--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
n
mitills
HISTOIR E
DES
INDES OCCIDENTALES. --- Page 4 ---
On trouve chez le même Libraire :
La Ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle, ou les Animaur vivans 3 peints
d'après nature, par MARÉCHAL, Peintre
duMuséum, et Grmndpepiicsiuagadg
de la ci- devant Académie royale de
Peinture ; avec une note descriptive et
historique
chaque animal; par UIL
Naturaliste pemtonhot ,
de LInstitut.
CrTOnvrage contiendra soixante grayures
de quadrupedes et d'oiseaux étrangers, et
les plus rares qui auront vécu à la Ménagerie du Muséum. National.
La première livraison quivient de paroître
comprend le Chameau de la Bactriane 3
LAutruche, l'Ours polaire ou maritime >:
et le Casoar.
L'Eléphant qui a été exposé au Salon,
avec les quatré autres Estampes 2 entrera
dansla deuxième suite; chaque cahier étant
composé de quatre sujets.
La souscription ou plutôt l'inscription,
sera ouverte pour Paris jusqu'à la fin de
brumaire, et pour l'étranger jusqu'à la fin
de frimaire.
Les personnes inscrites paieront 6liv. en
recevant la première livraison, et ainsi de
suite pour les autres, : qui paroîtront de
trois mois en trois mois; et les personnes
non-inscrites dans les termes fixés, paieront
chaque livraison 9 francs. --- Page 5 ---
EPJCD --- Page 6 ---
OR a 09
NOUVEAU
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Tropique du Cancer
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LES INDES
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DU
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CTITES
OCCIDENTALES,
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del
les plus récentes,
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EHISTOIRE DES INDES
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MOIDENTIEN,
de Bryan EDOUARD
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Degres longit
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eP Tarde --- Page 7 ---
H I STOIR E
CIVILE ET COMMERCIALE
DES
COLONIES ANGLAIS ES
DANS L E S
INDES OCCIDENTALES:
Depuis leur découverte par Christophe
Colomb jusqu'à nos jours; suivie d'un
Tableau historique et politique de l'ile
de Saint-Domingue avant et depuis la,
révolution française;
TRADUIT D a E L'ANGLAIS
DE BRYAN EDOUARD,
Par le traducteur des Voyages d'ARTHUA YOUNG
en France et en Italie.
ORNÉ D'UNE BELLE CARTE.
P A R I S,
DENTU,Impiimeur-Labeaire, ,Palais du' Tribunat,
galeries de bois, n.o 240.
AN IX. (1801.)
ie d'un
Tableau historique et politique de l'ile
de Saint-Domingue avant et depuis la,
révolution française;
TRADUIT D a E L'ANGLAIS
DE BRYAN EDOUARD,
Par le traducteur des Voyages d'ARTHUA YOUNG
en France et en Italie.
ORNÉ D'UNE BELLE CARTE.
P A R I S,
DENTU,Impiimeur-Labeaire, ,Palais du' Tribunat,
galeries de bois, n.o 240.
AN IX. (1801.) --- Page 8 ---
* - The John Carter Brown Library *
O
Brown University
Purchased from the
Louisa D. Sharpe MetcalfFund
& --- Page 9 ---
AVERTISSEMENT
DE LÉDITEUR,
LoUvnAGE que nous offrons au
public est un abrégé de celui de Bryan
Edouard surlemêmes sujet. Nousavons
élagué de ce dernier ce fatras de lois,
de règlemens et d'ordonnances qui
n'auroient fait qu'ennuyernoslecteurs,
pour n'en laisser que la substance, et
présenter un tableau rapide de la découverte, des productions et des progrès des Indes occidentales. Quoique
notre but ait été d'être concis, nous
n'avons cependant rien omis de ce
qui pouvoit intéresser le publiciste et --- Page 10 ---
VI
AVERTISSEMENT.
Phomme d'État. On trouve donc dans
cet abrégé les listes et tableauxexacts
des vaisseaux qui font le commerce
des Antilles, leur port et le nombre
d'hommes de leurs équipages. On y'
voit aussi les importations et exportations de ces colonies, leurs relations
commerciales avec PEurope, > et la
manière dont elles font leurs approvisionnemensde nègres, prises d'après
des pièces officielles. Mais ce qui ne
manquera pas d'intéresser le lecteur
dans le moment actuel, sont des détails curieux sur la traite des nègres,
sur les moeurs, 5 les usages, le caractère
et les superstitions de ces Africains,
sur leur traitement dans les Indes --- Page 11 ---
AVERTISSEMI E I T.
VII
occidentales, et quelques observations
sur la convenance d'abolir ou de continuer l'esclavage. Quand M. Edouard
nous a paru trop favorable aux planteurs, nous avons contrebalancé son
opinion par celle d'un écrivain célèbre
sur le même sujet; mais nous ne nous
sommes jaiais permis d'y substituer
la nôtre. Nous y avons aussi inséré la
relation des évènemens malheureux
qui sont arrivés dans la colonie française de Saint-Domingue, tello que
nous l'avons trouvée dans l'auteur,
sans y rien changer ou ajouter.
Dans un ouvrage de ce genre, on
ne doit pas s'attendre à cette élégance
de style dont est susceptible une tra-
par celle d'un écrivain célèbre
sur le même sujet; mais nous ne nous
sommes jaiais permis d'y substituer
la nôtre. Nous y avons aussi inséré la
relation des évènemens malheureux
qui sont arrivés dans la colonie française de Saint-Domingue, tello que
nous l'avons trouvée dans l'auteur,
sans y rien changer ou ajouter.
Dans un ouvrage de ce genre, on
ne doit pas s'attendre à cette élégance
de style dont est susceptible une tra- --- Page 12 ---
VIII
AYERTISSEXENTE
duction de Pope ou de Gibbon. L'auteur ne s'étant attaché qu'à être clair,
le traducteur n'a cherché qu'à Pimiter.
Ce dernier a outre cela ajouté plusieurs notes nécessairés pour expliquer les mesures anglaises, etc. et
réduit les livres sterlings en livres
tournois pour la facilité du lecteur. --- Page 13 ---
H I 20 S.TOI R E
DI ES
INDES OCCIDENTALES.
LIVRE PREMIER.
CHAPITRE PREMIE R.
Situation géographique. Nom. - Climat. - Brises de
mer et de terre. -Animaux et végétaux. - Élévation
des montagnes,elc. etc.
Cr qui engagea le célèbre Christophe
Colomb à faire voile pour découvrir un
nouveau continent, fut l'opinion reçue de
son tems, qu'on pouvoit trouver par l'ouest
un passage plus court aux Indes orientales.
La découverte de la mer pacifique démontra
la fausseté de cette opinion ; mais cependant les fles où Colomb débarqua retinrent
le nom d'Indes occidentales, pour les distinguer des Indes orientales.
I --- Page 14 ---
(2)
Sous cette dénominatton sont comprises
toutes les iles qui forment une courbe depuis
le rivage de la Floride, sur la presqu'ile
septentrionalc de T'Amérique, jusqu'augolle
de Maracaybo, sur la méridionale. Les navigateurs espagnols les ont divisées en iles
au vent et sous le vent (Bortavento et Sotasento); et, strictement parlant, le terme au
vents'applique aux Mes Caraibes; et sous le
vent 3 aux quatre plus considérables 3 Cuba,
la Jamaique, Hispaniola et Porto - Rico :
cependant, dans la. géographie anglaise >
elles sont divisées d'après les époques des
vents alisés ; les iles au vent ou du vent terminant à la Martinique, et les fles sous le
vent s'étendant depuis la Martiniquejusqu'a
Porto-Rico.
Comme toutes les iles des Indes occidentales sont situées au-dessous du Tropique
du Cancer, il n'y a que très-peu de différence dans la température de l'air, excepté
celle que produit l'élévation des terrcs.
On peut dire que le printems commence
dans ces régions vers le mois de mai. Les
pâturages brûlés changent alorsleur aspect
brunâtre en une verdure fraiche et délicieuse. Les douces ondées du midi ne tar-
-Rico.
Comme toutes les iles des Indes occidentales sont situées au-dessous du Tropique
du Cancer, il n'y a que très-peu de différence dans la température de l'air, excepté
celle que produit l'élévation des terrcs.
On peut dire que le printems commence
dans ces régions vers le mois de mai. Les
pâturages brûlés changent alorsleur aspect
brunâtre en une verdure fraiche et délicieuse. Les douces ondées du midi ne tar- --- Page 15 ---
(3)
dent pas à commencer, et tombant vers le
milieu du jour, occasionnent une végétation
rapide etx abondante. A cette. époque, 9 la
hauteur moyenne du thermomètre est au
75me degré.
Lorsque ces ondées du printems ont duré
environ quinze jours, la saison s'approche
de son méridien, et l'été du Tropique se fait
sentir dans toute sa force. Pendant quelques heures de la matinée, avant que la
brise de terre ne soit élevée, la chaleur du
soleil est excessive et insupportable ; mais
aussitôt que ce vent désirés'élève,la chaleur
diminue, et le climat deviént agréable à
l'ombre. Le thermomètre est alors presque
toujours au 75ue degré au lever du soleil,
et au 85e à midi.
Quels que soient néanmoins les inconvéniens que cause dans ces iles la chaleur
du jour, ils sont pleinement compensés
par la beauté et la sérénité des nuits. La
lune se. lève brillante et majestueuse dans
un horizon sans nuages : la voie lactée et
la planète Vénus ont un éclat inconnu
dans notre ciel : le paisage est superbe,
et l'air frais et délicieux.
Vers le milieu d'août, le thermomètre --- Page 16 ---
(4)
monte à une hauteur extraordinaire : la
brise rafraichissante cesse 2 et les grands
nuages rouges qui bordent l'horizon méridional annoncent l'approche des pluies. Les
nuages roulent horizontalement vers les
montagnes : le tonnerre retentit d'un bout
à l'autre, et le tout offre une scène frappante et sublime. C'est à cette époque que
les ouragans 2 ces fléaux terribles et dévaszateurs, se font si souvent sentir.
En novembre ou décembre - > le vent de
nord commence. Il est d'abord accompagné
de fortes ondées de pluie, à la fin l'atmosphère s'éclaircit ; et ce tems-là jusqu'au mois
de mars peut s'appeler hiver. C'est cependant un hiver bien différent de ceux dont
on éprouve larigueur dans les pays du nord:
il est frais, sain et agréable.
Cette description du climat n'est pas indistinctement applicable à toutes les fles de
l'Amérique. La grandeur, la culture, une
surface montueuse, et d'autres circonstances
peuventpar-tout occasionner une variété de
climats.
Des écrivains prévenus et ignorans ont
décrit les iles de P'Amérique, quand elles
furent découvertes par les navigateurs es-
dont
on éprouve larigueur dans les pays du nord:
il est frais, sain et agréable.
Cette description du climat n'est pas indistinctement applicable à toutes les fles de
l'Amérique. La grandeur, la culture, une
surface montueuse, et d'autres circonstances
peuventpar-tout occasionner une variété de
climats.
Des écrivains prévenus et ignorans ont
décrit les iles de P'Amérique, quand elles
furent découvertes par les navigateurs es- --- Page 17 ---
(5)
pagnols, comme des déserts affreux et impénétrables. Pour être convaincu de la
fausseté de cette assertion, il n'y a qu'à
consulter les expressions de Colomb luimême, quand il rend compte à Ferdinand,
son souverain, de ses nouvelles découvertes:
cc Ily y a, dit-il, une rivière qui se jete dans
cc lej portquej'ai nommé Porto-Santo, assez
ec profonde pour être navigable. J'ai eu la
<C curiosité de la sonder 9 et j'y ai trouvé.
< huit brasses d'eau. Cependant l'eau est si
ec claire, qu'on peut aisément voir le sable
cc qui est au fond : ses rives sont ornées de
4C hauts palmiers, dont l'ombre' offre une
& fraîcheur délicieuse, et les oiseaux et les
ec fleurs que l'on y voit sont superbes et peu
e communs. Cette scène fit sur moi une
e telle sensation, que javois presque pris
c la résolution- d'y passer le reste de mes
ec jours 5 car croyez-moi, sire > ces pays
cc surpassent le reste du monde pour l'agré-
< ment et les commodités; et j'ai souvent
EC observé à mes gens que, malgré tous mes
< efforts pour donner à votre majesté une
cc juste. idée des objets charmans qui se préec, sentent continuellementànos yeux,la des-"
ec. cription sera fort éloignée de la réalité>.. --- Page 18 ---
(6)
Telle étoit l'admiration d'un homme dont
la véracité n'a jamais été révoquée en doute.
S'il existe quelques époques oùt ces superbes
et fertiles régions n'ont offert qu'un aspect
stérile et des plantes inutiles, on ne doit
les attribuer qu'à l'extirpation de leurs cultivateurs naturels, par les féroces aventuriers espagnols.
Le fait est que, dans l'origine, ces iles
étoient dans un hautdegré de culture. Leurs
savannahs, ou plaines, produisoient abondance de bled de turquie, et leurs bois, 9
n'étant pas ercombrés de broussailles, offroient constamment un ombrage agréable
où les rayons brûlans du soleil ne pénétroient jamais, et où le souffle bienfaisant
des zéphirs cireuloit librement.
Ces vergers fleuris, ces forêts toujours
vertes étoient d'une grandeur inconnue
dans le climat froid et le sol moins vigoureux de l'Europe. Quelle forêt européenne
a jamais produit un arbre semblable au
ceiba (1), dont le tronc creusé fait seul un
canot, susceptible de contenir cent individus ; ou au figuier plus gigantesque cncoxe 9:
(1) Le cotonnier sauvege..
zéphirs cireuloit librement.
Ces vergers fleuris, ces forêts toujours
vertes étoient d'une grandeur inconnue
dans le climat froid et le sol moins vigoureux de l'Europe. Quelle forêt européenne
a jamais produit un arbre semblable au
ceiba (1), dont le tronc creusé fait seul un
canot, susceptible de contenir cent individus ; ou au figuier plus gigantesque cncoxe 9:
(1) Le cotonnier sauvege.. --- Page 19 ---
(7)
qu'on peunt appeler le souverain du monde
végétal, et qui seul forme une forêt?
Mais la scène majestueuse des vergers et
des bois est encore embellie par les animaux
qui l'habitent. Le créateur de l'univers paroît avoir singulièrement favorisé ces iles;
on n'y rencontre pas: ces multitudes de
serpens venimeux qui infestent les pays
situés dans la même latitude. Ony voit, à
la vérité, l'alligator sur le bord' - de la mer;
mais, malgré tout ce qu'on a dit de la férocité de cet animal, je suis persuadé qu'il
est timide et poltron, toujours prêt à abandonner les endroits fréquentés par Fhomme.
Quant à leurs lézards, ils ne sont pas méchans et ne cherchent qu'à folâtrer.
Leurs forêts étoient anciennement habitées par une petite espèce de singes, sans
méchanceté et très-amusans, mais ilr n'y en
a presque plus : le. flamingo. ou flamand : s
oiseau grand et superbe, dont le plumage
ressembledla plus belle écarlate, y est aussi
devenu fort rare. Mais ce que leurs camr
pagnes contiennent de plus curieux, c'est
l'oisean-mouche, dont la petitesse. et le
plumage éclatant, riche et varié,le rendent
le plus beau etle plus surprenant dela gento
aérienne. --- Page 20 ---
(8)
Il est vrai que les oiseaux des Tropiques
ne sont guères recommandables que par la
beauté de leur plumage ; les forêts ne sont
cependant pas sans harmonie. Le chant de
l'oiseau-moqueur (1) est extrèmement agréable; tandis que le bourdonnement de myriades d'insectes, , et la mélodie plaintive
des pigeons ràmiers forment un concert
qui, s'il n'éveille pasl'imagination, adoucit
au moins les affections et invite au repos.
Quand on quitte ces objets d'un intérêt
médiocre, pour jeter les yeux sur les prodigieuses montagnes de ces régions, 3 qui s'élèvent au-dessus des nuages, et dont le
sommet est couvert d'une neige éternelle,
on tombe dans une méditation plus profonde. Le spectateur qui, du haut de ces
montagnes, voit ce qui se passe au-dessous,
s'imagine que c'est une scène enchantée.
Tandis que tout est calme et sereirt dans les
régions élevées, 9 les nuages au-dessous de
lui filent rapidement le long des côtés des
montagnes s et, s'accumulant petit à petit
(1) L'oiseau. - moqueur imite le chant de lous les.
autres oiseaux et le cri des animaux : c'est de là quie
lui vient le nom de moqueur. (Nole du traducleur.)
s'imagine que c'est une scène enchantée.
Tandis que tout est calme et sereirt dans les
régions élevées, 9 les nuages au-dessous de
lui filent rapidement le long des côtés des
montagnes s et, s'accumulant petit à petit
(1) L'oiseau. - moqueur imite le chant de lous les.
autres oiseaux et le cri des animaux : c'est de là quie
lui vient le nom de moqueur. (Nole du traducleur.) --- Page 21 ---
(9)
les uns sur les autres, finissent par tomber
en torrens dans les plaines. Il entend distinctement le bruit de la tempête ; il voit
l'éclair éloigné serpenter dans l'obscurité ;
le tonnerre gronde au-dessous de ses pieds
et fait reténtir tous les échos d'alentour. --- Page 22 ---
ro )
CHAPITRE II.
Des Caraibes, : o1 anciens habitans des îles du vent.
- Origine. Caractère. Meeurs.
Figure.
Habitudes.. - Éducation. - Aris et manufactures.-
Religion. - Conclusions.
Araisa avoir décritle climat et les saisons,
et tâché de donner au lecteur une foible
idéede la beauté et de lai mnagnificence dont
la main de la nature a orné ces iles, je vais.
examiner les habitans qui en étoient possesseurs, quand elles furent découvertes par
les Européens.
Hispaniola (1) fut la première fle qui
eut l'honneur de recevoir Colomb, après
le voyage le plus étonnant et le plus important dontil soit fait mention dans l'histoire. Il trouva que les habitans de cettefle et des trois autres, que les navigateurs
espagnols nommèrent sous le vent, étoient
simples, heureux et fort hospitaliers; mais
il fut informé qu'il y avoit à, l'est,. une
(1) Saint-Domingue. --- Page 23 ---
(J1 )
nation féroce et guerrière appelée Caraibe ;
qu'elle étoit composée de cannibales faisant
souvent des incursions chez leurs voisins
plus paisibles, et portant par-tout la terreur
et la dévastation. Dans son second voyage,
Colomb découvrit que ces antropophages
étoient les habitans des iles du vent.
Les historiens ont fait diverses recherches pour découvrir les .causes extraordinaires du voisinage de deux nations d'un
caractère si opposé. Rochefort, historiographe du pays,offre des raisons plausibles
pour prouver que les habitans des grandes
fles étoient descendus des originaires des
Indes occidentales; et que les féroces Caraibes étoient des émigrés de l'Apalachie,
qui avoient détruit les naturels, excepté
ceux dont le nombre et l'étendue de leur
territoire les avoient préservés d'une ruine
totale.
Mais Martyr, historien plus intelligent,
a donné des argumens très-puissans contre
cette conjecture. Il seroit néanmoins trop
ennuyeux d'entrer dans une pareille discussion : il est certain que la différence du
langage et des traits des deux nations, ne
permet pas de supposer qu'elles soient de
,
qui avoient détruit les naturels, excepté
ceux dont le nombre et l'étendue de leur
territoire les avoient préservés d'une ruine
totale.
Mais Martyr, historien plus intelligent,
a donné des argumens très-puissans contre
cette conjecture. Il seroit néanmoins trop
ennuyeux d'entrer dans une pareille discussion : il est certain que la différence du
langage et des traits des deux nations, ne
permet pas de supposer qu'elles soient de --- Page 24 ---
(12)
même origine; mais il est difficile de déterminer d'oà elles sont émigrées ou sorties *
et cela n'est même pas digne de nos recherches.
Sans donc nous en occuper davantage 9
tâchons de choisir des faits incontestables
qui puissent nous faire connoître Jeurs.
moeurs et leur caractère.En nous acquittant
de cette tâche , quelque bornés que nous.
soyons pour les matériaux, nous en pourrons tirer des conséquences fort importantes pour l'étude de la nature humaine.
Le courage oula poltronerie est toujours
un trait marquant du caractère d'un homme,.
et les nations ne se distinguent pas moins
que les individus par l'étendue et la naturede ces qualités.
Les Caraïbes étoient braves; mais leur
courage étoit celui des barbares, terni par
la vengeance 7 et dégradé par la cruauté.
Accoutumés, dès leur tendre jeunesse, 3 au
métier des armes ; enseignés à regarder lai
réputation militaire comme la première des:
vertus; incapables, 7 par leurs habitudes actives, de goûter chez eux les douceurs dela tranquillité, ou de cultiver les arts bien-
: faisans de la paix, ils considéroient la: --- Page 25 ---
(13)
guerre comme le principal objet de leur
existence, et lat paix comme une simple
trève aux hostilités, pour se préparer à de
nouvelles vengeances.
Leur ardeur dans le combat se changeoit
en fureur insatiable; car ils dévoroient sans
remords le corps des ennemis qu'ils avoient
tués ou faits prisonniers.
Ce fait, si désagréable à raconter, (quoiques bien prouvé) fut pendant un tems
opiniâtrément nié par ces philosophes européens,qui, jaloux de maintenir la dignité
de notre nature, révoquoient en doute la
véracité de tous ceux qui assuroient avoir
vu des cannibales. Mais les découvertes des
voyageurs modernés ne nous laissent aucun
lieu de douter de l'existence'de ces êtres
dégradés. Quant aux Caraibes, l'accusation.
est complètement prouvée ; car Colomb
raconte qu'ayant débarqué à la Guadeloupe,
il vit dans plusieurs chaumières des têtes
et des membres de corps humains, récemment coupés, et que l'on gardoit évidemment pour d'autres repas!
Jusqu'ici, il faut avouer que les dispositions des Caraïbes ne. laissent pas une impression bien agréable dans notre.esprit.
'existence'de ces êtres
dégradés. Quant aux Caraibes, l'accusation.
est complètement prouvée ; car Colomb
raconte qu'ayant débarqué à la Guadeloupe,
il vit dans plusieurs chaumières des têtes
et des membres de corps humains, récemment coupés, et que l'on gardoit évidemment pour d'autres repas!
Jusqu'ici, il faut avouer que les dispositions des Caraïbes ne. laissent pas une impression bien agréable dans notre.esprit. --- Page 26 ---
(14)
En considérant cette circonstance dans
leurs moeurs, nous ne pouvons guères les
regarder comme des hommes, 2 mais plutôt
comme des monstres qu'il étoit permis d'anéantir. Cependant tout le tableau de leur
caractère ne correspond pas à ce trait désagréable : on trouve dans le Caraibe une
amitié sincère, une indépendance d'esprit
noble et énergique, et une portion des
passions sociales.
Tout le monde convient que, lorsque
quelques Européens avoient gagnéleur confiance, ils la possédoient sans réserve. Leur
arhitié étoit aussi ardente que leur haîne
implacable. Les Caraibes de la Guyane
font encore grand, cas de la tradition de
l'alliance de Ralcigh, et conservent jusqu'à
ce jour les drapeaux anglais qu'il leur laissa
en les quittant.
Un écrivain, quin'est point partial àleur
égard, donne la relation suivante de la noblesse de leurs sentimens, et deleur horreur
pourl'esclavage : C Iln'y a sur la terre, dit
CC Labat, aucune nation plus jalouse de son
€C indépendance que les Caraïbes; et quand
C ils voient le respect qu'un Européen téc moigne à ses supérieurs, ils nous mé- --- Page 27 ---
(15) )
prisent comme de vils esclaves qui avons
< la bassesse de ramper devant nos sem4 blables >.
Il auroit été heureux que cette conviction
de leur dignité eût été accompagnée de la
douceur et de l'humanité; mais leur passion
dominante pour la guerre réprima cet instinct de la nature, que la beauté du climat
auroit autrement. produit. La passion de
l'amour n'y étoit pas fortement sentie : par
la nature de leurs ornemens,ils paroissoient
plutôt enclins à inspirer la terreur qu'à
devenir des objets d'admiration ; et, véritablement, les hideuses balafres qui défiguroient leurs visages , la force et la vigueur
de leurs personnes, 3 et ce roulement vif et
sauvage de leurs yeux qui sembloit être
une émanation de leur esprit martial, rendoient leur apparence terrible et frappante.
Aussitôt qu'un Caraibe étoit né, il étoit
arrosé du sang de son père. Cette cérémonie
étoit extrèmement pénible pour le père ;
mais il s'y soumettoit, s'imaginant que la
fermeté qu'il montreroitdans cette occasion
seroit transmise à son fils:
Avant qu'un jeune homme pat lui-même
être admis aux honneurs de la virilité, on
esprit martial, rendoient leur apparence terrible et frappante.
Aussitôt qu'un Caraibe étoit né, il étoit
arrosé du sang de son père. Cette cérémonie
étoit extrèmement pénible pour le père ;
mais il s'y soumettoit, s'imaginant que la
fermeté qu'il montreroitdans cette occasion
seroit transmise à son fils:
Avant qu'un jeune homme pat lui-même
être admis aux honneurs de la virilité, on --- Page 28 ---
(16)
essayoit son courage par les plus pénibles
expériences. Il étoit, comme les jeunes
Spartiates, tourmenté par la main de son
plus proche parent, , et, comme eux > il
établissoit sa réputation par le mépris des
souffrances. Quand sa patience avoit bravé
leurs persécutions, ils s'écrioient: Cc MainC tenant c'est un homme comme. nous ; >>
et ils' l'admettoient dans leur société, et le
menoient à la guerre.
Ce même courage, qui portoit le jeune
homme aux honneurs de la virilité, étoit
aussi l'épreuve de la supériorité, 3 quand des
ambitieux concouroient pour le commandement. Le guerrier étoit exposé à mille
tourmens affreux $ avant qu'on le jugeât
digne d'être chef. Le Caraibe ambitieux qui
arrivoit à cette dignité, devoit avoir acheté
cet honneur bien cher. Il étoit impossible
de s'attendre à une parfaite obéissance de
la part d'un peuple si passionné pour l'indépendance. Le chef se contentoit de la
gloire de son titre, du droit qu'il avoit de
s'approprierlese captives, et desprésens qu'on
lui faisoit, des pius belles filles de ses compatriotes.
C'est peut-être de ce dernier tribut que
it à cette dignité, devoit avoir acheté
cet honneur bien cher. Il étoit impossible
de s'attendre à une parfaite obéissance de
la part d'un peuple si passionné pour l'indépendance. Le chef se contentoit de la
gloire de son titre, du droit qu'il avoit de
s'approprierlese captives, et desprésens qu'on
lui faisoit, des pius belles filles de ses compatriotes.
C'est peut-être de ce dernier tribut que --- Page 29 ---
(17)
I'usagedel la polygamie prit naissance, Mais,
quoique données comme la récompense de
la valenr, Ies femmes étoient plutôt traitées
en esclaves qu'en épouses. Elles étoient
chargées de toute espèce de travail humiliant; elles n'épronvoient ni égard,ni humanité, et n'avoient pas même le privilège
de manger avec les hommés. Tel est le sort
de toutes les femmes chez les sauvages : les
progrès d'une nation, dans ce qui est bon
et lrumain, sont marqués par la dignité et a
le bonheur du sexe fominin.
Le guerrier caraibe n'avoit guères d'autre
ornement op vêtement, qu'une plume qui
lui passoit à travers le cartilage du nez,et
les dents des ennemis qu'il avoit dévorés,
suspendus autour de ses jambes et de ses
bras. Les habits étoient, à la
vérité, peu
nécessaires dans un climat où l'onn'éprouve
jamais les rigueurs de l'hiver. Les femmes,
après l'âge de puberté, portoient une espèce de brodequin ou demi-botte, faite de
coton ; mais aucune captive ne pouvoit
a prétendre à .cette distinction.
Leurs longs cheveux noirs- formoient le
principal ornement des deux sexes; et cet
ornement étoit aussi refusé aux captifs.
--- Page 30 ---
(18)
Comme tous les autres Américains, ilss'arrachoient la barbe dès qu'elle commençoit
à crottre ; circonstance qui fit croire à quelques personnes que les Américains n'avoient
pas naturellement de barbe; mais des témoignages oculaires nous ont démontré
cette erreur.
* La circonstance la plus remarquable de
ces Indiens est la manière dont ils façonnent les têtes de leurs enfans : on leur met
en naissant la tête entre deux planches 7
que l'on presse l'une contre l'autre, de manière que le front et le derrière ressemblent
aux deux côtés d'un carré. Les misérables
restes des naturels de l'ile de Saint-Vincent
conservent encore : cette coutume.* Leurs
villages ressembloient à un camp européen,
lenirs huttes étant faites de bâtons qui se
réunissoient vers le sommet, et couvertes
de feuilles de palmier. Dans le milieu de
chaque village, il y avoit une grande salle,
ouils s'assembloient et mangeoient en commun : ces salles servoient aussi à exercer
leur jeunesse aux jeux des athlètes et au
combat, ainsi qu'à leur inspirer de l'émulation par les discours de leurs orateurs.
Leurs arts et leurs manufactures, quoi-
un camp européen,
lenirs huttes étant faites de bâtons qui se
réunissoient vers le sommet, et couvertes
de feuilles de palmier. Dans le milieu de
chaque village, il y avoit une grande salle,
ouils s'assembloient et mangeoient en commun : ces salles servoient aussi à exercer
leur jeunesse aux jeux des athlètes et au
combat, ainsi qu'à leur inspirer de l'émulation par les discours de leurs orateurs.
Leurs arts et leurs manufactures, quoi- --- Page 31 ---
(19)
qu'en petits nombres > démontroient un
degré d'intelligence auquel on ne. se seroit
pas attendu de la part d'un peuple si peu
éloigné de l'état de nature. Colomb remar.
qua abondance de bonne toile de coton dans
toutes les fles qu'il'visita; et les naturels
avoient l'art de la teindre de diverses cou-#
leurs; mais les Caraibes aimoient de préférence la' couleur rouge. Avec cette toile, s
ils faisoient des hamacs ou des lits suspendus, tels que ceux dont on fait usage dans
les navires : car l'Europe les a non-seulement pris pour modèles, mais en a même
conservé le nom. Ils possédoient aussi l'art
de faire des vases pour les usages domestiques., qu'ils faisoient cuire au four comme
les potiers de, 'Europe. Par les fragmens de
ceux qu'on a dernièrement trouvés enfouis
à la Barbade, on voit qu'ils surpassoient de
beauconp en finesse, et par leur poli, ceux
que font les nègres. Leurs paniers 2 faits de
feuilles de palmeto , étoient très-élégans ;
et on dit que leurs arcs, flèches et autres
armes avoient une netteté et un poli qu'il
auroit été difficile à un habile artiste européen, de surpasser. 1 même avec ses outils.
Nous n'ayons pas de renseignemens cer- --- Page 32 ---
(20) )
tains sur la nature et l'étendue de leur agri-"
culture.. Chez un peuple si grossier 9 le
droit de propriété n'étôit pas bien entendu :
on trouve, en conséquence., qu'il y avoit
dans chaque village communauté de biens
et de travaux. Tous partageoient le travail
e labourer et de semer ; et chaque famille
avoit part au grenier public. Excepté dans
la seule circonstance de manger de la chair
humaine, leur nourriture paroît, 9 à tous
égards, la même que celle des naturels des
plus grandes iles. Quoiqu'ils fussent extrêmement voraces, 3 ils rejetoient cependant
quelques-uns des plus beaux dons de la
nature : ils ne mangeoient jamais de pecary
ou cochon du Mexique; de manatiou vache
de mer 5 ni de tortue. Quelqaes personnes
ont attribué cette horreur pour ces mets
exquis à l'influence de la religion ; et les
historiens fertiles n'ont pas oublié que
les Juifs avoient un pareil dégoût pour les
mêmes animaux.
En examinant leurs usages religieux,
nous en trouvons quelques-uns qui viennent de la nature, et d'autres de la superstition et qui sont inconcevables. A la naissance d'un enfant, le père jetnoit pendant
5 ni de tortue. Quelqaes personnes
ont attribué cette horreur pour ces mets
exquis à l'influence de la religion ; et les
historiens fertiles n'ont pas oublié que
les Juifs avoient un pareil dégoût pour les
mêmes animaux.
En examinant leurs usages religieux,
nous en trouvons quelques-uns qui viennent de la nature, et d'autres de la superstition et qui sont inconcevables. A la naissance d'un enfant, le père jetnoit pendant --- Page 33 ---
(21)
an jour entier 2 coutume qui ne pouvoit
provenir d'aucun motifraisomnable. A la
mort d'un père, lenrconduite étoit décente
et pieuse; ils déploroient sa perte avec un
véritable chagrin ; quittant ensuite le lieu
de sa résidence,ils élevoient une hutte dans
un autre endroit.
Leur croyance religieuse paroit être un
mélange de déisme et d'idolâtrie; mais dans
tous les tems leur dévotion fut plutôt le
résultat de la crainte que de la reconnoissance.Leurs idées d'un Etre suprême étoient
'grossières et indistinctes, etles prières qu'ils
lui adressoient par l'intermédiaire des divinités inférieures, n'étoient pas pour implorer sa protection, mais seulement pour
détourner sa vengeance. Les divinités inférieures étoient, comme les dieux des Romains, divisées en êtres supérieurs et subordonnés 3 en protecteurs nationaux et
domestiques ; et ce qui rend encore la ressemblance de cultes plus grande entre le
Romain et le Caraibe, c'étoit sa croyance
que chaque iudividu avoit son dieu particulier; ce qui correspond à l'esprit de la:
mythologie ancienne. --- Page 34 ---
(22) )
Mais outre leurs divinités bienfaisantes,
ils adoroient d'autres esprits, 3 par des rites
d'une superstition plus noire : pour détourner la colère de ces démons, leurs magiciens
offroient leurs sacrifices etl leurs prières dans
des lieux's sacrés. Dans ces occasions, l'adorateur se faisoit d'horribles incisions, s'imaginant, peut-être, que l'esprit féroce du
démon prenoit plaisir à entendre les gémissemens de la misère, et étoit appaisé par la
grande effusion du sang humain.
Voici l'csquisse la plus fiappante du Caraibe. Ce tableau est une assemblage de traits
grossiers et irréguliers, dont l'expression,
quoique peu agréable, ne laisse pas néanmoins de faire quelque sensation, à cause
de son courage mâle. Que ceux qui sont
choqués de la barbarie de ces moeurs et coutumes, prennent bien garde de ne pas les
attribuer aux simples suggestions de la nature. Cet état de barbarie n'est point naturel
àl'homme. Sil'impulsion de) la nature n'étoit
pas en contradiction directe avec de pareils a
usages, il ne faudroit pas une discipline si
-sévère et si constante pour endurcir le coeur
du jeune Caraibc contre tout sentiment de
de son courage mâle. Que ceux qui sont
choqués de la barbarie de ces moeurs et coutumes, prennent bien garde de ne pas les
attribuer aux simples suggestions de la nature. Cet état de barbarie n'est point naturel
àl'homme. Sil'impulsion de) la nature n'étoit
pas en contradiction directe avec de pareils a
usages, il ne faudroit pas une discipline si
-sévère et si constante pour endurcir le coeur
du jeune Caraibc contre tout sentiment de --- Page 35 ---
(23)
sympathie et de remords. La compassion et
Ia tendresse font le principal ornement etle
bonheur de notre vie; et, à l'honneur de
Phumanité, ce sont les premières inclinations de notre nature. --- Page 36 ---
(24)
CHAPIT RE IIL
Desnaturels d'Hispaniola, Cuba,1 la Jamaique, et PortoRico. Leur nombre. Leur apparence. - Génie.
Caractère. Gonvernement et religion. Mélanges d'observations concernant les arts et T'agriculture, ( Cruauté des Espagnols.
J. vais maintenant rendre compte d'un
peuple doux et comparativement policé, les
anciens habitans d'Hispaniola 2 Cuba s la
Jamaique et Porto-Rico ; car il n'y a point
de doute que les naturels de toutes ces iles
ne soient de même origine, parlant la même
langue, possédant les mêmes institutions,
et pratiquant les mêmes superstitions. Colomb les suppose tels; et le témoignage des.
historiens contemporains confirme son opinion.
Les naturels, ci-devant mentionnés des
fles da vent, regardent cesinsulaires comme
descendansd'une colonie d'Arrouaks,peuple
de la Guyane : et il n'y a pas lieu de douter
de la conjecture des Caraibesàce sujet. Leur
opinion est soutenue par Raleigh, et d'an- --- Page 37 ---
(25)
tres voyageurs, qui allèrent à la Guyane
et à la Trinitad, ou Trinité,il y a deux
siècles.
Les historiens ne sont pas d'accord sur le
nombre d'habitans que Colomb trouva dans
ces iles quand illes visita. Las-Casas les fait
monter à six millions ; mais d'après les renseignemens de plusieurs autres écrivains non
moins exacts,je suis porté à ne les évaluer
qu'à trois millionsau lieu de six. Telles sont
à la vérité les relations du carnage que les
Espagnols firent parmi ces malheureux Indiens que, pour l'honneur de Phumanité,
nous aimons mieux croire que leur nombre
a étéexagéré parles compagnons de Colomb,
afin de faire valoir davantage l'importance
de leur découverte.
Les enfans des deux sexes,chez ce peuple
simple,alloient absolument nus : et la seule
chose en usage pour les hommes et pour
les femmes, étoit une pièce de toile de coton
attachée autour de leur ceinture, et qui descendoit aux femmes jusqu'aux genoux. Ils
avoient une forme élégante et bien proportionnée, et étoient plus grands que les
Caraibes, 2 mais beaucoup moins vigoureux.
Comme les Caraibes, ils façonnoient aussi
de leur découverte.
Les enfans des deux sexes,chez ce peuple
simple,alloient absolument nus : et la seule
chose en usage pour les hommes et pour
les femmes, étoit une pièce de toile de coton
attachée autour de leur ceinture, et qui descendoit aux femmes jusqu'aux genoux. Ils
avoient une forme élégante et bien proportionnée, et étoient plus grands que les
Caraibes, 2 mais beaucoup moins vigoureux.
Comme les Caraibes, ils façonnoient aussi --- Page 38 ---
(26)
la tête de leurs enfans; ; mais leur méthode
étoit différente ; car ils pressoient le front
de manière à donner rune épaisseur extraordinaire au derrière de la tête. En rapportant ce fait,Jes Espagnols nous donnent en
même-tems un échantillon des experiences
humaines par lesquelles ilsle découvrirent.
Herrara raconte qu'il étoit impossible de
leur ouvrirle crane d'un seul coup de sabre,
et que souvent même le sabre se brisoit.
Leurs chevenx étoient uniformément noirs,
sans aucune tendance à la frisure ; leurs
traits durs et grossiers ; ils avoient le visage'
large et le nez plat 5 mais on apercevoit
cependant dans la physionomie l'expression de la franchise et de la douceur.
Les philosophes modernes, en traçant
leur caractère, les ont singnlièrement défigurés, et leur ont attribué des qualités qu'il
étoit impossible de concilier dans le même
caractère. Ils ont été accusés d'être poltrons, indolens et insensibles, etde n'avoir
pas plus d'esprit que dé tempérament.
Leur esprit mnilitaire étoit certainement
fort inférieur au barbare enthonsiasme du
guerrier caraibe ; mais ils n'étoient pas insensibles aux plaisirs des sens. Le fait est: --- Page 39 ---
(27)
que, chez cette race heureuse, l'amour n'étoit pas une passion passagère ou de jeunesse ; c'étoit la source de toutes leurs
jouissances et le grand objet de leur vie.
La soif de la vengeance ne donna jamais
d'aigreur à leur caractère, et le clinat aug.
mentoit le sentiment de leurs passions.
Qu'une nation qui possède les moyens de
luxe, sans la nécessité de travailler, soit
adonnée au luxe, cela n'est pas du tout
surprenant. Le peu de besoin de travailler
pouvoit bien en quelque sorte les affoiblir;
et il est possible d'admettre cette conclusion, sans dégrader- leur nature, ou sans
déclarer(comme quelques écrivains ont osé
le dire) que le climat est incompatible avec
la vigneur du corps.
Leurs membres sétoient néanmoins souples
et actifs; ils se plaisoient et excelloient dans
l'exercice de la danse, et ils dévouoient à
cet amusement les heures fraîches de la
nuit. CC C'étoit leur coutume, dit Herrara,
< de danser depuis le soir jusqu'au point
c du jour; et quoique, dans ces occasions,
C il se trouvât cinquante mille hommes et
C femmes,ils paroissoient mus par la même
< impulsion, obseryant la mesure par les
anmoins souples
et actifs; ils se plaisoient et excelloient dans
l'exercice de la danse, et ils dévouoient à
cet amusement les heures fraîches de la
nuit. CC C'étoit leur coutume, dit Herrara,
< de danser depuis le soir jusqu'au point
c du jour; et quoique, dans ces occasions,
C il se trouvât cinquante mille hommes et
C femmes,ils paroissoient mus par la même
< impulsion, obseryant la mesure par les --- Page 40 ---
(28)
CC mouvemens de leurs pieds et de leura
Cc ma'ns, avec une exactitude vraiment
e digne d'admiration.>
Il y avoit aussi un autre divertissement
en vogue parmi eux,appeld le baio, qui,
d'après le compte que lon nous en a rendu,
paroit avoir ressemblé au jen de crosse.
Les joueurs étoient divisés en deux bandes,
qui changeoient alternativement de place;
tandis qu'une balle élastique, adroitement
jetée en avant et en arrière, étoit reçue sur
la tête, le coude ou le pied, et renvoyée
avec une force étonnante. De pareils efforts
n'annoncent pas un peuple invariablement
énervé et indolent.
Les écrivains
européens 3 peu satisfaits
d'avoir déprécié leurs talens personnels, ont
outre cela déclaré que leur esprit étoit inférieur au nôtre. Ces philosophes auroient da
réfléchir que leur situation seule, sans recourir à d'autres raisons, étoit une cause
suffisante du petit nombre de leurs idées.
L'énergie d'esprit d'un Européen éclairé ne
provient pas de la nature 7 mais des circonstances. Il est intelligent et savant, non
pas par des connoissances innées, mais en
cultivant ses facultés, ceà quoi il est excité.
par le besoin ou l'ambition. --- Page 41 ---
(29)
Mais ce qu'il manquoit d'énergie à ces
Indiens, étoit amplement compensé par la
douceur de leur caractère; puisque, d'après
le témoignage de tous les écrivains s et
même des historiens superstitieux, ils sont
représentés comme les plus doux et les plus
hospitaliers de l'espèce humaine.
Entre autres exemples de leur bienveillance, le trait suivant n'est pas le moins remarquable. Peu après la première arrivée de
Colomb à Hispaniola, un de ses vaisseaux
fit nanfrage sur la côte. Les naturels, dédaignant profiter de sa détresse, mirent aussitôt en mer pour voler à son secours. Des
milliers de canots furent en mouvement;
il ne périt personne de son équipage; et il
n'y eut aucun article de perdu ou d'égaré
des marchandises qui furent sauvées du naufrage. Le cacique Guacanahari-alla le lendemain rendre visite à Colomb : et s'apercevant que, malgré tous les efforts imaginables, le vaisseau et une. partie de la cargaison seroient inévitablement perdus S, il
consola Colomb dans des' termes qui excitèrent la surprise et l'admiration, et lui
offrit, les larmes aux yeux, tout ce qu'il
possédoit au monde pour réparer ses pertes.
garé
des marchandises qui furent sauvées du naufrage. Le cacique Guacanahari-alla le lendemain rendre visite à Colomb : et s'apercevant que, malgré tous les efforts imaginables, le vaisseau et une. partie de la cargaison seroient inévitablement perdus S, il
consola Colomb dans des' termes qui excitèrent la surprise et l'admiration, et lui
offrit, les larmes aux yeux, tout ce qu'il
possédoit au monde pour réparer ses pertes. --- Page 42 ---
(30 )
Qni peut apprendre, sans éprounver la plus
grande indignation, que cette bienveillarce
inouie fut payée par la plus vile ing.atitude de la part des Européens ? Les cruels
Espagnols devinrent les victimes de la juste
fureur des Indiens ; mais Gnacanahari fut
couvert de blessures, en s'efforçant de les
protéger contre ses compatriotes. Colomb
revint 3 et l'attachement généreux de ce
peuple bienfaisant se ranima.
Barthelemi Colomb, qui fut nommé vicegouverneur en l'absence de Colomb, nous
rend un compte agréable dè l'hospitalité
qu'ilé éprouva en paicourant l'ile pour lever
des tributs.. Les caciques, voyant l'amour
de l'or des Espagnols, donnèrent volontairement tout ce qu'ils avoient, et ceux qui
n'en avoient pas offrirent des provisions
ou du coton. Entre ces derniers étoit Behechio, qui invita le vice-gonverneur et*sa
suite dans ses dominations. Quand les Espagnols furent près de son palais, ses trente
femmes allèrent au-devant d'eux , et les
saluèrent d'abord par une danse, et ensuite
par un chant général. Ces matrones furent
suivies d'une bande de vierges, distinguées
comme telles par leur extérieur ; les pre- --- Page 43 ---
(3r)
mjères portant des tabliers detoile de coton,
tandis que les dernières n'avoient d'autres
ernemens que ceux de la simple nature.
Leurs cheveux étoient attachés avec une
bandelette sur leur front, ou flottoient avec
grâce sur. leursein et sur leurs épaules. Leurs
membres étoient bien proportionnés, et leur
teint, quoique brun, étoit brillant et aimable. Les Espagnols furent frappés d'admi--
ration,'et s'imaginèrent voir les dryades des
forêts, et les nymphes des fontaines mentionnées dans la fable. Ellesdonnèrent alors
avec un profond respect au vice-g gouverneur, les inandlewgpolinsndiemalw main.
Quand ce dernier fut entré dans le palais,
il trouva un repas splendide (d'après la
coutume des Indiens) déja préparé. La
nuit ils reposèrent dans 1 des hamacs der
coton, et le lendemain matin on les régala
dedanses et de chants. Les Espagnols furent
traités de cette noble manière pendant trois
jours,etle quatrième, les affectueux Indiens
furent fichés de leur départ.
Le gouvernement de ces fles étoit purement et absolument monarchique; mais la
douceur naturelle du caractère des habitans
aroit introduit un mélange de bonté et de
*
paré. La
nuit ils reposèrent dans 1 des hamacs der
coton, et le lendemain matin on les régala
dedanses et de chants. Les Espagnols furent
traités de cette noble manière pendant trois
jours,etle quatrième, les affectueux Indiens
furent fichés de leur départ.
Le gouvernement de ces fles étoit purement et absolument monarchique; mais la
douceur naturelle du caractère des habitans
aroit introduit un mélange de bonté et de
* --- Page 44 ---
(3 32 )
tendresse paternelle, même dans l'exercice
de l'autorité absolue. Si leurs monarques
avoient usé de toute l'étendue de leur prérogative pour fouler aux pieds les droits des
sujets, ces derniers auroient été trop avilis
pour être susceptibles d'une générosité telle
que celle dont je viens de parler.
Leurs caciques étoient héréditaires, et il
yavoit d'autres chefs qui leur étoient subordonnés. Oviedo raconte que ces princes
étoient obligésd'olyiren personneaux ordres
du grand cacique, en paix comme en'guerre.
Ainsi, les principes de leur gouvernement
semblent avoir été les mêmes que ceux des
anciens gouvernemens féodaux de l'Europe;
mais les historiens espagnols ne nous ont
pas donné de documens suffisans sur les
autres parties de leur constitution. Nous
voyons que la monarchie étoit héréditaire,
et Oviedo nous apprend que l'une des
femmes du cacique étoit regardée comme
reine, et que les enfans de cette reine succédoient, selon l'ordre de la naissance, aux
honneurs de leur père; ; mais au défaut d'en.
fans de la princesse favorite 3 les soeurs du
cacique héritoient, de préférence aux ens
fans des autres femmes. Il est clair que le --- Page 45 ---
( 2e 33 )
but d'un pareil réglement étoit de prévenir
les querelles entre une foule de prétendans
au trône, quiy avoient tous un égal droit. Comme le premier cacique surpassoit en
autorité les princes subordonnés,il affichoit
aussi une plus grande pompe et plus de
magnificence. Semblable aux nababs de
l'Orient, il étoit porté d'un bout à l'autre
de ses États sur les épaules de ses sujets. Sa
volonté faisoit la loi suprême ; quels que
fussent ses ordres, quand même il auroit
commandé à l'infortunée victime de s'immoler de ses propres mains,le sujet se soumettoit sans hésiter, dans la persuasion que
la résistance au délégué du ciel (1) étoit
une offense impardonnable. Leur souverain, même après sa mort,
étoit toujours l'objet de leur vénération:
s'il mouroit dans son palais, 3 son corps
étoit préservé ; mais quand il périssoit en
bataille, et qu'il étoit impossible de se pro-
(1) D'après cette relation 1 il paroit que la forme
de gouvernement dont il est ici question 2 loin d'être
une monarchie, est plutôt un pur despotisme théocratique, et ce despotisme est le plus doux à supporter, parce que le sujet regarde son chef comme
le délégué du ciel. (Nole du fraducteur.)
--- Page 46 ---
(34)
curer son cadavre, sa mémoire étoit constamment l'objet chéri de l'admiration de ses
compatriotes. On composoit à sa louange des élégies,
appelées arietoes. Le récit de ces éloges
funèbres, étoit une cérémonied'assez grande
importance ; il se faisoit à Jeurs danses
publiques, 9 et étoit accompagné de leur
musique sauvage, mais expressive, du chichikoy (1) et du tambour.
er son cadavre, sa mémoire étoit constamment l'objet chéri de l'admiration de ses
compatriotes. On composoit à sa louange des élégies,
appelées arietoes. Le récit de ces éloges
funèbres, étoit une cérémonied'assez grande
importance ; il se faisoit à Jeurs danses
publiques, 9 et étoit accompagné de leur
musique sauvage, mais expressive, du chichikoy (1) et du tambour. Les exploits
guerriers du prince décédé et sa bienfaisance étoient les sujets de ces élégies. C'est'
ainsi qu'en célébrant les morts, ils donnoient des leçons aux vivans. En examinant leurs opinions religieuses,
nous trouvons chez les historiens une anecdote qui semble indiquer que les notions
d'une responsabilité future pour les actions
de cette vie, étoient admises dans leur mythologie. Un vénérable vieillard de l'ile de
Cuba, s'approchant de Colomb 3 lui présenta un panier 2 en lui adressant ces paro-
(r) Lc chichikoy est une gourde avec un manche,
dans laquelle les Indiens mettent de petits cailloux, et
qu'ils agitent ensuile pour faire du bruit. (Note du traducteur.)
--- Page 47 ---
( 35 )
les : C Daignez, 6 étranger,
accepter ce
C présent. Vous êtes venu dans notre
C et: nous n'avons ni le pouvoir, ni le pays, desir
cc de vous résister. Nous ne savons
si
pas
cc vous êtes un mortel comme nous ; mais
c si vous devez mourir, souyenez-vous
que
e dans le monde à venir, la situation des
xc bons et des méchans sera bien différente. cc Si vous êtes persuadéde cette
vérité, vous
K ne ferez certainement pas de mal à ceux
C qui ne vous font aucune injure. >> Mais
leurs idées d'un autre monde
s quoique
précises, n'étoient pas épurées : leur ciel
ressembloit au paradisde Mahomet ouàl'élisée des payens. Cependant toujours fidèlesau
tendre sentiment de leur nature, ils se plaisoient à croire que leur principal bonheur
seroit la société de leurs amis décédés. Comme les Caraibes, , ils avoient une idée
confuse d'un Etre suprême ; mais cette idée
étoit obscurcie par une multitude d'absurdités puériles S car, selon leur mythologie,
leur Dieu changeoit de domicile à volonté,
et passoit du soleil dans la lune, comme
on va d'une maison de ville à une maison
de campagne; et son père et sa mèré étoient
encore vivans.
bonheur
seroit la société de leurs amis décédés. Comme les Caraibes, , ils avoient une idée
confuse d'un Etre suprême ; mais cette idée
étoit obscurcie par une multitude d'absurdités puériles S car, selon leur mythologie,
leur Dieu changeoit de domicile à volonté,
et passoit du soleil dans la lune, comme
on va d'une maison de ville à une maison
de campagne; et son père et sa mèré étoient
encore vivans. Ils n'attribuoient à ce Créateur suprême --- Page 48 ---
(36 )
aucune providence sur ses ouvrages; $ mais ils
le représentoient comme indifférent au bonheur ou au malheur de ses créatures. Ils
croyoient cependant que sa première intention, en créant l'univers, avoit été bonne ;
mais que les dieux subalternes, à l'administration desquels il avoit confié ses affaires 3 étoient devenus ennemis du genre
humain, et avoient introduit dans le monde
le mal et le désordre. Leurs idoles étoient
hideuses et épouvantables : ils ne les imploroient pas avecvénération, maisavec crainte;
non pas avec de pieusés espérances > mais
avec une méfiance superstitieuse.
Leurs bohitos ou prêtres s'assembloient publiquement dans chaque village, pour invoquer ces démons en faveur du peuple. Ces
prêtres ajoutoient, aux profits de leur profession, la pratique de la médecine, et l'éducation des enfans du premier rang 3 combinaison d'intérêts et de professions: respectables, qui devoit leur procurer une autoritéi très-comsidérable. Ici, comme en Europe, la religion étoit devenue l'instrument
du despotisme civil. Le bohito révéré sanctionnoit les paroles du cacique, en le déclarant le délégué - irrésistible de la divinité, --- Page 49 ---
(37)
et ç'anroit été une impiétéhorrible de la part
du sujet d'avoir révoqué ce décret en donte.
Colomb et ses gens découvrirent, dans
une occasion, ce procédé d'impostures, en
brisant l'idole qui rendoit les oracles du
prètre : on aperçut alors un tuyan, qui
étoit couvert de feuilles, . et qui passoit dans
Tappanementintérieur; c'étoitpar ce moyen
quele prêtre transmettoit ses paroles. Le cacique pria Colomb de garder le secret, parce
que c'étoit par ce charlatanisme qu'il acquérait ses: richesses et maintenoit son autorité.
En fait de progrès dans les arts qui contribuent aux aisances de la vie, on a fait la
comparaison entre ce peuple et les naturels
d'Otahiti, et je crois que l'on peut sans hésiter accorder la priorité aux habitans des
Indes [occidentales. Leur agriculture a étd
représentée comme imparfaite ; mais le témoignage direct du frère de Colomb prouve
qu'ils avoient fait des progrès considérables.
c Les champs des environs de Zabra, > dit
< Barthélemi, étoient tous couverts de mais,
<C comme, les champs de bled de l'Europe,
ec pendant l'espace de plus de six lieues. >7
Entr'autres auteurs, le docteur Robertson a
priorité aux habitans des
Indes [occidentales. Leur agriculture a étd
représentée comme imparfaite ; mais le témoignage direct du frère de Colomb prouve
qu'ils avoient fait des progrès considérables.
c Les champs des environs de Zabra, > dit
< Barthélemi, étoient tous couverts de mais,
<C comme, les champs de bled de l'Europe,
ec pendant l'espace de plus de six lieues. >7
Entr'autres auteurs, le docteur Robertson a --- Page 50 ---
(38 )
donnéune relation défavorable de Ieur agriculture.
Mais ses assertions sont dénuées de preuves,
et il ne conclut que d'après des bases incertaines; savoir: qu'ils n'avoient que desinstrumens de bois dur pour cultiver la terre.
Le docteur ne connoissoit certainement pas
le sol de ces pays, autrement il auroit Su
qu'il n'est pas susceptible de beaucoup de
résistance, et qu'on peut le labourer avec.
des outils qui n'ont pas. la dureté du fer.
Dans un pays si délicieux, dans un état
de société Si simple, et avec des dispositions
si douces et si bienveillantes, les naturels
doivent avoir joui de la félicité humaine la
plus parfaite; mais, en admettant dans leur
société et dans leur confidence les aventuriers d'Espagne, ils étoient bien éloignés de
comnoltrelesvipères qu'ilsréchauffoientdans
leur sein. Les horreurs des plus cruels tyrans
quise sont fait un jeu des tortures de leurs
semblables, ne sont rien en comparaison des
crimes affreux dontl'Europe s'estrendu coupable pour faire la conquête du nouveau
monde. Calcul modéré, dix millions d'ames,
tant du continent que des iles de l'Amérique, furent sacrifiées à l'avarice, à l'amu- --- Page 51 ---
(39 )
sement barbare, et à l'infernale bigoterie
des Fspagnols.
A l'arrivée de Colomb, , les aimables habitans d'Hispaniola, montoient au moins à
un milliond'ames: : dans l'espace de six ans
il n'en resta plus que soixante mille. Ils
étoient chassés comme des bêtes fauves dans
les champs 3 par une espèce de chiens fé- a
roces que l'on accoutumoit à manger leur
chair, et à sucer leur sang: Les plus religieux des assassins espagnols les forçoient
à entrer dans l'eau pour les baptiser 1 et leur
coupoient la tete,lemoment d'après, depeur
qu'ils n'apostasiassent. Il étoit aussi assez
commun d'en faire brûler ou pendre treize
dans une matinée, en honneur de notre Sauveur et de ses douze apôtres. Pour n'en
pas perdre l'habitude, ils établirent des
jeux, où l'émulation étoit excitée par des
paris ; c savoir, qui feroit sauter, avec le
>> plus d'adresse, la tête d'un Indien! >>
Les habitans de la vieille Espagne furent
instruits de toutes ces énormités ; mais ils
n'eurent ni la justice, ni la compassion de
protéger les innocens. A la fin, quand les
plaines délicieuses d'Hispaniola furentp presqu'entièrement dépouillées de leurs cultiva-
irent des
jeux, où l'émulation étoit excitée par des
paris ; c savoir, qui feroit sauter, avec le
>> plus d'adresse, la tête d'un Indien! >>
Les habitans de la vieille Espagne furent
instruits de toutes ces énormités ; mais ils
n'eurent ni la justice, ni la compassion de
protéger les innocens. A la fin, quand les
plaines délicieuses d'Hispaniola furentp presqu'entièrement dépouillées de leurs cultiva- --- Page 52 ---
(40 )
teurs originaires, la cour d'Espagne accorda
des permissions pour employer dans les
mines, que l'on commençoit alors à ouvrir
dans lile, les restes de ces malheureux insulaires , quel'on pouvoit prendre et traîner
dans l'esclavage. Pour donner plus d'efficacité à ce plan inhumain, on envoya des
vaisseaux aux iles Lucayes, dont les capitainesinformèrenformérent les naturels qu'ilsétoient
venus pour les conduire à la terre où vivoient lcurs ancêtres ; et que dans ce paradis de délices, ils vivroient dans une félicité perpétuelle avec leurs parens décédés.
Ce peuple crédule se laissa tromper, et quarante mille individus, séduits par ces fausses
promesses, vinrent partager les maux .qui
les attendoient dans les affreuses mines d'His.
paniola. Les. infortunés Lucayens, revenus
de leur erreur,. refusoient toute espèce de
nourriture, et se retirant sur le rivaged'Hispaniola opposé à celui de leurpays, jetoient
des regards plaintifs vers leurs flesnatales,
et respiroient avec ardeur la brise qui venoit
de ce côté (1). Quand la nature étoit épuisée
(1) Un de ces malheurenx Lucayens : plus industrieux que ses compaurictes, étant accoutumé à bâtir
des hulles dans son pays, fit un canot d'un trORC de --- Page 53 ---
(41)
de douleur et de faim, ils étendoient les
bras,comme] pour faureleursderniers adieux,
et expiroient le long de la côte. Les philosophes ont quelquefois soutenu qu'il n'y
avoit aucun être humain qui voulût commettre une action injuste ou barbare, 3 à
moins qu'il ne lui en revint quelque profit.
Chaques action a certainement un motif;mais
peut-on expliquer dans quelle vue d'avantage l'atrocité suivante et bien authentique
fut commise par les bourreaux d'Espagne ?
Las-Casas, qui a écrit son histoire peu de
tems après tous ces forfaits, etqui auroit facilement été démenti s'il avoit dit une
fausseté, 3 raconte le fait suivant, dont il fut
témoin oculaire.
C Un commandantespagnol étoitallé faire
< sa: méridienne, et avoitlaissé à son officier
<C de garde le soin des affaires de l'après-
<C midi,qui étoient seulementde faire griller
C tout vifs.4 ou 5 chefs Indiens. L'officier
< commença às'acquitter de sa commission
jaruma', , et mit en mer avec un homme et uno
femme. Son voyage fut heureux pendant l'espace de
soixante-six lieues; mais au moment oùr il touchoit
au port désiré, il fut rencontré par un vaisseatt
espaguol, et reconduit dans la misère.
in des affaires de l'après-
<C midi,qui étoient seulementde faire griller
C tout vifs.4 ou 5 chefs Indiens. L'officier
< commença às'acquitter de sa commission
jaruma', , et mit en mer avec un homme et uno
femme. Son voyage fut heureux pendant l'espace de
soixante-six lieues; mais au moment oùr il touchoit
au port désiré, il fut rencontré par un vaisseatt
espaguol, et reconduit dans la misère. --- Page 54 ---
(42)
ec enl lesi mettant surun fen lent; maisles cris
ec terribles que ponssèrent ces
C
malhenrenx,
empêchèrent le commantantdedomir: il
G envoya ordre qu'onlesétranglat; ;maisl'ofEC ficier de garde (je sais son nom, dit LasCc Casas, et je connois ses parens à Séville)
CC les fit bâillonner pour que leurs cris ne
< fussent pas entendus; et, remuantle feu
c de ses propres mains, continua deles gril-
< ler de propos délibéré jusqu'à ce qu'ils
< expirassent. ! > --- Page 55 ---
(43) )
CHAPITRE IV.
Animaux terrestres servant à la nourriture. - Poissons.
Oiseaux sauvages. Méthode indienue de chasser
et de pécher. - Légumes, elc. - Conclusion.
DANs les fles du vent, on trouve plusieurs
espèces d'animauxqui 1 n'existent pas dans les
quatregrandestles;: et ile estaussiremarquable
que tous les animaux que l'on rencontre
dans ces iles se trouvent aussi à la Guyane.
On peut tirer de-là une conjecture très-probable que les iles caraibes ont été peuplées
par les habitans du midi. Les plus remarquables de leurs animaux sont ceux qui
suivent :
L'agouti ou le lapin d'Inde, appelé par
Linnée mus aguti, et par Pennant et Buffon
cavi, est un animal qui semble tenir le milieu entre le rat et le lapin. On ne le voit
gueres dans les iles du'vent, mais communément à Hispaniola, Porto-Rico et sur les
collines de la Jamaique.
A l'arrivée des Espagnols, ily avoit dans
les ilesabondance de pecaris ou cochons du --- Page 56 ---
(44)
Mexique, appelés par Linnée SILS tajacu ;
mais ils sont absolument exterminés, probablement à cause de leur courage qui les
faisoit retourner sur leurs agresseurs. $ et de
cettemaniere lesconduisoità portée du fusil.
On en apporte maintenant du continent par
curiosité: : je pense qu'ils diffèrent fort peu
des cochons de l'Europe, sinon par une ouverture qu'ils ont sur le dos, d'oit il sort un
parfium fort estimé du genre du musc.L'aleo étoit dans le nouveau monde, ce que
le chien est chez nous. Cependant, quoique
l'aleo soit à presque tout autre égard semblable à notre chien, il n'avoit pasle pour
voir d'aboyer. Un historien espagnol nous
apprend qu'il avoit un nez comme celui du
renard, et ajoute que les Indiens étoient
si fort attachés à ce petit animal, qu'ils le
portoient par-tout ayec eux.
On y trouvoit des singes de plusieurs
espèces : le préjugé de l'habitude nous fait
regarder cet animal comme peu propre à la
nourriture; cependent ceux qui ont été
réduits à la nécessité d'en faire usage, ont
trouvé sa chair bonne et nourrissante : elle
a le goût de celle d'un lièvre.,
L'iguana ou la guana est une espèce de
si fort attachés à ce petit animal, qu'ils le
portoient par-tout ayec eux.
On y trouvoit des singes de plusieurs
espèces : le préjugé de l'habitude nous fait
regarder cet animal comme peu propre à la
nourriture; cependent ceux qui ont été
réduits à la nécessité d'en faire usage, ont
trouvé sa chair bonne et nourrissante : elle
a le goût de celle d'un lièvre.,
L'iguana ou la guana est une espèce de --- Page 57 ---
(45)
lézard (classe d'animaux que les historiens
ne savent s'ils doivent placer parmi les quadrupèdes ou les reptiles). La guana se trouve
généralement parmi les arbres fruitiers ;
c'est un animal fort doux et innocent ;
quoique sa figure ne soit pas engageante >
ayant ordinairement trois pieds de long et
étant gros en proportion. Les Indiens faisoient grand cas de sa thair; et j'ai été informé par des connoisseurs en matières de
goût, qu'elle n'est pas inférieure à celle de
lat tortue verte. Les Français et les Espagnols
les mangeoient par-tout où ils en trouyoient;
mais les Anglais plus capricieux dans leur
manger, en servoient rarement dans les
bonnes tables.
Labat nous apprend que la manière d'attraper cet animal est comme il suit:
On batles buissonsjusqu'a.ce qu'on trouve
le gibier retiré sur un arbre : un nègre se
met alors à sifler de toute sa force, et la
guana charmée ne bouge pas de place et
écoute, laissant approcher l'homme assez
près pour lui châtouiller le cou avec une
verge qu'il porte à la main. Cette opération
plait beaucoup à l'animal, qui se tourne à
la fin sur le dos et-s'endort. Le nègre lui --- Page 58 ---
(46 )
passe alors un lacet au cou et l'emporte
tont vivant.
La crabe des montagnes est l'animal le
plus surprenant de ces iles. Il n'en existe
plus que dans quelques endroits, et je crains
bien qu'elles ne soient bientôt extirpées :
ces crabes vivent en société 3 et vont par
millions vers le bord de la mer une fois par
an. Elles marchent'toujours vers le but de
leur voyage en ligne directe, et rien ne peut
les détourner de cette ligne droite, que la
rencontre d'une rivière ou d'un ruisseau.
Elles se divisent en bandes séparées 3 dont
les plus fortes marchent en avant, comme
les sapeurs d'une armée. Elles, préfèrent
voyager pendant la nuit, à moins qu'il ne
pleuve; mais quand le soleil les surprend, ,
elles s'arrêtent jusqu'à ce que la grande chaleur soit passée. Quand elles sont parvenues
au rivage, elles lavent les ceufs de leur
corps et les déposent dans le sable, oùt ils
restentjusqu'à cequ'ilssoient éclos.Lorsque
les jeunes crabes sont formées, elles vont
vers les montagnes avec la même régularité,
Lesvieillesretournentaprdss'êtred déchargées
de leur frai. Elles commencent alors à devenir grasses, et se retirant dans des trous
ent jusqu'à ce que la grande chaleur soit passée. Quand elles sont parvenues
au rivage, elles lavent les ceufs de leur
corps et les déposent dans le sable, oùt ils
restentjusqu'à cequ'ilssoient éclos.Lorsque
les jeunes crabes sont formées, elles vont
vers les montagnes avec la même régularité,
Lesvieillesretournentaprdss'êtred déchargées
de leur frai. Elles commencent alors à devenir grasses, et se retirant dans des trous --- Page 59 ---
(47)
séparés, elles se préparent à changer de
coquilles.. Pendant ce changement s elles
restent dans l'inaction jusqu'à ce que leur
ancienne coquille crêve, et n'étant plus
alors couvertes que d'une mince membrane,
elles en débarrassent graduellement leurs
membres. Elles sont, dans cet état, le mêts
le plus délicieux que la nature puisse
fournir.
De tous les excellens oiseanx que l'on
rencontre dans les forêts des Indes occidentales, > les plus célèbres sont sans contredit
les ortolans. Ils visitent ordinairement
les iles dans le mois d'octobre, et sont *
supposés venir de la Caroline, quand le
riz devient dur. Il n'entre cependant pas
dans notre . plan de faire le détail de
toutes. les espèces d'oiseaux qui se trouvent
dans leurs marais et leurs forêts. Nous
nous contenterons maintenant de décrire
deux méthodes de chasser et de
pêcher, 3
dont ces insulaires faisoient usage du tems
d'Oviedo.
C Leur manière de pêcher, s dit cet hisC torien, est de prendre une remora ou
c lamproie , qui est dressée à ce genre
< d'amusement. Ce poisson a environ neuf --- Page 60 ---
(48)
< pouces de long; il est attaché au canot
ec par une ligne de plusieurs brasses de lon-
< gueur 7 et aussitôt qu'il aperçoit un
CC poisson dans l'eau, il s'élance avec la
C rapidité de l'éclair sur sa proie. L'Indien
CC lâche la ligne, mais l'empêche de couler :
CC. à fond par le moyen d'une bouée qvila
< soutient sur la surface de l'ean. Quand la
C remora paroît parfaitement fariguée de
CC trainer la bouée de côté et d'autre, l'InC dien la lève et la sépare de sa proie. On
C a pris de cette manière des tortues si
<C consilérables,qu'un seulhomme ne pouaC voit pas les porter >>.
Ils avoient une méthode également ingénieuse d'attraper les oiseaux sauvages.
Quand ils les apercevoient dans une pièce
d'eau, un homme se couyroit la tête d'une
calebasse ou gourde, et se laissoit doucement glisser dans l'étang, ne tenant que
la tête au-dessus de l'eau, et ayant fait des
ouvertures à la gourde pour) pouvoir respirer
et voir. Comme la gourde n'étoit pas un
objet extraordinaire pour ces oiseaux, ils
n'étoient pas effrayés de la voir flotter; de
sorte que l'Indien pouvoit petit à petit les
approcher, et les attirant ensuite l'un après
calebasse ou gourde, et se laissoit doucement glisser dans l'étang, ne tenant que
la tête au-dessus de l'eau, et ayant fait des
ouvertures à la gourde pour) pouvoir respirer
et voir. Comme la gourde n'étoit pas un
objet extraordinaire pour ces oiseaux, ils
n'étoient pas effrayés de la voir flotter; de
sorte que l'Indien pouvoit petit à petit les
approcher, et les attirant ensuite l'un après --- Page 61 ---
(49)
l'atre au fond de l'eau, par un mouvement
subit, il en attachoit autant qu'il pouvoit à
sa ceinture, et retournoit ainsi chargé de
gibier,
Il seroita anjourd'huinutile de donner une
relation détaillée des excellens légumes que
produisent les Indes occidentales. Des écrivains très-instruits et très-exacts ont fourni
au public des descriptions volumineuses de
ces productions, et particulièrement Sloane,
Brown et Hughes. Il y a néanmoins un
défaut dans tous ces traités que le lecteur
curieux pourra consulter; c'est qu'ils ne
font pas la distinction. des végétaux indigènes et de ceux qui ont été importés.
--- Page 62 ---
(50)
APPENDICE
AU LIVRE P R. E M IE R,
Contenant une courte dissertation sur
l'origine des Caraibes.
L'oaroixz 'des Caraibes n'est pas un
sujet de laplus haute importance,cti il ya
très-peu de matériaux qui nous fournissent
des preuves certaines de la justesse de l'une
ou l'autre conjecture sur leurs ancêtres.
Cette question a néanmoins donné lieu à
plusieurs savantes dissertations, ,etil estjuste
que je cite les argumens qui m'ont engagé
à former mon opinion.
Quelle qu'ait été l'origine des autres nations américaines, il paroit au moins probable que les Caraibes tirent la leur de
l'Orient.
Il faut cependant avouer que les partisansde cette opinion ont poussé leur théorie e
trop loin; ils ne se bornent pas à prouver
que l'Amérique avoit probablement été visitée par des Européens, long-tems ayant le --- Page 63 ---
(51)
veyage de Colomb; mais ils assurent que
les navigateurs alloient et venoient d'un
rivage à l'autre, et que le nouvel hémisphère étoit parfaitement connudes: anciens.
Nous n'avons pas de preuve qu'il soit
jamais venu directement aucun navire de
l'Amérique; mais le manque d'une pareille
preuve n'établit pas que l'Amérique n'ait
pas été visitée par des Européens avant
Colomb. Il est au. contraire évident que
cette circonstance- est très-possible, et ily
a même de très-grandes probabilités que
cela arriva effectivement.
Procope, secrétaire du célebre Belisaire,
nous assure que les Phéniciens, 3 les Egyptiens et les Canaanites naviguèrent dans
l'Océan ocidental,plasioers siècles avant
l'ère chrétienne. Les Phéniciens découvrirent les Açores ; leurs successeurs, les Carthaginois, découvrirent les iles Canaries; et
nous ne devons pas avoir uneidée médiocre
des connoissances en navigation de ce dernier peuple, puisque plusieurs des individus
quile composoient avoient faitvoile le long
de la côte d'Afrique jusqu'à cinq degrés de
l'équateur, deux siècles et demi avant la
naissance de Jésus - Christ. Les ruines des
ienne. Les Phéniciens découvrirent les Açores ; leurs successeurs, les Carthaginois, découvrirent les iles Canaries; et
nous ne devons pas avoir uneidée médiocre
des connoissances en navigation de ce dernier peuple, puisque plusieurs des individus
quile composoient avoient faitvoile le long
de la côte d'Afrique jusqu'à cinq degrés de
l'équateur, deux siècles et demi avant la
naissance de Jésus - Christ. Les ruines des --- Page 64 ---
(52)
édifices qu'ilsy trouvèrent, sont des preuves
d'un état avancé de société chez une nation
dont nous n'avons aucune tradition.
Malgré l'assertion hardie de ce célèbre
historiographe de l'Amérique (le docteur
Robertson ), que toutes les relations des
voyages des Phéniciens et des Carthaginois,
qui nous sont parvenues par l'intermédiaire
des écrivains grecs et romains, sont douteuses, je ne puis m'empêcher de supposer,
d'après le fait authentique suivant > que
les anciens voyageurs étoient capables de
grandes entreprises, et qu'ils ont bien pu
passer sur la côte opposée de l'Amérique.
cc La Lybie, dit Hérodote, est par-tout
Cc environnée de la mer, excepté du côté
KC où elle se joint à l'Asie. Pharaon Necho
c a rendu cela très-clair. Après avoir recc noncé à son projet de creuser un canal
cf du Nil au golfe d'Arabie, il donna des
CC vaisseaux à un corps de Phéniciens, en
CC leur enjoignant d'entrer dans la mer du
CC Nord par les colonnes d'Hercule (1),et
< de revenir par cette route en Egypte. Les
U Phéniciens, ayant donc fait voile de la
(1) Le détroit de Gibraliar. --- Page 65 ---
- - 53 )
& mer Ronge, naviguèrent dans la mer
< Méridionale. A la fin de l'automne, ils
< jetèrent l'ancre; et,étant débarqués, en-
< semencèrent la terre,-comme ceux qui
Cc font un voyage de Lvbie ont coutume
<c de faire. et restèrent jusqu'à la moisson.
Cc Aprèsavoir coupé le bled, ils firent voile
CC de nouveau. Ainsi, au bout de deux ans, 3
C ils revinrent en Egypte, passant par les
cc colonnes d'Hercule, et racontant une
ec circonstance que j'ai peine à croire, sa-
< voir : qu'en faisant le tour de la Lybie,
e le soleil se levoit à leur droite. a
Je demande maintenant comment Hérodote a pu savoir que l'Afrique étoit environnée d'eau au midi, à moins qu'un pareil
voyage n'ait effectivement été fait?
Il est vrai qu'une pareille tentative auroit
été impraticable aux voyageurs grecs et
romains qui n'avoient que des connoissances nautiques fort imparfaites ; mais il
est évident que le commerce de Phénicie et
de Carthage avoit porté l'art de construire
des vaisseaux et celui de la navigation à
un haut degré de perfection, dans des tems
fort reculés, quoique l'esprit des découvertes soit, pendant plusieurs siècles, resté
effectivement été fait?
Il est vrai qu'une pareille tentative auroit
été impraticable aux voyageurs grecs et
romains qui n'avoient que des connoissances nautiques fort imparfaites ; mais il
est évident que le commerce de Phénicie et
de Carthage avoit porté l'art de construire
des vaisseaux et celui de la navigation à
un haut degré de perfection, dans des tems
fort reculés, quoique l'esprit des découvertes soit, pendant plusieurs siècles, resté --- Page 66 ---
(54)
dans une espèce d'assoupissement, jusqu'à
ce que lest progrès du quinzième siècle lui
eussent donné un nouvel essor.
Les relations précédentes prouyent que
les anciens connoissoient la navigation de
la mer de l'Ouest; et en examinant la nature des vents et des courans sur la côte
d'Afrique, nous conviendrons qu'il étoit
impossible qu'en faisant un pareil voyage,
quelque vaissean, après avoir perdu ses
mâts, ne fût pas poussé au gré des vents
vers les Antilles,ou la côte du Brésil.
Dans les tems modernes, il est arrivé
plusieurs accidens de cette nature; et iln'y
a certainement pas lieu de supposer qu'ils
ne soient pas arrivés dans des tems plus
éloignés. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.
Glass, dans son histoire des iles Canaries,
nous apprend qu'une petite barque, allant
de Lancerota à Ténériffe, fut battue du
mauvais tems, et obligée de se laisser entraîner vers, l'ouest au gré.des flots, jusqu'à
cequ'elle eût rencontréun croiseur anglais,
à deux jours de voile de Caracas, qui après
lui avoir donné du secours 7 la dirigea
vers le port de Guairane sur cette côte. --- Page 67 ---
( 55 )
Le même auteur rapporte que lorsqu'il
étoit à Saint-Joseph, dans l'ile de la Trinité, un petit vaisseau de Ténériffe allant
aux iles Canaries, avoit été détourné de sa
route et poussé dans cette ile par les vents
et les courans. Les malheureux matelots, 9
n'ayant plus que quelques jours de provisions, étoient excédés de faim et de fatigue
avant d'arriver au port, et avoient l'air de
squelettes.
Une autre preuve que l'Amérique avoit
été visitée par d'autres nations avant sa découverte par Colomb, est un fait bien connu
raconté par Colomb lui-même, qu'il avoit
trouvé la poupe d'un vaisseau sur la côte
de la Guadeloupe.
Ce doit être un voyage accidentel de
la,même nature qui transporta de la côte
d'Afrique sur celle de l'Amérique la colonie de nègres que Martyr dit avoir été
trouvée à Quareque dansle golfe de Darien.
Quoique les vocabulaires des voyageurs,
ayant été pris chez des peuples qui n'avoient aucun signe fixé de leur langage,
n'offrent qu'une prononciation bien imparfaite, j'estime néanmoins que la réssemblance que l'on peut remarquer entre la
voyage accidentel de
la,même nature qui transporta de la côte
d'Afrique sur celle de l'Amérique la colonie de nègres que Martyr dit avoir été
trouvée à Quareque dansle golfe de Darien.
Quoique les vocabulaires des voyageurs,
ayant été pris chez des peuples qui n'avoient aucun signe fixé de leur langage,
n'offrent qu'une prononciation bien imparfaite, j'estime néanmoins que la réssemblance que l'on peut remarquer entre la --- Page 68 ---
(56)
langue caraïbe et celle orientale, est une
preuve frappante que c'étoit originairement
le même langage.Si le lecteur curienx veut
comparer le vocabulaire caraibe de Rochefort avec les anciens dialectes orientaux,
il conviendra sans doute qu'il y a une trèsgrande ressemblance : et considérant que
l'émigration des Caraïbes doit avoir eu lieu,
il y a plusieurs siècles, il est évident qu'il
n'étoit guère possible que des nations si
éloignées conservassent une plus grande
ressemblance de langues. Les exemples de
ressemblances sont au moins trop nombreux pour supposer qu'ils soient l'effet du
hasard.
Hérodote nous informe que les voyageurs
lybiens avoient coutume de débarquer sur
les côtes et d'y semer leur bled. Une pa=
reille coutume doit avoir occasionné des
querelles entre éux et les naturels, qui devoient regarder ces intrus comme des voleurs et des vagabonds. Il est assez singulier
que le mot caraibe signifie exactement cela
en arabe.
Il n'est pas moins digne d'observation
que l'usage de joindre les pieds., et de
relever les genoux, qu'Hérodote ct Cicéron --- Page 69 ---
(57) )
nous informent avoir universellentent
prévalu chez les nations anciennes, et
que , d'après l'expression de l'écriture
cc joindre les pieds des mourans >, nous
savons avoir également prévalu chez les
descendans d'Abraham, ait été conservé
par les Caraibes du nouyeau monde, qui
enterroient toujours leurs morts dans cette
attitude.
Moise nous informe qu'une partie des
cérémonies religieuses des nations orientales, pour témoigner leur chagrin de la
perte d'un ami, étoit de se faire des incisions dans la chair et de se couper les cheveux. On avoit à la vérité commandé aux
Juifs de s'abstenir de cette coutume barbare de témoigner leur douleur; mais les
payens d'alentour conservoient toujours
cette pratique. Le Caraibe américain exprimoit 9 exactement de la même manière, la
violence de sa douleur pour un ami décédé.
L'usage bien conmu des orientaux de
mâcher du bêtel, préparé avec un mélange
de coquilles calcinées, est une ressemblance trop frappante entre eux et les
Caraibes, pour être omise. On pourroit
trouyer encore d'autres. ressemblances 5
; mais les
payens d'alentour conservoient toujours
cette pratique. Le Caraibe américain exprimoit 9 exactement de la même manière, la
violence de sa douleur pour un ami décédé.
L'usage bien conmu des orientaux de
mâcher du bêtel, préparé avec un mélange
de coquilles calcinées, est une ressemblance trop frappante entre eux et les
Caraibes, pour être omise. On pourroit
trouyer encore d'autres. ressemblances 5 --- Page 70 ---
(58) )
mais, d'après ce que nous venons de citer, .
il paroît clairque, s'ilya a une conjecture
plus probable qu'une autre, quant à l'origine des Caraibes, c'est celle-ci, EC qu'ils
C doivent, à une époque quelconque, avoir
ec émigré de l'Orient.> --- Page 71 ---
(59)
LIVRE II
L A J A M A I QU E.
