--- Page 1 --- --- Page 2 ---
wlequired mitb tbe assifance oftbe
plie sepinlk Bhan,
Fund
JouN CARTER BROWN LIBRARY --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 --- --- Page 6 --- --- Page 7 ---
HISTOIRE
DE LA REVOLUTION
DE
SAINT-DONINGUE
TOME I. --- Page 8 ---
DE LIMPRIMERIE DE MAME FRÉRES. --- Page 9 ---
HISTOIRE
DE LA REVOLUTION
DE
SAINT-DONINGUE.
DEPUIS LE COMMENCEMENT: DES
DE JÉRÉMIE ET DU MOLE S. TROUBLES,J JUSQU'AI LA PRISE
NICOLAS PAR LES ANGLAIS 5
SUIVIE
D'UN MÉMOIRE
SUR LE
RETABLISSENENT DE CETTE COLONIE.
PAR M. DALMAS.
TOME PREMIER.
A PARIS,
CHEZ MAME FRÈRES,
RUE DU POT-DE-FER, NFADNERS-LIBRAIRES No 14.
1814. --- Page 10 --- --- Page 11 ---
PRÉFACE
Cer
onvrage paroit tel exactement
que jele composai, aux Etats-Unis
(1)
riqne, durant T'hiver de
d'Amé
n'yavoit, à cette
1793 à 1794. Il
époque, nulle
que l'occasion de le mettre
apparence
jamais se présenter.) Mes
au jour dût
amis
cevoir, buit ans après (2), dans crurentl'aperdu général Leclere
le départ
avec des troupes dont pour le SsintcDomingue,
sembloient interdire
nombre etlavaleur
et sur le succès de tout doute sur le but
cette
pressa de publier alors le expédition. On me
ordres,snccessils
tableau des désyeux, la
qui ont anéanti, sous mes
première des
résistai à ces
colonies ; mais je
sollicitations, persuadé que le
(r) Le lecteur aura souvent lieu de
(2). En I801.
s'en convaincre.
a --- Page 12 ---
ij
PRÉFACE,
momentn'étoity pas encorevenu où la
pourroit tireredu
Franee
passé quelque
pour T'avenir, et où des
avantage
ne s'offrent guères
considérations qui
qu'aux
légitimes, la raméneroient gouvernemens
vers le système
colonial, source, de son ancienne
Une série d'événemens
splendeur.
les
dont la rapidité,
circonstances et les résultats ont
que chose de
quelsurnaturel, a
moment heureux.Les
déterminé ce
sont enfin
destinées de lal France
remises à l'auguste maison
T'influence de laquelle
sous
pérérent
naquirent et prosde
long-temps les colonies. Jalouse
réparer tout le mal dont elle
nocente, et de faire revivre
est inqui fut son
tout le bien
manifester ouvrage, elle n'a pas tardé à
des dispositions
un bienfait réel
qui sont déjà
pour les colons de SaintDomingue, depuis vingt ans abimés
la contemplation de leurs misères
dans
de l'espérance
et privés
d'y voir un terme.
C'est sans doute à linstant où
pective consolante leur
une persliront
est offerte
avec plus d'intérêt et de fruit qu'ils
histoire des événemens
cette
quiles ont conduits,
manifester ouvrage, elle n'a pas tardé à
des dispositions
un bienfait réel
qui sont déjà
pour les colons de SaintDomingue, depuis vingt ans abimés
la contemplation de leurs misères
dans
de l'espérance
et privés
d'y voir un terme.
C'est sans doute à linstant où
pective consolante leur
une persliront
est offerte
avec plus d'intérêt et de fruit qu'ils
histoire des événemens
cette
quiles ont conduits, --- Page 13 ---
PRÉFACE.
du faite de
ij
Topulence, à une ruine
etle Mémoire quilas suit, oùt sont
totales
des réflexions relatives
consignées
de leur
au rétablissement
pays. Quelques mois
cette lecture n'eût fait
plns tôt,
d'importuns
que leur rappeler
cherché
souvenirs. Ils n'y eussent
des leçons dont ils ne
point
alors soupçonner l'utilité même pouvoient
Bien plus, ils se la seroient éloignée,
comme propre à leur rendre interdite 2
des maux qu'ils
plus cuisans
bles. Ils
jugeoient alors irrémédiaauroient repoussé avec
calice d'amertame
dépit le
Thistorien
que leur eût offert
fidèle de trop véridique, le peintre
leurs fautes et de leurs
trop
A cette époque, mon
erreurs.
produit aucun effet sur ces ouvrage n'auroit
nombreux
hommes encore
pulsion
en France, qui, cédant à l'imd'une fausse
sonnant d'après des philanthropie, ou raiou
rapports
peut-être mus par quelque mensongers,
cessent de déclamer
passion, ne
contre les
contre
colons, et
Saint-Domingue, dont ils
même l'utilité passée,
contestent
traitent
projet de le rétablir,
d'insensé le
exagérent conséqueni- --- Page 14 ---
iv
PRÉFACE.
ment les difficultés de cette
accumulent enfin, sans se
entreprise 27
tions toujours
lasser, des asserlausses, sonvent
sur un pays dont ils n'ont
absurdes,
la carte.
pas seulement vu
Une opinion ontrée,
n'importe dans
sens, sur
quel
véniens, SaincDomingue, a eu peu d'incontant qu'a prévalu un système
tiellement continental
essenet
cluoit toute idée de
guerrier, qui exle
prospérité basée sur
commerce, sur la force
il ne peut se
maritime dont
des
passer, et sur
richesses coloniales. On T'exploitation
de ces matières
ne parloit alors
que pour parler.
croyant être loin de
Chacun,
nion pourroit
l'époque oùt son opiavoir, soit en bien, soit
mal, une certaine
en
influence, ne
point à l'étayer par des
cherchoit
de
raisonnemens tirés
l'expérience ou de
modifier
Tobservation, à la
fléchi du d'après un examen calme et répassé, 2 seule mais
source de méditations
inépuisable
vidus et pour les
utiles, pour les indigrandes
gouvernemens qui ont de
pertes à réparer.
Aujourd'hui l'état des choses est bien dif
soit en bien, soit
mal, une certaine
en
influence, ne
point à l'étayer par des
cherchoit
de
raisonnemens tirés
l'expérience ou de
modifier
Tobservation, à la
fléchi du d'après un examen calme et répassé, 2 seule mais
source de méditations
inépuisable
vidus et pour les
utiles, pour les indigrandes
gouvernemens qui ont de
pertes à réparer.
Aujourd'hui l'état des choses est bien dif --- Page 15 ---
PRÉFACE
férent. Toute
conversation sur Saint-Domingue doit avoir un but grave, et conduit
nécessairement à discuter les moyens de
rétablir. Il n'est
le
pas un bon
un homme sensé,
citoyen, pas
bien il lui
qui ne reconnoisse comimporte d'acquérir des lumières
positives et vraies sur l'objet de cette discussion avant d'y prendre
d'une
part. Lutilité
précaution si sage en elle-même n'a
pas besoin d'être démontrée,
à indiquer Pan de
je me borne
Elle fera mieux ses principaux avantages.
télaires et
apprécier les intentions tuvraiment paternelles
le goavernement à
qui portent
dont il lui suffira de s'occuper d'une colonie
rendre
relever les ruines pour
l'espoir, non-seulement
teurs, aux
aux plandustrieuses, commerçans et aux classes inmais encore à tous les
victimes des
Français
longues et violentes
de la métropole.
agitations
On sera convaincu de cette
lisant cet ouvrage.
vérité en
m'étendre
Quoique je n'aie pas dû
beaucoup sur les résultats de la
prospérité dont Saint-Domingue
autrefois, j'en ai dit assez
jonissoit
pour donner une --- Page 16 ---
vj
PRÉFACE,
idée des ressources
offrira de
qu'il offroit et qu'il
colonial
nouveau, 2 dès que
aura été reconstruit
l'édifice
qui en
sur des bases
les deux garantissent la solidité. D'ailleurs
Tableaux que j'ai
téte, l'autre à la fin de placés, l'un en
ont, sous des formes
cette histoire,
communqu'ils
dillérentes, un objet
le second figurera semnlsenisauuatemer
comme le
aux yeux des lecteurs,
gination, premier Taura fait à leur imatoute
et politique d'un l'importance commerciale
ment sacrifié à pays qui a été si cruelles
certains
Les détails dans
principes (1).
lesquels j'ai cru
entrer, sur la guerre faite.
devoir
Jeur insurrection,
sauxecavesdepuis
sembloient
carte de Saint-Domingue exiger qu'ane
ouvrage. J'ai d'abord
accompagnat cet
joindre; mais,
eu le projet de l'y
outre la
frais etdu
considération des
temps que demandoit cette
prise, une réflexion m'en a
entredétourné: je me
(*) Tout le monde connoût ce
( colonies plutôt qu'un seul de mol : C Périssent nos
nos principes!
Jeur insurrection,
sauxecavesdepuis
sembloient
carte de Saint-Domingue exiger qu'ane
ouvrage. J'ai d'abord
accompagnat cet
joindre; mais,
eu le projet de l'y
outre la
frais etdu
considération des
temps que demandoit cette
prise, une réflexion m'en a
entredétourné: je me
(*) Tout le monde connoût ce
( colonies plutôt qu'un seul de mol : C Périssent nos
nos principes! --- Page 17 ---
PRÉFACE.
suis dit que ceux de mes lecteurs
vij
droient s'arrêter
qui vouaux opérations militaires
dontj'ai tracél'esquisse, ,n'y pourroient être
déterminés que par une certaine connoissance des localités quileur rendroit la
inutile. Les
carte
autres, et ce sera le plus grand
nombre, entièrement étrangers au théâtre
de cette guerre, se contenteront d'en
quer les résultats (r). Au
remarpour leur
reste, je place ici
usage une notice
géographique et
historique sur Saint-Domingue.
Cette ile s'étend du 71€ au 77 degré de
longitude ouest de Paris, et du18- au 20°
degré parallèle de latitude. Sa
est, du levant au
longueur
couchant, de cent soixante lieues, sa largeur moyenne de
son circuit de trois cent
trente,
soixante, et de six
cents,sil'on fait le tourdes anses. Ses
les plus rapprochés des trois
points
autres grandes
(1) L'importance de ces résultats me
doute aux yeux des militaires
justifiera sans
marqueront que je prête souvent de européens, grands qui repetites choses, que j'appelle
noms à de
armée un foible
guerre une simple chasse,
détachement, fort une
roseaux, etc.
enceinte de --- Page 18 ---
viij
PRÉFACE.
Antilles, entre lesquelles elle se trouve
placée, sont, au nord-onest, le Môle SaintNirolas, qui n'est qu'à douze lieues de
Cnba; au sud-onest, le
trente Jieues de la
cap Tiburon, à
le cap de
Jamaique; et à l'est,
l'Espade, séparé de Porto-Rico
par un canal de dix-hait lieues.
Dans le Tableau servant
à l'ouvrage
d'introduction
que je lui offre, le lecteur
puisera des notions sulfisantes
sur la températnre et sur les productions de SaintDomingue. Je me contenterai de
ici que cette ile offre une
remarquer
de climats. Le froidy
singulière variété
y est quelqnefois assez
piquant pour que l'on sente le besoin de
s'approcher du feu. Elle est arrosée d'un
grand nombre de rivières, dont la
ne sont que des torrens ou des ruisseaux plupart
extrèmement rapides. On en compte néanmoins cinq considérables, dont
mais la plus grande de
une seule,
nite
toules ( TArtibo-
), coule presque entièrement dans la
partie française qu'elle traverse de l'est à
l'onest.
Le plus beau sucre du monde se fabri-
pour que l'on sente le besoin de
s'approcher du feu. Elle est arrosée d'un
grand nombre de rivières, dont la
ne sont que des torrens ou des ruisseaux plupart
extrèmement rapides. On en compte néanmoins cinq considérables, dont
mais la plus grande de
une seule,
nite
toules ( TArtibo-
), coule presque entièrement dans la
partie française qu'elle traverse de l'est à
l'onest.
Le plus beau sucre du monde se fabri- --- Page 19 ---
PRÉFACE.
que à
ix
tions Saint-Domingue; ; ses autres producsont : le calé, l'indigo, le coton, le
cacao, les bois de teinture et
Caret ou écaille de tortue,
autres, le
etc. Dans
gui a précédé la révolution
l'année
total des
(I), le poids
exportations de cette colonie en
France,sest élevéà 275,300,000
leur vente à 135,768,000
livres, et
En
fiancs.
parlaut de la partie
dà faire
française, j'ai
n'étoit
penser que Saint - Domingue
pas la propriété d'une seule
II est, en eflet, partagé
nation.
guant à la superficie, entre trés-incgalement, les
les Espagnols; ceux-ci
Français et
la plus étendue. Iis
possedent la portion
de cultures, mais n'y ont presque point
les nombrenx
qu'ils élévent, étoient
troupeaux
commerce très-animé pour enx lobjet d'un
leurs voisins
et très-Iucratif avec
qu'ils ponrvoyoient de beaucoup d'animaux nécessaires anx différentes
exploitations.
La partie francaise est divisée
en trois
provinces : du nord, de l'onest et du
(1) 1,88. --- Page 20 ---
PRÉFACE,
sud. Je vais suppléer,
ment, à une carte
quoique imparfautenomenclature de leurs géographique, 7 par la
dont
points principaux,
findiquerai en même
sitions.
temps les poLa rivière du Massacre
de Tile, les
sépare, ,au nord
Vers la
possessions des deux
source de cette
puissances.
démarcation
rivière, la ligne de
tale
prend une direction occidenqu'elle conserve jusqu'au
Dondon. Là, elle
quartier du
plus de se diriger recommence, et ne cesse
de la Béate,
vers le sud,j jusqu'au cap
dional de
qui est le point le plus mériSaat-Domingue.
Entre la rivière du
du Cap,
Massacre et la ville
qui en est à quinze lieues à
Touest, sont les quartiers
bourgs
et villes ou
du
d'Owanamynthe, du
Trou, de
Fort-Dauphin,
Limonade, du Morin, de la
Plaine-dn-Nord, de la
laSouffiére,delat
Grande-Rivière, de
et de la Marmelade. Petite-Anse, dul Dondon,
Entre le Cap et le
ville située sur la côte Port-de-Paix, du
autre
du Cap, et
nord à l'ouest
séparée de l'ile de la Tortue
par
ou
du
d'Owanamynthe, du
Trou, de
Fort-Dauphin,
Limonade, du Morin, de la
Plaine-dn-Nord, de la
laSouffiére,delat
Grande-Rivière, de
et de la Marmelade. Petite-Anse, dul Dondon,
Entre le Cap et le
ville située sur la côte Port-de-Paix, du
autre
du Cap, et
nord à l'ouest
séparée de l'ile de la Tortue
par --- Page 21 ---
PRÉFACE.
xj
étroit
sont les quartiers de T'Acul,
ûn
canal,
du Port-Margot, du Borgne,
du Limbé,
de Plaisance et du Grosde Sainte-Anne,
Morne.
toujours de l'est à T'ouest,
En suivant,
la
on remarque
le rivage septentrional,
baie de Moustique, la pointe et le quartier
et la
de Jean-Rabel, le Môle Saint-Nicolas,
colonie allemande de Bombarde, qui
petite
versoient
lavoisine. Toutes ces paroisses
de leur sol au Cap, la ville
les produits
de Saint-Domingue.
la plus commerçante
la
de la
Au sud-est du Môle, sont pointe
la baie des Gonaives et le
Plate-Forme,
Il
à
riche quartier de ce nom.
appartient
de louest, 2 ainsi que ceux de
la province
des Vases,
de Saint-Marc,
PArtibonite, 2
du Boucasde TArcahaie, du Montrouis,
sin, du Port-au-Prince 2 du Cul-de-Sac,
(1), des Grandsde la Croix-des-Bouquets
Ce bourg, dont il sera souvent parlé, est situé
- (1). milieu de la plaine du Cul-de-Sac,à quatre petites
au
lieues du Port-au-Prince. --- Page 22 ---
PRÉFACE.
xij
des Vérettes, du
Bois, du Mirchalais, 2
et du PetitTapion, de la Petite-livière dans l'intéFond. Les sept derniers sont
rieur des terres.
autrefois capitale de
Le Port-au-Prince,
du
française et siége gouvertoute la partie
fond d'un golfe dont
nement, est situé au
côte-nord d'une
forme la
la rive gauche
lieues dans sa moindre
presqu'ile ayant sept
à Bénet). Sur cette
largeur (du Petit-Goave
les quartiers du
côte sont, de l'est à T'ouest, du Grand et du
Lamentin, de Léogane,
de Nipes, des
Petit-Goave, de Miragoane, de la GrandeBaradaires, des Caimites, et
dont le chef-lieu est Jérémie.
Anse,
du sud comprend le quartier
La province
occupent la côte
de Tiburon et ceux qui
le cap de ce
de T'ile, depuis
méridionale celui de la Béate, sur une
nom jusqu'à
lieues, savoir:1 TAnseétendue de cinquante
les Côteaux,
des-Anglais, le Porta-Piment,
Torbec,
la pointe d'Abacou,
le Port-Salut,
Cavaillon, Saint-Lonis,
les Cayesdu-Fond,
le Sale-Trou et
Acquin, Bénet, Jaquemel,
les Ansesa-Pitre.
Tiburon et ceux qui
le cap de ce
de T'ile, depuis
méridionale celui de la Béate, sur une
nom jusqu'à
lieues, savoir:1 TAnseétendue de cinquante
les Côteaux,
des-Anglais, le Porta-Piment,
Torbec,
la pointe d'Abacou,
le Port-Salut,
Cavaillon, Saint-Lonis,
les Cayesdu-Fond,
le Sale-Trou et
Acquin, Bénet, Jaquemel,
les Ansesa-Pitre. --- Page 23 ---
PRÉFACE.
On est redevable
xiij
aux Anglais de la Jamaique, et aux Hollandais de
de
Curaçao,
presque tous les établissemens de la
province du sud qui commença d'être
cultivée en 1698. Ce n'étoit
l'annéc
que depuis
1740 que les négocians de la métropole avoient établi avec cette
commerce direct. Elle
partie un
est peut-être la
fertile des possessions
plus
françaises à SaintDomingue; ; mais c'étoit, au moment de la
révolution, celle oùt la culture étoit le
moins perfectionnée. Les plaiues du
si renommées
nord,
pour leurs richesses 2 ne
peuvent être
de la
comparées 2 sous le rapport
régularité, ni de l'agrément des sites
et des aspects, à celle du Fond,
derrière la ville des
qui est
Cayes.
L'ile de
Saint-Domingue fut la seconde
terre du Nouveau-Monde,
Christophe Colomb
aperçue par
d'abord
en 1492 ; il avoit
reconnu les Lucayes. La
d'or qui se trouvoit dans la
quantité
Cibao
montagne de
(1), sous les pas des hommes
qu'il
(1) Il y a des mines d'or et
à Saint-Domingue.
d'argent très-abondantes --- Page 24 ---
PRÉFACE
xiv
lui persuada que
envoya à la découverte, l'ancien pays d'Ophir,
S-Domingue étoit
alloient chercher
où les flottes de Salomon fut mème adoptéc
de lor. Cette opinion contemporains- On
par quelques savans été réfatée sans peine
bien qu'elle a
pense manière victorieuse.
et d'une
Saint-Domingue peuplé
Colomb trouva
ni
douce, mais sans énergic
d'une nation
états indépenactivité, et partagé en cinq
par un
dans, dont chacun étoit gouverné à d'aumême titre appartenoit princiCaciquesle subordonnés à ces cinq
tres chefs
selon des écrivains, et,
paux. La totalité,
seulement de
suivant d'autres, une partie Colomb la nomma
T'ile, sappeloit Haily.
et quelou Petite-Espague.
Hispaniola.
lui conservent
peuples de TEurope
ques
Celle de Saint-Domincette dénomination.
les Français, du
gue lui a été donnée située par sur la côte du
nom de sa capitale, ancienne ville européenne
sud, et la plus
de TAmérique.
de la population
Le premier noyau
par
fut formé à Saint-Domingue
française
'autres, une partie Colomb la nomma
T'ile, sappeloit Haily.
et quelou Petite-Espague.
Hispaniola.
lui conservent
peuples de TEurope
ques
Celle de Saint-Domincette dénomination.
les Français, du
gue lui a été donnée située par sur la côte du
nom de sa capitale, ancienne ville européenne
sud, et la plus
de TAmérique.
de la population
Le premier noyau
par
fut formé à Saint-Domingue
française --- Page 25 ---
PREFACE.
ces aventuriers
XV
connus sous les noms de
boucaniers et de flibustiers, dontles
et les exploits maritimes tiennent courses
dige. On sait
du proque ces hommes extraordinaires, vrais fondateurs detoutes les colonies
du golfe de Mexique, étoient des
des Anglais, des Allemands,
Français,
irrités contre les
etc., qu'avoit
Espagnols le récit ou la
lecture des cruautés commises
niers envers les nations
par ces derindigènes du Nouveau-Monde, dont quelques - unes, 2 entre
autres celle de
Saint-Domingue, avoient
été détruites entièrement. Bientôt la soifde
l'or et l'appât d'un butin aussiabondant
précieux, rendirent ces vengeurs de Phuma- que
nité encore plus ardens à la poursuite de
ceux qui l'avoient outragée. Les flibustiers
français établis à
de
Saint-Domingue en
ses conquérans, auxquels ils
dépit
une guerre à outrance, Thabitèrent faisoient
temps sans chef ni forme de
longCe fut un sieur
gouvernement.
existe
Duparquet, dont la famille
encore aux iles du Vent, qui mit
Jeurs possessions sous l'autorité de Louis
XIV et de la compagnie des Indes.
Nommé --- Page 26 ---
PRÉFACE.
xvj
à la fiu de 1661, il fut reçu au
gouverneuri
suivante avec
commencement de Tannée
des hade satisfaction de la part
beancoup
de la Boire, gentilhomme
bitans. Dogeron succéda en I 568, obtint
angevin, qui lui
asrendant dont il se
sur les flibnstiers un
à la cnlture des
servit pour les appliquer leurs moeurs presque
terres, pour adoucir
leurs expédisauvages, et pour régulariser contraiguit
contre les Espagnols, qu'il
tions
de T'ile entre eux
à reconnoitre le partage intrépide, sage
et les Francais. Guerrier
il créa
et habile politique,
administrateur
et y
effet la colonie de Saint-Domingne.
en
d'une prospérité qui
fit éclore les germes
cent vingt ans,
n'a cessé de croitre pendant si l'esprit novaeût été sans bornes,
et qui
des systèmes et linfernal
teur, la manie
l'avoient détruite
des révolutions ne
génie
fort de ses développemens.
au plus --- Page 27 ---
HISTOIRE
DE LA RÉVOLUTION
DE
SAINT-DONINGUE
CHAPITRE PREMIER.
INTRODUCTION
Lhd-Siunt-Domingse, la seconde des
par son étendue, et la première
Antilles
commerciaux et
par ses rapports
politiques, a offert un
frappant des prodiges dont le génie de exemple
est capable, quand la
Thomme
efforts. Nulle autre sagesse dirige et règle ses
part, les
peut retirer de l'ordre et de la avantages qu'on
voient été plus évidens ni
persévérance n'aT'industrie n'avoit obtenu plus décisifs. Jamais
d'aussi
TOM. 1.
grands, d'aussi
I
par ses rapports
politiques, a offert un
frappant des prodiges dont le génie de exemple
est capable, quand la
Thomme
efforts. Nulle autre sagesse dirige et règle ses
part, les
peut retirer de l'ordre et de la avantages qu'on
voient été plus évidens ni
persévérance n'aT'industrie n'avoit obtenu plus décisifs. Jamais
d'aussi
TOM. 1.
grands, d'aussi
I --- Page 28 ---
RÉVOLUTION
Un siècle avoit suffi pour élever
utiles résultats.
rang des colonies
cette ile célèbre au premier
européennesd
jadis ignorés et
cecieri
nombreuse animoit ses rivages des forêts avoit
monotone
solitaires; au spectacle varié de la plus riche culture;
succédéle tableau
deux conactif, en rapprochant des distances
un commerce la nature avoit placées à de Tune et
trées que multiplioit les jouissances terrain déimmenses,
cents lieues (1) de
de T'autre; quinze
tous Ies travaux relatifs,
friché et mis en rapport,
à son exploitation;
tous les moyens nécessaires
et vendre les
villes bâties pour en recevoir à les transvingt
cents navires destinés
produits, quinze
les manuou en Amérique;
porter en Europe colonie alimentoit; ; celles qui
factures que la
la marine qui lui
fournissoient à ses besoins ; villes de commerce
devoit son existence; nos richesses et étendoit les
dont elle augmentoit les d'hommes qu'elle faisoit
rapports; six millions
Saint-Domingue
tout est perdu, tout a péri, futures n'auvivre; plus Les générations
du degré
n'existe
qu'une idée imparlaite
et du
ront peut-être
cette ile étoit parvenue, Cedopulence auquel imprimoit à la France.
mouvement qu'elle
à faire. Toutes les
pendant il restoit beaucoup
Essai sur la Nouvelle Espagne.
(*) M. de Humbolt, --- Page 29 ---
DE SAINT-DONINGUE
terres n'étoient
core des bras à la pas défrichées; il manquoit ende la
culture. Quelques
province de l'ouest etun
montagnes
de celles du sud n'attendoient très-grand nombre
laborieux
que des hommes
nord.
pour égaler en produits la partie
Quelle eût donc été la
du
Domingue, si la
splendeur de Saintdétruit
tempête
ce
révolutionnaire n'avoit
chef-d'auvre de l'industrie
Que de regrets sa
française!
naitre! et quel vaste perte ne doit-elle pas faire
Thomme
sujet de méditations
qui compare l'état actuel
pour
avec sa prospérité passée,
de ce pays
encore, dont il étoit
avec celle, plus grande
susceptible!
Quelque avantageux que soient
colonial les changemens
au système
ou six ans dans
survenus depuis cinq
Topinion
qu'une cruelle expérienceait publique, malgré
et les sophismes à l'aide pulvérisé lest théories
versé
desquels on a bouleSaint-Domingue, il
constater ici les
importe néanmoins de
roit à la France. avantages que cette ile assudire que les colonies On a tant pris à tâche de
étoient
peu
onéreuses; on a si
tant de
on s'est
regenuleirimpentanee
peines pour les
même donné
fidèle et vrai, qu'un résumé détruire, qu'un aperçu
produits et des valeurs
clair et précis des
ne sera ici ni
de la première de toutes
déplacé ni
Dans une question superflu.
qui peut-être jugée
per
France. avantages que cette ile assudire que les colonies On a tant pris à tâche de
étoient
peu
onéreuses; on a si
tant de
on s'est
regenuleirimpentanee
peines pour les
même donné
fidèle et vrai, qu'un résumé détruire, qu'un aperçu
produits et des valeurs
clair et précis des
ne sera ici ni
de la première de toutes
déplacé ni
Dans une question superflu.
qui peut-être jugée
per --- Page 30 ---
RÉVOLUTION. ên longs rai4
il est inutile de s'étendre
des rédes faits, 11 doit suffire de présenter irrécusables.
sonnemens. garantis par des lémoignages de T'abbé
sultats
les yeux sur les bordereaux qui sont
En jetant
ceux de M. de Marhois,
cerRaynal, et sur
la preuve
plus récens, on acquiert en 178g, le
encore
étoit,
cents
taine que Saint-Doningur commerce de cinq
centre et le mobile d'un
delexdontles deux tiers provenoient Un autre relevé
millions,
denrées coloniales.
portation des
à deux cent vingt millions milfait en 1793, porte età près de quatre cent La difles objets importés,
de la colonie.
lions les denrées exportées grande pour qu'on
férence est pent-étre trop
à la prospérité
Yattribuer uniquement
Mais
puisse
de. Sant-Doningse, dernier
toujours croissante
dans ce
ait erreur ou exagération les écrivains qui
quil y il faut convenir avec
de Téconomie
calcul, révolution avoient fait
les
avant la
de leurs recherches, que anpolitique l'objet
formoient la balance
soixante millions qui
faveur de la France
nuelle du commerce dus en aux colonies : avantage
étoient Lexclusivement doit être surtout attribuée, et à
dont la perte
immense
auteurs, au bouleversement
selon les mèmes
(1)-
la ruine de Ssat-Doningue
par M. Necker;
Alministration des finances,
(+) --- Page 31 ---
DE SAINT-DOMINGUE
Un éclat aussi brillant avoit pour premières T'exT'heureuse influence du climat, et
causes fécondité du sol de cette ile; placée entre
trême
et le vingtième degré de latitude
le dix-huitième
les riches pronord, elle pouvoit s'approprier
unes
ductions de la zone torride, et quelques
de celles dela zone tempérée, parce qu'on trouve de
dans la chaine de montagnes qui la parcourt
toutes les saisons et toutes les teml'est à T'ouest,
leurs sommets
pératures. Les nuages arrétés par naissance à un
sy résolvent en pluie, et donnent
nombre de rivières; les plaines qu'elles
grand
les vallées où elles viennent se réunir,
arrosent,
sommet des mornes (1) les plus
tout, jusqu'au
d'une terre végétale, dont on
élevés, est couvert
concevoir la fertilité.
peut à peine en Europe
T'abondance des
Rassuré sur son existence par
entre
fruits du pays, le colon hésitoit cncore
les
cultures, lorsque le gout de tous
diverses
le sucre et le café, fixant son inpeuples pour
les
certitude, naturalisa à Saint-Domingue
prédont on les retire, et fit négliger
cieux végétaux
n'offroient pas
ou même abandonner ceux qui
autant d'avantages.
Dictionnaire de commerce, par M. Peuchet; sans compter n'ont
une foule d'autres ouvrages qui, quoique excellens,
pas la même célébrité.
dans les Antilles.
(1) Nom qu'on donne aux montagnes
sucre et le café, fixant son inpeuples pour
les
certitude, naturalisa à Saint-Domingue
prédont on les retire, et fit négliger
cieux végétaux
n'offroient pas
ou même abandonner ceux qui
autant d'avantages.
Dictionnaire de commerce, par M. Peuchet; sans compter n'ont
une foule d'autres ouvrages qui, quoique excellens,
pas la même célébrité.
dans les Antilles.
(1) Nom qu'on donne aux montagnes --- Page 32 ---
REVOLUTION
de
deux denrées
Ce n'étoit pas assez posséder le luxe et la
à peu près exclusives, les auxquelles un nouveau prix;
tous
jours
mode ajoutoient
à Topulence de Saintpour que tout concourut fut introduit. A Dieu ne
Domingue, T'esclavage y
parfexemple de
plaisequ'on prétende justifierici,
la naun ordre de choses que
tant de nations,
la politique et la
ture désavoue 2 lors même que
quel'esMais en reconnoissant
nécesiteTesigent.
il convient de remarquer
clavage est un malleur, et ne peut être justeque ce malheur est relatif, qu'on a égard daux temps,
ment apprécié qu'autant
La manière de voir
aux lieux ct aux circonstances.1 n'est point applicable
et de sentir de TEuropéen
semble avoir
nègre, qui, pour vivre en société,
de la
au
Au surplus, Tabolition
besoin de Tesclavage.
heureux et plus libre
servitude a-t-elle rendu plus
été
faveur duquel elle a operce?l.es
le peuple en
se
emteneckadeiioarene
mensdesnègress même sont-ils sous un joug
et Saint-Domingue
Témancipation de nos
moins affreux depuis dévorent ces malheuesclaves? Les despotes qui d'enchainer leurs sujets
ont-ils cessé
vend
reux pays
et que l'autre n'en
depuis que l'un est libre, enfin, qu'on a peint
plus à la France? Ce trafic
n'était-il pas tout
avec des couleurs si sombres,
arrachoit à la
de Tinfortuné qu'il
à . T'avantage
à la mort la plus
dure existence et souvent
plus
ipation de nos
moins affreux depuis dévorent ces malheuesclaves? Les despotes qui d'enchainer leurs sujets
ont-ils cessé
vend
reux pays
et que l'autre n'en
depuis que l'un est libre, enfin, qu'on a peint
plus à la France? Ce trafic
n'était-il pas tout
avec des couleurs si sombres,
arrachoit à la
de Tinfortuné qu'il
à . T'avantage
à la mort la plus
dure existence et souvent
plus --- Page 33 ---
DE SAINT-DOMINGUE
Bondible7-Ahlendaoit, pas à
les amis des noirs devoient Saint-Domingue faire
que
doctrine
l'essai de leur
: s'ilsn'avoient pas pris le fanatisme
zèle aveugle pour la sainte inspiration de T'hu- d'un
manité, c'étoit sur les sables brûlans de la Guinée que leurs efforts pouvoient avoir
utilité réelle; ;c'étoità à la racine du mal
quelque
toit
qu'il impord'atteindre; 2 et, pour y parvenir, il ne falloit
pas appeler subitement une masse d'esclaves à la
liberté, mais en faire connoitre le prix
T'instruction, en préparer les voies par la par
peuples chez lesquels
morale, aux
nuit des
l'esclavage se perd dans la
temps, et forme pour ainsi dire
des bases du droit public.
l'une
Quoi qu'il en soit de ces réflexions
fiées parles événemens
trop justiture de la
subséquens, c'étoità la culcanne à sucre et du cafier, ainsi qu'à
l'esclavage, que Saint-Domingue devoit sa
périté. Son existence
prosdont les
reposoit sur ces deux bases,
rapports et Tunion étoient plus
et plus intimes
nécesaires
qu'on ne pense. Sans la canne
sucre et le cafier, la servitude eut été
à
inutile à
SL-Domingue;et, sans la servitude, les
qui dérivent de ces deux cultures
avantages
perdus pour la France.
auroient été
du sage Dogeron
Lorsque, gràce aux soins
(1), l'esprit guerrier, turbulent
(1) On peut voir dans THistoire
philosophique et poli- --- Page 34 ---
RÉVOLUTION
flibustiers, fut remplacé par Faet vagabond des
nait du droit de propriété.
mour de T'ordre, qui
à T'attrait quils
s'occupa de substituer
lointaines
Lorsqu'on toujours eu pour les courses
avoient
les goits et les plaisirs quirésultent
et périlleuses,
et sédentaire, , on s'aperçut
d'une société agricole
encore plus intolérant
le climat des Antilles;
déque
de leur premier defrichement,
à cette époque
européenne et épuiseroit
voreroit la population Instruite, par les relations
sans fruitla métropole. T'esclavage existoit dans
des navigateurs, 2 que où ils abordoient, la France
presque tous les lieux
qui déjà peuploient
imita Tecempledest Espagnols, esclaves. Alors naleurs colonies avec des nègres
dans la
colonial des Européens
il
quit le système
d'élémens nouveaux,
zone torride : composé
partieuliere. Sainteut besoin d'une organisation le haut degré de
Domingue devoit à ce système
au mépris
auquelilétoit epumemnsilidsite
splendeur la misère et le néant dans lesquels
qu'il en a fait
il est tombé.
qui ont des possessions aux
Chez les nations
I° de
colonial se compose,
Antilles, le système
productions sont étranquelques cultures dontles utiles à son industrie;
geres à la métropole et
est relatif à cet excellent
tique de Tabbé Raynal, CC qui
administroteur.
devoit à ce système
au mépris
auquelilétoit epumemnsilidsite
splendeur la misère et le néant dans lesquels
qu'il en a fait
il est tombé.
qui ont des possessions aux
Chez les nations
I° de
colonial se compose,
Antilles, le système
productions sont étranquelques cultures dontles utiles à son industrie;
geres à la métropole et
est relatif à cet excellent
tique de Tabbé Raynal, CC qui
administroteur. --- Page 35 ---
DE
2° de
SAINT-DOMINGUE
de les Teselavage, sans lequel il eût été
obtenir; 50 du
impossible
les colonies sont
commerce exclusif auquel
tection et des assujetties pour prix de Ia propasser. L'ordre secours de
dont elles ne peuvent se
premières ne sauroit choses qui résulte de ces causes
jouir des avantages subsister sans elles. Vouloir
qu'il
aux principes dont ils procure, sans avoir égard
aveugle, afficher à la fois dérivent, c'est agir en
capacité.
Timprudence et l'inLe régime colonial, comme
tions humaines, avoit
toutes les institudéfauts, au premier ses imperfections et ses
le besoin de
rang desquels il faut placer
constitution Tesclavage. Ce vice inhérent à sa
présentoit des inconvéniens
plus graves, qu'en général, dans les
d'autant
nombre des hommes libres
colonies, le
tionné à celui des
n'étoit pas proporceux-ci au sort des esclaves; et qu'en condamnant
donné ni les
ilotes, les colons ne s'étoient
II est vrai
moeurs, ni les lois des
que si, par le sentiment de Spartiates, leur
blessephysique, ils devoient
foileur supériorité morale, éprouver descraintes,
tous les esclaves,
avouée et reconnue de
rassurer. Ce
sembloit bien faite pour les
prestige tiroit sa force
gouvernement monarchique,
principale du
térieur des habitations
dontle régime inet qui leur convenoit si offroit partout Timage,
bien, que jamais la ré. --- Page 36 ---
RÉVOLUTION
1O
si on ne T'avoit pas imvolte n'auroit eu lieu,
tousles
changé. Le nègre, plus que
prudemment
laisse conduire par les sens;
autres hommes, se
aux médison esprit est peu exercé, peu propre lui donne
T'exemple qu'on
tations profondes;
devient son unique règle.
fait sa seule instruction,
centrale et respectée
Tant qu'une administration
il a été
lui a offert le modèle de Tobéissance, raisondès qu'un régime
soumis et tranquille ;
a fait un devoir de
et rebelle,
neur, inconséquent
de la liberté, il a
Tinsurrection, il s'est cru digne
brisé ses chaines.
de T'année 1789 (1), le
Par les recensemens
cent cinquante
total des noirs se montoit à quatre
femmes
mille.Lenombrec des blancs,y comprislesf mille. Les
n'étoit que de soixante
et les enfans,
résidoient dansles
deux tiers de celle population disséminé sur les
tiers,
villes etles) bourgssTautre ateliers. Lorsqu'on réhabitations, dirigeoit Ies
à T'énorme
fléchit, ayant ce tableau sous les yeux, à leur rénumérique des deux classes,
différence
surtout dans les campagnes, ou
partition inégale, un blanc sur soixante nègres, 2
à peine on comptoit
les derniers. On peut porter à cinq cent mille
(1) Ce sont existans dans la colonie 7 parce que plusieurs
les nègres alors
les vieillards ni les infirmes, afin
habitans nc déclaroient pas devoient pour chacun de leurs
d'éviter la légère taxe qu'ils
esclaves.
numérique des deux classes,
différence
surtout dans les campagnes, ou
partition inégale, un blanc sur soixante nègres, 2
à peine on comptoit
les derniers. On peut porter à cinq cent mille
(1) Ce sont existans dans la colonie 7 parce que plusieurs
les nègres alors
les vieillards ni les infirmes, afin
habitans nc déclaroient pas devoient pour chacun de leurs
d'éviter la légère taxe qu'ils
esclaves. --- Page 37 ---
DE SAINT-DOMINGUE
età la tranquilité dont néanmoins
soit, on voit
chacun y jouisque Saint-Domingue,
fondé sur T'opinion, et ne
uniquement
par elle, étoit d'autant
pouvant exister que
tenir les
plus intéressé à en mainprestiges, que ce ressort si puissant, tant
qu'il est craint et respecté, est le plus foible de
tous, dès qu'une fois on a osé calculer sa force.
Indépendamment des populations blanche et
noire,ile en existoit une troisième
les nègres, mulâtres,
composée de tous
appeloit hommes de ou quarterons libres, qu'on
couleur, et qui
une classe intermédiaire.
formoient
réglé d'une
L'édit de 1686 avoit
devoirs.
manière précise leurs droits et leurs
Tant que les formes monarchiques
vernèrent SL.-Domingue, les hommes de goucouleur
respectèrent cette ligne de démarcation ; mais ils
conçurent T'espoir de l'effacer dès
eurent fait
que ces formes
place aux assemblées
système
populaires et au
représentatif. Cette histoire fera
si les moyens dont ils se sont servis
connoitre
leurs prétentions, étoient
pour appuyer
bonne
ceux que suggéroit la
politique. II importe seulement de remarquer ici que celte espèce d'hommes,
aux blancs sous les rapporls
supérieure
au-dessous d'eux
physiques, étoit bien
pour les qualités
et morales. Fruit d'un
intellectuelles
parce qu'il est
concubinage toléré aux iles
impossible de Tempècher, elle
composoit une caste mixte avilie,
ingrate, et qui,
ient
pour appuyer
bonne
ceux que suggéroit la
politique. II importe seulement de remarquer ici que celte espèce d'hommes,
aux blancs sous les rapporls
supérieure
au-dessous d'eux
physiques, étoit bien
pour les qualités
et morales. Fruit d'un
intellectuelles
parce qu'il est
concubinage toléré aux iles
impossible de Tempècher, elle
composoit une caste mixte avilie,
ingrate, et qui, --- Page 38 ---
RÉVOLUTION
lierre foible et rampant à sa naissemblable au le chêne qui lui avoit prélé son
sance, a enlacé
dans toutes ses branches,
appui, Ta contourné
et a fini par Tétoufter. disproportion qui existoit
Malgré Ténorme
entre les libres et
entre les blancs- et les noirs, d'intérêts qu'au
malgré Topposition
les esclaves;
on sereit fondé à supposer
premier coup-d'ail
et les alarmes
entre eux; malgré les soupçons
d'un
sembloient devoir être la conséquence sécurité
qui état de choses, la plus grande
de
pareil
Il n'y eut jamais
régnoit à Saint-Domingue. simple ni plus douce.
pays oul la police fut plus
rares, les assasLes vols y étoient extrémement
Les voyageurs parcouroient
sinats encore plus.
ils pouvoient à toute
la colonie sans danger; maisons des habitans, qui
heure entrer dans les
ouvertes pendant la
la plupart restoient
pour
foi, qu'on a depuis sappdlécimpne
nuit. La bonne
des colons; ; et telle
dirigeoit la conduite
d'abord
voyance, influence, que les Européens,
éloit son
et moins faciles, finissoient
plus soupconneux
des précautions qui
par négliger eux-mémes indispensbles, et par
leur avoient d'abord paru avoient condamnées.
adopter les habitudes qu'ils tenoient au caractère parCesheureux: résultats
cette vertu des
ticulier des colons. Lhospitulité, nouveau prix par la
premiers àges, acquéroit un --- Page 39 ---
DE SAINT-DONINGUE
manière nobleet touchante dont elle
dans la
étoit exercée
première des Antilles. Tout
çoit Timage des mceurs et de la vie
y retranulle part
patriarcales;
lopulence ne se montra moins dédaigneuse et l'autorité plus accessible.
mérite simple et modeste
Jamais le
plus
ne fut accueilli avec
d'empressement, ni
de bienveillance. Le
encouragé avec autant
mendicité n'y altristoit spectacle dégoitant de la
sensible. La
pas le coeur de T'homme
Europe, étoit bienfaisance, dont on parle tant en
pratiquée sans ostentation à SaintDomingue. Il est inutile d'en offrir des
qui ne sait que des fortunes
exemples;
eu pour seul
considérables ont
fondement la
colon pour une
bienveillance d'un
personne
vent même pour un inconnu, recommandée, et soumérite que d'avoir
qui n'avoit d'autre
généreux dont le hasard inspiré de lintérêt à Thôte
noissance?
lui avoit procuré la conIl est vrai que ces avantages éloient
par des inconvéniens:l la
balancés
posoit à des maladies malignité du climat exconyalescence qui les suivoit dangereuses, et la longue
reux le regret d'avoir
rendoit plus doulouçais, plus
quitté IEurope. Le Franqu'aucun autre
souvenir de son
peuple, conserve le
du désir de revoir pays. Les colons, tourmentés
la France, en
cesse le projet, et
formoient sans
sacrifioientà un avenirtoujours
ens:l la
balancés
posoit à des maladies malignité du climat exconyalescence qui les suivoit dangereuses, et la longue
reux le regret d'avoir
rendoit plus doulouçais, plus
quitté IEurope. Le Franqu'aucun autre
souvenir de son
peuple, conserve le
du désir de revoir pays. Les colons, tourmentés
la France, en
cesse le projet, et
formoient sans
sacrifioientà un avenirtoujours --- Page 40 ---
RÉVOLUTION
souvent chimériques,
incertain, à des espérances
la jouisà Thomme,
le seul bien qui appartienne
quelques - uns
sance du présent. Cependant ton de liberté, au
d'entre eux, accoutumés au
de vie commode et aisé de St.-Domingue,
genre
où l'on ne reconnoissoit.
préféroient un pays différence des couleurs,
d'autre inégalité que la
le sentiment des convenances;
d'autre géne que
ni les caprices tyranoù l'on n'avoit à redouter
de cette
niques de la mode, ni les prétentions
fait
et jalouse qui, en Europe,
vanité mesquine
un ridicule, et de
souvent de la bonhomie
trop
l'égoisme une nécessité. colons fixés par gout à
Mais le nombre des
diminué, parce
St.Domingue eût constamment
des
d'un côté Taccroissement prodigieux du luxe
que,
et de l'autre les plaisirs, enfans
fortunes,
attiroient tous les riches proet des beaux-arts,
choix ou par
priétaires en Europe; ceux qui, par étoientforcés
restoient dans la colonie,
nécessité,
leur proleurs enfans en France pour
d'envoyer
convenable à leur état. Ilrécurer une éducation
des métiers étoient
sultoit de là que la plupart
biens gérés par
exercés, et presque tous les grands
le
il s'ensuivait de plus que
des Européens;
enfance des objets les
créole, entouré dès son
livroit àtous les
propres? à flatter sa vanité, se
plus
comme inutiles,
et négligeoit,
arts dagrément,
oyer
convenable à leur état. Ilrécurer une éducation
des métiers étoient
sultoit de là que la plupart
biens gérés par
exercés, et presque tous les grands
le
il s'ensuivait de plus que
des Européens;
enfance des objets les
créole, entouré dès son
livroit àtous les
propres? à flatter sa vanité, se
plus
comme inutiles,
et négligeoit,
arts dagrément, --- Page 41 ---
DE SAINT-DOMINGUE
cet esprit
d'ordre, ces talens solides qui seuls
conduisent à la fortune, et sans lesquels
on ne sait pas la conserver, Revélu de surtout
formes aimables et
toutes les
ces traits
séduisantes, mais dénué de
prononcés et saillans qui décèlent
génie ou une âme forte,s son caractère
le
cette stabilité, cette
n'avoit pas
grands
persévérance qui signale les
hommes et qui produit les
Aussi plusieurs créoles
grandes choses.
languissoient dans la mé.
diocrité, ou dissipoient souvent un
amassé par leurs pères, tandis
patrimoine
péens, avec infiniment
que les Euromoins de ressources,
parvenoient presque tous à laisser un
immense à leurs enfans.
héritage
Au reste, cette légéreté, cette frivolité,
chées avec raison à Thabitant de
reproétoient rachetées
SL-Domingue,
par une foule de qualités
cieuses, qui n'étoient nulle autre
prérales. Né franc, facile,
part aussi généil cherchoit
libéral, et même
avec avidité les sensations prodigue,
tueuses, et son âme s'ouvroit
volupimpressions tendres
naturellement aux
exclusif de la
qui semblent être le partage
jeunesse. Sous d'autres
créole étoit toujours enfant.
rapports, le
pour le
Un rien suffisoit
distraire; une bagatelle le rendoit
ou malheureux; ; on le voyoit
heureux
tant d'une extrémité à
passer en un insà tour audacieux
Tautre, se montrant tour
ou timnide, indocile ou soumis, --- Page 42 ---
RÉVOLUTION
sensible et reconnoissant. Sa
mais toujours bon,
T'infortune étoit non
parole étoit sacrée; soulager besoin
se hâtoit de
mais un
qu'il
pas un devoir,
des vains prestiges de la
satisfaire. Dégagée intéressés de T'ambition,
vanité el des calculs
Bon fils et bon
Tamitié embellissoit ses jours.
ému que
époux,ilr ne pouvoit être profondément de son caracsentiment qui fait T'éloge
:
par un
le seul dont T'excès soit permis
tere, et qui cst
Ce sentiment exalté, chez
la tendresse paternelle.
Tidolàtrie, déveloples femmes surtout, jusqu'à dont on ne les auroit
poit en elles une énergie et elles lui sacrifioient
pas crues susceptibles, combat tous leurs gouts,
sans regret comme sans
Sans doute il y a
toutes leurs autres passions. femmes galantes, même
eu dans nos colonies des mais une mère dénaturée
des épouses infideles; heureusement rare partout,
monstre
et barbare,
inconnu dans ces climats.
est un phénomène voulu peindre d'un seul
Il semble qu'on ait
quand on a dit avec
trait les femmes créoles, de délicatesse : ( Que le
autant de vérité que
étoit le coeur d'une
d'amour
( chef-d'ouvre
(C mère. ))
mal instruits ou passionnés
Quelques auteurs
bien différent.
ont fait des colons un portrait des tyrans imcomme
Ils les ont représentés la menace àl la bouche
pitoyables, ayant sans cesse
phénomène voulu peindre d'un seul
Il semble qu'on ait
quand on a dit avec
trait les femmes créoles, de délicatesse : ( Que le
autant de vérité que
étoit le coeur d'une
d'amour
( chef-d'ouvre
(C mère. ))
mal instruits ou passionnés
Quelques auteurs
bien différent.
ont fait des colons un portrait des tyrans imcomme
Ils les ont représentés la menace àl la bouche
pitoyables, ayant sans cesse --- Page 43 ---
DE
et
SAINT-DOMINGUE
la vengeance dans le coeur. Mais
pas de le dire : on les a calomniés je ne crains
noitre; et ils ont été
saus les conont fait : rien n'est punis du mal que d'autres
lité du créole
plus faux que linsensibiles habitations pour le sort de ses esclaves,
où le maitre
Sur
il n'étoit pas rare de voir faisoit sa résidence,
la bonté
foiblese et devenir un abus
dégénérer en
ait infligé des châtimens
: ets'il est vrai qu'on
eu quelques exemples d'une trop rigoureux, sily a
ce sont moins les créoles
cruauté punissable,
faut en accuser.
que les Européens qu'il
AI l'esquisse qui vient d'être
turel d'ajouter quelques
tracée il paroit natration coloniale. Ce
réflexions sur T'adminisfuter les
n'est plus le moment de réelle, ni de mensonges faire
répandus à dessein
un
contre
tres de Saint-Domingue rapprochement que les désasprincipe desa ruine ne
rendent superflu. Le
c'est du
peut plus être un
changement total de son
problème:
qu'elle date; c'est à Tabandon gouvernement
tielles au système colonial
des formes essenIl ne sera pas inutile de que l'on doitlattribuer,
dire ce
vernement, 2 parce que, sil'on qu'étoit CC goubliretz rendre
veut un jour rétatante de
profitable à la France
ses possessions
la plus imporprévenue ou plus éclairée, d'outre-mer; ; si, Inoins
enfin réparer, autant
cette métropole veut
TOM, I.
qu'il dépendra d'elle, les
--- Page 44 ---
RÉVOLUTION
faut
causés aux colons, il
malleurs qu'elle a abjure le système absurde
uon-seulement qu'elle
mais qu'elle
destructeur qu'elle avoit adopté, fait de Saintet
qui avoient
revienne aux principes
florissante et le pays
la colonie la plus
Domingue riche de T'univers.
comnus,
le plus
Deuxofficiersour mngpsinatapineipange l'autre
Tun sous le nom de
emrermterengell
celuid
commenadegeane
d'intendant,
Saint-Dosous
royale, administroient
balande la puissance L'autorité du premier se trouvoit des deux
mingue.
du second, et le concours
cée par celle
les réglemens provipour
à
étoit indispensable instructions les autorisoient
soires que Jeurs
d'un projet important,
faire. Lorsquil sagissoit
de la marine,
devoient le soumettre au ministre
du conils
résultat des délibérationso
dont) les ordres 2
encore besoin d'être enregisseil du Roi, avoient supérieurs de justice pour
trés par les tribunaux
Cette administration
devenir des actes légiolatifs. et qu'on a voulu si mal
qui a été tant critiquée, des avantages qu'on ne
autre. On sait à
à
nulle
rempbceriavoit
propos probablement dans
de
trouvera
des déclamations
présent ce quil faut penser
mais ce qu'on
qui cherchoient à la détruire; le cours de la
ceux
ce que pendant d'oublier, ce
ignore peut-être,
ont feint
révolution ses partisans
avoit mulque le législateur
sont les précautions
qui a été tant critiquée, des avantages qu'on ne
autre. On sait à
à
nulle
rempbceriavoit
propos probablement dans
de
trouvera
des déclamations
présent ce quil faut penser
mais ce qu'on
qui cherchoient à la détruire; le cours de la
ceux
ce que pendant d'oublier, ce
ignore peut-être,
ont feint
révolution ses partisans
avoit mulque le législateur
sont les précautions --- Page 45 ---
DE SAINT-DOMINGUE
tipliées pour connoitre la
1g
avoit pris afin
vérité, les soins qu'il
que l'autorité fut
télaire. On se convaincra de la impartiale et turemarque, si l'on se donne la justesse de cette
le recueil des lois et des
peine de parcourir
ordonnances pour SaintDomingue : on verra que les
été peints comnmed'insolens ministres, qui ont
tous de véritables hommes visirs, étoient presque
d'état aussi
qu'éclairés ; on reconnoitra
integres
trop souvent
que leurs règlemens,
trairesi,
présentés comme des actes arbi-
, étoient pour la plupart des
sages, 2 inspirées par lamour du bien mesures
qu'ils seroient encore, quoid qu'en
publie; et
mes à système, le code le
disent les homsuivre pour rétablir la meilleur et le plus sûr à
colonie.
Outre ces deux magistrats
sentés dans toutes les villes el supérieurs, repré
les communes par des
presque dans toutes
fonctionnaire
subalternes, il existoit un
chargé de surveiller
deniers du fisc : c'étoit le
T'emploi des
rine ; son consentement contrôleur de la maet sa
nécessaires pour toutes les
signature étoient
de T'État. De plus, les
dépenses au compte
chambres
avoient, en vertu de
d'agriculture (2)
faire des observations lettres-patentes, le droit de
fléchit ensuite
aux ministres. Si l'on réqu'une représentation
peu nombreuse, et par cela même coloniale
plus utile,
(1) Ily en avoit deux dans la colonie.
rine ; son consentement contrôleur de la maet sa
nécessaires pour toutes les
signature étoient
de T'État. De plus, les
dépenses au compte
chambres
avoient, en vertu de
d'agriculture (2)
faire des observations lettres-patentes, le droit de
fléchit ensuite
aux ministres. Si l'on réqu'une représentation
peu nombreuse, et par cela même coloniale
plus utile,
(1) Ily en avoit deux dans la colonie. --- Page 46 ---
RÉVOLUTION
auprès des chefs du gouvernement des
se réunissoit
de Timpôt, et que
toutesles fois quilidagisoit
tout semblables
tribumaux supérieurs, 2 presqu'en administroient la jusde France,
de despoaux parlemens la preuve que le reproche
aussi
tice, on aura
colonial étoit
tisme fait au gouvernenent
injuste que déplacé. rivalité des pouvoirs, la jalouIl est vrai que la
élevoient des
naturelle aux hommes en place, naitre un conflit
sie
et faisoient quelquelois
dans
nuages, entre les deux administrateurs; voeux de
dautorité
obligé de céder aux
ce cas, 2 Tintendant, la force publique, en appecelui qui commandoit! condalenkecsoidde
loità càla cour. Cet exemple
Duchilleau et par
xenouvelé par M. le marquis
esesinstrucpmsiemdrmnéptides avoit ouvert
M.deMatbois,ley T'avis de son collègue 3
avec
tions et contre
du sud aux étrangers,
les ports de la partie les diverses denrées : cette
d'esporter
conséquence, elle
permision étoit d'une si grande
opération
si profonde au commerce
portoit une atteinte
constitution
elle ébranloit si fortementla étoit la base;
français, dont le régime prohilbitif commandée par
coloniale,
d'ailleurs si peu
efforts de
elle paroissoit
malgré les
les circonstances, 2 que, du conseil d'état détruisit
M.Duchilleau, un arrêt
lui fit perdre à la fois
et
avec raison son ouvrage,
et son crédit.
sa place
opération
si profonde au commerce
portoit une atteinte
constitution
elle ébranloit si fortementla étoit la base;
français, dont le régime prohilbitif commandée par
coloniale,
d'ailleurs si peu
efforts de
elle paroissoit
malgré les
les circonstances, 2 que, du conseil d'état détruisit
M.Duchilleau, un arrêt
lui fit perdre à la fois
et
avec raison son ouvrage,
et son crédit.
sa place --- Page 47 ---
DE SAINT-DONINGUE
Le rappel de ce
habitans
gouverneur devenu l'idole des
par son dévouement à leur
triomphe de M. de Marbois,
cause; le
Timflexibilité; la réunion
dont on redoutoit
périeurs du
des deux conseils susous le
Port-au-Prince et du Cap, opérée
gouvernement de M. le comte
zerne (1), mesure évidemment
de La Lupar des ambitieux dont
injuste, sollicitée
soutenue
les
elle flattoit la vanité, et
mentoit par administrateurs dont elle
Luzerne, Tinfluence; le mépris que M. de aug- La
élevées devenu ministre, fit des
à ce sujet par la
réclamations
qu'il étoit encore
province du nord lorsgieux de la métropole, gouverneur; Texemple contalettres particulières
dont les journaux et les
vantoient la
torité; tout
résistance à l'auporta au comble la haine
contre cette administration
qu'on avoit
(2).
(1) Lc Conseil
(2) A ces causes, unique siégea au Port-au-Prince en
ajouter d'autres 7 qu'on avouoit
il faut 1788.
qui, quoique moins hantement,
en
rent peut-étre davantage à entrainer évidentes, contribué1o la mort de M. de Lafucheric tous les esprits, savoir :
du Cap, arrivée peu de
7 négociant, marguillier
au-Prince, où il avoit été temps forcé de après son retour du Portniquer le bordereau de la caisse se rendre pour commu2° la lettre séditieuse
paroissiale à M.
et qu'ilf fit signer de que M. de Rouvray écrivit lintendant; à ce
3° et surtout le
tcus ceux qui accompagnoient le sujet,
inondoit la colonie. verbiage polémique dont M. de GonydArcy convoi; --- Page 48 ---
RÉVOLUTION
CHAPITRE II.
Cahier des
troubles du Cap.
Premiers
de M. de Marbois
doléances. Depart
la France.
pour
du Port-au-Prince assemblée provinFormation d'une
ciale.
morale et politique de
True étoit la situation
eut connoisance
Saint-1 Domingue lorsqu'on y s'étoit subitement
du vertige revolutionnaire classes qui de la société en
emparé de toutes les
pas que
Francc, Les planteurs ne réfléchirent à raison de leur Orles dépendances coloniales,
dans une
particulière, se trouvoient
ganisalion
différente de cclle de TEurope;
hypothèse bien
une réformé dans
si des abus appeloient
mêmes abus et
que,
T'absence de ces
la métropole,
de la plus haute importance
des considérations
la circonsvecommandeient à Saint-Domingue novateur, touTesprit
pection, et proscrivoient
et le plus souvent
jours spécieux à sa naissance, La colonie avoit en
funeste dans ses résultats. raison de le craindre, qu'à
effet d'autant plus de de Thomme, ,au récit des
des Droits
la pablication
si des abus appeloient
mêmes abus et
que,
T'absence de ces
la métropole,
de la plus haute importance
des considérations
la circonsvecommandeient à Saint-Domingue novateur, touTesprit
pection, et proscrivoient
et le plus souvent
jours spécieux à sa naissance, La colonie avoit en
funeste dans ses résultats. raison de le craindre, qu'à
effet d'autant plus de de Thomme, ,au récit des
des Droits
la pablication --- Page 49 ---
DE SAINT-DONINGUE
intrigues et des factions qui déjà déchiroient la
représentation nationale, elle put
les
juger combien
principes qui commençoient à se répandre
deviendroient nuisibles à son
les agitateurs qui dominoient existence, les
combien
pouvoient être
états-généraux
dangereux pour sa
Mais, loin que la prudence dirigeat tranquillité. la
des colons, la
conduite
légèreté et T'enthousiasme
térisoient toutes leurs démarches. A
caracpeine eut-on
appris par un navire de Nantes (1) la prise de la
Bastille, que le ferment révolutionnaire
loppa dans la ville du Cap. Aussitôt
se dévecocarde. Un habitant fut
on arbora la
et un autre
persécuté à Saint-Marc,
égorgé au Petit-Goave, pour
montrés sans ce signe de ralliement (2). s'être
parla hautement de liberté devant
Enfin on
on déclama avec amertume
les esclaves;
les préjugés et le
contre les priviléges, 2
despotisme. On ne
ou plutôt on ne voulut pas voir
vit pas,
qu'il n'existoit à
Saint-Domingue ni bastille, ni priviléges, ni déficit, ni inégalité d'impôts;
sant de la métropole
l'exemple tout- puisT'emporta; des comités
pulaires furent établis dans les trois
povilles de la colonie. M. de Marbois
principales
nellement l'objet des
devint personSévère
reproches de celui du Cap.
observateur des lois, admninistrateurlabile
(1) Octobre 178g.
(2) M. Férand Desbandières,
septembre 178g. --- Page 50 ---
RÉVOLUTION
luttant avec courage et jusqu'alors
et intègre, contre, le torrent des idées nouvelles,
avec succès,
triomphé, silun de ces avenil auroit peut-être
évidence pour déturiers, que la fortune met en fait tout à coup
terminer les événemens, n'avoit
de la
la balance du côté des partisans
pencher
révolution.
Chesnaud, arrive un
Cet individu, nommé et de poussière, au
soir (1), couvert de sueur
place dans la
Cap; se rend au spectacle, prend
son COSet devient, par
loge du gouverneur,
T'objet dela cutume, sa turbulence et ses gestes,
fixés sur
riosité
Toutlemsadealeyent
publique."
il est, d'où il vient,
lui; l'on veut savoir qui
de la pièce,
La représentation
ce qu'il prétend. lai permet de faire entendre
bicntôt suspendue,
la permission de lire
sa voix. Alors il demande
en vingt-huit
les nouvelles intéressantes apportées d'oû il n'est
jours de France au Port-au-Prince, heures, pour être
parti que depuis quarante-huit)
le premier à les annoncer au Cap. ilui avoit refusé
Ennemi de M. de Marbois, quil outré de M.
commission d'avocat, partisan
une
dont il se disoit le parent, Chesnaud des
Duchilleau,
bulletin que
ne donna dans son prétendu
: selon
fabriquées au gré de ses passions:
nouvelles
(1) Octobre 178).
n'est
jours de France au Port-au-Prince, heures, pour être
parti que depuis quarante-huit)
le premier à les annoncer au Cap. ilui avoit refusé
Ennemi de M. de Marbois, quil outré de M.
commission d'avocat, partisan
une
dont il se disoit le parent, Chesnaud des
Duchilleau,
bulletin que
ne donna dans son prétendu
: selon
fabriquées au gré de ses passions:
nouvelles
(1) Octobre 178). --- Page 51 ---
DE SAINT-DOMINGUE
lui, M. l'intendant étoit
rappelé avec blâme et
ignominie ; M. de La
renvoyé du
Luzerne, 9 son appui,
ministère; M. Ducbilleau, victime
innocente de leurs intrigues
des ordres du
2 créé chevalier
roi, et nommé, en
ment de linjustice qu'on lui avoit dédommagevernement du
faite, au gouduc
Poitou, sur la démission de M. le
d'Orléans.
Malgré Tinvraisemblance d'un récit aussi
traordinaire, peu de personnes doutèrent exvéracité; on le crut sans peine,
de sa
la plus active des
parce qu'ilf flattoit
effets en furent si passions, la vengeance. Les
ordonnateur
prompts, que M.Jauvin, a alors
fiance de M. au Cap, Tami, T'homme de conde Marbois, chéri
privées, et recommandable
pour ses vertus
lumières, fut insulté,
par sa probité et ses
lace en sortant de la menacé même par la popucomédie.
Si l'on veut rechercher la
inspirer une haine aussi
cause qui avoit pu
violente contre cette
administration, on la trouvera
de T'homme
danslamour inné
pour T'indépendance,
ou moins prononcé,
sentiment plus
les
suivant les circonstances et
temps, attribut utile ou
T'usage qu'il sait en faire. On la dangereux selon
dans la foiblesse,
trouvera encore
festées
M.
lindolence, la nullité manipar
de La Luzerne
dans la colonie. Le
pendant son séjour
Français est de tous les --- Page 52 ---
RÉVOLUTION
pardonne le moins Vinsoucelui qui
aussi
peuples
dans ses magistrats;
ciance et Tirrésolution de La Luzerne du bien
fit-on un crime à M.
mal
T'accusoit
sans lui, et du
qu'on
qui s'opéroit faire à M. de Marbois. Mais celui-ci,
de laisser,
confiance du général devenu
tout puissant par la cachoit pas plus le mépris
peu après ministre,' ne
qu'il ne rases détracteurs,
que lui inspiroient
contre les comptables
lentissoit ses poursuites sévérité excessive est
négligens ou infidèles. Une
faire à cet admile seul reproche qu'on ait pu qu'ait jamais ett
nistrateur, le plus habile peutétre étoient grandes, ses
Ssint-Domningue. Ses vues
utiles.
bien combinées et toujours bureaux,
opérations
avoit été rétabli dans les
Par lui T'ordre
les affaires; et une impulsion
T'exactitude dans
de front les différentes
égale faisoit marcher
parties de Tadministration.
de Saintréfléchit sur les malheurs
Plus on
de croire à une
Domingue, plus on est tenté et irrésistible qui
fatalité, à un destin immuable Il ne falloit que la
préside au sort des empires. de Thistoire, il suffiplus légère connoissance Torganisation coloniale pour
soit d'avoir observé
inconsiles élans d'un anthousiasme les danréprimer
dès-lors prévoir
déré, dont on pouvoit Il est universellement
gereuses conséquences. Saint-Domingue n'avoit joui
reconnu que jamais
Domingue, plus on est tenté et irrésistible qui
fatalité, à un destin immuable Il ne falloit que la
préside au sort des empires. de Thistoire, il suffiplus légère connoissance Torganisation coloniale pour
soit d'avoir observé
inconsiles élans d'un anthousiasme les danréprimer
dès-lors prévoir
déré, dont on pouvoit Il est universellement
gereuses conséquences. Saint-Domingue n'avoit joui
reconnu que jamais --- Page 53 ---
DE SAINT-DOMINGUE
d'une si grande prospérité
qu'à l'époque de ses
preniers troubles. Et c'est dans ce moment
des colons attaquent avec fureur un
que
quel ils doivent leur
régime auopulence, qu'ils dérangent
une machine dont tous les mouvemens ont été
combinés pour leur avantage ; c'est à
où une secte profonde dans ses desseins, l'instant implacable dans sa haine, veut détruire leurs institutions fondamentales, qu'ils sont assez aveugles
pour détendre les ressorts de leur administration.
Instruits que les coryphées de cette secte
sent, en France, la majorité des
compoces mêmes colons n'en montrent états-généraux,
cette assemblée,
pas moins pour
qui devoit leur être
autant de
étrangère,
prédilection, et l'on peut dire de fanatisme, qu'ils marquent d'indifférence ct d'ingratitude pour une autorité qui, malgré les abus
dont ils se plaignent, a
leur
- Il faut le
opéré
bonheur.
répéter : la prospérité réelle, évidente
de Saint-Domingue, devoit
inspirer plus de
voyance et de circonspection. Mais dans précette
circonstance, comme dans tant d'autres, les
sions particulières, les intérêts privés
pastous lese esprits. Al la nouvelle
entraînèrent
de
que desreprésentans
St.-Domingue avoient été admis aux étatsgénéraux, la joie fut extrême dans la colonie,
malgré le vice radical d'une élection à
population n'avoit
laquelle la
pu concourir, puisque les --- Page 54 ---
RÉVOLUTION
assemblées primairesr n'a ndintpanéconeren
et auxquels
colons qui is'arrogerent,
En effet,les
leurs pouvoirs
ce droit, ne tenoient
on reconnut
rassemblemens clandestins qui
que de quelques France et à St.-Domingue.
avoient eu lieu en
commençoit à se former
Quoique la réunion qui
par le
Thôtel de Massiac, fût plus imposante
à
la qualité de ceux qui la componombre et par
moins irrégulière, et ne pousoient,ellen'étoity pas
les autres exprimer la
voit pas plus que toutes choix des représentans
volonté coloniale. Le
et
exclusivement à St.Domingue,
appartenoit
sur les lieux. Les poune devoit se faire que
tels à T'assemadmit comme
voirs de ceux qu'on donc nuls. Ce mépris des
blée nationale étoient
de quelques esprits
principes éveilla Tattention suites d'une repréassez sages pour prévoir les d'instance, et si
sentation demandéc avec tant
pouvoit la
emportée (1). Mais que
habilement
contre les cris d'un fanatisme
voix de la raison
des colons, en s'étourdisstupide? La plupart
éloient à craindre,
sant sur les inconvéniens qui
de faire même
trouvoient fort bon d'inquiéter,
à
en les dénonçant
trembler les administrateurs félicitoient de s'être
Tassemblée nationale, et se
dont on qualisoustraits à l'autorité du ministre,
20 et21 août 1789.
(s)Mirabeau, Courrier de Provencedes
ix de la raison
des colons, en s'étourdisstupide? La plupart
éloient à craindre,
sant sur les inconvéniens qui
de faire même
trouvoient fort bon d'inquiéter,
à
en les dénonçant
trembler les administrateurs félicitoient de s'être
Tassemblée nationale, et se
dont on qualisoustraits à l'autorité du ministre,
20 et21 août 1789.
(s)Mirabeau, Courrier de Provencedes --- Page 55 ---
DE SAINT-DOMINGUE
fioitl les règlemens et ordonnances
d'actes
arbitraires et altentatoires
injustes,
droits de la colonie.
aux priviléges et aux
Le même orgueil qui peignoit le ministère
comme un tribunaltyrannique qu'il falloit
se hâta derpauweriorinunctiomn
récuser
Luzerne avoit adressées
que M. de La
à la colonie sur la
sentation de
repréSt.-Domingue aux
Son plan, fondé sur la
états-généraux (r).
d'une
propriété foncière, fruit
prévoyance éclairée, résultat des
les plus sages, éloit sans contredit le seul réflexions
cable à ce pays, en supposant
applivoulàt courir les cliances de la toujours qu'il
une circonstance
révolution. Mais
bien les
remarquable, qui prouve compassions sont de mauvais guides, c'est
que, non contens de rejeter comme perfide le
plan du ministre, les ennemis du
osèrent
gouvernement
présenter un projet rempli de contradictions choquantes, et de prétentions
pour les blancs de la classe inférieure injurieuses
pour la caste deshommes de
(2) et
tion étoit
couleur, dont Tabjecpar eux aussi érigée en principe. Cet
(1) Projet de règlement arrêté au conseil du roi le
tembre, sur la représentation coloniale.
20 sep-
(2) Cette classe se composoit de tous les artisans,
deurs, pacotilleurs, sans autre propriété
revenils étoient
que Jeur industrie;
désignés sous le nom de petits blancs. --- Page 56 ---
RÉVOLUTION
du comité du Cap,
informe et ridicule
toute
ouvrage
le nom de doléances, indigna
connu sous
indignation ne fut mieux
la colonie, et jamais
nationale s'occufondée. Pendantq queTassemblée de priviléges
de toute espèce
poit de Tabolition
dans son plan, établissoit
en France, le comité, Thomme riche, T'autre
deux polices, T'une pour
Ces prétentions
celui qui ne Tétoit pas.
s'étenpour
d'antant plus odieuses, qu'elles
parurent
de la justice, porlion
doient sur la distribution
de
souveraine la moins susceptible
de Tautorité
de laquelle tout
modifications, et à la protection doit avoir un droit
le monde, riche ou pauvre,
égal.
cahier des doléances, les memEn rédigeantie avoient compté sur lignorance
bres du comité
matières. Ils s'aperétranger à ces
du peuple
La mode, toujours
çurent bientôt de leur erreur. avait fait de la polipuissante sur les Français,
chacun
le sujet unique des conversations;
Le
tique
et en fut scandalisé,
voulut lire les doléances,
toutes les classes
manifesté par
mécontentements
trop foible encore,
de la société força le comité,
à désavouer son ouvrage. une inquiétude généA cette même époque, sourde réguoient dans presrale, unefementation de la colonic. Un petit nomtoutes les villes
les trouque
aux projets desquels
bre d'intrigans,
,
chacun
le sujet unique des conversations;
Le
tique
et en fut scandalisé,
voulut lire les doléances,
toutes les classes
manifesté par
mécontentements
trop foible encore,
de la société força le comité,
à désavouer son ouvrage. une inquiétude généA cette même époque, sourde réguoient dans presrale, unefementation de la colonic. Un petit nomtoutes les villes
les trouque
aux projets desquels
bre d'intrigans, --- Page 57 ---
DE SAINT-DONINGUE
bles et les divisions étoient
à l'aide de
nécessaires, > avoient,
quelque argent et d'une lâche
crisie, séduit et perverti la classe des hypoblancs, et cherchoit à T'ameuter
petits
contre les
sonnes les plus respectables. Peu à
la perfut portée au point que, dans
peu licence
plusieurs habitans honnêtes quelques paroisses,
cacher ou de fuir
furent obligés de se
Codère,
pour éviter le sort de M. de
assassiné au Cayes sous prétexte
favorisoit les
qu'il
leur
prétentions des hommes de cou-
(1). Ainsi on préludoit à la révolte contre
T'autorité légitime. Enfin une assemblée
quée dans la salle de comédie du
convoqu'une
Cap décida
députation de douze
puyée au besoin par une troupe personnes, de
aparmés, iroit au Port-au-Prince
jeunes gens
Mardelle
forcer MM. de La
(2) et de Marbois à la fuite, ou au redressement des griefs dont on se plaignoit.
A la tête de cette députation
(M. de La Chevalerie
figuroit un homme
désignoit
) que la voix publique
comme le principal auteur des mouvemens séditieux qui agitoient la ville,
malgré
(1) Le médecin Artaut, du Cap,
nade publique sur un âne, > le crime expioit, de l'avoir par une promelun de ses collègues pour la place de médecin du emporté Roi. sur
(2) Procureur général du conseil. --- Page 58 ---
RÉVOLUTION
d'éloigner les soupçons eri
le soin qu'il prenoit voile du mystère. La missiont
s'enveloppant du volontiers ne laissa plus aucun
dont il se chargea
la rédoute; tout ce qui regarde ce personnage, le rôle quil a
putation qu'on lui avoit faite, trouvé tout à coup
joué, l'autorité dont il s'est
même su se
revêtu et de laquelle il n'a pas seroient auservir pour ses intérêts propres, et la folie
tant de problèmes, si Tengouement solution. On n'a pas
du peuple n'en donnoient la
ni si peu de ferplus d'inquiétude dans Tesprit, rarement à un si
meté dans T'âme ; on réunit
et la crainte de
haut degré, la manie de cabaler,
qu'il avoit
L'enthonsiasme
se compromettre.
cabalistiques,
d'abord excité par des jongleries
trompé et
T'esprit humain, toujours
vers lesquels
semble avoir un penchant irrétoujours crédule,
lorsqu'on le vit plus
sistible, fit place au mépris, de
politiques et complotsinauroccupedintriguest
de la lumière et des
rectionnels que des progrès
mystères de la vision.
la députaA son arrivée au Port-au-Prince,
mais
trouva le but de son voyage rempli,
tion
entièrement prononcée contre
Topinion publique informé de ce qui se passoit
elle. M. de Marbois,
lui avoit été dépéché,
au Cap par un courrier qui
auparavant pour
etoit parti quelques jours
, de
politiques et complotsinauroccupedintriguest
de la lumière et des
rectionnels que des progrès
mystères de la vision.
la députaA son arrivée au Port-au-Prince,
mais
trouva le but de son voyage rempli,
tion
entièrement prononcée contre
Topinion publique informé de ce qui se passoit
elle. M. de Marbois,
lui avoit été dépéché,
au Cap par un courrier qui
auparavant pour
etoit parti quelques jours --- Page 59 ---
DE SAINT-DONINGUE
M. de La Mardelle étoit allé SC
la France (1),et
Le
réfugier sur une habitation au Cul-de-Sac. à la
avoit cédé, en s'éloignant, non pas
premier
vives instances de M.le comte
crainte, mais. aux
de suceider à M. Dude Peynier, qui venoit
dans le gouvernement de St.-Domingue.
chilleau,
et écrivil, avant son départ,
Il laissa un mémoire,
les endeux chambres d'agriculture, pour
aux
de leurs droits, en examinant l'état
gager à user
comme
des caisses dont il leur rendoit compte,
seules autorités légales et compétentes qu'il
aux
Le bordereau joint à ces lettres,
pàt reconnoitre.
le
faisoit foi que, toutes les dépenses payées,
cent mille francs,
trésor avoit en réserve quinze
Iintendant
fruit de l'ordre et de Téconomie que
avoit mis dans les finances.
du
parut imprimé dans la gazette
Ce compte il étoit d'une exactitude frapPort-au-Prince; 5
même de M. de Marbois
pante, et les ennemis
de le
doutoient pas; mais ils feignirent
n'en
à le persuader au
croire infidèle, et parvinrent
En vain M. de Proissy 2 qui remplaçoit
peuple.
vérifié ses calculs, défia
M. de Marbois, ayant
d'erreur. A force
hautement ceux qui les taxoient
l'intendant, et de crier
d'accuser sans preuves
on réussit à
sans raison contre ses opérations,
(1) Le 26 octobre 17893
TO M. I. --- Page 60 ---
REVOLUTION
odieuses
et son administration
rendre sa personne
à la colonie.
factieux d'entraver la
Il ne suffisoit pas aux
leur portoit ommarche d'un gouvernement qui
aux sottises
brage; pour que rien ne manquât
l'impruavoient déja été faites, on commit
aux
qui
des projets de rébellion
dence de supposer
complot exéesclaves. Lel bruit se répandit qu'un devoit anéancrable, tramé parle gouvernement, d'imaginer
tir la colonie. L'on en vint au point révoltés
et de faire croire que trois mille nègres rassemà saccager la ville étoient
el disposés
du Cap (1)- Un fort détablés dans le morne
du comité P'ordre d'y
chement de milices reçut
qui
M. de La Chevalerie,
marcher sur-le-champ. guide un nomméJeanle commandoit, prit pour
ses vols, et
nègre déjà fameux par ses ruses,
not,
mais quil'est devenu bien plus
son vagabondage,
Après une course trèsdepuis par ses attentats. rentra en ville, apporpénible, le détachement blessé à mort, non par les rétant un volontaire
point encore), mais par
voltes (il n'en existoit
ses propres camarades. dévoilée des agitateurs, ni les
Ni limposture
se condamnoit luifatigues auxquelles le peuple dessiller les yeux. Il avoit
même, ne purent lui
la
ainsi la montagne au pied de laquelle
(1) On appelle
ville est bâtie.
ats. rentra en ville, apporpénible, le détachement blessé à mort, non par les rétant un volontaire
point encore), mais par
voltes (il n'en existoit
ses propres camarades. dévoilée des agitateurs, ni les
Ni limposture
se condamnoit luifatigues auxquelles le peuple dessiller les yeux. Il avoit
même, ne purent lui
la
ainsi la montagne au pied de laquelle
(1) On appelle
ville est bâtie. --- Page 61 ---
DE SAINT-DONINGUE
pris cette attitude, il s'étoit mis
que ses meneurs ont caractérisé dans cet état,
rection. L'autorité
par le mot insurgouvernement, flottante entre le comité et le
tieux. Les
laissoit le champ libre aux facpection par adnainistrateurs, les
portés à la circonsde
nouvelles de France,
peur
se
7 avoient
tème désorganisateur, compromettre, en opposant au syspole, une force
victorieux dans la métrocraindre
qu'ils tenoient d'elle. Il étoit
que cette force ne leur
à
Saint-Domtinguey comme
échappat : à
noms de
ailleurs, les grands
régénération, de
avoient frappé les oreilles despotisme, de liberté,
ment du Cap
des soldats. Le
pouvoit être
régide ceux de France. A
entrainé parlexemple
constances doivent ces motifs dérivés des cirsoient du caractère des être ajoutés ceux qui nais:
à la
chefs naturellement
modération, et dont la
portés
à l'orage au lieu de le braver. politique étoit de céder
Cependant le désordre étendoit
ses ravages. Le
de plus en plus
remplacé la
soupçon et les alarmes avoient
confiance et la sécurité qui
précédemment à
régnoient
la réalité, limagination Seint-Domingue. Au défaut de
mères qui
exaltée se créoit des chipeuple
Tépouvantoieut, et les efforts
croyoit nécessaires
que le
troubloient la
pour les combattre,
d'une fermentation tranquillité publique. Effiayées
qui pouvoit conduire à Tanar-
plus en plus
remplacé la
soupçon et les alarmes avoient
confiance et la sécurité qui
précédemment à
régnoient
la réalité, limagination Seint-Domingue. Au défaut de
mères qui
exaltée se créoit des chipeuple
Tépouvantoieut, et les efforts
croyoit nécessaires
que le
troubloient la
pour les combattre,
d'une fermentation tranquillité publique. Effiayées
qui pouvoit conduire à Tanar- --- Page 62 ---
RÉVOLUTION
civile, quelques personnes
chie et à la guerre donner à la volonté générale,
sag ese ssayèrent de
flattée et pervertie
si inconstante,
et des
si capricieuse,
un caractère légal,
tant d'intrigans,
d'arrèler les moupar formes régulières susceptibles
et de déjouer
convulsifs de la multitude,
du Cap
vemens
Les habitans
les projets des agitateurs. Texemple que les Parisiens
crurent devoir imiter
temps de la révoavoient offert dans les premiers furent divisées en
lution. La ville et sa banlieue
deux commiset chacune nomma
dix sections,
ramener Tordre (1).
saires à T'effet d'y
le peuple, et pour
Cette assemblée élue par
n'avoit à combut utile, connu et motivé,
un
portoit au gouvenement,
battre ni la haine qu'on le comité. Aussi ses opéni le mépris quinspiroit salutaires. La tranquilité se
rations furent-elles
avoient été proscrits
rétablit peu à peu; ceux qui les inquiétudes se
revinrent dans leurs foyers; plus que cette sorte
dissipèrent, etlon n'éprouva à Tinstant du réveil,
d'étonnement oû se trouve, des rèves pénibles.
