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A M E
N
D E
CETTE QUESTION:
Quel sera, pour les Colonies de TAmérique 5 le résultat de la Bévolution
françaises de la Guerre qui en-est
la suite, et de la Paix qui domla
terminer?
A
PAR M. MALOUET,
EX-DÉPUTE A L'ASSEMBLEE
CONSTITUANTE.
Cet ouvragea été fait sur un exemplaire
imprimé à Londres.
A PA RIS,
POUGIN, 2 Imprimeur-Libraire, te des) Peres,
N2 60 e 35.
Chez T
re, rue N
Roh,
Et C
--- Page 6 ---
E
--- Page 7 ---
E X A M E N
D E
CETTE QUESTION:
Quelsera pour,les Colonies del-Amèrique,
le resultat de la Révolution Française,
de la Guerre qui en est la suite, et de la
Paix qui doit la terminer?
Silor
pouvoit expliquer autrement que
le délire
par
rolutionnaire, la conduite des
lateurs frança.
légiset de. leurs délégués dans les
Colonies, on y vernit un plan motivé et màrement réfléchi pour
aélérer et. consommer
la ruine de tous les établisomens
Européens
en Amérique.
Dans la première assemblée, le plus grand
nombre des députés n'avoit aucune connoissance du régime colonial, de .ses motifs, de
ses rapports avec la culture locale et le coma --- Page 8 ---
(4)
expédioient promptement leurs
lieu
victimes, ati
qu'il; y a eu plusieurs colons jetés âu feu,
sciés entre deuxplanches,leurs femmes
grosses
poiguardées , leurs filles livrées à la brutalité
des nègres et devenues leurs esclaves. Tout ce
qui a pu fuir à travers les toûts embrâsés, les
champs dévastés, a été chez les nations hos- 2
pitalières chercher un asyle et du pain; ceux
qui se sont réunis dans les quartiers oùt les
agens de l'insurrection n'avoient
pu encore
pénétrer,s'y sont armés, et, à l'aide de leurs
nègres fidèles, ont repoussé les brigands jusqu'à ce que les secours de I'Angleterre leur
aient permis de s'étendre sur un plus grand
territoire; mais les quatre cinquièmes des manufactures et des établissemens des villes et
bourgs, cinq milliards de capitaux, cent millions de revenus, le tiers de la population noire
et blanche ont disparu.
Les philosoples qui nous ont ainsi régénéré.
sont-ils aumoins parvenus à leurbut? traitentils nos esclaves en hommes libres ? les nègres
sont-ils plus heureux? y a t-il espérance qu'ils
le deviennent sous un tel régime, et se montrent-ils aujourd'hui élèves dociles de leurs
L
A 3
villes et
bourgs, cinq milliards de capitaux, cent millions de revenus, le tiers de la population noire
et blanche ont disparu.
Les philosoples qui nous ont ainsi régénéré.
sont-ils aumoins parvenus à leurbut? traitentils nos esclaves en hommes libres ? les nègres
sont-ils plus heureux? y a t-il espérance qu'ils
le deviennent sous un tel régime, et se montrent-ils aujourd'hui élèves dociles de leurs
L
A 3 --- Page 9 ---
(5)
instituteurs, reconnoissans cnvers leurs bienfaiteurs?
Hors les agens du directoire, il n'y a pas
un seul républicain qui ne réponde à toutes
ces questions par le tableau Je plus hideux de
la démocratie coloniale. C'est l'assemblage de
tous les crimes, de toutes les calamités.
Si la véritable philantropie s'étoit chargée
de la civilisation et de T'alliranchissement des
nègres, cette entreprise précipitée auroit encore
eu de cruels effets. L'esclave ignorant. 2 Corrompu par le seul fait de l'esclavage, ne peut
en sortir que souS la garde d'une police vigilante; l'instruction, la propriété peuvent en
faire un citoyen; la simple émancipation en
fait un vagabond; et là, où il y a quarante
mille citoyens et cinq cent mille esclaves, leur
allranchissement subit est un attentat, un acte.
de démence que les intentions les plus pures
ne sauroient justifier.
Mais si la magistrature chargée de cette efrayanteinnovation, n'est autre cbosequela réuniondupouvoiralacupidité, des moeurs lesplus
dissolues aux volontés les plus féroces, et tels
ont été les proconsuls des Colonies; on devoit
a 3 --- Page 10 ---
a
-
(6)
s'attendre à la pluie de
malheureuses
sang qui a inondé ces
contrées. Les
bonne foi peuvent-ils
républicains de
de
croire qu'il soit question
république ou de liberté entre les
noirs et blancs de ces scènes
acteurs
pillage et la domination,
sanglantes! Le
toute la politique
voilà tout le plan,
des chefs; et la
toujours la même, quelle
multitude,
redoutable
que soût sa couleur,
est
seulement dans ses accès de fureur,
habituellement l'instrument
de ceux qui la
et la victime
mettent en mouvement.
Ainsi, les commissaires n'ont été
Saint-Domingue
puissans à
que pour dépouiller,
crer, mettre en fuite les
massadéclarer ensuite
propriétaires et les
émigrés, traîtres à la
ennemis des noirs et de la liberté;
patrie,
la révolte a été organisée
mais lorsque
ont euleurs
; lorsque les esclaves
généraux, leurs magistrats
rang parmi ceux de la république,
prenant
Pierrot , Jeannot
les généraux
5 Rigaut, > Toussaint,
T'Owverture, devoient naturellement
les rivaux, les ennemis des
devenir
cains. On a vu rarement
despotes républientre les brigands un
partage paisible du pouvoir et des
il étoit même
dépouilles:
impossible que les clubs, les
- a -
esclaves
généraux, leurs magistrats
rang parmi ceux de la république,
prenant
Pierrot , Jeannot
les généraux
5 Rigaut, > Toussaint,
T'Owverture, devoient naturellement
les rivaux, les ennemis des
devenir
cains. On a vu rarement
despotes républientre les brigands un
partage paisible du pouvoir et des
il étoit même
dépouilles:
impossible que les clubs, les
- a - --- Page 11 ---
(7)
maximes et les formes révolutionnaires
blies parmi les
étanègres, ne créassent pas chez
eux, comme chez nous, des Danton, des Robespierre, des cordeliers, des jacobins, et ce
que ceux-ci appellent des anarchistes furieux.
Tel est aussi l'état de cette société fraternelle.
