--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
HISTOIRE
DES DÉSASTRES
DE SAINT-DOMINGUE, --- Page 4 ---
des Lois
Édition sous la sauve-garde
Je place la présente
Je déclare que je pourssivrai ou
de la probité des Citoyens2 Distributeur s
ct
tout Contrefacteur aux Citoyens qui
devant les tribunaux contrefaites. J'assure même
Débitant,
Débitant d'Editions
2 Distributeur, ou
deus
feront connaitre le Contrefacteur la Loi accorde. Les
me moitié du dédommagement que
à la Bibliothèque
la
vertu de la Loi, sont déposés
Esemplaires en
an X de la République.
Bordeaux, ce 15 Nirôse
nationale.
ERRATA A.
Dans Pavant propos.
confisquée, 3
igme,: Après avoir eu cargaison confisquée.
Page XVIII, ligne
avoir eu sa cargaison
Lisez : Après
ligne : En rougissant: 2
Page XXXIV 3 avant-dernière
Lisez : En rougissent.
de régime,
avant-dernière ligne : Dépendait
Page XXXVII,
de ce régime.
Lisez : Dépendait
de Pouprage.
Dans le corps
fusse, Lisez : Ne fut-ce.
Page 2, ligne 2me, : Ne
ems, Lisez : derniers tems. attendant;
: Pernierst
en
- ligne 29 Ce dernier but, profitant
etc.
Fage 201, ligne 23 : ainsi : Ce dernier but : profitant, chaque partie,
Ponctues
auxquelles
lignes 14 et 15: Des sextrémité
chaque partie.
Page 207, Lises : Des estrémitées auxquelles --- Page 5 ---
HISTOIRE
DES DÉSASTRES
DE SAINT-DOMINGUE.
OUVRAGE où l'on expose les causes de ces événemens;
les moyens employés pour renverser cette Colonie;les
reproches faits à ses Habitans, et les calomnies dont
on les a couverts; enfin, 3 des faits et des vérités 2 qui 2
justifiant ces Colons 9 sont encore propres à fixer le
Gouvernement sur les moyens de faire refleurir la
culture dans cette Isle infortunée.
PAR F.C un de ses précédens Colons,
Ily a des pays où la chaleur énerve le corps
et affaiblit si fort le courage, que les hommes
ne sont portés à un devoir pénible, que par la
crainte du châtiment. EsP. DES LOIS, liv. XV,
chap. faut VII. donc borner la servitude naturelle à de
Il
particuliers de la terre, livre XV,
certains pays
chap. VIII.
A BORDEAUX,
rue du
Chez PELLIER-LAWALLE 2 Imprimeur-Librsire,
Chapeau-Rouge, no, 14. AN X. (1802.)
fort le courage, que les hommes
ne sont portés à un devoir pénible, que par la
crainte du châtiment. EsP. DES LOIS, liv. XV,
chap. faut VII. donc borner la servitude naturelle à de
Il
particuliers de la terre, livre XV,
certains pays
chap. VIII.
A BORDEAUX,
rue du
Chez PELLIER-LAWALLE 2 Imprimeur-Librsire,
Chapeau-Rouge, no, 14. AN X. (1802.) --- Page 6 --- --- Page 7 ---
S O M M AIRE
Decegui est coutenu Oaus cet owrages.
A VW A N T-P RO PO S.
La grandeur Des Désastres de SaintDominguefait concepoir à l'auteur le
Desseun de les Décrire, 3 n'étant encore
qu'aux Bermudes. = Il arrive en France
alb mois de mai 1794. iI Il y trowve les
esprits fortement et généralement préverus contre les habitans de Saint-Dominque. = Invectives, reproches, 3 accusations etcalomnies Donton les accablait
alors. a Le projet de les justifier le
corfirme Dans son entreprise. - Ce qui
résultera de Pouvrage. = Quelques altres éclaircissemens.
RECIT P R É L I M IN A I R E,
Tableau succint de Leffroyable sir
tuation oit furent réouits les habitans
de la ville Ou Cap, pendant et quelques
jours après Pincendie de cette ville. M
Autre peunture Des extrémités quéprouA 2 --- Page 8 ---
IT
tous les blancs de cette dépenvèrent
faite, deux
dance, après la promulgation.
Oes
mois après, de la liberté générale
esclaves. l Ces Oeux événemens ayant
entrainé la ruine entière de la Colonie,
exigent que lon eapose la longue série.
criminelles que les ont
de manauvres
amenés.
P R E M I E R E N T R ETII E N.
Or y Dépoile la cause de Cagitation
régnaient Dans les
et de Paigreur, qui
au
esprits Des habitans de la partie
Nord de Saint-Domingue 1 à Pépoque
Des Erats-Générauz de
de Douverture
France, en lannée 1789. - Celte_fermentation fatale, provenue de la supau Conseil supérieur Ou Cap,
pression
suret d' une sutpacfiralsupnicie
le-champ et sans réflexion, ces heureua
Colons, Dans Padoption Ou
et tranquilles
politique de la Métronouveau systéme
ensuite,
pole; et les entraina rapidement
de
Dans un grand nombre de Démarches,
mesures et de résolutions contraires à
leurs péritables intérêts. --- Page 9 ---
DEU X I i M E ENTRETIEN.
Recherche Des causes de la révolte
des esclaves Dans Parrondissement Ou
Cap Français. M Ils ne se sont pas
soulevés D'eux - mêmes. LE Nombre de
causes indirectes qui Devaient les y conOuire. M Causes plus particulières qui
les y ont entrainés. ii Obscurité Oont les
premières trames sont couvertes. i= T'rois
partis néanmoins en sont les auteurs les
plus Oirects et les soutiens les plus constans : Les partisans de la cour, la secte
Des amus des Noirs et la plus grande
partie Des Mulatres. IM Ceur-ci par des
Demandes prématurées et Des voies de
fait ; Ceua-lis, par Des moyens plus
Détournés, maus également certains. l
Quelle est Cumportante raison quu retint si long-tems les Colons Dans leur
refus d'accoroer aus gens de couleur
libres, Pabolition de la Oistinction Des
rangs et Des visages, ainsi que les Oroits
politiques de citoyens Français. = Première levée De boucliers Des Mulatres.
1 Lesupplice d'Ogé et de ses complices.
aturées et Des voies de
fait ; Ceua-lis, par Des moyens plus
Détournés, maus également certains. l
Quelle est Cumportante raison quu retint si long-tems les Colons Dans leur
refus d'accoroer aus gens de couleur
libres, Pabolition de la Oistinction Des
rangs et Des visages, ainsi que les Oroits
politiques de citoyens Français. = Première levée De boucliers Des Mulatres.
1 Lesupplice d'Ogé et de ses complices. --- Page 10 ---
TI
il Les Tribunaux et les Colons pleinementjustifiés sur ce point.
TROISIÈ M E E N T RETIE N.
Explosion de la révolte des Esclaves.
iI Incendie De la plaine Ou Cap. = Lenteur et faiblesse de nos premiers moyens
B'attaque. = Les revoltés en deviennent
plus entreprenans.
Ils sontjoint par
les Mulôtres mécontens. l La révolte
gagne de nouveauz quartiers. = En vain
on les attaque plus pivement Dans la
plaine Ou Cap. iM On les Défait sans
les vaincre,et la plupart de nos défenseurs succombent bientôt sous le poids
Desfatigues et sous la violence Des malaies.- Un plus grand nombre se sawve
de PIsle. = Insurrection Des gens de
couleur libres eux-mémes. = Ensemble,
vigueur et promptitude Des efforts de
ceux de la partie de lOuest. I Ils
obligent les blancs Ou Port-au-Prince
à signer le fameua concordat, dans
lequel ils s'arrogent sans restriction. une
égalité commune de rangs et de Oroits.
Ce succès réveille et enhardit leurs --- Page 11 ---
VII
camarades Dans les Oeux autres DépenDances de UIsle. i= Leurs trames Sétendent O'un boutde la Colonie à Dautre.
= Ils lèvent le masque par-tout, encouragés de France par la secte Des
amus des Noirs. l Nourceurs 3 perfidies
et cruautés qui caractérisent parmi eux
quelques - insurrections partielles. I Après
quelques succès 2 ils marufestent des
prétentions quu tiennent Ou Délire de
Lorgueil.
QUATRI i M E EXTIETIEN,
La nouvelle de la révolte Des esclapes parvient Dans le sein de VAssemblée Nationale. i= Faible sensation
qu'elle y proouit. iM Bien loin de s'occuper a'y apporter un prompt remède 9
On s'amuse à en Douter. E Les amus
Des Noirs prétendent que c'est une ruse
8' accapareurs 7 Ol une spéculation, de
Tyrannie. = Brissot erfin en accuse
les Colons eux-mêmes. = Discussion
sur cette accusation aussu grave que
légèrement avancée. = Décret Ou 7
Décembre 1791 qui légitime toutes les
'elle y proouit. iM Bien loin de s'occuper a'y apporter un prompt remède 9
On s'amuse à en Douter. E Les amus
Des Noirs prétendent que c'est une ruse
8' accapareurs 7 Ol une spéculation, de
Tyrannie. = Brissot erfin en accuse
les Colons eux-mêmes. = Discussion
sur cette accusation aussu grave que
légèrement avancée. = Décret Ou 7
Décembre 1791 qui légitime toutes les --- Page 12 ---
TIII
des Gens de couleur.
entreprises illégales
=
Haine prononcée Des Négropluiles
contre les Colons blancs. iI Sinistres
projets qui éclatent Dans leurs Ouscours
contre les propriétaires P'esclaves. = EF
forts quils font premièrement pour sopposer à un envoi de secours à SaintDomingue, et enswite, pour en suspenOre le Départ. = - Eacès Des maux qui
couprent le sol de cette Isle infortunée.
de la secte noire en
il Les Coryphées
accusent les Blancs ezclusivement; et
obtiennent De LAssemblée le Décret Ow
4 Avril 1792 qui établit Dans les Colonies une entière égalité de Orouts politiques, entre tous les hommes libres 9
de quelque couleur qu'ils soient. = On
J réserve néanmoins aua Assemblées
coloniales fitures 2 Pinitiative Des lois
sur le régime intérieur. = Mission des
premiers Commissaires civils, antérieure
àces Berniersfaits. = Leur entregue apec
Jrun-Pnapongedoiaies des Noirs
révoltés, pour faire rentrer ceux-ci Dans
le Devoir par la Douceur. I Pourquoi
cette --- Page 13 ---
IX
eette conférence resta sans effet. l Preuves particulières de Pintelligence Qes
chefs Ou partu royaliste avec les chefs
des insurgés. il Faible ou maupais emploi de nOS moyens de force. A Caractère Des Mulatres. il La querre se ranime de nouveau entre les Blancs et
eux. = Ceur-là se soutiennent à peue.
= Soupçons qui s'élèvent entre ewx et
les Commissaires civuls. M Daigreur et
la Oivision s'emparent des Deux partis.
= Ces Derniers repassent les mers sans
avoir pu remplir leur mission.
CINQUI IE M E E N T RETI L E N.
Arrivée au Cap Des trous seconds
Commissaires civils, Déléqués à SaintDomingue, pour y rétablir Corore et la
tranquillité publique. = J'amais titre
nefut plus insultant et plus Oérisoire.
iM Au lieu defaire exécuter les clauses
impartiales et conciliatrices Ou Décret
Ou 4 Avril, ils nien substituent que
D'arbitraires et d'oppressives. LM Au liets
de laisser former des assemblées constitutionnelles, ils concentrent ei euc
B
missaires civils, Déléqués à SaintDomingue, pour y rétablir Corore et la
tranquillité publique. = J'amais titre
nefut plus insultant et plus Oérisoire.
iM Au lieu defaire exécuter les clauses
impartiales et conciliatrices Ou Décret
Ou 4 Avril, ils nien substituent que
D'arbitraires et d'oppressives. LM Au liets
de laisser former des assemblées constitutionnelles, ils concentrent ei euc
B --- Page 14 ---
X
tous les pouvoirs et usurpent une Dictature entière; al lieu Defaire renaitre la paix et l'union par de justes
procédés 7 ils ne sèment que la haine
et la Oiscorde Dans les coeurs, en afectart une prédilection eatrême pour les
Gens de couleur, et le mépris le plus
formel Des Blancs. l Proclamation proOigicusement perfide qu'ils rendent huit
jours après leur arrivée, pour endormir
les craintes et les soupçons des Colons.
il Ceus-ci Donnent entièrement Dans le
paneau et les servent à culbuter le
parti royaliste. = Journée Ou 19 Octobre 1792. iI Témoignages Ou plus excellent patriotisme renous solemnellement par les Commissaires 7 soit au
précedens corps administratis de la Colonie, soit aua particuliers eux-mémes.
M Bientôt ces Blancs ) prônés si bons
patriotes, 3 ne sont plus que Qes agitateurs, des contre-révolutionnaures. des
partisans des Anglais, que Von humilie, que lon vere, et qu'on met sous
les picds Des Gens de couleur. iM Les --- Page 15 ---
KI
Mulâtres sont recherchés de toutes parts,
caressés, favorisés et promus à tous les
grades etles emplous. - Altaque contre
les Noirs révoltés. = Les succès de nos
troupes étonnent les Dictateurs. iM OrOre de ne plus pousser les brigands et
Dese tenir sur la défensive. i Alliance
faite par les Commissaires avec un corps
de Mulatres révoltés. M Les Blancs sont
indignés de Lobstination de ces chefs c
ne pas remplir impartialement le veel
de la Nation. M La Municipalité Ou
Cap les requiert au nom de la loi, de
permettre les assemblées primaires et
électorales,et ensuite laformation P'une
assemblée coloniale constitutionnelle.
Rofstfrmadetondiadoundàlaremer,
Commandant des troupes, d'empécher
toute réunion de citoyens.
Sourdes
fermentations occasionnéesparcettesuite
de procédés tyranniques. iM Sonthonax
Sapprête au Cap pour aller chatier les
Blancs Ou bas de la côte. iM ParticuLarités qui font présumer que La Destruction des willes et la proscription Des
B2
et ensuite laformation P'une
assemblée coloniale constitutionnelle.
Rofstfrmadetondiadoundàlaremer,
Commandant des troupes, d'empécher
toute réunion de citoyens.
Sourdes
fermentations occasionnéesparcettesuite
de procédés tyranniques. iM Sonthonax
Sapprête au Cap pour aller chatier les
Blancs Ou bas de la côte. iM ParticuLarités qui font présumer que La Destruction des willes et la proscription Des
B2 --- Page 16 ---
XII
Blancs d St-Domingue, étaient un plan
arrété par les Négrophiles en France,
long g-tems avant leur erécution Dans
cette Colonie.
SIX I b M E E NT TRE T I E N.
Ezécutionmilitaire Desvilles dc SaintMarc et Ou Port-au-Prince. iI Rôle
qu'y jouent les Mulatres. = - Ne pisant
qu'a une Domination suprème, les Commissaires, 2 à leur arrivée, avaient destitué le général Desparbès. iM Fidèles à
ce systéme 3 ayant appris au Port-auPrince larrivée au Cap de M. Galbaud,
revêtu par la Nation Ou même grade,
et résolus D'abattre toute autorité quo
pourait.génerla leur, ils S'avancentvers
cette Dernière ville, accompagnés O'un
puissant corps de Mulatres et le ceeur
gonfé de ressentiment et de vengeance.
Aussitôt entrés, ils annoncent publiquement aua Blancs leur arrêt de proscription et de mort. = Ils destutuent eitsuite M. Galbaud. iM On examine - ) St,
se conouisant aussu despotiquement et
dé0aignant de se conformer au teate 016 --- Page 17 ---
XIIF
Décret Ou 4 Avril, ils comprometinient
leurresponsa bilité. - Les Mulâtres excités et soutenus parles Commissaires, insultentjournellementles Blancs. l Trois
gfficiers de la fote 5 offensés ainsi, et
n'ayant pas été écoutés Dans leurs plaintes, 2 enflamment tous les esprits de la
rade. - Journée Ou 20. Juin 1793. Récit
des Oivers chocs soutenus de part et a' autre. = M. Galbaud est forcé de se retirer
à bord Des vaisseaux. - Incendie Ou
Cap; pillage et massacres pendant quatre jours et quatre nuits consécutifs.
I Départ de la Hote, emportant cing
mille réfugiés nuds et sans provisions.
Piresituation des Blancs quin'avaient
pu se sawver par.cette voie. i= Preuves
positives, que ies partisans de Galbaud
ne sont les auteurs ni de W'incendie ni
Ou pillage de la ville Ou Cap. = Nouvelles victimes accordées aus Gens de
couleur. I Refioidissement subit Des
Commissaires à Pégard Des Mulatres 1
quils se préparent d sacrifier à leur
tour. l Sontonax resté seul al Cap I 9
uation des Blancs quin'avaient
pu se sawver par.cette voie. i= Preuves
positives, que ies partisans de Galbaud
ne sont les auteurs ni de W'incendie ni
Ou pillage de la ville Ou Cap. = Nouvelles victimes accordées aus Gens de
couleur. I Refioidissement subit Des
Commissaires à Pégard Des Mulatres 1
quils se préparent d sacrifier à leur
tour. l Sontonax resté seul al Cap I 9 --- Page 18 ---
XIY
la
de sa personne
ne confie plus
garde Noires.
Il se requlaux compagnues
M
Protire Dans un poste inexpugnable. =
clamation de la liberté générale Des
esclaves. = Ce Commissaire r'appercepant aucun bon offet de cette mesure >
abandonne le Cap, Détesté De ses chers
Mulatres, et en Banger de sa pie de lai
part des Nègres mêmes.
CONYERSATION ACCIDENTELLE.
Incident qui Donne Des craintes au
Français qui-se troupaient aux Bermuunanime de ceus de
Des. IM Résolution
de
est le caractère
notre Borô. M Quel
la politique Ou Gouvernement Anglais.
Doivent attendre
les Français
iI Ce que
bons offices de cette puisdes prétenaus
Conduite opposée de
sance ennemie. i=
particuliers à particuliers. l Qfres g6néreusesfaites à lAuteur. M Il ne peut
Sa constante résolution
les accepter. M
le sein de
de n'avoir D'autre refiuge que
malgré les eacès quila Désosa patrie, sétablit cette question. : sib
lent. i= IL
rétablir la culture à
serait possible de --- Page 19 ---
KF
Saint-Domingue avec les Noirs rendus
Libres.
SEPTIÈME ET DERNIER ENTRETIEN.
Cette question est agitée Dans une
grande partie Ou cours de cet entretien.
On y convient que Pafianchissement
des esclaves a pu se faire Dans les propinces du Noro de LAmérique ) sans
Désavantage et sans Danger; ; mais or
prouve que son erécution Dans les Colomies à sucre Devait entrainer un ralentissement extréme Dans la culture, ) la ruine
des propriétaires, et les risques les plus
évidens de la vie Des maitres. E Peinture
fidelle du régime précédent des Esclaves.
= De la comparaison de leur sort à celwi
Des journaliers de France j il demeure
évident que ceus-ci ne jouissaient pas
è beaucoup près, Des avantages Des premiers 1 et que la vie de nos Noirs abonDait plus en sujets dejoie, de satisfaction et de plaisir. I Quel est le constant
et le prai naturel des Negres. = Ils le
tiennent Ou climat tet de ses_fayeurs. LE IL
n'y a que le besoin et la nécessité qui
édent des Esclaves.
= De la comparaison de leur sort à celwi
Des journaliers de France j il demeure
évident que ceus-ci ne jouissaient pas
è beaucoup près, Des avantages Des premiers 1 et que la vie de nos Noirs abonDait plus en sujets dejoie, de satisfaction et de plaisir. I Quel est le constant
et le prai naturel des Negres. = Ils le
tiennent Ou climat tet de ses_fayeurs. LE IL
n'y a que le besoin et la nécessité qui --- Page 20 ---
XFI
les hommes à travailler de
contraignent
Discussion, sur les Oroits natuforce. M
rels et primitifs de Phomme. - Ils nesauraient être maintenus rigoureusement
parmi des peuples réuruis en grandes sociétés. I Nul véritable reproche afaire
au précédent régime Colonial. = Lescris
ql'on a poussés à ce sujet, ne portentque
surc des faits particuliers, malvus, même
à Saint-Domingue. iM Exemples de pareils traits Oans toutes les autres institutions sociales. i= On ne coupe point
un bel arbre, plein de sève et de vie 2
pour une menue branche carriee. = Quantité de détails sur les soins qu'onprenait
Des Esclaves;sur les Oivers moyens quon
leur fournissait pour étre bien vétus et
bien nourris; sur les nombreuses ressources Dont dsjouissaient ;sur leur état enfin de satisfaction et de bonne santé.
sontles Deux conditions essenil Quelles
tielles qui Devront entrer dans le régime
qu'on adoptera pour faire refleurir les
Colonies?
FIN DU SO M M AIR E.
SOIRÉES --- Page 21 ---
SOIRÉES BERMUDIENNES
OU
ENTRETIEN S
SUR LES DÉSASTRES DE S.-DOMINGUE:
AVANT-PROPOS
Contenant les motifs et le plan de cet
Ouprage.
Mosr premierdessein, en enfreprenant
cetouvrage, n'avait pas étéd'embrasser les
deusoljatequilidéunis.Frappedelimormitédes malheurs de Saint-Domingue, etde
l'ancantissement de l'état. florissant de
cette Colonie, 5 je n'avais voulu, dans le
principe ( en ayant été témoin) 2 qu'en
peindre les principaux événemens; décrire
particulièrement la révolte des esclaves,
dans son premier foyer, 3 en dévoiler les
causes,en citer les auteurs, et publierleurs
trames etleurs efforts. Mes matériaux ainsi
disposés, un second objet non moins CSC --- Page 22 ---
XVIII
sentiel, est entré dans mes vues: celui de
justifier les Colons de la quantité des calomnies qu'on a versées sur eux. Jecommencerai par exposer comment ce nouveau sujet est venu se joindre au premier.
ler2OcParti de l'isle Saint-Domingue
tobre 1793, pour me rendre en France,je
n'y arrivaiquele - Maisuivant.1 De ceshuit
mois, j'en passai quatre aux Bermudes,
le reste en mer ou dans des relâches. Le
navire sur lequel javais pris mon passage
était de Raguse. Je m'étais attendu que
sous ce pavillon neutre, je pourrais me
rendreà ma destination sans obstacle, mais
je me trompai ce bâtiment pris par les
Anglais et conduit aux Isles Bermudes,
ne, futrelaxé 2 toutefois après avoir eu
cargaison confisguée.quele premier Mars
1794. Alépoquedemon. arrivée en France, la
TERREUR dominait dansles esprits, d'une
extrêmité de l'empire à l'autre. Un gouvernement nommé Révolatiounaire, n'y
employait que des mesures spoliatricesdes
biens et de la vie des hommes. Cela s'exé-
par les
Anglais et conduit aux Isles Bermudes,
ne, futrelaxé 2 toutefois après avoir eu
cargaison confisguée.quele premier Mars
1794. Alépoquedemon. arrivée en France, la
TERREUR dominait dansles esprits, d'une
extrêmité de l'empire à l'autre. Un gouvernement nommé Révolatiounaire, n'y
employait que des mesures spoliatricesdes
biens et de la vie des hommes. Cela s'exé- --- Page 23 ---
XIX
cutait au nom de la LaberiéerdelEgalité,
Les grands, les nobles, les gens riches et
tous ceux dont l'état, la forlune etles sentimens étaient en opposition avecces idées
républicaines, devenaient les victimes de
cette horrible tyrannie; ils étaient égorgés
comme de faibles agneaux Onl de timides
colombes; frappés seuxseuls, et à bien juste
titre,d'une TERREUR extrême,t tandis que
le reste des Français, comme en délire,
approuvait cet ordre de choses et l'appuyait de toute son énergie.
Les gouvernans, par une lactique scélérate, maishabile, avaient allumé ce transport fanatique, etl'enflammaient de diverses manières; c'était sur-tout en employant
de nombreuses etd'infâmes CALONNIES
contre ceux qu'il était de leur intérêt de
sacrifier. Les Colons que le systême de liberté et d'égalité devait ruiner, et qui,
prévoyant cela; s'étaient défendusdel'admettre à l'égard de leurs nègres et des gens
de couleur, n'avaient pas été le moins en
butte à cette manceuvre inique. On peut
assurer que leurs ennemis avaient épuisé
C 2 --- Page 24 ---
A
XX
envers des
toute la féconditéde ce moyen,
Ramencedeyrneane
personnesa eux dans toute la France; ; les
cri contre faisaient en tous lieux écho des
bouches invectives y
et des mêmes accusamêmes
tions.
était contre les Colons 2 la disTelle y
des esprils,lorsposition presqu'tuniverselled pris passage
queles na vire surlequelfavais
au
isles
Le
SpCCrTatt
dans le vaste bassin des
d'Hyères.
devant aller désarmer à Gènes,
capitaine
mouillé dans cette rade,
avait, en passant,
ses passapour déposer plus promptement Nousétions enassez
gers à leurdestination.
d'un des
grand nombre. Le commandant
hommes de Ia garde
forts envoya quinze
qu'aucun
nationale àbord, pourempécher avant d'en
de nous ne descendit à terre 2
la
du représentant
avoir reçu permission résidait à Toulon. Nous
dupeuple(*)qai ainsi quinze jours dans ce
demenrâmes
sur notre bord et
mouillage. Ce fut-là;
à
parmi nos gardes 1 , que je commençai
C) Ils étaient deux, Salicéti et un autre Corse.
de
forts envoya quinze
qu'aucun
nationale àbord, pourempécher avant d'en
de nous ne descendit à terre 2
la
du représentant
avoir reçu permission résidait à Toulon. Nous
dupeuple(*)qai ainsi quinze jours dans ce
demenrâmes
sur notre bord et
mouillage. Ce fut-là;
à
parmi nos gardes 1 , que je commençai
C) Ils étaient deux, Salicéti et un autre Corse. --- Page 25 ---
XXI
connaître la prévention qui régnait en
France contre les habitans des Colonies.
J'eus bientôt occasion d'en remarquer toute la force et d'en reconnaîtrele principal
motif. Notre capitaine, s'exprimant mal
en français, avait obtenu quej'allasse l'accompagner clez le commandant de la
ville d'Hyères. Dès qu'il eût dit qu'il arrivait du Cap avec des passagers du nombre desquels j'étais, un aide-major de la
place, quoique jeune et de physionomie
douce et agréable, m'adressant la parole:
> - Enfin, ils ssontl libres, medic-(paraisant
> comme oppressé d'un poids énorme) ces
> malheureux esclaves. Après un siècle
> de mauvais traîtemens et de tortures, il
> était bien tems qu'ils devinssent VOS
> égaux et qu'ils jouissent de notre pré-
> cieuse liberté, car ils ne sont pas moins
> hommes que nous >. Je me tus: ce n'était pasle moment de répliquer. Les guillotines étaient permanentes sur les places
publiques, et le moindre mot téméraire y
conduisait, sans aucune forme de procès.
Depuis Toulon jusqu'au terme de mon
C 3 --- Page 26 ---
-
XXIT
dansles voitures de terre ou d'eau,
voyage,
chez les particuliers,
dans les auberges,
dans les carrefours, sur les places publipar-tout je trouvai la même préques, vention et la même virulence de propos
contre les Colons. Prévention ! C'est trop
dire, c'était une haine bien prononcée.
peu
leurs infortunes,
Elle Pétait au point, que
eussent été :
quelqu'excessives qu'elles
iuouies et sans exemple, ne leur avait pas
sentiment de commisévalu le plus léger
ration. Plus coupables dans ces esprits préque lés
venus et dans Popinion vulgaire, déterminés
plus grands scélérats et les plus
accordé
assassins, auxquels on a souvent
restes de pitié, lors de leur supquelques
moralement, en avions
plice : nous qui,
et qui nous offrions,
souffert d'extrêmes,
des
échappés des torches et des poignards,
tempêtes et des prisons, nuds, dépouillés
de nos fortunes, sans aucune ressource et
destinés à mendier notre pain, ) nous ne
trouvions que des coeurs froids et des ames
insensibles. Eh! combien encore de perdes proches parens, qui,
sonnes, etjusqu'à
quelques
moralement, en avions
plice : nous qui,
et qui nous offrions,
souffert d'extrêmes,
des
échappés des torches et des poignards,
tempêtes et des prisons, nuds, dépouillés
de nos fortunes, sans aucune ressource et
destinés à mendier notre pain, ) nous ne
trouvions que des coeurs froids et des ames
insensibles. Eh! combien encore de perdes proches parens, qui,
sonnes, etjusqu'à --- Page 27 ---
XXIII
ne se bornant pas à cette insensibilité, y
ajoutaient des témoignages deréprobation
et d'horreur. Je pourrais en nommer un
grand a nombre, hommes etfemmes;jeunes
ou vieux, qui, au récit de nos maux, me
disaient : vous les apex bien mérités.
Combien ce barbare accueil me futsensible ! Il mit le sceau à tout ce que j'avais
jusqu'alors souffert de peines et de misères.
J'avais préféré à tout autre pays le sein de
ma patrie, par attachement pour elle;j'y
avais envoyé les miens comme dans un
lieu consolateur, où des témoignages de
sensibilité, d'affection même, ne leur seraient pas épargnés J'y arrivais avec le
même espoir 2 à travers quantité d'obstacles et de dangers, etloin d'entendre des
voix compatissantes, mesoreilles'n'taient
frappées que del'accent du reproche et de
l'aigreur. Les gardes nationaux envoyés à
Saint-Domingue, 2 à leur arrivée > nous
avaient bien témoigné des sentimens approchans; nous savions de plus que lesbenins négrophiles nous avaient représentés
comme des monstres odieux, quin'avions --- Page 28 ---
XXIV
la forme du corps. Mais
Bhumain que
de
après un séjour
quelques
ces soldats,
eux-mêmes que
mois, ayant reconni par était content de son
le Nègre, en général,
bien, était Oispos 2
sort, qu'il se portait
satisfait de sa
mieux pétu qu'eux 5 plus
en
nourriture, souvent enfètes et toujours
chant dans ses momens de
Danse et en
de ces fausses imloisir, étaient revenus
prewendiecpedeasmeiis
ptessions:jer
communes à presquetous
fussentdevenues dont un si grand nombre venu
les Français,
témoigner de La
danslesC Colonies, pouvait
vérité de notre conôuite habituelle etgénérale envers nos esclaves.
Pépoque où jai remis le
J'avoue qu'à
le règne de la terpied dans ma patrie,
et ses
dominait de toutes parts 1
reur y
le droit de parler, je
suppots seuls ayant
des voix qui nous
ne pouvais entendreque mais j'ai eu toutle tems
étaient contraires;
parmi des perde reconnaitre aussi, que amies des risensées et moins
sonnes plus
il n'y en
gides maximes républicaines, fut imbu des
avait guères dont l'esprit ne
funestes
e qu'à
le règne de la terpied dans ma patrie,
et ses
dominait de toutes parts 1
reur y
le droit de parler, je
suppots seuls ayant
des voix qui nous
ne pouvais entendreque mais j'ai eu toutle tems
étaient contraires;
parmi des perde reconnaitre aussi, que amies des risensées et moins
sonnes plus
il n'y en
gides maximes républicaines, fut imbu des
avait guères dont l'esprit ne
funestes --- Page 29 ---
XXV
fumestes préventions contre les Colons. Je
dois àla vérité cet aveu, que malgré celte
façon de penser, commune également à
presque tous mes voisins, j'ai trouvé dans
eux tous, des coeurs généreux et compatissans, dont l'accueil a été tel, que sans
cet appui, sans ce baume salutaire , versé
sur mes afflictions passées, j'eusse infailliblement succombé sous le poids de celles
quim'assaillirent depuis.
Ces propos calomniateursavaientinfecté
deleur venin toutes les classes de la société;
les domestiques, les paysans, les ouvriers,
et jusqu'aux journaliers des champs. Ces
gens simples 2 ne s'arrêtant qa'aux idées
frappantes, n'en avaient retenu contre nous
que les plus extrêmes. Nous étions, dans
leur esprit, pires que des antropophages;
s'imaginant que enous mutilions, écorchions
et massacrions nos esclaves, par plaisir.
A Bordeaux, ville ingrate aux Colonies 2
s'il en futjamais: à Marseille encore,deux
places de commerce, où les liaisons multipliées et suivies avec elles, a auraient de
faire fermer l'oreille à de pareilies absurD --- Page 30 ---
XXVI
dités, i'y ai trouvé des gens assez simples
ou assez méchans, pour me soutenir que
les habitans des Colonies, pourlemoindre
sujet, faisaient périr leurs Nègres sous les
coups de fouet; qu'il était ordinaire, pour
les empêcher d'aller marrons , de leur
casser les jambes;deles: sassommer au plus
petit manque de leur devoir, et même de
les jeler vifs dansles fourneaux ardens des
sucreries. Ils donnaient pour vrai, sur des
oui-dire néanmoins, qu'on en avait vu qui
tranchaient eux-mêmes la tête à leurs esclaves, et se plaisaient tellement dans le
sang, qu'ils laissaient et têtes et corps à
l'endroit où ils étaient tombés, les foulant
aux pieds sans émotion et de sang-froid,
jusqu'à ce que Pinfection les leur fit jeter
à Ia voirie. Cn m'y fit connaître des personnes qui s'abstenaient depuis long-tems
de boire du café, touchés du malheureux
sort des esclaves, et s'imaginant n'avaler
dans cette boisson sucrée, que leur sang
ouleur sueur. Enfin,suivant de véridiques
narrateurs, nos Nègres étaient continuellement couverts de plaies, travaillaient en-
sans émotion et de sang-froid,
jusqu'à ce que Pinfection les leur fit jeter
à Ia voirie. Cn m'y fit connaître des personnes qui s'abstenaient depuis long-tems
de boire du café, touchés du malheureux
sort des esclaves, et s'imaginant n'avaler
dans cette boisson sucrée, que leur sang
ouleur sueur. Enfin,suivant de véridiques
narrateurs, nos Nègres étaient continuellement couverts de plaies, travaillaient en- --- Page 31 ---
XXVII
chaînés, et n'avaient pas une heure de
repos dans toute l'année. Ils n'étaient ni
vêlus, ni nourris ni soignés: mouraient de
faim ou de douleur, el jetaient le dernier
soupir en maudissant mille fois leurs barbares tyrans.
D'autres attaquant notre conduitedepuis
la révolution: ceux- ci nous reprochaient
d'avoir nous- mêmes fomenté l'insurrection des Noirs,et causé l'incendie et la dévastation de nos biens, par notre inhumanité;ceux-la, pouravoirloccasion delivrer
la Colonie aux Anglais. Certains nous accusaient d'avoir voulu secouer le joug de
la métropole, par le seul désir de lindépendance ; d'autres 3 pour la frustrer des
sommes immenses que nous lui devions :
les plus modérés nous reprochaient des
démarches impolitiques, notre injustice, 3
nos préjugés, notre orgueil. Vous êtes
vous-même la cause de VOS maux, me disaient-ils, pourquoi ne vous être pas rapprochés. dès le principe, des gens de COuleur libres? Pourquoi leur avoir obstinément refusé la suppression de cette révolD 2 --- Page 32 ---
XXVIII
tante distinction de rangs? Pourquoi porter
votre cruauté au point d'en assassiner juxidiquement un grand nombreen cette OCcasion P Pourquoi tant d'empressement à
dans le régime républicain, 2 si
vous jeter
les Colonies? Quelle inconpeu fait pour
l'avoir adopté, de ne pas
séquence, après
les droits politiques avec VOS
en partager
libres?Des esprits plus
Mulâtres et Nègres
pénétrans prétendaient me prouver que 3
liberté des Noirs ne prénon seulementla rien à leur travail, mais enjudicierait en
core, que la culture en profiterait, et que
florissante
la Colonie en deviendrait plus
Voye,8postaieut-ikent triomquejamais. si les Noirs rendus libres dans les
phe, Etats-Unis en ont moins quitté l'ouvrage,
et si le travail en a souffert P Aveugles
mdnaied-imtértracocatg qui prétendez
décrire les brillans rayons du soleil, sans
en avoir jamais eu les yeux frappés, et
distinguer des couleurs en les tâtant avec
les doigts ! Il m'a fallu long-tems écouter
m'abreuver de leur amerces propos.et
quelquefois : mais le
tume. J'y répliquais
-Unis en ont moins quitté l'ouvrage,
et si le travail en a souffert P Aveugles
mdnaied-imtértracocatg qui prétendez
décrire les brillans rayons du soleil, sans
en avoir jamais eu les yeux frappés, et
distinguer des couleurs en les tâtant avec
les doigts ! Il m'a fallu long-tems écouter
m'abreuver de leur amerces propos.et
quelquefois : mais le
tume. J'y répliquais --- Page 33 ---
XXIX
moyen de convaincre des gens qui, n'ayant
d'autres idées que celles qui se rapportent
àleur pays etàleurs semblables, ne m'entendaient point, etdontl'esprit encore était
engoué de l'espoir des effets merveilleux
qu'allait produire ce brillant systême d'égalité. Il n'y avait qu'une funeste expérience qui put dessiller les yeux aux Français: dix années n'y ont pas suffi.
Cependant ces fausses idées et cette fatale prévention ne subsistent pas aussi généralement 2 ni de la même force, que
durant les années précédentes ; elles se
soutiennent néanmoins assez > pour infuencer, au désavantage des Colonies, et
dela France conséquemment, sur le choix
du remède, qu'un Gouvernement sage et
plus éclairé, appliquera probablement à
la paix, à la guérison des plaies profondes
dont on les a couvertes. Mon amour dela
patrie, celui de la vérité, l'intérêt que je
conserve pour un pays qui m'a nourri 36
ans, et la louable intention de justifier ses
habitans,infinimentmoins . coupablesqu'on
ne s'est efforcé de les représenter, m'ont --- Page 34 ---
XXX
indépendamment de mon preengagé,
les
évémier motif, à décrire
principaux
nemens des désastres deSaint-Doningue,
deux tâches se prêteront un mutuel
ces
secours.
les
des faits, on
Dans
développemens
reconnaitrela praie caucommencera par
de toute la France, et légèrese, ignorée
observée
habitans enx-mêmes
ment
parles)
de Peztrême imprude Saint-Domingue,
les
Oence qu'ils commirent, en adoptant
CnCECrE
titude n'ayant eu rien de criminel en ellemême, et n'étant que l'effet d'une exalmomentanée, assez justetation d'esprit elle-rentre dans le grand
ment survenue,
nombre des fautes commises en France, 3
le délire de la nation; erreur qui
pendant
aux Colons de cette
doit être pardonnée
isle, avec d'autant plus de justice 2 qu'ils
tous au prix de Ieur fortune
Pont expiée, etlestrois-quarts en y laissant enentière, la vie. Ony verra de plus, quels ont
core auteurs de notreruine etles moyens
étéles
employèrent pour la consommer.
qu'ils
grand
ment survenue,
nombre des fautes commises en France, 3
le délire de la nation; erreur qui
pendant
aux Colons de cette
doit être pardonnée
isle, avec d'autant plus de justice 2 qu'ils
tous au prix de Ieur fortune
Pont expiée, etlestrois-quarts en y laissant enentière, la vie. Ony verra de plus, quels ont
core auteurs de notreruine etles moyens
étéles
employèrent pour la consommer.
qu'ils --- Page 35 ---
XXXI
Quoique ces deux sujets soient encore enveloppés de quelque obscurité, les conspirateurs et leurs trames seront mieux
connus, qui 'ils ne l'ont été jusqu'à présent;
onse rendra plus sensiblela/aute énorme,
d'avoir comblé de faveurs une caste orgueillense et paressense, dont les travaux
n'ont jamais influé sur la prospérité publique, au préjudice d'une espèce qui, toujours active et laborieuse avait fondé
(*) Onn'a pas faitassez d'attention à linfatigable constance, au travail opiniâtre des Colons français. Parmi
plusieurs guerres désastreuses et quelques autres circonstances passagères, très-onéreuses 1 où chaque fois leurs
deurées sout tombées au plus bas prix (s),ils ont néanmoins porté leurs isles au plus haut degré de splendeur.
Le gouvernement ne faisait et ne pouvait rien faire pour
eux 3 tandis que les Colons anglais ayant les Nègres à
meilleur murché,toujours protégés par une marine puissante, et jamais attaquésnidevasiés comme les premiers,
en sont restés bien éloignés.
(a) En 1758, j'ai vu au Cap-Français le café ne valant
que 2 à3sousial liv.,le sucre brut 4 liv. IO sousled quintal; le
blanc, première qualité, 15 à 16 francs le quintal; Pindigo
la
de 40 sous à un écu la livre. Dans ce même tems ,
farine valait 500 fr. le baril, le vin IOOO fr. la barrique,
une paire de souliers 18 fr., etc, --- Page 36 ---
XXXII
des mines,sans cesse renaissantes, et par
cette raison, bien plus riches que celles
du Mexique et du Pérou. L'on saura malheureusement enfin, par expérience, combien les systêmes de cabinet, si parfaits la
plume à la main, sont incertains, faux et
nuisibles dans leur exécution; ; et combien
on risque de supprimer la marche entière
machine
montée, 2
on
-
d'une
déjà
quand
en dérange le plus petit rouage.
L'exposé des faits sera mêlé de discussions qui naîtront du sujet: elles répondront aux torts reprochés aux Colons, ou
justifieront le régime ancien dela Colonie.
L'entretien de la dernière Soirée sera plus
particulièrement consacré à ces deux objets. Le caractère, les moeurs de nos esclaves, leurs passions dominantes, leurs
occupations et la manière dont ils étaient
de la lecconduits et traités, 2 ressortiront
ture entière de l'ouvrage. Je souhaite que
mes efforts ne demeurent pas impuissans
auprès de ceux quej'essaie de convaincre.
Au reste, , j'ai franchement fait l'aveu des
fautes commises à Saint-Domingue par
les
ulièrement consacré à ces deux objets. Le caractère, les moeurs de nos esclaves, leurs passions dominantes, leurs
occupations et la manière dont ils étaient
de la lecconduits et traités, 2 ressortiront
ture entière de l'ouvrage. Je souhaite que
mes efforts ne demeurent pas impuissans
auprès de ceux quej'essaie de convaincre.
Au reste, , j'ai franchement fait l'aveu des
fautes commises à Saint-Domingue par
les --- Page 37 ---
XXXIII
les Colons fidèles; c'est-à-dire, par Pimmense majorité de ses habitans : c'est la
plus loyale des justifications ; elle m'a
donné le droit de me comporter de même
envers celles des différens partis. Tantpis
pour ceux qui n'ont pas, comme nous, à
se reprocher dcs' erreurs, mais des crimes.
J'ai parlé sans acception de personnes, et
je pense sans partialité ; les lecteurs en jugeront.
En ajoutant un motif de plus à la composition de cet ouvrage, j'en ai changé la
forme. Il présentait auparavant un récit
simple et suivi des événemens et des faits
quej'avais à décrire. M'étantapperçu qu'il
en pouvait naître, on beaucoupd'endroits,
des questions et des réflexions qui seconderaient parfaitement mes secondes vues,
j'en ai profité pour adopter la méthode du
Dialogue. Elle est favorable aux discussions, en accélérant ou retardant la présence de certaines circonstances, quilenr
deviennent nécessaires, sans nuire au fond
du récit.
J'ai placé dans un pays anglais le lieu
E --- Page 38 ---
XXXIV
de mes dialogues ; naturellement, parce
c'est-là,qu'après des conversations réque cidivées sur cet objet, j'ai eu la première
idée de ce travail. Ensuite, par réflexion,
des Anglais pour inparce que présentant
terlocuteurs,
rends à leur nation des
2 je
idées funestes, 3 que notre Anglomanic
nous a fait gauber trop inconsidérément;
soitqu'elles nous ayent été communiquées
leurs écrivains économissans dessein par
tes,soit quela perfidie du cabinet de SaintJames nous en ait fait le cadeau. Les personnages que j'introduis sont néanmoins
tous réels; je les ai connus etjeleurdonne
à peu-près, le genre et la portée des connaissances qu'ils m'ont paru avoir.
A Dieu ne plaise qu'en publiant (*) aujourd'hui cet écrit, 1 commencé aux Bermudes et que j'ai fini dernièrement,jentende récriminer contre ceux qui ont eu
des sentimens si défavorables aux Colons;
la plupart en rougissent probablement aujourd'hui. Monintention n'est pas non plus
(") Eu Juillet 1800.
ins
tous réels; je les ai connus etjeleurdonne
à peu-près, le genre et la portée des connaissances qu'ils m'ont paru avoir.
A Dieu ne plaise qu'en publiant (*) aujourd'hui cet écrit, 1 commencé aux Bermudes et que j'ai fini dernièrement,jentende récriminer contre ceux qui ont eu
des sentimens si défavorables aux Colons;
la plupart en rougissent probablement aujourd'hui. Monintention n'est pas non plus
(") Eu Juillet 1800. --- Page 39 ---
XXXV
de réveiller des haines assoupies. Quand
toute la France se rallie et qu'elle n'aspire
qu'à la concorde, qu'à une réunion universelle des coeurs,je n'entends point prêcher une doctrine contraire ; le mien en
est bien éloigné. Mais n'est-il pas nécessaire que les torts que l'on pardonne, et
que les crimes qu'on consent d'oublier, 3
soient néanmoins attribués à ceux qui les
ont commis, et qu'il ne reste là-dessus aucun doute?Fautillaissersousle, poidsd'une
énorme calomnie, dont les effets subsistent encore et quidemeurants sans réponse,
serait crue vraie par la postérité, des hahitans taxés de tout ce qu'on vient de lire,
et qui néanmoins 3 ( comme j'espère le
prouver, ,) en sont presqu'entièrement innocens P
Les faits que j'expose ,jel les donne comme ils étaient présens à ma mémoire,lorsquej'en composais les brouillons aux Bermudes, avec l'aide, pour les citations, de
quelquesimprimés particuliers et desjournaux que j'avais sauvés. Le nombre n'en
était pas grand et néanmoins il m'a suffi,
E 2 --- Page 40 ---
XXXVI
à Pégard des discussions quiles accompar
je ne les dois non plus à personne.
gnent,
trouve des idées ou des raisonSi l'on y
nemens pour ou contre, quise rapprochent
les feuilles publiques ont dit sur
de ce que
des écrits sortis des
cette matière, ou
Son- plus
mes des accusateurs de Polverel et
thonax, et des réponses de ceux-ci ou de
assurément je n'en suis pas
leurs partisans,
était presque esle plagiaire. Cet ouvrage
en
quissé avant mon arrivée en France,
1794-lladormid dans cet étatjusqu'en 01798.
Confiné pendant tout ce tems dans une
chargé d'embarras et de soins,
campagne, d'afflictions domestiques, je n'ai
ensuite nilet tems, ni les moyens, ni legoût de
eu
m'occuper de lectures politiques.
jannonce dans l'intitulé de
Quoique des idées propres à rendre
mon ouvrage
florissanteà Saintunjourla culture encore
Domingue, elles ne s'y montrent cepend'une manière indirecte. On les
dant que
renseidéduira sans peine des nombreux
que je donne sur ce qui concergnemens
régime. Si cet exposé renaitle précédent
ensuite nilet tems, ni les moyens, ni legoût de
eu
m'occuper de lectures politiques.
jannonce dans l'intitulé de
Quoique des idées propres à rendre
mon ouvrage
florissanteà Saintunjourla culture encore
Domingue, elles ne s'y montrent cepend'une manière indirecte. On les
dant que
renseidéduira sans peine des nombreux
que je donne sur ce qui concergnemens
régime. Si cet exposé renaitle précédent --- Page 41 ---
XXXVII
présente, comme dans un miroir fidèle,
tout ce qu'il en résultait de buen-être pour
les Noirs et d'avantages pour l'agriculture,j'aurai rempli la plus précieuse partie de ma tâche. Je dois observeràcesujet,
une fois pour toutes 5 qu'en parlant des
moyens de rétablir Saint-Domingue , je
n'ai en yue que ceux qui peuvent porter
sa culture au point de splendeur ouelle
était parvenue. Car s'il ne s'agissait désormais que de cultiver son sol de la manière
actuelle, ou même à la façon des Espagnols, tout régime serait bon alors,etl'on
pourrait laisser dormir les Nègres autant
qu'ils le voudraient.
Si c'était le moment de parler du Gouvernement politique des Colonies. 2 peutêtre pourrais-je en dire quelque chose d'utile; mais cette partie doit être considérée
sous tant de rapports nationaux et étrangers, que ce n'est guères qu'aux hommes
d'état à s'en occuper. J'ai borné mes réflexions à ce qui concernait seulement le
sort des esclaves, et à ce quidépendait de
régimé. Aulieu même d'en faire un mor- --- Page 42 ---
XXXVIII distinctet suivi, je les ai disséminées
ceau dans) le cours de mes entretiens. Cette méthode ajoute à Pintérêt de ceux-ci; elle
d'ame,de vie et de variéleur donne plus
té. Les discussions ainsi naissantesdusujet,
d'effelsurl'esprit du lecteur; - elles
font plus
s'y gravent mieux, 3 étant accompagnées
de circonstances qui les appuyent.
Commelest propos de mes interlocuteurs
d'ordinaire chacun assez étendus,je
sont
d'usage: lui
les ai liés par ces expressions autres semet
dis-je, réponditcil,repeit-1, à cette distance,
blables; ne les trouvant, à l'oreille. Je renullement désagréables dans Poccasion, on
marque d'ailleurs, que
mot qui anime
peut les accompaguerd'un un autre intérêt,
le propos, ou y ajoute
avec
commeils'écria soudain ,jerépondis
etc. Cependant,
feu, il observafinement,
les interlocutions seront très-raplorsque et que Poreille me paraîtra fatiprochées,
supprimerai,
guée de ces répétitions, jeles
etj'y substituerai ces traits :
renullement désagréables dans Poccasion, on
marque d'ailleurs, que
mot qui anime
peut les accompaguerd'un un autre intérêt,
le propos, ou y ajoute
avec
commeils'écria soudain ,jerépondis
etc. Cependant,
feu, il observafinement,
les interlocutions seront très-raplorsque et que Poreille me paraîtra fatiprochées,
supprimerai,
guée de ces répétitions, jeles
etj'y substituerai ces traits : --- Page 43 ---
XXXIX
P.S. Une personne sensible et bienfaisante, après avoir lu cet Avant-propos, >
m'observait que j'avais extrêmement exagéré les sentimens de prévention et de
haine qui ont existé, en France, contre les
Colons. Son ame, bien éloignée d'une pareille disposition, était effrayée de la peinture que j'en ai faite.
Iln'est pas étonnant que des gens, àl'abri de la haine et des invectives de nos
détracteurs, 1 y ayent fait peu d'attention
et n'en ayent pass gardéle souvenir. Iln'en
a pas été de même de nous ; le moindre
mot nous était cuisant, et chaque reproche
ouvrait une playe dans nos coeurs. Nous
nous rappelons et de la personne qui les
prononçait, et de son ton, et de Pheure,
et du lieu. Elle estbien loin d'être effacée
cette prévention d'esprit; quoiqu'elle ne se
manifeste pssaslantasjoenfhudi,est traces
n'en sont pas moins profondes. On peut
dire quelesidées défavorables aux Colons
se sont usées sans cesser d'être ; les têtes
en sont encore prises et malades. Vous
n'étiex que des bourreauz D'esclayes,est --- Page 44 ---
LX
encore fréquemment.
un mot quiéchappe
c'est une justice à
En exposer la fausselé,
à la SOrendre aux Colons, et un service
c'est concourir à Pharmonie
ciété entière;
et
des pensées et des opinions 3
générale
actuel.
remplir le but du Gouvernement
de cet
Depuis un an que T'impression
quoiqu'il n'ait pas
ouvrage est en suspens,
été lu sans intérêt et sans plaisir par quel- lide lettres, ici et à Paris, les
ques gens néanmoins ont douté de son prompt
braires
débit.
en effet, sur les ColoOn a tant écrit,
ont fait
nies les partis opposés qu'elles
leurs feuilles
naître, ont tellementmultipliél
de part et d'autre, qu'il est assez probable
soit absolument Iassé de ces lecque l'on
d'ailleurs tant de maux
tures. On a causé
n'en
désirerait qu'ils
aux Colons 2 qu'on
encore
parlassentjamais plus. N'est-ce pas
excès de téméritéde ma part, de mettre
un
de front la phiau jour un écrit quiheurte
aclosophie régnante P Cette disposition
conviens, n'est nullement fatuelle, j'en
En
vorableàla publicité de mon ouvrage.
sera-t-il
l'on
d'ailleurs tant de maux
tures. On a causé
n'en
désirerait qu'ils
aux Colons 2 qu'on
encore
parlassentjamais plus. N'est-ce pas
excès de téméritéde ma part, de mettre
un
de front la phiau jour un écrit quiheurte
aclosophie régnante P Cette disposition
conviens, n'est nullement fatuelle, j'en
En
vorableàla publicité de mon ouvrage.
sera-t-il --- Page 45 ---
XLI
sera-t-il de même à l'époque prochaine de
la paix, lorsque tous les projets de fortune
se tourneront de rechef vers les Colonies P
La Philantropie à la mode a causé trop
de mal pour ne pas la croire bannie dès.à
présent de l'esprit de nos gouvernans, et
lon doit s'attendre à des règlemens plus
utiles de leur part, en faveur de cet infortuné pays. La sensation de leurs pertes et
le besoin de vivre, deux choses que malheureusement n'ont pas ressenti les prôneurs du système anti-colonial, n'auront
pas fait une moindre impression sur toutes
les classeslaborieuses dela société. La paix
ramenant l'occasion de se prononcer pour
un meilleur ordre de choses 3 et tous ces
gens actifs, négocians ) manufacturiers 2
artisans, ) ouvriers 3 instruits par l'expérience, rejetant alors une doctrine purementspéculative, pouradopterdes calculs
plus réels, j'ose me flatter que mon ouvrage ne les aidera pas faiblement à cette
détermination, et qu'à cette époque,ilsera
vraisemblablement plus recherché. Quel
estle Colon encore qui, dès à présent et
E --- Page 46 ---
XLII
malgré sa détresse, ne se procure unlivre
avec lequel il puisse confondre l'imposture
et la calomnie P
Quoiqu'il en arrive, mon ambition est
de laisser aux générations suivantes,juges
de celle-ci, un mémoire justificatif, afin
qu'elles puissent prononcer,avec connaissance de cause, pour ou contre les Colons. J'aurai l'avantage encore d'avoir
fourni des matériaux 2 dont l'ensemble
peut servir à l'histoire de nos catastrophes 5 et jamais on ne pourra leur
contester le mérite d'être exposés fidèlement, et par un témoin oculaire. --- Page 47 ---
E NTRETIE N S
SUR LES ÉVENEMENS
Qui ont opéré la ruine
DE LA PARTIE FRANÇAISE DE L'ISLE
SAINT. - DOMINGUE.
RÉCIT PRELININAIRE.
Tableausuccint Des suites Déplorables De lincendie
du Cap-Frangais. I I Nouveaux motifs de:0écrire
les principaua événemens qui ont anéanti cette
Colonie.
Avasr de commencer, j'exposerai la déplorable situation où se trouvèrent les Biancs, dans Ia dépendance
du Cap-Français 2 après l'incendie de cette ville, et
la proclamation de la liberté générale des esclaves. Ce
précoce narré peut être présenté comme un tableau
distinct, sans être inutile, ni hors de sa place. Il contiendra des détails 2 que je puis supprimer ailleurs, ct
qui néanmoins y seraient nécessaires. Il dounera la raison de mon départ de S.-Domingue, et me conduira
dans le lieu que j'ai choisi pour celui. de la scène de
to
ces entretiens.
Ma famille était partie du Cap, pour se réfugier
en France, > au mois de Juillet 1792; j'éteis resté pour
plusieurs raisons, 1°. comme défenseur du pays et de
ma propriété 3 ensuite pour me ténir auprès de mes
I
qui néanmoins y seraient nécessaires. Il dounera la raison de mon départ de S.-Domingue, et me conduira
dans le lieu que j'ai choisi pour celui. de la scène de
to
ces entretiens.
Ma famille était partie du Cap, pour se réfugier
en France, > au mois de Juillet 1792; j'éteis resté pour
plusieurs raisons, 1°. comme défenseur du pays et de
ma propriété 3 ensuite pour me ténir auprès de mes
I --- Page 48 ---
(2)
qui m'élaient restés fidèles ; et enfin, pour reNègres cueillir 3 le bénéfice de leur travail, ne fusse que pendant deux ou trois années; ce supplément de fonds aurait satisfait nos désirs , et pourvu suflisamment à des
besoins désormais plus bornés. Je prévoyais, comme
bien d'autres, que la Colonie serait ruinée pour longmais
l'excès des maux qui
tems ;
je soupçonnais peu
P'ont entièrement renversée.
Ils commencèrent bientôt à s'étendre sur nous 3 ces
'maux sans exemple : plus le tems s'écoulait, plus l'abime se creusait sous nos pas. Cet aspect ne m'ébranla
jamais.Je faisais mon service dans un poste voisin de
habitation : renfermé la nuit avec mnes Nègres 2
mon dans l'enceinte extérieure de cet asyle, où plus de quatre
mille autres esclaves fidèles étaient également retirés,
j'en partai avec les miens 3 aussi souvent qu'il me lé1ait permis, le matin au soleil levant, pour aller sur
habitation. Le chemin écarté qui nous y conduimnon sait, était couvert de halliers et fréquenté la nuit par
les brigands : nous risquions d'en trouver le jour : mes
à la culture de
Negres 2 en travaillant journellement
mon bien , couraient de bien plus grands dangers 2
de ces ennemis, qui avaient le
d'une subite irruption
double intérêt, de se venger de cette fidélité contraire
à leur insurrection, 2 et d'en prendre quelques-uns:
en aller faire de l'argent chez nos voisins les
pour
Mes Nègres furent ainsi surpris deux fois:
espagnols.
et
autres. Dans les
i'y perdis mon commandeur cinq
pernierst ems, chaque malin à notre arrivée sur Phahitales traces: c'élait des feux mal
tion, nous en appercevions
éteints et des débris des vivres 2 qu'ils étaient venus
nuitamment voler 3 cuire et manger 5 nous devions ces
visites à des pelotons de noirs révoltés, qui, le jour,
Mes Nègres furent ainsi surpris deux fois:
espagnols.
et
autres. Dans les
i'y perdis mon commandeur cinq
pernierst ems, chaque malin à notre arrivée sur Phahitales traces: c'élait des feux mal
tion, nous en appercevions
éteints et des débris des vivres 2 qu'ils étaient venus
nuitamment voler 3 cuire et manger 5 nous devions ces
visites à des pelotons de noirs révoltés, qui, le jour, --- Page 49 ---
(3)
se tenaient cachés dans des terreins voisins; incultes
et secs, et qui se mouraient de faim. Ce fut pendant
à
ces incursions nocturnes 2 qu'ils brûlèrent peu peu
mes bâtimens : ni mes Nègres ni moi n'en fûmes épouvantés ; celte constance dura deux ans entiers : rien
ne nous rebuta. Que de graces et de reconnaissance
ne dois-je pas à ces fidèles serviteurs !
J'ai commencé par en prévenir : je n'écris pas une
liistoire ; qu'il me soit donc permis d'interrompre ma
narration, chaque fois que l'occasion se présentera de
remplir mon second objet. Ici,je demande aux prôneurs
de la liberté des Nègres, qui nous ont accusés de les
avoir torlurés, ou qui du moins. , ont représenté leur
où
sort si révoltant, de me dire, par quelle apathie
par quel prestige, 2 les miens tînrent volontairement,
avec cette persévérance et parmi tant de dangers. 2 aux
liens de leur esclavage ? Ils ne cessèrent de travailler
moi, depuis linsurrection des Noirs 2 jusqu'à la
pour
où s'ils
proclamation de la liberté générale; époque,
eussent persisté dans leur devoir ils auraient coura
plus évidemment le risque de leurs vies. Je n'avais plus
de fouet à mon commandement; ; mes droits sur eux
ne tenaient presque plus à rien. Ils pouvaient d'un
mot rejeter tout travail et m'abandonner. Pourquoi ,
ni mon Attelier, ni plusieurs autres des environs. 7 ne
prirent-ils jamais ce parti ? Nos accusateurs 7 ces redresseurs de torts politiques, trouveraient difficilement
dans leur systême 3 une solution à ce fait.
Je suis bien loin d'entendre porter atteinte au sentiment loyal et sacré, qui brûlait dans le coeur de
mes esclaves : mais je ne balance pas à le dire : ces
gens-là, quoique simples et bornés, n'en avaient pas
la
moins compris 2 par une longue expérience 2 que
irons. 7 ne
prirent-ils jamais ce parti ? Nos accusateurs 7 ces redresseurs de torts politiques, trouveraient difficilement
dans leur systême 3 une solution à ce fait.
Je suis bien loin d'entendre porter atteinte au sentiment loyal et sacré, qui brûlait dans le coeur de
mes esclaves : mais je ne balance pas à le dire : ces
gens-là, quoique simples et bornés, n'en avaient pas
la
moins compris 2 par une longue expérience 2 que --- Page 50 ---
(4)
Dépendance d'un maitre et l'obligation de
ne
travailler;
leur procuraient pas un sort, tel qu'on s'allachait
à le faire accroire. Ils prévoyaient encore
l'abandon des Blancs et le défaut de leurs secours, s que les
jeteraient dans un état tout autrement misérable. 2 L'événement Pa confirmé.
Après les plus sinistres présages et les annonces les
plus effrayantes ; après une série d'événemens particuliers, qui rendaient notre situation plus désespérée,
arriva la Jatale castatrophe de l'incendie du Cap.
Il n'en a jamais été de plus triste ni de plus affreuse;
ni le furieux sac de Thebes, ni les déplorables feux
qui consumèrent la ville de Troye; ni le désespoir des
habitans de Sagonte 3 ni les extrémités où furent reduits les juifs dans Jérusalem assiegée et prise par
Tilus, ni enfin aucune autre calamité de ce genre,
consignée dans l'histoire, ne peuvent entrer en parallèle avec celle-ci, pour la grandeur du mal, la scélératesse des moyens et linnocence des victimes immolées. J'étais à mon poste, à huit lieues de la scène
de cette horrible tragédie, lorsque l'incendie se déclara. Quatre jours et quatre nuils
consécutifs, 2 nous
vîmes les feux se soutenir avec la même force, et
consumer cette riche et fameuse ville, , la gloire des
Colonies françaises. Si pareil spectacle est terrible pour
tout ceil, qui n'ya point d'intérêt particulier ; combien
celui-ci ue devait-il pas être accablant et horrible
nous, 7 qui voyions brûler notre dernier refuge et notre pour
unique espoir ? nous étions stupéfaits à la vue des tourbillons immenses de fumée noire, 2 qui s'en élevaient
le jour : et la nuit, épouvantés de la vivacité des flammes 5 qui, 2 frappant sur le vaste et haut promontoire
qui domine la ville, éclairaient de-là toute l'étendue
de la plaine qui nous en séparait,
et horrible
nous, 7 qui voyions brûler notre dernier refuge et notre pour
unique espoir ? nous étions stupéfaits à la vue des tourbillons immenses de fumée noire, 2 qui s'en élevaient
le jour : et la nuit, épouvantés de la vivacité des flammes 5 qui, 2 frappant sur le vaste et haut promontoire
qui domine la ville, éclairaient de-là toute l'étendue
de la plaine qui nous en séparait, --- Page 51 ---
(5)
Deux jours entiers, nous eûmes cet alarmant spectacle devant les yeux 3 sans en comaître Ja raison.
Quelques coups de canon entendus le premier jour 2
nous avaient fait juger qu'on en élait aux mains ; mais
entre qui se passait ce combat, et à propos de quoi,
c'est ce que nous iguorions. Pleins de réflexions, 2 Blancs,
Mulâtres et Nègres, réunis dans le poste. 2 chaque couleur se mettait tacitement en garde l'une contre l'autre, se disposant à vendre chèrement sa vie. Dans
cetle perplexité, nous altendions avec impatience, quel
serait le résultat de ce funeste démélé. Les Blancs 2
en bute depuis long-tems aux injustices et aux rigueurs
des commissaires. 2 étaient ceux qui en prévoyaient le
moins d'heureuses suites pour eux : et déjà leur parti
était arrêté. Qu'est-ce que la mort, lorsque le malheur
est au comble ? Ce n'est plus que le terme de cette
affreuse position. Le troisième jour > deux ou trois
Blancs, Lima cadet et les deux frères Labat, échapés à cheval des incendiaires et des assassins du Cap,
nous apprirent ce qui s'y passait. D'autres arrivant par
eau dans des pirogues 2 entre autres un de Paroi,
Miniac jeune 3 Busson 2 Turfa 9 elc., nous confirmèrent le récit des premiers. Je ne dois pas ometire à ce sujet, ce que la postérité croira difficilement.
Ces derniers avaient rencontré sur leur passage 3 le
long dé terre, des Lanches espagnoles armées 3 dont les
équipages les avaient dépouillés de tout ce qu'ils avaient
pu sauver de quelque valeur.
Les flammes qui dévorèrent le Cap-Français, 2 furent
le complément du triomphe de la castejaune sur Despèce blanche; et le pas avant-coureur de la primaulé
fulure de la gent noire ; comme si tant de victimes
immolées, dans cet embrâsement, aux manesd'Ogé,
, des Lanches espagnoles armées 3 dont les
équipages les avaient dépouillés de tout ce qu'ils avaient
pu sauver de quelque valeur.
Les flammes qui dévorèrent le Cap-Français, 2 furent
le complément du triomphe de la castejaune sur Despèce blanche; et le pas avant-coureur de la primaulé
fulure de la gent noire ; comme si tant de victimes
immolées, dans cet embrâsement, aux manesd'Ogé, --- Page 52 ---
(6) Polverel et Sonthonax
n'eussent pas élé suffisantes 2
de couleur liPincendie, les gens
lâchèrent 3 après
restant encore 1 des habres, sur le petit nombre 2
Nous apprimes que
bitans dévoués à leur vengeance.
avait été lué de
François Lavaud du Port-de-Paix, y
s'élaient
meurtre dont les commissaires ne
guet-apens 2
de la mort d'un chien. Les Mulàpas plus occupés que
et (*) poings
tres conduisirent de ce même quartier, pieds
liés, dans les prisons du Cap, neuf des principaux proColas de Maigné 2 Lacroix, etc., sans autre
priétaires,
d'être riches, ou d'avoir déplu à leurs enaccusation que
tems dans les cachots 2 les
nemis. Ils croupirent quelque
comblés d'opprobres
fers aux pieds 2 dans leurs ordures
de tems en
traitemens. Nous voyions
et de mauvais
du Cap, de pareils prostems arriver , parmi nous,
odieuse.
crits, échappant à cetle vengeance
aviNous scâmes que les commissaires: également
des de rapines et d'un cceur de bronze, regardaient la
émigrés, les infortunés Colons 2 auxquels
comme
le
venaient de faire abanterreur , le glaive et feu,
s'emparaient de
donner leurs foyers consumés ; qu'ils
Carleur avait appartenu, navires 2
tout ce qui
récoltes sur les habigaisons, 2 denrées en magasins 2
le nègre Pierrot, s chef des brigands
(*) Je n'oublierai pas que
ainsi garotés sur des
du morne rouge 2 les voyant passer à les délier : ils étaient
chevaux, obligea leurs conducteurs
alors à deux lieues du Cap.
frêté par
un navire à trois mâts,
Ils s'approprièrent avaient fait assassiner, entièrement
François Lavaud, qu'ils
dans la rade du Cap. Ils en
chargés de sucres 2 et mouillé bâtimens délaissés par leurs
firent autant de tous les autres
marchandises
Mâtures , ancres, voiles , grément ,
équipages. fut vendu à leur profit, ou donné en payement.
à bord, tout
à deux lieues du Cap.
frêté par
un navire à trois mâts,
Ils s'approprièrent avaient fait assassiner, entièrement
François Lavaud, qu'ils
dans la rade du Cap. Ils en
chargés de sucres 2 et mouillé bâtimens délaissés par leurs
firent autant de tous les autres
marchandises
Mâtures , ancres, voiles , grément ,
équipages. fut vendu à leur profit, ou donné en payement.
à bord, tout --- Page 53 ---
(7)
tations 2 maisons en villes 2 et de tous les effets (*)
que les flammes n'avaient pu dévorer; ceux mêmes,
qui, fidèles 2 n'avaieut pas fui du Cap, ne pureat
.couserver ce qui leur appartenait. On déterrait le numéraire enfoui, et les propiiétaires réclamaient cuvain
ces trésors. La ville ne fut pas moins aui pillage sous
ces chefs forcenés, qu'elle ne l'avait été sous les brigands 2 quelques jours auparavant. Enfin ils fuisaient
fouiller, à leur profit, dans les cendres encore brûlanies et les décombres fumans de cette ville, 2 Por,
l'argent et tous les autres métaux précieux, que Pincendie y avaient fondus.
La liberté générale des esclaves, survenue deux mois
après, rendit le sort des Blancs restés dans la Colonie, plus affreux encore que celui de ceux qui s'en
étaient enfuis. Ceux-ci du moins 2 quoique nuds et
réduits à la mendicité, , n'avaient plus que cet objet
d'inquiétude 3 et parvenus sûr un sol tranquille et
dans un asyle sûr, ils pouvaient s'y livrer au paisible sommeil. Nous. 2 habitans encore de cette terre désolée et peuplée de nos ennemis, nous étions condamnés à souffrir continuellement. 2 soit des tourmens d'esprit, soit de toutes les privations possibles. Dépouillés aussi de tout 5 exposés à la famine (car les Noirs,
du moment de la liberté proclamée. 2 avaient abandonné
(*) Ne pouvant payer ce qu'ils devaient aux Anglo-Américains, les commissaires leur avaient permis d'enlèver , en
payement des magasins de fer incendiés 2 des quais et de partout, ce qui s'cn était conservé 5 rouleaux de plomb 3 fer
en barres 7 cylindres de mnoulins > chaudières. J'ai vu ces
enlèvemens.
Cassarouy en est un exemple. Il obtint, je crois, cent portugaizses, sur environ 200,0c0 f. qu'on avait déterré chez lui.
commissaires leur avaient permis d'enlèver , en
payement des magasins de fer incendiés 2 des quais et de partout, ce qui s'cn était conservé 5 rouleaux de plomb 3 fer
en barres 7 cylindres de mnoulins > chaudières. J'ai vu ces
enlèvemens.
Cassarouy en est un exemple. Il obtint, je crois, cent portugaizses, sur environ 200,0c0 f. qu'on avait déterré chez lui. --- Page 54 ---
(-8)
jusqn'à la culture des vivres); sans habitude 2 sans forcs
pour travailler la terre 2 sans pouvcir salarier, des domestiques. 7 faute de moyens ; placés au-dessous des
Negres et des Mulâtres. 3 auxquels étaient dévolus tous
les emplois et tous les grades 3 craignant à tous momens leurs vindications ou leur méchanceté: ; dévorant
des humiliations journalières de leur part ; redoulant
les proscriptions capricieuses des commisshires, et ne
prévoyant enfin aucun terme à tant de maux ; fàt-il
jamais de siluation plus déplorable ?
Combien de sujets de douleur et d'effroi n'avions
nous pas encore ? L'espaguol et Panglais nous faisant
la guerre, tout moyens de nous évader par terre et
mer en
les débris de notre précédent
par
2 emportant
nous étions
avoir, nous était interdit; et cependant,
renfermés dans des postes mal-sains 2 entourés de
salines putrides 2 qui nous tenaient dans des fièvres
de langueur et semaient la mort parmi nous. Cet air
infect joint à la mauvaise qualité et à la petitesse
de notre 2 ration (lout vivre frais 2 toute viande nous
manquant), avaient couvert nos corps de gale, et ceux
de nos animaux, d'un farcin incurable. En pelit nombre dans nos postes 2 mal armés 2 sans vigueur 2 et
mélés avec quantité de Noirs et de Mulâtres, qui pouvaient, au moindre caprice 2 au plus léger avantage
ofiert, ou nous égorger, 2 cu nous livrer aux brigands 5
nous redoutions sans cesse 2 jour et nuit, l'attaque improviste de ces derniers, et guères moins le courroux
de l'espagnol, que l'on annonçait devoir venir attales possessions françaises. Eélas ! dans une pareille
quer extrémité dans ces terreurs perpétuelles 2 je ne sais
attachement à la vie, nous
quelle lueur d'espoir, quel
a retenus d'aller nous jeter dans la mer qui baignait notre
poste --- Page 55 ---
(9)
chargés de ces souffrances extrêmes, n'étions-nous pas
en droit de proférer ce cri de douleur du prophôte J6remie 2 O vous tous, quicheminez dans cette voie prochaine, arrêtex-vous un moment et considerez s'il est
de douleur qui puisse se comparer à la nôtre ! (*)
Cette cruelle position m'obligea de toul risquer pour
mn'en aller. Il ne nous restait plus d'espoir, 2 ni de
culture, ni de propriété, Tout autour de nous, dés
périssait et s'anéantissait. Sonthonax. 2 resté seul an
Cap, n'appercevant non plus aucun des boos effets
prélendus de la liberté domnée ; voyaht au contraire,
que ses Noirs, devenus libres, élaient paresseux, insolens et devenaient dangereux même pour lui; que
sans culture et conséquemment sans commerce sa
présence et toute administration y seraient bientôt inutiles 7 se disposait à quitter ces lieux ruinés et tout
à fait perdus 2 pour aller se fixer au bas de la Côte.
'appercevant non plus aucun des boos effets
prélendus de la liberté domnée ; voyaht au contraire,
que ses Noirs, devenus libres, élaient paresseux, insolens et devenaient dangereux même pour lui; que
sans culture et conséquemment sans commerce sa
présence et toute administration y seraient bientôt inutiles 7 se disposait à quitter ces lieux ruinés et tout
à fait perdus 2 pour aller se fixer au bas de la Côte. II me fallait néanmoins emporter avec moi lcs denrécs, que je devais 2 depuis deux ans, à la constante
fidélité etau travail assidu de mes bons Nègres. Elles ne
se montaient pas à la dixième partie 2 de ce que leur
tems, employé comme autrefrois, m'aurait douné, Encore fallait-il ravir ce modique objet à Pavidité du
commissaire. 2 qui s'appropriait toute denrée qui paraissait. Nul pavillon français 2 en état de faire voile. 2 ne
floltait sur cette fameuse rade, que décorait et qu'enrichissait précédemment une forêt de mats nationaux
et. étrangers. On y voyait une douzaine de navires
()0 vos omnes, qui transititis per viam 2 attendite et
videte, si est dolor ut dolor meus! --- Page 56 ---
(0)
dégréés et dispersés sur Peau, Provençaux, Nantais,
Normauds,et., que les équipages : pendant
Bordelais,
abandounés, avec ce qu'ily avait à
Tincendie,avaient s'étaient empressés de se sauver sur des bâtibord : ils
la
mens, plus parés pour se mettre en mer, lorsque
crainte d'être mise à feu par un vainqueur qui Pen
celle d'être coulée bas dans la passe,
menaçuit, ou 2
eussent fait à la Autie,
par les canons des (") forts,
de
nécessité de partir au plutôt. Il ne me restait
une
abandonner ce pays de désolation 2
ressource, 2 pour
et deux navires Raguque cinq à six Anglo-Américains
directement
sois. Ceux-ci me promettaient de me porter
les
pour celle raison. Si je ne
en France : Je préférai
déterminé
l'eusse pas eue 7 iy aurais été également
des traits de perfidie à la charge des premiers,
par
frémir et reculer d'horreur toutes les oreilles
qui feront
sensibles. Voici ce que c'est. munis de
que
Les Colons fugilifs, qui,
passe-ports
leur refusait plus (voyant le mal sans
Sonthonax ne
avant Pépcque de mon
remède), s'étaient embarqués 2
avaient été
départ, dans des bâtimens des Btats-Unis,
sauver les derniers débris de leurs fortuforcés 2 pour
de s'en rapnes 2 or 2 argent, bijoux ou denrées, Ils leur avaient
porter à la bonnefoi des capitaines. sans connaissemens, et sans autre
délivré ces objets
verbale de les leur remelassurance qu'une promesse
à leur arrivée 3 moyennant le frêt contre fidèlement
la découvenu : s'iis en eussent retiré quelqu'écrit,
aurait pu faire l'ennemi aurait entraîné
verte qu'en
Les marins se conservèrent dans les forts de St.-Joseph
(*) Picolet
commandent la passe 2 jusqn'à la nuit de leur
et de
qui ils eussent été attaqués et forcés.
délivré ces objets
verbale de les leur remelassurance qu'une promesse
à leur arrivée 3 moyennant le frêt contre fidèlement
la découvenu : s'iis en eussent retiré quelqu'écrit,
aurait pu faire l'ennemi aurait entraîné
verte qu'en
Les marins se conservèrent dans les forts de St.-Joseph
(*) Picolet
commandent la passe 2 jusqn'à la nuit de leur
et de
qui ils eussent été attaqués et forcés. départ. Plus tard,
y --- Page 57 ---
(1E)
leur perte 3 et mis le bàtiment ct la cargaison en danger d'être coufisqués. Obligés d'user encore de ruse 7
pour ne pas exposer à la vue, dans les recherches
des corsaires, ces divers effets de Sauvetage, tel de
ces fuyards 2 avait mis ses gourdes dans un baril do
salaisons : tel, ses portugaises daus une pièce à eau 5
celui-ci avait caché ses bijoux dans un quart de café;
celui-là son argenterie dans un baril de sucre. A
l'égard des denrées 2 chacun d'eux avait mis sur les futailles qui les contenaient, la marque de la cargaison
et les numéros convenus. Toutes ces précautions co1servatrices avaient été prises d'accord avec les capilaines. Pourra-t-ou croire à Pinfame perfioie dont
ils se rendirent coupables ? Presque tous ces marins,
avides de la proie qu'ils récélaient et dénués de tout
sentiment d'humanité, mancouvraient dès la sortie du
port, de manière à ne pouvoir éviter la rencontre
de quelqee corsaire anglais : plusieurs fois des siguaux (*) avaient été convenus d'avance entr'eux:
dans les deux cas 2. l'accord était bientôt conclu entre ces pirates 2 et le secret trahi et la parole violée,
moyennant le partage des effets des français. Alors
sous le prétexte de visiter les papiers, les gens des
corsaires venaient à bord et découvraient sans peine
soit les futailles dont les numéros leur avaient é1é
(*) Ily en eut quantité d'exemples. Je nc citerai gue celui
du bâtiment sorti du fort Dauplin, sur lequel étaient un
grand nombre de passagers 2 Mr Constant entr'autres. Ils emportaient ensemble près d'un millon en espèces d'or et d'argent.
Au sortir du port, parut le corsaire avec lequel lc capitaine
Américain avait fait le marché d'avance 7 moyennant un
canot du premier 2 qui venait la nuit dans le port. Ils furent
conduits à la Providence repaire de voleurs.
nc citerai gue celui
du bâtiment sorti du fort Dauplin, sur lequel étaient un
grand nombre de passagers 2 Mr Constant entr'autres. Ils emportaient ensemble près d'un millon en espèces d'or et d'argent.
Au sortir du port, parut le corsaire avec lequel lc capitaine
Américain avait fait le marché d'avance 7 moyennant un
canot du premier 2 qui venait la nuit dans le port. Ils furent
conduits à la Providence repaire de voleurs. --- Page 58 ---
(12)
rérélés, soit telles autres caches, quelques secrettes
qu'eiles fussent.
Tel fut le comble de la mesure incroyable des
maux éprouvés par les babitans de S',-Domingue,
Devenus tout-à-coup criminels 2 comme possesseurs
d'esciaves, sans que deux siècles de lois en leur faveur 2 pussent adoucir l'esprit de leurs accusateurs ;
dépouillés de cette immense propriété 2 légitimement
acquise 3 sans pas une indemnité, n'en recevant au
contraire que des reproches amers 5 calomniés encore ;
jugés sur ces impostures 5 n'ayant jamais pu faire entendre leurs faibles voix 5 proscrits par une secte ennemie, 9 vexés, honnis, 2 pillés, égorgés et incendiés
par ses dignes agens; abreuvés d'amertumes d'opprobres et d'ignominies; devenus le mépris des français et le jouet des castes les plus viles : ayant tremblé mille fois pour leurs jours 9 leurs fortunes entières renversées ; cherchant un asyle et fuyant la.mort,
il ne leur manquait plus que de se voir ravir leur
unique et Dernier soutien., avec autant de scélératesse et de perfidie. Que ceux de la secte desamis des
Noirs et des protecteurs des Mulâtres 2 qui jouèrent 3
durant leur règne, un si beau rôle dans cette horrible tragédie 2 s'ils n'ont pas été des philantropes à
vues perverses, s'examinent actueliement comme philosophes 2 ou comme politiques. Le brillant résultat
de leurs principes et de leurs mesures ! Pour soustraire un nombre très-médiocre d'esclaves à un sort
trop rigoureux, : chose à laquelle les lois avaient pourvu, ils ont, dans quatre ans , rendu quarante-mille
Colons blancs, les plus infortunés des hommes 5 et
procuré la mort aux trois quarts de CeS inalheureux.
Les tristes détails que je viens de donner et le
ueliement comme philosophes 2 ou comme politiques. Le brillant résultat
de leurs principes et de leurs mesures ! Pour soustraire un nombre très-médiocre d'esclaves à un sort
trop rigoureux, : chose à laquelle les lois avaient pourvu, ils ont, dans quatre ans , rendu quarante-mille
Colons blancs, les plus infortunés des hommes 5 et
procuré la mort aux trois quarts de CeS inalheureux.
Les tristes détails que je viens de donner et le --- Page 59 ---
(13)
poids accablaut de nos inconcevables mnalheurs 2 ne
m'alfectérent profondément qu'aux Bermudes. Auparavant, 2 des inquiétudes perpéluelles sur ce sol de
douleur 5 les apprêts de mon départ 5 la rencontre du
corsaire; notre prise 3 les circonstances de notre navigation ; notre grand nombre à bord; uue mer assez
fréquemment mauvaise ; et l'éternel différend entre
notre capitaine et l'ofhcier anglais commandant son
navire, qu'il me fallait appaiser 2 étant le seul dans
le bâtiment qui sut parler la langue de ce dernier 5
toutes ces closes se succédant ainsi, m'avaient assez
fourni de sujets de distraction et sufnisamment même
d'occupation 2 pour avoir aussi long - tems écarté de
mon esprit ces cuisantes et sombres idées. Mais nos
désastres étaient si grands et si récents 5 leur effet
pesait si durement sur mon existence 3 le sort des miens
en devait être tellement altéré, que, 2 du moment que
je me trouvai seul dans ma chambre aux Bermudes,
ils se présentèrent à ma mémoire avec tant de force
et de continuité ; je les voyais sous des couleurs si noires et si effrayantes 2 que jen demeurais entièrement
oppressé. Sans dessein et sans ordre. 9 n'étant dirigé
que par l'essor d'une douleur concentrée 2 qui cherchait à s'exhaler 5 j'en couchai par écrit les principaux
traits. Ils m'épouvantaient en les traçant ainsi sur le
papier, tant j'y trouvais de crime et de scélératesse.
( Ils seront inconcevables, me disais-je alors, pour nos
c arrières-neveux, 2 s'ils ne leur sont exposés par des
( témoins oculaires, et consignés dans un fidèle récit. >
Cependant, mon défaut de loisir aux Bermudes 2 la
situation critique de la France lorsque i'y arrivai, et
plusieurs années de suite ; des occupations, des embarras
particuliers 5 la mort, hélas ! des deux tendres personnes
de scélératesse.
( Ils seront inconcevables, me disais-je alors, pour nos
c arrières-neveux, 2 s'ils ne leur sont exposés par des
( témoins oculaires, et consignés dans un fidèle récit. >
Cependant, mon défaut de loisir aux Bermudes 2 la
situation critique de la France lorsque i'y arrivai, et
plusieurs années de suite ; des occupations, des embarras
particuliers 5 la mort, hélas ! des deux tendres personnes --- Page 60 ---
(14)
auxquelles j'etais venu, me réunir, à travers tant d'obstacles et de dangers, m'avaient fait perdre de vue ces
matériaux informes. Aujourd'hui, que mes douleurs
l'horison politique de la France
sont assoupies 5 que
le vains'éclaircit ; que son premier magistrat, que
queur de Maringo 2 va ceindre sà tête couronnée de
lauriers, des feuilles du pacifique olivier : aujourd'hai
que nous devons espérer J qu'alors 1 de concertavec
le gouvernement, it s'empressera de présenter une
raaiu secourable aux faibles restes des infortunés Colons, et de relever leur ancien sol des cendres et
des décombres 2 quile tiennent enseveli; je crois qu'il
est de mon devoir, de faire part des lumières que
j'ai acquises sur tout ce qui concerne P'ancien, comme
le nouveau régime des Colonies. En examinant ce que
je dirai de l'un et de l'autre; en confrontant les effets
du premier et du second ; en s'instruisant mieux que
enfin la vérité si fort voipar le passé; en apprenant
lée 5 en adoptant les précautions et les ménagemens
facilement
le seul
convenables, on pourra
appliquer
remède qui convienne. Au reste > je remplis ma tâche
sans aucuue vue personnelle: : mon âge, mon absolue
viduité ; mon caractère même 2 m'interdisent toule idée
de fortune.
Pendant quatre mois de séjour aux Bermudes, j'ai
eu l'avantage d'y copnaitre des personnes très-estimables. Celui que je prisais le plus élait un méDecin,
âgé d'environ 5oa ans, instruit, ayant beaucoup voyagé,
et parlant assez-bien le français. J'aimais encore beaucoup le ministre curé de Georges-Town. J'ai connu
peu d'hommes plus sages que lui et d'un coeur plus
compatissant. Son érudition ne s'étendait pas loin: il
n'avait guères lu que la Bible et quantité de sermons.
copnaitre des personnes très-estimables. Celui que je prisais le plus élait un méDecin,
âgé d'environ 5oa ans, instruit, ayant beaucoup voyagé,
et parlant assez-bien le français. J'aimais encore beaucoup le ministre curé de Georges-Town. J'ai connu
peu d'hommes plus sages que lui et d'un coeur plus
compatissant. Son érudition ne s'étendait pas loin: il
n'avait guères lu que la Bible et quantité de sermons. --- Page 61 ---
(15)
Ces deux amis me procurérent la connaissance d'un
avocat, résidant d'ordinaire à la campagne. Il n'élait
pas des Bermudes et n'y exerçail pas sa profession.
Je compris bientôt qu'il donnait dans le systenie
des Pearces, des Priestleys el des Wilberforces : eu
France, i! aurait été nommé membre de la législature. Je me plaisais bien mieux avec un lieutenaut
d'infanterie 2 du détachement en garnison dans ces îles.
Doux, 2 honnête et modéré dans ses expressions à l'égard de la France, lorsque nous parlions politique 9
sa société me fut toujours agréable. II nie procurait
journellement la lecture de la Gazelte de Fendroit.
Le soir, le lieu de notre rasseinblement était pour
Pordinaire sous le péristyle de la maison de M. Goodxich, négociant, que la course avait considérablement enrichi; ou, nous nous promenions devant la
porte de sa maison. située sur la place d'armes et
que batlaient les flots du port. L'oflicier n'était pas
de cette compagnie.
Rassemblés ainsi presque tous les soirs ; dès que
la conversation m'en offrait l'occasion, 9 je les entretenais des divers événemens de Sl.-Domingue ; tantôt
de l'un, tantôt de l'autre, sans suite et sans liaison.
C'était chaque fois avec beaucoup de châleur. Serait-il
possible 1 hélas ! que ce fat autrement, après en avoir
été si complétement atteint ! Je ne sais si l'énergie
de mes expressions augmenta leur curiosité 3 mais un
soir, étant réunis tous les cing 7 le médecin me parlant au nom de la compaguie, me dit, C Vous nous
)) avez communiqué bien des traits de votre révolu-
>) tion coloniale 5 mais sans suite et sans ordre :
> voudriez-vous bien nous faire le plaisir de nous
>) en faire le récit d'une façon plus régulière et plus
ment, après en avoir
été si complétement atteint ! Je ne sais si l'énergie
de mes expressions augmenta leur curiosité 3 mais un
soir, étant réunis tous les cing 7 le médecin me parlant au nom de la compaguie, me dit, C Vous nous
)) avez communiqué bien des traits de votre révolu-
>) tion coloniale 5 mais sans suite et sans ordre :
> voudriez-vous bien nous faire le plaisir de nous
>) en faire le récit d'une façon plus régulière et plus --- Page 62 ---
(16)
>) étendue ? > La tâche est assez pénible 3 lui répondisla difficuité du
je, autant par sa longueur 2 que par
récit : cependant, les faits sont trop récens et trop graves, pour n'être pas tous dans ma mémoire 5 et le
désir de vous satisfaire me fera redoubler d'efforts. J'en
ressentivai moi-même une sorte de plaisir, car c'est
à ses peines, que de les épancher dans
ua allégement
le sein des personnes qui veulent bien y prendre part.
Nous en agirons avec discrélion 5' reprit le médecin;
d'autant plus aisément. 2 que nous savons déjà s soit
de votre bouche, 2 soit par d'autres rapports 2 grand
nombre des événemens de cette terrible catastrophe.
Plutôt que de nous en détailler toules les circonstances 3
essayez de nous ei donner les causes. Elles sont obscures ; tantôt on en accuse un parti, tantôt un autre;
les Colons eux-mêmes: : on ne sait que
quelquefbis croire dans cette confusion de jugemens. Nous n'exigeons pas non-plus de vous 2 que vous nous fassiez
cette exposition dans une soirée ; notre loisir n'est
et rien ne nous empêche de nous réunir
pas borné,
Mesici quelques soirs de suite. Qu'en diles-vous,
sieurs? Très-volontiers. 7 répondirent-ils; pourvu que
notre ami n'en soit pas incommodé. Je ne le serai
leur dis-je, de la manière dont vous me mépas, Permettez-moi, cependant, d'en remettre le
commencement nagez.
à demain : il me faut un peu de réflexion,
bien saisir la marche des événemens
2 pour
en
les causes
et leur liaison, 2 et par ce moyen ranger
dans Pordre le plus régulier.
Pour vous aider en ceci, me dit le médecin, je
de nous donner premièrement la raison
vous prierai
d'un fait dont j'ai toujours é16 grandement surpris:
couvre de blâme les habitans de votre Colonie;
qui
qui
ettre le
commencement nagez.
à demain : il me faut un peu de réflexion,
bien saisir la marche des événemens
2 pour
en
les causes
et leur liaison, 2 et par ce moyen ranger
dans Pordre le plus régulier.
Pour vous aider en ceci, me dit le médecin, je
de nous donner premièrement la raison
vous prierai
d'un fait dont j'ai toujours é16 grandement surpris:
couvre de blâme les habitans de votre Colonie;
qui
qui --- Page 63 ---
(17)
qui leur suppose da moins uue inconcevable légèreté,
ou même, un défaut absolu de bon sens.Jeveux parler
de. celte Jjoie sotte, 2 stuptoe, et de cette promptitude
inéfléchie, ayec lesquelles ils se jetèrent dans le système d'indépendance et de liberté 7 qu'avaient manifesté les élats-genéraux de France. Cetle démnarche, plus
modérée 2 pouvait conduire à quelque bien dans ié métropole : les abus y étaient excessifs : des ciasaes piivilégiées pesaient trop lourdement sur la plus cousidérable et la plus pauvre : lc trop grand pouvoir de
Pautorité royale avait aussi besoin d'être renfermé dans
cerlaines bornes. Mais dans une Colonie fondée sur
l'esclavage, imiter cet exemple ; faire le moindre cas
de la liberté; prôner l'égalité ; converser sur ces choses 5 en prononcer seulement le mot 5 n'était-ce pas
agir diamétralement contre ses plus précieux intérêts ?
Pouvait-on commettre d'erreur plus formelle 2 ni se
conduire plus inconsidérément ? N'était-ce pas réveiller,
chez-vous 2 tous les sens assoupis 5 rendre attentives
toutes les oreilles 3 enflammer tous les désirs et jeter
ainsi dans le coeur des esclaves un ferment mille
fois plus à craiadre que le terrible fléau de la peste.
Non, je ne reviens pas de mon étonnement, 2 que
tant de têtes y aient été si compléiement étourdies,
et comme je vous ai dit, déponrvues de sens commun 2 au point d'appeler sur elles-mêmes, et de SC
précipiter dans les maux qui les ont accablées. Quelques extrêmes qu'aient été leurs inforlunes et leurs
misères, les Colons, considérés dans ce travers d'esprit, ne mériteraient peut-être aucune pitié, siPerreur et l'aveuglement 2 qui ne supposent rien de criminel, ne leur y donnaient pas des droits.
J'ai senti comme vous 3 lui répliquai-je, l'impra3
au point d'appeler sur elles-mêmes, et de SC
précipiter dans les maux qui les ont accablées. Quelques extrêmes qu'aient été leurs inforlunes et leurs
misères, les Colons, considérés dans ce travers d'esprit, ne mériteraient peut-être aucune pitié, siPerreur et l'aveuglement 2 qui ne supposent rien de criminel, ne leur y donnaient pas des droits.
J'ai senti comme vous 3 lui répliquai-je, l'impra3 --- Page 64 ---
(18)
dence de cette conduite ; mais, élant plutôt provenue
des ci:constances antérieures et d'un ressentiment qui
était
d'une disposition naturelle des esen
né, que
prits et de mauvaises intentions, elle n'est pas à mes
youx aussi grave qu'aux vôtres, et les Colons ne sont
aussi fort à blâmer. Des coeurs ulcérés et préopas cupés de torts et d'injustices 1 sont bien peu propres
à se contenir dans des voies de modération. Dominés
par la colère et par le vif désir de la vengeance 1
ils en saisissent P'occasion avec trop d'avidité 2 et y
sacrifient sans réflexion tout autre intérêt moins présent : c'est en quoi nous avons péché. Mais, en supmoins irréléchis, nous eussions pris à
posant, que
tâche d'écarter toute idée nouvelle et toute impression
funeste de P'esprit de nos esclaves, croyez- vous, d'après les faits postérieurs 2 que nos précautions nous
eussent servi ? Ce faux systême philosophique 7 qui a
confoudu tous les rangs 2 qui a mis la maiu sur toutes
les propriétés 2 qui a tout renversé 2 nous aurait-il respecté ? Soyez-en sûr, le mouvement donné dans la
naturellement aux
Métropole. 2 se serait communiqué
Colonies : comme une chaloupe à la remorque est forcée, de suivre les agitations du vaisseau qui la conduit; elles de même 2 ayant des rapports si fréquens
et si intimes 2 avec la mère patrie 7 en auraient ressenti les diverses commotions. Voyez les iles françaises
du vent 3 la Martinique (*) et la Guadeloupe ayant
eu le bon sens de rejeier le régime de liberté 2 laforce
ne les y a-t-elles pas contraintes? Plutôt ou plus tard
(*) Si les iles de France et de Bourbon n'en ont pas été
atteintes, > ellçs ne doivent en rendre gràces qu'à leur grand
éloignement. --- Page 65 ---
(19)
nous eussions succombé sous l'esprit du siècle. Ne
nous accusez douc pas avec autant d'aigreur; mais
plaignez plutôt des infortunés, qu'un sort cruel avait
destinés à Pêtre.
Celte raison peut diminuer vos torts 7 me dit le
curé; mais elle ne vous justifie pas entièrement. Pour
moi, remarqua Pavocat, j'aurais à leur reprocher de
n'avoir fait les choses qu'à demi ; de s'être arrêtés et
d'avoir voulu revenir sur leurs pas après avoir si bien
comencé, Donmerez-vous toujours dans vos travers 2
lui cria M". Goodrich ? Ne faites aucune attention à ce
qu'il dit, ajouta-t-il en me regardant. Demain vous
nous comiencerez cette histoire : je m'en vai souper.
elle ne vous justifie pas entièrement. Pour
moi, remarqua Pavocat, j'aurais à leur reprocher de
n'avoir fait les choses qu'à demi ; de s'être arrêtés et
d'avoir voulu revenir sur leurs pas après avoir si bien
comencé, Donmerez-vous toujours dans vos travers 2
lui cria M". Goodrich ? Ne faites aucune attention à ce
qu'il dit, ajouta-t-il en me regardant. Demain vous
nous comiencerez cette histoire : je m'en vai souper. --- Page 66 ---
20 )
P R E M I E R E N T B E TI E N.
J'y Dévelope le principe dc lagitation et de Paigreur
qui régnaient Dans les esprits , à St-Domingue,
à Vépoque de l'ouverture Des Btats-Généraus de
France, en 1789, et la marière irréfléchie et Sllbite 3 Dont les habitans de la Dépenoance Ou
Cap , excités par ce motif particulier, se précipitèrent Dans le systême de notre révolution.
Fert animus causas tantarum expromere rerum.
LUCAIN, Pharsle, livre Ier,
C'est dans la partie du Nord de St.-Domingue 2
commençai-je, oh Pesprit de vertige, dont vous vous
plaignez > médecin, a éclaté le plutôt et avec le plus
d'énergie. Les torts qu'elle venait d'éprouver 2 de la
part du gouvernement,y avaient tellement exaspéré les
coeurs 7 que 2 sans aucun autre prélexle 2 ses habitans en
seraient sûrement venus à quelque fâcheuse extrémité.
C'est une disposition que toute la France a ignorée, 2 et
qu'eux mêmes n'ont jamais alléguée, du moins â ma
connaissance 2 en justification de leur promplitude et
de leur erreur. Il me faut en reprendre le récit de
plus haut.
