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S
I
X
4o
--- Page 2 ---
r -
& A lo
dusn
ec --- Page 3 ---
EXAMEN POLITIQUE
DES
COLONIES MODERNES,
Dans le but plus particulier de savoir, si
celles de la France lui ont été avantageuses
ou non P
Nolo eundem populum Imperatorem et
portitorem esse terrarum.
CICERO CX NONIO.
PaR J.-FÉLIX CARTEAU,propriétaire de S.-Domingue.
A BORDEAUX,
Chez PIERRE BEAUM E, Imprimeur-Libraire, rue
de T'Egalité, 11.° 32.
Ax XIII- 1805. --- Page 4 ---
SE VEND A PARIS,
Chez GUILLAUME, Libraire, à la Librairie
économique, rue de la Harpe, n.*117.
DIBLIOTHCOUE
de EA.Henhiganc.
Aarimn
sersate
mantt
Triate
taent
Horac --- Page 5 ---
PREFACE.
Lonsour nos Colonies sont le sujet
ordinaire, qui ne les
d'une conversation
sous leur rapport de comenvisage que
alors leur
merce avec les métropoles 2
utilité ne sauroit être raisonnablement
contestée.
de même quand on les
Iln'en est pas
et d'une maconsidère politiquement,
étendue.Sous ce second aspect,
nière plus
d'en posséder paroit moins
Tavantage
certain 5 et plus on les observe ainsi,
moins on devient léur partisan.
N'en soyons pas surpris : ily a nombre
de choses bonnes, excellentes par ellesmémes, qui,. par abus, deviendroient
pernicicuses ; comme, par exemple, une
dégénéreroit en un tas de
religion qui
grossières superstitions; une philosophie --- Page 6 ---
(4)
qui induiroit dans de funestes
erreurs 3
les sciences, en général, si elles enseignoient plus de choses inutiles
de
que
nécessaires, ou si elles conduisoient les
hommes vers plus de vices que de vertus.
On en peut dire autant des Colonies
et d'un commerce dont les inconvéniens
ct les défauts
préjudicicroient, avec le
temps, à la force et à la sureté de PEtat.
Iin'y a point de bien sur la terre, dont
ilne découle quelque mal ; ni de mal qui
ne soit accompagné de quelque bien :
quand la somme de celui-ci excède celle
de celui-là, on conscrve le
-
premier, 3 et,
vice versa, on y renonce, lorsque ses
désavantages sont plus nombreux.
Onac comparé nos Colonies à ces maisons de campagne de pur agrément, si
chéries des amis qu'on yinvite, et même
du maitrc qui en fait les honneurs; où
chacun se trouve si bien à table, au jeu,
à la promenade, mais qui n'en finissent
é de quelque bien :
quand la somme de celui-ci excède celle
de celui-là, on conscrve le
-
premier, 3 et,
vice versa, on y renonce, lorsque ses
désavantages sont plus nombreux.
Onac comparé nos Colonies à ces maisons de campagne de pur agrément, si
chéries des amis qu'on yinvite, et même
du maitrc qui en fait les honneurs; où
chacun se trouve si bien à table, au jeu,
à la promenade, mais qui n'en finissent --- Page 7 ---
(5)
moins par ruiner ceux à qui elles appas
partiennent.
Ce siècle; je le sens, n'est pas celui
ici sera le plus
où l'opinion quej'expose
décisifs
généralement adoptée. Quelque
de faits,
que soient en sa faveur quantité
et les raisonnemens quejfen ai déduits,
le sentiment contraire prévaudra encore
Dans plusieurs cas, il n'est
long-temps. l'excès d'un mal qui en devienne le
que
seroient les sermons ou
remède. Quels
les préceptes de sagesse qui arrêteroient
tout-à-coup le torrent impétueux d'une
dépravation de mceurs, Ol feroient renoncer sur le champ à des jouissances
dangereuses, auxquelles on se livreroit
n'ai pas prétendu non
avec passion2.Je
redresser le sentiment de ceux dont
plus mien blesse les chers intérêts. Si je
le
n'avois dà avoir que de pareils lecteurs,
je me serois absteni de publier cet écrit.
Je n'adresse la parole qu'à desjuges moins --- Page 8 ---
(6)
prévenus et plus impartiaux ; à ces ames
échauffées du désir de l'intérêt général;
à ces esprits enfin qui sauront, dans le
calme de la raison, peser le pour et le
contre de mon opinion.
Au réste, elle devient de jour en jour
moins paradoxale ; elle m'a paru être
tacitement celle du Gouvernement actuel, et je la vois bien mieux exprimée
dans quclques écrits récemment publiés. --- Page 9 ---
EXAMEN POLITIQUE
DES COLONIES MODERNES.
S. I.
INTRODUCTION.
LA rupture du traité d'Amiens par les Anuniquement fondée sur des motifs qui
glais,
aux Colonies; ; dans les vues, preont rapport
mièrement, de garder l'isle de Malte, comme
avancé, propre à garantir PEun boulevard
et n'avoir
d'une invasion étrangère,
gypte
leurs
rien' à craindre de ce côté pour
possessions orientales : et en second lieu, afin de
de nos Colonies de St.-Domingue
nous priver
et de la Louisiane (1)-
dont
Plus récemment, les hostilités perfides
ils viennent de se rendre coupables envers
où cette
l'Espagne, ainsi que limpuissance d'un tel
Couronne paroit être de se venger
attentat.
enfin que nous souLes fréquentes guerres
de
tenons contre ces éternels rivaux au sujet
et les malheurs publics et parnos Colonies,
contesticuliers qui résultent de ces longues
tations, dont le poids et la malignité retom-
(1) Ceci a été écrit en Décembre 1804.
ides
ils viennent de se rendre coupables envers
où cette
l'Espagne, ainsi que limpuissance d'un tel
Couronne paroit être de se venger
attentat.
enfin que nous souLes fréquentes guerres
de
tenons contre ces éternels rivaux au sujet
et les malheurs publics et parnos Colonies,
contesticuliers qui résultent de ces longues
tations, dont le poids et la malignité retom-
(1) Ceci a été écrit en Décembre 1804. --- Page 10 ---
(8)
bent autant sur les deux principaux adversaires, que sur les Puissances entraînées à
prendre part : tous ces cas, dignes de la plus y
sérieuse réflexion, m'ont conduit de pensée
en penséeà cetteimportante question, savoir:
si ces possessions sont utiles ou nuisibles aux
Puissances de PEuropes et par suite, si elles
ont été avantageuses à la France ?
Cette seconde proposition est on ne peut
plus intéressante pour tout Français qu'un intérêt particulier ne domine pas, mais qui est
sincèrement attaché à sa Patrie : et à
du
l'égard
Gouvernement, il seroit essentiel qu'au
moyen d'une discussion approfondie il fit
fixé sur ce point
important, avant de
au rétablissement de Saint
songer
-Domingue; ouvrage qu'il faudra reprendre sous ceuvre depuis les fondemens, y sacrifier une nouvelle
population blanche et d'immenses sommes
dans un temps
s
ou'lEmpire 3 sortant d'une
très-longue guerre, , sera épuisé d'hommes et
d'argent.
Silon parvenoit à reconnoitre que les Colonies sont superflues à la
conserver ses vraies
France, pour lui
richesses, la maintenir
dans sa grandeur et perpétuer le repos et la
prospérité de ses
soin alors de
peuples 9 qu'auroit-elle berétablir celle de Saint-Dominguef et s'il étoit démontré
n'introduisent
que ces possessions
dans son sein qu'une pauyreté --- Page 11 ---
(9)
réelle sous une opulence apparente, qu'elles
la minent, l'énervent et lui sont de continuels
sujets de soucis et de démêlés, devroit - elle
hésiter de les répudier
Je crois que ces assertions méritent d'être
examinées, je vais l'entreprendre : l'Espagne
me servira de texte pour entrer en matière,
et de premier terme de comparaison.
Je préviens, > avant de commencer , qu'en
cet écrit presque tout y est cité et rappelé
de mémoire; que néanmoins ce que j'avance
est fidèle, à l'exactitude littérale près : mes
allégations aussi devroient être plus rigourensement prouvées ; je m'en suis dispensé, les
estimant de notoriété publique: On pourra remarquer, d'ailleurs, que je m'appuye moins
de calculs théoriques, que de comparaisons
et de faits réels.
Je demande encore grâce pour quelques.
répétitions;j j'aurois pu les faire disparoitre,
mais je ne les crois pas absolument inutiles.
S., II.
Effets guia produit SUT TEspagne la posses-:
sion de ses Colonies du Nouveau-Mionde.
Personne n'ignore que cette Monarchie
étoit forte par elle-même et fut long-temps
puissante (1),lorsque ses moyens de grandeur
(1) On cite des époques fort antéricures à celle de l'inyincible. Armada
pour quelques.
répétitions;j j'aurois pu les faire disparoitre,
mais je ne les crois pas absolument inutiles.
S., II.
Effets guia produit SUT TEspagne la posses-:
sion de ses Colonies du Nouveau-Mionde.
Personne n'ignore que cette Monarchie
étoit forte par elle-même et fut long-temps
puissante (1),lorsque ses moyens de grandeur
(1) On cite des époques fort antéricures à celle de l'inyincible. Armada --- Page 12 ---
(10)
étoient resserrés sur son sol et dans sa
lation. On sait aussi
popus
que sa décadence date
del'époque qui étendit si
domination dans le
prodigiensement sa
Nouvean-Monde, et lui
acquit les plus riches mines de lUnivers.
Cecontraste frappant des trésors immenses
répandus annuellement dans ce
avec la pauvreté
Royaume, s
langueur de
générale qui y règne et la
son Gouvernement, n'a point
échappé à la réflexion des observateurs. Tous
sont convenus que cet or et cet argent,
à profusion et sans peine, avoient ôté reçus
Espagnols le goit du travail et le besoin aux des
occupations Incratives; et qu'en
ils avoient abandonné
conséquence
culture, ,
arts et métiers :
manufactures,
sité de
cependant, comme la nécesmanger et de se vêtir, ainsi que le désir de posséder des objets de luxe, n'en subsistent pas moins, leur numéraire
ces divers
employé à
usages, ne faisant que passer momentanément chez eux, et devenant la véritable propriété des étrangers leurs fournissenrs, il ne leur reste donc ni or, ni
ni industrie, ni
argent,
culture, ce qui est le dernier
période de la chute d'une Nation. Il a été
ajouté à cette cause l'énorme. quantité de
sujets européens., dont l'Espagne s'est dépeuplée, pour fournir de Colons ses vastes
de et son Philippe inlanterie, II, oû la les meilleure flottes d'Espagme de
firent trembler TAngleterre :
jusqu'aus victoires du grand Conde. lEurope, soutint çette réputation --- Page 13 ---
t1)
possessions, tant orientales qu'occidenitales.
des raisons aussi sensibles
Il semble que
Puissances qui
auroient dû frapper les autres
d'exapossèdent des Colonies , etles avertir
miner si les mêmes causes n'avoient pas produit chez elles de pareils effets ? Les. esprits
empêchés par le
en furent vraisembiablement
Leur
clinquant que jettoient ces possessions.
opulence, celle de quelques Villes maritimes,
l'affluence de Por et de l'argent, devinrent
autant de prestiges qui, ayant ébloui la pensée et imposé silence à la réflexion > ne permirent pas de reconnoitre que ces pernicieux
effets étoient communs à tous les Royaumes
à Colonies, à la différence seule , qu'ils y
avec plus de foiblesse et de lenteur
frappoients
celà près, ils opéroient
qu'en Espagne ; qu'à
deviendroit
un mal réel qui, avec le temps,
aussi grave:
sans cesse
En effet, le besoin d'hommes,
devenir des colons, des solrenaissant, pour
dats ou des marins, dont une grande partie
la malignité du climat ou dans
périroit par
occasionés par ces esdes combats récidivés,
pèces de pommes de discorde, devoit insensiblement former un vide dans la population,
et nuire ainsi peu à peu à la culture, aux
fabriques et aux métiers.
Mais cette diminution. de sujets, attendu
qu'on avoit à peupler des pays bien moins
le besoin d'hommes,
devenir des colons, des solrenaissant, pour
dats ou des marins, dont une grande partie
la malignité du climat ou dans
périroit par
occasionés par ces esdes combats récidivés,
pèces de pommes de discorde, devoit insensiblement former un vide dans la population,
et nuire ainsi peu à peu à la culture, aux
fabriques et aux métiers.
Mais cette diminution. de sujets, attendu
qu'on avoit à peupler des pays bien moins --- Page 14 ---
(12)
étendus que ceux de T'Espagne,
cune considération
n'y futd'aus
traire une heureuse : on y trouvoit au conserl'Etat,
ressource pour débarrasdanscest premiers
tité d'hommes à
momens, de quansociété.
charge ou pernicieux à la
On observa encore que cette
dividus seroit réparée
perte d'innergie de ceux
par l'émulation et l'éle
qui resteroient, et
commerce entre ces
qu'enfin,
lonies,
Royaumes et leurs Coportant sur les productions et les fabriques des deux crus (ce qui n'étoit
cas de
pas le
l'Espagne), au lieu de nuire, seroit mutuellement
les
avantageux, et favoriseroit dans
métropoles
les manufactures l'agriculture, 9 la navigation >
et la population.
Les peuples de lEurope, prévenus
prit de propriété la
par l'esréfléchi
mode s et leur goût irpour les productions de ces pays nouveaux, oublièrent l'axiome fondamental
force et de la richesse des
de la
mesure est dans celle des Nations, dont la
autres nécessités de la
subsistances et des
vie; ils
pas qu'une trop grande extension n'aperçurent de
de navigation et même de travail de trafic,
manufactures, pouvoit devenir nuisible aux
en exigeant une multitude de
états,
dice des occupations
bras, au préjuqui fournissent les
miers besoins.
pre- --- Page 15 ---
(13)
S. III.
Balance des avantages et des désavantages
que la France a éprouvés de la possession
de ses Colonies.
Cette irréflexion générale a duré longtemps, et je l'ai partagée, en. considérant le
lustre de la Nation française et la splendeur
de ses Colohies.
Je remarquois que leur liaison commerciale
avoit rendu l'or et l'argent extrêmement communs dans le Royaume ; que la navigation s'y
étoit fort accrue ; qu'au moyen. d'une nombreuse marine marchande, l'état pouvoit entretenir de puissantes armées navales, et qu'il
én avoit acquis un rang distingué parmi les
états commerçans. J'observois l'accroissement
extraordinaire de ses Villes maritimes ; la
magnificence de leurs édifices; P'opulence de
leurs négocians 5 une population qui y augmentoit à vue d'oeil; des occupations lucratives et continuelles, et une activité d'affaires
en tout genre 7 qui émerveilloit.
Je n'admirois pas moins l'état florissant de
la capitale, qui, devenue le séjour de quantité de personnes enrichies par la culture ou
le commerce des Colonies, grands seigneurs, s
fermiersgénéraux, banquiers, artistes et négocians, etle rendez-vous de mille étrangers
égocians 5 une population qui y augmentoit à vue d'oeil; des occupations lucratives et continuelles, et une activité d'affaires
en tout genre 7 qui émerveilloit.
Je n'admirois pas moins l'état florissant de
la capitale, qui, devenue le séjour de quantité de personnes enrichies par la culture ou
le commerce des Colonies, grands seigneurs, s
fermiersgénéraux, banquiers, artistes et négocians, etle rendez-vous de mille étrangers --- Page 16 ---
14)
et autres gens à luxe, à dépenses et à
sirs, ne comptoit en ce
plairivale parmiles
genre qu'une seule
premières villes de
Tel étoit le superbe
l'Europe.
longue lisière des côtes aspect que Paris et la
de France
à mon esprit; flatté de cet éclat de présentoient
j'aimois à m'en repaître
prospérité,
De plus mires réflexions, Pimagination. bien
après les désastres de nos
naturelles
truit en moi ces flatteuses Colonies, ont dém'ont
illusions. Elles
appris que cette prospérité n'avoit été
pour la France qu'un faux brillant qui n'avoit répandu son éclat phosphorique
ses rivages maritimes, et dont la fausse que lueur sur
commençoit à se changer en uneobscurité qui
s'épaississoit de jour en jour.
Ayant mieux sondé cette spécieuse situation, je remarquois qu'à mesure que l'or et
l'argent étoient devenus plus communs dans
le Royaume, tout aliment, tout objet de nécessité première, toute main-d'oeuvre et tous
biens -fonds y avoient accru de prix dans la
même proportion ; conséquemment, que les
fortunes, augmentées en "pparence,restoient
toujours les mêmcs 5 qu'avec le temps, , cette
égalité disparoissoit, parce que les richesses
introduisant, avec le luxe, quantité de nouveaux besoins, les mêmes fortunes avoient
déchu, dans la proportion du progrès de ces
jouissances précsdemmentignores que siles
tous
biens -fonds y avoient accru de prix dans la
même proportion ; conséquemment, que les
fortunes, augmentées en "pparence,restoient
toujours les mêmcs 5 qu'avec le temps, , cette
égalité disparoissoit, parce que les richesses
introduisant, avec le luxe, quantité de nouveaux besoins, les mêmes fortunes avoient
déchu, dans la proportion du progrès de ces
jouissances précsdemmentignores que siles --- Page 17 ---
(15)
ce
ports de mer se peuploient extrêmement,
ne pouvoit être qu'au détriment de la population de l'intérieur du Royaume; qu'en effet, elle s'affoiblissoit de plus en plus dans
les villes et les campagnes reculées, leurs habitans accourant à l'envi aux lieux où florissoit le commerce maritime; que si ceuxcijettoient de l'éclat et affichoient la richesse,
dans celles-là des regards somon apercevoit
bres et tristes , annonces certains de la misère (1) : que les journaliers des champs surtout étoient si pauvres, 3 que, mal nourris s
à peine vêtus, s gelés en hiver, brilés en été,
et dans leurs maladies n'ayant pas un écu
le moindre soulagement, ils
pour se procurer
vivoient, et donlanguissoient plutôt qu'ilsne
noient le jour à des enfans qui, se ressentant de limpuissance de leurs pères > mouroient presque tous avant d'être sortis del Penfance.
l'effet
J'observois l'agriculture négligée par
et le sol de la France
des causes précédentes,
pouvant à peine suffire à la subsistance annuelle; ; le commerce extérieur des blés consniemablementtonléjettéducaion des trou-
(1) Tous les économistes sont convenus, ainsi de la que campague. les observateurs M. Necétrangers, de lextrême misère de nos gens des finances 1 quoique
ker lui-mème F'avoue dans son considérer administration la France sousl'aspect de la
dans cet ouvrage il se s'arrèterà plaise à à des
rien n'est plus avéré
prospérité le luxe : et mais la sans misère marchent toujours témoigniges, de front et dans une proque Portion égale, à cause de l'inégalité extrème l'Etat. dans les fortunes que les
richesses, mères du luxe, introduisent dans
ère de nos gens des finances 1 quoique
ker lui-mème F'avoue dans son considérer administration la France sousl'aspect de la
dans cet ouvrage il se s'arrèterà plaise à à des
rien n'est plus avéré
prospérité le luxe : et mais la sans misère marchent toujours témoigniges, de front et dans une proque Portion égale, à cause de l'inégalité extrème l'Etat. dans les fortunes que les
richesses, mères du luxe, introduisent dans --- Page 18 ---
(16)
peaux presqu'entièrement abandonnée. Je
voyois enfin au, - dehors,
les
avoient délaissé
, que
Français
les grandes pêches de mer 9
et toute navigation d'économie,
chérir
pour ne plus
et soigner que leurs Colonies à sucre.
Quant à colles-ci, je remarquois
leur
que
établissement, le progrès de leurs cultures et
la protection dont elles ne
pouvoient se passer, avoient coûté des milliards à l'état, dans
l'entretien d'une puissante marine
guerrière,
uniquement destinée à leur sureté : que leur
possession avoit entretenu une rivalité
tuelle entre la France
perpéet l'Angleterre 3 une
source intarissable entr'elles de déiélés
litiques et de longues
poguerres, dont les frais
avoient chaque fois épuisé le trésor
augmenté les impôts nécessité
public s
des
et appanvrile Gouvernement.
emprunts
Que ces contestations maritimes,
toujours
accompagnées d'autres combats sur terre
jointes à l'insalubrité du climat des
s
Colonies,
avoient causé ce grand vide dans la
tion de la
populaFrance, 2 réduite, suivant quelques
écrivains, à 15 ou 16 millions d'individus
(1) Ile est assez
(1),
le plus de la vérité, indifférent de savoir laquelle de ces estimations.
de son temps comptoit en y en comprenant encore celle de M. Necker, approche qui,
qu'unevoix alors pour un vide France 25 millions d'individus. Il n'y a eu
haut assez marqué, sans calcul, , quelconque le relâchement dansla population du Royaume,
prix de la main-d'euvre.
été effet de la culture et le
nombre des habitans
en
msuhate
ans en temps de
n'eàt pas diminué dans un état miraculeux, miné
que le
et en temps de paix, guerre par > par des de nombreuses armées de terre et depuis de ner, 150
nies, et continuellement. en outre, émigrations journalières dans des Cololesse dans les grandes villes , et de 3. la parl misère les effets dans du les luxe et de la molcampagnçs.
'euvre.
été effet de la culture et le
nombre des habitans
en
msuhate
ans en temps de
n'eàt pas diminué dans un état miraculeux, miné
que le
et en temps de paix, guerre par > par des de nombreuses armées de terre et depuis de ner, 150
nies, et continuellement. en outre, émigrations journalières dans des Cololesse dans les grandes villes , et de 3. la parl misère les effets dans du les luxe et de la molcampagnçs. --- Page 19 ---
(1)
à 205 à prendre le Roet plus généralement
dans ses précédentes limites; qu'enfin
yaume
nationale, résultée de tant de dé
la dette (1)
continuelles, nos défaites sur mer, la
penses
les
et fréperte de nos vaisseaux 3
longues
interruptions du commerce, 3 et nos
quentes
Juttes constantes et difficiles contre les Puisdu
étoient autant
sances voisines
continent,
de causes provenues de la possession de nos
Colonies, quiavoient tellement taffoibli P'Etat,
les étrangers ne le comptoient plus, sur
que
la fin du règne de Louis XV, que pour un
pouvoir du troisième (2) rang, parmi ceux qui
forment le système de la balance politique de
PEurope:
Tel étoit le revers de la médaille, et j'en
demeurois tristement affecté.
(1)Notre dette nationale s'élevoit du temps de Loxis XVI à près de
4 milliards; ct lon sait que son énormité, ainsi que les efforts du Gouvernenent pour trouver les moyens de Pacquitter, sont l'une des causes qui, ayant exalté les esprits, ont contribué à notre révolutiors encore auta autear Allemand, je ne sais sur quelle autorité, porte
jourd'hui la dette de la France à 5 milliards.
(2) Cette décadence politique de la France ne fut malheureusement le traité
que trop vraie. J'en rappellerai deux traits. En premier lieu,
de Paris, en 1763, , qui nous enlera le Canada et la Louisiane , les ct forti- força
Louis XV à toutes les stipulations honteuses qui concernoient Surveillant
fications et le port de Dunkerque, jusqu'à y souffrir un
anglais.
Ily, eut aussi une occasion sous Lonis XVI, où ce Roi, , voulant intervenir armé dansquelque différent élevé au sujet de la Hollande, n'usa
se
avec le Roi de Prusse (ce n'étoit pas Frédéric le
pas compromettre
des
Crand ) qui de son côté y envoyoit d'autres sembiables, troupes. qui donnèrent lieu à
Ce sont Burke ces événemens d'avancer et dans ses écrits, ou en plein Parlement , que
Panglais désormais la, France devoit être rayée du nombre des Puissances prépondérantes de FEurope. Les' choses ont bien chaugé depuis,
B
Hollande, n'usa
se
avec le Roi de Prusse (ce n'étoit pas Frédéric le
pas compromettre
des
Crand ) qui de son côté y envoyoit d'autres sembiables, troupes. qui donnèrent lieu à
Ce sont Burke ces événemens d'avancer et dans ses écrits, ou en plein Parlement , que
Panglais désormais la, France devoit être rayée du nombre des Puissances prépondérantes de FEurope. Les' choses ont bien chaugé depuis,
B --- Page 20 ---
(18)
S. IV.
Quelles sont les Colonies dont les
effets ont
mipaoakimmthoum) ?
Frappé de ces
toit, contre le désavantages, dont il: résulsentiment
d'ontre-mer étoient des reçu 3 que nos pays
je ne fus que trop confirmé propriétés nuisibles,
geante opinion,
dans cette affliColonies; les
en distinguant deux sortes de
utilité
unes de luxe, et les autres d'une
plus réelle, c'est-à-dire
et les nécessaires.
s les superflues
Je rangeai dans la dernière
toutes celles des
classe presque
établirent guères Peuples anciens, qui n'en
charger de l'excédent que dans les vues de se déde leur
pour s'affermir dans des
population; ou
occuper quelque point conquêtes; ou pour
nication.
important de commuLes
Européensen ont formé des
Ces. Je place, dans le
deux espècelles qu'ils fondèrent rang des nécessaires,
les isles du nord de
dans le Continent et
population, de
lAmérique, en vue de la
ches, et d'un F'agriculture, des grandes péPour me commerce fondé sur, ces bases.
renfermer dans celles
appartinrent, (le Canada,
qui nous
Neuve et la
l'Acadie, TerreLouisiane) leur
mieux raisonné et plus suiyi, établissement,
pouvoit deve- --- Page 21 ---
(19)
nir très-utile à lEtat, sous les rapports précédens. l'auroient soulagé, dans le besoin, de
Elles
si toutefois nos
son surcroît de population,
civiles, religieuses ou politiques n'y
guerres
dans
eussent pas ashantiopeane-iee
des climats salubres et d'une température semblable àlanôtre, elles auroient offert le double avantage d'accroitre promptement en poet de consommer quantité de nos
pulation,
Leurnavigation
étoffes et de nos productions.
ett donné à la France des matelots expérimentés; ; et leurs forêts, des bois de construction propres aux édifices et aux vaisseaux.
siècle, devenuesle boulevard
Dans moinsd'uns
de nos isles des Antilles, elles les auroient
en outre, de grains, de bois et de
pourvues,
salaisons. Ces Colonies du nord , en raison de leur
nombreuse population, n'auroient eu besoin,
en plusieurs cas, que de leurs propres forces,
contre l'ennemi: au moins,
pour se défendre
dans la
n'eussent-elles pas placé la métropole
nécessité d'y tenir continuellement des garnini de leur envoyer des
sons européennes,
Le
de
secours pressans et nombreux.
genre
leurs cultures étant à peu près celui de PEules productions de leur sol n'auroient
rope,
ni la cupidité d'aucune
excité ni la jalousie 3
puissance riyale: enfin la modicité des fortu-
forces,
contre l'ennemi: au moins,
pour se défendre
dans la
n'eussent-elles pas placé la métropole
nécessité d'y tenir continuellement des garnini de leur envoyer des
sons européennes,
Le
de
secours pressans et nombreux.
genre
leurs cultures étant à peu près celui de PEules productions de leur sol n'auroient
rope,
ni la cupidité d'aucune
excité ni la jalousie 3
puissance riyale: enfin la modicité des fortu- --- Page 22 ---
(201)
nes coloniales eût rendu
sédentaire sur ses
chaque famille plus
affranchi la
foyerssetcette résidence eût
veler
métropole du besoin
sans cesse les
d'y renouceux-ci attachés
Colons; elle eût rendu
de coeur au sol
vu naître.
qui les auroit
J'appelle Colonies
nicicuses, celles
superflucs et même perque les
dans le reste du
Européens possèdent
Indes orientales, Nouveau-Monde et dans les
en ce qu'elles n'ont aucun
desavamtnempolitigter
traire, elles épnisentleur précédensqu'au conmes et
Mère-patrie d'homd'argent; qu'elles leur
efforts continnels;
nécessitent des
que les trésors
retire, deviennent nuls
qu'on en
plusieurs
ou nuisibles, sous
aspects ; ct qu'il est de fait
toutesles
que
puissancesqui en ont, sont
comme la France, dans la
tombées,
périssement.
langueur et le déEn effet, qu'ont gagné
Hollande à posséder de PAngleterre et Ia
nies? Celle-cia
vastes et: riches Colocadence qui n'est égalementtombé dans une dérèssemble,
pas équivoque ; et celle-là
la fable, trait pour trait, à la grenouille de
qui creva à force de se gonfler.
immense colosse
Cet
statue du
s qu'on peut comparer à la
songe de
soutient plus
Nabuchodonosor, ne se
qu'en redoublant
mnent d'efforts,
continuellenellement l'abime c'est-à-dire, en creusant jourqui doit l'engloutir.
tombé dans une dérèssemble,
pas équivoque ; et celle-là
la fable, trait pour trait, à la grenouille de
qui creva à force de se gonfler.
immense colosse
Cet
statue du
s qu'on peut comparer à la
songe de
soutient plus
Nabuchodonosor, ne se
qu'en redoublant
mnent d'efforts,
continuellenellement l'abime c'est-à-dire, en creusant jourqui doit l'engloutir. --- Page 23 ---
(21 )
Ces efforts ne cessent de (1)lépuiser. Ily
sa
est au-desa long-temps que
population
sous de ses vastes entreprises 2 malgré que,
subvenir, elle ait, dans l'intervalle,
pour y
tari d'hommes plusieurs petits états d'Allemagne; et sa dette (2) nationale se monte à
une somme qui effraye l'imagination. Lesimsont d'un tel fardeau,
pôts qu'on y perçoit
quel les villes opulentes seules peuvent les supporter : on en peut juger par les nombreuses
émigrations d'Ecossais set d'Irlandais, annoncées dans les gazettes, qui aujourd'hui fuient
leur sol, pour aller chercher autre part une
patrie moins foulée et un Gouvernement plus
doux.