CHAPITRE PREMIER R.
Découverte par Colomb. - Conduite deson fils Diégo,
après la mort de Colomb. - - Il prend possession de
la Jamaique.- - Caractère humain d'Esquivel 2 7 premier govemneur-Tuvasion de lile par le chevalier
Antoine Shirley et le colonel Jackson. - Etablissement et abandon de la ville de Sevilla Nueva.
Destruction des Indiens. Fondalion de Saint-Jago
de la Vega. -Donne le titre de marquis à Louis,
fils de Diégo, à qui Tile est cédée. 1 Elle descend
à sa soeur Isabelle. - Elle revient à la couronne
d'Espagne.
LA Jamaique ne fut découverte par Colomb > que dans son second voyage au
nouveau monde. Il est bien connu qu'ilétoit
retourné en Espagne, sans savoir si Cuba
étoit une ile ou un continent. Ason retour
à Hispaniola, il fit voile pour s'assurer de --- Page 72 ---
6o)
cet objet; et, dans ce court voyage , il découvrit de loin les montagnes blenes de la
Jamaique. Ila aborda en conséquence le lendemain dans lile; et, après une foible opposition de la part des habitans, il en prit
possession, selon la forme ordinaire, au nom
du roi d'Espagne.
L'origine du nom a donné lieu à des contestations ; mais il est probablement originaire des Indes occidentales, parce que les
plus anciens auteurs espagnols l'écrivent
xaymayco; 3 ce qui signifie dans le langage
des Indiens, un pays abondant en sources.
Dans son quatrième et dernier voyage,
cet illustre navigateur fut obligé de se réfugier dans un port de cette fle, après avoir
perdu deux vaisseaux de sa flotte par la,tempête. En arrivant dans ce port (qui, en honneur de son nom, fut appelé Saint Chriszophe) iI trouva son vaisseau si endommagé
qu'il lui fut impossible de remettre en mer.
Dans cette triste situation, ses maux' furent
aggravés par toutes les circonstances que la
trahison et la barbarie purent faire naître
contre lui. Son équipage se révolta ; et, à
l'instigation de ces rebelles, les naturels devinrent aussi ses ennemis. Son frère et son
arrivant dans ce port (qui, en honneur de son nom, fut appelé Saint Chriszophe) iI trouva son vaisseau si endommagé
qu'il lui fut impossible de remettre en mer.
Dans cette triste situation, ses maux' furent
aggravés par toutes les circonstances que la
trahison et la barbarie purent faire naître
contre lui. Son équipage se révolta ; et, à
l'instigation de ces rebelles, les naturels devinrent aussi ses ennemis. Son frère et son --- Page 73 ---
(6r)
fils mouroient de faim à ses côtés; ; tandis
qu'affoibli parl l'âge et tourmenté parles douleurs insupportables de la goute, 2 sans remède, sans pitié, le plus grand et Je plus
digne homme du siècle languissoit dansl l'affliction. Dans cette situation, il écrivit une
lettre à son souverain, qui,ayant été interceptée par ses. ennemis, est encore conservée dans les archives del laJamaique. Elle est
remplie des expressions d'une ame généreuse, convaincue de l'injustice de ses souffrances : et elle auroit, je crois, attendri le
coeur même de l'ingrat et de l'imbécille Ferdinand, si elle étoit parvenuejusqu'à lui. Il
est probable qu'il seroit mort de misère dans
cette terre peu hospitalière, si son moyen
bien connu d'épouvanter les Indiens, par la
prédiction d'une éclipse, ne lui avoit rendu
sa réputation et son autorité. Il retourna en
Espagne, mais il mourut victime de sa trop
grande sensibilité, n'ayantjamais pu bannir
de son esprit le souvenir de ses souffrances
passées qu'ilavoit si peu méritées.
Son fils Diégo, héritierde sa fortune,continua long-tems ses sollicitations auprès de
la cour d'Espagne : à la fin, indigné de la
fausseté du roi, il intenta à ce prince un --- Page 74 ---
(G2)
procès aussi hardi qu'inattendu devant lc
conseil des Indes de Séville ; et, par unjugement également inattendu, fut déclaré
vice-roi de tous les pays découverts par son
père, et autorisé à lever le dixième de l'or
et de l'argent que l'on trouveroit dans ces
contrées. En conséquence, Diégo fut reconnu par son souverain vice-roi d'Hispaniola; il fity voile pour cet établissement avec
une suite brillante, et débarqua dans l'ileau
mois de juillet 1508.
Se regardant comme autorisé, , par le jugement du conseil des Indes, à nommer un
gouverneur de la Jamaique, il y envoya,
l'année d'ertsuite, 5 Juan d'Esquivel, avec
soixante - dix hommes. Esquivel étoit un
brave soldat, ett un homme généreux, comme
sa conduite envers Ojeda, sonrival, lej prouve
d'une manière, évidente. Ojeda avoit été.
nommé (illégalement cependant ) par son
souverain, gouverneurde la Jamaique; et,
au moment de l'arrivée d'Esquivel, étant
sur le point de partir pour le continent, il
menaça publiquement Esquivel de le faire
pendre comme un voleur, s'il le trouvoitjamais sur le territoire de la Jamaique.
Ojeda ne futpas heureux dans son voyage; 3
ouve
d'une manière, évidente. Ojeda avoit été.
nommé (illégalement cependant ) par son
souverain, gouverneurde la Jamaique; et,
au moment de l'arrivée d'Esquivel, étant
sur le point de partir pour le continent, il
menaça publiquement Esquivel de le faire
pendre comme un voleur, s'il le trouvoitjamais sur le territoire de la Jamaique.
Ojeda ne futpas heureux dans son voyage; 3 --- Page 75 ---
(63)
et ayant fait naufrage sur la côte de Cuba,
il étoit en danger d'y mourir de misère, Il
n'avoit d'autre ressource que de s'adresser
às son ennemi. Esquivel, instruit de sa situation, l'envoya chercher, et le reçut avec
bonté. Leur inimitié fut oubliée, et ils restèrent toujours amis.
Sous ce protecteur bienfaisant, les habitans de la Jamaique demeurèrent paisibles
et heyreux. Son administration fut vertueuse et douce; et les naturels enjoués, travaillèrent avec plaisir à faire croîtrele coton
et d'autres denrées utiles.
Il est bien à regretter néanmoins que le
règne de cet illustre gouverneur n'ait duré
que quelques années, et que selon toutes
les probabilités, - ses successeurs aient abandoniné son exemple, pourimiter les cruautés
de ces hommes sanguinaires quirépandoient
alorsl la terreur et la désolation parmi les naturels d'Hispaniola.
C'est à cette cause que nous devons attribuerl'extirpation totale des Espagnols dans
cette ile, qui eut certainement lieu à une
époque quelconque.
La ville de Sevilla Nueva (la nouvelleSéville) étoit déja considérable. On y avoit --- Page 76 ---
(64)
élevédes églises et des fortifications, comme
on pent le voir dans Sloane, qui en examina
les ruines en 1668. Cet auteur nousinforme
qu'il découvrit une chaussée qui s'étendoit
jusqu'à deux milles de la mer ; et commela
ville avoit été commencée tout près du rivage, elle doit avoir été grande.
Mais malheureusemen: le triomphe des
pauvres Indiens ne fut pas de longue durée.
Il est probable que les Espagnols revinrent
en plus grand nombre pour compléter leur
destruction ; car de 60,000 naturels qui I'habitoient anciennement, , les Anglais n'en
trouvèrent pas un seul vivant, quand ils s'emparèrent de la Jamaique.
On voit encore aujourd'hui, dans les montagnes, des souterrains entièrement couverts
d'ossemens. Il est évident, par les crânes
pressés sd'ane maniérequi n'est pas naturelle,
que ce sont les restes de ces misérables indigènes, qui, pour se soustraire au fer des
Espagnols, périrent de besoin dans ces lieux
solitaires.
Diégo Colomblaissa trois fils et deux filles.
Son fils ainé, dom Louis, à l'expiration de
sa minorité, trouvant que le droit à la viceroyauté des Indes occidentales lui étoit dis-
ens. Il est évident, par les crânes
pressés sd'ane maniérequi n'est pas naturelle,
que ce sont les restes de ces misérables indigènes, qui, pour se soustraire au fer des
Espagnols, périrent de besoin dans ces lieux
solitaires.
Diégo Colomblaissa trois fils et deux filles.
Son fils ainé, dom Louis, à l'expiration de
sa minorité, trouvant que le droit à la viceroyauté des Indes occidentales lui étoit dis- --- Page 77 ---
(65)
puté par le roi d'Espagne, 3 commença un
procès contre la cour s comme avoit fait son
père. Ilye eut un compromis, , par lequel dom
Louis s en prenant le titre de duc de la Veragua et de marquis de la Vega, accepta la
Jamaique et la Veragua, et renonça à ses
àutres prétentions. Il mourut sans enfans, et
sa soeur Isabelle succéda à tous ses droits.
Par son mariage avec le duc de Galvez, elle
les passa à la maison de Bragance; de
sorte qu'en 1640, quand Jean, duc de
Bragance, devint roi de Portugal, l'ile de
la Jamaïque revint à la couronne d'Espagne.
Ceci indique la cause du grand dnombre de
Portugais qui étoient à la Jamaique, et qui
excitoient tant de jalousie aux premiers COlons espagnols. C'est probablement cette
haîne implacable qui existe entre les Portugais et les Espagnols, qui fit que les Anglais, aux ordres du chevalier Antoine Shirley, éprouvèrent si peu dè résistance quand
ils pillèrent la capitale de l'ile, en 1596. Quarante ans après, la Jamaique fut encore envahie par des troupes des iles du Vent,' commandées par le colonel Jackson; ; mais dans
cette occasion, les habitans se défendirent
--- Page 78 ---
(66)
avec beaucoup de bravoure. Jackson fut
battu et perdit quarante hommes au fort
Passage; et si son activité à s'emparer de la
ville de Saint-Jago de la Vega nelui avoit
fourni une occasion de mettre les habitans
à contribution, il auroit été obligé de se
retirer de l'ile sans honneur et sans butin.
L/'événementle plus remarquable que l'on
trouve dans les annales de la Jamaique, est
son invasion et sa prise par les Anglais en
1655, pendant le' protectorat de Cromwell,
dont nous examinerons, àcet égard,la.conduite dans le chapitre suivant. --- Page 79 ---
(67)
CHAPITRE II.
Jastilication du caractère de Cromwell contre les allégations de ces historiens quile blâment d'avoir allaqué
les Espagnols dans les Indes occidentales. - Description des énormes croantés de ce peuple, en violation du traité de 1630.- État de la Jamaique lors
de sa prise.
Des historieris d'opinions politiques différentes s se sont réunis pour blâmer la
conduite de Cromwell à cause de son invasion de la Jamaique. Madame Macaulay
appelle la prise de cette ile I déshonorable
cc et l'action d'un pirate > s et Ilume la condamne C comme une violation inexcusable
< des traités >>.
Mais silel lecteuirimpartial veut consulter
les"papiers d'état du secrétaire
Thurloë, ,
il trouvera des raisons suflisantes pour ne
point juger si rigoureusement la conduite
du Protecteur : verra que l'Espagne, par
sa conduite antérieure, avoitj justement mérité un pareil acte d'hostilité ; que Cromwell
ne fut pas l'agresseur, mais le vrai défen-
comme une violation inexcusable
< des traités >>.
Mais silel lecteuirimpartial veut consulter
les"papiers d'état du secrétaire
Thurloë, ,
il trouvera des raisons suflisantes pour ne
point juger si rigoureusement la conduite
du Protecteur : verra que l'Espagne, par
sa conduite antérieure, avoitj justement mérité un pareil acte d'hostilité ; que Cromwell
ne fut pas l'agresseur, mais le vrai défen- --- Page 80 ---
- 68) )
seur de sa patrie. Je citerai quelques faits
remarquables pour prouver cette assertion.
En 1630, trois ans avant l'usurpation du
Protecteur 3 il fut conclu un traité entre
l'Espagne et l'Angleterre 1 par le premier
article duquel il étoit convenu qu'il y anroit
une correspondance amicale entre les sujets
des deux royaumes dans toutes les parties
du monde. Les causes qui avoient donné
lieu à ce traité étoient très-urgentes, parce
que les Espagnols , avant cette époque,
s'étoient insolemment arrogé le droit de
communiquer seuls avec le nouveau monde,
et, sous ce prétexte 5 avoient exercé les
cruautés les plus atroces contre tous les
autres navigateurs dans les mers de l'Amérique, et les colons de toutes les autres nations qui avoient des possessions dans les
Indes occidentales.
Toute l'Europe étoit insultée par ces
prétentions exagérées 5 mais l'Angleterre
étoit plus particulièrement intéressée à
montrer de l'énergie pour maintenir ses
droits; car: elle avoit déja des colonies à la
aux iles Bermudes, à SaintVirginie 5
Christophe et à la Barbade, territoire que
l'Espagne n'avoit jamais occupé, et une --- Page 81 ---
(69 )
partie duquel elle n'avoit pas même découverte.
En 1629, les Espagnols montrèrent une
perfidie abominable: sous prétexte d'attaquer l'établissement hollandais dans le
Brésil, ils équipèrent une flotte de vingtquatre vaisseaux de ligne et de quinze frégates, dont ils confièrent le commandement à dom Frédéric de Tolède. Cet amiral
avoit cependant reçu des. ordres secrets
d'aller d'abord dans l'ile de Saint- Christophe,et d'en extirper les Français et les Anglais, quiy vivoient paisiblement.
Les forces des Espagnols étoient trop
considérables pour qu'on pàt leur résister.
Les planteurs français se réfugièrent dans
l'ile d'Antigue, et les Anglais s'enfuirent
dans les montagnes. Ces derniers offrirent
de traiter avec les vainqueurs 3 mais ils
furent forcés de se rendre à discrétion.
Alors ces usurpateurs inhumains choisirent
six 'cents desAnglais les plus forts, pour le
travail des mines, 9 chassèrent le reste de
Tile, avec les femmes et les enfans, laissèrent l'endroit sans habitans, et continuérent
leur voyage.
Le traité de 1630, ci-dessus mentionné,
nt
dans les montagnes. Ces derniers offrirent
de traiter avec les vainqueurs 3 mais ils
furent forcés de se rendre à discrétion.
Alors ces usurpateurs inhumains choisirent
six 'cents desAnglais les plus forts, pour le
travail des mines, 9 chassèrent le reste de
Tile, avec les femmes et les enfans, laissèrent l'endroit sans habitans, et continuérent
leur voyage.
Le traité de 1630, ci-dessus mentionné, --- Page 82 ---
(70)
n'arrêta pas leurs atrocités : huit ans après
l'affaire dont je viens de parler, ils firent
une descente dans la petite ile de Tortuga,
et passèrent tous les habitans au fil de
l'épée, sans épargner ni âge ni sexe.
L'Angleterre auroit certainement vengé
leur mort ; mais elle étoit elle-même, à
cette époque, le théatre ensanglanté de la
guerre civile; ; de sorte que les barbares Espagnols continuérenti impunément leur carrière de crimes.
Santa Cruz ou Sainte-Croix, fut ensuite
l'objet de leurs déprédations. En 1650,
ils y renouvelèrent la même tragédie qu'ils
avoient donnée à Tortuga, massacrant jusqu'aux femmes et aux enfans. Le pays étant
sans habitans, une colonie hollandaise s'y
établit pendant quelque tems ; mais elle fut
massacrée à son tour quand les Espagnols
revinrent. Pour combler la mesure de leurs
crimes, les malheureux matelots des autres
nations qui faisoient naufrage sur leurs
côtes, peu hospitalières, étoient condamnés
à travailler toute leur vie dans les mines
du Mexique.
On présenta, en conséquence de ces horreurs,. nombre d'ad:csses a Cromwell,pour --- Page 83 ---
(71)
le prier de venger sa patrie de l'Espagne,
et d'arracher à sa cruauté cette étendue de
pays auquel elle n'avoit d'autre titre que
l'arrogante concession du pape.
Le plus marquant de ces pétitionnaires
étoit un frère du chevalier Henri Gage, tué
au pont de Culham, en 1644, qui donna
les plans les plus susceptibles de succès
pour enlever à l'Espagne ses possessions
dans les Indes occidentales. Cet auteur
ingénieux ipublia aussi un livre intitulé :
Nouvel ecamen des Indes occidentales 1 >
dans lequel il traite le prétendu droit exclusif des Espagnols à ces territoires, avec
la plus grande clarté.
Cromwell fut indigné des cruautés des
Espagnols dont on luirendit compte, et se
détermina à commencer les hostilités. L'Espagne s'efforça de détourner l'orage par les
moyens les plus pitoyables d'une négociation; mais la cour d'Angleterre fut explicite, et déclara sa ferme résolution de ne
rester en paix qu'à condition que ses
sessions dans les Indes occidentales eiltoer
sent assurées, et que l'inquisition modifiât
les horreurs qu'elle exerçoit.
L'ambassadeur d'Espagne repliqua, que
encer les hostilités. L'Espagne s'efforça de détourner l'orage par les
moyens les plus pitoyables d'une négociation; mais la cour d'Angleterre fut explicite, et déclara sa ferme résolution de ne
rester en paix qu'à condition que ses
sessions dans les Indes occidentales eiltoer
sent assurées, et que l'inquisition modifiât
les horreurs qu'elle exerçoit.
L'ambassadeur d'Espagne repliqua, que --- Page 84 ---
(72)
c'étoit comme si on demandoit les deur
yeur de'son maitre, et que cela ne pouvoit
pas s'accorder. En conséquence, le Protecteur se prépara à la guerre.
Hispaniola étoit le premier objet de l'expédition. La flotte ne réussit pas contre
cette ile ; mais elle se dédominagea par la
conquête de la Jamaique. Elle fut prise en
mai 1655; mais malheureusement Gage,
qui avoit donné le plan de l'expédition,
périt en l'exécutant.
Les Anglais ne trouvèrent pas plus de
quinze cents blançs dans lile quand ils en
prirent possession. Une grande étendue de
la partie orientale du pays étoit couverte
de chevaux et de bêtes à cornes, qui la
parcouroient comme des animaux sauvages
et dont le nombre étoit considérable, Les
soldats anglais s'amusèrent pendant quatre
mois à chasser ces animaux et en tuèrent
plus de 20,000. Cela me paroît être une
preuve presque incontestable de l'assertion
que j'ai précédemment avancée 3 que les
habitans blancs avoient, quelque époque,
été détruits par les armes des naturels.
La paresse et la pénurie des colons espagnols quand les Anglais débarquèrent 5 --- Page 85 ---
(73)
étoient extrêmes. Leurs principaux objets
d'exportation étoient du lard, des cuirs verts
et du cacao : commerce aussi peu respectable que celui que font les sauvages de
Madagascar. Ils n'avoient presque point do
correspondance avec l'Europe ; ils étoient
ignorans et sans éducation. Le peu de travail qu'ils avoient à faire étoit laissé à des
esclaves africains ; de sorte que,plongés dans
l'ignorance et l'indolence, ilsdevoient passer
leur vie dans un triste état de dégénération.
Ilfautnéanmoinsavouerquesils. n'avoient
plusl'activité etla constance de leurs pères,
ils avoient aussi perdu la férocité et la superstition despremiers .
conquérans del'Amérique.
Après tout, leur caractère étoit tel, qu'il
ne laisse pas l'ombre d'une excuse aux Anglais quiles ont conquis, pour l'inhumanité
avec laquelle ils les ont traités. Les conditions qu'on leur offrit furent de livrér leurs
esclaves et leurs effets et d'abandonner l'ile.
Ils refusèrent ces propositions avec indignation, et, par la résistance désespérée
qu'ils firent ensuite, montrèrent aux Anglais
combien il est impolitique de provoquer
même les vaincusparla . sévérité et. l'injustico.
aux Anglais quiles ont conquis, pour l'inhumanité
avec laquelle ils les ont traités. Les conditions qu'on leur offrit furent de livrér leurs
esclaves et leurs effets et d'abandonner l'ile.
Ils refusèrent ces propositions avec indignation, et, par la résistance désespérée
qu'ils firent ensuite, montrèrent aux Anglais
combien il est impolitique de provoquer
même les vaincusparla . sévérité et. l'injustico. --- Page 86 ---
(74)
CHAPITRE III.
Opérations dans l'ile après sa prise. - Mécontentement
et mortalité parmi les soldats.-Efforts du Prolecteur,
- Brayne nommé au commandement.-De Oyley le
reprend. - Défaite par lui des troupes espagnoles qui
envahirent Lile. Gouvernement régulier établi à la
Jamsique-Disputes avec la mère-patrie, etc-elc.
Lu Jamaique étant ainsi tombéc au pouvoir
des Anglais,eile continua à être gouvernée
millinirementjnsqw'i la mort du Protecteur
et la restauration de Charles,II. On avoit,
à la vérité, laissé dans l'ile des commissaires, dont l'autorité civile étoit destinée
à modérer la rigueur des lois militaires $
mais ceux-ci étant reyenus en Angleterre s,
le commandement demeura entièrement à
Fortescue, général de l'armée, et à Goodson,amiral de la Gotte. Feu de temns aprèss
Fortescue mourut, et le colonel de Oyley,
son lieutenant, lui succéda et devint président du conseil de guerre. Telle étoit, la
vérité, la situation desAnglais à cette époque, tant à cause desincursions des Espa- --- Page 87 ---
(75)
gnols dépossédés, que des nègres fugitifs, 3
qu'elle exigeoit la plus sévère discipline que
la loi martiale pût faire observer.
Cromwellavoit cependant dessein de conserver sa conquête. Il offrit de l'encouragement aux habitans des iles du vent, et
aux colons de l'Amérique septentrionale
qui voulurent quitter leurs établissemens
pour en former de nouveaux à la Jamaique.
De pareilles offres engagèrent, nombre d'Ecossais et d'Irlandais: à quitter leur pays natal
pour se rendre dans lâ nouvelle colonie.
Pendant ce tems-là, les soldats dans l'ile
s'ennuyèrent du lieu de leur résidence,
devinrent fainéans et indisciplinés. Ils s'étoient d'abordo occupés à tuer à coups de fusil
les bestiaux épars des Espagnols, 3 comme
des bêtes sauvages, , et avoient pendant tquelque tems vécu avec prodigalité. Mais les
provisions commencérent à devenir extrémement rares, et aucun argument ne put
leur persuader d'anticiper lés dangers de la
famine, en s'appliquant de bonne heure à
former des magasins pour servir à leur subsistance. Desirant retourner dans leur patrie, et craignant de rester toute leur vie
dans ce climat mal-sain, ils résolurent do
3 comme
des bêtes sauvages, , et avoient pendant tquelque tems vécu avec prodigalité. Mais les
provisions commencérent à devenir extrémement rares, et aucun argument ne put
leur persuader d'anticiper lés dangers de la
famine, en s'appliquant de bonne heure à
former des magasins pour servir à leur subsistance. Desirant retourner dans leur patrie, et craignant de rester toute leur vie
dans ce climat mal-sain, ils résolurent do --- Page 88 ---
(76)
ne point pourvoir à leurs propres besoins,
afin que le gouvernement se lassât de faire
la dépense de les soutenir. Mais les conséquences de cetterésolution furent plus fatales
qu'ils ne s'y étoient attendus. Les horreurs
de la famine se- firent sentir : ils furent
réduits à la dure nécessité de manger des
animaux dégoûtans et mal-sains, des serdes lézards et toute espèce de repti-
; il s'ensuivit bientôt une maladie
Kea
épidémique, qui enleva les misérabies colons
par milliers.
Le Protecteur s'imagina, mal-d-propos,
queles maux de la Jamaique provenoient
du peu d'attachement que de Oyley avoit
pour sa cause. En conséquence, cet habile
gouverneur fut rappelé, et le colonel Braynede Lochaber, 2 nommé à sa, place. Brayne
fit voile d'Ecosse, et arriva à la Jamaiqueen décembre 1656. Sa première lettre qui
parvint en Angleterre, décrit, en termes
pathétiques, le misérable état de la colonie:
Ile demande d'abord une somme de 120,0001,
tournois pour élever des forts, et conclut
par déplorer combien il étoit faché de trouver dans l'ile si peu de personnes quieussent
à cceurles intérêts de l'établissement. Mais: --- Page 89 ---
(77 )
les améliorations projetées par Brayne ne
furent point exécutées pendant son gouvernement ; car 3 quoique fort capable, ce
n'étoit pas un homme ferme. Il parut bientôt
lni-mème ne pas trop se soucier de l'établissement; il craignit pour sa santé, retourna en Angleterre, et mourut. Avant son
départ, il avoit cependant nommé de Oyley
son successeur 7 et Cromwell, ayant probablement reconnu son mérite, avoit ratifié
cette nomination.
Le rappel de cet homme énergique au
gouvernement de la Jamaique, fit le bien
de la colonie naissante. Ses soldats, malgré
leur indiscipline, leur mécontentement et
les maux divers dont ils étoient afiligés,
estimoient et admiroient son caractère; et,
comme on va le voir, manifestérent leur
attachement parl l'intrépiditéla 1
- plus signalée
pour la défense de l'ile.
Le gouverneur de Cuba avoit appris avec
plaisirque le mécontentement, les maladies
et la famine avoient presque détruit la
Jamaique , et desiroit ardemment profiter de ses malheurs. Ayant communiqué
son projet d'invasion au vice-roi de la
Jamaique 1 il enyoya dom Christophe
; et,
comme on va le voir, manifestérent leur
attachement parl l'intrépiditéla 1
- plus signalée
pour la défense de l'ile.
Le gouverneur de Cuba avoit appris avec
plaisirque le mécontentement, les maladies
et la famine avoient presque détruit la
Jamaique , et desiroit ardemment profiter de ses malheurs. Ayant communiqué
son projet d'invasion au vice-roi de la
Jamaique 1 il enyoya dom Christophe --- Page 90 ---
(78)
Arnoldo, avec trente compagnies, pour
s'emparer de la colonie.
Le 8 mai, les troupes espagnoles débarquèrent à Rio-Nuevo, et prirent possession
du port. De Oyley les épia par mer, assaillit leurs fortifications, ,et les chassa honteusement de l'ile avec la perte de leurs
drapeaux, de leurs munitions, et de la
moitié de leur monde.
Après cette victoire, les Anglais s'occupèrent d'une expédition moins honorable, de
la poursuite de ces malheureux Espagnols,
qui, chassés des biens de leurs pères, étoient
encore cachés dans les montagnes. Ces infortunés, après une vigoureuse résistance,
furent enfin accablés, et le reste s'échappa
dans l'ile de Cuba.
La colonie commença alors à prendre
un aspect plus brillant. L'agriculture devint
l'objet de l'industrie des habitans 3 etils étendirent leur commerce au-dehors. Des lettres
de marque ayant aussi été accordées à ces
aventuriers extraordinaires, appelés Flioustiers 3 les nombreuses prises espagnoles
qu'ils firent furent amenées dans les ports
de la Jamaique, et en causant une circulation rapide de richesses, stimulèrent les --- Page 91 ---
(79)
efforts de l'industrieux. Les troubles qui
agitoient alors l'Angleterre ; contribuèrent
beaucoup à angmenter la population de
l'ile, particulièrement en 1660, àl l'époque
de la restauration, lorsque les partisans de
l'usurpateur, craignant le ressentiment de
Charles, cherchèrent un asyle chéz des gens
qu'ils savoient être dévoués à Cromwell.
A l'avénement de Charles, le roi, pour
se concilier les affections des habitans, s
nomma leur favori de Oyley, commandant
en chef; et pour les délivrer du gouvernement militaire, érigea des cours de justice,
et leur ordonna d'élire eux- mêmes une
assemblée pour les gouverner.
Ces indulgences de la part du roi, ou
plutôt cet établissement des droits naturels
des habitans fut suivi du traité de l'Amérique, conclu entre l'Espagne et la GrandeBretagne, qui confirma à ceux qui possédoient dés terres à la Jamaique un droit
absolu sur leurs propriétés. On avoit répandu des insinuations que, commé la prise
de la Jamaique avoit été faite sous les auspices du Protecteur, le droit des'. Anglais
n'étoit pas valide. L'opinion vulgaire, que
les Espagnols ont tonjours l'iniention de
fut suivi du traité de l'Amérique, conclu entre l'Espagne et la GrandeBretagne, qui confirma à ceux qui possédoient dés terres à la Jamaique un droit
absolu sur leurs propriétés. On avoit répandu des insinuations que, commé la prise
de la Jamaique avoit été faite sous les auspices du Protecteur, le droit des'. Anglais
n'étoit pas valide. L'opinion vulgaire, que
les Espagnols ont tonjours l'iniention de --- Page 92 ---
( & 80)
déposséder les propriétaires dela Jamaique,
n'est qu'une continuation de cette erreur.
Le traité signé à Madrid est cependant trèsexplicite à ce sujet, et cède formellement
toutes les possessions américaines du roi de
la Grande-Bretagne CC à ses héritiers pour
CC toujours. >> Ile est néanmoins bien connu
que, vers la fin de ses jours, Charles fut
de plus en plus porté à diminuer la liberté
de ses sujets. Tandis que, de concert avec
ses ministres, il formoit des plans pour
anéantir la liberté dans l'intérieur, il ne
perdit pas de vue ses éiablissemens dans
l'étranger. En conséquence, au commencement de l'année 1678,i1 commença par
violer les droits des habitans de la Jamaique. On fit une constitution par laquelle
il fut déclaré, que tous les bills ( excepté
ceux pour les subsides), seroient valides
s'ils étoient présentés par le gouverneur ou
par son conseil, et sanctionnés par le roi;
tandis que le corps législatif, élu par le
peuple, n'avoit d'autre tâche que celle de
s'assembler, et de ratifier aveuglément les
ordres du gouverneur et du roi.
La cause la plus probable de cette injuste
sévérité de la part du gouvernement britan-
les bills ( excepté
ceux pour les subsides), seroient valides
s'ils étoient présentés par le gouverneur ou
par son conseil, et sanctionnés par le roi;
tandis que le corps législatif, élu par le
peuple, n'avoit d'autre tâche que celle de
s'assembler, et de ratifier aveuglément les
ordres du gouverneur et du roi.
La cause la plus probable de cette injuste
sévérité de la part du gouvernement britan- --- Page 93 ---
(8r)
nique, étoit le refus opiniâtre qu'ilsavoient
fait depuis peu de se charger du fardeau
énorme de payer 4: pour cent à la. couronne, sur toutes les productions de l'Ale.
Les habitans de la Barbade avoient bassement consenti à accepter cette taxe pour
eux et leur postérité, et les ministres, piqués de ce que la Jamaique ne suivoit pas
leur exemple, résolurent de priver l'ile de
sa liberté.
L'assemblée rejeta la nouvelle constitution aveci indignation. Entre autres patriotes
zélés, le colonel Long, alors premier juge
de la Jamaique, se mit en avant avec un
courage intrépide pour la défense de ses
compatriotes. Lord. Carlisle, gonverneur,
s'efforça d'éteindre l'esprit de liberté, en
envoyant en Angleterre, comme prisonnier
d'Etat, cet homme célèbre ; mais à son
arrivée dans la mère - patrie 3 il démontra
avec tant d'énergie et de précision les fatales conséquences des lois arbitraires quel'on
vouloit donner à la Jamaique, 3 que le gouvernement jugea à propos de renoncer à
cette mesure, et nomma le colonel Long
gouverneur de la Jamaique, en place de
Lord Carlisle.
--- Page 94 ---
(82)
La contestation entre l'Angleterre et sa
colonie, 2 ne se borna pas là. L'assemblée
possédoit toujours le pouvoir de faire des
décrets, mais il falloit la sanction de la
couronne pour donner à ces décrets force
de lois. Le gouvernement sembla regarder
sa renonciation à ses premières prétentions
injustes de changerla constitution, comme
une insigne faveur, et s'attendoit avec imL
patience à quelque compensation. La Jamaique s'obstinoit à refuser cette compensation, motivant son refus sur le mauvais
usage que Charles ne manqueroit pas defaire des nouveaux subsides qu'on pourroit
lui accorder.: et le souverain, pour punir
l'assemblée de son opiniâtreté, ne-vouloit
pas sanctionner ses décrets. Ainsi les lois
dela Jamaique restèrent pendant cinquante
ans dans un état imparfait et incertain. A
la fin cependant 3 une concession perpétuelle de 192,000 livres tournois par an,
adoucit le caractère du roi, et termina les
contestations.
En 1687, Christophe, duc d'Albemarle,
fut nommé gouverneur de cette ile par Jacques II. Jamais le gonvernement n'eut un
aspect plus tyrannique que sous l'adminis-.
is
dela Jamaique restèrent pendant cinquante
ans dans un état imparfait et incertain. A
la fin cependant 3 une concession perpétuelle de 192,000 livres tournois par an,
adoucit le caractère du roi, et termina les
contestations.
En 1687, Christophe, duc d'Albemarle,
fut nommé gouverneur de cette ile par Jacques II. Jamais le gonvernement n'eut un
aspect plus tyrannique que sous l'adminis-. --- Page 95 ---
2 - 83) )
tration de cet homme altier. On
de son caractère
peut jnger
par sa conduite dans une
assemblée qu'il avoit convoquée. Un membre patriote s'étant
écrié: <C Salus
cc
populi
suprema lex, >> ce tyran
leva aussitôt la séance fit insupportable
,
incarcérér ce
membre, et le condamna à 14,4c0 livres
tournois d'amende pour cette énorme offense !
En 1692, la ville de
Port-Royal fut engloutie par un tremblement de terre affreux.
Les habitans étoientà peine revenus de leur
frayeur, qu'ils furent alarmés par les bruits
d'une invasion.
En juin 1694, M. de Casse parut à la
hauteur de Cow-Bay (la Baie aux
et débarqua huit cents
vaches),
ordre
hommes.quiavoient
de ravager le pays jusqu'au
Morant. Les soldats obéirent
port
leurs ordres,
strictement à
massacrant et ravageant tout
dans le pays qu'ils parcoprurent. A leur
retour, de Casse fit voile pour la baie de
Carlisle, qui n'étoit défendue que par deux
cents hommes de milice. Il étoit sur le
de marcher
point
plus avant dans le pays pour
le ravager 7 après avoir forcé ceux qui
défendoient les retranchemens,àla,
retraite, --- Page 96 ---
(84)
lorsqu'il arriva cinq compagnies de milice
de Spanish-Town (ville espagnole). Ces
braves troupes 7 quoiqu'elles eussent fait
dix lieues sans se rafraichir, 9 chargèrent
l'ennemi avec vigueur, et le repoussèrent
vers ses vaisseaux avec son butin. --- Page 97 ---
- 8 85) )
CHAPITRE IV.
Situation.- - Climat. -Surface du pays. - Montagnes
et les avantages qui en dérivent. - Sol. - Terres
inculles.-Bois. 1 Rivières. Métaux.- - Végélaux.
Légumes, productions et fruits.
L. Jamaique est située dans la mer Atlantique, à environ treize cent trente - trois
lieucs au sud-ouest de l'Angleterre. Elle a
lile d'Hispaniola à l'est, Cuba au nord,le
golfe d'Honduras à l'ouest , et le grand
continent de l'Amérique méridionale au
sud. Le centre de la Jamaique est environ
au 18me degré 12 minutes de latitude septentrionale, ét au 76me degré 45 minutes de
longitude occidentale de Londres. Le Jecteur s'apercevra sur-le-champ qu'un pays
ainsi situé doit être invariablement chaud,
durant toutes les saisons de l'année, le
crepuscule court,. et la différence de la
longueur des jours et des nuits peu considérable.
En remontant du rivage septentrional de
sud. Le centre de la Jamaique est environ
au 18me degré 12 minutes de latitude septentrionale, ét au 76me degré 45 minutes de
longitude occidentale de Londres. Le Jecteur s'apercevra sur-le-champ qu'un pays
ainsi situé doit être invariablement chaud,
durant toutes les saisons de l'année, le
crepuscule court,. et la différence de la
longueur des jours et des nuits peu considérable.
En remontant du rivage septentrional de --- Page 98 ---
86 )
la Jamaiqne vers l'intérieur de l'ile, I'oeil
est enchanté de la douceur des collines, et -
des vallées spacieuses situées entre elles:
Les sombres forêts de piments si bien distribocesmurleursormmet forment un superbe
contraste avec la verdure des plaines. La
nature. du piment ne laisse croître aucun
petit bois, de.s sorte que les forêts ne sont
point embarassées de buissons, ni de brouse
sailles; et le sol produit une herbe aussi
douce et aussi unie que celle d'une pelouse
anglaise. Pour satisfaire en même tems et
loeil et l'oreille, un ruisseau rafraichissant
serpente à travers chaque valléé, et une
cascade bruyante tombe de toutes les montagnes. La vue de ces brillantes cataractes
se précipitant des montagnes suspendues
sur le rivage, est singulièrement agréable
au voyageur altéré, qui a long-tems desiré
de voir la terre.
En approchant da centre de l'ile, une
immensité de forêts se présentent à Ia vue,
qui se prolongent jusqu'aux montagnes
bleues dont le* sommet" se perd dans les
nues.
En arrivant dans l'ile du côté du sud,
f'oeil est plutôt éronné que chrmé de ces --- Page 99 ---
(87)
précipices escarpés dont le sommet sC joint
au firmament, qui s'offrent d'abord a la
vue. A mesure qu'on s'en approche davantage on aperçoit la main de l'agriculture
égayant la scène, et la chaîne continue
des plus basses montagnes. A la fin on découvre la perspective de ces vastes plainesqui ne sont bornées que par l'Océan, et qui
présentent dans un seul paisage la verdure
du printems et les richesses de l'automne;
tandis que les voiles d'une multitude innom
brable de vaisseaux sur une immense mer,
complètent la beauté variée de la perspective.
En contemplant l'élévation majestueuse
-et graduelle du terrain, on -doit remarquer
avec reconnoissance les avantages singuliers qu'elle procure. En : allant sur ces
hauteurs, le voyageur trouve: un plaisir
sensible à pouvoir échapper à la chaleur
des plaines pour jouir d'une atmosphère
plus pure. Sur ces montagnes le thermemètre varie de plusieurs degrés; dans bien
des endroits on ne s'aperçoit presque pas
des inconveniens de la latitude des Tropiques.
La Jamaique a cinquante licucs de lon-
, on -doit remarquer
avec reconnoissance les avantages singuliers qu'elle procure. En : allant sur ces
hauteurs, le voyageur trouve: un plaisir
sensible à pouvoir échapper à la chaleur
des plaines pour jouir d'une atmosphère
plus pure. Sur ces montagnes le thermemètre varie de plusieurs degrés; dans bien
des endroits on ne s'aperçoit presque pas
des inconveniens de la latitude des Tropiques.
La Jamaique a cinquante licucs de lon- --- Page 100 ---
(88)
gueur et environ treize lieues de largeur.
Si c'étoit un pays plat, il contiendroit
3,840,000 acres (1); mais comme la superficie d'une montagne est beaucoup plus
grande que sa base, j'évalue le nombre
d'acres qu'il contient à 4,080,000.
D'après le rapport fait en 1789,de toute
cette étendue de terre, il n'y en avoit que
1,907,589 acres dans un état de culture ;
les frais exigés pour obtenir des patentes
du roi 7 étant regardés comme plus considérables que les profits que l'on pourroit
retirer de la culture de ces terres neuves.
Par les rapports les plus récens, il paroit
que le nombre des plantations à sucre se
monte à 710. En supposant 900 acres à chacune (dont un tiers est réservé pour entretenir du bois de chauffage et des pâturages)
le nombre d'acres sous ce genre de culture
seroit de 639,000.Jya quatre cents fermes
pour élever du bétail; en leur accordant à
chacune 700 acres, cela feroit 280,000 acres.
(1) L'acre contient quarante perches de longueur et
quatre de largeur : la perche a seize pieds et demi auglais, le pied anglais a onze pouces.
(Note du traducteur-) --- Page 101 ---
(89 )
On pent supposer la moitié de ce nombre
pour le piment, le coton, le café et le
gingembre, ce qui fait monter la somme
totale d'acres à 1,059,000. Le surplus de
terres incultes comprend 3,000,000 d'acres,
dont il n'y a pas, je crois,.plus d'un quart
propreà la culture, lereste étant des coteaux
ou des montagnes inaccessibles.
Les productions de ces montagnes sans
culture ne sont cependant pas inutiles.
Dans les espèces de bois durs, elles fournissent abondance de gaiac, de bois de
campêche et de bois de fer; dans les bois
tendres, des citronniers sauvages et du bois
d'acajou. Quand la situation des terres d'un
propriétaire lui permet d'exporter ces différentes sortes de bois, ses profits sont considérables; mais dans les plaines élevées et
labourables, le planteur trouve qu'il est
préférable de mettre le feu à ses forêts, et
de défricher immédiatement ses terres.
In'yaancune rivière navigable,quoique
l'ile en contienne plus de cent. Il faut cependant convenir que. la rivière Noire 9
(Black river ) dans Sainte-Elisabeth, reçoit
quelques bateaux plats et quelques canots; ;
ses eaux ont un cours très-doux, La plus
élevées et
labourables, le planteur trouve qu'il est
préférable de mettre le feu à ses forêts, et
de défricher immédiatement ses terres.
In'yaancune rivière navigable,quoique
l'ile en contienne plus de cent. Il faut cependant convenir que. la rivière Noire 9
(Black river ) dans Sainte-Elisabeth, reçoit
quelques bateaux plats et quelques canots; ;
ses eaux ont un cours très-doux, La plus --- Page 102 ---
(go)
remarquable des sources de la Jamaique est
celle de la paroisse orientale de St.-Thomas,
qui sôrt d'un rocher, et qui est si chaude
qu'on ne peut y toucher. Elle est d'une
qualité bitumineuse, 2 très-propre à soulager
cette terrible maladie, , appelée la colique
sèche.
Les anciens écrivains assurent qu'on pourroit trouver dans l'ile., abondance d'or et
d'argent, et l'aspect du sol dans plusieurs
endroits confirme, àla vérité, cette assertion ;. mais les habitans actuels sont peutêtre mieux employés qu'à la recherche de
ces métaux précieux.
Le sucre, l'indigo; le café et le coton
sont les plus importantes de leurs productions. Nous en rendrons, par la suite 3 un
compte plus détaillé; mais nous allons continuer à présent nos remarques sur les autres espèces de végétaux qui, quoique peu
propres au commerce, servent cependant à
rendrela vieagréable.Lemais ou bledd'Inde
donne ordinairement une. double moisson :
on le plante quand il pleut, et il rend-environ trente boisseaux anglais (1) par acre.
(1) Le boisseau anglais contient qualre picolins de
deux gallons chacun, etle gallon 272 : pouces solides-
(Nole du traducleur.) --- Page 103 ---
(9r)
Le bled de Guinée, planté en septembre et
recueilli en janvier, rend environ cinquante
boisseaux par acre. On y trouve aussi différentes espèces de calavances ( sorte de
pois),.et finalement du riz 2 mais pas
beauconp; parce que l'on prétend que sa
culture n'est pas assez lucrative et quie l'on
peut tirer un plus grand parti du travail des
nègres..
L'ile produit abondance d'herbes tant indigènes qu'étrangères. L'espèce d'herbe appelée herbe d'Ecosse, a.été regardée par
quelques individus comme d'origine étrangère; 5 mais je suis persuadé, d'après l'avoir
vu croître spontanément dans les marais et
les endroitsinhabités dela Jamaique,qu'eile
est indigène. Elle a une longue tige, avec
des noeuds, qui croît à la hauteur-de cinq
à six pieds. Avec cinquante - six livres
de cette herbe on pcut nourrir un cheval
pendant un jour; de sorte que, calcul fait,
une acre peut entretenir six chevaux, pendant un an.
L'autre espèce d'herbe est sans contredit
la plus importante; car c'est à son importation dans l'ile que l'on est redevable de ces
fermes innombrables pour l'éducation des
une longue tige, avec
des noeuds, qui croît à la hauteur-de cinq
à six pieds. Avec cinquante - six livres
de cette herbe on pcut nourrir un cheval
pendant un jour; de sorte que, calcul fait,
une acre peut entretenir six chevaux, pendant un an.
L'autre espèce d'herbe est sans contredit
la plus importante; car c'est à son importation dans l'ile que l'on est redevable de ces
fermes innombrables pour l'éducation des --- Page 104 ---
(92)"
bestiaux; qui couvrent aujourd'hui la surface dela. Jamaique. L'introduction de cette
herbe est tout- à - fait accidentelle. Un M.
Ellis > principal juge de lile, avoit reçu
un présent de plusieurs oiseaux extraordinaires, et l'on avoit envoyé des semences
d'herbes de cette espèce delacôte de Guinée,
pour servir à leur nourriture. Les oiseaux
moururent, et les semences furent jetées
sans intention dans un champ du voisinage;
mais elles ne tardèrent pas a croître et à
fleurir, et leur saveur attira bientôt les
bestiaux d'alentour. Heureusement Ellis
fit attention à la prédilection de son bétail
pour cette nouvelle espèce d'herbe : il en
recueillit en conséquence la semence, en
fit usage, en peu de tems elle devint universellédans le pays, et contribua beaucoup
à sa félicité.
Les légumes viennent ici à merveille, et
ont même plus de saveur que dans les pays
dont ils sontindigènes : ily a dans les marchés de Kingston les meilleurs végétaux du
monde. Les légumes indigènes sont peutêtre plus sains et plus succulens que ceux
qui sont d'origine étrangère. Iln'ya point
de végétaux supérieurs pour T'usage domes- --- Page 105 ---
(93)
tique, à l'igname, au plantain, à l'eddoes,
à la cassave, et a.la pomme-de-terre donce,.
ou au topinambour. Les Européens et les
naturels préfèrent même le plantain au
pain.
Leurs fruits sont nombreux et délicieux.
Il n'y a aucun pays qui puisse se vanter
d'avoir des productions aussi odoriférantes
quela pomme de pin, ,le tamarin, les papas,
la pomme de cachou, la pomme de fan >
la noix de coco, la pomme étoilée, la grenadine, l'avocat, la prune-pêche 3 la noix
de pindal,les mamméies, les groseilles espagnolesetlapoire d'épine. C'estd'Espagne,
je crois, que furent importés l'oranger, le
citronier, le tilleul, la vigne, le chadec, le
figuier et le grenadier. L'Angleterre n'a contribué que très-peu à augmenter le nombre
de leurs productions; ; les fraises qu'elle y
a importées ne viennent guères à l'état de
perfection que dans les montagnes élevées.
Ce seroit faire une injustice à milord
Rodney de ne pas faire mention que le
mangao,la canelle et plusieurs plantes rares
sont des présens qu'il a faits à la colonie.
Ayant trouvé ces plantes à bord d'un vaisseau français, qu'il rencontra par hasard,
L'Angleterre n'a contribué que très-peu à augmenter le nombre
de leurs productions; ; les fraises qu'elle y
a importées ne viennent guères à l'état de
perfection que dans les montagnes élevées.
Ce seroit faire une injustice à milord
Rodney de ne pas faire mention que le
mangao,la canelle et plusieurs plantes rares
sont des présens qu'il a faits à la colonie.
Ayant trouvé ces plantes à bord d'un vaisseau français, qu'il rencontra par hasard, --- Page 106 ---
(94)
il eut la générosité de les enyoyer à la Jamaique.
La canelle est à présent naturalisée dans
l'ile, et le mangao yest aussi commun que
l'oranger. --- Page 107 ---
(95)
CHAPITRE V.
Description lopogmphiqne-Villes,villages etparoisses.
Cours de justice. Bareaux publics. Monnoie.
Miliee. - Habitans. Commerce. - Vaisseaux.
Exportations.-Imaportapions.
L. Jamaique est divisée en trois comtés ;
Cornouaille, Midilesex et Surrey.
Middlesex a huit paroisses et treize villages. La ville principaleest Spanish-Town,
où réside le gouverneur, et où s'assemblent
la chancellerie et la cour suprème de judicature.
Le comté de Cornouaille contient trois
villes et cinq paroisses. Les plus considérables sontMontego-Baye et Falmouth, situées
du côté du nord: La dernière, en 1771,
n'avoit. encore que dix-huit maisons et environ dix vaisseaux : depuis cette époque,
elle a fait des progrès rapides, et elle contient aujourd'hui deux cent vingt maisons
et plus de trente gros vaisseaux, outre des
bateaux d'un moindre port.
Montego-Bay est composce de cent cin- --- Page 108 ---
(96)
quante maisons, et contient six cents habitans blancs. C'est une ville riche et florissante, qui a un grand nombre devaisseaux.
Savannah-la-Mar a une fois été presque
entièrement détruite par un tremblement de
terre; mais elle est à présent rebâtie et comprend soixante-dix maisons.
Il arrive quelquefois que, pour la commodité du public, deux ou plusieurs paroisses
sont administrées comme st elles n'en formoient qu'une : elles sont alors, comme
une seule paroisse, gouvernées par un magistrat appelé custos rotulorum, et desjuges
de paix.. Un guorum Qu comité de ces juges
de paix peut décider des contestations qui
ne passent pas quatre cent quatre-vingts
livres tournois; et un seul, de celles quine
sont pas au-dessus de quarante-cinq.
La Jamaique contient dix-huit églises ou
chapelles, dont chacune a un curé. Les
curés ont depuis 7,200 liv. jusqu'à 48,000
liv. tournois de revenu : le curé jouit
aussi d'une maison et. d'un jardin gue
lui fournit la paroisse, ou a droit à un
équivalent de douze cents liyres tournois
par an. L'addition d'un jardin ou d'une
certaine étendue de terre, rend leur place
La Jamaique contient dix-huit églises ou
chapelles, dont chacune a un curé. Les
curés ont depuis 7,200 liv. jusqu'à 48,000
liv. tournois de revenu : le curé jouit
aussi d'une maison et. d'un jardin gue
lui fournit la paroisse, ou a droit à un
équivalent de douze cents liyres tournois
par an. L'addition d'un jardin ou d'une
certaine étendue de terre, rend leur place --- Page 109 ---
(97) )
très-agréable. Le gouverneur 9 comme représentant du roi, est patron de toutes ces
paroisses ; il a aussi la prérogative de suspendre de ses fonctions Je curé $ en cas de
mauyaise conduite. Il faut observer qu'être
suspendu de ses fonctions, c'est aussi être
privé de son bénéfice.
Les assemblées de paroisses 3 qui sont
composées d'un custos et de quelques juges
de paix, , du curé et de dix
marguilliers 2
ont seuls le pouvoir d'employer le revenu
des impositions, 3 de réparer les grandes
routes et de lever les contributions civiles
et ecclésiastiques.
II se tient à Spanish-Town une assemblée,appelée la Grande-conr,qui ressemble
aux cours de judicature anglaises. Elle est
composée d'individusaisés de l'ile, qui sont
adjoints aux juges sans émolumens et sans
aucune récompense. Trois de ces individus
forment un quorum, et le juge principal
de l'ile préside cette assemblée, Si l'affaire
qu'ils ont décidée passe 7,200 livres tournois, on peut en appeler au gouverneur et
à son conseil; s'il s'agit d'une affaire criminelle ou de la peine de mort, au gonverneur seul.
--- Page 110 ---
(98)
Par la méthode ingénieuse avec laguelle
ils ont fixé les époques de leurs assises, les
habitans ont régulièrement une cour dej justice tous les moise Outre cela, ils ont une
cour de chancellerie, d'amirauté ct leursmagistrats. On ne peut point appeler de la cour
suprême à celle des assises, 2 parce que
le jugement de la cour des assises étant
comme une conséquence immédiate de
celui de l'autre, ces deux jugemens sont
considérés cômme la détermination d'un
seul corps.
Le gouverneur de la Jamaique préside
comme seul chancelier, d'après la nature
de sa place. Outre cette vaste source d'émolumens et d'influence, c'est lui qui accorde les lettres d'administration, et il est
le seul officier chargé de prouver les testamens. Il a exactement 5000 livres de revenu
fixe,argent du pays: : il tire outre cela 225o1.
d'indemités de diverses cours : la ferme destince à son usage et sa polink ou terre des
montagnes, 7 qui comme la ferme, est bien
fournie de nègres, , lui rapportent 1000 liv.,
de sorte que son revenu annuel doit monter
à Gooolivres sterlings ou 144,000 livres tournois; et il est bien connu qu'il peut faire
a exactement 5000 livres de revenu
fixe,argent du pays: : il tire outre cela 225o1.
d'indemités de diverses cours : la ferme destince à son usage et sa polink ou terre des
montagnes, 7 qui comme la ferme, est bien
fournie de nègres, , lui rapportent 1000 liv.,
de sorte que son revenu annuel doit monter
à Gooolivres sterlings ou 144,000 livres tournois; et il est bien connu qu'il peut faire --- Page 111 ---
(99)
les honneurs de sa place avec la moitié de
cette somme.
Le bureau d'enregistrement se tientuniformément à Spanish-Town. Là, sont enregistrés les lois, les testamens, patentes
et ventes, Il est nécessaire que toute personne qui a passé six semaines dans l'ile,
obtienne un passe-port de cette cour
>
pour
en. sortir; et les capitaines de vaisseaux ne
peuvent prendre aucun individu à bord de
leur bâtiment sans un pareil passe-port, sous
peine de 24,000 livres tournois d'amende.
Lewsendorphalinsatie, possesseursd'hypothèques.sont aussi obligés de faire enregistrer le produit annuel des biens dont la
garde leur est confiée.
Les profits de ce bureau se tiennent par
une patente du roi; ils sont au moins de
144,000 livres tournois par an, et le travail
se fait par. des commis dont les émolumens
ne sont. pas. considérables.
Nousavonsdit, dans un des chapitres précédens, que laJamaique avoit été pendant
un tems sous le gouvernement militaire. On
yt trouve encore les restes, de cette espèce de
gouvernement dans la place de prevôt-maréchal-général, place de grande considéra- --- Page 112 ---
(100)
tion, et à laquelle sont attachés des privilègesi importans. Il tient son autorité duroi;
entr'autres attributions, 3 il a le pouvoir de
nommer des députés dans toute l'étendue de
l'ile.
La place de clerc de la cour suprême est
de même tenue en vertu d'une patente du
roi, ets s'exerce par procureur. Il fut un tems
oùi elle rapportoit annuellement 9000 livres
dl'argent du pays, ou 180,000 livres tournois ; mais elle n'a plusavjourd'hui ilamême
valeur.
Ily a une infinité d'autres charges lucratives qui se tiennent par patente ou par
commission, et qui s'exercent également
par procureurs ; elles rapportent aux habitansde la Grande-Bresagneqsiles possèdent,
utn revenu annuel d'au moins720,000 livres
tournois.
Le corps législatif est composé d'un capitaine-général ou commandant en chef; d'un
conseil de douze, nommé par le roi; et
d'une assemblée de quarante-trois membres.
Pour être électeur, il faut avoir 240 livres
tournois de rente en terres; et pour pouvoir être représentant, 72,000 livres de
revenu en terres ou autrement. Qnand
èdent,
utn revenu annuel d'au moins720,000 livres
tournois.
Le corps législatif est composé d'un capitaine-général ou commandant en chef; d'un
conseil de douze, nommé par le roi; et
d'une assemblée de quarante-trois membres.
Pour être électeur, il faut avoir 240 livres
tournois de rente en terres; et pour pouvoir être représentant, 72,000 livres de
revenu en terres ou autrement. Qnand --- Page 113 ---
(IOI )
un bill est sanctioné par le gonverneur, s
il a provisoirement force de loi, jusqu'à
ce que l'on connoisse la volonté du roi,
quiale droit d'y refuser son approbation.
Ce qui donne particulièrement lieu à ces
lois provisoires, sont des circonstances ou
des événemens que les lois anglaises n'ont
pas prévues. Dans le cas oi le code anglais
offroit des inconvéniens, il a été changé
et modifié pour le bien des colons.
Le gouvernement britannique retire de
cette ile deux espèces de revenus, 3 l'un annuel et l'autre perpétuel. Ce dernier fut ac.
cordé, comme nous l'avons vu 9 pour obtenir Ia paix et la tranquillité, et le premier
est voté annuellement par l'assemblée pour
servir de subsides.
Tout le produit du revenu des cours de
justice peut monter à 288,000 livres tournois.Le revenu annuel de cette colonie pour
legouvernement, s estévalué à 1,680,000 liv.
Il faut cependant remarquer que Ie bon traitement, que l'on accorde aux militaires résidant dans l'ile,absorbe une grande partie
de cette somme : chaque officier a un louis
par semaine, outre la solde du roi; et chaqne
soldat six francs. Les femmes et enfans des --- Page 114 ---
IO2 )
soldats ont aussi droit à une indemnité, de
manière quela somme quel'on emploie pour
remplircet objet, monte à environ 960,oool.
tournois.
Outre les subsides occasionnellement vOtés par. T'assemblée, selon l'urgence des cas s
il y.a un impôt régulier ou droit, sur les
nègres importés et ceux que l'on possède
comme esclaves, sur les woitures, les esprits détaillés et consommés, et enfin une
taxe, qui est celle qui produit le plus, de
3121 livres tournois et quelquefois de 6241 liv.
par an, sur tous les propriétaires qui n'ont
pas un blanc par 30 nègres qu'ils possèdent.
Lamionnoiecourante de la Jamaïque consiste en demi-johannes, évalués en Angleterre à 36 schélings chacun, et dans le pays
à55 (). Ony trouvedes doublons d'or d'Espagne, estimés à cinq louis, et des pistoles
de 26 schelings six sous. Ily a aussi des
pièces d'argent espagnoles depuis le dollar,
évalué à six schelings seize sous, jusqu'au
bill de cinq pence ou dix sous de France.
Une guinée,qui vautàLondres 21 schelings,
(1) Le scheling vaut à-peu-près vingl-trois sous.
(Nole du freducteur.)
vedes doublons d'or d'Espagne, estimés à cinq louis, et des pistoles
de 26 schelings six sous. Ily a aussi des
pièces d'argent espagnoles depuis le dollar,
évalué à six schelings seize sous, jusqu'au
bill de cinq pence ou dix sous de France.
Une guinée,qui vautàLondres 21 schelings,
(1) Le scheling vaut à-peu-près vingl-trois sous.
(Nole du freducteur.) --- Page 115 ---
(103 )
y passe pour 32 schelings 6 pence, ou 12 S.
Cela est cependant beaucoup au-dessus du
cours ordinaire du change, d'après lequel
100 livres sterlings ou 2,400 livres tournois
donnent 140 livres de la Jamaique.
La situation de cette ile exige une forte
milice.; en conséquence, d'après la rigueur
de la loi, tout. individa mâle est tenu de
porter les armes depuis lage de quinze ans
jusqu'à soixante, et de s'équiper à ses frais.
Cette. loi n'est cependant - pas très-strictement observée ; car dans les tems du plus
grand danger, ils ne lèvent guères plus de
7000 hommes.effectifs.
La masse deshabitans de la. Jamai juesont
des célibataires ; car 7 les Européens vont
dans ce pays-là, non pas pour y faire des
enfans. $ mais pour amasser des richesses.
Cette circonstance empêche de pouvoir - donner un état exactda nombre de blancs qui
résident dans l'ile: Par l'estimation quiena a
été faite en 1780, ils montoient à 25,000.
Il s'est établi depuis, à la Jamaique 2
nombre d'Américainsroyalistes, émigrés des
Etats-Unis; desorte qu'y compris les troupes
etles matelots,le nombre de blancs peut bien
monter à 30,00 o ames. --- Page 116 ---
(104) )
Des nègres libres et des gens de couleur s :
il s'en trouve environ 500 par. paroisse. Les
marons (ces nègres qui ont combattu pour
leur liberté, et qui après l'avoir obtenue se
sont retirés dans l'intérieur de l'ile) ont
depuis peu augmentéconsidérablement leur
population. En 1770 3 ils n'étoient que
885; et, 3 d'après la dernière évaluation, 3 ils
montoient à 1400.
D'après le dernier dénombrement, les nègres esclaves étoient au nombre de 210,894.
On a cependant prouvé qu'il étoit probable
que les propriétaires, pour se soustraireaux
impositions > en avoient au moins caché
40,000 au gouvernement. Ainsi le nombre
total des habitans de la Jamaique (calcul approximatif) seroit de 291,894.
On connoîtra mieux le commerce de cette
fle par le tableau suivant du nombre de vaisseaux de tous genres 7 qui sortirent des dif
férens ports de la Jamaique - s en 1787, sars
compter les bateaux pêcheurs et autres petits
bâtimens.
, pour se soustraireaux
impositions > en avoient au moins caché
40,000 au gouvernement. Ainsi le nombre
total des habitans de la Jamaique (calcul approximatif) seroit de 291,894.
On connoîtra mieux le commerce de cette
fle par le tableau suivant du nombre de vaisseaux de tous genres 7 qui sortirent des dif
férens ports de la Jamaique - s en 1787, sars
compter les bateaux pêcheurs et autres petits
bâtimens. --- Page 117 ---
1 105 )
de nombre vuisseaux. tonneaur. bommcs,
Pour la Grande-Brelagne,
242 63,471 7.748
LIrlande,
IO
1,231
Les Etats-Unis,
13,041
Les colonies anglaises?
de l'Amérique, 6,133
Les Indes occidentales?
1,903
étrangères,
L'Afrique,
A Tolal..
474 85,888 9,344
Il faut néanmoins observer que, dans le
compte ci-dessus, plusieurs objets sont
importés des autres îles à la Jamaique, et
payés en marchandises anglaises et en
nègres. Par le même canal, il s'importe
beaucoup del lingot dans la Grande-Bretagne;
mais nous ne pouvons en rendre un compte
exact.
L'état des exportations de la Jamaique
est comme il suit : --- Page 118 ---
d o 3 --- Page 119 ---
(107 )
Ile est possibleque cet état ne soit pas parfaitement exact, et que les exportations
soient plus ou moins çonsidérables ; mais
comme les, profits reviennent én dernière
analyse à la mère-patrie , ce point est fort
peu important. Pour démontrer la propriété
de cette conclusion, nous. n'avons qu'à
examiner.lextrait d'up rapport fait par: les
lords commissaires du. comnerce et. des
colonies, en l'année 1734.
CC Le montant annuel des exportations de
C la Jamaique est, d'après une estimation
<c moyenne de quatre ans, de 147, 675 liv.
C sterl. 2 schelings3 pence : ou 3,541,202
cc. livres 13 sous 6 deniers tournois. En
ec même-tems,évaluation moyenne,le monLE tant de ses importations est de 539:499
CC livres sterlings 18 schelings.3. pence on
C 12,947,997 livres 1 sou tournois. L'excéCC dent desi importations estrconséquemment
Cc de 391,824 livres sterlings 15 sous 11 déC niers : ou 9,403,794livres; 7 sous 6 den:
K tournois. Mais cet excédent n'est pas une
CC dette de: la Jamaique à la Grande-BreCc tagne. 3 la plus grande partie doit être
cc portée au compte des: marchandises enCC voyées aux Indes occidentales espagnoles
997 livres 1 sou tournois. L'excéCC dent desi importations estrconséquemment
Cc de 391,824 livres sterlings 15 sous 11 déC niers : ou 9,403,794livres; 7 sous 6 den:
K tournois. Mais cet excédent n'est pas une
CC dette de: la Jamaique à la Grande-BreCc tagne. 3 la plus grande partie doit être
cc portée au compte des: marchandises enCC voyées aux Indes occidentales espagnoles --- Page 120 ---
To8 1e )
ce dont les échanges se font par la voie de
rc la Jamaique, une autre partie à la dette
CC de la Jamaique poar le comnmerce des
cc nègres d'Afrique, et nne troisième au
C compte de PAmérique septentrionale,
CC qui paie une partie de sa dette à l'AmC gleterre avec des bons sur la Jamaique,
Ce qu'elle se procure par le moyen des derzCC rées qu'elle lui fournit. Le reste est un
ec bénéfice net obtenu par notre commerce 3
ec soit directement, soit par l'intermédiaire
Kc de la traite des nègres. >>
La mention des Indes occidentales
espagnoles me condnit naturellement à donner
la relation du commerce qui subsistoit autrefois entre ces iles et la Jamaique, et qui
véritablement subsiste encore.
Vers le commencement du siècle actuel,
ce commerce étoit si avantagenx à la GrandeBretagne, qu'il faisoit vendre pour 1,500,000
liv. sterlings, 36,000,000 liv. tournois de
marchandises anglaises.
L'Espagne, 3 plus
occupée de l'encouragement de ses propres
exportations que du bien-être de ses colonies, ordonna à ses snjets dans les Indes
occidentales, de ne prendre aucune autre
marchandise que celles qui venoient des --- Page 121 ---
(109 )
manufactures de lar mère-patrie ; quoiqu'elle
ne fit pas en état de leur procurer la centième partie de ce dont ils avoient besoin.
Les colons, bien instruits de cette circonstance, entretinrent un commerce d'interlope avec les Anglais, qu'ils menèrent avec
leurs vaisseaux dans des ports peu fréquentés,et les plus propres à un commerce de
contrebande. En échange des marchandises
ainsi importées, 9 les Espagnols inportèrent
dans les fles anglaises, de l'Amérique d'autres articles qui conyenoient également à
ces dernières, savoir; des bêtes à cornes,
des mulets, des chevaux et du lingot. Cet
échange de marchandises étoit dans le fait
contraire à l'acte de navigation ; mais le
gouvernement britannique s s'intéressant
davantage à la prospérité de ses colonies
que la cour d'Espagne, ne voulut pas sévir
contre cette désobéissance lucrative à cet
acte.Cependant le ministre anglais discontinua cette indulgence en 1764; ets s'attachant
à la lettre de l'acte de navigation, ordonna
que tous les vaisseaux espagnols trouvés
dans les ports des Indes occidentales anglaises fussent saisis et confisqués. C'étoit
faire plaisir à la cour d'Espagne, mais cela
prospérité de ses colonies
que la cour d'Espagne, ne voulut pas sévir
contre cette désobéissance lucrative à cet
acte.Cependant le ministre anglais discontinua cette indulgence en 1764; ets s'attachant
à la lettre de l'acte de navigation, ordonna
que tous les vaisseaux espagnols trouvés
dans les ports des Indes occidentales anglaises fussent saisis et confisqués. C'étoit
faire plaisir à la cour d'Espagne, mais cela --- Page 122 ---
(11o)
fit un tort considérable aux colonies britanniques ; car, l'année d'ensuite, on exporta à la Jamaique pour 168,000 livres
sterlings, 4,032,000 liv. tournois de moins.
Un ministère subséquent accorda, il est
vrai, la même indulgence ; mais l'affaire
étant parvenue à la cour d'Espagne, elle
s'efforça de contre-carrer cette mesure, en
accordant à ses colonies de l'Amérique une
plus grande latitude de commerce, qui pât
faire cesser toute tentation de trafiquer avec
les Anglais. Il est néanmoins probable que
la supériorité des manufactures anglaises
leur eût assuré un marché, si les ports de
la Dominique et de la Jamaique n'avoient
pas été ouverts à tous les vaisseaux étrangers. Cela excita la jalousie dés Espagnols;
ilsseprocurérentpare des moyens secrets une
copie du registre tenu dans les ports libres
anglais, et connurent ainsi tous les individus de leur nation qui étoient intéressés
dans ce commerce. illicite. Ces individus
devinrent aussitôt les victimes de la vengeance publique, et furent exposés à toutes
sortes de cruautés. La Grande-Bretagne révoqua trop tard l'ordre d'ouvrir ces ports;
les Espagnols n'avoient alors que trop de --- Page 123 ---
(III )
raisons de refuser toute espèce de correspondance. Il se fait cependant toujours un
commerce d'interlope avec les iles espagnoles, 7 par des vaisseaux qui trouyent moyen
d'éluder la vigilance des gardes-côtes.
Quant au: bill pour déclarer ces ports
libres, on pourroit donner bien des argumens en, sa faveur. Il est vrai que, sous
prétexte d'y entrer avec des marchandises
permises, plusieurs petits bâtimens pouvoient se fourrer dans les criques peu fréquentées, et y distribuer des articles de
contrebande,tels que des batistes de France,
des vins, des eaux-de-vie, etc. En supposant
que cela fut arrivé, et.que le commerce particulier de la Jamaique eût souffert de ces
manceuvres, le commerce général de l'empiré britanniqne y' auroit beaucoup gagné,
parce que l'indigo et le coton importés,
par l'intermédiaire du commerce étranger,
sont des objets absolament nécessaires aux
manufactures anglaises. Ces réflexions frappèrent la chambre des communes en 1774,
quand elle ordonna la liberté du commerce
par un acte quisubsiste encore. L'argument
le plus fort en favenr de cette opinion,
c'est que les ports libres seroient devenus
des marchés pour la vente des nègres
uroit beaucoup gagné,
parce que l'indigo et le coton importés,
par l'intermédiaire du commerce étranger,
sont des objets absolament nécessaires aux
manufactures anglaises. Ces réflexions frappèrent la chambre des communes en 1774,
quand elle ordonna la liberté du commerce
par un acte quisubsiste encore. L'argument
le plus fort en favenr de cette opinion,
c'est que les ports libres seroient devenus
des marchés pour la vente des nègres --- Page 124 ---
(112 )
d'Afrique, que les propriétaires auroient
amenés dans ces endroits 7 dans l'espoir
d'avoir de l'argent comptant pour leur
cargaison.
La vérité de cette remarque se fit évidemment sentir, quand la compagnie espagnole d'Assiento 3 après avoir obtenu la
permission d'acheter des esclaves dans les
iles voisines, s'adressa pour cet effet à la
Jamaique. Le gouvernement britannique,
voulant encourager ce commerce 3 ôta le
droit d'exportation qui se payoit par chaque
tête de nègre ; et le résultat de cette mesure
fut que, pendant les dix années suivantes,
il s'importa dans l'ile plus de vingt-deux
mille esclaves de plus que les dix années
précédentes.
Ayant ainsi rendu compte en peu de
mots du commerce et du trafic de la Jamaique 3 nous allons donner une courte
description des progrès de son agriculture
depuis un siècle.
Nous avons vu qu'en 1673 l'ile ne contenoit que sept mille blancs et neuf mille
nègres. Ses principales denrées étoient alors
du cacao, de l'indigo et des cuirs verts.
Vers CC tems-là on commença à fabriquer
que les dix années
précédentes.
Ayant ainsi rendu compte en peu de
mots du commerce et du trafic de la Jamaique 3 nous allons donner une courte
description des progrès de son agriculture
depuis un siècle.
Nous avons vu qu'en 1673 l'ile ne contenoit que sept mille blancs et neuf mille
nègres. Ses principales denrées étoient alors
du cacao, de l'indigo et des cuirs verts.
Vers CC tems-là on commença à fabriquer --- Page 125 ---
((r3)
du sucre. Jusqu'en 1722, elle ne fournit
guères que onze mille boucaux de cette
marchandise.
En 1734,i1 y avoit dans l'ile sept mille
blancs, quatre-vingt-six mille nègres et
soixante-seize mille têtes de bétail. Ses importations en Angleterre étoient évaluées
à 539,499 liv. 18 sous 3 den. : sterlings,
12,947,988 liv. tournois.
En 1744; les blancs montoient à neuf
mille, les nègres à cent douze mille, et les
bestiaux à quatre-vingt-huit mille. Les exportations étoient alors estimées à 600,000
liv. sterlings, 14400,000 liv. tournois.
En 1768, on faisoit monter le nombre
des.blancs à dix-sepimille, ,les nègres à cent
soixante-six mille', et les exportations à
1,400,000 livres sterlings, 33,600,000 livres
tournois.
Dans toutes les parties de la Jamaique,
l'agriculture faisoit alors des progrès rapides; et en 1787, la somme totale des exportations, d'après le compte de l'inspecteur-général, étoit de deux millions sterlings, ou quarante huit millions tournois.
Au commencement de l'année suivante,
la guerre désastreuse entre la mère-patrie
--- Page 126 ---
(I14)
et l'Amérique septentrionale, commença;
et les malhenreux et innocens habitans de
la Jamaiqne sentirent ses funestes effets au
plus haut degré. Outre toutes leurs autres'
calamités, cing ouragans, qui eurent lieu
dans l'espace de sept ans, contribuèrent à
répandre par-tout la ruine et la désolation.
Il faut néanmoins avouer avec reconnoissance, que depuis l'époque du dernier ouragan en 1786, les saisons et les récoltes
ont été très-bonnes.
En calculant la valeur de l'ile 3 nous
pouvons évaluer les esclaves, en raison de
1200 livres tournois chacun,à 300,000,000
liv.; les propriétés territoriales et personnelles, à 600,000,000 ; les maisons et propriétés dans les villes, et les vaisseaux, à
36,000,000 liv. de plus ; de sorte que l'estimation totale formera une somme de
936,000,000 liv. tournois, ou 39,000,000 liv.
sterlings. --- Page 127 ---
(115)
LIVRE IIL
ILES CARAIBES ANGLAISES.
CHAPITRE PREMIER.
LA BARBAD: E.
Arrivée des Anglais dans cette ile. - Origine, progrès,
et fin du gouvernement des propriélaires. - Revenu
accordé au roi. 1 Origine de l'acte de navigation.. -
Situation et étendue de l'ile.. - Sol et productions. -
Popnlation. - Son déclin. - Exportations et importalions.
I. paroît que la Barbade ne fut guères
observée dans la géographie avant l'année
1600. Les Caraïbes l'avoient abandonnée
pour des raisons que nous ne pouvons pas
concevoir; et les Portugais, qui l'avoient
probablement découverte, 2 dans quelquesuns de leurs voyages à l'Amérique septentrionale, s'étoient contentés d'y laisser quelques cochons.
et productions. -
Popnlation. - Son déclin. - Exportations et importalions.
I. paroît que la Barbade ne fut guères
observée dans la géographie avant l'année
1600. Les Caraïbes l'avoient abandonnée
pour des raisons que nous ne pouvons pas
concevoir; et les Portugais, qui l'avoient
probablement découverte, 2 dans quelquesuns de leurs voyages à l'Amérique septentrionale, s'étoient contentés d'y laisser quelques cochons. --- Page 128 ---
(116)
L'équipage de la Fleur d'Olive (OliveBlossom), vaisseau armé à Londres par le
chevalier Olive Leigh, furent les premiers
Anglais qui débarquérent à la Barbade. Ils
n'y restèrent cependant pas long-tems, et
continuérentleur voyage,après s'être munis
des provisions qu'ils avoient trouvés dans
l'ile.
Un vaisseau appartenant au chevalier
Courteen y fut ensuite poussé par le mauvais tems ; et les rapports que les gens de
l'équipage en firent en Angleterre 3 engagérent le comte.deM Marlboroughà demander
au roi une patente pour en prendre possession. Sous les auspices de Marlborough,
Courtéen engagea une. trentaine d'aventuriers qui promirent d'y former un établissement. Ils firent voile d'Angleterre, munis
de provisions, d'outils, et de tout ce qui
étoit nécessaire à une nouvelle colonie, et
débarquérent à la Barbade vers la fin de
1624, où ils fondèrent James Town (ville
de Jacques), en Thonneur du souverain,
alors sur le trône.
Entre les nombreuses personnes de qualité ; qui avoient pris une part active à
formerdes colonies dans le nouyeau monde, --- Page 129 ---
(117)
le plus ardent étoit le comte de Carlisle.
Pendant le règne deCharlesI.", ce seigneur
avoit obtenu du roi la concession de toutes
les fles caraibes, la Barbade comprise. Cette
concession ne fut pas plutôt faite 7 qu'elle
excita une dispute entre Marlborough, qui
en étoit véritablement le possesseur légal,
et Carlisle le nouyeau patenté. Leur contestation se termina par un accord fait entre
eux, que Carlisle paieroit à Marlborough
7,20oliv. tournois par an, et que ce dernier
renonceroit à ses prétentions.
Marlborough, a après avoir conclu ce traité
avec son rival,abandonna surle-champ son
ami Courteen, qui fut alors exposé à l'injustice de Carlisle. En vain, pendant l'absence de Carlisle, le comte de Pembrokeprit-il son parti, et obtint-il une concession
par patente de l'ile de Barbade pour Courteen. L'inconstant monarque, quand Carlisle fut de retour, ne put résister aux sollicitations de son favori, révoqua la dernière patente et rétablit la première. Carlisle se trouvant par ce" moyen propriétaire
de l'ile, la vendit par parties ; et ayant
envoyé Charles Woolferstone comme intendant, et le cheyalier Tufton comme gou-
absence de Carlisle, le comte de Pembrokeprit-il son parti, et obtint-il une concession
par patente de l'ile de Barbade pour Courteen. L'inconstant monarque, quand Carlisle fut de retour, ne put résister aux sollicitations de son favori, révoqua la dernière patente et rétablit la première. Carlisle se trouvant par ce" moyen propriétaire
de l'ile, la vendit par parties ; et ayant
envoyé Charles Woolferstone comme intendant, et le cheyalier Tufton comme gou- --- Page 130 ---
(118 )
verneur de la colonie, obligea Courteen et
ses adhérens à se soumettre à son autorité.
Cependant la conduite de Tufton ayant
déplu au comte de Carlisle, il envoya un
gouverneur nommé Hawley pour le remplacer. Son premier acte d'autorité fut de
condamner Tufton, 3 son prédécesseur, à
être fusillé, sous prétexte que les remontrances qu'il avoit faites contre la nomination d'un nouyeau gouverneur, étoient des
actes de désobéissance et de rébellion. La
précipitation indécente et l'injustice choquante de cette exécution excitèrent l'indignation de tous les colons contre lui. Mais
ce fut en vain qu'ils témoignérent leur
mécontentement; Hawley, malgré tous ses
crimes, étoit protégé par la cour d'Angleterre, et fut renvoyé avec de nouveaux
pouvoirs reprendre le gouvernement de
l'ile. Il y resta pendant quelque tems, toujours odieux aux habitans ; à la fin il lui
fut impossible de résisterà l'indignation
publique; ; et, après un règne honteux, il
fut chassé du pays.
Plusieurs gouverneurs lui succédèrent ?
quisemblent avoir mis toute leur attention
à tâcher d'introduire des lois justes et sar --- Page 131 ---
(119 )
lutaires; mais les impressions de haine qne
l'on avoit contre le propriétaire étoient
toujours si fortes, que son. autorité s'affoiblit peu-à-peu.
Las guerre civile s'alluma alors en. Angle.
terre, et nombre d'émigrés vinrent se réfugier à la Barbade. Telle fut la rapidité de
sa population dans l'espace de vingt ans,
qu'en 1680, elle put mettre sous les armes
Dour la défense du pays, 10,000 blancs et
un régiment de cavalerie.
Les nouveaux aventuriers ne firent pas
même la cérémonie d'acheter le terrain 9
mais plantèrent oùl ils jugèrent à propos ;
de sorte que l'autorité du propriétaire et
son droit au paiement furent à la fin. tacitement abandonnés. En 1646, quand la
prospérité des colons commença à attirer
l'admiration publique, le fils du patenté fit
valoir ses. réclamations. 1 fut soutenu par
lecomte de Willonghby, qui stipula pour
la moitié. des profits, et un bail de l'ile
pour vingt-un ans. Il donna plus de force
ice traité, en obtenant le gouvernement de
l'ile. Il fut très-bien reçu par les habitans,
et auroit probablement réussiàlever tout le
tribut accordé dans un. tems par les plan-
er
l'admiration publique, le fils du patenté fit
valoir ses. réclamations. 1 fut soutenu par
lecomte de Willonghby, qui stipula pour
la moitié. des profits, et un bail de l'ile
pour vingt-un ans. Il donna plus de force
ice traité, en obtenant le gouvernement de
l'ile. Il fut très-bien reçu par les habitans,
et auroit probablement réussiàlever tout le
tribut accordé dans un. tems par les plan- --- Page 132 ---
120 )
teurs ; mais neufans avant l'expiration de
son bail,l'usurpation de Crornwell eut lieu,
et il fut en conséquence renvoyé de sa
place.
A la restauration, il sollicita le renouvellement de son autorité, et le comte de
Marlborongh étant mort, le comte de Kinnoul, son successeur, se joignit à lui dans
ses sollicitations, afin d'avoir sa part des
profits. Les habitans s'apercevant alors
que l'intention de ces réclamans étoit uniquement de prendre une portion des richesses de la Barbade, frent de vigoureuses
remontrances sur la cruauté de leur sort,
puisqu'ils alloient être obligés de payer des
contributions à des hommes qui n'avoient
encouru aucune dépense pourcoloniserllle.
Tandis que l'affaire se discutoitau conseil
du roi, quelques personnes déléguées par
les planteurs pour plaider leur cause auprès
de sa majesté, offrirent de l'arranger, en
payant au roi un revenu annuel. Charles
accepta gracieusement une pareille proposition; mais les colons, ayant appris l'offre
qui avoit été faite, refusèrent de payer une
pareille taxe, et dirent que leurs délégués
n'avoicnt pas droit de la proposcr. --- Page 133 ---
(121 )
Cela excita une nouvelle difficulté pour
décider la contestation. A la fin, elle fut
terminée par une décision également oppressive et injuste pour lés habitans de la
Barbade. Lord Willonghby eut ordre de
prendre immédiatement le gouvernement
de l'ile ; eti il y eut une ordonnance qu'on
prélèveroit à perpétuité, en numéraire, un
droit de quatre et demi pour cent sur toutes
lesproductions de l'ile, quelque part qu'elles
fussent exportées.
Le montant de ce revenu devoit 2 en
dernière analyse, retourner au roi; ; mais
on fit en même-tems un traitement convenable au comte de Kinnoul, aux créanciers
de lord Carlisle, et à lord Willoughby.