T'out gouvernement qui se propose d'établir des
Colonies doit donner des encouragemens à ceux qu'il -
y envoie,0u, qui d'eux-mêmes 2 consentent à y passer:
on ne quitte pas volontiers sa patrie 5 son climat 5
ses parens et ses amis, sans y être déterminé par quel-
n'ont jamais alléguée, du moins â ma
connaissance 2 en justification de leur promplitude et
de leur erreur. Il me faut en reprendre le récit de
plus haut.
T'out gouvernement qui se propose d'établir des
Colonies doit donner des encouragemens à ceux qu'il -
y envoie,0u, qui d'eux-mêmes 2 consentent à y passer:
on ne quitte pas volontiers sa patrie 5 son climat 5
ses parens et ses amis, sans y être déterminé par quel- --- Page 67 ---
(21).
qu'avantage. Mais, plus les pays où l'on va s'expade
tier ainsi, présentent de difficultés a d'obstacles,
peines et de dangers 2 plus ces avantages doivent être
nombreux et puissans : c'était le cas de ceux 2 qui, les
premiers, 2 et long-lems après, passèrent dans les Colonies à sucre. Il leur fallait traverser de vastes mers ; en
essuyer les calmes et les tempêtes ; aller défricher des
terres neuves 3 couvertes de forêts 3 avec des hommes
plus neufs encore; sous un soleil brôlant; daus un
pays fréquent en orages et semé de volcans ; dans
uu climat extrême 1 chargé de maladies mortelles. Toujours entourés d'esclaves 9 ils en avaient à craindre
de sourdes vengeances 2 OlI leur soulèvement réel : cet
état de guerre perpétucl les obligeait à être tous soldats. Ils en faisaient bien plus péniblement les fonctions,
lorsqu'uu ennemi national la déclarait : car les secours de
la mère patrie n'étant ordinairement ni prompts ni suffisans 7 ils garnissaient de leurs personnes la plupart
des points de défense 1 et souvent marchaient contre
l'ennemi. Enfin, après trente ans d'une pareille situation et de durs travaux, un ouragan pouvait, en
un jour, enlever à un Colon le fruit de tant de peines et d'efforts ; un tremblement de terre, renverser
en une minute sa maison et l'ensévelir sous ses ruines ;
le poison ou des épidémies, lui enlever presque tous
ses Nègres ou ses animaux. Que n'avait-on pasàcraindre
dans ces climats excessifs ? La mer, soulevant ses
eaux, pouvait submerger 2 dans un moment 2 vingt
lieues de pays 5 ou, s'entrouvrant 2 engloutir une ile
entière dans ses abymes.
D'après ces fortes considérations 2 la France avait
régi ses Colonies méridionales par des lois Bouces et
encourageantes. Elles n'avaient jamais été livrées au
ou ses animaux. Que n'avait-on pasàcraindre
dans ces climats excessifs ? La mer, soulevant ses
eaux, pouvait submerger 2 dans un moment 2 vingt
lieues de pays 5 ou, s'entrouvrant 2 engloutir une ile
entière dans ses abymes.
D'après ces fortes considérations 2 la France avait
régi ses Colonies méridionales par des lois Bouces et
encourageantes. Elles n'avaient jamais été livrées au --- Page 68 ---
L
(22)
fisc: on n'y connaissait ni barrières 2 ni barraques
d'employés dans les villes, ni pataches daus les ports;
le papier timbré ni le contrôle n'y avaient pas lieu ;
les terres, les places, les emplois et les charges s'y
donnaient gratuitement, 5 la capitulation 1 la taille et la
dixme 2 et tous pareils impôts, fonciers et personnels
y étaient inconnus. On n'y percevait d'autre imposition, au profit du gouvernement, que des droits nommés B'octroi, établis sur les maisons des villes et sur
les deurées du pays ; ceux-ci, percevables seulement
à leur sortie de la Colonie, et acquités alors 2 par les
capitaines qui les exportaient.
Sous un pareil régime, St.-Domingue 2 autant par
l'excellence de son sol, que par l'infatigable travail de
ses cultivateurs 2 avaient acquis 2 maigré plusieurs
guerres désastreuses, un degré de richesses et de
splendeur, que nulle autre Colonie française ou étrangère n'avait atteint. A l'époque de notre révolution, 2
elle livrait annuellement à la France 2 pour environ
18omillions tournois de ses productions 2 qui provenaient
du travail d'à-peu-près six cents mille esclaves, 2 ceux
des villes compris 5 conduits par quarante mille Blancs
et moitié moins de gens de couleurs et Nègres libres.
Quel dommage, s'écria le négociant 2 que tant de
travaux soient complétement perdus et tant de richesses
évanoutes!
La vie des Colons qui ont péri dans cette occasion ;
lui dit le curé, doit être bien autrement regrettée.
S'ils n'eussent pas élé si riches, observa le médecin,
jamais ils n'auraient éprouvé leurs malheurs.
Vous avez bien raison 2 repris-je; c'est à ses immenses richesses que cette Colonie doit les maux quil'ont
anéantie. D'une part, elles ont excité Papioité Ou
ux soient complétement perdus et tant de richesses
évanoutes!
La vie des Colons qui ont péri dans cette occasion ;
lui dit le curé, doit être bien autrement regrettée.
S'ils n'eussent pas élé si riches, observa le médecin,
jamais ils n'auraient éprouvé leurs malheurs.
Vous avez bien raison 2 repris-je; c'est à ses immenses richesses que cette Colonie doit les maux quil'ont
anéantie. D'une part, elles ont excité Papioité Ou --- Page 69 ---
(23)
Jisc, germe du mécontentement dont je vais yous parler ;
et de Pautre unejalousie nattonalel barbare etinsensée,
qui lui a porté le coup mortel.
Le fisc est d'autant plus envahisseur 2 que l'on dirige moins les revenus de l'état à son soutien, et qu'ils
sont devenus la proie des grands et des personnes en
place. Consacrés à Ce premier besoin, les sommes en
sont fises, connues d'avance et ménagées avec économie : abaudonnés à la rapacié des gens de la cour, 9
les demandes se multiplient de jour en jour, et ne
connaissent aucunes bornes. Quelles seraient les mines
d'or qui pourraient assouvir l'insatiable avidité des
princes 2 des favoris, des maitresses, des ministres et
des courtisans 2 qui sans cesse entourent un roi faible 3
et qu'ils trompent de tant de manières 2 Long-tems
avant notre révolutiun, tel avaite étéle sort de la France,
à l'égard des revenus de la courone. Sans cesse dévorés par des besoins particuliers, ceux de Pétat en
souffraient perpétueliement, et le royaume tombait en
décadence. Le fisc, embarrassé chaque année de plus
en plus 3 corçut le projet de pressurer la Colonie de
Saint-Domingue 1 dont les considérables richesses lui
promeltaient de grandes ressources. Qu'importent les
maximes les plus sages et les mieux confirmées par
l'expérience 9 à des ministres passagers dans
leurs emplois ? Dans Papprébension continuelle d'être
supplantés, ils s'empressent de saisir tous les moyens de
s'enrichir; ou pour conserver leurs places, ils se prélent
à toutes sortes d'iniquités. Le ministère français, ignorant ou foulant aux piedls les raisons auxquelles les
Colonies devaient leur alfranchissement de quantité de
lois fiscales 2 ne voulut voir, dans les habitans de StDomingue 2 que des propriétaires extrêmement riches,
qu'il fallait soumeltre à de fortes contribulions.
plantés, ils s'empressent de saisir tous les moyens de
s'enrichir; ou pour conserver leurs places, ils se prélent
à toutes sortes d'iniquités. Le ministère français, ignorant ou foulant aux piedls les raisons auxquelles les
Colonies devaient leur alfranchissement de quantité de
lois fiscales 2 ne voulut voir, dans les habitans de StDomingue 2 que des propriétaires extrêmement riches,
qu'il fallait soumeltre à de fortes contribulions. --- Page 70 ---
(24)
Cela me parait assez juste , m'observa le médecia :
les impositions sont d'une nécessité absolue pour le
soutien des élais, et chacun doit y contribuer en raison
de sa fortune.
tout est égal
Cela est vrai, lui répondis-je , lorsque
entre les contribuables 5 mais, j'ai commencé par vous
l'exposer: : le cas particulier des Colons soumis à des événemens destructeurs, et les autres causes de leurs privilèges subsistant encore assez fortement, diminuaient
pour eux la rigueur de ce devoir. Chaque habitant,
d'ailleurs, ne payait-il pas à Tétat, à proportion de
dans le droit de sortie imposé sur sa
denrée? ses revenus, Ce droit, faible dans le principe 2 n'avait-il
élé successivement augmenté à mesure que la denrée
pas avait acquis plus de valeur ; et n'était-il pas alors à un
tarfcousidérable C'était encore un impôt majeur,
Pobligalion de ne vendre sa denrée qu'à un seul concuraux vaisseaux seuls de la métropole; et de ne rerent, cevoir
d'elle tous les objets de premier besoin. De
que
riches que fussentles Colons aucun d'eux
plus, quelques
allaient à leurs fournisne thésaurisait; ; leurs revenus
c'est-à-dire, au commerce national, 2 et les plus
seurs 2
Paris
forts étaient dépensés en France,à
particulièremenl;
les revenus coloniaux étaient grands,
ajoutez, que plus
était étendue ;
son
plus la navigation de la Métropole
plus
commerce: florissait, plus l'étranger versait de numéraire
Les droits perçus à St.-Domingue montaient à une telle
(*) qu'après toutes les dépenses ordinaires de guerre, > de
somme, 7
2 il restait chaque
fortifications et d'administration acquitées
excéannée quelques fonds dans le trésor public. C'est de ces
Pintendant, Mr. de Bongars, fit une fois
dens réunis, que
de six à
millions, pour
passer en France 2 une somme
sept)
être versés dans le trésor royal.
en --- Page 71 ---
(25)
en France;plus le fisc gagnaità cette seconde sortiede la
denrée, el plus,enlin, de familles vivaient dans la nièrepatrie, et d'autres s'y enrichissaient. Pour obtenir de si
grands avantages, il était nécessaire de favoriser les Colous et la culture. Quelle plaie n'aurait-ce pas été pour
le royaume. 2 si les habitans de St.-Domingue, dégoûlés d'un séjour qu'ils quittaient d'eux-mêmes. 2 dès
qu'ils y avaient acquis quelque fortune 2 l'eussent
abandouné pour se soustraire à la maltitude ou à la
rigueur des lois fiscales ? Et croyez 2 que déjà le N2blitaire, par ses hauteurs, ses dédains 2 ses violences
() et le fréquent abus de son aulorilé 2 fatiguait
extraordinairement les Colons. Lcs vexations, encore,
qu'on y éprouvait au sujet des milices, de la part
des commandans de quartier et de leurs officiers subalternes 1 avaient seules fait déserter lc pays 2 par quantité
de personnes.
ou à la
rigueur des lois fiscales ? Et croyez 2 que déjà le N2blitaire, par ses hauteurs, ses dédains 2 ses violences
() et le fréquent abus de son aulorilé 2 fatiguait
extraordinairement les Colons. Lcs vexations, encore,
qu'on y éprouvait au sujet des milices, de la part
des commandans de quartier et de leurs officiers subalternes 1 avaient seules fait déserter lc pays 2 par quantité
de personnes. Ces raisons ne paraissent pas dénuées de poids 2
me dirent ces messieurs. A l'époque 2 repris-je, des sinistres projets que le
ministère frauçais méditait contre la Colonie de St.-Domingue, 9 elle avait des magistrais lirés de son sein 2
qui rendaient la justice gratuitement. Ils composatent
(*) Parmi plusieurs exemples de ces violences et du peu
de cas que les militaires faisaient de la vie des Colons, je
citerai cet ouvrier convalescent, assassiné en plein jour, d'un
coup de fusil, par la sentinelle du Gouvernement, à cause
que, faisant de l'eau contre. le mur, il nc s'était pas retiré
au cri que lui en fit le soldat : ensaite, le feu roulant ordonné par M. de Piis, le major de la place au Cap, sur
les spectateurs présens à une exécution 2 pour un murmure
oui parmi ce ramas d'hommes et de femmes désarnés 2 et
poursuivis encore lorsqu'ils s'échappaient, Ily en eut de tués
ct de blessés,
--- Page 72 ---
(26)
Deux tribunaux en dernier ressort, sous le nom de
Conseils, Pun séant au Cap-Français, et l'autre au
Port-au-Prince. A Pinstar des parlemens de France,
ils avaient le droit d'examiner les lois et les réglemens que le gouvernement envoyait pour la Colonie 5
de juger s'ils lui élaient nuisibles ou favorables, et de
ne les enregistrer, qu'après en avoir reconnu le besoin et Putilité: ils veillaient encore aux empiétemens
des gens de guerre et de finances. Dans les vues usurpatrices du ministère, ces magistrats Pauraient excessivement gêné. Leurs biens 2 premièrement, leur donnaient le plus grand intérêt à ce que les propriélés
ne fussent pas grèvées d'impôts: et ces mêmes fortunes les mettaient encore à l'abri de tout genre de
corruption. Satisfaits de leur rang 5 ayant de quoi vivre honorablement; ; passant leurs jours en paix au milieu de leurs families ; estimés 3 respectés, exempts
enfin de toute autre ambition 3 les vapeurs de la Cour
ne les eûsscnt pas enivrés aisément. Pour s'en procurer de plus souinis et de plus 06pendans > la Cour réforma cet - ancien choix, et le
titre de Colon riche devint désormais une ezclusion
pour cette charge. D'après ce nouveau plan, elle
nomma 2 pour Conseillers, des personnes résidantes
en France : Ils furent pourvus d'un traitement annuel
de 12000* argent de la Colonie, et, passant les mers 2
ils vinrent s'asseoir sur les Mlears-de-lys.
aisément. Pour s'en procurer de plus souinis et de plus 06pendans > la Cour réforma cet - ancien choix, et le
titre de Colon riche devint désormais une ezclusion
pour cette charge. D'après ce nouveau plan, elle
nomma 2 pour Conseillers, des personnes résidantes
en France : Ils furent pourvus d'un traitement annuel
de 12000* argent de la Colonie, et, passant les mers 2
ils vinrent s'asseoir sur les Mlears-de-lys. Quoique les
anciens n'eussent elé ni cassés, ni remerciés 2 presque tous 2 regardant ces charges avilies par le salaire
qu'on y avait joint, * s'en retirèrent, ct bientôt les deux
tribunaux ne furent plus composés que de Conseillers
c gages > d'outre-mer 5 personnages qui n'avaient
aucun nom 2 aucune forlune par eux-iêmes, inconnus --- Page 73 ---
(27)
à leurs justiciables 5 ne les connaissant pas non-plus;
et qu'aucun intérêt, qu'aucun lien n'atachaient à la
Colonie. C'étoit le coutraire : choisis par la Cour 2
et tenant d'eile leur raug, leur considération et les
moyens de subsister, ils devaient lui être entièrement
Dévoués. En meme-tems on donna l'entrée dans les
Conseils, avec voix Délibérative, aux principanx des
gens de guerre et 0e finances, également subordonnés aux volontés de la Cour.
De pareilles nouveautés annonçaient visiblement des
atteintes futures de la part du gouvernement : mais
la justice étant rendue comme auparavant, el les intérêts particuliers n'en souffrant pas 2 les esprits n'en
furent pas sensiblement allarmés. Cependant, , lc goufre
Ou besoin s'ouvrait de plus en plus, au milieu du
gaspillaye énorme des revenus de l'état, et le ministère angmentait d'embarras ,i d'année en année. Il
s'en était écoulé déjà un certain nombre depuis la
réforme des Conseillers. Quelques-uns des nouveaux
venus s'élaient mariés. 9 d'antres avaient fait établir des
habitations. (*) Avec le tems, d'ailleurs, on prend
de l'attachement pour le pays que l'on habite; bref,
le ministère ne trouva plus assez de docilité dans les
magistrats gagés. Il reconnut que par le seul esprit
de rivalité, les deux tribunaux se roidissaient, tantôt
Pun, tantôt l'autre 9 contre ses volontés. Pour surmonter ce dernier obstacle, il prit la résolution téméraire de les confondre en un scul, en supprimant celui du Cap, comme moins à la portée de
Pinfuence Des autorités royales de l'ile. La ville
du Port-au-Prince 2 résidence ordinaire du gouverneur-
(*)1 Parmi eux, M. Trouillet, DCprdident.ac.Comeil
de rivalité, les deux tribunaux se roidissaient, tantôt
Pun, tantôt l'autre 9 contre ses volontés. Pour surmonter ce dernier obstacle, il prit la résolution téméraire de les confondre en un scul, en supprimant celui du Cap, comme moins à la portée de
Pinfuence Des autorités royales de l'ile. La ville
du Port-au-Prince 2 résidence ordinaire du gouverneur-
(*)1 Parmi eux, M. Trouillet, DCprdident.ac.Comeil --- Page 74 ---
(28)
général, de l'intendant et des autres preiniers chefs
de Padministration, fut choisie pour le lieu du siège
de ce Conscil unique. On y accorda de nouvelles
voix délibératives à des militaires et à des financiers
d'un moindre grade que précédemment, pour en augmenter le nombre. Tout fut ainsi disposé de manière
à ce que le ministère 7 parlant au nom de la Cour,
n'éprouvât plus de contradiction. , et qu'il pût pousser,
sans obstacle, ses entreprises, aussi loin qu'il le désirerait.
Cette suppression fut effectuée vers l'an 1787. On ne
saurait imaginer à quel point la province du Nord 2
dont le Cap est la capitale, y fut sensible ; combien
elle cn fur'initée/Les passions les plus véhémentes,
telles que Pintérêt personnel, Pamour propre offensé,
Porgueil, la cclère et le désir de la vengeance 3 y
enflammérent les esprits: ce n'étail pas nne animosité
de quelques particuliers 5 mais de Pensemble des individus de cette grande dépendance, du plas riche jusqu'au plas pauvre 9 et du plus petit jusqu'au plus grand.
On élait justement indigné, que ia partie de lile la
mieux cultivée , la plus peuplée et la plus riche: celle
qui, conséqaemment. 2 par le nombre et Timportance des affuires, avait le plus de besoin d'un Hribunal en dernier ressort et dans,son sein,, én fut 06pouillée. Oa prévoyait ensuite les inconvéniens multipliés d'aller chercher la jostice à un si grand éloiguement : la nécessité de se déplacer; l'interruption
des affaires ; le relachement dans les travaux des
champs.; les fatigues du voysge 5 la longueur du séjour par celle des procérures: : plus de risques de
tcmber malade 5 moins de secours à espérer 2 alors
éloigné des siens 3 les inquiétudes, les allarme S do-
les inconvéniens multipliés d'aller chercher la jostice à un si grand éloiguement : la nécessité de se déplacer; l'interruption
des affaires ; le relachement dans les travaux des
champs.; les fatigues du voysge 5 la longueur du séjour par celle des procérures: : plus de risques de
tcmber malade 5 moins de secours à espérer 2 alors
éloigné des siens 3 les inquiétudes, les allarme S do- --- Page 75 ---
(29)
mestiques, , les frais de déplacement , etc. La jalousie
seule y entrait pour beaucoup, en envisageant T'espece
de relief que le Port-au-Prince recevrait, au prôjudice
du Cap, de la présence de ce tribunals suprème; ainsi,
que Pécoulement perpétuel du numéraire, de la parlie
du Nord dans celle de POuest. Toutes ces cousidérations désoluient les esprits. On n'était pas moins
senisinle à Pidee de la force et de Pétendue des entreprises arbitraires qu'allait se permettre un ministère
qui venait de lier en un fuisceau, toutes les antorités supérieures de l'ile, 3 pour les tenir daus ses
mains , et leur faire exécuter ses volonlés.
La donleur. , ou plutôt la ragequ'excitèrent ces pensécs 2 devint d'antant plus vive, que l'on ne tarda. pas
à savoir que ce coup hardi n'était pas. une mesure
miirie dans le Conseil d'état, mais un moyen Slbreptice d'envabir des deniers, 7 autres que ceux des
impositions royales ; ou d'en établir de particuliers 3
que pussent se partager à l'avenir, tous ceux qui 9
dans le ministère de la marine, ou dans les emplois
de la Colonie, y rempliraient les premières fonctions,
à commencer par les intrigans, qui venaient d'obtenir
ce changement : on apprit qu'il était le résultat d'un
concert particulier entre le ministre de la marine 2
Pintendant de St.-Domingue, et le traître de procureur-général du Conseil du Port-au-Prince (Lamardelle ) qui livrait la Colonie à toule l'avidité de
la Cour. On ne pouvait douter, d'ailleurs 1 que
ce ne fit un de ces mille moyens avec lesquels on
trompe les rois, par son opposition frappante avec
ce qui se passait alors à cet égard en France, oû,
bien loin de diminuer les tribunaux 2 on ne parlait
que de les multiplier dans les provinces 2 en rappro-
-général du Conseil du Port-au-Prince (Lamardelle ) qui livrait la Colonie à toule l'avidité de
la Cour. On ne pouvait douter, d'ailleurs 1 que
ce ne fit un de ces mille moyens avec lesquels on
trompe les rois, par son opposition frappante avec
ce qui se passait alors à cet égard en France, oû,
bien loin de diminuer les tribunaux 2 on ne parlait
que de les multiplier dans les provinces 2 en rappro- --- Page 76 ---
(30) )
chant les limites des ressorts trop étendus de quelques
parlemens. A suivre cette sage maxime 2 aulieu de
supprimer le Conseil du Cap, la Cour aurait dû plutôt
en établir un dansla ville des Cayes, capitale de la partie
du Sud des possessions françaises, dont la population 2 la
cullure et les richesses augmentaient alors rapidement.
Dès qu'on eut scu ces détails, Pinjustice paraissant
plus criante, des plaintes et des muriures qu'on avait
élevés. , on en vint à des menaces ouvertes, qui n'étaient pas éloignées d'un soulèvement prouoncé. Cependant,, des esprits plus modérés proposèrent d'en demander justice au roil lui-même, qui s'était manifesté pour
le
de ses sujels. Cet ayis
ne désirer que
soulagement
eut quelque peine à passer: les plus échauffés alléguaient
cetle démarche ne conduirait à rien : qu'elle n'avait
que
nullement réussi en diverses occasions 2 et nommément
dans celle de ce charpentier assassiné en plein midi
par un soldat en faction ; que la plainte qu'on en fit,
quoique signée de deux mille propriétaires 5 navait point
eud'efet:que vraisemblablement elle n'était pas parvenue
au roi: que celle-ci ne lui parviendrait pas mieux 5
et qu'au reste 5 c'était une maxime observée inviolablement en Cour, de ne jamais donner gain de cause
au peuple ou à des particuliers, au préjudice de ceux
qui etaient immédiatement sous ses ordres, Cependant
le premier Conseil ayant été suivi bieptôt après, une
lettre de griefs 2 signée de cinq à six mille habitans
de la ville, de la plaine et des mornes 3 fut envoyée
à Paris, à Deux personnes de distinclion, le marquis
de Paroi et M. de Raynaud, propriétaires à St.-
Domingue, afin de la présenter à sa Majesté ellemême.
Sur ces entrefaites, l'intendant, administrateur ca-
ordres, Cependant
le premier Conseil ayant été suivi bieptôt après, une
lettre de griefs 2 signée de cinq à six mille habitans
de la ville, de la plaine et des mornes 3 fut envoyée
à Paris, à Deux personnes de distinclion, le marquis
de Paroi et M. de Raynaud, propriétaires à St.-
Domingue, afin de la présenter à sa Majesté ellemême.
Sur ces entrefaites, l'intendant, administrateur ca- --- Page 77 ---
(3r )
pable, 7 mais excessivement zélé pour le seul intérêt
du fisc, au préjudice du peuple 2 se confant dans la
force de ses moyens 1 s'empara d'une caisse d'environ quinze cents mille livres de recelte annuelle, qui
n'appartenait qu'aux Colons. Elle provenait d'un droit
d'ordinairement un écu par tête de Negre, sur 500.
miile Noirs imposables 7 que tous les ans les paroisses
s'imposaient elles-mèmcs, à proportion de leurs besoins. Ce fonds était destiné à payer les honoraires
des curés; à bâtir des églises ou des presbytères ;
à fournir à tous les autres frais du service divin. Il
servait également à la solde et à l'entretien du corps
de la maréchaussée, de même qu'à rembourser aux
propriétaires, lc prix de leurs Nègres suppliciés pour
crimes 2 ou tués dans le marronnage. Ces droits en
étaient nommés curiaua et suppliciés. Les marguilliers en faisaient la receite annuellement: ils acquittaient, sur les premiers les dépenses de paroisse; et
versaient les seconds dans une caisse particulière, surveillée par le Conseil. Pour premier coup P'essai
d'un pouvoir illimité, cet intendant despote s'empara
donc des fonds de celte caisse, pour eu disposer à
son gré, comme de deniers royaux.
Le Diable enlève toutes ces sang-sues d'étal , dit
alors le négociant; ils vous coupent bras et jambes.
Eh! commnent voulail-il, celui-ci, que les Colons acquittassent les dépenses paroissiales ?
Croyez que ce point ne l'aurait pas embarrassé longtemps 2 lui dit l'avocat ; il eut bientôt forcé les planteurs
(expression anglaise) à s'imposer une nouvelle cotisation,
pour remplir les besoins que payait la première : cette
recette-ci eut été perçue ensuite sous une autre dénomination 5 et c'aurait été un droit acquis.
jambes.
Eh! commnent voulail-il, celui-ci, que les Colons acquittassent les dépenses paroissiales ?
Croyez que ce point ne l'aurait pas embarrassé longtemps 2 lui dit l'avocat ; il eut bientôt forcé les planteurs
(expression anglaise) à s'imposer une nouvelle cotisation,
pour remplir les besoins que payait la première : cette
recette-ci eut été perçue ensuite sous une autre dénomination 5 et c'aurait été un droit acquis. --- Page 78 ---
(32)
! : On ne voit que des injuetices, s'écria le curé, sortir
des bureaux des financiers d'état! des moyens plus droits
rempliraient aussi bien leurs desseins. Si cet intendant,
ajouta-t-il, avait réeliement besoin d'une augmentation
de droits, il eut été plus loyal et plus régulier de sa part,
saus aller toucher à ces fonds, qui ne jui appartenaient
pas, d'imposer quelque modique taxe au nom da roi, sur
quelqu'objet; ; sur voS Negres mêmes, dont la capitation était légère. C'est une vérité 5 que Pon obtient
toujours beaucoup plus par la douceur que par ia force.
En faisant connaitre ses besoins 2 sa franchise lui aurait
gugné les coeurs, et sa demande n'aurait, je gage,
trouvé d'opposition nulle part.
lui dis-je, bien
Vous vencz d'accumiler, pasteur,
des choses impossibles : de la franchise et de la loyauté
dans un intendant! Un élat fidèle des bescins de son
admiuistration ! Unc communication amicale : une confiance réciproque entre les imposans et les imposés !
Il parait bien que vous êtes plus familier avec votre
Bible qu'avec nos gouvernemens. Mais pour vous répondre plus directement, vous saurez que les impositions royales ne pouvaient être établies dans nos iles,
en
des édits du roi : et cette
con me France, que par
clique dé gens avides redoutait trop la bonté du
cceur du nôtre. Il aurait fallu d'ailleurs, 2 rendre compte
au gouvernement. 5 de clerc à maître, de cette augmentation de deniers royaux. Ce n'est pâs ce qu'ils voulaient : ils recherchaient, ce qu'on appelle des Deniers
aveugles ; dont on ne doit, ou dont on peut se disde rendre comple. L'intendant n'en devait de
penser fonds coloniaux qu'à Jui-même et au Conseil 5
ces
c'est-à-dire, 2 à des personnes qui élaient d'accord avec
lui
se les partager. La manutention de celte caisse
pour
n'élait --- Page 79 ---
(33)
n'élait enfia, qu'un tour Dc baton du mélicr, d'autant plus profitable à ces intrigans,et dextrement imaginé, que les moyens de corruption et de la dépendance absolue du tribunal suprême de la Colonie,
provenant de ces foads 2 les habitans de St.-Domingue, 2 eux-mèmes, payaient et rivatent leurs fers. Cependant, comme l'oppression n'augmente que par degrés, l'intendant voulut bien se charger, 9 quelque tems
encore, de payer certaines dépenses des parcisses :
mais en cela même, percèrent ses vues secrettes 5 car
au lieu d'allouer par an 2 comme nous 7 cinq à six
mille livres d'honoraires à chaque curé, , il les réduisit
tous à deux mille francs chacun.
payaient et rivatent leurs fers. Cependant, comme l'oppression n'augmente que par degrés, l'intendant voulut bien se charger, 9 quelque tems
encore, de payer certaines dépenses des parcisses :
mais en cela même, percèrent ses vues secrettes 5 car
au lieu d'allouer par an 2 comme nous 7 cinq à six
mille livres d'honoraires à chaque curé, , il les réduisit
tous à deux mille francs chacun. L'enlèvement de ces deniers, suite des premières
mesures concertées 2 ayant augmenté Pirritation des
esprits 2 parmi les habitans de la partie du Nord, lorsqu'ily fut question 3 à la fin de l'année de recouvrenient,
de verser les fonds paroissiaux dans la caisse du receveur-général, (c'élait le frère d'un conseiller), nommé
par l'intendant ; de la part des marguilliers, ce ne fut goneralement qn'une répugnance extrême à obéirsplusicurs
s'y refusérenthardimcot; ; ils ne furent pas ménagés 3 ordres de verser 5 nouveaux commandemens 5 saisies de
biens 3 contraintes 9 enfin, par corps : tout cela se snivit
rapidement. La plupart obéirent et cédèrent à la rigueur. Les plus obstinés furent mandés au Port-au-Prince,
et nommément Lufucherie 2 négociant, marguillier
du Cap. Pendaut ces poursuites, il tomba malade et
mourut. On ne manqua pas d'impnter sa mort aux effets
des vexations du chef des finances, et cetle plainte
ajouta de nouveaux feux à l'animosité générale. Voici, sans doute, le moment, me dit le médlecin;
où la bombe éclatera. Mais quelles suites facheuses
n'amènent pas ces partis violens? --- Page 80 ---
(34)
Vous préféreriez donc, lui dit M. Goodrich 3 qu'on
tînt continuellement le pied sur la gorge, et
vous
un
fort ? Pour
qu'on appuyât tous les jours
peu plus
moi, j'ai trouvé, ces habitans déjà trop patiens. ainsi
Pinsurrection et la réIl ne faut pas
précher
instivolte lui observa le curé: les autorités sont
tuées 2 de Dieu; notre devoir est de nous y soumettre. Vous vous moquez 2 lui dit l'avocat: avec cet axiôme 2
jusqu'au taureau de Phalaris. Il faut
vous légitimeriez
envers des tyrans ou des oppresseurs quelconques 2
et les accabler si l'on peut ; afin
user de résistance. 5
souvenir de leur punition, eux et ceux qui vouqu'au draient leur ressembler, se rappellent de ce passage
de Virgile :
Discitejustitiem moniti, et n012 temnere leges. celte uloéraElle était à son comble, repris-je,
tion des esprits 3 lorsqu'on apprit au Cap, que les
états-génémur allaient s'assembler en France. Peu
tems
les deux Colons résidans à Paris 9
de
après 2
jusqu'achargés de la requêle dont j'ai parlé, qui,
lors n'avaient pu trouver d'occasion favorable pour
au roi
et qui jugeaient
la presenter
personnellement,
celte démarche trop délicate pour eux 2 ne voulant
se mettre à dos le ministre de la marine 2 écripas
habitans de la
du Nord, que la convirent aux
partie
vocation des trois ordres de la nalion, n'ayant pour
de remédier, aux abus et réparer les maux
objet que
la Colonie pouvait y faire entendre ses
du royaume,
juslice.
occasion favorable pour
au roi
et qui jugeaient
la presenter
personnellement,
celte démarche trop délicate pour eux 2 ne voulant
se mettre à dos le ministre de la marine 2 écripas
habitans de la
du Nord, que la convirent aux
partie
vocation des trois ordres de la nalion, n'ayant pour
de remédier, aux abus et réparer les maux
objet que
la Colonie pouvait y faire entendre ses
du royaume,
juslice. Celle nouvelle remplit
griefs, et en espérer
d'espoir et de joie les coeurs des plaignans : et comme
contre Pintendant et le tribunal unique y était
la haine
P'on
enprofondément gravée 3 à mesure que
apprit
suite les progrès de la prépondérance que le tiers-état --- Page 81 ---
(35)
acquerrait dans cette assemblée de la nation , la satisfaction augmentail, les propos contre les déprédateurs devenaient plus ouverls et plus animés, et le
désir croissait avec Pespoir de se venger.
Voilà l'instant d'une terrible crise 2 dit le curé; j'en
frémis d'avance.
En effet, continuai-je; dès qu'on eût appris qu'en
France. 1 le peuple s'était emparé de P'autorité publique, en formaut des comités et des muricipalités;
Ja ville du Cap, donnant l'exemple, toutes les paroisses de la dépendance établirent dans leur sein des
aulorités pareilles. Pour concentrer ensuite ces pouvoirs
particuliers 2 réunir leur force, et donuer aux résolutious plus d'activité, l'on établit au Cap, une assemblée provinciale. Ceite suprême autorité populaire mit
le comble à la satisfaction des habitans. Ils avaient en
main un moyen légal de réparer les torts dont ils s'6taient plaints 1 et de remplir leurs désirs de vengeance.
Qu'ils eussent agi sagement, s'ils se fussent abstenus
ou même modérés à l'égard de ces derniers! Le premier usage qu'ils frent de ce pouvoir, fut de rétablir
le Conseil, en y appelant les magistrats à la majorité des suffrages. Après cet acte 2 dirigé par la raison, on écouta trop le cri des passions : car 9 peu
de tems après, il fut arrêté dans une délibération 3
qu'on forcerait l'intendant à venir rendre compte de
son administration. Afin de remplir ces vues 2 on fit
partir un détachement de milices 2 composé de 60 jeunes gens 2 ayant un officier de distinction à leur
têle 2 (M. de la Chevalerie, chevalier de St.-Louis,)
avec ordre d'aller au Port-au-Prince , se saisir de sa
personne et l'amener devant l'assemblée. Ce petit corps
n'était qu'à quelques lieues de cette ville, lorsque Pin-
forcerait l'intendant à venir rendre compte de
son administration. Afin de remplir ces vues 2 on fit
partir un détachement de milices 2 composé de 60 jeunes gens 2 ayant un officier de distinction à leur
têle 2 (M. de la Chevalerie, chevalier de St.-Louis,)
avec ordre d'aller au Port-au-Prince , se saisir de sa
personne et l'amener devant l'assemblée. Ce petit corps
n'était qu'à quelques lieues de cette ville, lorsque Pin- --- Page 82 ---
(36) )
tendant, instruit de son approche et de son dessein,
s'embarqna précipilamment dans une frégaie du roi,
et s'enfuit en France.
Il agit tres-prudemment 3 observa le médecin, de
se soustraire au caprice désordonné d'une populace
effréuée: ordinairement elle se dispense d'écouter un
accusé; et commence à son égard par où la justice
doit finir envers les coupables.
Je ne suis occupé que d'une chose 2 ajouta le curé, , je
tremble pour les suites qui vont résulter de cette mesure
hostile des habilans du Cap-Frangais. On a bien de
la peine, même en sens rassis, de s'arrêter après une
fausse démarche, parce que P'amour propre écoule peu
les couseils de la raison : jusqu'à quels excès ne se
porle-t-on pas, lorsque tant de passions commandent !
Peut-être, repris-je, n'aurait-on pas. dépassé les bornes d'une juste vengeance, et sur-tout dans ces premicrs momens 2 oà l'assemblée 9 les municipalités et les
comités étaient garnis de quantités de personnages éclairés et modérés. La foule et la contunuité Des voies
eatrêmes ne sont venues que quelque tems après. Nous
les devons à ce germe fatal de dissentions et de troubies 2 inhérent au systême de liberté et d'égalité 2 que la
Colonie s'empressa d'adopter, 2 sans réflexion et comme
vous voyez, par l'effet d'un profond ressentiment d'injustices.
Qu'entendez-vons, me demanda l'avocat, par cette
expression de germe fatal?
Je venx parler de ce mode républicain 1 ou plutôt
démocratique 1 de ne nommerles fonciionnaires pub lics 2
qu'à la majorité des suffrages populaires 3 et lorsque le
droit de voter est accordé indistinctoment à tout individu : je crois voloutiers, que dans un tems calme, le
ez, par l'effet d'un profond ressentiment d'injustices.
Qu'entendez-vons, me demanda l'avocat, par cette
expression de germe fatal?
Je venx parler de ce mode républicain 1 ou plutôt
démocratique 1 de ne nommerles fonciionnaires pub lics 2
qu'à la majorité des suffrages populaires 3 et lorsque le
droit de voter est accordé indistinctoment à tout individu : je crois voloutiers, que dans un tems calme, le --- Page 83 ---
(37)
peuple peut se donner par cette voie , de bons magistrats et de grands capilaines. Les français cux-mêmes
peuvent être cités pour exemple 2 dans le choix qu'ils
firent de la plus grande partie des membres de l'assemblée coustituante, Mais bientôt ce n'est plus de
même , lorsque les intrigans et les ambitieux sont
parvenus à remuer le penple; alors dans celui-ci, tout
ce qu'ily a de violent et de méchant, prenant le dessus
sur les personnes modérées et paisibles, ces gens audacieux dictent impunément les noms-des candidats. Çuelle
vile canaille na pas succédé depuis à ces premiers coustituaus , après qu'on n'a eu refusé ledroit de voter qu'aux
domestiques seuls ! Que de gens sans fortune, sans aveu 3
de vagabonds 1 et de scélérats sont venus remplir des
sièges destinés aux personnes honnêtes, et qui avaient
un intérêt à la chose publique !
C'est assez le cours des choses 9 m'observa l'avocat,
que cette alternative de bons et de mauvais fonctionnaires.
Le peuple commence. par choisir ce que la renommée
lui présente de meilleur; il ne peut ensuite que faire des
choix inférieurs. Mais le hazard ou l'ordre de la naissance le serviraient-ils mieux ? Pour en juger > il ne faut
que se rappeler le nombre excessivement petit des rois
qui ont mérité l'estime et la vénération de leurs sujets 2
parmi la foule de ceux qui se sont montrés indignes de
gouverner.
Votre réflexion n'est pas mauvaise, lui répliqua le
médecin : cependant, j'aurais toujours plus d'effroi, de
voir le gouvernement entre les mains de gens choisis
par la populace, 2 que dans celles dn plus méchant des
monarques. Quelqu'injuste et cruel que soit un roi,
l'orore au moins règne dans SOI royaume : Panarchie
au contraire marche constamment la tôle levée, sous
trés indignes de
gouverner.
Votre réflexion n'est pas mauvaise, lui répliqua le
médecin : cependant, j'aurais toujours plus d'effroi, de
voir le gouvernement entre les mains de gens choisis
par la populace, 2 que dans celles dn plus méchant des
monarques. Quelqu'injuste et cruel que soit un roi,
l'orore au moins règne dans SOI royaume : Panarchie
au contraire marche constamment la tôle levée, sous --- Page 84 ---
(38)
des magistrats livrés aux volontés du peuple ; situation
la plus affreuse de celles oi puisse tomber uI état. (*)
L'iniquité se prononce moins d'ailleurs sous un mauvais
Prince; ce n'est que dans des républiques, que l'on
proscrit ouvertement la vertu. Aristide, Socrate, Phocion
des
éclatans. Voyez encore ce
en sont
témoignages
qui se passe en ce moment dans la France républicaine.
Cequim'épouvante dans le gouvernement démocratique,
c'est que, par son essence 3 les citoyens y sont perpétuellement entr'eux, dans un état de contention et de
guerre. Je disais donc, repris-je, que c'est à ce droit de
voter in2istinctement, ( qui n'en excluait aucun Blanc
à St.-Domingue 9 parce que nul d'eux n'y étail domestique, ) que cetle Colonie doit, non pas ses premiers faux pas, mais la marche rapide qui l'a précipitée dans ses désordres et ses maux. Siles nominations
des fonctionnaires publics 5 si les délibérations des
assemblées adiministralives, n'eussent été influencées que
par des cultivateurs propriétaires. a ou par des négocians
et des bourgeois aisés des villes, jamais les excès n'y
auraient régné ; ils avaient trop d'inlérêt à les prévenir.
Combien n'y ai-je pas vu d'avis sages et modérés 2
tournés en dérision et rejetés par une pélulante majorité ? Qui la composait ? C'était des fonctionnaires
parvenus enfin à être nommés par ce graud nombre
d'ouvriers, d'artisans, de revendeurs de cabaretiers
et de petits marchands. , qui remplissaient les villes ct
les bourgs ( que 1 depuis nos troubles on a nommé
Petits - Blancs ). Ce n'est pas que ceux-ci fussent
(*) Caton, tout passionné Républicain qu'il était, jugea
avantageux d'investir Pompée seul de Pautorité suprême 2
plus d'abandonner_la République aux agitations des partis.
que
graud nombre
d'ouvriers, d'artisans, de revendeurs de cabaretiers
et de petits marchands. , qui remplissaient les villes ct
les bourgs ( que 1 depuis nos troubles on a nommé
Petits - Blancs ). Ce n'est pas que ceux-ci fussent
(*) Caton, tout passionné Républicain qu'il était, jugea
avantageux d'investir Pompée seul de Pautorité suprême 2
plus d'abandonner_la République aux agitations des partis.
que --- Page 85 ---
(39)
dénués de forlune, mais ils ne tenaient pas assez à la
Colonie 3 premièrement, ils n'y avaient pas, en gén6ral, de propriété foncière; et puis, selon Pusage, ils
se proposaient de la quitter, du moment que leur ambition serait suffisamment remplie. C'est cette classe 3
grossière et ignorante par état; colère, brusque et emportée par caractère, 9 et dominant encore plus par sa
hardiesse que par son nombre 2 qui contribua le plus
à la nomination de tant d'intrigans, de factieux
et de têtes cxaltées, pour exercer les fonctions publiques. C'est-à ces administrateurs que nous devons toutes
les mesures extrêmes, tous les mouvemens et toutes
les agitations convulsives que nous avons éprouvées
et qui ont secondé si puissamment les efforts de nos
ennemis.
Ils étaient encore aigris, ces Petils-Blancs (parmi lesquels les gens d'importance affectaient de placer les commis 2 les économes, le gérans 2 les rafineurs 2 et jusqu'à
des procureurs d'habitation) , et de cette Denomination
inusitée et de cette infraction au rang d'égalité, reconnu
depuis la naissance de la Colonie 5 entre tous les individus de leur couleur. Les abus se glissent insensiblement
et tiennent toujours à des causes. Celui-ci devait son origine au grand nombre d'officiers de troupes 2 de MM. de
la marine, de gens de finance et de cadets de noblesse 3
qui, depuis la paix de 1763, avaient eu le secret, n'ayant
que leur nom 2 un plumet 2 et beaucoup de hardiesse 2
d'épouser les plus riches héritières de la plaine et de la
montagne. L'amour propre de ces demoiselles en était
prodigieusement flatté. J'en ai connu dans les mornes 2
qui , dans leur jeunesse ( en 1757), n'allaient que pieds
nuds 2 en chemise, avec: : une simple jupe et le mouchoir
à la main 2 comme de véritables Négresses 2 qui ont fini
un plumet 2 et beaucoup de hardiesse 2
d'épouser les plus riches héritières de la plaine et de la
montagne. L'amour propre de ces demoiselles en était
prodigieusement flatté. J'en ai connu dans les mornes 2
qui , dans leur jeunesse ( en 1757), n'allaient que pieds
nuds 2 en chemise, avec: : une simple jupe et le mouchoir
à la main 2 comme de véritables Négresses 2 qui ont fini --- Page 86 ---
(40)
être nommées des Marquises 2 des Comtesses et des
par Barones.Dans lenombrede ces épouseurs, les plusvains et
les plus riches ne purent soutenir long-temps Pégalité 2
qui reguait entre tous ies Blancs. Cet usage les offusquait. Ils se regardaient comme pétris de porcelaine 2
et leurs inférieurs, fabriqués de grossière argile : tenant
à la cour par leur nom, et par leurs familles, et d'autres
par leur état ou par quelque grade : allant encore dépeuser de tems en tems leurs reveuus à Paris, y faisant grande figure, et s'annonçant pour connaître parfaitement la Colonie, ils obtinrent sans peine du Conseil
d'Etat, qui s'en rapportait volontiers aux gens de ce 3
calibre 2 une ordonnance favorable à leur orgueil. Elle
établissail une espèce de distinction, entre les grands
propriétaires et les ouvriers, artisans et gens à gages.
Nous dûmes particntièrement au marquis de Roipray
père 2 celte, nouveauté 2 contraire au régime Colonial. Ce
haut personnage (issu toutefois, d'un notaire, M. Lenoir
de Paris), a été Phomme le plus funeste à la dépendance
dul Nord.Plusintrigant que militaire, et moins familier aux
camps et aux armées, qu'à la cour et aux anti-chambres
des ministres; avide encore de biens, il s'en était procuré
d'assez considérables dans les habitations des Jésuites
expulsés, qu'il avait obtenues à de bonnes conditions.
Naturellement brouillon a remuant et boule-feu; discourant de tout et voulant tout ordonner et tout régler, il ne
passa ses années à St. Domingue, qu'en des alternatives
de séjours, passant fréquemment du Cap à Paris et de
Paris au Cap., la tête toujours pleine d'intrigues et de
projeis. Ils'était mis à dos la nombreuse classe des gérans
de sucreries et rafineurs, on 2 pour mieux dire, il étaithal
de tout le monde. Ceux même quile voyaient ne l'aimaient
pas:ilanelefr ligenasinmipepeligeaeal pt par devoir.
J'ai --- Page 87 ---
(41) )
J'ai voulu vous faire le portrait de ce personnage, revêtu du grade de maréchal de Camp des armées du roi,
parce qu'il a été le plus marquant de tous 2 dans ces
tems de troubles et d'agitations. Tout porie à croire qu'il
élait du parti de la Cour, et néanmoins je ne lui ai connu
1 de liaison ni de fréquentalion avec le corps des officiers
du régiment du Cap; vrai Caméléon 3 il a sçu, suivant
les circonstances, paraître pencher vers certaines opinions. 2 aussi long-lems que cette dissimulation le conduisait à ses fins. Hai de tous. 7 nuls suffrages ne le portèrentjamais dans aucune assemblée : il n'entra jamais
non-plus, comme membre 2 dans aucun comité de paroisse. On le voyait néanmoins aux assemblées primaires, 3 toujours des écrits à la main, proposant tantôt une
opinion, tantôt un plan et tantôt un projet. S'il fut éloigué
des administrations, il scut, soit volontairement, soit
audace et par importunité 2 se procurer deux ans par de
suite des emplois militaires.
le portèrentjamais dans aucune assemblée : il n'entra jamais
non-plus, comme membre 2 dans aucun comité de paroisse. On le voyait néanmoins aux assemblées primaires, 3 toujours des écrits à la main, proposant tantôt une
opinion, tantôt un plan et tantôt un projet. S'il fut éloigué
des administrations, il scut, soit volontairement, soit
audace et par importunité 2 se procurer deux ans par de
suite des emplois militaires. Ge fut lui qui remplaça
Mr. d'Assas au commandement du Camp du Rocou, et
qui l'eût de toute la partie de l'Est, jusqu'à l'arrivée des
seconds commissaires. Gependant 2 le réglement, qu'avec
lappui de ses semblables, il avait oblenu de la Cour,
avant la révolution, heurtant de front Copinion genérale, avait eu le sort de déplaire 2 non-seulement à
ceux dont il blessait l'amour propre 2 mais encore aux
Colons propriétaires en général : cette violation de légalité de rang, enracinée depuis si long-lems dans les
esprits 2 les choquait tous. On peut remarquer à ce sujet, combien portent à faux toutes ces dispositions, faites sans le concours des habitans du pays. Ii ne résulta
de celle-ci, qu'un ressentiment profond, gravé dans
les coeurs des Petits-Blancs contre les hauts propriélaires. On doit le mettre au rang des diverses causes indirectes de nos malheurs,
--- Page 88 ---
(4)
En vous rappelant désormais, 2 continuai-je, ceux
éprouvé es Colons de Saint-Domingue, veuillez
qu'out
Vous
bien ne pas les croire tous également coupables. distinguerez les paisibles rgriculteurs, résidans sur
leurs biens et ne se mélant point des débats et des discussions des assemblées ; ainsi que beaucoup d'honnêtes
des villes 7 occupés de leurs
et tranquilles bourgeois
dont
seules affaires, d'avec cette tourbe populacière 3
je vous ai parlé, qui premièrement ayant nommé des
fonctinnnaires exaltés; ensuite, guidée elle-même par
ceux-ci, peut être cousidérée comme la cheville OlLprière de pos égaremens et de nos troubles : vous plaindrez d'autant plus les premiers, que n'ayant été coupables de rien, hors ce preiier élcn peu réfléchi, ils ont
victimes des malheurs
été néanmoins les plus cumplètes
survenus. m'observa le méMais ce n'est pas une petite faute,
decin, que ce premier élan. C'est de celle imprudente
Démarche, que tous vos maux sont Dérivés. En adoptant
le systême de liberté et d'égalité, vous avez indisposé
la Cour contre vous; : vous avez autorisé les gens de
couleur libres, à vouloir jouir de la plénitude de ces
dioits, et vous avez ébranle les fondemens de Pesclavage: : oseriez vous bien assurer encore 1 que si SainlDomingue, par son exemple., n'eût pas fait croire aux
législateurs Français, que leurs nouveaux dogmes n'étaient pas inadmissibles dans un pays d'esclavage 2
qu'ils eussefit sitôt et si violemment contraint les autres iles à sucre à les recevoir?
leur libres, à vouloir jouir de la plénitude de ces
dioits, et vous avez ébranle les fondemens de Pesclavage: : oseriez vous bien assurer encore 1 que si SainlDomingue, par son exemple., n'eût pas fait croire aux
législateurs Français, que leurs nouveaux dogmes n'étaient pas inadmissibles dans un pays d'esclavage 2
qu'ils eussefit sitôt et si violemment contraint les autres iles à sucre à les recevoir? Médecin, s'écria le négoriant, vous avez mis le doigt
sur la playe 3 Saint-Domingue n'a pas seulement occamais celui de toules les Colonies à
sionné Soll malheur,
sucre. --- Page 89 ---
(43)
Je passe condamnation sur tout cela, leur répondisje, en accusant la fatalité, qui voulut qu'alors celte
fidèle Colonie fut animée par autant de justes sujets
d'aigreur et de vindication. Toute autre, dans les mêmes
circunstances, aurait - elle usé de plus de modération :
Les hommes ne sout pas des anges : leur raisun s'éclipse
bien plutôt, lorsqu'ils sout rassemblés : leurs passions
s'exaltentalors en raison de leur nombre. Les efleis de
leur réunion ressemblent parfaitement à ceux du cratère
ardent d'une montagne en éruption : comme il ne sort
de ce volcan, que des jels énormes et qui portent le
ravage et la désolation à l'entour de ses flancs; ; de même
de ce foyer enflammé de volontés, 2 il n'en émane que
des opiniors bralantes, 2 et l'on n'en voit sortir que d'extrêmes résolutions. Croyez, qu'il ne fallut pas grand
tems aux personnes sensées 2 pour appercevoir la faute
qu'on avait faite et pour reconnaître, 2 qu'ayant voulu
sorlir d'un mauvais pas, nous élions tumbés dans un
précipice.
Ces réflexions n'avaient pas encore été faites, lorsque l'espèce de victoire remportée sur Pintendant, ayant
enivré les esprits ? ou se crut permises toule entreprise
et toute voye de fait, contre les Dépositaires encore
subsistans de la précédente autorité. La législation nouvelle accordant le premier pouvoir aux corps populaires, ceux qui les composaient, quoique moins exaltés que leurs successeurs 2 échauffés néanmoins par les
circonstances et se fondant sur l'extrême latitude de
ce pouvoir, s'attachèrent dès-lors à Limiter à réOuire 2 à saper même 2 celui que devaient exercer, 2
comme attachés au chef de lexéculion des lois, les
gens De finance 2 les militairés et les magistrats.
A chaque occasion on mettait des entraves à leur
, ceux qui les composaient, quoique moins exaltés que leurs successeurs 2 échauffés néanmoins par les
circonstances et se fondant sur l'extrême latitude de
ce pouvoir, s'attachèrent dès-lors à Limiter à réOuire 2 à saper même 2 celui que devaient exercer, 2
comme attachés au chef de lexéculion des lois, les
gens De finance 2 les militairés et les magistrats.
A chaque occasion on mettait des entraves à leur --- Page 90 ---
(44)
autorité ; on les assujelissait à de nouvelles formes 2
à des devoirs inusités ; on en exigeait des dépendances
trop marquées et trop multipliées 5 on les inquiétait ;
on les humiliait. Le dépit et la haine qu'en conçurent
habitués à jouer un rôle tout opposé,
ces personnages 3
intédoiveut êire complés pour une première cause
rieure de nos malheurs. Ces mécontens 2 envieux de
voir cesser un ordre de choses, qui pesait déjà si
naturellement du côté du
furt sur eux, se rangèrent
pouvoir, qu'ils représentaient le plus immédiatement,
dont
leur inté.êt, ils désiraient le rétaet
2 pour
b'issement. Si tous ne firent pas des démarches pour
contraire,au moins, produisirent-ils des
une réaction
effets très 1 graves 5 en exhalant des plaintes perpétuelles; en affectant un persillage continuel; en nourrissant leur espoir par de fausses nouvelles ; en montrant
la moindre nouveauté et se
enfin un éloignement pour
refusaut à ia plus légère réforme.
A cette cause il s'en joignit bientôt une seconde également intérieure : ce fureut les différences d'opinions 2
et la aivision qui en provint parmi les partisans euxPautorité
Chacun d'eux, dans le
mêmes de
populaire.
n'étant travaillé que du même désic et n'ayant
principe,
tous avaient agi de concert et dans
qu'un objet commun,
la diversilé se mit dans les
les mêmes vues. Peu-à-peu,
les uns voulaient s'arrêter et conserver quelque
idées ;
aller toujours et réformer tout : ceuxchose; les autres,
ci prendre certains milieux et des tempérammens ; ceuxdonner dans l'excès. ? ne mollir et ne
là s'y refuser, 2
d'aucéder jamais. Entre ces deux opinions extrêmes, 2
se modifiant de diverses manières, se
tres encore,
(*) Dans ces différens partis , les plus prononeés furent connus
les ridicules noms d: Crochus et de Bossus.
sous
ter et conserver quelque
idées ;
aller toujours et réformer tout : ceuxchose; les autres,
ci prendre certains milieux et des tempérammens ; ceuxdonner dans l'excès. ? ne mollir et ne
là s'y refuser, 2
d'aucéder jamais. Entre ces deux opinions extrêmes, 2
se modifiant de diverses manières, se
tres encore,
(*) Dans ces différens partis , les plus prononeés furent connus
les ridicules noms d: Crochus et de Bossus.
sous --- Page 91 ---
(45)
rapprochaient plus ou moius de chacune des deux premièrs: c'elit un perpétuel conflit de sentimens. Malheureusement, On ne s'en cachait pas; on s'en entretenail par-toul, et particulièrêment lorsqu'on était à table.
Ces propos l-équens et trop animés, entendus alors par
nos domsstiques et fixant leur attention, , entr'ouvraient
chaque jour P'abyme où nous devions être engloutis. Ces
Deux causes réuntes auraient pu seules à la longue,produire les malieurs qui nous ont accablés, quand d'autres
plus funestes et plus actives ne seraient pas venues s'y
joindre.
Vous connaissez les événemens ; parcourez-les: vous
n'y trouverez qu'un'esprit d'effirvessence, d'agitation,
de licence, d'abus et d'ezcès; par-tout vous ne décou=
vrirezqu'aigreur, dissentions, divisions, troubles, efforts
et violences.
Vous verrez l'assemblée Coloniale de Saint-Marc.
appliquée à sapper l'autorité de M". de Peynier, le
Bouverjeur-géuéral , et devenir d'autant plus entreprenante qu'il montrait de faiblesse : cette même assemblée, remuée vraissemblablement par des ennemis
secrets de la Culonie 7 attenter aux droits de la Métropole 3 en admettant les (*) neutres dans tous les ports
(*) Cette adinission des neutres était le projet favori de
quelques grands propriétaires , heau-diseurs, et s'affichant
ne désirer que la richesse et Pétat de la Colonies. Ils avaient pour
séduits quelques habitans. Leur opinion influa vraisemblablement sur l'assemblée Coloniale de St.-Marc. Dans celle de
la province du Nord, , tenue au Cap, l'esprit du comr merce
national y dominant d'avantage , et son présilent étant alors
un négociant du Havre , ( Mr. Auvray 2 propriétaire néaamoins
de trois sucreries dans cette dépendance ). Cette différence
d'opinions produisit le choc de cette cernière contre la première.
Le décret portait, dans tous les ports où il J aurait municipalité : ce qui revenait au même.
de St.-Marc. Dans celle de
la province du Nord, , tenue au Cap, l'esprit du comr merce
national y dominant d'avantage , et son présilent étant alors
un négociant du Havre , ( Mr. Auvray 2 propriétaire néaamoins
de trois sucreries dans cette dépendance ). Cette différence
d'opinions produisit le choc de cette cernière contre la première.
Le décret portait, dans tous les ports où il J aurait municipalité : ce qui revenait au même. --- Page 92 ---
(46)
de l'ile; déchirer ainsi les liens qui les unissaient, et par
un tort aussi grave 2 couvrir de justes raisons 2 les coups
mortels qui nous étaient secrétement préparés. Vous verrez l'assembiée provinciale du Nord, justement irritée
de cette mesure illégale, dépasser également l'éteudue
de ses pouvoirs, en faisant marcher ses milices contre
ce corps, revêtu d'une. autorilé supérieure à la sienne;
et contraindre par la frayeur les 85 membres (*) qui formaient le reste de cette nombreuse députation, à s'embardans le vaisseau du roi le Léopard 3
quer pour France,
mouillé dans la rade de St-Marc.
Avant et après ces grands traits d'agitation et de
discorde dans les premiers corps de la Colonie ; au
Cap, ce sont d'abord les gens appelés Petits-Blancs 2
nommé Maignan, étantà leur tête,
un boucher provençal
qui promènent dans les rues. , sur des ânes 2 des particuliers suspectés d'opinions contraires au régime
de Pesclavage : les Mulâtres ensuite, qui, n'ayant pas
l'abolition de la disobtenu de l'assemblée provinciale
tinction des rangs, entre leur espèce et celle des Blaucs,
ouvertement sous la conduite d'Ogé ; et quoise révoltent
vaincus et punis, ne renonçant jamais à cetie orgueilque
étant en
débats avec les
leuse prétention 3
perpétuels
manière
d'une
Petits-Blancs ; se. présentant fréquemment
sourdement la révolte des Noirs.
hostile, et fomentant
du
Vous verrez encore dans cette ville Pétat-major
(*) Ce' petit nombre de députés, restés fermes dans leur
et la
du Nord quis'opposait à cette nouveauté, 3
opinion 2
partie
franchise
de
témuignent assez , yue cC Foeu d'une
n'était générale celui
commerce dans les ports de St.-Domingue 3
des que hommes
d'une petite minurité de ses habitans, guidée par
inquiets et remuans, 2 tels qu'un de Rouyray 2 le grand apôtre
de ce plan.
de députés, restés fermes dans leur
et la
du Nord quis'opposait à cette nouveauté, 3
opinion 2
partie
franchise
de
témuignent assez , yue cC Foeu d'une
n'était générale celui
commerce dans les ports de St.-Domingue 3
des que hommes
d'une petite minurité de ses habitans, guidée par
inquiets et remuans, 2 tels qu'un de Rouyray 2 le grand apôtre
de ce plan. --- Page 93 ---
(47)
régiment du Cap, la plupart de ses autres olliciers;
Liegard, Pun des aides-de-camp de M. de Blanchelaude, et ce général lui-même, quoique faible, employer
d'abord secrélement, 1 ensuite plus à découvert, toules
sortes de manaeuvres pour se remeltre sur l'ancien pied,
et n'y pouvant réussir 5 conjurer les premiers contre
la Colonie,
A St-Marc, ce sont les pompons blancs et les pompons
rouges qui se font une guerre ouverte ; au Port-auPrince 2 c'est le régiment de cetie ville
l'audace
2 qui porte
et P'insubordination au point d'égorger en plein
jour et publiquement son major M. Mauduit. Par-tout
les troupes de ligne et les équipages des
vaisseaux, ne
reconnaissent plus la voix de leurs officiers, n'observent
aucune discipliue, et donnent aux Noirs ces exemples
pernicieux. Les mêmes désordres réguent dans les tribunes des assemblées : il y parait des mouvemens ; des
voixy dominent ; des cris tumultueux s'y font entendre
le peuple, ou plutôt quelques turbulens y exercent 5
sorte d'empire. C'était la même chose dans le sein une des
municipalités des villes, et des comités de la
De l'une à l'autre les paroisses étaient campagne.
désunies, et
l'aigreur s'y promenait à découvert. Ces tranquilles cultivateurs des champs 9 entrainés enfin par le torrent des
controverses 2 et prenant parti dans ces divisions, vinrent
à connaitre le ressentiment et l'animosité, nés des
discussions publiques. C'est ainsi que Paffreuse Oiscorôe
parvint à tenir ses ailes déployées sur la surface entière de la Colonie 2 que la seule union aurait
rantie de tous ses ennemis. Hélas ! dans quel cahos gad'infortunes et de misères n'entraînent pas les commotions populaires !
Je comprends actuellement, dit le négociant > ce que
ces divisions, vinrent
à connaitre le ressentiment et l'animosité, nés des
discussions publiques. C'est ainsi que Paffreuse Oiscorôe
parvint à tenir ses ailes déployées sur la surface entière de la Colonie 2 que la seule union aurait
rantie de tous ses ennemis. Hélas ! dans quel cahos gad'infortunes et de misères n'entraînent pas les commotions populaires !
Je comprends actuellement, dit le négociant > ce que --- Page 94 ---
(48)
révolution ; aucun autre malheur public ne
c'est qu'une
Dieu veuille en préserver notre
saurait lui être comparé.
nation !
à
Ses eilels, ajoutal ler médacin, ressemblent parfaitement
ceux des torrens grossis par de forts orages, qui reuversent
entraînent telles digues qu'on prétend leur opposer.
et
à
La rage d'une révoluiion peut se comparer encore
Pactivité de ces vastesincendics, qui ne cessent qu'après
avoir tout dévoré.
téQuels seraient les peuples, s'écria le curé, qui
moins dune révolution étrangère, songeraient à remédier aux abus de leur gouvernement, quelque gaugrené
qu'il fut?
l'avocat
le
Qu'ils le veuillent ou non, 2 répondit
, quand
moment est arrivé, la révolution éclate : croyez-vous
les Français aient prémédité la leur ? Affaissés sous
que
d'une aristocratie impudente de princes, de
le poids
d'une' noblesse et d'un clergé 7
grands, de ministres,
qui seuls l'état existait véritablément, ils ont 2 sans
pour
effet du ressentiment de leur
préparatifs et par lunique
condition, rejelé cet intolérable joug.
le
C'est une fougue, un délire ordinairement, reprit
médecin qui donne le branle à ces mouvemens. Quel
désirer une révoluest Phomme en bon sens qui pourrait
moins
tion ? La supposant bien fondée, il n'en est pas
des avantages, douteux encore 2 qu'elle
vrai, que pour
et dans un tems éloigné 2 elle OCpeut opérer un jour
infinis. Pour un
casionne momentanément des maux
c'est le plus grand de tous les fléaux. Immense >
empire
saurait
d'une. extrême viosubit et rapide, il ne
agir que
secousses, ses chocs sont incalculables et irlence : ses
ils ressemblent aux bourrésistibles. Dans leur effet,
des vents, aux tempêtes de la mer, aux éclats
rasques
de --- Page 95 ---
(49)
de la foidre, à Pirruption des volcans 2 ou à celles
des peuples barbares qui se lèvent en masse el se précipitent sur un pays. Malheur donc à ceux 3 que lear
mauvaise éloila a placés dans une révolution. Pour en
rendre l'atteine moins dure 1 ii foortrait savour s'y
résigner et se soumettre paisiblement à la force de la
nécessité ; ou sacrifier volontairement sou bien-dire
présent au bonheur supposé des générations futnies. Peu de personnes sont capabies de ces grands eforts;
cependant ce serait le parti le plus sage, En effet, il
n'est pas plus possible aux faibles humains, de prévenir ou d'arrêter un événement pareil, que de suspendre le cours de leurs années, ou de reculer la
moment de leur mort. Semblable à un fruit mûr
se délache lui-même de
2 qui
sa branche, tombe et
une empire vieilli, succombe sous les vices de son pourrit;
verneinent.
Peu de personnes sont capabies de ces grands eforts;
cependant ce serait le parti le plus sage, En effet, il
n'est pas plus possible aux faibles humains, de prévenir ou d'arrêter un événement pareil, que de suspendre le cours de leurs années, ou de reculer la
moment de leur mort. Semblable à un fruit mûr
se délache lui-même de
2 qui
sa branche, tombe et
une empire vieilli, succombe sous les vices de son pourrit;
verneinent. 9 et se décompose au terme de son excessive goumaturité, Une espèce de destin en fixe les
plus tôt pour les uns, plus lard pour les circonstances; autres. Mais,
quandle tems en est venu 3 qu'il est marqué par une
nion dominante 3 un mécontentement
opilassitude de sa
général ; . une
condition, ou par telle autre catise majeure aussi sensible, les efforts isolés,
breux qu'ils soient,
quelques nompour s'opposer à cette chite, et
vouloir conserver ce que la très-grande
pour
me paraisseut assez-bien ressembler majorité rejette,
raient faire des
à ceux que poursouflets De forge coalisés contre
souffle impélaeux d'un violent Aquiton. le
Le curé prenant alors la parole : je suis
me dit-il, d'une chose; c'est
surpris 7
que dans votre
parmi tant de sujets de discorde
exposé,
et tant d'exembles
d'agitation et de licence ; an milien de celte
cence générale 2 et de cette violente exaltation efferves- des
--- Page 96 ---
(50)
esprits 2 205 esclaves n'aient pas encore paru remuer. Je leur rends justice, lui répondis-je : ils n'ont pas
commencé d'eux-mêmes à s'agiter : il ne parait du moins
de leur part aucune trace de complot préméoité ; point
d'assemblées de nuit, ni de pourparlers secrets 3 ni
d'émissaires porteurs de paroles, ni de rassemblemens
d'armes et de munitions. Je vous avoue que je ne sais
pas encore à quelle raison attribuer leur tranquillité 1
parmi tant de troubles et d'exemples de séduction. Peutêtre était-eile en eux l'effet d'une habitude irréfléchie;
ou, peut-être celui de la crainte ; d'un défaut de courage 3 d'un manque de coucert assez général, ou de
préparalifs suffisans; mais peut-étrebien. aussi, qu'éclairés
par une longue expérience , ils sentaient que leur sort
n'était pas aussi mauvais qu'on le disait ; et qu'ils perdraient, en se révoltant, le repos et le bien-être dont
ils jouissaient,
Puisque les Noirs, me dit le médecin, ne se sont
soulevés que par une impulsion étrangère, découvrez
nous en les ressorts cachés. Vous nous ferez connaître
ensuite la raison ou le prétexte de cet achamement
inconcevable, avec lequel la mère-patrie a détruit, de
fond en comble, une Colonie qui lui rapportait tant
de richesses. Si mon indignation s'est prononcée tantôt
contre les habitans de St.-Domingue, à raison de leurs
fausses démarches et de leur marque de prévoyance,
ja ne la dois pas moins à ce gouvemement ineple et
cniel, qui a consommé votre ruine.
ensuite la raison ou le prétexte de cet achamement
inconcevable, avec lequel la mère-patrie a détruit, de
fond en comble, une Colonie qui lui rapportait tant
de richesses. Si mon indignation s'est prononcée tantôt
contre les habitans de St.-Domingue, à raison de leurs
fausses démarches et de leur marque de prévoyance,
ja ne la dois pas moins à ce gouvemement ineple et
cniel, qui a consommé votre ruine. Ce développement est long, lui dis-je 5 une soirée
1'y suflira même pas : je parle depuis long-lems 5; il
se fait tard 3 renvoyons notre entretien à demain 2 si
vous le voulez-bien. Nous nous séparâmes ainsi. --- Page 97 ---
(5r) )
SECOND ENTRETIEN,
Dans lequel sont exposées les calses Oc laa révolte
Des Esclaves d St-Domingue. Les partisans de
la Cour, les Mulctres et les amis Des Noirs
en sont. les principaur auteurs. iM Insurrection,
0'Ogé et de ses complices.
Le lendemain att soir, nous étant réunis sous le
péristyle de M. Goodrich, je repris ainsi mon récit.
Le développement que vous m'avez demandé, 2, messieurs 1 ne sera peut-être pas aussi clair que vous
devriez l'attendre d'une personne 2 qui, non-seulement a été présente aux événemens, 3 mais quien a fait
parlie. Je n'ai pas été personnellément dans tous les
lieux ; mais ayant hatitéle/agerpriscipal de la révolie,
été membre des comités et des assembiées 1 lu journellemeul les papiers publics, 2 et: fréquenté la ville, les postes
et les camps 2 je me flatte d'avoir entendu 1 vu, lu et
retenu dans ma mémoire 2 assez de propos 2 de faits et
de circonstances 2 pour vous donner un détail exact et
vrai des causes positives de la révolte des esclaves et
de la ruine de St-Domingue : non pas cependant, dans
tous les points 7 avec l'évidence qu'on désirerait, dans
un événement de cette importance,
Les ténèbres que je n'ai pu percer, 2 dans ces cas peu
fréquens 2 proviennent de la nature même de la chose 3
qui n'a été qu'un tissu de manceupres criminelles, employées par des hommes dissimulés et perfides. Quel serait
celui de nous, qui pourrait exposer, dans lout leurj jour,
les causes de nos affreux revers?Tous lesauteurs n'en sont
vidence qu'on désirerait, dans
un événement de cette importance,
Les ténèbres que je n'ai pu percer, 2 dans ces cas peu
fréquens 2 proviennent de la nature même de la chose 3
qui n'a été qu'un tissu de manceupres criminelles, employées par des hommes dissimulés et perfides. Quel serait
celui de nous, qui pourrait exposer, dans lout leurj jour,
les causes de nos affreux revers?Tous lesauteurs n'en sont --- Page 98 ---
(52)
pas connus 5 et parmi ceux que lon distingue, il resle
encore des incertitudes êt des doutes sur les époques
précises du commencement de leur trames 5 sur les vraismoyens dont ils firent usage 2 et sur le nombre et
Pidentité de Jeurs agens. On ne peut douter, dans
certaines occasions, qu'il n'y ait eu des projets et des
couspirsteurs, sans méanmoins pouvoir lier toutes leurs
dén.arches, ni dévoiler tous leurs ressorts. Dans une
pareille obscurité, i'on découvre cependant, et bien
ciairement Deux partis décidés, se servant d'un instrument commun 3 et profitant de nos fautes.
Vous avez bien raison, me dit vivement M.Goodrich;
d'ajouier ces derniers mots ; car, d'après ce que vous
nous avez raconté hier, les habitans de St-Domingue se
sont singulièrement enferrés eux-mêmes.
Je crois en être convenu, lui répondis-je : mais reconnaissez aussi que la plaie n'aurait pas eu celte
épouvantable profondeur, si des mains meurtrières et
réunies n'eussent pas poussé le fer-avec des forces redoublées. Vous allez nous exposer cela.
Les deux partis que j'ai en vue, repris-je, n'ont pas
eu la même énergie du crime, ni la même âpreté dans
leurs moyens ; l'un n'aspirait qu'à une sévère el terrible
correction; mais lautre voulait établir opiniatrément
une opinion qui le Datait, 2 et satisfaire ensuite sa vergcance , avec toute la rage des animaux les plus
altérés de sang. Cependant ont-ils élé les seuls ? Une
troisième faction, (*) beaucoup plus secrèle, n'aurait-
(*) Si le parti d'Orléans (c'est celui que j'entends par cette
troisicme/faction ) a essayé de sonder les dispositions des Colons,
M. de la Chevalerie me paraitrait avoir étéle chef de ses agens.
Je l'ai entendu s'entretenir souvent et avec plaisir, de ses
liaisons avec M. le duc d'Orléans. C'était un bel homme 2
ont-ils élé les seuls ? Une
troisième faction, (*) beaucoup plus secrèle, n'aurait-
(*) Si le parti d'Orléans (c'est celui que j'entends par cette
troisicme/faction ) a essayé de sonder les dispositions des Colons,
M. de la Chevalerie me paraitrait avoir étéle chef de ses agens.
Je l'ai entendu s'entretenir souvent et avec plaisir, de ses
liaisons avec M. le duc d'Orléans. C'était un bel homme 2 --- Page 99 ---
(53)
elle pas agi de son côté ? Ces trois partis avaient-ils des
agens entièrement distincts , qui ne se commmniquaient
rien ; ou, dars des occasions 7 agissaient-ils de concert
et néanmuins pour leurs vues particulières ? En quel
tems ont-ils commencé leurs manceuvres 3 ont-elles
également duré; quand ont-ils cessé d'agir ? N'y a-t-il
pas eu des émissaires anglais ? Parmi les intrigans et
les brouillons mêmes de la Colonie ; s'en est-il trouvé
beaucoup qui aieut eu part dans ces iniques desseins 3
soit pour les seconder, soit pour remplir des projets
particuliers ? On ne peut asseoir que des conjectures
et des probabilités sur ces dernières questions. Parmi
la quantité de faits qui remplissent. le cours de CCS
déplorables événemens, 3 la plus grande partie n'en peut
être attribuée qu'aux deux principaux partis que j'établis.
Le troisième n'a laissé l'empreinte de son influence
nulle part. Quant aux agitateurs 2 remuans ou pour
l'anglais, ou pour l'adiission générale des neutres 2 ou
pour d'autres vues quelconques les faits n'en sont pas
nombreux. Rien n'empêche donc que je ne considère
le royalisme 2 le Démocratisme et Porgucil des gens
de couleur, comme les sources de la destruction des
Blancs et de la culture à St-Domingue.
Les partisans de la Cour, (c'est ce que j'entends
par le royalisme 2 vous prévenant que j'en exclus nommément Louis XVI, l'homme le plus probe peutchevalier de St-Louis 2 grand-maitre Franc-Maçon > ayant trèsbonne mine, parlant facileinent et s'énonçant bien. Il gagna
tellement les esprits 2 lors de l'établissement de l'assemblée provinciale du Cap , que 2 malgré la règle qui en fixait chaque
présidence à un mois, il fut continué trois ou quatre mnois
dans cette fonction. Une autre brigue lui donna P'archevèque
Thibaud pour successeur 5 il en fut extrêmement piqué,
-Louis 2 grand-maitre Franc-Maçon > ayant trèsbonne mine, parlant facileinent et s'énonçant bien. Il gagna
tellement les esprits 2 lors de l'établissement de l'assemblée provinciale du Cap , que 2 malgré la règle qui en fixait chaque
présidence à un mois, il fut continué trois ou quatre mnois
dans cette fonction. Une autre brigue lui donna P'archevèque
Thibaud pour successeur 5 il en fut extrêmement piqué, --- Page 100 ---
(54)
5 et qui, comme roi, n'a jaêtre de son royaume
son peuple,
mais montré que de la sensibilité pour
cherché les moyens de le soulager ;) les partisans,
et
avaient à punir les Colons, de
dis-je, de la Cour,
révolutionnaire, avec lequel
leur accession au régime
exercice de leur auils les avaient dépouillés du libre
s'attachaient à
torité, et qui, pour surcroit de torts,
et les humilier. Quoique ces fauteurs
les chagriner
dussent prévoir des maux effroyade Pancien pouvoir
dessein; le
bles, de l'exécution de leur pernicieux
de la vengeance a tant d'attrails ; leur dépit
plaisir
qui les agitaient sont si
était si grand; les passions
aucune convives, qu'ils ne purent être retenus par liberté disaientsidération. ( Vous voulez l'égalité 2 la
eux-mêmes nous allons vous en
ils aux Colons 2 en
faire sentir les résultats; > et ils agirent en conséquence.
être assez puissans 2
Je veux croire qu'ils espéraient
calmer
du roi, sur Pesprit des Negres, pour
au nom
et faire cesser leur révolte, quand
leurs mouvemens
c'est-à-dire, lorsque les
ils le jugeraient à propos, 7
châtiés. Mais ils se
Colons auraient été suffisamment
cruelle
et la passion les jeta dans une
trompaient; 5
erreur.
obtenue
Qémocratisme cette quintessence
J'appelle
disséminés actuellement
des fourneaux républicains 2 fait consister le peuple
sur le sol des français 3 qui
grossière 5 qui
la
vile et la plus
dans sa partie plus
d'erreurs et de passions ;
la suppose exempte de vices, lui donne tous les emla doue de toutes les vertus,
lui acde toutes les autorités 5 qui
plois et Pinvestit
toules les licences
corde tous les droits et lui permet
devoir qui
lui fixer pas un
;
et tous les excès 3 sans
ravit les proconfond les rangs et les distinctions 2
le sol des français 3 qui
grossière 5 qui
la
vile et la plus
dans sa partie plus
d'erreurs et de passions ;
la suppose exempte de vices, lui donne tous les emla doue de toutes les vertus,
lui acde toutes les autorités 5 qui
plois et Pinvestit
toules les licences
corde tous les droits et lui permet
devoir qui
lui fixer pas un
;
et tous les excès 3 sans
ravit les proconfond les rangs et les distinctions 2 --- Page 101 ---
(55)
priétés et pousse ce dernier délire au point de propuser que les giains () et les subsistances provenus
du travail des classes laboricuses, soient le paitage
graluit de la canaille oisive et vagabonde.
Tei est ce monstrueux régime 2 qui soudain a succédé à l'excès contraire, qu'on peut nomier aristocratisme ; ordre de choses 3 oi les grands se croient
tout et le peuple rien. Cet abus-ci régnait en France
depuis des siècles, et a lenu jusqu'à nos rois sous son
empire, C'est ainsi que va l'esprit humain : sans cesse
il court d'un pôle des choses au pôle opposé. Cette
fausse doctrine républicaine a sur-tout distingué les
amis Des Noirs : démagogues par excellence 3 extrêmes; 1 enragés 2 n'ayant ni sol ni maille, ct conséquemment rien à perdre, ils sacrifient lestement tous
les intérêts majeurs à leurs principes, avec une telle
obstination encore 3 et u11l tel acharnement, que malgré le feu 3 le sang et les dévastations, suites de leur
système, ils y onl constamment tenu 2 comme des
dogues qui ne démordent point.
Parbleu, monsieur, me dit l'avocat, je ne puis
entendre ce propos sans le relever : vous êtes pleinement en erreur 2 et vous confondez de sages et modérés
personnages 2 amis de l'humanité 2 avec les scélérats
ambitieux, qui maîtrisent actuellement ( février 1794)
votre pays. Jamais la vraie société négrophile n'a eu
les idées que vous lui prêtez. Son amour s'étend sur
tous les hommes ; sur les Blancs comme sur les Mulâtres
et les Noirs; sur les libres comme sur les esclaves. Si
(*) Il fut proposé dans la Convention 2 lors des Robespierres
et des Marats, de regarder les bleds comme la propriété du
peuple : conséquence naturelle du pillage des magasins ct des
houtiques, excité par ce dernier.
Jamais la vraie société négrophile n'a eu
les idées que vous lui prêtez. Son amour s'étend sur
tous les hommes ; sur les Blancs comme sur les Mulâtres
et les Noirs; sur les libres comme sur les esclaves. Si
(*) Il fut proposé dans la Convention 2 lors des Robespierres
et des Marats, de regarder les bleds comme la propriété du
peuple : conséquence naturelle du pillage des magasins ct des
houtiques, excité par ce dernier. --- Page 102 ---
(3 56 )
depuis quelques années 9 sont devenus l'objet
ceux-cis
de sa solicitude, c'est que les sachant
le plus particulier
d'améliorer leur sort.
malheureux, elle a désiré
telle huS'il est vrai qu'elle eut été remplie d'une
sa philantropie eut été.
manité 2 lui répondis-je ;si
elle
dénuée de partialité , comme vous le supposez 2
chéri les Mulàtres et les Nègres à P'exclusion
n'eut pas
arrêtée dans ses déclamations
des Blancs : elle se serait
faveur des gens
contre nous; 2 et dans ses instances en
plus
de couleur. Elle aurait écouté les Colons, lorsque
ils lui criaient : C Prenez-garde, au
instruits qu'elle 2
cette question 5
>) nom de notre salut ; n'agitez pas endormi: si vos
sommes dans l'antre du lion
>) nous
réveillent, c'en est fait de nos fortunes
> clameurs le
était d'une sage modération et
> et de nos vies. >) Il
tous ces semblables 2
d'un coeur vraiment porté pour
Mais vaines
de faire attention à cette voix suppliante. les lui adinutiles supplications ! Les Colons
prières 2
avant même et au tems de Pasdressaient néanmoins c'est-à-dire, avant qu'il y eut
semblée constituante 2
d'aucun projet ambitieux 9
lieu d'accuser ces sectaires
extrême
nid'ancun autre désir 2 que d'une démangeaison
une
leur système négrophile 2 ou de satisfaire
d'essayer
C'est-là le mot : ils étaient jaloux,
jalousie horrible.
richesses et de notre bonheur.
ces monsires, de nos
d'un sentiment
Ils ont couvert cette hideuse passion
la
qu'ils n'avaient pas : ils en ont infecté
d'humanité
S'ils n'eussent été que de vrais phiFrance entière.
écouté lejudicieux Barnave, 2
lantropes,ils eussent encore
à notre sujet : ( Craignez qu'en
qui leur représentait la philosophie, vous n'agissiez
> voulant travailler pour la
et la tranquillité. >
que contre
paix
> réellement
la justesse de cet avis ;
Etait-il si mal aisé de concevoir
et --- Page 103 ---
(57)
et de ne pas prévoir 2 qu'en rompant subitement les
lieus 3 qui retenaient des bommes prompts el grossicrs
sous un joug pesant 2 ceux-ci abuseraient dans l'instant
de cette fatale faveur ? Ils out rejeté celte voix de Sagesse ; ils n'ont suivi que leur délestable dessein ; et
dans son exécution. , ils y ont mis tant de fureur el de
barbarie, qu'ils méritent bien plutôt le nom de Blancophages inbumains, que celui d'amis des hommes.
les
lieus 3 qui retenaient des bommes prompts el grossicrs
sous un joug pesant 2 ceux-ci abuseraient dans l'instant
de cette fatale faveur ? Ils out rejeté celte voix de Sagesse ; ils n'ont suivi que leur délestable dessein ; et
dans son exécution. , ils y ont mis tant de fureur el de
barbarie, qu'ils méritent bien plutôt le nom de Blancophages inbumains, que celui d'amis des hommes. Comment trouvez-vous cette tirade, avocat? Lui dit
le maitre de la maison, charmé de le voir ainsi confondu. Je ne disconviens pas 2 me. répondit-il, des torls
de quelques négrophiles ; mais le gros de la société ue
pensait pas de même 2 et leurs sentimens plus modérés, auraient fourni des mesures bien moins extrêmes. Pour revenir au Démocratisme , repris-je il existait
en France bien des années avant notre révolution. Les
économistes, sans leur supposer de mauvaises intentions, en ont fourni le germe 3 en exaltant trop les
maur du peuple et les fautes du gouvernement. Celui-ci, sans en prévoir les excès futurs avait
encore imprudemment toléré
9 depuis cinquante ans 3
quantité d'ouvrages philosophiques, ( celui de l'abbé
Raynal, particulièrement ) remplis de recherches et
d'expressions, qui devaient peu-à-peu, 2 rendre le peuple
indocile au joug de sa constitution, et le conduire
désir d'en briser les liens. Dans toutes les
au
de l'Europe, des philosophes encore n'avaient parties formé. qu'un senl et long écho contre l'esclavage 5 déplorant
le sort des Noirs 9 et n'étant pas éloignés de nous
représenter comme des bourreaux. L'apparente sensibilité de CPS écrivains, - leur attendrissement pour les classes spuffrantes, et la profusion
de leurs écrits
2 produisirent bientôt une infinité de
--- Page 104 ---
( 58) )
prosélytes. Le sentiment était généreux, il devaits'étenmaisaumoins fallait-il le modérer. Plusieurs années
dre;
avantle renversement de la Colonie, presque tout ce qui
se piquait en France de penser, je ne dis pas parmi
les savans, mais dans des états moins instruits, parmi
les avocats 5 les médecins, les négocians et les autres
bourgeois, presque tous, dis-je, singeant ces opinions
nouvelles, s'en faisaient un mérite, et en retiraient une
espèce de considération et de prétention à l'esprit :
c'était la philosophie à la mode. Ces béguayeurs politiques, la plupart parvenus ensuite aux législatures 2
ont accablé la France de maux : ils ont substilué des
iodes alambiguées 3 aux solides maximes des législateurs anciens, el n'ont pas sçu se contenir dans les
hornes, (*) au-delà desquelles le maintien des gouvernemens et le vrai bonheur des peuples seront loujours
en danger. lui
la suite des événeJe vais reprendre 2 dis-je,
mens dont je vous ai entretenu hier. Quoique mon
envie serait d'être court , et de me bornerà la connaissance seulc des causes qui font l'objet de votre
néanmoins de
curiosité 2 je ne pourrai m'empêcher
de fails, de propos, de passages
vous rapporter quantité
et de circonstances à T'appui de ces éclaircissemens. Il serait impossible d'y parvenir sans cela. J'en étais à cet acte irréfléchi des Colons Blancs
de St-Domingue, 2 d'avoir adopté le systême d'égalité
1é dans la jnétropole.
connaissance seulc des causes qui font l'objet de votre
néanmoins de
curiosité 2 je ne pourrai m'empêcher
de fails, de propos, de passages
vous rapporter quantité
et de circonstances à T'appui de ces éclaircissemens. Il serait impossible d'y parvenir sans cela. J'en étais à cet acte irréfléchi des Colons Blancs
de St-Domingue, 2 d'avoir adopté le systême d'égalité
1é dans la jnétropole. Cel exemple ft sur les Mulâtres
le même effet 2 que de Phuile versée sur un brasier
ardent. Le désir d'être considérés et inis au rang des
Blancs, était inné chez eux, et sera toujours la passion
Stulti, neque sciunt quanto plus dimidium sit toto. HES. --- Page 105 ---
(59)
la plus Dominante de leur cceur; mais c'est tellement Porgueil, et l'orgueil seul , qui leur inspirait ce
désir, qu'en exposant leur prélention 3 ils n'ont jamais
offert de la partager avec les Nègres libres ; et que
dans leurs premiers rassemblemens hostiles 3 ils n'en
ont adinis aucun parmi eux. Cette caste avait joui de
tous tems des mêmes Oroits civils que les Blancs,
en ce qui concernait leurs propriétés et la sûreté de
leurs vies. C'était différent à tout autre égard. Dans
les milices 2 par exemple, ils formaient des compagnies
distinctes 2 censées au-dessous de celles des Blancs 3
mais supérieures à celles des Negres libres. Ils n'étaient admis ni dans nos tables ni dans aucune société
particulière d'amusement ou de plaisir : au spectacle,
ils avaient des loges au fond de la salle 2 qui leur
étaient réservées. Dans les assemblées de paroisse, ils
assistaient aux délibérations, mais sans y avoir de voix.
Ils ne jouissaient enfin d'aucun Oroit politique, ou de
ciloyen actif. C'était néanmoins ce qu'ils désiraient avec
ardeur. Sachant bien que jamais ces droits ne leur seraient volontairement accordés par les Blancs de la
Colonie.
Pourquoi ce refus ? me demanda vivement l'avocat, s
au moins envers ceux qui possédaient des propriétés et
qui supportaient les mêmes charges que les Biancs ?
La fortune à St-Domingue 5 lui répondis-je, n'était
comptée pourrien de Blanc à Blanc, en fait de distinction
de rang : le plus riche ne jouissait à cet égard d'aucune
prérogative sur le plus pauvre. Celui qui n'aurait eu
que cinq Nègres et celui qui en possédait cing cens 3
étaient Deux étres parfaitement égaux, quand à l'espèce 3
et l'un et l'autre d'une égale supériorité relativement
à la couleur noire et à toutes ses' nuances 2 ; ils devaient
de Blanc à Blanc, en fait de distinction
de rang : le plus riche ne jouissait à cet égard d'aucune
prérogative sur le plus pauvre. Celui qui n'aurait eu
que cinq Nègres et celui qui en possédait cing cens 3
étaient Deux étres parfaitement égaux, quand à l'espèce 3
et l'un et l'autre d'une égale supériorité relativement
à la couleur noire et à toutes ses' nuances 2 ; ils devaient --- Page 106 ---
60)
les mêmes égards et le même respect : sous
en recevoir
libres
peine de mort encore, ni Nègre, ni Sang-mélé,
Blanc. Cette déou non, 2 ne pouvaient frapperun
était le
fense, suile nalurelle de notre prééminence 2
Pallaoium de notre espèce: en elle consistait la sûreté
de nos personnes. Quoique dictée par la loi 2 elle
n'était nullement forcée ni dans l'esprit des affranchis,
ni dans celui des esclavos. Elle était l'une des conditions de la liberté des premiers. Les seconds l'avaient
sucée avec le lait, s'ils étaient Créoles ; et les Noirs
de Guinée en étaient imbus dès leur entrée dans le pays.
Le régime Colonial, ou la force qui contenait les
esclaves dans l'ordre et dans la soumission 2 dépendant
ainsi bien plus de cet utile préjuge, que des moyens
coërcitifs; donner la moindre atteinte à cette idée 2 affaiblir en eux cette sorte de servitude morale, en effaçant
la ligne de démarcation entre - les deux couleurs origiété briser imprudemment les
nelles et distinctes 2 ç'eut
seuls liens, qui, même après la liberté donnée à tout
les tenant encore d'un cran énorme auesclave 2
dessous des Blancs 2 conservaient en entier cette salutaire opinion, et conséquemmnent assuraient la subordination 2 le travail et la tranquillité publique. Pour
remplacer une pareille persuasion 2 quelle foule de
quel développement de forces
moyens compliqués 2
réelles n'aurait-il pas fallu ? L'inaltérable suprématie
de l'espèce blanche était douc une force_fictive
(*) Otez de la societé le dogme de Pimmortalité de l'ame
et celni des peines et des récompenses à venir 2 et vous verrez tous les désordres et tous les crimes s'y introduire avec
extréme. Vrais ou faux, il faut y croire :
une précipitation
pour le bonil y a des illusions nécessaires, indispensables
heur général.
ait-il pas fallu ? L'inaltérable suprématie
de l'espèce blanche était douc une force_fictive
(*) Otez de la societé le dogme de Pimmortalité de l'ame
et celni des peines et des récompenses à venir 2 et vous verrez tous les désordres et tous les crimes s'y introduire avec
extréme. Vrais ou faux, il faut y croire :
une précipitation
pour le bonil y a des illusions nécessaires, indispensables
heur général. --- Page 107 ---
(6r)
simple, aisée 2 exempte de dépense et d'efforts; qui,
sans cesse agissant sur Pesprit des esclaves 2 les contenait patiemment dans leur état : c'est au moyen de
ce prestige, invariable et permanent, que près de
600 mille Noirs, armés continuellement d'instrumens
offensifs 3 soit outils d'art ou de culture 2 avaient jusqu'alors obéi sans murmure à une poignée de maîtres.
Superiorité qui d'ailleurs n'élait pas purement idéale 2
et querdes Nègres reconnaissaient d'eux-mêmes dans
les Blancs 2 en comparant chaque jour 2 leur activité 3
leur. énergie, leur savoir. leurs talens 2 les soins et
les secours qu'ils en recevaient, et leurs ressources en
tout > avec ces mêmes avantages ou qualités en eux
ou chez les gens de couleur.
C'està merveille 2 me répliqua l'avocat, à ne considérer cette interdiction de se défendre, que dans sa
facilité à retenir sous le joug tant d'hommes dépouillés
de leurs droils naturels ; mais elle répugne trop à Phumanité. , pour la laisser subsister : probablement elle ne
manquait pas d'entrainer à sa suite de grands abus.
Combien de pauvres Nègres les mains liées par cette
loi, n'étaient-ils pas exposés aux coups des premiers
butors de Blancs 2 à' qui cela prenait envie ? Et combien de gens de couleur libres 2 n'élaient-ils pas de
même insultés, injuriés, maltraités et battus ?
Il est singulier, lui répondis-je, que vos reproches
de défaut d'humanité dans cette défense, ou de son opposition aux droits naturels de chaque individu, ne
portent que sur son usage Dans les Colonies 2 tandis
qu'elle subsiste avec autant de sévérité 2 dans les armées de terre ou de mer : ne punit-on pas 2 et même de la peine de mort, suivant la gravité du cas 2
tout soldat ou matelot, qui perd le respect 2 insulte
battus ?
Il est singulier, lui répondis-je, que vos reproches
de défaut d'humanité dans cette défense, ou de son opposition aux droits naturels de chaque individu, ne
portent que sur son usage Dans les Colonies 2 tandis
qu'elle subsiste avec autant de sévérité 2 dans les armées de terre ou de mer : ne punit-on pas 2 et même de la peine de mort, suivant la gravité du cas 2
tout soldat ou matelot, qui perd le respect 2 insulte --- Page 108 ---
(6a)
son officier. Ne les punit-on pas de la déou frappe de
? Si la
n'a rien
sertion et
Pivrognerie
philosophie
dit contre une pareille discipline la raison D'état
qui la justifie doit plaider également pour nous.
Quant aux abus attachés à l'impunité des Blancs,
qui frappaient ou injuriaient les Noirs ou les gens de
couleur voici, dans la plus exacte vérité 9 ce que
j'en ai 9 remarqué. Ne vous imaginez pas que les esclaves fussent dénués de défense et de protection. Sous
ce rapport 5 ils étaient plus favorisés que les affranchis :
chacun d'eux avait un maitre., et un maître communément jaloux, 2 par le seul amour propre, qu'on ne
les maltrailât pas , qu'on ne leur fit même aucun tort.
Lui seul avait le droit de châtier son esclave, quand
il avait manqué : c'était Pinjurier ou le mépriser," que
de se faire justice en pareille occasion 2 et ne pas aller la
lui demauder. Aussi ai-je vu à ce' sujet de rudes querelles et de vives inimitiés entre des voisins. Quantà
quelques coups, qu'un Nègre en ville, attrapait d'un
marin grossier 2 ou de tout autre Blanc pareil, ce
n'élait pas fréquent. Si ce Nègre eut été fort maltraité 3
injustement 5 son maître aurait poursuivi Poffenseur.
Mais ordinairement, 2 le Noir n'aitrappait qu'un ou deux
vite 2 et se soulageait en disant des
coups 5 s'échappait
injures à celui qui Pavait battu. C'était un abus, néanmoins; mais dans quelleinstitution humaine ne s'en glisse-l-il pas ?
A l'égard des gens de couleur, libres, leur personne
celle d'un esclave, il étail trèsen imposant plus que
rare qu'ils fussent insultés par ces Blancs grossiers 2 et
moins encore par ceux d'un certain rang 1 qui se respectaient assez pour ne pas frapper un homie qui
n'avait pas le droit de se défendre. D'ailleurs, ils
ait battu. C'était un abus, néanmoins; mais dans quelleinstitution humaine ne s'en glisse-l-il pas ?
A l'égard des gens de couleur, libres, leur personne
celle d'un esclave, il étail trèsen imposant plus que
rare qu'ils fussent insultés par ces Blancs grossiers 2 et
moins encore par ceux d'un certain rang 1 qui se respectaient assez pour ne pas frapper un homie qui
n'avait pas le droit de se défendre. D'ailleurs, ils --- Page 109 ---
(63)
avaient pour eux la voie de la justice contre leurs
agresseurs. La loi défendait de maltraiter tout homme
Jibre. Ce D'est donc pas sur des maltraitemens corpurels que pesait le Désagrémcnt De leurconduion,
mnais sur des dégonits 2 des tracasseries et des humiliations de la part de quelques Blancs. Quelquefvis 3
ils se les atiiraient eux-mémes par manque d'égards 2
ou par des traits de vanité. Mais plus souvent, lorsque leurs propriétés avoisinaient celle de quelque Blanc,
haut, mauvais 2 injuste, ou convoileux de sonebien,
ils en essuyaient quautité de désagrémens et de vexations, Lorsqu'uu Mulâtre habitait encore dans un quarlier rempli de propriélaires Blancs , n'y jouissant d'aucune sociélé, s'y trouvant déplacé ; et ses Nègres, témoins de ce contraste 3 len méprisant d'autant plus 5
il élait rare qu'il ne finit par vendre son habitation 2
pour se retirer dans un quartier plus favorable à sa
couleur.
Je ne saurais disconvenir que ces hommes, 3 dans
ces circonstances, ne fussent à plaindre : mais en
France, 2 chez-vous, en Europe, dans le monde entier
quel est le perit qui ne souffre du grand ? Quel est 1a
pauvre qui ne soit foulé par le riche ? Au,r reste, si
les hommes Noirs ou de couleur libres, gémissaient
quelquefois sous ces duretés, les femmes de ces castes, 2
en général 2 étaient bien éloignées d'un pareil sort.
Il y en avait infiniment plus $ qui trouvaient avec les
Blanics une familiarité avantageuse et pleine d'agrémens,
que parmi les premiers, de cenx qui en supportaient
des perles ou des dégoûts. Tout est compensé. 2 dans
ce bas monde : le bien y est toujours mélé de quelque mal. Vouloir qu'il n'existât, dans la sociélé, ni
torts ni abus, ce serait le désir d'un fou. Les hom-
ignées d'un pareil sort.
