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> --- Page 3 ---
A XPERIENCES
Et
FAITES
SUR LES PROPRIETÉS
DES LEZARDS,
TANT EN CHAIR QU'EN LIQUEURS,
DANS LE TRAITEMENT
DES MALADIES VENÉRIENNES
ET DARTREUSES.
a
A LAUSANE.
--- Page 4 ---
: --- Page 5 ---
GEE MENLA ZOS Ea
EXPERIENCES
FAITES fur les Propriétés des
LÉZARDS, tant en chair qu'en
liqueurs > dans le traitement des
Maladiervindrionnes 8d dartreufes.
Le REMÈDE dont il eft queftion dans
cette petite correfpondance , ayant été
infaillible jufqu'à préfent dans mes effais
fur deux fortes de maladies malheureufement trop communes 2 dangereufes &
difficiles à guérir par tout autre moyen,
je me preiffe de publier les Mémoires
que j'ai envoyés à ce fujet à la Société
Royale de Médecine, 2 afin que es perfonnes de l'art puilfent étendre au plutôt
les bons effets de cet antidote, & perfeétionner en même temps fon application : en quoi elles auront fur moi bien
de l'avantage. Ce fut au commencement
de 1783, que j'adreffai mon premier
Mémoire à M. ie Comte de Buffon, en
date du Cap François, oùt j'étois pour
lors ; mais on l'égara dans la traverfée:
je ne l'appris qu'à imon retour en France;
&chommectlebre à quijelayoisadreffe,
A 2 --- Page 6 ---
[4]
me confeilla d'en envoyer une copie
à M. Vicq d'Azir, ce que je fis en 1784,
quifitaufhfepoguedemespremiensefaus.
PR E M I E R M É M OIRE
A la Société Royale de Médecine.
Befançon, le 17 mars 164.
MESSIEURS,
Une découverte récente, qui intéreffe
le genre humain, fimple dans fes applications, 2 quoique merveilleufe dans fes
effets, auroit befoin d'un organe refpectable pour vous être annoncée, afin de
captivervotre confiancesjen'aicependant
moi que mon impartialité & la cerTRud des faits dont je vais avoir l'honneur de vous rendre compte. Me trouvant
à St. Domingue en 1782, l'on inféra,
fans aucun détail, dans les feuilles périodiques de la dépendance du Cap 9 que les
Sauvages de la Louifiane, attaqués du mal
vénérien, fe guériffoient en mangeant
des anolis (1). Ce remède annoncé de
Ja forte, fit peu de fenfation : la plupart
des habitans ne le remarquèrent feulement pas, & d'autres le tournèrent en
(1) C'eft à Dom Galvez, Officier général en
Efpagne,
les habitans de St. Domingue font
redevables Ru: cette connoifancc,
les
Sauvages de la Louifiane, attaqués du mal
vénérien, fe guériffoient en mangeant
des anolis (1). Ce remède annoncé de
Ja forte, fit peu de fenfation : la plupart
des habitans ne le remarquèrent feulement pas, & d'autres le tournèrent en
(1) C'eft à Dom Galvez, Officier général en
Efpagne,
les habitans de St. Domingue font
redevables Ru: cette connoifancc, --- Page 7 ---
151 ]
ridicule. Peut- - être qu'il eût été bientôt
dans Poubli, fi un Européen, établi au
Bourg du Haut Limbé, perclus, rongé
de virus, fur qui la Faculté avoit épuifé
inutilement tous fes moyens, ne s'étoit
avifé, de fon propre mouvement, d'effayer cet antidote des Sauvages. En moins
de trois femaines, il éprouva un mieux
confidérable. Encouragé par ce fuccès
imarendu,llconinuale même traitement:
au bout de deux mois il fut guéri. Ses
piaies étoient parfaitement cicatrifées; il
avoit recouvert Fufage de fes membres,
lappétit, le fommeil, de l'embonpoint,
& même des couleurs. Une cure auffi
complète, auffi extraordinaire, fitg grand
bruit dans le quartier.Je m'y trouvai dans
le temps, & le Médecin du lieu me la
raconta. Depuis cette heureufe époque,
l'on a foumis, fur différentes habitations, 2
plufieurs Négres &x Négreffes au même
régime,, & les cures fe font multipliées
comme les effais.
Parmi le grand nombre de ceux qui
ont éprouvé les bons effets de ce remdde
nouveau 2 fai remarqué un Négre de
moyen àge, d'une conflitution médiocre,
dont le corps étoit couvert de boutons
virulens qui le rendoient hideux; il avoit
encore un malingue fétide plus large que
A 3 --- Page 8 ---
[6]
la main, fur la partie antérieure dela
jambe gauche, qui laiffoit le tibia à découvert, & fuppuroit abondamment; fa
verge & fes tefticules étoient prodigieufement enflés : je Pai vu dans cet état
pitoyable, lorfqu'il commença à avaler
des anolis ; il fut cependant rétabli au
bout de neuf femaines, & fi bien, qu'il
retourna aux travaux.
Il me paroît inutile, Meffieurs, d'entrer dans un grand détail des guérifons
particulières que ce remède a opérées;
mais je puis vous affurer en général,
d'après le témoignage de quelques habitans 2 & d'après ce que j'ai vu par moimême, quefon effetsfétendnon-feulement
fur les maladies vénériennes les plusinvétérées, mais quelquefois encore furlesdar.
tres & Pépian, en complication avec elles.
L'on a employé ici, jufqu'à préfent,
la plus petite des deux efpèces d'anolis;
cette préférence eft imitée des Sauvages.
La dofe généralement adoptée eft de
trois par jour ; un le matin à jeun, le
fecond avantle dind,8cletoifième avant
fouper. Il ya cependant des malades qui
en prennent le double & même le triple,
& cquis s'en trouvent mieux. Toute la préparation confifte à leur enlever la peau, 2
la tête, les entrailles & la queue ; Pon
fpèces d'anolis;
cette préférence eft imitée des Sauvages.