Entre les planteurs de la Barbade qui
s'opposèrent vigoureusement à cette injuste
imposition, le colonel Farmer est un des
plus énergiques ; mais ses efforts patriotiques furent étouffés par le despotisme de la
cour. Ifutarrêtésous prétexte de mutinerie,
envoyé aux fers en Angleterre, et retenu
long-tems en prison. La persécution de cet
homme courageux effraya ceux quis'oppo.
soient encore à T'ordonnance, et les habitans de la Earbade furent ainsi forcés de So
posèrent vigoureusement à cette injuste
imposition, le colonel Farmer est un des
plus énergiques ; mais ses efforts patriotiques furent étouffés par le despotisme de la
cour. Ifutarrêtésous prétexte de mutinerie,
envoyé aux fers en Angleterre, et retenu
long-tems en prison. La persécution de cet
homme courageux effraya ceux quis'oppo.
soient encore à T'ordonnance, et les habitans de la Earbade furent ainsi forcés de So --- Page 134 ---
- 122 )
soumettre à une taxe, qui jusqu'à ce jour
est onéreuse et oppressive.
Milord Clarendon, qui iavoit été le principal conseiller du roi pour le porter à
cette injuste mesure, fut à la verité par la
suite obligé de rendre compte de sa conduite au parlement Britannique; mais ceux
quivouloient la perte de Clarendon,avoient
d'autres objets en vue que le soulagement
de la Barbade ; de sorte que, lorsqu'il eut
été reconnu que la taxe étoit criminelle, sa
rigueur n'en fat pas pour cela modifiée.
En 1680, le colonel Dutton, à son arrivée à la Barbade, informa le conseil et
l'assemblée que sa majesté vouloit bien commuer la taxe pour une somme'équivalente
d'argent : en conséguence, il fut offert de
la part des colons de donner en place des
quatre et demi pour cent 6,000 livres sterlings ou 144,000 liv. tournois par an pendantonze ans; mais cette proposition ayant
paru trop modérée, elle fut rejetée et la taxe
continuée.
L'acte de navigation impesa à la Barbade
une taxe-bien plus onéreuse que celle dont
je viens de parler. Cette loi célèbre avoit
été faite par le parlement, après la mort de: --- Page 135 ---
(123 2e )
CharlesI, en partie pour se vengerde I'horreur que les habitans avoient témoignée de
la mort de leur souverain, , et en partie dans
l'intention d'empêcher les Hollandais, dont
les Anglais étoient alors les violens ennemis, d'avoir aucune communication avec
les fles Britanniques de l'Amérique.
Le 16 octobre 1751, Ayscue, qui commandoit les forces du parlement, arriva à
la Barbade. Il eut bientôt subjugué toute
l'ile,et il obligea les colons à se soumettre,
entr'autres articles, à cet édit de la république, qu'aucun vaisseau étrangerne pourroit commercer avec les plantations anglaises, ni aucune marchandise être importée en. Angleterre et danssesdépendances,
sinon sur des vaisseaux anglais, ou sur les
vaisseaux de cette nation, 9 dont la marchandise importée seroit une production de son
pays. Telle est l'origine de ce fameux acte
de navigation, dont le but évident étoit
alors de punir les Indes occidentales 9 et
que les habitans de la Barbade furent fort
surpris de voir continuer sous le règne de
Charles II, prince auquelils avoient, àleur
préjudice, 3 été toujours fort attachés. Nous
verrons par la suite si çette ingratitude de
cette nation, 9 dont la marchandise importée seroit une production de son
pays. Telle est l'origine de ce fameux acte
de navigation, dont le but évident étoit
alors de punir les Indes occidentales 9 et
que les habitans de la Barbade furent fort
surpris de voir continuer sous le règne de
Charles II, prince auquelils avoient, àleur
préjudice, 3 été toujours fort attachés. Nous
verrons par la suite si çette ingratitude de --- Page 136 ---
(124)
la part de Charles eut ou non des conséquences funestes à la population et à la
prospérité de lile.
La Barbade est située au treizième degré
IO minutes de latitude septentrionale, et
au cinquante-neuvième degré de longitude
occidentale de Londres. Au midi, elle a en
facel'embouchure de l'Oronoque, à l'ouest
Sainte - Lucie et Saint-Vincent, et au nord
et à l'est,.la mer Atlantique. L'ile a diverses
sortes de sols, mais le noir est le meilleur.
A l'aide de quelques engrais, elle donne
du sucre, qui ne le cède qu'à celui de SaintChristophe.
Dès l'année 1670, la Barbade contenoit
50,0001 blancs, et deux fois autant de noirs,
et occupoit 60, 000 tonneaux de vaisscaux (1).
(1)L.es premiers planteurs de la Barbade sontaccusés
d'avoir acheté et enlevé les Américains du continent
voisin,pour.i des conduire dans T'esclavage.Le Speclateur
a fait passer à la postérité Thistoire d'Yarico, vendue
comme esclave par Tingrat Inkle, dont le nom sera
à jamais exécré, Il ne sera pas désagréable au lecteur,
quia pris part aux manx de la pauvre Yarico, d'apprendre qu'elle supporla ses calamités avec plus de
courage qu'on auroit dû sy altendre. Ligon raconle --- Page 137 ---
(1125 )
En accordant même que cet état ait été
un peu exagéré, il est évident que les habitans ont rapidement diminué. En 1786,
iln'y avoit plus dans l'ile que 16,000 blancs,
800 gens de couleur, et 62,000 nègres.
Le produit du sucre a suivila diminution
de la population. Nous sommes informés
qu'en 1761, la récolte ne fournissoit pas
plus de 25,000 boucaux de sucre. Calcul
moyen , depuis 1784jusqu'en 1786, les exportations de sucre n'ont pas excédé 9,554
st. 229,296 tournois.
Il fant avouer que les ouragans qui ont
causé tant de calamités et été si fréquens
depuis douze ans, ont contribué tant à la
décadence du commerce que de la population. Celui qui eut lieu le 10 octobre 1780,
en particulier, enleva 4326 de ses habitans.
I'amendement des saisons n'a pas occasionné ce retour de la prospérité, qu'on
qu'elle devint par la suite grosse d'un domestique chrétien, et qu'élant préte d'accoucher, elle alla dans un
bois oit ily avoit un étang, et qu'à côlé de cet étang
elle s'acconcha elle-même, et revint trois heures après
au logis avec un beau et gros garçon dans ses' bras.
Mais la conduite d'Inkle n'est cependant pas susceptible d'excuse.
ement des saisons n'a pas occasionné ce retour de la prospérité, qu'on
qu'elle devint par la suite grosse d'un domestique chrétien, et qu'élant préte d'accoucher, elle alla dans un
bois oit ily avoit un étang, et qu'à côlé de cet étang
elle s'acconcha elle-même, et revint trois heures après
au logis avec un beau et gros garçon dans ses' bras.
Mais la conduite d'Inkle n'est cependant pas susceptible d'excuse. --- Page 138 ---
(126)
auroit pu attendre. Il ne faut pas espérervoir
cesserles maux de cette ile, à moins qu'elle
ne soit délivrée de ce fardeau onéreux, que
l'ingratitude de Charles II a laissé subsister.
La Barbade contient cinq districts et onze
paroisses. La capitale de lile est BridgeTown 3 (ville du Pont) qui est encore la
résidence du gouvernenr. Les appointemens
'du gouverneursont de 2,00ol. sterl. par an
ou 48,000 tournois, pris dans le trésor
public sur les quatre et demi pour cent. Il
n'y a que très-peu de différence entre le
gouvernement civil de la Jamaique et celui
de la Barbade, sinon que dans cette dernière la cour de chancellerie est composée
du gouverneur et du conseil; au lieu que
dans la première, le gouverneur est seul
chancelier. A la Barbade, il siège toujours
dans le conseil, même quand il agit législativement; et à la Jamaique, jamais. Les
cours de grandes sessions, communes plaidoieries, et de l'échiquier, sont distinctes
à la Jamaique, mais réunies à la Barbade.
Le lecteur pourra se former une idée
du commerce de cette Sle par l'état suivant,
Depuis le 5 janvier 1787 jusqu'au 5 janyier
1788, il sortit de la Barbade, --- Page 139 ---
(127)
Vaisseaux. :
Nombre de tonneaux.
26,917
Hommes.
1,942
Valeur des cargaisons, 1. st.
539,605
Liv. tournois
12,950,520. --- Page 140 ---
(128 )
CHAPITRE II.
LA GRENADE ET SES DEPENDANCES.
Découverle 1 habitans. Invasion des Français en
1650. - Extermination des naturels.- L'ile cédée au
comte de Cerillac. - Mauvaise conduite du vicegouverneur. -La colouie retourne à la couronne de
France.-I Prise par les Anglais. - Prétentions du
roi de mettre un droit de 4 : pour cent sur ses productions exportées. - Décision de la cour du banc
du roi sur ce point. - Opérations dans la colonie.
Dissentions intestines. 1 Invasion des Français en
1779. - Brave défense et reddition à discrelion de la
garnison. - Cruautés exercées envers les planteurs
anglais. - Elle est rendue à T'Angleterre par le traité
de paix.- 1 Étala actuel de la colonie.
CnIsTornE COLOMB découvrit cette fle
dans son troisième voyage (en 1498). Ses
habitansétoientnombreux et guerriers; mais
il paroît que les Européens n'avoient pas
regardé lile comme digne d'être envahie,
avant que M. de Parquet, gouverneur de la
Martinique, eût formé, en 1650, le projet
de l'attaquer.
é
de paix.- 1 Étala actuel de la colonie.
CnIsTornE COLOMB découvrit cette fle
dans son troisième voyage (en 1498). Ses
habitansétoientnombreux et guerriers; mais
il paroît que les Européens n'avoient pas
regardé lile comme digne d'être envahie,
avant que M. de Parquet, gouverneur de la
Martinique, eût formé, en 1650, le projet
de l'attaquer. --- Page 141 ---
(129 )
Le manque de territoire ne pouvoit pas
servird'excuse à cette invasion ; car les iles
fertiles de la Martinique et de la Guadeloupe
étoient encore, en grande partie, incultes :
cependantle commandantfrançaisrassembla
environ 200 aventuriers désespérés sous ses
drapeaux , et fit voile pour la Grenade. Les
soldats, avant de s'embarquer, reçurent tous
la communion, et en débarquant prièrent
avec ferveur pour le succès de leur entreprise.
M. de Parquet, pent-être contre son desir,
fut reçu par les naturels avec hospitalité,(1)
de sorte qu'obligé d'affecter la justice dans
ses opérations, il prétendit faire un achat
de lile en donnant quelques couteaux, hachettes et grains de chapelet aux habitans,
et en présentant au chef deux bouteilles
(1) Toujours le bout de l'oreille. Toujours cette
haine innée de l'Anglais contre le Français. Nous
scmmes bien loin d'approuver les horreurs qui ont été
commises dans le nouveau monde par les Européens;
mais nous ne voyons pas que les Anglais aient é14
moins cruels que les autres nations qu'ils accusent, et
nous croyons que s'ils avoient découvert les Indes
occidentales, ils auroient également exterminé les Indiens, si ces dergiers avoient pui à leurs projets ambi9 --- Page 142 ---
(130 )
d'eau-de-vie. Il commença alors à bâtir un
fort pour assurer son honnête acquisitibn,
et laissa son parent, le Comte, comme gouverneur de l'ile. Les premiers renseignemens
que nous avons sur la conduite de ce gouverneur', ne laissent pas une idée bien favorable de son caractère. Les naturels regardant avec justice leur marché comme un
prétexte insultant de les dépouiller de leur
pays, s'étoient opposés aux progrès de leurs
usurpateurs, et le Comte ne trouva pas de
meilleurexpédient d'assurer l'établissement,
d'exterminer entièrement les Caraibes.
que
Ses soldats obéirent à ses ordres avec allégresse, 3 et pour accélérer ce carnage 7 on
envoya 300 hommes de la Martinique à leur,
assistance.
Dans une de ces expéditions barbares s
tieux. Ils n'auroient pas été moins coupables que les
Espagnols. Eh ! ne l'ont-ils pas fait dans les Indes'
orientales oà ils sont accusés d'avoir extirpé une nation
entière. Ont-ils élé plus doux envers Jeurs anciens
compatriotes, les habitans des Etats-Unis, qu'ils entassoient dans des fonds de cale et faisoient mourir par
douzaines? Ont-ils été plas doux lors de leur invasion
de la Jamaique ?
(Nole du traducleur.)
pas été moins coupables que les
Espagnols. Eh ! ne l'ont-ils pas fait dans les Indes'
orientales oà ils sont accusés d'avoir extirpé une nation
entière. Ont-ils élé plus doux envers Jeurs anciens
compatriotes, les habitans des Etats-Unis, qu'ils entassoient dans des fonds de cale et faisoient mourir par
douzaines? Ont-ils été plas doux lors de leur invasion
de la Jamaique ?
(Nole du traducleur.) --- Page 143 ---
(131)
P'historien raconte que quarante Caraibes
furent massacrés sur le champ de bataille,
et que quarante autres coururent vers un
précipice et se jetèrent dansla mer (1). Une
belle jeune femme fut prise vivante 7 et
deux officiers s'en disputoient la possession,
mais un troisième étant survenu, décidala
querelle een lui brûlant la cervelle. Les Français ne perdirent qu'un. seul homme ; et,
après avoir brilé les, chaumières et détruit
les moissons, revinrent fort joyeux.
Les Français, après avoir extirpé les naturels, commencèrent à se massacrerles uns
les autres. Après une longue contestation.,
dont il est inutile de donner ici les détails,
le parti' du gouverneur eut. le dessus ; mais e
de Parquet, ayant beaucoup détérioré sa fortune dans cette querelle, se détermina à
vendre l'ile 30,000 écus au comte de Cérillac.
Cérillac, mal-à-propos nommé au gouvernement de la Grenade, étoit un homme
fier et rapace, dont la tyrannie réduisit à la
(1) L'endroit d'oùt ces malheureux Caraibes se précipitérent dans la mer, est encore aujourdhui appelé
par les Français le Morne des Sauleurs. --- Page 144 ---
(132 )
fin les habitans au désespoir. Il fut mis en
jugement pour ses crimes, et, en considéraà être fusillé
tion de sa noblesse, 9 condamné
au lieu d'être pendu.
à
De Cérillac, la propriété de lile passa
la compagnie française des Indes occidentales, qui, en 1674, la donna au roi. Ce
changement de maître fut moins favorableà
la colonie qu'on auroit dû s'y attendre ; car
on trouve que, mêmeau commencement du
siècle présent, l'ile ne contenoit pas plus
de trois plantations à sucre, et deux d'indigo, cultivées par deux cent cinquante-un
blancs, et cinq cent vingt-un nègres. Les
habitans auroient pu rester long-tems dans
cette, malheureuse situation, si, pour suppléer à leur manque de commerce et d'esclaves, ils n'avoient pas entrepris un comles Hollandais,
merce : d'interlope avec
leut
ressource qui opéra si efficacement en
faveur, qu'en 1762, lorsque les Anglais
prirent possession de l'ile, ils trouvèrent
annuelles montoient à
que ses productions
liv.
11,000 boucaux de sucre, et à 24,000
d'indigo.
Les stipulations en faveur des habitans,
quand la Grenade. fut cédée aux Anglais,
, ils n'avoient pas entrepris un comles Hollandais,
merce : d'interlope avec
leut
ressource qui opéra si efficacement en
faveur, qu'en 1762, lorsque les Anglais
prirent possession de l'ile, ils trouvèrent
annuelles montoient à
que ses productions
liv.
11,000 boucaux de sucre, et à 24,000
d'indigo.
Les stipulations en faveur des habitans,
quand la Grenade. fut cédée aux Anglais, --- Page 145 ---
(133 )
furent que leurs taxes et privilèges seroient
les mêmes que ceux des autres fles sous le
vent; et quant à la religion, ils devoient
être sur le même pied que les catholiques
romains du Canada.
En 1763, sa majesté publia une proclamation par laquelle les habitans de cette
âle furent admis à la jonissance de tous les
avantages des lois d'Angleterre, et d'appel.
au roi et à son conseil. Ily est aussi déclaré
que le gouverneur a reçu des ordres exprès
pour former 3 conjointement avec le conscil
et'la chambre des représentans, un code de
lois aussi conforme que possible à l'esprit
du code anglais.
Le général Melville fut le premier goitverneur nommé.1.asemblce fat convoquée
la première fois en 1765, et une qnestion
de la plus liaute importance fut soumise à
sa considération.
Le lecteur a été informé du prétexte dont
on s'étoit servi pour mettre sur lile de la
Barbade le droit injuste de quatre et demi
pour cent. Quelque frivole qu'eût été ce
prétexte, le roi avoit encore usé plus despotiquement de sa prérogative, en mettant,
nême sans l'apparence du consentem-n: --- Page 146 ---
(134)
du peuple, un droit de la même nature et
équivalent sur la Grenade.
On donnoit pourexcuse de cette mesure,
que la Grenade étoit un pays conquis : on
ajoutoit à cet argument lumain, qu'il seroit
aussi impolitique de mettre la Grenade sur
un meilleurpied queles autresiles anglaises
sous le vent, que de lui faire un plus mauvais sort. Si la Grenade étoit plus imposée,
ce seroit lui faire injure ; si elle l'étoit
moins, cette inégalité exciteroit la jalousie
des autres.
Le cas fut soumis à la cour du banc du
roi;. et, après quatre séances fort intéressantes, milord Mansfield, à l'honneur de
son intégrité, prononça contre le roi.
Il est agréable de voir cette victoire des
colons, parce qu'elle démontre la rectitude
singuiière et l'intégrité de la cour devant
laquelle cette cause fut plaidée mais notre
satisfaction n'est plus si complète 2 quand
nous considérons les bases sur lesquelles
milord Mansfield s'appuia pour rendre ce
jugement impartial.
Son jugement est uniquement basé sur
ce quela proclamation du roi, par laquélle
il declare que les habitans jouiront du pri-
le roi.
Il est agréable de voir cette victoire des
colons, parce qu'elle démontre la rectitude
singuiière et l'intégrité de la cour devant
laquelle cette cause fut plaidée mais notre
satisfaction n'est plus si complète 2 quand
nous considérons les bases sur lesquelles
milord Mansfield s'appuia pour rendre ce
jugement impartial.
Son jugement est uniquement basé sur
ce quela proclamation du roi, par laquélle
il declare que les habitans jouiront du pri- --- Page 147 ---
(I 135 )
vilège d'élire leurs représentans, et d'être
gouvernés d'aprèsles lois deleur assemblée, 9
étoit publiée antérieurementàl'ordre donné
de lever l'impôt contesté. Si sa majesté
n'avoit pas fait cette déclaration antérieure,
lord Mansfield assure que s par droit de
conquête, elle pouvoit imposer aux habitans toutes les taxes et les réglemens qu'elle
auroitjugéà propos. Ilcite ensuite à l'appui
de son opinion, les divers cas dur pays de
Galles, de l'Irlande, du comté de Berwick,
et de la Nouvelle-Yorck, et s'efforce de
prouver son assertion en disant : <que ces
K contrées reçurent leurs lois de l'Angle-
<C terre, comme pays conquis, et non pas
EC comme des réglemens de leur propre
CC choix >.
En accordant que la Grande-Bretagne eût
constitutiounellenent le droit de donner
des lois de sa façon à un pays conquis et
de l'imposer, ce quiest néanmoins bien loin
d'être prouvé, elle ne pouvoit le faire sans
manquerà la justice. Si l'usage devient un
prétexte honorable pour commettre un acte
que la raison condamne, la Grenade et les
autres colonies n'ont droit à aucune constitution qu'à cclle qu'il plaira à l'autorité --- Page 148 ---
(136 )
royale de leur donner ; mais sila justice et
la vérité sont indépendantes de l'usage, et
immuables parleur nature ; s'il est du devoir
des hommes d'accorder à leurs semblables
des privilèges égaux à ceux dont ils jouissent eux-mêmes, cette colonie a le droit
d'annuller tous les impôts qui ne sont pas
consentis par ses représentans ; et la taxe
ci-dessus mentionnée est une injustice
criante.
La première assemblée fut donc convoquée, comme nous venons de le dire, en
1765. Toute son attention fut à cette époque
absorbée par la question du dreit de s'imposer soi-même; mais une question d'un
autre genre alloit alors se présenter.
En" 1768, le roi déclara que les catholiques romains quiavoient capitulé, seroient
éligibles au corps législatif et' au conseil du
gouverneur 2 et qu'ils seroient également
qualifiés pour agir comme juges de paix.
Cette ordonnance du roi occasionna beaucoup d'agitation dans l'âle. Le parti protestant serécria violemment contre la violation
manifeste del'acte du serment test- act (1),
(1) Le lest-act est un serment cxigé par acte du
parlement de tous les fonclionnaires publics, par le-
éligibles au corps législatif et' au conseil du
gouverneur 2 et qu'ils seroient également
qualifiés pour agir comme juges de paix.
Cette ordonnance du roi occasionna beaucoup d'agitation dans l'âle. Le parti protestant serécria violemment contre la violation
manifeste del'acte du serment test- act (1),
(1) Le lest-act est un serment cxigé par acte du
parlement de tous les fonclionnaires publics, par le- --- Page 149 ---
(137 )
à qnoi les catholiques répliquèrent que
l'acte du serment n'étoit applicable qu'a
l'Angleterre et : à Berwick sur la rivière
Tweed. Les ministres de sa majesté furent
néanmoins inébranlables dans leur résolution de 1 maintenir les privilèges des catholique; de sorte que les membres protestans
les plus zélés, voyant qu'il leur étoit impossible de triompher deleurs antagonistes,
se retirèrent de l'assemblée dans un accès
d'injuste colère, s'imaginant sottement que
le seul bien qu'ils pussent faire au public
étoit de supprimer toute espèce d'opinion
qui n'étoit pas conforme à la leur.
Leur défection produisit les plus fatales
conséquences. Toutes les fois que les affaires publiques l'exigeoient, l'assemblée
n'étoit jamais assez noinbreuse. A la fin
les Français ayant appris la situation dans
laquelle se trouvoit l'ile, formèrent le plan
de s'en emparer, et réussirent.
Lezjuillet, vingt-cinq vaisseaux de ligne,
dix frégates et 5000 hommes de troupes,
arrivèrent dans le port Saint-Georges. Le
comte d'Estaing 9 commandant de l'expéquel ils renoncent à la suprématie du pape. (Note du
traducleur.) --- Page 150 ---
- - 138 )
dition , attaqua le lendemain avec 3000
hommes, le petit corps de troupes qui défendoit le Morne de I'Hôpital, qui consistoit en 300 miliciens, 150 matelots et le
18me, régiment. Les Français finirent par
s'emparer du poste, mais ils y perdirent
30ohommes. Milord Macartney, alors gouverneur de la Grenade, Se retira avec sa
brave garnison et entra dans le vieux fort,
au pied du port. Il devint cependant indtile de résister plus long-tems à des forces si
supérieures. Les canons pris au Morne
l'Hôpital furent tournés contre le fort, et
il fut réduit à la triste nécessité de se rendre.
à discrétion. Il faut dire, à l'honneur des
Français, que, quoique d'après les lois de
la guerre, il fat permis de mettre la ville
au pillage, i les propriétés furent respectées,
et que l'on accorda des gardes à tous ceux
qui en demandèrent.
Mais leur conduite subséquente ne fut
pas si généreuse. Le nouyeau gouverneur
défendit, sous peine d'une amende considérable, à tout débiteur de payer sa dette à
un Anglais, ou même les dettes dont un
Anglais s'étoit rendu caution. Les biens
appartenans à des Anglais absens furent,
ville
au pillage, i les propriétés furent respectées,
et que l'on accorda des gardes à tous ceux
qui en demandèrent.
Mais leur conduite subséquente ne fut
pas si généreuse. Le nouyeau gouverneur
défendit, sous peine d'une amende considérable, à tout débiteur de payer sa dette à
un Anglais, ou même les dettes dont un
Anglais s'étoit rendu caution. Les biens
appartenans à des Anglais absens furent, --- Page 151 ---
(:3g )
aussi mis au pouvoir d'une bande de déprédateurs, appelés conservateurs, dont le devoir étoit sans doute de conserver, mais
quiavoient coutume de piller les propriétés
corfiéesà leur protection. Il faut néanmoins
avoner-qu'aussitoe que l'on eut faità la cour
de France le rapport de ces injustices, elles
furent absolument condamnées par le ministère, et que toute la bande de conservateurs
fut congédide.
La paix de 1783 rendit àl l'Angleterre la
Grenade et diverses autres iles dont les
Français s'étoient emparés. Tout ami de
l'humanité doit désirer, avec moi, que ces
malheureuses disputes quil'ont fait si facilement tomber entre les mains'des Français,
ne se réveillent jamais.
Nous allons terminer l'histoire de cette
fle par une courterelation de sa population,
de son agriculture et de son commerce. Il
est auparavant nécessaire de dire que >
depuisla paix de 1783, l'on a tiré une ligne
de démardation de l'est à l'ouest, entre
Cariacou et lile de l'Union. Cette dernière
et ses dépendances font aujourd'hui partie
du gouvernement de Saint-Vincent.
De 80,000 acres de terre, il n'y ena --- Page 152 ---
(140 )
jamais eu plus de 50,000 de cultivées. Le
pays est arrosé de ruisseaux et a une surface variée, quoiqu'il ne contienne aucun
endroit aussi impraticable que les montagnes de la Jamaique. Il y a une grande variété de sol; mais en général le territoire
est fertile, et ses productions sont innombrables. Les exportations de la Grenade et
des Grenadines $ en 1776, montoient à
600,000 liv. sterl.14,400,000 liv. tournois,
ce qui, considéré comme le produit de
18,000 nègres seulement, étoit une chose
prodigieuse.
Elle contient six paroisses I s et l'ile de
Cariacou, qui en dépend, en forme une
septième. Depuis qu'elle a été cédée à la
Grande-B Bretagne, la religion protestante a
été établie dominante. Ilya en conséquence
cinq prêtres, dont les appointemens sont
de 360 1. du pays,et de 60 1. pour leur logement. Les terres appartenantes au clergé
catholique romain, ont, du consentement
du roi, été en partie appliquées au soulagement des prêtres protestans, et en partie
distribuées entre les prêtres catholiques.
La capitale de l'ile est la ville SaintGeorges; du tems des Français c'étoit le
dominante. Ilya en conséquence
cinq prêtres, dont les appointemens sont
de 360 1. du pays,et de 60 1. pour leur logement. Les terres appartenantes au clergé
catholique romain, ont, du consentement
du roi, été en partie appliquées au soulagement des prêtres protestans, et en partie
distribuées entre les prêtres catholiques.
La capitale de l'ile est la ville SaintGeorges; du tems des Français c'étoit le --- Page 153 ---
(141) )
Fort-Royal. Il n'y a plus ensuite que de
petits villages situés sur les ports le long
des côtes.
Je ne sais à quelle cause l'attribuer; mais
depuis quelques années la population des
habitans-blancs de la Grenade est sensiblement diminuée; il n'y en a pas à présent
plus de 1O0O; en 1771, leur nombre montoit à 1600.
Avant la prise de l'ile en 1779, la population des noirs étoit de 35,000 ; en 1785,
elle montoit à 23,926.
Mais quoique le nombre de blancs et de
nègres soit allé en décroissant, on ne sauroit en dire autant des gens de couleur. En
1787,le nombre de ces métis étoit de plus
de 1100. Ona, à la vérité, fait plusieurs
efforts pour empêcher ou diminuer ce mélange de sang, en mettant des amendes sur
les allranchissemens; mais la loi s'élude en
allant dans un autre endroit.
Ici,comme à la Jamaique, le gouvernenr
est seul chancelier ; ses honoraires sont de
3,200 1. par an, d'argent du pays.
L'assemblée législative est composée
de 26 membres; le conseil, de 12. Une
terre de 50 acres donne droit de siéger --- Page 154 ---
1 143 )
comme représentant d'une dess sept paroisses,
et une rente de 240 liv. tournois en fief ou
à vie, est requise pour avoir droit d'élire.
Ils ont différentes cours : une cour de
grandes sessions, de plaidoiries ordinaires,
d'échiquier, d'amirauté, et, finalement,
une cour composée du gouverneur et de
son conseil, pour) juger tous les appels de la
cour des plaidoiries ordinaires.
Dans tous les cas imprévus par les lois de
lile, la loi commune et les actes du parlement d'Angleterre deviennent les bases des
jugemens. Quand ils s'élève des difficultés,
on,a - recours aux usages de la cour de
Westminster.
Il ne nous reste plus qu'à parler des iles
qui dépendent de la Grenade, ou des Grenadines, dont les principales sont Cariacou
et l'ile Ronde. La première, outre qu'elle
suffit à l'entretien de ceux qui la cultivent 9
rend annuellement un million de livres de
coton. L'ile Ronde est d'une. plus petite
étendue, et entièrement consacrée au pàturage et à élever des bestiaux.
Le lecteur pourras se'former une idée assez
juste du commerce de la Grenade et de son
étenduc, en jetant les yeux sur l'état suivant.
Cariacou
et l'ile Ronde. La première, outre qu'elle
suffit à l'entretien de ceux qui la cultivent 9
rend annuellement un million de livres de
coton. L'ile Ronde est d'une. plus petite
étendue, et entièrement consacrée au pàturage et à élever des bestiaux.
Le lecteur pourras se'former une idée assez
juste du commerce de la Grenade et de son
étenduc, en jetant les yeux sur l'état suivant. --- Page 155 ---
(143 1 )
En janvier 1787, il sortit de la Grenade
118 vaisseaux 3 contenant en tout 25,764
tonneaux, dont les équipages montoient à
1826 hommes, et les, cargaisons étoient
évaluées à 614,908 liv. st. ou 14,747,7921.
tournois. --- Page 156 ---
(144
CHAPITRE III.
SAINT-VINCENT ET SES DÉPENDANCES;
LA DOMINIQUE.
Daxs la patente qu'avoit obtenue lo
comte de Carlisle pour établir des colonies
dans les Antilles, étoient comprises les iles
de Saint-Vincent et de la Dominique. Les
Anglais avoient alors fait tous leurs efforts
pour subjuguer les naturels par la ruse ;
mais les Français employant les mêmes
moyens, les premiers furent à la fin obligés
de renoncer au projet de se rendre maîtres
de l'ile. Par le traité d'Aix-la-Chapelle, en
1748,ces deux fles etquelques autres furent
déclarées n'appartenir ni à l'une nià l'autre
de ces puissances. Cet accord n'eut pas
plutôt été fait que les deux partis en parurent mécontens. On trouve, en conséquence,
qu'il se fit un accord bien différent après la
guerre qui eut ensuite lieu. Aucune des
puissances ne sembla se rappeler que les
Caraibes avoient droit aux possessions dont
elles vouloient si injustement s'emparer;
,ces deux fles etquelques autres furent
déclarées n'appartenir ni à l'une nià l'autre
de ces puissances. Cet accord n'eut pas
plutôt été fait que les deux partis en parurent mécontens. On trouve, en conséquence,
qu'il se fit un accord bien différent après la
guerre qui eut ensuite lieu. Aucune des
puissances ne sembla se rappeler que les
Caraibes avoient droit aux possessions dont
elles vouloient si injustement s'emparer; --- Page 157 ---
(145 )
mais il fut convenu que la France possédant
Sainte-Lucie, Tabago, Saint-Vincent et la .
Dominique seroient cédés aux Anglais, en
compensation. Il faut, à la vérité, avouer
qu'à cette époque, les Caraïbes rouges, s
anciens propriétaires de l'ile,étoient; presque
tous exterminés, puisqu'il n'en restoit plus
que 100 familles en 1763.
SECTIO N I.
SAIN T-Y I N CE N T.
L'ILE de Saint-Vincent fut ainsi appelée
d'après le nom de ce saint, parce qu'elle fut
découverte ce jour-là. II ne paroît pas que
les Espagnols en aient jamais fait la conquête ; mais d'autres hommes que les naturels'reçurent dans leur pays, probablement par compassion, firent à la fin cette
conquête 3 qu'aucune nation européenne
n'avoit pu effectuer.T Vers la fin du dernier siè.
cle, un navire de la côte de Guinée, avec une
cargaison considérable d'esclaves, échoua
sur les côtes de cette fle. Les nègres qui
s'échappèrent dans les montagnes, furent
accueillis par les naturels. Ils devinrent a
--- Page 158 ---
(146 )
la fin si nombreux par leurs mariages avec
les Indiennes, et par la réunion des nègres
fugitifs de la Barbade, qu'ayant commencé
la guerre contre les naturels, ils en diminuerentrapidement le nombre,et les forcèrent à se retirer dans la partienord-ouest
de l'ile. Ils obtinrent,avec le tems, le nom
de Caraibes noirs, pour les distinguer des
indigènes , qui étoient d'un teint rougeâtre.
Les malheureux Indiens se plaignirent
alternativement de leur triste sort aux Anglais et aux Français. A-la fin, les derniers
se laissèrent persuader de prendre leur parti,
et, étant débarqués dans l'ile en 1719,
commencèrent à ravager les plantations des
nègres. Ceux-ci, quoiqu'incapables de résister en bataille, devenoient néanmoins
formidables la nuit, quand ils sortoient en
masse de leurs montagnes. Les Français
furent donc obligés d'abandonner le projet
de les subjuguer par la force ; de sorte qu'ils
convinrent mutuellement de faire la paix,
et par un article du traité, il fut déclaré
que l'ile seroit sous la protection, et non
pas sous la domination de la France.
En 1723,les Anglais essayèrent de s'émparer de lile, mais de la manière la plus
moins
formidables la nuit, quand ils sortoient en
masse de leurs montagnes. Les Français
furent donc obligés d'abandonner le projet
de les subjuguer par la force ; de sorte qu'ils
convinrent mutuellement de faire la paix,
et par un article du traité, il fut déclaré
que l'ile seroit sous la protection, et non
pas sous la domination de la France.
En 1723,les Anglais essayèrent de s'émparer de lile, mais de la manière la plus --- Page 159 ---
(147)
inconséquente que l'on puisse s'imaginer.
Le dnc de Montague avoit obtenu la concession des fles Sainte-Lucie et Saint- Vincent; mais les forces anglaises qui voulurent s'emparer de la première
> furent
repoussées par les Français ; de sorte
qu'elles tournèrent toute leur attention vers
la dernière. En conséquence, le
Braithwaite fut envoyé à Saint- capitaine
Vincent, 9
pour essayer les effets de la persuasion sur
les naturels, et tâcher de les engager à se
soumettre au gouvernement britannique.
Braithyvaite ayant mouillé surla côte,
perçutle rivage bordé d'une multitude d'In- apdiens, au milien desquels étoit un
se
blanc,
qui
trouva être un Français. Il débarqua
cependant avec un de ses compatriotes et
un Français; mais ilne fut
arrivé à terre, de les trouver pas armés peu surpris,
de sabres
et de fusils : ils formèrent un cercle; l'entourèrent et le firent prisonnier. Ils le conduisirent ensuite dans l'intérieur du
le présentèrent à leur
pays et
général, qui étoit
assis en grande parade au milieu de ses
gardes. Celui-cidemanda. à Braithwaite d'oi
il venoit, et quelle étoit son intention. Il
répondit qu'il étoit Anglais, et qu'il étoit --- Page 160 ---
(148 )
descendu sur. la côte pour faire de l'eau et
du bois. Le général lui ditqu'ilsavoit
couper avoit d'autres intentions et qu'il vouqu'il
de l'ile; il lui ordonna, en
loit s'emparer
du
conséquence, de se retirer sur-le-champ
rivage. Le capitaine Braithwaite s'en retourna alors à bord de son vaisseau sans
molestation. Dès qu'il y fut rendu, il enà terre sa chaloupe avec du rum 3 du
voya et du boeuf, et un messager au général
pain
refusât à des
pour lui dire que, quoiqu'il
de faire de
étrangers le privilège ordinaire
l'eau et du beis, il lui avoit néanmoins envoyé une partie de ce que contenoit son
vaisseau. Il reçut une réponse fort honnête
de la part du général par deux messagers,
s'offrirent à rester comme Otages, s'il
qui
revenirà terre.. Braithwaite retourna
vouloit
du
donc dans l'ile, fut bien accueilli
général
et s'insinua si bien dans ses bonnes
nègre,
lui
ainsi qu'à quel9
graces, qu'il
persuada,
de venir à son bord. Après
ques autres 9
ouverts avec cette
avoir bien bu et s'être
le jus du raisin, les
franchise qu'inspire
eurent la loyauté de leur avouer
Anglais
l'objet de leur mission.
que s'ils avoient
Les nègres répliquèrent
, fut bien accueilli
général
et s'insinua si bien dans ses bonnes
nègre,
lui
ainsi qu'à quel9
graces, qu'il
persuada,
de venir à son bord. Après
ques autres 9
ouverts avec cette
avoir bien bu et s'être
le jus du raisin, les
franchise qu'inspire
eurent la loyauté de leur avouer
Anglais
l'objet de leur mission.
que s'ils avoient
Les nègres répliquèrent --- Page 161 ---
( 149 )
fait un pareil aveu dans l'ile, toute l'antorité
qu'ils avoient sur leurs compatriotes n'auroit pu les soustraire à l'indignation générale, et qu'ils auroient infailliblement été
sacrifiés. Ils déclarèrent que, quoique le
pays fût sous la protection de la France, 3 il
n'étoit pas sous sa domination, et qu'ils ne
se soumetroientjamais à devenir) les esclaves
d'aucune nation européenne. Braithwaite
voyant donc que toute intrigue ultérieure
seroitinutile , les renvoya avec des présens,
et retourna à la Martinique.
Il ne se passa Tien de remarquable dans
l'ile après cette époque 3 pendant l'espace
de quarante ans, sinon les hostilités continues entre les Caraibes rouges et les noirs.
D'après le petit nombre des premiers, on
peut aisément juger de quel côtédemeura la
victoire durant ces querelles. Il est cependant remarquable que le peuple vainqueur
ait pris des vaincus la coutume nationale
extraordinairé d'applatir le front des enfans
de manière à rendre le crâne plus épais.
La paix de Paris donna Saint - Vincent
aux Anglais. L'ile fut en conséquence divisée et vendue par portions à différens
--- Page 162 ---
- 130 )
propriétaires. Il est cependant bon d'observer quele gouvernement britannique eut
l'infâmie de ne pas même respecter les terres.
habitées par les Caraibes, mais qu'il veadit
la totalité de l'ile, depuis un bout jusqu'à
l'autre. Il n'est pas surprenant que les Caraibes, indignés de voir partager leur pays
par des gens qui n'y avoient aucun droit,
aient pris les armes contre de pareils usurpateurs. Les Anglais firent des représailles
terribles, et le ministère forma le projet
d'extirperles naturels; mais les remontrances des militaires employés dans l'ile le
frent désister de son dessein.
Pendant la guerre de l'Amérique, SaintVincent fut laissé dans un si pauvre état
de défense, que les Français s'en emparèrent avec 650 hommes seulement; ; peut-être
que la jonction que les Caraibes noirs firent
avec les Français, au moment où ils débarquérent, en rendit la conquête plus facile. A la paix de1783, il fut encore rendu
aux Anglais.
De 84,000 acres de terres bien arrosées,
quoique montueuses et inégales, que contient l'ile de Saint-Vincent, il n'y en a
qu'enviren 46,000 de cultivées S, dont la
'en emparèrent avec 650 hommes seulement; ; peut-être
que la jonction que les Caraibes noirs firent
avec les Français, au moment où ils débarquérent, en rendit la conquête plus facile. A la paix de1783, il fut encore rendu
aux Anglais.
De 84,000 acres de terres bien arrosées,
quoique montueuses et inégales, que contient l'ile de Saint-Vincent, il n'y en a
qu'enviren 46,000 de cultivées S, dont la --- Page 163 ---
(15r )
moitié est possédée parles.Anglais, et l'antre
moitié par les Caratbes.
Sur le territoire anglais, il y a cinq paroisses : iln'y a qu'une ville considérable
dans l'ile, Kingston, qui en est la capitale.
Le reste n'est composé que de pauyres villages. Le systême de gouvernement est
tout-à-fait le: même que celui de la Grenade.
Les émolumens du gouverneur sont de
2000 liv. sterlings par an ou 48,000 livres.
tournois.
D'après le dernier état, le nombre de
blancs montoit à 1,400, les nègrés à 11,850.
1 faut cependant comprendre dans ce
nombre, les nègres des petites iles qui én
dépendent, telles que Bequia, Mustique et
FUnion, qui en contiennent une bonne
partie. Le lecteur peut se former une idée
du commerce qui subsiste entre SaintVincent et la Grande-Bretagne, par l'état
suivant. En 1787, il sortit de Saint- Vincent
et des iles qui en dépendent 122 vaisscaux,
dont les équipages étoient composés de
969 hommes, et les cargaisons estiméés eL
186,450 liv. 14s. 8den. sterl. ou 4,474,8161.
18 S. tournois. --- Page 164 ---
(152) )
SECTION II
LA DOMINIQUE.
CETTE ile fut ainsi appelée 5 parce qu'elle
fut découverte le Dimanche. On en faisoit
très- peu de cas avant qu'elle fât cédée aux
Anglais en 1759.
Plusieurs planteurs français y étoient
établis, qui, en prêtant serment de fidélité
au gouvernement britannique, et en payant
annuellement un petit droit seigneurial,
furent maintenus dans leurs propriétés. Le
reste des terres, vendues en différens lots,
rapporta la somme de 312,0921. 11 S. 1 d.
sterlings, ou 7,490,2201. 15 S. tournois.
Les Français, jusqu'à ce jour + sont cependant les habitans les plus nombreux de
l'ile. Ils reçoivent principalement leurs
coutumes et leur religion de la Martinique,
dont cette ile est regardée comme dépendante.
La Dominique étoit dans un état d'opulence et de prospérité avant la guerre de
'Amérique : elle avoit un commerce avec
'Amérique, les autres iles, la France et
1 d.
sterlings, ou 7,490,2201. 15 S. tournois.
Les Français, jusqu'à ce jour + sont cependant les habitans les plus nombreux de
l'ile. Ils reçoivent principalement leurs
coutumes et leur religion de la Martinique,
dont cette ile est regardée comme dépendante.
La Dominique étoit dans un état d'opulence et de prospérité avant la guerre de
'Amérique : elle avoit un commerce avec
'Amérique, les autres iles, la France et --- Page 165 ---
(153 )
l'Espagne. Mais malheureusement la querelle entre la mère-patrie et ses colonies
détruisit, toutes ses espérances. Telle étoit
l'inattention du ministre pour cette ile
florissante, que, 7 pendant le plus chaud de
la guerre, iln'y 2 avoit à la Dominique que
100 hommes et six officiers.
Cette négligence, de la part de la GrandeBretagne, attira sans doute l'attention des
Français. Il y eut aussi des soupçons (je
ne sais cependant s'ils sont bien fondés )
que quelques habitans français 3 attachés
à leurs premiers maîtres 9 avoient invité
leurs compatriotes de la Martinique à s'emparer de l'ile. Le 7 septembre 1778, un
vaisseau français de 40 canons, trois frégates
et environ 30 bateaux de transport 7 ayant
à bord 2000 hommes de troupes réglées s
outre des volontaires, aux ordres du marquis
de Bouillé 3 parurent devant l'ile. Par la
trahison de quelques-uns des habitans, le
fort Cachecrou fut livré aux Français. Ils
s'avancèrent alors vers la ville, qui ne fut
que foiblement défendue par des batterics
mal organisées ; et pour accélérer les progrès de l'invasion > les habitans français ne
voulurent pass se battre; maisle petit nombre --- Page 166 ---
(154)
des autres et les troupes firent une brave
défense, et quoique leur bravoure ne fût
pas capable de repousser l'ennemi,elle leur
procura une capitulation honorable. Il leur
fat permis de sortir avec les honneurs de
la guerre et de conserver leur religion 9
leur gouvernement, leurs lois et leurs propriétés.
M. de Bouillé, après sa conquête, retourna à la Martinique et laissa le commandement de l'ile au marquis du Chillean L 9.
dont la conduite pendant quatre ans fut
insolente et tyrannique.
Il désarma les Anglais, et leur défendit,
sous peine d'être fusillés, de s'assembler
plus de deux à la fois dans aucun endroit.
Il leur ordonna de ne point aller dans les
rues sans lumière,après une certaine heure,
et donna de l'avancement à une sentinelle
pour avoir tué un Anglais qui vouloit aller
à bord de son vaisseau dans le port. Toutes
les lettres, avant qu'on les délivrât, étoient
soumises à son inspection ; et il avoit souvent la petitesse de se déguiser pour entendre les conversations particulières sans être
reconnu.
Il donna des ordres secrets pour qu'on:
endroit.
Il leur ordonna de ne point aller dans les
rues sans lumière,après une certaine heure,
et donna de l'avancement à une sentinelle
pour avoir tué un Anglais qui vouloit aller
à bord de son vaisseau dans le port. Toutes
les lettres, avant qu'on les délivrât, étoient
soumises à son inspection ; et il avoit souvent la petitesse de se déguiser pour entendre les conversations particulières sans être
reconnu.
Il donna des ordres secrets pour qu'on: --- Page 167 ---
(155 )
mit le fou à la ville de Roseau. Au lieu de
porter du secours aux incendiés, comme
l'humanité auroit du le lui suggérer s il assista lui même' à l'incendie pour empêcher
qu'on éteignit les maisons des Anglais en
proie aux flammes, s et donna permission
aux soldats de les piller : on estime la
perte de ces infortunés, dans cette occasion, à 200,000 liv. sterl. ou 4,800,000 liv.
tournois.
La prospérité de la Dominique s'évanouit
avec sa liberté; pendant cinq ans son commerce fut anéanti. Toute correspondance
avec la France fut interrompue, de sorte
que ses denrées furent ou envoyées en Angleterre, sur des vaisseaux neutres hollandois, et vendues à bas prix, ou à Ostende
sur des navires impériaux, et vendues à un
prix encore plus modique. La ruine du
commerce produisit en peu de tems celle
des planteurs, dont plusieurs 7 dans le désespoir, abandonnèrent leurs propriétés. A
la fin, après avoir gémi pendant cinq ans
sous le jong des tyrans,le jour du bonheur
arriva, et, à la grande joie des habitans *
leurs privilèges, leurs propriétés, leurs
espérances de prospérité leur furent rendus --- Page 168 ---
- 1 156 )
par le retour du gouvernement britannique (1).
La Dominique contient 186,436 acres
carrées de terre, et est divisée en dix paroisses : sa capitale est Roseau, ville de
forme irrégulière, d'environ un demi-mille
de long et un quart de large. La surface de
l'ile est fort variée, 2 quelquefois s'élevant
en montagnes escarpées et irrégulières, et
quelquefois s'étendant en vallées fertiles et
superbes. Les montagnes renferment encore
des volcans, et des sources d'eau chaudes
d'une qualité salubre.
L'ile est arrosée de trente belles rivières.
Le sol est de différentes espèces : celui de
couleur noir ordinairement contigu au rivage, est en général lle meilleur. On ne peut
cependant pas dire qu'il y ait beaucoup de
terres fertiles à la Dominique. L'ile contient
cinquante plantations; et, une année dans
l'autre, elles ne rapportent guères plus de
3,000 boucaux de sucre.
(1) Le gouvernement civil, rétabli par les Anglais,
est comme celui des autres iles. Leur législature est
composée d'une assemblée de dix-neuf, d'uu conseil
de douze et d'un gouverneur dont les appoinlemens
sont de 1,200 liv. sterling, ou 28,800 liv. tournois,
contient
cinquante plantations; et, une année dans
l'autre, elles ne rapportent guères plus de
3,000 boucaux de sucre.
(1) Le gouvernement civil, rétabli par les Anglais,
est comme celui des autres iles. Leur législature est
composée d'une assemblée de dix-neuf, d'uu conseil
de douze et d'un gouverneur dont les appoinlemens
sont de 1,200 liv. sterling, ou 28,800 liv. tournois, --- Page 169 ---
(1 157 )
Il faut cependant avouer que le café fournit des moissons plus abondantes.
Le nombre d'habitans blancs, par le dénombrement de 1778, étoit de 1,236, celui
des nègres libres de 445, celui des esclaves
de 14,967, et environ trente familles des
Caraibes indigènes. Ces derniers sont des
gens tranquilles et doux, 3 vivant principalement de la chasse et de-la pêche. Ils sont
extrêmement adroits à tirer de l'arc, ett trèshabiles à faire des paniers de paille et d'écorce d'arbre.
En 1787, il sortit de la Dominique 162
vaisseaux qui avoient 1814 hommes d'équipage, et dont les cargaisons étoient évaluées à 7,271,705 livres 5 sous tournois, ou
302,987 liv. 15 S. sterl. --- Page 170 ---
2 158 )
CHAPITRE I V.
Gouvernement des iles Caraibes sous le vent, comprenant Saint-Christophe, Antigue, Montserat, et
les iles Vierges.--H Hisloire et description de chacune.
- Exportations. - Produit du droit de 41 pour cent.
Conclusion de l'histoire.
Deruis l'année 1672,ces différentes iles ne
forment qu'un gouvernement; , et sont sous
l'autorité d'un individu, appelé capitaine
général des fles caraibes sous le vent. La
résidence de ce gouverneur est dans l'ile'
d'Antigue ; quoiqu'occasionnellement il
visite les autres. Son lieutenant est un vicegouverneur, qui réside au mêrne endroit.
Pendant leur absence des autres iles 3 c'est
le président del'assemblée qui est revêtu du
pouvoir exécutif.
SECTIO N I.
SAINT-C HRIST OPHE.
CETTE ile ainsi appelée par les naturels à
cause de sa fertilité, fut découverte par
Colomb, et honorée de son nom. Quoi- --- Page 171 ---
(159) )
qu'elle n'ait jamais été cultivée par les Espagnols, c'est le plus ancien dles établissemens français et anglais dans les iles
caraibes. Le capitaine Roger North, dans
un voyage à Surinam, étoit accompagné
par un marin nommé Painton, homme d'un
rare mérite, et auquel l'Angleterre est redevable delapossession de Saint-Christophe,
parce qu'il démontra combien un établissement dans cette ile seroit plus avantageux
que sur le continent. Ce navigateur intelligent communiqua ses idées à son ami
Warner, qui,ayant prisla I résolution d'exécuter ce projet 2 fit voile avec quatorze
associés pour la Virginie, d'où il se rendit
à Saint- Christophe. Il arriva dans l'le au
mois de janvier 1623, et dans l'espace de
neufmois recueillit une assez bonnemoisson
de tabac.
C'est une crreur de croire que l'établissement des Français dans l'ile est aussi ancien
que celui des Anglais. Desnambuc, le chef'
des premiers colons français qui débarquèrent dans l'ile, ) fit voile de France deux ans
après l'arrivée de Warner. Cette erreur provient sans doute de ce que la colonie de
Warner ayant été réduite par un ouragan à
dans l'espace de
neufmois recueillit une assez bonnemoisson
de tabac.
C'est une crreur de croire que l'établissement des Français dans l'ile est aussi ancien
que celui des Anglais. Desnambuc, le chef'
des premiers colons français qui débarquèrent dans l'ile, ) fit voile de France deux ans
après l'arrivée de Warner. Cette erreur provient sans doute de ce que la colonie de
Warner ayant été réduite par un ouragan à --- Page 172 ---
(160)
la nécessité de se rembarquer pour l'Angleterre, celui-ci fit son second voyage à
Saint-Christophe en même-tems que les
Français. Le fait est que Desnambuc, ayant
été attaqué dans son passage par un galion
espagnol, avoit été obligé de faire voile
pour cette île, afin de se réparer. Ilfut trèsbien reçu des Anglais, qui, dans ce temsl,convaincus de l'injustice de leur propre
conduite envers les Indiens, étoient bienaises d'un accroissement de force. Les Français et les Anglais ainsi réunis exercèrent
les cruautés les plus atroces contre les Caraibes, massacrant leurs guerriers, et faisant des esclaves de leurs femmes. Indignés
des souffrances de leurs compatriotes > les
naturels des autres iles vinrent, en grand
nombre, àleur assistance, dans l'intention
d'expulser ces usurpateurs. Il s'ensuivit un
combat sanglant, dans lequelles Européens
laissèrent cent hommes sur le champ-de
bataille, mais restèrent néanmoins vainqueurs par la supériorité de leurs armes à
feu.
Les chefs respectifs, Warner et Desnambuc, retournèrent peu après dans leur patrie, pour aller chercher de nouyeaux aven- --- Page 173 ---
(16r )
turiers. Le dernier, sous les auspices de
Richelien, obtint une charte pour une compagnie qui devoit faire le commerce avec
cette colonie; mais les vaisseaux éqipés
pour cet objet étoient si mal approvisionnés, que Ia plus grande partie des équipiges
périt de besoin pendant le voyage. Le Teste,
en débarquant à Snint-Christophe, > ft nn
traité offensif et défensif avecies habitans
anglais ; mais, comme nous en avons déja
fait mention, leurs forces réunies ne furent
point en état de résister à l'invasion des Espagnols. Cependant, quand on réfléchit à
leur conduiteenvers) les malhenreux Caraibes
(tout en condamnant la conduite des Espagnols), on a moins de regret de voir ces COlons éprouver à leur tour des cruantés semblables à celles qu'ils avoient exercées, et
massacrés par de: nouveaux usurpatenrs.
L'ile étoit à peine parvenne à sa population ordinaire que l'épée des Espagnols
avoit considérablement diminnée, qu'il s'é.
leva des animosités nationales. Sous le regne
de Charles II, les habitans français s'insurgèrent contre les Anglais et les chassèrent de
l'ile. Ils furent rétablis par la paix de Breda,
mais chassés de nouyeau 3 comme aupa11
acrés par de: nouveaux usurpatenrs.
L'ile étoit à peine parvenne à sa population ordinaire que l'épée des Espagnols
avoit considérablement diminnée, qu'il s'é.
leva des animosités nationales. Sous le regne
de Charles II, les habitans français s'insurgèrent contre les Anglais et les chassèrent de
l'ile. Ils furent rétablis par la paix de Breda,
mais chassés de nouyeau 3 comme aupa11 --- Page 174 ---
(162 )
ravant, quand Jacques II abdiqua la couronne. Huit mois après 1 les Anglais revinrenten plus grand nombre pour prendre
leur revenche, subjuguèrent leurs ennemis,
et en transportèrent beaucoup à la Martinique.
En 1705, un armement de France débarqua dans l'ile et dévasta les propriétés
des Anglais: Le parlement eut cependant
l'humanité d'accorderdes indemnitésà ceux
qui avoient éprouvé des pertes ; et ce fut
heureusement là le dernier coup du ressentiment nationalo quel'ile éprouva. Par la paix
d'Utrecht, elle fut entièrement cédée aux
Anglais ; et les habitans français, qui voulurent prêter serment de fidélité, furent naturalisés.
Saint-Christophe resta en notre pouvoir
jusqu'en 1782. A cette époque, il fut pris
par les armes de France, mais rendu à la
paix de 1783.
Cette fle contient environ 43,726 acres de
terre, dont environ 21,000 sonten pâturages
et en plantations à sucre. L'intérieur du
pays est montueux et aride; mais la fertilité
des plaines offre une ample compensation
pour la stérilité des montagnes. --- Page 175 ---
(163 )
Le.sol de Saint-Christophe est essentiel
lement différent de celui des autres îles. Il
est léger et poreux, et paroit être un mé.
lange de terreau-vierge et de pierre-ponce
ferrugineuse. Il est probable que cette qualité lui vient de feux souterrains. Quoi
en soit, iln'a point son pareil pour la qu'il
duction du sucre. Les terres choisies de cette profle rapportent, année commune, 32
taux () de sucre par acre ; et il y quin- a des
cannes plantées dans certains endroits, qui
en ont même produitla quantité prodigieuse
de 8,000 livres par acre. Saint-Christophe
renferme neuf paroisses : Basseterre est encore lacapitalede l'ile. L'ile contribue
1000 livres, cours du pays, au traitement pour
du gouverneur.
L'assemblée est composée de 24 membres;
le conseil de 10. Le gouverneur agit comme
chancelier d'office, et exerce ses fonctions
seul. Il fut, à une
époque, 2 proposé de lui
adjoindre des colons; mais les habitans représentèrent que-les personnes ainsi choisies
seroient intéressées à la décision de chaque
cause qui se présenteroit.
(1) Le quintal est de II2 livres pesant.
(Note du traducteur.)
gouverneur.
L'assemblée est composée de 24 membres;
le conseil de 10. Le gouverneur agit comme
chancelier d'office, et exerce ses fonctions
seul. Il fut, à une
époque, 2 proposé de lui
adjoindre des colons; mais les habitans représentèrent que-les personnes ainsi choisies
seroient intéressées à la décision de chaque
cause qui se présenteroit.
(1) Le quintal est de II2 livres pesant.
(Note du traducteur.) --- Page 176 ---
(164)
Iln'y a qu'une cour de justice, dont le
premierjuge est nommé par le roi, et a un
traitement de 14,400 livres tournois par an.
On estime les habitans à 4,000 blancs,
26,000 nègres esclaves, et 300 nègres libres
et mulâtres. Tous les blancs, depuis l'âge
de 16 ans jusqu'à 60, sont enrôlés dans la
milice, de sorte qu'elle est assez considérable. Ilya a deux régimens de blancs, outre
un corps de noirs,
Dansle fait, le nombre de ces miliciens 9
et la nature de l'ile étoient une excuse assez
raisonnable dela part dug gouvernementpour
refuser de protéger cette colonie avec des
troupes britanniques. Mille hommes bien
armés et bien équipés, dans un terrain si
entrecoupé de montagnes, auroient aisément pu résister à l'ennemi, quand il prit
dernièrement l'ile,
SECTION II.
NEVIS.
L'ILE de Nevis s'élève comme une montagne du milieu de la mer , sa base n'ayant
pas plus de huit lieues. Le cratère sur le --- Page 177 ---
(165 )
sommet de la montagne, et. lessources d'eat
chaude imprégnées de sonfre, ne nous
laissent aucun liéu de douter que cet endroit
ne soit l'éruption d'un volcan. Il estprobable
qu'il sortoit de la fumée du haut de lile, 9
quand elle fut découverte par Colomb, et
c'est delà que les Espagnols la nommèrent
nieves ou neige.
Toute la surface et l'aspect de cette ile
prouyent qu'elle fut produite, à quelqué
époque reculée, parl'explosion d'un volcan.
Son sommet est exactement un creux ou
cratère, et contientune source d'eau chaude
qui est forti imprégnée de soufre.
L'ile est aussi bien arrosée qu'elle est
belle. Son sol en général est extrêmement
fertile, mais dans quelques endroits fort
sec. Cette circonstance ne lui est cependant pas désavantageuse, 3 car ces endroits
produisent abondance d'ignames et d'autres
légumes, qui ne viendroient peut-être pas
si bien dans un terrain plus humide et plus
fertile.
Les Anglais prirent possession. de cette
fleeni 1628. Ony compte 600 blancs et10,000
nègres. Cela met les blancs dans la nécessito
êmement
fertile, mais dans quelques endroits fort
sec. Cette circonstance ne lui est cependant pas désavantageuse, 3 car ces endroits
produisent abondance d'ignames et d'autres
légumes, qui ne viendroient peut-être pas
si bien dans un terrain plus humide et plus
fertile.
Les Anglais prirent possession. de cette
fleeni 1628. Ony compte 600 blancs et10,000
nègres. Cela met les blancs dans la nécessito --- Page 178 ---
(166)
d'avoir toujours sur pied la milice la plus
respectable qu'ils peuvent former: Ils ont
aussi un corps de cavalerie de 50 hommes;
mais il n'y a jamais de garnison anglaise
dans l'ile. --- Page 179 ---
(1 167 )
LIVRE. IV.
CHAPITRE PREMIER.
Compte sommaire des habitans. des différeutes iles.-
Classes. - Emigrés de la Grande - Brelagne et d'Irlande. - Caractère dominant des Enropéens y résidant. - Créoles ou naturels. - Eilets du climat. -
Caractère des femmes et des enfans créoles. - Gens
de couleur, et leurs différentes classes on tribus.-
Restrictions sur les nègres libres et les. mulâtres.
Leur caractère.
Darnis le compte le plus exact 9 la
population actuelle des Indes occidentales
ou des iles du vent et sous le vent est comme:
il suit :
blancs.
nègres.
La Jamalique,
30,000
250,000
La Barbade,
16,167
62,115
La Grenade,
1,000
23,926
Saint-Vincent,
1,450
11,853
La Dominique,
1,236
14,967
Antigue,
2,590
37,808
Montserat,
1,300
IQ,000 --- Page 180 ---
(168 1 )
Elancs.
nègres,
Nevis,
1,000
8.420
Saint-Christophe,
I.yoo
20,435
Iles Vierges,
1,200
9,000
Iles Bahumas,
1,060
2,241
Les Berandes,
5,462
4.919
Total.
. 64,365
455,684
Outre les quatre grandes classes qui composent les habitans des Ales de l'Amérique,
savoir : les créoles, ou blancs nés dans le
pays, les blancs de l'Europe, les créoles
de couleur, les nègres libres, et les nègres
esclaves., 7 il se trouve d'autres habitans
dignes d'attention.
Ilya beaucoup d'émigrés des Etats-Unis,
et des Juifs, race errante et vagabonde,
qui pénèire par - tout où il existe des
hommcss On leur permet le libre exercice
de leur religion sans aucune restriction,et
ils ont conséquemment beaucounp de synagogues dans toutes les fles. Considérés
sous un point de vue politique, ils sont
inféricurs aux autres blancs, n'ayant pas le
droit de voter aux élections S , ni d'être
nommnés membres d'aucune assembléc.
Leurs moeurs et coutumes sont absolument
errante et vagabonde,
qui pénèire par - tout où il existe des
hommcss On leur permet le libre exercice
de leur religion sans aucune restriction,et
ils ont conséquemment beaucounp de synagogues dans toutes les fles. Considérés
sous un point de vue politique, ils sont
inféricurs aux autres blancs, n'ayant pas le
droit de voter aux élections S , ni d'être
nommnés membres d'aucune assembléc.
Leurs moeurs et coutumes sont absolument --- Page 181 ---
(1 169) )
les mêmes que celles de leurs confrères des
autres pays (1).
Ceux qui quittent leur patrie pour passer
dans lesIndeso occidentales afin d'augmenter
leur fortune, s'imaginent qu'ils pourront
vivre au gré de leurs desirs, sans trop
s'appliquer aux affaires. Ils ne tardent pas
à épronver la fausseté de cette opinion;
car il n'y a aucune partie du monde oùt
il faille plus d'assiduité dans les affaires, et
une attention plus suivie que dans les iles.
Les premiers possesseurs de ces iles s'y
retirèrent à la vérité dans des vues bien
éloignées de celles de passer leur vie dans
l'oisiveté et l'abondance. Ce fut pour jouir
de la liberté civile et religieuse que les
premiers aventuriers abandonnèrent leur
patrie, quand ils virent un gouvernemeut
monarchique ou républicain en Angleterre,
contraire à leurs principes et à leurs inclinations.
(1) M. Necker rend le compte suivant des blancs,
des nègres libres et esclaves des iles françaises : il
estime les blancs à 63,682; les nègres libres à 13,429;
ct lesesclaves à 437,736. Depuis Je tems où cette eslimalion a été faite,il est possible que leur nombre soit
augmenté, --- Page 182 ---
(I 170 )
Maintenant les professions de jurisconsultes, de médecins et de théologiens sont
remplies dans les Indes occidentales par
des gens à talens et respectables, et il faut
dire aussi que leurs talens sont bien encouragés par le public. Des préjugés locaux
peuvent faire penser à quelques individus
que les éloges que j'accorde à leur génie
sont peu mérités, et que je parle avec partialité; mais que ces individus se rappellent
que la nature a répandu les germes du génie
dans tous les climats 3 et que les talens
supérieurs sont en général le résultat de
l'éducation; et non pas de qualités locales.
La marine et les troupes de terre de la
Grande-Bretagne fournissent beaucoup d'habitans aux Indes occidentales. Ces gens là,
fatigués des dangers auxquels leur profession les expose, 7 préfèrent sagement une
vie plus tranquille et plus industrieuse.
Après avoir fait l'énumération de la
classe de facteurs, de commis, et d'ouvriers,
qui s'établissent dans le pays, nous pouvons
parler de l'individu qui cultive la terre.
Cette profession, connue par les divers
noms de planteurs, d'économes, et d'agens,
est ordinairement composée de ceux qui
. Ces gens là,
fatigués des dangers auxquels leur profession les expose, 7 préfèrent sagement une
vie plus tranquille et plus industrieuse.
Après avoir fait l'énumération de la
classe de facteurs, de commis, et d'ouvriers,
qui s'établissent dans le pays, nous pouvons
parler de l'individu qui cultive la terre.
Cette profession, connue par les divers
noms de planteurs, d'économes, et d'agens,
est ordinairement composée de ceux qui --- Page 183 ---
(171)
n'ont point été élevés dans les affaires chez
eux, et qni, s'imaginant que la tâche de
surveiller les travaux d'esclaves africains,
de prendre soin de leur santé et d'administrer nne plantation à sucre, ne demande
pas beaucoup de connaissances,s'engagent
dans des travaux auxquels ils ne sont pas
toujours propres.
Puisque la plupart des planteurs sont
des émigrés de la mère-patrie, il est donc.
évident que leurs moeurs et coutumes doivent être à-peu-près les mêmes que celles
de leurs compatriotes dans le pays d'où ils
sortent. Malgré la plausibilité de cette
conséquence, 3 il y a des auteurs qui, en
parlant de la vie et du caractère des habitans des iles, les représentent comme les
hommesles plus dépravés, les plus libertins
et les plus détestables; comme si le changement de climat dégradoit le caractère de
l'Anglais : ou comme si la Grande-Bretagne,
en formant ses colonies, n'y avoit envoyé
que des êtres vicieux et pas un seul individu
vertueux.
Le tableau qu'ils nous ont offert est si
surchargé et si invraisemblable, qu'il n'est
pas possible de le croire ressemblant. --- Page 184 ---
(172 )
Quelle cause pourroit ainsi changer leur
caractère en malfJ'avoue qu'un changement
de circonstances et de manière de vivre doit
occasionner un. : changement de moeurs ;
mnais j'espère que je serai en étatde prouver
que ce changement tend plutôt à les rendre
meilleurs que plus méchans.
En passant dans les iles, l'émigré se
trouve soudainement dans un pays où la
différence de couleurs est:: une mharque de
distinction et inspire le respect. Sa couleur
le place au rang le plus éminent; et si
l'on accorde quie le meilleur moyen de faire
prendre à un homme un caractère respectable, c'est de lui apprendré à se regarder
comme, tel, de même que lorsqu'on veut
le dégrader, c'est de lui persuadèr qu'il est
vil et méprisable, il est éviderit que lé
nouvel habitant doit plutôt gagner que
perdre dans la balance de la respectabilité,
La conséquenceque je viens de.tirer a effectivement lien. Le plus pauvre blanc se regarde comme plus égal au riche, qu'un
Européen dans les mêmes circonstances
en Europe, et lui parle en conséquence
d'un ton de franchise et d'indépendance.
C Par-tout où l'esclavage est établi, dit
qu'il est
vil et méprisable, il est éviderit que lé
nouvel habitant doit plutôt gagner que
perdre dans la balance de la respectabilité,
La conséquenceque je viens de.tirer a effectivement lien. Le plus pauvre blanc se regarde comme plus égal au riche, qu'un
Européen dans les mêmes circonstances
en Europe, et lui parle en conséquence
d'un ton de franchise et d'indépendance.
C Par-tout où l'esclavage est établi, dit --- Page 185 ---
(173 )
* un grand écrivain, ceux qui sont libres,
A sont les hommes les plus fiers et les plus
< jaloux de leur liberté. Pour eux la licc berté est non-seulement une jouissance,
A mais une espèce de rang et de privilège.
c En ne voyant pas que la liberté, comnme
SC. dans les pays oùt elle est commune à tous,
4C peut être accompagnée de travaux humi-
& lians, de beaucoup de misère, et de tout
C l'extérieur de la servitude,ils la regardent
C comme quelque chose de plus noble et de
c plus précieux. Ainsi les habitans des colo-
< nies méridionales de l'Amérique sontplus
A fermement et plus opiniâtrément attaK chés à la liberté que ceux des colonies
a septentrionales. Telles étoient les anec ciennes républiques ; tels étoient nos
KC ancêtres; tels sont de nos jours les Po-
& lonais, et tels seront tous les maitres
c d'esclaves qui ne sont pas eux - mêmes
< esclaves. >
Ceux qui ont envie de déprécier les
habitans des Indes occidentales, les accusent d'ostentation et de vanité. Cette accusation n'est pas sans fondement; mais il ne
faut pas trop peser sur ces imperfections,
puisqu'elles sont presque toujours chez eux --- Page 186 ---
(174)
accompagnées de la bienveillance et de
l'hospitalité. Cette dernière vertu y est si
commune 7 qu'il n'y a pas une auberge
supportable dans toutes les iles. (1)
On peut attribuerice même esprit d'indépendance, qui, comme je l'ai remarqué,
provient de la conviction de l'égalité, ce
caractère récalcitrant et litigieux que fait
paroître l'habitant des iles; car les vices et
les vertus croissent naturellement ensemble.
Ce caractère litigieux n'est pas sans avoir
quelques avantages pour contre-balancer ses
mauvais effets. Ainsi accoutumés à argumenter sur leurs droits les plus importans,
ils acquièrent par l'habitude une connoissance des lois supérieure aux habitans des
(1) Ily a des particularités chez les blancs comme
chez les noirs, qui méritent d'être citées pour ceux qui
veulent étudier leur histoire. Il n'y. a rien de plns frappant que la disparilé de leurs tables et de leurs maisons.
Leurs buffets sont chargés de vaisselle et de vins choisis,
ils ont plusieurs services à leurs diners, et tout cela se
fait dans un hangar qui ne vaut past une grange del'Enrope. Les nègres servans sont en grand nombre; mais
mal vêtus; il n'y a que les principaux doméstiques qui
porlent des bas el des souliers, les autres sont à moitié
nus en servant à table.
rien de plns frappant que la disparilé de leurs tables et de leurs maisons.
Leurs buffets sont chargés de vaisselle et de vins choisis,
ils ont plusieurs services à leurs diners, et tout cela se
fait dans un hangar qui ne vaut past une grange del'Enrope. Les nègres servans sont en grand nombre; mais
mal vêtus; il n'y a que les principaux doméstiques qui
porlent des bas el des souliers, les autres sont à moitié
nus en servant à table. --- Page 187 ---
(175) )
autres,pays, outre cette sagacité que doit
occasionner l'exercice de leurs facultés.
Mais pour avoir les véritables traits du
caractère des habitans des iles, il faut surtout examiner les créoles, ou les gens nés
dans le pays. Dans leur personne, 3 les
créoles sont plus grands que la plupart des
Européens : et quoiqu'ils n'aient pas cette
grosseur requise, selon nos idées de beauté,
pour compléter la figure d'un homme grand,
ils ont néanmoins beaucoup d'adresse et
de souplesse dans les membres, et un port
agréable et aisé. Il y a deux circonstances
remarquables dans la formation de leurs
corps, qui démontrent combien la main
de la providence sait parer aux inconvéniens d'un climat peu tempéré par des
moyens sages et bienfaisans. Ils ont l'oeil
fort enfoncé, et par: ce moyen le sourcil
qui est au-dessus protège la vue de l'éclat
insupportable du soleil. En second lieu,
il y a une constante fraîcheur sur leur
peau, qui est certainement occasionnée
par quelque moyen intérieur de la bonté
divine pour conserver le corps dans une
température modérée, peu nécessaire aux
habitans des pays plus froids. --- Page 188 ---
(176 - )
Les créoles femelles sont sobres, tempérées, et n'ont pas de grands besoins; elles
n'ont d'autre amusement que l'exercice de
la danse ; car cette passion ruineuse des
bals masqués, du jeu et des assemblées, si
dominante en Angleterre , est inconnue
dans les âles. Rien ne sauroit égaler la 80briété avec laquelle elles vivent. Elles ne
boivent ordinairement que de la limonade,
et ne mangent le plus souvent que des légumes. On ne sauroit nier, qu'à bien des
égards, leur personne soitmoins attrayante
que celle des Anglaises ; car quoiqu'elles
aient une belle figure, leurs traits et leurs
manières ne sont pas animés. Elles manquent aussi de cette couleur indispensable
pour rendre la beauté parfaite, de ce vermillion de la jeunesse qui rélève les grâces
de la belle Anglaise ; mais leur infériorité
de teint est compensée par l'éclat de leurs
yeux grands et expressifs. Leurs dents sont
aussi extrêmement belles, par le soin qu'elle
ont de lestènir toujours propres, et l'usage
constant de mâcher une racine dont les
gnalhépodaisontfofafint 1 fortdétergent.
La circonstance la plus remarquable dans
le caractère des naturels, sont les progrès
les grâces
de la belle Anglaise ; mais leur infériorité
de teint est compensée par l'éclat de leurs
yeux grands et expressifs. Leurs dents sont
aussi extrêmement belles, par le soin qu'elle
ont de lestènir toujours propres, et l'usage
constant de mâcher une racine dont les
gnalhépodaisontfofafint 1 fortdétergent.
La circonstance la plus remarquable dans
le caractère des naturels, sont les progrès --- Page 189 ---
(177) )
étonnans de leur esprit dans un âge peu
avancé. Les philosophes de l'Europe ont fait
attention à ce phénomène; ; mais argumentant d'une manière analogique de la nature
des plantes à celle des animaux, ils ont
conclu, selon moi,par une fausseassertion.
Ils ont dit que, 3 comme dans les climats
chauds, les végétaux parvenoient plutôt à
l'état de perfection ou de maturité que ceux
de l'Europe, de même l'esprit du naturel
des fles se développoit de meilleure heure
et déclinoit plutôt. Que ces philosophes
considèrent cependant que dans un climat
si chaud, l'esprit se laisse plus aisément aller
à des habitudes licentieuses, et que conséquemment, quand il auroit naturellement
la même durée que celui des
il devroit tomber
Européens s
plutôt en décadence. Il
faut aussi se rappeler qu'à cause de la situation des lieux, l'esprit est incapable de
trouver des objets pour exercer ses facultés
et augmenter par-là sa vigueur. Enfin,
dans les cas où les facultés précoces d'un
créole n'ont point été prodiguées sur des
objets indignes de ses recherches, et dans
les endroits oàdes circonstances favorables
lui ont donné l'habitude de la
réflexion, a
--- Page 190 ---
(178) )
son esprit se conserye jusqu'à un àge fort
avancé.
Mais les qualités du coeur contribuent
davantage au bonheur général que celles de
l'esprit, et je crois qu'en cela le créole n'est
inférieur à aucun être de son espèce. Son
caractère est aussi généreux que ses manières sont franches et indépendantes. Il
n'a point de fausseté, de bassesse ou de
réserve dans le caractère, et jugeant des
hommes par lui-même, il ne leur soupçonne pas des dispositions si peu aimables.
Les philosophes ont été embarrassés par
les deux opinions reçues sur les effets du
climat. Depuis l'existence du genre humain,
on a remarqué que les conquérans sont toujours venus du nord. Cépendant dans les
latitudes les'plus chaudes, on y a trouvé la
force et le courage au suprême degré; tandis
qu'en voyageant à l'extrémité septentrionale
du globe, on voit le courage de l'homme
expirer chez le Lapon. Devons-nous done
croire que la timidité soit une conséquence
de la chaleur ? Je conviens que l'indolence
pent en être un résultat; mais l'indolence
et la crainte ne sont pas la cause et' l'effet.
ie créole est adonné au plaisir et aux
a trouvé la
force et le courage au suprême degré; tandis
qu'en voyageant à l'extrémité septentrionale
du globe, on voit le courage de l'homme
expirer chez le Lapon. Devons-nous done
croire que la timidité soit une conséquence
de la chaleur ? Je conviens que l'indolence
pent en être un résultat; mais l'indolence
et la crainte ne sont pas la cause et' l'effet.
ie créole est adonné au plaisir et aux --- Page 191 ---
( 179 )
aisances, et il ne se soucie guères d'exercer
les facultés de son esprit. Mais quand les
facultés assoupies de son ame sont. émues,
il montre alors qu'il est capable et d'agir
et de penser avec la plus grande énergie.
Les créoles ne manquent point du tout de
courage, et ils l'ont prouvé d'une manière
remarquable dans une mulinuded'ocasions,.
Le naturel des fles, dit-on, a la ridicule
manie d'amplifier ses espérances de
prospérité, et de bercer son imagination de
rêvesde richessesi improbables, et d'absurdes
chimères. Il n'y a ni dans son sol ni dans
son climat aucune qualité qui puisse produire un parcil effet, comme certains écrivains se l'ont imaginé. Il vient
ment de la nature de ses
probablepropriétés
semblables aux biens de l'Europe peu
rendent un revenu fixe et certain, ? qui
ils sont confiés à l'industrie du fermier. quand
créole fait lui-même valoir
Le
comme la différence
ses terres 2 et
du produit d'une
année'à une autre est étonnante, il est
aisément tenté d'espérer qu'il accumulera
promptement des richesses.
Ily a différens degrés de gens de couleur.
Un sambo est le rejeton d'une
négresse --- Page 192 ---
(180) )
par un mulâtre, ou d'une mulâtresse par
un nègre. Le mulâtre est l'enfant d'une
négresse par un blanc, et le métis d'une
quarterone par un blanc. Les Espagnols
ont encoredes distinctions plus minutieuses,
dont il esti inutile de faire ici l'énumération.
Jecrois que, dans toutes nos iles à sucre,
les descendans de nègresses par des blancs,
auxquels la loi accorde le privilège de la
liberté, sont à trois degrés du nègre. Tous
ceux qui sont au-dessous portent le nom
de mulâtres.
A la Jamaique, il y avoit autrefois une
distinction entre ceux qui étoient nés de
mères affranchies et ceux à quileurs maîtres
donnoient immédiatement la liberté, Cela
provenoit d'une maxime de loi qui tiroit
son origine de la mére-patrie, et qui étoit
établie dans les colonies, que la propriété
des enfans appartenoit au propriétaire de
la mère. Jusqu'en l'année 1748, les individus nés dans les circonstances dont je
viens de parler, c'est-à-dire, dont les mères
avoient été affranchies après leur naissance,
n'avoient point droit à être jugés par des
jurés, et étoient regardés comme indignes
derendre témoignageenjustice. Cescruautés
et qui étoit
établie dans les colonies, que la propriété
des enfans appartenoit au propriétaire de
la mère. Jusqu'en l'année 1748, les individus nés dans les circonstances dont je
viens de parler, c'est-à-dire, dont les mères
avoient été affranchies après leur naissance,
n'avoient point droit à être jugés par des
jurés, et étoient regardés comme indignes
derendre témoignageenjustice. Cescruautés --- Page 193 ---
(18r) )
ont étémitigées ; mais il reste encore beaucoup à faire. Dans la plupart des iles anglaises,leur témoignage n'est reçu que dans
les cas où il n'est pas question de passer un
acte en faveur du blanc accusé. Le nègre
a un maître pour le protéger contre les
injures grossières; mais par cette institution
partiale, le mulâtre n'a aucune garantie
contre la tyrannie et l'oppression. Ils sont
aussi privés du droit de posséder le plus
petit emploi public ; ils ne peuvent point
être brévétés, mêmedans un corps de noirs,
et ils sont exclus du droit de suffrage aux
élections.
Il faut convenir que leur situation humiliante est en quelque sorte mitigée par
la générosité que montrent les membres des
assemblées coloniales envers les gens de
couleur, à qui l'éducation et le baptêmo
donnent des droits àla considération, en
dépit des lois et des ordonnances à ce
sujet.
Des exemples partiaux de générosité ne
justifient cependant pas l'état avilissant auquel ces êtres infortunés sont réduits. Le
blanc le plus bas et le plus méprisable se
conduit avec insolence enyers l'homme de --- Page 194 ---
(182)
couleur libre le mieux éduqué; et comme
le mépris dégrade toujours le caractère, ce
sont des membres inutiles de la société.
Quoi que l'on puisse dire sur la propriété
ou l'impropriété de mettre cette classe
d'hommes sur un pied égal à celui des gens
d'une couleur différente, peut- on nier
quela sagesse et l'humanité demandent le
redressement immédiatd'un griefinsupportable ? Le grief que je veux dire est la privation du droit de paroître comme témoins,
même dans les cas où ils se plaignent d'une
injustice personnelle. Quel attachement à
sa patrie, quelle reconnoissance à la protection des lois, quel motif d'être utile à
la société dont il fait partie, ou enfin quelle
dignité ou indépendance d'esprit peut avoir
l'homme qui est intérieurement convaincu
que le premier coquin d'une couleur plus
blanche que la sienne peut l'insulter impunément P
Le mulâtre libre a des raisons de craindre
de mauvais procédés, non-seulement de la
classe qui est au-dessus de Ini : tenant le
milieu entre le blanc et le nègre,il est méprisé parl'un et envié et détesté par l'autre.
Le négre regarde son assujétissement à un
d'esprit peut avoir
l'homme qui est intérieurement convaincu
que le premier coquin d'une couleur plus
blanche que la sienne peut l'insulter impunément P
Le mulâtre libre a des raisons de craindre
de mauvais procédés, non-seulement de la
classe qui est au-dessus de Ini : tenant le
milieu entre le blanc et le nègre,il est méprisé parl'un et envié et détesté par l'autre.
Le négre regarde son assujétissement à un --- Page 195 ---
(183 )
blanc comme en quelque sorte supportable,
mais il a en horreur l'idée d'être l'esclave
d'un esclave.
Dans leur conduite envers les blancs,
les mulâtres sont modestes et respectueux: :
ils sont néanmoins accusés ( et je crois
bien avec justice) d'abuser de leur pouvoir
envers les nègres. Il est, àla vérité, presque
impossible qu'ils tiennent une conduite
différente. L'esclave devenu maitre est toujours le plus insensible des tyrans, comme
le plus vil favori de la fortune est celui qui
insulte de plus insolemment au malheur.
Un autre reproche que l'on fait aux mulâtres, c'est l'incontinence des femmes.
