--- Page 1 --- --- Page 2 ---
3A
---2
Jabrr Carter robn
filrany
Bmmt Hnttersity --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
HISTOIRE
DE MESDEMOISELLES
DE SAINT-JANVIER. --- Page 6 ---
DE LIMPRIMERIE DE LEFEBVRE,
RUE DE LILLE, No, II. --- Page 7 --- --- Page 8 --- --- Page 9 --- --- Page 10 ---
-
T --- Page 11 ---
HISTOIRE
DE MESDEMOISELLES
DE SAINT-JANVIER,
LES DEUX SEULES BLANCHES CONSERVÉES
A SAINT-DONINGUE;
PAR MADENOISELLE DE P
AVEC FIGURES.
SECONDE DITION.
A PARIS,
CHEZ J.-J. BLAISE, Libraire,
3 quai des
Augustins, no,6I, près le Pont-Neuf.
MI. DCCC. XII, --- Page 12 --- --- Page 13 ---
AVIS DE LÉDITEUR.
QorNzr jours sont à peine
écoulés, depuis que nous avons
ofert au Public PHistoire de
Miles, de Saint-Janvier; et par
une eipioet'enchantonent, ilne
nous en reste plus. L'empressement du Public, et les suffrages
dun Liltérateur (*)qui saitlouer
sans flatterie, 2 etcritiquer. sans -
amertume, 3 nous ont déterminé
à retracer une seconde fois les
destinées de deux personnes
distinguées, qui,jeunes encore,
ont déja parcouru une longue
OBar.dadosmalertepin, 20mair812.
A 5
Ta
-R --- Page 14 ---
vj
carrière de malheurs. Cette Hissur un matoire a été imprimée
nuscrit de M'le, de P qui
s'étant trouvée au chateau de
Courbeton, avec Miles, de SaintJanvier, chez M. de St-Aulaire
leur tuteur et leur oncle, a recueilli tous les détails que présente une suite dévénemens
Mles, de
aussi eztraordinaires.
Saint-Janvier en ont fait plusieurs fois le récit touchant, et
nous avons Cru quil était imd'en conserver le souportant
venir. --- Page 15 ---
AVANT-PROPOS.
I
est des événemens qui
n'ont besoin que d'être connus, pour exciter le plus vif
intérêt et laisser dans l'ame
une impression durable. Deux
jeunes personnes, destinées à
jouir de tous les avantages de
l'éducation et de la fortune;
au milieu d'une société civilisée, sont livrées, dès l'àge le
plus tendre, aux plus terribles
épreuves, aux dangers les plus
affreux. Elles voient périrsous --- Page 16 ---
viij
leurs yeux ce qu'elles ont de
plus cher; elles échappent,
comme par miracle, à une
morto quiparaissait inévitable,
et elles ne sont arrachées à
une aussi cruelle destinée, que
pour tomber dans l'esclavage.
Des ames généreuses, 9 parmi
lesquelles on aime à voir figurer 9 au premier rang, un
agent du gouvernement français, les rendent à la liberté, 5
* aul repos, à leur famille. Elles
sont aujourd'hui au sein de
cette nation puissante et ma- --- Page 17 ---
ix
gnanime, dont le nom fait
toujours entrevoir un appui
au
mlbeureux, jusque dans
les contrées les plus éloignées
du monde, et dont la gloire
assurée par celle du Monarque, se rattache si souventaux
souvenirs les plus touchans des
actions les plus louables et les
plus généreuses. En publiant
I'histoire des malheurs
qu'ont
essuyés Mlles, de Saint-Janvier, nous ne pouvons
faire bénir cette Providence que
divine etinvisible quisoutient
oujours entrevoir un appui
au
mlbeureux, jusque dans
les contrées les plus éloignées
du monde, et dont la gloire
assurée par celle du Monarque, se rattache si souventaux
souvenirs les plus touchans des
actions les plus louables et les
plus généreuses. En publiant
I'histoire des malheurs
qu'ont
essuyés Mlles, de Saint-Janvier, nous ne pouvons
faire bénir cette Providence que
divine etinvisible quisoutient --- Page 18 ---
X
de ses mains puissantes le faible et l'orphelin, et réunir
tous les coeurs vers cette seconde Providence, dont l'ad- à
ministration sagee etp paternelie
fait oublier tous les maux, et
qui inspire les sentimens les
plusnobles à ceux quisontappelés à l'honneur de la servir. --- Page 19 ---
HISTOIRE
DE MESDEMTOISELLES
DE SAINT-JANVIER.
Ls moyens dont la Providence
s'est servie pour sauver Mlles, de
Saint-Janvier, des massacres de
Saint-Domingue, m'ont paru offrir un si grand intérêt,
n'ai
que je
pu m'empècher de retracer les
principales circonstances d'un dvénement aussi extraordinaire. Je
tiens leur histoire
d'elles-mèmes, 2
ayant passé quelque temps avec
elles au
chteaudeCourbeion,p près --- Page 20 ---
(12)
Montercau, chezleurtantel eMm,de
SusAubinbaerbetmned
contrastait d'une manière si frappante avec leurs malheurs passésl
M. et Mme, de Saint-Janvier
étaient Américains, et possédaient
une fortune considérable à SaintDomingue. Ils avaient deux filles,
dont l'une était née en 1795, et
l'autre en 1797. M. de Saint-Janvier étant appelé en France, pour
différentes affaires, s'y rendit avec
sa femme et ses deux enfans; ; l'une
avait huit ans, et l'autre quatre. Ils
restèrent dix-huit mois en France,
Saintet se rembarquèrent pour
Domingue. --- Page 21 ---
(13)
Trois jours après leur arrivée
au Cap, l'ile fut prise parles Français, sous les ordres du général
Rochambault. Les Français évacuèrent cette colonie peu de temps
après.
E M. de Saint-Janvier était resté
au Cap, pendant le séjour de nos
troupes dans cette ville; il demeura enfermé dans sa maison avec
sa famille 5 et rendit aux Negres
autant de services qu'il- lui était
possible 5 sans se compromettre
avec l'armée française. Aussitôt
que l'ile fut reprise par les 0
Noirs,
le chef des Nègres, que l'on nommait Dessalines, et qui était à
B --- Page 22 ---
(14)
Saint-Mar, autre port de SaintDomingue, à une demi-lieue du
Cap,
envoyal'ordre à M. de Saintde se rendre
rneipeenes
auprès de lui
traiter avec eux de leurs
pour
tions. Ceux-ci
habitasoupçonnaient bien
quelques mauvaises intentions de
la part de Dessalines; ils
ne voulurent cependant témoigner
aucun
soupçon, et arrangérent leur départ pour le lendemain,
Le lendemain au soir, c'est-àdire, la veille du
dire à M. de
départ, on vint
Saint-Janvier
le
qu'on
demandait; il descend et voit
cour remplie de
sa
soldats, qui te-
eux de leurs
pour
tions. Ceux-ci
habitasoupçonnaient bien
quelques mauvaises intentions de
la part de Dessalines; ils
ne voulurent cependant témoigner
aucun
soupçon, et arrangérent leur départ pour le lendemain,
Le lendemain au soir, c'est-àdire, la veille du
dire à M. de
départ, on vint
Saint-Janvier
le
qu'on
demandait; il descend et voit
cour remplie de
sa
soldats, qui te- --- Page 23 ---
(15 )
naient attachés d'autres Blancs
étaient de sa
qui
connaissance; on l'arrêta aussi
lui-mème, et ils furent
tous conduits en prison.
Mme, de Saint-Janvier allait voir
tous les jours son mari,
gnée de ses deux jeunes accompafilles, de
l'age de six et dix
mais
ans;
on fit
partir les prisonniers dans la nuit,
quelque temps après, et on les retint en prison à Saint-Mar
huit jours. M. de
pendant
Saint-Janvier
écrivit
journellement à sa famille,
qui, ne se doutant nullement des
suites funestes de cet érénement,
espérait de le voir revenir d'un
moment à l'autre, lorsqu'il aurait
terB 2
a
- --- Page 24 ---
(16)
avec le chef
miné ses arrangemens
des Noirs.
