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1A3
ESSAI
SUR
LA FIEVRE JAUNE
Qui - a régné i bord du vaisseau le Formidable
3 pendant
sa campagne ce St. Domingue, , an X et XI.
PRESENTÉ ET SOUTENU
A L'ÉCOLE DE MÉDECINE DE MONTPELLIER;
Le 12 messidor an 12, ( 1804).
PAR Naamn-lowm-Comses MANEILLE, Officier
de santé entretenu de Lere classe de la Marine, à Toulon
Département du Var.
Ars longa, vita vero brevis.
Hir. Aphor. Scct. I.
A M SNTPELLIER,
De TImprimerie de JFAN MARTEL ainé, près la Maison
commune. 2 N.9 62, An XII, --- Page 4 --- --- Page 5 ---
A MONSIEUR MANNE,
DOCTEUR EN CHIRURGIE,
PREMIER CHIRURGIEN EN CHEF DU VI. ARRONDISSEMENT
MARITINE,
Cosx un témoignage de ma reconnaissance des soins
qu'il a bien voulu se donner pour me conduire dans la
carrière pénible de Part deguérir.
M ANEILLE --- Page 6 ---
d0 AYLTE stgvroin --- Page 7 ---
E SSAI
SUR
LA d FIEVRE JAUNE
Le corps humain est composé de parties fluides et solides:
on les divise en contenantes et en contenues. Les premières
sont le tissu cellulaire, 2 les muscles, les OS, ctc., etc. ; les
secondes sont le sang, et toutes les humeurs; ellcs participent les unes et les autres aux lois générales de la matière,
mais elles ont des propriétés partieulières qui résultent d'un
principe qui les anime, et qui parait modérer, , diriger leurs
actions, 2 et s'opposer mêmc à la tendance qu'ont naturellement les parties d'obéir aux lois générales.
Les parties élémentaires , - par leurs arrangemens variés ;
forment des parties composées qu'on appelle organcs. Ces
organes peuvent être distingués en ceux qui servent à la vie.
animale extérieure ; tels sont le cerveau, les nerfs, les organes des sens, les muscles ct les OS; et en ceux qui appartiennent à la vie organique intérieurc , comme les organes
de la digestion, de la respiration, de la circulation et" des 4
secrétions.
éir aux lois générales.
Les parties élémentaires , - par leurs arrangemens variés ;
forment des parties composées qu'on appelle organcs. Ces
organes peuvent être distingués en ceux qui servent à la vie.
animale extérieure ; tels sont le cerveau, les nerfs, les organes des sens, les muscles ct les OS; et en ceux qui appartiennent à la vie organique intérieurc , comme les organes
de la digestion, de la respiration, de la circulation et" des 4
secrétions. --- Page 8 ---
Toutes les parties constitutives de nos organes'sont susceptiblcs d'altération ct dc changement, dépendant, les uns, dcs
agens extéricurs, ct lcs autrcs, des mouvemens spontanésimprimes par les lois générales de la matière; CCS altérations et
ces changemens détruiraient bientotForganisme, s'ils n'étaient
pas enrayés par le principe vivifiant.
Ce principe a reçu différens noms : Hippocrate la nommé
nature ; Fanhelmont, archée; Sthal, aine , et Pillustre
Barthe:, priucipe vital. Cc principe, dis-jc, produitla constancc, la régularité dc nos fonctions; c'estlui qui donneà certains organes la faculté de pourvoir à l'assimilation des substances alimentaires, à la réparation de nos pertes, à l'accroissement et à la conservation de l'espèce ; c'est à ce principe enfin que que doivent être attribucs tous les phénomènes de la vie. Aussi. long-temps quc l'organisme n'est point
troublé par laction destructive des agens extérieurs, et que
lej principe vital régularise l'action des organes, Phomme jouit
de la santé. L'influence nuisible des causes générales, les
changemens brusques dans les constitutions atmosphériques,
les prédispositions individuelles relatives à l'âge, au sexe,au
tempérament, au genre dc vie; les affections morales 3 les
travaux pénibles ct forcés, que nécessitent certaines circonstances : toutes ces causes peuvent amener dans le corps humain un état dc mal-aise, d'anxiété, de trouble qui précède
toujours l'état décidé de la maladie.
Guidé par lcs obscrvations de quelques Praticiens aussi
sagcs qu'éclairés, et par ma propre expérience à bord du
yaisseau le formidable, je viens, MM., yous soumettre cet
vie; les affections morales 3 les
travaux pénibles ct forcés, que nécessitent certaines circonstances : toutes ces causes peuvent amener dans le corps humain un état dc mal-aise, d'anxiété, de trouble qui précède
toujours l'état décidé de la maladie.
