--- Page 1 --- --- Page 2 ---
e a
-
>
GAT DE
3oln Carter Brotn. --- Page 3 --- --- Page 4 ---
HTC.
D.15. --- Page 5 ---
Alfeeren a d.le Py. Talleyraun. AOvioYe, 1814
x2.Cpowuel: Fauty Sirmniguesur
darutpenis rugues
Pars 1814
+5..
duit des rain nish-Ne
H 1814
* .Resvmé du Teweinage en. Ceueve 1814
*4*
e
autre eddiu
deulre, 1514
0.Rejuration du Rescrne.er.
bar oMPaliarot de Peawvois Pasn 1314
* b.ellaseren, Letire suriler wegrer e Le 1815
*
Lfalontte Harmenies Colouraler
er Morermues
Fe 1815 --- Page 6 ---
--- Page 7 ---
2.
FAITS HISTORIQUES
SUR S-DOMINGUE,
DEPUIS 1786 JUSQU'EN 1805,
ET
RÉSULTATS DES MOYENS EMPLOYÉS PAR LES COLONS
DE LA PARTIE DE L'OUEST POUR s'OPPOSER A L'ENTIÈRE DÉVASTATION DE L'ILE, AINSI QUE DE CEUX
MIS EN USAGE PAR LES ANGLAIS, EN 1796, 1797 ET
1798, POUR LA SOUMETTRE A LEUR DOMINATION.
PAR M". GROUVEL,
Employé à la Direction générale de I'Agriculture, du Commerce,
des Arts et Manufactures,
ANCIEN GÉRANT DE ST.-DOxINGUE.
IMPRIMERIE DE DONDEY-DUPRÉ.
A PARIS,
RENARD, Libraire, rue Caumartin, No. 12.
Chez) et DELAUNAY, galerie de bois, au Palais-Royal.
1814. --- Page 8 ---
e11 00 A9 --- Page 9 ---
1ar
sop envilsinst
Ovectissenn ewt.
ino(t
d:
19 abilov
d PunsQuE des Colons s'empressent a l'envi
d'éclairer le Couvernement sur les meilleurs moyens à employer pour rentrer en Vi
possession de St-Domingue; il m'a paru
utile ( désirant suivre leur exemple) de publierles faits historiques, quimesont connus
et qui touchent immédiatement aux causes 0
ded la ruine de cette colonie. Je crois; qu'én
me bornant simplement à les rapporter tels
qu'ils sé sont passés et sans les altérer, je
remplirais aussi ma tâche; car, dans tous
les cas où i s'agit de prendre l'initiative
pour réparer de grands maux, n'importe
de quelquenature qu'ils soient, les meilleurs
moyens à mettre en usage se trouvent dans
le principe même des actions qui les ont
produites : et comme la leçon des exemples, --- Page 10 ---
celle des préceptes, les
instruit autant que
les Anglais ont faites à Sainttentatives que
Domingue pour y soumettre les Nègres réont tenue à la
voltés, et la conduite qu'ils
Jamaique où ils ont eu à lutter, pendant
années, contre un grand Inombre de
longues
doivent fournir encore de
Nègres Marrons,
forbonmesinstructions pour faire adopter à
la Francel un plan de conquéte sagement
combiné. EU uE
Si dansle cours de la narration des faits,
jusqu'à faire connaitre,
je vais quelquefois
leurs ceuvres, plusieurs fameux personpar
dans la révonages qui ont le plus figuré
lution de St-Domingue - 2 c'est qu'il me
de l'intérét de la colonie de ne plus
parait
les voiroccuper des places qu'ils ne sauraient
remplir désormais, sans compromettre en
même tems et la dignité du Gouvernement,
et la sûreté du pays.
-
le cours de la narration des faits,
jusqu'à faire connaitre,
je vais quelquefois
leurs ceuvres, plusieurs fameux personpar
dans la révonages qui ont le plus figuré
lution de St-Domingue - 2 c'est qu'il me
de l'intérét de la colonie de ne plus
parait
les voiroccuper des places qu'ils ne sauraient
remplir désormais, sans compromettre en
même tems et la dignité du Gouvernement,
et la sûreté du pays.
- --- Page 11 ---
FAITS HISTORIQUES
SUR S'-DOMINGUE,
ET
Résultats des moyens employés par les Colons
pour s'opposer i V'entière dévastation de
PIle, ainsi que de ceux mis en usage par les
Anglais, pour la soumettre à leur domination.
Au tems heureux où St.-Domingue offrait des
richesses abondantes à la vigilance et à l'industrie
des colons, et jusqu'à l'époque où les premières
étincelles de la révolution deFrance sont tombées
dans cetteile, Phabitant en quelque rang élevéque
la fortune l'eûtplacé, se complaisait à voir dans un
européen nouvellement débarqué, son égal en tout
dans les relations de la société. Peut-être bien la
présence des esclaves influait-elle sur la pratique
louable de ce premier des principes politiques:
quoi qu'il en soit, je ne fais que rendre hommage à la vérité, en disant qu'en général les
habitans de St.-Domingue foulaient aux pieds
I --- Page 12 ---
(6)
toutes différences de
de
conditions, tous les préjugés
naissance, toutes les chimères des
et si quelquefois la moindre
grandeurs;
nonçait plus pour un individu préférence se proelle était
que pour un autre,
toujonrs en fayeur de celui
trouve
dans sa bonne conduite et dans
qui
un état indépendant,
son intelligence,
souvent un talent
on porte envie et que tout le monde auquel
den'avoir
regrette
pas, quand on se trouve
loin de. sa patrie (r).
transplanté
Toutefois, si les avantages d'une
voyance, et les faveurs de la
sage prévaient
fortune, ne se troupas également partagées entre les
des différentes
blancs
conditions,
de
toute autorité mal entendue l'indépendance
la colonie, et
cela
pour les intérêts de
par
même arbitraire, n'en était
pas moins l'objet constant de tous les voeux. La
liberté des colons et surtout celle des
(qui me semble devoir être la plus
planteurs
trouvait parfois
ménagée), se
troubles
comprimée jusqu'à exciter des
dans Plle, et souvent Panarchie. Il est
(r) Il est de vérité constante que tous les arts mécaniques, aux colonies, jusqu'à celni de simple
conduisent rapidement à la fortune la plus réelle; maçon, etla
fortune, comme on sait, ést, dans tout pays, l'idole
devant laquelle les hommes en général fléchissent.
semble devoir être la plus
planteurs
trouvait parfois
ménagée), se
troubles
comprimée jusqu'à exciter des
dans Plle, et souvent Panarchie. Il est
(r) Il est de vérité constante que tous les arts mécaniques, aux colonies, jusqu'à celni de simple
conduisent rapidement à la fortune la plus réelle; maçon, etla
fortune, comme on sait, ést, dans tout pays, l'idole
devant laquelle les hommes en général fléchissent. --- Page 13 ---
(7)
malheureux, sans doute, en pensant aux calamités
qui ont pesé sur ce beau pays, d'avoir à se
rappeler que c'est, précisement dans une institution faite pour prévenir les désordres, que les
dissensions civiles ont pris leur source, et que
c'est dans son sein que se sont trouvés les premiers élémens d'une guerre intestine, qui devait
détruiretoutesles' fortunes, et avec elles, tous ceux
qui les possédaient.
Les habitans deSt.-Domingue avaient toujours
été, et étaient encore en 1790, assujétis plus ou
moins à la milice, pour étayer apparemment le
gouvernement de l'ile, (car, jusqu'alors la sûreté
du pays n'avait jamais été menacée) comme les
bourgeois se sont trouvés en France, depuis la
révolution, 2 institués en garde nationale, pour
soutenir les différentes autorités qui s'étaient emdu pouvoir souverain. Mais la certitude
parées où lon était que la rigidité du service n'émanait
du caprice des chefs ou d'un grand abus de
que
faisait qu'on ne se rendait pas aux
pouvoir,
peu que les lieux où elles se pasrevues, pour
tenait
saient, fussent éloignés; chacun set
tranquille
chez soi, et tous les habitans, en veillant ainsi
au maintien du bon ordre sur
privativement
croyaient mieux
leurs habitations respectives,
faire pour la chose publique: --- Page 14 ---
(8)
Cependant les souvenirs encore récens des
violences exercées sur les colons, au sujet de la
milice, allumaient dans tous les coeurs l'indignation la plus ouverte. (1) On en était même venu
au point de desirer voir arriver une occasion
favorable, sinon de pouvoir venger le sang qui
avait été répandu, du moins de ne plus être
exposés à de pareils attentats.
Le 14juillet 1791 avait été précédé par desindices, précurseurs d'une révolution régénératrice
dans le gouvernement de la métropole. L'autorité
souveraine paraissait aux yeux des habitans de
l'ile, assise sur des bases mieux appropriées à
l'éclat du trône, en même tems qu'elles semblaient être plus simpatbiques avec les droits,
que les hommes tiennent de la nature et de la
société. Le gouverneur de St.-Domingue (2)
(1) lly avait eu de tout tems des rixes, entre les
commandans de la milice et les habitans, au sujet des
revues. En 1787,jaivuler régiment du Port au Prince
campé près de la ville, sur le chemin de Léogane;
tandis que des habitans de la partie du Sud, excités à prendre les armes, étaient campés à Léogane
même. Dans cette occasion, comme dans d'autres, il
y eut des habitans sacrifiés à l'inhumanité des chefs des
troupes de ligne.
(2) M.le Marquis Duchilleau.
ans de la milice et les habitans, au sujet des
revues. En 1787,jaivuler régiment du Port au Prince
campé près de la ville, sur le chemin de Léogane;
tandis que des habitans de la partie du Sud, excités à prendre les armes, étaient campés à Léogane
même. Dans cette occasion, comme dans d'autres, il
y eut des habitans sacrifiés à l'inhumanité des chefs des
troupes de ligne.
(2) M.le Marquis Duchilleau. --- Page 15 ---
(9)
fit, dans cette occasion, un appel général à tous
les miliciens de la province de l'Ouest, pour
se former en corps autour de sa personne, afin
de célébrer ce jour d'ivresse, avec la pompe
la plus imposante. Un autel fut élevé sur la place
publique du Port au Prince: le Te Deum y fut
chanté, et tous les habitans, en état de porter les
armes, y assistèrent sous un habit nouveau et
uniforme. Le coup-d'oeil de quelques milliers de
dragons coloniaux, blancs d'un côté, mulâtres
et nègres libres de l'autre, était imposant; chacun
se glorifiait dans son rang, dans son poste, de
partager ainsi l'alégresse publique.
Mais le génie qui présidait à cctte fête resta,
sans doute sur l'autel, sans daigner en descendre
pour la voir se terminer dans la paix et la concorde. Il manquait, malheureusement, à luniforme des dragons, un signe qui devait perpétuer
le souvenir de ce jour. mémorable, comme il
représentait le symbole de lunion, de la liberté
civile et de l'égalité de tous les individus, aux
yeux dela loi. La distribution d'un ruban tricolore
fut faite: déjà tous les dragons blancs en avaient
orné leurs chapeaux; et les mulâtres et nègres
libres s'attendaient à la recevoir, quand des
voix s'élevèrent contre cette infraction, que lon
croyait attentatoire aux droits de la classe blanche.
orable, comme il
représentait le symbole de lunion, de la liberté
civile et de l'égalité de tous les individus, aux
yeux dela loi. La distribution d'un ruban tricolore
fut faite: déjà tous les dragons blancs en avaient
orné leurs chapeaux; et les mulâtres et nègres
libres s'attendaient à la recevoir, quand des
voix s'élevèrent contre cette infraction, que lon
croyait attentatoire aux droits de la classe blanche. --- Page 16 ---
(10)
Ce présent funeste de la révolution de
fut
France
dédaigné, au même instant, de tous les
de couleur, qui élaient
gens
très-nombreux, et laissé
en partage aux premiers individus libres du
pays. Quelques rixes
aussi honteuses
sculement,
que deshonorantes, pourles blancs
les
qui
provoquèrent, eurent lieu entre quelques
dragons de la plus basse condition, dans les deux
elasses. La fête qui devait se
les soir, et
chacun
prolonger sur
que
se proposait de rendre
brillante, cessa tout-à-coup: les habitans blancs
se retirèrent chezeux;lest mulâtres et nègres libres
s'attroupèrent loin de la ville, et la guerre civile
la plus sanglante dans toute l'ile, prit naissance
sur cette mémeplace, danslerefusa
ridicule qui avait été fait aux gens saussinjusteque de couleur de
porter la cocardenationale.
Je ne discuterai point ici les
la caste indigène libre des
priviléges de
des colons blancs
colonies, ni ceux
le
qui y tiennent nécessairement
premier rang: : mon objet étant renfermé dans
la description des grands
précédé et
événemens, qui ont
accompagné les diflérentes insurrections, dans la partie de POuest de St.-Domingue, je ne ferai qu'eflleurer les causes de
ceux qui m'ont paru avoir leur
dans
les passions et
principe
limmoralité.
--- Page 17 ---
(I)
Je faisais nombre dans le rang des dragons
blancs; j'avais pris la cocarde, parce qu'on me
l'avait donnée; comme je m'étais rendu à cette
fète, par limpulsion des gens de bien qui s'y
rallièrent. Quand j'ai dit que. quelques voix,
parmi les blancs, s'étaient élevées pour s'opposer
à ce que les cocardes ne fussent point distribuées
aux gens de couleur et nègres libres, il ne
faut pas qu'on pense, que c'était aucune voix
d'habitant, tant soit peu honnète; c'était uniquement quelques gens sans aveu, des hommes
vicieux et dépravés de la colonie, comme ily
en a partout: ce fut enfin, un petit nombre de
meneurs audacieux, une poignée de cannibales
révolutionnaires qui allumèrentle foyer de linsurrection, qui a réellement cousumé l'ile avec
tous ses habitans.
Il fallut, néanmoins, quelque tems aux mulâtres, (alors exaspérés par la mortignominieuse
que le nommé Ogé leur semblable avait subie
au Cap), pour combiner leur projet de vengeance. Le pays était vaste; toute Pile devait se
ressentir du traitement qu'ils préparaient à la
ville,ohilsavaients L treçu Pinjurelay plus mortifiante.
Il s'écoula plusieurs mois, avant qu'ils eussent pu
intéresser à leur cause tous les individus de leur
caste. Le plus profond silence régnait dans tous
L
ors exaspérés par la mortignominieuse
que le nommé Ogé leur semblable avait subie
au Cap), pour combiner leur projet de vengeance. Le pays était vaste; toute Pile devait se
ressentir du traitement qu'ils préparaient à la
ville,ohilsavaients L treçu Pinjurelay plus mortifiante.
Il s'écoula plusieurs mois, avant qu'ils eussent pu
intéresser à leur cause tous les individus de leur
caste. Le plus profond silence régnait dans tous
L --- Page 18 ---
(12)
les lieux; le plus grand secret restait caché
voile du
sous le
mystère : quelques-uns d'entr'eux seulement, voyageaient sans affectation et
la moindre défiance.
sansinspirer
Le tems arriva, enfin, où ce volcan devait
son irruption. J'étais à suivre les
faire
Thabitation
travaux de
queje gérais, dans le quartier du
Fond-Ferrier, la
lorsqu'un jour, un des chefs de
révolte vint secrètemént
voisin, que la
m'instruire, en bon
guerre civile était sur le point
d'éclater, mais que leurs coups ne devaient
quesurla ville, et particulièrement
porter
de la
de
surles blancs
trempe
ceux qui les avaient humiliés;
qu'ainsi, je pouvais rester, en toute
sur Phabitation; de même
sureté,
du
que tous les habitans
quartier, qui, comme moi, étaient
à leurs débats.
étrangers
Cetaveu,
à tous
quejem'empressaie ide
mes voisins, nous jeta dans communiquer la
consternation. Quelle
plus grande
confiance, en effet,
inspirer un individu qui, quoique
pouvait
sa
modéré dans
haine, était si peu sûr de tant d'autres
pagnons qui devaient lesuivre dans
comson entreprise
sanguinairelApres de mres
plus
nous
réllexions,lepartile
sage
parut être celui de rester
et en repos chacun sur nos habitations. passifs,
Cependant le lendemain de ce
jour, un camp --- Page 19 ---
(15)
nombreux de mulâtres 2 commandé par le
nommé Rigaud, vint bloquer et mettre le siège,
devant la ville du Port au Prince du côté de
Léogane, et du Morne de PHopital; tandis qu'un
autre chefnommé Beauvais la bloquait dans tous
les côtés de la plaine. Il ne resta aux habitans de
la ville d'autre débouché que la mer.
Ces camps formés virent bientôt naitre le
besoin d'être approvisionnés. Des bandes parcouraient les habitations les plus proches, qui
furent les premières mises à contribution, et
des détachemens sans discipline se répandirent
immédiatement sur tousles points les plus retirés,
pour y chercher des victimes sur lesquelles ils
pussent assouvir leur fureur.
ne
d'en trouver de ces
2 Ils
manquèrent pas
victimes, dans un moment où les blancs sn'avaient
pris aucune mesure de sûreté. Beaucoup de
malheureux qui tombaient sous leurs coups,
allaient même avec confiance au devant de leurs
impitoyables bourreaux (1) chercher la mort la
plus affreuse. Leur rage ne portait effectivement
(1) Il est bon de remarquer quelarmée du mulâtre
Rigaud était en grande partie composée de gens de sa
caste, oisifs et parconséquent vicieux. Ce chef, qui
réunissait la douceur la plus trompeuse à la cruauté
la plus réfléchie, avait pu faire facilement un choix,
sous leurs coups,
allaient même avec confiance au devant de leurs
impitoyables bourreaux (1) chercher la mort la
plus affreuse. Leur rage ne portait effectivement
(1) Il est bon de remarquer quelarmée du mulâtre
Rigaud était en grande partie composée de gens de sa
caste, oisifs et parconséquent vicieux. Ce chef, qui
réunissait la douceur la plus trompeuse à la cruauté
la plus réfléchie, avait pu faire facilement un choix, --- Page 20 ---
(14)
que sur les blancs d'une basse
cette rage était si effrénée,
extraction; mais
qu'elle faisait
ceux même qu'ils
pâlir
vinrent
ménageaient. Les forêts deune retraite pour quelques
tremblans : d'autres plus confians propriétaires
merci de ces
restèrent à la
hordes, et ceux dela classe proscrite
qui n'avait pas été atteinte,
faveur de la nuit et des
2 gagnèrent , à la
avaient les
forêts, la ville où ils
premiers commencé leurs fatales
aggressions.
Je crus néanmoins,
7 dans cette occurrence,
que le parti le plus prudent était celui de
sister à rester sur Phabitation
perque le seul moyen
que je gérais, et
que je pusse employer avec
avantage pour échapper aux poignards des
lâtres débandés, était d'aflecter la
musécurité, La ville du
plus grande
devenue le
Port-au-Prince, qui était
point de rassemblement de tous les
ennemis des gens de couleur ; fut aussi
théâtre de sang. Ceux-ci n'eurent
un
courir ni les
point à parmontagnes ni les plaines
chercher des victimes, ils les
pour y
leurs mains et sous leurs
trouvèrent sous
yeux, Les autorités
pour exécuter ses' ordres. Il est
etl la vengeance du Ciel n'aura mort, grâce à Dieu,
ses cruels satellites!
pas manqué d'atteindre --- Page 21 ---
(15)
furent les premières renversées, la force armée
corrompue, le riche atteint dans sa fortune, le
sage dans sa personne; tout fut enfin. culbuté
et renversé. Les malheureux habitans de cette
ville, réputés aristocrates, n'eurent d'autre sauvegarde que la mer et les campagnes.
Cependant un grand nombre d'habitations
n'étaient pas encore abandonnées dans les montagnes. Les unes avaient été ménagées dans les
propriétés, les autres dans les personnes qui les
régissaient; et les nègres, pendant les premières
hostilités, restaient tranquilles spectateurs de ces
scènes tragiques. Aucun jour ne se passait, sans
que j'eusse à recevoir ou à loger des bandits
dispersés qui allaient et venaient de leurs expéditions nocturnes, chargés de butin et des dépouilles des habitans qu'ilsavaientimmolés Ils se
lassèrent enfin de rencontrer encore sur les
habitations, des individus dont la couleur seule
était pour eux un obstacle génant et incommode.
Un ordre émané de Rigaud appela auprès de
lui tous les habitans qui désiraient se mettre sous
sa protection, alléguant le vain prétexte de leur
donner des saufs-conduits. Ici, je suis obligé
de relater les événemens qui me sont personnels,
pour pouvoir rendre compte de ceux qui sont
d'un intérêt général.
:
lassèrent enfin de rencontrer encore sur les
habitations, des individus dont la couleur seule
était pour eux un obstacle génant et incommode.
Un ordre émané de Rigaud appela auprès de
lui tous les habitans qui désiraient se mettre sous
sa protection, alléguant le vain prétexte de leur
donner des saufs-conduits. Ici, je suis obligé
de relater les événemens qui me sont personnels,
pour pouvoir rendre compte de ceux qui sont
d'un intérêt général.
: --- Page 22 ---
(16)
de cet ordre se présentèrent
Les porteurs
Ils étaient
Phabitation où je me trouvais.
sur
et gérans du
suivis de seize blancs propriétaires
suivre
il me fallut monter à cheval et
quartier;
leur même destination.
hauteur
Le camp de Rigaud établi sur une
la plus voisine du Port-au-Prince,
de Phabitation
ville pour en
Bizoton, étaitassez prèsdela
appelée
mais hors de'la portée du canon
former le blocus,
de la'mer
Cependant la proximité
de cette place.
essais de la grosse artillerie
facilitait les premiers
les assiédes deux partis. Les assiégés, comme
savaient à peine charger et pointer une
geans, blancs de la ville fesaient leur apprenpièce : les
canonnières; et
chaloupes
tissage sur quelques
l'artillerie de Rigaud,
Péthion, qui commandait
redoute en terre
exerçait ses élèves dans une
plusieurs canons en batterie.
où il-avait
intimida quelques-uns
L'entrée de ce camp
entendre' les
d'entre nous; c'en fut assez pour
les
redoutables et les injures
menaces les plus
mortifiantes. Cependant nous pénétrâmes,
plus
la
d'être sacrifiés; jusqu'à
non sans danger
mîmes
où nous
pied-à-terre:
tente du général,
fut annoncée, son
La visite de ce chef nous'
il n'avait
seul le faisait connaitre ey car
nom
distinctives. Sa préd'ailleurs aucunes marques --- Page 23 ---
(17)
sence ne nous fut pas plus importune que ses
paroles ne nous furent prodiguées. Il nous
adressa seulement celles a ci du ton le plus
véhément.
) Messieurs, nous sommes ici pour venger
> l'affront qui nous a été fait au Port-au-Prince.
) Comme ce sontles blancs qui nous ont hu-
)) miliés, nous ne saurions avoir de confiance
)) en vous pour nous aider à défendre notre
) cause, vous n'êtes point en sureté dans mon
) camp, comme vous venez de le voir; je vais
)) vous envoyer à Léogane, où vous serez à l'abri
>) de tout danger ); : 7 au même instant il nous
invita à lui remettre nos armes, etil commanda
une escorte pour nous conduire à la ville qu'il
venait de désigner.
L'entrée du camp ne nous avait coûté qué
des mortifications, mais la sortie nous fut des
plus périlleuses. Il fallut que le ciel eût placé
parmi tous ces forcenés quelques braves propriétaires de leurcouleur, pourque nous n'ayons
pas été égorgés sans pouvoir opposer la moindre
résistance, nous parvinmes donc par le plus
grand miracle, à sortir de leur présence avec
notre escorte et nous nous mimesimmédiatement
-
en route pour Léogane. Le chef de l'escorte qui
se contenta de jeter son dévolu sur nos chevaux,
a
illeuses. Il fallut que le ciel eût placé
parmi tous ces forcenés quelques braves propriétaires de leurcouleur, pourque nous n'ayons
pas été égorgés sans pouvoir opposer la moindre
résistance, nous parvinmes donc par le plus
grand miracle, à sortir de leur présence avec
notre escorte et nous nous mimesimmédiatement
-
en route pour Léogane. Le chef de l'escorte qui
se contenta de jeter son dévolu sur nos chevaux,
a --- Page 24 ---
(18)
pressa le voyage, et empécha même le meurtre
de quelques trainards d'entre nous, qui n'élaient
pas. assez bien montés pourle suivre à ses côtés.
Nous arrivâmes à notre destination à la nuit
close; on nous fit faire halte devant la porte
du commandant qui se trouvait être encore
celui que le Gouvernement y avait placé. Nous
crûmes tous de bonne foi qu'à raison de cette
circonstance, nous jouirions au moins de notre
liberté dans la ville; point du tout; après une
assez longue pause 2 on nous conduisit droit à
la prison où le chef de l'cscorte nous engagea
très-civilement à lui confier nos chevaux.
Notre geolier était blanc, et avait cru bien faire
de conserver: son emploi, puisquele commandant,
quiduiantomneiàuntem distingué, conservait
encore le sien. Il tenait bonne table, pour ceux
qui voulaient la partager et en payer les frais : il
avait aussi des chambres garnies pour ceux qui
voulaient faire d'une prison un séjour de volupté.
En un mot, il ne nous manquait dans cette geole
que peu de chose, c'était la sûreté de notre
existence, qui était on ne peut pas plus compromise.
Dix-sept prisonniers, enlevés de leurs foyers à
l'improviste, ne,
être toutefois 2 pour
e
pouvaient
notre geolier, des convives, pour les quels, il --- Page 25 ---
(19)
dutavoir beaucoup deprévenances, Quelques-une
purent accepter sa table; quelques autres des lits
seulement; et les plus dénués d'argent se virent
réduits à partager la paille et la chambre infecte
destinée aux scélérats.
Depuis la déclaration des hostilités entre les
mulâtres et les blancs du Port-au-Prince, qui
avaient pris la dénomination de patriotes, aucun
prisonnier de notre espèce n'avait encore été mis
à la geole de Léogane: c'est nous qui en eûmes
les prémices. Et comme les résultats avaient
répondu à l'attente des emprisonneurs, que les
propriétés se trouvaient par ce moyen à leur
merci et que leur armée se montait parfaitement
bien en chevaux, unesemaine nese passa pas que
toutes les chambres furent occupées, tous les lits
pris et sa table garnie de nombreux convives.
Ce train de vie n'allait pas trop mal encore.
Nous entendions les canons du Port-au-Prince et
de Bizotou, on s'y battait de loin, et nous
n'avions pas la moindre crainte de leurs effets.
Mais un vaisseau de ligne se trouvait en rade et
était témoin de. ces escarmouches. Léquipage
obéissait encore au capitaine quile commandait:
Quel parti devait-il prendre? Rester passif dans
une guerre civile qui avait déjà pris un caractère
des plus alarmans, était une conduite repréhen-
entendions les canons du Port-au-Prince et
de Bizotou, on s'y battait de loin, et nous
n'avions pas la moindre crainte de leurs effets.
Mais un vaisseau de ligne se trouvait en rade et
était témoin de. ces escarmouches. Léquipage
obéissait encore au capitaine quile commandait:
Quel parti devait-il prendre? Rester passif dans
une guerre civile qui avait déjà pris un caractère
des plus alarmans, était une conduite repréhen- --- Page 26 ---
(s0)
des furibonds du Portsible. Epouser la querelle
avec la
au-Prince était une action incompatible
du côté des muraison et la justice : se ranger
côté une
c'était d'un autre
lâtres brigands, 1
L'alternative du capitaine
trahison et une lacheté.
semblable à
se trouvait en tout
de ce vaisseau
rester sur nos
la nôtre : nous ne pouvions pas étions menacés
habitations, parce que nous y
bandits et
être assassinés par des mulâtres
d'y
voulait point de nous par la
cruels : leur chefne
lui était suspect :
raison que notre dévouement
confondre
non plus nous
nous ne pouvions pas
commettaient des
avec ceux de notre espèce, qui
Que
et des meurtres sans exemple.
brigandages
conduite devionsrestait-il à faire? quelle
nous
seule pouvait nous
nous tenir? La Providence
inextricable.
tirer de ce labyrinthe
pesaient sur nous à
Les mêmes malheurs qui
tems toute la
gagnèrent en même
Léogane,
St.-Louis, c'estpartie du Sudjusques aux cayes
de
tous les lieux soumis à la dépendance
à-dire,
la pointe
Rigaud. (Il faut en excepter cependant
de
de l'ile dans toute la province
de cette partie
d'un commun
Jéréniie où les blancs ont tous,
exercé à tems de justes représailles sur
accord,
ont
le pays au point,
les mulâtres et en
purgé
de ces derniers, qui ont pu se soustraire
qu'aucun --- Page 27 ---
(21)
à la vengeance des blancs, n'ont reparu dans
leurs foyers que quand les anglais ontabandonné
la conquête de St.-Domingue en 1798).L'accablante nouvelle circula dans notre prison qu'un
mulâtre surnommé Gros-Poisson (1), maçon de
profession, qui était à la tête d'une bande de
nègres insurgés, s'était introduit dans Ia geole
du petit Goave, et qu'il avait fait égorger de
sang froid tous les malheureux détenus comme
nous, sur la place publique, où il les a fait
ensuite entasser et bruler.
Il est bon d'observer que la ville de Léogane
est en partie habitée par des gens de couleur
aisés et riches, et qu'ils ne voyaient pas, sans
trembler pour eux et pour leurs fortunes, 1 se
former déjà des bandes de cette nature qui pillaient indistinctement tout ce qui tombaient sous
leurs mains, et qui mettaient tout à feu et à sang
dans leurs excursions.
Grand nombre de ces propriétaires mulâtres
venaient voir le tableau touchant et pitoyable
qu'offraitlintérieur de: notre prison, où plusieurs
centaines d'individus blancs se préparaient à
(1) Ce chef de brigands a péri deux ans après à
Léogane, par les mains même des braves gens de
couleur de cette ville.
de cette nature qui pillaient indistinctement tout ce qui tombaient sous
leurs mains, et qui mettaient tout à feu et à sang
dans leurs excursions.
Grand nombre de ces propriétaires mulâtres
venaient voir le tableau touchant et pitoyable
qu'offraitlintérieur de: notre prison, où plusieurs
centaines d'individus blancs se préparaient à
(1) Ce chef de brigands a péri deux ans après à
Léogane, par les mains même des braves gens de
couleur de cette ville. --- Page 28 ---
(25)
la mort la plus affreuse. Ils ne
recevoir déjà
confirmer ces nous'empêcher de nous
purent
étaient vraies. Mais soit
velles , puis qu'elles
l'idée de tant de sang
Thorreur que leuri inspirait
soit
devait couler sous leurs yeux,
innocent qui
du danger où ils
qu'ils se sentirent pénétrés
la
eux-mêmes de devenir un jour proie
étaient
et
ils nous rassurèrent
de ces féroces brigands,
ne
que pas'un des prisonniers
nous protestèrent leurs
Ils nous préseraient atteint de
coups.
cette même bande s'était annoncée
vinrent que
Pattendaient de pied
à Léogane, mais qu'ils
Femferme, non pour la repousser, mais pour
ni
de verser une seule goutte de sang,
pécher
d'incendier aucune maison : ils nous montrèrent
les armes avec lesquelles ils se
dans leurs poches
sauter la tête du chef, au
proposaient de faire
faire, ou au
premier geste qu'ils lui verraient
bouche.
ordre barbare quisortirait de sa
premier
lendemain matin
En effet, nous entendimesle
des cris et des gémissemens
de cette alarme,
dans toutes les rues de cette petite ville. La prison
mais elle fut en un instant
était déjà pleine,
négocians,
encombrée : juges, avocats, prêtres,
d'hommes blanés,
marchands, tout ce qu'ilyavait
leurs
chez
fuyaient
encore. tranquilles
eux,
La
dans la prison.
maisons et se précipitaient --- Page 29 ---
(25)
les chambres, les cachots et les endroits les
cour,
à peine contenir tout le
plus secrets pouvaient
monde. Les femmes y suivaient leurs maris, les
mères y portaient leurs enfans; en un mot,
lépouvante était à son comble et le tumulte était
effroyable.
Cependant les braves gens de couleur, qui
avaieut
tant de confiance la veille,
nous
inspiré
de se détacher de tems en
ne manquèrent pas
tems d'auprès de cette horde, pour venir nous
renouveller la résolution qu'ils avaient prise.
des cris de femmes
Nous n'entendions que
éplorées, pas un coup de pistolet ne nous faisait
encore aucun assassinat, Ce chef de
soupçonner
dans les rues
bande, 9 ne trouvant plus personne
ni dans les maisons, arriva enfin en notre présence, suivi d'une cinquantaine de nègres, tous
couverts de lambeaux ensanglantés et armés de
pied en cap. L'aspect de ce monstre, muni de
deux paires de pistolets à deux coups qu'il tenait
faisait frémir. Sa suite était toute
à sa ceinture,
pressée par un plus grand nombre de mulâtres
de la ville, tandis que lui-même élait gardé à
vue avec la plus grande attention. Dans cet état
de gêne, les yeux rouges et hors de leur orbite 1
la bouche écumante, balbatiantà peine quelque
mots pleins de rage, il parcourait les différens
-
muni de
deux paires de pistolets à deux coups qu'il tenait
faisait frémir. Sa suite était toute
à sa ceinture,
pressée par un plus grand nombre de mulâtres
de la ville, tandis que lui-même élait gardé à
vue avec la plus grande attention. Dans cet état
de gêne, les yeux rouges et hors de leur orbite 1
la bouche écumante, balbatiantà peine quelque
mots pleins de rage, il parcourait les différens
- --- Page 30 ---
(24)
endroits de la prison. A chaque pas tous les prisonniers croyaient voir approcher la mort. Ses
bras étaient trop pressés contre son corps par
nos fidèles gardiens, pour que seulement il put
les étendre : il lui était impossible d'atteindre sa
victime ni de près ni de loin; il ne pouvait que
la fixer et la terrasser de ses yeux menaçans.
Ce mélange d'anthropophages et de gens de
bien groupés ensemble, quoique nombreux,se
renfermait néanmoins dans un petit espace. Il
s'y trouva bientôt une issue ouverte aux malheureux qui se foulaient les uns les autres dans
la cour. Un instant suffit pour les voir se précipiter vers la porte et fuir encore plus vite en
dehors, qu'ils n'étaient entrés. Ils avaient vu ces
brigands féroces devant leurs maisons, ils les
voyaient-là sous leurs yeux; ils ne savaient où
aller pour les éviter.
Enfin la cause de l'humanité triompha! Ces
misérables ne purent réussir dans rien de l'objet
principal quiles avaient attirés à Léogane. Ils ne
sacrifièrent personne, ni n'incendièrent aucune
maison. Les gens de couleur de la ville avaient
tout fait avec la plus grande sagesse pour paralyser leur cruauté; ils firent même tous leurs
efforts pour les détourner de la vie criminelle
qu'ils menaient; ils les régalèrent, ils les fétérent --- Page 31 ---
(25)
et les reconduisirent jusques dans le morne du
Trou-Coffi oû ils avaient leurr refuge.
Notre prison qui devait être le tombeau de
tous les habitans de ces environs, changea donc
tout-à-coup de nature; elle se trouva, en effet,
un lieu de sauve-garde que nous étions heureux
d'habiter.