Insensible à la morale pure, au patriotisme
central des agens du directoire, les chefs de
toutes couleurs se proscrivent,
les bandes noires divisées
s'égorgent, et
en différentes factions, s'accordent sur un seul point, de ne
reconnoitred'antre frein, d'autre loiquel'ordre
du chef qui les nourrit ou les laisse
d'exterminer
piller, et
tous les blancs. Ainsi, d'après
les dernières nouvelles du Cap, Santhonax
ses collègues n'avoient plus
et
rade,
d'asyle que dans la
et le général Des Fournaux chassé des
Cayes, avec son état-major, par le général
Rigaud, avoit livré aux poignards des
blicains noirs tous les républicains
répula partie du, sud,
blancs de
qui ont été fusillés. Cette
boucherie
philantropique est dans une activité
continue depuis cinq ans, et n'a rien de commun avec la guerre subsistante entre les brigands divisés ou réunis, et les propriétaires
a 4 --- Page 12 ---
S
-
A
(8)
armés sous la protection des
cette guerre il n'est
Anglais. Dans
systéme ni d'intérêts encore question ni de
politiques; c'est la
priété qui se défend contre'] le
proinvoquant une puissance
brigandage, en
C'est dans de telles protectrice.
gouvernement
circonstances que le
français, depuis méme
professe.des principes
qu'ild'humanité et
a mis sérieusement
de justice,
des Colons et leur en question Témigration
gré,et
forfaitures pour avoir émipour avoir préféré la protection du roi
d'Angleterre, à la clémence de
de son général Pierrot.
Santhonax et
Autrefois, parmi nous. 2 le ridicule
l'écueil assuré de la
étoit
toute -
toutes les mélamorphoses
puissance; mais
depuis
que nous avons subies
sept ans, ont amalgamé les idées, les
principes les plus inconciliables. C'est dans les
contraires que la langue
française a puisé ses
synonimes, et elle n'est point assez riche
assurer désormais à la vérité une
pour
dont le
expression
mensonge ne se soit point emparé, Le
vol, l'assassinat, la tyrannie, la
liberté, la
philosophie, la vertu se sont mutuellement
prétés leurs euseignes. Ces habitudes funestes
Xti
e
principes les plus inconciliables. C'est dans les
contraires que la langue
française a puisé ses
synonimes, et elle n'est point assez riche
assurer désormais à la vérité une
pour
dont le
expression
mensonge ne se soit point emparé, Le
vol, l'assassinat, la tyrannie, la
liberté, la
philosophie, la vertu se sont mutuellement
prétés leurs euseignes. Ces habitudes funestes
Xti
e --- Page 13 ---
(9)
sont devenues profondes, et les amendemens,
les idées saines qui tendent àles effacer, n'ort
encore que la force de la raison toujours inig
ricure à celle des passions
Il ne faut donc pas croire qu'il n'y ait de
difficile à attaquer que les injustices habiles:
les absurdités ont aussi leur empire sur un
peuple agité; l'évidence est pour lui, non dans
la vérité.démontrée, mais dans Tenseignement
constant des mêmes erreurs.
D'un autre côté, c'est maintenant une questionoiseusequel la défense des Colons considérés
comme émigrés, comme ennemis de la patrie,
pour n'avoir pas tendu la gorge à leurs bour
reaux. La France.toute entière est autant que
nous dans un état d'émigration et de forfaiture
relativement à ses colonies : il n'y a plus aucure loi, aucune police, aucune propriété républicaine qui n'y ait encouru la proscriptions
et qui puisse y être établie, maintenue autrement.que par la force.
Sil le'systême actuel subsiste, les proclama-.
tions, les décrets, les messages du directoire,
ne signifient rien, ni pour lui ni pour nous.
Les cclonies n'existent plus comme atteliors de --- Page 14 ---
S
A
(10)
culture et de commerce; mais elles
duiront bientôt comme
SC reprorévolution, de
un vaste arsenal de
brigandage et de
tous les scélérats des
piraterie, oùt
auront un
quatre parties du monde
asyle et de l'emploi, Là
ront, n'en doutons pas, des
s'organicevernemens ennemis du
sociétés, des gouvigation, de la civilisation commerce, de la nalà se multipliera
même de T'Europe;
un population
sol fertile, au climat insalubre appropriée au
zone torride; et des Antilles pour nous de la
Brésil, dans les
au Mexique, au
plaines et-les
nouveau monde, la
montagnes du
tera ses
philosophie de Marat pordogmes, ses torches et ses
Je ne dis pas qu'une
poignards.
libres, d'esclaves
peuplade de nègres
cessairement
alfranchis, doive avoir néune telle direction.
dis que la révolution
Mais je
été dans les
dirigée, comme elle la
colonies, aura par ses succès, des
conséquences dont le développement
teroit méme ses auteurs.
épouvanL'expérience de ce moment-ci nous
que les nègres ont bien plus de
apprend
titude pour la
goit et d'apdiscipline
guerre que pour la culture:la
militaire en fait d'agiles et d'intré4
airement
alfranchis, doive avoir néune telle direction.
dis que la révolution
Mais je
été dans les
dirigée, comme elle la
colonies, aura par ses succès, des
conséquences dont le développement
teroit méme ses auteurs.
épouvanL'expérience de ce moment-ci nous
que les nègres ont bien plus de
apprend
titude pour la
goit et d'apdiscipline
guerre que pour la culture:la
militaire en fait d'agiles et d'intré4 --- Page 15 ---
(II )
pides soldats, bravant également la
et le danger; mais c'est dâns
fatigue
nos rangs, c'est
sous les enseignes de la propriété
qu'ils ont
acquis une supériorité étounante sur les soldats de T'anarchie. Ceux-ci
la liberté
ne reconnoissent
qu'à la cessation du travail; et
comme ils n'ont point de solde réglée, leur
paresse naturelle, la misère qui en est la
suite, les mettent dans un état bien plus affreux que la servitude, et leur fait un besoin
du brigandage.
Cette espèce d'hommes, non modifiée
d'autres moeurs, par une éducation
par
sive, est constituée de manière à ne progresexister en société que dans les
pouvoir
Jes atteliers, soumis à des
camps ou dans
chefs quileur commandent leurs travaux, leurs
leur subsistance.
mouvemens 2
Ainsi, après avoir épuisé tous les crimes et
tous les genres de destruction, le
lalibertéseterminera
roman de
par la permanence d'une
armée noire, sous des despotes
habiles, mais
plus ou moins
qui auront d'excellens soldats
en les disciplinant, en assurant leur subsistance, par le travail forcé des femmes et en-"
fans.