On juge aisément dans quelle
incertitude cruelle l'infortunée
Mm,. de SaintJanvier était plongée, en restant un mois sans recenouvelle. Au bout
voir aucune
un Noir, nommé
de ce temps, 2
Jean-Baptiste, qui avait été son
cocher avant le massacre, entra
chez elle. Comme elle savait qu'il
venait de Saint-Mar, elle lui demanda avec empressement.
( As-tu des lettres pour moi, de
M. de Saint-Janvier e De
))
D. votre mari, lui ditil,il est mort;
et c'est moi2 il a été massacré,
48:
: --- Page 25 ---
(17)
> même quilui ai porté le premier
> coup Je le lui aisi bien ap-
>) pliqué, qu'il n'a pas bougé,je
) vous assure Il m'a chargé
> de vous dire bien des choses, 2
)) ainsi qu'àa ses enfans, et de voir
> si sa fille cadette (M'e, Marie-
>) - Louise-Augustine) lui ressemN ble toujours ).
Il est facile de concevoir l'état
de désespoir de cette malheureuse
épouse; ; elle accable de reproches
terribles ce misérable, - 2 qui, loin
d'en être touché, ne cessait de
répéter-:. 0
(( C'est moi
)) Oui C'est moi qui l'ai
> tuc
B3 --- Page 26 ---
(18)
Au milieu de cette affreuse situation, le bruit se répand que la
quatrième division des Noirs, qui
était la plus barbare, devait arriver
le lendemain 1e 2 pour caserner pen.
dant plusieurs jours au Cap.
lly avait dans la même maison
Mme, de Saint-Janvier, une
que
dameblanche, nomméeMs, Geor
elle avait trois filles de seizey
ges;
dix-sept et dix-huit ans.Mme, Georpremier, invita
ges, quioccupaitle
Mme, de Saint-Janvier, qui était au
rez-de-chaussée, à venir chez elle
avec ses enfans 2 parce que du
moins elles ne seraient pas seules,
s'entr'aider
et qu'elles pourraient
ly avait dans la même maison
Mme, de Saint-Janvier, une
que
dameblanche, nomméeMs, Geor
elle avait trois filles de seizey
ges;
dix-sept et dix-huit ans.Mme, Georpremier, invita
ges, quioccupaitle
Mme, de Saint-Janvier, qui était au
rez-de-chaussée, à venir chez elle
avec ses enfans 2 parce que du
moins elles ne seraient pas seules,
s'entr'aider
et qu'elles pourraient --- Page 27 ---
(19)
en cas de besoin. Mme, de SaintJanvier y consentit. La première
nuit se passa sans événement ; les
quatrièmes (c'est ainsi que se nommaientlessoldats decette division),
casernèrent dans la ville, et furent
tranquilles; on avait même publié
qu'ils n'étaient pas venus pour piller et massacrer les Blancs, mais:
seulement pour s'embarquer. La
journée du lendemain se
passa
encore assez tranquillement; mais,
dans la nuit suivante, on entendit
des cris affreux de gens qui disaient: (( Que vous ai-je fait pour
>) metraiterainsi?, >) Mmes, Georges
et de Saint-Janvier se mirent à une --- Page 28 ---
20)
petite fenêtre d'ou elles pouvaient
tout voir, sans être vues. Les cris
des malheureux qu'on massacraity
n'annonçaient que trop les scènes
d'horreur qui se passajent alors.
Mme, de Saint-Janvier avait, à
son service, 9 une jeune Négresse
de ce même
nommée Marie, > fille
cocher qui avait tué M. de SaintJanvier;elle ne ressemblait en rien
à son père, et était extrèmement
attachée à ses maitres. Il y. avait
aussi avec elle une autre Marie,
Mme, de Saint-Janvier avait
que
accueillie chez elle par commisération. Cette dernière était loin de
ressembler à l'autre, car elle ca- --- Page 29 ---
de 21 )
chait, sous des dehors très-doux,
un caractère atroce.
La bonne Marie, inquiète des
malheurs qui menaçaient sa maitresse,lui propeadeecacherdans
un grenier au haut de la
cet
maison;
endroit était très-favorablep
pour
échapper aux Noirs, parce qu'il
n'yavaitpas d'escalier, etqu'ilétait
fermé par une trappe que l'on ne
connaissait point; personne; ne; pouvaitimaginer qu'ily eut quelqu'un
de caché,
Mme, de
Saint-Janvier, ses enfans et la famille Georges,
montèrent au grenier, 9 à l'aide d'une
échelle, emponantigudlquailijeux --- Page 30 ---
(22)
argent, afin de n'être
et quelque
réduites à la misère, dans le
pas
cas ou elles eussent pu se sauver.
Trois jours se passèrent ainsi.
La bonne Marie leur apportait à
pendant la nuit. On disait
manger
déjà queles Noirs ne massacraient
les hommes, et qu'ils ne faique
saient rien aux femmes et aux enfans. Ces dames se disposaient à
sortir de leur retraite 2 lorsque
Marie accourut leur dire que le
massacre des femmes était ordonn Effectivement, dès le soir,
entrèrent dans'la
les quatrièmes
maison et la pillèrent. On demanda où étaient les familles Georges
ainsi.
La bonne Marie leur apportait à
pendant la nuit. On disait
manger
déjà queles Noirs ne massacraient
les hommes, et qu'ils ne faique
saient rien aux femmes et aux enfans. Ces dames se disposaient à
sortir de leur retraite 2 lorsque
Marie accourut leur dire que le
massacre des femmes était ordonn Effectivement, dès le soir,
entrèrent dans'la
les quatrièmes
maison et la pillèrent. On demanda où étaient les familles Georges --- Page 31 ---
(25)
et Saint-Janvier (qui entendaient
tout ce qui se passait, sans oser
faire le moindre
mouvement j
Marie répond qu'elles viennent
d'être massacrées
Jean-Baptiste, père de Marie, 2 et un des
massacreurs, menace sa fille de la
tuer sur-le-champ, si elle ne dit
où est sa maitresse La
fille se
pauvre
jette aux genoux de son
père, lui proteste qu'on a tué tous
ses maitres, qu'elle en jure sa
role Loin de vouloir Ia
pacroire,
son père suspend son sabre sur sa
tête, et lui ordonne de parler
Elle répond qu'elle
donnera sa vie
s'ille faut, mais quejamais elle
ne --- Page 32 ---
(24)
dira un mensonge, et que ses maitres étant morts, elle ne peut dire
qu'ils sont cachés.
Les soldats, frappés du courage
héroique de cette généreuse fille,
se contentèrent de faire des recherches dans toute la maison, et se retirèrent. Malheureusement, l'autre Marie s'élait aperçue que sa
maitresse étoit montée dans le grenier, et voyant que les quatriëmes
ne l'avaient pas découverte, elle
courut leur dénoncer le lieu de
son réfuge. Un Nègre monte tout
doucement à l'échelle et entre
Les deux mères s'embrassaient,
embrassaient leurs enfans, avec le --- Page 33 ---
(25)
sehtiment de la joie et du bonheur
que leur faisait éprouver l'espoir
d'étresauvées. Quel fut leureffroi,
leur désespoir, lorsqu'elles virent
paraitre le Nègre! Cet homme cependant leur dit d'un air fort civil (( Ne craignez rien, je ne
D viens pas vous anmoncerdemauD vaises
nouvelles,jeviens: au con-
>) traire vous en apprendre de
D) bonnes. Les massacres sont fi-
)) nis, et notre général vous
ac-
)) corde la vie et la liberté,
y
puisque vous avez eu l'adresse de
)) vous soustraire au massacre
geu
)) néral, et il m'envoie
pour vous
D inviter à descendre,
parce qu'il
C --- Page 34 ---
(26)
27 sera charmé de vous voir
dames
)). Ces
de les remerciérent encore le ciel
avoir conservées une
me fois au milicu de
deuxiè.
et descendirent
tant de périls,
avec leurs enfans. tranquillement
tardèrent
Mais elles ne
pas à retomber dans la
plus cruelle
qu'elles
consternation, lorsvirent la maison
de soldats
remplie
qui les assaillirent de
toutes parts.