Quinze jours s'étaient écoulés ainsi, tantôt
bercés par l'espérance, tantôt acccablés par le
désespoir, lorsqu'un autre évènement, en tout
aussi alarmant que celui auquel nous venions
d'échapper, vint encore nous surprendre.
En parlant de la situation des combattans au
Port-au-Prince,, j'ai dit qu'nn vaisseau de guerre
était mouillé dans la rade en présence de la ville
et de la fortification de Rigaud, ct qu'il n'avait
encore pris aucune part active dans cette lutte.
Je ne sais sile général des mulâtres avait fait des
démarches auprès du capitaine et de l'équipage
du vaisseau pour les attirer dans son parti; la
conduite de ce chefporte à croire qu'il avait fait
cet essai, mais qu'il ne lui avait pas réussi. Ayant
donc perdu tout espoir d'en être secouru, il
chercha à intimider ces spectateurs inquiétans,
par une menace digne de lui et qu'il consigna
dans une lettre qui leur adressa. Cette lettre
portait (( Que si le vaisseau avait le malheur de
ès du capitaine et de l'équipage
du vaisseau pour les attirer dans son parti; la
conduite de ce chefporte à croire qu'il avait fait
cet essai, mais qu'il ne lui avait pas réussi. Ayant
donc perdu tout espoir d'en être secouru, il
chercha à intimider ces spectateurs inquiétans,
par une menace digne de lui et qu'il consigna
dans une lettre qui leur adressa. Cette lettre
portait (( Que si le vaisseau avait le malheur de --- Page 32 ---
(26)
) tirer un coup de canon sur son camp, il ferait
)) incendier toutes les habitations des
)) égorger
blancs et
indistinctement tous les individus
)) s'y trouveraient )).
qui
Nous avions connaissance à
de
ménace terrible,
la
Léogane
cette
que renommée de celui
l'avait faite, rendait on ne
qui
Nous savions aussi
peutp plus redoutable.
que la troupe de ligne du
Port-au-Prince avait secoué lâchement le
de
la
joug
subordination, et que celle de
du
vaisseau se relachait de
léquipage
de voir
jour en jour. La crainte
accomplir ce forfait de Rigaud, se
senta à notre esprit comme le terme inévitable prénotre fréle existence.
de
Nos premiers libérateurs vinrent encore une
sentietskaihrmyinabs mortellequinous
rongeait, Ils nous jurèrent que si ce grand
malheur arrivait, ils partiraient tous en masse
pour s'opposer àl'exécution du projet destructeur
de Rigaud, et qu'ils étaient sûrs de le contenir
par leur seule présence.
Malgré ces paroles rassurantes, qui méritaient
cependant la plus grande confiance,
déja nous avions eu, des
3 puisque
de leur
preuves non équivoques
sincérité, nous ne pouvions nous empécher de nous livreraux plus sinistres réflexions.
Les heures, les momens étaient autant d'années. --- Page 33 ---
(27)
Cen'étaient plus des coups de canons que nous
pouvions compter sans peine 7 mais bien un
bourdonnement continuel, semblable au tonnerre, et que l'écho des mornes voisins rendait
des plus effrayans. Le vaisseau embossé près de
terre faisait un feu roulant de toutes ses batteries
sur le fort de Rigaud, et il ne le cessa que
Jorsqu'il ne resta plus vestige, ni apparence de
canons montés, ni de palissades; ni de baraques.
Les poignards et les torches avaient été préparés : le dernier coup de canon du vaisseau
fut le signal d'en faire usage. Tout ce qui èntourait le camp démantelé fut saccagéet anéanti.
Le bruit et la vue de ce désastre fut aussi le
moment du boute selle pour les gens de couleur
de Léogane : ils franchirent avec la rapidité de
léclair l'espace quiles séparaient de leurs camarades furieux; heureusement qu'ils les joignirent
assez à tems pour pouvoir les rassembler autour - deleur chef, eti ils parvinrentavec beaucoup
de peine à les ramener à leur primitive défense.
Cesuccès glorieux pourlléquipage du vaisseau,
ainsi que pour les blanes du Port-au-Prince,
nous procura la visite de Rigaud. Ce Chef.,
forcément son
et en
en abandonnant
poste 7
lui
se rendant aux sages représentations qui
avaient été faites; avait ordonné la formation
D
joignirent
assez à tems pour pouvoir les rassembler autour - deleur chef, eti ils parvinrentavec beaucoup
de peine à les ramener à leur primitive défense.
Cesuccès glorieux pourlléquipage du vaisseau,
ainsi que pour les blanes du Port-au-Prince,
nous procura la visite de Rigaud. Ce Chef.,
forcément son
et en
en abandonnant
poste 7
lui
se rendant aux sages représentations qui
avaient été faites; avait ordonné la formation
D --- Page 34 ---
(28)
d'un nouveau camp dans une position
éloignée de la mer et de la
plus
commandement
ville, et il en confia le
tillerie.
à Péthion, son capitaine d'arLe jour de son arrivée à Léogane,
accompagné de quelques-uns des
Rigaud
de la ville, vint visiter les
pacificateurs
élargir ceux qJui lui
prisonniers pour faire
paraitraient le
cette grâce. Comme le bon
plus mériter
les premiers écroués
ordre voulait que
fussent les premiers interpellés,je fus mis en liberté par suite duj
qu'il porta sur ma conduite,
jugement
que je fis à ses
d'après les réponses
questions.
Cependant la déroute des assiégeans du Portau-Prince du côté des
les massacres
montagnes, l'incendie et
qui en furent les suites, fixèrent les
regards de ceux de la plaine. Ces derniers
dans leur chefun homme
avaient
celui
modéré et aussi tolérant
que
des autres était
passionné et cruel. Le
premier ne voulait que porter librementla
nationale etj jouir de la liberté civile;
cocarde
déjà des vues
l'autre avait
gigantesques; il voulait
ou éloigner du pays la classe
détruire
sa caste doitle
d'hommes à qui
jour, et régner ren Souverain
cette Isle. En un mot, le mulâtre
dans
poussait loin de lui les conseils
Rigaud reet l'approche des
de la sagesse
blancs, gens de bien; le quar- --- Page 35 ---
(29)
teron Beauvais, au contraire, s'entourait des
hommes de paix et grossissait son parti de tous
les blancs honnêtes. Les habitans, sucriers de la
grand-plaine du cul-de-sac, avaient fait scission
avec les bandits de la ville, et trouvèrent dans
leurs intérêts comme dans la justice, l'excuse de
l'obligation où ils étaient de prendre part à
cette guerre, et de faire cause commune avec
ceux qui vengeaient leur amour propre offensé.
Ces nouveaux combattans se nommèrent un
chefd digne en tout, par sa moralité et son mérite
distingué, de les commander. (1)
De riches et opulens propriétaires 9 des procureurs ou gérants d'habitation, et d'honnêtes
entrepreneurs ou ouvriers, ne pouvaient tenter
rien de mal; ni contre aucun individu, ni
contre la fortune de personne. Leur principal
objet était de se préserver des cruautés des
hommes sanguinaires qui s'étaient emparés de
vive force de touslespouvoirs du Gouvernement,
et quiavaient, par conséquent, tout bouleversé.
L'armée alliée de la plaine harcelait les patriotes
du Port-au-Prince, pour les forcer à abandonner la ville : les habitans avaient pris les
armes contr'eux pour n'être pas exposés à être
(:) Mr. de Jumécourt.
Leur principal
objet était de se préserver des cruautés des
hommes sanguinaires qui s'étaient emparés de
vive force de touslespouvoirs du Gouvernement,
et quiavaient, par conséquent, tout bouleversé.
L'armée alliée de la plaine harcelait les patriotes
du Port-au-Prince, pour les forcer à abandonner la ville : les habitans avaient pris les
armes contr'eux pour n'être pas exposés à être
(:) Mr. de Jumécourt. --- Page 36 ---
d
( 50)
de sang froid par ces forcenés. C'est
égorgés
se ralliaient tous les
donc dans cette plaine que
résolus de
hommes sages; e'est là aussi-où je
par. un: brave mulâtre
me faire accompagner
rendre
nommé St. - Martin, à qui j'avais pu
légers services, et qui ayant appris
quelques détention à Léogane, y avait suivi Rigaud
ma dans le dessein de m'être utile.
après sa
Je viens de dire qu'immédiatement
fit
Rigaud se souvenant de nous, se
déroute,
des siens pour
accompagner par quelques-uns Ce jour même un
faire une tournée à Léogane. Général blanc du
envoyé (1) de Beauvais et du
cul-de-sac n'ayant pu le joindre dans la route,Ty
La mission de ce délégué
avait suivi detrès-près.
décidâmes
était connue de mon guide; nous
que le lendemain, après
que nous ne partirions
aurait produit.
que nous aurions vul'effetqu'elle tous les blancs
Cet envoyé extraordinaire que voulaient voir
et gens de couleur de Léogane
désiraient entendre dans ce tems de terreur,
et
analogue à son caractère : il
avait une mission
il avait des vérités
apportait des paroles de paix,
ministre de
consolantes à révéler; mais en digne
rassembler
la Religion, il voulut préalablement
(1) Mr. l'abbé Ouvière. --- Page 37 ---
(5r)
les plus grands pécheurs, et les réunir tous
dans l'église.
Les mêmes mulâtres qui avaient sauvé déjà
deux fois leur fortune, et qui conservèrent la
vieà des milliers de blancs, prévenus sans doute
de son arrivée, étaient parvenus le même jour
à attirer dans Léogane la horde des révoltés du
Trou-Coffi, qui ravageait toutes les habitations.
Une messe avec sermon devaient le lendemain
précéder la fête que les habitans de la ville se
proposaient de donner au Général Rigaud et
à sa suite. Ce chef, de même que les nègres
révoltés n'avaient pu s'empécher d'assisterà cette
cérémonie imposante à laquelle on avait donné
un appareil militaire. (C'est-à-dire que tout le
monde eut la liberté de s'y présenter avec. ses
armes). La nef était remplie de nègres couverts
de haillons et armés comme ils se trouvaient
être dans leurs expéditions nocturnes. Le moment vint enfin où ce bon prédicateur monta
en chaire. Par son discours pathétique et plein
de force, ce sage de l'église, en appclant d'abord
la clémence de Dieu dans cette enceinte, réclama
en même tems toutes les rigueurs de sa justice
offensée contre l'auditoire souillé en partie des
plus grands forfaits. Sa ferme et touchante éloquence 7 fruit d'une ame vertueuse, ne tarda
nocturnes. Le moment vint enfin où ce bon prédicateur monta
en chaire. Par son discours pathétique et plein
de force, ce sage de l'église, en appclant d'abord
la clémence de Dieu dans cette enceinte, réclama
en même tems toutes les rigueurs de sa justice
offensée contre l'auditoire souillé en partie des
plus grands forfaits. Sa ferme et touchante éloquence 7 fruit d'une ame vertueuse, ne tarda --- Page 38 ---
(32)
à faire apercevoir dans tous les ycux, les
pas
d'un véritable repentir:
signes non équivoques tombèrentdeleurs) mains,
lesarmes des coupables
venaient de
et le souvenir des flots de sang qu'ils
les sanglots, attendrit tous
répandre provoqua de tous les yeux des larmes
les coeurs et fit couler
abondantes.
ainsià transformer
Cependantl'apôtre parvenu
profitant de ce
ces loups en autant d'agneaux, demander au nom de
moment favorable pour
Thumanité Télargissement de tous les prisonniers
détenus à Léogane, descendit de la
qui étaient
instant Pexercice de son
chaire et quitta un
la tête d'une légion
ministère pour se placerà
formée de pélerins. Précédé d'une musique
toute
vers la prison d'où
harmonieuse, il se dirigea
sorti la veille, et en fit ouvrir les verroux
j'étais
avaient ordonné de les
par ceux-là même qui
le
tenir fermés. Tout le peuple suivit
cortège 7
et
je partageai aussi cette allégresse publique, des
tous les
je vis un jour
comme
spectateurs,
calaheureux au milieu des plus grandes
plus
mités.
me rendre à la
Le moment du départ pour lendemain de
plaine du cul-de sac fut fixé au
rends compte de toutes les circonsce jour. Sije
faire connaitre
tances de ce trajet, c'est pour --- Page 39 ---
(55 )
jusqu'à quel pointles hommes de couleur, envers
qui on a de bons procédés, sont susceptibles de
reconnaissance, et combien même ils nous surpassent en affection.
Rien ne devait plus m'inquiéter, j'avais auprès
de moi un protecteur puissant et un ami sincère.
Sa personne, son argent, son porte-manteau,
son cheval, tout étaità ma disposition : je n'avais
qu'à le suivre ou l'amener où je voulais aller.
L'itinéraire queje devais parcourir avéc ce brave
conducteur 9 était absolument le même que
celui que j'avais tenu pour aller à Léogane. Il
nous fallait passer dans la gorge de la rivière
froide, où était le nouveau camp de Rigaud.
Cette route ne fut pour moi ni pénible ni dangereuse. Tous les espaces que nous traversions
sans rencontrer des allans et desvenans du camp,
le cheval de mon guide était à moi, et il me
suivait à pied : appercevait-il quelqu'un de sa
couleur, : il montait son cheval, je le suivais à
pied à mon tour; j'étais alors un protégé qu'il
voulait bien accompagner par faveur. Arrivés au
camp de Rigaud, Péthion qui y commandait
en l'absence de son général, vint nous joindre
dans e grand chemin où il nous fit faire iralte
un instant. Nous éprouvâmes plus de difficultés
avec ce chef, que mon guide ne Pavaitimaginé:
ait-il quelqu'un de sa
couleur, : il montait son cheval, je le suivais à
pied à mon tour; j'étais alors un protégé qu'il
voulait bien accompagner par faveur. Arrivés au
camp de Rigaud, Péthion qui y commandait
en l'absence de son général, vint nous joindre
dans e grand chemin où il nous fit faire iralte
un instant. Nous éprouvâmes plus de difficultés
avec ce chef, que mon guide ne Pavaitimaginé: --- Page 40 ---
(54)
cependant après un quart d'heure d'un entretien
analogue aux circonstances où nous nous trouvions,Péthion commemulatreetchefd'anearmée,
et moi comme blanc et par conséquent indigne
de ses bonnes grâces, il nous laissa continuer
notre route. Alors n'y ayant plus que des petits
postes dans cette gorge, je n'avais aucun souci
d'être inquiété : mon guide n'avait qu'à parler et
le chemin nous était partout ouvert.
Puisque je voyageais librement et commodément dans les lieux où nous ne fesions aucune
réncontre, j'eus la curiosité d'aller visiter Thabitation d'où j'avais été enlevé depuis plusieurs
semaines, sous le vain prétexte d'une mesure de
prudence : je voulais voir surtout l'effet que mon,
absence avait produit sur l'esprit des nègres.
Jene fus pas trompé dans mon attente: ; mon
apparition fortuite fut le sujet de la plus grande
joie pour tous les malheureux nègres attachés à
cette propriété. Ils me croyaient du grand
nombre de blancs qui avaient péri le jour de
la débandade du camp de Rigaud. Ils n'avaient
aucune nouvelle de leur bonne maitresse, (1)
depuis qu'elle était partie pour le Cap, et ils
manquaient déjà de tout. Le chirurgien n'était
(1) Mme, de Proissy. --- Page 41 ---
(35)
plus dans le voisinage pour les soigner dans
leurs maladies : la viande fraiche ne parvenait
plus du Port-au-Prince tous les Dimanches pour
faire du bouillon aux convalescens : ils n'avaient
plusdesalaisons) pour mangeravec leurs bananes,
plus de tabac, plus de tafia, plus de débouché
pour vendre l'excédent de leur nécessaire ou
les produits de leur industrie.
Ce tableau dans lequel je puis comprendrè
toutes les habitations de ce quartier, 9 toutes
celles de la province, et pour ainsi dire, toutes
celles de la colonie dans ce tems là, n'est pas
encore ce qu'il devait être peu de tems après:
les nègres étaient au moins vêtus, et ily y avait une
petite pharmacie sur chaque habitation.
La joie de ceux dont je viens de parler ne put
cependant durer long-tems. Il y avait encore
moins de sûreté pour moi à rester parmi eux,
que quand je les avais quittés; les mulâtres vagabonds avaient bien ménagé cette habitation,
autant que des brigands pouvaient faire, par
respect pour le nom et les grandes qualités de la
propriétaire; mais un gérant, par cela seul qu'il
était blanc, courait le plus grand risque de provoquer leur fureur. Je fus gardé, pendant la
nuit, comme une relique précieuse, par ces bons
nègres ainsi que par mon conducteur: on me
parmi eux,
que quand je les avais quittés; les mulâtres vagabonds avaient bien ménagé cette habitation,
autant que des brigands pouvaient faire, par
respect pour le nom et les grandes qualités de la
propriétaire; mais un gérant, par cela seul qu'il
était blanc, courait le plus grand risque de provoquer leur fureur. Je fus gardé, pendant la
nuit, comme une relique précieuse, par ces bons
nègres ainsi que par mon conducteur: on me --- Page 42 ---
(56)
prépara un des chevaux de Phabitation qu"ils
tenaient cachés dans les bois, (le mien m'ayant
été enlevéà Léogane),etje quittai au point du
jour, encore une fois, et bien doulourcusement
cette habitation et ces uegres.
Iln'y avait pas bien loin pour arriver à la
plaine du Cnl-de-Sac, mais le chemin qui y
conduisait était rempli d'une multitude de petits
postes de mulâtres, que Rigaud y ayait placés,
et qui ne communiquaient, avec leurs alliés de la
plaine:, que politiquement. A chacun de ces
postes, mon guide était questionné sur l'objet
de, notre voyage. Oà me conduisait-il; où allaitil lui-même? Comme il était porteur d'une figure
semblable aux leurs, ses réponses étaient fermes
et laconiques : nous avancious toujours, tantôt
sous un prétexte, tantôt sous un autre, jusqu'à
ce qu'enfin nous arrivâmes au premier camp
blanc de la plaine, où il me laissa, et où je lui
serrai la main bien allectucusement, en signe
de reconnaissance pour un aussi grand dévouement.
J'éprouvai donc le bonheur de faire nombre,
avec ceux qu'un espritdemodération etde sagesse
dirigeait. On voyait dans cette plaine, il est
vrai, le tableau effrayant de la guerre; mais dans
cC tableau, on y distinguait toutes les dispositions --- Page 43 ---
(57)
de la paix : on n'y faisait pas le moindre mouvement pour atteindre, ni pour surprendre un
ennemi cruel, on s'y tenait sur la défensive.
On était soumis aussià une discipline militaire, et
onyélait revètu de l'armure d'un soldat, cet appareil n'en imposait à personne: OIX gardait sa
fortune, et on se garantissait d'une mort prématurée. Il ne pouvait y avoir une meilleure armée
que celle là, toute fois à son corps défendant.
Je ne relaterai point ici les mauceuvres que le
commandant du poste Damiens, (t) dans lequel
je me trouvais, faisait exécuter à sa compagnie
de volontaires; ni les évolutions militaires qu'il
nous faisait faire, je me bornerai simplement à
direquel'excesdeson zèle nous a compromis souvent et qu'il est cause de la mort de plusieurs,
d'entre ceux nouvellement débarqués, qui n'ont
pu résister ni aux fatigues, ni à la chaleur du
climat.
Cette guerre allait bien, et les avantages de
partetd'autre étaient balancés; seulement, toutes
les caves extrèmement bien fournies dessucreries
(1) M. Le N*** Capitaine normand. IF avait abandonné son : bâtiment pour défendre les intèrets des
mulâtres, et il avait même entrainé dans son parti
quelques uns des officiers de son bord.
débarqués, qui n'ont
pu résister ni aux fatigues, ni à la chaleur du
climat.
Cette guerre allait bien, et les avantages de
partetd'autre étaient balancés; seulement, toutes
les caves extrèmement bien fournies dessucreries
(1) M. Le N*** Capitaine normand. IF avait abandonné son : bâtiment pour défendre les intèrets des
mulâtres, et il avait même entrainé dans son parti
quelques uns des officiers de son bord. --- Page 44 ---
(58) )
se vidaientgrand train, comme les bêtesà cornes
diminuaient sensiblement: les basses-cours furent les premières dégarnies. Quant au pain il
n'en était plus question, quand j'arrivai dans
la plaine: quelques barrils de farine que chaque
habitant avait pour sa provision, et qu'il élait
à même de renouveller toutes les semaines, dans
les magasins du Port-àu-Prince, furent bientôt
consommés; heureusement qu'on avait pu y suppléer par des patates, qui sont trés-abondantes
dans cette plaine.
Deux mois se passèrent ainsi, sans qu'aucun
fait d'armes remarquable ait eu lieu; seulement
quelques rencontres de tirailleurs faisaient connaitre l'existence des deux armées.
La famine était donc dans nos camps, la disette
et la contagion étaient aussi parmi les assiégés du
Port-au Prince, lorsque des commissaires civils
du gouvernement de France arrivérent au Cap,
dans l'objet de faire cesser la guerre civile. Cette
nouvelle fut reçue à la plaine du Cul-de-Sac,
avec enthousiasme; nos chefs en étaient tellement
ravis qu'ils oublièrent les premiers principes de
la tactique militaire.
Unesimpleletirea apportée parun courrierextraordinaire, précéda lun de ces commissaires (1).
(1) M. St.-Léger. --- Page 45 ---
(59) )
Il nous convenait, peut - être, de l'attendre
patiemment, sans faire aucun mouvement quiput
faire soupçonner à l'ennemi quelque entreprise
déterminée de notre part; mais nos généraux
nele jugèrent pas ainsi, ils crurent bien faire de
manoeuvrer sur la ville, de confondre l'armée
blanche avec celle de couleur et d'aller camper
ainsi réunis à la vue des assiégés. Leur intention
était louable, sans doute, car cette disposition
avait pour but de montrer aux yeux des républicains, la fin des dissentions civiles et la réunion
sincère de deux armées, différentes par leur
couleur, sous un même étendart, bien disposées
à obtempérer aux vues pacifiques du commissaire
que lon attendait de jour en jour.
Apeinenos chefs eurent-ils le tems de réfléchir
à leur imprudente conduite, que les portes de la
ville s'ouvrirent pour donner passage à tous les
enragés patriotes qu'elle renfermait. Les remparts
furent en un instant couverts de spectateurs 9
pour voir l'issue d'une bataille sanglante et décisive qui devait se livrer en leur présence.
Nos ennemis étaient scutenus par un corps
nombreux de troupes de ligne qu'ils avaient corrompu, comme je l'ai déjà dit; tous les nègres
domestiques ct ouvriers formaient une colonne
redoutable: ils achetaient dans cette action leur
passage à tous les
enragés patriotes qu'elle renfermait. Les remparts
furent en un instant couverts de spectateurs 9
pour voir l'issue d'une bataille sanglante et décisive qui devait se livrer en leur présence.
Nos ennemis étaient scutenus par un corps
nombreux de troupes de ligne qu'ils avaient corrompu, comme je l'ai déjà dit; tous les nègres
domestiques ct ouvriers formaient une colonne
redoutable: ils achetaient dans cette action leur --- Page 46 ---
(40)
liberté, avec les armes de leur maitres. Ceux-ci
étaient autant de lions quel la faim fait sortir des
forêts. E Quelle fut notre contenanee ? la déroute la plus épouvantable. L'armée de la
plaine, de laquelle je faisais partie, fut frappée
d'nne telle frayeur que ni les haies d'aubépine
qui fermentles sucreries, ni les fossés qui conduisent les eaux pour l'arrosage des cannes, ni
les acqueducs des moulins n'empéchèrent les
fuyards de s'y précipiter et de les franchir pélemèle, pour se sauverdans le plus S grand désordre.
Jeme ralliai à plusieurs de. mes camarades pour
fuir à toute bride vers lhabitation où notre
compagnic avait son cantonnement, afin d'y énlever les malades que nous y avions laissés, et
que nous emportàmes en croupe,J jusqu'au bourg
de la Coiz-des-bouquets, où nos généraux
parvinrent cependant à rallier un assez bon nombre de fuyards.
C'est dans cet état de choses que le comnuissaire trouva notre armée le lendemain; tandis
que deux jours avant, clle était dans une situationl la plus imposante. Onavait voulu applanirles
difficultés qu'il devait éprouver pour réconcilier
des ennernis, et les mesures intempestives qu'on
prit, élevérent des obstacles presqu'insurmontables qui paralysèrent plusieurs jours son zèle. --- Page 47 ---
(4r)
Cependant sa constance et le caractère dont il
était revêtu, triomphèrent; la paix fut faite, un
concordat fut signé et mit un terme apparent à
cette première révolution.
- Lc jour de cette trève fut un jour des plus
heureux pour tous les habitans, et la sanction
du concordat, qui eutlieu quelque tems après
fut le signal du retoûr de chacun de nous dans
nos foyers respectifs.
Les articles de cet acte furent tous mis à exécution sous l'influence du commissaire qui en avait
réglé les bascs. Un corps d'armée de mulâtres
entra en ville avec tous les honneurs de la guerre,
tous sles égards et les ménagémens que l'on doità
des compatriotes. Un corps pareil en nombre de
gardesnationaux: soldés futorganisé pourpartager -
leservice public de la police; et la troupe de ligne
balançait ces forces, et devait les contenir dans
leurs bornes respectives.
Cetarrangement ainsiterminé paraissait devoir
inspirer quelque confiance; cependant deux corps
d'armée composés d'individus dont Pinimitién'était point éteinte, et qui nourrissaient une haine
implacable Pun contre Pautre, ne pouvaient garder long-temps une attitude paisible.
En effet, a peine avions-nous repris nos occupatious journalières, que nous nous trouvâmes
ançait ces forces, et devait les contenir dans
leurs bornes respectives.
Cetarrangement ainsiterminé paraissait devoir
inspirer quelque confiance; cependant deux corps
d'armée composés d'individus dont Pinimitién'était point éteinte, et qui nourrissaient une haine
implacable Pun contre Pautre, ne pouvaient garder long-temps une attitude paisible.
En effet, a peine avions-nous repris nos occupatious journalières, que nous nous trouvâmes --- Page 48 ---
(4a)
spontanément surpris par un événement qui surpassait encore, par l'effroi qu'il inspirait de loin,
tous ceux qui l'avaient précédé.
Vers les dix heures du soir de la journée du
2 novembre 1791, une vive canonnade et un feu
roulant de mousquetterie, nous firent entendre
que les deux corps armés à quila police intérieure
du Port-au-Prince était confiée, avaient donné
un libre essor à leur.animosité. A ce combat, qui
dura assez long-temps, succéda l'incendie : les
flammes, qui embrâsèrent bientôt la plus belle
partie de cette ville opulente, faisaient disparaitre
les ombres de la nuit à quinze lieues à la ronde.
Les gémissemens, les cris, les alarmes dés femmes
etdes enfans;lépouvante quifaisait précipiter tous
les témoins de ce nouveau désastre vets le port,et
se jeter dans la mer pour chercher un asile daris
les embarcations et sur" les navires de la rade,
étaient l'ensemble d'un tableau effroyable, caché
à mes yeux par le morne de PHopital qui couvrait
Ia ville:j je distinguais seulement quelques bâtimens quise trouvaient prêts à partir, faisant voile
au large, pour n'être pas exposés aux flamèches
que ce volcan vomissait au loin.
Cettesecondecatastrophe devaitnécessairement
produire les mêmes effets que celle qui avait eu
lieu lors de la distribution des cocardes; d'est-à- --- Page 49 ---
(43) )
dire, la fuite des mulâtres, etl leur second rassemblementsous les remparts de la ville. Cette fois, 2
je suivis l'exemple de tous les habitans du quartier; nous nous rendimes en corps au Port-auPrince,et nous leurl laissâmes volontairement nos
places libres, avant qu'ils n'eussent obstrué les
grandes routes.
La vue du spectacle qu'offrait cette ville, le
lendemain dujour de P'incendie, était déplorable.
Le feu n'était pas encore éteint dans plusieurs
emplacemens : les cheminées et les pans de murailles qui restaient nus et à découvert au milieu
des décombres, présentaient un coup-d'ceil des
plus hideux : tous les propriétaires et locataires
qui avaient eu le bonheur d'échapper à cet événement, cherchaient dans les débris quelques
restes de leurs effets.
L'espace quiavait été consumé était brûlant, et
menaçait d'une entière destruction tout ce qui ne
l'était pas. On parvint cependant à sauver environ
un tiers des maisons les plus isolées.
Ce désastre fut occasionné par une rixe qui
s'éleva encore une fois entre quelques individus
méprisablesdesdeux corps armés, patriotes blancs
et mulâtres, tous soldés, qui se trouvaient cantonnés en ville. Puisqu'on avait eu limprudence
de renfermer dans une même arène deux tigres
, et
menaçait d'une entière destruction tout ce qui ne
l'était pas. On parvint cependant à sauver environ
un tiers des maisons les plus isolées.
Ce désastre fut occasionné par une rixe qui
s'éleva encore une fois entre quelques individus
méprisablesdesdeux corps armés, patriotes blancs
et mulâtres, tous soldés, qui se trouvaient cantonnés en ville. Puisqu'on avait eu limprudence
de renfermer dans une même arène deux tigres --- Page 50 ---
(44)
furieux, d on devait nécessairement s'attendre à les
voir essayer leurs forces et chercher à s'entredétruire. Les premiers pendirent un mulâtre devant la porte de leur caserne; les autres exercèrent leurs représailles en fusillant un patriote,
et le combat devint général.
Les autorités publiques n'étaient plus aussi mal
composées qu'elles l'avaient été dans la première
révolution. Le maire de la ville était un homme
recommandable par sa moralité et ses bonnes
moeurs, et le conseil municipal était formé de
négocians et de propriétaires estimables. Il n'y
avait que dans la force armée où l'on comptait
quelques chefs belliqueux. Leur premier soin fut
de mettre la ville à P'abri d'une surprise de la part
des ennemis. La garde nationale, plus nombreuse
et mieux organisée, avait aussi pour chefs des
hommes la plupart sages.
Pendant tout le temps de ces nouvelles hostilités, des redoutes furent construites, les fossés
agrandis, et de fortes batteries placées sur tous
les points environnans la ville les plus en danger.Je partageais cette prison spacieuse avec tous
ceux qui, comme moi, la défendaient. L'ennemi
tenta, mais en vain, d'en approcher ; ce n'était
qu'au-dehors et à de grandes distances qu'il pouvait exercer ses vengeances. Tout le mal qu'il --- Page 51 ---
(45)
put nous faire, ille fit, c'était de nous priver de
l'aliment le plus nécessaire à la vie. Les sources
qui fournissaient et remplissaient les bassins, les
lavoirs et les fontaines étaient éloignée d'environ
une lieue de la ville (1): : pas une goutte de cette
eau limpide ne nous parvint plus. On y suppléa,
tantl bien quemal.parquelques sourcesde - certains
puits, et à l'aide du filtrage de celles qui se ressentaient du voisinage de la mer.
Nous ne fumes pas cependant abandonnés de
la France dans ce nouvel état de calamité générale. De nouveaux pacificateurs se présentèrent,
et n'eurent ni la peine, ni les difficultés que les
premiers avaient éprouvées pour la faire cesser.
On était las, tant d'une part que de l'autre : il
tardait aux deux partis combattans d'en venir à
une réconciliation sincère.
La révolution avait été jusque-là on ne peut
plus fatale à toute la masse des colons, puisque
leurs fortunes et Jeur propre existence se trouvaient tout - à - fait compromises. Néanmoins
dés assemblées coloniale et provinciale, déjà formées, s'entretenaient encore dans T'objet de lui
donner cours. Chacun semblait perdre de vue ses
(1) Les mulâtres rompirent les tuyaux de fonte
à la source de Turgeau.
une réconciliation sincère.
La révolution avait été jusque-là on ne peut
plus fatale à toute la masse des colons, puisque
leurs fortunes et Jeur propre existence se trouvaient tout - à - fait compromises. Néanmoins
dés assemblées coloniale et provinciale, déjà formées, s'entretenaient encore dans T'objet de lui
donner cours. Chacun semblait perdre de vue ses
(1) Les mulâtres rompirent les tuyaux de fonte
à la source de Turgeau. --- Page 52 ---
(46)
intérêts personnels, pour embrasserleparti noble
de.la chose publique. Mais vains-efforts! ces assemblées, ou plutôt ces rassemblemens, n'enfantaient que des dissentionsy des partis; des querelles, des tumultes : jamais on n'y était d'accord:
surle pointdes discussions: On sentit'enfin, mais
trop. tard, la nécessité de les dissoudre et de se
laisser gouverner. par de sages magistrats, revêtus
de toutes les dignités et prérogatives attachées à
leurs fonctions.
Un doux rayon de paix vint donc luire momentanément sur cette infortunée colonie : les
propriétaires rentrèrent une seconde fois chez
eux, ,et chacun reprit ses occupations. habituelles.
Tout le monde formait des voeux pour que cet
état de tranquillité fut de longue durée; et pour
Panarchie d'où nous sortions n'étendit pas
que
plus loin les maux qu'elle avait occasionnés. Cependant les colons s'étaient trouvés enveloppés
dans cette guerre intestine par Pimpulsion d'une
foule d'aventuriers étrangers à Saint-Domingue.
Dans ce moment de calme, on ne pouvait en
purgerle pays sans l'exposer à de nouveaux malheurs. Les autorités prirent le parti d'en former
un corps d'artillerie soldé, dans Pobjet d'opposerune défense contre toute innovation à lordre des
choses qui venait d'y être établi. --- Page 53 ---
(47 )
Pendant que tout semblait promettre à SaintDomingue. la cessation de tant dediscordes civiles,
la Francevoyait de son côtédes échafaudss'élever
partout, dans son sein, sur les traces d'une, révolution la plus sanguinaire. Nous savions.: aux COlonies que la mort y planait sur toutes les têtes,
e: qu'elle y frappait impitoyablement celles qui
s'élevaient au-dessus du mérite, commun; qu'il
n'yavait pasà.opter entre le parti ou de la donner
ou de la recevoir. Enfin,en France comme. à
Saint-Domingue, Dieu permettait qu'un petit
nombre de coupables se souillat des plus grands
de tous les forfaits.
Tout faisait donc appréhender aux colons l'apparition de quelques cannibales républicains
d'Europe sous le masque bypocrite de la plylantropie, et. tout,justifiait aussi les craintes de
leur approche, puisque la mère-patrie était devenue une marâtre dénaturée, qui méditait la
destruction de ceux de ses enfans quiauraient dû
lui paraitre les plus chers.
En effet., deux anuées s'écoulèrent à peine
qu'une force arméeyaux ordres de trois commissaires civils (1), s'annonça. Leur mission était
couverte des voiles du mystère; mais la retraite
(*) Sonthonax, Polverel et Aillhaut.
, puisque la mère-patrie était devenue une marâtre dénaturée, qui méditait la
destruction de ceux de ses enfans quiauraient dû
lui paraitre les plus chers.