à des
camps ou dans
chefs quileur commandent leurs travaux, leurs
leur subsistance.
mouvemens 2
Ainsi, après avoir épuisé tous les crimes et
tous les genres de destruction, le
lalibertéseterminera
roman de
par la permanence d'une
armée noire, sous des despotes
habiles, mais
plus ou moins
qui auront d'excellens soldats
en les disciplinant, en assurant leur subsistance, par le travail forcé des femmes et en-"
fans. --- Page 16 ---
S
A
-
(12) )
Tous ceux qui, dans nos
connu les douceurs et le bescin habitations, ont
mestique, tâcheront
de la paix dode se soustraire a cette
milice, et se distribueront en hordes
errantes dans les foréts.
sauvages
On compte déjà plus de vingt mille
ainsi réfugiés dans les
nègres
où ils altendent, dans montagnes escarpées
une détresse
retour de leurs maitres,
affreuse, le
ture grossière
car clest une imposque de représenter les
comme attachés à la
nègres
citoyen, et
république, au titre de
comme concevant un autre
nement que celui qui's'exerce
gouverabsolue d'un seul.
sous l'autorité
L'épuisement des forces morales et
siques, à la suite d'une lutte
phyglante, est si bien dans-la
longue et sanet des choses,
nature des hommes
que l'empire
en France aux opinions, mais n'appartient plus
plus fortement
aux volontés les
les
prononcées. Dans les Colonies,
mêmes causes, les mémes
bliroient sûrement l'autorité moyens y rétaavec quelques
domestique, qui,
améliorations, est le seul régime sous lequel elles puissent exister
possessions Europécanes; mais la
comme
France,ou
--- Page 17 ---
(13) )
plutôt ceux quila gonvernent, sont-ils disposés à revenir sur leurs pass et PAngleterre,
dont' les intérêts politiques et commerciaux
*sont bien plus liés à l'existence qu'à la possession des Colonies, stipulera-t-elle leur 'co+lservation pendant la paix comme elle a empéchéleurdestruection totalependantla guerre?
Que le gouvernement britannique, en nous
restituant à la France, nous fasse mieux traiter
que des déserteurs rendus par capitulation
dans une place assiégée, c'est ce dont il n'est
pas permis de s'inquiéter. Entre 2 les peuples
policés la transmission et la rétrocession d'un
territoire comme propriété, et de ses habitans
comme sujets, se règlent essentiellement par
le droit des gens, qu'on ne violeimpunément
que pendant la tempête d'une révolution. Mais
toutes les sûretés personnelles, toutes les geranties ne sont rien sansle rétablissement d'un
régime conservateur: et ce n'est pas seulement
en France, c'est en Angleterre que les bases'
fondamentales de ce régime sont attaquées ;
tandis que les Français croient les Anglais
très- occupés d'étendre leurs possessions en
Amérique, je vois, au contraire, ici toutes les
gens, qu'on ne violeimpunément
que pendant la tempête d'une révolution. Mais
toutes les sûretés personnelles, toutes les geranties ne sont rien sansle rétablissement d'un
régime conservateur: et ce n'est pas seulement
en France, c'est en Angleterre que les bases'
fondamentales de ce régime sont attaquées ;
tandis que les Français croient les Anglais
très- occupés d'étendre leurs possessions en
Amérique, je vois, au contraire, ici toutes les --- Page 18 ---
-E
(14)
espérances et une partie des
merciales SC détacher
spéculations comà sucre pour se
sensiblement des. isles
riches plaines du porter entièrement sur les
on apperçoit
Bengale et du
un empire
Malabar; là
immense, population
vaste, affermi, une
sionner de sucre
libre, en état
tous les marchés d'approvidéjà des caigaisons de
de FEurope;
tiplient d'année
celte denrée se mulsont
en année à des prix
pas supérieurs à ceux
qui ne
clavage des nègres
delAmériques l'esaussi inutile
comnence doac à paroitre
qu'odieux; une
pendant, et qui est de
considération cepour arrêter la
quelque poids, suffit
pérances surles progression de calculs et d'essucres du
cent vaisseaux
Bengalé, Supposons
annuellement
TAngleterre, au commerce de employés par
il consiste entièrement
FInde, comme
cieuses d'un poids
en marchandises préoccuper la cale d'un léger, et qui ne peuvent
place comme lest et le batiment, frét
le sucre s'y
est tout en bénéfice
modéré qu'il paye
une quantité déterminée pour l'armateur : ainsi
quinze, vingt mille
de sucre indien,
place de Londres, bariques peuvent, sur la
soutenir la concurrence de
terre, au commerce de employés par
il consiste entièrement
FInde, comme
cieuses d'un poids
en marchandises préoccuper la cale d'un léger, et qui ne peuvent
place comme lest et le batiment, frét
le sucre s'y
est tout en bénéfice
modéré qu'il paye
une quantité déterminée pour l'armateur : ainsi
quinze, vingt mille
de sucre indien,
place de Londres, bariques peuvent, sur la
soutenir la concurrence de --- Page 19 ---
(15)
ceux de lAmérique. Mais qu'il n'y ait plus
d'autres fabriques pour les approvisionnemens
de l'Europe que celle du Bengale, ce ne sont
plusalors les centvaisseaux detransport duthé,
desmousselines, descotons et des soics del'Asie
qui suffiront à ce commerce : plus de quinze
cens vaisseaux y seroient employés; peut-on
croire alors que l'Angleterre pit soutenirlongtempscette navigation, et que tousl les consommateurs de sucre seroient en état d'en payer
les frais.
Iln'y a rien de durable dans l'univers, tout
change, tout périt et 'se reproduit sous des
formes diverses. Les hommes et leurs monumens sont la proie du temps, ainsi je ne prétends pas que les colonies de I'Amérique et la
servitudesurl laquelleelles sont fondées puissent
avoir une autre destinée. A Dieu ne plaise que
j'érige en principe, en droit imprescriptible,
l'esclavage desnègres! mais les plus mauvaises
institutions parlesquelles une société existe, et
dont il résulte une masse de productions 2 de
subsistances, commandent, sinon le respect,
au moins la plus grande circonspection aux réformateurs; et c'est aux membres senls de cette
--- Page 20 ---
(16)
société, et non à ceux qui lui sont étrangets,
qui n'ont point à craindre d'être écrasés
ses débris, qu'il appartient d'en
sous
juger, d'en
réparer les foademens.
Ce n'est point dans la révolution
dans la latitude de ses
française 2
de
princjpesdinutrection,
résistance à F'oppression , que je puise le
droit des Colonies de résister aussi à leur destruction, et leur droit
à leur
d'iadépendance, quant
législation intérieure et au modede leur
existence.