Thomme qui a été agité commencoient par
à remplacer
La lassitude, Tennui,
on s'étoit dévoué pour
Tenthousiasme: avec lequel Touvrage du président
C'étoit
la chose publique. honnête homme, juge integre
de Tassemblée (2),
(a) 2 novembre 178g.
(2) M. Busson.
rent, etlon n'éprouva à Tinstant du réveil,
d'étonnement oû se trouve, des rèves pénibles.
Thomme qui a été agité commencoient par
à remplacer
La lassitude, Tennui,
on s'étoit dévoué pour
Tenthousiasme: avec lequel Touvrage du président
C'étoit
la chose publique. honnête homme, juge integre
de Tassemblée (2),
(a) 2 novembre 178g.
(2) M. Busson. --- Page 63 ---
DE SAINT-DOMINGUE
conciliateur, et qui donna sa
et éclairé, esprit
condémission après avoir, plus que personne,
de la paix. Cependant
tribué au rétablissement assemblée populaire,
on devoit craindre qu'une
n'entrainat
futlebien qu'elle avoit opéré,
quelque dinconvéniens, si l'on ne s'empressoit
beaucoup
se dissimuler
de la dissoudre. Il étoitimposiblede: altéroit la
changeoit Tordre établi,
que ce corps
et pouvoit dégénérer
marche du gouvernement,
et aux: ambiouvert aux intrigans
en un théâtre M. de La Chevalerie y déploya
tieux. En effet,
Depuis son retour du
bientôt ce double caractère.
étonnement
Port-au-Prince, il portoit, au grand
de blanc
de tout le monde, un ruban bleu liseré d'ordre
boutonnière de son habit, espèce
à la
lui, et dont il avoit
chevaleresque inventé par
suivi dans son eXdécoré tous ceux qui Tavoient
pédition.
ralluma la discorde au Cap. BienSa présence
des confidences mystôt des lettres anonymes 7.
et la crainte
térieuses réveillèrent les soupçons
Bientôt des dénonciations
dans tous les coeurs.
absurdes, rendirent
des impostures
sans preuves, chefs du
suspects
de nouveau les
gouvernement dont les séances
L'assemblée,
à la multitude.
son activité. Elle
avoient étéi interrompues, reprit de la province
sollicita les différentes paroisses
des députés, et prit le titre d'assemblie
d'envoyer --- Page 64 ---
RÉVOLUTION
du nord. Enfin M. de
provinciale administrative qu'elle ne retombàt
La Chevalerie, pour empécher chef un homme
dans la langueur, ou ne prit pour travailla et parvint
capable de pénétrer sesp projets,
à s'en faire nommer président.
avec une raIci, les événemens se succèdent
qu'on anepeutequelesiniquer
piditésiétonnante,
va être si précipitée,
La marche de la révolution
il faudroit
pour en marquer chaque pas,
d'obque, des volumes. Mais ce qu'il importe
écrire
insurrectionnel du peuple,
server, c'est Tesprit
caractère plus efacquérant tous les jours un cette maladie ne se
frayant. Les symptômes de
seulement par une inquiétude
manifestoient pas
doutes
à la
des
injurieux
vague sur son sort, par
une cause
probité de ceux qui le gouvernoient; de la sédition, augpuissante, le fanatisme
plus
naturelle et pervertissoit
mentoit son impétuosité raison et son cceur. Il
à la fois son esprit, sa
et les
sembloit, à voir le tumulte, Timprévoyance malfaifolies des habitans du Cap, qu'un génie sottise sur
avoit secoué le bonnet de la
faisant
et) l'avoit plongée dans le
cette ville malheureuse,
et à son
délire le plus contraire à son repos
bonheur.
sans ordre de la métropole
Ce fut alors que,
Tassemblée proet au mépris de son autorité, conseil supérieur du
vinciale du nord rétablit le
, à voir le tumulte, Timprévoyance malfaifolies des habitans du Cap, qu'un génie sottise sur
avoit secoué le bonnet de la
faisant
et) l'avoit plongée dans le
cette ville malheureuse,
et à son
délire le plus contraire à son repos
bonheur.
sans ordre de la métropole
Ce fut alors que,
Tassemblée proet au mépris de son autorité, conseil supérieur du
vinciale du nord rétablit le --- Page 65 ---
DE SAINT-DOMINGUE
Cap dont la réunion
3g
Prince
avec celui du Port-auavoit le plus contribué au
tement genéral ; alors aussi fut
mécontenpremière de ces
créée, dans la
villes, et installée avec le
grand appareil, une municipalité
plus
cer la police à la place du
chargée d'exerle méme
lieutenant de roi. Dans
temps, et pour avoir un
occasion de renverser le
prétexte, une
du parti soi-disant gouvernement, les chefs
scène ridicule,
patriote firent jouer une
étoit trop mal qui échoua, parce que le plan en
conçu, etl l'auteur
La Chevalerie,
principal, M. de
tropinhabile(s). Enfin les milices,
(1) Novembre 178g.
(2) Un homme masqué fit prier un soir M. le baron
Cambefort, colonel du
du
de
sa fenêtre, et le prévint régiment Cap, de paroître à
et les autres chefs du que le complot formé contre lui
tion dans la nuit, s'ils gouvernement seroit mis à exécu
précautions indiquées ne s'empressoient de prendre les
dàt
par la prudence. Quelque
paroitre cet avis, M. de Cambefort
suspect que
le communiquer à M. de
alla sur-le-champ
commandant la province du Vincent, nord. maréchal de camp et
flexions fut de se rendre
Lc résultat de leurs réarmes au régiment. Ils aux casernes, et de faire prendre les
y étoient à
peuple, 7 égaré par les calomnies des pcine rendus, que le
la ville du Cap dans le plus grand
factieux, et croyant
Ja place d'armes et à Téglisc, Là, danger, courut en foule à
titude que SCS craintes n'étoient pour prouver à celle mulLa Chevalerie lui
pas chimériques, M. de
apprit que le régiment enticr étoit sous les
aux casernes, et de faire prendre les
y étoient à
peuple, 7 égaré par les calomnies des pcine rendus, que le
la ville du Cap dans le plus grand
factieux, et croyant
Ja place d'armes et à Téglisc, Là, danger, courut en foule à
titude que SCS craintes n'étoient pour prouver à celle mulLa Chevalerie lui
pas chimériques, M. de
apprit que le régiment enticr étoit sous les --- Page 66 ---
RÉVOLUTION
4o
été subordonnées au gouqui avoient toujours
une réforme
subirent à cette époque
verneur ,
service auquel elles étoient
totale. Le très-léger
comme une corvée
regardé auparavant
assnujetties,
chacun cherchoit à S'exempter,
fatigante dont
fanatique, anssitôt que la
devint l'objet d'un zèle
aux gardes
eût été prise de les assimiler
résolution
Le godt des nouveautés,
nationales de France.
des grades mil'espoir
la manie des preferences, lestètes. Chacun courut
litaires, tournèrentt toutes mille hommes se firent
s'inscrire; quatre ou cinq différens corps (1),
T'on en forma
enrégmenter,
de Cambefort ct
ct conclut à ce que MM. de Vincent, rassurer le peuple
armes,
Hestemantocolnncd, vinssent Lcs dcux premiers se
de Tousard, mesure estraordinaire.
leur
alarmé de cettc
dans le piége qui
rendirent à l'invitation, et tombirent sans doute, mais il
avoit été tendu. Le coup éloit La périlleux Chevaleric craignit la venétoit décisif. Soit. que M. de aux casernes à la tête du
dc M. de T'ousard, resté
de quelques
geance soit qu'il cédât aux représentations à ce qu'on sonnât
regiment,
qui déja s'éloient opposécs
personnes sages il abandonna son entreprisc.
On voit
le to in,
la scène des masques.
Cotte émente fut appeléc
France, la marche des
San-Doms ngue, comme e1
afin de forcer
qu'à
a été de troubler lordre public, dont ensuite on
révclationnairess à des mesures répressiv cs, à linsurrection.
le gpavericnient pour ponsser le peuple 1l sera sou*
lui faisoit un criunc, cclui des volontaires, dont
(1) Entre autres suite dc cettc histoire.
vent paslé dans la.
ène des masques.
Cotte émente fut appeléc
France, la marche des
San-Doms ngue, comme e1
afin de forcer
qu'à
a été de troubler lordre public, dont ensuite on
révclationnairess à des mesures répressiv cs, à linsurrection.
le gpavericnient pour ponsser le peuple 1l sera sou*
lui faisoit un criunc, cclui des volontaires, dont
(1) Entre autres suite dc cettc histoire.
vent paslé dans la. --- Page 67 ---
DE SAINT-DONINGUE
et le commandement
de La
général en fut déféré à M.
Ch-alenicLacmdante decet homme étoit
vnsmentismpiabi-tiene
comment il avoit pu lacquérir, cangoitd'autantimoins
qui le poussoient à la tête de que ceux même
publique n'auroient
Tadministration
affaires
pas voulu lui confier leurs
distinctif particulières. Mais tel a été le
de notre révolution,
caractère
clusion, que lesmotifs
que les titres d'exd'unej juste
venus des droits à la confiance du crainte,sontdeà ce peuple que de vils
peuple. Quant
flagorneurs ont
ambitieux, que de lâches
peint sihumain, si
sa férocité et son ignorance
éclairé, malgré
indifférent aux actions, mais profonde, toujours
d'être entrainé par des
trop susceptible
vérité, et de feu
le paroles, de glace pour la
se montrer l'ennemi pour mensonge, il suffisoit de
du
clamer contre les
gouvernement, de dépour le voir
aristocrates et les mulâtres,
appuyer par son
par son influence, des séditieux dévouement, servir,
un rôle
plus fiers de jouer
ils le devoient. qu'humiliés des moyens abjects, auxquels
L'abus que M. de La Chevalerie fit
pouvoir en accéléra la décadence.
de son
tôt que rien n'est
Il connut bienpopulaire, et
inconstant comme la faveur
moyen de
que lintrigant perd avec elle tout
considération. Le
public se lassa de --- Page 68 ---
REVOLUTION
toujours démenties
croire à des lettres anonymes
d'écouter des dénonciations
par les événemens,
On comprit quil
sans cesse dénuées de preuves. même homme
étoit contre toutes les règles qu'un fut à la fois
occupât deux places éminentes, nationale, et précapitaine général de la garde
entre les
sident de l'assemblée. Forcé d'opter
la
M. de La Chevalerie se décida pour
deux,
première.
à s'applaudir de son
Il n'eut pas long-temps Thibaut lui avoit succédé
choix. M.Larchevèque' Ces deux hommes, attachés
dans la présidence.
combattre
même
et qu'on a vus depuis
au
parti,
se faisoient alors une guerre
pourl la même cause,
Le fascruelle. Le génie du président l'emporta. Chevalerie avoit
que M. de La
tueux état-major l'assemblée provinciale (1); et
créé fut cassé par
si puissant, tombé
T'on vit ce personnage, naguères
lors de la
dans Topinion publique au point que, des déconvocation des paroisses pour nommer il fut,
de la colonie,
putés à Tasemblée-générale
la sienne. Ce
malgré ses intrigues, repoussé par
il
dérangeoit le plan sur lequel
contre-temps
le coup eût été
avoit élevé T'édifice de sa fortune;
qui n'avoit pas
en effet mortel, si une succursale,
n'étoit pas
le droit d'élire un député, puisqu'elle
(1) Décembre 1789.
des paroisses pour nommer il fut,
de la colonie,
putés à Tasemblée-générale
la sienne. Ce
malgré ses intrigues, repoussé par
il
dérangeoit le plan sur lequel
contre-temps
le coup eût été
avoit élevé T'édifice de sa fortune;
qui n'avoit pas
en effet mortel, si une succursale,
n'étoit pas
le droit d'élire un député, puisqu'elle
(1) Décembre 1789. --- Page 69 ---
DE SAINT-DOMINGUE
érigée en paroisse ; ne l'avoit choisi
représentant (1).
pour son
A cette
composée r-enhaealilepeieuasn du nord,
presque entièrement de
éclairée par la correspondance des propriétaires;
députés de St.-
Domingue aux états - généraux, et par celle des
colons réunis à T'hôtel de Massiac
enfin et moins
(2), plus libre
des factieux passionnée , depuis que la plupart
éloient allés à Saint-Marc siéger dans
l'assemblée coloniale,
de ses devoirs et de commençoit à prendre
sonnable,
sa puissance une idée raiet se conduisoit, sinon avec
du moins avec circonspection.
sagesse,
que la ville du
Les secousses
Cap avoit éprouvées étoient
présentes à sa mémoire. Les
vernement
dangers d'un goupopulaire effrayoient la
ses membres; ils désiroient
plupart de
rité du ministre de la
se soustraire à l'autosous le joug des
marine, mais non retomber
assemblées
connoitre la souveraineté de démagogiques; renale, mais non Se
l'assemblée natiodu maintien de leurs reposer uniquement sur elle
n'eussent
droits. Plus réfléchis, ils
pas oublié que le mieux est
l'ennemi du bien ; ils se fussent
souvent
rappelé une
(1) Ste.-Suzanne.
dà (2) Cette assemblée a été assez connue; ; la colonie
quelques avis utiles, noyds dans une foule de lui a
impraticables et de systèmes extravagans,
projets --- Page 70 ---
RÉYOLUTION
: On ne touche pas
réfléxion de Montagne
du coeur
sage
dit ce profond scrutateur et ceux
impunément, i Pallure d'un gouemements
les
humain,
rarement en recueillent
qui la dérangent,
fruits.
provinciale du nord
Le retour de l'assemblée conformes à ses véritables
à des principes plus
De ce
intérêts, la ramena vers le gotvernement. de coaliil résulta une espèce
actirapprocbhenent
Tinfatigable
tion que les talens supérieurs, et de Mauduit, renvité de MM. de Cambefort des agitateurs. Ces
victorieuse
dirent long-temps
d'une réputation acquise
deux officiers, a jouissant rénissoient au plushaut
de Thonneur,
à
au champ
rien n'effraie, la sagacité
degré l'audace que
et ce respect raisonné
laquelle rien n'échappe, science plus utile qu'on
pour les convenances, élémens semblent être
croit, et dont les
trois
ne
L'un a lutté sans fruit pendant
perdus.
la jalousie, la duplicité,
ans contre tout ce que
atroce; T'autre a
làche et de plus
ont de plus
le glaive des assassins;
péri de bonne heure par
que, même
deux ont eu cela de commun, de leurs
tous
ils ont arraché l'estime
du
en succombant,
de Tingratitude
ennemis, et ont été vengés sont venus fondre
peuple par les malheurs qui
dontiln'apu
le repentir et les regrets
sur lui, par
se défendre.
ans contre tout ce que
atroce; T'autre a
làche et de plus
ont de plus
le glaive des assassins;
péri de bonne heure par
que, même
deux ont eu cela de commun, de leurs
tous
ils ont arraché l'estime
du
en succombant,
de Tingratitude
ennemis, et ont été vengés sont venus fondre
peuple par les malheurs qui
dontiln'apu
le repentir et les regrets
sur lui, par
se défendre. --- Page 71 ---
DE SAINT-DONINGUE
CHAPITRE III.
delapartic française
Asuembliegénéraler
Les prétentions
de Saint-Domingue.
Quatrequ'elleafiche causent sa perte.
vingt-cing de ses membres partent pour DiFrance sur le vaisseau le Léopard. disintestines. M. de Mauduit
oisions
sout le comité du Port-au-Prine.
nommés par les paroisses et réunis
Les députés
la dénomination d'assemà Saint-Marc prirent
de Saintblée générale de la partie frangaise ,redevenu,
La Chevalerie,
Domingue ();etM.de de la fortune, un personnage impar un caprice
reconnu membre de
portant, fut non-seulement la nullité évidente de ses
cette assemblée, malgré
T'honneur de la prépouvoirs, mais eut le premier fut remarquable
sider. Son discours d'ouverture manifestoit. A travers les
parles prétentions qu'il
et tout le pathos du
exclamations, les métaphores
très-inutile et très-déplacé
style cabalistique,
(1) 14avril 1790. --- Page 72 ---
RÉVOLUTION
on put juger que le
dans cette circonstance 2
non
considéroit Tasemble-générale,
président
de celle de la métropole, mais
comme dépendante Aussi elle rejeta la qualification
comme son égale.
membre avoit
d'assemblée coloniale, parce qu'un
le mot
trouvé, on ne sait où ni comment, que
colonial étoit synonyme de sujet.
du
eût-elle été vraie, n'auroit pas
L'assertion, délibération. Ce n'est pas parce
faire Pobjetdune
étoit une colonie qu'il
que Saint-Domingue de la France, mais parce que
devoit dépendre
nel lui permettoient
les élémens de sa constitution La nature de sa
pas de s'élever à Tindépendance. lui rendoient
et celle de ses produits
droits
population
d'une métropole. Les
indispensablelappul donc aux soins d'amédes colons se bornoient
mais on donnoit
liorer leur système domestique; déraisonnable; faute de
à ce mot une extension
plus. En rédéfinirles termes, on ne s'entendoit
obscurité étudiée sur les expressions
pandant une
à
les sophistes préludoient
les plus essentielles, les idées et dans les choses.
une révolution dans
profitant de cette
Lassemblée de Saint-Marc,
latitude
disposition des esprits, se donnoit une intétout à son régime
effrayante, et rapportoit
que
elle ne pouvoit ignorer
ricur. Cependant
toute entière à Saint-Dola colonie n'étoit dissimuloit pas
à tort que, par son
mingue. Elle se
pandant une
à
les sophistes préludoient
les plus essentielles, les idées et dans les choses.
une révolution dans
profitant de cette
Lassemblée de Saint-Marc,
latitude
disposition des esprits, se donnoit une intétout à son régime
effrayante, et rapportoit
que
elle ne pouvoit ignorer
ricur. Cependant
toute entière à Saint-Dola colonie n'étoit dissimuloit pas
à tort que, par son
mingue. Elle se --- Page 73 ---
DE SAINT-DONINGUE
commerce et ses capitaux, la
une partie essentielle de la
métropole faisoit
Elle auroit du sentir
constitution coloniale.
gieuses, résultantes de que, dans les affaires litiques, ilauroit été
leurs rapports
ciers des colons injuste de soumettre les réciproà des lois qu'ils
créanconsenties, et aux jugemens
n'auroient pas
rauté, dont les
d'une cour d'amiparmi les débiteurs, magistrats, exclusivement pris
soupçonnés de
pouvoient étre, avec raison,
juste et. surtout partialité. Si cette assemblé,
droits et
plus calme, avoit
plus
ses devoirs, elle n'eut mieux pesé ses
refus scandaleux
pas persisté dans le
du droit de
qu'elle fit au gouvemeur
sanctionner ses
général,
pris que la France
arrétés. Elle eût
fut porté la moindre ne permettroit jamais comd'autant plus
atteinte à cette
qu'il
précieuse pour son
autorité,
celui-ci, ne pouvant pas être commerce, que
assemblée colonialc, n'avoit représenté à une
ses droits que Tinterposition d'autres garans de
verneur.
ctlinfluence du
On
gouobjectera
des intentions de peut-être que, dans lignorance
de Saint-Marc Tassemblée
ne pouvoit constituante, celle
cautions, , et que son devoir prendre trop de préen garde contre un
Tobligeoit à Se mettre
dès-lors facile de système nouveau, dont il étoit
quences. Ces
prévoir les dangereuses conséréflexions, que justifient les
événe- --- Page 74 ---
RÉVOLUTION
été les té48
dont nous avons
mens extraordinaires absoudre T'assemblée génémoins, ne sauroient le tort d'accueillir avec enrale, parce qu'elle eut qu'elles redoutoibetp parce
thousiasme desprincipes
en différentes
quelas résistance par elle manifestée fut toujours caloccasions contre la métropole et non d'après une sage
culée d'après ses pasions,
prévoyance.
nationale avoit rendu
Le 8 mars, T'assemblée les colonies, et le 28 du
un décret important pour des instructions explicamème mois, elle y ajouta bientôt à Saint-Domingue:
tives, qui parvinrent les hommes qui n'étoient pas
Cette! loi réjouit tous
la plupart des colons
aveuglés par Tesprit de parti;
mais l'assemcomme un bienfait, étoient fort
la regardérent
dont les vues
blée de Saint-Marc, pointque la constitution
différentes, ne dissimula
sur d'autres bases
qui'elle préparoit reposeroit avoit adoptées. Sans
celles que la France les vices du décret,
que vouloir fermer les yeux sur foiblesse et Tignorance
avouant même que la
auen
constituante s'y manifestoient commun
de Tassemblée
intentions, le sens
tant que ses bonnes
absolue oi se troudisoit, que dans Timpuissance ni forces propees,tiangente de
voitla colonie,n'ayants absurde de réclamer pourelle
ni marine, il étoit
fussent-ils fondés, étoient 1l
droits, qui,
colonial.
pretendus avec lesprit du système
incompatibless
ignorance
avouant même que la
auen
constituante s'y manifestoient commun
de Tassemblée
intentions, le sens
tant que ses bonnes
absolue oi se troudisoit, que dans Timpuissance ni forces propees,tiangente de
voitla colonie,n'ayants absurde de réclamer pourelle
ni marine, il étoit
fussent-ils fondés, étoient 1l
droits, qui,
colonial.
pretendus avec lesprit du système
incompatibless --- Page 75 ---
DE SAINT-DONINOUE
falloitdonc recevoirle décret avecreconnoisance, date du
des instructions, en
exécuter une partie
et se hâter sur28 mars, quilaecmpaghoient, la France un ordre de choses
tout de présenter à
Par ce moyen,
fondé sur le régime prohibilif.
colonie eût conservé la paix et sa prospérité.
la
désiroient quelques ambiCen'étoit pas ce que
article des instieux. L'obscurité du quatrième titre, la bonne
tructions fit soupçonner, à juste
nationale; au lieu d'interpréfoi de Tassemblée
que le réter en faveur des blancs Tambiguité d'éviter,
dacteur n'avoit peut-étre pas été maitre
forceroit la métropole à s'exil fut décidé qu'on
et que, dans le cas où Tinterprétation
pliquer,
hommes de couleur, l'on
seroit favorable aux résistance à un acte aussi
opposeroit la plus vive
mourroit plutôt
quinjurieux ; l'on
tyrannique
les droits politiques avec une
que de partager
inutiles, les vexacaste dégénérée. Ces menaces
avoit déjà
tions que, dans plusieurs paroisses, on
le
aux mulâtres en les désarmant;
fait éprouver
dans d'autres, où
mépris qu'ils eurent à essuyer
l'exagédes blancs, sans propriété, connus par avoient
ration de leurs principes révolutionnaires, leur interdire
osé, contre ces mêmes principes,
ils
auxquelles
l'entrée des assemblées primaires
été
d'abord ; toutes ces causes
avoient
appelés
réunies, en humiliant leur excesifamourpropte
TOM. I
les désarmant;
fait éprouver
dans d'autres, où
mépris qu'ils eurent à essuyer
l'exagédes blancs, sans propriété, connus par avoient
ration de leurs principes révolutionnaires, leur interdire
osé, contre ces mêmes principes,
ils
auxquelles
l'entrée des assemblées primaires
été
d'abord ; toutes ces causes
avoient
appelés
réunies, en humiliant leur excesifamourpropte
TOM. I --- Page 76 ---
RÉVOLUTION
dans
en allumant
excitant leur vengeance,
de haine, 9
en
irascibles des sentimens
Saintleurs coeurs devoient finir par détruire
ébranloient et
Domingue.
de la révolution en France
La imarche rapide
la modification,
auroit dà faire pressentir que de Tesclavage à Saintpeut-être mème, Tabolition
inévitable des
seroit la conséquence
consDomingue,
et
professés parlasembice
principes avoués suite de la dépravation toujours de
tituante; que, par
public, cette mesure,
croissante de l'esprit T'existence maritime et
toutes la plus funeste à
pourroit être décommerciale de la métropole, de délire, et néanmoins
crétée dans un moment de la plus haute sagesse et
regardée comme T'acte
Les villes de comde la plus profonde politique. été sans inquiétude à cet
merce n'avoient pas le décret du 8 mars eut élé
égard:a aussi, lorsque
de T'envoyer dans la
rendu, elles se hâtèrent féliciterent les planteurs
colonie. Les négocians amis du système colonial
du triomphe que les Cette loi, provoquée par
venoient de remporter.
à Tassemblée
de Saint- L-. Domingue
par T'asles députés
avec enthonsiasme
constituante, et reçue
ne produisit pas,
semblée provinciale du nord, le même effet sur
comme je Tai déjà observé, Saint-Marc. Le plan de
lassemblée générale de
officielle
étoit déjà arrèté, la connoissance
celle-ci
ocians amis du système colonial
du triomphe que les Cette loi, provoquée par
venoient de remporter.
à Tassemblée
de Saint- L-. Domingue
par T'asles députés
avec enthonsiasme
constituante, et reçue
ne produisit pas,
semblée provinciale du nord, le même effet sur
comme je Tai déjà observé, Saint-Marc. Le plan de
lassemblée générale de
officielle
étoit déjà arrèté, la connoissance
celle-ci --- Page 77 ---
DE SAINT-DONINGUE
desintentionsd de la
5t
de le
mérespatrienef fut pas
elle changer; et sans égard à ces
capable
posa, dans.un arrêté
les
intentions, 3
tales de la
(1),
.
constitution de
bascs fondamenCet ouvrage si
Satiat-Domingue,
avec tant
impatiemment attendu, vanté
on mit d'emphase, à la
un si grand appareil, promulgation duquel
toutes les paroisses
qui ifutenvoyé dans
comme un
législation, et dans lequel
chef-d'aenvre de
quelques vues utiles,
on apercevoit,
d'autant
un esprit
parmi
plus dangereux
dindépendance
voit le soutenir, fut
qu'aucune force ne poude tous les hommes accueilli peu favorablenient
qu'on en fit, et
sages et éclairés.
prouva
qui parut dans les Lanalyse
que Tassemblée de
journaux,
gardoit point comme
Saint-Marc ne se reavoir le droit de traiter pétitionnaire, et
de dresser
de pair avec la France, croyoit
devoit désormais conjointementa avec elle, la charte
Peu
les lier
qui
de temps
mutuellement.
grand jour les
après cet arrété, qui mit
deux de
prétentionso de
au
ses membres (2), Tassemblée générale,
sion, et motiverent
donnèrent leur démis.
adressée à leurs
celte mesure dans une leltre
commettans. Le refus
que firent
(r) Du 28 mai 1790.
(2) MM.
propriétaire Daaest-Opapee et oflicicr
et de Jumécourty ce dernicr,
distingué d'artilleric. --- Page 78 ---
RÉVOLUTION
d'ap
de la province du nord,
ensuite six députés à des propositions quil regarposer leur signature acte de révolte, éclaira Topinion
doient comme un
Letlasembiée
publique, et força le gouvemenent la conduite et les
du nord à surveiller Celle-ci, bornée
provinciale de Tassemblée générale. de pélition, à la
projets la loi du 8 mars, au droit
convenable
par
une constitution
faculté de préparer
changeràl Tancienne
pouvoitriene
àses localités,nep
tous provisoires,
admninistration; etses reglemens, de la sanction
avoientl besoin, pour être exécutés, Ainsi ce fut lorsque les
du gouverneur général. dà marcher de front,
divers pouvoirs auroient mépris de ses devoirs,
sans se heurter, qu'au déclara la guerre à toutes Ics
T'assemblée générale, à la loi, vouloient Temauntorités qui, soumises dans son sein toute la puispêcher de concentrer
du nord,
sance.
provinciales raison.
Un seul lcemps,hasemiléen et ce n'étoit pas sans
lui faisoit ombrage, alarmée de Tesprit dindépenCaledi,puemm Tassemblée générale, condance manifesté par
servoient de base à T'adamna les principes qui résistance effraya l'asrêté du 28 mai. Cette
que Texécution
semblée générale; elle comprit aussi long-temps
seroit imposible,
la
de son plan
tant étoit grande
le Cap sy opposeroit,
que
ps,hasemiléen et ce n'étoit pas sans
lui faisoit ombrage, alarmée de Tesprit dindépenCaledi,puemm Tassemblée générale, condance manifesté par
servoient de base à T'adamna les principes qui résistance effraya l'asrêté du 28 mai. Cette
que Texécution
semblée générale; elle comprit aussi long-temps
seroit imposible,
la
de son plan
tant étoit grande
le Cap sy opposeroit,
que --- Page 79 ---
DE SAINT-DOMINGUE
prépondérance que cette ville avoit
sa population et par son commerce, Au acquise par
la force, T'assemblée tenta la voix
défaut de
de la séduction. Six de
de Tintrigue et
titre de commissaires
ses membres, sous le
au Cap. Cette démarche conciliateurs, se rendirent
T'assemblée
dévoiloit la foiblesse de
générale; sa rivale s'en
de ses principes, élayée
prévalut. Forte
par le
reçut avec
gouvernement, elle
lui donna, elle mit tant
Ecitit
réponses, que les esprits furent d'amertume dans ses
divisés que jamais.
plus aigris, plus
Des deux côtés on employa les
taque et de défense dont
moyens d'atCe que le jargon clubiste, on pouvoit disposer.
décoré du beau nom
d'éloquence, a de plus spécieux; ; les
que peut fournir la tactique secrète des ressources
blées, celles qu'on obtient
assemries, tout fut mis
par l'influence des
députation,
en usage de part et d'autre. gale- La
blée
vaincue dans cette lutte par l'assemprovinciale du nord, espéroit se
une assembléc
relever dans
générale de la
sollicita sans pouvoir l'obtenir. commune, qu'elle
méme acheva de
Cette proposition
perdre les commissaires
liateurs, sur le projet
conciplus aucun doute. Pour desquels elle ne laissoit
semblée
en prévenir l'effet, T'asprovinciale leur fit donner par le pré- --- Page 80 ---
RÉVOLUTION
de sortir de la ville dans les vingtsident, T'ordre
quatre heures
mais sage et, bien
Cet ordre étoit rigoureux,
du Cap s'aginécessaire. La municipalité
plus,
de Saint-Marc, et ses rapports
toit pour le parti
donnoient une grande inavec la populace lui avoient été si mal déterHuence; ses pouvoirs
si fausse,
minés, elle avoit de son autoritéuneidée égaler, et
tendoit à rien moins qu'à
qu'elle ne
T'assemblée provinciale. Tel
même à culbuter
malheureux, que
étoit le vertige de ces temps
pas exister
ne pouvoient
deux corps populaires
Tun contre
dans une même ville sans conspirer générale,
de Tassemblée
T'autre. La députation visite solennelle à la mufit, avant de partir, une
de ses droits ménicipalité, et la laissa dépositaire avortés (2).
connus, et complice de ses projets
être ces
On s'est demandé quels l'assemblée pouvoient de Saintuns ont accusé
alAngleterre,
projeta;les vouloir livrerla colonie
Marc de
Si les
les autres d'aspirer à lindépendance- leurs actions, il
doivent être jugés sur
hommes
irrécusable dépose
faut l'avouer, ce témoignage
et justifie Tune
contrelassemblée de Saint-Mare,
provinciale du nord du 17 juin.
(1) Arrêté de V'assemblée conciliateurs de Tassemblée
(2) Lettre des commissaires à la municipalité du Capde Saint-Marc, du 17 juin 1790,
Marc de
Si les
les autres d'aspirer à lindépendance- leurs actions, il
doivent être jugés sur
hommes
irrécusable dépose
faut l'avouer, ce témoignage
et justifie Tune
contrelassemblée de Saint-Mare,
provinciale du nord du 17 juin.
(1) Arrêté de V'assemblée conciliateurs de Tassemblée
(2) Lettre des commissaires à la municipalité du Capde Saint-Marc, du 17 juin 1790, --- Page 81 ---
DE SAINT-DONINGUE
sans cela, que signifieroit
ou l'autre supposition; qu'elle réclama sur le
ce droit de préséance (1)
dans sa correspondance
etnersemeinRertebs
chef d'escadre et
avec M. le comte de Peynier,
général, répandue avec profusion
gouverneur
mettoit elle tant de
par les papiers publics,
Que signifieroit
jactance et même de grosiéreté? suite le
et
à sa
général
le décret qui appeloit
encore, quiles
Tintendant; celui, plus extravagant
enfin
mandait à la barre (2)? Que signifieroient de
dela guerre, de la marine et diploses comités
les forces de terre et de mer
matie? Où étoient
qui appartinssent en propre à Saint-Domingue? avoit-il des
ce pays
Avec quelles puissances
Dans quelle cour entretenoitrelationepohtiques1 inconcevable manie T'asil des agens? Par quelle
à traiter des
semblée de Saint-Marc persistoit-elle
lui étoient absolument étrangères, 7
questions qui
lui apparà exercer des droits qui ne pouvoient naturelle de
tenir? Si à tant d'erreurs, suite
les fautes
T'exaltation de tous les esprits,on ajoute
les petites passions qui agiqu'occasionnérent
de T'assemblée générale de la partie
(:) Procès-verbaux
du 28 avril.
française de Saint-Domingue
générale de la partie
(2) Procès-verbaux de T'assembléc
idem du
de Saint-Domingue du 14 et 24 juillet;
française 31 juillet, et du 3 août 1790.
27,
, suite
les fautes
T'exaltation de tous les esprits,on ajoute
les petites passions qui agiqu'occasionnérent
de T'assemblée générale de la partie
(:) Procès-verbaux
du 28 avril.
française de Saint-Domingue
générale de la partie
(2) Procès-verbaux de T'assembléc
idem du
de Saint-Domingue du 14 et 24 juillet;
française 31 juillet, et du 3 août 1790.
27, --- Page 82 ---
RÉVOLUTION
5S
bientôt convaincu que sa
toient ce corps, on sera
quindispendevenoit aussi urgente
dissolution
sable.
étoit facile à prévoir. Partie du
Celte catastrophe
réunissoit tous les
absurde et faux qu'elle
dans cette
principe
entretenue
pouvoirs de la souveraineté,
qui avoit
des paroisses,
opinion par la majorité conatitutionnelles décrétées
accueilli les bases
commit toutes les
le 28 mai, Tassemblée générale
découbévues, se livra à tous les excbsquideroient dans sa marche par
ler de cette maxime. Arrêtée et de l'assemblée
Topposition du gouvernement le désir de la vengeance
provinciale du nord,
secrets qui l'avoient
vint se joindre aux motifs alors
hors
jusquela. Ce fut
qu'emportée constidirigée
et imitant Tassemblée
de toute mesure, traitres à la patrie, et rebelles
tuante, elle déclara chefs du
et
les
gouvernement
à la souverainelé,
provinciale du nord;
les membres de T'assemblée
des régiauprès d'elle les sous-oflficiers reformer sous
appela
pour les
mens, licencia ces corps
de paye,
autre mode, avec une augmentation
un
de la colonie à toutes! les nations.
et ouvritles ports
générale ont cru
Les partisans de Tassemblée les
à
violentes en
imputant
justifier ces mesures trouva réduite par ses enla nécessité où elle se
sauroit être admise.
mais cette excuse ne
nemis;
auroit Tassentiment
de constitition
Ou son plan
iciers reformer sous
appela
pour les
mens, licencia ces corps
de paye,
autre mode, avec une augmentation
un
de la colonie à toutes! les nations.
et ouvritles ports
générale ont cru
Les partisans de Tassemblée les
à
violentes en
imputant
justifier ces mesures trouva réduite par ses enla nécessité où elle se
sauroit être admise.
mais cette excuse ne
nemis;
auroit Tassentiment
de constitition
Ou son plan --- Page 83 ---
DE SAINT-DOMINGUE
habitans de la colonie, et la sanction
des véritables
celle-ci et les planteurs euxde la métropole; ou
Danslapremirehymêmes la démapprouverient.1
devoient céder
pothèse, 2 les résistances irrésistible partielles de T'évidence:
au temps et à la force
T'ouvrage
dans la seconde, ce plan n'étoit que à le déd'une faction, et dès-lors Topiniatreté
deles efforts pour le faire triompher
fendre,
voient en hàter la destruction. d'arriver. A la vue
C'est cé qui ne manqua pas déerets (c'est ainsi
de cette foule de prétendus appeloit ses arrèque Tassemblée de Saint-Marc sembloit le disputer à
tés), où T'extravagance
et Tassemblée
le
général
Tineptie, 2
gonverneur sentirent la nécessité d'opprovinciale du nord,
Il avoit au Port-auposer une digue au torrent. y
dans T'ouest
Prince un comité chargé de propager
avec
la doctrine de Tassemblée de Saini-Marc,
M. de Peynier, sans
laquelle il correspondoit. les
ei les
de lutter contre
sophismes
cesse obligé
séditieux, insmanceuvres de ce rassemblement fomentoient
truit que ses principaux membres ministérielles
une insurrection , que des dépèches
chargea
avoient même été interceptéés par eux,
M. le chevalier de Mauduit, colonel du régiment
de dissoudre le comité à main
du Port-au-Prince,
les invitations qui lui
armée, puisque, malgré
quelle il correspondoit. les
ei les
de lutter contre
sophismes
cesse obligé
séditieux, insmanceuvres de ce rassemblement fomentoient
truit que ses principaux membres ministérielles
une insurrection , que des dépèches
chargea
avoient même été interceptéés par eux,
M. le chevalier de Mauduit, colonel du régiment
de dissoudre le comité à main
du Port-au-Prince,
les invitations qui lui
armée, puisque, malgré --- Page 84 ---
RÉVOLUTION
continuoit, par ses délibéavoient été faites (1),1 troublerlordre public. Cet
rations clandestines,det la salle des séances fermée,
officier, ayant trouvé
(2), et ne puty
portes par sa troupe
trois
fite tenfoncerlesp avoir vu tomber deux ou
pénétrer qu'après Dans le même temps,Tawene
soldats à ses côtés.
hautement sa
du nord proclama
blée provinciale
de la province ?
résistance, rappela les députés T'assemblée de Saintdéclara ne plus reconnoitre décret constitutionel,
Marc, dénonça le prétendu
comme
de son ressort,
à toutes les communes
incompatible
caractère de souveraineté
portant un
naturelle et politique de la coloavec la situation
d'enregistrer les actes,
tribunaux
de
nie,défenditaust d'exécuter les reglemens
et aux municipalités
cette assemblée.
le bon sens et la pruVoilà ce que prescrivoient! falloitatteindre etne point
dence; voilà lel but tquil
naturelle aux
Mais Timpétuosité
dans
outre-I passer. tomber T'assemblée provinciale
Français fit
celle qu'elle reprochoit
une faute plus grave que
Celle-ci, apprenant
à l'assemblée de Saint-Marc.
et les moudissolution du comité de l'ouest, le
se
la
avoient lieu dans nord,
vemens hostiles qui
et rendit un
de tout ménagement,
crut dispensée
du
de M. le comte de Peynier, agjul-
(1) Proclamation
let 1790. Dans la nuit du 50 au 51 juillet 1790.
(2) --- Page 85 ---
DE SAINT-DOMINGUE
deguerre.
armes ! s'écria-tsariaremereeet
Union I célérité! courage! aux
elle.Non contente de lui résister, Tassemblée provoulutdominerà son tour, et abusa de la
vinciale
abus d'autorité. Sur la
force pour prévenir un
corps
d'un membre, on arrêta qu'un
proposition
contre T'assemblée de Saintd'armée marcheroit
Marc (1); et le soin d'en diriger les mouvemens
fut confié à M. de Vincent, commandant la province du nord.
Pendant les préparatifs de cette expédition,
envoya des députés au
T'assemblée provinciale
de
Port-au-Prince pour informer le gouverneur
avoit prise, et pour le prier
la résolution qu'elle
vouloit
de concourir à la chute d'un corps qui
la colonie. On imagine bien qu'au
bouleverser
la députation du
point où en étoient les choses,
accueillie. MM. de Peynier,
nord fut parlaitement
de T'assemblée
effrayé de la marche audacieuse
venoit enfin, malgré tout ce qu'il
de Saint-Marc,
naturellement
en avoit coûté à son caractère
modéré, de prendre des mesures décisives pour
de révolte qui faisoit tous les jours
étoufferl'esprit Enhardi
la démarche de
plus de progrès.
dans par les actes de laquelle
l'assemblée provinciale,
de
il pouvoit trouver au besoin une justification
de l'assemblée provinciale du nord, du
(1) Délibération,
50 juillet 1790.
N
qu'il
de Saint-Marc,
naturellement
en avoit coûté à son caractère
modéré, de prendre des mesures décisives pour
de révolte qui faisoit tous les jours
étoufferl'esprit Enhardi
la démarche de
plus de progrès.
dans par les actes de laquelle
l'assemblée provinciale,
de
il pouvoit trouver au besoin une justification
de l'assemblée provinciale du nord, du
(1) Délibération,
50 juillet 1790.
N --- Page 86 ---
RÉVOLUTION
donna T'ordre à M. de Mauduit
sa conduite, il
avec une partie de
de s'avancer sur Saint-Marc de cette ville, en cas de
et le siége
son régiment;
résistance, fut décidé.
voyoit T'orage grossir
L/assemblée générale, qui
de T'éviter,
sur sa tête sans avoir aucun moyen soldats en
la séduction près de quelques
relatifs
(à
tous ses projets
garnison à Saint-Marc, échoué) ne savoit quel
à la force armée avoient la nouvelle du succès
parti prendre, quand les forces maritimes lui
de ses manceuvres sur
Le comité de
parvint, et releva ses espérances. avoit corrompu les
Touest, avant sa dispersion,
Le capitaine,
matelots du vaisseau le Léopard. queles clubistes
M.le marquis del La Galissonière, au retour de la
accusoient d'aristocratie, 2 trouva,
jours, tout
où il avoit passé quelques
delaiscampagne
et fut obligé
son équipage en insurrection,
de
M. de Santo, qui,seuld 4
ser le commandementi
crut pouvoir sans
tous les officiers de Tétat-major, chefet même le remdéshonneur abandonner son
placer dans ses fonctions.
commandant
Le premier usage que ce nouveau rendre à Saint-Marc.
fut de se
fit de son autorité,
venoit la secourir,
A la vue du vaisseau qui la joie la plus vive,
Yassemblée générale manifesta être de longue durée.
mais cette joie ne devoit pas
et M.
Vincent étoit arrivé aux Gonaives,
M. de
crut pouvoir sans
tous les officiers de Tétat-major, chefet même le remdéshonneur abandonner son
placer dans ses fonctions.
commandant
Le premier usage que ce nouveau rendre à Saint-Marc.
fut de se
fit de son autorité,
venoit la secourir,
A la vue du vaisseau qui la joie la plus vive,
Yassemblée générale manifesta être de longue durée.
mais cette joie ne devoit pas
et M.
Vincent étoit arrivé aux Gonaives,
M. de --- Page 87 ---
DE SAINT-DOMINGUE
T'Arcahaye etle Montde Mauduit s'avançoit par
générale
à T'assemblée
Rouis. Le premier signifia dix-huitheures; que
a
l'ordre de se dissoudre dans
du Roi et
telle étoit la volonté du représentant
le seul
du nord, et que
s
de Tassemblée provinciale
de couler étoit de
moyen d'arrêter le sang près
sy soumettre sans résistance.
; il
Le terme fixé par le général approchoit: été diset aucun plan n'avoit
falloit se résoudre, n'avoit réussi. Les mulâtres,
cuté, aucune mesure
à leur tour les
d'abord dédaignés, dédaignèrent
du
offres de T'assemblée générale. La garnison
clandestines
Mole ne répondit aux propositions
d'elle,
lui firent deux membres envoyés près imque les rendant publiques par une lettre
qu'en
adressée à M. de Cambefort. Tout, à
primée et
sembloit abandonnerl'asTexception du Leopard,
Cet événement
semblée et se réjouir de sa chute.
fatigué
éloigné. M. de Vincent,
ne pouvoit pasêtre
la force,
d'attendre, et voulant, avant d'employer
moyens de douceurquel lui suggéroitsa
épniserles
de Saint-Marc,
écrivit à la municipalité
sagesse,
de T'attaque qui se préparoit.
pour la prévenir
dont le pillage et linCelle-ci, alarmée d'un siége
la comcendie pouvoient être la suite, convoqua
entière. Ce fut alors que T'assemblée génémune
d'avoir à lutter contre le yoeu
rale, craignant
prit la résolution de partir
d'une grande majorité, --- Page 88 ---
RÉVOLUTION
le
Un décret déclara
la France sur Léopard.
pour
refuseroit de s'embarquer.
infame quiconque fut si précipité, que, malgré
Mais le départ (1) prononcé par chaque memle serment d'adhésion
firentle voyage.
bre,
le nom de Léopardins,
gateang-iatenems
Ils ont été connus sous
malheureusement
et sont devenus trop célèbres,
pour Saint-Domingue. avoit à peine mis à la voile, que
L'assemblée
ouvrit ses portes à M. de
la ville de Saint-Marc
de ce quisétoit
Vincent. M. de Peynier,informé
bientôt après par une proclapassé, convoqua
primaires auxquelles il
mation, les assemblées celle de l'assemblée génésoumit sa conduite et
de nouveaux
rale 2 en les invitant à nommer coloniale qui seroit
députés à une autre assemblée les loix des 8 et
obligée de prendre pour guides
constituante.
28 mars de Tassemblée
Tépreuve périlDégoutés des assemblées par indifférens à tout
venoient de faire,
leuse quils
pourvu qu'il conservàt
mode d'administration,
des planteurs ne
la plupart
leurs propriétés, assemblées primaires, et en
se rendirent pas aux
communes
ccla ils eurent grand tort. Quelques d'autres,
à toute convocation;
même se refusèrent la doctrine de Saint-Marc,
dans le sein desquelles
(1) Août 1790.
périlDégoutés des assemblées par indifférens à tout
venoient de faire,
leuse quils
pourvu qu'il conservàt
mode d'administration,
des planteurs ne
la plupart
leurs propriétés, assemblées primaires, et en
se rendirent pas aux
communes
ccla ils eurent grand tort. Quelques d'autres,
à toute convocation;
même se refusèrent la doctrine de Saint-Marc,
dans le sein desquelles
(1) Août 1790. --- Page 89 ---
DE SAINT-DOMINGUE
les députés restés à Saintavoit été propagée par
(1) avec
Domingue, non-seulement protestérent
amertume contre les actes arbitraires du gouverprovinciale du nord,
neurgénéral let del'assemblée
colomais nommèrent à la nouvelle assemblée
niale les membres absens de l'ancienne, qu'elles
considéroient toujours comme existante (2), et
qui la majorité des paroisses s'étoit propour
ainsi
l'ai dit, malgré ses torts et
noncée,
que je
d'un
le danger de ses prétentions. Il s'ensuivit
tel état de choses que l'assemblée convoquée
le gouvernement n'eut pas lieu, et qu'un
par schisme funeste s'éleva dans la colonie.
La résistance opiniàtre de plusieurs communes
l'armée dite fédérale,
à l'autorité métropolitaine;)
réunie à Léogane contre le gouvernement, rassemblementà la vérité aussitôt dissous que formé;
T'exaltation de plusieurs habitans, T'indifférence
des autres ; T'esprit de révolte qui
et l'égoisme
les hommes de couleur
déjà se manifestoit parmi
contre lesde la partie du sud et de T'ouest,
on fut obligé d'envoyer des troupes; tous
quels
Procès-verbal de la confédération de Léogane des
(1)
14, 15 et 17 Août 1790.
de Plaisance à l'assemblée
(2) Adresse de la municipalité des
de la paroisse
nationale du 51 octobre; extrait
registres
des Cayes, du 5 octobre 1790. --- Page 90 ---
RÉVOLUTION
M. de Peynier à reces motifs déterminèrent
arrivé depuis peu
mettre à M. de Blanchelande,
de lieula colonie avec la commission les rènes de
dans
général,
tenant au gouvernement M.de Mauduit, plus
Tadministration, et portèrent
les moyens
à chercher
jeune et plus impétueux, barrière insurmontable.
à la faction une
connoisdopposer
lumières et sa profonde
Son esprit, ses
lui faisoient pressentir les
sance des hommes, bientôt fondre sur la colomalheurs qui devoient
ainsi dire au
et pour
nie. Placé en évidence, active, la calomnie disfoyer de la haine la plus conduite et sur ses
sur sa
tilloit ses poisons
affectation quil étoit
projets. On rappeloit avec régime, au maintien
créature de T'ancien
irrémisune
montroit dévoué; crime
duquel il se
lettre de lui à M. le comte
sible prouvé par une ambassadeur de sa Majesté
de Fernand-Nunts,
ses ennemis avoient
Catholique à Paris, que
Quelques perfait insérer dans les journaux.
que le
ajouloient avec complaisance de T'antisonnes
célebres
désir de voir les monumens conduit en Italie;
tiquité ne l'avoit pas seul
qu'il étoit T'ad'autres répandoient sourdement
choisi
émigrés, et Tinstrument
gent des princes
Ainsi on
faire la contrerérolution.
par eux pour
sous lequel devoit bientôt
aiguisoit le poignard
dont les
officier recommandable,
tomber un
le
ajouloient avec complaisance de T'antisonnes
célebres
désir de voir les monumens conduit en Italie;
tiquité ne l'avoit pas seul
qu'il étoit T'ad'autres répandoient sourdement
choisi
émigrés, et Tinstrument
gent des princes
Ainsi on
faire la contrerérolution.
par eux pour
sous lequel devoit bientôt
aiguisoit le poignard
dont les
officier recommandable,
tomber un --- Page 91 ---
DE
talens
SAINT-DONINGUE
roient supérieurs et le caractère
pu préserver la colonie de énergique auA chaque pas que l'on fait
sa ruine,
désastres de Saint-Domingue, dans Thistoire des
double, en voyant la conduite Tétonnement remotifs les entrainoient
des colons. Quels
faisoient raisonner
vers la
les
et
révolution,
leurs plus chers intérêts? agir en sens contraire de
et linsouciance,
Osons le dire: la
Dans tous les
vanité
deshommes ne lit point,
pays, le commun
et surtout n'emploie
réfléchit encore moins,
laction des
pas son temps à méditer sur
cipes du système gouvernemens, à approfondir les
social. A
prinqu'ailleurs, linstruction, SaintDomingue, plus
devoit être sans
quoique assez répandue,
énergie;
influence, et T'esprit
parce que, là où l'on vient public sans
pour s'enrichir, on
uniquement
En effet, qu'étoient, s'iquiète peu du bien général,
sinon une carrière que sont encore les Antilles,
tivité? Quel esprit ouverte à Tindustrie et à l'acabordent leurs conduit ceux qui chaque
grande
rivages?, n'est ce
jour
fortune ? Ne se
pasl'espoir d'une
cette terre comme en un regarde-1-on lieu
pas sur
d'un pays peut-il naitre dans d'exil? L'amour
pire qu'à s'en éloigner?
Thomme qui n'asques, les agitaleurs
Les jongleurs faméliqui prétendoient n'avoir enthousiastes et vaniteux,
actions que l'intérêt de d'autre mobile de leurs
TOM. I.
Saint-Domingue, men5
rivages?, n'est ce
jour
fortune ? Ne se
pasl'espoir d'une
cette terre comme en un regarde-1-on lieu
pas sur
d'un pays peut-il naitre dans d'exil? L'amour
pire qu'à s'en éloigner?
Thomme qui n'asques, les agitaleurs
Les jongleurs faméliqui prétendoient n'avoir enthousiastes et vaniteux,
actions que l'intérêt de d'autre mobile de leurs
TOM. I.
Saint-Domingue, men5 --- Page 92 ---
RÉVOLUTION
le mot patoient aux autres et à eux-mémes; être de raison,
dans leur bouche, étoit un
trie,
une pure hypocrisie.
et leur patriotisme
il ne fut autant
Jamais et nulle part peut-être,
de eivisme.
d'humanité, de bienfaisance, abus dela
question
dans le langage, cet
Cette ostentation
T'observe Montesparole fut toujours, comme certaine que les vertus
quieu, la preuve la plus
sur les lèvres ne
dont le nom est sans cesse
les pratique
dans le cceur, et qu'on
sont plus
T'on en parle davantage.
d'autant moins que
du nord et la municiLassembkée provinciale
d'opinions, rivales
palité du Cap, toujours divisées
encore
l'une de Tautre, prouvèrent cette reet jalouses
la justesse de
dans ces circonstances
respectils de
les membres
marque. A entendre
inaccessibles
leurs cceurs,
ces deux assemblées,
n'éloient animés que
aux passions particulitres, Chacun disoit que
de I'amour du bien public. céder à Tintérêt génédevoit
Tintérêt personnel
cette belle maxime:
ral ; mais nul ne pratiquoit chaleur le danger des facTel qui peignoit avec moins attaché à la sienne.
tions, n'en restoit pas
ce qu'on fit les plus
Lesprit de corps s'opposoità savoit quand ni comment
sacrifices. On ne
l'assemlégers
lutte scandaleuse, lorsque
finiroit cette
de police, dont les memblée arrêta quunbureaud elle, et choisis parmi
nommés par
bres seroient
ette belle maxime:
ral ; mais nul ne pratiquoit chaleur le danger des facTel qui peignoit avec moins attaché à la sienne.
tions, n'en restoit pas
ce qu'on fit les plus
Lesprit de corps s'opposoità savoit quand ni comment
sacrifices. On ne
l'assemlégers
lutte scandaleuse, lorsque
finiroit cette
de police, dont les memblée arrêta quunbureaud elle, et choisis parmi
nommés par
bres seroient --- Page 93 ---
DE
les
SAINT-DOMINOUE
représentans de la
ceroit la mumicipalité. province du nord, remplaQuand le pouvoirr n'a
solide, quand la violence pas dans les lois un
mentales,
lui ôte ses hases appui
à
quelque soitle nom de la
fondalaquelle on le confère,
magistrature
résulte,
au
exposée choc tadministration de
qui en
ne peut étre qu'un
toutes les passions,
vexatoire, qu'il n'a ni despotisme d'autant plus
Tusage, ni formes
habitudes autorisées
semblée
consacrées par le
par
de
provinciale du nord
temps. L'ascette vérité. Il seroit
offrit un exempie
nature des pouvoirs dont difficile d'expliquer la
plus difficile
elle s'étoit
encore de justifier
emparée, et
permeltoitd'en faire.
Tusage qu'elle se
de la ville du
Formée pendant
la
Cap, dans la seule
Llestroubles
tranquillité, n'ayant
vue d'y ramener
tration de la province, aucun droit à Tadminisde la colonie,
bien moins
ne devant
encore à celle
moralc, elle rétablissoit exercer qu'une
de
des tribunaux autorité
justice, faisoit et défaisoit
et des cours
annuloit les
des
états-majors,
municipalités,
encombroit les finances, s'emparoit de la police,
contre les blancs
armoit des
leurs
affranchis
soit une assemblée
anciens maîtres, détruiactes s'exécuter de générale, et voyoit tous ses
gouverneur.
suite sans la sahction
du
Qu'étoit donc cette
puissance, sinon la
tyran-
ité
justice, faisoit et défaisoit
et des cours
annuloit les
des
états-majors,
municipalités,
encombroit les finances, s'emparoit de la police,
contre les blancs
armoit des
leurs
affranchis
soit une assemblée
anciens maîtres, détruiactes s'exécuter de générale, et voyoit tous ses
gouverneur.
suite sans la sahction
du
Qu'étoit donc cette
puissance, sinon la
tyran- --- Page 94 ---
RÉVOLUTION
absolue qui eut jamais pesé sur Saintnie la plus
l'axiome commode et
Domingue? A la vérité, servoit à Tassemblée
banal (le salut du peuple)
pour motiver
du nord, de prétexte
qu'on
provinciale 9 et de réponse aux reproches étoit
sa conduite,
Mais cette excuse
ne cessoit de lui adresser.
le peuple n'ayant
d'autant plus dérisoire, menacé que, d'aucun malheur,
rien à craindre, n'étant dont il s'agit non-seulement
le corps populaire mais ébranloit la constitution
devenoit inutile, maintien de laquelle il s'étoit
coloniale, pour le
provinciale méritoit
armé. Si donc, l'assemblée avoir conservé le
quelque reconnoissance pour
qu'on pouvoit
vaisseau del'état dans une tempôte d'orage une
d'avoir excitée, le moment remettre
Taccuser
étoit blâmable de ne pas
fois passé, elle
chargé dele diriger.
le gouvernail au pilote
si naturel au cocur
Mais Tamour du pouvoir, contenu dans de justes
de Thomme, est rarement les excès auxquels il
bornes, et devient, par désastres et d'infortunes.
entraine, une source de cédant à cet altrait 2
L'assemblée provinciale
ses regards et ses
conserva son autorité, porta
de Tadministraréformes sur toutes les parties de rade, chargés
tion. Elle créa des commisaires bâtimens qui viendroient
dinspecter tous les
inspirée par la connoisd'Europe : cette mesure,
les gens de couleur
sance des complots auxquels --- Page 95 ---
DE SAINT-DOMNGUE
se livroient en France, n'eut pu être vraiment
utile et atteindre le but désiré qu'autant qu'on
l'auroit étendue à tous les ports de la colonie, et
appliquée à tous les bâtimens neutres. Il eût fallu
l'indolence naturelle des habitans
aussi combattre
l'intérêt, au lieu de la
de la zone torride, par
favoriser par un travail sans salaire et par un emploi sans considération.
CHAPITRE IV.
Insurrection des muldtres.Sopliced Ogé
Décret du 12 OCet de ses complices.
tobre de Tassemblée constituante.
L'ASSEMDLÉE NATIONALE n'eut pas plutôt
proclamé les Droits de Phomme, queles mulâtres
conçurent T'espoir de sortir de la dépendance
dans laquelle ils avoient été tenus jusqu'alorsLeurs agens à Paris étoient nombreux ; ils avoient
des partisans dans le corps constituant, et même
à la cour. La secte des Amis des noirs accueillit
réclamations, etquoique
avec cempressementleurs:
le sort de cette caste ne fut pas l'objet principal
n'eut pas plutôt
proclamé les Droits de Phomme, queles mulâtres
conçurent T'espoir de sortir de la dépendance
dans laquelle ils avoient été tenus jusqu'alorsLeurs agens à Paris étoient nombreux ; ils avoient
des partisans dans le corps constituant, et même
à la cour. La secte des Amis des noirs accueillit
réclamations, etquoique
avec cempressementleurs:
le sort de cette caste ne fut pas l'objet principal --- Page 96 ---
RÉVOLUTION
elle comprit très-bien que
qu'elle avoit en vue,
les circonstances
le rôle de proteetrice, auquel la mettoit surla voie
naturellement,
Tappeloient
la conduire à ses fins.
qui seule pouvoit
residant à Paris, et connus
Parmi les mulâtres
couleur, étoient Ogé
pour être les chefs de cette
aux
: celui-ci destiné principalements l'autre
et Raymond et à la correspondance 2 doué
sollicitations les siens comme un homme
regardé par
d'un grand projet.
d'un rare courage et capable
de mouvedonnoient tous deux beauconp
Ils se
qu'Ogé avoit eue d'ébruiter
ment. L'imprudence
déterminé Tétablisseses desseins avoit surtout de rade; mais il sut élument des commissaires
comme tous
Soupconneux
der cette disposition.
une voie détournée 2
ceux de sa caste, il prit
voir le philopassa d'abord en Angleterre il étoit pour recommandé, 7
sophe Clarkson auquel d'où il fit voile pour le
ensuite aux États-Unis, américain. Il) y arriva le 12
Cap sur un bâtiment
la nuit suivante, au
octobre (), et se rendit, à celui de la Grandedu Dondon, puis
nombre de
quartier
peuplée d'un grand
oùr
Rivière, paroisse
famille habitoit, et
gens de couleur, que sa amis et ses complices.
accoururent bientôt ses
assemCe fut là que se tinrent leurs premières
(1) 1790. --- Page 97 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
blées. Des mulâtres y furent envoyés de presque
toutes les parties de la colonie 3 on y arrêta le
de T'insurrection: Ogé, qui seadisoit applan
fut reconnu et déclaré chef
puyé par la France, choix étoit à la fois le prix
de T'entreprises Ce
aux
du zèle quil avoit montré, et un hommage
talens qu'on lui supposoit.
du même mois,
Dans la nuit du 28 au 29
hautrois cents mulàtres armés descendent des
teurs de la Grande-Rivière, et parcourent suctoutes les habitations. Les blancs qui
cessivement
; on les injurie, on
s'y trouvent sont désarmés
été versé.
les menace. Le sang n'avoit pas encore
ni cruel ; malheureuOgé n'étoitni sanguinaire,
moment oix 1
sement, il s'eloigna de sa troupe au
elle entroit sur Thabitation Mazères. Chavannes,
ennemi d'un blanc nommé Sicard,
son second,
de succès, faisoitile
qui, comme lui et avec plus
demeure où
commerce des bestiaux, court. à la
malheureux reposoit en paix, le saisit aux
ce
et le fait
cheveux, le frappe à plusieurs reprises,
massacrer par les siens. avoir été le témoin de
M. Mazères, qui, après
se
crime affreux et du pillage de sa maison,
ce
entrainer vers la rivière par les satellites
voyoit
crut être au moment d'éprouver
de Chavannes,
Ogé parut. Le
le même sort Heureusement.
de
regret quil témoigna en appremantfaseasinate
paix, le saisit aux
ce
et le fait
cheveux, le frappe à plusieurs reprises,
massacrer par les siens. avoir été le témoin de
M. Mazères, qui, après
se
crime affreux et du pillage de sa maison,
ce
entrainer vers la rivière par les satellites
voyoit
crut être au moment d'éprouver
de Chavannes,
Ogé parut. Le
le même sort Heureusement.
de
regret quil témoigna en appremantfaseasinate --- Page 98 ---
RÉVOLUTION
Sicard et Tarrestation de M.
frappant pour être feint. Ce Mazères, fut trop
Tobserver, le jugea
dernier, intéressé à
seulement il
étranger à ces excès.
oblint de lui sa
NonTobservation
liberté,
qu'elle lui
mais,sur
qu'il ne pourroit
deviendroit inutile tant
facilita les
pas quitter le quartier,
moy ens de se
Ogé lui
En Sa qualite de chef rendre au Cap.
colonel general Ogé
de l'insurrection (1), le
au
(tel étoit son
gouverneur de la
litre) écrivit
la province du
colonie, au commandant de
nord, et à
pour les instruire du molif Tassemblée provinciale,
dre les armes. Il
qui lui avoit fait prenTégalité avec les blancs, réclamoit, au nom de sa caste,
le quatrième article des interprétant en sa faveur
en France le 28
instructions décrêtées
Tinguietude
mars. Il est facile
mulatres
que la révolte et les
d'imaginer
occasionnérent
prétentions des
provinciale du nord
au Cap.
se déclara
L'assemblée
corps de trompes de ligne et de permanente; ; un
destiné à agir contre les
gardes nationales
les ordres de M. de Vincent. insurgés fut mis sous
commissaires pris
On nomma quatre
blée pour
parmi les membres de Tassemtaque du Dondon, accompagner ce général. Après Tatque deux ou trois où les blancs ne perdirent
hommes et repoussèrent
Ogé,
(i) Lettres d'Ogé du 25 et
29 novembyn 1790.
corps de trompes de ligne et de permanente; ; un
destiné à agir contre les
gardes nationales
les ordres de M. de Vincent. insurgés fut mis sous
commissaires pris
On nomma quatre
blée pour
parmi les membres de Tassemtaque du Dondon, accompagner ce général. Après Tatque deux ou trois où les blancs ne perdirent
hommes et repoussèrent
Ogé,
(i) Lettres d'Ogé du 25 et
29 novembyn 1790. --- Page 99 ---
DE SAINT-DOMINGUE succédé à M. de
M. de Cambefort, qui avoit
en
hostilités des mulâtres,
Vincent, mit fin aux
mettre bas les
forçant ceux qui ne voulurent pas
sur. le territoire espaguol.
armes à se réfugier
les ordres du présiArrêtés à la frontière par
conduits dans
ils furent
dent de Santo-Domingo, la promptitude avec
les prisons de cette ville;
des autorités
céda au voeu
laquelle ce gouverneur
étonna bien du
françaises qui les réclamérent
seul motif
monde. Cette différence eut-elle pour
conventions sociales, ou tenoitle respect du aux
on l'ignore. Mais
elle à des causes particulieres?
connoitre le génie espagnol,
ceux qui croyoient
et formaliste, ceux
naturellement soupçonneux véritables intérêts de
avoient médité sur les
qui
étoient persuadés que le gouvernela colonie,
ne se montreroit pas
ment de Santo-Domingo
que le
empressé à rendre ses prisonniers
plus
malgré ses instances apparentes,
général français,
de les obtenir.
ne devoit être désireux
bientôt la certitude
Ils se trompoient: on eut
d'une coravoit été livré au commandant
qu'Ogé
de le ramener au Cap, où il arriva
vette chargée
L'aspect du peuple
en effet quelque temps après.
débarle voir à son
assemblé sur le rivage pour
lui fit même
quement parut le consterner, et
dcs larmes. Est-ce qu'on voudroit me faire
verser
qui, jointes à la sémourir ? s'écria-t-il; paroles
Ils se trompoient: on eut
d'une coravoit été livré au commandant
qu'Ogé
de le ramener au Cap, où il arriva
vette chargée
L'aspect du peuple
en effet quelque temps après.
débarle voir à son
assemblé sur le rivage pour
lui fit même
quement parut le consterner, et
dcs larmes. Est-ce qu'on voudroit me faire
verser
qui, jointes à la sémourir ? s'écria-t-il; paroles --- Page 100 ---
RÉVOLUTION
curité et à la confiance
bord, font
qu'il avoit montrées à
présumer qu'il ne
toute l'énormité de son
connoissoit pas
au besoin sur les
crime, ou qu'il comptoit
en France. Son promesses qu'on lui avoit faites
reil des formes erreur ne fut pas longue. L'appacoup l'abime dans criminelles, en éclairant tout à
prudemment
lequel sa vanité l'avoit iml'attendoit précipité, lui apprit le sort
: aussi, à la lecture de la
qui
parut résigné. Après s'être
sentence, il
révolte et d'assassinat,
avoués coupables de
chefs de
Ogé et Chavannes, comme
la
Tinsurrection, expièrent leur crime
roue (1); quelques jours
sur
de leurs
plus tard, dix-neuf
complices furent
nistia tous les
pendus (2) : on amétant absens, autres, à Texception de ceux qui,
Si les détails avoient été jugés par contumace.
de cette insurrection ne
intéresser personne,
peuvent
7 la recherche des
quiinfluèrent sur la conduite des
principes
nalyse des raisons
mulâtres, et Tala
qui peuvent la condamner ou
justifier, sont d'autant plus
la mort d'Ogé, et de ses
importantes, que
causes
complices a été l'une des
principales de la perte de
Un motif de plus
Saint-Domingue.
est l'affectation
d'approfondir cette matière,
que la philosophie du jour mit à
(1) 26 Février" 1791.
(2) 19 Mars 1791. --- Page 101 ---
DE SAINT-DOMINGUE
comme un grand homme,
regarder ce chefrebelle
abus de
et
comme un
T'orgueil
et son jugement,
Malgré les clameurs
du plus barbare préjugé.
l'a
contre la sentence qui
répandues en France
de dire qu'elle
condamné, nous ne craignons pas
fut juste.
Aux
de la nature, c'étoit
Qu'étoit Ogé?
yeux
comme les blanes; mais aux yeux
un homme
la couleur qui le distinguoit de
de la politique,
réservées à
ceux-ci le privoit des prérogatives
de
la classe blanche. Ce n'est pas le moment
exclusif étoit raisonnable
considérer si ce partage
ou si le droit naturel, tant précoet légitime ;
comme devaut servir de
nisé par les philosophes,
plutôt un prinbase à Tédifice social, n'est pas
la solidité et
cipe destructif qui en compromet
distincla durée. Il suffit d'observer que cette
de
T'origine de la colonie; que
tion existoit puis
entre
toutes les lois faites ensuite avoient marqué
les blancs et les noirs un rang intermédiaire OCde couleur. Cette vérité .
cupé par les hommes
fois reconnu,
une fois admise, ce principe une
des
titre autorisoit Ogé à protester contre
quel
et inhérentes au régime colonial, et
lois positives
surtout à exiger le redressement de ses griefs par
d'armes? Sera-ce le plus saint des deune prise Mais s'il est vrai que la résistance à T'opvoirs? soit de droit naturel, la raison apprend
pression
noirs un rang intermédiaire OCde couleur. Cette vérité .
cupé par les hommes
fois reconnu,
une fois admise, ce principe une
des
titre autorisoit Ogé à protester contre
quel
et inhérentes au régime colonial, et
lois positives
surtout à exiger le redressement de ses griefs par
d'armes? Sera-ce le plus saint des deune prise Mais s'il est vrai que la résistance à T'opvoirs? soit de droit naturel, la raison apprend
pression --- Page 102 ---
RÉVOLUTION
aux peuples civilisés combien il
bonheurd'en restreindre
importe à leur
droit est dangereux
Texercice, et combien ce
fer à la main,
pour ceux quile réclament le
réussir. Où
quand ils n'ont pas les moyens de
étoient ceux d'Ogé?
tous les mulâtres réunis
Que pouvoient
absolument
contre les blancs? Rien,
rien, et T'événement l'a prouvé !
Mais, quand ils auroient eu des forces
portionnées à leurs
prolitique
prétentions, la saine posuggéroit t- elle l'insurrection
moyen convenable? Ogé faisoit-il
comme un
voyance et de
preuve de préesclaves il armoit sagesse, lorsqu'en présence des
obtenir la
une partie de sa caste pour
jouissance d'un bien qui ne pouvoit
luiétreaccordé que par une assemblée
En supposant même
coloniale?
des instructions
que le quatrième article
du 28 mars fat
voit-il seul en étre
douteux, poutout
le
Tinterprète ? Etoit - ce surpar pillage et l'assassinat qu'il devoit en
demander Texplication ? Au reste, en
réclamations de la force des
étayant ses
dans la nécessité de
armes, il se mettoit
toire
vaincre ou de périr. La vics'étant déclarée contre lui, il a du subir
la peine prescrite par les lois contre cette
de délit. Ce n'est donc point la haine des espèce blancs
qui l'a fait condamner; c'est l'évidence de
crime, constaté, non par une jurisprudence son
arbitraire, mais par les lois de la France et de
des
étayant ses
dans la nécessité de
armes, il se mettoit
toire
vaincre ou de périr. La vics'étant déclarée contre lui, il a du subir
la peine prescrite par les lois contre cette
de délit. Ce n'est donc point la haine des espèce blancs
qui l'a fait condamner; c'est l'évidence de
crime, constaté, non par une jurisprudence son
arbitraire, mais par les lois de la France et de --- Page 103 ---
DE SAINT-DONINGUE
non par un tribunal révolula colonie; jugé,
cour de justice soutionnaire, mais par une
de son
et jalouse
mise à des formes protectrices, n'étant
encore
honneur. Les nouvelles lois
pas
conseil supérieur étoit tenu de se conforfaites,le
edlescipnsertreientla) peine
mer aux anciennes; il étoit chargé de les applicapitale. Ogé, auquel condamné à mort. Tels étoient
quer, a dû être
de son minisles devoirs du conseil et T'esprit
il a
tère. Il a rempli les uns avec impartialité, intisuivi l'autre avec courage, 3 sans se laisser
mider
les cris d'une populace toujours avide
par
redouter la vengeance de la caste
de sang, et sans
ne pas conintermédiaire, trop ignorante pour
fondre le législateur et le juge.
réclaMais si Téquité et la raison n'ont rien à
trop célèbre, la politique
mer contre cejugement eût pardonné à Ogé, ou
eût exigé peut-être qu'on
Si le
qu'on eût au moins différé son supplice. n'a
impassible comme la loi,
conseil supérieur, il n'en est pas de même
rien à se reprocher,
du nord. La procéde l'assemblée provinciale
dure, dont elle eut communication, lui apprit que
la révolte d'Ogé tenoit à un plan qui menaçoit
l'existence de la colonie; elle put en saisir T'ensemble, en suivre les différentes ramifications
dans l'assemblée constituante. Malheujusque
devoit l'emporter sur
reusement Timprévoyance
ible comme la loi,
conseil supérieur, il n'en est pas de même
rien à se reprocher,
du nord. La procéde l'assemblée provinciale
dure, dont elle eut communication, lui apprit que
la révolte d'Ogé tenoit à un plan qui menaçoit
l'existence de la colonie; elle put en saisir T'ensemble, en suivre les différentes ramifications
dans l'assemblée constituante. Malheujusque
devoit l'emporter sur
reusement Timprévoyance --- Page 104 ---
;8
RÉVOLUTION
la sagesse et les lumières,
de parti sur le véritable
T'esprit de corps et
il étoit arrêté
amour du bien public;
que dans toutes les
T'expérience ne Seroit d'aucun
circonstances
notions fournies par les témoins avantage, que les
les aveux mêmes des
du procès, que
perdus pour les
coupables seroient à jamais
frère
blancs, et que le testament du
d'Ogé ne deviendroit une
sante qu'après
pièce intéresprédictions
Taccomplisement des sinistres
qu'il renfermoit.
Les alarmes causées par la révolte
bornèrent pas à la province du
d'Ogé ne se
au Mirebalais des
nord. Ily eut
rassemblemens
d'hommes de
nombreux
sud des
couleur, et dans la province du
duit fut attroupemens armés que M. de Mauchargé de dissiper. M. de Blanchelande
répondit, par une lettre imprimée,
que les mulâtres lui
aux adresses
(( Tout doit, disoit-il, envoyoient de toutes parts.
rester dans
€ turel, jusqu'à ce que lassemblée l'ordre na-
(( fait la consitution de la
nationale ait
(( proposés par les colons. colonie sur les plans
( volontaire et criminelle C'est donc une erreur
(( que les instructions du d'Ogé d'avoir prétendu
28 mars
(( la caste des gens de couleur confondoient
(( blancs, leurs bienfaiteurs.
avec celle des
( semblée nationale
Le décret de l'asdu 8 mars dit au
(( qu'il ne sera rien
contraire
innové ). Cette lettre ne ra-
ordre na-
(( fait la consitution de la
nationale ait
(( proposés par les colons. colonie sur les plans
( volontaire et criminelle C'est donc une erreur
(( que les instructions du d'Ogé d'avoir prétendu
28 mars
(( la caste des gens de couleur confondoient
(( blancs, leurs bienfaiteurs.
avec celle des
( semblée nationale
Le décret de l'asdu 8 mars dit au
(( qu'il ne sera rien
contraire
innové ). Cette lettre ne ra- --- Page 105 ---
DE SAINT-DONISGUE
les mulâtres; ils se montrèrent seulemena point
ment un peu plus circonspects.
circonstance
La neutralité observée dans cette
devint un motif de sécurité de
par les nègres
Il est très-vrai que les preplus pour les blancs.
indifférence les
miers virent avec la plus grande
efforts et les tentatives des hommes de couleur;
si T'on doit à la mémoire dOgé de dire qu'il
et
de ligue avec les esclaves,
rejeta toute espèce
Chavannes fit, mais
il ne faut pas cacher que
les exciter à la
en vain, tout ce qu'il put pour
Cette immobilité des nègres dans une
révolte. aussi critique ne laissa plus aucun doute
occasion
savoit exister entre les deux
sur T'antipathie qu'on si forte et tellement enracastes. On la croyoit
obstacle
fut regardée comme un
cinée, qu'elle
à vainles mulàtres ne parviendroient jamais
que
universelle parmi les blancs,
cre. Cette opinion,
n'étoit
fondée sous certains rapports,
quoique
eux : elle avoit le grave
pas sans danger pour favoriser leur orgueil et
inconvénient de trop
lui avoit
leur paresse. D'ailleurs le préjugé qui
de sa force, et
donné naissance pouvoit perdre
la durée. Sil les blancs avoient
rienn'en garantissoit
chez les noirs,
un intérêt marqué à T'entretenir
d'impérieuses circonstances
il étoit possible que mulàtres à tout tenter pour le
obligeassent les
il étoit facile de
détruire. Dans çette hypothèse, --- Page 106 ---
RÉVOLUTION
prévoir que les blancs succomberoient,
que l'espoir d'un sort plus heureux, et surtout parce
la perspective de la liberté offerte aux esclaves
les mulatres, devoient
par
Thabitude
T'emporter sur la force de
et sur le prestige de l'opinion.
La résolution quelassemblée
Marcavoit
générale de Saintprise, de partir pour la France,
les trois paroisses qui avoient le plus
obligea
combattu ses principes, à y envoyer ouvertement des commissaires. Pendant que les députés du Cap, du Portau-Prince et de la Cobala-Bogatyennesei
Nantes, M. de St. Vincent, porteur des
du gouvemeur-genéral, entroit à
dépéches
vaisseau le
Lorient, et le
Léopurd jetoit l'ancre dans la rade de
Brest (1). La réception que cette ville fit aux
quatre-vingt-cinq députés ne doit pas être passée
sous silence. Instruits que l'assemblée
de la colonie se trouvoit
générale
bord du
presque toute entière à
vaisseau, le club et même le
municipal de Brest s'empressèrent de la recon- corps
noitre par une députation. Les
Léopardins ne
manquèrent pas de se présenter comme des victimes du plus affreux
avec
depotisas.edépeighireas
Taigreur de Tamour-propre humilié, la
tyrannie.du gouvernement, et l'audace plus criminelle de T'assemblée provinciale du nord, qui,
(1) 14 septembre 1790.
ière à
vaisseau, le club et même le
municipal de Brest s'empressèrent de la recon- corps
noitre par une députation. Les
Léopardins ne
manquèrent pas de se présenter comme des victimes du plus affreux
avec
depotisas.edépeighireas
Taigreur de Tamour-propre humilié, la
tyrannie.du gouvernement, et l'audace plus criminelle de T'assemblée provinciale du nord, qui,
(1) 14 septembre 1790. --- Page 107 ---
8i
DE SAIXT-DOMINGUE
disoient-ils, lui étoit vendue. Il n'en falloit pas
tant à une ville où le jacobinisme avoit jeté de
racines, et où toute l'autorité se trouprofondes
dans un club. On regarda les
voit concentrée
les martyrs de la
députés proscrits comme
plus
belle cause, et l'on crut devoir à leur patriotisme
dédommagemens. Tous
persécuté les plus grands
honneurs
leur furent prodigués :
les
civiques
entre
durable fut promise et jurée
une fraternité
l'assemblée de Saint - Marc et la municipalité
de Brest.