Il y en avait infiniment plus $ qui trouvaient avec les
Blanics une familiarité avantageuse et pleine d'agrémens,
que parmi les premiers, de cenx qui en supportaient
des perles ou des dégoûts. Tout est compensé. 2 dans
ce bas monde : le bien y est toujours mélé de quelque mal. Vouloir qu'il n'existât, dans la sociélé, ni
torts ni abus, ce serait le désir d'un fou. Les hom- --- Page 110 ---
(64)
ne sont
des anges : ils sont, au contraire, 2
mes
pas
pétris d'imperfections.
tiques
reTelles ont été les considérations pol
qui
les assemblées de la Colonie, d'actinreut long-tems
corder aux gens de couleur lihres, quoique propriétaires,
droits de citoyens actifs. Elles n'ont consenti à s'en
les
du
céder à Paveugle philosophie
écarter 2 que pour l'excès de nos maux leur en a imposé
jour; et lorsque
Tous les habitans tenaient à la
une seconde nécessité.
distindlion de l'espèce et de la couleur, par un prési fortement enraciné, qu'il en était devenu najugé
leur existence mêine ne leur aurait pas
turel 2 et que
des
Telle est la force
préjugés.
été plus précieuse.
d'une philoSi celui-ci paraît contraire aux principes
austère, au moins était-il conséquent au régime
sophic
était intéressant de conserver. Il n'était
Colonial 2 qu'il
plus outré que d'autres préjugés policependant pas
nation n'est exempte. Pas plus
tiques 2 dont aucune
les journaliers et gens
mal fondé que celui qui éloigne
des
de la lable et de la société
du peuple 2 en France,
nuisible
miches ou des puissans 3 il n'était pas plus
tas d'habitudes absurdes ou ridicules , pour lesqu'un des peuples entiers se sont fait hâcher par morquelles ignorez-vous la peine qu'eut Pierre premier 2
ceaux; Pobstination des Russes à garder leurs harbes?
à vaincre
était conséVolre préjugé, m'observa le médecin 2
Colonial
5 mais il choquait
quent au régime
précédent
celui que vous veniez d'adopter.
reflexion est juste, lui répondis-je ; il est cer-
- Votre
avoir arboré le pavillon de Pégalité, et
tain qu'après
être couverts de l'égide des droits de Phomme,
nous
devions
refuser ces banières aux gens de
nous ne
pas
couleur. Mais, premièrement, le préjugé ne pouvait
pas --- Page 111 ---
(65)
pas être déchiré d'une manière aussi brusque, S'il se
fut trouvé de ceux qu'une raison sagement balancée
surmonte , le lems 2 à la longue, l'aurait usé 2 l'aurait
détruit enfin. Ifallait encore moins céder, pour l'exemple
de nos Noirs 2 à la violence qui prétendait ravir ceile
prérogative. En second lieu, dans leur fausse démarche, 2
les Colons n'avaient pas entendu renoncer au régime
de l'esclavage.
S'il se
fut trouvé de ceux qu'une raison sagement balancée
surmonte , le lems 2 à la longue, l'aurait usé 2 l'aurait
détruit enfin. Ifallait encore moins céder, pour l'exemple
de nos Noirs 2 à la violence qui prétendait ravir ceile
prérogative. En second lieu, dans leur fausse démarche, 2
les Colons n'avaient pas entendu renoncer au régime
de l'esclavage. Ceci posé ; ne valait-il pas mieux s'en
tenir à la faute d'avoir confondu les grades 2 les emplois et les autorités 2 en y appelant indistinctement
tous les Blancs 7 que d'en commettre une seconde, et
par celle-ci, attaquer essentiellement, au préjudice même
des Mulâtres propriétaires, la constitution fondée sur
l'esclavage ? Observez gue celte confusion politique
,
nouvellement adoptée, n'altérait en rien la précédente
position de l'espèce blanche,à l'égard de ses individus ;
et moins encore envers les libres et les esclaves : elle
y rentrait au contraire, et fortifait cette suprématie dont je vous ai parlé. Dans le régime ancien
on y débitait comme masime vulgaire
n'exis- 2
2 qu'il
tait dans la Colonie, que Deur Oistunctions politiques,
ou Oeux classes d'individus 2 la Blanche et la Noire. En effet : il suffisait d'être Blanc, n'importe de quel
état et de quelle fortune 2 pour être admis dans tout
corps de milice 3 et reçu dans toutes les tables. Il y a des préjugés en France si fort semblables à
celui dont nous nous entretenons ; ilya tant d'individus, des conditions inférieures, tellement au-dessous du
sort des Mulâtres, et de celui même de quantité de nos
Nègres, ) lorsqu'ils étaient esclaves 2 qu'on ne s'y serait
jamais avisé de le proscrire 2 peut-être pas de l'improuver, sans le choc donné aux esprils par la philosoplie du jour ; on n'y aurait jamais pensé, sans
--- Page 112 ---
( 66)
les plaintes exagérées et calomnieuses 2 que les Mulâtres ou leurs fauteurs ont fait entendre du centre
jusqu'aux extrêmités du royaume. On n'en aurait jamais
fait de cas, si la barbare jalousie qu'on nous portait,
n'eut pas saisi, avec autant d'empressement que de
satisfaction , ce moyen aisé de nous porter les coups
les plus funestes. Rien n'est plus vrai que c'est à
Porgucil des gens de couleur, ainsi qu'à leurs prétentions prématurées, que la Colonie de St-Domingue
est redevable de sa ruine entière. Le pressant désir de
voir effacée leur ligne de démarcation, les a conduits
premièrement à des hostilités non provoquées ; puis à
servir avec ardeur la haine et la vengeance de tous
les partis qui nous en ont voulu.
coups
les plus funestes. Rien n'est plus vrai que c'est à
Porgucil des gens de couleur, ainsi qu'à leurs prétentions prématurées, que la Colonie de St-Domingue
est redevable de sa ruine entière. Le pressant désir de
voir effacée leur ligne de démarcation, les a conduits
premièrement à des hostilités non provoquées ; puis à
servir avec ardeur la haine et la vengeance de tous
les partis qui nous en ont voulu. Aveugles et insensés,
qui n'ont pas même sçu s'arrêter au moment où ils
ont apperçu T'abyme commun qui devait nous engloutir. Je reprends mon récit: les hommes de' couleur libres,
n'espérant donc aucune faveur des Colons 2 à Pégard
des droits politiques : et sachant qu'en France la disposilion des esprits était au contraire pour eux; 2 tournèrent de ce côté leurs poursuites et leurs efforts. L'assemblée constituante récélait un grand nombre de
soit-disant amis de Phumanité; mais beaucoup mieux
composée que la législative qui la suivit ; et n'ayant pas
les desseins pervers 1 qui, germés dans celle-ci, se sont
développés dans la convention actuelle : quelques esprits
ardens, quelques philosophes rigoristes, ne purent pas
Pentraiuer à favoriser entièrementle voeu des Mulâtres, 9
qui lui avaient envoyé des Députés. Ainsi, quoiqu'elle
leur eut accordé les décrets du 8 Mars 1790 1 avec ses
instructions du 28 3 et ensuite celui du 15 Mai 1791 2
tous deux favorables à leurs prétentions 3 elle les reiracta
par celui du 24 Septembre suivant. --- Page 113 ---
(67)
Un article des instructions portait, que toules personnes, âgées de 25 ans accomplis , propriétaires d'inmeubles ou domiciliés, se réuniraient pour former les
assemblées paroissiales. Les hommes de couleur se
prévalaient de cct énoncé,soulenant qu'ils étaient compris dans le mot , personnes ; les Blancs leur répondaient, que ce mot les regurdait sculs, coime c'était
P'usage : que si Pintention du corps législatif avait
été de Pabolir 2 il se serait expliqué pius clairement.
II était dit dans le décret du I5 Mai, que les gens
de couleur, nés de pères et mères libres, seraient admis
dans toutes les assemblées. Mais ces privilégiés n'étant
pas la sixième partie de la totalité de leur nombre 5
les autres étant bâtards de Négresses esclaves ; cetarticle fut une pomme de discorde jelée parmi les individus
de cette caste 2 qui paralysa pour elle cetle faveur.
Je ne vous fais mention de ces deux dispositions particulières, 2 que pour vous montrer que, lorsqu'on s'avise
de vouloir régler un pays qui n'a nul rapport avec
celui qu'on habite, sans le connaitre par une longue
expérience ; à chaque démarche on fait un faux pas.
Ces décrets ayant laissé du louche daus leur application, comme vous venez de le voir 9 devinrent
extrêmement funestes soUS ce seul rapport 2 n'ayant
servi depnis l'une à l'autre époque de leurs dates 3
qu'à fournir à de continuelles disputes entre les Blancs
et les gens de couleur, et conséquemment à porter à
son comble leur animosité mutuelle.
Les Blancs, m'observa le curé 2 comme plus instruits
et plus judicieux, n'auraient-ils pas dû dans cette OCcasion fléchir un peu de cette rigueur ? Il y allait de
leur salut.
Ils'ne l'ont pas imaginé de même, lui répondis-je,
re époque de leurs dates 3
qu'à fournir à de continuelles disputes entre les Blancs
et les gens de couleur, et conséquemment à porter à
son comble leur animosité mutuelle.
Les Blancs, m'observa le curé 2 comme plus instruits
et plus judicieux, n'auraient-ils pas dû dans cette OCcasion fléchir un peu de cette rigueur ? Il y allait de
leur salut.
Ils'ne l'ont pas imaginé de même, lui répondis-je, --- Page 114 ---
(68)
Il y allait aussi du salut des
daus le commencemment.
ils ont
Mulàtres, à rester unis avec nous 5 cependant Pourà donner atteinte à cette union.
été les premiers
contre les Blancs seuls un tort
quoi donc retorquer
allribuer la
faute
commun : pourquoi ne pas
première
Pont commise ? Quel dèsavantage réel apporà ceux qui
tait notre refus aux gens de couleur : Que perdaient-ils
avaient
été ? Quels maux,
à demeurer ce qu'ils
toujours
n'attirait pas,
au contraire, leur opiniâtre empressement
et sur eux et sur nous ? I
modérer leurs
bien loin de
Les Mulâtres, dis-je 2
après le dernier
désirs et de suspendre leurs intrigues,.
en
des trois décrets mentionnés 2 se sachant soutenus
des amis chauds et nombreux, n'en furent
France par
d'efforts. Ils avaient des
que plus ardens à redoubler
villes
de leur couleur à Paris et dans les grandes
agens
Pour subvenir à cette dépense, ainsi qu'aux
maritimes.
pouvoir faire des
frais de la cause commune 5 pour
à
des pensions
cadeaux à certains protecteurs 2 payer
services
d'autres
des écrivains, et autres pareils
2 gager établi dans la Colonie une caisse secrête
ils avaient
toujuurs fournies avec zèle
de contributions volontaires,
Un certain Raymond
par chaque individu de cette caste.
il vivait à Paris :
a été le plus renommé de ces agens 5
notre malheur a voulu qu'ilfut connu de Pabbé Grégoire,
alors de P'assemblée constituante 5 et que ce
membre
de la secte noire et
législateur , abreuvé des principes
facile à tromper 2 écoulât Ies lamentations
d'un esprit
calomnies exagérées de ce Mulâtre,
perfides et les les autres de sa caste, n'eurent pas
Cet agent et tous
Jeurs démarches. L'esprit
grand'peine à réussir da ns
de
eux et l'on se faisait un mérite
du jour était pour
seule ne conduisit
Cependant la générosité
les prévenir.
et
législateur , abreuvé des principes
facile à tromper 2 écoulât Ies lamentations
d'un esprit
calomnies exagérées de ce Mulâtre,
perfides et les les autres de sa caste, n'eurent pas
Cet agent et tous
Jeurs démarches. L'esprit
grand'peine à réussir da ns
de
eux et l'on se faisait un mérite
du jour était pour
seule ne conduisit
Cependant la générosité
les prévenir. --- Page 115 ---
(69) )
pas tous leurs protecteurs, et la caisse de contributions
seciètes pouvait à peine suffire à donner des cadeanx
erà payer les plunes vémaless on placc dans ce nombre
les Grégoires, les Brissot, les Clavière et beançoup
d'autres. Les agers de couleur recevaient de ces MM.
les lettres 2 les avis, les plans 2 les mémoires 2 les
instructions et les encouragemens nécessaires à leur
parti. Celte correspondance très-bien suivie, nourrissant Porgueillenx espoir de cette caste, et la confirmant
dans seS prétentions 2 nous a valu toute l'opiniâtreté
qu'elle a mis dans ses desseins. Sans cet appui 2 jamais
elle n'eut osé remuer.
Aussitôt que ces agens et leurs conseils en eurent
estimé le moment propice 2 le quarteron Ogé, instruit
et bien endociriné par ces derniers, et vivement enflammé par les auires 2 passa la mer, et vint au CapFrançais 9 se melire à la tête de ses ambitieux frères,
pour dernander de Oroit, suivant la doctrine
courante, 9
Végalité de nang et lous les droits de citoyens actifs
dont jouissaient les Blancs: on refusa leur demande.
Leurs démarches ensuite devînrent si téméraires 9 et
finirent par être si criminelles 5 qu'on ne pût s'empêcher de les punir.
Il y eut bien de P'imprudence dans ce parli violent;
me dit le médecin. Et bien de l'injustice et de la cruauté,
ajouta Pavocat, dans le supplice qu'on leur fit subir.
Ces reproches 2 leur répondis-je, ne sont fondés
que sur l'ignorance ou vous êles de la vérité des faits,
en confondant le prétenôu Oroit des gens de couleur 7
avec la manièie dont ils entreprirent de s'en saisir
violemment eux-mèmes. Ils commencérent, à la v6rité, par présenter une pétition à l'assemblée provinciale ; mais étant déjà rassemblés en armes 2 el can-
'on leur fit subir.
Ces reproches 2 leur répondis-je, ne sont fondés
que sur l'ignorance ou vous êles de la vérité des faits,
en confondant le prétenôu Oroit des gens de couleur 7
avec la manièie dont ils entreprirent de s'en saisir
violemment eux-mèmes. Ils commencérent, à la v6rité, par présenter une pétition à l'assemblée provinciale ; mais étant déjà rassemblés en armes 2 el can- --- Page 116 ---
(70)
tonnés à quatre lieues du Cap, dans les gorges de
la grande rivière, l'accompagnant encore de bravades
et de menaces. (*) Cette attitude hostile seule eût
fait rejeter leur demande : ils devinrent bien plus
coupables, lorsqu'après avoir été refusés, ils assaillirent à Pimproviste et comnme de vrais bandits, les
habitans de cette paroisse 2 isolés et tranquilles chezeux; se jetèrent sur leurs maisons, les pillèrent. 2 en
incendièrent quelques-unes, et en égorgèreut quelques
habitans: ceux-ci, pleins d'allarmes et de terreurs 2
dispersés et se sauvant de cette attaque imprévue, se
réfugièrent au Cap. Pour arrêter cette criminelle enon marcha contre ses auteurs et ils furent
treprise 3
vaincus. Repoussés dans PEspagnol, on les rendit à
suivant l'accord subsistant entre les deux
noS envoyés,
les tribunaux criminels leur firent
nations. Au Cap,
leur procès. Il dura même long-tems, et je sais Irèsposiivement, que les magistrats du Conseil auraient
désiré que, dans leurs interrogatoires 1 ces gens etssent couvert leur prise d'armes 2 du prétexte de la réclamation de leurs droits politiques ; P'intention de ces
juges étant, dans ce cas 9 de les renvoyer pardevant
(*) Le doucereux abbé Grégoire, évèque de paix, réponassurait avoir toujours déconseillé les
dant à ce reproche,
leur
de couleur, d'user de riolence, et blâmait
prise
gens
ensuite accusé d'avoir fomenté la rérolte
d'armes : Brissot,
des Noirs, dit en pleine assemblée : < les philosophes proclament la vérité 2 mais ne conseillent pas le meurtre. D Peut-être
n'en avez-vous pas proféré le mot, pouvait-on leur dire :
mais ne deviez-vous pas prévoir, esprits profonds 5 que vOS
tous grossiers, ignorans et emportés, ne
disciples 3 presque
de modération, et
FOS conseils
suivraient pas vos paroles
que
les enflammeraient ? Les Culons : depuis deux ans, ne vous en
avertissnient-ils pas ?
rité 2 mais ne conseillent pas le meurtre. D Peut-être
n'en avez-vous pas proféré le mot, pouvait-on leur dire :
mais ne deviez-vous pas prévoir, esprits profonds 5 que vOS
tous grossiers, ignorans et emportés, ne
disciples 3 presque
de modération, et
FOS conseils
suivraient pas vos paroles
que
les enflammeraient ? Les Culons : depuis deux ans, ne vous en
avertissnient-ils pas ? --- Page 117 ---
(71)
qui de droit en France, Mais jamais ils ne prononcèrent
ces mots €nl leur faveur, de manière que ne pouvant être
considérés que comme assassuns et incendiaires , ils
furent jugés, condamnés et suppliciés comme tels, et
non comme réclamateurs de Oroits. Sur cent treize 2
il y en eut trois de roués et quatorze de pendus: les
autres furent rélaxés.
Le supplice de ces Mulatres, continuai-je, regardés
comme victimes innocentes 2 enveniina lellement le
coeur des Négrophiles contre les Colons, que dès ce
moment ils jurèrent de les exterminer. Leurs efforts
Oirects, pour exécuter cette vengeance et pour établir leur dognie favori, ne datent que de cette époque.
Je ne vous observe cela, que pour vous exposer dans
Jeurs gradalions 3 les causes de la révolte des Nègres.
La secle leur amie ne me parait pas avoir"agi direclement la première, pour les soulever. Les amis des
Noirs de P'assemblée constituante
2 quoique 2 par principe, ils désirâssent ardemment leur liberté, ne s'occuppèrent dans le fait, que du sort politique des gens
de couleur libres : ceux-ci, dans leurs sollicitations,
se gardèrent bien de parler de P'offranchissement dés
esclaves : ce p'était pas de leur untérêt, et moins encore d'accord avec leur vanité. Ils eûssent même désiré pouvoir exclure les Nègres libres du pariage de
leur prélention favorite. Leur mépris pour ceux-ci se
manifestait en eux de toutes manières et dans chaque
occasion 5 ce qui prouve combien ils élaient peu dignes
de recevoir les faveurs des principes qu'ils réclamaient.
J'ainne, me dit l'avocat, 2 à vous voir réndre justice
aux amis des Noirs. Je ne doute pas plus que vous
qu'ils n'aient pas été les instigaleurs de la révolte des 7
esclaves : la plus grande et la plus saine partie de cette
ur mépris pour ceux-ci se
manifestait en eux de toutes manières et dans chaque
occasion 5 ce qui prouve combien ils élaient peu dignes
de recevoir les faveurs des principes qu'ils réclamaient.
J'ainne, me dit l'avocat, 2 à vous voir réndre justice
aux amis des Noirs. Je ne doute pas plus que vous
qu'ils n'aient pas été les instigaleurs de la révolte des 7
esclaves : la plus grande et la plus saine partie de cette --- Page 118 ---
(72)
sociélé
les daugers de la précipitation 2
2 prévoyant
voulait proréder avec lenteur et par degrés, dans Paffranchissement des Nègres 3 je, puis vous assurer ce fait.
En ce cas, ajouta le curé, c'est un graud malheur
les Colons, d'avoir sitôt sévi contre les Mulâtres 2
pour quoique coupables. La moindre réflexion 2 au reste 1
eût dà leur faire suspenore ou mooérer ce châtiment.
Mais la punition 0'Ogé et de ses complices, lui
répondistje, comme coupables d'uue insurrection armée ainsi que Papparcil et la grandeur de leur supplice, 7 étaient des actes inaispensables pour la conservation de St.-Domingue 2 relativement à là soumission des esclaves. Cependunt, coume je vous l'ai
dit, les magistrats chargés du jugement de ces insurgés;
les odieuses imputations des ennemis de la
prévoyant Colonie , et d'accord peut-êire avec les premières autorijés auraient bien désiré irouver un biais pour ne
,
leur condamnation. Ce moyen De pouvait
pas prononcer
dans leurs
aux
naitre que de leurs aveux,
réponses
interrogatoires. Muis jamais aucun d'eux n'allégua pour
eût pris les armes pour réclamer ses
sa défense, qu'il
de
droits de citoyens. Ti fut donc impossible aux juges
leur
la loi 2 comme à des assaillans 2
ne pas
appliquer
le fer et le
qui, sans provocation 2 avaient employé
feu.
de bons politiques, nous dit
J'ai oui affirmer par
les armes n'avaient élé mises aux
le négociant, esclaves que de St-Domingue, et que son sol
mains des
à tomber
n'avait été dévasté,que pour ne pas l'exposer
entre nos mains 3 la France ne pouvant pas y envoyer
des secours.
C'est une tournure fabriquée après Pévénement, 2 lui
répliquai-jeset qui probablement a été avancée par nos
égorgeurs,
J'ai oui affirmer par
les armes n'avaient élé mises aux
le négociant, esclaves que de St-Domingue, et que son sol
mains des
à tomber
n'avait été dévasté,que pour ne pas l'exposer
entre nos mains 3 la France ne pouvant pas y envoyer
des secours.
C'est une tournure fabriquée après Pévénement, 2 lui
répliquai-jeset qui probablement a été avancée par nos
égorgeurs, --- Page 119 ---
(73)
égorgeurs, 2 à l'effet de pallier leurs crimes et leur barbarie. Lorsqu'il leur a plu d'exterminer les Blancs, ils
ont bien pu couvrir, comme vous le verrez, la dépendance du Cap-Français, de plus de quinze mille
homnes de troupes. Ç'eut été certes suffisant pour
en repousser les anglais, qui , suir terre, ne sont pas dCcoutumés à faire des merveilles. Au reste,Se-Domingas
eût couru trop de dangers de leur part , n'aursit-on
pas été à tems alors d'employer ce parti extrême?
Combien n'est-il pas absurde encore, que pour défendre une Colonie, on commence par en détruire les
Blancs, qui devaient en être les plus ardens défenseurs ?
Le médecin nous dit à son tour : Si quelque. raison
politique, mais d'un caractère destructeur et barbare.,
a pu meltre en projet dans votre assemblée législative
et ordonner dans la convention actuelle, la ruine de
St-Domingue, ce ne peut être que par les suites du
confit véhément, , qui subsiste depuis votre révolution,
entre les Deux premières factions adverses, les royalistes et les patriotes.
J'adopterais volontiers ce sentiment, lui répondis-je;
mais non pas comme la scule cause de ncs maux.
Je conviens 2 en suivant votre idée 7 que notre Colonic
est vaste, qu'elle donnait de grandes richesses, et que
les plus belles habitations y étaient possédées par des
gens de la Cour et par grand nombre de ses adhérens. Il fallait arracher cette précieuse ressource à une
faction contraire. Cetle raison était bien propre à d6terminer des politiques ambitieux, ardens 2 passagers
et indifférens au bonheur et à la richesse de l'empire ,
pour consentir à la ruine de St.-3 Domingue. Maisla
jalousie, mais la haine, mais la manie des notvellesopinions y sont entréesinhniment plus. Le terrible
IO
gens de la Cour et par grand nombre de ses adhérens. Il fallait arracher cette précieuse ressource à une
faction contraire. Cetle raison était bien propre à d6terminer des politiques ambitieux, ardens 2 passagers
et indifférens au bonheur et à la richesse de l'empire ,
pour consentir à la ruine de St.-3 Domingue. Maisla
jalousie, mais la haine, mais la manie des notvellesopinions y sont entréesinhniment plus. Le terrible
IO --- Page 120 ---
(74)
s'élant accru du resseneffet de ces diverses passions
timent du supplice d'Ogé, ce n'a plus été dans ces pernicieux personnages 2 qu'une démence > qu'une rage
n'y laisser que des cendres et des
effrénée 2 pour
décombres.
Cependant, je vous le répète ; je ne crois pas que
les amnis des Noirs aient été les premiers à fomenter
directement Pinsurrection des esclaves. Je suis intiméles partisans de la Cour, ( dont
ment persuadé, que
le vrai noin serait plutôt aristocrates, car ils agissaient
bien plus réellement pour eux que pour le roi ) les
Voici mes raisons, indépenont soulevés auparavant.
ceux-ci résidaient
damment des faits. Premièrement 2
au
des troubles et y forsur les lieux
commencement
maient divers corps nombreux et puissans, militaires,
financiers et magistrats ; sans compter des particuliers
ce parti. Ces hommes hautains 2 ces
prononcés pour
avaient été bravés 2
corps d'une morgue reconnue 5
autreoffensés et humiliés par des gens qui rampaient
leur avaient élé faites
fuis devant eux : ces insultes
la fureur des amis des Noirs eut été exaliée
avant que
les agitèrent,
par le suplice d'Ogé. Les passions qui
autreen raison de ces mauvais traitemens, sont bien
ment vives que le désir de faire régner des maximes
donnent lieu de croire
philosophiques. Ces considérations
les
auprès des Nègres, non
qu'ils ont agi
premiers
réelles mais
sur-le-champ, par des manceuvres
pas
leur ressentiment et leur aigreur. C'est
en témoignant
tourmentés du désaun fait cerlain 2 que ces gens,
retenir
grément de leur situation nourelle 2 ne purent
moment leurs plaintes 1 leurs reproches et leurs
un
le récent ordre de choses : et comme ils
injures contre
et que soit chez-eux ou
ne s'en cachaient nullement,
qu'ils ont agi
premiers
réelles mais
sur-le-champ, par des manceuvres
pas
leur ressentiment et leur aigreur. C'est
en témoignant
tourmentés du désaun fait cerlain 2 que ces gens,
retenir
grément de leur situation nourelle 2 ne purent
moment leurs plaintes 1 leurs reproches et leurs
un
le récent ordre de choses : et comme ils
injures contre
et que soit chez-eux ou
ne s'en cachaient nullement, --- Page 121 ---
(75)
dehors 2 à table ou dans les sociélés, à la ville ou à
la campagne, ils se permeltaient ces propos véhémens
et remplis de menaces. 2 il est impossible qu'ils n'aient
pas introduit sourdement dans le coeur des esclaves 2
le premier espoir de quelque nouveauté en leur faveur.
et naturellement les principes d'une insubordination. 2
Il est ensuite vraisemblable, que leurs sujets de plainte
ne discontinuant pas, et que n'en prévoyant la fin
que dans la cessation de la cause, ils aient alors agi
plus directement auprès des Nègres, pour bouleverser
la Colonie, espérant par ce moyen en forcer les habitans à reprendre l'ordre politique qu'ils avaieut rejeté.
Ces probabilités sont fondées sur des faits postérieurs:
vous aurez lieu de remarquer dans mon récit que 2
dès le commencement de Finsurrection des esclaves,
et par la suite 3 il a paru, par la mauvaise disposition
des troupes 2 le retard ou la faiblesse dans les attaques s
limprudence dans d'autres et des ménagemens après
des succès, que les militaires étaient O'intelligence
avec les révoltés.
Si quelque chose peut induire à croire que les amis
des Noirs aient aussi contribué , dans le principe, au
soulèvement des esclaves, c'est en disséminant parmi
les Nègres de la Colonie, quantité d'exemplaires d'ouvrages, qui s'appitoyaient sur leur sort, et grand nombre de gravures analogues à ce sujet. J'ai vu dans
les mains de quelques Nègres, l'ouvrage d'Hiriart (*)
(*) Cet Hiriart, basque S avait été clerc d'avocat au CapFrançais : il en partit en 1770 5 je pense, pour aller faire imprimer en France, ses Considérations sur les Colonies. Ily
prend, à l'égard des Nègres, le langage de la philosophie à
la mode , mitigé , néanmoius, par des vérités dont d avait
été témoin.
J'ai vu dans
les mains de quelques Nègres, l'ouvrage d'Hiriart (*)
(*) Cet Hiriart, basque S avait été clerc d'avocat au CapFrançais : il en partit en 1770 5 je pense, pour aller faire imprimer en France, ses Considérations sur les Colonies. Ily
prend, à l'égard des Nègres, le langage de la philosophie à
la mode , mitigé , néanmoius, par des vérités dont d avait
été témoin. --- Page 122 ---
(76)
et celui de l'abbé Raynal. Peu d'esclaves savaient lire ,
mais il suffisait d'un seul dans un attelier pour en faire
la lecture aux autres, 9 quand le complot se formait,
leur donner des preuves combien ils étaient plaints
pour
et combien on désirait qu'ils secouassent
en France,
y
le rude joug de leurs impitoyables maîtres. La plupart
des Mulâtres et des Nègres libres avaient appris à lire,
et sans doute ils servirent les Nuirs dans cette occasion.
Quant aux gravures 2 il ne fallait qu'ouvrir les yeux 3
et entendre P'interprélation du sujet, qui se répétait
de bouche en bouche. Ces faits sont positifs. Qui sema
parmi nos Noirs ces deux fermens funestes, sinon
leurs chauds amis ? Voudrait-on supposer que l'avidité
du gain ait encouragé les marins à les exposer en
vente ? Mais en auraient-ils eu le moindre débit, s'ils
n'avaient instruit les Noirs des sujets qu'ils renfermaient? Ces marins 3 alors, 2 ne sont que les agens
des négrophiles. Ils l'étaient réellement, car ils ven--
daient, en cachette, ces livres et ces gravures : et j'en
les officiers
ai connu plusieurs 2 principalement parmi
Bordelais, 2 d'imbus de la philantropie à la mode, et
qui la professaient ouvertement.
Ces subalternes acteurs nous ont fait un mal infini.
Je leur ai vu vendre encore 2 des larmes de verre
phosphoriques, 2 qui 2 cassées, donnaient assez de flamme pour allumer commodément une chandelle. Avec
un pareil moyen, on pouvait, à volonté, sans être
apperçu, sans être soupçonné 2 sans laisser la moindre
trace d'intention, mettre le feu à cent pièces de cannes, dans une heure 2 les unes apres les autres. Etait-ce
dans un climat toujours serein et chaud 5 our la nécessité de la lumière ou du feu, n'est jamais pressante ;
oà les domestiques étaient si nombreux, que l'on avait
assez de flamme pour allumer commodément une chandelle. Avec
un pareil moyen, on pouvait, à volonté, sans être
apperçu, sans être soupçonné 2 sans laisser la moindre
trace d'intention, mettre le feu à cent pièces de cannes, dans une heure 2 les unes apres les autres. Etait-ce
dans un climat toujours serein et chaud 5 our la nécessité de la lumière ou du feu, n'est jamais pressante ;
oà les domestiques étaient si nombreux, que l'on avait --- Page 123 ---
(77)
besoin d'une pareille commodité ? Et quand nous arrive-t-elle? Lorsqu'il se formait un complot pour incendier nos cannes. Les infortunés Colons pouvaientils, au milieu de tant de moyens secrets et pervers
dirigés contr'eux 2 éviter leur entière destruction!
Je ne saurais oublier 2 non-plus 2 en ayant été plusieurs fois témoin, l'effet que devait produire sur nos
esclaves, les propos récioivés Des matelots des navires français, qui, pour notre malheur, nourris des
brûlantes maximes des clubs, amis de la conslitution,
les débitaient aux Noirs qui les aidaient dans leurs
travaux. Les occasions ne leur en mauquaient pas : ils
étaient sans cesse ensemble ; tantôt à rabattre des sucres et des cafés sur le port; tantôt à les aller chercher aux embarcadaires, - 2 et tantôt, enfin, et plus fréquemment, à décharger ou charger ensuite les bâtimens.
Quelle bouillante école d'insurrection! On ne peut proférer
des propos plus incendiaires et plus meurtriers que
ceux que j'ai entendus quelquefois de ces hommes-là,
Dans presque toutes-1 les grandes atlaques des révoltés,
il s'est trouvé quelque Blanc de la lie du peuple,
tué sur le champ de bataille, ou s'enfuyant avec eux
après la déroute.
Aux Deux partis que j'ai mis en tête, à leur instrument principal, aux passions' : haineuses de celuici; à son orgueil 2 à ses calomnies, 7 à son active
méchanceté et à ses fureurs, à nos impruDences et
à nos Oissentions 5 joignez le jeu secret des émissaires particuliers de tous les partis 5 sous des robes
ecclésiastiques ou sous des habits ordinaires, abbés. 3
moines, , curés, avocats et autres : ajoutez les efforls
de quelques brouillons et intrigans par caractère ;
ceux de quelques esprits. exaltés par la Doctrine Ou
omnies, 7 à son active
méchanceté et à ses fureurs, à nos impruDences et
à nos Oissentions 5 joignez le jeu secret des émissaires particuliers de tous les partis 5 sous des robes
ecclésiastiques ou sous des habits ordinaires, abbés. 3
moines, , curés, avocats et autres : ajoutez les efforls
de quelques brouillons et intrigans par caractère ;
ceux de quelques esprits. exaltés par la Doctrine Ou --- Page 124 ---
(78)
et ceux, encore, 2 du petit nombre des Colons 2
jour, nouveaur Catilinas, 2 perdus de deltes 2 ou ne
qui,
rendre leurs comples, ou ruinés au jeu,ne
pouvant
dans le bouleversement de la
trouvaient qu'à gagner
Colonie : comprenez-y encore ces derniers moyens 2
et ces circonstances, que je viens de vous
ces propos
la somme des
exposer; et vous aurez 2 messieurs 7
ont
manceuvres, et le nombre des causes, qui nous
entièrement perdus.
monsieur m'observa le curé,
Il semble, mon cher
d'édans le nombre des causes que vous venez
que tablir de la ruine de St-Domingue, vous en avez omis
qui n'est pas la moins importante. - Laquelle ?
uue,
L'irréligion qui réguait dans ceite
je vous prie.
général ies Blancs 2 homColonie. J'ai oui dire, qu'en
femmes fréquentaient peu les églises 2 et qu'ils
mes et
des offices divins 2 hors quelques
n'assistaient à aucun
fois à la messe. Cen n'est pas tout:la plupart des Colons,
incrédulité, tournaient en dériaffectant la plus grande
ne
sion les dogmes les plus saints du christianisme,
plus à Pimmortalité de l'ame, et regardaient
croyaient
PEnfer comme des chimères.
le Paradis et
est vraie , lui dis-je;
La première parlie de ce rapport
d'étendue. L'inmais la seconde pêche par son trop
crédulité n'était le partage que de quelques esprits
à notre tiédeur religieuse 2 on ne peut
forts : quant
sans
ne iejaillisse sur
nous en faire un crime,
qu'ii
fréde la métropole 5 en géuéral, ils ne
les français
les églises que nous ne le faisions.
quentent pas plus
Je n'entends pas les en disculper 2 me répondit-il;
c'est bien. l'une des sources des excès qui se commeltent
Cependant Pirréligion et Pincrédulité 3 plus
en France.
avaient pas
resserrées dans les classes supérieures, n'y
sans
ne iejaillisse sur
nous en faire un crime,
qu'ii
fréde la métropole 5 en géuéral, ils ne
les français
les églises que nous ne le faisions.
quentent pas plus
Je n'entends pas les en disculper 2 me répondit-il;
c'est bien. l'une des sources des excès qui se commeltent
Cependant Pirréligion et Pincrédulité 3 plus
en France.
avaient pas
resserrées dans les classes supérieures, n'y --- Page 125 ---
(79) )
infecté Pesprit du peuple, autant qu'à St-Domiugue. 2
à ce que jai our dire.
1 Chez nous 2 comme dans la métropole 2 les choses
se ressemblaient assez à l'égard de la religion. Le
peuple, dans les Colonies. > c'élaient les Noirs et leurs
dérivés. Les Blancs y réprésentaient les classes distinguées en France, Ou par les connuissances ou par le
rang. Si celles-ci, par l'effet des lumières acquises et
par leur loisir, s'étaient relâchées du zèle religieux de
leurs aucêtres 5 les Blancs de même à St-Domingue 3
communément assez instruits, plongés dans les jouissances, tous riches 2 ou du moins fort à leur aise, et
ne connaissant L pas plus de dépcodance dans leurs
idées 2 que de retenue dans leurs plaisirs, ne tenaient
guères non plus à des pratiques pieuses, 2 dont la plupart
étaient vraiment essentielles 2 mais qu'un plus grand
nombre d'indiflérentes et d'inutiles accompagnaient. Ce
que vous reprochez aux Colons 2 est conséquemment
plutôt une faute Ou siècle, qu'une transgression particulière. Quand toutes les idées s'épurent, c'est le SOTE
des dogmes religieux de passer par le même creuset.
S'épurent! s'écria le pasteur : se dénaturent et se
pervertissent, vcus auriez dà dire. Anathême à ces
novateurs, qui fouillent dans les dogmes saints, qui
les jugent , qui prétendent les corriger; et qui sont
assez hardis pour y vouloir substituer des maximes provenues de leur cerveau prophane. Par quelle fatalité
vouloir ainsi toujours altérer et changer P
Demandez au Créateur, lui répondit l'avocat, 2 la
raison pour laquelle il a rempli l'esprit humain d'un
ferment éternel d'inquiétude, de curiosité, d'inconstance et de légèreté? Au reste 2 les changemens ne
doivent pas êlre pris en si mauvaise part : souvent ils
assez hardis pour y vouloir substituer des maximes provenues de leur cerveau prophane. Par quelle fatalité
vouloir ainsi toujours altérer et changer P
Demandez au Créateur, lui répondit l'avocat, 2 la
raison pour laquelle il a rempli l'esprit humain d'un
ferment éternel d'inquiétude, de curiosité, d'inconstance et de légèreté? Au reste 2 les changemens ne
doivent pas êlre pris en si mauvaise part : souvent ils --- Page 126 ---
(8o)
sont avantageux; et pour me borner à ceux qui concernent la religion : ne reconnnissez-vous pas pour un
grand bien, celui qui renversa le paganisme et fit réà sa place la doctrine de Jésus-Christ ? Sans
gner
altération auriez-vous l'avantage d'en
une seconde
leur
professer aujourd'hui les dogmes dans toule
pusouilié des absurdes
reté 5 et ne seriez-vous pas
idées du papisme ?
Il serait cependant bien avantageux pour les états, 9
observa le médecin, que chaque peaple gardat fidellela base en est la
ment son culte religieux, lorsque
d'un Dieu suprême 2 et l'exercice de la loi
croyance
dans nos cccurs. Les changemeus
qu'il a gravée
de fatales
(subils néanmoins), amènent toujours
secousses 5 et dans le fond, qu'y gague-t-on ? Accomces deux premiers points de tout ce qu'il vous
pagnez
extérieures ne seront
plaira d'étranger, ces pratiques
jamais que des enveloppes de convention.
Courage, messieurs, leur dit le curé : vous me donnez
échantillon de votre orthodoxie : il paraît que la
un dochrine du siècle n'a pas fait moins d'impression sur
votre esprit, que sur celui de bien d'autres.
Répondant au médecin 2 je lui dis : C'est cependant
dans ces choses externes 5 que repose le plus la durée
d'une religion 2 et leur choix n'est pas indifférent. Ne
pas que jamais le Déisme pur soit long-tems celle
du croyez peupie; c'est un aliment trop fin pour son esprit; il lui
faut de plus matériel; de la pompe 2 des cérémonies 2
en
imposant pour les yeux 3 et pour sa pensée 3
un extérieuri
des ficiions, du merveilleux et du mystère. Mais 2 pour
revenir à mon sujet 1 pasteur, et finir de vous répondre:
Les Nègres 7 comme le gros du peuple en France
Pextérieur de notre culte 3
élaient passionnés pour
grand'messes,
pour son esprit; il lui
faut de plus matériel; de la pompe 2 des cérémonies 2
en
imposant pour les yeux 3 et pour sa pensée 3
un extérieuri
des ficiions, du merveilleux et du mystère. Mais 2 pour
revenir à mon sujet 1 pasteur, et finir de vous répondre:
Les Nègres 7 comme le gros du peuple en France
Pextérieur de notre culte 3
élaient passionnés pour
grand'messes, --- Page 127 ---
(8r)
grandl'messes, cérémonies, chants, décorations, images 2
habillemens sacerdotaux 2 processions 2 elc.
Les instructions religieuses ne leur manquaient pas :
les Créoles les suçaient pour ainsi dire avec le lait,
soit de la bouche de leurs mères, soit par les soins des
maîtres. Les Noirs de Guinée, aussilôt qu'ils parlaient
uu peu le français, étuient adoptés par des Négresses
instruites de leur Cathéchisme, qui devenaient ensuite
leurs maraines. Vous ne sauriez imaginer combien
ces Néophites étaient attachés à ces secondes mères
et leur portaient de respect. Tous les soirs, au re-
'tour du travail, l'atelier se rendait devant la grand'case,
cà la prière. lui était récilée. Eudoctrinés ainsi, les
Noirs en général n'élaient rien moins qu'irréligicux :
c'était la classe la plus attachée à l'extérieur du culte
sacré. La confession ne leur plaisait pas, ef les vicilles
dévotes seules fréquentaient les sacremens ; mais ils
remplissaient les églises couraient aux grand'mosses,
se colisaient pour en faire chanter 2 entonpaient des
hymnes et suivaient en foule les processions. Les Negres
révoltés ont respecté tous les prêtres tombés en leurs
mains 2 ou quin'avaient pas abandouné leurs, paroissses,
Ils se faisaient cucore un grand mérite d'avoir reçu
le baptème; et quand ou permettait à deux. bons sujets,
comme par récompense 2 dé se marier. 7 ils en acquéraient beancoup de considération parmi Teurs camarades. Tous enfin, croyaieut à un bon Dier, à un
mauvais Diable 2 au Paranis et à PEnfer. Iis en
doutaient si peu, que les curés n'avaient pas de casuel
plus fort, que celi qui leur provenait des messes que
les Noirs leurs pay ient. Il s'ensuit de tout
que
le défaut de'
cria,
religion a modérément infué sur leur
révolte.
TI
ancoup de considération parmi Teurs camarades. Tous enfin, croyaieut à un bon Dier, à un
mauvais Diable 2 au Paranis et à PEnfer. Iis en
doutaient si peu, que les curés n'avaient pas de casuel
plus fort, que celi qui leur provenait des messes que
les Noirs leurs pay ient. Il s'ensuit de tout
que
le défaut de'
cria,
religion a modérément infué sur leur
révolte.
TI --- Page 128 ---
(82)
Revenant à ses vrais auteurs, continuai-je, le comble de notre inforture fut, que les émissaires secrets 3
de quelque parti qu'ils aient été, nous furent si peu
ia plupart réussirent à devenir membres
connus, 3 que
de Passembiée du Cap et de celles de la Colonie.
Des personnes judicieuses et d'un esprit modéré, m'ont
assuré que Je présioent, lui-même, de la seconde
assemblée Coloniale , qui de Léogane fut transférée au
Cap, était un des conspirateurs On le taxe expressément d'avoir semé. sur son chemin Pesprit de
(*) Voici les noms de ceux qui me sont connus, comme
émissaires secrets ou conspirateurs :
L'abbé d'Osmond, membre de l'assemblée provinciale du Cap 2
disparut lors de Pattaque du camp de Rocou 2 par les Noirs
qui
révoltés.
2. arrivé de France, comme le
L'abbé Philibert Leblondin
précédent * sans objet connu.
circonstanees,
L'abbé Boucher 2 venu de même, dans ces
eut la cure du Terreiu-Rouge. , fut membre de Passemblée
qui
: ensuite le bras droit de Sonthonax, et membre
provinciale
de sa commission intermédiaire.
suivaient quelPlusieurs curés , sous des dehors trompeurs,
que. parti; entr'autres ,
curéde Trou 2 qui allait et veLe père Sulpice, 2 capucin, les révoltés, et qui a fini par passer
nait à volonté parmi
chez Espagnol.
curé de Limbé, qui fut pendu.
Un auire capucin s
Celui de la grande rivière.
L'exécrable, abbé Delahaye , curé du Dondon : l'apôtre le plus
de la liberté des Noirs 5 compositeur de la feuille du
ardent
Jour, sous Sonthonax.
Le marquis de Cadush.
de Sonthonax et
Par la suite, parurent comme Duclos-Menil, partisans
Dufay, Galide la liberté générale, 2 au Cap,
neau de Gas 2 Vergniaud 2 Rouge, Richebourg, Legris 2
Gignoux, Garnot, etc. --- Page 129 ---
(8 83)
révolte , en se transportant de la première de ces
villes à P'autre et particulièrement sur l'habitation la
Plaine au Limbé, 9 dont les propriétaires étaient Sangmélés, et qui est voisiue de celle oû , peu de jours
après, éclata l'incendie des cases à Bagasses, que
Pon a regardé depuis, , comme le signal de Pinsurrection. S'il n'est pas coupable 2 il est malheureux
pour lui d'ètre le fils d'un ancien militaire, de Pavoir
été lui-même ; mais encore plus, d'avoir eu à se justifier, en comité secret. 5 devant cette assemblée Coloniale, qu'it présidait encore, des charges qu'on lui
imputait; justification qui traîna plus de quinze jours.
Et malheureux de plus, ayant perdu précédemment
sa fortune au jeu, d'être dans une condition à pouvoir le supposer capable de lout employer pour s'en
délivrer.
Mais il est tems, je pense, dis-je à la compagnie,
de fioir cet entretien 3 nous le reprendrons demain au
soir. Nous nous séparâmes alors.
cette assemblée Coloniale, qu'it présidait encore, des charges qu'on lui
imputait; justification qui traîna plus de quinze jours.
Et malheureux de plus, ayant perdu précédemment
sa fortune au jeu, d'être dans une condition à pouvoir le supposer capable de lout employer pour s'en
délivrer.
Mais il est tems, je pense, dis-je à la compagnie,
de fioir cet entretien 3 nous le reprendrons demain au
soir. Nous nous séparâmes alors. --- Page 130 ---
(84)
TROISIE - M E ENTRETIEN.
IL contient Deaplosion et les progrès de la Révolte
Des Esclaves, bientôt soutenus par les Mulatres
nécontens.
L'insurrcction Oes Gens de Couleur
libres euz-mémes. -Le Concoroat guils rapissent
Deforce au Pori-au-Prince.
Les puissans enl--
couragemens qu'ils reçoivent des dmis0csois;
et lexcès de leurs vues ambitieuses.
Après nous être réunis au même lieu le lendemain
au soir ; parbleu, me dit M". Goodrich, vous aviez, >
d'après votre exposé d'hier 2 bien cies gens qui conspiraient votre ruine !
Trois factions principales et nembreuses, lui répondis-je; sans compler beaucoup de mauvais sujels particuliers, 2 enclins par caractère ou par des circonstances
à faire le mal ; il y en a de tels dans tous les pays,
et leur apparition ne manque jamais dans les tems de
trouble. Le nombre des nôtres nous fut encore moins
peruicieux 1 que le voile dont ils couvrirent leurs premières intrigues ; on ne s'en douta nullement. L'insurrection partielle des Mulâtres sous Ogé 2 nous
désilla les yeux à cet égard; elle nous donna la première certilude des complots secrets, formés contre le
salut de la Colonie. Alors même. nous ne seupconnàmes
pas qu'ils eussent un but plus élendu, que d'obtenir une
égalité de droits politiques. Qui se serait imaginé que
les hommes de couleur libres 3 que les mécontens intérieurs, 2 quelque parti qu'ils tinssent 5 que les amis
des Noirs mèmes, sacrifieraient, les deux premiers, 9
à cet égard; elle nous donna la première certilude des complots secrets, formés contre le
salut de la Colonie. Alors même. nous ne seupconnàmes
pas qu'ils eussent un but plus élendu, que d'obtenir une
égalité de droits politiques. Qui se serait imaginé que
les hommes de couleur libres 3 que les mécontens intérieurs, 2 quelque parti qu'ils tinssent 5 que les amis
des Noirs mèmes, sacrifieraient, les deux premiers, 9 --- Page 131 ---
(85 )
leur vies et leurs fortunes, et ceux-ci, l'état florissant
du royaume 2 à des désirs dans le fond si peu siguificatifs ? C'était ainsi cependant.
1l me parait certain que lesroyalistes 2 et plus particulièrement les Militazires, ayant élé témoins 7 dans cette
oceasion, de l'extrème animosité des Mulâtres contre
les Blancs, s'ouvrirent à eux d'abord après ce coup
d'éclat 3 et ue trouvaut des hommes avides de Jes
seconder 9 iis s'eu servirent désormais comme d'agens
auprès des esclaves 2 et dans les autres sourdes manocuvres 1 qui devaient également favoriser leurs mutuels
désirs. Ils ne pouvaient pas paraitre eux-mémes, leur
entreprise étant criminelle a et risquant trop 1 comme
agens d'une autorilé qui déclinait chaque jour, de ne
pouvoir pas se soustraire au châtiment qu'ils auraient
encouru, si elle eût été connue. Couverts ainsi et n'agissant que par tierces personnes 2 qui n'avaient pas un
moindre intérêt de C acher leurs trames, il est beaucoup
de traits qu'on leur impute, qui paraissent douteux:
mais il en reste assez d'autres, ainsi que des rapports,
des témoignages et des présomptions, qui les supposent coupables 9 et qui donnent à croire qu'ils aient
fomenté la révolle des Noirs, ct qu'ensuite ils l'aient
entretenue. Les militaires reconnus pour avoir été les
agens les plus immédiais de cette conspiralion, sont
les officiers du régiment du Cap 2 et plus particulièrement son état-major. (*)
Nous étions dans cette étonnante sécurité 2 parmi
tant de sourds préparatifs disposés pour nous accabler:
semblables à des personnes, qui, sans le savoir, auraient
(*) Composé de MM. de Cambefort, Hientenant-colomel.;
de Thouzard, major, et Poitou l'ainé, aide-mnajor.
aires reconnus pour avoir été les
agens les plus immédiais de cette conspiralion, sont
les officiers du régiment du Cap 2 et plus particulièrement son état-major. (*)
Nous étions dans cette étonnante sécurité 2 parmi
tant de sourds préparatifs disposés pour nous accabler:
semblables à des personnes, qui, sans le savoir, auraient
(*) Composé de MM. de Cambefort, Hientenant-colomel.;
de Thouzard, major, et Poitou l'ainé, aide-mnajor. --- Page 132 ---
(86)
marché sur un terrein miné de toutes parts et garni
de longs rameaux de poudre à feu, prets à être enflammés. Ne pas prévoir Pexplosion qui se préparait, c'était
ei rendre pour nous le coup et plus prompt et plus
terrible : nous en fimes frappés de celle manière, le
22 Aot 1791. La révolte s'était annoncée Pavant-veille
au soir, sur Fhabitation Chabaud du Limbé, par l'incendie des cascs à Bagasses : ce que l'on aura peine
à croire, c'est qu'on regarda cet événement comme un
accident oroinaire : que des personnes rejetèrent des
suspicions, des faits et des rapports, 2 comme des terreurs paniques de la part de ceux qui les donnaient;
et que Clément cadet, habitant de PAcul, voisin
de cet incendie, déconseillé le lendemain d'aller coucher chez-lui,s'y rendit, comme si pul danger n'eût
élé à craindre. Il paya de sa vie son imprudence 2 celte
nuit-la même. C'est celle du 21 au 22 Août 7 époque
fatale de la révolte de nos esclaves. Les Nègres des
paroisses du Limbé et de PAcul sortirent dans les ténèbres, le poignard et la torche aux mains 2 et se
répandant sur les habitations 2 ils parvinrent jusques
daus ceiles de la paroisse de la petite Anse 2 (*) à une
lieu de la ville du Cap ; dans cette irruption nocturne et subite, ils égorgèrent les Blancs endormis
chez-eux, ou fuyans en chemise, tandis que d'autres
mettaient à feu les cannes, les moulins et les bâtimens
de toute espèce ; s'emparant avec soin des armes et des
munitions qu'ils trouvaient dans les maisons. Les jours
qui suivirent, les rebelles ne trouvant aucune opposi-
(*) Sur la seule habitation Clerisse, il y eut cinq Blancs
de massacrés. Leurs corps furent trouvés étendus ga et là,
selon qu'ils avaient tombé frappés en fuyant.
is que d'autres
mettaient à feu les cannes, les moulins et les bâtimens
de toute espèce ; s'emparant avec soin des armes et des
munitions qu'ils trouvaient dans les maisons. Les jours
qui suivirent, les rebelles ne trouvant aucune opposi-
(*) Sur la seule habitation Clerisse, il y eut cinq Blancs
de massacrés. Leurs corps furent trouvés étendus ga et là,
selon qu'ils avaient tombé frappés en fuyant. --- Page 133 ---
(87)
tion, leurs progrès dans la pluine augmenterent considérablement, eti nous cimes 2 pendant euviron six semaines 1 le spectacle le plus effrayant et le plus douloureux qu'il suit possible de concevoir.
Sans doute 2 me dit le négociunt, un incendie pareil
était affreux 3 muis cette horreur même en devait faire
un spectacle digne d'être vu.
Peut-être, 1 lui répondis-je, pour ceux qui 2 ne le
considérant que comme un vaste incendie de halliers
inutiles 1 auraient pu le regarder de sang froid 5 encore
son étendue el sa voracité auraient-elles pu les induire à craindre, que l'ile entière ne s'embràsant, il
ne leur restat plus un pouce de terre, 2 sur lequel
ils pussent 2 sans danger, poser les vestiges de leurs
pieds : mais. 2 pour nous qui, frappés de la même
crainte, voyious de plus dévaster nos chainps 2 renverser nos édifices et détruire entièrement nos richesses,
pouvions-nous envisager ce vaste horison en feu avec
d'autres sentimens que ceux de l'amertume du cceur,
de la tristesse et du désespoir ? Cependant, pour satisfaire votre curiosité 2 représentez-vous tout l'espace
que Foeil peut découvrir, couvert de feux, d'oà s'élevaient confinuellement des tourbillons épais de fumée 2
dont l'immense volume et Ia noirceur ne peuvent se
comparer qu'à ces nuages affreux, chargés de tonnerres
et d'orages 3 ils ne se dissipaient 1 que pour faire place
à des flammes aussi volumineuses, vives, , étincellantes. 2
et s'élevant jusqu'aux Cieux. Telle était leur vivacité 2
que pendant environ trois semaines. nous ne distinguàmes plus le joarde la nuit. Anssi Jong-tems quelesrévoltés
trouvèrent le moindre aliment à fournir à fincendie ;
ils ne cessèrent de brûler * résolus de ie laisser subsister ni pas une canne à sucre > ni pas un bâti-
pour faire place
à des flammes aussi volumineuses, vives, , étincellantes. 2
et s'élevant jusqu'aux Cieux. Telle était leur vivacité 2
que pendant environ trois semaines. nous ne distinguàmes plus le joarde la nuit. Anssi Jong-tems quelesrévoltés
trouvèrent le moindre aliment à fournir à fincendie ;
ils ne cessèrent de brûler * résolus de ie laisser subsister ni pas une canne à sucre > ni pas un bâti- --- Page 134 ---
( 88) )
ment. La chose la plus frappante de ce terrible spectacle, était une pluie de feu, composée des menus
débris enflanmés et voitigeans de la paille des cannes
qu'on incendiait; comme une neige copiense 2 et suivant le souffle des veuts 3 elle était emportée , tantôt
sur la rade et parmi les vaisseaux, et tantôt sur la
vilie et les maisons du Cap, nous plongeant, par la
crainte de ses effets 2 dans les plus vives allarmes,
et saisissant nos coeurs de la plus profonde douleur, en
le
de la grandeur de nos
nous donnant
spectacle
maux.
m'observa le.
que dans celte
Il me parait,
médecin,
occasion vous vous manquâtes à vous-mêmes. Vous
aviez montré bien plus d'énergie et d'activilé 2 lors
de Pinsurrection des Mulâtres.
C'est à quoi j'ai réfléchi souvent , lui répondis-je :
cette inaction laisse de terribles soupçons contre ceux
état, auraient dà diriger les mesures propres
qui, par
Comme la révolte des
à airrêter ce mal dans sa source.
Noirs n'cccupa 2 lès premières semaines 7 qu'une étendue
de 7 à 8 lieues de loug 2 depuis le Limbé jusqu'à la
rivière de Limonade 2 sur cette moitié de largeur,
le salut de la Colonie aurait dépendu d'une attaque
générale, prompte et bien entendue 2 faite par les
habitans et les troupes de la' ville du Cap 2 les
iilices des mornes adossés au foyer de la révolte
ct celles des quarliers qui le bornaient à P'Est et à
l'Ouest : ainsi cernés de tous côtés, et resserrés de
plus en plus, les révoltés auraient été bientôt réduits
aux abois et forcés à demander grace. Au lieu d'uu
pareil moyen général, on n'en employa que de partiels et de loin en loin. Le troisième jour, il sortit
du Cap un corps de deux à trois cents hommes de
milices 2
és au foyer de la révolte
ct celles des quarliers qui le bornaient à P'Est et à
l'Ouest : ainsi cernés de tous côtés, et resserrés de
plus en plus, les révoltés auraient été bientôt réduits
aux abois et forcés à demander grace. Au lieu d'uu
pareil moyen général, on n'en employa que de partiels et de loin en loin. Le troisième jour, il sortit
du Cap un corps de deux à trois cents hommes de
milices 2 --- Page 135 ---
(89)
milices 2 ayant à leur tête un négociant tnommél Poncignon,
qui jamais n'avait vu que le feu de sa cuisine; ce
détachement, partie à pied, , partie à cheval , se promena toute la journée : se porta jusqu'à deux. ou tiois
lieues en avant dans la plaine, et n'ayant trouvé pas
un seul groupe d'insurgés 2 gosig'indivalullenen ils
missent le feu à droite et à gauche, il rentra le soir
dans la ville excédé de la chaleur et de la poussière. On
fit quelques autres sorlies pareilles, mais moins nombreuses. Tandis qu'on employait des moyens si faibles
et si peu combinés, les révoltés enhardis se répandaient
de plus en plus : par derrière, ils se saisissaient des
gorges des montagnes 9 1 pour envahir le Dondon et
la Grande-Rivière; et deversle Cap, s'étant emparés
des canons de la batterie de la baye de PAcul, ils formèrent des camps dans cette plaine avec une telle assuétablirent leur quarlier-général sur l'une
rance 3 qu'ils
des habitations Galifet, à une lieue du Cap.
On a peine à concevoir tant de lenteur de la part
des Blancs 3 me répéta le médecin, dans une crise
qui demandait tant de célérité.
Je pourrais Pattribuer en entier 2 d'après mon exposition précédente, aux partisans Oe la Cour, et
nommément aux militaires, si l'impartialité qui doit
me conduire, ne m'ordonnait de recueillir quelques
raisons, qui ont pu naturellement occasionner celte
lenteur et cette faiblesse. Premièrement, nous tombâmes dans une espèce de stupeur, à la nouvelle effrayante de Pinsurrection des Noirs 7 accompagnée de
ce vaste incendie; en second lieu, ne nous en méfiant pas, nous n'y étions nullement préparés ; et cependant, elle exigeait des forces et des moyens supérieurs à ceux que l'on avait déployés contre les MuI2
de recueillir quelques
raisons, qui ont pu naturellement occasionner celte
lenteur et cette faiblesse. Premièrement, nous tombâmes dans une espèce de stupeur, à la nouvelle effrayante de Pinsurrection des Noirs 7 accompagnée de
ce vaste incendie; en second lieu, ne nous en méfiant pas, nous n'y étions nullement préparés ; et cependant, elle exigeait des forces et des moyens supérieurs à ceux que l'on avait déployés contre les MuI2 --- Page 136 ---
(90)
lâtres insurgés: troisièmement, on n'osait compter sur
les Mulâtres ; on hésitait, on balançait de les employer: on devait encoré moins les laisser dans la
ville , si les Blancs en sortaient: en quatrième lieu,
des discussions politiques avaient déjà réfroidi certains
partis des Colons envers d'autres 5 et quoiqu'ils sentissent
tous, qu'il était de leur salut d'agir de concert et
d'employer des efforts cominuns 2 la franchise et la
bonne intelligence n'étaient pas parfaites entr'eux : eufin
comme l'autorité militaire ne pouvait ordonner ni agir,
qu'après s'être entendue et concertée avec le corps
législalif de la Colonie, séant au Cap,i il se trouvait ici
deux causes de lenteur : l'une, que cette dépendance des
militaires leur étant odieuse, ils n'étaient ni empressés
de s'y soumeltre, ni portés à proposer des plans et à les
exécuter ; d'autant encore, qu'en cas de réussite 7 les
populaires en eussent recueilli tout le mérite :
corps
la révolte et
l'autre
les discussions pour extirper
2 que
durer exirêmement
pour le choix des moyens, 2 ont pu
dans une assemblée composée de tant de têtes 3 qui
n'y entendaient rien 2 et qui peut-être n'en étaient pas
moins pleines de présomplion à cet égard. Je trouve
dans des lettres officieiles de M. de Blanchelande,
notre général alors 3 et qui se tenait au Cap, qu'il
avait proposé à P'assemblée Coloniale 2 de se mettre
tout de suite en marche 2 avec le régiment du Cap
pour dissiper les révoltés; mais
et quelques milices, souscrire à cetle mesure, de
qu'elle ne voulut pas
crainte que les Nègres de la ville 5 ouvriers et domestiques ne prissent ce moment pour s'insurger de
l'étaient dehors. Le Cap alors
concert avec ceux qui
l'enn'était pas ceint de la haule palissade dont on
foura depuis.
tr
'assemblée Coloniale 2 de se mettre
tout de suite en marche 2 avec le régiment du Cap
pour dissiper les révoltés; mais
et quelques milices, souscrire à cetle mesure, de
qu'elle ne voulut pas
crainte que les Nègres de la ville 5 ouvriers et domestiques ne prissent ce moment pour s'insurger de
l'étaient dehors. Le Cap alors
concert avec ceux qui
l'enn'était pas ceint de la haule palissade dont on
foura depuis.
tr --- Page 137 ---
(9r)
Voila tout ce que je puis alléguer en faveur du parli que
j'accuse : quoique dans ces raisons 2 il y en ait de trèsavantageuses à sa cause, je n'en persiste pas moins
à P'estimer coupable 2 d'avoir fomenté Pinsurrection des
esclaves, et de n'avoir mis ensuite autant de faiblesse
et de lenteur dans ses opérations offensives 2 qu'afin
de leur donner le tems de se fortifier et de s'élendre.
Ce n'est pas que nos militaires, que j'accuse plus particulièrement , n'aient paru se donner beaucoup de
mouvemens 2 et qu'ils aient marqué d'établir des
corps - de - garde 1 des batteries, 7 des postes et des
camps, en grand nombre d'endroits 5 mais ce n'était
suivi d'aucune action réelle, et sur-tout de leur part:
leurs dispositions n'étaient presque que défensives 2 et
semblaient avoir plutôt pour but de garantir la ville et
se conserver cet asile, que de resserrer les Noirs 9 les
combattre vigoureusement , et mettre fin à la révolte.
Mon récit précédent et les faits postérieurs chargent
infiniment plus les militaires du Cap, que les allégalions ci-dessus ne les blanchissent.
Premièrement ; j'ai oui des officiers subalternes(ious
n'étantpas dans le secret de l'élat-major) et notammentun
capitaine d'artillerie ( Pomeyrol), qui reprochait à M.
de Blanchelande son indolence, pour n'avoir pas promptement débusqué les rebelles de leur camp de Galifet.
< Je Pen pressai journellement, me disait-il; je l'assu-
> rais chaque fois que mes canons étaient prêts 2 et
> lui représentais que cette expédition ne demandait
2 pas quantité de monde 9 comme l'événement le
> prouva 2 après que le cri général lui eut fait une
semaines
> nécessité de l'attaquer quelques
plus
réitérées et
( tard. > En second lieu, les attaques
les plus grands efforts qui, furent fails pour res
Je Pen pressai journellement, me disait-il; je l'assu-
> rais chaque fois que mes canons étaient prêts 2 et
> lui représentais que cette expédition ne demandait
2 pas quantité de monde 9 comme l'événement le
> prouva 2 après que le cri général lui eut fait une
semaines
> nécessité de l'attaquer quelques
plus
réitérées et
( tard. > En second lieu, les attaques
les plus grands efforts qui, furent fails pour res --- Page 138 ---
(9a)
sur-tout aux camps du Limbé
poitsser les insurgés 2
en grande partie
ne provinrent
el du Port-Margot,
parleurs officiers particuque des milices commandées
du Cap ont formé des
liers 5 et lorsque ceux du régiment douteux ou bien ils esattaques, les succès élaient
,
des échecs. J'en ai souvent entendu citer une,
suyaient
de trahison et de dessein
comme une preuve complète
C'est lorsque le lieude faire détruire nos défenseurs:
à la tête d'un
ténant-colonel du régiment du Cap,
nombreux de milices et de quelques soldats 2 s'encorps
du côlé des Mornets', ét qu'il
gagea dans une gorge
le feu vif et masqué
se trouva des deux côtés sous
lui tuèrent
d'un parti de rebelles en embuscade, 2 qui
beaucoup de monde.
vraisemblable en cette occaLa trahison paraît peu
officier
courait-il pas
sion, me dit le médecin : cet
n'y
de sa vie, et n'exposait-il pas ses propres
le risque
ne risquât rien 3
soldats 2--n élait possible qu'il
de
avec les révoltés. Quant à la perte
s'il s'entendait ceux-ci n'ayant plus la même soumission
ses soldats,
manqué dans ce qu'ils
qu'autrefois; et plusieurs ayant
plus
devaient à leurs officiers 2 ils n'en étaient guères trait
chéris ni estimés. Au reste, je yous rapporte ce
ai oui dire, sans insister sur Pintention
et ce que j'en
supposée.
voici des faits plus
En second lieu, continuai-je,
des militaires et des royalistes 2
positifs à la charge
plus loin. On sait
sans compter ceux qui paraîtront
de l'aveu d'un pêcheur du Cap > que, 2
actuellement,
fréquemment dans son canot,
la nuit, il transportait
de Limonade. 2 l'aidede celte ville à Pembarcadaire
fcis il en
du régiment du Cap, et que chaque
major
le payement de son voyage.
recevait un quadruple pour
-je,
des militaires et des royalistes 2
positifs à la charge
plus loin. On sait
sans compter ceux qui paraîtront
de l'aveu d'un pêcheur du Cap > que, 2
actuellement,
fréquemment dans son canot,
la nuit, il transportait
de Limonade. 2 l'aidede celte ville à Pembarcadaire
fcis il en
du régiment du Cap, et que chaque
major
le payement de son voyage.
recevait un quadruple pour --- Page 139 ---
(193
qui n'était fréquentée
Arrivé dans cette embarcadaire,
abouchait avec
des révoltés 5 cet officier s'y
que par
s'en revenait qu'après de tiès-lonleurs chefs 2 et ne
qu'un peu
conférences 2 ne se retirant quelquefuis
gues
Des habitans du Morne du Cap, pourvus
avant le jour.
débarquer des
de longues vues 1 ont souvent apperçu apportés par des
effels sur cetle même embarcadaire, les révoltés charchaloupes parties de la ville 5 que
emincontinent sur des cabrouets, et qu'ils
geaient
retraites.
que les Noirs
portaient dans leurs
J'ajouterai la cocarde blaninsurgés ne tardèrent pas à prendre
décora
leur généralissime se
che : que Jean-François, ordres militaires 5 et qu'il se
des signes de plusieurs des armées du roi : que tous
qualifia de commandant
des rubans et des
les autres chefs avaient également soutenir la cause du roi:
croix, et que tous disaient
par trac'est de plus une vérité, que les Blancs, qui,
abandonnèrent leurs postes 9 ou, qui, fatigués
hison 2
cherchèrent un asyle dans Pespagnol,
de leurs maux,
parmi les insurgés
n'eurent besoin d'autre passe-port, d'arborer le pavillon
qui fermaient les passages 1 que
blanc et de déclarer leur dessein.
venez
L'avocat prenant ici la parole 3 me dit: vous
de nombreuses preuves de la part que le
d'accumuler
dans la révolte des esclaves et collroyalisme a eue
dans la, ruine entière de St.-Domingue:
séquemment
en disculper
ces détails me paraissent suffisans 2 pour
la société des, négrophiles.
lui réponjaloux et fort pressé ,
Vous me paraissez
de
Pimdis-je, de blanchir vos confrères 1 ou prévenir
des choses qui sont à leur charge: soyez tranpression les désastres de cette Colonie sont assez grands,
quille 5
le résultat des machinations d'un seul.
pour n'être pas
la, ruine entière de St.-Domingue:
séquemment
en disculper
ces détails me paraissent suffisans 2 pour
la société des, négrophiles.
lui réponjaloux et fort pressé ,
Vous me paraissez
de
Pimdis-je, de blanchir vos confrères 1 ou prévenir
des choses qui sont à leur charge: soyez tranpression les désastres de cette Colonie sont assez grands,
quille 5
le résultat des machinations d'un seul.
pour n'être pas --- Page 140 ---
(94)
parti: ce que vous avez entendu n'est rien; auprès
de ce qui me reste à vous raconter; cependant, le
royalisme y sera pour peu de chose. Vous y verrez
vos chers Mulâtres y prendre une part tout autrement
active et personnelle: après avoir servi cette faction
première , vous les verrez seuls ennemis acharnés des
Blancs; et de concert ensuile avec Pabominable secte
négrophile, comploter ensemble notre destruction.
MuC'est un fait avéré, continuai-je, que quelques
lâtres libres ont été les intermédiaires et les porteurs
du complot de la révolte des Noirs 2 quelques semaines
avant son explosion. Après Pévénement. 2 on s'est rappelé de leurs fréquentes courses dans la plaine du
Cap, du Limbé au Maribarou ( environ 20 lieues d'étendue); on a su qu'ils parcouraient de nuit les habitations, et qu'ils n'y paraissaient- qu'aux cases à
Nègres. Viaisemblablement, ils eurent de pareils émissaires nocturnes, du Limbé jusqu'à Jean-Rabel. Soit
qu'ils agissent ainsi pour eux-mêmes 3 soit qu'ils
ne fussent que les instrumens d'un parti, toujours
reste-t-il assuré, qu'il n'a pas dépendu de celle caste,
que la Noire se soulevât en masse dans toute la
dépendance du Nord. Cette corre spondance tardive des
Noirs , et par une entremise étrangère 2 me confirme
dans lopinion, que Pensemble des esclaves n'avait
conspiré que très-récemment, par une impulsion communiquée ; et qu'ils n'étaient pas prêts pour cetle
lorsqu'elle éclata dans le Limbé.
grande entreprise 2
Si l'on considère ensuite la progression de ce soulèvement, il est aisé de reconnaître qu'il est encore
Pouvrage des Mulâtres 3 et qu'il devait servir à leurs
desseius particuliers. En effet, la révolte ne gagna tout
de suite que lesquartiers fournis de sang-mélés libres;
très-récemment, par une impulsion communiquée ; et qu'ils n'étaient pas prêts pour cetle
lorsqu'elle éclata dans le Limbé.
grande entreprise 2
Si l'on considère ensuite la progression de ce soulèvement, il est aisé de reconnaître qu'il est encore
Pouvrage des Mulâtres 3 et qu'il devait servir à leurs
desseius particuliers. En effet, la révolte ne gagna tout
de suite que lesquartiers fournis de sang-mélés libres; --- Page 141 ---
(95)
Ste.-Susane 5 les Cotelètes 2 la Grande-Rivière et Ouanaminte. Ce sont ceux de ces trois premières paroisses,
qui, peu de tems après, ayant fait cause commune
avec les Noirs rebelles, les aidèrent à s'emparer,
dans les mornes voisins, de la forte paroisse du Dondon, et à s'élendre dans celle de la Marmelade, jusqu'à Plaisance.
Dans ces commencemens 3 si tous les Mulâtres étaient
portés à s'insurger, il n'y en eut que peu, relativement
à leur grand nombre, qui osèrent le faire, se rappelant
peut-êlre de l'issue de leur premier soulèvement : le
désir n'en était pas moins général en eux : ils avaient
sur le coeur le supplice d'Ogé et la constance de nos
refus. Cependant, ceux du Cap se distinguèrent d'abord
par beaucoup de zèle et de véritables efforts : à leur
première sortie ils défirent un corps de révoltés qui
venait assaillir la ville, en tuèrent beaucoup., et en
amenèrent 80 de prisonniers. Vous saurez 2 que les
gens de couleur du Cap, presque tous mariés légitimement, exerçant des états lucratifs, et plusieurs étant
propriétaires de maisous, sont ceux dont nous avons
eu le moins à nous plaindre. Aux premiers jours de
la révolte 7 ayant appris que nous avions conçu des
soupçons contr'eux, ils offrirent de mettre en nos mains
pour otages 5 leurs femmes et leurs enfans. Leurs familles les rendaient plus soumis, leurs occupations moins
avides de nouveautés 3 et leurs propriétés plus attachés
au bon-ordre. Familliers d'ailleurs journellement avec
des Blancs d'un petit commerce, dont
ils semblaient
les égaux; estimés par leur conduite et quelques-uns
considérés, ils nous étaient réellement attachés. Il est
assez vraisemblable que, satisfails de leur sort et ne
portant pas leurs prélentions plus haut, la plupart
illes les rendaient plus soumis, leurs occupations moins
avides de nouveautés 3 et leurs propriétés plus attachés
au bon-ordre. Familliers d'ailleurs journellement avec
des Blancs d'un petit commerce, dont
ils semblaient
les égaux; estimés par leur conduite et quelques-uns
considérés, ils nous étaient réellement attachés. Il est
assez vraisemblable que, satisfails de leur sort et ne
portant pas leurs prélentions plus haut, la plupart --- Page 142 ---
(56)
n'auraient jamais pris les armes contre nous, moins
encore commis les horreurs que vous entendrez 2 sans
gémérale dont ils furent atteints, et sans le
Pépidémie les derniers, de ne pas suivre le parti
danger pour
de ceux qui s'étaient déjà déclarés.
bâtards
Les Mulâtres des bourgs et des campagnes,
oisifs et sans propriétés, a ou du moins
en grande partie,
tous mal à leur aise, eurent dans cette guerre 2
presque bien moins de traits en leur faveur que les précédens.
Leur haine contre les Blancs était en général plus
et dans le nombre,il s'en trouva de cruels
prononcée,
Ennemis d'autant plus dangeet même avec atrocité.,
à vivre de peu, et
reux 2 que pauvres, 2 accoutumés à la chasse, à gravir les
formés à une vie dure,
à monter à cheval et
mornes 2 à fréquenter les bois,
à fournir de longues traites ; ils en étaient plus aptes
2 à marcher
à rester dans des camps, à bivouaquer
à çourir de nuit et à réitérer fréquemment
au soleil,
leurs attaques. les deux sortes de sang-mélés, que
Telles étaient
ennemis dans la province du
nous devions avoir pour l'Ouest et du Sud, , il en exisNord. Dans celles de
Ces deux dernières
tait une classe encore différente.
déftichées qu'aparties de l'ile n'ont été parfaitement Paffluence des
près la première ; et dans le principe.
résulta
Blancs ayant été moins nombreuse. 2 il en
y
de vastes terreins, et que
qu'ils devinrent possesseurs
leurs
faute de femmes Blanches 2 presque tous passèrent Muavec des Négresses ou des
jours en concubinage
nombre de bâtards,et
lâtresses. Ils en eurent grand
d'ailmourant sans héritiers légitimes présens, attachés,
les uns leur laissèrent en
leurs, à leur progéniture, ,
autres de
des habitations élablies 2 et les
hérilage
considérables --- Page 143 ---
(97)
considérables terreins neufs 2 avec des Nègres pour
les mettra CIl valeur. C'est ainsi que s'étaient
dans ces
formées,
deux dépendances, de nombreuses et puissantes familles De couleur: elles y jouissaient de plus
de considération que dans celle du Nord; et plusicurs
d'elles, blanchies à la longue n'y étaient plus regardées
différemment des Blancs, quoique leur origine fatconnue. Les sangs-mélés, riches dans ces quartiers 7 plus humiliés à celitre que ceux du Nord, du refus de P'égalité
des rangs et des droits ; excités encore inmédiatement
par les discours et les écrits d'un des leurs, nommé
Pinchinat, devenu célèbre par nos malheurs ; étant
en grand nombre ; pouvant armer 2 chacun, plusieurs
de leurs Negres , et se trouvant ainsi les plus foris,
ne tardèrent pas à y déployer Tétendaro de la repolte , aussitôt qu'ils eurent appris celle des esclaves
de la plaiue du Cap.
galité
des rangs et des droits ; excités encore inmédiatement
par les discours et les écrits d'un des leurs, nommé
Pinchinat, devenu célèbre par nos malheurs ; étant
en grand nombre ; pouvant armer 2 chacun, plusieurs
de leurs Negres , et se trouvant ainsi les plus foris,
ne tardèrent pas à y déployer Tétendaro de la repolte , aussitôt qu'ils eurent appris celle des esclaves
de la plaiue du Cap. Pouvez-vous donner, mc dit ici l'avocat, le nom de
révolte à des efforls exercés pour soutenir des droits
légitimes 3 ou pour se les faire donner par des gens
qui les refusent injustement ? J'appelle révolte 3 lui répondis-je, tout ce" quis'élève à main armée contre l'ordre public : rien ne peut
être légitime de ce qui trouble la tranquillité commune
et qui menace la vie des citoyens. Passez-moi le
mot,
je vous prie 5 ce n'est pas le moment de nous
de cette discussion. occuper
Le rassemblement, repris-je, des Mulâtres de la
de ()Avant la révolution 2 le Conseil du Cap, dans l'affaire
noire Chapuzet, d'une avait prononcé dans son arrêt, gue la tache
famille de couleur, était entièrement obliteréc à
la personne de POctavon, ou, du produit d'uu Blauc avec
une Métisse,
--- Page 144 ---
(98)
partie de l'Ouest 5 fut si rapide, et leurs moyens, 2
concertés sans doute depuis long-tems, si bien entendus 3 je dirai plutôt, les Blancs en général étaient si
portés à leur faire la guerre 3 et même à leur voupeu loir du mal 3 que ces insurgés les contraignirent le onze
Septembre, trois semaines seulement après la révolte
des Noirs 7 à signer dans la ville du Port-au-Prince 2
dans le chef-lieu du bas de la côle, et Pendroit le
plus fort en population à signer 2 dis-je, ce fameur
concordat, oùr se voyaient déjà toute la hauteur, Pinsolence ct les prétentions de cette caste. Ce traité 3
soi-disant passé d'accord, mais extorqué par la sur--
prise et par des menaces, ( les propositions finissant
ces mots, toutes ces conôitions Olb la mort)
par
d'extension au décret du 15 Mai; dédonnait plus
clarail infâme et nul l'arrêt rendu contre Ogé ; accordait aux Mulâtres voix consultative et délibérative
dans toutes les assemblées ; une égalité parfaite entr'eux
et les Blancs. ; et soumettait ceux-ci à observer, sans
restriction, les lois rendues par P'assemblée nationale. Pour couronner leur triomphe, ils forcèrent ces derniersà
chanter un Te Deum avec eux 2 en mémoire de cette
réconciliation. Rien n'était oublié, 2 comme vous le voyez,
remplir complèiement leurs désirs et leur vanité,
pour mais à leur grand regret, tout cela n'eflaçait pas de
leur front la tache que la nature y avait imprimée. L'heureux succès de cette entreprise partielle fut une
nouvelle source de malheur pour la Colonie entière. Seule elle aurait rendu les Noirs plus obstinés dans
leur rébellion 2
et affaibii le courage et T'espoir des
d'ailleurs,
pareille réusBlancs. Il ne fallait,
qu'une
remuer de nouveau dans le Nord, les esprits
site, pour de couleur en ranimer les indolens, échauffer
des gens
--- Page 145 ---
(99)
les tièdes , réveiller les assoupis et porler les exaliés
et les plus ardens aux dernières extrêmités.
aurait rendu les Noirs plus obstinés dans
leur rébellion 2
et affaibii le courage et T'espoir des
d'ailleurs,
pareille réusBlancs. Il ne fallait,
qu'une
remuer de nouveau dans le Nord, les esprits
site, pour de couleur en ranimer les indolens, échauffer
des gens
--- Page 145 ---
(99)
les tièdes , réveiller les assoupis et porler les exaliés
et les plus ardens aux dernières extrêmités. Daus le
Sud, ils ne tardèrent pas à suivre cet exemple et à
se modeler par la suite, sur tout ce que leurs frères
entreprirent dans i'Ouest. Dans le Nord, mais au Cap particulièrement, les
forces Blanches s'effaiblirent rapidement. - Il y fallait
tenir en échec, dans divers postes dispersés, un ennemi
dispos 2 nombreux et renouvelant sans cesse ses attaques. II ne se passait guères de jour ou de nuit, dans
les premiers mois., qu'il ne failut combattre : on mit
beaucoup de tems et l'on perdit beaucoup de monde
à nétoyer PAcul et le Limbé des Nègres révoltés ; ensuite
à le repousser du Morne-Rouge, et du camp du PortMargot. Les milices de la ville , composées de citadins
atcoulumés à une vie aisée, à une excellente nourriture,
à de bons lits, à peu de fatigue et à reposer toute la
nuit, succombèrent bientôt sous le poids de ce service guerrier. Le zèle qu'ils y mirent et la constance
de leurs efforts, leur deviorent encore plus funestes
que le feu de l'ennemi. Comme des troupes endurcies
à tous les travaux de la guerre, ils faisaient des traites
à pied de cinq à six lieues, chargés de leurs armes 9
de leurs munltions etde leurs havre-sacs 2 par un soleil
ardent et au milieu d'une poussière affreuse. Aux camps,
ils y étaient sans abri, sans lits et sans aucune commodité 3 obligés encore de bivouaquer toutes les nuits
et souvent de combattre. Des devoirs aussi pénibles
ne les rebutèrent pas 3 mais ils en devinrent bientôt les
victimes : il en périt le tiers par les maladies.. Sous ce rapport, l'ennemi qu'ils combattaient avait
de grands avantages sur eux : toujours nud , vivant
dans son climat, fait au travail, endurci aux fatigues,
ils y étaient sans abri, sans lits et sans aucune commodité 3 obligés encore de bivouaquer toutes les nuits
et souvent de combattre. Des devoirs aussi pénibles
ne les rebutèrent pas 3 mais ils en devinrent bientôt les
victimes : il en périt le tiers par les maladies.. Sous ce rapport, l'ennemi qu'ils combattaient avait
de grands avantages sur eux : toujours nud , vivant
dans son climat, fait au travail, endurci aux fatigues, --- Page 146 ---
IOO )
accoulumé à dormir sur la dure et à ne manger que des
boire de leau, ils s'anachaient encore à les
vivres et
la nuit que le jour 2 à redoubler ses
harceler plus
et à y mettre de l'audace et de la surprise.
attaques 3
il était repoussé ; mais chaque fois, 2 il se
Ordinairement si vîle si complètement et par tant de trous
dispersait
et de sentiers, qu'il était imde haies 2 de ravinages
de Patteindre 5 de sorte que ne perdant prespossible
le lendemain il reparaissait avec autant
que personne. 2
la même effronterie et les
de nonde, et témoignant
mêmes dispositions que la veille.
siluation difficile des Blancs de la' partie du
Celte
succès des
de couleur du bas de
Nord, et les
gens de ceux de notre déla côte, réveillèrent les passions
derBientôt , un grand nombre d'entre ces
pendance.
à leur première
niers montra des dispositions opposées
diminuconduite. Ils prévirent de reste 2 que notre
iraient toujours en augmentant:
tion et notre faiblesse
c'était d'acun sûr moyen d'y contribuer encore 2
soulever
croître le nombre de nos ennemis 2 en faisant
Abjurant donc alors leur préde nouveaux quartiers. mutins de la ville du Cap,
tendue fidélité 2 les plus
des Conombre de ceux de Ste.-Susanne,
et grand
s'évadant des camps
telètes et de la Grande-Rivière, réunirent aux Noirs inet du milieu des Blancs 2 se
et
soulevèrent ceux de ces trois paroisses 2
surgés,
dernière, en corps avec les Noirs,
partant de la
le champ de la réils agrandirent considérablement comme je vous l'ai dit, du
volte , en s'emparant,
Dondon 2 etc. effervescence nouvelle, le corps entier
Malgré cette
mardes Mulâtres ne nous donnait pas une inquiélude n'élant le
la levée de boucliers des précédens
quée 3
et
soulevèrent ceux de ces trois paroisses 2
surgés,
dernière, en corps avec les Noirs,
partant de la
le champ de la réils agrandirent considérablement comme je vous l'ai dit, du
volte , en s'emparant,
Dondon 2 etc. effervescence nouvelle, le corps entier
Malgré cette
mardes Mulâtres ne nous donnait pas une inquiélude n'élant le
la levée de boucliers des précédens
quée 3 --- Page 147 ---
(IoI)
partage que d'un nombre peu considérable, relativement à leur totalité, Ceux du Cap, particulièrement,
sûrent se maintenir, sinon dans le respect et la soumission d'autrefois, au moins dans une certaine retenue, et portant toujours les armes contre les Noirs.
Mais bientôt après et successivement , d'auires gens de
couleur 2 des quarliers de l'Est, el quelques-uns de la
ville, ayant joints ces premiers mutins, et, réunis,
s'étant cantonnés dans Ia Grande-Rivière 5 ils accrurent et redoublèrent pendant quelques jours les allarmes
des Blancs, incertains de leurs véritables projets, et
qui leur offrirent en vain de satisfaire incessa mment
leur demandes, en promulguant la nouvelle constitution Coloniale. Sourds à cette voix conciliatrice 3
peu de jours après, ils arborèrent enfin ouvericment
l'étendard de la révole, après s'être choisis pour
chefs un des leurs, 2 nommé Candy, homie cruel
jusqu'à la férocité (t).
Leur première hostilité fut d'aider les Nègres ré--
voltés à enlever de force, ( en novembre 1791) le poste
de Sans-Souci, dans le quartier des Ecrevisses. Par
sa situation 2 il couvrait toute la partie des mornes
de PEst encore intacte, et les Noirs rebelles l'avaient
attaqué plusieurs fois inutilement. Comme il fut abandonné peu de jours avant sa prise, par M. Pichon,
capitaine au régiment du Cap 2 qui y commandait, et
qui amena avec lui son piquet de soldats, malgré
les instantes prières des Blancs du quartier, pour les
aider à tenir bon dans un poste aussi important; cette
retraite 2 après lévénement, , a été considérée comme
(*) Ona dit de lui, 3 qu'il arrachait les yeux aux Blancs,
avec un_tire-bouchon.
il fut abandonné peu de jours avant sa prise, par M. Pichon,
capitaine au régiment du Cap 2 qui y commandait, et
qui amena avec lui son piquet de soldats, malgré
les instantes prières des Blancs du quartier, pour les
aider à tenir bon dans un poste aussi important; cette
retraite 2 après lévénement, , a été considérée comme
(*) Ona dit de lui, 3 qu'il arrachait les yeux aux Blancs,
avec un_tire-bouchon. --- Page 148 ---
I02 )
Peffet d'une intelligence entre les Mulâtres et lui, et
conséquemment une pleine trahison. Quoiqu'il en soit, 3
la perte de ce poste entraina soudain celle de tout le
quartier de Valière et des Monts-Organisés, Les Noirs
Sy précipilèrent en foule; soulevèrent les ateliers ; et
joints ensemble, ils incendièrent ces deux paroisses
jusqu'aux limites espagnoles.
Ce ne fut pas le seul funeste effet de celte seconde
iusurrection d'une partie de nos Mulâtres, et de leur
accord avec les Noirs révoltés. Le théâtre de leurs entreprises communes s'étendant actuellement dans les
montagnes, 2 sur une étendue de plus de 20 lieues 3
et le succès les couronnant, ce double motif excila
promptement le reste des gens de couleur de ces cantons de P'Est, de la ville et du quarlier Dauphin 3
de Maribarou, d'Ouanaminte, de la Mine 1 de PAculà-Samedi, etc, à se joindre à la cause de leurs frères
insurgés du moins à nous en donner les allarmes
les plus 2 vives. Ils ne tardèrent donc pas de s'attrouper en divers lieux, et de se réunir enfia sur
les bords de la Matrie, rivière entre le Maribarou
Et le quariier Dauphin. On eut beau faire auprès d'eux
des demarches réilérées, pour les ramener au parti
de la douceur et de la tranquillité ; narguant et menaçant les Blancs 2 ils ne voulurent ni se séparer,
ni s'expliquer clairement. Ils élaient, dans celte partie,
d'un caractère plus fier et plus indépendant, que dans
celle du Cap. S'entendant avec les nouveaux Noirs
rebelles des mornes voisins, et communiquant avec le
insurgé de Candy, ils nous deviurent funestes
de corps plus d'une manière. Les perfides ! Malgré leur attroupement et leurs bravades, 2 ils feignaient encore de
entièrement rompre avec nous. Il eût
ne vouloir pas
'expliquer clairement. Ils élaient, dans celte partie,
d'un caractère plus fier et plus indépendant, que dans
celle du Cap. S'entendant avec les nouveaux Noirs
rebelles des mornes voisins, et communiquant avec le
insurgé de Candy, ils nous deviurent funestes
de corps plus d'une manière. Les perfides ! Malgré leur attroupement et leurs bravades, 2 ils feignaient encore de
entièrement rompre avec nous. Il eût
ne vouloir pas --- Page 149 ---
(103)
été peut-etre plus avantugeux, qu'ils s'en fussent séparés ouvertement : car, sous cette apparence de tenir
à notre parti, ils nous portèrent des coups plus surs
et plus accablans. Jugez-en par un de Jeurs traits.
Leur dessein secret était de faire incendier tout ce qui
restait d'intact, dans cette extrêmitéde la plaine de PEst.
Quelques-uns des leurs, servant encore avec les Blancs,
faisaient partie des défenseurs de nos postes. Voulant
s'cmparer de celui du bourg d'Ouanaminte 2 nécessaire
à leur projet, les Mulàtres qui y étaient de service 3
y ayant introduit, une nuit, des brigands avec lesquels
ils s'entendaient, laissèrent égorger traitreusement tous
les Blancs, au nombre de 32, qui gardaient ce fort
conjointement avec eux.
Quel horrible trait! s'écria le curé,
Vous vous appercevez, continuai-je, du progrès de
linsurrection des Mulâtres dans la partie du Nord, et
quel caractère grave elle y prenait. Ils imitaient ceux
du bas de la côte qui déjà y avaient acquis de grands
succès. Ceux-ci plus forts 2 avaient, dès le commencement, presqu'atteint leur but. Les nôtres ne purent
aller de pair avec eux 1 qu'à mesure - que nos forces
diminuaient. Malgré cette différence dans leur marche,
leur plan et leurs intentions étaient les mêmes. II est
indubitable. 2 par le rapprochement de tout ce que les
geus de couleur ont entrepris contre nous 2 et par le
concert et l'à-propos qu'ils; y ont mis, 2 que depuis longtems, il existait de leur part et dans les trois parties
de Pile, des desseuns secrets contre les Blancs. C'est
encore une vérité. 2 que notre méfiance à leur sujet a
été si complètement nulle, qu'à chacune de leurs entreprises, en tous les endroits 2 nous n'avons' jamais
été sur nos gardes. Circonstance qui ferait peu d'honneur
ont entrepris contre nous 2 et par le
concert et l'à-propos qu'ils; y ont mis, 2 que depuis longtems, il existait de leur part et dans les trois parties
de Pile, des desseuns secrets contre les Blancs. C'est
encore une vérité. 2 que notre méfiance à leur sujet a
été si complètement nulle, qu'à chacune de leurs entreprises, en tous les endroits 2 nous n'avons' jamais
été sur nos gardes. Circonstance qui ferait peu d'honneur --- Page 150 ---
( T04)
à notre jugement. , si elle ne prouvait invinciblement 2
que nous n'avions aucun fiel contr'eux, et que nous
les supposions dans les mêmes dispositions à notre
égard.
Ils en profitèrent merveilleusement; en premier lieu
ourdir secrètement leurs trames, et ensuite pour
pour
se préparer à nous attaquer inopinément. Dans ces temsci, Pinchinat 2 leur oracle, après avoir dirigé tacitemnent
ces premiers moyens 2 animait actuellement ses frères
de continuels écriis qu'il faisait répandre, oit se
par montraient les prétentions les plus hardies. Alors commencèrent à devenir familières parmi eux 2 ces expressionshantaines et indépen dantes, qu'avaient proférées 2
en s'attroupant, nos gens de couleur de PEst: G qu'ils
>) ne faisaient aucun cas des intentions que l'assem-
>) blée Coloniale pouvait avoir pour eux 5 qu'ils ne lui
> demanderaient plus rien 2 et qu'ils obtiendraient tout
> de la nation >. Ils en avaient de sûrs avis.
Les habitans de P'Est, menacés ainsi, réclamèrent
les secours du Cap 5 on leur envoya M. Thouzard,
major du régiment de cette ville 2 avec quelques troupes. Sa présence n'en imposa guères aux mutins ; bien
loin d'ordonner et d'agir, il ne passa le tems qu'en
des pourparlers. Maigré les forces qu'il commandait,
on n'était pas plus en sûreté sur les habitations , qu'avant son arrivée. Les gens de couleur 2 assistés des
Noirs révoltés 2 les parcouraient, y parlaient en maitres
ce qui leur plaisait, et si quelque
2 prenaient
il était
( Miniac l'ainé
Blanc en murmurait,
égorgé,
fut de ce nombre ) Ces traits particuliers d'audace
et de révolte, n'étaient que le prélude du Plan de
Destruction totale qui devait s'exécuter dans cette
riche plaine 3 comme il l'avait été deux mois auparavant
és des
Noirs révoltés 2 les parcouraient, y parlaient en maitres
ce qui leur plaisait, et si quelque
2 prenaient
il était
( Miniac l'ainé
Blanc en murmurait,
égorgé,
fut de ce nombre ) Ces traits particuliers d'audace
et de révolte, n'étaient que le prélude du Plan de
Destruction totale qui devait s'exécuter dans cette
riche plaine 3 comme il l'avait été deux mois auparavant --- Page 151 ---
(1o5)
ravant, , dans les quartiers des mornes voisins.
tandis que M. de Thouzard, résidant
Car;
au fort Dauphin, se confiait ( on le croyait du moins
les négociations entamées avec les
ainsi)dans
les
Mulâtres, et que
habitans se reposaient sur lui, une nuit, (celle
du 14 janvier 1792 ) ces traîtres, ayant donné le signal à tous les ateliers de se révolter, et fortifiés des
brigands voisins, égorgèrent, pour la seconde
garnison du bourg d'Ouanaminte
fois 9 la
2 mais plus nombreuse
alors. En même-tems, les Blancs, sur les babitations,
éprouvaient le même sort : enfin, dès le matin, ils
firent incendier. 7 à-la-fois 2 toutes les sucreries de
celte paroisse et de
cannes,
Maribarou;
5 moulins et
bâlimens 3 tout y fut brûlé depuis six heures jusqu'à
midi.
Les détails particuliers de cet événement font frémir,
Le détachement d'environ quatre cens hommes
courut, vers les neuf heures de cette fatale matinée, 5 qui
au secours de ce quartier, trouva les Blancs, chez- 9
eux et dans le fort, non-seulement
mais
leurs corps mutilés 2 les membres déchirés, égorgés les 9 chairs
hâchées. 2 des parties naturelles enlevées et telles autres barbaries. Bon Dieu ! s'écrièrent mes
quels excès d'atrocité!
Joints,
auditeurs,
7 commevous
à la plus insigne trahison. Je ne vous dirai voyez, 9
les bruits défavorables qui
pas tous
coururent sur cette expédition de M. Thouzard : elle a passé
le
pour
complément du complot formé par le parti royaliste, de
soulever tous les Noirs et de ne laisser rien d'intact
dans la partie du Nord, les habitans s'y refusant à
se prèter au mouvement qu'il cherchait à leur donner.
Il est cerlain que cet officier ne fit aucune disposi-:
tion propre à réprimer les gens de couleur, et qu'ayant
I4
ables qui
pas tous
coururent sur cette expédition de M. Thouzard : elle a passé
le
pour
complément du complot formé par le parti royaliste, de
soulever tous les Noirs et de ne laisser rien d'intact
dans la partie du Nord, les habitans s'y refusant à
se prèter au mouvement qu'il cherchait à leur donner.