C'est danscette loi éternelle, immuable,qui
imprime aux êtres animés l'instinct de leur
conservation, par préférence à tout autre soin
et à toute autre loi naturelle ou
et
politique;
cependant 2 ce droit de résistance n'est
conditionnel ; il n'appartient ni aux
que
ni aux erreurs de la multitude. Tout passions,
nement protecteur,
soit
gouverquelque
sa forme, et
malgréles abus, les injustices partielles qu'on
pourroit lui reprocher, ne peut être renversé
que par des factieux. La dépendance des Colonies, leur fidélité à la métropole, sont donc
la compensation nécessaire de la
protection
qu'elles en reçoivent. Mais lorsque la puissance
2 ce droit de résistance n'est
conditionnel ; il n'appartient ni aux
que
ni aux erreurs de la multitude. Tout passions,
nement protecteur,
soit
gouverquelque
sa forme, et
malgréles abus, les injustices partielles qu'on
pourroit lui reprocher, ne peut être renversé
que par des factieux. La dépendance des Colonies, leur fidélité à la métropole, sont donc
la compensation nécessaire de la
protection
qu'elles en reçoivent. Mais lorsque la puissance --- Page 21 ---
(17)
sance conservatrice se convertit en un ouragan
dévastateur, il n'y a point de question de droit
à examiner 2 ce n'est plus un gouvernement,
c'est un fléau dont il faut se préserver ; et que
m'importent vOs principes philosophiques et la
pureté de votre théorie, si cette métaphysique,
mise en ceuvre par des cannibales, est pour
moi un arrét de mort, me chasse de mes foyers
et me jette nud sur des plages lointaines ! Je
ne vous conteste pas le droit d'affranchir VOS
esclaves, 2 de fonder des Colonies de nègres
libres, de leur assigner des terres en propriété.
Mais des vertus, qui ne vous coûtent rien, deviendroient pour moi des lois sanguinaires,
etje les reconaolitroistQuoit vous avez le droit
de déclarer la guerre aux peuples libres VOS
voisins ! Par la considération de votre sûreté,
qui n'est souvent que le calcul de votre ambition, votre philosophie vous permet de dévouer des millions d'hommes à la mort, et elle
vous défend de me Jaisser vivre en paix à deux
mille lieues de vous, sous le régime que VOS
Jois antérieures 7 VOS ancétres et les
miens, 2
avoicat sanctionné? Vousabhorrez l'esclavage,
et mnoi aussi ! Je nel lai point institué: je voub --- Page 22 ---
a
(18 )
drois pouvoir en eflacer la trace sur fout le
globe, mais à la condition d'y enchaîner le
crime. Je maudis, comme vous,
3 le' prèmier
homme qui fit, de son
de
semblable, une bête
somme, ; mais vous avez la faculté de vous
faire servir et obéir par des hommes libres
la garde publique veille
;
pour vous, 2 s'ils vous
offensent, s'ils attentent à votre sûreté, à votre
propriété. Placez-moi dans de telles circonstances, et nousdélibérerons ensui e surle changement d'état de cette tribu d'csclaves
lieu desquels je
au mivis, qui habite et cultive ma
terre, et que j'entretiens aussi bien,
peut-étre
mieux, que vous n'entretenez le
travaille la vôtre ! Que dis-je moi journalierqui ? ce sont les
propriétaires du territoire, les citoyens, et dans
votre langue, les souverains, c'est le
litique enfin, dont je suis membre, corps povous
a
qui
parle par ma voix ! Ce sont des hommes dont
les lois et les moeurs, 2 le sol, le climat, les
besoins, 2 les habitudes, les habitations, les
cultures, sont étrangères aux vôtres ! Est-ce
pour bouleverser ou maintenir cet ensemble
d'hommes et de choses que vous avez le droit
de nous régir?
. -
votre langue, les souverains, c'est le
litique enfin, dont je suis membre, corps povous
a
qui
parle par ma voix ! Ce sont des hommes dont
les lois et les moeurs, 2 le sol, le climat, les
besoins, 2 les habitudes, les habitations, les
cultures, sont étrangères aux vôtres ! Est-ce
pour bouleverser ou maintenir cet ensemble
d'hommes et de choses que vous avez le droit
de nous régir?
. - --- Page 23 ---
(19 )
Lorsque la philosophie systématique,quiest
celle de la vanité, et non l'amour pratique de
la vertu qui est la vérilable philosophie, s'empare d'une législature, on ne peut calculer, que
dans le temps oùt nous sommes, l'inondation
de crimes et de malheurs qui jaillissent de
cette source; mais en en imputant une grande
partie à notre turbulence, à nos dissentions
intérieures ; que la raison calme des Anglais
se défie aussi des abstractions, des principes
absolusdela philantropie,qwi.chez eux comme
parmi nous, commnence à mettre en défaveurle
régime domestique des Colonies.
Au reste, il est possible de concilier, sur
celte question 2 le respect dà à la morale publique, aux principes généreux, et de préserverles Colonies d'une dissolution subite et violente. Là oùt il existe un gouvernement représentatif, le droit de législation intérieure est
accordé aux Colonies, sur tout ce qui ne concerne point les intéréls de leur métropole. Or,
ce qui leur est véritablement étranger, c'est
notre régime domestique. C'est là véritablemnent la législation locale et intéricure, dont le
droit nous est reconnu : il est contraire à vos
b 2 --- Page 24 ---
20 )
mceurs, nous le savons 2 et
principes et à vos
ne
pas le porter en Europe;
nous n'entendons
conseillez-nous,
Tapprouvez pas en Amérique; de le proscrire; ;
mais ne nous contraignez pas les bases de votre
d'après Ics principes et
car,
représentatif, vous n'en avez
gouvernement La loi y est le résultat de la
pas le droit.
d'inet de la communauté
volonté générale,
en
térét et nos volontés 2 nos intérêts 2
;
essentiellement contraires
cette partie, sont
d'un
vôtres. Chez vous, le représentant
aux
harmonie avec tous 2 est
seul district est en
au
les intérêts de tous , quant
défendu par
de ses
mode d'existence et de conservation
et nous, sur ce point capital 2
commettans ;
avec tousles autres;
nous sommes en opposition
vis-à-vis de
nous sommes sous ce rapport
dont
Barbaresques,
2 dont vous
xomatintandendengel
pas les moeurs
vous n'approuvez
et chez lesquelles
recherchez le commerce,
le faites
entretenir, 2 comme vous
vous pouvez
escadres et des garnisons, sans
dans TInde, des
dansles mosquées,
vous mélerde ce qui se passe
votre
dans les sérails. Conservez donc, pour
la
de nos rades, de nos villes,
intérét,
police
KA AA
Barbaresques,
2 dont vous
xomatintandendengel
pas les moeurs
vous n'approuvez
et chez lesquelles
recherchez le commerce,
le faites
entretenir, 2 comme vous
vous pouvez
escadres et des garnisons, sans
dans TInde, des
dansles mosquées,
vous mélerde ce qui se passe
votre
dans les sérails. Conservez donc, pour
la
de nos rades, de nos villes,
intérét,
police
KA AA --- Page 25 ---
a
-
(21 )
et lainscz-nons, pour le nôtre, cclle de
terres, de nos habitations ! Les
nos
que vous prenez pour la sûreté de précautions votre
merce > qu'il nous soit permis de les
compour la stireté de notre existence
prendré
vicieux
; et quelque
que soient les moyens dont elle est
environnée, nous sommes , en toute
les seuls arbitres du
justice 2
forme.
temps et du mode de réAvec de telles mesures, donnez
cours à vOs conseils, à VOS
un libre
leçons! ! Quelé
teur américain apprenne de toutes
planparts que
l'esclavage est, en effet, la violation du droit
naturel ! qu'il le considère,
droit, mais
3 non comme un
comme un mal nécessaire, dont
nous devons subir, encore quelque
inconvéniens
temps, les
comme la peine de la barbarie
et de la cupidité de nos pères !