Cette Grande-Bretagne, autrefois si riche
en. blé et qui exportoit la moitié de ses récolalimenter ses habitans. La
tes, ne peut plus
rareté et la cherté du pain s'y renouvellent
tous les ans.
Le Portugal n'a pas été plus heureux avec
aux Indes orientales, et son
ses. possessions
Royaume du Brésil, si riche en or et en pier-
(1), L'Angleterre, à force d'armer, paroit invincible sur mer ; maix
de fait, elle n'y fut janais aussi foible. Ses vaisseaux de n'ont que moitié
équipage 7 et beaucoup restent dans le port, , faute pouvoirs'en procurer. (2) Beaucoup de gens regardent la dette nationale discnt-ils, de PAngleterre c'est
comnie devant lui être fort indifférente, attendu ,
que exact.
la main droite qqui doit à la main gauche : ceci n'est pas tout-à-fait Quand ccla
Lcs Etrangers ont beaucoup de fonds placés en Anglcierre.
et
ne scroit pas, lorsqu'elle fera banqueroute, > ce qui est immanquable leurs
peut-être prochain 2 les Anglais scs créanciers autre' nc Puissance perdront-ils les leur pas avoit
capitaux aussi complètement que si toutc
dus.?
indifférente, attendu ,
que exact.
la main droite qqui doit à la main gauche : ceci n'est pas tout-à-fait Quand ccla
Lcs Etrangers ont beaucoup de fonds placés en Anglcierre.
et
ne scroit pas, lorsqu'elle fera banqueroute, > ce qui est immanquable leurs
peut-être prochain 2 les Anglais scs créanciers autre' nc Puissance perdront-ils les leur pas avoit
capitaux aussi complètement que si toutc
dus.? --- Page 24 ---
(22)
rerries. Cet Etat n'est plus ce qu'il
que son prince
étoit, lorsHenry, au commencement du
quinzième siècle, donnoit l'essor
vellendécorvenesetler
aux nouleur. La Hollande
sencourageoitavece chaseroit-elle
état de secouer le
aujourd'hui en
joug d'un Prince puissant
commePhilippe II,
ainsiqu'elle en
rage et les
eutle coumoyens 3 avant de
pouce de terre hors de ses limites? posséder un
La Suisse même, sans avoir de Colonies
elle, ne s'en est pas moins
à
perdu quantité de ses
ressentie, ayant
qui is'en sont
sujets, soit dans ceux
bénéfices du expatriés pour prendre part aux
commerce, ou de la culture
contrées du Nouveau-monde,
des
datsqu'elle afournis aux
soitdanslessoldans leurs fréquens
puissances maritimes
sidérablement
démélés. Elle en est conaffoiblie : ce n'est pas la même
population, ce ne sont plus les mêmes
mes. Tel est aussi le sort de la
homlatinat du Rhin et
Hesse, du Padequelques autres
Souverainetés
petites
dAllenigne, qui ont
temps vendu leurs sujets ài
longcomme soldats, soit
l'Angleterre, soit
comme futurs colons,
S. V.
Différence remarquable entre l'ancienne de.
poprtation de PEurope et celle
lieu actuellement.
gui J a
Dans les temps anciens, les Nations du nord --- Page 25 ---
(231)
essaims de leurs rigonreux clisortant par aller dans le midi conquérir et
mats, , pour
riantes et plus favorihabiter des terres plus
sées, faisoient chaque fois des saignées considérables à leur population ; mais ces sorties
ne revenoient pas souvent chez un même peul'effet d'une
ple : elles ne pouvoient yêtre que le laps du
population devenue excessive par
et dans un état de paix habituel: : ce
temps, n'étoit
l'excédent qui quittoit le pays.
Dans le que cas contraire, le temps et la fécondité
des familles qui restoient ( on sait que les climats du nord sont distingués en cela.), réparoient ce dommage ; ainsi ces émigrations 2
quoique fort nombreuses ; formoient des percause extérieure
tes passagères 7 qu'aucune
n'entretenoit plus.
La
dépopulation quimine aujourd'hnil'Eudepuis la découverte du Nouveaurope, Monde, est d'un genre tout opposé, en ce
le temps, au lieu d'y remédier, l'agrave
que
ces climats'ardens 2 et
sans cesse. Toujours
de leurs
les guerres qu'engendre la possession
exigeront une multitude de Marins, de
pays, Soldats et de Colons, et toujours ils en serontle vaste cimetière; de même que la TerreSainte, l'Egypte et FAsie, le furent pour nos
armées de Croisés,
J'ai souvent entendu alléguer que cette
dépopulation moderne étoit nécessaire. Sans
édier, l'agrave
que
ces climats'ardens 2 et
sans cesse. Toujours
de leurs
les guerres qu'engendre la possession
exigeront une multitude de Marins, de
pays, Soldats et de Colons, et toujours ils en serontle vaste cimetière; de même que la TerreSainte, l'Egypte et FAsie, le furent pour nos
armées de Croisés,
J'ai souvent entendu alléguer que cette
dépopulation moderne étoit nécessaire. Sans --- Page 26 ---
(241)
elle, disoit-on, les naissances dans
pèce excédant
notre esles Royaumes Tonteb-innlemeninas,
tel surcroît de mtteesuenteare
roient
peuple s que les lois ne pours'empécher, pour en restreindre le
nombre, de recourir à des
volteroient Phumanité:
expédiens qui rétion des enfans, usitée nommément à
l'exposiprévenir les
la Chine, afin d'y
désordres que des circonstances
pareilles y avoient excités
Ilest certain
précédemment.
qu'aninfanticide seinblable erépugne souverainement; mais
dans le fond, de cette
diffère-t-il,
espèce d'homicide
perpétuent sans bruit,
que
tretien et la
T'otablissement, l'enprotection des
mille et mille combats de Colonies, ainsique
dont elles
terre et de mer, 3
sontl'origine P
Est-il assuré,
des Royaunes dailleurs, que la population
cieux fIl
monteroit à un excès
est de fait
perniture seule établit
qu'on tout temps la nala
une juste proportion
masse des individus de
dans
Si quelquefois elle
l'espèce humaine,
s'écarte de cet
en plus ou en moins, elle récèle équilibre,
dansses
en son sein,
aucun besoin faveurs(1)ou dans ses fléaux, et sans
de nos étroites
La
combinaisons,
plesicuis (D autres najure moyeus répand Ee communément ses pluics, scs
sonségsemmeat Rca pestep
les individas. fertilité, Mais aussi qui nultiplient les rosées, ct
nérales, ct terrihtes, parcils la Petite vérile, la fieyre , par jutervalles, subaistanccs, elle envoie Gt
peu dc chose une autres fléaux de qui, dans une scule jannc, saison des famines gepopslation plusicurs siécles,
2 réduisent à
najure moyeus répand Ee communément ses pluics, scs
sonségsemmeat Rca pestep
les individas. fertilité, Mais aussi qui nultiplient les rosées, ct
nérales, ct terrihtes, parcils la Petite vérile, la fieyre , par jutervalles, subaistanccs, elle envoie Gt
peu dc chose une autres fléaux de qui, dans une scule jannc, saison des famines gepopslation plusicurs siécles,
2 réduisent à --- Page 27 ---
(25 5)
des ressourcés suffisantes pour rentrer bientôt dans son ordre moyen etle plus habituel.
Il est donc fort inutile que nous nous en inquiétions.
des enfans étoit permise chez
L'exposition
les Grecs et chez les Romains; mais il ne faut
en induire que ce fût pour obvier à l'expas
les
la dimicès de leur population ;
guerres
nuoient assez,
Ce n'est pas à l'excessive population de la
Chine, qu'il faut attribuer l'existence de la
loi quiy permetfinfanticide. Un excellent 1)
observateur remarque à ce sujet, que cet empire, dans sa totalité, est moins peuplé que
l'Allemagne, quielle-même ne l'est pasautant
T'Angleterre, oûl'onn'est pas obligé d'exquel les enfans. L'avarice et la cupidité, dit
poser
entr'autres raisons, entretiennent
cet auteur
parmi les Chinois cet abominable usage. Pour
beaucoup, ils s'accumulent dans lcs
gagner villes commerçantes et le long des rivières :
en raison de leur nomlà se multipliant trop,
bre disproportionné avec les terrains qu'ils
occupent, il n'est pas étonnant qu'ils les surchargent d'une population (2) excessive, qui,
(1) De Paw, Recherches philosophiques sur les Chinojs et les Egyptiens. (2) On vante beaucoup la fécondité des femmes de la Chine, à P'absence et on
lui attribue cet excès de population. notre Europe. Je le Cet rapporterois Empire, plutôt haigné del la mer
des à l'est causes et au qui midi, dépeuplent et séparé, à P'ouest, des désérts de la Tartarie par
une chaine de hautes montagnes, n'est ouvert aux peuples les voisius Tartares que
par Je nord, où est leur grande muraille. C'est par-là que
ante beaucoup la fécondité des femmes de la Chine, à P'absence et on
lui attribue cet excès de population. notre Europe. Je le Cet rapporterois Empire, plutôt haigné del la mer
des à l'est causes et au qui midi, dépeuplent et séparé, à P'ouest, des désérts de la Tartarie par
une chaine de hautes montagnes, n'est ouvert aux peuples les voisius Tartares que
par Je nord, où est leur grande muraille. C'est par-là que --- Page 28 ---
(26)
dans certaines
à périr de
circonstances, 2 les exposeroit
faim, si d'avance ils ne la restreignoient. Cesortneles
avides de
attendroitpas, si, moins
gains et satisfaits d'une vie
ils alloient habiter
frugale,
plusieurs
rieures de 20 à 40 lieues
provinces intédes et en Forêts, où
d'étendue, en Lanbêtes féroces, des
vivent ici, quantité de
pèces de
tigres surtout; etlà,des esSauvages dispersés dans les bois.
La dépopulation actuelle de
d'autant plus alarmante
l'Europe est
sa lenteur, ainsi
le
qu'inaperçue par
mités
que sont les autres calaattachées à la possession des
de luxe : tout cela ne devient
Colonies
quandle mal est presqu'à
sensible, que
lors même, il est
ason comble, et qu'ade
encore couvert d'un prestige
quelques avantages
une illusion
particuliers, qui font
générale et d'autant
cile à
plus diffidissiper, 3 que les goits, les
et l'intérêt personnel,
habitudes
soutiennent
que ce commerce est favorable hardiment
ces qui le
aux puissanfont, 9 en augmentant leurs
ses et leurs forces.
richeseffusion y sont entrés dc pour en faire la conquête ; mais
Les Chinois, sang, jouissant et adoptant ainsi d'une ensuitel les meuis et chaque les usages fois des sans grande
tion pas de leur pays pour conrir le monde, paix presque continnelle ne vainens. sortant
population extérieure reatreroit ni de Colonies meurtrières n'ayant à aucune établir grande navignjouissent d'une position daus mes prineipes. En Amérique, 7 les leur Etats-Enis excessive
domera et d'une les mènies avantages grographique d'une paix à pen près pareile, et clle leur
grande population.
coutinentale non iutertompue, --- Page 29 ---
(27)
S VI.
Observations surl la puissance des Etats Européens qui ne possèdent pas de Colonies.
Pour en décider avec une entière connoissance de cause, jobserverai si les Puissances,
privées de ces possessions, en sont devenues
plus pauyres et plus affoiblies ?
Ici, je pourrois trancher la question à l'égard de la pauvreté : cet état n'est réel que
dans un sens relatif ; il ne l'est pas par luimême. Un Paysan quivit bien avec cent pistoles par an; un Bourgeois qui jouit de tous
ses aises avec dix mille francs de revenu; et
un Grand qui dépense par an ses cent mille
livres de rente, ont chacun individuellement
une fortune égale, relative à leurs besoins,
quoiqu'ily aitloin de mille francsà cent mille.
Cette distinction peut servir de réponse à
ceux qui font l'éloge des richesses excessives
del'Angleterre.Sir ses besoins sont encore plus
excessifs, ainsi qu'on ne peut le dénier, elle
est alors, sans contredit, l'Etatle plus pauvre
qu'ilyait au monde : ses emprunts, perpétuels
l'attestent suffisamment.
Je reviens aux Puissances quin'ont pas de
Colonies, et je découvre parmi celles de l'Europe, qu'ellesy ont acquis un rang supérieur
à celui qu'elles occupoient autrefois, sans se
ives
del'Angleterre.Sir ses besoins sont encore plus
excessifs, ainsi qu'on ne peut le dénier, elle
est alors, sans contredit, l'Etatle plus pauvre
qu'ilyait au monde : ses emprunts, perpétuels
l'attestent suffisamment.
Je reviens aux Puissances quin'ont pas de
Colonies, et je découvre parmi celles de l'Europe, qu'ellesy ont acquis un rang supérieur
à celui qu'elles occupoient autrefois, sans se --- Page 30 ---
(28)
dépeupler, sans fouler les peuples
tions, sans contracter de
d'impositant leurs revenus et même dettes, en angmenaux dépens des Nations leur numéraire s
cher la matière au loin
qui vont en cherde dépenses.
avec tant de peines et
leur secret a consisté Pourobtenir ces avantages, tout
des bras de leurs
à s'attacherà tirer parti
leur sol.
sujets et des productions de
C'est ce qu'offrent plus
Prusse et la
particulièrement la
Russie; ce
ce que présente
qu'étoit la Pologne;
l'Autriche,
moins, attendu ses
quoique un peu
tre la
nombreuses guerres conFrance, comme
gleterre. On
stipendiaire de l'Anla Bavière pentyj joindre la Suède, la
et même le
Saxe,
commerce limité n'a Dannemarck, dont le
teinte à sa
pas porté une grande atcité de
population, et qui,
ses Colonies,
par la'moditexte àla
3 n'a pas fourni de préjalousie britannique.
Depuis la découverte du
les Etats de Barbarie
Nouvean-Monde,
même
se sontiennent dans la
vigueur et dans une force
surprisque des
égale: on est
puissances aussi
et
foiblesluttent,
quelquefois avec ayantage s contre
pagne et le Portugal;
PEsimpunitéles
qu'elles insultent avec
pavillons des
ou
Peuples
qu'elles en soumsttent la
marchands,
tie à leur payer des tributs plus grande parniayecdes richesses
annuels, Ce ne fut
acquises par le commerce, --- Page 31 ---
(29)
ni avec des armées navales, que leurs ancetreslesSarrasins conquirentla Syrie, la Perse,
les côtes d Afrique,
T'Asie-mineure, 2 lEgypte,
la Sicile, les Espagnes, et qu'ils faillirent envahir la France.
La Sicile doit à sa seule. fécondité et à la
paix dont elle jouit, son abondance et son
bonheur. La Turquie n'eut jamais de Colonies ni de commerce : elle a été néanmoins,
durant deux ou trois siècles, la puissance la
plus formidable de l'Europe. Sa décadence
actuelle est fondée sur des causes indépendantes de celles dontje parle, à moins qu'on
n'y comprenne la trop grande étendue de sa
domination.
Je pourrois encore, en sortant de PEurope,
citer la Chine, le Japon, PIndoustan et les
autres grands royaumes des Indes 2 comme
ayant, sans commerce extérieur, conservé
respectivement la balance de leurs forces naet
leur même rang
turelles, 3 conséquemment
politique,
S. VII
Remarques sUT les Puissances maritimes,
tant anciennes que modernes.
Les observations précédentes acquerront
plus de force, en examinant quelle fut la durée des Puissances commerçantes des siècles
anciens et des modernes.
Japon, PIndoustan et les
autres grands royaumes des Indes 2 comme
ayant, sans commerce extérieur, conservé
respectivement la balance de leurs forces naet
leur même rang
turelles, 3 conséquemment
politique,
S. VII
Remarques sUT les Puissances maritimes,
tant anciennes que modernes.
Les observations précédentes acquerront
plus de force, en examinant quelle fut la durée des Puissances commerçantes des siècles
anciens et des modernes. --- Page 32 ---
(3,)
Tyr,Sidon, Carthage, Marseille,
et les Républiques marchandes
Rhodes
rent plus tard lItalie,
qui illustrédans les temps de leur jetèrent un grand éclat
haute fortune
ce fut, pour chacune d'elles,
; mais
une splendeur
éphémère : elles déchurent avec la même
promptitude qu'elles s'étoient
unes absolument
élevées ; les
puis leur chute détruites, et les autres, de2 étant devenues
et plus obscures
plus foibles
été. On a vu
qu'elles ne l'avoient jamais
de temps les précédemment, en combien peu
Puissances maritimes
d'hui sont tombées dans l'etat de d'aujourde
foiblesse et
dépérissement qui les caractérise.
Ces effets communs peuvent-ils
d'autre cause que d'un vice général provenir
dans ces sortes de Gonvernemens? inhérent
Leur
grande faute est de trop étendrela
plus
leur activitécommerciale.
sphère de
le centre,
Forcés d'en épuiser
s pour en garnir chaque point de la
circonférence 2 ilss'affoiblisent
eux 3 et dans toutes les
ainsi, et chez
parties de leur domination; ensuite, l'extrême quantité de
qu'exige la marine, en enlève nécessairement sujets
beaucoup à TAgriculture et aux
en souffrent de
ateliers, qui
défendre
plus en plus. Encore, pour se
ou pour attaquer, P'Etata besoin de
troupes mércenaires, qui n'ont aucun
à sa conservation. Enfin, dans
intérêt
treprises, dans ses
ses vastes ennombreuses communica- --- Page 33 ---
(31)
tious,ne eak-dslatfires
Puissances, ou d'en être incommodées, leur
lot le plus habituel est d'avoir quantité de
différends, ou d'être en guerre ouverte avec
quelqu'une d'elles.
On peut objecter ici, qu'avant de posséder
des Colonies, la France étoit également engagée dans de longues et sanglantes guerres.
J'en conviens, et c'est précisément parce qu'il
s'en élève trop fréquemment aux dépens de
lap prospéritépubliqte, quilfautériterdenonveaux sujets d'en faire naître : Or, y en a-til qui produisent plus de contestations politiques et de raisons d'en venir aux armes, s
la cupidité mercantile, la rivalité du
que
Decommerce, et la jalousie qu'il provoque?I
puis 60 ans, voici la cinquième guerre que
'la France soutient contre T'Angleterre, dont
quatre pour le moins ont été occasionées
par des intérêts coloniaux.
On en peut juger encore par les différends
qui existèrent entre Gênes et Venise, la Hollande et le Portugal, et par l'empire insolent
que l'Anglais exerce sur tous les autres pavillons.
Au reste, on doit remarquer que les guerres
soutenues autrefois par la France, n'étoient
pas aussi destructives pour l'Etat que celles
d'aujourd'hui, qui ont lieu en même temps
sur terre, sur mer, et dans les quatre parties
par des intérêts coloniaux.
On en peut juger encore par les différends
qui existèrent entre Gênes et Venise, la Hollande et le Portugal, et par l'empire insolent
que l'Anglais exerce sur tous les autres pavillons.
Au reste, on doit remarquer que les guerres
soutenues autrefois par la France, n'étoient
pas aussi destructives pour l'Etat que celles
d'aujourd'hui, qui ont lieu en même temps
sur terre, sur mer, et dans les quatre parties --- Page 34 ---
(3z) )
du monde: qu'alors, souvent, les armées ne
sortoient pas du Royaume, et que licenciées,
chaqne combattant retournoit sur ses
ainsi, ni les hommes ni leur
foyers;
paye n'étoient
pas,à beaucoupprès, aussi perdus pourl'Etat,
comme ils le sont dans les expéditions lointaines, et sous des climats meurtriers. Il
falloit pas non plus alors la sixième
ne
des troupes de terre, dont on a besoin partie
jourd'hui.
auS. VIIL
Caractères genéral des peuples marchands.
Il est dela nature de l'esprit du commerce
d'avoir cette cupidité sans bornes, dont je
viens de parler. Ses désirs ne sontjamais
complètement satisfaits: des richesses
lui deviennent
sacquises ne
qu'un surcroit de
en
acquérir de plus considérables. moyens pour
L'Etat ue contracte pas moinscette passion
que les particuliers; et tandis que ceux-ci tendent sans cesse à une augmentation de bénéfices, celui-là s'occupe aussi sans relâche de
mesures propres à rendre le commerce national de plus en plus brillant. Ses
tions ne lui suffisent pas; il lai faut d'antres producdenrées, d'autres matières
mines d'or ou
premières, des
d'argent, des pays oùt croissent
les épiceries etles aromates, et Où se trouvent --- Page 35 ---
(33) )
et les
: tous objets de luxe
les perles
pierreries: d'effets funestes, tant
et germes d'une foule
moral.
au physique qu'au
et
Rempli de cette extrême cupidité , pareil
chien du fabuliste, qui lâche sa proie pour
au
cet Etat enivré de
n'en saisir que T'ombre,
s'enconquêtes, parcourt les mers, cherche,
les
éloignées, et ajoutant l'infonce dans plus
de toutes les
justice à l'avidité, s'y. empare
plages qui lui conviennent.
dans
Engagé dans ces entreprises, il se met
la nécessité de faire de puissans efforts : il
consacre ses vaisseaux, ses matelots, ses
y soldats et son or. : Ce moment de ses conquêtes est le seul brillant (1) pour lui, parce
dans la fraîcheur et la
qu'il les entreprend
plénitude de ses moyens : mais ses dépenses
croissant sans mesure 2 ses finances en soufdiminuant à vue d'oeil,
frant, et sap population
efforts
en peu de temps, 2 la continuité de ces
sutem.ameip-lbgaabe) pour conserver
acquérir, le place dans une situaqué pour
ne sont plus protion telle que ses ressources
Ceux-ci le
portionnées à ses vastes besoins,
et l'énervent : et si lon y ajoute les
rongent
démêlés hostiles qui naissent de ces conquêtes
et de la jalousie des autres peuples, on aura
(2 Tels furent les succès des Carthaginois, , des ravirent Vénitiens, tout à des ees Por- dertugais aux Indes, , il et ne ensuite reste des presquc Hollandais plus rien qui de ces conquêtes.
niers, ct auxquels
C
ux-ci le
portionnées à ses vastes besoins,
et l'énervent : et si lon y ajoute les
rongent
démêlés hostiles qui naissent de ces conquêtes
et de la jalousie des autres peuples, on aura
(2 Tels furent les succès des Carthaginois, , des ravirent Vénitiens, tout à des ees Por- dertugais aux Indes, , il et ne ensuite reste des presquc Hollandais plus rien qui de ces conquêtes.
niers, ct auxquels
C --- Page 36 ---
(34
les principales causes de la rapide décadence
d'un Etat commerçant.
Cet Etat est encore plus possédé de jalousie
que les autres. Il veille attentivement sur les
démarches de ceux qui entreprendroient de
le troubler dans son négoce, O1 de compromettre en rien un intérêt aussi cher : il prétend en jouir seul à l'exclusion de tout rival.
Ceux-ci, de leur côté, acquérant bientôt une
portion de cctte cupidité, ne voient pas sans
envie une Nation seule profiter de l'avantage d'un élément quin'appartient en
à aucune Puissance. Excités à leur tour propre
ces passions, ils marchent sur les traces par de
ce dominateur de la mer, le rivalisent quand
ils peuvent, et finissent enfin par l'inquidter
sourdement ou à découvert. Ces dispositions
mutuelles constituent entre eux un état de
guerre qui aboutit à les affoiblir et souvent
à les détruire.
Les richesses encore rendent les Etats aussi
orgucilleux et aussi insolens que les particuliers : d'ou il arrive, qu'offensant, dans le
délire de leur apparente prospérité, des
pires puissans, ils en deviennent tôt Ou tard emles cruelles victimes. C'estainsi
que tombèrent
Tyr, Carthage, Gênes et Venise : et telles
sont les causes générales qui ont laissé si
de durée au brillant commerce d'une Nation. peu
On peut donc conclure de ces deux
para- --- Page 37 ---
35 )
si le trident de Neptune est le
graphes que
de souve*
sceptre du Monde, il n'y a point
raineté plus précaire:
S. IX:
Le peu dé force réelle que donnent à zirt
Etat le trafic et la navigation:
Une chose également vraie, et qui est une
suite des causes précédentes, c'est que les
uniquement occupés de la navigation,
peuples
sous les armes. de ceux qui ne
ont succombé
s'en mêloient pas:
du Continent.
Si Tyr n'eût pas été séparée
un bras de mer quoique dans sa plus
par
lorsque Alexandre en fit
grande splendeur, elle eût bien moins résisté à ce
le siége),
l'ayant jointe à la terre par
conquérant, qui,
facis'en
beaucoup plus
une digue,
empara villes obscures de l'inlementque de quelques
Cartérieur de PAsie. Dans le même temps,
dont les vaisseaux couvroient aussi les
thage,
les Syracusains qui inmers, étoit pressée par
de
cendioient son territoire et menaçoient
l'attaquer.
détruisirent cette florissante
Les Romains
Marseille dont le
république, ct soumirent
favorisèrent
commerce s'étendoit au loin : ils
tour à tour, suivant
Rhodes et Fhumilièrent
leur politique.
mis fin à la puissance des
Les Turcs ont
,
dont les vaisseaux couvroient aussi les
thage,
les Syracusains qui inmers, étoit pressée par
de
cendioient son territoire et menaçoient
l'attaquer.
détruisirent cette florissante
Les Romains
Marseille dont le
république, ct soumirent
favorisèrent
commerce s'étendoit au loin : ils
tour à tour, suivant
Rhodes et Fhumilièrent
leur politique.
mis fin à la puissance des
Les Turcs ont --- Page 38 ---
(36)
divers peuples d'Italie, que le commerce avoit
enrichis et élevés.
La France n'a lutté qu'avec les plus grands
efforts contre les Puissances ses voisines, qui
n'ont pas de Colonies : et ce qui est digue de
remarque, 3 elle n'a étendu ses frontières
repris son éclat et rentré dans son premier
rang politique, que depuis la révolution ; à
lépoque précise où son commerce extérieur,
sa navigation, sa marine et la balance de ses
bénélices, lui étoient devenus complètement
nuls.
La raison en est, ainsi qu'on le verra
par la suite, qu'alors les Français, entraînés
par la force des circonstances, s'étoient replacés dans leur vrai caractère : qu'au lieu
d'or, ils employoient du fer; et qu'àla
des idées mercantiles et des désirs de la place
cupidité, ils ne respiroient que l'amour de la
gloire ct le salut de la patrie.