En effet., deux anuées s'écoulèrent à peine
qu'une force arméeyaux ordres de trois commissaires civils (1), s'annonça. Leur mission était
couverte des voiles du mystère; mais la retraite
(*) Sonthonax, Polverel et Aillhaut. --- Page 54 ---
( (48 )
précipitée de l'un de ces trois délégués, dont la
moralité devait être un sûr garant de la conduite
de tous, fit apercevoir clairement l'objet que les
deux autres avaient en vue.L'escadreavait touché
au Cap; mais elle n'y séjourna que le temps d'y
faire des dispositions pour le Port-au-Prince (capitale de l'ile et centre de tous les pouvoirs), où
elle ne tarda pas à paraitre.
Le pavillon des forts de la ville faisait voir à la
flotte une cité française, comme celui qui était
aperçu sur l'escadre laissait distinguer aux colons
une marine de la même nation. Cependant une
scène tragique eut lieu sur le port : la force armée
de la ville disputa avec violence le débarquement
des troupes européennes. L'alternative des deux
partis ne fut pas longue; les vaisseaux et frégates
s'embossèrent à portée du canon, et les forges du
fort Saint-Joseph furent allumées pour rougir des
boulets.
Voilà encore, pour la troisième fois, cette malheureuse ville (qui était en partie rebâtie), dans
les plus grands dangers. Ce n'était plus la mer
qui offrait à ces infortunés habitans une retraite
pour échapper à toutes les horreurs de la mort,
mais bien les mornes etla plaine qui les reçurent 3
dans leur fuite précipitée. Les aventuriers seuls
disputèrent vaillamment le terrein et soutinrent --- Page 55 ---
(49)
avec opiniâtreté un combat des plus vifs, et dans
lequel le sort de toute la colonie devait être pro*
noncé. Quelques canons. 7 quoique habilement
dirigés, ne pouvaient en imposer à des batteries
nombreuses qui fracassaient toutes les maisons.
Cependant un heureux hasard aurait pu faire
tomber un boulet rouge dans les matières combustibles d'un vaisseau et le faire sauter, mais ce
hasard ne servit pas les défenseurs de la colonie;
ils furent obligés d'abandonner leurs canons. 1 et
ne pouvant, au prix de leur sang,sauver ce pays,
ils exigèrent une forte contribution des habitans,
et s'enfuirent par les montagnes à Jacquemel, oà
ils s'embarquèrent pour le continent de P'Amérique. L'armée républicaine n'ayant plus d'ennemis à combattre, mit pied à terre, et les commissaires Polverel et Santhonax ayant sans doute
a
à rendre compte des munitions de guerre de
l'escadre, rançonnèrent la ville à leur tour pour
en défrayer l'État.
Je me trouvais encore cette fois sur-la même
habitation et au même point de vue où je m'étais
placé lors de l'incendie du 2 novembre 1791; je
ne vis rien de ce combat terrible, maisj'entendis
tres-distinctement tous les coups de canon.
Cet événement fut le coup de grâce pour tous
les habitans de Saint - Domingue. Les nègres
A
l'escadre, rançonnèrent la ville à leur tour pour
en défrayer l'État.
Je me trouvais encore cette fois sur-la même
habitation et au même point de vue où je m'étais
placé lors de l'incendie du 2 novembre 1791; je
ne vis rien de ce combat terrible, maisj'entendis
tres-distinctement tous les coups de canon.
Cet événement fut le coup de grâce pour tous
les habitans de Saint - Domingue. Les nègres
A --- Page 56 ---
50)
qui n'avaient pas encore éprouvé dans
esclaves, Pouest le sentiment de leur liberté,
la partie de
de la subordination et se relàsecouèrent le joug
Ils
entièrement de leurs travaux.
prirent
chèrent
à P'arrivée de ces comun intérêt tout particulier
ces envoyés
missaires. Les forces imposantes que
développées, et Pusage qu'ils en avaient
avaient donnèrent les plus grandes espérances
fait, leur
comme les mulâtres, à
de se voir aussi appelés,
de France.
les bienfaits de la révolution
partager attente ne tarda pasà se justifier: le même
Leur
de ces commissaires, le
jour du débarquement avait été formé lors de la
corps des Africains qui
révolte des mulâtres au Port-au-Prince,
première
dans les campagnes. 7
se débanda et s'éparpilla
surprendre sur
assassinant les blancs qu'ils purent
leurs
Ce n'était pas là le plan que
les habitations.
mais ces nègres
libérateurs avaient encore adopté;
ce
leurs sentimens, par
crurent bien interpréter
de la bouche de tous
qu'ils avaient vu et entendu
Dans le
nouvellement débarqués.
les Français de noirs attachés aux différentes
grand nombre
et les plus
cultures, les créoles, 9 les domestiques soumis a la voix
anciens d'Afrique restaient encores n'obéissait qu'à
de leurs maitres ; tout le reste
déjà de la révolte.
peine, et menaçait
moi sur ThabitaNe voyant plus de sûreté pour --- Page 57 ---
(51) )
tion,à cause principalement des nègres africains
armés, qui assassinaient de toutes parts 2. je pris
le parti de me retirer au Port-au-Prince, par
mesure de prudence.Ilnlyavait que vingt-quatre
heures que le débarquement des commissaires
était effectué, rien n'étaitencore en ordre, ni dans
leur logement, ni autour de leur personne, ni
dans la nouvelle administration. Tout était en
combustion dans cette cité : les négocians, les
marchands, 2 les propriétaires vidaient les restes
de leurs coffres dans les caisses de ces nouveaux
agens. Quand ce préalable fut rempli, les violences
de toute nature furent exercées sur les habitans
les plus sdistingués. La proscription tomba d'abord
sur les blancs qui soutenaient la révolution de
France; ensuite on s'empara de ceux soupçonnés
d'être d'un parti contraire : les plus riches et les
plus recommandables eurent la prison pour partage; les autres enfin furent embarqués sur des
bâtimens qui se réunirent au Cap, pour être dirigés sur France.
Untel Gouvernement et de telles autorités, dont
tous les membres étaient corrompus, ne pouvaient
former qu'un corps politique semblable aux élémens dont il était composé. Son existence et son
séjour dans l'ile devaient aussi, dans peu de temps,
faire disparaitre de la colonie,soit d'une manière
et les
plus recommandables eurent la prison pour partage; les autres enfin furent embarqués sur des
bâtimens qui se réunirent au Cap, pour être dirigés sur France.
Untel Gouvernement et de telles autorités, dont
tous les membres étaient corrompus, ne pouvaient
former qu'un corps politique semblable aux élémens dont il était composé. Son existence et son
séjour dans l'ile devaient aussi, dans peu de temps,
faire disparaitre de la colonie,soit d'une manière --- Page 58 ---
(52)
soit d'une autre, tous les habitans blancs, puisque
les hommes de couleur et nègres libres jouissaient
des plus grandes faveurs auprès des autorités'
constituées. Les esclaves eux-mèmes furent reçus
dans le rang des favoris : ils avaient des jours
fixes pour être admis à porter leursplaintes contre
leurs maîtres : eux seuls composaient la force armée: jamais les commissaires ne manquaient de
les appeler dans leurs expéditions secrètes : ils
étaient de tous les banquets, de tous les festins ;
ils avaient, enfin, leur voix dans les conseils, et
toujours le premier pas dans les promenades publiques.
Mais quel que soit le principe de ceux qui méditent un plan de dévastation, il ne leur arrive
jamais de détruire, sans, au préalable, adopter
un mode dans lequel ils découvrent, avec les
de réussir, celui de lier leurs intérêts à
moyens
leur systême destructeur.
Par exemple, dans cette circonstance comme
dans celle où les mêmes habitans du Port-auPrince sé trouvèrent lors de la première révolte
des mulâtres, rien n'était plus aisé à ces deux impitoyables tyrans que d'atteindre leurs victimes,
car ils les avaient toutes à leur disposition : la
hache étaitlevée surla tête des colons, ilsi n'avaient
qu'à couper le fil qui la tenait suspendue, pour --- Page 59 ---
(55) )
les voir aussitôt tomber à leurs pieds. Mais leur
plan n'était pas ainsi conçu; il y avait d'ailleurs
beaucoup de risques à suivre une voie quiprésentait encore des chances peu favorables(1); tandis
qu'avec le temps, de la prudence et plus de méthode, ils étaient sûrs d'atteindre l'objet le plus
cherde leur ambition; car, après tout, ils ne voulaient que de l'or.
Et les agens subordonnés, depuis le secrétaire
de la légation jusques aux chefs de l'état-major et
aux subalternes de l'administration, n'ambitionnaient que de l'or. Mais ce, métal- se cache facilement sans témoin, 7 dans un temps de terreur.
Comment venir à bout de le découvrir? Par les
tortures..
Les nègres auraient voulu, sans doute, leur
liberté; encore n'était-ce que le petit nombre. La
majorité de cette population trouvait dans l'état
de captivité, pour lequel la nature l'a particulièrement destinée dès son- berceau (quoi qu'en
(1)Les commissaires firent l'épreuve de la guillotine
au Port-au-Prince, sur un gérant de la plaine, d'après
la plainte d'un mauvais sujet de nègre. L'atelier de
T'habitation, indigné de cette cruauté, menaça les bourreaux d'un soulèvement général, s'ils faisaient guillotiner d'autres blancs.
at
de captivité, pour lequel la nature l'a particulièrement destinée dès son- berceau (quoi qu'en
(1)Les commissaires firent l'épreuve de la guillotine
au Port-au-Prince, sur un gérant de la plaine, d'après
la plainte d'un mauvais sujet de nègre. L'atelier de
T'habitation, indigné de cette cruauté, menaça les bourreaux d'un soulèvement général, s'ils faisaient guillotiner d'autres blancs. --- Page 60 ---
(54)
(1), des douceurs qu'elle
disent tles philantropes)
éblouissans,
n'apercevait pas dans les charmes
de la vie libre. La reconmais bien trompeurs,
Phabitude, plus
naissance, la raison, la justice,
tout autre motif, les attachaient au
encore que cultivaientdans ces climats plus tempérés
sol qu'ils
des mains adoucissant tous les
que les leurs, sous
et toujours
maux de leur étrange constitution,
véritables besoins; sous des proouvertes à leurs
désordres; sous
tecteurs zélés, prévenant leurs
des maitres, enfin, à qui Phumanité, Tambition,
si l'on veut, la cupidité même, prescrivaient
ou, leurs esclaves les plus doux ménagemens,
envers
nécessaires àleur
les traitemens
et par conséquent
conservation.
d'Afrique aux colonies sont,
(1) Les nègres importés
natal. Dans les guerres
en général, esclaves dansleur pays
sont auque les chefs des peuplades (qui
perpétuelles font entr'eux, les esclaves surpris aux
tant de rois) ) se
deviennent la proie des vaintravaux de lagriculture,
leurs enqueurs. C'est ainsi que cenx-ciappavrisent occasion de vendre
nemis. Si les conquérans trouvent
autreils les conservent avec soin,
leurs prisonniers, donnent la mort. ny en a même (à en
ment ils leur
nations, comme celles
croire les nègres de certaines
et Hibos) qui les mangent, pour peu
dites Mondongues
qu'ils soient pressés par la faim. --- Page 61 ---
(55)
Dans ce même temps où la flotte qui recelait
tous les prisonniers colons était réunie au Cap,
s'annonça avec une force
une escadre française
armée européenne. L'approche de ces vaisseaux
fit partir les commissaires du Port-au-Prince,
dans le dessein de faire leurs préparatifs pour
s'opposer au débarquement des troupes. Ils arrivèrent au Cap au même moment où ces nouveaux
républicains se disposaient à prendre possession
de cette ville. C'est alors que les commissaires
proclamèrent la liberté générale après avoir rallié
autour d'eux tout ce qu'il y avait de nègres révoltés dans la partie du nord. Un combat sanglant
s'engagea entre les deux pavillons d'une même
couleur. Les troupes françaisesd débarquérentpour
s'emparer de la ville; les mulâtres et les nègres la
leur disputèrent avec acharnement, et en nombre
de beaucoup supérieur : lincendie s'en mêla;
le Cap ne fut bientôt qu'un monceau de cendres.
Les deux armées eurent les mêmes succès, comme
elles éprouvèrentles mêmes désavantages ; et elles
se retirèrent toutes deux du champ de bataille,
lune dans les montagnes voisines, l'autre sur les
vaisseaux de l'escadre. Le fils de Polverel fut fait
prisonnier parlarmée française;1 le fils du général
républicain tomba aussi au pouvoir des nègres et
des mulâtres. L'escadre alors fit voile pour les
de cendres.
Les deux armées eurent les mêmes succès, comme
elles éprouvèrentles mêmes désavantages ; et elles
se retirèrent toutes deux du champ de bataille,
lune dans les montagnes voisines, l'autre sur les
vaisseaux de l'escadre. Le fils de Polverel fut fait
prisonnier parlarmée française;1 le fils du général
républicain tomba aussi au pouvoir des nègres et
des mulâtres. L'escadre alors fit voile pour les --- Page 62 ---
(56) I
emmenant avec elle la flotte sur laEtats-Unis,
étaient détenus les malheureux prisonniers
quelle
colons.
antagonistes disparus des côtes du
Ces derniers
nord de Saint-Domingue, ne laissèrent cependant
pas la puisancedes commissaires intacte;d'autres
ennemis du pays, dans la partie de l'est, les menaçaient encore de leurs armes, 2 et avec d'autant
déjà le Mireplus de confiance qu'ils occupaient
balais, où tous les habitansde couleur,quiy sont
très-nombreux, les appuyaient de tout leur pouvoir. Mais le systême des commissaires, quiavait
si bien prévalu au Cap, était infaillible dans tous
les points de l'ile. En se portant de leur personne
le
du Mirebalais, ils n'eurent qu'à désur bourg
Pétendart sanglant de la révolte générale,
ployer
voir aussitôt tout fléchir devant eux.
pour
Au reste, les principes de nos démagogues:
n'avaient rien de trop sinisirespoisqu'ils ne répandaient du sang qu'autant qu'ils éprouvaient
des entraves dans la marche qu'ils avaient prise.
du Port-au-Prince étaient vastes; et
Les prisons
sûretés pour les haprésentaient les plus grandes
bitans riches;1 les nombreux bâtimens qui se trouaussi servir de retraite
vaient en rade pouvaient
faiblesse s'acaux femmes craintives; mais cette
cordait peu aveclesprit républicain; un manque --- Page 63 ---
(57)
deconfianceétait repréhensible et ne devait guère
set tolérer, : cependant les attraits puissans du sexe.
lemportèrent sur la rigueur des lois, on y dérogeait en faveur des dames, moyennant une simple
rétribution de dix portugaises (environ six cent
soixante francs de France), une fois payées.
Quant aux négocians, marehands, propriétaires ou autres de la ville, qui avaient échappé
à la déportation ou à Temprisonnement, s'ils
s'absentaient illicitement de leurs maisons, il était
censé qu'ils faisaient don à la nation de tout ce
qu'ils possédaient;tous les objets mobiliers se vendaient au profit de l'administration. Les moyens
de les réaliser en argent comptant étaient simples : un son de trompette devant une porte annonçait la vente; les chalans s'assemblaient, et,
comme les vendeurs y étaient accommodans, tout
le monde courait y acheter.
La direction des prisons formait une branche
particulière d'administration. La surveillance et
la direction des prisonniers étaient confiées à un
officier supérieur de l'état-major; homme de
couleur, revêtu du titre de général. Ce chef
remplissait les fonctions de cette charge publique
avec la plus scrupuleuse, comme avec la plus
sévère attention. Pour dégager sa responsabilité
du poids qui la génait, et pour garantir sa per-
ans, tout
le monde courait y acheter.
La direction des prisons formait une branche
particulière d'administration. La surveillance et
la direction des prisonniers étaient confiées à un
officier supérieur de l'état-major; homme de
couleur, revêtu du titre de général. Ce chef
remplissait les fonctions de cette charge publique
avec la plus scrupuleuse, comme avec la plus
sévère attention. Pour dégager sa responsabilité
du poids qui la génait, et pour garantir sa per- --- Page 64 ---
(58)
delleffervescencee quientoure tonjours cette
sonne
de rumeur, il usait d'un
place dans un temps
maître de mille primoyen infaillible pour rester De fortes barres de
sonniers comme d'un seul.
dans chaque
attendaient
fer remplies d'organeaux habitans blancsquela force
chambreles: snombreux charretées. Cet ordre de
armée y conduisait par
inspection jourchoses ne nécessitait plus qu'une
récréation
nalière, qu'il lui était aisé de faire par
délassement : il jouissait d'un temps plus
ou par
goiter les douceurs de
que suffisantpour pouvoir
intérêts.
la vie, et pour veiller encore à s'étendaient ses propres de plus
Les prérogatives de sa place
des établisla police
dans tout ce qui constituait dans tous ceux que le
semens publics. Un seul,
lui
Gouvernement possédait au Port-an-Prince, c'était
attentions;
parut mériter ses plus grandes
une guildiverie.
les chambres de la prison
Cependant toutes
et telles
furent bientôt pleines, telles grandes du
qu'elles fussent. Les agens
pounombreuses
des violences inouies
voir exécutif, en exerçant
quelquefois des
sur les habitans, éprouvaient des ordres qu'ils receobstacles dans Texécution
armés:quelquesvaient. Les blancs étaient encore entourés de leurs
uns faisaient résistance, et,
la force par
plus fidèles nègres, ils repoussaient --- Page 65 ---
(59 )
la force; ily en eut même, dans les lieux les plus
éloignés, qui ifirent repentir de leurtémérité ceux
qui violaient ainsi leur asile.
Tout ce brigandage s'exerçait néanmoins au
nom de la nation et de la loi. On pense bien que
les deux tyransquien étaient les organes,devaient
être on ne peut mieux secondés pour consommer
tant de crimes. Une foule de satellites qui les entouraient, non contens d'allumer l'incendie qui
consumait toutesles fortunes des colons, faisaient
encore plus; ils cherchaient par leurs écrits à y
précipiter ceux qui,à leur exemple, ,n'en hâtaient
pas la destruction. Que sont donc devenues les
feuilles périodiques de ce temps ? Seraient-elles
mélées dans les cendres qu'elles ont produites, ou
seraient-elles décomposées dans le sang qu'elles
ont fait verser?Le dirai-je? il y a eu de ces folliculaires assez dénaturés et assez inhumains, qui
ont été jusqu'à oser appeler une journée de la
Saint-Barthelemy sur Saint-Domingue, comme
le seul et unique moyen de mettre un terme à
l'égoisme des habitans!.
Cependant le ciel ouvrit enfin une porte secourable à tant de victimes, qui s'attendaient de jour
en jour à être sacrifiées. Des lettres parvenues
secrètement au Port-au-Prince, 9 de la partie du
sud de Tile, faisaient connaitre à tous les colons
ains, qui
ont été jusqu'à oser appeler une journée de la
Saint-Barthelemy sur Saint-Domingue, comme
le seul et unique moyen de mettre un terme à
l'égoisme des habitans!.
Cependant le ciel ouvrit enfin une porte secourable à tant de victimes, qui s'attendaient de jour
en jour à être sacrifiées. Des lettres parvenues
secrètement au Port-au-Prince, 9 de la partie du
sud de Tile, faisaient connaitre à tous les colons --- Page 66 ---
60) )
blancs; qu'un corps de troupes anglaises était
débarqué à Jérémie, et que le général qui le
recevait tous les habitans sous sa
commandait y
de l'ile
protéction. Nous savions que cette partie
était aussi à deux doigts de sa perte ; mais la
présence des Anglais avait suffi pour remettre
tout dans le meilleur ordre possible. Des embarcations pleines de fuyards partirent dès-lors toutes
malgréla rigoureuse surles nuits pour Jérémie,
veillance que la force armée y exerçait.
commenLerègne - de Polverel et de Santhonax
donc à chanceler. Les Anglais, déjà en
çait
très-important, entourés
possession d'un point
des habitans du pays, et cherchant à se renforcer
sous le glaive des
de tous ceux qui gémissaient
républicains, ne pouvaient manquer de pousser
rapidement leur conquéte. Riches en vaisseaux,
Pabondance de leur numéraire, et
puissans par
habile
il était sûr
forts surtout de leur
politique,
n'en resteraient pas là dans leur entreprise;
qu'ils
de mois, ils seraient aux prises
et que sous peu
de la colonie. Cet inavec les forces centrales
tervalle de plusieurs mois était des plus précieux
il laissait encorele tems aux commisà ménager;
de leur
saires de tout soumettre à Pempire
rapacité. 1
Le voisinage de cette armée ennemie-lémi- --- Page 67 ---
(6r)
gration de tant de mécontens qui allaient la
renforcer, les rassemblemens partiels des blancs,
dans toutes les campagnes soumises aux loix des
commissaires, portèrent un amendement subit
dans leur prévoyance. Un ordre général prescrivit à tous les commandeurs nègres de la partie
de l'ouest, d'avoir à se rendre auprès de leur
personne au Port-au-Prince, afin d'y receyoir
de nouvelles instructions. L'objet de cet ordre,
donnéaux chefs d'ateliers de toutes leshabitations,
fut de désarmer leurs maitres. Cette opération
avait pour but de mettre un petit nombre de
blancs, qui étaient encore sur leurs propriétés,
hors d'état de rien tenter d'hostile contre eux; le
désarmement s'exécuta ponctuellement et sans
occasionner aucun événement remarquable.
La ville du Port-au-Priuce paraissait jouir de
la plus parfaite tranquillité, ou pour mieux dire,
les habitans y étaient dans la stupeur la plus
complète, 1 puisque touty pliait sous le joug accablant des commissaires. Ces despotes redoutables s'étaient fait entourer d'une armée forte et
nombreuse de nègres et de mulâtres : ils avaient
dans leurs mains l'arsenal de toute
lile;les armes
défensives de tous les habitans; le numéraire,
l'argenterie, et tous les objets précieux: enfin
les colons n'y osaient plus lever les yeux: la dou-
plète, 1 puisque touty pliait sous le joug accablant des commissaires. Ces despotes redoutables s'étaient fait entourer d'une armée forte et
nombreuse de nègres et de mulâtres : ils avaient
dans leurs mains l'arsenal de toute
lile;les armes
défensives de tous les habitans; le numéraire,
l'argenterie, et tous les objets précieux: enfin
les colons n'y osaient plus lever les yeux: la dou- --- Page 68 ---
6a)
étaient peintes sur leurs
Jeur et la souffrance
dans
figures; ils y étaient à proprement parler,
lesilence de la mort.
blancs fut-il conAp peine le désarmement des
la
soir vers Pentrée de
nuit,
sommé, qu'un
fit entendre du côté du
une vive canonade se
feu de file, et
Port. Ces coups de canon tirés en
clairement que
à une heure indue, indiquaient
qu'ils
c'était sur des ennemis des commissaires
de
étaient dirigés ; mais il était impossible
espèce d'ennemis les canoniers
préjuger à quelle
étaient à
avaient à faire, puisque les Anglais les bàsoixante lieues de distance; que tous
marchands qui étaient en rade, avaient
timens
et
tous les blancs en
leur gouvernail à terre, que
général étaient sans armes.
la ville. Les
Cette alerte gagna bientôt toute
enles redoutes, les batteries qui
forts de terre,
armée
était de
touraient la place; la force
qui d'alarcasernée, toutfaisaitfeu en signe
gardeou
encore cette
me.L'obscurité dela nuitaugmentait
Tous les nègres et négresses
horrible épouvante. de leurs ci-devant maîtres,
quittaient les maisons foule du côté du gouveret se portaient en
de terreur,
nement. Ces nouveaux libres frappés
T'auraient été à Paspect de la mort,
comme ils
de leurs libérateurs menacés,
et croyant les jours --- Page 69 ---
(65)
poussaient des cris et des hurlemens épouvantables. Le sifflement des balles et des boulets
qui se croisaient de toutes parts, au-dessus des
maisons, augmentait encore l'horreur de cette
scène : nous crèmes en un mot, que c'était
notre dernière heure que nous entendions
sonner.
Cependant le danger ne fut très-heureusement
que de courte durée. Le fort qui protège la
rade, et qui avait donné le premier l'alarme,
ayant cessé spontanément son feu, tous ceux
de la ville cessérent le leur ; les troupes
rentrèrent dans leurs casernes et les nègres
chez eux : voici le motif. de. cet étrange et
singulier événement.
J'ai déjà dit que les commissaires tenaient
dans leurs mains l'existence et la fortune de
tous les colons, qu'ils avaient pris des mesures
pour qu'aucun bâtiment marchand de la rade,
ni caboteur, ne pût mettre à la voile ni même
sortir de la place où il se trouvait mouillé.
Une corvette de lÉtat (1) s'apercevait seulement toute gréée vis-à-vis le fart VIlet, dans
une position à pouvoir lever ses ancres et
faire voile à volonté. C'est à bord.de ce bâ-
(*) Las Casas.
fortune de
tous les colons, qu'ils avaient pris des mesures
pour qu'aucun bâtiment marchand de la rade,
ni caboteur, ne pût mettre à la voile ni même
sortir de la place où il se trouvait mouillé.
Une corvette de lÉtat (1) s'apercevait seulement toute gréée vis-à-vis le fart VIlet, dans
une position à pouvoir lever ses ancres et
faire voile à volonté. C'est à bord.de ce bâ-
(*) Las Casas. --- Page 70 ---
(64)
une partie de l'or, de
timent que se déposaient
tombaient au
T'argent et la vaisselle plate qui
Ce pillage fut,
pouvoir de ladministration.
convoité par
comme onl doit bien se Pimaginer,
soufflait
forte brise de terre qui
Téquipage.La l'absence du capitaine qui était 9
ce soir la,
les commissaires
disait-on, d'un banquet que
donnaient à leurs partisans; toutes ces circonsPenréunies favorisèrent complètemént
tances
Sous prétexte que les
lèvement de la corvette.
dériva sous le
cables avaient cassé, le bâtiment
fort; et une fois en situation de manoeuvrer; faire 1
fallut
coup de sifflet pour
il ne
qu'un
détendre toutes les voiles et gaguer rapidement
tems après,
le large. Nous avons su, quelque
ainsi perdu pour les commisque ce bâtiment,
anglaises 1
saires, avait échappé aux croisières
de
était allé dans un port dn continent
et qu'il
doute
n'aura
PAmérique, où sans
Téquipage confié
le riche butin
pas manqué de se partager
à son patriotisme.
des émigrations
Chaque, jour voyaitsleffectuer
Jérémie, malgré toutes les difficultés qu'on
pour
Le Port élait tout bordé de troupes
y opposait. de mulâtres; et pour plus de sureté,
de nègres et
afin de prévenir
on y doublait les factionnaires,
Mais les émigrans
leur faiblesse ou lenrinfidélité.
sans
Téquipage confié
le riche butin
pas manqué de se partager
à son patriotisme.
des émigrations
Chaque, jour voyaitsleffectuer
Jérémie, malgré toutes les difficultés qu'on
pour
Le Port élait tout bordé de troupes
y opposait. de mulâtres; et pour plus de sureté,
de nègres et
afin de prévenir
on y doublait les factionnaires,
Mais les émigrans
leur faiblesse ou lenrinfidélité. --- Page 71 ---
(65) )
Mais les émigrans, qu'un vain motif de promenade attirait aux embarcadaires, trouvaient
toujours à profiter d'un moment favorable pour
se précipiter dans une embarcation. C'est ainsi
que j'en ai agi moi-même, à la faveur d'une
échauffourée qui arriva à des femmes qui s'embarquaient pour aller coucher à bord des navires mouillés en rade. Un court intervalle de
diversion ranima assez mon courage, et me fit
éprouver,malgrélesdangersévidensdelafuite(s),
le bonheur de pouvoir aller parmi les Anglais
grossirle nombre des défenseurs de l'humanité
et de l'ordre.
Avant d'achever le tableau que je viens de
tracer de toutes les calamités qui pesaient sur les
colons de la partie de l'ouest, sous la tyrannie
de ces deux commissaires, il faut queje donne
une idée des circonstances qui accompaguaient
ces émigrations 7 dans les premiers tems de
l'arrivée des Anglais à Jérémie. La terreur qJu'inspirait la conduite de ces agens républicains avait
répandu un tel effroi, dans l'esprit de tous les
habitans de St.-Bomingue, que la plapart des
(1) Il y avait peine de mort pour tous les colons
qui seraient surpris sur les embarcations, émigrant
vers Jérémie oà étieht les Anglais,
--- Page 72 ---
66 )
familles se trouvaient dispersées et égarées. Les
pères ne retrouvaient plus leurs enfans: ceux-ci
voyaient leurs plus chers parens enlevés sous
leurs yeux. La confusiou et le désordre avaient
non seulement rompu tous les liens de la sociéte,
mais encore relaché tous les noeuds de la parenté,
et ceux même de P'amitié. La partie de l'ile,
soumise à cejoug de fer, était enfin pour nous
une terre véritablement maudite. C'est par suite
de tant de fatalités, que je me trouvais, sur le
canot qui me transporta à Jérémie, assis pendant
tout le voyage auprès d'une amazone éloignée
de ses estimables parens, et qui allait chercher
un asile dans la pitié des étrangers. Maintenant je
vais rendre compte de la manière dont les Anglais
ses sontprésentésà St.-Domingue.
Il n'est aucun colon, même de ceux qui se
trouvaient dans ce temps-là en Europe, qui n'ait
entendu parler du camp Dérivaux, à Jérémie,
comme on parle de la citadelle de Gibraltar.
Cette célébrité lui avait été acquise par l'entière
défaite que l'armée des commissaires (qui était
composée de l'élite des mulâtres aguerris) yavait
éprouvée environ six'mois avant que les Anglais
eussent paru dans cette partie de P'ile. On pourrait
penser, ce queje crus moi-même avant de l'avoir
vu, que toutes les ressources de l'art avaient été
/
on parle de la citadelle de Gibraltar.
Cette célébrité lui avait été acquise par l'entière
défaite que l'armée des commissaires (qui était
composée de l'élite des mulâtres aguerris) yavait
éprouvée environ six'mois avant que les Anglais
eussent paru dans cette partie de P'ile. On pourrait
penser, ce queje crus moi-même avant de l'avoir
vu, que toutes les ressources de l'art avaient été
/ --- Page 73 ---
(67) )
employées à la formation de ce retranchement,
pour l'avoir rendu aussir redoutable. Eh bien ! ce
camp Dérivaux n'est simplement que-l'emplacement où se trouvent situés une partie des établissemens d'une habitation caféyère appartenant à
un M. Dérivaux, sise sur P'éminence d'un rocher
plat; dans une vallée où passe la grande route du
Port-au-Prince à Jérémie, près de Pestel. A la
nouvelle de l'approche de cette fameuse armée,
quiproclamait partout la liberté générale,au nom
de la nation française, tous les habitans du quartier en état de se défendre, suivis de quelques-uns
de leurs meilleurs nègres, se réunirent avec leurs
armes et des munitions sur cette habitation. Ils
barricadérent les plates-formes et les bâtimens
destinés à la manipulation du café, dans les murs
desquels ils pratiquèrent des meurtrières, et se
renfermèrent dans cette enceinte, bien résolus de
combattre jusqu'à la mort tous ceux qui oseraient
les y attaquer.
En effet, ils ne tardèrent pas à voir naitre Poccasion de faire preuve de leur courage. Leurs
implacables ennemis, supérieurs en nombre, se
présentèrent devant leur camp, et le sommérent,
au nom de la république, deleur donner passage.
Laréponenégativeethardiedes) habitans(presque
tous Basques) fit sur-le-champ commencer la --- Page 74 ---
68 )
bataille. Les mulâtres, méprisant cette poignée
d'hommes, prirent tous position pendant la nuit
autour de ce poste, et grand nombre d'entr'eux,
excités par leur frénésie, trouvèrent la mort ou
des blessures au pied même des palissades. Le
point du jour ayant fait distinguer aux assaillans
P'énormité de leurs pertes., ils cherchèrent à se
rallier pour battre en retraite. Alors, sans perdre
de temps, les assiégés sortirent en masse de leur
refuge, et taillèrent en pièces tous les fuyards.
L'immensité du butin dont les Basques s'emparèrent fut la récompense de leurs nègres, et la
gloire d'avoir conservé la province intacte, fut le
partage des habitans.
Cependant cette partie de l'ile étant ouverte,
du côté de Pest, aux commnunications des pays
insurgés, ne pouvait manquer de subir un peu
plus tard lc sort de toute la colonie. Les habitans
se voyant dans l'impossibilité d'opposerune digue
au torrent de la révolte des nègres, n'eurent
d'autre ressource que celle d'envoyer. une députation à la Jamaique, pour solliciter du gouverhement de cette ile anglaise les plus prompts
secours, afin de se soustraire à un massacre g6néral, auquel ils se voyaient exposés d'un moment
à l'autre.
Le gouverneur de cette colonie voisine reçut
toute la colonie. Les habitans
se voyant dans l'impossibilité d'opposerune digue
au torrent de la révolte des nègres, n'eurent
d'autre ressource que celle d'envoyer. une députation à la Jamaique, pour solliciter du gouverhement de cette ile anglaise les plus prompts
secours, afin de se soustraire à un massacre g6néral, auquel ils se voyaient exposés d'un moment
à l'autre.
Le gouverneur de cette colonie voisine reçut --- Page 75 ---
(69)
favorablement ces envoyés, et pénétré des sentiétaient
et
lui furent
mens qui lui
naturels, qui
sans douteinspirésparla dignitéde son caractère,
il accéda aux voeux des malheureux colons français, en leur envoyant immédiatement toutes les
forces militaires dont il put disposer sans compromettre la sûreté de la Jamaique. Ces forces consistaientau plus en 500 hiommes de troupes réglées
et quelques légers bâtimens de guerre, 9 mais qui
suffirent pour calmer l'effervescence des nègres
et pour faire tout rentrer dans le meilleur ordre
possible.
Les nombreux colons émigrés qui affluaient de
toutes parts à Jérémie 7 et qui s'y trouvaient sans
ressource, 9 inspirèrent au général anglais l'esprit
de conquête. Ce général, se voyant déjà maitre
de la Grande-Anse, organisa d'abord un corps de
volontaires soldés, pris parmi ceux des émigrés
en état de porter les armes, pour renforcer de
nouvelles troupes qu'il s'était empressé de demander à son gouvernement. Ces guerriers de
circonstance, 1 confondus avec leurs protecteurs,
étaientà plaindre, éar tous les maux d'une guerre
cruelle les attendaient dans les camps, sous les
auspices de la politique qui devait guider leurs
pas. Il étaitsûr qu'ils n'y trouveraient que deslauriers flétris par les flammes ou tachés par le sang. --- Page 76 ---
(70)
Pendant les trois premiers mois, un génie
néanmoins les armes des Anbienfaisant guidait
faire
Ils n'avaient qu'à
glais à Saint-Domingue.
à la tête de leurs
paraitre quelques habits rouges
C'est
voir tout fuir devant eux.
colonnes, pour
maitres
ainsi que dans peu temps ils se rendirent
de
de Saint-Marc et
du Môle Saint-Nicolas,
Lingne.lnéghigirent) les points intermédiaires,
la raison toute simple que les chances prépar
et beaucoup plus
sentaient moins d'avantages
d'obstacles.