Il est cerlain que cet officier ne fit aucune disposi-:
tion propre à réprimer les gens de couleur, et qu'ayant
I4 --- Page 152 ---
(106 )
conduit son détachement au secours 5 sans amener avec
une pièce de canon 2 et sans emporter ni
Jui, pas ni
il se mit hors d'état de rien entrehâche 2
serpe,
des
et même de
prendre contre la masse
brigands 2
en s'ouvrant des chemins 2 dans
faciliter sa retraite 2
chaudele cas où sa troupe en aurait été poursuivie
ment. Le bruit a couru, qu'il n'avait quitté le quartier
les mains bien garnies Les Mulâtres
Dauphin, que
de cette terrible et
de PEst, satisfaits probablement
joints
cruelle vengeance 2 ne s'étant plus ouvertement
il nous a fallu 2 dans la suite, ignorer
aux révoliés,
paraître leurs amis, rester unis
ces noirs procédés,
à servir enavec eux 2 et continuer. 3 à nos risques,
semble dans les mêmes postes et dans les mêmes camps.
le même déboire nous atVous verrez encore 2 que
révolté
tendait, avec ce corps de couleur, pleinement fuines
contre nous sous les ordres de Candy. Nous
réduits à toucher 2
la main, en amis 1 à des hommes
l'avaient teinte
du sang de nos semblables 2
qui ne
que
dans le sein.:
et toujours prêts à nous plonger le poignard
scènes se
dans le Nord,
Pendant que ces
passaient
la guerre et les combats s'étendaient et se multipliaient
dans les autres parties de l'ilie 2 mais principalement
dans les quartiers de St.-Marc et du Port-au-Prince,
Jes détails 2 Il suffira
A quoi servirait de vous en exposer
Blancs de cette
de vous apprendre en gros 2 que les
de
dernière ville 2 revenus de leur surprise, indignés
leurconcordat avec les Mulâtres, et fomentés par quelques
dit, qu'il avait reçu de M. Pont-
(*)la été publiquement lui fournir les facilités de saude-Gau, 150 portugaises , pour
celui-ci préver une étuvée de sucres de la catastrophe avait 2 que été remise dans
voyait 5 et que quantité d'argenterie lui
es mèmes vues.
vous apprendre en gros 2 que les
de
dernière ville 2 revenus de leur surprise, indignés
leurconcordat avec les Mulâtres, et fomentés par quelques
dit, qu'il avait reçu de M. Pont-
(*)la été publiquement lui fournir les facilités de saude-Gau, 150 portugaises , pour
celui-ci préver une étuvée de sucres de la catastrophe avait 2 que été remise dans
voyait 5 et que quantité d'argenterie lui
es mèmes vues. --- Page 153 ---
(107)
têtes exaltées , (nommément M. de Caradeu ) chassèrent
leurs adversaires de leur murs. Bientôt après
fortifiés des Noirs, defirent la petite armée des ceux-ci, Blancs
à la
CGroix-Aes-Bonquets, et vinrent bloquer le Portau-Prince. Dans leurs insolens succès 2 et comme participant de vive voix à la doctrine de Pinchinat, ils
convinrent de nejamais admetire de Blancs parmi eux
disant avoir une Cause différente : et dès-lors 2
2 ils
s'affichèrent pour les vraus et seuls propridtaires de
lile. Vous verriez les mêmes choses à St.-Marc: les
Blanes, ayant à leur tête M. de Borel, habitant,
s'avancer dans la plaine 1 y former un camp, et lenir
les Mulâtres en échec : eux-mêmes ensuite, entièrement
défaits, et les gens de couleur se comportant en vainqueurs insultans et comme de vrais spoliateurs. Rigaud
et ses partisans commençaient à cette époque, dans
la parlie du Sud, à suivre les traces de ceux-là.
A ces entreprises 2 communes dans les trois parties
de l'ile. > qui pourrail douter, je le répète
Jes
de couleur
2 que gens
2 agresseurs en tous lieux 2 n'agissent de
concert, et dans de pareilles vues ; qu'ils ne visâssent,
non-seulement à ravir de force les droits de citoyens
actifs, mais encore à détruire l'espèce Blanche. Sous
peu de jours, ils s'en expliqueront sans délours : dès
ce moment, ne le donnaient-ils pas à entendre ? Pour
être propriétaires d'un sol qui n'est pas à nous, ilfaut en
chasser le possesseur 2 ou lui ôter la vie. Quelle fureur
et quelle ambition ! Que ces traits ne s'oublient jamais !
Dépeignant les Mulâtres au naturel 5 et donnant la
mesure de toute la haine qu'ils portent aux Blancs 2
que nos arrières-neveux, les futurs Colons des iles à
sucre, apprennent à se tenir sans cesse en gorde
contre une caste aussi pleine de méchancelé,
pas à nous, ilfaut en
chasser le possesseur 2 ou lui ôter la vie. Quelle fureur
et quelle ambition ! Que ces traits ne s'oublient jamais !
Dépeignant les Mulâtres au naturel 5 et donnant la
mesure de toute la haine qu'ils portent aux Blancs 2
que nos arrières-neveux, les futurs Colons des iles à
sucre, apprennent à se tenir sans cesse en gorde
contre une caste aussi pleine de méchancelé, --- Page 154 ---
(108)
me demanda le négociant. ;
Comment se peut-il 2
les Blancs aient ainsi
dans toutes les occasions,
que,
les efforts des gens de couleur ? Ceuxsuccombé sous
moins nombreux ?
ci n'étaient-ils pas en général
dans les
Celte proportion existait 2 lui répondis-je, mais les
de la révolte des esclaves ;
commencemens nul d'eux n'ayant quitté le pays, 2 plus faits
Mulâtres,
climat que leurs adversaires 2 et
et plus endurcis au
ceux-ci par les man'ayant pas élé diminués, comme
dans le
ladies se maintinrent toujours à-peu-près
2 nombre : ils se battaient, d'ailleurs 2 le coeur
même
haineuses' et bouillantes. Parmi
plus rempli de passions
pour la cause
Blancs ily avait moins d'énergie
les
2 Indépendamment des massacres. 9 des comcommune.
qui en enlevèrent promptement
bats et des maladies,
ne tenaient à la Colonie
le tiers, un pareil nombre qui
ouvriers s
foncière 5 économes 2
par aucune propriété
elc., rebutés d'un si pérafineurs, regratiers 2 gérants 2
la
service, et n'en prévoyant pas
nible et dangereux
moins de six mois, en France,
fin 2 se réfugièrent, en malgré les défenses faites et
ou dans les États-Unis, arrêter cette désertion. Vous
les précautions prises pour
les Mulâtres
avez vu de plus, qu'en plusieurs occasions 2
des Noirs insurgés.
se renforçaient
s'écria P'avocat, étant devenus
Eh! pourquoi donc,
de vous
de périr, plulôt que
si faibles, préférates-vous
? Au moins aurait-il
préter aux désirs de ces gens-là
l'arcondescendre, ajouta le curé , jusqu'à
été bien d'y
deviez attendre de la
rivée des secours 5 que vous
métropole.
de se voir contraint de
Il était amer, répondis-je, si fort au préjugé domiencore
faire ce qui répugnait essentiellement aux intérêts bien
nant, et ce qui nuisait
si faibles, préférates-vous
? Au moins aurait-il
préter aux désirs de ces gens-là
l'arcondescendre, ajouta le curé , jusqu'à
été bien d'y
deviez attendre de la
rivée des secours 5 que vous
métropole.
de se voir contraint de
Il était amer, répondis-je, si fort au préjugé domiencore
faire ce qui répugnait essentiellement aux intérêts bien
nant, et ce qui nuisait --- Page 155 ---
(Iog)
entendus de la Colonie; cependant 3 on était enfin
convenu de ne tenir que faiblement à ces considérations; 5 etle comité de l'assemblée générale, chargé de
s'occuper de la constitution intérieure de la Colonie
devait bientôt faire son rapport sur cet objet particu- 3
lier, lié par sa nature à l'ensemble du régime qu'on
voulait établir. Ou assurait d'avance ces gens-là,
leur sort politique serait amélioré. En quoi, je le
que
leur auraient nui quelques
répète,
semaines., quelques mois
de plus de patience ? Leur vanité seuleen aurait souffert.
Vous parlez de secours ; mais c'est précisément leur
attente, qui faisait traîner cette affaire en longueur,
jugeant qu'une augmentation de forces et la volonté de
Va nation, rabaisseraient le ton de ces orgueilleux.
Mais pendant que 2 nous confant encore à la nation
(revenant à un tems antérieur) nous en attendions no- s
tre salut, Pennemi, pourvu de munitions, et tandis
que nous nous affaiblissions, se renforçant lui, chaque
jour par des esclaves déserteurs des quartiers intacts,
nous harcelait dans nos postes de plus en plus 2 et
nous attaquait de préférence la nuit. Le Cap avait été
ceint d'une haute palissade de gros pieux, ; son avantposte du haut du Cap, à demi lieue de la ville, était
en bon état de défense ; les forts du bourg de la Petite-Anse, à une petite lieue, garantissaient la longue
chaussée qui, de là, conduisait au Bac et à la ville;
et divers
corps-de-garde 2 établis sur les hauteurs environnantes 2 la préservaient d'une surprise. Les Blancs
de la plaine et des mornes de PEst, réfugiés au fort
Dauphin 2 à Jacquesy, à Caracol et à la Petile-Anse,
joints avec leurs habitans
sitions sises
propres 7 gardaient ces po-,
sur le rivage de la mer. Au pied des
mornes au Rocou, était établi un camp (transporté
ville;
et divers
corps-de-garde 2 établis sur les hauteurs environnantes 2 la préservaient d'une surprise. Les Blancs
de la plaine et des mornes de PEst, réfugiés au fort
Dauphin 2 à Jacquesy, à Caracol et à la Petile-Anse,
joints avec leurs habitans
sitions sises
propres 7 gardaient ces po-,
sur le rivage de la mer. Au pied des
mornes au Rocou, était établi un camp (transporté --- Page 156 ---
(IIO)
depuis sur Phabitation Depardieu ) garni de Blancs 2
de gens de couleur et de quelques troupes de ligne :
encore 2 et composé de même, assis
un plus nombreux
les
au Port-Margot, réprimait
sur Thabitation Bertin 2
le
révollés du côté de POuest. Enfin, au Midi, sur
morne Pelé, à 2 lieues du Cap, une batterie de cacommandail la plaine au loin, et rassurait d'aunons
tant les défenseurs de la ville.
faire les
seuls, avant
Tout ce que purent
Colons,
l'arrivée d'aucun secours, ce fut de se soutenir, avec
de grands efforts, dans ces postes et dans ces camps
éloignés. Combien de fois celui du Port-Margot ne futil
attaqué avec acharnement 2 et jusqu'à la rage 1
pas
chaque fois, il fut déparles rebelles ! Heureusement,
fendu avec autant d'opiniâtreté, 2 et préservé enfin, par
les braves Colons qui le gardaient, sous le commandement de M'. Valerot. Celui du Rocou, alors sous
de M. de Rouvrai père, soutint une fois l'atles ordres
immense de Noirs, conduits par
taque d'un nombre
fuite
trois
Jeannot. Ils ne furent mis en
qu'après
combat.
vu par la suite celui de
heures de
Jai
des
Pardieu, assailli de même à deux reprises, par
( au moins IO mille chaque fuis )
milliers de révoltés, 3
et vive Caune longue
qui en furent repoussés après
commandaient
nonade. C'était deux jeunes Créoles qui
en premier et Pinaud en second: :
ce camp, Pageot
dans toutes ces
quantité de Créoles se sont distingués
bravoure. Je vous en citerai
affaires 2 par une grande
défendait les mornets,
deux encore: Dubisson fils, qui
et Dessources dans la partie de St.-Marc.
cette occasion que disparut Pabbé d'Osmond :
(*)Cest en,
jours de
on le crut mort, on chercha son corps plusieurs
suite, sans réussir à le trouver.
qui
en premier et Pinaud en second: :
ce camp, Pageot
dans toutes ces
quantité de Créoles se sont distingués
bravoure. Je vous en citerai
affaires 2 par une grande
défendait les mornets,
deux encore: Dubisson fils, qui
et Dessources dans la partie de St.-Marc.
cette occasion que disparut Pabbé d'Osmond :
(*)Cest en,
jours de
on le crut mort, on chercha son corps plusieurs
suite, sans réussir à le trouver. --- Page 157 ---
III )
Ces camps donnaient l'avantage de pousser 2 par
petits délachemens. 7 jusqu'au pied des grandes montagnes, et d'en retirer d'abondans secours en manioc s
précédemment plantés 3 et en banaues, fruit perpétuel d'une plante qui n'a presque pas besoin de culture. Ces positions nous rendaient ainsi maîtres de la
pluine, et la préservaient de l'incursion des Noirs.
Ceux-ci, gênés à ce point, et jaloux de notre avantage 3 encouragés encore par l'espagnol 2 qui l'assista
toujours de munitions 3 que sait-on ! Peut-être excités
par ceux qui nous commandaient, et s'aunonçant vouloir nous relarcer des parcs (c'élait leur expression )
où nous nous tenions renfermés 2 furent perpétuellement attachés à nous enlever ces derniers refuges.
La ville même du Cap, quoique la mieux pourvue de
défenseurs, et cernée de tant de petits postes, faillit, une
nuit, hardiment insultée par un côté dégarni, à être
emportée d'emblée.
Cet événement, quoique particulier 9 mérite d'êlre
détaillé. Ses circonstances ne s'effaceront jamais de
ma mémoire 2 autant par la grandeur du danger public, que par le saisissement, 2 la terrcur et presque
l'état de mort où je vis mon épouse et ma fille, auprès desquelles j'étais alors. D'ailleurs 2 l'audace de
l'entreprise 2 la marche et les positions que prirent
les assaillans dans cette surprise Docturne 2 ont toujours
fait croire qu'elle leur avait été suggérée par quelques
hommes de guerre 5 soupçon qui tombait encore sur
quelqu'un de nos militaires. Voici ce que c'est.
Un corps de Noirs rebelles, au nombre de 5 à
600, des plus braves et des mieux armés.
un
3 partit
après-midi , du pied des mornes de la Tannerie. Vers
le coucher du soleil, n'élant pas éloignés du bourg
ans dans cette surprise Docturne 2 ont toujours
fait croire qu'elle leur avait été suggérée par quelques
hommes de guerre 5 soupçon qui tombait encore sur
quelqu'un de nos militaires. Voici ce que c'est.
Un corps de Noirs rebelles, au nombre de 5 à
600, des plus braves et des mieux armés.
un
3 partit
après-midi , du pied des mornes de la Tannerie. Vers
le coucher du soleil, n'élant pas éloignés du bourg --- Page 158 ---
I12) d
de la Petile-Anse, ils frent mine de s'y porter
l'enlever ; les forts tirèrent sur eux jusqu'à plus
pour heure de nuit. Assurés d'avoir donné le
d'une
au lieu de s'avancer sur ce bourg, ils se
change 5
et traversant une grande sarabattirent à gauche,
ils
à la
line, vers les dix heures du soir 2
passèrent
la petite rivière du haut du Cap, vis-à-vis
nage des frères de la charité, à une portée de canon
Phôpital
endroit marécageux et sans autre défense.
de la ville, 2
le
chemin,
De-là, s'étant portés rapidement sur grand
leur premier avantage fut d'y couper la communication
avant-poste du haut de cette
du Cap avec son grand
ville un aide-de-camp et quelques autres personnes
allaient ou venaient 2 tombèrent
de service 2 qui
Laissant alors sur ce cheparmi eux et furent égorgés.
s'élant
bonne
des leurs 2 et le reste
min une
partie
dans les bâtimens
disisé en deux corps ; l'un pénètre
où il
la garde militaire et les
de Thôpital,
poignarde
situé
malades ; l'autre court s'emparer du fort Belair,
le
d'un mornet, entre Phôpital et le Cap,
sur piton
la ville et la
dont les canons battaient les chemins, 2
rade. A onze heures 1 un ordonnance 2 échappé des
du chemin par la vitesse de son cheval 2 anNègres ville cette triste nouvelle: portée rapidement
nonce en
la
vive allarme. On avait
par-tout, elle y jette
plus
le nombre:
les révoltés aux portes, sans en connaître
tous les avant-postes enlevés, 2 et le
on crut d'abord
on bat
Cap prêt à subir le même sort. Cependant,
les
se rassemblent ; on éclaire
la générale ; compagnies
dans les carreles rues 5 des sentinelles sont placées
à aucun Nègre mâle de sortir
fours 5 on ne permet éteint les feux des cuisines ; enfin,
des maisons ; on
de
la ville
à cheval ne cessent parcourir
des patrouilles
en
levés, 2 et le
on crut d'abord
on bat
Cap prêt à subir le même sort. Cependant,
les
se rassemblent ; on éclaire
la générale ; compagnies
dans les carreles rues 5 des sentinelles sont placées
à aucun Nègre mâle de sortir
fours 5 on ne permet éteint les feux des cuisines ; enfin,
des maisons ; on
de
la ville
à cheval ne cessent parcourir
des patrouilles
en --- Page 159 ---
(113)
en tous sens. Ces dispositions prises en dedans, chacun
attendait l'évéuement de celles de dehors ; mais avec
une telle stupeur et un si parfait silence, que 2 quoique
tout le monde fit
levé, hommes, 2 femmes et enfans,
maitres et domestiques, on aurait enteudu tomber une
épingle autour de soi, tant la douleur et la crainte
avaient rendu les bouches muettes, et tant les esprits
étaient consternés et fixés uniquement sur Pinstant qui
devait annoncer. la perte ou le salut de la ville. Après
une attente de deux heures passées dans cette terreur,
celle-ci parvint à son comble, quand on ouit le sifflcment de deux boulets, qui partirent du fort Belair, et
que les révoltés dirigeaient sur le Cap, Cette situalion
affreuse dura plus d'une heure 2 pendant laquelle on
entendait, par intervalles, des décharges de mousqueterie et quelques coups de canon des troupes qui se
battaient. Enfin, à deux heures du matin, nous apprimes que le régiment du Cap, aidé de quelques compagnies de milices 7 avaient culbuté les rebelles de
leurs positions et les avaient totalement dispersés.
Dans cette occasion, me dit le médecin, vous dûtes
-au moins rendre justice aux chefs militaires. S'ils n'eûssent pas agi de bonne-foi 7 pour la conservation de la
ville, je ne doute pas que ce corps d'insurgés ne s'en
fot emparé 2 tant leur audace était grande et leurs
mnesures bien prises ; et tant au contraire, votre frayeur
était.extrême et votre courage abattu:
Tout est matière de soupçon. 2 lui
pour
des esprits prévenus ; et les explications répondis-jes ne leur manquent jamais pour abonder dans leur sens. On a regardé cette attaque, visiblement combinée par un homme
de Part, comme un dernier moyen 2 enfin 2 de forcer
I5
ne s'en
fot emparé 2 tant leur audace était grande et leurs
mnesures bien prises ; et tant au contraire, votre frayeur
était.extrême et votre courage abattu:
Tout est matière de soupçon. 2 lui
pour
des esprits prévenus ; et les explications répondis-jes ne leur manquent jamais pour abonder dans leur sens. On a regardé cette attaque, visiblement combinée par un homme
de Part, comme un dernier moyen 2 enfin 2 de forcer
I5 --- Page 160 ---
(114)
du Cap, à la vue d'uue position si périlleuse
les habitans
renaître souvent, à se ranger
et d'un danger qui pouvait
cependant d'après des
du parti de la Cour. Raisonnons
effectuaient alors
faits certains. Ce que les royalistes
ouvertement à la Martinique et à la Guadeloupe,ne justifiait-il pas ces soupçons ? Pouvait-on douter que nos
militaires n'eissent intérieurement les sencommandans
dévoilaient leurs pareils
timens et les intentions que
dans ces autres iles ? Au reste 1 en accusant nos offiles
de la Cour,
ciers et même en général
parlisans
nous
d'avoir fomenté la révolte et de Pavoir entretenue,
le dessein de nous chasser
ne leur avons jamais supposé
tous. Eux-mêmes
De Pile, ou, de nous faire eziterminer
quantité d'avantages, et quelques-uns
y auraient perdu Ce
je vous le redis encore 2 ne
leur fortune. destruction pari, de la Colonie: il avait seuvoulait pas la
et ce.désir était assez
lement à coeur de se venger,
de
rempli dans leurs vues, par une perte passagère
biens et par les extrêmités. cà nous étions rénds Son' dernier but enfin, aurait été de nous réduits.
après avoir eu réparé
tablir dans nos possessions 2
le système rénos torts 2 c'est-à-dire, avoir abjuré et cahne dans
publicain. Quel est l'homme de bon sens
la Colonie
ne jugeàt ce parti le plus avantageux
1 qui
elle ? Mais les gens sages et modérés pouvaienl-ils
pour faire entendre leurs voix ? Et d'ailleurs, les Coalors
côté,se trouvaient trop engagés, et de l'autre,
lons, d'un
Tautorité royale était trop affaiblie.
Les révoltés 2 me demanda le négociant, firent-ils
nombre de prisonniers 2 et les trailèrent-ils cruelgrand
lement ?
Dans les premiers jours del Pinsurrection, répondis-je;
elle ? Mais les gens sages et modérés pouvaienl-ils
pour faire entendre leurs voix ? Et d'ailleurs, les Coalors
côté,se trouvaient trop engagés, et de l'autre,
lons, d'un
Tautorité royale était trop affaiblie.
Les révoltés 2 me demanda le négociant, firent-ils
nombre de prisonniers 2 et les trailèrent-ils cruelgrand
lement ?
Dans les premiers jours del Pinsurrection, répondis-je; --- Page 161 ---
(115)
les habitans 2 surpris chez eux, 2 furent tous impitoyablement massacrés 3 sans distinction d'âge ni de sexe 3 et jusqu'à des enfans daus les bras de leurs mères. Mais
dans le soulèvement des mornes 2 après la prise du
Dondon, les Noirs parurent se relâcher de cette cruauté;
peut-étre à cause des prisonniers qu'on leur avait fait.
D'ailleurs, les habitans, alors 2 ne résidaient plus chez
eux: : le jour, ils allaient entretenir leurs Nègres dans
le travail, et le soir, ils venaient se renfermer dans
des postes voisins 2 Ou dans des bourgs fortifiés. La
grande attaque de celui du Dondon fut extrêmement
meurtrière; les Mulâtres et les Negres réunis 2 n'y firent grace à aucun Blanc, et ils incendièrent toutes
les maisons. En se répandant ensuite dans les quartiers suivans. 2 les révoltés s'y saisirent d'un assez grand
nombre de feimes 2 auxquelles ils laissèrent la vie;
peut-être ne fut-ce que pour conserver celle de la
Négresse 9 femme de Jean-François 3 qui se trouvait
prisonnière des Blancs 2 et délenue en prison 9 sans
aucun mal. Les nôtres 2 pendant leur détention , eureut à supporter un service dur et plein de mépris
auprès des femelles noires 5 quelquefois encore, à éprouver des maltraitemens et des frayeurs extrêmes.
Le traitement plus 011 moins inhumain des prisonniers Blancs, dépendit principalement du caractère
des chefs des rebelles 5 l'un d'eux, nommé Biassou,
fut le plus féroce de tous. Point de quarlier avec lui.
Heureusementqu'il périt de bonne heure, en se battant
dans sa paroisse de P'Acul. Jeannot était extrêmement
cruel: ii aimait moins massacrer les Blancs sur le champ
de bataille 2 que savourer le plaisir de les faire périr
lentement dans les tortures. Il mit à mort, sans mi-
alement du caractère
des chefs des rebelles 5 l'un d'eux, nommé Biassou,
fut le plus féroce de tous. Point de quarlier avec lui.
Heureusementqu'il périt de bonne heure, en se battant
dans sa paroisse de P'Acul. Jeannot était extrêmement
cruel: ii aimait moins massacrer les Blancs sur le champ
de bataille 2 que savourer le plaisir de les faire périr
lentement dans les tortures. Il mit à mort, sans mi- --- Page 162 ---
(116)
séricorde, tous ceux qui, les premiers mois de la
révolte 2 tombèrent en ses mains 2 par événement ou
par le sort des armes. Jean-François 3 au contraire,
était humain. Soit que les cruautés de Jeannot lui eussent déplu, scit, ce qui est plus vraisemblable 2 qu'il
le soupçonnât de vouloir attenter à ses jours, pour
s'emparer du commandement en chef, sur un léger
prétexte, il le fit fusiller. Un peu tard 1, néanmoins,
pour nos infortunés prisonniers 2 qui 2 depuis, oblinrent de meilleures conditions. C'est ce Jeannot, à qui
l'on avait remis ceux faits au poste de Sans-Souci,
qui exerça sur eux les cruautés les plus barbares, Il
ne les mettait à mort qu'un par un 1 chaque jour 2 en
changeant chaque fois de genre de supplice 1 et tous
les autres assistant à l'exécution de celui-là: tanlôt, il
les faisait périr sous les coups de fouet, tantôt rôtir
à la broche 3 tantôt tenailler, mutiler, scier 2 pendre 2
rouer. (Quelquefois on prenait ces suppliciés, ayant encore un reste de vie, pour les suspendre à un arbre,
accrochés sous le menton avec un crochet de fer, afin
qu'ils y expirâssent dans cet affreux tourment.
Ce récit me fait horreur ! s'écria le curé: je ne Sallrais en soutenir la continualion.
C'est que vous n'êtes pas philosophe 9 lui répondis-je:
i'entends de ceux d'aujourd'hui, qui, sourds au cri de
la nature, pour tenir imperturbablement à leurs principes, ne voient dans ces barbaries, que l'exercice
des Oroits de Phomme et Pheureua terme de l'esclavage, sous lequel, disent-ils seuls 2 les Noirs ont
gémi si long-tens.
Que faisiez-vous aux vôtres ? me demanda l'avocat.
- On les pendait, après s'être assurés qu'ils avaient
je:
i'entends de ceux d'aujourd'hui, qui, sourds au cri de
la nature, pour tenir imperturbablement à leurs principes, ne voient dans ces barbaries, que l'exercice
des Oroits de Phomme et Pheureua terme de l'esclavage, sous lequel, disent-ils seuls 2 les Noirs ont
gémi si long-tens.
Que faisiez-vous aux vôtres ? me demanda l'avocat.
- On les pendait, après s'être assurés qu'ils avaient --- Page 163 ---
(17)
été pris en rebellion, ou les armes à la main.--A
lacte de cruauté près, je ne vois de part et d'autre
que le même droit et la même justice.
Vous errez, lui répliquai-je ; celui qui se révolte ;
même sous une oppression injuste 1 n'en est pas moins
coupable d'avoir été l'aggresseur et d'avoir troublé
l'ordre public : le bien de tous, la paix et la tranquillité d'un état, sont tout autrement précieux 9 que
l'avantage idéal ou réel 2 de quelques particuliers.
Jugez où en serait la société , s'il était permis à chacun 2 se déplaisant de sa condition, ou s'imaginant
que le gouvernement est mauvais, de prendre les
aries et de s'insurger contre lui? Comme cette fantaisie pourrait êfre renouvellée à volonté, nul état ne
resterait dix ans tranquille.
Votre raisonnemeut 5 reprit vivement P'avocat , est
on ne peut pas plus favorable aux tyrans et aux
despotes. Qu'un prince soit injuste, dur , cruel, dissipateur; qu'il excède son peuple d'inpositions ; qu'il
se joue de la vie de ses sujets ; qu'il les traile et les
conduise enfn comme des bêtes de somme, ils devront
souffrir tranquillement tout cela ; ils tendront la gorge
comme des moutons.
Vous portez les choses un peu loin, lui dit le
médecin: un gouvernement pareil se nuit tellement à
lui-même, que bientôt il succombe sous ses propres
vices, et qu'il est contraint de changer. Si cela n'arrive pas 2 alors même une force d'inertie , une résistance sourde mais générale, comme celle , par exemple,
dont usérent les américains-anglais du Nord > conviendra
toujours mieux au peuple 2 qu'une rebellion ouverte.
Pour revenir à nos révoltés, repris-je 2 leurs autres
édecin: un gouvernement pareil se nuit tellement à
lui-même, que bientôt il succombe sous ses propres
vices, et qu'il est contraint de changer. Si cela n'arrive pas 2 alors même une force d'inertie , une résistance sourde mais générale, comme celle , par exemple,
dont usérent les américains-anglais du Nord > conviendra
toujours mieux au peuple 2 qu'une rebellion ouverte.
Pour revenir à nos révoltés, repris-je 2 leurs autres --- Page 164 ---
(n8)
pas aussi cruellement que ce
chefs ne se conduisirent
en approchèreut,
Jeannot: quelques-ans, 2 cependant,
Blancs
cerlains prisonniers
>
mais ce ne fut qu'envers
envers leurs
reconnus pour avoir été trop rigoureux
morales
esclaves. Les bonnes ou méchantes qualités
leur valurent des traitemens plus ou moins
des Biancs 2
eurent la vie sauve, à condurs: les chirurgiens pris,
les blessés.
dition de soigner les malades et de penser
lonVoilà, certes, me dit le curé 2 une lutte bien
singulièrement acharnés, et de lergue, des ennemis
donc, pendant ce
ribles souffrauces. Vous ne reçàtes
aucun secours extérieur ? Pas un 2 lui répondis-je,
tems, 2 de six mois, si ce n'est 500 fusils et 1,400 livres
de plus
de la Jamaique remit
de halles, que le gouverneur
Coloniale avait
au S",Lebeugné, (*) que l'assemblée
malheur
Pinstruire de notre
député vers Jui, pour
avaient
Pareils envoyés
et en réclamer quelqu'asistance.
des Etalsété dépéchés 51 pour le même objet, auprès
Mais
Unis et vers les espagnols de Vile, nos voisins.
rien. Ceux-là, sans doule, ne
nous n'en reçâmes
le faire; et ceux-ci représentèrent 7 qu'à
pârent pas
suffisantes pour former le
peine leurs troupes étaient
de la concordon nécessaire à préserver leurs parlies
tagion qui régnait dans les nôtres.
enfin, me dit le négociant,
Mais vous en reçûtes,
le
de votre gouvernement ? On ne laisse pas.égorger
Nos accusateurs n'ont pas manqué de saisir avec de em- la
(*)
Penvoi de ce député vers le gouverneur donpressement
induire
nous cherchions à nous
Janaique 2 pour en
que de dépendre des espagnols ou
ner aux anglais : pas plus que
réclamions
des anglo-auéricains de qui nous
égalementl'assistance.
dit le négociant,
Mais vous en reçûtes,
le
de votre gouvernement ? On ne laisse pas.égorger
Nos accusateurs n'ont pas manqué de saisir avec de em- la
(*)
Penvoi de ce député vers le gouverneur donpressement
induire
nous cherchions à nous
Janaique 2 pour en
que de dépendre des espagnols ou
ner aux anglais : pas plus que
réclamions
des anglo-auéricains de qui nous
égalementl'assistance. --- Page 165 ---
(19)
monde de cette façon, el ruiaer ainsi une Aorissante
Colonie: : votre roi n'existait-il pas alors, et n'élait-il
pas le maître de vous envoyer des troupes 2 Non pas
absolument, lui répondis-je, , à notre grand malheur.
Ce prince avait le coeur seusible aux maux de ses sujels,
Lorsqu'une centaine de Colons 2 réunis à Phôtel de
Massiac, 2 furent allés l'instruire de celle fatale insurrection, qu'ils attribuaient aux amis des Noirs, 2 inplorant ensuite son secours et son autorité, daus un
danger aussi pressant 5 il promit, il donna l'assurance
d'y. remédier de tout son pouvoir : mais que pouvait
elle, cette autorité, déjà mutilée de tant de manières
par le corps-législatif. 2 et qui se proposait d'en détruire le tronc ? Le roi ne perdit pas de tems à demander ces secours à l'assemblée nationale ; mais nos
ennemis. y doninant, ils ne furent accordés qu'à contrecoeur, avec toute la lenteur possible 5 au. milieu des
discussions les plus froides sur un événement d'un si
grand intérêt. Vous verrez encore 3 combien Péquipement de ce secours souffrit de longueurs 2 et quelles
manccuvres on employa pour en empécher ou en différer le départ.
C'en élait fait de nous 2 m'écriai-je, les yeux mouillés
de larmes : nous étions Destinés d périr; c'étail écrit
au ciel, et l'heure de notre ruine totale avait sonné!
La nation entière y consentait. Est-il vraisemblable,
que Pinique minorité de Passemblée législative eût
osé mettre au jour des moyens aussi perfides et manifester des projels aussi noirs, si les français, en
général, connaissant mieux leurs intérêts 2 ou, portés
seulement d'un peu de commisération pour nous, edssent voulu notre conservation ? Cette engeance per-
c'étail écrit
au ciel, et l'heure de notre ruine totale avait sonné!
La nation entière y consentait. Est-il vraisemblable,
que Pinique minorité de Passemblée législative eût
osé mettre au jour des moyens aussi perfides et manifester des projels aussi noirs, si les français, en
général, connaissant mieux leurs intérêts 2 ou, portés
seulement d'un peu de commisération pour nous, edssent voulu notre conservation ? Cette engeance per- --- Page 166 ---
120 )
malgré sa rage et sa scélératesse, aurait-elle
verse,
la volonté nationale, ou même contre
pà tenir contre
eu l'audace d'afmarquée ? Aurait-elle
une répugnance ordonnés, de les entraver, ou d'en
faiblir les efforts
été le comble de notre
arrêter les effels? Mais tel a
et
tel a été Paveuglement des français,
inforlune,
l'effroi de tous ceux qui nous auraient
probablement
une forle
dans tout Pempire, pas
voulu sauver 2 que
démarche
1 pas un
réclamation 2 pas une
imposante cette fatale époque,
effort majeur, n'ont paru 2 dans
d'une fausse
notre faveur. Que dis-je, la gangrène
en
avait tellement corrompu les
et partiale philanthropie y
Pintérieur des
les places a les carrefours,
esprits 2 que
des maisons particulières; tout
clubs 5 celui, même, écho d'un châtiment sévère,
retentissait du commun
destruction. Je ne vois que
ou même de notre entière
qui, par des déles villes du Hâvre et de St.-Malo, de fléchir de
conjurent Passemblée nationale
putés 2
sauver les Colonies ;
la rigueur de ses, principes 2 pour
à notre
de concourir
et celle de Nantes s qui, jalouse
de munitions.
défense, nous expédlia un navire chargé
les grandes causes de nos maux,
Jusqu'à présent
trames secrètes du royalisme
n'ont paru que dans les
hostiles des Muet dans Forgueil et les entreprises
Jâtres. Je vais passer à la troisième cause principale,
vivement aidé de ces derau démocratisme : toujours
de leurs eforts
niers 2 il ne sera plus question infernale que des amis des
réunis. Vous verrez la secte
à l'égard de
oblique dans le commencement
Noirs,
en altendant des fautes
son projet favori, 2 profitant
s'intéColons et des royalistes, et ne paraissant
des
des gens de couleur libres,
resser qu'au sort politique
se
. Je vais passer à la troisième cause principale,
vivement aidé de ces derau démocratisme : toujours
de leurs eforts
niers 2 il ne sera plus question infernale que des amis des
réunis. Vous verrez la secte
à l'égard de
oblique dans le commencement
Noirs,
en altendant des fautes
son projet favori, 2 profitant
s'intéColons et des royalistes, et ne paraissant
des
des gens de couleur libres,
resser qu'au sort politique
se --- Page 167 ---
(12I )
se servir eflicacement d'eux et d'une partie des Blancs; 5
pour sC défaire des partisans de la Cour ; poursuivre
ensuite 3 humilier, 3 persécuter et déchirer ces mêmes
Blancs ; les dépouiller de leur fortune 3 leur arracher
la vie 2 renverser leurs villes et brûler leurs édifices
et leurs maisons 3 avec le constant appui des Mulatres :
mais ceux-ci, rejetés à leur tour par cette perfide
secte, lorsque leur secours ne lui sera plus utile. 2 vous
la verrez enfin lever son abominable masque et promulguer, avec la liberté générale des esclaves, 2 Panéantissement total de la Colonie.
Vos derniers mots sont un grand problème, me dit
l'avocat. Ceux que vous poursuivez avec tant d'amertume et de chaleur, , jugeaient au contraire
2 qu'un
allranchissement général était un moyen fécond et
d'accord avec la justice et l'humanité 2 pour élever les
Colonies à sucre, 2 au plus haut degré de l'échelle de
prospérité.
Ce problême, lui répondis-je, ne peut l'être que
pour des gens à système ou pour des méchans. Il
peut l'êtreencore, pour quantité d'honnêtes personnes, qui
ne connaissent ni la culture 9 nile climat, ni les Nègres, 2 et qui reviendraient bien vîte de leur erreur
s'ils habitaient seulement six mois les Colonies. Mais 2
en supposant que les idées de vos négrophiles fussent
aussi bien fondées, quelles ont été vuides d'effets heureux, quels garans en avaient-ils, pour risquer ainsi
la vie de tant de Colons, et la fortune du
?
On, ne se disculpe pas des erreurs de cette royaume
importance, 2
en disant qu'on s'est trompé , qu'on avait cru, qu'on
a agi avec trop de précipitation, etc. Ce sont des
fautes dignes des plus grands supplices; et je ne doute
pas qu'on ne les inflige aux auteurs de nos désastres. --- Page 168 ---
122 )
ainsi qu'à ceux qui y ont coopéré, quand un meilleur
ordre de choses embélira l'horison politique de la
France.
Messieurs, continuai-je, si j'entamais actuellement
lexposition du sujet que je viens de vous annoncer,
je ne pourrais pas aller loin, car il commence à se
faire tard. Vous me permettrez donc d'interrompre ici
mon récit, et d'en remettre la suite à demain. Trèsvolontiers 2 me dirent-ils, aussi-bien sommes-nous
convenus de ne vous gêner, ni de ne vous fatiguer
dans cette intéressante tâche. Ap près quelques momens
de conversation particulière, je me retirai.
amais actuellement
lexposition du sujet que je viens de vous annoncer,
je ne pourrais pas aller loin, car il commence à se
faire tard. Vous me permettrez donc d'interrompre ici
mon récit, et d'en remettre la suite à demain. Trèsvolontiers 2 me dirent-ils, aussi-bien sommes-nous
convenus de ne vous gêner, ni de ne vous fatiguer
dans cette intéressante tâche. Ap près quelques momens
de conversation particulière, je me retirai. --- Page 169 ---
(123)
QUATRIENE ENTRETIEN.
Efforts Des amis Des Noirs pour empêcher qu'on
n'envoye Dcs secours aux infortunés Colons de
Saint - Domingue.
Sinistres annonces pour
ceux - ci Dans les Débats de PAssemblée Nationale. Décret Ou 7 Décembre 1791 s Dont
le but est de protéger les prétenttons Des Gens
de Couleur libres et D'afermir leur Concoroat.
Décret Ou 4 Avril suivant > qui rend
égaur, en Oroits politiques 3 tous les hommes
libres des Colonies, 3 quelle que soit leur Couleur.
Mission des trois premiers Commissaires civils pacificateurs. Leurs essais pour ramener les
Révoltés par la Oouccur, rendus sans effet par
les menées Des Royalistes.
Le lendemain au soir, aussitôt que j'eus pris place
sous le pérystile, parmi ces amis 3 le maître de la
maison me dit: j'ai rélléchi, mon cher, la nuit dernière. 7 sur le caractère de la race jaune.J'ai vu 2 d'après votre récit, que chez vous 9 elle a non-seulement
formé par elle-mème 5 un parti pigoureux et opiniâtre contre les Colons Blancs, qui, dans le fonds 3
ne sont que leurs pères 9 leurs frères, et tous, leurs
hienfaiteurs 5 mais qu'elle a servi tous ceux qui vous
ont été contraires 3 royalistes 2 patriotes, ou révoltés.
Ce qui m'indigne le plus encore, c'est la haine qu'elle
a montrée et l'acharnement qu'elle y a mis: on sent
que la violence et la méchanceté lui sont naturelles 3 et
que le fonds en est commun à tous. J'ai jugé de-là,
3
ne sont que leurs pères 9 leurs frères, et tous, leurs
hienfaiteurs 5 mais qu'elle a servi tous ceux qui vous
ont été contraires 3 royalistes 2 patriotes, ou révoltés.
Ce qui m'indigne le plus encore, c'est la haine qu'elle
a montrée et l'acharnement qu'elle y a mis: on sent
que la violence et la méchanceté lui sont naturelles 3 et
que le fonds en est commun à tous. J'ai jugé de-là, --- Page 170 ---
(124)
je ne devaïs plus me reprocher intérieurement,
que
la faiblesse de le faire jusqu'à présent,
comme j'ai eu ouvriers et domestiques Mulâtres 2
d'avcir traité mes
de ridurement que les Noirs: sans augmenter
plus
d'en agir toujours de même ;
gueur 2 je me propose
et orgueilleuse.
il le
avec cette caste taquine
car
faut,
lui répondis-je 2 mettre
Vous ne devez pas moins 9
la modération dans Vos procédés,
de la justice et de
Pinnocent avec le coupable.
et ne jamais confondre le fil de mon récit ) je vous ai parlé,
Mais ( reprenant
des efforts des, amis des Noirs,
messieurs, leur dis-je,
Pinsurrection des
pour retarder les secours qu'exigeait
leurs Coesclaves. C'est dans cette occasion 2 que
les
les Brissot, les Gregoire 7 les Merlin,
ryphées,
les Péthion, les Basire 2 les Condorcet,
Robespierre, 3
les Clavière, et tant d'autres
les Dupont de Nemours,
leur but secret, le
de cette trempe 5 manifestèrent
la
le
ardent de leur coeur 9
conséquence
désir plus
rigoristes, de renformelle de leurs principes
la plus
les esclaves. Mais, ne vous y trompez
dre libres tous
qui les
encore moins ce désir philosophique,
pas, ce fut
aussi précipitée et denuée de
y entraîna d'une manière
des Cole besoin effréné de se venger
prevoyance, que et leurs écrits 2 à cette époque, 2 ne
loas. Leurs paroles
laissent aucun doute sur ces deux points. des Noirs, aux
nouvelle de la révolte
A la première
on les entend à
premiers jours de Novembre 1791, crier avec une
la tribune de Passemblée nationale 2
c'est une
le fait est faux ; que
criminelle audace 9 que
d'accapareurs une
ruse de commerce, une manoeuvre
une imposture
de tyrannie et de calomnie 2
spéculation
et river les fers des Nègres. Condorcet
pour éterniser
le soutenait effronPécrivait dans son journal, et Brissot
première
on les entend à
premiers jours de Novembre 1791, crier avec une
la tribune de Passemblée nationale 2
c'est une
le fait est faux ; que
criminelle audace 9 que
d'accapareurs une
ruse de commerce, une manoeuvre
une imposture
de tyrannie et de calomnie 2
spéculation
et river les fers des Nègres. Condorcet
pour éterniser
le soutenait effronPécrivait dans son journal, et Brissot --- Page 171 ---
(125)
tément en pleine assemblée, uque ces nouvelles étaient
> apocryphes et n'avaient d'autre but, que de créer au
il y
>) roi des françaisun empire d'outre-mer, danslequel
ces misérables
>) eût des maîtres et des esclaves.> Quand
subterfuges ne purent plus sC soutenir et que la confirmation de la révolte fut arrivée de toutes parts, Brissot assura pour lors (il en avait pour garant le club des ainis
de la constitution de Bordeaux ) C qu'eile était un crime
> de haute trahison à la charge des Colons ; que Passem-
> blée de la Colonie en était elle-même coupable.> Il trouvait des trames du complot dans la cocarde noire, prise,
disait-il, par des Colons : il en trouvait encore
dans la dénomination de générale 2 plutôt que Coloniale, qu'avait adoptée cette seconde assemblée de -
Pile. Voici une expression digne des génies du jour.
c La destinée de la France 2 disait-il, n'est pas dans ses
>) Colonies , mais en ses propres mains. (*) > Il est visible; 2 par ces mots 2 qu'il était inutile de les aller secourir , et qu'il fallait les laisser périr. Quand un pays
est en flammes 2 lorsque les habitans y sont égorgés,
est-ce le moment de diiférer d'arrêter les torches et
les poignards ; est-ce celui de s'occuper de préférence,
à discuter qui, des deux partis, a droit ou raison ?
Permettez-moi 2 me dit alors le médecin, 2 quoique je
sois bien éloigné de vouloir pallier la froideur de VOS adversaires, de vous observer, d'après vos propres aveux 9
que les accusations de celui-ci me semblaient fondées.
Votre assemblée de St.-Marc n'avait-elle pas annoncé
des vues d'indépendance 2 en ouvrant les ports aux
(*) C'estsans doute à lappui de cette riche idée , qu'il écrivait
qu'il serait facile de remplacer le sucre des Colonies 2 par celui
qu'on pourrait extraire dune espèce d'érable, qu'il avait vu
sur le continent des Etats-Unis.
vos propres aveux 9
que les accusations de celui-ci me semblaient fondées.
Votre assemblée de St.-Marc n'avait-elle pas annoncé
des vues d'indépendance 2 en ouvrant les ports aux
(*) C'estsans doute à lappui de cette riche idée , qu'il écrivait
qu'il serait facile de remplacer le sucre des Colonies 2 par celui
qu'on pourrait extraire dune espèce d'érable, qu'il avait vu
sur le continent des Etats-Unis. --- Page 172 ---
(126)
neutres ? N'avez-vous pas reconnu dans le président
de la seconde assemblée, un promoteur de rebellion ?
Et comme il a pu se justifier devant ce corps, ne
devait-il pas s'y trouver grand nombre de ses complices ? Vous avez fait mention de plus 2 de nouveaux
Catilinas parii les Colons. Si tout cela est vrai; s'il
Pest encore que la cocarde noire ait été portée 2 les
labitans et leur assemblée ne me paraitraient pas à
couvert des reproches de ce Brissot.
Voyens comment vous vous relirerez de ces objections 2 ajouta l'avocat,
Ne confondons rien, messieurs, leur repliquai-je;
je puis vous accorder toutes ces choses, 3 sans que vous
la Colonie, par le ministère de son
en déduisiez, que
d'avoir
assemblée Coloniale ou générale, soit coupable
excité la révolte des esclaves. Quoique ce président,
et
autres traitres de la Colonie;
ses complices
quelques tous des habilans, ce n'est
en fussent, je le suppose,
mais
pas comme tels qu'ils auront comploté contr'elle ;
comme dévoués à des partis, dont ils espéraient des
fort au-dessus de leurs fortunes. Sans ce
récompenses
qu'auraient-ils gagné dansla destruction génémotif,
ou d'être entièrement ruinés ?
rale, sinon d'y périr
ces
étaient en bien petit
Une preuve que
conspirateurs
n'ont jamais eu
nombre, c'est que leurs manceuvres
d'évidence, et qu'on ne les a que soupçonnées. Ily
plus de certitude à l'égard
a eur vraiscmblablement
du président : on n'a jamais St1 non-pius positivement
des partis ils agissaient. Quant à la dépour leque!
tous les ports
marche de la première assemblée 2 d'ouvrir
les circonstances pouvaient Pautoriser: (*)
aux neutres,
() Une preuve de cela, c'est que la convention clle-meme,"
du Février 1793, > [a ouvert tous les ports
par sO11 decrety 19
certitude à l'égard
a eur vraiscmblablement
du président : on n'a jamais St1 non-pius positivement
des partis ils agissaient. Quant à la dépour leque!
tous les ports
marche de la première assemblée 2 d'ouvrir
les circonstances pouvaient Pautoriser: (*)
aux neutres,
() Une preuve de cela, c'est que la convention clle-meme,"
du Février 1793, > [a ouvert tous les ports
par sO11 decrety 19 --- Page 173 ---
(127)
la Colonie manquait de vivres, par l'effet des sécheresses: cette raison avait déterminé notre gouverneur
général, avant qu'il y eit aucune assemblée, à perinettre Pintroduction d'une grande quantité de farines
étrangères. Celte mesure pouvait être reprise la même
cause subsistant, et devenir permanente 1 à Papproche d'une guerre générale 2 dont la France était menacée, et qui existe en effet.
Je pourrais borner ici ma réponse : je veux cependant rendre Pobjection plus forte 3 en supposaut que
l'assemblée n'appela les neuires que par système. En
ce cas-là même, elle ne visait pas à une indépenDance absolue 3 moins encore à livrer la Colonie aux
anglais. Ce dernier sujet de récrimination contre nous,
a volé de bouche en bouche et a été généralement
cru. C'est cependant celui dont nous ayons été le moins
tems pil la tyraunie de Sonthonax
coupables , jusqu'aux
et de Polverel , etla dissolution totale tle la Colonie,
aient contraint grand nombre de Colons. Je n'en
y
excepte même pas ces deux commissaires.
Voici dans P'exacte vérité, ce que l'on peut reprocher à ce sujet. 2 je ne dis pas aux Colons 2 mais
à de certains personnages parmi eux : c'était la plupart de grands propriétaires 2 affichant des vues étendues et préférant les intérêls de la Colonie à ceux
de la 2 métropole. mais plutôt par haine des négocians 2
que par un désir. de nuire à la patrie. Je vous parle
de leur sentiment, d'après des mémoires que j'aivus
en leurs mains 2 et des propos que j'en ai entendus
Ces inessieurs auraient contribué de tous leurs moyens,
des Colonies aux vaisseaux américains : et le 26 Mars suivant
2 rendues franches d'impositions toutes les subsistances qu'os
yapportait,
la 2 métropole. mais plutôt par haine des négocians 2
que par un désir. de nuire à la patrie. Je vous parle
de leur sentiment, d'après des mémoires que j'aivus
en leurs mains 2 et des propos que j'en ai entendus
Ces inessieurs auraient contribué de tous leurs moyens,
des Colonies aux vaisseaux américains : et le 26 Mars suivant
2 rendues franches d'impositions toutes les subsistances qu'os
yapportait, --- Page 174 ---
(128)
toules les nations Jussent aomises (*) à
à ce que- librement dans la Colonie. Nos denrées,
commercer
une pareille concurrence 2 en
disaient-ils, éprouvant
considérablement de prix; et nous,
augmenteraient
recevant tous nos besoins et toutes les marchandises
d'importation, de leur propre cru, de la première
main, nous les obtiendrions constamment à meilleur
marché. Ils ajoutaient que l'obligation de ne livrer nos
denrées qu'à la métropole 3 n'enrichissait que quelques
néanmoins excessif,
négocians 2 et non l'état; ; impôt,
de
diminuait beaucoup la valeur des productions
qui
nos champs.,
aveugler
La cupidité, 2 s'écria le médecin, peut-elle
! Sans doute cette condition serait trèsà ce point
à toute les Colonies. Mais ne doiventavantagense rien à la
? N'est-ce pas la mère patrie
elles
métropole
protégées et conduites, à ses frais,
qui les a formées, où elles sont ? Rien d'ailleurs est-il
au point d'élévation
états
?
plus faible, à les considérer. comme
particuliers
seules de repousser tel assaillant extéIncapables, 2
un ennemi
rieur que ce fit, elles ont intérieurement
redoutable. Puis donc qu'elles
perpétuel 2 et toujours
d'une
se
d'un appui et
protection
ne sauraient
passer
naturel et de plus juste
quelconque, est-il rien de plus
de rester attachées à la métropole
en même tems, que
même de quelque augdont elles sortent, au préjudice
mentation de richesses 7
Mais je ne vois pas 2 ajouta le négociant, que vos
de la modicité de leurs
Colons dûssent se plaindre
le défaut de
richesses ; ou, qu'ils dûssent tant regretter
était prôné avec chaleur par le marquis
(*) Ce système
de Rouvray.
cette --- Page 175 ---
I 129) )
cette concurrence indéfinie d'acheteurs étrangers. Les
vôtres avaient déjà porté les prix de leurs denrées à
des taux exhorbitans, 3 qui, certes, auraient du satisfaire
la plus insatiabte avidité : était-il au monde de plus
riches particuliers que les habitans de St.-Domingue? ? Je vous le réitère, leur dis-je : les personnes qui
parlaient ainsi, étaient des gens de qualité, à qui la
haine contre le commerce avait fourni ces idées, pour
le moins autant que leurs intérêts particuliers. Malgré
ce désir, ils voulaient tenir d la France
sous
3 vivre
ses lois, être sous son priace et rester sous sa protection : la préférer, à marché égal, dans les choses de
son cru ; continuer à lui payer les impositions Coloniales ; et soumeltant les neutres à satisfaire avant
leur départ, aux droits d'entrée et de sortie 2
5 qu'ils
eussent acquittés en France, en indemniser ainsi d'avance la métropole et lui nuire le moins possible.
désir, ils voulaient tenir d la France
sous
3 vivre
ses lois, être sous son priace et rester sous sa protection : la préférer, à marché égal, dans les choses de
son cru ; continuer à lui payer les impositions Coloniales ; et soumeltant les neutres à satisfaire avant
leur départ, aux droits d'entrée et de sortie 2
5 qu'ils
eussent acquittés en France, en indemniser ainsi d'avance la métropole et lui nuire le moins possible. Ce
système avait pu péuétrer dans l'assemblée de St.-Marc
et ne pas déplaire à ses membres 2 désignés depuis
sous le nom de léoparoins ; les Colons qui se réunissaient à Paris dans Phôtel de Massiac, avaient également pu l'adopter : mais il y a loin de pareilles idées
à celles d'une indépendance absolue, et encore plus, au
désir d'appeler les anglais. Cependant, les quatre-vingtdix-neuf centièmes des habitans de St.-Domingue répugnaient à ces conceptions d'une neutralité générale,,
cà jamais elles n'élaient entrées dans leur esprit : mais
par une adresse familière à nos ennemis, les erreurs
et les faits particuliers étaient aftribués à tous. C'est
ainsi que 2 pour cette poignée de factieux, au service
des différens partis, les Colons sont censés avoir fomenté la révolte de leurs esclaves ; ou bien en termes
plus clairs, (qui en démontrent Pabsurdité ) s'être
--- Page 176 ---
(130)
inévitable 5 de se faire égorger et
exposés au risque
de couvrir leur sol de ruines et de cendres. Cest ainsi,
2 de têtes chaudes et
que pour une vinglaine, peut-être
désespérées de leurs maux, qui auront mis un jour
la cocarde noire, la Colonie a élé supposée vouloir se
donner aux anglais. Votre réponse est assez bien tournée, me dit Pavocat;
mais deux assemblées Coloniales 2 qui se succèdent
manifestent des opinions communes 2 ou du
et qui
tendantes au même
moins des démarches équivalentes,
avoir constitué le vocu général. but, me paraissent
lui
Si vous entendez par ces derniers mols, repliPintention de soulever les esclaves 1 cest le
quai-je, comble du ridicule : si vous y joignez le dessein de se
livrer aux anglais, ces deux accusations se détruisent
l'une par Pautre: on ne dévaste pas un pays quand
veut en faire un cadeau. Il n'est pas dans la naOB ture, je vous le dis encore 2 de commencer par exposer ses jours et perdre ses biens, pour les relever
ensuile à nouveaux frais, dans un bouleversement horrible. Ce complot ne pouvait convenir qu'à un certain
petit nombre de gens endettés ou ruinés d'avance ;
même à
aisés, portés à sacrifier
ot
quelques personnages
et en vue de
leur fortune pour satisfaire leur passion,
auraient réussi. Si
plus grands avantages 2 lorsqu'ils
la première assemblée paraît coupable d'une mesure
contraire aux intérets de la métropole ; si dans la sebaisser le rideau sur des faits ou de
conde 3 on a pu
doute
fortes probabilités d'actions peryerses 2 sans
que
dans celle-ci, Phonneur du corps a voulu qu'on en
élouffat la connaissance, ( l'auteur du projet, reconnu 2
nuire ) et que dans celle-là, le corps
ne pouvant plus
un
entier se sera laissé séduire nomentanément 2 par
intérets de la métropole ; si dans la sebaisser le rideau sur des faits ou de
conde 3 on a pu
doute
fortes probabilités d'actions peryerses 2 sans
que
dans celle-ci, Phonneur du corps a voulu qu'on en
élouffat la connaissance, ( l'auteur du projet, reconnu 2
nuire ) et que dans celle-là, le corps
ne pouvant plus
un
entier se sera laissé séduire nomentanément 2 par --- Page 177 ---
(13r)
élalage de raisons spécieuses de la part de quelques
beau-diseurs. Vous savez combien le talent de la
parole a de tout tems eu d'empire sur les esprits :
rappelez-vous de l'effet des harangues publiques des
anciens orateurs 5 de Pinfluence de Mirabeau sur l'assemblée constituante ; et des horreurs sorties dcs clubs,
remués par une poiguée de scélérats.
Vous prélendez donc, me dit le curé, que, s'ily
à eu de la trahison ou tel autre crime tendant au
détriment public, de la part des Colons de St.-Domingue, pendant cette crise, que c'est l'ouvrage de
quelques individus et non de l'ensemble des habitans.
Et d'un très-petit nombre encore, lui répondis-je:
j'estime vous l'avoir déjà prouvé 3 mais la suite y
jettera plus d'évidence. Vous serez même surpris 2 que
les Colons 9 instruits enfin des trames qui ue tendaient à
rien moins qu'à leur ruine entière, n'en aient pas
en
de quelque secours
prévenu l'effet 2 implorant l'appui
étranger ; le mal leur provenant des français eux mêines.
Malgré tous les maux qu'ils prévoyaient de leur attachement à la mère patrie, ils lui ont resté constamment
fioèles ; ils n'ont pas fait la moindre démonstration
B'appeler les anglais : je défie qui que ce soit de
me citer quelque témoignage contraire.
Par ma foi, s'écria le négociant, c'était faire plus
qu'ils ne devaient.
Les déclamations virulentes des amis des Noirs, leur
dis-je, (reprenant mon récit) n'empéchèrent pas la
majorité des représentans de la nation, de voter enfin
pour l'envoi d'un secours 1 destiné pour St.-Domingue.
Les nouveaux débats qui précédèrent cette résolution 3
annoncent combien notre ruine était préméoitée 3
on enlend parmi grand nombre de voix opposées à
faire plus
qu'ils ne devaient.
Les déclamations virulentes des amis des Noirs, leur
dis-je, (reprenant mon récit) n'empéchèrent pas la
majorité des représentans de la nation, de voter enfin
pour l'envoi d'un secours 1 destiné pour St.-Domingue.
Les nouveaux débats qui précédèrent cette résolution 3
annoncent combien notre ruine était préméoitée 3
on enlend parmi grand nombre de voix opposées à --- Page 178 ---
(132 )
celle de Merlin s'écrier:
nous envoyer des secours, 2
intérêt avez-vous
(séance du 6 Novembre 1791 ) ( Quel
la
des Blancs et des Noirs? (") Voudriez-
> daus querelle
forces en Amél'envoi de nouvelles
> vous appuyer
des bases de notre constitulion 2
> rique, à Péncontre
chaînes déjà trop
>) et vous hâter de resserrer des
de saintes
? Oubliez-vous que c'est par
> accablantes
les vôtres ? Soyez
> insurrections que vous avez rompu
ministre doit
à vous-mêmes. Le
5) donc conséquens
Colonies contre les envahisseurs
> veiller à la sûrété de nos
des hommes à qui la
> étrangers 2 mais jamais contre nés libres et qu'ils
>) constitution a dit, qu'ils étaient
disait une
tels. >) Ce subtil raisonneur
> Demeuraient Novembre 1791 ) C Il est indécent que
autre fois (le 4
ni sucre
le peuple, qui ne prennent
>) le laboureur 3
frais excessifs de guerre
ces
> ni café 2 supportent
et d'auen rien. > A ces discours,
> dont ils ne profitent
n'avait pas écoutés >
la majorité
tres semblables que
livraison des dix
succédèrent des oppositions à la prompte
roi
cette expédition : ensuite
millions accordés au
pour
des troupes :
différer le départ
des manceuvres pour
la désobéissance et le
d'autres enfin > pour fomenter
des vaisseaux
les équipages
refus de partir, 2 parmi
et les troupes d'embarquement. n'ayant pas réussi à nos
Toutes ces menées infames
nuire, ils saisirent
ennemis 5 ardens et appliqués à nous
tournure insidieuse 1 Présenter comme une affaire
(*) Quelle
événement qui intéressait tellement Tétat!
particulitée, un
il faudrait ne permettre
Suivant ce mot profund 2
d'or, de soieries, de
manufacture de luxe ; de galons
aucune
de porcelaines , etc. 3 car le peuple
draps fins, de tapisseries, choses. Non > mais il les travaille >
ne fait point usage de ces
et il vit.
à nous
tournure insidieuse 1 Présenter comme une affaire
(*) Quelle
événement qui intéressait tellement Tétat!
particulitée, un
il faudrait ne permettre
Suivant ce mot profund 2
d'or, de soieries, de
manufacture de luxe ; de galons
aucune
de porcelaines , etc. 3 car le peuple
draps fins, de tapisseries, choses. Non > mais il les travaille >
ne fait point usage de ces
et il vit. --- Page 179 ---
(133) )
Poccasion d'une seconde nouvelle, pour essayer d'emporter le point qu'ils venaient de manquer 2 celui d'arrêter l'envoi des secours. L'assemplée nationale fut instruite alors (séance du 18 Novembre, 1791 ) de Pinsurrection des Mulâtres du Port-au-Prince, et de leur
succès à ravir le concordat. A cette nouvelle, les amis
des Noirs 2 transportés de joie, et craignant que ce
traité précieux ne reçût quelqu'atteinte de la présence
des troupes 2 qu'on préparait pour St.-Domingue. 2 réclamèrent de nouveau contre leur départ. Ils annonet
craindre que les
çaient des allarmes 9
paraissaient
Colons ne se servissent de ces forces, pour faire exécuter le décret constitutionnel du 24 Septembre 1791,
du cher concordat. La salle avait retenti
au préjudice
d'applaudissemens à la lecture de ce traité.
Ces allarmes furent très-bien secondées par une lettre
(lue à la séance du 20 Novembre 1791) écrite à l'assemblée, par les amis de Ja constitution de Bordeaux.
Ils l'assuraient que 2 ( celle de la Colonie avait seule
> fomenté Pinsurrection des Nègres, , pour avoir l'occa-
> sion d'appeler les anglais. Ils engageaient, ensuite s
> le corps-législatif à veiller à ce que les forces ex-
> pédiées pour St.-Domingue 2 ne servissent pas aux
> perfides vues de cette assemblée; et que les gens
> de couleur ne fussent pas les victimes de leur pro-
> pre genérosité. > (*) Observez qu'à la même séance
on apprit que des députés de l'assemblée Coloniale
élaient arrivés à St.-Malo, porteurs de Pattachement
et de la fidélité 2 que la Colonie jurait à la mère patrie.
(*) Je ne sais' 'à quoi se rapporte ce mot, générosité;
sans doute, de n'avoir pas égorgé les Blancs du Port-au-Prince,
et de s'ètre contentés d'ètre leurs égaux.
genérosité. > (*) Observez qu'à la même séance
on apprit que des députés de l'assemblée Coloniale
élaient arrivés à St.-Malo, porteurs de Pattachement
et de la fidélité 2 que la Colonie jurait à la mère patrie.
(*) Je ne sais' 'à quoi se rapporte ce mot, générosité;
sans doute, de n'avoir pas égorgé les Blancs du Port-au-Prince,
et de s'ètre contentés d'ètre leurs égaux. --- Page 180 ---
(184)
Ils ne tardèrent pas ( séance du 3 Décembre) à se jastifier de cette infâme calomnie, ainsi que des accusations d'indépendance: représentant ensuite le danger
d'approuver un concordat extorqué 2 ils produisirent un
arrêté de leur corps, qui promettait d'améliorer le
sort politique des gens de couleur.
Cette assurance et ces témoiguages de soumission ne
satisfirent ni ne calmèrent nos antagonisies. Il était
question de prendre une résolution définitive sur ces
agitations d'outre-mer: : deux séances y furent employées.
(le Ier, et le 3 Décembre ) Brissot brilla
diatribes contre les Blancs êt
y
par ses
Sa prédilection pour les
Mulâtres. C'est dans cette occasion qu'il proféra ces
mois 2 démentis par tous ses discours : C Des philoso-
> phes proclament la vérité; ils ne conseillent pas
> le meurtre. > Enfin à Ja troisième séance ( le 6
Décembre 179I ) la question étant ainsi posée 2 : Invitera-t-on le roi d suspenore lenvoi Des troupes
d St-Domingue 2 Les débats s'échauffent : en enverra-l-on, ou n'en enverra-t-on pas ? Oui, non ;
dispates, vacarme 2 tumulte effroyable 2 le président
met son chapcau : d Cabbaye, lui crie-t-on, et la
discussion est prorogée au lendemain. Quelques voix
s'élevèrent dans ces deux séances , en faveur des Colons. Ducastel fit observer , C que des commissaires de
> gardes nationaux, Blancs et Mulâtres, s'accordant dans
> un coin de la Colonie, ne pouvaient pas obliger l'ile
5. entière ; leurs pouvoirs étant insuffisans. > Ducos : ( que
> la suspension du départ des troupes causerait des im--
> pressions funestes dans les villes maritimes. > Guadet :
(
la révolte des Nègres, et le carnage 3 étaient
>
faits qu'il était
E
urgent d'arrêter ; et que des
> craiutes douteuses sur l'abolissement du concordat,
coin de la Colonie, ne pouvaient pas obliger l'ile
5. entière ; leurs pouvoirs étant insuffisans. > Ducos : ( que
> la suspension du départ des troupes causerait des im--
> pressions funestes dans les villes maritimes. > Guadet :
(
la révolte des Nègres, et le carnage 3 étaient
>
faits qu'il était
E
urgent d'arrêter ; et que des
> craiutes douteuses sur l'abolissement du concordat, --- Page 181 ---
( 135 )
J) ne devaient pas contrarier des mesures nécessaires. D
Brival objectait : ( que les troupes de ligne étant
>) des complices nés du despotisme 2 on devait préférer
D d'envoyer des commissaires conciliateurs' ; et qu'il
> ne fallait pas laisser enchaîner des hiommes. >) Blanchon : ( qu'il vallait inieux s'exposer à une respon-
> sabilité, (*) que de devenir oppresseurs. )) Garrande-Coulon regardait le concordat ( comme un pacte
5 de famille, qu'il fallait maintenir par la force
>) contre les Colons, punissables de s'être qualifiés
> sujets Ou roi. Toujours les droits, ajoutait-il, se
> sont acquis par la force : c'est en se révoliant',
> que les hollandais, 2 les suisses, les anglais 2 les amé-
> ricains 9 sont devenus libres. > Brissot. 3 enfin, le
vertueux Brissot, mais bien payé par les Mulâatres,
prenant une tournure insidieuse 2 et supposant vrai
ce qui était en question 2 savoir : que le concordat
eût été passé de bon accord, et qu'il fàt le vaeu de
la Colonie entière 3 donna son avis dicté sur ce raisonnement : c. Le décret constitutionnel du 24 Septem-
> bre, a conféré le droit d'initiative aux Colons 2 pour
> leurs lois intérieures : celle-ci vient d'être faite d'un
> consentement unanime : il est tout simple de la
> consolider par la force armée : vous n'attenterez aux
>) droits de personne. >
Je vous prie d'observer 2 en passant 2 combien ce
Brissot était un imposteur impudent : il avance 3 en
(*) Quelle était la responsabilité de l'assemblée nationale ?
Aucun de ses membres méme 2 nc pouvait être recherché
pour telle abominable opinion qu'il eût avancée.
Si cette maxine était reçue 2 aucun état ne pourrait
être assuré d'un moment de stabilité,
ée : vous n'attenterez aux
>) droits de personne. >
Je vous prie d'observer 2 en passant 2 combien ce
Brissot était un imposteur impudent : il avance 3 en
(*) Quelle était la responsabilité de l'assemblée nationale ?
Aucun de ses membres méme 2 nc pouvait être recherché
pour telle abominable opinion qu'il eût avancée.
Si cette maxine était reçue 2 aucun état ne pourrait
être assuré d'un moment de stabilité, --- Page 182 ---
(136)
pleine assemblée 5 que le concordat avait été passé
d'un consentement unanime 2 et trois jours auparavant
devant sa face et celle de tous ses collègues 2 les députés de la Colonie avaient réclamé contre ce traité 2
la violence 2 et rejeté par les
comme extorqué par
honnête
Colons. Cependant, le perfide avis de cet
homme réunissait les deux sentimens opposés. Les
d'un côté; ; et de l'autre 2 ils ne
secours partaient
devaient pas nuire aux Mulâtres. Il fut conséquemment suivi. C'est dans cet esprit que l'on dressa le
décret du 7 Décembre 1791. (( Considérant., y disaitde lunion entre les. Blancs et les gens de
> on 2 que
résulté I. la suspension de la
) couleur libres, a
2.°, di-
> révolte (*) des Nègres 2 à St.-Domingue;
accords entre les couleurs ; et 3.°, divers ar-
>) vers
l'assemblée Coloniale, à l'égard des hom-
> rêtés de
couleur libres
par elle le 20 et 25 Sep-
> mes de
2 pris
le roi sera in-
>) tembre dernier, 2 décrète, que
>> vité à donner des ordres, afin que les forces naenvoie, ne puissent être employées
> tionales, qu'ily
> que pour réprimer la révolte des Nègres 5 sans pou-
> voir agir directement ni indirectement, pour protéger
atteintes
être portées
( ou favoriser les
qui pourraient
> aux accords du mois de Septembre dernier. >) C'està-dire, au concordat.
Sinos législateurs avaientélé des juges impartiaux; s'ils
eussent mis la moindre droiture dans ce décret; avouant
des arrêlés de l'assemblée Coloniale en faveur des
Toujours des mensonges : la révolte alors prenait de
nouvelles (*) forces, comme on l'a vu.
Aveu fait de Pintention de l'assemblée Coloniale s
d'améliorer lc sort des Mulâtres.
gens --- Page 183 ---
(137)
gens de couleur ; et lui recounaissant encore Pinitiative
pour les lois intérieures ; au lieu d'appuyer ainsi Ce
concordat ravi de force, 1 ils auraient renvoyé les
Mulâtres vers leur assemblée légitime 2 avec ordre à
celle-ci de pronoucer sur leur sort politique dans un
teis limilé. A la place de cette modération 2 anl lieu
de cette sage impartialité 2 ils donnent d'emblée
gain de cause à nos violens adversaires : ils légitiment
leur iliégale entreprise et ne désaprouvant même pas
leur soulèvement, ils encouragent enfin nos Noirs,
par cet exemple, à persister dans lenr révoite. Pour
éviter tout retard ou toute soustraction dans l'envoi de
ce décret, les agens des Mulâtres le leur fireut passer
au Cap, renfermé dans des boîtes de fer-blanc, scellées
.et cachées dans des barils de
harengs 9 accompagné
de lettres de Grégoire et de Brissot. Cependant, le concordat, extorqué par les menaces 9
avait été presqu'aussitôt Désavoué que conclu, par
les Blancs du Pori-au-Prince.
toute soustraction dans l'envoi de
ce décret, les agens des Mulâtres le leur fireut passer
au Cap, renfermé dans des boîtes de fer-blanc, scellées
.et cachées dans des barils de
harengs 9 accompagné
de lettres de Grégoire et de Brissot. Cependant, le concordat, extorqué par les menaces 9
avait été presqu'aussitôt Désavoué que conclu, par
les Blancs du Pori-au-Prince. Cette rupture était devenue le signal de nouveaux efforts de la part des Mulâtres, qui tantôt seuls, tantôt joints aux Noirs, nous
faisaient une guerre meurtrière et cruelle dans toutes
les parties de l'ile. Je vous en ai désigné ci-devant
les principaux événemens. 3 et voici comment ils pesaient
sur la Colonie ; dès le mois de Janvier suivant, d'après
le tableau que notre assemblée en donnailà ses députésen
France, dans des leltres (en dandesseabilemdienza)
qui furent lues (à la séance du 21 Mars 1792) devant le
corps Jégislatif: ( Elle leur représentait la ville du Cap
> dansla plus horrible détresse ; la bande du Sud en feu;
> les gens de couleur réunis à certains Blancs, déter-
> minés à égorger les autres et à s'emparer du rays:
> Léogane, les Goaves, les Caimites, FAne--à-Veau;
--- Page 184 ---
(138)
Plaine du Fonds, la ville des Cayes et le Port-à-
> la
théâtre des plus abominables excès ; la partie
> Piment,
POuest dans la même situation 5 le Port-au-Princs
> de
St.-Marc dominé par les pompons
> toujours bloqué ;
Maribarou, Ouanaminte et les autres quartiers
>> blancs ;
entièrement ruinés
> de PEst, épargnés jusqu'à présent,
habitans réfugiés au fort Dauphin. > Il n'y
> et leurs
où
avait pas un coin de l'ile 2 comme vous voyez 9
les Mulâtres ne fussent soulevés contre nous et ne nous
fissent beaucoup de mal. Et pourquoi donc 2 m'observa le curé, ne pas vous
concilier avec eux 2 et les satisfaire, pour vous délivrer de tant de maux ? lui réJ'en ai touché quelques raisons plus haut,
la répugnance invincipondis-je, et particulièrement
l'effet constant de
ble, née du préjugé. Ajoutez-y
inébranlable, qu'enfantent
cette obstination opiniâtre,
la division desenti mens et la différence des partis. d'un semblable entêtement. Je vous
Rien n'approche
6 Décemrépéterai là-dessus 3 ce que dit un jour (le
Gensoné i devant P'assemblée législative :
bre 179:)
ne veulent pas
Blancs de St.-Domingue
( les Colons
à un ami de Phuet s'ils ont reproché
> le concordat 3
dit dans cette tribune : Périssent
d'avoir
> maniné, (*)
de sacrifier un principe ;
> les Colonies 2 plutôt que Périssent les
pas de dire :
Colonies,
5 ils ne rougissent accordions aux hommes de couleur
> s'il faut que nous
leur assure.
ensoné i devant P'assemblée législative :
bre 179:)
ne veulent pas
Blancs de St.-Domingue
( les Colons
à un ami de Phuet s'ils ont reproché
> le concordat 3
dit dans cette tribune : Périssent
d'avoir
> maniné, (*)
de sacrifier un principe ;
> les Colonies 2 plutôt que Périssent les
pas de dire :
Colonies,
5 ils ne rougissent accordions aux hommes de couleur
> s'il faut que nous
leur assure. > Ici trois
> les droits que le concordat les
de couleur et les
les amis des Noirs 2 gens
partis, 5
étaient également inflexibles ; pourquoi
Colons Blancs
ami de Phumanité! Mais comment Gen-
(*) Robespierre concilier cet amour, 2 avec la maxime détesoné pouvait-il
table qu'il citait de lui? --- Page 185 ---
(139)
seraient-ils les seuls
aurait droit de
ces derniers
qu'on
blâmer.?
A la lecture 2 repris-je, des lettres que je vous ai
citées, les amis des Noirs, plus attachés à détruire la
Colonie, qu'à voter les secours que l'assemblée Cololoniale implorait avec tant d'instance et dont elle exposait le pressant bésoin 2 demandèrent que la discussion durât jusqu'à délibération définitive. Dans le
dernier décret ( I du 7 Décembre ), ils n'avaient obtenu
qu'une précaulion pour assurer aux Mulâtres libres, 2
les droits
leur accordait le concordat: :
politiques 5 que
alors. ils visaient à les leur faire attribuer par un
ne
décret ; et sûrs de l'emporter 2 ils prétendaient pas
désemparer. Brissot, toujours leur champion parla le
plus long-lems et le plus fortement en leur faveur. ( L'inles
de couleur et le des-
> justice, dit-il, envers
gens
> potisme des Blancs, voilà les seules causes (*) des
> massacres et des incendies. Les Mulâtres n'ont jaété les
Leurs droits politiques
> mais
agresseurs
> valent mieux que les biens et la vie des Colons
les
sacrifie. Les parisiens
> et de tous
français qu'on y
(*) La révolte n'était donc plus l'effet de la trahison des
Colons pour se livrer aux anglais.
On ne saurait trop admirer limpudence de cet imposteur.
Ces mots du vertueux Brissot reviennent à celui de
Robespierre : Périssent les Colonies, etc. ; mais avec plus de
précision , d'effronterie et de sélératesse. Et c'est ce gueux s
qui appelle ouvertement les poignards assassins sur l'existence
des citoyens, qui avait osé dire ci-devant. : C Des philosophes
D proclameut la vérité; ils ne conseillent pas lc meurtre. a
Quel noment terrible pour une nation, 2 lorsque des scélérats
pareils en ont le timon en main !
issent les Colonies, etc. ; mais avec plus de
précision , d'effronterie et de sélératesse. Et c'est ce gueux s
qui appelle ouvertement les poignards assassins sur l'existence
des citoyens, qui avait osé dire ci-devant. : C Des philosophes
D proclameut la vérité; ils ne conseillent pas lc meurtre. a
Quel noment terrible pour une nation, 2 lorsque des scélérats
pareils en ont le timon en main ! --- Page 186 ---
(140)
Juillet sont coupables,, si les gens de couleur
> du' 14
Il conclut à révoquer le
s ne sont pas innocens.>
constitutionnel.).
décret du 24 Septembre ( quoique
Dorisy pense, qu'il n'y a qu'une parfaite égalité de
puisse ramener le calme à St.-
droits politiques 2 qui
Pinitiative
Domingue. Gensoné propose de confirmer
accordée aux Blancs par le décret susdit, en l'étende couleur libres et d'envoyer des
dant aux gens
commissaires civils, choisis par T'assemblée, et qui
soient hors des bornes du pouvoir du roi. Guadet
et résumant tout ce qu'avaient dit ci-devant
répétant
s'attache à réfuter, dans.
les plus ardens négrophiles,
le rapport de
une oraison de sept quarts d'heure,
fut rendu le susdit décret du 24
Barnave, sur lequel
Septembre.
On trouve dans les réponses des membres opposés 9
moins de raisons pour improuverou pour détruire lesprinallégués et leur conséquences funestes, que de recipes
et de démentis; ; tantles maximes ausproches personnels
étaient enracinées dans les
tères de la fausse philosophie
commises
esprits ! Tarbé cite des horreurs avérées 2
à Phumanité dont
par les Mulâtres ' en opposition
encore
Brissot leur avait fait honneur. Il lui reproche
de pièces officielles à l'appui
K de ne produire jamais
: de donner des mensonges pour
> de ses assertions
des principes ;
a des.faits; ses extravagances pour et de saciifier les
de la morale ;
1> ses' passions pour
d D'absurdes théories s à la
D Colons et la France
traite de fraudes
>) vanité et à Pintrigue >, Dubayet des amis des Noirs
pieuses, les lamentations exagérées
l'esclavage. Vaublanc reproche à Brissot, C qu'il
sur
d'un sentiment et demain d'un
D était aujourd'hui
Colonies
avait avancé ci-devant, que,les
S autre. Qu'il
saciifier les
de la morale ;
1> ses' passions pour
d D'absurdes théories s à la
D Colons et la France
traite de fraudes
>) vanité et à Pintrigue >, Dubayet des amis des Noirs
pieuses, les lamentations exagérées
l'esclavage. Vaublanc reproche à Brissot, C qu'il
sur
d'un sentiment et demain d'un
D était aujourd'hui
Colonies
avait avancé ci-devant, que,les
S autre. Qu'il --- Page 187 ---
(141)
>> ayant un intérêt différent de celui de la métropole,
> ue pouvaient être soumises au régime qu'elle avait
> adopté: et que dans ce moment il avait une opinion
>) contraire. >
Le décret rendu par l'assemblée nationale à la suite
de ces débats (le 24 Mars 1792), fut tout en faveur
des gens de couleur. On le distingue par la date de
sa sanction, du 4 Avril: sans faire mention de celui
du 24 Septembre précédent, favorable aux Blancs de
la Colonie, il l'annullait de fait, Ce dernier rendu
c'est le
en
portait
substance: qu'attenou que
Défaut
O'union entre les gens De couleur et les Blancs, s
qui est Lcs seule cause des troubles et des maux de
St.-Domingne 2 et que cette désunion ne provient que
du refus d'accorder à ces hommes libres, une égalité
de droils avec les Blancs; ces Droits leur sont conférés:
tous les corps administratifs de la Colonie seront formés sur ce mode, et trois commissaires iront établir
légalement cet ordie politique.
Votre assemblée nationale ne s'écarte nulle part,
m'observa le médecin, , de sa partialité pour vos adversaires. Quel est Phomme de bonne foi qui n'ait
avoué 2 que la grande cause de vos troubles et de ce
défaut d'union, ne soient dus aux Demandes prématurées des gens de couleur 2 à leurs provocations 2 à
leurs hostilités enfn ?
Il fallait bien 5 repris-je, rejeter la désunion sur
nous 3 et la présenter comme un effet de notre refus
d'accéder aux désirs des Mulâtres : en nous rendant
coupables 3 ceux-ci devenaient innocens. Mais vous
reconnaissez aisément le manège ordinaire de nos persécuteurs, de donner l'effet pour la cause. Sans doute
nos refus avaient aigri les gens de couleur et les
leurs provocations 2 à
leurs hostilités enfn ?
Il fallait bien 5 repris-je, rejeter la désunion sur
nous 3 et la présenter comme un effet de notre refus
d'accéder aux désirs des Mulâtres : en nous rendant
coupables 3 ceux-ci devenaient innocens. Mais vous
reconnaissez aisément le manège ordinaire de nos persécuteurs, de donner l'effet pour la cause. Sans doute
nos refus avaient aigri les gens de couleur et les --- Page 188 ---
(142) )
troubles s'en étaient ensuivis 5 mais il n'y aurait
pas eu de refus 2 s'il n'y avait pas eu de Demande;
il n'y aurait point eu de trouble, s'il l'on s'était tenu
en repos; il n'y aurait pas eu de Défense de la part
des Blancs, , si les Mulâtres ne les eussent attaqués les
premiers. L'un avait-il plus de droit d'exiger une noul'autre de conserver l'ordre établi? Celui
veauté, que
celui qui ravit
qni refuse est-il plus coupable que
de force ?
L'ordre voulait, observe le pasteur 2 que lon bannit
de ce différend toute voie de fait, et qu'il fut décidé
par des juges légitimes.
Avant de passer 9 continuai-je, à la mission dévastatrice des trois commissaires civils 5 envoyés à
St.-Domingue par suite de ce dernier décret (4 Avril),
je dois vous parler de ceux qui les y précédèrent. La
mission de ceux-ci, plus modérée et bien moius exà obtenir de
trême 2 se bornait vraisemblablement
l'assemblée Coloniale, une égalité de droits politiques
de quelle
pour toutes les personnes libres, n'importe
couleur : et de plus 2 à porter les Nègres à rentrer dans
les voies de douleur soumission première., plutôt par
ceur et de conciliation 9 que par la force des armes.
Mirbeck 2 Roume et St.-Léger furent les trois premiers commissaires civils envoyés à St,-Domingue :
ils débarquèrent au Cap, sur la fin de 1791. A leur
arrivée , les Colons Blancs étaient assez instruits des
opinions de l'assemblée législative et des intentions
particulières d'un grand nombre de ses membres, a pour
ne voir dans ces envoyés que des personnes à crainOre. C'est avec ces dispositions 3 que l'assemblée Coloniale et. les corps administratifs du Cap, reçurent ces
nouveaux venus. Les premiers, aigtis autant par ces
ils débarquèrent au Cap, sur la fin de 1791. A leur
arrivée , les Colons Blancs étaient assez instruits des
opinions de l'assemblée législative et des intentions
particulières d'un grand nombre de ses membres, a pour
ne voir dans ces envoyés que des personnes à crainOre. C'est avec ces dispositions 3 que l'assemblée Coloniale et. les corps administratifs du Cap, reçurent ces
nouveaux venus. Les premiers, aigtis autant par ces --- Page 189 ---
(143)
soupçons ; que par le sentiment intime de leurs maux 3
à remarquer dans leur
le donnèrent peut-être Irop
première démarche auprès d'eux. Il eût été sans doute
plus avantageux de ne témoigner aucune méfiance 2
d'opposer ruse à ruse, détour à détour ; et par ces
moyens, entretenir une bonne intelligence apparente.
Mais les Colons voyaient avec regret 2 qu'on persistât
dans une égalité de Oroits et De rangs, qui détruirait infailliblement un ordre de choses, dont le
maintien était bien plus utile à la Colonie entière ,
d'une caste particulière, ne lui
que le vocu contraire
le Créole
serait profitable à elle-même. D'ailleurs 2
est franc et ouvert : il ne connaît ni le
en général,
déguisement ni la dissimulation.
Aigris ainsi, les députés du corps Colonial, au lieu
devant les commissaires avec les coude se présenter
leurs de la nation 2 y parurent revêtus d'écharpes
noires
leur témoigner le deuil général des ha-
, pour
en écharbitans ; et ceux de l'assemblée provinciale 2
du sang, dont tout le sol de
pes rouges 3 symbôle
la Colonie fumait encore. Ils insinuèrent, en outre 2
dans leurs discours 2 qu'elle devait en grande partie
cette déplorable situation aux effets des intrigues d'une
société pernicieuse 3 qui ne connaissait pas les véritables intérêts, ni de la France, ni de ses possessions
d'outre-mer. Ils s'expliquaient aussi clairement, parce
les forces des Blancs n'élaient pas alors assez
que
affaiblies, ni leurs esprits assez affaissés sous le poids
des maux 2 pour ne pas oser contrarier une mesure
qu'ils jugeaient dangereuse pour la Colonie; et qu'ayant
l'initiative des lois", ils voulaient accorder d'eux-mêmes la faveur. 2 avec une modification convenable, et
non pas être forcés à y consentir. Du côté des com-
ient aussi clairement, parce
les forces des Blancs n'élaient pas alors assez
que
affaiblies, ni leurs esprits assez affaissés sous le poids
des maux 2 pour ne pas oser contrarier une mesure
qu'ils jugeaient dangereuse pour la Colonie; et qu'ayant
l'initiative des lois", ils voulaient accorder d'eux-mêmes la faveur. 2 avec une modification convenable, et
non pas être forcés à y consentir. Du côté des com- --- Page 190 ---
(144)
qu'ils eissent les pleins poumissaires ; en supposant
ils n'avaient pas
voirs donnés à leurs successeurs 2
les mettre à
assez de troupes à leur disposition, pour n'étaient pas
d'ailleurs,
exécution; ; les circonstances,
dictateurs.
mûres, pour parler et agir en
assez
de l'assemblée Coloniale envers
La défiance marquée
des
pro-,
nuisit au concert
opérations les
les commissaires,
D'autres furent rejetées, et
posées par ceux-ci.
Néanmoins, les
s'éloignèrent de plus en plus.
offertes
esprits conciliation auprès des Noirs révoltés 2
voies de
pas devoir être
les agens de la nation 2 ne parurent
par
de la Colonie s'y prétant 2
refusées : les représentans rebelles une espèce de trève :
on fit observer avec les
et d'autres proconditionnelle. 2
ensuite, une amnistie
: les commissaires, 9
posilions de paix. furent proclamées des paroles poside leur côté 2 en envoyèrent porter des avantages pour
tives aux chefs des Noirs 9 avec leurs camarades.
de sort pour
eux 3 et une amélioration
part et d'autre.
Ily eut échange et renvoide prisonniersde trouver en une
Jean-François enfin consentit à se
des
convenir avec les commissaires
conférence, pour
général.
conditions d'un arrangement donner bien de la joie, 7
Cette nouvelle dût vous
mais elle fut de
dit le négociant. - - Hélas ! oui 3
me courte durée : nous ne la goûtâmes qu'environ
bien
heures. L/entrevue eut lieu un après-midi,
vingt-quatte
St-Michel, voisine du bourg de la
sur Phabilation
Nègre y parut dans des disPetite-Anse. Le général
soumis
arriet tellement
2 qu'en
posilions pacifiques 2
il se jeta à leurs gevant auprès des commissaires, ils l'embrassèrent: rien
noux. L'ayant aussitôt relevé,
moins rasd'essentiel n'y fut conclu. Jean-François
des revint à témoigner par
suré qu'à son arrivée,
gards --- Page 191 ---
(145) )
gards jetés fréquemment autour de lui, une espèce de
méfiance. Un après-midi ne suffisait pas dailleurs,
pour conclure délinitivement une négociation de celte
importance 5 cependant il élait nécessaire de ne pas
la laisser trainer en longueur. Dans celle vue, ce
chef fut invité de rester au moins celte nuit sur
Phabitation oit l'on était,avecl les plus grandes promesses
de respecter sa personne 2 ct l'offre de livrer des ôtages
pour sa sûreté.
, une espèce de
méfiance. Un après-midi ne suffisait pas dailleurs,
pour conclure délinitivement une négociation de celte
importance 5 cependant il élait nécessaire de ne pas
la laisser trainer en longueur. Dans celle vue, ce
chef fut invité de rester au moins celte nuit sur
Phabitation oit l'on était,avecl les plus grandes promesses
de respecter sa personne 2 ct l'offre de livrer des ôtages
pour sa sûreté. Ces sollicitations. et ces assurances ne
firent aucun effet sur lui, Il voulut s'en retourner :
on n'insista plus, et lui-même promit de sC retrouver
le lendemain au inême endroit 2 pour une seconde
entrevue. Il partit le soir 2 et depuis, ni le lendemain,
ni les jours suivans, on ne le vit plus revenir. Sut-on 2 me demanda le curé, la raison de cette
rupture aussi subite qu'imprévue ? - II fit savoir bientôt
qu'il ne pouvait plus renouveler de conférences, ses
camarades s'y opposant. 2 et ne consentant à se soumettre à pas une condition. - Ce n'était qu'un subterfuge vraisemblablement, d'après votre récit. Ce
pouvait être l'une des raisons 2 mais non pas la seule. Les Nègres ayant acquis leur liberté, et les moyens
de la conserver leur devenant de jour en jour plus aisés,
il est très-possible qu'ils aient voulu. que leur général
en chef rompit ces conférences, et qu'il ne fut plus
question d'un accommodement. Il se peut encore
que Jean-François fut détourné des proposilions de
paix par les commandans espagnols des postes voisins,
dont il dépendait, soit pour se fournir de munitions,
soit pour se ménager une retraile en cas de malbeur. Ces raisons , dis-je 2 peuveut avoir influé sur la rupture des conffrences 2 mais une cause plus active la
détermina d'uue façon aussi brusque. On s'est rappelé
--- Page 192 ---
(146)
depuis ;5 que le jour de l'entrevue 2 des officiers du
régiment du Cap, et d'autres personnages, sous de
légers prétextes 2 élaient allés à cheval, dans la matinée 2 fort en avant du chemin de la Pelile-Anse à la
Tannerie 2 par oùt Jean-François devait venir;qu'ils l'y
avaient rencontré, joint et accompagné jusqu'au lieu
du rendez-vous 2 en conversant sans cesse avec lui. Le
marquis de Rouvray pète était un de ces messieurs. C'était tous des royalistes décidés. On a su depuis 2
que dans la nuit qui suivit le pourparler, l'aide-major
du régiment du Cap, 2 était allé de même s'aboucher
avec ce général Nègre, dans son camp à la Tannerie,
et qu'il l'y avait entretenu pendant une partie de la
nuit. Ce fait n'est pas douteux 5 il a élé constaté par des
témoins oculaires des Blancs prisonniers 2 alors au
camp de Jean-François 2 et publié dans un écrit im-
-
primé au Cap, par fun d'eux, nommé Gros, qui, pris
au poste de Sans - Souci, témoin des tortures que
Jeannot faisait éprouver aux Blancs 9 et n'en ayant
échappé que par la mort inattendue de ce bourreau,
servait en ces tems de secrétaire au général Nègre.
é constaté par des
témoins oculaires des Blancs prisonniers 2 alors au
camp de Jean-François 2 et publié dans un écrit im-
-
primé au Cap, par fun d'eux, nommé Gros, qui, pris
au poste de Sans - Souci, témoin des tortures que
Jeannot faisait éprouver aux Blancs 9 et n'en ayant
échappé que par la mort inattendue de ce bourreau,
servait en ces tems de secrétaire au général Nègre. Ce
témoin et d'autres, échangés depuis 7 ont dit 2 redit et
atlesté publiquement, que ce n'était pas la seule fois 9
pendant leur esclavage parmi les Noirs, qu'ils avaient
vu cet officier et d'autres, venir de nuit s'entretenir à
part avec les chefs des rebelles. Tandis > continuai-je 2 que deux des commissaires
s'occupaient ainsi des moyens de conciliation dans la
partie du Nord, le troisième 2 St-Léger, 2 agissait dans
le même sens au bas de la côte : il s'efforçait d'y
neutraliser toutes les haines. Ses démarches n'y auraient
pas été sans succès 2 si l'animosité des Mulâtres n'eût
pas été aussi vige et leurs prétentions aussi excessives, --- Page 193 ---
(147)
Les faveurs que leur promettait l'assemblée Coloniale ,
à Pégard de leur sort politique, 2 ne leur plaisait pas
plus, , que sa lenteur à les leur faire connaître. Ils présumaient de reste 1 que ces droits n'auraient pas létendue qu'ils désiraient ; et les ayant acquis tels par
le concordat, ils prétendaient n'avoir pas besoin d'autre
titre. Restés en armes, ils ne devaient cesser de nous
combalire, qu'après que nous nous serions rendus à
leurs voeux. D'une autre part, les Noirs révoltés se
souciaient peu d'un adoucissement à leur précédent
esclavage, si la condition de travailler y était altachée, 2
et jouissant de fait d'une liberté entière qu'on ne pou-.
vait plus leur ôter. Ces deux partis se prêtant mutuellement des forces au besoin, en étaient d'autant plus
obstinés à ne faire aucune altention aux rapprochemens
qui leur étaient proposés. Les gens de couleur étaient
devenus encore plus intraitables, depuis que leurs protecteurs en France leur avaient écrit de tenir bon:
que les troupes quon enverrait seraient pour eux.
Est-il bien vrai, me demanda l'avocat, qu'on ait
donné pareil avis aux Mulâtres ?
Pouvez-vous douter, lui répondis-je, que Grégoire;
Brissot et d'autres énergumènes de ce calibre, aient
donné de pareils encouragemens ? Ils n'étaient qu'une
suite naturelle du décret du 7 Décembre. Au reste 2
les papiers l'ont dit posilivement : et si vous en doutiez encore 5 vous allez vous rendre à ce trait qui m'est
personnel. Quelque tems avant l'arrivée des grands
secours. 2 venus avec les seconds commissaires, m'entretenaut un soir du sort politique de la Colonie 2 dans
un cercle des officiers de notre poste, où se trouvaient
un certain dentiste 9 nommé Gignour > et M'. de
Rouvray, le père, je soutenais au premier que P'ar-
dit posilivement : et si vous en doutiez encore 5 vous allez vous rendre à ce trait qui m'est
personnel. Quelque tems avant l'arrivée des grands
secours. 2 venus avec les seconds commissaires, m'entretenaut un soir du sort politique de la Colonie 2 dans
un cercle des officiers de notre poste, où se trouvaient
un certain dentiste 9 nommé Gignour > et M'. de
Rouvray, le père, je soutenais au premier que P'ar- --- Page 194 ---
( 148 )
rivée de ces nombreuses troupes, 2 forcerait les Negres
à se soumettre, et réduirait également les Mulâtres à
des termes plus modérés : je m'attachai long-tems à
le lui prouver : poussé par mes raisounemens, à la
fin il me répliqua brusquement : ch croyez-vous qu'elles seront pour vous P Ces paroles m'interdirent, et
sans y répondre, je quittai la compagnie, le coeur
malade et Pesprit agité des pensées les plus tristes.
Ce mot s'accorde avec celui que j'avais entendu de
deux ou trois particuliers, 2 avant que toute la partie
du Nord ne fut soulevée, et lorsqu'il y avait encore
des quartiers intacts et des Noirs non-révoltés. Tout
y passsera, touty passera, répétaient-ils; il faut
que tout y passe. En quittant ces messieurs 2 j'avais
apperçu de Rouvray donner à Gignoux des signes
d'improbation, de ce qu'il m'avait dit.
Les événemens postérieurs m'ont appris, au sujet de
la liaison actuelle de ces deux personnages, que les
agens des partis qui méditaient notre ruine 2 ont su sacrifier, dans le besoin, leurs ressentimens réciproques S,
faire cause commnune, suspendre leurs haines, les reprendre 3 s'éloiguer ou se rapprocher, seion qu'il COllvenait à leurs projets. Ici se trouvent unis deux hommes, égaux, à la verilé, dans le désir de troubler
et de causer du mal ; mais 3 à-coup-sir, apparlenant
à deux factions différentes : car de Rouvray, s'embarquant à Jacquesy fitrtivement 2 s'évada deux jours après,
le 19 Octobre, 2 époque du renversement, au Cap,
du parti royaliste > comme vous le verrez : et Giguoux,
s'attachant dès ce jour aux commnissaires, devint par
la suile P'un des chefs des satellites de Sonthonax, le
plus ardent et le plus actif de tous. Il en résulte évidemmeut, que le système des Démocrates et des aris-
différentes : car de Rouvray, s'embarquant à Jacquesy fitrtivement 2 s'évada deux jours après,
le 19 Octobre, 2 époque du renversement, au Cap,
du parti royaliste > comme vous le verrez : et Giguoux,
s'attachant dès ce jour aux commnissaires, devint par
la suile P'un des chefs des satellites de Sonthonax, le
plus ardent et le plus actif de tous. Il en résulte évidemmeut, que le système des Démocrates et des aris- --- Page 195 ---
(149)
tocrates était le même, 5 d quant à lemploi Des troupes;
qu'il entrait dans le plan des uns et des autres 3 de
ne leur donner aucune activité réelle contre les insurgés , quels qu'ils fussent. C'est pourquoi 3 dans telle
quantité qu'elles nons soient arrivées, 9 sous les premiers comme sous les seconds commissaires, disposées
par 'eux ou par les militaires, elles furent toujours 1
où si désavantageusement postées 2 ou tellement disséminées 3 qu'elles ne purent entreprendre aucun coup
de vigueur 5 et qu'au contraire 2 chacun de ces petits
corps, trop faible. 5 tomba plus facilement sous le fer
de l'ennemi.
Forts des avis qu'on leur avait donnés de France,
et fiers de. leur nombre, ainsi que de la diminution
du nôtre, les Mulâtros continuaient à nous faire la
guerre. Je vous ai fait connaitre la progression de
leur soulèvement, et ses principaux effels dans la dépendance du Nord : au bas de la côte, aucun ne
soutenait, en apparence même, comme dans la partie
du Cap, le parti des Blancs. Pinchinat, Pimplacable eunemi de ceux-ci, y dominait sur Pesprit de
ses frères. Il avait porté leur irritation et leurs demandes jusqu'au délire de l'orgueil: une guerre des
plus outrées embrâsait l'Ouest. Je ne vous en détaillerai pas les particularités: l'incendie du Port-au-Prince,
(suite d'un différend particulier, entre uncanonnier Blanc
et un tambour Negre) ), mis à feu par les Mulatres,
en est une des plus remarquables : trois cents maisons
y furent brulées 3 ii y eut quelques rapprochemnens. 2
quelques momens de relâche; des deux côtés 3 On prit
les armes 2 on les quitta ; on les reprit encore. Ily
eut divers chocs: tantôt un parti demeura victorieux 5
tantôt ce fut le tour de l'autre.