La dofe généralement adoptée eft de
trois par jour ; un le matin à jeun, le
fecond avantle dind,8cletoifième avant
fouper. Il ya cependant des malades qui
en prennent le double & même le triple,
& cquis s'en trouvent mieux. Toute la préparation confifte à leur enlever la peau, 2
la tête, les entrailles & la queue ; Pon --- Page 9 ---
avale alors cê qui refte, encore chaud s'il
eft pofible; car moins le corps du petit
animal demeure expofé à l'évaporation, dé- 7
plus il conferve de fels volatils, d'ou Ceux
pend,peut-bire, fa principale vertu.
le
à qui il n'infpire aucune répugnance, eftomac. Mais
mâchent & foulagent leur fenâiblement rien à
la trituration n'ajoute remède. La plupart des
l'efficacité du
Il n'eft pas
Nègres l'avalent en pilules. la chambre dans
néceffaire ici de garder L'on s'abftient
le cours du traitement.
enved'alimens graiffeux
pourroient &l'on
Palcali, Coeat fon aétion,
lopper
une fois la femaine.
fe purge légèrement lapplication du reDe durée fixe pour
Médecin
mède, il n'y en a point; : c'eft au
ou il
ou au malade à juger du moment
devient fuperfu. certaines conflitutions
L'on remarque
lefqueiles ii faut accumuler plufieurs
pour prifes d'anolis, avant que le virus dont
elles font affeétées 2 commence à être
attaqué d'une manière fenfible ; cela
arrive auffi dans les maladies invétérées,
qui préfentent les fymptômes les plus
fàcheux: mais dès qu'une foisle premier
branle eft donné, les progrès font marqués chaque jour, & le malade marche
rapidementàfa guérifon.
A4 --- Page 10 ---
08]
Les principaux avantages de cei nouveau
remède, fur ceux que l'on connoît en
France, femblent eire, jufqu'à ce jour,
de guérir à coup str, de ne point fatiguerle malade, & d'occafionner le moins
de dépenfe poffible. Cependant il trouve
encore bien des détrageurs parmi les
Chirurgiens de cette Colonie. Plufieurs
d'entre eux ne pouvant nier les faits dont
ils font témoins, affurent que le mal n'eft
que pallié &x doit bientôt reparoitre. Ces
Meflieurs, àla vérité, n'ont pas encore
fixé l'époque du retour. Mais les lézards
dEuropeferom-is. auffi efficacesque ceux
d'Amérique ? La chofe me paroit vraifemblable. Jeferois même tenté de croire,
que les chairs des animaux & les plantes
fe trouvent d'autant plus chargées de principes aétifs & favoureux, , que le fol &x
Patmofphère, où les uns & les autres fe
nourriffent, ont moins d'humidité. Or,
le climat de la France eft affuurément plus
fec que celui de la Louifiane, même que
celui de St. Domingue. D'ailleurs, qu'en
coûte-t-il d'effayer? Quant à la différence
de température entre lEurope & l'Amérique, je ne vois pas qu'elle fourniffe
dobjedionfolide,puliqse l'on peut guérir
en France, avec les moyens ufités, pendant les hivers les plus rudes, pouryu
ont moins d'humidité. Or,
le climat de la France eft affuurément plus
fec que celui de la Louifiane, même que
celui de St. Domingue. D'ailleurs, qu'en
coûte-t-il d'effayer? Quant à la différence
de température entre lEurope & l'Amérique, je ne vois pas qu'elle fourniffe
dobjedionfolide,puliqse l'on peut guérir
en France, avec les moyens ufités, pendant les hivers les plus rudes, pouryu --- Page 11 ---
[93
l'on ait foin de fe tenir chaudement.
ES à St. Domingue même, où l'on voit,
en décembre & janvier, le thermomètre
de Réaumur au commencement du jour 2
defcendre dans les plaines jufqu'à 15 degrés aul deffus de zéro (cequi eft un froid
tres-fen@iblepourles Nègres,àmoins D
qu'ils
ne foient jeunes & vigoureux ), cela
n'empêche point qu'on ne les traite avec
fuccès dans cette faifon. Il eft vrai
les tient alors renfermés dans des
aceua
bres où l'on allume du feu.
A préfent, Meffieurs, que la bafe de
ce nouveau remède peut être dépofée
par vOs foins, dans des mains habiles, 2
il ne faut plus être en peine du parti que
l'on en tirera, & du degré de perfeaion
fon application va recevoir en peu
det temps. Lanalyfe éclairera la pratique;
& toutes deux enfemble fixeront bientôt
celle des différentes efpèces de lézards
indigênes de France qu'il convient le
mieux d'employer, & de quelle manière,
Il feroit encore moins difficile d'en élever
dans les hôpitaux & ailleurs, fuppofé que
les campagnes & les jardins ne puffent
fournir aux befoins journaliers.
Enfin, l'on pourra dire que l'Amérique
qui nous a donné le mal, nous donne
auffi le remède. Peut a être même nous
A 5 --- Page 12 ---
[ IO ]
dkciommagemetelleplus compiétement,en
nous faifant trouver dans les lézards, nonfeulement l'antidote particulier des maux
vénériens, mais celui de plufieurs autres
maladies non moins redoutables, & que
l'on éprouvoit déjà avant la découverte
du nouveau monde.
J'aurois bien défiré, Meffieurs, pouvoir
vous donner de meilleurs éclairciffemens
fur cette découverte importante. Mais il
ne falloit pas moins que les merveilles
dont j'ai été témoin > pour m'engager à
vous entretenir de ces fortes de matières
fur lefquelles mes connoiffances font trèsbornées. Auffi ai-je abrégé, autant qu'il
m'a été poffible, les faits & mes remarques, perfuadé que la grande étendue de
VOs lumières fuppléera avantageufement
mes omiflions, & que vous voudrez bien
recevoir favorablement cet écrit, quoique
imparfait, à caufe du motif d'utilité qui
me l'a fait entreprendre.Agréez de même,
je vous prie, le profond refpeét, 8xc.