Cette
Sur du fumier la gloire est un abus (1)-
vérité ne tarda pas à être sentie des Léopardins.
Les arrêtés d'une municipalité, les motions d'un
club, les applaudissemens d'une populace, ne
leur tenir lieu de fortune; il falloit
pouvoient pas
et
vivre, il falloit s'occuperde sa vengeance, quelparussent les droits de l'assemblée
qu'évidens que
de ses membres, ils comde Saint-Marc aux yeux
dans
dansle siècle où ils vivoient, que
prirent que
Paris, la livrée de la misère ne
une ville comme
seroit pas une recommandation puissante aupres
de leurs juges. Aussi s'occuperent-ils d'abord
de paroitre avec éclat sur le théâtre qui devoit
retentir de leurs plaintes; le moyen qui parut
le plus simple fut un emprunt. Il réussit: - un né-
(1) Voltaire, comédie de l'Enfant prodigue.
TOM. 1. --- Page 108 ---
8z
RÉVOLUTION,
gociant de Dunkerque eut assez de
préter aux Léopardins une
courage pour
cent mille francs sous leur
somme de quatre
Lesi
solidarité commune.
rapports qu'on recevoit de
les différentes versions faites Saint-Domingue,
sur les événemens
par chaque parti
qui s'y étoient passés, obligerent T'assemblée nationale à rechercher
causes des troubles de cette colonie. Elle fit les
à sa barre (1), et voulut entendre
venir
rement les
contradictoisemblée de quatre-vingt-cinq membres de l'asSaint-Marc, et les
saires des paroisses qui lui avoient députés-commis- été
M. Arnaud de Villeneuve,
opposées.
chargé de justifier ces
dernières, lut un discours où les motifs de la
conduite du
gouverneur-général, de l'assemblée
provinciale du nord et de la paroisse de la Croixdes-Bouquets, étoient déduits avec précision et
exactitude. Les pièces qui servoient de base à ce
mémoire succinct, mais très-bien raisonné, furent
déposées sur le bureau. Ils'en falloit de
que la même clarté, la même
beaucoup
sent dans les discours
méthode, régnasl'assemblée de
prononcés en faveur de
Saint-Marc. Quoique l'un de ses
orateurs les plus distingués entreprit de
ses principes, quoique cette tâche fut justifier
confiée à un homme célèbre
ensuite
parscs connoissances
(1) Ier Octobre 1790.
, furent
déposées sur le bureau. Ils'en falloit de
que la même clarté, la même
beaucoup
sent dans les discours
méthode, régnasl'assemblée de
prononcés en faveur de
Saint-Marc. Quoique l'un de ses
orateurs les plus distingués entreprit de
ses principes, quoique cette tâche fut justifier
confiée à un homme célèbre
ensuite
parscs connoissances
(1) Ier Octobre 1790. --- Page 109 ---
DE SAINT-DONINGUE,
littéraires et politiques, et surtout par ses brillans
succès dans la carrière du barreau (1), la cause
de T'assemblée coloniale n'en devint pas meilleure. L'assemblée constituante et la France entière restèrent convaincues que ses actes, dirigés
et contraires à l'esprit du
vers Tindépendance
devoient être annulés comme
régime prohibitif,
attentatoires à la souveraineté nationale.
Enfin arriva le jour destiné au jugement de
cette grande cause. Elle étoit perdue d'avance
le parti de Saint-Marc. Plusieurs députés,
pour honteux de leurs erreurs ou feignant de Têtre,
en avaient signé l'aveu dans une déclaration qui
fut rendue publique. Sur le rapportdeX.Bamaves
organe du comité colonial, le corps constituant,
par son décret du 12 octobre (2), prononça la
dissolution de l'assemblée de Saint -Marc, et
approuva la conduite de l'assemblée provinciale
du nord. Le conseil supérieur du Cap, que
celle-ciavoit rétabli, reçut une existence légale,
et des éloges furent décernés à MM. de Peynier,
de Vincent, de Mauduit, ainsi qu'aux troupes
qui avoient marché sous leurs ordres.
Le décret étoit clair, il n'y avoit point d'équivoque. C'étoit le moment de tenir les promesses
(1) Linguet.
(2) 1790. --- Page 110 ---
REVOLUTION
que, peu avant son arrivée au Cap, on avoit
dans une fête célébrée
faites
où l'on avoit juré de
au Champ de Mars 2
nationale. Mais
se soumettre à la volonté
la révolution a prouvé
pas de frein plus fragile
qu'il n'y a
de rapprocher les deux que les sgrmens. Loin
sollicitée et
partis, la loi qu'ils avoient
promis d'observer ne fit que les éloigner davantage. On oublia
nom
Tengagement pris au
semblée, delEtre-Supeme, devant toute une ville aset peut-être fut-on bien
l'occasion de faire parade d'une aisedavoirtrouvé
et d'une parfaite connoissance vaste érudition,
philosophic moderne.
des subtilités de la
adopté les
Les communes qui avoient
principes de l'assemblée de Saint-Marc
protestèrent tobre.
hautement contre le décret du 12
La résistance à une loi quellassemblée OCtituante n'avoitpas,
consdisoit-on, le droit de
fut
présentée comme le plus sacré des devoirs. faire,
il n'y eut pas de si plate absurdité
Enfin,
pour un axiome incontestable,
qui ne passât
limalias
à la faveur du gadémagogique qui remplissoit les
verbaux des assemblées de
procèsaccusation aussi
paroisse. Si dans une
grave, la probabilité
des faits pouvoit suffire, T'on
résultante
qu'un certain nombre
seroit tenté de croire
crets de la société
d'agitateurs admis aux senemis de la
négrophile, et payés par les encolonie, ne visoientà rien moins
la détruire. Pourquoi
qu'a
étouffoient-ils, par la pré-
soit les
verbaux des assemblées de
procèsaccusation aussi
paroisse. Si dans une
grave, la probabilité
des faits pouvoit suffire, T'on
résultante
qu'un certain nombre
seroit tenté de croire
crets de la société
d'agitateurs admis aux senemis de la
négrophile, et payés par les encolonie, ne visoientà rien moins
la détruire. Pourquoi
qu'a
étouffoient-ils, par la pré- --- Page 111 ---
$5
DE SAINT-DONINGUE
dont ils se faisence d'une foule de prolétaires, des véritables
saient suivre aux assemblées,1 le vocu
que T'opinion de ceux qui
colons? Imaginoient-ils seroit plus utile à Saint-Dorien
ne possédoient celle des habitans qui y avoient leur
mingue que familles? Ce mépris des principes
fortune et leurs
être
évidens semble d'abord ne pouvoir
les plus
; l'on seroit tenté
le fruit de la seule ignorance;
si Tamourplutôt de T'attribuer à la trahison,
et le
outragé, la haine, la vengeance,
propre
chez les hommes, ne serchoc des passions
fureurs auxquelles ils se
voient à expliquer les
livrent.
des'i intrigans sur les gens sages 7
Le triomphe
avoit sa source
des aventuriers sur les planteurs,
ct
dans le vice des élections. La loi fondamentale
essentielle aux gouvernemens populaires,
la plus
d'après les moeurs, le climat, S
celle qui détermine,
les conditions requises
le sol et ses produits, 2
manquoit à Saint-Domingue.
pour être citoyen,
les instructions du
L'on avoit bien à cet égard
mais d'abord les paroisses dissidentes
28 mars ;
soumettre et en abhorroient le
refusoient de s'y
et d'ailleurs, les qualités exigées
rédacteur (1):
étoient si faciles à acquérir,
par ces instructions même de la sévérité dans T'exaqu'en supposant
(:) M. Barnave. --- Page 112 ---
RÉVOLUTION
men, ce quin'avoit jamais lieu,
de la colonie tomboit
l'administration
nécessairement
mains de ceux qui n'y
dans les
hommes étoient
possédoient rien. Or ces
toujours prêts à servirl'ambitieux
quiles flattoit et les payoit. Voilà
ques factieux dominoient
comment queldes habitans
leurs paroisses en dépit
de
planteurs ; soutenoient la doctrine
T'assemblée générale,
quoiqu'elle eut été proscrite; tracassoient leurs voisins,
, qui, en les méprisant, ne laissoient pas que de les
et luttoient contre l'autorité
craindre;
gouvernement,
métropolitaine et le
qui, au lieu de leur
des écrits, auroient da les
répondre par
punir (1).
(1) Arrété de la municipalité de la commune de la
Rivière, du II septembre 1790. Extrait des
Petitedu Trou, du 5 octobre.
registres de celle
et du Doudon avec l'assemblée Correspondance de La Marmelade
ment général pendant les mois provinciale et le gouvernecembre même année.
d'octobre, novembre et dé-
nement,
métropolitaine et le
qui, au lieu de leur
des écrits, auroient da les
répondre par
punir (1).
(1) Arrété de la municipalité de la commune de la
Rivière, du II septembre 1790. Extrait des
Petitedu Trou, du 5 octobre.
registres de celle
et du Doudon avec l'assemblée Correspondance de La Marmelade
ment général pendant les mois provinciale et le gouvernecembre même année.
d'octobre, novembre et dé- --- Page 113 ---
S7
DE SAINT-DONINGUE
CHAPITRE V.
Arrivée d'une station au Port-au-Prince.
Assassinat de M. le checalier de MauM, de
duit. Suites de cette calastrophe.
-
Blanchelande. Décret du 15 Mai J 1791
de Tassemblée constituante.
Oxvient de voir que les partisans de la faction
à St.-Domingue, malgré la condes Léopardins
s'agitoient
moissauce: du décret du 12 octobre,
infatielle avec une ardeur
et travailloient efforts pour furent bien loin d'être perdus ;
gable. Leurs
continuèrent d'adhérer aux
plusieurs paroisses défendoient. Ces principes doprincipes qu'ils
où l'on avoit depuis queliinoient aux Cayes,
dite
temps formé une assemblée provinciale
que
arrêté fut un libelle
du sud, dont le premier
celle du
contre le gouvernement. Dans
nord,
la faction ne laissoit pas
sans être prépondérante,
Le
d'influer quelquefois sur les délibérations.
Port-au-Prince présentoit un aspect tout différent.
cette ville dela
M. de Mauduitavoit su préserver
contagion. Les factieux qu'elle renfermoit, com- --- Page 114 ---
REVOLUTION
primés par un corps de volontaires dévoué
gouvernement, réduits au. silence
au
persion du comité, forcés
depuis la disenfin de
torité tutélaire des lois,
respecter l'auen évidence. Telle
craignoient de se mettre
étoit la position des trois villes
principales, quand, par T'arrivée en France du
Léopard, le ministre de la marine se vit
d'envoyer une autre station à
obligé
il la composa de deux vaisseaux Saint-Domingue:
ment se fit à
(1), dont T'armelons
Brest, et qui portoient deux batail-
(2), force jugée suffisante
Tordre dans la colonie.
pour maintenir
Ici commencent à se faire sentir la nature et
l'importance des liaisons formées à Brest entre la
municipalité de cette ville et les membres de
l'assemblée
générale venus sur le
à l'aide de ce fil qu'on
Léopard. C'est
folies, les horreurs,
pourra connoitre si les
bientôt
dont le Port-au-Prince va
offrir le dégoutant spectacle, furent le
résultat d'une insurrection soudaine
ou l'effet nécessaire d'un
et imprévue,
cuté
complot tramé et exépar une faction sacrifiant tout à sa vengeance.
Parmi les preuves à l'appui de cette dernière
opinion, deux surtoutméritent d'être
remarquées.
(1) Le Fougueuz et le Borée.
(2) Des régimens d'Artois et de Normandic.
dont le Port-au-Prince va
offrir le dégoutant spectacle, furent le
résultat d'une insurrection soudaine
ou l'effet nécessaire d'un
et imprévue,
cuté
complot tramé et exépar une faction sacrifiant tout à sa vengeance.
Parmi les preuves à l'appui de cette dernière
opinion, deux surtoutméritent d'être
remarquées.
(1) Le Fougueuz et le Borée.
(2) Des régimens d'Artois et de Normandic. --- Page 115 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
le rédacteur du
L'une est la connoissance que
emCourrier de V'Europe eut des manceuvres de
à Brest par les agens de T'assemblée
ployées
T'esprit des troupes
Saint-Marc pour corrompre
déclaration
dans la colonie; ;
qui devoient passer
de leur départ.
insérée dans sa feuille à l'époque
de l'assemest un faux décret
La seconde preuve
un procublée constituante (1), fabriqué par
Portavéc profusion au
reur (2), et répandu
avant l'arrivée de
au-Prince, huit ou dix jours
la station. besoin de dire que ce décret étoit
Je n'ai pas
de T'assemblée de
aussi favorable aux principes octobre leur avoit
Saint-Marc que celui du 12
évidemle premier fut
été contraire- Quoique làche imposture , après
ment le fruit de la plus
séduits
soldats aveuglés oul
T'avoir vu,quelques déchirer et fouler aux pieds
allèrent au grefle
dans
loi officiellement envoyée et recomnue
une
Ils
à peine être désabusés par
la colonie. purent
dénonça au prola fermeté de leur colonel, qui
cet acle de
du conseil supérieur
cureur-général
les devoirs de sa
faux, comme un attentat que de laisser dans
place ne lui permettoient pas
T'oubli.
(1) Du 17 décembre 1790.
(2) Nommé Pérussel. --- Page 116 ---
RÉVOLUTION
M. de Mauduit avoit l'âme
pas mépriser les basses
trop élevée pour ne
Plein de confiance
intrigues de ses ennemis.
attendoit le
dans la force de la vérité, il
résultat de
contre l'auteur de
Tinformation commencée
chelande
ce crime, lorsque M. de Blande
reçut une lettre de M. le commandeur
Villages, chef de la nouvelle
prévenoit de sa prochaine
station, qui le
esprit des troupes
arrivée, et du mauvais
public n'avoit été qu'il amenoit. Jamais homme
voyance eût
mieux inspiré. Que cette préempéché de maux,
neste
l'on
si, par une fuirésolution,
n'en
tout le fruit!Il sembloit
avoit pas perdu
la station
que le commandant de
pressentit les malheurs qu'elle
occasionner. Depuis la
alloit
décret, des bruits sourds connoissance du faux
ville. On disoit
se répandoient dans la
n'étoit
que le jour de la
pas éloigné. On assuroit
vengeance
la station, lei règne de M. de qu'à la vue de
volontaires finiroit, Ces
Mauduit et des
fides avis imprimés dans propos, la
joints aux persanguinaire insérée
gazette, à une diatribe
dans le
aux manceuvres
Moniteur du Cap,
par lesquelles on cherchoit à
timider ou à corrompre le
inPrince,
régiment du Port-aucomplot. annonçoient T'explosion prochaine d'un
Quelque intérêt que M. de
faire
Blanchelande eut à
parvenir ses ordres à M. de Villages, celui-
des
fides avis imprimés dans propos, la
joints aux persanguinaire insérée
gazette, à une diatribe
dans le
aux manceuvres
Moniteur du Cap,
par lesquelles on cherchoit à
timider ou à corrompre le
inPrince,
régiment du Port-aucomplot. annonçoient T'explosion prochaine d'un
Quelque intérêt que M. de
faire
Blanchelande eut à
parvenir ses ordres à M. de Villages, celui- --- Page 117 ---
9r
DE SAINT-DOMINGUE
la
à sa lettre que par le traci ne reçut réponse il n'étoit plus temps de
vers de la Gonave (1);
T'escadre
qu'on lui donnoit;
suivre lesinstructions
(2).Legouvint donc mouiller au Port-au-Prince
dans l'état d'effervescence
verneur, craignant que,
de deux batailla ville, la présence
où se trouvoit
avoit
raison de
lons nouveaux, et qu'on
quelque
se
le désordre,
croire mal disposés, n'augmentat et invita les équirendit à bord des vaisseaux,
Une telle foipages à faire voile pour le Mole.
on
blesse le perdit : on eût obéi à ses ordres,
Cette fausse démarche donna
résista à ses prières.
et il n'en retira
de lui une idée peu avantageuse, du dangereux
d'autre fruit que de se convaincre
des soldats et des matelots qui s'oppoesprit
afin de le
sèrent à son dessein, et refusèrent,
les distributions de la liqueur spiritueuse
narguer,
avoit ordonnée pour eux (3).
quil
réussir à renvoyer la station au
N'ayant pu
défendit, en se retiMole, M. de Blanchelande
à terre; mais
rant, de laisser descendre personne
toute communication
comme il n'interdit pas
Ile située à deux lieues de la rade du Port-an-Prince.
(1)
(2) Le 2 mars 1791. spiritueuse extraite, , par la distillation,
(5) Le tafia, liqueur fut appelé depuis cette époque, par
dujus de la canne à sucre,
les troupes, du Bianchelande.
, en se retiMole, M. de Blanchelande
à terre; mais
rant, de laisser descendre personne
toute communication
comme il n'interdit pas
Ile située à deux lieues de la rade du Port-an-Prince.
(1)
(2) Le 2 mars 1791. spiritueuse extraite, , par la distillation,
(5) Le tafia, liqueur fut appelé depuis cette époque, par
dujus de la canne à sucre,
les troupes, du Bianchelande. --- Page 118 ---
RÉVOLUTION
avec la ville, cette consigne, inutile
port de la contagion
sous le rapdangereuse même
qu'elle ne prévenoit pas,
sous celui de la pusillanimité
qu'elle laissoit trop paroitre,n'aboutit
le
qu'à rendre
Marc gouverneur plus suspect. Le parti de Saintprofita de sa foiblesse et de son irrésolution:
tandis que les uns corrompoient le
:
régiment du
Port-au-Prince, les autres cherchoient à
les troupes de la station. Rien ne fut
insurger
négligé
parvenir à ce but: : supplications,
pour
larmes, désespoir, tableau effrayant de la tyrannie des
maudits sous le nom
chefs,
d'aristocrates;é éloges outrés,
témoignages de reconnoissance envers les soldats
venus de France si à propos, pour tirer le parti
patriote de T'oppression ; communication du faux
décret;t tout fut employé pour concourir au succès
d'une trame, ouvrage des passions les
et les plus criminelles.
plus viles
Le caractère trop bien connu. du
et les tatonnemens, les lenteurs gouverneur,
toutes ses démarches,
qu'il mit dans
redoublèrent l'audace de
ses ennemis. Pénétrés du principe incontestable,
que contre un adversaire foible et indécis on
tout oser impunément, ils n'écoutèrent
peut
la vengeance. Une insurrection
plus que
clare subitement
générale se désur les vaisseaux. Les
les troupes
matelots,
composant la station s'assemblent,
rompent la consigne, se font par force distribuer --- Page 119 ---
DE SAINT-DOMINGUE Ceux de
à terre.
et descendent
des cartouches, veulent les retenir sont insulleurs officiers qui
de favoriser les pompons
tés, honnis, et accusés
de Saintblancs (1), les éternels oppresseurs séditieuses se
Les motions les plus
Domingue.
: enfin la fureur cst poussée
sseciadentrapidenent: de faire main-basse sur tous
au point qu'on jure
patriotes, e'est-à-dire,
les habitans qui ne sont pas
tels la cabale
sur ceux que ne reconnoitra pas pour
qui fait tout mouvoir.
de
est-on instruit, au Port-au-Prince,
A peine
agite la rade, que des émisla fermentation qui
de la ville
dans tous les quartiers
saires postés
une garde nadisent qu'il est temps d'organiser Le peuple se laisse
tionale et une municipalité. liberté et de régénération.
entrainer aux mots de
le goules factieux, qui lui peignent
Excité par
le ravisseur de ses droils, 7
vernement comme décevante du bonheur qui sera
séduit par Timage
il court, il
il s'assemble,
le prix de son courage, brille dans ses regards, sa
menace : la colère
Cest dans cet insfureur éclate par ses gestes.
descendent, et
tant de délire que les troupes
le tumulte
viennent par leur présence augmenter chefs est reçue
et le désordre. Cette horde sans
la.
les transports de la joie plus
dans la ville avec
du Port-an-Princes
(1) Sobriquet donné aux volontaires
image
il court, il
il s'assemble,
le prix de son courage, brille dans ses regards, sa
menace : la colère
Cest dans cet insfureur éclate par ses gestes.
descendent, et
tant de délire que les troupes
le tumulte
viennent par leur présence augmenter chefs est reçue
et le désordre. Cette horde sans
la.
les transports de la joie plus
dans la ville avec
du Port-an-Princes
(1) Sobriquet donné aux volontaires --- Page 120 ---
RÉVOLUTION
bruyante. On lui prodigue
de caresses,
l'argent, on T'enivre
2 on exalte son imagination
profusion des liqueurs de toute
par la
séditieux
espèce. Enfin les
triomplent. Le comité
M. de Mauduit reprend
dissous par
vive la nation ! vive la ses séances. Des cris de
à la lanterne
station! ! périsse le traitre!
tendre de
tous les aristocrates ! se font entoutes parts. Le peuple court
armes. Le régiment du Port-au-Prince aux
chancelle, et finit par abandonner
hésite,
Cet officier
son colonel.
intrépide, résolu à
sa destinée, mais du
périr, si telle est
voit du
moins à mourir avec gloire,
plus grand sang-froid l'orage
menacer sa téte. Telle est T'élévation populaire
âme, qu'entouré de tous les
de son
tous les traits de
dangers, en butte à
douter de leur
ses ennemis, ayant tout à rerage, il s'oublie, il
de ses jours pour veiller
néglige le soin
Son cceur
sur ceux de son chef.
inaccessible à la crainte,
d'aucune foiblesse, n'est mu
incapable
sante delhonneur
que par la voix puiset du devoir. Persuadé
scène affreuse va se
qu'une
que le
passer au Port-au-Prince,
sang va peut-être couler dans cette ville
malheureuse, il songe au représentant du
court auprès de lui, le conjure de mettre Roi,
sonne en sureté,
sa perhorrible. Il lui d'épargner au peuple un crime
lui font
expose que les devoirs de sa
une loi de ne pas risquer, dans place
une
ur
que par la voix puiset du devoir. Persuadé
scène affreuse va se
qu'une
que le
passer au Port-au-Prince,
sang va peut-être couler dans cette ville
malheureuse, il songe au représentant du
court auprès de lui, le conjure de mettre Roi,
sonne en sureté,
sa perhorrible. Il lui d'épargner au peuple un crime
lui font
expose que les devoirs de sa
une loi de ne pas risquer, dans place
une --- Page 121 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
à la colonie.
émeute, des jours qui appartiennent
Rassuré par le départ de M. de Blanchelande,
M. de Mauduit rentra chez lui. Ce fut là qu'il put
juger du sort, qu'on lui réservoit. Ses soldats qui
avoient juré de le défendre, ses grenadiers, qui
la veille, lui avoient donné un pompon rouge pour
de leur dévouement, entrainés par les sédigage tieux, égarés par le faux décret, T'obligent de
venir aux casernes. Il se résigne à tout. S'il
craint d'être abandonné de ses soldats, l'intérêt
quil inspire à ses officiers, le zèle et T'attachement quils lui témoignent, sont une consolation
lui. Mais que pouvoit une poignée de mipour
dévoués qu'ils fussent, contre
litaires, quelque forcenés?
pouvoit le lanune multitude de
Que
de-la raison et de la vérité contre les cris
gage du fanatique délire qui s'étoit emparé de toutes
les têtes? La mort du colonel de Mauduit avoit
été jurée, et trop de passions concouroient à sa
perte pour qu'il put léviter. Ce n'étoit pas même
ses ennemis de lui arracher la vie, il
assez pour
fin fut humiliante et cruelle; il
falloit que sa
l'insulte à la
falloit joindre l'outrage au crime,
barbarie. C'étoit sur les lieux mêmes oh, par sa
fermeté et son courage, il avoit fait avorter les
projets des factieux, qu'en expiation d'un forfait
à leurs yeux irrémissible, la mort devoit le
frapper.
toit pas même
ses ennemis de lui arracher la vie, il
assez pour
fin fut humiliante et cruelle; il
falloit que sa
l'insulte à la
falloit joindre l'outrage au crime,
barbarie. C'étoit sur les lieux mêmes oh, par sa
fermeté et son courage, il avoit fait avorter les
projets des factieux, qu'en expiation d'un forfait
à leurs yeux irrémissible, la mort devoit le
frapper. --- Page 122 ---
RÉVOLUTION
Après la dispersion du comité
Mauduit
delouest, M.de
drapeaux destinés
séances des
tetrmwamicentaise
à une nouvelle
que le parti
garde nationale
ser au
rérolutionnaire se proposoit d'organiétoient Portau-Prince, et s'en étoit
encore chez lui. Au désir de emparé. Ils
joignoit un motifplusi
les ravoir se
du comité.
important pourlesmembres
Lorsqu'ils virent qu'au lieu
fuser, M. de Mauduit
de les reils exigérent
se disposoit à les rendre,
bien qu'en le que lui-méme les rapportàt. On sent
leur but étoit d'abord contraignant à cette démarche,
de
des casernes oùr ses
Thumilier, de Téloigner
n'auroient
soldats, malgré leur trahison,
peut-étre pas souffert qu'on
sousleurs yeux, et surtout de l'isoler T'assassinàt
d'officiers qui, résolus
d'un groupe
à
malgré leur petit
protéger ses jours, n'auroient
nombre
faire, 9 étant réunis, une
pas laissé de
Pendantlintervalle sérieuse résistance.
le peuple, furieux nécessaire aux
et ne respirant pourparlers,
geance, se porta en foule au comité que la vensernes. En vain le
et aux cadu
lieutenant-colonel du régiment
Port-su-Prince, M. de
de ramener les chefs du Cournoyer, essaya-t-il
mesures moins
parti populaire à des
à faire les
dangereuses; en vain s'engagea-til
réparations, et offrit-il de se
aux sacrifices qui seroient
soumettre
neur; tout fut inutile. Le compatibles avec T'honcomité, avide du sang
foule au comité que la vensernes. En vain le
et aux cadu
lieutenant-colonel du régiment
Port-su-Prince, M. de
de ramener les chefs du Cournoyer, essaya-t-il
mesures moins
parti populaire à des
à faire les
dangereuses; en vain s'engagea-til
réparations, et offrit-il de se
aux sacrifices qui seroient
soumettre
neur; tout fut inutile. Le compatibles avec T'honcomité, avide du sang --- Page 123 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
les
et les prières
de sa victime, rejeta propositions d'arracher
de cet officier supérieur ; et l'ordre
de
M. de Mauduit des casernes, de T'entrainer
donné, qu'une bande de scéforce, fut à peine
courut mettre à
lérats qui assiégeoient la porte
d'enexécution T'arrêt terrible qu'elle venoit
tendre.
de ces événeDans cet instant même, parlun
attribue à l'énergie du peuple, mais
mens qu'on
un calcul familier à
plus souvent produits par
mettent à profit ses fureurs, les portes
ceux qui
la foule des fripons,
des prisons furent ouvertes;
des aventuriers (1), que les lois cordes factieux,
de la société, se
rectionnelles avoient séquestrés
aussitôt dans la ville, et vint exciter,
répandit
la rage de la populace. A la
par ses hurlemens,
à Timmobilité de son
vue de cette horde féroce,
qui auroit dà la repousser, M. de Maurégiment toute Thorreur de sa situation. II
duit jugea
la rendre
comprit que la résistance ne feroit que
affreuse. Il obéit donc, sans balancer, à l'inplus
(1) Parmi eux se trouvoit le fameux mulâtre Rigaud. du Il
avoit été arrêté comme lun des chefs de Yinsurrection
sud, apaisée par M. de Mauduit. Son procès s'instruisoit,
et il alloit être probablement condamné aux galeres, lorsqque
cette circonstance lui fit recouvrer sa liberté. On verra Fusage
qu'il en a fait.
TOM. I.
--- Page 124 ---
RÉVOLUTION
vitation qui lui fut faite de Se rendre au comité,
Mais à peine se fut-il mis en marche, qu'on le sépara de plusieurs officiers qui avoient désiré de
Taccompagner. .Deshommes inconnusles
cent. Leurs regards sinistres, leurs
remplarieux, leurs mains armées du glaive lui propos injule sort qu'on lui destine. Bientôt il annoncent
ne voit plus
personne de confiance. L'espace se resserre autour delui;s ses monvemenedediennent
il sent que le moment fatal
plus génés;
il ne se trompoit
approche. Hélas !
point. En face de la maison où
l'ancien comité avoit tenu ses séances où de
lâches factieux avoient jadis conjuré la ,
M. de
perte de
Mauduit, et alloient maintenant la consommer, ses farouches assassins, parmi
se trouvoient, dit-on, des grenadiers de lesquels
ment, lui ordonnèrent de
son régide faire amende
se mettre à genoux et
honorable. Un regard
lion fut sa seule réponse. Aussitôt d'indignavingt sabres
sont levéssur sa tête ; autant de poignards sont dirigés contre son coeur : il les voit près de l'atteindre, et n'en est point
épouvanté; une seule
pensée l'occupe et T'absorbe : il voudroit empécher que les marques d'honneur dentil est décoré
ne fussent souillées par des mains meurtrières. Il
ôte sa croix de Saint-Louis, veut arracher
épaulettes, et n'en a pas le temps. Accablé ses
la multitude des coups qu'on lui porte, il chan- par
és contre son coeur : il les voit près de l'atteindre, et n'en est point
épouvanté; une seule
pensée l'occupe et T'absorbe : il voudroit empécher que les marques d'honneur dentil est décoré
ne fussent souillées par des mains meurtrières. Il
ôte sa croix de Saint-Louis, veut arracher
épaulettes, et n'en a pas le temps. Accablé ses
la multitude des coups qu'on lui porte, il chan- par --- Page 125 ---
DE SAINT-DONINGUE
et rend le dernier soupir au
celle, succombe,
milieu de ses bourreaux (1)- militaire. Ainsi se
Telle fut la fin de ce brave
la colonie
le crime affreux qui a privé
consommal capable, par ses talens, d'en prévenir
d'un officier
toujours équitable, venla ruine. La postérité,
celle de
mémoire en vouant à T'opprobre
gera sa
Il seroit aussi fastidieux
ses làches persécuteurs. obscurs de tous ceux qui
de rappeler les noms
pénilble de retracoopérerent à ce meurtre que
de leurs
Texcès de leur démence et Ténormité
cer
Mais il est des actions tellement imattentats.
de ne
tellement atroces, quilimporte
morales,
sous silence, ne fit-ce que pour
point les passer
futures contre le
mettre en garde les générations
doit
révolutionnaire, auquel on
prinfanatisme
Tel est le speetacle
les attribuer.
cipalement
septuagénaire et par une
offert par un magistrat
célébrer le triommère dénaturée (2), qui, pour le délire jusqu'à
phe de leur parti, poussèrent mânes, l'un de
insulter par des danses, aux
fils
l'autre de son propre
que
M. de Mauduit, assassiné deux jours auparales patriotes avoient
toutefois surpassé
vant : excès à peine croyable,
(1) 4 mars 1791. maire du Port-au-Prince. Madame
(2) M. Leremboure,
Martin. --- Page 126 ---
REVOLUTION
par des mégères, qui,
paitre des longues
non contentes de se redéchirèrent
souffrances de leur
ses membres
victime,
dans les fureurs d'une encore palpitans, et
porter leurs mains
rage insensce, osèrent
morale de toutes les impures sur des objets que la
sous une
nations a pris soin de placer
sauvegarde
vrant du voile de la décence impénétrable, en les couD'après le tablean
et de la pudeur.
exposé, le lecteur fidèle qui vient de lui être
cipe, la cause et le connoitra but
sans peine le prinstrophe. Lel comité
de celte horrible cataen fut T'agent
comme d'un côté il importoit essentiel; mais,
le composoient
aux membres qui
poursuivre
qu'on ne pàt pas un
les
pour ce crime, et
jour
ne vouloient
que de Tautre, ils
obtenir
pas en perdre les fruits, ils
ce double résultat
crurent
rassemblement le
en donnant à leur
nom de
installée dans douze
municipalité. Créée et
trine de T'assemblée heures, attachée à la docde sa haine contre le de Saint-Marc, elle hérita
de sa
gouvernement, se
vengeance, et sacrifia à ses
chargea
honneur et le repos du
passions son
On sait que, d'après les Port-au-Prince.
Mauduit, M. de
sollicitations de M. de
ville;its s'arréta Blanchelande étoit sorti de la
sur une habitation
truit du triomphe des factieux voisine. Inset des
auxquelles ils venoient de SC
horreurs
livrer, il fit route
hérita
de sa
gouvernement, se
vengeance, et sacrifia à ses
chargea
honneur et le repos du
passions son
On sait que, d'après les Port-au-Prince.
Mauduit, M. de
sollicitations de M. de
ville;its s'arréta Blanchelande étoit sorti de la
sur une habitation
truit du triomphe des factieux voisine. Inset des
auxquelles ils venoient de SC
horreurs
livrer, il fit route --- Page 127 ---
DE SAINT-DOMINGUE
les habitans et
pour le Cap, où il fut reçu par nord comme le
T'assemblée. provinciale du
par
et ses malheurs.
méritoient son rang de s'arrêler un instant sur
In'est pas inutile
élé
tour à
qui a
présentée
cette détermination, acte de lâcheté et de prudence,
tour comme un
plus coucomme une preuve dela pusilanimitéla exercée: Quoipable et de la prévoyance la plus
on fut persuadé queir ni la présence
qu'en général
de Blanchelande n'auroient
ni les efforts de M.
néanmoins on eût
pu empécher la catastrophe,
afdésiré voir le gouvemeur de Saint-Domingue et Tenles séditieux,
fronter couragensement Mauduit, comme officier
tendre leur dire:wM.de
rien faire de son
,n'a rien fait,n'a pu
( subalternes
il a dà
chef. Forcé d'obéir à un supérieur,
(:
lui ont été donnés: : s'ils
ordres qui
( exécuterles
n'est
lui qui est cou-
(t furent injustes, ce
pas faut punir. Si vous
( pable, ce n'est pas lui qu'il
vous devez
une victime, c'est moi que
(( voulez
> Dans les
voila ma tête, frappez.
( immoler,
l'intrépidité sert
momens de crise, ajoutoit-on, l'instinct du senmieux que la prudence, et
les calculs de
timent est un guide plus sûr que
Combien d'exemples ont prouvé qu'un
la raison.
et de dévouement en imgrand acte de courage
tous les détours de
pose plus à la multitude que
de la foila politique,' et toutes les précautions
moi que
(( voulez
> Dans les
voila ma tête, frappez.
( immoler,
l'intrépidité sert
momens de crise, ajoutoit-on, l'instinct du senmieux que la prudence, et
les calculs de
timent est un guide plus sûr que
Combien d'exemples ont prouvé qu'un
la raison.
et de dévouement en imgrand acte de courage
tous les détours de
pose plus à la multitude que
de la foila politique,' et toutes les précautions --- Page 128 ---
RÉYOLUTION
blesse! M. de Blanchelande devoit
tenter un pareil
le savoir, et
moyen. D'ailleurs il
comme tout militaire, tenu de rester et de étoit,
à son poste. Sa fuite le
mourir
don qu'il a fait de son déshonore, et l'abanautorité
étoit indigne.
prouve qu'il en
Les personnes qui iavoient une autre
voir disoient que les
manièrede
n'étoit
gouverneur de
pas seulement le général des SL.-Domingue
encore le premier
troupes, mais
thousiasme
magistrat civil; que si lendémarche naturel à un soldat le portoit à une
hasardée, la réflexion,
cessaire à un
toujours néet le retenir; administrateur, devoir le modérer
qu'en sa qualité de
du Roi, M. de Blanchelande
représentant
France, aux intérêts de
appartenoit à la
voit être d'autant
laquelle sa mort pouplus funeste, qu'une faction
puissante, moins par le nombre
et l'immoralité de
que par l'audace
soustraire
ses membres, avoit voulu se
aux lois de la métropole.
Il résulte de ces deux opinions
qu'ent été la conduite de M. de que, quelle
la fatalité des circonstances étoit Blanchelande,
roit pu concilier les règles de la telle, qu'iln'aude la magnanimité. Mais
prudence et l'élan
trouvoit
si l'impuissance oùt il se
d'empécher l'insurrection au Port-auPrince lui avoit fait une loi impérieuse d'en
si, faute de moyens
sortir;
pour prévenir le crime, il
.
Il résulte de ces deux opinions
qu'ent été la conduite de M. de que, quelle
la fatalité des circonstances étoit Blanchelande,
roit pu concilier les règles de la telle, qu'iln'aude la magnanimité. Mais
prudence et l'élan
trouvoit
si l'impuissance oùt il se
d'empécher l'insurrection au Port-auPrince lui avoit fait une loi impérieuse d'en
si, faute de moyens
sortir;
pour prévenir le crime, il --- Page 129 ---
DE SAINT-DONINGUE il devoit
s'étoit vu forcé de le laisser commettre, dans cette ville
hâter de le punir, de rentrer
se
la réunion de tous les
coupable, dès que, par accouru à sa voix,il
gens de bien, qui auroient faire trembler tous les
se seroit vu en état de
d'un gouverneur
factieux : telle eût été la conduite à M. de Blandoué de l'énergie qui manquoit Thomme privé n'est
chelande. Si la foiblesse de
revétu
celle de Thomme
pas sans inconvénient, devient une source de calad'un grand pouvoir confiance des citoyens honmités. Elle éteint la
méchans, et finit par
nêtes, accroit l'audace des
et aux
livrer la chose publique aux fanaliques Blanchelande
fripons. Ainsi, tandis que M. de
les
des habitans du Cap les témoignages
recevoit
et d'estime, le Port-auplus flatteurs de respect
la
mieux dire, municipalité,au
Prince, ou pour
Taccabloit d'ind'un journal à ses, gages,
moyen
lâchement son adjures grossières et calomnioit
travaux fut un
ministration. L'un de ses premiers
mémoire où elle relata tous les prétendus
long
du gouvernement. Si cette
actes de despotisme aucune des personnes, capadiatribe ne persuada
la multitude, qui prend
bles d'en juger, elle égara
T'assurance avec
toujours pour de bonnes raisons les
des
lui
Elle fortifia
projets
laquelle on
parle. d'être soutenus par un corps
malveillans, glorieux ouvrit enfiri la porte à T'anarchie
populaire; elle
moire où elle relata tous les prétendus
long
du gouvernement. Si cette
actes de despotisme aucune des personnes, capadiatribe ne persuada
la multitude, qui prend
bles d'en juger, elle égara
T'assurance avec
toujours pour de bonnes raisons les
des
lui
Elle fortifia
projets
laquelle on
parle. d'être soutenus par un corps
malveillans, glorieux ouvrit enfiri la porte à T'anarchie
populaire; elle --- Page 130 ---
RÉVOLUTION
qui: a depuis, et silong-temps, désolé
Prince.
le Port-auLe rigiment lui-méme en devint la
victime; suspect aux autorités
première
il
qui venoient de
wetablir, offrit un nouvel
ment dangereux,
exemple d'un instruleur
brisé par ceux qui lui ont dû
triomphe. Une réquisition du
cipal mit toutes les
corps munison ordre,-M. de troupes en mouvement; par
lerie
Caradeux, suivi d'une artilformidable, somma le
peuple,der rendre les
régiment, au nom du
armes; et ce
imprimé le respect et la crainte corps,quiavoit
tant qu'il s'étoit'montré
aux factieux
neur et de la
soumis aux lois de Thondiscipline, 2 maintenant
ses fautes, écrasé sous le
humilié de
sans résistance
poids de sa honte, cède
périence
(4), convaincu par sa propre exque, si la politique a quelquefois fait
usage de la trabison, dans tous les
a méprisé et abhorré les traitres.
temps on
Le gouverneur fixé au Cap ne
cet acte pour lequel
participa point à
Prince crut
lamunieipalité du Port-aupouvoir se passer de son
C'étoit ainsi que dans les affaires les approbation.
tantes elle en usoit avec M. de
plus imporavoit encore moins
Blanchelande; elle
nateur obligé de deménagemens pour l'ordonfournir,souslesp prélextes les plus
(r) 3 mai 1791. --- Page 131 ---
DE SAINT-DOMINGUE Cet adfrivoles, des sommes tris-considérables. devenoient tous
ministrateur, dont les fonctions
d'aller avec
difficiles, prit le parti
les jours plus
joindre le gouverneur au Cap.
tous ses bureaux Mauduit n'avoit assouvi que
La mort de M. de
de la faction;leur
la haine et la vengeance des chefs
Sans le désir
cupidité n'étoit pas encore satisfaite.
pas
des places, ce crime n'eit peutelre il
et T'espoir
la chute du
sans
gouvemement
été commis ;
la cabale, et tôt ou tard fuauroit été inutile à
donc à ceux-ci
neste aux factieux. I1 importoit d'autres mains
dans
de relenir une autorité,qui,
sur enx-mêmes.
que! les leurs, se seroitappesantie avoit laissé la preLa fuite de M. de Blanchelande
cn usurpa
vacante, M. de Caradeux
mière place
sous le nom de capitaine géles attributions,
Celles du licutenant
néral de la garde nationale.
Un
de Roi furent envahies par la municipalité. dans
Maltais nommé Praloto,inconnu jusqu'alors
fit
d'un corps nomla colonie, sC commandant et les furies qui
breux d'artillerie patriotique,
IMI. de
s'étoient acharnées contre le cadavre,de
la
de leur zèle par
Mauduit furent récompensées
direction de Thopital.
bornée aux emCette piraterie ne fut point
plois militaires, , aux fonctions administratives, QuelFordre judiciaire s'en ressentit également. Blancheaprès la retraite de M. de
que temps
d'un corps nomla colonie, sC commandant et les furies qui
breux d'artillerie patriotique,
IMI. de
s'étoient acharnées contre le cadavre,de
la
de leur zèle par
Mauduit furent récompensées
direction de Thopital.
bornée aux emCette piraterie ne fut point
plois militaires, , aux fonctions administratives, QuelFordre judiciaire s'en ressentit également. Blancheaprès la retraite de M. de
que temps --- Page 132 ---
RÉVOLUTION
lande, les paroisses de l'ouest formèrent
députés, une assemblée
par leurs
dès son début la place provinciale, qui supprima
le conseil supérierr
dintendant, et detruisit
du
recomposer un pins docile Fort-a-Prince, pour en
faction. Elle feignit
aux volontés de la
celui
dignorer que Texistence de
que Tassentblée provinciale du nord
rétabli au Cap,n'était legale
avoit
été reconnu
que depuis qu'il avait
En
parle Roi et par le corps constituant.
effet,
qu'importoit aux factieux du Port-auPrince, aux procureurs ambitienx
toient les premières
qui convoisemblée de l'ouest places du barreau, que l'asfut
faire cette opération' ? Peu compétente ou non pour
quel titre ils
curieux de connoitre à
exerçoient leurs charges, ils disoient
qu'on pouvoit tout oser impunément
étoit à quinze cents lieues de
quand on
et n'avoient
l'autorité suprème,
pas honte d'ajouter que ce
convenoit étoit juste,
la
qui leur
droit qu'ils n'avoient que force suppléoit au
pas. Doit-on s'étonner qu'à
Tadedunelégialation aussi commode, le
Prince ait été entièrement
Port-auLes colons de
bouleversé (1)?
Saint-Domingue
éternellement à T'assemblée
reprochieront
rité et la contradiction de constituante l'obscuses décrets, par suite
(1) Arrétés de l'assemblée
29 et 50 juillet 1791.
provinciale de l'ouest des 27,
suppléoit au
pas. Doit-on s'étonner qu'à
Tadedunelégialation aussi commode, le
Prince ait été entièrement
Port-auLes colons de
bouleversé (1)?
Saint-Domingue
éternellement à T'assemblée
reprochieront
rité et la contradiction de constituante l'obscuses décrets, par suite
(1) Arrétés de l'assemblée
29 et 50 juillet 1791.
provinciale de l'ouest des 27, --- Page 133 ---
DE SAINT-DONINGUE
lieu de s'éteindre, le feu des factions
desquels, au
d'incendier toute la COse répandoit et menaçoit
d'une force imlonie. Il n'y avoit que la présence
L'asqui pàt comprimer tous les partis.
posante eût du d'autant moins négliger cette présemblée
que fussent ses dispositions
caution 9 que, quelles
il falloit, avant
ultérieures à T'égard des mulàtres,
de les
de les manifester, s'être assuré les moyens
sans résistance. Une telle mesure
faire adopter
qu'à cette
étoit même d'autant plus indispensable, sollicitoient en
époque, les hommes de couleur
Francellexercice desdroits politiques, et se préparoient à l'obtenir par force à St.Domingue: Dans
favorablement accueillis
le temps queleurs agens,
membres de
et puissamment étayés par quelques à faire rendre
Tassemblée nationale, cherchoient
leur fut favorable ; leur caste dans la
une loi qui
etl les disposoit à un
colonie caressoit les esclaves,
mais
soulèvement. Lejour en avoit même été fixé;
abondantes qui survinrent, la crue des
les pluies
retarrivières qui empécha les communications, 2
cette nouvelle catastrophe ; elle fut en
derent
outre éventée par un nègre du Cap, qui expia,
brulant la
crime d'avoir conjuré
en se
cervelle,le foiblesse d'avoir trahi
contre les blancs, ou la
ses complices.
résultantes de la mort extraorLes inquiétudes
fvant
dinaire de cet esclave, et les aveux qu'il
inrent, la crue des
les pluies
retarrivières qui empécha les communications, 2
cette nouvelle catastrophe ; elle fut en
derent
outre éventée par un nègre du Cap, qui expia,
brulant la
crime d'avoir conjuré
en se
cervelle,le foiblesse d'avoir trahi
contre les blancs, ou la
ses complices.
résultantes de la mort extraorLes inquiétudes
fvant
dinaire de cet esclave, et les aveux qu'il --- Page 134 ---
RÉVOLUTION
d'expirer, méritoient d'autant plus d'être
fondis, que dans plusieurs
appros'éloient
paroisses les habitans
aperçus de quelques mouvemens
les mulâtres. Le désir de
parmi
pas la seule ni même la venger Ogé n'en étoit
su depuis que des émissaires véritable cause : on a
dans les différens
de France, répandus
loient
quartiers de la colonie, stimuT'ambition de la caste
T'excitoient à la révolte au
intermédiaire, et
On a eu la certitude
nom de la métropole.
les
que les plus considérés et
plus riches des hommes de couleur furent
sollicités par des étrangers de réclamer
que l'assemblée nationale leur
un don
d'arracher
la
avoit accordé;
par force, si elle devenoit nécessaire, des droits qu'ils tenoient de la
d'étouffer, pour les obtenir, le sentiment nalure; ;
de la reconnoissance; de briser les liens puéril
riques du sang, puisque la classe blanche, chiméjours impérieuse et vaine,
touleurs réclamations.
persistoit à repousser
Quand on songe que CeS apôtres de
assassins plus
T'égalité,
forêts,
dangereux que les brigands des
servoient la haine et le fanatisme d'une
secte, qui, non contente d'égarer Topinion, s'empara bientôt de la puissance nationale, et l'exerça
trop long-temps, on doit être étonné, non
la principale colonie française ait
que
en reste encore une seule. Rien péri, mais qu'il
ne contribua plus
and on songe que CeS apôtres de
assassins plus
T'égalité,
forêts,
dangereux que les brigands des
servoient la haine et le fanatisme d'une
secte, qui, non contente d'égarer Topinion, s'empara bientôt de la puissance nationale, et l'exerça
trop long-temps, on doit être étonné, non
la principale colonie française ait
que
en reste encore une seule. Rien péri, mais qu'il
ne contribua plus --- Page 135 ---
DE SAINT-DONINGUE
des amis des noirs, à Saintau triomphe complet
d'Ogé. Au premier
Domingue, que le supplice
lesmilles gazettes
bruit quis'enr répandit en France, à la plus despodévouées à la plus exclusive,
parlât sans
de toutes les sectes, quoiqu'elle
tique
tolérance et d'humanité 2 s'élevèrent
cesse de
peignirent comme des
contre les colons, qu'elles
aussi faux
anthropophages. Mille panégyriqués, de fleurs la tombe de
que ridicules, couvrirent
une victime de la
comme
celui qu'on présentoit
de connoitre la
tyrannie. Il ne fut plus possible vouloir la répandre.
vérité;i il eut été dangereux de colons, assez malQuel espoir restoit donc anx la proie d'un philoheureux pour être devenus
que
faisoit gloire de ne respecter
sophisme qui droits naturels, qui ne comptoit
les prétendus
les usages, les mceurs, les
pour rien les temps,
vouloit nous rameconventions sociales, et qui
les vices d'un
ner à T'état sauvage, avec tous faite contre Ogé
peuple corrompu2l La procédure
comme un
regardée
fut, malgré sa régularité,
T'avoit déclaré
d'injustice; l'arrêt qui
monument
un acte de cruauté; la consticoupable, comme
un arbre vénéneux que
tution coloniale, comme détruire jusque dans ses
Ton devoit se hâter de
de son
racines ; et les blancs qu'il protégeoit quilfailloit
ombre, comme des stymangimpitoyobies
tous exterminer. --- Page 136 ---
RÉVOLUTION
Quelque puissante que fut
nale, elle avoit trop bien
T'assemblée natioexpérience, à connoitre la appris par sa propre
force de
pour heurter de front celle
Topinion, 9
bautement contre
qui se prononçoit si
en Tappelant son décret Saint-Domingue. du
Elle céda,
un autre du 15 mai
mars, et statua par
hommes de
(1), sur l'état politique des
cédemment couleur, problème qu'elle avoit préchargé Tassemblée
soudre. Dans la discussion
coloniale de réveau décret, M. Malouet qui précéda le noumontrèrent
et M. l'abbé
seuls du
de la
Maury
et quelque connoissance courage,
bonne foi,
les opinions absurdes
des localités. Parmi
naux firent
ou perfides que les jourconnoitre, il n'y eut que les
qui, en soumettant l'exercice des
leurs,
ques, non à la différence des
droits politicertaines conditions
couleurs, mais à
la propriété,
tirées de la naissance et de
de la justice. pussent être avouées de la raison et
Ce qui ajoutoit aux craintes des
moins le décret en lui-méme
colens, c'étoit
quels il avoit donné lieu
que les débats aux-
: les hommes sensés
s'inquiétoient pas tant des droits
ne
connus aux mulâtres
politiques reque des projets ultérieurs par T'assemblée nationale,
qu'elle annonçoit hau-
(2) 1790.
ées de la naissance et de
de la justice. pussent être avouées de la raison et
Ce qui ajoutoit aux craintes des
moins le décret en lui-méme
colens, c'étoit
quels il avoit donné lieu
que les débats aux-
: les hommes sensés
s'inquiétoient pas tant des droits
ne
connus aux mulâtres
politiques reque des projets ultérieurs par T'assemblée nationale,
qu'elle annonçoit hau-
(2) 1790. --- Page 137 ---
III
DE SAINT-DOMINGUE
instructions décrétées à cette'épotement. Les
et barbare (périsl'axiome extravagant
que, colonies plutôt qu'un de nos prineipes!)
sent les
étoient bien faits pour
énoncé à la tribune,
quelque inépouvanter tous ceux qui prenoient la lecture des
térét aux colonies. Aussi, dès que colons sur les
français eut éclairé les
journaux
réveillés comme par
intentions de Tassemblée,
contenir leur
de foudre, ils ne purent
un coup
de la Gironde, qui
indignation. Le département
intérêts
sur ses
pour
avoit été assez aveuglé
et assez mal inspiré
le nouveau décret,
approuver connoitre à T'assemblée provinciale
pour faire
devint avec raison
du nord cette approbation, reproches. On mit en
T'objet des plus sanglans
à Bordeaux
si l'on ne renverroit pas
question, bàtimens négriers de ce port. Presque
tous les
par des arrêtoutes les paroisses protestérent
le
les principes proclamés par
tés. On invoqua
des peuples.
constituant sur la souverainelé
décorps
dont il venoit de faire un si
Les sophismes
à abjurer, à mau:
plorable usage furent employés
aussi indire des liens dont une mère-patrie, elle-méme la
barbare, provoquoit
sensée que
et le parjure (1).
dissolution par la perfidie
Adresse de la garde nationale du Port-au-Prince,
(1) dans le Moniteur colonial le 4 juin 1791.
insérée --- Page 138 ---
I12
RÉVOLUTION
Il n'y eut pas jusqu'au
son apparition dans T'assemblée gouverneur qui, par
nord, à laquelle il vint faire
provinciale du
écrivoit au ministre,
part d'une lettre qu'il
qui agitoit la colonie. n'augmentàt Il
la fermentation
une pareille
est difficile d'excuser
imprudence; M. de Blanchelande
Taggrava en déclarant qu'il
quand même elle lui seroit s'opposeroit à la loi,
On ne peut pas douter envoyée officiellement.
il croyoit le faire
qu'il ne voulàt le bien;
en adressant des
au ministre, et en leur donnant représentations
qu'elles ne devoient
une publicité
motif avoit aussi
pas avoir. Mais un autre
le désir de la
influé sur sa conduite : c'étoit
éviter
popularité, l'écueil le plus difficileà
pour les âmes foibles. II crut
fixer par une démarche aussi
pouvoir la
poit. Toute
éclatante : il se tromdes
réputation qui n'est fondée que sur
complaisances serviles ne sauroit être
et nuit même à qui prétend
durable,
semblables moyens.
Tacquérir par de
Ilconvient d'observer que les habitans
la plupart étrangers à la colonie
des villes,
même peu intéressés
7. et par cela
politique, furent
au changement de son état
leur
précisément ceux qui, malgré
décret patriotisme, se montrèrent les plus irrités du
du 15 mai. Les propriétaires
plus instruits, et auxquels
plus riches,
ment le droit de se plaindre, appartenoit naturelles'y seroient soumis;
par de
Ilconvient d'observer que les habitans
la plupart étrangers à la colonie
des villes,
même peu intéressés
7. et par cela
politique, furent
au changement de son état
leur
précisément ceux qui, malgré
décret patriotisme, se montrèrent les plus irrités du
du 15 mai. Les propriétaires
plus instruits, et auxquels
plus riches,
ment le droit de se plaindre, appartenoit naturelles'y seroient soumis; --- Page 139 ---
DE SAINT-DOMINGUE
fut étouffée par le cridela mulMaisleur opinion provinciale du nord, justitude. L'assemblée
volontés de T'assemblée
qu'alors obéissante aux Texécution exclusive de la
constituante, réclama
loi du 8 mars, défendit toutes les propositions
pourroient y- être contraires, et persécuta
qui
dans cette circonstance, 2 osèrent dire
ceux qui,
étoit encore le parti le plus sage
que la soumission
etle plus avantageux.
CHAPITRE IV.
Concocation d'une nouvelle assemblée
coloniale. Récolte des esclaves, détails
Conduite del'assemsur cet événement.
blée. MM. de Rouvray et de Tousard,
Jeannot : cruautés de ce
Le nègre
monstre. Décret du 24 septembre 1791.
Retour des Léopardins. Attaque du
poste Galliffet.
se flattàt que le décret du 15 mai
Quoieu'ox sanctionné parie Roi, ou qu'il éprounes seroit pas modifications avant d'être envoyé
veroit quelques
du
les assemlées provinciales
à Saint-Domingue, l'ouest et du sud, ainsi que tous les
nord, de
TOM. 2 --- Page 140 ---
RÉVOLUTION
corps populaires de la colonie, sentirent le
soin de se réunir pour
à
betreuse. Le
s'opposer cette loi désasmoyen dont ils s'avisèrent fut
mer une nouvelle assemblée
de forprès le décret du 8
coloniale, qui, d'amars, la seule loi
lat reconnoitre, seroit
qu'on vouexpressément chargée de
déterminer, par une constitution, l'état
des hommes de couleur. En
politique
paroisses,
conséquence, les
qu'ilavoit été impossible de
après le départ de Tassemblée de convoquer
nommèrent des députés
Saint-Mare,
qui, réunis à
avec ceux dontl'élection remontoità
Léogane
celte
se constituérent le Ier aout
époque,
dence de M. de Cadusch, 1791, sous la présila parlie
assemblée générale de
française de
la première séance de Saint-Domingue (1). Dès
du Port-au-Prince
ce corps, une députation
ville
vint Tengager à choisir cette
pour le lieu de ses déliberations. L'orateur
suppléa aux bonnes raisons qui lui manquoient
parl'appareil de la force. Trois cents
composoient sa suite, et sembloient vouloir personnes
traindre le voeu de T'assemblée. Un
condigné que l'on osât
député(a), in.
entreprendre de géner T'indépendance de la représentation coloniale,
parla
(1)Je la désignerai sous le nom d'assemblée
de la distinguer des assemblées
coloniale, afin
(2) M. l'abbé d'Osmond.
provinciales.
il de la force. Trois cents
composoient sa suite, et sembloient vouloir personnes
traindre le voeu de T'assemblée. Un
condigné que l'on osât
député(a), in.
entreprendre de géner T'indépendance de la représentation coloniale,
parla
(1)Je la désignerai sous le nom d'assemblée
de la distinguer des assemblées
coloniale, afin
(2) M. l'abbé d'Osmond.
provinciales. --- Page 141 ---
DE SAINT-DONINGUE
iindécente
contre une démarcheaussii
avec courage
aux membres étonnés
que tyrannique, rappela des
devoirs
la fermeté formoit un
premiers des cluque
et fit avorter les projets
de leur place,
Le nord Temporta; il
bistes du Port-au-Prince. siégeroit au Cap. Le
fut décidé que T'assemblée
étant ainsi reminstructions
vOell des premières 25 du même mois.
pli,, elle s'a ajourna au
la plus désastreuse
Nous touchons à Tépoque
fatal où T'aSaint-Domingue, au moment
pour
les
des colons va les engloubime creusé sous
pas
destinée! C'est du
tir. Quel contraste dans leur
tombent
et du bonheur qu'ils
faite de Topulence
et dans le désespoir.
tout à coup dans Tindigence
du pays le plus
C'est après avoir offert l'image
en devient
riche de la terre que Saint-Domingue Habitans
et le plus malheureux..
le plus pauvre
infortunées victimes des
de Saint - Domingue, 7
avoir
factions et des systèmes; 6 vous qui, après
proserits des lieux qui vous
été inhumainement
sur une terre étranavoient vus naitre, présentez de la misère et du begère le spectacle déchirant
peuple
devez à la bienfaisancedun
soin! vous qui
le pain amer
vraiment humain et hospitalier (:)
votre misérable vie; si lindignation
qui prolonge
ou cet ouyrage a été com-
(1) Les habitans des Etats-Unis,
posé.
; 6 vous qui, après
proserits des lieux qui vous
été inhumainement
sur une terre étranavoient vus naitre, présentez de la misère et du begère le spectacle déchirant
peuple
devez à la bienfaisancedun
soin! vous qui
le pain amer
vraiment humain et hospitalier (:)
votre misérable vie; si lindignation
qui prolonge
ou cet ouyrage a été com-
(1) Les habitans des Etats-Unis,
posé. --- Page 142 ---
RÉYOLUTION
queletableau de vos longues
naitre dans le coeur detout souffrances doit faire
voit tenirlieu de
homme sensible, poutalent; s'il sufisoit,
muniquer, d'être profondément pourla comjustices qu'on vous a
pénétré des inmage de mon
faites, cet écrit, foible homzèle, en dévoilant votre âme et
caractère, en vous montrant tels
votre
vous donneroit autant d'amis, que vous étes, 2
s'honoreroient de soutenir
de défenseurs qui
pidité, T'envie et Tintolérance votre cause, que la cujures, de calomniateurs
ont suscité de paret d'assassins
perdre.
pour vous
Ce fut le 20
éclata sur
aoltr79r que la révolte des noirs
une des habitations de M. de
nommée la Gossette,
Galliffet,
sut, qui en étoit le parlassassinat de M. Mossont la substance gérant. Les détails suivans
des dépositions de
nègres, failes le lendemain
plusieurs
devant le sénéchal
Cap, qui se transporta sur les lieux
du
contre les coupables. On
pourinformer
appelé
appritqu'un vieux
Ignace, et, ce qu'il est bon de
nègre,
tingué des autres par
noter, disde travail, par les soins Texemption de toute espèce
Tobjet, avoit
particuliers dont il étoit
conspiration. depuis long-temps le secret de la
Dans une longue
avoit eue, la veille méme de la conférence qu'il
nègre libre de la Grande-Rivière révolte, avec un
tumaces dans l'affaire
(l'un des cond'Ogé), celui-ci lui avoit
et, ce qu'il est bon de
nègre,
tingué des autres par
noter, disde travail, par les soins Texemption de toute espèce
Tobjet, avoit
particuliers dont il étoit
conspiration. depuis long-temps le secret de la
Dans une longue
avoit eue, la veille méme de la conférence qu'il
nègre libre de la Grande-Rivière révolte, avec un
tumaces dans l'affaire
(l'un des cond'Ogé), celui-ci lui avoit --- Page 143 ---
DE SAINT-DONINGUE
Le moment de la vengeance
tenu ce langage : ( dans la nuit, tous les blancs
( approchesd demain,
Nous comptons sur tes
doivent être exterminés.
sera
(
ton influence. M.Mossiut:
et sur
les
( promesses
victimes; et c'est sous
des
doit
€ Tune
premières excité par toi, qu'il
de Blaise (),
T'uni-
( coups Plus dc délais, plusde craintes; re-
( tomber.
ne laisse aucun
de la conjuration
Tous
( versalité
de salut aux blanà.
aucun espoir
K fuge,
le même sort; et si quelques-uns
( vont subir
, ils n'échapeux évitent nos poignards,
la
( d'entre
du feu qui va réduire
pas à Tactivité
( peront cendres. ))
K plaine en
avoient été arrêtées
de ce plan
Les dispositions
entre les principaux
quelques jours auparavant Le Normand, au Morne
chefs, sur Thabitation
ils célébrèrent
(2). Avant de Texécuter,
milieu d'un
Rouge
de fète ou de sacrifice, au
une espèce
cultivé de Thabitation Choiterrain boisé et non
oùr les nègres se réuniseul, appelé le Caiman,
Un cochon entièrenombre.
rent en tres-grand
chargedoffrandes
mentnoir, entourede/fetiches, les autres, fut Tholoplus bizarres les imes que tout-pnissant de la race
causte offert au génie religieuses que les nègres
noire. Les cérémonies
Commandeur ou chef de Vatelier.
(:)
(2) Le 14 août.
itation Choiterrain boisé et non
oùr les nègres se réuniseul, appelé le Caiman,
Un cochon entièrenombre.
rent en tres-grand
chargedoffrandes
mentnoir, entourede/fetiches, les autres, fut Tholoplus bizarres les imes que tout-pnissant de la race
causte offert au génie religieuses que les nègres
noire. Les cérémonies
Commandeur ou chef de Vatelier.
(:)
(2) Le 14 août. --- Page 144 ---
RÉVOLUTION
pratiquèrent en
ils burent de son Tégorgeant, Tavidité avec laquelle
sang, le prix qu'ils mirenta
aederquelguesumdesa poils,
posqui, selon eux, devoit
espèce de talisman
servent à caractériser TAmedeimnatmtes
qu'une caste aussi
TAfricain. Il étoit naturel
ludât aux attentats 1guormte et aussi abrutie
rites
les plus épouvantables présuperstitieux d'une religion
par les
guinaire:
absurde et sanM. Mossut,
Cap, revint le soir que ses affaires avoient conduit au
Dès que les nègres accompagné les
d'un de ses amis.
et Tautre, ils se présentèrent supposèrent endormis l'un
du premier, dont la
d'abord à la chambre
ouverte. Réveillé
porte restoit constamment
cause. On lui
par le bruit, il en demande la
répond :
parler. Il veut lever la Cestnous qui venons vous
mémeinstant, deux moustiquière de son lit. Au
tent en lambeauxcun coups de manchetitc(s)la metà Tépaule çt à la
troisième atteint M. Mossut
jeter,
main; il n'a
le
en' criant, dans la ruelle. que temps de se
Jargeur de son lit le mettent L'elévation et la
qu'on essaie de lui
à T'abri des coups
gère clarté, il saisit porter. A la faveur d'une léd'un nègre qui T'attend avec ses deux mains la lance
au passage, et, d'un coup
(1) Espèce de sabre dont on
haies,
se servoit pour tailler les
Mossut
jeter,
main; il n'a
le
en' criant, dans la ruelle. que temps de se
Jargeur de son lit le mettent L'elévation et la
qu'on essaie de lui
à T'abri des coups
gère clarté, il saisit porter. A la faveur d'une léd'un nègre qui T'attend avec ses deux mains la lance
au passage, et, d'un coup
(1) Espèce de sabre dont on
haies,
se servoit pour tailler les --- Page 145 ---
DE SAINT-DONINGUE
le culbute dans la galerie. Les autres, 2
de pied,
fuient épouvantés.
étonnés de tant de résistance,
court
Alors M. Mossut appelle ses domestiques,
à la chambre de son ami qu'il trouve endormi prole réveille, et T'envoie sur la grande
fondément, Galliffet. S'armant ensuite d'une épée
habitation
il jure de tuer quiconque Tapet d'un pistolet,
prochera sans-avoir été appelé.
communément: six blancs surla grande
Ily avoit
depuis quinze
habitation Galliffet. M. Odelucq,
de tous les biens de cette famille, se
ans régisseur
à la Gossette. Telle étoit
rendit, lui troisième,
telle sera toujours la làcheté des nègres, que
alors,
mal armés, mais avertis et décidés
trois. hommes
au milieu
à vendre chèrement leur vie, passèrent résolu de
de cent cinquante rebelles qui avoient osàtfaire
les exterminer, sanso qu'aucun de ceux-ci
mouvement. En revenant surla grande
le moindre
trouhabitation, M. Odelucq et ses compagnons
vèrent la barrière ouverte etla serrure brisée. C'étoit T'ouvrage du chef de la révolte , qui, voyant
manqué à la Gossette, couroit à toute
le coup
retenir les autres conjurés.. Quelbride pour
diffédiligence qu'il fit, il ne put empécher
que incendies qui eurent lieu aux environs. Le
rens
Mais au lieu de
tocsin sonna à plusieurs reprises.
de le
courir au feu, comme on avoit coutume
faire, M. Odelucq, agité par de tristes réflexions,
ouvrage du chef de la révolte , qui, voyant
manqué à la Gossette, couroit à toute
le coup
retenir les autres conjurés.. Quelbride pour
diffédiligence qu'il fit, il ne put empécher
que incendies qui eurent lieu aux environs. Le
rens
Mais au lieu de
tocsin sonna à plusieurs reprises.
de le
courir au feu, comme on avoit coutume
faire, M. Odelucq, agité par de tristes réflexions, --- Page 146 ---
RÉVOLUTION
défendit aux deux ateliers de
crivit aux commandeurs la
sortir, et presgilance.
plus scrupuleuse viAu point du jour, il se transporta de
à la Gossette; là, devant T'atelier
nouveau
arrêter trois
assemblé, il fit
esclaves, parens et amis du commandeur, dont T'absence, depuis la scène de la
nuit, fit naitre de justes soupçons
ensuite pour le Cap, d'où il revint sureux. Il partit
de la sénéchaussée. On
avec le juge
la. visite des
procéda sur-le-champ à
lieux, et à Tinterrogatoire des nègres détenus. Plus de trois heures
avant qu'on put connoitre la vérité s'éconlèrent
même, sans un jeune nègre
: peut-être
domestique,
par l'aveu de quelques
qui,
voie, auroit-on
circonstances, mit sur la
ignoré plus
de la conjuration.
long-temps l'étendue
soir, l'un des
Cependant, à six heures du
trois prisonniers, étonné de voir
juge si bien instruit, se
le
autres, dont il avoit été croyant trahi parles deux
cularités
séparé, avoua lés partiqu'on vient de lire, apprit en outre
Blaise, le commandeur de la Gosselte, avoit que
de guide aux assassins, et confirma le
servi
par tous les esclaves, de faire
projet arrété
contre les blancs.
une guerre à mort
Si les mesures vigoureuses prises sur les habitations Galliffet avoient pu être générales, il est
probable que la révolte n'auroit
pas cu de suites. --- Page 147 ---
12I
DE SAINT-DONINGUE le feu
Mais dans le temps qu'on en éteignoit avec la plus
à la petite Anse, il se développoit Une bande, ayant
grande fureur à T'Acul (1).
comme un
chef Boukman, se répandit
d'une
pour
La torche
torrent dans cette paroisse. ce nègre massamain et le poignard de Tautre, les blancs que la
tous
croit impitoyablement dévorés. Son maitre lui-mème
flamme n'avoit pas
femme
et
dans les bras de sa
éplorée
fut égorgé
mourante.
victimes eût été bien plus conLe nombre des
si Boukman avoit pu se trouver partout.
sidérable,
quelques blancs
Malgré ses ordres et son exemple,
nègres.
même secourus parleurs des
furent épargnés, Tincendie de la plaine chassoit
D'autres, que
ss'étoient cachés, tombèrent
pièces de cannes ou ilss
les plus heureux
entre les mains des brigands; depuis la veille,
parvinrent au Cap. On y avoit,
Le rapport
soupçon de la conjuration.
quelque
les fugitifs ont vu commettre
des horreurs que la ville. Trois coups de cajette T'alarme dans
T'assemblée
extraordinaireent
non convoquent
Un embargo est mis sur
provinciale du nord. ferme les magasins; on surtous les navires. On
On va, on vient,
veille les esclaves domestiques.
de la province du nord à quatre
(1) Nom d'une paroisse
lieues du Cap.
,
Le rapport
soupçon de la conjuration.
quelque
les fugitifs ont vu commettre
des horreurs que la ville. Trois coups de cajette T'alarme dans
T'assemblée
extraordinaireent
non convoquent
Un embargo est mis sur
provinciale du nord. ferme les magasins; on surtous les navires. On
On va, on vient,
veille les esclaves domestiques.
de la province du nord à quatre
(1) Nom d'une paroisse
lieues du Cap. --- Page 148 ---
RÉVOLUTION
on s'aborde sans se connoitre:mille
questious se
ralc se
rcnnamereinbnreet
fait entendre, chacun
Bientotlag géne
deux ou trois cents
crie aux armes. Enfin
gardes nalionaux
un détachement du
soutenus par
petites pièces
régiment du Cap et par trois
d'artillerie, vont
Haut du Cap (1). Ce fut là
prendre poste au
blancs fuyant de T'Acul
qu'ils recueillirent les
On voyoit les
et des paroisses voisines.
de
chemins encombrés de
charrettes, de femmes,
voitures,
et de mourans. Lhomme d'enfans, de malades,
milieu de Faffliction
attentif et judicieux,au
désastre,
que lui causoit un si grand
des
pouvoit prévoir des-lors, à
uns, aux soupçons des
l'insouciance
dination de
autres, et à linsubortous, les malheurs
sur la colonie.
qui alloient fondre
Dans la nuit du mardi au mercredi
révoltés laissant la
23 août,les
paroisse de la Plaine
en arrière, se
du nord
portèrent sur la Petite Anse. Leur
rage s'exerça sur Thabitation Choiseul.
de ne pas trouver le régisseur, ils
Furieux
son nègre domestique,
se saisirent de
évasion, etle
accuséd'avoir favorisé son
jetérentvivant au milieu
case (a) czr feu, sans être attendris dela grande
par les prières,
(t) Petit bourg à une lieue de la ville.
(2) On appelle ainsi à
par le propriétaire ou Saiut-Dorningue la.mnaison occupée
par son représentant.
rage s'exerça sur Thabitation Choiseul.
de ne pas trouver le régisseur, ils
Furieux
son nègre domestique,
se saisirent de
évasion, etle
accuséd'avoir favorisé son
jetérentvivant au milieu
case (a) czr feu, sans être attendris dela grande
par les prières,
(t) Petit bourg à une lieue de la ville.
(2) On appelle ainsi à
par le propriétaire ou Saiut-Dorningue la.mnaison occupée
par son représentant. --- Page 149 ---
DE SAINT-DONRINGUE
de sa mère. De là ils
les sanglots et le désespoir
des pères de la Charité;
passent sur Thabitation
les
le feu aux cases à bagasse (1);
les uns mettent
etle massacrent sans
autres s'emparent du gérant,
sont lipitié. Les habitations Bongars et Clericy
mêmes horreurs. Les cadavres du révrées aux
de celle-ci isont exposés à la
gisseur et du gérant
la rébarrière. Repoussés du quartior Morin, par
leur
les ateliers, les brigauds
sistance que
opposeut et arrivent en masse à
retournent sur leurs pas,
tous
la Gossetie. M. Odelucq sy étoit rendu avec
même quinze ou vingt gardes
les blancs. Il yavoit
mais si mal armés,
nationaux venus de la veille,
si
aguerris, qu'à T'approche des révoltés, au
bruit peu de leurs cris féroces, ilsjeterent leurs armes
à travers les pièces de cannes, au
et se sauvèrent,
camp du Haut du Cap. M. Odelucq, resté presseul, croit pouvoir en imposer aux brigands:
que
à eux; le plus farouche de tous,
il se présente
nommé Mathurin, arrive surlui ét lui plonge son
couteau dans le sein. M. Daveiroult, député du
gros Morne à la nouvelle assemblée coloniale, est
égorgéa ses côtés, ainsi que deux hommes faisant
partie du détachement arrivé la veille.
Les nègres, enhardis par leurs succès, rendus
(i) Vaste hangar ou l'on met les cannes dont le jus a été
exprimé au moulin, et qu'on garde pour servir de chauffage"
urin, arrive surlui ét lui plonge son
couteau dans le sein. M. Daveiroult, député du
gros Morne à la nouvelle assemblée coloniale, est
égorgéa ses côtés, ainsi que deux hommes faisant
partie du détachement arrivé la veille.
Les nègres, enhardis par leurs succès, rendus
(i) Vaste hangar ou l'on met les cannes dont le jus a été
exprimé au moulin, et qu'on garde pour servir de chauffage" --- Page 150 ---
REVOLUTION
furicux par Tusage immodéré
queurs spiritueuses,
du vin et des liCap; le canon de s'avancèrent versle Haut du
babitations
ce poste les arrèta. Mais les
Denort, Decourt,
vinrent la proie des
Vergennes, deles trois
flammes; etavant dix
paroisses de T'Acul, de
leures,
et de la Petite
la Plaine du nord
Anse, ne furent
ceau de cendres. Denx
plus qu'un mondu Liinbé avoit été
jours suparavant, celle
auroit
incendiée, el le
éprouvé le méme sort,
Port-Margot
poste avantageux > et
si, occupant un
officierau régiment du encouragés par un ancien
bitans de cec
Cap, M. Vallerot, les haquartiern'avoient
aux brigands. Un petit nombre opposé une. barrière
cieux postés aux
de créoles audaMM. Dubuisson Mornets, sous les ordres de
et Dessources,
succès plus grands encore. On avoient eu des
plus facilement circonscrire auroit pu d'autant
quatre premières
les révoltés dans les
mer, que les
paroisses que je viens de nomnègres du quartier
toient pour eux autant de
Morin manifesqu'ils montroient de zèle mépris et d'horreur
leurs maitres. Pendant et d'attachement pour
Grandpré, livré à
trois jours, T'atelier de
poussa les
lui-môme, combattit et reassassiné; brigands, Le commandeur de Dauk fut
ceux de Charitte furent mis
pour avoir su contenir dans le
en pièces
dont ils étoient les chefs.
devoir les ateliers
quartier
toient pour eux autant de
Morin manifesqu'ils montroient de zèle mépris et d'horreur
leurs maitres. Pendant et d'attachement pour
Grandpré, livré à
trois jours, T'atelier de
poussa les
lui-môme, combattit et reassassiné; brigands, Le commandeur de Dauk fut
ceux de Charitte furent mis
pour avoir su contenir dans le
en pièces
dont ils étoient les chefs.
devoir les ateliers --- Page 151 ---
DE SAINT-DONINOUE détachement de
Mais la rentrée au Cap d'un Bongars, envolontaires campé sur" Thabitation Les brigands
traina la perte de cetle paroisse. du soir : leur rage
à quatre heures leur avoit oppoy pénétrèrent la résistance qu'on
s'accrut par
le nombre des établissemens
sée. La grandeur,
offrirent un spectacle
constmés par les flammes
à jamais le soudont les témoins conserveront de fumée noirâtre, qui
venir. Le nuage épais T'horizon du Cap, prit,
dans le jour embrassoit du soleil, Tapparence
aussitôt après le coucher
foyer une vingd'une aurore boréale, ayant pour
volcans.
d'habitations changées en autantde
de
taine
à Tembarcadaire
A minuit, le feu qui parut des incendisiresdans
Limonade, annonça T'arrivée les deux paroisses
et le lendemain,
ce quartier;
de la proles plus riches et les plus importantes qu'un amas de
vince du nord n'offroient plus
cendres et de ruines.
quatrième jour de la
On n'étoit encore qu'au blancs de six paroisses
révolte, et déjà tous les
ou égorgés.
étoient ou fugitifs, o1l prisonniers, des flammes;
sucreries avoient été la proie
Cent
naguère paisibles et souet vingt mille nègres,
en autantde
emniliales,menscoisnt
mis, changés
La veille, M. de Blanchele Cap du mème sort.
avec un détalande avoit envoyé M. de Tousard,
Cet offichement du régiment, à leur poursuite.
te, et déjà tous les
ou égorgés.