Dans T'ordre social, ainsi
que dans l'ordre
physique, le jour ne succède
à la nuit. C'est
des
pas brusquement
par
gradations, par nuances
insensibles, que les hommes et les choses s'améliorent ou se corrompent. Toutes les
tous les préceptes fondamentaux
vérités,
de la
sont
morale
promulgués 2 et nous n'avons point à
craindre de marche rétrograde.
Laissons au
b 3 --- Page 26 ---
-
22 )
temps et aux moeurs l'empire salutaire de
leurs révolutions qui n'ont ni la détonnation,
ni le déchirement de celle de la
philosophie
moderne !
Chez les Romains, chez les Grecs, si polis,
cependant si-éclairés, la servilude et ses
: les plus illimités faisoient
abus
partie du droit public: nous l'en avons retranché : nous ne séparons plus 2 comme eux, l'homme de son
espèce, 2 et l'autorité domestique reconnoît un
frein et des devoirs. Les
gouvernemens les
plus absolus de notre âge peuvent être
pelés libres >
à
apcomparativement
ceux des
siècles reculés. Sans doute T'esclavage des
nègres doit cesser aussi, et cessera en Amérique! de sages institutions peuvent en accélérer Tépoque, mais les désastres de ce moment-ci l'ont retardé; car lc terme probablement assigné à cette innovation, ne peut être
que celui où la
populatibn, 2 la culture et l'aisance des propriétaires seront dans l'état le
plus florissant.
Cette dernière réflexion suppose le rétablissement de l'ordre dans les Colonies, chose
difficile assurément, mais non pas impossible,
C'est ici le lieu de revenir à mon texte.
Amérique! de sages institutions peuvent en accélérer Tépoque, mais les désastres de ce moment-ci l'ont retardé; car lc terme probablement assigné à cette innovation, ne peut être
que celui où la
populatibn, 2 la culture et l'aisance des propriétaires seront dans l'état le
plus florissant.
Cette dernière réflexion suppose le rétablissement de l'ordre dans les Colonies, chose
difficile assurément, mais non pas impossible,
C'est ici le lieu de revenir à mon texte. --- Page 27 ---
-
(23)
J'ai dit cC quiarrivera infailliblement
durée et des succès de la révolution
de la,
rique.
en AméLa France, 2 revenue de son ivresse,
elle desirer,
peutTAngleterre et toutes les
sances. maririmes, ne doivent-elles
puisun tel résultat ? Il ne s'agit plus ici pas de craindre la
tion morale de T'esclavage; les
quessommaires
observations
qu'on vient de lire,
le crois, à tout ce que la raison, répondent, je
et les principes les.
, Phumanité,
plus libéraux, peuvent
suggérer d'objections. C'est la perte totale des
établissemens
européens, en Amérique, qui se
présente comme dénouement de ce drame. Il
n'y a point d'enceinte, point de vaisseaux
gardes-côtes, , qui puissent empécher la communication électrique de l'anarchie
entre les différentes tribus de
organisée
dans les Antilles.
nègres répanducs
Si donc le traité de paix ratifie directement
on-indirectement celui de Tégalité démocratique dans les Colonies
péens doivent
françaises, 2 les Eurose préparer à abandonner le
phe du Mexique ou â s'y tenir
golen état de guerre.
constamment
b 4 --- Page 28 ---
a
(24)
Les conséquences de cette guerre, de celte
le commerce et la tranquillité de
paix pour
sont ni dans les conquêtes, ni
T'Europe, ne
dans les restitutions, mais dans le régime.
La France ne possédera rien en recouvrant
tout cequ'onlui a pris,si elle n'adopte d'autres
principes; et T'Angleterre, T'Espagne, la Hollande, le Portugal, le Dannemarck, ne conserveront rien en laissant aux Français non
mais le libre exercice de leur.
leur territoire,
révolution en Amérique.
Cette assertion n'est pas hypothétique, conjecturale; elle est pour moi mathématiquement démontrée.
à la conclusion de
Alors quel parti prendre
cette grande querelle?
Avant de me permettre de résumer les meà toutes
sures qui me paroissent applicables
les difficultés, à tous les intérêts 2 je vais esde parcourir les issues, les expédiens
sayer
auxquels on pourroit s'arréter.
D'abord on pourra dire, nous nous sommes
présent contre la révolte et
défendus jusqu'à
livrer
T'insurrection;si les Français veulent s'y
tant pis pour eux. 2 nous nous défendrons
encore.
permettre de résumer les meà toutes
sures qui me paroissent applicables
les difficultés, à tous les intérêts 2 je vais esde parcourir les issues, les expédiens
sayer
auxquels on pourroit s'arréter.
D'abord on pourra dire, nous nous sommes
présent contre la révolte et
défendus jusqu'à
livrer
T'insurrection;si les Français veulent s'y
tant pis pour eux. 2 nous nous défendrons
encore. --- Page 29 ---
(25) ),
Fort bien ! Vous vous êtes défendus en état
la paix,
de guenre, et si vous voulez,pendant
VOS
VOS escadres,
quadrupler vOs garnisons, défendrez encore
dépenses de paix, vous vous
cette
ile de Saint-Dojusqu'a ce que
grande d'Alger puisse
mingue, constituée en régence
aux prises avec vous.