étal,
Qu'on se figure leur
ense retrouvantdans) les
de leurs
mains
bourreaux, , après s'être
crueséchiappées aux dangersetaux
malbeurs qui les
Onles
meniçaient !
sépara, et on les
sit à une
conduipromenade appclée la
ne
pas à retomber dans la
plus cruelle
qu'elles
consternation, lorsvirent la maison
de soldats
remplie
qui les assaillirent de
toutes parts.
étal,
Qu'on se figure leur
ense retrouvantdans) les
de leurs
mains
bourreaux, , après s'être
crueséchiappées aux dangersetaux
malbeurs qui les
Onles
meniçaient !
sépara, et on les
sit à une
conduipromenade appclée la --- Page 35 ---
#7 )
Fossette; c'était là que ces barbares égorgeaient leurs victimes.
Il était nuit
close, et tous les habitans étaient couchés. L'infâme
Jean-Baptiste dont nous avons
parlé, éleva la voix, 9 et dit qu'il
valait mieux les massacrer le lendemain, au jour, afin
qu'elles eussent la honte d'être vues de tout le
monde; on applaudit à cette indigne proposition, qui fut accueillie avec enthousiasme,
On les mena donc dans
une
grande et superbe maison qui était
sur la principale place de la ville;
on les mit dans le vestibule,
pour
y resterjusqu'au lendemain malin
C 2 --- Page 36 ---
(28)
à huit heures, qu'on devait
nir
les veprendre et les mener au
plice,
supLe soir, un nommé
Fundeschels de
Diakué, J
l'arméedes
se rendit dans le lieu
Noirs,
détenues
où étaient
ces malheureuses victimes. Ce général avait un très-bon
eceur, etil était venu voirces
dans lintention de leur
dames
Mme, de
être utile.
SaintJanvier avait
le sieur Diakué d'une
connu
sez singulière;
manière asvoici comment:
M. de Saint-Janvier
avait des
obligations à un nommé
quis'était
Diakua,
pour lui à
idlargéifuncomatset
la Jamaique. Diakua --- Page 37 ---
(29) )
étant de retour, M. de Saint-Janvier alla pour le remercier ct l'inviter à déjeuner. Diakua ct Diakue demeuraient sur la même place; M. de Saint-Janvier se trompa,
et fut chez Diakué au lieu d'aller
chez Diakua. II ne s'aperçut desa
méprise 2 que quand il fut entré
chez le géncral Diakué,
M. de Saint-Janvier, qui avait
autant de grâces dans l'esprit ct les
manières, que d'amabilité dans le
caractère 2 se félicita auprès de
Diakué, de la méprise qui l'avait
amené chez lui, et l'invita à la lui
rendre plus agréable encore, en vCnant déjeuner às sa maison. Diakué
C5 --- Page 38 ---
- - 50 )
qui n'était pas, comme on peut
croire, d'une extraction bien distinguée, fut très-flatté de la visite
et des politesses de M. de SaintJanvier, et infiniment sensible à
son invitation.
J'aurais peut-être dà ne pas me
permettre cette digression dans un
moment aussi terrible , mais cet
épisode m'a paru trop important
et même nécessaire à faire connaitre, pour montrer les motifs de
l'intérêt'que ce général prit au sort
de Mme, de Saint-Janvier et de ses
enfans.
Diakué, occupé en effet des
moyens de sauver cette malheu-
-
-
et des politesses de M. de SaintJanvier, et infiniment sensible à
son invitation.
J'aurais peut-être dà ne pas me
permettre cette digression dans un
moment aussi terrible , mais cet
épisode m'a paru trop important
et même nécessaire à faire connaitre, pour montrer les motifs de
l'intérêt'que ce général prit au sort
de Mme, de Saint-Janvier et de ses
enfans.
Diakué, occupé en effet des
moyens de sauver cette malheu-
-
- --- Page 39 ---
(5t)
reuse femme et sa famille,
à Mme, de
proposa
Saint-Janvier de venir
souper chez lui avec ses enfans,
afin de se distraire de son affreuse
situation. Mme, de Saint-Janvier
ne voulant
pas se séparer de
Mme, Georges, ni la laisser seule,
se refusa à l'invitation de Diakué,
qui ne pouvait l'étendre
jusqu'à
cette seconde famille, sans faire
naitre quelques soupçons ; il se
restreignit à demander à Mme, de
Saint-Janvier de lui donner ses enfans; mais ces petites ne voulurent
jamais quitter leur mère, et dirent
qu'elles voulaient. partager sonsort
et: mourir avec elle, s'il le fallait. --- Page 40 ---
(5a) 1e
Il serait difficilede peindrelhorreur de la nuit qu'eurent à passer
ces mères infortunces. Le lendemain à huit heures, on vint chercherlesvictimes; elles étaientsept...
Mme, de Saint-Janvier et ses deux
enfans, Mme, Georges et ses trois
filles.
Chaque quartier avait son genéral pour mener les Blancs au
supplice, et présider.à T'exécution.
Diakué se trouva chargé de celleci. L'usage était de lire aux victimesleurs sentences, telles que I
Dessallines les avait portées. On comMme, Georges; ; la senmença par
tence la condamnait à être pendue --- Page 41 --- --- Page 42 ---
a --- Page 43 ---
( 35 )
par les pieds, la tête en bas; et ses
trois filles devaient périr à
de sabre. Les malheureuses coups
ayant
été exccutées, Diakué, qui devait
lire le genre de mort réservé à
Mme, de Saint-Janvier et à ses enfans, en fut si indigné, qu'il déchira le papier sans prononcer la
sentence. On demanda quel était
le genre de mort Diakud
ne
répondit rien Enfin, Mme, de
Saint-Janvier voyant que, malgré
toute la bonne volontéde Diakué,
elle ne pouvait échapper à la mort,
se jeta aux genoux du général, et
lui dit: (( Puisque ma qualité de
2 blancheme condamneà mourir, --- Page 44 ---
( 54)
)) ah! M. Diakué,
)) fans
sauvez mes en-
). Aumème
soldat lui
moment, un
trancha la téte, qui, se
détachant de son
dans les bras de corps, tomba.
ses filles infortunées, et les inonda du
sang del leur
malheureuse mère, Diakué, feignant alors' de vouloir se réserver
l'honneur de massacrer les deux
dernières Blanches
qui restaient
au Cap, dit aux Noirs: ((
)) vous avez eu la
Soldats,
satisfaction de
> tuer un assez, grand nombre
)) ces Blanches, il
de
est juste
>) votre
que
général en ait aussi sa
)) part ). A l'instant, il
chez lui ces deux enfans entraîne
avec l'air
ang del leur
malheureuse mère, Diakué, feignant alors' de vouloir se réserver
l'honneur de massacrer les deux
dernières Blanches
qui restaient
au Cap, dit aux Noirs: ((
)) vous avez eu la
Soldats,
satisfaction de
> tuer un assez, grand nombre
)) ces Blanches, il
de
est juste
>) votre
que
général en ait aussi sa
)) part ). A l'instant, il
chez lui ces deux enfans entraîne
avec l'air --- Page 45 ---
-
An:a.Diakui. vauvek mes enfants. Pagesa --- Page 46 --- --- Page 47 ---
(55 - )
de la
férocité, en criant qu'il les
ferait mourir à sa fantaisie
2 ct
qu'elles ne ressusciteraient
Les Negres,
pas
pleinement satisfaits, et assurés de la mort de
innocentes
ces
victimes, les laissèrent
aller. Diakué, soutenant
le généreux
toujours
caractère qu'il avait
montré, 2 mena. chez lui MVlles, de
Saint-Janvier, les coufia à sa femme, nommée Judith,
très-bon
quiavait un
coeur. On les cacha sous
un lit, ou elles restèrent bien
nées et bien mal à leur aise
gependant
quinze jours. Judith leur
tait à
appormanger, 2 et en avait le plus
grand soin. Ce ne fut qu'au bout --- Page 48 ---
(56)
leur permit de
de ce temps qu'on
relever leur couvre-pied, et de sormomens de leur
tir pour quelques
cachette. On avait alors bien soin
de fermer les portes; Judith prenait les plus grandes précautions
et se tenait dans une continuelle
surveillance, pour que personne
ne pit les apercevoir.