Ilne sera pas inutile, dans cette discussion,
de fixer son, attention sur les anciens législateurs.Ilsse coninoissoienten, saines maximes
de gouvernenient, ou, pour mieux dire, ilsy
excelloient. Tous,dans leurs lois, défendirent
Ja navigation extérieure. Plus d'une raison
les y engagea : j'en parlerai plus bas. On sait
combien par suite de ce preusé,lesPerses,les
Indons, les Egyptiens, les Hébreux et d'autres
peuples antiques, avoient la mer en horreur, --- Page 39 ---
(37 - )
Sparte ne fit jamais aucun commerce 3
c'étoit contre l'esprit de son institution : néande
moins elle vainquit Athènes, orgueilleuse lui
ses flottes et de la supériorité qu'elles
avoientacquise: esurlesilesdel PArchipel.Sparte
à son tour déchut de sa force et de sa puisdevint
Etat ordinaire du
sance, et ne
qu'un
vaincu. les
Péloponèse, lorsqu'après avoir
Athéniens, commandant à la Grèce et ayant
des flottes, elle se fut relâchée des mnaximes
Gouvernement. C'est alors
austères de son
la miles Béotiens, éloignés de la mer 9
que
rent à deux doigts de sa perte.
J'ajouterai que les anciens Scythes, peuples
sans arts, sans commerce et sans
agrestes,
les Nations du midi, qui
or, ont conquis
leurs
avoient de tout cela : et que les Tartares
descendans se sont rendus maîtres à plusicurs
de la Chine, du Mogol et de la Perse,
reprises
Royaumes fort opulens.
Les Gaulois nos ancêtres, peut-être plus
sauvages que les Scythes,
penérerentdanste
Asie, environ Gooans avant l'ère chrépulente tienne, sous leur chef Sigovese, et y occuProvinces. Dans le même
pèrent quelques
Bellovese s'emtemps, son frère le prince
paroit de la Gaule Cisalpine. Brennus, ensuite, à la tête d'autres Gaulois, prit Rome;
autres moindres expésans compter quelques
ditions. L'Empire Romain ne tomba non plus
sauvages que les Scythes,
penérerentdanste
Asie, environ Gooans avant l'ère chrépulente tienne, sous leur chef Sigovese, et y occuProvinces. Dans le même
pèrent quelques
Bellovese s'emtemps, son frère le prince
paroit de la Gaule Cisalpine. Brennus, ensuite, à la tête d'autres Gaulois, prit Rome;
autres moindres expésans compter quelques
ditions. L'Empire Romain ne tomba non plus --- Page 40 ---
(38))
que sous les coups réitérés des peuples barbares qui n'avoient nulle connoissance du;
commerce, de la navigation et des richesses
superflues qui en proviennent.
L'Angleterre ne nous fut jamais si redoutable sur terre, que lorsqu'elle étoit
et sans commerce, particulièrement pauvre
aux règnes d'Edouard III et d'Henry V.
Jamais aucun Etat marchard ne forma un
empire de durée, Ceux des Assyriens, des
Mèdes, des Babyloniens, des Grecs et des Romains, non plus que celui de
ne
Charlemagne,
furent point acquis par des forces de mer,
mais avec des armées de terre. Les Turcs
employèrent les mêmes armes pour s'asseoir
sur le trône des Califes, successeurs de Mahomet,
Les combats de mer ne décident pas du
sort d'une Nation : Carthage n'auroit
été détruite par les
jamais
Romains, s'ils ne l'eussent pas attaquée sur son sol.. Telle sera la
destinée de l'Angleterre, si l'on paryient à
effectuer une descente chez elle.
L'or n'est pas nécessaire, disoient les anciens, ni pour peupler un Emnpire, ni
le rendre puissant. Il n'est besoin
pour de
bonnes moeurs, du travail et de la frugalité, que
pour donner à l'Etat une multitude d'hommes
gains et robustes; d'appliquer leurs désirs et
leurs bras à la eeipiediendgetummomny --- Page 41 ---
(39)
de rendre les fortunes à peu près égales 3
les
aux armes et de les end'exercer
citoyens de la
: de cet enflammer de l'amour
patric
de
semble, dépend la force et la stabilité
celle-ci.
résisTels étoient les Romains, lorsqu'ils
tèrent à Pyrrhus, et qu'ils parvinrent, après
mille
à soumettrc les belmille et
combats,
le sol de
liqueux peuples qui couvroient
IItalie.
S: X.
la France deQuel est le commerce auquel
vroit se borner.
Nous sommesloin doonesdrérinddensemung
cherche
àla précher, etmon inten--
je ne
point
les nôtres. Autres
tion n'est pas de. censurer
et
autres goûts, autres façons d'agir
temps,
Il n'entre pas dans mon dessein
de penser. dissuader de la navigation et du
encore, de
mais d'en modérer la
commerce en général,
d'exposer comfrénésie, et partioniièrement, à objets de luxe est
bien celui des Colonics
vraies forces d'un Etat continental,
fatal aux
avoisiné de grandes Puissances, quoiqu'il 1
à des négocians, à des
puisse être favorable
villes, et même à des Provinces entières.
Avant
VAngleterre et la Hollande eusque
ces Etats
sent des possessions éloignées 2
étoient deyenus très - puissans, au moyen
,
d'exposer comfrénésie, et partioniièrement, à objets de luxe est
bien celui des Colonics
vraies forces d'un Etat continental,
fatal aux
avoisiné de grandes Puissances, quoiqu'il 1
à des négocians, à des
puisse être favorable
villes, et même à des Provinces entières.
Avant
VAngleterre et la Hollande eusque
ces Etats
sent des possessions éloignées 2
étoient deyenus très - puissans, au moyen --- Page 42 ---
(40)
d'ume forte marine et d'un
commerce,
ne
qui
portoit guères que sur des matières premières de leur cru, ou sur les produits de
leurs pêcheries. Ils augmentoient la valeur
de ces objets,en donnant des apprêts aux
uns,et. mamfacturantles autres. Ils mettoient
le comble à leurs profits, en les exportant
eux-mêmes.
Les blés et les draps principalement, fruits
d'une grande agriculture et d'un soin particulier des troupeaux à laine, commencèrent la fortune de la première de ces puissances : et l'autre la dut à ses huiles de poisson, à ses harengs, à ses beurres et à ses
fromages,
La plus grande richesse de PIrlande ne
consiste encore aujourd'hui que dans son
beurre, son boeuf salé et ses toiles blanches;
et si lon privoit l'Angleterre de ces deux
premiers articles, à peine pourroit-elle
provisionner le tiers de la marine
apqu'elle a
sur pied.
Les labours, les pdturages et les péches,
telles sont les trois vraies mamelles des Etats,
Leurs sucs nourriciers, ceux des deux
miers
prespécialement, ne passent pas par des
canaux lointains, sujets à être obstrués par
les caprices de la jalousie ou de l'ambition des
étrangers. Leurs produits n'exigent d'autres
fraix de K'Etat, que quelques primes et de --- Page 43 ---
(41)
Ils reposent surl le tralégers encouragemens.
Ils n'amollissent point
vail et sur l'économie.
le corps, inspirent le goût de la médiocrité,
attachent aux intérêts de la patrie. La naet
procurent est de plus une pévigation qu'ils
matelots, dont la vie n'est
pinière d'excellens
des
aussi souventexposée parl'inclémence
pas
les clisaisons, qu'elle l'est en fréquentant
mats d'entre les Tropiques.
La France pouvant, comime l'Angleterre,
fournir des blés et des draps ; des produits
desgrandespèches, lorsqu'ellel l'entreprendra;
et par dessus cela, une immense quantité
de vins goûtés de toutes les Nations, des sels,
des huiles, des savons, des soieries, mille
articles de modes, etc. qu'a-t-elle besoin de
rechercher au loin d'autres objets de comd'autres
de force et de rimerce et
moyens
des
chesse f Qu'a-t-elle à faire de dépenser
elle-même du
milliards, pour se procurer par
du café, du coton et de lindigo, qui
sucre, coûtent
ne les (1) vend; et
lui
plus qu'elle
des étoffes des Indes, qui ruinent la plupart
de ses manufactures ?
On ne sauroit jamais avoir trop de matières
me dira-t-on, et celles qui nous
premières, des Colonies, enrichissent PEtat
yiennent
également.Les unes, revendues en nature aux
(1) Cela sera mieux établi plus loin,
er par
du café, du coton et de lindigo, qui
sucre, coûtent
ne les (1) vend; et
lui
plus qu'elle
des étoffes des Indes, qui ruinent la plupart
de ses manufactures ?
On ne sauroit jamais avoir trop de matières
me dira-t-on, et celles qui nous
premières, des Colonies, enrichissent PEtat
yiennent
également.Les unes, revendues en nature aux
(1) Cela sera mieux établi plus loin, --- Page 44 ---
(42) )
étrangers, payent tous les fraix d'armement,
et donnent par dessus un certain benéfice : les
autres, manufacturées, doublent et quadruplent ce profit. Une livre de coton, par
exemple, qui coûtera de 40à 50 sous, travaillée en fine mousscline, peut décupler le prix
d'achat : ainsi des autres.
L'erreur de cC calcul, quant au bénéfice,
provient de ce qu'on ne regarde qu'au prix
que le marchand ou le manufacturier donne
de ces matières étrangéres; et sous ce point
de vue, qui a toujours été le grand cheval de
bataille des négocians, on a raison. Mais il
en est tout autrement, quand OnE ne considère pas les profits de quelques particuliers,
mais ceux de la Nation en général, comme
je fais. On reconnoit alors que cette livre de
coton, que l'ouvrier n'a payée que de 40 à
50. sous, revient à lEtat à plus de vingt et
trente fois autant, soit par les milliards qu'il
a sacrifiés à la possession de ses Colonies, et
le vide qu'elles ont occasioné dans sa population; soit par l'interraption du commerce
que leurs guerres amènent si souvent, et le
tort que tout cela appontealagriculture, aux
manufactures et aux métiers.
Les dettes de toutes les puissances maritimes ne prouvent-elles pas lajustesse de cette
observation? --- Page 45 ---
(43)
S. XI.
déterminèrent le Conseil de
Raisons qui
sur la
Louis XI à garder les Colonies,
proposition qui J avoit été faite de les
abandonner.
Cet ordre de choscs avoit frappé quelques
du ministère de Louis XV;
têtes pensantes
dans le
et elles mirent une fois en question
Conseil d'Etat, s'il neseroitpasplus avantaà la France dabandonner ses Cologeur
nias, que de les garder?
Le roi, fatigué de tant de guerres malheusoutenues à leur sujet, et trouvant
reuses,
et des difficultés à imposer de
des obstacles
nouvelles taxes, le Royaume s'appauvrissant
été éloigné de
de jour en jour, n'auroit pas
consentir à prendre le premier parti.
Cette question ne parut aux hommes d'Etat
problème politique; mais elle fut un
qu'un
les oreillcs des négoyrai blasphême pour
de
cians. L'opinion de les conserver, appuyée
leurs vives réclamations, prévalut. On exposa
l'opulence des ports de mer; la splendeur de
la capitale ; la réaction de ces richesses sur
les travaux de l'intérieur du Royaume ; la nécessité d'une puissante marine; la pépinière
de matelots que le cominerce entretenoit; et
les débouchés que ces établissemens d'outremer, dénués de nos productions, ouvroient
L'opinion de les conserver, appuyée
leurs vives réclamations, prévalut. On exposa
l'opulence des ports de mer; la splendeur de
la capitale ; la réaction de ces richesses sur
les travaux de l'intérieur du Royaume ; la nécessité d'une puissante marine; la pépinière
de matelots que le cominerce entretenoit; et
les débouchés que ces établissemens d'outremer, dénués de nos productions, ouvroient --- Page 46 ---
(44)
à celles de notre sol et aux ouvrages de nos
manufactures. Ori fut surtout ébloui de la
balance (1) annuelle que la France retiroit en
sa faveur de l'étranger, dans son immense
débit des denrées de ses fles à sucre.
Ces allégations eurent d'autant plus de
poids, qu'aux efforts du commerce sej
rent les réclamations de tous
joignitérêt direct
ceux qu'un inou indirect attachoit au sort des
Colonies, banquiers, financiers, fermiersgénéraux, et autres semblables agioteurs. Le
corps de la marine royale ne dut pas y être
moins opposé ; et le Conseil ne put tenir au
ton tranchant de divers seigneurs de la cour,
les uns époux de riches Créoles, et les autres
qui aspiroient à le devenir, comme le moyen
le plus prompt de relever leur fortune délâbrée.
Ces mariages étoient extrêmement recherchés : les princes et les grands ne les dédaignoient pas. Cetteancienne et illustrenoblesse
ayant quitté ses châteaux, ses terres et sa vie
des champs simple, économe et laboricuse,
emplissoit Paris; pauvre de la modicité de
ses rentes (déchnes de valeur en raison de
P'abondance du numéraire), et plus pauvre
encorc à cause du faste qu'elle étaloit
par
goit, ou forcée par la hontc attachée à une
médiocre fortune 3 lorsque tant de par-
(:) Depuis, M.Necker a évalué celte balance à cnviron 70 millions. --- Page 47 ---
9x
L
(45)
ticuliers affichent une opulence extraordinaire.
Tel étoit devenu l'esprit général du siècle
depuis la richesse des Colonies : on ne convoitoit plus qu'argent et or; on ne s'intriguoit
pour en avoir. Dans cette espèce de déque
mûre
lire, il étoit comme impossible qu'une
réflexion prévit de bonne heure la masse des
devoit produire cette
maux politiques que
disposition des esprits, et qu'on préjugeât
funestes des propriétés qui donnoient d'aussi
grandes sommes et tant de moyens de vivre
splendidement. On-n'observoit que ces résultats particuliers ; on en étoit ébloui. Le temps
couvroit alors d'un voile épais les effets malheureux qui en devoient résulter.
S. XII.
Réfutation de ce qui fut allégué pour conserver les Colonies.
Les raisons spécieuses qu'on vient de lire
être
dans le paragraphe précédent pouvoient
réfutées aisément.
Il est certain, en premier lieu, qu'en.plusieurs cas P'avantage d'un commerce particulier n'est pas celui du commerce en général; qu'il nuit au contraire à la prospérité de
PEtat. Par exemple, les profits de ceux qui
font linterlope s affectent le revenu public;
Vimportation de certaines étoffes, qui enri-
gué pour conserver les Colonies.
Les raisons spécieuses qu'on vient de lire
être
dans le paragraphe précédent pouvoient
réfutées aisément.
Il est certain, en premier lieu, qu'en.plusieurs cas P'avantage d'un commerce particulier n'est pas celui du commerce en général; qu'il nuit au contraire à la prospérité de
PEtat. Par exemple, les profits de ceux qui
font linterlope s affectent le revenu public;
Vimportation de certaines étoffes, qui enri- --- Page 48 ---
(46)
chiroit quelques négocians, au préjudice des
manufactures du Royaume, conduiroit infail:
liblement celles-ci vers une ruine absolue.
Des pays encore de commerce $ qui diminueroient considérablement la population d'un
Etat, lel laisseroient, à la longue, sans laboureurs et sans soldats ; et cette perte ne pourroit jamais être compensée, comme cela se
voit en Espagne, par les plus immenses trésors.
Ces deux derniers cas sont ceux de nos
Colonies des Deux-Indes et de nos ports de
mer. Ils se peuplent et s'enrichissent véritablement au moyen de leurs liaisons
réciproques ; mais dans la même proportion, les
terres de l'intérieur de la
métropole se dépeuplent et tombent en friche ; d'ou résulte
bientôt le contraste frappant du faste indécent des unes, ét de l'extrême misère des
autres.
La masse du numéraire augmentoit, diton, en France, annuellement de
quarante
millions; mais, en quoile particulier en étoitil plus riche, si tous les besoins et tous les
fonds croissoient de prix dans (1)-une
tion égale f Cet énorme surcroft propord'argent,
quoiqu'il augmentât le prix de toutes choses
et (:) un lla agneau été un tenips ot une poule ne valoit en France que six
s
de 9à 10 francs. ciny Nous sous : ne à présent, l'un vaut de 40 à 45sous, , eti'autre liards,
or. Cest Faboudanee dcs choses sonnies ct donc non des pas plus riches avec tout notre
lence d'ua Elat ainsi que sa force.
signes, J qui constitue Fopu-
ord'argent,
quoiqu'il augmentât le prix de toutes choses
et (:) un lla agneau été un tenips ot une poule ne valoit en France que six
s
de 9à 10 francs. ciny Nous sous : ne à présent, l'un vaut de 40 à 45sous, , eti'autre liards,
or. Cest Faboudanee dcs choses sonnies ct donc non des pas plus riches avec tout notre
lence d'ua Elat ainsi que sa force.
signes, J qui constitue Fopu- --- Page 49 ---
(47)
n'en mettoit pas plus à leur aise les propriéde Pintérieur du
taires et les journaliers
dans les villes
Royanme; parce queleluse,né
il leur
de commerce, les atteignant aussi,
des
falloit, relativement, une nourriture,
des meubles et des commodités
habillemens 7
dont
ceux
plus rafinés et plus dispendieux que
une vie plus simple et
ils usoient, en menant
économe. Ainsi, la réaction du numéplus
aucun effet
raire sur ces lieux n'y produisoit
tandis queles habitans quien étoient
salutaire,
occasiosortis
servir le luxe (1)des villes,
pour
noient dans P'agriculture et les manufactures
de bras
C'esten
une diminution
pernicieuse.
abus de s'extasier sur
conséquence un grand
des"ports de mer, ainsi que sur le
T'opulence
Tout
nombre et la beauté de leurs édifices.
brille
détriment de PEtat.
cela ne
qu'au
Une balance annuelle de soixante-dix (2)
chimère, lorsque les
millions est une pure
forcent FEtat à être
mnoyens de se la procurer
() Que d'hommcs et d'animaux inutiles qui fourmillent à dans aucune ces
villes et qui y dévorent la substance commune , sans coopérer deniandent l'auproduction nécessaire! combien d'autres dcs paressenx mendians quiy. validessuffiroit pour
anone 1 a telle ville ou le nombre
exploiter - quart des terres du Département.
de cette ba-
(2) C'est M. Necker qui a débit le plus de insisté nos denrées sur la de faveur PAmérique. Palance - Pattribuant mème effectivement au
bien avantageusc, si nous tirions ces
reille balance seroit
les
, sans nous constituer
denrées d'un peuple ani, de , aller nous chercher fourniroit, ; comme nous nous procu*
d'autres frais que
f
en rons des laines de l'Espagne, , des huiles del l'italie, des soies du Piémont,
des marchandises du Levant. Tout est profit ici, de nos nolis denrées main-d'ontvre, cslouiales,
etc. Mais e'est bien différent dans l'extraction beaucoup qu'elles ne lui donnent
comme on a vu. L'Etaty dépense
sa chère plus balance sous ce rapport.
de bénélice. M. Neckeri n'a a pas envisagé
u*
d'autres frais que
f
en rons des laines de l'Espagne, , des huiles del l'italie, des soies du Piémont,
des marchandises du Levant. Tout est profit ici, de nos nolis denrées main-d'ontvre, cslouiales,
etc. Mais e'est bien différent dans l'extraction beaucoup qu'elles ne lui donnent
comme on a vu. L'Etaty dépense
sa chère plus balance sous ce rapport.
de bénélice. M. Neckeri n'a a pas envisagé --- Page 50 ---
(48)
perpétuellement armé, et à prendre une posture qui, même en temps de paix, lui cotte
peut-être cette somme; et en temps de guerre,
deux ou trois fois autant,
J'aurois exposé aux négocians que, depuis
soixante ans, leurs bénéfices acquis dans le
cours d'une paix, leur avoient été enlevés à
la première guerre survenue, ou par ses funestes événemens, ou par la piraterie de l'ennemi; et que ces pertes fréquentes, occasionant de nombreuses faillites, réduisoient à
l'aumône mille autres propriétaires ou fournisseurs.
Je leur eusse nié que la Françe fournit à
ses Colonies quantité de choses provenues ou
travaillées chez elle. Je n'en vois de ce genre
que ses vins, de l'eau-de-vie en liqueurs, des
farincs de belle qualité, des huiles, des savons; peu de draps et de soierics; des grosses
toiles, des
Bretagnes, 2 des Morlaix, des
Gingas. Déjà la métropole, où tout avoit excessivement renchéri, et qui néanmoins devoit obtenir à bas prix les denrées coloniales,
afin d'être à cet égard sans concurrence chez
l'étranger, se trouvoit dans l'impuissance de
leur apporter les objets indispensables pour
la nourriture des Noirs et l'exploitation des
biens, comnme farines communes, mais, rid,
pois secs de toute espèce, gruaux, morue,
harengs, boeufet porc salé, ainsi que le mer- 2 --- Page 51 ---
(49) )
rein, le feuillard, les fonçages, les planches
et les bois. Il avoit fallu nécessairement donner ce bénéfice aux Américains des EtatsUnis, auxquels il sera bien plus dévolu par
la suite, ayant obtenu de nous la Louisiane.
La France tiroit le boeufsalé et le beurre 1
d'Irlande; beaucoup d'huile, de Gênes'; des
de la côte de Barbarie ; son riz, du
légumes; >
Levant; la plus grande partie de sa quincaillerie, d'Allemagne; 3 la toile à voile, de la
Russie; le fer, d'Espagne.et de Suède; des
basins, des toiles blanches et des platilles, de
Flandre, de Hollande et de Silésie ; des COtons blancs ou peints, de la Suisse; et encore
d'autres. articles, d'ailleurs: L'obligation de
recourir à ces ressources - extérieures, pour
avoir les marchandises à meilleur marché;
assez linsuffisance du nombre de nos
prouve cultivateurs et. de nos ouvriers, et le haut
prix de leur main- d'ceuvre, relativement à
celle des étrangers.
33 On pouvoit réfuter avec-autant de facilité
le besoin d'une puissante marine de guerre.
Elle n'est nécessaire qu'aux Etats qui ont des
Colonies à protéger, et qui doivent supporter
les guerres qu'elles occasionent. En abandonnant lesnôtres, cette nécessité auroit disparu:
des armées navales nous eussent été aussi
inutiles qu'à l'Allemagne et à I'Italie.
Il est encore bien avéré que la possession
D
celle des étrangers.
33 On pouvoit réfuter avec-autant de facilité
le besoin d'une puissante marine de guerre.
Elle n'est nécessaire qu'aux Etats qui ont des
Colonies à protéger, et qui doivent supporter
les guerres qu'elles occasionent. En abandonnant lesnôtres, cette nécessité auroit disparu:
des armées navales nous eussent été aussi
inutiles qu'à l'Allemagne et à I'Italie.
Il est encore bien avéré que la possession
D --- Page 52 ---
(5 50) )
de' nos comptoirs des Indes a porté un
mortel à nos
coup
anufactures, soit par le goût
q'impolitiquement, ét sans besoin, on a contracté en France, comme dans le reste de
l'Europe, pour les étoffes del'Orient; soit
la juste préférence qu'on leur a donnée dans par
nos Colonies occidentales. On ne peut nier
que les mouchoirs de Paliacate et de Masulipatan n'aient fait tomber nos
de
ceux du Béarn.eto de
fabriques
Cholet; et que les Armoi4
sins, les Baffetas, les Pékins, les Perses, les
Chites, les Mousselines, les Percales, les
Nankins, et plusieursétoffes pareilles, ,n'aient
renversé nos 5 ateliers de soie, de laine, de
chanyre et de lin.
9 Depuis que les servantes, les laquais, les
porte-faix, lesi regrattières, les crocheteurs
les
er
mendians, ne déjednent qu'avec du café
au lait, et qu'on,le boit pur après diné chez
soi, ou dansles mille et mille cafés
la consommation intérieure de
publics;
nos vins et de
nos eaux-de-vie s'en est considérabloment
resgentie.
C'est sans doute une mauvaise
leffet d'un esprit
hiumenr,
chagrin, que de déclamer
ainsi contre ces jouissances qui satisfont tant
d'individus et enrichissenit les villes de commerce. Mais il sera aisé de reconnoitre
cun fiel ne me dicte ces
qu'aureproches : ils partent
bien.plutôt d'un fond de sensibilité et d'atta- --- Page 53 ---
(51)
chement aux intérêts de la patrie; et ils SetA
vent à prouver mes, allégations, que les Colonies de luxe sont nuisibles aux Etats qui en.
possèdent. Sous ce point de vue général, il
ne m'est pas permis de balancer entre blâmer
particulières, et
ou choquer des'satisfactions
asseoir la prospérité de, l'Etat. Le voeu. et les
efforts doivent être en faveur de celui-ci : ce
seroit trahir les intérêts de la nation entière,
que de se taire en pareille occasion.
C'est surtout à présent qu'il est nécessaire
d'élever la voix et d'en assourdir rles oreilles 3
dans ce moment,. où nos Colonies nous étant
fermées s et n'usant de ces objets étrangers
interlope, et venant des mains des
que par
dans ces
ruiAnglais, nous persistons
goûts
neux, etavons si peu d'esprit public, un tel
oubli des vrais intérêts de TEmpire, que de
fournir à nos ennemis invétérés de continuelles armes pour les aider à nous battre,
S. XIII.
Les lois antiques, en prohibant le commerce eatérieur, avoient cherché à prévenir Pégoisme de la cupidité et la démoralisation des esprits.
Ce défaut d'esprit public peut bien venir,
en général, de notre irréflexion ordinaire sur
tout intérêt de ce genre,nourrie depuis quan-
public, un tel
oubli des vrais intérêts de TEmpire, que de
fournir à nos ennemis invétérés de continuelles armes pour les aider à nous battre,
S. XIII.
Les lois antiques, en prohibant le commerce eatérieur, avoient cherché à prévenir Pégoisme de la cupidité et la démoralisation des esprits.
Ce défaut d'esprit public peut bien venir,
en général, de notre irréflexion ordinaire sur
tout intérêt de ce genre,nourrie depuis quan- --- Page 54 ---
(52)
tité de siècles par le système du gouvernement, où le souverain et les grands étoient
tout, et le peuple rien. Mais cette insouciance
de l'intérêt général n'a pas peu angmenté
chez les peuples commerçans, par l'effet de
l'esprit mercantile, qui, produisant une cupidité sans bornes, engendre un égoïsme entièrement absorbé dans ses intérêts partichliers.
On ne verra point, dans les autres classes
de la société, des traits
pareils à ceux
cite de quelques négocians
qu'on
hollandais, qui,.
pendant des guerres contre leur patrie, fournissoient secrètement des
poudres et des Canons aux ennemis de' l'Etat, avec d'autant
plus de zèle et d'empressement,
que ceux-ci,
manquant de ces munitions et ne pouvant
s'en procurerd'ailleurs, les leur payoient fort
cher.
Est-il en Ce genre rien de plus atroce et de
plus impolitique en même temps, que la conduite actuelle des Anglais, dans l'appui,
l'enconragement et les secours effectifs qu'ils
fournissent aux Noirs rebelles de Saint-Domingue ? Ici, ce ne sont plus des particuliers
entachés d'une cupidité extrême; c'est une
nation entière représentée par son roi, ses
ministres, son parlement; qui, dévorée d'une
insatiabilité de gain et d'une jalousie barbare,
ne veut nulle part d'autre commerce quele --- Page 55 ---
(53 )
sien. Dans son aveuglement, pour un avanttage momentané, elle se prépare une perpétuité d'alarmes à venir, et un continuel redoublement de surveillance et d'efforts, à
l'effet de prévenir dans ses Colonies à esclaves
ce qu'elle encourage dans les nôtres.
Les gazettes nous ont appris dernièrement,
que des particuliers des États-Unis avoient
vendu à ces mêmes Noirs, 9 devenus pirates 9
des bâtimens armés en guerre, qu'eux-mémes
étoient hors d'état de construire. Ces négocians ne sont-ils pas les premiers coupables
de tous les meurtres que ces impitoyables
Africains vont commettre sur les Français et
les Espagnols, qu'ils surprendront en mer P
Est-il possible que l'appât du gain porte les
Cours à ce degré d'infamie, et les ferme à
tout sentiment d'humanité!