Quoiquece reproche soit fondé, je tâcherai
cependant de l'excuser en raison des circonstances : ces femmes sont dans toutes
les iles entretenues par les blancs et leur
servent de maîtresses. Mais en examinant la
situation de ces infortunées, nous trouverons plus de raisons de blâmer la cruauté
de ceux qui les entretiennent et les engagent à cette vie honteuse, que leur imprudence à accepter leurs offres. Ignorant les
maximes de la morale, n'ayant pas reçu la
moindre éducation, incapables de se pro- --- Page 196 ---
(184)
curer des époux d'entre les blancs ou Ies
personnes de leur couleur (les premiers regardant une pareille alliance comme avilissante, et les derniers étant trop dégradés
eux-mêmes pour former un pareil mariage),
elles ont de bonnes raisons à donner pour
excuser leur conduite.
D'ailleurs, cette connexion entre l'entreteneur et la maîtresse, si elle n'est pas
légitimée par le mariage, peut être considérée au moins comme aussi innocente,
Elles donnent à leur entreteneur le doux
nomde mari; elles sont fidelles et attachées
à ses intérêts ; et elles se conduisent avec
décence et avec rigueur envers les autres
hommes. Il n'y en a véritablement que trèspeu qui se livrent à cette infâme espèce
de prostitution, publiquement avouée dans
les grandes villes de l'Europe.
L'injustice de tenir tant de belles et aimables femmes dans l'état du concubinage,
demande une réparation immédiate.
Mais qui en donnera l'exemple ? Sera-ce
les victimes de cette injustice? Elles ne le
peuvent pas, etje crois bien que les séducteurs ne le, feront pas. Un auteur respectable, dom Antonio de Clloa, rend le té-
se livrent à cette infâme espèce
de prostitution, publiquement avouée dans
les grandes villes de l'Europe.
L'injustice de tenir tant de belles et aimables femmes dans l'état du concubinage,
demande une réparation immédiate.
Mais qui en donnera l'exemple ? Sera-ce
les victimes de cette injustice? Elles ne le
peuvent pas, etje crois bien que les séducteurs ne le, feront pas. Un auteur respectable, dom Antonio de Clloa, rend le té- --- Page 197 ---
(1 185 )
moignage le plus flatteur des dispositions
humaines de ces gens de couleur, en parJant des circonstances ficheuses qu'éprouvèrent plusieurs pauvres Européens, qui,
après être venus aux iles espagnoles dans
l'espoir d'améliorer leur sort, se trouvèrent
quelquefois sans moyens d'existence. Plusieurs d'entre eux, dit l'Espagnol, parcourent les rues jusqu'à ce qu'il ne leur reste
plus rien pour acheter de la nourriture et
payer leur logement. Fatigués de chercher
inutilement de lemploi, affectés parla nonréussite de leurs espérances, et par le changement de climat, ils vont tristes et malades
se coucher dans les places des églises et dans
les portiques. Les gens de couleur déploient
ici leur générosité, tandis que le négociant
riche et égoiste refuse de donner son aumône
pour soulager leur misère. Le mulâtre et le
nègre prenant pitié de leur aflliction, > les
portent chez eux, les nourrissent, les consolent et les rappellent à la vie; et, quand
ils meurent, prient Dieu pour le repos de
leur ame. Tel est le compte flatteur que l'on
a rendu de la générosité des mulâtres de
Carthagène; et ceux qui connoissent les
Sles de l'Amérique 2 n'hésiteront pas à ac- --- Page 198 ---
(186 )
corder à leurs habitans le même caractère
qu'à ceux de Carthagène.
En parlant des créoles ou naturels des
Indes occidentales, et desmulâtres ou gens
de couleur, nous nous sommes bornés à
ceux qui étoient ou tout-à-fait blancs ou
en partie. Nous consacrerions maintenant
un chapitre séparé aux nègres libres, s'il y
avoit une différence marquée entre eux et
les nègres dans l'état d'esclavage ; mais
comme il n'y en a guères, nous examinerons, dans le chapitre suivant, le caractère
général du nègre. --- Page 199 ---
( 187 2 )
CHAPITRE I I.
Des nigres dans T'état d'esclavage. - Observations préliminaires. - Origine de la traite des negres.-Blblissement portugais sur la côte d'Afrique. --Negres
amenés à Hispaniola. -Voyage d'Hawkins. - Compagnie d'Afrique établie par Jacques I.cr. - Charte
accordée. .-I Description de la côte d'Afrique. -Forts
et factoreries. - Exportalions de la Grande-Dretagne.
Nombre de nègres que l'on exporte à présent aux
colonies anglaises. - Etat du commerce depuis 1771
jusqu'en 1787.-Nombre de nègres importés aujourd'hui par les diflerentes nations de l'Europe.
Lenombre de nègres, actuellement dans
les colonies anglaises de l'Amérique, est
de 450,000. La contemplation de la servitude de tant d'êtres de l'espèce humaine et
de leur assujétissement absolu à la volonté
des autres, n'est pas une perspective bien
agréable; et le tableau prend une teinte
encore plus hideuse, quand on réfléchit au
nombre de ces malheureux qui ont été arrachés de leur pays natal, de leurs foyers et
du milieu de leurs parens, pour être traînés
dans cet état avilissant.
de 450,000. La contemplation de la servitude de tant d'êtres de l'espèce humaine et
de leur assujétissement absolu à la volonté
des autres, n'est pas une perspective bien
agréable; et le tableau prend une teinte
encore plus hideuse, quand on réfléchit au
nombre de ces malheureux qui ont été arrachés de leur pays natal, de leurs foyers et
du milieu de leurs parens, pour être traînés
dans cet état avilissant. --- Page 200 ---
(188 )
Quelque odienx néanmoins que soit ce
commerce en lui-même, il est possible que
le propriétaire d'esclaves soit exempt des
crimes dont on a, depuis quelques années, s
pris l'habitude de l'accuser. Je pourrai
donc exciter l'indignation de ces gens passionnés qui ne, se donnent pas la peine de
choisir les coupables, en prenant la défense des planteurs; mais cela ne m'empêchera pas de m'efforcer de soustraire à
une infimie peu méritée des hommes qui
sont aujourd'hui les objets de l'exécration
publique. De quelle manière la plupart des
propriétaires d'esclaves des Antilles sontils parvenus à la possession de leurs biens?
Parhéritage et par accident. On pourra dire
qu'ils doivent renoncer à leur propriété,
quand . ils voient qu'elle n'est pas justifiable
au tribunal de l'humanité : cela est aussi
arrivé quelquefois. Des hommes humains
de la Grande-Bretagne, influencés par la
sympatlieuniverselle pourl les injuresréelles
ou supposées des nègres d'Afrique, ont envoyé ordre à leurs économes dans les iles,
d'affranchir les esclaves de leurs plantations. Ils ont cependant été convaincus
depuis, que cette bienyeillance n'est pas. --- Page 201 ---
(1 18g )
compatible avec l'intérêt des esclaves euxmêmes.
La société établie en Angleterre pour la
propagation de l'évangile dans les pays
étrangers, possède aussi en commun des
propriétés dans les Indes occidentales. Les
individus qui la composent étoient aussi
sensibles aux souffrances de leurs semblables qu'aucun autre Chrétien; et s'ilsavoient
cru que l'affranchissement immédiat des
nègres pouvoit véritablement faire leur
bonheur, ils auroient sans doute regardé
un pareil acte commeledevoir le plus sacré.
Mais après de mûres et de sérieu-es délibérations, il furent convaincus du contraire, et ils ont aussi été obligés, pour
alléger leurs travaux, d'en acheter d'autres
et de les tenir dans le même état.
Leseul objet digne de nos recherches est
donc de savoir si la conduite des planteurs
des Antilles envers leurs esclaves., considérant les vices del'autorité humaine, est plus
dure que ne devroit être le traitement d'un
maitre enyers ses domestiques?
Nous allons maintenant donner au lecteur un exposéde l'origine et de la situation
du commerce des nègres. Le chapitre sui-
éger leurs travaux, d'en acheter d'autres
et de les tenir dans le même état.
Leseul objet digne de nos recherches est
donc de savoir si la conduite des planteurs
des Antilles envers leurs esclaves., considérant les vices del'autorité humaine, est plus
dure que ne devroit être le traitement d'un
maitre enyers ses domestiques?
Nous allons maintenant donner au lecteur un exposéde l'origine et de la situation
du commerce des nègres. Le chapitre sui- --- Page 202 ---
Igo )
vant contiendra la description du nègre, de
son caractère et de ses inclinations, dela
manière de les conduire aux iles del P'Amérique, et de son traitement quand il y est
arrivé; ; après quoi je parlerai des abus que
l'on dit exister dans la pratique de ce commerce.
Ce fut sous le célèbre prince Henri de
Portugal, en 1442, que les premiers esclaves d'Afriqne furent enlevés de leur patrie par les Européens. Antoine Gonzalès
avoit pris deux maures près du cap Bojador,
et les avoit emmenés dans son pays ; mais
son prince luia ayant ordonné de les remener
en Afrique, il les vendit à la Rio del Ora,
et reçut des maures 7 dix nègres et de la
poudre d'or. L'avarice des Portugais fut excitée par cet échange avantageux, et ils com.
mencèrent un commerce sur une échelle plus
grande. Le roi de Portugal s'arrogea pendant quarante ans le titre de seigneur de la
Guinée.
On trouve que dès l'année 1502, il y avoit
des nègres employés dans les mines d'Hispaniola. Ovando en défendit à la vérité l'importation, à cause des méchancetés qu'ils
apprenoient aux Indiens ; mais les Espa- --- Page 203 ---
(191 )
gnols extirpèrent ces derniers avec tant de
célérité, que les nègres furent regardés
comme absolument nécessaires, et quel'on
accorda de nouyeau la permission d'en importer.
Douze ans après, à la requête de Barthélemi, homme dont la philantropie l'engageoit à être le protecteur sincère et l'ami
des Indiens, il fut accordé une patente autorisant certaines personnes ài importer annuellement 4000 nègres dans les colonies
espagnoles. Las-Casas est accusé d'inconséquence en voulant ainsi alléger les souffrances d'une race d'hommes aux dépens
d'une autre. Ilfaut cependant observer que
les mêmes peines infligées à différens individus ne produisent pas invariablement le
même degré de souffrance. Las-Casas considéroit avec douleur et indignation les calamités déplorables des Indiens sans protecteurs. Il voyoit un peuple autrefois innocent etheureux, qui n'avoitjamais connu
le malheurqu'au moment où les Européens
le lui avoit fait sentir, réduit en peu de
tems d'un million d'ames à 60,000. Il prenoit d'autant plus pitié de l'esclavage de
ces individus, qu'ils ayoient connu des
ême degré de souffrance. Las-Casas considéroit avec douleur et indignation les calamités déplorables des Indiens sans protecteurs. Il voyoit un peuple autrefois innocent etheureux, qui n'avoitjamais connu
le malheurqu'au moment où les Européens
le lui avoit fait sentir, réduit en peu de
tems d'un million d'ames à 60,000. Il prenoit d'autant plus pitié de l'esclavage de
ces individus, qu'ils ayoient connu des --- Page 204 ---
(192 )
tems plus prospères, 3 et qu'ils n'étoient
point accoutumés aux travaux qu'on exigeoit d'eux. Il calcula donc avec beancoup
de sagesse, en conseillant aux Espagnols
avides, puisqu'il falloit les tenir dans l'activité, d'employer plutôt une nation dure
et sauvage, accoutumée à la plus rigoureuse tyrannie, à ces travaux, que des
hommes auxquels l'oppression étoit nouvelle, et dont l'esprit étoit trop sensible
pour supporter l'esclavage.
Lcs nègres d'Afrique avoient été dès leur
enfance, des objets de sévérité, et conséquemment ils y étoient accoutumés. D'ailleurs la forme deleurs corpsetleurs membres
étoient plus vigoureux que ceux des habitans d'un climat délicieux, où les fruits de
la terre, croissoient pour ainsi dire sans travail,Las-Casas ne pouvoit prévoir, à moins
d'avoir été inspiré, les effets futurs de ce
trafic ; sa conduite fut donc aussi humaine
que judicieuse.
Jean Hawkins étoit à cette époque au service d'Elisabeth, qui lui donna ensuite le
titre de chevalier. Ayant appris que les esclaves se vendoient à un haut prix à Hispaniola, il fut tenté de faire voile ayec
licieux, où les fruits de
la terre, croissoient pour ainsi dire sans travail,Las-Casas ne pouvoit prévoir, à moins
d'avoir été inspiré, les effets futurs de ce
trafic ; sa conduite fut donc aussi humaine
que judicieuse.
Jean Hawkins étoit à cette époque au service d'Elisabeth, qui lui donna ensuite le
titre de chevalier. Ayant appris que les esclaves se vendoient à un haut prix à Hispaniola, il fut tenté de faire voile ayec --- Page 205 ---
(193 )
une escadre de trois vaisseaux pour la côte
de Guinée. Son armement consistoit en un
vaisseau de 120 tonneanx, un de 100, un
de 40,4ct 100 hommes d'équipage. Il partit
en octobre1562, et débarqua à Sierra-Leone,
oit, par les moyens les plus affreux et les
plus indignes, il se procura 300 esclaves.
Ayant ensuite été à Hispaniola, ilyf ft UIL
échange lucratif, et revint en Angleterre,
après onze mois d'absence.
L'année d'ensuite, il fit voilé avec six
vaisseaux, du nombre desquels étoit le
Jésus de 700 tonneaux; et ayant dans son
voyage été joint par deux autres, il continua sa route pourla côte de Guinée.Après
avoir éprouvé quelques avaries,. il, aborda
au cap Verd, sur la côte d'Afrique. Il y
tendit des embuches: aux naturels., quie l'historien de ce
voyage représente comme CC un
C peuple doux et humain >> ; mais Péquipage
du Mignon (1),-choqué sans doute des
lâches moyens qu'il employoit pour former
sa cargaison, en avertitsecrdtement les naturels, et Hawkins les épia fort inutilement.
(1) Lun des deux vaisseaux qui joignirent Hawkins
en mer.
--- Page 206 ---
(194)
L'amiral se sépara alors du Mignon, et fit
voile pour l'ile d'Alcatras.
Les Anglais firent encore usage dans cet
endroit de leurs pièges pour attirerles naturels ; mais ceux-ci surent les éviter. Ils
eurent beau-les suivre avec leurs armes à
feu, les Africains s'enfuirent dans les bois.
Ce manque de succès les força à aller dans
une autre ile, appelée Sambula. Il paroît
que les naturels de cette tle étoient des cannibales; et les Anglais s'étant humainement
déterminés à punir leur cruauté, brûlèrent
et détruisirent leurs villages avec le plus
grand zèle. Les naturels furent cependant
trop lestes pour eux et échappèrent à leur
poursuite.
Sans entrer dans d'autres particularités
sur les exploits de cet amiral sur la côte
d'Afrique, nous remarquerons que les Français et les Portugais avoient à cette époque
fait une convention avec les naturels, par
laquelle ces derniers s'engageoient à fournir
des esclaves aux premiers. Leur conduite
étoit sans contredit plus humaine; car ils
n'achetoient que ceux qui étoient déja esclaves, et qui servoient selon l'occasion de
nourriture à leurs compatriotes. Hawkins,
sur les exploits de cet amiral sur la côte
d'Afrique, nous remarquerons que les Français et les Portugais avoient à cette époque
fait une convention avec les naturels, par
laquelle ces derniers s'engageoient à fournir
des esclaves aux premiers. Leur conduite
étoit sans contredit plus humaine; car ils
n'achetoient que ceux qui étoient déja esclaves, et qui servoient selon l'occasion de
nourriture à leurs compatriotes. Hawkins, --- Page 207 ---
(1 195 )
se scélérat sans principes, fit un troisième
voyage de piraterie, mais la Providence
permit qu'il y périt avec toute sa bande.
En 1618, une compagnie de négocians de
Londres obtint une patente pour un commerce exclusif. Elle fut néanmoins
de. renoncer à ses projets, à cause de obligée la mnodicité des profits qui reyenoient de ses expéditions. Sous Charles Ier, une scconde
tente fut accordée à d'autres
paleur
individus, sur
demande, et ils y firent desprofits plus
considérables. Mais leurssuccès ayant attiré
l'attention , d'autres aventuriers firent UIL
commerce illicite, et des contrebandiers de
toutes les nations abordant sur les côtes,
ce monopole
futabandonné, et discontinué
jusqu'en 1 1662. Dix ans après cette
on leva en neufmois une somme de époque,
livres sterlings,
211,000
2,664,000 livres toprnois
par souscription 5 pour former une compagnie; et un tiers de cette somme fut destiné à bâtir des forts.sur la côte. Un des
bienfaits immédiats de cet établissement fut
la création de manufactures
C'étoient
en Angleterre.
autrefoisiesifollandais quiavoient
fourniauxa armateurs pourla côte de Guinée
tous les approvisionnemens
leur
nécessaires à
voyage; mais la Grande-Bretagne
pro- --- Page 208 ---
(196 )
duisit alors des étoffes de laine et d'autres
objets importans de commerce pour cette
côte. II s'en exporta annuellement pour
1,680,000 livres tournois.
Laprospérité de cette compagnie fut néanmoins de courte durée. Entr'autres bienfaits
de notre révolution, nous lui dévons l'abolition de tous les monopoles, ou priviléges
exclusifs accordés par la couronne. Le
commerce d'Afrique devintlibre, etlesaventuriers qui l'entreprirent furent très-nombrenx. Cependant les négocians quiavoient
été trompés dans leurs perspectives de richesses, essayèrent penidant quelque temis
decontinuer leur monopole; mais leur droit
qui avoit jusqu'alors été aboli par le fait,
le fut expressément par un actede Guillaume
et de Marie. Il fut par cet acte déclaré légal
pour tous les fidèles sujets de sa majesté de
faire le commerce de la côte d'Afrique avec
les colonies de T'Amérique, entre le cap
Mont et le cap de Bonne-Espérance,lcon
dition de payer dix pour cent sur toutes
les marchandises exportées, d'après leur
valeur.
Il fut stipnlé dans le même acte que tout
individu, en payant unl autre droit de dix
un actede Guillaume
et de Marie. Il fut par cet acte déclaré légal
pour tous les fidèles sujets de sa majesté de
faire le commerce de la côte d'Afrique avec
les colonies de T'Amérique, entre le cap
Mont et le cap de Bonne-Espérance,lcon
dition de payer dix pour cent sur toutes
les marchandises exportées, d'après leur
valeur.
Il fut stipnlé dans le même acte que tout
individu, en payant unl autre droit de dix --- Page 209 ---
- 197 )
pour cent sur les marchandises importées,
jouiroit du privilège plus étendu de commercer entre le cap Blanco et le cap Mont.
Le produit de ces droits fut destiné à la
compagnie.
Cette loi excita un mécontentement général, et il fut présenté nombre de pétitions
contre elle. La compagnie prédit sa. propre
ruine, et ses craintes furent presque réalisées ; car, en 1739, elle étoit tellement
sur le déclin, que le parlement fut obligé
de voter à son profit 240,000 livres tournois annuellement pendantl'espace de neuf
ans -
Après avoir éprouvé tant de changemens,
le commerce d'esclaves d'Afrique prit, en
1750, un nouvel aspect. On fit une loi pour
l'encourager etl'améliorer x dont il est inutile de donner ici les détails, puisqu'on
peut la consulter. Je vais maintenant offrir
une courte relation des pays avec lesquels
ce trafic est continué.
(1) En 1744,0n vota pour cette compagnie 480,000 1.
tournois, ce qui fait en tout une somme de 2, ,400,000 liv
tournois votée par le parlement britannique pour. le*
soutien du commerce d'esclaves. --- Page 210 ---
198 )
Depnis Loango, Saint-Paul, en Angola,
jusqu'an cap Blanco, est une étendue dè
côte de 1300 lieues où ce commerce se
pratique.
Les Anglais ont un établissement dans la
province de Sénégambie. Cette province est
arrosée par la rivière Gambie, navigable
pendant T'espace de plusieurs cents milles
dans l'intérieur du pays, et habitée parles
Mandingos.
Depuis Roxo jusqu'à Appollonie , ce
sont principalement des établissemens portugais. Les naturels sont aussiappelés Mandingos, quoique leur langage diffère de celui
des premiers.
Depuis Appollonie ejusqu'à larivière Volta,
Ia côte d'Or a une étendue de 1000 milles,
et est divisée en nombre de petits états.
Chanti, Akim et Aquambou, trois grands
royaumes,qui sontfort peu connus, forment
l'intérieur du pays. Sur' totte cette côte 3 la
langueest assez semblable. Lès naturels sont
appelés Koromantyns, de Koromantyne,
comptoir fort respectable, tant qu'il resta
au pouvoir des Anglais, mais de peur de corsidération depuisqu'il este entre lesmains des
Hollandais.
1000 milles,
et est divisée en nombre de petits états.
Chanti, Akim et Aquambou, trois grands
royaumes,qui sontfort peu connus, forment
l'intérieur du pays. Sur' totte cette côte 3 la
langueest assez semblable. Lès naturels sont
appelés Koromantyns, de Koromantyne,
comptoir fort respectable, tant qu'il resta
au pouvoir des Anglais, mais de peur de corsidération depuisqu'il este entre lesmains des
Hollandais. --- Page 211 ---
(199)
La division qui vient après, est le pays
de Whidah, appelé par quelques écrivaina
la côte d'Or propre. Depuis Popo, principauté de cette division, les naturels de
Whidah sont communémenta appelés.Papaws
par les négocians anglais. Vient ensuite le
grand empire de Benin, 3 commençant sur
la rive occidentale de la rivière Lagos, et
s'étendant jusqu'au cap Lopez, Les nègres
de cette côte sont en général appelés Eboes.
Il y en a une tribu particulière distinguée
parle nom de Mocoes. Le langage de ces
derniers diffère de celui de tous les àutres
sur cette côte.
Au midi de la rivière de Congo-, les Portugais ont des possessions considérables. Ils
ont bâti et bien fortifié la ville de Loango,
Saint-Paul, et étendant leur commerce vers
la côte orientale, voyagent en carayanes à
travers le pays.
En faisant l'énumération des forts et des
comptoirs établis par les Européens, on
trouye que leur nombre est comme il suit :
Par les Hollandais,
- les Anglais,
les Portngais,
les Danois,
- les Pangatis,
--- Page 212 ---
200 )
On exporte continuellement de la GrandeBretagne, pour T'Afrique, des étoffes de
laine, destoiles, des marchan.lises de Sheffeld, de Birmingham et de Manchester ;
des soieries, des draps, des armes, de la
poudre, des bailes, du cuivre et du bronze
travaillés, et plusieurs autres articles qui
rapportent annuellement en échange, en
Angleterre,environ 19,200,000 1. tournois.
Il n'y a que très-peu d'endroits sur la côte
d'Afrique où le commerce soit libre. Dès
qu'il est un peu vivant, le roi ou chef du
district, exige un droit sur toutes les exportations. L'échange des denrées se faitde
différentes manières. Quelquefois le négociant anglais va chezle marcliand nègre,
maisle plus souvent les marchés se font à
bord des vaisscaux. Les comptoirs ou factoreries établies sur la côte, se chargent de
procurer des cargaisons aux vaisseaux de
leur nation : et les ofliciers des forts,selon
leurs circonstances et leur pouvoir, font
aussi des marchés particuliers d'esclaves
avec les commerçans: ; mais les naturels
eux-mêmes amènent au marché des esclaves
à un plus bas prix que ceux qui viennent
par lintermédiaire des érablieerinens Leitanniques.
. Les comptoirs ou factoreries établies sur la côte, se chargent de
procurer des cargaisons aux vaisseaux de
leur nation : et les ofliciers des forts,selon
leurs circonstances et leur pouvoir, font
aussi des marchés particuliers d'esclaves
avec les commerçans: ; mais les naturels
eux-mêmes amènent au marché des esclaves
à un plus bas prix que ceux qui viennent
par lintermédiaire des érablieerinens Leitanniques. --- Page 213 ---
(201 )
Avant l'échangequi se fait entre les marchands européens et africains, il y a une
chaîne continue de marchands de distance
en distance dans l'intérieur du pays 3 qui
se les font passer les uns aux autres des
contrées éloignées où aucun blanc n'a encore pénétré. Quoique le commerce sur la
côte soit régulier et constant, je suis fâché
de n'avoir pas pu me procurer 2 faute de
mémoires 7 un état exact de Yous les Africains qui ont été transportés aux Indes OCcidentales anglaises, depuis le commencement de ces établissemens. Je mettrai cependant devant les yeux du lecteur tous
les renseignemens que j'ai recueillis, et sa
sagacité le rendra probablement capable
d'en faire une estimation qui ne sera pas
bien éloignée de la' vérité.
Il a été fortement soutenu par les, ennemis du commerce des nègres, et jamais nié
par ses partisans, que, depuis 1680 jusqu'en
1700, ili n'y eut pas moins de 300,000 Africains, réduits. à l'état d'esclavage par les
commerçans anglais. Depuis cette époque
jusqu'en 1786, on en importa d'Afrique
dan's l'ile de la Jamaique seule 610,000, Le
lecteur peut SC former une idée du nombre --- Page 214 ---
202 )
qu'on en a, exporté, dans le même intervalle, aux provinces méridionales de l'Amé
rique et aux Antilles. En prenant ceci pour
base, s on peut, sans crainte de se tromper,
porter le nombre de nègres importés depuis
1686 jusqu'en 1786, à 2,130,000. Ce calcul
est plus modéré que ceux que l'on a coutume de faire, mais je le crois fondé sur la
vérité.
Il paroît qu'avant l'époque de la guerre
de l'Amérique s le commerce d'esclaves
avoit été porté au plus haut degré. L'état
suivant des vaisseaux qui firent voile d'Angleterre pour la côte d'Afrique, en 1771 5
et du, nombre d'esclaves qu'ils en apportèrent, a été donné au public comme parfaitement exact. Je ne crois pas qu'on puisse
disputer son authenticité.
vaisseaux.
nègres.
A Senégambie,
40 pour
3,310
A la Cole-du-Vent, 56
II,960
A la Côte-d'Or,
7,525
Benin,
23,301
Angola,
1,050
Total.
47,146
Des 192 vaisseaux cidessus mentionnés: --- Page 215 ---
2 203 )
nègres.
I07 firent voile de Liverpool, pour
29,250
58 de Londres,
8,136
23 de Bristol,
8,810
4 de Lancastre,
En 1772 il partit de la Grande- Bretagne
pour la côte d'Afrique 7
175vaisseaux ayantàl bord des marchandises
estimées à 20,793,469* tournois.
151 ditto
16,514.652 12J oA 20,316,613 6. o
--- Page 215 ---
2 203 )
nègres.
I07 firent voile de Liverpool, pour
29,250
58 de Londres,
8,136
23 de Bristol,
8,810
4 de Lancastre,
En 1772 il partit de la Grande- Bretagne
pour la côte d'Afrique 7
175vaisseaux ayantàl bord des marchandises
estimées à 20,793,469* tournois.
151 ditto
16,514.652 12J oA 20,316,613 6. o 18,868,034 18 O
IOI
I1,298,697. 3 O 5,741,235. 9 3,698,066 3 3,821,208 II
Cette diminution manifeste ne sauroit être
attribuée qu'à la malheureuse guerre de
l'Amérique. Lorsqu'elle fut terminée, le
commerce reprit un aspect plus brillant s
comme il paroît par l'état suivant des nègres
importés dans les colonies anglaises de
l'Amérique, et exportés desdites colonies
depuis 1783 jusqu'en 1787, espace de cinq
ans. --- Page 216 ---
(204 )
munées nomlre tonneaux. nègres imp. nigres eap. nigres gardés,
de vaisseaux.
1783 38 5,455 16,208
80g 15,399.
1784 93 13,301 28,550 5,263 23,287
73 10,730 21,598 5,018 16,580
67 .8,070 19,160 4,317, 14.843
85 12,183 21,023 5,366 15,657
L'état suivarft du nombre de nègres actuellement exportés d'Afrique, par les Anglais, les Français, les Hollandais, les
Danois et les Portugais, ainsi que les pays
particuliers d'oà ils sont tirés, a été envoyé
aux membres du conseil privé par les négocians de Liverpool, et est sûrement le
plus exact et le plus authentique qu'il soit
possible de se procurer.
nombre d'esclaves exportés.
Par les Anglais,
38,000
les Français,
20,000
les Hollandais,
4,000
les Danois,
2,000
les Portugais,
I0,000
Total. :
74,000
nombre d'esclaves,
Dont Gambie fournit environ
Les iles Delos et. rivières adjacentes,
1,500
DepnisSiera-Leone jusqu'au cap Mont, 2,000cap Mont jusqu'au cap Palmas,
3,000
cap Palmas jusqu'au cap Appollonie, 1,000- --- Page 217 ---
(205 - )
nombre d'esclaves.
Eôte-d'Or,
10,000
Quitta et Popo,
1,000
Whidah,
4,500
Porto-Novo, Eppée; et Bidagry,
3,500
Lagos et Benin,
3,500
Bouuy etle nouyean Calabar,
14,500
Vienx Calabar et Camerouns,
7,000
Gaboa et le cap Lopez,
Loango, Melimba, et le cap Renda,
13,500
Majumba, Ambris et Missoula,
1,000
Loango, Saint-Paul, et Benguela,
7,000
Tolal,
74,200
Quelles que soient l'étendueet lavariété de
la côte dont ces naturels sont exportés, il est
peut-être impossible de distinguer le caractère d'une nation d'avec celui d'une autre.
Parmi les esclaves, il y a une uniformité
de caractères dans tous les climats de la
terre, à cause de l'assujetissement dans
lequel ils sont tenus, et du manque d'occasion de faire ressortir l'énergie cachée de
leur ame.Homère remarque, avec beaucoup
de justesse, que cc le jour qui rénd un
ec homme esclave lui enlève la moitié de sa
< valeur >. Cependant un individu à portée
d'examiner les plus petites actions du nègre
etde faire des réilexions sur ce sujet, pourra
ères dans tous les climats de la
terre, à cause de l'assujetissement dans
lequel ils sont tenus, et du manque d'occasion de faire ressortir l'énergie cachée de
leur ame.Homère remarque, avec beaucoup
de justesse, que cc le jour qui rénd un
ec homme esclave lui enlève la moitié de sa
< valeur >. Cependant un individu à portée
d'examiner les plus petites actions du nègre
etde faire des réilexions sur ce sujet, pourra --- Page 218 ---
- : 206 )
y apercevoir quelques nuances de différence que l'esclavage n'a pas encore effacées. C'est pourquoi, après quelques. observations sur ces traits de distinction, je
passerai à l'examen du caractère général
du nègre. --- Page 219 ---
207 )
CHAPITRE III
Mandingos, ou naturels de la côte du vent. - Mahomélans. -Guerres, moeurs et figures.- -Nogres Koromantins, ou nègres de la côle d'Or.-Férocité de
leur caractère démontrée dans une relalion de la
rébellion des nègres à la Jamaique en 1760.-Leurs
mceurs, guerres et supention-Naurchd Whidah
ou Fida. - Leurs bonnes qualités. - Natutrels de
Bonin.-Figures et caractères. Cannibales.-N.-
turels de Congo. et d'Angola. - Examen du caraclère
et des dispositions des nègres dans Tétat d'esclavage.
DAxst toute l'Afrique, à l'ouest et au nord
de Sierra-Leone, les naturels sont mahométans. Imitant strictement le fondateur
del leur religion, ils sont continuellement en
guerre avec les nations qui les environnent
pour propager leur croyance. C'est pourquoi les prisonniers faits dans ces guerres
de religion,ne sauroient se dire maltraités
en passant entre les mains des Européens,
puisqu'il est très-probable- qu'ils seroient
sacrifiés à la vengeance de leurs ennemis,
s'ils n'étoient rachetés par les factoreries. --- Page 220 ---
(208 )
Je suis porté à croire que lorsque les Mandingos se battent entr'eux, ils sont excités
à la guerre par des motifs de gain, c'està-dire, pour vendre aux marchands établis
sur la côte, les. prisonniers qu'ils peuvent
surprendre et faire. Ils les conduisent de
fortloin versla mer, et en tirent le meilleur
parti possible (1).
Les Mandingos, quoique divisés en plusieurs tribus, très-différentes en apparence, >
ont cependant une ressemblance de figures
et se distinguent aisément des naturels des
autres parties de l'Afrique. Il y a, parmi
(1) M. Edouard tient cette relation de la bouche
d'un esclave. Ce malheureux avoit été surpris par les
Mandingos, et vendu à un vaisseau destiné pour la
Jamaique. Ayant quitté sonl pays fort jeune, il ne
connoissoit pas. grand'chose: des moeurs des naturels;
mais il se rappeloit qu'ils pratiquoient la circoncision,
et qu'ils éloient extrêmement superstitieux. Il chantoit
une phrase que M. Edouard supposoit être larabe la
Illa ill Illa (il n'y a d'autre Dieu que Dien) de l'alcoran.
Il dit que'le vendredi, ils jeûnoient avec beaucoup de
dévotion, et qu'il éloit regardé presque comme un
péché d'avaler ce jour-là sa salive.M. Edouard raconté
aussi qu'il avoit un autre domestique qui savoit trèsbien écrire l'alphabet arabe et tres-correctenuent, ainsi
que quelques passages choisis de falcoran.
oit être larabe la
Illa ill Illa (il n'y a d'autre Dieu que Dien) de l'alcoran.
Il dit que'le vendredi, ils jeûnoient avec beaucoup de
dévotion, et qu'il éloit regardé presque comme un
péché d'avaler ce jour-là sa salive.M. Edouard raconté
aussi qu'il avoit un autre domestique qui savoit trèsbien écrire l'alphabet arabe et tres-correctenuent, ainsi
que quelques passages choisis de falcoran. --- Page 221 ---
( 2 20g )
eux, des tribus d'une taille beaucoup plus
haute que la plupart des nègres. Il est remarquable que les Mandingos aient des
traits moins désagréables, et soient plus
exempts de mauvaise odeur que les autres
Africains. Avec toutes ces bonnes qualités,
ils n'ont pas beaucoup d'intelligence et ne
s'acquittent guères bien des travaux auxquels on les emploie.
Les nègres koromantyns sont ensuite le
sujet de notre examen. Ce qui les caractérisé est une fermeté de corps et d'esprit, que
des idées modernes de supériorité traiteroient peut-être de férocité , mais que les
anciens auroient appelée la base de toutes
les vertns. Ils voient le danger et la mort
sans paroitre épouvantés : ils ont des tempéramens propres aux travauxles plus durs,
et ne semblent pas; par habitude, être ennemis du travail. Il y a plusieurs de ces
nègres qui, lorsqu'ils sont réduits à l'état
d'esclavage dans les Indes occidentales, ne
font que changer de maîtres; car ceux que
j'interrogeai le plus scrupuleusement sur ce
sujet, et sur la véracité desquels je pouvois
le plus compter 2 m'informérent qu'ils
avoient été vendus par leurs maîtres aux
--- Page 222 ---
(210)
marchands de Guinée. Mais dans les guerres
que les Koromantyns se font les uns aux
autres, il arrive souvent que des chefs s
qui ont eux-mêmes des esclaves, sont faits
prisonniers. II n'est doncpas surprenant que
des hommes de cette nature, quand ils sont
vendus comme esclaves, fassent les efforts
les plus extraordinaires pour se venger de
ceux qui les retiennent dans la servitude.
On voit, en conséquence, qu'en 1761 lorsqu'il y eut. une rébellion à laJamaique, elle
avoit été excitée, et qu'elle fut conduite par
un nègre intrépide de cette description,
qui avoitété chefdans son pays sur la côte.
Elle éclata sur les frontières de la paroisse
de Sainte-Marie; et si M. Zacharie Bayly,
qui demeuroit dans ce quartier, n'avoit pas
montré beaucoup de courage et de conduite
dans cette occasion, iln'y a point de doute
que la révolte n'eût fait de grands progrès.
Nous ne devons pas passer sous silence un
fait qui eut lieu à cette époque, et qui fait
même beaucoup d'honneur aux insurgens,
ainsi qu'à l'individu qui fut l'objet de cet
acte de générosité. Abraham Fletcher étoit
économe de la plantation de M. Bayly,
dont nous venons de parler, et pendant
montré beaucoup de courage et de conduite
dans cette occasion, iln'y a point de doute
que la révolte n'eût fait de grands progrès.
Nous ne devons pas passer sous silence un
fait qui eut lieu à cette époque, et qui fait
même beaucoup d'honneur aux insurgens,
ainsi qu'à l'individu qui fut l'objet de cet
acte de générosité. Abraham Fletcher étoit
économe de la plantation de M. Bayly,
dont nous venons de parler, et pendant --- Page 223 ---
(21I )
toute son administration, 7 s'étoit conduit
envers les négres avec justice et humanité.
On voit rarement ces vertus respectées par
des hommes féroces dans un tems de révolte.
Les esprits sont tellement échauffés par les
émotions de la crainte et de la vengeance,
qu'ils oublient de faire la différence de l'innocent et du coupable. Les Koromantyns
révoltés n'en agirent cependant pas ainsi.
Ils avoient Fletcher en leur pouvoir; et st
sa conduite passée avoit mérité quel1 jue reproche, il l'auroit alors payé cher; mais en
considération de ses bonnes qualités, ils lui
accordèrent la vie. Ils ne continuérent cependant pas à montrer la même modération;
étant allés à Port- Marie, ils se procurèrent
des armes et des munitions, et étant joints
dans la route par plusieurs compagnies de
Ieurs camarades, ils gagnèrent l'intérieur
du pays par la grande route, portant partout la terreur et la déyastation. En mêmetems M. Bayly, qui avoit inutilement essayé de les approcher et de les appaiser, en
employant la persuasion au lieu del la force,
voyant qu'il n'y avoit plus de sûreté que
dans des mesures de rigueur, rassembla un
corps de cent hommes, tant blancs que --- Page 224 ---
I : 212 )
nègres fidèles 2 et s après avoir
avertir les planteurs d'alentour de Ieu
ger, marcha contre les rebelles. Il P
à la fin à les atteindre, les attaqua, 3
plusieurs prisonniers ct poussa le rest
les bois. Tacky, le chef koromanty
avoit fait insurger ses compatriote:
qui les conduisoit, fut tué dans une
mouche par un autre détachement qu
à la poursuite des nègres.
On fit alors quelques exemples ter
de ceux qui furent pris et convaincus d
eu part aux massacres qui avoient été
mis. De trois qui éprouvèrent les
grands supplices, l'un fut brûlé vif
deux autres pendus avec des chaîr
laissés dans cette cruelle situation J
la mort. Ces victimes infortunées SU
tèrent la rigueur de leur supplice ave
fermeté étonnante. Les denx, partici
ment, pendus dans les chaines, res
ainsi exposés pendant neufjours, en
à la faim et à la torture, sans paroit
fectés de leurs souffrances ; ils se mê
même à la conversation des nègres q
environnoient. Le septième jour, où
deyoit Hagpewrgpisgroandiseida)
cette cruelle situation J
la mort. Ces victimes infortunées SU
tèrent la rigueur de leur supplice ave
fermeté étonnante. Les denx, partici
ment, pendus dans les chaines, res
ainsi exposés pendant neufjours, en
à la faim et à la torture, sans paroit
fectés de leurs souffrances ; ils se mê
même à la conversation des nègres q
environnoient. Le septième jour, où
deyoit Hagpewrgpisgroandiseida) --- Page 225 ---
(213) )
inouies, on les vit rire aux éclats de quelque chose que l'on avoit dit.
A quoi doit-on donc attribuer cette force
d'esprit inconcevable ? Sans doute à leurs
moeurs et aux cruautés que les possesseurs
barbares d'esclaves de la côte d'Afrique
exercent sur leurs sujets. Accoutumés,
dès l'enfance, aux horreurs de la guerre, 9
habitués aux souffrances par les rigueurs
qu'ils éprouvent, 9 sans espoir de soulagementfusqu' ce que la mort les ait délivrés
du pouvoir de leurs oppresseurs, la vie
leur devient indifférente, et ils sont euxmêmes insensibles, à leurs propres maux et
à ceux des autres. Leur barbarie ne seborne
pas à leurs prisonniers (1);. le père est cruel
envers ses enfans, et les amis du mari décédé
sacrifient, sans remords, sa femmé et ses
esclaves à son enterrement.
Ilest cependant vraiquelorsqu'ils tombent
à des maîtres humains dans les Indes occidentales, ils perdent peu-à-peu ce mépris de
la mort, et qu'à mesure qu'ils s'avancent
dans la carrière du bonheur, ils deviennent
(1) La méthode ordinaire de traiter les prisonniers
est de leur arracher la mâchoire inferieure; ct de los
laisser mourir dans cet élat. --- Page 226 ---
(214)
moins crucls et plus attachés à la V
habitant de la Jamaique, ayant u
rendu visite à un négrekoromantynn
lui demanda pourquoi il avoit pe
mourir ? Le nègre lui répondit en m
anglais, que dans son pays il avo
tume de mépriser la mort; mais 9
puis qu'il étoit aux Antilles, il avoit
à connoître la valeur de la vie.
Cette grande fermeté de corps et C
se montre de bonne heure dans le
koromantyn. Un planteur de la Jar
qui avoit acheté vingt jeunes nègres
dix Koromantyns et dix Eboes, OI
qu'on. les marquât avec un morcea
gent chaud sur l'estomac. Cette ope
n'est pas fort douloureuse ; car l'arg
d'abord trempé dans l'esprit-de-vin,
pliqué un moment sur la peau, de
que la peine ne dure qu'un instant.
les Eboes croyant que cela faisoit
coup de mal, se mirent à crier de
et le planteur ne fit pas l'opération
jeunes Koromantyns, pour témoigne
mépris de cette opération, vinrent
tairement et reçurent l'empreinte san
paroître la moindre crainte.
car l'arg
d'abord trempé dans l'esprit-de-vin,
pliqué un moment sur la peau, de
que la peine ne dure qu'un instant.
les Eboes croyant que cela faisoit
coup de mal, se mirent à crier de
et le planteur ne fit pas l'opération
jeunes Koromantyns, pour témoigne
mépris de cette opération, vinrent
tairement et reçurent l'empreinte san
paroître la moindre crainte. --- Page 227 ---
(215)
Quelque inhumanité que ces individns
puissent montrer,quandils ontune occasion
de se venger, je pense qu'on ne sauroit
nier qu'ils ne donnent souvent des marques
d'un esprit énergiquequi, malheurensement,
n'a aucun moyen d'être dirigé vers les vertus
nobles et généreuses, dans l'état d'assujétissement où il est tenu. Je vais terminer mes
observations, en donnant une courte relation de leur religion.
Ils croyent en un : Etre suprême, Dieu
du ciel et créateur de l'univers, qu'ils appellent Accompong. Ils le prient etl'adorent,
mais ils ne lui offrent pas de sacrifices.
Au Dieu de la terre , Assaru, 3 ils offrent
les fruits de la terre ; à Ipboa, un cochon ;
et à Obboney, l'être malin ; ils font des sacrifices humains de prisonniers esclaves.
Ils ont, comme les anciens, leurs dieux
lares , qui sont supposés avoir été des mortels comme eux. Ils immolent à ceux-ci un
coq et un bouc, sur l'endroit où l'on croit
qu'ils ont été enterrés, et font ensuite une
fête sociale.
Ils administrent le serment d'une manière
fort imposante à un esprit superstitieux.
La personne quile prête boit de l'eau mêlée --- Page 228 ---
(216 )
avec du sang humain et de la terre
beau d'un proche parent, en souhait
son ventre crêve., et que ses boyau
rissent,s'il ne ditpaslavétité. Celares
beaucoup au serment d'cau amère C
Israélites.
Les nègres de Whidah ou Fida, sO
doute les plus précieux que l'on trai
dans nos iles. Ils entreprennent to
pèce de travail avec plaisir; et, éta
tivateurs chez eux, ils deviennent
bons agriculteurs. Ils n'ont point ce
tère féroce de la race que nous ven
décrire, et sontaussi exempts de cette
de mélancolie que l'on rencontre C
Eboes. On dit que ele royanme del Whi
Biescolindetcomrendeievilligsetdel
Dans-leurs idées de peines et de la
ils sont bien différens des Koromai
ils n'entendent jamais prononcer le
mort sans émotion; et c'est une mar
grossièreté chez eux, très-punissable
faire mention devant un supérieur.
soumettent à l'autorité du planteur
ricain avec patience et résignation
mant que c'estle devoir du maître de
et le leur, d'obéir.
del Whi
Biescolindetcomrendeievilligsetdel
Dans-leurs idées de peines et de la
ils sont bien différens des Koromai
ils n'entendent jamais prononcer le
mort sans émotion; et c'est une mar
grossièreté chez eux, très-punissable
faire mention devant un supérieur.
soumettent à l'autorité du planteur
ricain avec patience et résignation
mant que c'estle devoir du maître de
et le leur, d'obéir. --- Page 229 ---
(: 217 )
Plusieurs des nègres de Whidah, et particulièrement la tribu appelée Nagoes, pratiquent la circoncision; mais il se trouve
bien des tribus qui ne connoissent pas cet
usage.
Les Eboes, ou Mocoes, sont les naturels
de Benin, côte d'une vaste étendue, quia
3000 milles ou mille lieues de longueur. Ces
nègres ont un teint olivâtre ou maladif, et
la forme de leur visage ressemble beaucoup
à celle d'un singe. Les naturalistes ontremarqué que l'homme a la partie inférieure
du visage plus large qu'aucun autre animal;
mais que cette plus grande largeur du visage
d'un Européen, soit un signe de la supériorité de ses facultés spirituelles, ou
que, -
conséquemment PEboe doive être considéré comme approchant de la nature du
singe par l'esprit ainsi que par le visage,
c'est une conséquence que je ne me permettrai pas de tirer.
Le caractère impatient de l'Eboe le rend
de moindre valeur pour un maître que la
race dont nous venons de parler; car quand
il est en danger de souffrir, ou d'éprouver
un châtiment rigoureux, il préfère la mort.
D'après la mélancolie et l'abattement ré- --- Page 230 ---
(218 )
pandus sur le visage de ces nègres,
tenté de croire qu'ils sont plus rafir
leurs notions que ceux des autres
Maislé lecteur sera convaincu du co
en apprenant que les Mocoes, loi
civilisés dans leur patrie, sont hal
ment cannibales. Ce fait est pro
l'aveu d'un esclave Mocoe, quiconv
avoit souvent partagé de pareils re
par le procès bien connu de deux
d'Antigue qui, en 1770, furentjogé
damnésp pour avoir tué et mangé un
camarades.
Les Eboes sont extrêmement super
dans leur croyance, 3 le lézard étan
leurs principaux dieux. La présenc
animalest tellement regardée comme
que toute espèce d'injure à sa dig
punie comme un crime. On vit u
heureux exemple de cette nature e
Deux matelots d'un vaisseau qui fa
commerce sur cette côte, débarquère
faire de l'eau, et tuèrent par has
lézard. Ils furent à l'instant saisis.
damné.à mort. On offrit une rançor
elle ne fut pas suffisante pour satis
cupidité des Mocoes, qui exigèrent u
animalest tellement regardée comme
que toute espèce d'injure à sa dig
punie comme un crime. On vit u
heureux exemple de cette nature e
Deux matelots d'un vaisseau qui fa
commerce sur cette côte, débarquère
faire de l'eau, et tuèrent par has
lézard. Ils furent à l'instant saisis.
damné.à mort. On offrit une rançor
elle ne fut pas suffisante pour satis
cupidité des Mocoes, qui exigèrent u --- Page 231 ---
(: 219 )
grande somme. Le capitaine, quin'étoit certainement pas fort humain, ne voulut pas
leur racheter la vie à un si haut prix, et les
abandonna conséquemment à la discrétion.
des naturels. On ne sut jamais ce qu'ils
étoient devenus.
-
Les nègres de Congo et d'Angola sont
ceux qui, d'après l'ordre que nous avons
tracé, doivent ensuite être soumis à notre
considération. Leur caractère n'estpas fortement prononcé : ils sont minces et agréables,
avecla peanetlescheveuxi trèsmoirs.D'apres
leur douceur et leur docilité, ils sont plus
propres à servir de domestiques. Ils sont
aussi plus propres et plus ingénieux que la
plupart des autres Africains.
Nous avonsdéja dit que, quelle que) puisse
être la différence des traits dans le caractère des nègres des diverses parties de l'Afrique, leur état d'esclavage les a pour ainsi
dire réduits au même degré d'avilissement.
Nous allons donc mettre sous un seul point
de vue toutes les variétés du caractère du
nègre.
Il est vrai que les nègres koromantyns
sont braves, comparativement à leurs compatriotes africains ; mais les qualités op- --- Page 232 ---
220 )
posées semblent dominer dans le C
du nègre.
L'Africain n'a point de candeur.
on lui fait une question, il hésite €
pondjamais directement,alin d'avoir
de préparer une réponse convenable
aussi adroit à voler qu'à mentir.
Cette inclination aux vices les
prisables, est sûrement le résultat
clavage. Ils sont cependant redevabl
même cause d'une des plus aimab
lités du cocur humain ; je veux di
compassion qu'ils éprouvent pour
pagnons qui sont dans des circor
semblables aux leurs. Celui quia été
pagnon de voyage du nègre dans
sage d'Afrique, devient son cher et
ami ; et le mot compagnon de voy
prime même chez eux toutes les tendr
d'égards. Labienveillance du nègree
moins renfermée dans cette sphère.
extrêmement sévères les uns envers le
quandl'occasion se présente. Quandu
nègre devientlapprent tif d'un vieux
impossible d'exprimer les maux qu'il
de la cruauté de son compatriote.
Ils ne sont pas mêmc plus humains
sage d'Afrique, devient son cher et
ami ; et le mot compagnon de voy
prime même chez eux toutes les tendr
d'égards. Labienveillance du nègree
moins renfermée dans cette sphère.
extrêmement sévères les uns envers le
quandl'occasion se présente. Quandu
nègre devientlapprent tif d'un vieux
impossible d'exprimer les maux qu'il
de la cruauté de son compatriote.
Ils ne sont pas mêmc plus humains --- Page 233 ---
(22r)
le chien fidèle qui les suit. Chaque nègre ne
paroit ayoir un animal de cette espèce que
pour faire éprouver toute sa méchanceté à
un êtrequine sauroitse défendre. Il est assez
remarquable que le pauvre animal semble
lui-même conyaincu qu'il est devenu l'esclave d'un esclave. Sa nature généreuse se
dégrade, on ncle voitplus sauter, ni jouer;
il devient triste, rampant ét craintif.
Les historiens, > aimant à représenter tout
souckescouleunlesplas agréables, peignent
le nègre comme susceptible de la passion de
l'amour à un degré violent et rafiné. M. de
Chanvalon s'écrie : < L'amour, cet enfant
K de la nature à qui elle confie sa'conserva-
<c tion, dont aucune difficulté ne sauroit
G retarderlesproges,et qui triomphemême
CC dans les fers, inspire le nègre au milieu
ec de sa misère. Aucun danger ne peut
AC abattre, aucune crainte de châtiment no
EC peut restreindre l'ardeur de sa passion. Il
EC quitte la nuit l'habitation de son maître,
< et traversant les déserts sans s'inquiéter
< de ses habitans venimeux, il va déposer
A ses chagrins dans le sein de sa fidelle et
R affectueuse maîtresse. >>
Mais cette description est aussi extrava- --- Page 234 ---
2 2 222)
gante qu'elle est élégante. Si par amour s
on entend cette passion pourt un seul objet,
relevée par le sentiment et rafinée par l'estime, je crois bien que le nègre n'en possède pas la moindre particule. Malgré tout
ce que l'on a dit sur la convenance d'instituer lei mariagedans lesIndes occidentales,
je suis sûr que le nègre regarderoit une
liaison de cette nature comme la punition
la plus rigoureuse qu'on pât lui infliger.Si
au contraire on entend par amour cet instinct animal qui nous pousse aveuglément
à le satisfaire, le nègre en a certainement
sa bonne part. Il se livre à cette passion sans
réserve, regardant le changement d'objets
comme une chose nécessaire pour rendre la
jouissance plus piquante.
Il est vrai que dans la vieillesse $ ils commencent à perdre ce goût du changement,
et que l'attachement qni a commencé parla
passion se convertit par l'habitudeen amitié.
Leur vieillesse devient alors plus agréable
par un échange réciproque de bons offices.
Tout considéré, la vieillesse d'un nègre
est aisée etheureuse. Le devoir deshommes
estde garder les champs des femmes', et de
servir les malades. Le vieux nègre, outre
dans la vieillesse $ ils commencent à perdre ce goût du changement,
et que l'attachement qni a commencé parla
passion se convertit par l'habitudeen amitié.
Leur vieillesse devient alors plus agréable
par un échange réciproque de bons offices.
Tout considéré, la vieillesse d'un nègre
est aisée etheureuse. Le devoir deshommes
estde garder les champs des femmes', et de
servir les malades. Le vieux nègre, outre --- Page 235 ---
(223 )
gue son travail est diminué, reçoit de la
part de. ses compatriotes des marques de
respect qui flattent beaucoup son orgueil,
et éprouve d'eux une tendresse qui contribue à son bonheur. Il faut que la misère
soit bien grande quand on le laisse manquer.
A travers la barbarie du caractère africain,
on y aperçoit le respect pour la vieillesse,
briller ayec un éclat qui feroit presque oublier ses vices. Ce respect est regardécomme
un devoir sacré, qu'il seroit impie de ne
pointavoir. De cette terdresse pourla vieillesse, il arrive que les exemples d'âges
avancés, > presque incompatibles avec une
latitude si chaude, y sont fréquens. En 1792,
il mourut asavammah-la-Mar,àlaJamaiqque,
une négresse âgée de 120 ans.
Un trait fort remarquable dans le caractère du nègre, c'est qu'il est fort enclin à
devenir orateur. Il aime passionnément les
discours suivis, et ses avant-propos sont
ordinairement très-fatigans. Quand on veut
bien l'entendre, il vous fait une Jongue
relation de ses qualités, de ses souffrances
et de ses circonstances. Cependant quoique
les nègres aiment les périphrases, il y a
des momens où ils renferment leurs idées --- Page 236 ---
(224)
dans des phrases concises et fortes (1)-
C'est une opinion dominante en Europe,
que l'oreille des Africains est particulièrement formée pour la musique; mais cette
assertion n'est pas juste, car je ne crois pas
qu'ilya ait tun seul nègre qui soit jamais devenu grand musicien, quoiqu'on ait souvent pris beaucoup de peine pour leur apprendre cette science. Le fait est qu'ils préfèrentle bruità l'harmonie 3 et qu'ils aiment
mieux qu'aucun autre instrument leur'pontaga, espèce de guitarre discordante, le
dundo ou tabor, etle goumbay s qui est un
tambour dur et rustique. Leurs chansons,
qui ne sont pas de la poésie, sont des impromptus. Leurs sons sont variés, 2 et quoiqu'ils ne soient pas harmonieux, ont néanmoins une teinte agréable de mélancolie.
Dans leurs fêtes, ils chantent des chansons
M. Edouard raconte un exemple de cette nature. Un nègre, après beaucoup de fatigue, étoit à
dormir sur le plancher à côté de lui péndant quil finissoit une lettre; il ne put l'éveiller après Y'avoir appelé
plusieurs fois. Un autre domestique essaya de l'éveiller,
et lui criaterlentendecenus pas massa D à quoi l'autre
lui répondit en ouvrant les yeux, et les refermant
presqu'anssitôt: : kle sommeil n'a pas de massa ou de
maitre. 2
Un nègre, après beaucoup de fatigue, étoit à
dormir sur le plancher à côté de lui péndant quil finissoit une lettre; il ne put l'éveiller après Y'avoir appelé
plusieurs fois. Un autre domestique essaya de l'éveiller,
et lui criaterlentendecenus pas massa D à quoi l'autre
lui répondit en ouvrant les yeux, et les refermant
presqu'anssitôt: : kle sommeil n'a pas de massa ou de
maitre. 2 --- Page 237 ---
(225 )
d'un genre différent;elles sont ou satyriques,
ou remplies d'obscénités, 4 et accompagnées
de danses également indécentes.
Aux funérailles d'un ami respecté, , ils
s'exercent à une danse martiale, qui ressemble à la pyrrhique des anciens, et accompagnent le corps avec une musique
bruyante et guerrière. C'est probablement
de ces démonstrations de joie que tira son
origine cette opinion invétérée chez les Européens, que les nègres regardoient lai mort
comme un heureux événement, et qu'ils
voyoient arriver d'un oeil content la fin de
leur esclavage et de la vie. Je suis bien
certain cependant qu'ils ne considèrent pas
la visite de la mort comme une si grande
faveur; et que, 9 malgré tous les maux qu'ils
éprouvent dans cette vie, ils desirent rester
aussilong-tems que possible hors de cet état
de délices qu'ils sont supposés vouloir anticiper. Parmi les nègres qui ont résidéquelque tems dans les Indes occidentalés, le
suicide est beaucoup moins fréquent que
parmi les Anglais libres et policés. Quand
il se commet un pareil crime, ils ne le représentent jamais comme un acte de prudence et de résolution I 3 mais ils l'attribuent
--- Page 238 ---
(226) )
aux instigations de l'esprit malin Obeah.
La mention de ce nom m'engage à parler
d'une croyance universelle chez les nègres.
Je ne puisle faire d'une manière plus exacte
qu'en insérant le rapport en entier de l'agentdelaJamaique, aux commissaires nommés pour examiner le commerce desnègres.
Ce fut, je crois, M. Long qui en fit la découverte.
c Le' mot obeah, obiah ou obia (car on
l'écrit différemment) est, selon nous, l'adjectif, et obe ou obi le nom substantif; et
par les mots hommes ou femmes-obia 3 on
entend ceux qui pratiquent l'obi. Nous regarderions l'étymologie de ce mot comme
de peu d'importance dans notre réponse aux
questions qui nous ont été faites, si sa recherche ne nous avoit entraînés dans d'autres qui sont vraiment tres-curieuses. Dans
le savant commentaire de M. Bryant sur le
mot oph, on trouve l'étymologie très-probable de ce terme. CC Un serpent, en langue
cc égyptienne, étoit appelé ob ou aub >.-
EC Obion est encore aujourd'hui le nom d'un
K serpent en égyptien >.
<C Moise, au
Cc nom de Dieu, défend aux Israëlites de
CC ne jamais s'informer du démon ob, qui
sa recherche ne nous avoit entraînés dans d'autres qui sont vraiment tres-curieuses. Dans
le savant commentaire de M. Bryant sur le
mot oph, on trouve l'étymologie très-probable de ce terme. CC Un serpent, en langue
cc égyptienne, étoit appelé ob ou aub >.-
EC Obion est encore aujourd'hui le nom d'un
K serpent en égyptien >.
<C Moise, au
Cc nom de Dieu, défend aux Israëlites de
CC ne jamais s'informer du démon ob, qui --- Page 239 ---
(227 )
c est traduit dans notre bible par enchanec tenr ou sorcier, dhinutarouienoiligane
-xLa femme d'Endor est appelée oub ou
€c ob, traduit par Pythonissa ; et Oubaios
cc (qu'il cite d'Horus Apollon) étoit le nom
€ du basilic ou serpent royal, emblême du
cc soleil, et ancien oracle d'Afrique >>. Cette
dérivation qui s'applique à une secte particulière, probablement les restesd'un ordre
religieux très-célèbre dans les tems les plus
reculés, est maintenant devenue à la Jamaique, le terme général pour dénoter les
Africains qui pratiquent dans cette fle les
sortilèges ou la magie, en y comprenant
la classe appelée myals, ou ceux
le moyen d'une potion
qui, par
narcotique, faite du
jus d'une herbe (quel'on dit être la calalue
à branches, espèce de solanum), qui
occasionne un profond sommeil pendant
un certain tems, s'efforcent de faire croire
aux spectateurs qu'ils ont le pouvoir de
ressusciter les morts.
c Autant que nous pouvons en juger
d'après notre propre expérience 3 et les
renseignemens que nous nous sommes procurés dans lile, et d'après le témoignage
de tous les nègres avec lesquels nous avons --- Page 240 ---
(228 )
conversé sur ce sujet, les professeurs d'obi
sont, et furent toujours des naturels d'Afrique, et pas d'autres; et ils ont apporté
cette science avec eux à la Jamaique, où
elle est si universellement pratiquée, qu'il
y a très-peu de grandes habitations où il
y a des naturels d'Afrique, qui n'ait un ou
plusieurs de ces prétendus sorciers. Les
plus vieux et les plus rusés sont ceux qui
attirent le plus la confiance. Les individus
qui ont les cheveux gris, quelque chose de
dur et de rebutant dans la figure, et quelque connoissance des plantes médecinales
et vénimeuses, sont les plus propres à en
imposer aux foibles et aux crédules. Les
nègres; soit africains ou créoles, les révèrent, les consultent et les craignent i ils
vont trouyer ces orâcles, et dans toutes les
occasions avec la plus grande foi, soit pour
la guérison des maladies, pour obtenir vengeance de leurs ennemis, se concilier la
faveur, pour la découterte ou la punition
d'un voleur ou d'un adultère, et la prédiction des événemens futurs. Le métier de
cesimposteurs est très-lucratif; ils font et
vendent des obis propres à differens cas, et
à différens prix.
i ils
vont trouyer ces orâcles, et dans toutes les
occasions avec la plus grande foi, soit pour
la guérison des maladies, pour obtenir vengeance de leurs ennemis, se concilier la
faveur, pour la découterte ou la punition
d'un voleur ou d'un adultère, et la prédiction des événemens futurs. Le métier de
cesimposteurs est très-lucratif; ils font et
vendent des obis propres à differens cas, et
à différens prix. --- Page 241 ---
(229 )
C Ils jettent soigneusement un voile mystérieux sur leurs enchantemens, qu'ils ne
pratiquent qu'à minuit, et ils prennent
toutes sortes de précautions pour les soustraire à la connoissance des blancs. Les
nègres trompés, qui croient bien sincèrement à leur pouvoir surnaturel, deviennent
les complices volontaires du secret, et le
plus fort d'entr'eux tremble à la vue du
quet de haillons, de la bouteille ou pa- des
coques d'oeufs mises dansl le chaume du toit,
ou sur. la porte d'une case, ou sur lal branche
d'un platane, pour épouvanter les maraudeurs. En cas de poison, ses effets naturels
sont uniquement attribués, par les nègres
ignorans, à la force de l'obi. Les nègres
plus intelligens n'osent point révéler leurs
soupçons, de peur d'encourir la vengeance
terrible dont les obeah menacent ceux qui
les trahissent. Il est donc très-difficile au
propriétaire blanc de distinguer l'obeah de
tout autre nègre de sa plantation; et les
noirs, en général,en ont une telle terreur,
qu'il n'y a que très-peu d'exemples où ils
aient pris assez de courage pour dénoncer
ces imposteurs. Leur esprit étant ainsi pré.
venu, ils ne trouvent pas plutôt un obi --- Page 242 ---
(280 )
pour eux près de la porte de leur maison
ou dans le chemin qui y conduit, qu'ils se
regardent comme perdus. Quand un nègre
est volé d'une volaille ou d'un cochon, il
s'adresse- aussitôt à l'homme ou à la femme
obeah; on répand ensuite parmi les nègres
que lobi est mis pour le voleur; et aussitôt
que celui-ci apprend cette terrible nouvelle,
son imagination commence à travailler; il
ne lui reste plus d'autre ressource que dans
l'habileté su périeure de quelque éminent
obeah du voisinage > qui puisse contrecarrer les opérations magiques de l'autre;
mais s'il ne s'en trouve pas de plus habile,
ou si, après avoir obtenu l'appui d'un
pareil allié, il se sent encore affecté, il ne
tarde pas à tomber en langueur, tourmenté
continuellement par la crainte des maux
qui le menacent.
C Le plus petit mal de tête, 2 d'estomac
ou de toute autre partie du corps, une perte
ou une blessure accidentelle confirme ses
appréhensions, et il se regarde comme la 4
victime d'un agent invisible et irrésistible.
Le sommeil, l'appétit, la gaieté l'abandonnent, sa force diminue, son imagination
troublée ne lui laisse aucun repcs, le dé-
é
continuellement par la crainte des maux
qui le menacent.
C Le plus petit mal de tête, 2 d'estomac
ou de toute autre partie du corps, une perte
ou une blessure accidentelle confirme ses
appréhensions, et il se regarde comme la 4
victime d'un agent invisible et irrésistible.
Le sommeil, l'appétit, la gaieté l'abandonnent, sa force diminue, son imagination
troublée ne lui laisse aucun repcs, le dé- --- Page 243 ---
(231) )
sespoir se fixe sur son visage; des ordures
et toute espèce de substances mal-saines
fontalors son unique nourriture; il languit,
tombe malade et descend' graduellement
dans le tombeau. Un nègre qui devient
malade, consulte l'obeah sur la cause de
sa maladie; il lui demande si elle sera mortelle ou non, et à quelle époque il mourra
ou sera guéri P L'oracle attribue ordinairementla maladie à la malice de quelque individu qu'il nomme, et conseille de mettre
l'obi pour cet individu; mais quand il ne
donne aucun espoir de guérison, le désespoir s'empare aussitôt du malade, aucune
médecine ne lui fait effet, eb la mort en est
la conséquence certaine.
CC Ces symptômes anomales qui proviennent de- causes profondément gravées dans
l'esprit, telles que les terreurs de l'obi, Ou
de poisons, dont les effets: sont lents et
cachés, mettent en défaut les connoissances
des plus habiles médecins.
C Considérant le nombre d'occasions qui,
peuyent provoquer les nègres à exercer les
pouvoirs de l'obi les uns contre les autres,
et l'influence étonnante de cette superstition surleur esprit,. il n'est point douteus --- Page 244 ---
(232 )
que la mortalité qui a lieu annuellement
parmi les nègres de la Jamaique, ne doive
en grande partie être attribuée à ce cruel
préjugé >.
Voulant donner plus de poids à la description que nous avons faite de cet usage
et de ses -effets ordinaires, nous y avons
joint quelques exemples d'entre ceux qui
sont si souvent arrivés à la Jamaique; non
pas qu'ils soient particuliers à cette ile, car
nous croyons qu'on peut trouver de pareils
exemples dans les autres colonies de l'Amérique. Le père Labat, dans. son histoire de
la Martinique, en a cité quelques-uns qui
sont tres-remaquables.
Ilparoîtra peut-être extraordinaire qu'un
usage que l'on dit si fréquentà la Jamaique,
n'ait pas été réprimé depujs long-tems par
la législatare. Le fait est, que l'habileté de
quelques nègres, dans l'art d'empoisonner,
a été remarquée depnis que les colons les
connoissent bien. Sloane et Barham, qui
exerçoient la profession de médecins à la
Jamaique, le siècle dernier, en ont cité
plusieurs exemples. La manière secrète et
insidieuse aveclaquelle ce crime se commet
ordinairement, en rend la preuye légale
long-tems par
la législatare. Le fait est, que l'habileté de
quelques nègres, dans l'art d'empoisonner,
a été remarquée depnis que les colons les
connoissent bien. Sloane et Barham, qui
exerçoient la profession de médecins à la
Jamaique, le siècle dernier, en ont cité
plusieurs exemples. La manière secrète et
insidieuse aveclaquelle ce crime se commet
ordinairement, en rend la preuye légale --- Page 245 ---
( 233 )
extrèmement difficile. Les soupçons ont en
conséquence été très- fréquens - 7 mais les
convictions rares ; ces assassins ont quelquefois été livrés à la justice, mais il est
raisonnable de croire que le plus grand
nombre a échappé avec impunité. Quant
aux autres tours d'obi plus communs, tels
que de suspendre des plumes,des bouteilles,
des coques d'oeufs, etc. pour intimider les
nègres enclins au vol et les empêcher de
piller les cases, les étables ou les jardins
des esclaves, cela faisoit rire les habitans
blancs qui n'y voyoient qu'un stratagême
innocent des nègres les plus intelligens 3
pour épouvanter les plus simples et les plus
superstitieux d'entre eux, et qui produisoit
le même effet que les épouvantails que les
fermiers et jardiniers européens mettent
dans leurs champs.
Mais en 1760, quand il éclata une insurrection formidable de Koromantyns ou nègres de la Côte-d'Or, dans la paroisse de
Sainte-Marie, qui se répandit dans presque
tous les autres districts de l'ile, un vieux
nègre J koromantyn, principal instigateur de
la révolte, oracle des insurgens; qui avoit
fait préter le serment solemnel aux conspi- --- Page 246 ---
(2 234) )
rateurs, et qui leur avoit donné une potion
magique pour les rendre invulnérables, fut
heureusement pris, convaincu et penda
avec toutes ses plumes et ses obis autour de
lui. Son exécution frappalesinsurgens d'une
terreur panique, dont ils ne purent jamais
revenir. Les examens que l'on fit à cette
époque ouvrirent les yeux du public sur la
tendance dangereuse de la pratique de l'obi,
et donna lieu à la loi pour sa suppression
et sa punition. Mais ni la crainte de cette
loi, nilesrecherches quel'on a faites depuis
des proiesseurs de l'obi, ni les exemples
nombreux de ceux qui de tems à autre ont
été pendus ou déportés, n'ont jusqu'ici
produit l'effet désiré. Nous concluons donc
que cette secte, comme toutes les autres du
monde, a pris de l'accroissement.p par la
persécution, ou que. l'on amène tous les ans
de nouveaux sectaires des côtes d'Afrique.
La pièce suivante est celle dont nous
avons parlé dans la relation précédente.
USAGE DE L'OBI.
Cette pièce nous vient d'un planteur de
la Jamaique, 2 homme de la plus grande vé-
'ont jusqu'ici
produit l'effet désiré. Nous concluons donc
que cette secte, comme toutes les autres du
monde, a pris de l'accroissement.p par la
persécution, ou que. l'on amène tous les ans
de nouveaux sectaires des côtes d'Afrique.
La pièce suivante est celle dont nous
avons parlé dans la relation précédente.
USAGE DE L'OBI.
Cette pièce nous vient d'un planteur de
la Jamaique, 2 homme de la plus grande vé- --- Page 247 ---
(235) )
racité, qui est actuellement à Londres, et
qui est préc à en attester l'authenticité.
Cc Etant retourméalaJansipne, en 1775,
il trouva que nombre de ses nègres étoient
morts pendant son absence, et que de ceux
qui restoient en vie > il y en avoit au
moins la moitié de malades, languissans et
dans un état déplorable. La mortalité continua après son arrivée, etl'on en enterroit
souvent deux ou trois par jour; d'autres se
trouvèrent mal et commencèrent à décliner
avec les mêmes symptômes. On employa
tous les moyens imaginables par le secours
de la médecine, et la nourriture la plus
soignée pour conserver la vie des plus foibles ; mais malgré tous ses efforts, cette
dépopulation continua encore plus d'un an
avec plus ou moins d'intermission, sans
qu'il pût en découvrir la véritable cause,
quoique l'usage de l'obi fit fortement soupçonné, tant par lui que par le médecin et
d'autres blancs de la plantation, parce qu'il
avoit été fort commun dans cette partie de
l'ile, et particulièrement parmi les nègres
de Papah ou Popo. Il ne fut cependant pas
en état de vérifier ses soupçons, parce que
les malades nioient constamment qu'ils --- Page 248 ---
(236 )
eussent la moindre liaison avec des personnes de cette secte, ou qu'ils en connussent aucune. A la fin une négresse, qui
avoitété pendant quelque tems malade, vint
un jour le trouver et lui dit, que, sentant
qu'elle ne pouvoit pas vivre beaucoup plus
long-tems, elle croyoit qu'il étoit de son
devoir, avant de mourir, , de lui faire part
d'un grand secret 7 et de l'informer de la
véritable cause de sa maladie, dansl'espoir
que cette découverte pourroit arrêter le mal
qui avoit déja privé de la vie un si grand
nombre de ses compagnons. Elle ajouta que
sa belle-mere (femme du pays de Popo,
âgée de plus de 80 ans, mais encore active
et bien portante )lui avoit misl'obi, comme
elle avoit fait à tous ceux qui étoient dernièrement morts S et quedepnisqu'elle avoit
connoissance, elle avoit tonjours va cette
vieille fenme pratiquer l'obi.
< Les autres nègres de la plantation n'enrent pas plutôt entendu parler de cette dénonciation, qu'ils coururent tous vers leur
maitre et en confirmèrent la vérité, ajoutant qu'elle avoit suivi cette profession depuis son arrivée d'Afrique, et qu'elle étoit
la terreursdu voisinage. Là-dessus, il alla
tous ceux qui étoient dernièrement morts S et quedepnisqu'elle avoit
connoissance, elle avoit tonjours va cette
vieille fenme pratiquer l'obi.
< Les autres nègres de la plantation n'enrent pas plutôt entendu parler de cette dénonciation, qu'ils coururent tous vers leur
maitre et en confirmèrent la vérité, ajoutant qu'elle avoit suivi cette profession depuis son arrivée d'Afrique, et qu'elle étoit
la terreursdu voisinage. Là-dessus, il alla --- Page 249 ---
(237 )
sur-le-champ avec six domestiques blancs
à la case de la vieille femme, et en ayant
enfoncé la porte, il vit tout l'intérieur du
toît (qui étoit de chaume) et toutes les
crevasses du mur remplies des instrumens
de son métier, qui consistoient en haillons,
plumes, OS de chats et mille autres articles.
Continuant ses recherches, il trouva un
grand vase de terre, bien couvert sous son
lit. Il contenoit une quantité prodigieuse
de boules de terre ou d'argile de diverses
dimensions, grosses et petites, blanchies
en dehors et différemment composées, les
unes avec des cheveux et des haillons ou
des plumes de toutes espèces, et fortement
liées avec de gros fil( ily avoit dans?quelques-unes la section supérieure du crâne
d'un chat); d'autres étoient hérissées tout
autour de dents, de griffes de chats ou de
dents d'hommes ou de chiens, et de grains
de chapelet de diverses couleurs. II y avoit
aussi plusieurs coques d'oeufs pleines d'une
liqueur visqueuse, dont,il négligea d'examiner la qualité, et plusieurs petits sacs
remplis de divers articles dont il est impossible de se souvenir depuis si long-tems. La
çase fut à l'instant abattue et livrée aux --- Page 250 ---
(238 )
flammes avec tout ce qu'elle contenoit, au
milieu des acclamations de tous ses autres
nègres. Quant à la vieille femme, il ne
voulut pas la mettre en jugement, parce
que,d'après les lois de l'ile, elle aurott été
condamnée à mort; ; mais par un principe
d'humanité,il la remit entre les mains d'un
parti d'Espagnols qui(comme elle étoit encore en état de faire quelque léger travail)
furent bien-aises de la prendre et de l'emmener avec eux à Cuba. Du moment de
son départ, ses nègres parurent animés d'un
nouvel esprit, et la maladie ne fit plus de
progrès parmi eux. Dans le cours d'environ
quinze ans avant cette découverte,il. estime
qu'il perdit aut moins cent nègres, dont il
attribue la mort uniquement à la pratique
de l'obi >>.
JUGE M E N S DE L'OBEAH.
Ayant reçu des renseignemens ultérieurs sur ce sujet, d'un autre planteur de
la Jamaique, qui 'a étéde deux jurys pour
juger deux obeahs ou professeurs d'obi,
nous demandons la permission de les insérer en ses propres paroles, pour servir de
ans avant cette découverte,il. estime
qu'il perdit aut moins cent nègres, dont il
attribue la mort uniquement à la pratique
de l'obi >>.
JUGE M E N S DE L'OBEAH.
Ayant reçu des renseignemens ultérieurs sur ce sujet, d'un autre planteur de
la Jamaique, qui 'a étéde deux jurys pour
juger deux obeahs ou professeurs d'obi,
nous demandons la permission de les insérer en ses propres paroles, pour servir de --- Page 251 ---
( 23g )
supplément à ce que nous avons déja offert
au lecteur.
C En 1760 l'influence des obeahs ou de
ceux qui pratiquoient l'artde faire des obis,
et de les imposer aux autres nègres, devint
si grande, qu'elle engagea un grand nombre
de nègres de la Jamaique à prendre part à
la rébellion qui éclata cette année là, et
qui donna lieu à la loi quifut alors promulguée contre l'usage des obis.
C On avoit assuré ces esclaves égarés >
qu'ils deviendroient invulnérables, et pour
les rendre tels, les obeahs ou sorciers leur
donnoient une poudre dont ils devoient se
frotter.
CC Dans la première escarmouche avec
les rebelles, il y en eut neuf de tués et
plusieurs de faits prisonniers. Parmi ces
derniers étoit un nègre fort intelligent, qui
offrit de découvrir des choses très-importantes, à condition qu'on lui accordât la
vie; cê qui lui fut promis. Il raconta alors
la part active que les obeahs avoient prise
dans la propagation de l'insurrection. Sur
cette dénonciation, l'un d'eux fut arrêté,
jugé comme conspirateur 2 conyaincu et
condamné à mort. --- Page 252 ---
d - 1 240)
N. B. C'est le premier obeah koromantyn dont il est question dans notre premier
papier.
cAul lieu de l'exécution il défia le bourreau,
et lui dit : EC qu'il n'étoit pas au pouvoir des
C blancs de le faire mourir: >. Les spectateurs nègres furent fort étonnés quand ils
le virent expirer. On fit sur d'autres obeahs,
quifurent prisà cette époque, diverses expériences' avec des machines électriques et
des lanternes magiques, mais qui ne produisirent que peu d'effet. Ily en eut cependant un qui, après avoir éprouvé plusieurs
rudes chocs, avoua que cc l'obi de son maître
C surpassoit le sien >>.
C Le planteur dont nous tenons cette
relation, se rappelle d'avoir été deux fois
juge dans des procès d'obeahs, et ces deux
prétendus magiciens furent convaincus
d'avoir vendu leurs obis, qui avoient causé
la mort des individus auxquels ils avoient
été administrés. Malgré cela l'humanité de
leurs juges fit commuer leur punition en
celle de la déportation. Le fait fut prouvé
par deux témoins et par plusieurs autres
circonstances.
nous tenons cette
relation, se rappelle d'avoir été deux fois
juge dans des procès d'obeahs, et ces deux
prétendus magiciens furent convaincus
d'avoir vendu leurs obis, qui avoient causé
la mort des individus auxquels ils avoient
été administrés. Malgré cela l'humanité de
leurs juges fit commuer leur punition en
celle de la déportation. Le fait fut prouvé
par deux témoins et par plusieurs autres
circonstances. --- Page 253 ---
( 2 241) )
CHAPITRE IV.
Moyens de se procurer des esclaves en Aftique.-
Observations sur ce sujet.- Objections à une abolition directe et immédiate de ce commerce par la
nation britannique seule. - Considérations sur les
conséquences d'une pareille meure-Daproporion
de sexes chez les nègres annuellement importés
dAfrique.-Mathode de transporter les nègres, et
règlemens nouvellement établis par acle du parlement.- Effets de ces règlemens.
Ex faisant le calcul de tous les nègres
l'on peut tirer d'Afrique, par les divers que
moyens que l'on met en usage pour cet
effet, nous n'en trouvons que 74,000. De
quelle manière obtient-on donc le surplus?
En réponse à cette question, ceux qui connoissent plus particulièrement le commerce
d'esclaves ont dit : que, non-seulement les
habitans des côtes, mais aussi ceux de l'intérieur du pays, sont soumis à un gouvernement absolu, de forme monarchique ou
aristocratique; qu'en conséquence le sujet,
pour punition de ses crimes, est souyent
--- Page 254 ---
: 242 )
améné au marchand de la côte de Guinée,
et mis à mort, en cas que ce dernier n'en
veuille point. Les hommes libres ont aussi
un pouvoir illimité sur leurs enfans; mais
quand ils mésusent de ce pouvoir et sont
assez dénaturés pour vendre leurs enfans,
ils deviennent les objets de l'exécration publique. L'homme libre peut aussi, d'après
plusieurs circonstances, être réduit à l'état
d'esclavage ; comme pour dette, adultère, et
le crime imaginaire d'obi ou de sortilège;
et dans les cas de cette nature, les parens
de l'accusé subissent le même sort.
Nombre d'individus ont rendu ce témoignage; mais il a été contredit en plusieurs
points par des personnes non moins respectables. M. Penny 7 entr'autres, assure
que le maitre africain n'a pas le droit de
mener son esclave au marché, 7 sinon en
casde délit; et que c'est par les guerres que
ces peuples se font entre eux qu'ils s'en
procurent le plus, grand nombre. Mais
M. Edouard, d'après le témoignage de
plusieurs nègres, qu'il a interrogés dans
des circonstances qui ne laissent aucun
doute de' leur véracité,semble avoir prouvé
d'une manière incontestable la première
le maitre africain n'a pas le droit de
mener son esclave au marché, 7 sinon en
casde délit; et que c'est par les guerres que
ces peuples se font entre eux qu'ils s'en
procurent le plus, grand nombre. Mais
M. Edouard, d'après le témoignage de
plusieurs nègres, qu'il a interrogés dans
des circonstances qui ne laissent aucun
doute de' leur véracité,semble avoir prouvé
d'une manière incontestable la première --- Page 255 ---
(243)
assertion ; savoir, que les Africains libres
ont et le pouvoir et la coutume de vendre
leurs esclaves, sans aucune imputation de
délit (1). M. Edouard a examiné vingt-cing
jeunes personnes des deux sexes, dont
quinze avouèrent qu'elles étoient nées esclaves dansleur pays, cinq dirent qu'elles
avoient été enlevées de chez leurs
parens,
et les cinq autres faites prisonnières de
(1) Nous avons mis ici quelques-unes des réponses
Rites par ceux qui ont été examinés.
Adam, garçon de Congo, qui fut volé de la maison
de son père, après avoir marché pendant l'espace d'un
mois de l'intérieur du pays, fut vendu d'un marchand
noir à un autre,quelquefois pour un objet,et quelquefois pour un autre, jusqu'à ce qu'il parvint entre les
mains du marchand de la côle de Guinée.
Quawet Quamina, deux frères agés de dix-huit et
vingt ans, de la côle d'Or, quand on leur demanda
pourquoi ils avoient été vendus, répliquèrent que leur
maître avoit des dettes et qu'ils avoient été vendus
pour le libérer.