Unjour, avant T'heure qui était
marquée pour sortir de la cachette,
une de ces jeunes demoiselles,qui
avait soif, alla dants la chambre
prendre deleau. Ungénéral,nomcompagnon de Diamé Soudry,
kué, sans être son ami, était alors
dans la maison, et entra dans la
r --- Page 49 ---
(37)
chambre au moment où la jeune
Blanche buvait. 11 tira aussitôt son
sabre, qui était déjà
la tête de cette
suspendu sur
pauvre enfant, lorsque Diakué entra fort heureusement 2 arrêta le bras de Soudry
(qui était ivre), et lui persuada,
lorsque la jeune
personne se fut
enfuie, qu'ils'était trompé, et que
ce n'était pas une Blanche
avait vu. On cacha bien vite qu'il les
enfans, et on espéra'que Soudry,
en recouvrant la raison, ne se souviendrait plus de cette-aventure,
Diakué
reçut, S dans la soirée $
l'ordre de se rendre le lendemain
matin à Saint-Mar; lorsqu'il fut
D --- Page 50 ---
(38 )
parti, Soudry qui, en revenant à
lui, n'avait pas oublié qu'il avait
vu une Blanche chez son camarade, assembla ses troupes qui
étaient dans la ville, et entra à
main armée dans la maison de
Diakué, en disant qu'ily avait des
Blancs de cachés. Judith fit passer
aussitôt les pauvres enfans dans
et ferma sur elles la
leur cachette,
qui était construite de maporte,
allnière qu'on ne s'apercevait pas
dehors qu'ily en eût une. Judith
mit une chaise devant cette porte,
être occupée de travailler.
et parut
Les Noirs arrivent, cherchent partout, pillent jusqu'aux casseroles,
e
ée dans la maison de
Diakué, en disant qu'ily avait des
Blancs de cachés. Judith fit passer
aussitôt les pauvres enfans dans
et ferma sur elles la
leur cachette,
qui était construite de maporte,
allnière qu'on ne s'apercevait pas
dehors qu'ily en eût une. Judith
mit une chaise devant cette porte,
être occupée de travailler.
et parut
Les Noirs arrivent, cherchent partout, pillent jusqu'aux casseroles,
e --- Page 51 ---
- 59) )
et ne découvrant pas les enfans,
parce qu'ils ne voyaient pas cette
bienheureuse porte, ils se retirent.
Diakué, en rentrant chez lui, vit
le pillage qui s'y était fait, en demanda raison, et l'obtint.
Cesj jeunes 1
personnes furent encore sous la même surveillance
pendant un mois, au bout duquel
Judith leur laissa plus de liberté,
c'est-à-dire, qu'elles restèrent encore dans la maison, mais sans être
cachées; les massacres étaient finis, et il n'y avait plus rien à craindre pour leur vie. On ne publiait
paspourtant comment ellesavaient
été sauvées, pour ne pas comproD2 --- Page 52 ---
(40 )
mettre leur libérateur;
mois se passèrent
plusieurs
ainsi,
Diakué ayant été obligé
pour son service, à
d'aller,
respectable
Saint-Mar, la
Judith, qui était alors
toute rassurée sur le sort de
petites
ses
Blanches, les mit dans
pension où on les instruisit
une
de leur
religion, et ou elles
lire et à écrire,
apprenaient à :
Unjour. Judith les
envoya cher.
cher, avec ordre de les
habiller
proprement et de les lui
tout de suite, Ces
amener
que la moindre pauvres petites,
chose effrayait,
craignirent d'abord
pour les faire
que ce ne fit
mourir; ; elles arri-
- N WK - --- Page 53 ---
(4r)
vèrent toutes tremblantes. Labonne Judith leur demanda
en les
voyant, si elles seraient bien contentes d'aller à Newyorck, our l'on
croyaitqu'elles avaient des
et leur dit qu'une dame parens,
qui avait
euc des obligations à leur père, avait
trouvé une occasion pour les faire
partir ; qu'elle se chargeait même
de tous les frais de leur
passage,
jusqu'à ce qu'elles fussent remises
à leur famille. On doit se faire
idée du plaisir
une
qu'éprouvèrent ces
jeunes personnes, enapprenant une
aussi bonne nouvelle. Elles allerent tout de suite chez cette dame
charitable, qui les reçut très-bien,
D5 --- Page 54 ---
de 42)
et les présenta à ceux qui is'étaient
chargés de les, emmener. On fixa
le départ au lundi suivant; on était
samedi.
de tous les
au
Ons'occupa
préparatifs du voyage, et le dimanche au soir, leurs effets furent
transportés sur le vaisseau:
Le lundi, à l'heure indiquée 7
les demoiselles de Saint-Janvier se
rendentaul lieu del'embarquements
mais qu'onjuge quel fut leurdésesle vaisseau
poir, en apprenant que
qui devait les emmener', avait fait
voile dans la nuit pour aller croiser
dans un endroit ou ily avait des
corsaires! Ne sachant ni dans quel
tempsnidans quellieu il débarque-
au soir, leurs effets furent
transportés sur le vaisseau:
Le lundi, à l'heure indiquée 7
les demoiselles de Saint-Janvier se
rendentaul lieu del'embarquements
mais qu'onjuge quel fut leurdésesle vaisseau
poir, en apprenant que
qui devait les emmener', avait fait
voile dans la nuit pour aller croiser
dans un endroit ou ily avait des
corsaires! Ne sachant ni dans quel
tempsnidans quellieu il débarque- --- Page 55 ---
(43 )
rait, l'armateur n'avait pu sechargerd'elles, et avaitlaisséleurs effets
à terre, Elles furent donc obligées
deretourneràleury pension,n'ayant
plus d'espoir de sortir de leur position vraiment malheureuse et
critique. Elles pensaient qu'elles
ne pouvaient rester toujours en
pension, et que Diakué pouvait se
lasser de les avoir chez lui; alors
quedevenirsans parens, sans amis,
sans appui sur la terre ? Ces réflexions étaient bien tristes et bien
inquiétantes, sur-tout pour l'ainée
qui était déjà assez grande
pour
sentir son malheur; elle était agée
de douze à treize ans. --- Page 56 ---
(44)
La mort de la bonne et respecqui arriva à la suite
table Judith,
fut une
d'une longue maladie 2
nouvelle épreuve pour nos jeunes
orphelines; cette perte leur causa
et rendit leur
un grand chagrin,
Dé
situation plus fâcheuse encore.
elles écrivirent a Diasespérées 2
de ne pas les
kué pour le prier
abandonner. Cet excellent Nègre,
dans la bonne ceuvre
persévérant
les confia
qu'il avait commencée,
n'était pas à beauà sa mère, qui
Judith.
près aussi bonne que
coup trouvaient cependant bien
Elles se
encore le nécesheureuses d'avoir
saire, assuré au moins pour quel- --- Page 57 ---
-
(45 1 1 )
ques années. L'épouse de Dessalines, chef des Noirs,
2 arriva au
Cap à cette époque; elle avait
connu M. de Saint-Janvier
avait fait tout
2 et
son possible auprès
de son mari, pour obtenir sa grâce
et celle de sa famille, sans pouvoir
y réussir.