RÉPONSE de M. VICQ D'AZIR,
Sccrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine..
20 avril 1784.
MONSIEUR,
La Société Royale de Médecine a en-
avantageufement
mes omiflions, & que vous voudrez bien
recevoir favorablement cet écrit, quoique
imparfait, à caufe du motif d'utilité qui
me l'a fait entreprendre.Agréez de même,
je vous prie, le profond refpeét, 8xc.
RÉPONSE de M. VICQ D'AZIR,
Sccrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine..
20 avril 1784.
MONSIEUR,
La Société Royale de Médecine a en- --- Page 13 ---
[ Ir] -
tendu, dans une de fes dernières
la
faances,
leêture des, détails
vous nous
adreffàtes le 17 mars ARe, fur l'ufage
& les vertus des petits lézards, dans le
traitement des maux vénériens, ainfi que
de quelques affections cutanées. Cette
Compagnie , quiavoit déjà reçu plufieurs
renfeignemens: à ce fujet, eft d'autant pius
reconnoiffante de ceux que vous venez
de lui procurer, qu'elle a eu juftement
à coeur d'acquérir une connoiffance exaôte
de cette pratique 3 avant d'entreprendre
les effais auxquels elle s'eft propofé de
foumettre le remède indien.
J'ai Phonneur d'être, 8zc.
EXP E RIENCES
Faitesen Franche-Comté pendant l'été
de1785, G adrefées à la Société
Royale.
EXTRAIT dun Mémoire de M. MOREL s
Chinurgien-Major, Adjoint de PHopital
St. Jacques de Befangon.
CLAUDINE BOURBONT, femme d'un
laboureur domicilié au village de Vaire,
âgée de 53 ans 9 avoit eu le
en
malheur,
1769, d'allaiter un enfant de la ville,
dont les père & mère étoient vénériens,
A 6 --- Page 14 ---
[rl
Elle ne tarda pas à être infeôtée de la
même maladie, rendit l'enfant. 2 obtint
enJuflice un dédommagement pécuniaire,
qu'elle employa à fe faire traiter trois
fois de fuite par de bons Chirurgiens.
Tous les remèdes furent inutiles; elle
languifoit, abandonnée depuis douze ans,
lorique M. de Chantrans m'invita à lui
faire prendre des lézards.
Je vis cette femme : elle éprouvoit
alors des maux de tête prefque continuels,
des laffitudes dans tous les membres. Son
palais étoit rempli de chancres; elle avoit
les bras defféchés, lesmains cedémateufes,
prefque fans mouvement 2 & n'alloit à la
felle qu'avec les plus grandes difficultés.
L'on voyoit plufieurs boutons aux parties
fexuelles, les uns fuppurans, 2 les autres
durs, de la nature des poireaux 5 avec un
écoulement verdâtre & abondant. Enfin,
chaque portion de fon corps étoit, en
quelquefaçon, unfoyer de douleurs. Vers
la fin de mai 1785, elle commença à
prendre des lézards, depuis la dofe defix
jufgu'à neuf par jour; quatre ou fix le
matin, deux ou trois le foir, & fe conformant, pour le refte, au tégime indiqué dans le Mémoire adreffé par M. de
Chantrans à la Société Royale de Médecine. Elle éprouva bientôt des fueurs
,
chaque portion de fon corps étoit, en
quelquefaçon, unfoyer de douleurs. Vers
la fin de mai 1785, elle commença à
prendre des lézards, depuis la dofe defix
jufgu'à neuf par jour; quatre ou fix le
matin, deux ou trois le foir, & fe conformant, pour le refte, au tégime indiqué dans le Mémoire adreffé par M. de
Chantrans à la Société Royale de Médecine. Elle éprouva bientôt des fueurs --- Page 15 ---
I 13 ]
journalières très-abondantes, &fon ventre
devint libre en même temps. A la fin de
juin, fes enflures étoient diffipées, 9 de
même que les boutons virulens; l'écoulement fe trouvoit réduit à peu de chofe;
elle commençoit à fe fervir de fes mains.
Le fommeil étoit de retour : elle avoit
repris de l'appétit, des chairs, & fes
chairs avoient un air de vie. Enfin, au
mois d'août, je la trouvai fi bien guérie,
je lui fis ceffer entièrement Pufage
qec lézards, dont elle avoit avalé aux
environs de huit cens.
Telle eft en fomme, Meflieurs, la cure
importante que j'ai vue 2 dont M. de
Chantrans m'a prié de vous rendre
compte ; ce quej'aurois fait pour le bien
public , quand même il ne m'y auroit
pas engagé.
Na. Dix-fept ans de vérole ont néceffairement
hâté la vieillefle & les fouffrances chez cette fmme >
d'ailleurs, eft affetée de rhumatifmes; mais,
1EAf deux ans &demi qu'elle eftguériedel la maladie
ponrlasqseileonfatraitee,sscamiympiomen'srepant.
EXTRAITIHnMémoire de M.GRESSET,
Chirurgien-Major de PHopital de Pontarlier, adrepé à la Société Royale de
Midecine, en 1785.
AYANT appris de M. de Chantrans
les guérifons obtenues à St. Domingue 2 --- Page 16 ---
[41
par le moyen des lézards, je n'eus pas
de peine à feconder le défir qu'il avoit
d'effayer le même remède dans cette
ville. Ty connoiffois un homme âgé de
quarante ans, 2 qu'il ne m'eft pas permis
de nommer 2 vénérien depuis dix ans 2
quoiqu'il eût été traité fucceffivement par
quatre Chirurgiens. J'étois le dernier,
& je puis dire y avoir employé inutilement les meilleurs fpécifiques connus, Le
malade alors, 2 ainfi que moi, n'avoit
plus d'efpérance que dans un remède
extraordinaire.