Asiba, fille de la côte d'Or, fut vendue
par son
maitre, ainsi que plusieurs autres, pour une cerlaine
quautité de toile, et d'autres marchandises.
Yamousa, jeune homme de Chambie, fut vendu par
son maitre avec une vache, 1 pour un fusil et d'autres
articles. --- Page 256 ---
(244) -
guerre. Il faut observer que le témoignage
de ces' nègres est très-croyable, parce que
M. Edouard les interrogea à différentes
reprises 3 de sorte qu'il put s'apercevoir
quand ils s'écartoient de la vérité par l'incohérence de leurs relations.
Tels sont les moyens par lesquels les
Antilles sont approvisionnées d'esclaves
d'Afrique. Tout être sensible verra sans
doute avec peine l'existence d'un commerce
qui voue tant d'individus de l'espèce humaine à la déportation et à l'esclavage ;
mais l'horreur qu'un pareil trafic peut lui
inspirer, sera en quelque sorte diminuée par
la réflexion, que la plupart d'entre eux
ne font que passer dans un esclavage plus
doux.
Olivier, d'Asienti, agé d'environ vingt- deux ans, 9
étoit fils d'un charpentier libre, et avoit été fait prisonnier dans une attaque des Frankis. Il passa par les
mains de six marchands nègres,avant de parvenir au
capitaine européen.
Esther, flle d'Eboe 3 raconte qu'elle demeuroit à
environ une journée de la cète; mais qu'étant allée
voir sa grand'mère 2 le village avoit été allaqué par
un corps de nègres ( elle ne sait de quelle nation) );
sa grand'mère et ses aulres vieux parens avoient
que été mis à mort, et elle conduite à la côte et vendue.
les
mains de six marchands nègres,avant de parvenir au
capitaine européen.
Esther, flle d'Eboe 3 raconte qu'elle demeuroit à
environ une journée de la cète; mais qu'étant allée
voir sa grand'mère 2 le village avoit été allaqué par
un corps de nègres ( elle ne sait de quelle nation) );
sa grand'mère et ses aulres vieux parens avoient
que été mis à mort, et elle conduite à la côte et vendue. --- Page 257 ---
(245 )
On ne sauroit nier que ce commerca
n'encourage un esprit de rapine parmi les
naturels; cependant la que-tion de savoir
si son abolition subite et partielle ne produiroit pas des maux réels, au lieu de
remplir les vues de ceux qui desirent avec
ardeur une mesure si prompte et si vigoureuse, mérite considération. Pour résoudre
cette importante question, il faut examiner
mon-seulement l'état des esclaves d'Afrique,
mais encore celui de ceux qui sont déja
dans les Indes occidentales.
En premier lieu 3 on raisonneroit mal
en supposant que si la Grande-Bretagne
seule cessoit ses demandes de nègres, 3 il
en viendroitun moindre nombre au marché;
car quoique dans tout autre, genre de commerce la quantité de denrées se règle d'après
les demandes, 3 celui-ci fait exception à la
règle. Quand deux états africains sont en
guerre, les captifs sont traités d'après leur
force et leur apparence. Les vieux et les
infirmes sont massacrés sur-le-champ; ceux
qui sont en état de faire un long voyage
sont conduits vers la côte, et ceux d'entre
ces derniers dont les marchands ne veulent
pas, immédiatement mis à mort. De là il --- Page 258 ---
(245)
paroit que, si la Grande-Bretagne discontinuoit ses demandes, il y auroit tous les
ans une surabondance de 38,000 nègresqui,
s'ils n'étoient pas achetés par d'autres nations, seroient inévitablement sacrifiés à
l'avarice trompée du marchand nègre. Les
exemples de cet usage barbare sont si nombreux, qu'il a souvent été renouvelé en
présence de nos vaisseaux; de sorte qu'en
ce cas-ci, le remède seroit infiniment plus
affreux qué le mal.
Secondement, qu'un homme sans pré.
jugés réfléchisse à l'état des autres nègres
des Indes occidentales, qui continueroient
dans l'esclavage. Un fait auquel on ne fait
pas assez d'attention, c'est qu'ily a une si
grande différence de nombres entre les
hommes et les femmes dans ces Indes, que
sans un supplément de femmes, la race
s'éteindroit. indubitablement ; d'ailleurs,
il ne faut pas perdre de vue, que nombre
de planteurs ont contracté des engagemens
avec des négocians anglais de leur fournir.
annuellement une certaine quantité de
rum et de sucre. Figurez-vous donc la
situation d'un individu de- cette espèce,
continuellement tourmenté pour remplir
une si
grande différence de nombres entre les
hommes et les femmes dans ces Indes, que
sans un supplément de femmes, la race
s'éteindroit. indubitablement ; d'ailleurs,
il ne faut pas perdre de vue, que nombre
de planteurs ont contracté des engagemens
avec des négocians anglais de leur fournir.
annuellement une certaine quantité de
rum et de sucre. Figurez-vous donc la
situation d'un individu de- cette espèce,
continuellement tourmenté pour remplir --- Page 259 ---
( 247 )
ses engagemens, et incapable, par tous les
efforts de l'industrie, de satisfaire. ses créanciers avec un approvisionnement d'ouyriers
quiiroit toujours en diminuant. Les esclaves
enx-memes ne tarderoient pas à sentir les
effets d'une pareilie résolution ; le travail
de vingtseroit d'abord exécuté pardix-neuf,
et finiroit par devenir. la tâche d'un trèspetit nombre. Dans ce cas, ou on les fait
travailler au-delà de leurs forces, ou on
les excite à la rébellion, ou le planteur
est obligs de se borner à l'étendue de terre
qu'il peut cultiver, et devient par ce moyen
incapable de payer ses justes dettes. Ce
tableau de détresse n'est point l'effet de
l'imagination; ces maux furent sentis dans
toute leur rigueur à Demeraray, àl l'époque
où l'on prohiba l'importation des esclaves.
Il paroit donc évident que l'abolition directe de la traite des nègres par une seule
nation, ne diminueroit pas la vente de ces
victimes 1 infortunées que l'on transporte aux
Indes occidentales, et que, bien loin de
diminuer les maux de celles qui y sont
déja, elle ne feroit que les augmenter. On
peut ajouter à ces argumens, une considération digne de la plus sérieuse attention. --- Page 260 ---
248 )
Tant que la tentation de vendre et d'acheter
des esclaves continuera, il y aura probablement des acheteurs européens et des
vendeurs africains, en dépit de toutes les
décisions 3 même de l'Europe combinée,
pour les empêcher. Et ceux qui connoissent
tant soit peu les Indes occidentales, n'ont
pas besoin d'être informés que toute tentative d'empêcher un commerce d'interlope,
seroit tostibla-fisimpraticabie et absurde,
d'après la nature du pays.
La méthode de transporter les Africains
de leur pays natal aux Indes occidentales,
est un sujet trop important pour être passé
sous silence. Cependant, avant d'entrer en
matière, je ferai quelques observations sur
la disproportion de sexes, à laquelle j'ai
déja fait allusion. M. Barnes, homme dort
l'autorité est respectable, nous donne les
raisons suivantes, pour prouver que cette
disproportion n'est point la faute des acheteurs, mais qu'elle a une cause différente.
C La disproportion entre les nègres
et les négresses exportés d'Afrique, dit
M. Barnes (1), me paroit devoir être attri-
(r) Rapport du conseil-comilé en 173,
ferai quelques observations sur
la disproportion de sexes, à laquelle j'ai
déja fait allusion. M. Barnes, homme dort
l'autorité est respectable, nous donne les
raisons suivantes, pour prouver que cette
disproportion n'est point la faute des acheteurs, mais qu'elle a une cause différente.
C La disproportion entre les nègres
et les négresses exportés d'Afrique, dit
M. Barnes (1), me paroit devoir être attri-
(r) Rapport du conseil-comilé en 173, --- Page 261 ---
2 249 )
buée aux trois causes suivantes : d'abord,
à la pratique de la polygamie, qui domine dans toute l'Afrique : secondement;à
quelques - unes des causes de l'esclavage
même; les hommes sont plus sujets à commettre des délits que les femmes, et, dans
les cas où les mâles et les femelles sont
enveloppés dans la même calamité, la première cause a toujours son effet ; les jeunes
filles sont gardées comme épouses, et les
mâles vendus comme esclaves : en troisième
lieu, à la circonstance que les femmes ne
sont plus propres à être conduites au marché beaucoup plutôt que les hommes. Une
femme, à cause des enfans qu'elle a portés,
peut paroître une esclave de bien peu de
valeur à l'âge de vingt-deux ou vingt-trois
ans; au lieu qu'un homme de-trente-quatre
ou trente-cinq ans, bien portant et bien
fait, est de très-bonne vente : il s'ensuit
donc que, quand il se trouveroit dans les
marchés un aussi grand nombre de femmos
que d'hommes de même âge, on refuseroit beaucoup plus des premières pour la
seule raison ci-dessus mentionnée. Quant
à la question de savoir si le marchand
européen préfère l'achat des mâles à celui --- Page 262 ---
(250 )
des femclles, j'observerai que, quoiqu'it
soit impossible de conduire les affaires
d'une maison ou d'une plantation, sans
un certain pombre de femmes, cependant,
comme la nature du service des esclaves
dans les Indes occidentales (étant principalement la calture des terres) exige, pour
Tintéretimmédiatda planteur,un plusgrand
nombre d'hommes, le marchand européen
désireroit sans doute faire son assortiment
d'après la proportion requise ; mais le fait
est, qu'il n'en a pas le choix 2 pour les
raisons ci-dessus mentionnées; de sorte que
dans toutes les parties de l'Afrique, ce n'est
qu'avec la plus grande difficulté qu'il peut
se procurer autant de femmes vendables
qu'il souhaiteroit pour former un assortiment passable >.
Dans l'examen qui eut dernièrement lieu
devant le conseil privé, au sujet de la traite
des nègres, on a cité nombre d'exemples,
pour prouver quele traitement des esclaves
à bord des vaisseaux de la côte de Guinée
étoit rigoureux eti inbamain; mais il a paru
depuis, que les individus qui ont produit
ces témoignages sont des gens d'un caractère
sir méprisable qu'il ne peut pas donner grand
assortiment passable >.
Dans l'examen qui eut dernièrement lieu
devant le conseil privé, au sujet de la traite
des nègres, on a cité nombre d'exemples,
pour prouver quele traitement des esclaves
à bord des vaisseaux de la côte de Guinée
étoit rigoureux eti inbamain; mais il a paru
depuis, que les individus qui ont produit
ces témoignages sont des gens d'un caractère
sir méprisable qu'il ne peut pas donner grand --- Page 263 ---
(251) )
crédit à leurs histoires. II est vrai que les
nègres sont mis aux fers, mais cette sévérité n'est exercée qu'autant que la nécessité
l'exige, et les jeunes filles et les enfans sont
parfaitement libres. Ils sont logés sur le
pont entre des planches bien propres, leurs
appartemens sont régulièrement nettoyés,
et l'on y fait des fumigations. On ale plus
grand soin de leur santé et de leur manger.
Leurs mets sont des légumes et des graines
qu'ils avoient coutume de mangerdans leur
pays, bien assaisonnés de jus de viande,
de poisson et d'huile de palmier. Ils ont
à cliaque repas autant de nourriture qu'ils
en désirent ; et quand le tems est froid
ou humide, on leur donne un verre d'eaude-vie. Lorsqu'ils tombent malades, on les
traite tendrement et avec soin, et ils sont
transportés dans la chambre du capitaine,
ou dans un endroit fait exprès sur le gaillard
d'avant.
Par un acte de la vingt-huitième année
du règne de sa majesté actuelle, , qui a depuis été amendé, on a prescrit en termes
très-précis le nombre d'esclaves qui devoit
formerla cargaison d'un vaisseau, en raison
de sa grandeur. Les capitaines sont aussi --- Page 264 ---
(252) )
obligés d'avoir à bord un chirurgien reconnu, et l'on accorde un prix d'une assez
grande valeur au chirurgien et au capitaine,
quand, dans le cours du voyage, il no
meurt que deux nègres par cent. On peut
se former une idée de l'utilité de ces institutions, par le récit d'un simple exemple
d'amélioration qu'elles ont produit. A Montego Bay ( Baie de Montego) depuis 1789
jusqu'en 1791,la pertede trente huit navires
de la côte de Guinée, l'un dans l'autre, ne
inonta pas à sept par cent. Huit de ces
vaisseaux reçurent la récompense entière
de cinquante esclaves, parce qu'iln'en étoit
pas morts plus de deux par cent dans la
trayersée; deux eurent un demi-prix, et il
se trouva une goélette à bord de laquelle il
ne périt pas un seul homme durant le
voyage, mais la diminution de la mortalité
dans les ports des Indes occidentales, en
démontrera peut - être plus clairement les
avantages:d de 9,993 nègres importés àMontego dans l'espace de tems ci-dessus mentionné,la perte n'allapas tout-à-faità troisquarts par cent.
Il faut néanmoins convenir que, malgré
toutes ces précautions, il y a souyent une
de laquelle il
ne périt pas un seul homme durant le
voyage, mais la diminution de la mortalité
dans les ports des Indes occidentales, en
démontrera peut - être plus clairement les
avantages:d de 9,993 nègres importés àMontego dans l'espace de tems ci-dessus mentionné,la perte n'allapas tout-à-faità troisquarts par cent.
Il faut néanmoins convenir que, malgré
toutes ces précautions, il y a souyent une --- Page 265 ---
- - : 253 )
mortalité terrible à bord des vaisseaux de
la côte de Guinée. Le mal doit être attribué
à sa propre canse,qui, à la honte de Phumanité, n'est autre chose que la cupidité
des capitaines, en.achetant plus d'esclaves
que ne comporte la grandeur de leur vaisseau. On n'est pas fiché de voir qu'ils
éprouvent une punition très-sévère, puisque la commission d'une pareille injustice
trompe souvent leurs propres espérances
de gain ; mais tout homme sensible doit
éprouver des mouvemens d'horreur et d'indignation, en réfléchissant que la perte du
capitaine coûte la vie à tant de victimes
innocentes (1).
Sans vouloir cependant pallier de pareils
actes d'iniquité,il paroîtra peut- être, après
un mûr 'examen, que l'abolition de la
traite des nègres n'est pas le seul ni le
meilleur moyen de mettre fin à la pratique
de cette barbarie sordide. On a. fait des
règlemens, et ils ont depuis peu été renouvelés et mis en vigueur, qui promettent
d'effectuer la guérison des maux dont on
(1) Lai morlalité est souvent de quinze par cent dans
la traversée, et de quatre et demi dans les ports des
Indes occidentales. --- Page 266 ---
(254)
se plaint. Les planteurs des Antilles, qui
ont encouru une haine si peu méritée, ne
sont aucunement responsables des fautes
qui peuvent se commettre dans l'administration d'une cargaison d'esclaves. Ils ont
en dernier lieu montré leur désintéressement; car l'assemblée de la Jamaique, ,sans
wiapilderdelegoemstiogn que pourroient
occasionner dans le prix des esclaves les
actes du parlement passés en faveur des
nègres, concourut avec lui pour corriger
les abus de la traite, et entra même avec
zèle dans la cause de la réforme.
Nous avons maintenant fait connoitre
les moyens par lesquels les commerçans à
la côte de Guinée se procurent leurs cargaisons, 7 et les règlemens adoptés par le
parlement britannique pour que les esclaves
soient traités avec plus d'aisance et d'humanité durant leur traversée aux Indes
occidentales; il nous reste conséquemment
à parler dans le chapitre suivant, de Jeur
traitement, de leur situation et de leur distribution parmi les planteurs des Antilles.
fait connoitre
les moyens par lesquels les commerçans à
la côte de Guinée se procurent leurs cargaisons, 7 et les règlemens adoptés par le
parlement britannique pour que les esclaves
soient traités avec plus d'aisance et d'humanité durant leur traversée aux Indes
occidentales; il nous reste conséquemment
à parler dans le chapitre suivant, de Jeur
traitement, de leur situation et de leur distribution parmi les planteurs des Antilles. --- Page 267 ---
- 255 )
CHAPIT R E V.
Arrivée et vente dans les Indes occidentales. -Negres
nouvellement achetés. - Commeut on en dispose,
emploi. - Détail de Tadministration des.nègres dans
une plautation à sucre. -Manière de les oblenir. -
Maisons, habillemens, et médecins.. Abus. - Derniers règlemens pour la protection et la streté des
esclaves. -Canses deleur diminutionannuelle.-Polygamic. 1 L'esclavage même le plus doux est contraire
àla population. - Observations générales. - Propositions pour améliorer encore plus le sort des esclaves.
Quaxn un navire de Guinée arrive dans
les Indes occidentales, on le fait savoir
par des annonces publiques. Les ventes ,
qui avoient autrefois lieu à bord des vaisseaux, se font aujourd'hui (beancoup plus
à propos) à terre, et l'on prend soin qu'il
n'y ait point de cruelle séparation entre
des parens. Il est cependant clair que,
malgré les meilleures intentions, ces accidens arrivent quelquefois; mais il ne se
trouve guère d'exemple où les acheteurs
divisent volontairement les membres de la
même famille. --- Page 268 ---
(256 )
La vue d'un grand nombre de créatures
humaines, nues, 9 captives, déportées et
exposées en vente doit, au premier abord,
inspirer des réflexions tristes et pénibles ;
mais les victimes elles-mêmes paroissent à
peine sensibles à leur propre état. La circonstance-d'être exposées ne leur est aucunément désagréable ; elles n'ont pas été
accoutumées, dans leur climat insupportable, à porter beaucoup de vêtemens, et
elles ont des ornemens qu'elles estiment
davantage que les habits qui nous paroissent les plus élégans (1).
Dans-le marché, elles donnent très-peu
d'indices d'être profondément affectées de
leur sort. Instruites de l'intention de leur
possesseur de les vendre, elles témoignent
de l'impatience d'être achetées; et qnand
quelqu'une d'entr'elles a le malheur d'être
rejetée, pour quelque défaut dans sa per-
(r) Les nègres aiment aussi à se faire des balafres
sur le visage, s'imaginant que cela contribue à leur
beauté. Lusage du talouage est très- commun chez
eux. Les déclamateurs ignorans contre le commerce
des nègres ont fanssement attribué ces marques à l'inhumanité de leurs maîtres.
patience d'être achetées; et qnand
quelqu'une d'entr'elles a le malheur d'être
rejetée, pour quelque défaut dans sa per-
(r) Les nègres aiment aussi à se faire des balafres
sur le visage, s'imaginant que cela contribue à leur
beauté. Lusage du talouage est très- commun chez
eux. Les déclamateurs ignorans contre le commerce
des nègres ont fanssement attribué ces marques à l'inhumanité de leurs maîtres. --- Page 269 ---
(257 )
sonne, les autres se moquent d'elle en riant
aux éclats.
Le nègre, quand il est vendu, reçoit les
différens articles qui doivent composer son
habillement, et est envoyé à la plantation
ou il doit résider
A cette époque, ils sont ordinairement
consignés en différens lots sur le territoire
des nègres déja établis, auxquels on accorde
quelque chose pour leur subsistance. Au
premier coup-d'eil cet usage paroit être
une imposition bien dure sur l'industrie de
l'esclave établi, qui est obligé de partager
les fruits de ses pénibles travaux avec les
nouveaux importés. Mais après quelque
considération, et même l'expérience 2 3 or
est convaincu que le nègre regarde plutôt
cela comme une faveur que comme un désavantage. Le nègre établi s'attache fortement au jeune homme qui est confié à ses
(1) En 1791,le prix des nègres étoit comme il suit:
un homme dansla vigueur de lage, 1,200 Jiv. tournois;
une femme bien constituée, 1,176 livres; un jenne
homme, 1,128 liv.; une jeune femme, I,104 livres;
garçons et filles, depuis 1,080 jusqu'a 960 liv., outre
le droit : la coutume de les marquer n'existe presque
plus.
17. --- Page 270 ---
(258 )
soins,et cette affection devient réciproque:
Du côté du jeune étranger cela lui rappele
la société de ses compatriotes S, ce qui doit
certainementluip plaire davantage que d'être
laissé sous la tutelle d'un blanc ; et de
l'autre côté, le vieux nègre est charmé de
passer sa vieillesse au milieu de ses enfans
adoptifs, dont la société lui offre l'agréable
souvenir de sa jeunesse.
Cet usage est commun à toutes les plantations des Indes occidentales sans exception; mais je bornerai principalement mes
réllexions à l'économie des plantations à
sucre. Sur ces plantations, les ouvriers
sont ordinairement. divisés en trois classes.
La première comprend les plus forts individus, mâles et femelles, s de l'habitation, 9
dont l'occupation est de préparer la terre,
de planter et de couper lés cannes, et de
suivre la fabrication du sucre. La seconde
est composée des jeunes nègres et des
convalescens, dontle principal emploi est
de sarcler, ou quelque autre travail léger.
La troisième, 3 sont les enfans, dirigés par
de vieilles femmes, qui arrachent de l'herbe
pour les bestiaux, 3 ou sarclent dans le
jardin.
l'habitation, 9
dont l'occupation est de préparer la terre,
de planter et de couper lés cannes, et de
suivre la fabrication du sucre. La seconde
est composée des jeunes nègres et des
convalescens, dontle principal emploi est
de sarcler, ou quelque autre travail léger.
La troisième, 3 sont les enfans, dirigés par
de vieilles femmes, qui arrachent de l'herbe
pour les bestiaux, 3 ou sarclent dans le
jardin. --- Page 271 ---
( 25g )
La première classe est appelée au travail
avartt le lever du soleil, et est accompagnée
d'an économe. Les nègres travaillent deux
ou trois heures, après quoi on leur accorde
une demi-heure pour déjeûner, et ce repas
consiste en racines ou légumes bouillis,
bien épicés. A midi,ils ont deux heures de
repos. A deux heures, ils reprennent leur
occupation jusqu'an coucher du soleil, et
quand ils ont travaillé fort, ou que le tems
a été pluvienx, on leur donne une portion
de rum. Ainsiils ne travaillent pas plus de
dix heures par jour, les dimanches et fêtes
exceptés (). Il est vrai, qu'au tems de la
moisson, ils sont obligés d'assister la nuit
à la fabrication du sucre; mais comme ils
se relèvent les uns les autres, et qu'ils ont
(1) Outre les fêtes et dimanches, les nègres de la
Jamaique ont un jour sur quinze pour cultiver leur
propre terre, Quelques-uns d'eux emploient ce jour-là
à faire divers articles grossiers, qu'ils vendentau marché
de Kingston. On les voit quelquefois dans celle ville
au nombre de dix mille le dimanche oùt ils échangent
les objets quils ont fabriqués, pour du boeuf salé, du
fer, de beau linge, ou des bijoux pour leurs femmes.
Il n'y a pas d'exemple qu'un maitre Se soit jamais
mélé de ce qu'ils avoient acquis par leur industrie. --- Page 272 ---
(260 )
abondance de sirop et de cannes mûres
pour se, nourrir, ils conservent leur santé
d'une manière étonnante.
Le plan judicieux d'exciter l'industrie du
nègre, en lui donnant une certaine portion
de terre à cultiver, est maintenant devenu
fort commun.L'esclave est ainsi transformé
en espèce de fermier, et le surplus de ses
bénéfices sert à satisfaire ses goûts, et à
s'habiller. A laJamaique oùi ily a beaucoup
de terres, les effets de cette mesure sont
bien sentis; et pour prévenir les calamnités
que pourroit produire cette folle inclination
des nègres de cultiver des objets de nourriture précaires, à cause des ouragans, 3
chaque propriétaire est tenu d'avoir une
acre de terre par esclave en culture pour
ses provisions, outre les autres concessions
qu'il peut lui faire.
Les nègres rassemblent ordinairement
leurs cases et forment des villages, qui,
étant entremélés d'arbres fruitiers 3 produisent un effet agréable. Quelque idée
qu'un Anglais puisse se faire de ces cases,
elles sont certainement, eu égard au climat, plus commodes. que les demeures ordinaires des paysans écossais et irlandais.
enu d'avoir une
acre de terre par esclave en culture pour
ses provisions, outre les autres concessions
qu'il peut lui faire.
Les nègres rassemblent ordinairement
leurs cases et forment des villages, qui,
étant entremélés d'arbres fruitiers 3 produisent un effet agréable. Quelque idée
qu'un Anglais puisse se faire de ces cases,
elles sont certainement, eu égard au climat, plus commodes. que les demeures ordinaires des paysans écossais et irlandais. --- Page 273 ---
(26r )
Le batiment a communément de quinze à
vingt pieds de long, et est formé de forts
pilliers, entremêlés de lattes et de planches;
le toît est de feuilles de cocotier ou de
palmier, et impénétrable à la pluie. Un
bois de lit, une table 2 deux ou trois escabelles, une jarre et quelques calebasses
composent tous leurs meubles, et ils font
la cuisine en plein air; mais quelque insignifians que soient les meubles d'un esclave
ordinaire, l'ouvrier et le domestique sont
mieux pouryus > quand leurs propriétés
particulières les ont rendus indépendans
des dons de leur maître. Le vêternent du
nègre consiste en une chemise de toile
d'Osnabourg, quelques étoffes de laine,
données par le planteur. Leur habillement
journalier n'est sans doute pas trop bon ;
mais les jours de fêtes, ils font en sorté
de paroitre, non-seulement décens, mais
même élégans.
Une circonstance capitale, et qui doit
grandement contribuerà l'aisance du nègre,
c'est l'attention suivie que l'on donne à sa
santé. Chaque plantation est ordinairement
pourvue d'un habile médecin; car les planteurs, élant a général instruits eux-mèmes, --- Page 274 ---
(202)
ne prennent pas des charlatans sans connoissances, comme il s'en trouve beaucoup
en Angleterre.
Les plus dangereuses maladies auxquelles
les nègres soient sujets, sont : le cacaby
et lyaws. La première est terrible, on suppose que c'est la lèpre dont parle l'Ecriture; la dernière, qui est épidémique, n'est
guères susceptible de guérison, quand elle
attaque les hommes faits ; mais les enfans
en reviennent souvent, c'est pourquoi on
les inocule pour cette maladie comme pour
la petite vérole.
Outre celles ci-dessus, il ne faut pas passer
sous silence une espèce de tétanos, ou contraction de mâchoire, incurable chez les
enfans ; et le mal d'estomac, plus commun
chez les personnes avancées en âge. La
malheureuse victime de cette maladie sent
un desir continu de manger de, la terre,
qu'elle dévore : avec avidité.Il fut un tems où
Ies cruels économes punissoient cette inclination à coups de fouet.
Les invalides et les femmes en couche ont
des hôpitaux et des gardes, et, quand le
planteur est un homme généreux, les boissons les plus dispendieuses agui peuyent
omac, plus commun
chez les personnes avancées en âge. La
malheureuse victime de cette maladie sent
un desir continu de manger de, la terre,
qu'elle dévore : avec avidité.Il fut un tems où
Ies cruels économes punissoient cette inclination à coups de fouet.
Les invalides et les femmes en couche ont
des hôpitaux et des gardes, et, quand le
planteur est un homme généreux, les boissons les plus dispendieuses agui peuyent --- Page 275 ---
(263 )
soulager leur détresse. Après tout, quelques
circonstances exceptées, anxquelles on remédiera probablement avec le temns, l'esclave nègre peut être regardé comme plus
heureux que la moitié des paysans de
T'Europe.
Le lecteur qui desire faire la comparaison
entre le paysan de l'Europe et l'esclave des
Indes occidentales; ne sauroit en trouver
une meilleure que celle qui nous est-donnée
par le baron de Wimpffen, dans des lettres
de Saint-Domingue.
En parlant du nègre, cet auteur dit :
C Il est certain que, grace au climat, qui
réduit ses besoins à un petit nombre; grace
à l'éducation qui le laisse dans lignorance
des droits et des jouissances, dont il ne
peut se former aucune idée; grace à l'insouciance et à l'inconstance de son caractère, et finalement, à Fintérêt qu'ont-les
propriétaires de veiller à son bien-être, le
sort d'un esclave nègre, tout considéré, et
sur-tout quand il a le bonheur d'appartenir
à un maître qui ne règle pas son humanité
sur son avarice, est préférable. à celui des
paysans d'une grande partie de l'Europe >),
Entrons dans des détails, --- Page 276 ---
(264)
ce Sans autre propriété que le produit
d'un travail incertain, ou possédant une
propriété que l'industrie la plus active pent
seule rendre égale à ses besoins, la subsistance du paysan et d'une famille souvent
nombreuse, dépend journellement d'un accident, de l'état de sa santé, et de nombre
de circonstances qu'il n'est pas en son
pouvoir de prévoir, ou qui, si elles étoient
prévues, ne feroient qu'angmenter sa misère. On le voit alternativement humilié
par la prospérité de ses égaux,lorgueil de
ses supérieurs, la comparaison de sa pauvreté avec leur opulence; et finalement si
par toutes les nuances qui composent cette
longue chaîne de subordination, dont il
est. lui-même le dernier chaînon.
cc Il est libre, à la vérité, au moins on
lui a. appris à le croire; mais à quoi sert
cette liberté à un homme qui, de quelque
côté qu'il essaye de SC mouvoir, est ou
arrêté ou repoussé dans le cercle de: misère
dont il vouloit s'échapper; tantôt par le
manque de moyens, ce qui rend sa pauvreté plus insupportable, et tantôt parl'opinion du monde, ce quilui fait enccre mieux
sentir sa propre nullité.
vérité, au moins on
lui a. appris à le croire; mais à quoi sert
cette liberté à un homme qui, de quelque
côté qu'il essaye de SC mouvoir, est ou
arrêté ou repoussé dans le cercle de: misère
dont il vouloit s'échapper; tantôt par le
manque de moyens, ce qui rend sa pauvreté plus insupportable, et tantôt parl'opinion du monde, ce quilui fait enccre mieux
sentir sa propre nullité. --- Page 277 ---
(265 )
C Il est véritablement, sinon mieux, du
moins plus vêtu que le nègre; mais le nègre
n'a pas besoin de vêtemens. Lhabillement,
qui pour l'un n'est qu'un objet de luxe,
est pour l'autre d'une nécessité indispensable.
CC La chaumière de l'un est plus grande
et mieux meublée que la case de l'autre ;
mais les réparations, et ses meubles mêines,
absorbent une partie considérable de ce
qu'il gagne : il faut qu'il la répare en été et
qu'illa chauffe en hiver.
cC L'un ne peut se procurer que la vie et
l'habit, payer ses impositions avec de l'argent, difficile à trouver, mais dont l'autre
n'a aucun besoin.
EC L'Européen 3 à force de travail, de
nombre de privations, et d'une industrie
continue, jouit à peine d'un moment de
repos, qu'un triste présage de l'avenir survient et trouble ses plaisirs passagers. Il faut
qu'il pense à ses enfans qui deviennent
grands, et à la vieillesse qui s'approche à
grands pas. Quand il regarde autour de lui,
il voit ses propres besoins multipliés dans
chacun des individus qui lui demande un
abri, des vivres et des habits. S'il tourne --- Page 278 ---
(266 )
ses regards sur lui-même, il voit ses bras
énervés qui ne lui seroni bientôt pins d'aucun secours dans le combat qu'ii a encore.
à soutenir contre la pauvre.é, mêne apiès
une lutte de soixante ans!
CC Le nègre a bien anssi ses sonffrances;
je ne prétend, pas du tont le nier; mais,
déchargé du soin de pourvoir à ses be-oins
présens, et à ceux de sa famille pour lavenir, il souffre moins des maux necessairement attachés à sa condition, que des
privations de certaines jouissances.
C Le malheur du dernier est donc-local
et négatif, si je puis me servir de cette
expression; celui du premier, universel et
positif. Il s'étend sur toute son existence
et surtoutes ses liaisons, surl'avenircomme
sur le présent. Le sentiment de ce qu'il
souffre, et le souvenir de ce qu'il a souffert, lui rappellent sans cesse ce qu'il'a
encore à souffrir!
CC Quand le nègre a mangé sa banane,
il va dormir. Et quand un ouragan détruiroit les espérances du planteur; quand
un incendie consumeroit des bâtimens
élevés à grands frais; quand des tremblemens de terre engloutiroient des villes en-
avenircomme
sur le présent. Le sentiment de ce qu'il
souffre, et le souvenir de ce qu'il a souffert, lui rappellent sans cesse ce qu'il'a
encore à souffrir!
CC Quand le nègre a mangé sa banane,
il va dormir. Et quand un ouragan détruiroit les espérances du planteur; quand
un incendie consumeroit des bâtimens
élevés à grands frais; quand des tremblemens de terre engloutiroient des villes en- --- Page 279 ---
(2 267 )
tières; quand le fléau de la guerre répandroit dans nos plaines la ruine et la dévastation, ou couvriroit l'océan de nos
flottes dispersées, qu'est-ce que cela lui fait?
Enveloppé dans sa couverture, et tranquillement assis sur les ruines, il voit avec la
même indifférence la fumée qui sort de sa
pipe et les torrens de flammes qui dévorent
la perspective de toute une génération >> !
Il paroit que les circonstances les plus
aggravantes dans la condition du négre
ont été allégées, et continueront graduellement de l'être, puisque la législature a depuis peu interposé en leur faveur. Il paroit
aussi, par plusieurs exemples que, dans
les cas où la cruauté du maître envers son
esclave a été prouvée, la vengeance de la
loi s'est justement fait sentir sur le coupable. Cependant, le lecteur doit naturellement concevoir que, dans un pays oùt
l'on n'admet pas en justice le témoignage
d'un nègre, la loi ne sauroit qu'en trèspeu de cas soustraire l'esclave à l'esprit
vindicatif de son maitre, quand il a le
malheur de tomber - entre les mains d'un
pareil maître. Il seroit absurde de dire que
toutes les relations du fouet, des mutila- --- Page 280 ---
(208 )
tions et autres cruautés exercées envers les
esclaves, que l'on a répandues en Europe,
soient absolument fausses; mais il faut faire
quelque déduction pour l'exagération, qui
accompagne presquetoujours la description;
et l'on peut assurer, qu'en général, le traitement des esclaves des Antilles est doux
et plein d'indulgence (1).
(1) Je paroitrai sans doute ne pas assez respecler
l'autorité de M. Edouard,en plaçant, en cet endroit,
une citation qui prouve décidément quil nous a rendu
un compte beaucoup trop favorable du trailement des
nègres. Mais la cause de la vérilé doit être plus respectée que M. Edouard ; et quoique je m'ecarte de
la ligne directe de mon sujet, 3 je croirois manquer
à la justice si je laissois passer I'aveu palliatif de
M. Edouard de la cruauté des planteurs, sans le
mettre en parallele avec quelques faits cités par lécrivain respectable dont j'ai déja fait mention, le baron
de Wimpflen. M. Edouard dit que le traitement des
nègres est doux dans toutes les Indes occidenlales.
Que le lecteur jelte les yeux sur les exemples de,
cruauté ci-joints, et qu'il décide si, dans un pays oit
il se commet de pareils actes de barbarie, oùt il est
permis à de pareils monstres d'exister, l'être infortuvé
qui n'a d'autre alternative que celle de se soumettre à
Ieur vengeance capricieuse, peut être regardé comme
traité avec douceur.
des
nègres est doux dans toutes les Indes occidenlales.
Que le lecteur jelte les yeux sur les exemples de,
cruauté ci-joints, et qu'il décide si, dans un pays oit
il se commet de pareils actes de barbarie, oùt il est
permis à de pareils monstres d'exister, l'être infortuvé
qui n'a d'autre alternative que celle de se soumettre à
Ieur vengeance capricieuse, peut être regardé comme
traité avec douceur. --- Page 281 ---
(26g )
<C Une dame que j'ai vue, une jeune
dame, et l'une des plus belles de l'ile,
donna un grand dîner. Furieuse de voir
apporter sur la table un pâté un peu trop
cuit, elle ordonna qu'on jetdt le cuisinier
nègre dans le four, encore tout chaud.
Et cette affreuse mégère, dont je passe le
nom sous silence en considération de sa
famille; cette furie infernale que l'exécration publique devroit bannir de la société
avec toutes les marques de l'horreur; cette
digne rivale du trop célebre Chaperon (1),
est suivie et courtisée, car elle est riche et
belle !
a Voilà ce que l'on m'a raconté; maintenant je vais dire ce que j'ai vu.
& Le lendemain de mon retour, je me
promenois devant la case d'un planteur avec
un de ses voisins. Nous l'entendimes dire
à un nègre d'aller dans l'enclos de ce même
voisin, arracher deux jeunes arbres qu'il
lui montra, etde les replanter sur-le-champ
sur une terrasse qu'il faisoit alors.
(r) Un planteur de Saint-Domingue, qui, dans les
mêmes circonslances, voyant'que la chaleur retiroit et
ouvroit les lèvres de l'infortuné nègre, s'écria en fireur;xle coquin rit. --- Page 282 ---
(270) )
cc Le nègre y alla : le voisin le suivit, le
prit sur le fait, et l'amena à son maître, 2
que j'avois alors joint, dans l'espoir de voir
une scène de confusion qui paroissoit devoir être amusante.
C Imaginez-vous, monsieur, ce qui se
passa dans mon esprit, quand, sur laj plainte
du voisin, j'entendis le maître ordonner
froidement à un autre de ses nègres d'attacher le prétendu coupable à une échelle,
et de lui donner cent coups de fouet ! Nous
fimes tous deux frappés d'un tel étonnement, que, stupéfaits, pâles et tremblans,
tandis que le malheureux nègre recevoit en
silence ce châtiment barbare, nous nous
regardâmes réciproquement, sans pouvoir
proférer une seule parole. Et celui qui
ordonna, celui qui punit ainsi son propre
délit riwrgbinimemennde sa volonté,
à-la-fois coupable, et témoin insensible de
l'injustice la plus cruelle, est ici l'un des
premiers organes de la loi, le protecteur
d'office de l'innocence ! Ciel ! si de misérables égardspour le décorum me défendent
de vouer le nom de ce monstre à une éternelle infàmie, qu'ilme soit au moins permis
d'espérer que la justice diyine entendra les
ainsi son propre
délit riwrgbinimemennde sa volonté,
à-la-fois coupable, et témoin insensible de
l'injustice la plus cruelle, est ici l'un des
premiers organes de la loi, le protecteur
d'office de l'innocence ! Ciel ! si de misérables égardspour le décorum me défendent
de vouer le nom de ce monstre à une éternelle infàmie, qu'ilme soit au moins permis
d'espérer que la justice diyine entendra les --- Page 283 ---
2 271 )
Cris de linnocent, et que tôt ou tard clle
fera tombersur la tête du tyran tout le poids
de sa vengeance >.
La législature de la Jamaique s'est fait
beancoup d'honneur, , en instituant un
conseil de protection, expressément chargé
d'examiner les cruautés commises sur les
nègres. Qnand iI lui parvient des plaintes
ou des bruits de panitions injustes, il fait
les recherches les plus exactes. Outre cette
institution hnmaine ) le chirurgien de
chaque habitation est obligé tous les ans de
rendre compte de l'augmentation ou de la
diminution des esclaves, et, en cas de diminution, de déclarer la cause à laquelle
il l'atitbwe.
Le grand argumentcontre la continuation
de l'esclavage dans les Indes occidentales 9
est sans contredit la perte d'hommes qu'elle
occasionne; et que les iles, incapables de
se suffire à elles-mêmes par la propagation
des esclaves qu'elles possèdent déja, sont
forcées de dépeupler l'Afrique pour entretenir leur population. Ce que l'on a dit
précédemment de la grande disproportion
d'hommes et de femmes parmi les nègres,
répond en partie à cette objection. --- Page 284 ---
272 )
Il faut cependant ajouter que l'usage de
la polygamie est encore une cause bien
puissante du décroissement de leur population. On croiroit peut-être que l'influence
de l'exemple et des lois prohibitives seroient susceptibles d'abolir cette malheureuse coutume; ; mais ceux qui connoissent
les habitudes et le caractère du nègre conviendront que le mal est incurable. Il n'y
auroit pas. pour lui de tâche plus pénible
que l'obligation de rester toujours fidèle au
même objet. La conséquence naturelle de
cette supérioritédenombre chez les hommes
est un libertinage effréné chez les femmes, 3
dont le débordement les expose continuellement à de fausses couches.
On ne sauroit nier que l'esclavage même
ne contribue beaucoup à la dépopulation.
Avant que le rejeton d'un homme devienne
l'objet des égards de ses parens, il faut que
le sentiment se réunisse à l'instinct, et c'est
une qualité que l'on rencontre rarement
dans l'esclave.
Divers projets ont, à différentes époques,
été présentés au public pour l'amélioration
du sort de ces individus. Le plan le plus
recommandable, pour parvenir à ce but,
ne sauroit nier que l'esclavage même
ne contribue beaucoup à la dépopulation.
Avant que le rejeton d'un homme devienne
l'objet des égards de ses parens, il faut que
le sentiment se réunisse à l'instinct, et c'est
une qualité que l'on rencontre rarement
dans l'esclave.
Divers projets ont, à différentes époques,
été présentés au public pour l'amélioration
du sort de ces individus. Le plan le plus
recommandable, pour parvenir à ce but, --- Page 285 ---
(273)
seroit d'assigner à chacun d'eux une tâche
fixe et régulière par jour, et de lui laisser
le reste de son tems, 3 quand ill'auroit finie:
on pourroit aussi lui promettre une récompense pour qu'il employât ce reste de tems
à son profit. La loi devroit soigneusement
protéger les propriétés qu'il auroit ainsi
acquises; et pour leur donner à tous de
justes idées de ce que les hommes se doivent
réciproquement, il faudroit les rendre arbitres des différends qui s'élèvententre eux
et les former enjurys. On devroit, outre >
cela, leur faire observer le dimanche plus
religieusement qu'ils ne le font, d'après les
habitudes qu'on leur a laissé prendre. Le
dimanche, ,au lieu d'être un jour de marché,
devroit-être pour eux un jour dè repos, et
dédié à l'instruction de leurs facultés spirituelles. En observant ce mode d'amélioration, et en égalisant les sexes, 3 par
tation d'un plus grand nombre d'Africaines, l'imporl'état d'esclave deviendroit peu-à-peu meilleur, et le commerce de nègres cesseroit
d'exister.
Mais il nous reste encore à dénoncer le
plus grand des abus auquel le misérable
--- Page 286 ---
(274)
nègre est exposé ; abus d'autant plus criant
qu'il n'admet pas l'ombre d'une excuse: On
aura beau faire des réglemens en faveur de
l'esclave, tant qu'il sera continuellement
sujet à être vendu et envoyé hors de la
plantation pour payer les dettes de son
maître, lorsqu'il est attaché au sol, et qu'il
s'est en quelque sorte enrichi par son industrie. Quand le bon nègre est établi d'une
manière aisée sur le terrain qu'on lui donne,
qui, outre les objets de première nécessité,
lui procure, quelques objets de luxe, il
peut être séparé de sa femme et de ses enfans, vendu à l'encan, et transporté aux
mines du Mexique, oà, 3 privéde la lumière
dujour, il souffre, sans être entendu, non
pas pour les fautes qu'il a commises, mais
pour les malheurs de son maître. Il faudroit
abolir cette loi barbare ; il faudroit que le
nègrene pût être vendu qu'avec l'habitation
à laquelle il appartient, etn'en être jamais
séparé. L'injustice de traîner cette-infortunée victime de la faillite et des dettes de
son maître, dans des régions où l'esclavage
existe sousl'aspect le plus hideux, n'admet
ni excuse ni palliatif. Les cruautés d'un
urs de son maître. Il faudroit
abolir cette loi barbare ; il faudroit que le
nègrene pût être vendu qu'avec l'habitation
à laquelle il appartient, etn'en être jamais
séparé. L'injustice de traîner cette-infortunée victime de la faillite et des dettes de
son maître, dans des régions où l'esclavage
existe sousl'aspect le plus hideux, n'admet
ni excuse ni palliatif. Les cruautés d'un --- Page 287 ---
(275 )
autre genre 3 quoique rigoureuses en ellesmêmes, ne sont pas fréquentes, et sont
conséquemment moins à craindre; mais
tant que le systême actuel existera, il n'y
aura jamais de fin ala durée des maux des
esclaves. --- Page 288 ---
(276)
LIVRE V.
AGRICULTURE
CHAPITRE PREMIER.
Cannes à sucre. - Connues des anciens. - Conjectures
sur son introduclion en Europe.-Transplantées de la
Sicile aux Açores, etc. dans le quinzième siècle, et
de Ià aux Indes occidentales. -Prenve que Colomb
lui-même la porla des iles Canaries à Hispaniola.
Sommaire du raisonnement de Labat pour démontrer qu'elle croissoit naturellement dans les Indes
occidentales. Les deux relations conciliées. Nom
botanique et description. - Sols les plus propres à sa
culture, et leur variété, - Usage et supériorité de la
charrue. - Méthode de cuire et de planter.
Lxc canne à sucre mérite principalement
l'attentionde tout homme qui veut connoitre
l'agriculture des Antilles. Le sucre étoit
nommé par,les anciens saccharum I , fut
ensuite appelé parles moines zucharum, et
de là prit le nom français qu'il porte au- --- Page 289 ---
(277)
jourd'hui. Le sucre, d'après le témoignage
de Lucain, étoit bien connu par lesanciens,
et vint probablement de l'Orient, à des
épojues très- reculées. De la Terre sainte,
oii il fut bien connu des croisés,.i1 passa
dans la Morée et les iles de l'Archipel;
de là à lile de Sicile ; et il paroit que, de
la Sicile, il fut transplanté par les Espagnols aux Açores, à lile de Mudère, aux
fles Canaries et aux iles du Cap-Verd. Les
historiens ne sont pas d'accord sur le tems
où il fut transporté aux Indes occidentales ;
mais, d'après les témoignages les plus probables, il paroit y avoir été introduit par
Colomb lui-même; i car Martyr dit que ce
célèbre navigateur, à son arrivée dans les
Indes occidentales, ne vit aucune plante
ou arbre qu'il connit, excepté l'orme et le
pin. Or, il est très-certain que la canne
étoit bien connue en Europe avant la découverte de Colomb; êt il est singulier que,
si elle existoit effectivement dans les Indes
occidentales, Colomb ne l'ait pas trouvée.
D'autres historiens maintiennent néanmoins quela canne à sucre est indigène de
l'Amérique 3 et qu'elle fut trouvée croissant
spontanément dans toutes les régions du
qu'il connit, excepté l'orme et le
pin. Or, il est très-certain que la canne
étoit bien connue en Europe avant la découverte de Colomb; êt il est singulier que,
si elle existoit effectivement dans les Indes
occidentales, Colomb ne l'ait pas trouvée.
D'autres historiens maintiennent néanmoins quela canne à sucre est indigène de
l'Amérique 3 et qu'elle fut trouvée croissant
spontanément dans toutes les régions du --- Page 290 ---
( 2 278 )
nouveau monde. Parmi les auteurs qui sont
de cette opinion, se trouve le père Labat
qui, pour- appuyer ses argumens, nous informe que Gage, navigateur anglais, rapporte qu'entr'autres articles, les Caraibes
de la Guadeloupe présentèrent à l'équipage
de son vaisseau des cannes à sucre. Les
Espagnols, ajoute le même auteur,n'avoient
pas, à cette époque, eultivé un pouce de
terre dans les petites Antilles. Leurs vaisseaux relâchoient, à la vérité, communé- /
ment dans ces iles pour faire de l'eau et du
bois, ety laissoientdes cochons pour l'usage
de ceux de leurs compatriotes qui pourroient occasionnellement y débarquer. Or
il est, on ne sauroit plusa absurde, de supposer qu'ils y aient planté des cannes à
sucre, et en même-tems mis des cochons à
terre pour les détruire.
Les Espagnols n'avoient non plus aucun
motif de laisser cette plante dans des fles
qu'ils regardoient comme de peu d'importance, excepté pour remplir l'objet dont
nous avons parlé : et supposer qu'après leur
départ, les Caraibes aient cultivé une production dont ils n'avoient pas la moindre
connoissance, c'est montrer une ignorance --- Page 291 ---
(2 279 )
absolue du caractère indien et de ses dispositions.
Le même" auteur continue ainsi: CC Nous
avons des autorités. plus certaines, et qui
prouvent d'une manière incontestable, que
la canne à sucre est une production indigène de P'Amérique. Car, outre le témoignage de François Ximénès, qui, dans un
traitésur les plantes del'Amérique, imprimé
au Mexique, assure que la canne à sucre
croût sans eulture, et d'une grandeur extraordinaire, sur les rives de la rivière la
Plata, Jean de Lary, ministre protestant 9
qui étoit en 1556 chapelain de la garnison
hollandaise du fort Coligny, sur la rivière
Janeiro, certifie qu'il a lui-même trouvé
des cannes à sucre en grande abondance
sur les rives de cette rivière, et dans des.
endroits qui n'avoient jamais été fréquentés
par des Portugais. Le père Hennepan, et
d'autres voyngeurs,centifientla: même chose
et disent quela canne à sucre croissoit près
de l'embouchure du Mississipi; et Jean de
Laet soutient qu'elle étoit indigène dans
lile Saint-Vincent. Ce n'est donc point de
la plante même que les habitans des Antilles sont redevables aux Espagnols, mais.
des.
endroits qui n'avoient jamais été fréquentés
par des Portugais. Le père Hennepan, et
d'autres voyngeurs,centifientla: même chose
et disent quela canne à sucre croissoit près
de l'embouchure du Mississipi; et Jean de
Laet soutient qu'elle étoit indigène dans
lile Saint-Vincent. Ce n'est donc point de
la plante même que les habitans des Antilles sont redevables aux Espagnols, mais. --- Page 292 ---
(280) )
du secret d'en faire du sucre, et ceux-cile
doivent aux nations de l'Orient >.
Ces assertions qui paroissent contradictoires ne sont cependant pas tout-à-fait irréconciliables. Il est très-possible que les
cannes à sucre aient cri naturellement dans
les Indes occidentales, et qu'elles y aient
en même-tems été portées par Colomb;
mais, au moins, l'industrie des anciens
Espagnols surpassoit de beaucoup celle des
modernes; ; puisqu'en 1535, ils y avoient
établi trente moulins à sucre.
La canne à sucre est un roseau à noeuds,
d'un jaune très-foncé, qui se termine en
feuilles, et qui contient un suc moëlleux,
de la douceur la plus agréable du monde.
La distance ordinaire d'un noend à l'autre
est d'un à trois pouces, et Ia canne a communément un pouce de diamètre. Sa hauteur varie selon le terrain, mais elle est
généralement de trois à sept pieds, et audessous il pousse des rejetons (1). La canne
(1) Sur le haut de la canne, il s'élève souv nt une
fèche, qui contient une semence blanche; mais elle
ne produit jamais quand on la met en terre : espèce
de preuve que la canne nest pas indigène du sol.
N. B. Ily a d'autres espèces de cannes. Lc capilaine --- Page 293 ---
(28r)
vient dans différens sols; mais elle paroît
aimer davantage celui qui est fort gras.
Saint-Christophe, à cet égard, contient le
meillenr sol possible. Le sol appelé terreau
de brique, à la Jamaime, tient le second
rang. Il est profond, chaud et facile à travailler, et ila la singulière qualité de ne
point exiger de sillons, même dans les
tems les plus pluvieux. Dans la partie française de Saint-Domingue, on trouve une
grande abondance de cette espèce de sol,
et il donne une grande valeur aux plantations. Dans les saisons favorables, il a quelquefois rendu deux tonneaux et demi de
sucre par acre. Il y a diverses espèces de
terreaux noirs, qu'il est inutile de particulariser. Nousne devonso cependant pas passer
sous silence le genre de sol, que l'on trouve
principalemenit dans la paroisse de Trelawny, à la Jamaique, dont la nature est
particulièrement propre au sucre destiné à
la rafinerie. Il: a un aspect luisant et lustré,
et lorsqu'on le fait sécher, il ressemble
Bligh. en a appore une des iles de la mer du sud, qui
étoit beaucoup plus grande que celle que produisentles
Indes occidentales,
ependant pas passer
sous silence le genre de sol, que l'on trouve
principalemenit dans la paroisse de Trelawny, à la Jamaique, dont la nature est
particulièrement propre au sucre destiné à
la rafinerie. Il: a un aspect luisant et lustré,
et lorsqu'on le fait sécher, il ressemble
Bligh. en a appore une des iles de la mer du sud, qui
étoit beaucoup plus grande que celle que produisentles
Indes occidentales, --- Page 294 ---
(282)
beaucoup au camboge. Quoique profond,
il n'est pas lourd, et il est naturellement
sec. Il faut l'employer à la culture de ce
qu'on appele cannes ratées, c'est-à-dire,
les rejetons des cannes déja coupées pour
faire du sucre.
I y.a des terres que l'on cultive avec
la charrve, mais je crains bien que cet
usage, qnoique avantageux, ne puisse
pas devenir universel, à cause de la
nature des terres. Il est néanmoins surprenant que la pratique de labourer en
long et en large, de herser hes mêmes
terres et de faire des trous ronds, ait
prévalu chez les planteurs de la Jamaique.
Ce seroit surement une méthode beaucoup
meilleure de labourer au printems, de
laisser la terre en jachère durant l'été et
ensuite de faire des tranchées, selon l'ancien usage, en automne. Mais les avantages de la charrue sont incalculables. Un
seul homme 3 trois garçons et huit boeufs,
avec une seule charrue ordinaire, en retournant le SOC de la charrue le long du
revers du sillon, préparent aisément les
tranchées de 20 acres de terre en,13 jours.
Voici la méthode laborieuse de procéder --- Page 295 ---
(283 )
selon l'ancien usage : la terre étant préparee et sarclée, elle est divisée en portions de 15à 20 acres, avec des intervalles
entre elles pour servir de chemins. Chaque
portion est subdivisée en carrésdetrois pieds
et demi, par le moyen d'une ligne attachée
à des bâtons. On place les nègres dans la
première ligne, et ils travaillent cette division en allant à reculons, et faisant dans
chaque carré un trou-de quinze pouces de
large au fond, et de deux pieds et demi
vers-le haut. Quand les tranchées sont
faites, on y place les cannes en long et
on les couvre de deux pouces de terre. Au
bout de 12 à 14 jours, le jet paroit, de
sorte qu'il faut y remettre de la terre, et
dans le cours de quatre à cinq mois, la
tranchée se trouve tout-à-fait remplie. A
cette époque, il faut que l'économe fasse
souvent sarcler, 9 et le dégage aussi des
rejetons latéraux quilui ôtent une si grande
partie de sa nourriture.
Les cannes doivent se planter entre les
mois d'août et de novembre. Quand elles
sont plantées après ce tems là, elles perdent l'avantage des pluies de l'automne,ne
poussent qu'en mai, et sont accompagnées
-à-fait remplie. A
cette époque, il faut que l'économe fasse
souvent sarcler, 9 et le dégage aussi des
rejetons latéraux quilui ôtent une si grande
partie de sa nourriture.
Les cannes doivent se planter entre les
mois d'août et de novembre. Quand elles
sont plantées après ce tems là, elles perdent l'avantage des pluies de l'automne,ne
poussent qu'en mai, et sont accompagnées --- Page 296 ---
(2 284)
de beaucoup de rejetons. Celles que l'on
plante vers la fin du printems ne réussissent guères mieux; et la plante de janvier
trouble l'ordre des moissons: d'ailleurs ,
etant coupée dans un temps humide, elle
est sujette à repousser, et n'a pas un suc
si délicat. On ne sauroit commettre une
plus grande erreur qu'en changeant les
époques des moissons. Une plantation est
comme une machine compliquée, dont
toutes les parties doivent toujours mouvoir
d'une maniére uniforme, avant de produire
un effet. Il faut néanmoins avouer que
le planteur, quelque prudent qu'il puisse
être, et quelque sages que soient ses
plans, est sujet à des calamités qu'ik est
impossible de prévoir, et qu'aneune manière de gérer ne sauroit prévenir. La
première de ces calamités est l'aphe de
Linnée qui consiste en myriades d'insectes
invisibles à l'oeil. Ces petits dévastateurs,
cherchant leur nourriture dans le suc de
la plante, injurient la tige et arrêtent la
circulation du fluide, tellement que la
canne se dessèche et meurt. Outre ces
insectes, on peut encore faire mention du
vercoquin appelé le perceur, et d'un autre --- Page 297 ---
( - 285 )
connu à Tabago sous le nom de' 'la mouchesauteuse ou le puceron. On ptétend que le
premier fléau n'attaque jamais les plantations oùt il se trouve beaucoup de fourmiescarnivores, formica carnivora. Je ne puis
donner cela comme authentique ; mais il
est certain que cette petite fourmie extermine presque tous les insectes plus petits
qu'elle.. Les historiens espagnols nous ont
à la vérité raconté des choses extraordinaires sur les ravages de cette fourmie, 9
mais je crois leurs relations exagérées.
Il y a dans les Indes occidentales cinq
espèces d'engrais, savoir ; des cendres de
charbon de terre et de végétaux, le rebut
de la distillerie, durchaume ou les plantes qui restent dans L les champs, du fimier, et finalement du terreau tité des
ravins et autres endroits non cultivés.
Quant à la première espèce, je crois
qu'elle doit produife un bon' effet dans
les térrains humides"'; mais dans la plupart des autres sols elle' est tout-à-fait
inutile, pnisqu'on Ta trouvée sans être
dissoute dans-la terre; cinq ans dprès l'y
avoir mise. Le meilleur de tous les engrais
que l'on puisse se procurer, , c'est en fai-
alement du terreau tité des
ravins et autres endroits non cultivés.
Quant à la première espèce, je crois
qu'elle doit produife un bon' effet dans
les térrains humides"'; mais dans la plupart des autres sols elle' est tout-à-fait
inutile, pnisqu'on Ta trouvée sans être
dissoute dans-la terre; cinq ans dprès l'y
avoir mise. Le meilleur de tous les engrais
que l'on puisse se procurer, , c'est en fai- --- Page 298 ---
(286 )
sant parquer les bestiaux tantôt dans uni
champ et tantôt dans un autre, 2 l'urine
ayant un grand effet.. Cette méthode est
bonne pour tous les terrains, excepté ceux
qui sont épuisés de culture. On a coutume, quand on a fait la moisson d'un
champ de cannes à sucre, de mettre le
feu au chaume, et l'on s'imagine par-là
se procurer un excellent engrais.. Dans
les sols humides, un pareil usage ne fait
peut-être ni bien ni mal; mais dans la
plupart des terrains propres au sucre,il est
certainement nuisible neuf fois sur dix.
Malgré toutes ces manières d'engraisser
les terres, il reste encore beaucoup à faire.
On se sert avantageusement en Angleterre
d'un mélange de sable de mer et de chaux,
et cela pourroit être également bon dans
les Antilles. Cette remarque est applicable à la marne, dont il y a une espèce tendre et grasse à la Jamaique. On
demandera sans doute pourquoi on n'en a
pas fait l'expérience? Il est facile de répondre à cette question.. Dans les Indes
occidentales, les économes et les esclaves
n'ont ni le tems ni les moyens de s'appliquer à faire des innovations dans l'a- --- Page 299 ---
(287 )
griculture ; l'usage leur sert toujonrs de
guide, et ils n'ont point d'autre objet que
celui de suivre le chemin qui leur est
frayé.
Il est tems d'offrir au lecteur des scènes
d'un genre différent, et de lui faire voir
la fabrication de cette denrée dont nous
venons de décrire la culture. --- Page 300 ---
(288 )
CHAPITRE II.
Tems de la moisson, lasnison de la santé et des feles.
Moulins pour mouu e les cannes. Suc de la
canne et parties qui la composent. -Procédé pour
oblenir du sucre brut ou Muscavedo. - Mélasses,
lernage-Proceidé pour faire du sucre terré ou de
Lisbonne. - Rum distilleries et alembics.-Citernes
et Jeurs ingrediens. Procédé des iies du vent. -
Méthode de la Jamaique d'une double distillation.
-( Quantité de rum que donne toute quantité quelconque de sucre brut, mélasses, etc.
Aussiror que les moulins à sucre sont
en mouvement, les regards mélancoiiques
des nègres conyalesceris, prennent l'aspect
de la santé et de la vigueur, les chevaux,
boeufs et mulets, les cochons même et la
volaille participent à la fête universelle et
engraissent étonnemment en se repaissant
des cxtrémitésdes cannes et des bagasses.Un
spectateur ne sauroit contemnpler cette scène
d'industrie et d'abondance, sans éprouver
des émotions de plaisir.
Ceux qui regardent le sucre comme peu
ceris, prennent l'aspect
de la santé et de la vigueur, les chevaux,
boeufs et mulets, les cochons même et la
volaille participent à la fête universelle et
engraissent étonnemment en se repaissant
des cxtrémitésdes cannes et des bagasses.Un
spectateur ne sauroit contemnpler cette scène
d'industrie et d'abondance, sans éprouver
des émotions de plaisir.
Ceux qui regardent le sucre comme peu --- Page 301 ---
(289 )
susceptible de nourriture, paroitront sans
doute surpris qu'il ait un effet si merveilleux
sur l'économie animale,et qu'il pnisse en
quelques semaines changer la foiblesse en
vigueur. Mais les personnes d'une opinion
différente en médecine, ont prouvé les effets
salutaires de cette" plante par des argumens
si irrésistibles, que je ne crois pas qu'on
ose aujourd'hui en disputer l'utilité. Celui
qui veut - parler contre les substances
douces en général, dit M. Hare, médecin.
distingué, entreprend une tâche bien difficile; car la nature semble les avoir recommandées à toutes les espèces d'animaux.
Les oiseaux, les animaux terrestres, plusieurs reptiles et mouches paroissent aimer
avec passion tout ce qui est doux, et hair
le goût contraire. Or, je soutiens que la
canne à sucre est la première de toutes les
plantes douces. C'est à l'influence du sucre
que l'on peut en grande partie attribuer
l'extinction du scorbut, de la peste, et
de plusieurs autres mnaladies autrefois épidémiques.
Le moulin à sucre est une machine
simple; il consiste principalement err trois
cylindres droits, doublés en fer, de trente
--- Page 302 ---
2go )
à quarante pouces de long et de vingt à
vingt-cinq de diamètre. Les cannes sont
pressées deux fois dans ces cylindres ; car
après avoir passé par le premiér et le second, elles sont fixées à celui du milieu,
que l'on appelle le grand arbre, par le
moyen d'une forme qui les renyoie, pressées de nouveau en retournant, et mises en
poudre, par les deux' premiers. Le récipient
du suc ou jus est une espèce de réservoir
de plomb, et les bagasses servent à faire
du feu.
La Jamaique est redevable à M. Woolery
d'un amendement qu'il a fait depuis peu
au moulin à sucre; savoir, l'addition d'une
lanterne qui est attachée au cylindre du
milieu avec des barres de fer pointues aux
deux extrémités. L'effet de cette lanterne
est de produire en une heure 500 gallons
au lieu de 300 ou 350, en supposant qu'il
y ait trente mules d'employées. En déduisant quatre heures des 24, un pareil moulin
rend par jour 10,000 gallons, ce qui fait
trente - six boucaux de seize quintaux de
sucre par semaine.
Le,suc de la canne renferme une partie
d'eau pure, une de sucre, une de graisse
extrémités. L'effet de cette lanterne
est de produire en une heure 500 gallons
au lieu de 300 ou 350, en supposant qu'il
y ait trente mules d'employées. En déduisant quatre heures des 24, un pareil moulin
rend par jour 10,000 gallons, ce qui fait
trente - six boucaux de seize quintaux de
sucre par semaine.
Le,suc de la canne renferme une partie
d'eau pure, une de sucre, une de graisse --- Page 303 ---
(2 291 )
ou grosse huile et de gomme mucilagineuse;
avec une portion d'huile essentielle. II se
tronved'autres: substancesdanslestétes vertes
des cannes, quand elles sont moulues, qui
font fermenter la liqueur. Il arrive souvent
que la partie ligneuse de la canne en est
aussi imprégnée, et la croûte ou l'écorce
noire, quil'environne entre les noeuds, est
sujette à diminuer'la valeur du sucre.
a Le suc, ou vesou, coule du réservoir dans
le laboratoire, le long d'une ange de bois
doublée en. plomb,et tombe dansla grande
chaudière à clarifier. Il y en a trois pour
cet usage, toutes de cuivre rouge, dont la
grandeur doit nécessairement dépendre de
la vitesse avec laquelle les cannes sont
moulues. Quand les moulins fournissent
abondamment, il y a des chaudières qui
peuvent contenir mille gallons de vesou ;
mais en général,elles n'ont guères que le
tiers de cette grandeur. Lorsque la grande
chaudière à clarifier est à un bout du laboratoire, la batterie ou la chaudière qui
sert à la dernière cuisson, contenant de
soixante-dix à cent gallons, est placée à
l'autre extrémité, et entre elles il se trouye
trois autres chaudières, qui diminuent de --- Page 304 ---
( - 292 )
grandeur, à mesure qu'elles s'approchent de
la grande à clarifier. Quand celles- ci sont
remplies du vesou qui sort du réservoir, on
ymôle une lessive, faite de chaux blanche
de Bristol, pour le dégager de l'acide surabondant. Afin d'effectuer la séparation de
cet acide, il est d'usage de mettre une pinte
de chaux par cent gallons. Cela précipite
au fond une substance noire, et affecte
tellement le sucre 9 que la moitié de cette
quantité paroitroit suffisante : il faut préalablement la faire bouillir.
D'après le systêmé de M. Bousie (à qui
l'assemblée de la Jamaique a voté une récompense de 24,000 liv. tournois pour les
améliorations qu'il'a faites),il paroit que
le sucre purifié par le moyen d'un alkali
végétal est supérieur en couleur,t que
celui produit par la chaux a un grain plus
beau. Il est donc probable (au moins vautil la peine d'en faire l'essai)que les végétaux
sucrés et la chaux mêlés feroient une meilleure lessive. Le feu allant en croissant et
l'écume étant formée sur la surface, on ne
laisse pas bouillir le vesou, mais le degré
de chaleur se connoit par l'ébullition et la
mousse. On éteint alors le feu.
ui produit par la chaux a un grain plus
beau. Il est donc probable (au moins vautil la peine d'en faire l'essai)que les végétaux
sucrés et la chaux mêlés feroient une meilleure lessive. Le feu allant en croissant et
l'écume étant formée sur la surface, on ne
laisse pas bouillir le vesou, mais le degré
de chaleur se connoit par l'ébullition et la
mousse. On éteint alors le feu. --- Page 305 ---
(293 )
On laisse reposer la liqueur, et son écume
s'épaissit. Elle est ensuite soutirée claire
et presque transparente, 7 dans la grande
chaudière, par le moyen d'une ouverture
qni est au bas des clarifiantes,Técume tombant graduellement au fond sans se rompre.
Cette méthode est bien supérieure à celle
d'écumer : car, outre le travail qu'elle
épargne, il est évident que le mouvement
excité par la chaleur dans le fluide pendant
que l'on fait usage de l'écumoire, occa-.
sionne un mélange de particules grossières,
au lieu que de cette manière elles remontent
sur la surface.
Dans la grande chaudière, l'écumoire
est plus avantageuse; ; quand la liqueur est
réduite à une moindre quantité par l'évaporation, on continue toujours de la faire
bouillir et de l'écumer, et, s'il est nécessaire, on y jette de la chaux; quand elle
est encore plus diminuée, on la conduit
dans la troisième chaudière, où l'on répète
les mêmes opérations, et à la fin elle passe
dans la batterie ou dernière chaudière.
Ainsi, il faut qu'il y ait trois chandières à
cuire et trois à clarifier. L'évaporation continue dans la batterie jusqu'à ce que la --- Page 306 ---
(2 294) )
liqueur soit conduite dans les rafraichissoirs; elle est alors beaucoup plus épaisse.
Les rafraîchissoirs sont des auges de
bois peu profondes, qui contiennent environ un boucau de sucre. Là le sucre se
forme en masses de demi-cristaux, après
quoi on le porte dans la purgerie, où les
sirops s'égouttent. Mais avant ce changement, il faut d'abord observer que la liqueur doit se réfroidir lentement dans les
rafraichissoirs : et, en second lieu, que
si les rafraichissoirs sont trop étroits, ils
occasionnent une' petitesse de grains qui
n'est pas avantageuse.
Il faut la plus grande attention pour
juger si le sucre est assez évaporé pour
être susceptible de cette opération, , ou pour
passer de la batterie dans les rafraichissoirs. Les' nègres expérimentés s'en aperçoivent à vue d'ocil, mais le moyen le plus
ordinaire est le toucher. Le filet qui suit
le doigt se rompt à différentes distances,
en proportion du tems que la liqueur a
cuit. On ne sauroit guères en dire davantage, touchant un essai qui dépend si fort
de l'expérience. M. Baker, de la Jamaique,
a recommandé une méthode plus scienti-
er de la batterie dans les rafraichissoirs. Les' nègres expérimentés s'en aperçoivent à vue d'ocil, mais le moyen le plus
ordinaire est le toucher. Le filet qui suit
le doigt se rompt à différentes distances,
en proportion du tems que la liqueur a
cuit. On ne sauroit guères en dire davantage, touchant un essai qui dépend si fort
de l'expérience. M. Baker, de la Jamaique,
a recommandé une méthode plus scienti- --- Page 307 ---
(2 295 )
fique dans une brochure qu'il a publice en
1775 : & Procurez-vous, dit-il, un petit
carreau de verre mince et bien clair, que
je voudrois appeler un essayeur ; laissez-y
tomber deux ou trois gouttes de liqueur,
et portez votre essayeur hors -du laboratoire, en plein air. Observez votre matière,
et plus particulièrement si elle forme aisément des grains, et s'il y a une petite base
de mélasse au fond. Je suis persuadé qu'avec
un peu d'expérience, vous serez en état
de juger de l'apparence qu'aura tout le'con.
tenu de la chaudière, quand il sera froid,
par le moyen de cet échantillon, que vous
laissérez aussi réfroidir. Cette méthode est
en usage chez les chimistes pour essayer
les solutions évaporées des autres sels; il
paroit donc étrange qu'elle n'ait pas été
adoptée dans les laboratoires à sucre >.
Les planteurs des Antilles doivent aussi
à M. Baker la méthode de purifier le sucre, 9
parle moyen de vases suspendus à plusieurs
feux, et de rafraichissans pour prévenir
Fébullition.
La purgerie est un grand bâtiment pourvu
d'une citerne, dont les côtés sont en talus,
couyerte d'une forme de soliyeaux, SuE --- Page 308 ---
(296 )
laquelle sont: des boucaux ouverts. A travers chaque boucau , passe une canne sèche
qui va à cinq ou six pouces au-dessous des
soliveaux. Les sirops s'égouttent par ces
cannes creuses dans la citerne, et laissent
le sucre dans les vases, où il se sèche ordinairement en trois semaines, et, d'après ce
procédé, obtient le nom de sucre Muscavedo, pour le distinguer de celui qui est
manufacturé d'une autre manière, appelé
sucre de Lisbonne ou terré.
Le procédé pour faire cette dernière espèce
de sucre, est comme il suit: :le sucre passe des
rafraîchissoirs dans des formes coniques par
le bas, auxquelles ily a un trou d'un pouce
et demi pour laisser écouler les sirops. I1
faut observer que ce trou est bouché avec
une bonde, jusqu'à ce que la liqueur ait
pris de la consistance; vingt-quatre heures
après, on ôte la bonde, on étend. une
couche d'argille délayée sur le haut de la
forme, par le moyen de laquelle l'eau,
filtrant à travers le sucre, emporte une plus
grande quantité de sirops qu'il n'en sortiroit autrement : le sucre ainsi produit, est
supérieur au Muscavedo, et les ples nteurs
français suivent ordinairement cctte mé-
ur ait
pris de la consistance; vingt-quatre heures
après, on ôte la bonde, on étend. une
couche d'argille délayée sur le haut de la
forme, par le moyen de laquelle l'eau,
filtrant à travers le sucre, emporte une plus
grande quantité de sirops qu'il n'en sortiroit autrement : le sucre ainsi produit, est
supérieur au Muscavedo, et les ples nteurs
français suivent ordinairement cctte mé- --- Page 309 ---
(2 297 )
thode; mais les planteurs anglais déclarent
que la perte de poids dont elle est accompagnée, surpasse de beaucoup ce qu'elle
fait gagner à la qualité. Quand on tire
soixante livres de sucre de la manière de
Muscavedo, on ne s'en procure que quarante par ce procédé; mais comme les derniers sirops rendent environ quarante par
cent de sucre, la différence de poids n'est
guères que d'un sixième.
Nous allons faire quelques observations
sur l'art de se procurer du rum. Ce procédé est beaucoup plus curieux que celui
de faire le sucre, puisqu'il tire de la lie
et des bagasses de la plante une des liqueurs
les plus pures et les plus odoriférantes que
la distillation puisse produire.
Les distilleries des planteurs anglais sont
de différentes grandeurs ; elles ont cependant seules autant d'étendue qu'un laboratoire et une purgerie pris ensemble. Il y
en a d'assez vastes pour contenir deux mille
gallons; mais comme il ne s'en trouve que
très-peu de cette grandeur, nous bornerons
nos remarques à celles qui correspondent
à une plantation susceptible de rapporter,
année commune, deux cents boucaux de --- Page 310 ---
(298 )
sucre. On doit avoir dans une pareille habitation deux alembics de cuivre, l'un de
douze cents, et l'autre de six cents gallons.
Il faut, s'il est possible, tenir les cuves
dans une eau courante, et, en ce cas, il
suffitqu'ily ait assez d'espace pour admettre
le cou de l'alembic. Une citerne de pierres
est préférable à une cuve, si Oi ne peut se
procurer une eau courante, parce qu'elle
ne s'échauffe pas si vite, et si elle est susceptible de contenir trente mille gallons
d'eau,elle sera toujours assez fraiche pour
condenser l'esprit.
Outre cela, le distillateur doit avoir une
citerne pour la lie, de trois mille gallons,
une citerne pour les écumes , et douze
cuves à fermenter, de douze cents gallons
chacune.
Cet appareil est destinéauxs sirops égouttés
du sucre, aux écumes, et même quelquefois au suc crud de la canne, et finalement
à l'eau. La lie, l'eau et les substances
douces combinées rendent une plus grande
quantité d'esprit qu'elles ne donneroient
autrement. Les proportions sont en général
d'un tiers de chaque.
Quand ces matières sont bien mêlées et
écumes , et douze
cuves à fermenter, de douze cents gallons
chacune.
Cet appareil est destinéauxs sirops égouttés
du sucre, aux écumes, et même quelquefois au suc crud de la canne, et finalement
à l'eau. La lie, l'eau et les substances
douces combinées rendent une plus grande
quantité d'esprit qu'elles ne donneroient
autrement. Les proportions sont en général
d'un tiers de chaque.
Quand ces matières sont bien mêlées et --- Page 311 ---
I 299 )
assez froides, au bout de vingt- quatre
heures, on y met la première quantité de
sirops ou mélasses > c'est-à-dire > trois
gallons pour cent gallons de liqueur en
fermentation, et, un jour ou deux après,
trois autres gallons par cent, quand la liqueur a bien fermenté; mais la chaleur
de cette fermentation ne devroit pas passer
quatre-vingt- quatorze degrés, d'après le
thermomètre de Fahrenheit. Sept. à huit
jours après, elle est propre à la distillation, et on la fait passer dans le plus grand
alembic. Il faut ici la tenir sur un feu constant et régulier, jusqu'à ce qu'elle bouille,
après quoi on peut graduellement diminuer
le feu. L'esprit, condensé par le fluide environnant, coule alors abondamment par
le cou de l'alembic, et est clair et transparent.
Cet esprit, 3 appelé bas -vins, devient
rum ou taffia par une seconde distllation.
Il n'est pas hors de propos d'observer que,
dans le premier procédé, les distillateurs
de la Jamaique mettent plus de lie que
ceux des autres fles. L'usage de la lie,
comme nous l'avons dit tout-à-l'heure en
d'autres termes, est de dissoudre les subs- --- Page 312 ---
300 )
tances douces. Son nsage et son application
exigent un mélange bien entendu 1: quand les
substances douces sont des mélasses, et non
pas du suc de cannes, on doit mettre de
la lie copieusement, parce que la mélasse
est une substance plus épaisse que l'autre;
mais quand le suc de la canne forme la
principale partie, il ne faut pas plus de
vingt par cent de lie.
Pour augmenter la vinosité, ou plutôt
la force de la liqueur, le docteur Shaw
recommande plusieurs substances, telles
que du tartre, du nitre, du sel commun,
et les acides végétaux ou minéraux. On dit
mêie que les distillateurs de Saint-Chrystophe font usage d'eau de mer pour produire le même effet, et cela est regardé
comme une grande amélioration. Le docteur Shaw conseille aussi au distillateur de
mettre dans la citerne à fermenter quelques
gallons d'esprit de vitriol, et il assure que
cela augmentera considérablement l'évaporation. Quelque avantage qu'il puisse
résulter de tous ces avis, il est évident
qu'une certaine quantité d'alkali végétal
doit être d'une grande utilité, mais il faut
en user modérément; car si l'on en met
comme une grande amélioration. Le docteur Shaw conseille aussi au distillateur de
mettre dans la citerne à fermenter quelques
gallons d'esprit de vitriol, et il assure que
cela augmentera considérablement l'évaporation. Quelque avantage qu'il puisse
résulter de tous ces avis, il est évident
qu'une certaine quantité d'alkali végétal
doit être d'une grande utilité, mais il faut
en user modérément; car si l'on en met --- Page 313 ---
(30r )
une trop grande quantité, cette belle huile
essentielle, qui donne la saveur à l'esprit,
s'en sépare. L'objet le plus important est
la propreté des citernes, non - seulement
pour la bonté du rum, mais parce. que
la vapeur mal saine qu'elles contractent par
la mal-propreté est souvent fatale au premier individu qui s'en approche.
Nous venons de dire que le mélange ne
se fait pas à la Jamaiqne comme dans les
autres iles sous le vent. Voici les proportions qu'on y observe :
Lie, la moitié, ou 50 gallons,
Substances douces, Mélasses, ou sirops, 6
12 par cent.
Ecumes,
Eau,
IOO
Selon la méthode de la Jamaique, 3 les
bas- vins sont soutirés dans une barrique
et conduits dans le second alembic de six
cents gallons, pour éprouver une seconde
distillation. Dans un jour, on en tire deux
poinçons de rum, dans lequel l'huile d'olive coule à fond; et ainsi l'opération est
finie. Il en reste encore soixante-dix gallons
dans l'alembic, de sorte que dans le fait --- Page 314 ---
(302 2 )
cinq cent trente gallons de bas-vins rendent
deux cent vingt a gallons d'esprit à l'épreuve.
Ainsi, il se - fait' dans la sémaine douze
poinçons de rum, équivalant à cent dix
gallons, mesure de la Jamaique. Une plantation produit deux tiers de rum pour un
tiers de sucre. Lc lecteur pourra peut-être
se former une idée plus claire par l'état
suivant : les écumes envoyées à la distillerie sont de sept gallons par cent de la
liqueur de la canne; il faut deux cents gallons de suc de canne par chaque boucau de
sucre; donc, quand il y on a deux cents
boucaux de fait, il reste vingt-luit mille
gallons d'écume, égaux à quatre mille
six cent soixante - six de mélasses. Cela,
ajouté à douze mille gallons de mélasses
de la rafinerie, fait en tout seize mille
gallons de substances douces, qui doivent
produire cent trente-un poinçons de rum
à l'épreuve, de cent gallons chacun.
Les observations ci-dessus, tant sur l'agriculture que sur la fabrication du sucre et la
distillation du rum, sont principalement
tirées de la Jamaique; de même, dans le
chapitre suivant ,. quand nous entrerons
dans de plus grands détails sur ce sujet,
ze mille gallons de mélasses
de la rafinerie, fait en tout seize mille
gallons de substances douces, qui doivent
produire cent trente-un poinçons de rum
à l'épreuve, de cent gallons chacun.
Les observations ci-dessus, tant sur l'agriculture que sur la fabrication du sucre et la
distillation du rum, sont principalement
tirées de la Jamaique; de même, dans le
chapitre suivant ,. quand nous entrerons
dans de plus grands détails sur ce sujet, --- Page 315 ---
- - - 303 )
tels que le premier achat d'une terre, les
dépenses courantes et le produit que l'on
en peut raisonnablement attendre, nos remarques feront également' allusion à la
même fle. Il faudra cependant accorder
quelque chose, pour la différence entre la
Jamaique et les autres îles du vent. --- Page 316 ---
304 )
CHAPITRE III
Capital nécessaire pour Télablissement et l'achat d'une
plantation àsucre d'une étendue donnée.-Les terres,
bâtimens, et approvisionnemens considérés séparément. - Détails de la dépense. - Revenu brut des
propriélés. Dépenses annuelles. - Piofits nels, , différentes charges accidentelles non comprises. Différence à laquelle on ne fait pas souveut attention en
estimant les bénélices d'un bien en Anglelerre et
d'un bien dans les Indes oxcideusle.-Asurmnes
des biens dans les Indes occidentales en tems de
guerre,etautzes déductions. -La question pourquoi
la culture des iles à sucre continue d'éprouver tant
de découragement, considérée et discutée.
Dixs l'état de cultivateur de sucre, l'on
fait des profits immenses ou des pertes immenses; il n'y a pas de milieu. Pour entreprendre ce métieravec quelque perspective
de réussir et d'amasser des richesses 9
720,000 liv. tournois ne sont qu'un capital
très-modéré. Cela peut aisément se concevoir, si l'on considère que les dépenses
qu'exige une petite plantation sont plus que
proportionnées à son étendue, comparati-
érée et discutée.