- Aussitôt ( qu'elle fut arrivée, elle
fit venir les deux jeunes
les caressa
personnes, 1
beaucoup, et les combla de cadeaux.
L'épouse de Dessalines,
quipre.
nait le plus vifintérêt à ce
que ces
jeunes personnes pussent aller rejoindre les
parensqu'ellesavaient à
Newyorck, leur procura un passe- --- Page 58 ---
(46 1 )
port du général Cristophe. Elles
devaient, en conséquence, partir
à la première occasion, lorsqu'clles
eurent de nouvelles inquiétudes.
Dessalines, qui avait appris que
Mlles, de Saint-Janvier et deux
autres Blancs avaient été sauvés,
était entré en fureur, et était parti
de la Jamaique pour se rendre au
Cap, dans l'intention de tuer luimême ces quatre Blancs, et de
punir ceux qui avaient concouru
à les sauver. Mlles, de Saint-Janvier, en apprenant cette triste nouvelle, coururent en avertirla mère
de Diakué, qui, dans la crainte
d'être compromise, refusa de les,
lles, de Saint-Janvier et deux
autres Blancs avaient été sauvés,
était entré en fureur, et était parti
de la Jamaique pour se rendre au
Cap, dans l'intention de tuer luimême ces quatre Blancs, et de
punir ceux qui avaient concouru
à les sauver. Mlles, de Saint-Janvier, en apprenant cette triste nouvelle, coururent en avertirla mère
de Diakué, qui, dans la crainte
d'être compromise, refusa de les, --- Page 59 ---
(47)
garder chez elle, et les mit à la.
porte. Au même
moment, on entendit un grand itumulte qui annonçait que Dessalines allait arriver.
Nos jeunes infortunées
étaient assises
2 qui
sur le banc de la
porte que. la mère de Diakuéavait
fermée sur elles,
pleuraient, se livraient au désespoir, et attendaient
à chaque instant le coup de la mort,
sans que personne edt pitié d'elles.
Par un de ces événemens bien
remarquables, dirigés par la Providence, qui veillait sur la destinée
de IMlles, de Saint-Janvier,
Dessalines, qui était parti de SaintMar, sans escorte 2 en cabriolet, --- Page 60 ---
(48 )
fut
avec un de ses aides-de-camp,
assailli au moment our il allait enun
de Mutrer au Cap, par
parti
dont Pétion était le chef.
lâtres, 2
Plusieurs coups de fusil ayant fait
tomber les chevaux et arrêter le
cabriolet, les Mulâtres fondirent
et le massacrèrent
sur Dessalines
La nouvelle
avec son compagnon.
événement fut bientôt réde cet
pandue dans toute la ville, et y
le chefdes
causa une grandejoie;
était détesté à cause de
Nègres y
Mles, de Saint-Janses cruautés.
vier se trouvèrent donc sauvées
encore une fois d'un terrible danLa mère de Diakué, quin'ager. --- Page 61 ---
(49)
vait alors plus rien à craindre, les
fit rentrer chez elle. Plusieurs
se passèrent
mois
tranquillement ; le
nouveau chef, Gristophe, les
même sous sa protection.
prit
Unj jour l'épouse de Dessalines,
chez laquelle elles allaient
leur dit qu'elle s'était
souvent,
occupée du
moyen de les faire partir
rendre à leur
pour les
famille; que n'ayant
pas assez de confiance en une Négresse, 2 elle leur donnerait,
les
pour
accompagner, une marchande
de modes qui était au Cap
quelque
depuis
temps. Cette femme était
blanche, etse nommaitMme, Beuze,
Elle avait des dehors honnêtes
et
E --- Page 62 ---
( 5 50 )
ton; malmodestes, un très-bon
son caractère ne
heureusement,
point à ces dehors qui
répondait
prévenaient en sa faveur. L'épouse
la veuve de Dessalines,
ou plutôt
beaucoup d'argent.
lui avait donné
et de
pour cet intéressant voyage, Cette femplus, un millier de café.
de
meavait tondtradeconduireht.d
SaintJanvieràl Newyorck etmême
plus loin, si leurs parens n'étaient
dans cette ville. La veuve
pas
promit en outre 9 à
Dessalines
Mme, Beuze - 2 de lui faire passer
dont elle aurait betout l'argent
soin. On chercha doncunbdtiment
conduire Mlle, de Saintpour
donné
et de
pour cet intéressant voyage, Cette femplus, un millier de café.
de
meavait tondtradeconduireht.d
SaintJanvieràl Newyorck etmême
plus loin, si leurs parens n'étaient
dans cette ville. La veuve
pas
promit en outre 9 à
Dessalines
Mme, Beuze - 2 de lui faire passer
dont elle aurait betout l'argent
soin. On chercha doncunbdtiment
conduire Mlle, de Saintpour --- Page 63 ---
(51)
Janvier, et cer ne fut pas sans peine
qu'on en trouva un, qui devait
partir sous peu de jours; le capitaine reçut un millier de café
le passage de Mme,
pour
deux
Beuze et des
jeunes demoiselles.
- . Le jour du départ fut enfin fixé
au 20 aout 1809; l'ainée des deux
soeurs avait alors seize
cadette
ans, et la
environ douze. Tout le
monde était accouru sur le
pour être témoin de cet
port
heureux
embarquement; l'excellente
Dessalines
veuve
pleura
beaucoup en
quittant nos jeunes
fin le vaisseau
orphelines; ensortit du port et fut
bientôt en pleine mer,
E2 --- Page 64 ---
( - 52) )
éprouritemthpw
Quelbonheur
de Saint -Janvier C 9 en pensant
de jours, elles se
que, sous peu
milieu de leurs
retrouveraient au
méMme, Beuze, qui déjà
parens! calculait dans son ame
ditait et
de faire
atroce, tous les moyens
la mission qui
tournerà à son profit
lui était confiée, leur persuada
serait utile, et même nécesqu'il
toutes trois
saire qu'elles passassent elle leur fit en
pour trois soeurs ;
de
prendre son nom
conséquence
Mlles, Wifille, etllssappalbrent Beuze. Elle
chard, sceurs de Mme,
recommanda aussi de ne jaleur dire leur vrai nom, parce
mais --- Page 65 ---
( 53 )
que cela pouvait leur être trèsnuisible. Les premiers jours, elles
furent très-bien soignées
par cette
femme; mais elle ne tarda pas àles
maltraiter, 2 sur-tout la plus jeune
qu'elle battait souvent, 2 et qu'elle
forçait defaireles fonctions les plus
viles.
Ily eut, pendant la traversée,
une tempête
2.
affreuse, et nos jeunes
personnes' se virent plusieurs fois
au moment de périr. Le capitaine
lui-méme désespérait de son salut,
d'autant
plus 2 que la nuit était
très-sombre ; le vaisseau aborda
heureusement le lendemain à une
petite ile, nommée Belnève,
apE3 --- Page 66 ---
(5 54)
États-Unis. Le.capartenant aux
qui était Anglo-Améripitaine,
à Mme, Beuze et
cajn, persuada
de venir
à Mlles, de Saint-Janvier
à
lui, chez un de ses parens 2
avec milles du port. Elles sy rendeux
plusieurs jours,
dirent et restèrent
de demander au capine cessant
taine quand il se rembarquerait.
Il leur dit enfin, qu'étant obligé
de faire voile pour une autre desticharger luination, il ne pouvaitse
même de les mener à Newyorck;
çapitainel eluiavait
maisqu'unautre conduire. Ces dapromis de les y
sa mauvaise
mes lui reprochèrent
été
foi; elles lui dirent qu'ayant
e
ux
plusieurs jours,
dirent et restèrent
de demander au capine cessant
taine quand il se rembarquerait.