étoient ou fugitifs, o1l prisonniers, des flammes;
sucreries avoient été la proie
Cent
naguère paisibles et souet vingt mille nègres,
en autantde
emniliales,menscoisnt
mis, changés
La veille, M. de Blanchele Cap du mème sort.
avec un détalande avoit envoyé M. de Tousard,
Cet offichement du régiment, à leur poursuite. --- Page 152 ---
RÉVOLUTION
cieratteignitecux de l'Acul, les
de ce nom, et les fit
poussa vers la baie
Peut-étre qu'un
envelopper par sa troupe.
révolte.M. de Tousard exemple lerrible eut arrêté la
ce
étoit en mesure de
coup : il ne le fit pas ; il céda
frapper
aux larmes des
aux prières,
esclaves, crut à leurr
promesses qu'ils firent de rentrer repentiret aux
tions respectives.
sur leurs habieut donné
Quand la suite des
la preuve de leur
événemens
à ce commandantsa: foiblesse. perfidie, on reprocha
même l'accusèrent de trahison. Quelques personnes
du être
Le blâme auroit
partagé entre lui et les commissaires
assemblées coloniale et
des
gnoient, puisqu'il ne fit
penincilequiicomps
près les avoir consultés. grâce aux négres qu'aDe plus, il est à
quer qu'au troisiemejourd de la
remarrévolte, l'on
pas perdu tout espoir de l'éteindre
n'avoit
dans des flots de
autrement que
elle-mème, et
sang; exécution horrible en
qui, si elle eut été
n'auroit pas manqué de faire dire infiuctucuse,
de M. de Tousard qu'il
aux ennemis
rigueur, jeté les esclaves avoit, par une excessive
dans le désespoir.
contraire, Tépouvante
suit
Si, au
de
qui
un grand
justice en avoit
exemple
avoit fait tomber les imposé aux brigands el leur
armes des mains, cet
cier, à coup sur calomnié en
offiêtre été persécuté même
France, eut peutnoit la foiblesse
par les colons. On conavéugle de la plupart des
proprié-
, jeté les esclaves avoit, par une excessive
dans le désespoir.
contraire, Tépouvante
suit
Si, au
de
qui
un grand
justice en avoit
exemple
avoit fait tomber les imposé aux brigands el leur
armes des mains, cet
cier, à coup sur calomnié en
offiêtre été persécuté même
France, eut peutnoit la foiblesse
par les colons. On conavéugle de la plupart des
proprié- --- Page 153 ---
DE SAINT-DONINGUE
leurs esclaves. Elle suffiroit pour
taires à Tégardde
mensongères de la secte
détruire les déclamations
Cette foiblesse étoit telle, qu'après
philosophique.
commis par les
la prenve acquise des attentats de croire à leunscénoirs, leurs maitres ont refusé
soustraire ceux
lératesse, et regrettéde ne pouvoir
les armes à la main à la mort qu'ils
qu'on prenoit
avoient méritée.
le peuple
Dèsle premier jour de Tinsurrection, accusés
furieux, exerça sur les mulâtres,
du Cap,
horrible, en
d'en être les auteurs, une vengeance et sans doute
assassinant sept ou huit d'entre eux,
efLes autres, justement
les moins coupables. sembloit les attendre tous 2
frayés du sort qui
immédiate des lois et
implorèrent la protection
l'autorité. D'après un arrêté de T'assemblée
de
ils reçurent ordre de se réuprovinciale du nord,
ou, à l'aide
nir tous dans l'église des Religieuses, fois s'assurer
d'un piquet de soldats, on put à la
d'eux et les soustraire à la férocité de la populace.
de s'arrèter un instant sur cette cirIl importe
conduite réciproque des
constance, parce que.la
causes
assemblées et des mulâtres est une des
de la ruine de Saint-Domingue. Le
principales de sévérité et de foiblesse que tour à
mélange
contre eux; le mezsoterminé
tour on a déployée
tout
lequel on a voulu de temps en temps
par
cher à Tamour-propre qui
pacifier, arrangement
de la populace.
de s'arrèter un instant sur cette cirIl importe
conduite réciproque des
constance, parce que.la
causes
assemblées et des mulâtres est une des
de la ruine de Saint-Domingue. Le
principales de sévérité et de foiblesse que tour à
mélange
contre eux; le mezsoterminé
tour on a déployée
tout
lequel on a voulu de temps en temps
par
cher à Tamour-propre qui
pacifier, arrangement --- Page 154 ---
RÉVOLUTION
ne veut rien céder, et à Tignorance
rien prévoir, mais
qui ne sait
dangereux en
qu'il ne finit rien, étoit en effet politique, le
parce
moyen quel'on pût employerà
plus mauvais
Dans la position où se trouvoit Saint-Domingue. cette
n'y avoit que deux voies à
colonie, il
à suivre,Textrèmes
tenter, deux marches
rigueur,oulestr@me
guerre ouverte avec les mulâtres
confiance,
tion aux blancs. Dans le
ou leur assimilaroient joints
premier cas, ils se seaux nègres, il est vrai; mais
réunion ne les auroit pas rendus
cette
et du moins auroit-on été
plus redoutables;
crainte
sans danger et sans
partout où il n'y auroit pas eu de
lâtres. Dans la guerre, et surtout dans celle mufaità Saint-Domingue, l'ennemi
qu'on
n'est pas le plus dangereux; il valoit connu, déclaré,
pour les blancs avoir les
donc mieux
combattre
gens de couleur à
que de ne pouvoir pas
eux. Siau contraire le
compter sur
système des concessions
en leur faveur avoit prévalu, il est vraisemblable
que cette classe d'hommes,
de SCS voeux, eut
parvenue au comble
réduclion des
non-seulement concouru à la
la suite servi esclaves, mais n'auroit pas dans la
d'instrument aux fureurs de la secte
révolutionnaire.
Par une fatalité attachée à
contre lequel il semble
tout Saint-Domingue,
assemblées
que
se soit réuni, les
coloniale et provinciale tenoient alors
ur avoit prévalu, il est vraisemblable
que cette classe d'hommes,
de SCS voeux, eut
parvenue au comble
réduclion des
non-seulement concouru à la
la suite servi esclaves, mais n'auroit pas dans la
d'instrument aux fureurs de la secte
révolutionnaire.
Par une fatalité attachée à
contre lequel il semble
tout Saint-Domingue,
assemblées
que
se soit réuni, les
coloniale et provinciale tenoient alors --- Page 155 ---
DE SAINT-DOMINGUE
leurs séances au Cap. Cette dernière, circonscrite
n'osoit rien prendre sur elle.
dans ses fonctions,
les
L'autre, formée en comité général, , parceque
députés n'étoient pas en nombre suffisant pour
entravoit par ses craintes et par sa
la constiluer,
manieréglementaire, la marche du gouvernement.
on doit le dire, étoit trop foible pour un
Celui-ci,
simultané de tant
pareil fardeau. Du concours
désastreuses naissoit une versatilité
de causes
lenteur dans leur exécudans les projets, une
faisoient trembler tous les hommes cation, qui
L'un d'eux,
pables d'en prévoir les conséquences.
dire la vérité, se présenta
assez courageux pour coloniale, et, dans un disun jour à Tassemblée
nécescours très-adroit, fit sentir Tindispensable
de
un parti sur les mulâtres, et les
sité
prendre retireroit d'une conduite généavantages qu'on Sa
fut changée en
reuse à leur égard. proposition
motion par un député. Plusieurs membres T'apPersonne n'avoit osé la combattre; on
puyèrent.
le
parloit de la mettre aux voix, lorsque président prit la parole et dit, que cette question si
sous tant de rapports, étant une des
importante
l'assemblée coloniale
bases de la constitulion que
étoit chargée de faire, ne pouvoit être résolue,
ni même discutée en comité général. Cette remarque écarta la motion.
TOM. 1.
--- Page 156 ---
RÉVOLUTION
Cependant les révoltés continuoient leurs
vages, harassoient les
ratroupes en
et jour les postes avancés du Haut attaquant du
nuit
la petite Anse; la ville même
Cap et de
vives alarmes;
éprouvoit les plus
plusieurs chefs de brigands,
avoient cherché à sy introduire
qui
feu et soulever les
pour mettre le
et punis. On
nègres, avoient été arrêtés
ne peut imaginer de situation
épouvantable que celle oùt se trouvoit Saint-Do- plus
mingue. Jamais aucun peuple n'avoit eu d'aussi
grands dangers à courir, ni des ennemis aussi
cruels à combattre; la plus grande
soit à peine pour
vigilance suffiprévenirl leurs complots.
jour, les malheurs
Chaque
linforture
particuliers s'augmentoient de
publique. C'étoit surtout
nuit venoit couvrir la terre de
lorsque la
l'esprit moins distrait, l'âme
son ombre que
livroient
plus recueillie, se
aux plus accablantes réflexions. Alors
une inquiétude active réunissoitaux horreurs du
présent les chances incertaines d'un avenir
être encore plus misérable. Toutsembloit peut
der pour n'offrirau colon que les images s'accorde la destruction, de la
lugubres
Privé de
misère et de la mort.
sa fortune que les flammes avoient dévorée, de ses amis, de ses parens
yeux, son existence, à
égorgés sous ses
étoit devenue
chaque instant menacée,
pour lui un supplice. Quel temps
issoitaux horreurs du
présent les chances incertaines d'un avenir
être encore plus misérable. Toutsembloit peut
der pour n'offrirau colon que les images s'accorde la destruction, de la
lugubres
Privé de
misère et de la mort.
sa fortune que les flammes avoient dévorée, de ses amis, de ses parens
yeux, son existence, à
égorgés sous ses
étoit devenue
chaque instant menacée,
pour lui un supplice. Quel temps --- Page 157 ---
E SAINT-DOMINGUE
malconserver des jours aussi
que celui oû, pour
patrouilles sembloient
heureux, de nombreuses
devenue
où la garde de chaque rue,
insuffisantes;
tout le monde à passer
indispensable, obligeoit
cordon de factionla nuit sous les armes; où un très - rapprochées
naires postés à des distances
et
cintroit la ville dans toute sa circonférence, le cri
chaque minute,
faisoit entendre, presquà
garde à pots.!
effrayant de sentinelle, prenez vous n'a pas dit en
Infortunés colons, quid'entre de larmes et fixés au
soupirant, les yeux baignés alloit disparoitre:
point de Thorizon oùt le soleil ville du Cap sera
Peut-être qu'à son lever la
(
de fois ne s'est on pas
( détruite ! > Combien
vois donc enretour de Taurore : ( Je
écrié, au lumière du jour ! il me reste un rayon
(C core la
(( d'espérance! ))
général, quelques
Au milieu de Paccablement
proposèrent
hommes, doués d'une rare énergie,
Saintdont l'adoption eût pu sauver
des mesures
fut un particulier qui,
Domingue. De ce nombre
de la mélancolie,
sous les dehors du phlegme et
solide, suscachoit une volonté ferme, un esprit
fortes, et un courage
ceptible de conceptions Texécution. Cet homme estipropre à en faciliter soir à T'assemblée provinmable se présenta un
de T'irrésolution
ciale; il était onze heures. Frappé avec tous les gens
déplorant
de toutesles autorités,
un particulier qui,
Domingue. De ce nombre
de la mélancolie,
sous les dehors du phlegme et
solide, suscachoit une volonté ferme, un esprit
fortes, et un courage
ceptible de conceptions Texécution. Cet homme estipropre à en faciliter soir à T'assemblée provinmable se présenta un
de T'irrésolution
ciale; il était onze heures. Frappé avec tous les gens
déplorant
de toutesles autorités, --- Page 158 ---
15a
RÉVOLUTION
sensés la perte d'un temps irréparable,
que, dans une crise aussi terrible
convaincu
trouvoit la colonie, le
que celle où se
n'en avoir
pire des systèmes étoit de
aucun, el la plus
de
les administrations
dangereuse toutes
demanda
celle qui ne savoit rien
il
et obtint la parole: ((
faire,
(( ditil,que les révoltés
Depuis cinqjours,
incendient
(( et massacrent nos
nos propriétés
freres,je ne vois
( s'occupe de
les
pas qu'on
venger
uns ni de
( autres. Je connois aussi bien
punir les
(( danger de notre
que personne le
position, et la
( moyens; je sens
foiblesse de nos
comme vous la
(( conserver la ville; je
nécessité de
n'ignore
(( juste et salutaire
pas qu'une crainte
nous a jusquici
( sortir, mais on peut faire cesser empéchésd'en
( Que dès demain un ordre,
cette crainte.
(( pourra se soustraire,
auquel personne ne
oblige tous les habitans de
4 remettre leurs nègres mâles à un
(( troupes, sous T'escorte
corps de
( duits à bord d'un nombre duquel ils seront conde
((
batimens
pour les contenir ; que ces bâtimens suffisant
( placés sous la volée de nos vaisseaux
soient
( Qu'on pourvoie à tous les besoins de guerre.
(( qu'on les avertisse
des détenus,
que cette
(( qu'une mesure de
sévérité n'est
((
précaution, qui cessera dès
qu'elle ne sera plus nécessaire. Une
(( quilles sur le sort de la ville,
fois tran-
(( de nos enfans,
denos femmes et
sortons, marchons aux révoltés; --- Page 159 ---
DE SAINT-DOMINGUE
terreur et la mort nous précédent, et
K que la
seront sou-
( jurons de ne rentrer que lorsqu'ils
( mis' où qu'ils auront été exterminés. >
Ce n'est pas la première fois, ce ne sera pas
la dernière que les avis les plus sages, que les
plans les mieux combinés seront inutilement
assemblées coloniale et procommuniqués aux
vinciale. Qui ne riroit de pitié, ou plutôt quine
au souvenir de leur confrémiroit d'indignation
duite? C'est ici le moment de rappeler qu'entourée de décombres et de cendres, T'assemblée
comme le premier de ses soins
coloniale regarda
de détermicélui de régler un vain cérémonial,
deux
ner le costume de ses membres. Elle perdit salle
trois séances en dispositions relatives à la
ou
bureaux. Elle arrêta qu'un buffet, défrayé
et aux
aux besoins des députés.
parla nation, serviroit
ignation
duite? C'est ici le moment de rappeler qu'entourée de décombres et de cendres, T'assemblée
comme le premier de ses soins
coloniale regarda
de détermicélui de régler un vain cérémonial,
deux
ner le costume de ses membres. Elle perdit salle
trois séances en dispositions relatives à la
ou
bureaux. Elle arrêta qu'un buffet, défrayé
et aux
aux besoins des députés.
parla nation, serviroit Oni eut cru, à voir son immobilité et son indifféétoit étrangere à la province du
rence, qu'elle
intéresséc à sa conservation.
nord, et nullement
de la salle où
Cependant du lieu de sès séances,
elle délibérait à son aise, ses regards découvroient le théâtre sanglant de la plus terrible
catastrophe qui ait jamais bouleversé un empire.
fit dans le temps à
Une des objections qu'on
l'assemblée coloniale, et qu'on lui rénouvela pluà laquelle ses partisans ne
sieurs fois, objection --- Page 160 ---
RÉVOLUTION
surent jamais que répondre, c'est qu'elle métie
n'ait pas d'abord senti que le moment n'étoit
favorable pour l'exercice de ses fonctions,
pas
se soit obstinée à poursuivre les
qu'elle
avantages fantastiques de la démocratie, sans aucune des
que cet ordre de choses suppose dans
qualités
un peuple,
disons, mieux avec tous les vices qui le rendent
une calamité. On avoit beau lui dire et lui répéter
que, dans des circonstances à peu près semblables, à Rome et dans tous les pays où un sénat
tenoit les rênes du gouvernement, il se hâtoit de
les remettre à un seul magistrat, lorsque la
dité et la complication des événemens
rapimettoient plus à une assemblée délibérante ne persaisir T'ensemble ni d'en suivre le
d'en
cours. Cet
exemple devoit avoir d'autant plus de force,
étoit invoqué dans une situation plus délicate qu'il et
plus critique encore, chez un peuple de tout
temps étranger aux fonctions du
et dépourvu des lumières
gouvernement
que T'expérience seule
peut donner. Cependant cei même peuple, travaillé
par la plus affreuse maladie qui ait jamais affligé
l'espèce humaine, continue de troubler l'ordre SOcial, de disloquer la machine politique; substitue
l'action indécise ou funeste d'une assemblée turbulente et factieuse à celle d'une administration
centrale; et s'obstine à s'occuper de la législation
d'un pays dont la possession,
disputée par un
que T'expérience seule
peut donner. Cependant cei même peuple, travaillé
par la plus affreuse maladie qui ait jamais affligé
l'espèce humaine, continue de troubler l'ordre SOcial, de disloquer la machine politique; substitue
l'action indécise ou funeste d'une assemblée turbulente et factieuse à celle d'une administration
centrale; et s'obstine à s'occuper de la législation
d'un pays dont la possession,
disputée par un --- Page 161 ---
DE SAINT-DONINGUE
est sur le point de lui échapennemi redoutable,
per.
malheureux sans doute que T'assemblée
Il est
eu le bon csprit de s'ajourner,
coloniale n'ait pas
de rèver une constiet de comprendre qu'avant révolte:mais cetle faute
tution, il falloit arrêter la
lui reprocher ?
est-elle la seule qu'on puisse, si
erreur,
faite d'une grave
Voyons si,abstraction administration vigoureuse et
elle.a su, par une
et si,
faire
son imprévoyance;
sage; se
pardonner conduite et ses succès, elle est parpar sa bonne
du principe
venue à atténuer les conséquences
dangereux qu'elle avoit adopté., qu'elle exigea
A peine se fut elle constituée, donnât tous ses soins
de M. de Blanchelande qu'il arrêta la formation de
à la, sureté de la ville. Elle
établit une comtrois régimens de garde soldée; les droits d'octroi; ;
mission prévotale; augmenta
décida que
fit partir un aviso pour la Jamaique;
de
membres résideroient en qualité
deux de ses
de cette colocommissaires auprès du gouverneur
l'embargo qu'environ un mois après.
nie,etneleval
des faits; je vais faire
Voilà le matériel et le précis
nécessairesàleur
circonstances
connoitre quelques
essentiel d'observer que
explication. Il estd'abord attachés à la colonie
les régimens exclusivement autorité que celle des
d'autre
ne reconnoissoient
avoit été attribuée la noassemblées auxquelles
ses
de cette colocommissaires auprès du gouverneur
l'embargo qu'environ un mois après.
nie,etneleval
des faits; je vais faire
Voilà le matériel et le précis
nécessairesàleur
circonstances
connoitre quelques
essentiel d'observer que
explication. Il estd'abord attachés à la colonie
les régimens exclusivement autorité que celle des
d'autre
ne reconnoissoient
avoit été attribuée la noassemblées auxquelles --- Page 162 ---
136.
RÉYOLUTION
mination des officiers, et que les
et noire
couleurs
composoient leur uniforme.
rouge
pas laisser ignorer
la
Il ne faut
tion, la loi et le Roi, que
légende vive la nafauteuil du
qui se lisoit au-dessus du
président, avait été
magistrat populaireaffectoit de effacée; que ce -
peau la cocarde noire
porter à son chanale. Il
au lieu de la cocarde natioimporte enfin de
d'un arrêté ad hoc, les remarquer qu'en vertu
blées étoient
députés aux deux assemnoire,
distingués, les uns
, et les autres
par une
par une écharpe
écharpe
portoient en bandouliere;
rouge, qu'ils
trop puérile et trop
décoration qui eût été
servi à
ridicule, si elle n'avoit
indiquer le but vers
pas
Ces remarques
lequel lout tendoit.
isolées et
insignifiantes, lorsqu'elles sont
viennent décisives indépendantes les unes des autres, deet
lient à un
convaincantes quand elles se
quel étoient système ou à un projet, au succès dud'influence dans intéressés ceux qui avoient le plus
T'assemblée.
L'existence d'un plan contraire
Ia France
aux intéréts de
acquiert un nouveau degré de
litéysil'on se souvientque,surla
probabibre, il fut. arrélé, contre les
motion d'un memque le terme de la
statuts de l'assemblée,
seroit
présidence de M. de Cadusch
prorogé, afin de pouvoir donner suite
négociations entamées avec le
aux
maique, que ce député avoit gouverneurdelaJadirigées jusqu'alors,
'un plan contraire
Ia France
aux intéréts de
acquiert un nouveau degré de
litéysil'on se souvientque,surla
probabibre, il fut. arrélé, contre les
motion d'un memque le terme de la
statuts de l'assemblée,
seroit
présidence de M. de Cadusch
prorogé, afin de pouvoir donner suite
négociations entamées avec le
aux
maique, que ce député avoit gouverneurdelaJadirigées jusqu'alors, --- Page 163 ---
DE SAINT-DONINGUE
en certitude, lorsqu'on
La probubilité se change
les capitaines des
l'offre faite par
se rappelle
d'expédier à leurs frais un
naviresdu commerce,
de Tassemblée :
aviso en France, et la réponse délibérer. La certitude
qu'il ny avoit pas licu à
réfléchit à la
enfin devient conviction, lorsqu'on pendant cinq
résistance opiniatre qu'elle opposa
M. de
semaines au désir souvent manifesté par de la siBlanchelande, d'instruire la métropole
loin
de la colonie; cette résistance est
tuation
d'absoudre le gouverneur, qui n'ausans doute
le veeu de Tassemblée pour
roit pas du prendre conduite. Mais de ce qu'il manqua
règle de sa
exigeoient,
de la fermeté que les circonstances
méconnut les risques où T'entratnoit
de! ce qu'il
doit
conclure qu'il fut
sa foiblesse on ne
pas livrer St.-Domingue
d'accord avec la faction pour
Son tort, ou plutôt son malheur,
à TAngleterre. caractère
( Quidoit,
a été d'avoir un
pusillanime. les intérêts de la CQdisoit-il souvent, connoitre habitans et les propriétaires ?
lonie, si ce n'est les
instruit qu'il soit, un
Un seul homme, quelque intentionné qu'on le
quelque bien
gouverneur,
à Terreur, peut être plus
suppose, est plus sujet
assemblée que les
facilement trompé, qu'une
intérêts portent à la circonspection
plus puissans
et à la sagesse. ))
sous bien des rapports, >
Ces réflexions, justes
*
TOME I.
--- Page 164 ---
RÉVOLUTION
prouventle
M. de
désintéressement et la modération
Blanchelande; mais CCS vertus
de
geoient en défauts
se chanpar la
qu'il en faisoit. Il
mauvaise
voyant
ne falloit pas étre application bien
M. Cadusch pour pénétrer les vues de la faction clairla
étoit Tâme; quelque absurde dont
conspiration dont il tenoit
que fut
neur étoit fortement
les fils, le gouverne devoit
intéressé à la
pas surtout avoir Tair connoitre, et
par son silence. Si le
de la favoriser. C
époque; si,
projet n'a pas réussià cette
conjurés, malgré les voeux et les efforts des
sement cette FAngleterre n'a pas saisi avec
les troupes occasion de nuire à la empresniale
que le président de
France; ; si
croyoit recevoir de la
Tassemblée colovenues former un
Jamaique ne sont pas
les parlisans de la noyau qu'auroient grossi tous
la situation
domination anglaise; c'est
de
politique de IEurope, et
que
TAngleterre, sy
surtout celle
de préroyance,
opposoient. Avec un
le
Tassemblée auroit entreyu peu
développement de toutes les
que
niques, mouvement
forces britanson plan, et sans indispensable à la réussite de
ne pouvoit
lequel tout devenoit
pas s'effectuer
impossible,
mis autant d'artà
encore, Elle eût donc
mit
éloigner le soupçon qu'elle
eût d'imprudences propres à le faire
comemployé plus de soins à écarter naitre; elle
Saink-Domingue devoit être
une lutte dont
lej prétexte, le théâtre
toutes les
que
niques, mouvement
forces britanson plan, et sans indispensable à la réussite de
ne pouvoit
lequel tout devenoit
pas s'effectuer
impossible,
mis autant d'artà
encore, Elle eût donc
mit
éloigner le soupçon qu'elle
eût d'imprudences propres à le faire
comemployé plus de soins à écarter naitre; elle
Saink-Domingue devoit être
une lutte dont
lej prétexte, le théâtre --- Page 165 ---
DE SAINT-DOMINGUE d'impatience à la
et le prix, qu'elle ne montra d'avance et de sangprovoquer. Elle eût calculé
ensuite les
froid la possibilité de T'entreprise, étoient attaet les inconvéniens qui y
avantages
pas dhypothèse, quelque
chés. A la vérité,iln'est soit, de position quelque
extraordinaire qu'elle
qui ne fut préfédésastreuse qu'on la suppose, anéanti la colonie.
rable aux malheurs qui ont
de la faction
Certes, si T'on jugeoit le système
l'état ou St.Domingue: a étéréduit,
dominante parl
justifiée; mais, outre que
elle seroit pleinement auroit dà baser sa conduite
l'assemblée coloniale
accueillir avec
des
sages, ne pas
sur
principes
et introduire dans la
enthousiasme des maximes, condamnoit dans la
colonie des formes qu'elle à cetie époque ce
métropole, pouvoit-on ? Le prévoir délire qui a tout détruit
qui est arrivé depuis
propagé à Saintétoit-il vraisemblable? ? Etsils'est novateur si imDomingue, n'est-ce pas à T'esprit
adopté, aux vues dindépendance
poliliquement
manifestées, qu'il
et de perfidie si maladroitement
T'attribuer?
faut en partie
du quartier Morin et de LiAprès l'incendie
sembla sel eralentir;
monade, la fureur des brigands
dans les papoint à pénétrer
ils ne cherchèrent Celles de T'est demeuroient
roisses circonvoisines.
les menaçoit,
intactes; effrayées du danger qui
d'armée
elles formèrent au Trou un petit corps
ement
manifestées, qu'il
et de perfidie si maladroitement
T'attribuer?
faut en partie
du quartier Morin et de LiAprès l'incendie
sembla sel eralentir;
monade, la fureur des brigands
dans les papoint à pénétrer
ils ne cherchèrent Celles de T'est demeuroient
roisses circonvoisines.
les menaçoit,
intactes; effrayées du danger qui
d'armée
elles formèrent au Trou un petit corps --- Page 166 ---
RÉVOLUTION
pour contenirà
roit dans le Limbé Linonadelaerelo, que resserun autre corps
Port-Margot. M. de
organisé au
et
Rouvray
proprietaire à
marecal-decimp
rassembléles habitans Saint-Domingue, après avoir
cordon devoit
desq squartiers quele premier
gouverneur
défendre, sollicita et obtint du
lerie et des munitions. quelques troupes de ligne, de T'artilrience d'un vieux
Au sang froid et à T'expéjoignoit Tardeur capitaine cet officier-g
et Tactivité
général
il possédoit les
d'un jeune militaire ;
du théâtre de la connoissarices topographiques
dont il avoit guerre; il éloit craint des
étudié lcs mceurs et les
nègres,
respecté des mulatres,
habitudes, 9
au siege de Savannah, qu'il avoit commandés
dépendance américaine. dans la guerre de Tinfiance publiquel
Que de titres à la convray de la
Qu'il étoit facile à M. de Roucommandable justifier, et de se rendre utile et
à ses concitoyens! Mais
requalités étoient ternies
ses belles
caractère qui alloit
par une inflexibilité de
tement, par une vivacité quelquefois jusqu'à l'entéquerie, par un ton de
qui tenoit de la brusen le supposant
supériorité exclusive qui,
autant d'ennemis fondé, ne lui faisoit pas moins
de ceux dont il humilioit
mour-propre. Le sort de cel homme,
l'aappeler
qu'on
extraordinaire, est de n'avoir eu
peut
détracteurs ou des partisans
que des
également exagérés.
-
une inflexibilité de
tement, par une vivacité quelquefois jusqu'à l'entéquerie, par un ton de
qui tenoit de la brusen le supposant
supériorité exclusive qui,
autant d'ennemis fondé, ne lui faisoit pas moins
de ceux dont il humilioit
mour-propre. Le sort de cel homme,
l'aappeler
qu'on
extraordinaire, est de n'avoir eu
peut
détracteurs ou des partisans
que des
également exagérés.
- --- Page 167 ---
DE SAINT-DOMINGUE
lui refusoient jusqu'à la
Pendant que les uns
les autres
des élémens de son état,
connoissance
enthousiasme,
de ses talens qu'avec
ne parloient
qu'en lui. La vérité est,
etn'avoient d'espérance
dans tous
qu'ila été la terreur des brigands; que,
combats où ils'est trouvé, quelque prodigieux
les
nombre des révoltés, quelque foible
que fat le
la victoire
futla force quil avoit à ses ordres,
que
a toujours suivi ses drapeaux.
lieu contre
avoit
M. d'Osatanarntransteel
dans l'une d'elles
péri
les nègres;
de T'assemblée coloniale au
mond, commissaire
Il montoit
d'armée de M. de Rouvray.
corps
qui T'entraina, malgré tous
un cheval fougueux
(1), où il fut
au milieu des mangles
ses efforts,
les brigands. Comme il
aperçu et massacré par
sur le bruit
étoit gentilhomme et propriétaire,
qu'on n'avoit pas trouvé son cadavre,
répandu
ne s'étoit donné la peine
que personne peut-être
de croire
de chercher, le parti démagosique,loin.
la malveillance et l'absurdité
à sa mort, poussa
- avait embrassé la cause des rejusqu'a dire qu'il'a
cette
de vue qu'à
belles. Il ne faut pas perdre
disant
fanatiques se
les révolutionnaires
époque, n'admettoient nulle différence entre un
patriotes,
espice d'arbrisseau qui se plait dans les
(1) Paléluviers,
fonds bas et marécageux.
parti démagosique,loin.
la malveillance et l'absurdité
à sa mort, poussa
- avait embrassé la cause des rejusqu'a dire qu'il'a
cette
de vue qu'à
belles. Il ne faut pas perdre
disant
fanatiques se
les révolutionnaires
époque, n'admettoient nulle différence entre un
patriotes,
espice d'arbrisseau qui se plait dans les
(1) Paléluviers,
fonds bas et marécageux. --- Page 168 ---
REVOLUTION
scélérat et T'homme qu'ils appeloient
Pour eux T'opinion politique de M. aristocrate.
pouvoit être douteuse. Sa
d'Osmond ne
qu'il avait éprouvées
naissance et les pertes
en Europe devoicnt le faire
ranger parmi les mécontens. Or ceux-ci
tendre les patriotes) étoient
(à enmingue
venus à Saint-Doprovoquer eux - mémes leur
courir le risque d'être
ruiue, et
massacrés,
une contre-révolution dans la
pour opérer
avoient été
France, où ils
dépouillés et proscrits.
raisonnement, dont le ridicule n'est D'après ce
pas encore universellement
peut-étre
de gens au Cap restèrent reconnu, beaucoup
que M. d'Osmond avoit long-temps persuadés
passé du côté des
pour être l'âme de leurs conseils et le nègres
leurs opérations.
guide de
Tous les efforts qu'on
delar révolte, loin d'être
opposoit aux progrès
servi qu'à
d'aucune utilité, n'avoient
aguerrir les esclaves, qui d'ailleurs vengeoient leurs pertes par le massacre des blancs
sonniers, et Pecfacradiedalbatimense
pritans sur les habitations.
encore exisL'expérience avoit appris
quesiunecolonne, quelque
fût, suffisoit
peunombreusegiolle
pour disperser une multitude de
révoltés, elle ne pouvoit pas obtenir des succès
décisifs contre eux, parce qu'ils avoient la
source de la fuite dans les
resfallu les
montagnes. Il eut donc
entourer, couper leur relraite, les forcer
--- Page 169 ---
DE SAINT-DOMINGUE
tel auroit dû être, tel on imaginoit
à combattre;
d'une conférence qui avoit
que seroit le résultat M. de Rouvray et M. de
eu lieu à Limonade entre
chacun à la tête de trois ou quatre
Tousard,
Les deux corps se
cents hommes. Vain espoir!
IM. de Toudivisèrent et agirent séparément.
de casard, qui la veille, avec un simple piquet aux
avoit enlevé une pièce de canon
valerie,
marcha au bois de
brigands et tué leur chef,
Bullet un autre
Lance, et chassa de Thabitation
Jeannot.
clief, le plus cruel de tous, nommé de Liparcourut tout le bas
M. de Rouvray
dans différentes renmonade, battit les révoltés
de leurs ajoubrola quelques centaines
contres,
bout de
jours, au
pas (1), et revint, au
fortifié. quatre Il étoit temps :
Morne à Becly, qu'il avoit
auroit été surpris.
deux heures plus tard ce poste
de Bullet
qui avoit réoccupél la position
Jeannot,
de M. de Tousard, étant prévenu
après la retraite
M. de Rouvray avoit quitté
par ses espions que
emporter un poste
le fort Becly, crut pouvoir
et qui devequ'il supposoit, dégarni entièrement, formidable. Il T'attaqua
noit de jour en jour plus
deux mille hommes, et fut complètement
avec
Huttes de la forme des tentes appelées canonnières 7
(1)
des branches et des feuilles d'arbres.
faites avec
ousard, étant prévenu
après la retraite
M. de Rouvray avoit quitté
par ses espions que
emporter un poste
le fort Becly, crut pouvoir
et qui devequ'il supposoit, dégarni entièrement, formidable. Il T'attaqua
noit de jour en jour plus
deux mille hommes, et fut complètement
avec
Huttes de la forme des tentes appelées canonnières 7
(1)
des branches et des feuilles d'arbres.
faites avec --- Page 170 ---
REVOLUTION
battu. Deux cents de ses meilleurs
tèrent sur Ia place.
soldats resTrompé dans son attente,
rage dans le coeur. Ce
Jeannot Se retira la
toutela férocité
fut alors qu'il déploya
deson caractère.
tel homme réunissant les
L'existence d'un
patibles, les vices les passions les moins comreproche à faire à Tauteur plus de opposés, seroit un
décrets de la Providence
tous les étres, si les
de notre foible raison. pouvoient subir T'examen
O vous, aveugles sectaires,
imprudens amis des noirs,
de Tesprit novateur et
dangereux partisans
révolutionnaîre!
les
yeux sur la conduite de tous ces chefs jetez
gands; suivez le nègre
de brichaque
Jeannot, ce scélérat dont
pensée étoit un crime, dont tous les
étoient marqués par des assassinats.
pas
d'abord abuser de toutes les
Voyez - le
jouissances d'un luxe
barbare, se plonger dans tous les excès de la
débauche et dela crapule; puis, afin de
cette liberté dontses vertus,
conquérir
doient si digne, monter disiez-vous, le rengnifiquelatelée de huit dans une voiture macompagnie de
cheyaux, qu'entoure une
gardes, et que suit une nombreuse
armée, Voyez-le au moment du
sage
combat, le vidécomposé par la peur, et la crainte
mort dans Tàme, se dérober,
de la
teuse et
par une fuite honcher. précipitée, au danger qu'il a paru cherVoyez-le enfin, plus cruel, plus hideux
monter disiez-vous, le rengnifiquelatelée de huit dans une voiture macompagnie de
cheyaux, qu'entoure une
gardes, et que suit une nombreuse
armée, Voyez-le au moment du
sage
combat, le vidécomposé par la peur, et la crainte
mort dans Tàme, se dérober,
de la
teuse et
par une fuite honcher. précipitée, au danger qu'il a paru cherVoyez-le enfin, plus cruel, plus hideux --- Page 171 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
verser dans sa fuite le sang des nègres
encore,
ces actes d'une barmême, et préluder 2 par
à l'exécution de soixante pribarie gratuite,
sonniers blancs qu'il égorge bientôt de sa propre
main.
victimes étoit M. Paradole,
Au nombre de ces
de huit
habitant de la Grande- Rivière, et père
tout chez lui retraçoit les moeurs des
enfans :
Pris
les brigands sur son
temps antiques.
par
voulu s'éloiguer
habitation, dont il n'avoit jamais
les instances de sa famille qui s'étoit
malgré
réfugiée dans une paroisse encore tranquille, le
chargé de fers par ordre de Jeannot qui
connoissoit, il fut trainé de camp en camp juscelui de Bullet, où, comme on T'a vu, ce
qua
Là s'offrit aux
chef faisoit alors sa résidence.
regards de M. Paradole tout ce qu'une perversité
frein a de plus hideux, tout ce que la soif
sans
de plus dégoutant et de
du sang peut inspirer
d'un
horrible. Chaque jour la vue
supplice
plus
le
à maudire son existence, à en
nouveau portoit
combien
désirer la fin. Hélas! il ne prévoyoit pas
elle seroit douloureuse et cruelle. llignoroitquel
de tourment lui étoit réservé. Le malheuespèce étoit loin de prévoir que ce qui avoit faiti jadis
reux
le charme, ,le bonheur de sa vie, T'empoisonneroit
derniers momens. Quatre de ses enfans, que.
'à ses
ro
TOM. I. --- Page 172 ---
RÉVOLUTION
tourmentoit le regret d'avoir abandonné
bon père, osérent venir le réclamer de un si
-
lui-même : jamais voeu ne fut plus louable Jeannot et
ne mérita mieux d'être exaucé. Le barbare
n'en fut point attendri ; son âme atroce s'indigna de l'idée que l'on eût pu compter sur sa
clémence. L'espoir que toute une famille avoit
eu de le toucber par ses larmes devint un crime
de plus à ses yeux : l'ordre d'enchainer et de
renfermer les quatre jeunes Paradole avec leur
père fut le prix de Phommage le plus
ait jamais été offert à la vertu
la pur qui
filiale.
par
piété
Qui pourroit peindre ce qu'éprouva le bon
vieillard à l'aspect de ses enfans qui le
sèrent tour à tour dans leurs bras ? Mais presil connut le nouveau témoignage de leur quand tendresse, quand il apprit que l'espoir d'obtenir sa
liberté les avoit seul amenés auprès de
un torrent de larmes inonda son visage. Jeannot, Il sentit
que le sort le plus affreux l'attendoit à la fin de
sa carrière. La férocité de ce nègre lui étoit
connue. Les sanglantes exécutions qu'il avoit
ordonnées ou faites de sa main, et auxquelles
M. Paradole avoit été obligé d'assister, ne
mettoient pas à celui-ci d'espérer une meilleure perdestinée. Il se fat soumis sans peine aux plus
torrent de larmes inonda son visage. Jeannot, Il sentit
que le sort le plus affreux l'attendoit à la fin de
sa carrière. La férocité de ce nègre lui étoit
connue. Les sanglantes exécutions qu'il avoit
ordonnées ou faites de sa main, et auxquelles
M. Paradole avoit été obligé d'assister, ne
mettoient pas à celui-ci d'espérer une meilleure perdestinée. Il se fat soumis sans peine aux plus --- Page 173 ---
DE SAINT-DOMINGUE
mais la crainte de voir des encruelles tortures;
à la mort
fans si dignes de son amour exposés livroit à
avoir tâché de Ty soustraire, le
pour
ne peut se décrire et dont
un supplice qui
le bonheur d'être pères
ceux-là seuls qui ont
peuvent concevoir Tépouvantable rigueur.
S
n'étoient malheureusement que
Ses craintes
fondées. Le moment fatal approchoit pour
trop
Jeannot tenoit dans les fers.
tous les blancs que
d'une rage enCe monstre, agité par les fureurs
depuis sa défaite, accourt
core plus implacable bouillant de colère, ivre de venl'oeil en feu,
Thabitation, il ordonne
geance. En arrivant sur
lui amène tous les prisonniers. Son impaqu'on
la soif du sang qui le dévore est si
tience est telle,
au-devant
ardente, qu'il s'élance comme un tigre
d'eux; il ouvre le ventre à Tun, arrache les yeux
et la langue à un autre ; un troisième est pendu
les pieds, un quatrième est scié vivant entre
par
Une foule d'autres expire sous
deux planches. les flammes. Les cris du désesle fouet ou dans
gémissemens de la douleur, seuls se font
poir,les Quel horrible spectacle! Mais une scène
entendre- déchirante encore va lui succéder. Le vénéplus rable Paradole, entouré et soutenu par ses enfans,
traine vers Jeannot. (( Arbitre de mon sort, lui
se
viens
te demander la vie; hélas!
dit-il, je ne
point --- Page 174 ---
RÉVOLUTION
qu'en pourrais-je faire? mais je te conjure à
noux d'épargner mes enfans : contente-toi d'une gevictime.A ce prix, je meurs sans regret,
porte même au tombeau le doux sentiment etjem- de la
reconnoissance. >
Un exemple si touchant de piété filiale et de
tendresse paternelle ne fit qu'irriter le féroce
Jeannot. Loin d'être ému à T'aspect d'une famille
éplorée donti il peut d'un mot calmer les
ct finir la misère, il cherche à
angoisses
plice, il s'occupe d'inventer prolonger son supun tourment
puisse réunir tous les genres de douleur. Enfin qui
son esprit infernal s'arrête à l'idée de rendre le
père témoin de la mort successive de ses
enfans, de le frapper de tous les traits quatre
tomber sur chacun d'eux, de déchirer qui vont
son coeur avant de lui donner le
quatre fois
ce plan exécrable est
coup mortel; et
sur-le-champ exécuté avec
un soin, un sang-froid dont Jeannot seul
être capable.
pouvoit
Je vais rappeler ici un autre atlentat commis
dans le même temps par ce
plètera le tableau
brigand,et qui comque je viens de placer sous les
yeux du lecteur.
Un nègre nommé Zéphir, parent de Jeannot
et son ami dès l'enfance, étoit devenu son
tillon après avoir été celui de leur maitre poscom-
sur-le-champ exécuté avec
un soin, un sang-froid dont Jeannot seul
être capable.
pouvoit
Je vais rappeler ici un autre atlentat commis
dans le même temps par ce
plètera le tableau
brigand,et qui comque je viens de placer sous les
yeux du lecteur.
Un nègre nommé Zéphir, parent de Jeannot
et son ami dès l'enfance, étoit devenu son
tillon après avoir été celui de leur maitre poscom- --- Page 175 ---
*49
DE SAINT:DOMINGUE
d'ausur lui de dételer, avec
mun. Il prit un jour
les chevaux étoient
tant plus de raison, que
informé qu'il n'a
rendus de fatigue. Jeannot ,
descend d'un
attendu ses ordres, Tappelle,
Tespas
d'un pas lent et grave,
air calme et serein,
l'infortuné
calier de la maison, au. bas duquel
Zéphir, ,accouru à sa RRt.ounanueoement le
tire un pistolet, de sa ceinture,
de ce nègre,
et le fail tomber mort
lui applique sur T'oreille,
à ses pieds.
ni la plainte, ni le
Ce bourreau ne permettoit
ou T'ami, le
murmure. Il eût immolé le parent
un
la soeur qui, par une larme, par
frère ou
sur: le sort de ses
soupir, auroit osé s'attendrir
malheureuses victimes. --- Page 176 ---
REVOLUTION
CHAPITRE VII.
Arrioéeau Capde
venant de la
proiufpigaloranglatas
de
Jamaique. Le président
Santo-Domingo refuse tout secours.
Réfexions sur les auteursde la révolte.
Concordat passéà la Croiz-des-Bouquets et au Port-au-Prince.
du 24 septembre
Décret
1791 de l'assemblée
constituante. Divisions entre le
nement et Lassemblée
gouverque et prise du
coloniale. Allacamp Galliffet.
L'ux des deux commissaires
coloniale avoit
que T'assemblée
envoyés à la
retour. Le secours qu'ils
Jamaique étoit de
un vaisseau de
obtinrent se réduisit à
croisière sur la côte cinquante de
canons, qui établit sa
frégates qui vinrent l'ouest, et à trois petites
bord cinq cents fusils mouiller au Cap, ayant à
et quelques munitions
guerre et de bouche. On s'attendoit à
de
ou deux régimens. Mais le
recevoir un
maique, lord Effingham, gouverneur de la Jade la garnison, à
s'excusa sur la foiblesse
peine suffisante pour maintenir --- Page 177 ---
DE SAINT-DOMINGUE où se trouT'ordre dans la circonstance critique le but véritable
voient toutes les Antilles. Ainsi
retira de son
de la faction fut manqué, et elle ne manifesté des
que la honte d'avoir
étoit
empressement
Sur lune des frégates
intentions perfides.
considéré à la Jamaique
anglais (1),
un planteur
et à raison de la place quily
pour sa fortune,
très-sensible aux malheurs
occupoit. Il se montra
de tout
et promit d'appuyer
de Saint-Domingue, des
qui se renson crédit les efforts
personnes solliciter un emprunt.
doient à la Jamaique pour fait naitre nese réalisa
Mais l'espérance quilavoit commissaire de T'assemblée
pas. Bientôt l'autre
contre Topinion de
revint au Cap, convaincu,
que l'assisM. de Cadusch qui T'avoit remplacé, à des voeux stériles
tance des Anglais se borneroit
d'appuyer
de Saint-Domingue, des
qui se renson crédit les efforts
personnes solliciter un emprunt.
doient à la Jamaique pour fait naitre nese réalisa
Mais l'espérance quilavoit commissaire de T'assemblée
pas. Bientôt l'autre
contre Topinion de
revint au Cap, convaincu,
que l'assisM. de Cadusch qui T'avoit remplacé, à des voeux stériles
tance des Anglais se borneroit et à de vaines démonstrations. déçue dans les espéSi l'assemblée coloniale,
la
avoit fondées sur
Jamaique,
rances qu'elle
les suites de cette démardut craindre de plus
de Santoche,la réponse équivoque du président à la rassuDomingo ne paroissoit pas cruellement propre
trompée
rer. Au chagrin de s'être
de PHistoire des colonies
(1) M',Bryans Edwards, 2 auteur et d'une Relation des
britanniques des Indes occidentales,
informe etincomdésastres de Saint-Domingue. Cet oùt l'anteur ouvrage, a puisé.
plet; se ressent des sources --- Page 178 ---
RÉVOLUTION
dans ses calculs, se
devinée
joignoit le dépit
par un voisin
d'avoir été
d'en être trahie
ombrageux, etla certitude
messes qu'il lui malgré les sermens et les profait
prodiguoit, A la vérité, si
abstraction des motifs
l'on
gouvernement
secrets qui guidoient le
et d'après
espagnol, motifs faciles à deviner,
lesquels Tassemblée
prévoyante, auroit du modifier coloniale, plus
est forcé de convénir
sa conduite, on
fut une
que la réponse du président
lation escobarderie, et son
du traité (1) existant immobilité une vioL'article IX, avoit
entre les deux cours.
affreuse où
méme prévu la
se trouvoit
circonstance
fait, des secours
Saint-Domingue, et avoit
pensable.
stipulés, un devoir sacré et indisà l'autorité Lhumanité, des
en outre, joignoit sa voix
conventions
de T'exécution de cet article. solennelles garantes
à la mort une foule de
Ilslagissoit d'arracher
victimes
comploient avec raison sur ceta innocentes, qui
doutcux que, dans tout
appui; ; il n'est pas
n'auroit
autre état de
pas eu besoin de ces
choses, on
santes. Mais telle étoit
considérations puismalheureusement la crise
(1) Traité définitif de police entre la
signé les 7 juin et 4 décembre
France et TEspagne,
M. le comte de Florida
1777 par M. d'Ossun et par
année, et au Port-an-Prince Blanca, le enregistré au Cap la méme
nistration de MM.
12 jauvier 1778, sous T'adrid'Argout el de Vaivres.
choses, on
santes. Mais telle étoit
considérations puismalheureusement la crise
(1) Traité définitif de police entre la
signé les 7 juin et 4 décembre
France et TEspagne,
M. le comte de Florida
1777 par M. d'Ossun et par
année, et au Port-an-Prince Blanca, le enregistré au Cap la méme
nistration de MM.
12 jauvier 1778, sous T'adrid'Argout el de Vaivres. --- Page 179 ---
DE SAINT-DONINGUE
que son allié, son défende Saint-Domingue,
au moment oùt une inT'abandonna
seur naturel,
lui devenoit le plus nécessaire.
tervention amie
diplomatique de la réponse
A travers T'obscurité facile d'apercevoir que le
du président, il étoit
vouloit
du réespagnol ne
point
gouvernenent
dans File, refusoit de recongime démocratique populaires, persistoit à ne
noitre les assemblées l'autorité royale, 2 et se
correspondre qu'avec
au traité par les atcroyoit autorisé à manquer
teintes qu'on y portoit sans cesse. quelques réC'est ici le moment de hasarder
dont
sur le
contrerevolatisnaires
flexions
projet
Jai déjà parlé, qu'on a imputé au même gouvernement, été accusé
le succès duquel il a
et pour
les esclaves. On a dit etredit
d'avoir fait révolter
la ruine de Saint-Domingue
jusqu'a satiété que
Pour motiver cette
étoit le crime des aristocrates.
de toute
la destruclion
opinion, lon ajoutoit que
T'abolition de la
espèce de privileges en France, T'autorité
de
royale,
noblesse et la circonscription
les
toutes
personnes
ayant porté au désespoir de l'ancien régime, ce
intéressées au maintien
et de limbien eonvaincu de sa foiblesse
parti,
s'étoit déterpuissance de ses efforts en Europe, afin d'anéantir
miné à perdre Saint-Domingue,
la misère
le commerce national , d'augmenter --- Page 180 ---
RÉVOLUTION
publique, de grossir le nombre des
et d'opérer une contre-révolution. mécontens,
Voilà le résumé des
adressés à T'aristocratic. reproches qui ont été
s'ils ont quelque fondement. Analysonsles, et voyons
D'abord, toute entreprise
agens. En supposant
exige un chefet des
fat
que la dévastation de SaintDomingue
un plan bien arrété,
nage devoit en avoirla direction' ? quel personMais on n'a trouvé dans
Etoit-cel le Roi?
août 1792 rien qui pût les papiers saisis le IO
çon; et
légitimer un pareil
assurément, si les recherches soupinquisitoriales n'ont fait
les plus
de ce plan, il n'a pu étre découvrir nulle trace
que par un parti intéressé attribué à Louis XVI
coupables.
à cacher les vrais
Etoit-ce la Reine
tendu conseil appelé dans dirigée par ce préautrichien ? Mais
le temps le comité
a
je répoudrai encore
paru aucun indice.
qu'il n'en
les agens?-I Les
D'ailleurs, quels en étoient
ministres
ordres étoient tous
aristocrates. - - Leurs
sans doute, mais il contraires à ce prejet. - Oui,
avez-vous
y en avoit de secrets. -
vus? - Non. -
Les
vous qu'ils ont
Comment savezcela suffit.
existé? - Je m'en doute, et
C'est-à-dire que la
vous équivaut à la certitude, probabilité pour
se change en réalité.
et que le soupçon
Quelle logique! et surtout
en étoient
ministres
ordres étoient tous
aristocrates. - - Leurs
sans doute, mais il contraires à ce prejet. - Oui,
avez-vous
y en avoit de secrets. -
vus? - Non. -
Les
vous qu'ils ont
Comment savezcela suffit.
existé? - Je m'en doute, et
C'est-à-dire que la
vous équivaut à la certitude, probabilité pour
se change en réalité.
et que le soupçon
Quelle logique! et surtout --- Page 181 ---
DE SAINT-DOMINGUE
si le Roi
quelle morale! Mais, répliquera-t-on, de France
et la Reine, si tous les aristocrates ils ne conn'ont pas osé se mettre en évidence, du projet,
moins toute l'étendue
noissoient pas
l'idée aux princes émigrés,
et ils en ont suggéré
quil'ont fait mettre à exécution.
fait honneur
C'est donc à ces princes qu'on
Si d'abord cette opide la révolte des nègres.
de
chose
spécieux,
nion sémble avoir quelque
en
bientôt détruite, et l'on acquiert,
elle est
le plus redoutable
la discutant, le témoignage Mettons de côtéles
contre la faction anticoloniale.
tirer de la
objections sans nombre qu'on peut
de l'inmorale, de la politique, et mieux encore
de contre-révolusuffisance du moyen supposé
Thypothèse
tion : admettons pour un moment
en déles princes ont cru pouvoir la faire
que
Saint-Domingue: : il importe de connoitre
truisant
dà
Le parti révoJinstrument qu'ils ont employer.
démocralutionnaire de la colonie, les assemblées
boules factieux enfin qui désiroient un
tiques,
accuséle
et ses sousleversement, ont
gouverneur
lieu de
ordres. Ici encore la prévention a tenu
criante desinjustices a été soupreuves, et la plus
les raisonnemens.
tenue par le plus faux de tous
tous
Les hommes nommés par le Roi, disoit-on,
font partie du pouvoir exécutif, ne
ceux qui --- Page 182 ---
RÉVOLUTION
peuvent pas aimer lenouvel ordre de
ils sont des traitres, donc ils
choses; donc
contre-révolution,
doivent désirer une
Liapplication d'une
a causé la mort de M. conséquence de
aussi atroce
son fils. On les a punis d'avoir Blanchelande et de
mais formé des
non pas exécuté,
projets
Je me crois
contre-réolationaire
il l'est
dispensé de justifier ce général,
déjà par les ayeux
triomphant. Mais cela
échappés au crime
moire. Je dois
ne suffit point à sa ménouvel acte de prouver que son supplice fut un
barbarie à joindre à tant d'autres
qu'a enfantés la révolution. Mon
fondée sur,sa conduite
opinion est
aux ordres qu'ilrecevoit invariablement conforme
de France.
de la vie d'un homme, il faut citer des Quandils'agit
puyer sur des témoignages
faits,sapproduit qui constatent la irréfragables. Sil'on en
connivence de M. de
Hateluanciapecer si les lenteurs
peut lui reprocher sont plutôt le fruit d'une qu'on
litique perfide que linévitable résultat des potacles que lui suscitoient les
obsassemblécs
laires; si ses fautes émanent
popucriminel
de
plutôt d'un plan
que
sa foiblesse, le
résolu. Mais
problème sera
jusqu'alors, envain aura-t-il été dénoneépar/asemiblée
la
coloniale, renvoyéen 1
France
par seconde commission civile, décrété d'ac-
fruit d'une qu'on
litique perfide que linévitable résultat des potacles que lui suscitoient les
obsassemblécs
laires; si ses fautes émanent
popucriminel
de
plutôt d'un plan
que
sa foiblesse, le
résolu. Mais
problème sera
jusqu'alors, envain aura-t-il été dénoneépar/asemiblée
la
coloniale, renvoyéen 1
France
par seconde commission civile, décrété d'ac- --- Page 183 ---
DE SAINT-DOMINGUE dans un
emprisonné
cusation par la convention,
être encore
élargi dans un autre pour
on
temps,
jugé'et conduit à Téchaffaud,
arrêté, détenu,
fanatisme, à la
croire à Taveugle
devra plutôt
ct à la
de ses accusateurs
vengeance implacable
qu'aux crimes qui lui
perversité de ses juges,
ont été imputés. Blanchelande n'a pu être convaincu,
Si M. de
coupable, Pétatdisons mieux, s'il n'étoil pas
du gouservoit sous lui,les autres agens
major qui
dontile dirigeoit kledemarcdes.Tasient
vernement
Tassemblée colonialeles
encore moins. Cependant été accusés de corresa tous dénoncés; ils ont
les a déportés en
pondre avec les brigands; on
où
d'entre
Censceaprtsacirlangul
France, plusieurs ont failli périr sous la tyrannie
dans les prisons,
vrai
T'odieuse impude Robespierre. Il est.
que
pu être
pesoit sur eux n'a jamais
tation qui
criminelle a cherché vaineprouvée; une faction
efforts ont été inutiles.
ment à l'accréditer, ses
doute, si T'on
Néaumoins, s'il restoit quelque
de
encore être arrêté par tant
rapports le
pouvoit
répandus contre
accusateurs, si les pamphlets
quelque augouvernement pouvoient conserver mémoires faits
torité, je renverrois à d'autres
meneurs
contre M. de Cadusch et contre plusieurs surtout le téjinvoquerois
du parti populaires --- Page 184 ---
RÉVOLUTION
moignage de la première ecommission
sans avoir recours à de
civile.Mais,
1 citerai qu'un fait, ilestsansr pareils moyens, je ne
accusés de connivence
réplique. Ceshommes
la plupart
avec les brigands ont été
massacrés par eux. De
qui composoient le régiment du soixanteofficiers
moins ont péri de la main des
Cap, vingt au
est encore plus
révoltés, ou, ce qui
Vos
décisif, des suites de cette guerre.
raisonnemens etles faits que vous
pourra-t-on me dire, ont un grand
alléguez,
ne décident
poids, mais ils
ministration pas entièrement la question. Si l'adfrançaise soumise aux ordres de la
métropole, chargée d'une grande
n'a pas osé exécuter le
responsabilité,
princes, le
projet anticolonial des
de la France, gouvernement espagtol, indépendant
ennemi du système nouveau
sy établissoit, a pu se charger de leur
qui
A l'appui de cette opinion, l'on
vengeance.
le refus des secours
rappelle, outre
stipulés dans le traité, les
dépositions de quelques nègres qui semblent inculper ce gouvernement, le commerce
mettoit entre ses sujets et les
qu'il pertions constantes, enfin
brigands, ses relaniers et l'influence sa réunion avec ces derqu'il a
sur l'esprit des chefs.
toujours conservée
Quelque
soient ces considérations, elles imposantes que
gardées comme l'effet
doivent être renécessaire de la position
rappelle, outre
stipulés dans le traité, les
dépositions de quelques nègres qui semblent inculper ce gouvernement, le commerce
mettoit entre ses sujets et les
qu'il pertions constantes, enfin
brigands, ses relaniers et l'influence sa réunion avec ces derqu'il a
sur l'esprit des chefs.
toujours conservée
Quelque
soient ces considérations, elles imposantes que
gardées comme l'effet
doivent être renécessaire de la position --- Page 185 ---
DE SAINT-DOMINGUE
des deux peuples. Le gouvernemient
respective
une force qu'on cherchoit
espagnol a du s'attacher
il n'a fait que
à diriger contre lui. A cet égard,
civile
de vitesse la seconde commission
gagner
le conseil exécutifetla condeSaint-Domingue, elle-même. Si donc il ne peut
vention nationale
s'il n'a que trop
être absous de tout reproche,
à celles
réellement, à cette époque, et plus encore Saintsuivie, concouru aux calamités de
quilont
aussi évident que ce fut
Domingue, il n'est pas
à laquelle
satisfaire la haine des princes,
pour d'ailleurs il est inutile d'avoir recours pour expliquer ces désastres.
les
Mais laissons les probabilités et invoquons
d'abord qu'avant la révolution
faits. Rappelons
dont le but avoué étoit la
il existoit une société
cesse les mots
perte des colonies; proférant sans bienfaisance
d'humanité, de
sacrés et respectables
affiliée aux sectes nomet de justice, elle étoit
d'enbreuses qui, sous les noms d'économistes,
étoient toutes attachées au
cyclopédistes, etc.,
dont les-memchar de la philosophie moderne,
de porter la livrée et s'empresbres se glorifioient
soient deprécher les dogmes. Ces sectesformoient
France une espèce de république que T'autorité
en
minoit sourse croyoit obligée de ménager, , qui
fadement l'édifice social, en attendant l'instant
détruire; le meilleur, le plus juste
vorable pourle
*
TOME I.
1O
cyclopédistes, etc.,
dont les-memchar de la philosophie moderne,
de porter la livrée et s'empresbres se glorifioient
soient deprécher les dogmes. Ces sectesformoient
France une espèce de république que T'autorité
en
minoit sourse croyoit obligée de ménager, , qui
fadement l'édifice social, en attendant l'instant
détruire; le meilleur, le plus juste
vorable pourle
*
TOME I.
1O --- Page 186 ---
16o
REVOLUTION
et le plus infortuné des rois
sau-gincraunsfirente
hâta ce moment. Les
fut ouverte aux
convoqués. Cette assemblée
philosophisme enthousinstes les plus ardens du
nombreux
novateur; ; ils s'y trouvérent
de T'abime, pourentrainer la colonie sur les assez
mais pas encore
bords
assez téméraires pour ly
assez puissans ou
neur, étoit réservé à
précipiter. Un tel honposée d'une foule Tassemblée de
législative, comsans moralité, eti
sophistes sans
faction
maitrisée dès son origine piudeur ,
républicaine.
par la
la constitution,
Après avoir cent fois
toute la constiution,
juré
constitution, elle renditle décret
rien quc la
Tous les hommes instruits
du 4 avril 17921
que cette loi fut une
et de bonne foi savent
dont la nécessité
infraction à la
des
ne peut être justifiée constitution,
mensonges les plus
qu'à Taide
et des
impudens; des
suppositions les plus
sophismes
Dans le temps que la
absurdes.
les fondemens de Tédifice seconde legislature sapoit
ment de maintenir,
qu'elle avoit fait scrtés, effrayés de
allépoque oà plusieurs
T'esprit qui
dépuenceinte ou les mots
Tanimoit, fuyoientune
liberté, retentissoient d'bumanité, de morale, de
tandis
dans toutes les
que l'égoisme, Tintolérance
bouches,
réguoient dans tous les
et la cupidité
posé des membres de la cceurs, le ministère, comméme faction, et
instrumentde sa politique, laissoit
docile
Saint-Domina
allépoque oà plusieurs
T'esprit qui
dépuenceinte ou les mots
Tanimoit, fuyoientune
liberté, retentissoient d'bumanité, de morale, de
tandis
dans toutes les
que l'égoisme, Tintolérance
bouches,
réguoient dans tous les
et la cupidité
posé des membres de la cceurs, le ministère, comméme faction, et
instrumentde sa politique, laissoit
docile
Saint-Domina --- Page 187 ---
DE SAINT-DOMINGUE
de secours. Si T'assemblée
gue sans aucune espèce
intérêt au bonheur
législative avoit pris quelque
fait
cette
n'auroit - elle pas
pour
de la colonie,
constituant
possession ce que le corps
importante
Si Coblentz traavoit fait pour la Martinique?
de Saint - Domingue, pourquoi
moit la perte
à le sauver? C'étoit son
n'a-t-elle pas cherché
occupée ?
intérêt et son devoir : s'en est-elle
Malheureux colons, à qui l'on a trop long-temps
même la plainte, osez enfin rompre
interdit
favorable aux criminels auteurs
un silence trop
à la France entière
de votre ruine. Dénoncez
législature et de
tous les actes de la seconde
Rappelez
la convention relatifs aux colonies.
motions d'un Brissot, les ouvrages
les perfides
dévoilez les manoeuinsidieux d'un Clavière;
hommes
la faction à laquelle ces
apparvres que
rendre nulles les sollitenoient pratiquèrent des pour villes de commerce et les
citations pressantes
infortuné contre'
bonnes intentions du monarque
de
ils conspiroient; ne craignez pas
pulequel les rebuts les outrages que VOS députés
blier
des colonies, et
n'ont cessé d'éprouver au comité ennemis de votre
Ton ne doutera plus des vrais
pays.
ennemis de Saint-Domingue sont
Les vrais
de France dans
Tépidémie révolutionnaire passée
un délire qui,
cette ile, oùr elle a développé
II
TOM. I. --- Page 188 ---
RÉVOLUTION
en excitant le choc des passions les plus
a favorisé l'oubli des principes
ardentes,
le mépris des formes les
conservateurs et
pays peuplé d'esclaves. plus essentielles à un
Les vrais ennemis de Saint -
une secte insidieuse,
Damingue sont
ment le mot
ayant pour cri de rallielumanité, pour signe de reconnoissance le langage hypocrite et arrogant du
philosophisme; pour véritable but le nivellement de
tous les rangs, de toutes les
moyen d'y parvenir, le
fortunes, et pour
sassinat. Profonde
pillage, l'incendie etl'asdans ses desseins et infatigable dans leur poursuite, après avoir divisé les
blancs, elle devoit pervertir les mulatres,
les uns par les autres, et les détruire tous chasser
noirs.
par les
Les vrais ennemis de
mêmes mulâtres, enfans Saint-Domingue sont ces
dénaturés, fils ingrats et
rebeleygpisgpsientilauy premiarearéclamations
par la révolte, le désarmement des blancs et l'assassinat de leurs pères. Leur chefest
périt sur un échafaud. Son frère et pris,jugé, et
fait un testament. Le
son complice
plan d'une vaste
tion, dans laquelle les
conspiralâtres, doivent
nègres, 2 guidés par les mujouer le premierrole,yest; révéléà
la classe blanche. Cette annonce n'est
prompte à se réaliser. Les mulâtres
que trop
Agurent à la tête des esclaves rebelles. contumacés
Ceux qui
ères. Leur chefest
périt sur un échafaud. Son frère et pris,jugé, et
fait un testament. Le
son complice
plan d'une vaste
tion, dans laquelle les
conspiralâtres, doivent
nègres, 2 guidés par les mujouer le premierrole,yest; révéléà
la classe blanche. Cette annonce n'est
prompte à se réaliser. Les mulâtres
que trop
Agurent à la tête des esclaves rebelles. contumacés
Ceux qui --- Page 189 ---
DE SAINT-DONINGUE
dans les villes sont autant d'espions
restent encore
donner des avis, à leur
et d'agens occupés à leur
Leur corresfournir des armes et des munitions.
sans
est attestée par des dépositions
pondance
des témoignages de l'aunombre, prouvée par
sauroit douter ; en
thenticité desquels on ne
? Est-il besoin de mettre en jeu
faut-il davantage
lorsqu'il s'en
un ennemi éloigné et impuissant,
trouve un sur les lieux auquel on peut justement
attribuer les motifs que T'on prête gratuitement
à Tautre?
ici, parce qu'il sert
Un fait essentiel à rappeler
est la
de corollaire au testament du jeune Oge,
qui eut lieu à Paris entre M. Duport
conférence
ministre de la justice, M. le
du Tertre, alors
de Gouy d'Arcy et le mulâtre Raymond.
marquis
dans le temps, est convainCette pièce. publiée
que,Téchec
de
dans leur
SEdEmie
les hommes couleur,
éprouvé par
n'ayant fait qu'irriter leur
première tentative, chefs de cette caste, réunis à ceux
vengeance, les
avoient conçu, arrêté et
de la secte négrophile,
détaillé et les'conséapprouvé en France le plan
eut
de la révolte des esclaves. Raymond
quences
comme d'un
limprudence de s'en applaudir, hors d'état de
auquel les blancs seroient
moyen
résister.
de
le récit des
Je me suis cru obligé suspendre --- Page 190 ---
REVOLUTION
événemens, afin d'en faciliter au lecteurl
tion. Il me pardonnera cette
l'explicaveur de son importance.
digression en fasur les vrais auteurs
L'erreur où l'on a été
de la révolte des
tout perdu. Si la population
nègres a
blanche de SaintDomingue ne s'étoit pas laissé égarer
mots d'aristocratie et de
par les
que, plus éclairée, plus contre-rérolution, et
pénétrer les desseins
instruite, elle eut su
secrets de la secte anticoloniale; si les mulâtres, moins vains, moins
tueux, n'avoient pas couru vers le
impél'on creusoit sous leurs
la faction précipice que
doit sur eux tout son pas,
qui fonespoir eut échoué
ses barbares projets, d'abord faute
dans
ensuite par la résistance
lui d'instrumens,
les propriétaires de
que auroient opposée
toute couleur. Malheureusement, Saint-Domingue, attaqué par tant d'ennemis, en recéloit dans son sein un plus
encore : c'étoit T'assemblée coloniale dangereux
de
qui, au lieu
comprimer ces élémens de discorde
politique prévoyante et assortie
par une
tances, hâtoit leur
aux circonsdéveloppement au
ses incohérens arrêtés;
moyen de
qui, plus aveugle, plus
passionnée que la classe intermédiaire,
toit à son égard une inflexibilité
manifestout temps, absurde et désastreuse maladroite en
sition où elle se trouvoit,
dans la poOn ne doit pas perdre de vue
que, convoquée
émens de discorde
politique prévoyante et assortie
par une
tances, hâtoit leur
aux circonsdéveloppement au
ses incohérens arrêtés;
moyen de
qui, plus aveugle, plus
passionnée que la classe intermédiaire,
toit à son égard une inflexibilité
manifestout temps, absurde et désastreuse maladroite en
sition où elle se trouvoit,
dans la poOn ne doit pas perdre de vue
que, convoquée --- Page 191 ---
DE SAINT-DONINGUE
du
s'opposer à T'exécution
principalement pour
se voyoit
décret du 15 mai, cette assemblée adopter les
d'en
forcée, par les conjonctures, Téloignoit des
dispositions. Tandis que T'orgueil cessé de menamulâtres qu'elle n'avoit jamais T'obligeoit à s'en
cer, la foiblesse de ses moyens fois écarté la
rapprocher. Après avoir plusieurs
de leurs droits politiques,
question importante revenir : heureuse encore si,
elle fut forcée d'y
tout ressentiabjurant tout esprit de vengea nce,
et
elle avoit mis de la prudence
ment personnel,
de la bonne foi dans cette discussion! de
et non
Mais il eût fallu un conseil
sages
d'intrigans et d'ambitieux aussi ignoune réunion
: il eût fallu surtout savoir
rans que passionnés utile sans doute, mais dont
apprécier un préjugé moins nécessaire que le
l'existence étoit bien
fallu avoir étudié
maintien de T'esclavage; ; il eût
en
la révolution française,
dans toutes ses parties
et les inconvéniens,
avoir médité les avantages
et raisonenfin s'être fait un système judicieux éviter le renable, etle suivre constamment pour entre ses
proche d'une contradiction perpétuelle
paroles et ses actions.
complètement
Rien ne doit paroitre plus T'assemblée COabsurde que la prétention qu'avoit pour la docloniale de concilier son enthousiasme exaltée contre les
trine révolutionnaire et sa haine --- Page 192 ---
REVOLUTION
mulâtres : en vain des hommes
soient entendre à ce sujet le
judicieux lui faid'une saine
langage de la raison,
logique et de T'équité. Quoi! lui disoient-ils, vous aspirez à Thonneur d'établir
gouvernement démocratique,
un
essence, vous voulez
et, oubliant son
de
priver les hommes decouleur
ses avantages ? En vain ils s'étaient de
mêmes droits naturels
ces
que vous déclarez imprescriptibles;ceq quiest pour vous une
étre de leur
justice, peutil
part une prétention
Si VOS réclamations sont
déraisonnable?
leurs ne le seroient-elles légitimes, pourquoi les
pas ? La
cette liberté dont vous
conquête de
vous
tant d'inconséquence
enorgueillissez avec
dite?
doit-elle leur être interSeroit-ce une folie à eux d'y songer? Leur
imputeriez.-vous à crime le désir d'imiter votre
exemple ?
Ces réflexions importantes, discutées
sieurs députés, présentées
parj pluforce dans
avec la plus grande
une lettre que M. de Jumécourt
vit à M. de
écriBlanchelande, et dont celui-ci fit
part à T'assemblée coloniale, furent
ment repoussés par elle. Pour
de constamM. de Juméconrt
prix
son zèle, 2
décrets
se vit mandé à la barre. Si les
d'accusation avoient pu terminer: la révolte, on en auroit pardonné l'usage. Mais tandis
que Tassemblée perdoit toute
son intolérance et
considération par
par ses folies, les nègres ré-
celui-ci fit
part à T'assemblée coloniale, furent
ment repoussés par elle. Pour
de constamM. de Juméconrt
prix
son zèle, 2
décrets
se vit mandé à la barre. Si les
d'accusation avoient pu terminer: la révolte, on en auroit pardonné l'usage. Mais tandis
que Tassemblée perdoit toute
son intolérance et
considération par
par ses folies, les nègres ré- --- Page 193 ---
DE SAINT-DONISGUE
fureur avoit paru se ralentir , vevoltés, 2 dont la
leurs excursions. Jeannot
noient de recommencerl
du Dondon
envahit successivement la paroisse où il fit bràler les
et le quartier de Sans-Souci, tous les blancs ; mais il
habitations et massacrer
que défenattaquer La Marmelade,
n'osa pas
des paroisses voisines, qui,par
doient les habitans
le cordon de l'ouest dont
formèrent
leur réunion,
dans la suite.
il sera parlé
de l'ouest et du sud, toujours
Les mulâtres
une attitude plus
rassemblés et en armes, 9 prirent les esclaves 2 parens
Connus de tous
chefs d'atemenacante.
ou
de tous les commandeurs
ou amis
craindre dans ces deux provinces
liers, ils firent
à celle du nord. Le danger
une révolte pareille
la Croixdes-Bouquets
parut même si grand, que!l
ne sachant comautres communes,
et quelques
curent devoir accueillir
ment conjurer T'orage, mulâtres, et leur reconles réclamations des
tous les droits de cinurent, par un traité,
Tassemblée cotoyen (1). Loin de Tapprouver, à
dans
mettre sa gloire persister
loniale parut
infailliblement accéqui devoit
une opposition
sa résislance
lérer la perte de Saint-Domingue; conciliatoires croissoit en
à toutes les propositions
connu sous le nom de concordat,
(1) Ce' traité fameux,
fut conclu le 7 septembre 1791. --- Page 194 ---
RÉVOLUTION
raison de sa
à
foiblesess son opinitreté
mesure que les moyens de la
augmentoit
lui
faire
échappoient. Plus
triompher
nelle encore,
inconséquente, plus crimiville du
puisqu'elle violoit un serment, la
Port-au-Prince ne se contenta pas de
casser, par ses sections
faire
que ses commissaires assemblécs, le concordat
avoient signé à la Croixdes-Bouquets; 3 subjuguée par le parti
gique,ellechassa les
démagomulâtres, et
longue série
commença cette
souvenir d'extravagances et d'attentats dont le
inspire encore autant d'horreur
pitié,
que de
Le règne de la sottise et de la
roit être durable. Bientôt
violence nc sauchaque jour plus resserrée cette ville elle-meme,
non-seulement
par les mulatres, qui
trer, mais
empéchoient les denrées d'y enmenaçoient d'incendier la
du
Cul-de-Sac, se vit obligée
plaine
dat (1), non tel qu'il avoit d'accepter le concorété signé à la Croixdes-Bouquets, ,six semaines
core plus favorable
auparavant, mais enplus humiliant
aux hommes de couleur et
pour Ia classe
entre les deux castes
blanche. L'égalité
solution de
en faisoit la base, et la dismière
T'assemblée coloniale en étoit la
condition. Le ton audacieux, le
prelent du traité, et l'installation
style insovais au
du mulatre Beaugouvernement, qui en fut la suite immé-
(1) 19 octobre 1791.
semaines
core plus favorable
auparavant, mais enplus humiliant
aux hommes de couleur et
pour Ia classe
entre les deux castes
blanche. L'égalité
solution de
en faisoit la base, et la dismière
T'assemblée coloniale en étoit la
condition. Le ton audacieux, le
prelent du traité, et l'installation
style insovais au
du mulatre Beaugouvernement, qui en fut la suite immé-
(1) 19 octobre 1791. --- Page 195 ---
DE SAINT-DOMINGUE
à observer,
diate, sont bien moins importans
et
fait
les hommes de couleur,
que l'aveu
T'article par VII: ( que la révolte des
consigné dans
cause le supplice
nègres avoit pour principale
réhabiliter
d'Ogé, dont il falloit surtout
inique
la mémoire. ))
qui avoient
L'exemple de quatorze paroisses
concordat et les adresses de plusieurs
accédé au
T'assemblée coloniale de
autres qui conjuroient
des hommes de cous'occuper de l'état politique
enfin à revenirsure cettec question.
leur,1 T'obligerent attendoit de France paroisLes secours qu'elle
même douils étoient
soient encore éloignés;
aux autres, non
teux pourl les uns, et inspiroient
malgré
de vives alarmes. La colonie,
sans raison,
être sacrifiée dans un
son utilité réelle, pouvoit
qui triommoment de délire, au philosophisme
d'inl'esprit
ou bouleversée par
phoit en France,
T'armée. Malsubordination qui avoit désorganisé
colotemporiseur que T'assemblée
gré le système
dans T'espoir que le décret
niale avoit adopté,
devindu 15 mai seroit retiré, les circonstances
les réclamations des communes
rent si critiques,
mulàtres si pressantes et
livrées à la merci des
qu'elle ne put se refuser plus longsi énergiques,
le sort de la classe intertemps à statuer sur
Cette discussion fut donc reprise pour
médiaire.
les
celle
fois. De toutes
opinions,
la quatrième
assemblée
gré le système
dans T'espoir que le décret
niale avoit adopté,
devindu 15 mai seroit retiré, les circonstances
les réclamations des communes
rent si critiques,
mulàtres si pressantes et
livrées à la merci des
qu'elle ne put se refuser plus longsi énergiques,
le sort de la classe intertemps à statuer sur
Cette discussion fut donc reprise pour
médiaire.
les
celle
fois. De toutes
opinions,
la quatrième --- Page 196 ---
RÉVOLUTION
de M.Jouette est la
Ce député,
seulequimérited d'être connue.
de
prenant le décret du 15 mai
son travail, ne se contenta
de pour base
la nécessité de
pas démontrer
il sut
renoncer au préjugé de la
encore apprécier les
couleur,
sacrifice. Liassemblée,
conséquences de ce
rédiger et de lui
convaincue, 2 le chargea de
finitif
présenter le projet del'arrété déqu'eile devoit prendre le lendemain.
étoit l'état des choses,
Tel
un décret rendu le
lorsque, cejour là même,
constituante
24 septembre par Tassemblée
parvint au Cap.
A quoi tient le sort d'un empire!
heures plus tard, T'état
Vingt-quatre
couleur étoit fixé
politique des gens de
par Tassemblée coloniale, et
Saint-Domingue pouvoit se flatter de
ses pertes. Dans les circonstances où l'on réparer
voit,T'arrêté projeté eut à
se troulàtres; et, du
coupsûr satisfait les murapprochement de tous les
libres seroit infailliblement
hommes
sion des esclaves. La
résultée la soumisfortune sembloit avoir
couru au salut de la colonie, en offrant
conune occasion de se montrer
aux blancs
reux, Sous ce
conséquens et générapport-là seul, le décret du
24 septembre étoit un bien. Ce n'étoit
usant avec sagesse et modération de l'initiative qu'en
qui lui étoit rendue que l'assemblée coloniale
seroit montrée digne de cette faveur.
se
n'eit-elle
Quelle gloire
pas acquise, quellerecomoisance n'au-
ie, en offrant
conune occasion de se montrer
aux blancs
reux, Sous ce
conséquens et générapport-là seul, le décret du
24 septembre étoit un bien. Ce n'étoit
usant avec sagesse et modération de l'initiative qu'en
qui lui étoit rendue que l'assemblée coloniale
seroit montrée digne de cette faveur.
se
n'eit-elle
Quelle gloire
pas acquise, quellerecomoisance n'au- --- Page 197 ---
X71
DE SAINT-DONINGUE du décret
roit-elle pas méritée, si, à la réception
des
rendoit maitresse de l'état politique
qui la
elle leur avoit dit: (( Les
hommes de couleur 2
mises dans la décision
nous avons
( lenteurs que
doivent être attribuées ni
(( de votre sort ne
Lassemblée, inni à la crainte.
( à T'orgueil attachée aux principes conser-
(( variablement
colonial, pénétrée de la légi-
( vateur du régime
lui avoit reconnus
K timité des droits qu'on
ensuite la
et dont on n'avoit pu
( d'abord,
n'a pas dà céder
sans injustice, 2
( dépouiller
une si impormenaces, ni abandonner
( aux
Puisque le corps consti-
( tante prérogative.
l'inviolabide nouveau
(( tuant en consacre
T'assemblée coloniale
(( lité, voici l'usage que Elle vous offre aujour-
( croit devoir en faire.
dont elle avoit
d'hui le décret du 15 mai,
(C
non parce qu'il vous
( rejeté les dispositions,
mais parce
une existence politique,
4 accorde
avoit exercé un droit que
(( qu'une autre qu'elle
la
lui ont
la nature et
politique
( la raison,
départi. En un mot, ce n'est pas
( exclusivement
mais du titre
bienfait
étoit jalouse,
(( du
qu'elle bienfaitrice! ))
K glorieux de votre
restent
Rarement la sagesse et la magnanimité
Il n'est pas douteux qu'une
sans récompense.
et réparé bien des
pareille mesure n'eût prévenu satisfaits, on ne
Les hommes de couleur
maux.
lui ont
la nature et
politique
( la raison,
départi. En un mot, ce n'est pas
( exclusivement
mais du titre
bienfait
étoit jalouse,
(( du
qu'elle bienfaitrice! ))
K glorieux de votre
restent
Rarement la sagesse et la magnanimité
Il n'est pas douteux qu'une
sans récompense.
et réparé bien des
pareille mesure n'eût prévenu satisfaits, on ne
Les hommes de couleur
maux. --- Page 198 ---
RÉVOLUTION
voit pas de quel instrument
colonie auroient
les ennemis de la
leurs complots. pu se servir pour Texécution de
tique auroit
Dans le cas où
été assez hardi
quelque fanavenir à Saint-Domingue
ou assez fou pour
droits de Thomme et le précher aux esclaves les
privé de
plus saint des
Tappui des mulâtres alors
devoirs,
blancs, suspect aux nègres dont
réunis aux
langage et Tinaptitude
les moeurs, le
bientôt fait au bon ordre T'auroient rebuté, il eut
d'un enthousiasme
et à la raison le sacrifice
qui, semblable aux
d'optique, ne peut exister qu'à
illusions
tance de son
une certaine disobjet, et disparoit aussitôt
Tapproche de plus près.
qu'on
Telle étoit
truits. Ils
Topinion de quelques colons insdu 15 mai prévoyoient seroit
que le rappel du décret
n'auroit
plus funeste à la colonie
dans la jamais pu lêtre son exécution.
que
connoissance des
Versés
apprécier les petites
hommes, ils en savoient
justifia que trop leurs passions. craintes L'événement ne
donner à un mouvement
: au lieu de s'abanglorieux, lors même
de générosité, toujours
de persister dans
qu'il n'est pas utile; au lieu
une disposition
pas dépendre des
qui ne devoit
blée
caprices de la
coloniale y renonce
imétropole,Tassemet revient tout à
2 forme d'autres plans, 2
coup au système aussi absurde
qu'orgueilleux de ne rien accorder
aux milâtres. --- Page 199 ---
DE SAINT-DOMINGUE
la lecture du nouveau décret, un memAprès s'élance à la tribune et s'écrie: : rTout est
bre (:)
volonté nationale, plus éclairée,vient
( changé;la rendre justice ; la discussion qui
( enfin de vous
été ouverte se trouve fermée naturelle-
( avoit
constituant, en reconnoissant
(C ment. Le corps
vous devez
( vos droits, vous apprend T'usage que
lilsétoient perdus sans
( en faire. Unjour plustardi
vous
( retour. C'est à votre persévérance que fer-
( devez d'en jouir encore ; exercez-les avec
foiblesse seroit une tache
( meté. La moindre
honneur, compromettroit votre dignité,
( à votre
(C et même votre existence. >
pitoyable abus de mots ! Eh! sur quoi
Quel fondoit-il l'opinion qu'il osoit émettre
ce député
? Le nouveau décret ne
si inconsidérément la nature des choses. Ce qui
changeoit point
de
clair pour les gens sensés,
en résultoit plus
l'assemblée nationale,
c'est que la versatilité de
la
en montrant son ignorance, compromettoit décolonie. Mais dans Thypothèse même qu'un
être annulé, et que les
cret ne pourroit jamais
subséquentes respecteroient ce qu'on
législatures
il falloit au
appeloit une loi constitutionnelle,
moins remplir Tesprit de celle-ci par quelques
dispositions. Les droits de l'assemblée coloniale,
(1) M. de Mun.
en résultoit plus
l'assemblée nationale,
c'est que la versatilité de
la
en montrant son ignorance, compromettoit décolonie. Mais dans Thypothèse même qu'un
être annulé, et que les
cret ne pourroit jamais
subséquentes respecteroient ce qu'on
législatures
il falloit au
appeloit une loi constitutionnelle,
moins remplir Tesprit de celle-ci par quelques
dispositions. Les droits de l'assemblée coloniale,
(1) M. de Mun. --- Page 200 ---
RÉVOLUTION
reconnus n'anéantissoient pas ceux des
le silence obstiné qu'elle
mulâtres;
gardoit à leur
malgré le voeu de la France
égard,
cret, étoit donc aussi
exprimé par un découleur
injuste pour les gens de
que contraire aux intentions de l'assemblée constituante.