Jesuis loin de Aoniregeacafraspher
mit de pareils traits : ils n'appartiennent qu'a
des ames gangrenées, depuis long-temps, 2 par
des exemples nationaux d'une sordide avidité
mercantile. La nôtre n'est pas parvenne à ce
point : mais l'amour de la patrie, l'attachement à ses vrais intérêts, en sont déjà considérablementrefioilis;à peine en reste-t-il quelques étincelles dans l'ame de ceux que lesprit
du gain domine. Cela se remarque surtout
dans les villes et les Provinces à commerce
extérieur, où lon souffre'le plus de la lon-
par
des exemples nationaux d'une sordide avidité
mercantile. La nôtre n'est pas parvenne à ce
point : mais l'amour de la patrie, l'attachement à ses vrais intérêts, en sont déjà considérablementrefioilis;à peine en reste-t-il quelques étincelles dans l'ame de ceux que lesprit
du gain domine. Cela se remarque surtout
dans les villes et les Provinces à commerce
extérieur, où lon souffre'le plus de la lon- --- Page 56 ---
(54)
guenr et du poids de la guerre actuelle. Les
uns, parce que les armemens sont suspendus
et que la masse de leurs bénéfices
amoindrie les
en est
autres, à cause de la baisse
du haut prix de leurs
cris
denrées, jettent (1) des
continuels contre ces fâcheuses circonstances; et pourles faire cesser, pour obtenir,
avec la paix, le retour de leurs
beroient
profits, tomaux' pieds de notre impudent et traitre agresseur, et en accepteroient les plus humiliantes conditions. La perte de dix Provinces françaises les affecteroit moins,
leur est sensible celle de leurs
que ne
profits.
C'étoit vraisemblablement en vue de
nir une telle apathie à l'égard du bien préve: de
PEtat, que les législateurs anciens avoient défendu le commerce maritime,
qui, comme le
plus hasardeux, est aussi celui dont les bénéfices sont les plus grands, et finissent
duire cet égoisme pernicieux,
par proLes richesses; enseignoient-ils, engendrent
le luxe; et celui - ci non-seulement affoiblit
les. corps et attaque, par sa mollesse les
nérations futures, mais il relâche
ge.
sorts de
tous les resl'ame, et corrompt les coeurs. Alors,
chacun dans sa profession,
pour soutenir des
nissent (1), Tandis le gouvernement que ces provinces de s' se plaignent, celles à mannfactures bénelles marcipaudnes anglaises; ct celies opposer ou l'ou avec ne rigueur recueille à Pintroduction des
ont jamais micux vendus ni plns couramment. que des grains,
snuvent répandant tous ses les pluies, habitans : et cn d'ua faisant reluire son soleil, Dieu ne contente ménic, en
mêne canton.
pes
ir des
nissent (1), Tandis le gouvernement que ces provinces de s' se plaignent, celles à mannfactures bénelles marcipaudnes anglaises; ct celies opposer ou l'ou avec ne rigueur recueille à Pintroduction des
ont jamais micux vendus ni plns couramment. que des grains,
snuvent répandant tous ses les pluies, habitans : et cn d'ua faisant reluire son soleil, Dieu ne contente ménic, en
mêne canton.
pes --- Page 57 ---
(55 )
jonissances qui angmentent sans cesse, parce
le superflu n'a pas de bornes, ne trouque
a revant pas suffisans ses profits légitimes,
s la bonne foi et
cours à ceux que Phonneur,
la probité désavouent le plus. Ainsi se glissent
l'astuce, les détours, la
dans les affaires ,
fourbe, le parjure, et les mille autres manières de tromper.
de ces léIl. entroit aussi dans le dessein
gislateurs, de préserver leur pays du danger
des opinions et des coutumes étrangères. On
les peuples loinest témoin, en fréquentant
habitudes,
tains, d'autres moeurs 2 d'autres
demaximes différentes de gouverner, et d'auLa plupart de
tres institutions quelconques.
sont opposées à ce qu'on a vu
ces nouveautés
moins attaché aux (1)
chez soi; on en devient
de l'enfance; on perd de l'intérêt qui
préjugés attache à la patrie; le coeur. se refroidit pour
les
et les opielle; l'esprit en critique
usages
Plus
nions; on les tourne souvent en dérision.
les nouil revient de ces observateurs, plus
velles idées se répandent et se fortifient. Peu
à
elles altèrent les moeurs du pays, sa repeu
: delà il n'y a qu'un
ligion et sa constitution
des
pour causer
pas, un mouvement
esprits,
une révolution.
(1) Jc parle dans le sens de ces de ligislateurs, PElat, eu mettant dont l'intérêt les lois premier civiles
étoit de naintenir à Fabri la tranquillité d'examen ou ile comparaison. Cependant la fréet éuentation religieuses des pays étrangers produit le grand bien amis de de guétir tous de les qua- peu
tité de prijugés absurdes' ou ridicules, leurs ct d'oure
ples, ylicls que soient leurs usages et
opiuions.
c parle dans le sens de ces de ligislateurs, PElat, eu mettant dont l'intérêt les lois premier civiles
étoit de naintenir à Fabri la tranquillité d'examen ou ile comparaison. Cependant la fréet éuentation religieuses des pays étrangers produit le grand bien amis de de guétir tous de les qua- peu
tité de prijugés absurdes' ou ridicules, leurs ct d'oure
ples, ylicls que soient leurs usages et
opiuions. --- Page 58 ---
(56 )
Telles sont les conséquences, les unes inévitables, les autres très-possibles,
, qu'entraine
avec lui le commerce étranger et lointain. On
peut s'assurer de l'étendue et de la bonté des
vues de ces antiques
législateurs, en considérant les effets qu'ont produit sur l'esprit etles
moeurs des Européens, la découverte des deux
Indes et le commerce qu'ils y font; en voyant
comme quoi toutes les affections loyales, humaines et généreuses, , sont venues s'absorber
et se (1) perdre dans la seule soif de l'or.
S. XIV.
Quelle auroit été la position commerciale
de la France, si elle n'cilt pas eu de Colonies.
Le Gouvernement antérieur fut néanmoins
tellement ébloui de nos Colonies à
qu'afin de les conserver et de s'en sucre, 9
uniquement, ilabandonna
occuper
ou laissa choir les
avantageuses pêches de la morue, s de la baleine et du hareng, dont nos
nos
Normands,
Bretons (2) et nos Biscayens
avant
s'occupoient,
que nous eussions des iles dans les Antilles, et qu'il sacrifia, pour celles-ci, la baie
d'Hudson, Terre-Neuve, l'Acadie , le Canada et la Louisiane, pays, ainsi
que jel'ai
(i) (2) Ce Comment fureut les en Bretons mu vil plomb l'or pur s'est-il changé!
ropdens, découvrirent en 1504, ci les douze Normands, aus , qui, les preniers des Eude Colomb, le grand banc des Moluques et aprèsla lcs ilcs première de Terre-Neuve. expédition --- Page 59 ---
(57 )
la
augmente ati lieu de
dit, oùt
population des climats oùt l'on est dans
diminuer, et dans
des laila nécessité de consommer des draps ;
des cotonades : s des vins, 2 des eaux-denes,
abondans
vie et des liqueurs ; tous produits
de notre cru, ou travaillés dans' nos manufactures.
relativement à la
Si Pon considère encore,
de marins
marine guerrière, les deux espèces
forment ces deux différentes navigations;
que
du Nord et aux voyages dans les
aux pêches
Colonies, on conviendra quecesderniors pouêtre
des marins d'eau douce,
voient
appelés
Ceux-ci frédes premiers.
en comparaison habituellement des mers dures; et
quentoient)
dans le temps de leurs
ils n'en départoient pas
ceux-là traversoient des mers
occupations ;
à leur destination >
paisibles 3 et parvenus
mois dans
restoient des huit, douze et quinze
d'inaction, n'ayant d'autre ouune espèce
interde voiturer, dans ce long
vrage que les denrées de leur cargaison en revalle, le long d'une côte toujours tranquille.
tour, , la France au lieu de se procurer à
Si
;
grands fraix des objets superflus et souvent
nuisibles, dort tout autre peuple peut défendre limportation chez lui sans en souffut contentée des siens; si elle eût
frir, se
d'être forte de ses forces naeu la prudence
territoriale
turelles, et riche de son opulence
iturer, dans ce long
vrage que les denrées de leur cargaison en revalle, le long d'une côte toujours tranquille.
tour, , la France au lieu de se procurer à
Si
;
grands fraix des objets superflus et souvent
nuisibles, dort tout autre peuple peut défendre limportation chez lui sans en souffut contentée des siens; si elle eût
frir, se
d'être forte de ses forces naeu la prudence
territoriale
turelles, et riche de son opulence --- Page 60 ---
(5 58 )
et industrielle (1); en paix avec ses rivaux de
commerce ; à l'abri de voir diminner
pulation et de dépenser
sa pole
ses trésors, lelabour,
pâturage et les pêches de mer lui eussent
fourni des matières premières,
quantité
en plus grande
qu'elle n'en a
lonies ont
eu,depuis que ses Co4
exigé tant de bras et fixé l'attention générale.
Riche de l'immensité de ses
productions,
apprêtées ou mises en ceuvre avec toute l'industrie et l'activité des Français ; délivrée
d'importations devenues nécessaires
propre insouciance
par sa
; dégagée d'énormes impositions, et affranchie de sa dette nationale,
quel Royaume eût été plus florissant,
heurenx et réellement plus fort?
plus
Cette prospérité est
t-on
imaginaire, me dira-
: sans débouchés, 9 les trois quarts de ces
excessives productions territoriales et industrielles, auroient crà et eussent été travaillées
à pure perte. Nul commerce ne peut exister
sans des échanges
si
réciproques: vous n'admettez pas d'importation 2 vous n'aurez
d'exportation; sans débit, dans cette extrême pas
abondance supposée, chaque
Français, avec
nière () L'ouvrage solide et de M. Sabatier, publié ricemment, établit
et de l'industrie, claire, sont, 7 que la richesse foncière s lc revenn des d'unc maévénemens, et offrent à cn PEtat France un - fonds assis de sur dcs bascs à l'épreuve propriétés dds
intérieur dessus de tous autres moyens
secours ct de revenns auest bien plus inporiant quelconques; que celui de T'estérieur. qu'encore le commerce
Moniteur univ. du premier Floréal an 13.
emment, établit
et de l'industrie, claire, sont, 7 que la richesse foncière s lc revenn des d'unc maévénemens, et offrent à cn PEtat France un - fonds assis de sur dcs bascs à l'épreuve propriétés dds
intérieur dessus de tous autres moyens
secours ct de revenns auest bien plus inporiant quelconques; que celui de T'estérieur. qu'encore le commerce
Moniteur univ. du premier Floréal an 13. --- Page 61 ---
(59 )
sur les bras, en
sa denrée ou sa marchandise
et des
eût été plus pauvre ; faute de vente
Pagriculture 3 les
moyens qu'elle procuré,
lumanufactures et toute autre occupation
crative eussent tombé nécessairement,
Je réponds à cela, que la France, dans ma
se seroit défaite de ses denrées,
supposition,
la
P'Autriche, la
comme la Suède,
Russie,
leurs
Prusse et les Etats-Unis se défont des
journellement. Je pourrois ajouter qu'elle a,
dans plusieurs de ses productions 7 dans ses
modes et dans le goût de certains ouvrages >
quantité d'objets de cominerce 1 qu'elle ne
numéraire, si elle
vendroit à l'étranger qu'en
obstinoit, de même que l'Inde ne reçoit
sy
quasi que des espèces pour les marchandises
qu'elle vend aux Européens.
Mais je n'ai point entendu nous supposer
tel avantage,
en fait de commerce, 9
un
qui,
équivandroit à la découverte de la pierre philosophale. J'admets que la France reçoive en
des autres peuples tout ce qui leur
échange
n'a
chez elle, ou
est propre, 3 ce qu'elle
pas
alors même
ce quir 1 n'y est ni si bon ni si beau;
elle obtiendra, dans son commerce avec eux,
une balance en sa faveur, qui, ne fit-elle
de cinq à six millions par an', seroit plus
que
que celle des soixanteréelleet plusavantagense
dix qu'elle recevoit précédemment de la vente
de ses denrées coloniales, --- Page 62 ---
(60 )
: La France est, en
favorisé par des
Europe 5 un pays trèsrecherchées. Si les productions nonbreuses et.
exemple, ne demeurent Anglo-Amérieains s par:
leur riz, de leur
point surchargés de
leur indigo,
tabac, de leur coton, de
etc., par quelle
nos
raison nos
vinaigres, nos
vins,
nos sels, nos
eaux-de-vic, nos liqueurs,
frumens, nos seigles, nos
mes, nos fruits secs,nos
léguetc., nous resteroient-ils huiles, nos savons 9
étrangers ont-ils
sur les bras P Les
renoncé à la
nos modes, à
gentillesse de
l'élégance de nos
févrerie, à la beauté de
ouvrages d'orfinesse de nos Valenciennese nos porcelaines, à la
au, goût enfin
et de nos Malines,
qui distingue tous
et ceux de nos manufactures ces ouvrages
d'étoffes
d'argent et de soie? En
d'or,
vers la culture du
tournant nos soins
tabac,
sol est si
pour laquelle notre
propre en certains
pourrions-nous pas dans cette départemens, ne
avec les
partie rivaliser
Anglo-Américains P
L'exemple des Etats-Unis
occasion, un précieux
est s dans cette
Sans
moyen de comparaison.
posséder de Colonies, c'est-à-dire,
dépenser pour elles ni
sans
en ont eu les denrées hommes, ni argent, ils
au même prix que leurs
Métropoles; et ne S'
de
tation de leurs forêts occupantque l'exploisol,du
, de la culture de leur
succès de leurs pêches et de
tation de ces divers
l'exporproduits, 2 encore qu'ils
is
occasion, un précieux
est s dans cette
Sans
moyen de comparaison.
posséder de Colonies, c'est-à-dire,
dépenser pour elles ni
sans
en ont eu les denrées hommes, ni argent, ils
au même prix que leurs
Métropoles; et ne S'
de
tation de leurs forêts occupantque l'exploisol,du
, de la culture de leur
succès de leurs pêches et de
tation de ces divers
l'exporproduits, 2 encore qu'ils --- Page 63 ---
(61)
sinbidlasmenb-deremnteretare
que en totalité de T'Angleterre, 3 la quantité
dunuméraire a toujoursangmenté chez eux 9
lEtatn'a point (t) contracté de dettes, et avec
la plus foible marine de guerre. 9 ils sont parvenus 3 en peu de temps, à ce degré d'importance et de prospérité, qui remplit l'Europe
d'admiration.
Si, dans la position commerciale où je viens
de supposer. la France, ses vaisseaux eussent
encore exporté ses denrées 2 cette navigation
lui seroit devenue une seconde richesse, ainsi
qu'une pépinière d'excellens matelots,-qui,
dans l'occasion, eussent eu bien plus le talent de soutenir Phonneur du pavillon français, que ces équipages mous qui alloient et
revenoient de nos fles.
Aqui que cesoitqu'auroient appartenn nos
Colonies, imitantàl leur égard les Anglo-Améla
et le bas
ricains, et avantagés par qualité
prix de enos productions, nous eussions établi
avec ces pays le commerce le moins troublé
lucratif
les' particuliers et
et le plus
pour
pour l'Etat.
Si les Français en eussent été empêchés par
des lois prohibitives, 3 ils n'y auroient perdu
les bénéficesdu transport. Les possesseurs
que
seroient venus chez nous acheter
de ces fles
(1) Le peu qu'ils doivent proviunt des efforts qu'ils ont faits pour sa
rendre indépendans. --- Page 64 ---
(6a)
nos denrées, plus
ne tirions de nos voisins indispensablenentigie, nous
elles avoient
lesmarchandises dont
besoin, et que nous ne
plus leur fournir. Dans cette
pouvions
France edt-elle
supposition, la
six francs la
payé aux étrangers le café
livre, le sucre cent écus le
quintal, et les autres denrées à
à Ces prix
proportion;
exhorbitans, ces objets lui seroient
revenus à meilleur marché, qu'en les
vant pour rien de ses Colonies, à la reced'en supporter le poids
charge
nestes effets
agravant, et les fuque j'en ai exposés.
Les consommateurs eux-mêmes
trouvé du bénéfice : car
y eussent
le. café,
lorsqu'ils ont acheté
par exemple, de 12 à15 sous la livre,
l'obtenoient-ils à bas prix, si, pour le
nirà ce taux, l'Etat, au lieu d'un
souteavoit été forcé d'én percevoir
vingtième,
blir d'autres nouvelles
trois, et d'étacela s'étoit
impositions, et malgré
considérablement
lEtat lève de nouveaux fonds endetté?Or, que
sa dette ; ou qu'il fasse
pour acquitter
sera jamais
banqueroute, ce ne
qu'an détriment des imposés : la
révolution en a fourni un bel exemple.
Enfin, il ne faut que jeter les yeux sur
Phistoire de France, pour se convaincre
ce Royaume eut.t toujours en son sein, et sans que
le secours des richesses coloniales, des
sources qui suffisoient à le sortir des situa- restions les plus ficheuses ; cela se voit particu-
sa dette ; ou qu'il fasse
pour acquitter
sera jamais
banqueroute, ce ne
qu'an détriment des imposés : la
révolution en a fourni un bel exemple.
Enfin, il ne faut que jeter les yeux sur
Phistoire de France, pour se convaincre
ce Royaume eut.t toujours en son sein, et sans que
le secours des richesses coloniales, des
sources qui suffisoient à le sortir des situa- restions les plus ficheuses ; cela se voit particu- --- Page 65 ---
(63)
lièrement souslesr règnes de Philippe-Anguste,
de Charles V,de Charles VII et de Louis XI;
de même sous Henry IV, P'Etat se trouvant
endetté (1) de deux cents millions S , et n'en
percevant des peuples que trente-cinq paran; ;
néanmoins , Pordre et l'économie de M. de
Sully acquittèrent en dix ans cette grosse
dette s et il avoit trente millions de réserve
dans les coffres du Roi, lorsque celui-ci perdit la vie.
Quelqu'habile que fat un ministre aujourd'hui, jamais il ne pourroit remplir une pareille tâche; les excessives dépenses de l'Etat,
inet sa pauvreté relative, s'y opposeroient
vinciblement. Depuis combien d'années ses
revenus nesont-ils pas anticipés?
S. XV.
Si la France a besoin de Colonies pour conles Puis-
:. serverison rang politique parmi
sances européennes.
Avant la découverte du Nouveau-Monde,
et d'un passage par mer auxIndes orientales,
les Etats européens étoient relativement aussi
forts qu'aujourd'hui >: et se balançoient lès
uns par les autres. Ce système d'équilibre politique étoit alors uniquement appuyé sur les
armées de terre.
(1), C'est environ 500 millions d'aujourd'hui, ,1 e marc d' argent ne Y3-
:A lant alors que 20 liv. 5s. --- Page 66 ---
(64)
Les nouvelles acquisitions
fréquens démêlés
lointaines, et les
qn'elles ont occasionés
ayant exigé unenavigation étendue
santes armées navales
et de puisvenuel'effet
s cette balance est dede ces deux forces réunies.
dans cet état de
Ainsi,
choses, 9 on m'objectera
est impossible
qu'il
maintienne actuellement, que la France se
dans sonL rang politique, sans des
forces de mer, et conséquemment
sans navigation et sans Colonies.
Je commence par nier cette conséquence,
ayant en ma faveur les faits et les
mens. Pa le fait, d'autres
raisonnePuissances européennes qui ne possèdent pas de Colonies,
non-seulement ont conservé, mais exhaussé
leur rang politique; et par le fait, la France
maîtresse de ces
possessions, > avoit perdu insensiblement le sien, depuis
merce colonial faisoit
que son comsa richesse
et que sa marine formoit la moitié principale,
moyens
de ses
d'attaque et de défense.
J'accorde volontiers que la France
des Colonies, ne sauroit se
ayant
santes forces de
passer de puismer. Mais n'en
pas, elles lui deviennent
possédant
mnoins elle n'en auroit inutiles; et néanque plus de
pour conserver son rang politique. moyens
L'Angleterre n'est pas celle des
de P'Europe dons
Pnissances
douter à
nous ayons le plus à recet égard. Une, deux et trois ba-
défense.
J'accorde volontiers que la France
des Colonies, ne sauroit se
ayant
santes forces de
passer de puismer. Mais n'en
pas, elles lui deviennent
possédant
mnoins elle n'en auroit inutiles; et néanque plus de
pour conserver son rang politique. moyens
L'Angleterre n'est pas celle des
de P'Europe dons
Pnissances
douter à
nous ayons le plus à recet égard. Une, deux et trois ba- --- Page 67 ---
(65)
tailles navales perdues, je le répète, ne décident pas du sort définitif d'un Etat continental. Nos fréquentes défaites sur mer en
sont d'assez forts témoignages.
L'Empire Français a bien plus à craindre
des Puispour sa prépondérance politique,
sur terre : leurs armécs
sances quil'avoisinent
sont autrement nombreuses et disciplinées
celles de la Grandecbietagne-Apnis quelque
elles
dans une seule
ques succès,
pourroient
pénétrerdans lecceurd du Royaume;
campagne cela leur est arrivé quelquefois (1); et si dans
avec notre constante rivale manos guerres
ritime, le résultat tenfut presque toujours pour
nous des traités de paix désavantageux, elle
a moins dû cet avantage à ses victoires sur
mer, qu'aux cffets des guerres qu'elle nous
avoit suscitées sur terre, qui, divisant nos
forces, nous rendoient inférieurs sur Pun.
2.
et sur. l'autre élément..
Ilestdonc delasaine politique dela France,
aspirer à la fois à ce double emne pouvant
pire de terre et de mer, de se fixer au premier, comme le plus important pour elle
des deux, ou le plus exposé à de grands danOr, le moyen d'y réussir seroit de congers.
(:) La seale Maison d'Autriche a fait quatre irruptions une dans sous la Louis Provence; ; dcux deruière du temps de Louis notre XV. Roi Comhien François prenier, de fois l'enuemi ne pinéTra-l-il XIV, et la en Picardie, sous dans la Champague, dans la Lorraine, dans
f'Alsacc e
E --- Page 68 ---
(66)
server entières ses forces de terre; ce qui ne
peut avoir lieu qu'en renonçant à la
sion de ses Colonies.
possesEn paix alors avec l'Angleterre,
comme
nous le sommes avec toutes les autres Puissances de l'Europe relativement au commerce, 3 cette rivale cessant de l'être, loin
d'accabler d'impôts l'entrée de nos vins et
de nos eanx-de-vie, les recevroit avec faveur,'
comme des objets d'un échange naturel et
réciproque; et de la même manière qu'ils sont
pris par toutes les Puissances du nord.
Sans doute aussi qu'alors, au lieu d'aller
dans la mer Baltique ou vers la Crimée, se
pourvoir de blés, dont aujourd'hui elle manque annuellement, elle donneroit la préférence aux nôtres, qui seroient sous sa main :
elle la donneroit à nos sels, bien moins corrosifs dans les salaisons que ceux du Portngal, ainsi qu'à.quelques autres de nos
ductions.
proDans cet état de paix et de bonne amitié,
la seule concurrence qui existeroit entre les
deux Nations, ne seroit que dans le prix des
objets manufacturés exportés : mais la décision de ce point ne dépendroit pas des
le choix des étrangers la termineroit. Si armes; dans ;
certains ouvrages, nos fabriansnateignoient
pas à la perfection des leurs, pourvus d'une
population nombreuse et toutes les nécessités
, ainsi qu'à.quelques autres de nos
ductions.
proDans cet état de paix et de bonne amitié,
la seule concurrence qui existeroit entre les
deux Nations, ne seroit que dans le prix des
objets manufacturés exportés : mais la décision de ce point ne dépendroit pas des
le choix des étrangers la termineroit. Si armes; dans ;
certains ouvrages, nos fabriansnateignoient
pas à la perfection des leurs, pourvus d'une
population nombreuse et toutes les nécessités --- Page 69 ---
(67)
de la vie étant à bas prix, nous aurions la
assurée de pouvoir Jes donner à
ressource meilleur marché. Telle fut la position de
la France envers les autres Puissances de
lorsque M. de Colbert eût étaFEurope,
Ce Royaume avoit
bli nos manufactures.
s'6alors des hommes qui n'alloient pas
teindre dans des Colonies : et aujourd'hui
nous possédons des
et depuis long-temps,
aussi
Colonies et les hommes nous manquent;
manufactures ont-elles tombé, et celles
nos de nos voisins se sont élevées sur leurs ruines.
Ces raisons, étayées del'imutilitéd'une lutte
sur mer avec PAngleterre depuis un siècle et
demi, au sujet de nos Colonies, pendant la-.
quelle nous noussommes beaucoup plus affoibli qu'elle, en lui cédant tonjours quelquesunes de ces possessions ; ces raisons, dis-je,
de
devroient nous conseiller impérieusement
nous préparer à délaisser un jour ce qui nous
en reste, si nous ne pouvonslegarder qu'au
prix des efforts précédens, et moyennant autant de dépenses et de sang répandu.
Abandonnons de nous-mêmes et de bonne
grâce ces faux - brillans qui embellissent un
Etat sans lui donner de la solidité; aussi
bien nos Colonies nous échapperont-elles un
jour : divers événemens raviront de même
les siennes à l'Angleterre 9 sans que nous
nous en mêlions. Plus son système çolonial --- Page 70 ---
(68)
sera étendu, plus clle y sera foible dans chaque point, et aura à craindre des peuples
qu'elle tyrannise et des esclaves qu'elle accumule. Plus elle recueillera de denrées y
loniales, plus souvent elle
cOrations actuelles
répétera ses opéen Allemagne et ailleurs,
où elle vend ses marchandiscs à
Si c'étoit ici le lieu de citer grosse de perte.
grands
mots, j'exposerois aux Français ce
clise recommandoit à ses descendans qu'An-
:
Tu regere imperio populos, Romaue, memento.
Mais je dirai tout simplement,
sauroit courir deux lièvres à la qu'on ne
fois, sans
risquer de n'en avoir pas un. Instruit
l'expérience, et suivant ce proverbe,
par
la prudence de nous contenter du
ayons
litique où la Nation vient de s'élever rang po- le
seul auquel nous ayons droit de prétendre, ;
et que nous assurent l'étendue de
et
P'Empire
l'esprit guerrier'de ses peuples, aussi longtemps que nos forces réelles ne seront ni
divisées ni atténuées.
S. XVI.
Quelle est la base SUT laquelle repose le
plus Pezistence politique de la France.
La nature a donné aux divers Royaumes
un climat, une assiette, un sol et des productions propres, qui constituent leurs ri-
- le
seul auquel nous ayons droit de prétendre, ;
et que nous assurent l'étendue de
et
P'Empire
l'esprit guerrier'de ses peuples, aussi longtemps que nos forces réelles ne seront ni
divisées ni atténuées.
S. XVI.
Quelle est la base SUT laquelle repose le
plus Pezistence politique de la France.
La nature a donné aux divers Royaumes
un climat, une assiette, un sol et des productions propres, qui constituent leurs ri- --- Page 71 ---
(69.) )
chesses foncières, ainsi que lP'aptitude et le
génie de leurs habitans. Cest à consulter
cette réunion d'avantages particuliers qu'un
peuple doit s'attacher, pour y modeler sa
forme de gouvernement, ses usages et SCS
occupations, s'il veut asseoir sa puissance et
sa splendeur sur des bases inébranlables.
Or, premnièrement, quel est le caractère qui
distingua de tôut tempsJes Gauloiset ensuite
les Français? c'est un esprit martial, une valeur. guerrière, qu'accowipagnoit un ardent
amour de la gloire et de la renommée. C'est:
ce génic militaire qui causa de perpétuelles
le
alarmes aux Romains ; qui signala
règne
de Clovis; qui valut à Charlemagne P'Empire
d'Occident; qui a brillé dans un si grand
nombre d'autres époques; et qui, dans notre
révolution, vient d'étonner le monde entier.