Il leur dit enfin, qu'étant obligé
de faire voile pour une autre desticharger luination, il ne pouvaitse
même de les mener à Newyorck;
çapitainel eluiavait
maisqu'unautre conduire. Ces dapromis de les y
sa mauvaise
mes lui reprochèrent
été
foi; elles lui dirent qu'ayant
e --- Page 67 ---
s ( 55 )
payé pour les rendre à Newyorck,
il était de son honneur de les défrayer de leur
passage sur l'autre
vaisseau, ,etluiavouèrent qu'illeur
restait fort peu d'argent. Le capitaine parut touchédel leurs raisons,
et leur dit que, comme il était
fort tard, il allait se
coucher, et
que le lendemain l'affaire s'arrangerait à leur satisfaction. Le lendemain elles apprirent que le capitaine était parti pendant la nuit.
Elles furent indignées de ce trait
de fourberie; elles restaient délaissées dans une ile très-peu
où les vaisseaux
connue,
n'abordaient pas
communément. Elles espéraient --- Page 68 ---
(56 de )
d'après ce que leur
cependant 9
de ses
avait dit le capitaine, qu'un
confrères était chargé de les concelui-ci
duire à Newyorck 9 que T'autre
viendrait d'un moment à
néces-.
prendre les arrangemens
saires pour le voyage.
sans
Plusieursj jours se passèrent
Ces
qu'il se présenta personne. à leur
dames s'adressèrent alors
qu'il envoyât au port
hôte, pour
était le capitaine qui
savoir quel
il
devait les emmener 9 et quand
Cet homme ne put leur
partirait.
été tromcacher qu'elles-avaient
pées, et qu'il n'y avait ni capitaine
dans T'ile. Nos malheuni vaisseau --- Page 69 ---
( 57 )
reuses orphelines se virent donc
encore une fois dans la position la
pluscritique, sans savoir comment
ni dans quel temps elles sortiraient
d'une ile si peu fréquentée.
Ilyavait environ trois semaines
qu'elles étaient ainsi livrées
plus vives inquiétudes,
aux
lorsque les
deux soeurs se promenant ensemble, rencontrèrent un Français
qui les acosta, et leur demanda si
elles n'étaient pas les passagères
qui étaient sur le bâtiment du
Capitaine Wailay; ; elles lui répondirent que oui. Eh bien! leur ditil,
il a été puni de son peu de probité
à votre égard; car, en sortant du --- Page 70 ---
( 58 )
fait
et son
port, ila a été
prisonnier
bâtiment pris. Ces jeunes persond'un événes furent fort affligées
ruinait cet homme ;
.nement qui
en fut
Mme, Beuze, au contraire,
enchantée, parce que le capitaine
la naissance de Mle,de
connaissait
craignait
Saint-Janvier, et qu'elle dans le
qu'il ne lui fut contraire
dont
qu'elle avait formé, et
projet
voirbientôt! l'exécution: a
nousallons enfin trouvé une occaAyant Baltimore, Miles, de
sion pour
partirent par un
Saint-Janvier
arrivèrent bientemps superbe, et
têt dans cette ville. Elles prirent
des ermbmipanansratier
la naissance de Mle,de
connaissait
craignait
Saint-Janvier, et qu'elle dans le
qu'il ne lui fut contraire
dont
qu'elle avait formé, et
projet
voirbientôt! l'exécution: a
nousallons enfin trouvé une occaAyant Baltimore, Miles, de
sion pour
partirent par un
Saint-Janvier
arrivèrent bientemps superbe, et
têt dans cette ville. Elles prirent
des ermbmipanansratier --- Page 71 ---
(59) )
tante, soeur de leur
mère,y était
encore ; et comme on leur dit
qu'elle n'avait jamais habité Baltimore, elles allèrent à
oùr elles
Newyorck,
apprirent avec douleur
queleur tante en était partie depuis
huit ans. Nouveau sujet de désespoir pour elles, et de joie
Mme, Beuze qui avait
pour
toujours son
projet d'en faire ses
esclaves. (r Mes
2 enfans, 9 leur dit-elle,
>
vous savez
combienjevous aime
> je prends d'intérêt étcombien
à vous
>) cet intérêt même
; c'est
qui
)) à vous donner
m'engage
un conseil
> saire à votre liberté
néceset à votre
> bonheur, Comme
vous n'avez --- Page 72 ---
I 60 )
ni
ni mère, ni aucun
5 ici
père
de
puisse répondre
> parent qui
le Consul de France vous
> vous,
maison
N ferait mettre dans une
; pour prévenir ce
> d'orphelines
il faut que vous signiez
> malheur,
vous vous
> un acte par lequel
à rester avec moi, jus5) engagez
remette entre'
>> qu'à ce queje vous
les mains de vOS parens. Vous
>)
toujours à vous ap-
) continuerez
MMlles, Wichard, et vous
> peler
ferez connaltre à personne
> ne
véritable nom : cela est
) votre
pour votresureté;
>) tresimportant
cet acte' soit vala-
> et pour que
à
il faut le faire enregistrer
a ble,
- --- Page 73 ---
(6r)
3j Thôpitaldes
pauvres(c'était dans
)) cette maison qu'était T'entrepôt
> des malheureux esclaves à
venD) dre)n.
IVIlles, de SaintJanvierne
dans cette
voyant
proposition qu'une mesure d'un tendre intérêt
de la part de Mme,
pour elles,
Beuze, consentirent à ce qu'elle désirait; cette
femme prit alors deux témoins
aussi méchans qu'elle, Dans l'acte
qu'on leur fit lire, 2 elles
s'engageaient à rester avec IVme, Beuze
jusqu'à ce qu'elles fussent réunies a
à leurs parens ; mais au lieu de
leur faire signer cet
Mme, Beuze
engagement,
en avait substitué
F --- Page 74 ---
(62)
adroitement un autre, par lequel
elles consentaient à être pendant
et lui
toute leur vie ses esclaves,
donnaient même le pouvoir de les
vendre. Mlles, de Saint-Janvier signèrent donc ce second contrat,
c'était le premier.
croyant que
Mme, Beuze ne
Depuis ce jour,
ni déguisement, ni mémit plus
ni aucun frein à l'atronagement, caractère; ; elle se fit
cité de son
servir par ces deuxj jeunes personcomme si elles eussent été ses
nes
Hortense 3 qui était
esclaves.
faisait le service de la
l'ainée, 2
l'on
chambre, et la cadette, que
appelait Augustine, 2 était chargée
,
c'était le premier.
croyant que
Mme, Beuze ne
Depuis ce jour,
ni déguisement, ni mémit plus
ni aucun frein à l'atronagement, caractère; ; elle se fit
cité de son
servir par ces deuxj jeunes personcomme si elles eussent été ses
nes
Hortense 3 qui était
esclaves.
faisait le service de la
l'ainée, 2
l'on
chambre, et la cadette, que
appelait Augustine, 2 était chargée --- Page 75 ---
1 - 63 )
de la cuisine, lavait la vaisselle,
et faisait les commissions, Elles
étaient toutes les deux battues
pour
un oui ou pour un non avec un
paquet de cordes ; en un mot
elles étaient tout-à-fait traitées 2
en
esclaves.
Il y avait dans la
ville, 2 une
aubergiste nomnmée Mme, Collet,
chez laquelle logeait le Consul de
France, MM. Félix Beaujour.. .
Cei nom' était d'un augure heureux
pour le sort de nos jeunes
personnes;,on verra combien son ame
sensible, ses qualités estimables,
son zèle généreux le rendaient
digne de la place qu'il occupait,
F2 --- Page 76 ---
(64)
Colletsavaitle vrai nomde
Mme,
deux infortunées demoiselles;
ces
à publier dans la
elle s'était plue
Blanétaient lesdeux
ville qu'elles
de'
ches échappées du massacre
Chacun se rapSaint-Domingue.