, entre uncanonnier Blanc
et un tambour Negre) ), mis à feu par les Mulatres,
en est une des plus remarquables : trois cents maisons
y furent brulées 3 ii y eut quelques rapprochemnens. 2
quelques momens de relâche; des deux côtés 3 On prit
les armes 2 on les quitta ; on les reprit encore. Ily
eut divers chocs: tantôt un parti demeura victorieux 5
tantôt ce fut le tour de l'autre. --- Page 196 ---
L 1 150) )
Saint-Léger 2 fidèle à son plan de conciliation; courait depuis St.-Marc jusqu'au petit - Goave, s'occupart en tous lieux d'arrêter les entreprises ennemies
et d'appaiser les esprits 5 mais inutilement. Quelques
Blancs, trop épris de passions 9 (:on place à leur tête
M. de Caradeux au Port-au-Prince, et M. Borel à
St.-Marc) et les écoutant plus que le salut momentané de la Colonie, excitaient les faibles restes des
individus de leur couleur. 7 à ne point céder aux Mulâtres. Iis y. étaient, d'ailleurs 2 portés d'eux-mêmes;
tous auraient préféré de mourir 2 plutôt que d'accéder
aux prélentions exhorbitantes et impérieuses de leurs
adversaires. Ceux-ci, 2 rendus plus opiniatres et plus
animés, ne voulaient prêter l'oreille à pas un mot
de réconciliation. Dans leurs succès, ils publiaient avec
aurlace, que la Colonie leur appartenait d bien
plus juste titre qu'aux Blancs; qu'ils en étaient
originaires 2 et que, comme eux, ils ne s'en expa-.
triaient pas 2 (*)a après avoir acquis de la fortune. Ils
ajoutaient, que la tranquillité ne renaitrait qu'autant
que l'une Des Deux races La Blanche et la
(*) Ils ne s'expatriaient pas > I.", parce qu'il était rare
qu'ils acquissent de la fortune : à peine savaient-ils conserver
celle qu'on leur avait laissée ; 2.0 2 quel avantage > d'ailleurs 2
leur aurait procuré le séjour de la France 2 Du côté du climat > trop incommodés des rigueurs de Phiver > ilss'y seraient déplus : du côté des amusemens et de la société, le
préjugé contre Ieur couleur y subsistant alors, ils n'auraient été
reçus nulle_part. Aucune Blanche n'eût souffert leur approche.
Comme s'ils formaient une race distincte ! Cela me
rappelle, qu'un jour 2 une de mes Négresses, voulant relever
des paroles de mépris, que mon Mulatre cocher se permettait
sur sa couleur, elle lui demanda dans quel pays, 2 lui et ses
semblablesparaient un roi et des terres à eux, comme les Nègres ?
y subsistant alors, ils n'auraient été
reçus nulle_part. Aucune Blanche n'eût souffert leur approche.
Comme s'ils formaient une race distincte ! Cela me
rappelle, qu'un jour 2 une de mes Négresses, voulant relever
des paroles de mépris, que mon Mulatre cocher se permettait
sur sa couleur, elle lui demanda dans quel pays, 2 lui et ses
semblablesparaient un roi et des terres à eux, comme les Nègres ? --- Page 197 ---
(15r)
leur, aurait été exterminée. Leur rage 3 en effet,
dut être bien extrême, et portée à ce point de férocité qu'on ne trouve que parmi les peuples les plus
barbares et chez des nations antropophagus ; puisqu'ou
écrivait à Paris 2 aux commissaires de la Colonie,
dépulés vers Passemblée législative ; C que les gens de
> couleur portaient à leurs chapeaux des oreilles de
>) Blancs en guise de cocarde ; qu'ils s'étaient servis
> pour bavière, d'un enfant Blanc, empalé au bout
> d'une pique; qu'ils avaient éventré des femmes gros-
> ses, et jeté leurs enfuns aux cochons. ; qu'ils avaient
> contraint un marià mangerde la chair de son épouse 2
> tuée en sa présence ; et enfin, qu'ils avaient coulé
> bas un vaisseau chargé de femmes Blanches. 2 qui
> fuyaient. )
Quelles horreurs, Dieu de miséricorde ! s'écria le
curé, venez-vous de rapporter ! Ces faits sont-ils bien
sûrs ? me demanda le negociant. Il n'est pas possible,
objecta l'avocat, , que de pareils traits soient vrais. Les
reproches mutuels des partis opposés 2 observa le medecin 2 sont rarement conformes à l'exacte vérité : que
pensez-vous 2 mc demanda-l-il, de ceux que vous venez
de rapporter ?
Messieurs, Jeur répondis-je ; depuis que je m'entretiens avec vous 2 je ne vous ai rien allégué 5 que
de conforme aux faits, aux écrits et aux rapports. Il
y a eu peut-êire de l'exagération quelquefois dans
ces derniers ; mais il n'est pas sans vraisemblance,
qu'en des tems d'une aussi forte exallation de colère
et d'animosité, il ne se soit trouvé quelque Mulâtre 7
dont l'esprit féroce se soit porté jusqu'à ce point d'atrocité. Je suis bien éloigné de les croire tous coupables
de pareilles actions. Un fait certain 2 c'est que lors
, aux écrits et aux rapports. Il
y a eu peut-êire de l'exagération quelquefois dans
ces derniers ; mais il n'est pas sans vraisemblance,
qu'en des tems d'une aussi forte exallation de colère
et d'animosité, il ne se soit trouvé quelque Mulâtre 7
dont l'esprit féroce se soit porté jusqu'à ce point d'atrocité. Je suis bien éloigné de les croire tous coupables
de pareilles actions. Un fait certain 2 c'est que lors --- Page 198 ---
152 )
de l'amnistie publiée par ces premiers commissaires 2
dont un article portait, que les Blancs et les Mulâtres
se rendraient réciproquement leurs prisonniers, la custe
jaune, qui du côté du petit Goave, tenait en prison
une quinzaine de Blancs 3 eut la scélératesse de
les mettre à mort , avant de faire publier l'amnistie,
mais l'ayant à la poche. Quel trait exécrable! s'écria
M. Goodrich. Quel est en général leur caractère ? me
demanda le curé. Rien O'avantageur n'y domine,
lui répondis-je ; au contraire, ce sont des êtres aussi
Déprapés Dans le moral que Dans le physique 3 et
c'est sur-tout pour l'être dans celui-ci, qu'ils le sont
dans celui-là. Ne tenant rien de pur ni de légitime
de la nature > et portant imprimé sur le frout le signe
évident et la marque inaltérable de Mélange et de
batardise 2 cet état est pour eux une source perpétuelle de mortification et de déplaisir, indépendante
même d'aucun reproche étranger. Le coeur nourri naturellement de cette peine intime 2 leur doane autant
de haine contre les Noirs et de rancune contre leurs
propres mères 9 pour la tache qu'ils tiennent de leur
couleur, 2 que de Dépitet d'irritation contre les Blanca, 2
qui se refusent à leur marquer la considération qu'iis
désirent. De-là'vient que cette caste cn géréral 2 a
toujours é16 l'ennemie jalouse de ceux-ci, et qu'elle a
constamment traité ses esclaves plus impérieusement et
plus durement que les Blancs. Tellement que parmi
ces derniers, 5 celui qui n'était pas coulent de quelqu'un de ses Nègres 7 ne pouvait employer de meilieur
moyen pour le corriger, que de le menecer, s'il ne
changeait pas 2 de le vendre à un Mulâtre. Orgucilleus
et vindicatifs par caractère, 2 et naturellement encore
fougueux > emportés et violens 2 il n'est aucune
considération --- Page 199 ---
(153) )
considération qui puisse arrêter en enx l'effet de ces
deux funestes penchans : mille morts présentes n'y
mettraient pas 1111 frein. Le besoin de se venger 7 reJativementà ce fonds d'orgueil, est chez eux une fureur,
une rage forcenée. Malheureusement pour leur renom 2 rien ne rachète
en eux ces mauvaises qualités. Ils tiennent du sang
africain, et probableinent du climat aussi, les vices
particuliers aux Nègres 2 sans posséder ui la constance,
ni l'application, ni l'énergie d'esprit 2 ni les nombreux
avantages des Européens ; j'entends 2 pour des eutreprises utiles ; car pour tout ce qui est des moyens de
nuire et de méchanceté 2 ils en ont de reste.
om 2 rien ne rachète
en eux ces mauvaises qualités. Ils tiennent du sang
africain, et probableinent du climat aussi, les vices
particuliers aux Nègres 2 sans posséder ui la constance,
ni l'application, ni l'énergie d'esprit 2 ni les nombreux
avantages des Européens ; j'entends 2 pour des eutreprises utiles ; car pour tout ce qui est des moyens de
nuire et de méchanceté 2 ils en ont de reste. Rarement, ils ont su conserver en entier leurs patrimoines 2
et inoins encore être les artisans de leur fortune. Dans
les vilies, l'exemple nombreux des Blancs ; le besoin
de vivre, de se parer, de se modeler enfin sur les
moeurs et les modes du jour, les ont comne forcés
d'exercer des méliers ; il y en avait de bouchers 2 die
chaircuiliers 2 de maçons, d'orfeveas, de selliers 2 de
menuisiers, de charpentiers 2 etc. Ne croyez pas qu'ils
en aient jamais pris degrossiers ou de tres-pénibles. Cn verrait plutôt les eaux d'une rivière remonter
vers leur source 2 qu'un homme sang-mélé faire, de
lui-méme, marcher une charrue , (*) fouiller la
terre > OLL battre le fer sur Penclume. Qu'ont appris en France 2 ceux qui y sont venus 2 Les pauvres ; l'état de perruquier, de carossier, de mattre
d'hovel, de joueur de violon, etc.: les riches ; la
danse 2 la musique 2 l'escrime, Péquitation, le jeu, etc. (*) Ils ne sont pas gens à goûter ce conseil de PEcolssiaste : T'u ne odcris rusticationen: creatam ab altissino. --- Page 200 ---
RF
(154)
Jamais les uns ni les autres ne se sont attachés qu'à
de molles occupations > qu'à des arts frivoles et légers :
les noms de science, de physique, de chymie 2 d'histoire
etc.,leur ont élé inconnus. Indolens, paresseux et remplis
de vaine gloire, ils sont propres à faire nombie chez des
peuples riches et amollis, (*) et non à vivre avec une
nation pauvre et laborieuse. Vous rabaissez furieusement ces gens-là, me répliqua
lavocat : ils ne sont cependant pas aussi dépourvus d'intelligence et de lumières 2 ni tellement incapables de
vigueur et d'efforts d'esprit que vous le supposez : ils
vous en out donné des preuves. Pinchinat, Raymond,
et d'autres sans doute, ne sont pas des esprits vulgaires:
vos Mulâtres vous ont assez fait sentir ce dont ils sont
capables. Je conviens. 2 lui répondis-je, qu'ils ont une énergie
étonnante, lorsque leurs passions les commandent; ; mais
malheurensement ces passions ne sont dirigées vers aucun but utile ni honnêle. Ils sont propres néanmoins à la
guerre de terre ou de mer, parce que naturellement
efforts
ils ont du courage ; que dans ces états 2 les grands
y sont momentanés ; qu'il s'y trouve beaucoup plus
d'intervalles de repos que de faligues ; que la vie en
est pleine de dissipation et qu'on peut y faire du butin
qui ne coûte ni tems ni peines assidues pour l'acquéiir. Observez encore, que leur courage est celui d'un soldat,
sans aucun talentde capitaine.
moins à la
guerre de terre ou de mer, parce que naturellement
efforts
ils ont du courage ; que dans ces états 2 les grands
y sont momentanés ; qu'il s'y trouve beaucoup plus
d'intervalles de repos que de faligues ; que la vie en
est pleine de dissipation et qu'on peut y faire du butin
qui ne coûte ni tems ni peines assidues pour l'acquéiir. Observez encore, que leur courage est celui d'un soldat,
sans aucun talentde capitaine. S'ils ont eude la supériorité
sur nous, 2 ils Pont due à leur aplitude aux fatigues >
à leur promptitude perfide à saisir nos tems d'embarras et de faiblesse, à leur jonction avec les Noirs
(*)Dans le grand nombre des Mulâtres déportés , la'plupart
ci-devant esclaves , qu'on m'en inontre un en France > quoique
réduits à Paumône dc l'état 2 qui ait pris un métier pénible. --- Page 201 ---
(155)
révoltés, à l'exaltation de leur haine et à la certitude
de protection et d'appui contre nous 2 plutôt, qu'à des
entreprises militaires tant soit peu méditées.
Mais pour reprendre le fil de mon récit, continuaije,la masse des maux anginentant au lieu de diminuer,
depuis l'arrivée des commissaires, et parvenant à son plus
grandexcès dans toutesles parties de Pile, n'onobstantles
efforts apparens des envoyés de la nation, et les voies de
douceur et de rapprochement auxquelles s'était prêiée
l'assemblée Coloniale ; ses membres et la généralité des
Blancs crurent. , que, disciples des amis des Noirs,
et partisansdel leurs ennemis ,les commissaires semaient
secrètement des germes de mésintelligence et d'éloignement, et répandaient des principes contraires au
repos de la Colonie. Cela pouvait bien être, me dit
le négociant.
Je croirais plutôt, continuai-je, que choisis par la
majorité de l'assemblée nationale, qui n'avait en vue
d'introduire l'égalité parfaite dans les Colonies 9 que
par des moyens lents et par des voies de douceur et
de conciliation, ils modelaient leur conduite sur de
pareilles instructions 2 et par tout agissaient de bonne
foi, s'appliquant à diminuer les haines et à rapprocher les esprits. Les fatigues de St.-Léger au bas de
la côte, et la cessation des hostilités qu'il y procura
dans certaines circonstances, m'en seraient les garans.
Pourquoi donc ne réussirent-ils pas ? Parce que, dans
le même-lems. 2 la scélérate minorité, 9 qui nous préparait des choses bien diiférentes 2 faisait passer secrèiement aux insurgés 2 des avis et des encouragemens
contraires, qui, venant du sein du premier corps de
l'empire français, détruisaient absolument les effets des
démarches des commissaires. Ceux-ci, de même que --- Page 202 ---
(136)
ignorant ces manceuvres sourdes et ces
les Colons 2
se
muimpulsions opposées aux leurs, reprochaient
la continuation Ou Désorore et Caugmentuellement
Les premiers en accusaient la roideur
tation Des maur. vouloir
assez se rede Passemblée Coloniale, à ne
pas
des
làcher en faveur des Noirs et du sort politique
libres ; les seconds soutenaient hautement 5 que
gens
les conditions offertes,
ces deux classes accepteraient
de meilleures.
anceuvres sourdes et ces
les Colons 2
se
muimpulsions opposées aux leurs, reprochaient
la continuation Ou Désorore et Caugmentuellement
Les premiers en accusaient la roideur
tation Des maur. vouloir
assez se rede Passemblée Coloniale, à ne
pas
des
làcher en faveur des Noirs et du sort politique
libres ; les seconds soutenaient hautement 5 que
gens
les conditions offertes,
ces deux classes accepteraient
de meilleures. si personne ne leur en faisait espérer
les esaccusations réciproques aigrirent tellement
Ces
Passemblée Coloniale arrêta 2 qu'elle, ni
prils, que administratif de la Colonie, ne commupas un corps dorénavant avec les commissaires, pour
niqueraient plus
les sujets de leur mission. m'obCelte résolution me paraît bien imprudente 5
le médecin. Jointe à la punition des Mulâtres
serva
combinée encore avec Pouverture
révoltés sous Ogé,
fréquentes de
précédente des ports : les accusations
liaisons
2 et celles de vos
vos désirs d'indépendance
cela, de
notre cabinet ; il y avait en tout
quoi
avec
contre vous, à vOs accusateurs 5
fournir amplement
exposer à toute la granenflammer leur haine et vous
denr de leur ressentiment. avoir
nous faire encore, après
Que pouvaient-ils
danger nos vies, et
soulevé nos esclaves, mis en
à rien ? Aurions-nous pu soupréduit nos revenus
de nos ennemis, 2 ou la riçonner que la méchanceté
allâssent jusqu'à
gidité de leurs austères principes,
sans aucun dédommagement, et par
nous dépouiller 1 de la propriété de nos Nègres ;
un vol manifeste, 2
ils fissent la folie d'ôter
et que par ce trait de plume,
d'hommes,
de subsister à six millions
les moyens
France à pourvoir à nos
occupés directement en
--- Page 203 ---
(157)
besoins ? Pareil délire ne s'est jamais vu chez pas une
de Pimportance de St.-Donation. Ainsi, pénétrés
convaincus
mingue pour le commerce national , et
sans le régime subsistant, la culture ne saurait
que,
comine certain ;
y être florissante, nous regardions
que bon gré malgré, 1 la métropole se porterait, pour son
intérêt, à prendre les voies propres à calmer la
propre révolte des Noirs , de les remeltre en nos mains, et
de nous fournir ainsi les moyens de préserver nos
jours, et de relever nos biens. Quant à nos différends avec les gens de couleur 2
l'assemblée nationale user de tant de partialité
voyant
et légitimer tout
envers eux, et sans cesse approuver
d'hostilités et de violences
ce qu'ils se permettaient
contre nous 2 pouvions-nous ne pas en être indigués,
et ne pas en donner des signes extérieurs ? D'après la résolution dont je vous ai parlé, Mirbeck,
se croyant en danger au Cap, s'embarqua dans un
navire bordelais 5 et dès son arrivée à Bordeaux 2
on le vit s'y aboucher avec les amis de la constitution. Cette circonstance seule m'induirait à croire que
celui-ci, dans ses fonctions de médiateur entre les
couleurs de St.-Domingue 1 n'avait pas agi d'aussi
bonne foique St.-Léger. N'ayant, d'ailleurs 2 séjourné
dans la partie du Cap, ses démarches et ses
que
mieux surveillées par l'assemblée Cofréquentations 1
loniale peuvent disculper celle-ci de sa rupture avec
:
eux tous.
constance seule m'induirait à croire que
celui-ci, dans ses fonctions de médiateur entre les
couleurs de St.-Domingue 1 n'avait pas agi d'aussi
bonne foique St.-Léger. N'ayant, d'ailleurs 2 séjourné
dans la partie du Cap, ses démarches et ses
que
mieux surveillées par l'assemblée Cofréquentations 1
loniale peuvent disculper celle-ci de sa rupture avec
:
eux tous. St.-Léger ne tarda pas, non plus 2 (àla
mi-Avril 1792) à quilter la Colonie.,II profita, pour
cela, du départ de la frégate la Galathée, mouillée
à St.-Marc. J'ignore ce que Roume devint alors. Le
premier de ces commissaires. 2 rendant compte de sa
mission devant le corps-législatif, ( le 26 Mai 1792 ) --- Page 204 ---
158)
altiibue les maux de la Colonie aux intrigues de la
faction Léopardine, subsistante encore dans là seconde
assemblée 2 en y joignant celles de l'hôtel de Massiac.
Il assure que le décret du 15 Mai 1791, eût sauvé
Ja Colonie, s'il eût été soutenu par des forces imposantes.
J'estime, me dit le médecin, que Mirbeck avait
raison dans sa dernière observation. -
Je pense
cor mme vous 9 qu'une union intime et sincère entre
les Blancs et les Mulâtres, dès le commencement de
Ia révolution, nous aurait préservés de lefet de toutes
les factions, et particulièremeut de la révolte des esclaves, Mais, cette union pouvait-elle être forcée ?
Pouvait-elle prevenir d'un décret, ravi par des sollicitations prématurées 2 contraires aux nôtres 3 obtenu
par faveur, et qui heurtait de front le préjugé le plus
enraciné, et cclui dont s'énorgueillissait le plus Pespèce Blanche ? Exiger d'elle, aussi brusquement, une
pareille soumission, c'eût été vouloir opérer un prodige: mais nous ne sommes plus dans ces tems de
miracles. Je vous le demaude 2 si, par une loi rendue dans ce moment, on ordonnait, en Europe, aux
gens d'un état distingué 7 de s'allier avec les familles
qui lui sont inférieures; pensez-vous que cette loi serait reçue sais répugnance et sans coutradiction ? La
totalité de cette haute classe s'en offenserait et s'y opposerait : le peuple même, intérieurement, n'y verrait qu'une nourcauté peu nécessaure. Ne reprochez
donc plus aux Blancs 2 leur obstinalion. On n'ordonne
pas P'opinion. Le tems seul la forme : lui seul change,
modifie ou détruit celles qui doivent subir ces divers
sorts. A notre égard, , il fallait amener de loin cet
efet, et ne pas le commander subitement. Les Blancs
de cette haute classe s'en offenserait et s'y opposerait : le peuple même, intérieurement, n'y verrait qu'une nourcauté peu nécessaure. Ne reprochez
donc plus aux Blancs 2 leur obstinalion. On n'ordonne
pas P'opinion. Le tems seul la forme : lui seul change,
modifie ou détruit celles qui doivent subir ces divers
sorts. A notre égard, , il fallait amener de loin cet
efet, et ne pas le commander subitement. Les Blancs --- Page 205 ---
(159)
se préter aux voeux précoces
ne pouvaient pas plus
leurs
des Mulâtres 2 que ceux-ci n'ont pu soulenir
refus. Sily a des lorts des deux parts 2 Passaillant
est le plus coupable.
A ces mots, un jeune Nègre du médecin vint lui
dire qu'on le demandait chez lui. Avant qu'ils'en allat,
j'eus le tems d'ajouter : il me reste à vous entretenir,
messieurs, de nouvelles scènes, infiniment plus tristes
que les précédentes, 2 quoiqu'il semble qu'on ne puisse
en supposer de plus dures et de plus alligeantes.Jusqu'à
présent, les Colons Blancs de St.-Domingue gémissant
sous le poids d'une guerre longue et meurtrière 3 dénués
des choses les plus nécessaires ; accablés de maladies
de
conservaient du moins un reste
et chargés
peines
d'espoir d'un améliorissement de sort, et lattendaient,
ne fàt-ce que de la commisération de la mère patrie.
Tout ne leur paraissait pas perdu : malgré l'union des
deux castes adverses 2 ils se soutenaient contr'elles,
dans une espèce d'égalité 2 ou de balancement de succès et de désavantages: : le régime de l'esclavage n'était
formellement proscrit : c'était à eux qu'il apparpas tenait de proposer les réglemens intérieurs : ils pouvaient, en conséquence 1 veiller à leurs droits et à
Jeurs intérêts 3 aucune loi offensive, moins encore
destructrice de leurs propriétés 2 n'était émanée du
sein du corps-législatif français. L'esclavage subsistant, et les Noirs rentrés dans la soumission 2 ils
prévoyaient, les infortunés ! qu'un jour , quoique bien
éloigné sans doute, ils se releveraient enfin de leurs
pertes; et qu'avecle tems, tousleurs maux disparaîtraient,
vaines illusions ! Le moment
Espoir trompeur 2
des
approche 2 oi paraîtront des hommes pires que
tygres; altérés de sang comme eux, et ne respirant
'esclavage subsistant, et les Noirs rentrés dans la soumission 2 ils
prévoyaient, les infortunés ! qu'un jour , quoique bien
éloigné sans doute, ils se releveraient enfin de leurs
pertes; et qu'avecle tems, tousleurs maux disparaîtraient,
vaines illusions ! Le moment
Espoir trompeur 2
des
approche 2 oi paraîtront des hommes pires que
tygres; altérés de sang comme eux, et ne respirant --- Page 206 ---
(160)
que Ia haine et la vengeance: qui, sous le titre perfide de commissaires conciliateurs, 2 et de restaurateurs Ou bon orore et de la tranguillité publique ,
ne souffleront que la division 2 le trouble et la discorde. Vous les verrez afficher une partialité, insoutenable de notre part: , en faveur de nos adversaires ;
n'exécuter aucune clause conciliatrice du décret ; n'écouter aucune réclamation à ce sujet; nous en faire
un crime ; s'entourer de satellites; abattre toute autorilé légitime 5 en créer d'illégales ; inventer mille
moyens d'oppression ; favoriser ouvertement les révoltés ; proscrire les Blancs ; ne lâcher contr'eux que
des ordres arbitraires ; et substituant enfin leur volonté
seule à lexpression formelle de la loi, donner la
liberté générale aux esclaves 2 et par ce dernier coup 2
le plus fatal de tous, ruiner entièrement les Colons 2
et faire tarir, dans sa source, la richesse première
de ce florissant pays.
Ces faits seraient incroyables 2 remarqua le curé,
s'ils n'étaient rapportés par un témoin oculaire. Ils seront attestés, lui dis-je, par toute la suite de mon
récit. En le supposant 2 m'observa l'avocat, 9 du moins
vous n'avez à reprocher aux commissaires 7 aucune
sentence de mort. Pas une guillotine n'a été élevée
sur le sol de votre Colonie 2, et cependant, de votre
propre aveu 7 il y a eu bien des d traîtres. Rendezleur au moins cette justice.
J'ignore, lui répondis-je, la raison expresse qui
les a relenus de tremper leurs mains dans le sang
des Colons qu'ils ont jugé coupables. N'ayant respecté
une clause du décret qu'ils étaient chargés de faire
pas exécuter, ils auraient également pu se dispenser de
traduire les prévenus devant le corps-législatif. Il est
aisé
et cependant, de votre
propre aveu 7 il y a eu bien des d traîtres. Rendezleur au moins cette justice.
J'ignore, lui répondis-je, la raison expresse qui
les a relenus de tremper leurs mains dans le sang
des Colons qu'ils ont jugé coupables. N'ayant respecté
une clause du décret qu'ils étaient chargés de faire
pas exécuter, ils auraient également pu se dispenser de
traduire les prévenus devant le corps-législatif. Il est
aisé --- Page 207 ---
(16r )
aisé cependant de vous dire, que s'ils n'avaient pas obéi 5
dans ce point délicat, aux paroles textuelles du décret,
ils auraieut montré trop de mépris pour les ordres
el les droits de ce corps suprême 9 qui, sans doute 2
se souciait peu qu'on y donuât atleinle 2 pour ce qui
nous concernait, mais qui ne P'aurait pas souffert à
son égard. Mais s'ils n'ont pas fait tomber les têtes
devant eux 2 ne les envoyaient-ils pas devant un tribunal de juges-parties 3 qui avaient intérêt de les trouver
coupables 3 et qui moissonnaient les accusés. sans exameu et sans forme de procès ? Résolus encore de ruiner entièrement. les Colons 2 n'était-ce pas une espèce
de rafinement de cruauté dans ces barbares, de leur
laisser une vie à charge 2. misérable et dénuée de tout
ce dont ils avaient précédemment) joui? Ils' n'ont pas 1
dites-vous, 2 élevé des guillotines; ; mais ils ont fait assassiner. 2 piller 3 incendier 2 souffrir mille ignominies 3
et périr enfin de misère quarante mille Blancs. Ce
sort est-il plus doux que celui. de inourir en un jclin
d'ceil ?
- Le inédecin se levant alors pour s'en aller. 2 je lui
dis: failes-moi le plaisir de vous rendre démain ici
plus de bonde heure, et ces; messieurs aussi, parce que
j'ai en: vue de termiuer ma narration, et que la: matière'en est. néanmoins abondante. Ils me le promis
rent tous: ,Tet chacun de nous se retira chez lui,
--- Page 208 ---
( 162 )
CINQUIE M] E ENTRETIEN,
Mission Des trois seconds Commissaires pacifcateurs.-Ils étaient chargés de faire exécuter le
Décret Ou 4 Avril 1792, Sils eussent rempli cet
orore et ce vaeu. 0e la nation, les troubles de
S.-Domingue auraient ynaisombalemtent pris
fin-Son inezécution Oue toute entière aurfinestes Desseins secrets Des Commissaires ; leur
préoilection pour les Mulatres et leurs nombreuses
injustices envers les Blancs > rallument la discorde en tous lieux. - Ces demiers méprisés 3 irtjuriés et opprimés 2 Oonnent Des signes de, nécontentement.- Les Commissaires leuren font un
crime, et se Oisposent d les punir.
Super EAM rugierunt Leones eLSEBILAYERUNT: VIPER FE ; posutrunt terram ejus in solitudinem : cipitates ejus ezusta sunt,
eti non est gui hahitat in eis. JÉR. PROPH: Chap. II.
rallument la discorde en tous lieux. - Ces demiers méprisés 3 irtjuriés et opprimés 2 Oonnent Des signes de, nécontentement.- Les Commissaires leuren font un
crime, et se Oisposent d les punir.
Super EAM rugierunt Leones eLSEBILAYERUNT: VIPER FE ; posutrunt terram ejus in solitudinem : cipitates ejus ezusta sunt,
eti non est gui hahitat in eis. JÉR. PROPH: Chap. II. Réunis de bonne heure le lendemain, je repris
ainsi la parole. La haine des amis des' Noirs devint
eurent appris les fuites précipitées
une rage 7 lorsqu'ils
et comme clandestines de Mirbeck et de St-Léger. Elles
n'étaient en ceux-ci, qu'une suite de leur dépit, et
l'effet de leurs craintes imaginaires. Nos ennemis, donnant dans le rapport du premier 9 nous prétèrent les
desseins d'indépendance et de trahison. 2 reprochés à
la faction léopardine. La modération et l'impartialité
du décret du 4 Avril, leur convenant alors moins que
ei leur furieux ressentiment nous dévouant dès
jamais ,
--- Page 209 ---
(163)
eurent l'adresse de faire
ce moment à la mort ,ils
civils, à l'effet
nommer pour nouveaux commissaires
d'un
d'aller mettre en exécution ce décret, appuyé
nationaux, des homeuvoi de dix à douze mille gardes
de la
mes entièrement à eux 7 partisans forcenés
Doctrine Ou jour, et décidés à tout sacrifier pour en
les maximes. Ils comptaient sur assez
faire iriomphér
méchanceté dans ces
d'impudence , d'audace et de
des meprosélytes, pour oser ne tenir aucun compte dans
sures de justice et de conciliation. 2 renfermées celles
celte loi, et mettre au contraire en usage toutes
seconderaient le mieux et le plus promptement leurs
qui
des Colons Blancs 2 à
vues secrètes, de se venger
quelque prix que ce fàt.
ces hommes-là ? me demanda
Comment appelez-vous
trois commissaires envoyés
M. Goodrich. - Il y eut
mais le
Polverel et Sonthonax ;
alors 2 Aillaud,
n'est coupable de rien; car (répugnant propremier
crimes
il repartit pour
bablement aux
projelés),
bientôt
son arrivée. - Dites-nous quelFrance
après
des deux autres.
que chose de personnel à l'égard
Polverel élait un avocat , lui dis-je, qui ne manquait
de mérite dans sa profession : dans le principe il
pas l'avait exercée à Bordeaux ; mais ce théâtre n'étant pas
il alla le faire briller à
assez vaste pour son génie,
Paris. Dans sa mission 2 il s'est trouvé plus propre
à former dans le cabinet des moyens de nuire et d'opprimer, qu'à les mettre en exéculion. Il est naturellement poltron ; mais tenant aux principes républicains
avec une obstination sâns égale, cet aiguillon peut remdans
circonstances, ce qui lui
placer en lui.,
cértaines
suivre les
manque de courage : la roideur qu'il met à
conséquences de son système, quelques maux qu'il en
génie,
Paris. Dans sa mission 2 il s'est trouvé plus propre
à former dans le cabinet des moyens de nuire et d'opprimer, qu'à les mettre en exéculion. Il est naturellement poltron ; mais tenant aux principes républicains
avec une obstination sâns égale, cet aiguillon peut remdans
circonstances, ce qui lui
placer en lui.,
cértaines
suivre les
manque de courage : la roideur qu'il met à
conséquences de son système, quelques maux qu'il en --- Page 210 ---
(164)
résulte 9 le rend indifférent (*) sur le choix des
et le dénue de toute commisération.
moyens 3
Sonthonax a le
courage qui manque à son collègue : plus plein encore
d'astuce. 2 de souplesse et d'activité, 2 il a su, dans le
besoin 2 faire tête à Porage 2 et se transporter avec audace par tout où sa politique ou ses craintes lui
saient des ennemis. Plus jeune
suppoque
il a le
coeur
Polverel,
plus sensible, et soit par ce moyen. 2 soit par
celui des femmes de couleur avec lesquelles il vivait,
on a pu quelguefois modérer en lui les excès de ses injustices et de ses proscriptions. Tous deux, 9 au reste
scnt adroits. 2 faux, fourbes, menteurs, dissimulés 3
perfides et horriblement méchans. Ils
rien la tristesse les
comptent pour
larmes 2 le deuil, les terreurs. 2
les peines 2 les angoisses 3 le sang, 2 la dévastation et
la mort, pourvu que leurs maximes triomphent. J'ai our
dire que Sonthonax était beau-frère de Brissot.
Dans les trames précédentes de divers partis, reprisje, je ne vous ai souvent allégué que des suspicions et
des probabilités 5 dans celles qui me restent à vous
exposer je ne parlerai que d'après desfaits réels ou des
preuves écrites en main. Je vai commencer par vous
(*) Cui frigida mens est criminibus. Juv.
Pour donner une idée de la scélératesse des commissaires,
on doit se rappeler la dénonciation faite contre
dans
l'assemblée
Sonthonax, 2
nationale 2 avant le 18 Fructidor. Un député, M.
Corbun 2 négociant, aussi probe qu'éclairé , promit de prouver
que dans le même tems que ce commissaire s'emparait du revenu d'une sucrerie d'un propriétaire qu'il qualifiait d'émigré,
il tirait sur lui des letres-de-change 2 reconnaissant par ces traites 2 qu'il résidait en France , à la tête d'une maison de commerce , et qu'il n'avait pas émigré. Ce fripon le volait des
deux mains. Et ab uno disce, omnes. VIRG.
, aussi probe qu'éclairé , promit de prouver
que dans le même tems que ce commissaire s'emparait du revenu d'une sucrerie d'un propriétaire qu'il qualifiait d'émigré,
il tirait sur lui des letres-de-change 2 reconnaissant par ces traites 2 qu'il résidait en France , à la tête d'une maison de commerce , et qu'il n'avait pas émigré. Ce fripon le volait des
deux mains. Et ab uno disce, omnes. VIRG. --- Page 211 ---
(165)
faire connaître le décret du 4 Avril 1792, que les
Colous reçurent avec soumission, et qui aurait tout
calmé, si les commissaires en eussent rempli les
clauses.
Son arlicle ICr. ordonnait, ( de procéder à la réélecColoniale conformément à la
>> tion d'une assemblée
>) loi du 8 Mars 1790 2 et aux instructions du 28, qui
> Pavaient accompagnée : à cet effet (arlicle 2), d'ad-
> mettre au droit de voter et d'être éligible à toutes
> les places 9 les personnes de couleur et Nègres libres 2
l'article 4
> réunissant les conditions prescrites par
>) desdites instructions. L'article 4 ieur enjoignait d'accé-
> lérer la convocation des assemblées primaires et élecD torales ( après la dissolution des corps constitués
afin de
à la réélection
> antérieurement),
parvenir
Coloniale constitutionD ordonnée d'une assemblée
formée des députés des trois
a nelle ; c'est-à-dire 2
> couleurs : enfin, cette nouvelle assemblée avait ordre
son installation,
> (arlicle 9 ),immédiatement après
de la nation, et au
> de remettre au corps législatif
s nom des Colons , leur voeu sur la constitution, la
> législation et Va@ministration, les plus convenables
> à la prospérité et au bonheur de ces pays éloignés 5
> à la charge de se conformer aux principes généraux
> qui doivent unir les Colonies avec la métropole, etc.
> L'article IO et dernier 9 prescrivait aux Colons de
> nommer leurs représentans pour se réunir : au corps
> législatif >.
Quant à Pautorité que le décret conférait aux commissaires, elle consistait (article 4) ( à prendre des me-
> sures pour entretenir Punion 2 Pordre etla paix dans les
> assemblées primaires et électorales ; ainsi-qu'à pronon-
> cer provisoirement sur les questions,qui s'élèveraient
, etc.
> L'article IO et dernier 9 prescrivait aux Colons de
> nommer leurs représentans pour se réunir : au corps
> législatif >.
Quant à Pautorité que le décret conférait aux commissaires, elle consistait (article 4) ( à prendre des me-
> sures pour entretenir Punion 2 Pordre etla paix dans les
> assemblées primaires et électorales ; ainsi-qu'à pronon-
> cer provisoirement sur les questions,qui s'élèveraient --- Page 212 ---
(166)
des convocations 5 la forme des élec-
> sur la régularité
Par l'article 5 2 ils
s tions et Péligibilité des citoyens.
à s'informer des auteurs des troubles,
> étaient autorisés
de les mettre en arresX de s'assurer des coupables,
( arlicle 6 )
> tation ei d'en envoyer les procès-verbaux
la force
Par le 7me, art., enfin,'
* au corps législatif.
ils la
> publique était remise à leur disposition, quand
> requerreraient >.
ils n'avaient
Quelqu'étendus que fussent ces pouvoirs,
ceux d'une Dictature entière. Ils étaient sagement
pas balancés
les droits réservés aux Colons 2 de compar
sous la sânclion de la méposer leurs lois intérieures
la
tropole ; d'en chercher de propres à ramener prospérilé dans leur ile ; de posséder une assemblée CoJoniale qui se serait occupée de ce grand objet ; et
d'avoir des députés auprès de celle de la nation pour
ces lois ; les appuyer 2 répondre aux objecy présenter
toute idée contraire au bien de la
tions et combaitre
pour
Colonie. Toutes ces réserves étaient précieuses
les Colons, et la modération de ce décret ne portait
alteinte à leurs droits politiques ni à ceux de
aucune Enfin cette loi juste une fois établie, la
propriété.
conciliateurs était finie ; le
mission des commissaires
; Punion
gouvernement de lile marchait de lui-même
les couleurs, et la Colonie était
aurait reparu parmi le but de nos dictateurs : ayant
sauvée. Ce n'éiait pas
des ordres
de la minorité qui les avait choisis,
reçu
ils eurent grand soin
et des desseins tout opposés 2
du décret,
Paccomplissement des clauses
d'empêcher
Ainsi, dès leur arivée, après.
avantageuses aux Colons.
trouvèrent
avoir dissous lassemblée Coloniale qu'ils
ni
existante ils n'en permirent aucune de primaire
constamd'électorale ; et par ce moyen, suspendirent
auvée. Ce n'éiait pas
des ordres
de la minorité qui les avait choisis,
reçu
ils eurent grand soin
et des desseins tout opposés 2
du décret,
Paccomplissement des clauses
d'empêcher
Ainsi, dès leur arivée, après.
avantageuses aux Colons.
trouvèrent
avoir dissous lassemblée Coloniale qu'ils
ni
existante ils n'en permirent aucune de primaire
constamd'électorale ; et par ce moyen, suspendirent --- Page 213 ---
d 167)
mient la réélection ordonnée d'une assemblée générale
ile
constitutionnelle. En supprimant ce corps suprême,
nécessitaient la durée de leur mission ; se délivraient du
so1l autorité légale aurait pu mettre à l'exerfrein que
ses droits et ses fonctions,
cice de la leur ; envahissaient
intéressés à son
la Colonie de législaleurs
et privaient
des droits des individus ; de lésort ; de réclamateurs
naturels auprès
gitimes représentans et de défenseurs
de
souverain de la nation. A celte usurpation
du corps
celle de tout pouvoir civil
tant d'autorité, ils ajoutèrent
tous en ewr
et militaire ; ensorte, que les réunissant
seuls ,i ils osèrent , sous un régime de liberté, placer
seule au-Oessus de toute loi. (*)
leur volonté
tenait ses
Notre assemblée Coloniales continuai-je,
Elle étaitinstruite des inculpations
séances au Cap.
devait
élevées en France 2 contre la fidélité qu'elle de la
à la mére patrie. Du moment qu'on eut signalé
les commissaires civils, , avec
vigie; la : flote qui portait
de
des troupes, elle s'empressa
la plus 5 grande parlie
douze de ses membres 3
dépêcher. au-devant d'eux;
lieues
allèrent jusqu'à quinze
qui, comme députés,
leur
et - les
sles complimenter surarrivée, ,.
en mets
soumission Des Blancs; aux
assurer de Pentière
Leur
dont ils: élaient porteurs.
termes 13 OunDécret 3
qu'elle fit de
démarche était sincère : on. a rapporté, ,
hommes avides de trouver des coula peine à ces
déconcertés ; et
cela parut sur leurs- visages
pablesi; visiblement leur regret de n'avoir pu, dès
marquant
C*) Nous sommes toul, dirent Polverel et Sonthonax, après élecleur succès : en nous résident les assemblées primaires nos volontés >
elle-même ;
torales et Coloniales 2 la convéntion,
snfin , sont la-seule loi,
émarche était sincère : on. a rapporté, ,
hommes avides de trouver des coula peine à ces
déconcertés ; et
cela parut sur leurs- visages
pablesi; visiblement leur regret de n'avoir pu, dès
marquant
C*) Nous sommes toul, dirent Polverel et Sonthonax, après élecleur succès : en nous résident les assemblées primaires nos volontés >
elle-même ;
torales et Coloniales 2 la convéntion,
snfin , sont la-seule loi, --- Page 214 ---
(168)
exécuter la vengeance qu'ils avaieut préleur arrivée,
a été counu : c'était de descendre
méditée. Leur plan
à Limodes troupes sur trois points 5 premièrement, du Cap,
PAcul; et celles-ci rendues près
nade et à
les côtés , Penlever de force 2
Pattaquer de front et par
irrités.
traiter tout de suite cette ville en vainqueurs
et
de la part des Blancs 2 le moindre signe
Combien.,
aurait été. d'accord
de mécontentement et d'opposition suite de détours, d'aavec leurs désirs! Quelie longue cela leur eût épargné !
dresse 2 de ruses et de faussetés
ces pauvres
Ils étaient bien éloignés de se révolter, de tant de
affaiblis, oppressés. et subjugués
Colons 2.
clauses du décret, d'ailleurs, ne leur
mmanières. Les
avaient * craint
déplaisaient pas. Auprès - de ce qu'ils.
douces.
de leurs ardens ennemis, 2 elles leur paraissaient conservés : quant
Leurs droils essentiels leur étaient couleur' ils y étaient
à les parlager avec les gens de
,
impéla dure.nécessitél leur en imposant
enfin résignés 2
débarquèrent au Cap,
rieusementla loi. Les.dictateurs
à marquer de
Septembre 1792. C'est un jour
le17 dans les fastes de la Colonie. 2
noir
pour. ie sévir sur-le-champ
N'ayant aucun; prétexte. daus de lentes opérations, 7
contre, nous, et renvoyés donner le; tems 5 d'appréles commissaires, pour: se
conceiter avec. leurs
cier les: forces des Blancs ,1 de: se fidèles., del s'ende. travailler.1 les Nègres
protégés-,
et de séduire les : troupes
tendre-avec les révoltés 9
dresser enfin tous
de ligne , arrivées avant eux 5 pour
de publier 2
ils jugèrent à propos
Jeurs souterrains,
(ie 24 Septembre ) cetle
sept jours après leur arrivée 3 sincère' ; et qui rassura
famcusé proclamation., crue
Blancs ou de
de la Colonie, 3
tous les propriétaires événemens postérieurs ont découleur 3 mais que les
montré
troupes
tendre-avec les révoltés 9
dresser enfin tous
de ligne , arrivées avant eux 5 pour
de publier 2
ils jugèrent à propos
Jeurs souterrains,
(ie 24 Septembre ) cetle
sept jours après leur arrivée 3 sincère' ; et qui rassura
famcusé proclamation., crue
Blancs ou de
de la Colonie, 3
tous les propriétaires événemens postérieurs ont découleur 3 mais que les
montré --- Page 215 ---
(169)
montré si pleine de fourberie et de Juusseié. Ils y
déclarèrent, voici leurs propres expressions : ( Au nom
> de la métropole, de l'assembléc nationale 3 et du
> roi, qu'ils ne reconnaitraient désormais, que deux
> classes d'hommes dans St.-Domingue, les Libres et
> les esclaves, 3 sans aucune distinction de couleur :
> ils y faisaient l'aveu de la nécessité De Pesclavage
> pour la culture et la prospérilé des Colonies : ils
> assuraient enfin, qu'il n'était (remarquez bien ces
> mots ) ni dans les principes ni dans la volonté
D nalionale et du roi, de toucher à cet égard aux
> prérogatives des Colons.- Nous déclarons 3 ajou-
>> taient-ils 9 qu'aux assemblées Coloniales (*) seules,
> constitutionnellement foriées 7 appartient le droit de
> prononcer sur le sort des esclaves. >
Aurions-nous pu soupçonner que des assurances
aussi formelles 9 aussi précises 2 conformes au texte
de la loi, données au nom du gonvernement , et
par ses délégués, chargés spécialement de ramener
la tranquillité, n'edssent pas été sincères et sacrées ? Hélas ! il n'en était rien : ils nous trompaient horriblement. Qu'ils n'avancent pas en leur faveur, que
des circonstances subséquentes les ont contraints à
suivre d'autres principes et à tenir un autre langage. Leur système 2 contraire à ces belles assurances. 3 parait dès les preniers mois de leur séjour, et lorsqu'ils reconnaissaient publiguement les Colons pour
d'excellens patriotes. S'ils l'étaient 2 pourquoi, dès ce
inoment, 2 ne les pas laisser jouir de leurs droits ? Pourquoi leur refuser constamment la tenuc des RS--
semblées populaires, et la réélection d'une assemblée
Coloniale constitutionnelle? (*) Mais ils se gardèrent bien d'en laisser établir. --- Page 216 ---
(170)
Ils avaient encore 2 à ce qu'on a rapporté 2 une
forte raison pour promulguer ces aveux flateurs. C'est
Passemblée Coloniale 2 ayant pressenti le dernier
que but de leur mission secrèle, Talfranchissement des esclaves, leur avait fait offrir 2 au nom de la Colonie,
une somme de douxe millions, s'ils voulaient s'en
désister. Se voyant découverts 3 ils voulurent détruire
authentiquement un pareil soupçon 5 assurés de réussir
auprès de la grande majorité des Colons, lors même
qu'ils ne le pourraient pas auprès des gens instruits. Comment, 2 s'écria le négociant, plein de surprise. 7
ils refusèrent douze millions? Ne leur en faites aucun
honneur, lui dis-je: en persistant dans leur dessein,
ils savaient bien que le pillage de la Colonie serait
fort au-dessus de cetle somme 3 qu'ils donneraient
leurs
satisfairaient les haines
cours à
principes chéris,
etles vooux de leurs commellans 2 et se couronneraient,
parmi les personnages de leur secte, 2 d'une gloire immortelle.
7
ils refusèrent douze millions? Ne leur en faites aucun
honneur, lui dis-je: en persistant dans leur dessein,
ils savaient bien que le pillage de la Colonie serait
fort au-dessus de cetle somme 3 qu'ils donneraient
leurs
satisfairaient les haines
cours à
principes chéris,
etles vooux de leurs commellans 2 et se couronneraient,
parmi les personnages de leur secte, 2 d'une gloire immortelle. Les soupçons ci-dessus furent donc une raison de
plus pour ces chefs perfides 2 de se presser de publier des
sentimensopposés à ceuxqu'on leur prélait. Ils avaient besoin d'en désabuser promptement les, Blancs et les gens de
couleur prop:iétaires 5 pourleur êter le préiexted de s'unir
voulaient abatire le premier 5
au parti royaliste , qu'ils
parvenir, après avoir ainsi rassuré les Colons
pour y
- ils établirent
sur leur plus grand objet d'inquiétude 3
en même-tems les bases de leur système d'oppression: > qui devait non-seulement écraserles royalistes 2
mais renverser, les unes après les autres, les classes
libres de la Colonie. la même proclamation, ils fiDans ces vues, par
immédiatement de leur autorité, l'exerrent dépendre
cice de tout autre pouvoir qué le leur. Ils défendaient, --- Page 217 ---
(17t)
(article 2)x à tout bâtiment de mettre en mer, 2 sans
>) une permission d'eux par écrit : dans le troisième,
> qu'aucun mouvement de troupes n'eût lieu sans leurs
>) ordres : ainsi, se trouvaient paralysées les fonctions
> des commandans de mer et de terre. Par le quails excluaient du nombre des officiers
> trième article,
> généraux au service de la Colonie, tous ceux quiy
des
tems après, ils dé-
>) auraient
propriétés. Quelque
> clarèrent nuls, dans Pile, 2 tous brevets d'officiers,
> signés du roi et de Lajard sou miuistre. > Ces précautions prises, sans y être autorisés par le décret,
ils ordonnèrent le I2 Octobre suivant 2 la Oissolution
de l'assemblée Coloniale 5 mais au lieu d'en accélérer
la réélection sous la forme constitutionnelle, conformément au voeu de la nation, en annonçant pour
cela la convocation des assemblées primaires et électorales ils chargèrent les membres de ce corps dissous
(art. 9), , d'élire par suffrages 2 avant de se séparer 2
six D'entr'eux, destinés à former 2 avec autant d'homchoisiraient eux-mêmes, une
mes de couleur, 2 qu'ils
Commission civile interméoiaire 3 dont les arrêtés,
interim ceux d'une assemblée Coloreprésentant par
sans
niale, ne pourraient néanmoins être exécutés, 3
leur approbation. voilà bien embarqués ! me dit le maître de la
Vous
le curé, réunir
maison : on ne pouvait mieux, ajouta
les
en des mains uniques. Il ne leur
tous
pouvoirs
d'exercer le poumanquait, observa le médecin 2 que
voir judiciaire, pour être despotes dans toute P'étendue
du terme. Il ne faut juger ceux qui gouvernent, dit à
leur
Les divers
son tour l'avocat, que d'après
position.
ces commissaires avaient à conlenir ou à
partis que leur donnaient le droit de s'entourer ainsi
réprimer 2
a
les
en des mains uniques. Il ne leur
tous
pouvoirs
d'exercer le poumanquait, observa le médecin 2 que
voir judiciaire, pour être despotes dans toute P'étendue
du terme. Il ne faut juger ceux qui gouvernent, dit à
leur
Les divers
son tour l'avocat, que d'après
position.
ces commissaires avaient à conlenir ou à
partis que leur donnaient le droit de s'entourer ainsi
réprimer 2 --- Page 218 ---
(1 172) )
s'en garantir : ils jugeaient
de tous les pouvoirs 2 pour
de
qu'en
la Colonie en danger. Vous voyez
même,
libre, et où l'acte dhabeas corpus
Angleterre 2 pays bouclier de la liberlé personnelle, 3
est le plus ferme
leffet dans un péril imminent, 2
on en suspend néanmoins
exéculif d'une autorité
revêt le pouvoir
et qu'on y
illimitée.
Ce serait donc à vous 2 lui répondis-je, à me prouver Il
danger existait alors dans la Colonie.
qu'un pareil
acharnés l'un contre
avait bien deux grands partis 2
y
si les commissaires eussent mis de l'éPauire 3 mais,
fussent
écartés
dans leurs procédés et ne se
pas
quité
de la loi, ces partis sE seraient soumis
des termes
ils n'en auraient été troublés.
et réconciliés 3 et jamais
si
ils
de la Cour, jusqu'alors
Quant aux partisans
les forces seules et l'esprit
avaient été contenus par
devaient craindre nos
public de la Colonie, qu'en hommes de plus à leur
nouveaux chefs 2 ayant dix mille
qu'ils
disposition ? Non ce n'est pas le danger présent
devoir naitre
redoutaient, mais celui qu'ils prévoyaient
et de leur oppression. Pour pouvoir
de leurs injustices
futurs les tyrans, 2 au mépris
accabler ces adversaires
vous venez
du décret , prirent toutes les mesures que
jamais
d'entendre 5 et sur-tout: 2 celle de.1 ne laisser,
et
dont le pouvoir
former d'assemblée Coloniale 2
eussent affaibli les Ieurs. Gependant 2
les attributions
élablirent un simulacre
par une espèce de leurre, ils en
astuce ils
dans celte commission 2 que par un autre
interméDiaire; donnant à croire aux trop
nommèrent
n'existerait que par interim et
simples Colons , qu'elle
être que
de tems. Ce corps au reste ne pouvait
pour peu
à leur gré 2 en
Porgane de leurs volontés 3 pouvant
destituer et retablir les membres.
nominer,
utions
élablirent un simulacre
par une espèce de leurre, ils en
astuce ils
dans celte commission 2 que par un autre
interméDiaire; donnant à croire aux trop
nommèrent
n'existerait que par interim et
simples Colons , qu'elle
être que
de tems. Ce corps au reste ne pouvait
pour peu
à leur gré 2 en
Porgane de leurs volontés 3 pouvant
destituer et retablir les membres.
nominer, --- Page 219 ---
(173) )
C'était," continuais-je, le plan des commissaires, 9
de commencer par renverser le parti de l'ancien gouveruement, 1 ou le royaliste 2 comme le plus faible de
ceux qu'il voulait abattre. Le lieatenant colonel du régiment du Cap en élait P'ame: toujours à cheval, plein
d'aclivité, et connaissant les localités et les personnes, 9
il avait jusqu'alors plutôt dicté que suivi les ordres de
M. de Blanchelande, notre général. II avait pour lui
tous les ofliciers des troupes de ligne, 2 et croyait pouvoir compter sur les soldats. Dans les milices du Cap,
la compagnie des dragons Jaunes, et quelques particuliers mécontens auraient appuyé ses desseins. Tous
les corps premiers ou secondaires de celte ville, les
assemblées Coloniale et Provinciale, la municipalité (*)
paticuliremest,avoient, sans cesse luttécontre les efforts
de ce parti. Iis avaient pour eux les milices en général 2 et nommément les compaguies des grenadiers
et des dragons Rouges 2 formées des Petits-Blancs. Celle
des volontaires ou des jeunes gens, autrefois si belle, st
nombreuse 1 mais alors extrêmement diminuée par la
guerre et les maladies 2 restait indécise dans le choix d'un
parti; ne voyant nulle part que des passions et des
vues particulières 2 et non des efforts communs pour
arriver à un état de tranquillité. M. Desparbès, arrivé
nouvellement avec les troupes 3 les commandait, pourvu
de la Cour du brevet de gouverneur-général de la Colonie. Ces troupes n'étaient composées que de. gardes
nationaux , précaution prise par le corps législatif français, ou plutôt par les intrigues des amis des Noirs,
pour avoir des bras plus dévoués aux entreprises des
commissaires civils.
(*)1 L'archevèque Thibaud en était.le procureur-syndic : il en
dirigeait les mouvemens.
vellement avec les troupes 3 les commandait, pourvu
de la Cour du brevet de gouverneur-général de la Colonie. Ces troupes n'étaient composées que de. gardes
nationaux , précaution prise par le corps législatif français, ou plutôt par les intrigues des amis des Noirs,
pour avoir des bras plus dévoués aux entreprises des
commissaires civils.
(*)1 L'archevèque Thibaud en était.le procureur-syndic : il en
dirigeait les mouvemens. --- Page 220 ---
(174)
Ceux-ci, pour mieux asseoir leurs mesures. 2 et se
renforcer de tout ce qui pouvait assurer le coup prochain qu'ils méditaient 2 s'attachèrent, dès leur arrivée, à gagner les milices de la ville; à travailler
et séduire sourdement les soldats de ligne; ; et à fomenter sous main, la désobéissance parmi les équipages des vaisseaux : en même-tems 2 remplissant d'espoir le coeur des Mulâtres 2 et leurs Coryphées en
ayant reçu l'accueil le plus flateur 3 ils se préparaient, dans le dévoûment de cette puissante caste,
et pour le coup à frapper ensuite, le plus formidable appui. Enfin, pour qu'aucune précaution ne fut
omise de leur part. 2 ces conspirateurs secrets de tous
nos maux, firent également prévenir par des émissaires 2 les révollés Noirs ou Jaunes. 2 qu'ils se proposaient de ne pas agir contr'eux et de ne leur faire
aucun mal, Cette assurance 2 d'ailleurs, 7 s'accordait
avec leur proclamation du 25 Septembre, par laqueile
ils avaient réquis le gouverneur-général (C de n'em-
>) ployer la force publique qu'à des moyens Oéfenles
intacts. >
> sifs seulement, et d couvrir quartiers
Les insurgés n'ignoraient pas 2 non plus, , qu'à leur
demande P'assemblée Coloniale avait ordonné d'ôter
les gibets 2 et les roues, qui avaient été dressés sur
la place d'Armes, 2 preuve qu'il n'y aurait plus de
punition exercée contre ceux qui seraient pyis. Les
esclaves encore restés fidèles, soit dans la ville, soit
dans la plaine, furent avertis du sort qui les attenDait.
Dans ces premiers tems, 2 la concentration des pouvoirs entre les mains des commissaires (leurs autres menées sourdes étant ignorées), ne devair allarmer que les' Blancs qui se savaient décriés en France,
és sur
la place d'Armes, 2 preuve qu'il n'y aurait plus de
punition exercée contre ceux qui seraient pyis. Les
esclaves encore restés fidèles, soit dans la ville, soit
dans la plaine, furent avertis du sort qui les attenDait.
Dans ces premiers tems, 2 la concentration des pouvoirs entre les mains des commissaires (leurs autres menées sourdes étant ignorées), ne devair allarmer que les' Blancs qui se savaient décriés en France, --- Page 221 ---
(175) )
et Pobjet de la haine des négrophiles : ceux qui
voyaient le mieux en prévirent bien les dangers;
mais ce ne fut pas le plus grand nombre. Pour présenter un leurre à ceux-ci, beaucoup plus confians 1
nos machinateurs prétextèrent l'existence d'une faction
con-récotationnnim.. N'existait-elle pas 2 m'objecta soudain l'avocat, dans le parli royaliste ? Ils
eurent soin, lui répliquai-je 2 de donner plus de latitude à cette expression. Sans jamais s'expliquer clairement sur les desseins qu'ils supposaient à leurs adversaires 3 on les a vus 2 par la suite, comprendre sous
les noms vagues de contre-résolaionnsites, de traîtres,
de conspirateurs 5 de partisans de la domination anglaise 2 tous ceux qui leur ont demandé l'exécution
du décret du 4 Avril 5 ou ceux qui ont eu le courage de s'opposer à P'arbitraire de leurs eutreprises 9
ou qui, seulement en ont murmuré. Actuellement,
c'était Cambefort , les officiers 2 des émigrés, des intrigans. Bientôt, ce seront les corps administratifs,
les municipalités, les journalistes 2 les grands propriétaires : à la fin, les gens de couleur même ; tous
ceux, enfin, quileur déplairont, et dont ils voudront
se déharrasser. (*)
Dans le fait, il n'y a eu 2 à ces premières époques
et long-tems après 5 aucun parli qui penchôt pour
Langlais. Les Colons étaient de vrais français en
général ; ils ne l'out que trop témoigné : cette nation
ennemie, bien loin d'être désirée à St-Domingue,: y élait
C*) C'est sous de pareils prétextes , que l'archevèque
Thibaud , Daugy 2 Tangui Laboissière 2 Thomas Millet: 2
Parent l'imprimeur, et plusieurs autres particuliers, vraiment
patriotes 2 et réclamateurs de l'exécution dudit décret, furent
embarqués successivement pour France.'
énéral ; ils ne l'out que trop témoigné : cette nation
ennemie, bien loin d'être désirée à St-Domingue,: y élait
C*) C'est sous de pareils prétextes , que l'archevèque
Thibaud , Daugy 2 Tangui Laboissière 2 Thomas Millet: 2
Parent l'imprimeur, et plusieurs autres particuliers, vraiment
patriotes 2 et réclamateurs de l'exécution dudit décret, furent
embarqués successivement pour France.' --- Page 222 ---
(176)
détestée par le souvenir amer des pertes et des misères, qu'en tems de guerre 7 sa marine avait fait
éprouver aux habitans. Ce n'est qu'après les injustices,
les préférences accordées aux gens de couleur, les refus
récidivés de lP'exécution du décret 3 les proscriptions, les
massacres 2 les incendies, l'affranchissement des esclaves
et la ruine totale de la culture, effets, tous provenus
Des commissaires, qu'enfin 2 au mois d'Août dernier
( 1793 ), quelques parliculiers, au bas de la côte 9
Blancs et Mulâtres, et bientôt des villes, des quartiers
entiers 2 excédés de tant de maux et plongés Dans
le Désespotr, se sont livrés à ce peuple ennemi.
Qui pourrait justement les en blâmer 2 s'écria le négociant ? Ii est certain, dit le curé - que les Colons ont
été poussés d bout. Je ne vois rien à leur reprocher,
ajouta le médecin, dans le sens de la révolution française. Ils étaient certainement en droit d'user de la
sainte insurrection., pour se délivrer de cette effroyable
tyrannie. Que reste-t-il à faire aux gouvernés 3 lorsque les gonvernans ont rompu tous les liens qui les
unissaient mutuellement? Mais ceux-ci, lui répondit l'avocat, ne les avaient rompus qu'en faveur des
Oroits imprescriptibles qu'on avait violés. Les Colons,
Jui répliqua le médecin 2 ne pouvaient être accusés
justement de violation de droits 2 n'en exerçant que
de conforme aux lois: en outre 2 les droits les plus
sacrés de tous 2 sont ceux de stireté de SC personne et de conseivatton de ses propriétés : ils
le sont infiniment pius que celui d'exercer des droits
ou de jonir d'une extension plus ou
politiques moins grande 2 de liberté civile: un état peut subsister
et fleurir méme sans ceux-ci; mais il ne saurait
exister sans ceur-li.
Je --- Page 223 ---
(177 )
Je reviens aux malheureux Colons ; repris-je; bien
loin que les habitans de St-Domingue aient vculu
trahir leur mère patrie 2 d'autres leur reprocheraient
de l'avoir trop aimée. Les preuves en sont consignées
dans les propres écrits des, coiumissaires. Je dois vous
les rapporter. parce que 7 reconnus d'abord et trèsauthentiquement par ces chefs 3 pour patriotes 2 et des
plus excellens 2 ces habitans en seront ensuite poursuivis comme contre-révolutionnaires, fauteurs d'émigrés et taîtres à la patrie.
culu
trahir leur mère patrie 2 d'autres leur reprocheraient
de l'avoir trop aimée. Les preuves en sont consignées
dans les propres écrits des, coiumissaires. Je dois vous
les rapporter. parce que 7 reconnus d'abord et trèsauthentiquement par ces chefs 3 pour patriotes 2 et des
plus excellens 2 ces habitans en seront ensuite poursuivis comme contre-révolutionnaires, fauteurs d'émigrés et taîtres à la patrie. Le I2 Octobre 1792, nos dictateurs. 2 en dissolvant
au Cap les assemblées Coloniale et Provinciale. 9 avaient
remercié ces corps, dans leur proclamation, des soins
qu'ils s'étaient donnés pour maiutenir la tranquittité
publique 5 avouant à l'égard du premier (voici leurs
expressions ) : ( Qu'à part le préjugé 3 il n'avail souvent
>) eu d'autres torts que ceux du patriotisme; et qu'en-
> traînés quelquefois dans de fausses mesures 2 par les
> agitations populaires, il n'a dà ses égaremens pas-
> sagers, qu'à sa haine invincible pour les tyrans
> et la tyrannie. )) Ils entendaient, 2 par cette dernière
phrase, la lutte continuelle des assemblées Coloniales
contre les agens militaires du pouvoir exécutif. Quinze jours après (le 28 Octobre ), Polverel écrivait
en cestermes àla municipalité du Port-au-Prince : ( Votre
< commune, messieurs, a donné un grand exemple de
> patriotisme: après avoir éprouvépendantplas d'un an,
> tous les fléaux de la guerre (), des incendies et des bri-
> gandages de toute espère,la malheureuse ville du Portn au-Prince a pourtant trouvé 2 dans les débris de son
> ancienne opulence, de quoi sacrifier un million au
> salut de la Colonie. Il faut que celle-ci soiti instruite
(*) De la part des Mulâtres,
--- Page 224 ---
€178 )
beau dévouement à la chose publique; et que
> de ce
nulle part la loi n'a de
> la France apprenne, que
d'enni la métropole
> plus rigoureux observateus,
et la
ni la révolution française
> fans plus soumis 2
nationale de
chauds Défenseurs s
5 convention
plus
> qu'au Port-au-Prince. > Aucune ville, aucune province
en France n'a reçu d'éloge pareil. Et cependant, m'observa le négociant, c'est cette
ville, je crois, qui sera sévèrement châtiée, et la première de toutes. Et elle le sera 5 lui répondis-je, parce que ses habitans auront persisté dans ces mêmes sentimens , en
trouvant mauvais que. les commissaires fassent tout le
contraire de ce qui leur était ordonné par la nation. de nouvelies citalions. Le 14
Voici, continuai-je 2 même Polverel écrivait de cette
Novembre suivant, ce
Sonthonax,au Cap: C que les patrioville,à son collègue
et
tes
la grande majorité du Port-au-Prince
>) formaient
St-Marc renfermait des agitateurs.
ces mêmes sentimens , en
trouvant mauvais que. les commissaires fassent tout le
contraire de ce qui leur était ordonné par la nation. de nouvelies citalions. Le 14
Voici, continuai-je 2 même Polverel écrivait de cette
Novembre suivant, ce
Sonthonax,au Cap: C que les patrioville,à son collègue
et
tes
la grande majorité du Port-au-Prince
>) formaient
St-Marc renfermait des agitateurs. >
>) du Cap; mais que
de la
Ils nommaient ainsi les Blancs, qui, dépités
partialité qu'ils témoiguaient pour les Mulâtres, élevaient
enfin des murmures et se portaient à quelques voies
de fait. Pour vous exposer eu un ensemble les sentides Colons, je vous rapporterai
'mens républicains
le 31 Déce passage-ci du réquisitoire prononcé
cembre suivant, devant la municipalité du Cap, par
le procureur de la commune. On y venait d'apprendre
émigrés de toutesles classes et de tous les ordres
queles
à jamais du sol de la république :
avaient été proscrits
St-Domingue est
c Depuis long-tems 2 y était-il dit,
c'est la
comme un pays de ressource, et
> regardé fait abônder dans la Colonie tant de gens
> raison qui
aturibuer en partie
D sans aveu 5 auxquels nous pouvons --- Page 225 ---
(179)
nous accablent : on peut donc s'at-
> les malbeurs qui
Mais,
> tendre à voir refluer ici une partie des émigrés.
les recevoir? Le Devons-nous ? Nous
> pouvons-nous
St-Domingue fait partie
> ne le pouvons pas, parce que
s'étend sur tout
>) de la France 9 et que leur proscription devons
de la république. Nous ne le
pas, 9
> le territoire
Colonie
avoir
> parce que leur arrivée dans cette
peut contrinous devons suspecter. 2 celui de
>) un motif que
les troubles ; ou ull but que nous
> buer à y perpétuer
à une peine
celui d'échapper
> ne devons pas souffrir,
viendraient faire les
> justement encourue...
Eh! que
?
Résider sur leurs propriétés
>) émigrés à St-Domingue?
Solliciter
> Ils n'en ont plus ; elles sont confisquées.
?
sont dévolues de droit aux patriotes:
> des places Elles
florissant ? Ils n'ont pas
> Travailler à rendre ce pays
voulu travailler à la splendeur de celui où ils étaient
>
non ; nous n'avons pas besoin de
> employés. Non,
ni de
7 militaires traitres. 3 ni de prêtres réfractaires >
etc. A ces causes, je requiers,
> magistrats parjures,
> etc. > L'arrêté de la municipalité, conforme aux conclusions du requérant, ordonna l'arrestation et l'envoi
en France de toutes les personnes qui arriveraient dans
le port. , suspectes d'émigration.
écrits il demeure
D'après tous ces témoignages
qu'avant et plusieurs mois après l'arrivée de
prouvé
commissaires
les Colons Blancs
ces seconds
civils,
n'étaient rien moins que contraires au nouveau gouvernement français. Le mécontentement qu'ils avaient
témoigné quelquefois 2 n'était pas non plus en eux
l'effet d'un désir d'indépendance de la métropole, 3
mais du juste droit, qu'on leur chicanait, de conserver seuls celui de se régir intérieuremen.t.
Avant l'arrivée de ces trois nouveaux agens de la
prouvé
commissaires
les Colons Blancs
ces seconds
civils,
n'étaient rien moins que contraires au nouveau gouvernement français. Le mécontentement qu'ils avaient
témoigné quelquefois 2 n'était pas non plus en eux
l'effet d'un désir d'indépendance de la métropole, 3
mais du juste droit, qu'on leur chicanait, de conserver seuls celui de se régir intérieuremen.t.
Avant l'arrivée de ces trois nouveaux agens de la --- Page 226 ---
( - 180 )
nation, le parti royaliste (j'entends les militaires). 2 s'étaient bornés à des manceuvres secrètes contre le parti
patriotique 5 c'est la ressource des faibles. Assurés,
d'ailleurs, avec les Colons, quoique différens de principes, de la continuation de leurs emplois et de la
sireté de leurs personnes 2 s'ils n'étaient pas découverts,
ils avaient persisté dans ces trames sourdes 2 en attendant une circonstances plus favorable. Ils crurent lavoir
trouvée dans le caractère de M. Desparbès 2 officier
beaucoup plus ferme et plus décidé que son prédécesseur 3 M. de Blanchelande. Pour surcroît d'avantage 2
ce nouveau général s'était brouillé avec les commissaires presqu'aussitôt son arrivée. Cette ligue appercevant en eux des antagonistes déterminés, qui ne
médilaient rien moins que leur expulsion de l'ile 9
au lieu de se tenir secrètement sur leurs gardes comme
ci-devant, crut devoir se préparer à prendre l'offensive,
à la première occasion. Ainsi montés les uns contre
les autres, cette occasion ne tarda pas d'arriver. Elle
fut provoquée par les commissaires 3 qui, sous prétexte
que M. Desparbès avait des possessions dans l'ile, le
destituèrent ( le 12 Octobre 1792) du généralat et le
reléguèrent à bord de la flote.
Six jours après, ce général, M". de Cambefort et
les autres officiers des troupes de ligne, entreprirent
de leur rendre la pareille et de les embarquer pour
France. Le 19 Octobre au matin, les militaires, ayant
fait leurs dispositions d'attaque et rangé leurs troupes
sur le Champ-de-Mars, à côté des casernes ; les commissaires ne furent pas moins dispos à faire les leurs:
ils appelèrent toutes les milices sur la place d'Armes 3
au centre de la ville 3 et maîtres de l'arsenal, ils firent
placer deux grosses pièces de canon à l'entrée des deux
de leur rendre la pareille et de les embarquer pour
France. Le 19 Octobre au matin, les militaires, ayant
fait leurs dispositions d'attaque et rangé leurs troupes
sur le Champ-de-Mars, à côté des casernes ; les commissaires ne furent pas moins dispos à faire les leurs:
ils appelèrent toutes les milices sur la place d'Armes 3
au centre de la ville 3 et maîtres de l'arsenal, ils firent
placer deux grosses pièces de canon à l'entrée des deux --- Page 227 ---
(18:)
oit l'on descendait des casernes et du Champrues par
fut
long : les soldats de
de-Mars. Le conflit ne
pas
deébranlés d'avance dans la soumission qu'ils
ligne,
chefs séduits, gagués ou menacés ce
vaient à leurs
;
des pourjour-là même par des émissaires, pendant
d'agir dans ce démêlé, Iln'y eut plus
parlers 2 refusèrent
d'obstacles à vaincre que Pobspour les commissaires
des dragons
tination et les efforts isolés d'une partie
leur
négociant, (*)
Jaunes, ayantàl leurtête, 2 Cagnon,
les dracapitaine. Mais ces adversaires , poursuivis par
Le
devînrent les victimesde cette journée.
gons Rouges,
dà à la présence de M'. Laveaux
fruit en fut également
venus au nombre de deux
et de ses dragons d'Orléans,
leur commandant furent dans ce démélé,
cents; eux et
le
ferme bouet lont été dans tous les suivans 2 plus
la
dictateurs. Cet éclec ayant terminé
clier de nos
firent
les commissaires demeurés viclorieux 2
querelle, 2
dans
messieurs
France,
Paprès-midi,
embarquer pour
Poitou l'aîné, presque
de Cambefort, de Thouzard,
deux
autres officiers du régiment du Cap 2
tous les
de Mr. de Blanchelande, et
précédens aides-de-camp formant en tout une cindes particuliers de la ville,
de personnes. Ainsi fut abattu parmi
quantaine
un mois seulement après
nous le parti royaliste 2
l'arrivée des commissaires civils.
actuellement, avec quelle adresse, ces
Remarquez
de
sinistres, chargent leurs
méditateurs de tant
projets
leur secte
victimes et retorquent sur ce parti, ce que
avait également commis et ce qu'eux-mêmés se proinfiniment
d'étendue et de
posaient de faire avec
plus
() Cagnon et Labatut fils, y perdirent la vie : Miniac cadet,
y fut grièvement blessé, etc.
arrivée des commissaires civils.
actuellement, avec quelle adresse, ces
Remarquez
de
sinistres, chargent leurs
méditateurs de tant
projets
leur secte
victimes et retorquent sur ce parti, ce que
avait également commis et ce qu'eux-mêmés se proinfiniment
d'étendue et de
posaient de faire avec
plus
() Cagnon et Labatut fils, y perdirent la vie : Miniac cadet,
y fut grièvement blessé, etc. --- Page 228 ---
(182)
ennemis ( disaient-ils aux
venin. t Vos plus grands
dans leur
du 27 Octobre ) 5
> Colons 7
proclamation
au milieu de vous, ils n'y sont plus 5 vous
> étaient
avaient excilé
>) enr voilà délivrés à jamais. Ceux qui
la révolte des esclaves 2 ceux qui avaient
s ou protégé
vOs
> fait égorger vos pères, vos frères, vos épouses,
5 enfans 5 brûler et dévaster vos propriétés; ; ceux qui,
de
la force
contre les bris) chargés
diriger
publique
la tournaient contre vous-même : ceux
> gands , (*)
forces et de
> qui leur révélaient le secret de vos
faiblesse le lieu, le
le moment des mar-
> votre
;
jour, ,
> ches et des attaques projetées ; qui leur indiquaient
favorables pour s'avancer ou pour
>) les circonstances
faisaient distribuer ra ces bris ne pas agir; ceux qui
de
les
et les munitions de guerre et
>> gands,
armes
fait
> bouche destinés à votre défense ; ceux qui ont
les 2 trois
des troupes venues à votre se-
> périr
quarts
Pinac-
> cours 2 soit par Pinsalubrité des postes, soit par
témérairement au fer de
> tion, soit en les exposant
ceux
laissaient des semaines entières
> Pennemi ;
qui
ont si
> les camps sans un mot d'ordre 5 ceux qui
fomenté les haines, si long-tems soufflé
>) long-temns
classes
la
civile entre les différentes
> Ie feu: de guerre
et
enfin ont voulu vous armer
> d'hommes libres, qui
à cause que nous voulons im-
> contre nous-mêmes,
vous ramener tous au centre d'uperturbablement
etc. >
> nité, etc. : ces hommes ne sont plus,
Affectation insidieuse de nommer brigands lcs Noirs révol-
() bientôt seront pour eux, un objet de prédilection 2 et
tés , qui
les autres
le vrai peuple de St-Domingue.
formeront avec
Négres,
(*) Ils ne disent pas union ; elle était hors de leur coeur 2
mnais unité, par laquelle ils entendaient le nivellement g6néral des indiridus de toutes les couleurs 2 les brigands compris.
etc. : ces hommes ne sont plus,
Affectation insidieuse de nommer brigands lcs Noirs révol-
() bientôt seront pour eux, un objet de prédilection 2 et
tés , qui
les autres
le vrai peuple de St-Domingue.
formeront avec
Négres,
(*) Ils ne disent pas union ; elle était hors de leur coeur 2
mnais unité, par laquelle ils entendaient le nivellement g6néral des indiridus de toutes les couleurs 2 les brigands compris. --- Page 229 ---
(183)
tableau de maitre, me dit le médecin. Il
Cest un
et mérile que nous
est précieux pour nous, repris-je >
hommes
le conservions : car; 2 en même-lems 2 que ces même
exactement la
pervers 5 qui vont se comporter criminelles actions
avec énergie, les
chose, y peiguent
ils
du parti qu'ils viennent de renverser, présentent l'étenencore d'une manière forte, claire et précise,
due des maux des Colons, sans pouvoir être suspectés
de partialité pour eux ; les égorgemens, 2 les massacres,
ils en désignent
les dévastalions, les incendies 3 etc.;
ils
les auleurs' ; ils font connaitre leurs trames perfides ;
le parti qu'ils servaient : ils blanchissent enfin
indiquent
d'avoir voulu se donner
les habitans de St.-Domingue,
et de la ridicule et bête accusation 3
au anglais ,.
les auteurs Oirects de la
d'avoir été personnellement
révoltc de leurs esclaves.
desseins et donner
Cependant 2 pour masquer leurs
àu
embarquant les premiers suppôts
à croire qu'en
sincèrement pour le
parti royaliste, ils avaient agi
donnèrent les
bien de la Colonie , les commissaires
les réd'attaque générale contre
mains à un plan
qu'ils venaient
voltés, formé par M. de Rochambeau,
Leur dévoué
de nommer général de St.-Domingue.
de la
Laveaux avait reçu d'eux le commandement
du Nord, grade qui lapprochait immédiatepartie
Un M. de Montesquiou Fezensac,
ment du premier.
du Sud.
avait obtenu celui de commandant
je pense 2 Polverel et ce dernier - se transportèrent
Aillaud ,
faire marcher ensemdans la partie de l'Ouest, pour P'ile à Pautre. On ne
ble les attaques d'un bout de concernait notre parsaurait imaginer, 1 pour Ce qui
celles dont se servit
tie, de meilleures dispositions que
apros avoir
le nouveau général. Un corps de troupes 2
. de Montesquiou Fezensac,
ment du premier.
du Sud.
avait obtenu celui de commandant
je pense 2 Polverel et ce dernier - se transportèrent
Aillaud ,
faire marcher ensemdans la partie de l'Ouest, pour P'ile à Pautre. On ne
ble les attaques d'un bout de concernait notre parsaurait imaginer, 1 pour Ce qui
celles dont se servit
tie, de meilleures dispositions que
apros avoir
le nouveau général. Un corps de troupes 2 --- Page 230 ---
(184)
emporlé la Tannerie 2 devait entrer dans le quartier
de la Grande-Rivière, et nétoyer cette longue gorge. 2
des quantités de Noirs et de
ainsi que Ste.-Suzane 5
En mêmeMulâtres, qui en faisaient leur repaire.
M. de Rochambeau, se portant dans ia partie
tems,
avoir repris le bourg de Ouanaminte
de PEst, après
devait monter daus le
et d'autres moindres postes 2
de Valière, joindre ses troupes à celles qui
quartier entrées
la Grande-Rivière, et déblayer
seraient Pintérieur par de tous ces mornes 2 du ramas
ensemble
des Nègres insurgés. Entre ces deux principaux corps
aux deux extrêmités 2 de plus petits, vers
attaquans
aux pieds des mornes du Trou 5
le milieu, postés monter devant eux et pousser les
devaient également
Noirs de leur côté.
Rien n'était plus facile que Pexécution de ce plan ,
dans ce moment où les secours arrivés étaient si nomd'une bonne santé et de leur
breux, et jouissaient
dans
vigueur européenne. Les succès furent complets
la partie de FEst: on enleva rapidement Ouanaminte
et les divers autres postes. Malheureusement , l'attad'auprès du Cap n'avait fait aucun progrès. M.
que
ci-devant capitaine au régiment du Cap 1
Dassas',
des milices
mais actuellement commandant-géméral
de cette ville, 7 après s'être rendu maître du morne
Pelé, poste en de-ça de la Tannerie 2 l'avait abanle lendemain. D'un
donué ( le 12 Novembre 1792)
de
autre côlé, M. de Rochambeau, nommé général
(le I2 Janvier 1793), partit bientôt après
la Martinique
pour son gouvernement.
devenu
M. Laveaux, de retour au Cap avec lui,
absence, général des troupes, reçut un noupar son
de renouveler l'attaque gével ordre de Sonthionax,
nérale --- Page 231 ---
(185)
contre les Noirs. Maître de l'Est, cet officier
nérale
efforts à-peu-près comme les predirigea ces seconds néanmoins Pattaque du côlé où
miers 2 commençant
le morne Pelé et
la précédente avait manqué, par
de la Tannerie. L'élonnant succès qu'il
par le poste
que
une sortie de trente jours 1 prouve
eut pendant
de
2 les rebelles
dans moins de trois semaines
plus
fuir dans
auraient été forcés de se soumettre, ou de
les derrières 5 refuge qui leur aurait
Pespaguol, par
refusé par les postes limitrophes
été yraisemblablement Les Noirs étaient auz abois.
Pelé et
la précédente avait manqué, par
de la Tannerie. L'élonnant succès qu'il
par le poste
que
une sortie de trente jours 1 prouve
eut pendant
de
2 les rebelles
dans moins de trois semaines
plus
fuir dans
auraient été forcés de se soumettre, ou de
les derrières 5 refuge qui leur aurait
Pespaguol, par
refusé par les postes limitrophes
été yraisemblablement Les Noirs étaient auz abois. de cette puissance. se chargeant,"
Nous apprenions de toutes parts, que
de leurs enfans et de leurs effels,
hommes et femmes 3
qu'ils voyaient
ils cédaient le terrein aux troupes les doubles et
prêtes à monter, et se reliraient dans
submontagnes. Ils allaient, eufin 2 être
les triples
foyer de la révolte. Nous
jugués dans le principal
étions alors à la mi-Février 1793. Mais telle n'était pas Pintention de nos dictateurs
Forcer les Noirs à rentrer dans l'obéisnégrophiles. leur précédentes occupations 2 à
sance 2 à reprendre
rétablir enfin
redevenir la propriélé de leurs maitres 5
Pordre, la tranquillité, la sûreté , la
par ce le moyen, travail ets la culture ; tout cela ne convenait
paix,
ni aux desseins destructeurs de ces
ni aux principes,
de la vivacité et de la réuschefs. Sonthonax, surpris
site des attaques ( opérées par des troupes qui ignosachant les Nègres éperdus et comraient son secret ) ;
des
mençant à demander grace 2 donna sur-le-champ
de
leurs coups et
ordres aux altaquans 2
suspendre
de cesser de marcher en avant. Il allégua 2 pour
ses raisons 2 le défaut de vivres et de munitions. ainsique
les maladies survenues dans Parmée. Les maladies, en
--- Page 232 ---
( 186 )
effet, avaient emporté déjà quantité de soldats: mais
c'était un motif de plus, pour accélérer cette expédition, tandis que leur nombre suffisait encore pour
réduire les révoltés, et des révoltés aux abois. Pardans les hauteurs, les troupes y
venues 2 d'ailleurs,
auraient trouvé des vivres frais en aboudance 2 des
eaux excellentes 2 et moins de chaleur que dans la plaine : les malades s'y fussent rétablis 2 et les autres
mieux maintenus en santé. Arrêter ainsi cette attaque 2
c'était perdre ces avantages 9 ralentir l'ardeur des soldats, laisser respirer les réyoltés 2 leur rehausser le
courage, rendre de peu d'elfet les succès oblenus, et
manquer, pour toujours, le moment opportun de
réduire ces rebelles. C'était aussi le desseiu du perfide commissaire. Ses parlisans ont bien eu le front, dans le tems 7
dattibuer la cessation de cette atlaque, au refus des
citoyens du Cap, de fiuir la campague.
avantages 9 ralentir l'ardeur des soldats, laisser respirer les réyoltés 2 leur rehausser le
courage, rendre de peu d'elfet les succès oblenus, et
manquer, pour toujours, le moment opportun de
réduire ces rebelles. C'était aussi le desseiu du perfide commissaire. Ses parlisans ont bien eu le front, dans le tems 7
dattibuer la cessation de cette atlaque, au refus des
citoyens du Cap, de fiuir la campague. En supposant la vérité de ce refus, de quelle influence pouvait être le faible corps des milices de cette ville 2
minées par deux ans de service continuel et par les
maladies, sur une attaque générale d'environ 12 mille
hommes de troupes P( 2 mille de ligne et IO mille gardes
nationaux. ) Ne pouvait-on pas 2 ne devait-on pas
continuer sans clles ? L'ordre de ménager à ce point les rebelles, et de
cesser de poursuivre des ennemis prêls à se rendre 7
frappa de surprise el de douleur, le coeur déjà si consterné des infortunés Colons : les moins clair-voyans
en eurent les yeux dessillés : ce n'élait pas le premier sujet de leurs trisles réflexions 3 l'ordre d'abattre
les gibets 5 celui de se tenir seulement sur la défensive
envers les rebelles : le refus de laisser juger les prison: --- Page 233 ---
(187 )
niers Noirs (*) anenés dans les prisons : la proclamation (des premiers jours de Décembre 1792 ) de
Sonthonax porlant qu'un tiers des places d'officiers vacantes, seraient désormais remplies par des
gens de couleur de sa nomination : P'embarquement
forcé de ceux qui demandaient, , avec le plus d'opiniâtreté Paccomplissement du décret du 4 Avril ; la
, enfin, accordée et la liberté rendue aux cugrace rés du 1 Dondon et de la Grande-Rivière 7 fauteurs
avérés de la révolte des Noirs 2 et pris parmi eux 5
tous ces faits ne laissaient plus aucun doute sur les
funestes intentions des commissaires.
Depuis leur arrivée 2 ces méditateurs de noirs
n'avaient cessé de bien accueillir tous les
projets ,
hommes de couleur. Il ne paraissait pas encore, que
les Blancs leur fissent odieux: mais, ils les recevaient froidement, et ne distinguaient parii eux que
ceux qui, s'étant unis avec des femmes de sang-mélé,
ne pouvaient être que sincèrement attachés à
leur cause 5 ou ceux, bien plus dangereux pour nous, 3
que l'ambition ou un caractère pervers, rendaient,
(*) C'est ce qui fit, > que lors, de l'affaire de Galbaud, les
prisons du Cap se trouvèrent remplies de 4 à 500 brigands >
délivrés par Sonthenax et Polverel 2 leur furent d'un
qui, ,
Serait-il
que ces scélérats 2 mési grand secours.
impossible les eûssent ainsi mis en
ditant le coup qu'ils ont frappé,.
réserve 3 à tout événement' ?
Cest à loccasion de cette publication , que Thibaud,
d'Augy, et quelques autres furent embarqués pour France >
après quelques troubles occasionnés par des officiers Blance
des troupes de ligne , indignés d'avoir des Mulâtres pour camarades.
Comme Garnot, Labarthe Ste.-Foi, Duclos-Menil, etc,
2 mési grand secours.
impossible les eûssent ainsi mis en
ditant le coup qu'ils ont frappé,.
réserve 3 à tout événement' ?
Cest à loccasion de cette publication , que Thibaud,
d'Augy, et quelques autres furent embarqués pour France >
après quelques troubles occasionnés par des officiers Blance
des troupes de ligne , indignés d'avoir des Mulâtres pour camarades.
Comme Garnot, Labarthe Ste.-Foi, Duclos-Menil, etc, --- Page 234 ---
(188)
sectateurs (*) zélés de Ieurs princien apparence 5
dit
Pinchinat, Poracle des
pes. Je vous ai déjà
que
bien reçu : la
Mulâtres 2 en avait été singulièrement
faveur avait été faite à leurs autres chefs 7 avec
même
réserve néanmoins, avant l'affaire du 19
une certaine Mais, après Pexpulsion du parti royaliste ,
Octobre. Devant ,
tomber à leur tour, les caresses
les Blancs,
ces favoris, devînrent plus
des commissaires envers
de SOgénérales et plus marquées : ils n'eurent plus
ciété qu'avec cette couleur 2 et n'en admettaient pas
d'autre à leur table : c'élaient des Mulà tres qui remà qui seuls l'on donnait
plissaient leur antichambre; dehors, faisaient leur corla permission d'entrer 5 qui,
dont les compagnies formaient leur garde personiège; c'était à eux à qui les emplois vacans de terre
nelle:
civils ou militaires étaient
ou de mer, et les postes
conférés. Dans les altercations assez fréquentes 2 que
suscitèrent entre les deux couleurs 2
ces préférences.
écoutés : ils pouvaient
jamais les Blancs ne fureot plus
malêtre impunément menacés 2 injuriés, frappés et
tandis que le moindre mot d'insulte ou de
traités 7
contre leurs adversaires, était
provocalion de leur part, 7
qu'un exemsévèrement puni. Je ne vous en citerai
Sonthonax, au brave
ple ; c'est P'ordre envoyé par
de
Thérou créole 2 commandant à Jacquesy,
M.
heures
avoir écrit
partir pour France sous 24
2 pour
chef des Mulâtres du Trou 1 qu'entr'cux
à Candi, 2
la loi nouvelle, il n'existerait
et les Blancs , malgré
de rang, , ni de
jamais cordialement aucune égalité
chefde brifréquentation intime. Croiriez-vous que ce
si chaud dans les massacres ; ayant reçu de
gands",
Boucher, Gignoux, Dufay, Galineau; ,Leto.
E
ures
avoir écrit
partir pour France sous 24
2 pour
chef des Mulâtres du Trou 1 qu'entr'cux
à Candi, 2
la loi nouvelle, il n'existerait
et les Blancs , malgré
de rang, , ni de
jamais cordialement aucune égalité
chefde brifréquentation intime. Croiriez-vous que ce
si chaud dans les massacres ; ayant reçu de
gands",
Boucher, Gignoux, Dufay, Galineau; ,Leto.
E --- Page 235 ---
(189)
par la même leltre 2 la proposition
son adversaire ,
refusa net 2 el s'eu
de se battre ensemble au pistolet,
?
alla porter ses plaintes au commissaire
et
de défaveur, de mépris d'opTant de marques
envers la
de la part de ces chefs iniques
pression
devaient nécessairement produire en
couleur Blanche,
et des expressious de
elle 2 et de Paversion pour eux, de douleur. Telle
mécontentement; et même des cris
des murmures, des écrits, (*)
est Porigine des plaintes,
du tudes écaris, des violences 2
des réclamations 2
eu un soin
multe enfiu, 2 dont ils nous ont accusés, 2 ayant
d'en cacher la véritable cause ; d'en alléguer
extrême
des couleurs
de fausses et de peindre ces procédés cela
noires. Les Blancs étaient-ils pour
royales plus
amis Des anglais?
listes, cantm-rbodutipauanaies,
aux
Ils étaient au contraire de purs patriotes 3 soumis
de la nation et n'en demandant que Fentière
volontés
d'une partialité marquée pour
exécution ; mais indignés
d'autant d'injustices.
une couleur rivale , accompagnée
s'étaient si bien montrés pour
Les Petits-Blancs qui
à la lutte du paiti de Panla cause des commissaires,
tenir à cette insulcien gouvernement, ne pouvaient
caracImpatiens 2 vifs et emportés par
tante partialité.
les Mulâtres 2 soit aux marchés,
tère 3 agacés encore par
les mêmes étals 2
ou les uns et les autres exerçaient
aux revues 1 et dans les corps-desoit aux parades, 2
entr'eux des querelles
garde > il en naissait souvent
et des voies de fait.
des Blancs et leurs mouvemens
Les réclamations
sur nos dicne firent aucune impression
d'impatience 2
Particulièrement ceux de' Tanguy Laboissière 3 Thomas
[*)
Millet, Parent; > leur imprimeur.
encore par
les mêmes étals 2
ou les uns et les autres exerçaient
aux revues 1 et dans les corps-desoit aux parades, 2
entr'eux des querelles
garde > il en naissait souvent
et des voies de fait.
des Blancs et leurs mouvemens
Les réclamations
sur nos dicne firent aucune impression
d'impatience 2
Particulièrement ceux de' Tanguy Laboissière 3 Thomas
[*)
Millet, Parent; > leur imprimeur. --- Page 236 ---
(190) )
tateurs. Forts de tous les pouvoirs réunis en leurs mains;
délivrés de la crainte des royalistes 5 méprisant les' soldats de ligne qu'iis avaient avilis 3 comptant sur les
officiers de couleur qu'ils y avaient introduits ; assurés
du puissant corps des gardes nationaux, , de Laveaux,
de ses dragons 7 des gens de couleur et des équipages
des vaisseaux. 2 ils narguaient cette couleur impuissante,
et bravaient son mécontentement général. Que dis-je?lis
ne perdaient aucune occasion de l'augmenter, prévoyant
son accroissement leur servirait bientôt de prétexte
que remplir le second objet de leur mission celui
pour
éclatante des Colons
de preudre une vengeance
Blancs.
Pour mieux l'assurer encore 2 ils avaient eu la précaution de contracter alliance avec les gens de couleur en
révolte. Sonthonax avait d'assez bonne: heure fait
pleine
démarches de rapprochement et de bonne
les premières
entre lui et le corps de cinq à six cens
intelligence 3
campés dans
Mulâtres insurgés 2 commandés par Candy,
les derrières de Ste-Suzanne, et que: vous avez vu
coupables de tant de trahisons, de meurtres et de
dévastations dans la partie de PEst. Nous crûmes bonnement dans le principe 7 qu'il ne s'y portait 2 que
dans le dessein de diminuer le nombre de nos ennemis, et par envie de concilier les esprits des deux couleurs. Nous espérions encore, 2 gue ce corps nous serait
d'un puissant secours contre les Noirs révoltés ; mais
nous fàmes bientôt désabusés de ces agréables chimères.
Il leur fut accordé par le traité d'union, de descendre
dans la plaine, d'occuper seuls le bourg du Trou, d'y
de le fortifier, de le garnir de gros
former on camp 2
d'en être conscanons fournis par les commissaires,
entretenus de munitions de guerre et del bouche,
tamment
gue ce corps nous serait
d'un puissant secours contre les Noirs révoltés ; mais
nous fàmes bientôt désabusés de ces agréables chimères.
Il leur fut accordé par le traité d'union, de descendre
dans la plaine, d'occuper seuls le bourg du Trou, d'y
de le fortifier, de le garnir de gros
former on camp 2
d'en être conscanons fournis par les commissaires,
entretenus de munitions de guerre et del bouche,
tamment --- Page 237 ---
(191) )
de toute autorité 2
et enfin 3 d'y rester indépendans dans la suite, ni ces
hors celle de ces chefs ; et comme
ne furent commandés
Mulâtres 2 ni pas un autre corps lestévoltés 1
; toules ces parpour agir ollensivement contre
que le négolicularités donnent aisément à comprendre,
traitant à de telles conditions avec ces gens
ciateur 2 en
leur haine contre nous 9 avait
aguerris et distingués par
de tenir
moins en vue de nous les réconcilier 3 que
eu
et leur proximilé la
en échec 2 par leur présence de PEst où nous étions
ville, les camps et les postes
renfermés.
revenir sur ce sujet, qu'à
J'ajouterai, pour ne plus c'est-à-dire, après les
partir de Pépoque où je suis 2
les Noirs
générales suspendues coutre
2 jusqu'à
allaques
général, les postes avancés de
leur affranchissement
autres eurent des ordres
nos défenseurs 2 soldats ou
2 le
qu'ils
de ménager les révoltés, sous prétexte
exprès
dans la soumisétaient portés à rentrer d'eux-mêmes hostilement. Celte
sion et convenus de ne point agir
devint fatale à nos
convention réelle ou controuvée,
elles de bonne foi et conformétroupes : exécutée par souffraient les Noirs roder tranment aux ordres 1 elles
et jusqu'ày
autour de leurs retranchemens 2
quillement
: des postes entiers dûrent
en laisser entrer quelques-uns Ils furent enlevés (*)
leur perte à cette complaisance. leurs défenseurs tous masde cette. perfide manière 2 et
qui
sacrés. Tel est le résuitat de cette philosophie 2
dans des individus grossiers et bas, des vertus qui
suppose
et qui leur seront pour toujours
n'y ont jamais germé
inconnues.
dans la dépendance du
La conduite de Sonthonax
Particulièrement le poste fortifié, 'nommé lo camp le
(*)
des mornes du Trou.
Scc, sur un des pitons
R
cette complaisance. leurs défenseurs tous masde cette. perfide manière 2 et
qui
sacrés. Tel est le résuitat de cette philosophie 2
dans des individus grossiers et bas, des vertus qui
suppose
et qui leur seront pour toujours
n'y ont jamais germé
inconnues.
dans la dépendance du
La conduite de Sonthonax
Particulièrement le poste fortifié, 'nommé lo camp le
(*)
des mornes du Trou.
Scc, sur un des pitons
R --- Page 238 ---
(1 192 )
Nord, tenant à l'exécution du plan de la commission civile, Polverel, son coilègue, ne s'en écartait
dans les bandes de POuest et du Sud : je dis
pas
Polverel seulement, parce qu'Ailiaud l'avait déjà quitté.
Mon dessein n'est pas de vous donner une histoire
suivie de tous les événemens particuliers de ces tems
de troubles. Je me borne à vous rapporter ceux qui
viennent à l'appui des causes de nos maux et qui dévoiient les perfides mnanceuvres de nos ennemis ; ils
sont en assez grand nombre dans le premier foyer
de nos dissensions 2 sans qu'il soit besoin d'y joindre
les détails de ceux qui se passèrent plus loin. Polverel
employa les mêmes ménagemens envers les esclaves
révoltés, les mêmes caresses envers les gens de couleur, la même prédilection pour eux 2 un égal éloignement des Blancs , pareilles ruses 2 adresse et perfidies
que son collègue. Les habitans de POuest, pourvus de
chefs hardis 3 et moins endurans sans doute que ceux
du Nord , moins maltraités encore de la révolte des
Noirs, et vraisemblablement moins contenus par la
présence de ce commissaire, 2 qui n'avait ni le courage 2
ni l'activité de l'autre 2 ni autant de troupes autour de
lui, s'agitèrent, et manifestèrentun mécontentement plus
caractérisé que celui du Cap.