Indépendamment des fymptômes communs, 2 chacune de fes feffes étoit affeêtée
d'une plaie livide, baveufe 2 plus large
que la main, & qui alloit en augmentant, malgré le panfementjournalier. Plus
d'appétit, plus de fommeil 1e 2 mais des
douleurs cruelles dans tous les membres;
à peine pouvoit-il fe trainer. C'eft dans
cet état que je lui propofai, en juillet
1784, d'avaler des lézards.II le ft, en
commençant par fix; quatre le matin &x
deux le foir; portant la dofe, au bout
de huit jours, jufqu'à neuf, fix le matin
& trois le foir.
Quinze jours s'écoulèrent de la
fans
forte,
qu'il s'apperçût du moindre changement. Puis le feizième, pendant la nuit,
dans
cet état que je lui propofai, en juillet
1784, d'avaler des lézards.II le ft, en
commençant par fix; quatre le matin &x
deux le foir; portant la dofe, au bout
de huit jours, jufqu'à neuf, fix le matin
& trois le foir.
Quinze jours s'écoulèrent de la
fans
forte,
qu'il s'apperçût du moindre changement. Puis le feizième, pendant la nuit, --- Page 17 ---
[15J
il eut une crife de fueur fi abondante 2
que fon linge & fes draps en furent trempés; après quoi il dormit quatre heures
de fuite, ce qui ne lui étoit pas arrivé
depuis long-temps. Le lendemain même
crife, même réfultat, & des felles plus
fréquentes
de coutume. Ce fut encore
de même qee jours fuivans. , fans autre
remède que les lézards,& le régime indiqué dans le Mémoire adreffé à la Société
Royale. Cependant, aul mois d'oétobre,
fes plaies fe trouvèrent parfaitement cicatrifées; les autres fymptômes n'exiftoient
plus; il faifoit bien toutes fes fonétions: :
c'eft que réellement il étoit guéri. Il lui
a fallu fept cents lézards.
Mais ce n'étoit pas affez d'un effai fur
un vénérien, pour remplir l'objet de M.
de Chantrans. Il vouloit que i'entrepriffe
un dartreux, & je le trouvai l'année fuivante à notre hôpital, où ilétoit depuis
fix mois; fes dartres,aul lieu de diminuer,
n'avoient fait que s'accroltre. Ses jambes,
fes cuiffes en étoient couvertes 9 trèsenflées, & en grande fuppuration. Il en
avoit même des taches fur le corps jufqu'au vifage, & ne pouvoit faire vingt
pas fans s'arrêter. Tel étoit, en juin 1785,
le nommé Tatu, âgé de 57 ans, lorfque
je lui propofai le remède des lézards. Il --- Page 18 ---
[16] I
en avala d'abord fix chaque jour, & les
fueurs commencèrent au bout de la femaine. Il eut aufi desfellesplus fréquentes
qu'à fon ordinaire. Je lui avois prefcrit
de garder le lit pendant les crifes, & de
n'en fortir qu'après avoir changé de linge.
Mais 2 pour ne point vous ennuyer,
Meffieurs , de tous les détails que j'ai dû
fuivre à cet égard, & dont j'ai tenu un
journal exaét, j'aurai P'honneur de vous
dire en réfumé, que, quoique nous ayons
manqué de-lézards plufieurs fois, quoique
deux médecines aient évidemment contrarié le malade dans le cours du traitement,
il guériffoit cependant à vue d'ceil. Les
dartres du vifage & celles du corps ont
difparu les premières ; enfuite celles des
cuifles, & enfin celles des jambes, qui
fe font trouvées nettes & fans enflure 2
où l'on voyoit à peine quelques petits
boutons furle coude-pied, au commencement de novembre. Neuf cents lézards ont
opéré fa guérifon.
Na. Le môme homme, au commencement du
printems fon fuivant, ne montroit pas le moindre figne
de
ancienne maladic.
OBSERFATIONS fur les Espériences
précédentes.
MESSIEURS,
Depuis l'époque à laquellej'eus Phon-
qui
fe font trouvées nettes & fans enflure 2
où l'on voyoit à peine quelques petits
boutons furle coude-pied, au commencement de novembre. Neuf cents lézards ont
opéré fa guérifon.
Na. Le môme homme, au commencement du
printems fon fuivant, ne montroit pas le moindre figne
de
ancienne maladic.
OBSERFATIONS fur les Espériences
précédentes.
MESSIEURS,
Depuis l'époque à laquellej'eus Phon- --- Page 19 ---
[17]
neur de vous envoyer un Mémoire fur
les bons effets des anolis, j'ai prié quelques perfonnes de l'art de les effay er
dans cette province ; & j'ai cherché moimême, par fois, à en faire des applications décifives. Mais les occafions ne
pouvoient être fréquentes, à caufe de la
nouveauté & de la fimplicité même du
remède, qui infpiroient de la méfiance.
Souventle dégofit étoit encore unobftacle;
je ne voulois d'ailleurs entreprendre que
des malades abandonnés. Vous ne ferez
donc pas furpris que je n'aie que trois
expériences à vous offrir.
L'état pitoyable des malades que nous
avons guéris, eft fuffifamment indiqué
dans les Mémoires qui précèdent. Le
traitement auquel MM. Morel & Greffet
fe font conformés, vous eft également
connu : il fuffira, par conféquent, que
j'ajoute ici quelques remarques déduites
de nos effais. Eiles ne feront probablementpasinutiles pour ceux qui voudroient
fuivre la même carrière.