être sérieusement
négociaHé bien! si le danger est réel,les
la
continuera ;,
tions sont rompues, 9
guerre
mettonsadoptons la formule des Français,
hors la loi; il étoit
les, quant à T'Amérique,
leurs
très-i facile, il l'est encore, de conquérir
Colonies, qu'il ne soit plus questionderestitumaritimes les partation, les autres puissances
entre elles comme la Pologne.
geront Tel eût pu être le plan de TAngleterre,de
et de la Hollande réunies ; mais
T'Espagne,
inverse n'est plus leseul
leur coalition en sens
dans
obstacle ; la politique habile n'est pàs
des masses, mais dans la mulT'angmentation
La guerre et ses
tiplication des produits.
moyens ont un terme plus ou moins prochain
toutes les parties 2 et aucune nation ne
pour
toujours de la place
se laisse effacer pour
Je doute encore
qu'elle occupe sur le globe.
le partage de la Pologne soit définitif,
que --- Page 30 ---
(26) )
Reviendroit-on aux espérances de TInde, à
Tindiflérence sur le sort de TAmérique? Mais
sans bases solides, comme je l'ai
ce systême,
absolument nul
dit pour les Anglais, est
pour
les Hollandais et les autres puis
les Espagnols,
sances maritimes.
la
loi de
D'ailleurs, je le répète,
première
toute aggrégation est de se conserver. Le premier devoir de tout gouvernement est de protéger tout moyen de travail et de subsistance,
et c'est sous peine de mort qu'il faut, sans en
interrompre le cours, en changer le méchanisme, s'il est vicieux.
L'Espagne, dans son alliance avec la France,
avoir cédéà des considérations de balance
peut
àdes ressentimens, à des espérances,
politique,
mais
à d'autres motifs qui nous sont inconnus;
un de ses motifs ne peut être d'adopter pour
incendiaire de
ses Colonies la métaphysique
allié, et
nous ne lui voyons
son
cependant
s'en défendre.
prendre aucune précaution pour
Nous avons vu, au contraire, le président de
Santo-Domingo attirer alui et solder, pendant
d'eselavesrévoltés
trois ans, la première troupe
a brûlé nos habitations : il est vrai que
qui
'autres motifs qui nous sont inconnus;
un de ses motifs ne peut être d'adopter pour
incendiaire de
ses Colonies la métaphysique
allié, et
nous ne lui voyons
son
cependant
s'en défendre.
prendre aucune précaution pour
Nous avons vu, au contraire, le président de
Santo-Domingo attirer alui et solder, pendant
d'eselavesrévoltés
trois ans, la première troupe
a brûlé nos habitations : il est vrai que
qui --- Page 31 ---
-
Z
1 27)
c'étoit pour l'opposcr aux nègres républicains:
n'ont
disconmais ces prétendus royalistes
pas
tinué de piller et d'égorger tous les propriétaires proscrits par les commissaires; témoin
le massacre du Fort-Dauphin, commandé par
Jean-François, en présence de la garnison espagnole. Cette politique obscure n'a présenté
aux Colons espagnols aucun point de repos;
car l'instinct de la propriété est supérieur à
celui du pouvoir qui s'exerce > et se déploie
souvent un bandeau sur les yeux: ils ont fini
par renoncer, en ce qui les concerne, au traité
d'alliance et de cession, et ils font cause commune aujourd'hui avec les propriétaires français.
Les Hollandais, servilement copistes de la
révolution française, mais non de tous ses
crimes, paroissent hésiter sur leurs résultats
philosophiques. Ils n'ont point renoncé à Dieu
ni à la bourse d'Amsterdam; mais le fort emporte le foible: : ce n'est pas assez de refuser
leur assentiment à la destruction des colonies,
qu'ont-ils fait, et que se proposent-ils de fairepour l'empécher?
J'arrive at grand expédient, celui dont on
parle beaucoup en France, en Espagne, en
d --- Page 32 ---
28 )
Hollande, comme d'une issue naturelle et
probable à laquelle il faut bien s'abandonner.
Le gouvernement français met, dit - on,
beaucoup de prix à ses colonies, et il a certainement) l'intention d'en réparerles désastres:
on convient que le décret d'affianchissement a
été précipité, mais il est difficile de le rétracter : < heureusement que le mode n'est pas
> prononcé, et commeavecdes: motson change
> la nature des choses, on trouvera le moyen
> de concilier la liberté nominale et la ser-
> vitude réelle. L'essentiel est que nos voisins,
> nos alliés n'aient plus à se plaindre de cette
> anarchie, or elle cessera. L'autorité publi-
> que sera plus forte dans les colonies que ne
> l'a jamais été l'autorité domestique. Voyez
> Victor Hugues à la Guadeloupe: ne sait-il
faire travailler les nègres ? On ne les
> pas
> châtie plus en esclaves, on les fusille en
> hommes libres, et l'obéissance est beaucoup
> plus exacte. Que nos alliés, que les puissances maritimes cessent donc de s'inquiéter
> de notre
intérieur ; nous voulons
>
régime
> aussi du sucre et du café, et nous saurons
> bien y pourvoir 2.
ugues à la Guadeloupe: ne sait-il
faire travailler les nègres ? On ne les
> pas
> châtie plus en esclaves, on les fusille en
> hommes libres, et l'obéissance est beaucoup
> plus exacte. Que nos alliés, que les puissances maritimes cessent donc de s'inquiéter
> de notre
intérieur ; nous voulons
>
régime
> aussi du sucre et du café, et nous saurons
> bien y pourvoir 2. --- Page 33 ---
-
(29)
Ainsi les premiers auteurs de la révolution
aimoient trop le peuple, leur pays, l'ordre public, pourvouloir en compromettre l'existence,
avoit-il à craindre de tous leurs mouvequ'y Ceux
les excitoient dans des vues
mens?
qui
salutaires, sauroient bien en modérer l'impéramènetuosité, et quelques orages passagers
roient infailliblement l'age d'or.
Ainsi les manceuvres de la corruption, de
l'ignorante audace, se reproduisent avec suecès
dans ce sièclede lumières, parce que l'égoisme
et la vanité de tous les siècles se sont réunis
dans celui-ci. Ce n'est plus la séduction qui
entraine; on apperçoit le danger, on reconnoit
lerreur : mais pour les combattre avec avanil faudroit se soumettre à la direction de
tage,
du talent, du génic, et toute supéla vertu,
riorité blesse; on aime mieux s'uccomber qu'obéir. Toutes les autorités morales et politiques
ont perdu leur influence..
Seroit-il donc vrai que la société tend à se
la diffusion des lumières y
décomposer, que
le monde
produit une force centrifuge, que
intellectuel est dans une sorle d'anarchie..
la révolution de
Au moins il est certain que --- Page 34 ---
30 - -
)
sa
forte impulsion, de ce
France a reçu plus
mouvement divergent des esprits qui n'appartient pas seulement à la France.
On traiteen France les Colonies comme les
Ton veut aussi rétablir; mais il -
finances que
aller que de
est des positions où l'on ne peut
T'atroce à T'absurde ; il faut nécessairement
changer de route pour aller au but.
Le but, dans la question que je traite, est
le salut des Colonies, et ce n'est pas assez d'abandonner les fausses routes; ; écartons aussi
toutes les objections.