An milieu des plaintes particulières et des murmures
isolés des habitans de cette ville-ci 2 sa municipalité
néanmoins avait déjà fait plusieurs fois des réquisitions
verbales auprès de Sonthonax, pour l'entière exécution
de la loi du 4 Avril. Indignée de ses continuels refus 1
elle jugea devoir les lui réitérer d'une manière plus
précise et plus légale en même tems. Son arrêté du 26
Décembre 1792 2 est ainsi conçu : ( Considérant, que
>> d'après la proclamation de MM, les commissaires
civils --- Page 239 ---
(193)
D civils, du 12 Octobre dernier, qui dissout l'assemblée
> Coloniale alors existante, les citoyens de
>
St-Domingue
ont dû s'attendre. , qu'une nouvelle assemblée de la
> Colonie remplacerait immédiatement celle
in-
>
jugée
constitutionnelle ; et que la commission intermédiaire
> ne devait avoir lieu, 2 que pendant le ,court
>
délai,
seulement, nécessaire entre la suppression de l'as-
> semblée dissoute et la convocation de la suivante,
> elle arrête: qu'ils seront invités au nom du salut
)) public à ordonner, le plutôt possible, la tenue des
5) assemblées primaires, pour en former une de re-
> présentunsconstitutionnels , qui puissent légalement
> travailler à la constitution de la Colonie, suivant les
> décrets nationaux.
> ne devait avoir lieu, 2 que pendant le ,court
>
délai,
seulement, nécessaire entre la suppression de l'as-
> semblée dissoute et la convocation de la suivante,
> elle arrête: qu'ils seront invités au nom du salut
)) public à ordonner, le plutôt possible, la tenue des
5) assemblées primaires, pour en former une de re-
> présentunsconstitutionnels , qui puissent légalement
> travailler à la constitution de la Colonie, suivant les
> décrets nationaux. > Non-seulement il refusa de souscrire alors à cet arrêté 2 qui lui fut présenté par une
députation du corps municipal; mais il en conçut un
si grand ombrage 1 et trouva tant de crimes dans cette
demande, 1 que' dès-lors, avant son départ pour le Portau-Prince et pendant son séjour en bas, il ne cessa de
défendre à la municipalité d'assembler sa
commune;
aux communes de s'assembler d'elles-mêmes et sans
sa permission 3 et d'ordouner verbalement et par lettres
à Laveaux, de ne plus s'occuper des révoltés
3 mais
de réserver ses troupes 9 pour veiller sur les prétendues
manceuvres des Blancs du Cap. Cette réclamation d'une assemblée constitutionnelle
;
aussi juste que légitimne, puisqu'elle était fondée sur
la volonté formelle de la nation, retentissait alors de
la part des Colons Biancs, d'une extrêmité de la Colonie
à l'autre. C'était le seul fonds de leurs demandes et
le sujet constant de leurs démarches. Ayant
compris
les vues secrètes, 3 au moins en partie, de la commission civile 2 ils ne voyaient, les infortunés, d'autre
--- Page 240 ---
(194)
puissant et légal à lui opposer, que la force et
moyen
Colonial. Ils consentaient
Pautorité d'un corps suprême
à admettre les trois couleurs. Refusés ainsi, leurs
y,
leurs murmures 2 leurs efforts secrets et leurs
plaintes 2
n'ont jamais été désignés aux
agitations apparentes 9
les suites de lofrançais de la métropole 7 comme
Dieu et criminel refus des commissaires 5 mais
comme des mouvemens séditieux et des rébellions 2
de la répugnance des Blancs à consentir à
provenant
de la Colonie ; c'est-à-dire 2 à l'égale
la régénération de toutes les couleurs dans les charges et
admission
Sonthonax 2 qui avait
les emplois. Mais, pourquoi
commencé d'établir cette régénération dès le commencement de Décembre 2 sans aucune opposition des
Blancs, en donnant des officiers de couleur
citoyens Blanches, n'en mettait-il pas de Blancs 2
aux troupes
Jaunes , ni dans les Noires ? ni dans les compagnies
former
à laisser
Pourquoi se refusait-il opiniâtrément
deassemblée constitutionnelle, que les Blancs lui
mandaient une
avec instance ? La réponse en est sensible:
dans le premier cas, il acquérait des moyens d'opdans le second, ils se serait lié les mains. pression 3
de rébellion en nous 2 et d'autres
Toutes ses imputations
s'évanouissent au seul
mauvais desseins, 2 s'écroûlent et
exposé des faits. ces commissaires bien couVous nous représentez
me dit le médecin : ils le sont effectivement
pables 2 lui répondis-je, sous ce dernier aspect. Il
beaucoup, inutile de leur aller chercher d'autres accusations,
est
bien fondées ; car, c'est pour avoir traîtreusequoique refusé de condescendre au voeu des Colons 2
ment désiraient et qui ne leur demandaient que l'exéqui ne
de la
cution de celui de la nation; 2 Paccomplisement
ces commissaires bien couVous nous représentez
me dit le médecin : ils le sont effectivement
pables 2 lui répondis-je, sous ce dernier aspect. Il
beaucoup, inutile de leur aller chercher d'autres accusations,
est
bien fondées ; car, c'est pour avoir traîtreusequoique refusé de condescendre au voeu des Colons 2
ment désiraient et qui ne leur demandaient que l'exéqui ne
de la
cution de celui de la nation; 2 Paccomplisement --- Page 241 ---
(195)
formé le méloi du 4 Avril, qu'ils ont cux-mêmes tout ce que les
contentement général, et provogué
avoir commis d'irrégulier à Si.-DominBlancs peuvent
mois après Pincendie du
gue, six mois avaut et six
seule, ils ont méCap-Français. Par cette conduile
de buveurs
rité les noms d'assassins, d'incendiaires dernier 2 supplice. Il
de sang et de scélérats dignes du
les torches,
est hors de doute, qu'ils ont employé des innocens.
les poignards et les proscriptions envers l'avocat, des
Appelez-vous innocens 1 me répliqua
révoltent à main armée ? 1 Oui, ceux-là
gens qui se
poussés à bout par une oppression
sont innocens, qui,
volonté de la nation,
tyrannique, et contraire à P'expresse de résister à Pinjustice
prennent les armes et tachent le
sacré de la
par la force. Au reste 7 c'est principe l'avez vu prérévolution française, prôné comme vous les Merlin , les
cédemment (*) en pleines séances 3 par Vous ne devriez
les Garran-de-Coulon, etc.
Brissot 3
de ce principe 2 m'observa le
pas établir la légitimité
habitans d'avoir ainsi
curé : jamais je ne louerai vos les choses au pis 3
pris les armes. J'ai voulu mettre Monsieur, ayant suplui dis-je, dans ma réponse à
contre
les Colons s'étaient armés les premiers
posé que
n'est pas exact : ceux du Nord
les commissaires, ce qui
et ceux de lOuest
n'en ont jamais été coupables ;
se garantir
n'opposèrent la résistance armée 5 que pour
contre
ces chefs dirigeaient
des attaques ouvertes 2 que
eux.
et d'indignation étant
L'esprit de mécontentement l'ile ses effets furent probaainsi répandus dans toute
nos
et plus à craindre pour
blement plus prononcés
(*)EPages 132, 135 et 139.
aires, ce qui
et ceux de lOuest
n'en ont jamais été coupables ;
se garantir
n'opposèrent la résistance armée 5 que pour
contre
ces chefs dirigeaient
des attaques ouvertes 2 que
eux.
et d'indignation étant
L'esprit de mécontentement l'ile ses effets furent probaainsi répandus dans toute
nos
et plus à craindre pour
blement plus prononcés
(*)EPages 132, 135 et 139. --- Page 242 ---
( 196 )
la
d'en bas, que dans celles du
dictateurs, dans partie les raisons. Vous avez vu ci-devant
Cap. J'en ai touché
ville de St-Marc de contenir
Polverel accusait la
que
une autre fois, il écrivit à son collègue :
des agitateurs:
ses habitans avaient
avec laquelle
C que lindifférence des événemens de la célèbre journée
> reçu la nouvelle
la nécessité de s'y rendre. >
- du IO Août, lui a prouvé
et des
Peut-on alléguer des accusations plus vagues
? Cependant, dès le mois de Février,
motifs plus légers
faire des préparatifs
on voit Sonthonax au Cap, y l'Ouest. Avant de
de guerre contre les habitans de
son
il disposa les choses de manière, qu'en
partir,
seule
dans la partie du
absence 2 sa volonté
régnât
fut laissé comNord. Son fidèle et dévoué Laveaux y
lautoet toutes fois subordonné à
mandant suprème,
intermédiaire. Le premier devait 2
rité de la commission
surveiller et réprimer les
avec ses forces , bien plutôt
chose contre les réBlancs > qu'entreprendre quelque ordonné de se tenir , à
voltés. Il lui fut expressément
nouvel
de ceux-ci, sur la défensive jusqu'à
l'égard
la mauvaise nourriture, le manordre. En attendant,
la troupe.
que de soins et les maladies dépeuplaient
; car
C'élait le moindre des soucis des commissaires leur
du teint, n'importe chez qui 2
déjà la blancheur
où elle leur ferait
déplaisait 7 en attendant les jours
horreur. sais si c'est à cette époque 7 ou un peu plus
Je ne
Castaing, Mulâtre propriétaire 2
tard, qu'un nommé
son honnêteté 2 et ses conestimable par sa douceur, 2
de la commission
naissances, et Pun des membres
s'expatria de St-Domingue 5 emmenant
intermédiaire, famille. Il était le plus en avant dans la
avec lui sa
inlimité du commissaire.
conlidence et dans Papparente
'est à cette époque 7 ou un peu plus
Je ne
Castaing, Mulâtre propriétaire 2
tard, qu'un nommé
son honnêteté 2 et ses conestimable par sa douceur, 2
de la commission
naissances, et Pun des membres
s'expatria de St-Domingue 5 emmenant
intermédiaire, famille. Il était le plus en avant dans la
avec lui sa
inlimité du commissaire.
conlidence et dans Papparente --- Page 243 ---
(197)
Celui-ci vraisemblablement, touché de quelque pitié
pour cet ami, lui dévoila le secret de la secte. Cet
homme d'un caracière humain et tranquille 2 effrayé du
buuleversement qui se préparait, 2 et frémissant, comme
un second Aillaud, à la seule pensée des maux qui
devaient accabler son pays ; ne pouvant en détourner
ni même en affaiblir les funestes coups; généreux et
sensible,il ne voulut en être ni-le complice, nile témoin.
Il partit, probablement dédommagé par les commissaires 2 de la perte de ses Nègres et de son habitation 2 situéeà la Grande-Rivière. Lors de la première insurrection
des Mulâtres sous Ogé 2 bien loin de faire cause commune avec eux , Castaing s'était retiré vers les Blancs, ,
qui tots l'admettaient à leur table, à cause de ses
bonnes qualités. Il n'est ni le premier (*) ni le seul à
qui cette faveur ait été accordée 9 dans notre dépendance. Moins les gens de couleur propriétaires affichaient
de prétentions et plus on leur marquait d'égards.
Après l'incendie du Cap, après l'affranchissement
des esclaves, , cette retraite de Castaing, dans le tems
oir tout riait, pour les hommes de sa couleur, m'a
servi d'indice le plus assuré 7 que la perte des Blancs
et Cincengie,Des villes avaient été résolus, avant
qu'il J eit le moinôre reproche d leur faire. Une
autre circonstance a confirmé mon opinion d'une manière plus positive ; c'est une lettre qu'un jeune homme
de vingt ans 3 apprentif rafineur nous lut à Jacquesy, quelques mois avant le désastre du Cap. Sa
mère lui marquait de Bayonne, qu'elle était informée
(*)J'ai vu Ogé le père, Viard et Castaing pères, Escot
et quelques autres, manger à la table des Blancs.
Sur P'habitation Labadie au Trou, dont Mrs, Depoi frères
étaient procureurs.
circonstance a confirmé mon opinion d'une manière plus positive ; c'est une lettre qu'un jeune homme
de vingt ans 3 apprentif rafineur nous lut à Jacquesy, quelques mois avant le désastre du Cap. Sa
mère lui marquait de Bayonne, qu'elle était informée
(*)J'ai vu Ogé le père, Viard et Castaing pères, Escot
et quelques autres, manger à la table des Blancs.
Sur P'habitation Labadie au Trou, dont Mrs, Depoi frères
étaient procureurs. --- Page 244 ---
(198)
la ville du Cap serait incendiée.
de bonne part, que
relirer les marchandises qu'il
Eile lui conseillait d'en si elles étaient invendues 5
avait apportées avec lui,
en
de tout fondre pour s'en revenir promptement
et
homme mourul quelque tems après.
France. Ce jeune
nous étions quatre
Ce qui vous surprendra, c'est que
nous regarà la lecture de cette lettre 2 et que
ou cinq
comme une crainte de femme.
dâmes tous cette annonce
me deEtiez-vous aveuglés et confians à ce point,
le négociant ? Tel est, lui répondis-je, le peu de
manda
avions, mênie alors, des projets exméfiance que nous
la
trêmes forinés en secret contre nous ; ce qui me parait
de Pinnocence de nos intentions.
preuve la plus complète
la crainte
Quand le coeur n'a rien à se reprocher 5
loin
glissent guères. Nous étions
ni le soupçon ne s'y
irrèmissible et digne
d'imaginer, que ce fat Ln crime
les
et de toutes les morts, que
de toutes
persécutions
en repoussant
de chercher à conserver nos fortunes,
de vouloir
le mot dc libcrté, ainsi que
de nos Nègres
faisait la
maintenir une Oistinction de rangs 3 qui
Ourée Ou régime Colonial. Voilà ceforce et la
le seul fonds de nos
pendant, en dernière analyse 2
entière $
torts 2 et ce qui 'nous a valu notre destruction Non,
tant d'acharnement et de cruautés.
opérée avec
mille fois 2 il n'y a point
messieurs, je le répéterai
de malheureuses
eu dans celte révolution, si remplie
d'individus qui Paient élé plus complètement,
victimes,
les Colons de St.-Doavec aussi peu de torts 2 que
Mais je vais reprendre mon récit.
mingue.
oà je proférais ces paroles, nous enAu moment
d'une chàte sur le plancher;
tendimes un coup 2 comme de pieds et des cris de
et soudain 2 des mouvemens de la maison. M". Goodrich 2
femmes, dans Pintérieur
celte révolution, si remplie
d'individus qui Paient élé plus complètement,
victimes,
les Colons de St.-Doavec aussi peu de torts 2 que
Mais je vais reprendre mon récit.
mingue.
oà je proférais ces paroles, nous enAu moment
d'une chàte sur le plancher;
tendimes un coup 2 comme de pieds et des cris de
et soudain 2 des mouvemens de la maison. M". Goodrich 2
femmes, dans Pintérieur --- Page 245 ---
(199)
distinguant parmi les voix celle de son épouse 2 puis
quelques gémissemens de sa part, disparut d'auprès de
nous, 3 gagnant l'endroit où venait de se passer l'accident. liy resta quelques minutes ; ensuite, il vint nous
apprendre, que c'élait son Als (lunique de son sexe),
âgé de quatre à cinq ans, à qui cette chite était arrivée.
Il était tombé du lit et s'était fait une contusion à
la têle. Sur-le-champ, il envoya quérir le chirurgiea
et ne fut plus occupé que du soin de son enfant.
Médécin, dit-il, au docteur Simpson, venez le voir
en attendant. Nous le suivimes tous. L'enfant était sur
les genoux de sa mère, pleurant encore ; et les servantes allaient et venaient selon les ordres qu'elles
recevaient. Déjà, les flacons, les compresses. 2 le linge,
les eaux spiritueuses 2 un réchaud plein de braise 9
couvraient la table. Cependant, le médecin ayant Gxaminé le doup: 5 assura madame Goodrich que ce ne serait
rien. Le curé, de son cô16, la tranquillisa de son mieux.
Cet accident ayant rompu notre entretien, je me retirai après avoir passéquelques momens dans la chambre. --- Page 246 ---
200 )
SIXIÈI ME ENTRETIE N.
Ezécution militaire Des villes de St.-Marc et du
Port-au-Prince. Incendie et pillage de celle
Ou Cap. - Détaits particuliers de Centreprise de
Galbaud. 1 IL est justifé Des horreurs que les
commissaires lui ont imputées , après les avoir
commuses eus-mêmes.
Départ de la Rotte >
chargée de tous les fugitifs qu'elle a pu recegoir. - Déplorable situation Des Blancs, après
ce fatal événement, et la promulgation de la
liberté générale. Sonthonaz, mécontent de sor
ouvrage, et craignant toutes les couleurs, abanDonne le Cap.
Nous nous rendimes, le lendemain au. soir, chez
M. Goodrich, pour nous assurer de l'état de son enfant, dont nous avions eu de bonnes nouvelles dans
la journée, et lui en faire notre compliment 2 ainsi
qu'à la mère. Elle-même, d'un air satistait, nous apprit qu'heureusement la contusion de son fils n'était
qu'une begatelle 2 nous remerciant de notre atienlion.
Allons-nous-en sous le pérystile, me dit ensuile le
mari: vous voudrez bien nous foir le récit de voS infortunes : il me tarde d'être dehors de tant d'horreurs.
Je le veux bien, lui répondis-je, et nous allâmes
tous nous y asseoir.
J'en étais, repris-je, aux préparatifs de guerre de
Sonthonax : il avait appris de son Collègue 2 ainsi que
je vous l'ai dit, que les troubles, élevés dans la partie
de POuest, y prenaient un caracière sérieux, particulièrement au Port-au-Prince et à St.-Mlarc. Mais 9
qu'étail-ce
A
d'horreurs.
Je le veux bien, lui répondis-je, et nous allâmes
tous nous y asseoir.
J'en étais, repris-je, aux préparatifs de guerre de
Sonthonax : il avait appris de son Collègue 2 ainsi que
je vous l'ai dit, que les troubles, élevés dans la partie
de POuest, y prenaient un caracière sérieux, particulièrement au Port-au-Prince et à St.-Mlarc. Mais 9
qu'étail-ce
A --- Page 247 ---
C 20I )
qu'était-ce que ces troubles ? Ce n'était pas, 2 comme
ils voulaient le faire entendre, 7 ni des
conspirations 3
ni des révoltes 3 ni des Désirs P'indépendance; mais
seulement La lutte continuelle des Blancs et des
Mulâtres , et des efforts renouvelés des deux parts
pour maintenir Ieurs prélentions. Polverel
>
appelait exclusivement les premiers, 2 des agitateurs : les Mulâtres
l'étaient-ils moins 2 en soutenant un concordat qui
devait être soumis à la révision d'une assemblée constitutionnelle 2 chargée de travailler au régime de l'intérieur ? Les cominissaires létaient-ils moins. , en levant des forces, et menaçant les Colons qui ne leur
demandaient que l'exécution de la loi, dont ils étaient
porteurs ? Les dispositions hostiles de Sonthonax 2 regar.daient
plus particulièrement la ville du Port-au-Prince, Ce
cominissaire ayant terminé ses préparatifs s et s'annonçant pour aller punir des agitateurs ; qualifiant
aujourd'hui d'aristocrates 3 de contre-rvolationnai
res 3 de partisans Des anglais 3 etc., ces mnêmes
Blancs 5 que son collègue et lui, quatre mois auparavant, avaient reconnus publiquement pour excellens
patriotes, pour les plus rigoureuz observateurs de
la loi, pour les plus grands Défenseurs de la révolution ; il s'embarqua 9 le 4 Mars 1793, dans PAmérica, vaisseau de guerre, accompagné de deux frégates et une flate, chargées de soldats. Observez ce
monstre faire voile et filer le long de la côte, tel
qu'un noir orage, qui porte en ses flancs la désola--
tion et la ruine des campagnes. A peine fut-il mouillé
dans la rade de St.-Marc, qu'il lâche ses Mulâtres
sur les Blancs ; en fait saisir un grand nombre ; les
jète en prison ; permet le pillage de' leurs maisons ;
--- Page 248 ---
( - 202 )
de leurs effets, 2 et choisit enfn ceux qu'il
s'empare
à faire passer les mers. comme plus coupabies 3
destine 2
maiheureux habitans du Port-auCependant 5 les
d'eux le sinistre orage qui
Prince , voyaient approcher
les forces des
tonnait à St.-Marc. Ils connaissaient
Sonindépendamment de la troupe que
commissaires:
il avait ordonné aux gens de couthonax emmenait,
environnantes, d'ailer inleur de quatorze paroisses tandis que lui la combatvestir leur viile par terre 2
deux mois, les Nètrait par mer. En outre 2 depuis coincidait avec les
réinsurgés ( événement qui
la
gres
hostiles des commissaires ) infestaient
préparatifs (*)
les murs de la
plaine du Cul-de-Sac, et menaçaient
la fou9 et ne doutant pas que
ville. Faibles 2 inquiels violemment sur leurs têles, ses
dre ne vint éclater
eurent recours à la souhabitans 2 pour la conjurer 5
envers ces
et aux supplications
mission, 2 aux prières
à St.-Marc,
irrités.
ement qui
la
gres
hostiles des commissaires ) infestaient
préparatifs (*)
les murs de la
plaine du Cul-de-Sac, et menaçaient
la fou9 et ne doutant pas que
ville. Faibles 2 inquiels violemment sur leurs têles, ses
dre ne vint éclater
eurent recours à la souhabitans 2 pour la conjurer 5
envers ces
et aux supplications
mission, 2 aux prières
à St.-Marc,
irrités. Polverel était allé se réunir,
chels
à son triomphant collègue. (va victis);
Mais si jamais le mot de Brennus
être appliqué
malheur aux vainicus, , a pu justement les deux grands
circonstance, c'est dans
dans quelque
Le desdont il me reste à vous parler. événemens 2
du Port-au-Prince,
sein des dictateurs, en s'emparant
à leurs ordres'
était d'y trier tous les Blancs opposés contestaient, pour
arbitraires (c'est-à-dire 2 ceux qui
et d'en avoir
réaliser la volonté de la métropole ), 2
voir
en les embarquant pour France
les coudées franches 9
regardait plus parcriminels. Cette proscription
comme
des mille preuves des intelligences secrètes
(*)Cest une
ct de leur habitude à s'en
qu'ils avaient avec nos ennemis 2
servir contrc nous, --- Page 249 ---
(203)
habitant de cette partie, le
tienlièrement M. Borel,
de couleur 2 alors renperpétuel antagoniste des gens
un corps de
fermé dans cette ville, et y commandant d'autorité
milices. C'était pour éviter un pareil coup
d'enla liberté de ceux que l'on menaçait
et garantir
s'opposaient
les habitans du Port-au-Prince:
lever 2 que
dans leur ville 3 à moins
à Ventrée des commissaires
faiblement accomqu'ils n'y vinssent sans armes, ou St.-Marc , les
pagnés. Ces chefs n'étant encore qu'à de la commuavaient envoyé deux députés
ces
premiers
l'autre de couleur 9 leur porter
ne , Pun Blanc 2
ils les avaient réitérées, égaprotestations. Rejetées,
dans cette députalement sans succès. Examinez que les Blancs ne se
comme en bien d'autres cas,
tion $
les fonctions avec les Sangrefusaient plus à partager
admeltaient que des
mélés ; et les commissaires n'y
gens de couleur.
n'ayant point désarmé ces
Ces humbles démarches ils
le 5 d'Avril,
hommes colères et vindicatifs' 9 allèrent,
leurs vaisseaux devant le Port-au-Prince
embosser
leurs dispositions d'attaque, le
tandis qu'ils faisaient réuni de 14 paroisses 3 et soutenu
cops des Mulâtres, cernait la ville de l'autre côté. Ce
des Noirs révoltés,
les assiégés en profitèrent
délai fut d'une semaine :
l'animosité de ces chefs
pour essayer encore de fléchir furent vaines. On exiirrités : toutes leurs tentatives entièrement à discrégeait d'eux qu'ils se rendissent
d'autant plus imtion. Les commissaires se montraient secrets de venleurs desseins
placables 2 que d'après
cet état de résistance leur
geance et de Destruction, favorable : ils ne voulaient ni
était merveilleusement
ni différer cette occasion d'en commencerfexs- mer
perdre
le 12, et battue par
cution. La ville, altaquée
On exiirrités : toutes leurs tentatives entièrement à discrégeait d'eux qu'ils se rendissent
d'autant plus imtion. Les commissaires se montraient secrets de venleurs desseins
placables 2 que d'après
cet état de résistance leur
geance et de Destruction, favorable : ils ne voulaient ni
était merveilleusement
ni différer cette occasion d'en commencerfexs- mer
perdre
le 12, et battue par
cution. La ville, altaquée --- Page 250 ---
(204)
fut obligée de se rendre à 'la merci
et par terre 2
heures du soir, après avoir eu
des assaillans 2 à cinq
tué.
de maisons abattues et de monde
quantité
exécutions militaires commenDès le lendemain, 2 les
on
les maisons 5 et les Blancs désigués
cèrent :
pilla
Cette
dura
furent arrêlés de toutes : parts..
recherche
plusieurs jours 5 on s'en assura d'environ cing cens, 2
ou les fers aux pieds, furent transférés
qui, garrolés des vaisseaux; 2
; et là jetés à fond de cale, privés
à bord
avec
de tout secours 7 maltraités et sans communication
soitau dehors. La viile fut ensuite condamnée
qui que ce
mille livres.
à payer dans trois jours, une somme de 450
M. Borel trouva le moyen de s'échapper de. leurs
mains à la tête de 200 Blancs et de 300 Negres
2 les hommes de couleur se mirent à sa pourarmés :
suite.
ef la réduction de
II ne restait plus à nos tyrans, que
abattre entièrement la race
la ville du Cap, pour.
les
Blanche, et se délivrer du principal. obstacle, qui
dans Pexécution définitive de leur secrèle
eut génés
bien jusqu'à P'entier épuisemission. Ils se gardèrent
de
ment des Blancs,, de laisser soupçonner au gens
en a attendant, de la
couleur ce dernier but, profitant
Pexcitant de
haine de ceux-ci contre. les premiers : et
ils eurent à leur disposition ces instrumens
plus en plus 2
moment, oà, cet
de rage et de destruction 7 jusqu'au ils le délaissèrent et le
appui leur devenant inutile,
devint
trahirent enfin en faveur de Pespèce Noire, qui
alors la seule de la Colonie, chérie et Oistinguée.
Il fallait néanmoins à ces chefs pervers un prélexte
pour en venir à la ruine du Cap ; pour venger
apparent
dans le sang : de ses habitans; et coula mort D'Ogé
la place où les OS. de cet
vrir de cenàresfunérairnes ,
laissèrent et le
appui leur devenant inutile,
devint
trahirent enfin en faveur de Pespèce Noire, qui
alors la seule de la Colonie, chérie et Oistinguée.
Il fallait néanmoins à ces chefs pervers un prélexte
pour en venir à la ruine du Cap ; pour venger
apparent
dans le sang : de ses habitans; et coula mort D'Ogé
la place où les OS. de cet
vrir de cenàresfunérairnes , --- Page 251 ---
(205 )
avaient été brisés. Ceuxcijusqu'slors,
innoceniquarieron, n'avaient point pris de mesure gévous Pavez vu 2
cominun, à Pencontre
ni formé de complot
nérale 3
: les plaintes avaient é16
de l'autorité qui les opprimait renfermées dans les coeurs :
particulières et les douleurs
à découvert, que
le mécontentement ne s'était exprimé
des voies
des fonctionnaires publics et par
par l'organe événement fit éclore cette occasion
légilimes. Un
de traiter cette ville,
précieuse, ce prétexte si désiré, déclarée.
comme les deux autres 7 en ennemie
le médecin,
Entendez-vous parler, s'informa de moi
commissaires civils agec Galbaud?
du Oifférend des
Puisque vous en êtes à cet
Justements' lui repondis-je. obligez-nous de le raconter dans
événement, reprit-il, autant à cause de son imporson plus grand détail-,
les, Donte,qui se soutient
tance, que pour éclaircir
de Cincendic et Ou
encore 7 sur les vrais auteurs
lui dis-je.
pillage de la ville du Cap. J'y consens, démarches
fut Parrivée de M". Galbaud, les
Oui, ce,
Paccusèrent, et les extrêmités
dont les commissaires
fournit le prétexte à
auxquelles ils le poussèrent 1 qui
d'en faire égorde détruire cette ville et
ces. scélérats,
m'objecta soudain
ger: les habitans. Mais, monsieur, établir en fait ce qui
Pavocat, vous commencez par
la
: lorsque vous nous aurez exposé
est.en, question notre affaire d'examiner 2 qui, Des
chose 5. ce sera
doit être censé la
commissaires Ou de. cet oficier,
des massacres et. de Pincendie. Il est incontestacause M. Galbaud a été VAggresseur dans celte
ble que
lui répondis-je:
affaire. Je n'en disconviens pas 2
évité
aussi fins que méchans 2 ont
nos oppresseurs 2
de former des attaques oudans toutes les occasions,
moins les auteurs
vertes et déclarées: ilsn'en élaient pas
être censé la
commissaires Ou de. cet oficier,
des massacres et. de Pincendie. Il est incontestacause M. Galbaud a été VAggresseur dans celte
ble que
lui répondis-je:
affaire. Je n'en disconviens pas 2
évité
aussi fins que méchans 2 ont
nos oppresseurs 2
de former des attaques oudans toutes les occasions,
moins les auteurs
vertes et déclarées: ilsn'en élaient pas --- Page 252 ---
(206) )
de celles qu'ils se mettaient en devoir de répousser ;
les ayant provoguées par Des voies Détournées : vous
le reconnailrez dans cette trop fameuse affaire.
Mr. Galbaud, repris - je 2 passé du commandemant des îles du Vent à celui de SL.-Domingue, débarqua au Cap-Français le 6 Mai 1793. Ce militaire
s'était distingué dans les armées de la république sur
les frontières de la France : choisi pour être gouverneur de la Martinique, 2 après les entreprises de Mr.
de Béhague 2 il ne devait être rien moins que dévoué
au parti de la Cour. Il n'avait enfin aucune propriélé
dans la Colonie. Ces puissantes considérations devaient
lui faire espérer un accueil favorable de lai part des
commissaires civils, et lui promettre la libre et: Pentière jouissance de ses pouvoirs. Les tyrans des' Colons
pensaient bien différemment : de Jeur chef, ils avaient
destitué Mr. Desparbès : de leur chef, ils empéchaient
l'existence d'une assemblée Coloniale et défendaient à
toute commune de s'assembler : ne méditant que la
ruine du pays et Pextinction des Blancs' 2 était-il de
leur politique de donner entrée dans l'ile à queiqu'autorité qui put balancer la leur ? Il fallait Oier à leurs
futures victimes tout soutien et tout appui 2 quelque
légilime qu'il fut.
Mais ne devaient-ils pas redouter 2 m'observa le
médecin, les effets de la colère de votre nation, irritée
d'un tel mépris de ses volontés 3 et frémir a l'aspect
accumulaient jourde la terrible responsabilité, qu'ils
nellement sur leur tête ? Ily a des scélérats 2 lui répondis-je, tellement dévoués au crime, que la mort 2
l'idée même des plus grands supplices, ne les en
que détourneraient pas. Erostrate en est un exemple. Je
eussent le courage forcené
doute que nos prévaricateurs
ère de votre nation, irritée
d'un tel mépris de ses volontés 3 et frémir a l'aspect
accumulaient jourde la terrible responsabilité, qu'ils
nellement sur leur tête ? Ily a des scélérats 2 lui répondis-je, tellement dévoués au crime, que la mort 2
l'idée même des plus grands supplices, ne les en
que détourneraient pas. Erostrate en est un exemple. Je
eussent le courage forcené
doute que nos prévaricateurs --- Page 253 ---
(2 207)
certes devait bien s'attendre à périr
de celui-ci, qui
faisait
dans les tourmens ; la même crainte ne
que
de ceux-là. Rassurés d'avance sur
glisser sur Pesprit
l'influence maPopinion couranle des français et par
jeure de la secte qu'ils servaient , ils étaient comme
de n'être poursuivis pour telles barbaries 7
cerlains,
affranchissement de lois dont ils
telles atrocilés et tel
rendraient coupables, s'ils reussissaient par ces moyens
se
leur mission secrète. En voici des preuves.
à remplir
La convention française entière ne trempait pas 2
l'ai
observé, dans ce système
comme je
précédemment
nouvelles
lui
d'injustice et de destruction. Sur les
qui
, au récit que l'on fit de Panarchie qui
en parvinrent
des extrêmité auxquelles chaque
régnait à St.-Domingue,
et des désastres qui se multipliaient
parlie se portait,
de cette assemblée attribua
dans cette ile, la majorité
en
civils, et n'apperçut
ces maux aux commissaires
les Colons
eux que. des perfides > qui n'accablaient contraindre,
du poids du despotisme 2 que pour les
à force de maux, à se livrer, eux et leur pays aux
ils furent décrétés d'acanglais. En conséquence 5
cusation, le 16 Juillet, 1793.
exéLe mauvais succès d'une altaque importante 2
les ordres de la comcutée le 5 Avzil précédent, par
des léencore irrité l'esprit
mission intermédi.ice,avait
contre nos tyrans. Il est nécessaire
gisiateus français donne les détails. Une horde consique je vous en
chef un homme
dérable de Noirs révoltés, ayant pour
occupait une partie
de leur couleur,. nommé- Pierrot,
nommée le
du gros promontoire du Cap-Frangais, le centre et
Morne-Rouge 5 ils en tenaient les pieds, ,
la baye de PAcul.
les hauteurs 2 en s'étendant jusqu'à
étaient à ses
De ces points ils dominaient la ville, 2
. Il est nécessaire
gisiateus français donne les détails. Une horde consique je vous en
chef un homme
dérable de Noirs révoltés, ayant pour
occupait une partie
de leur couleur,. nommé- Pierrot,
nommée le
du gros promontoire du Cap-Frangais, le centre et
Morne-Rouge 5 ils en tenaient les pieds, ,
la baye de PAcul.
les hauteurs 2 en s'étendant jusqu'à
étaient à ses
De ces points ils dominaient la ville, 2 --- Page 254 ---
(208 )
les convois de vivres 2 harcelaient
portes 1 interceptaient
continuellement de nuit les postes avancés, et pouvaient
à chaque moment, par des liaisons aisées avec nos
fondre sur le Cap et s'y défaire entièdomesiiques 2
Dans les
ces Noirs hardis
rement des Blancs.
ténèbres,
et conjurés à notre perte, se glissaient tous nuds jusqu'auprès des corps-de-garde voisins 2 et jetaient bas
à coup de fusil, les sentinelles qu'ils appercevaient
faction
une allarme continuelle.
en
2 ety répandaient
les
Fatigués d'un service aussi pénible que dangereux 2
habitans du Cap avaient supplié depuis long-tems qu'on
délogeât cet ardent ennemi, d'une position aussi proche.
Lassée de leur cris 2 la commission intermédiaire 2
répugnance qu'elle eut à le faire, et malgré
quelque
les ordres de Senthonax, qui, du Port-au-Prince,
continuait à défendre à Laveaux d'agir offensivement contre les rebelles 9 et de se contenter de
surveiller les faclieux du Cap ; cette commission 9
contre les Noirs
dis-je, permit une altaque générale
du Morne-Rouge.
Mais elle sut bien par des moyens détournés, punir
les troupes blanches de la conplaisance qu'elle leur
montrait. Laveaux commanda celte expédition ; homme
entièrement dévoué à Sonthonax, chaud négrophile, et
doué d'une forte dose de haine contre les Colons. Les
assaillans y reçurent un grand échec: à son ordinaire,
officier en jeta la faute sur les miliciens de la
cet ville; mais le rapport général en altribua la cause 2
; que fit la principale colonne des gardes natioau refus
de continuer à avancer contre l'ennemi, après
maux, être entrée dans les gorges de la montagne: ils saisirent
moment oritique de l'action, pour se plaindre quits
ce
Defaim; quils étaient mal nourris ,
se mouraient
et --- Page 255 ---
(s09)
huit mois, ils n'avaient pas reçu
et que, Depuis
doute sourde paye; de ce défaut de concert, (sans colonnes
la déroute des autres
dement préparé).'ensuivil
sous
la boucherie qui en fut faite. Les milices 1 qui
et
, obliDubisson créole, avaient eu quelques avantages
la déroute et
gées de rebrousser chemin, ayaut apperçu
et se
Tinaction du centre sous les ordrès de Laveaux,
trahies, avaient crié sauve qui peut.
que, Depuis
doute sourde paye; de ce défaut de concert, (sans colonnes
la déroute des autres
dement préparé).'ensuivil
sous
la boucherie qui en fut faite. Les milices 1 qui
et
, obliDubisson créole, avaient eu quelques avantages
la déroute et
gées de rebrousser chemin, ayaut apperçu
et se
Tinaction du centre sous les ordrès de Laveaux,
trahies, avaient crié sauve qui peut. De
regardant
colonel Desprez, chefde la colonne
sou côté, le lieutenant
etd'aileurs déjà
mutinée 1 sensible à celte indiscipline,
éviter d'être pris ou massacré 2 prétrop engagé, bràler pour la cervelle avec son pistolet 1 après
féra de se
mon ami, nous
avoir dit à son premier sergent 2
divulsommes trahis et perous. Ces circonstances 3
au retour de la fatale expédition 2 n'annonçaient
guées
étaient les traîtres : les soupçons se sont
que trop quels
les services rendus aux
changés en certitude 2 après
Pierrot, à loccasion
commissaires par cetle troupe de
de l'affaire de Galbaud. m'observa le curé. ,
Vous éliez bien destinés à périr 5
surnos malheurs) au prixdes plus grands
(s'attendrissant des torrens de sang ! Vous le voyez, réponcrimes et
manoeuvres perfides pour nous acdis-je : les mêmes
aux
avec tant d'emphase
cabler de maux 1 reprochées
et
élaient répélées par ces scélérats 2 préroyalistes, ,
mains notre destruction totale. paraient en leurs
de cette trahison parvinCependant les assurances
du Cap 7
rent à la convention 5 des lettres parliculières encore
du 3 Mai, la lui dénoncèrent : elles donnaieut
rébelles avaient parmi les Blancs
pour certain, C que les
nombre qui les
sûres et en grand
> des intelligences
formés contr'eux;
à tems des projets
>) avertissaient
et leur faisaient passer
> les prévenaient des attaques
--- Page 256 ---
210)
> des munitions en tout genre. > Ony disait de plus 5
ce que je vous ai si souvent répété, ( que la guerre
D civile qui désolait St-Domingue 2 n'était due qu'à
les Blancs
5 P'incroyable despotisme qui tyrannisait
>) exclusivement. >
De pareilles intelligences, me représenta P'avocat, et
sur-tout cette assistance de munitions, paraîtront toujours incroyables. C'eut été un miracle au contraire,
si toutes ces choses n'eussent pas été pratiquées. Observez d'un côté le but oà visaient nos commissaires
civils et qu'ils ont atteint: et de l'autre, quelles gens
étaient leurs instrumens 5 Laveaux, ses dragons, des
gardes nationaux, qui par devoir et par inclination 2
méditaient notre perte et des Mulâtres qui la désiraient encore plus vivement. Quoiqu'il en soit 2 reprisje, la convention nationale entrainée par toutes ces
considérations, 2 avait, comme je vous l'ai dit, décrété
daccusation Polverel et Sonthonax. Comme celle-ci
portait à faux, en supposant. , qu'agens des anglais, ils
visaient à force de maux à leur faire livrer la Colonie,
les nombreux complices qu'ils avaient dans cette assemblée n'eurent pas grand-peine à la rendre comme
2 avenue nul fait posilif d'ailleurs n'ayant été pro11on
duit à Pappui de cette vague assertion.
considérations, 2 avait, comme je vous l'ai dit, décrété
daccusation Polverel et Sonthonax. Comme celle-ci
portait à faux, en supposant. , qu'agens des anglais, ils
visaient à force de maux à leur faire livrer la Colonie,
les nombreux complices qu'ils avaient dans cette assemblée n'eurent pas grand-peine à la rendre comme
2 avenue nul fait posilif d'ailleurs n'ayant été pro11on
duit à Pappui de cette vague assertion. Une seconde
accusation 1 sollicitée en pleine tribune 3 après la nouvelle de Pincendie du Cap, par Jeambon St-André,
et décrétée le 3 Septembre suivant, n'a pas non plus 3
je sache, opéré leur rappel. Les expressions de
que
sont remarquables: C Les événemens
ce représentant
> malheureux 2 dit-il, dont la ville du Cap a été le
5 théâtre et la victime, depuis le 19 Juin jusqu'au 23,
>) desquels sont résultés l'assassinat d'une partie des
> Blancs et la fuite de l'autre sur les vaisseaux 2 qui --- Page 257 ---
(211 )
dans les Etats-Unis , sont Pou-
> les ont transportés
Leur mission
de Polzerel et de Sonthonax.
> prage
Porore et la pais dans ces mal-
> était de rappeler
choisis des hommes qui
contrées ; mais
par
> heureuses
le désorore 5 ils se sont conduits
> voulaient y semer
vouIl paraît que ces commissaires
>) en conséquence.
souverain dans Pile,
le pouvoir
> laient s'approprier
et que dans tous les cas,
) ou la livrer aux anglais;
retraite à Philaà se ménager une
>) ils cherchaient
comme quoi
> Remarquez 2 je vous prie 2
> delphie,etc."
avoir apperçu leur crime, lui
leur accusateur, après différent de la vérité ; tant on voit
donne un objet si
l'on ait entendus ; quand
mal , quelques rapports que connaît les
mais les liaivoit d'aussi loin, on
faits,
on
toujours obscures. Enfin, ces deux
sons en demeurent de leurs forfaits, et bravent toute
hommes jouissent
justice.
resteraient-ils pas impunis 2 quelEh ! comment ne soient à la balance de la loi ! Leur
ques criminels qu'ils
dans cette époque, où
accusation ne tombe-t-elle pas
ceux qui S s'étaient
les coryphées de la secte anti-sociale 3 des Colonies et
le plus prononcés pour la subversion des Blancs qui les
pour être les plus altérés du dominer sang dans le sein de
à
habitaient , commençaient
les Septembriseurs ont
la convention Lorsque
s'est orcommis leurs exécrables forfaits 5 lorsqu'enlin féroce et
ganisée la Sainte Montagne, cette ligue le fer de
qui fait tomber à présent sous
meurtrière,
a d'honnête, de vertueux, 9
la guillotine 2 tout ce qu'ily
dans Pempire
de riche ou d'éclairé
de distingué, >
français !
lors du second décret d'accu-
(*) Robespierre la présidait
sation.
que
s'est orcommis leurs exécrables forfaits 5 lorsqu'enlin féroce et
ganisée la Sainte Montagne, cette ligue le fer de
qui fait tomber à présent sous
meurtrière,
a d'honnête, de vertueux, 9
la guillotine 2 tout ce qu'ily
dans Pempire
de riche ou d'éclairé
de distingué, >
français !
lors du second décret d'accu-
(*) Robespierre la présidait
sation. --- Page 258 ---
(ar)
reviens à M. Galbaud. Les commissaires, à SOI1
Je
étaient occupés au Pori-au-Prince
arrivée (le 6 Mai),
de celle ville. On en avait
des suites de la réduction
Pallarme en était reappris au Cap tous les détails :
les avait
doublée parmi ses habitans 2 et la consternation
saisis. A la vue de leur général, elle ne fut plus
infortunés se livrèrent à quelques déaussi vive ; ces
monstrations de joie : ils espéraient de son entremise
le tyrannique traiteet du poids de son autorité, 7 que
commissaires en serait de beaucoup allégi.
ment des
meilleur ordre de choses allait
Ils se flataient qu'un
leurs malleurs, et
commencer pour eux. Instruits par
leurs
connaissant les desseins et le caractère de
oppresla nécessité d'avoir un centre de
seurs 9 ils sentirent
de résistance et
réunion et de se former un point
chef
Naturellement, ce devait être ce premier
d'appui.
la nation et venant de sa part.
militaire, choisi par
adressés chacun s'emTous les voeux lui furent donc
;
habitant
Il n'est aucun
presse autour de sa personne.
son
qni ne lui porte des plaintes 5 ou qui ne déplore
de lui. Sensible à leurs maux 2 et ne pousort auprès
combien ils étaient extrêmes, choqué
vant se dissimuler
abusé de leur
de plus , que les commissaires, ayant et se fussent
mission. , eussent envahi de tels pouvoirs devoir pas
permis de pareilles injustices 2 il jugea ne
d'y
en autorité. Dédaignant
différer de se constituer
tribunal inconstifaire intervenir le concours de ce
soututionnel, nommé la commiesion intermédiaire,
fit reconnaître par la troupe et par les hadain il se
bitans dans son grade de Rouverneur-général.
été mandées au Port-au-Prince
Ces choses ayant
sous des coupar les partisans de nos commissaires, aussitôt leurs
favorables, nos tyrans pressent
eurs peu
ugea ne
d'y
en autorité. Dédaignant
différer de se constituer
tribunal inconstifaire intervenir le concours de ce
soututionnel, nommé la commiesion intermédiaire,
fit reconnaître par la troupe et par les hadain il se
bitans dans son grade de Rouverneur-général.
été mandées au Port-au-Prince
Ces choses ayant
sous des coupar les partisans de nos commissaires, aussitôt leurs
favorables, nos tyrans pressent
eurs peu --- Page 259 ---
((213)
les moyens néderniers arrangemens, , s'y préparent de quilter ce sécessaires à leurs vues 2 et se hâtent
corps
emmenant avec eux un puissant
jour. Ils partent, 2
les y avaient si bien
de ces Mulâtres d'en bas 7 qui
de
Escortés de cette manière et précédés quatreservis.
mulets, chargés de For, de
vingt à quatre-vingl-dix
etfets du butin de l'Ouest,
l'argent et des autres précieux dans cetle espèce de marils s'avançaient vers le Cap
gonflé de ressenche triomphale 2 le coeur néanmoins sinistres desseins.
liment, et l'ame remplie des plus
administratifs
A leur approche du Cap 2 les corps
ils
ville allèrent au devant d'eux ; et quand
de celle
les milices leur rendirent tous
entrèrent, la troupe et
calmilitaires. Ces devoirs ne les purent
les honneurs
leurs premières pamer. Entrés le IO Juin (1793), celles-ci. C Nous
habitans assemblés furent
roles aux
les yeux étincelans de codit Sonthonax,
> sortons 2
de POuest et du Sud :
> lère, de réduire les parties
des vensont terrassés : le moment
> les factieux (t)
du Nord.n'a plus
est arrivé : la province
> geances
lui reste à prendre :
sur le parti qui
> à balancer
ailleurs le peuple qui n'existe que
> qu'ici comme
brise tout ce qui
de coulenr
>) par les citoyens
soudain ajoute Polverel,
> n'est pas lui. > ( Oui,
de St-Domingue:
de couleur sont le peuple
> les citoyens
Porgueil se plait
il est des Blancs, que
D cependant
doit savoir ce que ce mot signifie : ceux qui de-
(*) On Texécution de la loi.
mandaient
est-elle claire 21 Reste-t-il de doute que le
L'expression
habitans massacrés, etc.
Cap dut être détruit, ses
qui
Sous pen ce sera les Noirs, revoltés ounon,
formeront lci vraifpeuple de St,-Domingue.
couleur sont le peuple
> les citoyens
Porgueil se plait
il est des Blancs, que
D cependant
doit savoir ce que ce mot signifie : ceux qui de-
(*) On Texécution de la loi.
mandaient
est-elle claire 21 Reste-t-il de doute que le
L'expression
habitans massacrés, etc.
Cap dut être détruit, ses
qui
Sous pen ce sera les Noirs, revoltés ounon,
formeront lci vraifpeuple de St,-Domingue. --- Page 260 ---
(214)
Petits-Blancs
la dénominationdel
> à dégrader par mériter de partager ses droits
> qui pourront
faire disparaître jus-
> en s'unissant avec lui, pour
le peuple doit
traces de ceux que
> qu'aux
> vomir de son sein. >
observa le
Il n'y a pas un mot dans ces paroles,
le
qui n'excite au désordre et n'encourage
médecin, C'est le résumé de leur plan, répondis-je : pecrime.
de Polverel et ces mots
sez bien la dernière phrase
n'est pas lui ;
de Sonthonax 2 brise tout ce qui Blancs. On ne
c'est-à-dire se défasse de tous les
2 leur destruction plus évidemment: : car,
saurait annoncer
vouloir
trompez pas, si le premier paraît
ne vous y
ce n'est que par ruse,
en soustraire les Petils-Blancs,
venait d'apSon fougueux collègue
et momeutanément. la mort sur la race entière
peler précipitamment
de sa part, qui
Des Blancs : c'élait une inadverlance
leur secours
pouvait leur aliéner ceux-là ; et néanmoins méditaient
n'était pas à mépriser dans. le choc qu'ils
aidés
contre Galbaud : ils en avaient été chaudement froid et
lors de la chite des royalistes. Polverel plus noufidèle à leur maxime, de ne jamais faire un
Dans le crime , sans que le précéoent
vecu pas
corrige la faute de Sonthonax 3
ne soit bien afermi,
bientôt en seront de nouen flatant des individus 2 qui
velles victimes.
dénomination générique et non particulière 2
(*)C'était une
désigner un individu
réccmment, mais sans jamais
adoptéc
par le nom de Petit-Blanc. faveur dans ce commissaire, d'assimiler
Quel excès de
des Blanes à des Mulâtres, les riches 3 Ies grands propriétairés
Leurs opposans 5
de noir ou de jaune.
et tous ceux qui se refusaienta se peindre
en flatant des individus 2 qui
velles victimes.
dénomination générique et non particulière 2
(*)C'était une
désigner un individu
réccmment, mais sans jamais
adoptéc
par le nom de Petit-Blanc. faveur dans ce commissaire, d'assimiler
Quel excès de
des Blanes à des Mulâtres, les riches 3 Ies grands propriétairés
Leurs opposans 5
de noir ou de jaune.
et tous ceux qui se refusaienta se peindre --- Page 261 ---
(215)
Le premier moyen des commissaires; , pour parvenir
à l'exécution de celte vengeance annoncée 3 était de
destituer M". Galbaud de son commandement : ce coup
d'autorité privant lés Colons de lappui qu'ils avaient
espéré se donner, les mettait à la merci de ces chefs
irrités. Le prétexte en était spécieux : il avait peu respecté le corps supérieur qui les représentait au Cap:
il s'était fait reconnaître avec précipitation et sans attendre leur arrivée. De son chef , il avait nommé,
quoique par intérim et pour remplacer M". Laveaux 2
malade, le citoyen Leblanc, , commandant de la province du Nord. Ils ajoutaient à cela
avait
2 qu'il
fomenté le soulèvement parmi les habitans de la ville.
D'après ces charges 2 non. seulement ils refusèrent de
le reconnaître en sa qualité de gouverneur-général,
mais.
,
2 redoutant son séjour à terre, ils le consignèrent,
jusqu'à son départ pour France, à bord d'un vaisseau
de l'état.
Je suis indigné, s'écria le négociant, de cette patience
extrême de Vos Capois : c'est en eux une vraie pusillanimité : que ne prenaient-ils la balle au bond et ne
s'armaient-ils tous 9 dans cet instant décisif, en faveur
de cet officier outragé ?
Cela prouve, je
pense, 3
que jusqu'à ce moment, il ne s'était formé aucun
complot entre les bourgeois de la ville et lui; et
s'il en a existé depuis, il ne peut être attribué
que
suites de cette destitution arbitraire et aux
qu'aux
provocations
subséquentes : représentez-vous ces despotes, animés
d'une vengeance qu'ils n'avaient pu celer, puis ce
nombreux corps de Mulâtres, 2 énorgueillis de leurs
exploits du bas de la côte, et grossis de leurs frères
de la province du Nord, qui, de toutes
naient les voir et les complimenter,
parts, veNaturellementin-
existé depuis, il ne peut être attribué
que
suites de cette destitution arbitraire et aux
qu'aux
provocations
subséquentes : représentez-vous ces despotes, animés
d'une vengeance qu'ils n'avaient pu celer, puis ce
nombreux corps de Mulâtres, 2 énorgueillis de leurs
exploits du bas de la côte, et grossis de leurs frères
de la province du Nord, qui, de toutes
naient les voir et les complimenter,
parts, veNaturellementin- --- Page 262 ---
(216) )
solens , et l'étant devenus encore plus, dans ce moment
d'abjection de leurs adversaires 5 composant la cour des
commissaires et chaque jour en fête chez eux, quelle
licence 7 quels excès ne devaient-ils pas se permettre 2
Ils n'y manquèrent pas 5 nos dictateurs eux-mèmes
leur en fournissaient les occasions. Le second jour
de leur arrivée , pour narguer les Blancs, iis fient
jouer la Servante maitresse. Ils avaient auparavant
régalé les gens de couleur dans un grand diner. Au
de table, ces
de viandes et de
sortir
Mulâtres, pleins
vin, se répandirent dans les rues 1 et par leur ivresse
plusieurs Blancs en furent indevenus plus querolleurs, 3
sultés. Ii était inutile de 'aller plaindre, on n'était pas
écouté. Le 15 Juin, il plut à nos maitres d'exiger
d'un certain nombre des négocians du Cap, de payer
les sommes que la province
au commerce américain 2
du Nord lui devait pour des subsistances communes.
Quelle longue suite d'injustices et d'oppressions 2 remarqua le curé : quel affranchissement des lois et quel
oubli de tous les devoirs !
Les habitans de cette ville ainsi vexés, humiliés et
froissés, devaient-ils donc attendre encore avec patience, qu'on les terrassât et qu'on les foulât aux pieds ?
ainsi,
la dernière lie, le breuOn n'avale pas
jusqu'à
amer de l'opprobre et de Pignominie : on n'envage
ouvertement l'arrêt de sa mort 3
tend pas prononcer soustraire. Réduits à cet état de
sans essayer de s'y
désespoir, ces malheureux bourgeois 2 ou 1 pour parler
plus exactement, 2 la compagnie des volontaires du Cap,
joints d'un petit nombre de particuliers ( car ce sont
les seuls qui prirent les armes et qui combattirent en
en faveur de Mr. Galbaud), s'entendant avec
corps
sur Passistance des marinsi ,
ce général et comptant
s'offrirent --- Page 263 ---
((217)
s'offrirent de le soutenir dans ses Oroits légitimes et
de le réintégrer dans l'exeicice de son autorité. L'occasion de l'eutreprendre ne tarda guèrés. Chaque
jour il s'élevait des altercations entre les Mulâtres et
les Blancs ; ceux-là devenus plus insolens, et ceux-ci
résolus enfin de moins souffrir. Le 17 Juin, il y eut
des querelles ; le lendemain encore. Le 19, trois hommes
de couleur appercevant trois officiers de la flotte
marchant et se tenant par les bras 3 se prirent de
même 3 et se portant ouvertement à leur rencontre,
s'obstinèrent à les vouloir rompre. Il fallut céder à des
gens armés : mais insultés de cette manière, c'est-àdire, sans aggression de leur part, ces marins allèrent
sur-le-champ. en demander justice aux commissaires;
ne l'ayant pas obtenue, ils se hâtèrent de retourner à
bord, et divulguant cette injure dans la rade ils
enflammèrent tous les esprits.
même 3 et se portant ouvertement à leur rencontre,
s'obstinèrent à les vouloir rompre. Il fallut céder à des
gens armés : mais insultés de cette manière, c'est-àdire, sans aggression de leur part, ces marins allèrent
sur-le-champ. en demander justice aux commissaires;
ne l'ayant pas obtenue, ils se hâtèrent de retourner à
bord, et divulguant cette injure dans la rade ils
enflammèrent tous les esprits. Dans cette
y
disposition, on
convint de s'assembler le lendemain à bord de l'amiral,
pour délibérer sur le parti qu'ily avait à prendre. Le
20 2 au lever du soleil, on vit le pavillon
signal du conseil de guerre, flotter à la
rouge s
corne d'arlimon du commandant. Tous les capitaines
dirent. On y examina le trait de la veille s'y : chacun rend'eux n'y voyant que le présage d'une suite de nouvelles vexations et la nécessité de les
convînrent unanimement duser de
prévenir 2 tous
force pour repousser
Ur pouvoir aussi tyrannigue. En conséquence, il
fut fait des dispositions pour descendre à terre
une force armée. avec
Dans la nuit, les volontaires avaient sorli de l'arsenal
(*) Mrs, Rousseau, > Kervalait et un autre, offieiers d'une
corvette en rade. --- Page 264 ---
(218)
de
et l'avaient placée sur une petite
une pièce
24 domine la ville par derrière ce bâtiéminence qui
Vers les dix heures du matin 2 M". Galbaud
ment
marins seulement. débarqua sur le rivage avec 400
Cette troupe était divisée en plusieurs pelotons, gai;
dans leur descente, s'étendirent sur tout le devaut de
la ville depuis le Bac jusqu'au magasin de l'état 2
touchait 2 P'arsenal. Celui que conduisait le frère de
qui M'. Galbaud, se joint ici aux volontaires : on en sort
des canons 5 on en établit deux pièces à l'entrée des
deux rues (la rue du Conseil et celle du Marché aux
aboutissaient dans cet endroit. Une autre
Blancs ) qui
des marins, dans le
pièce est conduite en avant par
dessein de l'aller poster contre le gouvernement. Ces disfinies, le canon établi dès la nuit sur l'émipositions commence à jouer sur cet édifice, par-dessus les
nence maisons de la ville 2 et le bat par un de ses angles. Tandis que celui-ci joue, que l'autre marche en avant
et que les pelotons de marins parcourent les premières
les commissaires ordonnent à Laveaux de se
rues 2
soit pour
disposer à repousser ces a'laques;et cependant,
du tems, soit pour essayer de désunir les bourgaguer
ils
Polverel fils, lire
geois et les marins ,
envoyent
devant les soldats et les matelots
une praclamation oubli de leur faute, s'ils se relirent de
égarés, portant Ce
homme n'en fut pas écouté ; on
la mêlée.
onnent à Laveaux de se
rues 2
soit pour
disposer à repousser ces a'laques;et cependant,
du tems, soit pour essayer de désunir les bourgaguer
ils
Polverel fils, lire
geois et les marins ,
envoyent
devant les soldats et les matelots
une praclamation oubli de leur faute, s'ils se relirent de
égarés, portant Ce
homme n'en fut pas écouté ; on
la mêlée. jeune
fit
et soudain on le conduisit à bord. le prisonnier 2
De son côté, le frère de M'. Galbaud, parvenu jusqu'au Champ-de-Mars avec son peloton 2 et plaçant
un obusier pour agir bostilement, fut pris par un gros
(*) Mr. Gauvin, oficier-volontaire, commandait cette
pièce. --- Page 265 ---
(219)
da Mulâtres débouchant des cazernes, et mis sous
bonne garde.
Cependant la piece que l'on traînait par le milieu
de la ville, pour atlaquer de front les commissaires, 2
avançait lentement: sa marche n'avait commencé que
vers midi. Un jeune créole (M". de Breucourt) officier
du génie, s'etait chargé d'en diriger les coups, et de
pousser vivement cetle attaque. Mais 2 à mesure que
les conducteurs de ce canon allaient en avant, il leur
devenait plus difficile de faire du chemin. Les gens
de couleur, répandus dans les rues 2 quoique d'abord
en faible nombre 9 retardaient fréquemment leurs pas:
continuellement quelques-uns devant la
il en paraissait
pièce, et beaucoup plus sur les côtés 3 aux Carefours,
qui, tous 3 faisaient une fusillade meurtrière. Harcelés
ainsi continuellement, et trouvant plus de résistance
à mesure qu'ils montaient ces marins ne purent
aller plus haut, que le devant de l'église 9 sur la place
d'armes. Dans cette position 1 cependant. 1 leur canon
enfilait droit la rue (rue Notre-Dame) qui monte vers
le gouvernement, et n'en était pas fort éloignée: c'est
là que, , de leur part, il s'établit une vive canonade
contre cet édifice 2 et un combat de quelques heures,
entre les marins et les bourgeois d'un côlé, 7 et les Mulâtres de l'autre, accourus de tous les points vers cet
endroit.
Polverel Sonthonax, létat-major de la place et les
chefs de couleur 2
2 étaient renfermés dans l'édifice que
l'on battait, et les ordres en partaient pour diriger
la défense sur les dispositions de l'attaque. Mais le
(*) Lc sol de la ville est en une montée douce vers le pied
du morne.
marins et les bourgeois d'un côlé, 7 et les Mulâtres de l'autre, accourus de tous les points vers cet
endroit.
Polverel Sonthonax, létat-major de la place et les
chefs de couleur 2
2 étaient renfermés dans l'édifice que
l'on battait, et les ordres en partaient pour diriger
la défense sur les dispositions de l'attaque. Mais le
(*) Lc sol de la ville est en une montée douce vers le pied
du morne. --- Page 266 ---
220) )
plutét endommagé ce batiment,' que
canon n'eut pas de cabinet, et dénué de tout cou-i
Polverel , homme
au haut du Cap; il aus'enfuit sur-le-champ
rage, 2
à poriée de se réfugier chez Pierrot,
rait été là plus
bras des brigands des mornes
ou de se jeter dans les
Sonthonax soutint le feu plus long-tems
plus éloigués.
au même endroit 2 accompaet ne suivit son collègue avoir fait ouvrir les prigné de Laveaux, qu'après
Noirs qui y
sons, Bonné Des armes (*) aut 400
les ouvriers et Bomestiétaient détenus, et soulevé
s'armèrent de tout ce qu'ils puques de la ville, qui
pas un Blanc;
jent trouver. Il ordonna de n'épargner main contre lui ;
les uns comme ayant les armes en
se tenir
le plus grand nombre ) pour
les autres (c'était
accourus à sa dérenfermés chez eux 2 et n'être pas
il leur proEn
les chefs des Mulâtres 2
fense.
quittant
secours. En effet, du
mit de prompts' et de puissans
il expédia
moment de son arrivée au haut du Cap,
auprès
des courriers sur tous les points 9 pour appeler
de lui les gens de couleur, depuis le Port-de-Paix, C'est dans
Forl-Dauphin (30 lieues de côtes ).
jusqu'au
avaient prévu )
cette occasion (que les commissaires
entièrement
leur servirent ces camps détachés 2
la
que
avaient postés dans
composés de Mulâtres 9 qu'ils
Martial Besse 2
plaine. Cette nuit même du 20 au 21
partit
un aux Terriers-Rouges,
qui en commandait
du camp
avec les siens à leur secours. Un détachement il leur en
alla aussi. Les jours suivans,
de Candy y
de la dépendance. Indéarriva de toutes les parties
le
de cet appel, 2 le lendemain 2 quoique
pendamment
Les soldats de ligne furent désarmés, et leurs armes
(+)I
données à ces brigands.
Besse 2
plaine. Cette nuit même du 20 au 21
partit
un aux Terriers-Rouges,
qui en commandait
du camp
avec les siens à leur secours. Un détachement il leur en
alla aussi. Les jours suivans,
de Candy y
de la dépendance. Indéarriva de toutes les parties
le
de cet appel, 2 le lendemain 2 quoique
pendamment
Les soldats de ligne furent désarmés, et leurs armes
(+)I
données à ces brigands. --- Page 267 ---
(221 )
combat de la veille eut été favorable à
et que les gens de couleur
ses partisans,
son
il n'en
commençassent à venir à
secours,
invita pas moins les
révoltés à se rendre à sa défense.
Nègres
le pillage de laa ville. On vit
en leur promettant
midi, à la tête de
Pierroty y entrer laprèsJe
sa nombreuse horde.
reviens à l'engagement de la veille.
les deux commissaires et leur
Après que
ainsi laissé. la fusée à déméler général Laveaux eurent
ne se manquèrent
aux Malâtres, ceux-ci
pas à eux-mêmes. Ils étaient
samment intéressés au succès de ce démêlé : ils puistaient pour leur
se batadversaires dans le propre cause. Plus exercés que leurs
vinrent bientôt
maniement des armes 2 ils leur dedes bandits
supérieurs en nombre 2 par Padjonction
élargis des prisons 2 et de
Noirs de la ville.
quantité des
Cependant, le combat se soufenait
toujours sur la place d'Armes et aux
la fin, vers les cin heures, M. de
environs ; à
qui commandaût la pièce de devant Breucourt le fils,
été grièvement blessé d'un
l'église 2 ayant
abattit le
coup de fusil, cet accident
courage des marins. Relevant au
celui des Mulâtres, les
contraire
leur céder.
premiers furent contraints de
, sans pouvoir même emporter leur
blessé (il mourut de sa
dont
officier
s'emparèrent. On eut bien blessure), de la
les vainqueurs
de
peine à conserver Ia
pièce
canon et à se retirer vers l'arsenal. Elle
ses gens étaient poursuivis avec
et
dans la dernière
chaleur; arrivés enfin
rue 2 ils ne dûrent une retraite
assurée, qu'au feu soutenu des deux
plus
postées au coin du magasin de l'état. grosses pièces 5
du jeu de ces deux
C'est à la faveur
qu'on
canons, dont on faisait feu dès
appercevait l'ennemi, que les partisans de M.
Galbaud se conservèrent encore deux ou trois jours
ses gens étaient poursuivis avec
et
dans la dernière
chaleur; arrivés enfin
rue 2 ils ne dûrent une retraite
assurée, qu'au feu soutenu des deux
plus
postées au coin du magasin de l'état. grosses pièces 5
du jeu de ces deux
C'est à la faveur
qu'on
canons, dont on faisait feu dès
appercevait l'ennemi, que les partisans de M.
Galbaud se conservèrent encore deux ou trois jours --- Page 268 ---
(222 )
dans leur poste de l'arsenal. Cependant ; ce général,
témoin de l'échec reçu 2 donna ses ordres pour une
retraite générale. Prêt à se rembarquer le soir, et se
jugeant dès-lors hors d'étal, avec ses faibles moyens,
de remplir le projet concerté, il conseilla aux volontaires et à ceux qui Pavaient aidé, de se réfugier sur
les vaisseaux. Les marins laissés au rivage 5 et d'auires chaloupes envoyées de bord, prirent, cette nuit,
toutes les personnes qui cherchaient à se soustraire aux
dangers qui devaient naître de cette entreprise manquée.
Les volontaires et quelques bourgeois 2 mélés avec
des marins. s'étaient retirés le soir dans l'arsenal 5
avec l'espoir de recommencer P'attaque le lendemain :
mais vers les dix heures de la puit, ayant apperçu
le feu dans un quartier de la ville (que les Mulâtres
et les Noirs seuls parcouraient alors ) ,is commencèrent
à désespérer de tout. En effet, le lendemain, leur
élant impossible de combattre. 7 même avec des forces'
doubles de la veille, ces nombreuses hordes Noires
et Jaunes qui grossissaient de plus en plus, ils se
bornèrent à se tenir sur la défensive, aussil long-tems
qu'ils le pourraient, dans l'intention d'aider les habitans à se sauver 7 et de finir par prendre eux-mêmes
ce parti. Il leur était aisé de gagner les vaisseaux, 2
occupant le rivage de devant Parsenal et tout celui du
petit Carénage. Mais il devenait difficile pour les bourde
rendre de Pintérieur de la ville. Dès
geois, 2
s'y
P'après-midi du second jour, les brigands en devinrent les maîtres, et la parcourant les armes à la main,
ils massacraient tout Blanc qui se montrait dans les
rues. Cependant, , ce soir-là même, grand nombre
d'hommes et de femmes 2 effrayés d'un danger aussi
pressant, et profitant des ténèbres, parvinrent à ga-
ait difficile pour les bourde
rendre de Pintérieur de la ville. Dès
geois, 2
s'y
P'après-midi du second jour, les brigands en devinrent les maîtres, et la parcourant les armes à la main,
ils massacraient tout Blanc qui se montrait dans les
rues. Cependant, , ce soir-là même, grand nombre
d'hommes et de femmes 2 effrayés d'un danger aussi
pressant, et profitant des ténèbres, parvinrent à ga- --- Page 269 ---
(223)
gner les lieux d'embarquement, On les voyait arriver :
les hommes emportant ce qu'ils pouvaient sauver de
plus précieux ; et les femmes, chargées de leurs enfans ou les trainaut par la main , pâles, , échevelées 1
les yeux égarés, et haletantes de leur fuite précipitée
et de la terreur de la mort, dont elles venaient d'échapper.
Pourrez-vous croire que cejour 21, après que Pierrot
et sa troupe eurent élé reçus dans la yille, et que
ces brigands réunis aux bandits de Pintérieur, multipliaient les scènes de carnage, et élendaient le pillage
et les feux ; qu'un Blanc (Dufay), qu'un bomme qui se
disait autrefois de condition, encourageait ces barbares, en leur criant: allons , braves républicains !
mettex le feu par-tout ; briiles tout ; qu'ils soient
tousgrillés commedes cochons : le pillageest à vous!
Grand Dieu de miséricorde ! s'écria soudain le curé; ;
quelles horribles paroles ! Tous les autres partagèrent
son indignation : ce monstre mériterait mille morts 3
ajouta M. Goodrich. Reprenant ma narration, je leur
dis : le 22 et le 23, vingt mille nouveaux
brigands. 2
descendus des mornes, et de mnême admis dans le Cap,
achevèrent 1 par de semblables moyens 2 le feu , le
fer et le pillage, 2 la destruction entière de celte ville,
et le massacre ou la dispersion totale de ses habitans.
Pendant ces fatales journées 2 combien n'y en a-t-il
pas eu qui n'ont pu sauver leurs jours ! De quels flots
de sang le pavé du Cap n'a-t-il pas été arrosé! Les
rixes précédentes avaient accoutumé les bourgeois
sibles à ne pas craindre un événement de cette pai- espèce : au premier tumulte on fermait les portes et P'on
se tenait renfermé; la rumeur finie, on ouvrait, et
toute crainte était dissipée: cette sécurité devint funeste
n'y en a-t-il
pas eu qui n'ont pu sauver leurs jours ! De quels flots
de sang le pavé du Cap n'a-t-il pas été arrosé! Les
rixes précédentes avaient accoutumé les bourgeois
sibles à ne pas craindre un événement de cette pai- espèce : au premier tumulte on fermait les portes et P'on
se tenait renfermé; la rumeur finie, on ouvrait, et
toute crainte était dissipée: cette sécurité devint funeste --- Page 270 ---
(224)
dans cette occasion. Quelque sérieuse que parût cette
querelle dès le matin 9 il u'y eut que des dames et
des demoiselles qui se réfugièrent en rade 2 sans rien
croyant descendre le soir. Ce furent les seuemporter. 2
ies personnes qui se sauvèrent sans courir aucun risque.
Les autres habitans 2 hommes et femmes ne parent
plus gagner le rivage, qu'avec un decroissement gra- a
duel de péril. Dès le soir du 20 2 les fusillades se
faisaient entendre 2 et il n'y eut que ceux des rues
voisines de la mner qui purent se sauver sans danger.
On le put encore dans la matinée du 21. Mais dès
Paprès-midi, le Cap se remplissant de brigands la
plupart de ceux qui tâchèrent de s'évader, devinrent
les victimes de leur retard : ils furentimphecyablement
massacrés. Les deux autres jours, trente mille brigands
le
pillant les maisons et les livrant
parcourant Cap,
nombre
ensuite aux flammes, il en coûta cher au petit
de ceux des bourgeois, que la frayeur, l'espoir, ou
la garde de leur or , avaient retenus chez eux. Les uns
découverts dans des galetas ou dans d'autres recoins 3 y
étaient égorgés ; les autres, parvenus à gagner les rues 9
et fuyant à toutes jambes 2 étaient bientôt jetés bas à
coups de fusil. Ce sont les corps de ces infortunés 2
de ceux des journées précédeutes 1 des marins 7 des
des bourgeois, des fermes et des eufans,
volontaires 2
ils étaient tombés 2 froissés
qui, laissés sur la place où
mille fois aux pieds et parvenus en putréfaction 2 couyrirent long-tems les rues de leurs lambeaux livides
et déchirés.
Le coeur me manque 2 dit alors le pasteur 5 je ne
tenir au récit de pareilles infortunes. Il est cerpuis
le médecin qu'elles ne sauraient être
tain , ajouta
poussées plus loin. Et cela, continua le négociant 2
pour --- Page 271 ---
(225)
pour venger la mort d'un gueux de Mulâtre. Conce=
vez-vous, combien il faut être méchant et cruel
appliquer une punition aussi
à
pour
cette espèce, si tant est
effroyable une faute de
que cet Ogé ait été
innocemment 2 Achevez bien vite,
supplicié
souffre trop de voir
mon cher 2 car je
Le
triompher le crime de cette façon. 22, repris-je, l'incendie s'avança
de la ville, et de nouveaux
vers le coeur
le 23 , les flammes
quartiers furent embrâsés :
marius
s'étendant encore plus 2 et les
appercevant de leurs vaisseaux les chemins
couverls, depuis la veille, de Noirs
naient
insurgés, qui vemit à la participer voile au pillage du Cap 3 toute la flotte
le 24 au matin,
cing mille Blancs de tout
emportant avec elle
tous réduits
âge et de tout sexe, >
aux seules hardes qu'ils avaient presque
corps.
es
quartiers furent embrâsés :
marius
s'étendant encore plus 2 et les
appercevant de leurs vaisseaux les chemins
couverls, depuis la veille, de Noirs
naient
insurgés, qui vemit à la participer voile au pillage du Cap 3 toute la flotte
le 24 au matin,
cing mille Blancs de tout
emportant avec elle
tous réduits
âge et de tout sexe, >
aux seules hardes qu'ils avaient presque
corps. Ceux qui s'étaient retirés dans le
sur le
multe, comme dans un asyle dans la premier ludes cazernes, où les soldats désarmés 2
grande cour
et ceux qui purent s'y rendre les étaient consignés;
gagner la Savane de la Fossette autres jours 2 ou
dangers, ne sauvèrent
5 à travers tant de
nous étions alors
guères plus d'effets. Comme
au tems des fortes
un 'moment de sécheresse
chaleurs 2 dans
mille
5 que cinquante à soixante
personnes étaient
et jour ; que les Mulâtres perpétuellement sur pied nuit
d'aller et de venir du et les brigands ne cessaient
circonstances aussi
Cap au haut du Cap; que des
désastreuses ne
tuer des animaux, ni de faire du permettaient ni. de
espèce de vivres du
pain, et qu'aucune
pays n'arrivaient plus au
qu'encore ces infortunés
Cap ;
dait : on ne saurait iguoraient le sort qui les attense faire une idée des
d'esprit, des
tourmens
cles angoisses privations 2 des misères, des terreurs et
qu'ils ressentirent pendant huit à dix jours,
--- Page 272 ---
(226)
Accablés de la chaleur 5 sans aucun abri; dévorés par
une poussière affreuse 5 mourant de soif, n'ayant pas
une bouchée de pain à manger, et craignant la mort à
toute heure, ils ne furent pas un iustant sans des douleurs mortelles. Il y eut des femmes qui en devinrent
folles ( la dame Labbé), et des hommes qui se brûlèrent la cervelle de désespoir ( Paillon, Painé), Poupet
s'était empoisonné dès le premier jour. Je souffre 2 me dit le négociant, de ce que M". Galbaud n'ait pas mieux pris ses mesures 2 et qu'il
n'ait pas terrassé ces scélérats de commissaires. Lui
a-t-on reproché quelque faute dans la première journée me demanda le médecin ? On a prétendu
, son attaque avait élé mal combinée 5 qu'elle ne
que
fut pas assez brusque ; qu'il étendit trop sa faible
troupe de marins 3 et qu'il ne soutint pas assez le
corps principal qui se battit sur la place d'Armes. Je
pense, 2 moi , que son défaut de réussite provint, en
premier lieu, du peu B'appui qu'il trouva dans les
Blancs de la ville, déjà si fort diminués, abattus de
fatigues, et flotans dans Pirrésolution : car il n'y eut
gue les volontaires. 2 assistés de quelques autres, qui
secondèrent effectivement les efforts de leur général;
Une seconde raison 2 et très-puissante, c'est que les
marins exercés seulement au service du canon 2 et
lourds dans leurs mouvemens 2 ne sûrent pas se battre 2
à l'arme à feu , contre un ennemi très-ingambe, qui
la maniaits supérieurement. Quelles forces, enfin, n'aurait-il pas fallu, dès le soir même 3 pour renverser
les Mulâtres, secourus des ouvriers.
secondèrent effectivement les efforts de leur général;
Une seconde raison 2 et très-puissante, c'est que les
marins exercés seulement au service du canon 2 et
lourds dans leurs mouvemens 2 ne sûrent pas se battre 2
à l'arme à feu , contre un ennemi très-ingambe, qui
la maniaits supérieurement. Quelles forces, enfin, n'aurait-il pas fallu, dès le soir même 3 pour renverser
les Mulâtres, secourus des ouvriers. 2 des domestiques
et des prisonniers élargis ? Vous m'avez demandé, 3 continuai-je, à vous désiles vrais auteurs du pillage et de l'incendie du
gner --- Page 273 ---
(227)
Cap, Si vous m'avez bien suivi dans mon dernier
cit, vous aurez pu les reconnaître
révous-mêmes. En
supposant, ce qui n'est pas 2 que le
et, les premiers feux soient
premier pillage,
cendus le
l'ouvrage des marins despremier jour, 2 toujours resterait-il sur
compte des commissaires, leur
le
continuation
quatre jours et quatre nuits suivans
pendant
fusillades et les
; et encore, les
Mais rien
égorgemens qui les
n'est plus
accompagnèrent.
cendie
vrai, que ces barbaries et PinLe cri ne sont provenus que des gens de leur parti.
d'encouragement de ce scélérat Blanc, qui leur
appartenait, en est une preuve. En voici d'autres.
Vous avez dà comprendre de ma narration
Blancs et les gens de couleur en
2 que les
dans la journée du 20 Deux guerre 3 occupaient,
quartiers de la ville
différens, et dans les extrêmités
opposées : les
l'arsenal au Nord, et le quartier du
premiers
les seconds 3 la partie du Midi, le petit Carénage:
les cazernes 2 le gouvernement la Champ-de-Mars, 3
la Fosselte. Dans la
rue Espagnole. et
matinée
les
en débarquant, s'étendirent seulement,
marins,
depuis P'arsenal
Bac, et montant dans la ville
jusqu'au
occupèrent
les
par divisions, ils n'en
que
rues de traverse 2 les
nes du rivage 3 sans avoir pu, de la
plus voisiplus haut que la place d'Armes. On journée, se porter
battre ce
ne fit que comjour-là ; et l'engagement devint trop
pour qu'aucun des deux partis, à moins de sérieux,
maraudeurs 2 songeât à autre chose. Les marins quelques
poussés se retirèrent le soir dans P'arsenal,
repart ensuite à bord.
3 et la pluretraite,
Cependant 1 c'est
leur
2 que, dans la nuit, vers les dix après
paru les premières lueurs de
heures, ont
de la Fossette, C'est
l'incendie, 3 et du côté
dans cette partie du Midi, que
un des deux partis, à moins de sérieux,
maraudeurs 2 songeât à autre chose. Les marins quelques
poussés se retirèrent le soir dans P'arsenal,
repart ensuite à bord.
3 et la pluretraite,
Cependant 1 c'est
leur
2 que, dans la nuit, vers les dix après
paru les premières lueurs de
heures, ont
de la Fossette, C'est
l'incendie, 3 et du côté
dans cette partie du Midi, que --- Page 274 ---
(128)
la nuit suivante, quand la ville
les feux augmentèrent
des commissaires : c'est de
entiere appartenait au parti avancèrent le lendemain et
les flammes
ce côlé, que
s'étant arrêlées qu'à la rue du
les jours suivans, ne
les plus
Conseil et à une partie d'une précédente, Galbaud eusvoisines' de Parsenal. Si les partisans de
A
été les auteurs de ce désastre 2 ces deux rues
sent
les
bràcouservées auraient été au contraire
premières
au lieu de marcher du Sud au
lées, et Pincendie,
résulte
étendu du Nord au Suo.11
Norà se serait
fidèle
est de toute impossibilité
de ce
exposé qu'il
de l'incenle parti de ce général soit coupable
que
die du Cap.
avec la proConfrontez actuellement ces particularités
de
des commissaires, donnée le 24 Juin 3
clamation
de Breda ( habitation
leur quartier-général, au Camp
le comble de
qui touche le haut du Cap). Vous y verrez
Peffronterie et de la méchanceté. C Le traitre Galbaud 3
avoir réouit le Cap en cenOres ;
> y disaient-ils. , après
vaisseaux de la
> part et emmène avec lui plusieurs
étaient
et les navires du commerce qui
> république la rade de cette ville : il va les livrer à Panglais
> dans
Pour prévenir ses nouveaux for-
> ou à Pespagno...
de brâler ou de
> faits et empêcher qu'il ne tente
nous
endroit de la Colonie 2
> dévaster quelqu'autre
à tout fonctionnaire,
> défendons à tout commandant,
de lui
de la force armée,
permeltre
> à tout dépositaire
bayes ou rades de
> lentrée dans aucun des poris 2
du canon
ni d'en approcher à la. portée
> la Colonie,
Pendant toute la durée de lincendie, je l'ai vu marcher les
(*)
du poste où j'étais : c'était fort naturel,
dans ce sens,
entrer dans la ville_que par ce côté-là,
brigands ne pouvant
fonctionnaire,
> défendons à tout commandant,
de lui
de la force armée,
permeltre
> à tout dépositaire
bayes ou rades de
> lentrée dans aucun des poris 2
du canon
ni d'en approcher à la. portée
> la Colonie,
Pendant toute la durée de lincendie, je l'ai vu marcher les
(*)
du poste où j'étais : c'était fort naturel,
dans ce sens,
entrer dans la ville_que par ce côté-là,
brigands ne pouvant --- Page 275 ---
(229 )
3) sous quelque
prétexte que ce
) secours ou rafraichissemens. soit, même de besoins ,
> patrie, ceux qui se
Déclarans traîtres à - la
En
comporteront différemment >.
elfet, me dit le curé, on ne peut
loin, laudace et la fourberie:
pas pousser plus
encore, de refuser à des
quelle dureté de cceur
des secours
navires, partis
d'eau, de bois et de vivres Précipilamment, dont
manquaient indubitablement ! Je n'ai s
plusieurs
flexion à vous faire au
de
plus qu'une résujet
cette
que de pareilles pièces officielles proclamation: ; c'est
ety étant
arrivant en
et
répandues commentées
France,
de nos ennemis les
avec tout le zèle
la
lecteurs qui n'en connaissent
pas fausseté, nous jugeant sur ces
croyent les plus criminels des hommes impostures, nous
patrie. C'est ainsi
envers la mère
français. Nous que nous regardent presque tous les
avons été noircis de cette
jusques dans l'esprit des plus honnêtes
manière
n'y a plus couservé pour nous la moindre gens, et personne
D'abord après Fincenidie,
commisération.
les plus tristes effets
continuai-je, l'on en vit
sur la
che.
malheureuse espèce BlanPrécédemment, elle n'était pas entièrement
crite; et ceux de cette
prosréunis en
couleur, 2 ayant des armes et
considération. corps, jouissaient de leur fortune et de leur
Depuis cetle catastrophe,
tout, et ne pouvant plus avoir
dépouillés de
tends ceux du Cap), ils
aucune arme (j'enfense, exposés à la
demeurèrent ainsi, sans déphantes ; et
capricieuse audace des castes triomde
long-tems 9 ils ne dârent qu'à la charité
quelques Nègres
arrosé de larmes compatissans et fidèles 2 le pain
quelques hardes qu'ils mangeaient chaque jour 2 et
le comble de pour se couvrir. Leur sort
la misère et De
présentait
pendant, la
Labaissement. Cevengeance n'était pas terminée. Il exis-
urèrent ainsi, sans déphantes ; et
capricieuse audace des castes triomde
long-tems 9 ils ne dârent qu'à la charité
quelques Nègres
arrosé de larmes compatissans et fidèles 2 le pain
quelques hardes qu'ils mangeaient chaque jour 2 et
le comble de pour se couvrir. Leur sort
la misère et De
présentait
pendant, la
Labaissement. Cevengeance n'était pas terminée. Il exis- --- Page 276 ---
(230 )
des
Dévoués
propriélaires
tait dans divers quarliers,
Frand la spoliation et aux outrages.
à la mort,
mais alors sur ses
çois Lavaud, négociant au Cap,
Port-de-Paix, fut choisi pour première
habitations au assassiné sur le grand chemin 2 par
victime. Il fut
libres cachés derrière
et un Mulâtre
un Nègre (*)
le
5 d'un coup
une haie. Atteint à la têle, par premier de dessus
de fusil à balle, il tomba mort à Pinstant fourni de
Cet excellent citoyen avait déjà
son cheval.
millier de barils de farine 2 pour la
ses deniers 2 un
: et ce jour-là
subsistance commune de son quartier
il
où il reçut le coup mortel ,
même, au moment
chez lui , un capitaine
accompagnait du Port-de-Paix
qui allait dans sa voilure y agréer
anglo-américain,
Lavaud lui donnait en
un parti de sucre brut, que
achetait pour
payement de 600 autres barrils qu'il
Cet homme 3 actif et riche 3 ayant
le même usage.
habitalions et son quartier 2 de
préservé jusqu'alors ses
les siens
Pirruption des Noirs insurgés, et maintenul
un fort, monté de 12 cadans le travail, moyenant
chez lui, avait donné
avait fait construire
nons 2 qu'il
de désirer
ces deux puissans motifs aux commissaires,
pas :
qu'il n'existât plus. Les Mulâtres ne l'ignoraient lui
contre
ils avaient encore des griefs personnels
: en une
des
indiscrets tenus à leur sujet
pour
propos
Gaulard, ancien Noir libre, tira le coup.
(*) Jean-Simon Jean Journeau, Mulâtre, son compagnon 2
S'il Peût manqué, 2 tirer le sien. Le premier commandait UII
était tout prêt à
et le second était conseiller à la sécamp dans lc quartier ;
Tels étaient les commandans
néchaussée du Port-de-Paix. assassins de la nomination des
militaires et les magistrats
anonstres qui nous gouvernaient.
leur sujet
pour
propos
Gaulard, ancien Noir libre, tira le coup.
(*) Jean-Simon Jean Journeau, Mulâtre, son compagnon 2
S'il Peût manqué, 2 tirer le sien. Le premier commandait UII
était tout prêt à
et le second était conseiller à la sécamp dans lc quartier ;
Tels étaient les commandans
néchaussée du Port-de-Paix. assassins de la nomination des
militaires et les magistrats
anonstres qui nous gouvernaient. --- Page 277 ---
(23r)
certaine occasion Il fut enfin le premier immolé
des propriétaires 2 à P'ardente soif de la
ses assassius ne furent
vengeance, et
pas recherchés.
Si l'on avait pu douter que ce meurtre n'eût été
consenti par les commissaires. 2 on en aurait élé désabusé
bien vite, lorsque peu de jours après, on vit arriver
au Cap, neuf autres propriétaires (Colas de Magné et
Lacroix en élaient ) du Porl-de-Paix, pris chez eux
par des Mulâtres 2 et conduits garrotés comme des
criminels. Quand divers autres
s'échappaieut de cette
ville, pour SC soustraire à leur haine, et que redou--
tant leurs regards 1 ils venaient dans les postes de PEst,
Caracol, Jacquesy et le fort
chercher
Dauphin 2
un
asyle et garantir une stireté que les Blancs ne trouvaient plus auprès de ces lygres furieux et
ni
dans ceux qui les entouraient. Lorsque deux cruels, des
miers précédens magistrats du Cap, hommes prepaisibles et justes, eurent été conduits, comme coupables, 3 devant les commissaires au
Grigri, par une
escorte de 60 Nègres armés. On ne pût douter
que
(*) Lors de P'insurrection d'Ogé, l'on avait ramassé dans
Jes quartiers du
Port-de-Paix, 3 de Jean-Rabel , du GrosMorne s etc, environ 250 Mulâtres, , qu'on mit à bord d'un
navire, et qu'on conduisit au Cap. Lavaud >
assez inconsidéré, mais sans fiel et sans malice, personnage dit publiguement > qu'il donnerait cent mille écus de cette
Ce mot n'a jamais sorti du coeur des gens de couleur cargaison. des
Viard, des Dutacg et autres. Cependant, il n'était 3
tion que de s'assurer, pour un tems s de ces Mulâtres. quesfaire d'Ogé finie, ils furent tous
chez
L'afrenvoyés
eux.
MM. Esteve et
le
de
Busson, premier, 2 ci-devant juge
Pamirauté, et le second, son nèveu, > juge de la sénéchaussée.
sorti du coeur des gens de couleur cargaison. des
Viard, des Dutacg et autres. Cependant, il n'était 3
tion que de s'assurer, pour un tems s de ces Mulâtres. quesfaire d'Ogé finie, ils furent tous
chez
L'afrenvoyés
eux.
MM. Esteve et
le
de
Busson, premier, 2 ci-devant juge
Pamirauté, et le second, son nèveu, > juge de la sénéchaussée. --- Page 278 ---
(232) )
Ia race Blanche ne fût en horreur à nos maîtres ,
lorsque les députés de la Marmela.le, se présentant à
eux d'abord après l'incendie du Cap 5 trouvèrent des
chefs furieux, irrités de les voir, et qui, ne leur reprochant que d'être Blancs gringaient des dens,
d'en voir encore de revêtus de quelque grade ou de
quelque emploi. Enfin, telle fut la persécution réelle e
ou la terreur qu'on en avait, que quantité de propriétaires passèrent alors dans l'espagnol, quoique notre
ennemi et mésestimé ; et que d'autres (M. Collot, lun
des Paroi, etc.) se réfugièrent, pour plus de streté,
dans le camp du féroce Candy, se confiant plutôt en
cet ancien antagoniste des Blancs 2 qu'en des chefs envoyés pour nous défendre et nous protéger. Il est vrai
que déjà ce commandant de Muiâtres 4 s'étant apperçu
du but oùr ils visaient, commençait à les voir de mauvais ceil.
Ses soupçons n'étaient pas mal fondés. Les Blancs
terrassés, les commissaires ne tardèrent pas à se disposer pour abattre également les gens de couleur
libres , propriétaires, à l'effet de parvenir enfin à l'accomplissement du grand et dernier objet de leur
mission secrète. Leur besogne était déjà fort avancée 3
ils avaient pour eux, et les Noirs esclaves restés fidèles,
instruits depuis long-tems par des émissaires, de la
faveur qu'on leur réservait ; et le secours de telle quantité de Nègres insurgés, dont ils auraient besoin. Ceuxci venaient de leur en donner une preuve. Ils savaient
encore, combien l'antipathie est forle entre les deux
(*)
ercindere cives
Funditus ét nomen gentis delere lchorat.
CLAUD. iu Ruf.
castes 2 --- Page 279 ---
(233) )
castes, qu'ils allaient opposer l'une à l'autre. Malgré ces
grands moyens, ils jugèrent néanmoins à
d'attendre quelque lems
propos
2 avant de proclamer la liberté
générale des esclaves. Ce délai leur servit à mieux
solider leurs mesures. L'une
conétait de
d'elles, 9 et la principale,
frapper ce grand coup en
bout de la Colonie à l'autre. Pour même-tems, d'un
cet effet, Polverel
quitta son Collègue au Cap, et se transporta dans la
partie de lOuest. Je laisse celui-là dresser ses pièges ;
précautions, et faire ses manceuvres
prendre ses
particulières. Ses
dispositions ne diffèrent pas de celles que Sonthonax
établit de son côté. Celui-ci
la réserve en accueillant les commença par mettre de
les
Mulâtres ; à ne plus tant
caresser ; à leur donner moins de repas à
plus en admettre autant dans ses
5 ne
encore dans sa familiarité, La appartemens, 2 et moins
garde de sa
ne fut plus entièrement confiée aux hommes personne de
couleur.
res
prendre ses
particulières. Ses
dispositions ne diffèrent pas de celles que Sonthonax
établit de son côté. Celui-ci
la réserve en accueillant les commença par mettre de
les
Mulâtres ; à ne plus tant
caresser ; à leur donner moins de repas à
plus en admettre autant dans ses
5 ne
encore dans sa familiarité, La appartemens, 2 et moins
garde de sa
ne fut plus entièrement confiée aux hommes personne de
couleur. 3 les Noirs y entrèrent pour moitié. Ceux-ci cette
furent promus à beaucoup d'emplois, et souvent
çurent des préférences. Enfin, ce commissaire
recevant de l'ombrage que les Mulâtres
s'apper-:
ces nouveaux
prenaient et de
choix, et de son changement de conduite
envers eux 2 pour avoir à sa dévotion et sous sa
un corps nombreux de Nègres exercés
main;
former diverses
9 ordonna de
les lever
compagnies Noires, franches, et de
parmi les esclaves restés fidèles
vice militaire leur donnait de
ce serPour
droit la liberté. se soustraire encore mieux au
dès gens de couleur,
ressentiment
Sonthonax, eut la précaution
(*) Douze de mes Negres, les plus
à eette époque pour ces compagnies, beaux, > furent engagés
--- Page 280 ---
(234)
de quitter le séjour du gouvernement, ancien édifice
des Jésuites, vaste et faible, et dont tous les accès élaient
faciles
se placer en un lieu 7 dont lassiette
2 pour
de sûreté. Il choisit, à cet effel,
lui promeltait plus
Phabitation Bailly, au Grigri, sise à une portée de
de la
le petit Carénage 2 sur le
canon
ville, après
e
côté du morne du Cap faisant face à la rade , et
escarpé, Pour s'y rendre, il n'est
dans un endroit
qu'an chemin de peu de largeur, entre le Morneà-Pic et les flots de la mer : on ne monte à la maison
un sentier roide 2 et ensuite par de longs
que par
ce sont des hauteurs impratiescaliers. Par-dessus. 2
cables : en avant du logis est une large terrasse à paoùt six canons sur leurs affûts peuvent êlre
rapet, au-dessous est un jardin 9 composé de cing
placés 5
étroites, , qui se termià six autres plate-formes plus
nent au chemin : ici, i'y ai vu (en Seplembre et
Octobre ) postées deux pièces de bronze 5 avec une
forte garde de Noirs. C'est dans un pareil endroit,
ainsi qu'une bête féroce dans son fort , que se tint
Sonthonax
son départ pour le Pori-de-Paix:
3 jusqu'à
C'est ainsi, m'observa le médecin, que les tyrans 9
dissimuler les excès dont ils sont coune pouvaut se
pables, ni l'exécration qu'on leur a vouée , s'isolent,
et s'assurent un abri, ne s'entourant
se renferment intéressés à la conservation de leurs
que de satellités
jours. Qu'ils seraient bien plus en sûrelé, ces jours 2
ajouta le curé, s'ils élaient confiés à la garde entière
d'un peuple qui se réjouirait de son bonheur ! si Polverel , au Pori-auJe ne sais, repris-je,
Prince, fit choix, pour sa demeure 2 d'un endroit
aussi fort d'assiette ; mais il s'entoura, de même que
d'une nombreuse garde de Noirs, en
son collègue 2
'ils seraient bien plus en sûrelé, ces jours 2
ajouta le curé, s'ils élaient confiés à la garde entière
d'un peuple qui se réjouirait de son bonheur ! si Polverel , au Pori-auJe ne sais, repris-je,
Prince, fit choix, pour sa demeure 2 d'un endroit
aussi fort d'assiette ; mais il s'entoura, de même que
d'une nombreuse garde de Noirs, en
son collègue 2 --- Page 281 ---
( 235,)
affranchissant de bonne heure, pour ce service,
ceux que les maîtres avaient
, (*)
armés, soit contre les
brigands , soit pour soutenir un parti coutre lautre.
Pendant que les commissaires se préservaient ainsi du
ressentiment à venir des gens de couleur, les
les servaient chaudement à préparer les esprits à gazettes l'idée
de la liberté générale, et les oreilles à
mot. Au Cap, la Feuille du
se faire à ce
Jour, écrite par l'infâme
Delahaye, ancien curé du
brigands
Dondon, et pris parmi les
1 porta 3 pendant cinq semaines
la terreur et l'effroi dans l'ame des
d'avance 9
ne savaient si ses expressions
propriélaires 2 qui
instructeur,
brôlantes, et si soil siyle
désignaient Paffranchissement général des
esclaves, ou le carnage entier de ceux
daient.
qui en posséAprès que cette liberté eut été
féroce prêtre ne cessa
promoncée, ce
nous abreuver
pas quelque tems non plus, 2 de
encore d'autres calices
et d'élargir de ses réflexions
remplis de fiel,
plaie de notre
inhumaines, 2 la profonde
coeur.
Tout élant prêt par ces
proclamation du Août moyens, Polverel, par une
de la côte la 27
( 1793), affranchit au 'bas
Sonthonax, 3
plus grande partie des esclaves : et
déclara
par la sienne 2 du 29 du même mois
libres, 3 tous les Noirs et
tuellement dans
Sang-mélés, acOroits
l'esclavage, pour jouir de tous las
attachés d la qualité de citoyens
Celui-ci se hâta de proclamer la liberté
français.
le Nord (je le
générale dans
pense du moins
vous allez
ainsi, d'après ce que
entendre), ayant eu vent,
de
quelque projet formé contre lui parl la probablement,
caste Jaune. Il n'y
(*) Les Nigres des Cayes, de
du
et autres" quartiers,
Torbeck 3
Cap-Tiburox
g
pour jouir de tous las
attachés d la qualité de citoyens
Celui-ci se hâta de proclamer la liberté
français.
le Nord (je le
générale dans
pense du moins
vous allez
ainsi, d'après ce que
entendre), ayant eu vent,
de
quelque projet formé contre lui parl la probablement,
caste Jaune. Il n'y
(*) Les Nigres des Cayes, de
du
et autres" quartiers,
Torbeck 3
Cap-Tiburox
g --- Page 282 ---
(236)
a que cette explication à donner à un passage de la
seconde proclamation de Polverel, en date du 4 Septembre suivant, dans laquelle 3 élendant la liberté 2
comme son collègue, à tous les esclaves ; et leur
ayant dit, ( le 27 Ou mois précéoent > je gratifiai
> plus de la moitié de vous , de la liberté, de terres.