Cet esprit guerrier méprisa toujours les
occupations du commerce, comme ne convenant ni à Pardeur de son courage, ni àlélévation de ses sentimens. La noblesse franles
elle avoit
çaise ne respiroit que
armes;
la franchise et la loen apanage Phonneur,
d'acyauté. Désintéressée quand il s'agissoit
quérir de la gloire et de servir. la patrie, elle
dévouoit sa vie et y sacrifioit ses biens. Ces
y
sentimens se soutinrent dans leur
généreux
purctéjusquessons François I,erOnenvoit entraits dans le règne
core plusieurs grands --- Page 72 ---
(70)
de Henry IV, quilui-méme en étoit
Celui de son fils Louis XIII est
pétri.
où les Français commencèrent à l'époque
s'occuper
sériensement des Colonies; et celle aussi oùt
ces vertus morales et guerrières devinrent
moins vives. Elles n'ont fait que s'affoiblir
de plus en plus, depuis que les richesses COlonialès et celles de quelques villes d'uns grand
commerce, ont tourné la tête aux grands
comme aux petits, et rempli les esprits de
leur égoïsme et de leur cupidité.
Cette dégradation du caractère national est
lune des causes du déclin qu'avoit subi le
rang politique de la France, avant qu'une
impulsion d'un autre genre ne la relevât au
degré de splendeur où elle vient de se placer.
Altérer de nouveau ce caractère guerrier
et passionné pour la gloire, en rejettant les
esprits vers un grand commerce de luxe; les
remplissant desa convoitise,et lesé éblouissant
de quelques immenses fortunes
Ce
seroit replacer la Nation dans particulières, l'ordre de
choses que j'ai décrit, et lui préparer de loin
une chute politique pareille à celle
avoit subi.
qu'elle
Ces moyens de richesses et de puissance
pourroient mieux convenir à un Etat
ment maritime, qui n'auroit
purepas d'autre ressource, soit par le peu d'étendue de son ter
ritoire, soit par les vices de son sol, Mais
lesé éblouissant
de quelques immenses fortunes
Ce
seroit replacer la Nation dans particulières, l'ordre de
choses que j'ai décrit, et lui préparer de loin
une chute politique pareille à celle
avoit subi.
qu'elle
Ces moyens de richesses et de puissance
pourroient mieux convenir à un Etat
ment maritime, qui n'auroit
purepas d'autre ressource, soit par le peu d'étendue de son ter
ritoire, soit par les vices de son sol, Mais --- Page 73 ---
(71)
Français est dans un cas si opposé!
TEmpire
à la quantité de ses provinces,
Qu'on songe climats, à la variété, à la quaà leurs divers
à Pinlité et à l'abondance des productions,
dustrie età Pactivité des habitans, ainsiqu'au
distinguc leurs ouvrages : qu'il segodt qui
lucratif de tirer le meilleur
roit bien plus
possible de ces nombreux avantages >
parti
réels et sous la main, en cessant de
toujours
des denrées moins nécessaires,
courir après
d'incertitudes et de haet des profits remplis
sards?
bordée, à l'Ouest et
La France, quoique côtes, n'en est pas moins.
au Midi, de longues
état
: c'est la seconde considéraun
agricole
doive influer sur la
tion prépondérante qui
elle s'accorde
nature de son gouvernement :
de la
avec le caractère guerrier
parfaitement
au service de la
nation et son dévouement
D'un cêté, le goût de Pagriculture
patrie. Thonnêteté des mocurs; 2 et ses occufavorisc habituent au travail et fortifient les
pations
égalité
De l'autre, une plus grande
corps.
étouffant dans les coeurs
dans les fortunes,
les cris de la milégoisme de lopulence et
davantage
sère, tout sujet de PEtat s'attache moral et
: c'est ainsi que le
à sa conservation
également, dans
le physique concourroient
au soutien du rang politique
les individus,
que nous occupons aujourd'lui. --- Page 74 ---
172)
La troisième considération, c'estla position
géographique d'un Royaume. J'ai parlé de
celle de la France. Elle luii impose laloid'être
toujours en mesure de repousser avec
riorité ses ennemis du
supéelle réussira
continent; ce à quoi
rarement, lorsqu'elle sera dans
l'obligation d'entretenir une puissante ma-.
rine.
S. XVII.
Ce qui est arrivé cz la France et à VAngleterre, lorsque leurs entreprises militaires
sont sorties du genre de force gui leur est
leplus naturel.
Pour appuyer d'exemples ce qui
je citerai quelques occasions,
précède,
3 parmi beaucoup d'autres, où ces deux rivales ont échoué
dans leurs projets guerriers,
tées des
pour s'être écarmoyens qui leur conviennent le
mieux, quand il s'agit de les remplir; l'une
devant préférer les entreprises de
l'autre celles de mer. Tels sont leurs terre, et
tères distinctifs.
caracNous avons eu quelques époques de
riorité navale sur les Anglais,
supéDepuis Philippe-Auguste (1), nos flottes se sont
tées devant les leurs, les ont combattues présenquefois savec avantage, et ont fait des descentes quelsur leurs côtcs.
pas () guestion An conimencenient dc marie cn France, du treizième siècle : auparavant, il n'étoit
les entreprises de
l'autre celles de mer. Tels sont leurs terre, et
tères distinctifs.
caracNous avons eu quelques époques de
riorité navale sur les Anglais,
supéDepuis Philippe-Auguste (1), nos flottes se sont
tées devant les leurs, les ont combattues présenquefois savec avantage, et ont fait des descentes quelsur leurs côtcs.
pas () guestion An conimencenient dc marie cn France, du treizième siècle : auparavant, il n'étoit --- Page 75 ---
(73)
Plus récemment, Louis XIV ayant relevé
soudain notre marine, eut la gloire de faire
des
ct des
tête aux flottes combinées
Anglais
Hollandais, jusqu'au jour de la bataille de
la Hogue; et nos escadres, durant le règne
de Louis XVI, ont parcouru librement les
mers, et remporté quelques victoires, pendant linsurrection des Etats-Unis.
Nous pourrons à l'avenir avoir d'autres
succès, à la faveur de quelques circonstances
particulières. Le génie d'un prince, lcs talens
d'un ministre, Phabileté d'un général, les
fautes de l'ennemi, ses divisionsintestines, etc.
retomber
mais ce sera probablement pour
chaque fois plus bas qu'auparavant, comme
il nous est arrivé dans les cas que je viens de
citer, et presque toujours.
L'Anglais, de même, n'a jamais eu que des
avantages de peu de durée, de ses descentes
sur le continent. Les exemples en sont nombreux. La Normandie et la Guienne, que
l'Angleterre n'avoit pas conquises, avoient
fourni à ses princes les plus grandes facilités
pour s'emparer de la France. Néanmoins, et
malgré les batailles de Crécy, de Poitiers ct
d'Azincourt, ils ont été autant de fois repoussés, vaincus, et chassés enfin, soit de
leurs conquêtes,.soit de leurs possessions héréditaires.
C'est la division de nos forces en armées --- Page 76 ---
(74)
de terre et de mer, qui nous a donné de
continuels désavantages en présence de nos
ennemis. Sans cela, Louis XIV n'eût pas été
réduit aussi bas dans la guerre pour la succession d'Espagne; ni Louis XV n'auroit pas
été contraint à la paix humiliante de1763,
On peut m'objecter ici, que la marine de
Louis XVI força également les Anglais à une
paix désavantagense ; cela est vrai. Mais, je
le répète, nos succès sur mer seront constamment légers et de peu de durée.
S. XVIIL
Différence entre le Français et PAnglais;
relativement à leur penchant pour la navigation.
Cela dépend, en grande partie, de notre
caractère national. Le Français, peu porté
pour cet élément, n'y a jamais paru aussi
versé que ses rivaux, les Anglais, les Flamands et les Hollandais. On ne voit pas non
plus, dans notre histoire, le gouvernement
montrer de l'inclination pour les opérations
maritimes. Il ne forma en nul temps de ces
lois régénératrices, telles que l'acte de navigation en Angleterre, pour animer et vivifier
notre commerce. Il ne suivit à cet égard aucun plan avec constance, et, vit avec indifférence les avantages de ceux que nos voisins
pratiquoient.
les Anglais, les Flamands et les Hollandais. On ne voit pas non
plus, dans notre histoire, le gouvernement
montrer de l'inclination pour les opérations
maritimes. Il ne forma en nul temps de ces
lois régénératrices, telles que l'acte de navigation en Angleterre, pour animer et vivifier
notre commerce. Il ne suivit à cet égard aucun plan avec constance, et, vit avec indifférence les avantages de ceux que nos voisins
pratiquoient. --- Page 77 ---
(75)
Cependant, que de moyens de richesse;
nationale tireroit du sol de la France et de
l'industrie de ses habitans, un ministre habile qui auroit à cocur la prospérité mercantile de PEtat! Fourni d'une population considérable, et entouré de mers, quelRoyaume
eût été plus propre, il y a cent cinquante, ou
deux cents ans, à naviguer au Nord et au
Midi, età établir le nolis à meilleur marché?
Quel autre eût pu plus aisément se passer de
certains produits et de quelques ouvrages des
voisins, améliorer ses productions, et
pays
en naturaliser d'autres P
Mais la Nation n'a pas un gott décidé pour
la mer : et son Gouvernement l'auroit-il eu ,
il fut en tout temps obligé de fixer plutôt SOIL
attention sur les affaires du continent. Le
Français ne s'est donc livré à la navigation
que depuis qu'il possède des Colonies ; beaucoup plus alléché par les grands profits de ce
commerce, que guidé par une inclination naturelle; et moins encore dans les vues-patriotiques d'augmenter de cette manière les forces
de la Nation.
Conduit ainsi par le scul esprit du gain, et
se trouvant toujours inal à son aise à la mer,
il la quitte avec empressement, 3 dès qu'il y
a acquis un levain de fortune, pour l'accroitre à terre dans - le commerce 2 ou pour en
jouir en revenus de maisons ou de biens de --- Page 78 ---
(76)
campagne. Nous sommes plus enclins et plus
propres à la culture des champs, qu'à d'habiles combinaisons
mercantiles; nos Colonies
ont toujours été mieux cultivées ct plus
portantes que celles de tous les autres rapples 5 le cabinet et le
sont peucomptoir
encore
plus du goit de la nation 3 parler d'aller sur
mer, dans l'intérieur du
ter Pétonnement
Royaume, 3 c'estj jeet l'effroi dans l'esprit de
ceux auxquels on le propose.
L'Anglais au côntraire, habitant d'un sol
dont les fayeurs sont bien moins multipliées
que celles du nôtre; entouré d'eaux ; obligé
de passer la mer anciennement; pour communiquer avec des peuples civilisés, et plus tard :
pour jauir en France de Ses acquisitions et de
ses conquêtes ; cet élément, enfin, contribuant depuis long-temps à lui acquérir un
nom et de grandes richesses, est celui auquel
il donne la préférence; ils s'y attache en effet;
ses idées s'y familiarisent dès l'enfance; elles
croissent avec l'âge , se renforcent et deviennent en lui un goût dominant. Ce goût est
aussi décidé à 50 lieues des côtes, que sur les
rivages du Royaume; etpartoutily est nourri
et fortifié, soit par les grandes fortunes acquises ennaviguant, soit par lagloire et la puissance dont le commerce a décoré la Nation.
Cliez eux un marin ne quitte sa profession
qu'a regret.
effet;
ses idées s'y familiarisent dès l'enfance; elles
croissent avec l'âge , se renforcent et deviennent en lui un goût dominant. Ce goût est
aussi décidé à 50 lieues des côtes, que sur les
rivages du Royaume; etpartoutily est nourri
et fortifié, soit par les grandes fortunes acquises ennaviguant, soit par lagloire et la puissance dont le commerce a décoré la Nation.
Cliez eux un marin ne quitte sa profession
qu'a regret. --- Page 79 ---
(77)
Le Français encore n'est pas à beaucoup
près aussi tenace dans ses entreprises que
PAnglais, qui tient en cela des dogues de
son pays, dont la dent ne démord point; qualité néanmoins essentielle dans les grandes
opérations de commerce.
S. XIX.
Parallele de la marine anglaise et de la
française.
Dei cette différence de caractère entre les
deux peuples S 2 dépendit tout ce qui fut opposé chez eux, relativement au commerce et
au service. de mer.
En France la noblesse seule, et souvent
d'une très-haute naissance , étoit admise (1)
dans le corps des officiers dela marine royale;
de même que pour aspirer à le devenir dans
celle du commerce, il falloit être né au moins
d'un bourgeois de ville. Un mnatelot, quelque
expérimenté qu'il fut, ne parvenoit pas plus
à commander dans. la marine marchande d $
qu'un officier de celle-ci à occuper dans la
première, le plus petit grade au-dessus depilote et de maître d'équipage. Un mur d'airain, fondé sur une capricieuse distinction,
séparoit ces diverses classes. Si parmi nousles
intérêts de la marine en général eussent été
(1) Depuis quelques années, For mesurant Ic prix trouvoieut des familles, aisémers OT2
à sétoit introduire relaché leurs de cette enfans rigueur. daus la Les marine riches du parvenus Roi. --- Page 80 ---
(78 )
plus prisés,on auroit passé par dessus d'aussi
vains préjugés.
Ils s'étoient effacés en
goût contraire au nôtre. Angleterre par un
cidoit de rien
La naissance n'y dépour obtenir des grades dans
l'une et l'autre marine. De
avec
de la
simple matelot,
capacité et de l'expérience, on devenoit capitaine de navire marchand, quelquefois officier- commandant, amiral, dans
la marine du Roi. Le célébre Cook avoit
mencé à naviguer comme
comLa distinction de
mousse.
naissance, exigée
entrer dans notre marine royale, donnoit pour
général à ses officiers beancoup
en
contribua,
d'orgueil, et
plus que toute autre chose, à l'insubordination qui caractérisa ce corps.
Fiers de leur rang, ces Messieurs s'abstenoient de la plus légère familiarité etdu moindre rapprochement avec les autres gens de
Téquipage; et, par une espèce de
traitoient encore plus
jalousie,
dédaigneusement les
officiers des navires marchands, qui y faisoient leurs années de service
se
Ils seroient crus déshonorés de d'obligation.
ramer dans
un canot, de déployer ou de serrer les voiles, d'aider en rien au grément ou à la manoeuvre des vaisseaux. Ce n'étoit pas le moyen d'exceller dans tout.ce qui dépend de ce
service, oà-il entre beaucoup plus de pratique que de théorie.
traitoient encore plus
jalousie,
dédaigneusement les
officiers des navires marchands, qui y faisoient leurs années de service
se
Ils seroient crus déshonorés de d'obligation.
ramer dans
un canot, de déployer ou de serrer les voiles, d'aider en rien au grément ou à la manoeuvre des vaisseaux. Ce n'étoit pas le moyen d'exceller dans tout.ce qui dépend de ce
service, oà-il entre beaucoup plus de pratique que de théorie. --- Page 81 ---
(79.)
ainsi.
En Angleterre on nes'étoit pasmépris
Lord ou non, fils de Berger ou du Roi, Pon
devenoit officier
dans la mane
quelconque
rine royale 2 qu'après avoir passé par tous
les grades inférieurs du service de mer > à
commencer par celui de mousse. Moins enorgueillis de leur naissance ; et rendus, par ce
bas apprentissage, d'un caractère plus souple
envers leurs supérieurs, ces officiers en contractoient Phabitude d'obéir au commandement, et de se soumettre à la sévérité de la
discipline. Connoissant à fond, par une lonpratique, tous les détails du service naugue
ils savoient lcs ordonner à leur tour,
tique,
etpouvoient Viningmiigtelmyreel
le matelot s'en acquittoit bien ou mal.
Le vice contraire d'apprentissage qui régnoit dans notre marine royale 7 s'étendoit
dans celle du commerce : d'où il arrivoit dans
Pune et dans l'autre, qu'un enseigne de
vaisseau,. un pilotin de navire, à leur preen raison de leurs
mier voyage, pouvoient,
grades, commander aux maitres d'équipage,
vieux routiers de mer, qui avoient navigué
depuis l'enfance. Tant les préjugés choquent
quelquefois le bon sens > et même les plus
chers intérêts ; car, de.la malhabileté d'une
dans une tempête, la
manceuyre dépend,
perte d'un bâtiment.
Le matelot français, indifférent ou peu --- Page 82 ---
( 8o)
cher aux officiers de la marine
toit encore moins au
royale, l'édonnoit à ses
Gouvernement. Le Roi
équipages de plus foibles gages, qu'ils n'en eussent
pourles
gagné en naviguant
étoiént marchands,etleplns souvent ilsn'en
pas payés. Rarement aussi
ils leur part des prises qu'ils faisoient recevoientEnfin, soit par l'effet de nos foibles sur mner.
sur cet élément, soit
des
succès
par
vices d'adininistration, soit par le peu de faveur
tenoit en cour cette partie de la défense qu'obtionale, nos matelots ne
narapportoient ordinairement, du service du Roi, quemisère
découragement.
eti
Un sort contraire attendoit le matelot
glais : regardé par son
anun homme précieux Gouvernement, comme.
moit la
pour l'Etat et quien for-.
principale. force, il étoit plus considéré, à bord, de ses officiers, et mieux
par l'usage et les loix. Ilrecevoit de bons traité
ges. du Roi, et en étoit exactement
ganourriture ne se ressentoit
payé: sa
d'aucune
nerie, et jamais il ne. fut frustré de mesqui.
des nombreuses
sa part
prises faités sur l'ennemi.
Cette justice et ces attentions excitoient
marins à servir leur
ces
combattre
patrie avec zèle, et -à
pour elle de la plus vive ardeur :
enflammés de ce
patriotisme, dans quelque
engagement que ce fut, en flotte ou de
seau à
vaisvaisseau, > chacun d'eux agissoit de
é: sa
d'aucune
nerie, et jamais il ne. fut frustré de mesqui.
des nombreuses
sa part
prises faités sur l'ennemi.
Cette justice et ces attentions excitoient
marins à servir leur
ces
combattre
patrie avec zèle, et -à
pour elle de la plus vive ardeur :
enflammés de ce
patriotisme, dans quelque
engagement que ce fut, en flotte ou de
seau à
vaisvaisseau, > chacun d'eux agissoit de --- Page 83 ---
(81)
concert. Tous ensemble remplissoient leur
tâche allégrement, s'animoient, s'encourageoient, et se battoient enfin dansla ferme résolution d'enlever le bâtiment ennemi, ou de
le coulcrbas. Ils paroissoient combattre moins
pour la cause de la Nation, que pour leur
gloire personnelle, ou leur intérêt particulier.
Qu'importoit au matelot français de se battre ou de se rendre P Nul motif ne l'excitoit
à répandré son sangpour l'Etat, qui ine l'estimoit, ne l'encourageoit, nine le favorisoiten
rién. Il seroit mort, les armes à la main, avec
l'accablante idée de laisser une femme et des
enfans, dénués de ses secours - et abandonnés à leur malheureux sort ; car la caisse des
invalides, destinée à P'améliorer, n'étoit pas
mieux distribuée que celle des appointemens
des équipages. En Angleterre il y a de gros
soulagemens en espèces, 2 votés pour les veuves des marins tués au service de l'Etat, et que '
le Parlement surveille. J'observerai de plus,
le Français, guerrier sur terre, a formé
que
le superbe établissement des Quinze-Vingts ;
et que P'Anglais, guerrier sur mer, a bâti un
magnifique hôpital à Greenwhich pour ses
marins invalides : c'est ainsi que les institutions des Peuples décèlent leur caractère national.
Une différence en outre bien remarquable
dans le service de mer entre les deux Nations,
F --- Page 84 ---
( - - 82 )
c'est que chez l'une, il fut
chez l'antre,
toujours actif, et
5 constamment
Les flottes royales
passif:
la mer dans une
Britanniques tenoient
près égale à celui proportion de temps à-peupoient le
que celles de France occuport. Il étoit naturel
rins en devinssent
que leurs maplus expérimentés que les
nôtres, plus mancenvriers et plus faits
tempêtés etaux
aux
vaisseaux
dangers : cetteactivité de leurs
sembloit les
Croisoient-ils seuls
multiplier sur mer.
voguoient-ils
ou en corps d'armée, ou
pour une expédition,
choient à courir sur toute voile ilss'attasoit, pours'en saisir, si elle
qui paroisnemi, et si elle étoit neutre, appartenoitil'endes informations,
3 pour en prendre
quelquefois
tantes.
très-imporLes croisières n'entroient
plans de nos
point dans les
blesse de
opérations maritimes. Soit foinotre marine s soit
soit
défaut dans nos marins d'une habitude, vive
pour ce service , nos armées navales inclination
toient le port, que lors d'une
ne quitdée; dans le dessein de livrer mission déci-.
partir pour une expédition. combat, ou de
4 Quand c'étoit pour se mesurer avec l'ennemi > leur marche réservée et
indiquoit
appréhensive
patirpmojetdorgnisiern une(2)
dres (1), de Qu'on M. se rappelle les flottes Anglaise et
d'Orvilliers et de F'amiral Keppel, Française, qui demeurérent sous les ortgois
ne quitdée; dans le dessein de livrer mission déci-.
partir pour une expédition. combat, ou de
4 Quand c'étoit pour se mesurer avec l'ennemi > leur marche réservée et
indiquoit
appréhensive
patirpmojetdorgnisiern une(2)
dres (1), de Qu'on M. se rappelle les flottes Anglaise et
d'Orvilliers et de F'amiral Keppel, Française, qui demeurérent sous les ortgois --- Page 85 ---
(83)
celui de livrer un véritable
Naumachie, que
combat. Faisoient-elles route pourune expédition, elles cingloient en peloton s sans s'écarsans s'étendre, sans marquer la mointer,
dre attention pour les voiles qui paroissoient,
des
marchands
auroient
comme
navires
qui
craint d'être rencontrés ou aperçus. Enfin,
fussent, en France
dans quelque port qu'elles
dans les Colonies, elles n'envoyoient auou
cun croiseur dehors, et laissoient capturer
navires marchands jusques dans les pasnos
des
: aussi indifféses, aux ouvertures
ports
rens' à protéger le commerce national, qu'à
inquiéter celui de l'ennemi (1).
auroit
Cette continuelle circonspection
seule rendu le matelot français inférieur à
dans le combat, étant entièrement
l'anglais
deopposée à notre sorte de courage, qui
d'armande à attaquer, et qui y déploie plus
de
se tenir sur la dédeur et courage 2 qu'à
fensive, ou à soutenir un assaut.
Pune del'autre, avant d'en yenir aux. mains,
ou quatre jours le en vent. présencel Dans les parages de la Martinique, 7 M. de Guila nôtre ayant trois reprises, rencoutré Tescadre delamiral Rodney,
chen ayant, inférieure par à la sienne > ne s'occupa : chaque fois > que de paraun peu devant elle. Rodney devenu supérieur l'anuée d'après , n'en agit
der de même avec M. e Grasse, 2
battit devant la Guadeloupe,
pas de ses vaisseaux, et en dispersa : reste. Le comte d'Estaing, ne lui yainprit de Byron, devant la Grenade, ne le poursuivit pas, durant cette prit
queur pas un canot, Le seul chef d'escadre actif et entreprenaut, ne aucun vaisfutM. le Bailli de Suffren 7 qui néanmoins prit
aguerre,
seau à Pennemi.
tout ceci
une diatribe, ignoreroient les
() Ceux quiprendroient mal. C'est Ka douleur d'avoir vu la gloire du
faits, et me connoitroient
flétrie swr mer, qui n'arrache ces
nom français perpétuellement
plaintes,
queur pas un canot, Le seul chef d'escadre actif et entreprenaut, ne aucun vaisfutM. le Bailli de Suffren 7 qui néanmoins prit
aguerre,
seau à Pennemi.
tout ceci
une diatribe, ignoreroient les
() Ceux quiprendroient mal. C'est Ka douleur d'avoir vu la gloire du
faits, et me connoitroient
flétrie swr mer, qui n'arrache ces
nom français perpétuellement
plaintes, --- Page 86 ---
(84)
Cestàla. faveur de son expérience consom-.
mée, que l"Anglais, inférieur à nous en nom-,
brede vaisseaux, ou dans touteautre fâcheuse
position (1), a su éviter le combat ou le ren-.
dre indécis, 9 ou s'évader absolument, avec,
peu d'avaries, et surtout sans perdre de bâtimens. C'est à la faveur de cette hardiesse et
de cette obstination à tenir la mer, qu'après
avoir eu du dessous dans un combat, ila bientôt reparu dans le dessein de se mesurer, et,
plus résolu qu'amparavant à disputer l'honneur de la victoire.
Je répugne à continuer ce parallèle trait
pour trait. De flotte à flotte nous n'eûmes jamais des succès aussi marqués et surtout aussi
suivis que les Anglais. Les combats de vais-..
sean à vaisseau nous furent toujours plus glorieux, et le nombre en est considérable; ce.
qui prouve que nos officiers ne manquoient
pas absolument de connoissances dans leur
art,ninos équipages de bonne volonté, d'ardeur et de courage. Nos grandes et
tes
fréquendéfaites tenoient donc à des causes plus
générales et plus profondes.
Je placerai en tête l'inhabitude, dans nos
marins, de rester long-temps en mer, et con-
(1) Je ne citerai que celle de l'amiral
mouillée
tophe avec 17 vaisseaux, ct qui s'en Hood, en
à St.-ChvisGrasse , chef du double de bàtimens. Celui-ci échappa présence de M. de
vée sur les côtes de la Martinique avec cette auparavant, à son arrisoient. abstenu dc faire douner la classe à 4 ou 5 vaisseaux nonibreuse anglais flotte, quiy s'étoit crui-,
, et con-
(1) Je ne citerai que celle de l'amiral
mouillée
tophe avec 17 vaisseaux, ct qui s'en Hood, en
à St.-ChvisGrasse , chef du double de bàtimens. Celui-ci échappa présence de M. de
vée sur les côtes de la Martinique avec cette auparavant, à son arrisoient. abstenu dc faire douner la classe à 4 ou 5 vaisseaux nonibreuse anglais flotte, quiy s'étoit crui-, --- Page 87 ---
(85)
d'être peu versés dans la pratiséquemment
d'une armée navale, quoiquedesmonvemensa
Enque la théorie leur en fut bien connue. dosuite, linsnbordination et la jalousie qui
minoient dans ce corps; les exemples en ont
est inuété si nombreux et si connus, qu'il
tile d'insister là-dessus : personne n'ignore
comme,en pareil cas, et danstelautre manque
à la discipline ou à son devoir, tout officier
recherché et
Anglais seroit rigoureusement
sévèrement puni. On se ressouvient encore
des amiraux Bing, Keppel et Byron.
fertile de nos foibles sucUne cause plus
résidoit
cès sur mer et de leur peu de suite,
vit
dans notre Gonvernement même, qui ne
dans sa Marine qu'un service incorijamais
la
mode, sccondaire et coûteux, qui génoit
dans son golt chéri, et s'opposoit à son presbesoin de combattre ses ennemis sur le
sant
continent.
fit
tout temps nos rois
C'est ce qui
qu'en dès
le besoin cesnégligérent la marine,
que
nommoientgrands
soitd'en être urgent; qu'ils
des SeiAmiraux de France, le plus souvent,
n'avoient jamais navigué, et que
gneurs qui
confié à des
étoit ordinairement
ce ministère
les premiers 616personnages qui ignoroient
mens de l'art nautique.
il devenoit imposSous un pareil Ministre, relatives à la mer,
sible que les combinaisons --- Page 88 ---
(8 86)
les ordres, les plans de campagne, les croisières, les expéditions ne se ressentissent de
son défaut de conhoissances ; qu'ils ne portassent l'empreinte de Ia circonspection, de la
réserve, de la timidité ou des vices opposés,
suivant son caractère. Le hasard devoit y dominer.