Une autorité respectable me rappelle, en
la plus forte. Nous abhorrons,
ce moment-ci,
le coma-t-on dit au parlement d'Angleterre,
des
mais quelle estla nation qui
merce
nègres;
étrangère lui imsouffriroit qu'une puissance
posât, pour prix de son alliance, la condition
renoncer? à quoi j'ajouterai: les Français
d'y
des nègres', quelle est
ayant aboli T'esclavage
oseroit les conla nation qui a le droit, qui
traindre à le rétablir?
Je n'entends point aussi faire une telle pro-.
c'est sans offenser la conscience puposition;
blique, ni Tindépendance de chaque gouyer-
nègres;
étrangère lui imsouffriroit qu'une puissance
posât, pour prix de son alliance, la condition
renoncer? à quoi j'ajouterai: les Français
d'y
des nègres', quelle est
ayant aboli T'esclavage
oseroit les conla nation qui a le droit, qui
traindre à le rétablir?
Je n'entends point aussi faire une telle pro-.
c'est sans offenser la conscience puposition;
blique, ni Tindépendance de chaque gouyer- --- Page 35 ---
(31)
les Colonies peuvent échapper à
nement, que
leur destruetion.
Letraitéde Westphalie a fixéle droit public
de l'Europe. doit terminer la guerre actuelle
Le traité qui
sur d'aussi grands intérêts, et peut
prononcera doute, le droit
des Colonies
fixer, sans
public
européennes, positivement et négativement.
La plupart des denrées et marchandises du
de
étant devenues des objets
cru
TAmérique,
nécessité, les
de consommation de première
Colonies qui les produisent peuvent étreregarcommune à la rédées comme une propriété
publique européenne. maritimes et les états
Toutes les puissances
méditerrannés ont donc un intérêt médiat ou
immédiat à leur conservation.
Les moyens de conservation sont de deux
espèces, extérieurs et intérieurs; les premiers
à la
les autres à la
se rapportent
protection,
police.
de IEurope relatives à
Les lois politiques
la protection des Colonies leur sont donc applicables.
Les lois civiles et religieudes de l'Europe --- Page 36 ---
32) )
objetleur conservation, leur sont
qui ont pour
également applicables.
celles relatives
Mais les lois rurales 2
sont hors de la juridicau sol et au climat,
comme la
tion et des intérêts des métropoles,
médecine des pays froids ne peut être celle des
pays chauds.
terme où le droit public de
Ily a donc un
d'être
et devient négatif
TEurope cesse
positif,
pour les Colonies.
est encore indiqué là
Ce terme négatif
leur exisoù la sûreté intérieure des Colonies,
tence mêine seroit évidemment compromise
telle ou telle loi civile de
en'leur appliquant
T'Europe.
à
Et sila constitution des Colonies, quant
domestique, est autant que celle
leur régime
manifeste avec la
de Maroc en contradiction
le droit puconstitution de leurs métropoles,
doit les séparer en cette
blic de YEurope
et de ses moeurs.
partie de sa législation
Alors les Antilles sont relativement aux
Européennes ce que sont leurs
pnissanices
où la police
comptoirs d'Asie et d'Afrique,
rurale
leur appliquant
T'Europe.
à
Et sila constitution des Colonies, quant
domestique, est autant que celle
leur régime
manifeste avec la
de Maroc en contradiction
le droit puconstitution de leurs métropoles,
doit les séparer en cette
blic de YEurope
et de ses moeurs.
partie de sa législation
Alors les Antilles sont relativement aux
Européennes ce que sont leurs
pnissanices
où la police
comptoirs d'Asie et d'Afrique,
rurale --- Page 37 ---
33 )
rurale et domestique appartient aux naturels
-
du pays.
Qui pourroit s'offenser d'uine telle solution?
Nul homme n'est coupable que du bien qu'il
peut faire et du mal sur lequel il influe; la
philosophie n'a point encore commandé de
croisades contre le despotisme oriental.
La France est au moment de voir expirer
dans son sein la, rage du prosélitisme : on
comptedéjà dansles magistratures deshommes
sages et éclairés dont le nombre ne peut que
s'accroitre par les nouveiles élections, et lorsqu'on n'y comptera plus ceux dont la doctrine et le langage nous rappelle encore le
comité de salut public, il n'y a plusde mesure raisonnabie et juste qui ne puisse être
accueillie.
L'Angleterre qui n'a rien à désirer pour sa
prospérité, pour sa gloire, que le rétablissement de l'ordre public en Europe, en Amérique, est trop éclairée pour en dédaigner les
moyens. L'Espagne, la Hollande, toutes les
puissances du Nord et du Midi n'y sont pas
moins intéressées. Seroit-ce donc de ma part
un voeu indiscret à former, ou une présomp: --- Page 38 ---
(34)
tion ridicule, que de croire qu'une des conditions de la paix générale sera cette déclaconservatoire, et à jamais
ration précise,
inviolable.
Les Colonies de PAmérique soumises d
la souveraineté protcctrice des différentes
métropoles, auront à leur charge la disposition efective et la responsabilité morale
et iniérieurs de
de leurs moyens propres
conservationJe dois faire remarquer ici que cette déclaration n'emporte pas la nécessité d'un gouverdans les Colonies des
nement représentalif
Antilles, principe que je suis loin d'établir
celles qui ont la sagesse de ne pas l'inpour
voquer (1).
seulement que le
La déclaration signifie
régime domestique ne peut être détruit ou
des promodifié, sans le conseniement positif
priétaires.
() Je n'ai garde d'improuver le gouvernement représentatif des Colonies Anglaises elles s'en trouvent
bien et doivent y étre attachées; mais nous ayons
TU qu'iln'a pas aussi bien réussi dans les nôtres.
loin d'établir
celles qui ont la sagesse de ne pas l'inpour
voquer (1).
seulement que le
La déclaration signifie
régime domestique ne peut être détruit ou
des promodifié, sans le conseniement positif
priétaires.
() Je n'ai garde d'improuver le gouvernement représentatif des Colonies Anglaises elles s'en trouvent
bien et doivent y étre attachées; mais nous ayons
TU qu'iln'a pas aussi bien réussi dans les nôtres. --- Page 39 ---
(35) )
Tel sera, j'ose le dire, l'unique moyen de
salut des possessions européennes en Amerique, mais celles de la France exigent encore d'auires mesures.
Il en est une inutile peut-étre à proposer; ;
je n'en dirai pas moins ce qu'il seroit utile et
sage d'exécuter.
Les laboureurs de IIndostan tracent paisiblement leurs sillons entourés de camps ennemis, et obeissent à la puissance qui protège
leur charrue.