039300-7-415as
chimique des différentes fortes de lézards
que nous avons employés, des épreuves
variées & nombreufes nous ont prouvé
que toutes occafionnoient fenfiblement
les mêmes excrétions. Il faut cependant --- Page 20 ---
[ 18 ]
obferver que les verts font ceux qui fatiguent davantage l'eftomac, & que Phomme leplus robufte les rend fouvent par les
felles, fans être digérés. Apparemment
que le principe curatif feul fe détache de
leurs chairs pour paffer dansla circulation.
2°, Chaque médecine employée dans
le cours de nos traitemens, a dérangé le
malade pendantplufieurs jours. Cen moyen
eft cependant adopté en Amérique; mais
il paroit que l'on doit le rejeter ici.
3°. Une manière fimple de conferver
les lézards, fix femaines, deux mois &
davantage peut-être,. c'eft en les mettant
dans une boite dontle couvercle eft percé
de petits trous, & à laquelle on adapte
une couliffe. On leur donne du fon pour
toute nourriture 2 & de l'eau dans un
petit auget. Il ne faut pas qu'ils y foient
en trop grandnombre.I Lejeu de la couliffe
fait qu'on les prend à mefure que l'on
en a befoin, fans en laiffer échapper un
feul.
4°.L'on peut affuurer qu'il n'y a guère
de climats moins favorables que celui de
Pontarlier, aux bons cffets des lézards;
car les viciflitudes du chaud &x du froid,
du fec & de l'humide 1 y font trèsfréquentes 2 pendant le petit efpace de
temps quel'ony appelle été.Pyai même
la couliffe
fait qu'on les prend à mefure que l'on
en a befoin, fans en laiffer échapper un
feul.
4°.L'on peut affuurer qu'il n'y a guère
de climats moins favorables que celui de
Pontarlier, aux bons cffets des lézards;
car les viciflitudes du chaud &x du froid,
du fec & de l'humide 1 y font trèsfréquentes 2 pendant le petit efpace de
temps quel'ony appelle été.Pyai même --- Page 21 ---
[ 19 ]
vul des gelées affez fortes au mois d'aoûit.
Ainfi l'on peut conclure, des guérifons
que nous y avons obtenues, l'efpérance
de les obtenir ailleurs bien plus aifément.
L'Europe pourra donc profiter de ce
remède précieux. Mais c'eft de vous 2
Meffieurs , qu'il dépend aujourdhui de
lui donner affez d'authenticité, pour que
fes heureufes applications fe multiplient
de toute part.
Je fuis avec un profond refpeét.
RÉPONSE de M. VICQD'AZIR, en date
du 24 décembre 1785.
MONSIEUR,
Je me fuis fait un devoir de mettre
fous les yeux de la Société Royale de
Médecine 9 la lettre que vous m'avez
écrite, en date du 6 de ce mois, concernant les propriétés des lézards contre les
maladies vénériennes & les dartres, ainfi
que les obfervations de MM. Greffet &
Morel, quiy étoientjointes. La compagnie
a entendu la leêture de l'une & l'autre de
ces pièces, & m'a chargé de vous faire
fes remercimens de l'attention que vous
avez eue de lui communiquer les réfultats
obtenus par ce traitement : & elle vous
invite à continuer de lui faire part des --- Page 22 ---
[ 1 20 J
effets que de nouyeaux effais pourroient
procurer.
J'ai l'honneur d'être.
TROISIÈME MÉMOIRE
Adrefi le 16 feptembre 1786, à la Sociéré
Royale de Médecine.
MESSIEURS,
Quoique tout ce qui eft du reffort de
la Médecine foit bien étrangerà mon état,
il fuffifoit que vous m'euffiez invité 2
l'année dernière, à continuer mes effais
furles effets des Lézards, pour m'engager
à tenter de nouvelles expériences. M.
Greffet, Chirurgien - Major de PHôpital
de Pontarlier, les a fitvies, & je vais
vous en rendre compte.
Iere, (Vénirien.)
Un habitant de Pontarlier, dont je
dois taire le nom, âgé de quarante - fix
ans, fut attaqué d'une vérole tràs-grave,
au mois d'oétobre de l'année dernière,
&1 la garda néanmoins quelques femaines
fans y apporter aucun remède; puis il
s'adreffa à M. Greffet 2 qui, faute de
lézards, lui adminiftra le mercure fous
différentes formes, pendant quatre mois
de fuite. Ce long-temps écoulé, le malade
dois taire le nom, âgé de quarante - fix
ans, fut attaqué d'une vérole tràs-grave,
au mois d'oétobre de l'année dernière,
&1 la garda néanmoins quelques femaines
fans y apporter aucun remède; puis il
s'adreffa à M. Greffet 2 qui, faute de
lézards, lui adminiftra le mercure fous
différentes formes, pendant quatre mois
de fuite. Ce long-temps écoulé, le malade --- Page 23 ---
[a]
bien loin d'être mieux, avoit les bourfes
& les membres prodigieufement enflés ;
il y reffentoit des douleurs aiguès, de
même qu'à la tête, & faifoit mal toutes
fes fonétions. Cependant il ceffa toute
efpèce de remèdes, & fon Médecin attendoit avec impatience le retour de la
faifon où les lézards reparoiffent. Ce fut
vers les derniers jours d'avril
le malade commença à en avaler. II
dû
Aeeresr
fe garantir de l'extrême fraicheur del'air,
qui régna jufqu'à la fin du mois fuivant.
Mais fon activité naturelle, jointe au défir
de vaquer à fes affaires, lui fit négliger
trop fouvent cette fage précaution. Auffi
n'éprouvoit - il que des fueurs foibles.