Lebruitqu'atoupelitteursmaleurst
vait fait leur intéressante et si
chante histoire, Ie rapprochement
de leurs âges, et leur ressemblance.
étonnante avec leurs parens que
dansla ville
beaucoupde personnes
laisavaient connus, ne pouvaient réel..
douter qu'elles ne fussent
ser
lement Mles, de Saint-Janvier:
M.Félix Beaujour: ayant eu conl'on disait de
naissance de ce que --- Page 77 ---
(65 )
ces jeunes personnes 2 les envoya
chercher. Mme, Beuze les empêcha de sortir ; le Consul vint
alors les demander lui-même chez
Mme, Beuze.
Hortense 2 l'ainée des deux
sceurs, qui avait ouvert la porte. à
M. Beaujour, ne sut.que lui répondre, quand il demanda à voir
Saeeadesnpsmegots
craignait qu'il ne vint pour les arréter. Elle se décide cependant à
lui dire
Monsieur, Miles, de
Saint-Janvier ne demeurent
ici. Oh! Mademoiselle
pas
2 reprit le
Consul, vous vous trompez, je sais
qu'elles logent ici; iln'y a point de
F3 --- Page 78 ---
(66 )
mystère à me faire,jes sais tout
En s'adressant à
Je sais aussi
Mme, Beuze, qui était accourue
quand elle avait entendu nommer
Mlles, de Saint-Janvier , je sais 2
madame, que vous les rendez très-.
malheureuses, et je viens :
exprès
à traiter beaupour vous engager
mieux des jeunes personnes
coup
vous n'avez point de
sur lesquelles
sous . ma
droit, et que je prends
Après cet avis ferme et
protection. le Consul se retira.
prononcé,
surprit extrèCette visite, qui
Mles, de Saint-Janvier. 2
mement
commença à leur donner quelques
mais Mme, Beuze, qui
espérances;
les rendez très-.
malheureuses, et je viens :
exprès
à traiter beaupour vous engager
mieux des jeunes personnes
coup
vous n'avez point de
sur lesquelles
sous . ma
droit, et que je prends
Après cet avis ferme et
protection. le Consul se retira.
prononcé,
surprit extrèCette visite, qui
Mles, de Saint-Janvier. 2
mement
commença à leur donner quelques
mais Mme, Beuze, qui
espérances; --- Page 79 ---
(67)
se reposait sur la validité de l'engagement qu'elle leur avait fait
contracter, ne fut point émue ni
troublée; elle continua de les envoyer.porter en ville les gilets et les
jupons tricotés qu'elle faisait, et
qu'ellesallaient souvent prier Mme,
Collet de-leur faire vendre, Cette
bonne Mme, Collet ne cessait de
presser M. Beaujour de prendre
en main les intérêts de ces malheureuses demoiselles.
M, de B 2 qui passait alors à
Newyorck pourse rendre en France, entendit parler de cette affaire;
et comme il avait connu Mme, de
Saint-Aulaire, il parla avec beau- --- Page 80 ---
( 68 )
de chaleur au Consul, et le
coup
de s'intéresser à
pria instamment
Le Consul
Mlles, de SaintJanvier.
: dès le
le lui promit, et s'occupa, démarmême, de toutes les
jour
les tirer de
ches nécessaires pour
Malheureusement,
leur captivité. n'avaient eu d'autre
ces démarches
connaitre les
résultat, que de faire
atroces
mesures et les précautions
de
Mme, Beuze avait eu soin
que
que sa proie ne pdt
prendre, pour
Ayant eu occasion
lui échapper.
l'ainée de ces jeunes
de rencontrer
demoiselles, qui s'était dépêchée
faire son ouvrage pour aller à
de
nouvelle,
la découverte de quelque --- Page 81 ---
.
( 6g )
M. Beaujour lui apprit avec l'expression du plus vif regret,
tout était perdu
elle
que
pour
et pour sa
sceur; que. la méchante Mme, Beuze
ne s'était que trop mise en règle,
et qu'il ne voyait pas de possibilité
pour les tirer de leur esclavage.
Cettej jeune personne, accablée de
douleur, alla raconter son malheur à la bonne Mme, Collet,
qui
en fut profondément
affectée, et
qui chercha cependant à la tranquilliser, à la rassurer, en lui persuadant que l'on trouverait quelque moyen d'annuller leur
engagement. Illui vint en effet dans l'idée
quelétablissement de lhopital des --- Page 82 ---
(70)
pauvres n'étant que pour les naturels du pays et les Anglais,1 l'acte
qu'avaient signé Mlles, de SaintJanvier, n'était pas valable, puisqu'elles étaient Françaises. Elle
son idée au
courut communiquer
Consul, quila trouva très-bonne,
En effet, il alla en faire part au
magistrat, et après avoir sollicité
réclamé sa justice, il
son intérêt,
fit direauxjeunes) personnes d'avoir
beaucoup de courage et de sangfroid,lorsqu'elles seraient traduites
que leur salut dépenau tribunal;
et de la fermeté
dait de la netteté
de leurs réponses ; qu'elles ne se
etqu'elles
laissassent pasintimider,
iquer
Consul, quila trouva très-bonne,
En effet, il alla en faire part au
magistrat, et après avoir sollicité
réclamé sa justice, il
son intérêt,
fit direauxjeunes) personnes d'avoir
beaucoup de courage et de sangfroid,lorsqu'elles seraient traduites
que leur salut dépenau tribunal;
et de la fermeté
dait de la netteté
de leurs réponses ; qu'elles ne se
etqu'elles
laissassent pasintimider, --- Page 83 ---
(71)
déclarassent bien sur-tout
étaient
qu'elles
françaises.
Mais avant que l'affaire fit
tée au tribunal, M. de
por.
B et
M. de N e 9 qui avaient beaucoupconnu en France M. de SaintAulaire, désirèrent aller avec le
Consul interroger Mlles, de SaintJanvier, sur leurs parens; elles les
trouvèrent occupées à laver la
maison.
Enfin, Mme, Beuze
reçut une
assignation pour se rendre à l'ho-
- pital des pauvres 2 au jour et à
l'heure indiqués, avec Miles, de
Saint-Janvier.
Mme, Beuze, qui se doutait bien --- Page 84 ---
(72)
qu'elle aurait à subir quelque interrogatoire un peu sévère, et peutêtre même une réclamation de ces
personnes de la part du
jeunes
ofConsul, chercha un défenseur
ficieux, et artiva à Thopital avec
Mles, de Saint-Janvier, accompad'un MM. Fraisier, qui avait
gnée témoindanslacte qui avait
servidete
été fait. Lasalle était remplie d'une
quantité immense de personnes
quel'inuéréte tetla curiositéy avaient
attirées.
On commença par interroger
T'ainée de ces jeunes demoiselles.
( Quel est votre nom Horde Saint-Janvier... Votre
y tense --- Page 85 ---
1 -
(73)
) age 2v.. Seize ans et demi
>) C'est faux, s'écria Mme,
Beuze,
>) ces demoiselles ne sont pas filles
>) deMme, de Saint-Janvier..
Leur
)) nom est Wichard Ce sont
) de petites voleuses >. Le
lui imposa
juge
silence, et s'adressant
ensuite à la plus jeune, il lui fit la
même question qu'à l'ainée; elle
répondit de même, Mme, Beuze
éleva encore la voix,
2 et accabla
d'injures et de menaces les jeunes
personnes.
Les juges firent ensuite
Mlles, de Saint-Janvier
passer
dans une
autre chambre, avec les
personnes
nécessaires pour instruire l'affaire
G --- Page 86 ---
(74)
et les interroger particulièrement,
de Mme, Beuze
sans quela présence
les intimider; car il était d'une
pàt
importance quela vérité fàt
grande
en les mettant à même
reconnue, 2
de répondre avec assurance.