Guidé par lcs obscrvations de quelques Praticiens aussi
sagcs qu'éclairés, et par ma propre expérience à bord du
yaisseau le formidable, je viens, MM., yous soumettre cet --- Page 9 ---
Essai sur la fièvre jaune , peu digne de vous être présenté, ;
et pour lequel je réclame votre indulgence.
La fièvre jaune est une des maladies les plus meurtrières
de celles qui affligent St. Domingue ; elle a rarement des
symptômes précurseurs; elle commence par un violent mal
de têle au-dessus de la région des orbites; il y a des frissons
plus ou moins longs, ) des lassitudes; Faccablement, des vertiges et souvent des nausées Se déclarent; l'anorexie, la chaleur et une ardeur extrême succèdent à ce premier état, et
la fièvre s'allume, les douleurs de tête et des reins deviennent insupportables, le pouls est vif et fréquent, les urines
coulent difficilement; elles sont tantôt blanches et écumeuses, , tantôt nulles. Ce paroxisme peut durer quarante-huit
heures; moins ily a de durée, plus il est dangereux. La
fièvre cesse, le pouls se régularise, il est quelquefois comme
dans Pétat de santé; dans d'autres cas il se déprime, devient
inégal, petit et serré. La prostration des forces, qui dès le
premier instant de la maladie était couverte du voile d'une
irritation très-vive, se démasque et marche à grand pas.
Le malade ignore le danger de sa situation, répond à ce
qu'on lui demande, prend tout ce qu'on lui donne à boire,
et relombe dans un accablement total. II y a encore des
accidens qui se présentent séparés ou unis, tels que les hoqquets, les' défaillances,les hémorrhagies nazales,ou) par Panus,
les vomissemens , la suppression des urines ; les déjections
sont quelquefois noires; lc visage, qui dans le principe était
dun rouge foncé, prend une couleur jaune, plus ou moins
intense ; cette suffusion ictérique se répand sur toute la' surd
ombe dans un accablement total. II y a encore des
accidens qui se présentent séparés ou unis, tels que les hoqquets, les' défaillances,les hémorrhagies nazales,ou) par Panus,
les vomissemens , la suppression des urines ; les déjections
sont quelquefois noires; lc visage, qui dans le principe était
dun rouge foncé, prend une couleur jaune, plus ou moins
intense ; cette suffusion ictérique se répand sur toute la' surd --- Page 10 ---
face du corps (1); le malade répand au loin une. odeur cadavéreuse; il meurt le 1.",5, 5.0 ou 7." jour; sila maladic
passe ce terme, l'on peut espérer la guérison de lindividu.
Elle change de type ct est sujelte à desirémissions; Fon peut
alors mieux régler son traitement s placer lcs médicamens
convenables qui ne doivent être donnés que dans le. temps
de la rémission. Les récidives de cette maladie sont presque
toujours mortelles, quand elles sont le produit de Pintempérance du malade, et du peu d'exactitude dans le régime. Cette
maladie qui sévit avec tant de force sur les personnes nouvelleient arrivées à Saint-Domingue, a reçu des dénominations
différentes. On l'appelle fièvre putride, 2 fièvre maligne, mal
de Siaut, fièvre jaune 3 lorsque l'affection ictérique est au
nombre des phénomènes qui la caractérisent; c'est la fièvre
rémiltente bilieuse des pays chauds de Lind, le Lyphus interodés de Cullen, la lièvre maligue jaune des indes occidentales de Makitrick 3 la fièvre bilieuse maligue jaune
d'Amérique de Moultric, la fièvre adynamique et atazique
du docteur Pinel.
CAUSES CENERALES
Les causes généralcs de cette maladie sont les traversées
longues ct pénibles > que font certains bâtimens encombrés
(r) Moultric, (Iluck, Médecin Anglais, ont observéque quaud l'ictère
paraissait le 2,* ou 3.jour, c'était un mauyais signc,
vre bilieuse maligue jaune
d'Amérique de Moultric, la fièvre adynamique et atazique
du docteur Pinel.