Le systême de cette marche rapide ne manqua
qu'il était facile de
pas d'avoir les inconvéniens
britanLes couleurs vives du pavillon
préjuger.
ni la simplicité ni la douceur de
nique n'ayant
avaient
celui que les colons de Saint-Domingue à côté de
aimé, et qu'ils auraient voulu revoir
touslesyeux,
shnr-rareaat
Les
même ceux que les larmes affaiblissaient.
afligés restaient dans la stupeur, les mécontens
dans le silence, les républicains se défendaient,
les mulâtres et les nègres s'amusaient de leurs
et
La ville de Jérémie, comme celles
manceuvres.
successivement,
que les conquérans occupèrent
et que je viens de nommer, ne cessaient cepenmalheureux colons un asile assuré
dantd'offriraux
toutes les calamités dans lesquelles ils se
contre
ient.
afligés restaient dans la stupeur, les mécontens
dans le silence, les républicains se défendaient,
les mulâtres et les nègres s'amusaient de leurs
et
La ville de Jérémie, comme celles
manceuvres.
successivement,
que les conquérans occupèrent
et que je viens de nommer, ne cessaient cepenmalheureux colons un asile assuré
dantd'offriraux
toutes les calamités dans lesquelles ils se
contre --- Page 77 ---
(7r)
trouvaient engagés ; les vieillards ét les femmes y
recevaientdu goaversementprotecdeur un secours
en numéraire pour subvenir à leurs premiers besoins, tandis que les hommes en état de porter
les armes, quisuivaient leurs drapeaux,y. étaient
traités on ne peut plus libéralement.
Un premier mouvement que: fit l'escadre devant
le Port-au-Prince, dans le but de prendre connaissance de la situation de la place, fut d'abord
fatal à tous les blancs, qui y étaient comme dans
Poubli. Grand nombre de victimes échappèrent
encore à leurs bourreaux, à la faveur d'une débâcle qui s'opéra par le seul effet de la présence
de quelques bâtimens étrangers.
L'armée. anglaise, au'. bout de trois mois de
séjour à Saint-Domingue, avait déjà reçu de
nombreux renforts d'Europe, en hommes et en
vaisseaux; elle se growissitjourmelement detous
les volontaires émigrés qui affluaient de tous
côtés : et pour rendre la conquête du Port-auPrince certaine, ils retirèrent la plupart des
troupes des postes déjà conquis, et en confièrent
la garde aux, habitans qu'ils protégeaient. Ce
moyen était suffisant pour assurer le succès de
cette expédition.
Malgré tous les préparatifs de défense que les
commissaires eurent le temps de faire l'armée --- Page 78 ---
(72)
anglaise, conduité par des guides bien dévoués
du pays, et soutenue par de fortes
et pratiques
sans
colonnes de volontaires français, s'empara
férir de la ville et des fortifications. Polverel,
coup
satellites n'eurent d'autre resSanthonax et leurs
les
source que la fuite, ni d'autre retraite que
mornes : ils subirent enfin, à leur tour, le même
avaient fait éprouver aux défenseurs
sort qu'ils
de la colonie $ et comme eux, ils abandonnèrent
leurs postes et se firent accompagner d'un butin
delor et des
immense. Les premiers emportèrent
de
sur PAmérique du nord : les
lettres
change
firent suivre
leur
derniers maitres du pays se
par
force armée à Jacquemel, et amenèrent grand
nombre de mulets de charge, qu'ils firent escorter
dévoués serviteurs. C'était dans des
par leurs plus
échantillon(s),
caisses bien ferrées, dontjai vu un
renfermées les matières d'or et d'argent
qu'étaient
ont fait commettre
ouvrées en tous genres, qui
Un nommé Lavigne, maréchal-deslogis dans là
maréchaussée, ()
fut chargé, en cette qualité,de convoyer
quelques-uns de ces mulets. Il eut la présence d'esprit
d'en détourner un dans les bois, de concert avec pluIls trouvèrent dans les deux
sieurs de ses camarades.
qu'ils partagèrent
caisses une quantité d'argenterie,
entr'eux, n'en connaissant pas les propriétaires.
vrées en tous genres, qui
Un nommé Lavigne, maréchal-deslogis dans là
maréchaussée, ()
fut chargé, en cette qualité,de convoyer
quelques-uns de ces mulets. Il eut la présence d'esprit
d'en détourner un dans les bois, de concert avec pluIls trouvèrent dans les deux
sieurs de ses camarades.
qu'ils partagèrent
caisses une quantité d'argenterie,
entr'eux, n'en connaissant pas les propriétaires. --- Page 79 ---
(23)
fant de scélératesses à Saint-Domingue. Un ou
plusieurs bâtimens, dans la rade de Jacquemel,
recelèrent toutes ces rapines, et par un singuliet
bonheur, qui accompagne presque toujours les
plus grands coupables jusqu'à la fin de leur carrière, ces misérables, en débouquant sans doute
par la pointe de Santo-Domingo, furent assez
heureux pour échapper aux croisières anglaises ;
car infailliblement les pontons d'Angleterre 7 sur
lesquels ont péri tant de braves français que le
sort de la guerre y avait conduits, auraient fait
justice de tous ccs criminels.
Un aussi heureux événement nous fit aussitôt
présager les plus flatteuses espérances pour le
retour de l'ordre dans la colonie. Le mal déjà fait
était grand,sansd doute, puisqu'il en restaità peine
à faire; mais c'était beaucoup pour les habitans
qui avaient échappé à tant de calamités, de se
trouver encore sur les lieux et sous Pégide d'unc,
nation justement réputée libérale dans ses relations commerciales. La plupart des établissemens
de la plaine, ainsi que toutes les pièces de cannes
parvenues au point de maturité, étaient devenues
la proie des flammes ; on ne fabriquait plus de
sucre ni de tafia que dans quelques habitations
isolées et dans quelques quartiers voisins du Portau-Prince : partout, dans la-dépendance de cette --- Page 80 ---
(74)
derniène ville, les plantations étaient désertes;i il
nègres vieillards ou
nes'y trouvait que quelques
infirmes qui n'avaient pu rejoindre la grande
masse des révoltés.
Cependant les Anglais, maitres' de Ia capitale
des soins de s'y maintenir :
de Pile, s'occupèrent
de tous
leur marine, comme de juste, s'empara
marchands français que les commisles navires
réunir dans cette belle rade, de
saires avaient fait
dnombre
tousles ports de la colonie. Dans le grand
bâtimens, beaucoup étaient richement
de ces
chargés de denrées coloniales; tous, , sans exception, furent dirigés par convois sur Londres ou
sur la Jamaique.
de la force armée qui avait esL'éloignement
à Jacquemel, et le retour
corté les commissaires
d'une masse de colons au milieu de puissans proavaient rendu le calme. et la paix au
tecteurs,
et dans les environs. On pénétra
Port-au-Prince
bourg de la Plaine sans danfacilementj jusqu'au
chez
rentrèrent de toutes parts
ger : les nègres
d'habitans sucriers
leurs maitres, et beaucoup
ateliers. Dans
bientôt le retour de leurs
apprirent
attendaient avec
les mornes 1 tous les nègres y
avaient fait
impatience leurs maitres; l'essai qu'ils
leur avait été donnée sans conde la liberté, qui
irons. On pénétra
Port-au-Prince
bourg de la Plaine sans danfacilementj jusqu'au
chez
rentrèrent de toutes parts
ger : les nègres
d'habitans sucriers
leurs maitres, et beaucoup
ateliers. Dans
bientôt le retour de leurs
apprirent
attendaient avec
les mornes 1 tous les nègres y
avaient fait
impatience leurs maitres; l'essai qu'ils
leur avait été donnée sans conde la liberté, qui --- Page 81 ---
(75 )
sulter leurs besoins, les avait déja plongés dans
la misère la plus affreuse.
Quelques semaines s'écoulèrent dans cette heureuse situation, 9 lorsque des habitans nombreux
d'un quartier riche en café se disposèrent à rentrer sur leurs propriétés à la Montagne-Noire.
Guidés parl leur chef(1), (qui s'était constamment
signalé dans le commandement des dragons de la
garde nationale du Port-au-Prince, par son patriotisme ainsi que par son attachement au maintien du bon ordre),ils crureut qu'il était prudent
d'aller camper au pied de la montagne avant de
hasarder leur retour chacun sur leurs propriétés.
Mais les différens corps de nègres armés (suppôts
des auteurs de tous leurs maux et des' nôtres)
quittèrent Jacquemel et revinrent sur leurs pas ;
et ne trouvant, comme les maitres qu'ils venaient
de perdre, de goût que dans une vie vagabonde
et criminelle, assaillirent ces habitans avec lP'avantage du nombre et en désespérés. La plupart de
ces malheureuxhabitans périrent ou furentblessés
dans leur camp : ceux qui purent se sauver en
déroute furent poursuivis la bayonnette dans les
reins, jusques sous la volée des canons du Portau-Prince. Dès ce moment la ville se trouva
() M. Lespinas. --- Page 82 ---
(76)
du cbté de la montagne : les révoltés
bloquée
avaient vu faire aux mulâtres, ils
firent ee qu'ils
les canaux qui
détournèrent les eaux en coupant
allimentaient les fontaines.
Du côté dela plaine, les habitans furent obligés
dans.lc bourg de
de se reufermer et de se fortifier
conduit
; la route qui y
la Croix-des-Bouquets:
dès-lors libre qu'àla
du Port-au-Prince ne resta
détachemens de cavalerie qui esfaveur de forts
état de choses, les
cortaient les convois. Dans cet
de la ville : le
Anglais armèrent tous les habitans
bourservice de la place y fut partagé entre les
de
en attendant les forces
geois et la troupe ligne,
qui devaient venir d'Europe.
imposantes
commeles) bâtimens de comLes avisos anglais,
tant de
afluèrent dans ce port, malgré
merce,
le courant de l'année 1796.
contratiétés, pendant
suivis, aurait pu faciUn étranger qui les yaurait
St.Domingue
lement penser, en débarquant, que
de l'Améétait une de leurs plus belles possessions des insoccidentale, tant ils y apportaient
rique
des objets de commerce et
trumens aratoires $
le port et les magad'agriculture. Les bâtimens,
lor et Pargent monsins étaient tous encombrés:1
des objets
nayés y étaient prodigués esl'abondance tellement les yeux
nécessaires à la vie offusquait
rien moins
de tous les colons, qu'il ne fallait
, que
de l'Améétait une de leurs plus belles possessions des insoccidentale, tant ils y apportaient
rique
des objets de commerce et
trumens aratoires $
le port et les magad'agriculture. Les bâtimens,
lor et Pargent monsins étaient tous encombrés:1
des objets
nayés y étaient prodigués esl'abondance tellement les yeux
nécessaires à la vie offusquait
rien moins
de tous les colons, qu'il ne fallait --- Page 83 ---
(77)
qu'une vertu surnaturelle pour ne pas oublier
tout-à-fait notre patrie, nos parens et nos amis.
Cependant de nombreuses troupes ne tardèrent
l'armée. Des tentatives furent
pas à venirrenforcer)
faites sur tous les points, et partout nous restions
maitres des postes ennemis; mais cette marche
triomphante de nos protecteurs ne pàt être de
longue durée ; ils virent bientôt leurs forces s'él'impossibilité de faire
puiser, et par conséquent
rentrer les propriétaires sur leurs habitations et
les nègres dans l'ordre, en se servant des moyens
employaient. Ils éprouvèrent tant d'obsqu'ils
finalement étendre leur
tacles, qu'ils ne purent
domination au-delà des boulevards de la ville,
niavoir d'autre poste au-dehors, que celui de la
du Cul-de-Sac. Le service des bourgeois
plaine
était écrasant; presque tous, voyant leurs resy
parti dans des corps
sources épuisées, prirent
formérent pour faire la
noirs affranchis, qu'ils
aux révoltés d'une manière plus avantaguerre
La ville de
geuse qu'avec des troupes d'Europe.
Léogane avait été reprise par Rigaud, ou pour
mieux dire, elle s'était délivrée de ses nouveaux
maîtres elle-même, et-le fort Bisoton, qui couvrait le Port-au-Prince du côté des mornes, était
investi
une nombreuse armée de mulâtres
par
et de nègres révoltés : on ne pouvait même --- Page 84 ---
(78)
communiquer avec cette belle forteresse que pâr
mer. L'état militaire alors, à St.-Domingue comme
chances attrayantes
mlpmopotinibsedagedges les arts libéraux et méaux jeunes gens 5 puisque
d'incaniques, les professions et les divers genres
dustrie étaient entièrement paralysés. Tous les
colons plaçaient au premier rang de leurs intérêts
le devoir de contribuer, soit directement, soit
rétablissement de Pordre dans
indirectement, au
des s'élancer dans
la colonie, avant de prendre ou
Les places d'officiers
une carrière. spéculative.
formaient
dans les corps francs que les Anglais
toutes réservées à des Français, et de préfurent
férence à ceux acclimatés au pays et pratiques
Un. corps de mulâtres et de nègres
des montagnes. attachés à la bonne cause, fut aussi orgalibres,
dénomination de Gendarmerie et
nisé sous la
quelque
Guides de Saint-Domingue- Apercevant
de
considération attachée à ce corps
vestige de
ceux formés d'esclaves,
troupes créoles deplus qu'à
à
affranchis (1),je dounai la préférence
quoique
dans la
une place de simple. maréchal-des-logis
achetèrent argent comptant, sur les
(1) Les Anglais
dont ils formèrent une
lieux, tous les nègres de choix,
bonne armée..
que
Guides de Saint-Domingue- Apercevant
de
considération attachée à ce corps
vestige de
ceux formés d'esclaves,
troupes créoles deplus qu'à
à
affranchis (1),je dounai la préférence
quoique
dans la
une place de simple. maréchal-des-logis
achetèrent argent comptant, sur les
(1) Les Anglais
dont ils formèrent une
lieux, tous les nègres de choix,
bonne armée.. --- Page 85 ---
(79)
gendarmerie, platôt qu'à celle d'officier, même
d'un grade supérieur, dans les corps noirs. Je
voyais; jour, dans cette cavalerie coloniale,à payer
ma portion de la dette dontchaque ehabitant devait
se libérer; ce motif me parut suffisant pour ne
pas devoir ambitionner des grades qu'il était naturel de réserver au mérite déjà acquis dans le
métier des armes, ou à Phonneur d'être né avec
des titres recommandables.
Quand tous ces corps coloniaux furent organisés, on ne tarda pas à attaquer l'ennemi. Les
Anglais se rendirent alors maitres de la plaine du
Cul-de-Sac; ils étendirent leur domination jusqu'au Mirebalais, pour ouvrirles communications
aux Espagnols, 2 qui entretiennent un commerce
très-considérable en chevaux, mulets. 7 bêtes à
cornes et autres 9 avec Ja partie française de P'ile.
Ils firent, dans le même temps, construire une
espèce de citadelle dans toutes les règles de l'art
sur une hauteur qui domine la ville; et ils mirent
le fort Bisoton en état de soutenir un long siége,
que Rigaud avait entrépris sur cette fortification.
Ce premier coup de main des troupes coloniales, soutenues d'un bon nombre de corps
réguliers d'Europe, eut quelques bons résultats. Mais les révoltés du nord de lile se
mirent de la partie. Toussaint Louverture quitta --- Page 86 ---
(80)
venir harceler les Anglais du
sa provinée pour tandis que Rigaud, son antacôté de Saint-Marc, investissait dans toute la
goniste mortel, nous
nous avions affaire
partie du sud: de manière que
même temps à deux ennemis puissans et cruels,
en)
entr'eux, mais qui eurent la
qui se guerroysient leur antipathie mutuelle pour
Vertu de sacrifier combattre. La France alors (en
le besoin de nous
attitude
commençait à prendre une
impo1796)
de lEurope : Saintsante vis-à-vis les puissances dans le même état,
Domingue était à-peu-près
toujours en butte à une insurrection générale.
pendant tout ce temps et jusqu'en
Les Anglais, de recevoir de grands renforts
1797, ne cessaient
de ces troupes
deleurmétropole:1 la majeure partie
de
de recrues deleur nation, quelétait composée
à leur
Allemands et de Suisses quilsavaient
ques
d'émigrés français les y suivaient
solde. Beaucoup venaient y en chercher; mais
avec des places, ou
presque
peu de jours après leur débarquement, dans les
arrivans trouvaient
tous ces nouveaux
et dela
du Port-au-Prince
chaleurs suffoquantes
avant d'avoir
plaine, ou la mort, ou des maladies,
Parmée
brulé une amorce.. Les pertes qu'éprouvait avoir étendu
européenne étaient telles, qu'après
simulacre
centre de lile, un
au loin, et jusqu'au
pensa à
le général anglais
de prépondérance,
jours après leur débarquement, dans les
arrivans trouvaient
tous ces nouveaux
et dela
du Port-au-Prince
chaleurs suffoquantes
avant d'avoir
plaine, ou la mort, ou des maladies,
Parmée
brulé une amorce.. Les pertes qu'éprouvait avoir étendu
européenne étaient telles, qu'après
simulacre
centre de lile, un
au loin, et jusqu'au
pensa à
le général anglais
de prépondérance, --- Page 87 ---
(8r)
mettre en usage un systême de politique qui ne
mnanque presque jamais de réussir, 9 quand il est
sagement conduit. La force des armes devenait
un moyen impuissant : ilyavait déjà long-temps
qu'on se battait avec les nègres rebelles, sans
qu'on eût pu obtenir d'autre résultat; que celui
de pouvoir aller et venir dans la plaineseulement,
et encore avec de fortes escortes. Les établissemens étaient presque partout détruits ; l'agriculture était pour ainsi dire nulle. Quelques quartiers dans les mornes 1 comme les Grands-Bois,
le Fond-Baptiste et quelques autres fournissaient
au commerce leurs récoltes en café; les petites
plaines du Boucassin et des Vases y versaient
leurs sucres, c'était là toutes les ressources
qu'offrait la culture. Quelques habitans pourvoyaient à leurs besoine ; la majeure partie y
étaient dans'la souffrance, et le Gouvernement
anglais dépensait des millions sterling, et y faisait
périr, plus par le climat que par les armes; des
millièrs d'hommes en pure perte.
Le, général Boyer., qui commandait alors
Parmée, eut donc recours au pouvoir invincible
d'attirer, par l'appât d'un bien-être, un certain
nombre d'insurgés parmi ses combattans. A cet
effet, il députa vers les camps de nègres que
--- Page 88 ---
(8a)
Rigaud avait établis dans le morne de PHopital
des officiers créoles avec pouvoir de traiter.
Cette démarche. eut d'abord tout le succès
qu'on devait en attendre : les bons effets qu'elle
produisit se firent sentir, par la facilité que.la cavalerie du Port-au-Prince eut, le même jour,
d'aller fourrager snr les habitations voisines sans
être inquiétée.. 101
1.
Une semaine se passa ainsi. Les chefs. de ces
nouveaux alliés venaient en ville y boire du bon
yin de Madère, garnir leur bourse de guinées,
se vêtir de beaux habits rouges,-et orner leurs
chapeaux de cocardes noirés. Des provisions de
bouche et des effets d'habillement et de campeétaient transportés journellement à dos de
ment
muletspour les guerriers montagnards. Ceux-ci,
deux dimancdhos,rendireutlal liberté aux
pendant
nègres des habitations de toute leur dépendance.
Un marché abondant en volailles 1 cochons, léet autres menues denrées s'établit hors des
gumes de la ville: tous les bourgeois s'y renremparts
marchands
vendre leurs
daient en foule,les
pour
marchandises, lès femmes pour y acheter leurs
provisions : tout enfin annonçait le retour d'un
lorsque le troisième dimanche.
temps prospère,
un nègre du dehors ne parut dans ce marché.
pas Cette circonstance" affligeante et inattendue
en volailles 1 cochons, léet autres menues denrées s'établit hors des
gumes de la ville: tous les bourgeois s'y renremparts
marchands
vendre leurs
daient en foule,les
pour
marchandises, lès femmes pour y acheter leurs
provisions : tout enfin annonçait le retour d'un
lorsque le troisième dimanche.
temps prospère,
un nègre du dehors ne parut dans ce marché.
pas Cette circonstance" affligeante et inattendue --- Page 89 ---
(85) )
nous fit bientôt tomber dans la même détresse,
Les députés qui avaient été si heureux la pre*
mière fois, s'offrirent encore pour renouveler les
négociations; ils partirent, mais jamais plus ils
n'ont reparu. Nous avons su, quelques jours
après, par des espions, que Rigaud ayant été
instruit aux Cayes de ce qui s'était passé dans ses
camps des environs du Port-au-Prince, s'était
transporté rapidement, à la tête de forces majeures, 2 dans ceux que les Anglais avaient subornés; qu'il en avait fait fusiller tous les chefs,
ainsi que nOS ambassadeurs, qui furent assez
malheureux pour tomber entre ses mains.
Pendant ces quinze jours de trève, les eaux
limpides des sources furent rendues à la ville : la
paix étant rompue de nouveau, il nous fallut
encore avoir recours à celles des puits pour tous
les besoins de la vie.
Tous les moyens de traiter à l'amiable se trouvant ainsi épuisés, nos protecteurs se mirent en
devoir de faire usage de toutes leurs forces.
L'armée s'ébranla: on marcha de tous côtés et
dans tous les sens. Partout on défit les révoltés:
on peitleurscamps, ons'empara del leurs positions;
on les dispersa dans les bois, et les sources des
Mornes coulèrent alors pour nos besoins.
Malgré que le sujet de cette narration n'exige --- Page 90 ---
2 84)
pas que je donne les détails de ce quise passa
dans Pintérieur de l'armée anglaise à St.-Domingue, je ne puis toutefois sacrifier un intérêt
Srfant
que-je dois faire, dans cette occasion, de ma
modestie.
L'avantage que j'ai de m'être trouvé dans les
rangs de la garde nationale de] Paris; pendant les
journées mémorables des 30, 5t mars et jours
subséquents du mois d'avril de cette année 1
m'ayant mérité la faveur d'être inscrit sur la liste
des bourgeois, qui doivent recevoir un brevet du
Prince. pourla décoration du Lys, il est nécessaire que je justifie de mes services antérieurs,
qu'il en soit fait mention dans ce titre honopour
rable. J'ai donc lieu d'espérer qu'on m'excusera,
sije supplée au manque de pièces authentiques
qu'il m'aurait fallu produire 2 par un aveu public,
d'un fait d'armes qui, je crois, a quelque mérite
la noté qui est àt
et quim'est personnel. (Foir
si giowol
lafin).
Au reste, sije ne. rapporte pas ici tous les exploits glorieux qui ont illustré grand nombre
d'officiers des corps français-dans cettercolonie,
dont le nomi seul était l'éffroi des nègres insurgés,ainsi que: des. mulâtres, c'est parce: que
la renommée les a faitassez connaitre dans le tems.
es qui, je crois, a quelque mérite
la noté qui est àt
et quim'est personnel. (Foir
si giowol
lafin).
Au reste, sije ne. rapporte pas ici tous les exploits glorieux qui ont illustré grand nombre
d'officiers des corps français-dans cettercolonie,
dont le nomi seul était l'éffroi des nègres insurgés,ainsi que: des. mulâtres, c'est parce: que
la renommée les a faitassez connaitre dans le tems. --- Page 91 ---
(85) )
On-doit bien penser que près de deux ans ne
s'étaient pas écoulés, sans qu'il n'y eût eu dans
l'armée des permutations, des promotions, des
avancemens et des changemens. Le corpsde cavalerie auquel j'appartenais, avait d'abord été organisé sous les auspices d'un français, quijouissait
de la plus grande faveur auprès des Ministres de
la cour de Londres. Les moyens pécuniaires ne
lui. manquérent pas; il les employa de telle sorte
que ce corps se trouva dans les premiers tems
de son organisation, beaucoup plus imposant
parle nombre d'hommes et parlétat de sa bonne
tenue, qu'il né. l'a été dans la suite. Cet officier
supéricur, d'un mérite distingué, ayant des jaloux et des envieux dans l'armée, parmi les
officiers de son grade, fut provoqué à un duel
où il trouva la mort. Après lui nous etmes. un
général Anglais pour colonel. Celui-ci donna au
corps la dénomination de Dragons du Prince de
Galles: il fit changer par couséquent notre uniforme, et yincorpora plusieurs officiers, bas-offidieneidragondeanationd Quclquetemsapres, ee
colonel disparut. Un ancien officier du régiment
de Rohan hussards, qui avaitp passé en Angleterre
avec une partie de sa troupe, à l'époque. de
l'invasion de la Hollande par les français, (et
qui fut envoyé de la à l'armée de St.-Domingue, --- Page 92 ---
(8 86 )
tout son
où il perdit, dès son arrivée, presque
et
monde
la maladie du pays), le remplaça
par
du régiment
nous donna le nom et Puniforme
le
avait commandé. Nous eûmes encore
qu'il
celui-ci d'une fièvre inflammalheur de perdre
matoire. Alors un officier supérieur Anglais $
aussitôt du titre
parent du Général, 7 s'empara
Husde notre colonel, et nous transforma en
Cette dernière dénosards d'Emnest-Auguste.
la
mination, qui nous est enfin restée jusqa'à
fin de la campagne, nous remit sous Puniforme
de la cavalerie anglaise; et sous la protection
d'un des Princes dela maison royaled'Angleterre.
avaient existé dans la
Toutes ces promotions
la raison toute
première place du régiment, par
celles
naturelle queje viens de déduire; mais dans
d'un ordre inférieur; il n'y avait eu que peu
d'avancement, parce que depuis le sergent-major
capitaine, tous les officiers se trouvaient
jusqu'au
à la place de
acclimatés. Je parvins cependant
de Thabillement, puis à celle
Quartier-Maitre
de Paye-Master dudit régiment.
long-tems Rigaud avait cessé ses tenDepuis
tatives contre le fort Bisoton. Les grosses pièces
d'artillerie qu'il avait opposées à ce camp des
Anglais, avaient été démontées; mais on ne savait
Port-au-Prince s'il les avait fait enlever,
pas au
se trouvaient
jusqu'au
à la place de
acclimatés. Je parvins cependant
de Thabillement, puis à celle
Quartier-Maitre
de Paye-Master dudit régiment.
long-tems Rigaud avait cessé ses tenDepuis
tatives contre le fort Bisoton. Les grosses pièces
d'artillerie qu'il avait opposées à ce camp des
Anglais, avaient été démontées; mais on ne savait
Port-au-Prince s'il les avait fait enlever,
pas au --- Page 93 ---
(87 I
a )
ou s'il les avait enfouies dans la terre. Pour emla multitude d'insurgés chassés de
pécher que
tousleurs) postes, nese ralliât pas surdeuxredoutes
construites par Rigaud, pour recommencer l'attaque sur Bisoton, notre régiment reçut Pordre
d'aller faire une reconnaissance dans ces anciennes
batteries, jetdesinstructions particulières émanées
du Gouverneur général, lui prescrivaient la conduite qu'il devait observer.
Environ deux cents combattans, commandés
parle plus ancien capitaine du régiment, furent
La nuit
choisis pour: une première expédition.
avait favorisé le passage de nos hussards, jussur le Morne où était placée la plus forte
ques batterie de Rigaud; ét le point du jour vint
leséclairer dansla recherche des piècesd d'artillerie,
dont ils virent les plates-formes fraichement dégarnies. Onn'avait apperçu ni entendu de Bisoton
aucun mouvement qui put faire soupçonner leur
enlèvement et transport à Léogane, d'où Pennemi
lesavait tirées. Nos hussards persisirentlongitems
dans l'opération de sonder le sol où elles étaient
cachées; lapparence d'une terre nouvellement
bouleversée leur fit enfin découvrir la fosse qui
les recelaient toutes. Aussitôt des signaux furent
faits en conséquence de cette découverte; et nos
troupes attendirent dans une position défensive --- Page 94 ---
(88) -
)
des ordres ultérieurs, ou du général, ou du commandant du fort Bisoton.
Le Morne surlequel étaitplacée cette batterie,
s'élevait presquej perpendiculairement surlecamp
des Anglais, et était dominé lui-même par toute
la chaine de la montagne de Phôpital qui est
extrément étendue,Les habitations de ce quartier
étaient précisément le refuge de tous les insurgés
qui bloquaient, quelquesjours avant, le Port-auPrince, et à qui nous venions de donner un vigoureux assaut. Comme les mulâtres qui avaient
construit et défendu ces batteries, avaient été
extrémement maltraités par les bombes du fort
Bisoton, ils ne pensaient plus à faire aucun usage
de leur artillerie. Mais ce jour la les insurgés
nègres qui faisaient cause. commune avec eux;
appercevant nos troupes en devoir de détruire
leurs ouvrages, et se trouvant en force majeure,
se hatèrent de les y aller assaillir à la faveur
des bois et des halliers quil'entouraient.
Les signaux de noshussards, quel'on appercevaient distinctement du Port-au-Prince, n'avaient
rien produit de certain sur la conduite qu'ils
devaient tenir, lorsqu'ils furent obligés de se
rangere en ligne de bataille surla plate-forme pour
répondre au feu de l'ennemi. Les insurgés avaient
les avautages de la position et du nombre. En
rent de les y aller assaillir à la faveur
des bois et des halliers quil'entouraient.
Les signaux de noshussards, quel'on appercevaient distinctement du Port-au-Prince, n'avaient
rien produit de certain sur la conduite qu'ils
devaient tenir, lorsqu'ils furent obligés de se
rangere en ligne de bataille surla plate-forme pour
répondre au feu de l'ennemi. Les insurgés avaient
les avautages de la position et du nombre. En --- Page 95 ---
(89)
moins d'une heure ils s'emparèrent de leur -
redoute et forcèrent nos hussards à une. retraite
précipitée.
Tous les corps coloniaux se distinguaient à
lenvi: le nôtre qui portait un nom relevé n'avait
encore paru dans aucune action d'éclat, et
ce jour ne fut pas un jour heureux; ; car cette
affaire qui s'était passée sous les yeux de -
tous les habitans du Port-au-Prince, et dans les
tubes du télescope du gouverneur général, ne
futrien moins qu'honorable pour notre régiment.
La désertion de toutes les recrues espagnoles,
quelques injustices que l'on commettait envers
ceux de nos hussards créoles, dont le terme de
leurengagement étaitexpiré, Renientappréhender
sa prochaine déconfiture. Cependant la circonstance étant devenue impérieuse, il se maintenait
tant bien que mal, et par une espèce de magie
que tout le corps des officiers fesaient jouer de
concert pour le bien de la. colonie.
Nous avions un colonel Anglais, comme je
l'ai déjà dit, mais jamais il n'occupaitson poste:
je crois mémeqwilvivaittranquillementàLondres
auprès de saii famille, tandis que son régiment
était ainsi en activité. Notre major, qui était
français émigré, sous-lieutenant Qu lieutenant de
vaisseau avant la révolution, commandait ten chef --- Page 96 ---
(9o) I
le régiment. Cet officier supérieur avait tle principal mérite d'un fameux capitaine; c'est-à-dire,
qu'il était d'une bravoure et d'une intrépidité à
toute épreuve. Le point d'honneur était son partage, puisque le sang breton coulait dans toutes
ses veines. Il résolut de vengerlaffront qui venait
d'être fait au régiment, par une nouvelle expédition qu'il offrit au général de commander
dans le même objet que la préen personne,
le tour de
les
dédente. En conséquence,
prendre
armes vintla nuit suivante, pour tôus ceux qui ine
les avaient pas prises la veille. Dans cette circonstance, quoique j'occupasse un poste qui
m'exemptait d'un service actif, je me mis volontairement du nombre, puisque le cas était si
impérieux.
n'avait
Notre major, dans cette expédition,
d'autre avantage sur Pancien capitaine qui diricelle de la veille, que la connaissance que
gea dernier lui donna de la localité, ainsi que
ce
de Pennemi qui devait être néde la position
cessairement la même: Quant aux forces; elles
étaient à peu de chose près égales, puisqu'on
avait partagé les troupes disponibles en deux
divisions.
doncvers minuit dans
Nous nous embarquâmes
les bateaux de passage du fort Bisoton. Notre
, dans cette expédition,
d'autre avantage sur Pancien capitaine qui diricelle de la veille, que la connaissance que
gea dernier lui donna de la localité, ainsi que
ce
de Pennemi qui devait être néde la position
cessairement la même: Quant aux forces; elles
étaient à peu de chose près égales, puisqu'on
avait partagé les troupes disponibles en deux
divisions.
doncvers minuit dans
Nous nous embarquâmes
les bateaux de passage du fort Bisoton. Notre --- Page 97 ---
(9r)
commandant entra dans le camp des Anglais
pour les prévenir de sa marche, et nous primes
immédiatement le sentier qui nous avait été indiqué, en observant le plus grand silence, jusqu'à la batterie de Rigaud. Plusieurs artilleurs et
sapeurs Anglais, munis d'instrumens et d'outils
nécessaires pour 'déterrer les pieces d'artillerie,
nous y. suivirent. Nous arrivâmes sur la plateforme, avant le jour, et sans éprouverle moindre obstacle. Nous savions où étaient les canons,
les sapeurs se mirent aussitôt en devoir de les
découvrir et de les enclouer.
Sachant que les insurgés ne tarderaient pas à
venir essayer de nous forcer à abandonner notre
opération, le major partagea sa troupe en trois
divisions, forte chacune d'environ soixante hommes, et il assigna leur position en avant des
travailleurs, afin qu'ils ne fussent pas interrompus, dans leur besogne. Il se réserva le commandement immédiat de celle qui occupait l'aile
droite : il me confia celui de la division qui
occupait le centre, et celle de l'aile gauche avait
un ancien officier Anglais à sa tête (1).
(1) M. Nugent. Cet officier, peu de jours après
la'faire, dressa un plan de la position da Morne
et de la batterie de Rigaud qu'ils'empressa de remettre --- Page 98 ---
(92) )
Nous n'eàmes pas plutôt disposé nos hussards
insurgés comen bataille sur deux rangs, queles côtés de la
mencèrent à faire feu de. tous les
cachés derrière des
hauteur, où ils se tenaient
Un
arbres, dans des lieux presque inaccessibles.
sentier pratiqué dans le morne vis-à-vis
petit
faisait seulement apercevoir
lequel j'étais posté 7
Ia possibilité de pénétrer dans cette partie. disLes divisions de droite et de gauche, assez
au
tantes de celle du centre, répondirentd'abord
qu'il
feu de Pennemi, malgréle peu depossibilité
avait de lui faire aucun mal. Je; maintenais
y
la mienne dans la disposition de riposter
toujours
balles venaient toutes tomber à
au besoin. Les
ou derrière nous 2 où elless'enfonçaient
nos pieds
dans la terre, par la direction presque perpendiculaire du feu de Pennemi. Nous n'apercevions
amorces; et tous les coups de
absolument queles
dontnous entendions Pexplosion, 7 partaient
fusils,
n'était à
de derrière les arbres : pas un insurgé
dans lequel; 1l fit figurer
a TÉtat-Major de T'armée,
dans tous' ses : détails.
laction qui eut lieu ce jour là,
ses exOn pense bien qu'il n'a pas omis d'y rapporter
à
mais il a été juste; mon nomy est tout au long,
ploits,
ambnscade qui nous ontà
la tète de deux assauts et d'une
de tomber entre les mains desinsurgés.
tous préservés
rière les arbres : pas un insurgé
dans lequel; 1l fit figurer
a TÉtat-Major de T'armée,
dans tous' ses : détails.
laction qui eut lieu ce jour là,
ses exOn pense bien qu'il n'a pas omis d'y rapporter
à
mais il a été juste; mon nomy est tout au long,
ploits,
ambnscade qui nous ontà
la tète de deux assauts et d'une
de tomber entre les mains desinsurgés.
tous préservés --- Page 99 ---
(95)
découvert, et plusieurs de mes hussards se trouvaient déjà blessés et hors de combat. Je fis alors
essayer un feu de peloton sur le plus gros de P'ennemi enapparence; et pendant quelques minutes,
je le fis suivre d'un feu de file bien entretenu.