A couvert sous l'ignorance du Ministre,
chefs
s les
chargés d'une expédition pouvoient . >
au retour, se disculper aisément de l'avoir
mal remplie, ou totalement manquée, , en lui
alléguant une foule de circonstances défavorables, qu'il étoit hors d'état d'apprécier.
La grande naissance des officiers de la marine en imposoit encore au Ministre, qui, de
crainte de se mettre à dos leurs puissantes
familles, fermoit les yeux surleurindiscipline
habituelle, et n'osoit les rechercher sur leur
fréquente insubordination.
Le goût national contraire des Anglais, et
des vues politiques différentes ont rendu chez
eux toutes ces choses opposées aux nôtres. Il
seroit superflu de les comparer ensemble. Je
ne m'arrêterai qu'àla composition du bureau
des Lords de la grande Amirauté Britannique.
Iln'y entroit que d'anciens officiers de vaisseaux, espèce de loups de mer, qui y avoient
passé les trois quarts de leur vie, et la plupart distingués par de brillans combats, de
ût national contraire des Anglais, et
des vues politiques différentes ont rendu chez
eux toutes ces choses opposées aux nôtres. Il
seroit superflu de les comparer ensemble. Je
ne m'arrêterai qu'àla composition du bureau
des Lords de la grande Amirauté Britannique.
Iln'y entroit que d'anciens officiers de vaisseaux, espèce de loups de mer, qui y avoient
passé les trois quarts de leur vie, et la plupart distingués par de brillans combats, de --- Page 89 ---
(87)
victoires, ou d'habiles scampagnes.An:
grandes
les mers, les parages, les
cun d'eux n'ignoroit
de la terre entière,
fles, les côtes , les ports
Ils en connoissoient
pour les avoir pratiqués. les sondes, les males vents, les moussons, écueils et les saisons.
rées, les courans, les
locaC'est sur cet ensemble de connoissances
de marins expérimenles, et parmi ce nombre
de croisière
tés, que se formoient ces ordres hostiles ; ces
et de combat; ces combinaisons manquoient
grandes expéditions navales qui
aussi
de réussir, confiées à des gens
rarement de les exécuter, que les précédens
capables
T'avoient été de les méditer.
S. XX.
de conduite entre les Français
Différence
dans leurs premiers étaet les Anglais,
blissemens des Colonies.
de conquêtes,
Lar mode,la curiosité,lesprite
le
de la chasse et des aventures,
ou
godt
dans le Nouveaupoussèrent les Français
combiné
Monde, beaucoup plus qu'an plan
le
des Colonies, et d'en alimenter
de fonder
commerce de l'Etat.
déconvert(1)
Au nord de l'Amérique, ,ayant de lacs et de
de forêts,
un vaste pays plein
long-temps en
rivières, ils le parcourarent
(s) En 1534. > par Jean Cartier de Saint-Malo. --- Page 90 ---
(88)
chassenrs, en militaires et en missionnaires;
n'ayant en vue,les uns, que de chercher des
fourrures et bâtir des forts; les autres,
de précher la foi. Les bêtes devenues
que
moins
communes, et tous les Sauvages convertis,
on s'avisa enfin de se rapprocher en plus
grand nombre des rivières navigables et des
côtes de la mer ; à mettre la coignée dans
ces forêts éternelles, et semer
rains.
quelques terDes compagnies à privilége exclusifavoient
été chargéesde peupler le pays, et d'enfaire le
commerce, le Gouvernement les ayant aidées
de quelques vaisseaux, et
de grands
encouragées par
avantages; mais sous la condition
expresse de n'y introduire pour habitans,
que dafraroiocatoligne Ce commerce,
négligé parles associés possesseurs delacharte
d'établissement, tomba dans peu d'années
entre les mains des étrangers, des Hollandais
principalement. Les deux dernières
malheureuses de Louis XIV ne servirent guerres
pas à le relever : il languit ainsi
lan
jusques vers
1720, ainsi que celui des Antilles. Les
priviléges exclusifs étant éteints à cette
que,
époetlecPrangaisnyant enfin tourné séricusement leurs vues vers le commerce, celui du
Canada reprit quelque vigueur entrel les mains
des négocians particuliers; mais suspendu,
(1) Cctte clausc fut commune à toutes les autres Colonies.
malheureuses de Louis XIV ne servirent guerres
pas à le relever : il languit ainsi
lan
jusques vers
1720, ainsi que celui des Antilles. Les
priviléges exclusifs étant éteints à cette
que,
époetlecPrangaisnyant enfin tourné séricusement leurs vues vers le commerce, celui du
Canada reprit quelque vigueur entrel les mains
des négocians particuliers; mais suspendu,
(1) Cctte clausc fut commune à toutes les autres Colonies. --- Page 91 ---
(89)
écrasé depuis dans nos nouveaux démêlés
avec les Anglais, ce pays nous devenant plus
la
de 1763 le
coûteux que profitable,
paix
leur assura pour toujours.
Dans les Antilles cela se passa à peu près
de la même manière. Les deux tiers des fles
du vent, les plus grandes ct les meillenres,
des flibustiers; le Roi en
sont acquises par
dispose en faveur de quelques particuliers,
des
crée; et notre comou
compagnies qu'il
demeure dans un tel engourdisseA
merce y
et le Hollandais s'en
ment, que P'Anglais
emparent jusqu'en 1720.
aussi oùt SaintC'est à peu près l'époque
Domingue se souleva contre la compagnie des
Indes occidentales, qui, mettant à ses fournitures un haut prix arbitraire, et un fort
modique à la denréc des Colons, les força de
s'insurger contre ses agens, ayant à leur tête,
une femme nommée la
au Cap - Français,
Sagona.
Cayenne fournit, comiele Canada,T'exemple de l'amour que nous avions alors de posséder d'immenses Colonies, sans nous mettre
en peine d'en tirer parti. Une compagnie sous
le nom de France équinoxiale, y envoie cinq
à six cents hommes : quelques aventuriers y
étoient passés auparavant. Les derniers imiencore plus loin
tant les précédens, poussent
leurs courscs dans ce pays désert et noyé; et
Français,
Sagona.
Cayenne fournit, comiele Canada,T'exemple de l'amour que nous avions alors de posséder d'immenses Colonies, sans nous mettre
en peine d'en tirer parti. Une compagnie sous
le nom de France équinoxiale, y envoie cinq
à six cents hommes : quelques aventuriers y
étoient passés auparavant. Les derniers imiencore plus loin
tant les précédens, poussent
leurs courscs dans ce pays désert et noyé; et --- Page 92 ---
(90)
par ce moyen, la France
acquiert, dans la
Guiane, environ (1)250 lieues de
d'en avoir
côtes, avant
défriché
quatre (2) en carré. L'essaim des derniers colons
y périt, comme les
premiers, demaladie et de misère, sans aucune
relation avec la'
Métropole; et cette Colonie
n'a fixél'attention du
la
Gonvernement,qapnis
paix de 1763.
Je
pourrois encore citer Pexpédition chevaleresque de M. de
Gourgues contre les
Espagnols de la Floride, et dire comment
notre manie de conquérir nous aliéna les
turels de l'ile de
naMadagascar.
Ce fut aussi la fameuse
course du sieur Cavelier de Lassale, de douze à
quinze cents
lieues, qui valut à la France la Louisiane
ettout le cours du Mississipi Colonie
dont le
terrain est si fertile, et dont on
a tiré si (3)
peu d'utilité.
Tels furent les commencemens de
nos Co-
(1) Depuis le Cap nord du
Préljegifemtboedues de
(2) M. de Sully ne se méprit pas sur le
P'Orénoque.
soit, que nos caboches n'étoient pas faites caractère Français. Il diEn elfet, une certaine inuquiétude
pour les possessions lointaines.
transporte dans tous les climats, naturelle et les une envie de courir, nous
dans le sein de la Patrie, sans aucun projet mèmes désirs nous rappellent
préalable, solide etsuivi.
(3) Je lai déjà dit : mieux établie, la Louisiane auroit fourni à
Domingue, dont il avoit en besoin, peu d'années, le riz, les farincs , le niais et les St.- bois
néfice. Il n'y a pas encore et eàt privé les Anglo-Américains dc ce grand béce peupie laborieux et réfléchi un an va que établir ce pays leur appartient , et déjà
chanticrs de coustruction pour des bâtimens sur de le cours du fleuve, des
pour des vaisseaux de guerre, et se propose, à l'effet commerce , conme
sortie , d'enlever avec des machines les sables
de faciliter leur
chure du Mississipi. Voilà des peuples nés
obstruent l'emboupour Tet commerce.
t privé les Anglo-Américains dc ce grand béce peupie laborieux et réfléchi un an va que établir ce pays leur appartient , et déjà
chanticrs de coustruction pour des bâtimens sur de le cours du fleuve, des
pour des vaisseaux de guerre, et se propose, à l'effet commerce , conme
sortie , d'enlever avec des machines les sables
de faciliter leur
chure du Mississipi. Voilà des peuples nés
obstruent l'emboupour Tet commerce. --- Page 93 ---
(91)
lonies. Il y auroit beancoup à dire contre ces
V'Etat,
compagnies et ces particuliers auxquels
donnoit des pays
comme un corps impuissant,
dif
immensesà peupler exclusivement. Quelle
férence entre les projets et les moyens d'un
foible nombre de spéculateurs, d'une.-fortune
leur seul intérêt,
limitée et n'envisageant que
et les vues générales et les grandes ressources
d'un sonversinlMaisc'étoitl tlamode du temps:
Colonies anglaises furent fondées de
quelques
des milmême. Les Rois préféroient dépenser
lions et faire détruire leurs sujets dans des
de religion, à l'utilité d'en consaguerres
des
crer la moindre partie au soulagement
peuples, ou à l'encouragement du commerce
et de l'agriculture.
Je m'arrêterai un peu plus sur cette faute
du Gouvernement français, d'avoir feriné
l'entrée des Colonies aux Protestans. C'étoit
exclure
ceux qui auroient été
en
précisément
étant
les plus disposés à aller les établir,
persécutés en France, et les plus propres à
cela, par caractère, ainsi que par les fonds
disponibles qu'ils avoient en main. Les Catholiques riches, à qui d'ailleurs tous les emplois civils et militaires étoient dévolus de
droit, n'avoient aucun motif de s'expatrier;
les pauvres seuls en sentoient le besoin, mais
avec rien on ne fait rien. Restoient donc ccux
de la religion réforméc, qui n'avoient pour --- Page 94 ---
(92)
eux d'autre spéculation, que le commerce et
leur industrie.
Sile Gouvernement les eût tolérés dans nos
Colonies, et particulièrement dans le Canada,
après l'édit de Nantes, au lieu d'aller porter
chez nos ennemis leur population, leurs capitaux et leurs talens, ils eussent tous passé
de préférence dans ce vaste pays, qa'ils auroient peuplé et cultivé, et où ils auroient,
par nécessité, établi un commerce actif. On
sent les nombreux
avantages qui en eussent
résulté pour la France et pour ses Colonies.
Le Canada n'appartiendroit pas actuellement
aux Anglais.
On peut juger de quel poids auroit été son
établissement, si les Protestans y eussent été
admis, par laforce qu'acquit des premiers Celui que les Puritains anglais formèrent dans le
New-England (2), au voisinage du Canada.
Quoique la Cour britannique eût suivi le
même mode d'établir que le nôtre, elle eut
néanmoins le bon esprit d'y adopter le système de la tolérance religicuse. Les particuliers, chargés des mêmes entreprises, imitèrent aussi cet esprit de paix. Ils ouvrirent
leurs Colonies à tous les peuples et à toutes
les communions (2), comme le vrai mnoyen
() Pont Boston est la capitale: c'est la
ment dite : Paritains , antrement Preshytériens Nouvelle-Angletere propre-
(*) Cc n'est pas que dans quelques Provinces ii etindépendans. n'y cut une secte dominaute, comme les Puritains dans la Nouvelle-arigletere; les Qua-
des mêmes entreprises, imitèrent aussi cet esprit de paix. Ils ouvrirent
leurs Colonies à tous les peuples et à toutes
les communions (2), comme le vrai mnoyen
() Pont Boston est la capitale: c'est la
ment dite : Paritains , antrement Preshytériens Nouvelle-Angletere propre-
(*) Cc n'est pas que dans quelques Provinces ii etindépendans. n'y cut une secte dominaute, comme les Puritains dans la Nouvelle-arigletere; les Qua- --- Page 95 ---
(93)
de monde et d'en activer
d'y attirer quantité
de s.y trans-.
l'établissement. A la permission
ils eurent soin d'y joindre des encou-,
porter,
effectifs, propres à
ragemens et des secours
des loix favohâter la culture des terres, et
Tous ces émigrans,
rables à la population.
dans ces pays
chefs ou subalternes, passoient celles de nos
dans des vues plus réfléchies que
aventuriers.
Henry VII
Sébastien Cabot, expédié par
du nord
d'Angleterre, avoit eu connoissance
fut
vers l'an 1516:1 mais ce ne
de l'Amérique
que les Anglais
que sous la Reinc Elizabeth,
et lcs liolsongérent às'y établir : les Suédois
déjà quelques coins.
landais en occupoient
des fortsau fond
Tandis que nous bâtissions
nous
des forêts, dans des pays déserts; que aussi
étendions inconsidérément et avec
nous
encore que PEsde consistance : tandis
peu
nouvelles
d'épagnol peuploit ses
possessions des
glises et de moines, ne cherchant que les
mines d'or et d'argent, qui s'épuisent en
PAnglais,. plus intéressé et plus
fouillant;
en vue la culture. et le comméditatif, ayant
diverspoints
merce, se fixoit tet se fortifioitsur
du bois, plandu rivage de la mer :ilabattoit
les
les terrains défrichés, et payant
peltoit
nous, il les recevoit
leteries plus cher que
les
dans celles qui dépcndent de la
kers dans la mais Pensylvanie saus intolérance ; Anglicaus, de leur part.
Cowronne, --- Page 96 ---
(94)
des Sauvages, sans quitter ses
Au lieu.d'un fort ou d'une église, plantations. il
soit dans ces habitations
bâtisnouvelles une taverne. Là, recevant le marin quand ilarrivoit;
buvant, fumant, parlant affaires
ils combinoient mirement leurs ensemble,
intérêts réciproques, exempts d'entraves et de gênes, et
s'entraidant mutuellement.
Le New-England fut habité et cultivé en
entier dans l'espace de 20 (1) années : et la
Pensylvanie devint de même florissante en
très-peu de temps.
On connoît les résultats de cette manière
d'établir si différente de la nôtre. Il étoit
turel que le peuple qui avoit commencé navivifier et engraisser le tronc de l'arbre, par
recueillit plus de fruit, que celui qui n'en en
avoit soigné que les branches.
S. XXI.
Raisons gui s'opposoient en France à la
grandeur du comnerce, s et celles qui le
favorisoient en Angleterre.
Je ne cesserai de le répéter. Toutes ces
fautes provenoient de l'esprit du Gouvernement français, et des goits particuliers de
la Nation : celle-ci agricole et guerrière, aussi
(1) Salnion's géogra: granimar.
de fruit, que celui qui n'en en
avoit soigné que les branches.
S. XXI.
Raisons gui s'opposoient en France à la
grandeur du comnerce, s et celles qui le
favorisoient en Angleterre.
Je ne cesserai de le répéter. Toutes ces
fautes provenoient de l'esprit du Gouvernement français, et des goits particuliers de
la Nation : celle-ci agricole et guerrière, aussi
(1) Salnion's géogra: granimar. --- Page 97 ---
(95)
entendant peu le comlégère qu'inconstante,
imitation:
merce, ne s'y livra que tard et par
même
celui-la, purement militaire, ne sut
lui acccorder à propos liberté et protecpas seules faveurs dont il ait nécessairement
tion,
besoin.
de
En Angleterre, la profession
négociant
estimée, et le commerce, l'objet
fut toujours de la sollicitude du Gouvernementperpétuel
n'honora jamais cette utile
Celui de France
ou déoccupation, et quelques fois dérangea
des projets ou des entreprises de
couragea
abus, par insouciance, ou par
ce genre, par
incapacité.
se seroit livrée au comLa noblesse qui
malmerce chez nous, auroit cru déroger,
loix contraires émanées de Louis
grég quelques
elle-même, souvent
XIV. La magistrature
composée de familles roturières, témoignoit
de la morgue et du mépris; et
aux négocians
vains des richesses de
les fils de ces derniers,
leur état assez
leurs pères, ne trouvant pas
considéré, le quittoient communément, pour
revêtir de quelque charge, qui leur assurât
se
un rang plus élevé.
Hollande, oû
En Angleterre, ainsi qu'en
n'avilit point, de puissantes
le commerce
de père en fils,
maisons s'y sont perpétuées dest trisaieuls.
tmntageeaserts
tant
Un si long cours d'affaires leur a acquis --- Page 98 ---
(96)
de connexions extérieures au loin et au près,
que c'est d'elles qu'on a coutume de dire,
que,de quelque point du compas que soufflentles vents en mer, ils leuraménent quelque bâtiment au port.
Le commnerce n'ayant point été en France
le goût dominant de la Nation, on n'y
çoit à ce sujet aucun plan formé et encore apermoins suivi; mais quelques entreprises, nées
des circonstances, et des règlemens isolés qui
n'offroient aucune liaison entre eux. Les
grands principes du négoce paroissent avoir
été connus en Angleterre dès le temps de la
Reine Elizabeth : le fameux acte de navigation y mit la dernière main; et jamais depuis oni n'y a varié sur ses vrais intérêts.
En tout temps aussile cabinet de St.-Jâmes
l'étaya de sa grande influence, et ne conclut
aucun traité de paix, sans y stipuler quelque clause en safaveur: en temps de
des convois suffisans ne manquèrent guerre,
de prôtéger les flottes marchandes. La jamais même
conduite eut lieu dans le régime intérieur:
le commerce y fut encouragé par des primes,
des entrepôts provisoires, des remises de
droits, des préférences pour certains pays,
des exclusions pour d'autres, et enfin, par
unegrande facilitédansle payement des droits
d'entrée et de sortie.
La plupart de ces faveurs ne furent jamais
temps de
des convois suffisans ne manquèrent guerre,
de prôtéger les flottes marchandes. La jamais même
conduite eut lieu dans le régime intérieur:
le commerce y fut encouragé par des primes,
des entrepôts provisoires, des remises de
droits, des préférences pour certains pays,
des exclusions pour d'autres, et enfin, par
unegrande facilitédansle payement des droits
d'entrée et de sortie.
La plupart de ces faveurs ne furent jamais --- Page 99 ---
(97)
qu'imparfaitement imitées en France : ensuite;
les douanes n'y étant pas en régie directe,
mais livrées à d'avides traitans, 3 toujours
écoutés en cour, P'acquit des droits y étoit
d'une rigueur extrême, et par dessus cela,
encombré de formalités fatigantes, et surchargé 6demninutdonsangplémems d'imposition.
S: XXII.
Fautes plus récentes de la Nation et de sonE
Gouvernement envers le commerce.
Le Gouvernement n'a commencé que fort
tard parmi nous à regarder le commerce d'un
ceil favorable; ; mais sans l'aimer réellement,
et surtout, sans avoir une connoissance approfondie de ses avantages. C'est pourquoi
il commit même alors des fautes qui blessoient
ses intérêts; à la vérité, quelquefois sa foiblesse ly forçant. Je n'en citerai que deux
exemples.
Après la paix de 1763, lorsqu'il fut question de réparer la perte de la Louisiane et du
Canada, le Ministère français tourna ses vues
du côté de la Guiane, où la culture n'avoit
fait jusqu'alors aucun progrès. Mais au lieu
d'offrir aux futurs Colons qu'on y amena
d'Acadie et d'ailleurs, et à ceux qui voudroient y aller traiter, des exemptions, des
encouragemens, des faveurs et des facilités,
G --- Page 100 ---
(98)
kécessaires pour exciter avec ardeur le défrichement d'une Colonie aussi
on y établit toutes les espèces meurtrière,
de surveillance, de droits et de d'autorités,
étoient d'usage dans celles
charges, qui
Jeur dernier
qui avoient atteint
période de prospérité. Il y eut
an état-major, un
un
adebbetoserdestinanony
fisc, un poids public et des droits, avant
qu'y parussent des habitations établies, et une
certaine quantité de denrées.
Une bien plus grande faute, c'est le traité
conclu entre la France et l'Angleterre
reusement rompu par la
(heurévolution), au
moyen duquel notre rivale, sans
à
une réciprocité envers nos
s'obliger
diminuer chez elle ses droits productions, sans
l'entrée de nos vins, avoit la liberté excessifs sur
duire dans nos ports une multitude d'introde ses manufactures: : importation
d'objets
à notre engouement
qui, grâces
pour tout ce qui sort de
ses mains, porta sur le champ un coup mortel
à la plupart de nos fabriques.
Cette anglomanie et ce défaut
blic en faveur des intérêts de d'esprit pumerce 3 ne sauroient être
notre comassez blâmés
nous guérir, s'il est possible, d'une insou- pour
ciance, d'un travers aussi pernicieux. Un
peuple, plus épris du bien pablic, et
de ses
jaloux
manufactures, auroit réparé, autant
gu'il eût été en lui, le préjudice
qui deyoit
ques.
Cette anglomanie et ce défaut
blic en faveur des intérêts de d'esprit pumerce 3 ne sauroient être
notre comassez blâmés
nous guérir, s'il est possible, d'une insou- pour
ciance, d'un travers aussi pernicieux. Un
peuple, plus épris du bien pablic, et
de ses
jaloux
manufactures, auroit réparé, autant
gu'il eût été en lui, le préjudice
qui deyoit --- Page 101 ---
(99)
résulter de ce funeste traité. Il eût rejeté avec
les marchandises fabriquées chez son
mépris
ennemi, et s'en seroit tenu aux
plus grand
siennes, quoiqu'inférieures en qualité.
rivaux.
les
- Ainsi se conduisent nos
Lorsque
Colons. Anglo-Américains: prévirent prochainé
leur guerre avec la Grande-Bretagne, quoiqu'ils n'eussent chez eux qu'un modique nombre de manufactures, il fut résolu à Punanimité dansle continent, de s'abstenirde l'usage
des fabriques de
de tout ce qui proviendroit
la métropole.
A Londres, il y a des amateurs de modes
d'étoffes françaises, et des marchands qui
et vendent. Un écrivain (:) a. observé à ce
en
telle y est la crainte de l'esprit
sujet, que
à ce godt et à ce débit,
du peuple, opposé
lap plus grande partie de ces modistes haquel le
de Westminster, de prébitent
quartier
férence à ceux de la cité, pour être moins
exposés aux avanies de la populace qui,
d'irritation, pilleroit leurs
dans un moment
de
magasins, comme il lui arrive quelquefois
déchirer ces parures de mode étrangère, sur
le corps de ceux qui s'en parent avec trop de
vanité.
Que nous sommes loin de cet esprit public!
à la suite du traité ci-dessus, en France on
avoir des marchandises de
se pressoit pour
(:) Grosley, dans son ouvrage intitulé Londres. --- Page 102 ---
100 )
fabrique anglaise : on y couroit de toutes
parts : rien n'étoit bon, bien travaillé, supéricurement exécuté, que les ouvrages qui en
sortoient; on s'en procuroit à quelque prix
que ce fit : on payoit volontiers cent louis
une chaîne de montre en acier.
Bientôt on vit la Frarce inondée de draps,
de flanelles, de casimirs, de camelots et de
velours de coton anglais. On n'estimoit que
les basins du même pays; ses bas et ses bonnets de laine; son horlogerie, son fer-blanc,
Ses cuirs, ses grez, ses cristaux et son cuivre
travaillé. Ses chevaux encore, et ses voitures, 2
faisoient les délices des riches et des grands;
de ces personnages, qui, à la Cour comme,
dans les Provinces, donnent le ton et des
modes et des goits, assurés d'être généralementsuivis. Cet travers n'est point effacé même
aujourd'hui.
Comment se promettre qu'un peuple, chez
qui les Princes, les Seigneurs, tous les
aisés, conséquemment les plus intéressés gens à la
prospérité publique, en ont un tel oubli, ou
une si grande insouciance; et où tant d'individus au - dessous de ce rang, portés à les
imiter, augmentent ce détriment de la fortune nationale; comment espérer, dis-je,
qu'un tel peuple parvienne jamais à un commerce aussi solide que brillant, et propre à
doubler ses moyens guerriers!
inces, les Seigneurs, tous les
aisés, conséquemment les plus intéressés gens à la
prospérité publique, en ont un tel oubli, ou
une si grande insouciance; et où tant d'individus au - dessous de ce rang, portés à les
imiter, augmentent ce détriment de la fortune nationale; comment espérer, dis-je,
qu'un tel peuple parvienne jamais à un commerce aussi solide que brillant, et propre à
doubler ses moyens guerriers! --- Page 103 ---
I 101 )
à
Pajouterai qu'il sera toujours impossible
d'un
ce peuple, soumis au Gouvernement
établisseul, d'avoir une banque nationale;
sement qui multiplie si fort le numéraire,
mais quine peut se soutenir avec succès que
dans un état libre, ou qui croit l'être.
S. XXIII.
Richesses assurées c la France dans lc com
merce des productions de SORL sol et des
ouvrages de son industrie.
ver-drmai-dhsi
doivent déterminer la Nation francaise à
qui
ne point établir sa puissance et sa fortune,non
sur le commerce en général, mais sur une
de ses branches, qui lui est un sujet perpéde
tuel de guerres, une cause permanente
dépopulation, et qui a porté la langueur et
le dépérissement dans les forces de tous les
royaumes qui l'ont exercée. Ses goûts, SOI
caractère dominant doivent encore l'en détourner; ainsi que les copieuses ressources
offrent lintérieur de son empire, etla
quelui des étrangers pour ses modes et ses
passion
colifichets.
Il en est des Etats du monde entier, comme
des chefs de famille qui composent une ville:
De même que ceux-ci sont partagés en diffé-
(). Supposé qu'elles soient erronées, la paix au etlabondance noins partent-elles, dans T'Etat d'une
itention louable, n'ayant en yue que --- Page 104 ---
102 )
rentes professions, et que, pour s'y soutenir
avantageusement, chacun d'eux se renferme
dans son art ou dans son métier, qu'il entend et possède mieux que tout autre : ainsi,
tout Etat ayant aussi ses productions particulières et des habitans d'une aptitude de
corps et d'esprit plus propre à certaines OCcupations qu'à d'autres, devroit s'attacher de
préférence à tirer le meilleur parti de ces deux
faveurs naturelles, assuré d'y surpasser tout
autre peuple rival.
Tel Etat qui ne suit pas cette marche, et
qui, nonobstant les avantages de son sol et
le génie de ses habitans, prétend de plus
rivaliser avec les autres dans ce qui leur
est propre et particulier, ressemble alors à
l'ouyrier, qui, poussé par trop de cupidité ?
entreprendroitde se passerdu travail detoutes
les autres professions; qui se feroit son pain,
ses meubles, ses habits, sa maison, etc, Il
sesodleroiidf'onvrage, ne réussiroit bien dans
aucune partie, et ruineroit enfin sa bourse
et sa santé,
Il suit de cette comparaison, que les Etats
auxquels le commerce extérieur convient le
mieux, sont ceux qui n'ont aucune production territoriale à cultiver ou à manufacturer;
et ainsi des autres progyeinaeat,jbagvaes
plus favorisés dans ce genre, auxquels pareil
négoce peut nuire, sous certains rapports s
ses habits, sa maison, etc, Il
sesodleroiidf'onvrage, ne réussiroit bien dans
aucune partie, et ruineroit enfin sa bourse
et sa santé,
Il suit de cette comparaison, que les Etats
auxquels le commerce extérieur convient le
mieux, sont ceux qui n'ont aucune production territoriale à cultiver ou à manufacturer;
et ainsi des autres progyeinaeat,jbagvaes
plus favorisés dans ce genre, auxquels pareil
négoce peut nuire, sous certains rapports s --- Page 105 ---
(103)
loin de leur être favorable. Ces premiers sont
destinés à être les voituriers de mer de ceuxci; comme le furent les Phéniciens, les Carles Rhodiens, les Gênois, les Véthaginois,
les Pisans, les Hollandais, etc.
nitiens 2
favorisée d'un sol étendu et
La France,
varié, plutôt fécond qu'ingrat; d'un grand
nombre de Provinces dont le climat diffère
tant de l'une àl'autre; de la diversité de leurs
productions. et de leur excellente qualité :
de communications intéricures, et
pourvue du côté des mers, aux peuples du
ouverte,
encore du second
nord et du midi : jouissant
avantage de posséder des sujets supérieureactifs etindustrieux, n'a nul besoin d'un
ment
de matières premières, pas plus
supplément
la Chine et l'Indoustan, qui en cela se
que suffisent à eux-mêmes, et qui, sans navigation
extérieure, attirent dans leur sein les métaux
précieux des peuples navigateurs. Elleest tsurà ne
rechercher des matout intéressée
pas
comme celles des Cotières premières, qui,
les
lonies, lui coûtent plus qu'elle ne peut
revendre, et qui tuent son agriculture et ses
ateliers.