CAUSES CENERALES
Les causes généralcs de cette maladie sont les traversées
longues ct pénibles > que font certains bâtimens encombrés
(r) Moultric, (Iluck, Médecin Anglais, ont observéque quaud l'ictère
paraissait le 2,* ou 3.jour, c'était un mauyais signc, --- Page 11 ---
de troupes; le manque d'eau; les alimens salés et souvent
gités; l'impression habituelle et profonde d'une humidité
chaude et pourrissante sur les mêmes individus ( faute d'eau
pour laver leur linge ); les entre-ponts, soit des grands comme
des petits bâtimens, qui ne sont pas assez aérés, où l'on Clltasse les soldats et passagers, qui étant eux-mémes gencs,
génent, par conséquent, les gens de l'équipage; parsurcroit;
un poste de malades placd aul milieu des personnes qui se
croyent bien portantes (1). La respiration décomposant l'air
atmosphérique ct le dépouillant de l'oxygène, on conçoit
aisément qu'un graud nombre d'hommes entassés dans des
vaisseaux, dont souvent on ne pcut pas ouvrir les sabords à
cause du mauvais temps, altèrent bien vite lair qui n'est
point renouvelé, et qui est surchargé des miasmes quis'exhalent sans cesse des corps sains ou malades, de l'eau corrompue de la santiue du vaisseau et des provisions qui SC gâtent.
Des hommes entourés d'une pareille atmosphère ne peuyent
résister à ses qualités malfaisantes; elle ne peut redonner au
sang noir sorti des poumons, le principe vivifiant et colorant, qu'il a perdu dans la grande circulation; ce sang n'est
plus propre à soutenir l'énergie du cerveau: d'un autre côté,
cette atmosphère humide soutire le flnide dlectrique de toute
la surface du corps ; de là résulte cette prostration de force,
si commune dans cette maladie.
(r) L'on avait embarqué à bord du Formidable 300 hommes qui sortaient des casemates du fort de la Malgue; le jour du départ j'en débarg
quai vingt qui avaient la ficyre.
--- Page 12 ---
J'ai et des hommes qui sont mnorts dans 7 heures d'intervalle, à compter depuis l'invasion de la maladie jusqu'à la
mort.
M.r Panl Brochard, enscigne de vaisseau, sC coucha dans
la nuitdu premier vendémiaire an 11, dans un état de parfaite santd; à minuit il me fit appeler. Voici cC que j'observai
en lc voyant : sueur froide et visqueuse sur toute Phabitude
du corps, la facc hippocratiqne, pouls petit ct concentréavec
intermission toutes les dix pulsations ; la langue était sèche:
je reconnus que le principe vital était affecté au dernier point:
je mis en usage les frictions avec des flanelles chaudes cl imbibées de liniment volatil, lui faisant prendre une cuillerée
de potion cordiale toutes les demi-heures; les sccours de P'art
devenant impuissans, il mourut au bout de six heures.
CAUSES LOCALES
Les causes locales qui rendent la fièvre jaune si funeste au
Cap, ainsi qu'à bord des vaisseaux, ct qui lui impriment
un caractère contagieux presque pestilentiel, sont en grand
nombre.
La rade est situde par les 19 degrds, 46 minutes 30 secondes latitude N, et par les 74 deg., 51 minutes, 20 sccondes
longitude 0, méridien de Paris; les vents qui règnent presque
toute l'année varient du NNE, jusqu'an SSE: c'est ce qu'on
appelle brise du large; cllc entre ordinairement entre neuf
et dix heurcs du matin, ct finit lc soir aux mémes heures;
ilentiel, sont en grand
nombre.
La rade est situde par les 19 degrds, 46 minutes 30 secondes latitude N, et par les 74 deg., 51 minutes, 20 sccondes
longitude 0, méridien de Paris; les vents qui règnent presque
toute l'année varient du NNE, jusqu'an SSE: c'est ce qu'on
appelle brise du large; cllc entre ordinairement entre neuf
et dix heurcs du matin, ct finit lc soir aux mémes heures; --- Page 13 ---
elle va en augmentant à mesure que le soleil s'élève sur Phorison, et décroit insensiblement quand il s'éloigne du méridien; ; la brise de terre lui succède et dure jusqu'au lendemain.