Cette manceuvre, qui se répétait sur toute la
ligne, fit taire les insurgés, mais pour les voir
recommencer avec plus d'ardeur 1 puisque leur
nombre grossissait toujours. Leurs hurlemens,
leurs sifflemens et le bourdonnement de leurs
tambours, qu'ils battaient de leurs mains, 7. les
attiraient de toutes les parties voisines de Ia montagne, où ils s'étaient éparpillés, et effrayaient
les plus jeunes de nos hussards, quoique habitués
à leur genre de défense. Nous continuâmes à riposter, mais toujours infructueusement : nous
éprouvions du mal sans pouvoir en faire; nous
épuisions nos munitions en pure perte.
Après une heure ou environ d'une ferme contenance, je fus trouver notre major, et lui rendre
compte de la situation critique dans laquelle je
me trouvais au centre. Je lui avais déjà envoyé
plusieurs blessés:les travaux des sapeurs n'étaient
pas encore terminés : plus-de la moitié des' cartouches étaient consommées, et tout le gros des
révoltés se trouvait précisément en perspective de
ma division. Le commandantn'asigna immédia- --- Page 100 ---
(94)
autre
et m'ordonna de m'y
tement une
position,
de battre en
porter de suite. Il ne s'agissait que
retraite d'environ cinquante pas, 2: et de nous remettre en bataille sur la plate-forme même.
à mon poste : les huse
J'accourus promptement
sards, fatigués et ébranlés dans leur courage, se
battaient mal cts'effrayaient de la supériorité de
Tennemi. Je.fis cesser le feu, et j'ordonnai à la
le
du demi-tour à droite. A ce
division
temps
dans la confusion, une
mouvement, qui s'exécuta
des hourvaris épounuée d'insurgés, poussant
s'élança hors du bois. Aussitôt.je fravantables-,
sans considérer si quelquesverse les rangs,et,
me
uns des hussards me suivaient ou Don, je
au-devant du groupe de
précipitai en désespéré
dont
brigands, en faisant feu d'un mousqueton
je m'étais armé, ainsi que de mes.deux pistolets
j'avais à ma ceinture; et tenant mon sabre
que
j'allais me confondre dans leur
par la dragonne,
donner la mort à tous ceux que je
foule pour y
Une douzaine des plus braves
pourrais atteinc re.
secondaient avec la même fureur : cette masse
me
dans le bois avec plus de
s'arrêta, et disparut
s'était montrée.
précipitation encore qu'elle ne
Parvenus ainsi, comme des chèvres, sans savoir
comment, et par une espèce de miracle, dans
cette forte position des insurgés,j'en parcourus,
dans leur
par la dragonne,
donner la mort à tous ceux que je
foule pour y
Une douzaine des plus braves
pourrais atteinc re.
secondaient avec la même fureur : cette masse
me
dans le bois avec plus de
s'arrêta, et disparut
s'était montrée.
précipitation encore qu'elle ne
Parvenus ainsi, comme des chèvres, sans savoir
comment, et par une espèce de miracle, dans
cette forte position des insurgés,j'en parcourus, --- Page 101 ---
(95)
à la tête de mon faible détachement, tous les
environs, et quand cette partie du morne fut
totalement dégagée, je retournai sur la plateforme y joindre notre major, que i'y trouvai seul
avec l'officier anglais et un des siens, auprès des
travailleurs et des blessés, et abandonné de tout
le reste de-la troupe. Le silence qui succéda à
cette catastrophe, et nos voix qui faisaient prés
juger que nous étions encore maitres du poste,
rallièrent les fuyards : nous reprimes nos places
dans de meilleures positions, 2 et nous attendimes
des ordres pour opérer notre retraite, ou des
renforts pour nous soutenir jusqu'à ce que les
canons fussent tous déterrés ct encloués.
Il était onze heures, aucun ordre ne nous parvenait, ni aucun renfort ne paraissait. La répartition des cartouches était faite; l'ennemi ne tarda
pas à nous assaillir de nouveau, et toujours en
nombre supérieur.
AG.a 33
Le major, qui avait vu les bons résultats d'un
premier assaut, ordonna à l'officier qu'il avait
auprès de lui en sous-ordre, 7 d'exécuter avec. sa
compagnie la même manceuvre. Cet officier, qui
en était à son premier essai dans les armes (1),
(1) Mr. Bonnet, le plus jeune de tous les officiers. Il --- Page 102 ---
(96.)
de moi, m'engagea à le suivre.
passant auprès
je fis' en avant avec lui, un
Au premier pas que entendre de tous nos hushurry général se fit
sards:ceux qui étaient commandés pour l'assaut,
comme ceux qui ne létaient pas,edlanctrenrs sur
la bayonnette en avant. La position
les insurgés,
fut escaladée en un
que ces derniers occupaient
seconde fois seul
clin-d'osil,'et) le major resta une
mais dans la contemplaauprès des travailleurs,
tion de voir ses hussards animés du plushéroique 10
enthousiasme. 17 Renren 25111
Devenus maîtres encore une fois de la position
la résolution, et
quinous était si funeste;je pris
déterminai à mon tour l'officier avec qui je me
je
désemparer de la
trouvais dans ce morne,àne pas
quel'opération de F'enclouement
place,jusqu'a.ce
ordre du
des canons fût consomméé, ou qu'un
autorisât à faire retraite. A cet effet;
général nous
des hussards auprès du
je renvoyai la moitié
ambuscade avec
major, et me plaçant dans une
braves
retenus auprès de moi,
les plus
queij'avais en terre daus un sennous mimes tous un genou
tier incliné et couvert de halliers, qui présentait
oblique à la chaîne du morne, qui nous
uneligne
avait très-peu de temps qu'un de ses oncles, capiy
l'avait placé auprès de lai.
taineau régiment, 3
je renvoyai la moitié
ambuscade avec
major, et me plaçant dans une
braves
retenus auprès de moi,
les plus
queij'avais en terre daus un sennous mimes tous un genou
tier incliné et couvert de halliers, qui présentait
oblique à la chaîne du morne, qui nous
uneligne
avait très-peu de temps qu'un de ses oncles, capiy
l'avait placé auprès de lai.
taineau régiment, 3 --- Page 103 ---
(97)
Jominait. Dans cet état, nous attendimes avec
nos armes apprêtées et dans la position fixe de
faire feu au premier signe queje ferais des yeux,
quand nos ennemis se présenteraient de nouveau.
Mes conjectures ne tardèrent pas à se réaliser.
Une première colonne d'insurgés s'étant réunie
sur la chaîne du morne supérieur à celui que nous
occupions, et auquel notre sentier allait aboutir
en serpentant, descendit dans la plus grande
confiance, pour recommencer ses agressions.
Quand la tête de cette colonne fut au dernier
coude du sentier et à portée du pistolet de poche,
mon coup de mousqueton ajusté à la tête du chef
des révoltés, fit partir tous ceux de l'ambuscade;
nous culbutâmes entièrement cette première file.
Nous rechargions au même instant nos armes,
pour empêcher l'approche de ceux qui les suivaient; mais le feu qui partit des rampes supérieures atteignit un hussard anglais placé à ma
droite : celui-ci en tombant sans mouvement sur
son camarade, le fit culbuter sur celui qui le
suitcaitimmédiatement, et ainsi de suite, au point
que toutel'ambuscadefutdéconcertée par la mort
de ce hussard anglais. En même temps les
hurlemens des insurgés, qui étaient encore plus
effrayans au milieu des bois, le bruit étourdissant
de leurs sifflets et de leurs lambis, frappèrent tel7 --- Page 104 ---
(98.)
lement d'une terreur panique nos plus braves
hussards, qu'ils cherchèrent tous leur salut dans
fuite tumultueuse vers la plate-forme. Me
une
trouvant alors abandonné et seul à mon tour,
avec cejeune officier, qui étaitresté constamment
à mon côté, nous traînâmes le mort un peu plus
bas, afin de n'être pas exposés aux balles de nos
au feu des insurgés
troupes, 2 qui répondaient
par-dessus nos têtes. Le bon ordre et la vigueur
du feu de nos hussards, nous fit aisément distinqu'il leur était arrivé du renfort : nous nous
guer
insensiblement jusqu'a pouvoir reconglissâmes
d'habits rouges; c'était
naitre une grandequantité
de grenadiers anglais,
une superbe compagnie
qui avaient été détachés du fort Bisoton.
Ces protecteurs nous arrivérent on ne peut
plus à propos. Il était midi; ; nous étions excédés
de fatigue et de besoin. Nos hussards n'avaient
plus de cartouches : il nous était impossible de
soutenir davantage, tant la stupeur et leffroi
étaient à leur comble (1) ; une déroute complète
(1) Plosieurs des hussards nègres et mulâtres libres,
blessés à ne poavoir plus marcher, me priaient à mains
jointes de leur ôter la vie d'un coup de pistolet, dans
la crainte où ils étaient d'ètre abandoanés à la merci
des brigands.
avaient
plus de cartouches : il nous était impossible de
soutenir davantage, tant la stupeur et leffroi
étaient à leur comble (1) ; une déroute complète
(1) Plosieurs des hussards nègres et mulâtres libres,
blessés à ne poavoir plus marcher, me priaient à mains
jointes de leur ôter la vie d'un coup de pistolet, dans
la crainte où ils étaient d'ètre abandoanés à la merci
des brigands. --- Page 105 ---
(99)
nous attendait, et les supplices les plus cruels
étaient le partage de ceux qui seraient tombés
entre les mains des révoltés; caronnefaisait - deprisonniers ni d'une part ni de Pautre; tout ce qui
nepérissait pas surle champ de bataille était martyrisé, si du moins c'étaient des Français, nègres
ou mulâtres libres, quoiqu'ils défendissent leurs
foyers : quelquefois les insurgés ménageaient les
Anglais. Le commandant des grenadiers et notre
major convinrent ensemble d'abandonner le travail qui restait à faire pour finir d'enclouer toutes
les pièces, et de mandeuvrer de manière à pouvoir opérer notre retraite dans un bon ordre. En
conséquence, ces troupes fraiches escaladèrent à
leur tour la position que les ennemis avaient regagnée, et revinrent immédiatement sur la plateforme, où nous fimes toutes les dispositions pour
emporter nos blessés et le seul hussard qui fut
tué dans l'ambuscade.
Nous fimesassezheureux d'opérernotre; retraite
sans éprouver aucune perte, grâce à la valeur des
grenadiers anglais, qui faisaient l'avant et Parrière-garde, et quirefoulèrent à diverses reprises
les insurgés qui nous précédaient ou qui nous
suivaient dans les bois. Ceux-ci, quoique vajncus,
mais maitres du champ de bataille, étaient encore
fiers de leur victoire. Ils se montrèrent alors à --- Page 106 ---
IOO )
découvert sur les parapets de leur plate-forme,
et nous insultaient de Join par les plus horribles
imprécations, faute de n'avoir pu nous atteindrea
Quelques coups de canons et plusieurs bombes
du fort Bisoton les chassérent aussitôt dans leurs
retraites. Arrivés à ce poste inexpugnable des
Anglais, les officiers dela & garnison s'empressèrent
de nous y faire rafraichir. J'avais cela de remarquable, que ma figure était pourpre et presque.
noire, tant j'étais encore animé et barbouillé de
poudre! A cette première halte, les acclamations
réitérées de tous nos hussards firent connaitre, que
c'était à moi seul à qui toute la gloire de l'affaire
était due. Au moment de nous embarquer dans
leurs bateaux, et pendant tout le trajet par mer 2
jusqu'au Port-au-Prince, les mémesacclamations
se répétaient; les hussards faisaient voler leurs
casques en l'air; tant ils gotaient le contentement
d'avoir ainsi échappé, comme par miracle, au
danger le plus inminent d'être massacrés par les
insurgés. Dans la barque où je me trouvais avec
le major, j'arrétai bien cet enthousiasmeimpors
tun; mais dans les autres, qui étaient ou ert avant,
ou en arrière, les hussards ne cessaient de faire
entendre leurs cris de joic et de répéter mon nom
avec enthousiasme.
Ce,combat, qui dura depuis le point du jour
ement
d'avoir ainsi échappé, comme par miracle, au
danger le plus inminent d'être massacrés par les
insurgés. Dans la barque où je me trouvais avec
le major, j'arrétai bien cet enthousiasmeimpors
tun; mais dans les autres, qui étaient ou ert avant,
ou en arrière, les hussards ne cessaient de faire
entendre leurs cris de joic et de répéter mon nom
avec enthousiasme.
Ce,combat, qui dura depuis le point du jour --- Page 107 ---
(101 )
jusqu'à midi, presque sans interruption, avait
fixé l'attention de tous les oisifs de la ville,
qui,nous voyant enfin arriver vers deux heures,
se portèrent en foule sur le port, pour contempler les lauriers que nous venions de cueillir.
Chacun de nous les portait d'une manière plus
ou moins apparente. Les blessés furent mis sur
des lits de sangles et emportés à T'hôpital : on
transporta le mort'au cimetière, où on lui rendit
les honneurs de la sépulture, et on nous forma en
bataille pour nous faire marcher en ordre vers
les casernes.
La division, rangée sur deux lignes de front,
attendait le mouvement du départ : de nouvelles
acclamations, 7 trois fois répétées avec emphase
par tous nos hussards, annoncèrent aux spectateurs que j'étais celui de tous qui avait contribué
le plus à la victoire. Rendus aux casernes, et avant
de rompre les rangs, il fallait bien aussi que tous
les hussards qui n'avaient pas fait la veille une
entrée aussi triomphante, sussent à qui une aussi
grande gloire était due; ils me proclamérent encore une fois le plus brave et le plus intrépide
de tous les ofliciers. Il était temps enfin que ces
honneurs cessassent; carils m'étaient plus à charge
que flatteurs dans ce moment, où ils m'étaient
décernés en présence d'un si grand nombre. de --- Page 108 ---
102 )
(1). Encore un petit mot sur ce qui
spectateurs
le fil de ma narrame concerne, et je reprendrai
la fin
tion qui offre un intérêt général : ce sera
de P'armée anglaise, avant qu'elle
des opérations
à la conquête de Saint-Domingue.
ne renonçât
réuni à
Si, dans cette circonstance, j'eusse
Phonneur de m'être distingué, Pavantage d'être
facilement faire connaitre
né anglais, j'aurais pu
Parmi ceux des officiers de ce corps colonial qui
(1)
doivent être en France, il n'en
existent encore, et qui
de
est aucun que je ne puisse appeler en témoignage
M. Bonnet, que j'ai
tous ces faits, et principalement
M. le
cruà cet effet devoir désigner, ainsi que
major
lui-mème, que l'on m'a assuré avoir
de ce régiment
vu à Paris dans ces derniers temps.
aussi honorableAu reste, si on pense que, figurant
mént dans tous les détails de cette expédition militaire 7.
dû, malgré les puissantes raisons que jai alléJ'aurais m'abstenir d'en parler, pour ne pas blesser un
guées,
de bienséance consaeré dans la société,
des principes dois être excusé en faveur des conjecje crois que je
et
font
tures que le Gouvernement peut en: tirer, qui
était portée T'opiniatreté de cette guerre
voir jusqu'oà
Ce dernier motif forme,
soutenue contre les insurgés.
Tai fait entendre, la base du plan que je me
comme je
suis proposé de tracer en publiant cet ouvrage.
ne pas blesser un
guées,
de bienséance consaeré dans la société,
des principes dois être excusé en faveur des conjecje crois que je
et
font
tures que le Gouvernement peut en: tirer, qui
était portée T'opiniatreté de cette guerre
voir jusqu'oà
Ce dernier motif forme,
soutenue contre les insurgés.
Tai fait entendre, la base du plan que je me
comme je
suis proposé de tracer en publiant cet ouvrage. --- Page 109 ---
(105)
au général Boyer toutes les particularités de ma
il m'aurait donné
conduite, etimnmanquablement
de lavancement, soit dans le régiment, soit dans
l'armée. Mais pourquoi regretterais-je tant de
faveurs, puisque j'ai eu le bonheur d'être utile,
et que j'ai pu acquérir dans le poste que j'occupais, et dans cette action, P'estime de mes chefs
et la considération des braves créoles dont notre
corps était composé 6?
La ville du Port-au-Prince se trouvant dans
de temps dégagée, les Anglais pensèrent à
peu
Grand nombre de bàs'emparer de Léogane (1).
timens de transport, plusieurs vaisseaux et frégates furent réunis dans le port pour cette expédition. L'armée né pouvant opérer sa marche par
terre, fut toute embarquée sur ces bâtimens.
Le sort, ou les arrangemens que l'on prit, fit
trouver l'état-major du régiment à bord du capitaine Perkins. Cefameux marin des Antilles montaits comme pilote de Pescadre, un bâtiment
bien armé, et le meilleur voilier connu.
léger 7
(r)C'estsur la conquête de cette ville qu'ils fondaient
l'espoir de se rendre maitres de toute la partie du sud
dellle; mais la réussite de cette entreprise était incertaine, puisque les Mgriadienenecleiaurgs avaient
échoué. --- Page 110 ---
(104)
Dix-huit heures de navigation nous mirent en
présence de la rade de Léogane, où plusieurs
Américains étaient réunis. Cinq vaisseaux ou frégates s'embossèrent dans le mouillage indiqué
par leur pilote 9 et ils commencérent immédiatement un feu roulant et continuel de toutes leurs
batteries, sur le fort que les mulâtres de la ville
défendaient. Une demi-heurc de combat fit taire
le feu des ennemis : tous les ouvrages intérieurs
qui s'élevaient au-dessus du parapet furent rasés:
les magasins du bord de la mer étaient criblés de
boulets : la poudrière du fort avait sauté; ; mais le
pavillon tricolore s'apercevait toujours au bout
d'une perche. Après une pause, la canonnade des
vaisseaux recommença de nouveau 3 tout dans le
fort et aux environs était pulvérisé, hormis les
mulâtres, qui se tenaient cachés derrière leurs 6s
remparts de terre, Quelques pièces de canon paraissaient aussi tenir encore sur leurs afuts. Alors
cette attaque devenant infructueuse, le compodore fit le signal aux autres vaisseaux de lever
leurs ancres et de gagner le large, ce qui fut une
opération assez longue, vu le calme plat qu'occasionnait l'immensité des coups de canons qui
avaient ététirés parl'escadre.Les vaisseaux furent
obligés de se faire touer au large à force d'embarcations : ils reçurent plusieurs boulets par,.
aussi tenir encore sur leurs afuts. Alors
cette attaque devenant infructueuse, le compodore fit le signal aux autres vaisseaux de lever
leurs ancres et de gagner le large, ce qui fut une
opération assez longue, vu le calme plat qu'occasionnait l'immensité des coups de canons qui
avaient ététirés parl'escadre.Les vaisseaux furent
obligés de se faire touer au large à force d'embarcations : ils reçurent plusieurs boulets par,. --- Page 111 ---
(105) )
les saborts, qui les endommagèrent et qui leur
tuèrent du monde.
Cependant, cent cinquante bâtimens de transport chargés de troupes attendaient sous voiles à
une petite distance, des signaux pour opérer le
débarquement de l'armée. La résistance opiniâtre
qu'on avaitéprouvée dans cette première attaque,
déconcerta totalement les assiégeans dans leur
plan de conquête : néanmoins on débarqua les
troupes à une portée à ne pas craindre aucune
opposition.
Lefort futnégligé:on marcha vers la ville, qui
se trouve distante de la mer d'environ une demilieue. Les pièces de siége furent placées le soir
même;et pendant la nuit on construisit une redoute en terre le plus près possible des fortifications ennemies. La cavalerie et tous les corps
coloniaux affranchis tournèrent la ville, et on attendit lej jour dans cette position.
L'amiral avait voulu intimider la garnison du
fort, sans trop examiner les effets que devaient
produire ses canons sur des ouvrages en terre;le
général fit de son côté une autre faute, en construisant, sans prendre aucune connaissance de la
place, une redoute à cent pas de celle de la ville.
I1 la fit garnir de plusieurs pièces de canon et de
quelques compagnies d'infanterie de ligue. --- Page 112 ---
(106 )
n'inquiétèrent point pendant la
Les assiégés
de leur
nuit les assiégeans dans la construction
redoute ; mais le jour vint leur faire remarquer
étaitprécisément située sous le feu dedeux
qu'elle triangulaires de la ville, qui devait em*
batteries
de recevoir aucuir
pécher les troupes anglaises retranchemens sans
renfort, ni de sortir de leurs
état
de mitraille. Dans cet
s'exposer à une grèle
les canôns de
fàcheux pour nous; et pendant que
des assiéla ville croisaient leur feu en arrière
les ennemis baissèrent un pont-levis et
geans,
de charge vers la redoute.
marchèrent au pas
lépouCette manceuvre hardie et imprévue jeta
: la déroute s'en méla; ils
vante parmi les Anglais
courir les chances de la mitraille 7
préférérent d'attendre de pied ferme les mulâtres;
plutôt que
maltraités autant que des fuyards
aussi furent-ils
d'entr'eux respeuvent lêtre. Une grande partie
et leurs
tèrent morts ou blessés sur. le chemin,
tombèrent entre les mains des vaincanons
queurs.
de la ville, trois mille hommes
Sur les derrières
même temps cette
de cavalerie parcouraient en
vieux
belle plaine, riche en sucrerie e; quelques
de barrières-, furent trouvés
nègresy gardiens
les ateliers avaient pris la
dans leurs ajoupas; a
tous
furent mises en
fuite. Des pièces de gros calibre.
s ou blessés sur. le chemin,
tombèrent entre les mains des vaincanons
queurs.
de la ville, trois mille hommes
Sur les derrières
même temps cette
de cavalerie parcouraient en
vieux
belle plaine, riche en sucrerie e; quelques
de barrières-, furent trouvés
nègresy gardiens
les ateliers avaient pris la
dans leurs ajoupas; a
tous
furent mises en
fuite. Des pièces de gros calibre. --- Page 113 ---
107 )
batterie sur plusieurs points, et on se disposa à
jeter des bombes et des obus dans la place.
Cette tentative ne fut pas plus heureuse que la
précédente. Les assiégés avaient été encouragés
par des succès trop marquans, pour se rendre au
simulacre d'un siége en règle. On les vit décidés
à persister dans leur défense jusqu'à la dernière
extrémité. Rigaud était alors aux Cayes, ct pouvait dans huit jours réunir à son armée tous les
révoltés de la dépendance, et se porter au secours
de Léogane. Il y avait des dangers évidens à prolonger l'attaque : l'ordre de se rembarquer fut
donné le troisième jour.
La débandade des troupes de ligne renfermées
dansleur redoute, avait préparé un pareil tableau
pour le moment du rembarquement. On commença d'abord par jeter dans de grands bateaux
plats toute l'artillerie et les bagages; puis les chevaux, et ensuite la troupe. 2 cavalerie et infanterie
de ligne, eut son tour: les corps coloniaux furent
les derniers, puisqu'ils avaient la connaissance
du pays, et qu'ils élaient expérimentés dans.ce
genre de guerre.
La plage où s'opérait le rembarquement du
plusgros de l'armée, était hors de portée du canon
du fort des ennemis : on voyait les ricochets des
boulets qui ivenaient s'enfouir dans le sable à plus --- Page 114 ---
- 1 108 )
cependant des solde cent pas des embarcations;
dats qui, conduits prudemment, n'auraient pas
hésité, dans toute autre circonstance, 9 à s'offrir
d'aller prendre ce fort d'assaut, étaient tellement
frappés d'une terreur panique, qu'à chaque coup
de canon des mulâtres, la plupart se conchaient
à plat ventre sur le sable, et ne se relevaient que
confusément pèle méle dans
pour se précipiter
les canons, les
les bateaux, parmi les chevaux,
coups de fusils
afûts et les équipages. Quelques
tirés par espiéglerie et le feu que. nos troupes
franches mirent à une pièce de cannes du bord de
finirent de completter la déroute : les
la mer,
se trouvaient un peu
chaloupes et les canots qui
obligés d'aborder la côte(quoique
au largefurent
tombaient
chargés), pour sauver tous ceux qui
à la mer ou quise noyaient pour allerles rejoindre. ni
Cependant les assiégés n'avaient pas bronché
de leur fort ni de leur ville :ils s'étaient seulement
le pavillon
défendus; ils ne voulurent pas que
fut déshonoré entre leurs mains, ni tomfrançais
bien malheureux sous
ber eux-mèmes, quoique
lerégimede Rigaud, sousla domination anglaise.
d'occasions de parler des muJ'ai eu beaucoup
ce
lâtres et des nègres libres en général, puisque
sous le frivole prétexte du refus qui
sont eux qui,
furent
leur avait été fait de porter une cocarde,
seulement
le pavillon
défendus; ils ne voulurent pas que
fut déshonoré entre leurs mains, ni tomfrançais
bien malheureux sous
ber eux-mèmes, quoique
lerégimede Rigaud, sousla domination anglaise.
d'occasions de parler des muJ'ai eu beaucoup
ce
lâtres et des nègres libres en général, puisque
sous le frivole prétexte du refus qui
sont eux qui,
furent
leur avait été fait de porter une cocarde, --- Page 115 ---
(109 )
les premiers provocateurs de -la guerre civile;
mais j'ai eu aussi l'attention de rendre toute la
justice qui est due aux gens de couleur de Léogane, en les distinguant de ceux qui composaient
l'armée de Rigaud, à l'époque où ce chefbloqua
pour la première fois la ville du Port-au-Prince,
de concert avec Beauvais. Le rembarquement dé
l'armée s'opéra enfin malgré cette confusion, et
rentra le même jour dans le port de cette dernière ville.
L'opération que les Anglais tentèrent infructueusement sur Léogane, fut la seconde où ils
virent l'entière possession de Saint-Domingue
s'échapper de leurs mains. Cette expédition, déjà
méditée depuis le temps où l'accord fut fait avec
les insurgés, était la conséquence d'un plan le
mieux concerté : ces auxiliaires, confondus dans
les rangs des troupes franches du pays,se seraient
portés sur. Léogane part terre, pendanto que l'armée
régulière aurait soutenu leur marche par mer;
alors Rigaud et toute la partie des Cayes jusqu'à
Jacquemel tombait au pouvoir de la. puissance
anglaise, sans coup férir. Néanmoins, quoiqu'op
eût échoué dans lesnégociations avec lesi insurgés,
si l'armée, au lieu d'avoirété forcée à une retraite
honteuse dans cette dernière entreprise, avait été
encouragée par un heureux succès, elle aurait pu --- Page 116 ---
(1to )
continuer sa marche
le chef,
triomphante sur les
qui y commandait en
Cayes:
montrait aussi ennemi des
despote, et qui se
glais, pressé sur
Français que des Anson flanc par les forces de
mie, et attaqué vivement de
Jérétrouver de salut
front, ne pouvait
que dans la bravoure de ses défenseurs; et, certes, il n'avait
domination
pas dans toute sa
un noyau de guerriers de
ni du mérite de ceux de
la trempe
Léogane.
point des pillards ni desassassins, Ceux-cin'étaient
l'on voyait dans ses
comme ceux que
amis
camps; ; mais bien de braves
gens
du bon ordre et de la
à leur patrie. Mais le sort
paix, et attachés
fussent dans cette
voulut que les Anglais
guerre les maltraitans, en même
temps qu'ils s'en voyaient les plus maltraités.
échouèrent dans leurs
Ils
voltés, par la grande négociations avec les rélenteur qu'ils
etils manquèrent la
y.apportèrent;
conquête de
la
précipitation avec laquelle ils en Léogancyparl
siège,
entreprirent le
La contenance de Tarmée ne donna
aucun soupçon relativement à l'abandon néanmoins
On campa dans la
de l'ile.
plaine du
garda
Cul-de-Sac, et on
quelque tems tous les postes qui
été conquis.
avaient
Cependant les renforts annoncés
d'Europe n'arrivaient plus : au contraire tous les
vaisseaux stationnaires ou en croisière dans les
quelle ils en Léogancyparl
siège,
entreprirent le
La contenance de Tarmée ne donna
aucun soupçon relativement à l'abandon néanmoins
On campa dans la
de l'ile.
plaine du
garda
Cul-de-Sac, et on
quelque tems tous les postes qui
été conquis.
avaient
Cependant les renforts annoncés
d'Europe n'arrivaient plus : au contraire tous les
vaisseaux stationnaires ou en croisière dans les --- Page 117 ---
(III)
mers d'Amérique devaient sC tenir préts à faire
voile pour la Grande-Bretagne. La conquète de
St.-Domingue devait être abandonnée; les forces
militaires, dans toutes les iles anglaises aux Indes
occidentales, devaient bientôt se diriger sur leur
métropole, dans ce tems d'alarme; ; car alors la
France se trouvait avoir fait un grand pas hors
du profondabime, danslequel elle s'étaitplongée.
Au souvenir que des milliers d'enfans égarés lui
demandaient un asile, notre patrie pensa à mettre
fin à une gucrre qui déchirait ses propres entrailles et quila dévorait elle même. Mais telle
est la destinée des États comme des générations,
des familles et des individus même; si la paix se
présente pour se fixer dans leur sein, la discorde
aussitôt se hâte de l'y suivre, pour s'y asseoir à sa
place. La France se vit presque au même instant
accablée de guerres civiles (1), et plus menacée
que jamais d'uneinvasion par toutesles puissances
étrangères quil'environnent. Le colosse de Toulon, qui devait accabler de son poids seul le plus
redoutable ennemi qui lui résistait, ne devint plus
qu'un fantôme que les souffles brûlans des vents
d'Egypte devaient évaporer (2). Quisait, toute-
(a) Guerre de la Vendée.
(2). Immédiatement après la ratification du-traité de --- Page 118 ---
1I2.)
fois, si ce n'est pas à cette menace politique,
que la France doit aujourquoique gigantesque,
de recouvrer Saint-Domingue?
d'hui Pespérance
Vraisemblablement cette colonie - susceptible
florissante de toutes) n'aurait pas
d'être la plus
et
manqué de subir le sort de PIsle-de-France,
par les conquérans à Sainte-Lucie
d'être préférée
sont réservés dans ces paet à Tabago, qu'ils se
le dernier traité de paix.
rages par
à s'écouler rapideL'année 1798 commençait
vint
lorsqu'un nouveau général anglais
ment,
celui de cette même nation qui comremplacer
Ce général avait des
mandait à Saint-Domingue.
instructionsdes son gouvernement, en conséquence
alors la Grandede la situation où se trouvait
moins
Il fit le simulacre de vouloir au
Bretagne.
dans lesquelles il trouva
conserver les positions
les
Parmée; mais à travers tous ses stratagémes,
le Directoire, par son arrêté du 19
Campo-Formio, ordonna la réunion d'une nombrense
frimaire an 6,
d'nne forte escadre dans le port
armée et T'armement
d'Armée d'Angleterre. La
de Toulon, sous le nom
aussitôt
destination de cette armée fut changée presqné d'avoir été dirilui-même; et au lieu
par le Directoire
elle la été contre la puissance
gée contrelAngleterre, le nom d'Armée d'Orient.
ottomane en Egypte, sous
Formio, ordonna la réunion d'une nombrense
frimaire an 6,
d'nne forte escadre dans le port
armée et T'armement
d'Armée d'Angleterre. La
de Toulon, sous le nom
aussitôt
destination de cette armée fut changée presqné d'avoir été dirilui-même; et au lieu
par le Directoire
elle la été contre la puissance
gée contrelAngleterre, le nom d'Armée d'Orient.
ottomane en Egypte, sous --- Page 119 ---
(115 )
colons s'aperçurent queledénouement de l'action
ne devait pas étretrès-éloigné. L'armée commença
d'abord par évacuer tous les postes les plus éloignés du Port-au-Prince; ; on fit sauter toutes les
redoutes des camps,etles forces se concentrèrent
autour de la ville, pendant que de nombreux
bâtimens arrivaient de la Jamaique et se réunissaient dans la rade. Cette manoeuvre dut nécessairement domnerbeaujeuaToussintLonterture
dans la partie du nord, ainsi qu'à Rigaud dans
celle du sud. Aussi ces deux chefs de parti, quoiqu'ennemis l'un de l'autre, voyant une belle proie
qui allait être abandonnée, se hâtèrent-ils de se
présenter pour tâcher de se l'approprier, ou du
moins de se la partager.
La politique de nos protecteurs ne trouva pas
sans doute, dans ses convenances, de laisser la
capitale de l'ile ainsi livrée à elle-même, et exposée à devenir la conquête du premier venu de
ces deux antagonistes, vù que l'un s'était déjà
prononcé avec un caractére altier et arrogant
contre le gouvernement anglais, aussi bien que
contre le sien propre : au lieu que l'autre n'avait
pas développé encore, ni la même ambition,
ni la même obstination dans ses principes. Legénéral Maitland capitula donc de préférence avec
Tousaintlouverture qu'avec Rigaud.
--- Page 120 ---
(114)
Deux jours avant Pembarquement de l'armée,
le général fit proclamer dans toutes les rues du
Port-au-Prince, l'évacuation de toutes les troupes à la solde du gouvernement anglais. Il annonça, en même temps, que tous les français qui
voudraient quitter la colonie, auraient la facilité
d'aller dans telle partie de Amérique qu'ils desireraient : et qu'à l'égard de ceux qui se détermineraient à rester dans le pays, il avait pris des
arrangemens pour qu'ils fussent respectés dans
leurs personnes, comme dans leurs propriétés.
Des peines rigoureuses étaient infligées à quiconque détournerait un soldat de la destination qu'il
avait reçue ; enfin le crime d'embauchage était
puni de mort à la bouche d'un canon. Il faut à
cette occasion, que je raconte une anecdote qui
prouvejusqu'à àquel pointl'innocence peut triompher de linjustice.
Malgré cette menace terrible de mort violente,
je ne sais par quelle fatale inspiration, un bourgeois français de la ville, nommé Lapara, marchand de liqueurs, s'oublia assez pour engager 7
par des paroles insinuantes, quelques militaires
à quitter leurs drapeaux pour rester au Port-auPrince, Ile cutle malheur de trouverplus de vertu
qu'iln'en supposait dans les soldats qu'il voulait
corrompre, il fut condamné sur-le-champ à su-
justice.
Malgré cette menace terrible de mort violente,
je ne sais par quelle fatale inspiration, un bourgeois français de la ville, nommé Lapara, marchand de liqueurs, s'oublia assez pour engager 7
par des paroles insinuantes, quelques militaires
à quitter leurs drapeaux pour rester au Port-auPrince, Ile cutle malheur de trouverplus de vertu
qu'iln'en supposait dans les soldats qu'il voulait
corrompre, il fut condamné sur-le-champ à su- --- Page 121 ---
(115)
bir la peine qu'il avait encourue, Pendant deux
jours que durèrent les dispositions qui avaient
été prises pour l'embarquement de l'armée, les
magasins de commestibles étaient ouverts aux indigens ; toutes les armes portatives entreposées
dans les arsenaux furent jetées dans la rade, et
les eflets d'habillement, de harnachement et de
compementichrilaicutaurlesplacespubique(e().