Il en étoit des corps populaires
comme de ces
sdeSt-Domingue
enfans bargneux et mutins que la
foiblesse, les complaisances rendent plus
niâtres et plus capricieux. A peine le décret opi- du
24 septembre fut-il connu, que l'assemblée
COloniale, par un arrêté sévère (1), ordonna aux
mulâtres de se réunir sans délai aux
blancs, remettant à statuer sur leur sort à la fin de la révolte
des nègres. M. de Blanchelande,
l'esprit de T'assemblée et
toujours mu par
organe de sa volonté, les
menaça, dans une proclamation foudroyante, de
les poursuivre et de les exterminer tous, si,
une soumission sans bornes à la loi, ils ne par
juroient la foudre qui déjà grondoit sur leurs têtes concoupables. On auroit tort d'attribuer ce changement de conduite de l'assemblée coloniale à la
seule connoissance du nouveau décret; une cause
non moins puissante influençoit alors loutes ses
opérations; il importe de la signaler à mes lec-
(t) Extrait des registres de l'assemblée coloniale, OCtobre 1791.
--- Page 201 ---
DE SAINT-DOMINGUE
C'est la faction des Léopardins, qui, sans
teurs.
la calomnie, a été plus fuautres armes que
T'assemblée léneste à Saint - Domingue que
civile et les
gislative, la seconde commission
mulâtres.
Léopardins
En effet, ce fut alors que plusieurs de
dans la colonie. Il est bon rappeler
revinrent
leurs communes respectives
que, regardés par
persécutés, plucomme des patriotes injustement réélus à Tassemblée
sieurs d'entre eux avoient été
de
convoquée par M. le comte Peynier
coloniale,
Soit indolence, soit
après le départ du Leopard.
même
ces choix furent maintenus,
opiniatreté,
nationale
après la décision rendue parlassemblée le décret
contre celle de Saint-Marc; et lorsque
mai vint nécessiter une nouvelle reprédu 15
ne voulut pas, ou l'on ne
sentation coloniale, on
nominadevoir revenir sur la première
crut pas
effets de cette insouciance ne
tion. Les funestes
l'époque où, par le rese firent bien sentir qu'à
l'assemblée de Sainttour de tous les membres de
de son
Marc, celle du Cap: pfituniquenentaninees d'ambition
esprit. Alors on vit éclore un système
les
d'après lequel les mensonges
et de vengeance
évidens, passoient pour des
plus plats, les plus
extravagantes et les
vérités, et les visions les plus
ridicules tenoient lieu des axiomes incontesplus tables de la morale et de la raison.
bien sentir qu'à
l'assemblée de Sainttour de tous les membres de
de son
Marc, celle du Cap: pfituniquenentaninees d'ambition
esprit. Alors on vit éclore un système
les
d'après lequel les mensonges
et de vengeance
évidens, passoient pour des
plus plats, les plus
extravagantes et les
vérités, et les visions les plus
ridicules tenoient lieu des axiomes incontesplus tables de la morale et de la raison. --- Page 202 ---
1;6
RÉVOLUTION
Il faut avoir été le témoin de tant
pour s'en faire une idée.
de sottises
que la haine a de
Qu'on réunisse tout ce
plus atroce avec ce
tie a de plus
que Tinepabsurde, on n'aura
image des folies commises
qu'une foible
nialc.
par Tassemblée coloJusqu'à cette époque elle n'avoit
toute correspondance
pas cessé
mais
avec le
après l'arrivée des
gouvernement;
sion
Léopardins et leur admisparmi ses membres, réduite à n'être plus
l'organe de leurs passions, elle
que
jusqu'à charger M. de
poussal Timpudence
dont elle-méme
Blanchelande des fautes
bune retentit s'étoit rendue coupable. Sa trides diatribes les plus
elle renouvela les
scandaleuses;
lettres
dénonciations, se fit écrire des
anonymes, fit fabriquer des dépositions.
Chaque jour enfin, le gouverneur et les
dans particuliers furent
commandes
signalés au peuple comme
aristocrates, 2 des
des brigands.
contre-rérolationaaires et
Quels étoient les hommes
l'esprit de T'assemblée
quidépravoient ainsi
avoient
coloniale? les mêmes qui
égaré celle de Saint-Marc,
causé sa perte par leurs écarts
qui avoient
la violence de leurs
politiques, et par
Chevalerie, dont passions. C'étoient M. de La
on connoit déjà la conduite et les
principes, M.
Larchevéque-Tibant, le
pocrite des
plus hyrévolutionnaires, M. Borel, le
fougneux, le plus implacable J
ennemi du
plus
gouver-
iale? les mêmes qui
égaré celle de Saint-Marc,
causé sa perte par leurs écarts
qui avoient
la violence de leurs
politiques, et par
Chevalerie, dont passions. C'étoient M. de La
on connoit déjà la conduite et les
principes, M.
Larchevéque-Tibant, le
pocrite des
plus hyrévolutionnaires, M. Borel, le
fougneux, le plus implacable J
ennemi du
plus
gouver- --- Page 203 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
M. Thomas Milet, le plus verbeux de
nement,
M. Daugy enfin, doué d'un estous les sophistes,
prit faux, poussant la singularité jusqu'au cynisme, Tun de ces brouillons qui vous échappent
vous croyez les tenir, et que l'on ne parlorque
quoiqu'on les réduise
vient jamais à convaincre,
facilement au silence.
Voilà les coryphées et les meneurs de T'assemblée coloniale, les chefs principaux du parti désorganisateur à Saint-Domingue. Quand on réfléchit à tout le mal qu'ils ont fait, quand on se
rappelle le rôle qu'ils ont joué, l'influence qu'ils
ont exercée dans les affaires; quand on considère
recueilloit leurs paroles
que tout un peuple égaré
croit fondé à
comme autant d'oracles, on se
des hommes vraiment extraorles prendre pour
Somabgsoriaiye publique.
Quelle connoissance du coeur humain, quelles
méditations profondes sur le système social, 2 quels
éloquènce un pareil empire ne fait-il
talens, quelle Telles sont les réflexions que la répas supposer!
à l'homme
volution de Saint-Domingue suggère
loin du théâtre où ce drame terrible a été
placé
elles sont bien différentes chez celui
représenté; rapproché de la scène, a été mieux à
qui, plus d'en connoitre les ressorts et les auteurs.
même
a dà rouCombien la génération contemporaine
gir de son égoisme! Quellene serap paslindignation.
TO M. I. --- Page 204 ---
RÉVOLUTION
de la postérité! - Si l'audace des chefs
naires l'étonne, si les attentats dont ils se révolution- sont
dus coupables excitent en elle un sentiment rendégout et d'horreur, de quelle nature
de
que fera naître l'immobilité de la
sera celui
tranquille et résignée, mais
classe, non pas
apathique et lâche
les,a soufferts ?
qui
Iln'en étoit pas ainsi des gens de couleur; ; depuis long-temps ils s'étoient donné
chefs
les plus capables et les plus éclairés d'entre pour
ils avoient saisi beaucoup mieux
les eux;
l'esprit de la révolution, et très-bien que
blancs
tôt ou tard leurs droits
compris que
triompheroient.
sans protester contre le décret du 24
Ainsi,
ils continuerent,par) leurs
septembre,
vanter la
rasemnblenens.dépour
province de T'ouest, et abandonnèrent
celle du nord à ses propres forces.
Le calme rétabli par le concordat au Port-auPrince accrut encore la
l'assemblée coloniale
mésintelligence entre
et le gouvernement, à
elle attribua cette transaction. Toute
qui
cation fut supprimée avec M. de Blanchelande, communidont les fonctions, rendues par-là plus difficiles,
devinrent un fardeau sous le poids duquel il fut
accablé; non qu'il manquât de lumières et de
zèle, mais parce qu'il n'avoit ni volonté ni énergic. Il auroit dà comprendre que la persévérance
qu'on mettoit, à le calomnier avoit un but.
gouvernement, à
elle attribua cette transaction. Toute
qui
cation fut supprimée avec M. de Blanchelande, communidont les fonctions, rendues par-là plus difficiles,
devinrent un fardeau sous le poids duquel il fut
accablé; non qu'il manquât de lumières et de
zèle, mais parce qu'il n'avoit ni volonté ni énergic. Il auroit dà comprendre que la persévérance
qu'on mettoit, à le calomnier avoit un but. --- Page 205 ---
DE SAINT-DONINGUE
tant de soins n'étoient pas pris
Tant de peines, 2
eu que celle de
sans intention; et n'auroit-on afin de pousser le
pervertir Topinion publique,
à détruire
peuple à méconnoitre et peut-être
son
qu'il devoit respecter pour
une magistrature
étoit trop grave, 2 il
avantage, ce projet
propre avoir des suites trop funestes, pour que
devoit
les attaques étoient
le personnage contre qui hésitat à y opposer la
particalierenent dirigées
lui faidont son intérêt et sa dignité
résistance
soient un devoir.
de même;
M. de Blanchelande n'en jugea pas
chute,
jusqu'à sa
aussi fut-il perpetuellement, les plus absurdes ou les
l'objet des dénonciations de malheur, il ne se
plns atroces. Il n'arrivoit pas soit de la part des
faisoit pas un mouvement,
ou des nègres,
troupes, soit de celle des mulâtres l'occasion d'un
qui ne fatle prétexte ou ne devint
et d'une
contre le gouverneur
torrent d'injures
émeute dans la ville. Silnmbligntsgnieage c'étoit
poste,i
Lesnpapriasrer
que
si les mulâtres contila faute du gouvernement;
de T'ouest, c'étoit
nuoient d'alarmer la province si une alerte vraie ou
la faute du gouvernement; dans tous les esprits,
fausse jetoit Tépouvante
Le déc'étoit encore la faute du gouvefnement. et le colonel
lire fut poussé si loin, que le général sortir de la
du régiment du Cap ne pouvoient pas --- Page 206 ---
1S0
RÉVOLUTION
ville, pour visiter les camps avancés
la
qui couvroient, sans être accusés de vouloir se concerter
avec les brigands. Les carrefours et les places
bliques retentissoient de pareilles calomnies, dont pula plupart avoient pris naissance à la tribune de
Tassemblée coloniale. Des rapports nombreux circonstancioient le lieu, le moment du rendez-vous
présumé, Des députés renommés pour la
deur de leur
profonpolitique en énonçoient les motifs et
prédisoient les résultats. Tout cela paroissoit si
vrai, ony metioitantdartoquon) homme
à la colonie, exempt des passions qui étranger faisoient
fermenter toutes les tétes, auroit été abusé. Cependant, lorsqu'un éclaircissement devenoit indispensable, une simple lettre de M. de Blanchelande, quelques mots de M. de Cambefort faisoient tomber tout T'échafaudage, détruisoient à
l'instant l'effet des déclamations de l'assemblée,
et la laissoient avec le dépit d'avoir délibéré
des chimères, et la honte de n'avoir enfanté sur
des impostures.
que
Il faut convenir que M. de Blanchelande,
son éternelle indécision,
par
justifioit en partie la
conduite que l'assemblée tenoit à son égard.
En outre, ses dispositions militaires ne sembloient guère propres à lui mériter la confiance publique. Par cela même qu'il ne pouvoit
déployer qu'une force peu considérable, il devoit
'avoir délibéré
des chimères, et la honte de n'avoir enfanté sur
des impostures.
que
Il faut convenir que M. de Blanchelande,
son éternelle indécision,
par
justifioit en partie la
conduite que l'assemblée tenoit à son égard.
En outre, ses dispositions militaires ne sembloient guère propres à lui mériter la confiance publique. Par cela même qu'il ne pouvoit
déployer qu'une force peu considérable, il devoit --- Page 207 ---
DE SAINT-DONINGUE
les mouvemens et en combiner
si bien en régler
la science et le talent suppléassent
les efforts, que
fait; c'est une
au nombre. Voilà ce qu'iln'a point
et
plusieurs sorties partielles
vérité prouvée par
l'attaque des camps
insignifiantes, et surtout par
situées à
Galliffet et d'Agout. Ces habitations,
lieues du Cap, et dont les établissedeux petites
avoient été choisies par les
mens se touchoient,
,pourlelieu
diefankgea.demfianpuise etBiassou,
de leur résidence. On croyoit, d'après
principal
faites à la commission prévôtale
les dépositions
qu'elles étoient fortipar plusicurs prisonniers,
du côté
fiées, et que des pièces de canon pointées diffides avenues devoient en rendre Tapproche
L'on avoit été même informé
cile et périlleuse.
blancs, et sans doute de
que deux personnages puisquils n'étoient acla plus haute importance,
Jean François et Biassou, y
cessibles que pour
L'avidité du public
occupoient un appartement.
tient du merveilleux lui fitadoppourtout ce qui
Elles fournirent,
ter sans examen ces dépositions.
matière à mille conjeccomme on l'imagine bien,
tures,d'autant plus naturelles, à dire vrai, qu'autorture n'avoit arraché les déclarations des
cune
ceux-ci n'eussent pas été
prisonniers. Quoique
comme ils n'avoient
d'accord sur tousles points, 5
différé qu'alégard de quelques circonstances particulieres, sans jamais varier quant au fait prin--
ourtout ce qui
Elles fournirent,
ter sans examen ces dépositions.
matière à mille conjeccomme on l'imagine bien,
tures,d'autant plus naturelles, à dire vrai, qu'autorture n'avoit arraché les déclarations des
cune
ceux-ci n'eussent pas été
prisonniers. Quoique
comme ils n'avoient
d'accord sur tousles points, 5
différé qu'alégard de quelques circonstances particulieres, sans jamais varier quant au fait prin-- --- Page 208 ---
RÉVOLUTION
cipal, ce fait établi unanimement
sérieuse
méritoit la
attention, et valoit bien la
plus
éclairci.
peine d'être
M. de Blanchelande,
de la commission
auquel les procès-verbaux
prévôtale furent
résolut Tattaque des deux
communiqués,
par faire une faute en
camps, et commença
avec
envoyant M. de
cinq ou six cents hommes,
Tousard,
Menou,
sur Thabitation
poste qu'il fallut abandonner le
après avoir repoussé trois
soir,
d'une rivière
attaques , à cause
l'artillerie, qui, en s'opposant au passage de
empéchoit la colonne de M.
sard de
de Tous'approcher de d'Agout et de Galliffet. Le
surlendemain, à la tête de celte même
formant T'aile gauche d'une
colonne
du
petite armée sortie
Haut-du-Cap à trois heures du matin, M. de
Tousard, conduit par un guide à travers
tation Choiseul,
T'habis'empara en moins d'une demiheure, et sans perdre un seul homme, des deux
camps dont je viens de parler. Le
informé de ce succès, vint le joindre gouverneur,
grande barrière de Galliffet.
devant la
tous les officiers
Là, en présence de
supérieurs, M. de Tousard lui
proposa de mettre,à profit la bonne volonté des
troupes exaltées jusqu'à la fureur par le
qu'elles avoient eu sous les yeux. Deux spectacle blancs
envoyés trois jours auparavant à Galliffet,
une proclamation, avoient été hachés
avec
à coups
ce succès, vint le joindre gouverneur,
grande barrière de Galliffet.
devant la
tous les officiers
Là, en présence de
supérieurs, M. de Tousard lui
proposa de mettre,à profit la bonne volonté des
troupes exaltées jusqu'à la fureur par le
qu'elles avoient eu sous les yeux. Deux spectacle blancs
envoyés trois jours auparavant à Galliffet,
une proclamation, avoient été hachés
avec
à coups --- Page 209 ---
DE SAINT-DONINGUE
de
les nègres au premier coup
de sabre par
derniers. Mais à la grande surcanon tiré sur ces
lieu de tomber sur les
prise de tout le monde, au
cesser
M. de Blanchelandefito
brigandaéporamtie,
retour au Cap-Liarmée
laj poursuite, etannonçasonr avoir livré aux flammes
rétrograda en effet, après d'Agout et Choiseul.
les habitations Galliffet,
si mal
circonstance de cette expédition
Une
si brusquement abancombinée d'abord, et puis
le lecteur; c'est
donnée, aura sans doute frappé
blancs.
de trois habitations! brulées parles
ils
la perte
avec lequel
Il sembloit, à voir Tempressements luttoient ou s'entendoient
y mirent le feu, qu'ils faire de
ne
Saint-Domingue
avec les nègres pour
fit à cet égard la poliqu'un désert. Quelle que
qui mit Tincendie
tique de T'assemblée coloniale, de défense, qui même
au nombre de ses moyens Tousard d'avoir, dans ses
avoit reproché à M. de
Phabitation de M.
sorties précédentes, épargné la justice, la conBullet, son parent; ; la raison, auroient dà T'emporscience de M. le gouverneur
désastreux qui
T'arrêté aussi absurde que
ter sur
à être réduites
condamnoit toutes les habitations
suffisoit
cendres. Le sens le plus commun
en
cette mesure, en éloignant
pour démontrer que
ne la rendroit que plus
le théàtre de la guerre,
difficile.
longue, plus meurtrière et plus --- Page 210 ---
RÉVOLUTION
CHAPITRE VIII.
Séance eatraordinaire de Fassemblée
coloniale.
et de Tousard.
cbhugryancaneng
Foiblesse de M. de
Blanchelande. Arrivée au Cap duvaisseau l'Eole et de la frégate la Didon.
MM. de Girardin et de Villevicille
sont dénoncés à l'assemblée coloniale.
Troubles au Port-au-Prince. Incendie
de cette wille à la suite d'un combat
qui force les mulatres d'en sortir. Excursion des patriotesèla
paroisse de la
par les
SrtEreecones
homnes de couleur. Leur conduite aux Cayes et dans la
du nord.
prooince
Le retour soudain de M. de Blanchelande
acheva de le perdre dans Topinion.
au Cap
coloniale, qui depuis
L'assemblée
d'être en tout d'un avis long-temps différent avoit résolu
cette circonstance
du sien, saisit
pour se prononcer. Les traités
d'en sortir. Excursion des patriotesèla
paroisse de la
par les
SrtEreecones
homnes de couleur. Leur conduite aux Cayes et dans la
du nord.
prooince
Le retour soudain de M. de Blanchelande
acheva de le perdre dans Topinion.
au Cap
coloniale, qui depuis
L'assemblée
d'être en tout d'un avis long-temps différent avoit résolu
cette circonstance
du sien, saisit
pour se prononcer. Les traités --- Page 211 ---
DE SAINT-DOMINGUE
et au
particls passés à la Croix-des-Bouquets
Port-au-Prince, donttous les gens sensés approules
et que M. le gouvervoient
dispositions,
eût désiré voir ériger en loi, parce qu'ils
neur
les paroisses encore inpouvoient seuls préserver
utilité réelle et les
tactes, furent, malgré leur
à leur mainréclamations des parties intéressées
T'assemtien, cassés et annulés par un arrêté de
En n'accordant aux mulâtres que
blée coloniale:
le droit dé pétition, et en renvoyantà une époque elle
indéterminée la déclaration de leurs droits,
avoient signé le conreplongeoit les paroisses qui
et
cordat dans la situation la plus déplorable,
livroit les blancs qui les habitoient à la vengeance
de les accuser
d'une caste qui ne manqueroit pas
de trahison et de perfidie. M. de Blanchelande,
touché du sort de tant de victimes 2 sensible
sollicitations de ceux qui avoient tout à reaux
opiniâtreté de J'assemdouter de l'inconcevable
blée et du ressentiment féroce des mulâtres 2
refusa de sanctionner l'arrété. Dès ce moment,
T'assemblée affecta les plus grandes alarmes 3 le
sort de la colonie lui parut désespéré ; elle monl'existence
tra même de vives inquiétudes pour
de la ville du Cap. Cependant elle étoit loin d'aPlus ils sembloient devoir
bandonner ses projets.
manifestoit d'arentrainer de désastres, plus elle
et compléter l'exécution. Le
deur à en poursuivre --- Page 212 ---
NÉVOLUTION
moyen qui lui parut le plus
la résistance du
propre pour vaincre
une séance
gouverneur, fut de convoquer
extraordinaire à laquelle Tassemblée
provinciale, Tétat-major, l'ordre judiciaire,
gouverneur luismème, furent invités.
et le
Ilestinutile de dire que les curieux se
en foule à cette séance. Le
portèrent
ordonnant à un secrétaire président l'ouvrit en
autorisoit les mulâtres
de lire l'arrété qui
et auquel ils n'avoient à présenter leurs pétitions,
suite il
fait aucune réponse. Enajouta : (( C'est pour
considération qui doit résulter S'envelopper de la
unanime et d'un assentiment d'un concours
semblée coloniale a réuni
général que l'asDans une affaire de cette
toutes les autorités.
du bonheur et de T'existence importance, où il s'agit
a le droit de manifester
de la colonie, chacun
de tout
il
son opinion. C'est celui
citoyen ; peut, il doit même
usage. ))
en faire
Plusieurs députés lurent des discours
lés, où ils peignoient avec les
travailsombres
couleurs les plus
Tobstination et les
des
lâtres. Hélas! quelque affreux prétentions
muil n'étoit
que fot ce tableau,
d'horreur que trop fidèle. On ne peut sans frémir
entendre le récit des attentats dont
souillèrent leur cause. L'espoir d'en
ils
cours détermina
arrêter le
quelques membres à
prouver qu'en accordant les droits
essayer de
politiques aux
avec les
travailsombres
couleurs les plus
Tobstination et les
des
lâtres. Hélas! quelque affreux prétentions
muil n'étoit
que fot ce tableau,
d'horreur que trop fidèle. On ne peut sans frémir
entendre le récit des attentats dont
souillèrent leur cause. L'espoir d'en
ils
cours détermina
arrêter le
quelques membres à
prouver qu'en accordant les droits
essayer de
politiques aux --- Page 213 ---
DE SAINT-DONINGUE
des avantages
hommes de couleur, on s'assureroit
lesinévidens, nombreux et décisifs; tandis que
convéniens de cette mesure étoient incertains,
un préjugé, ou, si
éloignés, et ne tenoient qu'à
au-delà duquel
l'on veut, à un ordre de choses
révoluemporté par le tourbillon
on se trouvoit
dans ce sens
tionnaire. Parmi ceux qui parlèrent
le
de raison et de force, on remarqua
avec plus
et de Tousard. ( Je saisis, dit
MM. de Rouvray
de dire
l'occasion qui se présente
( le premier,
colon et
J'ai
avis. Je suis
propriétaire.
(f mon
celle surtout de la
des affaires,
( Texpérience
faite ou étudiée toute ma vie.
(C guerre, que jai
aise
on n'a aucun
( On en parle à son
facile quand de critiquer un
à
il est
K danger courir;
aussi aisé
mais il ne seroit pas
(( commandant, de faire mieux que lui à sa place,
( qu'onle croit
méconnues au-
(I De ces vérités générales, trop
laquelle
viens à la question pour
( jourd'hui, je rassemblés. Je ne connois de re-
( nous sommes
nous accablent que
( mèdes aux malheurs qui tirer de la force; et où
( ceux que nous pouvons
blanche en
K est la nôtre? Qu'est la population des esclaves 1 révolde la multitude
R comparaison suffit-il
de cet ennemi, sans provoC tés?Ne
pas de couleur? Mais, dira-
(( quer encore les gens
d'une caste in-
(( ton, faut-il céder aux menaces
T'admettre aux droits de cité, pour
( férieure,
accablent que
( mèdes aux malheurs qui tirer de la force; et où
( ceux que nous pouvons
blanche en
K est la nôtre? Qu'est la population des esclaves 1 révolde la multitude
R comparaison suffit-il
de cet ennemi, sans provoC tés?Ne
pas de couleur? Mais, dira-
(( quer encore les gens
d'une caste in-
(( ton, faut-il céder aux menaces
T'admettre aux droits de cité, pour
( férieure, --- Page 214 ---
RÉVOLUTION
( prix des maux qu'elle nous
(( messieurs, la
cause?. Oui,
( ressentiment, politique doit ici faire taire le
(( vous flatter parce que vous ne pouvez pas
(
d'inspirer le vôtre à la France. La
philosophie du jour,
(( seils, le lni fera
qui domine dans ses conregarder
(( barbare, quelque
commé injuste et
( ment.-Mais
legitime qu'il soit effective-
(( force quisans nous pouvons encorea attendre;l la
doute va venirà
( Foible et décevante
notre secours..
(( pas
espérance! Je n'y compte
beaucoup, et ne sais
(( devez la désirer:
pas méme si vous
Jignore à
(( Taccordera. Mais
quel titre on vous
fit-elle
( ordres, la métropole
entièrement à .vOS
( faire aucune
eut-elle consenti à ne
(( vous le dire; condition, je ne crains pas de
cette force seroit
(C sante. Six mille hommes
encore insuffi-
(( paix. L'insalubrité du
ne rétabliront pas la
(( la moilié avant
climat en aura fait périr
trois mois de
(( colonie..
séjour dans la
Gardez-vous de
t je vous
douter de ce que
annonce, et
(( indécentes
apprenez que des clameurs
peuvent bien forcer au
K ne réfulent
silence, mais
pas un raisonnement
( T'autorité de Thistoire..
fondé sur
( les ris de pitié dont
Un jour peut-être
vous
les
N portantes
payez
vérités imque j'ose vous dire se
(( en larmes de sang. J'ai
moi changeront
(e ses leçons valent bien T'absurde pour
Texpérience;
orgueil des SO-
centes
apprenez que des clameurs
peuvent bien forcer au
K ne réfulent
silence, mais
pas un raisonnement
( T'autorité de Thistoire..
fondé sur
( les ris de pitié dont
Un jour peut-être
vous
les
N portantes
payez
vérités imque j'ose vous dire se
(( en larmes de sang. J'ai
moi changeront
(e ses leçons valent bien T'absurde pour
Texpérience;
orgueil des SO- --- Page 215 ---
DE SAINT-DOMINGUE
Je ne veux que vous citer
t phistes de nos jours. Dans la guerre de 1756,
( un fait, il est frappant.
de l'ile de Cuba,
voulants'emparer
K T'Angleterre
de faire le siége de
( lord Albermale eut ordre
armée
il avoit, en débarquant, une
( la Havane;
six moisaprès iln'en
mille hommes;
K dedis-huit dix-huit cents. Le général lui-mème
( restoit que des victimes du climat. Méditez
(( avoit été Tune
n'en est pas
( sur cet événement; Tapplication
K difficile à faire. >
Le discours de M. de Tousard, moins vague,
aux circontenant des vérités plus. applicables
davantage
constances où lon se trouvoit, frappa
trois mois 7 dit-il, la guerre
les esprits. (( Depuis
malgré nos succès,
( dure avec les esclaves, et,
premierjour.
(( nous sommes
moinsavancesqueley
Cherchez avec moi la cause de cette espèce de
(
et vous la trouverez dans la pénurie
( problème,
oùt sont
dans Timpossibilité
( de nos moyens,
les fatigues auxquelles
(( nos soldats de supporter
braves volontaires
( ils se voient condamnés. Nos
et
victimes de leur dévouement,
(( succomberont
de
à nous repro-
( nous aurons cette perte plus
cher. Les troupes de ligne seront épuisées
(
Tennemi, dont la principale,
( avant d'atteindre la seule force, est la fuite. Il
.je dirai même
de le combattre que de le
K s'agit donc moins
trousses des
c'est en mettant à ses
(C harasser;
aires
( ils se voient condamnés. Nos
et
victimes de leur dévouement,
(( succomberont
de
à nous repro-
( nous aurons cette perte plus
cher. Les troupes de ligne seront épuisées
(
Tennemi, dont la principale,
( avant d'atteindre la seule force, est la fuite. Il
.je dirai même
de le combattre que de le
K s'agit donc moins
trousses des
c'est en mettant à ses
(C harasser; --- Page 216 ---
Igo
RÉYOLUTION
(( colonnes qui le menacent à
(( le poursuivent dans
toute heure, qui
tous les
( pouvez espérer de le réduire. lieux, que vous
(r le
A présent, je
demande,oà est Tarmée
(( ce but? où trouver la
capable de remplir
(( genre de guerre? Les cavalerie propre à ce
(C endurcis à la
hommes faits au climat,
( rie de Tair et fatigue, des
insensibles à Tintempésaisons,
( nourrir,
qu'on peut loger,
équiper sans
sans
f attirail de
peines,
soins, sans
campagne, où
(( d'autres que les mulâtres? sont-ils?En avez-vous
( quoi
Non. Eh bien ! pourrejetez-vous les secours
( préférez-vous les voir
qu'ils offrent, et
( compter au nombre de parmi nos ennemis à les
(( quoi enfin,
nos défenseurs ? Pourpar votre obtination à ne
( noncer sur leur sort,
pas pro-
( sorte les crimes dont justifiez-vous en quelque
( coupables?
chaque jour ils se rendent
( Je n'ai pas fini, je vous dois
( je vais vous les dire.
d'autres vérités,
( La France a dans ce moment les
( sur
yeux fixés
Saint-Domingue : Tassemblée
(( qui a remplacé Tassemblée
législative,
( posée presque entièrement constituante, comdes
( adversaires du
plus redoutables
système colonial,
A( d'avoir un prétexte de s'en
sera charmée
( faites naitre vous-méme
occuper. Vous le
ce
( longeant une
prétexte, en proguerre que les intérêts les plus --- Page 217 ---
DE SAINT-DOMINGUE,
à terminer. Il est imt chers vous engagent
des mulâtres ne
R possible que les réclamations
fussent-elles
< soient pas écoutées en France; ? Le décret
(t injustes 5 elles seront accueillier irrévocable,
( constitutionnel que vous supposez
comme votre palladium,
K que vous regardez modifié; ;d'abord parce quil
( sera infailliblement le droit naturel, base de la
t ne porte pas sur
ensuite parce qu'il a été
( révolution française ;
l'achèvement de la constitu-
( promulgué après recourirà toutes ces subtilités,
(( tion. Mais, sans la volonté nationale ne vous
x qui vous a dit que
le secours
( forcera pas à quelques sacrifices pour
vous lui avez demandé ? Qui vous a dit
( que
fera
servir à vaincre
( même qu'elle ne le
pas
obstination? Ainsi vous perdez une OC-
(( votre
de raffermir la constitution de
( casion unique
par-là son
( Saint-Domingue, et compromettez
existence. Ah! messieurs, si des raisons aussi
(
ne faisoient pas une vive impression
< puissantes âmes, s'il étoit possible que vous ne
(( sur vos
du sort futur de la colonie,
( fussiez pas effrayés
dont je crois dem'entend,
( M. le général qui
éclairé, trop
( viner les intentions 7 est trop
votre arrêté. Quelque
a sage pour approuver
soit montré envers
( confiant et facile quil se
ne crains pas de dire qu'il ne le sanc-
( vous, , je
a tionnera point ).
< puissantes âmes, s'il étoit possible que vous ne
(( sur vos
du sort futur de la colonie,
( fussiez pas effrayés
dont je crois dem'entend,
( M. le général qui
éclairé, trop
( viner les intentions 7 est trop
votre arrêté. Quelque
a sage pour approuver
soit montré envers
( confiant et facile quil se
ne crains pas de dire qu'il ne le sanc-
( vous, , je
a tionnera point ). --- Page 218 ---
RÉVOLUTION
Si ce langage parut extraordinaire
blée, les discours de deux
à l'assemMM. Poncignon et
de ses membres, 3
Page, , excitèrent le mépris et
Tindignation . de tous les hommes
modérés présens à la séance. Le
honnêtes et
députés s'étoit fait une
premier de ces
la connoissance des
espèce de réputation par
décrets de T'assemblée
tuante qu'il avoit classés dans
constirecours à lui comme à
sa tête. On avoit
homme
une table des matières; tout
a son mérite, c'étoit lal le sien.
non content de dire son avis sur la Cependant,
tique dont il s'agissoit, de
question polide citations et d'autorités T'appuyer d'une foule
qui n'avoient
avec la délibération, il lut un long nulrapport
plan de campagne à
mémoiresurl le
adopter, ou il avoit
ment tracé la marche etles
péniblefixé la quantité des
campemens de Tarmée,
nière de les
troupes et déterminé la maapprovisionner; ; il ne craignit
d'entrer dans ces détails auxquels il étoit pas
ger, en présence des militaires
étrantel soin regardoit essentiellement. distingués qu'un
fondn'étoit
Cette vanité au
que ridicule, maiscequi passa le droit
qu'on croyoit avoir acquis de tout
torrent
dire, ce fut le
d'injures et de grossièretés que M.
adressa personnellement à M. de Blanchelande. Page
Iln'eut pas le plaisir de finir la lecture de sa
lippique. A une imputation évidemment phiune partie de
fausse,
Tétat-major, qui avoit accompa-
oit essentiellement. distingués qu'un
fondn'étoit
Cette vanité au
que ridicule, maiscequi passa le droit
qu'on croyoit avoir acquis de tout
torrent
dire, ce fut le
d'injures et de grossièretés que M.
adressa personnellement à M. de Blanchelande. Page
Iln'eut pas le plaisir de finir la lecture de sa
lippique. A une imputation évidemment phiune partie de
fausse,
Tétat-major, qui avoit accompa- --- Page 219 ---
DE SAINT-DONINGUE de cet excès d'inle général, se. leva indigné
en
gné
attaché à sa personne
solence. M. Liégard,
sensible qu'un autre
qualité daide-de-camp, plus de lui faire, mit la main
à Tinsulte qu'on venoit On le retint : lcs cris,
surl la garde de son épée. rumeur de Tassemblée
les huées des galeries, la
imposèrent silence
etlordre formel du président, dans la salle.
et le calme se rétablit
à T'orateur,
excité par les impostures
Le mécontentement
profonde que les disde M. Page, et Timpression de' Tousard avoient
cours de MM. de Rouvray et
effrayerent les meneurs de T'assemblée.
produite le coup dont ils se voyoient menacés,.
Pour parer
forma le projet hardi en
Tun d'eux, M. Béraud ,
facile et même inmais d'un succès
apparence,
habitude des assemfaillible pour qui a quelque
de persuablées, de changer T'état dela question, délibéré sans
der à tout le monde qu'on avoit trois heures sans
s'entendre, et parlé pendant fut retenu ni par
savoir de quoi il s'agissoit. Il ne
homme
la crainte de démentir le président > doutoit
tellement foible et nul, qu'il ne se
T'insulte
lui étoit faite, ni par
même pas, de
qui séance de la veille, dont
le procès-verbal de la
Comptant
avoit donné lecture.
un secrétaire
lassitude des esprits, T'orateur
avec raison sur la
force de verbiage et d'éscoespéra faire oublier, à
TOM. I.
ne
homme
la crainte de démentir le président > doutoit
tellement foible et nul, qu'il ne se
T'insulte
lui étoit faite, ni par
même pas, de
qui séance de la veille, dont
le procès-verbal de la
Comptant
avoit donné lecture.
un secrétaire
lassitude des esprits, T'orateur
avec raison sur la
force de verbiage et d'éscoespéra faire oublier, à
TOM. I. --- Page 220 ---
RÉVOLUTION
barderies, le motif pour lequel on étoit
Mais quelle étoit donc enfin cette convoqqué.
mal posée par le président, si
question si
Tassemblée elle-même?
peu connue de
vouloit mettre à la
Qu'est-ce que M. Béraud
place de ce dont on venoit de
s'occuper ? Sur quoi prétendoit-il
ràt? Le voici : La
qu'on délibéquestion des droits
des hommes de
politiques
couleur, sur laquelle
coloniale s'étoit irrévocablement
T'assemblée
entroit pour rien. Cette séance expliquée, n'y
et
avoit pour objet
principal, 2
même unique, de déterminer
adhésion à ses arrêtés
une
autorités
précédens, de la part des
qu'elle avoit appelées dans son sein
adhésion dont linfaillible résultat
;
devoit être le
rapprochement de tous les esprits, et le
de toutes les forces qui seules
concours
l'entêtement et abaisser
pourroient vaincre
Malgré le talent
T'orgueil des mulâtres.
que M. Béraud
cette circonstance,
déploya dans
malgré les
mérités que, comme orateur, il applaudissemens obtint de l'auditoire, il fut vaincu par le président de
blée provinciale, qui, sollicité de dire l'assemne prononça que ce peu de mots : ( Si l'assemblée son avis,
coloniale a appelé Tassemblée
connoitre son opinion sur le fond provinciale de la
pour
elle doit donner aux membres qui la question,
le temps d'y réfléchir; si elle ne nous composent
a mandés --- Page 221 ---
DE SAINT-DONINGUE
s'assurer de notre obéissance, elle n'a
que pour
qu'à ordonner. )
T'assemblée
Cette réponse laconique replongea
Tirrésolution, et irrita Torgueil de la faction,
dans
de M. de Blanqui, ne voulant que triompher des autres auchelande, voyoit toujours le voeu
détorités contraire au sien. M. de Faverange,
de la paroisse de Jérémie, > qui se piquoit
puté
à aucun parti, et qui par cela
de n'appartenir
dans tous une certaine inmême avoit acquis
un amenfluence, crut réunir les opinions par
et qu'on reçut à la presdement quil proposa,
unanimité. Les partisans des mesures rigouque
parce qu'il ne faisoit que
reuses Tadoptèrent, termes ce qui avoit été plurépéler en d'autres
offert ou promis aux
sieurs fois et inutilement
mulâtres. Il fut accueilli du reste de l'assemblée,
terminant une séance déjà troplongue
parce qu'en
il faisoit cesser l'ennui et l'impaet trop fatigante,
pouvoir se
tience de tous ceux qui croyoient
l'intérét
M. de Blanchelande
reposer sur
que
avoit de rejeter T'arrêté en question (1).
ce général le sanctionna,
Le surlendemain, contraire qu'il avoit faite à
malgré la promesse
M. de Tousard.
cette séance si digne de
Quelque temps après
(1) 5 novembre 1791.
faisoit cesser l'ennui et l'impaet trop fatigante,
pouvoir se
tience de tous ceux qui croyoient
l'intérét
M. de Blanchelande
reposer sur
que
avoit de rejeter T'arrêté en question (1).
ce général le sanctionna,
Le surlendemain, contraire qu'il avoit faite à
malgré la promesse
M. de Tousard.
cette séance si digne de
Quelque temps après
(1) 5 novembre 1791. --- Page 222 ---
RÉVOLUTION
figurer dans les annales des assemblées
giques, par le triomphe qu'elle offrit de démago- l'exagération sur la prudence et de
bonne foi,
Tintrigue sur la
une scène d'un autre genre, prépaparée par la même faction, et plus immorale
encore, eut lieu au Cap. Deux mois s'étoient
déjà écoulés depuis la révolte des esclaves, quand
l'assemblée coloniale, perdant, comme on l'a vu,
l'espoir d'obtenir les forces
étrangères sur lesquelles elle avoit compté, parut seulement alorsse
rappeler qu'il existoit d'autres colonies françaises,
et prit enfin le parti de réclamer leurs
En conséquence, elle expédia
secours.
pour la
un
aviso (1),qui arriva trop tard; M. de Martinique
avoit renvoyé en Europe deux ou trois Behague bataillons et autant de compagnies d'artilleurs
devenoient inutiles.
qui lui
N'ayant plus que les troupes
absolument indispensables pour la tranquillité de
cette colonie, il ne put satisfaire au voeu de l'assemblée et de M. de Blanchelande
à
que par l'envoi
Saint-Domingue du vaisseau TEole et de la
frégate la Didon, commandés par MM. de Girardin et de Villevieille.
Le caractère distinctif de la révolution est
d'avoir produit en France, comme ailleurs, des
(1) Le briq PAatif, commandé par M, de
da Boisrond.
Saint-Légier --- Page 223 ---
DE SAINT-DONINGUE
contraires à toute probabilité. Le
événemens
fait cette oblecteur
sans doute aura déjà
2 qui
moins étonné d'apprendre que
servation 2 sera
avoient justement murles mêmes hommes qui
de l'asmuré contre la négligence et les lenteurs
semblée coloniale, ne virent approcher qu'avee
avoient si ardemment dé-r
effroi le secours qu'ils
T'anvaisseaux n'avoient pas encore jeté
siré. Les
les commancre et l'on n'en connoissoit pas
L'assemdans, que déjà ceux-ci étoient suspects.
et la
blée les accusa d'aristocratie sans preuve,
multitude les maudit bientôt sans raison; tout
d'une seule séance et d'un seul
cela fut l'ouvrage
exercée contre eux put,
jour. La persécution
de la
il est vrai, être justifiée en partie aux yeux
les étourderies de quelques jeunes
populace par
on fit le reofficiers des vaisseaux, auxquels
d'avoir porté des toasts
proche, fondé ou non,
inciviques. Quoi qu'il en soit, douze heures après
linsurrection se manifesta
leur arrivée au Cap,
tumulte régna
sur la frégate, et le plus grand
Girardin
dans la ville. On contraignit MM. de
contre lesquels T'assemblée
et de Villevieille 2
dénonciations, de
avoit déjà entendu plusieurs
à la barre, oi ils ne parvinrent
se présenter
dangers.
qu'après avoir couru les plus grands
(1) Le 16 novembre 1791.
douze heures après
linsurrection se manifesta
leur arrivée au Cap,
tumulte régna
sur la frégate, et le plus grand
Girardin
dans la ville. On contraignit MM. de
contre lesquels T'assemblée
et de Villevieille 2
dénonciations, de
avoit déjà entendu plusieurs
à la barre, oi ils ne parvinrent
se présenter
dangers.
qu'après avoir couru les plus grands
(1) Le 16 novembre 1791. --- Page 224 ---
RÈVOLUTION
Le peuple en délire crioit
Se faire justice. Un homme, vengeance et vouloit
osa proposer à T'assemblée agitant son sabre nu,
officiers sur le seuil de la de couper la tête aux
pour cette horrible
porte, et s'offrit même
exécution.
Je le répète : uné scène si atroce
ni soupçonnée ni
n'avoit été
des facticux
prévue de personne, excepté
On
qui avoient intérêt de la
ne savoit
faire jouer.
auteurs,
quelle en seroit la fin, quand ses
mandans, satisfaitsdela destitution des deux comjours. Un arrêté empèchèrent les mit qu'on n'attentat à leurs
la nation, formule
sous la sauve garde de
pas sauvés du
insignifiante qui ne les auroit
couteau de quelque
Tassemblée n'y avoit - joint la
fanatique, si
faire entrer dans son
précaution de les
toute la nuit.
enceinte, où ils passèrent
Le lendemain
léquipage de T'Eole,
avanies qu'on avoit fait
instruit des
din,
éprouver à M..de Girarenvoya une députation à
démentir l'accusation
Tassemblée, pour
d'incivisme si
accueillie par elle, et pour protestér legerement
destitution d'autant plus
contre une
Jui seul, disoit-il,
radicalementauille, qu'à
noitre et d'en
appartenoit le droit d'en conjugerles motifs.
die d'une démarche à
Liassemblée, étourlaquelle elle ne s'attendoit
pas, reconnut M. de Girardin pour bon
M. de Villevicille au contraire,
patriote.
dénoncé parquel.
d'incivisme si
accueillie par elle, et pour protestér legerement
destitution d'autant plus
contre une
Jui seul, disoit-il,
radicalementauille, qu'à
noitre et d'en
appartenoit le droit d'en conjugerles motifs.
die d'une démarche à
Liassemblée, étourlaquelle elle ne s'attendoit
pas, reconnut M. de Girardin pour bon
M. de Villevicille au contraire,
patriote.
dénoncé parquel. --- Page 225 ---
DE SAINT-DONINGUE Ténerredoutable à la faction par
ques matelots,
la veille plusieurs, preuves,
I gic dont ilavoit donné d'autant plus exaspérée,
fut immolé à sa haine de lui échapper. Obligé
que M. de Girardin venoit
il partit peu de
de quitter le commandement,
jours après pour la France.
au Cap, ils
excès qu'on se portât
A quelques
eurent lieu versla
napprochoient pas de ceux qui
Le concordat
au PortaulPrince.
Ce
même époque
tranquillité apparente.
n'avoit produit qu'une
cette paix, fruit dela
calme opéré par la force, même odieuse aux aginécessité, et par cela
ne
s'étoient vus forcés d'y. consentif, les -
tateurs qui durable. Il étoit impossible que. des
pouvoit être
tout à coup à Tautorité
blancs se pliassent
de sang-froid leurs esmulatres 3 quils vissent leurs affranchis, et formés
claves embatichés par dévoués à la vengeance
de sicaires
de
en un corps
D'un autre côté, les gens du
de ces derniers. aussi rapidement au faite abucouleur, parvenus
guère manquer d'en de
pouvoir, ne pouvoient leurs chefs affectoient
ser. Dans le temps que mais les supérieurs des
marcher, non les égaux, le maire de la muniblancs, ceux-ci, surtout de la garde natiocipalité et le commandant
le cceur huconnoissant mieux qu'eux
nale (1),
MM. Leremboure et de Caradeux.
(1) --- Page 226 ---
REVOLUTION
main, sachant qu'on pardonne plus
T'abus de la puissance
la
facilement
ronne, leur avoient que pompe qui T'enviabandonné le
Cette politique devoit
premier rôle.
rupture, par le sentiment infailliblement amener une
excitoit dans le cocur des dindignation qu'elle
où elle
blancs, et par l'ivresse
plongeoit et entretenoit les mulâtres.
Une circonstance fortuite vint hâter
ment. Uablanc, heurlé dans la
ce mofut tout étonné de le voir
rue par un nègre,
par la
prêt à repousser la force
force, au lieu de s'excuser ou de
témoins de cette espèce de rixe,
fuir.Les
acablentlesclave de
sattrotipent,
reproches et
solence du noir s'en
d'injures. L'insulte, et menace
accroit; il récrimine, infait la motion même à son tour. Aussitôt on
heureusement de le pendre, et un arbre malcution
placé près de la sert à cette exé-
(1).
Le bruit courut aussitôt
faisoit partie du
que ce malheureux
de
corps de nègres dont
viens
parler, et qui, sous le nom de je
avoit été levé par les gens de
Suisses, 2
vue d'augmenter leurs
couleur, dans la
et Pinchinat,
forces. Dès que Beauvais
leurs chiefs, furent instruits de
Texemple terrible qu'on venoit de
de leurs satellites,
faire sur un
2 sans calculer ce qu'ils avoient
(r) Le 21 octobre 1791.
aisoit partie du
que ce malheureux
de
corps de nègres dont
viens
parler, et qui, sous le nom de je
avoit été levé par les gens de
Suisses, 2
vue d'augmenter leurs
couleur, dans la
et Pinchinat,
forces. Dès que Beauvais
leurs chiefs, furent instruits de
Texemple terrible qu'on venoit de
de leurs satellites,
faire sur un
2 sans calculer ce qu'ils avoient
(r) Le 21 octobre 1791. --- Page 227 ---
DE SAINT-DONINGUE
n'écoutèrent que la' vengeance.
à craindre, ils
dans leur quartier ; un
Le cri d'alarme circula
même devant Fun
blanc, qui passoit à l'instant reçut un coup de
de leurs corps-de-gade, selon les uns, qui
fusil qui ne latteignit pas, Quoi qu'il en fnt,la
le tua, selon les autres.
s'étant
vraie ou supposée,
nouvelle de sa mort, de tous côtés on courut
répandue dans la ville,
assemblée fit battre
aux armes. La munisipalité mit en mouvement
la générale. Une réquisition
de ligne. M. de
nationaux et les troupes
les gardes
secondé
le comimandement;
Caradeux en prit
d'une compagnie d'arde Praloto (i), capitaine
au
il marcha gouvernement
tillerie patriotique, ,
Ceux-ci, trop foibles
oul résidoient les mulâtres.
en fuyant, mipour résister, l'éracuèrent mauvaises et, cases du poste
rent le feu à quelques de Belair, le plus élevé
Robin, situé au quarlier
de la ville.
lorsqu'un événeOn étoit à leur poursnite, ,
Thorreur de
inattendu vint augmenter
ment
violent incendie éclata (2)
cette journée. Le plus de la ville : pendant qu'on
tout à coup au centre
parlé, déserteur d'un des
(1) Ce Maltais, dont j'ai déjà étoit Tun des principaux souraisseaux venus de France,
tiens du parti patriote.
(2) 22 octobre 1791. --- Page 228 ---
RÉVOLUTION
sy portoit en foule pour en arrêter les
deux ou trois autres foyers
progrès,
la menacèrent d'une
parurent à la fois et
ruine totale. Les
voyant ce désastre, cessèrent de
troupes,
hommes de
poursuivre les
Mais le mal couleur, et revinrent sur leurs
étoit déjà si grand, qu'il devint pas.
possible d'y apporter remède. Le
imqui dans ce moment auroit Port-au-Prince,
police active et des efforts
eu besoin d'une
intéressés à sa
réunis des citoyens
noitre
conservation, ne vouloit recontieusé; qu'une municipalité déshonorée et facd'ailleurs, il: n'avoit
que des intrigans et des presque pour habitans
colonie, ou qui
fripons ennemis de la
y étoient étrangers.
Cet incendie dura vingt-q
consuma la moitié de la ville. quatre heures, et
s'accusèrent
Tous les partis
gens de couleur, réciproquement. Ce fut d'abord aux
et surtout à leurs
suite aux négocians,
femmes, entriotes, ennemis de qu'on l'attribua. Les pafaire observer
ces derniers, eurent soin de
que c'étoit dans leurs
que le feu avoit pris naissance. La
maisons
eux, disoient-ils, dont les affaires plupart d'entre
se trouvoient
dérangées, 2 ont cherché un
dantla rigueur des
moyen qui, en élulois, putles libérer envers leurs
créanciers sans humilier leur amour
ils ont cru le trouver dans
propre, et
tous les
T'anéantissement de
documens et de tous les titres.
que c'étoit dans leurs
que le feu avoit pris naissance. La
maisons
eux, disoient-ils, dont les affaires plupart d'entre
se trouvoient
dérangées, 2 ont cherché un
dantla rigueur des
moyen qui, en élulois, putles libérer envers leurs
créanciers sans humilier leur amour
ils ont cru le trouver dans
propre, et
tous les
T'anéantissement de
documens et de tous les titres. --- Page 229 ---
DE SAINT-DOMINGUE
n'avoit pu entrer dans
Un calcul aussiimmoral
faite des prinl'esprit des négocians. Abstraction
distinde probité et de délicatesse qui
cipes
les
fonguoient cette classe estimable,
propriétés
cières et mobiliaires qu'ils possédoient presque l'inla nature bien connue de leurs affaires,
tous, direct
avoient à ne pas en déranger
térêt
qu'ils
au sort
le cours, les attachoient particulièrement sûr
les mudes villes. Or, s'il est à peu près
que
et
làtres, attendu leur absence, que les négocians
des maisons, vu leur intérêt, ne
les propriétaires
le
furent pas les auteurs de ce désastre, soupçon
tomber sur le parti patriote,
doit naturellement
n'étoit pas
et avec d'autant plus de raison, qu'il
il
à son coup d'essai ; que depuis long-temps
regardoit le pillage du Port-au-Prince comme une
succession qui devoit lui revenir.
Mais à tant de vraisemblances se joignent des
Plusieurs témoins attestèpreuves authentiques.
loin de vouloir obéir à leurs supérieurs,
rent que,
effort
arrêter Tactivité'des
loin de faire aucun
pour
du parti
flammes, les hommes les plus fanatiques
factieux des bataillons d'Artois et
patriote, les plus
scélérats de l'artillerie
de Normandie, et les plus
couroient dans la ville comme des forde Praloto,
cénés;intimidoient par des menaces 2 ou repousles gens honnêtes qui réclasoient parla violence,
de bonne vomoient T'ordre et faisoient preuve
activité'des
loin de faire aucun
pour
du parti
flammes, les hommes les plus fanatiques
factieux des bataillons d'Artois et
patriote, les plus
scélérats de l'artillerie
de Normandie, et les plus
couroient dans la ville comme des forde Praloto,
cénés;intimidoient par des menaces 2 ou repousles gens honnêtes qui réclasoient parla violence,
de bonne vomoient T'ordre et faisoient preuve --- Page 230 ---
RÉVOLUTION
lonté. On les a vus
le
matières
propager feu à laide de
combustilbles, tirer sur les blancs
fuyoient par-dessus le toit embrasé
qui
sons, arracher à des
de leurs maide leur fortune.
malheureux les foibles restes
On les a vus, chargés d'or et
bijoux, se féliciter de cette horrible
de
comme d'un événement
catastrophe
et faire une
prospère, étaler un luxe
dépense qui contrastoient
nument de leurs victimes.
avec le détifier et
On les a vus enfin juspréconiserce forfait commeleplus
etle plus efficace de lous
prompt
par la révolution,
lesmoyens récommandés
proposoit
pour parvenir au but qu'elle se
(1).
(1) Parmi lcs aventuriers
un nommé Dumont devint qui se signalèrent dans ce jour,
fameux à
stratagème dont il s'avisa
faire Saint-Domingue parle
au lieu de
pour
fortune. Cet
piller, comme tant d'autres, les maisons homme,
magasins qui étoient ou qui alloient devenir
et les
flammes, trouva plus commode
la proie des
et moins
poster au bord de la mer, et d'y attendre périlleux de se
gresses
au passage les nédomestiques, ,> qui, par ordre de leurs
toient des paquets à bord des vaisseaux. maitresses, porrivage, elles étoient retenues
En arrivant sur lc
mettoit de
par Dumont, qui ne leur pers'embarquer avec leurs effets
marqué de son nom s avec un
qu'après avoir
il avoit eu soin de
pinceau et de l'encre dont
qu'elles
se précautionner, les malles ou paquets
portoient. Le calme étoit à peine
hâta de les réclamer au détriment des rétabli, qu'il se
taires. Ceux-ci, instruits du tour
véritables propriéque venoit de leur jouer
mettoit de
par Dumont, qui ne leur pers'embarquer avec leurs effets
marqué de son nom s avec un
qu'après avoir
il avoit eu soin de
pinceau et de l'encre dont
qu'elles
se précautionner, les malles ou paquets
portoient. Le calme étoit à peine
hâta de les réclamer au détriment des rétabli, qu'il se
taires. Ceux-ci, instruits du tour
véritables propriéque venoit de leur jouer --- Page 231 ---
DE SAINT-DOMINGUE
facilité de la satisLa soif del'or augmente parla
de la
le mobilier des habitans
faire. Les richesses,
devinrent un aiguillon pour
plaine du Cul-de-Sac
Sous
de poursuivre
T'avarice des factieux.
prétexte
à la Croix des Bouquets, 3 ils
les mulâtres postés
dont le
firent dans cette paroisse une excursion,
fut le pillage et le saccagement de plurésultat
obligés d'asieurs habitations. Les propriétaires,
contre lui des plaintes a la
le patriote Dumont. , portèrent
effets avoient élé
municipalité. Elle ordonna que tous les
qui
de la rade, et qui sy trouvoient
déposés sur les bâtimens
salle attenante au lieu de
encore, seroient réunis dans une
fut l'étonêtre rendus à qui de droit. Quel
ses séances, pour
d'une
quantité de
nement du public a la vue
très-grande
Dumont 7 reconnues par ceux auxquels
malles estampées véritablement. L'on se récria contre ce
elles appartenoient
Mais les personnes qui, dans ce
nouveau trait d'impudence.
les clefs des malles, ou
moment de tumulte, avoient perdu
donner une note cxacte de ce qu'elles
qui ne pouvoient pas
effets avoient déja été délivrés
contenoient; celles dont les
trouvèrent dupes du plus insigne fripon.
parles capitaines, se
et I'on n'avoit
Dumont étoit généralement reconnu pour tel,
sermens. Mais la crise oii se trouvoit
garde d'ajouter foi à ses
devenoit indispenétoit si violente, qu'il
le Port-au-Prince d'avoir même des égards pour un homme
sable de ménager,
de son audace et de son
de cette sorte, et cela en raison
ville dont il
immoralité. Aussi Dumont resta-t-il dans une
cher à
moins dà être chassé, et fut-il jusqu'à la fin
auroit au
étoit fondé sur le crime et sur son
la cabale dont le règne
ianpunité.
foi à ses
devenoit indispenétoit si violente, qu'il
le Port-au-Prince d'avoir même des égards pour un homme
sable de ménager,
de son audace et de son
de cette sorte, et cela en raison
ville dont il
immoralité. Aussi Dumont resta-t-il dans une
cher à
moins dà être chassé, et fut-il jusqu'à la fin
auroit au
étoit fondé sur le crime et sur son
la cabale dont le règne
ianpunité. --- Page 232 ---
RÉVOLUTION
bandonner leurs maisons et leurs
tour dévastés par les mulâtres
biens tour à
se refugièrent, les
et par les patriotes,
sines, les autres uns dans les paroisses voiau
reçut comme des Porb-an-Prince, où on les
aristocrates
femmes, soumises aux
dangereux. Les
centes, se virent
recherches les plus indéleurs bijoux par des dépouillées de leur or et de
peu en peine que la scelérats qui se mettoient
qu'ils
pudeur fat outragée,
pussent assouvir leur
pouryu
Une violation aussi
rapacité,
justice et des devoirs marquée des lois de la
sacrés de
gna plus que jamais la
Thumanité, éloides-Bouquets de celle du commune de la Croixheur pour malheur, celui Port-au-Prince. Maldes mulâtres sembloit
qu'on avoit à redouter
moins
qu'ils imposoient
affreux; le joug
fut-il préféré. paroissoit plus tolérable, aussi
Lorsque de
tances eurent fait
nouvelles circonsleur perfidie,
connoitre leur immoralité et
avoir
on blâma le parti royaliste de leur
prété son appui. On se réjouit de
succomber sous les
le voir
avoit trop favorisé les coups d'une caste dont il
et plusieurs
prétentions. Ila été dit,
parti n'avoit personnes croient encore que, si ce
pas soustrait les mulâtres à
geance des patriotes, la
la venbrigands plus dangereux colonie, purgée de ces
seroit redevenue
que les nègres révoltés,
paisible et prospère. Cette --- Page 233 ---
DE SAINT-DONINGUE
tant
9 n'a jamais
opinion; qu'on a
reproduite, sur ce qui
été étayée que par des suppositions de choses. J'abandonauroit suivi un autre état
dont T'exnérai ce vaste champ de conjectures, de monde, pour
ploitation n'a occupé que trop L'assemblée léprésenter un fait incontestable. mais bien arrété,
gislative, dont le plan secret, colonial, n'auroit
étoit la subversion du système le levier à T'aide
souffert qu'on lui enlevat
En admetpas
dans sa base.
duquel elle Tébranloit donné le temps de se
tant qu'on ne lui eût pas
qui est imposreconnoitre, en supposant (ce
de tous les
par un accord général
sible) que ?
des mulàtres se fat effecblancs, la déportation recevoir aucun indice de
tuée avant qu'elle pàt
crime aussi grand
cette'mesure, pense-L-on qu'un Que pouvoit la
seroit resté impuni?
à ses yeux
Tinfluence morale de la
colonie seule contre besoin
le développeFrance, appuyée au
par circonstances dans
ment de ses forces. Il est des
la prudence et la sagesse ne peuvent
lesquelles
ou Thomme n'a plus quele choix
remédier à rien,
d'avoir préféré
de ses maux. Doit-on regretter morale
qu'ils
avoués par la
parce
les moyens
? Croit-on que ceux qu'indiont été impuissans auroient eu des résultats plus
quoit la violence
été fait dans les années
heureux? L'essai qui en a
1811 et 1812 résout la question.
. Il est des
la prudence et la sagesse ne peuvent
lesquelles
ou Thomme n'a plus quele choix
remédier à rien,
d'avoir préféré
de ses maux. Doit-on regretter morale
qu'ils
avoués par la
parce
les moyens
? Croit-on que ceux qu'indiont été impuissans auroient eu des résultats plus
quoit la violence
été fait dans les années
heureux? L'essai qui en a
1811 et 1812 résout la question. --- Page 234 ---
RÉVOLUTION
Il est impossible de disconvenir
connu de Tassemblée
que le projet
justes craintes
législative ne dàt inspirer de
aux colons. Mais
cesser, devoient-ils
pour les faire
par leurs
rendre son intervention dissensionsintestines
nécessaire? La
Tintérêt, ne leur disoient-ils
raison,
silence par le
pas de la forcer au
bilitéparla tableau de leur union, et à limmoacertitudedune, résistance générale?On
répondra que cette cousidération ne Tauroit
retenue, qu'ellen'ent pas facilement
pas
projets. Cela est possible,et
renoncé à ses
pour opérer des
même probable. Mais
grand mouvement révolutions, pour imprimer un
à tout un
truire enfin un pays, le désir peuple, pour désuffisent
et la volonté ne
pas : quel eût été le moteur de la faction
anticoloniale, si le prétexte de
intermédiaire n'avoit
régénérer la classe
faction auroit-elle pas existé?. A quelle fin cette
Qu'auroit-elle
alors provoqué la loi du 4 avril?
dei rien solliciter pu opposer aux mulatres, qui, loin
de la métropole,nelui eussent
entendre que Texpression de leur
fait
pour les blancs, et de leur
reconnoissance
principes révolutionnaires? éloignement pour les
cherois en vain à
Jelignore, et je cherpénétrer dans les
d'une ténébreuse
profondeurs
de dire
politique, mais je ne crains pas
que, malgré ses nombreuses
ets es talens corrupteurs, la
ressources
roit pu remplacer T'instrument sectenégrophile n'auqu'elle a trouvé
nelui eussent
entendre que Texpression de leur
fait
pour les blancs, et de leur
reconnoissance
principes révolutionnaires? éloignement pour les
cherois en vain à
Jelignore, et je cherpénétrer dans les
d'une ténébreuse
profondeurs
de dire
politique, mais je ne crains pas
que, malgré ses nombreuses
ets es talens corrupteurs, la
ressources
roit pu remplacer T'instrument sectenégrophile n'auqu'elle a trouvé --- Page 235 ---
DE SAINT-DOMINGUE
et il est presques sûr qu'elle
dans la caste mulatre;
si, au lieu de lui
auroit vu ses plans avortés, mains, Ton s'en étoit
laisser cette arme entre les
servi contre elle.
prétende pallier ici
A Dieu ne plaise que je hommes de couleur!
les torts et les crimes des
coloniale est
de Passemblée
Le silence coupable des actes de férocité auxloin de les absoudre Commis sans motif, leurs
quels ils se livrèrent.
sans excuse. Tout
excès sont et seronl à jamais la haine, l'oubli
Torgueil, Temportement,
ce que
toutes les lois et de tous les deou le mépris de
race avilie et barinspirer à une
voirs pouvoient
le firent à cette époque.
bare 7 les mulâtres furent assassinés par eux dans
Quarante blancs
foi du concodrat. On en
un fort, contre la
sur les chenombre égorgés
trouva un grand
habitante de Jérémie (madame
mins. Une
de six mois, fut massacrée
Séjourné), enceinte
assouvie
dont la rage ne parut
par ces cannibales, mutilé sOn corps, et écrasé
que lorsqu'ils eurent
portoit dans
entre deux pierres T'enfant qu'elle
content
sein. L'un d'eux nommé Candy, non
son
il condamd'être témoin des tortures auxquelles coopéroit luises victimes, y
noit journellement
rougi
avec un tire-bouchon
même en arrachant,
tomboient entre
les
des blancs qui
au feu, yeux
enfin devint, parmi les
ses mains. Le parricide
TOM. I.
é
que lorsqu'ils eurent
portoit dans
entre deux pierres T'enfant qu'elle
content
sein. L'un d'eux nommé Candy, non
son
il condamd'être témoin des tortures auxquelles coopéroit luises victimes, y
noit journellement
rougi
avec un tire-bouchon
même en arrachant,
tomboient entre
les
des blancs qui
au feu, yeux
enfin devint, parmi les
ses mains. Le parricide
TOM. I. --- Page 236 ---
RÉVOLUTION
mulâtres, le premier de tous les titres à la
fiance, et la plus efficace des
conpour parvenir aux honneurs et recommandations
L'horreur
aux emplois.
qu'excite le souvenir de ces
redouble encore
forfaits
et aux circonstances quand on se reporte au temps
commis. Combien
dans lesquels ils ont été
la saine politique, 0 au défaut de
Thumanité si outragée dans toutes les
devoit gémir d'une pareille
révolutions,
toit aux mulâtres
conduite! Qu'imporTopinion de
niale ? N'avoient-ils
l'assemblée colopart des
pas pour eux celle de Ia plusurés
paroisses? les
Ne devoient-ils pas être raspar
intentions connues de
les blancs propriétaires?
presque tous
Ceux de la Croix-desBouquets, du Mirebalais, de
T'Artibonite, de
Saint-Marc, de
Léogane, du petit Goave, du
Fond-des-Negres, de Plaisance, du
soutenoient-ils pas leur
Borgne, ne
cause ? Leurs
reconnus par ces
droits,
l'être tôt
communes, ne devoient-ils
ou tard
pas
universellement ?
en atténuer la justice par mille traits de Pourquoi
et de barbarie ? Pourquoi
lâcheté
rocité la plus
éloigner, , par la fésauvage, l'instant désirable d'un
rapprochementutile.
etnécessaire aux deux
Pourquoi repousser par d'horribles
partis?
coeurs qu'il falloit
attentats des
dire
gagner par des vertus? Osons
le
: les mulâtres n'ont vu dans la révolution
qu'une occasion de satisfaire leur vanité et d'as- --- Page 237 ---
DE SAINT-DONINGUE
contreles blancs; etsi une partie
souvir leurl haine
être attribuée à un esprit de
de leurs crimes peut
ils en ont commis
vertige devenu presque général, à l'atrocité de leur
qui tiennent particulirement
caractère.
edeleur
Jene puis
domerentatauamicded
pour les blancs d'admettre
pardonner, et pénible droits les incendiaires de
de leurs
au partage
assassins de leurs frères. Mais
leurs biens, les
trouvoit dans une position
Saint-Domingue se accord avec la classe intelle, que, sans un
d'y rétablir
termédiaire, il devenoit impossible de toutes les
La plus mauvaise
la tranquillité.
coloniale pouvoit adopmesures que l'assemblée
étoit sans contredit le système temporiseur;
ter,
ouverte avec les gens de couleur eût
une guerre
Les habitans de la Grande
été moins désastreuse.
vérité, convaincus
de cette
Anse (1) pénétrés leurs sacrifices, qu'ils ne
par Tinutilité de tous
un ennemi dont
pourroient amener à résipiscence
rél'animosité étoit prouvée par des assassinats dans les
commis aux Cayes, et même
cemment
se décidèrent
paroisses soumises au concordat,
mais
violent et périlleux,
à prendre un parti
ainsi la réunion des quatre paroisses de
(t) On appelle
des Abricots, et du cap DameJérémie, des Caimites,
Marie.
ne
par Tinutilité de tous
un ennemi dont
pourroient amener à résipiscence
rél'animosité étoit prouvée par des assassinats dans les
commis aux Cayes, et même
cemment
se décidèrent
paroisses soumises au concordat,
mais
violent et périlleux,
à prendre un parti
ainsi la réunion des quatre paroisses de
(t) On appelle
des Abricots, et du cap DameJérémie, des Caimites,
Marie. --- Page 238 ---
REVOLUTION
décisif. Trois cents mulâtres furent
un jour (1), conduits à
arrétés dans
bord, et préts à être
foudroyés au premier signal par le
forts de Jérémic. Les habitans
canon des
mèrent leurs nègres. Cette
firent plus, ils artrême
mesure vraiment exles
fublimeegenérakemient? Toutefois, malgré
conséquences dangereuses qui pouvoient
résulter,malgré les
en
couleur des
conspirations des hommes de
Cayes et des paroisses
malgré les efforts de tout
circonvoisines,
seconds commissaires
genre employés par les
civils, la
le
quartier le moins
Grande-Anse,
la colonie, s'est popnleux et le moins riche de
conservéejusqu'a l'évacuation des
Anglais : tant il est vrai qu'un
hasardeux, qu'une conduite
plan fixe, fat-il
stable, offrit-elle des
inconvéniens, est préférable à la versatilité
principes, au système absurde d'aller
des
dire au jour lejour, et de se laisser pour ainsi
le cours des événemens.
entrainer par
J'ai parlé d'assassinats commis
riche plaine qui avoisine
aux Cayes. La
du sud, étoit alors
ce chef-lieu de la partie
Les mulâtres,
ravagée comme celle du Cap.
plus nombreux et
cette province
plus riches dans
que dans les deux autres,
contre les blancs quin'avoient
irrités
pas voulu accepter
(1) Lettre du conseil général de la
du II décembre 1791, à l'assemblée commune de Jérémie,
coloniale,
é d'assassinats commis
riche plaine qui avoisine
aux Cayes. La
du sud, étoit alors
ce chef-lieu de la partie
Les mulâtres,
ravagée comme celle du Cap.
plus nombreux et
cette province
plus riches dans
que dans les deux autres,
contre les blancs quin'avoient
irrités
pas voulu accepter
(1) Lettre du conseil général de la
du II décembre 1791, à l'assemblée commune de Jérémie,
coloniale, --- Page 239 ---
DE SAINT-DONINGUE les exces. Juse livrèrent à tous
le concordat,
du nord, de quelle utilité
geant, par lexemple la révolte des esclaves, ils
seroit pour leur cause de la Plaine-du-Fond et
soulevèrent les ateliers
Ainsi les deux exdes mornes quifenvironnent furent à la fois embrasées
trémités de la colonie
les horreurs
du feu de la rébellion et dévastées par comme celle
entraine. La ville des Cayes,
les
qu'elle fut le port où vinrent se réfugier
du Cap,
du sud battus par la tempête
malheureux colons
cette
les cauMais dans
province
révolutionnaire.1
pluis à découvert.
ses de la révolte se montroient nord combattoit avec
La moitié des mulâtres du n'avoient pas joint
les blai cs; ceux même qui ainsi dire une forec
leurs d. apeaux formoient pour T'une ou l'autre
à se tourner vers
neutre prête
intérêts et les circonstances.
cadleur,mninaitleirss les mulâtres s'avouoient
Dans le sud au contraire, de Tinsurrection, marhautement les auteurs
à la tête des esclaves, et ne cachoient pas rechoient
le désordre dureroit jusqu'au
aux blancs que
dont ils se plaignoient.
drossement des griefs
une observation
Je terminerai ce chapitre par du lecteur. Rien
qui aura déjà pu s'offrir à T'esprit d'ensemble etd'union
ne montre mieux le défaut
divergentes et
parmi les blancs que les mesures ils firent usage pour
les moyens opposés dont Ainsi, tandis qu'afin
oblenir le même résultat. --- Page 240 ---
RÉVOLUTION
de prévenir les funestes effets
toetabepetdempader
d'une haine irréla Grande-Anse
s'ilétoit possible, dans
nord et du sud, le une révolte pareille à celle du
conseil
quatre paroisses, séant à
d'administration des
d'expulser les mulâtres, Jérémie, prenoit le parti
les autres
la Croix-des.Bouquets et
cordat croyoient communes qui avoient signé le conrant avec la classe arriver au même but en resserTassemblée coloniale intermédiaire les noeuds
et la
que
au-Prince cherchoient à municipalité du Portqui avoient inutilement rompre. Ces communes,
T'assemblée
rappelé leurs députés de
coloniale, en
où se forma ainsi une envoyérentà Saint-Marc,
tatif, connu
espèce de corps
sous le nom de Conseil de représend'union, dont je parlerai dans la suite. paix et
avec la classe arriver au même but en resserTassemblée coloniale intermédiaire les noeuds
et la
que
au-Prince cherchoient à municipalité du Portqui avoient inutilement rompre. Ces communes,
T'assemblée
rappelé leurs députés de
coloniale, en
où se forma ainsi une envoyérentà Saint-Marc,
tatif, connu
espèce de corps
sous le nom de Conseil de représend'union, dont je parlerai dans la suite. paix et --- Page 241 ---
DE SAINT-DONINGUE
CHAPITRE IX.
Limbé et de PAcul. Mort
Campagne du
Boukman. Arrivée au
du chef nègre
Roume et de
Cap de MM: de Mirbek, cioils nomSaint-Léger. commissaires entreoue aoec le
més par le Roi. Leur
Leur conchef nègre Jean-1 François. Désastre
duite prudente et circonspecte. de M. de
Voyage
d'Ouanamynthe.
Adresse
St.-Leger au Port-au-Prince.
du Fond-des-Nagres.
de la paroisse
montroient les gardes nationales,
LARDEUx que
manifestée par les mulâtres
et la bonne volonté du nord qui se trouvoient au Cap,
de la province
les moyens
donnèrent à M. de Blanchelande novembre (1) une exd'entreprendre au mois de révoltés. Ilenvoya M.de
pédition contre les nègres d'environ six cents homTousard avec un corps
deux jours plus
et fit partir
mes, au Port-Margot, avec une force égale pour
tard M. de Cambefort
M. de
du Port-de-Pais,
T'Acul. Le commandant
(1) 1791. --- Page 242 ---
RÉVOLUTION
Casamajor, eut ordre de s'avancer
temps vers Plaisance, à la téte d'un
en même
Cette altaque combinée
délachement.
première qui eûtété
sur plusieurs points; la
que favorisoit
tentée depuis
encore le retour de la linsurrection,
péréc, devoit
saison temde
produire et produisit
très-grands avantages. M. de effectivement
voyage par mer, longea la côte, Tousard fit le
del'Acul, descendit à
entra dans la baie
taine de canons établis terre, et enclona une vingdéfense de cette rade. depuis long-temps pourla
divisa sa petite
Arrivé au
il
en
Port-Margot,
commandement troupe de
deux colonnes, donna le
T'une à M. de Drozain,
Hartillerie, avec ordre d'entrer
major.
les habitations Guillotin
dans le Limbé par
et Bayon de
lui-mème, à la téte de l'autre
Libertat; et
dans ce quartier par la
colonne, pénétra
Les nègres altaqués Coupe (t) du Port-Margot.
dans
battus partout, et
plusieurs endroits furent
la partie iuférieure abandonnérent de
aux blancs toute
cette paroisse.
Effraycs de la rapidité de ces
chefs de la révolte crurent
opérations, les
sion sur T'esprit de leurs en atténuer Timpressant de trahison le nègre suborlonnés, cn accuLimbe,quils
Paul, commandant au,
condammèrent
surle-champ à être
(1) On appelle de ce nom un
traverse une montagne.
chemin assez roide gni
la partie iuférieure abandonnérent de
aux blancs toute
cette paroisse.
Effraycs de la rapidité de ces
chefs de la révolte crurent
opérations, les
sion sur T'esprit de leurs en atténuer Timpressant de trahison le nègre suborlonnés, cn accuLimbe,quils
Paul, commandant au,
condammèrent
surle-champ à être
(1) On appelle de ce nom un
traverse une montagne.
chemin assez roide gni --- Page 243 ---
DE SAINT-DONINGUE.
avoir, disoient-ils, 2 fait usage
brilé vif, pour
balles. Témoin de Tépoude cartonches sans'
M. de
s'étoit emparée des brigands,
vante qui
différer dsantagelattaque
Tousard ne voulut pas avoient fortifié par des
du poste Alquier, qu'ils d'artillerie. Il partit du
retranchemens et garni
avant le jour sur
Bas-Limbé dans la nuit, et arriva
de quelques
Thabitation Bellevue. La découverte lui ayant fait
nègres qu'on ne put pas atteindre le poste, il prit la
perdre T'espoir de surprendre vive force. A peine le
résolution de Tenlever de donné, que les vosignal du combat eut-il été bravoure, se précilontaires, emportés par leur
Les soldats du
pitèrent sur les retranchemens. point leur céder
régiment du Cap ne voulurent noble. émulation,
Animés par une
fossé
en courage.
ensemble sur les bords du
tous arrivèrent
soixante brigands s'y firent
quils franchirent; cent désordre.
tuer, le reste avoit fui en
occuDepuis la veille, un soin très-important que
Il avoit été prévenn
poit M. de Tousard. éloient entassés dans une
des blancs prisonniers le poste Alquier ; craignant
église située derrière fureur des nègres ne s'exerçat
avec raison que la
terrible, il préféra le
sur eux d'une manière
de ces infortunés à
plaisir de sauver les jours
nombre
d'exterminer un plus grand
la gloire
le combat, sa cavalerie eut
d'ennemis. Avant
oit été prévenn
poit M. de Tousard. éloient entassés dans une
des blancs prisonniers le poste Alquier ; craignant
église située derrière fureur des nègres ne s'exerçat
avec raison que la
terrible, il préféra le
sur eux d'une manière
de ces infortunés à
plaisir de sauver les jours
nombre
d'exterminer un plus grand
la gloire
le combat, sa cavalerie eut
d'ennemis. Avant --- Page 244 ---
RÉVOLUTION
l'ordre de doubler les
porter avec
retranchemens et de se
rapidité sur T'eglise, elle
moment qu'une troupe de
y arriva au
rage accouroit
nègres étincelans de
sés
la
pour égorger les victimes.
par garde nationale à cheval
Repousdoit M. Cagnon, ils furent
que commanleur barbare
obligés de renoncer à
projet.