Dans le fond de la rade, il existe l'embouchure dela rivière
Galifet qui entraine, dans ses débordemens, des substances
de diverse nature, et les dépose quand elle rentre de son lit
ordinaire sur les esters de terre (1). La mer couvre les esters
dans le temps du flux ; mais dans le reflux, il n'existe que
des marécages couverts de mangliers d'où naissent une infinité
inouie d'insectes: tels que les maringouins moustiques etc. ,
dont les décompositions exhalent des émanations délétères ,
source inépuisable de maladies de mauyaise nature, et principalement de la fièvre jaune, sur-tout dans les mois de sécheresse qui sont depuis floréal jusqu'en vendémiaire et brumaire. (Nous arrivâmes au Cap Ie 14 thermidor an 10, portant mille passagers.) Le côté opposé à la ville s'appelle le
quartier de limonade, et les bords de la mer sont garnis de
mangliers , comme dans le fond de la rade. Les chaleurs
dévorantes. 3 les sécheresses accablantes, l'air étouffant que
l'on respire ( tant que la brise du large n'entre pas), les
maisons inhabitées qui servent de latrines aux soldats et aux
matelots, les habitans du pays ayant pour habitude de faire
jeter leurs immondices au bord de mer, 3 les miasmes méphitiques qui s'en élèvent le matin au lever du soleil, exhalent
(1) On appelle esters à St. Domingue les rivages de la mer qui sont
de niveau avec elle quand elle est basse,
ant que
l'on respire ( tant que la brise du large n'entre pas), les
maisons inhabitées qui servent de latrines aux soldats et aux
matelots, les habitans du pays ayant pour habitude de faire
jeter leurs immondices au bord de mer, 3 les miasmes méphitiques qui s'en élèvent le matin au lever du soleil, exhalent
(1) On appelle esters à St. Domingue les rivages de la mer qui sont
de niveau avec elle quand elle est basse, --- Page 14 ---
dans tout le voisinage une fétidité suffocante (1). Les cadavres
inhumés presque à la surface de la terre, laissent échapper
des exhalations putrides. Lorsque la brise vient à soufler du
côté de la ville, cllc amène toutes ces émanations à bord
des bâtimens qui sont dans la rade, et les équipages en rcçoivent les influences meurtrières. Il faut encore ajouter à ces
causes locales, la terreur qui s'empare trop facilement des
individus, dans des épidémies de cette nature.
Le docleur Cullen dit qu'on ne peut disconvenir qu'elle
affaiblit l'action du cceur ct des gros vaisseaux, puisqu'elle
occasione la pâleur, et le froid des extrémités et de loute la
surface du corps ; clle produit quclquefois unc faiblesse si
considérable, que la mort s'ensuit sur-le-champ.
J'ai vu même des matclots avoir une si grande peur d'aller
aux hopitaux, qu'ils mouraient sur le quai, en les débarquant pourlesy.couduire; d'autres qui, pourle méme motif,
ne sC déclaraient pas malades, ct étaient trouvés morts le
lendemain.
Les matelots et soldats, en un mot, tous les Europcens
qui arrivent dans cette colonic, sont plus ou moins prélisposés à tomber malades: c'est suivant la conduite qu'ils ont
tenue à bord, les alimens dont ils ont étd nourris. Les ma-
(1) Aussi observe-t-ou qu'il y a du mieux chez le malade, l'instant
que la brise se lève. --- Page 15 ---
telots, en arrivant all Cap, sont occupés de suite à travailler
tont le jour pour décharger les vaisseaux, des munitions de
guerre, comme de bouche > qu'ils portent. Le soir, on en
expédie un certain nombre pour aller faire de l'eau; ils y
passent une partie de la nuit; ils respirent pendant ce temps
les miasmes qui s'exhalent du bord de la mer ( la fontaine y
étant située ) Ils croyent se donner de vigueur en buvant
du tafia. Ils ne faisaient que s'affaiblir de plus en plus. L'usage des boissons spiritueises doit encore être regardé comme
cause de la fièvre jaune. Ces boissons prises en petite quantité, et mélées avec de l'eau, excitent singulièrement la transpiration, et ne peuvent que produire un bon effet sur tout
le système; mais prises toutes pures, elles agacent l'estomac
et le genre neryeux, les excitent momentanément, et finissent, , quand leur action stimulante est passéc, par produire la faiblesse qui est un symptôme avant - courcur dc la
maladie.
DIAGNOSTIC
Lc diagnostic de la fièvre jaune differe de la fièvre ardente
ou causos , quoique se rapprochant l'une de l'autre. Le pouls
est dur, la face animée et rouge 2 la tête tris-douloureuse,
et le visage n'est pas coloré d'un rouge pourpré et foncé,
dans la fièvre ardente: Dans celle qui fait l'objet de ces essai,
la face animée se prolonge davantage, se terminant par des
hémorragies critiques, et à l'exacerbation succède une prostration de force effrayante; c'est ce qui n'arrive pas dans la
fièvre ardente.