La cavalerie était toujours en activité dans la ville,
pour dissiperles attroupemens et pour maintenir
le bon ordre. Au moment de l'exécution de cet
embaucheur, quelquespiquets de cavalerie furent
détachésdeleur service, pour escorterle coupable
sur la partie de la ville la plus élevée où le canon
l'attendait. Il marchait entre deux rangs serrés de
dragons anglais. Arrivé dans une rue près de la
place, et vis-à-vis d'une maison où ily avait un
billard et beaucoup de joueurs quiy faisaient une
partie, il s'élance par-dessous le ventre d'un
cheval dans la porte; un dragon le poursuit et
lui lache un coup de pistolet sur un escalier qui
conduisait au grenier ; l'instant d'après, on les
(1)Des habitans étonnés de tant de destruction, sans
nécessité, demandérent à des agens anglais quel était
le motif de eette étrange mesure. C'est pourfaire waloir nos manufactures, répondirent-ile. --- Page 122 ---
(116 )
vit tomber tous deux par une croisée dans la rue.
La colonne de cavalerie s'était arrêtée. Tous les
anglais crurent fermement que c'élait le maitre
du billard qui avait tiré le coup de pistolet sur
le dragon étourdi de sa chute; celui-ci fut transporté de suite aux casernes; on s'empara aussitôt
de l'accusé, et on le conduisit avec le coupable,
au supplice qui leur était préparé.
L'innocent ne cessait pendant tout le chemin
de protester contre le crime qu'on lui imputait,
mais c'était en vain ; les oreilles du général étaient
fermées à toutes les raisons qu'il alléguait. Le
danger de voir son armée compromise lui paraissait trop évident pour modifier la loi qu'il
avait faite. Celui qui élevait tant la voix pour se
justifier, fut le premier attaché sur le canon, le
ventre appliqué à la bouche d'une pièce de six ;
ses deux bras tendus et les mains fixées par des
liens aux deux tourrillons. Dans cette position,
ce malheureux devait recevoir l'explosion du
coup dans sa poitrine, et son corps devait se
partager en mille parties. Au commandement
que le canonnier entend de son chef, il met le
feu à la pièce; mais un miracle fit qu'au mouvement du bras du canonnier, l'accusé, par un
effort surnaturel, sortit de sa position et se mit
de côté; le coup partit, et il se trouva intact. Cette
aux deux tourrillons. Dans cette position,
ce malheureux devait recevoir l'explosion du
coup dans sa poitrine, et son corps devait se
partager en mille parties. Au commandement
que le canonnier entend de son chef, il met le
feu à la pièce; mais un miracle fit qu'au mouvement du bras du canonnier, l'accusé, par un
effort surnaturel, sortit de sa position et se mit
de côté; le coup partit, et il se trouva intact. Cette --- Page 123 ---
(17) )
espèce de prodige parut une déclaration du ciel
en faveur de l'innocence. Ses représentations
furent alors écoutées avec tout le sang-froid et
l'impartialité de la justice ; ce bourgeois fut
rendu à sa famille, à ses amis et à la société. Le
vrai coupable qui se trouvait délaissé par la providence, n'en reçut aucun secours; SOIF corps pulvérisé lava la tache dont il s'était souillé.
Après cette sévère 6 exécution, l'armée n'éprouva
aucun obstacle dans son embarquement. Comme
bourgeois et colon, j'aurais quitté Saint-Domingue, puisque les Anglais m'en donnaient tous les
moyens; comme payeur d'un régiment,je suivis
la destination de l'armée par devoir et par obligation. La flotte fut dirigée sur le môle SaintNicolas et sur Jérémie, où tous les corps coloniaux furent licenciés. Je rentrai dès-lors dans
l'état civil de la société, et, suivi de deux nègres
libres qui se dévouèrent aflectueusement à mon
service, ,je partis de Jérémie avant les dernières
troupes anglaises, etje débarquai à la Jamaique,
le 5 septembre 1798.
Il y afait huit ans que les cinq sixièmes desindividus français sà Saint-Domingue, ne recevaient
plus de nouvelles directes de leurs parens., puisque la révolution avait interrompu toutes relations commerciales avec les colonies. Dans les --- Page 124 ---
(118)
temps du règne de Polverel et de Santhonax, il
était encore moins facile de correspondre avec la
France, 2 d'autant que les communications -
n'étaient pas libres, ou si quelquefois on en avait la
faculté par la voie des Américains, aucun sentiment n'en inspirait ni le desir, ni le goût. La
France elle-même était en deuil. Le bannissement, la réclusion, l'échafaud d ; les massacres
étaient le partage des Français, n'importe dans
quelle contrée que ce cruel fléau de la révolution
les atteignit. L'apparition fortuite des Anglais à
Saint-Domingue 1 avait seulement dissipé les
nuages épais qui voilaient aux yeux des colons
la perspective de leur patrie, mais sans les en
rapprocher. Cette nation nous offusquait de ses
triomphes, et ne nous considérait d'abord que
comme des proscrits. Au milieu de tant de calamités, il n'eût manqué à nos malheurs que son
mépris : mais loin de là, dans toute sa fierté, 7
TAnglais s'énorgueillit de trouver un rival digne
de lui dans un Français. Par-tout où il en rencontre, il se rappelle la place qu'il mérite d'occuper dans son estime. En un mot, les Français
à Saint-Domingue y étaient traités avec beaucoup
d'égards et de ménagemens de la part du gouvernement anglais. On peut même ajouter, qu'ils
Pont été infiniment au-dessus de ce qu'ils pou-
mais loin de là, dans toute sa fierté, 7
TAnglais s'énorgueillit de trouver un rival digne
de lui dans un Français. Par-tout où il en rencontre, il se rappelle la place qu'il mérite d'occuper dans son estime. En un mot, les Français
à Saint-Domingue y étaient traités avec beaucoup
d'égards et de ménagemens de la part du gouvernement anglais. On peut même ajouter, qu'ils
Pont été infiniment au-dessus de ce qu'ils pou- --- Page 125 ---
(119) )
vaient attendre d'une nation ennemie. Le simple
particulier, comme Phomme public; Pautorité
civile comme le ponvoir militaire, tout dans les
Anglais fut grand, généreux et loyal. Ce sont
ces belles qualités qui décidèrent grand nombre
de colons français à aller attendre parmi eux à la
Jamaique, le moment qui verrait enfin cesser
l'anarchie en France, et présenter à tous les expatriés la perspective de pouvoir rentrer au sein
de leur famille et dans leurs foyers, 7 sous la protection de lois assez modérées pour être supportables.
Le grand nombre d'émigrés de Saint-Domingue qui suivirent P'armée anglaise à la Jamaique,
ainsi que ceux quiy affluèrent par la suite, ont
tous été les bien-venus du gouvernement de cette
ile, comme les bien-reçus des habitans ainsi que
du commerce. Pas un français n'y a apporté de
forts capitaux pour ajouter à la splendenr de la
puissance anglaise; mais tous s'y sont trouvés
avec quelque chose de plus précieux pour le
pays, c'était leurs talens, leur état ou leurindustrie. Un habitant français, ruiné et sans nulle
ressource 3 entouré d'une nombreuse famille,
n'était pas un être à charge à personne, pas plus
que ceux qui lui appartenaient. Il suffisait qu'il
fàt français et propriétaire de Saint-Domingue, --- Page 126 ---
120 )
pour que le commerce anglais lui ouvrit ses coffres forts, et lui donnât tous les moyens de se
trouver spontanément dans l'aisance et sur le chemin même d'une belle fortune. Un
économe avaient
gérant, un
en proportion les mêmes avantages: leur
sagacité, 7 leur intelligence, leur activité étaient les excellentes qualités
les habitans planteurs de l'ile leur
que
supposaient; c'était à
quileur confersitsdminiaration de leurs biens,
et à quileur ferait des offres les plus
Un artiste, 1 un
engageantes.
entrepreneur, 2 un ouvrier étaient
encore moins dédaignés. La
frait
Jamaique ne soufpeut-être pas du manque de bons ouvriers
en tout genres, 9 comme en général toutes les COlonies y sont exposées : mais l'abondance du bien
n'étantjamais nuisible, quand on sait en faire un
bon usage, 9 les Anglais trouvèrent des
réels à favoriser l'infortune
avantages
et à encourager Pindustrie étrangère. Chaque nation a ses
ses
et
principes,
goûts ses habitudes
celle-ci ne s'enthousiasme particulières; quoique
pas volontiers d'un objet d'art qui nej provient pas de ses fabriques, elle
n'est pas indifférente à ceux qui sortent des ateliers français : dans tous les cas, n'est-ce
le
puissant mobile, de l'intérêt qui dirige dans pas tous
les pays la conduite des hommes?iln'y auraitrien
d'étonnant que ce même pouvoir eût subjugué
ses
et
principes,
goûts ses habitudes
celle-ci ne s'enthousiasme particulières; quoique
pas volontiers d'un objet d'art qui nej provient pas de ses fabriques, elle
n'est pas indifférente à ceux qui sortent des ateliers français : dans tous les cas, n'est-ce
le
puissant mobile, de l'intérêt qui dirige dans pas tous
les pays la conduite des hommes?iln'y auraitrien
d'étonnant que ce même pouvoir eût subjugué --- Page 127 ---
12I )
les colons de la Jamaique ainsi que leur gouvernement, dans l'oeuvre d'ailleurs méritoire de
donner Phospitalité à tant de Français fugitifs
de Saint-Domingue. Quoiqu'il en soit, les propriétaires ruinés se procurèrent facilement des
fonds pour établir des habitations : les gérans et
économes trouvèrent de fort bonnes places, et -
les artistes de très-belles entreprises. Aussi la Jamaique qui fournissait à peine du café pour la
consommation des habitans de l'ile, à Tépoque
où les Français y ont paru, est-elle aujourd'hui
puissamment riche en cette denrée. La cause de
ce phénomème peut être sans doute attribué à la
grande activité des colons français qui s'y sont
établis; mais ce qui deit aussi y avoir influé pour
beaueoup, ce sont les terres vierges composées
d'une matière pierreuse et argilleuse, qui les tient
constamment légères, et qui se trouvaient alors
toutes incultes, 9 dans des mornes d'une pente
douce, faciles à égouter sans se dégrader. L'abondance des pluies qui entretiennent des courans d'eau dans les moindres ravines, par le
temps des plus grandes sécheresses ; la chaleur
ardente des rayons du soleil, pendant les mois
d'août et septembre, mettent cette terre humide
dans un tel état de fermentation, que les arbres
y sont, non-seulement étonnans en végétation,
I --- Page 128 ---
122 )
mais encore extrémement abondans en fruits.
Les branches apparentes, comme celles qui ne
s'aperçoivent pas, sont généralement remplies
de gros noeuds de cerises bien nourries; ; les
feuilles fortes, larges et longues en proportion -
garantissent le fruit du choc du vent et de la 7
pluie, tandis qu'à la faveur de leur substance
moëlleuse, le soleil pénètre le café d'une douce
chaleur.
Quel dommage qu'une température si favorableà la culture, qu'un sol si productif, en présentant des sources de fortune rapide, renferment en même temps des causes invisibles d'une
ruinecertaine. Lesanciens propriétaires ainsi
les nouveaux : les colons nationaux comme que les
étrangers, ont beau porter des soins dans le choix
de leurs nègres bossals; ils ont beau leur prodiguer de bons vêtemens et la meilleure nourriture;
leur donner deux jours de repos au-lieu d'un,
comme il est d'usage dans cette ile, trois fléaux
destructeurs doivent bientôt y miner sourdement
l'existence de la plupart d'entr'eux. Le premier se
manifeste par le dégoût absolu des alimens salubres, qui est sous peu de jours remplacé par un
desir ardent de manger de la terre. 7 de la cendre
ou du tuf, Leurs maîtres, 7 leurs gérans, leurs
économes ou leurs camarades, les surveilleront,
'un,
comme il est d'usage dans cette ile, trois fléaux
destructeurs doivent bientôt y miner sourdement
l'existence de la plupart d'entr'eux. Le premier se
manifeste par le dégoût absolu des alimens salubres, qui est sous peu de jours remplacé par un
desir ardent de manger de la terre. 7 de la cendre
ou du tuf, Leurs maîtres, 7 leurs gérans, leurs
économes ou leurs camarades, les surveilleront, --- Page 129 ---
(125 )
les gêneront, leur infligeront quelquefois des
châtimens, rien ne les empêche de satisfaire ce
besoin surnaturel. Si on les renferme dans des
chambres boisées, ils préféreront la poussière du
aux bananes et aux patates ; 3i on les
plancher 7
confie exclusivement à un surveillant fidèle pendant les heures du travail, ils tromperont adroitement sa vigilance, sous prétexte de quelquebesoin de la nature; s'ils sont gênés des mains, au
point de ne pouvoir les porter à la bouche, ils
s'étendront par terre dans un lieu écarté, et de
leur langue ils lécheront le sol succulent sur lequel ils se trouvent. Si on leur applique pour plus
de sûretéentre les repas, un masque surla figure,
et qu'on ne les en débarrasse qu'au moment, oû,
appelés à la grande case, le maitre lui-même
doit partager son diner avec eux, il est bien sûr
qu'ils le tromperont encore, s'il n'a pas soin de
visiter leursp poches ou leurs mains, dans lesquelles
ils cachent leur mets friand, pour le mêler avec
ceux qui n'ont aucun suc pour leur estomac. La
tension et l'inflammation du ventre, la couleur
étrange de la langue, la lividité des traits et
des yeux ne tardent pas à décéler l'état de dissolution irrémédiable dans lequel ils tombent. La
bouffissure de toutes les parties du corps gagne
le visage, et la mort en est la suite. J'avais Vu --- Page 130 ---
124) -
dans certaines habitations des mornes à SaintDomingue, , quelques nègres attaqués de cette
affreuse maladie; mais il s'en faut de beaucoup
que ce fat en aussi grande quantité qu'à la Jamaique. Par-tout les habitans y attribuent l'état
de cette étrange dépravation, à toute autre cause
qu'à celle de la température sous laquelle ils habitent. Les blancs, il est vrai, ainsi que les anciens nègres et tous les créoles se garantissent de
ce terrible fléau; mais le soin qu'ils prennent de
leur personne, l'attention qu'ils ont de boiser
leur chambre à coucher, et d'écarter au loin du
bâtiment qu'ils habitent, les eaux pluviales, par
des fossés et des saignées, les mettent à l'abri de
Phumidité du sol, tandis que le nègre nouvellement arrivé d'Afrique,se trouvant la plupart du
temps chargélui mêmede sa propre conservation,
dans un état qu'il ne supporte que forcément,
laisse à la seule nature le soin de son individu. Il
prend avec reconnaissance ce que son maître lui
donne: il se passe sans peine de ce qui lui serait
nécessaire; il se fixe là où on lui assigne sa place;
nulle ambition ne le tourmente tant que son sort
ne lui parait pas insupportable. Il couchera sur
sa natte s'il l'a trouve dans une cabane ; si elle
est par terre et dans la boue, il y dormira tout
aussi bien; ses actions en un mot, étant toutes
aisse à la seule nature le soin de son individu. Il
prend avec reconnaissance ce que son maître lui
donne: il se passe sans peine de ce qui lui serait
nécessaire; il se fixe là où on lui assigne sa place;
nulle ambition ne le tourmente tant que son sort
ne lui parait pas insupportable. Il couchera sur
sa natte s'il l'a trouve dans une cabane ; si elle
est par terre et dans la boue, il y dormira tout
aussi bien; ses actions en un mot, étant toutes --- Page 131 ---
( 1 125 )
dans l'intérêt de son maitre, c'est à lui à les diriger de manière à ce qu'elles lui soient avantageuses.
Le second fléau qui après celui-ci fait le plus
de ravages sur la caste Africaine dans les colonies, et principalement à la Jamaique, où il paralyse tous les efforts des colons dans la carrière
de leur fortune, est le scorbut; cette maladie est
endémique dans tous les lieux bas, peu aérés, et
dont le sol est spongieux et gras. Ses atteintes ne
sont pas mortelles; mais la médecine a signalé
ses ravages sur les tempéramens les mieux constitués. Ni les blancs, ni les créoles, ni les africains
n'en sont exempts; le scorbut, enfin, ne ménage
que les individus qui lui opposent des moyens
prophylactiques, 9 faute de ceux curatifs qui ne
sont connus encore de personne.
Quelques autres maladies particulières aux
nègres, et quisont originaires de leur pays natal,
telles que le Ver de Guinée 1 et les Pians, sont
également alarmantes. Cette dernière, la plus
tenace et la plus dégoûtante de toutes est trèscommune encore à la Jamaique; elle est de plus
contagieuse. Ceux qui en sont C affectés, ont jusque
dans les parties du corps qui ne se voilent jamais,
des ulcères vifs et toujours saignans qui résistent
à tous les onguens suppuratifs et dessicatifs. Les --- Page 132 ---
(126 )
racines de cette affreuse maladie sont toutes dans
la masse du sang qui en est infecté, même avant
qu'elle ne se manifeste au-dehors. C'est
quoi elle se
pourpropage, 1 malgré tous les moyens
préservatifs que l'on peut mettre en usage. Un
principe d'humanité commande alors de grands
sacrifices dela part d'un maitre; mais si ces sacrifices surpassent ses facultés, le malade est
abandonné à lui-méme; on l'éloigne parprudence
de la partie saine de l'atelier, et dans cet état de
délaissement où il ne peut vivre ni pour lui, ni
pour les autres, ni mourir pour voir terminer ses
souflrances, il ne peut s'empêcher de communiquerayec ses camarades et de propager la contagion,soit de jour, soit de nuit,en se rapprochant
du sexe auquel la nature l'enchaine par un
chant irrésistible,
penLe ver de Guinée n'est pas non plus une maladie, à ce que je crois, mortelle. L'origine de ce
mal n'est connue aux iles, que parce qu'en disent
les nègres eux-mêmes; qui seuls en certifient
P'existence en Afrique. Les blancs peuvent bien
les imiter dans le traitement
pour en arrêter les
progrès, mais ils ne sauraient en détruire les
causes. Un nègre en parfaite santé, du moins en
apparence, et avec les meilleures dispositions,
confondu dans le rang de ceux qui travaillent-à
mortelle. L'origine de ce
mal n'est connue aux iles, que parce qu'en disent
les nègres eux-mêmes; qui seuls en certifient
P'existence en Afrique. Les blancs peuvent bien
les imiter dans le traitement
pour en arrêter les
progrès, mais ils ne sauraient en détruire les
causes. Un nègre en parfaite santé, du moins en
apparence, et avec les meilleures dispositions,
confondu dans le rang de ceux qui travaillent-à --- Page 133 ---
1 127 )
la terre 1 abandonne tout-à-coup l'instrument
qu'il a dans les mains, et tombe sans mouvement
sur la place. Aussitôt on le transporte à Phopital;
le chirurgien, s'il s'y trouve, ou la négresse infirmière peu étonnés de son état, le dépouillent
de tous, ses vêtemens, et sur le champ on aperçoit les causes de sa maladie au dehors. Toutes
les parties de son corps sont remplies de pustules
saillantes, comme des boutons de petite vérole, 9
dans lesquelles on remarque entre cuir et chair,
une espèce de ver de la.grosseur d'un gros fil, 2
qui doit avoir, à ce que disent les nègres, plusieurs aunes de long. En effet, on se met aussitôt
en devoir de lier avec de la soie lextrémité apparente d'un de ces vers, et dele tirer doucement
en dehors, en le roulant autour d'un petit morceau de bois, jusqu'à ce que la résistance qu'on
sent, fasse juger convenable de s'arréter.I/hospitalière se fait alors aider par d'autres négresses. 7
dans cette opération délicate, qu'on répète plusieurs fois et pendant plusieurs jours de suite; le
malade se sent bientôt soulagé; mais il est longtemps hors d'état de reprendre le travail, tant à
cause de sa faiblesse que par le défaut d'embonpoint.
Voila l'analyse des fléaux ruineux pour tous
les propriétaires, qui ont leurs habitations situées --- Page 134 ---
(128 )
dans des mornes humides, soit à Saint-Domingue, soit à la Jamaique : mais, comme je lai
déjà dit, la grande quantité de pluies qui tombe
dans les montagnes de cette dernière ile, où
elles se trouvent très-rapprochées les unes des
autres, en rendent le séjour on ne peut plus pernicieux à l'espèce humaine. J'y ai connu des habitans français, qui,jouissant d'une confiance et
d'un crédit illimités, se sont trouvés enchainés
dans cette ile, où ils seront immanquablement
tributaires du commerce pendant longues années. En 1805, sept ans après l'établissement
des Français à la Jamaique, où la plupart auraient dà se trouver libérésd deleurs dettes, (si ces
fléaux ne les avaiens atteints ), une mesure de
policejugée nécessaire, avait porté le gouvernement de l'ile à s'assurer de tous ceux qui résidaient à Kingston. Il n'est pas douteux que les
planteurs français eussent imité alors ceux de
leurs compatriotes qui, libres de tous engagemens, se sont hâtés de quitter un pays, où ils ne
pouvaient plus résider, 7 sans déshonorer leur
nation.
Au reste, cet acte de défiance, qui est une injure faite aux Français, n'est qu'une suite des
malheurs de la guerre. Les habitans de la Jamaiquen'y ont aucune part. Il faut espérer quele sa-
'est pas douteux que les
planteurs français eussent imité alors ceux de
leurs compatriotes qui, libres de tous engagemens, se sont hâtés de quitter un pays, où ils ne
pouvaient plus résider, 7 sans déshonorer leur
nation.
Au reste, cet acte de défiance, qui est une injure faite aux Français, n'est qu'une suite des
malheurs de la guerre. Les habitans de la Jamaiquen'y ont aucune part. Il faut espérer quele sa- --- Page 135 ---
(129) )
crifice que nos colons ont fait dans ce pays, de
leurs usages et de leurs habitudes, pour mériter
l'estime'etla confiancedesAnglais, leur'épargniera
à l'avenir de semblables traitemens. Je reviens à
la situation dans laquelle s'est trouvée la colonie
deSaint-Domingue, après l'évacuation de l'armée
anglaise.
Toussaint, maitre du Port-au-Prince qui lui
avait été abandonné dans un état de défense formidable par ses nombreuses fortifications, poussa
rapidement ses conquêtes dans la partie du sud
de l'ile, et força Rigaud à chercher son salut
dans la fuite. Ce dernier chef partit pour.France,
et l'autre vit ainsi toute lar colonie soumise à sa
domination. Ve
Bientôt des proclamations, toutes plus rassurantes les unes que les autres, décidèrent beaucoup de Français réfugiés à la Jamaique et à
Cuba, à retourner à Saint-Domingue. Mais l'état
d'avilissement et le danger où ils se trouvèrent
sous'le régime que cel nègreyavait établi, décida *
ceux qui avaient eu de justes' défiances, à fixer
leur séjour dans lès pays où ils se trouvaient.
La paix que fit la France avec-les puissances
du continent, ne tarda pas à voir suçcéder celle
avec PAngleterre. Un aussi heureux événement
amena à son tour une forte escadre et de noma --- Page 136 ---
(150) )
breuses troupes françaises dans la
était alors presque. entièrement
colonie, qui
ruinée. L'embarquement de Toussaint pour France fut le.
lable que. le général français
préaordre de chose plus
remplit,et unnouvel
métropole, ainsi
analogue aux intérêts de la
l'ile,
qu'à ceux de la population de
devait remplacer celui que P'armée
trouvé établi.
y avait
Mais les Français, en coupant une tête
dre qu'ils avaient raison
delhyà linstant
decraindre, lui en virent
pousser un grand nombre d'autres.
Toussaint n'y était plus; mais
et Chuistophe le
Dessalines, Moise
remplacaient et.
core leur patron dans leur
surpassaient ennouveaux
esprit de révolte. Les
débarqués furent obligés de
et le climat et les insurgés; iln'en
combattre
pour. que la majeure
fallait pas tant
Partie y trouvât,
son chef, une mortprémnaturée.
ainsique
Je ne m'étendrai pas:sur la conduite
débris de nctre armée a tenue àr
que le
après la perte qu'elle fit du général SL-Domingue,
mandait; il, suffira à ceux
qui la comqui n'en ont aucune
connaissance, de savoir que Ies colons sont
malheureux de ne pouvoir dire
assez
chefs,quiavaient
aucun bien des
leur en faire. La tous.les pouvoirs en main pour
France et
reprise des hostilités entre la
PAngleterre a fait tomber au pouvoir
conduite
débris de nctre armée a tenue àr
que le
après la perte qu'elle fit du général SL-Domingue,
mandait; il, suffira à ceux
qui la comqui n'en ont aucune
connaissance, de savoir que Ies colons sont
malheureux de ne pouvoir dire
assez
chefs,quiavaient
aucun bien des
leur en faire. La tous.les pouvoirs en main pour
France et
reprise des hostilités entre la
PAngleterre a fait tomber au pouvoir --- Page 137 ---
15t )
de cettedernière paissance, un reste de marine et
de troupes de toutes armes; qui avaient peine à
échapper à lincendie, qu'ellés allumèrent ellesmêmes à St.-Domingue, ,et qui finit de consumer
les tristes restes de tous les désastres précédens.
La journée d'une nouvelle Saint-Barthélemy,
déjà tant provoquée ét tant réclamée du temps
de Polverel et : de Santhonax, eut enfin lieu':
tous les Français, hommes, femmes et enfans,
furent immolés sur les places publiques des principalés villes, par suite de la décision d'un conseil
général composé de tous les chefs nègres et mulâtres, qui fut convoqué aux Gonaivés, immédiatement après l'évacuation de l'armée du genéral Léclerc.
Depuis ce temps, une guerre interminable
entre tous les mulâtres de l'ile, réunis à Péthion
dans la partie du sud, et Dessalines en premier
lieu, et aujourd'hui Christophe, chef des nègres
dans la partie du nord, s'est soutenue avec opiniâtreté tant d'une part que de l'autre, et loujours
avecles forces queleur présente la caste africaine,
quiest-la véritablemachine propre à seconder les
vues de ceux qui ont la puissance en main pour
la faire mouvoir. La majeure partie de ces' êtres
pusillanimes (défaut qui parait-provenir de leur
nature) étant facile às subjagueret ài intimider, elie --- Page 138 ---
(152 )
où elle croit trouver
se jette àr corpsperdu partout
à
des
Maintenant, il me reste parler
un appui.
nègres marrons de la Jamaique.
les habiL'origine de ces nègres, disent tous
tans de l'ile, remonte à Tépoque d'une guerre
ont soutenué contre les Espagnols,
quelesAnglais
trouve située au
vers 1700. La Jamaique, quise
couchant et à la vue de celle de Cuba, appartecomme
nait alors au gonvernement espagnol,
Une
cette dernière lui appartient aujourd'hui.
présentant devant ses portsdurant
flotteanglaisese
débarqua de nombreuses
le cours des.hostilités,
qui firent aussitôt des dispositions pour
troupes 1
les armées régulières
s'en emparer. Après que
hors
furent mesurées, 5 les Espagnols se virent
se
à linvasion de Pennemi. Dans
d'étatde s'opposer
mirent sous les
les habitans'se
cette conjoncture,
à leurs défenseurs ; mais
armes et. se joignirent
faible. Alors
leur résistance se trouva encore trop
ils n'eurent d'autre ressource, pour se soustraire
à la domination du vainqueur; que, celle d'armer
esclaves
leur étaient les plus dévoués,
les
qui
résolution..
les aider dans leur noble
pour
ainsi composée de troupes
L'armée espagnole blanches et de couleur, et
régulières, de' milices
nombreux d'esclaves,ne fut pas assez
d'un corps
résisteràl la valeur des assiépuissante encorepouri
ils n'eurent d'autre ressource, pour se soustraire
à la domination du vainqueur; que, celle d'armer
esclaves
leur étaient les plus dévoués,
les
qui
résolution..
les aider dans leur noble
pour
ainsi composée de troupes
L'armée espagnole blanches et de couleur, et
régulières, de' milices
nombreux d'esclaves,ne fut pas assez
d'un corps
résisteràl la valeur des assiépuissante encorepouri --- Page 139 ---
( 155 )
geans.Le gouverneur espagnol capitula pour ce
quile concernait : les habitans sortirent de la Jamaique et se" retirèrent à Cubaget les nègres
armés se réfugièrent, avec. leurs femmes et leurs
enfans, dans un morne inaccessible qui porte le
nom de Montagne Bleue, pourluttér delà contre
des vainqueurs 1 qu'ils considérèrent dès ce moment comme leurs propres ennemis.
Les Anglais s'emparèrent néanmoins de lile 7
ety établirentle siègede leur gouvernement dan's
la ville capitale, qui portait alors, commea aujourd'huiencore, le nom des Spuminch.Tbnm.Antnou
velles de cette conquête, l'Angleterre expédia
soudain des flottes, qui furent suivies bientôt de
nombreux colons, ét dans peu de temps la Jamaique se trouva en mesure de faire apprécier à
la métropole, tous les avantages qu'elle devait retirer du commerce des Indes occidentales. Cette
possession leur devenait en effet beaucoup plus
précieuse encore par sa situation géographique,
que par les produits qu'elle retirait de sa localité,
puisqu'elle est naturellement la clef de toutes les
richesses du Pérou et du Mexique.
Cependant les nouveaux possesseurs de la Jamaiquéne pouvaient ni cultiver ni exploiterleurs
habitations, sans éprouver de la part des nègres
'marrons des traitemens tels, en quelque sorte, que --- Page 140 ---
154) )
ceux que les Espagnols s'étaient attirés des naturels du pays, 2 lorsqu'ils s'y fixèrent pour la
mière fois; c'est-à-dire, que leurs établissemens preétaient livrés aux flammes, leurs plantations défrichées, et leurs personnes sacrifiées à toutes les
cruautés imaginables. La force armée anglaise ne
pouvant pas plus intimider ces marrons que les
Espagnols n'avaient résisté aux armes britanniques, les nouvéaux venus n'eurent qu'un seul
moyen à mettre en usage pour rester maîtres
du pays; ce fut. de capituler "avec ces' nègres
marrons.
Il parait qu'il a dû s'écouler quelques années
ehtré la prise de la Jamaique par les' Anglais, et
le. temps où cette capitulation eut lieu avec les
marrons, puisque déjà le gouvernement de Pile
était fondé surdes mêmes bases qui subsistent
encore en ce moment, et que ces nègres purent
obtenir l'insigne faveur de nommer un ou plusieurs députés auprès de l'assemblée coloniale;
qui se trouve investie de toute l'administration
intérieure. Les marrons obtinrent en outre la
faculté de fonder plusieurs villages dans diverses
parties du territoire de la Jamaique, eti il leur fut
accordé une certaine étendue de terrein,
pour
pouvoir y cultiver les productiens nécessaires à
leur existence. D'autres articles de ce traité ré-
obtenir l'insigne faveur de nommer un ou plusieurs députés auprès de l'assemblée coloniale;
qui se trouve investie de toute l'administration
intérieure. Les marrons obtinrent en outre la
faculté de fonder plusieurs villages dans diverses
parties du territoire de la Jamaique, eti il leur fut
accordé une certaine étendue de terrein,
pour
pouvoir y cultiver les productiens nécessaires à
leur existence. D'autres articles de ce traité ré- --- Page 141 ---
(1 155 )
glèrent aussi leurs droits civils, et fixèrent la ligne
de démarcation qui devait subsister entre eux et
les habitans blancs et de couleur.
La chronique ajoute, que par la paix qui fut
conclue à la suite de la guerre entre les deux
puissances européennes, 7 le gouvernement britannique ne s'était réservé la propriété de cette
colonie que pendant cent ans, 2 et qu'au bout de
ce terme, la remise devait en être faite aux Espagnols. C'est donc dans ces derniers temps que
cet article du traité aurait dû recevoir son exécution ; mais la circonstance d'une nouvelle guerre
entre ces. deux nations aura, sans doute, fait
oublier à Pune, de la réclamer, et à P'autre de la
rendre.
Note qui devait étre placée i la page 84.
Qu'ai-je tant besoin dem'excuser auprès du lecteur,
de ce que je Tentretiens d'un fait qui me regarde ?
M. le colonel Malenfant, auteur aussi d'un Mémoire
historique sur Saint-Domingie, nous y donne bien,
au tableau près de sa généalogie, l'histoire de sa vie
toute entière. Il est bien aise de nous faire connaitre
en passant, qu'il a. su capter les bonnes grâces d'un
grand général ; qu'un premier consul de France n'a
pas dédaigué ses services pour les colonies; que là et --- Page 142 ---
(136 )
ailleurs il a tout observé, tout vu et tout entendu;qu'il
a enfin des connaissances profondes en matière de législation, d'administration, de finances, d'économie,
d'agriculture, de commerce, ete. etc. etc.; et par-dessus
tout cela, il est d'une rare impartialité dans tout ce.
qu'il raconte.
Je serais donc bien aveugle, si ie n'y voyais moimême un exemple frappant, et bien dangereux, de la
passion quile domine. Par quelle fatale inspiration, ce
charitable apôtre de la philanthropie yient-il dévoiler
aux yeux de la France trop crédule, des actions inhumaines, parties d'un transport effréné de quelques individus à Saint-Domingue, tandis qu'il gardenn silence
absolu sur les bienfaits exercés par le plus grand
nombre de ses habitans ? :. En France, cheztoutes
les nations, partout où il y a des hommes, ne s'en
trouve-t-il pas, dans le grand nombrè, de violens, de
colères, d'assassins ? Mais la loi iles punit. Pourquoi, à
Saint-Domingne, la justice 'n'y prendrait-elle pas sous
sa protection les individus de toutes les classes
FIN.
Saint-Domingue, tandis qu'il gardenn silence
absolu sur les bienfaits exercés par le plus grand
nombre de ses habitans ? :. En France, cheztoutes
les nations, partout où il y a des hommes, ne s'en
trouve-t-il pas, dans le grand nombrè, de violens, de
colères, d'assassins ? Mais la loi iles punit. Pourquoi, à
Saint-Domingne, la justice 'n'y prendrait-elle pas sous
sa protection les individus de toutes les classes
FIN. --- Page 143 --- --- Page 144 --- --- Page 145 ---
5.-
DÉYELOPPENENT
DU PLAN PROPOSÉ
POUR LA RENTRÉE EN POSSESSION D E
L'ILE Sr-DOMINGUE,
Faisant suite à l'ouvrage sous le titre de
FAITS HISTORIQUES SUR SAINT-DOMINGUE, etc.
de
PAR Mr. GROUVEL.
Mais le troisieme point de la prophétie devait aussi avoir
son accomplissement 5 et c'est encore ce qui n'a point
manqué d'arriver. L'esclavage où CS peuples de PEurope,
descendus de Japhet, réduisent journellement les nègres
issus de Cham, qui a peuplé LAfrique, n'est encore que
lexécution de cette terriole sentence sur la déplorable postérité de ce fils, chargé de la malédiction de son père et de
celle de Dieu, qu'il avait offensé en Jui.