Quelles durent étre
de tant de malheureux Tinquiétude et l'anxiété
l'issue sembloit
pendant un combat dont
Prisonniers
ne pouvoir que leur être funeste!
si les nègres
sans pitié si les blancs triomphoient, égorgés
ils voyoient d'un côté les remportoient la victoire,
l'autre une existence
tourmens et la mort, de
horrible
encore plus affreuse. Quelle
situation! Combien T'homme
cesser dut paroitre grand à leurs
qui la fit
cher à leurs coeurs! En
yeux et devenir
Tousard
effet, dès que M. de
parut devant eux, l'air retentit des cris
long-temps prolongés de leur joie et de leur
ration. Ils ne
admilui
pouvoient se lasser de le voir et de
parler. Les uns lui montroient leurs
mutilés ou meurtris, et, d'une main
corps
pressoient celle qui avoit brisé leurs tremblante, fers.
autres (c'étoient des femmes),
Les
faim, flétries par la douleur, exténuées par la
regards attendris des enfans présentoient à ses
en bas age,
plus qu'un souffle de vie près des'exhaler. n'ayant
s'écrioient : (( Vous êtes notre
Tous
libérateur, notre
Les uns lui montroient leurs
mutilés ou meurtris, et, d'une main
corps
pressoient celle qui avoit brisé leurs tremblante, fers.
autres (c'étoient des femmes),
Les
faim, flétries par la douleur, exténuées par la
regards attendris des enfans présentoient à ses
en bas age,
plus qu'un souffle de vie près des'exhaler. n'ayant
s'écrioient : (( Vous êtes notre
Tous
libérateur, notre --- Page 245 ---
DE SAINT-DONINGUE
pour
vous avez exposé vos jours nôtres à la
Dieu tutélaire;
les
nous sauver, nous consacrerons
reconnoissance. )
Tousard se rendoitmattre
Pendant que M. de
parti de
et que M. de Casamajor, au bas
du Limbé,
du camp Lecoq situé
Vliluanoe,demparoit
2 M. de Cambede cette paroise,
des montagnes
chassoit les brigands
fort, non moins heureux,
pénétrérent
de T'Acul. Deux de ses détachemens quelques femFond-Bleu, et délivrèrent Cette jourjusquiau
prisonnières des nègres.
mes blanches
d'une manière plus glonée devoit se terminer le plus intrépide des
rieuse pour lui. Boukman,
après
de la révolte, et le plus sanguinaire
chefs
le nombre prodigieux
Jeannot, encouragé par
la foiblesse du déet surtout par
de ses soldats,
M. de Cambefort,
tachement qui accompagnoit sort des combats. Les
tenter la forlune et le
ébranosa
force
de
dfememisvendabonid
blancs,quelat
à leur tête MM.
lés, se ranimèrent en voyant le sabre à la main,
Cambefort et de Poitou qui,
rassurés par
Tout-à-fait
excitoient leur courage. de canon à la Rostaing,
T'arrivée d'une petite pièce
dont la plupart
sur les rebelles,
ils se précipitent
se cacher dans les pièces
courent à leur approche le feu, et ceux qu'on peut
de cannes. On y met
sont taillés
atteindre.au moment qu'ils en sortent
par un
Boukman, vivement poursuivi
en pièces.
et de Poitou qui,
rassurés par
Tout-à-fait
excitoient leur courage. de canon à la Rostaing,
T'arrivée d'une petite pièce
dont la plupart
sur les rebelles,
ils se précipitent
se cacher dans les pièces
courent à leur approche le feu, et ceux qu'on peut
de cannes. On y met
sont taillés
atteindre.au moment qu'ils en sortent
par un
Boukman, vivement poursuivi
en pièces. --- Page 246 ---
RÉVOLUTION
piquet de cavalerie
particulière de M. de qu'il prend pour T'escorte
à périr, mais à rendre Cambefort, s'arréte, résolu
immolant le chef des sa mort utile aux siens en
touré par la
blancs à sa vengeance. Encompagnie des dragons des
que commande M.
Mornets
officier et le
Dubuisson, il fait feu sur cet
manque ; il veut
mais un
recharger son fusil,
d'un
dragon (r) ne lui en laisse pas le
coup de pistolet il l'étend mort
temps,
sière.
sur la pousSi les nègres, trop lâches
pen de mal aux blancs
pour résister, firent
de cette
par leurs armes,les suités
expédition n'en furent
nestes à ces derniers.
pas moins- fuRivière
L'attaque de la Grandequ'on se proposoit de tenter après
troupes seroient remises de leurs
que les
qui eut probablement été
fatigues, et
lieu. Les deux bataillons décisive, ne put avoir
de volontaires
posés des jeunes gens de la ville,
complus écouté leur zèle
qui avoient
tombèrent
que consulté leurs forces,
presqu'en entier
lades à leur retour au
dangereuisement madevint
Cap. La consternation
générale : outre la crainte de
y
parent, ou un ami, chacun avoit celle perdre un
enlever un défenseur.
de se voir
quelque
Pour entreprendre avec
Rivière, ofhdeweseafenpalited il falloit,
de la Grandesinon augmenter la force armée,
(1) M. Michel. --- Page 247 ---
DE SAINT:DONINGUE
les soldats que l'on avoit perdu moins remplacer)
L'assemblée
dus, etil n'y avoit qu'un seul moyen.
coloniale, par son
des secours
ainmareayababt
la province du nord
lion en privant
dans les hommes de couqu'elle auroit pu trouver sud. Ce n'est pas tout : une si
leur de T'ouest etdu
devoitavoir des suites enincomemabledhaisnations
débats del'assempablicitédes
core plusgraves.Lat
les injures aux mulâtres,
blée, où T'on prodiguoit
étoit réservé,
oùt l'on ne cachoit pas le sort quileur d'entre eux jusdétermina un grand nombre
colons
petscenbantd-geges
qu'alorsretensp à fuir de la ville et à rejoindre
qu'ils respectoient,
le commencement des
ceux des leurs qui, depuis
ou avoient fait
troubles, étoient restés neutres,
commune avec les révoltés.
cause
raison les
Ces -eeaingaemeed T'insurrection
paroisses de T'est dans lesquelles
Les propriétaires,
n'avoit point encore péhétré.
du parti
leur salut dépendoit
convaincus que
prescrivirent à
prendre les mulâtres,
qu'alloient
de renouveler la motion qui
leurs représentans
devoitfixer! le sort de cette caste. Cest,disoientils,
de conserver les riches quartiers
le seul moyen
Au lieu d'avoir égard à leur
que nous habitons. coloniale se montra de plus
situation,! Tassemblée
rappelat une
inflexible, et défendit qu'on
en plus
ellene reviendroit que quand
question sur laquelle
prescrivirent à
prendre les mulâtres,
qu'alloient
de renouveler la motion qui
leurs représentans
devoitfixer! le sort de cette caste. Cest,disoientils,
de conserver les riches quartiers
le seul moyen
Au lieu d'avoir égard à leur
que nous habitons. coloniale se montra de plus
situation,! Tassemblée
rappelat une
inflexible, et défendit qu'on
en plus
ellene reviendroit que quand
question sur laquelle --- Page 248 ---
RÉVOLUTION
les hommes de couleur se seroient
arrêtés. Alors les habitans du
soumis à ses
Maribaroux et des autres
Fort-Dauphin, de
limpossibilité
communes de l'est, dans
d'atteindre à la source du
essayèrent d'en atténuer les effets. Ils
mal,
que-M.deTousard,d
se flattèrent
devenu la terreurdes rebelles,
pourroit, par sa présence au
der ou même empécher
Fort-Dauphin, retardévastation des
tout-à-fait l'incendie et la
demande de cet paroisses voisines; ils firent la
officier à M. le général,
accorda.
quile leur
A cettee époque une
par l'assemblée constituante nouvollemagistrature,e créée
Tordre et la
pour aller rétablir
tranquillité à
au Cap (1). C'étoit
Saint-Domingue, arriva
posée del MM. de une commission civile comIls
Mirbek, de SL.-Léger et Roume,
avoient été nommés par le Roi et agréés de
T'assemblée nationale sur le refus volontaire
forcé de six autres commissaires.
ou
MM.deMirbeket de Saint Léger fussent Malgré que
dela révolution, ilsn'étoient
partisans
tères de la secte
point initiés aux mysnégrophile. Mais on a des raisons
plausibles de croire que dès-lors M. Roume les
connoissoit, et qu'il avoit été choisi pour travailler
à leur propagation. Quoi qu'il en soit, au
des
départ
commissaires, on n'étoit pas encore instruit
(1) Le 28 novembre 1791, sur la frégate la Galatée.
que
dela révolution, ilsn'étoient
partisans
tères de la secte
point initiés aux mysnégrophile. Mais on a des raisons
plausibles de croire que dès-lors M. Roume les
connoissoit, et qu'il avoit été choisi pour travailler
à leur propagation. Quoi qu'il en soit, au
des
départ
commissaires, on n'étoit pas encore instruit
(1) Le 28 novembre 1791, sur la frégate la Galatée. --- Page 249 ---
DE SAINT-DOMINGUE
tantlassemFrance de la révolte des esclaves,
en
avoit mis de lenteur à transmettre
blée coloniale
à la métropole. Cette
un événement aussi grave essentielle à remarcirconstance est d'autant plus
dans les
le silence observé sur ce point été le
quer, que données aux commissaires a
instructions la faction s'est servie pour méconprétexte dont
leur retour en France,
noitre leur autorité, et que de leurs pouvoirs, a
T'insuffisance
nécessité par
d'une seconde
eccasionné l'envoi à St.-Domingue
le malcommission qui les a tous réunis 2 pour
heur de la colonie qu'elle a détruite.
l'on
point ici les honneurs que
Je ne rappellerai
est un
devoir
aux ccommissiressetil
crut
prodiguer
et le faste qui T'acpays où Tappareil du pouvoir c'est surtout à Saintsoient nécessaires,
compagne
être vraiment utile et duraDomingue. Mais pour
a intérêt de créer
ble, le prestige que la politique
ou ne déêtre T'ouvrage de Timposture
ne doit pas
circonstances accidenpendre que de quelques
de la force
telles. C'est sur le développement dépositaire de
publique à la voix d'un magistrat
de la soul'autorité royale, c'est sur T'exemple
fondée
mission donné par les blancs; , qu'étoit
les
de Topinion, et non sur
jadis la puissance
factice, d'une admiraéclats d'un enthousiasme
tion mensongère et hypocrite. désiroit connoitre
L'assemblée coloniale, qui
A --- Page 250 ---
REVOLUTION
les intentions et les projets de la
civile, employa poury parvenir les commission
croyoit les plus
moyensqu'elle
même n'eut
infaillibles, ceux auxquels ellepas résisté sans doute.
se fat pas si grossièrement
Mais elle ne
culs, ni aussi
trompée dans ses calde l'autorité promptement déshonorée aux yeux
qu'elle cherchoit à séduire, si
élé plus attentive au discours
elle eut
Mirbek, le jour de T'installation prononcé par M. de
saires, et à leur conduite
(r) des commisen exercice. C'étoit
depuis qu'ils étoient
jours
d'après ces bases presquetoules justes qu'elle devoît les juger, et non
bizarres données de ses désirs et de d'après
sions.
ses pasTrès-circonspecte à son début,
s'instruire avant de
voulant
mettoit dans toutes prononcer, la commission
elle donnoit
ses démarches une
à tous ses actes une publicité prudence,
gagnoit l'estime et la confiance des
qui lui
nêtes, mais qui dloignoit d'elle
colons honelle déroutoit les
les factieux dont
intrigues et les complots.
Aussi, tout en s'éclairant surle caractère
de M. de
foible
Blanchelande, en convenant
lcs circonstances
que, dans
devenoient
présentes, les devoirs de sa
un fardeau trop lourd
place
commission civile
pour lui, la
ne tarda pas
moralité de Ses dénonciateurs. d'apprécicr la
Elle put bientôt
(1) 3 décembre 1791.
-
intrigues et les complots.
Aussi, tout en s'éclairant surle caractère
de M. de
foible
Blanchelande, en convenant
lcs circonstances
que, dans
devenoient
présentes, les devoirs de sa
un fardeau trop lourd
place
commission civile
pour lui, la
ne tarda pas
moralité de Ses dénonciateurs. d'apprécicr la
Elle put bientôt
(1) 3 décembre 1791.
- --- Page 251 ---
DE SAINT-DOMINGUE
la coalition du gouverteur avec
se convaincre que
dans limaginan'existoit que
les princes émigrés de T'ordre et de la paix. Cette
tion des ennemis
commissaires une sorte
connoissance imposa aux humiliante sans doute
de réserve ombrageuse, 2 mais qui étoit l'effet
pour l'assemblée coloniale, dévoilées (1). Le mal
inévitable de ses impostures le
de n'avoir
s'arrêter là. Outre dépit
ne devoit pas
civile dans son parti,
entrainer la commission
pu
bientôt le chagrin de la voir apVassemblée eut
du
; la
toutes les mesures gouvernement;
puyer
circonscrite par ces deux autorités
crainte d'être
de les accabler tour
réunies lui suggéra le projet
rassemblé leurs
à tour, avant qu'elles eussent
et avec un
forces; mais ce fut graduellement but. A l'époque
art infini qu'elle atteignit ce
soin sans le
dont il sagit, elle le cachoit avec
des
de vue un seul instant. Les démarches
perdre
étoient épiées, leurs paroles recueilcommissaires
Tout,jusqu'a une entrévuéqui
lies et envenimées."
chefdes rebelles,
eut lieu entre eux etl le premier coloniale.
servit les desseins de T'assemblée
répondu
révoltés avoient tonjours
Les nègres
leur avoit adréssées
qu'on
aux proclamations inadmissibles. En dernier
par des propositions
commision civile. Procès-verbaux
(jCamapandiaeaiele coloniale. Moniteur de Saint-Domingus.
de l'assemblée
TOM. I. --- Page 252 ---
RÉVOLUTION
lieu, une députation, à la tête de
Toussint-Louveture,
laquelle étoit
depuis devenu si
avoit, apporté au Cap une lettre
célebre,
sieurs commandans
signée de plunoirs. Ceux-ci, après avoir
invoqué les droits de
-
Thomme, l'égalité
et la nouvelle constitution,
naturelle,
mander la liberté de
finissoient par dequatre cents d'entre
pour prix de cette faveur, ils
eux;
faire rentrer les ateliers dans le promettoient de
terminer la
Soit
devoir, et de
guerre.
que T'assemblée n'eût
cru leur offre sincère, soit qu'un pareil traité pas lui
eut paru devoir aggraver le mal, elle avoit refusé
d'y consentir.
Al'arrivée de la commission civile, les rebelles
firent de nouvelles propositions. L'on
deux ou trois prisonniers blancs,
apprit par
le bonheur de
qui avoient eu
s'échapper de leurs mains,
Jeannot avoit été fusillé
que
par ordre de JeanFrançois, à cause de ses cruautés, et
chef, las de la
quece dernier
guerre, désiroit la terminer. Cette
nouvelle fut confirmée
adressée à la
par une lettre de lui
commission civile. Il y sollicitoit
une entrevue avec les
commissaires, qui s'empressèrent de la lui accorder. Au
nu (1), ceux-ci, escortés
jour convepar une force suffisante, et accompagnés de quatre membres des
(:) 21 décembre 1791.
re de JeanFrançois, à cause de ses cruautés, et
chef, las de la
quece dernier
guerre, désiroit la terminer. Cette
nouvelle fut confirmée
adressée à la
par une lettre de lui
commission civile. Il y sollicitoit
une entrevue avec les
commissaires, qui s'empressèrent de la lui accorder. Au
nu (1), ceux-ci, escortés
jour convepar une force suffisante, et accompagnés de quatre membres des
(:) 21 décembre 1791. --- Page 253 ---
DE SAINT-DOMINGUE
coloniale et provinciale, se rendiassemblées
Saint-Michel, lieu désigué
rent sur Thabitation Jean-François resta plusieurs
pour la conférence. Aubert qui en est voisine,
heures sur Thabitation
et hésitant
montrant les plus vives inquiétudes,
on,
s'il iroit au-delà. Arrivé enfin à Saint-Michel,
le résoudreà passer unel haie quiles séparoit
ne put
blanches rangées en bataille dans la
des troupes
les commissaires se transsavane (1)- Il fallut que Des
fut en leur préportassent jusqu'à lui.
qu'il
et
il se mit à genoux, demanda sa gràce,
sence,
la
dans la province
promit de rétablir tranquillité lui assurât la vie et la
du nord, pourvu qu'on lui garantirent Pune et
liberté. Les commissaires
fortes consiT'autre, Tengagerent par les plus etl lui dirent
dérations à persister dans son projet,
mais
non-seulement on oublieroit le' passé,
que, obtiendroit tout des) blancs, s'il tenoit parole.
qu'il
se retira très-satisfait, et renvoya
Jean-François
une vingtaine de pridès le lendemain au Cap habitans de la Grandesonniers presque tous
étoit détenue
Rivière. On permit à sa femme, qui
Galliffet,
à la geôle depuis la prise du camp rendus étoient
d'aller le joindre. Les prisonniers
les ordres
porteurs d'une lettre ou il annonçoitque
et
avoient été donnés de respecter
ics plus précis
(1) Prairic, pâturage, --- Page 254 ---
RÉVOLUTION
de mettre en liberté tous les blancs.
rances flatteuses
Les espéque cette conduite
furent au même instant fortifiées
présentoit
que Biassou, autre chef aussi
par la demande
François, fit aussi d'une
puissant que Jeanaccordée
entrevue. Elle lui fut
intervalle pourieaurlendemain. les
Mais dans ce court
choses changerent de face; JeanFrançois et Biassou cessèrent subitement
correspondance et recommencèrent
toute
Si le lecteur se rappelle
les hostilités.
égaroit alors tout le
l'esprit de verlige qui
nement dont
monde, il pressent que l'évéje viens de T'entretenir dut être
source de calomnies et de dénonciations une
réciSatarasreed soita avant,
solilaprislicontérenceye aétéjusqu'à
et
sera peut-étre à jamais une
présent elle
énigme
Pourquoi ce nègre avoit-il sollicité si inexplicable.
ce qu'il ne vouloit
ardemment
pas obtenir?
soit-il ce qu'il avoit demandé Pourquoi refuavec tant d'instincea7fetemnersenoned donné de ce
une solution satisfaisante. Ce
problème
c'est que la faction
qu'ily a de certain,
révolutionnaire accusa le
vernement et poussa l'effronterie
goule bruit qu'un officier du
jusqu'à répandre
avoit fait dans la nuit le régiment du Cap (:)
Rivière. Les
voyage de la Grandecommissaires eux-mémes ne furent
(1) M. de Poitou, dont il a déjà été parlé.
7fetemnersenoned donné de ce
une solution satisfaisante. Ce
problème
c'est que la faction
qu'ily a de certain,
révolutionnaire accusa le
vernement et poussa l'effronterie
goule bruit qu'un officier du
jusqu'à répandre
avoit fait dans la nuit le régiment du Cap (:)
Rivière. Les
voyage de la Grandecommissaires eux-mémes ne furent
(1) M. de Poitou, dont il a déjà été parlé. --- Page 255 ---
DE SAINT-DONINGUE
( Comles plus graves.
les
pas à Tabridesimputations) se fier à cux, disoient
a ment pourroit-on sont-ils pas des agens du
(( démagogues 2 ne n'ont-ils pas été nommés par
(( pouvoire exécutif?
pas, ce sont des
( le Roi? Ne nous y trompons ici pour faire la
ils sont venus
chef
( aristocrates;
Leur entrevue avec, lc
( contre-révolution.
prétexte pour condes
n'a été qu'un
>>
(
brigands
doivent suivre.
certer ensemble le plan qu'ils
(
bien de garde-darier
Lassemblée se donnoit
foule d'autres
de ces calomnies et d'une
le cours
les commissaires civils
aussi absurdes. Alors
tutélaires de
n'étoient plus à ses yeux les génies
des
Elle regardoit la question la
Saint-Domingue.
hommes de couleur, et
droits politiques des
des objets entièredes esclaves, comme
leurs
guerre
attendu que
ment hors de leur compétence, circonscrites et leurs poufonctions étoient trop
voirs trop limités.
avec JeanA peine tout éspoir d'arrangement entendit parler
François se fut évanoui, qu'on Maribaroux (1) par
altaque de
d'une prochaine
fussent les talens et l'actiles révoltés. Quels que
lutter avec
vité de M. de Tousard, il ne pouvoit contre tout
les foibles moyens à sa disposition
du nord, voisine du territoire
(1) Paroisse de la province
par! la rivière du Massacre.
espagnol, dont elle n'estséparée que --- Page 256 ---
RÉVOLUTION
ce qui préparoit la ruine du
défense lui étoit
quartier dont la
confiée. Parmi les causes
s'opposoient à ses succès,
qui
fidèle à son système de
Tassemblée, toujours
dangereuse.
résistance, éloit la plus
leur s'instruisoient Non-seulement les hommes de coumais les
par la lecture de ses
gens malintentionnes
débats,
nir jusque dans leurs
faisoient parvede Tassemblée
camps des faux décrets
législative et des lettres
tielles, où ils les avertisspient
confidenvigilance et de se défier des
de redoubler de
ment, dont les
agens du gouvernedémonstrations
d'autre but que de couvrir de perfides n'avoient
devoit les conduire à leur
fleurs le chemin qui
Avec une caste aussi perte.
nceuvres ne pouvoient soupconneuse, ces maBientota.Pharmonie
pas manquer de réussir.
couleurs
qui avoit existéentre les deux
succéda la division la plus funeste.
troupes, occupéesjtsqualorsi
Les
commun, perdirent de vue coinbattrel'emnemi cet
lorsque la confiance
objet important
Les nègres
ne règna plus parmi elles.
qu'clles avoient retenus dans les
montagnes recommencèrent leurs excursions
plaine; M. de Tousard cherchoit
en
dérer le ressentiment
en vain à moalarmes des
des blancs et à dissiper les
confusion mulâtres, un esprit de vertige ct de
niers,
triompha de tous Ses efforts. Les derchaque jour plus
ombrageux, ne se mon-
orsque la confiance
objet important
Les nègres
ne règna plus parmi elles.
qu'clles avoient retenus dans les
montagnes recommencèrent leurs excursions
plaine; M. de Tousard cherchoit
en
dérer le ressentiment
en vain à moalarmes des
des blancs et à dissiper les
confusion mulâtres, un esprit de vertige ct de
niers,
triompha de tous Ses efforts. Les derchaque jour plus
ombrageux, ne se mon- --- Page 257 ---
DE SAINT-DOMINGUE et armés
qu'en troupe
troient au Fort-Dauphin
leurs intentions
comme sur un champ de bataille;l devinrent si
si manifestes, leurs menaces
parurent
les blancs crurent devoir prendre
insolentes, que
Dès cet instant, le trouble
aussi des précautions. dans la ville. Lesmulatres
etl lépouvanter régnèrent
pour aller se réunir
en sortirent succssivement savoit ètre campés
à ceux de leur caste qu'on
et aux Ecréal'Acul de Samedi, à Sainte-Susanne répandu au Cap et
visses (1). Déja le bruit s'étoit
et Biassou
que Jean-François
au Fort-Dauphin
Maribaroux. Le salut
devoient bientôt attaquer
du poste d'Ouade cette riche plaine dépendoit
la dositué au bas des montagnes qui
namynthe,
aux hommes
minent. Pour prouver sa confiance devoir les
M. de Tousard avoit cru
de couleur, soin de défendre ce poste important;
charger du
qui connoissoit
mais le comité du Fort-Dauphin, et craignoit leur
des mulâtres
les dispositions
d'Onanamynthe fut
perfidie, exigea que la garde sûres. Si ce chanremise entre des mains plus il étoit aussi extrègement sembloit nécessaire, redoubler les soupçons
mement délicat; il devoit
la
hommes de couleur et accélérer. peut-être
des
lieu de la
M. de Tousard
catastrophe au
prévenir.
et le pria
au comité,
soumit ces considérations
voisines du Fort-Dauphin.
() Nom des paroisses
fut
perfidie, exigea que la garde sûres. Si ce chanremise entre des mains plus il étoit aussi extrègement sembloit nécessaire, redoubler les soupçons
mement délicat; il devoit
la
hommes de couleur et accélérer. peut-être
des
lieu de la
M. de Tousard
catastrophe au
prévenir.
et le pria
au comité,
soumit ces considérations
voisines du Fort-Dauphin.
() Nom des paroisses --- Page 258 ---
RÉVOLUTION
d'examiner s'il ne seroit pas plus
sage de ramener les mulatres
prudent et plus
de les éloigner tout-à-fait
par la douceur que
par une défiance dangereuse dans T'état actuel des choses.. Ses réflexions
furentinutiles:1 Topinion contraire ayant
M. Urvoy reçut ordre d'aller
prévalu,
mandement
prendre le comd'Ouanamynthe, et sy rendit
un détachement de soixante hommes.
avec
Ce n'est pas la prise de possession de ce
mais sa conservation qui étoit difficile. paste,
fallu pour le défendre deux cents
Il.ent
et il ny en avoit en tout
hommessors,
parmi
que quatre-vingt-dix,
lesquels on comptoit encore trente mulâtres, qui ne tardèrent pas à justifier
horrible trahison les craintes de M, de par une
Deux jours après l'arrivée de M. Tousard.
brigands commandés
Urvoy, les
par Jean - François attaquérent dans la nuit
poste leur fut facilitée Quanamynthe : l'entrée du
par les hommes de couleur
qui faisoient partie de la garde. Les blancs, ef
frayés de T'obscurité, accablés par le nombre
leurs ennemis, coururent à T'eglise,
de
l'endroit d'oit ils
comme dans
pourroient le nieux faire résistance; ils y furent suivis, alteints et égorgés.
Averti de cette catastrophe, M. de. Tousard
monte à cheval avec soixante dragons; il
Ia plaine du Fort-Dauphin et de
parcourt
partout il ne voit que des habitations Maribaroux;
réduites en --- Page 259 ---
DE SAINT-DOMINGUE. retirent
qui se
cendres, et des nègres épouvantés
d'OuaArrivé au bourg
dans Jes montagnes. désert; des traces de sang
namynthe, il le trouve
entre en tremjusqu'à Téglise : ily
le conduisent
les cadavres de soixante
blant. Quel spectacle! de force et de santé,
blancs, naguère pleins cet
en aggravant
et
aspect,
frappent ses regards;
sinistres pressentile livre aux plus
sa douleur,
mens.
braves colons étoit un trèsLa perte de ces
trahison des hommes
grand mal Temadoutejmaislat de plus affreux pour
de conleur en faisoit prévoir
de ce
Quelle que fut la cause première
Tavenir.
l'attribuer à la férocité
crime, soit qu'il 1 fallat
des
naturelle des mulâtres 2 ou aux suggestions instinct des
ennemis de la colonie, Tirrésistible T'obstination des I
premiers pour la vengeance 2
les rendre
seconds à pervertir leur caractère pour
et
de résipiscence
à force d'attentats incapables T'emporter sur les
indignes de pardon, devoient
efforts de la raison et de la sagesse. la conduite
Ce qui distingue essentiellement celle des blancs; c'est
des hommes de couleur de
non-seulelaquelle ils sontenoient
la ligue par
de leur caste; mais
ment les droits politiques de chacun d'eux. Il
aussi les intérêts particuliers
quel que
de punir un mulàtre,
étoit impossible
la classe entière. Les
fut son délit, sans soulever
les
indignes de pardon, devoient
efforts de la raison et de la sagesse. la conduite
Ce qui distingue essentiellement celle des blancs; c'est
des hommes de couleur de
non-seulelaquelle ils sontenoient
la ligue par
de leur caste; mais
ment les droits politiques de chacun d'eux. Il
aussi les intérêts particuliers
quel que
de punir un mulàtre,
étoit impossible
la classe entière. Les
fut son délit, sans soulever --- Page 260 ---
REVOLUTION
blancs, quiauroient dà
tème analogue de
peut-être adopter u sys=
ment
conduite, s'en sont constamabstenus, et n'ont jamais voulu
Tinnocent avec le coupable.
confondre
paroitra d'autant
Cette modération
qui livra le
plus honorable, que la trahison
poste
d'excès qui font frémir dOuanamyntie fut suivie
suites inévitables d'une d'horreur; et qu'outre les
craindre les effets d'un guerre civile, on avoit à
guinaire, auquel rien, dans fanatisme atroce et sanaucun pays, ne peut se
aucun temps ni dans
La province de l'ouest, comparer.
du nord, à réprimer des sans avoir, comme celle
le trouble
esclaves rebelles, voyoit
semblée augmenter sur tous ses points. L'asconvoquée depuis
sous le nom de conseil
peu à Saint-Marc
composée des
de paix et d'union, et
adhéré
députés des paroisses
au concordat,
qui avoient
T'assemblée
commençoit à
coloniale. Soutenus de rivaliseravec
corps populaire, les mulâtres,
ce nouveau
Mirebalais, aux
tout-puissans au
Gonaives, à
Crois-des-Bouquete,
Saint-Marc, à la
et de leurs forces. Des abusoient des circonstanices
un jongleur fanatique bandits, ayant à leur tête
Trou-Coffi,
qui faisoit sa résidence au
Les tribunaux saccageoient la plaine de
de justice du
Léogane.
tilés rartawenblieprenicile Fort-au-Prince, mucomme il a été dit, devenus dellouest,etaient, le
patrimoine des
Gonaives, à
Crois-des-Bouquete,
Saint-Marc, à la
et de leurs forces. Des abusoient des circonstanices
un jongleur fanatique bandits, ayant à leur tête
Trou-Coffi,
qui faisoit sa résidence au
Les tribunaux saccageoient la plaine de
de justice du
Léogane.
tilés rartawenblieprenicile Fort-au-Prince, mucomme il a été dit, devenus dellouest,etaient, le
patrimoine des --- Page 261 ---
DE SAINT-DONISGUE tous les vrais
clubistes les plus effrénés; presque de fuir pour se soustitulaires ravoient été obligés terminé les jours
qui avoit
traire au supplice Piémon et Dupont-Guiot,
de MM. Videau, L'excès du mal réclamoit un
leurs collegues (1)-
T'armée confédérée
remède. Sollicitée parl
ivile,
prompt
la commissio"
le
de la Croixeades-bonquets, coloniale n'osa pas contester
à qui Tassemblée T'ordre judiciaire, parce qu'il
droit de réorganiser
chargea de ce
étoit stipulé dans ses instructions, commence une lutte
soin M.de Saint-Liger. Ici,
La commission
ouverte entre ces deux autorités. délibération par
venoit de recevoir copie d'une de la commune du
suite de laquelle les habitans
le concordat.
Fond-des-Nègres avoient acceplé
de Taspas que Topiniàtreté
Ils ne cachoient
dont elle auroit
semblée à écarter une question les avoit mis
depuis long-temps
du s'occuper
attendre son voeu;
dans la nécessité de ne pas ils avoient sincèreforcés par leur position,
conserver
que, adhéré au traité qui seul pouvoit
ment
( Quelle que soit, ajouT'ordre dans leur paroisse.
de Tassemblée cola détermination
nous
( toientils,
matière si importante,
( loniale sur cette
et à
résolus à tenir nos promesses
(( sommes
>
( remplir nos engagemens. cette adresse dans
L'impression avoit répandu
furent pendus par les patriotes.
() Ces magistrats
ient sincèreforcés par leur position,
conserver
que, adhéré au traité qui seul pouvoit
ment
( Quelle que soit, ajouT'ordre dans leur paroisse.
de Tassemblée cola détermination
nous
( toientils,
matière si importante,
( loniale sur cette
et à
résolus à tenir nos promesses
(( sommes
>
( remplir nos engagemens. cette adresse dans
L'impression avoit répandu
furent pendus par les patriotes.
() Ces magistrats --- Page 262 ---
NÉVOLUTION
la colonie. Aux bonnes raisons qu'elle
aux vues sages qu'elle faisoit paroitre, contenoit,
coloniale
Tassemblée
n'opposa d'abord que le silence; mais
bientôt elle manifesta son
annulant
dépit en cassant et
tous les traités partiels conclus avec les
hommes de couleur (1). Pour qu'une
mesure ne fut pas le comble de la
pareille
la barbarie,
déraison et de
T'arrêt
pour que sa publicité ne devint
de mort des blancs qui étoient à la merci pas
des mulâtres dans les provinces de l'ouest et du
sud, il eût fallu prononcer enfn sur l'état de
derniers, leur assurer une existence
ces
attirer par la
politique, les
générosité, et non les éloigner
une rigueur d'autant plus condamnable,
par
cune force ne la soutenoit, et
qu'auvolonté de T'assemblée
qu'elle heurtoit la
législative. M. de
ne s'en cacha pas; il dit à plusieurs
Mirbek
étoittemps de
députés qu'il
calmerlimpatience delar
et de rendre la paix à la colonie. Ce fut métropole, alors
T'assemblée coloniale
que
supprima toute communication avec la commission civile ; et néanmoins,
toujours inconséquente, elle la chargea de transmettre à l'assemblée législative,
propre, la dénonciation faite
comme son voeu
par un de ses membres, contre le trop fameux Brissot de Warville.
décembre (1) Procès-verbaux de l'assemblée coloniale des 19 et 20
1791. --- Page 263 ---
DE SAINT-DONINGUE
CHAPITRE X.
dans
Etablissement des mumnicipalités
M. Larchevéquetoutes les paroisses.
de celle du
syndic
Thibaut procureur
M. deBlanCap. Journée du 27 mars. Tassemblée COchelande, destitué par
est rétabli dans ses fonctions.
loniale, MM. de Mirbek et de SaintDépart de
Déportation de
Léger pour la France.
du
de la garnison
tous les officiers
Port-au-Prince.
vit arriver
'Ter étoit l'état des choses, lorsqu'on décrétés parlasdes six mille hommes
de
une partie
à la sollicitation des villes
semblée constituante force qui, reçue en masse et
commerce; ; cette
réduit les eseût probablement
bien employée, insuffisante, parce queles corps
claves, se trouva
parlis de différens ports,
qui la composoient, successivement à Saint-Domingue.
abordèrent
plus que jamais
D'ailleurs M. de Blanchelande,
coloniale,
butte aux traits de Tassemblée
en
contrarié par ellc, nc fut pas le
et sans cesse
la sollicitation des villes
semblée constituante force qui, reçue en masse et
commerce; ; cette
réduit les eseût probablement
bien employée, insuffisante, parce queles corps
claves, se trouva
parlis de différens ports,
qui la composoient, successivement à Saint-Domingue.
abordèrent
plus que jamais
D'ailleurs M. de Blanchelande,
coloniale,
butte aux traits de Tassemblée
en
contrarié par ellc, nc fut pas le
et sans cesse --- Page 264 ---
RÉVOLUTION
mailre d'en disposer. Ce n'étoit
la force
point assez
publique fut sans
que
ennemis qu'il falloit
proportion avec les
le développement combattre ; pour en rendre
possible,
plus difficile, ou même imblir les Tassemblée, dont le projet éloit d'étasystème populaire, arrêla
les paroisses il seroit formé
que dans toutes
aux seules
des municipalités,
nationales réquisitions desquelles les
et les troupes de ligne
gardes
d'obéir. Et comme si elle eût seroient tenues
arrété encore plus
voulu rendre cet
les municipalités désastreux, clle cassa toutes
la formation
déjà établies, ordonna
des
que, dans
roient surtout
nouvelles, les communes fement qui fermoit altention à l'article de son règlede cette
aux hommes de couleur T'entrée
magistrature. Le régime
roissoit si peu propre à
municipal papour en justifier
Saint-Domingue, que,
loniale présenta Tétublisement, T'assemblée COcomme un bien
Tavantage de prouver par-là
inappréciable
et à celles qui étoient
aux troupes arrivées,
thousiasme de
altendues de France, l'entous les colons
tion. Il est non-seulement
pour la révolupartout, mais il devient
nécessaire, 2 disoit-on
tre les soldats au fait des indispensable, pour metlocalités
pour les prémunir contre les
coloniales, et
vernement et des
séductions du goudonner des
contererolationaina, de leur
instructions oût les perfides
projels --- Page 265 ---
DE SAINT-DOMINGUE
soient démasqués, les intentions pade ceux-ci
coloniale manitriotiques de la représentation
soit
festées, et où la conduite des soldats citoyens
selon son voeu et d'après la situation de
réglée
Saint-Domingue.
loin la déraison,
On ne pouvoit pousser plus réduire à zéro la
l'insulte et la calomnic; c'étoit
de représentant du Roi, et saper dans ses
place
T'édifice colonial cn rompant le lien
fondemens
à la France. M. de
qui unissoit Saint-Domingue
aisément
Blanchclande auroit pu d'autant plus
deTassemblée coloniale,
réprimer les usurpations des droits de celle-ci
que la ligne des devoirs et
avoit été tracée par le corps constituant; qu'elle
de ses rèétoit toujours soumise, pourlexécution
glemens provisoires, à la sanction du gouverneur,
en celte qualité, le régulateur de
qui se trouvoit, coloniale etle gardien des droits
la représentation
l'assemblée
de la mère-patrie. Il eût donc obligé
dans le silence d'un régime conveà s'occuper
de bouleverser
nable à Saint-Domingue, au lieu
Il lui
T'ancienne administration.
sans prévoyance
etle danger de créer
eût fait sentir Timprudence
T'ouvrage du caévidemment
une magistrature
l'on seroit peut-être
price et des passions, que
contraint d'abolir, parce qu'il étoit possible que,
auquel il étoit
soit dans le plan d'organisation dans la révision
bien temps de travailler, soit
ime conveà s'occuper
de bouleverser
nable à Saint-Domingue, au lieu
Il lui
T'ancienne administration.
sans prévoyance
etle danger de créer
eût fait sentir Timprudence
T'ouvrage du caévidemment
une magistrature
l'on seroit peut-être
price et des passions, que
contraint d'abolir, parce qu'il étoit possible que,
auquel il étoit
soit dans le plan d'organisation dans la révision
bien temps de travailler, soit --- Page 266 ---
REVOLUTION
que T'assemblée nationale feroit
ce travail, l'existence des
elle-méme de
gée incompatible
municipalités fut juavec les localités de SaintDomingue.
Ces idées furent
lande: il
suggérées à M. de Blancheen sentit la force;
jamais prendre sur lui de les néanmoins il ne put
tisme ombrageux de
opposer au despodonc un arrété
T'assembléc. Il sanctionna
qu'on n'auroit qu'il eut dà rejeter sans le lire, et
pas osé lui présenter, si on
cru capable de cette résolution. En
l'avoit
il fut établi des
conséquence
paroisses. Les municipalités dans toutes les
leur comité. moindres bourgs eurent de
La Tortue méme, ile où
plus
l'on comptoit vingt
à peine
par le
blanes, se laissa entrainer
torrent, et s'enorgueillit d'avoir
nicipalité, une garde nationale
une muet un
général, tous dévoués à la
capitaine
fiers d'assurer son
révolution, jaloux et
gueil ! Quelle ridicule triomphe. Quel absurde orcendant exercé
démence ! Tel étoit l'aspar la faction sur T'assemblée
coloniale, qu'un arrêté de celle-ci mit
des dettes de la colonie
au rang
par les
T'emprunt fait en France
quatre-vingt-cing Léopardins. A
mesure dictée par l'intérêt de
cette
vidus en succéda bientôt
quelques inditroit
une autre qui paroiincroyable, si l'on ne savoit à quel
les
passions offusquent le jugement
point
et la raison. --- Page 267 ---
DE SAINT-DONINGUE.
n'étoit
que la colonie
L'assemblée osa proclamer ridicule assertion lui
Cette
pas en étatde guerre.
parut suffisante
au régime
atarete
évidemment contraire
magistrature
dépouiller le gouvernement
colonial, et quideroit Telles étoient encore à cette
de tous ses droits.
de la partie
Tinsouciance, la désunion
époque
bien qu'elle fut supésaine de Tassemblée, que,
et
à la faction désorganisatrice
rieure en nombre
elle ne savoit ou n'osoit
pôt la réduire au silence,
et
cédoit aux flagorneries
user de ses avantages,
lui
tour à
menaces que sa rivale
prodiguoit
à
aux
abandonnoit ainsi à des brouillons,
tour, et
la direction de
à des séditieux,
des aventuriers,
la chose publique.
de la municipaOn connoit déjà les principes malheurs qui en
et les
lité du Port-au-Prince
bientôt sur
Je reviendrai
furent la conséquence. il suffisoit alors qu'un
En général,
ses travaux.
d'une assemblée municipale,
homme fit partie
ridicule et passionné,
pour se montrer inepte,
renfermés dans le
semblable à ces corps qui,
contagieuse,
cercle d'activité d'une atmosphère les vices. Cette
nécessairement
en contractent
seulement applicable à
observation n'est pas
à toutes
une ville et à une paroisse, mais presque vainement en
de la colonie ;
les communes
à cette époque se fut
chercheroit-on une qui
TOM. 1.
municipale,
homme fit partie
ridicule et passionné,
pour se montrer inepte,
renfermés dans le
semblable à ces corps qui,
contagieuse,
cercle d'activité d'une atmosphère les vices. Cette
nécessairement
en contractent
seulement applicable à
observation n'est pas
à toutes
une ville et à une paroisse, mais presque vainement en
de la colonie ;
les communes
à cette époque se fut
chercheroit-on une qui
TOM. 1. --- Page 268 ---
RÉYOLUTION
conduite avec sagesse. La municipalité du FortDauphin causa la perte de quatre sucreries
cendièrent les nègres attirés
qu'inpar le bruit du canon
Fommmmt duTerrier
Rouge, ruiné lui et sa famille par la révolution
par les folies de Tassemblée de
et
montroit néanmoins
Saint-Marc, se
et de l'autre. Le
partisan fanatique de Tune
procureur syndic du
*
ne cessa de dire des
Port-Margot
injures au
de s'opposer aux plus
gouvernement et
qu'une chute de cheval sages mesures, que Jorsl'eut forcé à
sa
place. La municipalité de Plaisance résigner
pour les vexations, les corvées
2 détestée
quelles clle soumettoit les habitans fatigantes auxsavoit bien se dispenser,
et dont elle
le lieu de ses séances, le abandonnoitla paroisse,
registre de ses délibérations, à la moindre apparence de
du Mole Saint-Nicolas
danger. Celle
préchoit Tinsurrection aux
troupes, semoit la discorde dans la
ludoit ainsi aux scènes
ville, et prébientôt
d'horreur qui devoient
T'ensanglanter. La commune du
gràce aux talens et à la sagesse de
Borgne,
priétaires, avoit su conserver
quelques prol'ordre dans' ses
sa tranquillité et
ateliers; aussi étoit-elle accusée
d'aristocratie, et lui faisoit-on un crime de favoriserles prétentions du conseil de paix et
de Saint-Marc.
d'union
De tousles Léopardins revenus dans la colonie, --- Page 269 ---
DE SAINT-DONINGUE
- Thibaut, nommé procureur
M. Larchevèque
du Cap, étoit le seul
syndic de la municipalité
S'ilavojt
qui ne se fut pas encore mis en évidence. lui-méme
d'ajouter foi aux bruits que
été possible
auroit cru que, dégonté des
faisoit répandre, on linconstance et Tingratiaffaires politiques par
ses voeux à vivre au
tude du peuple, il bornoit
obscurité.
sein de sa famille dans une tranquille Ce n'est
Mais cette modération étoit un piége.
T'homme tyrannisé par toutes les passions
pas à
est donné de sentir le prix d'une
haineuses, qu'il
et de chercher son bonhéureuse indépendance,
dans Fexercice des vertus domestiques.
heur
Phonneur que la commune
Aussi, loin de refuserl
- Thibaut
venoit de lui faire, M. Larchevèque
s'empressa de T'accepter. chute de la première municiEffrayés de la
la seconde,
palité, les membres qui composoient et à exciter une
s'occupèrent surtout à gagner contenir. Au lieu de
populace qu'ils auroient dû de porter un oeil
veiller aux marchés publics, les lieux où les nègres
vigilant et sévère dans
et surtout d'emalloient se livrer à la débauche,
la nouleurs rassemblemens nocturnes,
pêcher
laissoit le marché Clugny (A)
velle municipalité
du commerce
détournoit ses regards
sans police,
(1) La halle du Cap.
i
s'occupèrent surtout à gagner contenir. Au lieu de
populace qu'ils auroient dû de porter un oeil
veiller aux marchés publics, les lieux où les nègres
vigilant et sévère dans
et surtout d'emalloient se livrer à la débauche,
la nouleurs rassemblemens nocturnes,
pêcher
laissoit le marché Clugny (A)
velle municipalité
du commerce
détournoit ses regards
sans police,
(1) La halle du Cap.
i --- Page 270 ---
RÈVOLUTION
clandestin qui se faisoit dans les
poussoit T'oubli de ses devoirs
cabarets, et
des attroupemens
jusqu'à souffrir
vine (1).
nombreux d'esclaves à la RaCette politique lui réussit. La multitude
des égards et des
flattée
diguoit,
complaisances qu'on lui proénorgueillie du rôle imposant et décisif
auquel elle étoit
la
appelée, Se voua entièrement à
municipalité, ne vit, ne sentit et
elle et pour elle.
n'agit que par
Sûre de cet appui, la faction ne
provoquer la lutte entre elle et craignit plus de
Aussi dès
ses
que,
adversaires(s).
par T'harmonie
entre les commissaires
qui s'établissoit
civils et le
surtout par deux lettres officielles gonverneu, et
Mirbek et Roume(5),
de MM. de
sur leurs
ellener put plus se méprendre
opinions et se crut
sur leurs projets, elle prit la suffisamment éclairée
a-la-fois la commission
résolution d'accabler
Ce fut alors
civile et le gouvernement.
qu'on vit se succéder
les injures, les menaces et les
avec rapidité
alarmes. Jamais les
(1) Terrein situé à T'Ouest de la
dirigé les eaux qui pendant la saison ville, vers lequel on a
de la montagne du Cap.
pluvieuse descendent
(2) Procès-verbaux de T'assemblée coloniale
19, 21 ct29 mars 1792.
des 27 février,
(5) Lettres de MM, de Mirbek et Roume
coloniale, du 27 février 1792.
à T'assemblée
et les
avec rapidité
alarmes. Jamais les
(1) Terrein situé à T'Ouest de la
dirigé les eaux qui pendant la saison ville, vers lequel on a
de la montagne du Cap.
pluvieuse descendent
(2) Procès-verbaux de T'assemblée coloniale
19, 21 ct29 mars 1792.
des 27 février,
(5) Lettres de MM, de Mirbek et Roume
coloniale, du 27 février 1792.
à T'assemblée --- Page 271 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
n'avoient été si fréquentes
attaques des brigands T'assemblée si virulentes,
ni si vives, les motions à
faisoit écrire si bien
qu'elle se
les lettres anonymes
convulsifs
eirconstanciées; jamais les mouvemens
efn'avoient eu les caractères
de la populace
à cette époque. La
frayans qui les distinguoient de tant d'intérêts opposés, 2
ville du Cap, le centre
étoit dans une
-le foyer de passions si ardentes, avoit pas de nuit
fermentation continuelle; il n'y alerte ; pas de
où l'on ne fot réveillé par quelque fois crier tout-àjour où Ton n'entendit plusieurs prenez garde à
coup dans les rues : ( Citoyens, ! Aux armes ! aux
vous ! Fermez vos portes
armes!>
elfervescence présageoient
Ce désordre, cette
les
trait de frénésie populaire;
quelque nouvean
à la marchedetssenhiée
pas. Bientôt
se
eninmitsdatenioa
sy attendoient, ils ne trompèrent civile avoit
de savoir si la commission
des
la question droit de se méler du sort politique
ou non le
devint le texte de tous les
hommes de couleur, de toutes les conversations.
orateurs et le sujet
d'un pacte
On
Lemse.mtumetesemse
présenta
M. de Blanchelande
entre les révoltés d'une part, de l'autre. Il est facile
civils
et les commissaires
effet devoient produire
d'imaginer quel puissant
des calomignorante et exaltée,
sur une populace
publics et les progrès tounies que les malheurs
non le
devint le texte de tous les
hommes de couleur, de toutes les conversations.
orateurs et le sujet
d'un pacte
On
Lemse.mtumetesemse
présenta
M. de Blanchelande
entre les révoltés d'une part, de l'autre. Il est facile
civils
et les commissaires
effet devoient produire
d'imaginer quel puissant
des calomignorante et exaltée,
sur une populace
publics et les progrès tounies que les malheurs --- Page 272 ---
REVOLUTION
jours croissans de la révolte
Dans linstant
sembloient
où, - de la
justifier.
choit aux agens du tribune,un orateur repropouvoir exécutif la ruine de
SL.-Domingue (1), le bruit du canon
entendre au
quise faisoit
Haut-du-Cap et à la
vue des flammes et desi
Petite-Anse, la
étoit
décombres dont la ville
entourée, les alarmes
répandre,
qu'on ne cessoit de
aidoient au triomphe de
ne permettoient plus à
l'éloquence, et
doute ni réflexion.
l'esprit de la multitude ni
C'éloit
beaucoup sans doute de
ter sur elle'; mais il falloit
pouvoir compencore
régiment du Cap, et le rendre corrompre le
conjuration tramée
complice de la
les moyens de
contre ses chefs : aussi tous
séduction furent
compagnie de
dirigés vers la
autres suivroient grenadiers. On se flattoit que les
eux-mémes
son exemple ; les
n'en doutoient
grenadiers
la faction n'attendoit
pas. Tout étoit prét,
M. del Rouvray
qu'un prétexte pour éclater.
leluifournit, en
verneur un mémoire (2) relatifà présentantatrgon la
à l'emploi des troupes
répartition et
et qui, selon lui, devoient qui arrivoient de France,
la révolte dans le
étre destinées à étouffer
nord, et non à faire, dans les
(1) Rapport fait à l'assemblée coloniale
dance des commissaires civils le rer
sur la correspon-
(2) Le 15 mars 1791.
mars 1792, --- Page 273 ---
DE SAINT-DONINGUE
aux
l'ouest et du sud, la guerre
provinces de
étoit signé par un grand
mulâtres. Ce mémoire Lassemblée coloniale,
nombre de proprietaires cria à Tanathème et à
en ayant eu conoisance, députation de quatre
la trahison, et arrêla qu'une demande à M. de Blanmembres iroit en faire la
obtenu. Aussisansfavoir
chelande : ils revinrent Tassemblée, agitation
tôt grande rumeur dans
dans la ville;
extrème dans les galerics, 2 tumulte le mémoire de"
de tous côtés on entend dire que de campagne,
n'est pas un plan
dont il
M. de Rouvray
de kontre-révolation
En
mais un projet
connoitre les complices.
est indispensable de
envoie une seconde
conséquence, Tassemblée
avec ordre de ne
députation au gouverement, importante. M. de
revenir sans cette pièce
afin de
pas
qui avoit brulé Toriginal crut
Blanchelande,
les signataires, se
L'asne pas compromettre d'en donner nne copie.
néanmoins obligé
cette circonstauce pour
semblée, met à profit véritable plan de la conjufeindre de croire que le
existe encore entre
ration n'a pas été détruit, qu'il
et pour
repandrelebnitque
les mains du général,
tend à rien moins qu'à
des aristocrates ne
les
le projet
qu'a chasser
dissoudre les corps populaires,
patriotes de Saint-Domingue. de voir tenant à un
Les détails qu'on vient la colonie; le lecqui embrassoit toute.
complot
cette circonstauce pour
semblée, met à profit véritable plan de la conjufeindre de croire que le
existe encore entre
ration n'a pas été détruit, qu'il
et pour
repandrelebnitque
les mains du général,
tend à rien moins qu'à
des aristocrates ne
les
le projet
qu'a chasser
dissoudre les corps populaires,
patriotes de Saint-Domingue. de voir tenant à un
Les détails qu'on vient la colonie; le lecqui embrassoit toute.
complot --- Page 274 ---
RÉVOLUTION
teur doit s'attendre en
du
conséquence que les agens
gouvernement au
les mêmes injustices, Port-au-Prince éprouveront
persécutions
seront en butte aux mêmes
que M. de Blanchelande
Moins heureux, ayant à lutter contre
au Cap.
plus hardis, plus rusés, ils
des factieux
que le gouverneur, aidé des succomberont, tandis
province du nord, sortira
honnétes gens de la
auquel les séditieux
triomphantd'un combat
s'étoient
mais qui, au lieu de répondre préparés d'avance;
couvrira de
à leurs vues, les
mépris et de honte, les
pieds de l'homme qu'ils avoient
mettra aux
et à la merci de T'autorité
résolu de perdre,
renverser.
qu'ils avoient voulu
Rien ne dépite plus un esprit
et
plus fait pourhumilier Thomme sage ne paroit
penchant du peuple à
ambitieux, que le
T'exagération et à
crédulité; rien n'est plus
Taveugle
moyens employés pour le dégoitant que les
de dire que ce fut
tromper. J'ai honte
encore par des lettres
nymes, par des motions incendiaires
anocards injurieux,
et des plaattendue
qu'on amena la crise désirée et
depuis si ilong-temps. Enfin arriva
décisif : dès le matin il
lej jour
non équivoques d'une parut des symptômes
Les projets les plus atroces prochaine insurrection.
le libraire Batillot, dont la furent discutés chez
l'antre de
boutique, surnommée
Trophonius, à raison de l'air conta-
iaires
anocards injurieux,
et des plaattendue
qu'on amena la crise désirée et
depuis si ilong-temps. Enfin arriva
décisif : dès le matin il
lej jour
non équivoques d'une parut des symptômes
Les projets les plus atroces prochaine insurrection.
le libraire Batillot, dont la furent discutés chez
l'antre de
boutique, surnommée
Trophonius, à raison de l'air conta- --- Page 275 ---
DE SAINT-DOMINGUE
sembloit y régner, étoit le théâtre où
gieux qui
La journée
venoient s'exercer les démagogues.
sans émeute ; mais le camp
néanmoins se passa
été altaqué le soir par les
du Haut-du-Cap ayant monde courut aux armes ; au
brigands, tout le
lieu de voler au poste menacé, , l'on se répandit
dans la ville en criant qu'il falloit, avant tout,
ennemis beaucoup
se défaire des aristocrates,
révoltés. Les
plus dangereux que les esclaves délire de la mulchefs de la faction, témoins du
la présence à la barre >
titude, enhardis par
Tinsurrection du
de grenadiers qui annonçoient
de chez le
régiment et T'enlèvement des drapeaux
de M. Larcolonel, excités enfin par Tapparition de la tourbe
chevèque-Thibaut, digne organe
stupide quil avoit ameutée, jugent Tinstantfavoà
le coup décisif
rable, et se décident frapper
toujours de ce pouvoir
en se débarrassant pour bonheur de Saintexécutif si contraire au
Domingue.
monte à la triAussitôt un membre se lève,
bune, et dit: : ( Les effets de nos maux dureront
subsister la cause.
( tant que vous en laisserez
de
mois la preuve de limpéritie,
( Depuis sept
est acquise;
(( la trahison du pouvoir exécutifvous
est la
( il est évident que ce malheureux pays d'ovictime d'une trame infernale ourdie afin
(
Il est démontré que
( pérer la contre-révolution.
Aussitôt un membre se lève,
bune, et dit: : ( Les effets de nos maux dureront
subsister la cause.
( tant que vous en laisserez
de
mois la preuve de limpéritie,
( Depuis sept
est acquise;
(( la trahison du pouvoir exécutifvous
est la
( il est évident que ce malheureux pays d'ovictime d'une trame infernale ourdie afin
(
Il est démontré que
( pérer la contre-révolution. --- Page 276 ---
RÉVOLUTION
K les blancs qui Thabitent
( sacrifiés
sont destinés à étre
pour ressusciter des
( tement abhorrées en
prérogatives jus-
( à jamais
France, et Tancien régime
proscrit à
(( voit vous rester
Saint-Domingue. S'il pou-
( être retenus quelque doute, si vous pouviez
par quelque
(( rois :
incertitude,je vous diRéfléchissez à la révolte de VOS
(C aux prétentions qu'ils
nègres,
( leurs qu'ils
manifestent, aux couarborent, au nom dont ils
(( et doutez encore que les aristocrates s'étayent;
( armés, au nom du Roi, de la
les aient
( poignard. Il faut le dire : le trône torche et du
(( tiennent les deux
et VOS esclaves
( cnlaire
extrémités de la chaîne cirqui paralyse tous VoS efforts.
( porte au despotime la turpitude de
Qu'im-
(( pourvi qu'il triomphe ?
ses moyens,
( rougir? laisse-t-il à
qui osera len faire
ses victimes
( que le silence ?
d'autres vertus
Qu'importent aux
( par qui ce malheureux
ministres,
4 perte de la colonie et la pays a été vendu, la
ruine de la
" pourvu que le système
métropole,
( la félicité
populaire soit anéanti?
entra - t-e elle jamais
( chose dans leurs calculs ?
pour quelque
( M. de Blanchelande
qu'importe enfin à
l'existence de
( mingue ? qu'a-t-il fait
Saint-Dopour combler
( ouvert sous nos pas, et au fond
T'abime il
( précipite par ses
duquel nous
( De quelle utilité perfidies et par Ses crimes? ?
est pour nous CC ruineux
pourvu que le système
métropole,
( la félicité
populaire soit anéanti?
entra - t-e elle jamais
( chose dans leurs calculs ?
pour quelque
( M. de Blanchelande
qu'importe enfin à
l'existence de
( mingue ? qu'a-t-il fait
Saint-Dopour combler
( ouvert sous nos pas, et au fond
T'abime il
( précipite par ses
duquel nous
( De quelle utilité perfidies et par Ses crimes? ?
est pour nous CC ruineux --- Page 277 ---
DE SAINT-DONINGUE
instrument du pouvoir arbitraire
R état-major,
? a-t-il empéché que nos
( qni nous opprime
réduites en cendres ?
6 campagnes ne fussent
leurs afG a-t-il vengé nos frères égorgés par
leurs esclaves ? Non. Que
( franchis et par
! une caste avi-
( dis-jelo honte ! b humiliation
aspire insolemment à commanK lie, dégradée,
encore des mar-
( der dans un pays tout plein
les
de sa servitude ! Pensez-vous que
( ques
montreroient cet orgueil et cette au-
( mulâtres
assurés de Timpunité, et
( dace, s'ils n'étoient
qu'ils
de la victoire ? pensez-vous
( peut-étre
osé tenter le sort des combats,
( auroient jamais
n'avoient été certains d'un secours puissant
( s'ils
être ce secours ? sur qui
K et efficace ? Quel peut tomber ? n'est-ce pas
doivent-ils
( les soupçons
étouffé comme EnceK sur ce pouvoir exécutif
des
( lade, et faisant comme lui, parintervalles, écrasé?
efforts
ébranlent le poids dontil est
K
qui
: écou-
( Mais je ne m'arrête pas aux probabilités barre;
tez les
qui sont à votre
(
pétitionnaires démarches et les actions de M. de
( analysez les
à son
maitre de tout, pouvant,
( Blanchelande;
disposer de toutes nos forces, quelles
K gré,
réprimer T'orgueil
(C mesures a-t-il prises pour
des
mulàtres et
arrêter le brigandage
(( des
pour
ses sorties si
( nègres ? quel bien ont produit horde de ban-
( vantées ? par quelle fatalité, une
;
tez les
qui sont à votre
(
pétitionnaires démarches et les actions de M. de
( analysez les
à son
maitre de tout, pouvant,
( Blanchelande;
disposer de toutes nos forces, quelles
K gré,
réprimer T'orgueil
(C mesures a-t-il prises pour
des
mulàtres et
arrêter le brigandage
(( des
pour
ses sorties si
( nègres ? quel bien ont produit horde de ban-
( vantées ? par quelle fatalité, une --- Page 278 ---
RÉVOLUTION
( dits, sans munitions,
(
sans
courage, n'est. - elle
discipline , sans
( exterminée ? la fermeté pas eucore soumise ou
( elle dans leur earactère qu'ils montrent este attribuée ? Tout
? doit-elle leur être
ne
( traire, qu'ils ne sont prouve-til pas, au con-
( dans. des mains
qu'un instrument aveugle
( à vous
perfides, et ne concourt-il pas
desiguer M. de
( traitre qui a été
Blanchelande comme le
(( contre vous ?
chargé de diriger cette arme
( Tant qu'il nous a été
( sincérité de ses
permis de croire à la
( intentions,
promesses 2 à la pureté de ses
(( avez bien voulu jaiapprouvé lui
la confiance que vous
( lei ressort puissant de accordersjai la force
voté pour que
( dans ses mains : mais
publiquef fut remis
( démontré
lein maintenant qu'il vous est
que,
de vouloir le
(C Saint-Domingue, M. le
bonheur de
(( ses bévues et ses
général, par ses fautes,
( la ruine ;
escobarderies, en consomme
que c'est à Tappui
( mulâtres , aux
qu'il préte aux
ménagemens
( brigands, que l'on doit
qu'il a pour les
attribuer
( uns, et les atrocités des
l'ambition des
K que sa nonchalance
autres ; maintenant
a trahisons, le
2 son incapacité et ses
( et le plus
signalent comme le plus cruel
dangereux ennemi de
( souffrirons-nous
la colonie,
K tocrates, cet
encore que ce chef des arisémissaire de
Coblents, ce traitre
qu'il préte aux
ménagemens
( brigands, que l'on doit
qu'il a pour les
attribuer
( uns, et les atrocités des
l'ambition des
K que sa nonchalance
autres ; maintenant
a trahisons, le
2 son incapacité et ses
( et le plus
signalent comme le plus cruel
dangereux ennemi de
( souffrirons-nous
la colonie,
K tocrates, cet
encore que ce chef des arisémissaire de
Coblents, ce traitre --- Page 279 ---
DE SAIXT-DONINGUE
un
qu'il
:
commande dans
pays
( à la nation,
?
S-1 nous la
de détruire pousserons-
( a promis
Poubli de nos devoirs jusqu'a
( foiblesse et
dont il ne se sert que
( lui laisser un pouvoir
quel point tranotre malheur? jusqu'à
nos
( pour
la confiance et l'espoir de
K hirons - nous
ici
a
qui ne nous ont pas envoyés du
( commettans,
immobiles.des crimes
K pour être les témoins
en nous investisexécutif; mais qui,
( pouvoir
sacré de leurs représentans. ?
( sant du caractère
Tobligation de
ont, avant tout, imposé
( nous
( sauver
SaintcDomingue?
seul
à ce but, il n'est qu'un
( Pour parvenir
et la colonie
osez le mettre en usage,
( moyen ; bonheur et à Topulence : ce moyen
( renait au
vous seriez coupables en-
( est en votre pouvoir, France, envers la posté-
( vers elle, envers la Défiez- vous de cette
( rité, de le négliger.
fude cette circonspection, 2 toujours
(C timidité, les
crises ; ne soyez pas
( nestes dans
grandes
votre
le défaut de formes , par
( retenus par
crainte aussi frivole
incompétence,
( prétendue
superstition aussi absurde que
( que dangereuse,s salut du peuple n'est-il pas la
Le
( criminelle.
ne forme-til pas le preloi? ce soin
(( suprême
important de vos devoirs? Oui,
(C mier et le plus
dignement et pour
pour le remplir
( puisque,
il faut la soustraire
la
en danger,
(( sauver patrie
, par
( retenus par
crainte aussi frivole
incompétence,
( prétendue
superstition aussi absurde que
( que dangereuse,s salut du peuple n'est-il pas la
Le
( criminelle.
ne forme-til pas le preloi? ce soin
(( suprême
important de vos devoirs? Oui,
(C mier et le plus
dignement et pour
pour le remplir
( puisque,
il faut la soustraire
la
en danger,
(( sauver patrie --- Page 280 ---
RÉVOLUTION
(C au pouvoir exécutif, je fais la motion
C Blanchelande soit destitué
que M. de
de sa
( voyé dès demain
place, et renen France. ))
Les applaudissemens les plus bruyans
maintes fois
avoient
fut-il
interrompu ce discours. A peine
terminé, qu'ils recommencèrent
de fureur. Les galeries,
avec plus
devoient
stylées au rôle qu' 'elles
jouer, nejugerent pasà propos
que Ia molion virulente quivenoit
d'attendre
voix fat adoptée. Une foule
d'être mise aux
salle, courut à la maison de immense sortit de la
M. de
et Tentraina
Blanchelande,
presque par force à
il
n'y éloit pas encorerendu,
Tassemblée;
que plusieurs
effrayés des suites de cette démarche, députés,
cherché à la ramener à des sentimens
avoient
rés. Efforts impuissans!
plus modéles vocifératious de la Leurs voix élouffées par
multitude ne peuvent
peine se faire entendre : c'étoit un
qu'à
une mesure déterminée
parti pris,
d'avance. Le
ne cessa qu'à l'arrivée de M. de
désordre
auquelle président communiqua l'arrété Blanchelande,
nonçoit sa déchéance (1). A T'abus criant qui prol'assemblée venoit de faire de son
que
autorité, le
gouverneur n'opposa que la résignation. Il sentit
que, quelle que fut son innocence, on s'obstineroit à le croire coupable; il se borna en conséquence à déclarer que, conformément au veeu de
(1) 27 mars 1792.
désordre
auquelle président communiqua l'arrété Blanchelande,
nonçoit sa déchéance (1). A T'abus criant qui prol'assemblée venoit de faire de son
que
autorité, le
gouverneur n'opposa que la résignation. Il sentit
que, quelle que fut son innocence, on s'obstineroit à le croire coupable; il se borna en conséquence à déclarer que, conformément au veeu de
(1) 27 mars 1792. --- Page 281 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
Tassemblée, il étoit prêt à partir pour la France.
Parmilesn membres assez honnêtes pour être indignés d'une pareille mesure, un seul, M. Justal,
osa sy opposer, et ne craignit pas d'en présenter
Interrompu
les Laiemdremateauess
inplusieurs fois par les clameurs des galeries,
jurié, menacé de la manière la plus scandaleuse,
ne fut
sans danger ni sans peine qu'il
ce
pas
dit-il,je
parvint à se faire écouter. ( Messieurs,
à Thonneurde réfuter les dis-
( ne prétends point
à cette tribune.
(( coursde ceux quim'ont précédé
de
(( Pour le faire avec avantage, il faudroit plus
n'en
ainsi, sans toucher au
( temps que je
ai; discuter si l'assemblée
( fond de la question, sans
pour destituer un
(( cst ou n'est pas compétente
à vousfaireobserver
( goanomenijanebwenends aussi nouvelle, fat-elle com-
(( qu'une mesure
ne
des circonstances impérieuses,
( mandée par le résultat du fanatisme ou de
(( doit pas être
de
qu'un arrété de celte impor-
( T'esprit
parti; être
dans une seule séance,
(( tance ne sauroit
pris
ni le
suite d'une discussion qu'on n'a eu
( et à la
( temps ni la liberté d'approfondir.
touche à sa perte, les colons
K Saint-Domingue les
infortunés des hom-
( qui Thabilent sont plus
voilà une vérité incontestable surlaquelle
(( mes ;
de plus
( tout le monde est d'accord ; j'admets
nous avons tous un égal désir de réparer
( que
ance,
(( tance ne sauroit
pris
ni le
suite d'une discussion qu'on n'a eu
( et à la
( temps ni la liberté d'approfondir.
touche à sa perte, les colons
K Saint-Domingue les
infortunés des hom-
( qui Thabilent sont plus
voilà une vérité incontestable surlaquelle
(( mes ;
de plus
( tout le monde est d'accord ; j'admets
nous avons tous un égal désir de réparer
( que --- Page 282 ---
REVOLUTION
( ses maux ; mais les moyens
(( nous ne sommes
different, parce que
pas
(
les causes qui les ont également d'accord sur
(( à un, projet de
produits : on les attribue
contre-rérolution
( Coblentz ;mais où est la
émané de
(( que M.del
preuve?Jentends dire
(( où
Blanchelandestcharge
en est la preuve
delexécuter;
(( telle la révolte des eweteeadesmemnpes esclaves ?
( démontré qu'elle soitp
Mais vous est-il
(( serez-vous
provoquée parlui? Acculinsignifiance de ses
( litaires? Mais peut-il donner opérations midu
( troupes, et rétablir une subordination courage aux
( quelle il n'est point de succès !
sans la-
( lui de les mettre en
Dépend-il de
(( désirs et selon le bien du campagne au gré de ses
( laissé la faculté d'en faire swice?Laiavervous la
( un plan calculé sur la siluation répartition de
d'après
(C Lui avez-vous
la colonie?
permis, lui avez-vous
( moyens de faire une
fourni les
(C Et vous l'osez
guerre offensive? Non.
accuser de nos
( le retenez à la
désastres! Vous
ville, et vous
( surpris que les brigands
feignez d'être
( pagnes!Vous vous étonnez ravagent de
les camla révolte
(( esclaves, et vous oubliez
de VOS
(( offertl'exemple de
que vous leur avez
(( vez, dites-vous, linsurrection'Vous, ne pouconcevoir leur
(( vous donnez à VOS débats
prévoyance, et
4 seroit la chose du monde la une publicité qui
plus dérisoire si
res! Vous
ville, et vous
( surpris que les brigands
feignez d'être
( pagnes!Vous vous étonnez ravagent de
les camla révolte
(( esclaves, et vous oubliez
de VOS
(( offertl'exemple de
que vous leur avez
(( vez, dites-vous, linsurrection'Vous, ne pouconcevoir leur
(( vous donnez à VOS débats
prévoyance, et
4 seroit la chose du monde la une publicité qui
plus dérisoire si --- Page 283 ---
DE SAINT-DOIINGUE
la plus contraire au bien public.
K elle n'étoit pas!
sans cesse de respect
( Mais vous qui parlez
: Quel
aux lois, répondez-moi
( et d'obéissance
du
celui qui
de T'assemblée ou gouverneur
( est
le moins de répugnance? M. de
( sy soumet avec
éloignement
( Blanchelande
eatilmanifostéaucune
sont venues de France?
( pour toutes cellesquilui
constitulion. He
K 1 n'aime pas la nouvelle
feroit-il
lis
dans son cceur; mais que
( ne point
d'exécuter ce qu'elle
C de plus s'il l'aimoit, que
à ce
commandelVous
d'obéir
qu'elle
(( prescrit,
la colonie, et tou-
(( Taccusez de mal gouverner
dites qu'il
il prend et suit vOS avis?Vous
C jours
et il n'agit que d'après les
(( trahit la France, d'elle?. 2-11 est suspect au
( ordres qu'il reçoit
donti il a trompéles voeux etlespérance.
C peuple
mieux répondu à la
( - Mais vous, avez-vous avoil mise en vous, et
(( confiance que ce peuple vous lui aviez faites?
( rempli les promesses que
il est vendu
(( - En un mot, c'est un aristocrate; favorise les
de Coblentz, dont il
projets
( au parti
Hehadlmesdieun,jedoial le dire,
( etle système.
élevés contre mon opinion:
( malgré les préjugés le seul, n'est pas le plus
( Coblentz n'est pas de la colonie; plàt à Dieu
ennemi
( dangereux
elle de plus redou-
(( quiln'en existât point pour
fatalité aveugle
qu'une
(C table! Saint-Domingue,
encore
entrainer vers sa perte, pourroit
(C semble
TOM. I.
projets
( au parti
Hehadlmesdieun,jedoial le dire,
( etle système.
élevés contre mon opinion:
( malgré les préjugés le seul, n'est pas le plus
( Coblentz n'est pas de la colonie; plàt à Dieu
ennemi
( dangereux
elle de plus redou-
(( quiln'en existât point pour
fatalité aveugle
qu'une
(C table! Saint-Domingue,
encore
entrainer vers sa perte, pourroit
(C semble
TOM. I. --- Page 284 ---
RÉVOLUTION
dans un avenir plus ou moins
( se promettre, des jours de gloire et de bonheur.
(( éloigné,
dans aucun pays, le ca-
(( Dans aucun temps,
de
et la violence n'ont rien fait grand,
a price
ni de durable. Je n'ai pas besoin
(( de solide,
des siècles passés,
( d'invoquer les témoignages dans les annales des
( il est inutile de fouiller
portez seulement vos regards
( autres peuples;
les événemens dont
réfléchissez sur
(( en arrière;
ce qu'ont
( vous avez été les témoins; voyez
est
et la haine, ce qui
( produit l'exagération
ambitieuses et de
(( résulté de nos prétentions
notre résistance : la perte de nos propriétés
(
de nos frères, sont le fruit amer
(( et la mort
les malheurs sous les-
(( de nos dissensions. Que
désastres
que les
plus
( quels nous gémissons, craindre
nous,
affreux encore qui sont à
pour
(
Tunion, la confiance entre toutes
(( rappellent
Dans la carrière où nous nous
(( les autorités.
nous avons
lancés 2
(C sommes imprudemment les décrets du corps consti-
(C un guide : ce sont
tuant sanctionnés par le Roi. Soumettons-nous
(
bonne foi à la volonté souveraine. Depuis
6 de
les intérêts particuliers s'op-
( trop long-temps
ait plus désor-
( posent au bien généralsqulilny celui du bonheur puseul parti,
(( mais qu'un
atteindre ce but,
(( blic; qu'un seul moyen pour
divisent.
aux passions qui nous
( le renoncement:
décrets du corps consti-
(C un guide : ce sont
tuant sanctionnés par le Roi. Soumettons-nous
(
bonne foi à la volonté souveraine. Depuis
6 de
les intérêts particuliers s'op-
( trop long-temps
ait plus désor-
( posent au bien généralsqulilny celui du bonheur puseul parti,
(( mais qu'un
atteindre ce but,
(( blic; qu'un seul moyen pour
divisent.
aux passions qui nous
( le renoncement: --- Page 285 ---
25g
DE SAINT-DOMINGUE
de
tant vanté n'obtient pas
( Si le patriotisme
si le besoin de la'paix
sacrifice,
K nous quelque
Torgueil et la vendans nos cceurs
K n'éteint pas
si la crainte, hélas! trop
agitent,
e geance quiles
la situation critique où
( bien fondée, qu'inspire ramène pas à la circons-
( nous sommes, ne nous je le vois, et le dis à
C pection et à la sagesse, pleurer sur le sort de
( regret : Je n'ai plus qu'à
e ma patrie. )
de ses voeux
La faction parvenue au comble
resta inéT'abdication de M. de Blanchelande
du
par
les véritables citoyens
branlable. Cependant intéressoit sous tant de
Cap que cette mesure
puisqu'elle avoit été
rapports, et quilignoroicot, furent surpris et conarrêtée pendant la nuit,
s'étoit
le lendemain ce qui
fondus d'apprendre T'étonnement fait place à lindipassé. Bientôt
Les jeunes
gnation, la colère succède au mépris. réunissent et
plus ardens, plus irritables,ser
gens,
leurs craintes, leurs projets;
se communiquent d'avoir été si long-temps dupes
ils ont honte
dont ils sentent la néde quelques conspirateurs T'audace. Tous forment
cessité de réprimer enfin
coloniale de
la résolution de délivrer T'assemblée
factieuse qui la maitrise et T'egare;
la minorité
d'une manière éclatante le
et surtout de venger Ces mesures convenues,
représentant du Roi.
celui de
des volontaires s'assemble;
le corps --- Page 286 ---
REVOLUTION
nationale à cheval suit son exemple.
la garde
à leur
Les vieillards et les femmes applaudissent
inattendu, les
zèle. Témoins, de ce mouvement
séditieux, aussi làches dans le danger qu'insolens
dans la fortune, sentent leur foiblesse et craignent
de se montrer.
T'une des
Dès le matin, deux députations 7
dont je viens de parler, l'autre des habitans
corps
vinrent solliciter Tintervention de
proprictaires,
du nord. Après avoir, à
l'assemblée provinciale
aux
l'aide dc cette autorité, mis un obstacle
de la faction, les jeunes gens, pleins
projets
de leurs forces, enhardis par Pimdu sentiment
dont les basses compamobilité du régiment
le désordre des gregnies ne partageoient pas
bien pensans
tous les députés
nadiers, engagerent la séance du soir. On leur promit
à se rendre à
les agitateurs, et qui
contiendroit
un appui qui
raisond'énoncer une opinion
leur permettroit l'heure n'étoit pas près de sonner,
nable. En effet,
toutes les
qu'une jeunesse distinguée occupoit ouverte,
avenues de la salle; à peine T'avoit-elle
en proie
qu'elle en remplitles gsleries.Lesfactienxe n'osent
à la honte, et plus encore à Tinquiétude,
lever les yeux. Les témoignages du plus profond
viennent de toute part les accabler, tandis
mépris
des amis de T'ordre est relevé par
que le courage
Le président, M.de
lesplus vifs applaudissemens.1
qu'une jeunesse distinguée occupoit ouverte,
avenues de la salle; à peine T'avoit-elle
en proie
qu'elle en remplitles gsleries.Lesfactienxe n'osent
à la honte, et plus encore à Tinquiétude,
lever les yeux. Les témoignages du plus profond
viennent de toute part les accabler, tandis
mépris
des amis de T'ordre est relevé par
que le courage
Le président, M.de
lesplus vifs applaudissemens.1 --- Page 287 ---
DE SAINT-DONINGUE Tun des
ouvre la séance en priant
Léaumont,
de la délibésecrélaires de lire le proces-verbal
ration de la veille.
de ténèbres, monuA la lecture de cet ouvrage
une indiinoui de démence et de fureur,
imment
s'empare de T'auditoire; ; on
gnation générale
on demande que la
pose silence au secrélaire; soit reprise, que Tase
délibération de la veille arrêté, et que lej procèssemblée revienne sur son
couché sur les reverbal, surtout, ne soit pas
et le côté
gistres. Un membre en fait la motion, de tous
unanimement; applaudie
droit Tappuie
mise aux voix, et passe
les speclateurs, elle eSt 1
La discussion s'ouvre
majorité.
à une très-grande
mais Timpatience est
sur le fond de la question;
peine permettent-7
telle parmi les jeunes gens, qu'à
Enfin
orateurs de se faire entendre.
ils à quelques
Tarrêté qui destituoit le gotiT'assemblée révoqua
qu'il ne lui en avoit
verneur, en moins de temps et
une seconde
prendre la veille; par
fallu pourle
plusg grande encore
motion,adoptée: à une majorité M. de Blanchela première, elle déclara que
que
cessé de mériter la confiance
lande n'avoitj jamais obtint ainsi unej justiced'au
du peuple. Ce général
étoit uniquement due
tant plus flatteuse, qu'elle et à la démarche décispontanée
au mouvement
insu les liabitans les plus
sive que firent à son
recommandables de la ville.
veille; par
fallu pourle
plusg grande encore
motion,adoptée: à une majorité M. de Blanchela première, elle déclara que
que
cessé de mériter la confiance
lande n'avoitj jamais obtint ainsi unej justiced'au
du peuple. Ce général
étoit uniquement due
tant plus flatteuse, qu'elle et à la démarche décispontanée
au mouvement
insu les liabitans les plus
sive que firent à son
recommandables de la ville. --- Page 288 ---
RÉVOLUTION
Le triomphe du gouverneur ne fut
Jà : on parodia en tout la scène de la pas borné
il fut comblé d'autant
veille, et
été abreuvé
d'honneurs qu'il avoit
d'amertume et d'humiliations.
venu du changement
Prédiscutoit
qui venoit de s'opérer, il
avec une partie de son
la
manière dont il devoit se conduire état-major dans
constance, lorsque six
cette circhoisis
députés de T'assemblée,
parmi ceux qui pouvoient lui être les
agréables, vinrent le prier de se rendre dans plus
sein pour étre témoin de la victoire
son
parles amis du gouvernement.
remportée
est, comme Ta
L'esprit du peuple
plaisamment dit
à la cave et tantôt au
Swift, tantôt
grenier. Cette maxime un
peu triviale, mais fortjuste, est surtout
àla nation française. Tous ses
applicable
sentimens sont des
passions, son état naturel est une
sait rien vouloir aveci modération ivresse; elle ne
ni rien
mesure. La veille, M. de Blanchelande faireavec
conduit
avoit été
comme un criminel à Tassemblée;
quatre heures après, il y fut
vingtaux acclamations du
porté en triomphe
salle des cris de
peuple qui fit retentir la
vive le genéral! vive M. de
Blanchelandet
L'énergie déployée en cette occasion
les
jeunes gens du Cap,1 le mépris dans
par
bèrent les grenadiers
lequel tompaguies du
abandonnés des autres com-.
régiment, et Tapparition à l'assem- --- Page 289 ---
DE SAINT-DOMINGUE
au nom de ce
blée de M. de Tousard, qui,
contre
vint provoquer la rigueur des lois
corps,
( d'autant plus criminels 2
des embaucheurs,
s'écria-t-il, qu'ils se
(C d'autant plus dangereux,
à la faction
> démontrèrent
( croient inviolables,
avoit
Timpossibilité d'exécuter le projet qu'elle
L'assemblée coloniale, sollicitée par tous
conçu. de bien et stimulée par la courageuse
les gens
M. de Tousard, consentit au
apostrophe de
On connoissoit
jugement des soldats prévenus.
de
les auteurs de T'insurrection. La compagnie
elle-même vouloit les livrer pour obgrenadiers
commandant la
tenir sa grace. M. de Vincent,
dans le
du nord, insista fortement
province
tenu au champ de mars deconseil de guerre
sur la nécessité
vant le régiment sous les armes,
Il conclut
d'en imposer par un exemple sévère.
la
de grenadiers coupable
à ce que compagnie
d'un si funeste exemple fut cassée et condamnée
Mais la foiblesse et la timidité l'emaux galères.
encore. On décida que quatorze greportèrent
reconnus depuis long-temps
nadiers seulement, seroient déportés. Enfin ce
pour des agitateurs,
allèrent attendre
nombre fut réduit à sept, qui
le moment de partir pour la France.
en prison
bruit d'une musique militaire, et
Bientôt au
dans les deux
de commissaires pris
en présence
funeste exemple fut cassée et condamnée
Mais la foiblesse et la timidité l'emaux galères.
encore. On décida que quatorze greportèrent
reconnus depuis long-temps
nadiers seulement, seroient déportés. Enfin ce
pour des agitateurs,
allèrent attendre
nombre fut réduit à sept, qui
le moment de partir pour la France.
en prison
bruit d'une musique militaire, et
Bientôt au
dans les deux
de commissaires pris
en présence --- Page 290 ---
RÉVOLUTION
assemblées coloniale et provinciale, les
furent solennellement
drapcaux
reportés chez M. de
Cambefort. Ainsi échiouèrent les projets des
adversaires du gouvernemeat; ainsi le pouvoir
exécutif qu'ils avoient voulu ravir à M. de Blanchelande, fut raffermi dans ses mains. Il auroit
pu rendre sa victoire aussi utile à la chose
blique qu'elle fut flatteuse
pupour son amourpropre et humiliante pour ses ennemis. Mais il
étoit destiné à confirmer cette vérité justifiée
par de plus récens et de plus mémorables
ples, que la foiblesse dans un chef est le exem- plus
grand de lous les malheurs. Si les bonnes
de M.de Hlanchedandenavoient,
qualités
pas été paralysées
par une pusillanimité de caractère qu'il n'aj jamais
pu vaincre; si, non content de Thommage
venoit de lui offrir la partie saine du peuple, que il
avoit senti que le gouverneur et le parti antirévolutionnaire devoient s'aider mutuellement; ; s'il
s'étoit pénétré de l'axiome si vrai, que le
voir ne tarde pas d'échapper à celui qui ne pou- sait
point Texercer; loin de croire aux témoignages
hypocrites de respect que des séditieux affectoient
de lui prodiguer, loin d'attendre la paix du sacrifice de ses droits, il se fot convaincu
l'ordre et le bonheur de la colonie ne renaitroient que
qu'autant qu'il feroit un usage ferme et sévère de
son autorité. --- Page 291 ---
DE SAINT-DOMINGUE
les factieux eussent manqué leur but
Quoique
néanmoins à bout d'une -
principal, ils vinrent
cipartie de leurs desseins. Les commissaires
dont les pouvoirs n'étoient ni assez précis
viles,
être étayés par
ni assez étendus, et ne pouvoient à des foncaucune force, renoncèrent bientôt
M. de
tions qu'on ne vouloit plus reconnoitre.