de l'autre. Le pouls
est dur, la face animée et rouge 2 la tête tris-douloureuse,
et le visage n'est pas coloré d'un rouge pourpré et foncé,
dans la fièvre ardente: Dans celle qui fait l'objet de ces essai,
la face animée se prolonge davantage, se terminant par des
hémorragies critiques, et à l'exacerbation succède une prostration de force effrayante; c'est ce qui n'arrive pas dans la
fièvre ardente. --- Page 16 ---
Le Docteur Warrens a assimilé la fièvre jaune de la Barbade à la peste. Il existe, il est vrai, quelques symptômes
communs, raison du caractère asthénique qu'elles ont toutes
les deux. Mais la peste est endémique en Lgypte, ct sc propage par le contact; tandis que la fièvre jaune n'est redoutable que pour les Européens qui sont nouvellement arrivés
dans la Colonie ( les Créoles tant blancs que nègres en étant
exempts ); dans la peste, le vomito prieto des Espagnols
noir n'existe
ni la suffusion
I
vomissent
)
pas,
ictérique ;
ces symptômes sont pathogonomiques de la fièvre jaune.
Pendant mon séjour en Egypte, je n'ai jamais vu l'ictère
survenir à des pestiférés; mais laffection du système glanduleux s'est constamment montrée, dcs tumeurs tantôt aux
aines, aux aiselles, ou aux parotides. Jc n'ai observé cette
dernière tumeur , que sur un malade attaqué de fièvre jaune,
de soixante que j'ai eu lieu de traiter.
Cette maladie altaque en masse ou isolément les nouveaux
débarques; cela provient de leur manière de vivre dans la
traversée ou à leur arrivée dans la Colonie. Cette fièvré a
frappé singulièrement les jeunes gens en général; les aspirans
de la marine étant de corvée, exposés par devoir aux ardeurs
constantes di soleil qui sont excessives avant que la brise
du large souflle, ne SC ménageaient pas et revenaient souvent
le soir avec des maux de tête insupportables; quelquelois le
même aspirant se tronvait de corvée pendant la nuit, soit
pour les rondes, soit pour aller faire de leau; ils faisaient
usage alors dcs boissons fortes, et dès lc lendemain se décla-
de la marine étant de corvée, exposés par devoir aux ardeurs
constantes di soleil qui sont excessives avant que la brise
du large souflle, ne SC ménageaient pas et revenaient souvent
le soir avec des maux de tête insupportables; quelquelois le
même aspirant se tronvait de corvée pendant la nuit, soit
pour les rondes, soit pour aller faire de leau; ils faisaient
usage alors dcs boissons fortes, et dès lc lendemain se décla- --- Page 17 ---
raient les symptômes alarmans de la fèvre jaune, tels que je
les ai détaillés dans la description de la maladie.
Cette maladic résiste souvent aux secours de l'art, quels
qu'ils soient, de quelque manière, et dans qnekques temps
qu'ils soient administrés.
Cette fièvre a aussi quelques symptômes communs avec la
fièvre des hopitaux et des prisons. Ceux-ci tiennent all caractère de faiblesse qui appartient à loutes ces maladies; lirritation toujours très-vive dans l'invasion, le visage rouge, l'oeil
ardent, et les vomissemens noirs, sont des symptômes spéciaux de la fièvre jaune; et ell font un genre particulier.
PRONOSTIC - DE L.A MALADIE.
:
Le pronostic de la fièvre jaune est très-douteux; plus le
premier paroxisme fébrile cst violent, plus ily a de danger;
les 1.er, 7 5.me , 5.mc et 7..nc jours sont les plus dangereux.
Si Pictère SC déclare après ces jours là, le malade peut être
jugé hors de danger (1). Mais il y aà craindre une rechute,
s'il commet quelque imprudence dans le régime; car la faiblesse est très-grande, et la mort peut s'en suivre.
(:) L'immortel vieillard de Cos dit dans son 4-livre d'aphorismes;
section 63 : les ictères qui, dans les fièvres , arrivent 'le 7. ou 9.* jour s
ou lc II. et le 14. sont bons, pourvu qu'il n'y ait point de dureté a
Ihypocondre droit; s'il y en a, ils sont mauvais, --- Page 18 ---
Le fils du contre-Amiral Pence et le secrétaire du général
Dumanoir 1e pelley avaient cu le bonheur d'échapper à
cette cruelle maladie; la convalescnceavait commencé; mais
ces jeunes gens ne consultant que leurs appétits, se dérangerent du rogimne que je leur avais prescrit; ils rechutèrent, lcs
secours de lart devinrent infructueux, et ils périrent victimes de leurs intempérances.