Dixs l'état de cultivateur de sucre, l'on
fait des profits immenses ou des pertes immenses; il n'y a pas de milieu. Pour entreprendre ce métieravec quelque perspective
de réussir et d'amasser des richesses 9
720,000 liv. tournois ne sont qu'un capital
très-modéré. Cela peut aisément se concevoir, si l'on considère que les dépenses
qu'exige une petite plantation sont plus que
proportionnées à son étendue, comparati- --- Page 317 ---
2 . 305 )
vement à celles d'une grande. En parlant
de capital, nous entendons des espèces
ou un crédit bien établi. Il faut ici faire attention que les emprunts des Indes occidentales ne sont pas comme ceux de la
Grande-Bretagne,oàl T'hypothèque estnégociable; au lieu que dans ces iles elle ne
l'estpas. Quand ilya une demande d'argent,
personne ne se soucie de se charger de cette
dette et d'avancer la somme: ; de sorte que
lorsque le malheureux planteur n'a plus de
crédit, il est bientôt ruiné, 7 étant obligé
de vendre sa plantationbeaucoupau-dessous
de sa valeur.
Nous allons donc commencer par faire
l'estimation de la somme qu'il faut payer >
et des profits que l'on doit raisonnablement
attendre d'un bien qui rapporte - s année
commune, 200 boucaux de sucre (1),et
30 poinçons (2): de rum. Examinons
d'abord les terres.
Une plantation qui rend un pareil reyenu
(1) De seize quintaux chacun; conlenant chacum
eent dix gallons.
(2) De 336 pintes de Paris chacun.
(Note du traducteur.)
--- Page 318 ---
306 )
ne sauroit contenir moins de 900 acres de
terres, dont 300 sont ordinairement employées à la culture des cannes, 300 à celle
des légumes nécessaires à la vie,telsqu'ignames, pommes de terre, etc., et les autres
300 restent en friche, pour fournir le bois
dont on pent avoir besoin dans l'habitation.
La plupart des plantations sont plutôt audessus qu'au-dessous de cette estimation, s
c'est-à-dire, qu'elles contiennent une plus
grande étendue de terres ; non pas ( comme
quelques écrivains ont voulu le dire ) à
cause de la cupidité des propriétaires, mais
à cause de la qualité du sol qui, se trouvant
dans quelques endroits très-fertile, et dans
d'autres médiocre, oblige le planteur à en
prendre une grande étendue, afin que le
modique produit des uns soit compensé par
les abondantes moissons des autres.
La valeur des terres doit, en grande
partie, dépendre de leur situation. A la
Jamaique, une terre de 6oo acres dans une
situation avantageuse,se vendroit quatorze
livres l'acre, cours du pays, ou 240 liv.
tournois. Les dépenses nécessaires pour
défricher cette terre seroient s en livres
tournois, des sommes suiyantes :
grande étendue, afin que le
modique produit des uns soit compensé par
les abondantes moissons des autres.
La valeur des terres doit, en grande
partie, dépendre de leur situation. A la
Jamaique, une terre de 6oo acres dans une
situation avantageuse,se vendroit quatorze
livres l'acre, cours du pays, ou 240 liv.
tournois. Les dépenses nécessaires pour
défricher cette terre seroient s en livres
tournois, des sommes suiyantes : --- Page 319 ---
307 )
livres tournois.
Achat de 600 acres de terre,
144,0007
Pouren défricherla moitié, afind'y
mettre des cannes, à 206 liv.
par acre,
61,800
Pour le défrichement de IOO autres
acres ety planter des légumes,
à 120 liv. par acre,
12,000
Pour IOO autres, afin d'y semer
de l'herbe de Guinée, au même
taux,
12,000
Pour enclôre le tout et y faire des
fossés,
12,000
Total.
241,800
Les bâtimens nécessaires à une pareille
plantation sont:
I.o Unmoulinàeau,sil. est possible;
mais si cela n'est pas possible,
il faut compter la sommequ'il
auroit coûté pour faire un
moulin à vent et un moulin à
bestiaux, ou pour deux moulins à vent,
24,000
2.0 Un laboratoire, y compris les
frais de trois chaudières à clarifier, et de quatre chaudières
à cuire,
17,140
3,0 Une purgerie susceptible de contenir la moitié de la récolte, et
nne citerne à sirops ou mélasses, --- Page 320 ---
308 )
livres tournose
D'autre part
41,140
susceptible d'en contenir6,000
gallons, ou 24,000 pintes de
Paris,
30,840
4.0 Une distillerie, avec deux alembics, dontlun contenant 1,200
gallons, et l'autre 600, une citerne pour contenir 30,000
gallons d'eau, douze citernes
maçonnées en terre,. et un
magasin à rum,
27,432
5.0 Maison de l'économe,
9,936
6.° Deux hangars couverts de bardeaux,
9.936
7.0 Un hôpital, une maison pour
les femmes en çouche prisons,
apothicairerie, et magasins
pour les outils et usines,
4.968
8.0 Une Ecurie pour soixante mulets,
2,484
9.0 Ateliers pour les ouvriers,
2,484
10, Hangars pour charriots, etc.,
Dépenses extraordinaires,
5,792
Total. .
135,840
APPROVISION: N E M I N T.
On peut estimer lapprovisionnement nécessaire à une habitation de cette nature, 9
comme il suit : --- Page 321 ---
( 30g )
livres tournois.
250 nègres, à 1,200*
300,000t
80 boeufs 3 à 250
20,000
60 mulets,
28,800
Total. :
348,800
Le tout monte donc,
pour terres,
241,800"
Bâlimens,
135,840
Approvisionnement,
348,800
Tolal :
726,440
Le rapport d'une pareille habitation est
de
200 boucaux de sucre à 360 liv.
tournois Par boucau,
72,000*
130 poinçons de rum à 240 liv.
par poinçon,
31,200
Rapport brut
103,200
On se trompe en s'imaginant que le rum
seul paie tous les frais de l'habitation. L'estimation suivante des dépenses démontrera
la fausseté de cette opinion.
Les marchandises annuellement tirées de
la Grande-Bretagne pour une pareille habitation, sont comme il suit :
1°. Les étoffes qui servent à l'habillement
des nègres, telles que de la toile d'Osna-
.
par poinçon,
31,200
Rapport brut
103,200
On se trompe en s'imaginant que le rum
seul paie tous les frais de l'habitation. L'estimation suivante des dépenses démontrera
la fausseté de cette opinion.
Les marchandises annuellement tirées de
la Grande-Bretagne pour une pareille habitation, sont comme il suit :
1°. Les étoffes qui servent à l'habillement
des nègres, telles que de la toile d'Osna- --- Page 322 ---
f 310 )
bourg, d'autres étoffes grossières $ des chemises, des couvertures et des chapeaux.
2°.Des outils pour les charpentiers.
3°, Divers articles tels que clous, rivets 2
chaînes, houes, , serpes, 3 couteaux, cercles,
barriques, pipes à fumer, plomb, huile de
baleine, meules à moulins, etc.
4°. Des comestibles 7 tels que harengs
salés, bocuf, porc, beurre, savon, chandelles, sel, farine de froment et d'avoine,
pois, etc.
Les marchandises ci-dessus, s estimation
modérée, doivent au moins valoir 20,400 1.
tournois.
Il faut ajouter à cela le salaire des économes 3 des commis et des domestiques, les
mémoires des ouvriers 9. les droits, 3 les
douves,les frais d'emmagasinage et autres >
qui peuvent monter à 31,200 1. tournois.
Les dépenses annuelles de tous genres
sont donc de5i,6col.toumois, exactement
la moitié du produit de sa propriété. Dans
cette estimation, il n'est pas question des
réparations à faire aux bâtimens, ou des
six pour cent de commission à donner à
ses agens, en cas que le planteur ne réside
pas lui-même sur les lieux. Il n'est donc --- Page 323 ---
(311 )
pas surprenant qu'une habitation ne soit
pas toujours une mine d'or; c'est plus souvent une meule à moulins attachée au cou
du planteur, qui l'entraîne vers sa ruine.
En comparant la valeur des propriétés
anglaises et de celles des Antilles, il ne
faut pas perdre de vue que le planteur est
tont-à-la-fois seigneur et fermier du petit
bien qu'il cultive. Quand il arrive une mauvaise saison, le propriétaire anglais ne sent
pas la différence du produit de sa terre ; il
n'est affecté qu'autant qu'il veut bien compatir à l'état malheureux de son fermier.
La guerre la plus désastreuse ne nuit pas à
sa propriété, comme à celle du planteur
qui réside en Angleterre : celui-ci, à moins
qu'il ne se soumette à payer un. grand prix
pour assurer ses biens contre la fureur des
élémens et les ravages de la guerre, passe
bien des nuits sans dormir, et dans la plus
cruelle inquiétude pour la subsistance de sa
famille, tandis que plus les dangers augmentent, plus les créanciers sontimportuns.
La nature du sujet fait ici naître une
question, Comment arrive-t-il, dira-t-on,
que, puisque les charges d'un bien dans les.
Indes occidentales sont si considérables, et
un. grand prix
pour assurer ses biens contre la fureur des
élémens et les ravages de la guerre, passe
bien des nuits sans dormir, et dans la plus
cruelle inquiétude pour la subsistance de sa
famille, tandis que plus les dangers augmentent, plus les créanciers sontimportuns.
La nature du sujet fait ici naître une
question, Comment arrive-t-il, dira-t-on,
que, puisque les charges d'un bien dans les.
Indes occidentales sont si considérables, et --- Page 324 ---
(312 )
les profits si médiocres, il y ait tant de gens
quis'engagent dans de pareilles entreprises,
et que les iles à sucre soient si rapidement
cultivées et fassent tant de progrès P On
pourroit offrir à ceux qui font cette question,le tableaud'une multitudedinfortunés
qui ont été victimes des calamités qui accompagnent ce mode de chercher des richesses. Le manque de succèsdeces derniers
a fourni l'occasion à d'autres individus
d'un caractère rapace, de profiter de leur
malheur, et d'acheter probablement leurs
propriétés à très-bas prix. Ces êtres immoraux , semblables aux paysans de Cornouaille, 3 qui voient un naufrage sans
compassion, et qui trompent même le pilote par de faux feux 3 refusent non-seulement d'assister le planteur, mais le conduisent même à sa ruine. L'homme opulent
de ce caractère inhumain prête à lentrepreneur une sommed'argent suffisante pour
acheter une terre; et celui-ci, dans l'espoir
d'avoir toujours crédit, se prépare à apt
provisionner sa propriété; mais au moment
où son industrie l'a mis en état de remplir
cette dernière tâche, le créancier insensible
prétend avoir besoin de son argent : la loi --- Page 325 ---
(313 )
est rigourense ; personne n'ose acheter la
plantation, à cause de la dépense qu'il faut
encore y faire; conséquemment le prêteur
la garde pour le prix qui lui convient, et
le malheureux planteur est ruiné pour toujours. Ainsi l'oppression de la part du
créancier, et le malheur du côté de l'entrepreneur contribuent également aux progrès
de la plantation.
Le philosophe, qui spécule dans son
cabinet, regarderoit la nature précaire des
propriétés des Antilles comme un objet suffisant pour l'empêcher de s'embarquer dans
une pareille entreprise ; c'est cependant ce
qui fait qu'il se dépense tant d'argent pour
tâcher d'avoir de grands produits.
Le prix du sucre est extrêmement variable, etla principale cause de l'inégalité des
profits qwilrapporte.provient de la manière
dont il est bien ou mal manufacturé. Tous
ceuxquivoientla: méthodedefaire elesucre,la
considèrent comme un procédé fort simple,
et, par une propension naturelle à l'imitation, desirent s'engager dans une pareille
entreprise. Or, quand tant de gens sans
8xpérience se mettent à la tête d'une ma-
grands produits.
Le prix du sucre est extrêmement variable, etla principale cause de l'inégalité des
profits qwilrapporte.provient de la manière
dont il est bien ou mal manufacturé. Tous
ceuxquivoientla: méthodedefaire elesucre,la
considèrent comme un procédé fort simple,
et, par une propension naturelle à l'imitation, desirent s'engager dans une pareille
entreprise. Or, quand tant de gens sans
8xpérience se mettent à la tête d'une ma- --- Page 326 ---
(314)
mufacture, le plus grand nombre ne doit
certainement pas être celui qui réussit; et
ils ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes
de leur manque de succès, tandis qu'ils
l'attribuent souvent à la variation des prix.
Voici des causes qui contribuent beaucoup à la culture rapide des Antilles : il y
en a peut- être d'autres plus matérielles ;
mais cette discussion est étrangère à mon
sujet.
Les détails ci-dessus sur la culture et la
fabrication du sucre, paroîtront peut - être
ennuyeux à ceux qui ne font pas attention
à l'importance du sujeb; mais comme il se
trouve tant d'individus qui sont plus ou
moins intéressés dans le commerce et les
manufactures des Indes occidentales, cela
m'excusera en quelque sorte d'avoir mis
ces observations sous les yeux du public.
Nous allons, dans le chapitre suivant, 2
donner au lecteur tous les renseignemens
que nous nous sommes procurés sur les
autres productions des colonies qui ne sont
point d'un intérêt si majeur, telles que le
coton, l'indigo, le café, le cacao, le piment et le gingembre. Ces denrées, avec --- Page 327 ---
(3 315 )
le sucre et le rum, contribuent prineipalement au frêt immense d'un plus grand
nombre de yaisseaux, que toutes les villes
d'Angleterre ensemble n'en employoient au
commencement du siècle actuel. --- Page 328 ---
316 )
CHAPITRE IV.
Du colon, de sa eroiesance, et de ses différentes
espèces. Sa culture.et les risques dont elle est
accompagnée. Importations de cette marchandise
en Angleterre, et profits des manufactures auxquelles
elle donne lieu. Indigo, sa culture et sa fabrication.-Opulence des premiers planteurs d'indigo à
la Jamaique, et réflexions sur la décadence de cetle
branche de culture dans cette "ile. -Café, celui des
Antilles est-il égal au moka ? -$ Situation et sol.
Droit exorbifant auquel il éloit sujet dans la GrandeBretagne-Mathode approuvée de cultiver la plante
et de nettoyer la graine. Estimation des dépenses
annuelles et du produit d'une plantation à café,-
Cacao, gingembre, arnotto, aloès et piment.
C O T O N.
Cemr plante, l'un des plus beaux dons
de la bonté du Créateur, se trouve dans
toutes les régions de l'Asie, de l'Afrique et
de l'Amérique, situées sous le Tropique.
Le coton que l'on manufacture en toile,
est de deux espèces.
Le premier se subdivise en deux autres,
. Estimation des dépenses
annuelles et du produit d'une plantation à café,-
Cacao, gingembre, arnotto, aloès et piment.
C O T O N.
Cemr plante, l'un des plus beaux dons
de la bonté du Créateur, se trouve dans
toutes les régions de l'Asie, de l'Afrique et
de l'Amérique, situées sous le Tropique.
Le coton que l'on manufacture en toile,
est de deux espèces.
Le premier se subdivise en deux autres, --- Page 329 ---
( 2e - 317 )
dont l'une est de nature à ne pouvoir
être séparée de la semence qu'avec la
main. On en fait principalement les mêches
des lampes qui servent pendant la cuisson
du sucre ; au lieu que s'il pouvoit tse séparer
comme l'autre, ce seroit une très-bonne
acquisition pour nos manufactures. La seconde espèce à graines vertes, quoique
beaucoup plus belle que les autres dont on
fait généralement usage, est encore inférieure à la dernière; elle a un verd plus
terne et des semences plus grosses. Ces deux
espèces de cotonniers deviennent de grands
arbres, qui fleurissent depuis le mois d'octobre jusqu'en janvier 3 et qui portent du
fruit depuis février jusqu'en juin. Les fleurs
sont composées de cinq feuilles jaunes 3
superbes mais sans odeur. Chaque feuille a
au bas une tache rouge. Le fruit, quand il
est mûr, s'ouvre en trois ou quatre loges, >
et laisse voir le coton en autant de houpes
blanches. Ces houpes sont entremélées de
petites graines noires.
Le cotonnier arbuste ressemble à un
groseiller européen 3 et est de plusieurs
sortes.
Il produit, 1°, le coton commun de la --- Page 330 ---
(318 )
Jamaique, qui est grossier mais fort; quoique la fragilité de sa semence et la difficulté
de le nettoyer le rendent moins proltitable
que les autres espèces, la force de l'habitude l'a toujours fait conserver;
20. Le coton à barbes brunes, qui est
d'une qualité supérieure; mais il est plus
difficile à nettoyer ;
3°. Le coton nankin, qui ne diffère de
l'autreq qu'en couleur, et qui donne son nom
à la toile dont il est la substance;
48. Le coton français, ou à petites semences, que l'on cultive communément à
Saint-Domingue : il est plus fin et plus productif que celui de la Jamaique ou le coton
à barbes brunes, mais moins fort; ;
5°.Le vrai coton du Brésil : comme il est
extrèmement bon , qu'il produit beaucoup,
et se nettoie bien, il est très-imprudent de
la part des planteurs de le mêler avec aucun
autre.
Toutes ces différentes espèces se cultivent de la même manière; et comme la sécheresse est ce, qu'il y a de plus essentiel
pour la croissance du coton, il suffit de le
planter dans les sols les plus pierreux,
pourvu qu'ils aient été épuisés par une
vrai coton du Brésil : comme il est
extrèmement bon , qu'il produit beaucoup,
et se nettoie bien, il est très-imprudent de
la part des planteurs de le mêler avec aucun
autre.
Toutes ces différentes espèces se cultivent de la même manière; et comme la sécheresse est ce, qu'il y a de plus essentiel
pour la croissance du coton, il suffit de le
planter dans les sols les plus pierreux,
pourvu qu'ils aient été épuisés par une --- Page 331 ---
- 319 )
culture antérieure. Depuis le mois de mai
jusqu'au mois de septembre inclusivement,
c'est la saison la plus propre pour semerle
coton. On met hnit ou dix grains dans le
même trou, parce qu'il. faut calculer les
chances qu'ilyen aura de mangés par le vercoquin, et que d'autres pourriront. Les jets
paroissent au bout de quinze jours, et il
faut alors prendre grand soin de ies dégager
de tout ce qui peut nuire à leur croissance,
en en laissant cependant deux ou trois des
plus forts dans chaque trou, en cas que
le vercoquin les attaque. Trois mois après
on en coupe la cime, afin de les faire croître
latéralement. Au bout de cinq moisla plante
pousse SCS belles fleurs jaunes,et deux mois
après le fruit paroit. Quand on a recueilli
le duvet ou la laine, on en'sépare la semence par le moyen d'un instrument fort
simple appelé lin, composé de deux rouleaux parallèles tournant en sens opposés.
On y fait passer le coton, et comme l'espace entre ces deux rouleaux n'est pas
suffisant pour admettre la semence, elle
se sépare et tombe. On charpisse alors le
duvet pour le nettoyer de toutes les substances étrangères qui s'y attachent; et après --- Page 332 ---
(320 )
en avoir fait des balles d'environ 200 livres
pesant, on l'envoie au marché.
Dans les cotons que produisent les Indes,
occidentales, ily a une grande différence
de qualités.
par livre.
Le coton de Berbice fut vendu en 1780, 2* 8r
celui deDemerarai, depuis 2* 4jusquà 2 8
de Surinan,
2 6
de Cayenne,
2 6
de Saint-Domingue,
2 3
de Tabago,
2 I
de la Jamaique,
I 17
Quoique les prix puissent avoir changé
depuis, cependant leur valeur relative est
toujours la même. Il est aussi digne d'observation que la différence de prix entre le
coton de la Berbice et celui de la Jamaique,
est de 29 à 4o'francs par cent en faveur du
premier. Preuve convaincante qu'il est
absolumentnécessaire de faire un bon choix
des semences.
En faisantl'estimation des dépenses d'une
plantation de coton, s et de son produit 9
je me borne à un petit capital, parce que
le cas est bien différent de celui d'une
plantation à sucre 7 où l'entrepreneur a
besoin d'un approyisionnement énorme
de la Jamaique,
est de 29 à 4o'francs par cent en faveur du
premier. Preuve convaincante qu'il est
absolumentnécessaire de faire un bon choix
des semences.
En faisantl'estimation des dépenses d'une
plantation de coton, s et de son produit 9
je me borne à un petit capital, parce que
le cas est bien différent de celui d'une
plantation à sucre 7 où l'entrepreneur a
besoin d'un approyisionnement énorme --- Page 333 ---
(321)
avant' de pouvoir commencer. Il ne faut,
au planteur de coton, que très - peu d'argent. Il se trouve dans plusieurs endroits.
de laJamaique, des terres propres à la culture. du coton, en raison de 5o francs par
acre ; mais comme il est nécessaire de
changer de terrain, nous en accorderons
une double quantité, Il faudra donc 3
livres tournois.
Pour cinquante acres à 50*
2,500 of oh
Dépense de défricher et de planter
vingl-cinq acres à 120 liv. par
acre,
3,000
Douze nègresà 1,200 liv.chacun, 14,400
Lintérêt pour un an à 6 pours, 1,094
Entretien, nourriture, el médecines pour un an,
2,064
Total.
23,058* o oh
La méthode générale de calculer, à la
Jamaique, est de compter sur une récolte
de 120 liv. par acre;. mais d'après l'évalua-,
tion de plusieurs récoltes, je ne crois pas
qu'on en recueille plus de 112 livres. En
supposant donc que le prix du coton soit
de 30 sous par livre, et qu'iln'en croisse pas
plus de 100 liv. par acre, le produit de 25
--- Page 334 ---
- 322 )
acres sera de 3,750 francs. En déduisant 600
francs pour les dépenses accidentelles 3 le
reste sera 3,150 liv., intérêt de près de 141.
pour cent pour le capital. Si le coton se
vend 46 sous, le bénéfice sera d'environ 20
pour 100.
Mais pour contre : balancer ce produit,
ilfaut dire que le coton est une marchandise
bien précaire. Le vercoquin, le puceron, 3
et la pluie menacent continuellement sa
destruction. Dansles iles Bahama,en 1788,
il n'y en eut pas moins de 280 tonneaux
dévorés par les vers. On ne sauroit cependant mier que, comme les demandes de
coton sont à présent si considérables., la
culture de cette plante ne puisse devenir
par la suite un objet très-lucratif, et que
les prôfits seront encore plus grands, sil'on
a soin de se procurer les meilleures espèces
de semences.
Je vais conclure en offrant à mes lecteurs
les tableaux suivans, tirés des sources les
plus authentiques, qui ne manqueront paz
d'encourager l'esprit de spéculation.
f --- Page 335 ---
(323)
Compte du coton étranger importé dans
* les Indes occidentales anglaises , dans
des vaisseauz anglais.
années.
livres pesant.
1,135.750
1,398,500
1,346,386
1,158,000
Compte du coton étranger importé dans
les Indes occidentales anglaises, durant
l'acte des ports libres.
années.
livres pesant.
2,169,000
1,573,280
1,962,500
1,943,000
Compte du coton anglais, et étranger, importé-dans la Grande- Bretugne, des
Indes occidentales anglaises.
années.
livres pesant.
6,893,959
8,204,61I
7.830,734
9,396,921
du coton étranger importé dans
les Indes occidentales anglaises, durant
l'acte des ports libres.
années.
livres pesant.
2,169,000
1,573,280
1,962,500
1,943,000
Compte du coton anglais, et étranger, importé-dans la Grande- Bretugne, des
Indes occidentales anglaises.
années.
livres pesant.
6,893,959
8,204,61I
7.830,734
9,396,921 --- Page 336 ---
(3 324)
Compte du coton importé dans la GrandeBretagne de toutes les parties dit
monde.
années.
livres pesant. évalué quand il est
manufacturéà
11,280,338
94,800,000* tournois.
17,992,888
144,000,000
19,151,867
156,000,000
22,6c0,000
180,000,000
Machines établies dans la Grande Bretagne
(1787). pour manufactureg le coton.
143 moulins à eau, coûtant 17,160,000* tournois.
20,500 moulins à bras, y
compris les bâtimens ét
machines auxiliaires,
6,840,000
Total. :
24,000,000
Les machines sont si bien construites,
qu'avec une livre de coton de Demerarai,
elles ont produit un fil quiavoit 56 lieues
de long. Les manufactures de coton de la
Grande-Bretagne n'entretiennent pas moins
de 600,000 personnes. D'après le calcul le
plus exact, les manufactures de laine n'emploient pas plus d'un million d'individus, --- Page 337 ---
(325)
de sorte que leur importance n'excède Pas
du double, celle desmanufactures de cotorr.
I N D I G O.
Dans les Indes occidentales anglaises, il
ya de trois espèces d'indigo, dout la première, quoique plus dure et plys belle, est
cependant moins estimée que les deux autres.Les troisespèces ontune qualité quileur
est commune, c'est de croître dans les plus
pauvres terrains, et de ne pas être affectées
parla plus grande chaleur; mais la moindre
pluie les fait mourir. Pour cultiver l'indigo,
quand la terre est défrichée et nettoyée, on
la divise en tranchées, et on l'ensemence
avec la main : un boisseau de semences
suffit pour quatre ou cinq acres. La saison
la plus propre pour semer l'indigo dans les
Antilles 3 paroît être le mois de mars. Sur
le continent de TAmérique, elle varie avec
le printems quiy est très-varié. Cette plante
aime beaucoup le soleil et ne prospère
que dans les régions des Tropiques. L'in.
secte le plus nuisible à la croissance de
l'indigo, est une espèce de vercoquin. Il
a'y 2. pas d'autre remède que de changoz
La saison
la plus propre pour semer l'indigo dans les
Antilles 3 paroît être le mois de mars. Sur
le continent de TAmérique, elle varie avec
le printems quiy est très-varié. Cette plante
aime beaucoup le soleil et ne prospère
que dans les régions des Tropiques. L'in.
secte le plus nuisible à la croissance de
l'indigo, est une espèce de vercoquin. Il
a'y 2. pas d'autre remède que de changoz --- Page 338 ---
(326 )
Ia plante de terrain ; et c'est àla négligence
de ce procédé que l'on doit attribuer tous
les manques de succès récemment éprouvés
par les planteurs. Le produit ordinaire de
l'indigo, quand il échappe aux insectes,
est pour la première coupe de 80 liv. par
acre, de l'espèce appelée à col de pigeon,
ou de 60 liv. de celle qu'on nomme guatimale. Les autres coupes rendent moins;
mais quand la terre est neuve, les cinq
coupes ensemble rapportent quelquefois
300 liv. par acre de la dernière qualité.
Pour l'entretien de cing acres, 3 il ne faut
que quatre nègres, qui pourvoient d'ailleurs
à leurs propres besoins.
Pour en séparer la teinture, il faut deux
citernes, placées l'une au-dessus de l'autre.
La première s'appelle la pourriture, l'autre
la batterie. Outre cela, il faut un bassin à
chaux, 2 avec un robinet, au moins huit
pouces au-dessus du fond, afin qu'il y aif
assez de place pour que la chaux s'y dépose avant qu'on soutire l'eau de chaux
dans la batterie. Quand on a mouillé les
plantes, on les couche par lits dans la
pourriture, jusqu'à ce qu'elle soit L ux trois
quarts pleine ; on les cougre ensuite de --- Page 339 ---
(327)
planches que l'on a soin de charger, pour
empècher que les plantes ne montent sur
la surface, jusqu'à ce qu'elles soient bien
imbibées d'eau. On les laisse alors fermenter, mais on prend grand soin que Ie fruit
n'en sorte pas trop vite ou n'occasionne
la patréfaction des têtes, en les retenant
trop long-tems dansl'eau. La société d'agriculture d'Hispaniola a fait plusieurs expériences pour trouver combien de tems il
étoit nécessaire de laisser : 'fermenter lindigo, et a eu la complaisance de publier
la recette suivante pour l'avantage du
public.
C Quand l'indigo a passé huit à neuf
heures dans la citerne, tirez-en un peu
d'eau, trempez-y une plume, et faites
quelques traces sur du papier blanc. Le
premier essai donnera probablement une
couleur foncée, et, dans ce cas, l'indigo
n'a pas assez fermenté. Il faut répéter
cette opération tous les quarts - d'heure, 2
jusqu'à ce qu'il perde sa couleur, et alors
il est arrivé à son vrai degré de fermentation >.
Il cst étonnant qu'une expérience si
simple, Si elle répond au but, ait été si
-y une plume, et faites
quelques traces sur du papier blanc. Le
premier essai donnera probablement une
couleur foncée, et, dans ce cas, l'indigo
n'a pas assez fermenté. Il faut répéter
cette opération tous les quarts - d'heure, 2
jusqu'à ce qu'il perde sa couleur, et alors
il est arrivé à son vrai degré de fermentation >.
Il cst étonnant qu'une expérience si
simple, Si elle répond au but, ait été si --- Page 340 ---
(328 )
long-tems ignorée par les planteurs d'indigo. J'avoue que, quoique je n'en aie pas
fait lépreuve, je ne crois pas qu'elle soit
eflicace. Je pense que la méthode suivante,
que je donne sur l'autorité de M. Lediard,
est beaucoup plus sûre.
€C Faites un petit trou dans la pourriture, à six ou huit pouces du fond, outre
l'ouverture pour soutirer l'eau imprégnée; bouchez aussi ce trou avec une cheville, cependant de manière qu'elle laisse filtrerun filet d'eau.1 Lorsqueles plantes auront
trempé pendant plusieurs heures, le fluide
filtrant paroîtra d'un beau verd; et au bas
de la citerne, d'où il coule dans la batterie, il aura une couleur de cuivre. Cette
teinte de cuivre montera graduellement, à
mesure que la fermentation se fera,jusqu'à
la cheville; et quand' cela arrivera, il sera
à propos d'arrêter la fermentation.
cc Pendant les progrès de cette fermentation, il faudra faire beaucoup d'attention
à l'odeur de la liqueur qui suintoit
par
l'ouverture ; car si elle avoit la moindre
âcreté, il seroit nécessaire de la Jaisser
immédiatement écouler dans la batterie,et
d'y ajouter de l'eau de chaux a C sCZ forte --- Page 341 ---
( 329 )
pourl lui faire perdre cette âcreté. En coulant
de la citerne, elle aura une couleur verte
avec' un mélange de beau jaune ou couleur
de paille; mais dans la batterie, elle sera
d'un très-beau verd >>.
Quand la liqueur est dans la batterie, il
faut alors la battre. Cela se faisoit autrefois
avec la main ; mais on fait aujourd'hui
usage de soliveaux mis en mouvement par .
une roue que tourne un cheval ou unl
mulet. Lorsque la liqueur est épaissie, on
y jette de l'eau de chaux pour opérer une
séparation 3 et prévenir la putréfaction;
mais il faut que celui qui est chargé de
cette opération sache bien distinguer les
différens degrés de ce procédé; car si l'indigo n'a pas été assez agité, il devient verd
et grossier; et quand il l'est trop, il devient
presque noir. Lorsque l'enveloppe est déchargée de ses grains, et que le fruit est
coulé à fond,leau qui se trouve au-dessus
est soutirée dans des moules et forme lindigo, qui est alors propre à être envoyé
au marché.
D'après la nature prolifique de cette
plante, le peu de dépense qu'exige sa fabrication, et le petit nombre de nègres qu'il
'a pas été assez agité, il devient verd
et grossier; et quand il l'est trop, il devient
presque noir. Lorsque l'enveloppe est déchargée de ses grains, et que le fruit est
coulé à fond,leau qui se trouve au-dessus
est soutirée dans des moules et forme lindigo, qui est alors propre à être envoyé
au marché.
D'après la nature prolifique de cette
plante, le peu de dépense qu'exige sa fabrication, et le petit nombre de nègres qu'il --- Page 342 ---
330 )
fant pour sa culture, il paroit d'abord étonnant qu'étant susceptible de rendre douze
centsliv. par vingt acres, elle ait simalréussi
entre les mains de plusieurs individus qui
en ont essayé la culture. Il est.néanmoins
certain que les planteurs, qui ont entrepris
de manufacturer l'indigo, et qui ont éprouvé
de si grandes pertes 4 étoient des gens trèsinstruits dans le commerce 3 et ne manquoient ni d'industrie, ni de propriétés.
La raison la plus satisfaisante que l'on
puisse donner de leur manque de succès,
c'est la mortalité terrible qui eut lieu parmi
leurs nègres, (provenant de la vapeur de
la liqueur fermentée) et qui accompagne
toujours une manufacture d'indigo. Cela,
joint à d'autres causes moins graves, a
frustré toutes leurs espérances de gain par
ce genre de travail, et leur a fait tourner
leur industrie vers d'autres objets.
C A F É.
L'on a déja donné au public tant d'essais
sur les qualités de cette fève, qu'il est
presque impossible d'ajouter la moindre
chose à son ayantage. Entre les ouyrages, --- Page 343 ---
(3 331) )
recommandables, écrits sur ce sujet, ilr n'y
en a point qui ait plus mérité l'approbation publique que celui du célèbre docteur
Benjamin Moseley; qui, depuis 1785,a eu
cinq éditions en anglais, et qui a été traduit dans presque toutes les langues de
l'Europe.
Il est depuis long-tems connu que le
café des Indes occidentales est inférieur à
celui de Moka; mais l'on s'est trompé en
supposant que cette infériorité provenoit
de ce que le café des Antilles étoit la production d'un arbre d'une qualité inférieure.
Pour réfuter cette supposition," et pour
prouver que cette différence dépend du
sol, du climat et de la manière de le curer,
il suffira de démontrer que le café des Indes
occidentales, transplanté dans une serrechaude anglaise, devient meilleur que tous
les cafés de l'Orient.
La petite fève qui, dans P'Arabie et les
Antilles, croît sur les coteaux secs, est
celle qui plait davantage aux Anglais; mais
des fères d'un verd pâle qui viennent dans
un sol gras, profond, et que l'on garde
quelques années avant de pouvoir s'en servir, sont les plus recherchéesepar les nd-
que le café des Indes
occidentales, transplanté dans une serrechaude anglaise, devient meilleur que tous
les cafés de l'Orient.
La petite fève qui, dans P'Arabie et les
Antilles, croît sur les coteaux secs, est
celle qui plait davantage aux Anglais; mais
des fères d'un verd pâle qui viennent dans
un sol gras, profond, et que l'on garde
quelques années avant de pouvoir s'en servir, sont les plus recherchéesepar les nd- --- Page 344 ---
(332) )
gocians de T'Amérique septentrionale. Il
n'est donc pas surprenant que, tant qu'il
y a eu sur cette denrée des droits exorbitans, les marchés de l'Amérique aient
été regardés comme plus avantageux que
ceux de la Grande-Bretagne, et que conséquemment la dernière espèce ait été plus
généralement cultivée. Mais depuis 1783,
le gouvernement britannique a diminué
considérablement ces droits, et le commerce a pris une direction bien différente.
Les demandes d'Angleterre ont augmenté
avec tant de rapidité, 3 que les planteurs
ont changé la nature de leurs denrées,
d'après le goût des acheteurs. Il faut cependant conyenir que l'on ne peut pas toujours trouver un sol propre à la petite fève;
mais dans un pays où l'on rencontre une
si grande variété de terroirs, il est bien
digne de l'attention du cultivateur d'en
savoir faire la différence.
Toutes les iles de l'Amérique, mais particulièrement la Jamaique, abondent en
collines ronges de ce terreau chaudmet graveleux, si propre au café qui porte un fruit
très-odoriférant. Dans les bonnes terres, les
arbres peurg gnt porter toute l'année, pouryu --- Page 345 ---
( : 333 )
qu'on ait soin d'empêcher ; au tems des
fleurs, qu'ils ne soient desséchés par le vent
de nord, si souvent funeste à ce genre de
production. La manière de planter est de
mettre les jeunes plants à huit pieds de
distance l'un de l'autre, dans toutes les
directions, et dans des trous assez grands
pour contenir le bas du plant et tontes ses
racines; quoique la distance que l'on met
ordinairement entre les plants., soit de
huit pieds, il arrive cependant que, dans
les terres fertiles, les arbres deviennent si
considérables, qu'ils s'empêchent mutuellement de croitre; il est, en pareil cas 3
avantageux de couper tous les seconds
rangs à dix on douze pouces de terre; et
souvent ces arbres ainsi coupés donnent,
l'année d'ensuite, une récolte assez abondante.
Le produit d'une plantation à café dépend de la nature du sol. Dans les terrains
secs, une livre et demie de café préparé
est regardée comme une assez bonne récolte sur un seul arbre; mais, dans les
.
terrains spongieux et fertiles, un arbre en
rend souvent six livres : il est vrai qu'il
n'est pas d'aussi bonne qualité, Le calcul
de terre; et
souvent ces arbres ainsi coupés donnent,
l'année d'ensuite, une récolte assez abondante.
Le produit d'une plantation à café dépend de la nature du sol. Dans les terrains
secs, une livre et demie de café préparé
est regardée comme une assez bonne récolte sur un seul arbre; mais, dans les
.
terrains spongieux et fertiles, un arbre en
rend souvent six livres : il est vrai qu'il
n'est pas d'aussi bonne qualité, Le calcul --- Page 346 ---
(334)
suivant pent être considéré comme asséz
exact. Quand les arbres s'élèvent de vieux
troncs, le rapport de la première année
est ordinairement de 300 liv.; celui de la
seconde, de 500 liv.; et celui de la troisième, de 600à 700 liv. par acre. Les arbres
provenant des jeunes plants ne rapportent
rien pendant trois ans; après quoi on peut:
raisonnablement s'attendre à une récolte
de 750 liv. par acre.
Manière defaire la moisson.
Quand les planteurs s'aperçoivent que
le fruit est mûr, ils étendent des draps
sous les arbres, qu'ils secouent de tems
en tems,et le fruit tombe. Les fèves,ainsi
cueillies, sont ensuite mises sur des nattes, s
et exposées au soleil avec l'enveloppe, jusqu'à ce qu'elles soient parfaitement sèches,
ce qui demande un tems considerable. On
fait ensuite sortirles firesdeleurenveloppe,
par le moyen d'un grand et gros rouleau
depierre, et on les étend encore au soleil,
car les planteurs croient, qu'à moins que
le café ne soit bien sec, il est en danger
de s'échauffer. On le nettoie ensuite par --- Page 347 ---
(335 )
le moyen d'un grand van, et on l'emballe
pour le vendre.
Le procédé ci-dessus est certainement
plus propre à conserver la saveur de la
fève; mais je crois que la méthode ciaprès, que l'on pratique dans les Indes
occidentales, outre qu'elle est infiniment
moins enmuyeuse, doit permettre au marchand de vendre son café moins cher que
celui qui est manufacturé en Arabie. Le
nègre, chargé de le cueillir 5 a un sac
attaché au cou, qu'il tient ouvert par le
moyen d'un cercle qu'il a entre les dents.
Quand il est habile, il peut aisément en
cueillir trois boisseaux par jour ; et cent
boisseaux de café, en cosse s rendent
mille livres de café écossé et propre à envoyer au marché.
Le café se cure ou avec la cosse, ou
écossé. Quand on le cure avec la cosse s
on l'étend au soleil sur une terrasse en
talus ou sur une platte-forme de planches,
etil est ordinairement sec dans l'espace de
trois semaines; après quoi on le tire de
son enveloppe par le moyen d'un moulin.
Quand on en ôte la cosse, aussitôt que le
Café sort de l'arbre, on fait usage d'un
propre à envoyer au marché.
Le café se cure ou avec la cosse, ou
écossé. Quand on le cure avec la cosse s
on l'étend au soleil sur une terrasse en
talus ou sur une platte-forme de planches,
etil est ordinairement sec dans l'espace de
trois semaines; après quoi on le tire de
son enveloppe par le moyen d'un moulin.
Quand on en ôte la cosse, aussitôt que le
Café sort de l'arbre, on fait usage d'un --- Page 348 ---
( : 2 336 )
moulin à écosser (machine composée d'un
rouleau cannelé,, d'une planche adaptée
aux cannelures du rouleau, et d'une espèce
d'auge en talus pour les entretenir) : un
nègre peut seul en écosser un boisseau par
minute avec cette machine. La fève, encore dans sa peau, s se lave ensuite dans
des tamis de fil-d'archal, et est exposée au
soleil.
Il y a eu de longues discussions sur la
question de savoir quelle étoit la plus avantageuse de ces méthodes. Je crois que la
première laisse plus de saveur; mais elles
sont toutes denx susceptibles de donner de
bon café avec le secours du tems, qui en
augmente plus eflicacement la qualité. La
membrane ou peau qui tient encore à la
fève, en est séparée par une machine ainsi
construite : un axe perpendiculaire est entouré d'une auge ; et à environ un pied
du niveau de sa surface, il y a attachés à
l'axe quatre bras horizontaux, auxquels
sont fixés' autant de rouleaux. En les faisant
tourner, ils brisent le café, de manière à
séparer la peau de la fève; et lorsque cette
séparation est effectuée, on en ôte les peaux
par le moyen d'un van. On en cure de cette
ainsi
construite : un axe perpendiculaire est entouré d'une auge ; et à environ un pied
du niveau de sa surface, il y a attachés à
l'axe quatre bras horizontaux, auxquels
sont fixés' autant de rouleaux. En les faisant
tourner, ils brisent le café, de manière à
séparer la peau de la fève; et lorsque cette
séparation est effectuée, on en ôte les peaux
par le moyen d'un van. On en cure de cette --- Page 349 ---
337 )
manière 1500 liy. par jour. La méthode de
curer par le moyen des poëles a été reconnue sip préjudiciable au goût et à l'odeur
du café, qu'elle est presque entièrement
abandonnée. Il n'y a véritablement pas de
substance si susceptible de s'imprégner des
exhalaisons de tout ce qu'elle approche :
<Les fèves du café, dit le docteur Moseley,
sont très-sujettes à s'imprégner des exhalaisons des autres corps; c'est pourquoi
elles prennent quelquefois une saveur désagréable. Le rum, placé auprès du café,
en imprégnera tellement les fèves en trèspeu de tems, qu'il fera grand tort à leur saveur; et. M. Miller raconte qu'ilya quelques
années, quelques sacs de poivre, à bord
d'un vaisseau des Indes, gâtèrent toute une
cargaison de café >.
Nous ne saurions plus convenablement
conclure ce sujet, qu'en offrant une estimation des frais exigés pour la culture de
cette denrée, 2 et des récoltes que l'on doit
raisonnablement en attendre. Je pense que
c'est la plantela plus avantageuse des Indes
occidentales 3 et celle qui rapporte le plus.
Je ne suis cependant pas de l'avis de ceux
qui, sous prétexte que cette denrée est fort
--- Page 350 ---
3 338 )
lucrative, voudroient l'écraser de droits, 3
et qui soutiennent leur opinion en disant
que ce n'est pas le marchand qui iles paie,
mais le consommateur. Si les droits devenoient assez exorbitans pour en diminuer
la consommation 3 le planteur ne seroit
plus si porté à la cultiver que les autres
articles dont on feroit de plus grandes demandes. Pendant cinq ans que des impôts
énormes ont été mis sur le café, il ne s'en
importa pas 7,000,000 de liv. dans la GrandeBretagne, tandis que Saint-Domingue en
at tous les ans fourni à l'Europe 70,000,000;
et quoique les demandes de la GrandeBretagne soient augmentées depuis la diininution des droits sur le café, 12 sous par
o livre font encore un impôt. trop considérable pour que le café devienne une boisson
générale.
Estimation des frais et du rapport d'une
plantation à cafe, dans les montagnes de
la Jamaique, à cing lieues de la mer, en
livres tournois.
Achat de 300 acres'de terre, dontla
moitié, est mise en subsistances et
liv. tournois.
patarages, à 50 fr, par acre 3
15,000
droits sur le café, 12 sous par
o livre font encore un impôt. trop considérable pour que le café devienne une boisson
générale.
Estimation des frais et du rapport d'une
plantation à cafe, dans les montagnes de
la Jamaique, à cing lieues de la mer, en
livres tournois.
Achat de 300 acres'de terre, dontla
moitié, est mise en subsistances et
liv. tournois.
patarages, à 50 fr, par acre 3
15,000 --- Page 351 ---
( 2e 33g )
liv. fournois.
De ICO negres à 1,200 liv. chaque,
120,000
De 201 mulets à 480 liv.
9,600
Bàlimens, outils, moulins, etc.
34,272
Dépense pour l'entretien des nègres
la premicre année, , avant qu'ils
aient tiré des provisions de leur
1errain, à 1o8liv. par nègre (non
comprises les autres dépenses
annuelles quisont ci-après)
I0,800
189,672
Intérêt du capital pour trois ans $
à6 liv. pour :
34.140
223,812
DÉPENSES ANNUELLES.
Econome blanc et son entretien,
3,432
Aukre domestique blanc,
1,200
Médecin et chirurgien,
Entretien des nègres; savoir,
babillemens, outils, poissons
salés, et autres comestibles,
outre ceux de leur terrain, 3,432
Taxes coloniales,
1,716
I0,2 I
Totalpourt trois ans avant qu'on
tire aucun profit,
30,636
Intérêt pour trois ans à 6
pour :
5,514
36,150
Total de la dépense,
259,962 --- Page 352 ---
( - 340 )
Rapport de la quatrième année, à 6ofr.
le cent, ce qui a été le prix commurt
du cafépendant cing ans avant 1792.
De 150 acres de jeunes arbres
à café, on peut la quatrième
liv. tournois.
année s'attendre à 45,000 pesant
27,000
Déduclion pour les frais de la
quatrième année
8,568*
Sacs et selles
9,168
Bénéfice net,
17,832
(Cequifuit à-peu-près 7 pour
cent pour le capital.)
Rapport de la cinquième année et des
années subséquentes.
150 acres rendant 750 P- par acre,
liv. tournois.
I12,500 pes. à 60 liv. le cent,
67,500
Déduction pour les dépenses
annuelles,comme: auparavant, 8,568
Sacs et selles,
1,200
Réparations des moulins, etc. 1,700
I1,468
Bénéfice net,
56,032
(Ce qui fait à-peu-près 22 pour
cent pour le capital.)
ème année et des
années subséquentes.
150 acres rendant 750 P- par acre,
liv. tournois.
I12,500 pes. à 60 liv. le cent,
67,500
Déduction pour les dépenses
annuelles,comme: auparavant, 8,568
Sacs et selles,
1,200
Réparations des moulins, etc. 1,700
I1,468
Bénéfice net,
56,032
(Ce qui fait à-peu-près 22 pour
cent pour le capital.) --- Page 353 ---
(3 341 )
C AC A 0.
Le cacao, ou la noix de chocolat 3 est
indigène de l'Amérique méridionale, et est
encore l'objet d'un commerce considérable
avec les Espagnols. On choisit pour le cultiver un terrain uni et abrité, dans lequel
on fait un grand nombre de trous d'un
pied carré et d'environ six à huit pouces
de profondeur. Le planteur prend ensuite
une feuille de banane ou quelque autre
grande feuille, qu'il place dans la circonférencede chaque trou, en laissant néanmoins
quelques pouces de la feuille au-dessus de
terre, après quoi il fait légèrement descendre le terreau jusqu'à ce que le trou soit
rempli. Il choisit alors trois noix pour
chaque trou, replie la feuille par-dessus 9
après les avoir couvertes d'un peu de terre, >
et met une pierre dessus pour l'empêcher
de s'ouvrir. Au boutde huit à dix jours les
feuilles sont ouvertes, et l'on abrite alors
la plante de feuilles de palmier fixées en
terre ; car le jeune cacao ne fleurit qu'à
l'ombre. Si les trois noix poussent, on en
coupe une 7 quand la plante a 18 ou 20 --- Page 354 ---
(342 )
pouces. Il arrive rarement que les deux
autres prennent racine.
L'arbre est en pleine vigueur dans sa
huitième année, et porte souyent pendant
vingt ans ; mais plusieurs plantations de
cacao ont péri sans.aucune cause visible.
Les gens superstitieux ont toujours regardé
les comètes comme les avant-coureurs de sa
destruction. En dépit de cette fatalité, il
fut cependant un tems où les îles anglaises
abondoient en plantations de cacaotiers 9
et leur culture seroit encore étendue et
profitable, si Ia main rapace des ministres
n'y: mettoit obstacle. Maintenant les seules
plantations de cacao un peu considérable,
dans nos colonies, sont à la Grenade et à
la Dominique. La quantité que l'on en exporte de ces deux fles monte à quelque
chose de plusde 400,000 pés., évaluées dans
les marchés de Londres à 240 mille ou 264
mille liv. tournois.
G I N G E M B R E.
Le gingembre fut porté des Indes orientales aux Indes occidentales par François
de Mendoza, vers l'année 1547, et de là
acao un peu considérable,
dans nos colonies, sont à la Grenade et à
la Dominique. La quantité que l'on en exporte de ces deux fles monte à quelque
chose de plusde 400,000 pés., évaluées dans
les marchés de Londres à 240 mille ou 264
mille liv. tournois.
G I N G E M B R E.
Le gingembre fut porté des Indes orientales aux Indes occidentales par François
de Mendoza, vers l'année 1547, et de là --- Page 355 ---
( 343 )
l'on en exporta d'abord en Espagne une
quantité de2 22,053 pés. Ily a de deux espèces
de gingembre, le noir et le blanc ; le premier se procure par l'infusion dans l'eau
bouillante; le dernier par linsolation ou
l'exposition au soleil, et est beaucoup plus
estimé. La culture des deux espèces ne demande pas plus de soin que celle des pommes de terre dans la Grande-Bretapne,Ceit
à-dire, planter et déterrer, à moins que le
gingembre ne soit destiné à des confitures; ;
dans lequel cas, il fautl'ôter de terre quand
les fibres sont encore tendres et pleines de
jus.On estime la quantiéqselAnglere en
tire de ses iles,à1o,000 sacs de 100 liv. pés.
chacun, qui se vend à Londres en raison
de 48 francs par sac.
ARNOTTO ou BIXA.
La plante indigène est appelée, par BoIanets, bixa : elle s'élève à la hauteur de
sept à huit pieds, et produit des cosses
longues'et hérissées, ressemblantes enquel:
que sorte à l'enveloppe de la châtaigne.
Dans ces cosses est renfermée la semence 2
quiaune odeur désagréable , et ressemble à --- Page 356 ---
(344)
de l'ocre rouge mêlé avec de l'huile. Véritablement les Indiens en faisoient usage
pour se peindre le corps, quand ces iles
furent découvertes. La méthode de la séparer des cosses est en la faisant bouillir,
jusqu'à ce qu'elle en soit entièrement dégagée. On en soutire ensuite l'eau,et on
laisse sécher le dépôt dans des vases peu
profonds. Ainsi préparée, on en fait usage
dans les drogues espagnoles, et on lui attribue beaucoup de qualités médicinales.
Les Hollandais. en mettent dans leur beurre
pour en relever la coulenr, etl'on dit même
que les fermiers anglais en font usage.L'arnotto est cependant une denrée que l'on ne
demande guères et de peu d'importance dans
le commerce.
A I O E S.
L'espèce la plus recherchée de cette denrée
est celle qu'on appele sucotrine ; mais la
seule connue dans nos colonies est l'hépatique. Elle est perpétuée par la plantation
de rejetons, et fleurit dans les sols secs et
arides, où des végétaux moins durs ne tarderoient pas à périr. Quand on a déraciné
la plante, on la nettoie ayec soin, et OR
le commerce.
A I O E S.
L'espèce la plus recherchée de cette denrée
est celle qu'on appele sucotrine ; mais la
seule connue dans nos colonies est l'hépatique. Elle est perpétuée par la plantation
de rejetons, et fleurit dans les sols secs et
arides, où des végétaux moins durs ne tarderoient pas à périr. Quand on a déraciné
la plante, on la nettoie ayec soin, et OR --- Page 357 ---
(345 1e )
la met dans des filets ou dans des paniers ;
que l'on fait bouillir dans de grands chaudrons jusqu'à ce que la liqueur devienne
noire et forte. On la fait ensuite bouillir
de nouveau jusqu'à ce qu'elle aitl la consistance du miel ; après quoi on la verse dans
des gourdes, où elle sèche; elle est ensuite
propre au marché.
P I M E N T.
Cette belle production croît spontandment, mais plus abondamment dans les endroits montueux près de la mer, formant
des forêts étendues qui répandentle parfum
le plus délicieux. C'est uniquement l'enfant
de la nature, et il défie tous les efforts de
l'art pour améliorer sa qualité. Pour se procurer une allée de piments, il ne faut point
d'autre travail que celui de choisir une
pièce de terre boisée dans les environsd'une
habitation, ou dans un endroit où les arbres
épars sont dans l'état de nature; 5 on les
abat et on les laisse pourrir sur la terre.
Environ un an après, on trouve un grand
nombre de piments croissant avec vigueur
dans toutes les parties du terrain.
Il n'ya pas dans le règne végétal une plus
belle production qu'un jeune piment. Son --- Page 358 ---
2 346 2e )
tronc est uni et lisse sans écorce, et a 1S
ou 20 pieds de hauteur; ses feuilles sont
d'un verd foncé comme celles d'un laurier
femelle, 2 et forment un superbe contraste
avec ses grandes fleurs blanches; elles sont
aussi odoriférantes que son fruit. Quant à
la manière de le préparer pour la vente >
les graines se cueillent toujours vertes, 3 car
si l'on en introduisoit de mûres, elles diminueroient la valeur de la marchandise.
Elles se cueillent avec la main, sont étendues sur une terrasse et exposées au soleil
jusqu'à ce qu'elles deviennent d'un brun
rougeâtre ; et lorsqu'elles sont sèches, on
les envoie au marché.
Ona vu des arbres qui ont rapporté cent
livres de piment sec ou 150 de piment verd;
mais comme les récoltes sont fort précaires,
sa oulture n'est pas si attrayante que celle
des autres plantes ; de sorte qu'on a détruit
beaucoup de plantations de piments pour
y mettre des cannes à sucre. La Jamaique
est la seule de nos colonies qui en produise,
et il s'en exporte tous les ans environ 6000
sacs. de 112 liv. chacun. On le vend, année
commune, 20 sous par livre, et ily a un
droit de six sous.
mais comme les récoltes sont fort précaires,
sa oulture n'est pas si attrayante que celle
des autres plantes ; de sorte qu'on a détruit
beaucoup de plantations de piments pour
y mettre des cannes à sucre. La Jamaique
est la seule de nos colonies qui en produise,
et il s'en exporte tous les ans environ 6000
sacs. de 112 liv. chacun. On le vend, année
commune, 20 sous par livre, et ily a un
droit de six sous. --- Page 359 ---
(347)
LIVR E. VI.
GOUVERNEMENT ET COMMERCE.
CHAPITRE PREM I E R.
Elablissemens coloniaux. Capitaine général, o11 gonverneur; ses pouvoirs et prérogatives. Réflexions
sur le choix, en général, des personnes pour remplir
celte placeimportante. - Lieutenant-général, lieulenant-gouverneur, et président du conseil; leurs attributions et fonctions. - Origine de leur prétention à
une portion du pouvoir législatif.- .-Sa nécessité, sa
propriété, sa légalité considérées. Proposition de
quelques amendemens dans la constitution de ce
corps.
L. constitution des Indes occidentales
anglaises est, presque à tous égards, conforme à la constitution de la mère-patrie.
La balance des pouvoirs, qui divise la législature de la Grande-Bretagne en trois
branches, est imitée par les colonies, dont
les différens ordres sont composés d'un --- Page 360 ---
- 348 )
gouverneur, qui a une prérogative semblable à celle du roi, d'un conseil ou chambre
haute, et d'un corps de représentans choisis
par le peuple, qui ressemble à la chambre
des communes d'Angleterre, mais dont les
membres sont plus également et plus loyalement élus par leurs commettans.
GOUV E n N E U R.
Tout gouverneur en chef dans les Indes
occidentales a, en sa qualité de commandant des troupes de sa juridiction, la nomination de tous les officiers au-dessous de
l'état-major; et, en sa qualité civile, il
nomme et destitue les juges des différentes
cours ordinaires de justice, les gardiens de
paroisses 3 les juges de paix et autres employés dans de pareils départemens. L'avis
du conseil, qu'il est tenu de demander, ne
peut être regardéque comme une bien foible
barrière contre l'abus de cette prérogative ;
car il a toujours la ressource de se défaire
de tous les opposans, sous des prétextes
frivoles ; et de les faire remplacer 9 sur-lechamp * par des gens plus soumis. Dans
l'assemblée générale, qui est convoquée,
isses 3 les juges de paix et autres employés dans de pareils départemens. L'avis
du conseil, qu'il est tenu de demander, ne
peut être regardéque comme une bien foible
barrière contre l'abus de cette prérogative ;
car il a toujours la ressource de se défaire
de tous les opposans, sous des prétextes
frivoles ; et de les faire remplacer 9 sur-lechamp * par des gens plus soumis. Dans
l'assemblée générale, qui est convoquée, --- Page 361 ---
(349) )
dissonte, prorogée et ajournée à son gré,
ila la négative ou le veto; et dans ce cas,
prend encore l'avis de son conseil. Il a le
pouvoir de nommer par interim, des personnes de son choix, aux places vacantes; ;
et les pouvoirs des individus ainsi nommés,
sont valables jusqu'à ce que le roi en ait
envoyé d'autres pour les remplacer.
Dans des cas extraordinaires, on a vu
des gouverneurs suspendre des officiers supérieurs nommés par une autre autorité, et
faire remplir leurs places jusqu'à ce que la
volonté du roi fut connue. Comme le roi
d'Angleterre, il peut faire grace aux criminels condamnés, de toutes les dénominations, exceptéen cas de meurtre ou de lèzemajesté, et même dans ces cas,il peut accorder un répit, jusqu'à ce qu'il ait envoyé
en Angleterre et reçu les ordres du souverain.
En général, tout gouverneur dans les
Indes occidentales, exerce les pouvoirs
étendus du grand chancelier de la GrandeBretagne; étant garde du sceau, et président de la haute-cour de chancellerie.
Comme chefdel'Eglise anglicane, il nomme
à tous les bénélices ecclésiastiques, donne --- Page 362 ---
( 350 )
des licences pour les mariages, et est seul
juge de la loi ecclésiastique et consistoriale.
1l préside la cour de cassation, et juge tous
les appels susceptibles de venir devant cette
cour, après avoir passé par les autres cours
des plaidoiries ordinaires. Comme viceamiral des Indes occidentales, il a droit à
tout ce qui est jeté sur la côte, et il accorde
des commissions aux corsaires, par l'intermédiaire - de la cour de l'amirauté. Cette
cour est investie d'un pouvoir correspondant à celui de la cour des archives. Quand
un acte du parlement relatif au commerce
et aux revenus des colonies anglaises de
l'Amérique est enfreint, le juge de cette
cour (aug grand détriment des colons) décide, de son autorité privée, sans l'intervention d'un jury, et est nommé à sa place
par une des attributions de la couronne.
Outre les émolumens de plusieurs emplois, le gouverneur de chaque colonie a
un bon revenu fixe attaché à sa place ; mais
afin qu'il ne soit pas tenté de rechercher la
faveur des principaux membres de l'assemblée, il ne peut accepter aucun traitement,
à moins qu'il ne soit fixé (d'une manière
invariable) dans l'espace d'une année après
ité privée, sans l'intervention d'un jury, et est nommé à sa place
par une des attributions de la couronne.
Outre les émolumens de plusieurs emplois, le gouverneur de chaque colonie a
un bon revenu fixe attaché à sa place ; mais
afin qu'il ne soit pas tenté de rechercher la
faveur des principaux membres de l'assemblée, il ne peut accepter aucun traitement,
à moins qu'il ne soit fixé (d'une manière
invariable) dans l'espace d'une année après --- Page 363 ---
- a 351 )
son arrivée dans les Indes occidentales.
Considérant la fragilité de la nature humaine, la distance de la résidence du gouverneur 7 de la mère - patrie, et sur tout
l'étendue de ses prérogatives, il n'est pas
surprenant qu'il se laisse quelquefois entraîner par l'influence de son autorité. Il
est évident qu'un pouvoir aussi étendu,
plus illimité même que celui du roi d'Angleterre, ne devroit être accordé qu'avec
beaucoup de précaution ; mais c'est une
vérité bien déplorable, que dans la nomination à une place de cette importance s
on ne considère pas invariablement le mérite de lindividu, et que l'esprit de parti
fasse souvent envoyer dans ces régions des
hommes qui ne sont recommanidables que
par leurs vices et leur ignorance, 3 pour
réparer par les émolumens d'un gouvernement, la ruine de leur fortune qu'ils ont
dans leurs pays sacrifiée à la débauche ét à
la dissipation. Quels maux ne doit-on pas
attendre de la part d'hommes si dépourvus
de talens et de caractère ? En supposant
même que la personne envoyée par le ministère britannique soût intègre et fort habile, elle se rendra toujours coupable d'une --- Page 364 ---
( 352 )
multitude d'inconséquences, si elle ne connoît pas les lois de ceux qu'elle doit gouverner. Les actes peu convenables dont elle
se rendra coupable, seront des sources
abondantes de maux futurs, en offrant
continuellement des cxemples d'injustice.
Nous en avons eu une preuve éclatante du
tems que l'Amérique septentrionale étoit
une colonie britannique. Le gouverneur
d'une province de cette partie du mondé
ordonna qu'on pendit un criminelq quelques
jours avant le tems prescrit par sa sentence.
< Ilavoit de bonnes intentions, dit Stokes,
qui raconte cette anecdote; mais étant militaire, il s'imagina que, comme ilavoit le
pouvoir d'accorder des répits, il possédoit
aussi celui de faire exécuter quand il lui
plaisoit >>, Le criminel fut effectivement
pendu, selon l'ordre du gouverneur, et l'on
ne put jamais persuader à ce dernier qu'en
agissant ainsi, il se rendoit coupable de
félonie. Le même auteur nous informe qu'un
autre gouverneur militaire suspendit un
membre du conseil, parce qu'il avoit épousé
sa fille sans son consentement. Outre ces
exemples d'abus de-pouvoir, on pourroit
eiter d'autres actes arbitraires plus crimi-
>>, Le criminel fut effectivement
pendu, selon l'ordre du gouverneur, et l'on
ne put jamais persuader à ce dernier qu'en
agissant ainsi, il se rendoit coupable de
félonie. Le même auteur nous informe qu'un
autre gouverneur militaire suspendit un
membre du conseil, parce qu'il avoit épousé
sa fille sans son consentement. Outre ces
exemples d'abus de-pouvoir, on pourroit
eiter d'autres actes arbitraires plus crimi- --- Page 365 ---
( 1 353 )
nels et dontles suites ont été plus funestes
au public; mais la tâche de dévoiler de
mauvaises actions n'est point du tout agréable,c'est pourquoi nous ne nouss soucions
pas de nous en charger.
La plus grande faute que l'on puisse
commettre dans la nomination d'un gouverneur des Indes occidentales, c'est de
choisir des hommes, dont la manière de
vivre passée indique qu'ils- ignorent les
lois de leur pays. La nature des fonctions
d'un gouverneur démontre qu'il doit avoir
quelque connoissance des lois; cependant
l'état militaire, qui est le moins susceptible
de produire des hommes instruits dans ce
genre d'étude, est la source d'oà l'on tire
les gouverneurs des Antilles. Il seroit néanmoins injuste de ne point avouer que quelques gouverneurs, dont la profession dans
le monde ne leur avoit pas permis de devenir d'habiles jurisconsultes, se sont acquittés des fonctions de leur place aveç
honneur. On pourroit entr'autres citer les
chevaliers Guillaume Trelawney et Basile
Keith, ainsi que le comte d'Eflingham,
qui étoient des hommes justes, judicieux,
et qui furent révérés par le peuple. La Ja23 --- Page 366 ---
354)
maique respectoit tellement ce dernier que,
pour lui témoigner sa reconnoissance, elle
vota un monument magnifique à sa mémoire, sur lequelelle fit inscrire des paroles
qui démontroient sa vénération. Mais les
exemples partiels de cette nature ne sauroient excuser l'inconvenance de choisir
pour gouverneurs des colonies, deshommes
également dénués de mérite, d'intrégrité et
des connoissances requises pour une pareille situation.
LIEUTENANT-GINÉRAL,LIEUTENANT-GOUVERNEUR ET PRÉSIDENT.
Quand un gouvernement comprend plusieurs iles, il y a ordinairement un lieutenant-général qui doit lui succéder, qui est
lieutenant-gouverneur d'une des fles comprises dans la juridiction du capitaine
général. Chacune de ces fles, en l'absence
du gouverneur en chef, est administrée
par un lieutenant-gouverneur,ou plus communément, 9 par le présidentdu conseil; la
place de lieutenant-gouverneur étant dans
le fait une sinecure de 28,800 francs par
an. II y a rarement un lieutenant-gouverneur de nommé à la Jamaique, quand le
qui est
lieutenant-gouverneur d'une des fles comprises dans la juridiction du capitaine
général. Chacune de ces fles, en l'absence
du gouverneur en chef, est administrée
par un lieutenant-gouverneur,ou plus communément, 9 par le présidentdu conseil; la
place de lieutenant-gouverneur étant dans
le fait une sinecure de 28,800 francs par
an. II y a rarement un lieutenant-gouverneur de nommé à la Jamaique, quand le --- Page 367 ---
(355 )
gouverneur en chef réside dans l'ile; car
lorsque cet oflicier donne sa démission ou
obtient un congé d'absence, on y envoie
d'Angleterre un lesenantgamerepnsi
jouit des pouvoirs et des émolumens de la
place. Vers l'année 1767, quand le marquis
de Lansdown, alors comte de Shelburne,
étoit secrétaire d'état, quelques personnes
de la Jamaique demandèrent au ministre
un vice- gouverneur qui résidât dans l'ile.
Milord Shelburne, pour épargner les dépenses de cette place, ôta au gouverneur
le revenu .du, commandement d'une forteresse,appelée lefort Charles; et s'arrangea
avec lord Trelawney pour qu'il cédât le fort
Charles au chevalier Dalling. Le résultat
de cet arrangement ne fut cependant pas
2vantageux. Milord Georges Germaine,successeur de milord Shelburne au ministère,
considérant que 24,000 frarcs par an
n'étoient pas du tout à mépriser, ne vonlut
pas que le commandement du fort Charles
servit aux émolumens du vice
le donna à une de ses créatures gouverneur, qui rési- 9
doit en Angleterre, et qui jouit du revenu
dela place, tandis que le fort fut commandé
par son lieutenant. --- Page 368 ---
356 )
C O N S' E I L.
Les membres de cette assemblée, qui sont
nommés par le roi, et inscrits dans la commission du gouverneur, sont ordinairement
au nombre dé dix ou douze, selon la grandeur de l'ile. Quand leur nombre est réduit
au-dessous de sept, , le commandant en chef
est tenu de nommer de nouveaux membres
pour compléter ce nombre > mais ne pas: a
l'outre - passer. Ces membres que l'on qualifie, par courtoisie ou par politesse, du
titre d'honorable, tiennent le premier rang
aprèsles gouverneur, etle plus ancien prend
sa place quand il est absent ou mort. Ils
sont par rapport au gouverneur ce qu'est le
conseil privé eu égard au roi; mais je crois
quele gouverneur peut agir contrel l'opinion
du conseil. Ils sont juges dans toutes les
commissions de paix, et siègent avec le
gouverneur comme juges, dans les cours,
d'erreur ou de cassation et d'appel de la
cour des archives. Finalement >' indépendamment du gouverneur, ils forment la
chambre haute dela législature, prétendant
aux privilèges du parlement, lançant des
conseil privé eu égard au roi; mais je crois
quele gouverneur peut agir contrel l'opinion
du conseil. Ils sont juges dans toutes les
commissions de paix, et siègent avec le
gouverneur comme juges, dans les cours,
d'erreur ou de cassation et d'appel de la
cour des archives. Finalement >' indépendamment du gouverneur, ils forment la
chambre haute dela législature, prétendant
aux privilèges du parlement, lançant des --- Page 369 ---
( 357 )
mandats d'amener, protestant contre certains actes,et usant de toutes les attributions
du parlement d'Angleterre. Cette double
fonction de législateur et de conseiller d'état
peut paroître incompatible. Le gouverneur
Lyttleton dit : C L'admission d'une pareille
distinction les délie nécessairement du serment qu'ils prêtent comme conseillers,
parce que leur devoir envers le peuple,
comme législateurs 1 semble souvent les
obliger à soutenir des opinions contraires à
celles d'un gouverneur >>. Mais cette objection n'est pas juste; car le serment qu'ils
prêtent comme conseillers, ne leur impose
certainement pas l'obligation d'agir dans
tous les cas, d'après la volonté du gouverneur. Leur devoir,. comme conseillers, est
aussi obligatoire que comme législateurs ;
ce sont les intérêts du peuple qu'ils sont
tenus de consulter.
La qualification d'une propriété territoriale n'est pas indispensable pour l'admission d'un conseiller,, comme pour celle de
membre de l'assemblée. C'est pourquoi je
crains bien que l'on ne reçoive que trop
souvent des individus qui sont fort peu intéressés au bien-être de la communauté, etqui, --- Page 370 ---
2 358 )
consequemment, sont plus enclins à se soumettre à la volonté du gouverneur qu'à
maintenir le bien public. I arrive néanmoins assez fréquemment que ces hommes,
qui sont tout-à-fait étrangers aux intérêts
dn pays, se laissent moins séduire par l'inflnence du gouverneur s que les membres
qui ont des propriétés dans les iles. Dans
le fait, l'instabilité de ce conseil, et le
pouvoir de le suspendre, qui est une des
attributions du gouvernenr, le rendent toujours dépendant ; et jusqu'à ce qu'on ait
remédiéà ce mal, le peuple a plus à craindre
de la complaisance de ses membres pour le
gouverneur, que ce dernier del leur dévouement au peuple.
Phisieurs . personnes intelligentes sort
d'avis queles membres de ce conseil n'omt
'pas réellement le droit de siéger comme
législateurs ; que leurs fonctions se bornent
à être les assesseurs du gouverneur, et
qu'ils n'ont aucune espèce de prétention
légale au pouvoir qu'ils se sont arrogé.
Pour soutenir cette assertion, il a d'abord
été dit qu'un conseil colonial n'a aucane
ressemblance avec les pairs de la GrandeBretagne, et que, conséquemment, il ne
les membres de ce conseil n'omt
'pas réellement le droit de siéger comme
législateurs ; que leurs fonctions se bornent
à être les assesseurs du gouverneur, et
qu'ils n'ont aucune espèce de prétention
légale au pouvoir qu'ils se sont arrogé.
Pour soutenir cette assertion, il a d'abord
été dit qu'un conseil colonial n'a aucane
ressemblance avec les pairs de la GrandeBretagne, et que, conséquemment, il ne --- Page 371 ---
( 2 359 )
doit pas en exercer les fonctions dans le
gouvernement des Indes occidentales. Les
privilèges dont jouit la chambre des pairs
sontsacrés etindépendans; et, quoique eleroi
puisse augmenter le nombre de pairs, - iln'a
pas le droit de le diminuer; mais le conseil
des iles, comme nous l'avons dit plus haut,
peut être. changé ou prorogé au gré du
gouverneur, et ne possède pas. conséquemment des privilèges comparables à ceux
des pairs d'Angleterre. On a ajouté à ces
argumens, que même la prérogative du roi
ne l'autorisoit pas à créer un pareil corps
dans les colonies. Le roi, disent les partisans de cette assertion, a le droit de veto
sur les opérations des autres branches de
la législature; ; mais, par la nature de sa
place, n'étant pas lui-même seul législateur, il ne sauroit avec justice en prendre
le caractère, et encore moins créer dans
aucune partie de ses dominations une autorité qui a besoin du consentement réuni
de toutes les autres parties de la constitution, pour la rendre sacrée.
On peut répliquer à ceux qui nient l'autorité des membres de ce conseil par de
pareils argumens, que, si dans plusieurs --- Page 372 ---
360 )
occasions, l'existence de cette autorité est
indispensable au bien-être de la communauté, il n'est pas absolument nécessaire
qu'elle ait pris son origine dans la constitution ; car lintérêt public doit être audessus de toutes les lois. Mais en maintenant l'utilité de cette branche du gouvernement des Indes occidentales, je ne prétends pas que l'on ait voulu, dans l'origine, établir un corps intermédiaire entre
le gouverneur et l'assemblée. Elle paroit
avoir pris son origine dans le manque de
nobles dans ces pays, et dans la nécessité
d'une chambre législative, qui ne devoit.
pas être intermédiaire entre le gouverneur
et l'assemblée, mais entre l'assemblée et
le roi. Pour fortifier l'influence du roi, le
gouverneur intervint dans cette espèce de
convention, et fut chargé de désigner de.
tems à autre les principaux habitans qu'il
jugeoit les plus propres à remplir les places
vacantes dans le conseil;. et, en conséquence , il est fort rare qu'on y nomme
aucun membre qui n'a pas préalablement
été recommandé par le gouverneur.
Le gouvernement qui subsiste encore à
la Barbade, est une preuye suffisante que
. Pour fortifier l'influence du roi, le
gouverneur intervint dans cette espèce de
convention, et fut chargé de désigner de.
tems à autre les principaux habitans qu'il
jugeoit les plus propres à remplir les places
vacantes dans le conseil;. et, en conséquence , il est fort rare qu'on y nomme
aucun membre qui n'a pas préalablement
été recommandé par le gouverneur.
Le gouvernement qui subsiste encore à
la Barbade, est une preuye suffisante que --- Page 373 ---
(a 36r )
cC fut lk la véritable origine de l'institution du conseil; car, pour y faire des lois,
le gouverneur et le conseil ne forment
qu'uné seule branche de la législature,
siégeant et- délibérant ensemble. Dans le
fait, cette coutume étoit autrefois universellement suivie dans tous les gouvernemens royaux des Antilles s; et elle n'y fut
discontinuée que lorsque le gouverneur 9
ne voulant pas devenir odieux à l'assemblée, en passant des bills peu populaires,
commença à s'absenter du conseil, et laissa
à ses membres seuls la tâche de faire des
lois désagréables. On peut bien supposer
que ceux-ci ne furent pas fachés de délibérer séparément; ; le roi trouva cette méthode propre à ses vues; les représentans
du peuple la souffrirent, et ne la regardèrent pas comme une innovation. S'ils
l'avoient considérée comme telle, ils avoient
le pouvoir de protester contre un pareil
changement; mais il ne paroit pas qu'aucune colonie ait jamais contesté le droit
du conseil pour rejeter un bill sans la concurrence du gouverneur.
Le droit exercé par le conseil de refuser
l'acceptation d'un bill sans la concurrence --- Page 374 ---
(3 362 )
du gonverneur, lui a aussi donné celui de
les amender, excepté quand il est question
de subsides; parce que, si la chambre des
représentans ne trouve pas les amendemens
convenables, elle.p peut toujours indirectement en venir à ses fins, en rejetant le
bill après la première lecture. Il paroût évident qu'une pareille autorité exercée librement et indépendamment (mettant pour le
moment de côté toutes les objections que
l'on peut faire contre l'influence du gou-:
verneur sur le conseil) est d'un ayantage
essentiel à la constitution, si l'on réfléchit
à la discorde désagréable qui auroit infailliblement lieu, si les intérêts du roi et ceux
du peuple n'étoient pas balancés par un
corps intermédiaire. Quelque chose que
l'on puisse avancer contre l'illégalité de son
origine, ce corps paroit avoir obtenu la
sanction de la prescription, et être maintenant aux yeux de la loi légalement constitué. Avant de terminer cette excuse de
la séparation du conseil et du gouverneur,
il n'est pas hors de propos de remarquer
que les colonies en ont effectivement retiré
des avantages, puisqu'elle leur donne le
privilège siprécieux d'ayoir immédiatement
intermédiaire. Quelque chose que
l'on puisse avancer contre l'illégalité de son
origine, ce corps paroit avoir obtenu la
sanction de la prescription, et être maintenant aux yeux de la loi légalement constitué. Avant de terminer cette excuse de
la séparation du conseil et du gouverneur,
il n'est pas hors de propos de remarquer
que les colonies en ont effectivement retiré
des avantages, puisqu'elle leur donne le
privilège siprécieux d'ayoir immédiatement --- Page 375 ---
( : 363 )
Ia sanction du gouverneur à leurs lois,
an lieu que lorsqu'il étoit obligé de délibérer conjointement avec le conseil, il
falloit que ces lois finssent envoyées en Angleterre pour y attendre la confirmation
du roi.
Ce que je viens de dire ne tend en aucune manière à défendre l'injuste inflnence
que le gouverneur exerce maintenant sur
ce corps. Il est digne de la plus sérieuse
attention des légisiateurs de chercher un
remède à ce mal, et cela est d'autant plus
urgent que les droits du conseil sont indéfinis et incertains. Il s'est trouvé des cas
où ses membres ontéprouvédeshumiliations
indignes de leur caractère, et d'autres ouils
se sont eux-mèmes arrogédes priviliges toutà-faitincompatibles avec la libertédu perple.
L'assemblée est le corps le plus propre à
effectuer cette réfoime, elle paroit snisceptible d'en venir à bout en faisant usage de
tous ses moyens. L'objet des représentans
qui la composent devroit être en même
tems de dim'nuer considérablement le droit
de suspension, dont le gouverneur est revêtu, alin de donner de l'énergie et plus
d'indépendance au conseil; avantage dont --- Page 376 ---
(264)
il ne sauroit jouir, tant que ses membres
pourront être suspendus sous les prétextes
les plus frivoles. D'un autre côté, il faut
user de modération, en luicommuniqwant ce
degré de vigueur; car rendre ses membres
inamovibles, seroit unexpédient dangereux,
si l'on peut en juger d'après l'autorité injuste que se sont arrogée quelques colonies
des Indes occidentales, en dépit même de
cette influence des gouverneurs sur les
conseils. Ces derniers ont, à diverses époques, cxigé des amendes, emprisonné arbitrairement pour mépris de leur corps, prétendu au droit de présenter eux-mêmes les
bills de subsides, d'amender ceux qui leur
étoient envoyés par les assemblées, et de
s'approprier le revenu public. Un conseil
disposé à des mesures aussi arbitraires,
loin d'être soutenu par le peuple, devroit
au contraire encourir son improbation. Permettre l'accroissement d'un pouvoir aussi
illégal, seroit fonder un systême inexpugnable et tyrannique d'aristocratie.
prétendu au droit de présenter eux-mêmes les
bills de subsides, d'amender ceux qui leur
étoient envoyés par les assemblées, et de
s'approprier le revenu public. Un conseil
disposé à des mesures aussi arbitraires,
loin d'être soutenu par le peuple, devroit
au contraire encourir son improbation. Permettre l'accroissement d'un pouvoir aussi
illégal, seroit fonder un systême inexpugnable et tyrannique d'aristocratie. --- Page 377 ---
(365 )
CHAPITRE II.
Assemblée. - Le roi n'a pas la prérogalive d'élablir
dans les colonies des constitutions moins libres que
celle de la Grande-Brelagne. - La plupart des iles
anglaises de l'Amérique colonisées par des émigrés
de la mère-patrie. - Les proclamations et charles
royales ne sont que des confirmations d'anciens droits.
--La Barbade et quelques autres iles éloieut originairement des comtés palatins. - Comment leurs
législatures locales ont été constituées.-Elendue de
leur juridiction indiquée. Comment leur fidélité
au roi de la Grande Brelagne et leur dépendance
sont garanties. - Etendue constitutionnelle de l'influence du parlement sur les colonies.
Louer de cette dissertation sur les assemblées coloniales, est d'indiquer les principes d'après lesquels la Grande-Bretagne
confirma à ses sujets des Indes occidentales
le droit de faire leurs propres lois ; après
quoi, il nous restera à,e expliquer par quels
moyens la mère-patrie s'assure de la fidélité et de la subordination de ces colonies.
Ce sujet a été traité par plusieurs auteurs, --- Page 378 ---
- 366 )
c'est pourquoi il ne faut pas s'attendre
à quelque chose de neuf; ; mais tout ce
que nous desirons à présent est d'être intelligibles et clairs, et les droits dont nous
allons parler ne sont heureusement pas
basés sur des argumens métaphysiques.
L'on a dernièrement affirmé que. le roi
d'Angleterre avoit droit d'accorder aux
conseils des Indes occidentales le pouvoir
législatif, parce que cette mesure est fondée
sur la justice, et fort avantageuse au bien
public; mais l'on ne doit cependant pas
conclure de cette maxime, 3 que, par le
même droit, de roi de la Grande-Bretagne
soit autorisé à donner à ces colonies telle
forme de gouvernement qu'il lui plaira,
ou qu'il puisse en établir aucune qui ne
tende pas à maintenir la liberté des colons.
Le fait est que, quoique la justice et l'intérêt public soient les colonnes fondamentales de la liberté des colonies, elles ont
outre cela des chartes et des contrats qui
assurent aux colons de l'Amérique un droit
légal et constitutionnel aux privilèges des
Anglais, quand même on seroit tenté de
s'écarter à leur égard des règles de la justice; mais supposer pn momentque, quand
établir aucune qui ne
tende pas à maintenir la liberté des colons.
Le fait est que, quoique la justice et l'intérêt public soient les colonnes fondamentales de la liberté des colonies, elles ont
outre cela des chartes et des contrats qui
assurent aux colons de l'Amérique un droit
légal et constitutionnel aux privilèges des
Anglais, quand même on seroit tenté de
s'écarter à leur égard des règles de la justice; mais supposer pn momentque, quand --- Page 379 ---
2 2 367 )
il n'existeroit pas de pareils contrats et
chartes pour confirmer les droits des COlons, ces droits pourroient leur être COItestés; c'est aller trop loin. Les lois anglaises accordent à toutes les provinces des
dominations britanniques tous les privilèges de la mère- patrie, soit que ces provinces aient été conquises, ou colonisées
par des émigrés du pays. Des possessions
britanniques en Amérique, les unes furent
acquises par la force, et les autres trouvées sans habitans; : mais l'injustice de déposséder les naturels de leur pays natal ne
donne pas même aux Européens le droit
de subjuguer ces iniques usurpateurs s
puisque la mère-patrie a participé aux profits ainsi qu'au crime de leur invasion.
Pour me servir des expressions de
M. Long : < Soutiendra-t-on que si des
forces britanniques font la conquête, ou
si des aventuriers anglais prennent possession de pays éloignés, et étendent par
là les limites de l'empire, en ajoutant au
commerce et à i'opulence de la GrandeBretagne; soutiendra-t-on, dis-je, que ces
individus, en considération des grands services qu'ils ont rendus à la nation, doivent --- Page 380 ---
368 )
être traités pire que des étrangers, privés
des privilèges d'Anglais, et laissés à la
merci d'une forme de gouvernement arbitraire P >.