Le juge leur demanda :
(( Vous êtes vous engagées avec
> Mme, Beuze comme esclaves
Ètes-vous ici
)) Non, monsieur
ou comme
)) comme Françaises
? C'était de cette
>) Anglaises
dépendait leur sort...
réponse que
L'ainde des deux sceurs répondit
avec une naturelle simplicité :
nous sommes Fran-
(( Monsieur,
> çaises ). On deinanda ensuite:
en les mettant à même
reconnue, 2
de répondre avec assurance.
Le juge leur demanda :
(( Vous êtes vous engagées avec
> Mme, Beuze comme esclaves
Ètes-vous ici
)) Non, monsieur
ou comme
)) comme Françaises
? C'était de cette
>) Anglaises
dépendait leur sort...
réponse que
L'ainde des deux sceurs répondit
avec une naturelle simplicité :
nous sommes Fran-
(( Monsieur,
> çaises ). On deinanda ensuite: --- Page 87 ---
(75)
à l'avocat de Mme, Beuze si
ces
demoiselles disaient la vérité ?
'Oui, dit-il, pour la nation
)) elles sont Françaises.. ... Mais
)) pour ce qui est de l'engagement
>) qu'elles ont pris, elles ont signé
)) l'acte de leur
esclavage Les
)) papiers sont en règle Vous
)) vous trompez, répondit le
>
juge,
cet hopital est établi pour les
)) Anglais et les naturels du
>) qui veulent s'engager
pays,
comme es-
) claves, mais non pour les Fran-
>) çais. Or, 2 ces demoiselles étant
> Françaises, l'acte signé à Thôpi-
>) taln'est point valable ).
Le Consul rentrant alors dans
G 2 --- Page 88 ---
(76)
la salle., jeta aux pieds de
Mme, Beuze, les papiers quil déchira, et lui déclara que, d'après
qui avait été rendu,
le jugement
aucun droit sur
elle n'avait plus
sous sa
elles, et qu'il les prenait
En effet, il les confin
protection. Collet, son hôtesse, et n'atà Mwe,
occasion favotendit plus qu'une
dans leur
rable pour les renvoyer
patrie. M, de B... qui, comme nous
dit, était a Newyorck, et
avons
de partir pour la
sur le point
Favantage de les
France, réclama le sein de leur faramener dans
defaire toutes
mille; il offrit même --- Page 89 ---
(77 )
les avances nécessaires
pour le
voyage, de chercher leurs
en.
parens
France, et de les remettre
leurs mains. M.
entre
acceptant Foffre
Beaujour 2 en
empressce et obligeante. de M. de
B 2 fit venir
néanmoins le capitaine du batiments surlequel elles devaient s'embarquer, et exigea de lui
ferait
qu'il ne
payer le passage que dans
le cas où M. de B
heureux
serait assez
pour retrouver leurs
rens 7 et qu'elles scraient
pad'en
en état
acquitter les frais; que, dans
ce cas même, il ne réclamerait
plus que ce que le
pas
était dans
gouvernement
Fusage de payer pour
G3 --- Page 90 ---
(78 )
qui étaient à ses
les passagers
frais.
donc au
Elles s'embarquèrent
mois de mars 1810, et éprouvè2 en
rent une joie inexprimable
cette terre de captivité
quittant
retourner dans leur patrie;
pour
cependant Tinquiéelles avaient
retrouver existant
tude de ne pas
leur grandM. de Saint-Janvier,
paternel, ou de n'en être pas
père
elles n'en avaient
reconnues ; car
dix
aucune nouvelle depuis
reçu
ans.
dont l'ame était
M. de B.,
du bonheur de rendre des
pleine
intéressans à leur faenfans aussi
inexprimable
cette terre de captivité
quittant
retourner dans leur patrie;
pour
cependant Tinquiéelles avaient
retrouver existant
tude de ne pas
leur grandM. de Saint-Janvier,
paternel, ou de n'en être pas
père
elles n'en avaient
reconnues ; car
dix
aucune nouvelle depuis
reçu
ans.
dont l'ame était
M. de B.,
du bonheur de rendre des
pleine
intéressans à leur faenfans aussi --- Page 91 ---
- 79 )
mille, 2 mais à qui aucune bienséance nepouvait échapper, les mit
sous la surveillance d'une dame
qui se trouvait dans le bâtiment.
Elles arrivèrent à Lorient le 25
avril 18ro, après une heureuse
traversée, et se rendirent à Paris
le 7 mai. On les mena chez leur
grand-père, dont l'ainée des deux
soeurs s'était rappelé la demeure;
elles eurent le malheur
d'apprendre qu'il venait de mourir; mais
elles retrouvèrent deux
tantes 2
Iune, sceur de leur père, Mme, de
Saint-, Aulaire, l'autre, soeur de
leur mère Mme,
dont les tendres soins Pothenot,
adoucirent --- Page 92 ---
( 8e A )
elles le malheur de se repour
trouver orphelines.
mois
Elles passèrent quelques
chez Mme, de Saint-Aulaire, au
château de Courbeton près.Montereau, Elles y furent comllées
des bontésdeleurtante paternelle,
et tout le mondes'empressa deleur
témoigner Vintérêt qu'elles inspiraicnt, autant par elles-mémesque
leurs malheurs. On retrouvait
par
avec plaisir dans ces. jeunes per-.
sonnes, dent la destinée avait été
jusqu'ici si malheureuse, les doude leur
ces et. aimahles. qualités
mère,. Tesprit et: les, agrémens de:
leur pere. --- Page 93 --- --- Page 94 --- --- Page 95 ---
(8r)
Un digne prélat, quise trouvait
alors à Courbeton, M. de Clermont -Tonnerre 2 ancien évèque
de Chilns-sur-Mame,
2 s'occupa
avec autant de zèle que de bonté,
de développer, dans leurs jeunes
ames, les sentimens de reconnaissance et de confiance qu'elles devaient à la divine Providence
qui
les avait sauvées miraculeusement
d'une suite de dangers si inouis;
il les entretenait souvent de leur
religion ;il leur donna la confirmation, et fit faire la premièrecommunion à la cadette. Le texte du discours touchant qu'il prononça à
cette occasion, est si bien adapté à --- Page 96 ---
82)
la circonstance 2 que je ne puis
m'empécher de le citer ici:
( Jesuis le Seigneur votre Dieu,
vous ai retiré de la terre
>) qui
)) d'igypte ).
Ego sum Dominus Deus tuus,
quieduxite de terrd Egypti.
Mlles, de Saint-Janvier reçoivent
une éducation soignée et proportionnée même à leur ancienne forelles ont dà à leurs parens
tune;
encore en France une
de retrouver
bien éloignée il est vrai
existence, 2
de l'immense fortune qu'elles
mais
avaient à Saint-Domingue,
au moins plus que suffisante pour
subvenir à leur éducation. En
d'igypte ).
Ego sum Dominus Deus tuus,
quieduxite de terrd Egypti.
Mlles, de Saint-Janvier reçoivent
une éducation soignée et proportionnée même à leur ancienne forelles ont dà à leurs parens
tune;
encore en France une
de retrouver
bien éloignée il est vrai
existence, 2
de l'immense fortune qu'elles
mais
avaient à Saint-Domingue,
au moins plus que suffisante pour
subvenir à leur éducation. En --- Page 97 ---
- a
à
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- --- Page 98 --- --- Page 99 ---
I
=
:
a
- a
-
Je vuir trthignoo
reliie dela terre mellinpivees au
arpypw.
Pgc106. --- Page 100 --- --- Page 101 ---
(85 )
voyant ces intéressantes personnes
au milieu de parens qui les chérissent, et qui is'occupent journellement de leur bonheur 2 on ne
peut s'empècher de comparer cet
état de paix et defélicité, avec celui
de proscription et d'esclavage dans
lequel elles ont passé les premières
années de leur vie.
FIN. --- Page 102 ---
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E312
PIStk --- Page 106 ---