Toutes ces choses l'engagent conséquemment à se borner à être agricole et manufacturière; puis à être marchande des produits
deux
Dans ce système, la
de ces
professions.
àlabri des
France seroit habituellement; plus --- Page 106 ---
(104)
démélés commerciaux, et constamment plus
heureuse, Dans toute l'étendue de son
au
sol,
coeur comme à ses extrémités, ses habitans en seroient plus également riches; et les
moyens de vie et d'activité, si nécessaires à
l'agriculture et aux arts, se rapprocheroient
plus des lieux qui en auroient besoin.
Elle peut donc sans danger, et elle le
si la conservation de
doit,
Sa force et de ses vraies
richesses lui tient à coeur, se dispenser d'entretenirune puissante marine (I), ses bénéfices
sur les denrées coloniales
(monteroiënt- - ils
aunuellement à soixante-dix millions), étant
au-dessous des dépenses qu'exigent de nombreuses et fortes armées navales. Sa tranquillité devroit même
à
l'engager renoncer aux
grandes pêches de mer, si, pour' se procurer
des harengs, de la morue et des huiles de
poisson, il lui faut avoir une pareille marine.
Les nations du Nord et les Anglo-Américains
lui fourniront ces objets à beaucoup meilleur
marché que ses armateurs, ceux-cijoniroient
ils constammnent d'une pêche libre et non interrompue. En retour, ces étrangers se chargeroient de nos denrées; et au moyen de ces
liaisons réciproquement
viendroient des
avantagenses, 9 deamis et de fidelles alliés, tels
que l'ont été enyers nous les Suédois, les
ment, () Dans mcais le fait, elle n'en eut jamais une forte sur
relcyant et la par lajssant intervalles, tomber à fur et piesure d'un besoiu pied urgent; constam- la
tour à tour,
étrangers se chargeroient de nos denrées; et au moyen de ces
liaisons réciproquement
viendroient des
avantagenses, 9 deamis et de fidelles alliés, tels
que l'ont été enyers nous les Suédois, les
ment, () Dans mcais le fait, elle n'en eut jamais une forte sur
relcyant et la par lajssant intervalles, tomber à fur et piesure d'un besoiu pied urgent; constam- la
tour à tour, --- Page 107 ---
(105')
Danois, les Villes anséatiques; comme le sont
les Anglo-Américains, et comme l'auroient
été toujours les Hollandais, s'ils n'cussent
pas craint l'ambition de Louis XIV.
L'Empire Français jouira de cettc précieuse
situation, lorsqu'inébranlable dans le système
agricole et manufacturier; devenu,. avec le
temps, plus populeux; exempt de guerres
nombreuses, et délivré d'impôts écrasans. >
ses terres seront soigneusement cultivées, ses
landes mises cn valeur, ses marais desséchés,
ses pâturages engraissés, ses troupeaux plus
multipliés, ses haras bien montés et entretenus, ses ateliers fournis de tous les bras
suffisans, ct toutes ses communications intétieures portécs à plus de perfection. Mais tout
cela ne peut s'effectuer, aussi long-temps que
des causes contraires, que des pays meurtriers drorerontjpoarmellement sa population
e: épuiscront ses autres moyens.
Dans un Empire où toutes CCS choses sont
à créer ou à rendre plus parfaites, n'est-ce
pas un faux calcul évident, que de laisser
aller périr au loin tant d'individus dont les
bras seuls pourroient remplir ces grands objets P --- Page 108 ---
(106)
S. XXIV.
Réponse à une objection fondée sur la rivale
jalousie des autres peuples commerçans.
Vous vous abusez, me dira-t-on
en espérant que la France puisse être encore, 5
commerçante sans avoir de marine. Dénuée de
moyens de protéger ses vaisseaux, leur navigation seroit bientôt à la merci de la première puissance qui en. deviendroit jalouse;
et vous avouez que cette jalousie de métier
est le péché mignon, le vice radical des
ples marchands. La brillante situation peuvous supposez ne dépendroit donc que que dr
bon plaisir d'une rivale, et conséquemment
seroit pleine d'alarmes, et de bien court
durée.
Je réponds à cette objection foudroyant,
que, dans ma dernière supposition, la Frarçe
ayant renoncé à tout commerce extérieur, et
vendant chez elle aux étrangers, n'en auroit
rien à craindre sur mer.D'ailleurs, possédant
des denrées particulières que le sol des autres
peuples ne produit pas, ou qui y sont d'une
qualité inférieure, elle seroit encore à ce
égard sans crainte et sans rivalité : les autre
Puissances ne lui envieroient pas plus S6
vins, ses fruits, ses' sels, ses.eamx-de-vie,et.
que nous n'envions à la Suède son cuivrr,
ses mitures; à l'Espagne son fer; à la Rusie
mer.D'ailleurs, possédant
des denrées particulières que le sol des autres
peuples ne produit pas, ou qui y sont d'une
qualité inférieure, elle seroit encore à ce
égard sans crainte et sans rivalité : les autre
Puissances ne lui envieroient pas plus S6
vins, ses fruits, ses' sels, ses.eamx-de-vie,et.
que nous n'envions à la Suède son cuivrr,
ses mitures; à l'Espagne son fer; à la Rusie --- Page 109 ---
(1 107 )
etc.; pas plus que les peuples
ses chanvres, n'envient à la Chine et aux Indes
d'Europe
les marchandises qui leur sont propres.
encore vrai que nos rivaux se fatiIl est
nous ôter notre supégueroient en vain pour
d'élériorité en fait de charmes de dessein,
de délicatesse et de goût, dans une
gance, d'ouvrages qui sortent de nos mains:
quantité même dans la belle et bonne quanon pas
fins, et de plusienrs aulité de nos draps
tres étoffes en laine et en soie, aujourd'hui
française, excitée par
surtout quelémulation
et
porte avec ardeur,
le Gouvernement, s'y
y fait des progrès rapides.
forte, en
Mais je rendrai l'objection plus
ce fat le Français lui-même
supposant que
nécessaires à la
qui s'occuperoit des pêches
consommation du Royaume, et en exporteCes navigations ne forroit les productions.
considérable; elles
meroient pas une marine
donner
suffiroient de reste, néanmoins, pour
les
d'en imposer, et de se
à la France
moyens
rendre respectable sur mer.
Les preuves en sont consignées dans notre
histoire.J'y trouve que la création d'une maà celle des autres Puisrine (1) équivalente
(1) On devine aisément que l'Angleterre les autres ne possède Puissances ses forces aecroitre de
mer actnellos, colles-ci qu'à n'avoient cause qu'elle en tout a vu que trente vaisseaux de guerre 9
les leurs. Si snfliroient à ccile-li. II ne faut donc pas soudain supposer cent qu'il vaisseaux faille à
cinquante la France, dans mon hypothese, 3 devoir arnier
de ligne, comme aujourd'hui. --- Page 110 ---
(108)
sances, ne rencontra jamais de grandes diffi
cultés, lorsque l'Etat en eut besoin
qui est
; et, ce
remarquable, ce n'est guères qu'à ces
époques de sa
brillé
renaissance, que nous avons
quelque temps sur cet élément.
J'ai déjà cité les
Louis XIV
succès, en ce genre, de
et de Louis XVI. Le premier avoit
recréé, et le second,
menté notre marine. considérablement augEn remontant dans les siècles antérieurs,
T'histoire nous offre
,
très-péu de
Charlemagne, qui, dans
temps, garnit ses ports de
seaux et de matelots, et les
vaissement aux efforts réunis opposa victorieuNord,
des peuples du
qui venoient infester nos côtes.
Quatre cents ans après (dans cet intervalle
notre marine ayant été entièrement délaissée), Philippe-Auguste la
se mesurer
recréa, et elle osa
avec les Anglais et les Flamands
ligués contre lui.
Détruite par les suites de la victoire
tinrent ces ennemis, St. Louis la rétablit qu'obopposa ses flottes à celles d'Henri
: il
III d'Angleterre, et eut ensuite suffisamment de vaisseanx pour transporter soixante mille
en Egypte.
croisés
L'armée navale de Philippe de Valois étoit
composée de cent vingt. gros vaisseaux, lorsqu'elle fut battue par lcs Anglais à la bataille
de l'Ecluse.
les suites de la victoire
tinrent ces ennemis, St. Louis la rétablit qu'obopposa ses flottes à celles d'Henri
: il
III d'Angleterre, et eut ensuite suffisamment de vaisseanx pour transporter soixante mille
en Egypte.
croisés
L'armée navale de Philippe de Valois étoit
composée de cent vingt. gros vaisseaux, lorsqu'elle fut battue par lcs Anglais à la bataille
de l'Ecluse. --- Page 111 ---
(109) )
Charles V eut plus de bonheur : ses succès
contribuèrent àfaire mourir
sur mercontr'eux
leur roi Edouard III de dépit et de chagrin.
Sous Louis XI, son amiral s'empara d'une
de quatre-vingt voiles, ct
flotte hollandaise
la conduisit dans nos ports.
François I.er rétablit la marine ; et cepen
allèrent insulter les côtes de
dant ses amiraux
nos perpétuels rivaux.
rétablit
Enfin, le cardinal de Richelicu
aussi la marine française, et il s'en servit
utilement contre les Anglais durant le long
siège de la Rochelle.
Toutes ces renaissances eurentlieu, comme
la France, , dépourvue de
on voit, lorsque
ni commerce
Colonies, n'avoit ni navigation,
lointain.
aisément
Royaume
On se persuadera
qu'un
baigné de deux mers dans une grande partie
circonférence, et garni de fleuves et
de sa
doit posséder, dans
de rivières considérables,
pécheurs ou na
la quantité de ses matelots,
touvigateurs, une ressource suffisante ct
prête, pour armer une flotte respecjours lorsque le cas le requiert. Cette COIItable,
à ses ennemis : les
noissance seule en impose
faits qui précèdent en sont de sûrs garans.
Notre espoir en est bien mieux fondé, aunous. possédlons Boulogne et
jourd'hui que
Cherbourg, ports qui menacent perpétuellés
ivières considérables,
pécheurs ou na
la quantité de ses matelots,
touvigateurs, une ressource suffisante ct
prête, pour armer une flotte respecjours lorsque le cas le requiert. Cette COIItable,
à ses ennemis : les
noissance seule en impose
faits qui précèdent en sont de sûrs garans.
Notre espoir en est bien mieux fondé, aunous. possédlons Boulogne et
jourd'hui que
Cherbourg, ports qui menacent perpétuellés --- Page 112 ---
(110 )
mnent P'Angleterre, ét qui nous donnent bien
plus de chances qu'autrefois, de lui
des coups mortels.
porter
Voilà de nouvelles raisons de
cher de regretter
nous empêColonies.
autant l'abandon de nos
S. XXV.
Autres raisons de regarder
nos Colonies
indifftremment.
L'espèce d'anathème
tr'elles
que je prononce conparoîtra monstruenx, peut-être extravagant. Je sens en effet que la
abandonnant
France,
aujourd'hui son système colonial, se jetteroit dans une situation désavantageuse et difficile : mais le mal seroit
mentané; etil vaut mieux
moune crise
de cessation de
passagère
commerce, que la maladie
permanente d'un négoce ruineux
et en dernière
pour l'Etat,
analyse, pour les trois
des particuliers (1). C'est
quarts
où ce remède violent, amjonrdfhuilépoque
dans la classe de la
qui nous rangeroit
Prusse, de
de la Russie,
l'Autriche,
etc., occasioneroit le moins de
çant, (1) soumis Je ne puis à la m'empêcher nécessité de lever d'éclaircir ceci. Dans un Etat copimeren plusicurs occasions n'atteignent des impôts excessifs ces impôts
dans qu'un d'autres uégociant peut faire, soit dans pas directenient ses expéditions les maritimes, gains innienses
devient légère, spéculations. celles méme Enrichi par ces prolits, toute imposition soit lui
pas de mènie pour ceux qui qui n'ont pésent sur cette ses biens-fonds. II n'en est
tune, ni pour les renticrs, ni pour d'autres que.
dernière espèce de forréunies, nélice extraordinaire composent au noius les trois quarts classes de la cncore; nation : lesquelles, aucun
ne leur facilite l'acquit des charges publiques : bé- ils
devient légère, spéculations. celles méme Enrichi par ces prolits, toute imposition soit lui
pas de mènie pour ceux qui qui n'ont pésent sur cette ses biens-fonds. II n'en est
tune, ni pour les renticrs, ni pour d'autres que.
dernière espèce de forréunies, nélice extraordinaire composent au noius les trois quarts classes de la cncore; nation : lesquelles, aucun
ne leur facilite l'acquit des charges publiques : bé- ils --- Page 113 ---
(m)
actuellement
de nos affaires,
tort au cours
maritime est nul.
que notre commerce
le prix de la
Pendant leur stagnation, celui des submain-d'ouvre baisseroit avec
du
progressive
sistances ; et Faugmentation
exténombre des individus, qu'aucune cause
n'enlèveroit plus, sourieure et meurtrière
diminution du prix
tiendroit à l'avenir cette
à
marchandises. Nous en reviendrions
des
où la France se trouva,
cet égard au point
les
vers
M. de Colbert tourna
esprits
lorsque
alors, dans
On ne vivoit
les manufactures.
de PEurope, à meilleur
pas un royaume
dans lenôtre. Il ne manquoit pas
marché que
de bras. Le bas prix de nos fabriques , joint
Français, donna une vogue générale
au goût
à ce qui en provenoit.
Les
La même chose arriveroit anjourd'hui.
s'emétrangers, attirés par un pareil appât,
de fréquenter nos foires et nos
presseroient
d'autres afflueroient dans
marchés intérieurs;
des
nos rivières et nos ports de mer, pour
d'un autre genre ; ou, de leur
productions
des ordres de leur en faire
donneroient
pays,
audes envois, à ceux de nos négocians qui
en outre, victimes, à la
de
en sont écrasés. du ciel, Deviennent-ils, ou en ville d'un incendie, etc., cela CIRPFIL porte' plomb
quelque fléau
faveur ne leur adoucit ou répare ces pertes, ses 7 tandis dettes
sur eux ; aucune malheureux ou téméraire s'acquitte de ceux-ci se
que par tout la remise négociant, de son bilan. C'cst cette disparité le luxe, qui fait dans que le temps que
livrent à leur goàt pour la à se dépense nowrrir et de pour privations; ct tel cst le résultat
ceux-là sont condamnés des Colonica,
su commerce
fléau
faveur ne leur adoucit ou répare ces pertes, ses 7 tandis dettes
sur eux ; aucune malheureux ou téméraire s'acquitte de ceux-ci se
que par tout la remise négociant, de son bilan. C'cst cette disparité le luxe, qui fait dans que le temps que
livrent à leur goàt pour la à se dépense nowrrir et de pour privations; ct tel cst le résultat
ceux-là sont condamnés des Colonica,
su commerce --- Page 114 ---
(112)
roient su s'y former des correspondances
y acquérir un nom et du crédit.
3 et
Les maisons qui travaillent ainsi
mission dans nos villcs
en com+
maritimes, n'y sont
pas rares, ni les moins solides. A Marseille,
c'estle commerce du Levant qui les
et qui a rendu cette Ville si riche. Dans occupe,
places du
nos
Ponant, ce sont les commissions
qui leur viennent du Nord. L'un et l'autre,
de ces commerces portent
les produits de notre sol principalement sur
ou de nos manufactures.
Que nos négocians se rassurent donc sur
la perte de nos Colonies (dussent-elles
nous
toutes
manquer), et sur les bénéfices
tiroient. Ils en trouveront
qu'ils en
d'aussi
de bien plus solides, dans
grands, et
velles. Qu'ils
ces liaisons nouconsidèrent, en Amérique, les
opulentes maisons de Boston, de
de Philadelphic, de
New-Yorcky
Europe, les villes de Charlestown, etc.; et en
de
Hambourg, de Lubeck,
Dantzick, de Livourne, de
Venise et d'Odessa.
Trieste, de
Dans cette supposition (j'yreviens
quel dommage recevroit la France encore),
tant les denrées coloniales
en achedéjà
de l'étranger?. J'ai
parlé de cette balance imaginaire
attribuoit à leur débit. L'achat
qu'on
de celles
qu'exigeroit la consommation du
leléseroit-il plus quiln'estmuisible Royaume
aux Etats --- Page 115 ---
(i3j
Européens qui n'ont pas de Colonies? le léses:
roit-il davantage que notre achat du tabad
étranger? Dans ces divers cas, cela se réduit
à des faveurs mutuelles, à des échanges réciproques de productions données et reçues
en paix et en amitié. Quc désirer de plus favorable et de plus heureux!
Nos avantages disparoitroient, si, toujours
dominés par le goût des marchandises des
Indes, nous y courrions avec le fol empressemerit que nous y avons mis jusqu'à ce jour,
et si le même travers nous faisoit préférer les
produits des fabriques anglaises (1) aux nôires ; vraiment, alors, ce séroit laisser nos
manufactures atteintes du coup fatal qu'elles
le traité de Paris; rendre de nul
reçurent par
actuelles du Gouverneeffet les dispositions
ment, et livrer enfin tout notre numéraire à
notre constant ennemi.
Pour juger combien le commerce des Indes
nous fut ruineux, je citerai la balance des
opérations de cette compagnié, dressée sur
livres, en
(2), à pàrtir dé
ses propres
l'an 1726 et finir en 1766. Ily est établique,
PEtat sacrifia
darant ces quarante années,
400 millions pour protéger et secourir ce com-
(1), Je ne sais quel auteur 7 poussé n'étoit d'une au-dessus sainte colère du' patrivtique, délit national a
avancé que la peine de mort introduisent pas ou font
des marchandises
que commettent ceux qui
usage
prohibées. (2) Mémoire de Yabbé Morellet en faveur de la liberté du commerce
des Indes,
H
,
PEtat sacrifia
darant ces quarante années,
400 millions pour protéger et secourir ce com-
(1), Je ne sais quel auteur 7 poussé n'étoit d'une au-dessus sainte colère du' patrivtique, délit national a
avancé que la peine de mort introduisent pas ou font
des marchandises
que commettent ceux qui
usage
prohibées. (2) Mémoire de Yabbé Morellet en faveur de la liberté du commerce
des Indes,
H --- Page 116 ---
(114)
merce exclusif, dont les retours annuels ne
montoient qu'à dix millions; et comme, malgré les prohibitions, l'nsage de la plupart de
ces marchandises tuoit nos manufactures, on
peut juger quelle peste c'étoit pour l'Etat
qu'une pareille liaison mercantille.
Une observation plus générale augmente
le vice de ce commerce. Pour le nourrir, tous
les peuples de l'Europe qui y prennent part
n'y enyoient guères que du numéraire : ainsi,
tout cet argent du Mexique va se perdre dans
ce gouffre indien. N'est-ce pas la plus grande
inconséquence en eux, que d'aller en Amérique, aux dépens de leur repos et de leur
population, y puiser la plus grande quantité
possible d'or et d'argent, dans la supposition
que ces métaux constituent la force et la richesse des Etats, et néanmoins, de ne jamais
cesser de les exporter dans les provinces asiatiques, dont ils ne. reviennent plus P
Cette dernière considération
prouve
en
deplus
plus, que, sous quelque point de vue
qu'on envisage nos rapports coloniaux, ils
n'offrent aucun avantage réel, mais seulement un éclat passager, qui n'a lieu qu'au
détriment de P'Etat et à la détresse subséquente des particuliers. Dans ce cas-ci, par
exemple, le passage de cette quantité de métaux précieux exhausse le prix de tout; et ce
prix,après leur sortie, n'en subsiste pas moins. --- Page 117 ---
(115)
Je viens de dire que les peuples rechers
chent Yor et l'argent, dans la supposition que
métaux leur sont des moyens de force et
ces
de richesses.
si l'or et P'argent
Mais si cela est ainsi;
sont la clef de Fopnlence nationale; qu'on
m'explique comment PAngleterre; qui pose
sède exclusivement ce commerce aujourd'hui
qui perçoit des tributs
et depnis long-temps; souverains du Bengale
pécuniaires des riches touche tout lor du
et de l'Indoustan ; qui
Brésil, par ses liaisons avec le Portugal; qui,
avec nous et avec l'Esdans chaque guerre
de
de
s'est enrichie de l'or et
P'argent
pagne, celle-ci; et de nos derrées coloniales'; qui
la Snède, la Russie's
fournit PAllemagne,
PItalie et le Levant, des objets de ses manufactures et de celles des Indes; qui enfin devroit receler dans son sein tout l'or et l'argent
dis-je, comment
dela terre: : qu'onm'explique, endettée de douze
elle se trouve néanmoins
à treize milliards tournois, et si pauvre ac*
tuellement de numéraire; que sa banque ne
plus qu'en papier; que son Gouvernepaye
comme les marment, dans sa détresse, agit
chands prêts à se constituer enl banqueroute,
faisant vendre dans PEurope une prodien
de marchandisés à perte; et
gieuse quantité
lui devenant
qu'encore, toutes ces ressources
insuflisantes, elle vient d'être réduite à être
ize milliards tournois, et si pauvre ac*
tuellement de numéraire; que sa banque ne
plus qu'en papier; que son Gouvernepaye
comme les marment, dans sa détresse, agit
chands prêts à se constituer enl banqueroute,
faisant vendre dans PEurope une prodien
de marchandisés à perte; et
gieuse quantité
lui devenant
qu'encore, toutes ces ressources
insuflisantes, elle vient d'être réduite à être --- Page 118 ---
(i16)
Sur mer, envers PEspagne, ce que sont les
voleurs de grand chemin, qui demandent la
vie ou la bourse aux passans ?
Si 2 l'or et le commerce de luxe rendent
nation forte et
une
puissante, comment arrive-t-il
en outre, que l'existence politique même de
l'Angleterre ne tienne aujourd'hui
rien, et que le premier heureux hasard presqu'à
favoriseroit la descente de
qui
elle, mettroit
nos troupes chez
en un risque évident cet éclat
pompeux, ce rang suprême quil'enorgucillit
et qu'on vante avec tant d'emphase ?
Et encore, d'oi lui viendroit ce
?
d'un peuple qui, depuis quinze
coup
ans, a
son riche commerce
perdu
tient
extérieur, et ne se souque par celui des productions de son sol,
S. XXVI.
Si la France doit se défaire de ses Colonies;
particulièrement de celle de Saint-Domingue.
Si je n'ai avancé que des choses vraies ; si
mes raisonnemens ont été bien suivis; s'il est
certain que l'Espagne et le Portugal aient
été épuisés par leurs Colonies ; que la Hollande en soit considérablement affoiblie;
la France, ayant subi le même sort, ait que eu
besoin d'une crise pour s'en relever; et
que
l'Angleterre, en raison de son système, représente un corps mal-sain, bouffi à l'extés --- Page 119 ---
(117 )
ienr, et atteint intérieurement d'un ulcère
malin qui la mine et la consume, , ce n'est
plus à moi à prononcer sur le mérite de ces
leur défaveur politique, leurs
possessions ;
sensibles : chacun
nuisibles effets sont assez
le fidelle tableau que je
en peut juger d'après
viens d'en donner.
Si l'on joint à cela mes secondes considéle
de besoin qu's
rations : premièrement, peu
de
la France s pour conserver ses forces,
donner dans le commerce des Colonies 3 les
vains efforts qu'elle a faits jusqu'à présentla crainte bien fondée de ne
pour y primer;
attendu le
pas y réussir mieux à l'avenir,
goût national qui nous éloigne. de la mer ;
l'inconstance de nos entreprises, le défaut
d'encouragement, le peu de protection que
celles de commerce recevront de notre Gouvernement militaire; les préjugés encore qui
lui nuisent parmi nous.
Si l'on réfléchit, en second lieu, que ce
le
mal qui
seroit politiquement
plus grand
si, dans le
pàt peser sur l'Empire Français,
lointain, il atteignoit à la moitié
commerce
seulement des succès qu'y a obtenus l'Angleon ne sera
alors aussi contraire à
terre,
plus
Yopinion que j'ai avancée, et l'on regardera
nos Colonies, non-seulement comme des propriétés fort indifférentes, mais qu'il seroit
avantageux d'abandonner,
le
mal qui
seroit politiquement
plus grand
si, dans le
pàt peser sur l'Empire Français,
lointain, il atteignoit à la moitié
commerce
seulement des succès qu'y a obtenus l'Angleon ne sera
alors aussi contraire à
terre,
plus
Yopinion que j'ai avancée, et l'on regardera
nos Colonies, non-seulement comme des propriétés fort indifférentes, mais qu'il seroit
avantageux d'abandonner, --- Page 120 ---
(118)
La France, montée à ce point éminent
supposé de commerce colonial, seroit aussi
foible chez elle que gigantesque au dehors ;
et comme sa Positdon-géogrmaphique est différente de celle de
lAngleterre; ; que celle-ci,
en angmentant sa marine, accroit ses vrais
moyens de force; qu'au contraire, la France
s'affoiblit dans les siens, en deyenant
sante sur mer; il est évident que dans ce puis- dernier cas elle risqueroit de devenir bientôt la
proie des puissances non commnerçantes du
continent,
Faut-il donc qu'elle abandonne ses Colonies F Ici je devrois m'arrêter, et regarder
ma tâche comme entièrement remplie,
avoir livré à la considération
après
publique Ce que
j'ai cru aperceyoir de funeste pour l'Empire
dans'la possession de ces pays.
Ce n'est pas une petite affaire d'ailleurs
(soit qu'on vende, qu'on cède ou qu'on délaisse les Colonies ), de prononcer sur
que et la manière de leur abandon, lépod'hui que leur commerce est lié avec aujour- le
tème politique de
syslEurope : une pareille
décision ne peut être que l'ouvrage des
meilleurs hommés d'Etat, profonds en diplomatie, et versés dans tous nos rapports
politiques et commerciaux. Je n'ai ni ces
connoissances, ni une pareille capacité,
Cependant comme mon opinion, reconnue --- Page 121 ---
(119) )
et dénuée de suffrages 3 ne nuira
paradoxale
bien fondée, lin"
à qui que ce soit, et que,
pours
ne sauroit prévaloir,jep
térêt particulier
entier.
suivrai à Pexposer en son
dc celles de nos
Premièrement, à l'égard
ou
Colonies oùt la révolution n'a pas pénétré,
été soustraites, étant médiocres, s
qui en ont
établies N
en petit nombre, et parfaitement à la France du
nuire
elles ne peuvent plus
aujourcôté de lapopulation. Je les considère
relativement à la Métropole, comme
d'hui,
nous aurions chez
de simples factoreries que
d'inconami. Ilr n'y a donc point
un peuple
qu'en temps
vénient à les posséder, pouryu
et
défendues par leurs garnisons,
de guerre,
leurs liaisons
se suffisant à elles-mêmes par
dans la
avec les neutres, nous ne soyons pas armées (1)
nécessité d'armer de pnissantes
navales pour les protéger.
de leur
En second lieu, dans la supposition
il ne devra pas être précipité : tout
abandon,
entraîne
subit, même en mieux,
changement lui du désordre et de Pembarras. Les
après
infiniment à leurs idées,
peuples tiennent
difficile et
vraies ou fausses. Il fut toujours
même aux hommes de génie (2), ,
hasardeux,
ridicules, d'établir des
de changer des usages de faire des réformes
institutions utiles, ou
Il paroit que ce plan les. est celui hommes du Gouvernement ont été vivement actuel. jalousés, leur >
8 En tout déchirés temps 2 grands leur vie. Ce n'cst que la Postérité qui
zensurés et
pendant
rend justice.
ennent
difficile et
vraies ou fausses. Il fut toujours
même aux hommes de génie (2), ,
hasardeux,
ridicules, d'établir des
de changer des usages de faire des réformes
institutions utiles, ou
Il paroit que ce plan les. est celui hommes du Gouvernement ont été vivement actuel. jalousés, leur >
8 En tout déchirés temps 2 grands leur vie. Ce n'cst que la Postérité qui
zensurés et
pendant
rend justice. --- Page 122 ---
(120 5
nécessaires, Toutle monde esaitla peine
Pierre I. à obtenir des Russes
qu'ent
sassent le menton.
qu'ils se raSully et Colbert
vèrent pas moins de contradictions et n'éprou- de difficultés ; l'un à mettre de l'ordre et de l'économie dans les finances de l'Etat, et. l'autre à
établir nos manufactures.