A l'appui des argumens de M. Long,
on peut citer l'opinion de Locke sur le
droit du vainqueur et du vaincu. CC Le
conquérant, dit M. Locke, n'acquiert,
par sa conquête, aucun droit sur ceux
qui ont conquis avec lui. Ceux qui ont
combattu de son côté, doivent au moins
rester aussi libres qu'auparavant; et le plus
souvent, ils ne suivent leur chefqu'à condition de jouir d'une partie des dépouilles
et d'autres avantages qui accompagnent le
vainqueur, ou au moinsd'obtenirume partie
du pays conquis. Les conquérans ne deviendront sans doute pas esclaves par leur
conquête, et ne porteront pas leurs lauriers
uniquement pour montrer qu'ils sont les
victimes du triomphe de leur général.
Quelques individus disent que la monarchie
anglaise est fondée sur la conquête des
Normands, et que nos princes ont conséquemment droit à un gouvernement arbitraire. Quand cela seroit absolument vrai
(mais l'histoire nous pronve le contraire),
partie
du pays conquis. Les conquérans ne deviendront sans doute pas esclaves par leur
conquête, et ne porteront pas leurs lauriers
uniquement pour montrer qu'ils sont les
victimes du triomphe de leur général.
Quelques individus disent que la monarchie
anglaise est fondée sur la conquête des
Normands, et que nos princes ont conséquemment droit à un gouvernement arbitraire. Quand cela seroit absolument vrai
(mais l'histoire nous pronve le contraire), --- Page 381 ---
( 2 36g )
et que Guillaume eût eu le droit de faire
la guerre à cette ile; cependant son droit
de conquête ne pourroit s'étendre que sur
les Saxons et les Bretons qui habitoient
alors le pays. Les Normands qui l'accompagnèrent, et l'aidèrent à conquérir, et
tous leurs descendans sont libres, et n'ont
pas été faits esclaves, quelqu'autorité que
donne la conquête. >
Nous avons cité l'opinion de Locke en
entier, parce qu'elle offre un argument
irrésistible contre ceux qui, basant tous les
droits à la liberté sur des formes et des
constitutions, ne considèrent aucunement
ce que nous devons à nos semblables, et
n'ont pas d'idée qu'il faille contribuer à
leur bonheur par des motifs de justice. En
faisant attention à cette remargue, il paroîtra évident que les chartes et proclamations royales des princes anglais à leurs
sujets des Indesocidentales, n'entendoient
pas déclarer qu'on leur accordoit, dès ce
moment, la liberté, et qu'elle datoit de
cette époque; mais seulement reconnoitre
qu'ils jouissoient auparavant de la liberté,
et qu'on ne lui porteroit aucune atteinte.
Le retour que l'on exigeoit de leur part
--- Page 382 ---
(370 )
pour Tes protéger dans la possession de
ces droits, accordés par la nature et non
pas par Thommc, étoit fidélité à l'autorité
légitime.
L'un des plus essentiels de ces droits
étoit que les lois, selon lesquelles ils devoient être gonvernés, fussent consenties
par eux,et qu'elles fussent également obligatoires pour le législateur que pour le
gouverné. Ainsi, en Amérique et daps les
Antilles, il y avoit des assemblées coloniales, dont les membres, délégués par le
peuple, et vivant dans le pays, étoient
trop intimement liés aux intérêts de l'Etat
pour ne pas les soutenir de tout leur pouvoir. On croiroit d'abord que ce seroit
assez accorder aux colonies que de leur
permettre d'envoyer des députés au parlement britannique, et qu'elles ne pourroient
pas se plaindre de ne pas être gouvernées
par leurs propres lois, puisqu'elles seroient
légalement représentées. La Barbade et les
fles caraibes, ainsi que quelques provinces
de l'Amérique septentrionale, furent, dans
l'origine 9 constituées de cette manière;
mais on ne tarda pas à s'apercevoir de
l'absurdité de youloir gouverner des pays
tre d'envoyer des députés au parlement britannique, et qu'elles ne pourroient
pas se plaindre de ne pas être gouvernées
par leurs propres lois, puisqu'elles seroient
légalement représentées. La Barbade et les
fles caraibes, ainsi que quelques provinces
de l'Amérique septentrionale, furent, dans
l'origine 9 constituées de cette manière;
mais on ne tarda pas à s'apercevoir de
l'absurdité de youloir gouverner des pays --- Page 383 ---
- 371 1
)
si cloignés, d'après le systême de délégation, et la convenance des assemblées COloniales fut confirmée par l'expérience. Les
colons ont donc un droit incontestable à
être représentés d'une manière quelconque;
et puisque l'on a trouvé qu'il étoit impossible qu'ils le fussent par des délégués envoyés en Angleterre, il s'ensuit qu'il faut
nécessairement admettre les assemblées COloniales.
Ces assemblées ainsi constituées ressemblent, par la forme et l'étendue de leur
juridiction, 3 au parlement de la GrandeBretagne. Les voix recueillics; le membre
élu est appelé au nom du roi. Quand l'assemblée est réunie, le représentant de sa
majesté lui adresse un discours; ; elle commence ensuite à prendre en considération
les griefs, et à réformer les abus qui sont
de sa compétence. Elle lance des mandats
d'arrêt pour mépris de son autorité; elle
donne des lois, met des impôts; et exerçant, conjointement avec le gouverneur,
les actes de l'autorité suprême, elle fait,
dans quelques occasions, conduire au supplice les victimes de la loi, même avant
que l'on ait reçu l'approbation du roi. --- Page 384 ---
(372 )
La senle réstriction mise sur le pouvoir
législatif des assemblées coloniales, c'est
que, quand il est question de lois commerciales, il ne faut pas qu'elles agissent
d'une manière contraire à celles de la mèrepatrie; et, en retour, la législature de la
Grande-Bretagne ne doit pas interférer dans
les affaires des colonies, afin qu'elles ne
soient pas troublées par un assujettissement
à deux corps législatifs si éloignés l'un de
l'autre.
Quoique les habitans des colonies possèdent tous les droits dont je viens de parler, indépendamment de toute autre autorité, la grande influence que la couronne
a sur eux s est suffisante pour quela GrandeBretagne soit assurée de leur fidélité et de
leur subordination. Ainsi, entr'autres prérogatives, le roi se réserve non-seulement
la nomination des gouverneurs, s des membres du conseil, et de la plupart des officiers publics de toutes les descriptions ;
mais il a, outre cela, le droit de veto sur
toutes les lois, même lorsqu'elles ont été
sanctionnées par son représentant, le gouverneur de la colonie où elles ont été promulguées. Le pouvoir exécutif des colonies
soit assurée de leur fidélité et de
leur subordination. Ainsi, entr'autres prérogatives, le roi se réserve non-seulement
la nomination des gouverneurs, s des membres du conseil, et de la plupart des officiers publics de toutes les descriptions ;
mais il a, outre cela, le droit de veto sur
toutes les lois, même lorsqu'elles ont été
sanctionnées par son représentant, le gouverneur de la colonie où elles ont été promulguées. Le pouvoir exécutif des colonies --- Page 385 ---
(373 )
ne se ressent pas moins de cette influence
royale que le pouvoir législatif. Le gouverneur est ordinairement chancelier d'office,
mais ile est permis d'appeler à sa majesté de
tous les décrets qu'il rend. La raison donnée pour accorder ce droit d'appel est que,
sans une pareille barrière, les lois des COlonies pourroient insensiblement dévier de
celles de la mère-patrie, et tendre à la diminution de sa suprématie.
Outre cela, le roi, comme chef de l'empire, ale droit de faire la paix et la guerre, 2
des traités, des ligues et des alliances avec
les puissances étrangères, et les colonies
sont obligées de supporter toutes les conséquences de ces opérations; il est cependant nécessaire que sa majesté use avec
modération du droit qu'elle possède, d'envoyer des troupes s d'en augmenter le
nombre, et de les continuer dans le pays
contre la volonté des assemblées.
Le pouvoir de déclarer la guerre et de
faire la paix, dont le roi d'Angleterre est
investi, se trouve suffisamment restreint
par l'interposition du parlement; il seroit
donc juste que les corps législatifs des COlonies jouissent d'un pareil droit de res- --- Page 386 ---
(374)
triction. L'on a dit, pour prouver linutilité d'un pareil droit, que les forces militaires ne peuvent jamais être légalement
employées pour des objets injustes, ou pour
violer les privilèges du sujet. Ce raisonnement est loin d'être satisfaisant, et pourle
réfuter, il suffit de répondre que celui qui
est à la tête des forces militaires possède
toujours un pouvoir très dangereux. Il ne
doit pas suffire aux habitans des Indes
occidentales s pour être assurés de "leur
liberté, de savoir qu'elle sera protégée par
leurs compatriotes de la mère-patrie; chacun doit lui-même défendre sa propre liberté, et ne pas se fier à la bienveillance
d'un autre, quoiqu'il soit très-évident qué
la liberté de la Grande-Bretagne courra les
plus grands dangers, quand les droits de
ses colonies seront violés et anéantis; ou,
comme s'exprime un auteur fort élégant,
EC quand la Grande-Bretagne sera vouée à
l'esclavage, elle le sentira s'insinuer progressivement par les extrémités de SCS
membres, comme le froid de la mort. S
D'après les rapports faits par les lords
du conseil-comité sur le commerce d'esclayes, il paroit que la yaleur des expor-
ra les
plus grands dangers, quand les droits de
ses colonies seront violés et anéantis; ou,
comme s'exprime un auteur fort élégant,
EC quand la Grande-Bretagne sera vouée à
l'esclavage, elle le sentira s'insinuer progressivement par les extrémités de SCS
membres, comme le froid de la mort. S
D'après les rapports faits par les lords
du conseil-comité sur le commerce d'esclayes, il paroit que la yaleur des expor- --- Page 387 ---
(375 )
tations de la Granle-Bgetagne aux Indes
occidentales, en 1787, (et elles n'ont
certainement pas diminué depuis cette
époque) montoit à 30,328,888 livres tournois; et que ces exportations 7 excepté
pour 4,800,000 livres, consistoient toutes
en marchandises et manufactures de la
Grande Bretagne. Il faut comprendre dans
cette estimation le premier achat des marchandises,des comestibles venant d'Irlande,
et des vins des Açores et de Madère, que
l'on se procure avec des capitaux anglais,
et qui, par un long circuit, vont des ports
britanniques dans les Indes occidentales.
IL.faut aussi y joindre le bois de' charpente et le poisson de l'Amérique septentrionale, transportés dans des vaisseaux
anglais.
Le compte officiel des exportations d'Irlande pour les années 1790, 1791 et 1792,
faitmonterleur valeur, estimation moyenne,
à 6,653,232 liv. tournois.
Nous allons les mettre toutes sous un
seul point de vue, dans l'état suivant: --- Page 388 ---
(3,6)
Exporlations de la Grandeliv. tournois.
Brélagoe directemen#,
39,328,888
D'Irlande,
6,653,23z
45,982,120
Ajontez 20 pour : de frêt,
elc.
9,196,424
55,178,544
Exportations en Afrique
pour l'achat des nègres, 16,038,120
- deMadère et des Açores, 720,000
des États-Unis,
17,280,000
del l'Amérique anglaise, 2,412,124
36,450,244
Total
91,628,788
Les importations des Indes occidentales
dans la Grande-Bretagne sont dans le tableau suivant : --- Page 389 ---
8 1 & a
a a a
E
E
I
E
ie E
de
B
E --- Page 390 ---
( 378 )
On n'a point encore rendu compte des
importations directes de ces fles en Irlande
et en Amérique pour l'année 1788, d'après
l'autorité de Tinspecteur-général; Je vais
donc offrir l'état suivant:
livres lournois
En Trlande
3,062,045
Aux États-Unis,
2,555,049
Aux colonies anglaises de
l'Amérique,
2,412,164 12/
Aux colonies étrangères de
TAmérique,
437,894 8
En Afrique,
.20,849
Total
8,488,002
Considérée comme capital anglais, la valeur des Indes occidentales a été estimée s
par le conseil privé, à 1,680,000,000 tournois, parla méthode suivante de calculer :
450,000 nègres à i.200* par téte,
540,000,000
Terres; bâlimens, outils et récoltes
sur terre,
660,000,000
Valepr des maisons de ville, des
vaisseaux el des équipages,
480.000,000
Total
1,680,000,000
Nous ne pouvons terminer ce sujet sans
rendre un compte succinct du nombre de
par le conseil privé, à 1,680,000,000 tournois, parla méthode suivante de calculer :
450,000 nègres à i.200* par téte,
540,000,000
Terres; bâlimens, outils et récoltes
sur terre,
660,000,000
Valepr des maisons de ville, des
vaisseaux el des équipages,
480.000,000
Total
1,680,000,000
Nous ne pouvons terminer ce sujet sans
rendre un compte succinct du nombre de --- Page 391 ---
( 379 )
vaisseanx et de matelots qu'emploient directement les colonies à sucre.
Il paroit, qu'en 1787, il sortit de la
Grande-Bretagne et d'Irlande, pour les Indes
occidentales,six cent quatreving-neufvais
seaux (1), contenant en tout cent quaranteluit mille cent soixante-seize tonneaux, et
treize mille hommes d'équipage.; ce qui,
comme nous l'avons ci-devant remarqué,
est égal au nombre de tonneaux qu'employoit tout le commerce d'Angleterre, il
y a un sièole. Les matelots employés dans
ce commerce sont bien préférables à ceux
qui vont à la pêche sur le banc de TerreNeuve, parce qu'il reste, pendant l'hiver,
un grand nombre de ces derniers dans le
pays; et que, consequemment, en cas de
besoin, ils ne peuvent point contribuer à
l'augmentation de nos forces maritimes.
(r) Y compris quatorze d'honduras. --- Page 392 ---
- 380 )
CHAPITRE III
Commerce entre les iles anglaises et l'Amérique septentrionale avant la guerre. - - Articles fournis par
les Aninesini-Vaiweansets matelots. Avantages
de ce commerce pour la Grande-Drelagne.- -Mesures
du gouvernement, au rélablissement de la paix.-
Mortalité des nègres occasionnée par la disette.
Lonsern l'indépendance de l'Amérique
eut été pleinement confirmée par la paix
de Versailles, le nouveau parlement, par
une conduite dont iln'y a pas d'exemple,
abandonna au roi seul la décision d'une
question des plus importantes, savoir : si
l'on accorderoit aux États- Unis la liberté
d'importer du bois et des subsistances dans
les Antilles. Il fut en conséquence nommé
un conseil - comité, qui, quoique, selon
toutes les probabilités, 7 par les meilleurs
motifs, se laissa égarer par des gens intéressés, qui étoient les ennemis declarés de
la nouvelle république.
Ces conseillers, insensibles à toutes les
suggestions de l'humanité, ne desiroient
l'on accorderoit aux États- Unis la liberté
d'importer du bois et des subsistances dans
les Antilles. Il fut en conséquence nommé
un conseil - comité, qui, quoique, selon
toutes les probabilités, 7 par les meilleurs
motifs, se laissa égarer par des gens intéressés, qui étoient les ennemis declarés de
la nouvelle république.
Ces conseillers, insensibles à toutes les
suggestions de l'humanité, ne desiroient --- Page 393 ---
( 3 38r )
rien avec tant d'ardeur que la ruine de
T'Amérique; et, quoique la prohibition de
toute correspondance entre les États-Unis
et les Antilles dût être accompagnée des
conséquences les plus funestes pour ces
dernières, cependant pour essayer tous les
moyens possibles de nuire à la république
naissante, ils persuadèrent au r comité de
défendre une communication si avantageuse
aux nouveaux républicains.
Les habitans des Antilles, à peine rétablis des calamités de la guerre > et plus
affligés encore parles effets de ces ouragans
terribles de 1780 et1781, ,essayèrent d'exciter
l'attention de leurs compatriotes, en représentant la cruauté de leur situation. Ils en
appelèrent à tous ceux qui connoissoient
bien l'Amérique, et demandèrent s'il étoit
aucunement possible que les provinces qui
restoient encore à l'Angleterre fussent en
état de leur fournir du bois et des subsistances. Ils représentèrent que la nouvelle
Ecosse n'avoit jamais pu fournir à ses habitans le grain nécessaire. 3 et que conséquemment ils ne pourroient point en tirer,
et que tout le bois qu'elle exportoit méritoit à peine le nom de marchandise. L'ile --- Page 394 ---
(382 )
Saint-Jean étoit encore plus stérile ; et
quoique le Canada pût quelquefois fournir
du bled, il étoit prouvé que dans les années
1779, 1780, 1781 ct1782, il y avoit eu au
Canada une si grande disette de bled, que
l'on en avoit défendu l'exportation 3 et
qu'actuellement même il en tiroit de l'étranger. On connoitra mieux les maux qui
accompagnèrent -
cette loi prohibitive, par
un extrait des représentations du comité
de l'assemblée de la Jamaique, principalement sur la perte de nègres qu'elle occasionna aux planteurs.
<C Nous allons indiquer, disent les commissaires, les principales causes auxquelles
on doit attribuer cette mortalité parmi nos
esclaves. Iln'est que trop connu àla chambre, que pendant les années 1780, 1781,
1784, 1785 et 1786, il a plu à la divine
providence d'affliger cette colonie de divers
ouragans, qui ont répandu la désolation.
dans toutes les parties de l'ile; mais les
paroisses qui ont plus particulièrement
souffert sont celles de Westmoreland, d'Hanovre, $ de Saint-James, de Trelawny, de
Portland et de Saint-" Thomas à l'est. Ces
fléaux ont absolument détruit toutes les
0, 1781,
1784, 1785 et 1786, il a plu à la divine
providence d'affliger cette colonie de divers
ouragans, qui ont répandu la désolation.
dans toutes les parties de l'ile; mais les
paroisses qui ont plus particulièrement
souffert sont celles de Westmoreland, d'Hanovre, $ de Saint-James, de Trelawny, de
Portland et de Saint-" Thomas à l'est. Ces
fléaux ont absolument détruit toutes les --- Page 395 ---
- - 383 )
plantations de bananes qui étoient le principal objet de nourriture des nègres, et les
grandes sécheresses qui eurent ensuite lieu
ont achevé de ruiner les autres terres à
subsistances qui avoient échappé aux ouragans. Ceux de 1780 et 1781 étant arrivés
durant la guerre, il fut impossible de se
rien procurer de l'étranger, sinon quelques
secours accidentels provenant de diverses
prises. Il s'ensuivit en conséquence une
famine dans les parties de l'ile sousle vent,
qui enleva plusieurs mille nègres.
C Après celui du 30 juillet 1784, le lieutenantgouverneur, de l'avis de son conseil,
publia une proclamation, en date duza août,
qui permettoit la libre importation de bois
et de subsistances sur des navires étrangers,
pendant l'espace de quatre mois. Comme
ce tems ne suffisoit pas pour que les étrangers en. 2 fussent avertis, et pour que les
habitans pussent se procurer les objets dont
ils avoient. besoin, le peu de farine, de
riz,et d'autres subsistances qui fut importé
par suite de cette proclamation 3 monta
bientôt à un prix si exorbitant, 7 que
l'assemblée crut, le 9 novembre, devoir
présenter une adresse au lieutenant-gon- --- Page 396 ---
(384)
verneur 7 pour le prier de prolonger la
permission jusqu'à la fin de mars 1785; en
observant qu'il étoit impossible que les
productions de l'ile fussent assez mûres
avant cette époque pour être une nourriture saine. Le terme des quatre mois n'étant
pas expiré quand cette adresse fut présentée, le lieutenant - gouverneur refusa d'y
souscrire ; mais le 1.er décembre suivant,
l'assemblée représenta qu'une prolongation
de tems étoit absolument nécessaire : elle
observe que, persuadée de la répugnance
que doitéprouver le gouverneur de s'écarter
des règlemens auxquels il est tenu d'obéir,
elle seroit extrêmement fâchée de lui demander une seconde fois la même faveur,
si elle n'étoit pas convaincue que l'urgence
des circonstances peut absolument justifier
une pareille déviation. En conséquence, le
lieutenant - gouverneur, 7 de l'avis de son
conseil, accorda une prolongation jusqu'au
31 janvier 1785; mais il informa en même
tems l'assemblée qu'il n'étoit pas maitre de
s'écarter plus long-tems des règlemens établis par la Grande-Bretagne.
EC Les ports furent donc fermés le 31
janyier 1785, et cette mesurc fit éprouver
ument justifier
une pareille déviation. En conséquence, le
lieutenant - gouverneur, 7 de l'avis de son
conseil, accorda une prolongation jusqu'au
31 janvier 1785; mais il informa en même
tems l'assemblée qu'il n'étoit pas maitre de
s'écarter plus long-tems des règlemens établis par la Grande-Bretagne.
EC Les ports furent donc fermés le 31
janyier 1785, et cette mesurc fit éprouver --- Page 397 ---
( 3 385 )
GUx panvres nègres des sonffrances extrômes
pendant quelques mois après : heureusement
les saisons devinrent plus favorables au
mois de mai, et l'on recueillit une quantité
considérable de grains et d'autres provisions au mois d'août, lorsque le quatrième
ouragan arriva. Le lientenant-gavemeur
défendit aussitôt l'exportation de toute espèce de nos provisions aux iles françaises
et espagnoles,que l'on supposoit avoir plus
souffert que nous; mais ne se croyant pas
autorisé à permettre l'importation de subsistances des Etats-Unis dans des vaisseaux
de cette république, les productions de l'ile
ne tardèrent pas à s' puiser, et les constantes compagnes de la misère et de la
mauvaise nourriture, , T'hydropisie et la
dyssenterie, se firent terriblement'sentir au
printems et pendant l'été de 1786, et enlevèrent une multitude de nègres dans
toutes les parties du pays.
Le 20 octobre de cette année-là, un cinquième ouragan dévasta les paroisses sous le
vent et compléta la tragédie. Nous ne nous
étendrons pas surl les conséquences quis'ensuivirent', de peur d'être accusés d'exagération; mais ayant fait tous nos efforts pour
--- Page 398 ---
386 )
nous procurer des renseignemens exacts du
nombre d'esclaves, dont on peut attribuer
la perte à ces calamités répétées, et àla malheureuse mesure d'empècher l'importation
de subsistances de l'étranger, et, à cet effet,
comparéles importations et exportations de
nègres depuis sept ans > avec.celles des sept
années précédentes, nous n'hésitons pas de
le fixer à quinze mille, sans compter ceux
qui ont péri par d'autres causes. Nous
croyons fermement qu'il en est péri un
pareil nombre par la famine et les maladies
occasionnées par la disette et les mauvaises
nourritures, depuis la fin de l'année 1780,
jusqu'au commencement de 1787.>
L'expérience prouva que l'idée de faire
fournir des subsistances aux Antilles par
les provinces de l'Amérique restées soumises
à l'Angleterre, étoit absurde et chimérique.
Le golfe Saint-Laurent est gelé pendant sept
mois de l'année, et la nouvelle Ecosse étoit
encore bien loin d'être fertile. Il fut donc
jugé absolument nécessaire de permettre
l'importation du bois et des denrées des
Etats-Unis. Les conséquences de cette permission se firent promptemént sentir; car,
en 1790, on fit passer des États- Unis à la
Amérique restées soumises
à l'Angleterre, étoit absurde et chimérique.
Le golfe Saint-Laurent est gelé pendant sept
mois de l'année, et la nouvelle Ecosse étoit
encore bien loin d'être fertile. Il fut donc
jugé absolument nécessaire de permettre
l'importation du bois et des denrées des
Etats-Unis. Les conséquences de cette permission se firent promptemént sentir; car,
en 1790, on fit passer des États- Unis à la --- Page 399 ---
(3 387)
nouvelle Ecosse 540,000 douves et fonds de
barriques,g34,980 piedsde planches,285,000
bardeaux et 16,000 cercles, 40,000 barrils
de pain et de farine, et 80,000 boisseaux
de grain ; prenve incontestable que le Canada n'avoit pas de bois ou de grain au-delà
de sa propre consommation. Je regrette de
ne pouvoir dire quelles ont été les exportations du Canada et de la nouvelle Ecosse,
depuis la guerre, le conseil-comité pour le
commerce d'esclaves n'ayant pas dit un
mot sur ce sujet.
Les exportations de l'année 1787, de nos
iles à sucre à toutes nos autres possessions
de l'Amérique, Terre-Neuve comprise, furent de 9,891 quintaux de sucre, 874,580
gallons de rum, 81 quintaux de cacao, 3
4 quintaux de gingembre, 26,380 gallons
de mélasses, 200 livres de
piment s 573
quintaux de café, 1750 livres de coton en
laine, et plusieurs autres petits articles,
tels que fruits, etc. La valeur du tout,d'après
les prix courans de Londres, est de deux
millions quatre cent douze mille cent
soixante-cinq livres tournois. Les vaisseanx,
employés à ce commerce, 3 avoient 1,397
hommes d'équipage. Il fut, la même an- --- Page 400 ---
(a 388 )
née, exporté aux Etats-Unis 19,921 quintaux de sucre, 1,620,205 gallons de rum s
124quintaux et demi de cacao, 339 quintaux de gingembre, 4,200 gallons de mélasses, 6,450 livres de piment, 3,246 livres
de café,3,000 livres de coton en laine, 291
éuirs verds et 737 barrils de fruits; dont la
valeur, en livres tournois, prix courans de
Londres, monte à 4,715,049 liv.
L'abolition d'une partie des restrictions
injustes mises sur le commerce qui a lieu
entre les États-Unis et les Antilles, a sans
doute été utile, et a momentanément soulagé les maux auxquels les fles ont été
en proie; ; mais la guérison complette ne
pourra jamais s'effectuer par ces atténuations partielles. Tant que la communication
avec les Etats-Unis éprouvera des entraves,
et tant que les Antilles seront sujettes aux
ouragans et aux sécheresses, qui détruisent
les fruits de la terre, et font dépendre les
malheureux habitans des subsistances importées de l'étranger, on doit s'attendre
dans un tems ou dans un autre aux calamités les plus déplorables.
Si les mêmes fléaux se faisoient de nouveau sentir, commelesplanteurs n'ont point
. Tant que la communication
avec les Etats-Unis éprouvera des entraves,
et tant que les Antilles seront sujettes aux
ouragans et aux sécheresses, qui détruisent
les fruits de la terre, et font dépendre les
malheureux habitans des subsistances importées de l'étranger, on doit s'attendre
dans un tems ou dans un autre aux calamités les plus déplorables.
Si les mêmes fléaux se faisoient de nouveau sentir, commelesplanteurs n'ont point --- Page 401 ---
( 38g )
de vaisseauxà eux, et que l'entrée de leurs
ports est interdite à ceux des Etats-Unis,
comment les plus riches d'entre eux seront
ils même capables de prévenir une répétition de cette famine mémorable qui emporta tant de nègres à la Jamaique.
D'après ces considérations, il viendra
certainement à l'esprit de ceux qui sont
disposés à accuser les planteurs d'actes d'inhumanité envers leurs esclaves, que, voir
avec indifférence cet injuste et cruel systême de politique, c'est approuver des calamités plus terribles que celles que le maître
le plus sévère pourroit infliger à son esclave.
Plusieurs milliers de ces malheureux Africains ont déja été victimes de ce systême
inique; et probablement, des milliers d'autres éprouyeront encore le même sort. --- Page 402 ---
Sgo )
CHAPITRE IV.
Objections contre les avanlages revenant à la GrandeBrelague de ses colonies américaines considérées.
Les droits mis sur les imporlalions des Indes occidentales en Angleterre tombent-ils sur le consommaleur, el dans quel cas. - Remises et primes.
Explication de ces lermes, leur origine et leur convenance démontrées. -Pacte de monopole, sa nature,
son origine. Restrictions sur Ies' colons, proljits
qu'en retire la Grande - Bretagne. - Avantages qui
reviendroient au planteur, au trésor national et au
public, s'il étoit permis aux habitans des Antilles
de rafiner eux-mêmes le sucre destiné à la consommalion de la Grande-Brelagne.- -Projet d'établir aux
Indes orientales des plantations à sucre sous la protection du gouvernement considérée.-Remonirances
que l'on pourroit faire contre cette mesure et contre
d'autres. 1 Conclusion.
Povnf faire oublier à la nation ces mesures
imprudentes qui avoient causé la séparation
entre l'Amérique et la mère-patrie, on prit
long-tems le parti de déprécier les colonies
dans toutes les discussions, afin d'en diminuer la valeur dans l'estimation publique. --- Page 403 ---
(a 3gr )
On maintint particulièrement comme une
maxime politique incontestable, que l'Angleterre 9 en s'attachant au système de
garder ses possessions des Indes occidentales, éprouvoit beaucoup de désavantages
certains et inévitables pour lesquels elle ne
recevoit aucune compensation solide. Voici
les trois objections que l'on offre au public
contre la possession de colonies dans les
Indes occidentales : la première, c'est que
les droits prélevés sur les productions des
fles anglaises, importées dans la GrandeBretagne , quoiqu'en première instance
payés par le propriétaire ou l'importeur,
retombent finalement sur le consommateur
seul; ; la seconde, que l'usage d'accorder
des remises, Drawbacks, sur les ré-exportations est dangereux et nuisible aux vrais
intérêts du commerce ; la troisièmes que
le privilège exclusif des planteurs est partial,
injuste et oppresseur.
Je vais examiner ces objections, selon
l'ordre où elles sont placées. Leur examen
est absolument nécessaire pour compléter
cet ouvrage, et je finirai par quelques observations générales.
Les planteurs ont affirmé et répètent qu'l
l'usage d'accorder
des remises, Drawbacks, sur les ré-exportations est dangereux et nuisible aux vrais
intérêts du commerce ; la troisièmes que
le privilège exclusif des planteurs est partial,
injuste et oppresseur.
Je vais examiner ces objections, selon
l'ordre où elles sont placées. Leur examen
est absolument nécessaire pour compléter
cet ouvrage, et je finirai par quelques observations générales.
Les planteurs ont affirmé et répètent qu'l --- Page 404 ---
392 )
n'yaI pas en mathématiques d'axiome mieux
établi que ce qu'ils avancent au sujet du
commerce, savoir ; que la valeur de toutes
les denrées dans un marché dépend absolumentdeleur. abondance ou de leur rareté,
en proportion des demandes et de la consommation. Si la quantité qui se trouve au
marché n'cst pas égale aux demandes, il
est clair que le vendeur peut. mettre sa
marchandise aux prixqu'illui plaît, et c'est
ce qu'il ne manque jamais de laire; si au
contraire la quantité mise en vente surpasse
de beancoup les besoins des acheteurs, la
valeur des marchandises diminue nécessairement en dépit de tous les efforts du vendeur pour la soutenir. Donc si les demandes
sont grandes et les marchandises rares, le
vendeur se rembourse non - seulement de
ses avances et des droits qu'il a payés, mais
retire outre cela des bénéfices considérables. Dans le cas contraire, il perd beauconp. Il faut qu'ilait l'habileté d'entretenir
les marchés, et de faire des envois proportionnés aux demandes. Ainsi, dans les
choses quisont d'un usagejournalier, telles
que le cuir, le savon, la chandelle, la
drèche, la bière etles esprits, on 1 cut dire, --- Page 405 ---
(393 )
quand on les impose, 7 que l'impôt retombe
sur le consommateur, le marché étant toujours entretenu dans la proportion ci-dessus
mentionnée ; parce quelorsque le marchand
de ces denrées trouve les marchés trop surchargés, il fait un autre commerce.
La même remarqne, quant à l'effet des
impôts, est applicable aux prodluctions et
aux manufactures des nations sur le commerce desquelles nous n'avons aucune autorité. Le marchand règle ses importations
sur la quantité qu'il croit vendre, et cesse
d'importer quand il n'y trouve plus son
compte.
Mais il faut considérer que Ia situation
dunégociant des iles del l'Amérique est touta-fait contraire à celle ci; car, à peu d'exceptions près,il n'a pas d'autre marché que
la mère- patrie. C'est pourquoi le prix de
ses denrées est seulement réglé d'après la
quantité mise en vente, et le consommateur
s'émbarrasse fort peu des droits dont elles
sont surchargées ou des frais du vendeur;
la proportion de la quantité à vendre au
consommateur estla seule règle de la cherté
ou du bon marché. Par quel moyen le
marchand peut-il donc faire payer au con-
peu d'exceptions près,il n'a pas d'autre marché que
la mère- patrie. C'est pourquoi le prix de
ses denrées est seulement réglé d'après la
quantité mise en vente, et le consommateur
s'émbarrasse fort peu des droits dont elles
sont surchargées ou des frais du vendeur;
la proportion de la quantité à vendre au
consommateur estla seule règle de la cherté
ou du bon marché. Par quel moyen le
marchand peut-il donc faire payer au con- --- Page 406 ---
( 394 )
sommateur la différence des droits 2 puisqu'il ne peut établir ancune autre différence
de prix que celle qui provient de la rareté
ou de l'abondance des marchandises qu'il
vend ? Les prix peuvent s à la vérité S
éprouver une variation par les calculs des
spéculateurs; ; mais ni le marchand des Indes
occidentales, ni le facteur del'Europe n'est
coupable d'une manceuvre à laquelle il n'a
aucune part.
En supposant même que ce soit le consommateur qui paie les droits, ou que le
vendeur ait plus d'occasions de hausser les
prix au taux qu'il désire, il faut encore
observer que; comme les productions des
Indes occidentales sont des objets de luxe,
et non pas de première nécessité, nombre
d'individus cesserontd'en consommer, lorsque l'économie l'exigera. Quand le sucre
de Muscavedo, en raison de plusieurs prises
faites par l'ennemi, monta durant la dernière guerre à un prix énorme, sa consommation diminua encore plus sensiblement
dans diverses parties du royaume.
Nous avons déja cité l'exemple de l'indigo pour prouyer les effets des droits sur
la diminution, je devrois plutôt dire l'anéan. --- Page 407 ---
(395 )
tissement de sa culture dans les colonies
anglaises. Les plantations de cacao, qui
étoient autrefois l'orgueil de la Jamaique
et le principal objet de ses exportations,
ont aussi été découragées par ces droits
exorbitans, au point qu'elles ne se releveront peut-être jamais. Quoique l'exemple
du café démontre d'une manière évidente
ce que l'on peut gagner par une prudente
réduction des droits existans, > cependant
telle est l'opiniâtreté de nos hommes d'état,
qu'à peine la culture du gingembre eutelle succédé à celle du cacao à la Jamaique,
qu'elle éprouva le même sort que celle qui
l'avoit précédée, de sorte qu'elle est presque
totalement abandonnée.Decequivientd'dtre
dit,ils'ensuit que dans neufcas sur dix, le
droit tombe sur le planteur et non pas sur
le consommateur; et que dans ce dixième
cas où le consommateur est obligé d'en
payer sa part, l'impôt estj juste ; car chacun
devroit être taxé en proportion de ses
moyens.
Nous allons, en second lieu, 3 passer à
la considération des rernises et des primes.
Le terme remise ou drawback, d'après
le langage de la douane, est appliqué au
que dans neufcas sur dix, le
droit tombe sur le planteur et non pas sur
le consommateur; et que dans ce dixième
cas où le consommateur est obligé d'en
payer sa part, l'impôt estj juste ; car chacun
devroit être taxé en proportion de ses
moyens.
Nous allons, en second lieu, 3 passer à
la considération des rernises et des primes.
Le terme remise ou drawback, d'après
le langage de la douane, est appliqué au --- Page 408 ---
( 396 )
droit remboursé lors de l'exportation du
sucre brut; et le mot prime à l'exportation
de celui qui est rafiné et exporté en pains
entiers. Le mot remise exprime suffisamment sa signification; car le droit originairement payé lors de son importation, est
absolument refonduet rendu sans déduction
ou addition lors de sa réexportation. Ce
droit est maintenant de 18 francs par quintal. Quant à la prime, son origine est dif
férente : pour enconrager les rafineries à
sucre dans la Grande-Bretagne, le gouvernement accorda une récompense sur l'exportation du sucre rafiné en pains, outre:
la remise du premier droit d'importation ;
de sorte que cette récompense, jointe à la
remise, faisoit une somme de 24 francs qui
obtint le nom de prime. Ce remboursement
de droits a été mal-à-propos regardé comme
une faveur pour le colon ou l'importeur ;
il suffira d'offrir quelques argumens pour
prouver qu'il est fondé surl'équité, ,et qu'on
ne sauroit le lui refuser, tant que l'égalité et
la justice feront les bases d'un gouvernement libre.
Celui quiimporte des marchandises dans
nos ports, ou y vient volontairement, parce --- Page 409 ---
( 397
)
qu'ilcroit ytronver un marché plus avantageux,u forcément, alin que la nation ait
l'avantage des premières offres de ses denrées; dans le premier cas, il n'a pas droit
de se plaindre s'il s'est trompé, il seroit
encore moins raisonnable qu'il s'attendit à
nne remise'de droits,s'il vouloit retirer ses
amarchandises et les porter ailleurs. Mais
quand ily acontrainte, lecas esttout-à-fait
différent : le planteur est non-seulement
forcé d'apporter son sucre dans un marché
britannique; mais il est même tenu de le
transporter dans un vaisseau anglais, et
de payer certains droits avant qu'il ait la
permission de vendre. Il ne peut porter son
sucre à un marché étranger, 2 que lorsque
les besoins de la mère-patrie sont remplis;
ets sila cargaison périssoit par accident, il
perdroit le capital et les droits. Comment
donc peut-on soutenir qu'il est désavantageux pourlamère-patrie de rendre les droits
payés sur des denrées dont elle a eu les
premières offres, et dont conséquemment
elle a eu les plus grandes chances d'avantages ? Le sucre ne pourroit pas se vendre
dans un pays étranger avec ce droit additionnel; ; et si on l'exigeoit, ce seroit une
remplis;
ets sila cargaison périssoit par accident, il
perdroit le capital et les droits. Comment
donc peut-on soutenir qu'il est désavantageux pourlamère-patrie de rendre les droits
payés sur des denrées dont elle a eu les
premières offres, et dont conséquemment
elle a eu les plus grandes chances d'avantages ? Le sucre ne pourroit pas se vendre
dans un pays étranger avec ce droit additionnel; ; et si on l'exigeoit, ce seroit une --- Page 410 ---
( 398 )
exaction quin'auroit pas d'excuse, puisque
le sucre n'est pas un objet de première nécessité, mais de luxe. Nous n'avons jusqu'ici parlé que du sucre brut; mais ces
observations sont également applicables au
sucre rafiné; car ce que l'on appelle prime
n'est qu'une petite modification de la remise, la récompense accordée au-dessus
des droits originaires ne faisant que compenser la perte de poids du sucre brut.
D'après le calcul le plus approximatif,
la perte apparente du trésor public n'est
que de 23 sous par quintal , et pas davantage; ; mais comme chaque boucau de sucre
perd considérablement de son poids, après
que le droit a été payé et avant qu'il soit
travaillé, et comme 3 par les réglemens
faits à ce sujet, on paie un droit pour une
plus grande quantité de sucre que n'en
contient effectivement le boucau, on peut
dire, estimation modérée , que tous les
sucres en général perdent 76 1. parboucau,
ce qui, en raison de 18 francs de droits
d'importation par quintal, est une perte
réelle de 9 francs pourle planteur, et conséquemment un bénéfice d'égale valeur pour
le trésor. L'importation annuelle de sucre --- Page 411 ---
( 399 )
brut est de 160,000 boucaux de douze quintaux net. Or, en supposant que la totalité
de ces importations soit réexportée et reçoive 18 francs par quintal de remise, il
n'en est pas moins vrai, qu'à cause du déchet
de ces marchandises et de la différence
de poids qu'il occasionne, le gouvernement
aura toujours reçu entre 1,200,000 livres
et1,440,0001. tournois sde droits par an plus
qu'il n'est obligé de rendre en remises et
en primes sur ces mêmes denrées.
Il nous faut maintenant répondre à la
troisième objection > savoir, le monopole
du commerce.
Pourcompenserlesrestrictions: auxquelles
les colons sont obligés de se soumettre ,
ils ont obtenu le privilège exclusif d'apporter leurs marchandises dans les ports britanniques pour les vendre. Cet arrangement
a été appelé le double monopole. Le prix
auquel les colons achètent leur part de cet
avantage est celui-ci : il leur est défendu
d'acheter à des étrangers plusieurs objets
quine sont pas des productions ou fabriques de la Grande-Bretagne, et que des
étrangers pourroient donner à meilleur
compte; de sorte que la mère-patrie retire
ils ont obtenu le privilège exclusif d'apporter leurs marchandises dans les ports britanniques pour les vendre. Cet arrangement
a été appelé le double monopole. Le prix
auquel les colons achètent leur part de cet
avantage est celui-ci : il leur est défendu
d'acheter à des étrangers plusieurs objets
quine sont pas des productions ou fabriques de la Grande-Bretagne, et que des
étrangers pourroient donner à meilleur
compte; de sorte que la mère-patrie retire --- Page 412 ---
(400) )
un double avantage. Les objets que les
étrangers pourroient fournir sont très nombreux; cependant l'acte de navigation est
si rigoureusement observé, que dans une
circonstance terrible et mémorable, 15,000
négres furent sacrifiés à ce systême, comme
nous l'avons raconté plus haut.
D'après le même principe, la GrandeBretagne ne permet pas au colon, en tems
de guerre, de se servir de navires neutres
qui seroient beancoup plus sûrs et à meilleur compte, afin que sa marine militaire
et marchande soit sur un pied plus respectable. Quelqu'onéreuses que soient ces restrictions, elles ne sont pas si vexatoires que
celle qui interdit au colon le pouvoir de
rafiner chez lui les productions de ses iles, 9
et l'oblige d'apporter en Angleterre ses
marchandises brutes. Cela s'effectue par le
moyen d'énormes droits. Défendre à un
grand corps, dit l'auteur de la Richesse des
Nations, de tirer tout le parti possible de
ses propres productions, ou d'employer ses
moyens et son industrie de la manière qu'il
trouve la plus avantagedise, est une violation manifeste des droits les plos sacrés du
genre humain. Mais l'habitant des iles de
ige d'apporter en Angleterre ses
marchandises brutes. Cela s'effectue par le
moyen d'énormes droits. Défendre à un
grand corps, dit l'auteur de la Richesse des
Nations, de tirer tout le parti possible de
ses propres productions, ou d'employer ses
moyens et son industrie de la manière qu'il
trouve la plus avantagedise, est une violation manifeste des droits les plos sacrés du
genre humain. Mais l'habitant des iles de --- Page 413 ---
(401)
T'Amérique est forcé de se soumettre à cette
violation, pour prix des avantages qu'il
peut retirer du double monopole, et du
droit d'être regardé comme Anglais. Tout
considéré, il ne revient aucun bénéfice de
cette interdiction de manufacturer ses propres productions dans les iles de l'Amérique, à laquelle le colon est assujéti; au
contraire, 3 la Grande-Bretagne y gagneroit
considérablement davantage,en permettant
au planteur de rafiner le sucre qu'il cultive.
Pour prouver cette assertion, il suffira de
dire que le déchet du sucre brut, dans le
transport, a été estimé en prenant le taux
moyen de quatre années, à 12,440,000 liv.
tournois, et que l'on peut conséquemment
calculer la perte qu'en éprouve le revenu
public. En second lieu, il y a une perte
positive, au moins de 30 francs, de. mélasses et sirops sur chaque boucau de sucre
de Muscavedo embarqué pour la GrandeBretagne, outre la perte ci-dessus mentionnée. Sans parler du frêt, il est évident
à tout le monde que le planteur auroit un
avantage décidé et considérable, s'il pour
voit rafiner son sucre chez lui, parce qu'il
y a ses capitaux et ses approvisionnemens.
--- Page 414 ---
(402 )
Il possède non-seulement les matières premières, mais il a outre cela des bâtimens
ct des ustensiles de toute espèce, et il ne
lui faudroit faire que peu de frais pour compléter sa manufacture.
Il n'y a point de doute que la perte
éprouvée par le gouvernement, en raison
d'une moindre importation de sucre de
Muscavedo, ne pûs être compensée par une
augmentation de droits sur le sucre rafiné:
or, dans ce cas, le revenu ne seroit pas
diminué; les profits du planteur seroient
suffisans, et l'Angleterre auroit son sucre
à meilleur compte qu'elle ne l'achète aujourd'hui.
Il est bien singulier que, malgré tout ce
que lepublic a vu et reconnu des avantages
réciproques qui existent entre la GrandeBretagne et ses colonies, quoique'l'on ait
prouvé dans plusieurs occasions, et par
mille argumens irrésistibles, que les Antilles, en retour du monopole qui lie la
mère-patrie à encourager et à protéger leur
commerce, donnent des profits qui ne sont
pas inférieurs à ceux qu'elles retirent ; il
est, dis-je, bien singulier que l'attention
publique soit cependant grandement attirée
des avantages
réciproques qui existent entre la GrandeBretagne et ses colonies, quoique'l'on ait
prouvé dans plusieurs occasions, et par
mille argumens irrésistibles, que les Antilles, en retour du monopole qui lie la
mère-patrie à encourager et à protéger leur
commerce, donnent des profits qui ne sont
pas inférieurs à ceux qu'elles retirent ; il
est, dis-je, bien singulier que l'attention
publique soit cependant grandement attirée --- Page 415 ---
(4 403 )
par iull projet qui, sans être d'aucun avanJage aux Anglais eux-mêmes, doit nécessairement produire la ruine de ces iles. Ce
projet est de cultiver le sucre dans les régions éloignées des Indes orientales, et de
tirer notre sucre de colonies qui ne prennent presque rien de chez nous, qui sont
plutôt propres à ruiner qu'à augmenter nos
manufactures, et, en dernier lieu, dont la
distance doit rendre leur commerce moins
profitable que celui des Indes occidentales.
D'ailleurs, il n'est pas proposé de changer
le monopole en un commerce libre : on ne
veut que transférer le monopole de l'ouest
'à l'est.
En un mot, si un colon qui n'est pas
courtisan, pouvoit librement et explicitement exposer aux' ministres le traitement
qu'ont éprouvé nos colonies depuis vingt
ans, il déconvriroit une série de faits, peu
agréable à la vérité à entendre, mais difficile à réfuter ou à éluder. Un pareil individu, sans s'écarter de la vérité, pourroit
leur donner un détail à-peu-près comme le
suivant.
C Il est bien connu, diroit-il, que les
colonies qui sont tombées au pouvoir des --- Page 416 ---
(404 )
Français ont considérablement souffert; et
qu'à la paix, les planteurs qui avoient survécu aux vexations de l'ennemi et n'étoient
pas absolument ruinés, 3 comme il s'en
trouva beaucoup, > étoient dans sun embarras
qui en approchoit. Pour l'honneur du nom
anglais, on doit mettre dans nos archives,
qu'aussitôt qu'une ile étoit prise par les
ennemis, les propriétés de ses habitans
étoient traitées, à tous égaids, comme celles
de nos ennemis naturels. Vos yaisseaux de
guerre étoient en croisière, et saisissoient
nos effets par-tout où ils les trouvoient. Le
pavillon neutre ne fut pas même une garantie contre VOS déprédations; jusqu'à ce
que les premières autorités de la loi eussent
prononcé qu'une pareille conduite étoitillégale, et que le parlement eût interposé
pour faciliter le transport des productions
de la Grenade, qui étoient encore exposées
à être capturées - 3 l'ile s'étant rendue à discrétion. Les ouragans mêmes, ces fléaux
terribles , qui arrêtent ordinairement la
vengeance des hommes , et qui, excitant
chez eux des sentimens de compassion, les
disposent à des actes de fraternité, n'eurent
aucun effet sur vous, et ne purent vous
et que le parlement eût interposé
pour faciliter le transport des productions
de la Grenade, qui étoient encore exposées
à être capturées - 3 l'ile s'étant rendue à discrétion. Les ouragans mêmes, ces fléaux
terribles , qui arrêtent ordinairement la
vengeance des hommes , et qui, excitant
chez eux des sentimens de compassion, les
disposent à des actes de fraternité, n'eurent
aucun effet sur vous, et ne purent vous --- Page 417 ---
(405 1 )
engager a laisser un libré passage aux
objets de première nécessité ; et votre rapacité fit mourir de faim ceux que la tempête avoit épargnés.
< La guerre cessa, et avec elle Ia domination de France sur les iles (excepté sur
Tabago qui lui fut cédé à perpétuité ) ;
mais nos souffrances continuèrent, car le
traité de 1782,qui accorda la paix et l'indépendance à l'Amérique septentrionale,
ne fit que transférer la guerre dans les iles
à sucre ; puisque, depuis cette époque,
elles n'ontjamais cessé d'éprouver des vexations d'un genre ou d'un autre. La première
mesure qui leur fut nuisible prit sa source
dans la politique de l'état. Il'fut jugé nécessaire de rompre - leurs liaisons avec le
continent. La conséquence fut que, 3 la Jamaique étant privée des productions qui
servoient à la subsistance de ses nègres,
par une série de tempêtes et de saisons défavorables,"elle perdit 15,000 esclaves par
la famine. Et vous parlez encore d'humanité, comme si c'étoit une vertu nationale!
< Quelle a depuis été la conduite de la
Grande-Bretagne à notre égard ? On peut
l'apprendre par les conversations du jour; --- Page 418 ---
(4c6 d )
par la conduite de grandes sociétds réunies
pour l'abolition de la traite des nègres, s
et définitivement de l'esclavage même. On
peut l'apprendre par les établissemens projetés, et mis à exécution sur la côte d'Afrique, dans des vues publiquement avouées
contraires à nos intérêts. On peut l'apprendre par: nombre de paragraphes incendiaires
et de pamphlets calomnieux qui paroissent
tous les jours, pour perdre les planteurs
des Antilles dans l'opinion publique. On
peut l'apprendre enfin par cette multitude
d'adresses au peuple, 9 pour l'exhorter à ne
plus faire usage de sucre, et finalement par
diverses propositions de faire diminuer le
prix de cette denrée. Cet esprit se manifeste de tant de manières, qu'il y a bien
lien de conclure que c'est absolument un
parti pris de ruiner les colonies à sucre s
et que les vexations que nous avons jusqu'ici éprouvées ne sont que le prélude du
systême qui doit être consommé par la
grande mesure de nous créer des rivaux
dans VOS établissemens de l'Asie.
EC On a accusé les colonies à sucre d'être
fort dispendieuses et d'occasionner des
guerres. Jamais lcs Antilles n'ont été cause
bien
lien de conclure que c'est absolument un
parti pris de ruiner les colonies à sucre s
et que les vexations que nous avons jusqu'ici éprouvées ne sont que le prélude du
systême qui doit être consommé par la
grande mesure de nous créer des rivaux
dans VOS établissemens de l'Asie.
EC On a accusé les colonies à sucre d'être
fort dispendieuses et d'occasionner des
guerres. Jamais lcs Antilles n'ont été cause --- Page 419 ---
(407 )
de la guerre ; mais quand la France ct PAngleterre se querellent 3 quel qu'en soit le
sujet, c'est ici qu'elles viennent décider
leurs différends. Les iles deviennent alors
le théâtre de la guerre, elles sont les victimes, mais jamais l'origine des contestations de ces deux Puissances. Les habitans
des fles françaises et anglaises entretiennent entr'eux une correspondance amicale,
et souhaiteroient une paix éternelle; et ils
ont bien raison, car qu'ont-ils à gagner de
la guerre ?
CC Quand donc nous réfléclissons aux différens moyens qui ont été employés pour
prévenir les esprits contre les planteurs 2
nous ne pouvons point du tout concevoir
ce qui a pu exciter contre nous tant de
haine ; puisquiln'existe aucune des causes
qui provoquent ordinairement l'envie et
produisent la méchanceté. Les colons (à
quelques exceptions près ) ne sont point
remarquables par leurs fortunes colossales
ou par leur ostentation. Ils ne s'élèvent pas
soudainemnent de la pauvreté et du neant
aux premiers rangs de l'état. Ceux qui possèdent des fortunes assez considérables,
comme il s'en trouye quelques- uns à la --- Page 420 ---
(408 )
Jamaique, ne sont pas de nouveaux parvenus. Leurs noms se trouvent dans les
premières archives de l'ile,et leur établissement est aussi ancien que celui de la
colonie : donc leurs propriétés sont les
fruits des travaux de plusieurs générations.
<c Ily en a véritablement qui ont un revenu suffisant pour vivre, avec économie,
dans ce pays-ci; mais la plupart sont des
hommes mal-aisés, réduits, cause de leurs
dettes, à travailler le reste de leur vie dans
les colonies, dans l'espoir qui élade toujours leurs efforts, de passer des jours plus
heureux et'de sortir de leurs embarras. Il
y eut des tems oùt leurs efforts auroient pu
être couronnés de succès et les tirer d'embarras; ; mais il semble que l'on regarde la
pauvreté comme l'héritage légitime de tous
les planteurs des Antilles.
C Si le ministère a dessein de ruiner ces
colonies,il peutl'effectuer en enconrageant
une culture étendue de la canne à sucre
dans les Indes orientales, pour en fournir
les marchés de l'Europe; et nous n'avons
que la justice à opposer au pouvoir, cat il
nousestimpossible de repousser les injures.
Nos murmures seroient inutiles et notre
auvreté comme l'héritage légitime de tous
les planteurs des Antilles.
C Si le ministère a dessein de ruiner ces
colonies,il peutl'effectuer en enconrageant
une culture étendue de la canne à sucre
dans les Indes orientales, pour en fournir
les marchés de l'Europe; et nous n'avons
que la justice à opposer au pouvoir, cat il
nousestimpossible de repousser les injures.
Nos murmures seroient inutiles et notre --- Page 421 ---
(409 )
ressentiment impuissant ; mais ce seroit
faire un JAche abandon de nos intérêts de
nouslaisser intimiderdemanière à renoncer
volontairement à nos droits. Nous protestons donc contre toute innovation," et nous
adhérons au systême du double monopole:
c'est dans ce port que nous nous réfugions; ;
et s'iln'y a nulle part aucune sûreté contre
la tempête et les afflictions dela providence,
nous n'en trouverons pas ici davantage
contre l'injustice des hommes : mais nous
aurons du moins la consolation de n'avoir
rien à nous reprocher, et de ne laisser à la
postérité aucun sujet de blâme ! s
Il est difficile de concevoir quelle réponse
on pourroit donnerà une remontrance telle
que celle-ci. Si cependant ce n'est pas l'intention du gouvernement de violer la foi
nationale envers les colonies, , il seroit facile de détruire. toutes les craintes des colons
à cet égard. Quant au reste, il faut être
juste, s'il se trouve dans cette remontrance
de grandes vérités,il ya néanmoins beaucoup à dire pour donner satisfaction aux
habitans des fles. On peut leur représenter
que les colonies sont redevables à la mèrepatric de leur origine, de leur établisse- --- Page 422 ---
(410) )
ment et de leur gouvernement. Si dans la
fatale querelle qui s'est terminée par le démembrement de l'empire, elles ont souffert
leur part des calamités publiques, il faut se
rappelerquetoutes les iles, excepté Tabago,
qui avoient éprouvé les horreurs-d'une domination étrangère, ont, à la paix, été
rendues à la liberté etàla protection de la
Grande-Bretagne, Elles ont tous les privilèges d'un peuple libre; dans l'intérieur
elles sonti imposées par leurs propres repré- 3
sentans, de sorte qu'elles ne jouissent pas
seulement d'un simulacre de liberté, mais
de l'esprit et de la substance de la constitution britannique. --- Page 423 ---
(411)
RELATION
Delu colonie française de Saint-Domingne.
CHAPITRE PREMIER.
LTAT POLITIQUE DE SAINT- DOMINGUE
AVANT 1789.
Cerrz colonie, comme tous les autres
établissemens des Antilles, étoit habitée par
trois classes différentes d'individus. La
première étoit celle des blancs; la seconde
celle des gens de couleur et des nègres libres, etl la dernièrecelle des nègres esclaves.
Les gens de couleur étoient les descendans
illégitimes de blancs et de noirs. Il se trouvoitdifférentes nuances de sangr mêlé, selon
la couleur la plus oui la moins approchante
du noir ou du blanc; mais tous ces individus étoient connus sous le nom général
de mulâtres. Le peu d'usage du mariage à
Saint-Domingne fit que ces derniers devinrent presque-aussi nombreux que les blancs,
, etl la dernièrecelle des nègres esclaves.
Les gens de couleur étoient les descendans
illégitimes de blancs et de noirs. Il se trouvoitdifférentes nuances de sangr mêlé, selon
la couleur la plus oui la moins approchante
du noir ou du blanc; mais tous ces individus étoient connus sous le nom général
de mulâtres. Le peu d'usage du mariage à
Saint-Domingne fit que ces derniers devinrent presque-aussi nombreux que les blancs, --- Page 424 ---
(41-) )
étant estimés à 24,000,t tandis que les Llancs
ne passoient pas 30,000.
Avant l'année 1789, le gouvernement de
Saint-Domingue étoit composé d'un intendant et d'un gouverneur-g général, tous deux
nommés par le roi, pour l'espace de trois
ans. Dans quelques cas leurs pouvoirs
étoient distincts, et dans d'autres réunis.
Dans les derniers tems, leur administration
réunie étoit arbitraire, illimitée et minutieuse, s'étendant à toutes les questions de
finances et de police.
lls émettoient des ordonnances 1 nommoient aux places vacantes dans les conseils
et les cours de justice, et distribuoient à
leur gré les domaines rovaux. La seule
sûreté du peuple résidoit dans les contestations qui s'élevoient fort heureusement
entre les hommes qni partageoient cet immense pouvoir ; mais même dans ces querelles l'autorité du gouverneur avoit la prépondérance. Son pouvoir suprême sur les
forces navales et militaires ; son droit d'emprisonner sans donner de raison, et l'impuissance de faire aucune arrestation sans
sa sanction, rendoient lesjuges ses esclayes
etle mettoient au-dessus des lois. La place --- Page 425 ---
(413 )
d'intendant, quoiqu'elle ne donnât pas un
pouvoir si considérable, étoit plus dangéreuse pour la vertu de celui qui la possédoit. L'homme qui avoit le contrôle et
l'inspection de tous les droits et impôts, et
qui étoit autorisé à les employer comme il
le jugeroit à propos, devoit avoir une intégrité peu commune pour ne pas succomber à la tentation. Les impôts et droits
dont nous parlons, étoient mis par une
assemblée qui se créoit elle-même, et qui
étoit composée des deux grands officiers
dont nous venons de faire mention 3 de
quelques commandans de milice, des présidens des conseils provinciaux, 7 et, en
dérision du peuple, se nommoit assemblée
coloniale.
La colonie étoit divisée en trois provinces, celle du nord, celle de l'ouest et celle
du sud. On pouvoit appeler des sentences
des cours inférieures de ces divisions aux
cours supérieures du Cap - Français et du
Portau-Prince. Celles-ci étoient composées
du gouverneur, de l'intendant, des lieutenans de roi,de douze conseillers et de
quatre assesseurs. Les lieutenans de roi
étoient des militaires qui n'ayoient aucune
iale.
La colonie étoit divisée en trois provinces, celle du nord, celle de l'ouest et celle
du sud. On pouvoit appeler des sentences
des cours inférieures de ces divisions aux
cours supérieures du Cap - Français et du
Portau-Prince. Celles-ci étoient composées
du gouverneur, de l'intendant, des lieutenans de roi,de douze conseillers et de
quatre assesseurs. Les lieutenans de roi
étoient des militaires qui n'ayoient aucune --- Page 426 ---
(514)
liaison avec l'autorité civile, ct qui étoient
absolument à la disposition du gouverneur.
Les conseillers n'étoient guères plus indépendans. Lorsque le prince de Rohan agissoit comme gouverneur de cette colonie 3
il les fit arrêter sur leur siege, mettre aux
fers et conduire à Paris, où ils restèrent
Jong-tems à la Bastille, sans avoir eu l'avantage d'être jugés.
On peut aisément concevoir les conséqJuences d'une pareille influence sur les
ministres de la justice. La corruption et
l'iniquité dirigeoient ordinairement leurs
décisions. Cependant il y avoit appel au
roi, oùt le jugement étoit ordinairement plus
équitable.
La colonie étoit divisée en cinquantedeux paroisses, dont chacune fournissoit
une ou plusieurs compagnies de blancs 3
nègres et gens de couleur, pour former la
mnilice. Les troupes du roi montoient en
général à 2 ou 300o hommes.
Le bonheur ou le malheur d'une colonie
ainsi constituée, devoit principalement dépendre du gouverneur qui y étoit envoyé,
Heureusement les progrès de l'industrie
avoient tellement dégagé les colons de leurs --- Page 427 ---
(415) )
anciens préjugés, qu'ils ne croyoient plus
que le centre du bonheur et de la considération fût placé dans une haute naissance
et des liaisons de noblesse. Les fruits du
commerce et de l'industrie avoient telle4
ment élevé la partie roturière de la communauté, qu'elle jouissoit de ses richesses
sans être méprisée pour ne pas avoir de
titres. Le triomphe de la justice sur lcs
préjugés ne s'étendoit cependant pas plus
loin; quelque excuse quel l'on puisse donner
pour l'usage dominant de déprécier les
hommes, uniquement en raison de leur
couleur, on ne sauroit nier que les gens
de couleur de cette colonie n'éprouvassent
les plus grandes injustices et le plus souverain mépris (1). Lenègre esclave avoit un
maitre 3 intéressé à le défendre et à le protéger; maisles mulâtres, considérés comme
les esclaves du public, étoient insultés et
vexés sans aucun espoir de justice. Arrivés
à l'âge viril, ils étoient obligés de servir
(1) Dans cet endroit M. Edouard s'efforce philosophiquement de pallier cette propension dominante de
Tespèce humaine de mépriser la couleur des individus,
eans avoir égard à leur mérite.
3 intéressé à le défendre et à le protéger; maisles mulâtres, considérés comme
les esclaves du public, étoient insultés et
vexés sans aucun espoir de justice. Arrivés
à l'âge viril, ils étoient obligés de servir
(1) Dans cet endroit M. Edouard s'efforce philosophiquement de pallier cette propension dominante de
Tespèce humaine de mépriser la couleur des individus,
eans avoir égard à leur mérite. --- Page 428 ---
(416 )
pendant trois ans à l'armée, et quand le
tems de leur service étoit expiré, ils étoient
forcés de travailler, la plus grande partie de
l'année , à l'entretien des grandes routes.
Afin d'éteindre chez eux tout sentiment
d'une ambition généreuse, et tout moyen
de sortir de leur état avilissant, il ne leur
étoit pas permis de posséder aucun emploi
public, et ils ne pouvoient pas même suivre
une profession honorable ou qui exigeât
une éducation honnête. La loi défendoit
au mulâtre d'être prêtre , jurisconsulte 3
médecin, chirurgien, apothicaire ou instituteur.. La plus petite teinte du sang africain
répandoit un mépris universel sur le caractère de l'homme; conséquemment aucun
blanc qui savoit se respecter, ne vouloit
s'allier avec une femme de couleur ou une
négresse.Leslois sanctionnoientcrnellement
ces préjugés populaires : le mulâtre qui
avoit le malheur de frapper un blanc, étoit
condamné à avoir le poignet droit coupé;
tandis que le blanc, pour une pareille offense, ] n'étoit puni que d'une petite amende.
Il est vrai que la rigueur de la loi étoit en
quelque sorte modifiée par les moeurs des
habitans, qui ne suivoient pas strictement --- Page 429 ---
(417)
des édits si inhumains. Une autre circonstance en faveur des mulâtres, c'est qu'ils
avoient droit de posséder des propriétés
autant qu'ils pouvoient en acquérir, et que
par ce moyen les plus riches avoient le
pouvoir de corrompre les administrateurs
vénaux de la justice, quoique néanmoins
cette supériorité de richesses ne condint en
aucune maniève cetteinsolence que le blanc
le plus vil étoit toujours enclin à leur faire
éprouver.
Les nègres esclaves, qui composoient la
troisième classe d'habitans, montoient en
1789 à480,000. Dès le règne de Louis XIV
on avoit fait en leur faveur un code de lois
qui fait honneur à son auteur. Mais là où
la crainte est la base d'un
gouvernement,
comme il est nécessaire que cela soit dans
tous les pays où l'esclavage existe, la doctrine de la force et non pas celle du droit
doit être maintenue, ou l'autorité ne tarde
pas à être renversée: Nous avons déja parlé
du traitement des nègres dans les colonies
anglaises ; il étoit à- pen- - près le même
dans cette fle. S'il se trouve quelque diffé
rence entre le traitement des esclaves français et celui des anglais, c'est que les der27
d'un
gouvernement,
comme il est nécessaire que cela soit dans
tous les pays où l'esclavage existe, la doctrine de la force et non pas celle du droit
doit être maintenue, ou l'autorité ne tarde
pas à être renversée: Nous avons déja parlé
du traitement des nègres dans les colonies
anglaises ; il étoit à- pen- - près le même
dans cette fle. S'il se trouve quelque diffé
rence entre le traitement des esclaves français et celui des anglais, c'est que les der27 --- Page 430 ---
418 )
niers ont une plusgrande portion de viande,
et. .que les premiers sont mieux vêtus. Après
tout, les habitans de Saint-Domingue de
toutes les classes étoient moins misérables
que l'on n'auroit dû s'y attendre,*avec un
aussi mauvais gouvernement que celui que
nous venons de décrire. En dépit des maux
politiques, on y apercevoit des signes de
prospérité ; leurs villes étoient opulentes,
l'abondance régnoit dans leurs marchés 9
leur commerce étoit étendu et T'agriculture
faisoit des progrès. Tel étoit l'état de la
colonie française de Saint-Domingue en
1788. Dans le cours de cette année si remplie d'événemens, les principes de liberté
quiavoient passé de l'Amérique en France,
commencèrent aussi à pénétrer dans ses
colonies. La nécessité de nouveaux arrangemens et d'une grande réforme dans les
e
abusmultipliés etinvétérés, devint évidente.
Les effets des vigoureux efforts qui furent
faits pour obtenir cette réforme, peuvent
nous fournir plusieurs leçons fort importantes : c'est pourquoi ils feront le sujet du
chapitre suivant. --- Page 431 ---
(419)
CHAPITRE II.
Depuis la révolution de 1789 , jusqu'à la réunion de
la première assemblée géuérale de la colonie.
A L'ÉPOQUE mémorable où les états-généraux de France furent convoqués (décembre
1788) le gouverneur de la partie française
de Saint - Domingue étoit M. Duchilleau,
homme que l'on supposoit favoriser secrètement les prétentions du apeuple. Mais
l'influence que cette supposition lui avoit
conservée, s'évanouit graduellement à mesure que l'esprit d'innovation devint plus
hardi et plus décisif. Ce fut donc en vain
qu'il essaya de dissoudre les assemblées révolutionnaires, qui, en dépit de ses proclamations,élurent et enyoyèrent en France
dix-huit députés (s six par province) pour
représenter Saint-Domingue. A l'époque de
leur arrivée, les états-généraux s'étoient
déclarés assemblée nationale; mais, quoique
favorable au systême représentatif, cet auguste corps maintint que dix-huit députés
Ce fut donc en vain
qu'il essaya de dissoudre les assemblées révolutionnaires, qui, en dépit de ses proclamations,élurent et enyoyèrent en France
dix-huit députés (s six par province) pour
représenter Saint-Domingue. A l'époque de
leur arrivée, les états-généraux s'étoient
déclarés assemblée nationale; mais, quoique
favorable au systême représentatif, cet auguste corps maintint que dix-huit députés --- Page 432 ---
(4201)
étoient trop pour Saint-Domingue, et il
n'y en eut que six qui furent admis.
Quoique les représentans des Antilles
fussent reçus dans le corps légilatif, les
colonies ne jouissoient cependant pas de
beaucoup de popnlarité- en France. La nation, alors pleine d'enthousiasme pourles
droits du genre humain, ne pouvoit pas
voir de bon oeil des hommes qui ne vouloient la liberté que pour eux-mêmes, et
qui la refusoient aux autres. L'indignation
du peuple prit tous les jours un accroissement de force par les discours de cette
association phissante, appelée Société des
amis des noirs ; et les extravagances des
planteurs qui résidoient en France contribuèrent aussi à augmenter la haine générale. La société des amis des noirs étoit
une imitation d'une société de Londres 3
qui avoit le même nom, mais dont les
intentions n'étoient pas tout-à-fait les
mêmes. Celle d'Angleterre s'étoit efforcée
d'adoucir le traitement des esclaves, en
persuadant au gouvernement d'abolir la
traite des nègres. La société française manifestoit son horreur pourlesclavage même,
ainsi que pour le commerce d'Afrique, et --- Page 433 ---
(421 )
attaquoit ces partisans de la liberté qui
osoient se dire possesseurs d'hommes. En
même téms, les amis des noirs entretinrent des liaisons intimes avec les gens de
couleur de Saint-Domingue qui faisoient
leur éducation en France, s'efforcèrent de
les convaincre de leur droit à la délivrance
des maux auxqnels ils étoient depuis si
long-tems assujétis, et en appelèrent chaudement à la générosité de la nation en
leur faveur. Le coeur de chaque Français
s'intéressoit à leurs souffrances, et l'indignation contre les habitans blancs prit un
aspect sérieux.
Cette animosité contre les maitres d'esclaves eut probablement quelque influence
sur l'assemblée même, quand elle fit cette
célèbre déclaration que tous les hommes
naissent et. continuent égaux en droits.
Jusqu'ici les habitans blancs de Saint-Domingue n'avoient pas regardé les amis des
noirs, et même la nation française entière,
d'un trop-bon ceil, parce qu'ils sentoient
bien que les principes d'une liberté universelle et sans restriction, avoués dans
la mére-patrie, menaçoient d'anéantir leur
aucorité sur leurs esclaves. Cette déclara-
célèbre déclaration que tous les hommes
naissent et. continuent égaux en droits.
Jusqu'ici les habitans blancs de Saint-Domingue n'avoient pas regardé les amis des
noirs, et même la nation française entière,
d'un trop-bon ceil, parce qu'ils sentoient
bien que les principes d'une liberté universelle et sans restriction, avoués dans
la mére-patrie, menaçoient d'anéantir leur
aucorité sur leurs esclaves. Cette déclara- --- Page 434 ---
422 )
tion les anima davantage contre les amis
des noirs, parce qu'ils la regardèrent comme
un coup dangereux et impardomnable 9
contre leur autorité sur les nègres et gens
de couleur. Avant cette époque, les Français avoient décrété l'institution d'assemblées coloniales; mais ces décrets avoient
été rendus lentement, et les colons de
Saint-Domingue n'ayoient pas eu la patience de les attendre. De grandes assemblées s'étoient constituées dansles provinces,
et il y avoit des assemblées de paroisse pour
communiquer plus facilement leurs sentimnens. Entr'autres résolutions, les assemblées proyinciales arrêtèrent que c'étoit leur
intention d'être mieux représentés, et déclarèrent qu'elles vouloient former une
assemblée générale, comme une mesure
absolument nécessaire, si, avant l'espace
de trois mois, elles ne recevoient pas des
ordres à cet effet. En même tems, les gens
de couleur de Saint- Domingue, instruits
de leurs droits, et informés des sentimens
des Français à leur égard, réclamèrent hautement contre leur assujetissement, et devinrent extrêmement remuans. Mais ils
furent bientôt soumis; car ils n'ayoient pas
l'ensemble. --- Page 435 ---
(423) )
Il faut rendre justice aux assemblées pro.
vinciales ; clles ne parurent pas ennemies
de la modération, et traitèrent les prisonniers avec moins de rigueur qu'on n'auroit
dà s'y attendre. Mais la populace fut cruelle
et fdrieuse contre les gens de couleur, et
plus particulièrement contre les blancs qui
eurent la générosité de s'avouer leurs amis.
Un magistrat du Petit Gove ( M. Ferrand
de Beaudierre) avoit résolu d'épouser une
femme de couleur; mais craignant que sa
conduite ne fit blâmée, il attaqua les préjugés invétérés de ses compatriotes contre
les gens de couleur, et fit un mémoire en
leur faveur, dans lequel ils réclamoient
tous les avantages de la déclaration des
droits. Il fut arrêté comme séditieux, et
incarcéré par le comité paroissial; mais la
populace l'arracha de force de sa prison,
et, en dépit de la municipalité, le mit
inhumainement à mort.
Au commencement de janvier 1790, On
reçut l'ordre du roi de convoquer une assemblée. Le tems et le lieu de sa réunion,
ainsi que quelques circonstances relatives
àsa constitution, ayant été regardés comme
incompatibles ayec le bicn-être de la CO-
êté comme séditieux, et
incarcéré par le comité paroissial; mais la
populace l'arracha de force de sa prison,
et, en dépit de la municipalité, le mit
inhumainement à mort.
Au commencement de janvier 1790, On
reçut l'ordre du roi de convoquer une assemblée. Le tems et le lieu de sa réunion,
ainsi que quelques circonstances relatives
àsa constitution, ayant été regardés comme
incompatibles ayec le bicn-être de la CO- --- Page 436 ---
(424)
Ionie, cet ordre fut traité avec mépris, et
les choses arrangées d'une manière agréable
aux habitans. La mère-patric ne tarda pas
à être informée des dispositions de SaintDomingue ; et les villes de commerce s
alarmées par le danger qui menaçoit leurs
intérêts, sollicitèrent tle gouvernement pour
obtenir des mesures conciliatoires. L'assemblée prit l'affaire en grande considération, et il fut décrété, par une grande majorité, que son intention n'avoit jamais été
de se mêler du gouvernement intérieur de
la colonie ; que les colons étoient absolument maitres de la formation de leur législature; et l'assemblée promit solemnellement de ne faire aucune innovation directement ou indirectement, dans le systême
commercial qui concernoit les colonies.
Quelque agréable qu'edtpu être cette déclaration aux blancs de Saint- Domingue,
elle excita des réclamations de la part des
amis des noirs. Ils la regardèrent comme
une approbation impardonnable de la traite
des nègres, et un aveu que les planteurs
de Saint-Domingue n'étoient point soumis
à la France, mais un peuple indépendant.
L'assemblée nationale paroit néanmoins --- Page 437 ---
(425 )
avoir eu des intentions patriotiques; et il
est raisonnable de croire que ce corps respectable de législateurs avoit la conservation de la colonie en vue, et non pas la
continuation de l'esclavage, quand il rendit
ce décret. Avec l'exemple des Etats-Unis
devant les yeux, il étoit plus que probable
que les habitans de Saint-Domingue auroient secoué le joug de la France, si les
animosités avoient été alimentées par un
décret d'une autre nature. On verra jusqu'à
quel point les représentans des assemblées
coloniales étoient disposés à devenir indépendans, par ce qui se passa dans leurs
diverses séances jusqu'à la dissolution de
leur assemblée générale. Nous en parlerons
dans le chapitre suivant. --- Page 438 ---
(426)
CHAPITRE III
Opérations He T'assemblée générale de Saint-Domingue
jusqu'à sa dissolution, et Tembarquemeut de ses
membres pour la France.
Leso avril 1790, l'assemblée générale de
Saint. - Domingue se réunit à la ville de
Saint-Marc; elle étoit composée de deux
cent treize membres. Cependant les assemblées provinciales continuèrent d'exercer
leurs fonctions, ou nommèrent des comités
pendant leur séparation. L'amélioration des
lois des esclaves, et le redressement des
griefs les plus insupportables des gens de
couleur, devinrent les premiers objets de
la délibération de ses membres. Ils s'occupèrent ensuite de la réforme des abus grossiers qui subsistoient dans les cours de justice et qui étoient devenus intolérables, et
après cela du plan d'un nouveau gouvernement colonial ; cela dura jusqu'au 28
mai. A cette époque, le gouverneur g6néral étoit un M. Peynier, 9 grand aristo-
ment des
griefs les plus insupportables des gens de
couleur, devinrent les premiers objets de
la délibération de ses membres. Ils s'occupèrent ensuite de la réforme des abus grossiers qui subsistoient dans les cours de justice et qui étoient devenus intolérables, et
après cela du plan d'un nouveau gouvernement colonial ; cela dura jusqu'au 28
mai. A cette époque, le gouverneur g6néral étoit un M. Peynier, 9 grand aristo- --- Page 439 ---
(427)
crate, qui encouragea et soutint secrètement cette bande d'officiers civils, dont les
vues avoient été contrarices par la dernière révolution. Les officiers militaires qui
avoient été accoutumés à partager une partie de l'autorité dans le régime tyrannique,
se réunirent à cette association secrète, et
projetèrent la ruine 'de la nouvelle constitution. Peynier continua à la tête de cette
infâme coalition, jusqu'à l'arrivée du chevalier Mauduit, colonel du régiment du
Port-au-Prince, dont les talens supérieurs
lui firent éclipser le premier. Il avoit passé
par l'Italie, et avoit, à Turin, pris congé
du comte d'Artois, à la fortune duquel il
étoit attaché. Ses premières opérations prouvèrent que c'étoit un scélérat consommé.
Il se déclara le patron et le protecteur des
gens de couleur, jusqu'à ce que son hypocrisie lui,edt gagné leur confiance. Avec
leur assistance, il proposa de rétablir l'ancien systême d'injustice, et réussit malheureusement à diviser deux classes d'hommes,
dont les vues, si elles avoient été cimentées par la bonne intelligence 3 auroient
pu effectuer leur bonheur réciproque, et
prévenir bien des malheurs. Si les planteurs --- Page 440 ---
2e 428) )
avoient été fermement unis, peut-être auroient-ils détruit les projets de leurs ennemis; mais les assemblées provinciales se
querellèrent, et fournirent ainsi une occasion à leur ennemi commun, le pouvoir
exécutif, de leur déclarer plus efficacement
la guerre. Le motif ostensible du gouvernement 2 pour commencer à attaquer les
représentans de l'ile, fut le célèbre décret
que l'assemblée coloniale rendit le 28 mai.
1790. Le préambule de ce décret déclare
que le droit de confirmer les lois réside
essentiellement dans l'assemblée, et que,
consequemment, elle ne peut le déléguer.
Les articles qui le suivent sont au nombre
de dix :
c1o, Le pouvoir législatif, en tout ce
qui concerne le régime intérieur de la COlonie, réside dans l'assemblée de ses représentans 7. qui sera appeléc PAssemblée ge
nérale de la partie française de SaintDomingue.
e 29. Aucun acte du corps législatif,
en ce qui concerne le régime intérieur de
la colonie, ne sera regardé comme loi, à
moins qu'il ne soit agréé par les représentans de la partie française de Saint-
:
c1o, Le pouvoir législatif, en tout ce
qui concerne le régime intérieur de la COlonie, réside dans l'assemblée de ses représentans 7. qui sera appeléc PAssemblée ge
nérale de la partie française de SaintDomingue.
e 29. Aucun acte du corps législatif,
en ce qui concerne le régime intérieur de
la colonie, ne sera regardé comme loi, à
moins qu'il ne soit agréé par les représentans de la partie française de Saint- --- Page 441 ---
(429 )
Domingue, librement et légalement élus,
et confirmés par le roi.
< 3°. En cas d'urgence, un arrêté de
l'assemblée générale, 3 en ce qui concerne
le régime intérieur des colonies, sera regardé comme loi provisoire. Dans tous les
cas, l'arrêté sera notifié au gouverneurgénéral, qui, dans les dix jours de la présente notification, sera tenu de le promulguer et de le faire exécuter, ou de transmettre ses.observations à ce sujet à l'assemblée générale.
< 4°. La nécessité. du cas dont dépendra
l'exécution d'un pareil décret provisoire,
fera une question séparée. , et aura besoin
de la majorité des deux tiers de l'assemblée
générale, pour passer à l'aflirmative, prise
par appel nominal.
c 5°. Si le gouverneur- général envoie
ses observations sur un semblable décret,
elles seront mises dans le procès-verbal de
l'assemblée générale,qui commencera alors
la révision du décret, et l'examen des observations y relatives, dans trois séances
différentes. Les voix, pour confirmer ou
annuller le décret, se prendront par oui
et par non > et une minute des opéra- --- Page 442 ---
430) )
tions sera signée par les membres présens,
dans laquelle seront inscrites les voix des
deux côtés de la question ; et s'il paroit
qu'il y ait une. majorité des deux tiers en
faveur du décret, il sera su-le-champ mis
à exécution par le gouverneur-général.
C 6.0 Comme toutes les lois doivent être
fondées sur le. consentement de ceux qui
doiventy obéir, la partie française de SaintDomingue pourra proposer des règlemens
concernant les rapports commerciaux et
autres rapports communs, et les.décrets
rendus à cette occasion- parl'assemblée nationale, n'auront force de lois dans Ja7
colonie, à moins qu'ils n'aient été consentis par l'assemblée coloniale.
CC 7.9 Dans les cas d'extrême nécessité,
l'importation d'objets pour la subsistance
des habitans ne sera pas regardée comme
une brèche du systême des règlemens commerciaux entreSaintDoningue etlaFrance;
pourvu que les arrêtés pris, en pareil cas,
par l'assemblée générale, aient été soumis
à la révision du gouverneur- général, aux
conditions et modifications prescrites dans
les articles 3 et 5.
G 8.0 Pouryu aussi que tout acte del l'as-
cas d'extrême nécessité,
l'importation d'objets pour la subsistance
des habitans ne sera pas regardée comme
une brèche du systême des règlemens commerciaux entreSaintDoningue etlaFrance;
pourvu que les arrêtés pris, en pareil cas,
par l'assemblée générale, aient été soumis
à la révision du gouverneur- général, aux
conditions et modifications prescrites dans
les articles 3 et 5.
G 8.0 Pouryu aussi que tout acte del l'as- --- Page 443 ---
(43r)
semblée générale, exécuté provisoirement
en cas d'urgence, soit transmisàla sanction
du roi, et si le roi refuse sa sanction à un
pareil acte, l'exécution en sera suspendue,
aussitôt que le refus du roi aura été légalement notifié à l'assemblée générale.