Enfin, aubout de trois femaines de traitement 2 il lui furvint une éruption de
boutons enflammés, au vifage, aux bras,
aux cuiffes, aux jambes, & particulièrement aux articulations. Alors il fut contraint de s'arrêter. Les fueurs devinrent
plus fortes 9 & les boutons s'accrurent
avec elles. Le pus en fortoit par-deffous
les croutes dont ils étoient recouverts; &z
cette efpèce de lèpre dura, avec T'ufage
des lézards, pendant
de deux mois
& demi, mais en
fenfiblement
amnInteng
de groffeur & de malignité; enforte qu'au
milieu de juillet il ne lui en reftoit aucun --- Page 24 ---
[a ]
veftige. 2 & ce fut l'époque de fa parfaite guérifon, fans qu'il ait pris d'autre
remède. Les chancres, 2 l'écoulement 2
Penflure, les douleurs internes, tout étoit
diffipé. Jamais iln'avoit eu tant d'appétit;
jamais il n'avoit dormi d'un fommeil plus
tranquille. C'eft ce qu'il me difoit avec
un enthoufiafme bien naturel, &j je lécoutois avec grand plaifir.
II. (Dartreux. )
JOSEPH SCHAAL, appointé au régiment de Bouillon, ayant à -1 la-f fois la
gale, & une dartre vive qui lui couvroit
l'abdomen, 9 les panienoble&clescosifiery
entra, en oétobre 1786, à Phôpital St.
Louis de Befançon, où l'on guérit fa
gale, fans rien changer à l'état de fa
dartre. Il fe tranfporta enfuite à Phôpital
St. Jacques de la même ville, & n'y
éprouva aucun foulagement; puis on le
fit partir pour celui de Pontarlier.
Ses linges faifoient horreur lorfqu'il
arriva, par la
de matière &
quantité
fang dont ils étoient remplis. Le 20 mai
il commença le remède des lézards. Bientôt les fueurs fe manifeftèrent, & l'on vit
fenfiblement les mêmes progrès de guérifen dont j'ai déjà eu l'honneur de faire
partà la Société Royale 2 en lui détaillant
aucun foulagement; puis on le
fit partir pour celui de Pontarlier.
Ses linges faifoient horreur lorfqu'il
arriva, par la
de matière &
quantité
fang dont ils étoient remplis. Le 20 mai
il commença le remède des lézards. Bientôt les fueurs fe manifeftèrent, & l'on vit
fenfiblement les mêmes progrès de guérifen dont j'ai déjà eu l'honneur de faire
partà la Société Royale 2 en lui détaillant --- Page 25 ---
[23 ]
une cure à peu près femblable de l'année
précédente. Mais une obfervation particulière à celle-ci, c'eft que nonobftant
quelques débauches de vin & la difette du
remède, qui s'eft répétée affez fouvent
dans un été pluvieux, le malade, au
milieu du mois d'août, étoit déjà trèsprès de fa guérifon. Je crus pouvoir alors
lui faire effayer, 3 fans inconvénient, la
nouvelle liqueur
je venois d'obtenir
par la diftillation e lézards, & dont je
parlerai bientôt avec le détail néceffaire.
Il en prit pendant deux femaines de fuite;
elle produifitfemfiblementles mêmes effets
que les chairs ; enforte que, vers la fin
d'août, fes dartres étoient entièrement
guéries: il ne reftoit plus à leur place
que quelques taches rougeâtres 2 qui
roiffoient lorfqu'il étoit échauffé. EE
dant, 2 avant de quitter Pontarlier 2 je
convins avec M. Greffet, que Jofeph
Schaal uferoit encore de la même liqueur
pendant quelques jours, 2 pour être plus
affuré de fa parfaite guérifon.
Na. Je l'ai revu ici la femaine dernière 1 l'empreinte de fes dartres eft totalement effacéc.
IIL Sur les Humeurs Scrophuleufes.
Les parens d'un orphelin âgé de dix
ans, fcrophuleux au point qu'il en eft --- Page 26 ---
[24]
eftropié 2 ayant déjà tenté inutilement
bien des fortes de remèdes, pour détruire
la racine de fon mal, fe determinèrent,
en avril dernier, à lui faire avaler des
lézards. L'enfant sy habitua avec tant
de facilité, que dès les premiers jours il
s'amufoit à les mettre vivans dans fa
bouche. Un mois de traitement noninterrompu, ne lefoulagea en aucune manière;
il n'eut pas même la plus légère fueur.
Son état, à la vérité, n'empira point, &
c'eft beaucoup, felon moi. Mais, dans
la crainte que cela n'arrivât, 2 n'ayant
d'ailleurs aucune efpérance en bien, je
lui fis ceffer le remède.
IV. Sur les Humeurs Scrophuleufes.
UN jeune homme de la campagne 9
attaqué de cette maladie, vint à Thôpital
de Pontarlier dans le courant de juin: On
lui fit avaler des lézards pendant plus de
trois femaines. Ils ne produifirent aucun
effet, & on le renvoya dans fa famille.
Tel eft, Meffieurs, le réfultat exaét de
tous les effais que mes occupations & les
circonflances m'ont permis de fuivre dans
le cours de l'été, D'autres perfonnes en
ont fait, car le remède des lézards, infaillible jufqu'à préfent pour les maladies vénériennes & dartreufes, commence à être
connu
te
is femaines. Ils ne produifirent aucun
effet, & on le renvoya dans fa famille.
Tel eft, Meffieurs, le réfultat exaét de
tous les effais que mes occupations & les
circonflances m'ont permis de fuivre dans
le cours de l'été, D'autres perfonnes en
ont fait, car le remède des lézards, infaillible jufqu'à préfent pour les maladies vénériennes & dartreufes, commence à être
connu
te --- Page 27 ---
[25 ]
connu dans cette province ; j'apprends
même que des Médecins cherchent à l'appliquer à d'autres maux. Ils fe feront fans
doute un plaifir de vous annoncer leurs
obfervations.
DISTILLATIONM Licards,faite a
Pontarlier en aoit 1786.