Je le répète : l'époque et la manière de renonçer à nos Colonies doivent être fixées
un conseil d'hommes d'Etat, et précédées par de
dispositions qui auront prévenu de loin la
stagnation dans les affaires, ou
4 accident facheux
tel autre
qu'entraînera avec elle la.
suppression de cette branche de commerce.
Jes seraiplus pressantàl'égard. deSt-Domingue, dont toutes les plantations sont
les bâtimens renversés, les villes détruites perdues,
la population blanche éteinte, celle des Noirs 2
diminuée des deux tiers, et le reste imbu de
principes et de sentimens subversifs de tout
ordre et de toute tranquillité, Je ne balance
pas à conseiller d'abandonner le dessein de
rétablir cette Colonie. La France ayant, dans
les précédentes, tout autant de denrées COJoniales qu'il lui en faut pour ses besoins
intérieurs, elle peut, elle doit se priver de
Saint-Doningue, en cédant cette possession
à telle Puissance qui rempliroit le mieux
ses autres vues commerciales, et qui cone
tribuercit à sa sureté continentale, --- Page 123 ---
( 121 5
J'en dis autant de Cayenne, Colonie encore
étendue et plus meurtrière; qui de plus
plus
sur lequel
a contre elle un vaste continent,
esclaves déserteront habituellement pour
ses
et
former
se soustraire au travail,
pour s'y
peut-être en un corps de peuple qui la détruie
roit un jour.
S. XXVIL
abandonner le projet de rdRaisons pour
tablir St.-Domingue.
Si cette entreprise n'étoit pas aussi importante, je ne la déconseillerois pas; ; inais il
de reconquérir, de repeupler et de culs'agit
tiver de rechefune ile, qui, dans ses moyennes
proportions, a enyiron soixante lieues de largeur sur cent de longueur; et qui, moyennant
des golfes profonds, de grandes baies, des
pointes etdes caps avancés, présente des côtes
immenses : bien peuplée, elle formeroit scule
un puissant royaume.
La reconquérir me paroit la tâche la plus
aisée, quoigu'acompagnée de difficultés 2
et demandant des efforts, On aura à subjuguer un ennemi acclimaté, fait aux armes, ,
etfier de ses sucès passés; qui se suffit de peu,
et qu'un continent garni de montagnes, de
rochers ca verneux, de passages difficiles et
de défilés dangereux (1),favorisera singuliè-
(2) On peut voir dans Thistoire de St.-Domingue, du père Charle-
la plus
aisée, quoigu'acompagnée de difficultés 2
et demandant des efforts, On aura à subjuguer un ennemi acclimaté, fait aux armes, ,
etfier de ses sucès passés; qui se suffit de peu,
et qu'un continent garni de montagnes, de
rochers ca verneux, de passages difficiles et
de défilés dangereux (1),favorisera singuliè-
(2) On peut voir dans Thistoire de St.-Domingue, du père Charle- --- Page 124 ---
(122 )
rement. Il faut s'attendre à y sacrifier beaua
coup de soldats. Le climat en
grande partie; etla
emportera une
peut-elle
longueur dé la guerre ne
pas dépendre encore des secours
clandestins de la main ennemie
a excité et soutenu ces Noirs dans quijusqu'ici
bellion ?
leur reMais dans le cours de cette
dera-t-on àles
guerre, Se décidence semble exterminertous, comme laprules
l'exiger; ou laissera-t-on vivre
femmes, les enfans, les
Iards, ainsi
infirmes et les vieilque ceux qui se rendront volontairement? Cruelle
alternative, et
accablant de Phumanité et de l'intérêt combat de
jours!
ses
La seule perte des soldats
quête moissonnera,
que cette condoiteffrayerd
sonne de nous n'ignore la triste d'avance.Per destinée
trente à quarante mille hommes
des
avoient ravi cette'
qui naguères
colonie des mains des révoltés. On m'objectera
times de
qu'ils y ont péri viccauses forcées : par défaut de
de remèdes, de vivres frais,
soins,
modes et sains,
des delogemens comque
circonstances malheureuses empêchoient de' Se procurer; cela
pent étre; mais dans des temps où rien de
tout cela ne manquoit, et la tranquillité régnant dans le pays, il y a eu d'aussi grandes
voix, avec un la défense petit nonibre opiniitre des du siens dernier dans les Cacique de cette ilc, qui, retiré
si iong-temps lcs Espaguols,
montagnes de la liéate, fatigua --- Page 125 ---
t1x3) )
mortalités parmi les troupes, et dans aussi
peu de temps.
Pendant la guerre qui a fini en 1782, j'ai
vu, dans la partie du Cap-Françgais, trois superbes régimens espagnols rédnits à deux ou
trois cents hommes dans le courant de la fin
d'un été; les nôtres ne souffrirent pas dansla
Dhemepeainmbibpmniebe-iemert
Dansquinze mois, sous le commissariat de Polverel et de Sonthonax, et sans presque livrer
de combats, j'ai vu vingt mille hommes au
moins de gardes nationaux et' de troupes de
ligne, réduits à mille soldats, dont 4opétoient
grièvement malades; et c'estl la constante mortalité de leurs garnisons au Mole, à St.-Marc,
au Port-an-Prince et à Léogane, qui décida le
plus sérieusement les Anglais, la guerre précédente, à abandonner St. Domingue.
T Al la perte des milliers de soldats nécessaires
pour recouyrer cette ile et y entretenir ensuite
des garnisons, qu'on ajoute celle de ce grand
nombre de blancs qui iront y rétablir les cultures, et des matelots que les expéditions
guerrières et la traite meurtrière des noirs
enleveront : quelle masse d'individus perdus
pour la métropole! quel vide pour son agriculture, ses ateliers, et une meilleure espèce
de navigation!
Si les sensibles Négrophiles ont avancé
qu'en buvant du café dc nos iles, on ayaloit
tenir ensuite
des garnisons, qu'on ajoute celle de ce grand
nombre de blancs qui iront y rétablir les cultures, et des matelots que les expéditions
guerrières et la traite meurtrière des noirs
enleveront : quelle masse d'individus perdus
pour la métropole! quel vide pour son agriculture, ses ateliers, et une meilleure espèce
de navigation!
Si les sensibles Négrophiles ont avancé
qu'en buvant du café dc nos iles, on ayaloit --- Page 126 ---
(1 124 d )
le sang et la sueur des esclaves noirs, je pnis
assurer àp plusjuste titre ( ce climat étant moins
funeste aux Africains qu'aux Européens );
que les Colonies n'ont pas livré une livre de
sucre, qui ne futimprégnée de la moelle des
OS de la population blanche. Cette assertion
est, suffisamment appuyée de tout ce qui a
précédé.
S. XXVIII.
Suite des raisons propres à détourner du
projet de rétablir St-Domingue.
Avant la révolte des esclaves de cette fle,
on pouvoit s'étourdir sur la possibilité d'un
pareil événement. Mais aujourd'hui, c'est le
sujet des craintes les mnieux fondées, et l'une
des premières considérations de tout esprit
qui réfléchira un moment sur le sort à venir.
des Colonies soumises au régime de l'esclavage.
Il est aisé de prévoir, après cette fatale
expérience, que ces possessions éloignées 9
cultivées par des noirs dont le nombre excède
tellement celui des blancs, deviendront chacune, tôt ou tard, un foyer d'insurrection
et un théâtre des plus graves calamités. Et
à quelle époque ces terribles catastrophes y
paroîtront-elles P J plutôt peut-étre qu'on n'oseroit le croire; mais à coup str, lorsque
le nombre des esclaves y sera le plus consi- --- Page 127 ---
(125)
dérable, c'est-à-dire, à l'époque précise de
leur plus haut période de splendeur; après
que PEtatya aura perdu une population nombreuse, dépensé ses trésors, et soutenu de
longues : uerres à leur sujet.
SaintCeci regarde plus particulièrement
Domingue. La France, en rétablissant cette
une tâche
Colonie, me paroitra entreprendre
pareille à celle de Sisyphe : le fatal rocher
lui échappera de mêine, au momnent ou, après
avoir pareillement gravi le mont et presqu'atteint lc sommet, une force irrésistible le lui
ravira des mains, et le précipitera jusqu'au
pied.
Il seroit dangereux de se dissimuler ces
craintes, et ridicule de les estimerimaginairos.
Je considère plus que jamais les Colonies,
comme des souterrains minés et remplis de
matières inflammables, dont Pexplosion est
infaillible un jour.
Én effet, peut-on ôter du coeur humain le
désir d'être libre ? peut-on effacer de celui
des noirs la répugnance, Phorreur du travail? Ce sentiment-ci n'est pas moins inné
chez eux que le premier. II dépend de la
chaleur du climat qui énerve les forces; et
encore, de la libéralité des terres d'entre
les tropiques, qui demandent peu de la main.
de Phomme et lui rendent beaucoup; qui lui
donnent même spontanément beaucoup de
peut-on ôter du coeur humain le
désir d'être libre ? peut-on effacer de celui
des noirs la répugnance, Phorreur du travail? Ce sentiment-ci n'est pas moins inné
chez eux que le premier. II dépend de la
chaleur du climat qui énerve les forces; et
encore, de la libéralité des terres d'entre
les tropiques, qui demandent peu de la main.
de Phomme et lui rendent beaucoup; qui lui
donnent même spontanément beaucoup de --- Page 128 ---
(126 )
fruits et de racines
à
On ne sauroit ôter propres sa nourriture,
des
non plus de la mémoire
esclaves, présens et futurs, le
de leur insurrection
souvenir
les
dernière : exemple qui
encouragera d'autant plus à
cette révolte a été couronnée l'avenir, 3 que
plus complet.
du succès le
J'observerai de plus, qu'eni rétablissant St.-
Domingue, nous travaillerons
ment pour les Anglo-Américains vraisemblableUnis. Ce
des Etatsil
peuple a passé l'âge de
est actuellement dans celui dé la l'enfance;
lorsque, plas mir, il aura acquis puberté;
forces, et qu'il sera parvenu à
toutes ses
bition, cette
l'âge de l'ampassion, soyons-en
sera à jouer le rôle de
sàrs,le pousd'en montrer
conquérant : il vient
déjà des
à
de la Floride. Dominé dispositions l'égard
T'empêchera
de cette passion, qui
d'envahir
française la plus
Saint-Domingue, lile
où il
proche de son
verra des cultures
continent,
florissantes
ne serons pas toujours les amis de
E Nous
le sang anglais coule dans
ce' peuple;
intérêt commercial
ses veines; son
sera en tout
sole de sa conduite, De
tempslaboussituation
notre côté, notre
militaire d'aujourd'hui déclinera
peu à peu; notre énergie actuelle
de même, et nous
s'évanouira
imposer,
cesserons un jour d'en
comme à présent, à l'Europe entière,
Les Etats-Unis sont à portée de nos Colonies; --- Page 129 ---
(127)
armeront pour s'en em*
et les escadres qu'ils
rendues à leur desparer, seront équipées et
moindre
tination, avant qu'on en ait eu le
avis en France.
Quand cette prophétie ne s'accompliroit
au moins est-il certain qu'en rétablispas,
à nos frais et aux dépens
sant St.-Domingue
de notre population, les Anglo-Américains
la moitié des profits, sans supen. percevront dès
et sans y emporter un sou
dépenses,
des imployer un soldat, soit dans la vente
fournitures indispensables, qu'il est
menses
en leur pouvoir et non au nôtre d'apporter
de tout, soit dans les
sur ce sol qui manque
denrées qu'ils en exporteront en retour.
S. XXIX.
tenant au régime des CoAutre difficulté
lonies.
sans être
Il est une considération, qui,
n'en méritera pas moins
du genre précédent,
de
une sérieuse attention, lorsqu'il s'agira
rétablir St.-Domingue, et de pourvoir de loin
intérieur de cette Colonie.
au repos
du rang politique des mzJe veux parler
latres; et sous ce nom je comprends tous
cequ'on Unereltnge
inclusivement. Quiel rang attribuer à ceux
(1) Des arrêts du conseil avoient déclaré blanche la progéniture
d'une Métisse ch d'un Blanc,
méritera pas moins
du genre précédent,
de
une sérieuse attention, lorsqu'il s'agira
rétablir St.-Domingue, et de pourvoir de loin
intérieur de cette Colonie.
au repos
du rang politique des mzJe veux parler
latres; et sous ce nom je comprends tous
cequ'on Unereltnge
inclusivement. Quiel rang attribuer à ceux
(1) Des arrêts du conseil avoient déclaré blanche la progéniture
d'une Métisse ch d'un Blanc, --- Page 130 ---
(128 )
qui sont libres actuellement,
ou par usurpation?
par naissanee
Lequel des deux partis
qu'on prenne, de Ies assimiler en tout aux
blancs, ou de leur assigner le
diaire
rang interméd'antrefois, et que le
leur conServe encore ; daris Pun et préjugé l'autre
il
résultera un esprit de
cas, en
mécontentement, une
gnerre sourde et des alarmes perpétuelles.
Cet esprit régneroit dans les gens de couleur, s'ils ne jouissoient
des priviléges des blancs pas sans exception
fort lieu de
: et alors il y auroit
craindre qu'à la premiére circonstance propice, ils ne renouvelassent les
scènes (1) dont ils ont été les
acteurs dans la révolution de
principaux
Dans le cas contraire, les blancs St.-Domingue.
humiliés, s'ils consentoient
en seroient
à souffrir le ton
d'arrogance naturel à la caste jaune : ou, s'ils
se décidoient à le réprimer, il s'en suivroit
journellement des rixes et des voies de
d'autant plus difficiles à calmer
fait,
ou à
que, des deux côtés, les circonstances punir,
et les
rapports en seroient tonjours
minutieux.
équivoques et
D'ailleurs, cette égalité de rang est diamétralementopposée au régime del'esclavage, le
seul qui convienne aux Colonies pour les rendre florissantes, quoiqu'en disent certaines
(1) On peut en voir le détail dans mon
Bermudiennes, St.-Domingue. ou j'ai exposé les causes et les ouvrage moyens intitulé, de la ruine Soirées de --- Page 131 ---
(129 5
qui se croient fort sensés en tenant
gens,
et
ne prouvent, en,
an langage contraire, qui
dont
cela, qu'une entièrei ignorance du sujet
ils s'entretiennent.
encore le GouverA quoi se détermineroit
nement à l'égard du grand nombre de mulânaîtroient à l'avenir dans l'état d'estres qui
ce séroit nourrir des
clavage ? Les y laisser,
relasujets bien plus à redouter que les noirs;
tivement au désir d'être libres et aux moyens
de le devenir. Les voeux de leurs frères afeux;
franchis ne seront-ils pas toujours pour
leur
n'est-elle pas naturelle? Accoret
ligue
de couleur, seroit
der la liberté a ces esclaves
aux droits de propriété des maitres,
at tterter
parlé.
les inconvéniens dontfai
et augmenter
classe que celle
Ce seroit une excellente
devenir la prindes gens de couleur, pour Colonie de Saintcipale sauvegarde de la
si leur existence n'y étoit pas acDomingue, d'aussi graves sujets d'alarmes
compagnée
braves,
et de dangers. Ils sont naturellement
adroits, exercés aux fatigues, j et
yigoureux,
ils ont quelque chose
pleins d'énergie quand
exposés aux
à coeur. Ils marchent également fraicheurs des
ardeurs du soleil, ou aux
les
mornes et parcourent
nuits; gravissentles facilité; et soit à pied ou à cheval,
bois avec fournir de longues traites, bient
ils peuvent
I
graves sujets d'alarmes
compagnée
braves,
et de dangers. Ils sont naturellement
adroits, exercés aux fatigues, j et
yigoureux,
ils ont quelque chose
pleins d'énergie quand
exposés aux
à coeur. Ils marchent également fraicheurs des
ardeurs du soleil, ou aux
les
mornes et parcourent
nuits; gravissentles facilité; et soit à pied ou à cheval,
bois avec fournir de longues traites, bient
ils peuvent
I --- Page 132 ---
(130 )
mieux que les blancs, et se servir d'armes
àfeu aussi bien qu'eux. Quoiqu'enclins à la
bonne chère et au ribotage, ils sont sobres
quand le cas l'exige, accoutumés à l'être souvent par leur inconduite ou leur indolence.
Enfin, les noirs les redoutent extrêmement.
Mais ces ayantages sont entremêlés de qualités nuisibles. Les plus communes sont la
paresse, le libertinage et la vanité. Celle-ci
provient de leur couleur; les deux autres du
sang de leurs mères. La culture des terres et
les gros travaux leur déplaisent : rarement
ils ont su bien régirleurs propres habitations,
etles porter àc cehautdegréde revenu, dontils
avoient de si fréquens exemples autour d'eux
dans les blancs leurs voisins. Quoique le soin
du bétail, les métiers et les arts d'agrément
soient plus de leur gott, ils n'y firent et n'y
feront jamais grande fortune : ces occupations
lese empêcheront seulement de mourir de faim.
La raison en est, qu'ils aiment prodigieusement les amusemens et les plaisirs; qu'ils quits
tent tout pour y courir, et saisissent le
moindre prétexte pour en prolongerla durée,
La nécessité seule peut les en arracher. Ce
goût dominant, qui les conduit à une oisiveté habituelle; qui du moins leur Ôtc celui
d'une occupation plus utile, doit être sévèrement pesé par le Gouvernement, s'il s'occupe de relever Saint-Domingue. Rien au --- Page 133 ---
(131 )
davantage les alar:
mondene sauroit agraver
dont je viens de parlers
mes et les dangers
l'oisiveté étant la mère de tous les vices.
S. XXX.
Dernières raisons contre les Colonies:
Alappni de nos liaisons avec ces pays loince principe de
tains, on pourroit m'objecter
l'esprit des loix : que dans ZLIZ grand Etat,
d'un seul, le comSOUS le gouvernement
merce doit être fondé SULT" le lure.
commerce peut exister ;
Mais un pareil
des Colonies. Il régnoit
sans être nourri par
avant
duluxe dans tousles Etats de P'Europe,
la découverte des Deux-Indes; il en régnoit
dans ceux de l'Asie; et, de tout temps, il y a -
luxe dans cette partie du globe,
eu un grand
sans en aller chercher les matières premières
extrémités de la terre. Tout peut deaux
de luxe chez une Nation habile
venir objet
le luxe est relatif.
et industrieuse : d'ailleurs,
de
Sauvages se font des ornemens
Les peuples foulons aux pieds : et la boue
ce que nous rehausse le prix de nos meud'El Dorado
il n'est nulbles et de nos habits. Cependant,
les
lement nécessaire que le luxe croisse dans
Etats, au point que chaque riche particuliery
dans le faste d'un Prince asiativive et paroisse
que.Les suites fâcheuses en sontincalculalbles.
est relatif.
et industrieuse : d'ailleurs,
de
Sauvages se font des ornemens
Les peuples foulons aux pieds : et la boue
ce que nous rehausse le prix de nos meud'El Dorado
il n'est nulbles et de nos habits. Cependant,
les
lement nécessaire que le luxe croisse dans
Etats, au point que chaque riche particuliery
dans le faste d'un Prince asiativive et paroisse
que.Les suites fâcheuses en sontincalculalbles. --- Page 134 ---
-
(132)
J'opposerai d'ailleurs au principe précité;
ce que dit le même auteur un peu plus bas :
que les grandes entreprises de commerce ne
sont pas pour les Monarchies, mais
les Etats républicains. En
pour
effet, on craint
toujours, dans ces premières, 9 la main
et arbitraire du Prince,
prompte
lorsqu'il est dans le
besoin; et il s'y trouve souvent.
Cez n'est pas la cause néanmoins qui a in:
flué le plus à défavoriser en France le commerce. Le Gouvernement y étoit assez éclairé
et juste, pour s'abstenir d'attenter aux
priétés. Mais on peut nuire
probeaucoup aux
opérations commerciales, et affoiblir la confiance publique, sans en venir à des* moyens
aussi violens. Quoique nos négocians ne doiyent point redouter de pareils coups, il n'en
est pas moins certain que le commerce est
une carrière dans laquelle la Nation
brillera éminemment,
ne
que par des causes
extraordinaires et de courte durée.Ten ai
exposé les raisons;. j'ai dit aussi, d'après des
preuves, qu'elle ne devoit pas y
sans courir le risque évident
prétendre,
nouvelle chute
d'essuyer une
politique,
Tels sont les raisonnemens dont
j'ai
puyé mon système de l'abandon des Colonies: aps'il est foible dans quelques points, il lui en
reste de bien victorieux et d'une importante
considération, --- Page 135 ---
(133) 5
J'ajouterai que cet abandon, s'il étoit gé
néral, seroit le seul moyen efficace de satisfaire au cri prédominant du siècle contre la
traite et Pesclavage des noirs, Solliciter l'abolition de ces deux choses, et prétendre conserver dans les Colonies la culture et la maind'oeuvre au point où elles y sont aujourd'hui,
c'est un rêve creux, une ignorante réclamation; c'est ne connoître ni le climat, ni la
culture, ni les noirs. Des nègres, libres de
travailler ou non, retomberont bien viedans
ce qui formoit leurs délices (1) en Guinée :
ils danseront la nuit et dormiront le jour;
en cultiyant au surplus quelques coins de
terre, pour se procurer un peu de vivres.
N'ont-ils pas raison, puisque le besoin n'en
exige rien de plus?
Ila été permis aux charitables Négrophiles
de s'appitoyer sur le sort de quelques noirs
maltraités, torturés, égorgés, disoient-ils,
par les Colons, sans que leur sensible philantropie proférât un mot en fayeur des jours
d'un million de blancs qui périssoient de
diverses manières, yictimes évidentes de la
possession de ces propriétés; qu'on me permette de suppléer à un oubli aussi extraordinaire, et de répéter mille ct mille fois, que
notre commerce de sucre et de café deyien-
(1) Suivant l'antique témoignage d'Hlannon, et les rapports de tous
les yoyageurs modernes,
proférât un mot en fayeur des jours
d'un million de blancs qui périssoient de
diverses manières, yictimes évidentes de la
possession de ces propriétés; qu'on me permette de suppléer à un oubli aussi extraordinaire, et de répéter mille ct mille fois, que
notre commerce de sucre et de café deyien-
(1) Suivant l'antique témoignage d'Hlannon, et les rapports de tous
les yoyageurs modernes, --- Page 136 ---
(1 134)
droit-il de nouveau aussi brillant qu'ill'a été,
ne devroit pas être acheté au prix du sacrifice indispensable de la multitude des Français, dont il causera la mort précoce : les
causes funestes qu'on a lues continuant à subsister; et St.-Domingue devant en augmenter
le poids et la longueur.
Plus les années s'écoulent, moins l'Empire
français, moins l'Europe entière a des sujets
à prodiguer. Pour frémir d'avance à l'idée du
projet de rétablir St.-Domingue, il suffit de
réfléchir à l'époque où l'on doit l'effectuer.
Soudain à la suite d'une guerre de vingt
ans : de dix années premières de commotions
intestines et de combats multipliés, dans lese
quels ont péritrois ou quatre millions de Français: ct de dix autres peut-être, qui, sans être
aussi meurtrières, n'en exigeront pas moins
le service guerrier de la plus belle jeunesse
de l'Empire : lorsque les mariages, par cette
raison, sont devenus rares et difficiles; et
que la misère d'un côté, etl le luxe de l'autre,
contraignent les époux à s'abstenir de procréer des êtres qui leur seroient à charge;
que des conjonctions illicites y suppléent,
et ne donnent la vie qu'à des enfans que le
crime ou des vices de santé enlèvent aussitôt:
lorsqu'enfin, les campagnes manquent de
bras, le commerce de capitaux, et l'Etat,
surchargé d'impositions insuffisantes s de --- Page 137 ---
(135 )
moyens propres à remplir aisément ce grand
projet.
Quel est le coeur vraiment humain qui ne
soit encore attristé de cette attitude hostile,
de ce déploiement de forces extrêmes que
Quel étonlEurope présente aujourd'huif
nant et malheureux progrès dans les causes
et les moyens de s'entre-détruire !1 Ily a deux
cents ans, des armées de vingt à vingt-cinq
mille hommes au plus décidoient du sort des
Eats:hnsensiblement, etparl'effet des guerres
multipliées, suscitées le plus souvent par des
intérêts coloniaux, les mêmes armées ont été
portées à cent et cent vingt mille combattans.
Ainsi donc, à présent, ce dernier nombre de
troupes, qui formoit alors le complet des
forces militaires d'un Etat, n'en compose plus
que la cinquième ou la sixième partie. Il en
est de même de nos armées navales; ou, pour
parler plus correctement, elles sont dcs forces
hors d'usage dans ce temps-là. Qui pourroit
s'aveugler au point de croire qu'en cette situation forcée la population ne diminue pas
considérablement; et puisque la chose est
indubitable, doit-on laisser nos champs à blé
sans sujets, pour aller planter des cannes et
du café?
Quelle crise, oh ciel! que celle qui plane
:et s'étend aujourd'hui sur les Etats Européens. Tous les Souverains y ont adopté le
, elles sont dcs forces
hors d'usage dans ce temps-là. Qui pourroit
s'aveugler au point de croire qu'en cette situation forcée la population ne diminue pas
considérablement; et puisque la chose est
indubitable, doit-on laisser nos champs à blé
sans sujets, pour aller planter des cannes et
du café?
Quelle crise, oh ciel! que celle qui plane
:et s'étend aujourd'hui sur les Etats Européens. Tous les Souverains y ont adopté le --- Page 138 ---
E805
07-134
c3aae
( 136 )
mode de la conscription pour recruter leurs
armées ; et l'Angleterre a pour soldats, ses
laboureurs, SCS artisans et ses ouvriers. De
tels moyens peuvent-ils durer? Peut-être, en
moins d'un siècle, les campagnes incultes,
les ateliers sans bras, et les premiers besoins
de la vie manquant en général, les peuples
épuisés et languissans reprocheront à leurs
aieux d'avoir sacrifié la population future et
les vraies richesses des Etats à la jouissance
de quelques objets superflus. Hélas ! sans être
coupables (1), s'écrieront-ils, que nous payons
cher les fautes de ceux qui nous ont précédés!
(1) Delicta Majorum, immeritus lues,
Romane.
HOR. Od. VI. Lib. 3;
FIN,
ERRATA.
Le renvoi pour la note de Ia page 7 doit être placé ainsi :
Plus récemment (1).
Page 58, lig. 9, au lieu de marchard, lisez marcland.
46, à la note, au lieu de Fun, lisezl'une.
- 85, lig. 17, qui la génoit, lisez qui le génoit:
-107, lig. 6, dessein, lisez dessin. --- Page 139 --- --- Page 140 ---