C'est la source fatale de la servitude de ces peuples infortunés. Le célébre MONTESQEIEU et d'autres lui ont inutilement cherché une cause, ils n'ont pu la trouver ailleurs,
parce qu'elle n'était que là.
Mr. LE BRICANT, Dissert. sur les Celtes brig. p. 87.
A PARIS,
NOVEMBRE 1814. --- Page 146 --- --- Page 147 ---
DÉVELOPPEMENT
DU PLAN PROPOSÉ POUR LA KENTRÉE EN POSSESSION DE
L'ILE DE Sr-DOMINGUE.
Lrs élémens du plan que je propose pour
rentrer en possession de SL-Domingue, prennent
leur source dans plusieurs considérations qui me
paraissent plus puissantes les unes que les autres.
La principale de toutes, je la trouve dans la
constitution morale de la caste africaine, 9 qui
forme la majeure partie de la population de cette
colonie : celle qui suit cette première, me parait
être dans la position géographique, la forme
physique et la statistique de l'ile : les autres sont
prises de l'exemple d'une grande nation, aussi
habile en politique que savante dans l'art de
s'agrandir, 9 de s'enrichir et de se gouverner.
L'expérience et. la pratique venant ainsi à l'appui
de mon systême, il ne me reste plus qu'h le
démontrer d'une manière claire et précise, afin
cette
colonie : celle qui suit cette première, me parait
être dans la position géographique, la forme
physique et la statistique de l'ile : les autres sont
prises de l'exemple d'une grande nation, aussi
habile en politique que savante dans l'art de
s'agrandir, 9 de s'enrichir et de se gouverner.
L'expérience et. la pratique venant ainsi à l'appui
de mon systême, il ne me reste plus qu'h le
démontrer d'une manière claire et précise, afin --- Page 148 ---
(156 2 )
qu'on puisse se pénétrer des ayantages qui en
résulteront, sila France l'adopte de préférence à
tout autre.
Mais ici se présente une tache infiniment difficile qu'il me faut préalablement remplir : celle
de résoudre un problème qui occupe toutes les
têtes et qui exerce tous les esprits : il faut avant
tout, quelqu'étrange que cela puisse paraîire,
que je plaide la cause de lhumanité contre la
philantropie des imprudens amis des noirs; il
faut enfin que je fasse ensorte de prouver, que la
population africaine (qui intéresse tous les peuples civilisés de TEurope), était à St.-Domingue,
avant la révolution, aussi heureuse qu'elle put
jamais P'être ; beaucoup plus par conséquent
qu'elle ne l'a été depuis, et qu'elle ene l'est encore
au moment où j'écris en sa faveur; et qu'ainsi
rien n'est moins philantropique, que de vouloir
lui assurer désormais les prétendus avantages
d'une liberté prématurée qui lui est vraiment
funeste.
Les systême que je vais essayer de démontrer,
ayant déjà reçu une première esquisse dans mon
ouvrage sous le titre de Faits historiques sur
St.-Domingue, je n'y ajouterai que ce qui me -
paraitra absolument indispensable,
J'observe d'abord qu'ayant malheureusement --- Page 149 ---
(157)
figuré moi-même sur ce théâtre, et étant une
des victimes des scènes d'horreur qui ont bouleversé et embrasé la colonie, je suis censé en
connaitre les acteurs par leur moral et leur physique. Orje crois pouvoir d'autant mieux les
juger, que je les ai étudiés dans leur premier
début; que je les ai suivis dans toutes leurs
actions, et que ce n'est qu'aprés tout ce quej'ai
vu, entendu et soigneusement observé, que j'ai
entrepris la justification des colons et la défense
des vrais intérêts des noirs et des hommes de
couleur.
Dans ce siècle de révolution, quelques hommes
ont voulu faire de la liberté des peuples lepropre
ouvrage de leurs mains. Qn'en est-il résulté? un
bouleversement presqu'universel en France, un
joug de fer, une caplivité ignominieuse; même
une sorte d'opprobre pour celles des nations, qui
n'ont pas cu assez de vertu pour rester à la place
et dans l'état que Dieu leur avait assignés. Pour
quelques abusà réformer dans leur patrie, ils en
ont créé de bien plus monstrueux encore; car
lorsqu'ils ont appelé tous les peuples à une liberté chimérique, ils n'ont fait que forger des
chaines pour asservir à leur pouvoir les contrées
les plus éloignées. Tout y était mal suivant eux; ;
rien n'était à sa place! Et, par l'effet de leurs
cu assez de vertu pour rester à la place
et dans l'état que Dieu leur avait assignés. Pour
quelques abusà réformer dans leur patrie, ils en
ont créé de bien plus monstrueux encore; car
lorsqu'ils ont appelé tous les peuples à une liberté chimérique, ils n'ont fait que forger des
chaines pour asservir à leur pouvoir les contrées
les plus éloignées. Tout y était mal suivant eux; ;
rien n'était à sa place! Et, par l'effet de leurs --- Page 150 ---
158 )
étranges innovations, 9 tout y a été dérangé,
tout a été détruit, et demande avjourd'hui à être
renouvelé.
Oui, la liberté donnée aux noirs a été le
présent le plus fatal qu'on ait pu leur faire,
puisque leur sort est pire qu'il ne l'était dans
l'étatde servitudeoà onles tenait à St.-Domingue.
Iln'est pas douteux qu'ils ne désirent rentrer
dans cette condition, qui leur promet une existence plus paisible et plus tranquille, qui leur
offre plus de ressources et leur impose moins de
privations. Il n'y a pas de doute non plus qu'ils
ne préfèrent avoir pour maîtres des blancs,
plutôt que des nègres comme eux, si le retour
des propriétaires sur leurs habitations est signalé
par des actes de bonté, de bienfaisance et d'humanité: : par des dons, des sacrifices, des générosités. Mais alors il est nécessaire et même
indispensable que les colons y paraissent avec
des moyens pécuniaires; car il est plus que probable qu'ils n'y trouveront rien, ni pour leurs
besoins personnels, ni pour ceux de leurs ateliers.
J'ai dit que les noirs préféreront la domination
des blancs à celle de leurs pareils, ou des mulâtres, et il ne faut, pour s'en convaincre, que
retracer icila conduite que tenaient les colons
dans l'acquisition de leurs esclayes 9 dans la --- Page 151 ---
- d 2 159 )
manière dont il les traitaient, et dans les soins
qu'ils leur prodiguaient pour leur conservation
et leur bien-être.
Lhabitant planteur à St.-Domingue cherchait,
le plus qu'il lui était possible, à composer son.
atelier d'autant de nègres que de négresses. S'il
n'eût consulté que son intérêt, quand il en achetoit de ceux que le commerce y introduisait,
il aurait pris de préférence beaucoup plus de
femmes que d'hommes, par la raison que les travaux de l'agriculture étant le partage exclusifdu
sexe dans les contrées dont on les tirait, les négresses se trouvaient, par habitude, en état de
servir leur maître dès leur arrivée.
Il n'en était pas de même des nègres mâles.
Ceux-ci étaient transportés aux colonies, sans
jamais avoir fait usage de leurs bras pour aucune
espèce d'ouvrage. Leur vocation, dans leur pays
natal, étant de chasser, de pêcher, ou de guerroyer, ce n'était qu'à force de tems et de ménagement, qu'on parvenait à les habituerau travail.
Ce n'était donc pas un motif de cupidité qui
engageait le colon à former son atelier d'un
nombre égal de nègres et de négresses; mais ce
qui le guidait dans ses vues libérales, c'était un
principe d'ordre eet un sentiment d'humanité. Le
premier objet que le maitre se proposait, c'était
pêcher, ou de guerroyer, ce n'était qu'à force de tems et de ménagement, qu'on parvenait à les habituerau travail.
Ce n'était donc pas un motif de cupidité qui
engageait le colon à former son atelier d'un
nombre égal de nègres et de négresses; mais ce
qui le guidait dans ses vues libérales, c'était un
principe d'ordre eet un sentiment d'humanité. Le
premier objet que le maitre se proposait, c'était --- Page 152 ---
( 160 )
sa fortune, sa prospérité, son bonheur, et il ne
pouvait trouver tout cela que dans la conservation
et le bien-être de ses esclaves; ainsi il ne dépendait que d'eux d'être heureux. Le sort les ayant
placés entre ses mains, cet habitant devait nécessairement rechercher dans l'utile emploi de ses
capitaux,1 ledouble avantage de les voirfructifier,
et de remplir un devoir qui flattait son coeur.
Aussi allait-illui-méme à bord du vaisseau pour
Is choisir; il mettait tous ses soins à motiver sa
préférence en faveur des meilleurs sujets, et il ne
la donnait qu'à ceux qu'il jugeait étre doués de
plus de docilité que de force, pour les services
qu'il était en droit d'en attendre. Pour peu que
les nègres répondissent aux vues de leur maitre,
et prissent soin de leur propre conservation, ils
étaient sursde voira améliorer leur sort. Et tandis
qu'ils étaient contens et satisfaits, leur maître était
en proie à de perpétuclles sollicitudes sur les
fléaux qui menaçaient sa récolte et son mobilier,
ainsi que sur l'état politique de l'Europe, qui au
sein de la plus profoude paix se trouve toujours
menacée de la guerre. Le sort de toutes les colonies étant intimement lié aux chances les plus
incertaines, le planteur était donc sans cesse
exposéà-tous les maux, à toutes les privations,
et se trouvait même dans l'impossibilité de faire --- Page 153 ---
I 16I )
honneur à ses engagemens, si le commerce extérieur ne venait à son secours.
L'esclave au contraire, 7 pendant ce tems-là,
remplissait gaiment sa tâche, acquittait sa dette
envers son maitre, en faisant ce qu'il voyait faire
à tous ses camarades, en travaillant comme font
tous les blancs, comme fonttousles hommes, dans
tous les pays, excepté cependant dans le sien. Il
était vêtu pour la première fois de sa vie, parce
que les moeurs de son maitre l'exigeaient sans
que le climat l'y contraignit : il était nourri sous
des yeux vigilans, jusqu'à ce qu'il se lassât de ce
soin, dontil pouvait bientôt se charger lui-même:
il vivait paisiblement avec sa compagne, et ily
était encouragé par: son maitre; la portion de terre
qu'il avait en propriété, s'il la travaillait, lui
fournissait des subsistances en sus de ses besoins,
et cet excédant il pouvait le vendre et s'en faire
une ressource. S'il avait de l'ambition, avec de
l'industrie et de l'activité il pouvait la satisfaire,
son patron le favorisait dans ses projets; s'il était
malade, il était bien soigné; s'il était prévenant
et bon, il était récompensé : enfin, s'il donnait
des preuves d'un dévoucment sincère, s'il rendait
quelque service signalé à son maitre dans unc circonstance où il était forcé de mettre sa fidélité à
l'épreuve, il obtenait sa liberté.
industrie et de l'activité il pouvait la satisfaire,
son patron le favorisait dans ses projets; s'il était
malade, il était bien soigné; s'il était prévenant
et bon, il était récompensé : enfin, s'il donnait
des preuves d'un dévoucment sincère, s'il rendait
quelque service signalé à son maitre dans unc circonstance où il était forcé de mettre sa fidélité à
l'épreuve, il obtenait sa liberté. --- Page 154 ---
( 162 )
Quel témoignage viendra à l'appui de cette
importante vérité, que les noirs à St.-Domingue
étaient plus heureux dans l'état d'esclavage qu'ils
ne le sont dans celui de la vie libre! La caste
africaine serait-elle donc réduite àn'avoir d'autre
défenseur que mon zèle impuissant! La classe
des propriétaires blancs ne se serait-elle jamais
récriée contre une calomnie qui l'outrage; et
avait-elle besoin du secours de ma faible plume
pour plaider sa cause auprès du tribunalsuprème
de la France qui la condamnée, et qui lui a fait
subir son rigoureux jugement avant d'avoir entendu sa jastification! Mais non, les colons et
leurs esclaves ont déjà trouvé un généreux et
éloquent défenseur. Ce vrai philosophe, ce sincère ami de Phumanité, habitant une terre hospitalière, a bien mieux que moi défendu leurs
droits. Voici le langage dans lequel il,exhale
ses plaintes (1):
(( Français d'Europe, on vous trompe quand
on vous dit que le noirne regrette pas son ancien
état; apprenez que dans sa case le nègre était
cent fois plus heureux que VOS vignerons et tous
vos hommes de journée. Était-il malade, rien
(1)M- M.J.LA NEUVILLE : le dernier Cride SaintDomingue et des Colonies : Philadelphie 1800.
A 17 --- Page 155 ---
( 163 )
ne souffrait chez lui, et on le soignait dans un
bâtiment séparé. En état de santé, avait-il là redouter la famine et l'affreuse disette 2 Non,
jamais ; tel nègre sobre et laborieux, du produit
de sonl industrie, avait de quoi se racheter et ne
le faisait pas. Ses animaux, son jardin, les petits
ouvrages qu'il savait faire, lui donnaient une
existenice quen'aurontjamais ailleurs les ouvriers
journaliers. Tel commandeur achetait, ou pouvait acheter des esclaves : on peut en citer beaucoup chez lesquels l'usage des montres 7 de
l'argenteric, était la moindre preuve de l'aisance;
et leur pécule s'accroissant d'autant plus rapidement, que quelque nombreuse que fut leur
famille, elle n'était jamais à leur charge.
)) Osez en dire autant de ces malheureux, qui
de leurs bras nourrissent une femme et plusieurs
enfans? Un accès de fièvre dans leur misérable
réduit, apporte avec luila famine et le désespoir;
si quelqu'homme bienfaisant vient y porter une
légère consolation, qui suffit à peine au besoin
du moment, il est béni, cité comme un héros
de bienfaisance, n'est-il pas vrai Eh bien!
dans nos colonies les soins du blanc envers le
noir étaient des devoirs, et ni l'un ni l'autre ne
se séraient jamais imaginé qu'on pouvait s'en dispenser. Mais, direz-vous, votre intérêt vyous fai-
ila famine et le désespoir;
si quelqu'homme bienfaisant vient y porter une
légère consolation, qui suffit à peine au besoin
du moment, il est béni, cité comme un héros
de bienfaisance, n'est-il pas vrai Eh bien!
dans nos colonies les soins du blanc envers le
noir étaient des devoirs, et ni l'un ni l'autre ne
se séraient jamais imaginé qu'on pouvait s'en dispenser. Mais, direz-vous, votre intérêt vyous fai- --- Page 156 ---
T - 164)
sait la loi de soigner cet homme comme nous
soignons les chevaux xetnos boeufs delabour. Oui,
mais ces vieillards des deux sexes, qui sous leurs
cheveux blancs bénissaient leurs patrons, quel
sentiment dictait la bienveillance à leur égard
Non, non, Français, les colons n'étaient pas des
tigres : chez eux la masse des nègres était complètement heureuse; autrefois on les punissait,
maintenant on lesfusille.
) Vous ne croirez pas non plus que des noirs
n'ont pas voulu de la liberté qu'on leur donnait,
et sont venus supplier à mains jointes qu'on leur
periit de rester ce qu'ils étaient. Non, vous
croirez bien plutôt qu'on buvait leur sang, qu'un
gouverneur de St.-Domingue a mangé un négrillon, et cent autres absurdités en ce genre.
Il est vrai, malheureusement, qu'on a vu quelques blancs atroces, mais en très-petit nombre.
Plusieurs ont dû paraitre rigides et sévères; mais
est-ceque dans près de 500,000 noirs iln'y en avait
pas d'assassins, d'empoisonneurs, d'anthropophages? Cette négresse Mondongue, du quartier
de Jérémie, qui, en 1786, dans ses fonctions
d'accoucheuse, faisait périr les enfans nouveaux
nés pour les dévorer, méritait-elle de Pindulgence? Eh bien! malgré ces horreurs, l'espèce
entière n'en était pas moins bien traitée. Mais --- Page 157 ---
(165 2 )
vous, pour le crime de quelques particuliers,
vous punissez des milliers d'hommes
(1) J'ai aussi affirmé, dans le cours de ma narration
des Faits historiques, page 54, que les nègres importés aux colonies, sont esclaves dans leur pays
natal, etque, dans les guerres perpétuelles que certains
chefs de peuplades se font entr'eux, les vainqueurs
assouvissent leur faim, la plupart du tems, avec la
chair de leurs prisonniers : et je ne suis pas encore
le seul qui rapporte ces tristes verités. Le même auteur nous renvoie, pour mienx nous en couvaincre,
aux relations des voyageurs philosophes qui ont pénétré en Afrique, et qui ont bravé tous les dangers >
pour contribuer au progrès des sciences.
( Chez les Monsombes, les Mesurades, les Mondongues, les Cangas et autres peuplades du haut des
rivières de la côte de Malaguette, disent ces voyagenrs,
ce ne sont pas les curopéens qui vont aux boucheries
publiques y disputer, à prix d'argent, les membres
humains dont ces cannibales font, de temns immémorial, leur nourriture journalière; ce n'est point à
leur cupidité qu'ils doivent leur affreuse prédilection
pour la chair de leurs scmblables. Philips, Smith,
Bosman, Snelgrave, Lamb et Atkins s'accordent tous
à dire, qne la traite, offrant un moyen de satisfaire la
cupidité des tyrans qui régnent dans ces contrées, avait
presqu'aboli ces nombreux égorgemens qui accom-
, les membres
humains dont ces cannibales font, de temns immémorial, leur nourriture journalière; ce n'est point à
leur cupidité qu'ils doivent leur affreuse prédilection
pour la chair de leurs scmblables. Philips, Smith,
Bosman, Snelgrave, Lamb et Atkins s'accordent tous
à dire, qne la traite, offrant un moyen de satisfaire la
cupidité des tyrans qui régnent dans ces contrées, avait
presqu'aboli ces nombreux égorgemens qui accom- --- Page 158 ---
(166) )
(( On veut, on doit, direz-vous, briser les
fers de P'esclavage. Quel est P'homme tigre qui
s'y oppose? Français d'Europe, avez-vous pu
pagnaient toujours les fètes ou les cérémonies religieuses : que les rois de Juida, qui font paver leur
palais avec les crânes de leurs victimes, qui, pour
accueillir quelqu'un et le congédier agréablement, ne
connaissait d'autre moyen de satisfaire leur luxe épouvantable, que celui de faire voler des têtes, ne savent
(dans leur fureur, comme dans leur joie) donner
d'autre spectacle que celui de l'effusion du sang : qu'il
en est qui refusent à leur avarice l'or qu'on vient leur
offrir, pour les dispenser .d'une cruauté qui fait leur
passe-tems et leur volupté. Des capitaines français
ayant osé offrir de payer chèrement des malheureuxdestinés à périr pour égayer une fête, y. ont été maltraités comme voulant priver le souverain de ses
plaisirs; mais cependant la soif de l'or et des richesses
prévaut généralement, ct, à la voix de l'intérêt, le
sang humain ne coule plus autant sur ce sol exécrable.>
Entendons encore içi la voix du véritable philosophe qui, s'adressant aux sectateurs enthousiastes de
la cause des noirs qu'ils déshonorent, leur dit:
( Vous dont la philantbropie erronée vous porte à
chérir exclusivement ces indigènes de contrées lointsines,m'allégneriez-vous encorelhumanité? A quelles
pages du livre des destinées, avez-vous vu que TAfrique --- Page 159 ---
(167 )
croire que l'habitant des colonies fut d'une espèce assez différente de la vôtre, pour lui refuser
jusqu'aux sentimens qu'imprime le sceau de lhumanité? Parmi ces hommes que vous calomniez
si cruellement au sein même de l'infortune où
vous les avez plongés, vousignorez donc qu'il est
des vertus respectables ? Croyez-vous leur avoir
dàt recevoir de vous les lumières de la civilisation ?
Savez-vous, au vrai, ce qu'a été telle partie du globe
et ce qu'elle doit être un jour, pour vous croire destinés
à sa restauration, ou à guider ses premiers pas versles
sciences et les arts? Vouloir anticiper sur les révolutions physiques serait un projet ridicule; eh bien!
il ne vous est pas plus possible de faire naitre spontanément un homme de génie chez les Heuplades
d'Afrique, que d'y amener les frimats i de Ja zène
glaciale. Laissez-donc au tems le soin d'opérer de
pareils changemens, puisqu'il ne dépend pas de vous
d'accélérer sa marche lentement progressive!,
))
( Instruisez-vous de la politique, des moeurs et des
usages, qui régissent les différentes parties del'Afrique
qui nous sont connues ; vous verrez qu'en exporter
le noir, c'estle soustraire à une mort presque certaine,
qui l'attend dans les combats, ou dans les rigueurs
d'une servitude qui le met au-dessous de la brute, et
qui ne doit avoir d'autre terme que celui de sa misérable existence. >)
pas de vous
d'accélérer sa marche lentement progressive!,
))
( Instruisez-vous de la politique, des moeurs et des
usages, qui régissent les différentes parties del'Afrique
qui nous sont connues ; vous verrez qu'en exporter
le noir, c'estle soustraire à une mort presque certaine,
qui l'attend dans les combats, ou dans les rigueurs
d'une servitude qui le met au-dessous de la brute, et
qui ne doit avoir d'autre terme que celui de sa misérable existence. >) --- Page 160 ---
- 1 168 )
appris à faire des heureux? Chez eux, les villes
et les campagnes offraient de toutes parts des
Africains depuis long-tempsrendus; sà la liberté(1).
Apprenez que ces hommesquelon vous a désignés
comme des barbares, ont forcé la prudence du
Gouverneméut d'arrête. le cours trop nombreux
deleurs bienfaits en ce genre. A cet effet, Oni mit
un prix assez considérable aux ratifications des
libertés; mais cette mesure n'étant qu'un faible
obstacle que surmontait aisément la générosité
des propriétaires, et les affranchis se multipliant
tous les jours dans une progression destructive
de l'agriculture, les Chefsde la colonierefuserent
souvent d'obtempérer au voeu des colons. Ce qui
donna lieu à ces nombreuses manumissions - 2
nommées libertés de savanne, moyen furtif qui
satisfaisait le bienfaiteur, en éludant la sage sévérité du Gouvernement à cet égard ).
Donc, l'esclavage des noirs à St.-Domingue,
était pour eux un état aussi doux qu'il pouvait
l'être, etl Boscompplassepyentbie quecelui dans
lequel la nature les a placés, dans leurpays natal.
Voyons maintenant si la même caste est plus
heureuse dans l'état de liberté dont elle jouit.
(1) En 1789, il y avait à Saint-Domingue 28,000
affranchis ou descendans d'affranchis.
égard ).
Donc, l'esclavage des noirs à St.-Domingue,
était pour eux un état aussi doux qu'il pouvait
l'être, etl Boscompplassepyentbie quecelui dans
lequel la nature les a placés, dans leurpays natal.
Voyons maintenant si la même caste est plus
heureuse dans l'état de liberté dont elle jouit.
(1) En 1789, il y avait à Saint-Domingue 28,000
affranchis ou descendans d'affranchis. --- Page 161 ---
(1 16g )
On sait qu'à l'époque où cette liberté leur
fut donnée, ses fondateurs (r), pressés par les
circonstances, n'eurent que le tems de la proclamer : ils avaient (à en juger par la conduite
qu'ils ont tenue) un autre objet en vue, dont ils
s'occupèrent préalablement avant d'en poser les
règles sur des bases solides. Ilsdirent simplement
aux nègres : la France vous donne la libertépar
notre organe,faites-en un bonusage; mais avant
tout, il faut que vous nous aidiez à dépouiller
20S maitres : ilfaut que nousfassions de SaintDomingue un désert, dans lequel vous reconnaissiez vos contrées d'Afrique. Alors, dans cet
état le plus rapproché de la nature, vous rentrerez dans la jouissance de vos droits primitifs;
vous y rétablirez VOS mceurs simples et VOS
usages : vous reprendrez toutes vos habitudes 2 :
vous donnerez un libre essor ce vos penchans et
à vOS inclinations : rentrant enfin dans l'ordre
moral établi par la main qui a tout ordonné,
vous servirez de modèles à vOs malheureux
frères quipeuplentles Antilles, et que les blancs
de toutes les nations asservissent.
Ces zélés libérateurs commencèrent donc leur
ouvrage;mais ils ne purent l'achever. Des voisins
(1) Polverel et Santhonax..
--- Page 162 ---
170 )
actifs et surveillans (1), peu intéressés à cet ordre
de choses, 2 vinrent les interrompre dans leur
entreprise. Les protecteurs de T'humanité, forcés
à quitter brusquement le pays (2) eurent cependant à se féliciter de leur fameux coup
d'essai; car ils avaient déjà lancé l'étincelle électrique, quidevait produire l'affreux incendie qui
a dévoré cette malheureuse contrée.
Un chef de la caste africaine (5) jouissant déjà
de tous les honneurs et de toutes les prérogatives
attachées à des fonctions d'une haute importance,
avait l'estime de ses compatriotes et la confiance
desdélégués.Cenoir bieninstruit, bien endoctriné
par ces fervens apôtres de la philanthropie 9 ne
pouvait manquer de les remplacer avec avantage
et de les suppléer en tout avec le plus grand
succès. En effet, tranquille possesseur d'une
province entière (4), il s'attacha dans cette
(1) Les Anglais de la Jamaique. (Foyez les Faits
Historiques, P. 59).
(2) Faits historiques P. 72).
(3) Toussaint Louverture.
(4) La partie du nord de St.-Domingue jusqu'a
St.-Marc était soumise an pouvoir de Toussaint,
pendant tout le tems que les Anglais, dans la partié
de T'Ouest, s'eflorçaient de soumettre l'ile à lenrdomi-
il s'attacha dans cette
(1) Les Anglais de la Jamaique. (Foyez les Faits
Historiques, P. 59).
(2) Faits historiques P. 72).
(3) Toussaint Louverture.
(4) La partie du nord de St.-Domingue jusqu'a
St.-Marc était soumise an pouvoir de Toussaint,
pendant tout le tems que les Anglais, dans la partié
de T'Ouest, s'eflorçaient de soumettre l'ile à lenrdomi- --- Page 163 ---
(171) )
partie de l'ile à élever l'édifice dont ses prédécesseurs n'avaient pu poser que les fondemens.
Il eut beaucoup de peine, sans doute, sinon à
saisir lidée du plan, du moins à en combiner
les moyens d'exécution. Mais l'ambition, qui
jusqu'alors n'avait eu aucun accès dans son ame,
développa son génie et ses ressources; à l'aide
de conseils qui P'entouraient, au moyen de son
infatigable activité 3 et surtout de la grande
sévérité avec laquelle il faisait exécuter SCS
volontés, il parvint enfin au but qu'il s'était
proposé, c'est-à-dire, à régner en maitre, en
souverain opulent.
nation. Ce chefs'occupa d'abord de consolider-T'oeuvre
des commissaires. Il obligea les noirs ses camarades,
à résider sur les propriétés de leurs anciens maitres :
il les y attacha en leur accordant le quartdes revenus.
Le plus intelligent était le fermier de T'habitation, il
avait un autre quart pour lui : un troisième quart
était destiné aux frais d'entretien, et l'autre quart
entrait dans la caisse de Toussaint. Cet ordre de
choses a subsisté depuis ce tems-là et subsiste encore
dans toute la colonie. Les nègres n'ont pu se soumettre
à rester surleshabitationsauxquellesils étaientattachés,
qu'après qu'ily en eût eu un grand nombre d'entr'eux
fusillés dans les chemins. --- Page 164 ---
I 172)
Voila le merveilleux régime qui, depuislannée
1795, jusqu'à l'évacuation des anglais en 1798,
fut établi idans une partie del'iled deSt.Domingue,
et ce régime s'est maintenu depuis cette dernière
époque jusqu'à nos jours, dans toute la colonie.
Ce n'est plus, à la vérité, 9 le même souverain
qui y. commande en despote : il a terminé sa
carrière, comme ont fait tant d'autres, après
avoir teint la terre du sang de ses semblables
pour satisfaire ses vues ambitieuses : mais deux
nouveaux chefs de couleur différente l'ont remplacé et se disputent aujourd'hui le pouvoir
suprème.
Je laisse à juger à l'homme impartial, 2 quel
doit être le sort du nègre africain cultivateur,
sous un régime tel que celui dont je viens de
donner la description, et dans un pays entouré
d'un élément qui le prive de tout commerce 1
de toutes relations extérieures, pour peu que le
fléau de la guerre pèse sur l'Europe.
Mais, disent les amis des noirs, les cultivateurs jouissant en propre d'un quart de
revenu territorial, doivent nécessairement y.
vivre dans l'aisance. Ils ne peuvent pas y être
aussi malheureux qu'on voudrait le faire croire.
Quoi! dans un automne où la grèle aura, sur
une habitation caféyère, dépouillé les arbres
ément qui le prive de tout commerce 1
de toutes relations extérieures, pour peu que le
fléau de la guerre pèse sur l'Europe.
Mais, disent les amis des noirs, les cultivateurs jouissant en propre d'un quart de
revenu territorial, doivent nécessairement y.
vivre dans l'aisance. Ils ne peuvent pas y être
aussi malheureux qu'on voudrait le faire croire.
Quoi! dans un automne où la grèle aura, sur
une habitation caféyère, dépouillé les arbres --- Page 165 ---
(1,5)
de tous leurs fruits (r) : que des nuages de
papillons auront semé sur une indigotière,
autant de chenilles qu'ily a de pieds d'Indigo,
et où elles auront fait dans une seule nuit place
nette de toute une récolte : dans une année
où une grande sécheresse, sur une sucrerie qui
n'a point d'eau de rivière, aura calciné la majeure partie des pièces de cannes ; le quart du
revenu tiendra le cultivateur dans l'aisance? Il
faut donc admettre que chacun de ces cultivateurs aurait individuellement, comme avaient
les colons, un commettant dans le commerce, 2
qui voulut fournir à tous leurs besoins, dans
ces occasions malheureusement trop fréquentes
où le revenu de beaucoup d'habitations est
pour ainsi dire nul! Sera-ce le cultivateur son
voisin, qui, attaché à une propriété plus heureusement située, et où il est rare que de pareils
(1) J'ai vi dans le tems le plus florissant de St.-
Domingue, l'habitation de Mr. de Bongars, dans le
quartier de la montagne noire, où on récoltait environ deux cent milliers de café par an, ravagée de
fond en comble par une grèle d'orage. Il y. en avait
de grosses comme des ocufs de poule, et en si grande
quantité, que la terre en était couverte dans beaucoup
d'endroits, d'un pied d'épaisseur. --- Page 166 ---
(174)
fléaux exercent leurs ravages, viendra à sori
secours dans un tems de détresse? Un ouragan
qui renverse tout (e et ils sont fréquens dans ce
pays là), abattra toutes les plantes nourricières,
réduira un quartier, une province entière à la
famine; le négociant ouvrira-t-il son magasin
ou son crédit à ce cultivateur, comme il faisait
à l'habitant dans un cas semblable ? La guerre, ?
fléau périodique, et dont le foyer est permanent
au sein même de l'Europe 1 pèse encore plus
sur les colonies que toutes les autres calamités.
Or, dans cette position 1, que deviendra le
cultivateur avec le quart, la moitié, ou même
la récolte entière s'il n'en trouve pas le débouché (1)?
Ainsi donc, pour peu qu'on veuille réfléchir
(1) En tems de gnerre, et pendant même que la
France avait une marine imposante, les habitans de
St.-Domingue qui étaient forcés de se défaire de leur
récolte pour parer à leurs plus pressans besoins,
vendaientle caféetle sucre à 5s.la livre, et achetaient
un baril de farine, cent écus argent de France. Il
y en a eu qui, faute de ne pouvoir tirer aucun parti
de leurs denrées, et manquant de magasins assez
vastes pour renfermer celles de plusieurs années,
les laissaient perdre sur pied.
ante, les habitans de
St.-Domingue qui étaient forcés de se défaire de leur
récolte pour parer à leurs plus pressans besoins,
vendaientle caféetle sucre à 5s.la livre, et achetaient
un baril de farine, cent écus argent de France. Il
y en a eu qui, faute de ne pouvoir tirer aucun parti
de leurs denrées, et manquant de magasins assez
vastes pour renfermer celles de plusieurs années,
les laissaient perdre sur pied. --- Page 167 ---
(175)
surle tableau que je viens de retracer, et qui
n'a rien que de conforme à la vérité, on conviendra que les noirs étaient moins malheureux,
même dans l'état de servitude, qu'ils ne le sont
dans l'état de liberté et dans celui de colons
partiaires où on les a placés.
Mais puisque le voeu des philanthropes est
devenu presque universel; puisque les peuples
civilisés s'occupent tant du sort des africains; ;
puisqu'ils veulent les voir libres et heureux;
qu'ils se décident donc à faire en leur faveur
un généreux sacrifice, un grand acte de magnanimité qui les immortaliserait dans P'histoire :
que chacun des gouvernemens de PEurope
renonce une bonne fois au système des colonies,
et que tous d'un commun accord les rendent
Hhresetindépendantes. Alorsi ils auront accompli
levoeu de la véritable philanthropie.
Mais supposons pour un moment toutes ces
puissances réunies en congrès, pour y discuter
leurs intérêts et les droits sacrés de Phumanité
auxquelles elles doivent les subordonner; supposons que l'on y agitât cette importante question déjà proposée depuis long-tems par les
colons eux-mêmes en ces termes énergiques :
( Nations delEurope,sesont-ils écriés, donnez
toute latitude à VOS bienfaits: ; le colon y sous- --- Page 168 ---
(176) )
crira. Non seulement abolissez la traite et destinez
à la liberté les noirs de nos colonies, faites plus
encore; quevotre philanthropie éclairée, devenue
utile à vous et aux autres, franchisse l'espace
des mers, et que de ces bords malheureux où
gémit le noir opprimé par le noir, où n'habitèrent jamais ni la consolante pitié, ni la douce
espérance, vOs vaisseaux nous rapportent des
infortunés à soulager et des hommes à rendre
à Thumanité (1). ))
Que répondrait a ces propositions celle de ces
puissances quidoit tout son éclatàl'asservissement
(1) On feraitaux colonies comme on fait dans une
grande partie des États unis de l'Amérique, où des
Bâtimens apportent constamment d'Irlande et de
Hollande des hommes nés libres, qui n'ayant pu
salisfaire aux frais de leur transport, contractent
Tengagement de servir un tems convenu dont la
valeur est estimée égale à celle de leur passage. Dans
tous les tems, dans tous les lieux, sous toutes les
formes de Gonvernement possibles, n'a-t-on pas vu
des hommes louerleur tems, leur industrie à d'autres
honmes, pour sauver leur vieillesse des' horrenrs de
l'indigence? Ce que ceux-ci font pour de l'argent,
T'africain le ferait pour sa liberté.
Le dernier cri de St.-Domingue et des colonies,
p.Igcta1.
aleur est estimée égale à celle de leur passage. Dans
tous les tems, dans tous les lieux, sous toutes les
formes de Gonvernement possibles, n'a-t-on pas vu
des hommes louerleur tems, leur industrie à d'autres
honmes, pour sauver leur vieillesse des' horrenrs de
l'indigence? Ce que ceux-ci font pour de l'argent,
T'africain le ferait pour sa liberté.