C'eft une expérience que je projetois
depuis long-temps, parce qu'après avoir
travaillé pour les pauvres,en leur offrant
un remède auffi fir que facile,je voulois,
en faveur des riches qui font en état de
payerleur délicateffe, chercher à lui ôter
tout ce qu'il peut avoir de rebutant.
M. Charnot, Médecin 8 maitre en pharmacie à Pontarlier, eut la complaifance
de me prêter un appareil néceffaire pour
la diftillation, & de le monter chez moi.
D'autres perfonnes s'offrirent à partager
les fatigues qui devoient fuivre de la'lenteur de l'opération, & voici comment je
m'y pris.
Ire, DISTILLATION.
Le15 du mois l'on m'apporta cinquante
lézards verts, de la petite efpèce, tous
bien portans. Après les avoir fait préparer
comme les malades les avalent 2 nous
trouvâmes un volume de chair du poids
B --- Page 28 ---
[26]
de quatre onces & fix gros. On le mit
auffitôt dans une cornue de verre placée
fur un bain de fable, & l'on alluma le
feu à quatre heures de l'après-midi. Il fut
conduit avec ménagement & fans interruption,jufqu'à cinq heures du lendemain
matin : puis on délutta le ballon, & l'on
y trouva trois onces & trois gros de liqueur, de couleur d'eau commune un peu
fàle; on la mit auffitôt dans un flacon de
criftal bien bouché, Le réfidu des chairs
étoit entièrement fec, d'un brun jaunâtre,
& l'on y voyoit déjà Phuile empyreumatique qui commençoit à tacherle verre,
II. DISTILLATION.
L'on prépara, de même que la première
fois, cent quatorze lézards gris qui donnèrent un volume de chair du poids de
quatre onces & quatre gros. La cornue
fut bien nettoyéeavant que dele recevoir;
le feu dura depuis midi 16 août, jufqu'à
dix heures & demie du foir; &l l'on trouva
dans le ballon, deux onces & un gros de
liqueur femblable à lapremière, que l'on
verfa dans un autre flacon. Le réfidu étoit
comme le précédent.
III. DISTILLATION.
Nous avions diftillé jufqu'à ce moment
quatre onces & quatre gros. La cornue
fut bien nettoyéeavant que dele recevoir;
le feu dura depuis midi 16 août, jufqu'à
dix heures & demie du foir; &l l'on trouva
dans le ballon, deux onces & un gros de
liqueur femblable à lapremière, que l'on
verfa dans un autre flacon. Le réfidu étoit
comme le précédent.
III. DISTILLATION.
Nous avions diftillé jufqu'à ce moment --- Page 29 ---
[27 ]
à un feu modéré, la feule partie qu'il eft
d'ufage de faire prendre aux malades, afin
de n'admettre d'autres
qui avoient opéré les principes guérifons, que ceux
tant d'ailleurs, autant qu'il eft en imile procédé de la nature, qui, par poflible la feule 2
chaleur de l'eftomac, obtient, des chairs
de lézards, une liqueur curative. Mais les
têtes, les queues, 2 les pattes & les
que l'on rejette ordinairement, afin peaux, de di- 5
minuerla répugnance des malades, ceffant
d'être un objet de dégoût lorfqu'on les
réduit en huile, & paroiffant devoir renfermer les mêmes principes que les corps,
j'avois prévu qu'il feroit avantageux d'en
tirer parti. En conféquence, l'on avoit eu
le foin de mêler enfemble tous ces
pour n'en faire qu'une feule diftillation. débris,
Ils furent dépofés à la cave en attendant
leur tour, & fe trouvèrent encore frais
le 16aoûr, à onze heures du foir; le tout
pefoit dix-fept onces & cinq gros. Onle
mit dans la cornue, l'on alluma le feu
une demi-heure avant minuit, on
le 17,à fix heures du foir, & l'on l'éteignit trouva
dix onces de liqueur dans le ballon. Elle
étoit un peu plus louche que celle des
première & feconde diftillations. On la
mit encore à part. La cornue fe fendit
la fin de l'opération, mais il
à
n'y eut rien
B 2 --- Page 30 ---
[2 28]
de perdu. Le réfidu étoit d'ailleurs dans
le même état que les précédens.
Mon premier objet fut de chercher à
m'affurer de l'effet de cette liqueur fur
un malade ; mais voulant auffi favoir fi
elle renfermoit ou non de l'alcali volatil,
& laquelle des deux efpèces de lézards
en fourniffoit davantage, je réfervai les
produits des deux premières diftillations
pour cette feconde expérience, & celui de
la dernière fut deftiné à remplacer les
chairs des lézards, dans le traitement du
foldat de Bouillon. Deux gros feulement
de cette liqueur, qu'il prit en entier le
matin à jeun, parurent être la dofe la plus
convenable pour lui : moins ne fuffifoit
pas, & davantage le fatiguoit par des
fueurs trop abondantes. Il éprouva d'ailleurs pendant quinze jours de ce nouveau
régime, les mêmes effets qu'avec les chairs.
Je ne doute donc pas que la liqueur me
puiffe les remplacer. Il faudroit cependant
joindre à celle-ci quelque ingrédient, tel
que du fucre qui, fans altérer fes vertus, s
Tempêchât de fermenter, & permit de la
conferver d'une année à l'autre.
Quant à l'alcali volatil que i'y avois
foupçonné comme l'agent principal des
guérifons, 9 elle peut en contenir les élémens 2 mais on ne l'y trouve pas tout
oute donc pas que la liqueur me
puiffe les remplacer. Il faudroit cependant
joindre à celle-ci quelque ingrédient, tel
que du fucre qui, fans altérer fes vertus, s
Tempêchât de fermenter, & permit de la
conferver d'une année à l'autre.
Quant à l'alcali volatil que i'y avois
foupçonné comme l'agent principal des
guérifons, 9 elle peut en contenir les élémens 2 mais on ne l'y trouve pas tout --- Page 31 ---
L29]
formé, Je m'en fuis convaincu chez M.