Mirbek doué d'un caractère doux, préférant un
exempt d'orages à un combat perpétuel,
repos
volontaire à une chute forcéc et
une retraite
oublié en outre du ministre,
peut-étre tragique,
son arrivée à Saintdont il n'avoit reçu depuis
écrivit le
Domingue ni ordres ni instructions,
51 mars à l'assemblée coloniale, que, ne pouvant plus être utile à la colonie, la commission
à
en France pour rendre
se disposoit repasser
l'assemblée
compte de sa conduite au Roi et à
nationale.
n'eut pas plus de succès au
M. de St.-Léger
A
Port-au-Prince que ses deux collègues au Cap.
arrivé dans la partie de T'ouest, il trouya
peine
l'assemblée provinciale et le peuple prévenus
contre lui. Le président poussa même Toubli des
lui dire en face que sa conconvenances jusqu'à
sauroit bien faire
duite seroit surveillée, et qu'on
s'ils
quelque atavorter ses desseins,
portoient
teinte au régime colonial.
M. de St.-Léger
A
Port-au-Prince que ses deux collègues au Cap.
arrivé dans la partie de T'ouest, il trouya
peine
l'assemblée provinciale et le peuple prévenus
contre lui. Le président poussa même Toubli des
lui dire en face que sa conconvenances jusqu'à
sauroit bien faire
duite seroit surveillée, et qu'on
s'ils
quelque atavorter ses desseins,
portoient
teinte au régime colonial. --- Page 292 ---
RÉVOLUTION
Fidèle à Texemple donné
loniale, celle du
par Tassemblée COà M. de
Port-au-Prince fit un crime
Saint-Léger de ses voyages à la Croixdes-Bonquets, et de sa
les mulâtres. M. de
correspondance avec
sort le plus
Caradeux le menaça du
bientôt.
funeste, si ce scandale ne
On lui attribua
cessoit pas
bonite, et la mort de Tinsurrection de T'Artiau bourg de la
plusieurs blancs massacrés
tilité de ses efforts Petite-Rivière. Prévoyant l'inuPrince et la
pour réconcilier le Port-auLéger se rendit Crein.-des-louquety à
M. de Saintde tous les
Léogane, où Tappeloit le voeu
habitans, et où il devenoit
d'adopter un système de
urgent
horde d'assassins
répression contre une
qu'alors.
qu'on avoit trop
Six heures après
ménagée jussaire, cette horde
Tarrivée du commiscendier la ville. se présenta pour piller et inde combat, les Repoussés après trois heures
Trou-Coffi, site nègres regagnèrent leur asile du
à limproviste très-élevé, d'où ils descendoient
pour dévaster la
et
crer indistinctement les blancs plaine
massacouleur. La fureur de
et les hommes de
tenue
ces barbares étoit entrepar une griffe (1), qui se faisoit
appeler
() On appelle ainsi aux Antilles
et d'une négresse.
J'enfant né d'un mulâtre --- Page 293 ---
DE
à T'aide de
SAINT-DOMIKGUE
la prophétese, , et qui, avoit su les
Romaine
snpenaticaes
quelques jongleries fanatisme. M. de Saint-Léger le
exalter jasqu'au
la douceur dans
les ramener par
de force.
n'ayant pu
à les y faire rentrer lui fit le
devoir, se résolut
le refus que
fut point arrêté par
de ligne
Il ne
de quelques troupes habitans de
Port-au-Prince besoin. Secondé des
la fin
dont il avoit
impatiens de voir
Léogane, qui étoient
pour lattaque
il fit ses dispositions sans résisdes troubles,
fut enlevé
Ce poste
été que
du Trou-Coff.
qui n'avoient
tance ; mais les bandits,
dispersés, ,ser
Alors M. de Saint-Léger resta
acareraume
lears brigandages.
peu nombreux, resconvaincu que des nègres
dénués de
entre deux villes considérables, làches dans
serrés
naturellement
munitions et d'armes, devant les blancs, n'oseles combats et craintifs autorités constituées, ne
roient pas résister aux continuer leur vagahonpourroient pas surtout
ne les soutenoient
dage, si des patrons puissans contre un ennemi,
dans la révolte. Las de lutter Lerne, tiroit une
à Thydre de
pas
qui, semblable
ne se sentant
force nouvelle de ses blessures, Tétouffer, il prit aussi
la force d'Hercule pour lafifligeant tableau de la
le parti d'aller mettre
nationale et
colonie sous les yeux de Tassemblée
du Roi.
continuer leur vagahonpourroient pas surtout
ne les soutenoient
dage, si des patrons puissans contre un ennemi,
dans la révolte. Las de lutter Lerne, tiroit une
à Thydre de
pas
qui, semblable
ne se sentant
force nouvelle de ses blessures, Tétouffer, il prit aussi
la force d'Hercule pour lafifligeant tableau de la
le parti d'aller mettre
nationale et
colonie sous les yeux de Tassemblée
du Roi. --- Page 294 ---
REVOLUTION
On verra par la suite de quelle terrible conséquence ont été pour Saint-Domingue le retour
forcé de MM. de Mirbek et de Saint-Léger
Europe, et le mépris que l'assemblée coloniale en
montra pour une magistralure déléguée par la
métropole. Je me borne à faire observer ici
T'arrêté pris par la commission civile sur le que
chain départ de ses membres, et officiellement protransmis à T'assemblée coloniale
de M.
31 avoit été signé
Roume, comme l'expression du
voeu de ce commissaire; mais à peine propre M. de
Mirbck fut-ilhors de la colonie, que son collègue
changea d'opinion, et manifesta par un arrêté
nouveau, pris dans sa seule sagesse, et communiqué à T'assemblée coloniale, l'intention de rester
à Saint-Domingue pour continuer l'exercice des
fonctions dont il avoit été honoré. L'assemblée
ne lui fit aucune réponse.
On n'étoit point encore revenu de la secousse
que le Cap avoit éprouvée, lorsque, par l'arrivée
inattendue de tous les officiers qui formoient
Port-au-Prince le simulacre de J'ancien
au
nement, on eut la preuve que le complot gouver- dont
M. de Blanchelande avoit failli être victime, tenoit à une conjuration qui devoit changer la
face de la colonie. En effet, on apprit
M. de Gères, commandant des
par
troupes au
Port-au-Prince, que, dans le même temps, --- Page 295 ---
DE SAINT-DOMINGUE
subordonnés avoient succombé sous
lui et ses
le
les coups des factieux, comme gouverneur
auroit succombé au Cap, sans Topposigénéral
cette ville renfertion des honnêtes gens que
moit. Combien les amis du gouvernement
féliciter de la résistance qui les avoit
durent se
dut être la jalousie et le
fait triompher! Quelle
elle connut la vicdépit de la faction, quand
Portavoient remportée au
toire que ses agens
avec
au-Prince, et qu'elle en fit la comparaison
sa défaite!
M. de Blanchelande sur
Le silence observé par
auquel
le renvoi des officiers du Port-au-Prince,
l'air de consentir puisquil ne fit rien pour
il eut
fonctions, le rend à jamais
les rétablir dans leurs
foiblesse
inexcusable. Mais oublions un instant sa
entraina; revenons à cette
et les suites qu'elle
d'événemens, à cette simultanéité
concordance
par les
d'effets arrivés le même jour, produits
et résultans du même principe.
mêmes moyens,
du hasard?
Prétendra-t-on qu'ils furent l'ouvrage
de désaveu, ressource de Thypocrisie,
Cette espèce
de recourir tous les
à laquelle ne manquent pas leurs complots, ne
intrigans qui échouent dans
les
sauroit affoiblir l'évidence des preuves qui
qu'avoit fait M. de Gères?
accusent. D'ailleurs,
Avoit-il tenté
Que pouvoit-on lui reprocher?
démarche ? avoit-il manifesté une opinion
une
-on qu'ils furent l'ouvrage
de désaveu, ressource de Thypocrisie,
Cette espèce
de recourir tous les
à laquelle ne manquent pas leurs complots, ne
intrigans qui échouent dans
les
sauroit affoiblir l'évidence des preuves qui
qu'avoit fait M. de Gères?
accusent. D'ailleurs,
Avoit-il tenté
Que pouvoit-on lui reprocher?
démarche ? avoit-il manifesté une opinion
une --- Page 296 ---
HEVOLUTION
contraire aux intérêts de la colonie? Le
tisme exercé sur les officiers
despovertis, le joug
par des soldats permunicipal sous lequel les
gémissoient, ne leur avoient-ils
premiers
considération, toute
pas ôté toute
influence?
un pareil état-major
Quelle crainte
De quoi étoit-il
pouvoit-il donc inspirer 2
crime? Le
coupable? Quel étoit enfin son
voici: c'étoit
nement que l'on cherchoit d'appartenir à
au gouverà la France
détruire, d'étre fidèle
que l'on vouloit abandonner.
Voilà les vrais et uniques motifs de la
telle est la clef de sa conduite. Si
faction,
se tracer une marche tendant
elle avoit su
qu'elle se proposoit
directement aubut
jets
d'atteindre; si dans ses prod'indépendance ou de changement de métropole, elle avoit calculé à quoi
pareille entreprise
T'exposoit une
; si, au lieu de la tenter
l'aide du mouvement
à
été assez
révolutionnaire, elle avoit
sage pour le repousser de toutes ses
forces, tout en reconnoissant
le
pendance étoit
que projet d'indéde trahison
gigantesque et impraticable, celui
singulièrement
et
ne forçoit encore l'assemblée périlleux, que rien
mesures
de se jeter dans des
extrèmes, on pourroit néanmoins
plaudir à sa prévoyance, et lui savoir
aprésolution prise
gré d'une
colonie. Mais pour empécher la ruine de la
tion
craindre l'influence de la constitunouvelle qui changeoit la face de la France, --- Page 297 ---
DE SAINT-DONINGUE.
jusqu'au point de regarder comme indispensable
et adopter les formes, 2
une scission avec elle,
de:
les théories les plus dangereuses
répandre constitution; une telle inconséquence
cette.même
quoique exactement
est si peu vraisemblable, avoir été le témoin pour
vraie, quil faut en
y croire.
de M. de Gères, correspondant,
Ladéportation et les moyens, avec la destitution
par Tépoque coloniale avoit prononcée contre
que l'assemblée
ne laisse aucun doute sur
M. de Blanchelande, mouvemens. Si leur plan
les auteurs de tous ces
dégagée
n'eut pas avorté au Cap, T'assemblée,
des obstacles que lui opposoit le gouvernement, atfonctions de celui-ci, et, sans
succédoit aux donné depuis par la convention
tendre l'exemple
dans son sein toute la
nationale, concentroit
de
?
Quel leûtété le sort St.-Domingue
puissance.
de résoudre ce
Quoiquil soit impossible
de vue
REC
blème, on ne doit pas perdre
que
semblée coloniale s'étoit constamment prononcée
les nouveaux principes 2 que le peuple,
pour
trouver son bonheur,
égaré, par elle croyoit y
faction se privoit
qu'en lui ôtant cette illusion,la
Il ne
du seul appui sur. lequel elle pàt compter.
les mulâtres se troufaut pas oublier non plus que
voient armés et avoient pour eux la grande majoqu'on étoit dans Talternarité des proprictaires;
que
semblée coloniale s'étoit constamment prononcée
les nouveaux principes 2 que le peuple,
pour
trouver son bonheur,
égaré, par elle croyoit y
faction se privoit
qu'en lui ôtant cette illusion,la
Il ne
du seul appui sur. lequel elle pàt compter.
les mulâtres se troufaut pas oublier non plus que
voient armés et avoient pour eux la grande majoqu'on étoit dans Talternarité des proprictaires; --- Page 298 ---
RÉVOLUTION
tive de les
satisfaire, ce dont les
loient pas entendre
patriotes ne voutous à la
parler, ou de les
fois, ce qui eut été
déporter
la foiblesse de la
très-difficile, vu
des ésclaves
population blanche et la révolte
que les gens dé
ou retenoient à leur
couleur excitoient
gré.
M. de Blanchelande n'avoit
à prendre, c'étoit d'être
qu'un seul parti
l'assemblée
inflexible et'de réduire
été attribués. coloniale aux droits qui lui avoient
Si dans la lutte qu'il auroit
probablement à soutenir contre
eu
combé, sa chute auroit
elle, il eut sucSaint-I
pu être encore utile à
tisme Domingue. Ce nouveau trait du
et de la perfidie de
despovert les yeux de la France. T'assemblée eût ouêtre pas confondu dans Celle-cinauroit peutsa haine les véritables
planteurs, les habitans
foule d'intrigans
propriétaires, avec cette
assemblées; elle qui s'étoient glissés dans les
juste
eût compris qu'il étoit aussi inmiers qu'impolitique d'appesantir sur les
un joug qu'ils ne méritoient
preeût pensé que, si les circonstances point; elle
mettoient pas de se fier
ne lui persoin de ses intérêts,
aveuglément à eux du
agens de sa
l'équité exigeoit aussi que les
puissance et les
de sa
ne fussent pas pris parmiles organes
volonté
qui s'étoit ouvertement
coryphées sd'une secte
déclarée
nemie des colons, et qui mettoit Timplacable ensa gloire à les
méritoient
preeût pensé que, si les circonstances point; elle
mettoient pas de se fier
ne lui persoin de ses intérêts,
aveuglément à eux du
agens de sa
l'équité exigeoit aussi que les
puissance et les
de sa
ne fussent pas pris parmiles organes
volonté
qui s'étoit ouvertement
coryphées sd'une secte
déclarée
nemie des colons, et qui mettoit Timplacable ensa gloire à les --- Page 299 ---
DE SAINT-DOMINGUE
des cendres et des ruines.
ensevelir sous inutiles désirs! il étoit écrit que
Vains regrets,
Eh!
seroit sacrifié aux principes.
Saint-Domingue
espèce de timbalier de la
quimportoienta Brissot, désastres de cette colonie
les
légion négrophile,
Thabitoient? Ne les
et le massacre des blancs qui
et dans
regardoit-il pas comme des despotes,
politiques, n'avoit-il pas conçu
ses élucubrations
annoncé le projet de leur
l'espoir, n'avoit-il pas à tous ? Devoitil, poufaire déclarer la guerre
ce
à son système,
voit-il faire une exception disoit, avec trop de
charlatan diplomatique, qui forces de la France conraison, quele secret des
semsistoità nei réconnoitre que des gouvernemenss des
blables au sien, à ne correspondre qu'avec
révolutionnaires? Cet homme si délicat,
pouvoirs
sans cesse la morale,
si timoré, qui, en préchant
contre son
le civisme et Thumanité, conspiroit et
la journée du dix août, envoyoit
roi, préparoit
dans tous les états de l'Eudes désorganisateurs
leurs institutions ; cet
bouleverser
rope pour
dans ses visions 2 jouissoit du
illuminé qui,
entier adoptant sa
bonheur de voir le globe
de bataille où,
doctrine, devenir un champ
humaine se seroit perfecselon lui, T'espèce des droits de Thomme, ce
tionnée; cet apôtre
par un bain de
restaurateur de sa dignité, qui,
comme
régénérer le monde,
sang, prétendoit
TOM. I.
cet
bouleverser
rope pour
dans ses visions 2 jouissoit du
illuminé qui,
entier adoptant sa
bonheur de voir le globe
de bataille où,
doctrine, devenir un champ
humaine se seroit perfecselon lui, T'espèce des droits de Thomme, ce
tionnée; cet apôtre
par un bain de
restaurateur de sa dignité, qui,
comme
régénérer le monde,
sang, prétendoit
TOM. I. --- Page 300 ---
RÉVOLUTION
Médée rajeunit la décrépitude
voit-il être retenu dans sa marche d'Eson, , poule serment qu'il avoit fait de
victorieuse par
tution et de
maintenir la constiL'espoir d'un respecter la propriété des colons 2
nouveau crime n'étoit-il
aiguillon de plus pour son
pas un
jure en faveur des
fanatisme, et un pargloire, la
nègres, son plus beau titre de
première et la plus
de ses vertus ?
recommandable
M. de Blanchelande auroit du
Port-au-Prince les officiers
renvoyer au
et casser une municipalité injustement dont
destitués,
marquée par des actes continuels T'existence étoit
de despotisme. Il en fut autrement. d'intolérance et
avec sécurité de son triomphe dans Lafictionjouit
malgré les malheurs
cette ville,
efforts de
qu'elle lui avoit attirés et les
quelques gens de bien, à la tête desquels étoit M. de Grimoard,
seau, commandant le Borée. capitaine de vaisAu Cap
reprit son influence dans l'assemblée mémeyelle
et s'en servit pour justifier l'excursion coloniale, 2.
patriotique à la
de l'armée
tenir un arrété Croix-des-Bouquets, et pour obGères ainsi
qui déportoit en France M. de
que les officiers quil'avoient suivi.
Ce n'est pas tout encore. M.
Thibaut, dont les menées n'avoient Larchevèquele conseil de
pu empécher
guerre qui avoit condamné à la
déportation et aux galères les soldats séditieux du
justifier l'excursion coloniale, 2.
patriotique à la
de l'armée
tenir un arrété Croix-des-Bouquets, et pour obGères ainsi
qui déportoit en France M. de
que les officiers quil'avoient suivi.
Ce n'est pas tout encore. M.
Thibaut, dont les menées n'avoient Larchevèquele conseil de
pu empécher
guerre qui avoit condamné à la
déportation et aux galères les soldats séditieux du --- Page 301 ---
DE SAINT-DONINGUE
sentant que son crédit seroit
régiment du Cap,
obtint,
Texécution de cette sentence,
affoibli par
de la municipalité et de Tasà force d'intrigues,
remissent en question
scmblée coloniale, 7 qu'elles
colonie de
s'il nes seroit pas plus avantageux pourla de les renvoyer
rendre la liberté à ces soldats, que
tirés
A T'appui des motifs ordinaires,
en Europe.
ceux qui rése joignoient
des grands principes,
blanche.
sultoient de la foiblesse de la population
disoient M. Larchevèque dans un réqui-
(( Voila,
membres de T'assemblée
(( sitoire, et plusieurs
enlevant tous nos décomme, en
(( à la tribune,
Blanchelande éternise le bri-
(( fenseurs, M. de
Et qu'ont fait ces
(C gandage à Saint-Domingue-
(
clairvoyant que le
SErErTE
peut-etre plus
(( de patriotisme
assez punis? Faut-il
( nôtre ? N'en sont-ils pas
notre silence nous concourions
(( encore que par
inique? Est-ce
( à l'exécution d'un jugement reconnoitre le zèle et
( ainsi que nous devons
des vrais pades bons citoyens,
> le courage
de s'exposer à la
ne craignent point
(( triotes qui
exécutif pour le salut de
( vengeance du pouvoir
afin de complaire au
A
( la chose publique? Est-ce ennemi de notre lil'éternel
(( gouvernement, de tous les fléaux de la colonie,
(( berté, Tauteur votre ceeur et vOS oreilles à la
(( que vous fermez
et dela Décessite?
( voix impérietise dela justice
des vrais pades bons citoyens,
> le courage
de s'exposer à la
ne craignent point
(( triotes qui
exécutif pour le salut de
( vengeance du pouvoir
afin de complaire au
A
( la chose publique? Est-ce ennemi de notre lil'éternel
(( gouvernement, de tous les fléaux de la colonie,
(( berté, Tauteur votre ceeur et vOS oreilles à la
(( que vous fermez
et dela Décessite?
( voix impérietise dela justice --- Page 302 ---
RÉVOLUTION
2;6
de
du
toujours , imprégné
(C Si le régiment Cap,
est assez
de ses officiers, >
(( l'esprit aristocratique
l'imsuivre, à son détriment,
( aveugle pour
si les soldats per-
( pulsion qu'il en reçoit;
vouloir fraterniser avec leurs
(( sistent à ne plus
nationale, plus
la garde
( anciens camarades,
s'honorera de
( éclairée sur ses vrais intérêts,
services, et apprendra d'eux les ma-
( leurs
militaire.
etles exercices quiformentles
(C noeuvres
T'assemblée ordonne leur
( Je fais la motion que
( élargissement.
s'écria M. Justal, parce que
(( Jem'y oppose,
la police
(( vous n'en avez pas le droit, parce que et n'a
ne vous appartient pas,
K d'un régiment
fonctions. Eh quoi! il ne
( nul rapport avec VOS
Yadministra-
< vous suffit pas d'avoir bouleversé
d'avoir détruit les formes protec-
(C tion ancienne,
le
de la colonie! Un
(C trices qui assuroient repos
révoluétoit exempt de la contagion
K régiment
êtes
à la luiinoculer;
*( tionnaire, et vous
parvenus delhonneur,
( Les remors le ramènent au chemin
fédont ttonslesbonsesprits: se
(( etcetévénement,
( licitent, semble faire votrempplieisepteailas trouvent
condamnés parleurs pairs,
(( coupables,
dit des complices!
(( en vous un appui,j'ai presque ici les noms sacrés de
( Ah! cessez de profaner
Étes-vous
d'humanité et de nécessité.
( justice,
mettez vOs passions à la
(( justes lorsque vous
,
( Les remors le ramènent au chemin
fédont ttonslesbonsesprits: se
(( etcetévénement,
( licitent, semble faire votrempplieisepteailas trouvent
condamnés parleurs pairs,
(( coupables,
dit des complices!
(( en vous un appui,j'ai presque ici les noms sacrés de
( Ah! cessez de profaner
Étes-vous
d'humanité et de nécessité.
( justice,
mettez vOs passions à la
(( justes lorsque vous --- Page 303 ---
DE SAINT-DONINGUE Etes-vous hude la morale et des lois?
(e place.
faites triompher le crime
( mains lorsque vous
? La véritable hu-
( ou lui assurez Timpunité
sans doute,
est douce et compatissante
ne
K manité
aveugle et partiale; elle
K mais elle n'est pas
de la société, la tran-
( sacrifie pas le bonheur futures 2 la gloire et
des générations
( quillité
aux rèveries métaphyd'un empire,
( Texistence
absurde et séditieuse.
d'une philosophic
( siques
loi
qui tout est légi-
( La nécessité, cette
par tout cède, ne nous
cette force à qui
( time,
disent les ambitieux, d'être justes
( permet pas,
il faut sauver la chose
avant tout,
C et sévères;
l'abus funeste que T'on
Je déplore
( publique.
des
Je sais trèsdes maximes et
principes.
(E fait
salut du peuple est la,suprème loi;
K bien que le
le menace dans cette circonsdanger
d mais quel malheur si grand a-t-il à craindre?
4( tance ? Quel
de sept soldats
la déportation
( A vous entendre,
la sûreté générale ; la
compromet
( coupables
à des séditieux peut ébranler
(e peine infligée ! Oùt sommes - nous donc s
colonial
4 Tédifice
sera notre sort si le crime
Dieu ! et quel
( grand
impose silence aux lois?
( impuni et triomphant
et je ne me fais
ne puis le croire,
te Non, je
nous présente sans
à Tidée qu'on
( pas davantage
de nos moyens. Sans
de la pénurie
( cesse, --- Page 304 ---
RÉVOLUTION
(( doute nos forces ne sont
(( sept hommes de
pas suffisnntes; mais
plus les
(( torieuses? Pensez-vous rendront-elles vic-
(( et la révolte
que linsuhordination.
que vous autorisez
(( sure ne soient
par cette mepas plus
(( que ne peuvent lui
nuisibles à la colonie
être
(( vices de
avantageux les ser-.
quelques soldats
(( corps ? Je T'avone
renvoyés de leurs
(( tant,
avec vous : il est imporurgent 2 indispensable
( menter le nombre de
méme, d'aug-
( s'occuper de soumettre nos défenscurs 2 de
les
(( bien si désirable
esclaves; mais ce
ne sera
le
(( complaisances
jamais fruit des
serviles des chefs
( subalternies. On
envers leurs
ne
(( en
parviendra pas à ce but
rétrécissant.sans cesse le cercle
(( voirs pouragrandir celui
de nos de-
((
de nos droits. Ici plus
((
vertu
rooreareoint
rigoureusement nécessaire. C'est en
( puyant sur des principes
nous ap-
( rience, et non sur des maximes consacrés par T'expé-
(( localités et subversives
contraires à nos
de
(
Torganisation coloniale, que nous parviendrons à sauver
(( frage total les débris de
d'un nauLe courage, les lumières Saint-Domingue. ))
M. Justal
et la sagesse, de
elle
ne purent T'emporter sur la
obtint la
faction,
majorité, et les grenadiers furent
élargis. Ainsi, dans cette
circonstance, on vit des
sur des maximes consacrés par T'expé-
(( localités et subversives
contraires à nos
de
(
Torganisation coloniale, que nous parviendrons à sauver
(( frage total les débris de
d'un nauLe courage, les lumières Saint-Domingue. ))
M. Justal
et la sagesse, de
elle
ne purent T'emporter sur la
obtint la
faction,
majorité, et les grenadiers furent
élargis. Ainsi, dans cette
circonstance, on vit des --- Page 305 ---
DE SAINT-DONINGUE camarades, du
soldats rejetés, par leurs propres la
duquel
régiment contre l'ordre et
discipline trouver dans
ils n'avoient cessé de conspirer, affaire concernoit à
une assemblée que cette plaiderent leur cause 5
peine des avocats qui
à leur révolte, et des
des colons qui applaudirent leur assurèrent limreprésentanis du peuple qui
punité. 1
CHAPITRE XI.
est nommé capitaine général
M.Assas
nationale: Sa conduite:
de la garde
Biassou.
du Fort-Belair par
Attaque
de Tassemblée
Séance eatraordinaire
ses séances
coloniale: Elle arréte que Troubles dans
ne seront phuspubliqgues:
la ville du Cap.
assez dela fachense mésintelligence
Cen'etoit pas
et les assemqui existoit entre le gouvernement l'ancien pouvoir chanceblées populaires, entre inhabiles, et le nouveau:
lant dans des mains enthousiastes ; il fallut que la
dirigé par des
divisant des hommes puisjalousie et la haine,
leur influence, viussent
sans par leur rang et par --- Page 306 ---
RÉVOLUTION
la situation de la corendre plus déplorable
lonie. sévérité de M. de Rouvray, ses indiscrétions
La
son caractère entrepreet les craintes qu'inspiroit
pressé
avoient obligé M. de Blanchelande,
nant,
à laquelle il ne savoit pas
en outre parfassemblae. officier
le commanrésister, d'ôter, à cet
général cantonné dans
dement du pelit corps de troupes Trou et du Terrier
les quartiers de Jaquezy, du
las des tracasseRouge: M. de Rouvray lui-mème,
demandé
ne cessoit de lui susciter,avoit
ries qu'on
d'être remplacé par M. d'Asson rappel, etdésiré du Cap- Cet officier, dont
sas, major du régiment
étoient connus, qui
le sang-froid et la bravoure
des troupes, eut
juste titre la confiance
à la
possédoitaj ordre d'aller à Jaquezy pour se mettre
donc
étoient réunies. Elles consistête de celles qui y
hommes, distribués
toient en cinq ou six cents
quelques hadans plusieurs postes pour conserver restés fidèles,
bitations intactes, dont les ateliers,
soldats
méritoient qu'on les protégeàt. Quarante nombre d'ardu régiment du Cap et un petit
formoient le noyau de ce rassemblement
tilleurs
deux ou trois compagnies de
que complétoient et les gardes nationales des
vclontaires du Cap,
Ces moyens, déjà trop
paroisses circonvoisines.
toutes les:
foibles, pouvoient à peine préserver nombre de
habitations. L'absence d'un grand
intactes, dont les ateliers,
soldats
méritoient qu'on les protégeàt. Quarante nombre d'ardu régiment du Cap et un petit
formoient le noyau de ce rassemblement
tilleurs
deux ou trois compagnies de
que complétoient et les gardes nationales des
vclontaires du Cap,
Ces moyens, déjà trop
paroisses circonvoisines.
toutes les:
foibles, pouvoient à peine préserver nombre de
habitations. L'absence d'un grand --- Page 307 ---
DE SAINT-DONINGUE ailleurs
étoient retournés au Cap ou
M.
blancs, qui
sous les armes, obligea
sans être remplacés dans le fort Bécly. Il crut
d'Assas à se renfermer
de sa position.
devoir instruire le gouverneur critique, lui mardevient d'autant plus
( Elle
volontaires du Cap demandent
( quoitil, que les
'si au terme du délai
( à être relevés; et que,
de cette
obtenu avec peine du commandant
(
aucun renfort,
il ne m'arrive
( brave jeunesse,
dans la cruelle nécessilé
e son départ me mettra et tous les avantages
le fort Bécly;
( d'évacuer
ceux plus grands
retire de ce poste;
seront
( qu'on
d'en obtenir,
qu'il est possible
< encore
perdus. >
lettre
( infailiblement
communiqua cette
M. de Blanchelande
A peine
assemblées coloniale et provinciale. bonne
aux
daigna-t-elle s'en occuper; ; la
la première seconde fut annulée par Topposivolonté de la
n'envoyérent
tion de la municipalité. Les paroisses des volontaires,
aucun secours, et le détachement de son service sans
parvenu au-dela du terme Alors le commanrevint au Cap.
être remplacé,
réduit à quarante hommes
dant du fort Bécly, Tinutilité de garder une position
environ, sentant redoutable pour les nègres réqui cessoit d'être
d'en abattre les fortivoltés, proposa au général M. de Blanchelande
fications et de Tabandonner. d'Assas; mais se doutant
le projet de M.
approuva
ours, et le détachement de son service sans
parvenu au-dela du terme Alors le commanrevint au Cap.
être remplacé,
réduit à quarante hommes
dant du fort Bécly, Tinutilité de garder une position
environ, sentant redoutable pour les nègres réqui cessoit d'être
d'en abattre les fortivoltés, proposa au général M. de Blanchelande
fications et de Tabandonner. d'Assas; mais se doutant
le projet de M.
approuva --- Page 308 ---
RÉVOLUTION
bien que lassemblée le rendroit
ponsable des
lui-mème resévénemens, il écrivit à cet
qu'ayant une entière confiance
officier
maître absolu de toutes
en lui, ille laissoit
les
laquelle les circonstances dispositions. Celle à
fut l'évacuation du
rcosdhuistreni3i.Ases,
roisses
poste. Les habitans des
qu'il avoit préservées
pastimulés par la
jusqu'alors, plus
Tavoient été
présence du danger qu'ils ne
M. de
par ses sollicitations et par celles de
Blanchelande,
ner à Bécly, et en relevèrent s'empressèrent de retourEn arrivant
les fortifications.
au Cap, M. d'Assas fut
mentreçu du général,qui. icontinua
parfaitesuivant les circonstances.
de T'employer
Mais
coloniale,
bientotlassembiee
prompte à saisir toutes les occasions
d'improuver et de calomnier
nement, crut en trouver les.agens du gouverTévacuation du fort
une excellente dans
Bécly. M.de
dénoncé pour avoir mis M. Blanchelande fut
d'Assas dans le cas
d'abandonner un poste aussi
cusa adecomivenceaveclar important; on l'acblée,
révoltés. Enfin T'assemrejetant.comme calomnieux les motifs
alléguoit pour sa justification, il fut
qu'il
dire qu'il avoit tout laissé à la
contraint de
cier
prudence de l'officommandant, et de le prouver par la communication de sa
piqué contre M. de correspondance. M. d'Assas;
lanimité
Blanchelande, dont la pusilcompromettoit tous les
militaires, ne
enceaveclar important; on l'acblée,
révoltés. Enfin T'assemrejetant.comme calomnieux les motifs
alléguoit pour sa justification, il fut
qu'il
dire qu'il avoit tout laissé à la
contraint de
cier
prudence de l'officommandant, et de le prouver par la communication de sa
piqué contre M. de correspondance. M. d'Assas;
lanimité
Blanchelande, dont la pusilcompromettoit tous les
militaires, ne --- Page 309 ---
DE SAINT-DONINGUE
servir sous un chef sans énergie.
voulut plus
du régiment du Cap;
Il résigna la place de major
fois refusé
qui iaroitplusicurs
M. de Cambefort,
M. d'Assasi inébranlable,
cette démission, voyant
fut obligé de Taccepter.
officier chatouilleux
Jusquici on ne voit qu'un
dépité avec
et ferme sur le point d'honneur, foible, rebuté
raison contre un supérieur trop n'attiroit que des
d'un service tres-pénible qui soustraire par lc
humiliations, et résolu à sy
Tous
ambition et de sa fortune.
sacrifice de son
et sont ordinairement
ces sentimens se tiennent forte. Le genre de vie solile partage d'une âme
dans le même temps
taire que M. d'Assas adopta T'excès des tracasseries
fit présumer que, fatigué à
il se
des corps populaires,
et du despotisme
du monde pour devenir
retiroit de la scène
Quelques mois
spectateur. On se trompa.
simple
de linstallation
à Tépoque
après sa démission, Tassemblée ayant arrêté une.
des municipalités, de la garde nationale,il fut
nouvelle organisation
les districts un
question de faire nommer par
exclusigénéral, auquel appartiendroit
capitaine le droit de la commander.
vement
qui avoit des prétenM. de La Chevalerie, mais en vain, pour
tions à cette place, intrigua,
Quoique sa noPobtenir. M. d'Assas Temporta.
avoient
à laquelle peu de personnes
mination, --- Page 310 ---
RÉVOLUTION
songé, et son acceptation
bien du monde,
surtout étonnassent
choix; la
en général on approuva ce
réputation que cet officier
par ses succès, et l'idée
s'étoit faite
opinions
qu'il avoit donnée de ses
de bien. On politiques, rassuroient tous les
se flattoit qu'un homme
gens
beaucoup à se plaindre des
qui avoit
dans toutes les
corps populaires, qui
prononcé
circonstances s'étoit fortement
contre leurs
fieroit
prétentions, ne leur sacripas ses liaisons, son honneur et sa
estime. On aimoit à croire
propre
avoit
qu'un militaire
éprouvé des
qui
honorable
désagrémens dans un poste
prendroit à tâche de les
d'autres. On espéroit
la
épargner à
depuis le
que rivalité funeste qui,
commencement de la
existé entre le
révolution, avoit
et
gouvernement et les
qui paralysoit la force
assemblées,
remplacée
publique, alloit être
par une conformité de vues
une harmonie seules
et par
ressort.
capables de lui rendre son
Ces espérances ne se réalisèrent
tout paràt porter M.
point. Quoique
d'Assas, décoré d'un
nom, vers le parti où se trouvoient les
beau
la modération et la fidélité à
richesses,
titution coloniale;
l'ancienne consopinions
quoique ses habitudes et ses
léloignassent du système
il redoutoit les
nouveau dont
qu'il
conséquences, et de ses auteurs
méprisoit, et se fit cependant Tapôtre de l'un
ne se réalisèrent
tout paràt porter M.
point. Quoique
d'Assas, décoré d'un
nom, vers le parti où se trouvoient les
beau
la modération et la fidélité à
richesses,
titution coloniale;
l'ancienne consopinions
quoique ses habitudes et ses
léloignassent du système
il redoutoit les
nouveau dont
qu'il
conséquences, et de ses auteurs
méprisoit, et se fit cependant Tapôtre de l'un --- Page 311 ---
DE SAINT-DOMINGUE
des autres. A peine fut-il installé dans
et l'appui
montra l'un des démocrates
ses fonctions, qu'ils se
commiseffrénés. A l'arrivée de la seconde
les plus
Sonthonax et Polverel, qui
sion civile, il préféra
nommé goula composoient, à M. d'Esparbés,
Instruit par T'expérience comverneur-général.
étoit pesant à des
bien le joug des assemblées
loin d'user des droits de sa place pour
militaires,
abusa
le rendre intolérable.
Tadoucir, il en
pour caractère de la faction
Ennemi par principe et par l'instrument de la preet des démagogues, il fut
devintl'idole
mière dont il épousa la querelle, et
décida
seconds dont il servit les passions et
des
le triomphe.
du Limbé et de TAcul,
Depuis la campagne
les
n'avoit fait aucune sortie contre
brigands.
on
causes, dont la
Cette inaction avoit plusieurs
de la municipalité.
principale étoit Topposition
doute surpris de voir une magisL'on est sans
résister aux autres autrature de simple police
du
toutes les opérations
torités, et contrarier
Mais il faut se rappeler que
gouvernement. étoit l'âme de la faction dont
la municipalité coloniale n'étoit que l'organe. Cepenl'assemblée
continuaient leurs ravages, endant les révoltés
et se montreprenoient de nouvelles conquêtes, Le soin de
traient tous les jours plus audacieux.
d'une
les contenir et de les vaincre paroissoit
autres autrature de simple police
du
toutes les opérations
torités, et contrarier
Mais il faut se rappeler que
gouvernement. étoit l'âme de la faction dont
la municipalité coloniale n'étoit que l'organe. Cepenl'assemblée
continuaient leurs ravages, endant les révoltés
et se montreprenoient de nouvelles conquêtes, Le soin de
traient tous les jours plus audacieux.
d'une
les contenir et de les vaincre paroissoit --- Page 312 ---
REVOLUTION
toute autre importance
pour des
que celui de se persécuter
opinions. Le premier
d'autant plus indispensable,
devint bientôt
poussa la témérité
que le chef Biassou
du Cap.
jusqu'a venir insulter la ville
Le projet seul de cette
audace rare chez un
expédition suppose une
faire trois lieues dans nègre. Biassou, obligé de
une
partit de la Tarmerie,
campagne découverte,
montagne de la
petit bourg au bas de la
Grande -
heures du
Rivière, vers les six
soir, au moment ou
vorisant sa marche
l'obscurité, favigies établies
> ne permettoit plus aux
de
sur les hauteurs de la ville du
distinguer ce qui se
Cap,
troupe étoit de
passoit en plaine. Sa
Parvenue à neuf quatre ou cinq cents hommes.
Menou
heures entre les
et Baudin, elle fut
habitations
avancée du camp de la
aperçue par la garde
Tartillerie de ce
Petite-Anse. A Tinstant
poste, et bientôt après celle du
Haut-du-Cap, commencèrent
près de deux heures. Il
un feu qui dura
qu'il avoit fait
cessa enfin, et lcs craintes
successive de naitre se dissiperent par T'arrivée
plusieurs
le retour de M. de
aides-de-camp, et par
Cambefort,
vu ni appris au
qui,n'ayant rien
Haut-du-Cap où il avoit
s'imagina que cette alarme, comme tant couru,
n'avoit été causée
d'autres,
nègres
que par Tapparition de
vers les gardes avancées.
quelques
qu'il avoit fait
cessa enfin, et lcs craintes
successive de naitre se dissiperent par T'arrivée
plusieurs
le retour de M. de
aides-de-camp, et par
Cambefort,
vu ni appris au
qui,n'ayant rien
Haut-du-Cap où il avoit
s'imagina que cette alarme, comme tant couru,
n'avoit été causée
d'autres,
nègres
que par Tapparition de
vers les gardes avancées.
quelques --- Page 313 ---
DE SAINT-DONINGUE
Le calme ne dura pas long temps. Biassou,
dontla canonnade de la Petite-Anse avoit ralenti
la marche sans lui faire abandonner son projet,
route vers les onze heures. A la
se remit en
Galliffet et d'un canal
jonction de la rivière
des sucres de Thabitation
destiné au transport
à marée basse, un
Lefevre, il y avoit, surtout
du Cap et du
gué peu connu, également éloigné
cette maHautdu-Cap- Biassou en profita, et par
toute communication entre la ville
nceuvre coupa la couvroit. Il est probable que ce
et le poste qui
T'avoient
dernier eût été forcé, si les nègres
flanc et
derrière. Mais ce n'étoit
attaqué en
par
le plan de Biassou, puisquil dirigea sa marpas
la ville et le fort Belair qui la domine.
che vers
eût de faire observer aux
Quelque soin qu'il
silence, il fut découvert par
siens Te plus profond
aussile piquet de garde à Thôpital. L'épouvante
des employés et des malades ; les
tôt s'empara
dans les ravins et leshaluns allèrent se cacher
liers; les plus forts coururent, soit dans le morne,
où ils
par leurs
soit au Cap,
communiquerent,
discours et par le désordre de leurs vêtemens,
l'effroi dont ils étoient frappés.
Au
de minuit, le cri d'alarme circule de
coup Les tambours battent la générale, des
nouveau.
la ville à cheval et
aides-de-camp parcourent et d'observer soiordonnent d'éclairer les rues
rent se cacher
liers; les plus forts coururent, soit dans le morne,
où ils
par leurs
soit au Cap,
communiquerent,
discours et par le désordre de leurs vêtemens,
l'effroi dont ils étoient frappés.
Au
de minuit, le cri d'alarme circule de
coup Les tambours battent la générale, des
nouveau.
la ville à cheval et
aides-de-camp parcourent et d'observer soiordonnent d'éclairer les rues --- Page 314 ---
REVOLUTION
gneusement les esclaves.
par la crainte grossit les Limagination exaltée
déjà voir les révoltés
objets; les uns croient
au contraire
maitres du Cap; les autres
regardent les précautions
prend commeleffetdune
que Ton
terreur
cependant elles n'avoient
panique, Jamais
été plus nécessaires.
Triomphant des foibles obstacles
retardé sa marche, Biassou
qui avoient
morne de Belair. Une
étoit parvenu au
donnée se trouvoit à
petite redoute abandu chemin qui conduit quelques toises au-dessus
s'empare de deux
au Cap; il y monte, et
n'ont
pièces de canon que les
pas eu le temps ou la
blancs
d'enclouer. Ce facile
présence d'esprit
fait perdre de
succès lui tourne la tête et lui
dition. La
vue le principal but de son expela
vanitélemporte chez lui sur lintérêt et
politique. Au lieu de brusquer
poudrière, de surprendre
T'attaque de la
marche le
par la célérité de sa
résister et poste important de Belair, il ne
( ce trait peint
peut
'au plaisir de faire trembler parfaitement le nègre)
Par son ordre les deux les habitans du Cap.
rendu maitre
canons, 2 dont il s'étoit
sans péril ni gloire, furent
vers la ville, et deux
tournés
la dépassa et l'autre coups à boulet, dont l'un
de l'église',
alla frapper une maison près
les brigands apprirent aux habitans effrayés que
avoient franchi et peut-être forcé
camp du Haut-du-Cap.
le
au plaisir de faire trembler parfaitement le nègre)
Par son ordre les deux les habitans du Cap.
rendu maitre
canons, 2 dont il s'étoit
sans péril ni gloire, furent
vers la ville, et deux
tournés
la dépassa et l'autre coups à boulet, dont l'un
de l'église',
alla frapper une maison près
les brigands apprirent aux habitans effrayés que
avoient franchi et peut-être forcé
camp du Haut-du-Cap.
le --- Page 315 ---
DE SAINT-DONINGUE
la
que
des
personnes
: Sur le rapport
premières M. de Cambefort
avoit amené en ville,
frayeur
à cheval : son activité 2 sa prévoyance
éloit monté
Pénétré de Timportance de
remédioient à tout.
ce poste un renBelair, il avoit fait partir pour
; luisoixante hommes de son régiment
fort de
attentif aux
même se tenoit hors des barrières, à garnir de
de T'ennemi, occupé
mouvemens
entouroient et défentroupes les palissades qui de tous côtés on se
doient la ville. Pendant que
cinq solpréparoit à une résistance vigoureuse, de garde à Thopital,
dats du régiment du Cap,
avoir > daris leur
arrivoient à la poudrière, après Témoins de la
leurs munitions.
retraite, , épuisé
ils pointèrent un canon
marche des brigands, l'avenue- qui conduit à
chargé à mitraille vers
quifurent
Thopital. Les cris plaintifse et douloureux annoncèrent le ravage
entendus après Texplosion, les nègres.
que le cânon avoit fait parmi
lui-mème étoit
Cependant M. de Blanchelande de la Fossette ;
long-temps à la barrière
fit
depuis
étoit aussi rendu. L'expérience
M. d'Assas s'y
d'avoir soumis la force
alors sentir l'absurdité des corps populaires.
publique aux réquisitions il eût été trop dangereux
Le temps pressoit;
d'attendrel T'ordre des assemblées représentatives. à qui
qui avoit tant à s'en plaindre, venLe général,
offroit une occasion de se
cette circonstance
TOM. I.
sette ;
long-temps à la barrière
fit
depuis
étoit aussi rendu. L'expérience
M. d'Assas s'y
d'avoir soumis la force
alors sentir l'absurdité des corps populaires.
publique aux réquisitions il eût été trop dangereux
Le temps pressoit;
d'attendrel T'ordre des assemblées représentatives. à qui
qui avoit tant à s'en plaindre, venLe général,
offroit une occasion de se
cette circonstance
TOM. I. --- Page 316 ---
REYOLUTION
ger des torts qu'elles avoient à son
leurs injures et leurs
égard, oublia
cuper que du danger calomnies, pour ne s'ocexposée. Ayant
auquel il voyoit la ville
tés, maitres de acquis la certitude que les révoldrière, il se mit à Thopital, la tête des menaçoient la poucontre eux. Repoussés
troupes, et marcha
et
par le canon de
jugeant, au bruit des
Belair,
ment des chevaux,
armes, au hennissefanterie
qu'une forte colonne d'ins'avançoit suivie d'une cavalerie
table, ils retournèrent
redouchèrent à traverser
sur leurs pas, et cherdonna
la rivière. On ne leur en
pas le temps. Le jour, qui
paroitre > offrit aux yeux des blancs commençoit à
pelotons de nègres qui mirent bas les plusieurs
M. de Cambefort
armes.
vitesse, jusqu'au poussa, avec la plus grande
Haut-du-Cap.
de sort de ce poste, dont les Tranquillisé sur
passé toute la nuit sous les
troupes avoient
par sa cavalerie la rivière du armes 3 il fit cerner
résultat decette
côté dela plaine. Le
manceuvre futla
nombre de rebelles;
prised'un grand
tués dans les
plusieurs en outre furent
bitation Lefèvre. palétuviers par les nègres de l'haOn estima la
à environ cent
perte de Biassou
être d'autant cinquante hommes; elle dut lui
plus sensible , que c'étoit
son armée : lui-mème
l'élite de
courut les
risques. Le bruit se
plus grands
répandit un moment qu'il
aine. Le
manceuvre futla
nombre de rebelles;
prised'un grand
tués dans les
plusieurs en outre furent
bitation Lefèvre. palétuviers par les nègres de l'haOn estima la
à environ cent
perte de Biassou
être d'autant cinquante hommes; elle dut lui
plus sensible , que c'étoit
son armée : lui-mème
l'élite de
courut les
risques. Le bruit se
plus grands
répandit un moment qu'il --- Page 317 ---
DE SAIST-DONINGUE événeavoit été reconnu parmi les prisonniers; la prise de
ment d'autant plus désirable, que le sort de la
ce chef auroit peut-étre changé ordres duquel il
colonie. Jean-Francois, aux être disposé à un acn'obéissoit plus, sembloit avoit même fait la procommodement; il en
D'un autre côté,
coloniale.
position à l'assemblée
honteux de servir la
une troupe de mulatres,
à les dédaicause des noirs qui commençoient à leurs' frères restés
gner, offrit de se joindre
la férocité
fidèles aux blancs. Candy, connu par
longcaractère, en avoit fait depuis
de son
à M. de Rouvray, ne detemps la proposition
et
T'oubli du passéye promettantde
mandant que
dévouement-al la classe blanracheter, par son dont il s'étoit rendu coupable enche, les crimes
, continuée par les
vers elle. Cette négociation, avoient succédé à
différens commandans qui
M. Pajot,
M. de Rouvray , fut terminée par
Telle
créole plein de zele et de courage.
jeune
la foiblesse des blancs,
étoit, à cette époque, événement heureux le
qu'on regarda comme un Passemblée elle-même
retour de Candy, et que
qui Tanitout, malgré le ressentiment
approuva moit contre les mulâtres.
plus
Depuis long-temps elle ne correspondoit
les autorités de la métropole, qu'en envoyant
avec
le nom de commisseires, un
en France, sous --- Page 318 ---
REVOLUTION
nombre de ses membres. Deux députacertain
alors. Non-seulement T'astions s'y trouvoient
cette voie étoit lente et
semblée ne vit point que
même
dispendieuse, mais elle ne soupçonna pas
donnant à ses derniers commissaires des
qu'en
toujours opposées à celles
instructions presque
de ridide leurs prédécesseurs, elle se couvriroit
toute considération. En effet,
cule, et perdroit
du ministre et du
croyoit-elle avoir à se plaindre
elle arrêtoit qu'une députation
gouvernement,
comme coupables d'airoit à Paris les dénoncer,
Le danger
ristocratie, à l'assemblée nationale.
de cette dernière venoit-il jeter
des principes
des habitans, de nouveaux
T'alarme dans le ceeur
aller invocommissaires partoient aussitôt pour
nom de Tassemblée coloniale, cette
quer, au
qu'elle avoit affecté de
même puissance royale
de toutes ses acméconnoitre. L'inconséquence
qui caractérisoit sa contions 2 et Timprévoyance
vit dans le même
duite, étoient telles, qu'on
T'une
temps à Paris deux députations chargées, ministre et
du
de se, plaindre au corps réclamer législatif le véto du pouT'autre de
de ses agens ;
le seul moyen qui pàt
voir exécutif, comme
tramée
empécher la ruine de Saint-Domingue,
les amis des noirs au sein même de l'assempar
qui caractérisoit sa contions 2 et Timprévoyance
vit dans le même
duite, étoient telles, qu'on
T'une
temps à Paris deux députations chargées, ministre et
du
de se, plaindre au corps réclamer législatif le véto du pouT'autre de
de ses agens ;
le seul moyen qui pàt
voir exécutif, comme
tramée
empécher la ruine de Saint-Domingue,
les amis des noirs au sein même de l'assempar blée nationale.
étoit celui de la troisième déCe dernier objet --- Page 319 ---
DE SAINT-DOMINGUE T'assemblée cOputation envoyée en France par tous les coloms,
loniale. Epouvantée 2 comme
devant
Brissot avoit prononcé
d'un discours que
de décerbre,elle
lal législature: au commencement funestes effets en consacrant,
crut en prévenir les
de l'esclavage à Saintun arrèté, la nécessité
pas
par
qui n'en pouvoit
Domingue: Cette question,
il semlassemblée, et suginquelle 3
être une pour
inutile de prononcer, 2 passa,
bloit par cela même
Six députés
à Tunanimité.
à
comme on Timagine,
directement T'arrèté
furent chargés de présenter le choix tomba sur les
la sanction du Roi, et
des Léopardins. Ce
plus attachés à la doctrine
de ces six comfaction perdoit atl départ
Tinfluence
queleurf étoit plus que compensé parl
lui
missaires
de la municipalité, qui
toujours croissante
aussi dut-elle aux.
étoit entièrement dévouée;
la
du procureur-yndic
menées et aux intrigues seconde fois la majorité.
gloire de maitriser une
cette espèce de
Cette fluctuation de Topinion, et agreste, tourlutte qui, chez un neuple simple
parce que
de Ja chose publique,
neroit au profit
d'une noble ambition,
les deux partis, animés
des sacrifices 2
chercheroient à T'emporter par
de grandes
voudroient triompher que par
livrée
et ne
lutte, disje, dans une nation
actions; cette résultans de la perte des moeurs 2
à tous les vices
à sa ruine. Il auroit été à
Yentraine invineiblement:
agreste, tourlutte qui, chez un neuple simple
parce que
de Ja chose publique,
neroit au profit
d'une noble ambition,
les deux partis, animés
des sacrifices 2
chercheroient à T'emporter par
de grandes
voudroient triompher que par
livrée
et ne
lutte, disje, dans une nation
actions; cette résultans de la perte des moeurs 2
à tous les vices
à sa ruine. Il auroit été à
Yentraine invineiblement: --- Page 320 ---
RÈVOLUTION
désirer que des deux partis, l'un eût
de prépondérance
eu assez
eut été moins
pour accabler l'autre. Le mal
grand, si celui de
pas trouvé de résistance : il n'y Saint-Maren'avoit auroit
tout de mal, si ce parti n'avoit
pas eu du
Voilà
pas existé,
T'origine des variations que lon a dà obsenerdamefopnitetdins) la marche
coloniale. Dès que le parti qui delassemblée
vernement venoità à
appuyoit le gouperdre un seul
ses intérêts, dès qu'il
instant de vue
avantages, la
négligeoit un seul de ses
majorité passoit à la
sée. Celle-ci, habile à s'en
faction oppojouir, se livroit à un ressentiment emparer, avide d'en
violent, qu'il avoit été plus combattu. d'autant plus
de ce flux et reflux, de cette
Les effets
résistence
ne se renfermoient
mutuelle,
blée. La
pas dans l'enceinte de T'assemville,aussi divisée en deux partis,
voitles mêmes secousses, ctse voyoit
éproumémesorages quelar représentation exposée aux
plusieurs fois les débats
coloniale. Déjà
avoient troublé la
tumultueux de celle-ci
tranquillité publique; tout annonçoit une prochaine catastrophe; aucun des orateurs, connus parla modération deleurs
ne pouvoit plus se faire entendre. Le côté principes,
réduit au silence et sans cesse
droit,
galeries, avoit été obligé de déscrter injurié par les
Des libelies affreux,
Tassemblée.
loient méme certains répandus gratis, en signamembres comme des cons-
Déjà
avoient troublé la
tumultueux de celle-ci
tranquillité publique; tout annonçoit une prochaine catastrophe; aucun des orateurs, connus parla modération deleurs
ne pouvoit plus se faire entendre. Le côté principes,
réduit au silence et sans cesse
droit,
galeries, avoit été obligé de déscrter injurié par les
Des libelies affreux,
Tassemblée.
loient méme certains répandus gratis, en signamembres comme des cons- --- Page 321 ---
DE SAINT-DONINGUE à Tanteur de
pirateurs vendus au gouvernement, avoit soufferts et de
tous les maux que le peuple fondre sur lui, s'il ne
alloient bientôt
cet
ceux qui
immolant à sa vengeance
les prévenoit en
On fit sentir
éternel ennemi de son bonheur.
nécessité
Tindispensable
à M. de Blanchelande
d'autant plus redoude comprimer une faction de la colonie étoit
table, que la desorgmnisation Guidé alors par quelques
le but de ses projets.
il annonça hautehommes fermes et instruits, de toutes les prérogament la résolution d'user écrire à Tassemblée: on
tivesde sa place. Il voulut digne de ses hautes
lui persuada qu'il seroit plus chose
desy
et plus utile à la
publique,
fonctions,
Le bruit d'une telle démarche
peenterhumemel
bientôt dans la ville: on
et de son objet serépandit de modération qu'il
assura qu'abjurant le système
alloit enfin
le gouverneur
avoit suivi jusqu'alors, coloniale dansl le cercleque
drconserirelabenbiled
Les jeunes gens, qui
luiavoit tracéel la métropole. du gouvernement
regardoientle dernier triomphe tous à la séance qui
vinrent
comme leur ouvrage,
et la tourbe
annoncée comme si importante,
étoit
n'osa pas sy montrer. de Blanchedémagogique moment qu'on vit paroitre M. la salle. II
Au
régna dans
lande( e(1), un silence profond Après un préamprit place à côté du président.
(1) 15 avril 1792.
luiavoit tracéel la métropole. du gouvernement
regardoientle dernier triomphe tous à la séance qui
vinrent
comme leur ouvrage,
et la tourbe
annoncée comme si importante,
étoit
n'osa pas sy montrer. de Blanchedémagogique moment qu'on vit paroitre M. la salle. II
Au
régna dans
lande( e(1), un silence profond Après un préamprit place à côté du président.
(1) 15 avril 1792. --- Page 322 ---
RÉVOLUTION
bule très-court et
nécessité de rétablir très-simple, roulant sur la
rités, il
Tunion entre toutes les autocommença la lecture d'un
tenoit à la main.
cahier qu'il
Ce cahier renfermoit trois
la première, le
réquisitions : par
semblée coloniale gouverneur reprochoil à T'asd'avoir
des sept soldats du
ontoneélbrgiwement
à la geôlé
régiment du Cap, détenus
pour fait
et
à les y faire rentrer. d'insurrection, Il
linvitoit
conde 3 que les
demandoit, par la semalversations et les
on ne cessoit d'accuser
crimes dont
vernement
les
tant les agens du gouque membres de l'ordre
fussent constatés, afin
judiciaire,
s'ils étoient
depunir les uns et les autres,
coupables. Par la troisième et dernière
réquisition, il prioit T'assemblée de
médiatement d'un projet de
s'occuper iml'état politiquedeshommes constitution qui fixàt
de
sa lecture, M. de Blanchelande couleur.Ent finissant
( dà me résoudre
ajouta : ( J'aurois
plutôt à la démarche
( viens de faire; mais plus
que je
(C confiance,
je vous ai montré de
plus j'ai acquis le droit de
( la vérité, Je vous parle donc
vous dire
( lonie, qui désire
au nom de la COavec raison le retour
(( et de la paix; ; au nom des officiers del'ordre
( litaires
civils et mique vous avez offensés
VOS
(( et par VOS
par calomnies
injures; au nom des
T( couleur
honmes de
auxquels vous devez une
( tique; au nom enfin de la
existence polimétropole, qui ne
le droit de
( la vérité, Je vous parle donc
vous dire
( lonie, qui désire
au nom de la COavec raison le retour
(( et de la paix; ; au nom des officiers del'ordre
( litaires
civils et mique vous avez offensés
VOS
(( et par VOS
par calomnies
injures; au nom des
T( couleur
honmes de
auxquels vous devez une
( tique; au nom enfin de la
existence polimétropole, qui ne --- Page 323 ---
DE SAINT-DOMINGUE
Jutter avec elle
( vous a pas constitués pour mais afin que vous
et de puissance,
( d'autorité
constitution qui, sans nuire
( lui présentiez une le bonheur de la colonie.
( à la France, fasse intentions de la première
( C'est à remplir les
travaux et VOS veilles;
faut consacrer VOS
( qu'il
de la seconde
à mériter la reconnoissance
N c'estdésormais borner vOS voeux
(C que vous devez
à moi, pénétré de l'imA et votre gloire. Quant
tàcherai de m'en
de mes devoirs, je
(C portance
Le premier de
avec zèle et courage.
( acquitter
celui dont je suis spéciale-
( tous, sans doute,
de vous rappeler aux
c'est
( ment chargé,
à les remplir. Oui,
( vôtres, , et de vous obliger
de feindre :
il n'est plus temps
( messieurs 2 volonté nationale s'accomplisse;
( il faut que la
le
de vous
( c'est à moi, qui en suis dépositaire, d'avoir tant tardé à
(et je m'accuse
( prévenir
dorénavant je ne sanc-
( m'y déterminer), que de vos arrêtés ; que je
aucun
(( tionnerai plus
la colonie d'après les
( suis résolu à gouverner
la constitution
jusqu'à ce que
( lois anciennes,
sans doute, ait
( dont vous allez vous occuper
le pouet sanctionnée par
4 été faite, approuvée
K voir souverain.
motivée sur les décrets
( Cette détermination
K sera constante et irrévocable. >)
de
de la matière et le ton dignité
Limportance
; que je
aucun
(( tionnerai plus
la colonie d'après les
( suis résolu à gouverner
la constitution
jusqu'à ce que
( lois anciennes,
sans doute, ait
( dont vous allez vous occuper
le pouet sanctionnée par
4 été faite, approuvée
K voir souverain.
motivée sur les décrets
( Cette détermination
K sera constante et irrévocable. >)
de
de la matière et le ton dignité
Limportance --- Page 324 ---
RÉVOLUTION
que M. de Blanchelande
captivérent T'attention
mit dans son discours
long-temps.
générale. Il avoit
cessé de parler
depuis
continuoit à régner dans
2 que le silence
leries surprises de l'effet T'assemblée. Les gaattendoient le résultat, qu'il avoit produit, en
et dit : (( Les
lorsqu'un membre se leva
(
vient de
propositions que M. le
nous
général
( leur objet mérite communiquer si
sont si graves s
( raison de son
fort d'étre approfondi, à
( tuelles,
imporlance et de ses suites évenqu'il seroit
( d'entamer
impolitique et
une discussion à
dangereux
( n'est préparé. Je fais donc la laquelle personne
C soit ajournée à une
motion qu'elle
séance
( déterminera. ))
que T'assemblée
( Non, s'écrièrent les
( occuper
galeries, il faut s'en
aujourd'hui, à
( lenteurs, plus
présent même; plus de
(C
lons
d'escobarderics, nous n'en voupoint, nous n'en
K tage. >) Je n'ai
souffrirons pas davanpas besoin de dire
moment une extrême confusion
que dès ce
salle, et qu'un vacarme
régna dans la
sonne de se faire entendre. affreux ne permit à perla faction
Dès qu'un orateur de
les cris, populaire vouloit ouvrir la
, les apostrophes, le
bouche,
lence. Enfin,
forçoient au siaprès plus de vingt minutes de
désordre, M. de Léaumont pria
les galeries surtout, de
Tassemblée et
ne pas linterrompre,
parce
ême confusion
que dès ce
salle, et qu'un vacarme
régna dans la
sonne de se faire entendre. affreux ne permit à perla faction
Dès qu'un orateur de
les cris, populaire vouloit ouvrir la
, les apostrophes, le
bouche,
lence. Enfin,
forçoient au siaprès plus de vingt minutes de
désordre, M. de Léaumont pria
les galeries surtout, de
Tassemblée et
ne pas linterrompre,
parce --- Page 325 ---
DE SAINT-DONINGUE.
motion de circonstance à faire qui
qu'il avoit une
satisfaire tout le monde.
intéressoit et pouvoit
coloniale, ajouta-t-il, n'est plus
( Lassemblée
par les évé-
( libre. C'estune vérité trop prouvée
sont un
Son enceinte et ses galeries
( nemens.
deux partis. Nous
( champ de bataille disputé par
Tun et
tour à tour maitrisés par
par
(C sommes
fut le
de triomphe des soi-
(( T'autre. Hier ce
jour
le tour de
( disant patriotes. C'est aujourd'hui
d'aristocrates. Cette posi-
(C ceux qu'on qualifie
injurieuse à T'asC tion est trop avilissante, trop
il faut qu'elle finisse. Il importe que
( semblée; ;
coloniale soit parfaitement
(C la représentation
ni ne la
rien ne Tintimide
( indépendante, que
cela
seul moyen:
( contraigne. Il In'est pour
qu'un
d'arrêter
n'y aura plus de galerics.
(C c'est
quil même la motion, et je de-
< J'en fais à présent
les
ferT'assemblée délibère
portes
( mande que
(( mées. )
mise aux voix, et
Cette motion fut appuyée,
convertie en arrêté. Le parti du gonvernement,
d'autrebut que de délivrer Fassemblée
quinavoite T'influence de la populace, se retira dès que
de
ses voeux à cet égard eurent été remplis.
Les factieux ne tardèrent pas à s'apercevoir
le nouveau règlement faisoit à leur
du tort que
le temps leur eut prouvé
cause. Mais lorsque
Tassemblée, plus calme, plus libre et moins
que
et
Cette motion fut appuyée,
convertie en arrêté. Le parti du gonvernement,
d'autrebut que de délivrer Fassemblée
quinavoite T'influence de la populace, se retira dès que
de
ses voeux à cet égard eurent été remplis.
Les factieux ne tardèrent pas à s'apercevoir
le nouveau règlement faisoit à leur
du tort que
le temps leur eut prouvé
cause. Mais lorsque
Tassemblée, plus calme, plus libre et moins
que --- Page 326 ---
REVOLUTION
passionnée, n'avoit plus
férences; lorsqu'ils
pour eux les mêmes détraînant
virent que le côté droit, entoujours la majorité, alloit faire
leurs projets, fils se
avorter
trop de facilité, reprochèrent d'avoir cédéa avec
faute.
et cherchèrent à réparer leur
L'opinion générale fut tâtée
ils
par eux dans
lesjoumax;it essayèrent de la
veau coup qu'ils méditoient
préparer au nouterdiction des
par des écrits où l'incrimes de
galeries étoit mise au nombre des
lèse-nation. La municipalité
d'après les réquisitoires
elle-méme,
(1) du
égarée par ce haineux
procureur-syndie,
cette
fonctionnaire, délibéra sur
le question, et prit un arrêté où elle
secret des délibérations de
présentoit
contraire au voeu de la
T'assemblée comme
la chose publique.
commune, et funeste à
clôture des
Elle se trompoit. Depuis la
portes, la faction
ritén'avoit
toujours en minopu empécherla discussion
de plusieurs objets
sage et froide
avoitétér nommée importans. Une commission
sation convenable pour préparer un plan
à
d'organiéclairée et
Saint-Domingue; une marche
breux
judicieuse avoit succédé au chaos
et aux
ténéde
convulsions, qui, en déclirant le sein
T'assemblée, portoient l'effroi dans la ville et le
désespoir dans le coeur de tous les honnètes
Il n'est pas besoin de dire
la gens.
que
faction
(1) Séance de la municipalité du
29 avril 1792.
préparer un plan
à
d'organiéclairée et
Saint-Domingue; une marche
breux
judicieuse avoit succédé au chaos
et aux
ténéde
convulsions, qui, en déclirant le sein
T'assemblée, portoient l'effroi dans la ville et le
désespoir dans le coeur de tous les honnètes
Il n'est pas besoin de dire
la gens.
que
faction
(1) Séance de la municipalité du
29 avril 1792. --- Page 327 ---
DE SAINT-DONINGUE
frémissoit de rage. Elle jugea bientôt qu'à moins
heureux et décisif, elle étoit perduc
d'un. effort
l'intrigue seule
sans ressource. Convaincue que
elle réplus lui rendre la majorité,
ne pouvoit T'obtenir
la violence, 2 en faisant
solut de
par
T'assemblée
forcer les portes de la salle, que
ses'obstinoit à ne pas vouloir ouvrir. Quelque eut
fut cette détermination, l'on en
crète que
accoururent, déciconnoisance.lesjenes gens
Les députés du côté droit, ,rasdés à sy opposer.
luttoient avec avantage
surés par leur présence,
par la faccontre les différentes ruses employées étoit instruite
tion, d'autant plus hardie qu'elle M. d'Assas,
de ce qui se passoit en ville, lorsque
le derelle avoit confié le soin d'emporter
à qui
à la barre On linvite
nier obstacle, parut dans le sein de Tassemblée, et
à prendre place
amene. ( Le voeu
à lui faire part du motif quily chef de la force armée,
fait
( général, dit-il,m'a faire connoitre Timpossibi-
( et je viens vous contenir en ce moment. La
(C lité où je suis dela
confusion. Le flam-
(( ville est dans une horrible brille de toutes parts.
(C beau de la guerre. civile
uneheure. Le
( Le sang va couler peutètre avant
la perte
les instans sont précieux;
( temps presse,
et nous laisser
( d'un seul peut être irréparable
(1) 22 mai 1792.
la force armée,
fait
( général, dit-il,m'a faire connoitre Timpossibi-
( et je viens vous contenir en ce moment. La
(C lité où je suis dela
confusion. Le flam-
(( ville est dans une horrible brille de toutes parts.
(C beau de la guerre. civile
uneheure. Le
( Le sang va couler peutètre avant
la perte
les instans sont précieux;
( temps presse,
et nous laisser
( d'un seul peut être irréparable
(1) 22 mai 1792. --- Page 328 ---
RÉVOLUTION
A d'éternels regréts. Je sais,
( ne
messieurs, qu'il
m'appartient pas de juger vos
(( je dois être
à
actions, que
étranger VOS délibérations
(( nature de ma place. Mais dans des
par la
(( crise pareilsacelui où
momens de
nous sommes,
( sévérité de la loi l'écarte souvent du l'excessive but
( se propose d'atteindre. Hâtez-vous de la qu'elle modi-
(( fier. Peut-étre il en est
temps ençore. Peut-
(( être il n'est pas impossible d'éviter
K du volcan qu'une étincelle
Texplosion
va allumer, et
( nous engloutira tous. Un pilote habile
qui
((
ne s'expose pas inconsidérément à être
(( la violence des
submergé par
vagues, ne brave pas seul les
(( vents courroucés, ne s'opiniatre pas à suivre
(( uner route évidemment dangereuse; mais il cède
( avec art à l'orage, évite par sa vigilance les
(( écueils, et parvient par sa sagesse à ramener
( sain et saufle vaisseau dans le
Cette déclamation
port. >
ampoulée et insidieuse n'eut
pas l'effet qu'en attendoit la faction. L'assemblée
persista dans son arrêté, et les portes ne furent
point ouvertes. M. d'Assas lui offrit une
elle le remercia; mais sur la nouvelle garde,
que les
patriotes se rassembloient en armes dans différens quartiers de la ville, elle crutdevoir requérir
le gouverneur de lui en donner une. Soit ordre
précis de l'assemblée, soit disposition particulière
de M. de Blanchelande cette
garde se trouva
. L'assemblée
persista dans son arrêté, et les portes ne furent
point ouvertes. M. d'Assas lui offrit une
elle le remercia; mais sur la nouvelle garde,
que les
patriotes se rassembloient en armes dans différens quartiers de la ville, elle crutdevoir requérir
le gouverneur de lui en donner une. Soit ordre
précis de l'assemblée, soit disposition particulière
de M. de Blanchelande cette
garde se trouva --- Page 329 ---
DE SAINT-DONINGUE
nombre de troupes de ligne
composée en égal
de celle-ci
nationale. Le détachement
et de garde
et trouva les jeunes gens du
arriva le premier,
la terrasse et dans le
parti opposé répandus sur sarcasmes làchés de
jardin du gouvernement. bientôt Des craindre une quepart et d'autre firent
témoins de T'exaltation
relle. Plusieurs députés,
à Tassemblée, qui
des esprits, en firentle rapport
à lui envoyer
invila de nouveau le gouverneur du Cap. Pende soldats du régiment
un piquet
les injures les plus grossières
dant ce temps,
muviolentes menaces provoquérent
et) les plus
Des dragons fanatiques
tuellementlesd deux partis.
le sabre nu à
entrèrent à cheval sur la terrasse, montra un mola main. M. d'Assas lui-méme sy
sans avoir donné à sa troupe
ment, et disparut
spectatrice
T'ordre de se retirer. La municipalité, voulut employer
indifférente du tumulte, donnoit ne
la loi pour le
aucun des moyens que lui
le mépris qu'on
faire cesser. M. Roume, malgré
reproaccourut pour
faisoit de son caractère,
et à
cher à tous les membres leur immobilité, sédi-
- Thibaut ses menées
M. Larchevèque
tieuses.
s'étoient rangés en baCependant les patriotes les armes avoit déjà
taille, et le signal d'appréter
M. Pajot, connu
été donné parleur commandant. à cette séance. Inpar sa bravoure, étoit présent
cesser. M. Roume, malgré
reproaccourut pour
faisoit de son caractère,
et à
cher à tous les membres leur immobilité, sédi-
- Thibaut ses menées
M. Larchevèque
tieuses.
s'étoient rangés en baCependant les patriotes les armes avoit déjà
taille, et le signal d'appréter
M. Pajot, connu
été donné parleur commandant. à cette séance. Inpar sa bravoure, étoit présent --- Page 330 ---
RÈVOLUTION
digné des perfidies du capitaine
chiavélisme de la
général, du mamunicipalité, il
aux jeunes gens, dont
commandeaussi
épées, de se
quelques uns avoient des
mettre en bataille.Tous
voix. Le combat alloit
obéissentasa
rougir les portes du lieu s'engager; le sang alloit
oùt les trois
tenoient leurs séances,
assemblées
troupes de ligne
lorsque le piquet des
mandoit.
parut. M. de La Bigne le comL'intrépidité de cet officier qui
par. s'emparer de l'escalier et de
débuta
posa aux
Tavenue, en imagitateurs. Le spectacle d'une
préte à faire feu sur des citoyens
troupe
volta les soldats du
désarmés rédant autour
détachement. En regard'eux, ils reconnurent les
taires dont en plus d'une occasion
volonadmiré le courage et la bonne
ils avoient
valeur ne connoit
discipline. La vraie
point T'envie, et les soldats du
régiment du Cap étoient incapables de
des hommes lâches. Pénétrés
ce vice
brave jeunesse
d'estime pour cette
ils
qui avoit partagé leurs travaux,
s'avancèrent vers elle, Tengagerent à se
dans leurs rangs, et jurèrent de punir
placer
oseroit Tattaquer.
quiconque
L'apparition des troupes de ligne fit sur les
patriotes l'effet de la tête de Méduse. Ainsi
émeute, semblable à tous les
cette
n'eut d'autre résultat
complots avortés,
que de raffermirle
qu'elle devoit détruire, et tourua contre pouvoir
ceux qui
,
s'avancèrent vers elle, Tengagerent à se
dans leurs rangs, et jurèrent de punir
placer
oseroit Tattaquer.
quiconque
L'apparition des troupes de ligne fit sur les
patriotes l'effet de la tête de Méduse. Ainsi
émeute, semblable à tous les
cette
n'eut d'autre résultat
complots avortés,
que de raffermirle
qu'elle devoit détruire, et tourua contre pouvoir
ceux qui --- Page 331 ---
DE SAINT-DONINGUE de leur
l'avoient excitée. Le côté droit, profitant la lecture du
ft ajournerà à quinzaine
arrêta
impuissance,
L'assemblée en outre
plan de constitution.
donneroit des ordres
que désormais le gouverneur
de recourir
nationales, sans étreobligé
aux gardes
C'étoient deux grands pas faits
aux municipalités. raisonnable de croire que par
vers le bien. 1l étoit
de couleur, dont les
ces mesures les hommes seroient contenus dans
voeuxalloient être exaucés,
sous la direcle devoir, et que la force publique
des sucd'un seul chef fauroit sur les révoltés
tion
obtenirjusqu'alors- L'achèvecesqu'elle n'avoit pu
bonne ou mauvaise, en
ment de la constitution séances de Tassemblée,
mettant un terme aux
venoient se
fermoit l'arène où toutes les passions
combattre et s'exalter.
s'évanouit encore par
Cette espérance flatteuse
T'histoire
crimes de la faction. 1l semble que
les
ne soit autre
des malheurs de Saint-Domingue intolérant et immoral
chose que celle du règne
M.Larchiedouze individus. Tandis que
de dix ou
roidissoit au Cap contre toutes
vàqueThibaut se éludoit, à force de sophismes
les magistratures, et
coloniale
, les arrêtés des assemblées
et d'intrigues,
des
frénétiques révoluTun
plus
et provinciale,
delArtibonite où il s'étoit
tionnaires, M. Borel,
avoit transformée
réfugié, de son habitation qu'il
dans les
militaire, faisoit des excursions
en poste
TOM. I.
Cap contre toutes
vàqueThibaut se éludoit, à force de sophismes
les magistratures, et
coloniale
, les arrêtés des assemblées
et d'intrigues,
des
frénétiques révoluTun
plus
et provinciale,
delArtibonite où il s'étoit
tionnaires, M. Borel,
avoit transformée
réfugié, de son habitation qu'il
dans les
militaire, faisoit des excursions
en poste
TOM. I. --- Page 332 ---
REVOLUTION
voisines, - et portoit partout la terreur,
paroisses
contre lesquels il se disoit armé
Les mulâtres,
et dont il dévastoit les biens, se réunirent pour
arrêter ses courses et ses rapines. Le conseil
de paix et d'union de Saint-Marc avoit stipulé,
premier article du pacte fédéral conclu
pour différentes communes; 2 la conservation
entre,
et l'obligation de faire respecter
des propriétés,
et sacrée de
pâr la force cette loi fondamentale
l'ordre social. Il en réclama T'exécution contre
IM. Borel ImenimLat
sur terre 2 sans être avoué par aucune autorité,
font sur mer. Ce chef de
la guerre que ces pirates
attendant
parti se trouvoit alors aux Gonaives,
renfort de troupes de ligne parties de la Marun
contre
melade, pour se rendre au Port-au-Prince,
formel
M. de Blanchelande leur avoit
l'ordre
que
de l'ouest. M. Borel,
donné de rester au cordon
les gens de couleur avant d'avoir pu
attaqué par
fut battu,
faire sa jonction avec ces: troupes,
chassé et obligé de se dérober par la fuite à la
des vainqueurs. Ceux-ci, après avoir
vengeance
revinrent sur
saccagé et incendié son habitation,
et le détachement qui venoit de la
leurs pas, étant tombé dans une de leurs emMarmelade,
son combuscades, fut détruit ou dispersé ;
couvert de blessures, expira sur le
mandant,
champ de bataille.
ut battu,
faire sa jonction avec ces: troupes,
chassé et obligé de se dérober par la fuite à la
des vainqueurs. Ceux-ci, après avoir
vengeance
revinrent sur
saccagé et incendié son habitation,
et le détachement qui venoit de la
leurs pas, étant tombé dans une de leurs emMarmelade,
son combuscades, fut détruit ou dispersé ;
couvert de blessures, expira sur le
mandant,
champ de bataille. --- Page 333 ---
DE SAINT-DONISGUE être T'effroi des
dut
On conçoit sans peine quel
exposés d'un
habitans des quartiers circonvoisins,
de
fureurs de M. Borel, se trouvant
côté aux
des mulâtres et des nègres qui,
l'autre à la merci
leurs propriétés et
préts à se révolter, menaçoient de Plaisance, du
leur existence. Les Marmelade paroisses et du Borgne,les
Gros-Morne, de la
du' nord,
intactes de la province
seules encore
protégeoit, se virent; par
gràce au cordon détachement quiles)
des troupes de ligne,
la défection du
sur le point
Tinsurrection des mulatres,
et par
même sort que les autres. Effectivede subir le
possible qu'ne si foible
ment, ilne paroissoit pas efforts combinés des
barrière pat résister aux
Dans cette'cireonsbrigands du nord et de Touest.
vers M. de
tance, tous les yeux se tournèrent commandant le
Fontange, marechal-de-csmp,
devoient
talens duquel les paroisses
cordon, aux
encore. A la
dont elles jouissoient
la tranquillité habitans des Gonaives, il monte
sollicitation des
de' sa santé et
à cheval malgré le dépérisement fait quinze
douleurs d'une blessure grave,
les
exposé à T'ardeur du soleil,
lieues en six heures, de cette paroisse. La, il
et arrive enfin au bourg
les vieillards
trouve eewobrmantmtent de leurs biens. Il ne voit
que la crainte a chassés
des soupirs et des
que des pleurs, n'entend que fait luire un rayon
gemis.emens. Mais sa présence
à cheval malgré le dépérisement fait quinze
douleurs d'une blessure grave,
les
exposé à T'ardeur du soleil,
lieues en six heures, de cette paroisse. La, il
et arrive enfin au bourg
les vieillards
trouve eewobrmantmtent de leurs biens. Il ne voit
que la crainte a chassés
des soupirs et des
que des pleurs, n'entend que fait luire un rayon
gemis.emens. Mais sa présence --- Page 334 ---
RÉVOLUTION
d'espoir. Il console ces infortunés,
tout tenter afin de réparer le
promet de
le camp des mulâtres, comblé mal, et part pour
des
ceux à la défense
bénédictions sde
desquels il va se dévouer.