Le dernier cri de St.-Domingue et des colonies,
p.Igcta1. --- Page 169 ---
(177 )
de ses riches possessions, et qui fait parade d'un
sentiment debienveillance universelle, quand ses
intérêts sont à couvert? Elle répondrait, que ce
scrait certainement faire une très-belle ceuvre
que de proclamer cette liberté et cette indépendance; mais que pour son compte elle ne
saurait y consentir, parce qu'il lui en coûterait
trop, de souveraine qu'elle se trouve de tous
les états maritimes, de descendre à un dégré
inférieur, où elle verrait dans les nations voisines
autant de rivales.
D'après cette réponse, à laquelle les hautes
parties contractantes seraient probablement obligées de souscrire, il ne faut donc pas espérer
que ce rêve philanthropique puisse jamais se
réaliser.
Ainsi le sort en est jeté, les colonies doivent
avoir des maitres, et par la même raison, cet
état des choscs exige que les noirs qui les peuplent en aient aussi..
Je crois, au reste, avoir
suffisamment démontré que la servitude dans
laquelle on tenait la caste africaine à St.-Domingue, avant la révolution, lui élait plus avantageuse que la liberté dont elle jouit depuis
quelques années.
Ce serait beaucoup trop anticiper sur les
évènemens qui doivent amener tôt ou tard la --- Page 170 ---
(178)
reddition de St.-Domingue à la France, que
d'offrir icile tableau de l'état des propriétés dans
l'intérieur de cette colonie, tel quej je l'ai vu 9
et tel qu'il doit être maintenant. Jeme réserve de
donner' dans un second écrit la description
géographique de l'ile, avec les notions les plus
essentielles sur la statisque du pays au tems prospère où je l'ai vu, et à la suite je présenterai
une scène dramatique, où le propriétaire européen, qui n'aurait ni la pratique ni la connaissance locale des habitations, trouvera un guide
pour se conduire envers ses nègres. Je prendrai
ce guide parmi ceux des colons qu'une longue
expérience a instruits, et dont la moralité pourrait
influer puissamment sur le prompt rétablissement
du bon ordre.
Après avoir établi la possibilité et la nécessité
d'améliorer le sort des noirs à St.-Domingue, 7
qu'il me soit permis maintenant de m'occuper de,
celui ides colons.
Nous ne sommes pas encore au moment de
notre départ pour cette colonie; nous avons
encore le tems de réfléchir sur le parti qu'il nous
faudra prendre. Depuis plus de vingt ans nous
sommes errans et en souffrance : nous avons
éprouvé bien du mal pendant un aussi grand
laps de tems; mais enfin, nous voila encore sains
-
des noirs à St.-Domingue, 7
qu'il me soit permis maintenant de m'occuper de,
celui ides colons.
Nous ne sommes pas encore au moment de
notre départ pour cette colonie; nous avons
encore le tems de réfléchir sur le parti qu'il nous
faudra prendre. Depuis plus de vingt ans nous
sommes errans et en souffrance : nous avons
éprouvé bien du mal pendant un aussi grand
laps de tems; mais enfin, nous voila encore sains
- --- Page 171 ---
(170 )
et saufs, et grace à Dieu, nous ne sommes pas
aussi malheureux que nous l'avons été, puisque
nous vivons sous un bon gouvernement; c'est-là
le point essentiel. Mais à St.-Domingue, comment
serons-nous gouvernés? Quelle législation réglera
le sort de cette colonie ? Serons - nous régis
commeles Flibustiers qui en ont fait la conquête
sur les Espagnols; ou, y vivrons-nous sous la
protection des mêmes lois que notre ancien gouvernement nous avait données?
Quant au régime que les révolutionnaires y
ontintroduit,fespere que l'expérience démontre
assez clairement qu'il ne peut y convenir, ni pour
les blancs qui ont eu le bonheur d'échapper à
tous les massacres ; ni pour les mulâtres quiy
sont continuellement dans un état de guerre; ;
ni pour la population africaine travaillante quiy
est misérable, et beaucoup plus maltraitée qu'elle
ne l'a jamais été. Je pense donc que dans cette
occurence la France doit, autant pour son intérêt, que pour celui de Phumanité, s'occuper
sérieusementdedonnerà ce pays une constitution
qui puisse lui convenir.
Sans doute, le gouvernement n'a pu encore
faire toutes les dispositions nécessaires pour se
rattacher cette importante possession ; mais se
serait-i il dissimulé combien il est essentiel et --- Page 172 ---
(180) )
urgent de s'en occuper? Attendrait-il que ceux
qui la lui ont ravie, viennent humblement lui en
faire la remise; ou espère-t-il, par l'effet d'un
miracle, la voir se soumettre d'elle-même à cet
état de dépendance, après tant d'années de licence et d'insubordination? Cependant, ne perdons pasl'espoir : quoiqu'on ne prenne pas encore
des mesures définitives 7 on parle et on écrit
beaucoup. La Chambre des Pairs et celle des
Députés 7 qui s'occupent sans relâche de tant
d'objets à la fois, ont déjà agité quelques-uns
des grands intérêts relatifs aux colonies; le Roi
lui-même daigne recevoir avec bonté tous les
renseignemens, tous les mémoires, toutes les
suppliques des colons; et ce généreux Monarque
s'éclaire de leurs lumières pour diriger son premier plan d'opération, auquel le sort de cette
colonie est attaché.
J'ignore si le mien, que je n'ai pu qu'esquisser
encore, aura mérité un regard du Gouvernement.
Il est vrai que les moyens que j'ai proposés sont
nouveaux; mais quels que soient ces moyens 7
puisqu'ils sont indiqués par l'expérience et par
l'exemple, je dois espérer qu'aujourd'hui que je
les ai développés, ils ne seront pas indignes de
son attention. Cependant je n'oserai trop m'en
flatter, par la raison que je suis le seul qui voie
que je n'ai pu qu'esquisser
encore, aura mérité un regard du Gouvernement.
Il est vrai que les moyens que j'ai proposés sont
nouveaux; mais quels que soient ces moyens 7
puisqu'ils sont indiqués par l'expérience et par
l'exemple, je dois espérer qu'aujourd'hui que je
les ai développés, ils ne seront pas indignes de
son attention. Cependant je n'oserai trop m'en
flatter, par la raison que je suis le seul qui voie --- Page 173 ---
(18r) )
les choses de cette manière, et queje n'ai encore
ni partisans ni prôneurs (1) : peut-être même
aurai-jeà regretter d'avoir pris une peine 1 inutile
en les mettant au jour; n'importe, je dois faire
mon devoir et achever de les mettre en évidence,
autant du moins que mes faiblcs talens peuvent
me le permettre.
L'opinion publique, au moment où j'écris, est
que l'ancien ordre de choses sera préalablement
établi à Saint-Domingue ; c'est-à-dire qu'un
Gouverneur-Général, sage et prudent, qui réunira tous les pouvoirs dans sa personne, se présentera d'abord dans cette colonie avec des forces
imposantes, soit pour transiger avec les rebelles,
soit pour les contraindre à l'obéissance, s'ils refusaient les conditions avantageuses qui leur seraient offertes. Quant aux mesures administratives qu'il conviendra de prendre, on semble s'en
remettre aux évènemens qui sans doute indiqueront d'cux-mêmes les principes, les institutions
(r) Les Journaux qui ont rendu compte de tous les
onvrages qu'une foule d'ecrivains, colons et antres,
ont publiés sur Saint-Domingue, ont gardéle plus profond silence sur le mien. Il faut cependant en excepter
le Moniteur, qui a fait connaitre que j'en ai fait
hommage à la Chambre des Députés. : --- Page 174 ---
(182)
et les règlemens analogues aux circonstances: :
c'est-là du moins l'attente générale.
Mais cette réunion de tous les pouvoirs dans
une seule et même main me rappelle le tems
passé, ainsi que les inconvéniens qui en sont résultés, et c'est ce qui me confirme dans cette
maxime proclamée par un grand philosophe,
que la leçon des excemples instruit plus que celle
despréceptes, pour réparer, ou pour prévenirdes
maux de quelque nature qu'ils puissent être.
II était d'usage constant à Saint-Domingue,
que le gouverneur que la France y envoyait, se
vit remplacer, quelle qu'eût été son administration, au bout de deux ou trois ans au plus de
séjour dans cette ile. Ce qui semblait justifier ces
mutations, c'était la nécessité ou était le Prince
de récompenser d'anciens services, ou de mettre
un brave oflicier-général en état de figurer honorablement dans la société. Ce court espace de
tems suffisait à un gouverneur pour assurer sa
fortune, et le bien-être de toute sa famille.
On peut alléguer, avec raison, qu'il arrivait
rarement que le Roi fit un mauvais choix du
gouverneur qui devait représenter sa personne
dans une colonie, quand il jetait ses regards sur
un gentilhomme élevé à des grades supérieurs et
souvent vieilli dans des postes honorables? Je
énéral en état de figurer honorablement dans la société. Ce court espace de
tems suffisait à un gouverneur pour assurer sa
fortune, et le bien-être de toute sa famille.
On peut alléguer, avec raison, qu'il arrivait
rarement que le Roi fit un mauvais choix du
gouverneur qui devait représenter sa personne
dans une colonie, quand il jetait ses regards sur
un gentilhomme élevé à des grades supérieurs et
souvent vieilli dans des postes honorables? Je --- Page 175 ---
(1 185 )
répondrai à cela que ce n'est pas toujours le Roi
qui choisit lui-même; que ce sont ses ministres
quiles slui proposent, etqu'ils peuvent étreinduits
à erreur. J'admets encore qu'un mauvais choix
ait été infiniment rare, cela peut-être; maisilest
toujours vrai de dire, que cela est arrivé quelquefois. En effet, Saint-Domingue a eu un gouverneur peu digne de ce titre distingué, Or, c'est
bien assez et beaucoup trop, pour que les colons
tremblent d'avance pourleur liberté, et pourleur
bien le plus précieux, qui est l'honneur (1). Ah!
(1) Un habitant des plus recommandables de la
plaine du Cul-de-Sac, qui a occupé au Port-an-Prince
une des premières places dans la magistrature, et dont
j'ai été le plus proche voisin dans cette même ville, fut
appelé (avant la révolution) par-devant le gouverneur
général, pour s'y justifier de quelque léger délit qu'on
lui imputait. Un cavalier de maréchaussée lui apporta
le premier ordre; il ne s'y soumit pas : un second, un
troisième se succédèrent; même contenance de la part
de cet habitant. Les parens, les amis de ce dernier,
étonnés de sa résistance opiniâtre, et craignantles suites
fàchenses qui résultent d'une telle désobéissance envers la première autorité, l'entourèrent, le pressèrent
et le supplièrent de se rendre auprès du gouverneur :
il céda enfin à leurs instances.
Ce général s'était fait déjà connaitre dans le pays par --- Page 176 ---
( 184) )
si la classe Ia plus distinguée dans la société était
pétried'un limon plus parfait que celui des autres
ses violences et par ses emportemens : la plupart du
tems il ne renvoyait pas les plaignans ou les délinquans
par-devant les tribunaux : il avait le pouvoir et la force
en main, il faisait justice lui-mème. Il la rendait cette
justicede la manière la plus arbitraire etla plus satroce.
L'habitant, homme homndteilenfamjpamais, prévoyant
les dangers auxquels il allait s'exposer contre son gré,
se munit, par précaution, d'une sauve-garde légitime,
capable de mettre, dans tous les cas, son honneur en
sûreté. Dans cet état, il se présente au Gouvernement,
et se fait annoncer par son nom.
Le général, entouré dans ce moment d'un grand
nombre d'officiers de la garnison, mais se souvenant
que cet habitant avait méprisé ses ordres, l'appella en
sa présence. ( C'est donc vous, Monsieur, lui dit-il,
>) quifaites un insolent mépris de l'obéissance que vous
> me devez?> Ce premier reproche fut suivi de plusieurs autres; et aussi-tôt un mouvement de colère
porta le gouverneur à lever sa canne sur l'habitant.
Celui-ci recule alors d'un pas, tire son épée nue qu'il
avait tenue cachée sous son habit, se met en garde,
et lui dit: Monsieur le général, si vous laissez tomber
votre canne sur moi, vous êtes perdu, je vous tue
Au mêmei instant, des officiers quis se trouvaient témoins
de cette scène plus que scandaleuse, entourèrent le
2 4
ôt un mouvement de colère
porta le gouverneur à lever sa canne sur l'habitant.
Celui-ci recule alors d'un pas, tire son épée nue qu'il
avait tenue cachée sous son habit, se met en garde,
et lui dit: Monsieur le général, si vous laissez tomber
votre canne sur moi, vous êtes perdu, je vous tue
Au mêmei instant, des officiers quis se trouvaient témoins
de cette scène plus que scandaleuse, entourèrent le
2 4 --- Page 177 ---
(185 )
hommes! Ou bien, si Phommeverteux, né dans
un rang médiocre, pouvait passer au faite des
grandeurs sans se laisser choirparltelacbrilant
de la fortune; ce serait différent. Mais où trouver
ces êtres privilégiés? Beaucoup d'exemples
pen-,
dant la révolution nous ont prouvé qu'ils sont
bien difficiles à rencontrer.
Supposons que le gouvernement de France
général : l'habitant eut ordre de se rendreimmédiatement au fort lllet, où il resta consigné pendant
quinze jours-.
Ce gouverneur touchait au terme, heureux pour les
colons, de laisser le commandement de l'ile entre les
mains d'un nouveau général, qui était attendu de jour
en jour au Port-au-Prince, L'habitant qu'il avait voulu
deshonorer le devança en France : ils'embarqua
Nantes, et de là il se rendit à Brest où il T'attendit. pour
L'ex-gouverneur, rentré par le fait dans le rang des
officiers en retraite, ne tarde pas à aborder dans ce
port : il débarque, etla première personne qui se présente à sa vue, est cet habitant de Saint-Domingue
envers quiils s'était rendu coupable, trois mois avant,
du trait de lâcheté le plus infàme pour un homme
de son rang. Ce jour fut un jonr de vengeance pour
le colon : la même sauve-garde qui lui avait conservé
son honneur au Port-au-Prince, fit justice dans un
rendez-vous à Brest, de l'outrage qu'il en avait reçu.
--- Page 178 ---
I 186 )
adopte néanmoins l'ancien ordre de choses pour
St.-Domingue, de préférence à tout autre : qu'il
place comme autrefois, tous les pouvoirs dans
les seules mains d'un gouverneur général. Tranquillisons-nous d'avance sur le bon choix qu'il
qu'il va faire. Les épreuves que cet officier général aura subies sous les yeux de PEurope,
dans ces derniers tems de calamité universelle,
seront de surs garants de sa moralité, 7 de sa
sagesse et: de son talent. Il sera signalé par
T'opinion publique; le voeu unanime des colons
le réclamera; et les succès de son administration
justifieront l'attente générale.
Mais des craintes d'un nouveau genre viennent
ici troubler Timagination. Si ce chef, honoré de
la confiance du Monarque, meurt dans la traverséc, ou en arrivant à St.-Domingue, ou au
bout de quelques mois, ou daus le courant de la
premièreannée, quel est celui qui le remplacera?
Si, comme on peut l'espérer, il supporte bien
les fatigues du voyage en mer, les effets meurtriers du climat, le fardeau accablant de sa place;
combien de tems restera-t-il parmi nous ? Qu'on
y fasse bien attention; le gouvernement de St.-
Domingue n'est pas un édifice tout bâti,. et dans
lequel on trouvera tout à sa place : c'est au comtraire une machine des plus compliquées, qu'il
quel est celui qui le remplacera?
Si, comme on peut l'espérer, il supporte bien
les fatigues du voyage en mer, les effets meurtriers du climat, le fardeau accablant de sa place;
combien de tems restera-t-il parmi nous ? Qu'on
y fasse bien attention; le gouvernement de St.-
Domingue n'est pas un édifice tout bâti,. et dans
lequel on trouvera tout à sa place : c'est au comtraire une machine des plus compliquées, qu'il --- Page 179 ---
( 187 )
faut reconstruire à neuf; dont un scul artiste doit
sans doute combiner les nouveaux ressorts, mais
qu'il ne pourra jamais diriger sans le concours
d'autres artistes capables de l'aider, de le seconder, de le remplacer même en cas de besoin.
Or cette machine vaut bien la peine, je crois,
qu'après en avoir achevé la construction, on
use de toutes les précautions pour la mettre er
ceuvre le plus efficacement possible, afin d'en
retirer tous les avantages qu'on doit en attendre.
L'ile de St.-Domingue, grande, riche et belle,
mérite donc d'être bien gouvernée et bien administrée, et les colons qui sont aussibons Français
que ceux d'Europe, sont dignes comme eux, de
vivre sous des lois douces, sages et mieux appropriées aux localités que celles qui les régissaient autrefois.
Il faut donc prévoir le cas que, je suppose 7 et
se prémunir d'avance contre les conséquences
qui pourraient en résulter.
Qu'est-ce que l'on trouverait d'étrange dans
l'exemple que fournit la conduite des Anglais
à la Jamaique, et que je propose pour modèle
aux Francais de St.-Domingue 2 Est-ce qu'une
assemblée coloniale a quelque chose d'inconstitutionnel ou d'illégal? Ne serait-elle pas ici au --- Page 180 ---
I - 188 )
contraire la clef de la voûte de l'édifice à reconstruire?
Mais dira-t-on peut-être, si les assemblées à
St.-Domingue ont produit la perte de cette
colonie, serait-il sage et conséquent de croire
qu'elles pussent concourir à la sauver?
On peut dire aussi, sans crainte de blesser la
vérité, que ce sont les assemblées en France
qui, en partie, sont cause de tous les maux
qu'elle a soufferts; cette raison a-t-elle empèché
le Roi, en remontant sur son trône, de le fonder
sur le systême représentatif, et de créer une
chambre des Pairs et la chambre des Députés,
quiensontdeux bases fondamentales?Les intérêts
de ses sujets, ceux de la royauté, au lieu de
souffrir de cet ordre de choses 1 n'en sont-ils
pas mieux surveillés, plus habilement dirigés,
plus parfaitement conciliés? Enfin, puisqu'en
France ces deux premiers corps de PÉtat la
représentent auprès de son souverain, pourquoi
St.-Domingue, qui forme, pour ainsi dire un
peuple à part, n'aurait-il pas un corps administratif permanent auprès de son gouverneur;
indépendamment des représentans que cette
colonie pourrait un jour faire admettre à la
chambre des Députés ?
Qu'on n'imagine pas que celui que je propose
, plus habilement dirigés,
plus parfaitement conciliés? Enfin, puisqu'en
France ces deux premiers corps de PÉtat la
représentent auprès de son souverain, pourquoi
St.-Domingue, qui forme, pour ainsi dire un
peuple à part, n'aurait-il pas un corps administratif permanent auprès de son gouverneur;
indépendamment des représentans que cette
colonie pourrait un jour faire admettre à la
chambre des Députés ?
Qu'on n'imagine pas que celui que je propose --- Page 181 ---
(18y )
soit une assemblée tumultueuse d'habitans, tels
que ceux qui composaient, dans le tems de la
révolution, celle qui s'était établie d'abord à
St.-Marc, puis au Cap (1). Je désirerais, au
contraire, que ce corps administratif fut composé d'un petit nombre des plus riches propriétaires du pays : que tous ou en partie 7
fussent revêtus de titres honorables, et que de
grands services qu'ils auraienti rendus à la patrie,
les eussent élevés aux premiers rangs de la
société, Quel serait l'habitant blanc ou de couleur, quel serait le propriétaire noir, ancien ou
nouveau libre, qui balancerait un instant à leur
accorder toute confiance? Quel serait dans ce
corps respectable, le membre qui refuserait de
se charger de la surveillance etde la conservation
(1) Ces assemblées se formèrent au milieu des discordes civiles : tous les membres yapportant un esprit
aigri et passionné, elles propagérent le mal au liea
de le guérir. Environ nenf cents hommes de couleur
du Cap, renfermés par l'ordre de Tassemblée, dans
le Couvent des religieuses de cette ville, y auraient
été égorgés, si par l'impulsion de la classe paisible et
respectable des propriétaires et des commerçans blancs,
le lieutenant colonel Tousard à la_téte de son brave
réginent, ne les avait délivrés. --- Page 182 ---
Igo )
des droits sacrés du faible, pour les lui maintenir toujours intacts, et tels que les lois les lui
assureraient ? Il est parmi ces propriétaires Européens des béros dont la France s'enorgueillit,
qui par leur puissante influence et leur dévouement, ont participé à la paix qui vient d'être
rendue à lEurope (1); refuseraient-ils d'achever
leur ouvrage, et pourraient-ils voir d'un ocil
indifférent cette ile malheureuse attendre en vain
Jeur présence? Non; leursintérêtsles y appcllent;
leur gloire les y devance ; le bonheur de la population entière les y réelame : la France ellemême, cette mère patrie pour laquelle ils ont
tout fait, exige encore ce sacrifice !.
Il ne me reste plus maintenant qu'à indiquer
les moyens simples et économiques qui se présentent d'eux-mêmes à l'esprit pour organiser,
(r) Parmi les propriétaires les plus distingués etles
plus riches de St.-Domingue, on compte en France,
plusieurs Membres de la Chambre des Pairs: Mr. le
Président et plusieurs Membres de la Chambre des
Députés : qnelques-uns des officiers supérieurs de la
maison militaire du Roi : des Maréchanx de France,
des Lieutenants généraux, des Maréchaux de camp,
et beaucoup d'autres dans les premières places de la
Magistrature.
iser,
(r) Parmi les propriétaires les plus distingués etles
plus riches de St.-Domingue, on compte en France,
plusieurs Membres de la Chambre des Pairs: Mr. le
Président et plusieurs Membres de la Chambre des
Députés : qnelques-uns des officiers supérieurs de la
maison militaire du Roi : des Maréchanx de France,
des Lieutenants généraux, des Maréchaux de camp,
et beaucoup d'autres dans les premières places de la
Magistrature. --- Page 183 ---
19I )
zussitôt qn'on le voudra, cette assemblée coloniale, et à faire connaitre mon opinion sur les
premièreso opérations dontilserait d'abord urgent
qu'elle s'occupât.
Les colons des trois provinces de St.-Domingue sont en partie en France : beaucoup
d'entr'eux sont même à Paris (1). Si le Roi
(r) Dans une adresse présentée an Roi le 20 du mois
dernier, les colons de Sain-Domingue, en résidence
à Paris, sentant la nécessité de céder au sentiment que
la reconnaissance impose, ont proposé a Sa Majesté,
Mr. le lieutenant-général Desfourneans, pour diriger
Texpédition de Suint-Domingne; et ils ont en même
tems témoigné le desir de voir conférer à ce chef le
commandement civil et militaire de la colonie. Les cinquante-quatre signataires qui appuient cette adresse,
motivent leur choix, sur Texpérience, la bravoure,
l'activité, et l'influence que Mr. le lientenant-général
Desfourneanx a acquise sur T'esprit des hommes de
couleur et des noirs de Saint Domingue, pendant les
plus fortes crises de la révolution qui a embrasé l'ile.
Je suis fort éloignéde m'élever contre la démarche
prématurée que ces colons viennent de faire en faveur
du chef qu'ils ont désigné an Roi, tant dans leur intérêt particnlier, que dans: celui de la colonie en général. Maisje mej permettraisenlementdefaireobserver,
qu'avant de faire une proposition de cette importance --- Page 184 ---
192 )
daignait ordonner une réunion générale de toux
ces mêmes colons dans sa capitale, et près de
son ministre de la marine et des colonies, il
au Gouvernementy il me semble qu'elle aurait dà être
revêtue d'un caractère beaucoup plasimposant:jes veux
dire, qu'il aurait été plus régulier et même plus conforme anx intentions de Mr. le lieutenant-général
Desfourneaux, de mettre sous les yeux du Roi, le voeu
libre et unanime de tous les colons en général qui se
tronvent, non seulement à Paris, mais dans tous les départemens de la France. Alors les titres honorables qui
appellent cet offlcier général a cette place, de préférence
à toutantre, auraient paru aux yeux du Prince un motif
plus puissant encore pour accéderàl leurs voeux.
I est-mnotoire que huit.ou neuf cents colonsdeSaintDomingue, doivent à lintrépidité et au généreux dévonement de Mr. le général Desfourneaux, leur délivrancedes prisons du Port-au-Prince, sous le règne sanglant de Polverel et de Santhonax. Je regrette sincèrement den'avoir pas connu ce trait sublime de sa part,
car je me serais fait un devoir rigoureux de placer le
contraste frappant qu'il présente, à côté des scènes désastreuses que je relate dans ma narration des faits historiqques, au tems où j'ai échappé moi-mème, par un
espèce de miracle, au sortqui était sans doute réservé
à tant de malheureuses victimes, sans la magnanimité
de ce brave général.
et de Santhonax. Je regrette sincèrement den'avoir pas connu ce trait sublime de sa part,
car je me serais fait un devoir rigoureux de placer le
contraste frappant qu'il présente, à côté des scènes désastreuses que je relate dans ma narration des faits historiqques, au tems où j'ai échappé moi-mème, par un
espèce de miracle, au sortqui était sans doute réservé
à tant de malheureuses victimes, sans la magnanimité
de ce brave général. --- Page 185 ---
( 195 )
n'en est pas un cqui ne s'empressât de s'y rendre (1). S'il en était parmi ceux qui résident
dans les départemens, à qui leurs facultés ne
permissentp pas de faire ce voyage; ils enverraient
leur procuration. Il serait juste aussi que les
chambres de commerce des principales villes
ma ritimes de France, qui ont de grands intérêts
à régler avec cettecolonie,y fussent représentées
dans la personne d'un député. Tous ces colons
et négocians ainsi réunis, nommeraient par la
voie du scrutin leurs représentans pour cette
assemblée coloniale, au nombre fixé par l'ordonnance Royale. Cette ordonnance prescrirait
en même tems aux gens de couleur et nègres
anciens libres à St-Domingue, de choisir parmi
leur caste un nombre proportionné de députés,
s'ils avaient les qualités requises, et si tant est
(1) Cet acte de bienveillance du MONARQUE en faveur des hahitans de Saint-Domingne, serait aujourd'hui une conséquence du principe consacré par le
Déeret du 8 Mars 1790; sanctionné par le Rom le IO
du mème mois et le 9 Avril suivant, portant:
( Art. Ter, Chaque colonie est autorisée à faire con-
> najtre son voeu sur la constitution, la législation et
> Tadministration qui convienneen à sa prospérité et
> au bonheur de ses habitans, etc. etc, 9). --- Page 186 ---
( 194 )
qu'ils n'eussent pas de confiance dans ceux que
les blancs auraient nommés. Et c'est lorsque
tous ces députés seraient rassemblés à Paris,
sous les yeux du Roi, que ce. * corps recevrait
sa constitution légale et son organisation définitive. Mais en attendant, les colons, déjà réunis
dans la Capitale, feraient une invitation à tous
les hommes libres résidans à St.-Domingue, (qui
leur serait. envoyée avec Pordonnance Royale),
de s'y faire représenter par leurs députés (r)- Ces
représentans., assez nombreux pour qu'il y en
cûtà St.-Domingue toujours en permanence dans
Ja résidence du gouverneur général, trois, cinq
ou sept au plus, pendant trois mois consécutifs
de l'année, 1 seraient chargés par un pouvoir du
prince, de la surveillance et de la direction de
l'administration intérieure de l'ile.
L'Assemblée alors devenue un corps imposant
et respectable par sa constitution morale, s'oc-
(1) Iln'y a pas le moindre doute., que les
hommes de conleur libres de St.-Domingne n'aient
toute confiance dans eet appel qui leur serait fait
par le Roi, et par un corps d'assemblée de colons
respectables, Car ils doivent se rappeler que ce ne
sont pasles habitans blanes honnètes, qui ont méconnu
la loi du 4 avril 1792, qui fixe leurs droits politiques.
ant
et respectable par sa constitution morale, s'oc-
(1) Iln'y a pas le moindre doute., que les
hommes de conleur libres de St.-Domingne n'aient
toute confiance dans eet appel qui leur serait fait
par le Roi, et par un corps d'assemblée de colons
respectables, Car ils doivent se rappeler que ce ne
sont pasles habitans blanes honnètes, qui ont méconnu
la loi du 4 avril 1792, qui fixe leurs droits politiques. --- Page 187 ---
I 2 195 )
cuperait d'abord de régler, avant son départ de
France, les dettes antéricures de la colonie avec
lesdéputés des chambres de commerce. Ces dettes
ne pourraient à l'instant même être acquittées, ni
en totalité, ni en partie; mais les colons prendraientfengagement td'y faire face, aussi-tôt qu'ils
seraient en jouissance de leurs propriétés. Beaucoup d'entre eux auront besoin d'avances pour se
rendre à Saint-Domingue et pour y rétablir leurs
babitations; mais le commerce ayant la certitude
de faire rentrer peu à peu ses capitaux, ne balancera pas à leur prêter de nouveaux fonds.
Ce grand et principal point réglé, cette assemblée soumettrait au Roi les lois constitutives.
et réglementaires de la colonier La première de
toutes assurerait une amélioration dans le sort des
esclaves. Iln'est pas un colon de Saint-Domingue
quine voulutimiter Phabitant delaJamaique (1);
iln'en est pas un, par exemple, qui ne fit avec
plaisir le sacrifice d'unjourdetravail déson atelier
par semaine, pour que les nègres l'employassent
à leur profit, et pour que le dimanche fut consacré au devoir dela religion, au repos et à quelques amusemens.
(r) Dans cette colonié, les noirs jouissent du samedi
pour travailler a la culture de leur propre terre. --- Page 188 ---
U - 196 )
Lasecondeloi présentée à la sanction du Prince,
aurait pour objet la tolérance des cultes à SaintDomingue, telle qu'elle a lieu en France. Cet acte
attirerait dansle pays une foule d'Israélites, quiy
apporteraient le numéraire immense que le commerce mercantile leur procure. Fidèles observateurs de leurs préceptes, cet exemple ne peut
qu'influer en bien pour la religion dominante :
ils s'abstiennent rigoureusement de toute oeuvre
intéressée le samedi; ils seront, en cela, imités
parles Chrétiens le dimanche. Cette concurrence
dans les menues affaires commerciales, ne saurait
nullemént nuire au grand commerce. de France,
et toute la population libre et esclave de la COlonie s'en trouvera heureuse.
Le troisième et dernier acte public de cette
assemblée, qui mériterait aussi d'être régularisé
sous les yeux du Roi, et dont la publication devrait se faire à Saint-Domingue avant que les
Français y parussent, serait celle qui aurait rapport à Tétablissement des nouveaux libres dans
différentes bourgades au centre de l'ile. On pourraità cet elfet, se modeler encore sur ce quia été
fait par lcs Anglais dans pareille circonstance à
la Jamaique. C'étaient des nègres insurgés qui
préféraient la vie errante et vagabonde des montagnes, plutôt que de rentrer, après un grand
publication devrait se faire à Saint-Domingue avant que les
Français y parussent, serait celle qui aurait rapport à Tétablissement des nouveaux libres dans
différentes bourgades au centre de l'ile. On pourraità cet elfet, se modeler encore sur ce quia été
fait par lcs Anglais dans pareille circonstance à
la Jamaique. C'étaient des nègres insurgés qui
préféraient la vie errante et vagabonde des montagnes, plutôt que de rentrer, après un grand --- Page 189 ---
197 )
Hlaps de tems, sur les habitations de leurs maitres;
les noirs qui forment aujourd'hui les armées de
Péthion et de Christophe à Saint-Domingue sont
dans le même cas; il convient, je pense, de ne
pas attendre qu'ils se livrent au brigandage, et
on préviendra cet inconvénient majeur, eri faisant
connaitre d'avance les dispositions, qui doivent
assurer un sort à ceux qui ne voudraient pas se
soumettre aux règles et à la discipline des corps
de troupes européennes.
Quant aux autres institutions locales, comme
celles des administrations subalternes, des tribunaux,desjustices depaix, etc., T'autoritémilitaire,
représentée dans la personne du gouverneur
général, de concert avec l'autorité civile représentée par l'assemblée coloniale, y pourvoirait
sur les lieux, immédiatement après leur installation. Je renvoie maintenant le lecteur à l'esquisse
du plan figuré dans la Note supplémentaire aux
Faits historiques, où jec donne l'idée de la manière
dont le départ du gouverneur, de l'assemblée,
ainsi que celui des colons en masse devrait s'effectuer des ports de France, après avoir toutefois
rempli les préalables que je viens d'indiquer.
Je nesais sije m'abuse; mais il mesemble voir,
dans l'ensemble d'une pareille mesure, une trèsgrande économie pour la France en hommes et --- Page 190 ---
198 )
en argent. Cette économie serait telle, que Ia
prise de possession de Saint-Domingue ne surpasserait pas la dépense déjà faite pour les iles
de la Martinique et de Ia Guadeloupe. La rentrée
des colonsàs Saint-Domingues seraitimmanquable,
quels que soient les évènemens qui peuvent
survenir en Europe, à plus forte raison c'est elle
aujourd'hui 1 puisque les mers sont enfin
libres. Je le répète encore, sous un tel gouvernement, Pile de Saint-Domingue redeviendrait
florissante, s'il est permis d'espérer qu'elle le devienne jamais.
Quand j'ai dit dans mon projet d'assembléc,
que les gens de couleur et nègres anciens libres
doivent y avoir leurs représentans, aussi bien
que les blancs, de même que les noirs qui voudraient être aflranchis, je n'ai pas du toute entendu,
qu'il serait précisément nécessaire que des mulâtres et des nègres y figurassent eux-mêmes en
personue. Si les places de représentans doivent
être honorifiques; s'il est indispensable qu'une
très-grande fortuneles mette à P'abri de tout soupçon d'intérêt personnel de la part de leurs commettans, il faut nécessairement que les mulâtres
et les nègres, qui n'auraient ni linstruction convenable, ni les moyens de représenter honorablement, fassent comme tous les blancs planteurs;
serait précisément nécessaire que des mulâtres et des nègres y figurassent eux-mêmes en
personue. Si les places de représentans doivent
être honorifiques; s'il est indispensable qu'une
très-grande fortuneles mette à P'abri de tout soupçon d'intérêt personnel de la part de leurs commettans, il faut nécessairement que les mulâtres
et les nègres, qui n'auraient ni linstruction convenable, ni les moyens de représenter honorablement, fassent comme tous les blancs planteurs; --- Page 191 ---
199 )
il faut qu'ils accordent franchement leurconfiance
à ceux de ces représentans qui doivent protéger
toutes les classes d'habitans, et qui mériteront à
ce titre la plus haute considération, ainsi que le
respect des hommes libres, et à plus forte raison
la vénération des esclaves.
Dans cet état de choses, il sera permis d'espérer
que Péthion et Christophe, recevant la promesse
royale de leur légitime Souverain, de les conserverdans lecommandement militaire, l'un au Cap,
l'autre aux Cayes, abdiqueront (dans l'intérêt
de leur caste, et dans le leur propre et individuel)
toute prétention qui, portée plus loin, serait un
crime de leur part, dont ils seraient bientôt punis
parles mains mêmes de ceux qui les soutiennent
dans leur ridicule élévation.
FIN.
Imprimerie de DONDEY-DUPRÉ, rue SL.-Louis, N.46,au.Marais. --- Page 192 --- --- Page 193 --- --- Page 194 --- --- Page 195 ---
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L6515
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