Fumey, habile Chimifte de Befançon,
parlesépreuvesles plusdécifives.Sans connoître d'ailleurs en détailquelsfont les principes de cette liqueur auxquels on eft redevable des bons effets qu'elle produit,
il fera toujours facile, en diftillant féparément des lézards
& des verts, de déterminer par des
fi
togtre
comparés, P'une
des deux efpèces mérite la préférence ;
& dans tous les cas, il n'y aura rien à
retrancher du petit animal, fi ce n'eft fes
entrailles, puifque fes autres débris nous
ont donné une huile auffi efficace que les
chairs & en très-grande abondance.
Ceci,. Meffieurs, n'eft fans doute qu'un
premier pas dans le grand nombre des
expériences intéreffantes auxquelles la diftillation peut conduire ; cependant ce
fimple début me paroît affez avantageux
pour encourager les perfonnes de l'art à
aller plus loin.
Je fuis avec refpeét, &c.
RÉPONSE de M, VIcQ D'AZIR,
2 odtobre 1786.
MONSIEUR,
La Société Royale de Médecine areçu;
avec bien de la reconnoiffance, les oblerB 3 --- Page 32 ---
[30]
vations & les expériences que vous lui
avez adreffées le 16 feptembre 1786, fur
les propriétés médicales des lézards 8 de
leurs parties conftituantes. Cette Compagnie a invité tous fes correfpondans à
lui communiquer tous les faits intéreffans
qu'ils auroient occafion de recueillir fur
cette matière. Nous vous ferons très-redevables, fi vous voulez bien continuer de
nous faire part du fuccès des nouveaux
effais que vous ferez à portée de faire ou
de fuivre avec ce même remède.
J'ai lhonneur d'être, &c.
LETTRE écrite a M. VicQ D'AZIR
er janvier 1787.
MONSIEUR,
Deretour à Befançon 1au commencement
du mois de feptembre dernier, j'y vis
un homme connu dans la ville, dont le
vifage étoit bourfoufflé & couvert d'une
dartre vive, que l'on traitoit fans fuccès
par différens remèdes, depuis plus de fix
mois. Je lui propofai d'effayer la liqueur
quej'avois obtenue récemment par la diftillation des lézards, & je n'eus pas de
peine à l'y déterminer. Il m'en reftoit
encore un poids de cinq onces, dont je
lui fis préfent, en lui indiquant le régime
étoit bourfoufflé & couvert d'une
dartre vive, que l'on traitoit fans fuccès
par différens remèdes, depuis plus de fix
mois. Je lui propofai d'effayer la liqueur
quej'avois obtenue récemment par la diftillation des lézards, & je n'eus pas de
peine à l'y déterminer. Il m'en reftoit
encore un poids de cinq onces, dont je
lui fis préfent, en lui indiquant le régime --- Page 33 ---
[31 ]
convenablespuis] sj'expliquai à M. Fumey,
Apothicaire de cette ville, le procédé que
j'avois fuivi dans la diftillation, afin de le
mettre à portée de fournir le malade auffi
long-temps qu'il feroit néceffaire. Six femaines de ce remède, 2 employé de la
manière que j'ai déjà expofée à la Société
Royale dans mon dernier Mémoire, ont
fuffi pour faire difparoitre entièrement
la dartre & l'enflure. Rien n'a reparu
depuis cette époque ; & puifque c'eft la
première cure complète, effayée & obtenue par cette façon nouvelle d'adminiftrér les lézards, j'ai cru, Monfieur,
qu'il étoit très à propos de vous la communiquer avant le retour de la faifon
propre à faire des approvifionnemensCombisniogemagehdlefaied-slcand
crus révoltoit, n'auront aucune répugnance à les prendre en liqueur! La Société Royale, attentive à exciter tout ce
qui tend au foulagement des hommes 9
rempliroit donc fon objet & augmenteroit
les reffources de la Médecine, en répandant cette découverte le plus tôt poffible, &ic,
Aan --- Page 34 ---
[3J
RÉPONSE de M. VicQ D'AZIR,
Mars1787.
MONSIEUR,
J'ai mis fous les yeux de la Société
Royale de Médecine, la lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire le IO
janvier dernier, contenant une obfervation fur les lézards que vous avez employés avec fuccès pour une dartre vive.
Ceite Compagnie en a entendu la leâture,
& elle m'a chargé de vous prier d'agréer
fes fincères remercimens, 8zc.
Dernières Réfexions.
Il m'a femblé que le meilleur ordre à
fuivre pour l'explication du remède dont
il eft queflion dans ce perit Ouvrage, fe
trouvoit déjà déterminé d'avance par la
date même des différentes Lettres &-Mémoires quile compofent. Je n'imagine pas
d'ailleurs que M. Vicq d'Azir, que je
n'ai point Phonneur de connoître perfonnellement, 2 puiffe me défapprouver de
mettre fes réponfes au jour. Elles ne renferment rien qui demande du fecret, &
cependant elles excufent le parti que je
prends de publier moi-même les fuccès
dont j'airendu compreàlaSociéré Royale
de Médecine. Chacun conçoit fans doute --- Page 35 ---
[33 ]
que cette favante Compagnie ne doit pas
adopter les nouveautés avec le même zèle
qu'y mettent ceux qui les lui annoncent;
caril faut qu'elle foit en garde contre bien
des fortes d'erreurs. Mais le refpedt que
m'infpire la fageffe de fa conduite, 9 ne
peut affoiblir en aucune manière ma conviction à l'égard des faits dont j'ai été
témoin, qui ne fauroient être connus trop
tôt, ni trop généralement, --- Page 36 ---
104-77 --- Page 37 --- --- Page 38 ---
E787
G524e --- Page 39 --- --- Page 40 ---