Les signcs funestes qui peuvent entrer dans le pronostic
sont, à P'invasion de la maladic, un frisson long ct violent,
la présence de la fièvre ou létat d'irritation, l'absence de la
fièvre, O1l l'ctat gangreneux, qui doivent toujours être présens au Médecin.
Il existe dans cette maladie des vomissemens, des hoquets
continuels, ct cependant la sensibilité de l'estomac et des
intestins est nulle aul dehors; car en touchant un peu vivement ces organes, le malade ne ressent aucune douleur: le
bas-ventre n'est pas tendu, ni métdorisé au commencement
de la maladic; mais il peut le devenir le lendemain de linvasion, sans que pour cela il existe des doulcurs ; la suppression des urines a lieu chez quelques individus, et la région hypogastrique vésicale ne présente à l'extérieur aucun
changement : plusieurs auteurs lont clairement développé;
il se termine ordinairement par la mort.
Les crises sont rares dans la fièvre jaune, ainsi que dans
toutes les fièvres malignes; ; si l'on cmspegigsekpe-uun,
ellcs sont imparfaites.
peut le devenir le lendemain de linvasion, sans que pour cela il existe des doulcurs ; la suppression des urines a lieu chez quelques individus, et la région hypogastrique vésicale ne présente à l'extérieur aucun
changement : plusieurs auteurs lont clairement développé;
il se termine ordinairement par la mort.
Les crises sont rares dans la fièvre jaune, ainsi que dans
toutes les fièvres malignes; ; si l'on cmspegigsekpe-uun,
ellcs sont imparfaites. --- Page 19 ---
Le maître canonnier du bord tomba malade le jour que
nous sortimes du Cap pour retourner en France (le moral
était affecté); il élait âgé d'environ 50 ans 2 tempérament
sec, cheveux rouges 3 teint hâlé, fatigué par diverses campagnes de long cours qu'il avait faites. Tous les symptômes de
la fièvre jaune se déclarèrent; le paroxysme dura 50 heures.
Je lui administrai pendant ce temps les poudres tempérantes
faites avec le camphre et le nitre, et la limonade pour boisson; la rémission de la fièvre succédant, , je lui fis passer
l'apozème indiqué par le Conseil de santé du Cap - (1). J'obtins par CC moyen quelques selles bilieuses d'une odeur fétide; au bout de douze heures la fièvre revint; état comateux, délire tranquille, hoquets 3 vomissemens spontanés,
L'anti-émétique de Riviere n'opérant aucun effet, et ayant
cn vue de calmer le spasme de l'estomac, je lui faisais' prendre, toutes les demi heures, une cuillerée d'une infusion de
camomille, où j'ajontais quatre gouttes de liqueur minérale
d'Hoffinann ; je parvins par ce calmant à le dissiper. Entre
le huitième ct neuvième jour la suffusion ictérique parut, et
le malade allait de mieux en mieux. Le quinzième jour,
apparition de parotide (c'est le seul qui ait eu crise ) ; elle
abscéda cinq jours après. Le vingt-sixième jour ilsurvint un
Follicule (t) Qninquina de senné. rouge concassé.
demi once.
Crème de tartre.
Une, demi poignée de camomille bouillie un quart d'heure dans trois
verres d'eau, et j'en donnais un toutes les trois heures.
--- Page 20 ---
dépôt profond à la partie moyenne supérieure et externe du
bras droit; la convalesceuce venant, et le malade reprenant
ses forces, il fut du nombre de ceux que je débarquai au
Lazareth de Toulon.
La crise SC fait par fois par une affection cutanée ; mais
la plus heurcuse est une diarihée qui dure trois ou quatre
jours ; dépassant ce terme , elle aflaiblit le malade, devient
colliquative, et finit par l'entrainer au tombeau. J'ai eu
quelques hommes atteints de cette maladie, où l'invasion
s'annonçait par les symptômes les plus alarmans; cependant
j'ai eu le bonheur de les ramener en Frauce en état de convalescence.
Quand le comissement ou Phémorragie nazale, ou le flux
héiorroidal paraissaient à linvasion de la maladie, et cessaient au bout de quelques heures, , l'on pouvait. tirer, uupronostic favorable sur la terminaison de la maladic; mais si
ces symptômes continuaient plus long-temps, il y avait peu
à espérer pour la vie du malade.
CURATIO N.
Lorsqne la vitalité est languissante, les sécrétions et les
excrélions doivent être altérées dans leurs produits; les humheurs SC corrompent et acquièrent une tendance à se putréfier; c'est ce dont on ne peut douter en faisant attention aux
changenens que présentent les urines, la transpiration, la
couleur de la prau ct du visage dans la fièvre jaune.
