
donner.
Pendant dix - sept ans j'ai commandé
les hommes de coulcur libres, connus sous
le nom de chasseurs, et il est inutile de
parler ici des faits not abrcux et des succès
demes chasses contre les negres-marrons que
je suis parvenu à réprimer au pointqu'iln'y
cn a jamais ei d'attroupés dans le pays,
que toutes les fois que jemn'en suis absentés
et mon retour s'y est toujours annoncé par
la dispersion de quelque bande et la mort
de son chef. Cette conduite constante qui
me cotte plus d'un demi million, soit par
Ia nécessité où j'étais d'abandonner mes
affaires, soit par le poison dont les negres
usaientalégard de tout Ce que je possédais
l'êtres vivans , soit par les dépenses que
legonvernemenit abandonnait à monp pairiotisme, ic ma générositéo ou à ma compassion
envers lesgenis de couleurgue l'on envoyait
avec moi dans les bois a leursfrais cedés
: cette conduite de ma part, dis-je, 2
suspecte,, ou même
AaiS
équivoque?
Mais sije poursuivais vigoureusement les
negres-marrons dans les bois, ils retrouvaient enmoiun homme justeetbienfaisant,
lorsquej'étais de retour dans mon quartier,
Un negre avait-il mérité son affranchissement par ses services, et son maitre regret:
leurgue l'on envoyait
avec moi dans les bois a leursfrais cedés
: cette conduite de ma part, dis-je, 2
suspecte,, ou même
AaiS
équivoque?
Mais sije poursuivais vigoureusement les
negres-marrons dans les bois, ils retrouvaient enmoiun homme justeetbienfaisant,
lorsquej'étais de retour dans mon quartier,
Un negre avait-il mérité son affranchissement par ses services, et son maitre regret: --- Page 18 ---
tait-il de le lui accorder,
l'aclietais, et
lui faisais avoir sa
Je fus bientôt
Trcnlt
je connu par cette humanité sage et éclairée ;
les esclaves me regardaient comme
des bons et Texterminateur
TPE
tutélaire
méchans. Je laisse à mes envieux ,
n'ignorent point ces vérités ,
EE
Tidéequeles esclaves durent se faire de moi,
et s'ils en doivent perdre le souvenir.
A l'égard des hommes de couleur libres,
de moi? Yen
que ne deraientils pas, penser et
ne
avait-il un dans la misere, ,
qui
pât
faire subsister sa famille, j'allais le secourir.
Voulait-on en opprimer un autre, soit
si ordinaires
MaBes
un de ces coups d'autorité commandans de midans nos petits
E2rEN soit par l'injustice d'un procès Tallais avoir
le défendre par tout ce que KP pouvais tels hommes
de crédit ou d'intelligence.
peuvent - ils me vouloir du mal? triomMais que mes vils calomniateurs sentimens
pheraient,sije n'avaisexercés mes
de
et d'humanité , qu'envers ces
qu'on ne
sécourir qu'en
des
EE
faisant
Ncts la plus noire
se trahisons ! soupçonner Non, mon coeur n'a jamais ssu
borner sa tendre. sollicitude ni à Tétat, ni
à la couleur, nià la classe des misérables :
tout homme souffrant a toujours eu la
même
à mes bienfaits. Combien de
ESIRt blancs peuvent attester cette
vérité, si ce n'était pas un crime au Cap que J'ai
de se montrer encore mon défenseur?
servil les uns de ma bourse, les autres de mes
avis,
noire
se trahisons ! soupçonner Non, mon coeur n'a jamais ssu
borner sa tendre. sollicitude ni à Tétat, ni
à la couleur, nià la classe des misérables :
tout homme souffrant a toujours eu la
même
à mes bienfaits. Combien de
ESIRt blancs peuvent attester cette
vérité, si ce n'était pas un crime au Cap que J'ai
de se montrer encore mon défenseur?
servil les uns de ma bourse, les autres de mes
avis, --- Page 19 ---
17,
ayfs, d'autres de ma plume, d'autres. de
mon temps ct dc tout ce
était en mon
pouvoir. Je le demande a à ces êtres dégradés qui ont osé m'occuser de mauvaises
intentions et de démarches criminelles;
qui mc Rt commandant des chasseurs ?
sont-ce les esclaves ou les
de couleur
libres ? Qui ensuite me Hre président du'
comité de mon quartier ?
dépnté à
l'assemblée de la partie du NE puis encore député de T'Assemblée Coloniale, puis
aide-majorgénéral de la partic du Nord,
puis commandant des troupes etteatomtf
Qui encore mne nomma député à P'Assemblée Nationale pour la Colonie, 3 fonction
que je n'ai pu accepter? Sont-cc les esclaves
ou les gens de couleur libres? non : ce sont
mnes concitoyens, , et toujours à l'unanimité
des suffrages , chose inouie ! :
C'était le juste tribut payé à mes sentimens vraiment civiques; c'était le tribut
daà un homme qui avait, toute sa vic,
exercé indistinctoment la justice etl la bienfaisance ; qui n'avait pu voir le mal sans
faire tous ses efforts pour l'empécher ou
le réparer.