> en propriété et Ou Oroit de citoyen français. )
Il ajoutait, C des événemens inattendus ont pressé la
5 marche de mon collègue ; il a proclamé la liberté uni-
> verselle Dans le Noro, et lui-même > lorsqu'il Pa
Libre. Ces derniers mots ne
> prononcée, n'était pas
> sauraient désigner qu'un complot contre ses jours ,fou
France. > Polverel 3
> le projet de l'embarquer pour
ajoutait encore 3 ( il vous a donné la liberté sans
> propriétés 3 sur Des terres Dévastées, sans bati-
> mens d'oxploitations 3 sans cases, sans mou-
> lins, etc >.
Que signifient ces dernières expressions 7 (me demanda le médecin ? Voulaient-ils 2 ces législateurs, en
venir à Dépouiller les propriétaires de leurs fonds de
terre et de leurs établissemens ? Dans le fond, ç'aurait
été plus conséquent dans leur système ; car 1 établir
une égalité politique 2 sans une égalité de' biens,
c'est une vraie chimère.
Le partage universel des propriétés, lui répondis-je,
peut bien être entré dans les projets de Polverel, le
plus opiniâtre promoteur de la doctrine spoliatrice. Il
ne paraît pas que ce fût celui de son collègue. Celuici, dans sa proclamation d'affranchisement avait prévenu les Noirs de la nécessité de travailler 2 même
chez leurs précédens maîtres. C Ne croyes pas , leur y
5 disait-il, que la liberté dont vous allex jouir,
s soit un état de paresse et P'oisivcté: en France,
les projets de Polverel, le
plus opiniâtre promoteur de la doctrine spoliatrice. Il
ne paraît pas que ce fût celui de son collègue. Celuici, dans sa proclamation d'affranchisement avait prévenu les Noirs de la nécessité de travailler 2 même
chez leurs précédens maîtres. C Ne croyes pas , leur y
5 disait-il, que la liberté dont vous allex jouir,
s soit un état de paresse et P'oisivcté: en France, --- Page 283 ---
(2 237 )
> tout lo monde est libre et tout le monde
>) d
travaille:
St-Domingue 3 soumis aux mêmes
> suivreg le même
lois, vous
> teliers
exemple : rentreg Dans 2os at-
> ches vOS anciens
> et sans être
propriétaires ; libres
assujétis d la correction,
> d'autrefois
humiliante
>
, vous y recevreg le salaire de pOS
peines >. Ce, salaire était le quart du revenu.
Observez, je vous prie, que ce même
rassure les
homme, qui
Nègres sur la correction du fouet,
note que d'être
qu'il ne
humiliante, avait, de concert avec
son collègue 9 au bas de la côte, forné une
de code noir pénal, écrit en
espèce
Créole, et daté du 5 Mai
précédent 2 par lequel , ( tout
resté marron
>
Noir,
pendant Ur mois, , étant pris > Devait avoir
> oreilles coupées et Pépaule
les
> la lettre M >. S'il récidivait gauche marquée De
sa punition devait
pendant un autre mois,
être, < D'étre marqué de la
> lettre sur Pépaule Oroite et D'avoir le
même
X pés. Peste, s'écria le
jarret couEt
serait
négociant 2 lui couper le jarret !
que
devenu son travail ? Il parait bien
ces gens-là, ménageant si peu les esclaves, n'en avaient que
jamais eu à eux, et qu'ils ne punissaient que les Nègres d'autrui. Remarquez encore, ajouta le médecin,
que des gens qui s'indignaient des écorchures
des coups de fouet, ordonnent
passagères
pour le reste de leurs
qu'ils soient estropiés
jours. C'est ainsi, leur
qu'en s'écartant des
dis-je 2
usages confirmés par une longue
expérience, on donne nécessairement dans des travers
plus grands. Que dites vous encore de ces oreilles
coupées pourun seul mois de marronage P N'était-ce
pas exposer ce sujet, après être revenu de cette légère
erreur, au mépris perpétuel de leurs camarades
désagrément de, ne plus trouver de
; au
femme et à mille
ient estropiés
jours. C'est ainsi, leur
qu'en s'écartant des
dis-je 2
usages confirmés par une longue
expérience, on donne nécessairement dans des travers
plus grands. Que dites vous encore de ces oreilles
coupées pourun seul mois de marronage P N'était-ce
pas exposer ce sujet, après être revenu de cette légère
erreur, au mépris perpétuel de leurs camarades
désagrément de, ne plus trouver de
; au
femme et à mille --- Page 284 ---
: 238) )
autres dégoits ? Et si pour un seul mois de marronage,
un Noir avait eu les oreilles coupées 2 les atteliers
eussent été bientôt surchargés de ce hideux spectacle.
Quede fautes,hélas'ne commel-on pas, quand on piétend
1éformer un pays, qu'on nec connaîtque superficiellement !
Ce commissaire s'apperçut bientôt 2 qu'on n'avait
composé qu'un roman philosophigue, en bâtissant un .
système colonial, sur ia supposition d'un esprit de
travail et D'un Désir P'acquérir, innés-dans Pespèce noire. Il dut sentir que la nôtre même ne doit ces
aiguillons,qu'à la rigueur du climatqu'elle habile, qui lui
crée mille besoins et la force à des travaux, , les premiers
inconnus et les autres superflus 2 dans les pays chauds;
et qu'ainsi, tous ses efforts seraient à jamais inutiles 1
pour asseoir dans ceux-ci un orore contre nature. En
effet, du régime qn'il venait d'établir, au prix de tant
de maiheurs, de sang et de richesses, il en résultait
finalement, qu'en éteignant presque l'espèce Blanche,
il avait privé la Colonie des seuls hommes laborieux
quiy fussent ; qu'il s'était ameuté contre lui les Mulâtres 2 jaloux de vivre sans rien faire, et conséquemment irrilés de la liberté des Noirs; et qu'enfin, il avait
si peu satisfait, avec ce présent, les esclaves révoltés
et ceux même restés fidèles, en y joignant la condition
de travailler, que ceux-ci s'en plaignaient ouvertement; 5
et que ceux-là, satisfaits de la liberté qu'ils avaient
conquise, dédaignaient la sienne et la conspuaient. Il
reconnut qu'uu Nègre rendu libre, fuyait tout travail
qui ne. concernait pas ses alimens 5 qu'il s'en épargnait
même la peine, en vivant le plus qu'il lui était possible, sur les productions spontanées, que ces pays donnent engtous teins. Il vit que ses Noirs affranchis, des
villes et des bourgs, plongés dans les plaisirs et dans
'ils avaient
conquise, dédaignaient la sienne et la conspuaient. Il
reconnut qu'uu Nègre rendu libre, fuyait tout travail
qui ne. concernait pas ses alimens 5 qu'il s'en épargnait
même la peine, en vivant le plus qu'il lui était possible, sur les productions spontanées, que ces pays donnent engtous teins. Il vit que ses Noirs affranchis, des
villes et des bourgs, plongés dans les plaisirs et dans --- Page 285 ---
( 239 )
le taffia 2 dansant la nuit et se reposant le jour 2 ne faisaient d'autre compte, que d'être perpétuellement
nourris des rations qu'il continuerait à leur fournir. Il
fut témoin des mutineries de l'indiscipline de ses
compagnies Noires armées. Il sut que les Noirs révoltés 2 s'habituant dans leurs retraites à ne vivre gue
de la chasse, de la péche 2 des crabes et de quelques
vivres; qu'un léger travail leurdonnait, ne quitteraient
jamais cette vie douce et tranquille, pour celle qu'il
leur proposait. Que déjà s'appropriant des quarliers,
et se divisant par natious, chacune d'elles ne tarderait
pas, suivant l'usage des peuples sauvages, à avoir des
différens avec sa voisine, et que la guerre s'y établirait
bientôt. Il ne prévit donc plus, parmi ces hordes révoltées, la moindre culfure d'iniérêt pour l'avenir.
Telles durent être les réflexions de
Sonthomax, d'après le parti qu'il prit, un mois et Demiseulement
après avoir affranchi les esclaves
9 d'abandonner le Cap.
pour aller fixer son séjour au Port-de-Paix. Je vai
vous rapporter une anecdote 2 qui jointe aux motifs
précédens, lui fit vraisemblablement hâter son départ.
Etant (sur la fin de Septembre) au Cap, à solliciter
mon passe-port pour France, et à m'arranger pour
mon voyage 5 un jour, vers les onze heures du malin,
(*) Parmi le grand nombre de Negres réfugiés en France,
à P'exception de ceux qui s'engagent dans les corsaires, ou
qui sont entrés dans les troupes 2 il n'en est presque
nn
qui se Soit mis à travailler pour gagner sa vie, se reposant pas
entièrement sur les secours que l'état leur fournit. Il est
pourtant si aisé de devenir décroteur ou porte-faix !
Gignoux, commandant au Cap, voulant y maintenir
la discipline parmi les
leur
Noirs,y provoqua une telle émeute de
part 2 que pour rétablir Pordre et conserrer sa. vie :
Sonthonax fut obligé de lui ôter ce grade,
nn
qui se Soit mis à travailler pour gagner sa vie, se reposant pas
entièrement sur les secours que l'état leur fournit. Il est
pourtant si aisé de devenir décroteur ou porte-faix !
Gignoux, commandant au Cap, voulant y maintenir
la discipline parmi les
leur
Noirs,y provoqua une telle émeute de
part 2 que pour rétablir Pordre et conserrer sa. vie :
Sonthonax fut obligé de lui ôter ce grade, --- Page 286 ---
(240)
devant le magasin de T'état; pour aller au
passant
Grigri chez le commissaire, je vis lever brusquement
un Nègre du milieu de cinq à six autres 2 tous étendus
sous le-balcon de cet édifice, et qui causaient ensemble; 5
vers ses camarades, et d'une voix animée :
se tournant
( Sonthonaa à vous. 3 leur dit-il, si gnoun monde
moi pa tuyé li.
< ba moi cinquante portugaises, 2
> titalore. > ( Votre Sonthonax ! Si quelqu'un me
donne cinquante portugaises (3300 liv. argent des Colonies), je m'en vais le tuer tout a Pheure.). Je fus stupéfait et du propos de ce Noir, et de son audace à le
prononcer si haut. Il s'était exprimé si fort 7 que le
garde-magasin l'entendit de la porte du balcon où il
était; et qu'étourdi comme moi de ce propos 7 il s'avança jusqu'à l'appui de fer 5 pour examiner qui le
proférait. Il n'eut pas de peine à s'en assurer , le Négre
continuant à parler sur le même ton.
Toutes les particularités de ce départ précipité (*)
(*)Je sais aujourd'hui, que Sonthonax avait d'autres raisons pour quitter le Cap , et se transporter au bas de la
côte. Ses proscriptions 2 ses vengeances, , ses criminels excès
et la dévastation de la Colonie , lui avaient, 2 non-seulement
aliéné les coeurs des Blancs 2 mais encore attiré la haine des
gens de couleur libres. Ces deux classes 2 réduites au désespoir
et voulant se soustraire à un ordre de choses , où la sûreté
personnelle et le droit de propriété n'existoient plus, méditaient de sc mettre sous le gouvernement britannique. Mr.
de Lassalle lui-même 2 quoique général de Pile, de la noinination des commissaires 3 les avait déclarés (par une proclamation datée du Port-de Paix) indignes de la confiance publique et déchus de toute autorité ; il défendait à ses subalternes de lui obéir, etc. Les habitans du Môle avaient déjà
reçu les anglais chez eux, et les Mulâtres se préparaient à
leur livrer le bas de Ia côte.
de
mettre sous le gouvernement britannique. Mr.
de Lassalle lui-même 2 quoique général de Pile, de la noinination des commissaires 3 les avait déclarés (par une proclamation datée du Port-de Paix) indignes de la confiance publique et déchus de toute autorité ; il défendait à ses subalternes de lui obéir, etc. Les habitans du Môle avaient déjà
reçu les anglais chez eux, et les Mulâtres se préparaient à
leur livrer le bas de Ia côte.
de --- Page 287 ---
(241)
de Sonthonax 3 prouvent que, redoutant l'animosité des
Mulatres; n'osant plus se confier aux Nègres, et n'espérant plus aucune culture de valeur daus ce quartier
dévasté, il quitta ce foyer de la révolte, garni d'ennemis nombreux et viciés par leur séjour dans une
grande ville, pour aller occuper un lieu moins peuplé,
plus paisible, - habité, par des Noirs plus dociles, et
conséquemment plus sir pour lui et moins défavorable
à son nouveau régime. Mais eût-il ainsi fait le tour
de la Colonie 3 la même répugnance dans les Nègres
pour le travail, et les mêmes dangers de leur part et
de celles des Mulâtres 2 Pauraient suivi par-tout. Ce
commissaire prit encore la précaution d'emporter avec
lui ce qui restait dans les magasins de munilions de
guerre et de boucbe, et de n'amener que des troupes
Blanches. Elles étaient réduites à bien peu de chose.
De quinxe mille hommes au moins. , venus de France,
il n'en restait plus que mille ; et sur ce petit Bombre, il y en avait quatre cens de si malades. 2 que,
désespérant de leur guérison dans le pays, il les envoya dans les Etats-Unis. En les embarquant, on
voyait la plupart de ces malheureux expirer sur le
rivage. manquant de tout; de hardes, de soins, de
chirurgiens,. de médicumens, de bouillons, de draps 2
de matelas : les Noirs s'en repaissaient Jes yeux avec
plaisir. Tout cela fait, Sonthonax mit à la voile pour
le Port-de-Paix (le TO Octobre 1793), et moi le surlendemain pour ma destination. Je quittai cette famense
rade du Cap-Français, autrefois continuellement garnie
de quatre à cinq cens navires marchands de toute grandeur. , et le rendez-vous do ces nombreuses armées
navales, qui naguères avaient donné la loi dans toute
PAmériqne ; n'ayant actuellement que cinc A sixbateaux
3r
fait, Sonthonax mit à la voile pour
le Port-de-Paix (le TO Octobre 1793), et moi le surlendemain pour ma destination. Je quittai cette famense
rade du Cap-Français, autrefois continuellement garnie
de quatre à cinq cens navires marchands de toute grandeur. , et le rendez-vous do ces nombreuses armées
navales, qui naguères avaient donné la loi dans toute
PAmériqne ; n'ayant actuellement que cinc A sixbateaux
3r --- Page 288 ---
(242)
pouvaient à peine se procurer leut
des Etais-Unis; qui
chargement.
leur dis-je 2 les yeux mouillés
Excusez mes larmes,
amer ; à la perte
de pleurs ; je les dois à ce souvenir
nourri 36
déplorabie d'un pays si florissant, qui m'a
oà j'ai passé les plus belles années de ma vie ;
ans ;
et n'aieu que des .
dans lequel jai sans cesse prospéré,
habitans
jouissances agréables : où généralement les
honnête S et généreux. Je dois
étaient doux, 2 paisibles 2
Colons dévorés
enfin ces larmes à tant d'infortunés
cruels et parmi ces victimes 2 â tant
par ces tygres
;
à mendier
d'amis qui ne sont plus 9 ou quisontréduits
leur pain, ou à un plus triste sort encore.
retenais mes larmes 2 et que je tachais
Tandis que je
messieurs m'entourant de
d'étouffer mes sanglots, ces
près, cherchaient à me distraire de Pimpression
plus
lugubre de ce triste récit, et me donnaient quelques
consolations. Allons s allons 2 me dit à son tour le
négociant, il ne faut pas vous désoler ainsi: sije puis
entièrement
vous être ulile à quelque chose, disposez
à
de moi. L'avocat, non-plus, ne fut pas en reste,
vouloir diminuer mon chagrin. Il est malheureux, me
des principes d'ou dériverait le bonheur
dit-il, que
à la société
du genre humain, s'ils étaient appliqués
ferdes legislateurs éclairés et probes > ayent
par confusément dans autant de têtes ignorantes 1
menté
ambitieux ou méd'esprits bornés, de gens grossiers 2
chans, qui en ont fait un si mauvais emploi. Mais on
abuse de tout. Notre religion même, qui ne prêche
la charité fraternelle et l'amour de Dieu, 9 conséque
Punion et la paix ; que de dissentions. ,
quemment que
de longues et cruelles guerres
gue de meurtres, que
exclan'a-l-elle pas enfanté ? à tel point, que jauais --- Page 289 ---
(243)
mation ne parut mieux confirmée que celle de Lucrèce:
Tantum religio potuit suadere malorum !
Ne croyez pas, lui répondis-je, me désabuser du
vuide de vos principes ; ils paraissent
veilleux,
exacts, mersublimes, dans le cabinet, 2 la
à la
main : mais dans l'application, il n'en résulte plume
que de
lincohérence, , des erreurs, Des absurdités, et une
multitude de funestes effets. Alors, > mais malheureusement trop tard, on reconnaît qu'on n'a couru
près la chimère d'un mieux
qu'ade maximes
idéal; et qu'au lieu
philosophiques, on n'a mis en vogue
que des délires, émanés d'un cerveau
malade ou même d'une tête transportée d'une fèvre ardente. ,
Non
philosophonum. judicia, sed Detirantium somnia,
comme s'exprime Cicéron.
multitude de funestes effets. Alors, > mais malheureusement trop tard, on reconnaît qu'on n'a couru
près la chimère d'un mieux
qu'ade maximes
idéal; et qu'au lieu
philosophiques, on n'a mis en vogue
que des délires, émanés d'un cerveau
malade ou même d'une tête transportée d'une fèvre ardente. ,
Non
philosophonum. judicia, sed Detirantium somnia,
comme s'exprime Cicéron. --- Page 290 ---
(244) )
CONVERSATION ACCIDENTELLE,
Quelques réflerions sur la politique constante du
gouvemement anglais, et sur les funestes effets
de son intervention et de celle Des puissances
étrangeres > Oans nos Débats révolutionnaires.
Dauteur Donne Oes preuves de son attachement d sa patrie.
IL s'élève cette question :
si les Negres, rendus libres, sont propres d
faire refleurir les Colonies dsucre?
Peu de jours après ces entretiens 2 un transport anglais, ayant à bord un nombreux détachement d'artilleurs. 2 arriva de la Grande-Brelagne. Le lieutenant
d'infanterie , mon ami, m'apprit qu'ils étaient destinés pour SL.-Domingue, à l'effet d'y garnir les forts,
les batteries et les villes 2 dont les anglais s'étaient
emparés ; le Mole, St.-Marc, etc. Il ajouta 2 qu'on
rapportait 2 que le gouvernement étant faible de monde 3
et n'ayant accepté la charge de cctte Colonie 2 que
par intérêt pour le sort de ses malheureux habitans, 3
il espérait que tous ceux qui s'en étaient sauvés, seraient empressés d'y retourner 2 pour contribuer de
leurs forces à réprimer la révolte des Noirs, et reconquérir. 2 par ce moyen, leurs foyers. En effet 5
le surlendemain, les français en furent prévenus de
la part du gouverneur 2 et invités, en même-tems 1
à repasser tous à St.-Domingue 2 pour remplir cet
objet. Nous ne devions mauquer ni de secours 2 ni
de bâtimens pour y retourner ; ni de protection, 2 ni
de faveurs, lorsque nous y serions.
primer la révolte des Noirs, et reconquérir. 2 par ce moyen, leurs foyers. En effet 5
le surlendemain, les français en furent prévenus de
la part du gouverneur 2 et invités, en même-tems 1
à repasser tous à St.-Domingue 2 pour remplir cet
objet. Nous ne devions mauquer ni de secours 2 ni
de bâtimens pour y retourner ; ni de protection, 2 ni
de faveurs, lorsque nous y serions. --- Page 291 ---
(2 245)
Celle invitation était bien loin de me plaire. Je
voyais d'un ceil différent Poccupation de la Colouie
par les anglais. J'y connaissais d'ailleurs le déplorable état des choses, et je venais d'y supporter viugtsix nois de misère, de peines 2 de fatigues et de dangers. J'avais de plus mon grand objet en vue 2 celui
d'alier joindre les miens. Indépendamment de ces raisons, je jugeai l'entreprise au-dessus des forces de la
nation anglaise 9 puissante en marine 2 et de nuls
mnoyens sur terre. Que lui serviront tous ses vaisseaux,
me disais-je?Elle s'emparera des côles 5 puis à quoi
cette possession la conduira-t-elle ? Il n'y a plus de
revenu dans cetle ile. Espérer ramener les Nègres
au travail par la douceur ou par un esprit de gain 3
c'est le rêve de nos philosophes : par les armes 2 cela
demanderait plusieurs années de combats meurtriers
et peut-être à succès balancés. Ces Noirs 2 armés et
réfugiés dans des montagnes 2 abondantes en vivres
et dans beaucoup d'endroits inaccessibles 2 ne pourraient de long-tems y être forcés ou affamés. Désolant au contraire leur enpemi, par de feintes allarmes continuclles, par de fréquentes attaques et par
des irruptions de nuit, ils lexcéderaient tellement,
que bientôt ces fatigues, jointes à la malignité du
climat, détruiraient jusqu'au dernier de ses soldats.
Tel fut le raisonnement des français qui se trouvaient aux Bermudes ; s'il y en eut quelques-uns qui
reprirent le chemin de St.-Domingue, ce ne futque
pour se rendre sur leurs propriétés à Jérémie, encore
intactes.
-
Cependant, sur.. notre refus 7 j'appris qu'on nous y
forcerait : ce n'élait néanmoins qu'un bruit: je m'er
plaignis le soir dans notre société. Je ne crois pas 2
de ses soldats.
Tel fut le raisonnement des français qui se trouvaient aux Bermudes ; s'il y en eut quelques-uns qui
reprirent le chemin de St.-Domingue, ce ne futque
pour se rendre sur leurs propriétés à Jérémie, encore
intactes.
-
Cependant, sur.. notre refus 7 j'appris qu'on nous y
forcerait : ce n'élait néanmoins qu'un bruit: je m'er
plaignis le soir dans notre société. Je ne crois pas 2 --- Page 292 ---
(146)
vous ayez à craindre rien
m'obserra le médecin, que
n'en
de pareil ici. Notre gonverneur, M. Hamilton,
de force. La douceur et la bienfaisance foragira jamais
J'en conviens, lui
ment le fond de son caractère.
connaît
répondis-je : personne, mieux que moi, ne
Fexcellence de son coeur 5 la noblesse de ses procéconstante
Il n'est aucun des
dés, et sa
générosilé.
dans
amenés dans cette ite, qui,
prisonniers français 2
s'il y a des
le besoin 7 n'en ait été secouru. Mais,
ordres de rigueur à mettre en exécution 3 pourra-til
? Non, me répondit-il. Au reste , quand
s'en dispenser
de retourner dans votre ile 9
on vous contraindrait mains oisives des Nègres , quel
Four la relirer des
répliquaiPeut-être pas,
ual vous en résulterait-il?
extérieudans ma fortune, ni dans ma personne
je,
mais mon ame en souffrirait cruellement, 2
rement;
si c'était en faveur des anglais.
bien cruement sur notre compte,
Vous vous expliquez
lui
le négociant. J'en dirais autant, répondis-je,
mGe dit
des ennemis de la France.
sE je parlais de tout autre
dans la haine
Je ne sai, mais il me semble que
une
vons leur dévouez à tous, voUs en nourrissez
que
contre nous. La raison en est simple :
bien plus vive
rivaux, et Ia guerre les
Les deux peuples sont tellement
naitre dans le
divise si constamment, qu'il ne peut nationale des plus
eceur des particuliers, qu'une haine
je
prononcées 5 mais, c'est à ce ressentiment général que
borne. Je n'ai d'aversion pour aucun anglais en
me
au mérile de ceux qui en
particulier : je rends justice
les estime ; je ne leur refuse pas mes éloges.
antsje
dans la nation anglaise une suJe reconnais encore
de choses : l'amour
périorilé de talens dans beaucop
sciences
bien moindres qu'au
ei la culture des
2 quoique
haine
je
prononcées 5 mais, c'est à ce ressentiment général que
borne. Je n'ai d'aversion pour aucun anglais en
me
au mérile de ceux qui en
particulier : je rends justice
les estime ; je ne leur refuse pas mes éloges.
antsje
dans la nation anglaise une suJe reconnais encore
de choses : l'amour
périorilé de talens dans beaucop
sciences
bien moindres qu'au
ei la culture des
2 quoique --- Page 293 ---
(247)
siècle dernier, Les bases de sa constitution
me paraissent excellentes
politique (*)
ei dignes de lout ce qu'elle a
fait pour les couserver,
Après un tel aveu, 2 permetlez-moi d'user de ma
franchise, et de vous dire que c'est son
que j'abhorre, ; il n'en existe
gouvemement
pas sur la terre de plus
machiavélique. Rien n'égale son sang froid et sa satisfaction, au milieu de toutes les calamités
quand il lui en résulte
étrangères,
de
quelqu'avantage; ni n'approche
son art et de son empressement à les
pour son seul intérêt. Attentif à se saisir provoquer, 9
de tout ce qui convient à
sur le globe
son esprit de domination
et de propre à nuire aux autres, ; à défaut de la
ily employe la mauvaise foi.
force,
Tyran sur toutes les
son ambition n'a point de
mers. 7
bornes ; ses usurpations sont
continuelles 2 et ses rapines inouies Est-il vainqueur ? Ses entrailles ne s'émeuvent de rien il
à la mort des
; dévoue
peuplades entières. Il
dévaste tout
démolit, 2 il
ce qui peut lui donner le moindre
(*) Ponderibus librata suis,
C'est cet esprit envalisseur qui lui a
tablir aux Bermudes
suggéré de s'éiles
, à la Providence de Bahama et aux
Turques, pour gêner le commerce étranger des
sucre ; qui lui a conseillé de garder
iles a
reçu qu'en dépôt ; gui lui a fait Gibraltar, les qu'il n'avait
(aujourd'hni Falkand);
occuper
iles Malouines
qui le rend
qui l'a fixé dans la baie de Nootka,;
convoiteux du Môle
St-Nicolas 2 du Cap de BonneEspérance 2 du Port-Mahon 2 etc.
Cinq cens navires français
claration de
pris, en 1756, sans déguerre.
(** Les Acadiens forcés, après la
de
ter Jeur pays, pour aller à
paix 1763 , de quitpérir tous , eti par la misère et St.-Domingue et à Cayenne, > y
** ** ) Le port de
pari l'extrême différence du climat.
Pouvant rouyrir ses bassins, Louis-Bourg comblé 5 Dunkerqne ne
etc,
on 2 etc.
Cinq cens navires français
claration de
pris, en 1756, sans déguerre.
(** Les Acadiens forcés, après la
de
ter Jeur pays, pour aller à
paix 1763 , de quitpérir tous , eti par la misère et St.-Domingue et à Cayenne, > y
** ** ) Le port de
pari l'extrême différence du climat.
Pouvant rouyrir ses bassins, Louis-Bourg comblé 5 Dunkerqne ne
etc, --- Page 294 ---
(248)
ombrage pour P'avènir. A-t-il conquis , il pèse de toute
sa durelé sur les provinces soumises et son avarice
la dernière once de leur or. Je
les pressure jusqu'à
déteste enfin en volre gouvernement, son application
éternelle à nous susciter des ennemis, et son art à nous,
épniser sans cesse, 3 sans compromettre ses propres forces.
Par dieu, me répliqua M. Goodrich, 2 le vôtre nous
rend bien la pareille en la plupart de ces choses ; à bon
chat, bon rat. Groyez-vous bien que pour obliger les
autres peuples 2 nous laissions perdre les avantages de
notre marine 2 et que nous manquions les, occasions
d'augmenter noire commerce ?
Vous en viendrez 2
j'espère, à ce sujet ; au sort de la grenouille, qui crêva
avoir trop distendu sa peau 3 il y a un terme à tout.
pour Il est si satisfaisant et si glorieux de commander
sur toutes les mers, 5 et si avantageux de traiter avec
tousles peuples du monde ! L'or vient à pleins navires.
Mais pour éteindre cette soif de richesses, et pour se
bercer de cette gloire 2 est-il nécessaire de ne s'occuper
de la destruction d'une nation voisine? - Oui,
bien, que si sa rivalité nous est nuisible en tous temns.
Je vous y tiens : vous n'avez pas plus d'affection pour
legonvernement français 1 que je n'en ai pour Panglais;
ainsi, 2 comme certainement vous n'employeriez pas
vos efforts à l'avantage du mien 2 ne trouvez pas mauvais que j'en use de même à l'égard du vôtre. Que
chacun de nous ne soit blâmé de son allachement à sa
patrie.
Mais monsieur, m'objecta le médecin, est dans un
cas bien différent du vôtre 3 ainsi que nous tous qui
(*) Allusion principalement à ses conguêtes dans les Indes
Orientales. Il n'est pas de maitres plus durs que les anglais.
vous --- Page 295 ---
(249)
vous parlons. Nous n'irons pas nuire au pays qui nous
nourrit et nous protège: où repose en paix et sous
la garantie Oes lois, > ce que nous avous de plus
cher et de plus précieux au moude; propriérés. a épouses,
enfuns, amis, reiigion. Ponvez-vous appeler patrie >
dénaturer cette dénomination el profiner ainsi ce nom
sacré, en le dounant à un sol, ot ces avantages
n'existent plus 5 où des brigands se jouent de Leo
fortune et de la vie des hommes. C'est ce gouvernement qu'il faut abhorrer et non pas le nôtre : n'allez
pas vivre sous de telles lois; préférez des pays étrangers,
dont les peuples se proposant d'anéantir des excès
aussi criminels. 3 ne veulent , quoique vous en pensiez,
que le bonheur de votre pays. Vous m'ébranleriez, médecin 2 lui répondis-je, si
je n'étais intimement persuadé 2 que, de tout tems 1
le but du cabinet de St.-James n'a été que contre le
salut de la France, Pintégrité de son sol, , ou la
grandeurde sa puissance.
,
dont les peuples se proposant d'anéantir des excès
aussi criminels. 3 ne veulent , quoique vous en pensiez,
que le bonheur de votre pays. Vous m'ébranleriez, médecin 2 lui répondis-je, si
je n'étais intimement persuadé 2 que, de tout tems 1
le but du cabinet de St.-James n'a été que contre le
salut de la France, Pintégrité de son sol, , ou la
grandeurde sa puissance. De plus , qboigu'actuellement. elle soit une cruelle marâtre pour nous 2 l'attachement
que je conservc pour cette terre qui m'a donné naissence,oà j'ai sucé le lait, oà j'ai reçu mon
mes
éducation,
principes 2 mes gouts et mes moeurs 5 ou je possède enfn des parens et des amis 2 est tellement enraciné dans mon coeur, que je ne puis la confonore
avec les tyrans qui la gouvernent: le poids même de
celte tyrannie, me rendant plus douloureux le malheur
de la France ; ma sensibilité 2 mon intérêt pour elle
en redoubient. Je n'espère et ne désire que la fin de
ce malheureux ordre de choses
2 m'attendant qu'elle
arrivera bientôt. Je me dis sans cesse en moi-même,
ce qui est extrême ne saurait durer et
Pénormité que
que
(*) Il n'est guères d'homme de bou sens qui n'aitjpensé
--- Page 296 ---
(250 )
toujours le remède. Les français 2
du mal en accélère
se réveilleront de Ieur funeste
opprimés à ce point,
scéléléthargie : les honnêtes gens se réuniront, et les
tôt ou plus tard, seront enfin punis. Voyez
rats, , plus
comme déjà ceux-ci se rendent justice, en s'égorgeant
les uns les autrés. dit le curé 5 jamais les français ne
Croyez-moi 9
que sous un
rentreront dans leur première tranquillité,
vivement le néroi légitime. Aussi long-tems 2 ajouta
gociant, qu'ils seront gouvernés en forme de république, le trouble et la discorde ne disparaîtront jamais de leur sol , et le commerce et les manufactures
s'en iront au béant. Dieu me damne ( God Dam ),
bélitres réformateurs politiques ont fait plus de mal
ces
en un an 2 que dix mauvais rois 2 qui se succéderaient
n'en pourraient faire pendant la durée
sans interruption 3
de
de leurs règnes réunis. Ce n'est pas au royaume
France seul qu'ils ont occasiouné du mal, observa le
médecin il menace encore tous ceux de PEurope :
les effets, que coalisés, et le
c'est pour en prévenir
de
gouvernement anglais à leur tête, ils entreprennent
rétablir sur le trône un prince de la maison de
Bourbon. messieurs ;
Vous flateriez-vous de me persuader,
leur dis-je, que le cabinet de St.-James craigne beaules suites de la révolution française, ou, qu'il
coup
de mème dans ces terribles circonstances : mais une trop
vire impatience. a souvent empêché de distinguer la durée relative de chaque chose. On était colère, on désespérait de tout à la vue des maux quir n'avaient point de teroubliant 2 que IO à 12 ans de la vie d'un empire 2
me ;
guères que le cours d'une année de la vie hun'équivalent
maine.
.-James craigne beaules suites de la révolution française, ou, qu'il
coup
de mème dans ces terribles circonstances : mais une trop
vire impatience. a souvent empêché de distinguer la durée relative de chaque chose. On était colère, on désespérait de tout à la vue des maux quir n'avaient point de teroubliant 2 que IO à 12 ans de la vie d'un empire 2
me ;
guères que le cours d'une année de la vie hun'équivalent
maine. --- Page 297 ---
(25r)
s'intéresse effectivement, soit à cette maison, soit à la
tranquillité de la France ? La
de nous et puissamment défendue Grande-Dretagne, , isolée
bien encore se
par sa marine, saura
préserver de notre nouveau
par la force de Sa
régime, 3
ses
constitution et par le bon seus de
peuples. Ce n'est certes encore ni
ni par générosité,
>
par pitié 3
2 que son gouvernement paraît s'employer pour celte famille fugitive 5 ni pour le retour
de la concorde et du bon ordre
che à rétablir nos
parmi nous. S'il cherprécédens princes sur le trône, c'est
pour continueràjouir des fruits de leur faiblesse: : du
de courage et de fermeté de nos rois ; et de la
peu
des finances, , sous des princes faibles et descourtisans dilapidation
dissipateurs. Quant au bonheur de la
une étrange bévue de l'attendre
nation 3 ce serait
du plus acharné de
du plus constant et
nos ennemis.
Vous vous exprimez avec une passion
reprocha le négociant. Il faut le lui
exiréme, me
le médecin il
pardonner, reprit
; parle en faveur de son pays ; mais il
a beau s'étourdir de ses raisonnemens,
de la France ne cesseront
2 jamais les maux
puissances
que par l'entremise des
étrangères : il entre trop de passion et d'acharnement dans les haines
dissentions
domestiques et dans les
civiles, pour que les partis se calnent et
s'accordent d'eux-mémes. Je
crois 2 au contraire, lui
répliquai-je 2 que si leur intervention n'eût
nos différens seraient
pas eu lieu,
C'est
arrangés à cetle heure entre nous.
pour s'en être mélées, 2 qu'ayant nourri le
sentiment et l'espoir des parlis opposés, elles restretenu dans les
ont enesprits une roideur et une animosité
qui n'ont jamais permis aucune idée de
ment, ni pas une voie de conciliation
rapprocheconsenti à Parmement de
: c'est pour avoir
nos émigrés chez elles 5 pour
ût
nos différens seraient
pas eu lieu,
C'est
arrangés à cetle heure entre nous.
pour s'en être mélées, 2 qu'ayant nourri le
sentiment et l'espoir des parlis opposés, elles restretenu dans les
ont enesprits une roideur et une animosité
qui n'ont jamais permis aucune idée de
ment, ni pas une voie de conciliation
rapprocheconsenti à Parmement de
: c'est pour avoir
nos émigrés chez elles 5 pour --- Page 298 ---
(252) )
leur patrie; pour avoir
les avoir aidés à combattre de leurs forces ; et pour
entrepris de nous accabler le traité de Pilnitz, de se parêtre convenues 2 par la France: c'est pour toutes
tager les dépouilles de
de leur ruine
raisons, dis-je, et pour se préserver
ces
ont été contraints de se lever
entière, que les français
frontières. Cette
et de se porter tous aux
en masse 2
devenue la source de nos plus
mesure nécessaire est
afflictions domestiques : dans cet éloignement,
grandes
de
n'ont pas usé de leurs
non-seulement tant
citoyens
et n'ont pu en imposer par leur prédroits politiques,
factieux et despotes; mais 7
sence 1 aux gouvernans
obéissance passive 2 ou
ce qui est pire, soumis à une
le
être si facilement trompés 7 sous prétexte à
pouvant
la
ils ont servi puissamment
du salut de patrie 2
de rigueur et ce fatal
établir cetle quantité de mesures
la France de
régime révolutionnaire, 3 qui couvre
larmes et de deuil.
n'avait guères paru prenL'avocat, qui jusqu'alors
me dit : vous vous
dre part à notre conversation 2
de
dans
je crois : plus ily aurait eu français
trompez 2
plus les massacres, les inlintérieur du royaume 1
étendus'et mulcendies et les dévastations se seraient
d'une
Au lieu d'être sous le poids accablant
tipliés.
dans toutes les horreurs
oligarchie 2 vous seriez tombés
comme le
d'une guerre civile. Je pense 1 ajouta-t-il,
médecin. Vous ne cesserez en France de vous manger
dévorer les uns les autres 3 si quelles foies 1 de vous
médiation étrangère, et la nôtre parliculièrement, le
que
et ne vous ramène dans
ne calme votre frénésie,
lui répondis-je,
médiation ,
repos. Appelez-vous
des places fortes et des
cette méthode de s'emparer
du Môle et de Dunclefs d'un royaume, de Toulon,
-il,
médecin. Vous ne cesserez en France de vous manger
dévorer les uns les autres 3 si quelles foies 1 de vous
médiation étrangère, et la nôtre parliculièrement, le
que
et ne vous ramène dans
ne calme votre frénésie,
lui répondis-je,
médiation ,
repos. Appelez-vous
des places fortes et des
cette méthode de s'emparer
du Môle et de Dunclefs d'un royaume, de Toulon, --- Page 299 ---
(253)
kerque, que vous convoîtez si fort ? - Ce n'est
pour les resiluer au souverain
que
remonté sur le
légilime 2 lorsqu'il aura
trône. - A-peu-près comme, vous avez
restitué Gibraliar, qui vous avait élé remis en
Votre obslination , coutinua-t-il
dépôt.
cevable et
avec feu, est incon3 ne peut être égalée que par votre aversion
pour notre gouvernement 5 eh bien!
rez; 5 allez habiter un
partez. 2 couglaive
sol, sur lequel se promène un
exterminateur, et s'étend la plus horrible famine.
Vous reconnaîtrez trop
terrible
tard, que jamais féau
et plus général ne pesa sur aucun
plus
ce globe 5 que le crime ne régua nulle empire de
tant de
part avec auperséverance et d'activité ; et
chez
uue nation 2 Pinnocence et la
que; 2
pas
bourreaux
faiblesse n'eurent de
plus cruels et plus obstinés.
A ces sinistres peintures 3 lui observai-je, devrais
bien plutôt accélérer
je
que rompre mon
une position aussi désastreuse,
départ. Dans
ont instamment
3 mon épouse et ma fille
le
besoin de secours et d'appui. Je suis
seul que cette office regarde.
reste > à craindre des tyrans ? Ils Qu'avons-nous, au
tel point de
nous ont réduits à
misère, que notre fortune ne les tentera
pas : et puis, 3 nous ne sommes d'aucune des classes
proscrites en France ; je n'ai jamais mis le
dans
un, club : nous ne sommes
pied
pas plus royalistes décidés,
que patriotes exaliés : nous ne tenons enfin
ment à aucun parti, , qu'à celui de la
, proprela modération..
sagesse et de
De la
Cela seul
modération, 5 s'écria l'avocal !
vous conduirait à la
me dit M.
guillotine. Ecoutez 3
Goodrich, votre sort me fait
:
je vous vois partir avec
compassion
votre infortuné
peine, 5 pour retourner dans
pays. Si vous voulez reprendre le chemin de
St.-Domingue, et y faire cause commune
enfin
ment à aucun parti, , qu'à celui de la
, proprela modération..
sagesse et de
De la
Cela seul
modération, 5 s'écria l'avocal !
vous conduirait à la
me dit M.
guillotine. Ecoutez 3
Goodrich, votre sort me fait
:
je vous vois partir avec
compassion
votre infortuné
peine, 5 pour retourner dans
pays. Si vous voulez reprendre le chemin de
St.-Domingue, et y faire cause commune --- Page 300 ---
(254)
avec nous, , je me charge de faire revenir votre (amille auprès de vous.
Je me jetai au cou de cet homme généreux, et
je lui dis : certes, 2 si quelque motif pouvait me décider à ne pas écouter en vain des offres aussi bienfaisantes, 2 ce serait sans doute le sentiment qu'elles
produisent en moi: mais pour y. répondre, je vais
vous ouvrir mon coeur 2 et vous avouer que jeregarde
comme impossible à votre nation, de subjuguer
promptement ces esclaves révoltés.
Vous le croyez ?
Voici mes raisons : premièrement vous
n'avez
pas d'assez nombreuses troupes 2 pour en sacrifier une
forte partie à la conquête de cetle Colonie : en second
lieu, il y a trop pen de tems que ces nouveaux affranchis jouissent de leur prétendue faveur 5 pour pouvoir être attaqués avec espoir de succès. Ils en sont
encore entièrement engoués 2 et leur nombre n'a presque pas diminué : la force qu'on emploîrait actuellement, ne servirait qu'à donner plus d'énergie à la
leur. Le tems seul opérera bien mieux leur réduction
et sans effusion de notre sang.Je connais les
Jivrés à eux-mêmes, ils vout être
Nègres :
accablés de tous
les désordres et de tous les maux, où peuvent conduire des passions vives et brulales, délivrées de tout
frein. S'ils ne se font pas la guerre en corps 2 ils seront
désolés par des rixes et des haines particulières 5 ils
se voleront leurs hardes, 2 leurs effets et leurs vivres :
ils se débaucheront leurs femmes; ; ils se baliront pour
elles 3 ils auront des débats au jeu et au cabaret:
se déchirant encore pour cent autres sujets, ils ne
jouiront enfin d'aucun repos 2 et tomberont dans un
dénuement absolu des choses les plus nécessaires. Quelques années de cette misérable coudition les rendront
rixes et des haines particulières 5 ils
se voleront leurs hardes, 2 leurs effets et leurs vivres :
ils se débaucheront leurs femmes; ; ils se baliront pour
elles 3 ils auront des débats au jeu et au cabaret:
se déchirant encore pour cent autres sujets, ils ne
jouiront enfin d'aucun repos 2 et tomberont dans un
dénuement absolu des choses les plus nécessaires. Quelques années de cette misérable coudition les rendront --- Page 301 ---
(255)
bien plus traitables, 2 que des efforts directs. Alors;
si leurs précédens maîtres (*) se présentaient à eux,
l'olivier à Ja main, en leur annonçant les secours et
les douceurs qu'ils en recevaient précédemment, je
doute qu'il y en eût quantité parmi eux, 3 qui résistâsseut à Pappat de ce nowveau bien-être ; au souvenir du sort heureur, 2 qu'ils goûtaient avant les tronbles ; et à cette affection que le Noir acquiert et conserve naturellement pour son maître. Vous en massacreriez les trois quarts aujourd'bui, que le reste n'en
serait pas iniérieurement plus soumis 2 et, qu'il faudrait se tenir sans cesse en garde contre une nouvelle
rebellion.
Pourquoi, messieurs, nous dit l'avocat 3 vous fatiguer ainsi l'esprit à chercher les moyens de réduire
ces Noirs ? Eh ! laissez-les jouir tranquillement de la
liberté: croyez-moi, leur nouvelle condition ne leur
ôtera rien de leur penchant au travail : ils s'y porteront volontiers d'eux-mêmes, lorsqu'ils y trouveront
leur intérêt. J'en ai pour preuve ce qui est arrivé
dans les provinces du Nord de P'Amérique. On a eu
la générosité d'y affranchir tous les esclaves. Pas un
d'eux, depuis, n'a fui le travail, ni cessé de s'occuper 3 le service domestique et la culture des champs
y vont comme auparavant.
Je crains fort, lui répondis-je :. que vous ne hazardiez une comparaison trop peu réfiéchie, et que votre
conséquence ne cloche extrêmement. Connaissez-vous
par vous-même et par les suiles d'un séjour assez
(*) Mais oi sont-ils, aujourd'hui ? Les trois quarts dans
la tombe. II ne faut pas croire que des économes ct des
gérans opèrent ce même retour,
s'occuper 3 le service domestique et la culture des champs
y vont comme auparavant.
Je crains fort, lui répondis-je :. que vous ne hazardiez une comparaison trop peu réfiéchie, et que votre
conséquence ne cloche extrêmement. Connaissez-vous
par vous-même et par les suiles d'un séjour assez
(*) Mais oi sont-ils, aujourd'hui ? Les trois quarts dans
la tombe. II ne faut pas croire que des économes ct des
gérans opèrent ce même retour, --- Page 302 ---
(256)
long, les différences essentielles entre le climat du'
Nord de PAmérique et celui des Colouies à sucre :
entre leurs cultures et leur ezploitation; leurs moissons ; le tems de leur récolte ; la masse respective
des revenus des terres ; les divers genres de manufactures j les moyens qui les font marcher ; PétenOue du service des Noirs; la façon de les gouverner; le fond de leur caractère : en possédez-vous
enfin toutes les dissemblances locales ? Savez-vous encore celles qui sont dans les habitudles 2 les moeurs 9
les préjugés 3 les passions 2 les besoins , et la vie ordinaire des Noirs des deux pays ? Il vous faut, cependant, n'ignorer rien de tout cela, pour pouvoir assurer 2 avec conpaissancede cause 2 ce que. vous
aflirmez si positivement.
Jamais, me répondi-il, je n'allai ni dans le Nord,
ni dans le Midi de ce continent : je n'ai quitté PAngleterre que pour me rendre ici 2 nécessité par des
affaires d'intérêt. Quelle rage avez-vous donc 2 lui
dis-je avec humeur, de parlér de ce que vous ignorez
profondément. , et de prononcer avec cette témérité ?
SiPon veut savoir mauier un outil 5. faire un point
d'aiguille 5 mettre une fève en terre ou telle autre chose
simple et facile, on ne s'avise pas de deviner comment
cela se pratique ; moins encore a-t-on l'impudence
d'en vouloir donner des leçons et vous discoureurs
(*) On doit se rappeler à ce sujet , de combien peu d'uzilité sont lcs livres sur l'agriculture > quoique coniposés par
des écrivains du pays ; ils n'apprennent rien que ne sache
encore inieux Pexpérience journalière du paysan. De même
un négociant, par ses seules entreprises connait plus parfaitement les communications les plus lacratives entre la métropole et les Colonies: 3 qu'aucun discours de cabinet ne saurait
et
discoureurs
(*) On doit se rappeler à ce sujet , de combien peu d'uzilité sont lcs livres sur l'agriculture > quoique coniposés par
des écrivains du pays ; ils n'apprennent rien que ne sache
encore inieux Pexpérience journalière du paysan. De même
un négociant, par ses seules entreprises connait plus parfaitement les communications les plus lacratives entre la métropole et les Colonies: 3 qu'aucun discours de cabinet ne saurait
et --- Page 303 ---
mc
1(257)
et réformateurs inodernes, dans des sujets d'où doit
résulter la mort ou la vie des élals, vous prétendez
parler et décider, d'après les plus superficielles connaissances ? Quelle fatale démangeaison, 2 et quel funeste aveuglement !
N'avons-nous pas des voyageurs, m'objecta l'avocat;
qui nous racontent ce qu'ils out vu 5 et des ouvrages
qui nous donuent des notions complètes des pays lointains ? Oui, vous ayez des voyageurs,
3 quelquefois
menteurs, plus souvent incapables de bien observer,
par défaut d'esprit, de moyens, ou d'assez de tems. 2
D'autres, qui, 5 guidés seulement par leurs passions ,
ne voient qu'à travers ce prisme trompeur 5 ou, qui
systématiques 3 ramènent forcément tout ce qu'ils remarquent aux idées dont ils sont pleins : le plus grand
nombre voit superficiellement, confond les
les expose mal. Mais quand tout serait choses, ou
exact et vrai
dans le rapport des voyageurs, croyez-vous qu'il soit
possible de saisir et de décrire toutes les différences
physiques et morales qui existent entre un pays et un
autre, 2 les diversités qui s'y glissent et les nuances qui
y règnent ? Jamais un écrivain ue rendra ces choses
sensibles, comme le conp-d'oil et la fréquentation journalière. L'abbé Raynal, qu'on doit supposer avoir écrit
d'après d'excellens mémoires , m'a toujours laissé à
désirer plusieurs particularités à l'égard des
m'étaient connus 1 et des inexactitudes en pays diverses qni
occasions. Je vous le répète, mousieur, avec le secours
seul de vos livres, et si vous n'allez pas sur les
vous en parlerez sans cesse de travers, Vous m'avez licux,
l'apprendre. Ainsi du manufacturier, , etc., ilya des choses
de théorie et d'autres de pratigue. C'est dans celle-ci
faut ranger l'art de gouverner des pays lointains.
qu'il
--- Page 304 ---
(268)
aurait -
fait entendre tout-à-lheure, qu'il n'y
pas plus
d'inconvénient ni moins davantage à donner Paffranchissement aux Nègres dans les Colonies à sucre : ,
qu'il n'y en a eu à le leur accorder dans les provinces Ou Norà des Etats-Unis.
Eh bien ! qu'avez-vous à m'objecter là-dessus ?
Beaucoup de choses 3 de Texposition desquelles
vous découvrirez ce que vous imagineriez peu : c'est
que cet acte d'humanité, de bienfaisance et de générosité , prôné du moins pour tel, et présenté par
la philosophie du jour 9 comme le plus sublime effet
de ses instructions 2 n'a été , dans le fond 2 qu'une mesure de ménage 3 un calcul économigue, plus profitable dans le Nord aux maîtres 3 qu'aux esclaves qu'ils
affranchissaient. Pour le coup 2 s'écria-t-il, c'est bien
là un de vos paradoxes Coloniaux. Vous seriez fort
embarrassé de me donner une autre idée de votre singulière assertion. Il est actuellement trop tard , lui répondis-je, 2 pour vous en prouver la solidité. Remettons
la partie à démain. En attendant, réfléchissez sur la
différence de conduite des planteurs des provinces
Méridionales des États-Unis ; ils n'ont pas imité la
prétendue libéralité de leurs frères du Nord : vous devez croire néanmoins 2 que parmi les premiers il se
trouve autant de têtes pensantes et de coeurs généreux 5
que dans ces derniers. Tachez, d'après votre système,
de me donner la raison de cette marche différente :
la-dessus, nous nous séparâmes,
la
différence de conduite des planteurs des provinces
Méridionales des États-Unis ; ils n'ont pas imité la
prétendue libéralité de leurs frères du Nord : vous devez croire néanmoins 2 que parmi les premiers il se
trouve autant de têtes pensantes et de coeurs généreux 5
que dans ces derniers. Tachez, d'après votre système,
de me donner la raison de cette marche différente :
la-dessus, nous nous séparâmes, --- Page 305 ---
(259)
SEPTIÈME ET DERNIER
ENTRETIEN.
IL est entièrement Destiné
plus vrzie Ou
3 en Donnant Cidée la
à le blanchir de régime précédent Des Colonies ,
tout ce qu'on en a Oit
lomnieuz - Quel cst le seul
de caa pu lui faire. Maux reproche fonde guom
résulter P'unsubit
extrêmes gui Devaient
Les Noirs rendus affranchissemene des esclaves.
libres ne feront.jamais grand
owvrage. Sort Des ci-Devant esclaves
à celui Des journaliers Blancs.
comparé
moins heureur que ceux-là.
Ceur-ci bien
C'est le Destin Des
pauvres 3 de travailler pour les riches.
Dérés ainsi, les Noirs
Consitravail. La raison
peuvent être forcés au
la prospérité de
D'état Perige. - Le bien ou
Nou le moins
tous, Doit Pemporters sur le plus
D'avantnge de
- Si lon ne rétablit
quelgues particuliers.
Colonies,
pas Cancien régime des
s en prenant Des mesures
Bout acte D'inhumanité,
pour en bannir
celui
tuera Devra en approcher De quon y substisont les Deuz conditions
très-près, Quelles
Colonial quon
essentielles d tout régime
préférera D'établir.
Eh bien ! dis-je le lendemain à
vous trouvé la solution du
2 P'avocat; avez:
Fort
problême d'hier au soir?
du aisément, me répondit-il ; c'est que ces messieurs
Midi, plus riches que ceux du
et
guemment plus attachés à leurs Nont, consévoulu rien perdre. Les richesses jouissances 2 n'en ont
le luxe engendre la mollesse
amènent le luxe 2 et
: Or, celle-ci n'énerve
tablir.
Eh bien ! dis-je le lendemain à
vous trouvé la solution du
2 P'avocat; avez:
Fort
problême d'hier au soir?
du aisément, me répondit-il ; c'est que ces messieurs
Midi, plus riches que ceux du
et
guemment plus attachés à leurs Nont, consévoulu rien perdre. Les richesses jouissances 2 n'en ont
le luxe engendre la mollesse
amènent le luxe 2 et
: Or, celle-ci n'énerve --- Page 306 ---
(360)
le corps. Dans cet état, ni Pun
pas moins Pesprit que susceptibles d'aucun acte de
ni l'autre ne sont plus
vigueur.
, lui disVotre raison est juste 2 philosophiquement,
mais reste à savoir, si c'en est la vraie cause.
je; Permeltez-moi de vous observer, en passant, que vos
n'ont commis autant d'erreurs, 2 que par
philosophes
à résoudre ainsi par des maximes
leur entêlement
des cas particuliers qui ne s'y rapportaient
générales livrant sans cesse à leurs idées théorétiques 2
pas 5 se
et les faits. Je reviens à ces
sans consulter Pexpérience
seules
du Midi. Ce n'est pas leurs jouissances
planteurs
mais leurs fortunes
de luxe 3 qu'ils auraient perdu, des cultures et des
entières. Ayant, comme nous 1
ils seraient restés
manufactures à bras, 9 comme nous 2
Je vais vous
sans pain, en se privant de leurs Nègres.
Paffranassertion d'hier. J'aidit, que
démontrer mon
dans le Nord avait été plus avanchissement donné
esclaves. Voici comment
tageux aux maîtres qu'aux
je le, prouve.
de
;
Dans ces pays froids, on a peu
domestiques de valels
de même 2 qu'un petit nombre
on n'a,
la terre s'y travaille
attachés à la culture. 2 parce que
sont indivileurs besoins
à la charrue. Cependant, tombent entièrement à la
duellement nombreux, et nourrir chaque esclave 1
charge du maître. Il y doit fournir des bas et des souPhabiller chaudement, lui donner du bois, l'éclairer,
liers ; le bien loger; lui
le soiguer, le médicamenter; supporter
le blanchir,
occasionnées
de son travail,
les fréquentes interruptions
enfiu, à tous les
par là rigueur du climat ; parer 2
sans
qui Tui arrivent. Cet entretien surpasse,
accidens
libre; ne fai-il
contre-dit les gages d'un domestique
Il y doit fournir des bas et des souPhabiller chaudement, lui donner du bois, l'éclairer,
liers ; le bien loger; lui
le soiguer, le médicamenter; supporter
le blanchir,
occasionnées
de son travail,
les fréquentes interruptions
enfiu, à tous les
par là rigueur du climat ; parer 2
sans
qui Tui arrivent. Cet entretien surpasse,
accidens
libre; ne fai-il
contre-dit les gages d'un domestique --- Page 307 ---
(26r)
qu'égal," ce serait une raison déjà, d'être
sur Pétat
indifférent
d'esclavage ou de liberté des serviteurs.
Mais, ce qui fait cesser celte irrésolution
porter les maitres à
2 et doit
préférerq qu'ils soient
que le prix D'achat de
libres, c'est
anuées,
l'esclave, la perte de ses
2 les accidens qui lui
sursiennent, ses
mités, Sd mort eufin 2 sout des
infireux , dont rien 2 dans le
surcharges pour
dans
service, ne les
ces pays du Nord. Telle
dédommage (*)
y a été la considération
puissanle de l'affranchissement des Noirs: Les maîtres
s'y sont volontiers
de leurs
prélés 9 au sacrifice même da prix
esciaves, 3 prévoyant s'en
diminution
récupérer sur la
subséquente de celui de leur service
nuel, et s'exemptant encore
annouveau
d'employer à l'avenir un
capital, en remplacement de ceux qui leur
mourraient. Vous concevez sans peine,
du
qu'un
libre
que moment
de domestique
ne vous rend ni plus ni moins
service et de profit qu'un
est le même
esclave, et que leur coût
2 qu'alors ce serait un abus de
ser une somme pour se procurer celui-ci. débourà la lettre un
Ce serait,
à présent 1 la capital perdu. Apercevez - vous 2
bien
, que démarche des habitans du Nord est
plus une mesure
rosité? Il n'en
d'économic, 3 qu'un acte de
a pu résulter aucun bon effet
g6affranchis. S'ils se sont avisés de chercher
pour les
du service, indolens
à vivre hors
et dépourvus de
ront tombés dans la misère
capitaux, 3 il seges, ils auront
5 s'ils se sont mis à gaeu contr'eux, tout le tems que des
(*) Il ne faut pas compter
qui naissent; ; c'est au contraire pour un profit les enfans
pense. Pendant les
un fort grand objet de déespèce de service, et premiers de très dix ans, s ils ne rendent aucune
suivantes 5 néanmoins on les faibles pendant les 4 ou 5 années
nourrit, on les entretient, etc.
M
ux, 3 il seges, ils auront
5 s'ils se sont mis à gaeu contr'eux, tout le tems que des
(*) Il ne faut pas compter
qui naissent; ; c'est au contraire pour un profit les enfans
pense. Pendant les
un fort grand objet de déespèce de service, et premiers de très dix ans, s ils ne rendent aucune
suivantes 5 néanmoins on les faibles pendant les 4 ou 5 années
nourrit, on les entretient, etc.
M --- Page 308 ---
(262 )
d'en gagner; et la persaccidens les auront empêchés dans les infirmités de la
pective d'être sans secours 2
avantageux de rester
vicillesse : il leur a donc été plus
qu'ils
à leurs anciens maîtres 2 et j'estime
attachés
la liberté n'a pas changé leur
Pauront fait. Ainsi, amélioré : les maîtres seuls y
sort. Elle ne Pa pas
ont trouvé de Pavantage.
le sentiVous ne comptez pour rien, me dit-il,
d'être libre et de quitter un maître quand il déplaît.
ment
doute lui répliquai-je : mais
C'est beaucoup sans
2 n'a rien ce n'est pas
quitter un maître quand on
du 2 même pas en
s'exempter du travaii : il faut aller
chanle joug ailleurs. Ces domestiques qui
reprendre
de maison sont rarement de bons
gent si souvent
s'amender 2 et non aux bourgeois à
sujets : c'est à eux à
assuré que, presque
se plier à leurs défauts. Soyez
dans
les rudes corrections que Pon infligeait,
toujours 2
ne tombaient que sur des
nos Colonies aux esclaves,
ivrognes, voleurs ou
Nègres paresseux outrés, libertins,
parmi
coutumiers d'aller marrons. Pensez-vous: 2 que
comme tout homme sans
600 mille Noirs, se livrant,
et aux
et sans éducalion 2 à la grosièreté
principes
put se passer un jour sans
vices de leur caractère,il
a eu
? Je sai néanmoins , qu'ily
en punir quelqu'un
caractère, dont
des maîtres mauvais et emportés par les fautes de
excédaient de beaucoup
les châtimens
désiré
y eût eu une loi
leurs esclaves. J'eusse
qu'il maltrailé à se choiqui aurait autorisé le Nègre ainsi
maître. Le code noir avait bien prévu
sir un autre
sénéchaussées élaient
du roi aux
ces cas 3 les procureurs excès de rigueur Mais
chargés de punir ces
les articles XLII et XLIII, du
(*) Voyez particulièrement
eode noir de Louis XIV.
excédaient de beaucoup
les châtimens
désiré
y eût eu une loi
leurs esclaves. J'eusse
qu'il maltrailé à se choiqui aurait autorisé le Nègre ainsi
maître. Le code noir avait bien prévu
sir un autre
sénéchaussées élaient
du roi aux
ces cas 3 les procureurs excès de rigueur Mais
chargés de punir ces
les articles XLII et XLIII, du
(*) Voyez particulièrement
eode noir de Louis XIV. --- Page 309 ---
(263)
pouvaient-ils surveiller tous les particuliers de l'étendue
de leur ressort. J'en ai vu cependant quelques exemples. Je vous citerai celui d'une Mulâtresse (Nanette)
du Cap , qui fut condamnée à une amende et au
bannissement, pour avoir fait foueller impitoyablement
une de ses Négresses.
Votre réflexion au reste S continuai-je, n'a pas affaibli
mon raisonnement : il demeure
prouvé, > que dans le
Nord, les maîtres ont prévu plus de profit que de
perte , à rendre leurs esclaves libres. Actuellement,
vous allez juger si, sous aucun rapport, cette mesure
est applicable aux Colonies.
Dans les naaisons des villes ou dans celles des champs,
les Noirs étaient peu nombreux dans le Nord. J'en
suppose trois par famille, 2 l'une dans l'autre, et grand
nombre n'en avaient pas. Il s'ensuit, qu'en leur donnant la liberté, chaque maître (il n'en était que de
riches) n'a pu perdre qu'environ mille écus tournois.
Dans les Colonies au contraire, la perte eut été réssentie par tous les propriétaires et d'une manière escessive, puisque tout service 3 tout ouvrage, tout revenu dépendaient de leurs bras ; du savetier jusqu'à
l'orfèvre, et du cultivateur de magnioc jusqu'au plus
riche sucrier. Dans cette dernière classe, par exemple, on ne pouvait guères. avoir moins de 75 Noirs,
pour rouler en brut 3 et les grandes habitations en
Blancs, avaient jusqu'à cinq et six cens Nègres. Concevez-vous l'énormité de la perte de pareils
à ne supposer les Noirs que de la valeur de capitaux, 2000T
chacun, argent des Colonies ?
Je vous arrête-là 3 me dit mon adversaire : cette
quantité d'esclaves ne devait-elle pas coûterimmensément
de nourriture et d'entretien ; et n'en supportiez-vous
rouler en brut 3 et les grandes habitations en
Blancs, avaient jusqu'à cinq et six cens Nègres. Concevez-vous l'énormité de la perte de pareils
à ne supposer les Noirs que de la valeur de capitaux, 2000T
chacun, argent des Colonies ?
Je vous arrête-là 3 me dit mon adversaire : cette
quantité d'esclaves ne devait-elle pas coûterimmensément
de nourriture et d'entretien ; et n'en supportiez-vous --- Page 310 ---
(264)
les maladies et la mort PII aurait
pas les infirmités, 2
d'après votre raisonnement,
donc été plus conséquent,
élat de liberté.
de les affranchir et de s'en servir en
conclusion, lui répondis-je, excellente à l'égard
Cette
des climats du Nord, tombe d'elle-même, appliquée
du Midi. Dans nos Colonies 7 la nourriture
à ceux
des esclaves n'y coûtaient rien ordinaiet Ventretien
même
rement, à moins de quelques cas, peu fréquens
dans la plaine, de disette de vivres occasionnée par
sécheresse. On donnait à chaque Noir, mâle et
une
de terre à cultiver pour lui. Le trafemelle, un lopin
il
non-seulement sa nourriture ,
vaillant, y trouvait,
en vendant le surplus de son produit 2
mais encore, 3
de son entretien.
une grande partie
une saison, m'obCette ressource était bonne pour
l'avocat mais elle ne pouvait pas durer toute
jecta
;
l'année.
rapporte en toutes saisons 3
La terre, repris-je,
les vivres les plus
et l'on y recueille en lous lems
nécessaires. Ce moyen de se noureir et de s'entretenir eux-mêmes > était plus du goût et de Pavantage
: ils auraient éle moins salisfaits de n'ades Nègres
lopins de terre) ) à eax, et
voir pas de places ( leurs
et les vêtede recevoir de eurs maitres la nourrilure
Ils aprelaient leurs mets à leur fantaisie 3 et
mens. donnaient les hardes qui leur plaisaient le plus.
se
de la moCependant, on leur distribnnit firéquemment
ou des harengs ou des macquereaux salés 2 pour
rue 2
mettre dans leurs calalous. Eux se procuraient quantité de crabes, de ciriques, de chevrettes, 2 d'anguilles, 2
cabots et autre menu fretiu de rivière. a
de
, des infirmités de TIOS Nègres, et leur morLe coût
disparaissaient auprès des gros bénétalité ordinaire,
fices, --- Page 311 ---
(2 265 )
fices que leur travail nous procurait. En bonne terre
et dans les années favorables, les cultures rendaient
jusqu'à quiuze et dix-huit cens francs par tête de Noir
travaillaut. Elles y étaient el général si
avantageuses. 3
que tout habitant, avec du travail et de la conduite,
se relevait assez brièvement. , soit de la détresse où
l'avait plongé une guerre désastreuse ; soit d'une mortalité extraordinaire, survenue sur ses Nègres ou sur
ses animaux. Avant d'aller plus loin, me dit-il, expliquez-moi
comment les Nègres esclaves 5 se procurant leur nourriture et leur entretien avec autant de
facilité , les
libres, 2 suivant vous , étaient tellement en peine de
ces deux choses ? Cela me paraît avancé bien légèrement. Point du tout : c'est qu'un Nègre, rendu libre;
retombait bientôt dans ses vices favoris. la
le libertinage, la
2 fainéantise,
dissipation 2 l'ivrognerie, etc; dans
les trois premiers sur-tout.
aves 5 se procurant leur nourriture et leur entretien avec autant de
facilité , les
libres, 2 suivant vous , étaient tellement en peine de
ces deux choses ? Cela me paraît avancé bien légèrement. Point du tout : c'est qu'un Nègre, rendu libre;
retombait bientôt dans ses vices favoris. la
le libertinage, la
2 fainéantise,
dissipation 2 l'ivrognerie, etc; dans
les trois premiers sur-tout. Pour une fête 2 pour aller
voir une Oumbo ( une maîtresse), pour une partie de
plaisir 3 pour le moindre amusement enfin > un Noir
ou Mulâtre libre aurait volontiers passé quinze jours
hors de chez lui, et à recommencer aussi souvent
qu'il le pouvait. S'ils avaient des Nègres en
leur
absence, ceux-ci ne faisaient rien. Au retour des maitres, ils étaient châtiés: celte punition
récidivée, et
dune façon très-rade 9 jointe à l'aversion que les esclaves avaient à servir des gens de couleur, et la misère de la vie qu'ils y ressentaient, n'en étant jamais
secourus de hardes ou d'autres douceurs,
obligeait ces
malheureux à s'en, aller marrons. Rattrapés ils étaient
sévèrement châtiés encore. Etaient-ils malades 3
ils
manquaient de
chirurgiens, 2 de remèdes, d'alimens
--- Page 312 ---
(266)
propres à leur état, et de soins. Ces Nègres ntouraient
ou traîuaient leurs jours dans la faiblesse ou le dénuement: bref, il n'était pas d'esclaves plus infortunés
quej ceux des gens de couleur libres ; ni de propriétaires plus mal aisés que ceux-ci. Ne croyez pas qu'aucun
de ces derniers, qui n'aurait eu que ses bras et de la
terre 2 se fut assujetti à la travailler, à planter des vivres: ;
il aurait cru se dégrader : ils préféraient, en ce cas 2
d'être ouvriers 2, particulièrement maçons 2 selliers 2
charpentiers ; et pius encore 5 comme prenant moins
de peine, et se procurant plus de dissipation 2 d'être
maquignons de chevaux. Tout cela ne les conduisait
à rien. La grande quantité de ces derniers leur nuisait;
et les autres, dès qu'ils avaient reçu quelques semaines de paye, la mangeaient tranquillement quelques
jours, ou la dépensaient en plaisirs. Jamais ils ne
surent tous, que vivre difficilement du jour au lendemain. Témoins d'un pareil sort 2 ilya eu plusieurs
Noirs esclaves 2 que des maîtres Blancs 5 pour prix
d'un service signalé 2 ou d'une fidèle conduite , ont voulu
gratifier de la liberté 2 qui les en ont remerciés, ayant
continué de rester avec eux. Ces gens libres, comme
la perte du
vous voyez, péchaient principalement par
tems et l'amour du repos. Les Blancs avaient soin
de faire éviter' ces deux écueils à leurs esclaves :
ils veillaient continuellement à ce que leurs places fussent 2 en tout tems, bien entretenues; en quoi ils étaient
bien servis par Pobligation des Nègres, de ne s'absenter que momentanément de l'habitation du maître :
du bon état de leurs terreins à vivres 2 dépendaient
la force et la santé des Nègres de place.
alement par
tems et l'amour du repos. Les Blancs avaient soin
de faire éviter' ces deux écueils à leurs esclaves :
ils veillaient continuellement à ce que leurs places fussent 2 en tout tems, bien entretenues; en quoi ils étaient
bien servis par Pobligation des Nègres, de ne s'absenter que momentanément de l'habitation du maître :
du bon état de leurs terreins à vivres 2 dépendaient
la force et la santé des Nègres de place. Si Taffranchissement des esclaves, continuai-je, n'était pas recevable dans nos Colonies, d'après les con- --- Page 313 ---
(267) )
sidérations précédentes 3 il y en avait une troisième
qui la défendait bien plus
la sireté
impérieusement 5 celle de
publique. On a pu, dans le Nord donner
la liberté à une poiguée d'esclaves,
,
titude des Blancs
comparée à la mul3 qui en composent la
sans risquer la tranquillité du
population ,
craint,
pays : On n'y a pas
pouvant se passer aisément de leurs
de
les mécontenter et de les exciter à la
bras,
geanf d'eux une
révolte, en eximoins
sujétion au travail. Les passions sont
vives d'ailleurs dans ces' climats. La vie est
dure à obtenir : on a beaucoup de peine à
y
ses besoins Il y a plus de surveillance pourvoir à
Noirs par le grand nombre des Blancs
sur les
cilité pour les
; moins de fapremiers à se rassembler 2 moins de
communications nocturnes, de pourparlers secrets et de
moyens de se fréquenter au loin. Cet état de choses
y rend impossible, dans l'espèce Noire, toute idée de
soulèvement. Chez nous au contraire, tout
conviait. Il n'est rien à ce sujet, de défavorable lesy
dans le Nord,
aux Noirs
qui ne soit en leur faveur dans les
Colonies à sucre.
L'ensemble des considérations
exigé, qu'à défaut d'une force
précédentes y a donc
les contenir dans la
physique, suffisante pour
fussent
soumission et le travail, ils y
retenus, 3 comme je vous l'ai dit
une force morale placée dans
ci-devant, par
riorité marquée,
l'opinion d'une supéles Blancs
indubitable et comme surnaturelle dans
: ensuite ( comme l'oisivelé n'engendre
que
(*) Dans le Midi, la nature a donné
et ils lui demandent
beaucoup aux peuples
peu et ils Jui demandent peu : dans le Nord 2 elle leur a donné
liy. XXI, chap. IIt.
beaucoup. ESPRIT DES Lois 2
l'ai dit
une force morale placée dans
ci-devant, par
riorité marquée,
l'opinion d'une supéles Blancs
indubitable et comme surnaturelle dans
: ensuite ( comme l'oisivelé n'engendre
que
(*) Dans le Midi, la nature a donné
et ils lui demandent
beaucoup aux peuples
peu et ils Jui demandent peu : dans le Nord 2 elle leur a donné
liy. XXI, chap. IIt.
beaucoup. ESPRIT DES Lois 2 --- Page 314 ---
(268 )
(*) constante et jour=
des vices )5 par une occupation
nalière, que vous appellerez 2 esclavage, servage 2
; n'importe le nom, pourvu que
régime ou aiscipline
le
affranchi de
la chose reste. Devenu libre, Nègre
devient oisif et retombe incessamment
cette contrainte 2 naturelles et dans ses inclinations
dans ses habitudes
à cause de la' chaleur.
chéries. Il dormira le jour 3
La fraîcheur, un ciel toujours pur, les brillans rayons
à danser et chanter toute la
de la lune 5 l'inviteront
il fumera, il
nuit. Au surplus, il boira, il causera,
la
il montera à cheval ; il ira à la pêche 3 à
jouera, chasse : il fera enfin toute autre chose que travailler.
contraindre, il faudrait qu'il ne trouvât, sous
Pour l'y
aucune racine 2 aucune
sa main , aucun fruit sauvage,
ressource
herbe, aucun crabe, aucun coquillage, aucune la dent.
enfin de la providence, à pouvoir mettre sous
ceux qui n'ont pas vu les Colonies 2
Il n'y a que
choses mais sur mille, qui
douter de ces
;
qui puissent
leurs yeux pendant - un
voudraient s'en assurer par
un seul
court espace de tems, je gagerais qu'à peine abus
reviendrait sans en être convaincu. C'est un
en
contre des faits positifs. Le caractère
que de raisonner
tellement de fuir le trade Phabitant de Guinée, est
moderne
vail et d'aimer le repos, qu'aucun voyageur
arait fait abolir dans
(*) C'est la principale raison de 2 l'église, qui les deux derniers
les Colonies 2 et du consentement trois ainsi que quantité
jours des fêtes qui en duraient
n'y eût jamais
de fêtes particulières. On faisait ensorte de qu'il minuit, à la Noël,
deux jours de fête de suite : les messes
avaient éié également abolies.
nous
Ceux qui reviennent actuellement de Egypte des
donnent les naturels du pays pour les plus indolens berceau des
hommes, L'Abyssinie, ou PEthiopie ancienne,1 lo
2 et du consentement trois ainsi que quantité
jours des fêtes qui en duraient
n'y eût jamais
de fêtes particulières. On faisait ensorte de qu'il minuit, à la Noël,
deux jours de fête de suite : les messes
avaient éié également abolies.
nous
Ceux qui reviennent actuellement de Egypte des
donnent les naturels du pays pour les plus indolens berceau des
hommes, L'Abyssinie, ou PEthiopie ancienne,1 lo --- Page 315 ---
(169)
n'a avancé le contraire ; et que totis ont dépeint les
Noirs, dans leur pays, tels que je viens de
exposer Hanmon, le
vous les
il y a plus de deux mille Carthaginois 2 qui côtoyait,
et de
ans, les côtes du
Sierra - Lione
Sénégal
dansant la nuit à la clarté 9 nous représente les Nègres,
des cris ou des
des feux allumés et faisant
tandis
concerts de voix ou d'instrumens
que le silence et la solitude
s
dans tous ces vastes alentours.
régnaient le jour
le désir
Si le goût du travail, si
naturellement d'apprendre, si l'aptitude aux arts eussent été
communs aux Noirs comme. aux
depuis six mille ans, 2 les habitans de la
Blancs,
se seraient-ils pas fait
Guinée ne
dans
connaître, ou devenus renommés
quelque genre de ces
rivé
choses, 2 ainsi qu'il est arfour-à-tour. à presque tous les
Une preuve qu'ils retombent bien
peuples Blancs ?
barie
vite dans leur bardes première, c'est qu'on n'y trouve aucun vestige
élablissemens des
de celles qu'ils
Carthaginois 2 ni pas une idée
avaient dà leur
Vous paraîtriez
communiquer.
Noirs ne sont
persuadé 2 me dit le curé, 5 que les
Je
pas des hommes comme nous.
ne puis douter 3 lui
de notre espèce,
répondis-je, qu'ils ne soient
puisque Pune et l'autre couleur
pagent ensemble, et que leur
proiécond, quelque
produit est également
mulliplicité de
mais au moins
mélange qui s'y trouve :
2 cette race est-elle une variété dans
l'espèce humaine. Elle l'est
ses traits, ses
physiquement, puisque
cheveux, sa couleur et sa
peau, quant
sciences, suivant
barbares, toujours quelgues-uns, 2 n'offre plus que des
d'arts et de
en une guerre cruclle ct presque peuples dénués
(*) Voyez connaissances, Voyez JAMES BRUÇE,
chap, VIII, Montesquieu, ESPRIT DES LoIs, (liv, XXI,
variété dans
l'espèce humaine. Elle l'est
ses traits, ses
physiquement, puisque
cheveux, sa couleur et sa
peau, quant
sciences, suivant
barbares, toujours quelgues-uns, 2 n'offre plus que des
d'arts et de
en une guerre cruclle ct presque peuples dénués
(*) Voyez connaissances, Voyez JAMES BRUÇE,
chap, VIII, Montesquieu, ESPRIT DES LoIs, (liv, XXI, --- Page 316 ---
(270) )
sont si différens des nôtres Serail-il
à Pépaisseur i
aussi monalement, et d'une
étonnant qu'elle le fût
aussi formeile ? Il est tres-vraisemblable que
manière
de climat ou d'habitude, qui ont
les mêmes causes
dégrader de
opéré les altérations physiques, ayent pu
les facultés intellectuelles. Il me seible que
même
le fait, que les peuples
c'est une chose confirmée par
favorisés de la
des Zones tempérées sont mieux
habitans
nature, au physique et au moral, que les
Sade la terre de feu, lès Noirs, 2 les Lapons, 9 les
placés aux extrêmes opposés à ce mimoledes 2 etc,
de
lieu. Cela élant ainsi, n'est-ce pas s'abuser. 2 que
Noirs des inclinations , des goûts 2 des
donner aux
aux arts 2 aux
motifs, une intelligence, une aptitude
des
sciences et aux moeurs sociales , pareils à ceux
les
Blancs 3 et se fondant sur cette parité", , prétendre
les mêmes moyens ? C'est selon moi le comségir par
d'un faux raisonnement : les
ble de l'ignorance ou
prinBlancs et les Noirs 5 quelqu'instruction 2 quelques
veuille inculper à ceux-ci, ne seront jacipes qu'on
succès ni par les mêmes goûts,
mais conduits avec
sans
wi
les mêmes motifs. Le climat s'y opposera
par
lanature
cesseiréristiblement On ne changepas
le
doit différerdu Blanc ;
(*) Intérieurement encore 2 Nègre des crabes à la plante des
car le Pian, les vers de Guinée 2 dans les adultes 2 et le têpieds, Péléphantiasis , le spalme des maladies familières aux
tanos parmi les enfans , sont infiniment rares parmi les
Noirs, dont les exemples sont
Blancs, Créoles ou non.
n'a trouvé de civilisa-
Daus le nouveau monde , on
; le
tion et quelques lumières, que dans sa Zone tempérée
Pérou et le Mexique.
*** L'effet du climat se faisait sentir jusques sur lespèce
( )
2 et le têpieds, Péléphantiasis , le spalme des maladies familières aux
tanos parmi les enfans , sont infiniment rares parmi les
Noirs, dont les exemples sont
Blancs, Créoles ou non.
n'a trouvé de civilisa-
Daus le nouveau monde , on
; le
tion et quelques lumières, que dans sa Zone tempérée
Pérou et le Mexique.
*** L'effet du climat se faisait sentir jusques sur lespèce
( ) --- Page 317 ---
(27) )
Je reviens aux Colonies. De lui-méme, jamais le
Nègre n'y travaillera la terre, hors les cas de nécessité de se nourrir. II faudra donc y employer la force.
Mais laquelle ? La force réelle? En ce cas, un Blanc
attaché à chaque Noir n'y suffirait pas, et ce serait
le violenter furieusement. Que reste-t-il ? La force
d'opinioni 2 entièrement en faveur du sang pur des
Blancs.
S'il est ainsi 2 m'observa l'avocat 2 il serait
férable de renoncer au service forcé des Noirs (into- prélérable aux yeux de tout philosophe), et de le remplacer par célui des Blancs.
Les gouvernemens modernes 2 lui dis-je, pas plus
que les anciens n'ont fait, ne se conduisent pas d'après une philosophie austère. Ils n'ont en vue que
la gloire, les richesses et la splendeur de l'état. Ce
serait, d'ailleurs 2 pécher bien sérieusement contre Phumanité, que de charger les Blancs d'un travail pareil,
parce que leur constitution physique les en rend absolument incapables dans ces pays brûlans : la population entière de l'Europe n'y suffirait pas. A la bonne
heure, si c'était pour des fruits ou des moissons de
nécessité première : mais pour du sucre et du café,
dont on s'est passé si long-tems, et qui ne sont que
des jouissances de luxe ? Si nos réformateurs modernes
n'eûssent été que philosophes, ils auraient ordonné
bien plus conséquemment à leurs maximes rigoristes 9
l'abandon des Colonies ; mais' leur ignorante ambition a s
cru pouvoir allier les contraures.
Blanche, dès la première génération : les créoles Blancs , en
général, ne conduisaient ni leurs biens, ni leurs affaires ,
avec. l'énergie des européens, qui leur avaient donné le jour.
des jouissances de luxe ? Si nos réformateurs modernes
n'eûssent été que philosophes, ils auraient ordonné
bien plus conséquemment à leurs maximes rigoristes 9
l'abandon des Colonies ; mais' leur ignorante ambition a s
cru pouvoir allier les contraures.
Blanche, dès la première génération : les créoles Blancs , en
général, ne conduisaient ni leurs biens, ni leurs affaires ,
avec. l'énergie des européens, qui leur avaient donné le jour. --- Page 318 ---
(272 )
Ii n'y aurait, me répliqua l'avocat , qu'une difficulté à vaincre 9 pour réussir dans cet abandon 2 sans
préjudicier aux intérêts de la France.
Je le sais,
mais regardez - vous possible d'engager les autres
puissances à l'imiter ?
Est-ce qu'il n'y aurait pas, ajouta mon adversaire;
dans le naturel des Noirs, des motifs suffisans pour
les porter d'cuz-mémes au travail ? Il est indubitable qu'ils aiment la bonhe chère, le vin 2 le taffia, 9
les liqueurs : qu'ils recherchent des habillemens fins:
que la parure leur plaît, et qu'ils sont glorieux de
voir leurs femmes bien mises, 2 et de leur procurer
des amusemens 5 des fèles et des plaisirs, dans lesquels ils prennent part. On ne parvient à tout cela
qu'avec de l'argent ; on n'a de ce métal qu'en travaillant. Voilà 5 ce me semble, de puissans aiguillons
pour les y exciter.
Peut-être, répondis-je 5 pour s'occuper quelques jours
ou quelques semaiues de suite, de tems en tems ; mais
jamais pour s'assujétir à un travail continu de toute
l'année, comme néanmoins c'est indispensable dans
les Colonies à sucre. Au surplus, il n'est pas exact de
dire que le Nègre aime la bonne chère. Il cherche
à se bien remplir l'estomach n'importe avec quoi.
Nos esclaves trouvaient sans doute très-bons et recherchaient les restes de nos tables. Les hatiers espagnols
aussi mangraientcopienesest, lorsqu'ilsy y étaient admis.
Cependant ceux-ci chez eux se contentaient de trois on
quatre bananes parjour et d'un morceau deviande séchée
Boudin à moi plein, disait un Nègre 2 après avoir bien
repu : c'est-à-dire, ma panse est pleine.
Ceux qui n'élèrent que du bétail.
au --- Page 319 ---
(273)
au soléil ( nommée tasso ). Leur indolence maturelle
ne les a jamais portés à améliorer cette condition. Les
Noirs, plus paresseux encore. 2 devenus libres, 2 retomberont dans Pinaction 5 c'est leur naturel. ; ainsi le veut
le climat Les espagnols 2 dit vivemnent monsieur
Goodrich, sont une preave de l'effet du climat. La chaleur, pius forte chez eux, les rend bien nioins actifs
que les français. Par P'effet de cette indolence innce, repris-je, les
Noirs revenus bientôt dans leur état originaire ; une
cabane de fenillée, 2 un tissu quelconque d'écorces, leur
serviront à les mettre à l'abri des ardeurs du soleil et
à couvrir grossièrement leur nudité. Tous étant ainsi,
P'ambition d'acquérir ou la vanité d'être mieux, ne
meront point dans l'esprit d'aucun individu.
Par P'effet de cette indolence innce, repris-je, les
Noirs revenus bientôt dans leur état originaire ; une
cabane de fenillée, 2 un tissu quelconque d'écorces, leur
serviront à les mettre à l'abri des ardeurs du soleil et
à couvrir grossièrement leur nudité. Tous étant ainsi,
P'ambition d'acquérir ou la vanité d'être mieux, ne
meront point dans l'esprit d'aucun individu. Le gerla danse, le son d'un instrument, le chant, la boisson repos,
la pipe et le plaisir des femmes 2 voilà ce qui constitue 2
leur bonheur suprême. En effet 2 remarqua le médecin 2 telles sont les
moeurs des habitans de toutes les iles et les contrées
sauvages, 7 qu'a découvertes notre fameux Cook, dans
la vaste mer pacifique. Vous onbliez, loi
ces
observai-je,
que
insulaires sont continuellement en guerre et
qu'ils se la font à oufrance. Les
Negres 2 deverus libres, ne différeront pas de cette disposition dernière:
Pnisque tel est le caractère des Noirs, me répliqua
l'avocat, et que l'état d'oisiveté les rend parfaitement
heureux 2 quel droit avez-vons de les assujétir au travail ? Pourquoi les forcer à s'occuper
Rien n'est
conlineellement? plus injuste : c'est blesser les droits les plus
sacrés de Phumanité: : c'est exercer une tyrannie affreuse. La question que VOuS me failes, lui répondis-je,
n'en a jamais été une dans les fastes de Phistoire, de
--- Page 320 ---
(274)
la philosophie et même de la théologie. De tous téms et
dans tous les états civilisés 9 il y a eu des esclaves. Cet usage universel, praliqué par les peuples les plus
libres, est la première réponse à votre demande. Elle
pourrait suffire : car; 2 que penser d'une opinion qui
s'élève cortre le sentiment des peuples les plus renommés en politique ? Les législaleurs d'aujourd'hui s'imagineraient-ils être plus instruits et plus profonds, 2 que
Moyse, Minos, Licurgue, Solon, Numa et tant d'autres ? Ou 2 penseraient-ils 7 que ces grands hommes
n'aient pas connu les droits de Phumanité ? Ils Pont
souvent enfreinte cette loi, pour la mieux remplir. Et,
sans sortir de la question > la coulume générale des
peuples naissans étant de manger 2 de tuer ou de
sacrifier leurs prisonniers de guerre 2 ils ont estimé
renore service d Chumanité, de réserver pour l'esclavage des hommes 2 qui, sans cela 2 auraient été
massacrés de sang froid sur le champ de bataille 2
ou réservés pour être torturés. C'est Pune des grandes raisons de la traite des
Noirs 2 remarqua le négociant : si nous n'allions pas
racheter les captifs, que ces peuples se font entr'eux,
jamais il ne feraient grace à aucun. Tous les prisonniers
seraient massacrés durant ou après le combat ; et nécessairement même, n'ayant les moyens 7 ni de les
nourrir, ni de les renfermer. Mais, s'ils n'avaient
pas la facilité de les' vendre, lui répliqua l'avocal,ils
demeureraient en paix entr'eux , n'ayant plus aucun
motif de se faire la guerre.
que ces peuples se font entr'eux,
jamais il ne feraient grace à aucun. Tous les prisonniers
seraient massacrés durant ou après le combat ; et nécessairement même, n'ayant les moyens 7 ni de les
nourrir, ni de les renfermer. Mais, s'ils n'avaient
pas la facilité de les' vendre, lui répliqua l'avocal,ils
demeureraient en paix entr'eux , n'ayant plus aucun
motif de se faire la guerre. Vous avancez cela fort légèrement, 2 avocat, lui dit le médecin. Si vous avez
lu Bruce, rappelez-vous des Gallas, 5 peuple Noir et féroce, qui entoure au Sud les pieds des montagnes de
PAbyssinie. Quoiqu'il n'ait aucune communication --- Page 321 ---
(275)
étrangère, sur-tout avec la mer, 3 il n'en est pas moins
toujours en guerre avec ses voisins. Dans les
ou dans les combats, il ne fait grace à
surprises
eunemis. Il les massacre tous
pas un de ses
des traits de barbarie
sans miséricorde 2 avec
qui font frémir. Il est à
que s'il en trouvait la défaile, il agirait
présumer,
Je vous ai dit,
différemment.
première
avocat, repris-je, que ma raison
pourrait suflire : cependant, comme votre
question est le plus fort argument employé depuis
contre
peu
l'esclavage 1 je veux essayer d'y répondre plus
cathégoriqeement. hommes
Nos philosophes actuels ont dit : les
sont tous nés libres , et demeurent
en droits : on ne peut forcer personne à travailler égaun
gré lui. Nul individu n'a le droit
mal-
- - Je crois que tout cela
d'aliéner sa liberté.
est
- C'est précisément cette
rigoureusement vrai.
rigueur qui en détruit
plication. Les sociélés politiques n'existent
l'apétat de rigueur
pas dans un
vention. Ces morale, mais dans un éfat de conmaximes sont justes 2 prises
elles, et plusieurs autres semblables
isolément:
des individus
2 forment le droit
épars, qu'aucun lien social n'unit, et dont
pas un ne doit le sacrifice de
droits primitifs, à
quelques-uns de ses
l'avantage de ceux de tous.
qui vous a dit, avocat, lui demanda le
Eh!
que personne n'a le droit d'aliéner
négociant 2
pas des engagés
sa liberté ? N'ai-je
mité ? S'ils ont qui m'appartiennent peur un tems lipu se vendre à moi pour
je suppose, rien n'empêche
cinq ans 9
pareil marché
qu'ils ne puissent faire un
pour toute leur vie, 2 au moins, s'ils
y trouvent leur C avantage. Et doutez-vous
qui n'aurait rien au monde
qu'un homme
grand à rester
2 n'en trouvât un trèsavec moi, sous l'obligation de me
vir le reste de ses jours ? Ces
sersecours mutuels du
m'appartiennent peur un tems lipu se vendre à moi pour
je suppose, rien n'empêche
cinq ans 9
pareil marché
qu'ils ne puissent faire un
pour toute leur vie, 2 au moins, s'ils
y trouvent leur C avantage. Et doutez-vous
qui n'aurait rien au monde
qu'un homme
grand à rester
2 n'en trouvât un trèsavec moi, sous l'obligation de me
vir le reste de ses jours ? Ces
sersecours mutuels du --- Page 322 ---
(276)
riche et du pauvre, 2 ajouta le médecin ; le service de
lun et la protection de l'autre 5 sont tellement avantageux et naturels 2 que 2 parmi les romains, il n'y avait
pas de familles plus heureuses que celles qui s'élaient
mises sous la protection d'un homme puissant. Rien
n'était plus commun à Rome, que ces patrons et ces
cliens. C'était une espèce de servitude qu'on se donnait soi-mème pour son profit.
Je vous ai dit, repris-je, qu'en théorie, ces vérités sont exacles : il n'en est pas de méme dans leur
application Alors à chaque pas 3 il se présente
des obstacles 2 des doutes, des modifications et des
changemens à faire. Pourquoi cela ? Parce que dans nos
sociétés actuelles - 2 l'intérêt de Pinoipiou se trouve
souvent contraire à celui de Paggrégation entière. N'estce pas une loi généralement reçue, celle qui soumet,
pour un tems, chaque citoyen à l'obligation de marcher contre l'ennemi ? Cependant la plopart y perdent
la vie. Serail-on reçu à s'en excuser, en disant que la
guerre est un fléau ; qu'elle est injuste; qu'elle est contraire à l'humanité ; etc. ? Que deviendrait l'élat si chacun parlait ainsi?
Ily a quantité de vérités théoriques pareilles 3 qui
ne sont ni prises, ni employées avec rigueur 3 qui ne
pourraient pas l'être, par des obstacles dérivés de la
nature de Phomme même. Par exemple, ne serait-il
pas plus juste, d'unejustice évangélique, que, 9 parii
(*) La différence de Papplication est la vraie clef de l'emploi de certains principes. Par exemple, des législatcurs ne
sauraient mieux faire, que d'établir comme indubitables, la
croyance de Pimmortalité de Fame et les dogmes qui en
résultent tandis que des philosophes de cabinet peuvent aiséanent lcs bannir de leurs systèmes.
nature de Phomme même. Par exemple, ne serait-il
pas plus juste, d'unejustice évangélique, que, 9 parii
(*) La différence de Papplication est la vraie clef de l'emploi de certains principes. Par exemple, des législatcurs ne
sauraient mieux faire, que d'établir comme indubitables, la
croyance de Pimmortalité de Fame et les dogmes qui en
résultent tandis que des philosophes de cabinet peuvent aiséanent lcs bannir de leurs systèmes. --- Page 323 ---
(277)
nous, i n'y eut pas d'un côté 2 tant de
de mendians déguenillés et
pauvres et
mourans de faim, et de
Pautre, quantité de riches couverts d'or et
de subsistances ? Tant de journaliers,
regorgeant
vailler toute leur vie, du matin
obligés de traet eau ; et tant de
au soir 3 suant sang
de tout travail
gens aisés, en repos et affranchis
? Rien pèse-t-il plus darement,
inhumainement même 2 sur la plus forte portion plus de
P'espèce humaine ?
Il ne résulte aucun mauvais effet, m'objecta l'avocat, de cette inégale distribution de
l'émulation
biens : au
en naît. La vue des avantages des contraire,
excite les désirs du nécessiteux
richesses
; et c'est de ce ressort
que proviennent la multitude et la grandeur des
treprises, ainsi que la splendeur et la prospérité de l'état. enIl en résulte, lui répondis-je, qu'en laissant subsister
ces différences extrêmes, on n'observe
cation de cette justice primitive,
pas l'applijourd'hui les droits
dont on réclame au2 en d'autres cas 5 et c'est cela seul
que j'ai entendu vous faire observer. Voilà donc des
exemples 2 où le sort d'une portion du
crifé au bonheur de l'autre,
peuple est saMais il serait
d'établir
impossible 2 reprit mon adversaire ,
une égalité de fortunes ; parce que
naturelle dans
Finégalité
l'homme 2 soit au moral 2 - soit au physique, tendrait sans cesse à rompre l'équilibre.
lité des partages ne durerait
L'égatôt le
pas une génération. Bienparesseux aurait vendu sa portion de terre à
l'homme laborieux 5 le fripon aurait trompé celui de
bonne foi 5 le rusé 2 l'homme
autres.
simple 5 et aihsi des
Quand OD se donne pour de rigoureux observateurs
des vérités austères 2 il les faut établir sans distinction.
soit au physique, tendrait sans cesse à rompre l'équilibre.
lité des partages ne durerait
L'égatôt le
pas une génération. Bienparesseux aurait vendu sa portion de terre à
l'homme laborieux 5 le fripon aurait trompé celui de
bonne foi 5 le rusé 2 l'homme
autres.
simple 5 et aihsi des
Quand OD se donne pour de rigoureux observateurs
des vérités austères 2 il les faut établir sans distinction. --- Page 324 ---
(278)
D'ailleurs, le partage des lerres en distribution égale
a subsisté plusieurs siècles à Lacédémone. Platon
,
fait la base desa république : les romains
en a
encore peuvent
étre considérés commesoumis à celte loi tout le teinsqu'a
été chez eux en vigueur 2 celle qui défendait a tout
ciloyen 7 de posséder au-delà d'un certain nombre
d'arpens de terre,
Cette loi n'a pu être établie 2 que dans de trèspetits états, où les moeurs étaient pures et les désirs
modérés ; mais.elle est impraticable dans ceux d'aujourd'hui. Leur étendue, 2 leurs rapports politiques, leurs
relations exiérieures d'un côté ; de l'autre, les richesses 2 le luxe et la dépravation des moeurs, 3 rendraient ce
partage absolument abusif. 2 et renverseraient Ia sociélé,
Vous reconnaissez donc, lui dis-je, qu'il y a des
vérités premières et des Oroits communs à tout individu, qu'on laisse Dormir dans l'état de sociélé ; et
des lois contraires au bonheur de chaque particulier,
qu'on maintient néanmoins. Ils le savaient aussi bien
que, nous 2 ceux qui ont dévoré les Colons ; et tandis
qu'ils prétendaient améliorer, à leur mode 2 le sort
des esclaves, ils n'ont pas hésité de déclarer la guerre
à toutes les puissances voisines 2 dans laquelle périssent
journellement ( en 1794) plus de Blancs, leurs semblables , qu'il ne serait mort de Noirs dans mille ans
de mort violente, parmi nous. Ce qu'ily ya de remarqua- 3
ble, c'est que c'est Brissot, (par humanité le plus grand
insligateur de la liberté desI Noirs) qui, part un pareil motif
sans doute ( car un philosophe ne se contredit jamais ) 2
a déployé le plus d'énergie 2 ou plutôt d'acharnement,
à provoquer celte sanglante guerre. Jugez comme ces 2
messieurs ne donnent pas d'essor à leurs passions !
Et Teconnaissez, que le tiomphe des droits de Phu-
3
ble, c'est que c'est Brissot, (par humanité le plus grand
insligateur de la liberté desI Noirs) qui, part un pareil motif
sans doute ( car un philosophe ne se contredit jamais ) 2
a déployé le plus d'énergie 2 ou plutôt d'acharnement,
à provoquer celte sanglante guerre. Jugez comme ces 2
messieurs ne donnent pas d'essor à leurs passions !
Et Teconnaissez, que le tiomphe des droits de Phu- --- Page 325 ---
(279)
manité me les touche guères,
faire leurs chers
2 quand i s'agit de satisdésirs.
Il l'a probablement jugée nécessaire,
sollicitée avec celte chaieur.
lorsqu'il l'a
Voudriez-vous
poursuivit-il, qu'on renonçât à la guerre, dans exiger, le 3
d'une défense
cas
légitime 2 ou pour préserver son indépendance?