Les indicatious à remplir dans lc traitement de cette ma-
vie du malade.
CURATIO N.
Lorsqne la vitalité est languissante, les sécrétions et les
excrélions doivent être altérées dans leurs produits; les humheurs SC corrompent et acquièrent une tendance à se putréfier; c'est ce dont on ne peut douter en faisant attention aux
changenens que présentent les urines, la transpiration, la
couleur de la prau ct du visage dans la fièvre jaune.
Les indicatious à remplir dans lc traitement de cette ma- --- Page 21 ---
ladie, sont différentes dans SCS diverses périodes. Dans les
premiers jours on doit employer les moyens propres à calmer
l'irritation et l'éréthisme. Ces moyens sont les boissons acidulées, des bains, des demi bains et des pédiluves tièdes (1).
Le malade doit rester dans les bains tant qi'il éprouve une
sensation agréable; les bains trop chauds occasionent une
sueur très-abondante, il pourrait en résulter un état de faiblesse qui deviendrait pernicieux. Le médecin doit consulter
continuellement le pouls du malade, pour pouvoir le faire
rester ou retirer suivant l'état de Ses forces; des lavemens
émolliens doivent être ordonnés dans les doulcurs d'entrailles;
et dans les météorismes commençans, des fomentations émollientes sur le bas-ventre.
Dans la seconde période ( dont o1l ne peut déterminer la
durée,cependant elle ne dépasse pas douxjours),lon doit faciliter la transpiration et les urines; si les évacuans étaient in-
(r) Une petite saignée parait indiquée quand le sujet est bien
constitué. Les gens du pays, el même quelques Praticiens,
regardent la saignée comme utile à l'époque de l'invasion de
la maladie; mais il n'est pas moins vrai ert principe, que la
saignée par elle-même , est contraire à toutes maladies adynamiques de celte nature. Elle a, il est vrai, quelquefois calmé
l'irritation, nais aussi combien de fois n'a-t-elle pas jetté le
malade dans un affaissement morlel!.*
* Histoire médicale de l'armée Française à St. Domingue par lc D.
Gilbert.
ML." Desporte nous fait voir, dans son traité, lc désavantage dc la saiguée
dans le traitement de la fièvre jaune,
elle-même , est contraire à toutes maladies adynamiques de celte nature. Elle a, il est vrai, quelquefois calmé
l'irritation, nais aussi combien de fois n'a-t-elle pas jetté le
malade dans un affaissement morlel!.*
* Histoire médicale de l'armée Française à St. Domingue par lc D.
Gilbert.
ML." Desporte nous fait voir, dans son traité, lc désavantage dc la saiguée
dans le traitement de la fièvre jaune, --- Page 22 ---
diqués, on les associerait avec le quinquina. ( L'apozime
prescrit par le conscil de santé du Cap, que j'ai déjà cité 9
a assez réussi dans dcs semblables cas )- L'émétique doit être
entièrementbanni du traitement de celte maladic; c'est l'opinion générale des médecins qui pratiquent dans la Colonie.
Le D.' Berthe, Profedecette illustre Université, rapporte, P210,dams son précis historique de la maladiequi a régné dans
TAndalousie, qie les médecins Espagnols avaient reconnu
Padministration d'un émétique ou d'un éméto-catharque
le malade, les accidens s'exaspérant
tique, ne soulageait pas
de suite au point de devenir réfractaires à tous les moyens,
lesdits médecins furent obligés de venir à l'usage
ct que
ct des narcotiques, et ils virent pour
des anti-spasmodiques lcurs succès
Ia guérison de leurs malades.
lors couronner
par
il faut avoir soin de le
Quand On administre un purgatif,
donner à plusieurs doses; car 2 administré différemment, il
pourrait exciter des fontes colliquatives mortelles, ou jetter
le malade dans un état de faiblesse qui précipiterait sa fin.