Voila cependant ce qui me fait accuser
du plus affreux de tous les forfaits. Les a
Mulâtres, diton, condamnés par contumace dans l'affaire dOgé, ont fait épargner mon bien,
que, ajoute-t-on,
ils pensent
TLOra ai servis dans cette
occasion : tate * quoi doit-on attribuer
cette conduite de lcur part, si elle est
C --- Page 20 ---
vraie (4)! aux indiscrétions de VOS commissaires aux propos de mes calomniateurs, et a la puérile crédulité des juges
employés contreles coupables de cette: insurrection. Ces juges et ces commissaires
dans tousleurs interrogatoires, demandaient
aux negres, aux mulâtres , et aux blancs
prisonniers : CC connaissez vous 3 avezwous entendu parler de M. Milscents:(a)
1i fallait bien qu'à la fin ces hommes se
persuadassent que j'étais leur défenseur,
d'après la connaissance qu'ils avaient de
mon intégrité, etd'après le soin artificieux
de mes ennemis à le publier , et à me
noircir; d'après, 3 enfin, tous les bruits infâmes répandus autour de vous, que vous
n'avez jamais cherché ni à éclaircir, ni à
étouffer.
Mais il ne me reste qu'une réflexion à
faire : pour vous convaincre de la pureté
de ma conduite et de mes sentimens Sommez les lâches, qui osent répandre tant
d'atrocités contre moi, de signer une seule
de leurs abominables imputations, et vous
verrez qu'il ne s'en trouvera pas un seul
assez hardi pour le faire. Alors vous me
devez, vous devezàun bon citoyen, vous
les (1) Qni a pu le savoir ? on ne pent pénétrer dans
quartiers,
fois (2) La mêmc question se répète toujours chaque
qu'on interroge les negres prisonniers 2
ta fusiller au Champ de Mars.
qu'on
d'atrocités contre moi, de signer une seule
de leurs abominables imputations, et vous
verrez qu'il ne s'en trouvera pas un seul
assez hardi pour le faire. Alors vous me
devez, vous devezàun bon citoyen, vous
les (1) Qni a pu le savoir ? on ne pent pénétrer dans
quartiers,
fois (2) La mêmc question se répète toujours chaque
qu'on interroge les negres prisonniers 2
ta fusiller au Champ de Mars.
qu'on --- Page 21 ---
vous devez a vons-mêmes, à votre caractere de Représentans del la Colonie, au bien
de la Colonie même de faire arrêter
un de ces vils agens de la calomnic, de
l'obliger de déclarer d'oà il la tient, et
remontant ainsi, de l'un à l'autre 7 jussa source impure, vous serez sans
Hoael bien étonnés de trouver,
vousmêmcs, 2 l'infâme qui se joue
et del la
Anrt
foi, et de la tranquillité publique, et de la
réputation d'un de vOS meilleurs concitoyens, dont vous êtes interessés à embrasser la défense s'il est innocent 1 comme
à en poursuivre le supplice s'il est coupable du moindre des forfaits, 3 dont on ose
l'accuser.
Oui, son principal, son plus acharné
détracteur est parmi vous : je le reconnais
aux noirs poisons de sa langue, aux imputations odieuses que son ame atroce est
seule capable de concevoir. Mais. combien
ne frémirait-on pas d'horreur, silon pouvaitinterroger sa conscience, qui ne saurait
lni mentir P Que dirait elle ? c Hélas !
n'ai à lui reprocher,
des
S>
f
que
bienfaits
Eh bien! 1 l'ordre va renaître , soit par
l'amnistie que vous avez offerte aux séditieux , soit par l'extermination de tous
les csclaves : mon bien est dans le pays;
s'il n'en fant que le sacrifice pour assouvir
la rage ct la barbare jalousie de ce monstre;
s'il ne faut que ma ruine pour faire cesser
les regrets de ce que j'ai été épargné, qu'il
portedans mespossessions lc: fer et laflamme, --- Page 22 ---
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pour me punir d'avoir été toute ma vie
juste et binfaisant... Mais, a'l nom de tout
ce qu'il y a de plus sacré aux yenx des
hommes, que ma mnalheureuse merc soit
épargnée ; clle sera assez à plaindre de
m'avoir donné le jour --- Page 23 --- --- Page 24 ---