Les colons des Antilles, condamnés à la
méme foiblesse, devroient avoir la même destinée. Ils n'ont point à se méler de ces grandes
luites de l'ambition et du pouvoir. Leur incapacité, comme puissance, les subordonne au
tourbillon politiqued de l'Europe. Leur réunion,
sous les armes. 2 peut les mettre en état de résister momentanément au brigandage, à l'oppression ; mais l'état de guerre, combiné sur
leurs propres forces, leur est interdit ; leurs
mouvemens, leurs efforts, pour passer d'une
domination souS une autre, ne vaudroient pas
le prix que la plus basse intrigue voudroit y
maettre, et lears prétentions à F'indépendance,
C 2 --- Page 40 ---
wu J
autrement que dans leur régime domestique 9
est le rève d'une vanité insenisée.
D'une autre part, si T'on considère l'objet
et les effets de la guerre actuelle dans les Colonies, on ne lui trouvera aucun des caractères
des précédenites guerres.
Colonie, ni les
S'agissoit-il d'attaquer une
ni le régime, n'étoient en danpropriétaires,
la
des rades
ger. La prise des forts, possession
entrainoit celle du territoire , et la querelle
le résultat d'une ou
d'Europe se terminoit par
plusieurs batailles en Amérique.
Aujourd'hui, c'est tout autre chose, c'est
déterminera celui de
le sort de TEurope qui
fois intéT'Amérique ; la guerre y est tout-à-la
la
des forts et
rieure et extérieure,
possession
du
des rades ne suffit plus pour la soumission
territoire ; et, par un renversement d'idées qui
cependant par les faits, ceux qui pas'explique nom de la France, défendre ses
roissent, au
les atpossessions, les détruisent ; ceux qui
taquent, sont les seuls qui les conservent.
Ainsi, de la part du gouvernement français,
soient d'ailleurs ses intentions : a la
quelques
soutient, dans les Colonies, est
guerre qu'il
session
du
des rades ne suffit plus pour la soumission
territoire ; et, par un renversement d'idées qui
cependant par les faits, ceux qui pas'explique nom de la France, défendre ses
roissent, au
les atpossessions, les détruisent ; ceux qui
taquent, sont les seuls qui les conservent.
Ainsi, de la part du gouvernement français,
soient d'ailleurs ses intentions : a la
quelques
soutient, dans les Colonies, est
guerre qu'il --- Page 41 ---
/
(37) )
exacte suicide ; et, de la part du gouvernement anglais, quelques vues ambitieuses qu'on
lui suppo.e, elle n'est encore que conservatoire. Iin'y a que les événemens de ia guerre
en Europe qui puissent en déterminer autrement les résultats.
Dans cet état de choses, mettant à part tous
les autres sujels de querelle qui divisent les
deux nations,et en ne considérant que les intérêts de la souveraineté, de la propriété en
Amérique, je ne balance pas à dire que Pintérêt de la France, son intérét le plus pressant
dans les Colonies seroit de cesser à tout prix
sa guerre de destruction, de garder ses postes
militaires, de laisser momentanément aux
Anglais ceux qu'ils occupent, et de solliciter
leur concours pour le désarmement des nègres
et le rétablissement de l'ordre sur cette terre
désolée.
Une telle conciliation paroitra sans doutedé
risoire aujourd'hui, mais deviendra, jelecrois,
indispensable à la paix, et ce n'est pas le seul
point sur lequel les Colonies Françaises, restituées à leur métropole, seront forcées d'entreienir des rapporls d'utilité et de justice avec
T'Angleterre. --- Page 42 ---
38 )
se réparent avec
Il est impossible qu'olles
leurs propres capitaux ou avec ceux de.leur
commerce national ruiné par la révolution.
Il est de toute justice qu'elles acquittent
fidèlement les avances du commerce Anglais
relativement à nous malheureux Colons
qui, secours abondans que nous en avons
et aux
généreçu, a plus cédé à des considérations
des
cammerciales(s).
reuses qu'à
spéculations
la
Mais cette classe d'intéréts étant sous
gouvernement puissant,qui connoit
garded'un;
aussi bien ses obligations que ses moyens, je
n'ai point à m'en occuper. Je termine ici des
écriles, que je me
observations rapidement
obligé de rendre pucrois personnellement
actuelles. Elles
bliques dans les circonstances
bien d'autres développemens, mais
exigeroient
de rien apprendre aux
je n'ai pas la prétention
la
qui influeront sur pacihommes supéricurs
d'autre hypothèque à offrirà la maison
OJen'avoise
habitation dévastée, au pouvoir
Muillman que mon
ai reçu depuis
des républicains, et les secours que jen celles que j'y
quatre ans, n'ont eu d'autres bornes que
ai mises moi-méme.
ances
bien d'autres développemens, mais
exigeroient
de rien apprendre aux
je n'ai pas la prétention
la
qui influeront sur pacihommes supéricurs
d'autre hypothèque à offrirà la maison
OJen'avoise
habitation dévastée, au pouvoir
Muillman que mon
ai reçu depuis
des républicains, et les secours que jen celles que j'y
quatre ans, n'ont eu d'autres bornes que
ai mises moi-méme. --- Page 43 ---
(3g )
fication de F'Earope; jai voulu seulement et
j'ai dû prévenir, dans les Colonies, des bruits
alarmans, rassurer les Colons, non en les entretenant d'espérances chimériques, mais en
leur indiquant le point de repos quej'apperçois
moi-même dans l'avenir, en lear rappelant
leurs droits de propriétaires, et les égards
qu'ils obtiendront de la justice et de la seine
politique de tous les gouvernemens.
La conduite de lIsle de Franceapprend aux
autres Colonies que l'union, le courage et le
bon sens sont les plus sûrs remparts d'une
petite société, et qu'une place ainsi munie peut
soutenir honorablement les assauts d'un pouvoir désordonné,
Sicet écrit parvient en France, j'espère que
les bons citoyens y reconnoitront un français,
que les injustices de son pays n'ont pas détaché
de ses vrais intéréts, qui prévit ses malheurs,
s'efforça, selon ses foibles moyens, d'en arréter
le cours, et a toujours séparé dans son coeur la
nation française de tous les crimes commis en
son nom. La persécution, au lieu de nous affranchir de nos liens, de nos devoirs, n'a fait
que les multiplier, car nous ne pouvons trouver --- Page 44 ---
135131.
40)
la fin de nos souffrances, ni dans des voeux
impies contre notre ancienne patrie, ni dans
cette lâcheté perfide qui nous porteroit à méconnoitre ce que nous devons à la hation maguanime, par laquelle nous sommes encore au
nombre des vivans.
MALOUET,
Londres, le 30 décembre 1796. --- Page 45 --- --- Page 46 --- --- Page 47 ---
M2582 --- Page 48 ---