Les hommes de couleur
une si haute idée de M. de avoient à cette époque
étoient si
Fontange, SCS talens
connus, ses vertus si
courrier dépéché
respectées, qu'un
de l'ouest
par eux se rendoit au cordon
pour l'instruire de tout ce
de se passer, et pour le
de
qui venoit
prier se transporter à
Saint-Marc, attendu que sa présence et ses soins
pouvoient seuls rétablir l'ordre dans la
mulâtres ne demandoient
plaine. Les
des communes
alors que l'adhésion
voisines sau pacte federatifdeSaintMarc, et l'expulsion de M. Borel hors de l'Artibonite. Les blancs, s'estimérent
tenir la paix à ce prix, et M. Borel tropheureux d'obabandonnant le
se fit justice en
quartier. Aussitôt, la révolte des
nègres qui avoit éclaté sur quelques habitations
cessa; la paix fut rétablie dans la
habitans rentrèrent
paroisse, et les
sur leurs propriétés.
Mais on sut bientôt que M. Borel s'étoit réfugié au bourg de la Saline, et que, des débris
sa troupe, auxquels s'étoient
de
bonds de la colonie
joints tous les vagaformé
accourus à sa voix, il avoit
une seconde armée plus redoutable
core que la première par l'instinct du
endontétoient animés tous ceux quila brigandage
composoient.
, et les
sur leurs propriétés.
Mais on sut bientôt que M. Borel s'étoit réfugié au bourg de la Saline, et que, des débris
sa troupe, auxquels s'étoient
de
bonds de la colonie
joints tous les vagaformé
accourus à sa voix, il avoit
une seconde armée plus redoutable
core que la première par l'instinct du
endontétoient animés tous ceux quila brigandage
composoient. --- Page 335 ---
DE SAINT-DONINGUE formes
Afn de couvrir sa conduite de quelques qui, rivad'une municipalité
legales, ils'entoura
devint la cause de noulisant avec la véritable,
dévastations et de
de nouvelles
velles disputes,
On peut en voir le dégounouveaux assassinats. mémoire d'un habitant (:)
tant tableau dans le
dans leur retraite,
entrainé par ces furieux
et au
qui,
de les servir contre sa conscience, maire de
futobligé
en qualité de
péril même de ses jours, Cet écrit, où est décommune.
cette prétendue de M. Borel, offre un monupeinte la frénésie
T'histoire de
ment d'autant plus précieux pour volontaires et
SaintDomingue, que des aveux
à faire, ne
humilians, étant toujours pénibles
et ne
être arrachés que par le repentir,
peuvent
en doute.
sauroient être révoqués
de vivres, d'abanContraint, par le manque T'audace de venir
donner la Saline, M. Borel eut
coloniale.
sa place à Tassemblée
au Cap reprendre les efforts de la faction secondés
Non-seulement
parvinrent
foiblesse de M.de Blanchelande, accusoient
parla
les cris qui de toutes parts
à étouffer mais il devint par ses vociférations
ce député,
en général, et contre
contre le gouvernement,
si cher àla cabale,
M. de Fontange en particulier, du Port-au-Prince,
si nécessaire aux clubistes
(1) M. Ronignol-les-Dumes. --- Page 336 ---
RÉVOLUTION.
que, lors du départ de M. de Caradeux
Etats-Unis
pour les
capitaine d'Amérique, il fut nommé à sa
général de cette
place
Il partit du
capitale. :
chemin
Cap pour s'y rendre, et s'arréta,
faisant, au Mole
neste hasard ou
Saint-Nicolas. Un fuune combinaison
réuni dans cette ville les chefs
atroce avoit
de son parti. La
les plus audacieux
jusqu'alors,
tranquillité dont on y avoitjoui
malgré le fanatisme du maire
reusement comprimé
heupar quelques
ligne, avoit déterminé
troupes de
fugier; mais la
plusieurs colons à s'y rétroupe de M. Borel, chassée de la
Saline,ya ayant abordé, etl lui même venant
après donner aux passions
bientôt
vité, Torage
une plus grande actiLes visites révolutionnaire éclata et fut terrible.
de T'état, domiciliaires, le pillage des magasins
T'enlèvement des bâtimens à leurs
taines, et la dispersion ou l'assassinat
capiofficiers civils et
de lous les
militaires, se
Mole, avec une
succédèrent, au
2,
Parmi les familles cffrayante rapidité,
lonie
que les malheurs de la COforçoient à s'expatrier, et qui, au
fortune immense, alloient
prix d'une
plus serein la
chercher sous un ciel
paix que
avoit
on
perdue,
Saint-Domingue
bitant de distinguoit celle de M. Mollet, haEtats-Unis l'Artibonite. Il faisoit route pour les
M. Guiton avec sa femme, ses deux enfans et
son beau-frère, quand des avaries
rayante rapidité,
lonie
que les malheurs de la COforçoient à s'expatrier, et qui, au
fortune immense, alloient
prix d'une
plus serein la
chercher sous un ciel
paix que
avoit
on
perdue,
Saint-Domingue
bitant de distinguoit celle de M. Mollet, haEtats-Unis l'Artibonite. Il faisoit route pour les
M. Guiton avec sa femme, ses deux enfans et
son beau-frère, quand des avaries --- Page 337 ---
DE SAINT-DONINOUE
à leur bâtiment les obligerent d'entrer
survenues
MM. Guiton et Mollet
au Mole. Dès ce moment,
mort certaine.
furent des victimes dévouéesà une
de favoriser la cause des mulâtres;
On les accusa
d'une paroisse qui avoit
d'être
on leur reprocha
et ridicules présigné le concordat: : misérables les deux voyatextes mis en avant pour punir d'être abhorrés
d'un tort plus réel, celui
les
geurs
dont ils avoient vu et blamé
de M. Borel,
s'étoient fait un ennemi du
fureurs. De plus, ils
assez son
maire du Mole en ne ménageant pas
une
Enfin ils possédoient
irascible amour-propre.
destinée à forsomme considérable en espèces, États-Unis. Il ne falmer un établissement aux
altérés d'or et
loit pas tant de motifs aux brigands
habitoient le Mole à cette époque.
de sang qui
encore acquis, parla
Aussileyr rage n'avoit point
de violence qui
découverte de la somme, ce degré lois divines et
leur fit fouler aux pieds toutes les
et Guiton
humaines, que le sort de MM. Mollet
donna
les excès auxquels
N
fut pronostiqué par
leurs domes- :
lieu la rencontre de deux mulâtres,
au continent.
tiques, qui les accompagnoient mit les patriotes
Laspect de ces malheureux
Ils les
fureur
à décrire.
pourdans une
impossible chambre de madame
suivirent jusque dans la
caché sous son
Mollet. L'un des deux, quis'étoit
fut arraché avec les plus affreux juremens,
lit, en
les excès auxquels
N
fut pronostiqué par
leurs domes- :
lieu la rencontre de deux mulâtres,
au continent.
tiques, qui les accompagnoient mit les patriotes
Laspect de ces malheureux
Ils les
fureur
à décrire.
pourdans une
impossible chambre de madame
suivirent jusque dans la
caché sous son
Mollet. L'un des deux, quis'étoit
fut arraché avec les plus affreux juremens,
lit, en --- Page 338 ---
RÉVOLUTION
et fut assassiné sous les yeux de sa maîtresse. On
conduisit l'autre en prison. Là, les auteurs de
cet horrible attentat lui montrèrent, d'un
les tourmens etla mort, s'il s'obstinoit à
côté,
silence; de Tautre, la vie et des
garder le
vouloit trahir ses maitres et devénir récompenses,sil leur
teur, Quelle affreuse alternative!
accusarésista
Le mulâtre
long-temps, mais le crime et la foiblesse
Temporterent. En vain Timposture fut bientôt
reconnue ; en vain celui que la crainte en avoit
rendu coupable se repentit hautement,
Tinnocence et rétracta de fausses
justifia
allégations; les
outrages les plus grossiers, les menaces les plus
alarmantes, et T'envoi, à bord, d'un piquet de
soldats, qui, au nom de la loi, constitua les
sagers prisonniers, terminèrent les atrocités de pas- ce
jour.
Les recherches ordonnées, par la
lité firent découvrir Targent
municipaMM. Mollet et Guiton. Tous les que possédoient
scélérats réunis
Yiau Mole en eurent bientôt connoissance; T'horreur de frapper un innocent fut dès-lors atténuée
dans leur esprit par l'espoir de s'enrichir de ses
depoille. On affecta de dire que les prisonniers
étoient deux aristocrates, formant des projets
conire-rerolautionnaires pour lesquels ils méritoient une mort d'autant plus prompte, que le
bien de la colonie et la sureté du Mole ne
per-
réunis
Yiau Mole en eurent bientôt connoissance; T'horreur de frapper un innocent fut dès-lors atténuée
dans leur esprit par l'espoir de s'enrichir de ses
depoille. On affecta de dire que les prisonniers
étoient deux aristocrates, formant des projets
conire-rerolautionnaires pour lesquels ils méritoient une mort d'autant plus prompte, que le
bien de la colonie et la sureté du Mole ne
per- --- Page 339 ---
DE SAINT-DONINGUE
d'avoir recours aux formes trop
mettoient pas
ordinaire. La municilentes de la jurisprudence calmé la fermentation
palité, dont un seul mot eut
du
et qui, en ordonnant au capitaine
du peuple,
prévenir un
navire de mettre à la voile, pouvoit
davantout annonçoit, ne fit qu'exciter
crime que
du soupcon, et par des
tage,-par Tapparence la férocité des assassins.
précautions déplacées,
des papiers de
La visite des malles et T'examen
contre
MM. Mollet et Guiton n'ayant rien fourni
de
il scmbloit naturel
leur opinion politique,
terme. Cesincroire que leur captivité auroit un
fortunésle désiroient d'autant plus vivement,cque,
des pillards enlevoient
malgré leurs réclamations, leurs bijoux et leur
chaque jour leurs meubles, restoit la vie et une
argenterie. Mais il leur
francs; et la rage
somme de quatre-vingt mille
de leurs ennemis ne devoit être assouvie qu'après
leur auroient été inhumaineque l'une et l'autre
ment arrachées.
sûrement, on eut recours
Pour y parvenir plus
établie à bord fut
à la supercherie. La consigne
les visitesrendue moins sévère; les recherches,
et cessèrent même
devinrent moins fréquentes,
crurent avoir
les scélérats
toutà-fait. Enfin,quand
assez de sécurité à leurs victimes, quatre
inspiré
des plus pervers de la troupe se transportérent, lls
de la nuit, sur le batiment.
aux approches
ées.
sûrement, on eut recours
Pour y parvenir plus
établie à bord fut
à la supercherie. La consigne
les visitesrendue moins sévère; les recherches,
et cessèrent même
devinrent moins fréquentes,
crurent avoir
les scélérats
toutà-fait. Enfin,quand
assez de sécurité à leurs victimes, quatre
inspiré
des plus pervers de la troupe se transportérent, lls
de la nuit, sur le batiment.
aux approches --- Page 340 ---
RÉVOLUTION
invitent MM. Mollet et Guiton à
terre; ils parlent au nom de la
descendre à
de laquelle doivent se rendre les municipalité près
deux
pour obtenir des
voyageurs
pocrisie jusqu'à feindre passe-ports. Ils poussent Thyvive sensibilité.
pour leurs malheurs une
M. Mollet, dont l'âme
est étrangère au
élevée
leurs désirs. Il soupçon, se rend le premier à
engage son beau-frère à
avec lui, à le suivre à la
débarquer
attend. M. Guiton balance municipalité qui les
parvient à surmonter
long-temps, mais on
aussi facile de
sa répugnance. Il ne fut pas
de
triompher des noirs
madame Mollet: : épouse adorée pressentimens
dont elle faisoit le
d'un homme
aimée du meilleur bonheur, sceur tendrement
des frères, son
alarmée pour des objetss si chers, les imagination,
yeux succombant sous le fer des peignoit à ses
veut les retenir; inutiles
assassins. Elle
séparation
efforts! L'instant de la
estarrivé.
MM. Guiton et Mollet entrent dans le
Mais, au lieu d'aborder à la
canot.
leurs conducteurs les
plage ordinaire,
rade. M.
dirigent vers le fond de la
Guiton, qui s'aperçoit de cette maneuvre, en demande la raison.
cette question occasionne
L'embarras que
il insiste. Enfin
renouvelle ses craintes;
on lui répond que ce détour
nécessaire afin d'éviter la populace
est
le rivage. Le canot arrive à
assemblée sur
terre; M. Guiton
, au lieu d'aborder à la
canot.
leurs conducteurs les
plage ordinaire,
rade. M.
dirigent vers le fond de la
Guiton, qui s'aperçoit de cette maneuvre, en demande la raison.
cette question occasionne
L'embarras que
il insiste. Enfin
renouvelle ses craintes;
on lui répond que ce détour
nécessaire afin d'éviter la populace
est
le rivage. Le canot arrive à
assemblée sur
terre; M. Guiton --- Page 341 ---
DE SAINT-DONINGUE
donne la main à son beaudescend le premier,
aux décrets
frère, et tous les deux se résignent
le Mole
Ils connoissoient assez
de la Providence.
leur faisoit prendre
pour voir que la route qu'on ville oùt siégeoit la
du centre de la
les éloignoit
de la nuit, la prémunicipalité. Les ténèbres
équiinconnus, leur conduite
sence de quatre
dans Pâme de M. Guiton
voque, tout réveille
Résolu de mettre a
le soupçon et Tinquiétude.
il demande
Tépreuve les hommes qui Tentourent, férocité de leur
sur ses pas. Alors la
à retourner
dans toute sa laideur. Les
caractère se montre
succèdent aux invitamenaces et les violences
milieu de
Placées au
quatre
tions et aux prières.
leur sein au moindre
baionnettes prêtes à percer
de suivre
bruit, les deux victimes sont contraintes
de leurs bourreaux.
les mouvemens
du centre de la ville,
Loin de se rapprocher
bientôt
ils s'en écartent davantage, et arrivent
les
convenu où d'autres brigands
à un endroit
de leur proie, ceux-ci
attendoient. A T'aspect
manifestent par
ressentent une joie féroce, qu'ils
ils
et d'imprécations : s'aptoute sorte d'outrages
tous les obstacles.
plaudissent d'avoir vaincu
monstre s'avance avec un poignard,
Enfin un
et, d'une main guidee par
le lève sur M. Mollet,
entier dans son cceur.
tout
les furies 2 Tenfonce heureux : sa force et son
MM. Guiton fut moins
-ci
attendoient. A T'aspect
manifestent par
ressentent une joie féroce, qu'ils
ils
et d'imprécations : s'aptoute sorte d'outrages
tous les obstacles.
plaudissent d'avoir vaincu
monstre s'avance avec un poignard,
Enfin un
et, d'une main guidee par
le lève sur M. Mollet,
entier dans son cceur.
tout
les furies 2 Tenfonce heureux : sa force et son
MM. Guiton fut moins --- Page 342 ---
RÉVOLUTION
courage le firent lutter quelques instans contre
ses meurtriers. Poussé par eux jusque sur un
quartier de roche dont la mer baignoit la base, il
ne balança point à s'y précipiter. Malgré le
qui sortoit delses nombreuses
sang
blessures, cet infortuné respiroit encore; il avoit même atteint
un canot placé près du rivage, lorsqu'un des
brigands, qui étoit accouru à sa poursuite, lui
coupa, de son sabre, la main avec laquelle il
cherchoit à s'aider, et le contraignit,
par ses
coups redoublés, de plonger dans la mer, où il
fut bientôt étouffé.
Tandis que le cadavre de M. Mollet étoit
mutilé et dépouillé par ses assassins, son épouse,
qu'il falioit arracher du navire pour avoir son
argent, fut prévenue par d'autres scélérats
son mari et son frère l'attendoient à la munici- que
palité, où sa présence étoit indispensable. Rien
ne pouvoit lui être plus agréable que cet avis :
aussi s'empressa-t-elle de sy rendre. Mais à peine
est-elle descendue sur le
ducteurs
rivage, , que ses conT'abandonnent et disparoissent, Elle se
fait indiquer l'hôtel de la commune, et y arrive,
après un long détour, à dix heures du soir. L'obscurité, la clôture des portes, l'absence de tous
les officiers municipaux, qu'elle croyoit y trouver ainsi que son frère et son mari, Tair de
crainte et de terreur que son imagination exaltée --- Page 343 ---
DE SAINT-DOMINGUE.
sur le visage de tous les
lui faisoit apercevoir
sinistres soupçons. Un
réveillèrent ses
passans, 2
coula de ses yeux ; les plus
torrent de pleurs vinrent assiéger son ame : cepencruelles alarmes
n'y étoit pas encore
dant tout rayon d'espérance
éteint.
madame de
Une amie intime de sa famille,
faisoit alors sa résidence au Mole;
Loménie, 2
retiré chez elle les deux voyaelle pouvoit avoir
d'un guide,
Madame Mollet, précédée
geurs. elle arrive, frappe à la porte; se préy court; dans le salon, où elle ne voit personne,
cipite
et tombe à terre sans conjette un cri perçant
accourue seule
noissance. Madame de Loménie,
amie ; les
bruit, veut relever son
au premier
de cette infortunée ne peuvent
genoux tremblans
secs et levés vers le
plus la soutenir ; ses yeux
immobile, sa
ciel, ses dents serrées, sa langue
tantôt rare
respiration, tantôt forte et précipitée,
On la
font craindre pour ses jours.
et pénible,
lui
les plus
transporte sur un lit, on
prodigue
tendres soins , on la rend à la vie.
mais non
bonheur. Depuis cette catastrophe, une
pas au
fois conduiteau bord
maladie affreusel'a plusieurs
la tenmais toujours les devoirs,
du tombeau;
du désespoir de
dresse de la mère, ont triomphé
la sceur et de l'épouse.
l'assemblée coJe dois à la vérité de dire que
énible,
lui
les plus
transporte sur un lit, on
prodigue
tendres soins , on la rend à la vie.
mais non
bonheur. Depuis cette catastrophe, une
pas au
fois conduiteau bord
maladie affreusel'a plusieurs
la tenmais toujours les devoirs,
du tombeau;
du désespoir de
dresse de la mère, ont triomphé
la sceur et de l'épouse.
l'assemblée coJe dois à la vérité de dire que --- Page 344 ---
RÉVOLUTION
loniale apprenant, par M. de Blanchelande, les
dangers que MM. Mollet et Guiton couroient
au Mole, partagea unanimement l'intérét
prenoit à leur sort, et applaudit à la démarche qu'il
qu'il se proposoit de faire pour les sauver. M.de
Villaret - Joyeuse, , commandant la frégate la
Prudone, chargé de cette honorable mission,
mit à la voile sans perdre un seul instant; mais
il ne put, quelque diligence qu'il fit, arriver au
Mole que le lendemain de la scène sanglante dont
on vient de lire les détails. --- Page 345 ---
DE SAINT-DONINGUE
CHAPITRE XII.
coloniale S alarme des intenL'assemblée
législatice. Elle
tions de Tassemblée
coloarrêle un plan d'organisation
niale. Discours de MM. de Léaumont
Décret du 24 mars 1792
et de Cadusch.
Voyage de
de l'assemblée législatice.
oùt
à Saint-Marc,
M. de Blanchelande de Grimoard et
il est joint par MM.
de M. Borel
Arrestation
de Fontange. Arrioée de M. de Blanet de safotille.
il se rend
chelande au Port-au-Prince;
de
à Jérémie et aux Cayes. Désastres
la province du sud.
Des le début de l'assemblée législative 2 ses
membres les plus influens saisirent le prétexte
leur offroient les troubles de Saint-Domingue
que
publique sur les chanpour sonder T'opinion
d'introduire dans
gemens qu'ils se proposoient
venle système colonial. Plusieurs journalistes, les mulàdus à la secte négrophile, peignirent
Port-au-Prince;
de
à Jérémie et aux Cayes. Désastres
la province du sud.
Des le début de l'assemblée législative 2 ses
membres les plus influens saisirent le prétexte
leur offroient les troubles de Saint-Domingue
que
publique sur les chanpour sonder T'opinion
d'introduire dans
gemens qu'ils se proposoient
venle système colonial. Plusieurs journalistes, les mulàdus à la secte négrophile, peignirent --- Page 346 ---
RÉVOLUTION
tres comme les défenseurs naturels
et T'assemblée coloniale
des colonies, $
conspirateurs
comme une réunion de
de la France. qui cherchoient à secouer le joug
tion qu'il savoit Brissot, tirant parti de la distincexister entre les
et
petits blancs, montra dans
grands les
aristocrates
ces derniers les vrais
qui s'opposoient à Tégalité
mulatres, à cette mesure
avec les
nécessaire, mais désirée non-seulement juste et
planteurs.
et sollicitée de tous les
Après avoir ainsi associé
coup d'adresse la cause des
aveq beaucelle des
gens de couleur à
propriélaires, il fit sentir
laisser subsister plus :
le danger de
assemblée aussi
long T témps au Cap une
contraire à T'esprit de la
pole que rebelle au voeu de lai
métrosut égarer les
colonie. Enfin il
à voir
esprits au point d'amener le
avec
public
indifférence, 2 peut-être même avec
plaisir , Tassemblée législative
constitutionnelle
casser une loi
fice qu'elle
(1), et saper dans sa base Tédiavoit juré de maintenir.
Les débats de la
des
législature et les réflexions
journalistes sur cette importante
parvinrent à
question
lettres
Saint-Domingue avec une foule de
particulières d'autant plus alarmantes
(1) L'assemblée constituante avoit,
24 septenibre 1791 déclaré que les colonics par son décret du
système appliqué par elle à la métropole,
étoient hors du
(1), et saper dans sa base Tédiavoit juré de maintenir.
Les débats de la
des
législature et les réflexions
journalistes sur cette importante
parvinrent à
question
lettres
Saint-Domingue avec une foule de
particulières d'autant plus alarmantes
(1) L'assemblée constituante avoit,
24 septenibre 1791 déclaré que les colonics par son décret du
système appliqué par elle à la métropole,
étoient hors du --- Page 347 ---
DE SAINT-DOMINGUE
l'asqu'elles s'accordoient toutes pour présenter
semblée coloniale comme T'unique cause de la
loi
la seconde législature alloit porter, et
que suites désastreuses que cette loi auroit indes
Ces avis étoient adressés de Paris
failliblement.
coloniale elle-mème, et par ses
à l'assemblée
de
commissaires. La vieille antipathie
propres derniers contre les mulâtres étoit bien conces
manifestoient alors, diffénue : T'opinion qu'ils
rente de celle qu'ils avoient toujours professée,
suite des lumières
tenoit donc à une conviclion,
nouvelles qu'ils venoient d'acquérir en France.
L'assemblée coloniale auroit dû faire cette réflexion; mais, toujours aveugle etinattentive aux
événemens, elle choisit, pour user de ses droits
et présenter un plan de constitution, l'instant où,
des hommes
en prononçant sur l'état politique
la
lui ôtoit le plus essende couleur, législature
elle detiel de tous ses attributs, celui auquel
voit principalement son existence.
fut faite
La lecture du projet constitutionnel
M. Dumas membre de la commission,
par lui avoit confié la rédaction de son travail.
qui L'élocution de l'orateur 2 claire 2 élégante et
fleurie, lui mérita d'abord tous les suffrages;
mais, quand Timpression eut répandu des copies
(1) 12 mai 1792.
TOM. I.
--- Page 348 ---
RÉVOLUTION
de son rapport, quand
l'eurent
T'analyse et la réflexion
fails
approfondi, la
on reconnut, aux efforts
la
par commission pour Se rapprocher de
constitution française 2 et à la nécessité oùt
cependant elle s'étoit vue d'en modifier
toutes les lois, que
presque
formes
T'amalgame des nouvelles
avec l'esprit du régime colonial étoit
tâche difficile à remplir; et
une
rapportées, semblables
que toutes ces pièces
à un mélange de parties
hétérogènes, loin de s'adapter
soient
ensemble, se nuiréciproquement.
Quelques membres, frappés des vices du
projet de la commission, en
Deux seulement
proposèrent d'autres.
méritent d'être
le premier est celui de M. de rappelés ici;
Léaumont. Ce
député.queffayoient les dangers d'un
ment démocratique à St.-Domingue, gouvernedans son plan, tous les corps
proscrivoit,
tionduneassemblée
populaires, à l'excepreprésentative, dont les menbres, au nombre de soixante, seroient
nommés par le peupie, mais
d'abord
de se recruter
qui auroit le droit
par ses propres choix. L'existence
perpétuelle d'une assemblée
peuple entrainoit T'aristocratie indépendante du
taires. Or ce mot
des corps hérédidénaturé
peu connu de tous les partis, et
par la faction populaire,
sens si odieux,
présentoit un
qu'ilsuffisoit de Tapparence de son
application pour discréditer le plan de constitu-
, mais
d'abord
de se recruter
qui auroit le droit
par ses propres choix. L'existence
perpétuelle d'une assemblée
peuple entrainoit T'aristocratie indépendante du
taires. Or ce mot
des corps hérédidénaturé
peu connu de tous les partis, et
par la faction populaire,
sens si odieux,
présentoit un
qu'ilsuffisoit de Tapparence de son
application pour discréditer le plan de constitu- --- Page 349 ---
DE SAINT-DONINGUE
Aussi
mieux combiné et le plus sage.
tion le
fut-il rejeté.
celui de M. de Léaumont M. de Cadusch étoit
Un autre projet, dont
et toutefois ne
T'auteur, réunit tous les suffrages,
L'on
sur celui de la commission.
put Temporter défaut que de trop se rapprony trouva d'autre
qui, bien qu'admirable
cher de l'ancien régime, meilleur en lui même
par ses effets, etinfiniment vouloit lui substituer, ne devoit
que celui qu'on
la
Le lecteur
néanmoins, avoir préférence.
COpas,
doute
l'assemblée
demandera sans
pourquoi
entre deux
ayant la faculté d'opter
loniale ,
contre ses intérêts et sa conplans, se détermina,
reconnoissoit être le
science, pour celui qu'elle à des causes secrètes, à
moins bon. Ceci tient
qu'il est diffides nuances délicates des passions
Un
de saisir et encore plus de développer.
cile
motifs du choix de T'assemblée,
des plus forts désaveu si coûteux pour T'amourfut la honte d'un
des individus, et plus
propre des corps comme suivant qu'on est plus
moins difficile à faire,
ou moins éclairé sur son importance.
ou
coloniale crut d'ailleurs éviter, par
L'assemblée
nouvel ordre de choses, les
Tétablissement d'un
n'auroit pas manreproches queler retouralancien même parmiles
quédel lui attirer. Enfin ilyavoit, de gens qui
membres du côté droit, beaucoup flattoient de les
aspiroient à des places, et qui se --- Page 350 ---
RÉVOLUTION
obtenir par le suffrage populaire.
formes
L'adoption des
monarchiques en diminuoit
ment le
nécessairenombre, et les faisoit dépendre de
volonté d'un seul homme,
la
à
toujours moins facile
tromper. ou à séduire qu'une multitude
rante et corrompue. Pour des
ignotune et pour des ambitieux intrigans sans forancien n'étoit
sans talent, le mode
pas aussi sûr ni aussi
que le nouveau. Revenons
prompt
Cadusch.
au projet de M. de
Après des réflexions
sont le fondement de la générales sur les lois qui
cha quelle pouvoit être société, ce député cher- 4
la meilleure
pour St.-1 Domingue. Dans
constitution
propre à ramener et à
son opinion, la plus
de cette
consolider la tranquillité
colonie, méritoitla
Il
Io que l'on devoit sacrifier à préférence. cet
prouva
portance sans égale,l'exercice objet, d'uneimplus dangereux
d'un droit souvent
qu'utile; 20 qu'un tel sacrifice
paroissoit d'autant moins couteux,
mingue, comme colonie à
que Saint-Doétoit nécessairement
sucre et à esclaves,
dépendant de la
pour sa politique
métropole
extérieure; que les
ce pays, en leur donnant toute la
droits de
latitude
ble, se bornoient à la faculté de
possid'asseoir l'impôt nécessaire
décréter et
aux besoins de son
administration; 4o enfin, que le prestige de
nion, ce frein le plus puissant de tous
T'opipour l'es-
que Saint-Doétoit nécessairement
sucre et à esclaves,
dépendant de la
pour sa politique
métropole
extérieure; que les
ce pays, en leur donnant toute la
droits de
latitude
ble, se bornoient à la faculté de
possid'asseoir l'impôt nécessaire
décréter et
aux besoins de son
administration; 4o enfin, que le prestige de
nion, ce frein le plus puissant de tous
T'opipour l'es- --- Page 351 ---
DE SAINT-DONINGUE
clave, tiroit son origine, sa force et son appui,
donné jadis par les blancs dela soude T'exemple
conforme à
mission à un chef; que ce régime,
celui des habitations qu'il n'étoit pas possible
Phabide changer, moulant et façonnant par
tude, le génie, les mceurs et toutes les facultés
du nègre, en faisoit un être nécessairement docile à la voix de son maitre, parce qu'il voyoit
celui-ci astreint à des devoirs et subordonné,
comme lui, à la volonté d'un seul. (( Que lon
T'orateur, de quel poids devoit
(( calcule, ajouta
l'esclave un pareil exemple ; puis
( être pour
idées
auront fer-
( qu'on réfléchisse aux
qui
( menté dans sa tête, par suite des changemens
la frénésie et la violence ont opérés
(
que
et, dans le système co-
( dans le gouvernement
(C lonial. ))
Il avoit été prétendu, dans T'assemblée, que,
même elle voudroit revenir à l'ancien réquand
constituant ne le souffriroit pas.
gime, le pouvoir
M. de Cadusch crut devoir réfuter cette assertion,
étoit à la fois une erreur en politique, et une
qui
le corps législatif de la métropole.
injure pour
l'assemblée natio-
(( Par cela seul, dit-il, que
nous a investis du droit d'initiative, elle
(C nale
la constitution donnée par
(( nous a appris que
( elle à la France ne pouvoit pas nous convenir.
ne différions point essentiellement des
(( Si nous --- Page 352 ---
RÈVOLUTION
(( départemens d'Europe, à quoibon nous accor-
(( der une prérogative qu'aucun d'eux n'a ob-
(( tenue? Si nous n'étions, comme l'a dit M. le
(( procureur syndic de la commune (1),
((
qu'une
chaloupe à la remorque d'un vaisseau,
(( quoi T'assemblée nationale auroit elle pour-
( elle-méme l'amarre? Ah! plus
coupé
équitable,
((
plus
éclairée que nous ne le sommes, elle a parfaite-
(( ment compris que l'esprit de ses institutions
( nouvelles étoit incompatible avec nos localités;
(( que l'adoption des formes populaires
((
mettroit notre repos et notre existence. compro- En
(( nous investissant d'une petite portion de la
( puissance législative, elle a voulu nous dire:
( Ne perdez pas de vue le terrain mouvant
que
( vous habitez; rappelez-vous qu'il est coupé par
(C des inégalités; n'oubliez pas qu'il est sujet aux
(( orages. Les matériaux qui nous ont servi à
(( élever l'édifice de notre
constitution, ne se
(( trouvent pas à Saint-Domingue. Consultez VOS
(( mceurs, VOS besoins, vOS rapports; quel'esprit
K de VOS lois soit le résultat des différences
( essentielles qui vous distinguent des autres
(r) Celte expression figurée est de l'abbé Raynal. M. Larchev éque-Thibaut l'employoit sans cesse pour prouver la
nécessité où étoit la colonie de marcher sur les traccs de la
métropole.
se
(( trouvent pas à Saint-Domingue. Consultez VOS
(( mceurs, VOS besoins, vOS rapports; quel'esprit
K de VOS lois soit le résultat des différences
( essentielles qui vous distinguent des autres
(r) Celte expression figurée est de l'abbé Raynal. M. Larchev éque-Thibaut l'employoit sans cesse pour prouver la
nécessité où étoit la colonie de marcher sur les traccs de la
métropole. --- Page 353 ---
DE SAINT-DONINGUE
et non l'effet d'une imitation inconK peuples,
( sidérée et dangereuse.
été le but de la France en établissant
(( Quel a
dans chacune d'elles,
( des colonierDiatroduire le moins de frais, le plus
( et d'en exporter avec
Quel estl le
(( de produits et de denrées possible.
les unit à la métropole ? Le régime
(( lien qui
consacre ce
votre constitution
( prohibitif. Que
fondamental et indispensable pour
(( principe colonie à esclaves et à sucre; et,quels que
( toute
et les formes que vous
( soient d'ailleurs l'esprit
sûrs
vous
devoir adopter, soyez
que
(C croirez
la France. Ainsi nous
(( serez approuvés par
nos
libres : en abandonnant
K voilà parfaitement
évitons les secousses si
( droits politiques, nous
dans les
populaires,
(
fréquentes
gouvernemens élections.
des factions inhérentes aux
(( le danger
et à
( Par cette mesure que tout vous indique,
n'a ledroit de s'opposer, vous
( laquelle personne Tinstitution coloniale. In'y: a pas,
( raffermissez
des hommes de couleur
( jusqu'a la question
ne soit dès lors facile à résoudre. Car,à
( qui
réclameroient-ils T'exer-
(( quel titre les mulâtres
d'une
à laquelle vous aurez
( cice
prérogative
lorsque sur-
( cru devoir renoncer vous-mèmes, il est rai-
( tout vous leur accorderez, comme des droits
de le faire, la plénitude
( sonnable sacrifice, si c'en est un, n'entraine
( civils? Ce --- Page 354 ---
RÉVOLUTION
( aucun inconvénient, et
présente une foule
( d'avantages si précieux, si évidens,
(( inutile de les indiquer ici.
qu'il est
( Cependant, si Ton persiste à vouloir
( représentation
une
coloniale,je pense
(( dent,
qu'il est prupolitique, et même
(
admettre tous les hommes indispensable d'y
libres, sans dis-
(( tinction de nuance (1). Je sais qu'il est
( sible de satisfaire à moins de frais les
poshommes
( de couleur ; mais, dans une opération de
( cetteimportance, il faut un
et
(( un palliatif.
spécifique, non
Quiconque connoit le coeur hu-
( main, sent très-bien que les mulâtres ne
(( croiront les égaux des blancs
se
(C n'existera
que lorsqu'il
plus entre ceux-ci et eux aucune
( distinction politique. La supériorité de l'une
( des deux classes, sous un régime
( sera pour l'autre un objet éternel d'ambition populaire,
et
(C d'intrigues, et deviendra pour la colonie
(( source intarissable de nouveaux
une
malheurs.
( J'admets que les mulâtres soient contens
(( jourd'hui, ils ne le seront plus demain. auLe
(( imndfodsik,etineatiolan reconnoissance
(( et exalte celui de
Tamour-propre humilié, Il
( n'ya donc que deux partis à prendre:Tabandon
( de nos droits politiques ou le
de
partage
ces
(1) Ce voeu, , constamment repoussé par les
étoit
celui des plus riches propriétaires.
patriotes,
urs.
( J'admets que les mulâtres soient contens
(( jourd'hui, ils ne le seront plus demain. auLe
(( imndfodsik,etineatiolan reconnoissance
(( et exalte celui de
Tamour-propre humilié, Il
( n'ya donc que deux partis à prendre:Tabandon
( de nos droits politiques ou le
de
partage
ces
(1) Ce voeu, , constamment repoussé par les
étoit
celui des plus riches propriétaires.
patriotes, --- Page 355 ---
DE SAINT-DOMINGUE
les hommes de couleur. Mais, par
R droits avec
résidera dans
même que la souveraineté
€ cela
classes, il faut que les conditions
( toutes les
à la partager rassurent
( auxquelles on sera reçu
Ainsi les qualités
( les colons sur son exercice. actif et admissible
pour être citoyen
(C nécessaires coloniale ne dériveront plus de
( à l'assemblée
de la légiti-
( la couleur, mais se composeront et de la réde
de la propriété
U mité
naissance,
ancienne des individus
ou moins
( sidence plus
(( dans la colonie. >
bon sens, recommanCette opinion dictée parle
et généralement approuvéc,
dée parlexpérience,
dans
néanmoins aucun changement
ne produisit
proposé par la commisle projet de constitution
quelque défecsion de T'assemblée. Cependant, hommes sages et
tueux que parit ce projet aux
en résulse flatter qu'il
éclairés, on crut pouvoir
alloit
et
ordre quelconque
teroit un bien, qu'un
à la confusuccéder, au moins momentanément,
sion qui avoit régné jusqu'alors.
informa
M. de Blanchelande
Sur ces entrefaites,
de faire un voyage
T'assemblée quil se proposoit
cette
dans la province de P'ouest. Elle approuva
T'absence du général,
disposition, 9 et promit qu'en
qui existoit
elle auroit soin dentretenitflarmonie Une telle modéentre elle et le gouvernement.
alors en
ration étoit l'effet de ce qui se passoit --- Page 356 ---
RÉVOLUTION
France. L'assemblée législative avoit
entièrement la conduite de l'assemblée improuvé
Celle-ci s'étoit flattée qu'elle
coloniale.
sion de l'orage qui
préviendroit l'explohâtant d'arréter
grossissoit sur sa téte, en se
un plan de constitution; mais il
éclata tout d'un coup etavant la fin de son travail,
eh-domtbsgmen).Cawl loi otoitàl'assemblée coloniale une autorité dont elle avoit fait
un
sideplorablensage, et Texposoit, de plus, àla vengeance de la métropole résolue à rechercher et à
punir les auteurs des troubles de St.-Domingue.
Que prescrivoient, dans cet état de choses, la
raison et la saine politique ? Une immédiate
entière
et
soumission, ou la résistance la
ouverte et la plus opiniâtre. Telle étoit plus
tive dans
T'alternalaquelle on se trouvoit placé; tous les
autres partis ne pouvoient qu'aggraverla situation
de la colonie; et le plus
étoit de
dangereux, sans doute,
compter sur les événemens,
privoit tout à la fois des
parce qu'il
droit d'attendre de la
avantages qu'on avoit
soumission et des chances
heureuses que pouvoit amener la résistance. Ce
fut cependant le parti qu'adopta l'assemblée coloniale. Le décret du 24 mars
prononçoit sa dissolution, et elle chérissoit trop son existence
pour ne pas la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Toujours empreinte de l'esprit qui l'avoit
(1) 1792.
fois des
parce qu'il
droit d'attendre de la
avantages qu'on avoit
soumission et des chances
heureuses que pouvoit amener la résistance. Ce
fut cependant le parti qu'adopta l'assemblée coloniale. Le décret du 24 mars
prononçoit sa dissolution, et elle chérissoit trop son existence
pour ne pas la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Toujours empreinte de l'esprit qui l'avoit
(1) 1792. --- Page 357 ---
DE SAINT-DONINGUE sottise d'anelle crut et fitla
dirigée jusqualors,
sanctionnéparle
noncer quele décret ne seroit pas
Tavoit été
Roi.Quinzej jours
à dire
ebantbnipsieat
L'assemblées se retrancha pourlors
le4avril.
officiellement, elle s'y
que si cette loi lui parvenoit Ainsi,jusquanl hout,
soumettroit sans murmurer.. le plus inepte et le
elle persistoit dans le système événemens même semplus inconséquent. Les manière à rendre plus évibloient concertés de
mauvaise volonté.
et sa
dentes son imprévoyance oùt elle avoit rédigé l'acte
Dans la soirée du jour
à T'autorité méconditionnelle
de sa soumission
arriva au Cap. Un si sintropolitaine 7 le décret
de n'avoir
gulier hasard livra I'assemblée au regret d'avoir manicette loi, et à la honte
pas prévenu
festé des doutes sur son existence. la
de
On doit ici rendre justice à
majorité décret
Tassemblée coloniale ; sa soumission au d'après
franche et sincère : il fut arrèté,
parut
seroient reles corps populaires
son voeu; 2 que
de couleur admis aux élecnouvelés, et les gens
les
de son côté, prit
tions. Le gouvernement,
qu'exigeoit une prompte promulgation
mesures
Blanchelande saisit cet instant
de la loi. M. de
avoit aunoncé. Il
exécuter le voyage qu'il
Saintpour
ce nouveau bienfait à
crut qu'en portant
de Touest, il
Marc et dans toutes les paroisses
et
la confiance des mulâtres,
gagneroit à jamais
ent
de couleur admis aux élecnouvelés, et les gens
les
de son côté, prit
tions. Le gouvernement,
qu'exigeoit une prompte promulgation
mesures
Blanchelande saisit cet instant
de la loi. M. de
avoit aunoncé. Il
exécuter le voyage qu'il
Saintpour
ce nouveau bienfait à
crut qu'en portant
de Touest, il
Marc et dans toutes les paroisses
et
la confiance des mulâtres,
gagneroit à jamais
ent --- Page 358 ---
RÉVOLUTION
qu'avec leur secours il termineroit la révolte des
esclaves du nord. Cet espoir sembloit d'autant
mieux fondé, 2 que la nouvelle loi, accordant tout
aux mulâtres, devoit les ramener vers les
et faire, d'une réunion désormais
blancs,
devoir sacré
inévitable, un
pour tous les hommes libres.
Ainsi pensoit M. de Blanchelande, et tel étoit
le but de son voyage. En partant du Cap, il
écrivit à M. de Grimoard, commandant le Borée
et la station de SL.Domingue, de venir le
à Saint-Marc. De tous les
du
joindre
ment, celui qui eut le plus agens à souffrir, gouverne- celui
lutta avec le plus de courage contre les
qui
de ses ennemis, celui
attaques
qui, au péril de sa vie, 9
chaque jour compromise, se tint le plus constamment au poste que le sort lui avoit confié, celui
epfin qui, par son caractère ferme et élevé, déjoua le mieux les ruses de la faction, fut cet
officier, l'un des plus distingués de la marine
française. Devenu, ainsi que tant d'autres,
de la haine du parti
l'objet
patriote, 3 il étoit
de
se tenir sans cesse à bord de son vaisseau,- obligé où les
clubistes du Port-au-Prince venoient même l'insulter après avoir corrompu son équipage. Accusé
à plusieurs reprises de correspondre avec les mulâtres de la Croic-des-Bouquets, de leur fournir
des munitions de guerre et de bouche, prohibées
sous les peines les plus sévères par T'assemblée
,
de la haine du parti
l'objet
patriote, 3 il étoit
de
se tenir sans cesse à bord de son vaisseau,- obligé où les
clubistes du Port-au-Prince venoient même l'insulter après avoir corrompu son équipage. Accusé
à plusieurs reprises de correspondre avec les mulâtres de la Croic-des-Bouquets, de leur fournir
des munitions de guerre et de bouche, prohibées
sous les peines les plus sévères par T'assemblée --- Page 359 ---
DE SAINT-DONINGUE
de la
de T'ouest, pendant la guerre déprovinciale
M. de Grimoard
capitale avec cette paroisse,
les
ordinaires de justification,
daigna les moyens
de lui; mais il prit à
regardant comme indignes le civisme des patàche d'exposer au grand jour Par ses soins, un
triotes du Port-au-Prince.
fanatiques
à Tun des plus
bateau appartenant
chargé de tous les obdémagogues de cette ville,
le
été défendus, et destiné pour
jets quiavoient
fut arrêté en rade, et le
camp des mulâtres,
envoyé à la mude cette capture
proces-verbal
de félonie étoit acquise ;
nicipalité. La preuve l'armateur et le capitaine
dans tout autre temps 2
Malgré Tévidence
auroient été sévèrement punis. continua de les précode leur crime, la faction
niser, etM. de
Coled.rammrotue
d'être en butte à ses persécutions.
ne cessa pas
qui enjoignoit à cet
L'ordre du gouverneur,
avec son
officier de quitter le Port-au-Prince
Il
n'étoit pas d'une facile exécution.
vaisseau,
d'un équipage
falloit obtenir le consentement faire
ses
long-temps à ne
que
habitué depuis
soit adresse, soit raison 2
volontés. Ceperidant, à apparciller et se renM. de Grimoard parvint
mois, il avoit
dit à Saint-Marc. Depuis quinze
son exispassé une nuit tranquille 5
à peine
même une espèce de plénomène.
tence étoit
et la subordination
Résolu à rétablirla discipline
age
falloit obtenir le consentement faire
ses
long-temps à ne
que
habitué depuis
soit adresse, soit raison 2
volontés. Ceperidant, à apparciller et se renM. de Grimoard parvint
mois, il avoit
dit à Saint-Marc. Depuis quinze
son exispassé une nuit tranquille 5
à peine
même une espèce de plénomène.
tence étoit
et la subordination
Résolu à rétablirla discipline --- Page 360 ---
REVOLUTION
sur son bord, il caicula si bien
que les facticux du Borée,
ses mesures
leurs frères et amis du
privés de T'appui de
arrêtés sans en avoir eu le Port-au-Prince, furent
coup de
plus léger
Ce
main, Touvrage de
soupçon.
de Saint-Marc
quelques jeunes gens
vaisseau de venus, disoient-ils, pour voir un
guerre, eut lieu à un signal convenu.
Ons'empara des plus
et conduits en
mutins,qui furentdébarques
Grimoard
prison. De ce
M.
se trouva vraiment moment,
de
etr mit
maitre à son
sur-le-champ à la voile pour
bord,
bâlimens chargés de
intercepterles
du Mole, devoient pillards et d'assassins, , qui,
Prince,
être partis pour le
2 ayant M. Borel à leur téte.
Port-auen effet, elfitsignifierà
Illes rencontra
avec sa flottille à
cechef de parti de lesuivre
eut été vaine, il fallut Saint-Marc. Toute résistance
le convoi et le vaisseau se soumettre. Aussitôt que
Grimoard
eurent jeté Tancre, M. de
rel, et le remit envoya à chercher dans son canot M. Boun piquet de
corla jusqu'à la prison. On avoit mulâtres quil'esque la multitude
lieu de craindre
ne se portât à
contre lui, tant étoit violente la quelque extrémité
haine
inspirée à Saint-Marc.
qu'il avoit
fut contenu : Praloto n'eut Heureusement le peuple
heur.
pas le même bonEnvoyé par la garde nationale du
Prince auprès du nouveau
Port-aupresser son arrivée dans cette capitaine-général, pour
ville, il fut rencon-
'à la prison. On avoit mulâtres quil'esque la multitude
lieu de craindre
ne se portât à
contre lui, tant étoit violente la quelque extrémité
haine
inspirée à Saint-Marc.
qu'il avoit
fut contenu : Praloto n'eut Heureusement le peuple
heur.
pas le même bonEnvoyé par la garde nationale du
Prince auprès du nouveau
Port-aupresser son arrivée dans cette capitaine-général, pour
ville, il fut rencon- --- Page 361 ---
DE SAINT-DOMINGUE
T'Arcahaye, par M.I Roy de
tré en mer, vis-à-vis
antirévoluCelui-ci, dont T'opinion
La Grange.
ne put se refuser le
tionnaire étoit fort exaltée,
des chefs de
de faire expier à Tun
funeste plaisir
qu'elle lui avoit susla faction les persécutions
citées; il fit jeter Praloto à la mer.
civil
et le commissaire
M. de Blanchelande le vaisseau le Jupiter,
Roume, partis du Cap sur
Ce
trouvèrent M. de Fontange à Saint-Marc.
devint T'âme de toutes les délibérations et
dernier
Les paroisses
le guide de toutes les démarches. adhéré au conqui depuis long-temps avoient avril comme le gage
cordat, reçurent la loi du 4
décida
On
d'un bonheur et d'une paixinaltéerables. cette loi au
le
iroit proclamer
que gouverneur M. de Fontange fit avec lui ce
Port-au-Prince.
M. Roume, par des motifs
voyage par mer;mais
de lui seul, peut-étre en conséquence
connus
secrètes qu'il avoit reçues de
des instructions
aima mieux se rendre
France tout récemment,
escorlé d'un détapar terre,
au Port-au-Prince
devoient grossir les
chement de mulâtres, que
forces réunies à la Croix-desDouquets
à la
du Jupiter et du Borée,
A Tapproche
les hommes de couleur s'avançoient
nouvelle que
tous les factieux du Port-auvers leurs murs,
Plusieurs d'entre.
Prince furent saisis d'e épouvante.
fuir à
avoient fait leurs dispositions pour
eux
mieux se rendre
France tout récemment,
escorlé d'un détapar terre,
au Port-au-Prince
devoient grossir les
chement de mulâtres, que
forces réunies à la Croix-desDouquets
à la
du Jupiter et du Borée,
A Tapproche
les hommes de couleur s'avançoient
nouvelle que
tous les factieux du Port-auvers leurs murs,
Plusieurs d'entre.
Prince furent saisis d'e épouvante.
fuir à
avoient fait leurs dispositions pour
eux --- Page 362 ---
RÉVOLUTION
Jacmel; mais la crainte de tomber
des mulâtres les retint.
entre les mains
Les
de Normandie, aussi
bataillons d'Artois et
s'étoient
humbles, aussi soumis
montrés naguère insubordonnés qu'ils
traitables, n'eurent pas l'idée de la
et inmunicipalité elle même vint à résistance. La
gouverneur qu'ilne trouveroit bord, assura le
citoyens charmés de le
dans la ville quedes
revoir,
soumettre à la volonté nationale empressés de se
autorités constituées de la
et aux désirs des
Sollicité de descendre colonie.
M. de Blanchelande
immédiatement à terre,
cet
répondit qu'il ne
égard, au voeu de la
céderoit, à
T'arrestation de trente
municipalité, qu'après
liste. Il ordonna, de agitateurs dont il dressa la
de Normandic,
plus, le renvoi du bataillon:
se réservant de
temps et lieu, sur celui d'Artois. Il s'expliquer en
que les hommes de couleur
exigea surtout
ville, que le service de la rentrassent dans la
conjointement
place fut fait par eux
4 avril eût
avec les blancs, et que Ia loi du
son entière et pleine exécution. A
conditions, il promit de tout
ces
que les mesures les
oublier, et assura
plus actives seroient
pour que les nègres enrôlés par les
prises
connus sous le nom de Suisses,
mulâtres, et
loin de Saint-Domingue.
fussent déportés
Des dispositions si énergiques
avec le caractère connu de M. de contrastoient
Blanchelande.
ût
avec les blancs, et que Ia loi du
son entière et pleine exécution. A
conditions, il promit de tout
ces
que les mesures les
oublier, et assura
plus actives seroient
pour que les nègres enrôlés par les
prises
connus sous le nom de Suisses,
mulâtres, et
loin de Saint-Domingue.
fussent déportés
Des dispositions si énergiques
avec le caractère connu de M. de contrastoient
Blanchelande. --- Page 363 ---
33;
DE SAINT-DONINGUE
à lui, mais à M. de Fontange
Aussiz n'est-ce pas
la
faut les attribuer; ; et mailleurensement, et
qu'il
dernier, ruinée par les fatigues
santé de ce
ne lui permettoit
par des blessures dangereuses, aux affaires. Les
pas une trop longueapplication cette circonstance : confactieux profitérent de
ils
noissant bien la pusillanimité du gouvérneur,
tant de manières, quilsohaurentlecinconvenirdet
proscrits.
tinrent, de lui, la gràce de vingt-quatre (4) fut
Néanmoins son entrée au Port-au-Prince de couleur rede triomphe. Les gens
une espèce
de former
vinrent dans leurs foyers; on s'occupa conforet une garde nationale,
une municipalité de la nouvelle loi. Le bataillon
mément au texte
l'ordre de partir pour la
de Normandie reçut
six des plus notables
France, ainsi que cinq ou arrêter et mettre en
factieux qu'on avoit fait
prison.
l'assemblée générale apprit T'arrestaLorsque Borel, elle se hàta de le réclamer,
tion de M.
et invoqua la loi de
comme un de ses membres,
eurent pourtant
linviolabilité. Quelques députés détention n'étant pas
le courage de dire que, sa
mais de délits
Teffet de ses opinions politiques, coloniale, il
étrangers à la représentation
graves,
mettre en avant
étoit aussi révoltant qu'absurdedes
(1) Le 5 juillet 1792.
TOM. 1. --- Page 364 ---
RÉVOLUTION
une prérogativequi,s si elleavoit été véritablement
reconnue, eût pu faire de tous les
scélérats d'autant plus
députés, des
été assurés de
sredoutables.qurisa sauroient
sujet, le décret limpunité. de
On cita même, à ce
T'assemblée nationale
garantissant aux
qui, en
faite
représentans du peuple une parindépendance dans leurs fonctions
tives, et en soumettant toutes les
législade leur vie aux lois établies,
autres actions
gatoires pour les simples
aux formes obliconsacrer un axiome citoyens, n'avoit fait que
de raison universelle. incontestable de justice et
Cependant T'exemple du corps
fut pas une autorité assez
constituant ne
semblée coloniale. Elle
respectable pour l'assaires pris dans
arrêta que trois commisson sein partiroient
pour Saint-Marc; qu'ils
sur-le-champ
tion à la
porteroient une injoncmunicipalité de cette ville, et (ce
importe d'observer) une prière à MM. de qu'il
chelande et Roume, de
Blansuspendre la
commencée contre M. Borel. Ici procédure
une question toute naturelle
se présente
cette circonstance, la faction : pourquoi, dans
jorité? C'est qu'il
obtint-elle la macôté droit
répugnoit aux membres du
qu'on pàt les croire capables d'un
sentiment de haine et de vengeance
D'ailleurs,
particulière.
quelques uns d'entre eux,
avec raison Tassemblée
considérant
comme dissoute, étoient
commencée contre M. Borel. Ici procédure
une question toute naturelle
se présente
cette circonstance, la faction : pourquoi, dans
jorité? C'est qu'il
obtint-elle la macôté droit
répugnoit aux membres du
qu'on pàt les croire capables d'un
sentiment de haine et de vengeance
D'ailleurs,
particulière.
quelques uns d'entre eux,
avec raison Tassemblée
considérant
comme dissoute, étoient --- Page 365 ---
33g
DE SAINT-DONINGUE
dans leurs paroisses; et les autres
déjà retournés le même intérêt, ni, par conséne mettoient plus
à suivre les séances.
quent la même exactitude
d'une minorité
Enfin ce nouveau triomphe de révolution,
mutine prouve que, dans un temps
plus
n'est
inutile, plus incommode,
rien
plus
les hondangereux même, que ce qu'on appelle
Ils consultent la raison, la justice 3
nêtes gens. conscience, tandis que les fripons et
écontentleur
silence à sa voix et étouffent
les factieux imposent
parvenir à leurs
de remords pour
toute espèce l'assemblée comptoit si peu sur
fins. Au reste,
du
sur l'obéissance
T'efficacité de sa démarche, de Saint-Marc à ses
Conseil de paix et d'union
refusérent sucordres, que plusieurs membres
Borel
cessivement! la mission delesluisignilfier.M.1
tellemment coupable, que ses plus
paroissoit
tpas quil pût échapchauds partinsninagssisatp
per au glaive de la justice.
M. de BlancheLes commissaires trouvèrent
le
Ils lui présentérent
lande au Port-au-Prince.
d'orcoloniale, et le prièrent
voeu de l'assemblée
de M. Borel. Sa réponse
donner T'élargissement dà le prévoir. ( M. Borel,
fut telle quilsauroient les mains de la justice; ; je ne
( dit-il, est entre
le cours de
sur moi de suspendre
( puis prendre
de T'assemblée étoit
( ses opérations. > L'arrêté civil Roume. Cette
aussi adressé au commissaire
.
d'orcoloniale, et le prièrent
voeu de l'assemblée
de M. Borel. Sa réponse
donner T'élargissement dà le prévoir. ( M. Borel,
fut telle quilsauroient les mains de la justice; ; je ne
( dit-il, est entre
le cours de
sur moi de suspendre
( puis prendre
de T'assemblée étoit
( ses opérations. > L'arrêté civil Roume. Cette
aussi adressé au commissaire --- Page 366 ---
RÉVOLUTION
circonstance ne paroitra pas inutile à
si l'on se rappelle que, six mois remarquer,
l'assemblée avoit déclaré
auparavant,
n'existoit
quela commission civile
plus, et qu'elle regardoit le
longé de M. Roume à
séjour proSaint-Domingue comme
étranger aux fonctions dont il avoit été
par la métropole, fonctions
chargé
depuis le départ de ses deux qui avoient cessé
Les succès de M. de Blanchelande collègues.
vince de l'ouest et sa résistance
dans la prosemblée,
au voeu de l'asfaction. inspirèrent les plus vives alarmes à la
Elle craignit que la
au Portau-Prince ne lui donnât tranquillité retablie
influence à
dans le nord une
laquelle il seroit aussi
résister. M.
impossible de
probabilité seule Larcheréque-Thibaut, du
pour qui la
retour de l'ordre devenoit un
supplice, voulut tenter un dernier effort.
de Tassemblée, qui soumettoit les
L'arrêté
ques aux ordres du général, lui troupes patriotiplausible, et un moyen efficace de parut un prétexte
à Tinsurrection. Aussitôt
porter le peuple
ses émissaires
contre la condescendance
tonnèrent
blée
criminelle de l'assempour un gouverneur qui la trompoit et la
méprisoit, contre la lâcheté des autres autorités
que la crainte avoit réduites au silence.
( Qu'allons-nous devenie ? disoit le
( syndic dans un réquisitoire.
procureur
andés patriotes, cclui de
Quel sera le sort
Tassemblée coloniale
Aussitôt
porter le peuple
ses émissaires
contre la condescendance
tonnèrent
blée
criminelle de l'assempour un gouverneur qui la trompoit et la
méprisoit, contre la lâcheté des autres autorités
que la crainte avoit réduites au silence.
( Qu'allons-nous devenie ? disoit le
( syndic dans un réquisitoire.
procureur
andés patriotes, cclui de
Quel sera le sort
Tassemblée coloniale --- Page 367 ---
DE SAINT-DOMINGUE
T'arrache pas au joug qui
si on ne
t elle-mème,
douter des intentions
sur elle? Peut-on
(( pèse
N'est-il pas. d'accord avec
K du goevemnemen?
pas les prétentions
( les mulâtres'? s? Ne favorise-til de Saint-Marc?
du conseil de paix et d'union
(
que M. de Blanchelande
( A quoi bon le voyage
(
ici contre les nègres
AREXEeroe
( de la sortie qu'on prépare
tramé par nos
rebelles n'est pas un complot
(
livrer la ville, nos
du dedans, pour
K ennemis
enfans, à la rage des brigands
( femmes et nos
? M. de Fontange a passé
( de toutes couleurs
M. de Rouvrai
concordats dans Touest,
(6 des
la ville
travaille les mulâtres du Fort-Dauphin;
(
d'aristocrates qui les pro-
( du Cap est remplie dans nos murs pour en assurer
Restons
( tégent.
notre place; le devoir
c'est ici qu'est
( la defense;
à com1
retient et ne nous appelle pas
C nous y
qui ne nous ont fait aucun
(( battre des nègres des biens sur lesquels nous
& mal, à conquérir
à prétendre. >)
( n'avonsrien
d'imaginer que cette opinion
On auroit tort sindividus. M. Larchevequefàt bornée à quelquesi
toute la popuThibault avoit réussi à Tinspirerà
cesinconséquences
lation du Cap; mis.paruneded
de
laveuglement et Tirréflexion
qui montrent dans le temps qu'il préloit aux
T'esprit de parti, formelle de ne pasi sorlir de
districts Tintention
ir
à prétendre. >)
( n'avonsrien
d'imaginer que cette opinion
On auroit tort sindividus. M. Larchevequefàt bornée à quelquesi
toute la popuThibault avoit réussi à Tinspirerà
cesinconséquences
lation du Cap; mis.paruneded
de
laveuglement et Tirréflexion
qui montrent dans le temps qu'il préloit aux
T'esprit de parti, formelle de ne pasi sorlir de
districts Tintention --- Page 368 ---
RÉVOLUTION
la ville, il
faisoit, en leur
ment une demande de
nom, au gouvernede
canons et de
guerre : on pense bien
munitions
accueillie, En vain la
qu'elle ne fut pas
la
municipalité
charge, appuyée du voeu de
revint-elle à
vinciale, 2 au sein de laquelle l'assemblée proles plus furieux
s'étoient introduits
qui commandoit demagogues. M. de
en
Cambefort,
lande,
Tabsence de M. de Blancherépondit avec autant de
dignité aux arrêtés abusifs,
courage que de
de la municipalité,
illégaux et
et la contint
dangereux
ses devoirs.
dans la sphère de
Devant la volonté d'un chef
ferme et impartial, les
qui se montre
ville de
obstacles s'aplanissent. La
Jérémie, où M. de
pour ainsi dire été entrainé Blanchelande avoit
couleur, céda, ainsi
par les hommes de
que le Port-au-Prince. Mais
comme, dans le principe, les mulâtres
dépendance avoient manifesté
de cette
avoient mis en usage des
plus d'ambition,
que partout ailleurs
moyens plus horribles
très-grand
; comme Farrestation d'un
nombre d'entre eux, et
presque tous les autrès, avoient l'expulsion de
complots dévoilés
été la suite de
aux blancs par des
mème, en se soumettant à la loi du mulâtres
conseil, qui réprésentoit
4 avril, le
et dirigeoit les
paroisses de Ja Grande-Anse,
quatre
der les hommes de
continua de regarcouleur, pris les armes à la
horribles
très-grand
; comme Farrestation d'un
nombre d'entre eux, et
presque tous les autrès, avoient l'expulsion de
complots dévoilés
été la suite de
aux blancs par des
mème, en se soumettant à la loi du mulâtres
conseil, qui réprésentoit
4 avril, le
et dirigeoit les
paroisses de Ja Grande-Anse,
quatre
der les hommes de
continua de regarcouleur, pris les armes à la --- Page 369 ---
DE SAINT-DOMINGUE des voleurs et
main et détenus à bord, comme indispensable de
devenoit
des incendiaires, , qu'il conserver la paix dans
dépayser, si T'on vouloit
jusqulalors intacts.
dédes quartiers
se montroient
Pressé entre les blancs qui les mulâtres, et
par la force
cidés à repousser
Texécution de la loi,
ceux-ci qui réclamoient
irrésolu, prit un
toujours
MI. de Blanchelande,
tous les partis,
milieu qu'il crut propre à satisfaire comme il armécontenta tout le monde,
les
et qui
: ce fut d'envoyer au Cap
rive ordinairement
à la réduction des
prisonniers pour être employés
esclaves.
et
au Port-an-Prince
Le succès de ce général
partout où il
Tespèce d'ordre qui,
à Jérémie,
à Tanarchie, détermise montroit, succédoit du sud à le presser de se
nèrent les habitans
excitée par
oû la populace,
rendre aux Cayes,
sembloit ne pas
Tassemblée de cette province, avril. Une dépureconnoitre la loi du 4
vouloir
vint à Jérémie porter leur
tation des proprictaires celui-ci eut le malheur d'y
et
veeu au gouverneur, avis de M.de Fontange, qui,
accéder, malgré les il étoit resté malade, lui
du Port-au-Prince oùr
de vue la révolte du
écrivoit de ne pas perdre
de la colonie. Ce
nord, source de tous les maux raisonnable, que, 2
conseil étoit d'autant plus les mulâtres s'adans la guerre du sud, dont
ation des proprictaires celui-ci eut le malheur d'y
et
veeu au gouverneur, avis de M.de Fontange, qui,
accéder, malgré les il étoit resté malade, lui
du Port-au-Prince oùr
de vue la révolte du
écrivoit de ne pas perdre
de la colonie. Ce
nord, source de tous les maux raisonnable, que, 2
conseil étoit d'autant plus les mulâtres s'adans la guerre du sud, dont --- Page 370 ---
3.j4
RÉVOLUTION
vouoient hautement les
tant que leurs auxiliaires, auteurs, les nègres, n'éhostilité dès
devoient cesser toute
mouvement que ceux qui les avoient mis en
auroient obtenu ce qu'ils
Or, en accordant aux mulâtres les désiroient.
qu'aux blancs, la loi du 4 avril mêmes droits
Tattente des
remplissoit
la regarder premiers : il étoit donc naturel de
le
comme le ciment de la paix,
gage d'une réunion différée
comme
et qh'elle ne permettoit
trop longstemps,
auroit probablement plus d'ajourner. Cette loi
les
produit d'heureux
patriotes et les mulâtres
effets, si
ment voulu T'exécution;
en avoient sincèreautres, n'étoient de
; mais ni les uns, ni les
bonne foi. On
peine les motifs de
conçoit sans
haine qu'ils avoient Topposition des patriotes : la
leur, fortifiée
vouée aux hommes de couexaltée
par une lutte continuelle, étoit
jusqu'au fanatisme
de ces derniers.
depuis le triomphe
geoit les amis de D'ailleurs, la
la faction qui diriDomingue, n'avoit révolution française à Saintflotter le pavillon pas perdu T'espérance d'y voir
durée des troubles britannique, et elle croyoit la
ment, objet de ses nécessaire jusqu'à cet événeLa résistance
plus impatiens désirs.
est une énigme des mulàtres au décret du 4 avril
dont peu de
mot : eile sembloit d'abord personnes ont eu le
même en la
si peu naturelle, que,
voyant, on refusoit d'y croire. En
n'avoit révolution française à Saintflotter le pavillon pas perdu T'espérance d'y voir
durée des troubles britannique, et elle croyoit la
ment, objet de ses nécessaire jusqu'à cet événeLa résistance
plus impatiens désirs.
est une énigme des mulàtres au décret du 4 avril
dont peu de
mot : eile sembloit d'abord personnes ont eu le
même en la
si peu naturelle, que,
voyant, on refusoit d'y croire. En --- Page 371 ---
DE
se
SAINTaDONINGUE
les empécher de
effet, quel motif pouvoit
avec franchise
réunir aux blancs, et d'exécuter T'ardent objet de leur
avoir été
une loi qui, après
T'excuse de tous
ambition, étoit le fruit et comme
de la-
; une. loi pour la jouissance
et
leurs attentats
leur existence,
quelle ils avoient compromis ? La vanité de leurs
anéanti la colonie
législative répresque
de l'assemblée
chefs et la perfidie
D'abord, il faut poser en
solvent cette question. décret du 4 avril, cette assemfaitqu'en rendant le
d'envoyerl le tribublée n'eut d'autre dessein que
et d'autre
à Saint-Domingue,
ad
nal révolationnaire
Un décret
Tabolition de Tesclavage.
but que
attendu la forte
à obtenir,
hoc étoit impossible du véto constitutionnel,
opposition qu'au défaut villes de commerce, qui,
auroient manifestée les
encore, comme la
n'étoient pas
à cette époque,
le
des jacobins. D'un
puissance royale, sous joug tardoit davantage à se
autre côté, si T'assemblée affaires coloniales, elle
méler efficacement des libres à se réunir par
forceroit tous les hommes de cette mesure, que
lassitude et par besoin 5 et
à la fois,
Tintérêt et le hon sens prescrivoient
purenaitre Tordre et la tranquillité
pourroient
donc trouver un moyen de problique. Il falloit
et le chefpager les troubles à Saint-Domingue; comble de limmod'ccuvre de la scélératesse, le
de vouloir
ralite, ctoit d'y parvenir en feiguant --- Page 372 ---
REVOLUTION
pacifier cette ile et lui rendre le
prix méme des plus grands
bonheur, au
Mais comment la faction sacrifices.
elle dans ses projets ?
anticoloniale réussitlence aux villes de Dabord, en imposant sidans les circonstances commerce par une loi qui,
ques
présentes, offroit quelavantages; ; ensuite, en
qu'elle pouvoit avoir de
prévenant tout ce
empéchant le bien
réellement utile, en
T'ambition exclusive qu'elle pouvoit opérer, par
aux hommes de couleur. qu'on eut l'art dinspirer
accorder
Non contente de leur
l'égalité, 2 T'assemblée
promit la prépondérance.
législative leur
roitre absurde d'espérer Quoiqu'il dut leur paet même
T'effet de cette
prudent de la repousser promesse,
pecte, ils s'en laissèrent éblouir
comme sus-.
venir les instrumens de la
au point de defureurs de
secte négrophile, aux
laquelle ils furent associés
apôtres qu'elle parvint à faire
par les
Domingue.
passer à SaintH importe d'autant plus de réfléchir
changement des hommes de
sur le
rendre compte des idées couleur, et de sC
lui seul peut
qu'il fait naitre , que
expliquer une foule d'événemens
invraisemblables, et surtout le
de M. de Blanchelande
résultat du voyage
tance des
aux Cayes, La résispatriotes et T'esprit
lâtres n'étoient pas les seules inquiétant des mudifficultés dont il
à SaintH importe d'autant plus de réfléchir
changement des hommes de
sur le
rendre compte des idées couleur, et de sC
lui seul peut
qu'il fait naitre , que
expliquer une foule d'événemens
invraisemblables, et surtout le
de M. de Blanchelande
résultat du voyage
tance des
aux Cayes, La résispatriotes et T'esprit
lâtres n'étoient pas les seules inquiétant des mudifficultés dont il --- Page 373 ---
DE SAINT-DONINGUE
sa
dans cette partie de la colonie;
falloit triompher
par la foiblesse et
position étoit encore aggravée
la pacifier.
Tindécision du général quivenoit eussent fait
par
au point qu'elles
Il les poussoit
micux coneu et secondé des
manquer le plan le
qu'on juge s'il étoit
efforts de tous les partis ; celui
tant d'inpermis d'espérer le succès de
que inutile et
à rendre
térêts divers conspiroient
même funeste.
M. de Blanchelande
Cédant à ses inclinations,
fait des ouveravoit, dès son arrivée aux Cayes, révoltés. Il
aux chefs des nègres
tures pacifiques accordé une entrevue et proposé
leur avoit même
de
Le désir qu'il témoignoit
quelques avantages. dans le sud, sans coup férir et par
rétablir T'ordre
étoit un motif
la seule voie des négociations, de cette province
suffisant pour que Tassemblée rigueur et la force. Elle
seweintemplegerepels
et, suivant
refusa de traiter avec les esclaves, elle jeta des soupThabitude des corps populaires, l'accusa même de saçons sur le gouvernement,
de l'ancien
crifier la colonie au rétablissement
tout : elle entrava sa marche,
régime. Cen'est pas
à vouloir
éventa ses projetss et, en s'opiniatrant elle servit
décider cette querelle par les armes , la poliT'ambition des mulâtres, mais plus encore
cherchoient à les précipiter
tique de ceux qui
dans des mesures criminelles.
Thabitude des corps populaires, l'accusa même de saçons sur le gouvernement,
de l'ancien
crifier la colonie au rétablissement
tout : elle entrava sa marche,
régime. Cen'est pas
à vouloir
éventa ses projetss et, en s'opiniatrant elle servit
décider cette querelle par les armes , la poliT'ambition des mulâtres, mais plus encore
cherchoient à les précipiter
tique de ceux qui
dans des mesures criminelles. --- Page 374 ---
RÉVOLUTION
Le poste principal des
sommet des Platons,
insurgés étoit établi au
bornentlal belle etriche montagnes très-élevées qui
de ce poste fut
plaine du Fond. L'attaque
demandée
Tassemblée
impérdieusement par
vit,à
provinciale, et M. de
regret, contraint dela
Blanchelande se
non sans
préparer. Il
le divisa peine, un corps de 8 à 900 rassembla,
en trois
hommes, et
colonnesala tête desquelles il mit
a.dendalietye de Samson et
qu'une foible réserve du
Déchet,t tandis
sous ses ordres immédiats. même corps demneuroit
attaquer le même
Les colonnes devoient
jour, à la même
troispoints
heure, et par
différens; ; mais une sorte
ou plutôt l'effet nécessaire
de fatalité,
vient d'exposer,
des causes que l'on
M. de Thiballier, empécha ce plan de réussir.
faute d'éclaireurs retardé pardes chemins
et de sapeurs, il ne
oit,
nétrer que lentement, et affoibli
pouvoit péde tous les mulâtres
par la désertion
sous ses
général que ce double motif ordres, prévint le
attaquàt les nègres le 6
s'opposoit à ce qu'il
l'ordre ; mais
aout, comme il en avoit
que, malgré la diminution
forces, il le feroit à coup sûr le
de ses
rant sa ma:che, il eut à combattre lendemain. Duune multitude
(:) Lientenant colonel du régiment de
Samson étoit
Provence. M. de
dans Toyal-Comtois. capitaine au mème corps, et M. Déchet
attaquàt les nègres le 6
s'opposoit à ce qu'il
l'ordre ; mais
aout, comme il en avoit
que, malgré la diminution
forces, il le feroit à coup sûr le
de ses
rant sa ma:che, il eut à combattre lendemain. Duune multitude
(:) Lientenant colonel du régiment de
Samson étoit
Provence. M. de
dans Toyal-Comtois. capitaine au mème corps, et M. Déchet --- Page 375 ---
DE SAINT-DOMISGUE
dans un bois. Quelles que
de nègres embusqués T'ardeur de sa colonne comfussent la bravoure et
bataillon de Berwick,
posée plus qu'à moitié du
et occupoient
étoient si nombreux,
les brigands
qu'elle fut mise en dési favorable,
une position
hommes furent tués, parmi
route. Près de cent
officiers de Berwick,
lesquels on comptoitquatre
du Fond.
habitans de la plaine
et plusieurs
retenue successivement,
La seconde colone obstacles, fit son attaque
le 6 etle 7, par divers
Une balle atteignit son
le8, et sans aucun succès.
à la tête, comme
commandant, M. de Samson, Privées de leur
il pointoit une pièce de canon. la fuite dans le plus
chef, les troupes prirent
a
grand désordre.
le feu d'une emM. Déchet, après avoir essuyél
lui avoit
étoit arrivé le 6 au poste qui
buscade,
au lieu d'être seconété indiqué. Mais sa colonne,
eut à
des deux autres,
dée par une coopération efforts des nègres réunis.
soutenir seule tous les
mille
foible pour résister à trois ou quatre
Trop
favorisoit la nature des lieux 2 elle
hommes que
s'effectuer
fut forcée à une retraite qui ne put pas
sans perte.
commandé par le géLe corps de réserve,
des Plaétoit resté au pied
néral en personne, désastre des colonnes, nn
tons. A la nouvelle du
hâte, décida que
conseil de guerre, tenu en toute
réunis.
soutenir seule tous les
mille
foible pour résister à trois ou quatre
Trop
favorisoit la nature des lieux 2 elle
hommes que
s'effectuer
fut forcée à une retraite qui ne put pas
sans perte.
commandé par le géLe corps de réserve,
des Plaétoit resté au pied
néral en personne, désastre des colonnes, nn
tons. A la nouvelle du
hâte, décida que
conseil de guerre, tenu en toute --- Page 376 ---
RÉVOLUTION.
lon se replieroit aux Cayes,
chefontaine
quoique M. de Ro-
(),qui, ,avec un
çoit de Jérémie, mandât détachement, s'avanque rien n'étoit
à M. de Blanchelande
garder de faire désespéré et qu'il devoit bien se
retraite. Cette résolution
méanmoins, et pour Texécuter
prévalut
on se crut obligé d'enclouer plus facilement,
et de mettre le feu à
une pièce de canon
un caisson rempli de
gousses. Enhardis par leurs
garne cessèrent de harceler
succès, les brigands
qu'àson arrivée
le corps de réserve jusla plaine du
surle poste Bouteiller, situé dans
Fond, à cinq petites lieues des
Telle fut la trop mémorable
Cayes.
Platons, dont le succès eut
expédition des
du sud, et
pacifié la
qui, en échouant,
province
tel à cette belle
porta le coup morpartie de
L'assemblée
Saint-Domingue.
moire fait
provinciale du sud, dans un méavec beaucoup d'art et de
où étoient présentés, paro ordre
méthode,
et tous les
dedates, la marche
mouvemens de T'armée, attibua
désastre à M. de Blanchelande.
ce
lui reprocha
Elle fit plus, elle
une préférence scandaleuse
hommes de
pour les
couleur, et par suite, une
secrète avec les nègres révoltés.
connivence
péritie de sa conduite,
Elle releva l'imlitaire, et évidente
inconcevable dans un mimême pour ceux qui ne l'é-
(r) Cet officier faisoit les fonctions de
major-général.
, attibua
désastre à M. de Blanchelande.
ce
lui reprocha
Elle fit plus, elle
une préférence scandaleuse
hommes de
pour les
couleur, et par suite, une
secrète avec les nègres révoltés.
connivence
péritie de sa conduite,
Elle releva l'imlitaire, et évidente
inconcevable dans un mimême pour ceux qui ne l'é-
(r) Cet officier faisoit les fonctions de
major-général. --- Page 377 ---
DE SAINT-DONINGUE
ses
Elle allégua sa correspondance, dans
toient pas.
sa confiance
négociations avec les brigands,
énormes
perfides, enfin les pertes
leurs promesses dont elle le supposoit plus disposé
de Tarmée,
M. de Blanchelande se
s'affliger.
à se réjouir qu'à
del'atdisant
la malheurenseisue
défendit en
que être attribuée aux délais
taque des Platons devoit
des munitions et des
apportés dans les transports
fait
l'assemblée provincialeavoit
vivres; délais que
déjà trop foibles
naitre pour paralyser les moyens
à réunir. Il
étoit parvenu
que le gouverement assemblée d'avoir, par le
reprocha aussi à cette
rallumé le feu de la
refus de trois cents libertés, ses injures et ses
révolte; ; et, par ses menaces, provoqué leur déclameurs, contre les mulâtres,
d'après
S'il falloit se former une opinion
sertion.
on n'auroit qu'une
contradictoires,
ces rapports
dont la cause
idée imparfaite d'une catastrophe de l'assemblée lépremière fut le machiavélisme
la perfidie des
gislative, a-laquelle il fautrapporter
de
mulâtres. En
Hratesatscald
sembloit autoriser la malveillance
Blanchelande
ne faut pas cacher
ses intentions,il
à soupconner
attachés à sa suite et
que les colons propriétaires, de tous ses mouvemens,
témoins
à sa personne, ordres, au moins aussi intéressés
organes de ses
de Saint-Domingue que
au salut et à T'existence --- Page 378 ---
552 RÉVOLUTION DE SAINT-DOMINGUE.
les clubistes et motionneurs des
villes, ne l'ont
jamais accusé de trahison, et l'ont
toujours regardé comme plus foible que méchant, comme
plus malheureux que coupable.
aigs
FIN DU PREMIER VOLUME. --- Page 379 --- --- Page 380 ---
07-19 --- Page 381 ---
E314
D134h
N. --- Page 382 --- --- Page 383 ---
--- Page 384 ---