"9."Lassemblée, générale sera renouvelée
tous les deux ans; et aucun des membres
qui ont siégé dans l'assemblée précédente,
ne sera éligible à la nouvelle.
c10,0 L'assemblée générale arrête queles
articles précédens, s comme formànt une
partie de la constitution de la colonie française de Saint-Domingue, seront immédiatement transmis en France pour recevoir
la sanction du roi et de l'assemblée nationale. Ils seront aussi transnuis à tous les
districts et à toutes les paroisses de la COlonie, et notifiés au goaverneur-g@néral.*
Parmi les hommes, même d'epinions
différentes, cet arrêté excita du mécontentement. Il fut regardé comme incompatible
à l'existence de la subordination coloniale,
que le délégué du roi fàt privé du droit de
la négative ou du veto.sur les actes de
l'assemblée. Pour atienuer cette inconsé- --- Page 444 ---
(432)
quence 3 et encore plus cette innovation
hardie de se constituer juges des actes de
l'assemblée nationale de France, on peut
seulement dire queles circonstances étoient
nouvelles et les législateurs sans expérience.
Il n'est pas à croire qu'ils aient eu en vue
de secouer le joug de la mere-patrie; mais
il se répandit un bruit, qui fut accrédité,
que la colonie étoit vendue aux Anglais, et
que l'assemblée de Saint - Domingue avoit
reçu quarante millions à cet effet. Les paroisses dè l'ouest rappelèrent leurs,léputés,
et celles du Cap-Français refusèrent d'obéir
à l'assemblée générale, et présentèrent des
pétitions au gouverneur pour le prier de la
dépouiller de son autorité. Peynier fut content de la disgrace des représentans, les
deux partis n'étoient pas enclins à un
accommodement, et il arriva une circonstance. qui rendit la brèche irréparable.
Le Léopard, vaisseau de ligne, 2 étoit
dans le hâvre du Port-au-Prince, et le capitaine étant attaché au gouverneur, donna
un banquet somptueux à ses partisans dans
cet endroit. Les matelots ayant été offensés
de cette conduite, se réyoltèrent et se dé-
ans, les
deux partis n'étoient pas enclins à un
accommodement, et il arriva une circonstance. qui rendit la brèche irréparable.
Le Léopard, vaisseau de ligne, 2 étoit
dans le hâvre du Port-au-Prince, et le capitaine étant attaché au gouverneur, donna
un banquet somptueux à ses partisans dans
cet endroit. Les matelots ayant été offensés
de cette conduite, se réyoltèrent et se dé- --- Page 445 ---
(433 )
clarèrent en faveur de l'assemblée; et l'assemblée, en retour, leur vota des remer-
- -
cîmens. Quelques partisans de l'assemblée
saisirent, à cette époque, un magasin à
poudre à Léogane. Deux jours après que
les membres de l'assemblée eurent voté des
remercimens à l'équipage du Léopard, le
gouverneur les déclara fauteurs et complices des traîtres à leur patrie, et enjoignit à tous les officiers civils et militaires
de les saisir pour les faire punir de leurs
crimes. Sa première attaque directe fut une
tentative d'arrêter les membres de l'assemblée provinciale de l'ouest, qui avoient
montré tant d'attachement à l'assemblée
générale. Il fut informé qu'il y en avoit
un comité qui délibéroit à minuit au Portau-Prince. M. Mauduit fut chargé de l'expédition, et ayant choisi cent de ses soldats,
se transporta sur les lieux. La maison étoit
défendue par quatre cents gardes nationales,
et il s'ensuivit une escarmonche, dont les
particularités ne sont pas bien connues 5
mais Mauduit revint sans exécuter son
projet.
L'assemblée générale, instruite de cette
--- Page 446 ---
(434)
attaque 2 invita le peuple à s'assembler pour
défendre ses représentans : en conséquence,
des forces armées se mirent en campagne
des deux côtés, et l'effusion du sang paroissoit alors inévitable ; mais un arrêté
soudain de l'assemblée prévint la guerre
civile. Ses membres arrêtèrent en corps de
se rendre dans la mére-patrie, et de justifier
en personne leur conduite passée, au roi et
à l'assemblée nationale. Leur nombre, par
les maladies et la défection, étoit réduit à
cent, et quatre vingt cinq de ceux ci s'embarquèrent à bord du Léopard, au milieu
des applaudissemens des deux partis 9
qui considérèrent leur conduite comme
noble et héroique. Nous ne devons pas
omettre que des quatre-vingt-cing qui s'embarquèrent, soixante-quatre étoient pères
de famille. Ce corps de législateurs avoit
certainement, à quelques égards, outrepassé
les bornes de ses pouvoirs légaux ; mais la
nécessité est une excuse bien puissante, et
justifie en quelque sorte ses mesures les plus
fortes. Il est certain que le gouverneur et
Mauduit projetoient sérieusement le rétablissement de l'ancien despotisme. Il parut
quatre-vingt-cing qui s'embarquèrent, soixante-quatre étoient pères
de famille. Ce corps de législateurs avoit
certainement, à quelques égards, outrepassé
les bornes de ses pouvoirs légaux ; mais la
nécessité est une excuse bien puissante, et
justifie en quelque sorte ses mesures les plus
fortes. Il est certain que le gouverneur et
Mauduit projetoient sérieusement le rétablissement de l'ancien despotisme. Il parut --- Page 447 ---
(435 y
par la suite que n'osant se fier aux soldats
français, ils avoient envoyé à Cuba
demander. des auxiliaires
pour
espagnols. Mais
nous allons un moment suspendre la relation de ces détails, pour lamenter le sort
de gens braves, mais malheureux. --- Page 448 ---
(436) )
CHAPITRE IV.
Rébellion et défaite d'Ogé, homme de couleur libre.
Maunurr avoit rassemblé trois cents
hommes de couleur, pour s'opposer aux
forces de l'assemblée; mais ils ne tardèrent
pas à s'apercevoir de leur erreur, ils demandèrent et obtinrent leur renvoi. Ils
restèrent à la vérité plus tranquilles qu'on
auroit di s'y attendre pendant tout le tems
de la réunion de l'assemblée générale : mais
ceux qui résidoient en France avoient des
sentimens et des prétentions plus exagérés
que leurs compatriotes de Saint-DomingueEntre ceux dont l'enthousiasme pour la
cause de délivrer les gens de sa caste de
l'oppression 3 fut soutenu par leurs liaisons avec les amis des noirs,lun des plus
célèbres étoit Jacques Ogé, jeune homme
au-dessous de trente ans. Sa mère avoit une
habitation à café, et l'entretenoit à Paris
dans un état d'opulence. Sous le patronage
des amis des noirs, il avoit été initié dans --- Page 449 ---
(437)
la doctrine des droits de l'homme et de
l'égalité, et avoit appris à apprécier T'absurdité et l'injustice monstrueuse de cC
préjugé, qui, dit Grégoire, , estinant le
mérite d'un homme par la couleur de sa
peau, a placé à une immense distance l'un
de l'autre les enfans du même père; préjugé qui étouffe la voix de la nature, et
rompt tous les liens de la fraternité. Animé
par leurs avis, Ogé conçut le projet de se
mettre à la tête des gens de couleur, et
d'obtenir le redressement de leurs griefs.
Pour éviter la surveillance du gouvernement, la société résolut de se procurer des
armes et des munitions en Amérique. En
conséquence, Ogé s'embarqua pour. la Nouvelle Angleterre, avec de l'argent et des
lettres de crédit, au mois de juillet 1790;
mais malgré tout le secret qu'on put y
mettre, son projet fut connu à Paris, et son
signalement envoyé à Saint-Domingnelong
tems avant "son arrivée. Il débarqua en OCtobre dans l'ile, et fit conduire les armes
qu'il avoit apportées dans l'endroit indiqué
par son frère. Six semaines après son arrivée il publia un manifeste, déclarant son
intention de prendre les armes, si les pri-
crédit, au mois de juillet 1790;
mais malgré tout le secret qu'on put y
mettre, son projet fut connu à Paris, et son
signalement envoyé à Saint-Domingnelong
tems avant "son arrivée. Il débarqua en OCtobre dans l'ile, et fit conduire les armes
qu'il avoit apportées dans l'endroit indiqué
par son frère. Six semaines après son arrivée il publia un manifeste, déclarant son
intention de prendre les armes, si les pri- --- Page 450 ---
(438 )
vilèges des blancs n'étoient point accordés
à tous les habitans, sans distinction. Pendant cet intervalle, ils s'étoient occupés lui
et son frère à inviter les gens de couleur
à joindre leurs drapeaux ; mais les mulâtres ne se soucièrent pas de se révolter
ouvertement, et iln'y en eut que 200 qui
vinrentàs son assistance. Il planta son camp
à Grande-Rivière, et nomma son frère et
un appelé Chavane, ses lieutenans. Chavane étoit intrépide, mais non pas d'un
caractère aussi généreux qu'Ogé, qui,
malgré tout son enthousiasme, étoit doux
et humain. Il enjoignit strictement à ses
partisans de ne point répandre le sang innocent ; mais il est à regretter que le sentiment de leurs griefs opéra trop fortement
sur leur esprit pour leur permettre la modération. Ils mirent à mort les blancs partout où ils les rencontrérent; et 3 par une
conduite encore plus injuste, se vengèrent
de ceux de leur couleur qui refusèrent de
joindre leurs drapcaux. Les habitans de
Saint- François envoyèrent aussitôt des
troupes réglées et de la milice pour soumettre les rebelles. Les premières étant supérieures en nombre, mirent les insurgens --- Page 451 ---
(439 )
en déroute et firent plusieurs
prisonniers ;
anais Oge, son frère et son associé, se réfugièrent chez les Espagnols dans l'ile de
Caba. Les blancs, furieux de cet effort des
gensdecouleur, vouèrent vengeance contre
toute la race, et l'on s'attendoit à un massacre général. Les petits blancs (1) en
particulier, brûloient du desir de faire des
représailles ;de sorte quelesgens decouleur
se voyant menacés de tous côtés, s'armèrent pour leur propre défense et fortifièrent
des camps dans plusieurs endroits. Leurs
principales forces étoient réunies à la ville
de Verette.Ils'y rassembla un grand nombre
de blancs pour les combattre; M. Mauduit
se mit à leur tête, et par son entremise, il
y eut un conférence au lieu d'une bataillo.
On ne sait pas bien les particularités de
cette entrevue; mais on assure que Mauduit
persuada aux gens de couleur qu'il trahissoit, de se retirer pendant quelque tems
jusqu'à ce qu'ils eussent une meilleure 00casion de faire éclater leur vengeance;
que
(1) On appelle petits blancs, les blancs qui ne sont
pas planteurs, les ouvriers, les marchands en délail, >
etc,
(Note du traducteur.)
conférence au lieu d'une bataillo.
On ne sait pas bien les particularités de
cette entrevue; mais on assure que Mauduit
persuada aux gens de couleur qu'il trahissoit, de se retirer pendant quelque tems
jusqu'à ce qu'ils eussent une meilleure 00casion de faire éclater leur vengeance;
que
(1) On appelle petits blancs, les blancs qui ne sont
pas planteurs, les ouvriers, les marchands en délail, >
etc,
(Note du traducteur.) --- Page 452 ---
(440 )
le roi étoit leur ami, et qu'une contre-révolution leur donneroit les privilèges des
blancs. M. Mauduit fit aussi une trève aux
Cayes avec Rigaud, chef des mulâtres;
mais le dernier déclara que le calmede 2 la
paix ne dureroit pas long-tems.
M. Peynier remit le gouvernement de
l'ile à M. Blanchelande, en novembre 1790,
et les premières mesures de ce gouverneur
furent de demander péremptoirement Ogé
aux Espagnols; ; de sorte que ce malheureux
fugitif et ses compagnons furent livrés et
mis en jugement. Vingtde ceux qui avoient
suivi ses drapeaux furent condamnés à être
pendus ; mais un supplice plus terrible étoit
réservé à Ogé et à Chavane. Ils furent
condamnés à être rompus vifs et à expirer
sur la roue. Tel fut leur supplice, 3 et leur
crime étoit de maintenir les droits des gens
de leur caste !
Chavane mourut comme il convient à un
martyr de la liberté ; au milieu des tortures
les plus cruelles, il ne poussa pas un seul
gémissement. Ogé, ayant plus de sensibiité, fut attéré de Phorreur de sa sentence
et demanda en pleurant qu'on lui accordât
la vie. Il perdit aussi sa première énergie 2 --- Page 453 ---
(441 )
et eut la foiblesse d'offrir de découvrir des
secrets, si on vouloit lui donner sa grace.
On ne sauroit dire s'il fit des aveux de
quelque importance ; mais quelques personnes prétendent qu'il découvrit les projets
les plus sérieux d'uneinsurrection, et qu'il
indiqua les endroits où les auteurs de ces
projets avoient coutume de s'assembler. La
conduite de la cour devant laquelle ces dsclarations sont supposées avoir été faites,
en pressant l'exécution de l'infortuné Ogé,
et son attachement à l'ancien régime, font
soupçonner que ces déclarations furent
supprimées par ressentiment contre les
blancs attachés à l'assemblée coloniale. Il
est certain que les royalistes et les républicains étoient également. ennemis des planteurs de cette description ; et à moins de
supposer que la confession d'Ogé ne fit pas
fondée sur la vérité, la conduite, des gouverneurs aristocrates qui la tinrent cachée,
doit être regardée comme un plan machiavélique de politique tres-blâmable.
soupçonner que ces déclarations furent
supprimées par ressentiment contre les
blancs attachés à l'assemblée coloniale. Il
est certain que les royalistes et les républicains étoient également. ennemis des planteurs de cette description ; et à moins de
supposer que la confession d'Ogé ne fit pas
fondée sur la vérité, la conduite, des gouverneurs aristocrates qui la tinrent cachée,
doit être regardée comme un plan machiavélique de politique tres-blâmable. --- Page 454 ---
442) 2
)
C HAPITRE V.
Opérations en France. - Mort du colonel Maudnit.-
Décret de l'assemblée nalionale du 15 mai 1791.-
Ses conséquences à Ssint-Douingue. - Rébellion et
atrocités des nègres dans les provinces du nord.--
Trève entre les gens de couleur et les habitans du
Portau-Prince. - Proclamation de l'assemblée nationale du 20 septembre.
Noesavons déja parlé del l'embarquement
de l'assemblée patriotiqne de Saint Domingue pour la France, et des motifs qui
l'avoient engagée à cette détermination. Ses
membres furent reçus à Brest avec des marques d'approbation qui sembloient présager
le succès de leur dessein ; mais soit que les
insinuations perfides des aristocrates de leur
fle, qui détestoient leur systême de représentation, eussent secrètement prévenu les
esprits contre eux,. soit que l'assemblée
nationale eût regardé leur conduite passée
comme illégale, ils furent reçus par les
représentans du peuple français avec des
marques de désapprobation. Leurs arrêtés. --- Page 455 ---
(443 )
furent déclarés peu convenables, ils furent
consignés et on envoya des ordres de former
une nouvelle assemblée. On pria aussi le
roi de vouloir bien ordonner que les forces
navales et militaires déja à Saint- Domingue
fussent augmentées. Parmi les partisans de
l'ancien régime, la disgrace des membres
coloniaux fut un grand triomphe, mais les
colons en furent en général très-mécontens.
Leur indignation se dirigea plus particulièrement contre Mauduit, colonel du régiment du Port au - Prince, qu'ils regardàrent comme le calomniateur insidieux de
leurs représentans. Le régiment de cet
homme perfide lui avoit jusqu'ici été fort
attaché, à cause de l'argent qu'il avoit distribué parmi les soldats ; tandis que les
gardes nationales du pays et les autres régimens de France avoient ces soldats en
horreur, et refusoient de faire le service
avec eux. Se trouvant humiliés par le mépris et l'aversion de tout ce qui les environnoit, ils commencèrent à considérer
leur commandant comme la cause de leur
disgrace, et cette réflexion diminua le souvenir de ses libéralités passées. Nous avons
raconté plus haut que Mauduit ayoit atta-
ué parmi les soldats ; tandis que les
gardes nationales du pays et les autres régimens de France avoient ces soldats en
horreur, et refusoient de faire le service
avec eux. Se trouvant humiliés par le mépris et l'aversion de tout ce qui les environnoit, ils commencèrent à considérer
leur commandant comme la cause de leur
disgrace, et cette réflexion diminua le souvenir de ses libéralités passées. Nous avons
raconté plus haut que Mauduit ayoit atta- --- Page 456 ---
(444)
qué le rendez-vous d'un comité des représentans de Saint-Domingue. Dans cette
occasion, il avoit enlevé un drapeau appartenant à la garde nationale 2 et cette
dernière n'avoit pas encore oublié cet affront. Mauduit, pour conjurer la tempête,
offrit publiquement de rendre ce trophée, et
remit effectivement le drapeau en présence
d'une vaste multitude. Au moment où il le
délivra, un soldat de son régiment s'écria,
qu'il devroit demander pardon à genoux
d'une pareille offense. En entendant ce cri
séditieux, il se déboutonna et présenta sa
poitrine, qui fut percée de cent coups par
ses grenadiers." On ne pouvoit pas s'attendre
à autre chose de la part de partisans corrompus Ses soldats ajoutèrent la cruauté
à la bassesse, et déshonorèrent la nature
humaine par les insultes qu'ils firent à son
cadavre.
En même-tems les amis des noirs 2 en
Europe, et les gens de couleur résidant
dans la mère-patrie, montrèrent plus d'ardeur pour recouvrer leurs droits naturels,
que ceux qui demeuroient à Saint-Domingue. Les intérêts des gens de couleur furent
si biensoutenus dans l'assemblée nationale, --- Page 457 ---
(445)
qu'ily eut un décret ordonnant, entr'autres
articles, que tout individu de 25 ans et audessus, possédant une propriété ou ayant
résidé deux ans dans la colonie et payé les
impôts, auroit droit de suffrage dans la
formation de l'assemblée coloniale. Les
gens de couleur ne surent quelle interprétation donner à ce décret; car ils n'avoient
jamais auparavant joui du droit de voter
dans des occasions semblables : cependant
comme ils n'étoient pas nominativement
exclus, ils étoient virtuellement compris
dans le décret. En France la question était
encore indécise. Tandis que l'abbé Grégoire, avec toute l'éloquence dont il est
susceptible 7 soutenoit la cause des gens de
couleur, l'esprit public étoit excité à l'indignation contre les colons blancs, par des
pièces de théâtre qui représentoient les
cruautés qu'ils avoient dernièrement exercées contre le malheureux Ogé. La cause
des mulâtres prévalut enfin : les gens de
couleur nés de parens libres, furent nonseulement déclarés dignes de choisir leurs
représentans, mais même éligibles aux assemblées coloniales. On va voir sur-le champ
les conséquences de ce décret décisif.
à l'indignation contre les colons blancs, par des
pièces de théâtre qui représentoient les
cruautés qu'ils avoient dernièrement exercées contre le malheureux Ogé. La cause
des mulâtres prévalut enfin : les gens de
couleur nés de parens libres, furent nonseulement déclarés dignes de choisir leurs
représentans, mais même éligibles aux assemblées coloniales. On va voir sur-le champ
les conséquences de ce décret décisif. --- Page 458 ---
(446)
La première nouvelle en fut reçue au
Cap-Français lc 30 juin 1791; mais il est
impossible de décrire l'indignation qu'elle
excita chez les blancs de tous les partis. Ils
résolurent d'abjurer le serment civique et
de confisquer les propriétés françaises qui
étoient dans le port (I). Il fut même proposé dansl'assemblée provinciale d'arracher
les couleurs nationales, et d'y substituer le
pavillon anglais. Le gouverneur général fut
contraint d'être spectateur inactif de ces
énormités, n'ayant aucune perspective de
recouvrer son autorité. L'élection d'une
nouvelle assemblée générale fut ensuite
l'événement lej plus important. Ses membres se réunirent au Cap- -Français, et l'on
conçut d'abord quelques espérances que
leurs mesures parviendroient à concilier les
partis ; mais les gens de couleur avoient vu
des symptômes de danger trop évidens, et
étoient trop justement alarmés de la proscription dont ils sembloient menacés pour
rester plus long-tems dans l'inaction. Ils
se formèrent en corps armés et attendirent
avec anxiété les mesures que l'assemblée
(1) Ily eut effectivement un embargo. --- Page 459 ---
(447)
coloniale voudroit bien adopter en leur
faveur.
A cette éporne, un événement plus terribleqne tous les premiers troubles eut lien.
Les nègres jugèrent que l'occasion de reconvrer leur liberté étoit trop belle pour ne.
pas en profiter. Ils commencèrent donc à
affirmer leur droit à cette liberté; mais avec
cet esprit de vengeance qui caractérise les
actions dégradées d'an esclave, et que les
plus chauds partisans de la liberté sont
forcés de condamner et de déplorer (1).
Le matin da 23 août 1791, la ville du
Cap fut alarmée par le bruit que les nègres
des paroisses d'alentour étoient en insurrection. Les premières nouvelles furent incohérentes et incertaines ; mais au point
dujour,Tarrivée de ceux quiavoient
être massacrés ne les confirma
pensé
La rébellion avoit éclaté dans la que trop.
d'Acul, à trois lieues de la ville, paroisse où les
blancs avoient étd sans distinction mis à
'(1) La rektion de celle rébellion donnée
M. Edouard, est longue et minulieuse. Nous n'en par
avons pas donné ici toutes les particnlarités, non
dans le dessein de les cacher, mais
pas
irop allreuses à raconter.
parce qu'elles sont
pensé
La rébellion avoit éclaté dans la que trop.
d'Acul, à trois lieues de la ville, paroisse où les
blancs avoient étd sans distinction mis à
'(1) La rektion de celle rébellion donnée
M. Edouard, est longue et minulieuse. Nous n'en par
avons pas donné ici toutes les particnlarités, non
dans le dessein de les cacher, mais
pas
irop allreuses à raconter.
parce qu'elles sont --- Page 460 ---
(448 )
mort; et les insurgens alloient alors de paroisse en paroisse, assassinant les hommes
et violant les femmes infortunées qui tomboient entre leurs mains. Peu de tems
après, l'incendie fit place au carnage, et
les cannes à sucre furent en flammes dans
toutes les directions. Les citoyens volèrent
alors aux armes, et le commandement des
troupes nationales fut donné au gouverneur, tandis que les femmes et les enfans
se réfugièrent à bord des vaisseaux qui
étoient dans le port. Pendant ce tems-là,
les petits blancs, regardant les gens de couleur du Cap-Français comme la cause immédiate de la rébellion, les avoient déja
destinés à la destruction. ; mais l'assemblée
les prit sous sa protection. Par reconnoissance pour cette faveur, les gens de couleur
offrirent de marcher contre les rebelles, et
leur offre fut acceptée.
L'assemblée passa une nuità délibérer au
milieu des flammes dont elle étoit environnée, et envoya un corps de milice et de
troupes de ligne contre les rebelles, qui les
repoussa ; mais le nombre des insurgens
augmentant considérablement, le gouverneur jugea plus convenable d'agir sur Ia
sous sa protection. Par reconnoissance pour cette faveur, les gens de couleur
offrirent de marcher contre les rebelles, et
leur offre fut acceptée.
L'assemblée passa une nuità délibérer au
milieu des flammes dont elle étoit environnée, et envoya un corps de milice et de
troupes de ligne contre les rebelles, qui les
repoussa ; mais le nombre des insurgens
augmentant considérablement, le gouverneur jugea plus convenable d'agir sur Ia --- Page 461 ---
(449 )
défensive. Les entrées dela ville furent donc
fortifiées, 9 on plaça de l'artillerie sur les
hauteurs, et près de la rivière qui coupe la
grande route ; la ville fut pallissadée de tous
les côtés, excepté du côté de la mer, oùt
les vaisseaux furent retenus pour servir de
refuge à la dernière extrémité. En mêmetems les blancs des plantations des environs
formérentdescamps et établirent une chaîne
de postes ; mais dans deux endroits différens, ils furent accablés par le nombre, et
il y en eut beaucoup de tués (1).
Dans l'espace de deux mois, il périt plus
de 2000 blancs, et au moins dix mille insurgens, tant par famine que par l'épée :
plusieurs centaines de ces malheureux furent exécutés par la main du bourreau, et
(1) Au milieu des atrocités qui-furent commises
dans ce tems-là, on remarque un exemple frappantde
fidélité, qui mérite de passer à la postérité. M. et
Mad- Baillon, leur fille et leur gendre, furent informés
de la révolte par un de leurs esclaves qui étoit luimême de la eouspiration. Il les conduisit dans un bois
voisin, après quoi il alla rejoindre les insurgens. Il
revint plusieurs fois à la dérobée leur apporter des
provisions, et à la fin leur dit d'aller vers une rivière
qui conduisoit au Port-Margot, en les assurant qu'ile
a trouveroient un canot dans uu endroit de la rivière
--- Page 462 ---
(450 1 )
roués vifs , genre de supplice qu'aucun
crime ne sauroit excuser. Deux de ces infortunés, dit M. Edouard, furent mis à
mort de cette manière, sous les fenêtres et
sousles yeux de.l'auteur, au Cap-Français,
le 28 septembre 1791. Ils étoient placés sur
une croix de Saint-André. L'un d'eux expira quand on luj donna le troisième coup
de grace ; ses bras et jambes avoient auparavant étérompus en deux endroits: ; il avoit
souffertles trois prentiers coups sans pousser
un gémissement. L'autre eut un sort plus
dur. Comme le bourreau, après lui avoir
rompu les bras et jambes, se préparoit à
lui donner les coups de grace sur l'estomac,-
la populace s'écria avec la férocité de canqu'il Jeuri indiqua. Tls firent ce qu'il leur avoit conseillé;
mais la rapidité dtr courant fit chavirer le canot, et,
après avoir échappé avec peine, ils se refugièrent de
nouveau dans les montagnes. Le bon nègre les re.
trouva, et leur indiqua un endfoit plus large de la
rivière, oj ils trouveroient un autre bateau. Ils y furent,
et n'ayant pas trouvéleb bateau,ils se regardèrent comme
perdus. Leur ange- gardien reparut, les couduisit à
petites journées, dans les ténèbres, le long de la rivière
jusqu'att Port-Margot ; leur ayant ensuite dit qu'ils
étoient hors de danger, il prit congé d'eux, et alla
rejoindre les rebelles.
it plus large de la
rivière, oj ils trouveroient un autre bateau. Ils y furent,
et n'ayant pas trouvéleb bateau,ils se regardèrent comme
perdus. Leur ange- gardien reparut, les couduisit à
petites journées, dans les ténèbres, le long de la rivière
jusqu'att Port-Margot ; leur ayant ensuite dit qu'ils
étoient hors de danger, il prit congé d'eux, et alla
rejoindre les rebelles. --- Page 463 ---
(451 )
mibales, arrêtez ! et le força à laisser soi
ouvrage imparfait. Dans cet état, on lui
plia les bras et jambes sur une roue
l'on fixa en terre sur un pieu, et il futainsi que
exposé. Il paroissoit tout-à- fait sensible,
mais il ne poussa pas un seul gémissement.
Au bout de quarante minutes,
, quelques
matelots anglais, qui étoient spectateurs de
cette tragédie, l'étranglèrent par pitié.
Dans la division de
l'Ouest, 2 lesinsurgens
étorent principalement dés gens de couleur,
qui parurent en armes 9 au nombre de 2000,
dans-la paroisse de Mirebalais. Ils avancèrent même jusqu'au
Por-auPrince; mais
heureusement, à cette époque, une réconciliation eut lieu par les bons oflices de
M. de Jumecourt, quifit une trève entreles
habitans du Port-au- - Prince et les gens de
couleur, dont les'c conditions furent
les
hostilités cesseroient et que le décret que du 15
seroit adopté. L'assemblée du Cap-Français
prit alors plusieurs arrêtés en fayeur des
gens dec couleur, et montrajeaucoupde. zèle
pour leurs intérêts. Si ces mesures avoient
été adoptées dans l'origine, elles auroient
empèché bien des atrocités ; mais le remède
étoit administré trop tard. --- Page 464 ---
(452 )
CHAPITRE VI I.
Révocation du décret du 15 mai. - - Guerre civile
renouvelde. - Le Por-au-Prince détruit par les
flammes. -Cruautés des deux côlés. Arrivée des commissaires de France.-Nomination et opérations des
nouveaux commissaires.- Nominalion de Galband.
Hostilités des deux côtés. 1 Les nègres révoltés
appelés.. Massacre des habitans du Cap français,
et incendie de la ville.
Vrnsle commencement de septembre, 9 la
nouvelle de la réception qu'avoit éprouvée
le décret du 15 mai, arriva à Paris, et l'on
craignit umiversellement la perte de la COlonie. A cette époque, la plupart des membres, dont les opinions sur les affaires
coloniales avoient jusqu'ici été regardées
comme prépondérantes, furent traités avec
mépris. A la fin (chose étrange!) le célèbre
décret du 15 mai*fut révoqué le 24 septembre 1791. Ce sontlàles absurdités auxquelles
sont insensiblement poussés tous les gouverneinens qui veulent diriger les actions
perte de la COlonie. A cette époque, la plupart des membres, dont les opinions sur les affaires
coloniales avoient jusqu'ici été regardées
comme prépondérantes, furent traités avec
mépris. A la fin (chose étrange!) le célèbre
décret du 15 mai*fut révoqué le 24 septembre 1791. Ce sontlàles absurdités auxquelles
sont insensiblement poussés tous les gouverneinens qui veulent diriger les actions --- Page 465 ---
(453 2 )
d'une colonie située à mille lieues de distance.
Avant cette époque, les gens de couleur
craignant toujours de ne point obtenir leurs
droits , quoiqu'ils eussent été reconnus,
avoient fait une nouvelle convention
>
les blancs le 20 octobre; mais
avec
lorsqu'on eut
reçu des nouvelles certaines de ce second
décret de l'assemblée nationale,
de réconciliation
9 tout espoir
s'évanouit pour toujours ;
car les mulatres furent persnadés
cela s'étoit fait
que tout
par l'intrigue des
En conséqtence ils volèrent
planteurs.
étant dans
aux armes, et
quelques endroits joints
les nègres, il s'ensuivit des combats par
bles. Dans le district du
terrinègres furent Iaissés
Cul-de-Sac, s 2000
sur le champ de bataille. Les blancs furent
ayant les gens de couleur vainqueurs, * et s
en leur pouvoir,
assouvirent leur vengeance par les cruautés
les plus inouies. Le récit des énormités
se commirent des deux côtés dans
qui
testations
ces conintestines, est trop hideux
être offert au pubhc; mais il faut
pour
cependant
avouer que ce furent les blancs qui donnérent l'exemple. On espéroit que l'arrivée
destrois commissaires de France qui débar- --- Page 466 ---
(454)
quérent à Saint-Domingue vers la fin de
1791, ne tarderoit pas à faire cesser ces
cruautés de part et d'autre. Malheureusementl leur succès ne répondit pas à l'attente
du public.
Ces commissaires étoient Roume, Mirbeck et Saint-Leger. Les deux derniers
n'étoient pas des gens d'un caractère bien
respectable. Roume seul se conduisit d'une
manière inoffensive; mais aucun d'eux n'avoit assez d'habileté pour entreprendre la
tâche difficile d'éteindre une guerre civile.
Après être restés quelques jours au Cap, ils
visitérent les autres parties de la colonie;
mais trouvant que leur autorité étoit sur le
déclin,ilsretournérent enFrance le printems
suivant.
En même tems , les, amis des noirs de la
mère-patrie avoient repris cet ascendant
que la révocation du décret du 15 mai démontroit qu'ils avoient alors perdu. La première preuve évidente du changement qui
s'étoit opéré dans l'esprit du corps législatif, fut le çéièbre décret du 4 avril 1792 7
qu'il faudroit quelel lecteur eût sous les yeux
afin de pouvoir comprendre les effets qu'il
produisit. De nouyeaux commissaires furent
mère-patrie avoient repris cet ascendant
que la révocation du décret du 15 mai démontroit qu'ils avoient alors perdu. La première preuve évidente du changement qui
s'étoit opéré dans l'esprit du corps législatif, fut le çéièbre décret du 4 avril 1792 7
qu'il faudroit quelel lecteur eût sous les yeux
afin de pouvoir comprendre les effets qu'il
produisit. De nouyeaux commissaires furent --- Page 467 ---
(455 )
nommés, Santhonax, 9 Polverel et Ailhaud,
pour faire exécuter ce décret. Ils partirent
avec 6000 hommes d'élite de la garde nationale pour Saint-Domingue, et M. Despardes fut promu au gpuvernement de lile
et nommé commandant en chef. A leur
arrivée ils envoyèrent l'ancien gouverneur
en France (r). On soupçonnoit fortement
quel'intention des commissaires étoit d'accorder indistinctement la liberté à tous les
nègres de l'ile; mais ils firent un serment
solemnel qu'ils n'avoient d'autre dessein
que d'établir les droits des gens de
comme
couleur,
ils étoient décrétés par la loi du 15
mai. La première demande des blancs fut
donc de convoquer une assemblée coloniale ; mais au lien de leur accorder une
assemblée de leurs représentans, telle.qu'ils
la désiroient 3 les commissaires y substituèrent une commission intermédiaire,
composée de douze membres nommés 7
eux, dont six avoient été de la demière par
assemblée, et les autres six étoient desgens
de couleur. Leur pouvoir législatif s'éten-
(1) C'étoit M. Blanchelande, qui périt ensuitc sur
Téchafaud, --- Page 468 ---
(456 )
doit à lever des contributions sur les habitans.; mais les commissaires se réservoient
le pouvoir d'en disposer. Le nouveau gouverneur,voyant queles commissaires usurpoient toute l'autorité, se plaiguit de sa
nullité danslesaffaires publiques. Sa plainte
ne servit qu'à le faire arrêter, et il.fut envoyé en France comme prisonnier d'état.
La tyrannie des commissaires ne se borna
pas là, ils firent trembler les membres de
la commission intermédiaire, en arrêtèrent
quatre,et finalement n'étant pas d'accord
entre eux, ils expulsèrent Ailhaud de leur
triumyirat. La guerre fut à cette époque
déclarée entre la mére-patrie et la GrandeBretagne, et la prudence obligea le gouvernement français à avoir quelques égards
pour la colonie, qui gémissoit sous l'oppression rapace de Santhonax et de Polverel. Galband, homme probe et intègre, >
fut nommé à la place de gouverneur, et
eut ordre de mettre lile en état de défense
contre une invasion étrangère. Le 10 juin
1793, les trois commissaires eurent Teur
première entrevue avec le nouyeau gouyerneur. Ils lui demandèrent s'il avoit informé
le conseil exécutifyquilavoit des proprictés
issoit sous l'oppression rapace de Santhonax et de Polverel. Galband, homme probe et intègre, >
fut nommé à la place de gouverneur, et
eut ordre de mettre lile en état de défense
contre une invasion étrangère. Le 10 juin
1793, les trois commissaires eurent Teur
première entrevue avec le nouyeau gouyerneur. Ils lui demandèrent s'il avoit informé
le conseil exécutifyquilavoit des proprictés --- Page 469 ---
(457)
dans les Indes occidentales ? Cette question
le déconcerta; . car jusqu'à "ce moment, il
ne lui étoit pas venu à l'esprit que cette
circonstance le rendoit légalement incapable d'occuper la place qu'on lui avoit
donnée. Il y eut, peu de tems après, des
escarmouches, avec divers succès, entre
les partisans. de Galbaud et ceux des commissaires. Dans l'une de ces escarmouches,
le fils de Polverel fut fait prisonnier : quand
il fat proposé à ce dernier d'échanger ce
jeune homme pour le frère de Galbaud,
qui avoit été fait prisonnier par les troupes
des commissaires, Polverel répondit avec
hauteur, que son fils connoissoit son devoir, et qu'il sauroit mourir pour la cause
de la république.
Mais les énormités les plus affreuses dont
Saint-Domingue fut le théâtre, sont encore
à raconter. A l'approche de Galbaud, avec
un corps de ses partisans, les commissaires
Kellyrctrentdscheserlswistaneederiawisaneder nègres
révoltés., 3 en. leur faisant des offres de
pardon, en leur promettant la liberté pour
l'avenir et le pillage de la capitale. Deux
des chefs des insurgens réfusérent ces viles
conditions ; mais un troisième 3 lorsque --- Page 470 ---
(458) )
Galbaud se fut retiré vers les vaisseaux 7
entra dans la ville avec 3000 nègres, et
commença un massacre général. Les malheureux) habitans s'enfuirent vers. le rivage;
mais leur retraite fut interceptée par un
parti de gens de couleur, et le carnage
dura deux jours sans discontinuer. La ville,
autrefois belle et florissante, fut à moitié
dévorée par les flammes. Les commissaires
effrayés d'une destruction qu'ils avoient
provoquée, se refugièrent à bord d'un vaisseau de ligne, et publièrent de là un manifeste, qui, en voulant atténuer l'atrocité
de leur conduite, est une preuve évidente
de leur délit. --- Page 471 ---
(459) )
CHAPITRE VII.
Situation,. étendue, et description générale de SaintDomingue. Origine de la colonie française.-
Description de ses productions et de sa population.
- Vaisseaux et exportations.
Susr-Dosrsees est situé à environ
1167 lieues d'Angleterre,l'extrémité orientale de lile étant au 18. degré 20 minutes
de latitude septentrionale, et au 68. degré
40 minutes de longitude occidentale de
Greenwich. La plus grande largeur de l'ile
est de 47 lieues, et sa longueur de l'est à
l'ouest de 130 lieues. Elle a un sol varié,
mais en général fertile. Tel étoit effectivement son état florissant avant les cruels
ravages de la guerre civile, qu'on pouvoit
justement la. regarder comme le paradis
terrestre du nouveau monde.
Les belles plaines de l'intérieur du pays
avoient été dépeuplées par les barbares Espagnols, et les habitations changées en
déserts; mais les crimes de ces dévasta-
de l'est à
l'ouest de 130 lieues. Elle a un sol varié,
mais en général fertile. Tel étoit effectivement son état florissant avant les cruels
ravages de la guerre civile, qu'on pouvoit
justement la. regarder comme le paradis
terrestre du nouveau monde.
Les belles plaines de l'intérieur du pays
avoient été dépeuplées par les barbares Espagnols, et les habitations changées en
déserts; mais les crimes de ces dévasta- --- Page 472 ---
(460 )
teurs avoient été amplement punis par cette
associatien d'aventuriers intrépides appelés
flibustiers. Il est bien connu qué cette
association prit sa source dans un corps
de planteurs français et anglais, que la
cruauté des Espagnols avoit expulsé de
Saint- Christophe. Ces planteurs, à l'aide
de quelques chaloupes non pontées, 3 s'é.
toient réfugiés dans la petite ile déserte de
Tortuga - 9 à quelques milles de la côte
septentrionale de Saint-Domingue, et y
avoient été joints par nombre de réfugiés
hollandais qui avoient abandonné SainteCroix avant la persécution des Espagnols.
Ces trois classes de fugitifs continuèrent
à vivre tranquilles dans cette petite fle,
allant de tems en tems à la chasse dans
les vastes plaines de Saint-Domingue alors
désertes," et retournant toujours à Tortuga,
qu'ils regardoient comme le lieu de leur résidence. Leur manière de vivre, quoique
simple et innocente , attira cependant l'attention du gouvernement espagnol, qui,
sans aucun autre prétexte que ses prétentions à un droit exclusif sur le nouvel
hémisphère, les attaqua avec toute la violence de la persécution. Ainsi poussés als --- Page 473 ---
(46r) )
désespoir, ils firent des représailles autant
qu'il fut en leur pouvoir'; et comme,
leur manière de vivre, ils étoient 3 par
accoutumés à la fatigue, ils firent des prodiges
de valeur qui n'avoient jamais été et qui
ne furent jamais égalés depuis. La colonie
française de Saint-Dominque tient son
nom d'un parti de ces aventuriers. Le père
Charlevoix, dans son histoire de cette ile,
donne une relation satisfaisante des
de la colonie, depuis l'établissement progrès
de
ces flibustiers, jusqu'à l'époque où elle fut
prise sous la protection du gouvernement
français.
Les possessions françaises de Saint-Domingue sont divisées en trois provinces,
celle du nord, celle de l'ouest et celle du
sud. Les plus remarquables de leurs villes
et ports, 7 sont le Cap-Français et le cap
Saint-Nicolas. La première contenoit entre
huit à neuf cents maisons de pierres, une
église, une prison, une salle de spectacle;
des casernes superbes, un arsenal et un
bon hôpital. A l'est de cette ville, est une
plaine de dix-sept lieues de longuéur et
de quatre de largeur, autrefois uniquement
employée à la culture du sucre, dont les
Les plus remarquables de leurs villes
et ports, 7 sont le Cap-Français et le cap
Saint-Nicolas. La première contenoit entre
huit à neuf cents maisons de pierres, une
église, une prison, une salle de spectacle;
des casernes superbes, un arsenal et un
bon hôpital. A l'est de cette ville, est une
plaine de dix-sept lieues de longuéur et
de quatre de largeur, autrefois uniquement
employée à la culture du sucre, dont les --- Page 474 ---
(462 )
plantations rapportoient des récoltes plus
abondantes qu'aucune partie du monde de
la même étendue.
La ville. de Saint-Nicolas est composée
d'environ deux cent cinquante maisons >
la plupart bâties en bois de l'Amérique.
Elle est particulièrement connue par la
sûreté de son port; et est, à juste titre,
appelée la clef du passage du vent.
Le Port-au-Prince (excepté en tems de
guerre) étoit considéré comme la capitale
de la colonie ; à l'est, est située la superbe
plaine du Cul-de-Sac, qui a dix à quatorze
lieues de longueur, et qui contient cent
cinquante belles plantations bien arrosées.
La population de l'ile, en 1790, consistoit en 30,831 blancs des deux sexes,
ontre les troupes européennes et les matelots; à la même époque, le nombre d'esclaves étoit de 480,000.
Le nombre des gens de couleur libres
n'est pas aussi exactement connu, mais
T'opinion générale le fixe à, 24,000.
La quantité de terres. en culture dans
toutes les paroisses étoit de 229,400 acres,
dont environ les deux tiers étoient situés
dans les montagnes. --- Page 475 ---
(463) )
An commencement de 1790, la colonie contenoit
431 plantations à sucre terré,
à sucre Muscavedo.
Tolal
793 plantalions à sucre.
3,117 plantations à café,
à coton.
3,160
à indigo.
à cacao, ou chocolat.
plus petits élablissemens,
principalement pour du
grain 1 des ignames et
autres légumes.
faisant 8,536
élablissemens de tous
genres
dans la colonie.
En 1787, on fréta à Saint-Domingue
470 vaisseaux, comtenantina,253 tonneaux,
et ayant 11,220 hommes d'équipage. L'état
suivant est très-exact, étant pris du
de l'intendant sur les
rapport
exportations, prix
moyen estimé d'après les exportations de
trois années.
Sucre terré livres pesant
livres,
Muscavedo,
58,642,214 41,049,549
Café,
86,549.829 34,619,93r
Colon,
71,663,187 71,663,187
Indigo,
6,698,858 12,397.716
Melasses,
quinlaux
931,607
8,564,463
quintaux
23,c61
2,767,320 --- Page 476 ---
(464)
Espèce inférieure)
livres.
der rum appstioçauistanx
2,600
312,000
taffia.
Cuirs verds,
6,500
52,0co
Tannés,
7,900
118,500
La valeur totale aux ports oùt ces
marchandises furent embarquées, étoit
en livres de Saint-Domingue,
171,544,666
Ce qui est équivalent à 114,363,096 liv. tournois,
ou argent de France.
Page 476 ---
(464)
Espèce inférieure)
livres.
der rum appstioçauistanx
2,600
312,000
taffia.
Cuirs verds,
6,500
52,0co
Tannés,
7,900
118,500
La valeur totale aux ports oùt ces
marchandises furent embarquées, étoit
en livres de Saint-Domingue,
171,544,666
Ce qui est équivalent à 114,363,096 liv. tournois,
ou argent de France. --- Page 477 ---
(455 )
CHAPITRE VIII
Ouvertures faites au gouvernement britannique.
L'esclavage aboli par les commissaires français.
Reddition de Jérémie et du mole Saint-Nicolas.
Défaite au fort Tiburon. - Prise de Port- au-Prince.
Maladie et mortalité terrible parmi les troupes
anglaises. 1 Révolie des gens de couleur à SaintMarc. - Seconde atlaque de Tiburon, -Evacuation
de la garnison.
Arislo massacre qui eut lieu au CapFrançais, nombre de ses infortunés habitans passèrent dans les Etats-Unis; et, à
l'honneur de cette république, y furent
reçus avec hospitalité. Mais quelque tems
avant cette époque, des individus d'un plus
haut rang étoient venus en Angleterre, et,
dans la chaleur de leur indignation des
injures qu'ils avoient éprouvées , avoient
sollicité le gouvernement britannique de
prendre possession de l'ile. Ces sollicitations
ne furent pasd'aborde lécoutées;mais, quand
la guerre éclata entre les deux nations, ce
projet fut pris en grande considération.
--- Page 478 ---
(466 - )
Les commissaires républicains avoient
amené de France 6000 hommes de troupes
d'élite. A cette force étoient joints la plupart des gens de couleur et nègres libres,
formant une bande désespérée d'environ
25,000 hommes. Mais comme ces troupes
étoient éparpillées, les commissaires, pour
renforcer leur parti, déclarèrent l'abolition
de l'esclavage, à condition que les nègres
vinssent joindre leurs drapeaux. Cette déclaration leur en attira un grand nombre;
mais plusieurs restèrent chez leurs maîtres
respectifs, et 10,000 se retirèrent dans les
montagnes, où ils gardèrent la neutralité.
Ily yavoit cependant toujours 40,000 nègres
la
des premiers insurgés, qui parcouroient
campagne, mettant tout à feu et à sang,
et qui étoient tout à-la-fois les ennemis
déclarés des habitans et des Anglais.
Le général Williamson fut celui que le
britannique chargea de la
gouvernement
direction de cette importante invasion. Se
fiant trop sur les promesses d'assistance
qu'on lui avoit faites, il paroit ne pas avoir
bien calculé les forces nécessaires à une
pareille expédition ; car tout l'armement
destiné à subjuguer une étendue de pays
tant tout à feu et à sang,
et qui étoient tout à-la-fois les ennemis
déclarés des habitans et des Anglais.
Le général Williamson fut celui que le
britannique chargea de la
gouvernement
direction de cette importante invasion. Se
fiant trop sur les promesses d'assistance
qu'on lui avoit faites, il paroit ne pas avoir
bien calculé les forces nécessaires à une
pareille expédition ; car tout l'armement
destiné à subjuguer une étendue de pays --- Page 479 ---
(407)
dgale à celle de la Grande-Bretagne, étoit
composé du 13". régiment d'infanterie, de
sept compagnies du 49*. et d'un détachement d'artillerie, formant en tout un corps
d'environ 470 soldats.
Le 9 septembre, le colonel Whitelocke
fit voile avec la première division, et
prit
possession du fort Jérémie, du consentement des-habitans. Peu de tems après,la
garnison du mole Saint-Nicolas déclara
qu'elle avoit envie de se rendre, et, en
conséquence, les Anglais prirent
sion du port et du fort; mais les possesfuturs des armes
progrès
britanniques ne
dirent pas à l'attente qu'avoient
réponoccasionnée ces redditions. Une attaque sur le fort
Tiburon, qui se termina par le désastre et
la défaite, ne fut que le prélude des mortifications qu'elles éprouvèrent ensuite.' Les
pluies continues et la dureté du service
accablèrent et affoiblirent les soldats, tandis
que les horreurs de la fièvre jaune complétérent leur misère. Un petit renfort
d'Angleterre diminua pour un moment leur
danger, et l'on proposa une seconde attaque de Tiburon. Par la bravoure
lière du major
singuSpencer et de ceux qui --- Page 480 ---
(468 )
l'accompagnoient, la place fut emportée
d'assaut. Ce qu'il y a de surprenant, c'est
qu'il n'y eut du côté des Anglais que trois
hommes de tués et sept de blessés, en forçant un poste de cette importance. On fit
ensuite une tentative sur le Port-la-Paix,
où Lavaux commandoit les troupes françaises. On lui fit des propositions pour
l'engager à trahir son devoir; mais ce brave
vétéran y répondit en envoyant un cartel
au commandant anglais qui l'avoit si grossièrement insulté. Le. colonel Whitelocke,
qui avoit conduit cette négociation sans
succès, fut plus heureux dans une autre
entreprise, qui étoit la réduction de l'Aeul,
dans le voisinage de Léogane. Ses troupes
exécutèrent avec courage et rapidité les
ordres qu'il donna de prendre le fort d'assaut; mais il yreut plusieurs braves officiers de tués et de blessés dans l'action.
Une défaite qu'il essuya, par la supériorité
du nombre, à un endroit appelé Bompard;
à cinq lieues du mole Saint-Nicolas, et
une sortie du fort de Tiburon, qui, quoiqu'elle réussit à repousser l'ennemi, ne
s'effectua qu'avec un grand carnage, arrêtèrent les progrès dcs Anglais.
'il donna de prendre le fort d'assaut; mais il yreut plusieurs braves officiers de tués et de blessés dans l'action.
Une défaite qu'il essuya, par la supériorité
du nombre, à un endroit appelé Bompard;
à cinq lieues du mole Saint-Nicolas, et
une sortie du fort de Tiburon, qui, quoiqu'elle réussit à repousser l'ennemi, ne
s'effectua qu'avec un grand carnage, arrêtèrent les progrès dcs Anglais. --- Page 481 ---
(469 )
Le 19 mai 1794, iuL second renfort de
trois régimens anglais arriva à Saint-Domingue; de sorte que les espérances renaquirent, et de nouvelles attaques furent
projetées. Le Port-au-Prince avoit, dès le
comimencement, été le grand objet de
l'armée britannique; mais il étoit nécessaire de réduire le fort Bizotton, avant de
pouvoir faire tomber la capitale. Deux
vaisseaux de ligne e eurent donc ordre de
se présenter devant la forteresse ; et le soir
300 Anglais et 500 hommes de troupes COloniales furent débarqués pour lui donner
l'assaut. Dans leur marche, un orage terrible de tonnerre et d'éclairs, avec une
pluie considérable 2 survint et. empêcha
qu'on ne les entendit. Le capitaine Daniel
du 41°. régiment profita de cette occasion,
et avança avec 60 hommes qui se précipitèrent avec vivacité dans une brèche du
mur, la baionnette en avant, et quiempor
tèrent un fort défendu par des forces neuf
fois aussi considérables que celles des assaillans. On sait, qu'en conséquence de ce
succès, le Port-au-Prince fut pris, et que l'on
trouva dans le port uneflotte qui, estimation
modérée, valoit 9,600,000 liv. tournois. --- Page 482 ---
(470) J
Ces succès momentanés des armes britanniques ne servirent qu'à augmenter Ja
somme de maux que devoient éprouver
les Anglais. Le Port-auPrince, par sa situation, étoit un poste difficile à garder;
il fallut faire d'immenses préparatifs pour
l'empêcher d'être repris, et les travaux des
soldats, en faisant des retranchemens, et
en élevant des fortifications, devinrent insupportables. Ces malheureux, épuisés de
veilles et de fatigues, étoient emportés par
la mort, ou continuoient dans un état de
maladie qui leur permettoit à peine de
pouvoir soutenir le poids de leurs armes.
Il arriva de nouveaux renforts de la GrandeBretagne; ; mais la frégate qui les apportoit
avoit déja été pour eux le lit de la mort :
on en avoit jeté grand nombre à la mer 9
et ceux qui avoient survécu, ressemblant
à des squelettes,. ne servirent qu'à rendre
plus complète la scène de détresse. Dans
l'espace de six mois après la prise du
Port-au-Prince, notre petite armée perdit
par la maladie scule 600 soldats et 40 officiers.
Le général Hornbeck succéda alors au
colonel Whitelocke, que le mauyais éiat
déja été pour eux le lit de la mort :
on en avoit jeté grand nombre à la mer 9
et ceux qui avoient survécu, ressemblant
à des squelettes,. ne servirent qu'à rendre
plus complète la scène de détresse. Dans
l'espace de six mois après la prise du
Port-au-Prince, notre petite armée perdit
par la maladie scule 600 soldats et 40 officiers.
Le général Hornbeck succéda alors au
colonel Whitelocke, que le mauyais éiat --- Page 483 ---
(471 2 )
de sa santo avoit obligé de retourner et
Angleterre. La foiblesse des Anglais étoit
à cetle époque si apparente, qu'elle invita
même à l'invasion. Rigaud,l'un des chefs
des trompes républicaines, attaqua le fort
Bizotton avec 2000 hommes, mais fut repoussé et mis en déronte avec un grand
carnage; car la détresse, même sous l'aspect le plus hideux, n'avoit pas encore
été capable d'abattre le courage de nos
malhenrenx compatriotes. Cependant s
quoique si vigonreusement repoussé, > Rigaud projeta l'attaque du fort Tiburon avec
de plus grandes forces. Le 23 décembre
1794, ses forces navales, consistant en un
brigantin de 16 canons ct trois goëlettes
de 14 chacune, il fit voile des Caies pour
faire le siége de Tiburon avec 3000 hommes
de toutes les couleurs et de toutes les descriptions. Le jour de Noël, notre garnison,
composée de 400 hommes, reçut le premier assaut, et résista pendant quatre jours.
aux attaques les plus vigourenses des assiégeans; mais trouvant que son nombre
étoit terriblement diminué (car elle avoit
déja perdu 300 hommes), ceux qui survivoient, conduits par le lieutenant Bradford --- Page 484 ---
472 )
du 23. régiment, firent une sortie sur
l'ennemi, et avec un courage sans exemple, traversèrent un espace de cinq milles
au milieu des ennemis, et arrivèrent sains
et saufs à Irois. Le lieutenant Baskerville
avoit été empêché par quelque accident,
de joindre ses compagnons. Prévoyant le
sort qui l'attendoit, et résolu de se soustraire à une mort honteuse de la main
d'un ennemi barbare, il se tua au moment
où Rigaud entra dans le fort.
L'année 1794 se termina par cet événement désastreux. L'avenir nous apprendra
sous quelle domination restera définitivement cette colonie; ; mais personne ne
sauroit lire l'histoire de ses longues et sanglantes qnerelles, sans déplorer le sort des
victimes infortunées qui y ont trouvé une
mort prématurée. --- Page 485 ---
473 )
CHAPITRE IX.
Ancien état de la colonie espagnole.-Etablissement de
la ville de Saint- Domingue.-1 Elle est pillée par
Drake eu 1586. - Nombre et caractère des habitans
actuels.
Lxe colonie espagnole d'Hispaniola fut la
première établie. dans le nouveau monde;
mais en moins d'un siècle,la découverte de
lor et de l'argent au Mexique engagea les
Espagnols à abandonner les mines épuisées
qu'ils avoient ouvertes dans cette ile, et à
se transporter sur le continent pour y chercher de nouvelles richesses. Nous avons
déja décrit l'origine de l'établissement
français.
La partie espagnole est en général moins
fertile que les autres territoires de Vile;
toute cette étendue particulièrement qui se
prolonge depuisIsabella jusqu'au vieux CapFrançais (Puerto de la Plata seul excepté),
est entièrement déserte pendant l'espace de
cinq lieues. Après ayoir passé la baie de
dans cette ile, et à
se transporter sur le continent pour y chercher de nouvelles richesses. Nous avons
déja décrit l'origine de l'établissement
français.
La partie espagnole est en général moins
fertile que les autres territoires de Vile;
toute cette étendue particulièrement qui se
prolonge depuisIsabella jusqu'au vieux CapFrançais (Puerto de la Plata seul excepté),
est entièrement déserte pendant l'espace de
cinq lieues. Après ayoir passé la baie de --- Page 486 ---
(474 )
Samana, les terres n'offrent pas un plus bel
aspect 3 sinon lorsqu'on a tourné l'extrémité orientale ; on parvient alors à un pays
plat, appele les Plaines, à l'extrémité occidentale duquel, sur les bords de la rivière
Ozama, est la capitale fondée par Colomb
en 1498,et nommée San-Domenico ou SaintDomingue, en honneurde: Saint-Dominique,
qui fut pendant plusieurs années la capitale
du nouveau monde. Oviedo, historien espagnol qui y résida trente ans après sa fondation, en fait la description suivante.
<C Maintenant, dit cet écrivain, pour direquelque chose de la principale ville de l'ile,
quiestSae-Domesico, je soutiens que, quant
à ses bâtimens, il n'y a pas de ville en
Espagne ( non pas même Barcelone, que
j'ai vue souvent) qui lui soit préférable. Car
les maisons dela ville deSan-Domenico sont
la plupart de pierres, comme à Barcelone;
mais elle est dans un meilleur état que
cette dernière, parce que ses rues sont
plus larges et plus droites. Car ayant été
bâtie de nos jours, outre l'avantage de sa
situation, ses rues furent tirées au cordeau;
en quoi elle surpasse toutes celles que
j'ai vues. La mer en approche si près que --- Page 487 ---
(473) )
d'un côté, il n'y a que les murs de la ville
qui l'en séparent. D'ailleurs au pied des
maisons passe la rivière Ozama qui est nn
port admirable, où les vaisseaux charges
s'élèvent presqu'au niveau des quais et en
quelque sorte sous les fenêtres des maisons.
Au milieu de la ville sont le fort et le château ; son port ou hâvre est d'ailleurs si
beau et si commode pour décharger les
vaisseaux, qu'il n'y en a guères de pareil
dans ancune partie du monde. La ville
contient environ six cents maisons, et telles
que je les ai décrites auparavant ; il s'en
trouve quelques-unes de si élégantes et si
grandes, qu'un Grand d'Espagne ne dédaigneroit pas de s'y loger, avec sa suite et sa
famille. Particulièrement celle qui est occupée par don Diegue Colomb, vice-roi sous
votre majesté, , est telle que je n'en connois
pas une en Espagne qui soit le quart aussi
bonne, en raison de toutes ses commodités.
Etant située au-dessus du port, bâtie en
pierres, et contenant plusieurs vastes et
élégans salons, avec la plus belle perspective
de la mer et de la campagne, elle me paroit
magnifique et si propre à un prince 3 que
votre majesto y seroit aussi bien logée que
don Diegue Colomb, vice-roi sous
votre majesté, , est telle que je n'en connois
pas une en Espagne qui soit le quart aussi
bonne, en raison de toutes ses commodités.
Etant située au-dessus du port, bâtie en
pierres, et contenant plusieurs vastes et
élégans salons, avec la plus belle perspective
de la mer et de la campagne, elle me paroit
magnifique et si propre à un prince 3 que
votre majesto y seroit aussi bien logée que --- Page 488 ---
(476 )
dans aucune des maisons des mienx bâties
d'Espagne.Onya: aussi, depuis peu, élevé
une cathédrale en pierres, dont l'évèque,
selon sa dignité, et les chanoines, sont bien
dotés. Cette église est d'une bonne architecture. Il s'y trouve outre cela trois monastères portant les noms de Saint-Dominique, Saint-François, et Sainte-Marie de
Miséricorde, qui sont bien bâtis, quoiqu'inférieurs à ceux d'Espagne. Ily a aussi
un bon hôpital pour le soulagement des
pauvres, fondé par Michel Passamont,
trésorier de votre majesté. Pour terminer,
cette ville augmente tous les jours en richesses et en biens 3 parce qu'outre queledit
amjral et vice-roi, le chancelier et le conseil
nommés par votre majesté, y résident continuellement, les plus riches propriétaires
de l'ile y demeurent aussi. Car cela leur
est plus commode pour le commerce, tant
pour recevoir les marchandises d'Espagne
que pour y envoyer les productions de cette
colonie, qui abonde tellement aujourd'hui
en denrées, qu'elle en fournit beaucoup à
l'Espagne, et lui repaye en quelque sorte
avec usure les premiers bienfaits qu'elle en
a reçus.> --- Page 489 ---
(477 )
Soixante ans après, elle fat attaquée
Drake, qni y resta un mois, ct eut ensuite par
la barbarie d'y mettre le feu. Le mémoire
de cette atrocité se trouve dans la collection
d'Hakluyt : eNous passâmes les premières
heures de la matinée, dit l'historien du
voyage, à incendier les maisons du dehors
de la ville; mais comme elles étoient de
pierres et fort élevées, nous n'eûmes
peu de peine à les détruire. Quoi
pas
qu'il en
soit, pendant plusieurs jours de suite, deux
cents matelots ne firent rien autre chose,
commençant dès le point du jour, et cessant
à neuf heures, quand la chaleur se fait
sentir; un égal nombre de soldats leur servoit de gardes. Nous ne pimes cependant,
malgré cela, incendier que le tiers de la
ville,et à la fin, fatigués de bruler, nous
nous contentâmes
d'accepter vingt - cinq
mille ducats, de cinq schellings (six francs)
chacun pour la rançon du reste de la ville.>>
Il est difficile de se procurer des renseignemens exacts sur cette ville autrefois
florissante. Elle est certainement sur le déclin, mais non pas, comme l'assure l'abbé
Raynal, entièrement détruite. On n'en sait
pas davantage sur l'état de l'agriculture de
uler, nous
nous contentâmes
d'accepter vingt - cinq
mille ducats, de cinq schellings (six francs)
chacun pour la rançon du reste de la ville.>>
Il est difficile de se procurer des renseignemens exacts sur cette ville autrefois
florissante. Elle est certainement sur le déclin, mais non pas, comme l'assure l'abbé
Raynal, entièrement détruite. On n'en sait
pas davantage sur l'état de l'agriculture de --- Page 490 ---
(478 )
ces possessions que sur celui de la tapitale
espagnole. Leurs exportations de sucre et
de tabac ne sont sans doute pas considérables ; car il paroit que les principaux
articles de leur commerce sont des cuirs
verds. Il est même probable que la plus
grande partie des propriétés espagnoles de
cette ile, autrefois le paradis d'un peuple
heureux, est maintenant abandonnée aux
bêtes des champs et aux vautours qui planent autour d'elles.
Les relations de leur population sont
aussi fort rares et peu satisfaisantes. Les
plus anciens historiens disent qu'il fut un
tems où ily avoit à Hispaniola 14,000 Castillans. Ses mines étoient alors fort riches et
rapportoientannuellementplusde2,400,0001.
tournois; mais quand elles furent épuisées,
la colonie tomba en décadence, la dépopulation devint considérable, 2 et la paresse
succéda à l'activité.
Nous avons > dans un autre endroit, fait
mention de l'origine de l'introduction des
esclaves ; mais cela ne semble pas avoir
augmenté sa population. En1717,lenombre
de ses habitans, tant libres qu'esclaves,
n'étoit que de 18,410, et depuis cette épo- --- Page 491 ---
(479 )
que, il a certainement diminué. Il y a peutêtre trois mille blancs de sang pur.
Le caractère des colons espagnols, si
l'on en juge d'après leur conduite pendant
la guerre actuelle, n'est pas des plus respectables. Ils se conduisirent envers les
royalistes français avec la plus vile et la
plus basse animosité nationale, et ils ne
furent pour les Anglais que des amis jaloux
et perfides. Tout considéré, il y a lieu de
croire que la plupart d'entr'eux sont une
race bâtarde et dégénérée, UIL mélange
bisarre de sang européen, indien et africain. Ils ne sont ni policés par des communications avec le reste du genre humain,
ni cultivés par l'émde; mais ils vivent dans
une sombre oisiveté, affoiblis par l'indolence,et comprimés par la pauvreté.
Il est difficile de prévoir quel sera l'état
futur de ces nègres de Naint-Domingue,
que
l'interposition de la France a délivrés des
fers de l'esclavage. Si, d'aprdsl'expérience
des avantages d'une vie civilisée, ils abandonnoient les poursuites atroces des sauvages, ils pourroient encore obtenir un
haut rang dans la connoissance de la vérité
etl la pratique de la vertu. Mais l'expérience --- Page 492 ---
(480) )
nous a démontré que la liberté, quoique
nécessaire pour rendre l'homme grand et
bon, n'est pas seule suffisante pour lui
inspirer des sentimens nobles et rafinés.
Les nègres marons de la Jamaique, et les
Caraibes de Saint - Vincent ne sont pas
esclaves des blancs; mais ils sont toujours
sauvages au milieu de la société policée ;
et il n'est hélas! que trop à craindre que
les nègres de Saint.Domingue ne deviennent
un jour ce que sont ceux-ci.
F I N.
cessaire pour rendre l'homme grand et
bon, n'est pas seule suffisante pour lui
inspirer des sentimens nobles et rafinés.
Les nègres marons de la Jamaique, et les
Caraibes de Saint - Vincent ne sont pas
esclaves des blancs; mais ils sont toujours
sauvages au milieu de la société policée ;
et il n'est hélas! que trop à craindre que
les nègres de Saint.Domingue ne deviennent
un jour ce que sont ceux-ci.
F I N. --- Page 493 ---
TABLE
DES C HAPITRES
Contenus dans cet Ouvrage.
LIVRE P R E M I E R.
Cutimr PRENIER.Simation Rrogmephique.-Nom.
-Climat. Brises de mer et de terre. Animaux
et végélaux. 1 Elévation des montagnes, etc. etc.
Page I
CHAP. II. Des Caraibes, ou anciens habitans des iles
du vent.-Origine.- -Coatim-Newn-Pom
-Habitudes. Éducation. - Arts et manufactures.
Religion. Conclusions.
IO
CHAP. III. Desnaturels d'Hispaniola, 3 Cuba,1 la Jamaique, etPorto. -Rico. 1 Leur nombre. - - Leur apparence. Génie. Caractère. Gouvemnement ct
religion. - Mélanges d'observations concernant les
arls et l'agriculture. Cruauté des Espagnols. - 24
CHAP. IV. Animaux terrestres servant à la nourrilure.
-Poissons.. -Oiseaux sauvages.- -Méihode indienne
de chasser et de pêcher. -Ligumes,etc.- Conclusion.
Appendice au livre premier, contenant une courte
dissertation sur l'origiue des Caraibes.
énie. Caractère. Gouvemnement ct
religion. - Mélanges d'observations concernant les
arls et l'agriculture. Cruauté des Espagnols. - 24
CHAP. IV. Animaux terrestres servant à la nourrilure.
-Poissons.. -Oiseaux sauvages.- -Méihode indienne
de chasser et de pêcher. -Ligumes,etc.- Conclusion.
Appendice au livre premier, contenant une courte
dissertation sur l'origiue des Caraibes. --- Page 494 ---
A B L E
LIVRE II
L A J A M A i Q U E.
CHAP. I,er Découverle parColomb. Conduite de SOm
fils Diégo, ,après la mort de Colomb. - Il prend jossession de la Jamaique. - Caractère humain d'Esquivel, premier gouverneur. Invasion de lile par
le chevalier Antoine Shirley et le coloue! Jackson.-
Etablissement et abandon de la ville de SevillaNueva. - Destruction des Indiens.- Fondalion de
Saint-Jago de laVega.- Donne le titre de marquis à
Louis,fils de. Diègo,à qui Tileest cedee-Eiledescend
à sa sceur Isabelie. 1 Elle revient à la couronne
d'Espegne,
CHAP. IL.Jaustilication du caractère de Cromwell contre
Jes allégations de cesbistorieusquile blâment d'avoir
atlaqnéles Espagnols dans les Indes occidentales.-
Deseription des énormes cruautés de ce peuple, en
violation du traité de 1630.-Elatde la Jamaique
lors de sa prise.
CHAP. IIT. Opérations dans Tile après sa prise. --Miconlentementei mortalilé parmi les soldats.. Efforts
du Prolecteur.- -Braynenommé ant commandement,
De Oyley le reprend. -Défaite par lui des troupes
espaguoles qui envahirent lile-Gouvemmement régulier établi à la Jamaique. Dispntes avec la mérepatrie, elc. etc.
CHAP. IV. Situation.- Climat.-Surface du pays.-
Montagnes et les avanlages qui en dérivent.-Sol.-
Terres incultes. Bois. - Rivières. Métaux.
Vegous.-Igumes, productions el fruits.
--- Page 495 ---
DES CHAPITRES S.
CHAP. V. Description lepogmplique.-Villa, villages
et paroisses.- Cours de justice. - Bureaux pubises.--
Monuoie. - Milice. - Habilans. Comtuerce..
Vawent-Epenuisun-lapation Page 95
LIVRE III
ILES GARAIBES ANGLAISES.
CRAP. I,er Tallarbade.Arivce des. Anglais dans celte
ile.-Origine, progrès, et fin du gouvernement des
propriélaires. Revenu accordé au roi. 1 Origine
de l'acte de navigation. Situation et élendue de
l'ile.-Sol et produclions. - Population.-Son déclin.
- Exportalions el importations.
115 1
CHAP. II. Découverte, babilans-Invasion des Français
en 1650. - Exterminalion des naturels.. Lile cédée
au comte de Cerillac. Mauvaise conduite du vicegouverneur. -La colonie relourne à la couronne de
France. - Prise par les Anglais. - Prétentions du
roi de mettre un droit de 4: pour cent sur ses productions exportées. - Décision de la cour du banc
du roi sur ce point, - Opérations dans la colonie, -
Dissentions intestines. - Invasion des Français en
1779. - Brave défense et reddition à discretion de la
garnison. - Cruautés exercées envers les planteurs
anglais. -Elle est rendue à T'Angleterre par le traité
de paix.- Etat actuel de la colonie.
CHAP. III. Saiut-Vincent et ses dépendances ; la
Dominique.
CHAP. IV. Gouvernement des iles Caraibes
sous le
vent,comprenant SantChuiteple,Aatigu, Mont-
- Invasion des Français en
1779. - Brave défense et reddition à discretion de la
garnison. - Cruautés exercées envers les planteurs
anglais. -Elle est rendue à T'Angleterre par le traité
de paix.- Etat actuel de la colonie.
CHAP. III. Saiut-Vincent et ses dépendances ; la
Dominique.
CHAP. IV. Gouvernement des iles Caraibes
sous le
vent,comprenant SantChuiteple,Aatigu, Mont- --- Page 496 ---
T A B L E
serat, et les iles' Vierges.-Histoire et description de
chacune. - Exportations. Produit du droit de 4 :
pour cent. -Conclusion del'histoire.
L I V R E I V.
CHAP. I.er Compte sommaire des habitans des différande-C-m-t-gheid Gronle-Bretagne
et d'Trlande.. .-Caractère dominant des Enropéensy
résidant. - Créoles ou naturels. - Eets du climat.-
Caractère des femmes et des enfans créoles. -Gens
de coulear, et leurs différentes classes" ou tribus.-
Restrictions sur les nègres libres et les mulâtres. -
Ieur caractère.
CHAP. IL. Des nègres dans Tétat d'esclavage. - Observations pedininaires-Orgined de la traite des nègres.
-Stablissement portugais SUF la côte d'Afriquie. -
Negres amenés à Hispaniola.-Voyage d'Hawkins.-
Compagnie d'Afrique élablie parJacques I.--Charte
-
accordée. Description de la côte d'Afrique. -Forts
et factoreries. - Exportations de la Grande-Bretagne.
1 Nombre de nègres que l'on exporte à présent aux
colonies anglaises. - Elat du commerce depnis 1771
jusqu'en 1787.--Nombre de nègres importés aujourd'hui par les différentes nations de I'Europe.
CHAP. III. Mandingos, ou naturels de la côte duvent.
-Mahomélans. -Guerres, meumetigore-Nige
Koromantins, ou nègres de la côte d'Or.- Férocité
de leur caractère démontrée dans une relation de la
rébellion des nègres à la Jamaique en 1760.- Leurs
maurs,guerres et sapenititionse-Natures de Whidah
de nègres importés aujourd'hui par les différentes nations de I'Europe.
CHAP. III. Mandingos, ou naturels de la côte duvent.
-Mahomélans. -Guerres, meumetigore-Nige
Koromantins, ou nègres de la côte d'Or.- Férocité
de leur caractère démontrée dans une relation de la
rébellion des nègres à la Jamaique en 1760.- Leurs
maurs,guerres et sapenititionse-Natures de Whidah --- Page 497 ---
DES CHAPITRES
o11 Fida.-Leurs bonnes qualités. - Naturels de
Benin.-Figures el caractères. - Camnibules.-Naturels de Congo et dAugola.-Eamen du caractère
et des dispositions des nègres dans l'état d'esclavage.
CHAP. IV.
de
Moyens
se procurer des esclaves en
Afrique. - Observations sur ce sjel.-Objsctions à
une abolition direcle climmédiate de ce commerce
parla nation brjbannigaeeade-Canidirationaurke-Canidorationurkes
conséquences d'une pareille mesure. - Disproportion
de sexes chez les nègres annuellement importés
d'Alique.-Mathode de transporter les nègres, et
règlemens nouvellement établis par acle du parlement. - Effels de ces règlemens.
CHAP, V. Arrivée et venfe dans les Indes occidenlales. 241
-Nègres nouvellement achetés. - Comment on en
dispose, emploi.-Détail de Tadministration desn nègres
dans une plantation à sucre. 1 Manière de les oblenir.
-Maisons, habillemens, et mdlecino-Ahu-Der
niers règlemens pour la prolection et la stireté des
esclaves-Causes. deleur diminntion annuelle.-Polygamic.. - L'esclavage mêmele plus doux est contraire
a la population. - Observations générales. - Propositions pour améliorer encore plus le sort des esclaves.
LIVR E V.
AGRICU L T U R E.
CHAP. I.er Cannes à sucre.- Connucs des
anciens.. -
Conjectures sur son introduction en. Europe.- --TransBasublussasmoAgemets dans le quinzième
lection et la stireté des
esclaves-Causes. deleur diminntion annuelle.-Polygamic.. - L'esclavage mêmele plus doux est contraire
a la population. - Observations générales. - Propositions pour améliorer encore plus le sort des esclaves.
LIVR E V.
AGRICU L T U R E.
CHAP. I.er Cannes à sucre.- Connucs des
anciens.. -
Conjectures sur son introduction en. Europe.- --TransBasublussasmoAgemets dans le quinzième --- Page 498 ---
T A d B L E
siècle, et de là aux ludes occidentales. -Prenve que
Colomb lui-même la porla des iles Canaries à Hispaniola. -Sommaire du raisonnement de Labat pour
dementergiolecnsiuiinatudlenetidanslel Indes
occidentales.-T.es deux relations concihiées. -Nom
bolanique et description. -Sols les plus propres à sa
culture, et leur variété. Usage et supériorité de la
charrue.-Methiode de cuire et de planter. Page 276
CHAP. TI. Tems de la moisson, la saison de la santé et
des fètes.-I Moulins pour moudre les cannes. - Suc
de la canne et parties qui la composent. .-Procédé
pour obtenir du sucre brut ou Muscavedo.-Mélasses,
leur usage.-Procédé pour faire du sucre terré ou de
Lishoune.-Ium, distilleries et alembics.-Citernes
et leurs ingrédiens. Procédé des iles du vent. -
Méthode de la Jamaique d'une double distillation.
-Quantité de rum que donne toute quantité quelconque de sucre brut, mélasses, etc.
CHAP. III. Capital nécessaire pour Télablissement et
l'achat d'une plantation à sucre d'une étendue donnée.
-Les terres, bâtimens, et approvisionnemens considérés séparément. -Détails de la dépense. .-Revenu
brut des propriétés. - Dépenses annuelles. 1 Profits
nels, différentes charges accidentelles non comprises.
Différence: à laquelle on ne fait pas souvent attention
en estimant les bénéfices d'un bien en. Angleterre et
d'un bien dans les Indes occidentales.-Assurances
des biens dans les Indes occidentales en tems de
guerre, etautres dédnctions.- -La question pourquoi
la culture des îles à sucre continue d'éprouver tant
de découragement, considérée et discutée.
--- Page 499 ---
DES CRAPITR E S.
CHAP. IV.Du colon, de sa croissance, et de ses differentes espèces.-Sa culture elles risques dont elle est
accompagnce. - Importations de celle marchandise
enAngleterre, et profits des manufactures auxquelles
elle donne lieu. - Indigo, sa culture et sa fabrication.-Opulence des premiers planteurs d'indigo à
la Jamaique, et rétlexions sur la décadence de cette
branche de culture dans cette ile.- Café; celai des
Antilles est-il égal au moka ? Situation el sol.-
Droit exorbilant auquel il éloit sujet dans la GrandeBretugne--Mathode approuvée de cultiver la plante
et de netloyer la graine. - Estimation des dépenses
anuuelles et du produit d'une plantation à café, -
Cacao,gingembre, arnotto, aloës et piment. Page 316
LIV R E V I.
GOUVERNE: M E NT ET
ML 2 R CE.
CHAP. I.er Elablissement coloniaux-Capitaine général, ou gouverneur; ses pouvoirs et prérogatives.
Réflexions sur le choix, en général,. des personnes
pour remplir cetfe place importante. Lieutenantgénéral, , lieudenant-gareneur, et président du
conseil; leurs attributions et fonctions-Origiue de
Jeur prétention à une portion du pouvoir législatif:
Sa nécessité, sa propriété, sa légalité considérées.
- Proposition de quelques amendemeus dans. la
constitution de ce corps.
CHAP. Il. Assemblée. -Leroi n'a pas la prérogative
d'établir dansles colonies desconstitutions) moins libres
que celle de la Guande-Bicbogue.-Ia pluparides iles
-gareneur, et président du
conseil; leurs attributions et fonctions-Origiue de
Jeur prétention à une portion du pouvoir législatif:
Sa nécessité, sa propriété, sa légalité considérées.
- Proposition de quelques amendemeus dans. la
constitution de ce corps.
CHAP. Il. Assemblée. -Leroi n'a pas la prérogative
d'établir dansles colonies desconstitutions) moins libres
que celle de la Guande-Bicbogue.-Ia pluparides iles --- Page 500 ---
T A B L E
anglaises de l'Amérique colonisées par des émigrés
de la mère-patrie. - Les proclamations et charles
royales ne sont que des confirmations d'anciens droits.
-La Barbade et quelques autres iles étoieut originairement des comtés palatins. - Comment leurs
législatures locales ont été constitnées.-Etendue de
leur juridiction indiquée. Comment leur fidélité
au roi de la Grande Bretagne et leur dépendance
sont garanties. - Etendue constitutionnelle de l'influence du parlement sur les colonies.
CHAP. III. Commerce entre les iles anglaises-et l'Amérique septentrionale avant la guerre. Articles
fournis par les Américains.-Vains-Vaisseaux et matelots.-
Avantages de ce commerce pour la GrandeBrelagne,
-Mesures du gouvernement, au rélablissement de
3a paix.- Morlalité des nègres occasionnée par la
disetle.
CHAP. III. Objections contre les avantages revenant à
la Grande-Bretague de ses colonies américaines considérées.-Les droits mis sur les importations des] Indes
occidentales en Angleterre tombent-ils sur le consommateur, el dans quel cas. -Remises et primes.-
Explication de ces lermes, leur origine et leur convenance démontrées. -Pacte de monopele,sa nature,
son origine. - - Restrictions sur les colons, profits
qu'en retire la Grande - Brelagne. - Avantages qui
reviendroient au planteur, au trésor national et au
public, s'il étoit permis aux habitans des Antilles
de rafiner eux-mêmes le sucre destiné à la consommation de la Grande-Drelagne. -Projet d'établir aux
Indes orientales des plantations à sucre sous la pro- --- Page 501 ---
DES CHAPITRES S.
a iection' du gouvernement considérée.-Reiontrances
que l'on pourroit faire contre cette mesure et contre
d'autres. - Conclusion.
Page 3go
Relation de la colonie française de Saint-Domingue,
CHAP. I.er État' politique de Saint-1 Domingue avant
1786.
4II
CHAP. II. Depuis la révolution de 1789, jusqu'à la
réunion de la première assemblée générale de la
colonie.
CHAP. III. Opérations del T'assemblée générale de SaintDomingue jusqu'à sa dissolution, et l'embarquement de ses membres pour la France.
CHAP. IV. Rébellion et défaite d'Ogé, homme de
couleur libre.
CHAP. V. Opérations en France. - Mort du coloncl
Mauduit. - Décret de l'assemblée nationale du 15
mai 1791.-Ses conséquences à Saint-Domingue: -
Rébellion et atrocités des nègres dans les provinces
du. nord, - Trève entre les gens de couleur et les
habitans du Port-au-Prince. - - Proclamation de l'assemblée nationale du 20 septembre.
CHAP. VI. Révocation du décret du 15 mai. -Guerre
civile renouvelée. - Le Port-au-Prince détruit par
les flammes.- Cruautés des deux, côtés. Arrivée de
commissaires de France.-Nomination et opérations
des nouveaux commisaires.-Nominationde( Galbaud.
- Hostilités des deux côtés. - Les nègres révoltés
appelés. - Massacre des habitans du Cap français
et incendie de la ville.
--- Page 502 ---
Wormser
vocation du décret du 15 mai. -Guerre
civile renouvelée. - Le Port-au-Prince détruit par
les flammes.- Cruautés des deux, côtés. Arrivée de
commissaires de France.-Nomination et opérations
des nouveaux commisaires.-Nominationde( Galbaud.
- Hostilités des deux côtés. - Les nègres révoltés
appelés. - Massacre des habitans du Cap français
et incendie de la ville.
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Wormser TABLE DES CHAPITRES.
CHAP. VII. Siuation,Hendue,el description générale
de Saint-Domingus.-Origiue de la colonie française.- Description de ses preductions et de sa population - Vaisseaux et exportations.
CHAP. VIII. Ouvertures failes au gouvernement britannique. Lesclavage aboli par les commissaires
français. 1 Reddition de Jérémie et du môle SaintNicolas. - Défaite au fort Tiburon. - Prise du Portau-Prince.-- Maladie et mortalilé terrible parmi les
troupes anglaises. Révolie des gens de couleur à
Saint-Marc. Seconde atlaque de Tiburon. Eva.
cuation de la garnison.
465:
CHAP. IX. Ancien état de la colonie espagnole.
Etablissement de la ville de Saint n Domingue.
Elle est pillée par Drake en 1586. - Nombre et
caractère des habitans actuels.
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