Ce serait au moins, lui
répondis-je, plus conséquent, pour des observateurs rigides des
d'humanité, Votre Penn en avait élabli la maximes
Penn élait un vrai plilosophe,
loi; mais
et sachant fouler aux
sage ami des hommes 2
abandonnent
pieds ses passions. Les nôtres
d'une manière monstrueuse. Ils
s'y
en rien aux scélérats et aux
ne cèdent
d'abolir
assassins. Sous le prétexte
l'esclavage 2 ils n'ont cherché gue les
d'assouvir leur jalousie, leur haine et leur moyens
Eh quoi! ce mot
vengeance.
Vous
d'esclavage ne vous répugne pas ?
faible approuveriez, le
me dit-il, une condition où le
malheureux, vit sous un régime de
qui le soumet à uu travail continuel
fer; ;
le prive de
de
et forcé ; qui
volonté,
désirs et de
lequel il ne jouit d'aucune des douceurs propriété: sous
Destiné de plus à périr
de la sociélé,
sous un maître
sort Pa rendu son esclave
cruel, si le
et le
: dans un pays où le climat
doivent despotisme domestique 2 exaltant les
entraîner tant d'abus et de violences passions 2
reurs, 2 même, que des bourreaux
5 des' borpas!
ne se permettraient
Si c'est là, lui
par esclavage répondis-je, ce que vous entendez
3 je vous avoue qu'il me
autant qu'à vous : mais votre
répugnerait
que de lieur
portrait n'est composé
communs et de traits exagérés
pétés depuis quelques années
2 ré2 dont nous nous som- -
les
entraîner tant d'abus et de violences passions 2
reurs, 2 même, que des bourreaux
5 des' borpas!
ne se permettraient
Si c'est là, lui
par esclavage répondis-je, ce que vous entendez
3 je vous avoue qu'il me
autant qu'à vous : mais votre
répugnerait
que de lieur
portrait n'est composé
communs et de traits exagérés
pétés depuis quelques années
2 ré2 dont nous nous som- - --- Page 326 ---
(280 )
fois disculpés, et dont la fausseté saulait
mes cent
quelque tems dans nos
aux yeux de quiconque passait
Colonies. A l'exception de quelques traits d'inhumanité,
blâmés généralement parmi nous 2 penseriez-vous que
vous venez de me faire, soit bien plus
la peinture que
de Frauce,
applicable aux indigens et aux journaliers
qu'à nos précédens esclaves.
Bon, vous retombez toujours dans vos paradoxes. Ce n'en est pas un et je vai vous le prouver. Si
c'était le régime qui commandait la perpechez nous,
France en Europe et dans tous
tuité du travail, en
9 Oure nécessité qui Porles climats rigoureux, c'est la
avisé
On ne s'est point encore
donne impérieusement.
fulminé
plaindre les journaliers. On n'y a point
d'y
marchandant journellement les
contre les propriétaires, infortunés. Ils le sont néanpeines et les sueurs de ces
de journée que
moins à tel point 2 que quelqu'homme
de mace soit, à qui les forces viennent à manquer,
vieillesse, est forcé le lendemain de menladie ou de
adier, ou réduit à mourir de faim. Dequoi cependant
t-il vécu toute sa vie, fit-elle de 90 ans ? De pain,
d'vignons et de sardines salées. Cet homme n'a
d'ail,
de terre à lui, pour se procurer
jamais eu un pouce
ne doive à
un chou ; pas un morceau de bois, qu'il ont marrecherches. L'hiver, ses enfans
de pénibles nuds dans la neige; n'ont été couverts que
ché pieds
ont couché sur de la paille, sans
de haillons déchirés;
le
couvertures : ils ont sans cesse grelotté
draps et sans
si le père, si la mère sont tombés
froid. Si Pun d'eux,
faire
les guérir ; car
malades, la nature a dû tout
pour
misérable chef de famille n'a pu 9 ni appeler un
ce
aucun remède, ni se fournir
chirurgien, ni se procurer
d'aucun --- Page 327 ---
(28r a )
d'aucun aliment convenable à son état Je ne mets
en ligne de compte, ni son loyer, ni ses impositions,
mi les corvées, Di les duretés du riche, ni les peines
perpéluelles de son esprit. Croyez-vons que de pareils
êtres puissent avoir le coeur bien satisfait un seul moment; tenir à des volontés; ou, former quelques désirs? Comparez actuellement cet état d'hommes libres
avec celui de nos esclaves ; hors lobligarion d'un
travail journalier, commun à tous les pauvres 2 ceux-ci
n'avaient aucun martel en tête. Point de loyer ni d'impôts à payer ; point de corvées à remplir; aucune charge
d'enfans ; point d'embarras de ménage. Ils avaient un
lopin de terre à eux, qui suffisait à leur entretien. Au
besoin, ils étaient alimentés et vêtus : on leur donnait
une Case ; on leur fournissait tous ustenciles nécessaires
pour leur manger : on leur laissait prendre tous le bois. dont ils avaient besoin : on avait soin que chacun d'eux
eut sa femme, 2 et qu'il ne fut pas troublé dans cette
jouissance.
une charge
d'enfans ; point d'embarras de ménage. Ils avaient un
lopin de terre à eux, qui suffisait à leur entretien. Au
besoin, ils étaient alimentés et vêtus : on leur donnait
une Case ; on leur fournissait tous ustenciles nécessaires
pour leur manger : on leur laissait prendre tous le bois. dont ils avaient besoin : on avait soin que chacun d'eux
eut sa femme, 2 et qu'il ne fut pas troublé dans cette
jouissance. Enfin, 2 quoique vous en disiez 2 ils avaient un
pécule à eux 7 quelquefois même assez considérable. Ils ponvaient remplir tous les désirs particuliers à leur
condition, et satisfaire toutes les volontés qui ne contrariaient pas l'ordre des choses. Etaient-ils malades? Ils avaient à leur service un hôpital 7 un chirurgien ;
des remèdes 2 de bons lits, du pain 2 du vin 2 des
bouillons, des bains, des infirmières. s et quelquefois
dans des cas critiques, les soins personnels de leurs 2
maîtres. S'ils s'estropiaient, s'ils devenaient faibles,
(*) Ce Sort affreux est tellement vrai, que l'auteur des
Lettres sur lItalie (Mr. Dupaty), en parlant du traitement
des galériens de Toulon, avoue. qu'il y a peut-être IO millions
dhommes en France, qui seraient heureux d'être aux galères,
s'ils n'y étaient pas condamnés. Lettre 3we,
--- Page 328 ---
(282)
cassés ou infirmes, ils n'en élaient pas moins nourris,
vétus 2 logés et soignés jusqu'à leur dernier soupir. Trouvez-rous celle coudition si dure ? La croyez-vous
inférieure à celle de nOS paysans ? A la suite de cetle
comparaison, ne suis-je pas en droit de répéterà vos
réformateurs. Philosophes du jour ! Vous dont les entrailles entrent en convulsion au seul mot d'esclavage,
commencez donc par fermer sur votre soi, autour de
vous et sous vos yeux, Ces plaies saignantes qui consument vos semblables ; et peut-être alors serez-vous
en droit de vous orcuper de celies d'oulre-mer1J'sjoute qu'il ne répugne pas à la nature que Phomme
travaille : it y est coudamné par sa naissance 1 le
contraindre à remplir sa destination, et particulièrement
à l'égard du travail de la terre ce n'est pas le
tyranniser; ce n'est pas commettre un crime. Vous vous abusez en ce moment, me répliqua mon
adversaire: Phomme n'estdans l'obligation naturelle de
travailler, que pour ses besoins personnels ; une fuis
remplis, il peut rester oisif. Vous voyez bien , que vous retombez sans cesse
dans VOS fausses applicalions des droits naturels ; supposant un ordre politique de choses, qui n'est pas celui
qui existe. Si chaque individu peut cesser de travailler,
après ses besoins remplis, commencez donc par ramener Pétat de la sociélé à ce point d'organisation ;
que chacun ait à lui sa petite propriété de terre 2 sa
maison , etc.: que comme des sauvages 2 réduits à
la vie animale, chacun soit indépendant de l'autre 5
(*) In sudore tuo pesceris pane.
des droits naturels ; supposant un ordre politique de choses, qui n'est pas celui
qui existe. Si chaque individu peut cesser de travailler,
après ses besoins remplis, commencez donc par ramener Pétat de la sociélé à ce point d'organisation ;
que chacun ait à lui sa petite propriété de terre 2 sa
maison , etc.: que comme des sauvages 2 réduits à
la vie animale, chacun soit indépendant de l'autre 5
(*) In sudore tuo pesceris pane. GEN. Emisit eum Dominus Deus C paradiso ut operarctur terram. Ibid. --- Page 329 ---
(283) )
qu'il se suflise à lui-même, et qu'ils jouissent tous de
cette égalité naturelle, fondée sur la privation de tout ce
que Phomme recl herche avec empressement, et qu'il ne
se procure que par l'élat social.
II demeure prouvé, ce me semble 1 qu'il est dans
la nalure de l'espèce humaine
les
1 que grandes soriélés
soient composées de gens en repos, et d'autres forcés
d travacller: ainsi 1 soit qu'on appelle les premiers
des riches et les seconds des pauvres ; soit qu'on les
nomine bourgeois et journaliers, ou maitres et esclaves, c'est la même chose dans le fond : il n'y a
de différence que dans les dénominations. Pauvres,
esclaves ou journaliers, dans le vrai sens, ne signifieront
jamais que la même classe d'hommes; celle destinée
par l'état social à en servir d'autres. Je ne vous apprends rien de nouveau, 2 me direz-vous; vous m'accordez que les Noirs doivent travailler 2 mais libres
de le faire ou non. Alors, je vous en assourdirai mille
fois ; ils ne travailleront plus. Mettez nos paysans à
leur place, vous n'en tireriez pas plus d'ouvrage. Il
n'y a qu'un besoin formel et pressant qui puisse contraindre l'homme au travail.
En cet endroit, le médecin, prenant la
parole 1
me dit : il esti inutile, mon cher , que vous discouriez
plus long-tems sur la question de l'esclavage, ni que
vous vous occupiez de la recherche d'un autre moyen
plus propre à fairefleurirles Coloniesà sucre : ces points
n'arrêteront jamais des législateurs
1 qui n'auront en
vue 2 comme les états d'aujourd'hui 3 que la richesse, 3
la puissance et la splendeur de leur nation. On est
forcé, 2 dans ces cas, ainsi que vous l'avez établi, de
sacrifier les droits naturels de quelques classes de la
société 2 à l'avantage commun, Vous vous êles récrié
plus propre à fairefleurirles Coloniesà sucre : ces points
n'arrêteront jamais des législateurs
1 qui n'auront en
vue 2 comme les états d'aujourd'hui 3 que la richesse, 3
la puissance et la splendeur de leur nation. On est
forcé, 2 dans ces cas, ainsi que vous l'avez établi, de
sacrifier les droits naturels de quelques classes de la
société 2 à l'avantage commun, Vous vous êles récrié --- Page 330 ---
(284)
contre cette triste condition de journalier ; sans doute
en consultant plutôt votre coeur que votre esprit : car
il est facile de reconnaître qu'elle ne saurait être améliorée > sans un préjudice notable pour le commerce
de la nation 7 chez qui ce changement aurait lieu :
elle perdrait tout de suite la faveur qu'elle aurait obienue dans les marchés extérieurs, ne pouvant plus
donner au nême prix, les objets de son exportation.
Soyez bien sûr que la France tombera dans ce cas 2
et qu'elle ne vendra pas pour un sol , aux étrangers,
de denrées Coloniales, si elle persiste à garder son
nouveau code Noir. Ces denrées alors augmenteront
de prix, soit par le haut coût de la maiu-d'oeuvre,
dans le cas peu vraisemblable où les Noirs seront
constans à s'occuper ; soit par l'extrême diminution
de la masse des récoltes , occasionnée par leurs fréquentes dissipations et leur dégoût naturel du travail.
Mais l'esclavage permis et jugé nécessaire, au moins
est-iljuste, et cela me semble aisé 2e 2 de rendre le sort
de ceux qui le supportent aussi Doux (*) qu'il soit
possible, sans trop préjudicier néanmoins à la culture,
objet pour lequel ce régime est établi.
Telle est la peinture lui dis-je, que je vous aï
donnée jusqu'à présent 1 de celui qui régnait à St.-
Domingue : en général , on ne pouvait pas veiller avec
plus d'attention et de soin, à la santé et au bienêtre des Noirs.
Je crois > me répliqua-1-il, que dans vos Colonies
(*)Les bommes saccoutument à tout, , et à la servitude
même , pourvu que le" maitre ne soit pas plus dur que la
servitude. Esp. des Lois, liv. 15, chap. II. On cite un comte
polonais, qui, faisant offre à_ses paysans serfsi, de_les rendre libres 2 eI fut refusé.
et de soin, à la santé et au bienêtre des Noirs.
Je crois > me répliqua-1-il, que dans vos Colonies
(*)Les bommes saccoutument à tout, , et à la servitude
même , pourvu que le" maitre ne soit pas plus dur que la
servitude. Esp. des Lois, liv. 15, chap. II. On cite un comte
polonais, qui, faisant offre à_ses paysans serfsi, de_les rendre libres 2 eI fut refusé. --- Page 331 ---
(2 285) )
(comme dans les nôires ) les esclaves y étaient surchargés de travail; et comme toute cupidité se nuit
à elle-même 7 les Noirs y Ouraient beaucoup moins
qu'ils n'eûssent fait, s'ils avaient été mieux traités.
Les femmes 3 naturellement plus faiblcs 2 s'en ressentaient le plus : communément, 2 elles étaient stériles >
ou portaient très-peu d'enfans. Les deux sexes étaient
exposés à des caprices ; à d'indigues volontés ; à des
corrections trop sévères 2 à des châtimens extrémes >
à des cruautés 3 enfin, 2 qui font frémir.
Je reconnais, m'écriai-je avec douleur 2 que vous
n'êtes pas étranger aux diffamations qu'on s'est permises contre nous. La tactique de nos, impitoyables
détracteurs, a été de présenter des actes particuliers ,
abhorrés même dans le pays, comme desfaitsjournaliers et communs à tous les habitans : et c'est au
moyen de cette infâme calomnie 3 reçue sans cxamen 2
qu'ils ont imbu les coeurs de tant de venin contre nous.
Mais s'il fallait condamner les différentes classes de
la société 3 sur les actions de quelques particuliers 7
quelle est celle qu'on Jaisserait subsister ? Les juges
corrompus feraient abolir la magistrature 5 les banquerouliers frauduleux, le commerce ; les prêtres débauchés, le sacerdoce 2 et ainsi de toutes les autres. Si
dans toutes les conditions encore, oir des hommes sont
soumis à d'autres hommes 2 marins , soldats , eic. 9
l'on reprochait à tous les officiers, les excès et les
violences que commettent quelques-uns d'eux, quel
nombre infini de personnages modérés et doux ne noircirait-on pas de cette manière ? Daus une de mes
traversées sur mer 2 j'ai vu un petit mousse 2 qui,
pour avoir cassé quelque fayence, dans un roulis cependant, élail fouetté à revers de bras 2 ayant ses deux
d'autres hommes 2 marins , soldats , eic. 9
l'on reprochait à tous les officiers, les excès et les
violences que commettent quelques-uns d'eux, quel
nombre infini de personnages modérés et doux ne noircirait-on pas de cette manière ? Daus une de mes
traversées sur mer 2 j'ai vu un petit mousse 2 qui,
pour avoir cassé quelque fayence, dans un roulis cependant, élail fouetté à revers de bras 2 ayant ses deux --- Page 332 ---
(286)
pouces posés sur le bord d'une table 5 il fallait qu'il
reçàt quinze ou vingt coups de fouet saus les déranger:
et chaque fois que la force du mal le contraignait à
en remuer seulement un 2 les coups donnés auparavant étaieut comptés pour rien, et Pon recommençait,
Cette scène se passait aux éclats de satisfaction de la
part des officiers fustigateurs, quand l'enfant n'avait
pas ienu bon.
Voilà, 2 s'écria le pasteur 2 un trait bien révoltant.
Si les philosophes du jour, repris-je. cussent cru,
récessaire à leurs vues 2 d'exposer au haro le corps
des ofliciers de mer 2 pas un de leurs folliculaires
n'aurait manqué de rapporter cent fois Ce traily de
Paggraver et d'en inventer de pareis : O1l en aurait
fait faire des gravures : on les aurait exposées dans les
carrefours, et disséminées en tous lieux. Des miliiers
d'innocens eussent ainsi souffert pour la fiute d'un seul
coupable. C'est ainsi qu'on nous a traités.
Je ne disconviendrai pas 9 continuai-je, qu'il n'y ait
en dans nos Colonies, des maitres trop exigeans,
trop sévères 3 trop durs 2 trop cruels 7 enfia, pour leurs
esclaves : mais ce n'en était que la très-petite partie.
Supposant que tous eussent é1é de ce caractère, fallait-il
les faire massacrer pour cela ? Fallait-il renverser la
Colonie de fond en comble? Des lois., des réglemens
les eûssent réprimés : les amendes 2 les flétrissures 7 le
bamnissement, la mort enfin, 9 auraient.anéanii pareil
abus. Mais, je vous l'assure dans toute la candeur de
la vérité; pendant 36 années que j'ai vécu dans la'
ville du Cap, ou dans sa dépendance 9 c'est-à-dire 2
sur environ quarante lieues de. long sur huit à dix de
Iarge 3 ayant eu des relations d'alfires assez étendues,
et conuu, par ce moyen, d'effet ou de réputation 2
bamnissement, la mort enfin, 9 auraient.anéanii pareil
abus. Mais, je vous l'assure dans toute la candeur de
la vérité; pendant 36 années que j'ai vécu dans la'
ville du Cap, ou dans sa dépendance 9 c'est-à-dire 2
sur environ quarante lieues de. long sur huit à dix de
Iarge 3 ayant eu des relations d'alfires assez étendues,
et conuu, par ce moyen, d'effet ou de réputation 2 --- Page 333 ---
(2 287 )
quantiié d'individus de chaque paroisse, jen'y ai connu
ni our parler , que de cin ou six habitans, véritablement inhumains et cruels : et d'une douzaine d'autres, qui usâssent d'une trop grande sévérité, Ces maitres même, , la plopart, appartienment aux premières
années de mon séjuur à St.-Domingue 5 époque où
cetle exhême sévérité et ces actes de cruaulé
vaient
2 poubeaucoup dépendre d'une aigreur parliculière
d'esprit dans les Colons, occasionnée par le poisor
qu'administraient secrètement quantité de Nègres parmi
les atteliers de leurs maitres 2 et jusques sur ceux-ci,
leurs épouses et leurs enfans. Un Noir de Guinée:
nommé Macanda, l'avait mis en
vogue, espérant 2
par ce moyeu. 2 faire renoncer les Blancs à P'établissement de la Colonie, et délivrer ses semblables de
tout travail. Les pertes furent immenses sur grand
nombre d'habitations. Cependant, ce chef et plusieurs
de ses esclaves ayant é1é suppliciés 2 le mal s'arrèta,
quoique lentement,
Mais l'usage seul du fouct s m'observa
d'un gros fouet de quinze pieds de long, et qui Pavocat, tombe
avec force de vingt pieds de haut sur le derrière nud
de ces infortunés ; qui, à chaque coup enlève de la chair
et fait ruisseler le sang, n'est-il pas un sujet O'horreur?
Oh ciel! ! s'écria le curé, le seul récit m'en fait frémir. Est-il possible que des hommes, qui se disent des
chrétiens, soient barbares à ce point.
Quelques considérations, , pasteur, lui dis-je, peuvent
diminuer la rigueur de votre
reproche, Je De suis
étonné que toul Européen, qui D'a vu ni les Negres, pas
ni Pemploi de celte punition, 9 ne s'en effarouche et ne
s'en récrie. Elle me fit la même impression,
je la vis infligée pour la premiere fois
lorsque
2 quatre mois
qui se disent des
chrétiens, soient barbares à ce point.
Quelques considérations, , pasteur, lui dis-je, peuvent
diminuer la rigueur de votre
reproche, Je De suis
étonné que toul Européen, qui D'a vu ni les Negres, pas
ni Pemploi de celte punition, 9 ne s'en effarouche et ne
s'en récrie. Elle me fit la même impression,
je la vis infligée pour la premiere fois
lorsque
2 quatre mois --- Page 334 ---
(288) )
après mon arrivée au Cap: c'était à trois heures après
midi. L'on fustigeait un Nègre dans la cour de la
maison : j'étais à écrire dans un cabinet. Les cris m'ayant
appelé sur la galerie, je découvris ce qui se passait
en bas : j'en fus tellement saisi, qu'ayant sur-ie-champ
tourné le dos, et voulu me remettre à écrire, il me fut:
impossible de former unelettre, tantla amain metremblait:
de tout P'après-midi et de la soirée,je ne pus revenir
de cette commotion ; ma main fut toujours également
tremblante. Cela ne m'a pas empèché, dans la suite 2
lorsque j'ai eu des Negres à châtier, d'en agir comme
un autre. Plusieurs raisons Texigeaient : on apprend
d'ailleurs à connaitre les prais effets du fouet, relativement à la proportion qui existe entre cet instrument
de correction et la peau du Nègre.
Expliques-moicette proportion, me demandal l'avocat.
Elle est toute simple 1 lui répondis-je, c'est que la
peau du Nègre est beaucoup plus dure et plus épaisse
que celle du Blanc ; à tel point, 2 dans certains individus, que j'ai vu un Nègre bambara recevoir cent coups
de fouet ; et bien loin, qu'à chaque coup, la chair fat
enlevée 5 ou que le sang ruisselât 2 son derrière n'en
fut nullement entamé. Les coups n'y avaient fait que
des traces blanches.
Je vous en prie, me dit le curé ; n'afffigez pas mes
oreilles de pareils récits : ils m'affectent trop.
Vous n'y êles aussi sensible, lui répondis-je, qu'à
cause de votre babitude à ne juger de l'effet du fouet,
que sur la tendre peau des Blancs. Celle des Noirs,
en géueral, est une espèce de cuir auprès de la nôtre.
Le fouet était si peu de choses pour certains que
(*) Une rolée de coups de verges ne faisait pas plus 'd'impression sur eux (les Indiens) que si on l'avait appliquée sur
j'en --- Page 335 ---
(289)
j'en ai vu quelques-uns 5 auxquels en punition, on
donnait à choisir, ou de recevoir 25 coups de fouet,
ou d'être renfermés la nuit du samedi au dimanche,
préférer la première chose. Au reste, quels moyens de
correction auraient pu remplacer celui-là,qui ne fusseut
au-Oessus ou au-Oessous du châtimnent que demandait leur discipline ? Des verges et des cordes les auraient inis en sang : des coups de baton ou de plat
de sabre leur auraient brisé les OS : les chaînes leur,eussent entamé les chairs et nui de plus à la liberté du
travail.
és la nuit du samedi au dimanche,
préférer la première chose. Au reste, quels moyens de
correction auraient pu remplacer celui-là,qui ne fusseut
au-Oessus ou au-Oessous du châtimnent que demandait leur discipline ? Des verges et des cordes les auraient inis en sang : des coups de baton ou de plat
de sabre leur auraient brisé les OS : les chaînes leur,eussent entamé les chairs et nui de plus à la liberté du
travail. Elaient-ils, d'un autre côté, des enfans, pour
n'user envers eux que du martinet 2 de pénitences et
de privations. Cependant il étuit indispensable de punir les fautes d'un esclave. Soumis à des devoirs 7 il
fallait l'y rappeler 2 comme on le fait à l'égard d'un
soldat ou d'un matelot. Ceux-ci, pour des cas légers,
Pivrognerie, le liberlinage 2 un moindre manque à la
discipline 3 sont punis de coups de verges ou de garcettes, instrumens aussi meurtriers que le fouet 2 et
qui, comme celui-ci, peuvent faire ruisseler le sang. Vous me direz peut-être, qu'on ne punit ces gens-ci
que lorsque la peine est bien méritée, el que nous
Pappliquions bien plus légèrement. Mais pensez-vous
qu'à défaut d'humanité, nous eussions oublié le haut
prix que nous coûtaieut nos Nuirs, et les avantages
que nous donnaient leur bon état 3 pour les châtier
mal-à-propos et trop rigoureusement ? Reposez-vous
sur Vintérét personnel : ili sera toujours le conservateur le plus efficace des esclaves. Un maftre connaissait
le mat du vaisseau. Vie de Cook ttaduite par Castera, tom. 2,
pag. 210. Et quelques lignes plus bas : le fouct et la Lonte
étaient des chatimens inutiles. --- Page 336 ---
(290) )
le caractère et la constitution physique de ses Nègres;
quand il ordonnait une punilion, il la calculait ordinairement sur cette connaissance : on passait bien de
petites choses à un bon sujet 3 on épargnait moins les
mauvais : mais, dans tous les cas. 2 on mesurait la quantité de coups de fouet, autant sur lépiderme pius ou
moins dure du Noir, quesur la faute qu'il avail commise. Cette modération, s'écria l'avocat, devait être bien
rare, je pense, parmi des maîtres aussi despotes que
les Colons ; et qui par Pusage continuel d'une volonté
absolue et arbitraire, devaient se laisser emporter si
aisément au feu de leur colère ! J'ai commencé 2 lui répondis-je, par avouer 2 qu'il
s'est trouvé des maitres durs et cruels ; je vous les
abandonne. Je désire autant que vous , qu'il n'en puisse
plus exister de pareils dans les Colonies. Mais, je vous
le répèle, ils élaient rares, et dans pareilles occasions 2 on ne doit juger que par la généralité. J'en
reviens encore à vous dire, que Pintérêt, l'ame et le
mobile de toutes nos actions. 2 rendra les cas, dont vous
vous pleignez, toujours peu fréquens. Quel parti les
Colons tireront-ils de leurs Negres, s'ils les réduisent
à ne pouvoir pas travailler ?
plus exister de pareils dans les Colonies. Mais, je vous
le répèle, ils élaient rares, et dans pareilles occasions 2 on ne doit juger que par la généralité. J'en
reviens encore à vous dire, que Pintérêt, l'ame et le
mobile de toutes nos actions. 2 rendra les cas, dont vous
vous pleignez, toujours peu fréquens. Quel parti les
Colons tireront-ils de leurs Negres, s'ils les réduisent
à ne pouvoir pas travailler ? Quc deviendront-ils euxmêmes à la fin, s'ils mutilent, s'ils estropient et s'ils
tuent leurs esclaves ? Oui, je vous le redirai cent fois ; non-seulement
les exemples de cruauté étaient rares, 3 eu égard à la
quantité des habitans, mais ces actions donnaient de
Phorreur pour ceux qui les avaient commises. Le comble
de Pinjustice dans nos accusateurs, a été de nous en
faire à tous, un ciime irrémissible, avec encore l'adresse et la mauvaise foi, de ne pas faire mention
d'une multitude de traits de douceure et de bienfaisance --- Page 337 ---
(291 )
qu'ont donné les Colons, qui, err bonne justice ; auraient di leur être complés pour quelque chose. Iis.
eussent amplement servi de compensation aux traits
contraires. Croyez-vous, en elfet, que la mort violente
de cent Nègres peut-être, ne soit pas expiée ( dans
Pordre de la nature, qui n'est qu'un mélange de bien
et de mal), par cette multitude d'affranchis, qui couvraient St.-Domingue ; et qui tenaient de la libéralité
de leurs patrons, , tant d'esclaves, de Terres-Neuves,
ou d'habitations établies ? Pensez-vous encore, que la
vie heureuse dont y jouissaient quantité de domestiques,
mâles et femelles, auxquels des maîtres généreux ne
refusaieut rien de nécessaire, d'objets de luxe même;
et qui participaient encore à la plus excellente table et
à de continuelles fêles 2 ou parties de plaisir, ne rachètent pas tous les coups de fouet, distribués avec trop
de rudesse, ou trop peu de ménagement ?
Tout cela 2 me répliqua lestement l'avocat, n'est
qu'un rapaudage de vos torts. Un seul trait de cruauté
en détruit cinquante d'humanité. Ceux-ci sont dans
la nature 5 ceux-là l'outragent irrémissiblement,
Vous perdez la raison, lui répartis-je, avec indignation et colère. Si la justice divine, après votre mort,
vous jugeait à cette mesure 2 auriez-vous le moindre
espoir d'être reçu dans son sein ?
Notre ami n'a pas tort, ajouta le curé, s'adressant à l'avocat : avec toute la faiblesse qui siège dans
le coeur humain 5 avec toutes les passions qui le précipitent au mal, comment pouvez-vous tenir un pareil langage ?
C'est avec de pareils faux lieux communs , continuai-je, que nos ennemis ont su capter les esprits
peu réfléchis de la multitude. Mais l'expérience dessil-
espoir d'être reçu dans son sein ?
Notre ami n'a pas tort, ajouta le curé, s'adressant à l'avocat : avec toute la faiblesse qui siège dans
le coeur humain 5 avec toutes les passions qui le précipitent au mal, comment pouvez-vous tenir un pareil langage ?
C'est avec de pareils faux lieux communs , continuai-je, que nos ennemis ont su capter les esprits
peu réfléchis de la multitude. Mais l'expérience dessil- --- Page 338 ---
( 292) )
lera les yeux des gens ainsi trompés ; et l'on reconnaitra, mais trop tard, que le régime précédent
n'était pas tel qu'on l'avait dépeint 2 et que sur 6co
mille esclaves à St.-Domingue, il n'en existait peutêtre pas mille de malheureux Citez-moi, dis-je
à mon adversaire, une sociélé oi la nasure , pour:
me servir de vos expressions, 3 soit moins outragée ?
Si cela était ainsi, oui, me répondit-il: mais 3 vos
esclaves heureux ! comment pouvaieni-ils P'être, au
milieu d'un travail éternel : le malin 2 ils y allaient
au point du jour, et ne quitlaient, à iidi, la place
du maitre, que pour aller travailler la leur 2 aux plus
aroens rayons du soleil : à deux heures 2 et toujours
dans des chaleurs accablantes ils retournaient épuiser
leurs sueurs jusqu'au soir, comme dans la matinee.
Ils avaient des veillées fréquentes : des nuits entières
leurs étaient prises 5 à peine jouissaient-ils de. quelque
repos le dimanche. Pouvez-vous bien appeller heureux
des hommes soumis seulement à des duretés semblables ?
Les esclaves, lui répliquai-je, obligés de travailler
du matin au soir 1 n'étaient pas plus malheureux en
cela, que ne le sont les individus de toutes les classes
du bas peuple en Europe : et si l'on n'a pas pu rendre
meilleur le sort de celui-ci, tout Blanc qu'il est ; ou
si, comme l'a exposé le médecia, il est contraire à
la prospérité d'un état, qu'il soit amélioré, , la même
(*) C'est une chose connue, 2 que les Negres se détruisent
eux-mêmes, lorsqu'ils se croyent trop malheureux. Ces suicides, cependant, étaient extrèmement rares dans nos iles.
Ceux dont fai eu connaissance , appartéuaient à des Noirs
récemment arrivés d'Afrique , qui se tuaient dans la croyance
qu'ils allaient revivre parmi les leurs, dans leur pays.
d'un état, qu'il soit amélioré, , la même
(*) C'est une chose connue, 2 que les Negres se détruisent
eux-mêmes, lorsqu'ils se croyent trop malheureux. Ces suicides, cependant, étaient extrèmement rares dans nos iles.
Ceux dont fai eu connaissance , appartéuaient à des Noirs
récemment arrivés d'Afrique , qui se tuaient dans la croyance
qu'ils allaient revivre parmi les leurs, dans leur pays. --- Page 339 ---
(293 )
raison doit s'appliquer aux esclaves. N'insistez donc
plus sur cette continuité de travail: meltez-vous bien
encore dans la tête 1 que nos Nègres avaient au moins
autant de repos que les journaliers d'Europe.
La terre est fertile dans nos Colonies, et n'a besoin ni d'engrais, ni de charrues, ni de grands efforts pour rapporter : les sarclaisons y sont ce qu'ily
a de plus à charge; mais, en y consacrant deux ou
trois heures dans la semaine , et les matinées des
jours de fète, jusqu'à l'heure de la messe,-les Noirs
tenaient leurs places très en ordre. Ils avaient conséquemment à eux, plus de la moitié de leurs deux
héures des jours ouvrables, et les deux tiers au moins
des dimanches et autres jours de fêtes. Leurs places
les gênaient si peu 3 que j'avais des Nègres, qui en
entretenaient jusqu'à trois : et je vous assure qu'il n'y
a pas de paysans en France 2 de ceux qui ont des
propriélés , qui fussent mieux habillés, 2 mangeassent
de meilleurs morceaux, 3 et pussent donner de plus
belles hardes à leurs femmes 2 que ces esclaves-là.
C'était ainsi sur toutes les habilations, les Noirs laborieux y étaient tous à leur aise.
Il y en a donc naturollement de tels, m'observa
le médecin ; dans l'état de liberté 7 ceux-ci, donnant l'exemple 5 n'induiraient-ils pas tous les autres s
à la longue, à s'adonner à l'agriculture ?
Ce serait, au contraire, lui répondis-je, les paresseux 2 comme plus nombreux, qui le donneraient aux
Nègres laborieux. Croyez-vous qu'ils fussent épais 3
ceux qui, d'eux-mêmes, 2 se livraient au travail? J'en
avais trois de cette trempe dans mon attelier. J'estime qu'on peut en supposer quatre ou cing sur
cent. Dans ce cas, la quantité des fainéans influera
s'adonner à l'agriculture ?
Ce serait, au contraire, lui répondis-je, les paresseux 2 comme plus nombreux, qui le donneraient aux
Nègres laborieux. Croyez-vous qu'ils fussent épais 3
ceux qui, d'eux-mêmes, 2 se livraient au travail? J'en
avais trois de cette trempe dans mon attelier. J'estime qu'on peut en supposer quatre ou cing sur
cent. Dans ce cas, la quantité des fainéans influera --- Page 340 ---
(294 )
nécessairement sur la conduite du petit nombie des
laborieux. Ils seront également entrainés par des amusemens,
des fêtes la seule fréquentation les
2 par
pervertira. Si cela D'arrivait pas 2 et qu'ils s'allachassent, malgré le mauvais exemple 2 à bien ouvrer leurs
places, les vols perpétuels de ceux qui n'agiraient pas
de même 2 leur feraient bientôt abandonner la culture 2
fatigués de travailler en vain. C'était à quoi Pon apportait chez nous une sérieuse attention 2 que les Nègres fainéans ne volassent pas leurs camarades laborieux; et dans le cas de vol, il fallait nécessairement
rendre justice au plaignant; ; sans cela, secrèlement ou
non 2 il s'en serait cruellement revengé et à notre détriment.
Les habitans veillaient avec un soin parliculier, à ce
que chacun de ses Negres 1 mâle ou femelie 2 eut au
moins une place bien cultivée: c'élait, comme je l'ai
dit plus hant, la base de sa bonne santé et de sa
satisfaction aussi ; car 1 quand un Nègre avait la
panse pleine ( c'était son expression ), rien ne l'inquiétait plus. C'était en outre le fond de son pécule.
Avec une place toujours rapportante 2 il pouvait élever
beaucoup de volaille; avoir une mère truie et tenir
un cochon à l'engrais. En raison du produit de toutes
ces places bien entretenues. 2 et de la fertilité de la
terre 2. il n'y avait peut-être pas 2 sur notre globe 2
des marchés mieux fournis de légumes 2 de fruits et
de vivres, qne ceux des villes de St.-Domingue ;
ni plus continuellement des mêmes choses, parce que
cette ile renferme comme trois climats différens 5 celui de la plaine voisine de la mer; celui du pied
des mornes 2 et celui des hauteurs des montagnes.
Ce n'est pas que la végétation demeure jamais sus-
la
terre 2. il n'y avait peut-être pas 2 sur notre globe 2
des marchés mieux fournis de légumes 2 de fruits et
de vivres, qne ceux des villes de St.-Domingue ;
ni plus continuellement des mêmes choses, parce que
cette ile renferme comme trois climats différens 5 celui de la plaine voisine de la mer; celui du pied
des mornes 2 et celui des hauteurs des montagnes.
Ce n'est pas que la végétation demeure jamais sus- --- Page 341 ---
(295)
pendue dans l'un ou dans P'autre, mais chacun a des
saisons favorables plus marquées.
L'ile rapportant ainsi perpétuellement, on voyait
arriver au Cap, de toutes parts et durant toute Pannée ; soit par mer 3 daus de longues pirogues 3 soit
par terre 3 sur le dos des animaux; soit les dimanches et les fétes, sur la lête des nègres, 2 des bananes, des ignames, des patates, des tayos 2 de la cassave 3 du mahi, du mil, du ris, toute espèce de pois
enl verd ou en graines ; une immensité de giromons 2
de melons, de choux, d'artichaux, de gros concombres, d'ananas, d'abricots 3 etc; ensuite des ceufs 2
toute sorte de volaille, du cochon mort, des petis
cochous de lait, de la graisse 2 etc. Cette abondance
de vivres n'était cependant que l'excédeut de la subsistance journalière 2. que les Nègres tiraient de leurs
terreins. A ces objets : ils ajoutaient des fruits venus
sans culture, gouyaves, citrons 3 oranges douces F et
stres 7 corossols, avocats 2 sapotilles 2 caymites 2 etc 5
dont ils' faisaient encore de l'argent, Les riverains
apportaient des écrevisses, des mulets bâtards 2 des
anguilles, des cabots, des tétards 2 etc 5 d'autres des
crabes 2 des tortues de terre 5 d'autres encore, divers
"ouvrages de leurs inains, des nates 7 des étrilles. , des
licols, des éperlins 5 les Nègres potiers, des canaris,
des potiches des plats, des assieltes 2 des soupières.
Je ne finirais pas, si je vous rapportais ce que les
Nègres des différens quartiers et de divers élats , portaient encore de particulier.
C'est bien dommage, observa le négociant 2 qu'un
pareil ordre de choses ait été renversé. Les traces n'en
existent même plus, lui dis-je. Il vous prouve deux
choses dont yous doutiez : la première, que les esclaves
, des canaris,
des potiches des plats, des assieltes 2 des soupières.
Je ne finirais pas, si je vous rapportais ce que les
Nègres des différens quartiers et de divers élats , portaient encore de particulier.
C'est bien dommage, observa le négociant 2 qu'un
pareil ordre de choses ait été renversé. Les traces n'en
existent même plus, lui dis-je. Il vous prouve deux
choses dont yous doutiez : la première, que les esclaves --- Page 342 ---
(296)
avaient du temis de reste à eux 5 et la seconde, qu'avec
tant de moyeus de faire de l'argent, ils pouvaient aisément s'entretenir de vêtemens et mettre quelque chose
en réserve. Aussi s'en trouvait-il sur les habitalions,
qui avaient à eux des cavales de rapport et même un
cheval de monture.
C'est une troisième erreur, 2 continuai-je, de croire
gue le poids de la chaleur aggrave beaucoup le travail
des Noirs 5 elle est leur élément La moindre sensation de froid leur est plus douloureuse, que celle des
plus ardens rayons du soleil. Destinés à vivre sous
la Zone Torride, la nature les a pourvus d'une peau
épaisse et onctueuse 2 qui les leur rend très-supportables : aussi, dans leur pays 2 vont-ils toujours nuds :
ils ne l'étaient pas chez nous. Ils avaient des chemises, des mouchoirs ou des chapeaux à la tète, des
pantalons et les femmes 7 des cotes. Ils ne souffraient
donc pas, dans Ia plaine, à Pheure des plus grandes
chaleurs 2 au point d'en être incommodés. Les Nègres
des mornes l'auraient été bien plus, au froid qu'on
y ressent le matin, ou, sous l'épaisse rosée qu'y distillent les caffiers 5 ou bien encore 2 par les violens
orages journaliers de lété, si les maîtres 9 attentifs
à leur santé 2 ne les eussent garantis de ces in"*
commodités. Ils y remédiaient, en fournissant à leurs
Nègres des capotes courtes de drap à capuchons, de
fréquens rechanges de bonne toile 2 et pour la nuit,
d'épaisses couvertures de laine. Dans la plaine comme
(*) On ne trouve des Nagres 2 que dans les climats de
la' terre, où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante et toujours excessive. BUFFON,
hist. nat., vol. 5, in-12, pag. 225.
dans
y remédiaient, en fournissant à leurs
Nègres des capotes courtes de drap à capuchons, de
fréquens rechanges de bonne toile 2 et pour la nuit,
d'épaisses couvertures de laine. Dans la plaine comme
(*) On ne trouve des Nagres 2 que dans les climats de
la' terre, où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante et toujours excessive. BUFFON,
hist. nat., vol. 5, in-12, pag. 225.
dans --- Page 343 ---
(297 )
dans les mornes 2 par attention, à la santé des Negres, lorsque les places étaient étendues, on avait
bâti de grands ajoupas 7 en manière de hangards 2
où les Negres couraient se mettre à Pabri d'un grain
passager ; Cur, pour peu que le commandeur apperçàt l'orage devoir durer, il taillait du fouet, et chacun, à ce signal , Se sauvait à toutes Jambes chez
lui. Il était esseutiel que des corps en transpiration
n'essuyassent pas ces torrens de pluie. Dans les mornes 2 pendant les quatre à cinq mois de l'été 2 ces
averses étaient presque journalieres., et commençatent
eutre trois et quatre heures de l'après-midi : les Noirs
en recevaient autant d'intervalles de repos jusqu'au
Soir.
Suivant les cultures 3 les-travaux étaient plus ou moins
durs pour les esclaves : celle du coton exigeait le
moins de peine : l'indigo demandait quelques efforts
dans certaines circonstances 2 mais couramment le
travail y était assez léger. Sur les cafééries 3 il ne
l'était guères moins, à l'exception du tems de la récolle 5
mais alors ils en étaient dédommagés par des distributions
de tafia, etc. Autrefois 2 les Noirs y avaient le double
désavantage 2 dans la livraison de la récolte 2 de faire
deux heures de veillée le soir, et de piler la cerise
dans de longs canots 1 à force de bras. Comme elle
était très-sèche, il s'en élevait une poussière fine 2
fort abondante. 2 qui, respirée, nuisaità leur estomach. Mais depuis que, dans toutes ces habitations 7
on s'élait procuré des glacis cimentés, et des moulins
à piler et à vaner. 2 ces désavantages avaient cessé
pour enx.
Il n'a pas été possible de faire disnaraître de même;
dans les sucreries, le travail de nuit pendant les rou38
elle
était très-sèche, il s'en élevait une poussière fine 2
fort abondante. 2 qui, respirée, nuisaità leur estomach. Mais depuis que, dans toutes ces habitations 7
on s'élait procuré des glacis cimentés, et des moulins
à piler et à vaner. 2 ces désavantages avaient cessé
pour enx.
Il n'a pas été possible de faire disnaraître de même;
dans les sucreries, le travail de nuit pendant les rou38 --- Page 344 ---
(298)
I
laisons. Si chaque soir on les eût arrétées, les cannes
auraient bientôt passé sur pied; ou l'on eût été forcé
d'en planter un tiers de moins, avec le même nombre de Nègres. On remédiait néanmoins à la rigueur de ce travail, en divisant l'atelier ( comme un
équipage à bord d'un navire ) en quarts d'hommes et
de femmes. Chacun d'eux ne veillait que quatre heures de la nuit, de deux une ; les premiers 2 depuis
huit heures du soir jusqu'à minuit, 2 et les seconds 2
depuis minuit jusqu'à quatre heures du malin. Ces veillées étaieut amplement compensées dans les sucreries, par
les secours en alimens que l'on y donnait aux Nègres des
bâtimens ; par les cannes qu'ils mangeaient, et par le
sirop qu'on leur distibuait ou qu'on leur laissait prendre. C'est une boisson très-saine et fort nourrissante 9
que les Noirs ne buvaient pas 2 mais qu'ils mangeaient,
pour einsi dire 2 tant le sirop était épais, et tant ils en
avaient à discrétion. Le dimanche, ils en remplissaient
les marchés 2 et les Nègres des autres cultures s'en approvisiounaient par des échanges de vivres, , de bois,
de crabes 2 ou par d'autres moyens. Quelqu'idée que
des personnes, 3 qui n'en ont pas été témoins 3 se soient
formée de ces veillées, et de la force du travail en
général, il fallait bien qu'il ne fut ni trop dur ni trop .
accablant, puisque 2 soit sucreries 7 cafééries, iudigoteries et cotonneries 2 toutes les habitations, anciennement établies, n'élaient plus servies que par des
ateliers créoles: ils y remplaçaient leurs pères et leurs
ayeux, apportés de Guinée.
Que devenait donc, me demanda le médecin, celte
immense quantité de Nègres, > qui se débitaient annuellement dans votre Colonie?
Ces anciennes habitations, lui répondis-je, de loin
creries 7 cafééries, iudigoteries et cotonneries 2 toutes les habitations, anciennement établies, n'élaient plus servies que par des
ateliers créoles: ils y remplaçaient leurs pères et leurs
ayeux, apportés de Guinée.
Que devenait donc, me demanda le médecin, celte
immense quantité de Nègres, > qui se débitaient annuellement dans votre Colonie?
Ces anciennes habitations, lui répondis-je, de loin --- Page 345 ---
(299)
vouen loin, en achetaient quelques-uns: quelquefois,
laut mettre en valeur tout ce qui leur restait de terreins, ou des salines desséchées, 2 il en achetaient encore de plus forts partis. Mais le plus grand , comme
le plus étonnant emploi de ces nouveaux arrivans 2
avait servi à former de nouveaux élablissemens en
toutes sortes de cultures, mais principalement en café,
ainsi qu'à les augmenter chaque année. Depuis la paix
de 1762, tous les mornes ont été découverts : auparavaut il n'y avait presque que des bois debout : en
1790, à peine St.-Domingue présentait un pouce de
terre qui ne fàt en valeur.
Bien loin que les Colons fussent les bourreaux de
leurs esclaves, indépendamment de toutes les preuves
que je viens de vous donner du contraire, j'ajouterai
qu'ils veillaient encore à leur santé, 1 par des soins
généraux et particuliers. Sur les habitations bien ordonnées ( et chacun s'empressait de les imiter), 2 les enfans venaient de bonne heure le lundi de chaque semaine 2 devant la porte de la grand'case 9 y boire
en présence du maître ou de son représentant 2 une
dose de vermifuge. Tous les jours 2 ils y recevaient
leur Déjeliner et leur Oëner. A midi, les Nègres d'une
faible complexion, les nécessiteux et les femmes enceintes
étaient aussi secourus de soupe 7 d'un
2 de y
de
de win, et le
morceau
bouilli,
pain,
plus
souvent de viores du pays, ou de riz. Je vous ai
déjà parlé des soins et des secours nombreux que les
malades trouvaient dans les hôpitaux. Il y avait appartemens séparés pour les hommes et pour les femmes : chambres destinées pour celles en conche 5 d'autres pour les pianistes 9 et des petites cases pour passer
aux grands remèdes. Ces hôpitaux, en plusieurs en-
de
de win, et le
morceau
bouilli,
pain,
plus
souvent de viores du pays, ou de riz. Je vous ai
déjà parlé des soins et des secours nombreux que les
malades trouvaient dans les hôpitaux. Il y avait appartemens séparés pour les hommes et pour les femmes : chambres destinées pour celles en conche 5 d'autres pour les pianistes 9 et des petites cases pour passer
aux grands remèdes. Ces hôpitaux, en plusieurs en- --- Page 346 ---
( 300 )
droits; étaient de vastes bâtimens quarrés à
couvertes en dedans de la cour ;
3 galeries facelle-ci, sur la
çade, était fermée par une claire-voie de fer. Dans
ce vaste intérieur, les convalescens avaient la faculté
de se promener 3 soit à Pombre, 2 sous les
soit en plein air dans la cour. Enfin,
galeries,,
2 pour prévenir
jusqu'aux dangers élvignés de la santé de l'atelier, à
certuines époques, on faisait inoculer tous Jes créoles
nés depuis la dernière inoculation, et les Nègres de
Guinée, dès qa'on en achetait,
Ceux-ci de même, aussitôt leur achat, et pendant
dix à douze mois après, ne manqvaient pas de soins
particuliers. En descendant de bord, ils étaient vêrus
et fournis d'ustenciles de ménage : arrivés sur l'habitation 2 ils y étaient raftaichis et médicamentés
précaution 3 durant trois ou quatre semaines sans, 7 rien par
faire : ensuite, quelques mois encore on les occupait à
de petits travaux 2 ou 1 s'ily avait un atelier de Négrillons, on les metlait ensemble ; à la fin, 7 ils passaient
au grand alelier. En attendant 9 ils élaieut nourris à
la main 5 on leur donnait une case et une place. Mélés
ainsi avec les autres; se choisissant des parrains et des
marraines 9 ou s'y liant avec d'anciens Nègres de leur
nation, dans quinze ou dix-huit mois, ils étaient
état de vivre par eux-mémes, et le maître s'en dé- en .
chargeait.
Dans les mornes 2 il était comme impossible
les Noirs y souffrissent de la disette de vivres à que
que depuis le commencement du mois de Mai, ; cause
la fin de celui de Septembre, les pluies d'orage jusqu'à
bant journeli-ment
y toml'après-midi, les vivres y viennent
en toute abondance, Ces orages descendent rarement
dans les plaines voisines de la mer : aussi y éprouve-
et le maître s'en dé- en .
chargeait.
Dans les mornes 2 il était comme impossible
les Noirs y souffrissent de la disette de vivres à que
que depuis le commencement du mois de Mai, ; cause
la fin de celui de Septembre, les pluies d'orage jusqu'à
bant journeli-ment
y toml'après-midi, les vivres y viennent
en toute abondance, Ces orages descendent rarement
dans les plaines voisines de la mer : aussi y éprouve- --- Page 347 ---
(30t)
tS sécheresses fréquentes 1 et quelquefois trèslor.
J'en ai vu des deux tiers de l'année. Les
escl
de ces quartiers 2 dénués alors de vivres 2
les derniers mois en étaient fournis par leurs
penc.
soit des
des pamaitres. Ils en recevaient,
bananes,
tates, des ignames ou de la cassave 2 achelés dans
la montagne : soit des haricots blancs ou rouges et quantité de mil, recueillis chez eux dans l'hiver ; soit enfin s
du riz des fèves, des pois et des farines de froment
ou de 2 mahi qu'ils se procuraient au Cap, des cargaisons anglo-américaines.
Vous avez laissé sans
Avouez, , messieurs 2
réponse, me dit le médecin 7 en m'interrompant, celle
toujours
la plus forte
de mes objections qui m'a
paru
contre le régine de l'esclavage 2 la stérilité des femmes Noires, 2 et la grande mortalité de leurs enfans
en bas âge 3 deux choses qui ne peuvent provenir
que d'un travail trop soutenu 3 qui les empéchait de
concevoir, et desséchait ensuite leur lait; il leur ôtait
encore le teins suffisant, pour donner les soins nécessaires à leur progéniture.
L'excès ou la durée du travail, lui répondis-je 5
étaient les moinOres causes de l'infécondité des Négresses esclaves : c'est à la qualité du climat qu'elles
la devaient principalement. On ne voyait point les servantes de grand'case, assises à coudre 9 ou chargées
d'autres soins légers, avoir plus d'enfans que les Négresses de place : celles-ci, d'ailleurs, n'en 'supportaient pas les travaux les plus durs ; dans plusieurs
cas 2 on les réservait pour les Nègres mâles. Les
femmes accouchées avaient urdinairement un mois pour
se remettre 2 avant de reprendre la houe : et dans leur
travail, elles en sorlaient si souvent, et demeuraient
coudre 9 ou chargées
d'autres soins légers, avoir plus d'enfans que les Négresses de place : celles-ci, d'ailleurs, n'en 'supportaient pas les travaux les plus durs ; dans plusieurs
cas 2 on les réservait pour les Nègres mâles. Les
femmes accouchées avaient urdinairement un mois pour
se remettre 2 avant de reprendre la houe : et dans leur
travail, elles en sorlaient si souvent, et demeuraient --- Page 348 ---
(302)
si long-tems à allaiter leurs nourrissons
2 qu'à peine
donnaient-elles deux heures le matin, et autant l'aprèsmidi, de fatigue à la culture : aussi leurs enfans étaientils si ronds, 1 si potelés 2 qu'ordinairement nuds c'était un plaisir de les voir et de les caresser. 3
Il faut rapporier premièrement au climat la stérilité
des Négresses. Il est reconnu 2 que dans le Midi,
l'espèce humaine y est moins prolifique que dans le
Nord. Nos femmes Blanches créoles, et les françaises
mêmes 3 portécs sur notre sol , en sont des exemples.
Quoique rassasiées de manger 3 et ne travaillant jamais
de peine, 2 elles 'y étaient pas de moitié aussi fécondes qu'en France. Parmi elles, une famille de six
enfans a toujours passé pour nombreuse. Dix et douze
élaient des cas trés-estraordinaires. En second lieu,
le libertinage nuisait infiniment au rapport des Négresses. Ces femmes ne se fixaient guères à un homme 1 qu'après avoir passé tout leur bel âge avec plusieurs. A l'égard des enfans, ils ne mouraient
comme vous venez de le voir, ni de maigreur, pas ni 3
de défaut de soins; mais la pelite vérole, avant
l'inoculation eut été adoptée 2 faisait de grands rava- que
ges parmi eux 5 et toujours le tétanos a
beauemporté
coup d'enfans, dans les huit premiers jours de leur . I
naissance 5 et les vers, 2 grand nombre d'autres plus
âgés. 2 malgré toutes nos altentions.
Avocat, il faut vous rendre, lui dit M'. Goodrich,
et convenir, malgré le dire de VOS négrophiles
les nombreux détails, dont notre ami vient de
7 que
nous faire
part, présentent bien moins un régime sévère et
Our, qu'un gouvernement paternel et modéré. Au
reste 5 la meilleure preuve en est dans les effets
qu'il avait produits. C'est une vérilé généialementavouée,
nombre d'autres plus
âgés. 2 malgré toutes nos altentions.
Avocat, il faut vous rendre, lui dit M'. Goodrich,
et convenir, malgré le dire de VOS négrophiles
les nombreux détails, dont notre ami vient de
7 que
nous faire
part, présentent bien moins un régime sévère et
Our, qu'un gouvernement paternel et modéré. Au
reste 5 la meilleure preuve en est dans les effets
qu'il avait produits. C'est une vérilé généialementavouée, --- Page 349 ---
(303)
ques Domingue était la plus florissante des Colouies:
or 5 'e parvient pas à les former telles, sous une discip: icieuse ; et moins encore, avec des Noirs
mal 20, malingres, chargés de chaînes 3 écorchés 2
estripiés ou envoyés au tombeau.
J'en suis tellement convaincu, messieurs, leurd dis-je,
gue je ne balance pas à soulenir 2 que si jamais on
entreprend de rétablir la culture dans cette Colonie 7
nulle discipliae n'y conviendra mieux que celle qu'on
vient de proscrire ; il ne sera nécessaire que d'y appliquer les monifications propres à banuir Parbitraire,
l'emportement et les excès de quelques esprits violens
et colères : les cruautés et les sévérités outrées que ceuxci se sont permises 1 sont le seul reproche fondé
contre l'ordre de choses précédent; et c'élait plus la
faute des procureurs-généraux de justice 2 que celle des
particuliers. Le code noir avait prévu ces cas punissables;
et si les gens du roiy eussent tenu la main 7 la crainte
seule aurait retenu la plus grande parlie de ces maîtres
barbares. Au reste, si l'on ne revient pas au régime
précédent , et qu'on veuille y en substituer un autre,
il ne faudra jamais perdre Deux points de vue. Permettez-moi de vous expliquer ma pensée par une
eomparaison. M". l'abbé de la Caille, dans ses élémens
d'astronomie 1 après avoir reconnu l'excellence du
système planétaire qu'on suit aujourd'hui, s'énonce ainsi
(paragraphe IT80), ( s'il y a quelque nouveau sys-
> tème général de physique à rechercher, pour expli2 quer les phénomènes des mouvemens célestes 2 il
D faut que la combinaison des Deur forces connues
>' el admises, l'une centrale, l'autre d'impulsion 5 soit
> la première conséquence du principe qu'on établira >.
Je dis de même. Dans la nouvelle méthode à recher-
système planétaire qu'on suit aujourd'hui, s'énonce ainsi
(paragraphe IT80), ( s'il y a quelque nouveau sys-
> tème général de physique à rechercher, pour expli2 quer les phénomènes des mouvemens célestes 2 il
D faut que la combinaison des Deur forces connues
>' el admises, l'une centrale, l'autre d'impulsion 5 soit
> la première conséquence du principe qu'on établira >.
Je dis de même. Dans la nouvelle méthode à recher- --- Page 350 ---
( 304) )
cher 2 propre à régir et favoriser la culture dai S les
Colonies, , il faut que son premier effet soit de tenir
les cultivateurs Noirs attachés, en même nomor et
constamment toute Pannée, à travailler sur Phabitation de leurs anciens maîtres.
Vous en revenez toujours a votre système d'esclavage 2 me reprocha mon perpétuel antagoniste.
Et vous, lui répondis-je, vous persistez à ne prononcer ce mot, qu'avec les idées outrées que vous y
avez allachées, et dont je vous ai démontré la fausseté. Vous n'avez pu tenir contre mes preuves, résolvez-vous donc à ne trouver d'effrayant pour vous
et de rebutant pour beaucoup d'autres, dans le précé- 3
dent régime de nos Colonies, 2 que son seul nom.
IlI est aisé de le supprimer. Mais comme cette discipline avait produit des effets
merveilleux, qu'elle entraînait peu d'inconvéniens, et que ses défauts étaient
légers : que d'ailleurs, elle ne blesse pas plus les droits:
des hommes réunis en sociélé, que cent autres institutions qu'on laisse subsister; ce n'est pas un crime
de proposer de la faire revivre (en exigeant sur-tout
Ja correction de quelques abus); c'est, au contraire,
vouloir ramener sur notre sol désert et couvert de
Jiannes et de halliers, la population ) l'abondance et 1
la prospérlié, qui en ont été totalement effacées.
J'en conviens, mne répliqua l'avocat ; mais pour la
reprendre, il faudrait encore aller acheter des homies
en Guinée, et je vous avoue que cette idée révolte.
Elle serait plus soutenable 2 si ces Noirs achetés avaient
au moins un jour, pour prix de leurs peines et de
leurs sueurs 2 l'espoir de jouir quelques années d'un
doux repos et de goûter le prix de la liberté. Ne
pourrait-on pas se contenter d'un tems limité dans
leur
pliqua l'avocat ; mais pour la
reprendre, il faudrait encore aller acheter des homies
en Guinée, et je vous avoue que cette idée révolte.
Elle serait plus soutenable 2 si ces Noirs achetés avaient
au moins un jour, pour prix de leurs peines et de
leurs sueurs 2 l'espoir de jouir quelques années d'un
doux repos et de goûter le prix de la liberté. Ne
pourrait-on pas se contenter d'un tems limité dans
leur --- Page 351 ---
(305)
le
vice ? ou, les employer, , leur vie durant, comme
cullivateurs à portion, etc., de mafe
2 métayers, dans tous ces cas, une condition
niel leur assurer,
leur pays?
meilleure; que celle qu'on leur auraitravidans)
vous
chose, lui répondis-je, que
C'est une étrange
le sort des Noirs.
persistiez constamment à exiger 3 que Blancs ! S'est-on.
soit préférable à celui des journaliers de Paisance et du
jamais occupé de procurer à ceux-ci
dans P'automne de leurs jours, en compensation
Jepos
? N'avoir aucune commiséde leurs sueurs précédentes
les africains,
ration de leur sort, et la réserver pour
d'huc'est visiblement Peffet d'un sentiment factice
manité, devenu de mode à Pégard des Nègres.
rien n'empécherait que ces mesures ne
Au reste,
si toutes les autres nations,
pussent être employées ,
consentaient à les
qui possèdent des Colonies à sucre 2 les nôtres seuadopter aussi. Mais les introduire dans
funeste:
se serait leur porter le coup le plus
lement. 2 metire leurs cultivateurs 2 dans une position
ce serait à celle de leurs voisins 3 augmenter considéinférieure
et les mettre
rablement pour eux la main-d'oeuvre 2 leurs denainsi dans Pimpossibilité de soulenir pour
dans les marchés de P'Europe, la concurrence
rées, 3
Vous sentez que toute faveur
des nations étrangères.
réservée aux Noirs achetés;
du genre dont vous parlez 2*
de celui qui doit
ne peut que tourner au détriment
qu'en
l'employer 5 et qu'il ne peut s'en dédommager 2
le prix de sa denrée : alors 2 la trouvant
augmentant
consommateur abandonne
ailleurs, meilleur marché,le
pas aux
celle-ci. Ces faveurs encore ne permettraient
d'y
Colons français, en achetant des Nègres nouveaux,
mhettre un prix assez haut pour. défrayer les armateurs faudrait
La traite française tomberait alors ;il
Négriers.
--- Page 352 ---
E8as
02.Y36
c3ah
(306)
nous passer de Noirs 5 ou les acheter des tra eurs
étrangers : quantité d'autres inconvéniens sensible résulteraient d'un régime qui ne serait pas cummuk.a.ec
nos concurrens. Il faut donc de deux choses l'une,ou
renoncer à posséder des Colonies, ou consentir à les
gouverner par une Oiscipline contrainte de travail :
je dis, contrainte, parce que le climat et la facilité
de s'y procurer les principaux besoins de la vie, font
éviter et fuir tout travail volontaire.
Vous avez dix fois raison 2 me dit le maître du
logis : abandonnons ce sujet; nous nous en sommes assez
entretenus. J'ai besoin d'ailleurs de rentrer chez moi,
A ces mots, chacun de nous prit ce même parti.
FIN.
, ou consentir à les
gouverner par une Oiscipline contrainte de travail :
je dis, contrainte, parce que le climat et la facilité
de s'y procurer les principaux besoins de la vie, font
éviter et fuir tout travail volontaire.
Vous avez dix fois raison 2 me dit le maître du
logis : abandonnons ce sujet; nous nous en sommes assez
entretenus. J'ai besoin d'ailleurs de rentrer chez moi,
A ces mots, chacun de nous prit ce même parti.
FIN. --- Page 353 ---
Je place la présente Edition sous la sauve-garde des Lois
et de la probité des Citoyens. Je déclare que je poursuivrai
devant les tribunaux tout Contrefacteur, Distributeur , ou
Débitant d'Editions contrefaites, J'assure mnêmeaux Citoyens qui
me feront connaître le Contrefacteur, Distributeur 3 ou Débitant,
la moitié du dédommagement que la Loi accorde. Les deux
Ezemplaires en vertu de la Loi, sont déposés à la Bibliothèque
nationale. Bordeaux, ce 15 Nivôse an X de la République.
E R A T A.
Dans Lapant-propos.
Page XVIII 2 ligne I7me : Après avoir eu cargaison confisquée 2
Lisez: Après avoir cu sa cargaison confisquée.
Page XXXIV, avant-dernière ligne : En rougissant 2
Lisez : En rougissent.
Page XXXVII, - avant-dernière ligne : Dépendait de régime 3
Lisez : Dépendait de ce régime.
Dans le corps de Pouvrage.
Page 2, ligue 2me, : Ne fusse 3 lisez : Ne fut-ce.
ligne 29 : Permierst ems , lisez : derniers tems.
Pagezo4, ligne23 : Ce dernier but, profitant en attendant,
Ponctues ainsi : Ce dernier but : profitant > etc.
Page 207, lignes14 ct 15: Dcs extrémité auxquelles chaque partic,
Lisez : Des catrémités auxcpuclles chaque parti, --- Page 354 ---
indre espoir d'être reçu dans son sein ?
Notre ami n'a pas tort, ajouta le curé, s'adressant à l'avocat : avec toute la faiblesse qui siège dans
le coeur humain 5 avec toutes les passions qui le précipitent au mal, comment pouvez-vous tenir un pareil langage ?
C'est avec de pareils faux lieux communs , continuai-je, que nos ennemis ont su capter les esprits
peu réfléchis de la multitude. Mais l'expérience dessil- — Page 338 —
( 292) ) lera les yeux des gens ainsi trompés ; et l'on reconnaitra, mais trop tard, que le régime précédent
n'était pas tel qu'on l'avait dépeint 2 et que sur 6co mille esclaves à St.-Domingue, il n'en existait peutêtre pas mille de malheureux Citez-moi, dis-je
à mon adversaire, une sociélé oi la nasure , pour: me servir de vos expressions, 3 soit moins outragée ?
Si cela était ainsi, oui, me répondit-il: mais 3 vos esclaves heureux ! comment pouvaieni-ils P'être, au milieu d'un travail éternel : le malin 2 ils y allaient au point du jour, et ne quitlaient, à iidi, la place du maitre, que pour aller travailler la leur 2 aux plus aroens rayons du soleil : à deux heures 2 et toujours dans des chaleurs accablantes ils retournaient épuiser leurs sueurs jusqu'au soir, comme dans la matinee.
Ils avaient des veillées fréquentes : des nuits entières leurs étaient prises 5 à peine jouissaient-ils de. quelque repos le dimanche. Pouvez-vous bien appeller heureux des hommes soumis seulement à des duretés semblables ?
Les esclaves, lui répliquai-je, obligés de travailler du matin au soir 1 n'étaient pas plus malheureux en cela, que ne le sont les individus de toutes les classes du bas peuple en Europe : et si l'on n'a pas pu rendre meilleur le sort de celui-ci, tout Blanc qu'il est ; ou si, comme l'a exposé le médecia, il est contraire à la prospérité d'un état, qu'il soit amélioré, , la même
(*) C'est une chose connue, 2 que les Negres se détruisent eux-mêmes, lorsqu'ils se croyent trop malheureux. Ces suicides, cependant, étaient extrèmement rares dans nos iles.
Ceux dont fai eu connaissance , appartéuaient à des Noirs récemment arrivés d'Afrique , qui se tuaient dans la croyance qu'ils allaient revivre parmi les leurs, dans leur pays.
prospérité d'un état, qu'il soit amélioré, , la même
(*) C'est une chose connue, 2 que les Negres se détruisent eux-mêmes, lorsqu'ils se croyent trop malheureux. Ces suicides, cependant, étaient extrèmement rares dans nos iles.
Ceux dont fai eu connaissance , appartéuaient à des Noirs récemment arrivés d'Afrique , qui se tuaient dans la croyance qu'ils allaient revivre parmi les leurs, dans leur pays. — Page 339 —
(293 ) raison doit s'appliquer aux esclaves. N'insistez donc plus sur cette continuité de travail: meltez-vous bien encore dans la tête 1 que nos Nègres avaient au moins autant de repos que les journaliers d'Europe.
La terre est fertile dans nos Colonies, et n'a besoin ni d'engrais, ni de charrues, ni de grands efforts pour rapporter : les sarclaisons y sont ce qu'ily
a de plus à charge; mais, en y consacrant deux ou trois heures dans la semaine , et les matinées des jours de fète, jusqu'à l'heure de la messe,-les Noirs tenaient leurs places très en ordre. Ils avaient conséquemment à eux, plus de la moitié de leurs deux
héures des jours ouvrables, et les deux tiers au moins des dimanches et autres jours de fêtes. Leurs places les gênaient si peu 3 que j'avais des Nègres, qui en entretenaient jusqu'à trois : et je vous assure qu'il n'y a pas de paysans en France 2 de ceux qui ont des propriélés , qui fussent mieux habillés, 2 mangeassent de meilleurs morceaux, 3 et pussent donner de plus belles hardes à leurs femmes 2 que ces esclaves-là.
C'était ainsi sur toutes les habilations, les Noirs laborieux y étaient tous à leur aise.
Il y en a donc naturollement de tels, m'observa le médecin ; dans l'état de liberté 7 ceux-ci, donnant l'exemple 5 n'induiraient-ils pas tous les autres s
à la longue, à s'adonner à l'agriculture ?
Ce serait, au contraire, lui répondis-je, les paresseux 2 comme plus nombreux, qui le donneraient aux
Nègres laborieux. Croyez-vous qu'ils fussent épais 3 ceux qui, d'eux-mêmes, 2 se livraient au travail? J'en avais trois de cette trempe dans mon attelier. J'estime qu'on peut en supposer quatre ou cing sur
cent. Dans ce cas, la quantité des fainéans influera
ue, à s'adonner à l'agriculture ?
Ce serait, au contraire, lui répondis-je, les paresseux 2 comme plus nombreux, qui le donneraient aux
Nègres laborieux. Croyez-vous qu'ils fussent épais 3 ceux qui, d'eux-mêmes, 2 se livraient au travail? J'en avais trois de cette trempe dans mon attelier. J'estime qu'on peut en supposer quatre ou cing sur
cent. Dans ce cas, la quantité des fainéans influera — Page 340 —
(294 ) nécessairement sur la conduite du petit nombie des laborieux. Ils seront également entrainés par des amusemens, des fêtes la seule fréquentation les
2 par pervertira. Si cela D'arrivait pas 2 et qu'ils s'allachassent, malgré le mauvais exemple 2 à bien ouvrer leurs
places, les vols perpétuels de ceux qui n'agiraient pas de même 2 leur feraient bientôt abandonner la culture 2 fatigués de travailler en vain. C'était à quoi Pon apportait chez nous une sérieuse attention 2 que les Nègres fainéans ne volassent pas leurs camarades laborieux; et dans le cas de vol, il fallait nécessairement
rendre justice au plaignant; ; sans cela, secrèlement ou non 2 il s'en serait cruellement revengé et à notre détriment.
Les habitans veillaient avec un soin parliculier, à ce que chacun de ses Negres 1 mâle ou femelie 2 eut au moins une place bien cultivée: c'élait, comme je l'ai dit plus hant, la base de sa bonne santé et de sa satisfaction aussi ; car 1 quand un Nègre avait la panse pleine ( c'était son expression ), rien ne l'inquiétait plus. C'était en outre le fond de son pécule.
Avec une place toujours rapportante 2 il pouvait élever beaucoup de volaille; avoir une mère truie et tenir un cochon à l'engrais. En raison du produit de toutes ces places bien entretenues. 2 et de la fertilité de la terre 2. il n'y avait peut-être pas 2 sur notre globe 2 des marchés mieux fournis de légumes 2 de fruits et de vivres, qne ceux des villes de St.-Domingue ; ni plus continuellement des mêmes choses, parce que cette ile renferme comme trois climats différens 5 celui de la plaine voisine de la mer; celui du pied
des mornes 2 et celui des hauteurs des montagnes.
Ce n'est pas que la végétation demeure jamais sus-
de la fertilité de la terre 2. il n'y avait peut-être pas 2 sur notre globe 2 des marchés mieux fournis de légumes 2 de fruits et de vivres, qne ceux des villes de St.-Domingue ; ni plus continuellement des mêmes choses, parce que cette ile renferme comme trois climats différens 5 celui de la plaine voisine de la mer; celui du pied
des mornes 2 et celui des hauteurs des montagnes.
Ce n'est pas que la végétation demeure jamais sus- — Page 341 —
(295) pendue dans l'un ou dans P'autre, mais chacun a des saisons favorables plus marquées.
L'ile rapportant ainsi perpétuellement, on voyait arriver au Cap, de toutes parts et durant toute Pannée ; soit par mer 3 daus de longues pirogues 3 soit
par terre 3 sur le dos des animaux; soit les dimanches et les fétes, sur la lête des nègres, 2 des bananes, des ignames, des patates, des tayos 2 de la cassave 3 du mahi, du mil, du ris, toute espèce de pois
enl verd ou en graines ; une immensité de giromons 2 de melons, de choux, d'artichaux, de gros concombres, d'ananas, d'abricots 3 etc; ensuite des ceufs 2
toute sorte de volaille, du cochon mort, des petis cochous de lait, de la graisse 2 etc. Cette abondance de vivres n'était cependant que l'excédeut de la subsistance journalière 2. que les Nègres tiraient de leurs
terreins. A ces objets : ils ajoutaient des fruits venus sans culture, gouyaves, citrons 3 oranges douces F et stres 7 corossols, avocats 2 sapotilles 2 caymites 2 etc 5 dont ils' faisaient encore de l'argent, Les riverains apportaient des écrevisses, des mulets bâtards 2 des anguilles, des cabots, des tétards 2 etc 5 d'autres des crabes 2 des tortues de terre 5 d'autres encore, divers
"ouvrages de leurs inains, des nates 7 des étrilles. , des licols, des éperlins 5 les Nègres potiers, des canaris, des potiches des plats, des assieltes 2 des soupières.
Je ne finirais pas, si je vous rapportais ce que les
Nègres des différens quartiers et de divers élats , portaient encore de particulier.
C'est bien dommage, observa le négociant 2 qu'un pareil ordre de choses ait été renversé. Les traces n'en existent même plus, lui dis-je. Il vous prouve deux choses dont yous doutiez : la première, que les esclaves
gres potiers, des canaris, des potiches des plats, des assieltes 2 des soupières.
Je ne finirais pas, si je vous rapportais ce que les
Nègres des différens quartiers et de divers élats , portaient encore de particulier.
C'est bien dommage, observa le négociant 2 qu'un pareil ordre de choses ait été renversé. Les traces n'en existent même plus, lui dis-je. Il vous prouve deux choses dont yous doutiez : la première, que les esclaves — Page 342 —
(296) avaient du temis de reste à eux 5 et la seconde, qu'avec tant de moyeus de faire de l'argent, ils pouvaient aisément s'entretenir de vêtemens et mettre quelque chose
en réserve. Aussi s'en trouvait-il sur les habitalions, qui avaient à eux des cavales de rapport et même un cheval de monture.
C'est une troisième erreur, 2 continuai-je, de croire gue le poids de la chaleur aggrave beaucoup le travail des Noirs 5 elle est leur élément La moindre sensation de froid leur est plus douloureuse, que celle des
plus ardens rayons du soleil. Destinés à vivre sous la Zone Torride, la nature les a pourvus d'une peau épaisse et onctueuse 2 qui les leur rend très-supportables : aussi, dans leur pays 2 vont-ils toujours nuds :
ils ne l'étaient pas chez nous. Ils avaient des chemises, des mouchoirs ou des chapeaux à la tète, des
pantalons et les femmes 7 des cotes. Ils ne souffraient donc pas, dans Ia plaine, à Pheure des plus grandes chaleurs 2 au point d'en être incommodés. Les Nègres des mornes l'auraient été bien plus, au froid qu'on y ressent le matin, ou, sous l'épaisse rosée qu'y distillent les caffiers 5 ou bien encore 2 par les violens
orages journaliers de lété, si les maîtres 9 attentifs à leur santé 2 ne les eussent garantis de ces in"* commodités. Ils y remédiaient, en fournissant à leurs
Nègres des capotes courtes de drap à capuchons, de fréquens rechanges de bonne toile 2 et pour la nuit, d'épaisses couvertures de laine. Dans la plaine comme
(*) On ne trouve des Nagres 2 que dans les climats de la' terre, où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante et toujours excessive. BUFFON,
hist. nat., vol. 5, in-12, pag. 225. dans
ités. Ils y remédiaient, en fournissant à leurs
Nègres des capotes courtes de drap à capuchons, de fréquens rechanges de bonne toile 2 et pour la nuit, d'épaisses couvertures de laine. Dans la plaine comme
(*) On ne trouve des Nagres 2 que dans les climats de la' terre, où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante et toujours excessive. BUFFON,
hist. nat., vol. 5, in-12, pag. 225. dans — Page 343 —
(297 ) dans les mornes 2 par attention, à la santé des Negres, lorsque les places étaient étendues, on avait
bâti de grands ajoupas 7 en manière de hangards 2 où les Negres couraient se mettre à Pabri d'un grain passager ; Cur, pour peu que le commandeur apperçàt l'orage devoir durer, il taillait du fouet, et chacun, à ce signal , Se sauvait à toutes Jambes chez
lui. Il était esseutiel que des corps en transpiration n'essuyassent pas ces torrens de pluie. Dans les mornes 2 pendant les quatre à cinq mois de l'été 2 ces
averses étaient presque journalieres., et commençatent eutre trois et quatre heures de l'après-midi : les Noirs en recevaient autant d'intervalles de repos jusqu'au
Soir.
Suivant les cultures 3 les-travaux étaient plus ou moins durs pour les esclaves : celle du coton exigeait le moins de peine : l'indigo demandait quelques efforts dans certaines circonstances 2 mais couramment le travail y était assez léger. Sur les cafééries 3 il ne l'était guères moins, à l'exception du tems de la récolle 5 mais alors ils en étaient dédommagés par des distributions de tafia, etc. Autrefois 2 les Noirs y avaient le double désavantage 2 dans la livraison de la récolte 2 de faire deux heures de veillée le soir, et de piler la cerise dans de longs canots 1 à force de bras. Comme elle était très-sèche, il s'en élevait une poussière fine 2 fort abondante. 2 qui, respirée, nuisaità leur estomach. Mais depuis que, dans toutes ces habitations 7
on s'élait procuré des glacis cimentés, et des moulins à piler et à vaner. 2 ces désavantages avaient cessé pour enx.
Il n'a pas été possible de faire disnaraître de même; dans les sucreries, le travail de nuit pendant les rou38
force de bras. Comme elle était très-sèche, il s'en élevait une poussière fine 2 fort abondante. 2 qui, respirée, nuisaità leur estomach. Mais depuis que, dans toutes ces habitations 7
on s'élait procuré des glacis cimentés, et des moulins à piler et à vaner. 2 ces désavantages avaient cessé pour enx.
Il n'a pas été possible de faire disnaraître de même; dans les sucreries, le travail de nuit pendant les rou38 — Page 344 —
(298)
I laisons. Si chaque soir on les eût arrétées, les cannes auraient bientôt passé sur pied; ou l'on eût été forcé d'en planter un tiers de moins, avec le même nombre de Nègres. On remédiait néanmoins à la rigueur de ce travail, en divisant l'atelier ( comme un
équipage à bord d'un navire ) en quarts d'hommes et de femmes. Chacun d'eux ne veillait que quatre heures de la nuit, de deux une ; les premiers 2 depuis
huit heures du soir jusqu'à minuit, 2 et les seconds 2 depuis minuit jusqu'à quatre heures du malin. Ces veillées étaieut amplement compensées dans les sucreries, par
les secours en alimens que l'on y donnait aux Nègres des bâtimens ; par les cannes qu'ils mangeaient, et par le sirop qu'on leur distibuait ou qu'on leur laissait prendre. C'est une boisson très-saine et fort nourrissante 9
que les Noirs ne buvaient pas 2 mais qu'ils mangeaient, pour einsi dire 2 tant le sirop était épais, et tant ils en avaient à discrétion. Le dimanche, ils en remplissaient les marchés 2 et les Nègres des autres cultures s'en approvisiounaient par des échanges de vivres, , de bois,
de crabes 2 ou par d'autres moyens. Quelqu'idée que des personnes, 3 qui n'en ont pas été témoins 3 se soient formée de ces veillées, et de la force du travail en général, il fallait bien qu'il ne fut ni trop dur ni trop . accablant, puisque 2 soit sucreries 7 cafééries, iudigoteries et cotonneries 2 toutes les habitations, anciennement établies, n'élaient plus servies que par des
ateliers créoles: ils y remplaçaient leurs pères et leurs ayeux, apportés de Guinée.
Que devenait donc, me demanda le médecin, celte immense quantité de Nègres, > qui se débitaient annuellement dans votre Colonie?
Ces anciennes habitations, lui répondis-je, de loin
soit sucreries 7 cafééries, iudigoteries et cotonneries 2 toutes les habitations, anciennement établies, n'élaient plus servies que par des
ateliers créoles: ils y remplaçaient leurs pères et leurs ayeux, apportés de Guinée.
Que devenait donc, me demanda le médecin, celte immense quantité de Nègres, > qui se débitaient annuellement dans votre Colonie?
Ces anciennes habitations, lui répondis-je, de loin — Page 345 —
(299) vouen loin, en achetaient quelques-uns: quelquefois, laut mettre en valeur tout ce qui leur restait de terreins, ou des salines desséchées, 2 il en achetaient encore de plus forts partis. Mais le plus grand , comme
le plus étonnant emploi de ces nouveaux arrivans 2 avait servi à former de nouveaux élablissemens en toutes sortes de cultures, mais principalement en café, ainsi qu'à les augmenter chaque année. Depuis la paix de 1762, tous les mornes ont été découverts : auparavaut il n'y avait presque que des bois debout : en
1790, à peine St.-Domingue présentait un pouce de terre qui ne fàt en valeur.
Bien loin que les Colons fussent les bourreaux de leurs esclaves, indépendamment de toutes les preuves que je viens de vous donner du contraire, j'ajouterai qu'ils veillaient encore à leur santé, 1 par des soins généraux et particuliers. Sur les habitations bien ordonnées ( et chacun s'empressait de les imiter), 2 les enfans venaient de bonne heure le lundi de chaque semaine 2 devant la porte de la grand'case 9 y boire
en présence du maître ou de son représentant 2 une dose de vermifuge. Tous les jours 2 ils y recevaient leur Déjeliner et leur Oëner. A midi, les Nègres d'une faible complexion, les nécessiteux et les femmes enceintes étaient aussi secourus de soupe 7 d'un
2 de y de de win, et le morceau bouilli, pain, plus souvent de viores du pays, ou de riz. Je vous ai déjà parlé des soins et des secours nombreux que les malades trouvaient dans les hôpitaux. Il y avait appartemens séparés pour les hommes et pour les femmes : chambres destinées pour celles en conche 5 d'autres pour les pianistes 9 et des petites cases pour passer
aux grands remèdes. Ces hôpitaux, en plusieurs en-
de soupe 7 d'un
2 de y de de win, et le morceau bouilli, pain, plus souvent de viores du pays, ou de riz. Je vous ai déjà parlé des soins et des secours nombreux que les malades trouvaient dans les hôpitaux. Il y avait appartemens séparés pour les hommes et pour les femmes : chambres destinées pour celles en conche 5 d'autres pour les pianistes 9 et des petites cases pour passer
aux grands remèdes. Ces hôpitaux, en plusieurs en- — Page 346 —
( 300 ) droits; étaient de vastes bâtimens quarrés à couvertes en dedans de la cour ;
3 galeries facelle-ci, sur la çade, était fermée par une claire-voie de fer. Dans ce vaste intérieur, les convalescens avaient la faculté de se promener 3 soit à Pombre, 2 sous les soit en plein air dans la cour. Enfin, galeries,,
2 pour prévenir jusqu'aux dangers élvignés de la santé de l'atelier, à certuines époques, on faisait inoculer tous Jes créoles nés depuis la dernière inoculation, et les Nègres de
Guinée, dès qa'on en achetait,
Ceux-ci de même, aussitôt leur achat, et pendant dix à douze mois après, ne manqvaient pas de soins particuliers. En descendant de bord, ils étaient vêrus et fournis d'ustenciles de ménage : arrivés sur l'habitation 2 ils y étaient raftaichis et médicamentés
précaution 3 durant trois ou quatre semaines sans, 7 rien par faire : ensuite, quelques mois encore on les occupait à de petits travaux 2 ou 1 s'ily avait un atelier de Négrillons, on les metlait ensemble ; à la fin, 7 ils passaient
au grand alelier. En attendant 9 ils élaieut nourris à la main 5 on leur donnait une case et une place. Mélés ainsi avec les autres; se choisissant des parrains et des marraines 9 ou s'y liant avec d'anciens Nègres de leur nation, dans quinze ou dix-huit mois, ils étaient état de vivre par eux-mémes, et le maître s'en dé- en . chargeait.
Dans les mornes 2 il était comme impossible les Noirs y souffrissent de la disette de vivres à que que depuis le commencement du mois de Mai, ; cause la fin de celui de Septembre, les pluies d'orage jusqu'à bant journeli-ment y toml'après-midi, les vivres y viennent en toute abondance, Ces orages descendent rarement dans les plaines voisines de la mer : aussi y éprouve-
vivre par eux-mémes, et le maître s'en dé- en . chargeait.
Dans les mornes 2 il était comme impossible les Noirs y souffrissent de la disette de vivres à que que depuis le commencement du mois de Mai, ; cause la fin de celui de Septembre, les pluies d'orage jusqu'à bant journeli-ment y toml'après-midi, les vivres y viennent en toute abondance, Ces orages descendent rarement dans les plaines voisines de la mer : aussi y éprouve- — Page 347 —
(30t) tS sécheresses fréquentes 1 et quelquefois trèslor.
J'en ai vu des deux tiers de l'année. Les escl de ces quartiers 2 dénués alors de vivres 2 les derniers mois en étaient fournis par leurs penc. soit des des pamaitres. Ils en recevaient, bananes, tates, des ignames ou de la cassave 2 achelés dans la montagne : soit des haricots blancs ou rouges et quantité de mil, recueillis chez eux dans l'hiver ; soit enfin s
du riz des fèves, des pois et des farines de froment ou de 2 mahi qu'ils se procuraient au Cap, des cargaisons anglo-américaines.
Vous avez laissé sans
Avouez, , messieurs 2 réponse, me dit le médecin 7 en m'interrompant, celle toujours la plus forte de mes objections qui m'a paru contre le régine de l'esclavage 2 la stérilité des femmes Noires, 2 et la grande mortalité de leurs enfans
en bas âge 3 deux choses qui ne peuvent provenir que d'un travail trop soutenu 3 qui les empéchait de concevoir, et desséchait ensuite leur lait; il leur ôtait encore le teins suffisant, pour donner les soins nécessaires à leur progéniture.
L'excès ou la durée du travail, lui répondis-je 5 étaient les moinOres causes de l'infécondité des Négresses esclaves : c'est à la qualité du climat qu'elles
la devaient principalement. On ne voyait point les servantes de grand'case, assises à coudre 9 ou chargées
d'autres soins légers, avoir plus d'enfans que les Négresses de place : celles-ci, d'ailleurs, n'en 'supportaient pas les travaux les plus durs ; dans plusieurs
cas 2 on les réservait pour les Nègres mâles. Les femmes accouchées avaient urdinairement un mois pour se remettre 2 avant de reprendre la houe : et dans leur travail, elles en sorlaient si souvent, et demeuraient
'case, assises à coudre 9 ou chargées
d'autres soins légers, avoir plus d'enfans que les Négresses de place : celles-ci, d'ailleurs, n'en 'supportaient pas les travaux les plus durs ; dans plusieurs
cas 2 on les réservait pour les Nègres mâles. Les femmes accouchées avaient urdinairement un mois pour se remettre 2 avant de reprendre la houe : et dans leur travail, elles en sorlaient si souvent, et demeuraient — Page 348 —
(302) si long-tems à allaiter leurs nourrissons
2 qu'à peine donnaient-elles deux heures le matin, et autant l'aprèsmidi, de fatigue à la culture : aussi leurs enfans étaientils si ronds, 1 si potelés 2 qu'ordinairement nuds c'était un plaisir de les voir et de les caresser. 3
Il faut rapporier premièrement au climat la stérilité des Négresses. Il est reconnu 2 que dans le Midi, l'espèce humaine y est moins prolifique que dans le
Nord. Nos femmes Blanches créoles, et les françaises mêmes 3 portécs sur notre sol , en sont des exemples.
Quoique rassasiées de manger 3 et ne travaillant jamais de peine, 2 elles 'y étaient pas de moitié aussi fécondes qu'en France. Parmi elles, une famille de six
enfans a toujours passé pour nombreuse. Dix et douze élaient des cas trés-estraordinaires. En second lieu, le libertinage nuisait infiniment au rapport des Négresses. Ces femmes ne se fixaient guères à un homme 1 qu'après avoir passé tout leur bel âge avec plusieurs. A l'égard des enfans, ils ne mouraient
comme vous venez de le voir, ni de maigreur, pas ni 3 de défaut de soins; mais la pelite vérole, avant l'inoculation eut été adoptée 2 faisait de grands rava- que ges parmi eux 5 et toujours le tétanos a beauemporté coup d'enfans, dans les huit premiers jours de leur . I naissance 5 et les vers, 2 grand nombre d'autres plus âgés. 2 malgré toutes nos altentions.
Avocat, il faut vous rendre, lui dit M'. Goodrich, et convenir, malgré le dire de VOS négrophiles les nombreux détails, dont notre ami vient de
7 que nous faire part, présentent bien moins un régime sévère et
Our, qu'un gouvernement paternel et modéré. Au reste 5 la meilleure preuve en est dans les effets qu'il avait produits. C'est une vérilé généialementavouée,
et les vers, 2 grand nombre d'autres plus âgés. 2 malgré toutes nos altentions.
Avocat, il faut vous rendre, lui dit M'. Goodrich, et convenir, malgré le dire de VOS négrophiles les nombreux détails, dont notre ami vient de
7 que nous faire part, présentent bien moins un régime sévère et
Our, qu'un gouvernement paternel et modéré. Au reste 5 la meilleure preuve en est dans les effets qu'il avait produits. C'est une vérilé généialementavouée, — Page 349 —
(303) ques Domingue était la plus florissante des Colouies: or 5 'e parvient pas à les former telles, sous une discip: icieuse ; et moins encore, avec des Noirs
mal 20, malingres, chargés de chaînes 3 écorchés 2 estripiés ou envoyés au tombeau.
J'en suis tellement convaincu, messieurs, leurd dis-je, gue je ne balance pas à soulenir 2 que si jamais on entreprend de rétablir la culture dans cette Colonie 7 nulle discipliae n'y conviendra mieux que celle qu'on vient de proscrire ; il ne sera nécessaire que d'y appliquer les monifications propres à banuir Parbitraire,
l'emportement et les excès de quelques esprits violens et colères : les cruautés et les sévérités outrées que ceuxci se sont permises 1 sont le seul reproche fondé
contre l'ordre de choses précédent; et c'élait plus la faute des procureurs-généraux de justice 2 que celle des particuliers. Le code noir avait prévu ces cas punissables; et si les gens du roiy eussent tenu la main 7 la crainte seule aurait retenu la plus grande parlie de ces maîtres barbares. Au reste, si l'on ne revient pas au régime précédent , et qu'on veuille y en substituer un autre, il ne faudra jamais perdre Deux points de vue. Permettez-moi de vous expliquer ma pensée par une
eomparaison. M". l'abbé de la Caille, dans ses élémens d'astronomie 1 après avoir reconnu l'excellence du système planétaire qu'on suit aujourd'hui, s'énonce ainsi
(paragraphe IT80), ( s'il y a quelque nouveau sys-
> tème général de physique à rechercher, pour expli2 quer les phénomènes des mouvemens célestes 2 il
D faut que la combinaison des Deur forces connues
>' el admises, l'une centrale, l'autre d'impulsion 5 soit
> la première conséquence du principe qu'on établira >.
Je dis de même. Dans la nouvelle méthode à recher-
cellence du système planétaire qu'on suit aujourd'hui, s'énonce ainsi
(paragraphe IT80), ( s'il y a quelque nouveau sys-
> tème général de physique à rechercher, pour expli2 quer les phénomènes des mouvemens célestes 2 il
D faut que la combinaison des Deur forces connues
>' el admises, l'une centrale, l'autre d'impulsion 5 soit
> la première conséquence du principe qu'on établira >.
Je dis de même. Dans la nouvelle méthode à recher- — Page 350 —
( 304) ) cher 2 propre à régir et favoriser la culture dai S les
Colonies, , il faut que son premier effet soit de tenir les cultivateurs Noirs attachés, en même nomor et constamment toute Pannée, à travailler sur Phabitation de leurs anciens maîtres.
Vous en revenez toujours a votre système d'esclavage 2 me reprocha mon perpétuel antagoniste.
Et vous, lui répondis-je, vous persistez à ne prononcer ce mot, qu'avec les idées outrées que vous y
avez allachées, et dont je vous ai démontré la fausseté. Vous n'avez pu tenir contre mes preuves, résolvez-vous donc à ne trouver d'effrayant pour vous
et de rebutant pour beaucoup d'autres, dans le précé- 3 dent régime de nos Colonies, 2 que son seul nom.
IlI est aisé de le supprimer. Mais comme cette discipline avait produit des effets
merveilleux, qu'elle entraînait peu d'inconvéniens, et que ses défauts étaient
légers : que d'ailleurs, elle ne blesse pas plus les droits: des hommes réunis en sociélé, que cent autres institutions qu'on laisse subsister; ce n'est pas un crime
de proposer de la faire revivre (en exigeant sur-tout
Ja correction de quelques abus); c'est, au contraire, vouloir ramener sur notre sol désert et couvert de
Jiannes et de halliers, la population ) l'abondance et 1 la prospérlié, qui en ont été totalement effacées.
J'en conviens, mne répliqua l'avocat ; mais pour la reprendre, il faudrait encore aller acheter des homies en Guinée, et je vous avoue que cette idée révolte.
Elle serait plus soutenable 2 si ces Noirs achetés avaient au moins un jour, pour prix de leurs peines et de leurs sueurs 2 l'espoir de jouir quelques années d'un doux repos et de goûter le prix de la liberté. Ne pourrait-on pas se contenter d'un tems limité dans leur
J'en conviens, mne répliqua l'avocat ; mais pour la reprendre, il faudrait encore aller acheter des homies en Guinée, et je vous avoue que cette idée révolte.
Elle serait plus soutenable 2 si ces Noirs achetés avaient au moins un jour, pour prix de leurs peines et de leurs sueurs 2 l'espoir de jouir quelques années d'un doux repos et de goûter le prix de la liberté. Ne pourrait-on pas se contenter d'un tems limité dans leur — Page 351 —
(305) le vice ? ou, les employer, , leur vie durant, comme cullivateurs à portion, etc., de mafe
2 métayers, dans tous ces cas, une condition niel leur assurer, leur pays? meilleure; que celle qu'on leur auraitravidans) vous chose, lui répondis-je, que
C'est une étrange le sort des Noirs. persistiez constamment à exiger 3 que Blancs ! S'est-on. soit préférable à celui des journaliers de Paisance et du jamais occupé de procurer à ceux-ci dans P'automne de leurs jours, en compensation
Jepos
? N'avoir aucune commiséde leurs sueurs précédentes les africains, ration de leur sort, et la réserver pour d'huc'est visiblement Peffet d'un sentiment factice manité, devenu de mode à Pégard des Nègres. rien n'empécherait que ces mesures ne
Au reste, si toutes les autres nations, pussent être employées , consentaient à les qui possèdent des Colonies à sucre 2 les nôtres seuadopter aussi. Mais les introduire dans
funeste: se serait leur porter le coup le plus lement. 2 metire leurs cultivateurs 2 dans une position ce serait à celle de leurs voisins 3 augmenter considéinférieure et les mettre rablement pour eux la main-d'oeuvre 2 leurs denainsi dans Pimpossibilité de soulenir pour
dans les marchés de P'Europe, la concurrence rées, 3
Vous sentez que toute faveur des nations étrangères. réservée aux Noirs achetés; du genre dont vous parlez 2* de celui qui doit ne peut que tourner au détriment qu'en l'employer 5 et qu'il ne peut s'en dédommager 2 le prix de sa denrée : alors 2 la trouvant augmentant consommateur abandonne ailleurs, meilleur marché,le pas aux celle-ci. Ces faveurs encore ne permettraient d'y
Colons français, en achetant des Nègres nouveaux, mhettre un prix assez haut pour. défrayer les armateurs faudrait
La traite française tomberait alors ;il
Négriers. — Page 352 —
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02.Y36 c3ah
(306) nous passer de Noirs 5 ou les acheter des tra eurs étrangers : quantité d'autres inconvéniens sensible résulteraient d'un régime qui ne serait pas cummuk.a.ec
nos concurrens. Il faut donc de deux choses l'une,ou renoncer à posséder des Colonies, ou consentir à les gouverner par une Oiscipline contrainte de travail : je dis, contrainte, parce que le climat et la facilité de s'y procurer les principaux besoins de la vie, font éviter et fuir tout travail volontaire.
Vous avez dix fois raison 2 me dit le maître du logis : abandonnons ce sujet; nous nous en sommes assez entretenus. J'ai besoin d'ailleurs de rentrer chez moi,
A ces mots, chacun de nous prit ce même parti.
FIN.
à posséder des Colonies, ou consentir à les gouverner par une Oiscipline contrainte de travail : je dis, contrainte, parce que le climat et la facilité de s'y procurer les principaux besoins de la vie, font éviter et fuir tout travail volontaire.
Vous avez dix fois raison 2 me dit le maître du logis : abandonnons ce sujet; nous nous en sommes assez entretenus. J'ai besoin d'ailleurs de rentrer chez moi,
A ces mots, chacun de nous prit ce même parti.
FIN. — Page 353 —
Je place la présente Edition sous la sauve-garde des Lois et de la probité des Citoyens. Je déclare que je poursuivrai devant les tribunaux tout Contrefacteur, Distributeur , ou
Débitant d'Editions contrefaites, J'assure mnêmeaux Citoyens qui me feront connaître le Contrefacteur, Distributeur 3 ou Débitant,
la moitié du dédommagement que la Loi accorde. Les deux
Ezemplaires en vertu de la Loi, sont déposés à la Bibliothèque nationale. Bordeaux, ce 15 Nivôse an X de la République.
E R A T A.
Dans Lapant-propos.
Page XVI 2 ligne I7me : Après avoir eu cargaison confisquée 2
Lisez: Après avoir cu sa cargaison confisquée.
Page XIV, avant-dernière ligne : En rougissant 2
Lisez : En rougissent.
Page XVII, - avant-dernière ligne : Dépendait de régime 3
Lisez : Dépendait de ce régime.
Dans le corps de Pouvrage.
Page 2, ligue 2me, : Ne fusse 3 lisez : Ne fut-ce. ligne 29 : Permierst ems , lisez : derniers tems.
Pagezo4, ligne23 : Ce dernier but, profitant en attendant,
Ponctues ainsi : Ce dernier but : profitant > etc.
Page 207, lignes14 ct 15: Dcs extrémité auxquelles chaque partic,
Lisez : Des catrémités auxcpuclles chaque parti, — Page 354 —