L'on se trouve souvent obligé de faire an traitement mixte,
de manière que les toniques n'aggravent pas Ia maladic par
leurs vertus stimulantes, et que les adoucissans n'allaiblissent
trop; il faut savoir marcher entre ces deux écueils, mais
pas cest le point diflicile, et l'on ne peut disconvenir que la
conduite
Phomme de lart a à tenir, ne soit environnée
que des
diflicultds; cependant la made toute part
pluis grandes
déliladie marche à pas rapide, et la mort arrive lorsqu'on
bère encore.
arriver à la première
Les yomissemens spontands. peuvent
oucissans n'allaiblissent
trop; il faut savoir marcher entre ces deux écueils, mais
pas cest le point diflicile, et l'on ne peut disconvenir que la
conduite
Phomme de lart a à tenir, ne soit environnée
que des
diflicultds; cependant la made toute part
pluis grandes
déliladie marche à pas rapide, et la mort arrive lorsqu'on
bère encore.
arriver à la première
Les yomissemens spontands. peuvent --- Page 23 ---
ou deuxième période de la maladie; on donne au malade
l'anti-émétique de Riviere, ou la potion que j'ai indiquée
ci-devant, en ayant toujours retiré un bon succès. Quand les
forces ne reviennent pas, et que les symptômes alarmaus
existent toujours, la maladie pour lors parvient à sa troisième période; il faut avoir recours aux toniques, donner la
tisane vineuse pour boisson, des potions thériacales avec les
eaux spiritueuses et aromatiques distillées, l'éther (1), donner
des lavemens de quinquina avec l'opium gommeux: ces injections ont produit de très-bons effets sur-tout dans le spasme
du tube intestinal.
Le délire tranquille ou frénétique 2 l'affection comateuse
accompagnée de la prostration des forces, indiquent les emplàures épipastiques, soit à la nuque, ou aux jambes, ayant
soin de ne les appliquer que comme rubéfiant, usque ad
rubedinem. Il ne faut pas perdre le temps pour leur application ; car si on les mettait trop tard, et que Pétat gangreneux existât déjàa, ou fat sur le point de se prononcer, s ils
ne fairaient que hâter la décomposition des liqueurs animales,
et précipiteraient la fin du malade; en un mot, ils ne sont
utiles que lorsqu'ils, sont appliqués entre l'irritation qui les
repousse et l'état gangreneux qui les rend inutiles (2). Le
(r) Le D.' Berthe indique en pareil cas, 2 page 261, la potion suivante,:
une teinture aqueuse de quinquina avec le camphre, la liqueur minérale d'Hofmann. J'ai employé avantagetisement une semblable potion
à bord du vaisseau le Formidable. Je me trouve flatté d'ètre d'accord
avec T'opinion d'un des illustres Professeurs de cette savante Ecole.
(a) Makitrick dit que la gangrène qui survient à la suite de l'applicalion des vésicatoires, ne dépend pas des cantbarideiqw'elle est, au
suivante,:
une teinture aqueuse de quinquina avec le camphre, la liqueur minérale d'Hofmann. J'ai employé avantagetisement une semblable potion
à bord du vaisseau le Formidable. Je me trouve flatté d'ètre d'accord
avec T'opinion d'un des illustres Professeurs de cette savante Ecole.
(a) Makitrick dit que la gangrène qui survient à la suite de l'applicalion des vésicatoires, ne dépend pas des cantbarideiqw'elle est, au --- Page 24 ---
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malade ressent quelquefois des douleurs très-vives à quelques
extrémités. L'on y applique de suite des cataplasmes émolliens, et l'on a soin de les renouveller toutes les heures,
pour y attirer, s'il est possible, et y déterminer la formation
d'un dépôt qu'on ouvre de bonne heure.
Les hémorragies qui succèdent à cette maladie, se combattent par les toniques indiqués ci-dessus dans la troisième
période de la maladie, non par les astringens (1).
L/instant que la convalescence se déclare, on doit s'occuper
du régine diététique. On doit donner (s'il est possible) aux
convalescens des bonnes soupes, de la viande blanche, du
bon vin, et le tout en petite quantité; continuer pendant
quelque temps l'usage des amers.
Le général Dumanoir le pelley, -contre - amiral à bord
du vaisseau le formidable, et le capitaine Rouvier, commandant ledit vaisseau, ont contribué, le premier, par sa
générosité vraîment paternelle; et lc second, par P'activité
qu'il mettait à faire approprier le vaisseau: ont contribue, a
dis-je, à préserver de la fièvre jaune quarante malheureux que
jai eu le bonheur d'amener à Toulon, et que j'ai débarqués
au lazareth de ladite ville, le 5 brumaire an 11.
coutraire, une snite de la nature de la maladie, la regardant comme
un effort critique, ou du moins unc voie de solution, dans l'état vù se
trouve le malade.
(1) Le Professeur Berthe dit dans son traité, page 265, que l'on ne
doit pas compter exclusivement sur les astringens dans la vue d'arrèter
ces hémorragies ne constitnant pas par elles-mnèmes le plus grand danger,
mais annonçant l'élat lc plus graye, el le plus dangereux de la maladie. --- Page 25 --- --- Page 26 ---